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		<title>Salve Regina - Contributions de l’utilisateur [fr]</title>
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		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_philosophie_du_devenir&amp;diff=1758</id>
		<title>La philosophie du devenir</title>
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				<updated>2011-04-19T15:59:11Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = P. Garrigou-Lagrange, o.p.&lt;br /&gt;
 | source                        = Extrait de la « La Vie Intellectuelle »&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = mars - avril 1930&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦♦ Difficile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Réveil du modernisme  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La philosophie du devenir ou de l’évolution créatrice peut-elle éviter le panthéisme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ceux qui ont suivi il y a une vingtaine d’années le mouvement moderniste se souviennent du Mémoire publié par M. Édouard Le Roy dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', mars et juillet 1907, sous ce titre&amp;amp;nbsp;: ''Comment se pose le problème de Dieu''. On se rappelle que c’était une critique des preuves traditionnelles de l’existence de Dieu, telles qu’elles sont présentées par saint Thomas, critique qui niait la valeur réelle (ontologique et transcendante) des principes premiers de la raison, qui sont le fondement de ces preuves&amp;amp;nbsp;: principe de contradiction ou d’identité et principe de causalité efficiente. On y déclarait que «&amp;amp;nbsp;tout réalisme ontologique est absurde et ruineux&amp;lt;ref&amp;gt;Revue de métaphysique et de morale, juillet 1907, p. 495.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». On demandait, en rejetant la valeur ontologique du principe d’identité ou de contradiction&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Pourquoi ne pas identifier l’être au devenir&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid., mars 1907, p. 35.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Dieu même y paraissait, selon l’expression de M. Bergson, comme «&amp;amp;nbsp;''une réalité qui se fait ''à travers celle qui se défait&amp;lt;ref&amp;gt;Evolution créatrice, p.269.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», et l’on ne voyait plus comment il peut être, ainsi que le déclare le Concile du Vatican&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;réellement et essentiellement distinct du monde, «&amp;amp;nbsp;''re'' ''et essentia a mundo distinctus''… ''et super omnia'', ''quae praeter ipsum sunt et concipi possunt'', ''ineffabiliter excelsus&amp;lt;ref&amp;gt;DENZINGER, Enchiridion, n° 1782.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;».'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On sait aussi que peu après, le 3 juillet 1907, parut le Décret ''Lamentabili'' du Saint-Office, qui condamnait les erreurs modernistes, en particulier ses conceptions pragmatistes de la vérité et du dogme, bien connues des lecteurs de M. Ed. Le Roy. Le Saint-Office y réprouvait ces deux propositions&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité n’est pas plus immuable que l’homme, elle évolue avec lui, en lui et par lui&amp;lt;ref&amp;gt;« Veritas non est immutabilis plus quam ipse homo, quippe quae cum ipso, in ipso et per ipsum evolvitur ». DENZINGER, n° 2058.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;», ce qui est la conséquence même du principe «&amp;amp;nbsp;l’être s’identifie au devenir&amp;amp;nbsp;». — «&amp;amp;nbsp;Les dogmes de foi doivent être retenus seulement selon leur sens pratique, comme norme préceptive d’action, et non pas comme norme de ce qui est à croire&amp;lt;ref&amp;gt;« Dogmata fidei retinenda sunt tantummodo juxta sensum practicum, id est tanquam norma praeceptiva agendi, non vero tan­quam norma credendi. » DENZINGER, n° 2026.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; de ce point de vue il faudrait se comporter à l’égard de Jésus-Christ comme à l’égard de Dieu, sans qu’il soit nécessaire d’affirmer ''qu’il est ''Dieu, et se comporter à l’égard de Dieu comme à l’égard d’une personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Encyclique ''Pascendi'' ''dominici gregis ''parut deux mois plus tard, le 8 septembre 1907&amp;amp;nbsp;; elle condamnait le modernisme comme le renouvellement de nombreuses hérésies, en particulier son agnosticisme relatif aux preuves de l’existence de Dieu et de la distinction de Dieu et du monde, de l’Incréé et du créé. Elle repoussait sa conception de l’expérience religieuse substituée à ces preuves, conception dans laquelle se confondent l’ordre de la nature et celui de la grâce&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. DENZINGER, Encyclica Pascendi, n° 2072 sqq., 2078 sqq., 2081, 2094 sq.&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le serment antimoderniste, prescrit le 1er septembre 1910, commençait par ces mots&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ego firmiter amplector ac recipio omnia et singula, quae ab inerranti Ecclesiae magisterio definita, adserta ac declarata sunt, praesertim ea doctrinae capita, quae hujus temporis erroribus directe adversantur. Ac primum quidem&amp;amp;nbsp;: Deum, rerum omnium principium et finem, naturali rationis lumine ''per ea quae facta sunt ''(cf. Rom., I, 20), hoc est, per ''visibilia'' creationis opera, ''tanquam'' ''causam per effectus'', certo cognosci, adeoque ''demonstrari'' etiam posse, ''profiteor&amp;lt;ref&amp;gt;DENZINGER, n° 2145.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» Ce dernier mot montre qu’il s’agit d’une profession de foi.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la suite de ces déclarations de l’Eglise, le calme s’était rétabli, le silence peu à peu s’était fait, et beaucoup d’intelligences d’abord troublées étaient revenues dans le droit chemin, en reconnaissant la valeur de la raison naturelle et de ses affirmations les plus fondamentales, ou de ses principes premiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Nous avons le grand regret de voir aujourd’hui que M. Ed. Le Roy vient de publier de nouveau le Mémoire paru en 1907&amp;lt;ref&amp;gt;Le Problème de Dieu, L’Artisan du livre, 2, rue de Fleurus, 6ème édition. Paru d’abord dans les « Cahiers de la Quinzaine », 1 vol. de 350 p.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il nous dit dans l’Avant-Propos&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce volume contient deux parties hétérogènes. La première est un Mémoire de philosophie, paru d’abord dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale ''en 1907, et aujourd’hui introuvable&amp;amp;nbsp;; il est reproduit presque entier tel quel, sans retouches, sinon de menu détail et pour établir un juste raccord avec la seconde partie&amp;amp;nbsp;; on veut surtout y prendre conscience de certaines difficultés. Vient ensuite une série de Conférences restées jusqu’à présent inédites. Le ton en est tout autre&amp;amp;nbsp;: méditation spirituelle plutôt que dialectique savante&amp;amp;nbsp;; et la recherche s’efforce d’y garder une allure directement positive.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit dès lors que le mémoire de 1907 est reproduit ici sans aucun souci de répondre aux nombreuses critiques et réfutations qu’il souleva alors. M. Le Roy semble vouloir les ignorer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde partie est, comme il le dit lui-même, ''une méditation spirituelle&amp;amp;nbsp;'' elle utilise beaucoup Pascal et porte sur «&amp;amp;nbsp;l’inquiétude humaine, le problème de la volonté profonde, la foi en Dieu, les affirmations préliminaires, l’affirmation de Dieu, l’idée de Dieu, les conditions de la vie religieuse, les derniers obstacles&amp;amp;nbsp;». C’est une marche vers Dieu, qui rappelle à certains égards, à travers Pascal, les traités des Docteurs de l’Eglise sur la fin dernière, les aspirations humaines et la béatitude parfaite, béatitude qui ne peut se trouver ni dans les plaisirs, ni dans les honneurs, ni dans le pouvoir, ni dans la connaissance des sciences humaines, mais seulement dans le Souverain Bien qui est Dieu. Ces pages, qui rappellent bien des idées chères à saint Augustin et à saint Thomas, feront impression sur bien des lecteurs, surtout sur ceux qui sont déjà convaincus au moins confusément de l’existence de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais aussitôt la question se pose&amp;amp;nbsp;: cette construction doctrinale, (car on pense bien exposer encore une doctrine, doctrine pragmatiste sans doute, mais encore doctrine), cette construction, si elle a quelque force persuasive, d’où la tient-elle&amp;amp;nbsp;: des bases philosophiques qu’elle suppose, de la philosophie bergsonienne du devenir, ou bien de ce qu’elle utilise encore du sens commun et de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;? Cet édifice est-il porté par son fondement&amp;amp;nbsp;? N’est-il pas plutôt soutenu d’en haut par la foi religieuse du lecteur et par ce qui reste en lui de raison naturelle non déformée&amp;amp;nbsp;? Ne fait-il pas penser à cette statue, dont parle Daniel, qui avait une tête d’or fin, la poitrine et les bras d’argent, les jambes de fer et les pieds d’argile&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons en quoi consiste le fondement de la construction nouvelle. Pourquoi refuse-t-on d’admettre les preuves traditionnelles de l’existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Que met-on à leur place&amp;amp;nbsp;? Nous verrons ensuite, si, en partant ''d’une philosophie'', non pas de l’être, mais ''du devenir'', on évite le panthéisme qui voit en Dieu «&amp;amp;nbsp;une réalité qui se fait&amp;amp;nbsp;», «&amp;amp;nbsp;l’évolution créatrice&amp;amp;nbsp;». Nous verrons si par cette route on peut affirmer que Dieu est ''Celui qui est'', ''Ego sum'', ''qui sum'', l’Être même subsistant, qui par sa simplicité et son immutabilité absolue, ou son identité éternelle, se distingue réellement et essentiellement de tout ce qui est essentiellement multiple ou composé et changeant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''''La critique fondamentale des preuves traditionnelles''.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objection principale que M. Ed. Le Roy fait à ces preuves revient à ceci&amp;amp;nbsp;: elles reposent sur une distinction de sens commun inacceptable, «&amp;amp;nbsp;celle du moteur et du mobile, du mouvement et de son sujet, de l’acte et de la puissance&amp;lt;ref&amp;gt;Ce texte était dans le Mémoire de 1907, loc. Cit. (1er article) ; il se retrouve équivalemment dans les passages du nouveau livre que nous allons citer.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». Les autres objections dérivent de cette première&amp;amp;nbsp;: les preuves traditionnelles, nous dit-on, supposent un recours inconscient à l’argument de saint Anselme, et donc ne valent pas plus que lui. Enfin elles n’établiraient pas la transcendance de la Cause première ou sa supériorité infinie sur tout le créé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y a quelqu’un qui compromet la transcendance divine, c’est bien sûr M. Le Roy, comme on peut le voir dans son livre, p. 91-95, p. 282-283. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voyons d’abord la première de ces objections, qui se résume en ces mots&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi ne pas identifier l’être au devenir&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;» (op. Cit., p. 45.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment M. Le Roy est-il conduit à considérer comme inadmissible la distinction que fait le sens commun ou la raison naturelle «&amp;amp;nbsp;entre le moteur et le mobile, entre le mouvement et son sujet, entre l’acte et la puissance&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? — Il y est amené, nous dit-il, par le principe même de la philosophie du devenir, telle que la conçoit M. Bergson. «&amp;amp;nbsp;Je renverrai surtout, écrit-il (op. cit., p. 21), à cette admirable ''Introduction à la métaphysique'', qu’il a publiée dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', en janvier 1903. La pensée commune s’installe dans l’immobile et tâche de capter la réalité mobile au passage&amp;amp;nbsp;; elle pose donc en somme implicitement, à titre de postulat indiscuté, que c’est l’immobilité qui est intelligible, qui est première, et que c’est le mouvement qu’il faut expliquer, par réduction à l’immobile. En cela elle manifeste son attitude utilitaire&amp;amp;nbsp;: car ce n’est qu’au point de vue de l’action pratique qu’il peut suffire de se demander ''où en est ''la chose qu’on étudie, ce qu’elle est ''devenue'', afin de voir ce qu’on en pourrait tirer ou ce qu’il en faut dire. Mais une telle démarche ne convient plus pour l’œuvre de connaissance pure, de connaissance désintéressée. «&amp;amp;nbsp;Avec des arrêts, si nombreux soient-ils, on ne fera jamais de la mobilité&amp;amp;nbsp;; au lieu que si l’on se donne la mobilité, on peut, par voie de diminution, en tirer par la pensée autant d’arrêts qu’on voudra&amp;lt;ref&amp;gt;BERGSON, Introduction à la Métaphysique.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» Aussi, conclut M. Ed. Le Roy, «&amp;amp;nbsp;''la vraie méthode philosophique procède à l’inverse de la pensée commune''. ''Elle envisage le mouvement comme la réalité fondamentale'', ''et elle regarde l’immobilité au contraire comme une réalité seconde et dérivée&amp;lt;ref&amp;gt;Le Problème de Dieu, 1929, p. 21. C’est nous qui soulignons, comme dans le texte suivant.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» On voit par là que, de ce point de vue, si Dieu est réalité fondamentale, il est le devenir même, l’évolution créatrice.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Ed. Le Roy dit plus loin (p. 45)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''On veut qu’il y ait dans la cause au moins tout ce qu’il y a dans l’effet''. Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Parce que l’on morcelle et que l’on déduit. L’évidence de l’axiome tient en somme à ce que d’une part ''on se représente une cause extérieure et séparée'', à ce que d’autre part on attribue aux procédés de l’analyse déductive une ''portée ontologique''… Affirmer le primat de l’acte, c’est encore sous-entendre les mêmes postulats. Si causalité n’est que déversement d’un plein dans un vide, communication à un terme récepteur de ce que possède un autre terme, en un mot œuvre anthropomorphique d’un agent, alors soit&amp;amp;nbsp;! Mais que valent ces idoles de l’imagination pratique&amp;amp;nbsp;? ''Pourquoi ne point identifier tout simplement l’être au devenir&amp;amp;nbsp;''?… ''La perfection ''se présenterait comme un sens de genèse, ''non comme un point final ou une source première''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On prévoit de mieux en mieux que, de ce point de vue, Dieu, perfection suprême, sera l’évolution en perpétuel progrès et non pas l’Être même éternellement subsistant et souverainement parfait dès toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy dit encore (''op''. ''cit''., p. 114-115)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Cela posé, nous sommes à présent en mesure d’ordonner la série dialectique d’où sortira l’affirmation de Dieu… 1° ''La réalité est devenir'', effort générateur, ou — comme dit M. Bergson — jaillissement dynamique, élan de vie, poussée de création incessante. Cela, tout le montre dans la nature et nous le sentons mieux encore en nous-mêmes… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Le devenir cosmique est orienté dans un sens défini''… ascension vers le plus et le mieux… Cela, tout le montre dans la nature, notamment l’évolution biologique. Tout le montre aussi en nous, et l’histoire et la psychologie en témoignent également. En somme l’existence même est effort d’accroissement, travail de réalisation ascendante. Ainsi ''le moral ''apparaît comme le fond de l’être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''L’esprit est liberté'', puisqu’il est à la racine de l’être, puisqu’il est ''action créatrice ''et même en un certain sens ''action d’autogenèse''… Voilà, en abrégé, ce que nous appelons la ''réalité morale ''(exigence d’ascension). Cette réalité morale, esprit de notre esprit, est radicalement irréductible à toute autre forme de réalité, de par sa place même au sommet ou plutôt à la source de l’existence. Il faut donc en affirmer le ''primat ''et c’est cette affirmation qui constitue ''l’affirmation de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Souligné dans le texte, p. 116.&amp;lt;/ref&amp;gt;.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit donc en quel sens on peut et on doit dire que Dieu existe, qu’il est réel… Et cela signifie que ''nous avons à nous comporter ''par rapport à lui, comme par rapport à la source où nous puisons et devons puiser notre propre existence et notre propre réalité.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette source divine, Dieu même, apparaît ainsi de plus en plus comme l’évolution créatrice, comme le devenir universel, sans lequel notre existence apparaît comme un point&amp;amp;nbsp;; nous revenons à la formule de M. Bergson, selon laquelle Dieu est «&amp;amp;nbsp;une réalité qui se fait à travers celle qui se défait&amp;lt;ref&amp;gt;Evolution créatrice, p. 269.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En définitive, conclut M. Le Roy, c’est toujours à ''l’expérience religieuse ''qu’il en faut revenir&amp;lt;ref&amp;gt;Op. cit., p. 132.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» — Cette expérience semble naturelle, mais comme elle est essentiellement une exigence d’ascension, on pourra l’appeler «&amp;amp;nbsp;surnaturelle&amp;amp;nbsp;», sans qu’elle ait à changer de nature, semble-t-il. N’est-elle pas déjà, dès son origine, une participation de la nature divine, comme la grâce sanctifiante dont parlent les théologiens&amp;amp;nbsp;? Et l’on ne voit plus bien pourquoi les Semipélagiens ont été condamnés pour avoir dit que l’''initium'' ''fidei vel salutis'', ''non per gratiae donum'', ''sed naturaliter nobis inest&amp;lt;ref&amp;gt;DENZINGER, n° 178.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Les Semipélagiens et les Pélagiens eux-mêmes n’avaient-ils pas une conception beaucoup plus élevée de Dieu que celle qui nous est ici présentée&amp;amp;nbsp;?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons sur quoi repose en fin de compte cette nouvelle théorie. N’est-elle pas le rajeunissement d’une vieille erreur&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Le fondement de cette conception nouvelle''''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que vaut cette affirmation qui se trouvait déjà sous la plume du vieil Héraclite&amp;amp;nbsp;: ''la réalité est devenir&amp;amp;nbsp;''? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’ici les plus grands philosophes d’accord avec la raison naturelle ont dit&amp;amp;nbsp;: ''le devenir ne peut rendre raison de lui-même'', il ne peut ''exister par soi'', il n’est pas au ''réel ''ou ''à l’être ''comme A est A, comme le blanc est le blanc, la lumière est lumière, l’esprit est esprit. Tout d’abord il demande un sujet, le mouvement n’est jamais que le mouvement de quelque chose, de l’eau, de l’air, ou de l’éther. Le mouvement en général comme tel n’existe pas, mais seulement ''ce ''mouvement&amp;amp;nbsp;: il n’est ''ce ''mouvement, ''ce ''devenir, que parce qu’il est le mouvement de ce sujet, de ce mobile. Pas de rêve sans rêveur, pas de vol sans volatile, pas d’écoulement sans liquide, ni de flux sans fluide, si subtil soit-il. ''Pas de pensée sans esprit'', ''et'', ''si un esprit n’est pas'', comme Dieu, ''la Pensée même'', et la Vérité même toujours actuellement connue «&amp;amp;nbsp;ab aeterno&amp;amp;nbsp;», il est ''distinct ''de sa pensée, de ses pensées, qui varient, qui se portent sur divers objets, tandis que, lui, reste ''un et le même'', ou le même être substantiel sous ses phénomènes multiples et changeants. Et cet esprit imparfait ne saurait connaître sans le concours de Celui qui est la Pensée même, la Vérité et la Vie, et qui est plus intime à nous que nous-mêmes, tout en étant réellement et essentiellement distinct de nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus grands philosophes ont dit aussi avec le sens commun que ''le devenir'', soit dans l’ordre corporel, soit dans l’ordre spirituel, est un ''passage ''de l’indétermination à la détermination, ou ''de la puissance à l’acte&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; par exemple du germe contenu dans le grain de blé à l’épi mûr, de la cellule d’où procède l’embryon à l’animal engendré, ou encore, le passage de l’intelligence qui s’éveille à une pensée de plus en plus distincte. En un mot c’est le passage d’une capacité de perfection à l’acte qui est cette perfection même. Et comme il y a &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''plus ''dans l’acte ou perfection que dans la puissance non encore actualisée, il faut une ''cause ''pour rendre raison du devenir&amp;amp;nbsp;; il faut un ''agent&amp;amp;nbsp;'': pas d’engendré sans engendrant, pas de ''détermination ''corporelle ou spirituelle ''produite ''sans un être déjà ''déterminé ''capable de la réaliser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la raison naturelle et les plus grands penseurs avec elle ajoutent, ''l’agir suppose l’être'', ''et le mode d’agir suit le mode d’être''. Seul l’adulte engendre, et pour engendrer il faut d’abord qu’il existe. Il agit ou, détermine selon la détermination qui est en lui&amp;amp;nbsp;; l’agent corporel a une action corporelle, l’agent spirituel a, comme tel, une action d’ordre spirituel. Mais tout agent, qui ''n’est pas ''son action même, a besoin pour agir d’être prému par Celui-là seul qui ''est ''son action, et qui pour cette raison est ''l’Être même'', car l’agir suppose l’être, et le mode d’agir suit le mode d’être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le langage du sens commun, tel que l’ont compris, approfondi et justifié un Socrate, un Platon, un Aristote, un Augustin, un Thomas d’Aquin, pour ne parler que de ceux-là. Tous ont dit&amp;amp;nbsp;: ''Le devenir ''est un effet, qui ''suppose l’agir'', et ''l’agir lui-même suppose l’être''. En dernière analyse tout «&amp;amp;nbsp;agir&amp;amp;nbsp;» dépend de Celui qui seul est l’Etre même éternellement subsistant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Ed. Le Roy vient nous demander maintenant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi ne point identifier tout simplement l’être au devenir&amp;amp;nbsp;''?&amp;lt;ref&amp;gt;Op. cit., p. 45.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» Ce «&amp;amp;nbsp;tout simplement&amp;amp;nbsp;» est d’une simplicité inattendue&amp;amp;nbsp;; il y a deux espèces de simplicité&amp;amp;nbsp;: celle de la souveraine sagesse et puis une autre fort différente, dont saint Paul, saint Augustin et saint Thomas ont parfois parlé. Il y a celle qui juge de tout, même des choses les plus élevées, non pas par la Cause suprême, mais par ce qu’il y a dans le réel ''de plus infime&amp;amp;nbsp;'' c’est celle qui veut ramener l’Etre au devenir, et l’unique instant de l’immobile éternité à ce ''nunc fluens'', à cet instant fugitif, qui constitue la réalité du temps, de la durée que nous expérimentons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi ne point identifier, tout simplement l’être au devenir&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» — Même l’Etre par essence, Monsieur Le Roy&amp;amp;nbsp;; même Celui qui est, et qui a dit de lui-même&amp;amp;nbsp;: ''Ego sum qui sum&amp;lt;ref&amp;gt;Exode, III, 14.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''Ego Dominus et non mutor&amp;lt;ref&amp;gt;Malach., III, 6.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;? — Oh alors, bien sûr, si l’on identifie si simplement l’être au devenir, on conclut sans difficulté comme le fait le présent ouvrage (p. 22)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les choses ''étant ''mouvement, il n’y a plus à se demander comment elles ''reçoivent ''celui-ci.&amp;amp;nbsp;» En d’autres termes, les preuves de l’existence de Dieu par le mouvement et par les causes efficientes cessent d’exister, elles s’évanouissent.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en fin de compte sur quoi repose cette assertion que ''l’être est devenir'', et que le ''devenir est à lui-même sa raison'', qu’il est la réalité fondamentale&amp;amp;nbsp;: Dieu même, identifié avec l’évolution créatrice&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dernière analyse, sur quoi repose tout cela&amp;amp;nbsp;? M. Ed. Le Roy nous l’a dit (p. 21)&amp;amp;nbsp;: Cela repose sur cette remarque de M. Bergson&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Avec des arrêts, si nombreux soient-ils, on ne fera jamais de la mobilité&amp;amp;nbsp;; au lieu que si l’on se donne la mobilité, on peut, par voie de diminution, en tirer par la pensée autant d’arrêts qu’on voudra&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Bergson s’est plus longuement expliqué sur ce point dans l’''Évolution'' ''créatrice ''(p. 341-342) où il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il y a ''plus ''dans le mouvement que dans les positions successives attribuées au mobile, ''plus ''dans un devenir que dans les formes traversées tour à tour, plus dans l’évolution de la forme que dans les formes réalisées l’une après l’autre. La philosophie pourra donc, des termes du premier genre, tirer ceux du second, mais non pas du second le premier&amp;amp;nbsp;; c’est du premier que la spéculation devrait partir. ''Mais l’intelligence renverse l’ordre des deux termes'', et sur ce point la philosophie antique procède comme fait l’intelligence. Elle s’installe dans l’immuable, elle se donne des Idées et passe au devenir par voie d’atténuation et de diminution.&amp;amp;nbsp;» On lit aussi dans l’''Évolution'' ''créatrice ''un peu plus loin, p. 354&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Une perpétuité de mobilité n’est possible que si elle est adossée à une éternité d’immutabilité, qu’elle déroule dans une chaîne sans commencement ni fin. Tel est le dernier mot de la philosophie grecque. Elle se rattache par des fils invisibles à toutes les fibres de l’âme antique, c’est en vain qu’on voudrait la déduire d’un principe simple. Mais si l’on en élimine tout ce qui est venu de la poésie, de la religion, de la vie sociale, comme aussi d’une physique et d’une biologie encore rudimentaires, si l’on fait abstraction des matériaux friables qui entrent dans la construction de cet immense édifice, ''une charpente solide demeure'', ''et cette charpente dessine les grandes lignes d’une métaphysique'', ''qui est'', ''croyons-nous'', ''la métaphysique naturelle de l’intelligence humaine''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Bergson et M. Ed. Le Roy admettent une philosophie dynamiste du devenir, qui est exactement à l’antipode de cette «&amp;amp;nbsp;métaphysique naturelle de l’intelligence humaine&amp;amp;nbsp;». Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Pour cette raison qu’une pareille métaphysique n’est que «&amp;amp;nbsp;la mise en système des dissociations, du morcelage effectué sur le flux universel par la pensée commune, c’est-à-dire par l’imagination pratique et le langage&amp;amp;nbsp;». L’intelligence n’est faite en effet, selon M. Bergson, que pour penser «&amp;amp;nbsp;les objets inertes, plus spécialement les corps solides, où notre action trouve son point d’appui et notre industrie ses instruments de travail&amp;amp;nbsp;; nos concepts ont été formés à l’image des solides, notre logique est surtout une logique de solides&amp;lt;ref&amp;gt;Évolution créatrice, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Et voilà le fondement de la conception nouvelle&amp;amp;nbsp;! C’est là le dernier effort de la pensée moderne&amp;amp;nbsp;! M. Le Roy ne daigne évidemment pas lire ce qui lui a été répondu il y a vingt-deux ans. Nous disions à cette époque, après avoir longuement examiné cette théorie nominaliste du sens commun, qu’elle confond ''l''’''être intelligible'', dans lequel notre intelligence perçoit les premiers principes d’identité, de raison d’être, de causalité, de finalité, avec ''le corps solide ''qui représente seulement le ''dernier degré ''de l’être substantiel&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Le Sens commun, la Philosophie de l’être et les formules dog­matiques, 3ème édition, Paris, Desclée de Brouwer. 2ème partie : Le Sens commun et les Preuves traditionnelles de l’existence de Dieu, p. 158-247.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous montrions que ''la distinction de la puissance et de l’acte'', celles du moteur et du mobile, du mouvement et de son sujet, de nos pensées successives et de notre esprit, représentent les divisions de ''l’être intelligible ''et non pas le morcelage du ''continu sensible''. Nous montrions surtout que la distinction de puissance et acte est nécessaire pour rendre ''intelligibles'', ''en fonction'', non pas des corps solides, mais ''de l’être'', la ''multiplicité et le devenir&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid., p. 205-214.&amp;lt;/ref&amp;gt;.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu plus tard, reprenant l’étude du même problème&amp;lt;ref&amp;gt;Dieu, son existence et sa nature, Paris, Beauchesne, 5ème édition, p. 161.&amp;lt;/ref&amp;gt;, nous écrivions&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L’argument qu’on nous oppose n’a pas fait grand progrès depuis Héraclite, nous voyons même de mieux en mieux son origine sensualiste. Si l’intelligence n’a pour objet que ''les corps solides'', qu’on nous explique le verbe ''être'', âme de tout jugement, et qu’on nous montre en quoi l’homme peut différer de l’animal. Si l’objet de l’intelligence n’est pas le ''corps solide'', mais ''l’être ''et tout ce qui ''a raison d’être'', la proposition bergsonienne «&amp;amp;nbsp;''il y a plus dans le mouvement que dans l’immobile''&amp;amp;nbsp;» n’est vraie que des immobilités prises ''par les sens ''sur le devenir lui-même. Mais elle est fausse si on l’érige en principe absolu, parce que alors elle veut dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''il y a plus dans ce qui devient et n’est pas encore que dans ce qui est''.&amp;amp;nbsp;» L’immobile, pour les ''sens'', c’est ce qui localement ''est en repos&amp;amp;nbsp;'' pour l’intelligence, c’est ''ce qui est'', par opposition à ce qui devient, comme l’immuable est ce qui est et ne peut pas ne pas être. — Le sensualisme bergsonien confond l’immutabilité qui est supérieure au mouvement avec celle qui lui est inférieure… C’est ainsi qu’il rabaisse la vie immobile de l’intelligence, qui contemple les lois éternelles les plus hautes, jusqu’à l’inertie du corps solide inanimé. — De ce point de vue le temps est supérieur à l’éternité&amp;amp;nbsp;; il est la vie, tandis que l’immobile éternité est une mort.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Boutroux répondait de même à Spencer&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L’évolutionnisme est la vérité ''au point de vue des sens&amp;amp;nbsp;'' mais, ''au point de vue de l’intelligence'', ''il ''reste vrai que l’imparfait n’existe et ne se détermine ''qu’en vue ''du plus parfait… De plus l’intelligence persiste à dire avec Aristote&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Tout a sa raison d’être et le premier principe doit être la raison suprême des choses. Or expliquer, c’est déterminer, et la raison suprême des choses ne peut être que l’être ''entièrement déterminé&amp;lt;ref&amp;gt;Études d’Histoire de la Philosophie, p. 202.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tel est le dernier mot, de la philosophie grecque&amp;amp;nbsp;», comme l’avoue M. Bergson&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est point, comme il le dit, «&amp;amp;nbsp;par des fils invisibles que cette philosophie se rattache à toutes les fibres de l’âme antique&amp;amp;nbsp;» et à ce qui fait le fond de l’intelligence humaine. C’est une erreur de dire qu’on «&amp;amp;nbsp;ne peut la déduire d’un principe simple&amp;amp;nbsp;». Elle se rattache à l’intelligence par la loi suprême de la pensée et du réel, par ''le principe d’identité ''(forme positive de celui de contradiction), impliqué dans la toute première idée, l’idée d’être&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''l’être est l’être'', ''le non-être est non être''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; plus brièvement «&amp;amp;nbsp;''l’être n’est pas le non-être'', ils s’opposent contradictoirement&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or si la réalité fondamentale est ''devenir ''comme le soutiennent M. Bergson et M. Le Roy, en revenant à Héraclite, il faut dire avec ce vieux Ionien que le principe de contradiction n’a plus aucune valeur réelle, car ''l’être ''et ''le non-être'', loin de s’opposer contradictoirement, ''s’identifient ''dans le ''devenir qui est à lui-même sa raison''. Aristote l’a profondément montré au livre IVe de sa Métaphysique, où il montre tout le sens, la nécessité absolue, la valeur réelle, et toute la portée du principe de contradiction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la réalité fondamentale est devenir, le principe de contradiction s’évanouit, et avec lui celui d’identité, qui exprime positivement la même loi&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;l’être est l’être&amp;amp;nbsp;; le non-être est non être&amp;amp;nbsp;». Alors il ne faudrait plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;le vrai est le vrai, le faux est le faux, ''est est'', ''non non''&amp;amp;nbsp;», comme il est dit dans l’Evangile. Que resterait-il du principe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;le bien est le bien, le mal est le mal, ils ne sauraient se confondre&amp;amp;nbsp;». Les spirituels pourraient-ils encore affirmer&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la chair est chair, l’esprit est esprit&amp;amp;nbsp;; Dieu est Dieu, la créature est créature&amp;amp;nbsp;». Est-ce qu’il ne faudrait pas dire du devenir universel ou de l’évolution créatrice ce qui est dit dans la première proposition du Syllabus de Pie IX&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Deus idem est ac rerum natura et idcirco immutationibus obnoxius, ''Deusque'' ''reapse fit in homine ''et in mundo, atque omnia Deus sunt et ipsissimam Dei habent substantiam&amp;lt;ref&amp;gt;DENZINGER, n° 1701.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». — Si le principe d’identité ou de contradiction s’évanouit, avec lui disparaît celui de causalité, appliqué, non plus seulement aux phénomènes, mais dans l’ordre de l’être. Avec l’être, il sombre dans le devenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’est-ce pas à cela que nous conduit M. Le Roy malgré la méditation spirituelle, qui est la seconde partie de son livre&amp;amp;nbsp;? Il maintient somme toute ce qu’il avait écrit dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', 1905, p. 200-204&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le principe de non-contradiction n’est pas universel et nécessaire autant qu’on l’a cru, il a son domaine d’application&amp;amp;nbsp;; il a sa signification restreinte et limitée. ''Loi suprême du discours et non de la pensée en général'', ''il n’a prise que sur le statique'', sur le morcelé, sur l’immobile, bref sur des choses douées d’une ''identité''. ''Mais il y a de la contradiction dans le monde'', comme il y a de l’identité. Telles ces mobilités fuyantes, le devenir, la durée, la vie, qui par elles-mêmes ne sont pas discursives et que le discours transforme pour les saisir en schèmes contradictoires.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela revient à dire que, la réalité fondamentale étant ''devenir'', le principe de contradiction ou de non-contradiction est l’erreur fondamentale. A moins qu’on ne dise avec Aristote et Saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Commenterium in l. IV Metaphysicae, c. 3 à 8 ; lect. V à XVII, de valore principii contradictionis.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;: cela revient à affirmer que ''l’absurdité radicale est au principe de tout''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy maintient absolument sa position, c’est ce qui lui fait écrire dans son nouveau livre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''La réalité est devenir''… activité spirituelle dont émanent les immobilités relatives qu’on appelle matière ou raison pure&amp;lt;ref&amp;gt;Op. cit., p. 115.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» «&amp;amp;nbsp;''Le principe de causalité n’a judicature que sur les phénomènes''. On connaît ses liens avec le morcelage&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid., p. 92 ; item p. 35, 45.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» Dès lors les preuves de l’existence de Dieu fondées sur ce principe, solidaire lui-même de celui de contradiction, n’ont plus aucune valeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; Il faut choisir&amp;amp;nbsp;: ''le devenir'', ''l’évolution créatrice ''où disparaît la distinction réelle et essentielle de l’Incréé, immuable et éternel, et du créé toujours changeant, ou bien ''la vérité du principe de contradiction ou d’identité'', comme loi fondamentale de la pensée et du réel. La position adoptée par la philosophie du devenir apparaît ainsi comme une preuve de l’existence de Dieu par l’absurde, et, si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer, pour donner à choisir&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu ou l’absurdité radicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe de contradiction affirme qu’un cercle carré est, non seulement ''inconcevable'', mais encore ''irréalisable ''en dehors de notre esprit, irréalisable par quelque puissance que ce soit, finie ou infinie. Affirmer cela, c’est déjà pour notre esprit ''sortir de soi'', c’est affirmer une loi du ''réel possible ''et de ce qui est ''réellement impossible''. Le même principe affirme encore que ''ce qui devient n’est pas encore'', que ''le devenir n’est pas l’être'', et qu’il y a ''plus dans l’être que dans le devenir'', dans l’animal engendré que dans l’évolution de l’embryon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce principe de contradiction, soit sous sa forme négative (l’être n’est pas le non-être), soit sous sa forme positive ''(est est'', ''non non)'', est incomparablement plus certain, que tout ce qu’on vient nous dire sur l’inquiétude humaine, sur la volonté profonde&amp;amp;nbsp;; et tout cela ne peut tenir que si lui-même subsiste. Le ''Cogito'', ''ergo sum ''s’évanouirait aussi&amp;amp;nbsp;; je ne pourrais plus dire ''je pense'', mais impersonnellement&amp;amp;nbsp;: ''il pense'', comme on dit ''il pleut'', et pas même, car il se pourrait que la pensée soit identique à la non-pensée. C’est le nihilisme doctrinal qui conduit au nihilisme moral. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine de l’Évolution créatrice d’elle-même, en faussant radicalement la notion de création, se heurte, comme nous l’avons longuement montré ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. De Revelatione, c. VIII, a. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;, à tous les premiers principes de la raison. Elle admet en effet un devenir ''sans sujet'', un mouvement sans mobile, un devenir ''sans cause efficiente ''distincte de lui, un devenir ''sans cause finale ''connue par une intelligence parfaite de toute éternité. Elle tient que cette évolution, créatrice d’elle-même, est ''ascendante'', et alors, en elle ''le plus sort du moins'', le ''plus parfait sort du moins parfait&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; elle rejette le mystère de création, qui s’harmonise avec les principes de causalité efficiente et de finalité, pour lui substituer &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''l’absurde ''placé au principe de tout&amp;amp;nbsp;: le plus qui sort du moins sans cause efficiente et sans finalité proprement dite. Comme on l’a dit, Dieu, identifié avec cette évolution créatrice, va de surprise en surprise, en voyant tout ce qu’il devient, sans l’avoir prévu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine avoue que le devenir, qui est à lui-même sa raison, est une ''contradiction réalisée&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; mais elle oublie ce qu’a remarqué Aristote à la fin du IV&amp;lt;/nowiki&amp;gt;e livre de sa Métaphysique, que, si le principe de contradiction n’a plus de valeur, ''le devenir lui-même ne se distingue plus du non-devenir'', en lui le point de départ n’est pas distinct du point d’arrivée&amp;amp;nbsp;; on est alors au but avant d’être parti&amp;amp;nbsp;; le devenir corporel ou spirituel devient ''immobile ''et il se confond, non pas avec l’immobilité de l’Etre subsistant, mais avec celle du néant, et du néant absolu, qui est l’absence non seulement de toute existence, mais de toute possibilité d’existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité du principe de contradiction ou d’identité est plus certaine que l’existence de la terre qui nous porte&amp;amp;nbsp;; c’est une certitude non seulement physique, mais métaphysique ou absolue&amp;amp;nbsp;; et sans elle il n’y a plus rien pour nous d’intelligible. Autrement dit, avec la notion d’être, qui fonde ce principe, s’évanouissent celles du vrai et du bien et leur opposition avec l’erreur et le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà le lien qui rattache à l’intelligence humaine l’affirmation du ''primat de l’être sur le devenir'', qui est à la base de la philosophie traditionnelle, et, comme l’avoue M. Bergson, «&amp;amp;nbsp;si l’on fait abstraction des matériaux friables qui entrent dans la construction de cet immense édifice, une charpente solide demeure, et cette charpente dessine les grandes lignes d’une métaphysique, qui est, croyons-nous, la métaphysique naturelle de l’intelligence humaine&amp;lt;ref&amp;gt;Evolution créatrice, p. 354.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Est-il vrai que saint Thomas n’a pas établi la transcendance divine&amp;amp;nbsp;''?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Ed. Le Roy dans son dernier livre&amp;lt;ref&amp;gt;Le Problème de Dieu, p. 30, 38-43, 118.&amp;lt;/ref&amp;gt; reproche assez cavalièrement à saint Thomas de ne pas établir la transcendance de Dieu, sa supériorité infinie au-dessus de tout le créé. Après avoir rapporté (p. 118) la définition de ''la personne ''que le Docteur commun de l’Eglise applique analogiquement à Dieu, M. Le Roy, qui n’a nullement compris l’analogie, se contente d’écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C’est une locution empruntée à la langue du droit. Inutile d’y insister.&amp;amp;nbsp;» Sans le comprendre, il bouscule saint Thomas, un peu comme un maître d’école, ignorant les richesses de la raison naturelle, bouscule un enfant qui lui répond selon le sens commun. Il ne saisit pas qu’il s’agit ici de trois perfections absolues (''simpliciter simplices''), qui n’impliquent formellement aucune imperfection&amp;amp;nbsp;: être subsistant, intelligence et liberté, et qui peuvent par suite s’appliquer à Dieu ''analogiquement'', mais selon leur ''sens propre'', et sans métaphore. Nous l’avons longuement expliqué ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Dieu, son existence et sa nature, p. 198 SS., 200-208, 215-223, 531-545, 568, 780.&amp;lt;/ref&amp;gt; en examinant les objections, qu’on réimprime ici comme si elles n’avaient reçu aucune réponse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves thomistes de l’existence de Dieu, nous dit-on, ne concluent à la transcendance divine que par un recours inconscient à l’argument de saint Anselme et ne valent donc pas plus que lui. (Cf. ''le Problème de Dieu'', p. 38, 46, 94.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons déjà répondu à M. Le Roy&amp;amp;nbsp;: Saint Anselme aurait dû dire seulement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;l’être le plus grand qui se puisse concevoir existe nécessairement par lui-même, et non pas par un autre, ''s’il existe''&amp;amp;nbsp;». On peut dire réciproquement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''S’il existe'', l’être nécessaire doit être l’Être même, il doit être à l’être comme A est A, en vertu du principe d’identité ou de contradiction, autrement il faudrait encore remonter plus haut, jusqu’à l’identité pure de l’''Ipsum'' ''esse subsistens'', qui est sans limites et infiniment parfait&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Le sens commun et la philosophie de l’être, 3ème éd., p. 214-219.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» Il n’y a donc aucun recours inconscient à l’argument de saint Anselme, car on a d’abord établi ''a posteriori ''que l’être nécessaire est requis comme cause de ce qui devient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; M. Le Roy affirme à plusieurs reprises sous différentes formes que la transcendance de Dieu n’est pas établie par les preuves thomistes (Cf. ''Le Problème de Dieu'', p. 30, 38, 39, 41, 43). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve de la transcendance divine donnée par saint Thomas se rattache pourtant de façon rigoureuse au principe de contradiction ou d’identité, dont on ne montre pas qu’on puisse se passer. Elle revient à ceci&amp;amp;nbsp;: Il ne peut y avoir ni multiplicité ni devenir au sein de l’Absolu. Or le monde est essentiellement multiple et changeant. Donc Dieu est réellement et essentiellement distinct du monde. Cette preuve est celle donnée par le Concile du Vatican, sess. III, ch. I&amp;lt;ref&amp;gt;« (Deus) qui, cum sit una singularis, simplex omnino et incommutabilis substantia spiritualis, praedicandus est re et essentia a mundo distinctus… et super omnia ineffabiliter excelsus. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. En d’autres termes&amp;amp;nbsp;: Si le principe d’identité ou de contradiction est loi fondamentale de la pensée et du réel, la réalité fondamentale doit être à l’être comme A est A, elle doit être l’Être même éternellement subsistant, la Vérité même toujours connue, le Bien même toujours aimé, la Pensée même et l’Amour par essence&amp;amp;nbsp;: ''Ipsum'' ''intelligere'' ''et Ipsum velle subsistens''. (Cf. Saint Thomas, Ia, q. 3, a. 4, 7, 8&amp;amp;nbsp;; q. 4, a. 2&amp;amp;nbsp;; q. 7, a. 1&amp;amp;nbsp;; q. 9, a. 1&amp;amp;nbsp;; q. 10, a. 2.). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy redit encore (p. 38) avec Kant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;D’où conclure que cette intelligence et cette sagesse (exigées par la preuve tirée de l’ordre du monde) sont ''infinies ''et ''créatrices&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il avait compris saint Thomas, il aurait saisi que toute intelligence qui n’est pas infinie, qui n’est pas la Pensée même et la Vérité même, est ''ordonnée à la Vérité et à l’Être'', comme l’œil vivant au coloré, et donc qu’il faut remonter jusqu’à une Intelligence ''ordonnatrice ''suprême, qui soit l’Ipsum ''intelligere'' ''subsistens''. Ce sont là les éléments mêmes de la philosophie traditionnelle. (Cf. Ia, q. 14, a. 2, 3, 4). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''''La philosophie du devenir est la négation de la transcendance divine''''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si saint Thomas n’avait pas prouvé la transcendance de Dieu, serait-ce la philosophie du devenir ou de l’évolution créatrice qui l’établirait&amp;amp;nbsp;? Après avoir admis que la réalité fondamentale, source de tout, est ''devenir'', comment donc peut-elle établir que Dieu est infiniment supérieur à toute créature corporelle et spirituelle, infiniment supérieur au mouvement corporel ou spirituel, et supérieur au temps, mesure du mouvement&amp;amp;nbsp;? Si Dieu est l’évolution créatrice, comment cette philosophie établit-elle ''qu’Il peut exister sans le monde qui évolue&amp;amp;nbsp;''? Comment respecte-t-elle le dogme de la création ''ex nihilo et non ab aeterno&amp;amp;nbsp;''? Elle prétend que l’expression création ''ex nihilo ''est impensable, parce qu’elle ne comprend pas que ces mots veulent dire «&amp;amp;nbsp;''ex nullo praesupposito subjecto''&amp;amp;nbsp;». (Cf. saint Thomas, Ia, q. 45, a. 5, c. et ad 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment une philosophie du devenir peut-elle se concilier avec cette affirmation révélée que Dieu a librement voulu créer le monde ''non ab aeterno'', que tout ce qui existe en dehors de Lui ''a commencé'', que le mouvement corporel ou spirituel et que le temps ont commencé&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, Ia, q. 46, a. 2 : « Utrum mundum incoepisse sit articulus fidei. »&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut se rendre compte de ce qui subsiste de la transcendance divine et du dogme de la création en lisant ce que nous en dit M. Le Roy dans son dernier livre p. 91, 92, 93, 95, p. 282-283. Nous lisons, pages 91-92&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La création est inconcevable comme événement historique ayant sa date, inconnue de nous sans doute, mais assignable en soi… ''On est dupe de l’imagination quand on croit penser un commencement de l’univers total ''sur le modèle de sa continuation temporelle. Par cela même que l’idée du néant n’est qu’une pseudo-idée… on ne saurait à aucun degré concevoir ''un passage du néant à l’être''… Le principe de causalité n’a judicature que sur les phénomènes&amp;amp;nbsp;», etc., etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Au'' ''fond'', ''l’idée de cause première est une idole de la déduction ''(p. 93).&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Evidemment si la réalité fondamentale est devenir, la notion de création ''ex nihilo ''est absurde. Mais si l’être se divise en puissance et acte, si le devenir suppose une puissance passive et une puissance active, lorsque la puissance passive est égale à zéro, il faut une puissance active infinie, seule capable de produire quelque chose, même un grain de sable, ''ex nihilo'', c’est-à-dire (ce n’est pas là une pseudo-idée) ''ex nullo praesupposito subjecto&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, Ia, q. 45, a. 5, c. et ad 3. Quand les théologiens disent que les anges crées sont en dehors de Dieu, ces mots en dehors ne signifient évidemment pas en dehors localement, mais que les anges ne sont pas Dieu.&amp;lt;/ref&amp;gt;.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En d’autres termes, si Dieu, comme le veulent M. Bergson et M. Le Roy, est «&amp;amp;nbsp;une réalité qui se fait&amp;amp;nbsp;», «&amp;amp;nbsp;une continuité de jaillissement&amp;amp;nbsp;», «&amp;amp;nbsp;l’évolution créatrice&amp;amp;nbsp;», il ne se conçoit pas sans le monde qui évolue, il ne peut exister avant lui, avant le temps, dans l’unique instant de l’immobile éternité. Dans cette conception Dieu ne se conçoit pas sans le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, il ne sera jamais infiniment parfait, car il est un infini à devenir. M. Le Roy écrit dans son dernier livre, p. 95, au sujet de ce qu’il appelle la ''théorie statique de la perfection&amp;amp;nbsp;'': «&amp;amp;nbsp;Rien de plus contestable… ''Pourquoi'', je le répète, ''la perfection ne serait-elle pas tout simplement l’infini du progrès''…&amp;amp;nbsp;? ''Pourquoi le parfait ne serait-il pas une ascension'', ''une croissance'', ''plutôt qu’une plénitude immobile&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;» — Pourquoi&amp;amp;nbsp;? — Parce que, dans cette évolution créatrice ascendante, ''le plus sortirait du moins'', et ce n’est pas une chose qui se puisse admettre «&amp;amp;nbsp;tout simplement&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Item p. 283&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous ne sommes pas des «&amp;amp;nbsp;natures&amp;amp;nbsp;» achevées et closes… Notre vie, au contraire, est incessante création… Dieu est à la fois immanent et transcendant&amp;amp;nbsp;: immanent quant à sa présence efficace et intime, quant à son action inspiratrice et réalisante en nous, transcendant quant à l’infini de création et de réalité toujours plus haute vers lequel sans limite il nous attire et nous soulève, quant à son caractère de principe inexhaustible.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy maintient, somme toute, ce qu’il disait autrefois, dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', juillet 1907, p. 512, pour caractériser la transcendance de Dieu&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si nous déclarons Dieu immanent, c’est que nous considérons de Lui ''ce qui est devenu ''en nous et dans le monde&amp;amp;nbsp;; mais pour le monde et pour nous il reste toujours un ''infini à devenir'', un infini qui sera création proprement dite, non simple développement, et de ce point de vue ''Dieu ''apparaît comme ''transcendant''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dire que Dieu ne sera jamais infiniment parfait, et, dans l’évolution créatrice ascendante, la grâce, dont on veut bien parler encore, ne constitue pas un ordre nouveau, infiniment supérieur à celui de la nature. On vient de nous dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;nous ne sommes pas des natures achevées et closes&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; la grâce est un moment de l’évolution, et le christianisme lui aussi, moment le plus élevé, mais rien de plus. Où est dès lors sa surnaturalité essentielle&amp;amp;nbsp;? C’est toujours le pur modernisme condamné (''Denzinger'', 2058, 2078 sq. et 2094 sqq.). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que le symbole pragmatique de la personnalité divine, qu’on veut encore conserver ici, recouvre une métaphysique panthéistique du ''devenir'', qui est en opposition radicale avec ce que le Concile du Vatican nous dit de ''la distinction réelle et essentielle ''du Créateur et du créé, tout comme elle est en opposition avec le principe d’identité ou de contradiction, loi fondamentale de la pensée et du réel. (Cf. ''Denzinger'', 1782, 1804.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; '''''Que vaut la preuve nouvelle qu’on propose&amp;amp;nbsp;''?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et alors que peut valoir la preuve de l’existence de Dieu proposée par M. Le Roy sous les titres&amp;amp;nbsp;: L’inquiétude humaine&amp;amp;nbsp;; Le problème de la volonté profonde&amp;amp;nbsp;; La foi en Dieu, etc.&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certes là un commentaire de Pascal qui s’efforce de conserver la preuve de l’existence de Dieu par le désir du bonheur et les aspirations de l’âme humaine. On se rappelle en le lisant la parole de saint Augustin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;irrequietum est cor nostrum, Domine, donec requiescat in te&amp;amp;nbsp;», et aussi le début de la Ia IIae de saint Thomas. On pense à certaines élévations des mystiques&amp;amp;nbsp;; mais inconsciemment M. Le Roy n’en fait-il pas une reproduction en ''simili&amp;amp;nbsp;''? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve par le désir naturel du bonheur, nous l’avons montré ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Dieu, p.302-307.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ne vaut que si le principe de finalité a une valeur ontologique et transcendante. Ce principe nous dit que tout agent agit pour une fin, qu’un désir ''naturel ''ne peut être ''vain''. Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Premièrement parce que ''le désir ''et l’amour tendent, non pas vers la notion de bien qui est dans l’esprit, mais vers le bien qui est dans les choses&amp;amp;nbsp;; et secondement un désir ''naturel ''ou fondé immédiatement, non sur l’imagination ou sur une conception plus ou moins erronée de la raison raisonnante, mais sur ''la nature ''de l’intelligence et de la volonté, n’est pas plus vain que cette nature, surtout si c’est un désir ''d’exigence'', comme celui dont il est parlé ici, et qui ne porte pas sur notre élévation à l’ordre surnaturel. Notre volonté, ''par sa nature même'', désire un bien sans limite, autant du moins qu’il est naturellement connaissable. Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Parce qu’elle est naturellement éclairée, non par les sens ou par l’imagination, mais par l’intelligence qui conçoit le bien universel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc la volonté humaine spécifiée par le bien universel existait, et si le Souverain Bien naturellement connaissable n’existait pas, il y aurait là une contradiction psychologique&amp;amp;nbsp;; la volonté par nature tendrait vers un bien sans limite, et n’y tendrait pas. Saint Thomas l’a fort bien montré, Ia IIae, q. 2, a. 7 et 8. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tout cela tient'', ''s’il y a une nature de l’âme'', ''une nature de l’intelligence spécifiée par l’être intelligible'', ''une nature de la volonté spécifiée par le bien universel''. Cela tient, si l’agir présuppose l’être et le mode d’agir le mode d’être, si chaque être a sa nature propre, surtout si ''l’être est l’être'', et s’oppose au néant, au lieu de s’identifier avec un ''devenir ''qui serait à lui-même sa raison. En d’autres termes, cela tient, si le principe de contradiction a une valeur ontologique et transcendante, et par suite aussi les principes de causalité efficiente et de finalité, si l’ordre des agents correspond à l’ordre des fins, s’il y a quelque chose au-delà de notre pensée, si à la représentation correspond un représenté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais évidemment cette preuve de l’existence de Dieu n’a plus aucune consistance, si l’être et le non-être se confondent dans un devenir sans cause, et qui, même orienté vers la perfection, n’arrivera jamais à la perfection souveraine de l’Être, de la Sagesse et de l’Amour&amp;lt;ref&amp;gt;Dans une classe de philosophie, lorsque le professeur, idéaliste en apparence convaincu, disait : Un au-delà de la pensée est impen­sable, un élève, qui n’avait plus rien à perdre, se permettait toutes sortes d’irrévérences. Le professeur idéaliste ne manquait pas de le reprendre. Le jeune insoumis répondait : Esse est percipi, comme dit Berkeley, un au-delà de le pensée est impensable. Comment savez-vous, Monsieur, qu’en dehors de votre pensée j’existe et que je dis ou fais ceci ou cela ? Comment pouvez-vous qualifier mes propos et mes actes, comme chose en soi, s’ils peuvent en même temps être sous le même rapport bienséants et inconvenants, raisonnables et déraisonnables ? » — « Quoi qu’il en soit, sortez. » — « Je sors, Monsieur, et en dehors de votre pensée (jugement d’existence). Je sors, tout en ne sortant pas, puisqu’on peut, paraît-il, en même temps sortir et ne pas sortir. C’est inconcevable, selon vous, mais peut-être réali­sable. Pour moi, le réalisable et le réel sont un au-delà de la pensée ; ils sont son objet extramental. Objectum intellectus est ens. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''La voie du nihilisme doctrinal''''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que conclure&amp;amp;nbsp;? — Pie X disait (''Sacrorum'' ''Antistitum'')&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Magistros autem monemus, ut rite hoc teneant Aquinatem vel parum deserere, praesertim in re metaphysica, non sine magno detrimento esse. ''Parvus'' ''error'' ''in principio'', sic verbis ipsius Aquinatis licet uti, ''est magnas in fine''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si une légère déviation au sommet de l’angle devient énorme quand on prolonge très loin ses côtés&amp;amp;nbsp;; si une erreur d’aiguillage cause un déraillement effroyable, qu’arrivera-t-il si l’on commence par mettre de la mélinite sous les premiers principes, lois fondamentales de la pensée et du réel&amp;amp;nbsp;? Alors comment ne pas arriver à la définition moderniste de la vérité condamnée dans le décret ''Lamentabili''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Veritas'' ''non est immutabilis plus quam ipse homo'', ''quippe quae cum ipso'', ''in ipso et per ipsum evolvitur''&amp;amp;nbsp;» (Denzinger, n° 2058). Il n’y a plus aucune vérité immuable&amp;amp;nbsp;; aucune vérité n’est plus la conformité de notre jugement avec quelque chose d’immuable&amp;amp;nbsp;; c’est la conformité de notre pensée avec la vie toujours changeante, comme on l’a dit, sans voir toute la répercussion de cette formule vraie en ce qu’elle affirme, fausse en ce qu’elle nie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''veritas'' ''est adaequatio mentis et vitae''&amp;amp;nbsp;». Et alors le ''faux ''se distingue-t-il encore de ce qui est ''moins vrai ''dans l’état actuel de notre science&amp;amp;nbsp;? ''Le mal ''se distingue-t-il encore essentiellement de ce qui est seulement ''moins bon&amp;amp;nbsp;''? Trahir son pays est-ce mal ou est-ce moins bien que de le servir, moins conforme aux idées actuelles, qui, malgré la poussée du communisme internationaliste, font encore au patriotisme sa part&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Où allons-nous, en suivant cette direction, et comment d’après les principes de la philosophie du devenir éviter la première proposition du Syllabus à laquelle revenait un bergsonien convaincu, M. Jean Weber, lorsqu’il écrivait, dans la Revue de Métaphysique et de Morale, 1894, p. 549-560&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La morale, en se plaçant sur le terrain où jaillit sans cesse, immédiate et toute vive, l’invention, en se posant comme le plus insolent empiètement du monde de ''l''’''intelligence ''sur ''la spontanéité'', était destinée à recevoir de continuels démentis de cette indéniable ''réalité de dynamisme et de création ''qu’est notre activité… En face de ces morales d’idées, nous esquissons la morale ou plutôt l’amoralisme du fait… ''Nous appelons ''«&amp;amp;nbsp;''bien''&amp;amp;nbsp;» ''ce qui a triomphé''… L’homme de génie est profondément immoral, mais il n’appartient pas à n’importe qui d’être immoral… Le «&amp;amp;nbsp;devoir&amp;amp;nbsp;» n’est nulle part et il est partout, car toutes les actions se valent en absolu.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si en effet il n’y a plus rien d’absolument immuable, si l’être ne s’oppose pas au néant, mais s’identifie avec lui dans un devenir sans cause, alors il n’y a plus de ''distinction absolue'', ''nécessaire'', ''immuable ''entre ''le bien et le mal&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; il n’y a plus, comme le veut le nominalisme radical, qu’une distinction contingente, libre, toujours variable&amp;amp;nbsp;; le mal devient un moindre bien, un moment de l’évolution qu’il faut dépasser. Qu’il faut dépasser&amp;amp;nbsp;! à condition d’établir contre M. Jean Weber que l’évolution DOIT être ascendante, dans le sens de la &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''moralité relative ''qui subsiste on ne sait comment après la disparition de la ''moralité absolue'', après la disparition de la distinction nécessaire, immuable et éternelle entre le bien et le mal. M. Le Roy pose «&amp;amp;nbsp;le primat du moral&amp;amp;nbsp;», mais celui-ci s’évanouit, si l’on nie le primat métaphysique de l’Être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors comment éviter la première proposition du Syllabus de Pie IX, dont nous n’avons cité plus haut que le début et qui n’est autre que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Deus idem est ac rerum natura et idcirco immutationibus obnoxius, ''Deusque'' ''reapse fit in homine ''et in mundo, atque omnia Deus sunt et ipsissimam Dei habent substantiam&amp;amp;nbsp;; ac ''una'' ''eademque res est Deus cum mundo et proinde spiritus cum materia'', ''necessitas cum libertate'', ''verum cum falso'', ''bonum cum malo'', ''et justum cum in justo''&amp;amp;nbsp;» (Denzinger, n° 1701). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si en effet on nie la valeur du principe de contradiction comme loi fondamentale de la pensée et du réel, comment éviter ces conséquences&amp;amp;nbsp;? Comment par exemple M. Le Roy et M. Bergson distinguent-ils ''essentiellement ''l’esprit et la matière, ''l’intelligence ''et ''les sens'', ''si ''l’objet de l’intelligence est le ''corps solide'', déjà saisi par les sens, et non pas l’être ''intelligible ''et ses lois universelles et nécessaires&amp;amp;nbsp;? Comment distinguent-ils ''la nécessité ''et ''la liberté'', alors qu’ils réduisent celle-ci à la simple ''spontanéité&amp;amp;nbsp;''?&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. J. MARITAIN, La Philosophie bergsonienne, nouvelle édition ; 1ère partie, ch. V et VI.&amp;lt;/ref&amp;gt; Comment surtout distinguent-ils ''absolument ''et ''nécessairement ''le ''vrai ''du ''faux'', le ''bien ''du ''mal'', le ''juste ''de l’''injuste''. Si de toute éternité n’existe pas, souverainement parfaite, la Vérité même, la Sagesse même, elles n’existeront jamais, et jamais l’Évolution créatrice ne nous donnera une norme absolue pour distinguer le juste et l’injuste, le bien du mal. La morale, sans l’idée objectivement fondée du Souverain Bien, parfait par essence, fin dernière de l’homme, restera, comme la morale kantienne, semblable à une région sans soleil, à une terre aride et triste, qui ne saurait porter aucun fruit. Elle ne donnera surtout aucun fruit pour l’éternité, car elle cesse de voir que ''l’incomparable richesse du moment présent'', si terne qu’il soit en apparence, ne vient pas de ce que ce moment se trouve entre un passé évanoui et les incertitudes de l’avenir, mais de ce qu’il ''coexiste ''avec ''l’unique instant de l’immobile éternité ''et qu’il y a une manière surnaturelle de le vivre, pour que le mérite, qu’il peut contenir, non seulement se réalise comme tendance en perpétuelle évolution, mais demeure pour l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome. Angelico. &lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes et références  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_philosophie_du_devenir&amp;diff=1757</id>
		<title>La philosophie du devenir</title>
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				<updated>2011-04-19T15:45:57Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Apologétique  | auteur                        = P. Garrigou-Lagrange, o.p.  | source                        = Extrait de ... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
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 | auteur                        = P. Garrigou-Lagrange, o.p.&lt;br /&gt;
 | source                        = Extrait de la « La Vie Intellectuelle »&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = mars - avril 1930&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦♦ Difficile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== '''Le Réveil du modernisme''' ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La philosophie du devenir ou de l’évolution créatrice peut-elle éviter le panthéisme&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ceux qui ont suivi il y a une vingtaine d’années le mouvement moderniste se souviennent du Mémoire publié par M. Édouard Le Roy dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', mars et juillet 1907, sous ce titre&amp;amp;nbsp;: ''Comment se pose le problème de Dieu''. On se rappelle que c’était une critique des preuves traditionnelles de l’existence de Dieu, telles qu’elles sont présentées par saint Thomas, critique qui niait la valeur réelle (ontologique et transcendante) des principes premiers de la raison, qui sont le fondement de ces preuves&amp;amp;nbsp;: principe de contradiction ou d’identité et principe de causalité efficiente. On y déclarait que «&amp;amp;nbsp;tout réalisme ontologique est absurde et ruineux&amp;lt;ref&amp;gt;Revue de métaphysique et de morale, juillet 1907, p. 495.&amp;lt;/ref&amp;gt; &amp;amp;nbsp;». On demandait, en rejetant la valeur ontologique du principe d’identité ou de contradiction&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Pourquoi ne pas identifier l’être au devenir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn2 [2]]&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Dieu même y paraissait, selon l’expression de M. Bergson, comme «&amp;amp;nbsp;''une réalité qui se fait ''à travers celle qui se défait[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn3 [3]]&amp;amp;nbsp;», et l’on ne voyait plus comment il peut être, ainsi que le déclare le Concile du Vatican&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;réellement et essentiellement distinct du monde, «&amp;amp;nbsp;''re'' ''et essentia a mundo distinctus''… ''et super omnia'', ''quae praeter ipsum sunt et concipi possunt'', ''ineffabiliter excelsus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn4 [4]]&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On sait aussi que peu après, le 3 juillet 1907, parut le Décret ''Lamentabili'' du Saint-Office, qui condamnait les erreurs modernistes, en particulier ses conceptions pragmatistes de la vérité et du dogme, bien connues des lecteurs de M. Ed. Le Roy. Le Saint-Office y réprouvait ces deux propositions&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La vérité n’est pas plus immuable que l’homme, elle évolue avec lui, en lui et par lui[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn5 [5]]&amp;amp;nbsp;», ce qui est la conséquence même du principe «&amp;amp;nbsp;l’être s’identifie au devenir&amp;amp;nbsp;». — «&amp;amp;nbsp;Les dogmes de foi doivent être retenus seulement selon leur sens pratique, comme norme préceptive d’action, et non pas comme norme de ce qui est à croire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn6 [6]]&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; de ce point de vue il faudrait se comporter à l’égard de Jésus-Christ comme à l’égard de Dieu, sans qu’il soit nécessaire d’affirmer ''qu’il est ''Dieu, et se comporter à l’égard de Dieu comme à l’égard d’une personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Encyclique ''Pascendi'' ''dominici gregis ''parut deux mois plus tard, le 8 septembre 1907&amp;amp;nbsp;; elle condamnait le modernisme comme le renouvellement de nombreuses hérésies, en particulier son agnosticisme relatif aux preuves de l’existence de Dieu et de la distinction de Dieu et du monde, de l’Incréé et du créé. Elle repoussait sa conception de l’expérience religieuse substituée à ces preuves, conception dans laquelle se confondent l’ordre de la nature et celui de la grâce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn7 [7]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le serment antimoderniste, prescrit le 1er septembre 1910, commençait par ces mots&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ego… firmiter amplector ac recipio omnia et singula, quae ab inerranti Ecclesiae magisterio definita, adserta ac declarata sunt, praesertim ea doctrinae capita, quae hujus temporis erroribus directe adversantur. Ac primum quidem&amp;amp;nbsp;: Deum, rerum omnium principium et finem, naturali rationis lumine ''per ea quae facta sunt ''(cf. Rom., I, 20), hoc est, per ''visibilia'' creationis opera, ''tanquam'' ''causam per effectus'', certo cognosci, adeoque ''demonstrari'' etiam posse, ''profiteor[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn8 [8]].&amp;amp;nbsp;» Ce dernier mot montre qu’il s’agit d’une profession de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la suite de ces déclarations de l’Eglise, le calme s’était rétabli, le silence peu à peu s’était fait, et beaucoup d’intelligences d’abord troublées étaient revenues dans le droit chemin, en reconnaissant la valeur de la raison naturelle et de ses affirmations les plus fondamentales, ou de ses principes premiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons le grand regret de voir aujourd’hui que M. Ed. Le Roy vient de publier de nouveau le Mémoire paru en 1907[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn9 [9]]. Il nous dit dans l’Avant-Propos&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Ce volume contient deux parties hétérogènes. La première est un Mémoire de philosophie, paru d’abord dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale ''en 1907, et aujourd’hui introuvable&amp;amp;nbsp;; il est reproduit presque entier tel quel, sans retouches, sinon de menu détail et pour établir un juste raccord avec la seconde partie&amp;amp;nbsp;; on veut surtout y prendre conscience de certaines difficultés. Vient ensuite une série de Conférences restées jusqu’à présent inédites. Le ton en est tout autre&amp;amp;nbsp;: méditation spirituelle plutôt que dialectique savante&amp;amp;nbsp;; et la recherche s’efforce d’y garder une allure directement positive.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit dès lors que le mémoire de 1907 est reproduit ici sans aucun souci de répondre aux nombreuses critiques et réfutations qu’il souleva alors. M. Le Roy semble vouloir les ignorer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde partie est, comme il le dit lui-même, ''une méditation spirituelle&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; elle utilise beaucoup &amp;lt;/nowiki&amp;gt;Pascal et porte sur «&amp;amp;nbsp;l’inquiétude humaine, le problème de la volonté profonde, la foi en Dieu, les affirmations préliminaires, l’affirmation de Dieu, l’idée de Dieu, les conditions de la vie religieuse, les derniers obstacles&amp;amp;nbsp;». C’est une marche vers Dieu, qui rappelle à certains égards, à travers Pascal, les traités des Docteurs de l’Eglise sur la fin dernière, les aspirations humaines et la béatitude parfaite, béatitude qui ne peut se trouver ni dans les plaisirs, ni dans les honneurs, ni dans le pouvoir, ni dans la connaissance des sciences humaines, mais seulement dans le Souverain Bien qui est Dieu. Ces pages, qui rappellent bien des idées chères à saint Augustin et à saint Thomas, feront impression sur bien des lecteurs, surtout sur ceux qui sont déjà convaincus au moins confusément de l’existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais aussitôt la question se pose&amp;amp;nbsp;: cette construction doctrinale, (car on pense bien exposer encore une doctrine, doctrine pragmatiste sans doute, mais encore doctrine), cette construction, si elle a quelque force persuasive, d’où la tient-elle&amp;amp;nbsp;: des bases philosophiques qu’elle suppose, de la philosophie bergsonienne du devenir, ou bien de ce qu’elle utilise encore du sens commun et de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;? Cet édifice est-il porté par son fondement&amp;amp;nbsp;? N’est-il pas plutôt soutenu d’en haut par la foi religieuse du lecteur et par ce qui reste en lui de raison naturelle non déformée&amp;amp;nbsp;? Ne fait-il pas penser à cette statue, dont parle Daniel, qui avait une tête d’or fin, la poitrine et les bras d’argent, les jambes de fer et les pieds d’argile&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons en quoi consiste le fondement de la construction nouvelle. Pourquoi refuse-t-on d’admettre les preuves traditionnelles de l’existence de Dieu&amp;amp;nbsp;? Que met-on à leur place&amp;amp;nbsp;? Nous verrons ensuite, si, en partant ''d’une philosophie'', non pas de l’être, mais ''du devenir'', on évite le panthéisme qui voit en Dieu «&amp;amp;nbsp;une réalité qui se fait&amp;amp;nbsp;», «&amp;amp;nbsp;l’évolution créatrice&amp;amp;nbsp;». Nous verrons si par cette route on peut affirmer que Dieu est ''Celui qui est'', ''Ego sum'', ''qui sum'', l’Être même subsistant, qui par sa simplicité et son immutabilité absolue, ou son identité éternelle, se distingue réellement et essentiellement de tout ce qui est essentiellement multiple ou composé et changeant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''La critique fondamentale des preuves traditionnelles''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objection principale que M. Ed. Le Roy fait à ces preuves revient à ceci&amp;amp;nbsp;: elles reposent sur une distinction de sens commun inacceptable, «&amp;amp;nbsp;celle du moteur et du mobile, du mouvement et de son sujet, de l’acte et de la puissance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn10 [10]]&amp;amp;nbsp;». Les autres objections dérivent de cette première&amp;amp;nbsp;: les preuves traditionnelles, nous dit-on, supposent un recours inconscient à l’argument de saint Anselme, et donc ne valent pas plus que lui. Enfin elles n’établiraient pas la transcendance de la Cause première ou sa supériorité infinie sur tout le créé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y a quelqu’un qui compromet la transcendance divine, c’est bien sûr M. Le Roy, comme on peut le voir dans son livre, p. 91-95, p. 282-283.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voyons d’abord la première de ces objections, qui se résume en ces mots&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi ne pas identifier l’être au devenir&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;» (op. Cit., p. 45.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment M. Le Roy est-il conduit à considérer comme inadmissible la distinction que fait le sens commun ou la raison naturelle «&amp;amp;nbsp;entre le moteur et le mobile, entre le mouvement et son sujet, entre l’acte et la puissance&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;? — Il y est amené, nous dit-il, par le principe même de la philosophie du devenir, telle que la conçoit M. Bergson. «&amp;amp;nbsp;Je renverrai surtout, écrit-il (op. cit., p. 21), à cette admirable ''Introduction à la métaphysique'', qu’il a publiée dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', en janvier 1903. La pensée commune s’installe dans l’immobile et tâche de capter la réalité mobile au passage&amp;amp;nbsp;; elle pose donc en somme implicitement, à titre de postulat indiscuté, que c’est l’immobilité qui est intelligible, qui est première, et que c’est le mouvement qu’il faut expliquer, par réduction à l’immobile. En cela elle manifeste son attitude utilitaire&amp;amp;nbsp;: car ce n’est qu’au point de vue de l’action pratique qu’il peut suffire de se demander ''où en est ''la chose qu’on étudie, ce qu’elle est ''devenue'', afin de voir ce qu’on en pourrait tirer ou ce qu’il en faut dire. Mais une telle démarche ne convient plus pour l’œuvre de connaissance pure, de connaissance désintéressée. «&amp;amp;nbsp;Avec des arrêts, si nombreux soient-ils, on ne fera jamais de la mobilité&amp;amp;nbsp;; au lieu que si l’on se donne la mobilité, on peut, par voie de diminution, en tirer par la pensée autant d’arrêts qu’on voudra[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn11 [11]].&amp;amp;nbsp;» Aussi, conclut M. Ed. Le Roy, «&amp;amp;nbsp;''la vraie méthode philosophique procède à l’inverse de la pensée commune''. ''Elle envisage le mouvement comme la réalité fondamentale'', ''et elle regarde l’immobilité au contraire comme une réalité seconde et dérivée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn12 [12]].&amp;amp;nbsp;» On voit par là que, de ce point de vue, si Dieu est réalité fondamentale, il est le devenir même, l’évolution créatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Ed. Le Roy dit plus loin (p. 45)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''On veut qu’il y ait dans la cause au moins tout ce qu’il y a dans l’effet''. Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Parce que l’on morcelle et que l’on déduit. L’évidence de l’axiome tient en somme à ce que d’une part ''on se représente une cause extérieure et séparée'', à ce que d’autre part on attribue aux procédés de l’analyse déductive une ''portée ontologique''… Affirmer le primat de l’acte, c’est encore sous-entendre les mêmes postulats. Si causalité n’est que déversement d’un plein dans un vide, communication à un terme récepteur de ce que possède un autre terme, en un mot œuvre anthropomorphique d’un agent, alors soit&amp;amp;nbsp;! Mais que valent ces idoles de l’imagination pratique&amp;amp;nbsp;? ''Pourquoi ne point identifier tout simplement l’être au devenir&amp;amp;nbsp;''?… ''La perfection ''se présenterait comme un sens de genèse, ''non comme un point final ou une source première''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On prévoit de mieux en mieux que, de ce point de vue, Dieu, perfection suprême, sera l’évolution en perpétuel progrès et non pas l’Être même éternellement subsistant et souverainement parfait dès toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy dit encore (''op''. ''cit''., p. 114-115)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Cela posé, nous sommes à présent en mesure d’ordonner la série dialectique d’où sortira l’affirmation de Dieu… 1° ''La réalité est devenir'', effort générateur, ou — comme dit M. Bergson — jaillissement dynamique, élan de vie, poussée de création incessante. Cela, tout le montre dans la nature et nous le sentons mieux encore en nous-mêmes…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Le devenir cosmique est orienté dans un sens défini''… ascension vers le plus et le mieux… Cela, tout le montre dans la nature, notamment l’évolution biologique. Tout le montre aussi en nous, et l’histoire et la psychologie en témoignent également. En somme l’existence même est effort d’accroissement, travail de réalisation ascendante. Ainsi ''le moral ''apparaît comme le fond de l’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''L’esprit est liberté'', puisqu’il est à la racine de l’être, puisqu’il est ''action créatrice ''et même en un certain sens ''action d’autogenèse''… Voilà, en abrégé, ce que nous appelons la ''réalité morale ''(exigence d’ascension). Cette réalité morale, esprit de notre esprit, est radicalement irréductible à toute autre forme de réalité, de par sa place même au sommet ou plutôt à la source de l’existence. Il faut donc en affirmer le ''primat ''et c’est cette affirmation qui constitue ''l’affirmation de Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn13 [13]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit donc en quel sens on peut et on doit dire que Dieu existe, qu’il est réel… Et cela signifie… que ''nous avons à nous comporter ''par rapport à lui, comme par rapport à la source où nous puisons et devons puiser notre propre existence et notre propre réalité.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette source divine, Dieu même, apparaît ainsi de plus en plus comme l’évolution créatrice, comme le devenir universel, sans lequel notre existence apparaît comme un point&amp;amp;nbsp;; nous revenons à la formule de M. Bergson, selon laquelle Dieu est «&amp;amp;nbsp;une réalité qui se fait à travers celle qui se défait[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn14 [14]]&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;En définitive, conclut M. Le Roy, c’est toujours à ''l’expérience religieuse ''qu’il en faut revenir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn15 [15]].&amp;amp;nbsp;» — Cette expérience semble naturelle, mais comme elle est essentiellement une exigence d’ascension, on pourra l’appeler «&amp;amp;nbsp;surnaturelle&amp;amp;nbsp;», sans qu’elle ait à changer de nature, semble-t-il. N’est-elle pas déjà, dès son origine, une participation de la nature divine, comme la grâce sanctifiante dont parlent les théologiens&amp;amp;nbsp;? Et l’on ne voit plus bien pourquoi les Semipélagiens ont été condamnés pour avoir dit que l’''initium'' ''fidei vel salutis'', ''non per gratiae donum'', ''sed naturaliter nobis inest[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn16 [16]]. Que dis-je&amp;amp;nbsp;? Les Semipélagiens et les Pélagiens eux-mêmes n’avaient-ils pas une conception beaucoup plus élevée de Dieu que celle qui nous est ici présentée&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons sur quoi repose en fin de compte cette nouvelle théorie. N’est-elle pas le rajeunissement d’une vieille erreur&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Le fondement de cette conception nouvelle'''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que vaut cette affirmation qui se trouvait déjà sous la plume du vieil Héraclite&amp;amp;nbsp;: ''la réalité est devenir&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’ici les plus grands philosophes d’accord avec la raison naturelle ont dit&amp;amp;nbsp;: ''le devenir ne peut rendre raison de lui-même'', il ne peut ''exister par soi'', il n’est pas au ''réel ''ou ''à l’être ''comme A est A, comme le blanc est le blanc, la lumière est lumière, l’esprit est esprit. Tout d’abord il demande un sujet, le mouvement n’est jamais que le mouvement de quelque chose, de l’eau, de l’air, ou de l’éther. Le mouvement en général comme tel n’existe pas, mais seulement ''ce ''mouvement&amp;amp;nbsp;: il n’est ''ce ''mouvement, ''ce ''devenir, que parce qu’il est le mouvement de ce sujet, de ce mobile. Pas de rêve sans rêveur, pas de vol sans volatile, pas d’écoulement sans liquide, ni de flux sans fluide, si subtil soit-il. ''Pas de pensée sans esprit'', ''et'', ''si un esprit n’est pas'', comme Dieu, ''la Pensée même'', et la Vérité même toujours actuellement connue «&amp;amp;nbsp;ab aeterno&amp;amp;nbsp;», il est ''distinct ''de sa pensée, de ses pensées, qui varient, qui se portent sur divers objets, tandis que, lui, reste ''un et le même'', ou le même être substantiel sous ses phénomènes multiples et changeants. Et cet esprit imparfait ne saurait connaître sans le concours de Celui qui est la Pensée même, la Vérité et la Vie, et qui est plus intime à nous que nous-mêmes, tout en étant réellement et essentiellement distinct de nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus grands philosophes ont dit aussi avec le sens commun que ''le devenir'', soit dans l’ordre corporel, soit dans l’ordre spirituel, est un ''passage ''de l’indétermination à la détermination, ou ''de la puissance à l’acte&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; par exemple du germe contenu dans le grain de blé à l’épi mûr, de la cellule d’où procède l’embryon à l’animal engendré, ou encore, le passage de l’intelligence qui s’éveille à une pensée de plus en plus distincte. En un mot c’est le passage d’une capacité de perfection à l’acte qui est cette perfection même. Et comme il y a &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''plus ''dans l’acte ou perfection que dans la puissance non encore actualisée, il faut une ''cause ''pour rendre raison du devenir&amp;amp;nbsp;; il faut un ''agent&amp;amp;nbsp;'': pas d’engendré sans engendrant, pas de ''détermination ''corporelle ou spirituelle ''produite ''sans un être déjà ''déterminé ''capable de la réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la raison naturelle et les plus grands penseurs avec elle ajoutent, ''l’agir suppose l’être'', ''et le mode d’agir suit le mode d’être''. Seul l’adulte engendre, et pour engendrer il faut d’abord qu’il existe. Il agit ou, détermine selon la détermination qui est en lui&amp;amp;nbsp;; l’agent corporel a une action corporelle, l’agent spirituel a, comme tel, une action d’ordre spirituel. Mais tout agent, qui ''n’est pas ''son action même, a besoin pour agir d’être prému par Celui-là seul qui ''est ''son action, et qui pour cette raison est ''l’Être même'', car l’agir suppose l’être, et le mode d’agir suit le mode d’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tel est le langage du sens commun, tel que l’ont compris, approfondi et justifié un Socrate, un Platon, un Aristote, un Augustin, un Thomas d’Aquin, pour ne parler que de ceux-là. Tous ont dit&amp;amp;nbsp;: ''Le devenir ''est un effet, qui ''suppose l’agir'', et ''l’agir lui-même suppose l’être''. En dernière analyse tout «&amp;amp;nbsp;agir&amp;amp;nbsp;» dépend de Celui qui seul est l’Etre même éternellement subsistant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Ed. Le Roy vient nous demander maintenant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi ne point identifier tout simplement l’être au devenir&amp;amp;nbsp;''?[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn17 [17]]&amp;amp;nbsp;» Ce «&amp;amp;nbsp;tout simplement&amp;amp;nbsp;» est d’une simplicité inattendue&amp;amp;nbsp;; il y a deux espèces de simplicité&amp;amp;nbsp;: celle de la souveraine sagesse et puis une autre fort différente, dont saint Paul, saint Augustin et saint Thomas ont parfois parlé. Il y a celle qui juge de tout, même des choses les plus élevées, non pas par la Cause suprême, mais par ce qu’il y a dans le réel ''de plus infime&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; c’est celle qui veut ramener l’Etre au devenir, et l’unique instant de l’immobile éternité à ce &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''nunc fluens'', à cet instant fugitif, qui constitue la réalité du temps, de la durée que nous expérimentons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Pourquoi ne point identifier, tout simplement l’être au devenir&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» — Même l’Etre par essence, Monsieur Le Roy&amp;amp;nbsp;; même Celui qui est, et qui a dit de lui-même&amp;amp;nbsp;: ''Ego sum qui sum[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn18 [18]]… ''Ego Dominus et non mutor[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn19 [19]]&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;? — Oh alors, bien sûr, si l’on identifie si simplement l’être au devenir, on conclut sans difficulté comme le fait le présent ouvrage (p. 22)&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les choses ''étant ''mouvement, il n’y a plus à se demander comment elles ''reçoivent ''celui-ci.&amp;amp;nbsp;» En d’autres termes, les preuves de l’existence de Dieu par le mouvement et par les causes efficientes cessent d’exister, elles s’évanouissent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en fin de compte sur quoi repose cette assertion que ''l’être est devenir'', et que le ''devenir est à lui-même sa raison'', qu’il est la réalité fondamentale&amp;amp;nbsp;: Dieu même, identifié avec l’évolution créatrice&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dernière analyse, sur quoi repose tout cela&amp;amp;nbsp;? M. Ed. Le Roy nous l’a dit (p. 21)&amp;amp;nbsp;: Cela repose sur cette remarque de M. Bergson&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Avec des arrêts, si nombreux soient-ils, on ne fera jamais de la mobilité&amp;amp;nbsp;; au lieu que si l’on se donne la mobilité, on peut, par voie de diminution, en tirer par la pensée autant d’arrêts qu’on voudra&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Bergson s’est plus longuement expliqué sur ce point dans l’''Évolution'' ''créatrice ''(p. 341-342) où il dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Il y a ''plus ''dans le mouvement que dans les positions successives attribuées au mobile, ''plus ''dans un devenir que dans les formes traversées tour à tour, plus dans l’évolution de la forme que dans les formes réalisées l’une après l’autre. La philosophie pourra donc, des termes du premier genre, tirer ceux du second, mais non pas du second le premier&amp;amp;nbsp;; c’est du premier que la spéculation devrait partir. ''Mais l’intelligence renverse l’ordre des deux termes'', et sur ce point la philosophie antique procède comme fait l’intelligence. Elle s’installe dans l’immuable, elle se donne des Idées et passe au devenir par voie d’atténuation et de diminution.&amp;amp;nbsp;» On lit aussi dans l’''Évolution'' ''créatrice ''un peu plus loin, p. 354&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Une perpétuité de mobilité n’est possible que si elle est adossée à une éternité d’immutabilité, qu’elle déroule dans une chaîne sans commencement ni fin. Tel est le dernier mot de la philosophie grecque. Elle se rattache par des fils invisibles à toutes les fibres de l’âme antique, c’est en vain qu’on voudrait la déduire d’un principe simple. Mais si l’on en élimine tout ce qui est venu de la poésie, de la religion, de la vie sociale, comme aussi d’une physique et d’une biologie encore rudimentaires, si l’on fait abstraction des matériaux friables qui entrent dans la construction de cet immense édifice, ''une charpente solide demeure'', ''et cette charpente dessine les grandes lignes d’une métaphysique'', ''qui est'', ''croyons-nous'', ''la métaphysique naturelle de l’intelligence humaine''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Bergson et M. Ed. Le Roy admettent une philosophie dynamiste du devenir, qui est exactement à l’antipode de cette «&amp;amp;nbsp;métaphysique naturelle de l’intelligence humaine&amp;amp;nbsp;». Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Pour cette raison qu’une pareille métaphysique n’est que «&amp;amp;nbsp;la mise en système des dissociations, du morcelage effectué sur le flux universel par la pensée commune, c’est-à-dire par l’imagination pratique et le langage&amp;amp;nbsp;». L’intelligence n’est faite en effet, selon M. Bergson, que pour penser «&amp;amp;nbsp;les objets inertes, plus spécialement les corps solides, où notre action trouve son point d’appui et notre industrie ses instruments de travail&amp;amp;nbsp;; nos concepts ont été formés à l’image des solides, notre logique est surtout une logique de solides[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn20 [20]].&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et voilà le fondement de la conception nouvelle&amp;amp;nbsp;! C’est là le dernier effort de la pensée moderne&amp;amp;nbsp;! M. Le Roy ne daigne évidemment pas lire ce qui lui a été répondu il y a vingt-deux ans. Nous disions à cette époque, après avoir longuement examiné cette théorie nominaliste du sens commun, qu’elle confond ''l''’''être intelligible'', dans lequel notre intelligence perçoit les premiers principes d’identité, de raison d’être, de causalité, de finalité, avec ''le corps solide ''qui représente seulement le ''dernier degré ''de l’être substantiel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn21 [21]]. Nous montrions que ''la distinction de la puissance et de l’acte'', celles du moteur et du mobile, du mouvement et de son sujet, de nos pensées successives et de notre esprit, représentent les divisions de ''l’être intelligible ''et non pas le morcelage du ''continu sensible''. Nous montrions surtout que la distinction de puissance et acte est nécessaire pour rendre ''intelligibles'', ''en fonction'', non pas des corps solides, mais ''de l’être'', la ''multiplicité et le devenir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn22 [22]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un peu plus tard, reprenant l’étude du même problème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn23 [23]], nous écrivions&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L’argument qu’on nous oppose n’a pas fait grand progrès depuis Héraclite, nous voyons même de mieux en mieux son origine sensualiste. Si l’intelligence n’a pour objet que ''les corps solides'', qu’on nous explique le verbe ''être'', âme de tout jugement, et qu’on nous montre en quoi l’homme peut différer de l’animal. Si l’objet de l’intelligence n’est pas le ''corps solide'', mais ''l’être ''et tout ce qui ''a raison d’être'', la proposition bergsonienne «&amp;amp;nbsp;''il y a plus dans le mouvement que dans l’immobile''&amp;amp;nbsp;» n’est vraie que des immobilités prises ''par les sens ''sur le devenir lui-même. Mais elle est fausse si on l’érige en principe absolu, parce que alors elle veut dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''il y a plus dans ce qui devient et n’est pas encore que dans ce qui est''.&amp;amp;nbsp;» L’immobile, pour les ''sens'', c’est ce qui localement ''est en repos&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; pour l’intelligence, c’est &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ce qui est'', par opposition à ce qui devient, comme l’immuable est ce qui est et ne peut pas ne pas être. — Le sensualisme bergsonien confond l’immutabilité qui est supérieure au mouvement avec celle qui lui est inférieure… C’est ainsi qu’il rabaisse la vie immobile de l’intelligence, qui contemple les lois éternelles les plus hautes, jusqu’à l’inertie du corps solide inanimé. — De ce point de vue le temps est supérieur à l’éternité&amp;amp;nbsp;; il est la vie, tandis que l’immobile éternité est une mort.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Boutroux répondait de même à Spencer&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;L’évolutionnisme est la vérité ''au point de vue des sens&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; mais, &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''au point de vue de l’intelligence'', ''il ''reste vrai que l’imparfait n’existe et ne se détermine ''qu’en vue ''du plus parfait… De plus l’intelligence persiste à dire avec Aristote&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Tout a sa raison d’être et le premier principe doit être la raison suprême des choses. Or expliquer, c’est déterminer, et la raison suprême des choses ne peut être que l’être ''entièrement déterminé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn24 [24]].&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Tel est le dernier mot, de la philosophie grecque&amp;amp;nbsp;», comme l’avoue M. Bergson&amp;amp;nbsp;; mais ce n’est point, comme il le dit, «&amp;amp;nbsp;par des fils invisibles que cette philosophie se rattache à toutes les fibres de l’âme antique&amp;amp;nbsp;» et à ce qui fait le fond de l’intelligence humaine. C’est une erreur de dire qu’on «&amp;amp;nbsp;ne peut la déduire d’un principe simple&amp;amp;nbsp;». Elle se rattache à l’intelligence par la loi suprême de la pensée et du réel, par ''le principe d’identité ''(forme positive de celui de contradiction), impliqué dans la toute première idée, l’idée d’être&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''l’être est l’être'', ''le non-être est non être''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; plus brièvement «&amp;amp;nbsp;''l’être n’est pas le non-être'', ils s’opposent contradictoirement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or si la réalité fondamentale est ''devenir ''comme le soutiennent M. Bergson et M. Le Roy, en revenant à Héraclite, il faut dire avec ce vieux Ionien que le principe de contradiction n’a plus aucune valeur réelle, car ''l’être ''et ''le non-être'', loin de s’opposer contradictoirement, ''s’identifient ''dans le ''devenir qui est à lui-même sa raison''. Aristote l’a profondément montré au livre IVe de sa Métaphysique, où il montre tout le sens, la nécessité absolue, la valeur réelle, et toute la portée du principe de contradiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la réalité fondamentale est devenir, le principe de contradiction s’évanouit, et avec lui celui d’identité, qui exprime positivement la même loi&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;l’être est l’être&amp;amp;nbsp;; le non-être est non être&amp;amp;nbsp;». Alors il ne faudrait plus dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;le vrai est le vrai, le faux est le faux, ''est est'', ''non non''&amp;amp;nbsp;», comme il est dit dans l’Evangile. Que resterait-il du principe&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;le bien est le bien, le mal est le mal, ils ne sauraient se confondre&amp;amp;nbsp;». Les spirituels pourraient-ils encore affirmer&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;la chair est chair, l’esprit est esprit&amp;amp;nbsp;; Dieu est Dieu, la créature est créature&amp;amp;nbsp;». Est-ce qu’il ne faudrait pas dire du devenir universel ou de l’évolution créatrice ce qui est dit dans la première proposition du Syllabus de Pie IX&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Deus idem est ac rerum natura et idcirco immutationibus obnoxius, ''Deusque'' ''reapse fit in homine ''et in mundo, atque omnia Deus sunt et ipsissimam Dei habent substantiam[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn25 [25]]&amp;amp;nbsp;». — Si le principe d’identité ou de contradiction s’évanouit, avec lui disparaît celui de causalité, appliqué, non plus seulement aux phénomènes, mais dans l’ordre de l’être. Avec l’être, il sombre dans le devenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’est-ce pas à cela que nous conduit M. Le Roy malgré la méditation spirituelle, qui est la seconde partie de son livre&amp;amp;nbsp;? Il maintient somme toute ce qu’il avait écrit dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', 1905, p. 200-204&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Le principe de non-contradiction n’est pas universel et nécessaire autant qu’on l’a cru, il a son domaine d’application&amp;amp;nbsp;; il a sa signification restreinte et limitée. ''Loi suprême du discours et non de la pensée en général'', ''il n’a prise que sur le statique'', sur le morcelé, sur l’immobile, bref sur des choses douées d’une ''identité''. ''Mais il y a de la contradiction dans le monde'', comme il y a de l’identité. Telles ces mobilités fuyantes, le devenir, la durée, la vie, qui par elles-mêmes ne sont pas discursives et que le discours transforme pour les saisir en schèmes contradictoires.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela revient à dire que, la réalité fondamentale étant ''devenir'', le principe de contradiction ou de non-contradiction est l’erreur fondamentale. A moins qu’on ne dise avec Aristote et Saint Thomas[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn26 [26]]&amp;amp;nbsp;: cela revient à affirmer que ''l’absurdité radicale est au principe de tout''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy maintient absolument sa position, c’est ce qui lui fait écrire dans son nouveau livre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''La réalité est devenir''… activité spirituelle dont émanent les immobilités relatives qu’on appelle matière ou raison pure[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn27 [27]].&amp;amp;nbsp;» «&amp;amp;nbsp;''Le principe de causalité n’a judicature que sur les phénomènes''. On connaît ses liens avec le morcelage[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn28 [28]].&amp;amp;nbsp;» Dès lors les preuves de l’existence de Dieu fondées sur ce principe, solidaire lui-même de celui de contradiction, n’ont plus aucune valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut choisir&amp;amp;nbsp;: ''le devenir'', ''l’évolution créatrice ''où disparaît la distinction réelle et essentielle de l’Incréé, immuable et éternel, et du créé toujours changeant, ou bien ''la vérité du principe de contradiction ou d’identité'', comme loi fondamentale de la pensée et du réel. La position adoptée par la philosophie du devenir apparaît ainsi comme une preuve de l’existence de Dieu par l’absurde, et, si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer, pour donner à choisir&amp;amp;nbsp;: le vrai Dieu ou l’absurdité radicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe de contradiction affirme qu’un cercle carré est, non seulement ''inconcevable'', mais encore ''irréalisable ''en dehors de notre esprit, irréalisable par quelque puissance que ce soit, finie ou infinie. Affirmer cela, c’est déjà pour notre esprit ''sortir de soi'', c’est affirmer une loi du ''réel possible ''et de ce qui est ''réellement impossible''. Le même principe affirme encore que ''ce qui devient n’est pas encore'', que ''le devenir n’est pas l’être'', et qu’il y a ''plus dans l’être que dans le devenir'', dans l’animal engendré que dans l’évolution de l’embryon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce principe de contradiction, soit sous sa forme négative (l’être n’est pas le non-être), soit sous sa forme positive ''(est est'', ''non non)'', est incomparablement plus certain, que tout ce qu’on vient nous dire sur l’inquiétude humaine, sur la volonté profonde&amp;amp;nbsp;; et tout cela ne peut tenir que si lui-même subsiste. Le ''Cogito'', ''ergo sum ''s’évanouirait aussi&amp;amp;nbsp;; je ne pourrais plus dire ''je pense'', mais impersonnellement&amp;amp;nbsp;: ''il pense'', comme on dit ''il pleut'', et pas même, car il se pourrait que la pensée soit identique à la non-pensée. C’est le nihilisme doctrinal qui conduit au nihilisme moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine de l’Évolution créatrice d’elle-même, en faussant radicalement la notion de création, se heurte, comme nous l’avons longuement montré ailleurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn29 [29]], à tous les premiers principes de la raison. Elle admet en effet un devenir ''sans sujet'', un mouvement sans mobile, un devenir ''sans cause efficiente ''distincte de lui, un devenir ''sans cause finale ''connue par une intelligence parfaite de toute éternité. Elle tient que cette évolution, créatrice d’elle-même, est ''ascendante'', et alors, en elle ''le plus sort du moins'', le ''plus parfait sort du moins parfait&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; elle rejette le mystère de création, qui s’harmonise avec les principes de causalité efficiente et de finalité, pour lui substituer &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''l’absurde ''placé au principe de tout&amp;amp;nbsp;: le plus qui sort du moins sans cause efficiente et sans finalité proprement dite. Comme on l’a dit, Dieu, identifié avec cette évolution créatrice, va de surprise en surprise, en voyant tout ce qu’il devient, sans l’avoir prévu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine avoue que le devenir, qui est à lui-même sa raison, est une ''contradiction réalisée&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; mais elle oublie ce qu’a remarqué Aristote à la fin du IV&amp;lt;/nowiki&amp;gt;e livre de sa Métaphysique, que, si le principe de contradiction n’a plus de valeur, ''le devenir lui-même ne se distingue plus du non-devenir'', en lui le point de départ n’est pas distinct du point d’arrivée&amp;amp;nbsp;; on est alors au but avant d’être parti&amp;amp;nbsp;; le devenir corporel ou spirituel devient ''immobile ''et il se confond, non pas avec l’immobilité de l’Etre subsistant, mais avec celle du néant, et du néant absolu, qui est l’absence non seulement de toute existence, mais de toute possibilité d’existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité du principe de contradiction ou d’identité est plus certaine que l’existence de la terre qui nous porte&amp;amp;nbsp;; c’est une certitude non seulement physique, mais métaphysique ou absolue&amp;amp;nbsp;; et sans elle il n’y a plus rien pour nous d’intelligible. Autrement dit, avec la notion d’être, qui fonde ce principe, s’évanouissent celles du vrai et du bien et leur opposition avec l’erreur et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà le lien qui rattache à l’intelligence humaine l’affirmation du ''primat de l’être sur le devenir'', qui est à la base de la philosophie traditionnelle, et, comme l’avoue M. Bergson, «&amp;amp;nbsp;si l’on fait abstraction des matériaux friables qui entrent dans la construction de cet immense édifice, une charpente solide demeure, et cette charpente dessine les grandes lignes d’une métaphysique, qui est, croyons-nous, la métaphysique naturelle de l’intelligence humaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn30 [30]]&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Est-il vrai que saint Thomas n’a pas établi la transcendance divine&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Ed. Le Roy dans son dernier livre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn31 [31]] reproche assez cavalièrement à saint Thomas de ne pas établir la transcendance de Dieu, sa supériorité infinie au-dessus de tout le créé. Après avoir rapporté (p. 118) la définition de ''la personne ''que le Docteur commun de l’Eglise applique analogiquement à Dieu, M. Le Roy, qui n’a nullement compris l’analogie, se contente d’écrire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C’est une locution empruntée à la langue du droit. Inutile d’y insister.&amp;amp;nbsp;» Sans le comprendre, il bouscule saint Thomas, un peu comme un maître d’école, ignorant les richesses de la raison naturelle, bouscule un enfant qui lui répond selon le sens commun. Il ne saisit pas qu’il s’agit ici de trois perfections absolues (''simpliciter simplices''), qui n’impliquent formellement aucune imperfection&amp;amp;nbsp;: être subsistant, intelligence et liberté, et qui peuvent par suite s’appliquer à Dieu ''analogiquement'', mais selon leur ''sens propre'', et sans métaphore. Nous l’avons longuement expliqué ailleurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn32 [32]] en examinant les objections, qu’on réimprime ici comme si elles n’avaient reçu aucune réponse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves thomistes de l’existence de Dieu, nous dit-on, ne concluent à la transcendance divine que par un recours inconscient à l’argument de saint Anselme et ne valent donc pas plus que lui. (Cf. ''le Problème de Dieu'', p. 38, 46, 94.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons déjà répondu à M. Le Roy&amp;amp;nbsp;: Saint Anselme aurait dû dire seulement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;l’être le plus grand qui se puisse concevoir existe nécessairement par lui-même, et non pas par un autre, ''s’il existe''&amp;amp;nbsp;». On peut dire réciproquement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''S’il existe'', l’être nécessaire doit être l’Être même, il doit être à l’être comme A est A, en vertu du principe d’identité ou de contradiction, autrement il faudrait encore remonter plus haut, jusqu’à l’identité pure de l’''Ipsum'' ''esse subsistens'', qui est sans limites et infiniment parfait[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn33 [33]].&amp;amp;nbsp;» Il n’y a donc aucun recours inconscient à l’argument de saint Anselme, car on a d’abord établi ''a posteriori ''que l’être nécessaire est requis comme cause de ce qui devient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy affirme à plusieurs reprises sous différentes formes que la transcendance de Dieu n’est pas établie par les preuves thomistes (Cf. ''Le Problème de Dieu'', p. 30, 38, 39, 41, 43).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La preuve de la transcendance divine donnée par saint Thomas se rattache pourtant de façon rigoureuse au principe de contradiction ou d’identité, dont on ne montre pas qu’on puisse se passer. Elle revient à ceci&amp;amp;nbsp;: Il ne peut y avoir ni multiplicité ni devenir au sein de l’Absolu. Or le monde est essentiellement multiple et changeant. Donc Dieu est réellement et essentiellement distinct du monde. Cette preuve est celle donnée par le Concile du Vatican, sess. III, ch. I[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn34 [34]]. En d’autres termes&amp;amp;nbsp;: Si le principe d’identité ou de contradiction est loi fondamentale de la pensée et du réel, la réalité fondamentale doit être à l’être comme A est A, elle doit être l’Être même éternellement subsistant, la Vérité même toujours connue, le Bien même toujours aimé, la Pensée même et l’Amour par essence&amp;amp;nbsp;: ''Ipsum'' ''intelligere'' ''et Ipsum velle subsistens''. (Cf. Saint Thomas, Ia, q. 3, a. 4, 7, 8&amp;amp;nbsp;; q. 4, a. 2&amp;amp;nbsp;; q. 7, a. 1&amp;amp;nbsp;; q. 9, a. 1&amp;amp;nbsp;; q. 10, a. 2.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy redit encore (p. 38) avec Kant&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;D’où conclure que cette intelligence et cette sagesse (exigées par la preuve tirée de l’ordre du monde) sont ''infinies ''et ''créatrices&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il avait compris saint Thomas, il aurait saisi que toute intelligence qui n’est pas infinie, qui n’est pas la Pensée même et la Vérité même, est ''ordonnée à la Vérité et à l’Être'', comme l’œil vivant au coloré, et donc qu’il faut remonter jusqu’à une Intelligence ''ordonnatrice ''suprême, qui soit l’Ipsum ''intelligere'' ''subsistens''. Ce sont là les éléments mêmes de la philosophie traditionnelle. (Cf. Ia, q. 14, a. 2, 3, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''La philosophie du devenir est la négation de la transcendance divine'''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si saint Thomas n’avait pas prouvé la transcendance de Dieu, serait-ce la philosophie du devenir ou de l’évolution créatrice qui l’établirait&amp;amp;nbsp;? Après avoir admis que la réalité fondamentale, source de tout, est ''devenir'', comment donc peut-elle établir que Dieu est infiniment supérieur à toute créature corporelle et spirituelle, infiniment supérieur au mouvement corporel ou spirituel, et supérieur au temps, mesure du mouvement&amp;amp;nbsp;? Si Dieu est l’évolution créatrice, comment cette philosophie établit-elle ''qu’Il peut exister sans le monde qui évolue&amp;amp;nbsp;''? Comment respecte-t-elle le dogme de la création ''ex nihilo et non ab aeterno&amp;amp;nbsp;''? Elle prétend que l’expression création ''ex nihilo ''est impensable, parce qu’elle ne comprend pas que ces mots veulent dire «&amp;amp;nbsp;''ex nullo praesupposito subjecto''&amp;amp;nbsp;». (Cf. saint Thomas, Ia, q. 45, a. 5, c. et ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment une philosophie du devenir peut-elle se concilier avec cette affirmation révélée que Dieu a librement voulu créer le monde ''non ab aeterno'', que tout ce qui existe en dehors de Lui ''a commencé'', que le mouvement corporel ou spirituel et que le temps ont commencé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn35 [35]]&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut se rendre compte de ce qui subsiste de la transcendance divine et du dogme de la création en lisant ce que nous en dit M. Le Roy dans son dernier livre p. 91, 92, 93, 95, p. 282-283. Nous lisons, pages 91-92&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La création est inconcevable comme événement historique ayant sa date, inconnue de nous sans doute, mais assignable en soi… ''On est dupe de l’imagination quand on croit penser un commencement de l’univers total ''sur le modèle de sa continuation temporelle. Par cela même que l’idée du néant n’est qu’une pseudo-idée… on ne saurait à aucun degré concevoir ''un passage du néant à l’être''… Le principe de causalité n’a judicature que sur les phénomènes&amp;amp;nbsp;», etc., etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Au'' ''fond'', ''l’idée de cause première est une idole de la déduction ''(p. 93).&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Evidemment si la réalité fondamentale est devenir, la notion de création ''ex nihilo ''est absurde. Mais si l’être se divise en puissance et acte, si le devenir suppose une puissance passive et une puissance active, lorsque la puissance passive est égale à zéro, il faut une puissance active infinie, seule capable de produire quelque chose, même un grain de sable, ''ex nihilo'', c’est-à-dire (ce n’est pas là une pseudo-idée) ''ex nullo praesupposito subjecto[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn36 [36]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En d’autres termes, si Dieu, comme le veulent M. Bergson et M. Le Roy, est «&amp;amp;nbsp;une réalité qui se fait&amp;amp;nbsp;», «&amp;amp;nbsp;une continuité de jaillissement&amp;amp;nbsp;», «&amp;amp;nbsp;l’évolution créatrice&amp;amp;nbsp;», il ne se conçoit pas sans le monde qui évolue, il ne peut exister avant lui, avant le temps, dans l’unique instant de l’immobile éternité. Dans cette conception Dieu ne se conçoit pas sans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, il ne sera jamais infiniment parfait, car il est un infini à devenir. M. Le Roy écrit dans son dernier livre, p. 95, au sujet de ce qu’il appelle la ''théorie statique de la perfection&amp;amp;nbsp;'': «&amp;amp;nbsp;Rien de plus contestable… ''Pourquoi'', je le répète, ''la perfection ne serait-elle pas tout simplement l’infini du progrès''…&amp;amp;nbsp;? ''Pourquoi le parfait ne serait-il pas une ascension'', ''une croissance'', ''plutôt qu’une plénitude immobile&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;» — Pourquoi&amp;amp;nbsp;? — Parce que, dans cette évolution créatrice ascendante, ''le plus sortirait du moins'', et ce n’est pas une chose qui se puisse admettre «&amp;amp;nbsp;tout simplement&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Item p. 283&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Nous ne sommes pas des «&amp;amp;nbsp;natures&amp;amp;nbsp;» achevées et closes… Notre vie, au contraire, est incessante création… Dieu est à la fois immanent et transcendant&amp;amp;nbsp;: immanent quant à sa présence efficace et intime, quant à son action inspiratrice et réalisante en nous, transcendant quant à l’infini de création et de réalité toujours plus haute vers lequel sans limite il nous attire et nous soulève, quant à son caractère de principe inexhaustible.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Le Roy maintient, somme toute, ce qu’il disait autrefois, dans la ''Revue de Métaphysique et de Morale'', juillet 1907, p. 512, pour caractériser la transcendance de Dieu&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Si nous déclarons Dieu immanent, c’est que nous considérons de Lui ''ce qui est devenu ''en nous et dans le monde&amp;amp;nbsp;; mais pour le monde et pour nous il reste toujours un ''infini à devenir'', un infini qui sera création proprement dite, non simple développement, et de ce point de vue ''Dieu ''apparaît comme ''transcendant''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dire que Dieu ne sera jamais infiniment parfait, et, dans l’évolution créatrice ascendante, la grâce, dont on veut bien parler encore, ne constitue pas un ordre nouveau, infiniment supérieur à celui de la nature. On vient de nous dire&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;nous ne sommes pas des natures achevées et closes&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; la grâce est un moment de l’évolution, et le christianisme lui aussi, moment le plus élevé, mais rien de plus. Où est dès lors sa surnaturalité essentielle&amp;amp;nbsp;? C’est toujours le pur modernisme condamné (''Denzinger'', 2058, 2078 sq. et 2094 sqq.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que le symbole pragmatique de la personnalité divine, qu’on veut encore conserver ici, recouvre une métaphysique panthéistique du ''devenir'', qui est en opposition radicale avec ce que le Concile du Vatican nous dit de ''la distinction réelle et essentielle ''du Créateur et du créé, tout comme elle est en opposition avec le principe d’identité ou de contradiction, loi fondamentale de la pensée et du réel. (Cf. ''Denzinger'', 1782, 1804.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Que vaut la preuve nouvelle qu’on propose&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et alors que peut valoir la preuve de l’existence de Dieu proposée par M. Le Roy sous les titres&amp;amp;nbsp;: L’inquiétude humaine&amp;amp;nbsp;; Le problème de la volonté profonde&amp;amp;nbsp;; La foi en Dieu, etc.&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certes là un commentaire de Pascal qui s’efforce de conserver la preuve de l’existence de Dieu par le désir du bonheur et les aspirations de l’âme humaine. On se rappelle en le lisant la parole de saint Augustin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;irrequietum est cor nostrum, Domine, donec requiescat in te&amp;amp;nbsp;», et aussi le début de la Ia IIae de saint Thomas. On pense à certaines élévations des mystiques&amp;amp;nbsp;; mais inconsciemment M. Le Roy n’en fait-il pas une reproduction en ''simili&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve par le désir naturel du bonheur, nous l’avons montré ailleurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn37 [37]], ne vaut que si le principe de finalité a une valeur ontologique et transcendante. Ce principe nous dit que tout agent agit pour une fin, qu’un désir ''naturel ''ne peut être ''vain''. Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Premièrement parce que ''le désir ''et l’amour tendent, non pas vers la notion de bien qui est dans l’esprit, mais vers le bien qui est dans les choses&amp;amp;nbsp;; et secondement un désir ''naturel ''ou fondé immédiatement, non sur l’imagination ou sur une conception plus ou moins erronée de la raison raisonnante, mais sur ''la nature ''de l’intelligence et de la volonté, n’est pas plus vain que cette nature, surtout si c’est un désir ''d’exigence'', comme celui dont il est parlé ici, et qui ne porte pas sur notre élévation à l’ordre surnaturel. Notre volonté, ''par sa nature même'', désire un bien sans limite, autant du moins qu’il est naturellement connaissable. Pourquoi&amp;amp;nbsp;? Parce qu’elle est naturellement éclairée, non par les sens ou par l’imagination, mais par l’intelligence qui conçoit le bien universel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc la volonté humaine spécifiée par le bien universel existait, et si le Souverain Bien naturellement connaissable n’existait pas, il y aurait là une contradiction psychologique&amp;amp;nbsp;; la volonté par nature tendrait vers un bien sans limite, et n’y tendrait pas. Saint Thomas l’a fort bien montré, Ia IIae, q. 2, a. 7 et 8.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tout cela tient'', ''s’il y a une nature de l’âme'', ''une nature de l’intelligence spécifiée par l’être intelligible'', ''une nature de la volonté spécifiée par le bien universel''. Cela tient, si l’agir présuppose l’être et le mode d’agir le mode d’être, si chaque être a sa nature propre, surtout si ''l’être est l’être'', et s’oppose au néant, au lieu de s’identifier avec un ''devenir ''qui serait à lui-même sa raison. En d’autres termes, cela tient, si le principe de contradiction a une valeur ontologique et transcendante, et par suite aussi les principes de causalité efficiente et de finalité, si l’ordre des agents correspond à l’ordre des fins, s’il y a quelque chose au-delà de notre pensée, si à la représentation correspond un représenté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais évidemment cette preuve de l’existence de Dieu n’a plus aucune consistance, si l’être et le non-être se confondent dans un devenir sans cause, et qui, même orienté vers la perfection, n’arrivera jamais à la perfection souveraine de l’Être, de la Sagesse et de l’Amour[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn38 [38]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''La voie du nihilisme doctrinal'''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que conclure&amp;amp;nbsp;? — Pie X disait (''Sacrorum'' ''Antistitum'')&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Magistros autem monemus, ut rite hoc teneant Aquinatem vel parum deserere, praesertim in re metaphysica, non sine magno detrimento esse. ''Parvus'' ''error'' ''in principio'', sic verbis ipsius Aquinatis licet uti, ''est magnas in fine''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si une légère déviation au sommet de l’angle devient énorme quand on prolonge très loin ses côtés&amp;amp;nbsp;; si une erreur d’aiguillage cause un déraillement effroyable, qu’arrivera-t-il si l’on commence par mettre de la mélinite sous les premiers principes, lois fondamentales de la pensée et du réel&amp;amp;nbsp;? Alors comment ne pas arriver à la définition moderniste de la vérité condamnée dans le décret ''Lamentabili''&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Veritas'' ''non est immutabilis plus quam ipse homo'', ''quippe quae cum ipso'', ''in ipso et per ipsum evolvitur''&amp;amp;nbsp;» (Denzinger, n° 2058). Il n’y a plus aucune vérité immuable&amp;amp;nbsp;; aucune vérité n’est plus la conformité de notre jugement avec quelque chose d’immuable&amp;amp;nbsp;; c’est la conformité de notre pensée avec la vie toujours changeante, comme on l’a dit, sans voir toute la répercussion de cette formule vraie en ce qu’elle affirme, fausse en ce qu’elle nie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''veritas'' ''est adaequatio mentis et vitae''&amp;amp;nbsp;». Et alors le ''faux ''se distingue-t-il encore de ce qui est ''moins vrai ''dans l’état actuel de notre science&amp;amp;nbsp;? ''Le mal ''se distingue-t-il encore essentiellement de ce qui est seulement ''moins bon&amp;amp;nbsp;''? Trahir son pays est-ce mal ou est-ce moins bien que de le servir, moins conforme aux idées actuelles, qui, malgré la poussée du communisme internationaliste, font encore au patriotisme sa part&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Où allons-nous, en suivant cette direction, et comment d’après les principes de la philosophie du devenir éviter la première proposition du Syllabus à laquelle revenait un bergsonien convaincu, M. Jean Weber, lorsqu’il écrivait, dans la Revue de Métaphysique et de Morale, 1894, p. 549-560&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La morale, en se plaçant sur le terrain où jaillit sans cesse, immédiate et toute vive, l’invention, en se posant comme le plus insolent empiètement du monde de ''l''’''intelligence ''sur ''la spontanéité'', était destinée à recevoir de continuels démentis de cette indéniable ''réalité de dynamisme et de création ''qu’est notre activité… En face de ces morales d’idées, nous esquissons la morale ou plutôt l’amoralisme du fait… ''Nous appelons ''«&amp;amp;nbsp;''bien''&amp;amp;nbsp;» ''ce qui a triomphé''… L’homme de génie est profondément immoral, mais il n’appartient pas à n’importe qui d’être immoral… Le «&amp;amp;nbsp;devoir&amp;amp;nbsp;» n’est nulle part et il est partout, car toutes les actions se valent en absolu.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si en effet il n’y a plus rien d’absolument immuable, si l’être ne s’oppose pas au néant, mais s’identifie avec lui dans un devenir sans cause, alors il n’y a plus de ''distinction absolue'', ''nécessaire'', ''immuable ''entre ''le bien et le mal&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; il n’y a plus, comme le veut le nominalisme radical, qu’une distinction contingente, libre, toujours variable&amp;amp;nbsp;; le mal devient un moindre bien, un moment de l’évolution qu’il faut dépasser. Qu’il faut dépasser&amp;amp;nbsp;! à condition d’établir contre M. Jean Weber que l’évolution DOIT être ascendante, dans le sens de la &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''moralité relative ''qui subsiste on ne sait comment après la disparition de la ''moralité absolue'', après la disparition de la distinction nécessaire, immuable et éternelle entre le bien et le mal. M. Le Roy pose «&amp;amp;nbsp;le primat du moral&amp;amp;nbsp;», mais celui-ci s’évanouit, si l’on nie le primat métaphysique de l’Être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors comment éviter la première proposition du Syllabus de Pie IX, dont nous n’avons cité plus haut que le début et qui n’est autre que celle-ci&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Deus idem est ac rerum natura et idcirco immutationibus obnoxius, ''Deusque'' ''reapse fit in homine ''et in mundo, atque omnia Deus sunt et ipsissimam Dei habent substantiam&amp;amp;nbsp;; ac ''una'' ''eademque res est Deus cum mundo et proinde spiritus cum materia'', ''necessitas cum libertate'', ''verum cum falso'', ''bonum cum malo'', ''et justum cum in justo''&amp;amp;nbsp;» (Denzinger, n° 1701).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si en effet on nie la valeur du principe de contradiction comme loi fondamentale de la pensée et du réel, comment éviter ces conséquences&amp;amp;nbsp;? Comment par exemple M. Le Roy et M. Bergson distinguent-ils ''essentiellement ''l’esprit et la matière, ''l’intelligence ''et ''les sens'', ''si ''l’objet de l’intelligence est le ''corps solide'', déjà saisi par les sens, et non pas l’être ''intelligible ''et ses lois universelles et nécessaires&amp;amp;nbsp;? Comment distinguent-ils ''la nécessité ''et ''la liberté'', alors qu’ils réduisent celle-ci à la simple ''spontanéité&amp;amp;nbsp;''?[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/La_philosophie_du_devenir_Garrigou.htm#_ftn39 [39]] Comment surtout distinguent-ils ''absolument ''et ''nécessairement ''le ''vrai ''du ''faux'', le ''bien ''du ''mal'', le ''juste ''de l’''injuste''. Si de toute éternité n’existe pas, souverainement parfaite, la Vérité même, la Sagesse même, elles n’existeront jamais, et jamais l’Évolution créatrice ne nous donnera une norme absolue pour distinguer le juste et l’injuste, le bien du mal. La morale, sans l’idée objectivement fondée du Souverain Bien, parfait par essence, fin dernière de l’homme, restera, comme la morale kantienne, semblable à une région sans soleil, à une terre aride et triste, qui ne saurait porter aucun fruit. Elle ne donnera surtout aucun fruit pour l’éternité, car elle cesse de voir que ''l’incomparable richesse du moment présent'', si terne qu’il soit en apparence, ne vient pas de ce que ce moment se trouve entre un passé évanoui et les incertitudes de l’avenir, mais de ce qu’il ''coexiste ''avec ''l’unique instant de l’immobile éternité ''et qu’il y a une manière surnaturelle de le vivre, pour que le mérite, qu’il peut contenir, non seulement se réalise comme tendance en perpétuelle évolution, mais demeure pour l’éternité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome. Angelico.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_3%C3%A8me_partie_:_La_vraie_Eglise&amp;diff=1756</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 3ème partie : La vraie Eglise</title>
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				<updated>2011-04-18T17:43:07Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Troisième partie : la Vraie Église =&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la troisième partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
298. — Ainsi que l'indique le tableau qui précède, cette ''troisième Partie ''de l'Apologétique se partage en trois sections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION ''comprend deux chapitres groupés sous le titre général de « ''Recherche de la vraie Église ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conclusion à laquelle nous avons abouti, dans la seconde Partie, c'est que, entre toutes les religions actuelles qui revendiquent le nom de ''religion révélée, ''une seule porte les marques d'origine divine ; cette religion c'est la religion chrétienne. Mais cela ne suffit pas, et il reste à savoir où nous pouvons la trouver. Donc deux questions : Jésus-Christ ''a-t-il fondé ''une institution quelconque, une ''Église ''dont il nous soit possible de découvrir les traits essentiels dans l'Écriture, et à qui il ait confié le dépôt exclusif de sa doctrine! Dans l'affirmative, — et étant donné que plusieurs sectes prétendent être cette Église fondée par le Christ, — ''quelles sont les marques ''auxquelles nous puissions la discerner? ''Quelle est la vraie Église?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DEUXIÈME SECTION. ''— A vrai dire, lorsque l'apologiste a démontré que l'Église romaine est la vraie Église, son œuvre est terminée. Les deux autres sections sont donc en dehors de l'apologétique ''constructive, ''Nous les avons ajoutées pour répondre à des questions du plus haut intérêt et d'ailleurs généralement inscrites aux Programmes d'Instruction religieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde section, qui porte le titre général de « ''Constitution de l’Église ''», comprend deux chapitres : Le premier où l'on étudie» du point de vue théologique, la ''hiérarchie ''et les ''pouvoirs ''de l'Église ; le second, sur les ''droits ''de l'Église et ses ''relations ''avec ''l’État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''TROISIÈME SECTION. ''— La troisième section est consacrée à la défense de l'Église, non pas évidemment contre toutes les attaquée qui lui ont été faites, sur le terrain historique, philosophique et scientifique, mais contre les principales, et celles qu'on rencontre le plus couramment dans les livres et sur les lèvres des adversaires mal intentionné» ou mal informés. Cette section aura deux chapitres: 1° ''L'Église ''et l'''Histoire, ''et 2° l'''Église ''ou la ''Foi ''devant la ''raison ''et la ''Science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section 1 : Recherche de la vraie Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Institution d'une Église ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notions préliminaires. Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''299.''' — '''I. Notions préliminaires. '''— Pour qu'aucune confusion ne naisse dans l'esprit, il importe, avant tout, de bien déterminer le sens des deux mots ''« royaume de Dieu» ''et ''«Église», ''dont l'usage sera fréquent au cours de ce chapitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Concept du royaume de Dieu. '''— L'expression « ''royaume de Dieu ''» ne revient pas moins de cinquante fois dans les Évangiles de saint Marc et de saint Luc. Saint Matthieu au contraire ne l'emploie que rarement (xii, 28 ; xxi, 31, 43) ; il lui substitue l'hébraïsme « ''royaume des cieux». ''Peu importe du leste : les deux expressions ont même sens. Le royaume de Dieu ou des cieux est bien le point contrai de la prédication de Jésus. L'on se rappelle que les Juifs, instruits par les oracles messianiques, attendaient depuis plusieurs siècles l'avènement d'un vaste ''Royaume ''appelé à s'étendre au loin, et d'un ''Roi ''que Jahvé enverrait pour le gouverner. L'établissement de ce royaume doit donc être l'œuvre propre du Messie. Mais ce royaume dont Jésus vient annoncer la venue, n'est pas tel que les Juifs se le représentent. Dans son ensemble il est la nouvelle religion, la grande société chrétienne que le Christ va instaurer, qu'il doit inaugurer sur cette terre jusqu'à ce qu'il en devienne le juge et le roi à son dernier avènement. Le royaume de Dieu a donc deux phases. Il est : — ''a) ''un ''royaume terrestre ''dans lequel pourront se grouper tous les sujets de l'univers, et — b) un ''royaume céleste, ''transcendant, qui sera établi dans le ciel, un ''royaume eschatologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''300. — 2°''' '''Concept de''' '''l'Église. '''— Étymologiquement, le mot ''Église ''(du grec « ''ekklêsia» ''assemblée), désigne une assemblée de citoyens convoquée par un crieur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS LE LANGAGE SCRIPTURAIRE, ''le mot est employé avec une double signification. — ''a) ''Au ''sens restreint ''et conforme à l’étymologie, il s'applique soit à ''l’assemblée ''des chrétiens qui tiennent leur réunion dans une maison particulière ''(Rom., ''xvi, 5 ; ''Col., ''IV, 15)&amp;lt;ref&amp;gt;A L’origine le mot « Eglise » ne désigne donc pas le local où les disciples se réunissent. Il faut bien rappeler d’ailleurs que les premiers chrétiens ne disposent pas d’édifices propres à leurs réunions religieuses et qu’il s’assemblent où ils peuvent, chez l’un ou l'autre, chez celui d'entre eux qui peut mettre à la disposition de ses frères une salle plus spacieuse. Le mot Église désigne donc l'assemblée. Cependant il est bon d'ajouter que saint Paul applique le mot non seulement à l'assemblée, à la réunion en acte, mais encore à la collectivité des membres qui sont les habitués des réunions. Il écrit par exemple dans son Epître aux Romains (xvi, 5) : « Saluez Priscille et Aquila... Saluez aussi l'Église qui est dans leur maison. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, soit à l’''ensemble ''des fidèles d'une même cité ou d'une même région : telles sont, par exemple, l'Église de Jérusalem ''(Act., ''viii, 1 ; xi, 22 ; xv, 24), l'Église d'Antioche ''(Act., ''xiv, 26 ; xv, 3 ; xxiii, 1), les Églises de Judée ''(Gal., ''I, 22), les Églises d'Asie (I Cor., xvi, 19), les Églises de Macédoine (II ''Cor., ''vin, 1). — ''b) ''Dans un ''sens général, ''le mot désigne la ''société ''universelle des disciples du Christ. Le mot est ainsi employé par saint Matthieu dans le fameux « ''Tu es Petrus... ''Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon ''Église ''» ( Mat., xvi, 18). Le même sens est assez fréquent dans les Actes (v, 11 ; viii 1, 3 ix, 31), dans les Épîtres de saint Paul (I ''Cor., ''X, 32 ; xi, 16 ; xiv, 1 ; xv, 9 ; ''Gal, ''i, 13 ; ''Eph., ''i, 23 ; V, 23 ; ''Col, ''i, 18), dans l'Épître de saint Jacques (v, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''DANS LE LANGAGE DES PÈRES, ''le mot ''Église ''se retrouve avec les deux mêmes sens — ''a) sens restreint, ''soit d'assemblée des fidèles : ex. Didachè (iv, 12) soit de groupement local ou régional des fidèles: ex. première Épître de saint Clément pape aux Corinthiens dans la suscription et XLVII, 6; — ''b) sens général, ''pour désigner l'ensemble des fidèles appartenant à la religion chrétienne : le mot se trouve ainsi employé dans les écrits du pape saint Clément, de saint Ignace, de saint Irénée, de Tertullien et de saint Cyprien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''D'APRÈS LA DOCTRINE CATHOLIQUE, ''le mot ''Église ''pris au sens général, s'entend de la ''société ''des fidèles qui professent la religion du Christ sous l'autorité du Pape et des Évêques — ''a) ''En tant que ''société, ''l'Église offre les trois caractères communs à toute société, à savoir une fin, des sujets aptes à atteindre cette fin et une autorité qui a la mission de les y conduire. — b) En tant que ''société religieuse, ''les caractères de l'Église sont d'une nature spéciale. La fin qu'elle poursuit est d'ordre surnaturel. Les sujets auxquels elle s'adresse sont considérés, non par rapport à leurs intérêts temporels, mais au seul point de vue du salut de leur âme. De même, l'autorité qui assume la direction est une autorité surnaturelle qui a reçu de Jésus-Christ un triple pouvoir: — 1 un pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner d'une manière infaillible la doctrine du Christ ; — 2. un pouvoir ''sacerdotal ''pour communiquer la vie divine par les sacrements; et — 3. un pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger tous les fidèles à ce qui est jugé nécessaire ou utile à leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
301, — ''Nota. ''— I. Il est facile de voir, par les deux notions qui précèdent, que le concept du royaume est beaucoup plus étendu que celui de l'Église. L'Église est quelque chose du royaume. Elle en est le côté visible et social, mais elle n'est pas tout le royaume, celui-ci ayant deux aspects : l'aspect terrestre et l'aspect céleste ou eschatologique (N° 299). Cependant l'Église, entendue au ''sens large, ''se confond avec le royaume de Dieu. Les théologiens distinguent en effet le ''corps ''et l’''âme ''de l'Église, c'est-à-dire, d'un côté, la communauté visible et hiérarchique des chrétiens, et, de l'autre, la société invisible, l'âme, à laquelle appartiennent tous ceux qui sont en état de grâce, quelque religion qu'ils professent. Ils comprennent en outre dans la notion d'Église, non seulement les fidèles de la terre (Église ''militante), ''mais aussi les élus qui sont au ciel (Église ''triomphante) ''et les âmes qui souffrent en Purgatoire (Églises souffrante). — 2. Au point de vue ''apologétique, ''et comme il est entendu dans ce chapitre, où nous recherchons si Jésus-Christ a institué une Eglise, ce mot ne s'applique qu'à la société ''visible ''et ''hiérarchique ''des chrétiens ici-bas, donc à la société considérée sous son aspect extérieur et social ''(sens général). ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''302. — II. Division du Chapitre'''. — Une double question doit faire l'objet de notre étude. 1° Tout d'abord nous avons à rechercher si Jésus ''a pu songer à fonder une Église '': c'est la ''question préalable. ''2° Puis, dans l'affirmative, nous aurons a établir, d'après les documents de l'histoire, quels sont les ''caractères essentiels de l’Église fondée par le Christ. ''D'où deux articles. Dans le premier, nous rencontrerons devant nous ''les rationalistes, ''les protestants ''libéraux ''et les ''modernistes. ''Dans le second, nous aurons les mêmes adversaires, et en plus, les Protestants ''orthodoxes ''et les ''Grecs schismatiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Question préalable : Que Jésus a pu songer à fonder une Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
303. — D'après les ''protestants libéraux ''et les ''modernistes, ''l'institution d'une Église ne pouvait pas être dans la pensée de Jésus, la prédication du Sauveur n'ayant d'autre but que l'établissement du royaume de Dieu. Le royaume de Dieu, en effet, tel que nos adversaires le conçoivent, est incompatible avec la notion catholique de l'Église. Le royaume de Dieu prêché par Jésus serait: — 1. un royaume ''purement spirituel, ''d'après les uns (Sabatier, Stapfer, Harnack) ; — 2. un royaume ''uniquement eschatologique, ''d'après les autres (M. Loisy). Nous allons examiner ces deux systèmes, et nous montrerons qu'ils sont une interprétation incomplète, et par conséquent ''fausse, ''de la pensée et de l'œuvre de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le système d'un royaume de Dieu seulement intérieur. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''304. — 1° Exposé du système'''. — Si nous en croyons Sabatier et Harnack, ''Jésus n'a jamais songé à fonder une Église, ''en tant que ''société visible. ''Il s'est borné à prêcher un royaume de Dieu ''intérieur ''et ''spirituel ; ''son unique préoccupation a été d'établir le règne de Dieu dans l'âme de chaque croyant, en produisant en lui une ''rénovation intérieure ''et on lui inspirant envers Dieu les sentiments d'un fils à l'égard de son Père. Dans sa race, dans son milieu, dans la génération de son temps, Jésus trouvait une religion exclusivement rituelle et formaliste. Sans doute, il un l'a pas interdite d'un seul coup ; mais ce côté extérieur de la religion, il l'a on visage comme secondaire. Ce que l'on peut au contraire regarder comme la grande nouveauté apportée par lui, comme l'élément original et qui lui appartient en propre, ce qui, en d'autres termes, est bien ''l'essence du christianisme, ''c'est la place prépondérante accordée désormais au sentiment. Ainsi le royaume de Dieu serait un royaume intime et spirituel, s'adressant aux besoins de l'âme, n'impliquant aucune adhésion à des dogmes, à des institutions positives et à des rites tout extérieurs, laissant donc toute liberté au ''sens individuel. ''D'où il suit que l'organisation du christianisme en société hiérarchique serait en dehors du plan tracé par le Sauveur ; l'Église serait une ''création humaine ''dont il appartient à l'histoire de découvrir les ''origines ''et les ''causes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''305. — 2° Réfutation'''. — Que la religion prêchée par le Christ, autrement dit, le royaume de Dieu soit surtout ''d'essence spirituelle, ''que la grande innovation du christianisme ait été la rénovation intérieure par la foi, la charité et l'amour du Père, que ces conceptions de Jésus aient créé un abîme entre le pharisaïsme alors régnant et la religion nouvelle, c'est ce dont nous aurions mauvaise grâce à ne pas convenir avec Harnack. Il ne faudrait pourtant rien exagérer, car, dans une certaine mesure, le royaume spirituel n'était nullement étranger à l'enseignement des prophètes, comme nous l'avons vu en étudiant l'argument prophétique (N° 248). Toutefois il n'en est pas moins vrai, — et c'est ce qu'il fait reconnaître avec Harnack, — que le royaume spirituel et intérieur est bien l'œuvre de Jésus. Alors que la voix des prophètes avait eu peu d'écho, Jésus seul eut assez d'autorité pour remonter le courant et opposer à la justice tout extérieure et matérielle du culte mosaïque la&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
justice du nouveau royaume où les vertus intérieures telles que l'humilité, la chasteté, la charité, le pardon des injures, occupent la première place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, ces justes concessions une fois faites, s'ensuit-il qu'il y ait lieu de conclure, avec Harnack, que le royaume de Dieu annoncé et établi par le Christ, soit un royaume ''purement individuel, ''une société invisible composée des âmes justes, et qu'il n'ait aucun caractère ''collectif ''et ''social? ''Est-on même en droit de prétendre que la ''perfection intérieure ''doit être considérée comme l’''essence du christianisme, ''parce que seule elle est l'œuvre du Christ? Il semble bien que non, et il y a dans cette manière de voir un sophisme que M. Loisy a relevé dans les termes suivants. « II y aurait, dit-il, peu de logique à prendre pour l'essence totale d'une religion ce qui la différencie d'avec une autre. La foi monothéiste est commune au judaïsme, au christianisme et à l'islamisme. On n'en conclura pas que l'essence de ces trois religions doive être cherchée en dehors de l'idée monothéiste. Ni le juif, ni le chrétien, ni le musulman n'admettent que la foi à un seul Dieu ne soit pas le premier et le principal article de leur symbole. . C'est par leurs différences qu'on établit la destination essentielle de ces religions, mais ce n'est pas uniquement par ces différences qu'elles sont constituées... Jésus n'a pas prétendu détruire la Loi, mais l'accomplir. On doit donc s'attendre à trouver dans le judaïsme et dans le christianisme, des éléments communs, essentiels à l'un et à l'autre... L'importance de ces éléments ne dépend ni de leur antiquité, ni de leur nouveauté, mais de la place qu'ils tiennent dans l'enseignement de Jésus et du cas que Jésus lui-même en a fait. »&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy. L'Evangile et l'Église, Introd. p. xvi et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt; Autrement dit, ce n'est pas parce que le Messie a enseigné que le « ''royaume de Dieu ''» devait être ''surtout ''spirituel, qu'il faut en conclure qu'il doit être ''exclusivement ''spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du reste, la chose apparaît tout à fait évidente si l'on prend soin de remettre le ''langage de Jésus ''dans les ''conditions de milieu ''et d'idées dans lesquelles il a été tenu. Si le Sauveur insiste tout particulièrement sur l'idée de perfection intérieure et de rénovation spirituelle, c'est qu'il doit corriger les conceptions fausses des Juifs. Ceux-ci attendent un royaume temporel ; ils se sont attachés dans les prophéties à l'élément secondaire (V. Nos 248 et 253) et ils croient à la restauration du royaume d'Israël. Le Messie veut donc redresser leurs conceptions fausses et leur faire comprendre que le royaume de Dieu qu'il est venu établir, n'est nullement un royaume temporel, qu'il n'est pas le triomphe d'une nation sur les autres, mais un royaume qui s'adresse à tous les peuples et dans lequel aura accès tout homme de bonne volonté qui pratique les vertus morales et intérieures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le royaume ne soit pas purement spirituel, qu'il ait au contraire un caractère ''collectif ''et ''social, ''c'est ce qui ressort surtout de nombreuses ''paraboles, ''qui sont, on le sait, une des formes les plus ordinaires sous lesquelles Jésus donne son enseignement. Il est clair, par exemple, que les paraboles où Notre-Seigneur compare le royaume au champ du père de famille sur lequel poussent à la fois le bon grain et l'ivraie (''Mat., ''xiii, 24, 30), au filet du pécheur où se confondent les bons et les mauvais poissons ''(Mat., ''xiii, 47), n'auraient aucun sens dans l'hypothèse d'un royaume purement intérieur et spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, le ''terme ''de ''royaume de Dieu ''ne serait-il pas bien ''impropre ''s'il fallait l'entendre du ''règne de Dieu dans l'âme individuelle? ''Ce n'est plus en effet d'un royaume qu'il s'agirait, mais d'autant de royaumes qu'il y aurait d'âmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de ce système s'appuient, il est vrai, pour prouver leur thèse, sur ce texte de saint ''Luc ''(xvi, 20) « ''Ecce regnum Dei intra vos est ''» qu'ils traduisent ainsi : « Le royaume de Dieu est ''en ''vous. » Mais ce texte comporte un autre sens, et il semble plus juste et plus en rapport avec le contexte de traduire : « Le royaume de Dieu est ''au milieu ''de vous. » D'après saint ''Luc, ''en effet, ce sont les pharisiens qui interrogent Notre-Seigneur. Comme ils lui demandent quand viendra le royaume de Dieu, il leur répond : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : il est là ; car voyez, le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Ainsi remise dans son cadre, la parole de Jésus paraît plutôt contredire le système d'un royaume purement intérieur que de le favoriser. S'adressant à des pharisiens qui étaient incrédules, qui, du fait qu'ils rejetaient l'Évangile, se mettaient en dehors du royaume, n'est-il pas évident que Jésus ne pouvait leur dire que ce royaume était en eux, c'est-à-dire dans leurs âmes? La pensée du Sauveur est donc tout autre. Se heurtant aux idées fausses de ses adversaires, qui s'imaginaient que la venue du royaume et du Messie serait accompagnée de signes éclatants, de prodiges extraordinaires dans le ciel, Jésus apprend aux pharisiens comment le royaume de Dieu doit venir. Il ne viendra pas, leur dit-il alors, comme une chose qu'on peut observer, comme un astre dont on pourrait suivre le cours, car le royaume sera surtout spirituel et se dérobera par conséquent à l'observation. Du reste, ajoute Notre-Seigneur, n'allez pas le chercher où il ne faut pas, car il est ''déjà venu, ''il est ''au milieu ''de vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la correcte interprétation du texte de saint Luc, ainsi que des raisons qui précèdent, il résulte donc que le royaume de Dieu ne peut être considéré comme un royaume ''purement spirituel, ''qu'il est au contraire ''collectif ''et ''social, ''et qu'on ne peut induire de là que Jésus n'ait jamais songé à fonder une ''Église visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. —. Le système d'un royaume de dieu purement eschatologique. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''306. — 1°''' '''Exposé du système.'''— Suivant M. Loisy, l'institution d'une Église n'a pu rentrer dans les desseins du Sauveur. Voici à peu près comment l'auteur de ''l’Évangile et l'Église ''entend le démontrer. A l'époque où parut Notre-Seigneur, c'était une idée courante parmi les Juifs, que le Messie aurait pour mission d'inaugurer le règne final et définitif de Dieu ou, si l'on aime mieux, le ''royaume eschatologique. ''Or, si l'on analyse les textes des Évangiles, du seul point de vue critique et sans les déformer par une interprétation théologique, il semble bien que Jésus partageait l'erreur de ses contemporains. En conséquence, sa prédication a eu un double but : —-1. ''annoncer la venue prochaine du royaume ''en même temps que la fin du monde qui devait en être l'accompagnement obligé ; et — 2. ''y préparer les âmes ''par le renoncement aux biens de ce monde et par la pratique des vertus morales capables de procurer la justice. Le Christ de l'histoire n'a donc pas pu songer à fonder une Église, c'est-à-dire une ''institution durable, ''puisque son œuvre n'était pas appelée à durer et qu'elle devait se terminer à brève échéance par l'avènement du royaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc parler ''à l'institution divine de l'Église. ''Ce sont les ''circonstances ''et la ''non-réalisation ''du ''royaume eschatologique ''qui ont déterminé les disciples à corriger le programme de leur Maître, à « réinterpréter » ses paroles « pour accommoder à la condition d'un monde qui durait, ce qui avait été dit à un monde censé près de finir »&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy, L'Évangile et l'Église, p. 26.&amp;lt;/ref&amp;gt;. D'où il paraît légitime de conclure que Jésus « annonçait le royaume, et c'est l'Église qui est venue.»&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid., p. 111&amp;lt;/ref&amp;gt; Cependant, d'après la ''théorie moderniste, ''si l'Église ne procède pas d'une pensée et d'une volonté expresse de Jésus, l'on peut dire cependant qu'elle se rattache à l'Évangile, en tant qu'elle fait suite à la société que Jésus avait groupée autour de lui en. vue du royaume. Elle est ainsi, en un certain sens, le résultat légitime, quoique inattendu, de la prédication du Christ, et rien n'empêche de voir, entre l'Évangile et l'Église, un rapport étroit, et de dire en toute vérité que l'Église continue l'Évangile»&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy, Autour d'un petit livre&amp;lt;/ref&amp;gt;. En d'autres mots, Jésus avait groupé autour de sa personne un certain nombre de disciples à qui il donna la mission de préparer l'inauguration prochaine du royaume, et comme les événements ont trompé l'attente des apôtres, — le royaume si ardemment désiré et si impatiemment attendu n'étant pas venu, — la petite société a grandi et, en grandissant, elle a donné naissance à l'Église. L'on peut donc définir l'Église : la société des disciples du Christ, qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique, se sont organisés et adaptés aux conditions d'existence de l'heure présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait se demander ce que M. Loisy fait des textes évangéliques qui rapportent l'institution de l'Église. C'est bien simple. Comme les protestants libéraux, il les déclare sans valeur pour l'historien, et il en donne comme raison que « les textes qui concernent véritablement l'institution de l'Église sont des paroles du Christ glorifié ». Ces textes seraient donc des produits de la pensée chrétienne. Et M. Loisy conclut que « l'institution de l'Église par le Christ ressuscité n'est pas un fait tangible pour l'historien»&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy, op. cit., p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''307. — 2° Réfutation'''. — N'ayant d'autre objectif que de préparer les âmes à la venue imminente du royaume des cieux et à sa parousie, le Christ ne pouvait songer à organiser une société durable : telle est l'idée maîtresse du système de M.Loisy. Or nous allons prouver que, pour soutenir une thèse aussi absolue, il est nécessaire de se livrer à un découpage de textes que rien n'autorise, et procéder à un choix inadmissible ou à une interprétation fantaisiste des passages de l'Évangile qui s'appliquent à l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérons d'abord le ''point de départ ''Est-il vrai que les contemporains de Jésus n'aient eu d'autre idée que l'établissement du ''règne définitif ''de Dieu? Comme l'a fort bien démontré le P. Lagrange&amp;lt;ref&amp;gt;Lagrange,  Le Messianisme chez les Juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'on peut distinguer au contraire dans la littérature de l'époque deux manifestations de la pensée juive : celle que l'on trouve dans les ''apocalypses ''et celle des ''rabbins. ''Or, pas plus dans l'une que dans l'autre, le règne messianique n'est identifié avec le ''règne final ''de Dieu ; ni d'un côté ni de l'autre l'on ne se désintéresse de l'avenir d'Israël en ce monde. Il y a toutefois cette différence entre les deux que les auteurs apocalyptiques insistaient beaucoup plus sur le royaume eschatologique tandis que les rabbins, dans leur concept du règne messianique, attachaient une part plus importante au monde présent. Si, par conséquent, Jésus avait adopté les idées des apocalypses et n'avait voulu prêcher qu'un royaume purement eschatologique, il n'aurait pas manqué de corriger les croyances des rabbins Or cela, il ne l'a pas fait. De l'examen impartial des Évangiles il résulte au contraire que le Sauveur présente le royaume comme devant avoir une double phase : une phase terrestre avant la période de consommation finale. Il y a en effet de nombreux caractères par lesquels Jésus décrit le royaume, qui sont totalement inconciliables avec le royaume eschatologique et qui ne s'accordent qu'avec la vie présente. C'est ainsi que Jésus parle du royaume comme ''déjà inauguré. ''« Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est emporté de force», est-il dit dans saint ''Matthieu ''(xi, 12). Ainsi encore il réplique aux Pharisiens qui l'accusent de chasser les démons au nom de Belzébuth : « Que si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu à vous » ''(Mat., ''xii, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout dans les ''paraboles ''que l'enseignement de Jésus transparaît le plus. Le royaume y est représenté comme une ''réalité déjà existante ''et concrète, comme un royaume destiné à ''grandir ''et à se développer, — parabole du grain de sénevé ''(Mat., ''xiii, 31, 35; ''Marc, ''IV, 30, 32), — comme un royaume comportant le mélange des bons et des méchants, — paraboles du bon grain et de l'ivraie ''(Mat., ''xviii, 24, 30), du filet qui ramasse des poissons de toutes sortes, bons et mauvais ''(Mat., ''xiii 47, 50), des vierges sages et des vierges folles ''(Mat., ''xxiv, 1, 18). Autant de caractères qui ne sont pas applicables au royaume eschatologique et qui ne peuvent convenir qu'à un royaume déjà formé, susceptible de s'étendre et de se perfectionner, préparatoire à une autre forme de royaume qui, elle, sera la forme; définitive, où le bon grain seul sera engrangé, où le tri entre les bons et les mauvais poissons sera chose faite, et d'où les vierges folles seront exclues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela serait juste, ''répliquent ''alors les ''partisans du système eschatologique, ''si les textes allégués pour prouver l'annonce d'un royaume terrestre étaient ''authentiques. ''Mais, ils ne le sont pas. Ils ont été introduits dans la trame évangélique par la première génération chrétienne qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique attendu, n'a pas craint de travestir 1 enseignement du Sauveur pour mettre sa pensée et ses paroles en harmonie avec les faits. Qu'il y ait dans les Évangiles deux séries de textes : l'une ''eschatologique, ''l'autre ''non eschatologique, ''et que les textes qui annoncent la fin du monde et la parousie soient incompatibles avec ceux qui parlent d'un royaume terrestre, c'est ce que tout critique de bonne foi doit reconnaître. Mais si les deux séries sont exclusives l'une de l'autre, il faut donc choisir entre les deux et rechercher la tradition primitive, celle qui doit être attribuée à Jésus. Or, ajoute-t-on, il y a tout&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
lieu de croire que la série eschatologique seule représente la pensée authentique de Jésus, car elle n'a pu être inventée au moment où les événements venaient la démentir. La seconde série aurait donc été élaborée ultérieurement pour adapter l'Évangile du salut aux circonstances nouvelles imposées par le développement chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'objection des modernistes est plus spécieuse que solide. ''Ils ont raison sans doute, lorsqu'ils affirment qu'il y a dans les Évangiles deux séries de textes, mais sont-ils en droit de conclure que ces deux séries sont exclusives l'une de l'autre? N'y a-t-il pas plutôt un ''moyen de les concilier? ''Le nœud du problème est là. Si Jésus a annoncé la fin du monde et l'avènement du royaume eschatologique comme des choses imminentes, il y a sans contredit opposition entre les deux séries de textes. Jésus qui se serait mépris si gravement en montrant le royaume eschatologique dans un avenir tout proche, ne pourrait plus être l'auteur de la série non eschatologique. Mais la question est précisément de savoir s'il a présenté la fin du monde et la venue du royaume eschatologique comme des événements prochains. A la question ainsi posée nous pourrions d'abord répondre qu'il y a tout lieu de croire ''a priori ''que la conciliation est possible, car comment admettre que les Évangélistes rapportant les paroles de Notre-Seigneur, assez longtemps après qu'elles avaient été prononcées, auraient été assez maladroits pour introduire dans leurs récits des textes en contradiction avec ces paroles? De deux choses l'une. Ou bien les Évangélistes sont sincères ou ils ne le sont pas. Dans la première hypothèse, ils auraient reproduit fidèlement les paroles de leur Maître et nous n'aurions qu'une série de textes : la série eschatologique. Dans la seconde hypothèse, ils n'auraient pas manqué de supprimer la série eschatologique, puisque les événements lui donnaient tort, et ils lui auraient substitué purement et simplement la série non eschatologique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voyons si les textes de la série eschatologique ne comportent pas d'autre explication que celle donnée par les modernistes Cela nous ramène à la célèbre prophétie sur la fin du monde dont nous avons parlé dans la seconde Partie (N° 260). Nous n'insisterons donc pas sur ce point. Qu'il nous suffise de rappeler que la parole de Notre-Seigneur « Cette génération ne passera pas avant que toutes ces choses ne s'accomplissent» ''(Mat, ''xxiv, 34 ; ''Marc, ''xiii 30 ; ''Luc, ''xxi, 32), invoquée par nos adversaires pour prouver que Jésus croyait à la fin imminente du monde, s'applique plutôt, d'après le contexte, à la ruine de Jérusalem et du peuple juif. Que les Évangélistes ne distinguent pas les deux catastrophes avec assez de netteté, que ''leurs récits ''concernant à la fois la fin du monde et la ruine du Temple ''manquent de précision, ''c'est ce qui n'est pas douteux. Et cela est si vrai que beaucoup de critiques ont pu croire que, entraînés par les idées courantes de leur milieu, les Apôtres s'étaient trompés sur la pensée de Jésus. Nous avons vu (p. 272) ce qu'il fallait penser de cette opinion. En toute hypothèse, on ne saurait admettre que Jésus lui-même ''ait commis l'erreur ''que nos adversaires lui imputent. Tout au contraire, il ne paraît pas douteux, — à s'en tenir aux simples données d'une sage critique littéraire, — que la catastrophe dont Jésus annonce la date prochaine et à laquelle la génération de son temps doit assister, c'est la ruine de Jérusalem et du Temple, tandis que l'époque de la seconde ne serait envisagée que dans une perspective beaucoup plus lointaine, puisque Jésus dit que « personne n'en connaît ni le jour ni l'heure » ''(Mat., ''xxiv, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux passages qui déclarent imminente la venue du Fils de l'homme sur les nuées du ciel ''(Mat., ''xvi, 28 ; xxvi, 64 ; ''Marc, ''ix, 1 ; ''Luc, ''ix, 27 ; xxii, 69), il est permis d'entendre par là la prédiction de ''l'admirable essor ''que prendra bientôt le règne messianique et dont la génération à laquelle Notre-Seigneur s'adresse sera témoin&amp;lt;ref&amp;gt;LAGRANGE, Rev. biblique, 1904, 1906, 1908.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi interprétés, ces textes se sont vérifiés à la lettre, vu que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite avec une merveilleuse rapidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la discussion qui précède il n'est donc pas téméraire de conclure que, pas plus que le système d'un royaume purement intérieur et spirituel, le système d'un ''royaume exclusivement eschatologique ''n'est acceptable. Il n'est pas vrai de dire alors que Jésus n'a pu nullement envisager l'établissement d'une Église en tant que société visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus-Christ a fondé une Église. Ses caractères essentiels. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
308. — ''Position du problème ''— Il vient d'être démontré ci-dessus que « le royaume de Dieu» prêché par le Christ comporte une première période qui peut s'appeler la ''phase terrestre ''et préparatoire du royaume eschatologique. Or ce royaume comprend tous ceux qui acceptent la doctrine enseignée par Jésus. Il est par conséquent une ''société ''et c'est à cette société que nous donnons le nom ''à l'Église. ''La question qui se pose donc à présent, c'est de savoir quelle est la ''nature ''de cette société. Se compose-t-elle de membres égaux : auquel cas l'interprétation de la doctrine du Christ serait laissée à l'arbitraire du jugement individuel? Est-elle au contraire constituée sur le principe de la ''hiérarchie&amp;lt;ref&amp;gt;Hiérarchie (gr. ieros, sacré, arche, commandement). Étymologiquement le mot hiérarchie désigne un pouvoir sacré, directement institué par Dieu. C'est dans ce sens que ce mot sera employé au cours de cet article où nous voulons prouver que l'Église fondée par Jésus-Christ est une société hiérarchique investie de pouvoirs divins.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comprenant deux ''groupes distincts, ''l'un qui enseigne et gouverne, l'autre qui est enseigné et gouverné! Jésus a-t-il ''institué ''lui-même une ''autorité ''à laquelle il ait confié la charge d'enseigner authentiquement sa doctrine! Bref, le christianisme est-il « ''religion de l'esprit » ''ou « ''religion d'autorité ''»?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Protestants orthodoxes, ''que nous avons désormais devant nous, soutiennent la première hypothèse. Ils n'admettent pas que Jésus ait créé une ''autorité vivante. ''Les vérités à croire, les préceptes à suivre et les moyens de sanctification, tout serait abandonné à l'appréciation subjective de chaque croyant. Entre Dieu et la conscience Jésus n'aurait placé aucun intermédiaire obligatoire. Que si on leur demande alors pourquoi ils se groupent et tiennent des réunions; ils répondent que c'est tout simplement pour prier en commun, pour lire et commenter l'Evangile, pour pratiquer les rites du baptême et de la cène, et pour s'édifier mutuellement dans l'amour de Dieu et la charité fraternelle ''mais non pour obéir à une autorité constituée. ''C'est d'ailleurs sur ''l'histoire ''que les Protestants entendent appuyer leur point de vue. Nous verrons plus loin comment ils expliquent la création d'une hiérarchie, et partant, les ''origines du catholicisme ''(V. N° 312).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contre de telles affirmations il s'agit donc de prouver que Jésus a institué une ''hiérarchie permanente, ''— le collège des Douze et leurs successeurs, — à la tête de laquelle il a placé un chef unique, Pierre et ses successeurs : hiérarchie à laquelle il a octroyé une autorité gouvernante, revêtue d'une divine garantie: l’''infaillibilité doctrinale. ''Pour mieux atteindre notre but, nous décomposerons les questions dans les propositions suivantes. Nous prouverons : 1° que Jésus ''a fondé une hiérarchie ''en conférant aux Apôtres le triple pouvoir d'enseigner, de régir et de-sanctifier, qu'il a donc constitué une ''autorité vivante ; ''— 2° que cette hiérarchie est ''permanente, ''le triple pouvoir des Apôtres devant se transmettre à leurs successeurs ; — 3° que, à la tête de la hiérarchie, il a placé un ''chef unique ''(primauté de Pierre et de ses successeurs) ; — 4° qu'il a garanti la conservation intégrale de sa doctrine en octroyant à l'Eglise enseignante le privilège de ''l'infaillibilité. ''D'où quatre paragraphes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
309. — ''État de la question. ''— ''a) ''Les Protestants ''orthodoxes, ''avons-nous dit (N° 308), n'admettent pas que Jésus ait constitué à la tête de son Église une ''autorité vivante, ''mais ils concèdent l'historicité et même l'inspiration des textes évangéliques invoqués par les catholiques en faveur de leur thèse. — ''b) ''Au contraire, les ''rationalistes, ''les Protestants ''libéraux ''et les ''modernistes ''rejettent l'authenticité de ces textes. Ils prétendent qu'ils sont dus à un travail postérieur et rédactionnel d'auteurs inconnus et auraient été introduits dans la trame évangélique après les événements, c'est-à-dire au moment où l'institution d'une Église hiérarchique était un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique ''s'appuie donc sur un double argument: — 1. sur un ''argument tiré des textes évangéliques ''que nous sommes en droit d'invoquer contre les Protestants orthodoxes, et — 2. sur un ''argument historique, ''où nous aurons à réfuter la fausse conception des libéraux et des modernistes sur les origines de l'Église hiérarchique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''310. — 1° Argument tiré des textes évangéliques'''. — ''Nota. ''—Lorsque nous soutenons qu'il est possible de retrouver l'institution d'une ''Église hiérarchique ''dans les textes évangéliques, qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous ne voulons pas dire que Jésus a déclaré ''explicitement ''qu'il fondait une Église hiérarchique qui serait gouvernée un jour par les Évêques sous le principat du Pape. Des paroles aussi formelles n'ont pas été prononcées. I1 suffit, pour la démonstration de notre thèse, d'établir que nous on retrouvons l'équivalent dans ce double fait qu'il ''choisit Douze Apôtres ''et leur ''délégua des pouvoirs spéciaux à ''eux, à l'exclusion des autres disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CHOIX DES ''« ''DOUZE ''». — Tous les Évangélistes sont d'accord pour témoigner que, parmi ses disciples, Jésus en ''choisit douze ''qu'il nomme ses Apôtres ''(Mat., ''x, 2, 4 ; ''Marc, ''iii, 13, 19 ; ''Luc, ''vi, 13, 16 ; ''Jean, ''i, 35 et suiv.), qu'il instruit d'une façon toute particulière, à qui il dévoile le sens des paraboles qui restent incomprises de la foule ''(Mat., ''xiii, 11), qu'il associe déjà à son œuvre en les envoyant prêcher le royaume de Dieu aux fils d'Israël ''(Mat., ''x, 5, 42 ; ''Marc, ''vi, 7, 13 ; ''Luc, ''IX, 1,6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''P0UV0IRS CONFÉRÉS AU COLLÈGE DES DOUZE. ''— ''a) ''A ce ''collège des Douze, ''— à Pierre en particulier ''(Mat., ''xvi, 18, 19), à l'ensemble du collège (''Mat., ''xviii, 18), — Jésus commence par ''promettre ''le pouvoir de « ''lier ''dans le ciel ce qu'ils auront lié sur la terre », c'est-à-dire une ''autorité gouvernante ''qui les fera juges des cas de conscience, qui leur donnera la faculté de prescrire ou de défendre, et partant, de créer des obligations, si bien que celui qui n'écoutera pas l'Église sera regardé « comme un païen et un publicain» ''(Mat., ''xviii, 17). Mais, ''objectent ''les Protestants à propos de ce dernier texte, le mot Église est employé au verset 17 dans le sens restreint d'assemblée (N° 300), et dès lors, ce passage ne saurait servir d'argument en faveur de l'existence d'une autorité hiérarchique.— Nous ne contesterons pas que, dans le texte en question, le mot Église prête à deux interprétations. Il faut donc faire intervenir ici la règle de critique qui veut que tout passage obscur soit interprété d'après les autres passages parallèles qui sont plus clairs. Or il ne fait pas de doute que, dans les autres textes où il est question des pouvoirs accordés par Notre-Seigneur à son Église, cette concession ne concerne jamais que le collège apostolique. Il y a donc lieu de présumer le même sens pour le passage de saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Le pouvoir qu'il avait d'abord promis, Jésus le ''confère, ''peu de jours avant son Ascension, au collège des Douze, alors devenu le collège des Onze par la défection de Judas : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre, leur déclare-t-il. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » ''(Mat., ''xviii, 19,20). Ainsi le Christ accorde à ses Apôtres le triple pouvoir: — 1. ''d'enseigner : ''« Allez, enseignez toutes les nations » ; — 2. de ''sanctifier, ''par les rites institués à cet effet, en particulier, par le baptême ; — 3. de ''gouverner, ''puisque les Apôtres devront apprendre au monde à garder ce que Jésus a commandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu'on ''n'objecte ''pas encore que ce texte n'a aucune valeur sous prétexte que les paroles et les actes du Christ ressuscité ne peuvent être contrôlés par l'historien. Le préjugé rationaliste serait manifeste. Du moment en effet que la Résurrection peut être démontrée comme un fait historique et qu'elle est une réalité dont les Apôtres ont acquis la certitude, il y aurait autant de parti-pris à rejeter les paroles du Christ ressuscité que la résurrection elle-même. Du reste, les paroles du Christ ressuscité sont si bien liées avec les paroles de la promesse, que contester les unes c'est contester les autres, et que nier les unes et les autres c'est rendre inexplicable la conduite des Apôtres qui, après la mort de leur Maître, revendiquèrent le triple pouvoir ci-dessus mentionné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''311. — 2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— ''Préliminaires. ''— 1. Quelle que soit la valeur des textes évangéliques qui nous prouvent que l'Église n'est pas hors de la ligne de l'Évangile, il va de soi que la question de l'institution divine d'une Église hiérarchique est, avant tout, historique. Si l'histoire en effet nous apportait la preuve que la création de l'Église serait postérieure à l'âge apostolique, et aurait été le résultat de circonstances accidentelles, l'on aurait beau invoquer les textes de l'Évangile : nos adversaires seraient certes en droit de les considérer comme des interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les ''documents ''qui servent à l'étude du christianisme naissant sont les ''Actes des Apôtres&amp;lt;ref&amp;gt;Les Actes des Apôtres. — D'après une tradition universelle et constante, saint Luc est l'auteur des Actes des Apôtres. La tradition repose : — a) sur un argument extrin­sèque (témoignage de saint Irénée, du canon de Muratori, de Tertullien, de Clément d'Alexandrie), et — b) sur un argument tiré de la critique interne. Il résulte en effet de l'analyse de l'ouvrage que l'auteur était médecin et compagnon de saint Paul et que les Actes offrent les mêmes particularités de langue et de composition que le troisième Évangile : tous traits qui s'appliquent à saint Luc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme le livre s'arrête à la première captivité de saint Paul à Rome, il y a tout lieu de croire qu'il a été composé à la lin de la première captivité et certainement avant la mort de saint Paul (67). Les Actes sont donc pour l'historien des origines de l'Eglise un document des plus précieux. L'auteur y rapporte les faits soit en témoin oculaire, soit d'après le récit de témoins oculaires : Paul, Barnabé, Philippe, Marc. La précision et les détails circonstanciés avec lesquels ils sont narrés, repoussent toute hypothèse de légende ou d'amplification tendancieuse. Quant aux discours qui y sont contenus, ils ont été puisés sans doute à des sources écrites : et que semblent indiquer les nombreux archaïsmes qu'on y rencontre. La sincérité de saint Luc n'est, du reste, pas suspectée, et les critiques rationalistes ne rejettent que ce qui contredit leur thèse, c'est-à-dire les mira­cles et certains discours à cause de leur portée doctrinale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On devine l'importance des Actes des Apôtres par ce double fait qu'ils contiennent un exposé complet de la première prédication des Apôtres et nous font connaître l'organi­sation de la primitive Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;, les ''Épîtres de saint Paul&amp;lt;ref&amp;gt;Les Epîtres de saint Paul, tant par leur ancienneté que par leur valeur documen­taire, sont aussi pour l'apologiste des sources de premier ordre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après la date de composition, les Epîtres de saint Paul peuvent être classées en quatre groupes — a) 1er  groupe : Ire et IIe Ep. aux Thessaloniciens (51);— b) 2e  groupe: Les grandes Epîtres I et II aux Corinthiens, aux Galates, aux Romains (56, 57) ; — c) 3e  groupe : Les Epîtres de la captivité aux Philippiens, aux Éphésiens, aux Colossiens, billet à Philémon (61 -62) ; — d) 4e  groupe : Les Pastorales I et II à Timothée, à Tite (62). — L'authenticité des trois premiers groupes n'est guère contestée par les critique» rationalistes.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et pour la période sub-apostolique (c'est-à-dire pour les trois générations qui suivent les Apôtres) les écrits des ''Pères ''et des ''écrivains ecclésiastiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est parlé de « ''charismes ''» à maintes pages des Actes des Apôtres. Que faut-il entendre par là? Les charismes (grec « ''charis ''» et « ''charisma ''» grâce, faveur, don) sont des ''dons surnaturels ''octroyés par le Saint-Esprit en vue de la propagation du christianisme et pour le bien général de l'Église naissante. Ce sont des manifestations de l'Esprit Saint, parfois même étranges et désordonnées, telles que le don des langues ou ''glossolalie ''qui consistait à louer Dieu en langue étrangère et en des accents d'enthousiasme, exalté (Lire à ce sujet : I ''Cor., ''xiv). Les charismes auxquels on attachait le plus de prix étaient le don des miracles et le don des prophéties ; mais quelle qu'en fût la nature, ils étaient toujours des ''signes divins ''qui avaient pour but de confirmer la première prédication de l'Évangile. — 4. Nous allons exposer, en nous plaçant sur le seul terrain de l'histoire, les deux thèses, rationaliste et catholique, sur les ''origines de l’Église. ''La première que nous mettons sous l'étiquette générale de rationaliste, est, en réalité, le point de vue, non seulement des rationalistes, mais de tous les historiens protestants, orthodoxes ou libéraux, et des modernistes. Le meilleur exposé français en a été fait par A. Sabatier (''Les Religions d'autorité et la Religion de l'esprit, ''pp. 47-83, 4e éd.) En voici un résumé, aussi objectif que possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
312. — A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— ''Les origines de l'Église. ''— 1. La création d'une Église hiérarchique ne saurait être l'œuvre de Jésus. ''« ''Non seulement il n'a pas voulu cette Église, mais il ne pouvait même la prévoir, pour la bonne raison qu'il croyait venir aux derniers jours du monde et que tout ce développement historique du christianisme restait en dehors de son horizon de Messie.» — 2. Comme les Apôtres « attendaient de jour en jour le retour triomphant de leur Maître sur les nuées du ciel», ils vivaient « dans l'exaltation et la fièvre», se regardant i comme des étrangers et des voyageurs qui passent sans songer à aucun établissement durable ».— 3. Les premières communautés formées par les disciples du Christ n'eurent donc rien d'une société hiérarchique. « Les dons individuels (charismes) départis car l'Esprit aux divers membres de la communauté répondaient à tous les besoins. C'était l'Esprit agissant dans chaque fidèle qui déterminait ainsi les vocations et attribuait aux uns et aux autres, suivant la faculté ou le zèle de chacun, des min stères et des offices qui paraissaient devoir être provisoires.» — 4. Les premières communautés chrétiennes composées à l'origine • de membres égaux entre eux et distingués par la seule variété des dons de l'Esprit» deviennent avec le temps « des corps organisés, de véritables églises qui se développent et prennent d'abord des physionomies différentes, suivant la diversité des milieux géographiques et sociaux. L'assemblée des chrétiens se modèle, en Palestine et au delà du Jourdain, sur la synagogue juive... En Occident, elle semble plutôt reproduire la forme des collèges ou associations païennes, si nombreuses à cette époque dans les villes grecques. Cependant « les associations chrétiennes dispersées dans l'empire entretiennent entre elles des relations fréquentes… Il est donc naturel qu’elles aient eu dès le principe, la conscience très vive de leur unité spirituelle et qu’au dessus des Eglise particulières et locales ait apparu, précisément dans les lettres de l’apôtres aux païens, l’idée de ''l’Eglise de Dieu, ou du Christ une et'' ''universelle... ''L’unité idéale de l'Eglise tendra à devenir une réalité visible, par l'unité de gouvernement, de cul le et de discipline». — 5. Pour créer cette unité, deux conditions nécessaires manquent encore. Il faut d'abord que la chrétienté apostolique trouve Un centre fixe autour duquel les églises particulières puissent se grouper. Ensuite il faut qu'elles arrivent à tiret d'elles-mêmes une règle dogmatique et un principe d'autorité qui leur permette de vaincre toutes les hérésies et toutes les résistances». Or ces deux conditions se réalisèrent de la façon suivante. Après la destruction de Jérusalem en l'an 70, « la chrétienté gréco-romaine cherchait un centre nouveau autour duquel elle se pût grouper, elle ne devait pas hésiter bien longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grandes Églises d'Antioche, d'Éphèse, d'Alexandrie se faisaient équilibre et n'avaient d'autorité que sur les communautés de leur région. Seule une ville s'élevait au-dessus de toutes les autres et avait une importance universelle. Rome restait toujours la ville éternelle et sacrée... La capitale de l'empire était marquée à l'avance pour devenir la capitale de la chrétienté. » Voilà pour la première condition : le ''centre fixe, ''principe de l'unité hiérarchique, est trouvé. — 6. Les sectes nombreuses, entre autres, les grandes hérésies du ''gnosticisme, ''d'une part, et du ''montanisme, ''d'autre part, qui éclatent la première vers l'an 130 et la seconde, vers l'an 160, vont fournir l'occasion de remplir la seconde condition. L'on chercha et l'on découvrit « le moyen d'opposer à toutes les objections un ''déclinatoire, ''une sorte de question préalable qui faisait mieux que de réfuter l'hérésie, qui l'exécutait avant même qu'elle eût ouvert la bouche. Ce moyen, ce fut une confession de foi apostolique, un symbole populaire et universel, qui, devenant loi de l'Église, excluait de son sein, sans disputes, tous ceux qui se refusaient à le redire. Ce fut « la règle de foi », le Symbole dit des Apôtres qui vit le jour sous sa première forme, dans 1 Église de Rome, entre les années 150 et 160.» A partir de là seulement, le catholicisme avec son gouvernement épiscopal et sa règle de foi extérieure est fondé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, le christianisme aurait été d'abord « ''religion de l'esprit» ''n'ayant d'autre règle de foi que les ''charismes, ''c'est-à-dire les inspirations individuelles de l'Esprit Saint. Il n'aurait possédé, au début de son existence, ni hiérarchie, ni unité sociale et visible. Il n'aurait été indépendant ni des synagogues juives ni des associations païennes. Il ne serait devenu une ''religion d'autorité, ''il n'aurait eu sa hiérarchie que cent vingt ou cent cinquante ans après Jésus-Christ, à la fin du n° siècle, au temps &amp;quot;de saint Irénée et du pape saint Victor. Entre la mort de Jé3us et la constitution catholique de l'Église, l'histoire découvrirait donc une période intermédiaire où aucune organisation n'existait : période qu'on pourrait dénommer l'âge ''précatholique ''du christianisme. Il résulte de là que l'Église catholique ne saurait être d'institution divine. Sa naissance, son développement et les péripéties de son histoire, tout s'expliquerait par un concours de circonstances humaines. « Ce n'est qu'après que l'Église fut constituée en oracle infaillible... que l'on songea à justifier en théorie ce qui avait triomphé dans les faits. Le dogme ne consacre jamais que ce qui est déjà, depuis un siècle ou deux, passé en pratique.»&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, Les religions d'autorité et ta religion de l'esprit.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
313. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. — Nota. ''— Avant toute discussion de la thèse rationaliste, il convient de remarquer, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, que les historiens catholiques ne prétendent nullement que l'on retrouve, à l'origine du christianisme, une Église tout organisée comme elle le sera par la suite. Requérir une pareille chose, ce serait vouloir que la semence jetée en terre devienne aussitôt un épi de blé avant de passer par les différentes phases de la germination. Les rationalistes concèdent qu'au début du me siècle, et même à la fin du second, l'Église possède une ''hiérarchie ''avec un ''centre d'unité ''et un ''symbole de foi. ''Notre enquête peut donc s'arrêter là. Il nous suffit dès lors de montrer que l'épi dont les historiens rationalistes constatent l'éclosion à la fin du second siècle, est le développement normal d'une semence confiée à la terre à l'origine du christianisme. Et, pour parler sans figures, nous prouverons ''qu'il n'y a pas eu d'âge précatholique, ''que les organes essentiels du christianisme postérieur, étaient précontenus dans le christianisme primitif, dès l'âge apostolique. Auparavant, nous allons reprendre, point par point, les divers articles du système rationaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
314. — ''a) Réfutation de la thèse rationaliste. ''— 1. Au ''point de départ, ''nos adversaires posent en principe que ''Jésus n'a pas pu songer à fonder une église, ''parce que la pensée de toute fondation durable était en dehors de son horizon messianique. C'est là un ''préjugé ''que nous avons réfuté précédemment (N° 307). Nous n'y reviendrons pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Est-il vrai, comme on l'affirme bien légèrement, que les Apôtres trompés par la prédication de Jésus et attendant la venue prochaine du royaume eschatologique, ne purent songer, pas plus que leur Maître, à ''une institution durable? ''S'il en était ainsi, si les Apôtres et les premiers chrétiens avaient été vraiment convaincus que le Christ leur avait annoncé l'imminence du royaume final, si tel était le dogme essentiel de leur foi, comment expliquer que cette première communauté ne se soit pas dissoute, dès que les faits lui démontrèrent que Jésus avait enseigné une erreur ? La chose paraît si évidente que des historiens libéraux, tels que Harnack, reconnaissent que l'Évangile était plus que cela, qu'il était quelque chose de nouveau, à savoir « la création d'une religion universelle fondée sur celle de l'Ancien Testament ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que les ''charismes ''ont fourni les premiers éléments d'organisation, est une hypothèse aussi dénuée de fondement. N'est-il pas évident, — et le fait n'est-il pas d'expérience quotidienne? — que l'inspiration individuelle n'aboutit jamais qu'à ''l'anarchie? ''Renan lui-même n'hésite pas à l'avouer. « La libre prophétie, écrit-il dans ''Marc Aurèle, ''les charismes, la glossolalie, l'inspiration individuelle, c'était plus qu'il n'en fallait pour tout ramener aux proportions d'une chapelle éphémère, comme on en voit tant en Amérique et en Angleterre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Il n'est pas plus juste de prétendre que les premières communautés chrétiennes n'eurent ''aucune autonomie ''et qu'elles n'étaient guère ''distinctes des synagogues ''ou des associations païennes. Sans doute, sur certains points secondaires, des concessions furent faites d'un côté comme de l'autre : c'est ainsi que les communautés composées exclusivement de Juifs convertis, « les judaïsants » furent autorisés à garder la pratique de la circoncision, tandis que les païens étaient admis au baptême sans passer par le judaïsme. Il fallait bien ménager les transitions. Mais ce qui n'en est pas moins vrai, c'est que le christianisme apparaît dès les premiers jours, comme une religion distincte, en dehors de la hiérarchie mosaïque, puisque les Apôtres se reconnaissent une mission religieuse, universelle, qu'ils ne tiennent pas des chefs du judaïsme. ''L'idée de l'Église une et universelle n'est donc pas une idée spéciale à saint Paul, ''encore qu'elle occupe une grande place dans son enseignement. Elle vient de ce fait que les Apôtres sont tous disciples du même Maître et prêchent la même foi, et si les différentes Églises du monde entier arrivent à ne former qu'une seule Église, c'est qu'elles procèdent toutes, par filiation, d'une même communauté primitive, de l'Église-mère de Jérusalem.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Il est faux de dire que la ''ruine de Jérusalem a déplacé le centre de gravité de la chrétienté, ''car déjà au temps des missions de saint Paul, bien avant par conséquent l'année 70, les communautés de la gentilité avaient répudié le ''judéo-christianisme&amp;lt;ref&amp;gt;Le judéo-christianisme est la doctrine professée dans les premiers temps du chris­tianisme par la secte dite des « judaïsants » et qui prétendait que la loi mosaïque (et en particulier la circoncision) n'était pas abrogée, qu'on ne pouvait pas par conséquent entrer dans l'Eglise de Jésus-Christ sans passer par le judaïsme. Cette doctrine qui n'avait été appliquée ni par saint Pierre ni par saint Paul, fut définitivement condamnée par le Concile de Jérusalem (vers 50), où sur la proposition de saint Pierre et de saint Jac­ques, il fut décidé que le rite de la circoncision ne devait pas être imposé aux païens qui se convertissaient au christianisme. A dater de là, le judéo-christianisme devint une hérésie.&amp;lt;/ref&amp;gt; et n'avaient plus d'attache à la capitale de la Judée. Que Rome soit devenue alors la capitale de la chrétienté parce qu'elle était la capitale de l'Empire gréco-romain, c'est tout à fait vraisemblable. « Cette coopération de Rome, dit Mgr Batiffol, au rôle de la ''Cathedra Pétri, ''nous aurions mauvaise grâce à la contester ; nous faisons nos réserves sur les termes politiques dont on se sert pour la décrire, comme aussi sur la tendance à transformer en cause génératrice ce qui n'est qu'une circonstance. »&amp;lt;ref&amp;gt;P. Batiffol, L'Eglise naissante et le catholicisme.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Quant à l'influence attribuée au ''Symbole des Apôtres ''pour créer ''l'unité de foi ''de l'Église et pour réagir contre les hérésies naissantes, rien n'est plus contestable. Il n'est pas probable en effet que le texte romain qui était la profession de foi baptismale commune à Rome et aux églises de Gaule et d'Afrique, au temps de saint Irénée et même avant, fût imposé aux églises de la chrétienté grecque. Il y a tout lieu de croire même que celles-ci n'ont possédé aucun formulaire commun de leur foi avant le concile de Nicée (325). L'on ne peut donc soutenir que ce fut le symbole romain qui fut cause d'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rationalistes supposent que le Symbole des Apôtres aurait été rédigé à l'occasion des hérésies naissantes, en particulier du ''gnosticisme ''et du ''montanisme. ''Or il n'y a dans cette formule de foi aucune préoccupation antignostique, et les articles s'en retrouvent équivalemment dans des écrits antérieurs à l'hérésie gnostique, par exemple chez les apologistes comme saint Justin (vers 150), Aristide (vers 140) et saint Ignace (vers 110) ; on peut même dire que, tout au moins dans leur substance, ils font partie déjà de la littérature chrétienne de l'âge apostolique. A plus forte raison, le Symbole romain est-il indépendant du montanisme qui est une hérésie plus tardive et qui ne pénétra guère dans le monde chrétien d'Occident avant 180 : date à laquelle la formule du Symbole était déjà rédigée, de l'avis de nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315. — ''b) Preuves de la thèse catholique. ''— D'après les historiens catholiques, la hiérarchie de l'Église remonte à l'origine du christianisme. Comme nous en avons fait déjà la remarque (N° 313) il n'est pas douteux que l'Église ait connu le progrès dans les formes extérieures de son organisation, mais ce que nous affirmons, et ce qui est d'ailleurs le seul point en litige, c'est que l'évolution s'est faite normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''protestants ''et les ''modernistes ''admettent que, du temps de saint Irénée, du pape saint Victor et de la controverse pascale, l'Église possède une autorité enseignante et gouvernante, qu'elle est ''hiérarchique. ''Il nous sera facile de montrer qu'elle l'était bien avant, qu'elle le fut toujours et qu'il ''n'y a pas eu d'âge précatholique. ''Sans doute les documents sur lesquels s'appuie la thèse catholique, ne sont pas nombreux, mais ils sont d'un caractère décisif. Voici les principaux, énumérés dans l'ordre régressif. — 1. ''Témoignage de saint Irénée. ''A la rigueur, le témoignage de saint Irénée ne devrait pas être invoqué, puisque les rationalistes conviennent que, à cette date, l'Église hiérarchique était née. Si nous nous en servons, c'est qu'il est du plus haut intérêt et qu'il nous fait remonter beaucoup plus loin. Argumentant contre les hérétiques, saint Irénée présente le caractère hiérarchique de l'Église comme un ''fait notoire ''et ''incontesté, ''comme une fondation du Christ et des Apôtres. Or comment aurait-il pu revendiquer pour l'Église chrétienne une origine apostolique, si ses adversaires avaient été en état de lui apporter les preuves que la hiérarchie était de fondation récente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Témoignage de saint Polycarpe. ''De saint Irénée passons à la génération précédente. Nous trouvons le témoignage de saint Polycarpe qui, au milieu du second siècle, représente les pasteurs comme les ''chefs de la hiérarchie ''et les gardiens de la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Parmi les témoignages du second siècle nous pourrions encore citer ceux: — 1. d'Hégésippe qui montre les Eglises gouvernées par les Evêques successeurs des Apôtres ; — 2. de Denys de Corinthe qui, dans sa lettre à l'Église romaine, écrit que Corinthe garde fidèlement les admonitions qu'elle a reçues autrefois du pape Clément ; — 3. d'Abercius Dans cette inscription célèbre de la fin du IIe siècle, Abercius, peut-être évêque d'Hiéropolis raconte que dans ses voyages à travers les Églises chrétiennes, il a trouvé partout même foi, même Écriture, même Eucharistie.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Témoignages de saint Ignace d'Antioche ''(mort vers 110) et de ''saint Clément de Rome ''(mort 100). Avec ces deux témoignages nous arrivons au début du ne siècle et à la fin du Ier. Dans son Épître aux Romains, saint Ignace parle de l'Église de Rome comme du centre de la chrétienté: « Vous (Église de Borne), écrit-il, vous avez enseigné les autres. Et moi je veux que demeurent fermes les choses que vous prescrivez par votre enseignement » ''(Rom., ''iv, 1). Vers l'an 96, Clément de Rome, disciple immédiat de saint Pierre et de saint Paul, écrit une lettre aux Corinthiens où il donne de l'Église une notion équivalente à celle de saint Irénée, présentant la ''hiérarchie ''comme la ''gardienne de la Tradition, ''et l'Église de Rome comme la présidente universelle de toutes les Églises locales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Ainsi, de génération en génération, nous parvenons à l'âge apostolique. Nous avons ici, pour nous renseigner, les ''Actes des Apôtres. ''Les témoignages en sont clairs et précis : ils nous montrent avec évidence l'existence d'une société avec sa hiérarchie visible, sa règle de foi et son culte : — 1) ''sa hiérarchie visible. ''Dès la première heure du christianisme, les Apôtres jouent le double rôle de chefs et de prédicateurs. Ils choisissent Mathias pour remplacer Judas ''(Act, ''i, 12, 26).Le jour de la Pentecôte, saint Pierre commence ses prédications et fait de nombreux convertis ''(Act., ''ii, 37). Les Apôtres instituent bientôt des ''diacres ''à qui ils délèguent une partie de leurs pouvoirs (''Act., ''vi, 1,6); — 2) ''sa règle de foi. ''Incontestablement, parmi les premiers chrétiens, il y en eut qui furent favorisés des dons de l'Esprit Saint ou charismes, mais n'exagérons rien, et ne croyons pas pour autant que les premières communautés n'étaient que des groupes mystiques de Juifs pieux qui auraient reçu tous leurs dogmes des inspirations de l'Esprit Saint. Les charismes étaient des ''motifs de crédibilité ''qui poussaient les âmes à la foi ou entretenaient en elles la ferveur religieuse. Mais, loin d'être une règle de foi, ils restaient subordonnés au magistère des Apôtres et à la foi reçue. La preuve évidente en est que saint Paul en réglemente l'usage dans les assemblées (I ''Cor., ''xiv, 26) et n'hésite pas à déclarer qu'aucune autorité ne saurait prévaloir contre l'Évangile qu'il a enseigné (I ''Cor., ''xv, 1). Le christianisme primitif a donc sa règle de foi, et celle-ci lui vient des Apôtres. Sans doute elle n'est pas compliquée et tient en quelques points. Le thème général des prédications apostoliques, c'est que Jésus a réalisé l'espérance messianique, qu'il est le Seigneur à qui sont dus les honneurs divins et en qui seul est le salut ''(Act., ''iv, 12). C'est là une doctrine élémentaire, quoique susceptible de riches développements, que les apôtres imposent à tous les membres de la communauté chrétienne. Rien n'est laissé à l'inspiration individuelle. Que s'il surgit au sein de la jeune Église des sujets de controverse, le cas est déféré aux Apôtres comme à une autorité incontestée, à laquelle seule il appartient de trancher le point en litige ; — 3) ''son culte. ''La lecture des Actes des Apôtres nous témoigne abondamment que la société chrétienne possède et pratique des rites spécifiquement distincts de ceux du judaïsme: le baptême, l'imposition des mains pour conférer le Saint-Esprit, et la fraction du pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De cette longue discussion, il résulte bien que l'Église chrétienne est, au début de son existence, une ''société hiérarchisée, ''entendue au sens de la doctrine catholique (N° 300). Ce que les rationalistes appellent l'âge précatholique est un mythe. Mais si les Apôtres, aussitôt après l'Ascension de leur Maître, parlent et agissent en chefs, c'est qu'ils s'en croient le droit et les pouvoirs. Et s'ils se croient en possession de tels pouvoirs, c'est, selon toute vraisemblance, qu'ils les ont reçus de Jésus-Christ. Par conséquent, les ''textes de l’Évangile ''concordent avec les ''faits de l'histoire, ''et l'on ne voit plus, dès lors, de quel droit nos adversaires peuvent prétendre qu'ils ont été interpolés. C'est donc à juste titre que nous avons appuyé notre thèse sur un double argument, sur l'Évangile et sur l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §. 2. — Jésus-Christ a fondé une hiérarchie permanente. La succession apostolique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316. — ''État de la question. ''— Nous avons établi, dans le paragraphe précédent, que Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique du fait qu'il a institué une autorité enseignante et gouvernante dans la personne des Apôtres. Il s'agit maintenant de savoir si la juridiction conférée aux Apôtres était ''transmissible, ''et, dans le cas affirmatif, ''à qui ''la succession devait échoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici encore deux thèses sont en présence : la thèse ''rationaliste ''et la thèse ''catholique. ''— ''a) ''D'après la première, la hiérarchie n'étant pas d'institution divine, la question de la transmission de la juridiction apostolique ne se pose pas. C'est seulement le besoin qui aurait créé l'organe ; l’''épiscopat serait une institution purement humaine. ''Nous verrons plus loin à quelles circonstances les rationalistes en attribuent l'origine. — b) D'après la thèse ''catholique, ''les évêques, pris en corps, sont, de ''droit divin, les successeurs des Apôtres. ''Ils ont recueilli les pouvoirs du collège apostolique et jouissent de ses privilèges. La thèse catholique s'appuie sur un double argument : — 1. sur ''un argument tiré des textes évangéliques ''et — 2. sur ''un argument historique ''où nous aurons à réfuter la thèse rationaliste sur les origines de l'épiscopat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Argument tiré des textes évangéliques. — Les textes de l'Évangile doivent nous servir à traiter la ''question de droit, ''qui est de savoir si l'autorité apostolique était ''transmissible. ''Or la chose paraît découler, d'une manière évidente, des textes déjà invoqués, et en particulier, des paroles par lesquelles .Notre-Seigneur met les Apôtres à la tête de son Église. Ne leur dit-il pas en effet : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commande : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »? ''(Mat., ''xxviii, 20). Jésus donne à ses Apôtres la mission de prêcher l'Évangile à ''toute ''créature, de baptiser et de régir son Église ''jusqu'à la fin du monde. ''Voilà une tâche qui ne saurait être remplie par ceux à qui elle est confiée. Il suit donc de là que les pouvoirs conférés aux Apôtres n'ont pu être limités ni dans l'espace ni dans le temps, et que, par conséquent, dans la pensée du Christ, ils devaient se transmettre aux successeurs des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— Comme on peut le remarquer, nous avons insisté peu sur l'argument scripturaire, sur la ''question de droit. ''C'est que, on se le rappelle, nos adversaires s'accordent à récuser tous les textes qui rapportent les paroles du Christ ressuscité. Ils ne considèrent donc que la ''question de fait. ''Dans leur théorie « c'est à l'histoire et à l'histoire seule, en dehors de tout préjugé dogmatique, qu'il convient de demander les origines de l'épiscopat »&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous allons résumer, en quelques points, comment ils expliquent ces origines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317. — A ''THÈSE RATIONALISTE.-— Les origines de l’épiscopat. ''— 1. D'après la thèse rationaliste, les membres des premières communautés chrétiennes étaient ''tous égaux ''(V. N° 312). Tous ils formaient un « ''peuple élu», ''un peuple de prêtres et de prophètes. — 2. L'on peut cependant distinguer dans la société chrétienne primitive « deux grandes classes d'ouvriers occupés à l'œuvre de Dieu ; d'une part, les hommes de la parole : les ''apôtres, ''les ''prophètes, ''les ''docteurs ; ''de l'autre, les ''anciens, ''les ''surveillants ''ou ''épiscopes, ''lès ''diacres ''». Les premiers étaient au service de l'Église générale et ne relevaient que de l’Esprit qui les inspirait. Les seconds étaient, au contraire, les employés élus de chaque communauté particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. « Non seulement on ne trouve au début aucune institution formelle de l'épiscopat ni d'une hiérarchie quelconque, mais les noms ''d'episcopi ''et de ''presbyteri ''sont équivalents et désignent les mêmes personnes.» « L'histoire authentique ne mentionne aucun exemple d’évêque constitué par un apôtre, et auquel un apôtre aurait transmis, par cette institution, soit la totalité, soit une partie de ses pouvoirs.»&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt; Les pouvoirs d’enseigner et de gouverner étaient réservés à ceux qui étaient favorisés de charismes. C'est seulement petit à petit que les épiscopes ou presbytres, préposés d'abord à l'administration temporelle des Églises, se seraient emparés des pouvoirs d'enseigner et de gouverner, primitivement réservés aux Apôtres et à tous ceux qui jouissaient de charismes. D'après la thèse rationaliste, il ne faut donc pas parler de pouvoirs conférés par Jésus-Christ. Le christianisme est une démocratie où l'ensemble des chrétiens détient le pouvoir et le délègue à ses élus&amp;lt;ref&amp;gt;Pour prouver que l'autorité dérive de l'ensemble des fidèles et ne peut être exercée que du consentement du peuple chrétien (système appelé multitudinisme ou presby­térianisme professé par certaines sectes protestantes),les historiens rationalistes allèguent qu'autrefois les évêques ont été souvent élus par le peuple.— C'est évidemment là con­fondre deux choses : l'élection, d'une part, et d'autre part, la collation de la juridiction et la consécration. — 1. Pour ce qui concerne l'élection, il est vrai que les fidèles ont par­fois concouru au choix du candidat. — 2. Mais l'élection ne conférait pas le pouvoir à l'élu. Lorsque le choix des fidèles avait été ratifié par les évêques de la province, les élus ne recevaient la juridiction et la consécration que du métropolitain et, par la suite, du Souverain Pontife. Le peuple ne participait ni à l'une ni à l'autre.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'autorité passe d'abord du peuple des fidèles au conseil des Anciens, aux ''seniores ''ou presbytres, puis de ceux-ci elle passe au plus influent d'entre eux qui devient l'Évêque unique, L'épiscopat serait par conséquent, selon le mot de Renan et de Harnack, une institution humaine née de la médiocrité de la masse et de l'ambition de quelques-uns : c'est la médiocrité qui aurait fondé l'autorité&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse moderniste est sensiblement la même. M. Loisy écrit en effet  dans Autour d'un petit livre : « Les anciens (presbytres, d'où le nom de prêtres), qui exerçaient dans les assemblées chrétiennes les fonctions de surveillants (épiscopes, d'où le nom d'évêques), ont été institués de même par les Apôtres, pour satisfaire à la nécessité d'une organisation dans les communautés, non précisément pour perpétuer la mission et les pouvoirs apostoliques. Le ministère coexistait à celui de l'apostolat et le remplaça en fait, autant que besoin était. La distinction entre le prêtre et l'évêque s'accentua plus tard. » Ce qui revient à dire que l'épiscopat n'est pas d'origine divine et que les évêques n'ont reçu des apôtres ni mission ni pouvoirs.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 — B. ''TRÈSE CATHOLIQUE. — a) ''Le ''point de départ ''de la thèse rationaliste qui suppose que les membres des premières communautés étaient ''égaux ''a été réfuté précédemment (N° 315).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La distinction établie entre les deux classes d'ouvriers&amp;lt;ref&amp;gt;Cette distinction entre les deux classes d'ouvriers est déjà établie par saint Paul dans l'Epître aux Ephésiens. Dans la première classe saint Paul mentionne les apôtres, .les prophètes, les évangélistes, et dans la seconde les pasteurs et les didascales (Eph., iv, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A.  Les apôtres, les prophètes et les évangélistes, c'est-à-dire les ouvriers de la pre­mière catégorie, étaient des missionnaires : ils formaient la hiérarchie itinérante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a)  Le terme d'apôtre comporte un sens large et un sens strict. — 1. Au sens large, d'ailleurs conforme à l'étymologie du mot (gr. « aposlolos » envoyé, messager), l'apôtre est un messager quelconque (II Cor., viii, 23 ; Phil., ii, 25). Étaient apôtres tous ceux qui servaient d'intermédiaires, qui, par exemple, étaient chargés par une église de porter une lettre ou quelque communication à une autre église. — 2. Au sens strict, le mot apôtre désigne les envoyés du Christ. Toutefois, même dans ce sens, il ne s'applique pas exclusivement aux Douze, car on ne saurait exclure de l'apostolat Paul et Barnabé. Les deux expressions « les Apôtres» et « les Douze» ou collège des Douze (N° 310), ne sont donc pas identiques. Mais qu'est-ce qui constitue 1'aposfolcrf proprement dit? C'est à la fois le fait d'avoir vu le Christ vivant ou ressuscité et d'avoir reçu de lui sa mission. Ce sont les deux raisons que saint Paul invoque pour revendiquer le titre d'apôtre du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b)  Les prophètes étaient ceux qui, sans avoir été envoyés directement par le Christ, parlaient au nom de Dieu, en vertu d'une inspiration spéciale. Doués du don de pro­phétie, et de la faculté de lire au fond des cœurs, ils avaient pour rôle  « d'édifier, d'exhorter » et de convertir les infidèles (I Cor., xiv, 3, 24-25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c)  Les évangélistes. Ce mot qui ne se trouve que trois fois dans le Nouveau Testament (Act., xxi, 8 ; Eph., iv, 1-1 ; II Tim., iv, 5) désigne celui qui est chargé d'annoncer l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B.  Dans la seconde catégorie saint Paul place : — a) les pasteurs, c'est-à-dire les chefs préposés aux églises locales : évêques ou prêtres ; — b) les didascales ou docteurs, sortes de catéchistes attachés à quelque localité et chargés d'instruire les fidèles.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui travaillent à l'œuvre chrétienne, entre ce qu'on a appelé la hiérarchie ''itinérante ''et la hiérarchie ''stable, ''n'est pas contestable. Mais c'est à tort que les rationalistes y cherchent une preuve contre l'origine divine de l’épiscopat, comme nous allons le voir dans la discussion du troisième article de leur thèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Avec le troisième point où l'on tente d'expliquer les ''origines de l'épiscopat ''par une série de crises et de transformations, nous arrivons au cœur de la question. On prétend qu'il n'y avait, au début, aucune institution de l'épiscopat et on en donne comme preuves : — 1. que les deux termes ''episcopi ''et ''presbyteri ''sont équivalents, et — 2. que l'histoire ne mentionne ''aucun exemple d'évêque monarchique ''constitué par un apôtre et auquel il ait transmis la totalité ou une partie de ses pouvoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Que les mots ''episcopi ''et ''presbyteri ''aient été d'abord synonymes, la chose paraît bien évidente. Ainsi, —pour ne donner qu'un exemple, — saint Paul écrit dans sa ''Lettre à Tite : ''« Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout organiser, et que, selon les instructions que je t'ai données, tu établisses des ''presbytres ''dans chaque ville. Que le sujet soit d'une réputation intacte... Car il faut que ''l’évêque ''soit irréprochable, en qualité d'administrateur de la maison de Dieu» ''(Tit., ''i, 5, 7). Il est apparent que dans ce passage, les deux mots ''presbytre ''et ''évêque ''sont employés indistinctement l'un pour l'autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai encore que. au premier abord, nous ne retrouvons pas les traces de l’''évêque monarchique, ''tel qu'il existera par la suite. Les presbytres ou épiscopes, que les Apôtres mettent à la tête des communautés fondées par eux, forment un conseil, le ''presbyterium, ''chargé de gouverner l'église locale ''(Act., ''xv, 2, 4 ; xvi, 4 ; xxi, 1.8). Ces presbytres avaient-ils les pouvoirs que l'évêque monarchique aura plus tard ou étaient-ils de simples prêtres ? Les documents de l'histoire ne permettent pas de solutionner le problème&amp;lt;ref&amp;gt;D'après saint Jean Chrysostome et saint Thomas, les deux titres presbyteri et episcopi avaient une signification générale et étaient employés indifféremment pour désigner les évêques et les prêtres. D'après saint Jérôme et le P. Petau, ils ne dési­gnaient que les simples prêtres. Il y a même un passage célèbre de saint Jérôme sur lequel s'appuient les rationalistes et les protestants pour nier la suprématie des évêques sur les prêtres dans la primitive Église (Voir Sabatier, op. cit., p. 144).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il importe peu du reste, car la question n'est pas là. Qu'avons-nous à rechercher en effet ? Uniquement si les Apôtres ont, oui ou non, ''délégué ''de leur vivant les ''pouvoirs ''qu'ils détenaient de Jésus-Christ, de façon à s'assurer des successeurs lorsqu'ils viendraient à mourir. Tel est bien, il nous semble, le seul point qui nous intéresse et sur lequel nous devons faire la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit que les pouvoirs étaient attachés aux ''charismes, ''et que, pour cette raison, ils n'étaient pas transmissibles, les charismes étant incommunicables. Sans nul doute, les charismes étaient des dons de circonstance, des dons ''personnels, ''venant directement de l'Esprit, donc incommunicables. Mais il ne faut pas confondre ''pouvoirs apostoliques ''et ''charismes. ''Si ceux-ci ont accompagné ceux-là, ils n'en ont pas été le principe. Les charismes étaient des signes divins qui appuyaient l'autorité, mais ils ne la constituaient pas. Les Apôtres avaient donc reçu de Jésus-Christ des ''pouvoirs indépendants des charismes, ''donc ''transmissibles. ''Consultons maintenant les ''faits ''et voyons s'ils les ont ''transmis. ''— 1. Interrogeons tout d'abord les ''Épîtres de saint Paul. ''Elles nous apprendront que, tout en se réservant l'autorité suprême dans les Églises qu'il fondait (I ''Cor, ''v, 3 ; vii, 10, 12 ; xiv, 27, 40 ; II ''Cor., ''xiii, 1, 6), saint Paul confie parfois ses pouvoirs à des délégués. Ainsi il commissionne Timothée pour instituer le clergé à Éphèse ; il lui donne les pouvoirs d'imposer les mains et d'appliquer la discipline (I ''Tim., ''v, 22). De même, il écrit à Tite ces mots que nous avons cités plus haut : « Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout ''organiser... ''» ''(Tit., ''i, 5). Timothée et Tite reçoivent donc la mission d'organiser- les églises et les pouvoirs ''d'imposer les mains, ''c'est-à-dire les pouvoirs épiscopaux. — 2. La ''première lettre de Clément de Rome ''à l'Église de Corinthe nous apporte encore un exemple très précieux de la transmission des pouvoirs apostoliques. La lettre de Clément était destinée à rappeler à l'ordre la communauté de Corinthe qui avait destitué des prêtres de leurs fonctions. Dans ce but, il leur déclare que, de même que Jésus-Christ a été envoyé par Dieu, les Apôtres par Jésus-Christ, de même des prêtres et des diacres furent établis par les Apôtres : on leur doit, de ce fait, la soumission et l'obéissance. , Après quoi il conclut que « ceux qui furent établis par les Apôtres, ou après, par ''d'autres hommes illustres, ''avec l'approbation de toute l'Église... ne peuvent être démis de leurs fonctions sans injustice. » On ne saurait proclamer plus clairement le principe et le fait de la transmission des pouvoirs apostoliques. Qu'est-ce que ces ''hommes illustres ''qui ont établi des prêtres et des diacres, sinon les délégués ou les successeurs des Apôtres? Ces successeurs ne portent pas encore le nom d'évêques : ce sont des ''hommes illustres, ''faisant partie, comme les Apôtres, du clergé itinérant et jouant le rôle d'évêques. Qu'importe que le titre fasse défaut, du moment que la fonction existe1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Considérons maintenant ''l'Église du ''IIe ''siècle. ''Nous venons de découvrir, dès l'âge apostolique, le ''germe ''de l'épiscopat. Tout au début du IIe siècle, nous allons en constater l'éclosion. L'existence de l'épiscopat monarchique nous est attestée par de nombreux témoignages : — 1) ''Témoignage de saint Jean. ''Au début de son ''Apocalypse, ''saint Jean écrit qu'il va rapporter ses révélations sur les « sept Églises qui sont en Asie : à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée » ''(Apoc., ''i, 1-11). En conséquence, sept lettres sont destinées à l'ange de chacune de ces églises. ''Qui est cet ange? ''On s'accorde à dire qu'il ne peut s'agir de l'ange gardien de ces églises, puisque les lettres contiennent des blâmes à côté des éloges, des exhortations et des menaces : ce qui ne saurait s'appliquer à des esprits célestes. Selon toute vraisemblance, ces ''anges ''sont donc les ''chefs spirituels ''des églises, anges du Seigneur, dans le sens étymologique du mot (''aggelos'' = messager, envoyé), qui jouissaient des pouvoirs de l'évêque, sans en porter encore le nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) ''Témoignage de saint Ignace d'Antioche. ''Au témoignage de saint Ignace qui date des dix premières années du second siècle, il y avait un évêque non seulement à Éphèse, à Magnésie, à Tralles, à Philadelphie, à Smyrne, mais dans beaucoup d'autres églises. La hiérarchie est du reste déjà en possession tranquille. L'histoire ne nous apporte pas les traces de crises et de révolutions par lesquelles aurait passé l'épiscopat avant de conquérir les pouvoirs qui lui sont reconnus. « En dehors de l'évêque, des prêtres et des diacres il n'y a pas d'église », écrit saint Ignace à l'église de Tralles (iii, 1).— ''3)Témoignage tiré des listes épiscopales ''dressées, l'une par Hégésippe dans ses ''Mémoires, ''l'autre par saint Irénée dans son ''Traité contre les hérésies. ''Sous le pontificat d'Anicet (155-166), Hégésippe voulant connaître l'enseignement des diverses Églises et en vérifier l'uniformité, entreprit un voyage à travers la chrétienté. Il s'arrêta dans un certain nombre de villes, en particulier à Corinthe et à Rome. A Rome, il établit la liste successorale des Évêques jusqu'à Anicet... Malheureusement cette liste a été perdue et nous n'en connaissons des extraits, que par l'historien Eusêbe. Au contraire, la seconde liste, dressée par saint Irénée, est intacte, et on peut la dater des environs de 180. L'Évêque de Lyon se propose de combattre les hérésies, et particulièrement, le gnosticisme. Pour cela il s'appuie sur la tradition et pose en principe que la règle de foi doit être cherchée dans l'enseignement des Apôtres inaltérable ment conservé par l'Église. A cette fin, il déclare qu'il peut « énumérer ceux que les Apôtres instituèrent évêques, et établir la succession des évêques jusqu'à nous ». Et comme « il serait trop long de donner le catalogue de toutes les églises », il ne veut « considérer que la plus grande et la plus ancienne, l'église connue de tous, fondée et organisée à Eome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul ». Il dresse alors la liste épiscopale de Rome jusqu'à Eleuthère : les bienheureux apôtres (Pierre et Paul), Lin, Anenclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter, Eleuthère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''contre l'historicité de ces listes épiscopales, que les noms des évêques varient de catalogue à catalogue, et que la ''liste ''de saint Irénée diffère de la liste du ''catalogue ''« ''Libérien» ''dressé, en 354, par Philocalus, sous le pape Libère. — II est vrai qu'il y a entre les deux listes quelque divergence : ainsi le catalogue « Libérien » fait suivre Lin immédiatement de Clément et dédouble Anenclet en Clet et Anaclet. De telles variantes sont assez minimes pour qu'on n'y attache pas une trop grande importance, et il y a par ailleurs tout lieu de croire qu'elles sont le fait des copistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc tirer de ce qui précède les conclusions suivantes: — 1. Des textes de l'Évangile et des documents de la primitive Église il résulte que les ''pouvoirs apostoliques ''étaient ''transmissibles ''et ont été ''transmis. — ''2. Les Apôtres ont communiqué leurs pouvoirs à des ''délégués ''en élevant certains disciples à la plénitude de l'Ordre et en leur donnant la mission, soit de diriger les Eglises qu'ils avaient eux-mêmes fondées, soit d'en fonder et d'en organiser de nouvelles. 3. il est dès lors faux de prétendre que l'épiscopat soit né de la médiocrité des uns et de l'ambition des autres. Ce n'est pas la « médiocrité qui a fondé l'autorité», c'est l'Évangile. Les Évêques ont été institués pour recueillir la mission et les pouvoirs dont Jésus-Christ avait investi ses Apôtres. ''Pris en corps, ''les ''Évêques ''sont par conséquent les ''successeurs du collège apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. Jésus-Christ a fondé une Église monarchique. Primauté de Pierre et de ses successeurs. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319. Nous avons démontré, dans les deux paragraphes précédents, que l'Église fondée par Jésus-Christ n'est pas une démocratie qui comporte l'égalité des membres, qu'elle est une ''société hiérarchique ''où il y a des chefs qui détiennent leurs ''pouvoirs, ''non du peuple chrétien, mais de ''droit divin. ''Une autre question se pose encore. ''l’autorité souveraine ''qui appartient à l'Église enseignante réside-t-elle dans le ''corps des Evêques ''ou dans ''un seul ''de ses membres? L'Église est-elle une ''oligarchie ''ou une ''monarchie &amp;lt;ref&amp;gt;Monarchie (gr. monos seul, arche, commandement). Conformément a l'étymologie, la monarchie est une société qui est soumise à l'autorité d'un chef suprême. L'oligarchie (gr. oligos  peu  nombreux; arche, commandement) est la société où l'autorité est entre les mains d’un petit nombre.&amp;lt;/ref&amp;gt; ? A la tête de son Eglise Jésus-Christ a-t-il constitué un ''chef suprême? ''La négative est soutenue par les Protestants et les Grecs schismatiques. Cependant ces derniers et un certain nombre d'Anglicans concèdent que Pierre reçut une primauté ''d'honneur ''et non une primauté de ''juridiction&amp;lt;ref&amp;gt;Primauté de juridiction et primauté d'honneur. - II existe entre la primauté de juridiction et une primauté d'honneur  cette différence essentielle que la prendre implique une autorité effective tandis que la seconde n’accorde que des droits honorifiques. Ceux qui possèdent la première ont le droit de gouverner comme de vrais sujets ceux qui relèvent de leur juridiction ; la primauté d’honneur ne constitue qu’un droit de préséance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les catholiques prétendent le contraire. Ils affirment que Jésus-Christ a conféré la ''primauté de juridiction à saint Pierre, ''et dans sa personne, à ses ''successeurs. ''Les deux points de la thèse catholique que nous devons établir séparément, s'appuient sur un argument tiré des ''textes évangéliques ''et sur un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''320 — I. ''Premier Point.''''' — '''La Primauté de Pierre. '''- ''Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Argument tiré des textes évangéliques. '''— La primauté de Pierre découle des paroles de la ''promesse ''et des paroles de la ''collation.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PAROLES DE LA PROMESSE. ''— Les paroles par lesquelles Notre-Soigneur ''promit ''la primauté de juridiction à saint Pierre, furent prononcées à Césarée de Philippe. Jésus avait interrogé ses disciples pour savoir quelle opinion l'on se faisait de sa personne. Et Pierre, en son propre nom, et d'une inspiration spontanée, avait confessé que « Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C'est alors que le Sauveur lui adressa ces paroles fameuses : « Tu es heureux, Simon, fils d« Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (''Mat., ''xvi, 17,19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce texte trois choses doivent être relevées, qui vont à la démonstration de la thèse catholique : — ''a) ''Tout d'abord il convient de remarquer que Jésus ''change le nom ''de Simon en celui de Pierre. Or le changement de nom est, d'après l'usage biblique, le signe d'un bienfait. Ainsi, Abram fut appelé Abraham, lorsque Dieu voulut contracter alliance avec lui et le désigner comme le père des croyants (''Gen''., xvii'','' 4, 5). — b) Dans le cas présent, le ''nouveau nom, ''donné à Simon, ''symbolise la mission ''dont Jésus veut le revêtir. Simon s'appellera désormais Pierre, parce qu'il doit être la ''pierre&amp;lt;ref&amp;gt;Le jeu de mots qui a toute sa force dans la langue araméenne où le nom « Képhas » que Jésus donne a Pierre, est du masculin et signifie roche, pierre, disparaît en grec et en latin, Pierre se disant Petros ou Petrus et roche se disant petra.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la roche sur laquelle Jésus veut fonder son Église&amp;lt;ref&amp;gt;Ce passage a prêté a d'autres interprétations. Il y a des protestants qui ont pré­tendu que Jésus, en disant : « sur cette pierre je bâtirai mon Église», voulait se désigner lui-même parce que seul 11.est la pierre angulaire de 1 Église. Plusieurs Pères (Origène, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise et saint Hilaire) ont cru que le rocher dési­gnait la foi de l'Apôtre, et ils en ont déduit que tous ceux qui ont une fol semblable, sont, eux aussi, des rochers. C'est, d'un coté comme de l'autre, une exégèse qui fait violence au contexte.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ce qu'est le rocher par rapport à l'édifice, Pierre le sera par rapport à la société chrétienne, à l'Eglise du Christ : fondement ferme qui assurera la stabilité à toute la construction, roc inébranlable qui défiera les siècles et sur lequel viendront se briser « les portes de l'enfer» autrement dit, les assauts du démon. — ''c) ''Enfin les ''dés du royaume des deux ''sont remises entre les mains de Pierre- Nous ne nous arrêterons pas aux pouvoirs de lier et de délier ; ils ne sont pas en effet, la propriété exclusive de Pierre ; il les partage avec les autres apôtres. Mais la remise des clés est un ''privilège insigne et spécial, ''elle confère un pouvoir absolu. Le royaume des cieux est comparé à une maison. Or, — cela va de soi, — seul, celui qui a les clés et ceux à qui ce dernier veut bien ouvrir, ont accès à la maison. Voilà donc Pierre constitué le seul intendant de la maison chrétienne, l'unique introducteur au royaume de Dieu. Inutile d'insister plus : la promesse du Christ est trop claire pour qu'il reste un doute sur sa signification. Seul Pierre change de nom, seul il est appelé le fondement de la future Église, seul il en recevra les clés : si les mots ont un sens, c'est bien la primauté de Pierre qu'ils signifient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''suivant leur tactique habituelle, que le passage en question est ''inauthentique ''et qu'il a été interpolé au moment où l'Église avait déjà vécu tin certain temps et avait accompli son évolution vers la forme catholique. Ils en voient la preuve dans ce fait que saint Matthieu est le seul à rapporter les paroles de Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— L'argument tiré du silence de Marc et de Luc est purement négatif. Il n'aurait de valeur que si l'on pouvait prouver que le passage devait être rapporté par eux et était commandé par le sujet qu'ils traitaient. Or une telle démonstration ne peut être faite, et le silence des deux synoptiques doit être attribué à des motifs littéraires qui ne comportaient pas l'introduction du texte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321. — B. ''PAROLES DE LA COLLATION. ''— Le pouvoir suprême que Jésus avait commencé par ''promettre ''à Pierre, deux passages de l'Évangile nous attestent qu'il le lui a effectivement conféré. — ''a) Mission donnée à Pierre de confirmer ses frères. ''Quelque temps avant sa Passion, Jésus annonce aux Apôtres leur prochaine défaillance, mais en même temps qu'il prédit celle de Pierre, il lui déclare qu'il a spécialement prié pour lui : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » ''(Luc, ''xxii, 31-32). Ainsi, lorsque les Apôtres, d'abord vaincus par la tentation, se seront relevés de leur chute, purifiés par l'épreuve qui aura retranché de leur âme les faiblesses du passé, tel le crible qui sépare la paille du froment, Jésus donne à Pierre la mission de confirmer ses frères. Une telle mission implique évidemment la primauté de juridiction. — ''b) Pierre reçoit la charge du troupeau chrétien. ''La scène se passe après la Résurrection. Voici comment saint Jean la rapporte ''(Jean, ''xxi, 15, 17). Par trois fois Jésus demande à Pierre s'il l'aime ; par trois fois, Pierre proteste de son amour et de son inviolable attachement. Alors le Sauveur, se sentant à la veille de quitter ses disciples par son Ascension, remet à Pierre la garde de son troupeau. Il lui confie le soin de la chrétienté tout entière, à la fois des agneaux et des brebis. « Pais mes agneaux », lui dit-il deux fois, puis une troisième fois : « Pais mes brebis». Or, d'après l'usage courant des langues orientales, le mot paître veut dire ''gouverner. ''Paître les agneaux et les brebis c'est donc gouverner avec une autorité souveraine l'Église du Christ ; c'est en être le chef suprême ; c'est ''avoir la primauté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''322. — 2°''' '''Argument historique. '''— A ne considérer la question que du seul point de vue historique, nous retrouvons, en face l'une de l'autre, les deux thèses, ''rationaliste ''et ''catholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. THESE RATIONALISTE. — ''D'après les rationalistes, le texte : ''Tu es Pierre ''et sur cette pierre je bâtirai mon Église « n'a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnée, qu'au iiie siècle, lorsque les Évêques de Rome en eurent précisément besoin pour soutenir leurs prétentions naissantes »&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, op. cit., p. 209.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La primauté de saint Pierre, prétendent-ils, n'a nullement été reconnue par les autres apôtres, et en particulier par saint Paul, car ce dernier, non seulement ne recense pas toujours Pierre le premier (I ''Cor., ''i, 12 ; iii, 22) ; ''Gal''., ii, 9), mais il ne craint même pas de « lui résister en face » ''(Gal''., ii, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les ''Actes des Apôtres ''fournissent à l'historien catholique de nombreux témoignages qui attestent que Pierre a ''exercé sa primauté ''dès les premiers jours de l'Église naissante. — 1. Après l'Ascension, c'est Pierre qui propose le remplacement de Judas pour compléter le collège des Douze ''(Act., ''i, 15, 22). — 2. Le premier, il prêche l'Évangile aux Juifs le jour de la Pentecôte ''(Act., ''ii, 14 ; iii, 6). — 3. Le premier, éclairé par l'ordre de Dieu, il reçoit les Gentils dans l'Église ''(Act., ''x, 1). — 4. Il visite les Églises ''(Act., ''ix, 32). — 5. Au Concile de Jérusalem, il clôt la longue discussion qui s'est engagée, en disant que la circoncision ne doit pas être imposée aux païens convertis, et personne ne fait opposition à son avis ''(Act., ''xv, 7, 12). Et si Jacques parle après lui, ce n'est pas pour discuter son opinion, mais uniquement, parce que, préposé à l'Église de Jérusalem, il juge qu'il y a lieu d'imposer aux Gentils quelques prescriptions de la loi juive dont l'infraction pourrait scandaliser les chrétiens d'origine juive qui forment la masse de son Église&amp;lt;ref&amp;gt;Jacques demande que les Gentils aient à s'abstenir de quatre pratiques : « des souillures des idoles » (c'est-à-dire des viandes offertes aux idoles), « de l'impureté » que les païens ne regardaient pas comme un désordre grave, « des viandes étouffées et du sang» dont l'usage était interdit aux Juifs (Act., xvii, 20). A ses yeux, outre que ces prescriptions éviteront le scandale des faibles, elles seront de nature à aplanir les diffi­cultés de rapports entre les chrétiens de différente origine.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous ''objecte, ''il est vrai, que saint Paul ''n'a pas reconnu la primauté de Pierre. ''— Comment se fait-il alors que, trois ans après sa conversion, il ''soit venu ''à Jérusalem ''pour le visiter (Gal., ''i, 18, 19). Pourquoi est-il allé à Pierre, plutôt qu'aux autres, plutôt qu'à Jacques qui présidait à l'Église de Jérusalem? N'est-ce pas une preuve évidente qu'il le ''regardait comme le chef des Apôtres? ''— S'il en était ainsi, ''réplique-t-on, ''pourquoi ne le nomme-t-il pas toujours le premier? — La chose est bien simple, c'est que saint Paul ne recense jamais ''ex professo ''le collège apostolique, et ne fait que citer quelques noms en passant. Parfois aussi, comme au passage (I ''Cor., ''I, 12), il lui arrive de suivre une ''gradation ascendante, ''puisque, après Pierre, il nomme le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, et c'est là un terrain d'attaque cher aux rationalistes, oubliez-vous le ''conflit d'Antioche ''où Paul ne craignit pas de résister en face à Pierre? — Pour que nos adversaires ne nous accusent pas de diminuer ''l'importance du conflit, ''nous allons le rapporter d'après les propres paroles de saint Paul. « Quand Képhas vint à Antioche, écrit-il aux Galates (II, 11-14), je m'opposai à lui en face, parce qu'il était visiblement en faute. En effet, avant l'arrivée de certaines personnes d'auprès de Jacques, il mangeait avec les Gentils. Mais quand elles furent arrivées, il se retira et se tint à l'écart, par crainte de ceux de la circoncision. Et les autres Juifs s'associèrent à son hypocrisie, en sorte que Barnabé aussi fut entraîné par leur duplicité. Mais quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non pas à celle des Juifs, comment peux-tu contraindre les Gentils à vivre en Juifs? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on peut le constater, le ''conflit ''est né de la fameuse question, soulevée par les judaïsants, de savoir si la loi mosaïque avait gardé son caractère obligatoire et s'il était exigé de passer par la circoncision pour entrer dans l'Église chrétienne. Or, — qu'on remarque bien ce point, — les deux Apôtres ont toujours été d'accord pour répondre que non : il n'y a donc pas eu conflit entre eux sur le ''terrain dogmatique. ''Et voici où le litige va surgir. Il arriva que saint Pierre, pour ne pas provoquer les récriminations des judaïsants, s'abstint de manger avec les Gentils qui s'étaient convertis sans passer par le judaïsme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement une telle manière de faire pouvait être interprétée en sens divers. — 1. Ou bien l'on pouvait y voir une simple ''mesure de prudence que ''justifiait le but poursuivi. S'adressant à des milieux différents, l'un, apôtre des circoncis, l'autre, des incirconcis, faut-il s'étonner que saint Pierre et saint Paul aient eu à adopter, dans les questions de discipline, des attitudes différentes? N'est-il pas raconté par ailleurs dans les Actes des Apôtres, que saint Paul, placé à l'occasion dans une circonstance identique, n'a pas agi autrement, et qu'en dépit de ses convictions, il a circoncis Timothée, à cause des Juifs qui étaient dans ces contrées (de Lystres et d'Iconium: ''Act., ''xvi, 3). — 2. Ou bien l'on pouvait prendre la conduite de saint Pierre pour de ''l'hypocrisie ''et de la ''lâcheté : ''et c'est ainsi que la chose fut jugée par saint Paul. Il sembla à ce dernier que, pour éviter les conséquences regrettables de l'attitude de Pierre, il était de son devoir de le reprendre. Nous nous trouvons donc dans un ''cas de correction fraternelle ''faite par un inférieur, et dans laquelle ce dernier, selon toute apparence, manqua de mesure et de déférence, emporté sans doute par un zèle excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que si saint Paul attachait une telle importance à la conduite de saint Pierre, objecterons-nous à notre tour aux rationalistes, n'est-ce pas, de toute évidence, que son influence sur les églises était plus grande et moins incontestée? L'argument des rationalistes retourne donc contre eux, et le conflit d'Antioche, loin de prouver contre la primauté de Pierre, nous en apporte un nouveau témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324.— II. ''Deuxième point. ''— '''La primauté des successeurs de saint Pierre. '''— La primauté conférée par Jésus à saint Pierre était-elle un ''don personnel, ''une sorte de ''charisme? ''Ou était-elle un ''pouvoir transmissible ''et devant échoir à ses successeurs? Et dans ce dernier cas, quels devaient être les successeurs de Pierre? Nous répondrons à ces questions en montrant dans les deux thèses suivantes : 1° que ''la primauté de Pierre tait un pouvoir permanent, ''et 2° que les ''successeurs de Pierre sont les Évêques de Borne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Thèse I.''''' '''La primauté de Pierre était transmissible. '''— Cette proposition s'appuie sur un ''argument tiré des textes de l'Évangile ''et sur un ''argument historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Argument tiré des textes évangéliques. ''— Du texte de saint ''Matthieu ''(xvi, 17, 19) invoqué précédemment pour pouvoir la primauté (N° 320), il résulte que Pierre a été choisi pour être le ''fondement ''de toute l'Église et ''qu'il a reçu les clés ''du royaume des cieux. Or le fondement doit durer aussi longtemps que l'édifice lui-même. Et comme Jésus a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20), il faut en déduire que la primauté, principe et fondement de l'édifice, doit durer autant que celui-ci, et que Pierre doit transmettre son autorité à ses successeurs. L'autorité suprême sera d'ailleurs d'autant plus requise que l'Église se développera et étendra ses rameaux plus loin : plus une armée est nombreuse, plus elle a besoin d'un chef suprême qui la commande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Argument historique. ''— Si la primauté de Pierre a été recueillie par ses successeurs, l'histoire doit en témoigner. Mais comme cette question se confond avec celle de savoir quels furent les successeurs, nous renvoyons à la seconde proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
325. — '''''Thèse II.''''' '''Les successeurs de Pierre dans la primauté sont les Évêques de Rome'''&amp;lt;ref&amp;gt;Le nom de pape (gr. pappas, père), qui est réservé de nos jours à l’évêque de Rome, était donné autrefois aux autres évêques, et était, dans la bouche de ceux qui l'em­ployaient, un terme de déférence. Une inscription qui date du pape Marcellin (mort en 304) nous fournit la première attestation de l'application au mot à l'Évêque de Rome.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — Pour prouver cette thèse, il faut établir deux choses : 1° que ''Pierre est venu à Rome ''et peut être considéré comme le premier Évêque de l'Église de Rome ; et 2° que la primauté des Évêques de Rome, ses successeurs, ''a toujours été reconnue dans tonte l’Église. ''La question est donc tout historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''La venue et la mort de saint Pierre à Rome. '''— ''État de la question. ''— 1. Il s'agit de rechercher si Pierre est venu dans la capitale du monde romain et s'il y a fondé une communauté chrétienne. Point n'est besoin de démontrer qu'il y est resté un laps de temps plus ou moins long, ni d'une façon continue&amp;lt;ref&amp;gt;Certains catholiques, comme Baronius, ont prétendu que saint Pierre avait été Evêque de Rome pendant 25 ans, à partir de l'an 42. C'est là un chiffre qui paraît bien exagéré, cependant la thèse en question s'appuie sur plusieurs témoignages de valeur : — 1. sur le catalogue, dit libérien, qui comprend la chronologie des papes, telle qu'elle était alors reçue dans l'Église romaine ; — 2. sur le témoignage de Lactance et — 3. sur celui de l’historien Eusèbe. De ce triple témoignage, il ressert tout d'abord -que l'on peut considérer comme une tradition généralement admise au IVe siècle, — puisque les trois témoignages sont de cette époque, — que saint Pierre était venu à Rome et y avait gouverné l'Eglise pendant 25 ans. Et comme il y eu tout lieu de croire que le cata­logue libérien dérive du catalogue d'Hippolyte dont nous avons parlé plus haut, et que l'historien Eusèbe a utilisé des Catalogues antérieurs, et entre autres, la liste dressée par saint Irênée, il s'ensuit que les témoignages précédente représentent une tradition qui remonte bien plus loin que leur époque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons en outre que ceux qui soutiennent la thèse des 25 ans d'épiscopat de Pierre à Rome ne prétendent pas que l’apôtre soi toujours resté à Rome. Le contraire est trop certain. En effet, les Actes des Apôtres nous le montrent à Jérusalem, en 44, pour les fêtes de Pâques, et en 50, où il préside le concile. Le gouvernement d'une Église ne requiert jamais la présence continuelle du chef ; à plus forte raison aux temps de la primitive Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il ne faut pas en effet se représenter l'Église primitive sous la forme de l'Église actuelle. Les Apôtres étaient des missionnaires qui se souvenaient de la parole de leur Maître : « Allez, enseignez toutes les nations. » En face d'un champ aussi vaste ouvert à leur activité, il serait bien étrange de les trouver attachés à une résidence fixe. Ils étaient donc, ici ou là, partout où ils pouvaient jeter, avec espoir de moisson, la semence de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le fait de la venue et de la mort de saint Pierre à Rome était nié autrefois par les critiques rationalistes et protestants, qui voyaient dans cette contestation un excellent argument contre la primauté de l'Évêque de Rome. Mais la faiblesse de leurs arguments était telle que Renan n'hésita pas à reconnaître, dans un appendice à son volume L'''Antéchrist ''(1873), comme une chose « très admissible que saint Pierre fût venu à Rome » et même à regarder « comme probable le séjour de Pierre à Rome ». Les critiques actuels vont plus loin et ne font plus de difficultés pour soutenir le point de vue catholique. Citons quelques lignes du plus illustre d'entre eux : « Le martyre de Pierre à Rome, écrit M, Harnack –(''Chronologie) ''a été combattu jadis en vertu de préjugés protestants tendancieux... Mais que ce fût une ''erreur, ''cela est évident aujourd'hui pour tout chercheur qui ne s'aveugle pas. » « Aujourd'hui, dit encore le même critique dans un Discours prononcé en 1907 devant l'Université de Berlin, nous savons que cette venue (de Pierre à Rome) est un fait bien attesté, et que les commencements de la primauté romaine dans l'Église remontent jusqu'au IIe siècle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique, ''qui affirme que saint Pierre est ''venu ''à Rome, qu'il y a fondé l'Église romaine et qu'il y reçut le martyre, n'étant plus sérieusement contestée, il nous suffira dépasser rapidement en revue les principaux témoignages sur lesquels elle s'appuie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voici, en suivant l'ordre régressif, et siècle par siècle, — ''a) Au début du ''IIIe ''siècle, ''nous avons les témoignages du prêtre romain Caius et de Tertullien. — 1. Caius, écrivant contre Proclus, disait : « Je puis vous montrer les monuments des apôtres. Que vous veniez au Vatican ou sur la voie d'Ostie, vous aurez sous les yeux les monuments des fondateurs de notre Église. » Ce passage, qui date des environs de l'an 200, prouve qu'à cette époque on était persuadé que les tombeaux du Vatican et de la voie d'Ostie gardaient les reliques de saint Pierre fit de saint Paul, fondateurs de l'Eglise romaine et martyrs sous Néron. — 2. Tertullien, à la même époque, discutant contre les gnostiques, rappelle le martyre que, sous Néron, saint Pierre et saint Paul subirent à Rome, le premier sur la croix, le second par le glaive du bourreau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''A la fin du ''IIe ''siècle. ''— 1. Saint Irénée écrivait en Gaule : « Ce sont les apôtres Pierre et Paul qui ont évangélisé l'Église romaine... et c'est pour cela qu'entre toutes elle est la plus antique, la plus connue, tenant des apôtres sa tradition : c'est pour cela que chaque Église doit se tourner vers elle et reconnaître sa supériorité. » — 2. Denys de Corinthe, écrivant aux Romains, en 170, leur disait : « Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis -ensuite ensemble pour l'Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Parmi les ''Pères apostoliques&amp;lt;ref&amp;gt;On nomme Pères apostoliques les écrivains (ou écrits dont plusieurs sont anonymes) de la fin du Ier  ou de la première moitié du IIe siècle, et qui sont censés avoir connu les Apôtres et tenir d'eux leur enseignement. Les principaux écrivains sont saint Clément, troisième successeur de saint Pierre, saint Ignace, évêque d'Antioche, célèbre par ses Epîtres, saint Polycarpe, évêque de Smyrne. Les principaux écrits sont la Doctrine des Doute Apôtres ou Didaché, le Pasteur d'Hermas et le Symbole des Apôtres.&amp;lt;/ref&amp;gt; nous avons les témoignages de saint Ignace et du pape saint Clément. — 1. Saint Ignace d'Antioche venait d'être condamné aux bêtes et avait été envoyé à Rome pour y subir le dernier supplice. Ayant appris que la communauté romaine avait entrepris des démarches pour le sauver, il lui écrivit de n'en rien faire, l'adjurant en ces termes : « Ce n'est pas comme Pierre et Paul que je vous commande ; eux, ils étaient apôtres et moi je ne suis plus qu'un condamné. » « Ces paroles, dit Mgr Duchesne, ne sont pas l'équivalent littéral de la proposition : saint Pierre est venu à Rome. Mais supposé qu'il y soit venu, saint Ignace n'aurait pas parlé autrement ; supposé qu'il n'y soit pas venu, la phrase manque de sens. »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, t. 1&amp;lt;/ref&amp;gt; — 2. Saint Clément. Ecrivant aux Corinthiens entre 95 et 98, il met en relief les souffrances des deux apôtres Pierre et Paul « qui restent chez nous le plus beau des exemples». Ainsi saint Clément qui est romain, qui envoie sa lettre en qualité d'évêque de Rome, insiste sur cette circonstance, que les actes d'héroïsme qu'il décrit se sont passés sous ses yeux, que le martyre de saint Pierre et de saint Paul a été d'un grand exemple « chez nous», c'est-à-dire à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) Au temps des Apôtres, ''nous avons le ''témoignage de saint Pierre ''lui-même, qui date de Babylone la première Épître adressée aux fidèles d'Asie (I ''Pierre, ''v, 13). Or « Babylone, dit Renan, désigne évidemment Rome. C'est ainsi qu'on appelait dans les chrétientés primitives la capitale de l'Empire ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
326. — A la thèse catholique les Protestants ''objectent ''que saint Luc dans les ''Actes des Apôtres, ''saint Paul dans son ''Épître aux Romains, ''Flavius Josèphe qui rapporte la persécution de Néron, ne font pas mention de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Réponse'''. ''— Nous avons déjà observé que l'argument tiré du silence n'a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l'historien et aurait dû être mentionné par lui. Or — 1. pour ce qui concerne saint Luc, l'objection est sans fondement pour la bonne raison que les ''Actes des Apôtres ''ne décrivent que les débuts de l'Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu'à partir du chapitre xiii, il n'est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d'être complets, c'est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d'Antioche. — 2. Il n'y a pas lieu de s'étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son ''Épître aux Romains : ''ses autres Épîtres nous montrent qu'il n'avait pas l'habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu'il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur, évêque. — 3. Josèphe déclare qu'il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s'il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l'incendie de Rome et du meurtre de Sénèque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''Le fait de la ''venue ''et du ''martyre ''de saint Pierre à Rome n'est donc contredit par aucune objection sérieuse. Il est au contraire démontré par de nombreux témoignages qui, de génération en génération, nous conduisent à l'âge apostolique. Nous pourrions ajouter encore que le fait est confirmé par les ''monuments ''qui attestent la présence à Rome du Prince des Apôtres, tels que les deux chaires de saint Pierre, dont l'une est conservée au baptistère du Vatican, les peintures et les inscriptions des Catacombes, datant du IIe siècle, et où son nom est mentionné. Mais il n'est pas nécessaire d'insister, puisque aussi bien la thèse catholique n'est pas contredite par les critiques sérieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
327. — 2° '''Les Évêques de Rome ont toujours eu la primauté. '''— Puisque saint Pierre peut être considéré comme le premier Évêque de Rome, sa primauté devait se transmettre aux héritiers de son siège : c'est la ''question de droit. ''Mais il nous faut examiner la ''question de fait ''et demander à l'histoire s'il en a été ainsi. Le point est de la plus haute importance, car si les documents de l'histoire nous démontraient que primitivement la primauté des évêques de Rome n’était pas reconnue, la ''question de droit ''serait fortement en péril. Il ne faut donc pas trop s'étonner que les rationalistes, protestants et modernistes, aient pris à tâche de prouver, par l'histoire, que la primauté des Évêques de Rome n'est pas d'origine primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— La thèse des ''rationalistes ''tient en quelques mots. Suivant leur théorie, il n'y aurait eu, à l'origine, aucune distinction entre les évêques : ils auraient tous joui d'une autorité égale. Pou à peu ils se seraient arrogé une puissance plus ou moins grande et relative à l'importance de la ville où était leur siège. Il arriva donc tout naturellement que les évêques de Rome, qui habitaient la capitale de l'Empire, furent considérés comme les chefs de l'Église universelle. A cette raison majeure s'ajoute un heureux ensemble de circonstances, telles que l'ambition des évêques romains, leur prudence dans le jugement des causes soumises à leur arbitrage et les services qu'ils rendirent lorsque l'Empire s'écroula. La primauté de l'Évêque de Rome ne serait née qu'à la fin du u' siècle, lorsque le pape Victor, pour terminer la controverse qui s'était élevée à propos du jour où l'on devait célébrer la fête pascale, « lança en 194, un édit impérieux qui retranchait de la communion catholique et déclarait hérétiques toutes les Églises d'Asie ou d'ailleurs qui ne suivraient pas, dans cette question de la Pâque, la coutume romaine »&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, op. cit., p. 193&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
328. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les historiens ''catholiques ''prétendent au contraire que la primauté de l'Évêque de Rome a toujours été ''reconnue ''dans l'Église universelle. Au commencement du IVe ''siècle, ''la primauté de la Chaire romaine est un ''fait incontesté. ''A cette époque il est manifeste que les évêques de Rome ''parlent et agissent en pleine conscience de leur primauté. ''Le pape Sylvestre envoie ses légats pour présider le concile de Nicée (325). Jules I déclare que c'est à Rome que doivent être jugées les causes des évêques. Le pape Libère, à qui l'empereur Constance demande de condamner Athanase, — ce qui prouve qu'il lui en reconnaît le droit, — se refuse à le faire. De même, les Pères sont unanimes à ''admettre la primauté de l’Évêque de Rome. ''Saint Optât de Milet, argumentant contre les Donatistes qui prétendaient que l'Église se composait des seuls justes et que la sainteté était la marque essentielle de l'Église, répond que l'unité est une note non moins essentielle et qu'il est absolument indispensable de rester en communion avec la Chaire de Pierre. Saint Ambroise regarde également l'Église romaine comme le centre et la tète de tout l'univers catholique. A leur tour, les évêques orientaux saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome parlent de l’Évêque de Rome comme du chef de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La primauté de l'Évêque de Rome étant universellement reconnue au IVe siècle, notre enquête pourra se borner aux siècles qui précèdent. Or, dans les trois premiers siècles, l'existence de la primauté romaine nous est attestée par les ''écrits des Pères, ''par les ''conciles ''et par la ''coutume ''d'en ''appeler ''à l'Évêque de Rome pour terminer les différends.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Examinons d'abord les ''témoignages des Pères de l'Église. ''— 1. Au IIIe siècle, Origène écrit au pape Fabien pour lui rendre compte de sa foi. Tertullien, avant d'être montaniste, admet la primauté de Pierre. Devenu montaniste, il la tourne en dérision, ce qui est une autre preuve qu'il en reconnaît l'existence. — 2. A la fin du IIe siècle, saint Irénée pose comme critère des traditions apostoliques, la conformité de doctrine avec l'Église romaine qui doit servir de règle de foi à cause de la primauté qu'elle a héritée de saint Pierre. Saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean, Abercius vont à Rome pour visiter l'Évêque et le consulter sur les choses de la foi et de la discipline. Les hérétiques eux-mêmes, Marcion et les ''montanistes ''veulent faire approuver leur doctrine par le siège apostolique. Au début du IIe siècle, saint Ignace, écrivant aux Romains, déclare que leur église préside à toutes les autres. - 3. Et nous voici parvenus au Ier siècle. En 96, l'Évêque de Rome, Clément, comme nous l'avons déjà vu, écrit aux Corinthiens pour rappeler à l'ordre la communauté, qui a déposé injustement des presbytres. Il leur déclare que ceux qui ne lui obéiront pas, se rendront coupables de faute grave. La conduite de Clément de Rome a d'autant plus d'intérêt qu'au moment où il écrivait, l'apôtre saint Jean vivait encore et aurait dû intervenir si l'Évêque de Rome avait été sur le même pied que les autres évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La primauté des évêques de Rome a été ''reconnue par les conciles&amp;lt;ref&amp;gt;Le premier concile œcuménique n'ayant eu lieu qu'au IVe siècle (325 à Nicée), il est clair que nous ne pouvons pas apporter de témoignages antérieurs.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1, Ainsi, au ''concile d'Éphèse ''(431), saint Cyrille d'Alexandrie, qui occupait le premier rang parmi les patriarches d'Orient, demanda à l'Evêque de Rome une sentence et une définition contre l'hérésie nestorienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Les Pères du ''concile de Chalcédoine ''(451); presque tous orientaux, adressèrent une lettre au pape saint Léon pour demander confirmation de leurs décrets. Le pape répondit par une lettre célèbre où il condamnait les erreurs d'Eutychès ; en même temps il envoya des légats pour présider le concile en son nom, et le concile se termina par cette formule : « Ainsi le concile a parlé par la bouche de Léon. » — 3. Successivement, les ''conciles de Constantinople, ''le troisième tenu en 680, le huitième en 869, le ''concile de Florence, ''en 1439, composé de Pères grecs et latins, proclamèrent la primauté du successeur de saint Pierre et dirent que Jésus-Christ lui a donné, dans la personne de saint Pierre, « plein pouvoir de paître, de diriger et de gouverner l'Église entière ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La primauté des Evêques de Rome est en outre attestée par ce fait qu'ils ''interviennent ''dans les différentes Églises ''pour terminer les différends. ''Ainsi, sans rappeler à nouveau que, à la fin du Ier siècle déjà, Clément de Rome écrivit à l'Église de Corinthe pour la remettre dans le droit chemin, nous verrons plus tard les Évêques orientaux eux-mêmes, entre autres saint Athanase et saint Jean Chrysostome, en appeler à l'Évêque de Rome pour la défense de leurs droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
329. — Les Protestants ''objectent : ''— 1. que ceux à qui on donne le nom d'évêques n'étaient en réalité que les présidents du presbyterium ; — 2. qu'en toute hypothèse, leur autorité n'a pas été universellement reconnue, puisque saint Cyprien et les évêques d'Afrique ont résisté au décret du pape saint Etienne qui défendait la réitération du baptême conféré par les hérétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Pour prouver que les Évêques n'étaient que de simples ''présidents du presbyterium, ''on allègue ce fait que la ''Prima Clementis, ''les ''lettres de saint Ignace aux Romains ''et le ''Pasteur d'Hermas ''ne parlent pas d'un évêque monarchique de Rome. — Or le silence d'un écrivain sur un fait, avons-nous déjà dit, ne prouve pas nécessairement contre l'existence de ce fait. Ainsi, en 170, ''Denys de Corinthe ''envoie une réponse à l'église de Rome, et non à son évêque Soter, et pourtant M. Harnack lui-même qui fait l'objection, admet que Soter était certainement évêque monarchique. Il importe donc peu que la première lettre de Clément aux Corinthiens ne porte pas son nom et ait été envoyée au nom de l'Église de Rome ; il ne fait pas de doute que son auteur est un personnage unique et n'est autre que le pape Clément. — Quant à la ''lettre d’Ignace aux Romains ''(107) et au ''Pasteur d'Hermas, ''s'ils ne mentionnent pas l'Évêque de Rome, il n'y a pas à en conclure que celui-ci n'existait pas, car ils ne parlent pas davantage des presbytres et des diacres de Rome dont personne ne songe pourtant à contester l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai que saint Cyprien, estimant que la réitération du Baptême était surtout disciplinaire a résisté au décret du Pape Etienne. Mais la résistance d’un homme, même très saint et de bonne foi, ne détruit en rien le fait de cette autorité. N’a-t-on pas vu aussi, de temps en temps, de grands évêques comme Bossuet, adhérer à des propositions condamnées, tout en reconnaissant la primauté du Souverain Pontife ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La primauté des Évêques de Rome découle donc de ce premier fait que ''saint Pierre a fixé sa chaire à Borne, ''et de ce second, qu'elle a ''toujours été reconnue dans l'Église universelle. ''L'on ne peut dire dès lors que l'autorité suprême des papes soit née de l'ambition des Évêques de Rome et de l'abdication des autres Évêques. Si en effet les évêques avaient été d'abord égaux de droit divin, comme le prétendent les adversaires, il y aurait eu, à un moment de l'histoire, un changement total dans là foi et la pratique de toute l'Église. Or cela n'aurait pu se produire sans soulever des dissensions et des réclamations sans fin, de la part des autres Évêques, qui auraient été lésés dans leurs droits, et dont les privilèges auraient été d'autant diminués. Comme l'histoire ne porte aucune trace d'une semblable agitation, et qu'elle ne relève des discussions que sur des points secondaires, tels que la célébration de la fête de Pâques et la question des rebaptisants, il faut en conclure que le principe de la primauté de l'Évêque de Rome n'a jamais été contesté, et que l'Église universelle lui a toujours ''reconnu, ''non pas seulement une primauté d'honneur, mais une ''vraie primauté de juridiction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4 — Jésus-Christ a conféré a son Église le privilège de l’infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
330. — Nous avons vu que Jésus-Christ a fondé une ''Église hiérarchique ''du fait qu'il a conféré au collège des Apôtres, et des Évêques leurs successeurs, le triple pouvoir d'enseigner, de sanctifier et de régir. Dans ce paragraphe nous démontrerons qu'au pouvoir d'enseigner Jésus a attaché le ''privilège de l'infaillibilité. ''Nous parlerons : 1° du ''concept de l'infaillibilité ; ''2° des ''preuves de son existence ; ''et 3° de ceux ''à qui appartient ''le privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Concept de l'infaillibilité. '''— Que faut-il entendre par infaillibilité? L’''infaillibilité ''concédée par Jésus-Christ à son Église est la préservation de toute erreur doctrinale, garantie par l'assistance spéciale de l'Esprit Saint. Ce n'est pas simplement l'inerrance de fait, c'est ''l’inerrance de droit, ''c'est l'impossibilité de l'erreur, de sorte que toute doctrine proposée par ce magistère infaillible doit être crue comme véritable, parce que proposée comme telle. L'infaillibilité ne doit donc pas être confondue : — 1. avec ''l'inspiration, ''qui consiste dans une impulsion divine poussant les écrivains sacrés à écrire tout ce que et rien que ce que Dieu veut ; — 2. ni avec la ''révélation ''qui implique la manifestation d'une vérité, auparavant ignorée. Le privilège de l'infaillibilité ne fait pas découvrir à l'Église des vérités nouvelles ; elle lui garantit seulement que, grâce à l'assistance divine, elle ne pourra, sur les questions de foi et de morale, ni errer ni par conséquent induire en erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fausse conception de l'infaillibilité. ''— II faut rejeter comme faux le ''concept moderniste de ''l'infaillibilité, lequel découle d'ailleurs de leur concept, également faux, de la révélation. Comme dans leur système, la ''révélation ''se fait dans l'âme de chaque individu, qu'elle est « la conscience acquise par l'homme, de ses rapports avec Dieu » (N° 145), l'Église enseignante n'aurait pas d'autre tâche que d'interpréter la pensée collective des fidèles et « de sanctionner les opinions communes de l'Église enseignée ». Cette façon étrange de concevoir l'infaillibilité a été condamnée par le ''Décret Lamentabili.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
331. — '''II. Existence de l'infaillibilité. — 1° Adversaires. '''— ''L'existence de l'infaillibilité ''de l'Église est niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''et les ''Protestants libéraux. ''Cela va de soi, puisqu'ils n'admettent même pas que Jésus-Christ ait pu songer à fonder une Église ; — b) par les ''Protestants orthodoxes ''qui, mettant tous les membres de l'Église sur le même pied, prétendent que la doctrine chrétienne est laissée à l'interprétation du jugement individuel ''(théorie dit libre examen).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Preuves. '''— L'infaillibilité de l'Église repose sur deux arguments : — ''a) ''sur un ''argument a priori, ''tiré de la raison et — b) sur un ''argument a posteriori, ''tiré de l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
332. — A. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— ''Nota. — ''Avant d'exposer ce premier argument, il convient pour qu'on ne se méprenne pas sur notre but, de spécifier quelle place il tient dans notre démonstration. Nous disons, — et nous expliquerons tout à l'heure pourquoi, — que si Jésus-Christ a tenu que sa doctrine soit conservée dans toute son intégrité, il a dû en confier la garde à une ''autorité vivante et infaillible, ''et non pas la déposer comme une lettre morte dans un livre, même inspiré. A cela les Protestants nous objectent que nous appuyons notre thèse sur un ''argument a priori, ''que toutes nos preuves se réduisent à dire que cela est, parce que cela doit être. Or, ajoutent-ils, « dans les questions de fait, la ''preuve de fait ''est, sinon la seule légitime, du moins la seule décisive... Si de la convenance, de l'utilité, de la nécessité présumée d'une dispensation divine on pouvait conclure à sa réalité, où cela mènerait-il ? »&amp;lt;ref&amp;gt;Jalaguier, De l'Église&amp;lt;/ref&amp;gt; Que de la convenance d'une chose on ne puisse pas toujours conclure à sa réalité, c'est indiscutable. On pourrait nous demander, en effet, par exemple, pourquoi les hommes ont été abandonnés par Dieu à l'erreur pendant de longs siècles, pourquoi la Rédemption s'est faite si tardivement, pourquoi elle n'a pas été assez éclatante pour forcer tous les hommes à l'accepter. Donc la question est ''historique ''et c'est sur ce terrain que nous entendons bien la placer. Mais auparavant nous avons le droit de nous demander si, entre la théorie protestante qui admet comme règle de foi&amp;lt;ref&amp;gt;Il faut entendre par règle de foi le moyen pratique de connaître la doctrine de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt; unique l'Écriture infaillible, et le dogme catholique qui prétend que le Christ a constitué un magistère vivant et infaillible pour nous faire connaître les vérités contenues dans le double dépôt de l'Écriture et de la Tradition, nous avons le droit, disons-nous, de nous demander s'il n'y a pas présomption en faveur du dogme catholique. Nous nous proposons donc de prouver, — sans prétendre pour cela que cet argument a priori puisse nous dispenser de l'argument historique, — que la règle de foi des Protestants est insuffisante pour la conservation et la connaissance de la doctrine chrétienne, tandis que la règle de foi de l'Église catholique remplit les conditions voulues&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) La règle de foi proposée dans la théorie protestante est insuffisante. ''Aucune autorité vivante, nous disent les protestants, n'était nécessaire et n'a été instituée pour nous faire connaître les vérités enseignées par le Christ. Il n'y a ''qu'une seule règle de foi : ''c'est ''l'Écriture infaillible. ''Chacun a donc le devoir et le droit de lire l'Écriture, de la comprendre selon les lumières de sa conscience, d'en tirer les dogmes et les préceptes qui lui conviennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'une telle règle de foi soit tout à fait ''insuffisante, ''c'est ce que nous n'aurons pas de peine à montrer. — 1. Tout d'abord comment savoir ''quels sont les livres inspirés, ''si aucune autorité n'a été constituée pour nous en garantir l'inspiration&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Augustin disait déjà qu'il ne croirait pas aux Evangiles s'il ne croyait d'abord à l’Eglise.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ou même s'il n'y a personne pour nous dire que le texte que nous avons sous les yeux n'a pas été altéré par la faute des copistes&amp;lt;ref&amp;gt;« A quoi bon, en effet, dit Sabatier, postuler l'inspiration divine d'un texte antique et son infaillibilité jusqu'à l'iota, si, dès à présent, ce texte écrit en langues mortes depuis longtemps, n'est accessible qu'à quelques savants philologues, et si le peuple chrétien doit se contenter de versions vulgaires, qui ne sont, elles, ni infaillibles ni parfaites ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 2. Mais, supposé qu'en dehors de là il y ait un critère qui nous permette de les reconnaître et qu'on puisse par exemple poser en principe, que sont inspirés tous ceux qui. ont été regardés comme tels par Notre-Seigneur à propos de l'Ancien Testament, et par les Apôtres à propos du Nouveau, il s'agira toujours de les ''interpréter, ''d'en connaître le ''vrai sens ''et de comprendre la ''Parole de Dieu, ''comme elle doit être comprise. Comment ''résoudre les difficultés? ''Par ''l'examen privé ''et en appliquant les règles de critique et d'exégèse, répondent les luthériens et les calvinistes. A l'aide de ''l'histoire ''et de la ''tradition, ''disent par ailleurs les anglicans. Par ''l'inspiration privée, ''par ''l'illumination de l'Esprit- Saint ''qui éclaire la conscience de chaque individu, disent à leur tour les anabaptistes, les quakers, les méthodistes et les sectes mystiques. La variété des réponses suffirait déjà à juger la théorie protestante. Quel que soit d'ailleurs le procédé dé solution qu'on adopte, ce qui est bien évident c'est que nous aurons autant d'interprétations que d'individus « ''quot capita tot sensus ''». N'accepter d'autre guide que la raison individuelle ou l'inspiration de l'Esprit-Saint, c'est ouvrir la voie à l'anarchie intellectuelle où à l'illuminisme. — 3. Tout au moins ceux qui auront pu ainsi étudier la Bible posséderont dans une certaine mesure une sorte de ''vérité subjective. ''Mais que feront ceux qui n'ont ni l'instruction ni les loisirs requis pour lire l'Ecriture et la comprendre î Que devaient faire autrefois, au moment où l'imprimerie n'était pas inventée et que les manuscrits étaient rares et de grand prix, ceux qui n'avaient pas les moyens de se procurer la Bible? Mais il y a plus. Il fut un temps, à l'origine du christianisme, où le Nouveau Testament n'existait pas. Le Christ n'avait laissé aucun écrit. Il avait dit à ses Apôtres : « Allez, enseignez les nations. » Il ne leur avait pas commandé d'écrire sa doctrine ; aussi les Apôtres n'ont-ils jamais prétendu exposer ''ex professo ''l'enseignement du Christ. Le plus souvent leurs écrits furent des lettres de circonstance destinées à rappeler quelques points de leur catéchèse. Avant l'apparition de ces écrits, que les protestants veuillent bien nous dire où se trouvait la règle de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
333. — ''b) ''Au contraire, la ''règle de foi catholique ''est un ''moyen sûr de nous faire connaître ''la doctrine intégrale du Christ. Il est facile de voir qu'elle n'a aucun des inconvénients du système protestant. Sans doute, le catholicisme reconnaît l'infaillibilité de l'Écriture Sainte ; mais, à côté de cette première source de la révélation, il en admet une seconde, non moins importante et antérieure à l'Écriture, qui s'appelle la ''Tradition. ''Et surtout, — et c'est ce qui met un abîme entre la théorie protestante et la théorie catholique, — celle-ci soutient que Jésus-Christ a constitué une ''autorité vivante, ''un ''magistère infaillible ''qui, avec l'assistance de l*Esprit-Saint, a reçu pour mission de déterminer quels sont les livres inspirés, de les interpréter authentiquement, de puiser à cette source comme à celle de la tradition la vraie doctrine de Jésus pour l'exposer ensuite à l'ensemble des fidèles : savants et ignorants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il y ait entre les deux systèmes, considérés au seul point de vue de la raison, une ''présomption en faveur du catholicisme, ''c'est ce que reconnaissent même certains Protestants. « Le système catholique, dit Sabatier, a mis l'infaillibilité divine dans une institution sociale, admirablement organisée, avec son chef suprême, le pape ; le système protestant à mis l'infaillibilité dans un livre. Or, a quelque point de vue que l'on «examine les deux systèmes, l'avantage est sans contredit du côté du catholicisme. »&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, op. cit., p. 306.&amp;lt;/ref&amp;gt; Nous ne voulions pas démontrer autre chose par l'argument a priori ; notre but est donc atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
334. — B. ''ARGUMENT TIRÉ DE L'HISTOIRE. ''— Nous arrivons maintenant sur le terrain positif de l'histoire. ''Ce que Jésus-Christ devait faire, l'a-t-il fait? ''A-t-il créé une ''autorité vivante ''et ''infaillible ''chargée de garder et d'enseigner sa doctrine ? Le premier point a été établi précédemment : nous avons vu que Notre-Seigneur a institué une Église hiérarchique, qu'il a constitué des chefs à qui il a conféré le pouvoir d'enseigner. Seul le second point reste donc à examiner : nous avons à prouver que le pouvoir d'enseigner, tel qu'il a été donné par le Christ, comporte le privilège de ''l’infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette seconde proposition s'appuie sur les textes de l'Écriture, sur la conduite des Apôtres et sur la croyance de l'antiquité chrétienté : — ''a) Sur les textes de l'Écriture. ''Ces textes, nous les avons déjà passés en revue. A Pierre spécialement il a été promis que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre l'Église » ''(Mat., ''xvi, 18) ; à tous les Apôtre » Jésus a également promis par deux fois de leur envoyer l'Esprit de vérité ''(Jean, ''xiv, 16 ; xv, 26) et d'être lui-même avec eux jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20). De telles promesses, si elles ont un sens, signifient bien que l'Église est ''indéfectible, ''que les Apôtres et leurs successeurs ne pourront errer lorsqu'ils enseigneront la doctrine chrétienne, car il est évident que l'assistance du Christ ne saurait être vaine et que là où est l'Esprit de vérité, il n'y a pas possibilité d'erreur ; — b) ''sur la conduite des Apôtres. ''De l'enseignement des Apôtres il ressort qu'ils ont eu conscience d'être assistés de l'Esprit divin. Le décret du concile de Jérusalem débute par ces mots : « II a semblé bon à l'Esprit Saint et à nous» ''(Act., ''xv, 28). Les Apôtres donnent leur prédication « non comme parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme une parole de Dieu» (I ''Thess., ''II, 13), à laquelle il faut accorder un plein assentiment (II ''Cor''., x, 5) et dont il convient de garder précieusement le dépôt (I ''Tim., ''vi, 20). Bien plus, ils confirment la vérité de leur doctrine par de nombreux miracles ''(Act., ''ii, 43 ; iii, 1, 8 ; v, 15 ; ix, 34) : preuve évidente qu'ils étaient des interprètes infaillibles de l'enseignement du Christ, sinon Dieu n'aurait pas mis à leur usage sa puissance divine ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— ''c) sur la croyance de l'antiquité chrétienne. ''De l'aveu de nos adversaires, la croyance à l'existence d'un magistère vivant et infaillible prévalait déjà au IIe siècle. Il suffit donc d'apporter les témoignages antérieurs :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. Dans la première moitié du IIIe siècle, Origène répond aux hérétiques qui allèguent les Écritures, qu'il faut s'en rapporter à la tradition ecclésiastique et croire ce qui a été transmis par la succession de l'Église de Dieu. Tertullien dans son traité « ''De la prescription» ''oppose aux hérétiques ''l'argument de prescription&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot prescription tel que Tertullien l'emploie. Dans le droit actuel, en matière de propriété, l'on invoque la longue possession comme un titre coupant court à toute revendication : c'est la prescription longi temporis. Or Tertullien ne se fonde pas précisément sur une possession de longue durée pour éconduire les hérétiques et les débouter de leurs prétentions. Il montre que son droit de propriété découle d'un legs en bonne et due forme, qu'il est l'héritier légitime des Apô­tres. C'est donc, en réalité, l'argument de Tradition que Tertullien emploie en mode de question préalable lui permettant de rejeter toute discussion avec ceux qui ne pos­sèdent pas cette tradition, qui formulent des assertions nouvelles qu'ils tâchent de justi­fier soit par l'Écriture, soit par la raison : c'est la prescription de nouveauté. L'argument de prescription revient donc à dire ceci : Nous n'avons pas à discuter avec vous, héré­tiques ; car toute doctrine nouvelle, du fait même qu'elle est nouvelle et non conforme à la règle de foi transmise par les apôtres, est condamnée d'avance et préalablement  à tout examen.&amp;lt;/ref&amp;gt; et affirme que la règle de foi est la doctrine que l'Église a reçue des Apôtres. — 2. ''A la fin du second siècle, ''saint Irénée, dans sa ''lettre à Florin ''et dans son ''Traité contre les hérésies, ''présente la Tradition apostolique comme la saine doctrine, comme une tradition qui ''n'est pas purement humaine : ''d'où il suit qu'il n'y a pas lieu de discuter avec les hérétiques&amp;lt;ref&amp;gt;C'est le même argument que reprendra plus tard Tertullien en lui donnant une forme plus savante et plus juridique : argument de la prescription dont il a été parlé plus haut&amp;lt;/ref&amp;gt; et qu'ils sont condamnes du fait qu'ils sont en désaccord avec cette tradition. Vers 160, Hégésippe donne comme critère de la foi orthodoxe l'accord avec la ''doctrine transmise ''des Apôtres par les Évêques, ce qui l'amène, nous l'avons vu, à dresser la liste des Evêques. Dans la première moitié du IIe siècle, Polycarpe et Papias présentent la doctrine des Apôtres comme la seule vraie, comme une règle de foi sûre. Au début du ne siècle, nous avons le témoignage de saint Ignace qui dit que l'Église est ''infaillible ''et qu'il faut y adhérer si l'on veut être sauvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II résulte donc de la double preuve tirée de la raison et de l'histoire que le ''pouvoir doctrinal ''conféré par Jésus-Christ à l'Église enseignante comporte le ''privilège de l'infaillibilité, ''c'est-à-dire que l'Église ne peut errer quand elle expose la doctrine du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''335. — III. Le sujet de l'infaillibilité'''. — Jésus-Christ a doté son Église du privilège de l'infaillibilité. Mais ''à qui ''ce privilège a-t-il été concédé? Tout naturellement à ceux qui ont reçu le pouvoir d'enseigner, c'est-à-dire à l'ensemble des Apôtres, et à Pierre spécialement, pouvoir et privilège qu'ils ont transmis à leurs successeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Infaillibilité du collège apostolique et du corps épiscopal. — A. ''L’'infaillibilité du collège apostolique ''ressort : — ''a) ''de la ''mission ''confiée à ''tous les apôtres ''d' « enseigner toutes les nations» ''(Mat., ''xxviii, 20) ; — b) de la ''promesse d'être avec eux ''« jusqu'à la consommation des siècles» (''Mat., ''xxviii, 20) ; et de leur « envoyer le Consolateur, l'Esprit Saint qui doit leur enseigner toute vérité » ''(Jean, ''xiv, 26). De telles paroles indiquent bien que le privilège de l'infaillibilité est accordé à ''l'ensemble du ''corps ''enseignant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Du ''collège apostolique ''le privilège de l'infaillibilité est passé au ''corps des Évêques. ''La mission d'enseigner n'ayant été limitée ni dans le temps ni dans l'espace, il s'ensuit qu'elle doit échoir aux successeurs des Apôtres avec le privilège qui lui était attaché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il y a une distinction à établir entre les Apôtres et les Evêques. Les Apôtres avaient comme ''champ d'action tout l'univers, ''la parole de Notre-Seigneur : « Allez, enseignez toutes les nations » ayant été adressée à eux tous. Ils étaient donc missionnaires universels de la foi : partout ils pouvaient prêcher l'Évangile en ''docteurs infaillibles. ''Les Évêques, au contraire ne peuvent être considérés comme les successeurs dés Apôtres que pris dans leur ensemble ; ''chaque Évêque ''n'est pas le successeur de ''chaque Apôtre. ''Ils ne sont les chefs que d'une région déterminée, dont l'étendue et les limites sont fixées par le Pape. Ils n'ont donc pas hérité individuellement de l'infaillibilité personnelle des Apôtres. ''Seul le corps des Evêques jouit de l'infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''336. — 2° Infaillibilité de Pierre et de ses successeurs.''' — Le privilège de l'infaillibilité a été conféré par Notre-Seigneur d'une manière spéciale à Pierre et à ses successeurs. La thèse s'appuie sur un double argument : Un argument ''tiré des textes évangéliques ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT TIRÉ DES TEXTES ÉVANGÉLIQUES. ''— L'infaillibilité de Pierre et de ses successeurs découle des textes mêmes qui démontrent la primauté. — a) Tout d'abord le ''Tu es Petrus ''« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai ''mon ''Église ». Il est incontestable qu'un édifice n'a de stabilité que par son fondement. Si Pierre, qui doit soutenir l'édifice chrétien, pouvait enseigner l'erreur, l'Église serait bâtie sur un fondement ruineux, et l'on ne pourrait plus dire que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle» — b) Puis le ''Confirma fratres. ''Jésus assure Pierre qu'il a spécialement prié pour lui « pour que sa foi ne défaille pas » ''(Luc, ''xxii, 32). Il va de soi qu'une telle prière, faite surtout dans des circonstances aussi solennelles et aussi graves (V. N° 321), ne saurait être vaine. — c) Enfin le « ''Pasce oves ''». A Pierre est confiée la garde de tout le troupeau. Or on ne peut supposer que le Christ donne le soin de son troupeau à un mauvais pasteur qui l'égaré dans des pâturages aux herbes empoisonnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'insister pour prouver que l'infaillibilité de Pierre ''est passée à ses successeurs. ''Ce que Pierre devait être pour l'Église naissante, ses successeurs devront encore l'être dans la longue série des siècles, car, à tout moment de son histoire, l'Église ne pourra remporter la victoire sur les entreprises de Satan que si le fondement sur lequel elle repose garde la même fermeté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
337. — B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. — ''Pour prouver par l'histoire que les papes ont toujours joui du privilège de l'infaillibilité, il suffit de montrer que ce fut toujours la croyance de l'Église et qu'en fait les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. — a) ''Croyance de l'Eglise. ''Évidemment la croyance de l'Église ne s'est pas traduite de la même façon dans tous les siècles. Il y a eu, si l'on veut, quelque développement dans l'exposé du dogme et même dans l'usage de l'infaillibilité pontificale. Le dogme n'en remonte pas moins à l'origine, et nous le trouvons en germe dans la Tradition la plus lointaine. La chose nous est attestée par le sentiment des Pères et des conciles, et par les-faits : — 1. ''Sentiment des Pères. ''Ainsi au IIe siècle, saint Irénée déclare que toutes les Églises doivent être d'accord avec celle de Rome qui seule possède la vérité intégrale. Saint Cyprien dit que les Romains sont « assurés dans leur foi par la prédication de l'Apôtre et inaccessibles à la perfidie de l'erreur». Pour mettre fin aux controverses qui déchiraient l'Orient, saint Jérôme écrit au pape Damase dans les termes suivants : « J'ai cru à ce propos devoir consulter la chaire de Pierre et la foi apostolique. Chez vous seul le legs de nos pères demeure à l'abri de la corruption. » Saint Augustin dit à propos du pélagianisme : « Les décrets de deux conciles relatifs à la cause ont été soumis au siège apostolique ; sa réponse nous est parvenue, la cause est jugée. » Le témoignage de saint Pierre Chrysologue n'est pas moins explicite : « Nous vous exhortons, vénérables frères, à recevoir avec docilité les écrits du bienheureux Pape de la cité romaine, car saint Pierre, toujours présent sur son siège, offre la vraie foi à ceux qui la cherchent. — 2. ''Sentiment des Conciles, ''Tout ce que nous avons dit précédemment à propos de la primauté de l'Evêque de Rome s'applique tout aussi bien à la reconnaissance de son infaillibilité (V. N° 328). — 3. ''Les faits. ''Au IIe siècle, le pape Victor excommunié Théodote qui niait la divinité du Christ, par une sentence qui fut regardée comme définitive. Zéphirin condamne les Montanistes, Calixte, les Sabelliens et, à partir de ces condamnations, ils furent regardés comme hérétiques. En 417, le pape Innocent I condamne le pélagianisme, et l'Église accepte son décret comme définitif, comme nous l'avons vu plus haut par le texte de saint Augustin. En 430, le pape Célestin condamne la doctrine de Nestorius, et les Pères du concile d'Éphèse se rallient à son avis. Les Pères du concile de Chalcédoine (451) acceptent solennellement la célèbre épître dogmatique du pape Léon I à Flavien, qui condamne l'hérésie d'Eutychès, aux cris unanimes de : ''« ''Pierre a parlé par la bouche de Léon. » De même, les Pères du IIIe concile de Constantinople (680) acclament le décret du pape àgathon condamnant le monothélisme en s'écriant : « Pierre a parlé par la bouche d'Agathon. » Comme on le voit, dès les premiers siècles déjà, l'Église romaine passe pour le ''centre de la foi ''et une ''norme sûre d'orthodoxie ''Plus l'on avancera, plus la croyance se traduira en termes explicites jusqu'à ce que la vérité soit ''proclamée dogme ''par le ''concile du Vatican.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. ''Ceci est le point important de l'argument historique, car si nos adversaires pouvaient nous prouver que certains papes ont enseigné et défini l'erreur, l'infaillibilité de droit serait plus que compromise. Or les historiens rationalistes et protestants prétendent précisément qu'ils sont en mesure de nous donner ces preuves de faillibilité. Les ''principaux cas ''qu'ils invoquent sont ceux du pape Libère qui serait tombé dans l'arianisme, d'Honorius qui aurait enseigné le monothélisme, de Paul V et Urbain VIII qui condamnèrent Galilée. Comme la question de Galilée sera traitée plus loin, nous ne retiendrons ici que les deux premiers cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''338.—Objections.—1° ''LE CAS DU PAPE LIBÈRE ''(352-366)'''.—Les historiens rationalistes accusent le pape Libère d'avoir signé une proposition de foi arienne ou semi-arienne pour obtenir de l'empereur Constance le droit de rentrer à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' —A. ''Exposé des faits. ''— Rappelons brièvement les ''faits. ''En 355, l'empereur Constance, favorable à l'arianisme, avait enjoint au pape Libère de souscrire à la condamnation d'ATHANASE, évêque d'Alexandrie, le grand champion de la foi orthodoxe. S'étant refusé à le faire, le pape fut envoyé en exil à Bérée en Thrace, et l'archidiacre Félix fut préposé à l'Eglise de Rome. Après un exil d'environ trois ans, Libère fut rendu à son siège (358).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La question qui se pose est donc de savoir pour quelles raisons l'empereur lui accorda cette faveur. Deux opinions ont été émises sur ce point. Les uns, à la suite de Rufin, Socrate, Théodoret, Cassiodore, prétendent que l'empereur Constance mit 0n à l'exil du pape par crainte des soulèvements du peuple romain et du clergé, en raison de la grande popularité dont jouissait le pontife. D'autres, au contraire, et c'est à cette dernière opinion que nous avons à répondre, pensent que le pape n'obtint la cessation de son exil qu'au prix de condescendances coupables et de concessions sur le terrain de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette seconde opinion s'appuient, pour démontrer leur point de vue, sur deux sortes de témoignages : — 1. d'abord les ''dépositions des contemporains : ''saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers, saint Jérôme ; — 2. puis les ''aveux ''de Libère lui-même. Il nous est parvenu, parmi les fragments de ''l’Opus historicum ''de saint Hilaire, neuf lettres du pape Libère, dont quatre, datant de son exil, ont un caractère plutôt compromettant. Dans ces dernières lettres, le pape intrigue pour obtenir sa grâce, déclarant qu'il condamne Athanase et professe la foi catholique formulée à ''Sirmium, ''et il prie ses correspondants orientaux, entre autres Fortunatien d'Aquilée, d'intercéder auprès de l'empereur pour abréger son exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces deux sortes de témoignages invoqués par nos adversaires, certains apologistes ont répondu en contestant 1 authenticité des dépositions des contemporains, et en rejetant les lettres de l'exil du pape Libère comme apocryphes. Mais comme il n'est pas possible de prouver que les témoignages en question, tant ceux des contemporains que ceux du Libère lui-même, sont inauthentiques, nous devons accepter la discussion dans l'hypothèse de leur authenticité. Toute la question reviendra donc à savoir ''quelle fut la faute du pape ''et ''quelle formule ''il a souscrite. Car, à l'époque où Libère fut délivré de son exil, il y avait déjà ''trois formules dites de Sirmium. ''De ces trois formules la seconde seule, qui déclare que le mot ''consubstantiel ''doit être rejeté comme « étranger à l'Écriture et inintelligible», est considérée comme hérétique. Or l'on admet que ce n'est pas cette formule que le pape a signée et que vraisemblablement c'est la troisième. Hais qu'il s agisse de la première ou de la troisième, les théologiens s'accordent à dire qu'elles ne sont pas absolument hérétiques et qu'elles ont surtout le tort de favoriser le semi-arianisme en retranchant le mot ''consubstantiel ''de la profession de foi du concile de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Donc, en nous plaçant dans l'hypothèse la plus défavorable, nous pouvons conclure : — 1. que le pape Libère n'a commis qu’ un ''acte de faiblesse ''en condamnant, dans une heure critique, le grand Athanase : faiblesse dont Athanase est le premier à l'excuser : « Libère, dit en effet ce grand Docteur, vaincu par les souffrances d'un exil de trois ans et par la menace du supplice, a souscrit enfin à ce qu'on lui demandait ; mais c'est la violence qui a tout fait. » — 2. Par ailleurs, le pape Libère ''n'a rien défini ; ''s'il y a eu erreur, tout au plus peut-on dire qu'elle est imputable au ''docteur privé, ''non au ''docteur universel ''et parlant ex-cathedra. Et même s'il avait parlé ex-cathedra, — ce qui n'est pas, — il ne jouissait pas de la liberté nécessaire à l'exercice de l'infaillibilité. Donc, en toute hypothèse, l'infaillibilité est hors de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
339. — 2° ''LE CAS DU PAPE HONORIUS ''(625-638). — D'après les adversaires de l'infaillibilité pontificale, le pape Honorius aurait enseigné le ''monothélisme ''dans deux lettres écrites à Sergius, patriarche de Constantinople, et pour cette raison, il aurait été condamné comme hérétique par le VIe Concile œcuménique et par le pape Léon II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''Exposé des faits. ''— Quelques mots d'abord sur les ''faits. ''En 451 le concile de Chalcédoine avait défini contre Eutychès qu'il y avait en Jésus-Christ deux natures complètes et distinctes : la nature humaine et la nature divine. Si dans le Christ il y avait deux natures complètes, il y avait aussi deux volontés : le concile ne l'avait pas dit, mais la chose allait de soi, car une nature intelligente ne peut être complète sans la volonté. Tel ne fut pas l'avis de certains théologiens orientaux qui enseignèrent qu'en Jésus-Christ il n'y avait que la volonté divine, la volonté humaine se trouvant pour ainsi dire absorbée par la volonté divine. Une telle doctrine apparaissait évidemment fausse, mais ses partisans voyaient là un moyen de conciliation entre les Eutychiens ou ''monophysites, ''c'est-à-dire les partisans d'une seule nature, et les catholiques. Les premiers admettraient les deux natures en Jésus-Christ et les seconds concéderaient l’unité de volonté. Cette tactique fut adoptée par Sergius qui écrivit dans ce sens au pape Honorius. Dans une lettre pleine d'équivoques et où la question était présentée sous un faux jour, il lui disait qu'il avait ramené beaucoup de monophysites à la vraie foi et lui demandait qu'il voulût bien interdire de parler d'une ou «deux énergies, d'une ou deux volontés. Honorius se laissa prendre et répondit, d'une part, à Sergius, deux lettres dans lesquelles il le félicitait de son succès auprès des monophysites, de l'autre, à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et défenseur de l'orthodoxie, une lettre dans laquelle il lui recommandait d'éviter les mots nouveaux de « une ou deux opérations», opération dans le langage de l'époque étant synonyme de volonté. Malgré ces lettres dictées par un esprit de pacification, les querelles reprirent de plus belle jusqu'au VIe concile œcuménique, le troisième de Constantinople (580-681), qui porta l'anathème contre les monothélites, et entre autres, contre le pape Honorius&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La difficulté à résoudre est donc la suivante. Honorius, dans ses deux lettres à Sergius, a-t-il enseigné l'erreur ? Et a-t-il été, pour ce fait, condamné comme ''hérétique ''par le VIe concile œcuménique? Deux solutions ont été proposées par les apologistes. Les uns ont prétendu que les deux lettres à Sergius Seraient apocryphes : ce qui supprime toute discussion. Les autres admettent l’authenticité, et c'est évidemment dans cette hypothèse que nous devons nous placer pour répondre à nos adversaires. Il s'agit dès lors de savoir si le ''contenu ''des deux lettres est ''hérétique. ''L'on ne saurait contester qu'Honorius met le plus grand soin à tourner la difficulté et qu'il évite de se prononcer sur les deux volontés. Cependant, — qu'on remarque bien ce point, — il commence par rappeler les décisions, du concile de Chalcédoine et affirme hautement qu'il y a en Jésus-Christ deux natures distinctes, opérantes. Puis, approuvant la tactique de conciliation suivie par Sergius, il recommande de s’en tenir là et de ne plus parler de une ou deux opérations. Il ajoute bien, il est vrai, qu'il y n’y avait pas e, Jésus Christ de volonté divine; il entend seulement exclure les deux volontés auxquelles très insidieusement Sergius avait fait allusion ; les deux volontés qui se combattent en nous, volonté de l'esprit et volonté de la chair. La pensée d'Honorius n'est donc pas qu'il n'y a pas en Jésus. Christ une volonté divine et une volonté humaine, mais que sa volonté humaine n'est pas, comme la nôtre, entraînée par deux courants qui se contrarient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, Honorius a été ''condamné ''par le VIe concile œcuménique et par le pape Léon II. — Remarquons d'abord que toutes les paroles contenues dans les ''Actes des Conciles ''ne sont pas infaillibles et que les décisions d'un concile ne jouissent du privilège de l'infaillibilité qu'autant qu'elles sont confirmées par le pape. Or précisément les Actes du VIe Concile contenant un anathème contre Honorius en même temps que contre les principaux monothélites tels que Sergius, n'ont pas reçu la confirmation pontificale. Le pape Léon II s'est contenté de blâmer la conduite d'Honorius, mais il n'a pas lancé contre lui l'anathème qu'il a prononcé contre les autres et ne lui a pas infligé la note d'hérétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion, ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'Honoris n'a ni ''enseigné ''ni ''défini le ''monothélisme. Tout au plus peut-on lui reprocher d'avoir manqué de clair, voyance et d'avoir favorisé l'hérésie en l'abstenant de définir, en recommandant le silènes alors qu'il fallait parler, fournissant ainsi aux monothélites le prétexté de soutenir leur doctrine ? — 2. A supposer même qu'il y eût des erreurs dans ses lettres et qu'il ait été condamné pour cette raison par le VIe Concile, l'erreur et la condamnation n'atteindraient que le ''docteur privé, ''et non le ''docteur universel. ''Donc on ne peut se faire du cas d'Honorius, pas plus que de celui de Libère, un argument Centre l'infaillibilité pontificale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du Chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — La vraie Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le problème des notes de la vraie Église. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
340. — '''Position du problème- '''— A l'aide des textes de l'Écriture et des documents de l'histoire, nous avons, dans le chapitre précédent, marqué les ''caractères essentiels ''de l'Église fondée par le Christ. Il est à peine besoin d'ajouter que, n'ayant prêché qu'un Evangile, Notre Seigneur n'a pu fonder ''qu'une ''Église. Maintes de ses paraboles expriment d'ailleurs sa volonté expresse sur ce point. Ainsi, représentant la société des chrétiens sous la figure d'un troupeau, il a voulu qu'il n'y eût « ''qu'un seul troupeau ''et qu'un ''seul pasteur ''» ''(Jean, ''x, 16). Or, à notre époque, nous nous trouvons en présence de plusieurs Églises qui s'appellent chrétiennes, qui reconnaissent le même fondateur et qui prétendent, chacune, être la véritable Église instituée par le Christ. Évidemment ces Églises, ayant des doctrines en partie différentes, ne peuvent venir toutes de lui. Le problème qui se pose est donc de savoir ''quelle est la vraie. ''Les ''caractères essentiels ''qui doivent distinguer l'Église fondée par Notre-Seigneur, nous permettent-ils de fixer un certain nombre de ''notes, ''de signes extérieurs et visibles auxquels on puisse la reconnaître et la discerner aisément de celles qui sont fausses ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la rigueur, l'on pourrait dire qu'une telle enquête est superflue, et que la démonstration que nous poursuivons ici, est chose faite. Nous avons montré en effet que la société fondée par Jésus est une société ''hiérarchisée ''à la tête de laquelle il a mis l'apôtre Pierre. Or comme il a été établi par ailleurs que les Évêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans sa primauté, il ne reste plus qu'à conclure que ''l'Église romaine est la vraie Église, ''vu que nous retrouvons en elle seule les organes essentiels constitués par Jésus-Christ. Raisonner ainsi ne serait pas assurément tirer une conclusion en dehors des prémisses. Cependant, étant donné que les dissidents regardent les Évêques de Rome comme des usurpateurs, et non comme les héritiers légitimes de la primauté de Pierre, il convient de nous placer sur un autre terrain commun accepté par les ''Églises dissi­dentes&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle Église dissidente tout groupement qui se dit chrétien, mais qui est séparé de la grande Église soit par le schisme, soit par l'hérésie.&amp;lt;/ref&amp;gt;, tout au moins par celles qui ont un ''caractère hiérarchique. ''En partant des quatre notes données par le concile de Nicée Constantinople (IVe siècle), bien antérieurement à la séparation des Églises grecque et protestante, l'apologiste catholique a donc pour tâche de démontrer que l'Église romaine possède ces notes, soûle, et à l'exclusion des autres confessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
341. — '''Division du chapitre. '''— Du but que nous nous proposons il ressort que nous aurons à traiter dans ce chapitre les différents points suivants. 1° Nous aurons à déterminer d'abord les ''notes ''de la vraie Église. 2° II nous faudra montrer ensuite que le ''Protestantisme ne les a pas ; ''3° que ''l’ Église grecque ne les a pas davantage ; ''et 4° que ''seule l'Église romaine les possède toutes les quatre. ''5° Ce qui nous amènera à conclure à la ''nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine. ''D'où cinq articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les Notes de la vraie Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Nous traiterons : 1° des ''notes ''de la vraie Église ''considérées en général ''et 2° des ''quatre notes ''du concile de Nicée-Constantinople et de leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Des Notes considérées en général. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''342. — 1°''' '''Définition. '''— II faut entendre par « ''notes» ''de l'Église tout signe qui permet de discerner la véritable Église du Christ de celles qui sont fausses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''343. — 2'''° '''Espèces. '''— Les notes peuvent être, soit négatives, soit positives. — ''a) ''La note ''négative ''est celle dont l'absence démontrerait la fausseté d'une Église, mais dont la présence ne suffit pas à en démontrer la vérité. Les notes négatives peuvent être multipliées à l'infini et elles peuvent appartenir à n'importe quelle Église et n'importe quelle religion. Ainsi, qu'une religion enseigne le monothéisme, qu'elle prescrive le bien et défende le mal, elle peut être, mais elle n'est pas nécessairement pour cela la vraie religion. — ''b) ''La note ''positive ''est colle dont la présence démontre la vérité de l'Église où elle se trouve : elle est donc une ''propriété exclusive ''de la société fondée par Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''344. — 3°''' '''Conditions. '''— de la définition qui précède il suit que deux conditions sont requises pour qu'une propriété devienne « ''note « ''de l'Église. Il faut qu'elle soit une ''propriété ''essentielle et visible : — ''a) essentielle. ''Il est clair que, si la propriété n'était pas de ''l'essence ''de la vraie Église, si elle n'avait pas été indiquée par Jésus-Christ comme devant appartenir à la société qu'il fondait, elle ne saurait être un critère de la vraie Église ; — b) ''visible. ''Cola va de soi : un signe n'est signe qu'autant qu'il est extérieur, observable et plus apparent que la chose signifiée. Toute propriété essentielle n'est donc pas, par le fait, une note de l'Église, car bien des propriétés sont essentielles qui ne sont pas discernables. Ainsi il est bien certain, d'après les caractères que nous avons pu assigner à l'Église du Christ (Nos 331 et suiv.), que ''l'infaillibilité est ''une de ses propriétés essentielles. Mais c'est là une propriété qui n'est pas visible : pour la reconnaître, il faudrait savoir auparavant que nous avons affaire à la vraie Église. N'étant pas visible, l'infaillibilité ne peut donc être une note de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''345. — 4° Critères insuffisants'''. — Il suit de là que certains critères proposés par l'Église ''protestante ''ou par l'Église ''grecque ''ne sauraient être acceptés, parce que ne répondant pas aux deux conditions de la note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Il faut d'abord écarter les deux critères proposés par les protestants ''orthodoxes, ''savoir: la prédication exacte de l'Évangile et l'usage correct des sacrements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''La prédication exacte de l’Évangile. — ''Qu'en proposant un tel critère, les Protestants se mettent en contradiction avec leur théorie du libre examen, c'est ce qui apparaît tout de suite clairement. Si, d'un côté, les théologiens reconnaissent à tous les chrétiens la liberté d'interpréter l'Écriture suivant leur sens propre, comment peuvent-ils, de l'autre côté, leur imposer une règle commune de foi par la détermination précise des vérités qui se trouvent dans l'Évangile&amp;lt;ref&amp;gt;Ce que nous disons ici des protestants orthodoxes ne s'applique pas aux protestants libéraux. Ceux-ci, plus conséquents avec la théorie du libre examen, n'hésitent pas à déclarer que la question des notes ne se pose pas. A leurs yeux, la vraie Eglise est une société invisible, composée des âmes des justes : elle est l’Eglise des promesses connue de Dieu seul. Sans doute, l'éducation et la force de l'habitude peuvent nécessiter la création de communautés extérieures, d'Eglises matériellement visibles, mais là ne saurait être la vraie Eglise. La vraie Eglise, dit M. Harnack, « n'est pas la communauté particu­lière dont nous sommes membres, C'est la Societas fidei, qui a des membres partout, même parmi les catholiques grecs ou romains. » L'essence du christianisme, 15e Conf.&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Mais laissons cette question de droit, puisque aussi bien les Protestants orthodoxes ont cru bon de ne pas retenir, dans la pratique, leur théorie du libre examen. Voulant donc trouver des ''critères objectifs ''par lesquels on puisse discerner les Églises ''conformes ''des Églises ''non conformes ''au royaume de Dieu prêché par Jésus-Christ, ils ont proposé en premier lieu la prédication exacte de l'Évangile. — Mais comment pourrons-nous savoir quelle est la prédication exacte de l'Évangile, s'il n'y a aucune autorité pour nous le dire, et si, dans le cas de conflit, il n'y a personne pour finir la discussion? Et la preuve la plus évidente de l'insuffisance du critère, celle qui nous dispense de toutes les autres, n'est-ce pas le désaccord qui existe parmi eux, même au sujet des points les plus essentiels, des ''articles fondamentaux ''de la doctrine chrétienne. Prenons un seul exemple : la divinité de Jésus-Christ. Comment faut-il entendre ce dogme central du christianisme? Certains protestants répondent que Jésus-Christ est Dieu au sens propre du mot, c'est-à-dire qu'il est consubstantiel au Père. D'autres estiment qu'il n'est Dieu que dans un sens large et métaphorique, sa divinité n'étant autre chose qu'une intimité très grande avec Dieu le Père. L'on ne voit pas bien comment, dans de telles conditions, l'on pourrait encore parler des prédications exactes de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'administration correcte des Sacrements.''— Ce critère proposé n'est pas une propriété plus visible que la prédication exacte de l'Évangile : la preuve en est que les Protestants sont bien dans l'impossibilité de déterminer, d'après les seuls textes de l'Écriture, comment les deux sacrements qu'ils retiennent : le Baptême et l'Eucharistie, doivent être administrés correctement. Faut-il conférer le Baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, selon l'ordre donné par le Christ ressuscité ''(Mat., ''xxviii, 19), ou simplement au nom du Seigneur Jésus, comme il est dit dans maints passages des Actes ? (ii, 38 ; vii, 12,16 ; xix, 5). A propos de l'Eucharistie, en quoi consiste la Présence réelle ? Y a-t-il présence ''réelle et physique ''du corps et du sang ''de- ''Jésus-Christ dans le pain et le vin ''(impanation)&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique, N° 361.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme le veulent les Luthériens ? Ou bien la présence n'est-elle que ''virtuelle, ''la pain et le vin ayant la vertu de causer l'union entre le vrai corps du Christ qui est au ciel et l'âme du communiant, comme le pensent les calvinistes ? Ou bien encore ne s'agit-il que d'une présence ''morale, ''le pain et le vin alimentant notre foi dans le Christ et nous rappelant simplement le souvenir de la Cène, ainsi que le croient les sacramentaires ? Il est donc de toute évidence que ni la prédication du pur Évangile ni l'administration correcte des sacrements ne sont des critères suffisants. Sans nul doute, la vraie Église est celle qui prêche le pur Évangile et administre correctement les sacrements puisque la vraie Église est infaillible 6t ne peut errer sur ces deux points. Mais, quoique propriétés ''essentielles ''de la vraie Église, elles n'en sont pas des propriétés ''visibles, ''et pour cette raison, elles n'en peuvent être des ''notes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
346. — B. L'Église ''grecque ''propose, comme note de l'Église, la ''conservation sans variation de ''la doctrine prêchée par le Christ et les Apôtres. A première vue, ce critère revient au premier critère protestant : la prédication du pur Évangile. Il y a cependant une différence capitale entre les deux. Car tandis que les protestants laissent au sens chrétien et à la science indépendante le soin de déterminer les ''articles fondamentaux, ''l'Église grecque limite la conservation de la pure doctrine à l'enseignement des sept. premiers conciles œcuméniques. — Mais, pourrions-nous objecter tout d'abord aux théologiens de l'Église grecque, où se trouvait donc la vraie Église avant la réunion du premier concile œcuménique qui n'eut lieu qu'au IVe siècle ? Ayant le premier concile, l'Église n'avait-elle pas besoin déjà de notes pour se faire discerner? Supposons cependant que le seul critère de la vraie Église soit la conservation sans variation de la doctrine enseignée par les sept premiers conciles? Comment faut-il envisager cette conservation? La ''non-variation ''doit-elle être ''absolue? ''Dans ce cas, on ne comprend pas bien comment les symboles de foi ont pu être développés et complétés par des conciles postérieurs, comment on ne s'est pas borné au symbole de Nicée, et comment même celui de Nicée n'a pas craint d'ajouter au symbole des Apôtres. Si la ''non-variation ''doit être comprise dans un sens ''large, ''nous sommes d'accord ; les théologiens catholiques sont les premiers à admettre que la Parole de Dieu ne doit pas présenter l'immobilité d'une lettre morte, et qu'elle est susceptible des plus riches développements qui n'altèrent en rien la pureté de la doctrine primitive. Mais si 1 on concède la possibilité d'un développement, pourquoi ce développement se serait-il arrêté aux sept premiers conciles, et quelle est l'autorité qui nous dira quand celui-ci est normal? Comme on le voit, la question revient toujours à savoir où se trouve ''l'autorité légitimement constituée, ''celle qui a recueilli la succession apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Les quatre notes du Concile de Nicée-Constantinople. Leur valeur respective. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
347. — '''I. Les quatre notes. '''— Dès le IVe siècle déjà&amp;lt;ref&amp;gt;Dans les trois premiers siècles, les Pères de l'Eglise ont insisté surtout sur l'unité et l'apostolicité. Saint Augustin met en plus grand relief la catholicité et la sainteté, attaquées ou mal comprises pas les donatistes. Depuis le Concile de Constantinople, les théologiens ont proposé d'autres notes ; mais soit qu'elles se ramènent facilement aux au XVIe siècle, Bannez dit que l'Eglise est une, sainte, catholique, apostolique et visible, et Bellarmin énumère jusqu'à quinze notes, qui peuvent, à son avis, se ramener aux quatre notes du Symbole de Constantinople.&amp;lt;/ref&amp;gt; le concile de Nicée-Constantinople proposait, comme nous l'avons dit, quatre propriétés qui doivent permettre de discerner l'Église du Christ des fausses Églises. Ces quatre propriétés sont : 1° ''l’unité ; ''2° la ''sainteté ; ''3° la ''catholicité ; ''4° ''l’apostolicité. ''« Et unam, sanctam, catholicam.et apostolicam Ecclesiam. » Trois de ces notes : l'unité, la catholicité et l'apostolicité ont des rapports étroits outre elles et sont ''d'ordre juridique. ''La seconde : la sainteté, est d'ordre ''moral. ''Pour cette raison nous la détacherons des trois autres, et nous en parlerons en premier lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''348. — 1° La Sainteté'''. — La ''sainteté ''consiste on ce que les ''principes ''enseignés par l'Église du Christ doivent conduire à la sainteté certains de ses ''membres. ''La sainteté, en tant que note de l'Église, implique donc un double élément : la ''sainteté des principes ''et la ''sainteté des membres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''sainteté ''remplit les ''deux conditions requises ''pour être une note (N° 344). Elle est : — «) une ''propriété essentielle. ''Que la sainteté des principes soit une marque essentielle de la vraie Église, il est facile de le prouver par le caractère de l'Évangile de Jésus. Le Sauveur ne se contente pas d'imposer l'observance des préceptes obligatoires en rappelant les devoirs du Décalogue ''(Mat., ''xix, 16, 19), il veut que ses disciples fassent mieux, qu'ils vivifient la lettre par l'esprit, c'est-à-dire par l'intention, que leur justice ne soit pas formaliste comme celle des Pharisiens, mais qu'elle prenne pour motif l'amour de Dieu et du prochain. « Je vous déclare, leur dit-il dans son Discours sur la montagne, que si votre justice n'excelle pas plus que colle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » ''(Mat., ''v, 20). Jésus va plus loin, — et c'est ce qui va caractériser son Église, — au-de3sus des vertus communes, de ce qu'on appelle couramment l'honnêteté et qui est un devoir strict pour tous, il ''propose la perfection aux âmes d'élite, ''comme un idéal auquel elles doivent tendre par les actes les plus contraires a la nature, par les sacrifices les plus durs : «Vous donc soyez parfaits, comme voire Père céleste est parfait» ''(Mat, ''v, 48). D'où il suit que dans la vraie Église l'on doit trouver des membres qui se distinguent par une sainteté éminente et des vertus héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La ''sainteté ''est une ''propriété visible. ''Cola ne fait aucun doute pour le premier élément : la sainteté des ''principes ''est une chose que tout le monde peut observer. Il n'en va pas tout à fait de mémo pour la sainteté des ''membres. ''La sainteté étant avant tout une qualité intérieure et visible au seul regard de Pieu, l'on pourrait ''objecter ''que ce ne peut être là une propriété visible, une note de la véritable Église. — II est vrai que la sainteté consiste surtout dans un fait intérieur et que l'hypocrisie peut revêtir les mômes apparences que la sainteté. Cependant il est permis de poser en règle générale que l'extérieur est le miroir fidèle de l'intérieur. La sainteté dont on perçoit les manifestations extérieures, surtout quand elle s'accompagne d'humilité, est une propriété apparente aux yeux des hommes. Considérée dans ''l’ensemble ''des membres de l'Église, elle peut donc être, alors même qu'il y aurait de fâcheuses méprises, une note dont il n'y a pas lieu de récuser la valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''349. — 2°''' '''L'Unité. '''— ''a) L'unité, ''en tant que note de l'Église, consiste dans la ''subordination ''de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'unité ''a les ''deux conditions requises ''pour être une note de la vraie Église. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Jésus a voulu qu'il n'y ''eût ''« qu'un seul troupeau et un seul pasteur » ''(Jean, ''x, 16). Il a prié à cet effet « pour que tous soient ''un» (Jean, ''xvii, 21). N'ayant prêché qu'un Évangile, il a voulu l'adhésion de tous ses disciples à cette doctrine révélée : d'où ''unité de la foi. ''Voulant la fin, il est clair qu'il devait en prendre les moyens. C'est dans ce but qu'il a institué une ''hiérarchie permanente, ''pourvue des pouvoirs nécessaires pour assurer l'unité de la société chrétienne ; — ''b) ''une ''propriété visible. ''La subordination de tous les fidèles à une même juridiction est une chose visible et vérifiable ; il n'est pas plus difficile de constater l'unité hiérarchique dans l'Église que dans toute autre société. — Nos adversaires ''objectent, ''il est vrai, que la foi étant une qualité intérieure, n'est pas visible. Sans doute, la foi est intérieure et invisible si on la considère en elle-même : mais, tout intérieure qu’elle est elle peut se manifester par des actes extérieurs, tels que la prédication, les écrits et la récitation de formules de foi. Au surplus, l'unité dont il s'agit ici, est avant tout ''l’unité de gouvernement. ''C'est cette derrière qui est le principe de ''l’unité de foi ''et de ''l’unité de culte. ''Si la première est constatée, les deux autres doivent suivre, comme des conséquences naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''350. — 3° La''' '''Catholicité. '''— Le mot ''catholique ''veut dire universel. Conformément à l'étymologie, la ''catholicité ''c'est donc la diffusion de l'Église dans tous les pays du monde. Toutefois, les théologiens distinguent, à juste raison, entre : — 1. la catholicité ''de fait, ''une catholicité ''absolue ''et ''physique ''qui comprend la totalité des hommes, et — 2. la catholicité ''de droit, ''une catholicité ''relative ''et ''morale, ''dans ce sens que l'Église du Christ est destinée à tous et qu'elle s'étend à un grand nombre de régions et d'hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''catholicité ''remplit également les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Alors que la Loi primitive et la Loi mosaïque ne s'adressaient qu'au peuple juif, seul gardien des promesses divines, la Loi nouvelle s'adresse à l'universalité du genre humain : « Allez, dit Jésus à ses Apôtres, enseignez ''toutes ''les nations ''«(Mat., ''xxviii, 19). Toute Église par conséquent qui resterait confinée dans son milieu, qui serait l'Eglise d'une province, d'une nation, d'une race, n'aurait pas les caractères de l'Église du Christ, puisque Jésus a prêché sa doctrine pour tous et qu'il a fondé une société ''universelle. ''Est-ce à dire que l'Église du Christ devait être universelle dès le premier jour, ou même qu'elle devait l'être un jour, d'une catholicité absolue et physique? Évidemment non. La diffusion de l'Évangile devait suivre une marche progressive, dont Jésus lui-même avait tracé le plan à ses Apôtres : il les avait chargés en effet de lui rendre témoignage à Jérusalem d'abord, puis dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre ''(Act., ''i, 8). Et même lorsque l'Évangile aura pénétré jusqu'aux extrémités de la terre, il n'en résultera pas encore une catholicité absolue. Car le Sauveur n'a pas entendu violenter les consciences ; il a laissé à tout homme la liberté d'entrer ou de ne pas entrer dans son royaume, et il a prédit que-tous n'y entreraient pas, vu qu'il a annoncé à ses disciples qu'ils seraient en butte aux persécutions. — ''b) ''La catholicité est une propriété ''visible. ''Constater la diffusion de l'Église paraît chose assez simple. Cependant la note de catholicité n'est pas toujours aussi apparente qu'on pourrait le croire, car le nombre des adhérents d'une société peut subir des fluctuations avec les diverses phases de son histoire. Mais la catholicité n'est pas à la merci d'une variation de chiffres. Ce n'est pas parce que l'Église connaîtra à certaines heures de regrettables défections que sa catholicité diminuera d'autant : il suffit qu'elle reste toujours ''catholique de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''351. — 4°''' '''L'Apostolicité. '''— ''l'apostolicité ''est la succession continue et légitime du gouvernement de l'Église depuis les Apôtres. Pour qu'il y ait apostolicité il faut donc que des chefs actuels de l'Église l'on puisse remonter aux fondateurs de l'Église, c'est-à-dire aux Apôtres et à Jésus-Christ ; il faut de plus que cette succession soit ''légitime, ''c'est-à-dire que les chefs hiérarchiques se soient succédé conformément aux règles établies, qu'il n'y ait eu par conséquent dans leur accession au gouvernement aucun vice essentiel capable d'invalider leur juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'apostolicité de gouvernement implique ''l’apostolicité de la doctrine. ''Du fait que les chefs de l'Église ont pour principale mission de transmettre aux hommes le dépôt intégral de la Révélation, il s'ensuit que l'apostolicité de la doctrine doit découler de l'apostolicité de gouvernement, comme l'effet de la cause. Mais 1’apostolicité de la doctrine n'est pas une note, parce qu'elle n'est pas une propriété visible, et que, pour savoir si une doctrine est apostolique, il faut rechercher auparavant par qui elle est enseignée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'''apostolicité ''a les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — ''a) ''une ''propriété essentielle. ''Jésus-Christ ayant institué une hiérarchie permanente, son Église ne peut se trouver que là où les chefs sont les successeurs légitimes des Apôtres ; — b) une ''propriété visible. ''Il est aussi facile de contrôler le fait de la succession apostolique des Papes et des Évoques que celle des chefs de toute société humaine, par exemple, la succession des rois de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''352. — II'''. '''Valeur respective des quatre notes. '''— Avant de faire l'application des quatre notes, il convient d'établir leur ''force probante, ''leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''LA SAINTETÉ ''est une note ''positive ''de la vraie Église. Car il est évident que, seule, l'Église qui a conservé la doctrine du Christ dans toute son intégrité, est capable de produire les fruits les meilleurs et les plus abondants de sainteté. D'autre part, la note de sainteté est facilement discernable : tout homme sincère peut constater la ''transcendance morale ''d'une société religieuse et se rendre compte que la sainteté des membres est le résultat de la sainteté des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, la sainteté est un critère ''à l'ordre moral : ''entendez par là qu'il requiert des dispositions morales de la part de celui qui en fait l'application. Si en effet on a l'esprit prévenu contre la société religieuse qu'on étudie, il peut arriver qu'on s'arrête avec trop de complaisance aux faiblesses et aux défauts de cette société sans accorder la place voulue aux vertus héroïques dont elle a droit de se glorifier. Pour cette raison, la note de sainteté, quoique suffisante en soi, demande à être complétée par les autres notes,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''L'UNITÉ ''est une note ''négative. ''Elle n'a donc qu'une valeur d'exclusion : elle nous permet de dire que toute société qui ne l'a pas ne peut pas être la vraie Église. Mais elle ne nous conduit pas plus loin, car rien n'empêche de concevoir une société où tous les membres soient subordonnés aux mêmes chefs et acceptent les mêmes croyances sans être pour cela la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LA CATHOLIGITÉ ''est également une note ''négative ''et nous permet seulement d'exclure toute société qui n'est pas relativement et moralement universelle, par conséquent, toute Église provinciale ou nationale. Mais notre conclusion ne saurait aller au delà, et il peut se faire qu'une société soit la plus répandue, qu'elle compte le plus d'adhérents sans qu'elle soit nécessairement la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant le ''concept de catholicité ''est ''plus étendu ''que celui ''d'unité. ''Une société peut être une et ne pas dépasser les limites d'an pays, tandis que la catholicité qui suppose une certaine universalité, implique en même temps l'unité. Que serait en effet la catholicité, si l'Eglise qui embrasse plusieurs contrées n'était pas la même à tous les endroits? Une Église peut donc être une sans être catholique, mais elle ne peut être catholique sans être une.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4''° L’APOSTOLICITÉ ''est une note ''positive. ''Du moment qu'une Église peut démontrer que sa hiérarchie descend des Apôtres par une succession ''continue ''et ''légitime, ''il y a toute certitude qu'elle est la véritable Église. Mais le point délicat de cette note est de prouver que la succession a toujours été ''légitime, ''que la ''juridiction ''épiscopale n'a pas été annulée par le schisme et l'hérésie, c'est-à-dire par la rupture avec l'œuvre authentique de Jésus-Christ. Or la rupture ne deviendra évidente que si cette Église ne possède plus les trois notes précédentes. L'apostolicité doit donc être contrôlée par les autres notes, et en particulier, par l'unité et la catholicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— 1. Toute Église, dans laquelle il y a ''absence ''des quatre notes ou seulement d'une des quatre notes, ne peut être la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'Église qui ''possède ''les quatre notes est ''nécessairement la vraie Église. ''Car la sainteté et l'apostolicité, étant des notes positives, sont des critères qui suffisent à prouver l'authenticité d'une Église. Cependant il est bon de ne pas les isoler, nous venons de dire pourquoi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Application des notes an Protestantisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353. — Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur le protestantisme. Dans le second, nous montrerons ''qu'il n'a pas les quatre notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur le Protestantisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Définition. '''— Sous le terme général de ''protestantisme, ''il faut comprendre l'ensemble des doctrines et des Églises issues de la Réforme du XVIe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot ''Réforme ''sert également à désigner le protestantisme. La raison en est que ses principaux chefs : Luther et Calvin ''se donnèrent ''comme des envoyés de Dieu ayant pour mission de ''réformer ''l'Église du Christ, de restaurer la religion de l'esprit et de substituer aux ténèbres de l'erreur et à la corruption des mœurs la lumière de la vérité et la pureté de la morale : « ''Post tenebras lux'' ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''354. — II.''' '''Origine. '''— Si l'on considère le protestantisme, d'un point de vue général, et sans s'arrêter aux circonstances particulières qui déchaînèrent le mouvement dans les différents pays de l'Europe, l'on peut dire qu'il a son origine dans ''trois ordres de causes : ''intellectuelles! religieuses et politiques. — ''a) Causes intellectuelles. ''Il y a un lien très étroit qui rattache la Réforme, mouvement religieux, à la Renaissance, mouvement intellectuel. De la dernière moitié du XVe siècle aux vingt premières années du XVIe, époque où éclata le luthéranisme, la Renaissance battait son plein. Or l'humanisme ne se signalait pas seulement par le culte de l'antiquité païenne, mais aussi par une réaction contre la philosophie scolastique, par des tendances rationalistes et une critique indépendante qui s'étendait à tous les domaines et contre les attaques de laquelle la Bible même ne fut pas toujours à l'abri.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Causes religieuses. ''A l'indépendance de l'esprit correspondait une grande liberté dans les mœurs. Depuis plusieurs siècles déjà, de déplorables abus s'étaient glissés un peu partout : il y avait eu abaissement du niveau moral dans l'Église, qui ne remplissait plus qu'imparfaitement sa mission divine. En Allemagne plus spécialement, le haut clergé, mal recruté parmi les grands seigneurs, possesseur d'une grande partie du sol, ne rêvait que domination et se servait de l'Église plutôt que de la servir. La mal n'était pas moindre dans les monastères ; et la papauté elle-même, devenue une puissance italienne préoccupée de ses intérêts matériels, oubliait trop souvent les affaires de l'Église dont elle avait la charge. Assurément, une réforme, non pas dans la constitution de l'Église ni dans son dogme, mais dans ses mœurs et dans sa discipline, était indispensable et souhaitée de tous. Elle s'accomplit du reste plus tard au temps du concile de Trente, trop tard, hélas ! puisque auparavant Luther avait déchaîné au soin de l'Église une vraie révolution qui n'avait plus Le simple caractère d'une réforme nécessaire, mais qui était le bouleversement du dogme et la rupture de l'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Causes politiques. ''Quelque importantes que fussent les causes intellectuelles et religieuses, la Réforme protestante fut déterminée par l'ambition des chefs d'État qui virent, dans ce détachement de leurs Églises nationales de l'autorité de Rome, la meilleure façon d'accroître leur puissance et de devenir à la fois les chefs spirituels et temporels de leurs sujets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
355. — '''III. Les Églises protestantes'''. — Le protestantisme comprend trois Églises principales : l'Église ''luthérienne, ''l'Église ''calviniste ''et 1' Église ''anglicane. ''Chaque Église se subdivise à son tour on un certain nombre de sectes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le''' '''Luthéranisme. '''— A. ''ORIGINE. ''— de l'Allemagne plus que d'aucun autre pays, il est vrai de dire que le protestantisme eut pour principe les trois causes que nous avons signalées plus haut. Au début du xvie siècle, le terrain était tout prêt pour l'éclosion d'un mouvement réformateur : il suffisait d'un homme et d'une occasion pour allumer l’incendie. Cet homme ce fut Luther, et l'occasion, la ''question des indulgences.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Martin Luther naquit en 1483 et mourut en 1546 à Eisleben en Saxe En 1505, il entra au couvent des Augustins d'Erfurt et fut ensuite professeur de théologie à Wittenberg. En 1517, le pape Léon X ayant chargé les Dominicains de prêcher de nouvelles indulgences dans le but de recueillir des aumônes destinées à l'achèvement de Saint-Pierre de Rome, Luther, froissé que cette mission avait été confiée à un autre ordre que le sien, commença par attaquer les ''abus, ''puis bientôt le ''principe ''même des indulgences, ainsi que leur ''efficacité&amp;lt;ref&amp;gt;Luther avait été devancé dans sa théorie sur l'inefficacité des bonnes œuvres par Zwingli, réformateur suisse, né à Wildhaus (canton de Glaris) en 1484 qui fut d'abord curé de Glaris, en 1506, puis d'Einsiedeln, en 1516. Lorsqu'il était arrivé dans ce dernier endroit, il avait fait disparaître les reliques de l'abbaye de Notre-Dame des Ermites et déclaré, aux pèlerins que les pratiques religieuses étaient inutiles.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Excommunié en 1520, il brûla Ta bulle pontificale sur la place publique de Wittenberg, traita le pape d'antéchrist et en appela à un Concile général. Cité devant la diète de Worms (1521), il s'y rendit refusa de se soumettre à la sentence qui le condamnait et fut mis au ban de l'Empire. Protégé par Frédéric de Saxe, il vécut un certain temps caché au château de la Wartbourg où il travailla à la traduction de la Bible en langue vulgaire. Puis, de 1522 à 1526, il parcourut l'Allemagne, prêchant sa doctrine. Entre temps, en 1525, il avait épousé Catherine Bora. En quelques années, la Réforme fit de grands progrès, grâce à la protection des princes qui profitèrent du mouvement pour rejeter l'autorité de Rome et s'emparer des biens des monastères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
356. — B. ''DOCTRINE. ''— a) La théorie luthérienne de l'inefficacité des indulgences, fait partie de tout un système dont le point central était la ''justification par la foi. ''Aux bonnes œuvres Luther oppose la foi : « Sois pécheur, pèche hardiment, mais crois plus hardiment encore. » Telle est, en une brève formule, l'idée maîtresse du réformateur, d'où sortiront les autres points de sa doctrine comme des conséquences rigoureuses. De même que la justice primitive faisait partie de la nature du premier homme et lui était essentielle, de même par la faute d'Adam « le péché devient une seconde nature : tout en l'homme est péché ; l'homme n'est plus que péché »&amp;lt;ref&amp;gt;Voir Mgr Julien, Bossuet et les Protestants, chap. iv. La justification p. 158.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Rien ne peut changer cet état de choses : l'homme pécheur ''n'a plus la liberté nécessaire pour accomplir le bien ; ''ses bonnes œuvres sont donc inutiles. La justification par les mérites de Jésus-Christ est le seul remède. Mais comment le pécheur obtiendra-t-il que Dieu lui accorde cette grande grâce de lui imputer les mérites de son Fils? ''Uniquement par la foi, ''en croyant de toutes ses forces que la chose est ainsi. Sans doute son âme restera, comme auparavant, souillée par le péché, mais elle sera recouverte, comme d'un voile, de la justice du Rédemp­teur&amp;lt;ref&amp;gt;La doctrine catholique ne me pas le rôle de la fol dans la Justification. Hais elle enseigne que d'autres dispositions sont requises. Voir notre Doctrine catholique N° 321&amp;lt;/ref&amp;gt;. — b) La foi seule suffisant à la justification, les ''sacrements ''et le ''culte ''deviennent ''choses superflues. ''Les sacrements, que Luther réduit à trois : le baptême, l'eucharistie et la pénitence, ne produisent donc pas la grâce et ne sont pas requis pour le salut. Le culte des saints doit être supprimé ; les saints doivent être imités, non invoqués. — c) ''Pas de purgatoire. ''— ''d) ''La ''seule règle de foi ''et la seule autorité c'est l'''Écriture ''interprétée par la raison individuelle. -— ''e) ''Tout chrétien pouvant obtenir la justification par la foi sans la pratique des œuvres et sans le recours aux sacrements, recevant par ailleurs les lumières de l'Esprit Saint pour l'interprétation des Écritures, il s'ensuit que l'Église est une ''société invisible, ''se composant des seuls justes, où il n'y a pas de corps enseignant, pas de caractère sacerdotal, pas d'ordination et où tous les fidèles sont prêtres. Telle était la conséquence rigoureuse que Luther avait tirée d'abord de sa doctrine. Mais comme elle eut pour effet de susciter une foule de docteurs qui, au nom de l'Esprit Saint, avancèrent les opinions les plus contradictoires, Luther se vit forcé d'organiser des ''Églises visibles, ''avec l'appui et sous la dépendance de l'État. Conséquemment, il décréta que le ministère de la prédication et l'administration des sacrements seraient exercés par des élus du peuple auxquels les anciens auraient imposé les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
357. — C. ''ÉTAT ACTUEL. — ''Le ''luthéranisme ''se propagea rapidement dans l'Allemagne du Nord, le Danemark, la Suède et la Norvège. Il s'est étendu ensuite à l'Angleterre, avec l'anglicanisme, et à la Hollande ; il a pénétré de nos jours en Amérique et même, grâce aux missions protestantes, dans les pays païens. Cependant il ne présente pas partout la même ''organisation. ''En Allemagne, l'Église luthérienne ''n'a pas d'évêques, ''elle reconnaît l'autorité des princes séculiers et des consistoires dont les princes sont les principaux membres Dans les pays Scandinaves, l'on a conservé la ''hiérarchie épiscopale ''qui est soumise à l'autorité civile. Aux États-Unis d'Amérique, les pasteurs sont élus par le suffrage des fidèles ; dans les choses de la foi et de la discipline ils obéissent aux synodes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''358. — 2° Le Calvinisme'''. — A. ''ORIGINE.— ''Calvin, né à Noyon en Picardie en 1509, fit ses études de droit à Bourges où il se lia d'amitié avec l'helléniste allemand Wolmar, qui l'instruisit dans la doctrine de Luther. Après avoir prêché à Paris (1532), il jugea prudent de quitter la France et se retira à Strasbourg, puis à Bâle où il acheva( 1536) son fameux ouvrage de ''l’Institution chrétienne, ''dans lequel il exposa ses idées. Appelé à Genève pour y enseigner la théologie, proscrit quelque temps, puis rappelé, il entreprit à la fois la réforme des mœurs et celle du dogme et du culte. En même temps, il poursuivait avec une cruelle intransigeance ceux qui allaient à rencontre de sa doctrine. Les plus fameuses victimes de son intolérance furent Jacques Gruet et surtout Michel Servet brûlé en 1553&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
359. — B. ''DOCTRINE. ''— Calvin reproduit à peu près la doctrine de Luther. Voici, esquissés très rapidement, les points essentiels qui différencient les deux théologies. — a) Sur ''la question de la justification, ''Calvin qui enseigne, comme Luther, la justification par la foi sans les œuvres, ajoute à la doctrine luthérienne deux choses : l'inamissibilité de la grâce et la prédestination absolue : — 1. ''Inamissibilité de la grâce. ''Calvin, plus logique peut-être en cela que Luther, qui n'avait pas osé soutenir que la grâce de la justification, une fois reçue, ne pût se perdre, professe que la grâce est ''inamissible. ''Pourquoi Dieu retirerait-il à l'homme la grâce de la justification qu'il lui a plu un jour de lui octroyer? Si l'homme ne peut rien faire pour mériter de l'obtenir, pas davantage il ne saurait rien faire pour mériter de la perdre, vu qu'il est privé de libre arbitre, partant, irresponsable. « Qui est justifié, dit Calvin, et qui reçoit une fois le Saint-Esprit, est justifié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. » — 2. Du principe de l'inamissibilité de la grâce découle la doctrine de la ''prédestination absolue. ''Dans son conseil éternel, Dieu a prédestiné les uns au salut, les autres à la damnation. Le prédestiné à la gloire est désigné, élu de toute éternité. Il est justifié sans considération de ses mérites, sans égard aux œuvres qu'il peut accomplir, et tel est précisément l'endroit où la thèse calviniste est en contradiction totale avec la doctrine catholique&amp;lt;ref&amp;gt;La doctrine catholique admet aussi que certains hommes sont prédestinés à la gloire du ciel tandis que d'autres ne le sont pas. « Ceux sur qui son regard s est arrêté d'avance, dit saint Paul, il les a prédestinés à être conformes à l'image de son Fils pour que celui-ci soit un premier-né parmi beaucoup de frères. Or, ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés, et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés. Or, ceux qu 'il a justi­fiés, il les a aussi glorifiés. » (Rom, viii, 29-30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le décret de la prédestination à la gloire est-il absolu et antérieur à la prévision des mérites, comme le soutiennent les thomistes, ou est-il conditionnel, comme le pensent les molinistes? Le dogme catholique ne tranche pas la question, mais ce qu'il affirme, —et ce en quoi il diffère du calvinisme, — c'est que l'homme possède le libre arbitre, et que le prédestiné fait son salut, non pas seulement parce que Dieu le veut et lui donné sa grâce, mais parce qu'il le veut lui-même, qu'il travaille avec Dieu à son salut, parce qu'il correspond à la grâce et qu'à la roi il ajoute les bonnes œuvres.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — b) Sur ''la valeur des sacrements, ''que Calvin réduit à deux : le baptême et l'eucharistie, sur ''le culte, ''sur ''la règle de foi, ''la doctrine calviniste est presque identique à la doctrine luthérienne. — c) Quelques divergences sur la ''constitution de l'Église visible. ''Celle-ci, qu'il ne faut pas confondre avec ''l'Église invisible, ''c'est-à-dire l'ensemble des prédestinés, est une démocratie où les prêtres, tous égaux, sont délégués par le peuple. Mais, — et c'est là un point important où le calvinisme s'éloigne du luthéranisme, — l'autorité ecclésiastique est indépendante de l'État : elle réside dans un ''consistoire, ''composé de six ecclésiastiques et de douze laïques&amp;lt;ref&amp;gt;Il convient de remarquer que, depuis Calvin, le consistoire ne comprend plus que des ecclésiastiques et dépend de l'autorité civils.&amp;lt;/ref&amp;gt;, lesquels représentent les anciens et les diacres de la primitive Église. Ce système s'appelle le ''presbytérianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
360. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— Le ''calvinisme ''se propagea on Suisse, en France, en Allemagne même, dans les Pays-Bas et en Écosse, où il donna naissance à la secte des ''puritains, ''qui mit un moment en péril l'anglicanisme. Il subsiste encore aujourd'hui dans ces mêmes pays et a même gagné les États-Unis, où cependant il ne compte qu'un nombre restreint de fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''361. — 3° L'Anglicanisme.''' — A. ''ORIGINE. — ''La Réforme protestante éclata en Angleterre, peu de temps après l'introduction du luthéranisme en Allemagne. Les historiens lui voient déjà un précurseur; au XIVe siècle, dans la personne de l'hérésiarque Wiclef, dont la tentative -avait échoué, mais dont les idées avaient laissé dans les esprits un ferment d'indépendance, favorable au schisme du xvie siècle. Celui-ci eut pour auteur le roi Henri VIII. Après avoir été un défenseur de l'Église catholique, il s'en détacha pour se venger de ce qu'il n'avait pu obtenir du pape Clément VII une sentence annulant son mariage avec Catherine d'Aragon. En 1534, il fit signer par l'assemblée du clergé et les deux Universités une formule qui déclarait que « l'Évêque de Rome n'avait pas en Angleterre plus d'autorité et de juridiction que tout autre Évêque étranger », et il fit admettre cette proposition que « le roi est, après le Christ, le seul chef de l'Église». Séparée ainsi du centre de l'unité, l'Église d'Angleterre conservait la même doctrine que par le passé. ''Schismatique ''d'abord, elle ne devint ''hérétique que ''sous Edouard VI, le successeur de Henri VIII. A l'instigation de Cranmer, l'on rédigea une ''profession de foi ''en 42 articles, extraits presque entièrement des Confessions des réformés d'Allemagne (1553). Ces 42 articles furent remaniés sous le règne d'Elisabeth et réduits à 39 en .1563.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
362. — B. ''DOCTRINE. ''— Les 39 ''articles de la confession de foi ''approuvée par le Synode de Londres, et le ''Livre de la prière publique ''(common Prayer-book) contiennent tout l'anglicanisme. Nous nous contenterons d'indiquer les-points principaux de la doctrine enseignée dans les 39 articles. 1. Les cinq premiers articles exposent les dogmes catholiques de la sainte Trinité, de l’Incarnation et de la résurrection. 2. Le sixième admet comme unique règle l’Ecriture sainte. — 3. Les articles 9-18 exposent la doctrine de la justification par la foi seule, reproduite assez fidèlement de la doctrine de Luther. Contrairement au Calvinisme, il est enseigné qu'après la justification on peut pécher et se relever. — 4. Les articles 19-22 traitent de l'Église. L'Église visible est la société des fidèles où l'on prêche la pure parole de Dieu et l'on administre ''correctement ''les sacrements. Quoiqu'elle ait le pouvoir de décréter des rites et des cérémonies, de décider dans les controverses en matière de foi, elle ne peut rien établir contre l'Écriture. Aucune Église n'est infaillible : pas plus que les autres, celle de Rome, dont la doctrine (art. 22) sur le purgatoire, les indulgences, le culte des images et des reliques, l'invocation des saints, doit être rejetée. — 5. Les neuf articles suivants (23-31) exposent la doctrine anglicane sur le culte et les sacrements. On ne peut exercer le ministère dans l'Église sans avoir été choisi par l'autorité compétente. La langue vulgaire doit être employée dans la prière publique et l'administration des sacrements. Deux sacrements : le baptême et la Cène, ont été institués par Jésus-Christ et sont des signes efficaces de la grâce ; les cinq autres ne sont pas de vrais sacrements. Le baptême est un signe de régénération qui introduit dans l'Église, confirme la foi et augmente la grâce. Le baptême der enfants doit être conservé. La cène du Seigneur, dit l'article XXVIII, n'est pas seulement un signe de l'amour mutuel des chrétiens entre eux, mai elles est plutôt un sacrement de notre rédemption par la mort du Christ. De sorte que, pour ceux qui y prennent part, correctement, dignement et avec foi, le pain que nous rompons est une communion au corps du Christ ; de même la coupe de bénédiction est une communion au sang du Christ. La transsubstantiation ne peut être prouvée par les Saintes Lettres ; au contraire, elle répugne aux termes de l'Écriture, détruit la nature du sacrement, et a été la cause de beaucoup de superstitions. Le corps du Christ est donné, reçu et mangé dans la cène, seulement dune manière céleste et spirituelle. Le moyen, par lequel le corps du Christ est reçu et mangé, est la foi. Le sacrement de l'eucharistie n'a pas été institué par le Christ pour être conservé, transporté, élevé et adoré.» La communion sous les deux espèces est nécessaire. Le sacrifice de la croix a accompli la rédemption une fois pour toutes ; par conséquent « les sacrifices des messes» sont des fables blasphématoires et des impostures pernicieuses. — 6. Les articles suivants (32-34) déclarent que le mariage des évêques, des prêtres et des diacres est permis ; que les excommuniés doivent être évités. — 7. Le 38e article condamne les doctrines communistes de certains anabaptistes&amp;lt;ref&amp;gt;L'anabaptisme est une secte qui fut fondée en 1521 par Thomas Munzer. Les anabaptistes sont ainsi nommés, parce qu'ils soutiennent qu'on ne doit pas baptiser les enfants ou, en tout cas, les rebaptiser lorsqu'ils ont l'âge de raison.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et le dernier dit que le serment est permis pour de justes causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
363. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— La profession de foi en 39 articles a été spécialement rédigée pour faire l'union dans l'Église anglicane. Mais bien que tous les candidats aux ordres aient toujours été obligés et le soient encore de la signer avant de recevoir le diaconat, l'union n'a jamais pu être réalisée, pas plus dans le passé que dans le présent. Du temps d'Elisabeth, la nation était déjà divisée en ''conformistes ''qui suivaient littéralement les rites du Prayer-book, et en ''non-conformistes ''ou ''dissidents ''qui refusaient d'admettre les ornements et cérémonies qui sont en usage dans l'Église catholique et que le Prayer-book prescrivait : imbus des doctrines calvinistes, ils y voyaient une affirmation de la présence réelle et du sacrifice de la messe et ne voulaient pas participer à ce qui leur semblait une idolâtrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nos jours, l'Église anglicane se divise encore en trois partis: la ''Haute ''Église, la ''Basse ''Église et l'Église ''Large. ''— ''a) ''La ''Haute ''Église ''(High Church) ''se considère comme un des trois rameaux de l'Église catholique dont les deux autres seraient l'Église romaine et l'Église grecque. Le parti le plus avancé de la Haute Église s'appelle soit ''puseyisme ''parce que Pusey un des plus actifs propagandistes du mouvement d'Oxford&amp;lt;ref&amp;gt;Le mouvement d'Oxford, qui débuta en 1833 par un sermon de Keble, ne se fit pas sans de violentes protestations de l'Église officielle. En 1843, en effet, Pusey fut sus­pendu de ses fonctions. C'est alors que plusieurs de ses amis, dont Newman et Ward, se firent catholiques. Plus tard, en 1858, la conférence épiscopale de Lambeth interdit la pratique de la confession privée. En 1899, dans une autre conférence dite seconde de Lambelh, les archevêques de Cantorbéry et de York interdirent toute cérémonie non prescrite dans le Prayer-book. Le ritualisme survécut a cette condamnation, mais forcé­ment ses progrès furent ralentis&amp;lt;/ref&amp;gt;, soit ''ritualisme ''parce que le mouvement, en s'accentuant vers 1850, tendit à rétablir les principaux rites de l’Église romaine, entre autres, la messe et ses cérémonies, le culte des saints et même la confession auriculaire. Bref, les ritualistes acceptent presque tous les dogmes catholiques, sauf l'infaillibilité du pape et l'Immaculée Conception. — b) La ''Basse ''Église ''(Low Church), ''qui se nomme aussi ''évangélique, ''a des tendances calvinistes. Elle considère d'ailleurs la constitution de l'Église anglicane comme d'origine humaine et ne lui attribue qu'une valeur toute relative. — c) L'Église ''Large (Broad Church) ''ne requiert comme dogme essentiel que la foi au Christ. Ses partisans portent aussi les noms de ''latitudinaires ''et d'universalistes : — 1. ''latitudinaires ''parce qu'ils professent une morale large, et même relâchée, qui est en opposition avec le fanatisme des puritains ; — 2. ''universalistes ''parce qu'ils nient l'éternité des peines et pensent que tous les hommes seront un jour sauvés. A l'Église Large se rattachent les ''Sociniens ''et les ''Unitaires ''qui rejettent le dogme de la Trinité et considèrent la raison comme le seul guide dans l'interprétation des Écritures&amp;lt;ref&amp;gt;En dehors de ces Églises, nous, pourrions encore mentionner plusieurs sectes indé­pendantes : — a) les Congrégationalistes qui rejettent l'autorité  des Evêques et des Synodes, et prétendent que chaque Église locale est autonome et ne relève que d'elle-même. Cette secte peu nombreuse existe surtout aux États-Unis ; — b) les Baptistes qui veulent que le Baptême des enfants soit invalide et que les adultes ne puissent recevoir le baptême que par immersion : secte qui existe en Angleterre et aux États-Unis; — c) les Méthodistes ou Wesleyene (du nom de leur chef Wesley) qui adhèrent aux ensei­gnements de l'Église anglicane, sauf à la doctrine de la justification, et qui ont fondé leurs associations pour provoquer un réveil de la fol, et convertir les cœurs par de touchantes prédications. Cette secte compte environ 20 millions de fidèles répandus un peu partout en Angleterre et dans ses colonies, ainsi qu'aux États-Unis ; — d) l'Armée du Salut qui possède une organisation toute militaire et qui, plus encore que les Métho­distes, essaie de toucher l'âme et d'exciter l'enthousiasme par des prédications senti­mentales et affectives.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
364. — ''Remarque. ''— Quelle que soit la diversité des sectes et des doctrines, dont nous avons constaté l'existence au sein de l'Église réformée, l'on peut classer les protestants en deux groupes : les protestants ''conservateurs ''et les protestants ''libéraux. ''— ''a) ''Les protestants ''conservateurs ''ou ''orthodoxes ''sont ceux qui se rapprochent le plus de l'orthodoxie catholique : ils gardent la plupart des dogmes révélés, mais ils rejettent la constitution de l'Église telle que nous l'avons décrite dans le chapitre précédent. — b) Les protestants ''libéraux ''ne diffèrent guère des rationalistes. Disciples de Kant, qui proclame l'autonomie de la raison, ils répudient tout élément surnaturel et tout dogme révélé. Cependant, certains, à la suite de Schleiermacher (mort en 1834) et de Ritschl (mort en 1889), se sont efforcés de combler les lacunes de la raison par une sorte de sens religieux et de disposition morale qui nous permettent d'atteindre l'Infini et de reconnaître ce qui est inspiré dans l'Écriture Sainte. Nous avons eu du reste l'occasion de parler de leurs conceptions, lorsque nous avons étudié les caractères essentiels de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le protestantisme n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
365. — L'étude qui précède, quoique succincte, nous permettra de faire rapidement au protestantisme l'application des notes de la véritable Église, et de montrer qu'il ne les possède pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le protestantisme n'a pas la sainteté'''. — ''a) ''Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses principes. ''Les doctrines fondamentales du luthéranisme et du calvinisme : la ''justification par la foi, l'inutilité des bonnes œuvres, ''la ''négation du libre arbitre, ''la ''prédestination absolue, ''sont le renversement des principes de la morale. Si en effet la foi soûle suffit à justifier, si les bonnes œuvres ne sont pas requises et d'ailleurs ne peuvent l'être, vu que l'homme est privé de libre arbitre, si les prédestinés peuvent commettre tous les crimes, pourvu qu'ils aient la foi, si la justification est inamissible, il n'y a plus de distinction à faire entre la vertu et le vice. L'homme est irresponsable, c'est Dieu qui « fait on nous le mal et le bien, comme l'écrit Luther dans son livre : « ''Du serf arbitre ''», et de même qu'il nous sauve sans mérite de notre part, il nous damne aussi sans qu'il y ait de notre faute ». En conséquence de ces principes, Luther et Calvin ont rejeté, comme inutiles et contraires à la nature, la pénitence, l'abnégation, les conseils évangéliques, supprimant ainsi les plus puissants moyens de sanctification et tarissant la source des vertus supérieures et héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses membres.''— 1. Remarquons d'abord que le protestantisme ne saurait invoquer la ''sainteté de ses fondateurs. ''Ni Luther, ni Calvin, ni Henri VIII ne furent certes des modèles de vertu ; oserait-on même dire qu'ils aient pratiqué les vertus communes? A vrai dire, un protestant aurait mauvaise grâce à reprocher à Luther son orgueil et sa sensualité, à Calvin son esprit vindicatif et cruel, à Henri VIII ses adultères et ses débauches. N'agissaient-ils pas conformément à leur doctrine ? « Pèche fortement, mais crois plus fortement.» Du moment qu'un homme est sincère dans ses idées et qu'il met sa conduite en rapport avec ses idées, de quoi peut-on l'accuser? De rien apparemment, sauf toutefois d'avoir des principes mauvais et destructeurs de la morale. — 2. Le protestantisme qui n'est pas saint dans ses fondateurs, l'est-il dans ses ''autres membres? ''C'est assurément une chose bien délicate que de faire le parallèle entre la somme de vertus qui se trouvent dans deux sociétés, sinon rivales, du moins divergentes. Nous concéderons donc volontiers qu'il y a chez les protestants un niveau moral assez élevé, qu'on trouve chez eux des vertus supérieures, parfois des vertus héroïques. L'on voit même, de nos jours, certaines sectes protestantes qui prêchent la pratique des œuvres surérogatoires et reprennent la vie reli­gieuse&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi l'on signale en Allemagne des congrégations de diaconesses, et en Angleterre, quelques monastères constitués du reste sur le modèle du catholicisme romain.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais si les choses sont ainsi, — et l'on nous rendra cette justice que nous n'hésitons pas à le reconnaître, — c'est par un manque de logique ; c'est précisément parce que les protestants n'appliquent pas les principes de leurs fondateurs. Et cela nous suffit pour condamner le système et l'Église qui le professe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''366. — 2° Le protestantisme n'a pas l'unité.''' — Nous avons défini l'unité : « la subordination de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant » (N° 349). Comment le protestantisme pourrait-il avoir cette note? Il n'est qu'un assemblage de sectes disparates, que l'on pour cependant, sous un certain point de vue, classer en deux groupes : les Églises non épiscopaliennes et les Églises épiscopaliennes. — a) Pour ce qui concerne les ''Églises non épiscopaliennes, ''elles sont nécessairement dépourvues de cette subordination de tous les fidèles à une même hiérarchie, car la hiérarchie n'existe pas : ministres et fidèles sont sur le pied d'égalité. Il n'y a plus dès lors possibilité d'assurer l'unité soit dans le culte et la discipline, soit, à plus forte raison, dans la foi. —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant aux ''Églises épiscopaliennes, ''qui reconnaissent une autorité constituée, elles peuvent dans la pratique obtenir une unité apparente, mais cette unité ne saurait être que superficielle, parce que contraire à la théorie du libre examen, qui est toujours restée l'un des principes essentiels de la doctrine protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n'avons pas besoin d'ajouter, que, s'il n'y a pas d'unité de gouvernement, encore moins peut-il y avoir ''unité de foi. ''Les chefs ne s'accordent même pas entre eux. Calvin reprend sans doute la doctrine de Luther, mais il en modifie des points essentiels (N° 359). Les anglicans s'approprient les doctrines de Luther et de Calvin, mais ils conservent l'épiscopat que les deux chefs de l'hérésie protestante avaient rejeté. Et malgré cette conservation de l’épiscopat, et avec lui, d'une hiérarchie capable de produire l'unité, que de variations, de luttes et de divergences au sein de l'anglicanisme ! Alors que la Haute Église se rapproche du catholicisme, au point de donner parfois l'illusion qu'elle se confond avec lui sur le terrain de la doctrine et du culte&amp;lt;ref&amp;gt;Beaucoup de ritualistes qui comprennent qu'un centre est nécessaire pour assurer l'unité, n'hésitent pas à se tourner vers Rome comme le centre indiqué, témoin ces paroles de lord Halifax, président d'une association ritualiste1: « Autrefois, dit-il dans un discours prononcé à Bristol le 14 février 1895,il n'y avait qu'une seule Eglise, et de cette Église et de cette unité Rome était le symbole et le centre... La beauté du spec­tacle que présenterait l'Eglise d'Occident réunie une fois de plus, la disparition du schisme et la paix régnant de nouveau entre tous ses membres, doivent faire désirer à tous le jour où l'Église d'Angleterre, notre propre Église, que nous aimons tous, sera unie de nouveau par les liens d'une communion visible avec le Saint-Siège et toutes les Églises de l'Occident. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'Église Large va à l'extrême opposé et tombe dans le rationalisme et l'incrédulité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''367. — 3° Le protestantisme n'a pas la catholicité.''' — La catholicité implique l'unité, avons-nous dit (N° 352). Là où l'unité n'est pas, la catholicité ne saurait être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Les ''églises non épiscopaliennes ''comportent autant de sectes que l'on veut, puisqu'il n'y a aucun lien pour les rattacher. — ''b) ''Les ''églises épiscopaliennes ''ont un domaine moins restreint, mais, du fait même qu'elles reconnaissent le chef de l'État comme autorité suprême, elles ne peuvent dépasser les limites d'un pays. C'est ainsi que nous avons les églises luthériennes de Suède, de Norvège, de Danemark, et l'Église anglicane, circonscrite aux régions de domination ou d'influence britannique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que le protestantisme n'a : — 1. ni la ''catholicité de fait, ''qui comprend la totalité des hommes; — 2. ni la ''catholicité de droit. ''Non seulement aucune des fractions du protestantisme, mais même l'ensemble des sectes réunies ne compte un nombre d'adhérents égal à celui des fidèles de l'Église romaine. Et si l'hypothèse contraire était vraie, le protestantisme ne pourrait pas encore revendiquer la catholicité relative, attendu qu'il n'y a pas ''diffusion de la même société visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''368. — 4° Le protestantisme n'a pas l'apostolicité.''' — ''a) En droit, ''et à ne considérer que les principes du protestantisme, la question de l'apostolicité ne se pose pas, car les théologiens protestants sont unanimes à déclarer que l’Eglise est invisible que Jésus-Christ n’a constitué aucune hiérarchie perpétuelle et que l’autorité qui peut exister dans l’Eglise visible est d'origine humaine. — b) ''En fait, ''les églises ''non épiscopaliennes, ''n'ayant pas d'évêques, ne peuvent songer à établir une succession apostolique et à montrer que leurs pasteurs sont d'origine apostolique. Mais le cas n'est plus le même pour les églises ''épiscopaliennes. ''Celles-ci possèdent une suite ininterrompue d'évêques ; le problème qui se pose est donc de savoir ''si la succession est légitime. ''Pour qu'une succession soit légitime, il faut que le titulaire qui prend la place d'un autre titulaire, accède au pouvoir au nom du même ''principe. ''Or les évoques de la Réforme ne sont pas arrivés au pouvoir au nom du même principe que les évêques antérieurs. Ceux-ci appuyaient leur autorité sur le titre qu'ils revendiquaient de successeurs des apôtres et en vertu des pouvoirs conférés par Jésus-Christ à son Église ; ceux-là n'exercent l'épiscopat qu'à titre de délégués du Roi et du Parlement. Il y a donc solution de continuité entre la hiérarchie antérieure et la hiérarchie postérieure à la Réforme. La succession apostolique a été close pour l'Église protestante au xvie siècle ; sans doute il y a eu succession, mais succession irrégulière. ''Il n'y a pas eu succession apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Application des notes à l'Église grecque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article, comme le précédent, en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur l'Église grecque. Dans le second, nous montrerons ''qu'elle n'a pas les notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur l'Église grecque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
369. — 1. Définition. — Sous le nom ''d'Église grecque ''nous comprenons toutes les Églises qui, à la suite du schisme commencé par Photius au ixe siècle et consommé par Michel Cérulaire au xie, se sont séparées définitivement de Rome. Ces Églises, que les catholiques désignent sous le nom « ''d'Église grecque schismatique », ''et qui s'intitulent elles-mêmes « ''Église orthodoxe», ''portent encore les noms d'Église ''orientale, ''Église ''gréco-russe ''ou ''gréco-slave, ''Églises ''autocéphales ''ou indépendantes. Nées du schisme de Photius, elles seraient dénommées plus justement ''Églises photiennes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''370. — II. Le schisme grec'''. — A. ''SES CAUSES. ''— L'on attribue généralement ''l’origine ''du schisme grec à des causes multiples. Parmi les principales, les unes sont d'ordre général, les autres d'ordre particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Cause générale. — Les historiens voient dans ''l'antagonisme de race ''entre les Orientaux et les Occidentaux une des causes les plus importantes qui ont préparé le schisme grec. La sujétion à un même pouvoir civil et à une même autorité religieuse, en donnant à ces deux peuples de fréquentes occasions de contact, n'avait fait qu'aviver leur antipathie réciproque, au lieu de l'atténuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Causes particulières. Parmi les causes particulières nous ne signalerons ici que les doux principales, à savoir : l'ingérence du pouvoir civil dans les affaires religieuses et l'ambition des Évêques de Constantinople.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Ingérence du pouvoir civil. ''— Quelque étrange que la chose puisse paraître, il faut aller chercher le ''germe ''du schisme grec dans la conversion même de Constantin. C'est qu'en effet le passage d'une religion à une autre, surtout quand il est déterminé par le sentiment et, a fortiori, par l'intérêt politique, n'entraîne pas avec soi l'évolution des idées ; et c'est ainsi que les empereurs païens, tout en adhérant à la nouvelle doctrine, gardaient au fond d'eux-mêmes, et presque inconsciemment, les préjugés, les habitudes et les mœurs de leur passé. Or c'était précisément une idée païenne que les pouvoirs, civil et spirituel, devaient résider dans la même main ou, tout au moins, que le pouvoir spirituel était entièrement subordonné au pouvoir civil. Partant de ce principe, les empereurs se firent à la fois les protecteurs et les maîtres du christianisme. N'osant pas aller jusqu'à vouloir jouer le rôle de pape, Constantin prit le titre d' « ''évêque du dehors ''», s'attribua des fonctions qui auraient dû être réservées à l'autorité religieuse, comme celles de convoquer, de présider et de confirmer les conciles, de poursuivre les hérétiques et de surveiller les élections épiscopales. L'on comprend dès lors l'influence que purent avoir les empereurs soit pour l'union, soit pour le schisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ambition des Évêques de Constantinople. ''— Lorsque l'empereur Constantin, après sa victoire sur Licinius (323), transporta son siège de Rome à Byzance qui, depuis lors, s'appela Constantinople, l'ambition des évêques de la nouvelle résidence impériale ne connut plus de bornes. Déjà, en 381, le canon 3 du ''concile de Constantinople ''décrétait que « l'évêque de Constantinople devait avoir la prééminence d'honneur après l'Évêque de Rome, parce que Constantinople était la nouvelle Rome». Plus tard (451), le 28e canon du ''concile de Chalcédoine ''affirmait à nouveau le même principe en proclamant que « c'est avec raison que les Pères avaient accordé la prééminence au siège de l'ancienne Rome, parce que cette ville était la ville impériale ». Les Papes ne manquèrent pas de protester, non pas absolument contre la prétention des Évêques de Constantinople à une certaine prééminence, mais contre le principe invoqué, car, comme le faisait remarquer le pape saint Léon, ce n'est pas l'importance d'une ville qui fait le rang élevé d'une Église, mais seulement son origine apostolique, c'est-à-dire sa fondation par les Apôtres. Du reste, si le principe avait été strictement appliqué, Rome ne pouvait plus prétendre au premier rang, du jour où, par suite de l'invasion des barbares, elle avait perdu son sénat et ses empereurs. Mais en dépit de la résistance des Papes, le 28e canon du concile de Chalcédoine fut sanctionné par l'autorité civile, et même, par le concile ''in Trullo ''en 692&amp;lt;ref&amp;gt;Le concile in Trullo est ainsi appelé parce qu'il se tint dans une salle du palais des empereurs à Constantinople, désignée sous le nom de Trullus ou Trullum (mot qui signifie dôme). Ce concile s'appelle aussi quinisexte parce qu'il eut pour but de compléter, sur les questions de discipline, les V et VIe conciles œcuméniques (quinisexte venant de deux mots latins quini, cinq et sextus, sixième)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Conformément an principe posé, les Évêques de Constantinople prirent d'abord le titre de ''patriarche, ''puis s'arrogèrent ''le pouvoir sur tous les Évêques d'Orient; ''à la fin du VIe siècle, Jean IV le Jeûneur prit même le titre de patriarche ''œcuménique. ''Constamment soutenus par les empereurs, les patriarches se conduisirent en vrais papes de l'Orient et bientôt se posèrent en rivaux de l'Évêque de Rome. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
371. B. ''SES AUTEURS. ''— Préparé, par plusieurs siècles de discordes, le schisme eut pour auteurs deux patriarches célèbres : Photius et Michel Cérulaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Photius. — Appelé à remplacer le patriarche Ignace que le régent Bardas avait relégué dans l'île de Térébinthe, Photius, laïque encore, mais rapidement investi du pouvoir d'ordre et sacré par un évêque interdit, Grégoire Asbesta, prenait possession d'un siège qui n'était pas vacant et dont le prédécesseur n'entendait pas se laisser déposséder par la force. Bien que sa promotion fût, de ce fait, frappée de nullité, Photius s'efforça de la faire confirmer par le pape. N'ayant pu obtenir ce qu'il demandait, avec une souplesse extrême, il tourna la difficulté. Au lieu de heurter de front l'autorité pontificale et d'attaquer en face la primauté romaine, alors trop bien établie pour être sérieusement contestée, il mit la question sur un autre terrain, et il prétendit que les Papes étaient hérétiques parce qu'ils avaient admis l'addition du mot ''Filioque ''au symbole de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Michel Cérulaire. — La controverse sur le mot ''Filioque ''laissait les esprits trop indifférents pour causer une cassure complète et définitive entre les Orientaux et les Occidentaux. Aussi, après la mort de Photius, la réconciliation fut-elle relativement facile, et l'entente put durer tant bien que mal jusqu'en 1054, époque où Michel Cérulaire consomma le schisme. Homme d'une ambition démesurée et d'une énergie peu commune, il aspira, dès le jour où il monta sur le trône patriarcal (1048), à concentrer dans ses mains tous les pouvoirs, ou mieux, à subordonner à son autorité suprême et le pape et le basileus lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laissant de côté la question doctrinale du ''Filioque ''qui intéressait peu, il porta la discussion sur un terrain plus capable de passionner la masse des fidèles et de la soulever contre le Pape et l'Église latine. Il feignit donc d'ignorer la primauté de l'Évêque de Borne, et il accusa les Latins de judaïser en alléguant qu'ils employaient le pain azyme comme matière de l'Eucharistie et qu'ils jeûnaient le jour du sabbat. Puis, conformant ses actes à ses paroles, il somma les clercs et les moines latins de suivre les coutumes grecques et, sur leur refus, il les anathématisa et fit fermer leurs églises. Alors intervint le pape Léon IX. Avec une très grande habileté, il replaça la question sur son véritable terrain, celui de la primauté de l'Évêque de Rome. Pour arriver à un accord, il envoya des légats avec mission de traiter avec Michel Cérulaire, L'entente n'ayant pu se faire, les légats, avant de partir, déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie une bulle d'excommunication qui atteignait le patriarche et ses adhérents (1054). Malheureusement l'excommunication ne fit que hâter le triomphe de Michel Cérulaire. Celui-ci réunit en effet un Synode de douze métropolitains et de deux archevêques qui, à leur tour, excommunièrent les Occidentaux sous prétexte que ces derniers avaient ajouté le ''Filioque ''au Symbole, qu'ils enseignaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils et qu'ils se servaient de pain azyme pour la célébration de l'Eucharistie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''372. — III'''. '''Doctrine. '''— Nous allons indiquer les points essentiels qui différencient l'Église grecque de l'Église romaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU POINT DE VUE DU DOGME, ''tous les théologiens de l'Église grecque reconnaissent comme règle de foi les définitions des sept premiers conciles œcuméniques, dont le dernier eut lieu à Nicée en 787.— a) L'Église grecque s'accorde donc avec l'Église romaine sur les mystères de la ''Trinité, ''de ''l'Incarnation, ''de la ''Rédemption, ''sur les sept ''Sacrements ''sauf certains détails que nous signalerons plus loin, sur le ''culte ''de la ''sainte Vierge, ''des ''saints ''et des ''images. ''A propos cependant du mystère de la Trinité, elle enseigne que le Saint-Esprit ne procède que du Père et reproche aux Latins d'avoir ajouté le ''Filioque ''au symbole de Nicée, — b) Elle n'admet pas le dogme de l'''Immaculée Conception ; ''elle professe en effet que la sainte Vierge est née avec le péché originel et qu'elle n'en a été délivrée que le jour de l'Annonciation. — c'') ''Elle rejette le dogme du ''Purgatoire. ''Ceux qui ont encore des peines à expier passent par l'enfer d'où ils sont tirés par la miséricorde divine, et grâce au sacrifice de la messe, aux prières et aux bonnes œuvres des vivants. — ''d) ''Tout en reconnaissant l'existence des sept Sacrements, les schismatiques grecs ont, sur un bon nombre de points, une doctrine opposée à celle des catholiques. C'est ainsi qu'ils enseignent la ''nécessité de la rebaptisation ''lorsque le baptême a été conféré par les hétérodoxes. De même, ils renouvellent la Confirmation aux fidèles qui ont apostasie, mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur les cas auxquels s'étend l'apostasie. Pour l'Eglise ''russe, ''sont apostats ceux qui ont passé du Christianisme soit au judaïsme, soit au mahométisme, soit au paganisme ; pour l'Église du ''Phanar&amp;lt;ref&amp;gt;L'Église du Phanar, ou phanariote (Phanar, nom d'un quartier de Constantinople) désigne le patriarcat grec.&amp;lt;/ref&amp;gt;, sont encore apostats ceux qui ont embrassé le catholicisme. A propos du ''sacrement de Pénitence, ''les Grecs prétendent que l'absolution remet, non seulement la peine éternelle, mais même la peine temporelle, de sorte que les pénitences imposées par le confesseur n'ont qu'un caractère médicinal et que les indulgences n'ont plus leur raison d'être et sont même nuisibles, étant causes de relâchement dans la vie chrétienne. ''L'Extrême-Onction, ''d'après l'Église grecque proprement dite, doit être conférée, même aux personnes bien portantes, pour les préparer à la communion ; d'après l'Église russe, elle ne doit être administrée qu'à ceux qui sont atteints d'une maladie sérieuse, ''l'Ordre, ''n'imprime point de caractère ineffaçable ; aussi la déposition prive-t-elle de tout caractère sacerdotal, et les clercs déposés ne peuvent plus exercer ''validement ''aucune des fonctions ecclésiastiques. D'après les théologiens orthodoxes, le consentement mutuel des époux est la matière du sacrement de ''Mariage, ''tandis que la bénédiction du prêtre en est la forme ; le prêtre est donc ministre de ce sacrement. Le droit canonique oriental admet aussi de nombreux cas de rupture du lien matrimonial. — ''e) ''Sur ''la question de l'Église. ''Les théologiens grecs considèrent la véritable Église comme une agglomération d'Églises nationales autonomes reconnaissant Jésus-Christ comme seul chef. Les Évêques, comme les Apôtres du reste, sont égaux ''en droit. ''Mais, en fait, et d'institution ecclésiastique, les Évêques sont soumis aux métropolitains et ceux-ci aux patriarches. Il ne faut donc pas parler de primauté : saint Pierre ne reçut de Notre-Seigneur qu'une simple ''préséance d'honneur, ''laquelle a été transmise d'abord à l'Évêque de Rome, puis à l'Évêque de Constantinople. L'Église enseignante est ''infaillible, ''mais le ''sujet ''de l'infaillibilité c'est seulement le ''corps épiscopal ''pris dans son ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU POINT DE VUE DE LA DISCIPLINE ET DE LA LITURGIE, ''il y a, entre les deux Églises, grecque et romaine, de nombreuses divergences. Voici les principales : — ''a) ''Nous avons déjà dit que l'Église grecque admet le ''mariage des prêtres ; ''cependant les Évêques sont toujours choisis parmi les prêtres célibataires. — b) Les Grecs observent des jeûnes rigoureux pendant le carême et avant les principales fêtes. — ''c) ''L'Église grecque confère le baptême par ''immersion ''et n'admet pas la validité du baptême par infusion ; elle ''rejette l'usage du pain azyme ''dans la consécration de l'Eucharistie et la communion des laïques sous une seule espèce ; elle communie les enfants qui n'ont pas encore l'âge de raison. Les schismatiques condamnent la célébration des messes basses et ils enseignent que le changement du pain au corps et du vin au sang de Notre-Seigneur se produit au moment de ''l’épiclèse ''ou invocation au Saint-Esprit qui est placée après les paroles de l'institution. Ils suivent en outre en grande partie les rites et cérémonies de l'antique liturgie orientale établie au ive et au ve siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''373. — IV. État actuel.''' — Le schisme grec s'est propagé dans la Turquie d'Europe, la Grèce, les îles de l'Archipel, on Russie, dans une partie de la Pologne et de la Hongrie, et en Asie-Mineure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on considère la langue liturgique, l'Église grecque se divise en quatre groupes : — ''a) ''le ''groupe grec pur ''avec trois centres autonomes : le patriarcat de Constantinople, l'Église du royaume hellénique et l'archevêché de Chypre; — ''b)'' le ''groupe gréco-arabe ''avec les patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, l'archevêché de Sinaï ; — c) le ''groupe slave ''avec l'Église russe et ses 75 millions de fidèles, l'Église bulgare, l'Église serbe ayant à sa tête un synode d'évêques présidé par l'archevêque de Belgrade ; — ''d) ''le ''groupe roumain ''avec huit évêques dont deux, ceux de Bucarest et de Jassy, portent le titre de métropolite, et l'Église roumaine de Transylvanie. En tout environ 120 millions d'orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis la rupture provoquée par Michel Cérulaire, de nombreuses tentatives d'union furent faites pour ramener l'Église grecque dans le sein de l'Église catholique. Entre le xie et le xve siècle, il n'y en eut pas moins de vingt, qui ne furent couronnées d'ailleurs d'aucun succès. Malgré ces échecs, Grégoire XIII, au xvie siècle, tenta de nouveau l'entreprise : il fonda à Rome le collège grec de Saint-Athanase destiné à former un clergé grec catholique. Au xviie siècle, Grégoire XV créa la ''Sacrée Congrégation de la Propagande, ''pour s'occuper des Églises séparées. Au xixe siècle, Pie IX,en 1848 et en 1870, Léon XIII en 1894, firent à l'Église schismatique de chaleureux appels qui ne furent pas entendus. Au XXe siècle, la mission de la S. C. de la Propagande fut attribuée par Benoît XV à une nouvelle congrégation : ''la S. C. des Églises Orientales.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n'est plus avec Rome, mais avec l'Église protestante que, depuis le xvie siècle, les Grecs ont repris ces éternels essais d'union qui n'aboutissent jamais... Dans la première moitié du xviie siècle, le calvinisme faillit s'implanter dans la grande Église par les soins de Cyrille Lucar, et au début du xviiie siècle, la secte anglicane des ''Non-jureurs&amp;lt;ref&amp;gt;Lorsque Georges I, électeur de Hanovre, succédant à Anne Stuart, monta sur le trône d'Angleterre (1714), beaucoup de membres du clergé refusèrent de prêter serment à la nouvelle dynastie : d'où leur nom de Non-jureurs.&amp;lt;/ref&amp;gt; tenta vainement un rapprochement avec l'Église phanariote et l'Église russe. Depuis 1867, les relations amicales, avant-coureuses de l'union, ont repris entre Anglicans et ''Orthodoxes, ''auxquels sont venus se joindre, et non sans doute pour augmenter l'harmonie, les Vieux-Catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle Vieux-Catholiques les dissidents d'Allemagne et de Suisse qui rejetèrent les décisions du Concile du Vatican (1870) sur l'infaillibilité du pape et formèrent une Église particulière qui prétendit suivre la foi de l'ancienne Église. Leurs adhérents, au nombre de 30.000 environ au début, n'ont fait, depuis, que peu de recrues soit en Alle­magne, soit en Autriche.&amp;lt;/ref&amp;gt; de Dôllinger, Herzog et Michaud. »&amp;lt;ref&amp;gt;M. Jugie, art. grecque (Église) Dict. d'Alès. Les deux notes qui précèdent ne font pas partie du texte cité.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bouleversements actuels de la Russie, la crise très grave du bolchevisme qui ébranle la société jusque dans ses fondements, ne nous permettent guère de faire des pronostics sur l'avenir religieux de ces populeuses contrées. Peut-être la grande épreuve de l'heure présente est-elle la voie par laquelle la Providence se propose de ramener les brebis égarées au bercail de l'orthodoxie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
374. ''REMARQUES. ''— 1. Outre l'Église grecque dont il a été uniquement question jusqu'ici, les ''Églises séparées d'Orient ''comprennent : — 1) l'Église ''copte ''(Haute et Moyenne Egypte) dirigée par le patriarche d'Alexandrie et le métropolite d'Abyssinie ; — 2) l'Eglise ''arménienne ''gouvernée par des patriarches et des évêques ; — 3) l'Eglise ''chaldéenne ''(Mésopotamie); et — 4) l'Église ''jacobite ''(Syrie et Mésopotamie). Ces différentes Églises, de minime importance, puisque ensemble elles ne comptent que quelques millions de fidèles, suivent soit l'hérésie de Nestorius qui niait l'unité de personne en Jésus-Christ, soit celle d'Eutychès qui niait la dualité de natures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien que les efforts des Papes aient été infructueux sur la masse des Églises séparées, ils ont cependant réussi à faire rentrer dans l'unité catholique quelques groupes qu'on désigne sous le nom ''d'Uniates&amp;lt;ref&amp;gt;Le mouvement de conversion au catholicisme s'est accentué après la guerre de Mandchourie lorsque le tsar Nicolas II fit paraître un ukase de tolérance permettant aux Russes de « passer de la religion orthodoxe à une autre confession chrétienne ».&amp;lt;/ref&amp;gt;. On appelle donc ''uniates ''les communautés de grecs, de monophysites et de nestoriens qui ont reconnu et accepté la suprématie du Pape. Il y a, parmi eux, des ''grecs-unis, ''des ''chaldéens-unis, ''des ''coptes-unis, ''etc. Le Saint-Siège leur a permis de garder leurs liturgies nationales et leur discipline qui, entre autres règles, autorise le mariage des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église grecque n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
375. — Les apologistes catholiques sont loin d'être d'accord sur l'application des notes à l'Église grecque. — ''a) ''Les uns (P. Palmieri, P. Usban), estimant que l'Église grecque n'est pas dépourvue totalement des quatre notes, sont d'avis que la démonstration de la vraie Église se fait mieux par des arguments directs qui établissent l'institution divine de la primauté romaine (V. ''chap. précédent). ''— b) Les autres pensent, au contraire, que l'Église grecque n'a pas les quatre notes, et que la démonstration de la vraie Église peut toujours se faire par cette voie. C'est la manière de voir de ces derniers que nous allons exposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° L'Église grecque n'a pas la sainteté. — a) L'Église grecque possède sans doute la ''sainteté des principes ''puisqu'elle a gardé au moins les points essentiels de la doctrine et des institutions de la primitive Église. — b) Sainte dans ses principes, l'Église grecque l'est-elle aussi dans ses ''membres? ''Elle ne l'est certainement pas dans ses ''fondateurs : ''Photius et Michel Cérulaire sont assurément plus remarquables par leur ambition que par leur piété et leurs vertus. Quant à la sainteté des ''autres membres ''en général, l'on ne saurait dire qu'elle y brille d'un vif éclat. Malgré l'existence des ordres religieux, les œuvres d'apostolat et de charité y sont plutôt rares. Il est vrai que les Églises orientales ont canonisé un certain nombre de leurs fidèles ; mais leurs procès de canonisation n'impliquent pas une enquête rigoureuse sur l'héroïcité des vertus et ne requièrent aucun miracle proprement dit : l'enquête ne porte que sur quelques Bignes extérieurs tels que l'état de conservation du corps. Et alors même qu'il y aurait des miracles authentiques, il faudrait prouver qu'ils ont été faits, non pas uniquement pour récompenser les mérites et la vie sainte d'hommes vertueux, mais pour prouver la vérité de leur doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''376. — 2° L'Église grecque n'a pas''' '''l'unité. '''— ''L'unité, ''c'est-à-dire, comme nous l'avons dit plus haut (N° 349), la subordination de tous les fidèles à une autorité suprême et à un magistère enseignant, n'est pas chose possible dans l'Église grecque. Sans doute, les schismatiques professent que l'autorité infaillible appartient au concile œcuménique. Mais c'est là un organe qui demeure atrophié depuis le viiie siècle. Déjà, s'il fallait réunir tous les Évêques orientaux appartenant aux différents groupes que nous avons signalés, la chose serait irréalisable. Combien le serait-elle davantage si l'on voulait obtenir l'adhésion des Occidentaux : Église latine et confessions protestantes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''377. — 3°''' '''L'Église grecque n'a pas la catholicité. '''— Elle n'a : — ''a) ni la catholicité de fait, ''la chose est évidente ; — ''b) ni la catholicité de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque groupement de l'Église grecque forme une confession indépendante qui ne dépasse pas les limites d'un pays. Aucun lien n'existe entre les différentes Eglises autocéphales, et l'Église russe qui l'emporte de beaucoup sur les autres par le nombre des fidèles, est une Église nationale, administrée par le Saint-Synode, et qui, Mer encore, était entièrement soumise à l'autorité du czar. L'Église du royaume de Grèce est également détachée du patriarcat de Constantinople, de sorte que l'ambition des Évêques de Constantinople n'a abouti qu'à un émiettement de nombreuses Églises, non seulement séparées de Borne, mais n'ayant plus entre elles le moindre trait d'union. Et quand bien même toutes ces Églises en feraient une seule, elles ne posséderaient pas encore la catholicité relative et morale, puisqu'elles restent confinées en Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''378.''' — 4° '''L'Église grecque n'a pas l'apostolicité. '''— Apparemment l'Église grecque possède une succession continue dans son gouvernement. Dans l'Eglise russe, en particulier, les évêques exercent l'épiscopat à ''titre de successeurs des apôtres. ''Il s'agit donc de vérifier si leur titre est authentique, et si cette continuité matérielle dont nous constatons l'existence est en même temps une ''succession légitime. ''Il faut donc que la note d'apostolicité soit contrôlée par les autres notes, et spécialement, par celles d'unité et de catholicité. Or, comme nous venons de voir qu'elle, n'a pas celles-ci, nous pouvons conclure, par le fait, qu'elle n'a pas davantage celle-là, que son apostolicité, matériellement continue, n'est pas une succession légitime, et que, si elle a toujours le pouvoir d'ordre, elle a perdu désormais le pouvoir de juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Application des notes à l'Église romaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
379. — L’'''Église romaine, ''ainsi appelée parce qu'elle reconnaît pour chef suprême l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, possède les quatre notes de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''L'Église romaine possède la noté de sainteté. '''— ''a) ''Elle est ''sainte dans ses principes. ''Puisque nous faisons ''l'application comparative ''des notes de la vraie Église aux diverses confessions chrétiennes, il y aurait lieu de mettre ici en parallèle tous les points de doctrine sur lesquels le protestantisme et le schisme grec sont en divergence avec le catholicisme. Comme ce travail a été fait précédemment, nous n'avons pas à nous y arrêter. Nous rappellerons cependant que, à rencontre du protestantisme, l'Église romaine enseigne que la justification requiert, non seulement la foi, mais encore la pratique des bonnes œuvres. Par ailleurs, elle ne se borne pas à exiger de l'ensemble de ses fidèles, l'observation des commandements de Dieu et la pratique des vertus communes, elle porte plus haut son idéal, elle recommande les vertus supérieures et même les vertus héroïques. Dans tous les temps elle a favorisé l'institution de nombreux Ordres religieux, où les âmes d'élite tendent, par la contemplation, par les œuvres de charité et par la pratique des conseils évangéliques, au plus haut degré de l'amour de Dieu, à ce qu'on appelle la ''Perfection chré­tienne&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique, N° 306 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — b) Elle est ''sainte dans ses membres. ''Loin de nous la pensée de prétendre que tout est parfait dans l'Église catholique, que jamais il n'y a eu de défaillances dans son sein et que son histoire n'a que des pages immaculées. Nous avons déjà dit le contraire (N° 354). Il ne nous en coûte donc pas de reconnaître que la sainteté de la doctrine ne fait pas toujours la sainteté des individus. S'il y a eu des époques où le clergé, — prêtres, Évêques et même Papes, — aussi bien que les simples fidèles, n'ont pas eu des mœurs conformes à l'idéal du Christ, que pouvons-nous conclure de là, sinon que les instruments dont Dieu se sort, restent toujours des instruments humains, et que, si l'Église est indéfectible, malgré la faiblesse de ses instruments, c'est qu'elle est divine ? Cependant toute critique qui veut être impartiale, ne doit pas s'arrêter là. On ne juge équitablement une société que si on la considère ''dans son ensemble ''et dans ''tout le cours de son existence. ''Or tout homme de bonne foi est forcé d'admettre qu'il y a toujours eu dans l'Église, et même aux époques les plus tourmentées de son histoire, une riche floraison de saints. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir son Martyrologe. Là voisinent les noms les plus illustres et les plus divers : ceux de nombreux ascètes qui, renonçant à tous les biens terrestres, se sont consacrés à la vie contemplative ou aux œuvres de bienfaisance, à côté de laïques, — car les vertus héroïques ne sont pas le privilège exclusif d'un genre de vie, — qui ont mené dans le monde une vie sainte et austère, et tous pour mettre en pratique la doctrine enseignée par l'Église, et pour obéir à l'appel du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''380. — 2° L'Église romaine possède l'unité.''' — L'Église romaine est ''une ''— a) dans son ''gouvernement. ''Bien qu'il y ait de nombreuses Églises locales qui jouissent d'une certaine autonomie, l'unité de ces groupements est assurée par l'obéissance des fidèles aux Évêques et des Évêques au Pape ; — b) ''dans sa foi. ''De l'unité de gouvernement découle l'unité de foi. C'est en effet un des principes les mieux observés du catholicisme qu'il y a obligation stricte pour tous les fidèles de se soumettre à l'autorité infaillible qui les enseigne. Conformément à ce principe, l'Église romaine rejette de son sein ceux- qui se séparent de sa foi par l'hérésie ou s'affranchissent de sa discipline par le schisme. Tous ses sujets professent donc la même foi, admettent les mêmes sacrements et participent au même culte. Mais naturellement l'unité de foi et de culte se concilie avec les ''discussions théologiques ''sur les points de doctrine non définis&amp;lt;ref&amp;gt;C'est le cas d'appliquer ici la formule courante de l'Église : In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas, unité dans les croyances nécessaires (articles de foi), liberté dans les questions non définies, charité en tout.&amp;lt;/ref&amp;gt;, avec les ''divergences accidentelles des règles disciplinaires ''ou des ''rites liturgiques, ''divergences qui peuvent être commandées par les convenances spéciales des pays, des races et des temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''381. — 3° L'Église possède la catholicité.''' — Pas plus que les autres confessions, l'Église romaine n'est catholique ''de fait. ''Nous avons vu que cette catholicité n'est pas requise. Tout au moins possède-t-elle une ''catholicité de droit, ''puisqu'elle s'adresse à tous, qu'elle envoie ses missionnaires dans toutes les régions, puisqu'elle n'est l'Église ''d'aucune nationalité ''ni d'aucune race et qu'elle sait s'adapter aux peuples les plus divers. En dehors de cotte catholicité de droit, l'Église romaine possède ''l'universalité morale ''et ''relative, ''elle s'étend à la majeure partie du monde, et le nombre de ses fidèles est supérieur à celui des autres sociétés chrétiennes&amp;lt;ref&amp;gt;D'après les statistiques les plus récentes, le chiffre approximatif des trois grandes Eglises chrétiennes serait le suivant : — 1° Catholiques romains: 270 millions; — 2°Protestants : 170 millions ; — 3° Église grecque: 110 millions, plus 7 millions d'autres sectes, ce qui donne pour les Eglises séparées d'Orient près de 120 millions.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''382. — 4° L'Église romaine possède l'apostolicité.''' — ''a) ''L'Église romaine est ''apostolique ''dans son ''gouvernement. ''Elle possède une continuité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
successorale moralement ininterrompue : du Pape actuel elle peut remonter à saint Pierre. Il s'agit donc de savoir si la juridiction apostolique a été ''légitimement transmise. ''La chose apparaît évidente, puisque l'Église romaine possède les trois autres notes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''il est vrai, qu'il fut un temps où les Papes résidaient à Avignon, qu'il y eut des interrègnes, qu'il y eut surtout le ''grand schisme d'Occident. ''— ''La résidence momentanée des Papes à Avignon ''n'a nullement interrompu la succession apostolique : il est de toute évidence que la juridiction n'est pas attachée à l'endroit de la résidence, mais dépend uniquement de la légitimité de la succession et du titre. Les Papes pouvaient donc résider à Avignon comme ailleurs et rester les Évêques légitimes de Rome. On allègue d'autre parties ''interrègnes ''et le ''grand schisme d'Occident. ''Rappelons brièvement les faits. A la mort de GREGOIRE XI, septième Pape d'Avignon (1378),Urbain VI fut élu à Rome par seize cardinaux, dont onze français. Après l'élection, quinze des cardinaux déclarèrent l'élection nulle sous prétexte qu'elle avait eu lieu sous la pression du peuple romain qui avait réclamé un Pape italien, et ils élurent Robert de Genève qui prit le nom de Clément VII et s'établit à Avignon. La chrétienté se divisa alors en deux parties, l'une obéissant au Pape de Rome, et l'autre, au Pape d'Avignon. Ainsi commença ce qu'on appelle le ''grand schisme d'Occident ''qui devait durer trente-neuf ans (1378-1417). — Faut-il conclure de là que l'Église romaine ne possède plus la juridiction d'origine apostolique? Certainement non. Les trois règles suivantes nous donneront du reste la clé de cette difficulté : — 1. Si deux élections se font en même temps ou successivement, l’apostolicité appartient au Pape légitimement choisi. — 2. S'il y avait doute, comme c'était le cas pour le grand schisme d'Occident, l'apostolicité n'existerait pas moins, quand bien même la chose ne serait connue que tardivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Enfin si deux ou plusieurs élections se faisaient simultanément et d'une manière irrégulière, elles seraient toutes nulles ; le siège pontifical resterait vacant jusqu'à une élection légitime, laquelle continuerait la série apostolique des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''L'Église romaine est ''apostolique dans sa doctrine. ''Les protestants accusent les catholiques d'avoir introduit des dogmes nouveaux dans l'enseignement apostolique. Sans doute, le Credo actuel est plus développé que celui des Apôtres, mais il ne contient pas des différences essentielles. L'Église enseignante n'a jamais défini une vérité de foi qu'elle ne l'ait tirée soit de l'Écriture Sainte, soit de la Tradition il y a donc eu ''développement ''du dogme, mais ''non point changement ''de la doctrine apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'Église romaine ayant les quatre notes indiquées par le concile de Nicée-Constantinople, nous sommes donc en droit de conclure qu'elle est la ''vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. — Nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine : « Hors de l'Église, pas de salut. » ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383. — Nous venons de démontrer que l'Église romaine est seule la ''vraie Église ''instituée par Jésus-Christ. Devons-nous en conclure qu'il y a ''nécessité de lui appartenir ''pour faire son salut? Si oui, comment faut-il entendre cette nécessité et comprendre la formule courante qui la traduit : « ''Hors de l'Église pas de salut ''» ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Nécessité d'appartenir à la vraie Église'''. — La nécessité d'appartenir à la vraie Église s'appuie sur deux arguments : sur un argument ''scripturaire ''et sur un argument ''de raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT SCRIPTURAIRE. ''— La volonté de Notre-Seigneur sur ce point est formelle. Il a dit en effet à ses Apôtres : « Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné» ''(Marc, ''xvi, 15-16). De ces paroles il ressort, d'une part, que sa doctrine sera transmise à tout l'univers par l'intermédiaire de ses apôtres et de ''leurs légitimes successeurs, ''d'autre part, qu'il y a ''obligation ''d'y adhérer, puisque le Christ condamne ceux qui s'y refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— La ''nécessité d'appartenir à la véritable Église ''découle de la ''raison. ''L'on ne peut pas échapper en effet à la conclusion du dilemme suivant. Ou bien l'Église catholique possède la vérité religieuse, elle a seule le dépôt de la doctrine du Christ. Ou bien elle ne l'a pas. Si elle l'a, si elle est la vérité, il est clair qu'elle s'impose comme une nécessité, car toute vérité est, de sa nature, ''exclusive. ''Toute la question revient donc à prouver que l'Église catholique est la seule vraie : ce que nous avons fait dans les articles précédents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''384. — 2° Sens de la formule : « Hors de l'Église pas de salut. »''' — ''En principe, ''l'appartenance à l'Église catholique s'impose comme une ''nécessité. ''Mais comment faut-il entendre cette nécessité? Et quel sens faut-il donner à l'axiome courant : « ''Hors de l’Église pas de salut ''»? Cette question concerne plutôt le théologien que l'apologiste : nous nous bornerons donc à dire comment les théologiens l'ont solutionnée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on jette un rapide coup d'œil sur l'enseignement traditionnel de l'Église sur ce point, il apparaît que la question n'a pas été mise d'abord en pleine lumière et n'a été considérée que d'un point de vue assez restreint. — ''a) ''D'une manière générale, jusqu'au xvr8 siècle, les Pères et les Docteurs de l'Église enseignent que ''l'appartenance ''à l'Église est d'une ''nécessité absolue ''et que tous ceux qui refusent de se soumettre à son autorité doctrinale et disciplinaire, les hérétiques et les schismatiques, perdent tout droit au salut éternel. Mais il semble bien que cette intransigeance est plus apparente que réelle et provient de ce que la question n'est pas présentée sous toutes ses faces. La preuve en est que saint Augustin (354-430) tout en posant en principe qu'il est nécessaire d'appartenir à l'Église pour faire son salut, ajoute qu'on peut être dans l'erreur, qu'on peut se tromper sur la question de savoir où est la vraie Église, et qu'alors on ne doit pas être rangé parmi les hérétiques. — b) Au xvie siècle, Bellarmin et Suarez élargissent déjà la question et discutent surtout les ''conditions requises ''pour appartenir au corps de l'Église. — c) Au xixe siècle, les théologiens réalisent un grand progrès dans l'explication du dogme, grâce aux distinctions qu'ils établissent, à juste titre, entre les différents sens des mots ''appartenance ''et ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les uns distinguent l'appartenance ''réelle ''(''in re'') et l'appartenance ''de désir ''(''in voto''). On peut en effet « appartenir à l'Église par le ''désir, ''par la ''volonté, ''par le cœur, quand, sans en être membre à proprement parler, on souhaite de l'être. Ce souhait peut être ''explicite, ''comme c'est le cas des catéchumènes ; il peut être ''implicite, ''comme c'est le cas pour ceux qui, sans connaître encore l'Église, désirent faire tout ce que Dieu veut. Tous ces hommes de bonne volonté appartiennent implicitement à l'Église »&amp;lt;ref&amp;gt;Bainvel, Hors de l'Église pas de salut.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les autres, distinguant entre ''l’âme ''et le ''corps ''de l'Église, disent qu'il est de ''nécessité de moyen ''d'appartenir à ''l’âme ''de l'Église, et de ''nécessité de précepte ''d'appartenir à son ''corps. ''— 1) Or ''appartiennent à l'âme de l'Église ''tous ceux qui, vivant dans une ''ignorance invincible : ''infidèles, hérétiques, schismatiques, observent leur religion de bonne foi et s'efforcent de plaire à Dieu selon les lumières de leur conscience. Dieu les jugera sur ce qu'ils auront connu et accompli, non sur ce qu'ils auront ignoré de la. loi. — 2) ''N'appartiennent ni à l'âme ni au corps de l'Église ''tous ceux qui sont dans ''l'erreur volontaire ''et ''coupable, ''ceux qui, sachant que l'Église catholique est la vraie Église, refusent d'y entrer parce qu'ils ne veulent pas accepter les devoirs que la vérité impose. C'est à ceux-là spécialement qui « pèchent contre la lumière », selon la parole de Newman, que s'applique la maxime : « ''Hors de l'Église pas de salut. ''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons, pour terminer, que ces deux interprétations du dogme catholique sont conformes à l'enseignement donné par Pie IX dans son allocution consistoriale « ''Singulari quadam» ''du 9 décembre 1854 et dans son Encyclique « ''Quanto confidamur ''» adressée aux Évêques d'Italie le 10 août 1863. « Ceux, est-il dit dans ce second document, qui sont dans l'ignorance invincible relativement à notre sainte religion, et qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes gravés dans tous les cœurs, et qui, prêts à obéir à Dieu, mènent une vie honnête et droite, peuvent, avec le secours de la divine lumière et celui de la grâce, obtenir la vie éternelle, car Dieu... ne souffre jamais, dans sa souveraine bonté et clémence, que quelqu'un qui n'est coupable d'aucune faute volontaire, soit puni de peines éternelles. Mais il est aussi très connu, ce dogme catholique, que personne ne peut se sauver hors de l'Église catholique, et que ceux-là ne peuvent obtenir de salut éternel, qui sciemment se montrent rebelles à l'autorité et aux décisions de l'Église, ainsi que ceux qui sont volontairement séparés de l'unité de l'Église et du Pontife romain, successeur de Pierre, à qui a été confiée par le Sauveur la garde de la vigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion'''. — Quelle que soit la manière dont on interprète la formule : « ''Hors de l’Eglise pas de salut ''», il est permis de tirer les conclusions suivantes : — 1. De l'avis unanime des théologiens, ''l'appartenance à l'âme de l'Eglise ''est de ''nécessité absolue, ''vu que la grâce sanctifiante est le seul moyen ici-bas de conquérir le ciel. — 2. ''L'appartenance au corps de l'Eglise ''est, elle aussi, dans une certaine mesure, ''de nécessité de moyen. ''Nous disons ''dans une certaine mesure, ''car il convient de distinguer entre ceux qui connaissent la vraie Eglise et ceux qui ne la connaissent pas. Pour les premiers, l'appartenance au corps, — appartenance ''extérieure, visible, in re, ''comme disent les théologiens, — est à la fois de ''nécessité de moyen ''et de ''nécessité de précepte. ''Pour les seconds, qui ne sauraient être liés par un précepte dont ils ignorent l'existence, seule est requise ''l'appartenance implicite : ''et par appartenance implicite, il faut entendre l'appartenance ''par le cœur, par le désir, ''lequel désir, sans être formulé par des paroles, est inhérent à l'acte de charité et au désir de conformer sa volonté à la volonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dictionnaire d'Alès : Yves de la Brière, art. ''Église ; ''Michiels, art. ''Évêques ; ''M. Jugie, art. ''Grecque ''(Église) ; (J'Ales, art. ''Libère ''(le Pape) ; F. Cabrol, art. ''Honorius ''(La question d'). — Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église ; ''Bainvel, ait. ''Apostolicité ; ''A. Baudrillart, art. ''Calvin, Calvinisme ; ''A. Gatard, art. ''Anglicanisme ; ''S. Vailhé, art. ''Conslantinople ''(Église). — Mgr Batiffol, ''Études d'histoire et de théologie positive ; L'Église naissante et le catholicisme ''(Lecoilre). — Fouard, ''Les Origines de l'Église; Saint Pierre et les premières années du christianisme ; Saint Paul, ses missions ; Saint Paul, ses dernières années ; Saint Jean et la fin de l’âge apostolique ''(Lecoilre). — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques données aux Facultés catholiques de Lyon ''(Lecoffre). — Tixeront, ''Histoire des dogmes, La théologie anténicéenne ; Précis de Patrologie ''(Lecoflre). — Ermoni, ''Les origines historiques de Vépiscopat monarchique ; Les premiers ouvriers de l'Évangile ''(Bloud). — Seméria, ''Dogme, hiérarchie et culte dans l'Église primitive ''(Lethielleux). — Boudinhon, ''Primauté, schisme et juridiction ''(Revue du canoniste contemporain, 1896). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Guiraud, ''La venue de saint Pierre à Rome ''(Rev. pr. d'Ap., 1 nov. 1905). — Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne). — Hugueny, ''Critique et Catholique ''(Letou-zey). — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l’Église ; Églises séparées ''(Fontemoing) — A. de Poulpiquet, ''La notion de catholicité ''(Bloud). — Lodiel, ''Nos raisons d'être catholiques ''(Bloud). — Mgr Baudrillart, ''L'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''(Bloud). — Mgr Julien, ''Bossuet et les Protestants ''(Beauchesne). — Goyau, ''L'Allemagne religieuse, Le Protestantisme ''(Perrin). — Bricout, ''Les Églises réformées en France ''(Rev. du Cl. fr. 1908). — Ragey, ''L'Anglicanisme, le Ritualisme, le Catholicisme ''(Bloud). — Thureau-Dangin, ''Le catholicisme en Angleterre au ''xix° ''siècle ''(Bloud). — Bossuet, ''Histoire des variations des Églises protestantes, Discours sur l'unité de FÉglise. ''— Gondal, ''L'Église russe ''(Bloud). — Monsabré, ''Exposé du dogme, ''51e et 52e conf. — Mourret, ''Histoire de l’Eglise ''(Bloud). — Marion, ''Histoire de l’Église ''(Roger et Chernovitz). — Bainvel, ''Hors de l’Eglise pas de salut ''(Beauchesne). — ''L'Ami du Clergé, ''année 1923, n° 26.— Billot, ''Tractatus de Ecclesia Christi. ''— Wilmers, ''De Christi Ecclesia ''(Pustet).-— Les Traités d'Apologétique: Tanquerey, Mgr Gouraud.Moulard et Vincent, Verhelst, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section II : Constitution de l’Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Hiérarchie et Pouvoirs de l'Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
385. — Pour découvrir la vraie Église, nous avons, au début de la section précédente, fixé les ''traits essentiels ''de la société fondée par Jésus-Christ. Nous connaissons donc déjà, au moins dans ses grandes lignes, la ''constitution de l'Église romaine, ''vu que seule elle est la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a lieu cependant de revenir sur le sujet, car, si la constitution ''actuelle ''de l'Église ''£ ''bien son point de départ dans la volonté et l'institution du Christ, il est incontestable également qu'elle a connu un certain développement et qu'elle a dû s'adapter aux besoins du moment. C'est que, tout en étant d'origine divine, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains, et dès lors, susceptible de progrès et de modifications, en tout ce qui n'affecte pas le fond de sa constitution. Quelle est donc cette constitution, telle qu'elle existe maintenant, c'est ce que nous allons étudier dans les deux chapitres de cette seconde section. Nous rechercherons, dans ce premier chapitre : — 1° quelle est la ''hiérarchie ''de l'Église ; — 2° quels sont les ''pouvoirs ''dont l'Église en général a été investie ; — 3° quels sont en particulier les ''pouvoirs du Pape; ''et — 4° quels sont ''ceux des Évêques. ''D'où quatre articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le chapitre suivant, nous traiterons des ''droits de l’Église ''et doses ''relations avec l'État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Hiérarchie de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
386. — Nous avons vu que l'Église a été fondée sur le principe de la hiérarchie (N08 [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#n309 309 et suiv].),- qu'elle est une société ''inégale ''comprenant deux groupes distincts . l'Église ''enseignante ''et l'Église ''enseignée. ''L'Église enseignée composée des laïques n'ayant aucune part à l'autorité ecclésiastique, il ne sera question que de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Définition'''. — D'après l’étymologie (N° 308''), ''le mot ''hiérarchie ''signifie pouvoir sacré. Il est employé ici pour désigner les divers degrés de rang et de pouvoir qui distinguent les ministres de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''387. — 2° Espèces'''. — II y a dans l'Église une double hiérarchie : la hiérarchie d'ordre et la hiérarchie de juridiction. — ''a) ''La ''hiérarchie d'Ordre, ''fondée sur le pouvoir d'Ordre, a son ''origine ''dans l'ordination ou la consécration. Elle a pour objet la sanctification des âmes par l'administration des sacrements, et elle est inamissible. — ''b) ''La ''hiérarchie de juridiction, ''fondée sur le pouvoir de juridiction, est conférée par l'institution canonique, ou simplement par la nomination et la délégation. Elle a pour objet le gouvernement de l'Église, et elle est amissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''388. — 3'''° '''Membres. '''— A. ''LA HIÉRARCHIE D'ORDRE ''comprend tous ceux qui ont reçu un degré quelconque du pouvoir d'Ordre. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose des évêques, des prêtres et des diacres. — ''b) ''De ''droit ecclésiastique, ''elle comprend en outre le sous-diaconat et les Ordres mineurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA HIÉRARCHIE DE JURIDICTION, ''comprend tous ceux qui, dans une mesure plus ou moins grande, ont reçu une part de juridiction dans l'Église. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose seulement du Pape et des Évêques. — b) Mais, de ''droit ecclésiastique, ''elle s'étend à d'autres membres désignés par eux. Il est clair en effet que le Pape qui a l'Église universelle, et les Évêque&amp;lt;ref&amp;gt;Dans la hiérarchie de juridiction il y avait autrefois les métropolitains, qui jouis­saient d'une juridiction réelle sur les évêques de leur province, et les primais ou patriar­ches, qui avaient autorité sur les archevêques et évêques. De nos jours, le titre,  qui subsiste toujours, n'est plus qu'un titre d'honneur et de préséance.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui ont tout un diocèse, à gouverner, ne pourraient remplir une telle tâche, s'ils ne s'entouraient d'auxiliaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''auxiliaires du Pape ''forment ce qu'on appelle la Curie romaine. La ''Curie romaine, ''composée des cardinaux, des prélats et des officiers inférieurs, comprend le Collège des cardinaux ou ''Sacré-Collège, ''les ''Congrégations romaines, les Tribunaux ''et les ''Offices.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Évêques ''ont pour ''auxiliaires :''— 1) les ''Vicaires généraux, ''qui ne font avec lui qu'une personne morale, et le suppléent dans l'administration du diocèse ; — 2) le ''Chapitre, ''c'est-à-dire la réunion des chanoines attachés à l'église cathédrale ou métropolitaine, et formant un corps institué canoniquement, dont le rôle se borne aujourd'hui&amp;lt;ref&amp;gt;Pendant bien longtemps les chapitres eurent une autre importance. Ils étaient le conseil ordinaire de l'évêque, et, à sa mort, ils étaient chargés d'administrer le diocèse et d'élire un successeur, ce qui n'existe plus que dans de rares pays. (V. N° 410, n.).&amp;lt;/ref&amp;gt; à réciter 1’Office au chœur et à nommer, à la mort de l'évêque, le ou les vicaires capitulaires chargés de gouverner le diocèse jusqu'à l'institution d'un nouvel évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Curés ''sont aussi des auxiliaires des Évêques, mais, de droit divin, ils n'ont aucune part aux pouvoirs de l'Église. Ils ne peuvent ni décider de la doctrine, ni édicter aucune loi concernant la discipline ou le culte. Leur rôle se borne à desservir une paroisse, à l'administration de laquelle ils ont été délégués par leur Évêque. Les Curés ne constituent donc pas un troisième degré de la hiérarchie. Et la chose se comprend aisément si l'on veut bien se rappeler que les paroisses n'existaient pas primitivement. C'est seulement au IIe siècle qu'en remonte l'origine. Jusque-là il n'y avait ou dans chaque ville épiscopale qu'une seule Église. L'Évêque, bien qu'assisté d'un collège de prêtres, en gardait l'administration personnelle, et se réservait mémo, d'une manière habituelle, les pouvoirs de prêcher, de baptiser, de célébrer l'eucharistie, et d'administrer le sacrement de pénitence. Lorsque le christianisme prit une plus grande extension, l'on construisit dans les villes, outre les églises cathédrales, et aussi dans les bourgs et les villages, des églises moins importantes, appelées ''églises paroissiales. ''Les Évêques déléguèrent alors pour l'administration de ces paroisses, des prêtres, -qui devinrent ainsi des pasteurs de second ordre, et que l'on appela ''curés ''(du latin ''«cura» ''soin), parce qu'ils étaient chargés du soin des fidèles appartenant à ces circonscriptions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Les Pouvoirs de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
389. — A cette Église enseignante dont nous venons de montrer la hiérarchie, Jésus-Christ a conféré (V. N° 310) un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner la vraie foi ; — ''b) ''le pouvoir d'Ordre pour administrer les sacrements ; et — c'') ''le pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger les fidèles à tout ce qui peut être nécessaire ou utile à leur salut. Comme la question du pouvoir de ministère se rattache au sacrement de l'Ordre&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique (N° 430 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;, nous ne parlerons que du ''pouvoir doctrinal ''et du ''pouvoir de gouvernement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal de l'Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
390. — Nous avons vu déjà que le pouvoir doctrinal conféré par Jésus à son Église comportait le ''privilège de l’infaillibilité ''(N° 330), et que ce privilège avait été accordé aux Apôtres et à leurs successeurs (Nos 335 et suiv.). Il s'agit donc maintenant d'en déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Objet. '''— ''L'objet ''de l'infaillibilité se déduit du ''but ''que l'Église poursuit dans son enseignement. Or la ''fin ''de l'Église est d'enseigner les vérités qui intéressent le salut. Les sciences profanes sont donc hors du domaine de l'infaillibilité. Celle-ci se limite à la connaissance des choses de la foi et de la morale. Mais tout ce qui touche, soit ''directement ''soit ''indirectement, ''à ce double terrain, constitue l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''OBJET DIRECT. ''— L'objet ''direct, ''ce sont toutes les vérités ''explicitement ''ou ''implicitement ''révélées par Dieu et qui sont contenues dans les deux dépôts de la Révélation : l'Écriture sainte et la Tradition. ''a) ''Par vérités ''explicitement ''révélées, entendez celles qui y sont énoncées en termes clairs ou équivalents. Par exemple, l'Écriture nous dit en ''termes clairs ''qu'il n'y a qu'un Dieu, Créateur du ciel et de la terre, que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie, qu'il a souffert, est mort, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour. Elle nous dit en ''termes équivalents ''que le Christ est Dieu et homme : « Le Verbe s'est fait chair» ''(Jean, ''i, 14), que la grâce est nécessaire : « le sarment ne peut porter de fruit s'il n'est uni à la vigne... sans moi dit Jésus, vous ne pouvez rien faire» ''(Jean, ''xv, 46), que Pierre est le chef de toute l'Église : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » ''(Jean, ''xxi, 15, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les vérités ''implicitement ''révélées sont celles qui se déduisent, par voie de raisonnement, d'autres vérités révélées. Ainsi, du dogme explicitement révélé que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme, découlent les autres dogmes qui affirment l'existence de deux natures et de deux volontés dans le Christ ; ainsi encore, les dogmes de la transsubstantiation, de l'Immaculée Conception, de l'Infaillibilité pontificale ne sont pas exprimés d'une manière explicite dans la Révélation mais ils résultent d'autres vérités clairement révélées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
391. — B. ''OBJET INDIRECT. — ''L'objet ''indirect ''de l'infaillibilité, ce sont toutes les vérités qui, sans être révélées, sont dans un rapport tel avec les vérités révélées, qu'elles sont indispensables à la conservation intégrale du dépôt de la foi. Il est clair que le privilège de l'infaillibilité implique le pouvoir de proposer, sans crainte d'erreur, toutes les vérités dont dépend la sécurité de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc ranger dans l'objet ''indirect ''de l'infaillibilité : — a) les ''conclusions théologiques. ''On appelle conclusion théologique toute proposition qui forme la conclusion d'un raisonnement dont les deux prémisses dont, l'une, une vérité révélée, l'autre, une vérité connue par la raison. Par exemple, de cette ''vérité révélée ''que « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres », et de cette ''vérité de raison ''que Dieu ne peut récompenser ou punir l'homme que s'il lui a donné la liberté de bien ou de mal faire, l'on peut tirer la ''conclusion théologique ''que l'homme est ''libre ; ''— b) les ''faits dogmatiques. ''Il faut entendre par là tout fait&amp;lt;ref&amp;gt;L'on peut distinguer (rois sortes de faits): — a) les faits révélés (v. g. résurrection du Christ, la conversion de saint Paul) sur lesquels l'infaillibilité de l'Eglise ne saurait être contestée ; — b) les faits non révélés, purement historiques (v. g. la défaite de Pom­pée par César) qui sont hors du domaine de l'Infaillibilité ; et — c) les faits dogmatiques c'est-à-dire ceux dont il est ici question.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui, sans être révélé, est en connexion si étroite avec le dogme révélé, que le nier ou le révoquer en doute, c'est du même coup ébranler les fondements du dogme lui-même. Dire, par exemple, que tel concile œcuménique est légitime, que tel pape a été régulièrement élu, que Léon XIII, Pie X, Benoît XV sont les légitimes successeurs de saint Pierre, que telle version de la Sainte-Écriture (v g. la ''Vulgate) ''est substantiellement conforme au texte original, que telle doctrine hérétique est contenue dans tel livre : voilà autant de faits dogmatiques. L'on comprend combien il importe que l'Église soit infaillible dans ses jugements sur de semblables faits, car, si elle ne l'était pas, si l'on pouvait contester la légitimité d'un concile ou d'un pape, de quel droit imposerait-on les dogmes définis par eux? Sur quoi l'Église appuierait-elle ses définitions s'il était permis de mettre en doute l'authenticité des textes qu'elle invoque? Et si elle ne pouvait affirmer avec certitude que telle proposition condamnable se trouve bien dans tel livre, les hérétiques échapperaient toujours aux condamnations portées contre eux par des distinctions subtiles entre la ''question de droit ''et la ''question de fait. ''C'est ce qui se passa, du reste, au xvir3 siècle, lorsque cinq propositions extraites de ''Augustinus ''de Jansénius furent condamnées par Innocent X. Établissant alors la distinction entre la doctrine des cinq propositions et le fait de savoir si elles étaient contenues dans l'Augustinus, les jansénistes admirent que l'Église était infaillible sur la question de droit, c'est-à-dire sur l'appréciation de la doctrine, mais non sur la question de fait, celui-ci étant, selon eux, en dehors de la révélation et dès lors ne relevant pas du magistère infaillible de l'Église. Assurément, l'Église ne peut jamais juger du sens que Fauteur a pu avoir dans l'esprit, du sens ''subjectif ; ''aussi ce qu'elle entend condamner ce n'est pas la pensée de l'auteur, mais seulement ses écrits dans leur sens naturel et obvie ; — c) les ''lois universelles ''relatives à la ''discipline ''et au ''culte divin. ''Bien que ressortissant au pouvoir de gouvernement, les lois générales sur la discipline et le culte présupposent parfois un jugement doctrinal sur la foi ou la morale. Ainsi la discipline actuelle de l'Église, qui défend aux laïques la communion sous l'espèce du vin, implique la croyance que Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain&amp;lt;ref&amp;gt;De même, l'usage d'administrer le baptême aux enfants suppose le dogme de la transmission du péché originel à tous les descendants d'Adam et l'efficacité du baptême conféré aux enfants qui n'ont pas l'âge de raison. De même encore, la coutume de l’Eglise de prier pour les défunts implique le dogme du Purgatoire et l'utilité des suffrages nous obtenir leur délivrance.&amp;lt;/ref&amp;gt; : d'un côté comme de l'autre, le jugement de l'Église doit donc être exempt d'erreur. Toutefois, l'infaillibilité ne s'étend pas jusqu'aux circonstances accidentelles de la législation ecclésiastique : il peut arriver que telle loi disciplinaire ne soit pas opportune, bien que conforme à la saine doctrine ; il peut arriver surtout que ce qui ost utile aujourd'hui ne le soit plus demain et qu'une loi actuellement en vigueur soit modifiée, abrogée même par la suite. Il importe donc ; comme nous en avons déjà fait la remarque (N° 380), de ne pas prendre les changements de discipline et de culte pour des variations du dogme ; — ''d) ''les ''décisions qui approuvent les constitutions des Ordres religieux. ''L'Église est infaillible dans son jugement lorsqu'elle déclare que les règles d'un Ordre religieux sont conformes à l'Évangile. Mais, d'après Suarez, elle n'est pas infaillible sur la question d'utilité ou d'opportunité de cet Ordre, encore qu'il y ait témérité à croire le contraire, lorsque la chose n'est pas manifeste ; — ''e) l'approbation du bréviaire, ''ce qui veut dire qu'il ne contient rien contre la foi ou les mœurs, mais non pas qu'il soit à l'abri de toute erreur historique ; — f) la ''canonisation des saints. ''On entend par canonisation la sentence solennelle par laquelle le Pape déclare que tel personnage jouit de la gloire du ciel et peut être honoré du culte de dulie. Telle est du moins la canonisation ''formelle, ''comme elle est en usage de nos jours, et ainsi appelée parce qu'elle est revêtue des ''formes juridiques ''qui lui donnent toutes les garanties de vérité&amp;lt;ref&amp;gt;Canonisation.—La canonisation d'un saint implique une longue et minutieuse procé­dure, exclusivement réservée au Saint-Siège. Bile ne comprend rien moins que trois procès dits de Vénérabilité, de Béatification et de Sainteté. L'Evêque du diocèse, dont le Serviteur de Dieu est originaire, se borne à faire une première enquête. — le procès d'information, — sur la pureté de sa doctrine par l'examen de ses écrits, sur la renommée de sa sainteté, de ses vertus et de ses miracles ou de son martyre, sur l'absence de tout obstacle qui serait péremptoire. et le non-culte (can. 2038). Après qu'il en a communiqué les résultats à la S. Congrégation des Rites, la cause est introduite, s’il y a lieu. 1. La S. Congrégation commence alors la discussion du procès d’information. Le jugement sur l’héroïcité des vertus u sur le martyre est réservé au Pape : c'est seulement après ce jugement que le Serviteur de Dieu est qualifié de Vénérable. - 2. Pour la Béatifications, deux miracles au moins requis, outre l'héroïcité des vertus ou le martyre. C'est encore le Pape qui fait promulguer, quand il le juge bon, le décret dit de tuto, permettant de procéder à la Béatification, laquelle a lieu au cours d'une messe, très solennelle où lecture est faite du décret Le Bienheureux peut être désormais l'objet d'un culte public ; ses reliques peuvent être vénérées mais non portées en Procession. Il a droit à un office, concédé à certaines régions ; mais on ne peut pas encore lui dédier une église ni mettre l’auréole à son image — 3. Le dernier procès le procès de canonisation, consiste dans la discussion de deux nouveaux miracles obtenus par l'intercession du Bienheureux depuis sa béatification formelle (can. 2138). S'ils sont admis, le Pape signe un nouveau décret de tuto. Il va enfin trois consistoires, le premier, secret, qui se termine par un vote, le. second, public où un discours est prononcé en faveur de la cause, le troisième semi-public où Fon fait un dernier vote, et où l'on fixe la date de la lecture du décret de canonisation dans la Basilique de Saint-Pierre à Rome  (Can. 1999-2141).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aussi est-ce une opinion commune parmi les théologiens que l'Église est infaillible dans la ''canonisation formelle; ''toutefois la proposition n'est pas de foi. Les théologiens admettent également que les canonisations, telles qu'elles étaient pratiquées jusqu'au xiie siècle, — et où il suffisait que le témoignage populaire fût ratifié par l'évêque du diocèse pour qu'un personnage fût proclamé saint, — ne ressortissaient pas au magistère infaillible de l'Église. D'ailleurs, c'est un fait que certaines de ces canonisations appelées ''équipollentes ''(équivalentes) ont été entachées d'erreur et ont eu pour objet des saints légendaires&amp;lt;ref&amp;gt;Dans ce cas, la décision de l'Église qui proclame que tel personnage est saint et digne d'un culte spécial, reste sans application concrète. L'objet formel du culte ne serait pas le damné en tant que tel, mais le personnage fictif dont l'Église honorerait les vertus héroïques supposées. — Qu'il s'agisse par ailleurs de la canonisation formelle ou de la canonisation équipollente, il ne faut pas confondre la canonisation avec les faits histo­riques, ce qu'on appelle la légende du saint, ni avec l'authenticité de ses restes. Quand elle canonise un personnage, l'Eglise n'entend pas définir la vérité de sa légende ni l'authenticité de ses reliques.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La ''béatification, ''n'étant pas un jugement définitif, n'appartient pas au domaine du magistère infaillible; — ''g) ''les ''censures doctrinales&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle censure doctrinale le jugement porté par l'Église et contenant soit un simple blâme, ou une critique, soit une condamnation totale contre un livre ou une pro­position, appréciés au point de vue de la doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une proposition est dite : — 1. hérétique, lorsqu'elle est directement opposée à la foi catholique ; —.2. proche de l'hérésie, lorsqu'elle est opposée à une doctrine tenue universellement pour vraie, mais non définie; — 3. erronée, lorsqu'elle contredit une vérité révélée, mais non dogmatiquement définie ni universellement reçue, ou bien lorsqu'elle est opposée à une conclusion théologique ; — 4. téméraire, quand la doctrine opposée s'appuie sur de graves arguments d'autorité et de raison ; — 5. offensive des oreilles pies et malsonnante, quand les termes employés vont contre le respect dû aux choses saintes ou que les mots sont impropres et prêtent à de fausses interprétations.&amp;lt;/ref&amp;gt; dont l'Église frappe certaines propositions. L'Église est infaillible lorsqu'elle applique à une doctrine la note d'hérétique : cette proposition est de foi. Dans les censures suivantes : qu'une doctrine est proche de l'hérésie, erronée, l'Église est également infaillible, d'après l'opinion commune des théologiens. Si elle censure une doctrine comme téméraire, offensive des oreilles pies, improbable, il n'est pas certain que l'Église soit infaillible, mais elle a droit toujours à un religieux assentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''392. — 2°''' '''Mode d'exercice. '''— L'Église exerce son magistère infaillible de double manière : ''extraordinaire ''ou ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''MAGISTÈRE EXTRAORDINAIRE. — ''L'Église ne fait usage du magistère ''extraordinaire ''que dans de rares circonstances : — ''a) ''soit ''par le Pape seul parlant ex-cathedra ''(V. Nos 398 et 399) ; — ''b) ''soit par les ''Évêques, ''unis au Pape, et réunis dans des ''Conciles généraux ''(V. Nos 414 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MAGISTÈRE ORDINAIRE ET UNIVERSEL. — ''On appelle, magistère ''ordinaire et'' ''universel ''le mode d'enseignement donné par le Pape et les Evêques à tout moment et dans tous les pays (V. Nos 401 et 411). Lorsque Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations », il n'a pas limité leurs pouvoirs à un temps et à un endroit donnés. Le Pape et les Évêques doivent donc exercer leurs fonctions de ''docteurs, ''non pas seulement à de rares intervalles et dans des circonstances solennelles, mais partout et toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
393. — Le ''pouvoir de gouvernement ''implique un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''législatif, ''c'est-à-dire le pouvoir, non seulement d'interpréter les lois naturelles, mais même d'imposer les devoirs en vue du bien commun, devoirs qui obligent en conscience les sujets de l'Église ; — ''b) ''le pouvoir ''judiciaire, ''c'est-à-dire le pouvoir de juger les actions et de porter des sentences ; — c) le pouvoir ''pénal ''ou ''coercitif, ''c'est-à-dire le pouvoir d'appliquer des sanctions proportionnées aux infractions,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Existence. '''— A. ''ADVERSAIRES. ''— ''l’existence ''du pouvoir de gouvernement a été niée : — a) au xive siècle, par les ''Fraticelles, ''sectaires fanatiques appartenant à l'ordre des franciscains, qui, prétendant fonder une Eglise spirituelle et invisible, supérieure à l'Église visible, faisaient dépendre le pouvoir de gouvernement de la sainteté personnelle des ministres de l'Église ; — ''b) ''au xvie siècle, par Luther et les partisans de la ''Réforme ''qui, se fondant sur la théorie de la justification par la foi sans les œuvres, concluaient que l'homme justifié n'était pas tenu à l'observation des commandements de Dieu et de l'Église ; — c) au xviie siècle, par les ''jansénistes ''et les ''gallicans ''qui enseignaient que le pouvoir de J'Église n'allait pas au delà des choses spirituelles, les choses temporelles restant du ressort exclusif du pouvoir séculier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L’existence ''du pouvoir de gouvernement nous est attestée : — ''a) ''par la ''Sainte Écriture. ''Elle découle des paroles par lesquelles Notre-Seigneur accorda à ses Apôtres le pouvoir de paître, c'est-à-dire de régir les fidèles, de lier ou de délier, de condamner ceux qui désobéissent à l'Église : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise» ''(Luc, ''x, 16). « Celui qui n'écoute pas l'Église, qu'il soit considéré comme un païen et un publicain. » ( ''Mat., ''xviii, 17). — b) par la ''pratique de l'Église. ''— 1. Les ''Apôtres ''ont exercé ce triple pouvoir: — 1) le pouvoir ''législatif. ''Au concile de Jérusalem, ils enjoignent aux nouveaux convertis « de s'abstenir des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l'impureté » ''(Act., ''xv, 29). Saint Paul loue les Corinthiens d'obéir à ses ''prescriptions ''(I ''Cor., ''xi, 2) ; — 2) le pouvoir ''judiciaire. ''Saint Paul voue à Satan « Hyménée et Alexandre afin de leur apprendre à ne point blasphémer » (I ''Tim., ''i, 20) ; il fait de même pour l'incestueux de Corinthe (I ''Cor., ''v, 1, 5) ; — 3) le pouvoir ''pénal. ''Saint Paul écrit aux Corinthiens : « C'est pourquoi je vous écris ces choses pendant que je suis loin de vous, afin de n'avoir pas, arrivé chez vous, à user de sévérité, selon le pouvoir que le Seigneur m'a donné pour édifier et non pour détruire» (II ''Cor., ''xiii, 10). Cette pratique des apôtres suppose manifestement qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ le pouvoir de légiférer dans l'Église. — 2. Après les Apôtres, l'Église a, dans tous les temps, ''exercé ''le pouvoir de gouvernement. Que ce pouvoir se soit manifesté différemment avec les temps et les circonstances, ce n'est pas douteux ; mais il n'en est pas moins certain que, sous une forme ou sous une autre, l'Église a toujours ''revendiqué le droit de faire des lois disciplinaires ''et d'en exiger l'observation. Dans les premiers siècles, le pouvoir de gouvernement apparaît dans les nombreuses ''coutumes,''— concernant l'administration des sacrements, et en particulier du baptême, de la pénitence et de l'eucharistie, — qui sont regardées comme ''pratiquement obligatoires, ''dans le rejet et la condamnation de pratiques contraires qui tendent à s'introduire à certains endroits : c'est ainsi que le pape Etienne, réprouvant la manière de faire des Églises d'Afrique, défendit de rebaptiser ceux qui avaient reçu le baptême des hérétiques. Puis, avec le temps, et grâce à l'influence que l'Église prit dans la société, la législation ecclésiastique se développa et s'étendit aux questions mixtes telles que le mariage et les biens ecclésiastiques. A partir du moyen âge, l'Église ne se contente plus de faire des lois et d'édicter des pénalités, spirituelles et même temporelles, elle en demande l'exécution à l'autorité séculière. Elle prend du reste si bien conscience de son pouvoir qu'elle n'hésite pas à enseigner, par la bouche de Grégoire VII (xie siècle), qu'en vertu de sa mission divine, elle a le droit de commander, non seulement aux individus, . mais même aux sociétés et à leurs chefs temporels, dans toutes les circonstances et dans la mesure où les intérêts spirituels dont elle a la garde le requièrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Le pouvoir de gouvernement découle en outre des ''définitions de l'Église. ''L'Église a défini, au concile de Trente, le dogme qui affirme son pouvoir ''législatif. ''De même les pouvoirs ''judiciaire ''et ''pénal ''ont été proclamés par le même concile, par plusieurs papes, tels que Jean XXII, Benoît XIV, Pie VI. Pie IX a condamné, dans le ''Syllabus, ''ceux qui prétendent que « l'Église n'a pas le droit d'employer la force et n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect» (''Prop. ''XXIV). Léon XIII déclare, dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''que « Jésus-Christ a donné à l'Église, dans la sphère des choses sacrées, le plein pouvoir de faire des lois, de prononcer des jugements et de porter des peines » ; — ''d) ''de la ''nature de l’Église. ''L'Église est une ''société parfaite ''(V. N° 419). En tant que telle, elle est autonome et doit jouir des droits propres à toute société parfaite, donc des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et coercitif, qui sont des moyens, sinon nécessaires, au moins très utiles, pour atteindre sa fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''394. — 2°''' '''Objet. '''— A. ''Pouvoir législatif, ''— II est permis de poser en principe général que l'Église, poursuivant une fin surnaturelle, a le pouvoir de ''légiférer ''sur tout ce qui touche à cette fin. Il s'ensuit que ''l'objet ''de son pouvoir législatif est double : — a) Du côté ''positif, ''il comprend le pouvoir de ''commander ''tout ce qui est capable d'assurer la fin poursuivie. L'Église peut donc établir des lois disciplinaires sur les sacrements, sur les objets du culte, sur les biens affectés à son usage exclusif. Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué. Déjà, aux premiers siècles, malgré la violence des persécutions qui cherchaient à étouffer sa voix, elle proclame la sainteté et la stabilité du lien conjugal, la liberté des mariages entre esclaves et personnes libres, et bien d'autres principes qui étaient en complet désaccord avec la législation de l'époque. Et ainsi fera-t-elle à tous les moments de son histoire, avec ou contre ressentiment de l'autorité civile. — b) Du côté ''négatif, ''l'Église a reçu le pouvoir de ''défendre ''à ses sujets tout ce qui peut entraver leur fin surnaturelle. Et comme, en définitive, toutes les actions humaines ne doivent jamais être en opposition avec cette fin, le pouvoir gouvernemental de l'Église embrasse, d'une manière directe ou indirecte, tous les actes de la vie individuelle et de la vie sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Le pouvoir ''judiciaire ''et le pouvoir ''coercitif ''portent naturellement sur le même objet que le pouvoir législatif. Ils ont pour objet toutes les infractions aux lois ecclésiastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''395. — 3°''' '''Mode d'exercice. '''— Comme le mode d'exercice du pouvoir de gouvernement dépend de l'étendue de la juridiction de ceux qui l'exercent, cette question sera traitée plus loin quand nous parlerons des pouvoirs du Pape et des Évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Les Pouvoirs du Pape. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
396. — Nous avons démontré que Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté (N° 325) et que, de ce fait, il avait la ''plénitude ''des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. Il ne nous reste donc plus qu'à déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice ''de ses pouvoirs, doctrinal et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal du Pape. Son infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''397. — 1'''° '''Objet. '''— Le Pape ayant la plénitude des pouvoirs dans l'Église, il est permis de poser en principe général que l’''objet ''de son pouvoir doctrinal et de son infaillibilité est aussi étendu que celui de l'Église. Tout ce que nous avons dit plus haut (Nos 390 et 391) de l'objet ''direct ''et de l'objet ''indirect ''du pouvoir doctrinal de l'Église, s'applique donc au pouvoir doctrinal du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''398. — 2° Mode d'exercice'''. — Le Pape exerce son pouvoir doctrinal de deux manières : — ''a) ''d'une manière ''extraordinaire ''et ''solennelle ''par des définitions ex-cathedra, et — b) d'une manière ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Magistère extraordinaire. Le dogme''' '''de l'infaillibilité pontificale. '''— Nous avons déjà prouvé l'existence de l'infaillibilité pontificale, en nous plaçant au seul point de vue historique. Il convient de revenir sur le sujet, pour bien déterminer la manière dont il faut entendre le domine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ADVERSAIRES. ''— 1. ''Avant la définition ''du dogme par le concile du Vatican (1870), l'infaillibilité pontificale avait pour adversaires: — 1) les ''protestants, ''pour qui la Sainte Écriture est la seule règle de foi infaillible ; — 2) les ''gallicans, ''qui mettaient les conciles généraux au-dessus du pape et qui ne regardaient les définitions pontificales comme irréformables que si elles étaient sanctionnées par le consentement de l'Église. Cette erreur, qui avait son origine dans le grand schisme d'Occident, fut soutenue, au xve siècle, par P. d'Ailly et GERSON, puis, au xviie siècle, par Richer, P. de Marca et surtout par Bossuet, qui condensa la doctrine gallicane dans les quatre articles de la fameuse ''Déclaration de ''1682&amp;lt;ref&amp;gt;Voici la substance de ces articles : — 1. Les rois et les princes sont indépendants des papes dans l'ordre temporel. — 2. Les Conciles généraux sont supérieurs au pape. — 3. Le pontife romain, dans l'exercice de son autorité, doit se conformer aux canons. — 4.  Ses jugements, en matière de foi, ne sont irréformables que s'ils ont été confirmés par le consentement de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le gallicanisme, qui était enseigné dans les écoles de théologie françaises et surtout en Sorbonne, fut adopté également en Allemagne, sous le nom de ''Joséphisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Après la définition ''du dogme, l'infaillibilité pontificale a été niée par une fraction minime de catholiques, et, en particulier, par un groupe de catholiques allemands, qui avaient à leur tête Dôllinger et Reines, et qui prirent la dénomination de ''Vieux-Catholiques. ''Naturellement, les Protestants rejettent tous le dogme, et, la plupart du temps, ne s'en font pas une notion exacte. Les uns confondent l'infaillibilité avec ''l’omniscience ''(Draper), ou avec ''l'inspiration ''(Littledale) ; d'autres la prennent pour une union hypostatique de l'Esprit Saint avec le Pape (Pusey).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
399. — ''b) LE DOGME. OBJET ET CONDITIONS DE L'INFAILLIBILITÉ. ''— Le concile du Vatican a défini ainsi le dogme de l'infaillibilité pontificale : « Le Souverain Pontife, lorsqu'il parle ''ex-cathedra, ''c'est-à-dire, lorsque, remplissant la charge de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou sur les mœurs doit être crue par l'Église universelle, jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvu en définissant la doctrine touchant la foi et les mœurs. Par conséquent de telles définitions sont irréformables d'elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église. »&amp;lt;ref&amp;gt;Const. Pastor aeternus, chap. iv.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il résulte de ces paroles, l'infaillibilité pontificale a son ''objet ''bien délimité et requiert des ''conditions ''précises. Pour jouir de l'infaillibilité, il faut que le Parle ''ex-cathedra&amp;lt;ref&amp;gt;Ex-Cathedra (lat. : du haut de la chaire). Cette expression employée depuis long­temps pour désigner le magistère infaillible du pape, et consacrée par la définition du Concile du Vatican, vient de ce que la chaire, ou le siège, d'où l’Evêque instruisait pri­mitivement le peuple, symbolise à la fois l'autorité épiscopale et son enseignement lui-même. La Chaire de Pierre, le Siège apostolique et le Saint-Siège sont donc des expressions identiques qui désignent l'autorité doctorale du Pape. Pareille expression se trouve déjà dans la Sainte Écriture. Notre-Seigneur ne dit-il pas ( Mal., xxiii, 2) que « les Scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse », pour indiquer qu'ils sont, dans la reli­gion juive, les représentants de Moïse et ont le droit d'enseigner ?&amp;lt;/ref&amp;gt;, ce qui implique ''quatre conditions. ''Il faut : —1. qu'il remplisse ''la charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens. ''En tant que docteur privé, il n'est donc pas infaillible ; dans ses écrits comme dans ses sermons il peut se tromper&amp;lt;ref&amp;gt;Les théologiens vont plus loin et se demandent si le pape, en tant que docteur privé, peut tomber dans l'hérésie et y adhérer sciemment et obstinément. Ils répondent généralement qu'il peut accidentellement, et par ignorance, errer sur la foi, mais, vu la divine Providence, ils ne supposent pas qu'il puisse persévérer dans son erreur et devenir hérétique formel. Que si la chose arrivait, ils sont d'avis qu'un pape, du fait même qu'il serait formellement hérétique, ne serait plus membre de l'Église, et, a fortiori, ne pour­rait plus en être le chef. Il serait, dans ce cas, déclaré privé de sa dignité par le corps des évêques, et, d'après Palmieri, dépouillé par Dieu lui-même de sa juridiction suprême.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sans doute, l'infaillibilité lui est ''personnelle ; ''elle est bien attachée à sa personne et non au Siège apostolique, et elle ne peut être communiquée ou déléguée à aucun autre, mais elle n'est personnelle que dans la mesure où le Pape remplit la charge de docteur universel ; — 2. qu'il ''définisse, ''c'est-à-dire qu'il tranche, d'une manière définitive, une question jusque-là controversée ou non ; — 3. qu'il définisse la doctrine ''sur la foi ''ou ''les mœurs, ''c'est-à-dire les vérités révélées qu'il faut croire ou pratiquer, et les vérités connexes aux vérités révélées. En dehors de cet ''objet, ''par exemple, sur le terrain des sciences humaines, le pape est, comme tout homme, sujet à l'erreur. L'infaillibilité pontificale n'est donc pas un pouvoir arbitraire et ridicule contre lequel il y ait lieu de s'insurger ; — 4. qu'il définisse ''avec l'intention d'obliger toute l'Église : ''il va de soi, en effet, qu'une doctrine définie impose à toute l'Église l'obligation d'y adhérer. Mais comment reconnaître que le pape a eu l'intention d'obliger toute l'Église ? Les qualifications d'hérésie et d'anathème sont le signe ordinaire des définitions, mais il convient de remarquer qu'elles n'en sont pas la forme obligatoire ni par conséquent la seule forme. Il suffit que, de la teneur même du document, du langage employé, alors même que le document ne serait pas adressé à l'Église universelle&amp;lt;ref&amp;gt;Nous en avons un exemple dans la conduite d'INNOCENT I qui envoya un décret aux Églises d'Afrique condamnant l'erreur de Pelage, et définissant la doctrine sur la grâce, non seulement pour l'Eglise à laquelle le décret était adressé, mais pour l'Eglise universelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il résulte que le Souverain Pontife a entendu proposer à tous les fidèles un enseignement obligatoire concernant une question de la foi ou de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
400. — ''REMARQUES. ''— 1) L'infaillibilité du pape a pour principe l’''assistance ''que Notre-Seigneur a promise à saint Pierre et à ses successeurs (V. Nos 330 et suiv.), mais elle ne dispense pas du travail et de l'emploi des moyens humains pour connaître la vérité. Ces moyens sont les conciles et, d'une manière ordinaire, les conseils des cardinaux, des évêques et des théologiens. — 2) De l'infaillibilité du pape, il serait absurde de conclure à ''l'impeccabilité. ''Les deux choses sont sans rapport, et il est évident que le privilège de l'infaillibilité n'entraîne pas avec soi celui de la vertu : un pape peut donc être un grand pécheur, tout en gardant son infaillibilité. — 3) Les définitions pontificales sont ''irréformables par elles-mêmes, ''et non par le consentement de l'Église : l'infaillibilité pontificale est indépendante de l'acceptation des évêques. — 4) L'infaillibilité du pape, bien qu'elle n'ait été définie qu'en 1870, a toujours été reconnue dans l'Église (V. N° 337). Il faut donc la considérer, non comme une innovation doctrinale, mais comme une affirmation solennelle et explicite d'une vérité contenue dans l'Évangile et la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''que l'autorité du Pape, dans l'hypothèse de son infaillibilité, constitue un ''pouvoir absolument despotique ''et supprime toute liberté de penser. — '''''Réponse.''''' Faisons observer d'abord qu'il n'y a pas plus de despotisme dans l'autorité infaillible du Pape que dans celle de l'Écriture. Si les catholiques manquaient de liberté de penser parce qu'ils doivent obéir aux jugements irréformables du Pape, les protestants n'en auraient pas plus puisqu'ils sont liés par les textes de l'Écriture. Les définitions solennelles du Pape ne sont du reste pas autre chose que l'interprétation authentique des sources de la Révélation. Par ailleurs, c'est une notion fausse de la liberté de penser, que de la considérer comme la faculté d'embrasser l'erreur. Or obéir à un décret infaillible, c’est tout simplement adhérer librement à une vérité reconnue comme certaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''401. — B. Magistère ordinaire.''' — Le Pape exerce son magistère ''ordinaire ''soit ''directement ''et par lui-même, soit ''indirectement ''par l'intermédiaire des Congrégations romaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DIRECTEMENT. ''— Le Pape peut proposer des vérités aux fidèles, même sans intention de les définir infailliblement. — 1. Ainsi le Pape fait connaître ses décisions dans ses ''Constitutions dogmatiques ''généralement publiées à la suite d'un autre document. — 2. Il expose ses vues : 1) dans ses ''Encycliques ''ou lettres circulaires adressées soit à tous les Évêques, soit à ceux d'une nation seulement ; — 2) dans ses ''Lettres apostoliques''.: forme qu'il emploie, par exemple, pour annoncer un jubilé : — 3. dans ses ''Allocutions consistoriales ''prononcées devant les cardinaux ; et — 4, dans ses ''Brefs, ''lettres qu'il adresse à des particuliers. L'un des plus importants, parmi ces sortes de documents publiés depuis un siècle, a été, sans doute, en 1864, l'Encyclique ''Quanta cura ''suivie du ''Syllabus, ''ou recueil de quatre-vingts propositions contenant les principales erreurs de notre temps, et que Pie IX condamnait à nouveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements pontificaux, quelle qu'en soit la forme, et alors même que le Pape n'en fait pas l'objet de définitions solennelles, ont toujours droit à notre assentiment intellectuel, tout au moins à titre provisoire. Nous disons ''à titre provisoire, ''car, au lieu que les dogmes sont des jugements irréformables qui entraînent avec soi une certitude absolue et définitive, les autres enseignements du Souverain Pontife, si respectables qu'ils soient, n'excluent pas la possibilité d'amendements ultérieurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
402. — ''INDIRECTEMENT. ''— Le Pape exerce son magistère ordinaire ''indirectement ''parla ''Congrégation du Saint-Office ''dont nous parlerons plus loin (V. N° 406), quand il sera question des Congrégations romaines. ''Autorité des décrets portés par la Congrégation du Saint-Office. ''— L'autorité de ces décrets dépend de la manière dont ils sont promulgués. Le Pape peut en effet les approuver de deux façons, soit solennellement ''in forma speciali, ''soit d'une manière commune, ''in forma communi. ''— 1. Si l'approbation est donnée ''solennellement, ''c'est-à-dire quand le Pape promulgue le décret ''en son nom, ''et qu'il en devient ainsi l'auteur juridiquement responsable, le décret prend la valeur d'un ''acte pontifical, ''et peut être infaillible s'il réunit les conditions voulues (ex : les décrets de Pie V contre Baius et d'INNOCENT X contre Jansénius). Mais il arrive souvent que le Pape n'entend pas prononcer un jugement définitif, une définition ''ex-cathedra. ''Dans ce dernier cas, notre assentiment doit être, ''non absolument ferme ''comme dans l'acte de foi, mais sincère et intérieur, — 2. Si l'approbation est donnée ''in forma communi, ''c'est-à-dire, quand le Pape approuve le décret comme acte de la Congrégation, le décret est et reste un acte de la Congrégation : il n'est donc pas infaillible, puisque l'infaillibilité pontificale est incommunicable ; il a cependant une grande autorité et a droit, sinon à un assentiment absolu, du moine à une prudente adhésion. Celui qui aurait des raisons graves de croire que la décision. est erronée, n'aurait pas le droit de la combattre ni par paroles ni par écrits, mais il pourrait exposer respectueusement ses motifs de doute à la Sacrée Congrégation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement du Pape. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
403. — '''1°''' '''Objet. '''— Le Pape ayant le pouvoir suprême de juridiction, il peut : — a) ''faire des lois pour toute l'Église, ''les abroger s'il le juge bon, ou en dispenser ; il peut même dispenser des lois portées par les évoques ; — ''b) instituer les évêques ''ou déterminer le mode de les instituer ; il peut même les déposer pour des raisons graves et lorsqu'il y va du bien de l'Église ; ce qui arriva en 1801, lorsque Pie Vil enjoignit à tous les évêques français de démissionner ; — c) ''convoquer les conciles ; ''— ''d) ''prononcer des ''sentences définitives. ''On ne peut donc, sur le terrain de la discipline, pas plus que sur les questions de dogme et de morale, en appeler du Pape à l'Église universelle, au concile œcuménique, ou bion du Pape que l'on prétendrait mal informé à un Pape mieux informé, comme le soutenaient autrefois les gallicans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Mode d'exercice'''. — Comme le Pape ne peut exercer seul sa juridiction ordinaire et immédiate dans le monde entier, il se sert de ''légats ''ou ''nonces, ''et des ''cardinaux ''résidant à Rome. Nous n'insisterons pas ici sur les fonctions des légats et des nonces&amp;lt;ref&amp;gt;Légats et Nonces. — Primitivement, tous les représentants du Pape soit auprès d'une cour étrangère, soit auprès d'un Concile, portaient le nom de légats. Au moyen âge il y avait trois sortes dé légats : — a) les légats-nés qui étaient des archevêques char­gés de représenter le pape d'une manière permanente dans un royaume ou dans une province ; — b) les légats envoyés (les missi) qui jouaient auprès des princes le rôle d'am­bassadeurs ; — c) les légats a latere, ou, d'après le sens des mots latins, les légats du côté, ceux qui viennent du voisinage du pape, c'est-à-dire qui ont reçu de lui les pouvoirs les plus étendus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le légat-né n'est plus aujourd'hui qu'un titre honorifique. Les légats envoyés sont remplacés par les nonces (lat. nuntus, messager) lesquels sont de véritables ambassa­deurs du pape et le représentent, en tant que chef spirituel,—et, avant 1870, en tant que chef temporel, — auprès des princes et des gouvernements. La charge de légat a latere existe toujours, mais elle consiste en une mission temporaire.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; d'un mot, on peut les appeler soit les représentants du Pape, soit ses ambassadeurs auprès d'un gouvernement étranger. Nous nous arrêterons un peu plus longuement sur le ''Sacre-Collège ''des cardinaux et sur le rôle qu'ils jouent, particulièrement dans les ''Consistoires ''et les ''Congrégations romaines.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
404. — ''LE SACRÉ-COLLÈGE DES CARDINAUX. ''— 1. ''Origine. ''Pour comprendre la ''constitution du Sacré-Collège, ''quelques notions préliminaires sur ''l’origine ''des cardinaux sont nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Primitivement, le mot ''cardinal ''(du lat. ''cardo, ''gond, point d'appui) désignait soit un évêque, soit un prêtre, soit un diacre, attaché de façon stable à une église ou à un titre ecclésiastique, qui devenait, de ce fait, son point d'appui, le centre de son activité. L'on peut donc reporter l'origine de l'institution cardinalice à la primitive Église et en voir les traces dans le ''presbytérium ''composé de prêtres et de diacres qui avaient pour mission d'aider l'évêque dans son ministère. Plus que tout autre, l'Évêque de Rome, en raison de sa lourde tâche, devait éprouver le besoin d'assistance. Aussi le voyons-nous, dès les premiers siècles, entouré d'un corps de diacres chargés du soin des pauvres et d'un corps de prêtres qui devaient remplir leur ministère, dans l'église même du pontife, ou dans d'autres églises paroissiales, qui prirent la dénomination de ''titres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nom de ''cardinal, ''d'abord générique et indéterminé, fut par la suite réservé au clergé des églises cathédrales, puis peu à peu il devint un ''titre exclusif de l’Église romaine ''qui peut être considérée comme le ''cardo, ''le vrai point d'appui de l'unité de l'Eglise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Nombre. ''— Le nombre des cardinaux a varié avec les époques. A la fin du xvie siècle, le pape Sixte-Quint fixa le nombre des cardinaux-diacres à 14, celui des cardinaux-prêtres à 50, et celui des cardinaux-évêques à 6 : trois classes par conséquent, non pas fondées, comme on pourrait le croire, sur le pouvoir d'ordre, mais sur le titre ecclésiastique assigné à chaque élu au moment de sa promotion. Depuis lors, le Sacré-Collège comprend donc, en droit, 70 membres, à la tête desquels se trouve un ''doyen ; ''mais ce nombre est rarement complet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Rôle. ''— Le rôle des cardinaux consiste dans une double fonction: extraordinaire et ordinaire. — 1) Leur fonction ''extraordinaire ''est de se réunir en ''conclave&amp;lt;ref&amp;gt;Conclave (lat. cum, avec, clavis, clef). Ce mot désigne : 1. soit le local, rigoureuse­ment fermé à clef, où les cardinaux se réunissent pour procéder à l'élection d'un nou­veau pape ; — 2. soit l'assemblée elle-même. Voici les principales règles, établissant le mode d'élection du pape, qui furent formulées par Grégoire X, au 2e  concile œcuménique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de Lyon (1274).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les cardinaux doivent se réunir dans les dix jours, — délai porté par Pie XI (1922) à 15 ou 18 jours, — qui suivent la mort du pape, dans un endroit si bien fermé que nul ne puisse y entrer ni en sortir. — 2. Personne du dehors ne doit communiquer avec eux, ni de vive voix ni par écrit, sous peine d'excommunication ipso facto. — 3. Le conclave doit se tenir dans le palais qu'habitait le pontife défunt, ou, s'il est mort en dehors de la cité où il résidait avec sa cour, dans la ville dont dépend le territoire où le pape est mort. Quant au mode de scrutin, l'élection peut se faire : — 1) soit par scrutin secret et à la majorité des deux tiers des votants. — 2. soit par compromis, si, par suite de graves divergences de vues parmi les cardinaux sur le sujet à élire, ils donnaient mandat à quelques-uns d'entre eux pour le choix à faire. Ainsi fut élu Grégoire X à la suite d'une vacance du siège qui ne dura pas moins de trois ans ; — 3. soit par acclamation. Les deux derniers modes n'existent plus qu'en théorie. Après chaque scrutin, les bulletins qui ont été déposés dans un calice, sont immédiatement brûlés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit de veto ou d'exclusive. — Trois grandes nations catholiques : la France, l'Es­pagne et l'Autriche ont revendiqué longtemps ce qu'on appelle le droit de veto ou d'exclu­sive. En voici l'origine et le caractère. De tout temps, les souverains ont attaché une très grande importance à l'élection du pape et ont cherché à faire nommer le candidat de leur choix. Mais, vu le nombre des cardinaux, la chose leur était presque impossible. Ne pou­vant donc réussir à faire élire qui ils voulaient, ils se sont arrogé le droit d'écarter ceux voulaient pas. Ce prétendu droit d'exclusive n'a jamais eu aucune valeur juridique , en s'y soumettant, les cardinaux ont simplement voulu faire preuve de condes­cendance a l'égard de souverains de qui ils avaient intérêt à ménager les bonnes dispositions. Comme l'exclusive ne pouvait être prononcée qu'une seule fois par conclave et contre un seul sujet, il ne pouvait jamais y avoir que trois noms d’éliminés : il restait donc assez de choix de cardinaux. Depuis cent ans, l'Autriche usa de son droit d'ex­clusive à toutes les élections pontificales, mais elle ne put empêcher ni l'élection de Pie IX, ni celle de Léon XIII, la première à cause du retard de celui qui était chargé, la seconde parce qu’elle se fit trop rapidement. L’on sait que Pie X, élu après l’exclusive contre le candidat le plus favorisé, le Cardinal Rampolla, aboli aussitôt ce droit pas sa constitution Commissum nobis (20 janvier 1904)&amp;lt;/ref&amp;gt; le plus tôt possible après la mort du Pape, et de lui élire un successeur. Ce droit leur a été attribué, à l'exclusion du clergé inférieur et du peuple, par un canon du troisième concile œcuménique de Latran (1179). — 2) Leur fonction ''ordinaire ''est d'aider le Souverain Pontife dans le gouvernement de l'Église. Ce concours habituel, ils le prêtent dans les ''consistoires ''et les ''congrégations.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
405. — ''A.. CONSISTOIRES. ''— Les ''consistoires pontificaux ''sont les assemblées des cardinaux présents à Rome présidées par le pape. Ces réunions avaient lieu autrefois deux ou trois fois par semaine et traitaient presque toutes les affaires importantes ; elles sont devenues beaucoup plus rares et ne se tiennent plus qu'à des intervalles irréguliers. Les consistoires sont secrets ou publics : — 1. ''secrets, ''si les cardinaux seuls y sont admis. Il y est question de la création de nouveaux cardinaux&amp;lt;ref&amp;gt;Sur ce point, comme sur les autres, les cardinaux n'ont que voix consultative. C’est au Pape seul qu’il appartient de créer de nouveaux cardinaux ; mais il le fait parfois à la demande de certains Etats Catholiques. C’est ainsi que, en vertu d’une vieille coutume, la France, l’Espagne, l’Autriche et le Portugal ont droit à un cardinal du curie qui représente leurs intérêts auprès du Saint Siège.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de la nomination des évêques et des différents dignitaires de la cour épiscopale, etc. ; — 2. ''publics, ''quand d'autres prélats et des représentants des princes séculiers peuvent y assister. Les consistoires publics ont pour objet particulier une canonisation (N° 391, ''n.), ''la réception d'un ambassadeur, le retour d'un légat a latere, ou autres affaires d'intérêt général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
406. — B. ''CONGRÉGATIONS ROMAINES. ''— Les affaires ecclésiastiques étant trop nombreuses pour être réglées toutes dans des consistoires, il a été établi des ''congrégations, ''des ''tribunaux ''et des ''offices ''particuliers, qui ont reçu la mission de traiter toutes les questions assignées à leur département propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution ''Sapienti consilio ''de Pie X (29 juin 1908) ne maintient que ''onze congrégations ''proprement dites, outre les ''trois tribunaux ''de la Sacrée Pénitencerie, de la Rote, de la Signature apostolique, et les ''cinq offices ''ou secrétaireries. Depuis, le pape Benoît XV a supprimé la congrégation de l'index et a attribué son ministère à la congrégation du Saint-Office ; d'autre part, il a fondé une nouvelle congrégation, celle des Églises orientales, de sorte que le nombre des congrégations reste fixé à onze. Ces onze Congrégations sont :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1) ''La Congrégation du Saint-Office ''ou de ''l’Inquisition.''— Le Saint-Office, la congrégation la plus ancienne et la plus importante par ses attributions, a pour but premier la conservation et la défense de la foi et de la discipline ecclésiastique. Mais l'on comprend aisément que « pour atteindre cette fin, il a fallu lui donner juridiction et compétence sur les délinquants. Son autorité eût été purement illusoire, s'il n'avait eu le pouvoir de réprimer les contempteurs de la foi et des saints canons. » D'où il suit que « ''secondairement, ''mais ''véritablement, ''le Saint-Office est un tribunal proprement dit, ayant un réel ''pouvoir judiciaire. ''Il peut, par voie d'inquisition, conformément à la procédure canonique usitée, juger et condamner les coupables. Bien plus, et ceci est particulier à cette congrégation et la différencie des autres, dans le for contentieux, le Saint-Office jouit d'un véritable ''pouvoir coercitif ; ''il peut employer des moyens ''coactifs ''»&amp;lt;ref&amp;gt;L. Choupin, art. Des congrégations romaines. Dict. d'Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Étant donnée l'importance de cette congrégation, le Pape en est toujours le préfet. A ce tribunal rassortissent tous les crimes d'hérésie, de schisme, les graves délits contre les mœurs, tous les cas de sortilège, de magie, de spiritisme. Il a plein pouvoir pour apprécier les doctrines qu'il qualifie sous les titres d'erronée, d'hérétique, de proche de l'hérésie, de téméraire, etc. Il a le droit de juger et de condamner les livres et de les inscrire au catalogue de l'Index&amp;lt;ref&amp;gt;Autrefois, lorsque le Saint-Office avait rendu sa sentence de condamnation, celle-ci était enregistrée et publiée par la Sacrée Congrégation de l'Index, laquelle avait en outre le droit d'accorder les dispenses qu'elle estimait nécessaires.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La Congrégation consistoriale. ''— ''Présidée ''par le Pape, elle a pour mission de préparer ce qui doit être traité en consistoire. Elle s'occupe en outre de tout ce qui se rapporte au gouvernement de tous les diocèses (choix des évêques, création et administration des diocèses), à l'exception de ceux qui sont soumis à la congrégation de la Propagande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''La Congrégation de la discipline des Sacrements. ''— Cette congrégation, fondée par Pie X, a pour but de trancher toutes les questions disciplinaires relatives aux sacrements, sans s'occuper des questions de doctrine qui relèvent du Saint-Office.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. ''La Congrégation du Concile. ''— Primitivement instituée (1564) pour faire exécuter et observer par toute l'Église les décrets du Concile de Trente, cette congrégation, depuis Pie X, a pour objet tout ce qui concerne la discipline générale du clergé séculier et des fidèles. Elle doit veiller à ce que les préceptes de l'Église : sanctification des fêtes, pratique du jeûne, de l'abstinence, etc., soient bien observés. Elle règle tout ce qui regarde les curés, les chanoines, les pieuses associations, les bénéfices ou offices ecclésiastiques. Elle s'occupe de tout ce qui concerne la célébration, la révision des conciles particuliers... les assemblées, réunions ou conférences épiscopales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. ''La Sacrée Congrégation des Religieux. ''— La compétence de cette congrégation est restreinte aux affaires qui concernent les religieux des deux sexes, à vœux solennels ou simples, aux communautés, aux groupes, qui ont la ''vie en commun à la façon des Religieux,''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''La Sacrée Congrégation de la Propagande. ''— Établie pour propager la foi parmi les infidèles, les hérétiques, toutes les sectes dissidentes, cette congrégation a juridiction sur tous les pays de missions, là où la hiérarchie catholique n'est pas encore complètement constituée. « Les religieux travaillant dans les missions relèvent de la Propagande en tant que ''missionnaires ; ''mais, comme ''religieux, ''soit individuellement, soit en corps, ils dépendent de la Congrégation des Religieux .»&amp;lt;ref&amp;gt;Voir, pour toute cette question des Congrégations, l'art. Congrégations romaines du. P. Choupin (Dict. d'Alès).&amp;lt;/ref&amp;gt; La Propagande possède à Rome un ''séminaire, ''où l'on forme ceux qui se destinent aux missions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. ''La Sacrée Congrégation des Rites ''s'occupe des rites et cérémonies (messe, offices divins, sacrements) et en général de tout ce qui concerne le culte dans l'Église latine. Elle s'occupe aussi des Reliques ; à elle sont réservées les causes de béatification et de&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
canonisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. ''La Congrégation cérémoniale ''s'occupe des cérémonies pontificales, de la réception des ambassadeurs, des questions de préséance et d'étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. ''La Congrégation des Affairés ecclésiastiques extraordinaires ''s'occupe des affaires que lui soumet le Souverain Pontife par l'intermédiaire du Cardinal Secrétaire d'État&amp;lt;ref&amp;gt;Le Cardinal secrétaire d'État est une sorte de ministre des Affaires étrangères, qui a pour mission de se tenir en rapport constant avec les ambassades et les nonciatures. C'est une des fonctions les plus importantes avec celle du Cardinal-Vicaire qui est chargé de l'administration du diocèse de Rome.&amp;lt;/ref&amp;gt; et principalement de celles qui regardent les lois civiles, les concordats conclus ou à conclure avec les divers gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. ''La Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités ''a la haute administration sur toutes les Universités et Facultés catholiques du monde entier. Elle veille à la pureté de la doctrine et travaille à promouvoir les études sacrées. Elle accorde aux Facultés le pouvoir de conférer les grades académiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. ''La Sacrée Congrégation des Églises orientales. ''— Érigée en 1917, elle est présidée par le Pape, elle doit s'occuper des Églises d'Orient qui rentraient autrefois dans la Congrégation delà Propagande. ''(Can. ''247-257).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
407. — ''COMMISSION BIBLIQUE. ''— A côté des onze Congrégations qui précèdent, il faut citer la ''Commission biblique, ''instituée par Léon XIII' en 1902 (bref ''Vigilantiae) ''dans le but de promouvoir les études bibliques et de les protéger contre l'erreur et la témérité. Organe officiel d'un rang inférieur aux Congrégations, la Commission biblique avait également une autorité moins grande, mais Pie X, par son ''Motu proprio « ''Praestantia» du 18 novembre 1907, l'a mise sur le même rang que les congrégations romaines. La Commission biblique « ost formée, comme le déclare le décret pontifical, d'un certain nombre de cardinaux, illustres par leur doctrine et leur prudence ». Ils constituent ''seuls ''la Commission biblique proprement dite, et seuls, ils sont juges de toutes les questions d'Écriture Sainte, soumises à leur examen. Mais le Pape leur adjoint des ''consulteurs ''qu'il choisit « parmi les savants dans la science théologique des Livres Saints, hommes différents de nationalité et dissemblables par leurs méthodes et leurs opinions en fait d'études exégétiques », afin de « donner dans la Commission, accès aux opinions les plus diverses, pour qu'elles y soient, en toute liberté, proposées, développées et discutées » (''Motu proprio). ''Les consulteurs rédigent, sur les questions soumises à la Commission, des rapports qui sont communiqués aux cardinaux, membres de la Commission, présentent leurs observations motivées, dans des séances spéciales. Mais les questions ne sont tranchées que par les Cardinaux, réunis en séance plénière. Leurs conclusions sont alors soumises au Souverain Pontife « pour être publiées après avoir reçu son approbation » donnée ordinairement dans la forme commune. Au point de vue juridique, les décisions de la Commission biblique ont exactement la même valeur que les décrets doctrinaux des Sacrées Congrégations approuvés par le Pape (Voir N° 402).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
408. — Les ''tribunaux romains ''sont : — 1. la ''Sacrée Pénitencerie ''dont la juridiction s'étend exclusivement aux affaires de for ''interne&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot for (lat .forum, tribunal) signifie tribunal, juridiction. Le for interne désigne l '  donc la juridiction, l'autorité de l'Église sur les âmes et sur les choses spirituelles, autre-!    ment dit, sur les choses de la conscience. Le for externe est, au contraire, la juridiction de l'Eglise sur les choses temporelles, sur les actes extérieurs.&amp;lt;/ref&amp;gt;, même non sacramentel : absolution des péchés réservés, solution des cas de conscience, dispenses de vœux, d'empêchements occultes de mariage, concession des indulgences ; — 2. la ''Rote, ''supprimée en 1870 et rétablie par Pie X, traite les causes contentieuses, civiles ou criminelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle « est ainsi constituée ''cour d'appel ''pour toutes les curies ecclésiastiques du monde entier... Toutefois la Rote juge en première instance toutes les affaires que le Souverain Pontife lui confie de son propre mouvement, ou sur la demande des parties... Rappelons-nous que tous les fidèles ont le droit absolu de demander à être jugés à Rome ; on peut toujours recouru au Souverain Pontife, qui est le Père commun de tous les chrétiens »&amp;lt;ref&amp;gt;Choupin, art. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; — 3. la ''Signature apostolique ''qui est la cour de cassation de la Rote et reçoit les recours en cassation de jugements attaqués pour vices de forme et les demandes en révision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
409. — Les ''Offices ''sont : — 1. la ''Chancellerie apostolique ''qui a pour office d'expédier, sur l'ordre de la Congrégation consistoriale ou du Pape, les lettres apostoliques, les bulles avec k sceau de plomb (''sub plumbo) ''relatives à la provision des bénéfices et des offices consistoriaux, à l'institution des nouveaux diocèses, chapitres et à d'autres affaires majeures ; — 2. la ''Daterie apostolique ''qui expédie les lettres apostoliques pour la collation des bénéfices non consistoriaux réservés au Saint-Siège ; — 3. la ''Chambre apostolique ''à qui est attribuée l'administration des biens et droits temporels du Saint-Siège, principalement pendant la vacance du siège ; — 4. la ''Secrétairerie d'État ''qui comprend trois sections : la section des Affaires extraordinaires, la section des Affaires ordinaires et la secrétairerie des Brefs ; — 5. les ''secrétaireries des Brefs aux princes, ''et des Lettres latines, à qui incombe le soin d'écrire en latin les Actes du Souverain Pontife ''(can. ''260-264).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Les Pouvoirs des Évêques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques peuvent être considérés : — a) soit ''individuellement ; ''— ''b) ''soit ''en ''corps et ''unis avec le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Pouvoirs des Évêques pris individuellement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
410. — ''Préliminaires. ''— Quelques remarques préliminaires sont nécessaires pour bien comprendre l'étendue des pouvoirs des Évêques, considérés ''individuellement. ''— ''a) ''Bien que les Évêques soient appelés, et soient vraiment les successeurs des Apôtres, il ne faut pas oublier qu'ils n'en sont les successeurs que ''pris en corps. ''La juridiction de l'ensemble du collège épiscopal est donc égale à celle du collège apostolique, mais la juridiction de chaque évêque n'est pas égale à celle de chaque apôtre : celle-ci était universelle, celle-là au contraire est limitée. — b) Ce premier point établi et hors de discussion, la juridiction épiscopale procède-t-elle ''immédiatement ''de Dieu ou du Souverain Pontife? Les deux opinions ont été soute­nues&amp;lt;ref&amp;gt;Ceux qui adoptent la première opinion prétendent que la juridiction suit le pou­voir d'ordre et, comme le pouvoir d'ordre vient directement de Dieu, il en est de même du pouvoir de juridiction, bien que celui-ci reste en suspens jusqu'à la désignation d'un diocèse Les partisans de la seconde opinion, d'ailleurs généralement admise, pour prou­ver que la juridiction épiscopale vient immédiatement du Souverain Pontife, allèguent au contraire, et à juste titre, que le pouvoir de juridiction ne peut dériver du pouvoir d'ordre puisqu'il lui est antérieur, les évêques régulièrement nommés et confirmés par le Pape ayant déjà juridiction sur leur diocèse, et pouvant l'exercer, avant leur consécra­tion, et aussitôt qu'ils ont montré leurs Bulles de provision au chapitre (Can. 334).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il importe peu, du reste, car elles aboutissent toutes deux, en fin de compte à la même conclusion. Tous les théologiens, en effet, admettent que le pouvoir épiscopal, même s'il est conféré immédiatement par Dieu, dépend, dans son ''exercice, ''du Souverain Pontife, lequel ''choisit ''ou ''approuve ''le sujet&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons que le Pape choisit ou approuve, car les nominations d’évêques varient avec les temps et les pays. A. Dans l’Eglise d’occident, l’on peut distinguer quatre systèmes. Les nominations se font  : — 1. soit par le libre choix du pape qui désigne le sujet à son gré : système pratiqué en France, en Italie, en Belgique, au Brésil, au Mexique et dans les vicariats apostoliques ; — 2. soit par présentation des chefs d'Etats, dans les pays qui sont régis 'par un concordat : Autriche-Hongrie, Espagne, Portugal, Pérou, Alsace-Lorraine j — 3. soit sur une proposition de noms, comme cela se passe aux États-Unis, au Canada, en Hollande, en Angleterre, en Irlande, Les curés inamovibles se réunissent sous la présidence du métropolitain et proposent une liste de trois noms, à laquelle les évêques de la province peuvent en ajouter plusieurs : liste qui est alors pré­sentée au Pape, sans qu'il y ait obligation pour lui de choisir l'un des noms mentionnés ; — 4. soit par élection capitulaire. Certains chapitres, comme ceux de Suisse. d'Allemagne, sauf celui de Bavière, des évêchés autrichiens de Salzbourg et Olmutz, ont le privilège d'élire leur évêque ; mais leur nomination doit être confirmée par le Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Dans l'Église d'Orient, depuis Pie IX, les évêques sont choisis dans une liste de trois noms proposée par les évêques du patriarcat, et les patriarches sont élus par les évêques seuls, sauf à être confirmés par le Pape.&amp;lt;/ref&amp;gt; et délimite la circonscription et l'étendue de sa juridiction. — c) Cependant, quoique dépendants du Pape, les évêques ne sont pas de simples délégués : ils jouissent d'une juridiction ordinaire et qui leur est propre,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''411. — 1°''' '''Leur pouvoir doctrinal. '''— Comme les Evêques ont dans leur diocèse une juridiction ordinaire, ils jouissent, dans les limites des circonscriptions qui leur sont assignées, du même pouvoir que le Pape dans le monde entier, ''l'objet ''de leur pouvoir doctrinal est donc, toutes proportions gardées, le même que celui du Pape : il embrasse la Révélation tout entière et ce qui lui est connexe. Cependant, les Évêques ne jouissant pas individuellement du privilège de l'infaillibilité, il convient que, dans les controverses importantes sur les questions de foi, ils en réfèrent au Souverain Pontife. Ils doivent veiller à la propagation et à la défense de la religion : ce qu'ils font généralement par leurs ''lettres pastorales ''et leurs ''mandements. ''Ils ont le droit et le devoir de prohiber les mauvais livres, les mauvaises publications. Tous les livres qui traitent des questions de fois de morale, de culte et de discipline ecclésiastique doivent dès lors être contrôlés par eux et ne peuvent s'imprimer sans leur approbation, ou ''imprimatur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''412. — 2°''' '''Leur pouvoir de gouvernement. '''— ''a) ''Au point de vue ''législatif, ''l'Évêque gouverne tous les fidèles de son diocèse au for interne et au for externe. Il peut donc porter des lois, préparées ou non en ''synode&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle Synode diocésain la réunion officielle d'une partie du clergé diocésain qui doit avoir lieu dans chaque diocèse, au moins tous les dix ans, pour traiter des questions qui concerne le clergé et le peuple (can. 356). L’Evêque seul a le droit de convoquer et de présider le te synode ; seul y exerce le pouvoir législatif, les autres membres n’ayant que voix consultative. (can. 357, 362)&amp;lt;/ref&amp;gt; ''diocésain, sur tout ce qui concerne la foi, le culte et la discipline : mais il doit toujours agir en dépendance du Souverain Pontife et de la loi commune de l'Église. — ''b) ''Au point de vue ''judiciaire, ''l'Evêque juge en première instance. Il exerce ce pouvoir par ce que l'on appelle ''l’Officialité diocésaine, ''tribunal présidé par un prêtre, appelé ''Officiai, ''qui, sauf des cas exceptionnels, doit être distinct du Vicaire général ''(Can. ''1573 § 1). — c'') ''Ait point de vue ''coercitif, ''l'Evêque peut frapper de peines canoniques et de Censures les délinquants, qui gardent toujours le droit d'en appeler au Métropolitain et au Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Pouvoirs des Évêques pris en corps. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le collège des Évêques, pris dans son ensemble et en union avec le pape, peut être considéré soit ''dispersé ''dans le monde, soit ''assemblé en concile œcuménique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''413. — 1°''' '''Les Évêques dispersés. '''— II n'est pas nécessaire que les Évêques se réunissent en concile général pour être infaillibles. Même dispersés, ils forment le ''corps enseignant ''de l'Église et ne jouissent pas moins de l'infaillibilité. Quand Jésus a promis à ses Apôtres d'être avec eux jusqu'à la fin des siècles, il n'a pas mis la condition qu'eux ou leurs successeurs devaient se réunir à un endroit quelconque pour obtenir son assistance. Du reste, le consentement unanime de l'Église a toujours été reconnu comme une des meilleures preuves de la vérité de la doctrine, et saint Vincent de Lérins a pu poser cette règle qu'il faut croire « ce qui a été cru partout, toujours et par tous ». Au surplus, que les choses doivent être ainsi, la raison nous le dit., ce n'est pas seulement dans des circonstances exceptionnelles, mais en tout temps, que l'épiscopat est chargé de renseignement ; donc, à tout moment, il doit avoir le privilège de l'infaillibilité. Aussi, avant le premier concile œcuménique qui n'a eu lieu qu'au début du IVe siècle (en 325 à Nicée) le ''magistère ordinaire ''du corps épiscopal avait déjà amené le dogme à un haut degré de développement. L'Église enseignait déjà d'une manière ''explicite ''les dogmes de la Trinité et de la divinité de Jésus-Christ, de la Rédemption, de la virginité et de la maternité divine de Marie, les éléments du dogme du péché originel ; elle avait presque fixé sa doctrine sur les principaux sacrements, entre autres, sur le baptême, sur la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, à la fois sacrement et sacrifice, etc. Les conciles qui se tiendront à partir de cette date, ne feront le plus souvent que préciser les points encore discutés et donner une autorité plus ferme à la croyance déjà établie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait ajouter que, dans les premiers siècles, bien des hérésies furent condamnées par les décisions dogmatiques d'un nombre restreint d'Évêques, dispersés dans le monde, ou simplement réunis en concile particulier : provincial ou national.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''414. — 2. Les Évêques réunis en concile'''. — Le concile (lat. ''concilium ''assemblée) œcuménique (gr. ''oihoumenikos, ''universel) est l'assemblée solennelle des évêques de tout l'univers. Deux points nous intéressent ici, à savoir les ''conditions à l’œcuménicité ''d'un concile, et leur ''autorité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. CONDITIONS D'ŒCUMÉNICITÉ. ''— Pour qu'un concile soit œcuménique, il faut : — ''a) ''que tous les évêques du monde y aient été officiellement ''convoqués&amp;lt;ref&amp;gt;De droit divin et ordinaire, doivent être convoqués tous les évoques ayant une juridiction actuelle, c'est-à-dire ceux qui sont préposés à un diocèse et qui s'appellent ordinaires ou résidentiels. Les évêques titulaires, c'est-à-dire ceux qui sont revêtus de la dignité épiscopale, sans avoir de juridiction sur un diocèse, et les Vicaires apostoliques peuvent être convoqués, mais ne le sont pas de droit. Dans les premiers siècles, à cause de la longueur et de la difficulté des voyages, les métropolitains seuls étaient directement convoqués, avec charge pour eux d'amener un certain nombre de leurs suffragants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nos jours, par privilège et en raison de la coutume, sont également convoqués, en dehors des évêques ordinaires : — 1. les cardinaux, même s'ils ne sont pas évêques ; — 2. les abbés et autres prélats ayant juridiction quasi-épiscopale avec territoire séparé ; — 3. les abbés généraux de monastères groupés en congrégations et les supérieurs géné­raux d'Ordres... (Can. 223). A titre consultatif, des théologiens et des canonistes peuvent être admis aux séances, mais sans prendre part au vote. De même, il est arrivé autrefois que les princes catholiques ont été invités à titre honorifique.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais il n'est pas nécessaire et il est matériellement impossible que tous y assistent. Il n'est même pas requis que le chiffre des présents l'emporte sur celui des absents, il suffit qu'il y en ait un assez grand nombre pour représenter moralement l'Église universelle. Dans le cas de doute sur l’œcuménicité d'un concile, il appartient à l'Église de trancher cette question de fait dogmatique (N° 391) ; — ''b) ''que ''le Pape prête son autorité ''au concile. D'où il suit : — 1. que tout concile œcuménique doit être ''convoqué &amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons convoqué par le pape ou de son consentement. C'est qu'en effet l'histoire des huit premiers conciles nous les montre comme convoqués par les empereurs. Ceux-ci agissaient-ils en leur propre nom, ou avaient-ils reçu mandat du Souverain Pontife? Leurs lettres de convocation, leurs déclarations aux conciles où ils disent qu'ils ont convoqué le concile par l'inspiration de Dieu, ainsi que les témoignages des contempo­rains, évêques, conciles, papes eux-mêmes qui leur reconnaissent ce droit, pourraient faire croire au premier abord qu'ils agissaient en dehors des papes. Mais il convient de distinguer entre la convocation matérielle et la convocation formelle. A cause de la diffi­culté des déplacements, de l'insécurité des routes, des multiples dangers et ennuis d'un si long voyage, les évêques auraient hésité à quitter leur résidence ; en outre, les réunions nombreuses étaient interdites par la législation de l'Empire. Seuls les empereurs avaient entre les mains l'autorité et la puissance voulues pour appeler les évêques, les protéger et les dispenser des lois existantes, bref, pour faire la convocation matérielle. Mais les papes n'en restaient pas moins les auteurs de la convocation formelle, dans ce sens qu'en présidant l'assemblée, soit par eux-mêmes, soit plus souvent par des légats, ils l'érigeaient en un corps juridique ayant qualité pour définir les points de dogme et de morale ou pour porter ries lois disciplinaires. &amp;lt;/ref&amp;gt; par le pape ou de son consentement ; — 2. ''présidé ''par lui ou par ses légats ; — 3. que les décrets du concile soient ''ratifiés ''par lui et promulgués par son ordre ''(Can. ''227). Pour cette dernière raison, certains conciles (v. g. le 1er et le 2e de Constantinople) qui n'étaient pas œcuméniques, du fait de leur convocation et de leur célébration, le sont devenus par la ratification subséquente du Pape ; par contre, d'autres conciles, dits œcuméniques, ne le sont pas pour tous leurs décrets, l'approbation du pape ayant fait défaut, comme nous avons eu l'occasion de le constater à propos du 28e canon du concile de Chalcédoine que le pape saint Léon ne voulut pas ratifier (V. N° 370).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415. — B. ''AUTORITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''Le ''concile œcuménique, ''où se trouvent réunis le pape et les évêques, c'est-à-dire la tête et le corps de l'Église enseignante, est l'autorité la plus haute et la plus solennelle qui puisse exister. Il jouit donc de l'infaillibilité dans les définitions de la doctrine sur la foi et les mœurs. Pour être ''valables, ''il n'est pas nécessaire que les décrets conciliaires soient votés à l'unanimité absolue. Ce serait là une condition presque irréalisable. Cette thèse, mise en avant au concile du Vatican par les adversaires de l'infaillibilité pontificale, ne repose sur rien, ni sur l'histoire, ni sur la tradition, ni sur les principes juridiques et rationnels. Il va de soi, en effet, que dans toute assemblée délibérante, dans les conciles par conséquent, les questions doivent être tranchées par la majorité. Il y a lieu cependant de faire une réserve pour les cas où le pape serait avec la minorité, vu que le pape seul a le droit de trancher souverainement les questions. Si la chose se présentait, le décret serait dénommé, avec plus de justesse, décision pontificale, que décision conciliaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les décrets conciliaires ont-ils, dans toute leur teneur, la même autorité doctrinale? Il convient de distinguer, dans les décisions rendues par plusieurs conciles, notamment par les conciles de Trente et du Vatican, une double partie : une partie ''positive, ''représentée par les ''chapitres ''consacrés à l'exposition de la véritable doctrine, et une partie ''négative ''représentée par les ''canons ''où sont condamnées les erreurs contraires. Quelle est la valeur des uns et des autres? Aucun doute n'est possible pour ce qui concerne les ''canons. ''Comme ils portent ''l’anathème&amp;lt;ref&amp;gt;Anathème (du gr. anathêma, objet consacré, séparé). Ce mot, qui, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, a le sens de maudit, est employé par l'Eglise pour désigner l'excommunication, 18 retranchement, la séparation d'avec le corps de l'Eglise.&amp;lt;/ref&amp;gt; contre quiconque contredit la vérité définie par les chapitres, de toute évidence ils constituent une définition infaillible et de foi catholique, qu'on ne peut rejeter sans tomber dans l'hérésie. Les ''chapitres ''doctrinaux contiennent, eux aussi, un enseignement infaillible, mais à côté de la substance de la définition, il y a des ''considérants ''et des ''arguments ''sur lesquels s'appuie la définition. Cette dernière partie n'est pas comprise dans l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''416.— Corollaires'''. — 1. De ce que le concile est la plus haute et la plus solennelle autorité dans l'Eglise, ''faut-il conclure qu'il soit au-dessus du Pape? ''La théorie de la supériorité du concile, dont l'origine doit être reportée au moment du grand schisme d'Occident, fut soutenue par Pierre d'Ailly, par Gerson (xve siècle) et par les ''gallicans ''du xvii» siècle ; elle trouva sa formule dans le deuxième article de la ''Déclaration de ''1682 (V. N° 398, ''n.'') et dans la troisième proposition du ''Synode de Pistoie. ''Combattue par la grande majorité des théologiens, repoussée par le Saint-Siège qui rejeta, en particulier, les articles de 1682 et les erreurs du Synode de Pistoie, elle fut définitivement condamnée par le concile du Vatican qui définit l'infaillibilité pontificale (V. N° 399). De cette définition il ressort : 1) que l'autorité du Pape seul est ''égale ''a l'autorité du concile, si l'on entend par là l'assemblée du collège épiscopal, y compris le pape, et — 2) qu'elle est ''supérieure ''à l'autorité du corps épiscopal, d'où serait retranché le pape, c'est-à-dire la tête de l'Église. L'on ne peut donc pas appeler du pape à un concile général, puisque les deux autorités sont égales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417. — 2. ''UTILITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''II y a lieu de se demander à quoi peuvent servir les conciles œcuméniques du moment que l’ensemble des évêques dispersé, et uni avec le pape, ne présentent pas une garantie supérieure d’infaillibilité. Bien qu’ils ne soient pas nécessaires&amp;lt;ref&amp;gt;Non seulement les conciles œcuméniques ne sont pas nécessaires, mais il y a eu des époques de l'histoire de l'Eglise où ils ont été très rares. Nous avons déjà dit qu'il n'y en a pas eu Jusqu'en 325. Entre le huitième et le neuvième conciles, il y eut, comme on le verra au numéro suivant, plus de deux siècles et demi, et plus de trois siècles entre le concile de Trente et celui du Vatican.&amp;lt;/ref&amp;gt;, les conciles œcuméniques n’en restent pas moins très ''utiles ''pour les raisons suivantes : — 1) Tout d'abord, l'avis des évêques peut ''aider beaucoup à la connaissance de la vérité. ''Il faut bien se rappeler en effet que l'infaillibilité ne se confond ni avec l'inspiration ni avec la révélation, et que, si elle est l'inerrance de droit, elle ne dispense nullement du travail et de l'étude. — 2) ''La sentence ''qui proclame la foi et condamne l'erreur ''aura d'autant plus de poids, ''et sera d'autant mieux acceptée des fidèles qu'elle aura été prononcée par l'ensemble du corps enseignant. — 3) Au point de vue ''disciplinaire, ''le pape portera des lois d'autant plus opportunes et plus efficaces que, par l'intermédiaire des évêques, il sera mieux au courant des erreurs et des abus qui se trouvent dans l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces différents points de vue, les conciles sont d'une utilité indiscutable. Ils ne sont pas ''absolument ''nécessaires, comme les Jansénistes le prétendaient, mais il peut arriver qu'ils soient ''relativement ''et ''moralement ''nécessaires dans les cas où l'unité de l'Église serait mise en péril, par le fait du pape lui-même, qui deviendrait hérétique, en tant que docteur privé, ou pécheur scandaleux (V. N° 399, n. 3) et surtout dans le cas où 1 élection d'un pape serait douteuse, comme la chose s'est présentée lors du grand schisme d'Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''418. — 3. ''SÉRIE CHRONOLOGIQUE DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. '''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on compte généralement jusqu'à notre époque dix-neuf conciles&amp;lt;ref&amp;gt;Bien que les auteurs disent vingt, comptant parmi les conciles œcuméniques le Concile de Constance (1414-1418) qui se tint alors lors du grand schisme d’occident et qui remplit les conditions d’œcuménicité du Concile qu’après l’élection de Martin V par le même concile (1417)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les voici dans leur ordre avec quelques indications sur leur objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''premier Concile de Nicée, ''en 325, réuni par Constantin sous le pontificat de saint Sylvestre, il définit contre Arius la consubstantialité du Verbe, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ, sanctionna solennellement les privilèges des trois sièges patriarcaux de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, et étendit à toute l'Église la coutume de l'Église romaine, quant à la date de la célébration de la fête de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''premier Concile de Constantinople, ''en 381, sous le pape Damase et l'empereur Théodose le Grand, définit contre Macédonius de Constantinople la divinité du Saint-Esprit. Ce concile qui n'était œcuménique ni par sa convocation ni par sa célébration, puisque le pape n'y avait été ni invité ni associé, n'acquit l'autorité et le rang de concile œcuménique que plus tard par la reconnaissance et l'adhésion de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le ''Concile d'Éphèse, ''en 431, sous le pontificat de Célestin I et le règne de Théodose le Jeune, définit contre Nestorius l'unité de personne dans le Christ et la maternité divine de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Le ''Concile de Chalcédoine, ''en 451, sous saint Léon le Grand et l'empereur Marcien, condamna l'eutychianisme et définit la dualité de natures en Jésus-Christ. Le 28e canon de ce concile qui attribuait au patriarche de Constantinople la première place après celui de Rome, n'a jamais été confirmé par le pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Le ''deuxième de Constantinople, ''en 553, condamna, comme entachés de Nestorianisme, ce que l'on appela les ''Trois-Chapitres, ''c'est-à-dire Théodose de Mopsueste et ses ouvrages, les écrits de Théordoret de Cyr contre Saint Cyrille et le concile d’Ephèse, la lettre d’Ibas d’Edesse injurieuse pour le concile et saint Cyrille. Célébré sans la participation et malgré opposition du Pape Vigile, il n’est devenu œcuménique que par l'accession subséquente du Pontife.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''Le troisième de Constantinople, ''en 680, condamna le monothélisme, ses défenseurs et ses fauteurs, entre autres, le pape Honorius coupable de négligence dans la répression de l'erreur. Convoqué sous Agathon, il ne fut confirmé que par son successeur Léon II qui approuva le décret conciliaire, en l'interprétant, quant à Honorius, dans le sens que nous avons indiqué au N° 339.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Le ''deuxième de Nicée, ''en 787, sous la régence de l'impératrice Irène et le pontificat d'Hadrien Ier, définit contre les iconoclastes la légitimité du culte des images, en faisant la distinction traditionnelle entre ce culte de vénération et celui d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Le ''quatrième de Constantinople, ''en 869-870, sous Hadrien II, prononça la déposition de l'usurpateur Photius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. Le ''premier Concile de Latran, ''en 1123, le premier des conciles œcuméniques d'Occident, sous le pape Calixte II, prit des mesures sévères contre la simonie et l'inconduite des clercs et approuva le concordat de Worms intervenu entre Calixte II et l'empereur Henri V, au sujet des investitures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. Le ''deuxième Concile de Latran, ''en 1139, sous Innocent II, édicté des mesures disciplinaires concernant le clergé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. Le ''troisième de Latran, ''en 1179, sous Alexandre III, condamne les Cathares et règle le mode d'élection des papes, en déclarant validement élu le candidat qui aura réuni les deux tiers des voix des cardinaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12. Le ''quatrième de Latran, ''en 1215, sous Innocent III. L'un des plus importants conciles, il condamne les Albigeois et les Vaudois; il fixe la législation ecclésiastique sur les empêchements de mariage, et impose à tous les fidèles l'obligation de la confession annuelle et de la communion pascale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
13. Le ''premier Concile de Lyon, ''en 1245, sous Innocent IV, régla la procédure des jugements ecclésiastiques et prononça la déposition de l'empereur Frédéric II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14. Le ''deuxième de Lyon, ''convoqué en 1274. par Grégoire X, rétablit l'union avec les Grecs qui, outre la légitimité du Filioque, reconnurent la primauté du pape et la doctrine catholique de l'Église latine enseignant l'existence du Purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
15. Le ''Concile de Vienne, ''en 1311-1312, sous Clément V, décide la suppression de l'ordre des Templiers, et définit que l'âme raisonnable est la forme substantielle du corps humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16. Le ''Concile de Baie-Ferrare-Florence ''(1431-1442), convoqué par Eugène IV, eut pour objectifs principaux la réforme de l'Eglise et un nouvel essai de réconciliation des Églises latine et grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
17. Le ''cinquième Concile de Latran, ''convoqué par Jules II, en 1512, et continué par son successeur Léon X jusqu'en 1517, avait pour but primaire la réforme du clergé et des fidèles. Il publia quelques décrets concernant les nominations aux charges ecclésiastiques, le genre de vie des clercs et des laïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
18. Le ''Concile de Trente, ''convoqué par Paul III et ouvert dans cette ville en 1545, transféré deux ans plus tard à Bologne, suspendu bientôt après, puis réinstallé à Trente par Jules III en 1551, interrompu à nouveau, puis repris et terminé sous Pie IV en 1563 a eu pour but de combattre les erreurs protestantes. Il est le plus célèbre par le nombre et l'importance de ses décrets dogmatiques et disciplinaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
19. Le ''Concile du Vatican, ''convoqué par Pie IX, inauguré le 8 décembre 1869 et suspendu le 20 octobre 1870, n'a pu tenir que quatre sessions. Aucun souverain catholique n'a été autorisé à s'y faire représenter officiellement. Il a condamné, d'une part, dans sa Constitution ''Dei Filius, ''les erreurs contemporaines sur la foi et la révélation, et il a défini, d'autre part, dans la constitution ''Pastor aeternus ''les dogmes de la primauté et de l'infaillibilité personnelle de Pierre et de ses successeurs&amp;lt;ref&amp;gt;Voir, pour toute cette question, Forget, art. Conciles (Dict. Vacant-Mangenot)&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''419. — Conclusion. — L'Église, société parfaite. '''— De l'étude que nous venons de faire sur sa constitution intime, il est permis de conclure que l'Église est une ''société parfaite. .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par ''société parfaite ''toute société qui ne dépend d'aucune autre, tant dans la ''fin ''qu'elle poursuit que dans les ''moyens ''qui lui sont nécessaires pour atteindre cette fin. Au contraire, la société ''imparfaite ''est colle qui est subordonnée à une autre et qui n'a de pouvoirs que ceux que cette autre veut bien lui concéder. Ainsi, les Sociétés de chemins de fer, de mines, etc., sont des sociétés imparfaites, vu qu'elles sont subordonnés à l'État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ''l'Église soit une société parfaite, ''cela découle de son origine et de sa nature : — a) de son ''origine. ''C'est de la volonté de Jésus-Christ, de la volonté de Dieu, par conséquent, que l'Église est née. Ne dépendant dans son existence d'aucune volonté humaine, il s'ensuit qu'elle ne peut être subordonnée a aucun pouvoir civil : elle est, de par son origine, une société autonome et indépendante ; — b) de sa ''nature. ''L'Église est une société ''d'ordre spirituel, ''puisque Jésus-Christ lui a donné la mission et les pouvoirs de conduire les hommes à leur fin surnaturelle. Mais, si elle est une société d'ordre spirituel, il est évident qu'elle ne peut recevoir d'aucune société d'ordre temporel les moyens dont elle a besoin pour sa fin surnaturelle ; ses pouvoirs ne peuvent dépendre de l'autorité civile comme s'ils eu étaient une dérivation ou une participation. II ne faut donc pas s'étonner que l'Église ait toujours revendiqué cette prérogative d'être une société parfaite et que maintes fois elle ait affirmé son indépendance du pouvoir civil, comme elle l'a fait, en particulier, en condamnant les propositions suivantes du Syllabus : « L'Église n'est pas une vraie et parfaite société pleinement libre et ne jouit pas de droits propres conférés par son divin fondateur ; c'est au pouvoir civil à définir ses droits et les limites dans lesquelles elle peut les exercer » ''(Prop., ''xix). « Le pouvoir ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement. » ''(Prop., ''xx). Les Pères du ''Concile du Vatican ''(1870) ont condamné de nouveau l'opinion selon laquelle le Saint-Siège ne pourrait exercer ses pouvoirs de gouvernement sans le placet du pouvoir civil ''(Const. I de l’Église du Christ, ''ch. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église; ''Ortolan, art. ''Canonisation ; ''Quilliet, art. ''Censures doctrinales ; ''Ortolan, art. ''Conclave ; ''Forget, art. ''Congrégations romaines, ''art. ''Conciles. ''— Du Dict. d'Alès : Forget, art. ''Curie romaine ''(Cardinaux) ; Choupin, art. ''Curie romaine ''(Congrégations). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Palmieri, ''De Romano Pontifice ''(Rome). — Choupin, ''Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Boudinhon, ''Primauté, Schisme et Juridiction, ''dans la Rey. Le Canoniste contemporain, fév. 1896. — Demeurant, ''L'Église, Constitution, Droit public ''(Beauchesne). — Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Constitution de l'Église (suite). Les Droits de l'Église. Relation de l'Église et de l'État. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Société d'ordre ''spirituel, ''l'Église est, de par son origine et sa nature, une société parfaite : telle ost la conclusion à laquelle nous avons abouti dans le chapitre précédent (N° 419). Deux points restent à établir : 1° les ''droits ''de l'Église ; et 2° les ''relations de V Église et de l'État. ''Ce chapitre comprendra donc deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Les Droits de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420. — Société ''parfaite, ''l'Église est indépendante dans son existence et dans l'exercice de ses pouvoirs : de là découlent tous ses ''droits. ''Mais comment déterminer ces droits ? Il suffit, pour cela, de nous rappeler que tout pouvoir légitime entraîne comme conséquences des droits correspondants, et d'autre part, que l'Église a reçu de son divin fondateur la triple mission d'enseigner, de sanctifier et de gouverner. L'Église possède donc tous les droits qui sont en corrélation avec sa mission et avec son triple pouvoir doctoral, de ministère et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir de ''ministère ''implique le ''droit d'administrer les sacrements. ''L'Église ayant reçu de Notre-Seigneur la mission et le pouvoir de sanctifier, l'État doit lui laisser toute liberté d'administrer les sacrements et d'exercer le culte selon les règles de sa liturgie. Comme ce droit ne lui est guère contesté, nous ne nous y arrêterons pas autrement. Nous nous bornerons donc à étudier, dans doux paragraphes, les droits de l'Église qui sont dérivés de ses deux pouvoirs d'enseigner et de gouverner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les droits de l'Église dérives de son pouvoir doctoral. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421. — Il est permis de poser en principe général que, en vertu du pouvoir doctoral qu'elle tient de Notre-Seigneur, l'Église a le ''droit d'enseigner ''partout la doctrine chrétienne. Jésus-Christ a dit, en effet, à ses Apôtres : « Allez, ''enseignez ''toutes les nations. » Et comme cet ordre embrasse tout l'univers, il s'ensuit que l'Église a le droit de s'établir partout et que son magistère n'est limité ni dans le temps ni dans l'espace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la charge qui incombe à l'Église d'enseigner la doctrine du Christ découle un double droit et un double devoir : le premier, de caractère positif et direct qui est de donner elle-même l'enseignement religieux, — ce qui pose ''la question de l'École, ''— le second, négatif et indirect, qui est de proscrire les doctrines contraires à la sienne, ce qui nous ramène à la ''question de l'Index.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''422. — Le droit d'enseigner. La question de l'École'''. — Remarquons, tout d'abord, qu'il n'est question ici que des enfants qui, du fait de leur baptême, font partie du corps de l'Église. Or, parmi eux, il convient de distinguer une double classe de sujets : les ''clercs ''et les ''laïques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Relativement Aux Clercs,'' ou plutôt, à ceux qui se préparent à devenir les ministres de l'Évangile, il va de soi que l'Eglise a le droit de les recruter, de leur ouvrir des écoles spéciales ''(séminaires), ''où elle puisse entretenir les vocations, leur donner l'instruction et l'éducation appropriées aux fonctions auxquelles ils se destinent. C'est « aux Évêques seuls, dit Léon XIII, dans l'Encyclique ''Jampridem, ''que revient le droit et le devoir d'instruire et de former les jeunes gens que Dieu appelle pour en faire ses ministres et les dispensateurs de ses mystères. C'est de ceux à qui il a été dit : ''enseignez toutes les nations, ''que les hommes doivent recevoir la doctrine religieuse ; à combien plus forte .raison appartiendra-t-il aux Évêques de donner l'aliment de la saine doctrine, comment et par qui ils jugeront convenable, à ces ministres qui seront le sel de la terre et tiendront la place de Jésus-Christ parmi les hommes... Les chefs de gouvernement souffriraient-ils jamais que les jeunes gens placés dans les institutions militaires pour y apprendre l'art de la guerre, eussent d'autres maîtres que ceux qui excellent en cet art ? Ne choisit-on pas les plus habiles guerriers pour former les autres à la discipline des armes et à l'esprit militaire?... Voilà pourquoi, dans les concordats passés entre les Pontifes romains et les chefs des États, à différentes époques, le Siège apostolique veilla, d'une manière spéciale, au maintien des séminaires et réserva aux Évêques le droit de les régir, à l'exclusion de toute autre puissance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chargée de la formation de ses ministres, l'Église a le droit d'obtenir du pouvoir civil qu'il ne les astreigne pas à des obligations incompatibles avec leur vocation, telles que le ''service militaire. ''Cette ''immunité&amp;lt;ref&amp;gt;On entend par immunité le droit en vertu duquel les ecclésiastiques sont exempts de certaines obligations communes. L'immunité est personnelle, ou locale, ou réelle: — 1. personnelle, si elle s'attache à la personne, v. g. l'exemption du service militaire, le privilège du for ecclésiastique (N° 432), le privilège du canon qui, déclarant la personne des clercs inviolable, défend de les frapper sous peine d'excommunication ; — 2. locale, si elle s'attache à un lieu : églises, cimetières, etc. Ainsi, le droit d'asile était le privilège en vertu duquel ceux qui jadis se réfugiaient dans une église, ne pouvaient être saisis par le bras séculier sans le consentement de l'autorité ecclésiastique ; — 3. réelle, si elle s'attache aux choses. Par exemple, les biens' ecclésiastiques étaient autrefois exempts des charges et impositions communes.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui a été l'objet des attaques les plus passionnées, se légitime pourtant très bien au double point de vue du droit ecclésiastique et du droit naturel : — ''a) ''Au point de vue du ''droit ecclésiastique, ''la chose ne fait pas de doute. De nombreux canons de l'Église proclament ce droit et vont même plus loin puisqu'ils interdisent aux ecclésiastiques, sous peine de censure, le port des armes et l'effusion du sang humain ; — b) au point de vue du ''droit naturel, ''le bien-fondé de l'immunité est tout aussi incontestable. Si l'État a le devoir de lever une armée et d'exiger le service obligatoire, tant pour maintenir le bon ordre à l'intérieur que pour résister aux attaques de l'ennemi, il a un autre devoir non moins impérieux, qui est de pourvoir aux besoins religieux de la nation. Or cela suppose, d'une part, l'existence du clergé, puisque le clergé est indispensable pour enseigner la doctrine et pratiquer le culte, et d'autre part, l'exemption du service militaire pour la. bonne raison que celui-ci présente un gros obstacle au recrutement sacerdotal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cela l'on ''objecte, ''il est vrai, que la caserne est une meilleure école que le séminaire, pour faire l'apprentissage de la vertu, et qu'elle est un excellent moyen d'éprouver et de rejeter les vocations mal affermies. Sans nier ce qu'il peut y avoir de juste dans cette objection, il n'en est pas moins faux de prétendre qu'une vocation n'est solide qu'autant qu'on l'a exposée aux plus dangereuses épreuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''encore, au nom du fameux principe de ''l’égalité ''que, si les clercs participent aux avantages de la vie sociale, il convient qu'ils prennent aussi leur part des charges communes. Le raisonnement paraît impeccable, mais il s'agit de savoir précisément si le clergé ne porte point sa part du fardeau commun. L'Église pense, au contraire, que ses prêtres rendent à la société, par leur ministère, des services plus grands que ceux qu'ils rendraient comme soldats. Sans doute, il faut des soldats contre les ennemis du dehors ; il n'en faut pas moins, mais d'une autre sorte, pour résister aux ennemis du dedans: pour lutter contre la propagation des idées fausses et subversives, contre l'impiété et la corruption des mœurs. Et pour se préparer à cette mission, les sacrifices du prêtre qui, à partir du séminaire, abdique sa liberté et renonce aux joies du monde et de la famille, dépassent certainement en grandeur ceux des soldats. Nous pouvons donc conclure que l'exemption du service militaire, longtemps reconnue à l'Église comme un droit, n'était nullement un privilège excessif dont il y ait lieu de s'étonner ou de se scandaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
423. — B. ''RELATIVEMENT AUX LAÏQUES. ''— A aucun point de vue, l'Église ne peut se désintéresser des écoles, même laïques.— 1. S'il s'agit en effet de ''l'instruction religieuse, ''c'est à elle qu'en incombe le soin, et personne ne peut lui en contester le droit. — 2. S'il s'agit de ''toute autre branche, ''sur le terrain de la littérature, de l'histoire et des sciences, elle a le droit et le devoir de veiller à ce qu'on n'enseigne rien qui soit en opposition avec sa doctrine, avec son dogme et sa morale. Dans le cas où les écoles sortiraient de leur neutralité légale et deviendraient hostiles, elle devrait élever la voix, rappeler aux parente le devoir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui leur incombe, d'élever ou faire élever ''chrétiennement ''leurs enfants, et protester auprès des maîtres qui trahissent leur mission. Allons plus loin. L'Église, comme toute autre personne qui remplit les conditions voulues, doit jouir de la liberté d'ouvrir elle-même des écoles&amp;lt;ref&amp;gt;En raison des services qu'elle rend à la société, elle a même le droit de réclamer l'aide morale et pécuniaire de l'État (répartition proportionnelle scolaire) et le retrait des lois interdisant aux Congrégations religieuses d'enseigner.&amp;lt;/ref&amp;gt; : primaires, secondaires et supérieures (universités). A quel titre l'enseignement pourrait-il devenir le ''monopole ''de l'État? Est-ce que, de ''droit naturel, ''les enfants n'appartiennent pas aux parents d'abord, à la société ensuite? N'est-ce pas à ceux qui ont donné la vie du corps qu'il revient de former l'intelligence et de faire l'éducation de l'esprit? Mais s'il est vrai que l'instruction est une fonction des parents, et si, par ailleurs, ceux-ci ne peuvent que rarement remplir leur charge par eux-mêmes, il s'ensuit qu'ils ont le droit de se faire suppléer par des maîtres de leur choix. Là seulement, commencent les droits et les devoirs de l'État : c'est à lui de surveiller l'enseignement donné par la famille ou ses représentants, et de s'assurer s'il est conforme au bien commun, s'il ne porte aucune atteinte aux vérités religieuses, s'il est en harmonie avec les aspirations des parents, pourvu que ces dernières soient légitimes, s'il ne viole en rien les idées les plus sacrées et ne va pas contre les droits de Dieu et de la patrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''424. — Le droit de censurer les livres. L'Index.''' — L'Église ne remplirait qu'imparfaitement son rôle de gardienne de la foi si elle ne pouvait condamner les mauvaises doctrines ; d'où son double droit : — 1° « ''d'interdire ''aux fidèles ''d'éditer ''des livres non soumis préalablement à sa censure et approuvés par elle, et — 2° de ''prohiber ''pour de justes raisons les livres déjà édités » ''(can. ''1384, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du second droit découle ''l'origine de l'Index. ''On appelle ''Index ''le catalogue des livres condamnés par le Saint-Office comme nuisibles à la foi ou aux bonnes mœurs, et dont la lecture et la détention sont défendues aux fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'origine ''de l'Index, en ''tant que ''catalogue, ''remonte au xvie siècle. C'est seulement quand, par l'invention de l'imprimerie, les livres en général et les mauvais livres en particulier, se multiplièrent, que l'Église sentit le besoin de surveiller plus attentivement les productions littéraires. Nous trouvons la première ébauche de l'Index dans un catalogue de livres prohibés, dressé par les ordres de Paul IV en 1557 d'abord, puis en 1559 ; mais la véritable institution de l'Index date du ''concile de Trente ''et de Pie IV, qui promulgua un catalogue avec un ensemble de règles concernant la publication, la lecture et la détention des ouvrages répréhensibles (1564). Ces règles ont été plusieurs fois retouchées par différents papes, et, en dernier lieu, par Léon XIII, qui, dans sa Constitution apostolique ''Officiorum ac Munerum ''(fév. 1897), porta des ''Décrets généraux ''sur la prohibition et la censure des livres. Le Saint-Siège ne pouvant connaître tous les livres pernicieux qui sont édités dans le monde entier, Léon XIII&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui attaquent, à l'occasion, la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ''ex professo ''de la religion, à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui édicta un certain nombre de ''règles générales ''qui condamnent en bloc tous les mauvais livres, règles qui forment le ''canon ''1399 du ''Code.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Sont prohibés par le droit : — 1. les éditions du texte original... de la Sainte Ecriture, ainsi que les traductions faites ou éditées en n'importe quelle langue par les acatholiques ; — 2. les livres des écrivains qui soutiennent l'hérésie, le schisme ou cherchent à ébranler en quelque façon les fondements delà religion ; — 3. les livres qui attaquent la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ex professo de la religion, à moins à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui racontent des apparitions nouvelles, des révélations, des visions, des prophéties, ou qui cherchent à introduire des dévotions nouvelles, même sous prétexte qu'elles sont privées, s'ils ont été publiés, sans tenir compte des prescriptions canoniques ; — 6. les livres attaquant ou raillant quelque dogme catholique, soutenant des erreurs condamnées par le Saint-Siège, blâmant le culte catholique, cherchant à ruiner la discipline ecclésiastique, outrageant à l'occasion la hiérarchie ecclésiastique, l'état clérical ou religieux ; — 7''. ''les livres enseignant ou recommandant une superstition quelle qu'elle soit, les sortilèges, la divination, la magie, l'évocation des esprits et autres choses du même genre ; — 8. les livres proclamant que le duel, le suicide ou le divorce sont licites ; les livres qui, traitant des sectes maçonniques ou autres semblables, prétendent qu'elles sont utiles et inoffensives pour l'Eglise et la société civile ; — 9. les livres traitant ''ex professo ''de choses lascives ou obscènes, les racontant, les enseignant ; — 10. les éditions de livres liturgiques approuvés jadis par l'Eglise mais qui, par suite de certains changements intervenus, ne concordent pas avec les éditions authentiques actuellement approuvées par le Saint-Siège ; — 11. les livres publiant des indulgences apocryphes, proscrites, ou révoquées ; — 12. les images, quel que soit leur mode d'impression, de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie, des anges, des saints ou des autres serviteurs de Dieu qui ne cadrent pas avec le sentiment et les décrets de l'Eglise ''(Can. ''1399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette liste de livres condamnés d'une manière générale, il faut ajouter tous les livres désignés ''nommément ''au catalogue de l'Index. A ce sujet, il convient de remarquer que les rigueurs de l'Index ont été adoucies. Autrefois, des condamnations globales étaient portées contre toutes les productions d’un auteur dont les tendances étaient reconnues mauvaises. Ces prohibitions faites ''en haine de l’auteur, ''ont disparu de la récente édition de l'Index.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Usage. — Ceux-là seuls peuvent lire et garder les livres condamnés, qui en ont reçu régulièrement l'autorisation du Saint-Siège ou de ses représentants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les libraires ne peuvent ni vendre, ni prêter, ni garder les livres qui traitent ''ex professo ''de choses obscènes ; quant aux autres livres condamnés, ils ne peuvent les vendre qu'avec l'autorisation du Saint-Siège, et seulement à ceux qu'ils croient prudemment avoir le droit légitime de les acheter ''(can. ''1404).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Les Ordinaires, et tous ceux qui ont le soin des âmes doivent opportunément avertir les fidèles du danger et du mal de la lecture des mauvais livres, surtout des livres condamnés. » ''(Can. ''1405, § 2.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quiconque lit sciemment, sans l'autorisation du Saint-Siège, des livres d'apostats ou d'hérétiques, soutenant&amp;lt;ref&amp;gt;Les livres qui contiennent des propositions hérétiques, mais sans que l'auteur les soutienne et s'efforce de les faire admettre par le raisonnement, ne tombent donc pas sous le coup de l'excommunication.&amp;lt;/ref&amp;gt; une hérésie, ainsi que les livres nommément condamnés, de n'importe quel auteur ; quiconque garde ces livres, les imprime ou s'en fait le défenseur, encourt ''ipso facto ''l'excommunication réservée spécialement au Souverain Pontife. » ''(Can. ''2318.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur de l'Index découle de ce qui a été dit précédemment (N° 402) au sujet de l'autorité en général des décisions des congrégations, de celles du moins qui reçoivent l'approbation du pape dans la forme commune. N'étant pas des actes du Souverain Pontife, elles ne sont pas des décisions infaillibles ; mais elles exigent néanmoins de la part des fidèles plus qu'une soumission extérieure, plus que le respect du silence; elles ont droit à un assentiment prudemment et provisoirement terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''425. —Objection. '''— Bien des critiques ont été élevées contre l'Index. Au nom des grands principes modernes : liberté de conscience, liberté d'opinions, liberté de parole et d'écrit, l'on attaque la législation de l'Église et le droit qu'elle revendique de défendre l'usagé de certains livres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Le ''droit de l'Église de proscrire ''les livres dangereux, repose sur la Sainte Écriture, sur la tradition et sur la raison : — 1) ''Sainte Écriture. ''Comme nous l'avons vu (N° 310), l'Église a reçu de Jésus-Christ la mission d'enseigner la doctrine du Christ. De là dé ouïe pour elle le devoir, non seulement de prêcher la ''vraie ''doctrine, mais de s'opposer à tout ce qui pourrait ''entraver ''la conservation de la vérité intégrale: elle a donc plus que le droit, elle a le devoir de flétrir et de condamner les livres impies ou immoraux. — 2) ''Tradition. ''La pratique de l'Église, encore que, sous, sa forme actuelle, elle date seulement du XVIe siècle, remonte aux origines du christianisme. Saint Paul met son disciple Timothée en garde contre les discours profanes et vains qui font des ravages comme la gangrène (II ''Tim., ''II, 16, 17), recommandation qui doit s'entendre autant et plus encore des discours écrits. Il est dit, en outre, dans les ''Actes ''(xix, 19) que, à la suite de ses prédications à Éphèse, « beaucoup de ceux qui s'étaient adonnés aux superstitions dangereuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le peuple ». Depuis les Apôtres, les ''Pères ''de l'Église, les ''conciles ''et les ''papes ''n'ont jamais cessé de stigmatiser les mauvais livres, ainsi que le rappelle Léon XIII dans sa constitution « ''Officiorum ''» : « L'histoire, dit il, atteste le soin et le zèle vigilant des Pontifes romains à empêcher la libre diffusion des ouvrages hérétiques, véritable calamité publique. L'antiquité chrétienne est pleine de ces exemples. Anastase 1er condamna rigoureusement les écrits dangereux d'Origène ; Innocent Ier ceux de Pelage, et Léon le Grand tous ceux des manichéens... De même, dans le cours des siècles, des sentences du Siège Apostolique ont frappé les livres funestes des monothélites, d'Abélard, de Marsile de Padoue, de Wicleff et de Huss. »&amp;lt;ref&amp;gt;Cet argument de la tradition peut fournir la matière de longs développements. L'on pourrait faire remarquer, par exemple : — 1. que la pratique de l'Eglise catholique se retrouve dans d'autres sociétés religieuses. Ainsi, chez les Juifs, la lecture de plusieurs livres de l'Ancien Testament (Genèse, Cantique des Cantiques, etc.) était interdite aux jeunes gens, à cause des périls que certains passages pouvaient faire courir à des imagi­nations encore trop jeunes pour découvrir le vrai sens du texte ; — 2. que les protes­tants eux-mêmes ont prohibé les doctrines opposées aux leurs. Ne sait-on pas que les disciples de Luther jetaient l'anathème sur les écrits des zwingliens et des calvinistes et que ces derniers usaient de réciproque à l'égard des luthériens? — 3. que la société païenne n'était pas moins sévère sur ce point. N'est-il pas rapporté, dans Cicéron (De natura Deorum, liv. I, chap 23) que pour avoir écrit cette simple phrase « Que les dieux existent c’est ce que je ne peux affirmer ni nier » Protagoras d’Abdère fut banni du territoire d’Athènes et son livre brûlé sur l’agora ?&amp;lt;/ref&amp;gt; — 3) ''Raison. ''I1 est évident que la doctrine qui revendique, au nom de la liberté, le droit illimité pour tout individu, de soutenir sur toutes les questions l'opinion qu'il lui plaît, est une doctrine absurde, déraisonnable et anarchique. Ce serait en effet mettre sur le même pied le bien et le mal, le juste et l'injuste, le vrai et le faux, la vertu et le vice. Aucune société ne s'accommoderait de tels principes ; quelque loin que puisse aller son amour de la liberté, il y a cependant des limites qu'elle n'oserait dépasser. Pourquoi s'étonner alors que l'Église, qui est une société parfaite, qui a pour ses sujets la sollicitude d'une mère, prenne le plus grand soin à écarter le poison qui menace l'âme de ses enfants!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les Droits de l'Église dérivés de son pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
426. — Parmi les principaux droits que l'Église détient de son pouvoir de gouvernement, il convient de citer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le droit d'organiser sa hiérarchie'''. — Qu'il s'agisse des ''ministres ''eux-mêmes ou des ''territoires ''à administrer, il est clair que l'Église a le droit de revendiquer une indépendance complète. Elle est libre de ''choisir ''ses ministres, comme elle l'entend, et de leur assigner les ''contrées ''à évangéliser. Elle peut, par conséquent, diviser le territoire en circonscriptions plus ou moins grandes, provinces, diocèses, paroisses, et, si elle le juge à propos, modifier les divisions anciennes et en former de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans le cours des siècles, l'Église ait varié dans le mode d'organiser sa hiérarchie, qu'il lui soit arrivé, par exemple, d'accorder au peuple ou aux chefs d'État le privilège ''d'intervenir ''et de ''désigner ''eux-mêmes le candidat, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ce sont là autant de concessions que l'Église a faites en raison des avantages que par ailleurs elle en retirait. Il est bien certain, en effet, pour ne prendre qu'un exemple, que l'élection des ministres sacrés par le peuple, avait le double avantage de désigner, tout au moins d'une manière générale, le candidat le plus digne ''(vox populi vox Dei) ''et, en tout cas, celui qui devait être le mieux agréé. De toute façon, de telles concessions n'ont jamais rien retranché et ne retrancheraient rien, si elles étaient faites à nouveau, au droit imprescriptible que l'Église possède de nommer elle-même ses pasteurs et de leur donner l'institution canonique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''427. — 2° Le droit de fonder des Ordres religieux.''' — Deux côtés sont à considérer dans la fondation des Ordres religieux : le côté ''spirituel ''et le côté ''temporel. ''Le premier, qui consiste dans le choix d'un genre de vie le plus propre à l'observation des conseils évangéliques, rentre dans les droits de l'Église. Indubitablement, c'est à elle qu'il revient de régler la forme suivant laquelle il convient de pratiquer les conseils évangéliques. Le côté temporel, puisque aucune association terrestre, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait s'en désintéresser, est du ressort du pouvoir civil, mais celui-ci a le devoir de traiter ces questions, d'accord avec l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''428. — 3° Le droit de posséder&amp;lt;ref&amp;gt;Voici, à propos du pouvoir de posséder, les propositions condamnées dans le Syllabus : Prop. XXVI. « L'Église n'a pas le droit naturel et légitime d'acquérir et de posséder. Prop. XXVII. « Les ministres sacrés de l'Église et le Pontife romain doivent être absolument exclus de tout soin et domaine sur les choses temporelles. » Prop. LXXV. « Les fils de l'Église chrétienne et catholique discutent entre eux, sur la compatibilité de la royauté temporelle avec le pouvoir spirituel. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. — Quoique d'ordre spirituel, l'Église n'en reste pas moins une société d'hommes qui ne peuvent vivre ni pratiquer leur religion s'ils ne possèdent des biens temporels. L'Église, en effet, doit pourvoir à l'entretien de ses ministres et de ses temples ; elle doit subvenir aux frais du culte et assister les pauvres. Elle doit donc jouir de la capacité juridique ''d'acquérir ''des biens et de les ''administrer. ''Pourquoi ne pourrait-elle pas acquérir et posséder réellement les biens matériels qui lui sont nécessaires pour atteindre la fin qu'elle poursuit? Qui oserait prétendre que le fait d'être membre d'une association religieuse, dépouille un homme de ses droits naturels? Et si l'Église a le droit d'acquérir les biens temporels, pourquoi ne jouirait-elle pas du droit de les administrer librement, tout aussi bien que les autres personnes morales : départements, communes, hôpitaux, auxquels on ne conteste pas ce droit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''contre le droit de propriété que, les biens de l'Église étant des ''biens de mainmorte, ''ils causent à l'État et à la société un préjudice très grave, car, du fait qu'ils sont rarement aliénés et jamais transmis, ils échappent aux droits de mutation. — L'objection ne vaut pas, attendu que l'État, d'un côté, peut toujours limiter l'étendue du droit d'acquisition, et de l'autre, qu'il sait remplacer les impôts de mutation par d'autres non moins lourds. C'est ainsi qu'en France les propriétés des religieux ont été frappées du « ''Droit d'accroissement», ''qui constitue un impôt d'exception dépassant plusieurs fois les impôts qu'ont à payer les sociétés anonymes, industrielles, commerciales, ou financières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE. ''— Au droit de posséder se rattache la question du pouvoir temporel des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''pouvoir temporel de la Papauté ''est une des questions sur lesquelles la doctrine de l'Église a été souvent et âprement discutée. Ses adversaires représentent le pouvoir temporel comme une ''usurpation, ''et comme le fruit de l'ambition des papes, fis le disent ''incompatible avec le pouvoir spirituel ''et en opposition avec les paroles de Jésus-Christ qui a proclamé que son royaume n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 36). Et ils concluent que Pie IX, en censurant dans le ''Syllabus ''les adversaires du pouvoir temporel, a commis un véritable abus de pouvoir. Ces attaques sont injustifiées. Assurément, la souveraineté temporelle du Pape n'est pas un ''dogme. ''Elle n'est pas d'institution divine, et l'on ne saurait prétendre davantage qu'elle soit d'une ''nécessité absolue, ''vu qu'elle n'a pas toujours existé et qu'elle n'existe plus. Mais c'est à tort qu'on l'accuse d'être ''illégitime ''et de ne servir à rien, bien plus, d'être ''nuisible ''et de faire tort à la puissance spirituelle. — 1. Loin d'être illégitime, le pouvoir temporel des Papes s'appuie sur les ''titres les plus authentiques. ''Ce sont les peuples eux-mêmes qui ont investi les Papes de leur souveraineté temporelle. Certains auteurs ont mis ''l'origine ''du pouvoir temporel dans une donation de Constantin, lorsque cet empereur, devenu chrétien, abandonna Rome au Pape et alla fonder Constantinople. Cette opinion n'a plus guère de créance ; ce qui est plus vrai, c'est que, à partir de ce moment, les empereurs furent inférieurs à leur tâche. Au moment où les barbares envahissent l'Italie .et la mettent à sac et à sang, ils ne sont pas là pour défendre leurs peuples. Seule, une majesté se dresse devant le flot barbare, et l'Italie, que les empereurs de Byzance ne peuvent secourir, se tourne d'instinct vers les Papes comme vers ses protecteurs-nés. « Le malheur des temps, dit le protestant Gibbon, augmenta peu à peu le pouvoir temporel des Papes. » Ce sont les peuples qui les ont forcés à régner. Lorsque Pépin le Bref et Charlemagne cédèrent à la Papauté les premiers éléments du Patrimoine de saint Pierre, ils ne firent en somme que sanctionner par un acte solennel la souveraineté que les peuples avaient reconnue depuis longtemps aux Papes&amp;lt;ref&amp;gt;Le patrimoine de saint Pierre, composé d'abord de l'exarchat de Ravenne et de la Pentapole, s'arrondit par la suite de nouveaux territoires, entre autres, d'une partie des domaines de la comtesse Mathilde de Toscane, des Marches et de la Romagne, enfin du Comtat-Venaissin, etc. Mais ce n'est pas ici If lieu de faire l'historique du pouvoir temporel de la Papauté (V. notre Hist. Gin. de l'Église, vol. IV et V).&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 2. Reposant sur les titres les plus légitimes, le pouvoir temporel ''n'est nullement incompatible avec le pouvoir spirituel. ''Il lui est, au contraire, de la plus grande utilité, car il en est la meilleure ''garantie. ''N'est-il pas évident, en effet, que, si le Pape ne possède pas un territoire où il soit le souverain temporel, s'il est soumis à la juridiction d'une autre puissance, il y a toujours à craindre qu'il ne soit plus libre dans l'administration du monde catholique, que ses décisions soient influencées par une force extérieure et supérieure à lui, et que, de la sorte, les intérêts de l'Église paraissent s'inféoder aux intérêts du peuple dont le Pape est le sujet ? Sans doute, la loi du 13 mai 1871, dite ''loi des garanties, ''promulguée par le gouvernement italien, a déclaré le pape sacré et inviolable, lui a reconnu le droit aux honneurs de souverain, et a soustrait les palais qui lui sont réservés à la juridiction italienne ''(privilège de l’extraterritorialité), ''mais il est clair que de telles garanties sont bien précaires et aléatoires : concédées aujourd'hui, elles peuvent être retirées demain, au gré des caprices et du sectarisme d'un autre gouvernement. Pour ces raisons, il convient que le Pape soit indépendant et maître chez lui, et que lui soit restituée la souveraineté temporelle qui lui était échue si providentiellement et dont il a été injustement dépouillé.&amp;lt;ref&amp;gt;La loi du 13 mai 1871 est maintenant abrogée. La« Question romaine », née en 1870 de l'annexion de Rome au royaume d'Italie, a été résolue, le H  fév. 1929, parles «accords de Latran,» traité entre le Saint Siège et l'Italie, qui reconnaît au Saint Siège pleine propriété, pouvoir exclusif et absolu et juridiction souveraine « sur la Cité du Vatican, assurant ainsi au Pape « la liberté et l'indépendance nécessaires au gouverne­ment pastoral du diocèse de Rome et de l'Eglise catholique dans le monde ».&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''429. — 4° Le droit de légiférer. '''— Du pouvoir ''législatif ''de l'Église découle le droit de ''faire des lois, ''touchant la doctrine, la discipline et le culte, qui s'étendent à l'Église universelle. Or le droit de faire des lois implique à son tour celui de les ''promulguer, ''et conséquemment, le droit pour le Pontife romain de ''communiquer librement ''avec tous ses sujets. Ce droit, combattu jadis par les légistes et les gallicans en France, par les Joséphistes ou partisans de Joseph II, en Allemagne (xviiie siècle), qui prétendaient que les lois ecclésiastiques ne pouvaient être promulguées sans l'agrément de l'État, — ''placet, exequatur, ''— a toujours été revendiqué par l'Église, et particulièrement par Pie IX, qui condamna l'opinion contraire contenue dans les propositions suivantes du ''Syllabus '': « La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil» ''(Prop. XX). ''« La puissance civile a non seulement le droit qu'on appelle ''d'exequatur ; ''mais encore le droit qu'on nomme ''d'appel comme d'abus&amp;lt;ref&amp;gt;L'appel comme d'abus est un recours de l'autorité civile contre les soi-disant abus du pouvoir ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt; » ''(Prop. ''XLI).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''430. — 5'''° '''Le Droit de répression. '''— Puisque le pouvoir de gouvernement implique, non seulement le pouvoir législatif, mais encore les pouvoirs, ''judiciaire ''et ''coercitif, ''il s'ensuit que l'Église a le droit de juger et de punir les infractions à ses lois, dans le but de faire respecter ses institutions par ceux qui les ont librement acceptées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vertu de ce droit, naturel et divin, totalement indépendant de toute autorité humaine, l'Église peut frapper les délinquants qui sont soumis à son autorité, de peines soit ''spirituelles, ''soit même ''temporelles (Can. ''2214).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PEINES SPIRITUELLES. ''— Les principales peines spirituelles sont les censures. « La ''censure ''est une peine spirituelle et médicinale, relevant du for ''extérieur, ''par laquelle l'Église prive un homme ''baptisé, pécheur ''et ''contumace ''de certains biens spirituels ou annexés aux spirituels, jusqu'à ce qu'il vienne à résipiscence et soit absous » ''(can. ''2241, § 1). Si l'on considère les biens dont elles privent, il faut distinguer trois sortes de censures : l'excommunication, la suspense et l'interdit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''l'excommunication ''est une censure qui retranche celui qui en est frappé de la communion des fidèles ''(can. ''2257, §1). Il y a deux classes d'excommuniés : les excommuniés ''dénoncés ''ou à éviter ''(vitandi) ''et les excommuniés ''tolérés, ''selon qu'ils ont été, ou non, nommément excommuniés. Tout excommunié est privé du droit d'assister aux offices divins, sauf à la prédication ''(Can. ''2259), du droit de recevoir les sacrements ''(Can. ''2260). Il ne peut administrer licitement les sacrements, sauf dans le péril de mort ''(Can. ''2261). Il ne participe plus aux indulgences, suffrages, prières publiques de l'Église ''(Can. ''2262), et ne peut plus être pourvu des bénéfices et des charges ecclésiastiques (''Can. ''2263). L'excommunié dénoncé est privé de la sépulture ecclésiastique ''(Can. ''2260). &amp;lt;ref&amp;gt;Pour les délits contre lesquels l'Église porte la peine d'excommunication voir le nouveau Code de Droit canonique (Can. 2314 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt; Comme toute peine, l'excommunication est dite ''latae sententiae ''(sentence portée d'avance) ou ''ferendae sententiae ''(sentence à porter) selon qu'elle est encourue par le fait même ''(ipso facto) ''qu'on a commis une faute déterminée car les canons, ou qu'elle a seulement son effet après la sentence rendue contre le coupable. — ''b) La suspense ''est une censure qui enlève au clerc ou au prêtre l'usage delà totalité ou d'une partie de ses pouvoirs : elle le prive, soit des fonctions de son ''pouvoir d'ordre ''(suspense a ''divinis) ''soit de son ''office, ''c'est-à-dire de ses ''pouvoirs de juridiction ''(suspense ''a jurisdiclione), ''soit de son ''bénéfice, ''c'est-à-dire des revenus attachés à son titre. Si la suspense est totale, elle le prive des trois à la fois. Le prêtre suspens ''a divinis ''ne peut plus exercer ''licitement ''les fonctions qui relèvent de son pouvoir d'ordre (v. g. dire la messe, administrer les sacrements). Le prêtre suspens ''a iurisdictione ''ne peut plus exercer ni validement ni licitement aucun acte de juridiction il n'administre donc plus validement le sacrement de Pénitence qui requiert le pouvoir de juridiction pour être valide. Mais le clerc suspens peut, comme tous les fidèles participer à l'usage passif, ou réception, des sacrements. — c) ''l'interdit ''« prive de l'usage de certaines choses saintes, comme, par exemple, de quelques sacrements de quelques offices publics, de quelques cérémonies solennelles, de la sépulture ecclésiastique, etc.»&amp;lt;ref&amp;gt;Ortolan, art. Censures ecclésiastiques, Dict. Vacant-Mangenot.&amp;lt;/ref&amp;gt; (voir can. 2268 et suiv.) On distingue: 1. l’interdit personnel qui frappe clercs ou laïcs; 2. l’interdit local, s’il est prononcé contre un lieu: église, cimetière, ville, paroisse; 3. l’interdit particulier qui n’atteint qu’un personne ou un lieu; 4. l’interdit général qui frappe toute une contrée&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi, il est arrivé autrefois que la France a été mise en interdit v g par le Pape Grégoire  sous le règne de Robert le Pieux (998) ; par Innocent II sous Louis VII (1141) ; par Innocent III sous Philippe Auguste (1200) etc. L'interdit local entraînait alors la défense de célébrer les offices, d'administrer les sacrements de l’Eucharistie de l'Ordre et de l'Extrême-Onction et de donner la sépulture ecclésiastique.&amp;lt;/ref&amp;gt;, le clergé de tout un Etat, tous les membres d'un chapitre, d'une congrégation, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— 1) Comme on peut le voir, la suspense diffère des deux autres censures en ce qu'elle n'atteint que les clercs, et l'interdit diffère à son tour de l'excommunication et de la suspense en ce qu'elle est une peine qui frappe aussi bien les lieux que les personnes. — 2) Une censure n'est légitime qu'autant qu'elle est infligée pour une faute mortelle, extérieure, consommée et si, outre ces conditions il y a ''contumace, ''c'est-à-dire s'il y a, de la part du coupable, refus obstiné d'obéir à une loi dûment promulguée et connue. — 3) Aucune censure ne frappe ceux qui ignorent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
431. — B. ''PEINES TEMPORELLES. ''— Les peines spirituelles ne choquent pas les adversaires de l'Église, mais il n'en va pas de même des ''peines corporelles. ''L'Église, objectent-ils, est une société spirituelle qui doit gouverner les âmes par des actes libres, par la persuasion et non par la force. ''Elle n'a donc pas le droit d'infliger des peines corporelles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que l'Église, par rapport à la fin qu'elle poursuit, est une société spirituelle. Mais, toute spirituelle qu'elle est, ce n'en est pas moins une société composée d'hommes, par conséquent, d'éléments visibles comme toutes les autres sociétés. Comme celles-ci, elle a donc le droit de se protéger contre ceux qui mettent son existence en péril. Et si les peines spirituelles ne suffisent pas, pourquoi ne pourrait-elle pas, par des ''moyens corporels, ''empêcher ses enfants dévoyés et rebelles, de nuire aux autres, les ramener eux-mêmes dans la voie du devoir et, s'il le faut, sacrifier le corps pour sauver l'âme?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, et, tout récemment encore, Pie IX ne craignait pas de condamner l'opinion contraire ainsi formulée dans la proposition XXIV du ''Syllabus : ''« L'Église n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. » Mais si l'Église s'est reconnu dans le passé, et se reconnaît encore le droit d'appliquer des peines corporelles, elle est la première à estimer que ce qui a pu convenir à une époque où la société était chrétienne, où les principes de la religion pénétraient si profondément les institutions politiques, ne s'accommoderait plus aux besoins du moment. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que l'Église, au moyen âge, recourut au ''bras séculier ''pour punir les crimes, comme ceux d'hérésie, qui semblent être du domaine exclusif des idées pures, mais qui, en fait, troublaient la sécurité de l'État chrétien, et devenaient alors de véritables crimes sociaux et politiques. Il est d'ailleurs contraire aux lois élémentaires de la critique historique de juger les mœurs du passé par celles du présent, les idées anciennes par les idées modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''432. — Corollaire.''' — ''Le privilège du for ecclésiastique. ''En dehors des droits que nous venons d'énumérer, l'Eglise a joui autrefois d'un certain nombre d'immunités, entre autres, du privilège, dit du ''for ecclésiastique. ''Ce privilège avait pour effet de soustraire la personne des clercs à la juridiction du pouvoir civil, en sorte qu'ils étaient jugés, non par les laïques, mais par les tribunaux ecclésiastiques. Que faut-il penser de cette immunité? Faut-il dire avec certains que c'était là un privilège injuste, et que toute infraction aux lois de l'État, quel qu'en soit l'auteur, doit être réprimée par le pouvoir, duquel elles émanent? On pourrait le croire au premier abord, mais si l'on prend soin de se placer dans l'hypothèse d'une société chrétienne, l'on conviendra aisément qu'il est naturel que les clercs qui sont spécialement soumis au pouvoir de l'Église, soient jugés par les tribunaux ecclésiastiques. Le prêtre ne remplira efficacement sa mission que dans la mesure où il jouira de la considération et du respect. Or toute comparution devant les tribunaux est cause de scandale, et doit enlever, non seulement à l'accusé, mais à tous les prêtres, l'autorité dont ils ont besoin pour prêcher la morale et exercer leur ministère. Aussi, bien que le Saint-Siège ait renoncé à cette immunité dans presque tous les pays catholiques, Pie IX n'en a pas moins proclamé hautement le droit de l'Église par la condamnation de la ''proposition XXXI ''du ''Syllabus : ''« Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil soit au criminel, doit absolument être aboli, même sans consulter le Siège Apostolique et sans tenir compte de ses réclamations.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Relations de l'Église et de l'État. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''433. '''— Bien que société parfaite, l'Église est appelée à vivre dans l'État. Voilà, par le fait, deux sociétés autonomes, indépendantes, placées, sinon en face, du moins à côté l'une de l'autre. Quelles seront donc leurs ''relations? ''II y a deux façons de les déterminer. Ou bien l'on considère l'Église seule, dans sa divine constitution, — avec ses pouvoirs et ses droits, — sans tenir compte des situations diverses dans lesquelles elle peut se trouver» Ou bien on la considère d'une manière concrète et dans les circonstances de fait auxquelles forcément elle doit s'adapter. En d'autres termes, il y a lieu de distinguer entre les ''principes ''et leur ''application, ''entre la ''théorie ''et la ''pratique, ''ou, pour employer les termes courants, entre la ''thèse ''et ''l'hypothèse. ''Toutefois, si l'on prend soin de remarquer que les principes peuvent s'appliquer dans le cas d'un État catholique, la thèse se confond alors avec l'hypothèse. D'où il suit que nous pouvons établir les relations de l'Église et de l'État en restant toujours dans le domaine des réalités. Ainsi ferons-nous dans les deux paragraphes suivants où nous étudierons les rapports des deux sociétés : 1° dans le cas d'un ''État catholique ; ''et 2° dans le cas d'un ''État acatholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Relations de l'Église et de l'État dans le cas d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
434. — Envisagées à un point de vue général, les relations de l'Église et de l'État comportent trois solutions possibles. Il peut y avoir, ou bien ''domination d'un pouvoir par l'autre, ''ou bien ''séparation complète, ''ou ''accord mutuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Erreurs.''' — Les deux premiers systèmes s'opposent à la doctrine catholique que nous exposerons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La thèse de la ''DOMINATION D'UN POUVOIR PAR L’AUTRE ''peut être entendue dans un double sens, selon que l'on enseigne la subordination complète de l'Etat à l'Église ou de l'Église à l'État. — a) La ''première opinion, ''qui n'a eu que de rares partisans, parmi les théologiens et les canonistes, ne doit pas retenir notre attention. — ''b) ''La ''seconde opinion, ''qui veut que l'Église soit subordonnée à l'État, a été professée autrefois par les légistes ''césariens, ''et, à l'époque moderne, par les ''libéraux ''de la Révolution. Partant d'un principe opposé, — puisque les partisans du césarisme considéraient les empereurs et les rois comme des maîtres absolus, en qui résidait l'autorité suprême, tandis que les libéraux révolutionnaires regardaient le peuple comme le seul souverain et l'unique source du pouvoir, — les uns comme les autres aboutissaient au même résultat, et confisquaient tous les droits au profit1 d'un pouvoir unique, de la personnalité de l'État, quel qu'en fût le nom : empereur, roi, peuple, monarchie ou démocratie. Dans un tel système, la religion peut être sans doute conservée pour les services que l'État espère en retirer, mais ''il n'y a plus de place pour une Église indépendante et libre. ''Il ne faut plus parler des droits de l'Eglise ; celle-ci ne saurait en avoir d'autres que ceux qui lui sont octroyés par le bon vouloir du prince-État. Au césarisme et au libéralisme absolu se rattachent le ''gallicanisme ''et le ''joséphisme&amp;lt;ref&amp;gt;Joseph II, empereur d'Allemagne (1741-1790), entreprit de réformer l'Église catholique en la subordonnant entièrement à l'État. C'est ainsi que, de sa propre autorité, il supprima certains Ordres religieux, plaça les autres sous le contrôle de l’Etat, prétendit au droit de nommer les évêques, exigea d'eux le serment de fidélité, établit le mariage civil et le divorce, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui, tout en reconnaissant que l'Église est indépendante et souveraine dans les choses purement spirituelles, attribuent à l'Etat une autorité prépondérante dans les questions mixtes : v. g. le droit d'empêcher la publication de bulles, encycliques, mandements, etc., sans son consentement préalable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
435. — B. La thèse de la ''SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT ''est l'erreur du ''libéralisme modéré. ''Partant de ce principe que l'Église et l'État sont deux rées, s'ignorant réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''libéralisme modéré, ''avec des nuances diverses, a été la grande erreur du siècle dernier. Nous le voyons naître, avec Lamennais, quelque peu après la Révolution de 1830. En face d'une société totalement transformée, et désormais acquise à ce qu'on appelle les ''libertés modernes, ''les libéraux catholiques rêvèrent de réconcilier l'Église et la société nouvelle en se plaçant sur le seul terrain de la liberté. N'hésitant pas à faire le sacrifice des droits et immunités de l'Église, ils se contentèrent de réclamer pour elle comme pour tout autre culte, la seule liberté, estimant que la religion doit être propagée par la persuasion, et non par la coaction, et que la vérité n'a pas besoin de protection pour triompher de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''436. — 2° La Doctrine catholique '''— La doctrine catholique comprend deux points : les principes et 1 application des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. '''Les Principes. '''— 1. L'Église et l'État sont tous les deux des pouvoirs ''distincts, indépendants, chacun dans son domaine. ''« Dieu, dit LÉON XIII dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances, la puissance ecclésiastique et la puissance civile : celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine, chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées, et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial ». Il n'est donc pas vrai de prétendre, avec le ''césarisme ''et le ''libéralisme absolu, ''que l'État est le pouvoir souverain d'où découlent tous les droits, ceux de l'Église aussi bien que ceux des autres sociétés. Sans doute, l'Église est dans l'État, mais elle y est, comme société parfaite, et non comme une partie qui doit être subordonnée au tout. Chaque puissance est souveraine dans sa sphère, et cette sphère est tracée par la nature et la fin des deux sociétés. A l'Église donc les ''affaires spirituelles, ''c'est-à-dire tout ce qui se rapporte au salut des âmes : prédication de l'Évangile, administration des sacrements, célébration du culte divin, jugement sur la moralité des actes humains, etc. A l'État, les ''affaires temporelles, ''c'est-à-dire tout ce qui concerne les intérêts matériels de ses sujets et ce qui est requis pour le bien et la protection de la société, comme le pouvoir de déterminer les droits politiques des citoyens, les effets civils des contrats, d'établir des impôts, de lever des armées, de promouvoir les sciences et les arts, de punir les transgresseurs des lois civiles, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux puissances étant souveraines, chacune dans leur sphère, il s'ensuit que l'une est subordonnée à l'autre pour tout ce qui n'est pas de son ressort. Donc l'Église est dépendante et subordonnée à l'État dans les questions temporelles ; elle est indépendante et souveraine dans les questions spirituelles, et c'est du reste la condition de son existence. Car si l'Église était assujettie au pouvoir civil sur le terrain religieux, elle serait fractionnée en autant de parties qu'il y aurait d'États ; elle ne serait plus ni ''une, ''ni ''universelle, ''ni indéfectible : en un mot elle ne serait plus l'Église catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien qu'ils soient deux pouvoirs ''distincts ''et ''indépendants, ''l'Église et l'État ne doivent pas vivre séparés mais ''s'unir dans un mutuel ''accord. Et de cette union, Léon XIII donne les ''raisons ''dans son Encyclique ''Immortale Dei ; ''« Leur autorité, dit-il en parlant des deux pouvoirs, s'exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, quoique à des titres différents, ressortisse à la juridiction de l'une et l'autre puissance. Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, si l'Église et l'État ont des domaines distincts, ils ont aussi des frontière? communes. Et comment en serait-il autrement, alors que les deux sociétés détiennent leurs pouvoirs de Dieu et s'adressent aux. mêmes sujets? I1 est vrai que leurs fins sont différentes, mais celles-ci ne doivent jamais s'opposer entre elles, plus que cela, la fin temporelle, que poursuit l'État, manquerait son but si, en définitive, il n'était pas tenu compte de la fin éternelle et de la destinée future. Il peut donc arriver que les ''mêmes objets ''(v. g. les écoles, le mariage, à la fois contrat civil et religieux), et quoique à des titres différents, ressortissent à la juridiction de l'une et de l'autre puissance», comme dit Léon XIII. Il peut arriver encore que certaines choses, ''temporelles de leur nature, ''rentrent dans l'ordre spirituel par leur ''destination ''et tombent de ce fait sous la juridiction de l'Église. Tel est le cas des lieux et des objets sacrés : églises, mobilier, servant au culte, biens destinés à l'entretien des ministres, etc. Sur ces différents points qui forment ce qu'on appelle les ''questions mixtes, ''on ne saurait contester la juridiction de l'Église. Il est même permis d'aller plus loin et de dire que, à un certain point de vue, l'Église a un ''pouvoir indirect ''sur toutes les choses temporelles, non pas en tant qu'elles sont temporelles, mais parce qu'elles doivent toujours être des moyens d'atteindre la fin surnaturelle. C'est en vertu de ce pouvoir que les Papes du moyen âge se sont parfois élevés contre les princes qui abusaient de leur puissance, qu'ils sont allés jusqu'à les déposer comme indignes de la souveraineté et ont délié leurs peuples du serment de fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de là que, ''en principe, ''s'il surgit des conflits, l'État doit céder, puisque son pouvoir est inférieur à celui de l'Église par sa nature et sa fin. ''En pratique, ''il convient qu'il y ait ''union ''entre les pouvoirs ; il faut que l'Église et l'État, loin de s'ignorer réciproquement, se parlent, fassent des conventions ou ''concordats&amp;lt;ref&amp;gt;Le Concordat est un traité passé entre le Pape et le Chef d'une nation en vue de régler les rapports de l'Eglise et de l'Etat dans les questions touchant aux affaires reli­gieuses. Le concordat, étant un contrat bilatéral ,ne peut être rompu que d'un commun accord. — Principaux concordats: celui de Worms (1122) qui termina la querelle des Investitures ; concordat de Bologne (1516) entre Léon X et François I er  ; concordat de 1801 entre Pie VII et Napoléon Ier.&amp;lt;/ref&amp;gt; et que ces derniers soient loyalement observés par tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''437. — B.''' '''Application des principes dans le cas d'un État catholique. — '''''Dans l'hypothèse d'un État catholique, ''c'est-à-dire, là où les principes peuvent recevoir leur application, quels seront donc les ''devoirs réciproques ''de l'Église et de l'État?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on peut dire, d'une manière générale, que la concorde qui doit régner entre eux requiert : — 1) du côté ''négatif : ''que chaque puissance veille à. ne pas violer les droits de l'autre et à ne pas entraver son action ; — 2) du côté ''positif, ''que chacune mette au service de l'autre l'influence dont elle dispose pour le bien des deux sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DEVOIRS DE L'ÉGLISE. — ''L'Église doit prêter à l'État l'appui de son autorité et de ses œuvres. Qui ne voit du reste combien par sa doctrine elle peut travailler au bonheur des peuples puisque, d'une part, elle « fait remonter jusqu'à Dieu même l'origine du pouvoir, qu'elle impose avec une très grande autorité aux princes l'obligation de ne point oublier leurs devoirs, de ne point commander avec injustice ou dureté », et d'autre part, qu'elle « commande aux citoyens à l'égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu, et les unit aux chefs de l'État par les liens, non seulement de l'obéissance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'État »? (Enc. ''Libertas). ''Ainsi, de l'influence de l'Église, l'État retirera un double profit. L'autorité des chefs, considérée, non pas uniquement comme l'expression de la volonté du peuple, mais comme venant de Dieu, revêtira un caractère sacré et se conformera mieux aux règles de la justice. Le peuple, à son tour, acceptera l'obéissance comme une soumission à la volonté de Dieu, qui, loin de l'humilier, ne peut que l'ennoblir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) DEVOIRS DE L'ÉTAT. ''— 1. Le premier devoir de l'État vis-à-vis de la religion en général, c'est de ''rendre lui-même un culte social ''à Dieu. La raison seule démontre à l'évidence la nécessité de ce culte. Dieu n'est-il pas le maître des sociétés comme des individus? Or, dit Léon XIII (Enc. ''Immortale Dei), ''« si la nature et la raison imposent à chacun de nous le devoir d'honorer Dieu d'un culte religieux, parce que nous sommes sous sa puissance, et parce que, sortis de lui, nous devons retourner à lui, la même loi oblige la communauté politique ». Le chef de l'État doit donc rendre hommage à Dieu au nom du peuple qu'il représente, en s'associant aux actes de religion qui s'accomplissent au sein de l'Église catholique. Nous disons « ''de l'Église catholique» ''car, bien que le culte de Dieu s'impose, antérieurement à toute religion révélée, il va de soi que, si Dieu a dit comment il voulait être adoré et servi, il y a obligation, non seulement pour les individus, mais pour le corps social, de se soumettre à ses ordres. 2. Le second devoir de l'État est de ''reconnaître tous les droits de l'Église, ''tels qu'ils découlent de sa constitution divine et que nous les avons décrits dans l'article précédent. L'État doit donc disposer la législation civile de manière à seconder et à développer la religion catholique. Il ne lui appartient pas de connaître lui-même des doctrines. « II laissera, dit Mgr d'Hulst, l'Église juger les novateurs et, s'ils s'obstinent dans leur révolte, les punir selon les lois canoniques, et les exclure de son sein. Mais il pourra prêter à l'autorité religieuse le pouvoir coercitif dont il dispose, pour arrêter une contagion dont les progrès seraient nuisibles à la société civile elle-même. »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr d’Hulst , Car. 1895, La morale du Citoyen, 5e  Conf. L'Église et l'État&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''438. —''' 1'''re Objection. '''— Contre la thèse catholique, nos adversaires objectent les ''empiétements ''de l'Église, et font remarquer que, si l'État admet l'indépendance de l'Église, et lui reconnaît tous les droits qu'elle revendique, elle formera un « ''État dans l'État» ''et deviendra un gouvernement ''théocratique ''intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Pour craindre les empiétements de l'Église, il faudrait d'abord prouver que l'Église est une puissance susceptible d'être dangereuse à la sécurité de l'État. Or les Pontifes romains et la doctrine catholique ont toujours enseigné aux fidèles l'obéissance aux lois portées par l'État, à moins qu'elles ne fussent en opposition avec les droits de Dieu et de la conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément, la coexistence de deux sociétés indépendantes serait une cause de troubles et de désordres, si ces sociétés étaient toutes deux du même ordre, si elles tendaient, soit à une même fin, soit à des fins opposées entre elles. Or il n'en est rien. Nous avons vu que l'Église et l'État ont des fins différentes et que ces fins, l'une d'ordre spirituel, l'autre d'ordre temporel, ne sont nullement en opposition, que, au contraire, elles peuvent et doivent s'harmoniser parfaitement. — II n'est du reste pas juste de dire que l'Église est dans l'État. Car, matériellement, elle le déborde : l'Église catholique est ''dans tous les États, ''et pour cette raison, avons nous déjà dit, elle ne saurait être dépendante d'aucun pouvoir civil, et, à plus forte raison, être réduite à l'état de rouage politique. D'autre part, accuser l'Église de prétendre à un pouvoir théocratique qui voudrait prédominer, même dans les questions temporelles, c'est se mettre en absolue contradiction avec la doctrine de Léon XIII que nous avons exposée plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
439. — '''2e Objection. '''— Mais, dit-on encore, si l'État impose à ses sujets un culte quelconque, s'il prétend remplir, au nom de tous, des devoirs que tous ne reconnaissent pas, et plus encore, s'il met sa puissance au service de l'Eglise contre les hérétiques et contre ceux qui ne veulent pas de religion, ne sort-il pas de son rôle? N'opprime-t-il pas les consciences et n'est-il pas ''intolérante ''Et que deviendront alors nos ''libertés modernes : ''liberté de pensée et de parole, liberté de conscience et de culte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— ''a) ''Observons d'abord que nous nous sommes placés, pour établir la thèse catholique, dans l'hypothèse d'une société unie dans les mêmes croyances. Or il est évident qu'aucune société ne peut subsister si les ''principes ''sur lesquels elle s'appuie, ne sont pas respectés. On l'admet bien quand il s'agit, par exemple, des institutions, comme celles de la famille et de la propriété. Pourquoi le rejetterait-on a propos de la religion, si l'on reconnaît, par ailleurs, qu'elle est une des bases de la société! A ceux qui prêcheraient la polygamie, la polyandrie, l'union libre, à ceux qui voudraient renverser la propriété individuelle, l'État ne manquerait pas d'opposer la contrainte. I1 agirait de même avec les internationalistes, qui refuseraient de concourir, par le service militaire, à l'unité de la patrie. Dira-t-on que l'État fait acte de tyrannie lorsqu'il poursuit les révolutionnaires et les anarchistes qui menacent sa sécurité? Tous les gens sensés avouent qu'il ne fait au contraire que jouer son rôle et remplir sa mission. « Eh bien, dit Mgr d'Hulst, transportez ces principes dans une société dont tous les membres sont chrétiens, où la croyance religieuse rencontre, sinon l'unanimité absolue, qui n'est pas de ce monde, du moins la même unanimité morale que nous constations tout à l'heure à l'égard des idées qui inspirent et soutiennent nos institutions fondamentales, la propriété, la famille, la patrie. Refuserez-vous à un État de cette sorte le droit de prêter l'appui de son pouvoir?... Théoriquement, je ne vois pas ce qui pourrait le lui interdire. »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr d’Hulst, conf. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Lorsqu'on nous objecte les « ''libertés modernes ''», il semble bien qu'on sort de l'hypothèse d'une société presque exclusivement catholique. Voyons cependant ce qu'il faut en penser, du seul point de vue absolu, c'est-à-dire en restant sur le terrain des principes. L'Église condamne-t-elle toutes ces libertés que l'on considère comme le fondement de la société moderne1? Condamne-t-elle, en particulier, la liberté de penser et de parler, la liberté de conscience et de culte ? Avant de répondre à cette question, il est bon de s'entendre sur le sens qu'il faut attacher au mot liberté. D'après la doctrine de l'Église, la liberté c'est le ''pouvoir physique ''d'agir de toile ou de telle façon, mais ce n'est pas le ''droit ''d'agir de ''n'importe quelle façon. ''La raison prescrit à l'homme de croire ce qui est vrai et de faire ce qui est bien. La liberté ne peut donc pas être le droit de choisir entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, le juste et l'injuste. « La volonté, dit Léon XIII, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, dès qu'elle désire un objet qui s'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté. Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui, étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune façon vouloir le mal moral... La faculté de pécher n'est pas une liberté, mais une servitude. » (Enc. ''Libertas).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''libéraux, ''qui mettent en avant les libertés modernes, pour combattre ce qu'ils appellent ''l'intolérance ''de l'Église, entendent-ils par là que l'homme a le droit de penser, de dire, d'écrire, d'enseigner tout ce qu'il veut, le faux comme le vrai, le mal comme le bien, qu'il a une liberté de conscience illimitée, qu'il « ''lui est loisible ''de professer telle religion qui lui plaît ou même de n'en professer aucune », qu'il a le droit de s'affranchir de ses devoirs envers Dieu? Si telle est leur conception de la liberté, il est évident qu'elle est en opposition flagrante avec la doctrine catholique, disons plus, avec la raison. Cette soi-disant liberté, l'Église l'appelle «''pure licence», ''et assurément, elle la condamne. Jamais elle n'admettra que la liberté puisse être le ''droit d'agir contre la raison et la nature, ''le droit d'embrasser l'erreur et de choisir le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En principe, ''par conséquent, l'erreur et le mal n'ont aucun droit : ils n'ont droit ni à la tolérance ni même à l'existence. Saint Augustin a dit, il est vrai, qu'il faut « ''exterminer les erreurs et aimer les hommes». ''Et cela est juste, mais comment frapper les erreurs si l'on ne touche pas aux hommes qui les professent? ''En pratique ''donc, lorsque ces hommes sont de ''bonne foi, ''— et il n'est pas permis sans de graves motifs de supposer le contraire, — il convient de les traiter avec de grands ménagements et beaucoup de charité : ils ont droit à la ''tolérance. ''Mais il ne faut pas que cette tolérance puisse tourner au désavantage des autres membres de la société. Car, dans toute société, la liberté individuelle finit où commence le droit d'autrui. Aussi longtemps que la liberté de pensée et de conscience se confine au for intérieur, Dieu reste le juge de nos opinions. Mais si ello se traduit au dehors (discours ou écrits révolutionnaires), elle tombe alors sous l'appréciation du pouvoir social, et rien n'empêche celui-ci, plus que cela, il est de son devoir, de protéger la vérité contre l'erreur, le bien contre le mal, et de frapper ceux qui propagent les mauvaises doctrines, même s'ils sont de bonne foi. Combien son devoir devient plus impérieux s'il a affaire à des hommes de ''mauvaise foi !''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure: — 1. que la ''liberté de conscience ''ne saurait être, en aucun cas, le ''droit ''de rejeter toute religion, ou même de choisir n'importe quelle religion : elle est au contraire, le droit de professer librement, sans être gêné par personne, la religion que Dieu nous a enseignée : — 2. qu'il n'y a pas dès lors à ''reprocher ''à l'Église d'avoir ''employé jadis la coaction, ''car elle n'en a jamais fait usage que contre les hérétiques, c'est-à-dire contre ceux qui ressortissaient à sa juridiction, contre les chrétiens de mauvaise foi qui ne remplissaient pas leurs obligations. Quant aux autres, jamais l'Église ne leur a contesté la liberté de penser comme ils voulaient. Elle a toujours affirmé qu'on ne doit contraindre personne à faire un acte religieux qui répugne à la conscience, et jamais elle n'a forcé ceux qui, nés et élevés, soit dans une religion païenne, soit dans l'hérésie, ne faisaient pas partie de son corps, à adhérer à sa foi et à son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Relations de l'Église et de l'État dans l'hypothèse d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
440. — Dans le paragraphe précédent, nous avons exposé ce qu'on appelle la ''thèse ''et ''l'application ''de la thèse dans l'hypothèse d'un ''État catholique. ''Immuables en eux-mêmes, les principes restent toujours vrais, et ne dépendent ni de la reconnaissance ni de l'approbation du pouvoir civil. Cependant, tout immuables qu'ils sont, ils ne sont pas ''absolus ''quant à leur application. Dans la revendication de ses droits, l'Église est bien obligée de tenir compte des contingences et d'accepter la situation de fait qui lui est imposée. Mais, en se pliant aux circonstances, elle n'abandonne rien de ses principes. C'est sur ce point que le ''libéralisme ''se met en opposition avec la doctrine catholique. Son erreur consiste précisément à ne pas distinguer entre la thèse et l'hypothèse, à accorder en principe les mêmes droits à l'erreur et à l'hérésie qu'à la vérité et à l'orthodoxie, et à faire rentrer tous les cultes dans le même droit commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux cas, où l'Église ne peut pas appliquer ses principes, sont «eux : 1° d'un État ''hétérodoxe ; ''2° d'un État ''infidèle; ''et 3° d'un État ''neutre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Hypothèse d'un État hétérodoxe. '''— Les États ''hétérodoxes ''sont ceux qui, tout en appartenant à la religion chrétienne, sont séparés de l'Église catholique par le schisme ou l'hérésie. En principe, les États chrétiens doivent reconnaître à l'Église catholique tous les droits que Jésus-Christ a accordés à la société religieuse qu'il a fondée. Les États protestants sont d'autant plus tenus de ne pas restreindre les droits des catholiques qu'ils ont pour principe fondamental la ''théorie du libre examen, ''et ne sauraient, de ce fait, prétendre que leur interprétation de la Sainte Écriture est vraie, à l'exclusion des autres. L'Église catholique ne doit donc pas être frustrée de ses droits essentiels : droit d'enseigner, droit de pratiquer librement son culte, droit de posséder, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''441. — 2°''' '''Hypothèse d'un État infidèle. '''— Nous désignons sous ce titre toutes les religions dont nous avons démontré la fausseté dans la première section de la seconde Partie. ''En principe, ''l'Église catholique, s'appuyant sur la raison et sur toutes les preuves qui font éclater la transcendance du christianisme, peut réclamer tous les droits qui, du seul point de vue naturel, doivent être accordés à la vraie religion. ''En pratique, ''les missionnaires qui évangélisent les contrées païennes, ne revendiquent guère que la liberté de prêcher la foi du Christ, et trop souvent ils l'achètent au prix de leur sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''442. — 3°''' '''Hypothèse d'un État neutre. '''— Ce que nous appelons ici « ''État neutre» ''pourrait s'appeler tout aussi bien ''État libéral. ''Il désigne, de toute façon, l'État qui, acceptant les libertés modernes, ne reconnaît aucun culte officiel. Quelles seront, dans cette hypothèse, les relations de l'Église et de l'État? La réponse ne saurait être générale. — 1. S'agit-il d'un ''État vraiment neutre, ''où les sectes dissidentes sont nombreuses, il est clair que l'union de l'Église et de l'État est pratiquement impossible. Le régime de la séparation devient alors la situation normale. L'Église, quoique ne reniant rien de ses principes, peut donc, en pratique, accepter la séparation comme le seul « ''modus vivendi» ''possible dans telle circonstance donnée. Mais qui dit séparation ne dit pas désunion, encore moins hostilité. Pas davantage la séparation ne doit impliquer ''l'indifférence. ''Un État, même neutre, n'a pas plus le droit de se désintéresser de la religion que de la morale. Qu'un État ne prenne pas parti entre les diverses religions, qu'il accepte tous les cultes, soit ; mais il lui reste toujours le devoir de ''protéger la religion en général, ''contre les athées qui, en détruisant l'idée de Dieu, tentent de saper la base essentielle de toute religion. Quel que soit son amour des libertés modernes, il ne doit pas tolérer des doctrines qui compromettent la sécurité de l'État et l'ordre public. De même qu'il ne peut permettre de tout faire, il ne peut laisser la liberté de tout dire et de tout enseigner. Si l'État neutre ne peut donc accorder bob faveurs à telle religion, à l'exclusion des autres, il peut protéger toutes les religions. De l'application de cette doctrine, les États-Unis nous fournissent un illustre exemple. Dans ce pays, si partagé au point de vue des croyances qu'il eût été tout à fait impolitique de protéger un culte plutôt qu'un autre, où la séparation s'imposait comme une nécessité, nous voyons le pouvoir civil favoriser, de multiples façons, toutes les religions, sauf la secte des ''Mormons ''(v. notre ''Histoire de l'Eglise, ''n° 298), accorder à toutes la plus grande liberté d'action et sauvegarder les intérêts de chacune par l'équité de ses lois et par la justice de ses jugements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. S'agit-il d'un ''État plutôt athée que neutre, ''l'Église se trouve forcément réduite à ne revendiquer que les ''garanties du droit commun. ''L'union des deux pouvoirs devenant impossible, l'Église doit se borner à réclamer pour elle comme pour toute autre religion, liberté pleine et entière dans la profession de sa foi et l'exercice de son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, pourquoi le pape Pie X a-t-il condamné avec tant de véhémence la loi de Séparation par son Ency­clique ''Vehementer ''du 11 février 1906? Les raisons en sont très claires et découlent de ce que nous avons dit dans ce chapitre. — 1) C'est, en premier lieu, que, en se plaçant sur le terrain de la thèse, la séparation n'est pas le ''régime normal, ''et contredit la doctrine de l'Église. — 2) C'est, en second lieu, que la rupture -d'un concordat ne doit se faire que du ''consentement réciproque ''des deux parties contractantes, comme Pie X le déclare : « Le concordat passé entre le Souverain Pontife et le gouvernement français, comme du reste tous les traités du même genre que les États concluent entre eux, était un ''contrat bilatéral ''qui obligeait des deux côtés. Le Pontife romain, d'une part, le chef de la nation française, de l'autre* s'engagèrent solennellement, tant pour eux que pour leurs successeurs, à maintenir inviolablement le pacte qu'ils signaient. Il en résultait que le- concordat avait pour règle, la règle de tous les traités internationaux, c'est-à-dire le droit des gens, et qu'il ne pouvait en aucune manière être annulé par le fait d'une seule des deux parties ayant contracté... Or aujourd'hui l'État abroge de sa seule autorité le pacte solennel qu'il avait signé. Il transgresse ainsi la foi jurée. » Sans doute, le temps et les circonstances ont déjà fait reconnaître la justesse de ces observations, et tout nous porte à croire que, dans un avenir assez proche, la France reprendra avec le Saint-Siège, sinon son alliance traditionnelle, du moins un régime de bonne relation et d'entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''443. —''' '''Remarque. — L'Église et les diverses formes de gouvernement. '''— Il convient de remarquer que les relations de l'Église et de l'État, — thèse et hypothèse, — ont été établies daris l'article qui précède, abstraction faite de la ''forme au gouvernement. ''Or, sur cette dernière question, — la forme de gouvernement, — la ''doctrine de l'Église ''peut s'établir dans les trois points suivants : — 1. Tout d'abord elle pose en principe absolu que « ''tout pouvoir vient de Dieu» (Rom., ''xiii, 1). Dieu étant le seul et souverain Maître des choses, il s'ensuit qu'aucune autorité ne peut se constituer en dehors de lui. — 2. Si l'Église regarde comme un principe absolu que ''l'origine ''du pouvoir doit être reportée à Dieu, elle n'a pas tranché la question de savoir quel doit en être le ''mode de transmission. ''Est-il remis ''directement ''par Dieu entre les mains du Chef de l'État, comme dans la ''monarchie héréditaire, ''avec pouvoir absolu ou limité par une constitution ''1 ''Ou est-il remis directement au peuple et conféré ''indirectement ''par un nombre ''restreint ''d'électeurs ou par le ''suffrage universel, ''soit à un seul homme ''(monarchie élective), ''soit à une élite sociale et intellectuelle ''(régime aristocratique), ''soit à de nombreux représentants choisis dans toutes les classes ''(régime démocratique) ? ''c'est ce que l'Église n'a pas déterminé&amp;lt;ref&amp;gt;L'on voit par là que la théorie du « droit divin », d'après laquelle les monarques entendaient tenir directement de Dieu le pouvoir qu'ils exerçaient et nullement de leur peuple, ne représente pas la doctrine de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. On voit donc par là ''qu'elle n'impose aucune forme de gouvernement. ''« Des diverses formes de gouvernement, dit LÉON XIII (Enc. ''Libertas), ''pourvu qu'elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l'Église n'en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s'accorde avec elle pour l'exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l'Église. » — 3. Ce que l'Église ne saurait admettre, c'est que le peuple aurait la souveraineté, dans ce sens qu'il faudrait chercher en lui l'origine du pouvoir, qu'il en serait le détenteur immédiat, qu'il aurait, par conséquent, le droit de le garder, de le communiquer et de le reprendre à son gré.. S'il en était ainsi, l'insurrection serait vraiment pour lui, comme dit Jean-Jacques Rousseau, « le plus sacré des droits », et toute révolution deviendrait légitime de par la volonté du peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Encycliques de Grégoire XVI, ''Mirari vos, ''(15août 1832), de Pie IX « ''Quanta cura» ''(8 déc. 1864), de Léon XIII « ''Diuturnum» ''(20 juin 1881), «''Immortale Dei» ''(1 nov. 1885), «''Jampridem» (6 ''janv. 1886), «''Libertas» ''(20 juin 1888), — Mgr d'Hulst, Car 1895, 2e conf. ''Les Droits de F État, ''3e conf. ''Les Devoirs de l’État, ''5e conf. ''L'Église et l'État ; Le Droit chrétien et le Droit moderne, ''1886. — Forget. art. ''Index ''(Dict. d'Alès). — Dublanchy, art. ''Église ''(Dict. Vacant-Mangenot). — Mgr Sauvé, ''Questions religieuses et sociales. ''— Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse). — Moulart, ''L'Église et l’Etat ''(Louvain). — Canet, ''La liberté de conscience ; La liberté de penser et la libre-pensée ''(Bloud). — De Pascal, art. ''Libéralisme ''(Dict. d'Alès). — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — Moulard et Vincent, ''Apologétique chrétienne ''(Bloud). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section III : Apologie de l’Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — L’Église et l'Histoire. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
444. — Divine dans son origine et dans sa constitution, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains. Il serait donc surprenant que, à travers les diverses périodes de sa longue existence, elle n'ait jamais connu la moindre défaillance. Le ''gouvernement de l'Église, ''comme tout autre qui se sert d'instruments humains, a pu commettre et a certainement commis des abus. Que ses adversaires ne perdent pas l'occasion de les lui reprocher, fort bien. Là où leurs critiques sont impartiales, nous ne ferons pas de vains efforts pour en contester le bien-fondé. Mais ''les fautes rejaillissent sur les hommes et non sur les institutions. ''Et même quand il s'agit des hommes, encore convient-il de les juger sans passion, en tenant compte du milieu où ils ont vécu, des idées de leur époque, de toutes les circonstances enfin qui peuvent expliquer, et souvent, ''justifier ''leur conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En nous appuyant sur ces principes, nous allons passer en revue les ''principales accusations ''qui sont portées contre l'Église. Et comme une société ne doit pas être jugée d'après les fautes qu'on lui reproche avec plus ou moins de raisons, en face des accusations nous dresserons un rapide inventaire des ''services ''que l'Église a rendus. Ce chapitre comprendra donc deux articles : 1° ''Les principales accusations contre l'Église. ''2° ''Les services rendus par l’ Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les principales accusations contre l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales accusations portées contre l'Église sont les suivantes : 1° Les ''Croisades. ''2° La ''Croisade des Albigeois ''et ''Y Inquisition. ''3° Les ''Guerres de religion ''et la ''Saint-Barthélemy. ''4° Les ''Dragonnades ''et la ''Révocation de l'Édit de Nantes. 5° ''Le ''Procès de Galilée. ''6° l’''ingérence des Papes dans les affaires temporelles. ''7° Le ''Syllabus ''et la condamnation des libertés modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les Croisades. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
445. — ''Remarque préliminaire. ''— Toutes les questions que nous allons étudier comporteraient de longs développements, s'il fallait les traiter dans toute leur étendue. Tel n'est pas ici notre rôle. L'apologiste ne fait pas œuvre d'historien, et il lui suffit de se borner aux seuls points qui sont indispensables à l'intelligence du sujet. Chaque paragraphe comprendra donc trois divisions : 1° un ''exposé succinct des faits ; ''2° L’''accusation ''portée par les adversaires ; 3° la ''réponse, ''où nous aurons à dégager l'Église des griefs qui ne lui incombent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''446. — Exposé des faits'''. — Les ''croisades, ''au nombre de huit, — ainsi dénommées parce que ceux qui y prenaient part, portaient sur leurs habits une petite croix d'étoffe rouge, — furent des expéditions entreprises dans le ''but ''d'arracher les Lieux Saints à la domination des musulmans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis le ive siècle, les Lieux Saints étaient le but de nombreux pèlerinages. Attires là par un motif de piété ou de repentir, les chrétiens jouirent d'une assez large tolérance, aussi longtemps que Jérusalem resta sous le joug des Arabes. Mais lorsque les ''Turcs Seldjoukides ''s'emparèrent de la ville, en 1078, menaçant l'empire byzantin et la chrétienté tout entière, non seulement les relations économiques entre l'Asie et l'Europe furent troublées, mais les pèlerins furent maltraités par les Turcs fanatiques. C'est alors que le pape Urbain II, voulant protéger les chrétiens opprimés, tant ceux qui étaient fixés à Jérusalem que ceux qui ne faisaient qu'y passer, conçut l'idée de la croisade. A sa voix et à celle d'un moine picard, Pierre l'Ermite, les populations se soulevèrent d'indignation, et l'on décida de partir en masse pour la délivrance de la Terre Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''447. — 2° Accusation'''. — Nos adversaires prétendent que les Croisades furent l'œuvre de ''l'ambition des papes ''et qu'elles aboutirent à de ''misérables résultats.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''448. — 3° Réponse'''. — Ainsi les ennemis de l'Église attaquent les Croisades à la fois dans leur ''principe ''et dans leurs ''résultats. ''— A. LE ''PRIN­CIPE. ''On vient de le voir : les Croisades eurent pour but la délivrance des Lieux Saints. Accuser les Papes d'en avoir été les promoteurs, c'est leur reprocher ''d'avoir fait leur devoir. ''Que les Papes aient profité de leur autorité incontestée sur les rois et les princes chrétiens pour les déterminer à se croiser, il n'est que trop naturel, mais, en tout cela, nous ne voyons pas les traces d'une ambition de mauvais aloi qui ne recule pas devant l'injustice d'une cause pour satisfaire la soif de domination d'un homme. Au contraire, l'on peut dire que les Papes furent de tous les souverains de leur temps, les plus clairvoyants, car ils eurent l'intuition du danger qui menaçait l'Europe. Il est vrai que les Croisades ne réussirent pas à l'écarter définitivement, puisque, en 1453, c'est-à-dire 400 ans après, Constantinople tombait aux mains des Turcs, mais n'est-ce pas aussi la meilleure preuve que l'idée des Papes était juste ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— a) On allègue que les croisades furent de ''mauvaises entreprises ''parce qu'elles furent ''malheureuses, ''et qu'elles aboutirent à un échec total. Mais où a-t-on vu que toute œuvre est mauvaise, qui' ne réussit pas? Au surplus, il ne dépendit pas des Papes qu'elles fussent menées à bonne lin, et ce serait vraiment manquer de bonne foi que de les rendre responsables des fautes qui furent commises, des abus qui furent le fait des aventuriers qui se mêlèrent aux soldats chrétiens, des dissensions, des ambitions personnelles, des mesquines rivalités des princes, bref, de tout un ensemble de choses qui firent échouer les Croisades. — b) Mais si le ''but premier ''pour lequel elles furent entreprises, ne fut pas atteint, si Jérusalem, un moment délivrée, retomba plus tard au pouvoir des infidèles, il n'en reste pas moins que les Croisades eurent des ''résultats incontestables, ''bien que ''secondaires ''et en dehors de l'objectif poursuivi par les Papes. — 1. Tout d'abord, du seul point de vue ''général ''et ''moral, ''n'est-ce pas un spectacle plein de grandeur que cette foule d'hommes qui se lève en masse pour courir à la conquête d'un tombeau et défendre sa foi? — 2. Au point de vue ''intérieur, ''les Croisades eurent pour effet de supprimer, au moins momentanément, le fléau des guerres privées, en rapprochant les individus, en fusionnant les races, les Français du Nord et ceux du Midi, et en faisant passer dans tous les cœurs un grand courant de fraternité nationale. — 3. Enfin, au point de vue ''extérieur, ''les Croisades préservèrent l'Europe de la conquête musulmane. D'autre part, elles furent le point de départ des explorations géographiques qui découvrirent l'Extrême-Orient aux Occidentaux et elles rouvrirent la route du commerce entre l'Europe et l'Asie : l'Orient redevint accessible aux marchands de l'Occident ''(v. notre Hist Gén. de l'Église, Vol. V, p. ''265 ''et suiv.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — La Croisade des Albigeois et l'Inquisition. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''449. — 1° Exposé des faits'''. — A. ''LA CROISADE DES ALBIGEOIS ''(1209). — A toutes les époques de son histoire, l'Église eut à combattre l'hérésie. Longtemps elle usa de ''tolérance, ''et n'employa d'autres armes que la persuasion et les sanctions spirituelles. « Qu'on prenne les hérétiques par les arguments et non par les armes 1 » disait saint Bernard, abbé de Clairvaux. Cependant, l'apparition d'une nouvelle hérésie, importée d'Orient, qui se propagea rapidement en Europe, et plus particulièrement, en Allemagne, dans le nord de l'Italie et dans le midi de la France, détermina les papes à changer de tactique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette hérésie, appelés ''cathares ''(du grec « ''katharos ''» pur) parce qu'ils prétendaient se distinguer par leur ascétisme et une très grande pureté de mœurs, sont plus connus, en France, sous le nom ''d'Albigeois, ''vraisemblablement parce que c'est à Albi qu'ils firent leur première apparition, ou qu'ils y furent plus nombreux qu'ailleurs. Gomme autrefois les manichéens, ces hérétiques professaient qu'il y a deux principes créateurs, l'un bon, l'autre mauvais, que l'homme est l'œuvre de ce dernier, que la vie est mauvaise, qu'on a donc le droit de la supprimer par le suicide, et le devoir de ne pas la propager par le mariage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Estimant que les ''Albigeois ''faisaient courir un grave danger à l'Église et à la société civile, la papauté entreprit de les réduire ''par la force. ''Le concile de Latran, en 1139, puis le concile de Reims, en 1148, prononcèrent des sentences contre eux, et défendirent aux seigneurs de les recevoir sur leurs terres, sous peine d'interdit. Or les princes répondirent avec empressement à l'appel de l'Église ; ils mirent même tant d'ardeur dans la répression de l'hérésie qu'ils en vinrent bientôt à accuser la papauté de faiblesse et à réclamer de nouvelles mesures de rigueur. Alors, en 1179, le IIIe ''concile de Latran, ''puis, en 1184, sous l'inspiration du pape Lucius III et de l'empereur Frédéric Barberousse, le ''synode de Vérone ''portèrent des décrets qui enjoignaient aux évêques de rechercher, par eux-mêmes ou par des commissaires, ceux qui sur leur territoire étaient suspects d'hérésie, de les faire juger par l'officialité diocésaine et d'en faire exécuter la sentence par les magistrats civils. Mais ces mesures ne furent que médiocrement efficaces. Les évêques qui étaient souvent en rapports de parenté ou d'amitié avec les familles des hérétiques, montraient peu de zèle à suivre les prescriptions du synode. Ce fut seulement en 1207, et après l'assassinat du légat du Pape, Pierre de Castelnau, par les ordres du comte de Toulouse, Raymond VI, que le pape Innocent III résolut de mettre un terme à leurs violences contre les catholiques. Après avoir excommunié leur protecteur, le comte Raymond, le pape convoqua les princes et les peuples à une nouvelle ''croisade, ''non plus cette fois contre les infidèles, mais contre les hérétiques qui jetaient le trouble dans le pays. Les seigneurs accoururent et se rangèrent sous la bannière de Simon de Montfort, poussés plus, il est vrai, par les appâts du gain que par les intérêts de l'orthodoxie. La guerre, qui dura vingt ans, et dont les événements principaux furent le ''siège de Béziers ''(1209), la ''bataille de Muret ''(1213) et le ''massacre de Marmande ''(1219), fut marquée par un grand nombre d'atrocités. Mais il convient d'ajouter que le pape Innocent III désavoua ceux qui s'en rendirent coupables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
450. — B. ''L'INQUISITION. ''— ''a) Origine. ''— On donne le nom ''d'Inquisition ''aux tribunaux établis dans certains pays pour rechercher et réprimer l'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''croisade des Albigeois ''n'avait pas réussi à étouffer l'hérésie. De la nécessité de la combattre par d'autres moyens naquit ''l'Inquisition. ''Sans doute, les officialités diocésaines existaient déjà. Après le IIIe concile de Latran et le synode de Vérone, le ''concile de Narbonne, ''en 1227, le ''concile de Toulouse, ''en 1229, avaient ordonné aux évêques l'institution dans chaque paroisse, d'une commission inquisitoriale chargée de rechercher les hérétiques ; mais, pour les raisons que nous avons signalées, les officialités et les commissions n'atteignaient pas le but poursuivi. C'est alors que le Pape Grégoire IX institua, à partir de 1231, des tribunaux chargés spécialement, avec le concours du pouvoir civil, de rechercher et de frapper les hérétiques. Sans supprimer les tribunaux diocésains, le pape confia le rôle d inquisiteurs aux ''Ordres mendiants, ''en particulier aux ''Dominicains ''et aux ''Franciscains.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Procédure. ''— Lorsqu'un pays était suspecté d'hérésie, l'inquisiteur s'y rendait, assisté de ses auxiliaires. Après l'enquête préliminaire commençait la procédure. Trois traits lui donnaient une physionomie particulière : tout d'abord le ''secret rigoureux de l'information judiciaire ''qui laissait ignorer à l'accusé les témoins qui l'avaient dénoncé ; puis la ''défense de se faire assister par un avocat, ''enfin l'usage ''de la torture, ''si le prévenu ne' faisait pas spontanément 1 aveu de son hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sentences n'étaient pas toujours rendues sur-le-champ. Il arrivait, comme cela se passa assez fréquemment au Portugal, en Italie, et surtout en Espagne, qu'elles étaient prononcées au milieu du peuple assemblé et en grand apparat : c'est ce qu'on appelait l'autodafé. L'''autodafé ''(mot espagnol qui signifie ''acte de foi),—- ''ainsi dénommé parce que celui qui était chargé de lire les sentences, s'interrompait de temps en temps pour faire réciter par l'assistance des actes de foi,— était donc la lecture solennelle des sentences portées contre ceux que le tribunal de l'Inquisition avait eu à juger. S'ils étaient déclarés innocents, on les remettait en liberté ; s'ils étaient déclarés coupables, ils étaient mis en demeure d'abjurer aussitôt. Quant aux opiniâtres et aux relaps, c'est-à-dire ceux qui refusaient de rétracter leurs erreurs ou qui étaient convaincus de récidive, ils étaient frappés de pénalités diverses : pénitences canoniques, amendes, contributions à des œuvres pies, port sur les vêtements de petites croix, croisade pendant un temps déterminé, pèlerinage en Terre Sainte, confiscation des biens ; ou peines afflictives comme la flagellation, l'emprisonnement temporaire ou perpétuel, et, — la peine la plus grave, — la mort par le bûcher. Toutefois cette dernière peine n'était pas prononcée par le tribunal de 1 Inquisition mais par les juges civils, autrement dit, par le ''bras séculier, ''auquel les juges ecclésiastiques remettaient en certains cas ceux qui étaient convaincus d'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Champ d'action. ''— L'Inquisition fut établie peu à peu dans une grande partie de la chrétienté. Cependant plus d'un pays catholique lui échappa. Elle ne pénétra en Angleterre qu'à propos de l'affaire des Templiers et uniquement pour cette affaire. En France, elle ne fonctionna guère, du moins d'une façon suivie, que dans les régions méridionales, dans ce qu'on appelait le comté de Toulouse, et plus tard le Languedoc, puis dans l'Aragon. L'édit de Romorantin, en 1560, la supprima et reconnut aux évêques seuls le droit d'informer contre l'hérésie, jusqu'au moment où les Parlements, s'emparant de cette partie de la juridiction épiscopale, s'attribuèrent la connaissance exclusive des procès contre les hérétiques, les magiciens et les sorciers. Les inquisiteurs s'établirent en outre dans les Deux-Siciles, en maintes cités de l'Italie et en Allemagne&amp;lt;ref&amp;gt;Voir Vacandar, L'Inquisition, p. 218, 219.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout en ''Espagne ''que l'Inquisition a laissé les plus profonds et les plus regrettables souvenirs. Instituée dès le xiiie siècle, suivant les formes canoniques, elle fut modifiée, à la fin du xve siècle, par Ferdinand V et Isabelle. Sous leur impulsion, l'Inquisition devint pour ainsi dire une institution d'État où la politique eut plus de part que la religion. Comme le ''grand inquisiteur ''et les ''fiscaux, ''c'est-à-dire les procureurs chargés d'instruire le procès, dépendaient de la couronne, le tribunal de l'Inquisition fut entre les mains des rois un merveilleux instrument de terreur, destiné, non seulement à chasser les Juifs et les Maures de la Péninsule, mais encore à produire des sources de revenus les moins avouables. Le premier grand inquisiteur, le dominicain Thomas de Torquemada, et même la plupart des inquisiteurs, se sont signalés par une sévérité excessive et ont fait de nombreuses victimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''451. — 2° Accusation.''' — Qu'il s'agisse de la ''croisade des Albigeois ''elle-même ou de ''l’Inquisition, ''nos adversaires attaquent l'Église sur le double terrain du ''principe ''et des ''faits.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''452. — 3° Réponse'''. — A. ''LE PRINCIPE. ''— Le principe sur lequel l'Église s'est appuyée pour établir l'Inquisition, n'est rien autre que la question du pouvoir coercitif. L'Église a-t-elle, oui ou non, le pouvoir, et par conséquent, le droit, d'infliger des peines, même corporelles, à ceux de ses enfants qui, loin de lui obéir, la battent en brèche et mettent son existence en péril? Toute la question est là. Or nous avons vu précédemment (Nos 431 et 439) que le ''droit de l'Église ''est incontestable, qu'il découle naturellement du pouvoir que Jésus-Christ lui a confié d'enseigner sa doctrine et de veiller à sa conservation intégrale, et que ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, sinon exercé. Il n'est donc plus nécessaire de nous attarder sur ce point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Autre chose le ''principe, ''autre chose ''l'application ''du principe. Lorsque nous avons établi la légitimité du principe, rien ne nous force à estimer que ''l’Inquisition ''fut, de la part de l'Église, une institution heureuse, tant elle paraît contraire à son tempérament et à son mode ordinaire de gouvernement. L'Église a, du reste, longtemps hésité à entrer dans cette voie, et il semble bien que, pour en arriver à ces moyens extrêmes, il a fallu qu'elle se crût en état de légitime défense. Que, placée dans l'alternative, ou de périr, ou de défendre son existence par des procédés violents, elle ait été amenée à prendre ce dernier parti, et qu'alors certains inquisiteurs chargés d'appliquer sa législation se soient rendus coupables d'abus, d'irrégularités et d'excès, c'est ce dont tout apologiste de bonne foi est bien obligé de convenir avec ses adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il ne faut rien exagérer, et, qu'il s'agisse des abus ou de l'institution elle-même, il convient de les apprécier avec un esprit impartial. — ''a) Les abus. ''Assurément, l'Inquisition a été une institution humaine où les intérêts supérieurs de l'Église ont été parfois sacrifiés aux passions, aux haines et aux intérêts des juges. L'on a fait remarquer&amp;lt;ref&amp;gt;Léa, Histoire de l'inquisition au moyen âge.&amp;lt;/ref&amp;gt; que la peine de la confiscation, en excitant les convoitises, a pu déterminer des jugements iniques, que des haines personnelles ont pu dicter des dénonciations, peut-être même des condamnations. A cela nous pouvons répondre qu'il en est ainsi devant toutes les juridictions du monde. Les inquisiteurs ont dû exercer leurs fonctions dans des circonstances difficiles, sous la pression des événements et de l'opinion des foules soulevées contre l'hérésie et attendant avec impatience un verdict impitoyable condamnant les coupables. En outre, certains juges avaient passé une partie de leur vie à discuter avec l'hérésie et à la combattre ; d'autres, tels que Robert le Bougre, inquisiteur de France, et Reynier Sacchoni, inquisiteur de Lombardie, avaient été eux-mêmes hérétiques ; une fois convertis, ils avaient poursuivi leurs anciens coreligionnaires avec un zèle de néophytes. Ces considérations expliquent déjà, sinon excusent, beaucoup d'abus. Mais il est bon d'ajouter que beaucoup d'autres juges, remplis de zèle pour la gloire de Dieu et en même temps de pitié pour lés faiblesses humaines, tout en détestant l'hérésie, étaient pleins de mansuétude pour les personnes. Ils ne prononçaient une sentence de condamnation que lorsque la culpabilité n'offrait aucun doute, tant ils craignaient de condamner un innocent. Ils n'avaient pas de plus grande joie que celle de ramener le coupable à l'orthodoxie et de l'arracher au bras séculier ; aussi usaient-ils de préférence de pénitences canoniques et de pénalités temporaires pour ramener le coupable dans la voie du bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'institution. ''— En dehors des abus qui ont pu être commis et qui sont imputables aux inquisiteurs, et non à l'Église qui les a désavoués, ''l’institution ''elle-même a été l'objet des plus acerbes critiques. Les ''particularités de ''sa ''procédure ''dont nous avons relevé plus haut les trois traits caractéristiques, les ''pénalités ''qu'elle infligeait et, par-dessus tout, la ''mort par le bûcher, ''ont soulevé les plus violentes diatribes contre l'Église. — Il ne rentre pas dans notre dessein de défendre ce qui ne nous paraît pas défendable. « Rien ne nous oblige, dirons-nous avec Mgr d'Hulst, à tout justifier dans l'histoire de cette institution : par exemple, la procédure secrète, l'instruction poursuivie en dehors du prévenu, l'absence de débats contradictoires : ce sont des formes juridiques arriérées qui répondent mal à un sentiment d'équité aujourd'hui universel et qui est lui-même un fruit lentement mûri sur la tige de la civilisation chrétienne&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr d’Hulst  Car. 1895, La morale du Citoyen .5e  Conf. L'Église et l'État&amp;lt;/ref&amp;gt;. « Toutefois, si rien ne nous oblige à tout justifier, rien ne nous empêche non plus d'expliquer ce qui est explicable. — l. On reproche d'abord à l'Inquisition ''de ne pas avoir livré les noms des dénonciateurs ''et des témoins à charge, et de ne pas les avoir confrontés avec l'accusé. Or « cette coutume, dit M. de Cauzons, n'avait pas été imaginée pour entraver la défense des prévenus ; elle était née des circonstances spéciales où l'Inquisition s'était fondée. Les témoins, les dénonciateurs des hérétiques avaient eu à souffrir de leurs dépositions devant les juges ; beaucoup avaient disparu, poignardés ou jetés dans les ravins des montagnes par les parents, les amis, les coreligionnaires des accusés. Ce fut ce danger de représailles sanglantes qui fit imposer la loi dont nous nous occupons. Sans elle, ni dénonciateurs ni témoins n'eussent voulu risquer leur vie et déposer à ce prix devant le tribunal. » La règle de taire les noms des témoins n'était du reste pas absolue, et l'inquisiteur les communiquait quand le danger n'existait pas ou avait disparu ; il les communiquait toujours aux notaires, aux assesseurs, à tous les auxiliaires qui avaient le droit et le devoir de contrôler ses actes. Ajoutons que des peines très graves frappaient les faux témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. On a reproché en second lieu à la procédure inquisitoriale ''l'interdiction aux accusés de se faire assister par un avocat. ''C'était là sans nul doute une atteinte grave au droit sacré de la défense. On le comprit du reste peu à peu, et, sinon en droit, du moins en fait, les avocats purent, par la suite, paraître à côté des accusés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Mais que penser de la ''torture ''à laquelle la procédure inquisitoriale faisait appel pour arracher des aveux aux accusés? que penser surtout de la ''peine de mort par le bûcher? ''La réponse est simple. L'Inquisition fui une institution de son temps. Elle se conforma donc aux idées et aux usages de son temps. La torture et la mort par le bûcher, qui révoltent tant notre sensibilité, ce n'est pas l'Église qui les a inventées, elle les a trouvées en usage dans les tribunaux de l'époque. Si l'on juge, et non sans raison, que ces pénalités étaient excessives, il convient de ne pas perdre de vue que le code pénal du moyen âge était en général autrement rigoureux que le nôtre. « Nous n'avons qu'à considérer les atrocités de la législation criminelle au moyen âge, pour voir combien les hommes d'alors manquaient du sentiment de la pitié. Rouer, jeter dans un chaudron d'eau bouillante, brûler vif, enterrer vif, écorcher vif, écarteler, tels étaient les procédés ordinaires par lesquels le criminaliste de ce temps-là s'efforçait d'empêcher le retour des crimes, en effrayant par d'épouvantables exemples, des populations assez dures à émouvoir. »&amp;lt;ref&amp;gt;Léa, op. cit., pp. 234-235, cité par Vacanbard, 1’Inquisition, pp. 271, 272.454&amp;lt;/ref&amp;gt; A la décharge de l'Inquisition, il faut dire qu'elle n'employa la torture que dans des cas tout à fait exceptionnels, et que la peine du bûcher fut, elle aussi, relativement rare. Et si par ailleurs l'on compare le nombre des victimes faites par l'Allemagne luthérienne, et en Angleterre, par la seule reine Elisabeth, il apparaît que l'Inquisition catholique a été bien moins cruelle que l'intolérance protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, les tribunaux de l'Inquisition étaient comme une ''menace perpétuelle qui supprimait toute liberté de penser. ''Cette accusation n'est pas justifiée. Lorsqu'elle fut organisée dans la première moitié du xiiie siècle, l'Inquisition était uniquement dirigée contre l'hérésie albigeoise. Elle s'étendit plus tard, il est vrai, à d'autres hérésies comme celle des Vaudois, mais elle ne visait jamais que les hérétiques. « Dès lors les païens et les musulmans échappaient à sa juridiction ; et si, plus tard, en Espagne, par exemple, elle prononça contre eux des sentences, ce fut par une contradiction avec ses principes, que lui imposa la politique des princes, plutôt que le souci de l'orthodoxie. Les Juifs ont bénéficié d'une plus large tolérance encore. M. Salomon Reinach l'a parfaitement démontré dans une conférence faite à la Société des Études juives, le 1er mars 1900, et publiée dans la ''Revue des Études juives ''de cette même année... Il est cependant deux cas où l'Inquisition a eu à s'occuper du judaïsme. En 1239. Grégoire IX lui ordonna de saisir partout les exemplaires du Talmud et de les brûler... «Tandis qu'on brûlait les chrétiens hérétiques, on se mit à brûler avec non moins de zèle les livres juifs. En 248, il y eut deux exécutions de ce genre à Paris... En 1267, Clément IV prescrit à l'archevêque de Tarragone de se faire livrer tous les Talmuds... En 1319, à Toulouse, Bernard Gui en réunit deux charretées, les fait traîner à travers les rues de la ville et brûler solennellement. Ainsi, au témoignage de Salomon Keinach, ce sont les livres, et non les fidèles du judaïsme, qui ont eu à subir les rigueurs de l'inquisition ». Il est un second cas où l'Inquisition eut à s'occuper des Juifs. Elle voulut préserver de leur lente infiltration la pureté du christianisme et, pour cela, elle poursuivit les faux convertie qui n'adoptaient la forme extérieure du christianisme que pour mieux dissimuler leur origine et leur qualité. « L'Église, dit fort bien M. Reinach, ne défendait pas aux Juifs d'être juifs ; mais elle interdisait aux chrétiens de judaïser et aux Juifs de les pousser dans cette voie. » Ce fut l'Inquisition d'Espagne qui. au xve et au xvie siècle, organisa les persécutions antisémites : mais ce fut pour des raisons politiques, sous la pression des souverains, plutôt que pour des raisons religieuses et sous l'impulsion du catholicisme.. En un mot, l'Inquisition religieuse du moyen âge a respecté les Juifs quand eux-mêmes respectaient les chrétiens ; l'Inquisition politique de la Renaissance les a poursuivis et durement condamnés. »&amp;lt;ref&amp;gt;J. Giraud, art. Inquisition (Dict. d'Alès).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. que l'Église a longtemps répugné aux peines temporelles ; — 2. qu'elle a été amenée à des mesures de rigueur extrême par la force des choses et par la nécessité de protéger son existence ; — 3. que les abus qui se sont commis, et dont nos adversaires ont souvent exagéré le nombre, sont imputables aux inquisiteurs et non à la papauté qui a toujours protesté contre une sévérité excessive, et flétri les cruautés qui lui ont été signalées ; — 4. que l'Inquisition, en sauvegardant l'unité religieuse par la répression de l'hérésie, empêcha bien des guerres civiles et de prodigieuses effusions de sang. La preuve en est bien qu'en Espagne où le protestantisme fut ainsi étouffé, les victimes de l'Inquisition furent beaucoup moins nombreuses que celles des guerres de religion, en France et en Allemagne ; — 5. enfin, que l'Inquisition n'a jamais été, entre les mains de l'Église, qu'une arme de cil-constance, à laquelle depuis longtemps elle ne songe plus à recourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les Guerres de religion et la Saint-Barthélemy. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''453. — 1° Exposé des laits. '''— Les ''Guerres de religion ''sont les luttes civiles entre catholiques et protestants, qui, durant les règnes de François II, Charles IX et Henri III, ensanglantèrent la France. Au nombre de huit, elles débutèrent en 1562, à la suite du massacre de Vassy et se terminèrent par la promulgation de ''l'Édit de Nantes ''(1598) qui garantissait aux protestants le libre exercice de leur culte dans les villes où il avait été organisé par les précédents édits, le droit de bâtir des temples, l'accès à toutes les charges publiques, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de ''Saint-Barthélemy ''au massacre de l'amiral de Coligny et de nombreux gentilshommes protestants venus à Paris pour assister au mariage mixte de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, le futur Henri IV : massacre qui fut ordonné par le roi Charles IX et exécuté dans la nuit du 24 août 1572 (jour de la fête de saint Barthélemy).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''454. — 2°''' '''Accusation. '''— A. A propos des ''guerres de religion, ''nos adversaires en rejettent toute la responsabilité sur l'Église catholique. — B. A propos de la ''Saint-Barthélemy, ''ils l'accusent : — 1. d'avoir ''préparé ''le massacre : et — 2. de l'avoir ''approuvé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''455. —3°''' '''Réponse.—'''A. ''GUERRES DE RELIGION.—a) ''II est injuste de rendre l'Église catholique responsable des guerres de religion. Celles-ci furent en effet déterminées par des ''causes politiques ''plutôt que ''religieuses. ''La religion catholique étant considérée à cette époque comme un des fondements essentiels de la société, l'État, en déclarant la guerre aux huguenots, a eu pour but de protéger l'ordre social et l'unité de la nation. Les premiers et les vrais responsables sont donc les protestants eux-mêmes qui se révoltaient contre l'ordre de choses établi. L'on nous objecte, il est vrai, que le ''massacre de Vassy, ''qui leur servit de point de départ, fut l'œuvre des Guises, les chefs du parti catholique. La chose est exacte, mais il ne faut pas oublier que, déjà auparavant, et dès 1560, les protestants avaient pillé l'église de Saint Médard à Paris, jeté la terreur en Normandie, dans le Dauphiné et la Provence, que dans différentes villes, Montauban, Castres, Béziers, ils avaient interdit le culte catholique et forcé le peuple à assister au prêche : il ne faut pas oublier non plus que, pour servir leurs desseins, les protestants pactisèrent avec l'étranger, que l'amiral de Coligny et Condé firent appel à Elisabeth d'Angleterre, lui promettant, en échange de son or et de ses troupes, la cession du Havre, de Dieppe et de Rouen. — b) Quant aux ''atrocités, ''il n'y a pas lieu davantage de les invoquer contre l'Église catholique, car il y eut, des deux côtés, des actes regrettables. Et, tout compte fait, il semble bien que l'intolérance protestante n'est pas allée moins loin que l'intolérance catholique. Les protestants n'ont-ils pas profané les églises, détruisant les saintes images, déchirant les riches enluminures des manuscrits et des missels, renversant les croix, brisant les châsses et autres objets sacrés de grande valeur artistique? N'ont-ils pas, en un mot, commis des actes de vandalisme inexcusables et accompli des destructions irréparables?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
456. — B. ''La Saint-Barthélemy. ''— Parmi ces violences, la plus odieuse certainement, — et celle-là au compte du parti catholique, — fut le massacre de la Saint-Barthélemy. Mais est-il vrai que l'Église y ait joué le premier rôle, soit en ''préparant, ''soit en ''approuvant ''le massacre?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Préparation du massacre. ''— Pour démontrer ce premier point, nos adversaires s'appuient sur des lettres du pape S. Pie V à Charles IX et à Catherine de Médicis, dans lesquelles il les exhorte à exterminer les protestants français&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi saint Pie V écrivait à Catherine de Médicis, le 28 mai 1569 : « Ce n'est que par l'extermination des hérétiques que le roi pourra rendre à ce noble royaume l'ancien culte de la religion catholique ; si Votre Majesté continue à combattre ouvertement et ardemment les ennemis de la religion catholique, jusqu'à ce qu'ils soient tous massacrés, qu'elle soit assurée que le secours divin ne lui manquera pas. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est indiscutable que dans ces lettres le pape prêche la guerre sainte, et demande qu'on poursuive avec une fermeté impitoyable les hérétiques insurgés ; mais dans sa pensée il s'agissait d'une guerre légitime, faite selon le droit des gens ; ce n'était nullement une exhortation à un massacre tel que la Saint-Barthélemy. La chose devient plus évidente encore, si l'on suppose, comme certains historiens le font, que le mariage du jeune prince calviniste, Henri de Navarre, avec Marguerite de Valois, catholique, servit de prétexte pour attirer les seigneurs huguenots dans un guet-apens et les faire assassiner tous à la fois, car le pape S. Pie V a toujours refusé son consentement à ce mariage : ce qu'il n'aurait pas fait s'il avait été complice de la soi-disant machination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il n'y a pas eu même ''préméditation, de la part de la Cour de France. ''Il ressort en effet de nombreux témoignages contemporains que, au printemps de 1572, l'amiral de Coligny voulait entraîner le roi Charles IX dans une guerre contre l'Espagne, et que Catherine de Médicis voulait, au contraire, maintenir la paix avec Philippe II. Comme l'avis de Coligny semble prévaloir auprès du jeune roi, la Reine-Mère conçoit le projet machiavélique de supprimer l'adversaire qui la gêne : le meurtre lui apparaît légitime, parce que commandé par la « raison d'État ». Elle se met alors à combiner avec les Guises, ennemis personnels de Coligny, des projets d'assassinat. Le 18 août, mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. Les gentilshommes protestants y sont venus de partout. Le 22 août, c'est-à-dire quatre jours après la cérémonie, tentative de massacre du ''seul ''amiral de Coligny : ce qui prouve bien qu'il n'est pas encore question de massacrer ''tous ''les protestants. Grand émoi alors parmi les seigneurs protestants qui projettent de venger Coligny, bien que celui-ci n'ait été blessé que légèrement. Devant une situation aussi critique, et dans la crainte d'être découverte, Catherine de Médicis prend un parti désespéré, et, profitant de l'attitude des protestants qui profèrent des menaces de mort contre les catholiques, et en particulier contre les Guises, elle représente au roi que les huguenots conspirent contre la sûreté de l'État et que c'est une mesure de salut public de les exécuter en masse. Elle arrache ainsi au roi affolé l'ordre de massacre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure : — 1. que le massacre de la Saint Barthélemy a été un ''crime politique ''commis à l'instigation de Catherine de Médicis ; et — 2. que, le massacre n'ayant pas été prémédité, l'on ne saurait, par conséquent, accuser l'Église de l'avoir ''préparé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Approbation du massacre. — ''Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le ''clergé de Paris ''célébra, le 28 août, une messe solennelle et fit une procession en action de grâces. A Rome, le pape Grégoire XIII, qui avait succédé à S. Pie V, le 13 mai 1572, éprouva une grande joie à la nouvelle de la Saint-Barthélemy. Il l'annonça lui-même au consistoire, fit chanter un ''Te Deum ''à l'église Sainte-Marie-Majeure, fit frapper une médaille en souvenir de ce grand événement et ordonna la composition de la fresque fameuse de Vasari, où sont représentées les principales scènes de la sanglante journée. Tels sont les ''faits ''qui ont donné à croire que l'Église catholique, dans la personne de ses chefs, ''a approuvé le massacre. ''Mais il s'agit de savoir quelle idée on se faisait, à Paris et à Rome, de l'événement en question. Massacre et lâche assassinat, ou légitime défense? Dans le premier cas, la complicité de l'Église serait certainement engagée. Dans le second, l'attitude de ses représentants devient toute naturelle. Or c'est justement la seconde hypothèse qu'il faut envisager. — 1. Pour ce qui concerne d'abord le ''clergé de Paris, ''il est clair que ses renseignements étaient inexacts. Comme tout le monde, il croyait qu'il y avait eu, de la part des huguenots, projet d'attentat contre la sûreté de l'État : il en voyait la preuve évidente dans ce fait que, le 26, Charles IX avait, devant le Parlement, revendiqué la responsabilité du drame, tout en expliquant qu'il lui avait été imposé par la connaissance d'un complot contre le gouvernement et la famille royale. Comment s'étonner alors que le clergé parisien ait célébré, d'accord avec le peuple, une cérémonie d'actions de grâces, demandée officiellement par la Cour pour remercier le ciel d'avoir préservé le Roi et châtié les coupables? — 2. Quant à Grégoire XIII, il reçut la nouvelle de la Saint-Barthélemy, par un ambassadeur de Charles IX, le sieur de Beauvillier. Les faits lui furent donc présentés d'après la version officielle de la Cour de France. Avec le message du roi Charles IX, le même Beauvillier apportait une lettre de Louis de Bourbon, neveu du cardinal. Écrite le surlendemain du massacre, cette lettre expliquait que, dans le but de faire monter un prince protestant sur le trône, l'amiral de Coligny préparait le meurtre du roi et de la famille royale. Aussi inexactement renseigné, il est donc tout naturel que Grégoire XIII ait manifesté ses sentiments de joie avec tant de spontanéité, et qu'il en ait fait la démonstration publique. De nos jours encore, les chefs d'État n'échangent-ils pas entre eux des congratulations, lorsque l'un d'eux a échappé à un attentat?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que l'Église n'a ni ''préparé ''le massacre de la Saint-Barthélemy, ni ne l'a ''glorifié ''en tant que massacre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Les Dragonnades et la Révocation de l'Édit de Nantes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''457. — 1° Exposé des faits'''. — ''L'Edit de Nantes ''avait été un acte du pouvoir royal, une concession, non un contrat entre deux parties. En laissant à chacun la liberté d'être protestant ou catholique, autrement dit, en accordant la liberté de conscience et la liberté de culte, Henri IV posa le premier le ''principe de tolérance, ''et cela, à un moment où tous les souverains d'Europe, protestants et catholiques, n'admettaient pas que leurs sujets eussent une autre religion que la leur.&amp;lt;ref&amp;gt;Qu'on se rappelle, en effet, ce qui se passait en Angleterre, sous les règnes dé Henri VIII et d'Elisabeth : toutes les persécutions et violences légales contre les catholiques, les lois interdisant l'élection aux charges de l'État à ceux qui ne pouvaient prouver leur participation à la cène, le papiste déclaré déchu de ses héritages, le protes­tant qui se convertissait au catholicisme, regardé comme coupable du crime de haute trahison, l'entrée du royaume interdite à tout prêtre catholique sous peine de mort...&amp;lt;/ref&amp;gt; Malheureusement les protestants abusèrent des concessions qui leur avaient été faites. Profitant des garanties dont ils jouissaient dans de nombreuses places de sûreté, ils commirent la double faute de vouloir s'isoler du reste de la nation, pour former un État dans l'État, et surtout d'entretenir des relations suspectes avec l'étranger. Plusieurs fois, ils s'étaient alliés, soit avec les Espagnols, soit avec les Anglais. En 1627, la Rochelle où ils étaient les maîtres, s'était révoltée ; le Languedoc, travaillé par le duc de Rohan, avait suivi son exemple. Les Réformés furent donc tenus pour des sujets dangereux, et Richelieu, voulant en finir avec eux, dirigea lui-même le ''siège de la Rochelle ''qui se rendit, après une année presque, d'une résistance acharnée (1628). Par ''l’édit de Grâce ou d’Alais ''(1629) Richelieu enleva aux protestants toutes leurs villes de sûreté et leurs privilèges politiques, mais leur laissa la liberté du culte. Malgré cette dernière concession, c'était déjà un acheminement vers la révocation de l'Édit de Nantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis XIV voulut aller plus loin que Richelieu. Imitant les autres États protestants, il voulut qu'il n'y eut dans son royaume qu'une seule foi et un seul culte, et forma le projet d'amener tous les réformés à la religion catholique. Tout d'abord il entreprit de les convertir par des prédications et des missions. Bossu et écrivit une réfutation du ''Catéchisme général de la Réformation ''publié par Paul Ferri à Sedan (1654), et entrant dans la pensée du roi, il travailla à la réconciliation des deux confessions, catholique et protestante, par la discussion et la persuasion, « chrétiennement et de bonne foi », sans violenter la conscience ni des uns ni des autres. Mais aux efforts des controversistes et des missionnaires les Réformés répondirent par de mauvaises dispositions et parfois par des violences. De plus, ils continuèrent leurs relations avec les ennemis de la France, entre autres, avec les Pays-Bas pendant la longue guerre qui commença en 1672. Mécontent alors de leur attitude, le roi Louis XIV adopta à l'égard des protestants des mesures analogues à celles qui étaient en vigueur contre les catholiques dans les États protestants tels que l'Angleterre et la Hollande. Des intendants furent envoyés partout pour seconder l'œuvre des missionnaires et mettre la force au service de la persuasion. Les intendants outrepassèrent les ordres reçus ; -sur le conseil du ministre de la guerre, Louvois, le roi envoya des ''dragons ''qui devaient loger chez les protestants qui refusaient de se convertir. Les violences et les excès de toutes sortes que commirent ces « missionnaires bottés» sont restés tristement célèbres sous le nom de ''dragonnades. ''Mais il faut dire, à la décharge de Louis XIV, qu'il ignorait les cruautés dont ses soldats se rendaient coupables. On lui faisait seulement connaître le nombre des conversions qui s'opéraient, et ce nombre était tel que bientôt le roi crut qu'il ne restait plus guère de protestants en France, que l'unité religieuse était faite. Alors il ''révoqua l’Édit de Nantes ''(16 octobre 1685). Les Réformés se virent donc obligés de choisir entre la conversion hypocrite ou l'exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''458. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires rendent l'Église responsable de la ''révocation ''de l'Édit de Nantes et des ''fâcheux résultats ''qui s'ensuivirent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''459. — 3° Réponse. '''A. ''LA RÉVOCATION.— ''La révocation de l'Édit de Nantes peut être considérée à un double point de vue : politique et religieux. — a) Au point de vue '''politique ''ou ''juridique, ''il est bien certain que le roi Louis XIV avait le ''droit ''de révoquer l'édit porté par Henri IV. Les protestants eux-mêmes en conviennent. « Ces actes de tolérance, dit Grotius, ne sont pas des traités, mais des édits royaux rendus pour le bien général, et révocables quand le même bien général y engagera le Roi». — ''b) ''Au point de vue ''religieux, ''l'intolérance du Roi et du parti catholique fut certainement une erreur fâcheuse. Nous avons dit : ''l’intolérance du Roi ''et du ''parti catholique, ''car, si Louis XIV fut le grand responsable, il faut bien avouer que son acte était réclamé par l'opinion catholique et qu'il fut accueilli avec des marques non dissimulées de satisfaction. Toutefois, le pape Innocent XI ne lui donna pas sa complète approbation. Quant aux violences commises, aux ''dragonnades, ''il est clair qu'elles ne sont pas imputables à l'Église, et l'on ne peut même pas dire, comme nous l'avons vu plus haut, que Louis XIV doive en porter la responsabilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— Nous n'hésitons pas à reconnaître que la révocation de l'Édit de Nantes eut des ''conséquences religieuses et politiques tout à fait déplorables. ''Les protestants qui se convertirent pour pouvoir rester en France, furent de mauvais catholiques. Ceux qui préférèrent l'exil, portèrent à l'étranger les ressources de leurs talents et de leur activité laborieuse ; il y en eut même qui entrèrent dans les armées ennemies et n'eurent pas honte de combattre leur pays. Mais, autant nous pouvons les admirer d'avoir accepté courageusement les douleurs de l'exil plutôt que de trahir leur foi, autant nous devons les blâmer d'avoir haï leur patrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II n'y a pas à le dissimuler, la révocation de l'Édit de Nantes fut une ''faute ''et un ''malheur. ''Cet acte fut surtout un ''acte politique, ''mais le parti catholique se fût grandi, si, au lieu d'imiter l'intransigeance dès pays protestants, il eût réclamé pour ses frères dissidents le bénéfice d'une large tolérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 5. — Le Procès de Galilée. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''460. — 1'''° '''Exposé des faits. '''— Dès 1530, le chanoine Copernic formulait déjà l'hypothèse que la terre et toutes les planètes tournent autour du soleil, et non le soleil autour de la terre, comme l'enseignait le ''système de ''Ptolémée, généralement admis jusque-là. Au début du xvir3 siècle, Gaulée&amp;lt;ref&amp;gt;Galilée, né à Pise en 1564, appartient plutôt par sa vie à Florence. D'abord pro­fesseur de physique et de mathématiques à Pise (1589-1592), puis à Padoue (1592-1610). il passa le reste de sa vie dans sa villa d'Arcetri, près de Florence, où, même après sa condamnation en 1633, il fut autorisé à se retirer. En 1636, il était devenu aveugle après avoir mis la dernière main à son Traité du mouvement. Galilée est regardé comme le vrai fondateur de la méthode expérimentale. Avec le télescope qu'il construisit en 1609, il observa les montagnes de la lune, découvrit les satellites de Jupiter, l'anneau de Saturne, les taches et la rotation du soleil sur son axe, les phases de Vénus : autant de choses qui confirmaient ses présomptions en faveur du système de Copernic.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ayant présenté le ''système de Copernic ''comme une hypothèse certaine, fut, de ce fait, cité deux fois devant la Saint-Office. Ce sont ces ''deux procès ''qui forment le point central de ce qu'on appelle 1' « ''affaire Galilée ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PROCÈS DE ''1616. — En défendant la théorie de Copernic comme une hypothèse certaine, Galilée s'était fait de nombreux adversaires, entre autres, tous les savants qui ne juraient que par Aristote. Vers la fin de 1641, François Sizi accuse Galilée de contredire, par son système, les passages de la Bible tels que Josué, x, 12 ; Eccles., i, 5 ; Ps., xviii, 6 ; ciii, 5 ; Eccl., xliii, 2, qui paraissent en faveur du système géocentrique. Galilée pouvait alors se retrancher sur le terrain scientifique et fuir la difficulté en laissant aux théologiens et aux exégètes le soin de la résoudre. Il commit la faute de suivre son adversaire sur le terrain de l'exégèse. Le 19 février 1616, la question fut donc portée devant la Congrégation du Saint-Office. Onze théologiens consulteurs eurent à examiner les deux propositions suivantes : — 1. Le soleil est le centre du monde et il est immobile ; 2. La terre n'est pas le centre du monde et elle a un mouvement de rotation et de translation. La première proposition fut qualifiée « fausse et absurde philosophiquement, et formellement hérétique parce qu'elle contredit expressément plusieurs textes de la Sainte Écriture suivant leur sens propre et suivant l'interprétation commune des Pères et des Docteurs». La seconde proposition fut censurée « fausse et absurde philosophiquement, et au moins, erronée dans la foi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 25 février, le pape Paul V donnait au cardinal Bellarmin l'ordre de faire venir Galilée et de l'avertir qu'il eût à abandonner ses idées. Galilée vint et se soumit. Le 5 mars, sur l'ordre de Paul V, paraissait un décret de la Congrégation de l'Index condamnant les ouvrages de Copernic et tous les livres qui enseignaient la doctrine de l'immobilité du soleil. Mais dans cette condamnation il n'était pas fait mention des écrits de Galilée. Celui-ci fut même reçu en audience, le 9 mars, par le pape qui lui déclara qu'il connaissait la droiture de ses intentions et qu'il n'avait rien à craindre de ses calomniateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PROCÈS DE ''1633. — Après son procès de 1616, Galilée était allé reprendre à Florence le cours de ses travaux. En 1632, il publia son ''Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde. ''Cet ouvrage portait l'imprimatur de l'inquisiteur de Florence et celui de Mgr Riccardi, Maître du Sacré-Palais, chargé par office de surveiller la publication de tous les livres qui paraissaient à Rome. Or ce dernier avait bien accordé l'imprimatur, mais sous la condition, que l'ouvrage contiendrait une préface et une conclusion indiquant que le système n'était présenté qu'à titre d'hypothèse. La préface et la conclusion&amp;quot;^ y trouvaient en effet, mais, de la manière dont elles étaient rédigées, elles parurent une moquerie. Les théologiens du Saint-Office furent d'avis que Galilée transgressait les ordres donnés en 1616. En conséquence, il fut cité à nouveau devant le Saint-Office. Après avoir différé plusieurs fois son voyage sous prétexte de maladie, il se mit enfin en route et arriva à Rome le 16 février 1633, où il jouit d'un régime de faveurs, puisque, au lieu d'être interné dans une cellule du Saint-Office, il put descendre chez un de ses amis Niccolini ,l'ambassadeur de Toscane.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le procès commença le 12 avril, et la sentence fut rendue le 22 juin. Galilée, debout et tête nue, écouta la lecture de sa condamnation : abjuration, prison et récitation, une fois par semaine, pendant trois ans, des sept Psaumes de la Pénitence. Puis, à genoux, la main sur l'Évangile, il signa un acte d'abjuration dans lequel il se déclarait « justement soupçonné d'hérésie», détestait ses erreurs, promettait de ne plus les soutenir et de réciter les pénitences imposées. C'est à ce moment que, d'après une légende tout à fait invraisemblable, vu les circonstances, Galilée se serait écrié en frappant la terre du pied : « ''E pur si muove» ''«Et pourtant elle se meut!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''461. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires portent, à propos du procès de Galilée, une triple accusation contre l'Eglise. — ''a) ''Ils prétendent d'abord que, dans cette affaire, L'''infaillibilité du pape a été mise en défaut: ''— ''b) ''Puis ils accusent l'Église d'avoir ''frappé un innocent, ''et — c) d'avoir ''entravé les progrès de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''462. — 3° Réponse'''- — A. Il est faux de prétendre que l'infaillibilité du pape et par conséquent celle de l'Église ,ait été mise en défaut dans l'affaire Galilée. Sans nul doute, lorsque les juges de Galilée, les papes Paul V et Urbain VIII y compris, jugeaient le système de Copernic contraire à la lettre de l'Écriture, ils commettaient une erreur objective et matérielle. Lorsque Galilée affirmait, au contraire, qu'il ne faut pas toujours prendre les paroles de la Sainte Écriture à la lettre, les écrivains sacrés ayant employé, en parlant du soleil, le langage courant, lequel n'a aucune prétention scientifique et se conforme aux apparences, c'est bien lui qui avait raison. D'où il suit que « le tribunal du Saint-Office, comme celui de l'Index, s'est ''trompé en ''déclarant, dans les considérants, fausse en philosophie la doctrine de Copernic, qui est vraie, et contraire à l'Écriture cette doctrine, qui ne lui est nullement opposée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais peut-on trouver dans ce fait un argument contre la doctrine de l'''infaillibilité ''de l'Église ou du Souverain Pontife? Pour répondre à cette question, il n'y a qu'à déterminer la valeur juridique des décrets de 1616 et de 1633. Le décret de 1616 est un décret de la Sacrée Congrégation de l'Index ; celui de 1633, un décret du Saint-Office. Assurément, ces décrets ont été approuvés par le Pape : mais comme dans l'espèce, il s'agit seulement d'une approbation dans la forme simple, commune ''(in forma communi), ''les décrets sont et restent juridiquement les décrets de Congrégations, qui valent par l'autorité immédiate des Congrégations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous le savons, la question d'infaillibilité ''ne se pose ''même ''pas, ''quand il s'agit d'un décret d'une Congrégation quelle qu'elle soit, eût-elle comme Préfet le Pape lui-même. »&amp;lt;ref&amp;gt;Choupin, Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège&amp;lt;/ref&amp;gt; Deux conditions leur manquent pour pouvoir être des définitions ex-cathedra, et partant, infaillibles. La première c'est que la censure portée contre la théorie copernicienne ne se trouve que dans les ''considérants ''qui ne sont jamais l'objet de l'infaillibilité, et la seconde c'est que les décrets n'ont pas été des actes pontificaux, mais des actes des Congrégations, lesquelles ne jouissent pas du privilège de l'infaillibilité. Au reste, aucun théologien n'a jamais considéré ces décrets comme des articles de foi, et, même après les sentences du Saint-Office, les nombreux adversaires du système copernicien n'ont jamais allégué contre lui qu'il avait été condamné par un jugement infaillible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'infaillibilité du Pape mise hors de cause, ''l'on peut s'étonner à bon droit de ''l'erreur des juges du Saint-Office. ''Il y a cependant de bonnes ''raisons ''qui expliquent, et même justifient, leur conduite On a dit que la condamnation de Galilée était le résultat d'une machination tramée contre lui par des adversaires jaloux, que le pape Urbain VIII se serait reconnu dans le « ''Dialogue ''» sous le personnage un peu ridicule de Simplicio dans la bouche duquel se trouvait un argument que le pape, alors qu'il n'était encore que le cardinal Maffeo Barberini, avait opposé à Galilée, et que son amour-propre blessé l'aurait poussé à la vengeance. Quoi qu'il puisse y avoir de vrai dans ces allégations, il y eut d'autres ''raisons plus sérieuses ''qui déterminèrent les juges de l'Inquisition à prononcer une sentence de condamnation, et ces raisons furent les suivantes. C'était alors une règle courante en exégèse, — et cette règle n'a pas changé, — que les textes de la Sainte Écriture doivent être pris dans leur ''sens propre ''quand l'interprétation contraire n'est pas imposée par des motifs tout à fait valables. Or, à cette époque, l'on interprétait les passages en question, et en particulier, celui où Josué commande au soleil de s'arrêter, au ''sens propre et obvie, ''et par conséquent d'après le système astronomique de Ptolémée. Aussi longtemps que ce dernier système n'était pas démontré faux et que Galilée ne pouvait apporter aucune preuve péremptoire et scientifique de la vérité du système de Copernic, c'était le ''droit ''de la congrégation du Saint-Office, et même son ''devoir, de garder l'interprétation littérale ''et d'arrêter, par une décision disciplinaire, toute doctrine qui contredirait cette interprétation et voudrait substituer le sens métaphorique au sens littéral. Ajoutons que la Congrégation était d'autant plus portée à s'en tenir à ''l’interprétation traditionnelle ''que l'on se trouvait alors en pleine effervescence du protestantisme, et que, en prétendant interpréter les textes de la Sainte Écriture à sa façon, Galilée semblait favoriser la ''théorie du libre examen.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Dans quelle mesure peut-on dire que l'Église a ''frappé un innocent ''et que Galilée est un ''martyr de la science? ''Qu'il ait eu à souffrir pour la défense de ses idées, que, mis dans l'alternative d'avoir à les sacrifier ou de désobéir à l'Église, il ait enduré dans son intelligence et dans son cœur de cruelles tortures, la chose ne semble pas contestable. Mais dire, que l'Église l'a ''martyrisé, ''c'est aller un peu loin. — 1. Tout d'abord, il est faux de prétendre qu'il fut forcé d'abjurer une doctrine ''qu'il savait être certaine. ''Il lui semblait bien par les expériences qu'il avait faites que le système de Copernic était une hypothèse plus vraisemblable que celle de Ptolémée, mais de la vérité de cette hypothèse il n'eut jamais la certitude évidente. — 2. Encore moins peut-on dire qu'il fut ''traité avec rigueur. ''« On peut défier les plus fanatiques de citer où et quand, pendant ou après son procès, Galilée aurait subi une heure de détention dans une prison proprement dite.»&amp;lt;ref&amp;gt;Gilbert, Revue des Questions scientifiques, 1877.&amp;lt;/ref&amp;gt; Le pape Paul V admirait Galilée et lui donna de nombreuses marques de bienveillance. — L'on objecte, il est vrai, qu'URBAiN VIII le fit ''menacer de la torture. ''Mais cette menace, qui ne fut d'ailleurs pas exécutée, était un des ''moyens juridiques ''d'alors, analogue à ''l'isolement ''et au ''secret ''dont on se sert aujourd'hui, pour provoquer les aveux des prévenus. Il serait, d'autre part, injuste de dire qu'URBAiN VIII fut dur à son égard puisque, le lendemain de sa condamnation, le 23 juin 1633, Galilée fut autorisé à quitter les appartements du Saint-Office où il devait être détenu, et à se rendre dans le palais de son ami, le Grand-Duc de Toscane ; d'où il put bientôt repartir pour sa villa d'Arcetri. Et c'est là qu'il mourut, après avoir reçu tous les ans une pension que le Pape lui accordait depuis 16.30.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. La condamnation de Galilée a-t-elle vraiment ''entravé les progrès de la science? ''« Accordons sans peine que les décrets de l'Index ont pu empêcher ou retarder la publication de quelques ouvrages, tel le ''Monde ''de Descartes ; mais, de bonne foi, peut-on affirmer que le triomphe du système en a été reculé?... L'accord avec l'expérience pouvait seul donner à l'hypothèse de Copernic une confirmation décisive, et les décrets de l'Index n'empêchaient personne de chercher à réaliser cet accord. »&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre de Vregille, art. Galilée (Dict. d'Alès).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il résulte que, si la condamnation de Galilée fut, de la part de la Congrégation du Saint- Office et même des papes Paul V et Urbain viii. une erreur infiniment regrettable, elle ''n'atteint en rien la doctrine de l'Église sur l'infaillibilité pontificale, ''pas plus qu'elle ne témoigne d'une hostilité systématique contre la science et le progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 6. — L'ingérence des Papes dans les affaires temporelles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''463. — 1° Exposé des faits. '''— L'histoire nous témoigne que, au moyen âge, les Papes se sont considérés comme les chefs suprêmes des États chrétiens, qu'ils ont revendiqué le droit de citer à leur tribunal souverains et sujets, et qu'ils ont infligé aux princes scandaleux, non seulement des peines spirituelles telles que l'excommunication, mais même des peines temporelles en les déposant et en les privant de leurs droits de commander. Ainsi Grégoire VII (le moine Hildebrand), célèbre par sa lutte dans la ''Querelle des Investitures&amp;lt;ref&amp;gt;Querelle des investitures. — Quand un seigneur donnait un nef à son vassal, l'investiture, c'est-à-dire la mise en possession du bien octroyé se faisait généralement par une cérémonie symbolique, dans laquelle le suzerain remettait au vassal, soit une motte de terre, soit une couronne, soit un sceptre, soit la crosse et l'anneau lorsqu'il s'agissait de hauts dignitaires ecclésiastiques. Comme à chaque siège épiscopal les rois avaient attaché un bénéfice ou fief ecclésiastique, il arrivait que les évêques et les abbés recevaient à la fois, au moment de leur nomination, un fief et une Juridiction religieuse. Il sembla bientôt naturel aux rois et empereurs, puisqu'ils donnaient l'investiture par la crosse et l'anneau, que le pouvoir spirituel découlait de leur autorité, aussi bien que le pouvoir temporel, et que, par conséquent, ils pouvaient supprimer l'élection tradition­nelle, et nommer eux-mêmes directement aux évêchés et aux abbayes. D'où il arriva que les évêchés furent donnés aux courtisans, ou vendus à prix d'argent (simonie) et que le clergé ne fut pas digne de ses fonctions. Cet état de choses fut surtout le fait de l'Allemagne. La papauté, pour y porter remède, défendit de recevoir l'investiture d'un laïque. La querelle des investitures, particulièrement grave entre Grégoire VII et Henri IV d'Allemagne, dura plus d'un demi-siècle, jusqu'au concordat de Worms (1122) qui établit à nouveau la distinction entre l'évêque, en tant que pontife, et l'évêque en tant que vassal de l'empire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, excommunia une première fois l'empereur d'Allemagne, Henri IV, qui ne voulait pas se laisser dépouiller du droit de 1’investiture, le réduisit à venir, s'humilier devant lui au château de Canossa (1077) et l'ex­communia une seconde {ois (1078) parce qu'il ne tenait pas ses promesses. Innocent III (1198-1216) obligea Philippe-Auguste à reprendre sa femme Ingeborg ; en Angleterre, il déposa Jean sans Terre, puis le rétablit sur le trône ; en Allemagne, il excommunia Othon IV et délia ses sujets du serment de fidélité. Innocent IV, au concile de Lyon (1245), déposa Frédéric II, empereur d'Allemagne. Boniface VIII (1294-1303) lutta, pendant toute la durée de son pontificat, contre le roi de France, Philippe le Bel. Comme ce dernier, toujours à court d'argent, voulait imposer le clergé à son gré, sans tenir compte des immunités ecclésiastiques (N° 422, ''n.), ''le Pape dans sa bulle « ''Clericis laicos», ''rappela la doctrine de l'Église et interdit aux clercs de payer le tribut aux puissances laïques. Sur la demande du clergé français lui-même, il accorda ensuite l'autorisation. Mais la lutte recommença bientôt et Boniface VIII publia contre Philippe le Bel une série de bulles, entre autres, la bulle « ''Ausculta, filin, ''dans laquelle il se disait « constitué au-dessus des rois et des royaumes!, et la bulle « ''Unam Sanctam ''», dans laquelle, après avoir rappelé l'unité de l'Eglise, il déclarait que « ce corps unique ne doit pas avoir deux têtes, mais une seule, le Christ et le Vicaire du Christ », que deux glaives sont au pouvoir de l'Église, un spirituel, et un matériel, que « le premier doit être manié ''par ''l'Église, le second ''pour ''1 Église i et que, le second devant être soumis au premier, le pouvoir spirituel doit juger le pouvoir temporel si celui-ci s'égare. Enfin Boniface VIII excommunia Philippe le Bel le 13 avril 1303.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''464. — 2° Accusation. '''— Les ennemis de l'Église accusent les papes d'avoir outrepassé leurs droits et d'avoir ''revendiqué un pouvoir illégitime.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''465. — 3°''' '''Réponse. '''— A. L'intervention des papes dans les affaires temporelles des États chrétiens n'était pas ''illégitime : ''elle ne constituait nullement, de leur part, un ''abus de pouvoir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les papes avaient le droit d'intervenir à un double titre : — ''a) ''Tout d'abord en vertu de leur ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles dont nous avons précédemment démontré l'existence (N° 436). « Le pouvoir spirituel, dit Bellarmin, ne s'immisce pas dans les affaires temporelles, à moins que ce3 affaires ne s'opposent à la fin spirituelle ou ne soient nécessaires pour l'obtenir : auxquels cas le pouvoir spirituel peut et doit réprimer le pouvoir temporel et le contraindre par toutes les voies qui paraîtront nécessaires. » Lorsque les Papes précités ont frappé les princes qui abusaient de leurs pouvoirs, non seulement de peines spirituelles comme l'excommunication, mais même de peines temporelles comme la déposition, ils ont donc agi en vertu du ''pouvoir spirituel ''attaché à leur charge suprême et du ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles qui découle du pouvoir spirituel. — b) En dehors du ''droit divin ''dont nous venons de parler, le ''droit public du temps, ''reposant sur le libre consentement des peuples et des princes, légitimait l'intervention de la papauté dans les affaires temporelles. Rappelons-nous en effet que, en vertu de ce droit public, il y avait une alliance étroite entre l'Église et l'État, que le Pape était regardé comme le chef naturel de la chrétienté, à qui appartenait le droit de trancher les différends, et que le prince, avant de monter sur le trône, faisait serment de gouverner avec justice, de protéger la Sainte Église romaine, de défendre la foi contre l'hérésie, et de ne pas encourir lui-même l'excommunication. Que si alors le prince devenait parjure à son serment, s'il gouvernait contre les droits de l'Église ou contre les justes intérêts de son peuple, la papauté avait le droit et même le devoir de lui remettre devant les yeux les engagements sacrés qu'il avait pris, et en cas de refus, de l'excommunier, au besoin, de le déposer, et de déclarer ses sujets déliés de leur serment d'obéissance à l'égard d'un souverain indigne du pouvoir&amp;lt;ref&amp;gt;L'on pourrait ajouter que beaucoup de princes avaient fait hommage de leur cou­ronne au siège de saint Pierre, et s'étaient reconnus les vassaux du Pape. Tel était le cas des royaumes de Naples, de Sicile, d'Aragon et de l'Empire ressuscité en Charlemagne par le pape Léon III, appelé le Saint Empire romain. C'est ainsi que les rois de France, de Germanie ou d'Italie devenaient empereurs par le droit pontifical, en vertu du cou­ronnement fait par les mains du Pape, couronnement qui leur conférait, non une souve­raineté spéciale, mais une dignité supplémentaire, plutôt morale que matérielle, et leur attribuait le rôle de protecteurs de l'Eglise. En vertu de ces actes, le Pape apparaissait comme une sorte de suzerain auquel le droit féodal reconnaissait le droit de punir la félonie du vassal qui manquait à ses obligations, de lui reprendre son fief et d'en donner l'investiture à un autre.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Non seulement l'intervention des papes dans les affaires temporelles n'était pas illégitime, mais il faut reconnaître combien elle fut ''heureuse ''et ''bienfaisante, ''tout à l'avantage des faibles et des opprimés. Durant cette rude époque de la féodalité où tout était livré au plus fort, seule l'Église avait assez de puissance pour rappeler aux rois et aux seigneurs qu'au-dessus de la force il y a le droit. La prérogative que les Papes revendiquaient de déposer les rois dont la conduite était scandaleuse, et de délier leurs peuples du serment de fidélité, bien loin d'être une usurpation ,du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, lui servait au contraire de frein et de contrepoids. Quand le droit était violé et que la justice demeurait impuissante, il était bon qu'il y eût quelqu'un d'assez fort et d'assez indépendant pour prendre en main la cause de la morale et de la religion outragées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— On objecte aussi contre l'Église : — 1. qu'il y a eu de ''mauvais Papes, ''et l'on cite alors les noms d'Etienne VI, de Jean XII, de Benoît IX et d'Alexandre VI, — 2. que, au moyen âge, il y eut un ''clergé simoniaque ''et ''corrompu. ''— A cette objection nous avons déjà répondu et nous avons montré qu'elle ne vaut ni contre ''l’infaillibilité du Pape ''(N° 400), ni contre la ''sainteté de l'Église ''(N° 379).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 7. — Le Syllabus et la condamnation des libertés modernes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''466. —''' '''1° Notion et autorité doctrinale du Syllabus. '''— Le ''Syllabus ''(mot lat. qui veut dira index, table) est un recueil de quatre-vingts propositions renfermant les principales erreurs modernes, déjà réprouvées et condamnées dans les allocutions consistoriales, les encycliques et autres lettres apostoliques du pape Pie IX. Le ''Syllabus, ''précédé de l'Encyclique ''Quanta cura, ''parut, sur l'ordre de Pie IX, le 8 décembre 1864, mais ''l'idée d'un pareil catalogue ''contenant les erreurs de l'époque sous la forme qu'elles revêtaient alors, était bien antérieure à cette date et avait été suggérée dès 1849, par l'archevêque de Pérouse, le cardinal Pecci, qui devait succéder à Pie IX sous le nom de Léon XIII.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est ''l’autorité doctrinale du Syllabus? ''Faut-il le considérer comme un ''acte ex-cathedra, ''comme le veulent certains théologiens de valeur : Franzelin, Mazzella, Hurter, Pesch, ou bien n'est-il qu'un document de grande autorité auquel tout catholique doit adhérer sans qu'on puisse le taxer d'hérésie, dans le cas contraire? La question n'est pas tranchée, et du fait qu'elle ne l'est pas et que chaque catholique reste libre d'adopter l'une ou l'autre opinion, le Syllabus ne s'impose pas à la croyance comme une définition infaillible. Il est vrai que le pape Pie IX en a pris la responsabilité, mais, dit le P. Choupin, « toute constitution pontificale, même relative à la foi et solennellement promulguée n'est pas une définition ''ex-cathedra : ''il faut encore et surtout que le Pape manifeste suffisamment sa volonté de trancher ''définitivement ''la question par une ''sentence absolue ''»&amp;lt;ref&amp;gt;Choupin, op. cit&amp;lt;/ref&amp;gt;. Par conséquent, bien que les propositions condamnées doivent être repoussées par tout catholique d'un assentiment ferme, il ne s'ensuit pas que la proposition contradictoire soit de foi. La proposition condamnée n'ayant pas été qualifiée d'hérétique, la proposition contraire ne saurait être de foi. Il importe, en outre, pour mesurer tout le sens d'une proposition condamnée dans le Syllabus, de se reporter au document d'où elle est extraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''467. — 2°''' '''Accusation. '''— Nos adversaires accusent l'Église d'avoir, par le Syllabus, ''déclaré la guerre à la société moderne et ''de s être montrée l'ennemie irréconciliable du progrès et de la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''468. — 3°''' '''Réponse. '''— Pour étayer leur accusation, les adversaires de l'Église s'appuient surtout sur les deux dernières propositions du ''Syllabus ''qui sont pour ainsi dire le résumé des erreurs modernes : ''Prop. LXXIX. : ''« Il est faux que la liberté de professer n'importe quelle religion, de penser et de manifester publiquement toutes les opinions conduisent plus facilement à la corruption des mœurs et des esprits et propage la peste de l'indifférentisme. » ''Prop. LXXX. ''« Le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, , le libéralisme et la civilisation moderne. » Or, il est bien évident, à propos de cette dernière proposition, — et il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter à l'allocution ''Jamdudum ''d'où la proposition est extraite, — que le pape n'entend nullement condamner les ''progrès véritables ''de la science positive et des inventions humaines. La condamnation ne porte que sur le ''faux progrès ''et sur la fausse civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, le pape Pie IX ne condamne pas toute liberté et tout libéralisme. Personne n'a jamais défendu la ''vraie liberté ''plus que l'Église catholique : elle affirme la ''liberté naturelle ''contre les matérialistes et les déterministes qui la nient, la ''liberté individuelle ''contre les esclavagistes qui la suppriment, la ''liberté de conscience ''contre les pouvoirs publics qui l'oppriment. Ne disons donc pas que l'Église est l'ennemie des libertés, anciennes ou modernes : ce qu'elle frappe d'anathème c'est la ''fausse liberté, ''c'est le droit à l'erreur et au mal, c'est, d'une manière générale, l'opinion qui soutient que la liberté implique le droit absolu d'embrasser et de soutenir toute doctrine philosophique, religieuse et politique, qui vous plaît. Après avoir rappelé les vieilles erreurs déjà condamnées du panthéisme, du naturalisme, du rationalisme, de l'indifférentisme, après avoir réprouvé les thèses socialistes et communistes de l'origine populaire du pouvoir et du droit absolu des majorités, etc., Pie IX, à l'exemple de Grégoire XVI, dans son Encyclique ''Mirari vos, ''proclame que les droits de la vérité sont supérieurs à ceux de la liberté, les droits de Dieu supérieurs à ceux de l'homme, les droits de la justice supérieurs à ceux du nombre et de la force, et, avec une grande sagesse, il condamne le ''libéralisme absolu ''qui, par son culte extravagant et mal entendu de la liberté, est la source profonde d'un grand nombre d'erreurs contemporaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, remarquons-le en passant, Pie IX s'est contenté d'exposer la ''thèse ''catholique ; et à ce point de vue, on peut l'accuser d'intolérance.. La vérité ne saurait être tolérante, car, par le fait même qu'elle est la vérité, elle exclut ce qui lui est contraire. Reprocher à l'Église son intolérance doctrinale, c'est donc lui reprocher d'être et de se croire la vérité. Toutefois, quelque intolérants qu'ils paraissent, les principes du Syllabus laissent libre espace à toutes les aspirations légitimes de la pensée moderne, et c'est ce que Léon XIII, dans une admirable suite d'encycliques, s'est chargé de démontrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Services rendus par l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
469. — A côté des griefs que nos adversaires accumulent dans leur sévère réquisitoire contre l'Église, il serait injuste de ne pas mentionner les services que le christianisme a rendus et de méconnaître la part qui lui revient dans la marche de la civilisation. Nous allons donc voir brièvement ce que l'Église a fait pour ''l'individu, ''pour la ''famille ''et pour la ''société, ''comment elle a travaillé au progrès, au bien-être des peuples, à leurs intérêts matériels, intellectuels et moraux. Les bienfaits qu'elle a rendus sur ce terrain méritent d'être d'autant plus appréciés qu'ils sont en dehors de la sphère d'action et de la mission tracées par le Christ. Car, ne l'oublions pas, l'Église a été instituée pour recevoir et transmettre le dépôt de la révélation chrétienne, pour conduire les hommes à leur salut éternel, et non pas pour travailler, tout au moins d'une façon immédiate, à leur bonheur temporel. Et cependant elle n'a cessé de s'en préoccuper et de tendre, par tous les moyens en son pouvoir, à améliorer le sort de l'humanité. « Chose admirable, pouvons-nous dire avec Montesquieu, ''(L’Esprit des lois), ''la religion chrétienne qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1 — L'Église et l'Individu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
470. — Si nous considérons l'homme d'une manière générale et du seul point de vue ''individuel, ''nous constatons que, presque partout dans l'antiquité, l'humanité est partagée en deux classes : l'homme ''libre, et l’esclave. ''Ce qu'était l'esclave et ce qu'a fait l'Église pour lui, telles sont les deux questions qui se posent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Ce qu'était l'esclave. — On entend par ''esclavage ''l'état de l'homme asservi à la puissance d'un autre homme. L'esclavage avait pour origines, la guerre, la traite ou la naissance. Le prisonnier vaincu, le malheureux capturé par des pirates ou l'enfant né de parents esclaves tombaient sous la dépendance absolue d'un maître qui les traitait et exploitait à son gré. La condition matérielle de l'esclave variait donc suivant le caractère et les dispositions de ce dernier. De toute façon, l'esclave était toujours un être à part, un homme qui n'avait pas plus de droits que la bête de somme, qui était entièrement la propriété, la « ''chose ''» du maître, ravalé par le fait au rang d'un animal ou d'un vil instrument qu'on achète et qu'on vend, dont on se défait quand il ne peut plus servir. On connaît en effet le conseil de Caton au père de famille économe : « Vendez les vieux bœufs... les vieilles voitures, les vieilles ferrailles, le ''vieil esclave, l'esclave malade. ''» N'ayant pas de droits sur sa personne, l'esclave ne pouvait en avoir davantage sur sa famille, sur sa femme et ses enfants. Il arriva même souvent que la législation conférait au maître le droit de vie et de mort sur ses esclaves, et l'on sait que les gladiateurs dont les combats eurent tant de vogue chez les Romains, étaient pris non seulement parmi les condamnés à mort, mais aussi parmi les esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle était la condition de la plus grande partie de l'humanité, et il convient d'ajouter que cette honteuse institution n'était nullement réprouvée par la religion païenne, qu'elle était tenue pour une institution légitime, même par les philosophes les plus illustres&amp;lt;ref&amp;gt;Voir là dessus l’encyclique In Plurimis de Léon XIII.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Si les écrivains ont blâmé parfois les abus, jamais ils n'ont condamné le principe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''471. — 2° Ce que l'Église a fait pour l'esclave.''' — Qu'on ne se figure pas tout d'abord que l'Église a renversé d'un seul coup l'état de choses établi. Les révolutions doivent être amenées par une lente évolution des idées, car l'opinion publique ne rompt pas du jour au lendemain avec les idées ambiantes, avec les traditions et les vieilles coutumes. La transformation d'une société nécessite donc une action continue, un travail préparatoire de longue haleine. Or ce travail, l'Église l'entreprit par sa doctrine, par sa législation et par ses actes : — ''a) par sa doctrine. ''Dès l'origine du christianisme, l'Église commence sa lutte contre l'esclavage. Le premier et le plus éloquent interprète de sa doctrine est saint Paul. Avec une habileté et un art consommés, l'Apôtre des Gentils pose les ''grands principes de l'égalité ''et de la ''fraternité, ''qui sont comme le fondement de la ''liberté individuelle. ''Il proclame, à la face des maîtres orgueilleux qui se trouvent dans le vaste Empire gréco-romain, que tous les hommes sont issus de la même origine, rachetés du même sang et appelés à la même béatitude éternelle, par conséquent, égaux et frères. « II n'y a plus écrit-il aux Galates, ni Juif ni Grec, ni esclave, ni homme libre, il n'y a plus ni homme, ni femme ; car vous êtes tous ''un ''dans le Christ Jésus. » ( ''Gal''., ii, 28). Mais, tout en posant les principes qui doivent peu à peu détruire l'esclavage, saint Paul se garde bien de prendre une attitude agressive contre les maîtres, de prêcher la lutte dos classes et de pousser à une révolution trop rapide qui compromettrait le succès de son œuvre. Il juge beaucoup plus sage pour le moment de rappeler aux uns et aux autres leurs ''devoirs réciproques : ''obéissance de la part des esclaves, bonté de la part des maîtres : « ''Serviteurs, ''dit-il aux premiers, obéissez à vos maîtres selon la chair avec respect et crainte et dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ... Servez-les avec affection, comme servant le Seigneur et non des hommes, assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur de ce qu'il aura fait de bien. Et vous ''maîtres, ''dit-il aux seconds, agissez de même à leur égard et laissez là les menaces, sachant que leur Seigneur et le vôtre est dans les cieux et qu'il ne fait pas acception des personnes. » ''(Eph., ''vi. 5-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Par sa législation. ''Sous l'influence de l'Église, les empereurs devenus chrétiens, promulguent des lois qui améliorent la condition de l'esclave. Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, Constantin défend de marquer les condamnés et les esclaves au visage « où réside l'image de la beauté divine » ; il déclare coupables d'homicide les maîtres dont les mauvais traitements auraient causé la mort de leurs esclaves. Théodose rend la liberté à tous les enfants vendus par leurs pères ; Honorius met fin pour toujours aux combats des gladiateurs ; Justinien porte une loi qui punit le rapt des femmes esclaves de la même peine que celui des femmes libres. Un des rares empereurs qui n'aient pris aucune mesure en faveur des esclaves est précisément un empereur imbu de tous les préjugés du paganisme, Julien l'Apostat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les invasions barbares au ve siècle sont néfastes à la cause des esclaves et lui font perdre du terrain. Mais l'Église, par les nombreux conciles qu'elle tient, du vie au ixe siècle, en Gaule, en Bretagne, en Espagne, en Italie, continue de travailler en leur faveur. Le concile d'Orléans de 511 et le concile d'Epône, en 517, proclament le ''droit d'asile, ''en vertu duquel l'esclave, même « coupable d'un crime atroce » s'il s'est réfugié dans une église, ne pourra subir un châtiment corporel. Le concile d'Auxerre, à la fin du VIe siècle, le concile de Chalon-sur-Saône, au milieu du viie siècle, défendent de faire travailler les esclaves le dimanche. Plusieurs conciles ''interdisent la traite des esclaves, ''ou, s'ils n'osent pas aller aussi loin, lui apportent des entraves, comme on en trouve un exemple dans le 9e canon du concile de Châlons-sur-Marne qui défend de vendre aucun esclave en dehors du royaume de Clovis». En outre, l'esclave est admis par l'Église- au ''sacerdoce ''et à la ''profession monastique, ''pourvu qu'il ait obtenu de son maître le consentement préalable, ou l'affranchissement. Enfin, les conciles du vin&amp;quot; siècle reconnaissent formellement la ''validité des mariages ''contractés, en connaissance de cause, entre des hommes libres et des esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Par ses actes. ''— 1. Dans ''l'exercice de son culte, ''l'Église primitive ne tient aucun compte des distinctions sociales. «Entre le riche et le pauvre, l’esclave et le livre, il n’y a pas de différence», écrit l’apologiste Lactance. Telle est, à n’en pas douter, l’un des raisons les plus fortes qui contribueront à l’affranchissement de l’esclave. Renan lui-même ne fait pas de difficulté à le reconnaître : «Les réunions à l'Eglise, à elle s seules, écrit-il dans son ''Marc Aurèle, ''eussent suffi à ruiner cette cruelle institution (de l'esclavage). L'antiquité n'avait conservé l'esclavage qu'en excluant les esclaves ,des cultes patriotiques. S'ils avaient sacrifié avec leurs maîtres, ils se seraient relevés moralement. La fréquentation de l'église était la plus parfaite leçon d'égalité religieuse... Du moment que l'esclave a la même religion que son maître, prie dans le même temple que lui, l'esclavage est bien près de finir. » — 2. L’''admission des esclaves au sacerdoce ''et à la ''vie monastique ''que nous avons signalée plus haut est une autre source d'où doit sortir le nivellement de tous les rangs sociaux. Sous la bure ou le voile monastique, on ne discerne plus les maîtres des esclaves : les uns et les autres travaillent et prient en commun, confondus dans une égalité parfaite. — 3. A partir du vie siècle, l'Église, enrichie par les donations pieuses des rois et des seigneurs, emploie ses richesses au ''rachat de nombreux prisonniers de guerre et d'esclaves, ''afin de les affranchir, ou tout au moins, de « leur rendre la vie douce et facile a, selon la recommandation des papes et des conciles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que l'Église a fait dans le passé. Son ardeur ne s'est d'ailleurs pas éteinte, et tout lé monde connaît la grande œuvre entreprise par Léon XIII et le cardinal Lavigerie, à la fin du siècle dernier, connue sous le nom ''d'œuvre antiesclavagiste ''et destinée à combattre en Afrique la traite et l'esclavage des noirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église et la Famille. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
472. — Nécessaire pour conserver la vie tout autant que pour la donner, la famille est de ''droit naturel, ''en même temps que ''d'origine divine. ''Cependant les ''conditions ''de la famille, — et nous entendons par là les relations entre eux des membres qui la composent, — peuvent varier avec les temps et les lieux. Voyons donc ce que fut la famille dans l'antiquité et ce qu'elle est depuis le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''La famille dans l'antiquité. '''— Dans l'antiquité, l'autorité souveraine du père absorbe celle des autres membres. — ''a) ''Presque partout, à Rome spécialement, ''l'enfant ''tient son droit à la vie du bon vouloir du père. Les infanticides y sont fréquents, admis par les lois, et approuvés par les philosophes. « Rien n'est plus raisonnable, dit à ce sujet Sénèque, que d'écarter de la maison les choses inutiles » et Quintilien ose écrire que « tuer un homme est souvent un crime, mais ''tuer ses propres enfants ''est souvent une très belle action». Si le père peut tuer ses enfants, à plus forte raison peut-il les vendre ou les donner en gage. — b) Quant à la ''mère, ''sa situation n'est pas plus enviable. Non seulement elle n'a aucune part à la puissance paternelle, mais là où la polygamie et le divorce sont admis, comme en Orient, elle est une véritable esclave. Même au milieu des civilisations les plus brillantes, comme celles de la Grèce et de Rome, la condition de la femme n'est guère meilleure. Jeune fille, elle est sous la puissance de son père; mariée, elle passe sous la tutelle de son mari qui détient de la législation des pouvoirs presque illimités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''473. — 2°''' '''La famille dans la société chrétienne. '''— a) Grâce au christianisme, ''l'enfant ''devient l'objet des plus tendres sollicitudes des parents. Sous l'influence de la doctrine chrétienne, le père comprend que son enfant n'est pas une propriété dont il a le droit d'user ou d'abuser, mais une créature de Dieu, rachetée du sang du Christ et prédestinée au ciel, un être qu'il doit entourer d'une tendresse d'autant plus grande qu'il est ' plus chétif et plus faible. — b) Le christianisme n'a pas moins relevé la ''dignité morale de la, femme : ''et cela de double façon, en enseignant, d'une part, la ''noblesse de la virginité', ''et le respect dont il convient de l'entourer, et d'autre part, la ''grandeur du mariage ''un et indissoluble. Car, qu'on le remarque bien, le christianisme n'a pas rehaussé la virginité, si peu connue et si incomprise des anciens, pour rabaisser d'autant le mariage. L'exaltation de la vierge ne doit pas, dans la pensée du Christ, nuire à la beauté morale de la femme mariée ; la preuve en est bien qu'il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, en sorte qu'il n'est plus une cérémonie quelconque, aussi solennelle qu'on la suppose, mais un signe sacré qui donne une grâce spéciale et symbolise l'union du Christ lui-même avec son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''féministes ''prétendent que la femme n'a pas encore' dans la société la place qui devrait lui revenir et que, au triple point de vue politique, social et économique, sa condition est très inférieure à celle de l'homme, et ils demandent que, étant soumise aux mêmes lois et ayant des charges au moins équivalentes à celles de l'homme, elle jouisse aussi des mêmes droits. Si l'Église n'a pas formulé sur ce sujet de doctrine précise, il est permis de dire qu'elle ne saurait qu'encourager tout effort qui tend à améliorer le sort de la femme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''§ 3. — L'Église et la Société.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
474. — Si nous considérons, non plus l'individu, ni la famille, mais un groupe d'individus et de familles, autrement dit, la ''Société, ''nous constatons que l'Église lui a rendu les plus grands services à un triple point de vue : ''matériel, intellectuel ''et ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Services rendus dans l'ordre matériel''' — A tout moment de son histoire, l'Église a travaillé au ''bien-être ''du peuple. Le bien-être matériel est en effet la résultante d'un ensemble de choses : travail, épargne, bonnes mœurs, sans lesquelles il n'y a pas de prospérité ni de bonheur possibles. Or tandis que dans l'antiquité toutes ces vertus étaient inconnues, tandis surtout que le travail manuel était regardé comme quelque chose de dégradant pour l'homme libre, la doctrine chrétienne, en enseignant la grande loi du travail, a réhabilité celui-ci aux yeux de l'humanité. Et l'Église ne s'est pas contentée de donner son enseignement, elle a estimé que le meilleur moyen d'en assurer le succès était de l'appuyer de ses exemples. Aussi voyons-nous régner une activité intense parmi les premières générations chrétiennes. Plus que les autres, les moines travaillent à la prospérité de l'Europe en défrichant les vieilles forêts, en labourant et cultivant les déserts, et en créant autour de leurs monastères des villages et des villes où fleurissent bientôt le commerce et l'industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de nos jours, où ''l'ouvrier ''a déjà pris et veut prendre une place prépondérante dans la société, l'Église, après avoir relevé sa dignité morale, continue de s'intéresser à son sort. L'Encyclique ''Rerum novarum ''(16 mai 1891) de Léon XIII et l'Encyclique ''Quadragesimo Anno ''(15 mai 1931) de Pie XI témoignent que l'Église attache le plus haut intérêt à la solution de la ''question sociale. ''De toute son âme elle souhaite que les justes revendications des travailleurs soient couronnées de succès. Elle n'a pas de plus vif désir que de voir leurs droits élargis, mais en même temps qu'elle formule des vœux pour le mieux être de l'ouvrier, elle n'hésite pas à lui rappeler que, s'il a des droits, il a aussi des devoirs ; et ce faisant, elle est convaincue qu'elle sert mieux sa cause que les démagogues qui, en le nourrissant de vains espoirs, le conduisent à la ruine et à l'abîme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''475. — 2° Services rendus dans l’ordre intellectuel''' — A entendre certains adversaires de l'Église, l'instruction ne date guère que de la Révolution française. Jusque-là, et particulièrement au moyen âge, c'est comme une longue époque d'ignorance et d'obscurantisme. L'Église qui s'était faite l'institutrice de la France, ne remplit pas le rôle qui lui avait été confié : l'enseignement qu'elle donne se borne tout au plus aux choses de la foi — Ceux qui parlent ainsi, font preuve ou bien d'une ignorance des faits impardonnable ou d'une insigne mauvaise foi. Sans doute il y a eu des époques où, en raison de certaines circonstances malheureuses, comme par exemple sous les rois fainéants (viie siècle) et après l'invasion des Normands, au Xe siècle, l'enseignement fut en décadence. Il n'eu est pas moins vrai que les historiens qui ont fait une enquête impartiale sur l'état de l'instruction en France avant la Révolution, sont obligés de convenir que l'Église a toujours donné l'instruction à ses clercs et aux laïques autant que le comportaient les progrès du temps et les besoins de chacun. Du ve au XIe siècle, l'Église fonde et dirige des écoles épiscopales, presbytérales et monastiques ; au xvie siècle, elle se met à la tête du mouvement qui pousse les esprits vers l'antiquité grecque et latine. Et depuis lors, jamais elle n'a cessé de promouvoir les travaux intellectuels et de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''476. — 3° Services rendus dans l'ordre moral'''. — Dans ''l’ordre moral, ''nous avons vu déjà ce que l'Église a fait pour l'individu et pour la famille. En revendiquant ainsi la liberté pour les individus, elle a, du même coup, transformé les mœurs publiques. Aux chefs d'État elle a appris que « tout pouvoir vient de Dieu» et que dès lors on doit l'exercer avec justice et sagesse. Aux sujets elle a prescrit l'obéissance et le respect vis-à-vis des gouvernants en s'appuyant sur cette simple parole du Christ : « Rendez à César ce qui appartient à César. » Enfin elle a rendu meilleures les relations de peuple à peuple. En enseignant partout que tous les hommes, sans distinction de race et de nationalité, sont frères, enfants de Dieu et de l'Église, elle leur a fait comprendre que c'était une monstruosité de se traiter en barbares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''477. — Objection.''' — Contre les ''services rendus à la société ''par l'Église catholique, nos adversaires objectent que les nations protestantes sont plus ''puissantes ''et plus ''prospères ''que les nations catholiques, que leur ''niveau moral ''est plus élevé ; et, de ce fait qu'ils prennent comme point de départ et qu'ils regardent comme ''historiquement incontestable, ''ils concluent que la prospérité des uns et la déchéance des autres doivent être attribuées à la ''différence de religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — II faut distinguer dans l'objection qui précède deux choses : le point de vue ''historique ''et le point de vue ''doctrinal, ''ou, si l'on veut, la question du ''fait, ''et la ''thèse ''qu'on veut établir sur le fait. Évidemment, s'il était possible de prouver que les faits historiques ne sont pas tels qu'on le prétend, ou n'ont pas la portée qu'on leur attribue, nous serions en droit de conclure aussitôt que la thèse est fausse. Mais admet tons par hypothèse que les nations protestantes sont vraiment supérieures aux nations catholiques ; s'ensuit-il que la cause de la supériorité des unes et de l'infériorité des autres soit la religion ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA THÈSE. ''— A la considérer en soi, que penser de la thèse qui fait de la religion le principe du progrès ou de la décadence des nations? — a) Remarquons d'abord que, même s'il en était ainsi, le protestantisme ne serait pas pour cela la ''craie religion. ''Car le ''but ''premier de la religion n'est pas de travailler à la prospérité matérielle de ses adeptes mais de conduire les âmes à Dieu. Et si nous avons mentionné les services rendus par l'Église à la société dans cet ordre de choses, il ne rentrait pas dans notre pensée de vouloir démontrer que le christianisme, par le fait qu'il est la vraie religion, a eu pour résultat d'attirer la bénédiction de Dieu dans l'ordre temporel. Nous nous sommes bornés à établir que le bien-être matériel des peuples devait découler de la doctrine du Christ qui tend à rendre les hommes plus travailleurs, plus économes et plus vertueux, mais nous nous gardons bien de prétendre qu'il suffit d'introduire la vraie religion dans un pays déshérité au point de vue matériel, pour le transformer, comme par enchantement, en un pays riche et prospère. — ''b) ''Venons maintenant au cœur de la question. Sur quoi s'appuie-t-on pour dire que la religion protestante est ''cause de grandeur, ''tandis que la religion catholique est ''cause de décadence ? ''Sans doute, sur le principe fondamental du protestantisme, sur la ''théorie du libre examen ''qui favorise, dit-on, l'esprit d'entreprise, l'élan et l'énergie, alors que les principes du catholicisme qui imposent l'adhésion à des dogmes obscurs et la soumission aveugle à un pouvoir absolu, suppriment toute initiative. Mais qui ne voit que c'est là un raisonnement bien spécieux? La foi à des dogmes qui n'ont rien à faire avec les ''questions matérielles ''et l'obéissance à l'Église dans ''l'ordre spirituel ''ne gênent en rien l'esprit d'initiative, et il serait ridicule de croire que le commerçant et 1 industriel catholiques ne sont pas tout aussi libres que le commerçant et l'industriel protestants de conduire leurs affaires au mieux de leurs intérêts. — c) Ajoutons enfin que le mot ''prospérité ''est un ''terme bien vague. ''La ''vraie civilisation ''ne se réduit; pas à la seule prospérité matérielle : il nous semble au contraire qu'elle embrasse l'ensemble des intérêts matériels, moraux et religieux. Les peuples qui veulent arriver au plus haut degré de civilisation ne sont donc pas ceux qui n'ont d'autre idéal que le bien-être et la fortune, mais ceux qui ont plus de grandeur d'âme et une vie morale plus noble. Or il est évident que, sur ce point, les principes catholiques qui recommandent tant la charité, l'amour des autres, le don de soi, qui font aller de pair la foi et les bonnes œuvres, sont loin d'être inférieurs aux principes protestants. Nous pouvons donc déjà conclure que la thèse ne repose sur aucun argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Non seulement la thèse, prise en soi, est fausse, mais les ''faits ''eux-mêmes la démentent. — ''a) ''Car, s'il s'agit du ''passé, ''l'on ne saurait contester que dans une longue période de notre histoire, les nations catholiques : la France, l'Autriche et l'Espagne, furent à la tête de la civilisation. Or le moment où elles ont atteint leur apogée correspond précisément avec celui où la vie catholique était le plus intense et où les principes chrétiens étaient le mieux observés. — ''b) ''S'il s'agit du ''présent, ''il faut bien confesser que les nations catholiques dont nous venons de parler, sont, \ au point de vue économique, dans un état d'infériorité sur les grandes nations protestantes : Angleterre, États-Unis, Allemagne. Or si l'on veut absolument que la religion soit la cause de cette infériorité, nous répondrons que les États catholiques sont tombés en décadence parce qu'ils ont été infidèles à leur religion et qu'ils ont été rongés par la plaie de l'indifférentisme ou même de l'athéisme. Du moins cela était vrai hier de la France, mais aujourd'hui qu'elle a été comme purifiée par une rude épreuve, au cours de laquelle elle a étonné le monde par sa vitalité, par son esprit d initiative, par son abnégation et par le réveil de sa foi, qui peut dire de quoi demain sera fait et si elle ne va pas reprendre sa place à la tête de la civilisation matérielle morale et religieuse? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Art. I. — Brehier, art. ''Croisades ''(Dict. d'Alès) — Luchaire, ''Innocent III''; ''La question d’Orient (Paris).'' — Guilleux, art. ''Albigeois ''(Dict. d’Alès) — De Cauzons, ''Les Albigeois et l'Inquisition ; Les Vaudois et l'Inquisition'' (Bloud). — Mgr Douais, ''Les sources de l'histoire de l’Inquisition ''(Rev. des Questions historiques, 1882) ; ''L'Inquisition, Ses origines historiques, sa procédure ''(Plon), Vacandard, ''L'Inquisition ''(Bloud). — Guiraud, ''Questions d'histoire et d. archéologie chrétienne ''(Gabalda). — Mgr d'Hulst, Car. de 1895, 5e Conf. ''L'Église et l’Etat. ''— Langlois, ''L’Inquisition d'après des travaux récents ''(Bellais) — Rouquette, ''L'Inquisition protestante... ''(Bloud). — Guiraud, art. ''Inquisition ''(Dict. d Alès — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — De la Brière art ''Barthélemy (La Saint-) ''(Dict. d'Alès). - Hello, ''La Saint-Barthélemy ''(Bloud) — Vacandard, ''Etudes de critique et d'histoire religieuse ''(Lecoffre). — Didier ''La révocation de l'Édit de Nantes ''(Bloud). — P. de Vregille, art. ''Galilée ''(Dict d'Alès) — Choupin'', Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne) De l’Epinois, La question ''Galilée ''(Palmé). - Jaugey, ''Le procès de Galilée et la Théologie. — ''Sortais, ''Le procès de Galilée ''(Bloud). — Vacandard ''études de critique... ''— J. de la Serviêre, art. ''Boniface VIII ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Art II. — P. Allard, ''Les esclaves chrétiens depuis les premiers temps de l'Église... ''(Lecoffre) ; art. ''Esclavage ''(Dict. d'Alès). - D'Azambuja, ''Ce que le christianisme a fait pour la femme ''(Bloud). — H. Taudière, art. ''Famille ''(Dict. d'Alès) — L Leclercq, ''Essai d'Apologétique expérimentale ''(Duvivier, Tourcoing). — Mgr Baudbillart, ''L Eglise catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''Bloud) — De la Brière, ''Nations protestantes et nations catholiques ''(Bloud). — Flamérion ''De la prospérité comparée des nations catholiques et des nations protestantes... ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== chapitre II. — La Foi devant la raison et la science. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
478. — Quelque fortes et déterminantes que soient les ''raisons de croire ''proposées par l'Apologétique, elles seraient évidemment frappées de nullité, si nos adversaires pouvaient démontrer que l'Église catholique enseigne des dogmes absurdes. Croyant trouver là un terrain d'attaque très propice, les rationalistes s'élèvent contre la foi, au nom de la ''raison ''-et de la ''science : ''ils prétendent qu'il y a antagonisme entre celles-ci et celle-là, que les deux modes de connaissance sont opposés entre eux, ou tout au moins étrangers l'un à l'autre. Nous allons voir que les choses ne sont pas ainsi, en établissant : 1° les ''rapports de la foi et de la raison, ''et 2° les ''rapports de la foi et de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La foi et la raison. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''479. — Objection. '''— D'après les rationalistes, il y aurait ''incompatibilité ''entre la ''foi ''et la ''raison ''Non seulement entre les deux aucun rapport ne saurait s'établir, mais, en requérant l'adhésion à des ''mystères, ''c'est-à-dire à des vérités qui dépassent, et même, déconcertent l'intelligence, la foi se met en contradiction absolue avec la raison, si bien qu'on ''ne peut croire sans abdiquer ta raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480. — '''Réponse. '''— Nous avons déjà établi ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique, N° 282 et 283.&amp;lt;/ref&amp;gt; les ''rapports entre la foi et la raison, ''et nous avons constaté que la prétendue opposition invoquée par les rationalistes n'existe pas. « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, dit le ''concile du Vatican, ''il ne saurait pourtant y avoir jamais de véritable désaccord entre la foi et la raison. Car le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous étant le même que celui qui a mis la lumière de la raison dans l'esprit de l'homme, il est impossible que Dieu se renie lui-même ni qu'une vérité s'oppose à une autre vérité. »&amp;lt;ref&amp;gt;Const. Dei Filius, chap. iv.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, trois traits caractérisent les rapports entre la foi et la raison. — ''a) ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts. ''— ''b) ''Loin d'être en désaccord, ils doivent se prêter un ''mutuel concours. ''— c) Là où les deux principes se rencontrent, ''la foi est au-dessus de la raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA FOI ET LA RAI SON, PRINCIPES DISTINCTS. — ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts, ''deux voies, deux lumières données par Dieu à l'homme pour atteindre le vrai. D'où il suit que chacune a son domaine ''respectif. ''Le ''domaine de la foi, ''ce sont toutes les vérités de la révélation, parmi lesquelles les unes, — les mystères, — sont inaccessibles à la raison, tandis que les autres lui sont accessibles et n'ont été révélées par Dieu que pour être connues avec certitude de la masse des hommes qui autrement les aurait ignorées ou mal connues. Le ''domaine de la raison, ''ce sont les vérités, — sciences physiques, naturelles, histoire, littérature, etc., -— que la raison, seule et par ses propres forces, peut découvrir, où elle n'entre pas en contact avec la révélation, où par conséquent elle est maîtresse absolue et n'a pas à subir le contrôle de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PAS DE DÉSACCORD, MAIS MUTUEL CONCOURS. ''— S'il est vrai que les deux principes viennent de Dieu comme l'affirme la doctrine catholique, comment pourraient-ils être ''en désaccord? ''Comment le vrai pourrait-il s'opposer au vrai! Et non seulement il n'y a pas, il ne peut y avoir de désaccord entre la foi et la raison, mais elles se prêtent un ''mutuel concours. ''La raison précède la foi, elle lui prépare le terrain, elle construit les fondements intellectuels sur lesquels elle doit reposer. Puis, quand la foi est en possession de la vérité révélée, c'est encore la raison qui scrute et analyse, pour les rendre intelligibles, autant que faire se peut, les vérités qu'elle croit. A son tour, la foi éclaire la raison : elle l'empêche de s'égarer à travers la multiplicité des systèmes faux et condamnés par l'Église. Elle stimule et élève la raison en lui ouvrant de nouveaux horizons, en proposant à ses investigations le vaste champ des vérités surnaturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''LA FOI EST SUPÉRIEURE A LA RAISON. ''— Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de cette expression. Nous avons dit plus haut que la raison a son domaine propre sur lequel elle est maîtresse absolue. La subordination de la raison à la foi dont nous parlons ici ne concerne donc que le terrain ''mixte, ''et le terrain ''réservé à la foi. ''Sur le terrain ''mixte, ''c'est-à-dire dans les vérités qui, tout en relevant de la raison, appartiennent au domaine de la foi, parce qu'elles ont été révélées par Dieu, — par exemple, l'existence et la nature de Dieu, l'existence et la nature de l'âme, la création du monde, etc., — la raison doit se conformer aux enseignements infaillibles de l'Église, et reconnaître ses erreurs s'il y a lieu. A plus forte raison « dans le domaine ''supérieur ''où se trouvent les mystères qui la dépassent, la raison est obligée à une ''sujétion plus grande. ''Là, elle n'est réellement qu'un instrument; c'est ce que signifie cet adage que « la philosophie est la servante de la théologie». Il s'agit de la philosophie raisonnant sur les mystères. Et si cette expression, qui choque tant les philosophes modernes, était si souvent employée au moyen âge, c'est parce que c'était cette partie de l'exercice de la raison qui semblait la plus importante et sur laquelle se fixait l'attention. La science n'existait encore qu'à l'état d'embryon ; l'étude de la révélation divine paraissait l'étude la plus importante de toutes ; tout se rapportait à la théologie comme centre »&amp;lt;ref&amp;gt;De Broglie, La Croyance religieuse et la Raison.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 i. — Mais, ''objectent ''les rationalistes, les ''mystères, ''pour l'explication desquels vous réclamez le concours de la raison, sont absurdes. Prenez tous les dogmes fondamentaux de votre religion : un Dieu en trois personnes, le péché originel, un Dieu fait homme, la naissance virginale du Christ, la rédemption par la mort d'un Dieu sur une croix... Ne suffit-il pas de les énoncer pour constater qu'ils sont en ''contradiction avec la raison?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément les mystères sont ''au-dessus ''de la raison, mais ils ne sont pas ''contre. ''Il est vrai qu'ils paraissent et même qu'ils sont en contradiction avec les lois de la nature, mais cela ne prouve pas qu'ils contredisent notre raison. Cette contradiction n'existe que lorsqu'on ''déforme ''les dogmes par des conceptions fausses et des termes impropres. Prenons un seul exemple que nous emprunterons au livre de Sully Prudhomme sur « ''La vraie religion selon Pascal». ''Voici comment il expose le mystère de la Sainte Trinité, et la contradiction qu'il y relève. « Dire qu'il y a trois personnes en Dieu, c'est dire qu'il y a en Dieu trois individualités distinctes. D'autre part cependant, la formule du mystère déclare qu'il n'y en a qu'une, celle de Dieu même : le Père est Dieu, le Fils également ; le Saint-Esprit également ; les trois personnes divines ne sont qu'un seul et même être individuel. » — Si les théologiens présentaient le dogme sous cette forme, il est bien certain qu'il y aurait une contradiction dans les ternies. On ne saurait en effet concevoir ''trois individualités ''dans ''le même être individuel. ''Aussi n'est-ce pas ainsi qu'ils s'expriment. Laissant à Sully Prudhomme les termes ambigus d' « ''individualités ''» et « ''d'être individuel ''», ils disent que le mystère de la Sainte Trinité consiste dans le fait d'une ''nature unique ''subsistant en ''trois personnes, ''en d'autres termes, qu'il n'y a en Dieu qu'une seule nature, mais que cette nature est possédée par trois personnes. Que le critique ne comprenne pas, nous n'en sommes pas surpris, mais vraiment la contradiction ne se trouve que dans sa formule. C'est donc celle-ci qu'il faut réviser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ce que nous venons de faire pour le mystère de la Trinité, nous pourrions le faire et nous l'avons fait du reste pour les autres dogmes de la Religion catholique&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique, N° 70, 84,104, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nulle part nous n'avons rencontré l'opposition entre la foi et la raison que voudraient y voir nos adversaires, et nous pouvons conclure que, si les dogmes dépassent la raison, ils ne la contredisent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La foi et la science. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''482. — Objection'''. — Les rationalistes prétendent qu'entre la ''foi ''et la ''science ''le ''conflit ''est non moins irréductible et plus apparent encore qu'entre la foi et la raison. Et ils en cherchent généralement la preuve dans les ''récits scientifiques de la Bible ''qu'ils s'efforcent de mettre en contradiction avec les données de la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''483. — Réponse.''' — Nous distinguerons deux points dans l'objection rationaliste : — a) la ''thèse ''qui affirme, d'un point de vue général, 'existence d'un soi-disant conflit entre la foi et la science, et — b) les ''applications ''qu'on en fait à la Bible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE. ''— Les rationalistes pensent qu'entre la foi et la science le conflit est irréductible de ce fait que la science a pour conditions le ''libre examen ''et la ''libre recherche ''de la vérité, tandis que la foi n'est libre ni dans sa ''méthode ''ni dans ses ''conclusions. ''« Nous ne pouvons trouver un procédé scientifique, dit Gunkel, que là où il s'agit de chercher la vérité et où le résultat n'est donné au préalable ni dans le détail ni dans l'ensemble, par quelque autorité que ce soit. » Ainsi, disent les rationalistes, de ce que le libre examen est la condition de toute recherche scientifique, il s'ensuit que le catholique, qui n'a pas le droit de commencer par douter de ses dogmes, sans cesser d'être catholique, ne peut fournir une démonstration scientifique ni de ses ''raisons de croire ''ni des ''choses qu'il croit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre à la thèse rationaliste, il importe de distinguer entre le domaine exclusif de la science et le domaine mixte de la science et de la foi. — a) S'agit-il du ''domaine exclusif ''de la raison et de la science, s'agit-il des sciences qui n'ont rien de commun avec la foi, il est clair que le savant catholique jouit de la même liberté que le savant protestant ou rationaliste. « Qu'importe pour la liberté d'esprit nécessaire au savant électricien qu'il croie au Coran, à la Bible, ou bien à l'infaillibilité du Pape? — A moins qu'on n'essaie de soutenir que l'électricien qui croit à l'infaillibilité du Pape doit par là même professer qu'il est obligé de croire ce que le Saint-Père lui ordonnera, même en matière d'électricité. A quoi on ne peut répondre qu'en renvoyant le libre penseur au catéchisme, où il verra nettement délimitées les matières sur lesquelles l'infaillibilité peut porter. »&amp;lt;ref&amp;gt;Fonsegrive, Catholicisme et Libre Pensée, page 33.&amp;lt;/ref&amp;gt; — b) S'agit-il des ''questions mixtes ''où les conclusions de la foi peuvent s'opposer aux conclusions d'une certaine philosophie et d'une certaine science, le savant catholique ne semble pas, au premier abord, pouvoir faire œuvre de science, parce que, lié par sa foi, il reste toujours apologiste, parce que, ses conclusions lui étant commandées par ses croyances, il est obligé d'ordonner les faits et les textes dans le sens de ses idées préconçues. Mais l'antinomie entre la foi et la science, même sur ce domaine mixte, est moins grand qu'on ne le prétend. Pourquoi celui qui croit en Dieu, en la Providence, au miracle, à l'existence d'une âme spirituelle et libre, serait-il moins apte à comprendre les faits biologiques et les réalités historiques que l'athée, le matérialiste et le déterministe? S'il y a préjugé d'un côté, il y en a aussi de l'autre, et, s'il y a préjugé des deux côtés, en quoi celui de l'athée est-il plus conforme à la science, à la libre recherche de la vérité que celui du croyant? Par ailleurs, quel que soit le point de départ du croyant, et même s'il était vrai que sa méthode de démonstration fut moins scientifique, de quel droit pourrait-on rejeter ses ''conclusions, ''s'il n'a fait appel qu'à la science pour défendre ou démontrer une vérité qu'il possède par une autre voie, si ses arguments sont tirés de sa raison, et non de sa foi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'il y a ''tout un domaine ''où le croyant, tout en restant croyant, est capable de véritable esprit scientifique ; et — 2. ''un autre domaine ''où, en dépit d'une méthode moins libre, il peut arriver à des conclusions qui sont scientifiques, parce qu'elles s'appuient sur la science et nullement sur les données de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
484. — B. ''APPLICATIONS A LA BIBLE. ''— Pour prouver qu'il y a antagonisme entre la foi et la science, les rationalistes citent de nombreux passages de la Bible où les données de la révélation semblent .en opposition avec les données de la science. L'on pourra se faire une idée du soi-disant conflit par les trois exemples suivants tirés des descriptions cosmographiques, de la cosmogonie mosaïque et du récit du déluge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Descriptions cosmographiques. ''— Les termes que les écrivains sacrés emploient pour décrire le ciel, la terre1 et les divers éléments du globe, sont parfois en opposition avec les termes employés par les sciences de la nature. Prenons quelques exemples : — 1. La voûte céleste est représentée comme une enveloppe solide, et il est dit dans la ''Genèse ''(i, 6-7), que le firmament ''« ''sépare les eaux supérieures des eaux inférieures qui sont sur la terre», que « les écluses du ciel s'ouvrirent» ''(Gen., ''vii, 11) et laissèrent tomber des pluies torrentielles, alors que la science moderne a démontré qu'il n'y a pas de voûte céleste et que les pluies ne proviennent nullement de réservoirs placés au-dessus de nos têtes. — 2. Les astres sont décrits comme des points fixes placés « dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre et pour présider au jour et à la nuit ''» (Gen''., I, 17-18). — 3. La manière dont il est parlé, à certains endroits, du soleil, suppose qu'il tourne autour de la terre ''(Jos''., x'', ''13 ; ''Ecclé., ''xlviii, 23). L'''Ecclésiaste ''(i, 6) nous le montre qui « se lève », « se couche », « se hâte de retourner à sa demeure, d'où il se lève de nouveau ». — 4. La terre est conçue comme une surface convexe, creusée en forme de cuvette, pour contenir les mers dont les eaux sont retenues par des barrières dressées par Dieu à cette fin ''(Provo., ''viii,, 30), alors qu'elles sont simplement retenues par la pesanteur qui les attache à l'écorce terrestre. — 5. Le lièvre que les naturalistes classent parmi les rongeurs, est désigné comme ruminant dans le ''Deutéronome ''(xiv, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Cosmogonie mosaïque. ''— Les deux premiers chapitres de la Genèse où l'écrivain sacré nous raconte les origines des choses, dépeignent Dieu organisant le monde en six jours, par des actes immédiats, par la toute-puissance de sa parole et sans recourir à 1 action des causes secondes. Au contraire, ''l’hypothèse ''de Laplace suppose que les mondes se sont formés peu à peu, par une lente et progressive évolution.&amp;lt;ref&amp;gt;Voir pour plus de détails notre Doctrine catholique, N° 55 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il s'agisse des descriptions cosmographiques ou de la cosmogonie mosaïque, y a-t-il vraiment opposition entre la Bible et la Science1? Bien certainement, il y aurait conflit entre les deux si la Bible devait être regardée comme un livre de science. Or il n'en est rien. Les auteurs sacrés ne poursuivent pas un but ''scientifique, ''mais un but ''religieux. ''Les choses de la science étant pour eux un point secondaire, ils parlent des phénomènes de la nature et de la formation du monde, selon les ''apparences ''et d'après les données de la science de l'époque où ils écrivent. Dana ces conditions, l'on ne saurait voir un conflit entre leur langage et celui de la science actuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Le Déluge. ''— Le récit biblique du déluge ''(Gen., ''vi et vii) a été combattu au nom de l'histoire naturelle, de l'ethnographie et de la géologie. Contre la thèse d'un ''déluge universel, ''qui aurait inondé toute la terre et englouti tous les hommes et tous les animaux, on ''objecte : ''— 1. qu'il n'y a pas sur la terre une masse d'eau assez considérable pour s'élever jusqu'au sommet des plus hautes montagnes dont l'altitude dépasse 8.000 mètres, que Dieu aurait dû donc la créer et la faire disparaître ensuite ; — 2. que Noé ne pouvait faire entrer dans l'arche un couple de tous les animaux existants ; — 8. que, si tous les hommes avaient péri à l'exception de la seule famille de Noé, on ne saurait expliquer la différenciation des races, blanche, noire et jaune qui, d'après les documents de l'histoire, était déjà un fait accompli trois mille ans avant Jésus-Christ ; — 4. que la terre ne porte aucune trace d'une telle inondation. Au contraire, les géologues constatent, par exemple sur les montagnes de l'Auvergne, des monceaux de cendre et de scories qui proviennent de volcans éteints avant l'apparition de l'homme et qui, dans l'hypothèse d'un déluge universel, auraient été certainement emportés par les eaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés que nous venons de signaler n'embarrassent guère l'apologiste, pour cette bonne raison que ''l’universalité absolue ''du déluge n'a jamais été enseignée par l'Église comme article de foi, et que dès lors les opinions ont libre cours. L'universalité du cataclysme décrit dans la Genèse peut donc s'entendre : — 1. dans ce sens que les eaux inondèrent seulement la terre habitée ; — 2. ou même dans ce sens plus restreint qu'elles ne firent périr que la race de Seth, et non l'humanité tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux systèmes, qui supposent que l'universalité du déluge fut ''relative, ''tout en s'accordant avec les sciences naturelles, ne sont nullement en contradiction avec le texte de la Genèse. Car l'écrivain sacré n'a pu vouloir parler des contrées, telles que l'Amérique et l'Australie ou autres, dont il y a tout lieu de croire qu'il ignorait l'existence. Du reste, il arrive souvent dans la Sainte Écriture que les expressions « la terre » et même c toute la terre » ne sont pas employées dans un sens absolu. Ainsi il est dit dans l'histoire de Joseph qu' « il y eut famine sur ''toute ''la terre » (''Gen., ''xxi, 57). De même, saint Luc nous montre réunis à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, « des hommes pieux de ''toutes ''les nations qui sont sous le ciel» ''(Act., ''ii, 5). Rien ne nous empêche donc, ni au point de vue de la foi, ni au point de vue de l'exégèse, de nous rallier à l'opinion d'un ''déluge restreint, ''contre la réalité duquel la science ne peut élever d'objection sérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION GÉNÉRALE. ''—Ainsi, les difficultés soulevées contre l'Église, au nom de la raison et de la science, pas plus que les nombreuses objections que nous avons rencontrées déjà au cours de ce long travail, ne sont de nature à ébranler le bien-fondé de nos dogmes, ni la valeur de nos raisons de croire. Et pourtant, l'on voudra bien nous rendre cette justice que, à aucun moment de notre démonstration, nous n'avons cherché à affaiblir les arguments de nos adversaires. Nous avons mis plutôt un certain scrupule à les présenter dans toute leur force. Si nous avons cru que c'était là une affaire de conscience vis-à-vis d'adversaires dont nous n'avons pas le droit de suspecter la bonne foi et la loyauté, il nous semblait aussi que c'eût été faire injure à la vérité que de la défendre par des moyens inavouables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Bainvel, art. ''Foi ''(Dict. d'Alès) ; ''La foi et l’acte de foi ''(Beauchesne). — Catherinet, ''Le rôle de la volonté dans l’acte de foi ''(Langres). — E. Julien, ''Le croyant garde-t-il sa liberté de penser? ''(Rev. pr. d'Ap. 1907). — Abbé de Broglie, ''Les relations entre la foi et la raison ''(Bloud). — Verdier, ''La révélation devant la raison ''(Bloud). — Ponsard, ''La croyance religieuse et les aspirations de la société contemporaine ''(Beauchesne). — Fonsegrive, ''L'attitude du catholique devant la science ''(Bloud). — Guibert, Les ''croyances religieuses et les sciences de la nature ''(Beauchesne). — Brucker, art. ''Déluge ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Notes et références =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_2%C3%A8me_partie_:_Recherche_de_la_vraie_Religion&amp;diff=1755</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 2ème partie : Recherche de la vraie Religion</title>
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				<updated>2011-04-18T16:58:26Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Deuxième partie : Recherche de la vraie religion =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la seconde Partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
177. — Deux points ont été établis dans la ''première Partie ''de l'Apologétique. Le premier, c'est que l'homme, en tant que créature douée d'une âme raisonnable et libre, est obligé, à tout le moins, de ''professer la religion naturelle. ''Le second c'est que, selon toute vraisemblance. Dieu, Créateur et Providence, est intervenu dans la marche de l'humanité -pour guider l'homme dans sa recherche de la vérité religieuse, et peut-être même, pour l'élever à une dignité plus grande et à une destinée plus haute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'agit maintenant, dans cette ''seconde Partie, ''de soumettre à l'examen cette dernière hypothèse. Pour cela, il nous faut interroger l'histoire et lui demander si, en fait, elle nous apporte le témoignage d'une Révélation divine. Or, comment instituer cette enquête religieuse? La chose serait simple, s'il n'existait par le monde qu'une seule religion : il suffirait alors de vérifier ses titres à notre créance. Mais il n'en est pas ainsi, et les religions sont nombreuses, soit dans le passé, soit dans le présent, qui ont revendiqué ou revendiquent une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux voies sont dès lors ouvertes à l'apologiste chrétien qui prétend que sa religion est, à l'heure actuelle, la ''seule Religion révélée, ''— 1. Ou bien, laissant de côté toutes les autres religions, il peut aller droit au christianisme et lui faire l'application des critères dont nous avons parlé précédemment (N° 156). Et si, de cet examen, il résulte que la religion chrétienne est, sans doute aucun, une religion révélée, toute enquête ultérieure devient superflue. Car, comme d'une part, il est manifeste que, en beaucoup de points de son dogme et de sa morale, elle est en opposition avec les autres religions, et comme d'autre part, il n'est pas moins évident que Dieu n'a pu révéler des vérités successives et contradictoires, la vérité de l'une implique la fausseté des autres. L'étude de ces dernières ne pourrait, dans ce cas, se faire qu'à titre de contre-épreuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une seconde ''méthode ''consiste à suivre l'ordre inverse. L’apologiste chrétien se tourne d'abord vers les religions, autres que la sienne, et dont il veut démontrer la fausseté. A vrai dire, cette première enquête pourrait paraître un chemin bien long s'il s'agissait d'exposer en détail toutes les formes de religion qui ont existé et existent encore sur la terre ; mais une telle nécessité ne s'impose pas, car il va de soi que, si l'on peut prouver que les religions qui se recommandent le plus à notre attention, soit par le nombre de leurs adeptes soit par la valeur de leur doctrine, doivent être rejetées comme fausses, plus n'est besoin de s'occuper des autres religions dont l'infériorité est incontestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce premier travail terminé, et, comme on dit, le terrain une fois déblayé, il n'y a plus qu'à aborder la seule religion qui n'ait pas été éliminée, c'est-à-dire, dans l'espèce, la ''religion chrétienne. ''Cependant il n'est pas permis de dire, comme tout à l'heure dans la première méthode, que la fausseté de toutes les religions, passées en revue, implique la vérité de la religion chrétienne : celle-ci pourrait être fausse comme les autres. Pour être en droit de tirer une telle conclusion, il faudrait démontrer auparavant qu'il y a ''certitude de l'existence d'une religion révélée. ''Que la chose puisse être présumée, cela ne fait pas de doute. Mais un fait d'histoire s'établit par l'histoire, et non par le raisonnement. C'est, dès lors, par l'histoire qu'il faudra prouver l'existence et la vérité de la Religion chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est cette ''seconde méthode que nous suivrons ici. ''Cette partie comprendra donc ''deux sections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION, ''beaucoup moins étendue, sera un exposé très rapide et très succinct des principales religions non chrétiennes, où il apparaîtra, par la seule application des ''critères négatifs, ''qu'elles ne portent pas les marques d'une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B ''LA SECONDE SECTION ''sera la démonstration proprement dite du christianisme. En nous appuyant sur le témoignage des Évangiles, dont nous aurons préalablement à établir la valeur historique, il nous faudra vérifier les ''titres du fondateur ''et contrôler la ''qualité de sa doctrine. ''Si de cette étude il ressort que Jésus est « ''Envoyé de Dieu ''», il ne restera qu'à conclure que le christianisme dont la diffusion s'est faite à travers le monde d'une façon si extraordinaire, est une religion d'origine divine, qu'il est ''la vraie religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION I : Les fausses Religions. ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre unique : les principales religions non-chrétiennes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'enquête religieuse.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
178. — Il convient, avant de commencer notre enquête religieuse, de déterminer les ''conditions ''dans lesquelles elle doit se faire et sur ''quelles religions ''elle doit porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Conditions. — Nous avons vu (N° 156) qu'il y a deux sortes de critères auxquels on peut reconnaître la valeur objective d'une religion. — a) Les uns sont tirés de la ''doctrine ''(critères ''intrinsèques). ''Ainsi toute religion qui a sur Dieu et sur l'homme des conceptions opposées aux conclusions que la raison seule nous a permis d'établir dans la première Partie, ne peut être la vraie religion. — ''b) ''Les autres sont tirés du ''fondateur ''( critères ''extrinsèques). ''L'on pense bien qu'il ne suffit pas a un homme de se présenter comme chargé d'une mission divine, il faut qu'il la prouve et qu'il garantisse son enseignement par des signes authentiques qui soient comme le sceau de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour savoir ce que vaut une religion, nous la soumettrons donc à une double épreuve. Nous nous tournerons d'abord vers le fondateur et nous lui demanderons ses ''litres. ''Puis nous étudierons sa ''doctrine ''et nous verrons ce qu'elle vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Religions sur lesquelles portera notre enquête. — Notre enquête portera d'abord sur les religions auxquelles nous ne reconnaissons pas les marques d'origine divine. Nous parlerons ; — 1° du ''paganisme ; ''— 2° des ''religions de la Chine ; -— ''3° de la ''religion de la Perse ; ''— 4° du ''Mithriacisme ; ''— 5° des ''religions de l’Inde ; ''— 6° de ''L’Islamisme ; ''et — 7° du ''Judaïsme actuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Le Paganisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
179. — Sous ce titre il faut entendre les diverses religions qui ont professé ou professent encore le ''polythéisme. ''Aussi loin que remonte l'histoire, nous constatons que le paganisme fut la religion de tous les peuples de l'antiquité, exception faite des Juifs : les Chaldéens, les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Romains, tous furent polythéistes. De nos jours, le paganisme est encore la religion des peuplades fétichistes de l'Asie et de l'Afrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur'''. — Non seulement il est superflu de rechercher les ''fondateurs ''du paganisme, mais il n'est même pas possible de savoir ''comment les mythologies ont pu se former. ''— a) D'après Evhémère, philosophe grec du ive siècle avant Jésus-Christ, les mythes auraient été des ''récits légendaires, ''et les dieux, des héros divinisés. — ''b) ''Selon Plotin et Porphyre (IIIe siècle de notre ère), les mythes païens seraient des ''symboles ''cachant des dogmes philosophiques et des notions morales : ainsi l'aventure d'Ulysse et des Sirènes serait une allégorie destinée à mettre en garde contre les séductions du mal. — ''c) l’école traditionaliste ''a voulu voir dans les mythes des ''déformations de la tradition primitive ''qui n'aurait été conservée intacte que chez les Juifs : ainsi s'expliqueraient sans difficulté bien des parallélismes que l'on peut remarquer entre les croyances païennes et les récits de la Bible : par exemple, la boîte de Pandore d'où sortirent tous les maux correspondrait à la chute d'Eve. — ''d) ''D'après une école plus récente (Max Muller, en Angleterre, Michel Bréal en France), les mythes auraient leur origine dans le ''langage. ''Les dieux ayant été considérés à l'origine comme les agents mystérieux des phénomènes de la nature, leurs noms ne seraient autres que les épithètes qui désignent ces phénomènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
180. — '''2°''' '''Doctrine. '''— La ''doctrine ''du paganisme se trouve consignée dans les mythologies dont nous trouvons des descriptions chez des poètes comme Homère ou des historiens comme Hésiode. Or, les mythologies sont un ensemble de fables plus ou moins ridicules, de mythes bizarres sur la vie des dieux et leurs rapports avec les hommes. Pour souligner l'infériorité des doctrines païennes, il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails : nous n'avons qu'à montrer la ''multiplicité de leurs dieux ''et les ''imperfections de leur nature ''où se mêlent la grandeur et la faiblesse, la vertu et le vice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pas de valeur au point de vue doctrinal, comment le paganisme en aurait-il eu au point de vue ''moral? ''Comment les dieux, qui avaient les mêmes passions et les mêmes défauts que l'homme auraient-ils prêché la vertu à celui-ci? L'homme échappe d'autant plus facilement aux devoirs de la morale qu'il trouve des excuses dans ses croyances. ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''181.''' — '''3°''' '''Critique. '''— Religion imparfaite et n'ayant aucune trace d'origine divine, faut-il conclure que le paganisme était une religion absolument mauvaise et inutile ? Gardons-nous de le croire. Malgré ses inconcevables lacunes, le paganisme avait au moins l'énorme avantage d'entretenir chez l'homme le ''sentiment religieux, ''de lui faire lever les yeux vers le ciel, de le faire penser à sa destinée future. Le païen qui vivait en rapport constant avec des puissances cachées, qui craignait de leur déplaire, qui sollicitait leur appui et s'humiliait devant elles, pouvait trouver là des moyens efficaces de lutter contre les mauvaises tendances de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout compte fait, par conséquent, et « si l'on veut comparer le polythéisme antique à un état de l'humanité où il n'y aurait aucune religion, à l'état où voudraient nous amener les matérialistes modernes, peut-être la conclusion sera-t-elle que le paganisme est préférable et que mieux vaut une croyance quelconque, même superstitieuse, à un monde invisible, qu'un état où l'homme serait entièrement renfermé dans le monde terrestre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quel était maintenant l'état des âmes sincères et droites qui cherchaient la vérité dans ces longs siècles d'erreur ?... Nous pouvons nous en tenir à ce que la foi nous enseigne au sujet de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde, et à ce que saint Paul nous dit au sujet des païens, qui, n'ayant pas de loi écrite, seront jugés d'après la loi naturelle gravée dans leur conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quoi qu'il en soit de ce problème, il est de toute évidence que le polythéisme antique ne saurait entrer en comparaison, en tant que solution des problèmes de la destinée humaine, avec le christianisme, ni même avec les religions fondées sur l'idée d'une révélation positive'''. '''»&amp;lt;ref&amp;gt;L'abbé de Broglie, Problèmes et conclusions de l'histoire des religions&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Religions de la Chine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
182. — La Chine compte trois religions officielles : deux indigènes, le ''Taoïsme ''et le ''Confucianisme, ''la troisième importée de l'Inde, le ''Bouddhisme ''dont nous parlerons plus loin. (Nos 194 et suiv.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
I. '''Le Taoïsme. 1°''' '''Fondateur. '''— La religion connue sous le nom de Taoïsme, est attribuée à Lao-tseu, philosophe contemporain et rival de Confucius. On. sait peu de chose de sa vie. Certains pensent même que la religion fondée sous son nom ne serait nullement son œuvre, et qu'elle serait seulement une collection de vieilles superstitions de la Chine repoussées par Confucius, et que, dans le but de faire opposition au Confucianisme, on aurait recueillies et groupées sous le nom d'un sage, Lao-tseu, afin de leur donner plus d'autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
183. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Le ''Taoïsme ''est un amalgame de superstitions grossières, de sorcellerie et de magie, avec les doctrines philosophiques de Lao-tseu dénaturées par ses disciples. C'est du reste une ''religion polythéiste ''et, pour cette raison, il est inutile que nous insistions davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
184. — II. '''Le Confucianisme- — 1° Fondateur. '''— ''Confucius ''naquit en 551 avant notre ère dans le royaume de Lou, d'une ancienne famille du nom de Khoung. Il se distingua de bonne heure par la vivacité de son intelligence et par la droiture de son caractère, si bien que le roi de Lou n'hésita pas à lui confier, malgré sa jeunesse, des fonctions importantes dans son gouvernement. Il les abandonna du reste bientôt pour suivre sa vocation. Il se mit alors à l'étude ''des Kings ''ou Livres sacrés de la Chine, et voulut se consacrer à la direction des peuples. Dans ce dessein il parcourut les principautés féodales qui composaient l'Empire chinois, puis, fatigué de cette vie errante, il revint à Lou où il ouvrit une école et professa jusqu'à la fin de sa vie. Parmi ses nombreux élèves, il en distingua soixante-douze, pris parmi les meilleurs, qu'il appela ses disciples. Telle fut l'origine des ''Lettrés, ''qui, depuis cette époque, ont joué un si grand rôle en Chine, en formant une sorte de caste fermée à qui allaient toutes les faveurs du pouvoir. Cet état de choses a duré jusqu'au commencement de notre siècle. « Maintenant, sous la République chinoise, tout est changé. La caste des Lettrés est défunte. La doctrine de Confucius a cessé d'être classique. Les auteurs de la Chine nouvelle n'ont pas encore attenté aux temples désertés du Sage. Mais ils ont éliminé ses œuvres de l'enseignement primaire comme surannées, et les ont reléguées, à titre de philosophie antique, dans les accessoires de l'enseignement secondaire... Ainsi disparaît, sans secousse, sans bruit, une chose qui paraissait un roc inébranlable et qui n'était qu'un bois vermoulu.»&amp;lt;ref&amp;gt;Léon Wieger, Religions et doctrines de la Chine (Christus).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''185. — 2° Doctrine.''' — Le confucianisme est plutôt une ''philosophie morale ''qu'une religion. Les dieux, c'est-à-dire le ''Ciel ''(Châng-Tï), la ''Terre ''et les ''Esprits supérieurs ''sont considérés, non comme des personnes réelles mais comme des abstractions. Aussi le seul culte qui soit en grand honneur est celui des ''ancêtres ; ''c'est par là que le confucianisme est une religion bien nationale ; il semble du reste que, aux yeux de Confucius et de ses adeptes, le Chang-Ti ou Seigneur du Ciel, et les autres dieux ne soient que les esprits des premiers ancêtres de la nation. Mais, chose étrange, tout en affirmant la survivance des esprits, Confucius ne parle pas de la vie future et ne tranche pas la question de l'immortalité de l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''de Confucius ne manque pas d'élévation et se distingue par un réel amour de l'humanité ; toutefois, elle ne dépasse pas les limites ''d'une morale humaine. ''Elle proclame bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas que les autres vous fassent à vous-même, mais elle ne va pas au delà de cette simple règle de justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''186. — 3° Critique''' — Si la doctrine de Confucius ne contient pas d'erreurs très graves, c'est une religion « incomplète, insuffisante pour le besoin des âmes ; un ensemble de conseils sages et sensés, mais sans rien qui inspire l'enthousiasme. On comprend qu'elle n'ait pas suffi au peuple chinois et qu'il ait préféré l'idolâtrie et là magie du Taoïsme et du Bouddhisme ... Nous pouvons donc considérer cette doctrine comme une assez belle œuvre humaine, un code religieux et moral à peu près pur, péchant par défaut plutôt que par excès. Mais nous n'avons pas besoin d'ajouter, tant cela est évident, qu'il n'y a eu ni dans la vie du fondateur, ni dans sa doctrine, aucun signe d'une révélation divine. Confucius n'a jamais prétendu au titre de prophète et n'a réclamé pour sa doctrine d'autre preuve que celles de la raison et de la tradition immémoriale. »&amp;lt;ref&amp;gt;L'abbé de Broglie, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Religion de la Perse. Le Zoroastrisme ou Mazdéisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
187. —L'ancienne religion de la Perse, autrement dit, de l'Iran, s'appelle ''Zoroastrisme, ''du nom de son fondateur, ou ''Mazdéisme ''du nom du dieu ''Ahura- Mazdâ ''que Zoroastre met au-dessus de tous les autres dieux, même au-dessus de ''Mithra, ''le dieu de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur.''' — On ne sait si le prophète à qui l'on attribue la fondation de la religion des mages&amp;lt;ref&amp;gt;Les mages étaient les prêtres du zoroastrisme. Ils passaient pour astrologues et magiciens. L'Évangile de saint Matthieu (II, 1, 7) rapporte, qu'à la naissance de Jésus, des mages, guidés par une étoile, se rendirent à Bethléem et adorèrent « le roi des Juifs »&amp;lt;/ref&amp;gt;, appartient à l'histoire ou à la légende. Selon l'une ou l'autre, Zoroastre; vécut au vie siècle avant Jésus-Christ. Révolté des abus de l'idolâtrie et du culte des ''Dêvas ''ou mauvais génies, il se retira dans une grotte solitaire et se livra, sept années durant, à la méditation. Là, il eut des ''révélations ''d'Ahura-Mazdâ, le seigneur tout-puissant, qui ''confirma sa mission, ''en faisant de nombreux prodiges en sa faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''188. — 2° Doctrine'''. — Le ''Zend-Avesta ''est le livre sacré du Zoroastrisme. La date de composition en est incertaine. Il renferme du reste des morceaux d'âge différent, et dont certains paraissent être de composition relativement récente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ''métaphysique, ''le zoroastrisme admet la doctrine du ''dualisme. ''Il est vrai que le Dieu suprême, ''Ormazd, ''est créateur, Dieu du ciel. Mais à Ormazd est opposé un principe mauvais, appelé ''Ahriman, ''qui lui dispute l'empire. Les deux principes du bien et du mal sont éternels sinon égaux. Entourés, chacun d'une armée, ils doivent lutter pendant 9.000 ans ; Ormazd sera alors vainqueur et précipitera Ahriman et les Dévas, ses acolytes, dans l'enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du mazdéisme est pure et élevée. Elle impose le respect de la femme et de l'enfant, elle recommande les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions. Malheureusement, le ''culte ''n'est pas à la hauteur de la morale, car il est entaché de pratiques de superstition et de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''189.''' — '''3°''' '''Critique- '''— « Nous n'avons pas besoin de discuter le ''caractère ''purement humain de cette religion. Elle est sans doute, par certains côtés, supérieure au paganisme, elle combat l'idolâtrie ; elle enseigne un spiritualisme élevé. Mais le principe du dualisme est une erreur funeste... Le dualisme ébranle la morale du zoroastrisme et la rend irrationnelle... La révélation faite à Zoroastre est dénuée de preuves sérieuses. On ne comprendrait pas que Dieu eût fait une révélation à un homme et n'eût pas donné, pour preuves de la vérité de sa parole, des témoignages plus certains que les récits légendaires des livres sacrés d'un petit peuple. »&amp;lt;ref&amp;gt;L'abbé de Broglie, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
190. — ''REMARQUE. ''— On a constaté entre la ''religion des Perses ''et celle ''des Juifs ''un certain nombre de ''ressemblances ''qui semblent indiquer que l'une des deux a influencé l'autre. Ainsi toutes deux attendent le ''royaume de Dieu ''et admettent la ''résurrection des morts. ''Naturellement, les rationalistes prétendent que les Juifs sont les emprunteurs. Sans doute, ces derniers, ayant été sous la domination des Perses, auraient pu adopter une partie des croyances de leurs vainqueurs. Cependant cette hypothèse n'est guère vraisemblable, car les convictions des Juifs étaient trop fortes, elles remontaient trop loin dans le passé pour subir aussi facilement les influences étrangères. Et pour ce qui concerne l'idée du royaume de Dieu, il ne fait aucun doute, dit le P. Lagrange, que « le règne attendu qui est celui de Dieu et celui du bien, dont les justes procurent l'avènement et qui aura son Messie, c'est le royaume de Dieu, des prophètes et ensuite de l'Évangile. Or s'il est une idée dont il soit possible de suivre le développement chez le peuple juif, c'est celle du royaume de Dieu et de son Messie... Cette première conception eschatologique est pour nous certainement d'origine juive.» De même, à propos de la ''résurrection des morts, ''« il est difficile de faire remonter très haut la croyance des Perses... Dans Israël, elle fait partie, d'après les Pharisiens contemporains de Jésus, de la foi nationale et elle s'appuie sur des textes qu'on ne peut pas, en tout cas, faire descendre aussi bas que 150 avant Jésus-Christ. D'une façon générale, on constate que les Perses ont été bien plus entraînés par les Sémites qu'ils n'ont eux-mêmes agi sur leurs sujets conquis. »&amp;lt;ref&amp;gt;Lagrange, Iran (Religion de l'), Dictionnaire d'Alès.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Le Mithriacisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
191. — Le ''Mithriacisme ''est une religion dérivée du ''Mazdéisme. ''Il y avait peu de temps qu'il avait pénétré à Rome et en Occident, lorsque les apôtres du christianisme vinrent pour y prêcher la foi du Christ. Nous ne nous attarderions pas à parler de cette religion d'importance secondaire, si nos adversaires, profitant, ici encore, des nombreuses analogies ~qui existent entre le Mithriacisme et le Christianisme, n'accusaient ce dernier de plagiat. Voici du reste les principales ''ressemblances ''qu'ils se plaisent à relever. Mithra est un jeune dieu qui a vécu parmi les hommes. Il naquit, lui aussi, dans une grotte ou une étable. Quand il fut devenu grand, il terrassa les animaux malfaisants, et en particulier, un taureau, puis il remonta au ciel, d'où il continue à veiller sur ceux qui se font initier à ses mystères et le prient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale mithriaque ''impose aux initiés le respect de la vérité, la fidélité au serment, la fraternité, le culte de la pureté physique et morale. C'est sur l'accomplissement de ces préceptes que Mithra juge l'âme après la mort : si elle est trouvée juste, il l'emmène au ciel avec Ormazd : si elle est coupable, elle est livrée au feu et consumée avec Ahriman.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''culte ''de Mithra offre avec le culte chrétien des analogies non moins perceptibles. L'initiation mithriaque comprenait sept degrés qu’on a comparés à nos sept sacrements : elle comportait, entre autres choses, des ablutions symboliques, l'impression d'un signe sur le front, l'oblation de pain et d'eau, des onctions de miel...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rapproche également certains détails des deux ''liturgies, ''mithriaque et chrétienne. Par exemple, la fête de la Nativité du Christ aurait été fixée le 25 décembre, jour où l'on célébrait déjà la naissance de Mithra. Telles sont entre les deux religions les ressemblances les plus frappantes. Les historiens rationalistes des religions en concluent que le mithriacisme est un ancêtre du christianisme. Ne serait-ce pas le contraire qu'il faudrait dire ? Les points de contact que nous venons de signaler entre les deux religions ne sont-ils pas de date postérieure dans la tradition romaine sur Mithra? Les premiers apologistes chrétiens, saint Justin et Tertullien le pensaient et dénonçaient déjà le plagiat mithriaque des rites chrétiens. S'ils avaient eu tort, s'il en était autrement, comment expliquer que l’empereur Julien qui aurait été trop heureux de prendre le christianisme ''et ''ses apologistes en défaut, n'ait pas accusé ces derniers d'avoir emprunté leur doctrine à la religion de Mithra ? L'hypothèse d'une influence mithriaque sur les dogmes et sur le culte chrétien n'a donc pas de fondement historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. Religions de l'Inde. ====&lt;br /&gt;
192. — Les religions principales qui se sont succédé dans l'Inde sont : le ''Védisme, ''le ''Brahmanisme, ''le ''Bouddhisme ''et ''l'Hindouisme ''ou ''Néo-brahmanisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Le Védisme. '''— Le ''Védisme ''est, parmi les diverses religions des Hindous, la première qui ait laissé des traces dans l'histoire. La religion védique est contenue dans les livres sacrés appelés ''Védas, ''et particulièrement dans le plus ancien d'outre eux, le ''Rig-Véda. ''C'est une ''religion naturaliste ''où les phénomènes et les forces de la nature sont divinisés, et par là, le Védisme peut être rapproché du Paganisme dont nous avons parlé précédemment, ce qui nous dispense d'insister pour en démontrer la fausseté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
193. — '''II. Le Brahmanisme. — 1° Fondateur. '''— Aucun document ne nous permet de fixer, d'une manière certaine, l'origine du brahmanisme encore moins par conséquent, de dire le nom du fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Doctrine. '''— Celle-ci se trouve bien dans les ''Védas, ''mais l'interprétation des Livres sacrés est laissée entièrement aux brahmanes, c'est-à-dire aux prêtres de Brahmâ. Or les Védas contiennent comme deux religions superposées : l'une qui faisait le fond de la vieille religion védique et qui est un ''polythéisme naturaliste ; ''l'autre qui est un ''panthéisme idéaliste ''joint à l'idée de la ''métempsycose, ''et c'est le brahmanisme proprement dit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dieu ''Brahmâ ''est l'être unique : de lui procède le monde par émanation. Tous les êtres sortent donc de lui et y retournent pour en sortir de nouveau, et ainsi un certain nombre de fois, jusqu'à ce que l'âme, purifiée de toute souillure, puisse s'absorber définitivement en Brahmâ et entrer pour toujours dans le ''Nirvana.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du brahmanisme dérive de cette doctrine de la ''métempsycose. ''Étant donné que, à la mort, l'âme passe dans un autre corps, dans le corps d'un animal ou d'un monstre, suivant qu'elle a été jugée plus ou moins coupable, il faut considérer la vie comme le mal suprême. I1 importe donc de mettre un terme à ces morts et à ces renaissances continuelles. Or, pour arriver à ce résultat, il faut pratiquer le ''renoncement, ''anéantir la concupiscence, bref, éteindre on soi la soif de l'existence, cause de tout le mal. Et voilà comment la doctrine brahmaniste a conduit à la pratique ''de l'ascétisme, ''à ces mortifications exagérées des fakirs qui habitent les forêts, ne se nourrissant que d'herbes et de fruits sauvages, restant de longs mois dans la même posture ou s'exposant aux ardeurs du soleil des tropiques des journées entières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° '''Critique. '''— Nous avons vu que les Védas contiennent un mélange de ''polythéisme ''et de ''panthéisme. ''Il n'est donc pas possible de leur reconnaître une origine divine. Bien que la partie morale contienne de sages préceptes sur la lutte contre les passions, et d'excellentes prescriptions sur la chasteté, la véracité, la fidélité aux promesses, elle est muette sur les devoirs de la bienfaisance et de la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''194. '''— '''III. Le Bouddhisme. '''— Le brahmanisme ancien, avec sa morale austère et son culte froid, sans temples et sans idoles, ne pouvait être une religion populaire. Il n'est donc pas étonnant que l'Inde accueillit avec faveur la religion du Bouddha.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur. '''— La vie du ''Bouddha ''fut écrite longtemps après sa mort : ses biographes furent donc à leur aise pour y introduire autant de légendes que bon leur sembla. C'est seulement après l'ère chrétienne, — qu'on remarque bien ce point, — que l'on mit en œuvre les documents qu'on possédait en y ajoutant de nombreuses interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Bouddha naquit au vie ou au Ve siècle avant l'ère chrétienne. Il appartenait à la famille des Çakyas et s'appelait Siddartha. Le titre de ''Çakya-Muni ''sous lequel il est connu, veut dire ''moine ''de la famille des Çakyas. De nombreuses légendes entourent son berceau et sa jeunesse : il serait trop long de les raconter. Un certain temps après s'être marié, il quitta sa femme et sa famille pour devenir moine et travailler à son salut. Pendant plusieurs années, Use livra à des austérités effrayantes. Un jour qu'il méditait sous un figuier, il sentit qu'il était ''Bouddha ''(racine ''budh, ''comprendre) c'est-à-dire sage, éclairé, celui qui a compris. Il-avait trouvé le secret pour ne plus renaître. De ce bonheur il voulut faire profiter l'humanité en lui prêchant sa doctrine. Mais auparavant il décida de passer quatre semaines dans la solitude. C'est durant cette retraite que ''Mâra, ''l'Esprit tentateur, lui proposa de le faire entrer immédiatement dans le ''Nirvana ''pour lui épargner les peines et les déceptions de la vie. Le Bouddha rejeta l'offre, jugeant qu'il se devait au salut de ses frères et à la propagation de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''parallélisme ''qui existe entre la retraite et la tentation du Bouddha, d'une part, et celles de Notre-Seigneur, au désert, d'autre part, n'échappera à personne. Mais il est superflu de défendre les traditions chrétiennes contre l'accusation de plagiât, vu que les Évangiles sont antérieurs à la rédaction définitive des documents bouddhistes. (V. n° 278).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus de quarante ans, le Bouddha prêcha sa doctrine de la délivrance. De toutes parts on venait le consulter. Lui-même allait de pays en pays, vivant d’aumônes et instruisant les peuples. Il avait quatre-vingts ans lorsqu'il mourut à la suite dune indigestion. Ses biographes racontent qu'une musique céleste se fit alors entendre et que Brahmâ en personne vint chercher Je Bouddha pour l'introduire dans le Nirvana. Ainsi, visiblement, la légende se mêle à l'histoire dans des proportions telles que celle-ci disparaît et que des savants ont pu se demander si le Bouddha avait réellement existé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
195. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Les points principaux qui caractérisent la ''doctrine bouddhiste ''sont : — ''a) l'athéisme, ''ou, si l'on préfère, ''l'agnosticisme. ''S'il y a une Cause première, un Etre suprême, le Bouddha ne le recherche pas, estimant qu'une telle question est insoluble et oiseuse ; — ''b) ''la ''croyance à la métempsycose-: ''doctrine qui lui est commune avec le brahmanisme. A sa mort l'homme est transporté au tribunal de Yama qui le juge et le remet entre les mains de ses bourreaux. Quand la peine est expiée, car l'enfer n'est pas éternel, l'âme est rejetée dans le monde pour recommencer une nouvelle existence ; elle reprend dans l'échelle des êtres la place qu'elle a pu mériter par sa vie antérieure. Seuls ceux qui sont proclamés Bouddhas sont affranchis de la renaissance et entrent dans la béatitude parfaite du Nirvana ; — ''c) ''le ''pessimisme. ''Dans la doctrine du Bouddha, l'existence est un mal, et le bonheur suprême consiste précisément à en être délivré et à parvenir au Nirvana. Mais qu'est-ce que le bonheur du Nirvana ? Il serait bien difficile de le dire. Le Nirvana n'est pas le néant, mais c'est la non-existence individuelle, c'est la délivrance de la transmigration, et par conséquent, de la douleur, c'est une sorte de béatitude passive et négative d'où l'amour et la vie sont absents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La morale bouddhiste ''ressemble bien à celle du brahmanisme. Partant de ce principe que l'existence est un mal, elle professe, elle aussi, qu'il n'y a d'autre remède que la ''pratique du renoncement. ''Or la pratique du renoncement comporte une série d'exercices assez semblables à ceux qui sont en usage dans nos Ordres religieux. Ainsi la méditation, la confession des fautes, la direction de conscience, la chasteté&amp;lt;ref&amp;gt;Il est bon de remarquer que le moine bouddhiste n'est pas lié par des vœux et qu’il se contente d'accepter la chasteté comme une règle. De même, sa vie se passe à mendier et a méditer sur le néant de l'existence : il ne s'adonne pas au travail manuel.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la pauvreté sont des règles strictes pour les ''Bhikchous, ''ou moines bouddhistes. C'est, comme on le voit, tout le ''côté négatif ''de la perfection chrétienne, c'est le renoncement absolu qui doit aboutir à la mort et au Nirvana ; ce n'est pas, comme dans la mystique chrétienne, le détachement des biens de ce monde pour aller plus sûrement à Dieu et pour trouver en Lui un jour la ''vie pleine et l'amour parfait. Le culte bouddhiste ''était à l'origine réduit à son strict minimum. Et à quoi ce culte eût-il bien pu se rapporter, puisque la doctrine bouddhiste était athée et que dès lors il était inutile de prier un dieu dont on ignorait l'existence? Mais, à la mort de Çakya-Muni, il s'établit un culte de vénération en son honneur. Pour conserver ses reliques, on construisit d'abord des monuments très simples, puis des temples magnifiques, généralement au centre d'un monastère. Par la suite, on rendit un culte, non seulement au grand Bouddha Çakya-Muni, mais à tous les autres Bouddhas, semblables à lui, c'est-à-dire qui étaient entrés dans le Nirvana On y joignit le ''culte des images ''et des statues ; et ce fut ainsi un véritable polythéisme, en même temps qu'une- idolâtrie mêlée de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
196'''. — ''NOTA.''''' — Le bouddhisme se ''propagea ''surtout en Chine, dans l'Indochine, au Cambodge, au Siam, en Birmanie, au Japon et au Tibet. Sa ''diffusion si étendue ''s'explique par l'insuffisance du culte brahmanique sans idoles et sans temples, par l'apostolat de ses moines et aussi par la ''protection du pouvoir civil : ''protection qui était accordée d'autant plus facilement que, les moines bouddhistes étaient des auxiliaires précieux pour développer l'influence des rois en dehors de leur pays. De plus, si la morale recommandait avant tout la pratique du renoncement, elle ne défendait aux laïques ni la polygamie ni le divorce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''197— 3° Critique'''. — Nous n'avons pas à insister pour prouver que la religion bouddhiste n'est pas d'origine divine, car Çakya-Muni n'a jamais voulu se faire passer ni pour Dieu ni pour envoyé de Dieu ; il n'a jamais prétendu qu'au titre de ''sage. ''Si nous considérons maintenant sa ''doctrine, ''il faut bien reconnaître que, au point de vue moral, elle a une valeur incontestable. En prêchant le renoncement, le détachement des biens de là terre, la chasteté et l'esprit d'apostolat, en inspirant aux hommes une grande crainte des châtiments futurs, elle a pu atteindre de sérieux résultats. Mais malheureusement sa doctrine métaphysique n'est pas à la hauteur de la morale. Elle encourt d'abord le grave reproche l’''athéisme, ''quoique, en pratique, ses partisans soient polythéistes et idolâtres. En outre, les doctrines de la ''transmigration ''et du ''Nirvana ''ont également pour conséquence fâcheuse de placer l'idéal de la vie monastique dans la ''contemplation pure ''et la ''mendicité sans travail. ''Autant la vie monastique, animée par le sentiment chrétien, réglée de manière à donner sa part au travail, a été en Occident une force civilisatrice, autant les couvents bouddhistes sont devenus des causes de torpeur et de léthargie chez les peuples où cette institution a fleuri. C'est une religion sans action sociale... Çakya-Muni a prescrit le célibat aux religieux, mais il ne s'est pas occupé des laïques... Aussi les hommes impartiaux, même dans le camp rationaliste, renoncent à comparer le bouddhisme au christianisme et professent hautement que le christianisme est supérieur... Nous ne trouvons donc pas dans le bouddhisme, plus qu'ailleurs, cette parole divine que nous cherchons. »&amp;lt;ref&amp;gt;L'abbé de Broglie, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''198. — IV. L'Hindouisme ou Néo-brahmanisme. 1° Fondateur.''' — Le bouddhisme, tel que nous venons de l'exposer, ne vécut dans l'Inde que les quelques siècles. Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, d'autres sectes naquirent, auxquelles on donna le nom générique ''d'hindouisme ''ou ''néo-brahmanisme. ''La nouvelle religion était le produit de plusieurs écoles, et aucun nom ne s'attache à sa fondation : elle est d'ailleurs une sorte de fusion entre le brahmanisme et les vieux cultes idolâtriques de l'Inde. Les deux principales sectes sont le ''Vishnouisme ''et le ''Civaïsme, ''noms qui lui viennent de ce qu'elles regardent soit ''Vishnou, ''soit ''Civa ''comme Dieu suprême. Le ''Vishnouisme ''seul nous intéresse à cause des ressemblances que sa doctrine offre avec le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''199. — 2°''' '''Doctrine. '''— Ce qui caractérise le Vishnouisme, ou du moins, ce qui lui donne à nos yeux le plus vif intérêt, c'est la présence dans sa doctrine des deux dogmes de la ''Trinité ''et de ''V Incarnation,''— ''a) ''La Trinité hindoue ou ''Trimurti ''se compose de Brahmâ, le dieu créateur, de Vishnou, le dieu conservateur, et de Civa, le dieu destructeur. — ''b) ''Les ''incarnations ''ou ''avatars ''de Vishnou tiennent une place capitale dans l'hindouisme. Vishnou s'incarne un certain nombre de foie : il prend successivement les formes de poisson, de tortue, de sanglier, de lion, et il apparaît surtout dans la personne de deux héros fameux ''Bâma ''et ''Krishna. ''Ce dernier est particulièrement célèbre : il a une naissance miraculeuse, il est adoré par des bergers, persécuté par le roi Kamsa qui le redoute comme un compétiteur et ordonne le massacre des enfants. Il y a là, on le devine, matière à rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, et les adversaires de celui-ci ne se sont pas fait faute de l'accuser de plagiat. Mais accuser n'est pas prouver et il faudrait avant tout montrer que les légendes du Vishnouisme existaient avant leur rédaction définitive qui n'eut lieu que vers le XIIe ou le XIIIe siècle de notre ère — ce qui jusqu'ici n'a pas été fait. (V. N°s 194 et 278.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''200. — 3°''' '''Critique. '''— Pas plus dans l'hindouisme que dans le bouddhisme nous ne trouvons des traces de l'action divine. Le culte néo­brahmanique se signale, au contraire, par des rites grossiers et cruels ; il va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme exagéré à la débauche ; il est un mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale. Pour en donner une idée il n'y a qu'à rappeler que le gouvernement anglais qui a pourtant pour principe de respecter les croyances des peuples qui sont sous son autorité, s'est vu forcé de défendre un grand nombre de cérémonies religieuses et de coutumes barbares, on particulier, les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, le suicide des veuves sur la tombe de leurs maris, les immolations volontaires des fanatiques qui se faisaient écraser sous le char du dieu Vishnou.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VI. — L'Islamisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
201. — Avant la fondation du Mahométisme, les ''Arabes, ''sémites comme les Hébreux, se disant descendants d'Ismaël, fils d’Abraham et d'Agar, étaient divisés en tribus indépendantes, les unes nomades, et les autres sédentaires. Un lien rapprochait ces tribus : c'était la ''Kaaba, ''leur sanctuaire commun, qui s'élevait dans une gorge de l'Hedjaz, à environ 90 kilomètres de la mer Rouge. Là, ils adoraient le Dieu d'Abraham, mais ce culte n'excluait pas celui des idoles particulières à chaque tribu. Les Arabes y venaient chaque année en pèlerinage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons encore, pour mieux faire connaître les influences qui purent s'exercer sur l'esprit de Mahomet, que la Mecque qui fut construite vers le VIe siècle après Jésus-Christ, était peuplée en partie de Juifs et de chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Fondateur. '''— Mahomet (Mohammed, en arabe) naquit à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Pauvre, et orphelin de bonne heure, il fut. mis au commerce par son oncle Abu-Talib. C'est justement dans un voyage commercial qu'il fit pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, qu'il épousa par la suite, qu'il eut, dit-on, l'occasion de rencontre! un moine chrétien avec qui il put s'entretenir. Il eut aussi des relations avec Zeïd, un judéo-chrétien, qui voulait restaurer la religion d'Abraham. Faut-il chercher là l'origine de sa vocation ? On peut en douter ; mais ce qui est certain, c'est que vers l'âge de 40 ans il commença à se préoccuper des questions religieuses et se livra dans la solitude à de longues méditations. Un jour qu'il était en contemplation au mont Hira, il eut deux visions au cours desquelles l'Archange Gabriel lui apparut et lui ordonna de prêcher qu'il n'y avait d'autre Dieu qu'Allah, et que Mahomet était son prophète. Conformément à cet ordre, Mahomet prêcha d'abord à la Mecque, mais il fut accueilli par les railleries des Koreischites, ses parents, et il eut à subir les objections des Juifs. Il dut même, à la suite d'une persécution plus violente, quitter la ville. Il partit alors avec quelques fidèles à Médine, ville rivale, de la Mecque : c'est de cette fuite, appelée ''Y-hégire, ''que date l'ère musulmane (16 juillet 622). Reçu en prophète à Médine, il s'y installa ; et, à partir de cette date, il prêcha la ''guerre sainte. ''Il dit à ses partisans : « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni en son prophète. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient humiliés. » Alors, de son vivant, et après sa mort, les Arabes entreprirent la ''guerre sainte. ''C'est ainsi, par les armes, qu'ils imposèrent la religion nouvelle chez les peuples de l'Asie (Syrie, Egypte, Perse) et de l'Afrique (Tripoli, Tunisie, Algérie, Maroc). Au début du viii6 siècle, ils attaquèrent l'Europe ; ils pénétrèrent en Espagne, où la victoire de Xérès leur livra le pays ; ils entrèrent en Gaule par la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, puis ils conquirent la vallée de la Garonne et ils s'avançaient déjà dans la vallée de la Loire lorsque les Francs commandés par Charles Martel vinrent les arrêter et les battre à Poitiers (732). Cette victoire brisa l'élan musulman sur le front d'Occident, comme, quinze ans plus tôt, l'empereur LÉON III et les ''Byzantins ''l'avaient brisé sur le front d'Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''202. — 2°''' '''Doctrine. '''—Le ''Coran ''est le livre sacré de l'Islam, il contient les révélations de l'archange Gabriel au prophète. Mais le livre n'a pas été écrit par le prophète lui-même ; il est le recueil de fragments de discours que ses disciples avaient retenus ou recueillis sur des tablettes. Le Coran est pour le mahométan Le livre par excellence, celui qui remplace tous les autres : il renferme la loi civile aussi bien que la loi religieuse, le Code du juge et l'Évangile du prêtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voici les ''points principaux. ''— ''a) ''Sur la ''question de Dieu, ''Mahomet enseigne ''l’unité divine. ''Il rejette la Trinité et l'Incarnation, et considère les chrétiens qui adorent Jésus-Christ comme des polythéistes. Parmi les ''attributs ''de Dieu il insiste surtout sur sa puissance, laquelle se manifeste bien plus par l’ordre et la beauté du monde que par les miracles ; il parle aussi du « Dieu clément et miséricordieux ». Mahomet admet les anciens prophètes dont les principaux sont Abraham, Moïse, Jean-Baptiste et Jésus. Mahomet, lui, est le dernier et le plus parfait ; il est le «Paraclet promis par Jésus à ses Apôtres » ''(Jean, ''XV, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Sur la question de ''l’homme. ''D'après le Coran, il semble bien que la destinée humaine, ici-bas et là-haut, dépende absolument de la volonté arbitraire et souveraine de Dieu. Il est vrai que les docteurs musulmans n'admettent pas que leur religion soit fataliste ; elle en a au moins toutes les apparences, et si en théorie elle ne l'est pas, elle y aboutit certainement en pratique. L'on sait que les populations musulmanes se plient sans peine aux coups du sort, au Destin, comme on disait dans l'antiquité. Le mot ''islam ''signifie du reste ''résignation, ''abandon à la volonté de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort est suivie du jugement particulier : l'âme est destinée alors au Paradis ou à l'Enfer, mais, jusqu'à la résurrection, elle reste dans la tombe, heureuse -ou malheureuse suivant la sentence prononcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La ''morale ''et le ''culte ''de la religion de Mahomet prescrivent cinq devoirs principaux : — 1. la ''foi : ''« I1 n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son prophète », telle est la brève profession de foi imposée à celui qui veut appartenir à l'Islam ; — 2. la ''prière. ''Le mahométan doit prier cinq fois par jour : à l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la tombée de la nuit. Il peut prier, soit en particulier, soit à la mosquée ; pour les mosquées, l'heure de la prière est annoncée par le muezzin du haut des minarets. La prière est précédée des ablutions : le musulman se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jusqu’'aux chevilles ; il se déchausse avant d'entrer dans la mosquée. Les attitudes sont prescrites ; en même temps qu'il récite les formules de prières, tirées pour la plupart du Coran, le musulman fait des génuflexions, des prosternations, il élève les mains de chaque côté de la tête, les abaisse le long du corps ou sur les genoux. Il prie sur des tapis spéciaux, et tourné vers la Mecque, comme le chrétien vers Jérusalem ; — 3. ''Aumône. ''Celle-ci affecte une double forme : l'une obligatoire et à un taux fixé d'après la fortune individuelle, l'autre non officielle, en argent ou en nature, et pratiquée surtout à la fin du mois de jeûne ; —4. le ''jeûne. ''Le Coran impose un mois entier de jeûne : le mois de ''Ramadan. ''Deux heures avant le lever du jour, les fidèles sont avertis d'avoir à préparer leur repas du matin ; puis, à partir de ce moment jusqu'au coucher du soleil, le musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni même avaler exprès sa salive ; — 5. un ''pèlerinage ''à la Mecque que tout musulman qui en a les moyens, doit accomplir au moins une fois dans sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''203. — 3°''' '''Critique. '''— On s'est demandé si Mahomet qui se donnait pour un prophète inspiré, était réellement convaincu de sa mission. Le ton enthousiaste de ses prédications, la conviction profonde qu'il sut inspirer à ses compatriotes, pourtant si fiers, sa ténacité devant l'indifférence, et même l'hostilité des siens, tout cela peut nous autoriser à croire qu'il fut sincère au début de sa mission, mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la seconde phase de sa carrière, il n'a plus rien du messager divin. Non seulement il ne recule devant aucun moyen pour propager ses idées, mais il prétexte même de fausses révélations pour excuser son immoralité et ses brigandages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si l'on voulait, dit l’abbé de Broglie, attribuer à l'islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme directement opposé à l'islamisme est divin de son côté, ou c'est une œuvre humaine. S'il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l'une prêchant la chasteté, la patience, la douceur de ses martyrs, l'autre permettant les mœurs dissolues, la propagation de la vérité par le sabre. Si, d'autre part, on considérait l'islamisme comme divin et le christianisme comme uns œuvre humaine, ce serait alors l'homme qui prêcherait la chasteté, l'indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que l'islamisme « présente le plus singulier mélange d'erreur et de vérité que l'on puisse imaginer. Son dogme fondamental, l'unité de Dieu, est une grande et salutaire vérité. Il en est de même du principe dé l'exclusion de l'idolâtrie, qui en est la conséquence... La sanction de la morale se trouve également dans l'idée de la vie future, du jugement, du ciel et de l'enfer.»&amp;lt;ref&amp;gt;L’abbé de Broglie, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt; Les prières précédées d'ablutions qui ont lieu cinq fois par jour, le jeûne rigoureux du Ramadan, sont des pratiques excellentes. On peut supposer que les musulmans qui « croient que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui l'approchent», selon la parole de saint Paul (Héb., XI, 6), qui sont de bonne foi dans leur religion et suivent leur conscience, y trouvent les éléments nécessaires pour leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VII. — Le Judaïsme actuel. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
204. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur le ''judaïsme actuel. ''La preuve qu'il n'est pas la vraie religion découle, en effet, de la démonstration' que nous ferons plus loin de la divinité du christianisme. Nous verrons plus loin (N° 213) que la ''religion mosaïque ''était une ''religion préparatoire, ''et qu'un des dogmes principaux de sa doctrine c'était l'idée messianique, c'est-à-dire L'attente d'un Envoyé divin qui transformerait la religion particulariste et nationale des Juifs en une religion universelle. Or, si nous apportons la preuve que cette espérance s'est réalisée dans le Christ, le judaïsme actuel est dans l'erreur lorsqu'il prétend, soit que le Messie n'est pas venu et qu'il viendra un jour comme un roi temporel à qui toutes les nations seront soumises, soit qu'il est venu, mais qu'il est resté inconnu à cause des péchés de son peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''205. — Conclusion générale''' — 1° De l'examen rapide que nous venons de faire des principales religions de l'humanité, il ressort qu'aucune ne porte les signes d’une origine ''surhumaine. ''— ''a) ''D'une part, leurs ''fondateurs ''ne sont pas, et généralement, ne prétendent pas être, des envoyés de Dieu; il arrive même parfois que leur existence, comme celle de Zoroastre, est problématique, ou que les récits qu'on fait de leur vie, comme c'est le cas pour Çakya-Muni, s'ont plutôt du domaine de la légende que de celui de l'histoire. — b) D'autre part, leur ''doctrine ''est mêlée d'imperfections, et les ''miracles ''qu'on leur attribue sont des faits, dont la réalité n'est pas suffisamment établie, ou qui sont explicables par une^ cause naturelle : tels sont, par exemple, les oracles de Delphes et de Memphis, ie8 faits miraculeux mis sur le compte de l'empereur Vespasien, et les faits de magie qui se produisent encore fréquemment de nos jours dans l'Extrême-Orient. 2° De ce que les religions que nous venons de passer en revue sont fausses, nous n'avons garde de conclure que le christianisme est vrai. Ce serait évidemment tirer une conséquence que ne renferment pas les prémisses. Mais n'est-ce pas un semblable ''illogisme ''que commettent les historiens rationalistes des religions, lorsqu'ils prétendent que, les religions ci-dessus mentionnées étant fausses, le christianisme l'est aussi. Il est vrai qu'ils cachent le vice de leur raisonnement sous une forme plus habile. Ou bien, en effet, ils accordent que la religion chrétienne est une religion supérieure, que sa doctrine est la plus belle, et son fondateur, l'homme idéal; en un mot, ils veulent bien concéder qu'elle est ''transcendante&amp;lt;ref&amp;gt;Il n'y a pas lieu d'établir ici la transcendance de la religion chrétienne. Celle-ci sera suffisamment démontrée lorsque nous aurons apporté les preuves de la divinité du christianisme. Évidemment la transcendance est une condition nécessaire de la vraie religion, et la faire apparaître peut servir d'échelon préparatoire à la démonstration de la divinité, mais c'est une voie qu'il n'est pas nécessaire de prendre pour arriver au but que nous poursuivons.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ''mais pour mieux lui dénier toute origine divine. Ou bien ils exaltent les fausses religions et rabaissent la religion chrétienne pour pouvoir plus facilement conclure que toutes se valent, qu'il y a équivalence de doctrines et de fondateurs, et dès lors, que toutes les religions sont fausses. La seule réponse à de telles attaques c'est la démonstration de l'origine divine du christianisme, comme nous nous proposons de le faire dans la section suivante, en justifiant les titres du fondateur et en faisant ressortir la qualité de la doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Quand nous disons que la religion chrétienne est la seule vraie, et que toutes les autres formes religieuses sont fausses, cela ne veut pas dire qu'il y ait ''opposition totale ''entre l'une et les autres, ni que tout soit à condamner dans les fausses religions. Elles sont, au contraire, vraies et bonnes dans tous les points où elles sont d'accord avec la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE- '''- De Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions ''(Tricon) ; ''Religion et critique ''(Lecoffre). — Dufourcq, ''Histoire comparée des religions païennes et de la religion juive ''(Bloud). — Poulin et Loutil, ''La Religion ''(Bonne Presse). — Du Dictionnaire d'Alès : Condamin, art. ''Babylone et la Bible ; ''J. Huby, art. ''Religion des Grecs ; ''Mallon, art. ''Egypte ; ''Lagrange, ''Religion de l'Iran ; ''d'Alès, ''La Religion de Mithra ; ''Roussel, ''Religions de l'Inde ; ''Carra de Vaux, ''L'Islamisme et ses sectes ; ''Power, art. ''Mahomet ; ''Touzard, ''Le peuple juif dans l'Ancien Testament. ''— Bricout, ''Où en est l'histoire des religions ''(Letouzey). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II : LA DIVINITÉ DU CHRISTIANISME ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Les Documents de la Révélation. Valeur historique du Pentateuque et des Évangiles. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
206. — ''Deux méthodes ''s'offrent à l'apologiste chrétien pour démontrer ''l'origine divine ''du christianisme. — 1° Ou bien, procédant comme il vient d'être fait à propos des fausses religions, il va directement au ''fondateur ''et lui demande ses ''titres. ''Si celui-ci peut lui apporter le témoignage de nombreux miracles, dûment constatés et consignés dans des ''documents authentiques, ''dont la valeur et l'autorité ne sauraient être contestées, il &amp;quot;n'y a pas de doute : il est ''un envoyé divin, ''et nous n'avons plus qu'à écouter sa parole et accepter sa doctrine. — 2° Si cette première méthode paraît très logique, elle n'en a pas moins le défaut de ne pas être totalement ''conforme à l'histoire. ''Car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, ne s'est pas donné comme ''un ''simple envoyé de Dieu, mais comme ''l'Envoyé attendu par les Juifs, ''comme ''le Messie promis ''par Dieu au peuple qu'il s'était choisi et chez lequel il avait gardé le trésor de la vraie religion. La démonstration chrétienne ne doit pas être, par conséquent, une démonstration indépendante : le christianisme se présentant comme la troisième phase de la Révélation divine, et se rattachant plus particulièrement à la Religion mosaïque dont il se dit le couronnement, c'est, en réalité, la démonstration de cette triple Révélation qu'il s'agirait de faire. Pour cela, il est indispensable, avant tout, de ''vérifier les documents ''qui rapportent le ''fait ''de cette triple Révélation. Il faut donc établir la ''valeur historique : ''— ''a) ''du ''Pentateuque ''qui contient les deux premières Révélations : la Révélation primitive&amp;lt;ref&amp;gt;La Révélation primitive ou patriarcale est celle que Dieu a faite à nos premiers parents et aux patriarches. Elle a : — 1. pour dogmes principaux : l'unité de Dieu, créateur du ciel et de la terre, ayant fait tout bien dès le principe, dogme qui excluait le polythéisme et le dualisme ; l'existence de l'âme humaine, spirituelle et libre, la chute originelle et la promesse d'un sauveur ; — 2. pour préceptes : l'obligation de rendre un culte à Dieu, de lui offrir des sacrifices et, plus tard, au temps d'Abraham, la Circon­cision comme signe de l'alliance entre Dieu et le peuple juif.&amp;lt;/ref&amp;gt; et la Révélation mosaïque&amp;lt;ref&amp;gt;La Révélation mosaïque est celle qui fut faite au peuple juif par l'intermédiaire de Moïse et des prophètes : elle avait pour but d'instaurer à nouveau la religion primitive et de préparer l'avènement du Messie et la religion chrétienne. Elle a : — 1. les mêmes dogmes que la religion primitive, mais elle met plus particulièrement en relief le dogme de 1 unité divine (monothéisme) que les autres nations avaient perdu de vue ; —- 2. les préceptes moraux formulés dans le Décalogue, lesquels sont une promulgation de la loi naturelle, s'adressant par conséquent à toute l'humanité, sauf la sanctification du sabbat qui ne concernait que les Juifs. A cette première catégorie de préceptes s'en ajoutait une autre, tout à fait spéciale aux Juifs, et qui réglait les questions de culte (cérémonies, objets sacrés, jours de fêtes, personnes consacrées à Dieu).&amp;lt;/ref&amp;gt; ; et — b) celle ''des Évangiles ''où est consignée la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons cette seconde méthode, de préférence à la première qui nous paraît incomplète et dangereuse&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons que la première méthode est : — 1. incomplète. En effet, dès lors qu'elle se borne à prouver que Jésus-Christ est un simple envoyé divin, elle supprime l'un des meilleurs arguments en faveur du christianisme, à savoir l'argument tiré des prophéties ; — 2. dangereuse, car cette méthode parait une concession à la thèse ratio­naliste qui rejette l'authenticité du Pentateuque. Il est vrai que la divinité du christia­nisme peut être démontrée, indépendamment de toute autre question, et en s'appuyant uniquement sur la crédibilité des Évangiles ; mais en acceptant ou en ayant l'air d'ac­cepter le point de vue rationaliste, comment les apologistes qui ont d'abord suivi cette voie, s'y prendront-ils ensuite pour justifier les dogmes du christianisme parmi lesquels se trouve celui de l'origine divine de la religion mosaïque ?&amp;lt;/ref&amp;gt;, sans cependant nous croire obligé à faire la démonstration complète de l'origine divine des deux premières Révélations : leur vérité est en effet impliquée dans la démonstration chrétienne. Nous nous contenterons d'établir rapidement l'autorité humaine du Pentateuque, et d'indiquer la marche de la démonstration mosaïque (N° 213). Ce chapitre comprendra donc deux articles. 1° Le premier traitera de la ''valeur historique du Pentateuque. ''2° Le second, de la ''valeur historique des Évangiles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''REMARQUE PRÉLIMINAIRE AUX DEUX ARTICLES'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
207. — Il s'agit de savoir si les ''documents ''qui contiennent le ''fait ''de la Révélation méritent notre confiance tout aussi bien que les autres documents de l'histoire profane, tels que les Annales de Tacite et les Commentaires de César. Or, pour se rendre compte de la valeur historique d'un document, il faut le soumettre à un triple examen. La première chose à vérifier c'est le document lui-même : le possédons-nous dans sa teneur originelle et -tel qu'il est sorti des mains de son auteur&amp;lt;ref&amp;gt;L’intégrité est évidemment le premier point à établir, vu que, pour rechercher l'auteur, l'on s'appuie sur la critique Interne du document, laquelle n'a d'autorité qu'autant qu'elle porte sur le document authentique.&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Le second point c'est de rechercher l'auteur. Le troisième c'est de s'assurer si cet, auteur est digne de foi. Ces trois conditions de la valeur historique d'un livre : ''intégrité, authenticité, véracité, ''nous allons voir si les deux documents de la triple Révélation, c'est-à-dire le Pentateuque et les Evangiles, les remplissent ; et, comme nous avons surtout besoin, dans cette seconde Partie, des documents de la Révélation chrétienne, nous insisterons davantage sur la valeur des Évangiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I — Valeur historique du Pentateuque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons démontrer dans trois-paragraphes : 1° ''l'intégrité ; ''2° ''l'authenticité, ''et 3° la ''véracité ''du Pentateuque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le Pentateuque. Son intégrité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''208. — 1° Le Pentateuque. — Division'''. — Le Pentateuque (du grec « ''pente ''» cinq et « ''teuchos ''» livre) est ainsi nommé parce qu'il contient cinq,, livres, à savoir : — ''a) ''lav ''Genèse ''(gr. « ''genesis ''» origine), qui raconte la &amp;quot;création et l'origine des choses ; — b) ''l’Exode ''(gr. « ''excodos» ''sortie), qui raconte la sortie des Israélites de la terre d'Egypte ; — c) le ''Lévitique, ''c'est-à-dire la loi des prêtres ou lévites, ainsi appelé parce qu'il est comme le rituel du culte et des sacrifices ; — d) les ''Nombres : ''appellation qui vient de ce que le livre commence par un dénombrement du peuple et des lévites; — e) le ''Deutéronome ''ou seconde loi ; livre qui contient une récapitulation de la loi déjà donnée. Le Pentateuque était désigné par les Juifs sous le nom de ''Torah, ''ou la ''Loi, ''parce qu'il contient la législation mosaïque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''209. — 2° Intégrité.''' — Avant de se servir d'un document, il est nécessaire, avons-nous dit, d'en contrôler le contenu, et de s'assurer si le texte qu'on a entre les mains est conforme au manuscrit autographe de l'auteur. La chose serait très simple si l'on possédait l'original, l'autographe même de l'auteur. Mais il n'en va pas ainsi quand il s'agit des ouvrages de l'antiquité. Les originaux en sont perdus depuis longtemps, et nous ne pouvons les connaître qu'à travers les copies plus ou moins fidèles qui en ont été faites. Il y a donc lieu de distinguer deux sortes d'intégrités : — ''a) l'intégrité absolue, ''quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive, et — b) ''l'intégrité substantielle, ''lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l'essence de l'ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'intégrité du Pentateuque actuel est une intégrité substantielle ''L'on comprend aisément que, dans un si long cours de siècles, quelques modifications se soient produites. La ''Commission biblique, ''dans son décret du 27 juin 1906, signale plus spécialement quatre sources de modifications : — 1. des ''additions ''postérieures à la mort de Moïse, même faites par un auteur inspiré : il est de la plus grande évidence que le récit de la mort de Moïse, à la fin du Deutéronome, est une addition ; —2. des ''gloses ''et des ''explications ''insérées dans le texte primitif&amp;lt;ref&amp;gt;Tout ce qui est inséré au milieu d'un texte porte le nom à'interpolation. Il y a donc deux sortes d'additions-: la continuation et l'interpolation. La continuation con­siste à reprendre le récit où l'auteur l'avait laissé et à le compléter ; ce procédé était fréquemment employé au Moyen Age : beaucoup de chroniques ont été continuées sans qu'il soit possible de savoir où commence et où finit le travail des différents continua­teurs, ceux-ci n'ayant pas pris soin de le déterminer. &amp;quot;L'interpolation c'est l'insertion, au milieu d'un texte, de mots ou de phrases qui n'étaient pas dans le manuscrit de l'auteur.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qui avaient pour but d'expliquer les passages qui ne se comprenaient plus ; — 3. des termes et des expressions tombés en désuétude, et traduits en langage plus moderne; —4. enfin des leçons fautives attribuables à l'incorrection des copistes. Ceux-ci ont pu se tromper, soit involontairement en transcrivant un mot pour un autre, soit volontairement en croyant bien faire en corrigeant le texte qu'ils avaient sous les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme l'admet la ''Commission biblique, ''le Pentateuque a subi dans la suite des temps un certain nombre de modifications portant sur des points accessoires et n'atteignant pas le fond de l'ouvrage. Quelles furent ces modifications, c'est à la critique de le déterminer : la Commission biblique lui en reconnaît le droit, mais à une condition, c'est qu'elle justifie ses suppositions et qu'elle laisse le dernier mot à l'Église, celle-ci devant toujours juger, en dernier ressort, et dire si les critiques ont raison ou si leurs conclusions manquent de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''210. — 1°''' '''Définition. '''— On dit qu'un livre est ''authentique, ''quand il est bien de l'auteur auquel la tradition l'attribue. Ainsi, le Pentateuque est authentique s'il a été vraiment écrit par Moïse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''211. — 2° Authenticité.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''L'origine mosaïque du Pentateuque a été révoquée en doute par les critiques rationalistes. Mais, bien qu'ils affirment tous que le Pentateuque n'est pas l'œuvre de Moïse, ils sont incapables de se mettre d'accord sur l'auteur et le mode de composition de l'ouvrage. Parmi les hypothèses qu'ils ont faites, les trois principales sont : l'hypothèse ''documentaire, ''l'hypothèse ''fragmentaire si ''l'hypothèse complémentaire, — a) ''Hypothèse documentaire. ''Le Français Jean Astruc (en mort 1766), l'Allemand Eichhorn (mort en 1827) ont vu, le premier dans la Genèse seulement, le second dans tout le Pentateuque, une réunion de ''documents, ''dont les deux principaux sont :1e document ''élohiste ''et le document ''jahviste, ''ainsi dénommés parce que Dieu est appelé dans l'un ''Elohim, ''et dans l'autre, ''Jahweh. ''Cette opinion est restée en vogue, mais a subi des modifications ; de nos jours, les rationalistes considèrent généralement le Pentateuque comme la fusion de quatre documents : l’''Elohiste, ''le ''Jahviste, le Deutéronome ''et le ''Code Sacerdotal, ''rédigés tous à des dates diverses, allant du IXe au VIe siècle, de beaucoup postérieurs, par conséquent aux événements qu'ils rapportent et ne -pouvant être attribués à Moïse. — b) ''Hypothèse fragmentaire. ''Cette opinion, professée par l'Ecossais Geddbs (mort en 1802) et par l'Allemand Vater (mort en 1826), regarde le Pentateuque comme une réunion de nombreux fragments, d'ailleurs assez mal assemblés. — c) ''Hypothèse complémentaire. ''Cette hypothèse, dont l'Allemand Ewald (mort en 1875) fut le premier représentant, admet un ''écrit primitif, ''composé par des prêtres au XIe ou Xe siècle, ''l’Elohiste, ''auquel un auteur plus récent, qui appelait Dieu ''Jahweh, ''ajouta de nombreux ''suppléments&amp;lt;ref&amp;gt;En somme, les adversaires de l'authenticité du Pentateuque ont suivi la tactique des critiques littéraires qui ont attribué la composition de l'Iliade et de l'Odyssée à plusieurs auteurs, qui ont considéré ces deux poèmes épiques comme un assemblage de petits poèmes indépendants, ou comme formés d'un noyau primitif grossi par des additions et remaniements successifs.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''repose sur quatre preuves traditionnelles, rappelées par la Commission biblique le 27 juin 1906 : — ''a) sur le témoignage de nombreux passages de l’Ancien Testament. ''D'abord le Pentateuque se présente à nous comme ayant été écrit par Moïse ''(Exode, ''xvii, 14 ; XXIV, 4 ; ''Deut., ''XXIX, XXX). Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment l'origine mosaïque : le livre de ''Josué ''en fait mention ; les ''Psaumes ''et les ''Prophètes ''sont tout imprégnés de la loi de Moïse. Supprimer Moïse et la Législation mosaïque contenus dans le Pentateuque, c'est rendre inintelligible toute l'Histoire sainte ; — &amp;amp;) ''sur la tradition juive, ''qui attribue le Pentateuque à Moïse : ainsi les écrivains Josèphe et Philon ne laissent aucun doute à cet égard ; — c) ''sur le témoignage du Nouveau Testament. ''Notre-Seigneur et les auteurs du Nouveau Testament parlent très souvent de Moïse : ils sont unanimes à le ''regarder comme l'auteur du Pentateuque (Mat., ''viii, 4 ; xix, 7, 8 ; ''Marc, ''VII, 10; XII, 26; ''Luc, ''xvi, 29, 31 ; xxiv, 44; ''Act., ''xxi, 21 ; xxvi, 22 ; Rom., x, 5) ; — d) ''sur les critères internes ''qui se tirent du livre lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire, cette quatrième preuve de ''l'origine mosaïque ''du Pentateuque est utilisée, en sens contraire, par les rationalistes dont nous avons signalé plus haut les principales hypothèses. C'est, en effet, sur la ''critique interne ''du livre qu'ils s'appuient pour prétendre que le Pentateuque est un ensemble d'écrits, — ''documents, fragments ''ou ''suppléments, ''— d'époques diverses et ne saurait être attribué à Moïse. Pour démontrer leur thèse, ils allèguent : — 1. les ''diversités de langue, ''de ''style, d'idées ''qui trahissent une époque et des auteurs différents ; — 2. ''l'emploi de deux noms, Elohim ''et ''Jahweh, ''pour désigner Dieu, — 3. les ''doublets, ''c'est-à-dire les faits racontés deux fois : il y a, par exemple, un double récit de la création, du déluge, de l'enlèvement de Sara, de l'expulsion d'Agar ; Joseph est vendu à des Ismaélites et à des Madianites : la chose leur paraît inexplicable dans l'hypothèse de l'unité de composition et d'auteur ; -— 4. ''les passages ''relatant des ''faits ''ou des ''institutions ''manifestement ''postérieurs à Moise, ''par exemple, les endroits où il est question de la terre au-delà du Jourdain que Moïse n'habita jamais, de la mort de Moïse, et de lois concernant le royaume ''(Deut, ''xvii, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces difficultés soulevées par les rationalistes, nous répondrons, en nous inspirant des conclusions de la ''Commission Biblique : ''— 1. que de nombreux ''mots égyptiens ''témoignent que l'auteur a vécu en Egypte, ce qui est le cas de Moïse, que les ''diversités de langue et de style ''s'expliquent non seulement par la diversité des sujets, mais par ce fait que Moïse a pu se servir de ''secrétaires qui, ''sous sa direction et d'après son plan ont rédigé, chacun, des œuvres complètes par elles-mêmes et souvent parallèles, qu'il a pu utiliser, lui-même ou par ses collaborateurs, des ''sources, ''antérieures ou contemporaines, écrites ou orales, sources qui ont été insérées, ''mot à mot, ''ou quant aux ''idées, ''tantôt abrégées, tantôt développées comme certains épisodes de l'histoire d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Ajoutons, d'autre part, que rien, dans le ''décret de la C. B. du ''27 ''juin ''1906 ne nous oblige à supposer que ces œuvres de Moïse et de ses scribes auraient été fusionnées en un seul tout de leur vivant. Il nous suffit de croire que ces documents remontent à Moïse, qu'ils en dépendent, qu'ils lui sont imputables et n'ont subi aucune altération substantielle. — 2. L'emploi des deux mots, ''Elohim ''et ''Jahweh ''pour nommer Dieu, n'implique nullement qu'il y ait eu deux sources ou deux auteurs différents : les deux mots, en effet, n'ont pas le même sens ; le premier désigne Dieu en tant que Créateur et Providence, le second désigne le Dieu d'Israël, le Dieu qui a contracté une alliance solennelle avec son peuple d'élection. — 4. Pour ce qui concerne les ''passages d'origine certainement postérieure à Moïse, ''la chose s'explique par des modifications qui ont pu se produire au cours des siècles sans détruire, pour cela l'intégrité substantielle (V. N° 209).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des quatre preuves qui précèdent il résulte que ''l'authenticité mosaïque du Pentateuque reste incontestable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Véracité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
212. — De ce que le Pentateuque est substantiellement intègre et qu'il est l'œuvre de Moïse, pouvons-nous conclure qu'il est ''digne de foi ? ''Ou mieux, le témoignage de Moïse que nous trouvons dans le Pentateuque, réunit-il les conditions de la véracité ? Un témoignage est véridique, il mérite d'être cru, lorsque le témoin n'a pas pu se tromper et n'a pas voulu tromper&amp;lt;ref&amp;gt;Nous insisterons davantage sur la question de la véracité dans l'article sur les Évangiles (Nos  233 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Or en est-il ainsi pour ce qui concerne le témoignage de Moïse? Que Moïse n'ait pas pu se tromper, cela paraît bien évident, car il racontait les faits dont lui-même avait été le principal acteur. Pas davantage il n'a voulu tromper ; quel intérêt aurait-il eu à le faire ? Mais, même s'il en avait conçu le dessein, la chose lui aurait été impossible, car il écrivait pour son peuple qui, lui aussi, avait été témoin et acteur des événements que Moïse racontait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
213. — '''Remarque. '''— La valeur historique du Pentateuque une fois admise, il faudrait démontrer ici ''l'origine divine ''de la Révélation ''primitive, ''et surtout de la Révélation ''mosaïque, ''à laquelle la Révélation chrétienne se rattache si étroitement. Nous indiquerons seulement la marche à suivre pouf la Révélation mosaïque. Deux points sont à discuter, comme nous l'avons fait pour les fausses religions : les ''titres du fondateur ''et la ''valeur de la doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE FONDATEUR. ''— La mission divine du fondateur, ressort de ce fait que, par son intermédiaire, Dieu a opéré de nombreux prodiges, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Rappelons seulement les Dix plaies d'Egypte, le passage de la Mer Rouge, la manne qui nourrit les Israélites durant quarante jours dans le désert, l'apparition de Dieu sur le Sinaï, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOCTRINE. ''— Pour faire apparaître la transcendance de la religion juive, il suffirait d'en signaler les deux traits essentiels : le monothéisme et l'idée messianique : — ''a) ''Et d'abord le ''monothéisme, ''c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique et créateur et l'adoration exclusive de ce Dieu. Or ce monothéisme est un fait unique dans l'histoire des religions : à lui seul, il suffit à classer la religion juive hors de pair. Aucune cause naturelle ne peut en donner une explication suffisante : ni la race, ni le climat, ni la langue, ni les circonstances ne sont des causes acceptables ; le peuple juif, en effet, n'était-il pas entouré de peuples de même race, sémites comme lui, de même langue, Assyriens, Arabes, Araméens qui tous étaient polythéistes ? Mieux que cela : les Juifs eux-mêmes n'étaient-ils pas enclins à l'idolâtrie, ne s'y sont-ils pas laissé entraîner maintes fois au point que les rationalistes ont pu prétendre que la nation juive a commencé comme toutes les autres, par le polythéisme ? ''Le monothéisme hébreu n'est donc explicable que par l'intervention surnaturelle de'' ''Dieu. ''Si le peuple juif ne reconnaît d'autre Dieu que Jahvé, s'il bannit du camp ou de la ville toute idole qui rappellerait le souvenir d'un dieu étranger, c'est parce qu'il a reçu l'enseignement de Moïse qui l'a instruit au nom de Dieu, enseignement que les prophètes devront plus tard lui rappeler tant de fois pour le retenir dans la voie tracée par Dieu et le garder de l'idolâtrie. — b) Le second caractère de la religion juive c'est ''l'espérance messianique. ''Si, d'une part, Moïse et les prophètes ont proclamé que le monothéisme était le dogme essentiel de leur religion, ils ont, d'autre part, annoncé que leur ''religion n'était pas définitive ''et qu'à sa forme imparfaite et restreinte succéderait une autre forme religieuse destinée à devenir la religion universelle. Et de cette future religion ils ont prédit qu'un Envoyé de Dieu, un Messie, serait l'apôtre et le fondateur. L'espérance messianique c'est donc l'attente du royaume de Dieu qui s'étendra à tout l'univers et l'attente d'un Roi, d'un Oint, — Christ ou Messie, — qui conquerra le monde au vrai Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question qui maintenant va se poser, c'est par conséquent de savoir si cette espérance est réalisée, si elle est désormais un fait accompli. Les apologistes chrétiens qui répondent affirmativement, ont donc pour tâche de montrer que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, est bien le Messie attendu, fit qu'il l'est parce qu'il réalise en sa personne tous les caractères annoncés par les Prophètes : de la tribu de Juda et de la race de David, et parce qu'il a prouvé son origine divine par ses œuvres. C'est le travail que nous ferons quand nous aurons vérifié tes documents de la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Valeur historique des Évangiles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
214. — Les quatre Évangiles&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot Évangile (du grec « euaggelion » bonne nouvelle) a un double sens. Il dési­gne : — 1. soit la nouvelle par excellence, celle du salut apporté au monde par Jésus-Christ ; — 2. soit les livres eux-mêmes qui contiennent cette bonne nouvelle. Il n'y a donc qu'un Évangile, celui de Jésus-Christ, et quatre livres qui le rapportent.&amp;lt;/ref&amp;gt; selon&amp;lt;ref&amp;gt;A première vue, cette expression selon pourrait signifier que nos Évangiles actuels sont des écrits se couvrant simplement de l'autorité de saint Matthieu... Mais toute l'antiquité a vu dans cette formule l'indication des auteurs, comme nous le montrerons dans le paragraphe 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont les ''principaux&amp;lt;ref&amp;gt;Nous disons que les Évangiles sont les principaux documents de la Révélation chrétienne. Ils ne sont pas, en effet, notre seul moyen d'information sur la vie et l'œuvre du Christ. Outre les Évangiles, il y a encore : — a) parmi les sources chrétiennes cano­niques, les Actes des Apôtres et tous les autres écrits du Nouveau Testament, entre lesquels les Epîtres de saint Paul occupent une place de tout premier ordre ; — b) parmi les sources chrétiennes non canoniques, les Évangiles apocryphes. Le mot « Apocryphes» (du grec apocruphos, caché) sert à qualifier soit des œuvres qu'il faut tenir secrètes, soit des œuvres dont on ne connaît pas ou dont on suspecte l'origine. Il est employé ici dans le second sens et désigne un certain nombre d'écrits, composés entre le n» et le v» siècle, qui prétendent raconter l'histoire évangélique, mais qui n'ont pas été reconnus par l'Église comme inspirés et ne figurent pas dans le canon ou liste officielle des Livres Sacrés. Les Évangiles apocryphes dont les principaux sont : l'Évangile de saint Pierre, l'Évangile de Thomas, l'Évangile des Hébreux... n'ont guère de valeur documentaire ; les détails qu'ils contiennent, par exemple, sur l'enfance de Jésus, sur ses dernières heures sur la Croix, sont des détails romanesques où la puérilité se mêle à l'indécence ; — c) parmi les sources non chrétiennes : — 1. les écrits juifs, tels que les Antiquités judaïques de l'historien Josèphe  où il est fait allusion à la mission de Jésus, les ouvrages de Philon qui nous montrent les pensées qui fermentaient au temps de Jésus dans les âmes préoccupées de la question religieuse ; — 2. les écrits des historiens latins, entre autres, de Pline le Jeune qui, alors qu'il était gouverneur de Bithynie, écrivit à Trajan pour lui demander quels supplices il convenait d'infliger aux chrétiens (Epître 97) ; de Sué­tone (Vies de Claude et de Néron), et surtout de Tacite qui mentionne que Jésus lut crucifié sous Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée (.Annales, livre XV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons enfin que, même en l'absence de tout document écrit, nous aurions toujours, pour connaître les traits de Jésus, le témoignage de la tradition, ce grand fait historique de l'existence d'une communauté chrétienne dont la naissance et le dévelop­pement ne s'expliquent pas en dehors de la vie et de l'œuvre du Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt; documents qui contiennent le ''fait ''de la Révélation chrétienne. Il y a donc lieu, comme pour le Pentateuque, d'en rechercher la valeur historique. Dans trois paragraphes nous établirons : 1° leur ''intégrité ; ''2° leur ''authenticité ; ''et 3° leur ''véracité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Intégrité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
215. — ''Les textes actuels des Évangiles sont-ils tels qu'ils sont sortis des mains de leurs auteurs? ''Telle est la première question qui se pose. Que la solution en soit difficile, on le devine aisément, si l'on remarque, d'un côté, que les originaux, écrits sans doute sur du papyrus, matière friable et de peu de durée, ont disparu depuis longtemps, et de l'autre, que les critiques ont relevé plus de 150.000 ''variantes ''dans les nombreuses copies qui en ont été faites. Variantes qui n'ont du reste rien d'étonnant, car il était impossible que le texte primitif passât entre tant de mains sans être altéré, au moins dans ses détails. Parfois les copistes ont oublié des mots, passé une ligne, écrit un mot pour un autre ; parfois aussi les variantes n'étaient pas accidentelles, et il est arrivé que les copistes ont, de propos délibéré, substitué à un passage obscur des expressions qu'ils jugeaient meilleures ou même remplacé des idées par d'autres plus conformes à leurs opinions personnelles et à leurs préoccupations doctrinales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier travail de la ''critique historique ''a donc été de reconstituer, aussi fidèlement que possible, les textes originaux, au moyen des manuscrits &amp;lt;ref&amp;gt;Les manuscrits grecs et latins déjà retrouvés sont plus de 12.000. Voici les prin­cipaux : le Vaticanus, du IVe siècle, à la bibliothèque du Vatican ; le Sinaïticus,. du IVe siècle, découvert au &amp;quot;couvent du Mont Sinaï par Tischendorf et actuellement à Saint-Pétersbourg ; l'Alexandrinus du Ve siècle qui se trouve au Musée britannique de Londres; le Codex Ephraemus rescriptus du Ve siècle à la Bibliothèque nationale de Paris ; le Codex Bezae du VIe siècle, à l'Université de Cambridge.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui ont été retrouvés, des versions anciennes&amp;lt;ref&amp;gt;Les Évangiles ayant été écrits en grec, sauf l'Évangile primitif de saint Matthieu qui était en hébreu, on appelle versions les traductions qui en ont été faites dans une autre langue. La plus célèbre des anciennes versions s'appelle la Vulgate, traduction latine, faite par saint Jérôme à la fin du IVe siècle. Il y a aussi des versions syriaque, égyptienne, éthiopienne, arménienne.&amp;lt;/ref&amp;gt; et des citations des Pères&amp;lt;ref&amp;gt;Les Pères de l'Église citent souvent les Écritures. Mais leurs citations ne sont pas toujours littérales, auquel cas elles ne peuvent servir qu'à la reconstitution du sens et non de la lettre.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La chose n'allait pas sans difficultés, vu le grand nombre de variantes. Toutefois, comme la plupart de ces dernières sont sans importance et que les corrections tendancieuses sont plutôt ''rares&amp;lt;ref&amp;gt;Que les corrections tendancieuses soient rares, cela s'explique par une double raison. La première c'est que les chrétiens veillaient sur leurs Écritures avec un soin jaloux, les apprenant par cœur, les lisant dans toutes leurs assemblées, bref, les entourant d'un respect et d'un culte presque à l'égal de l'Eucharistie, considérant l'altération de leurs Livres Sacrés comme une profanation grave. La seconde c'est que les adversaires des chrétiens : juifs, hérétiques, infidèles, étalent, eux aussi, attentifs à la destinée des Écritures, épiant toutes les occasions d'en découvrir les points faibles ou de surprendre les chrétiens en flagrant délit de falsification&amp;lt;/ref&amp;gt; et assez facilement reconnaissables, il n'y a pas à douter que le ''texte critique actuel ''soit identique dans sa substance, au texte original.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
216. — Voici, du reste, pour chaque Évangile, les ''endroits dont l'authenticité est mise en doute. ''— ''a) Saint Matthieu. ''La question d'authenticité du premier Évangile est plus complexe que celle des autres: la raison en est que cet Évangile a été très vraisemblablement écrit d'abord dans l'idiome araméen, la langue courante des Juifs de Palestine, puis traduit en grec. Quel rapport exact y a-t-il entre le texte grec que nous possédons et le texte primitif araméen? A cette question la Commission biblique a répondu, dans son décret de juin 1911, que l'Évangile grec est en substance identique à l'Évangile écrit par l'Apôtre dans la langue de son pays. — ''b)'' ''Saint Marc. ''Seule l'authenticité de la finale (xvi, 9-20) a été rejetée par un certain nombre de critiques sous le prétexte qu'elle manque dans beaucoup de manuscrits anciens et qu'elle n'est pas conforme au style de saint Marc. La Commission biblique (26 juin 1912) a déclaré qu'il fallait tenir Marc pour l'auteur des douze derniers versets. — ''c)'' ''Saint Luc. ''Il n'y a discussion que sur quelques points de détail, spécialement sur les versets 43 et 44 du chapitre xxii La Commission biblique a décrété (26 juin 1912) qu'il n'est pas permis de douter de la canonicité des récits de saint Luc sur l'Enfance du Christ, sur l'Apparition de l'Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang. — ''d) Saint Jean. ''Les difficultés à propos du IVe Évangile se bornent à trois passages : 'au récit relatif à l'ange de la piscine probatique (v, 3, 4), à l'épisode de la femme adultère (VII, 53 ; VIII, 11) et enfin à l'appendice (xxi). Mais n'insistons pas. Ces différents passages que nous venons de mentionner, — les seuls dont l'authenticité soit sérieusement contestée, — sont de peu d'intérêt pour l'apologétique et ne doivent guère être utilisés dans les arguments qui serviront à la démonstration de la divinité du christianisme. Qu'ils aient été interpolés ou non, c'est donc ici une question secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
217. — Les Évangiles une fois reconstitués dans leur texte primitif, il faut rechercher de qui ils viennent, quels en sont les ''auteurs ''et quelle en est la ''date de composition. ''Un document n'a en effet de valeur, que dans la mesure où l'auteur a pu connaître les faits qu'il rapporte et a voulu les rapporter fidèlement. Les Évangiles ont-ils été écrits par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, comme l'apologiste chrétien le prétend, conformément à la doctrine de l'Église? Ce n'est pas par les écrits eux-mêmes que nous pouvons l'apprendre, car, outre que les anciens et spécialement les Orientaux, ne mettaient pas leur nom-en tête de leurs ouvrages, nous avons dit plus haut qu'il y a beau temps que les originaux ont disparu. L'authenticité des Évangiles ne peut donc être établie que par deux sortes d'arguments : — ''a) ''des ''arguments extrinsèques, ''tirés du témoignage de l'histoire, et — b) des ''arguments intrinsèques ''tirés de la critique interne, c'est-à-dire de l'examen du livre lui-même, de son style, de sa méthode, de ses idées, des idées surtout, car il va de soi que les idées d'une époque ne peuvent être fidèlement rendues que par un contemporain. C'est en nous appuyant sur ces deux arguments que nous allons démontrer l'authenticité de chaque Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Authenticité de l'Évangile de saint Matthieu. '''— A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, la tradition commune dans toutes les Églises chrétiennes admet que l'apôtre saint Matthieu est l'auteur de notre premier Évangile : ainsi en témoignent Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Irénée. Ce dernier disait vers 185 : « Ainsi, Matthieu publia par écrit l'Évangile chez les Hébreux, dans leur langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l'Église.» Déjà, au milieu du ne siècle, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie, et qui fut l'ami de Polycarpe, disciple de saint Jean, parlait de l'Évangile hébreu composé par saint Matthieu : « Matthieu, disait-il, écrivit les ''Logia ''en langue hébraïque, et chacun les a traduits comme il a pu. » Et les critiques les plus en vue pensent que le terme de ''logia ''ne doit pas être restreint aux discours du Seigneur, mais qu'il peut s'appliquer à des récits et désigner par conséquent notre Évangile actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit par les témoignages qui précèdent, les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles attribuent unanimement la composition du premier Évangile à l'apôtre saint Matthieu. La chose ne peut s'expliquer que par la vérité du fait, car s'il s'était agi de mettre un ouvrage anonyme sous l'autorité d'un nom célèbre, on aurait choisi un nom plus en relief, celui de Pierre, par exemple, et non pas celui de saint Matthieu, tard venu dans l'apostolat et qui n'avait joué dans le collège apostolique qu'un rôle accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— Le témoignage de la tradition est confirmé par la ''critique interne ''du livre. Celle-ci établit, en effet, que l'auteur était à la fois, ''juif palestinien, publicain, ''et qu'il ''écrivait pour les Juifs convertis : ''trois caractères qui conviennent parfaitement à l'apôtre saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘A) ''L'auteur du premier Évangile était ''juif palestinien. ''Les hébraïsmes abondent dans son œuvre. On sent qu'il est au courant de toutes les coutumes juives ; il connaît la loi de Moïse et les prophètes mieux qu'aucun autre. En outre, il décrit la Palestine avec une stricte fidélité ; il sait la topographie des lieux : Capharnaüm est désigné comme une ville maritime sise sur les confins de Zabulon et de Nephtali, il parle des lis qui couvrent les champs, des rudes tempêtes qui s'élèvent sur le lac de Génésareth, etc. L'auteur était donc palestinien ou tenait ses renseignements d'un palestinien. — b) L'auteur était ''publicain, ''du moins si l'on s'en rapporte à la compétence spéciale qu'il témoigne en matière d'impôts. Seul des évangélistes, il note que l'apôtre saint Matthieu était publicain à Capharnaüm et, dans son énumération des Apôtres, il nomme Thomas avant lui, tandis que saint Marc et saint Luc font le contraire. Il est à supposer dès lors que par humilité il a laissé la première place à son compagnon. — c) L'auteur écrivait ''pour des Juifs convertis : ''la preuve en est qu'il emploie de nombreuses locutions d'origine araméenne, telles que rabbi, raca, mammona, gehenna, corbona, sans éprouver le besoin de les expliquer. Mais ce qui indique encore mieux qu'il s'adresse à des Juifs, c'est le dessein de son ouvrage. Partout il apparaît qu'il veut prouver que Jésus était le Messie. Pour cela il place en tête de son Évangile l'arbre généalogique qui montre dans le Sauveur un descendant de David et d'Abraham ; puis, à chaque instant il rappelle que Jésus accomplit les prophéties anciennes. Un tel but et une telle méthode n'auraient pas de raison d'être avec d'autres lecteurs que des Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc ''conclure ''que l'authenticité du premier Évangile repose sur un ensemble de preuves, d'ordre externe et interne de la plus grande valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— La majorité des critiques catholiques placent la composition du premier Évangile entre 36 et 70, et croient que saint Matthieu l'a écrit en Palestine, peut-être à Jérusalem. De toute façon, il n'est pas possible de reculer la date après 70, comme l'ont fait les rationaliste» en général, encore moins de la rejeter jusqu'à 130, selon le système de l'école de Tubingue. (Baur.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''218. — 2° Authenticité de l'Evangile de saint Marc.''' — A. ''ARGU­MENT EXTRINSÈQUE. ''— L'on possède, à partir du ne siècle, de nombreux témoignages qui attribuent le second Évangile à saint Marc, disciple de saint Pierre à Rome : les principaux sont ceux de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, du ''Canon de Muratori&amp;lt;ref&amp;gt;Le Canon de Muratori, ainsi appelé du nom du savant italien qui l'a découvert et publié en 1740, est un document dans lequel sont énumérées les Écritures du N.T. telles qu'on les lisait dans l'Église romaine entre 170 et 200. Les quatre Évangiles y sont mentionnés comme faisant partie du recueil biblique.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de saint Justin, de Papias. Ce dernier rapporte, vers 150, que « Marc, l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, non pas cependant dans leur ordre chronologique, tout ce dont il se souvenait, des choses dites ou faites par Jésus. Car il n'avait pas vu le Seigneur et ne l'avait pas accompagné, mais il avait accompagné Pierre qui donnait ses enseignements selon les besoins de ceux qui l'écoutaient... De la sorte, Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il se les rappelait. Sa seule préoccupation était de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de ne rien altérer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le témoignage de la tradition représente une valeur de premier ordre, car il est incontestable que, le second Évangile contenant les souvenirs de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de le lui attribuer si par ailleurs on avait eu des doutes sur le véritable auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'étude du livre lui-même il résulte que l'auteur était juif, disciple de saint Pierre et qu'il a écrit pour des Romains : — ''a) Il était juif, ''comme le témoignent les nombreux hébraïsmes qu'on y rencontre et les citations syro-chaldaïques ou araméennes telles que « Ephpheta» (ouvre-toi) VII, 34 ; « Eloï, Eloï, lamma sabachtani» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?), xv, 34. La manière dont il décrit les usages, les mœurs, et la géographie de la Palestine, indiquent même qu'il était juif palestinien, et qu'il s'était trouvé à Jérusalem lors de la mort de Jésus, car le jeune homme, dont il est parlé dans la scène de l'arrestation à Gethsémani, qui suivait Jésus « n'ayant sur le corps qu'un drap », semble bien ne pas être autre que lui-même. — b) Il était ''disciple de saint Pierre. ''Cela ressort de la place prépondérante que saint Pierre occupe dans cet Évangile : tous les faits et gestes du premier des apôtres y sont rapportés avec la plus grande précision. L'auteur s'étend même avec plus de complaisance sur les défauts, les faiblesses et les fautes du chef de l'Église que sur ce qu'il y a de glorieux dans sa vie : ce qui ne s'explique que si l'auteur reproduit la prédication de saint Pierre. — c'') ''Le second Évangile a été ''écrit pour des Romains. ''Les multiples détails qu'il fournit à ses lecteurs sur la langue, les mœurs, les coutumes juives, le soin qu'il prend de traduire les termes araméens qu'il cite, les expressions et tournures latines qui abondent dans sa langue grecque, en sont une preuve très nette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or tous les caractères que nous venons d'indiquer conviennent bien à Marc, disciple de saint Pierre, et dont la mère, nommée Marie, possédait à Jérusalem une maison où Pierre s'abrita lorsqu'il sortit de la prison d'Hérode ''Actes, ''xii, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— D'après les critiques catholiques, le second Évangile a été écrit au plus tard de 67 à 70, et fort probablement à Rome, vu que l'ouvrage était destiné aux Romains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''219. — 3° Authenticité de l'Évangile de saint Luc'''. — A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''Dès la fin du IIe siècle, la ''tradition commune ''attribue le troisième Évangile à saint ''Luc, ''disciple et compagnon de saint Paul, « le médecin bien aimé», comme l'apôtre des Gentils l'appelle dans son ''Épître aux Colossiens ''(iv, 14). Parmi les principaux témoignages, il faut citer ceux de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, de Tertullien, du ''Canon de Muratori. ''Or, saint Luc était dans la communauté chrétienne un personnage trop obscur pour qu'on mît sous son nom une œuvre qui représentait en partie la prédication de saint Paul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE, -r ''L'analyse interne du livre confirme le témoignage de la tradition. Elle montre, en effet, que l'auteur était médecin, grec d'origine et esprit cultivé, et disciple de Paul. — ''a) IL était médecin, ''comme le prouve la précision avec laquelle il décrit les maladies ; — ''b) grec d'origine et esprit cultivé : ''un style plus pur et plus élégant que celui des deux premiers Évangiles, une plus grande richesse de vocabulaire, un art plus grand dans la composition, sont un indice certain que le grec était la langue maternelle de l'auteur ; — c) ''disciple de saint Paul. ''Il y a, en effet, entre le troisième Évangile et les écrits de saint Paul, des affinités remarquables, tant au point de vue du ''fond ''que de la ''forme. ''Le récit de la Cène dans le troisième Évangile (xxii, 17, 20) est presque identique à celui de la première Épître aux Corinthiens (xi, 23, 25). Le troisième Évangile, plus que les autres, met en relief les thèses favorites de saint Paul : la nécessité de la foi, la gratuité de la justification et le caractère universel du christianisme. Et quant à ce qui concerne la forme, on a pu relever 175 mots particuliers aux deux écrivains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— L'opinion de la plupart des catholiques et même des protestants, c'est que le troisième Évangile a été composé avant l'an 70, soit à Borne, soit en Asie-Mineure, soit à Corinthe ou à Césarée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''220.— 4° Authenticité de l'Évangile de saint Jean'''. — L'authenticité du quatrième Évangile est niée par un certain nombre de ''critiques protestants ''et ''rationalistes ''(Baur, Strauss, J. Réville, Loisy). Beaucoup de ''critiques libéraux, ''parmi lesquels Renan, Harnack, Julicher, lui reconnaissent une authenticité partielle : le quatrième Évangile contiendrait un fond traditionnel, plus ou moins important, qui aurait l'apôtre saint Jean pour auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'authenticité de l'Évangile de saint Jean, admise par tous les critiques catholiques, repose sur les mêmes arguments que celle des trois premiers Évangiles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, nombreux sont déjà les témoignages qui attribuent le quatrième Évangile à l'apôtre saint Jean. Outre ceux de Tertullien, du ''Canon de Muratori, ''de Théophile d'Antioche, voici deux témoignages importants : — 1. ''celui de saint Irénée, ''évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean. Il écrit vers 185 : « Jean, disciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, a écrit lui-même aussi son Évangile, tandis qu'il vivait a Éphèse, en Asie»; —2. ''celui de Clément d'Alexandrie ''qui écrit, quelques années après saint Irénée, que « d'après la tradition des Anciens, Jean, le dernier des Évangélistes, a écrit l'Evangile spirituel, sous l'inspiration du Saint-Esprit et à la prière de ses familiers. » — 3. La tradition chrétienne est elle-même corroborée par les témoignages de la ''tradition hétérodoxe. ''Celse, les ''judaïsants, ''les gnostiques Basilide et Valentin sont formels en faveur de l'origine johannique du quatrième Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le quatrième Évangile était déjà répandu dans tout l'univers chrétien, au milieu du ne siècle, ce qui suppose qu'il remonte au Ier siècle, et des témoins orthodoxes et hétérodoxes autorisés l'attribuent à l'apôtre saint Jean. Il est invraisemblable qu'ils se soient trompés sur le véritable auteur et qu'ils aient confondu Jean l'apôtre avec Jean l'Ancien, dont parle Papias ; il est du reste assez probable que les deux noms désignent la même personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'examen intrinsèque du livre il résulte que l'auteur du quatrième Évangile était juif d'origine, apôtre, plus que cela, qu'il était « l'apôtre que Jésus aimait ». — ''a) ''IL était ''juif d'origine. ''Les nombreux hébraïsmes que l'on rencontre dans sa langue grecque, les termes araméens qu'il cite et qu'il interprète très correctement à ses lecteurs, les usages juifs qu'il décrit fidèlement, les détails topographiques qu'il donne sur la Palestine et sur Jérusalem, tout cela prouve bien que nous avons affaire à un auteur familiarisé avec les idées juives, avec la langue et les traditions religieuses des Juifs. — b) L'auteur était un ''apôtre. ''Les récits des faits sont si vivants, si précis et si intimes qu'ils supposent un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu. — c) L'auteur était « ''l'apôtre que Jésus aimait». ''Si nous en croyons le dernier chapitre dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, le quatrième Évangile a pour auteur « le disciple que Jésus aimait » (xxi, 20, 24). Or des trois apôtres : Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qui étaient dans une familiarité plus grande avec Notre-Seigneur, les deux premiers doivent être éliminés, car ils étaient morts bien avant la composition du livre. Il faut remarquer en outre que l'Apôtre Jean et les membres de sa famille ne sont jamais nommés explicitement dans le quatrième Evangile, tandis que les autres apôtres le sont fréquemment. Ce silence est tout naturel dans l'hypothèse où l'auteur du livre tairait son nom par discrétion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— Le quatrième Évangile a été composé à ''Éphèse, ''vers la fin du Ier siècle, entre 80 et 100, du moins d'après l'opinion des critiques catholiques&amp;lt;ref&amp;gt;Les critiques rationalistes reculent la date de composition du 4e Evangile beaucoup plus loin rentre 160-170 (Baur), vers 125 (Renan), entre 80-110 (Harnack),entre 100-125 (Loisy).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3.   —   Véracité des Évangiles =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
221. — Les Évangiles nous sont parvenus dans leur ''intégrité substantielle, ''et ils ont bien pour ''auteurs ''deux apôtres : saint Matthieu et saint Jean, et deux disciples d'apôtres : saint Marc et saint Luc. Troisième question à résoudre : quelle est la ''valeur historique ''de ces documents?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Deux conditions ''sont requises pour qu'un historien soit digne de foi, Il faut 1° qu'il soit ''bien informé ''et 2° qu'il soit ''sincère ''(V. Nos 166 et 169). Connaître les événements tels qu'ils se sont déroulés, savoir la vérité et vouloir la dire, tout est là. Nous allons donc rechercher si les Évangélistes ont rempli ces deux conditions, en nous posant la question séparément, pour les Synoptiques, c'est-à-dire les trois premiers Évangiles, et pour le quatrième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''222. — I. Valeur historique des Synoptiques. '''— Le mot « ''Synoptiques ''» attaché aux trois premiers Évangiles vient de ce que, si l'on dispose les textes de ces trois Évangiles sur trois colonnes, en prenant soin de faire correspondre les parties communes, l'on obtient une ''synapse ''(gr. « ''sunopsis» ''vue simultanée), c'est-à-dire une vue d'ensemble du contenu évangélique, concordante en de nombreux points.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour déterminer la ''valeur historique ''des Synoptiques, nous allons donc répondre à cette double question : 1° Les trois premiers Évangélistes étaient-ils bien informés? 2° Étaient-ils sincères?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''223. — 1°''' '''Les trois premiers Évangélistes étaient bien informés. '''— Pour établir ce premier point, un travail préliminaire s'impose : il faut étudier les documents eux-mêmes pour savoir comment ils ont été composés. Sont-ils des récits de témoins oculaires et auriculaires qui se bornent à rapporter exactement ce qu'ils ont vu et entendu? Ou bien ont-ils été écrits par des historiens qui ont puisé à des, sources et utilisé d'autres documents? Autrement dit, sont-ils œuvres de première main ou œuvres de seconde main? Et s'ils sont œuvres de seconde main, quelle est la valeur de leurs sources? Ceux de qui ils tiennent leurs renseignements sont-ils dignes de foi? Cette question, nous sommes d'autant plus amenés à la poser, que les trois premiers Évangiles présentent entre eux des ''ressemblances ''frappantes, tandis qu'ils diffèrent entièrement du quatrième. Comment expliquer leurs rapports? Problème délicat qui n'a reçu jusqu’'ici d'autre solution que celle d'hypothèses plus ou moins acceptables. Nous allons dire un mot et du ''problème ''et des ''solutions ''qui ont été proposées pour le résoudre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
224. — A. ''LE PROBLÈME SYNOPTIQUE. ''— Si l'on compare les trois premiers Évangiles entre eux, on n'est pas longtemps à discerner de nombreux passages identiques, à côté d'autres absolument divergents. — ''a) Ressemblances. ''1. Tout d'abord ''même plan général. ''Alors que le quatrième Évangile ne reproduit que le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, les trois premiers adoptent une division quadripartite et encadrent les événements de la vie publique de Notre-Seigneur dans ces quatre points : le baptême de Jésus, le ministère en Galilée, le voyage à Jérusalem et la dernière semaine dans la Ville Sainte (passion, mort et résurrection). — 2. ''Récits des mêmes faits. ''Les trois premiers Évangiles rapportent souvent les mêmes miracles et, qui plus est, dans le même style et les mêmes expressions ; mêmes discours aussi, surtout dans saint Matthieu et dans saint Luc, introduits par les mêmes procédés et se dénouant par les mêmes conclusions. — b) ''Divergences. ''A côté de ces ressemblances, des divergences curieuses. C'est ainsi qu'on trouve dans saint Matthieu et saint Luc des récits de l'enfance de Jésus, différant de l'un à l'autre, tandis qu'ils font complètement défaut dans saint Marc. En outre, la partie ''narrative ''est plus développée dans saint Marc, les discours moins abondants. Des parties sont spéciales à chacun des Evangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
225. — B. ''SOLUTIONS PROPOSÉES. ''— Les trois principales solutions proposées pour résoudre le problème synoptique sont les hypothèses de la dépendance mutuelle, de la tradition orale et des documents — 1. ''Hypothèse de la dépendance mutuelle. ''D'après les partisans de ce système, les Évangiles se seraient utilisés réciproquement, ou plus exactement, ceux de date postérieure, auraient utilisé l'œuvre de leurs devanciers. Mais qui écrivit le premier ? Ici, désaccord entre les critiques ; l'hypothèse la plus généralement suivie, suppose que Marc, qui est le plus bref, est antérieur à saint Luc et à saint Matthieu ''(version grecque), ''et leur a servi de source. — 2. ''Hypothèse de la tradition orale. ''D'après ce système (Meignan, Cornély, Fillion, Fouard, Le Camus, Levesque...) les Evangiles n'auraient pas d'autre source ou du moins, auraient pour source principale, la ''tradition orale ; ''ils seraient la reproduction de la catéchèse ou prédication primitive. Les Apôtres et les missionnaires de la nouvelle religion, voulant donner un enseignement unique, auraient été amenés à faire un choix dans les actes et les paroles du Seigneur : voilà comment nous retrouvons ''le ''même ''fond ''dans les trois Evangiles. Bien plus, les Apôtres, hommes simples et sans culture, ne se préoccupaient pas de varier la forme sous laquelle ils présentaient ce fond identique : à force d'être répété, ce qui faisait la matière de la catéchèse, finit donc par prendre une ''forme unique, ''et pour ainsi dire, stéréotypée. Cependant la tradition orale étant appelée, sinon à se perdre, du moins à s'altérer- peu à peu avec la disparition des témoins de la vie du Christ, les chrétiens voulurent la fixer dans des écrits autorisés : d'où l'origine des Synoptiques. Ainsi les ''ressemblances ''s'expliqueraient par un fond unique qui était l'objet principal de la catéchèse primitive. Les ''divergences ''ne s'expliqueraient pas moins bien par ce fait que la catéchèse devait être adaptée aux milieux différents auxquels s'adressaient les premiers prédicateurs de la foi. Il est clair que le point de vue juif n'était pas le même que le point de vue grec ou romain. Devant les Juifs il s'agissait de montrer que Jésus était le vrai Messie, annoncé par les prophètes, et qu'il avait fondé le royaume attendu. A Rome ou dans les villes grecques, l'argument prophétique étant sans portée, les Apôtres présentaient Jésus comme un envoyé divin à qui Dieu avait donné tous ses pouvoirs. — 3. ''Hypothèse des documents. ''D'après cette hypothèse, les rapports des Synoptiques seraient dus à l'emploi de documents écrits ; les uns (Eichhorn...) supposent un seul document primitif plus ou moins retouché ; d'autres (Schleiermacher, Renan, Schmiedel, Loisy) admettent à la base des synoptiques plusieurs documents araméens et grecs que les auteurs sacrés auraient utilisés et adaptés à leur but ; d'autres enfin (Weiss, Wendt, Stapfer, A. Rêville...) distinguent dans les Évangiles deux sources principales : un Proto-Marc en grec ou recueil des principaux faits et discours du Seigneur et un Proto-Matthieu en hébreu ou recueil de discoure. Une hypothèse plus récente (Batiffol, Ermoni, Lagrange, Gigot, Camerlynck) suppose, au lieu d'un Proto-Marc, le Marc actuel lequel aurait été utilisé par les deux autres Synoptiques qui se seraient servis en même temps des ''Logia ''ou discours du Proto-Matthieu et d'autres sources particulières, comme le témoigne saint ''Luc ''(i, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que valent ces trois hypothèses? ''— L'hypothèse 1 de la ''dépendance commune ''n'explique pas les divergences qui existent entre les trois documents Saint Marc, en effet, n'a pu servir de source que pour les faits. D'autre part, si l'on suppose que saint Luc a utilisé saint Matthieu, comment se fait-il que leurs récits de l'enfance de Jésus ne concordent pas, et que des discours et des paraboles de saint Matthieu manquent chez Luc, alors que tous deux attachent tant de prix à l'enseignement de Jésus? — L'hypothèse 2 de la ''tradition orale ''rend bien compte de la ressemblance générale au point de vue du fond : il est assez vraisemblable que la catéchèse primitive ait eu le même objet : mêmes faits, mêmes miracles, 'mêmes discours. Mais ce que cette hypothèse n'explique pas, c'est 1) que les mêmes faits soient groupés dans le même ordre et par des liaisons artificielles identiques, et 2) que les auteurs sacrés s'accordent dans des détails secondaires, tandis qu'ils diffèrent dans des parties plus importantes telles que la formule de l'oraison dominicale et le récit de l'institution de l'Eucharistie. Incontestablement, ces particularités supposent une dépendance à l'égard de documents écrits. — L'hypothèse 3 d'un ''document primitif unique ''est inadmissible, car on ne comprend pas dans ce cas pourquoi saint Marc aurait éliminé les discours. L'hypothèse de ''plusieurs documents ''rend bien compte des divergences, mais non de l'accord des écrivains sacrés, soit dans leur plan général, soit dans le choix des matériaux, soit dans l'ordre où ils les ont disposés. Aussi l'hypothèse des deux sources a-t-elle été rejetée par la Corn. Biblique le 26 juin 1912.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusions. ''— 1. Aucune des trois hypothèses : dépendance mutuelle, tradition orale, documents, n'est donc satisfaisante. On ne peut dès lors résoudre le problème synoptique par l'une de ces trois hypothèses, à l'exclusion des autres. L'explication la plus vraisemblable consiste sans doute à les combiner toutes les trois et à prendre ce qu'il y a de bien dans chacune. Tout d'abord il convient de faire une part très large à l'influence de la tradition orale. Puis il est à supposer que chaque Évangéliste a utilisé ses souvenirs personnels et ses sources particulières. Enfin rien n'empêche de croire, pour expliquer le plan général, que les Synoptiques se soient servis d'un ou de deux documents primitifs : l'un contenant une sélection des actes du Seigneur, l'autre étant un choix de ses discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quoi qu'il en soit du ''mode de composition ''des Synoptiques, il ressort de ce qui vient d'être dit, - et telle est l'unique question qui nous intéresse ici, — que nous pouvons considérer le témoignage des trois premiers Évangiles comme venant d'historiens ''bien informés, ''car, ou bien les Synoptiques racontent ce dont eux-mêmes ont été les témoins, ou ils rapportent ce que beaucoup d'autres avaient vu et entendu, ce qui faisait l'objet de la prédication courante, ce que les premiers missionnaires de la religion chrétienne annonçaient partout, sans que leurs adversaires aient pu les convaincre d'erreur. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous sommes en présence de témoins qui connaissaient exactement les choses qu'ils rapportaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
226. — 2° Les trois premiers Évangélistes étaient sincères. — Non seulement les Synoptiques étaient ''bien informés, ''mais ils étaient ''sincères. ''Leur sincérité ressort avec évidence : — a) ''de la critique interne des Evangiles. ''Les récits que nous y trouvons donnent l'impression que nous avons affaire à des gens qui rapportent les faits tels qu'ils se sont passés, et qui disent les choses telles qu'elles sont : c'est ainsi qu'ils font d'eux-mêmes un portrait peu flatteur ; ils n'hésitent pas à confesser leur basse extraction, à dévoiler leur intelligence étroite et bornée, leurs faiblesses, leur lâcheté au cours de la Passion de leur Maître, leur découragement après sa mort, leur incrédulité ; — b) ''du manque d'intérêt qu'ils avaient à mentir. ''Les hommes ne mentent pas, généralement, si le mensonge ne doit pas leur profiter. Mais ils songent encore bien moins à mentir s'ils risquent de payer leur imposture de leur vie. Il est vrai qu'on peut mourir par fanatisme et pour défendre une idée fausse. Encore faut-il cependant qu'on la croie vraie, car à moins d'être fou, on ne ment pas pour soutenir ce qu'on croit être une erreur, ce qui ne vous est d'aucune utilité, ce qui vous coûte et vous demande des sacrifices, et s'il n'est pas absolument juste de conclure, avec Pascal, qu'il faut croire « les histoires dont les témoins se font égorger »&amp;lt;ref&amp;gt;D'après l'édition Havet, page 387, le texte de Pascal est le suivant : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger. » Ce qui revient à dire que jamais on ne s'est fait martyriser pour des miracles qu'on dit avoir vus, mais en réalité on n'a pas vus et qu'on n'est pas fou au point de subir le martyre pour soutenir un mensonge&amp;lt;/ref&amp;gt;, tout au moins pouvons-nous dire qu'il n'y a pas lieu de douter de la ''sincérité ''de semblables témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quoi bon insister sur la sincérité des Évangélistes ? A notre époque, elle n'est plus mise en doute par les critiques sérieux. Sans doute « il fut un temps, dit M. Harnack, où l'on se croyait obligé de regarder la littérature chrétienne primitive, y compris le Nouveau Testament, comme un tissu de mensonges et de fraudes. Ce temps est passé. » Oui, le temps où les adversaires du christianisme accusaient les Evangélistes d'imposture et de fraude, est bien passé, mais les attaques n'ont fait que changer de terrain, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''227. — Objection. — Théorie de l'idéalisation'''. — Les rationalistes modernes admettent donc la sincérité des Evangélistes. Mais ils prétendent qu'il y a lieu de distinguer dans les récits évangéliques deux éléments : ''l’élément naturel ''et ''l'élément surnaturel. ''Partant de ce principe a priori, que le miracle n'existe pas et n'est même pas possible, ils ne reconnaissent de valeur historique qu'à l'élément naturel. Comment expliquer alors la présence de l'élément surnaturel dans les Évangiles? Un ancien système, — ''école naturaliste ''de Paulus, — prétendait que les miracles étaient des faits ordinaires, qui avaient pris un caractère de merveilleux en passant par l'imagination des Orientaux, et que la critique pouvait ramener à de justes proportions et expliquer suivant les lois de la nature. Un autre système, le seul dont nous ayons à tenir compte à l'heure actuelle, entend éliminer l'élément surnaturel en l'attribuant à un long travail ''d'idéalisation progressive ''accompli autour de la vie et de la personne du Christ. Les Évangiles ne seraient pas des livres purement historiques, mais « avant tout, des livres d'édification » où le critique doit démêler « ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. »&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy, Les Évangiles synoptiques.&amp;lt;/ref&amp;gt; Les récits des cures merveilleuses opérées par le Christ ne seraient nullement « des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été transposés, corrigés, amplifiés selon le goût des Evangélistes, l'intérêt de l'édification, les besoins de l'apologétique. »&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt; En d'autres termes, les miracles seraient des ''mythes ''ou ''légendes, ''qui se seraient greffées sur l'histoire réelle du Sauveur. Et combien de temps ces légendes ont-elles mis à se former? A peine un siècle, d'après ''l'école mythique de Strauss. ''Beaucoup moins, d'après une école nouvelle (Brandt, Schmiedel, Loisy), qui estime que le travail d'idéalisation a pu se faire en moins d'un demi-siècle&amp;lt;ref&amp;gt;D'après M. Loisy, la rédaction définitive de l'évangile selon saint Marc peut être fixée approximativement à l'an 75, celle du premier Évangile et du troisième aux envi­rons de l'an 100.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. — 1. Le ''point de départ ''du système de l'idéalisation, à savoir la ''négation du surnaturel, ''est un ''préjugé rationaliste ''dont il n'est pas possible d'établir le bien-fondé. — 2. Le ''système ''lui-même, appliqué aux Synoptiques, est en ''contradiction avec les faits. ''Tout d'abord il ne s'accorde pas avec la ''date de composition des Évangiles. ''La rédaction de ceux-ci a suivi de très près les événements. Or l'idéalisation, la légende requiert, pour se former, un long espace de temps : c'est du reste ce qui déterminait le rationaliste allemand Strauss à rejeter la composition des Évangiles vers 150. Lorsque la critique impartiale dut reconnaître que les Synoptiques avaient été composés avant la fin du 1er siècle, il fallut bien apporter quelques modifications à la théorie de l'idéalisation. On prétendit alors que le travail d'idéalisation peut se faire beaucoup plus rapidement, puis on mit sur le compte de la ''foi ''ce qui autrefois était attribué à la ''légende, ''et l'on eut la fameuse distinction entre le ''Christ de la foi ''et le ''Christ de l'histoire. ''Mais comment la foi aurait-elle pu se mettre en contradiction si flagrante avec les faits de l'histoire, lorsque ceux-ci étaient encore si récents que tout le monde pouvait en contrôler l'exactitude ? — 3. Il serait facile par ailleurs de démontrer que les Evangélistes s'attachent, ''avant tout, ''à faire un récit fidèle de la carrière de leur Maître. Ce n'est qu'''incidemment ''qu'ils décrivent la foi chrétienne de leur temps ; à ce point de vue, il est incontestable qu' ils sont en retard sur saint Paul dont les Épîtres étaient pourtant antérieures. Saint Paul, en effet, n'affirme-t-il pas déjà clairement la divinité du Christ et la valeur satisfactoire de sa mort, alors que ces deux dogmes ne sont ''qu'insinués ''dans les Synoptiques, à ce point même que les rationalistes ont pu prétendre qu'ils ne l'étaient pas du tout?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''théorie de l'idéalisation ''manque donc de base, et la conclusion qui s'impose de l'examen des Synoptiques, c'est que leurs ''récits ''sont indépendants de la foi nouvelle de l'Eglise, qu'ils n'ont pas subi l'influence des idées ambiantes, en un mot, qu'ils sont ''purement historiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''228. — II. Valeur historique du IVe Évangile.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''La plupart des critiques rationalistes ont dénié au quatrième Évangile toute valeur historique, ou ne lui ont accordé qu'une historicité relative. — a) Les uns (Strauss) ont prétendu que l'auteur du quatrième Évangile avait peint un Christ historique d'après l'idéal qu'il s'en était forgé. — ''b) ''D'autres, comme Renan et certains critiques indépendants de notre époque (Harnack), reconnaissent dans cet ouvrage un fond de tradition historique, mais considèrent les ''discours ''comme des ''fictions. — c) ''D'autres enfin, comme J. Réville, Loisy&amp;lt;ref&amp;gt;D'après M. Loisy (Autour d'un petit livré), le quatrième Évangile n'est pas l'écho direct de la prédication du Christ. C'est un livre de théologie mystique où l'on entend la voix de la conscience chrétienne, non le Christ de l'histoire.&amp;lt;/ref&amp;gt;, Guignebert, regardent le quatrième Évangile, — tant dans sa partie narrative que dans ses discours, — comme une ''composition artificielle ''destinée à exposer, sous le voile de ''l'allégorie, ''les idées propres de l'auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES DE L'HISTORICITÉ. ''— Le quatrième Évangile n'est nullement une composition artificielle : il est facile, en effet, de montrer le caractère historique des ''faits ''et des ''discours ''qui y sont contenus. — a) ''Caractère historique des faits. ''Que les faits miraculeux rapportée par le quatrième Évangile ne soient pas de simples allégories, mais des faits bien réels, cela ressort : — 1. du ''but de l'ouvrage. ''L'auteur déclare lui-même, à la fin de son œuvre (xx, 31), qu'il veut amener ses lecteurs à croire « que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu'en croyant ils aient la vie en son nom ». A moins de le prendre pour un imposteur, — ce que ne font pas les rationalistes, — il faut admettre qu'il a entendu démontrer sa thèse en s'appuyant, non sur des récits allégoriques, mais sur des faits empruntés à l'histoire de Jésus. Que de cette histoire il détache un petit nombre de faits, qu'il choisisse les plus typiques, ceux qui vont le mieux à son but&amp;lt;ref&amp;gt;Il est incontestable que l'auteur du quatrième Évangile s'attache moins à exposer les faits qu'à les interpréter et que son récit de la vie du Sauveur1 n'est pas essentielle­ment historique comme ceux des trois premiers Évangélistes, qu'il est plutôt doctrinal et théologique. Mais un fait historique ne cesse pas d'être historique parce que l'auteur s'applique plus à le commenter, à en déduire des conclusions dogmatiques, qu'à le raconter.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qu'il omette les gestes et les paroles du Seigneur qui ne lui importent pas, et plus particulièrement ce qui a déjà été raconté par les Synoptiques, cela n'est que trop naturel. Mais ce qui ne reste pas moins certain, c'est qu'il est un ''témoin ''qui raconte « ce qu'il a vu de ses yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles, ce que ses mains ont touché du Verbe de vie» (I ''Jean, ''I, 1, 3) ; — 2. ''de l'examen interne du livre. ''On ne saurait prétendre tout d'abord que l'Évangile johannique n'est pas historique parce qu'il n'a pas le même fond que les Synoptiques, car ni les Synoptiques ni Jean n'ont la prétention d'être complets, et si saint Jean a voulu compléter ses devanciers, comme nous l'avons insinué plus haut, les divergences de fond s'expliquent très bien. Du reste, tout n'est pas divergences ; les Synoptiques et le quatrième Évangile ont des ''points communs. ''Qu'on veuille bien les comparer, et l'on constatera que, parmi des variantes de peu d'importance, les faits sont rapportés de part et d'autre avec la même exactitude : tels sont, par exemple, les récits de la multiplication des pains, de la marche de Jésus sur les flots, de son entrée triomphale a Jérusalem et de sa Passion. Or si, sur ces différents points, l'on concède aux Synoptiques une valeur historique, de quel droit la refuserait-on au quatrième Évangile ? — Quant aux récits qui sont ''propres ''à ce dernier, l'on peut remarquer encore que les événements y sont rapportés avec une foule de détails qui seraient bien superflus dans l'hypothèse de récits symboliques. Le quatrième Évangile note les circonstances de personne, de temps et de lieu avec plus de soin que saint Luc lui-même : il signale, par exemple, que Nicodème est venu à Jésus ''la nuit ''(III, 2), que la rencontre de Jésus avec la Samaritaine eut lieu à la sixième heure (iv, 7) ; il dit que la piscine probatique se trouve à Jérusalem, près de là porte des Brebis (V, 2). Il décrit non moins minutieusement les usages et les traditions des Juifs, leurs fêtes, les divisions intestines entre Juifs et Samaritains, entre Pharisiens et Sadducéens ; l'état politique de la Palestine ; les détails topographiques touchant la Galilée, le lac de Génésareth, Jérusalem. Tout cela indique bien un historien exact qui raconte les faits tels qu'ils se sont passés, et non un mystique qui invente des histoires adaptées à la thèse qu'il a en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Caractère historique des discours. ''— Si les faits rapportés dans le quatrième Évangile sont historiques, l'on ne voit pas la raison pour laquelle les ''discours ''ne le seraient pas. L'on fait remarquer, il est vrai, que, plus encore que les faits, ils diffèrent, soit au point de vue du ''fond, ''soit au point de vue de la ''forme, ''de ceux que nous trouvons chez les Synoptiques. Mais, encore qu'il ne faudrait pas exagérer l'étendue de ces divergences, celles-ci s'expliquent très bien par le ''caractère ''et le ''but ''différents que poursuivent les écrivains sacrés. Tandis que les sujets traites dans les Synoptiques sont très variés et portent surtout sur des préceptes de morale : humilité, charité, aumône, mépris des richesses et des honneurs, le quatrième Évangile insiste sur la doctrine christologique, sur le caractère suréminent et la mission du Christ. 'Voulant prouver plus particulièrement la divinité du Sauveur, sans doute parce qu'elle était alors attaquée par le gnostique Cerinthe, il relève dans l'enseignement de Jésus, et qui pouvait servir son but. En cela, il ne contredit pas les Synoptiques, il les complète. Les critiques rationalistes objectent encore que l'auteur du quatrième Évangile a emprunté sa doctrine du ''Logos, ''ou Verbe de Dieu incarné, à l'école grecque d'Alexandrie et au Juif Philon. Il serait difficile de dire quelle fut la genèse des idées de saint Jean mais ce qui est certain c'est que l'identification du Christ avec le Verbe de Dieu n'a pu germer dans l'esprit de l'apôtre saint Jean, pas plus que chez les chrétiens de l'époque, — car il est reconnu que la doctrine était chose reçue au dernier quart du Ier siècle en Asie-Mineure et dans la plupart des Églises, — sans que la croyance eût été déterminée par la réalité historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— IL est donc permis de conclure que l'Évangile selon saint Jean a une valeur historique, comme les Synoptiques. « Sans doute l’Apôtre a pu imprimer son cachet propre dans la manière de raconter les miracles du Sauveur, dans le choix qu'il a fait de scènes évangéliques. Il est même incontestable que ses comptes rendus de discours ne prétendent pas reproduire la pleine réalité, étant donné l'éloignement où l'auteur était des faits. »&amp;lt;ref&amp;gt;Lepin, Évangiles canoniques (Dict. d'Alès).&amp;lt;/ref&amp;gt; Cependant « ses narrations ont beau avoir leur cachet propre, elles n'en correspondent pas moins aux faits. Ses discours peuvent porter la marque de son esprit, ils n'en reproduisent pas moins la pensée authentique du Sauveur. »&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt; Nous avons donc le droit, dans la démonstration de la divinité du christianisme, de nous appuyer sur le quatrième-Évangile comme sur les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Mangenot, ''L'authenticité mosaïque du Pentateuque ; Les Évangiles synoptiques ''— Méchineau, ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''(Bloud). — Vigouroux, ''Manuel biblique, t. ''I (Roger et Chernoviz). — Lesêtre, ''L'authenticité du Pentateuque ''(Rev. pr. d'Ap. 15 mai, 15 juin 1910). — Dom Hoepfl, art. ''Pentateuque et Hexateuque ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brassac, ''Manuel biblique ''(à l'index), t. III. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu; L'origine du quatrième Évangile; La valeur historique du quatrième Évangile; Évangiles canoniques, Évangiles apocryphes ''(Dict. d'Alès) ; Les ''théories de Loisy ''(Beauohesne).—Méchineau, ''L'origine du Nouveau Testament ''(Bloud). — Jacquier, ''Histoire des livres du Nouveau Testament ''(Gabalda). — Rosé, ''Les évangiles, traduction et commentaires ''(Bloud). —Fouard, ''Vie de Jésus-Christ'' (Lecoffre). — Batiffol, ''Six leçons sur l’Évangile ''(Bloud). — Calmes, ''Comment se sont formés les Evangiles ''(Lethielleux). — Levesque, ''Nos quatre Evangiles. Leur composition et leur position respective ''(Beauchesne). — Fillion, ''Introduction générale aux Évangiles ''(Lethielleux). — Camerlynck, ''De quatro Evangelii auctore ''(Bruges). — Durand, ''A propos des décrets ''de 1912 ''sur les Évangiles ''(Rev. pr. d'Ap., 1er fév. 1914). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale ''(Desclée). — Langlois et Seignobos, ''Introduction aux. Études historiques ''(Hachette).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : La divinité du Christianisme. Le Fondateur. L'Affirmation de Jésus. ===&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT '''&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229. — Pour connaître ''l’origine, ''et par conséquent, la ''valeur ''d'une religion, il faut, avant tout, se tourner du côté du ''fondateur, ''et lui demander qui il est.^ Personne, mieux que lui, n'est à même de le savoir et de le dire. S'il est un Envoyé de Dieu, c'est à lui de nous le faire connaître et de nous en apporter la preuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, l'apologiste chrétien veut démontrer : — 1° que Jésus est ''l’ Envoyé de Dieu, ''l'Oint ''ou Messie, ''annoncé par la voix des prophètes ; — 2° que ce Messie n'est pas un Envoyé ordinaire, qu'il est le ''Fils unique de Dieu, ''Dieu lui-même. Il est clair que, s'il arrive à faire cette démonstration, il aura le droit de conclure que la Révélation chrétienne est d'origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc à rechercher tout d'abord&amp;lt;ref&amp;gt;Nous estimons en effet superflu de poser la question préalable de l'existence de Jésus   Quelques érudits, plus originaux que sages, n'ont voulu voir dans l'existence même de Jésus qu'un mythe. Une telle opinion ne mérite pas d'être discutée. S'il fallait voir dans l'histoire de Jésus une collection de légendes groupées autour d'un nom, com­ment pourrait-on expliquer un mouvement religieux aussi considérable que celui du christianisme, un effet aussi grandiose, sans cause qui l'ait produit? L'époque où Jésus a vécu, appartient du reste à l'histoire et nous est comme par tout un ensemble de monu­ments dont on ne peut contester l'authenticité.&amp;lt;/ref&amp;gt; si Jésus s'est bien donné pour le ''Messie attendu des Juifs ''et pour un Messie d'une nature tout à fait transcendante, pour le ''Fils de Dieu, ''ayant la même essence que Dieu le Père. À cette double question quelle a été la ''réponse de Jésus ''et quelle foi devons-nous y ajouter? D'où trois articles: — 1° L'affirmation de Jésus sur sa messianité. 2° L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. 3° La valeur de ce double témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''230. — Nota''' — A vrai dire, la première question, seule, importe à l'apologiste, IL lui suffit, en effet, de montrer que Jésus a ''déclaré ''et ''prouvé ''qu'il était un Envoyé de Dieu, qu'il était le Messie attendu et qu'il a fondé une Église infaillible, chargée d'enseigner, jusqu'à la fin des siècles, ce qui doit être cru et pratiqué. Ce résultat une fois acquis, il ne reste plus qu'à écouter cette Église et à accepter les dogmes qu'elle propose à notre foi, parmi lesquels se détache au premier rang la divinité du Christ. La seconde question sort donc du domaine de l'apologétique ; tout au moins de ''l'apologétique constructive ''(V. N° 2). Car s'il s'agit de ''l'apologétique défensive ''c’est une autre affaire. Les rationalistes modernes prétendent, comme nous le verrons plus loin, non seulement que Jésus n'est pas Dieu, mais qu'il n'a jamais revendiqué ce titre, qu'il n'a jamais eu conscience d'être Dieu, et que dès lors ''le dogme n'a aucune base historique : ''c'est à ce point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'apologétique défensive, ou si l'on préfère, sur le terrain de ''l'apologie des dogmes, ''que nous aurons à traiter la question dans l'article II&amp;lt;ref&amp;gt;Il importe donc de bien distinguer les deux questions : la messianité et la divinité de Jésus. Comme le but de l'apologiste est de démontrer la divinité du christianisme, il suffit de prouver que le fondateur est accrédité par Dieu dans sa mission, qu'il est un légat divin. A ce point de vue, la démonstration chrétienne ne diffère pas de la démons­tration de la divinité du judaïsme. De même que le judaïsme est d'origine divine sans que son fondateur, Moïse, soit Dieu, de même le christianisme est divin, du moment qu'il est reconnu que Jésus était Bien le Messie promis et envoyé de Dieu.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — L'affirmation de Jésus sur sa messianité. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
231. — ''Jésus s'est-il donné pour le Messie prédit par les Prophètes? ''Que croyait-il être et qu'a-t-il dit qu'il était1! Le seul moyen de nous éclairer sur ce point, c'est de consulter les Évangiles et d'y recueillir son témoignage. Avant de le faire, remarquons que les Évangiles ne sont pas considérés ici comme des écrits divinement inspirés, mais comme de simples documents humains dont nous avons établi précédemment la valeur historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires'''. — Certains ''protestants libéraux ''et les ''rationalistes ''n'admettent pas l'affirmation de Jésus sur sa messianité. — ''a) ''Leur tactique consistait autrefois (Strauss, Baur) à considérer les Évangiles comme un recueil de ''mythes ''ou ''légendes ''formées après coup par les Apôtres ; les déclarations de Jésus sur sa messianité seraient donc pure invention de la part des écrivains sacrés. — ''b) ''Les ''rationalistes ''et ''modernistes contemporains ''(Wellhausen, Wrede, Weiss, Loisy) prétendent, ou que Jésus n'a jamais eu conscience d'être le Messie, ou en tout cas, qu'il n'a pensé l'être qu'à la fin de sa vie, ou encore qu'il pensait que son rôle de Messie « était essentiellement eschatologique », c'est-à-dire ne devant se réaliser qu'à la fin du monde dans le royaume céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232. — 2° Thèse.''' — ''Du début à la fin de sa vie publique, Jésus a manifesté, soit implicitement, soit explicitement, sa qualité de Messie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour remarquer qu'il y a eu dans les déclarations de Jésus comme une marche ascendante, et que son affirmation comporte des degrés. Mais, qu'elle se soit traduite, soit d'une manière implicite, en raison des circonstances de temps et de personnes, soit d'une manière explicite, il n'en est pas moins certain qu'elle n'a jamais varié dans sa substance et que Jésus a toujours eu conscience de sa messianité. Nous distinguerons donc entre ses ''affirmations implicites ''et ses ''affirmations explicites, ''en insistant davantage sur les premières parce qu'il est plus facile d'en contester le sens et la portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AFFIRMATIONS IMPLICITES. ''— Au début de sa vie publique, Jésus ne manifeste sa qualité de Messie que d'une ''manière implicite ''et avec une extrême réserve. Si nous voulons avoir le secret de sa conduite, de ses réticences, de ce que, à première vue, on pourrait prendre pour les hésitations d'une conscience imparfaitement éclairée, il est nécessaire que nous envisagions un instant la situation politique et religieuse de la Judée contemporaine de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l'heure où commença la carrière publique du Sauveur, la nation juive était tombée sous le joug romain ; le sceptre était sorti de Juda et, plus que jamais, l’espérance messianique travaillait les âmes. Deux grands partis rivaux les ''Saducéens ''et les ''Pharisiens, ''se disputaient l'influence. Les premiers, amis du pouvoir, occupaient les hautes charges du sacerdoce mosaïque, et ils avaient surtout l'insigne privilège de choisir dans leurs rangs celui qui devait exercer les fonctions de grand-prêtre. Les seconds, moins favorisés, étaient un parti religieux avant tout, et se distinguaient par leur zèle outré pour l'observation de la Loi et par leur répugnance à entrer en contact avec les païens : d'où leur nom de ''Pharisiens ''(du grec ''pharisaioi, ''séparés). Parmi eux, un petit groupe de fanatiques, appelés ''Zélotes, ''parce qu'ils étaient plus étroits et plus formalistes que les autres, interprétaient la Loi avec un rigorisme insupportable. C'est de ces derniers que Notre-Seigneur eut surtout à subir les contradictions et dont il se plut du reste à dénoncer l'hypocrisie et l'orgueil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on devine aisément que dans des sectes où les intérêts étaient si opposés, ''l'espérance messianique ''ne se présentait pas sous le même aspect. S'accommodant assez bien-de leur situation, les ''Sadducéens ''n'attachaient qu'un prix très minime à la venue du nouveau royaume, et si, par orgueil national, ils souhaitaient l'indépendance de leur pays, la sujétion leur rapportait assez de bénéfices pour ne pas courir au devant d'un bouleversement qui pouvait ne pas tourner à leur profit. Les ''Pharisiens, ''au contraire, supportant mal un régime qui humiliait leur orgueil et les laissait sans privilèges, appelaient de tous leurs vœux l'avènement du Royaume attendu qui ferait de Jéhovah, leur Dieu, le Maître de l'univers, qui mettrait surtout la nation juive à sa place, c'est-à-dire au premier plan, et qui ferait succéder aux humiliations et aux injustices du jour les triomphes et les réparations du lendemain. Telles étaient les aspirations de la plupart des Juifs, mais lorsqu'il s'agissait de déterminer le ''caractère du futur royaume, ''les esprits se divisaient. Les uns, insistant sur le côté moral et religieux, considéraient ''l'avènement messianique ''comme le ''triomphe des justes, ''comme le grand jour où chacun recevrait selon son mérite. Les autres, — c'était la masse, et les Apôtres partageaient cette mentalité, — faisaient des rêves de ''grandeur ''et de ''prospérité matérielle, ''et voyaient déjà dans le Messie un ''grand conquérant, ''un guerrier fameux qui apparaîtrait soudain sur les nuées du ciel et ferait son entrée triomphale à Jérusalem. Jamais il n'était question d'un Messie souffrant, libérateur des âmes, et non des corps, rachetant les fautes des hommes et réconciliant l'humanité coupable avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans de telles conditions, Jésus ne se soit pas révélé brusquement le Messie, et le Messie, tel, qu'il devait être, il n'est que trop naturel. Il ne pouvait le faire sans éveiller les appréhensions des Sadducéens, et sans provoquer les enthousiasmes des Pharisiens et déchaîner des manifestations et des troubles qui auraient entravé son œuvre, s'il ne rentrait pas dans les desseins de Dieu de briser les oppositions à coup de miracles. Le premier travail qui s'imposait, était donc de préparer les esprits à la réalité et de faire pressentir la vérité avant de la dévoiler sans ambages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses étant telles, comme du reste l'indiquent les récits évangéliques, nous n'avons plus à nous étonner que Jésus, au début de sa carrière, ne manifeste pas ouvertement sa qualité de Messie, qu'il l'insinue seulement par des déclarations indirectes, par ses œuvres et par toute son attitude. — ''a) Par des déclarations indirectes. ''C'est ainsi que, sans prononcer le nom de Messie, il dit qu'il ''est ''« ''venu ''», qu'il ''a été ''« ''envoyé», ''pour prêcher l'Évangile du royaume ''(Marc, ''i, 38), pour appeler les pécheurs ''(Marc, ''II, 17), pour prêcher l'Évangile aux pauvres ''(Luc, ''iv, 18). Puis il commence déjà son enseignement, mais craignant de faire briller tout d'un coup une lumière trop vive, il enveloppe sa pensée sous les dehors énigmatiques de la parabole, dans le but d'intriguer les esprits, de les pousser à la recherche de la vérité, se réservant d'ailleurs d'aller plus loin avec les disciples qu'il s'est attachés, et de les instruire, en dehors de la foule. — b'') Par ses œuvres. ''Jésus multiplie ses miracles ; mais, pour ne pas précipiter les événements, il impose la consigne rigoureuse de n'en point parler. Cependant il n'hésite pas à répondre aux envoyés de saint Jean-Baptiste qui lui demandent s'il est « celui qui doit venir », que les œuvres qu'il opère doivent être pour eux un signe évident que l'œuvre messianique annoncée par ''Isaïe ''(xxxv, 5, b) se réalise ''(Luc, ''vii, 18, 23). — ''c) Par son attitude. ''Jésus s'arroge des pouvoirs que n'ont jamais revendiqués les plus illustres prophètes. Il se met au-dessus de la Loi. Il supprime le divorce toléré dans certains cas par Moïse. Il déclare que « le Fils de l'homme»,— c'est ainsi qu'il se désignait, — était « maître du Sabbat » ''(Marc, ''il, 28), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
233. — B. ''DÉCLARATIONS EXPLICITES. ''— IL faut arriver à la dernière année du ministère de Jésus pour trouver une affirmation explicite de sa messianité. Voici, du reste, les trois grandes circonstances où Jésus se révèle publiquement ce qu'il est. — ''a) Confession de Pierre. ''A Césarée de Philippe, le Maître, se trouvant au milieu de ses disciples, leur pose enfin sans détour l'importante question : « Qui dit-on que je suis? » Jusque-là, il avait laissé sa personnalité au second plan, il avait eu pour unique préoccupation de prêcher le royaume de Dieu ; mais il est temps que ses intimes sachent qui il est. Il les interroge donc successivement, et quand saint Pierre confesse qu'il est le Christ, il ne manque pas de l'approuver ''(Mat., ''xvi, 13-17). — b) ''Entrée triomphale à Jérusalem. ''La confession de saint Pierre n'avait pas dépassé le petit cercle des Apôtres, et même avec ceux-ci, Jésus n'avait pas sitôt avoué qu'il était le Christ qu'il leur défendait sévèrement de le publier ''(Mat., ''xvi, 20). La manifestation de sa messianité était réservée pour un autre jour et un autre théâtre. C'est, peu de jours avant sa mort, à Jérusalem, la capitale de la Judée, que Jésus revendiqua son titre de Messie, à la face d'une foule de pèlerins venus pour la fête de Pâques, de tout un poupin qui l'acclama comme « celui qui vient an nom du Seigneur» ''(Mat., ''XXI, 1-9). — c'') Le procès devant le Sanhédrin. ''Enfin la grande affirmation de Jésus eut lieu devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre lui pose la question suprême qui doit décider de son sort. Le Sauveur le sait, mais, maintenant que sa mission est terminée, il dédaigne les réticences et les réponses évasives : il proclame hautement qu'il est « le Christ » ( ''Mat., ''xxvi, 63, 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, soit d'une ''manière implicite, ''soit d'une ''manière explicite, ''Jésus a bien affirmé qu'il était le ''Messie attendu, ''et les prétentions des rationalistes qui le nient, ne reposent sur aucun fondement. On ne peut plus soutenir sérieusement que les Évangiles sont une collection de légendes, maintenant qu'il est admis par les meilleurs critiques, qu'ils datent du 1er siècle. Il est bien évident par ailleurs que la vie de Jésus et la propagation du christianisme ne sauraient s'expliquer par des légendes (Voir N° 229) ''. ''Quant à la seconde thèse rationaliste qui affirme que Jésus n'a pas eu conscience d'être, de son vivant, le Messie, et qu'il a considéré son rôle comme eschatologique et ne concernant que le royaume des cieux à venir, il faut, pour arriver à une telle conclusion, qu'elle laisse de côté ou interprète à sa façon et d'une manière fantaisiste, les déclarations que nous avons rapportées plus haut. Il est vrai que certaines paroles de Jésus visent le futur royaume, le royaume des élus dont le Christ doit être le chef suprême : il est vrai que le titre de Messie lui conviendra, d'une manière spéciale, à la fin des temps, et quand le royaume messianique aura reçu son achèvement définitif. Sans doute aussi, sa Résurrection et son Ascension le manifesteront déjà comme un Messie glorieux. Mais quel que soit le moment de la carrière messianique qu'on envisage, qu'on la prenne à ses origines, au moment où Jésus prépare le royaume messianique, ou à la fin des temps qui sera le couronnement de son œuvre, Jésus ne s'en présente pas moins dans les Évangiles, non pas seulement comme celui qui doit être le Messie, mais comme celui qui l'est déjà, comme le ''Messie en personne et en fonction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
234. — Nous savons que Jésus s'est donné pour le Messie. Mais de quelle ''nature ''ce Messie prétendait-il être? Simple créature, quoique dépassant le commun des mortels par sa mission, ou être divin ; ''homme ''ou ''Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Sans doute si l'on envisage la question du point de vue dogmatique, et que l'on considère le Messie comme le Rédempteur du monde, une réparation adéquate des pêches de l'humanité exigeait l'Incarnation d'une personne divine, mais Dieu pouvait accepter une expiation proportionnée aux capacités de l'homme, auquel cas le Messie pouvait être une simple créature.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La réponse à cette nouvelle question ne peut se trouver ailleurs que dans le témoignage de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — ''a) ''D'après les ''Protestants libéraux ''(Sabatier, Harnack, Julicher, Bousset, Weixhausen) Jésus dépasse la commune mesure de l'humanité, il est une personnalité transcendante, il y a même, si l'on veut, quelque chose de divin en lui, mais il n'est pas Dieu, il est seulement le médiateur entre Dieu et les hommes, il est l'homme qui a eu l'union la plus étroite avec Dieu, l'homme, comme dit A. Sabatier, « dans lequel s'est révélé le plus complètement le cœur paternel de Dieu »&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, Esquisse d'une Philosophie de la religion d'après  la psychologie et l’histoire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — b) Les ''rationalistes ''admettent encore moins la divinité de Jésus. « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, dit Renan, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit juif ; il n'y en a nulle trace dans les trois premiers Évangiles ; on ne la trouve indiquée que dans certaines parties de l'Évangile de Jean, lesquelles ne peuvent être acceptées comme un écho de la pensée de Jésus. »&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt; Comment expliquer alors le ''fait chrétien? ''Tout simplement par un malentendu de la première génération chrétienne qui a mal interprété le témoignage de Jésus et le titre qu'il se donnait de « Fils de Dieu». Jésus du reste ne serait arrivé à s'attribuer ce titre qu'après être passé par une série d'états d'âme, et comme par un travail progressif de sa pensée qui se serait adaptée aux circonstances. « L'admiration de ses disciples, dit encore Renan, le débordait et l'entraînait. Il est évident que le titre de ''rabbi, ''dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus ; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres hommes. »&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt; Ainsi, d'après, les rationalistes, Jésus a été divinisé par ses disciples qui l'ont entraîné et poussé à prendre un titre qu'au début de sa carrière il eût jugé blasphématoire de s'arroger. — c) Les ''modernistes, ''avec leur distinction subtile entre « le Christ de la foi et le Christ de l'histoire », aboutissent, en fait, aux mêmes conclusions. Ils enseignent en effet que, pour la foi, Jésus est bien le Fils éternel de Dieu, consubstantiel à son Père et incarné dans le temps, pour racheter l'humanité et enseigner la vraie religion ; mais ils s'empressent d'ajouter que le Christ de la foi n'est pas celui de l'histoire. Il est vrai que Jésus se donne le titre de « Fils de Dieu », mais, dit M. Loisy, « en tant que le titre de Fils de Dieu appartient exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie ; il appartient à Jésus... comme à l'unique agent du royaume céleste.»&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy, Autour d'un petit livre.&amp;lt;/ref&amp;gt; « La divinité de Jésus est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie Fils de Dieu. » Et suivant M. Loisy toujours, le passage de l'idée de Jésus-Messie à celle de Jésus vrai Dieu, serait l'œuvre de saint Paul, de saint Jean et des conciles de Nicée, d'Éphèse et de Chalcédoine. Ainsi, dans la théorie moderniste comme dans la théorie rationaliste, ce sont les disciples du Christ, c'est l'Église qui a regardé Jésus comme Dieu, sans qu'il se fût jamais déclaré tel, et sans qu'il eût jamais élevé la prétention d'être autre chose que le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''235. — 2° Thèse'''. — ''Jésus s'est donné four le Fils de Dieu, dans le sens strict du mot, soit explicitement par ses paroles, soit implicitement par sa manière d'agir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarques préliminaires. ''— 1. Il importe, avant tout, de bien comprendre le sens du problème que nous avons à résoudre. Nos adversaires prétendent que Jésus n'est pas Dieu, qu'il n'a jamais énoncé l'idée sacrilège qu'il fût Dieu, et que le titre de Fils de Dieu qu'il se donne, est l'équivalent de celui de Messie. La question qui se pose donc est de savoir si Jésus s'est vraiment déclaré Fils de Dieu dans un sens qui ne se confond pas avec le titre de Messie. En d'autres termes, le ''dogme catholique ''qui enseigne que Notre -Seigneur est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, a-t-il sa ''racine ''et ''son fondement dans l’affirmation de Jésus ; ''découle-t-il de ce que Jésus a dit de sa personne et de sa nature, ou bien n'est-il que l'expression de ce que Jésus était, depuis le commencement, pour la conscience chrétienne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les limites de la question étant ainsi tracées, il apparaît avec évidence que notre proposition ne peut être démontrée que par ''l'affirmation personnelle de Jésus. ''Invoquer le ''témoignage des Apôtres ''ou de l'Église, comme le font certains apologistes, c'est ''prêter des armes à l'adversaire, ''— rationalistes et modernistes, — dont la tactique consiste précisément à dire que Jésus n'a jamais voulu se faire passer pour Dieu, qu'il n'a été Dieu que vis-à-vis de la conscience chrétienne, autrement dit, qu'il n'a été Dieu que parce que ses disciples et les premiers chrétiens se sont figuré qu'il l'était, sans que lui-même l'eût dit. Encore une fois, la seule preuve de la divinité de Jésus, c'est son ''affirmation personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Comme les adversaires refusent, en général, toute valeur historique, à l'Évangile de saint Jean, nous distinguerons les témoignages tirés de saint Jean de ceux qui se trouvent dans les Synoptiques, et nous appuierons plus particulièrement sur ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Évidemment nous ne prétendons pas que le dogme de la divinité du Christ se retrouve dans l'enseignement de Jésus, formulé dans les termes mêmes par lesquels l'Église l'a défini. Ce que nous soutenons seulement, c'est que le dogme est ''en germe ''et ''quant à la substance, ''dans les Évangiles, que nous pouvons en reconnaître les linéaments, non seulement dans l'Évangile de saint Jean dont le but était de mettre en lumière la divinité de Jésus-Christ, mais même chez les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
236. — A. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DE SAINT JEAN. ''— Laissant de côté les passages, tels que le Prologue, où l'Évangéliste expose ses idées personnelles sur la nature du Messie, nous citerons rapidement les textes principaux qui contiennent un enseignement de Jésus sur sa personne et sur ses rapports avec Dieu le Père. — ''a) ''Dans ''sa rencontre avec Nicodème, ''Jésus déclare que « Dieu a aimé le monde au point de donner son ''Fils unique ''» (''Jean, ''iii, 16). — ''b) ''Au chapitre v (16, 18) il est rapporté que Jésus, ayant guéri un paralytique le jour du sabbat, fut poursuivi par les Juifs, et que « ceux-ci cherchaient à le faire mourir, parce que, non seulement il profanait le sabbat, mais il appelait Dieu ''son propre père, ''se faisant ''l'égal ''de Dieu». — c'') ''Discutant un jour avec les Pharisiens, il pose en principe que les hommes ne peuvent avoir la ''connaissance du Père que par l'intermédiaire du Fils : ''« Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, leur dit-il ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père» ''(Jean, ''viii, 19). Si le Père et le Fils sont seuls à se connaître réciproquement, c'est qu'ils sont de même nature et de même dignité. — ''d) ''Jésus va plus loin : il ne craint pas de ''s'identifier avec son Père : ''aux Juifs qui lui posaient cette question : « Si tu es le Christ, dis-nous-le ouvertement, Jésus répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent pour moi... ''Moi et le Père nous sommes un. ''» Et les Juifs comprirent si bien quel titre Jésus revendiquait par là, qu'ils prirent des pierres pour le lapider ''(Jean, ''x, 23-31). — ''e) ''Ces deux idées, — que la connaissance du Père ne s'acquiert que par le Fils, et que le Fils se confond avec le Père, — reviennent dans la bouche de Jésus, lors de son dernier entretien avec ses Apôtres. Saint Thomas lui demandait d'indiquer le chemin qui conduit au séjour où est le Père. Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi. Si vous m'aviez connu, vous connaîtriez aussi le Père. » Et comme Philippe interrompt Jésus pour le prier de leur montrer le Père, Jésus répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu, a vu le Père, comment dis-tu : montre-nous le Père? Tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » ''(Jean, ''xiv, 5,10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les déclarations de Jésus sur sa nature, sur son union substantielle avec le Père sont donc bien claires dans le quatrième Évangile, mais il n'est pas besoin d'insister, puisque aussi bien nos adversaires ne discutent pas le sens de ces textes et ne rejettent que l'autorité historique du livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
237. — B. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DES SYNOPTIQUES. — ''L'affirmation de Jésus sur sa qualité divine ne se présente pas dans les Synoptiques avec le même caractère de netteté que dans l'Évangile de saint Jean ; mais il est possible cependant d'en retrouver ''l'équivalent ''dans les ''paroles ''et dans les ''actes ''du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Dans ses paroles. ''— 1. Il est incontestable que le titre de « Fils de Dieu » est un de ceux que Jésus se donne parfois ou qu'il accepte de la part de ses interlocuteurs et de ses adversaires. Nous avons vu précédemment que Pierre le proclame le « Christ, le ''Fils du Dieu vivant « ''( ''Mat., ''xvi, 16), et que devant le Sanhédrin, lorsque le grand-prêtre l'adjure de dire s'il est « le Christ, le ''Fils de Dieu», ''il répond affirmativement. La question revient dès lors à savoir quel sens cette appellation a dans la bouche de Jésus. Sans nul doute, le titre de Fils de Dieu est une expression courante dans la Sainte Écriture. C'est de ce nom que Dieu lui-même désigne le peuple d'Israël : « Ainsi parle Jéhovah : Israël est ''mon fils, ''mon premier né» ''(Exode, ''iv, 22). « Le juste est fils de Dieu» est-il dit dans la ''Sagesse ''(II, 18). L'on peut même aller plus loin et prétendre que, à un certain point de vue et sous le rapport de la création, tout homme est fils de Dieu. Que Jésus ne se soit pas donné ce titre dans un sens aussi large, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. Mais faut-il admettre, avec les rationalistes et les modernistes, que le titre de Fils de Dieu ne dépasse pas celui de Messie? Il De semble pas, car, même en laissant de côté la confession de Pierre et son affirmation solennelle devant le Sanhédrin où il marque nettement que sa filiation divine lui confère les mêmes droits que son Père, entre autres, celui d'être un jour le grand juge de l'humanité&amp;lt;ref&amp;gt;C'est, du reste, l'opinion des rabbins les plus célèbres, que Jésus fut condamné à mort parce qu'il se proclamait Dieu. Jésus comparait devant le Sanhédrin, écrit M. Weil (Le Judaïsme, ses dogmes, sa mission, t. III) pour répondre à l'accusation de lèse-majesté divine. » Incontestablement, écrit à son tour M. Cohen (Les Déicides), Jé­sus, par la proclamation de sa divinité, non seulement heurtait violemment les croyances séculaires du peuple juif, inquiétait toutes les consciences et détruisait toutes les vérités reçues, mais portait une atteinte spécialement grave à cette loi qu'il avait déclaré, d'abord si solennellement, n'être pas venu modifier. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, il y a d autres manières de dire de Notre-Seigneur qui indiquent bien que ses relations avec le Père sont d'un ordre unique. Ainsi, qu'il parle de Dieu avec ses disciples, il dit : « ''mon ''Père », « ''votre ''Père », jamais il ne dit « ''notre ''Père ». Le Notre Père qu'il enseigne à ses disciples ne fait même pas exception, car la prière est censée sortir de la bouche de ses disciples et non de la sienne ; ainsi il dit encore à propos du jugement dernier : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de ''mon ''Père ; prenez possession du royaume qui ''vous ''a été préparé dès la fondation du monde... ''(Mat., ''xxv, 34); et à l'institution de l'Eucharistie, il fait ses adieux à ses disciples par ces mots : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec ''vous ''dans le royaume de ''mon ''Père » ( ''Mat., ''xxvi, 29). Ce soin que met Jésus, d'ailleurs si humble, à ne pas se confondre avec ses disciples, à se séparer d'eux sur la question des rapports avec Dieu, n'est-il pas une preuve suffisante que sa filiation est transcendante et d'un ordre unique? — 2. Dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, Jésus déclare, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jean, que la ''connaissance du Père ''ne se fait que par ''l'intermédiaire du Fils : ''« Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils» (''Mat., ''xi, 27). — 3. Le témoignage le plus suggestif de Jésus sur sa filiation divine est assurément la parabole des ''vignerons homicides. ''La voici, telle que la rapporte ''saint Matthieu ''(xxi, 33, 39) : « Un père de famille planta une vigne, il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour de garde et il la loua à des vignerons et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent un troisième. Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; et ils leur firent de même. Finalement il leur envoya son fils, en disant : Ils respecteront ''mon ''fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici ''l'héritier ; ''venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent... » Le sens de cette parabole est transparent. Elle contient en raccourci l'histoire des relations d'Israël avec son Dieu. Les serviteurs qui viennent percevoir le fruit de la vigne, ce sont les prophètes que Jéhovah envoie à son peuple élu et que celui-ci reçoit mal. Le ''Fils unique ''que le Père envoie en dernier lieu, l'héritier qui subit le même sort, c'est évidemment Jésus. — 4. Nous avons encore comme dernier témoignage, — celui-là, il est vrai, après sa résurrection, — la ''formule solennelle du Baptême ''où le Fils apparaît entre les noms du Père et du Saint-Esprit, associé à eux dans une Trinité mystérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Dans ses actes. ''— Plus encore que ses paroles, la manière d'agir de Jésus rend témoignage de sa divinité. — 1. Jésus ''s'attribue les perfections, divines : ''impeccabilité, .éternité, ubiquité... — 2. Il ''revendique les droits divins : ''il demande de ses disciples la foi, l'obéissance et l'amour, même jusqu'au sacrifice de la vie : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi» ''(Mat., ''x, 32, 37). Il accepte des hommages qui ne sont rendus qu'à la divinité, il souffre qu'on se prosterne devant lui et qu'on l'adore : c'est dans cette humble attitude que le lépreux au pied du mont des Béatitudes ''(Mat., ''VIII, 2), que le possédé de Gérasa ''(Marc, ''V, 6) implorent leur guérison ; Jaïre, un chef de la Synagogue, se prosterne également devant Jésus pour le prier de rendre la vie à sa fille qui vient de mourir ''(Mat, ''ix, 18). Nous voyons, au contraire, les Apôtres agir tout différemment dans les mêmes circonstances. Lorsque saint Pierre se rend auprès de Corneille, celui-ci « tombant à ses pieds se prosterne. Mais Pierre le releva en disant : « Lève--toi, moi aussi je suis un homme» ''(Actes, ''x, 25, 26). De même, Paul et Barnabé, après avoir guéri un boiteux, se dérobent aux honneurs qu'on veut leur rendre ''(Actes, ''xiv, 10-17). L'attitude de Notre-Seigneur est donc- d'autant plus significative qu'elle contraste avec celle de ses Apôtres. — 3. Il ''s'arroge les pouvoirs divins. ''Nous avons vu déjà qu'il se ''met au-dessus de la Loi, ''qu'il traite sur le pied d'égalité avec le divin Législateur du Sinaï. Il interprète et modifie, comme il l'entend, les préceptes du Décalogue, et il le fait avec une autorité souveraine : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... ''Et moi je vous dis...», ''répète-t-il plusieurs fois ''(Mat., ''v, 22, 28, 32, 34, 39, 44). Nous avons vu encore qu'il ''remet les péchés : ''privilège exclusivement réservé à Dieu, et pour montrer qu'il n'usurpe pas un pouvoir qui ne lui appartient pas, il opère aussitôt un miracle. Il annonce qu'il sera un jour le ''juge suprême de l'humanité, ''qu'il ''enverra à ses Apôtres l'Esprit Saint. ''Il ''accomplit ''surtout de ''nombreux prodiges, ''si bien qu'on croit qu'une vertu divine sort de lui : il commande en maître à la nature, il chasse les démons, il guérit les malades, ressuscite les morts, et le tout sans faire appel à une puissance étrangère. Il ''agit en son propre nom, ''et qui plus est, il confère à ses disciples la puissance qu'il détient sans limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Qu'il s'agisse donc de ses déclarations ou de ses actes, Jésus se présente uni à Dieu d'une manière si étroite ; il revendique une telle participation aux pouvoirs et aux privilèges de Dieu que ses prétentions seraient vraiment incompréhensibles, s'il était étranger à la nature divine. Pour ''parler ainsi, ''pour ''agir ainsi, ''il fallait qu'il eût pleine conscience que Dieu était en lui, non pas seulement par sa puissance et sa vertu, mais par sa nature et son essence ; en un mot, ''il fallait qu'il fût Dieu. ''Nous pouvons conclure par conséquent, même à n'écouter que le témoignage des Synoptiques, que la Divinité de Jésus-Christ repose sur une base solide, et qu'il n'y a pas solution de continuité entre le fait historique et son interprétation, entre l'affirmation de Jésus et le dogme défini par l'Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Valeur du double témoignage de Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
238. — Dans les deux articles qui précèdent, nous avons recueilli le témoignage de Jésus sur sa personne. Nous avons vu qu'il s'était affirmé Messie, Fils de Dieu. Cela ne suffit pas, car il est évident qu'un ''témoignage ne vaut que ce que vaut le témoin. ''Or trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s'illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. Donc, ou imposteur, ou illusionné, ou véridique, telles sont les trois alternatives entre lesquelles il faut choisir. Nous prouverons qu'il faut écarter les deux premières et retenir la troisième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Jésus n'était pas un imposteur'''. — Jésus a-t-il trompé? Lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie, File de Dieu, Jésus avait-il conscience de ne pas être ce qu'il disait être? Mentait-il? Les critiques contemporains sont trop pénétrés de la grandeur morale du Christ pour s'arrêter à une hypothèse aussi injurieuse. Tous reconnaissent que la ''loyauté ''et ''l'humilité ''de Jésus le mettent au-dessus de tout soupçon. — ''a) Sa loyauté. ''S'il est, en effet, une qualité à laquelle Jésus attache le plus grand prix, c'est bien la franchise, au point qu'on a pu le trouver dur pour ceux qui ne l'ont pas, pour ceux dont l'extérieur est en désaccord avec l'intérieur, dont les paroles ne traduisent pas les sentiments de l'âme, disons le mot, pour les hypocrites. Personne n'a flagellé ce vice plus que lui, et n'a dénoncé avec tant de véhémence la souillure du dedans qui se cache sous la propreté du dehors : « Malheur à vous ! dit-il aux scribes et aux pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de mort et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » ''(Mat., ''xxiii, 27, 28). Et Jésus professe un amour tel de la droiture, il veut l'inculquer si profondément dans l'âme de ses disciples qu'il leur défend le serment, devenu désormais inutile, en raison de la confiance réciproque que chacun doit avoir dans la parole de son semblable. « Moi je vous dis de ne point jurer du tout... Que votre parole soit oui, oui, non, non» ''(Mat., ''v, 34, 37). — b) ''Son humilité. ''Supposer que Jésus voulut se faire passer pour le Messie et le Fils de Dieu, alors qu'il aurait eu conscience de ne pas l'être, c'est l'accuser d'un orgueil extravagant, dont il doit être facile de retrouver d'autres traces dans les Évangiles. Or qu'on lise ceux-ci avec attention, et l'on sera frappé, au contraire, de l'insistance que Jésus met à prêcher l'humilité par le discours et par l'exemple. Il n'est pas moins dur pour l'orgueil que pour l'hypocrisie,: il cingle de ses traits acérés qui recherchent partout les premières places, qui se laissent guider dans leurs actes par l'ostentation et le désir de paraître. Les Scribes et les Pharisiens, dit-il à ses disciples, « font toutes leurs actions pour être vus des hommes... Ils aiment la première place dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et à s'entendre appeler par les hommes Rabbi. » (''Mat., ''xxiii, 6-7). « Gardez-vous, dit-il ailleurs à ceux qui veulent être ses disciples, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux... Quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes.» ''(Mat., ''vi, 1, 2). Une autre fois il présente le modèle du publicain contrit et humilié devant Dieu ''(Luc, ''xviii, 9, 14). Lui-même déclare qu'il est venu pour servir et non pour être servi. I1 se dérobe à l'enthousiasme des foules qui veulent le proclamer roi. Or une telle conduite est incompatible avec l'excès d'orgueil qui l'aurait poussé à se dire le Messie, le Fils de Dieu, le futur Juge de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne faisons appel ici qu'à deux vertus du Christ qui s'opposent plus directement à l'hypocrisie et à l'orgueil présupposés nécessairement par l'hypothèse qui veut faire passer Jésus pour un imposteur. Nous pourrions invoquer toutes ses autres vertus, sa personne morale tout entière, sa sainteté&amp;lt;ref&amp;gt;Nous ferons remarquer avec M. Tanquerey que la sainteté, même suréminente de Jésus, ne constitue pas une preuve de sa mission divine, si on la considère isolément et indépendamment de son affirmation. Un homme peut être un très grand saint, il peut, avec la grâce de Dieu, atteindre au plus haut degré de perfection, sans être pour cela un envoyé divin. Que la sainteté découle de la mission divine, cela paraît évident : on ne conçoit pas, en effet, un envoyé divin chargé d'établir une religion, et dont la conduite démentirait les vérités qu'il a mission d'enseigner ; mais la réciproque n'est pas vraie. Les vertus transcendantes de Jésus peuvent donc fournir un thème riche en développements à l'apologétique oratoire, alors que la démonstration de la divinité de Jésus est déjà chose faite, mais dans l'apologétique didactique, elles ne peuvent être la matière d'un argument.&amp;lt;/ref&amp;gt; incomparable qui ne connaît pas la moindre défaillance, mais à quoi bon insister, puisque aussi bien on ne prend plus au sérieux les railleries de Voltaire et des ''Encyclopédistes ''qui regardaient Jésus comme un fourbe et les Apôtres, comme des faussaires qui auraient inventé les miracles de l'Évangile dans le but de faire adorer leur Maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''239. — 2° Jésus n'est pas un illusionné'''. — Jésus n'a pas voulu tromper mais il a ''pu se tromper. ''Il a pu se faire illusion sur sa personne et tromper sans le vouloir. C'est à cette seconde hypothèse que se rallient, de nos jours, les adversaires de la divinité du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant de ce principe a priori que le surnaturel n'existe pas et qu'il n'y a pas d'Envoyé divin, les ''rationalistes ''modernes concluent que Jésus a été victime de l'illusion et qu'il est une sorte d'halluciné. Nous avons eu l'occasion déjà (N° 234) de signaler comment le plus habile d'entre eux décrit les états d'âme par lesquels le Sauveur serait soi-disant passé pour arriver à la conscience de sa messianité. Au point de départ, il suppose « la conviction profonde» que Jésus avait « de son union intime avec Dieu », union telle qu'il « se croyait avec Dieu dans les relations d'un fils avec son père, bien plus, qu'il se croyait, à un degré unique et incomparablement au-dessus des autres hommes, le Fils de Dieu. » « Dieu est en lui, il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit Fils de Dieu. » Et alors convaincu qu'il était le « Fils de Dieu, Jésus se sentit aussitôt la mission de faire participer tous les hommes à sa filiation divine, en leur apprenant à connaître Dieu comme leur Père et à recourir à lui comme des fils. »&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt; A partir de ce jour, où il « se proposa de créer un état nouveau de l'humanité», où son « idée fondamentale» fut « l'établissement du royaume de Dieu», Jésus accepte le rôle de Messie. Et comme tout aussitôt il se heurta à l'opposition violente des pharisiens, il comprit qu'avant d'être le Messie triomphant et d'être appelé à la fonction glorieuse de Juge suprême de l'humanité, il devait passer par la souffrance et la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément cette psychologie de l'âme de Jésus ne manque pas de savoir-faire, mais les conceptions de Renan sont plus ingénieuses que solides. Nulle part, en effet, dans les Évangiles, on ne découvre les traces d'une pareille évolution dans les idées de Jésus. C'est à partir du premier instant de sa vie publique, qu'il a conscience d'être le Messie, et ''s'il y a évolution, ''ce n'est pas dans la ''pensée ''de Jésus, mais dans la ''manière de l'exprimer, ''ou plutôt, la foi de Jésus en sa mission reste à chaque instant la même ; c qui se développe et progresse, c'est la conviction qui se fait dans l'âme de ses disciples et de ses auditeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais écoutons, pour répondre à Renan, un des représentants les plus fameux du protestantisme libéral en France : « Jésus, écrit M. Stapfer, s'est dit Messie. Cela est prouvé, cela est certain. Comment en est-il arrivé là? Y a-t-il eu folie, oui ou non? Telle est, nous semble-t-il, la seule alternative qui se pose désormais entre les croyants et les non-croyants. »&amp;lt;ref&amp;gt;E. Stapfer, Jésus-Christ avant son ministère.&amp;lt;/ref&amp;gt; « Renan a dit : Jésus, enivré par le succès, s'est cru le Messie. Il était sain d'esprit au commencement de son ministère, il ne l'était plus à la fin, et son histoire, telle que la raconte Renan, est, malgré les ménagements qu'il y apporte, l'histoire de la surexcitation croissante d'un homme qui a commencé par le bon sens, la clairvoyance, la santé morale d'un noble et beau génie, et qui a fini par une exaltation maladive voisine de la démence. Le mot folie n'a pas été écrit par Renan, mais la pensée se trouve exprimée à chaque page. Eh bien, les faits s'opposent à cette explication. »&amp;lt;ref&amp;gt;La thèse de Renan a été reprise de nos jours par le Dr Binet-Sanglé, qui, dans un ouvrage Interminable « La folie de Jésus » (4 vol. in-8°, 1908-1915), a pré­tendu démontrer que Jésus était un fou atteint de théomanie, autrement dit, un fou religieux. Cette thèse a été réfutée, tout dernièrement, au double point de vue médi­cal et exégétique, par le Dr Vérut. dans un livre qui a pour titre : « Voilà vos bergers... Jésus devant la science. » (Paris, 1928).&amp;lt;/ref&amp;gt; « Ce qui frappe au contraire» en Jésus, « plus on l'étudié de près, c'est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son absence complète d'illusion . » IL est extrêmement remarquable que la foi de Jésus en lui-même et en son œuvre reste absolument identique à elle-même Cette confiance inébranlable de Jésus en son œuvre, en son Père et en lui-même est certainement surnaturelle... Il y a dans cette assurance qu'aucun événement extérieur ne trouble, une preuve d'une force énorme de la nature divine de Jésus . » (E. Stapfer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de l'aveu de ceux-là mêmes qui rejettent le dogme catholique de la divinité de Jésus-Christ, l'on ne saurait prétendre que Jésus se soit illusionné à ce point sur son propre compte, sans recourir à l'hypothèse de la folie, qu'on prononce le mot, ou qu'on le remplace par d'autres équivalents tels que l'exaltation mystique, l'hallucination ou le déséquilibre Mais alors comment expliquer ce désordre mental avec l'élévation d'esprit, avec l'intelligence profonde et lucide qui se manifestent partout dans les discours et les entretiens de Jésus? Comment ce déséquilibré peut-il être l'auteur d'une doctrine religieuse qui dépasse les plus hautes conceptions des philosophes anciens, et d'une morale qui est devenue l'idéal de l'humanité? Non, vraiment, ''un fou n'a pas tant de sagesse. ''Jamais un déséquilibré n'aurait accompli une œuvre aussi grandiose, créé un mouvement d'âmes aussi intense, et exercé une influence aussi considérable sur le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Dès lors, la conclusion s'impose, Jésus n'est ni un imposteur ni un dément. Il n'a pas trompé et il ne s'est pas trompé. Son affirmation doit donc être retenue. S'il a dit qu'il était le Messie, Fils de Dieu, c'est qu'il l'était.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Letouzey) ; ''Christologie ; Les théories de M. Loisy ''(Beauchesne). — Batiffol, ''L'enseignement de Jésus ''(Bloud). — De Grandmaison, art. ''Jésus-Christ ''(Dict. d'Alès). — Rosé, ''Études sur les Évangiles ''(Bloud). — Frémont, ''Lettres à l'abbé Loisy ''(Bloud). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Mangenot, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Bloud). — F. Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Réalisation en Jésus des prophéties messianiques. ===&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'argument prophétique.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
240.— ''Préliminaire. — ''Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Jésus s'était donné pour ''le Messie prédit par les prophètes. ''Quelque de foi que puisse être la parole d'un homme que recommandent par ailleurs la sainteté de sa vie et la sublimité de sa doctrine, il n'en reste pas moins qu'une telle affirmation demande à être contrôlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus est ''un ''Envoyé divin, il doit nous apporter des marques non équivoques de sa mission divine, telles que prophéties et miracles. Mais, avant tout, si Jésus est ''l'Envoyé divin annoncé par les prophètes, ''il doit réaliser dans sa personne et dans son œuvre les prophéties faites à son sujet ; il faut qu'il y ait relation étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament, que l'un s'explique par l'autre, que le second confirme le premier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''241. — 1° Adversaires'''. — L'argument tiré des prophéties a deux sortes d'adversaires. Les uns nient ''l'existence ''même des prophéties. Les autres en contestent la ''réalisation en Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. A LA PREMIÈRE CATÉGORIE ''appartiennent les ''rationalistes ''et les ''protestants libéraux ''qui prétendent que le Messie n'a pas été prédit et que les prophéties alléguées ne sont ni des ''prophéties, ''ni des prophéties ''messianiques. ''D'après M. J. Réville, les passages de l'Ancien Testament « où l'on se plaisait à voir des prédictions surnaturelles »&amp;lt;ref&amp;gt;J. Reville, Le prophétisme hébreu, esquisse de son histoire et de ses destinées.&amp;lt;/ref&amp;gt; ont été mal interprétés par les prédicateurs et les théologiens. Pas plus que les sibylles et les devins, les prophètes n'ont eu le privilège de connaître et d'annoncer les secrets de l'avenir. Ce qui ne les empêche pas, suivant Sabatier, d'avoir été des hommes d'une valeur incomparable ; et si leurs ''prédictions ''sont inexistantes ou sans valeur, leur ''prédication ''les place bien au-dessus de leurs contemporains, et à ce titre, ils sont des hommes providentiels qui ont eu une idée plus pure et plus haute de Dieu et de la loi morale&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Comme on le voit, les rationalistes et les protestants libéraux veulent bien reconnaître la grandeur morale des prophètes, ils veulent bien les mettre au premier rang parmi leurs contemporains, mais c'est pour mieux refuser tout caractère surnaturel à leur œuvre et à leur parole. Donc, prédicateurs hors de pair, mais non prophètes au sens strict du mot, voilà tout ce que l'on peut dire d'eux. D'où il suit que l'argument prophétique, tel qu'il nous a été transmis par l'apologétique traditionnelle, est dénué de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DANS LA SECONDE CATÉGORIE ''d'adversaires il faut ranger les ''Juifs ''qui, tout en reconnaissant l'existence des prophéties messianiques, n'admettent pas qu'elles se soient réalisées en Jésus. Pour prétendre le contraire, il faudrait, selon eux, détourner les prophéties de leur sens naturel et les interpréter en dehors de leur contexte. C'est pourquoi — et c'est encore Sabatier qui nous le dit — « les Juifs, d'après leur exégèse, ont bien pu ne pas voir dans Jésus de Nazareth le Messie qu'ils attendaient, puisqu'ils n'auraient pu croire eu lui qu'en renonçant aux espérances politiques et nationales que leurs livres leur avaient données. Il est permis de dire que les prophéties messianiques, en tant qu'elles ont un sens historique et grammatical, n'ont jamais été accomplies, et qu'elles n'ont paru l'être dans la vie, l'enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que certainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient prononcées tout d'abord. »&amp;lt;ref&amp;gt;Sabatier, Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''242. — 2° Argument'''. — L’''argument prophétique ''peut se formuler dans le syllogisme suivant : IL existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent, qui décrivent à l'avance la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie. Or ces prophéties se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et l'''œuvre de Jésus. ''Donc Jésus est le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’argument comprend donc deux points à établir : — 1. ''l'existence ''des prophéties messianiques ; — 2. leur ''réalisation en Jésus. ''Si nous parvenons à démontrer ces deux points qui forment la majeure et la mineure du syllogisme, nous aurons répondu, par le fait, aux deux classes d'adversaires que nous avons devant nous. Nous tâcherons de le faire dans les deux articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''REMARQUES. ''— 1. Auparavant, il convient de rappeler, — comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — que, à la rigueur, la démonstration chrétienne peut se faire en dehors de l'argument prophétique. N'y eût-il eu aucune prophétie, Jésus n'en apparaîtrait pas moins « ''Envoyé de Dieu ''», du moment qu'on peut établir qu'il a fait de nombreux et incontestables miracles, qu'il a réuni dans sa personne toutes les qualités qui conviennent à un envoyé céleste et que sa doctrine et sa morale portent bien les marques d'une origine surnaturelle. Moïse, le fondateur de la religion qui porte son nom, n'a été annoncé par aucune prophétie ; et cependant sa mission divine ressort très clairement des multiples prodiges qu'il accomplit et de la transcendance de sa doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Néanmoins, l'argument prophétique a une valeur de premier ordre pour une double raison : — 1) Tout d'abord il est indiscutable que ''le fait d'avoir été prédit ''d'une manière claire et formelle, ajoute un nouveau poids aux autres preuves qui attestent que Jésus est un Envoyé de Dieu. — 2) D'autre part, l'argument prophétique ''remonte aux origines du christianisme. ''L'on peut même dire que, aux yeux des Juifs, il était l'argument capital. Jésus, le premier, s'appuie très souvent sur cet argument pour prouver sa mission. Il y revient d'autant plus, que les Juifs, — les Apôtres y compris, — s'étaient surtout arrêtés aux prophéties de l'Ancien Testament qui concernaient la gloire du Messie saris prendre garde à celles qui prédisaient ses humiliations et ses souffrances. Il lui fallait donc redresser les fausses conceptions de ses contemporains : travail souvent infructueux et long, si long que nous l'entendons, au matin de sa Résurrection, reprocher aux deux disciples qui allaient à Emmaüs, de ne pas saisir encore le sens des prophéties : « O insensés, leur dit-il, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » ''(Luc, ''xxiv, 25, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I- — Existence des prophéties messianiques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de démontrer qu'il y a eu des prophéties et des prophéties messianiques, il convient de donner quelques notions générales sur les prophètes. Cet article comprendra donc deux paragraphes : 1° ''Notions générales sur les Prophètes. ''2° ''Le fait des prophéties messianiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions générales sur les Prophètes&amp;lt;ref&amp;gt;Ces notions générales sont indépendantes de la question de savoir s'il y a eu des prophéties messianiques lesquelles se seraient réalisées en Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''243. — 1°''' '''Définition. '''— Étymologiquement, le mot prophète (du grec « ''prophètes''» interprète; celui qui prévoit l'avenir) désigne en grec soit un interprète des dieux, soit celui qui prédit l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dans le premier sens, ou ''sens large, ''le prophète, appelé ''nabi ''en hébreu, est donc un ''interprète. ''C'est ainsi que Moïse qui alléguait sa difficulté de parole pour se dérober à la charge redoutable que le Soigneur lui imposait, entendit Dieu lui répondre : « Aaron, ton frère, sera ton nabi» ''(Ex., ''iv, 16) ; autrement dit : Aaron parlera à ta place. — Dans la Bible, le mot ''prophète ''est encore employé pour désigner un homme qui chante les louanges de Dieu : il est dit, par exemple, de Saul, que dans ses accès de mélancolie, il prophétisait (c'est-à-dire ''chantait) ''dans sa maison, pendant que David jouait des instruments (I ''Sam., ''xviii, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Au ''sens strict, ''le prophète était un homme à qui Dieu révélait l'avenir, et donnait la mission de le communiquer aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, dans quelque sens qu'on entende le mot, le prophète était « l'interprète de Dieu, l'intermédiaire entre Dieu et son peuple ; il recevait les ordres du Seigneur et communiquait à la race d'Abraham le plan divin... Sa mission était double, l'une se rapportant au temps présent, l'autre à l'avenir »&amp;lt;ref&amp;gt;Vigouroux, Manuel biblique, t. II, n. 895.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''244. — 2°''' '''Le mode de la révélation prophétique. '''— Interprète de Dieu, le prophète recevait les communications divines de triple façon : par la parole, par des visions et par des songes : — ''a) par la parole. ''Il faut entendre par là, du moins ordinairement, non pas un langage articulé et sensible qui aurait frappé l'oreille du prophète, mais une voix qui résonnait au fond de son âme ; — b) ''par des visions. ''Dieu faisait-il passer devant les yeux du prophète des imagos matérielles et physiques, ou les faisait-il percevoir par son imagination, sans qu'elles fussent produites par aucune réalité extérieure, les deux hypothèses sont admissibles, quoique la seconde paraisse plus vraisemblable ; — ''c) par des songes. ''Cette sorte de manifestation divine, beaucoup plus rare que les autres, diffère de la seconde, en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe ne se produisait que pendant le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« IL faut remarquer d'ailleurs que, de quelque manière que fût communiquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de ''délire, ''à plus forte raison, de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux. Il savait donc toujours ce qu'il prophétisait »&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid., n. 898&amp;lt;/ref&amp;gt;, alors même qu'il ne saisissait pas entièrement la portée de ses prédictions et la manière dont elles se réalisaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''245. — 3°''' '''Les particularités du langage prophétique. '''— Les événements de l'avenir se présentent d'ordinaire à l'esprit des prophètes comme des faits présents, déjà réalisés : c'est là ce qui explique les particularités du langage prophétique. D'abord ''l'emploi très fréquent du prétérit ''au lieu du futur ; puis, tout au moins d'une manière générale, ''l'absence de toute chronologie : ''les faits ne sont pas annoncés nécessairement dans l'ordre de leur réalisation future ; les intervalles qui doivent les séparer ne sont pas indiqués. Le tableau de l'avenir s'offre à eux sans perspective : tout y est mis sur le même plan. Il a fallu généralement l'accomplissement des divins oracles pour que la séparation ait pu être opérée. Toutefois, quoique, d'une manière générale, Dieu ait jugé suffisant d'annoncer la fondation de son royaume sans en fixer la date et le mode de réalisation, il arrive parfois que les prophètes indiquent clairement l'époque des événements qu'ils prédisent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''246 — 4° Les prophètes de l'Ancien Testament.''' — A prendre comme points de comparaison l'étendue et l'importance de leur œuvre, les prophètes se divisent en deux classes : les ''grands ''et les ''petits ''prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Les premiers, au nombre de quatre, sont : Isaïe, Jérémie avec Baruch pour appendice, Ézéchiel et Daniel. — ''b) ''Les seconds, au ombre de douze, sont : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'ère prophétique s'ouvrit avec Abdias&amp;lt;ref&amp;gt;En réalité, il est très difficile de déterminer l'époque à laquelle a vécu Abdias « Les uns, dit Vigouroux, le regardent comme le plus ancien des petits prophètes, les autres le font vivre du temps de la captivité... On peut, néanmoins, sans affirmer le fait somme certain, regarder le prophète Abdias comme le plus ancien de tous ceux dont les écrits nous ont été conservés. »&amp;lt;/ref&amp;gt; au début du ixe siècle avant Jésus-Christ et fut close avec Malachie, vers l'an 435 : c'est donc une période de quatre siècles et demi qu'elle embrasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre les grands et les petits prophètes dont nous venons de citer les noms, il y eut dans l'Ancien Testament une longue suite d'hommes illustres qui méritent le nom de prophètes, entendu dans le sens large du mot, c'est-à-dire qui ont été soit auprès du peuple d'Israël, soit auprès de ses chefs, les représentants et les interprètes des volontés divines. Tels sont Moïse, le libérateur et le législateur du peuple hébreu ; Samuel qui détourna Israël des cultes de Baal et d'Astaroth ; Nathan sous le règne de David, et David lui-même ; Élie et Elisée qui, après le schisme d'Israël, furent chargés par Dieu de restaurer le vrai culte de Jahvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §  2.   —   Le fait des prophéties messianiques =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
247. — Est-il vrai, comme l'affirme la ''majeure ''de l'argument prophétique, qu'il existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie? Telle est la première question qui se pose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'étudier longuement les livres de l'Ancien Testament, et en particulier, les écrits des prophètes, pour constater qu'il règne dans toute l'histoire juive une grande pensée, une idée-maîtresse, ou comme on Fa dit, une idée-force, laquelle revient partout comme un invariable leitmotiv et tient une si grande place dans la vie et l'âme de la nation : cette idée c'est l’idée ''messianique. ''Mais que faut-il entendre par là? L'idée messianique comprend deux choses : — ''a) ''Elle est d'abord ''l'attente d'un royaume ''qui doit s'établir un jour, — par l'intermédiaire et sous la domination d'Israël, — groupant tous les peuples dans le culte du vrai Dieu, reconnu désormais et adoré partout comme le Maître de l'univers. — b) Elle est, en second lieu, ''l'attente d'un roi, ''— « Oint ou Messie » — chargé d'établir ce royaume universel, d'en être le roi terrestre et d'être un jour au ciel le roi des élus, le juge qui récompense les bons et précipite les méchants dans la géhenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, les prophéties ont un ''double objet. ''Elles concernent soit le ''royaume futur, ''soit le ''Roi ''qui instaurera et régira le royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''248. — 1° Prophéties concernant le royaume.''' — ''L'attente messianique ''concernant le ''futur royaume ''peut être envisagée au triple point de vue de son ''origine, ''de sa ''nature ''et du ''rôle joué far les prophètes ''dans la genèse de cette idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ORIGINE DE L'ESPÉRANCE MESSIANIQUE. ''— Le moindre examen des Livres sacrés indique qu'il ne faut pas en chercher d'autre que les ''révélations ''et les ''promesses divines. ''Celles-ci remontent aux origines de l'humanité. Adam et Eve avaient à peine commis leur péché de désobéissance que Dieu leur promettait un rédempteur ''(Gen., ''iii, 14, 15), Maintes fois Dieu renouvela ses promesses de bénédictions : plus spécialement il les adressa à Noé, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Voici, du reste, parmi ces promesses prophétiques, les deux plus solennelles et les plus précises : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans votre race, dit le Seigneur à ''Abraham, ''parce que vous avez obéi à ma voix. ''»(Gen., ''xxii, 18). « Le sceptre ne sortira pas de Juda, dit le prophète ''Jacob ''à son quatrième fils Juda, jusqu'à ce que vienne un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne ''l'Envoyé qui rassemblera les peuples. »(Gen., ''xlix, 8 et suiv.). Ainsi, des les premières heures de l'humanité, Dieu annonce déjà son ''plan, ''non pas certes en formules expresses qui marquent tous les détails de l'œuvre future, mais en paroles suffisamment claires pour faire comprendre au peuple juif qu'il a un grand rôle à jouer dans l'œuvre annoncée, pour découvrir à son regard de brillantes perspectives, des horizons lumineux et pour éveiller dans son âme de grandes espérances. A la lumière de ces promesses, il devient facile d'apercevoir dans les multiples péripéties de l'histoire juive, à la fois ''l'unité ''et la ''continuité du plan divin. ''Celui qui y regarde de près, constate sans difficulté que, si l'œuvre se prépare et se développe avec une mystérieuse lenteur, avec des moments d'interruption, ou tout au moins, de ralentissement, elle n'en poursuit pas moins la route avec un progrès indéfini. A travers les vicissitudes de fidélité, et de défection du peuple juif, l'on discerne toujours la volonté de Dieu de garder au sein d'une nation élue le ''monothéisme, ''appelé à devenir un jour la religion de toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''NATURE DE L'ATTENTE MESSIANIQUE. ''— On ne saurait contester qu'il se mêle dans l'idée messianique deux éléments tout à divers. L'établissement du futur royaume, du règne universel de Dieu, est lié dans la pensée juive au ''rétablissement de leur royaume terrestre. ''Cette espérance d'une restauration nationale est tellement ancrée dans tous les cœurs que, au moment de l'Ascension de leur Maître, les Apôtres lui posaient encore cette question ; « Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » ''(Actes, ''i, 6). Il y a cependant des oracles où le côté temporel de l'espérance messianique ne tient aucune, ou presque aucune place ''(Is., ''ii, 2, 5 ; xi, 1, 8 ; xlii, 1, 4 ; l, 4, ii ; lii, 13 ; liii, 12). De nombreuses prophéties décrivent la nature du futur royaume sous les traits d'une union intime entre Dieu et l'âme de chaque fidèle ''(Osée, ''ii, 19). D'autre part, le fait que les prophéties annoncent que tous les peuples participeront au royaume messianique, indique bien que tout ce qui constitue le particularisme juif dans le domaine religieux et politique, sera un jour abrogé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ROLE DES PBOPHÈTES&amp;lt;ref&amp;gt;Le but que nous poursuivons ici étant uniquement de montrer le rôle des prophètes dans l'origine de l'espérance messianique, nous n'avons pas à rechercher la date précise où leurs livres furent composés. Il suffît qu'ils aient été antérieurs à l'avènement du Christ (V. N° 251).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le rôle des prophètes, dans la genèse et le développement de l'espérance messianique, fut certainement dé tout premier plan. — 1. Ils ont d'abord été les ''défenseurs du monothéisme. ''A toutes les époques de l'histoire, et avant les prophètes proprement dits, Dieu suscite des hommes qui doivent être les interprètes de ses volontés et de ses desseins. C'est Moïse, le législateur d'Israël qui prêche le culte exclusif de Jahvé, Maître souverain, Seigneur juste et bon, miséricordieux à ceux qui l'aiment et gardent sa loi. C'est Samuel qui détourne les Hébreux des cultes idolâtriques de Baal et d'Astaroth. Ce sont, après le schisme d'Israël, Élie et Elisée qui chassent les fausses divinités et rétablissent le vrai culte. — 2. Ils ont annoncé que le monothéisme, qui constituait le dogme principal de la religion juive, ''s'étendrait à toutes les nations de l’univers. ''C'est Isaïe qui prédit que Jérusalem deviendra un jour le centre du vrai culte où « toutes les nations afflueront » ''(Is., ''ii, 2). C'est Jérémie qui ne craint pas de déclarer aux Juifs que la religion n'est pas seulement un pacte social entre Jahvé et Israël, mais encore une union intime entre Dieu et l'âme de chaque croyant, union intime qui convient aux étrangers, aux Gentils comme aux Juifs. C'est Ézéchiel, le plus grand des prophètes de la captivité, qui soutient la foi et l'espérance des Juifs malheureux et châtiés pour leurs crimes, mais non pas abandonnés de Dieu, et qui leur prédit la résurrection d'Israël. Ce sont les trois prophètes postexiliens : Aggée, Zamier et Malachie qui annoncent le futur royaume messianique ; c'est Malachie, en particulier, qui entrevoit un ordre de choses nouveau, et un nouveau sacrifice ( ''Mal. ''i, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, le ''rôle des prophètes ''au sujet du royaume à venir fut ''double. ''— Leur première mission fut de garder intacte chez le peuple juif la ''foi en un Dieu unique, ''et de maintenir l'adoration exclusive de Jahvé. — La seconde mission qui fut réservée, d'une manière plus spéciale, aux prophètes proprement dits, fut ''d'annoncer, ''pour un avenir plus ou moins rapproché, un ''ordre nouveau, ''une ''religion spirituelle ''qui ferait une plus large part au culte intérieur, une religion non plus nationale et restreinte au peuple juif, mais ''universelle, ''à laquelle tous les hommes seraient appelés, et qui serait ainsi comme le complément de l'antique religion juive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''249. — 2° Prophéties concernant la personne et l'œuvre du Messie. '''— Pour établir le royaume en question, Dieu enverra son représentant. Or les prophètes ne se contentent pas d'annoncer cet ''Envoyé ''ou ''Messie&amp;lt;ref&amp;gt;Il convient de remarquer que les deux termes Envoyé et Messie qui, dans le lan­gage courant, sont employés indistinctement l'un pour l'autre, ne sont pas en réalité des termes équivalents. Le mot Messie, transcription de l'hébreu Meschiah, et synonyme dU mot grec Christos, signifie : oint, sacré, de sorte que, quand nous disons Messie, nous voulons désigner un personnage oint, sacré par Dieu, et non pas un Envoyé.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; longtemps à l'avance ils en déterminent ''l'origine, ''la ''naissance, ''les ''fonctions ''et le ''mode ''dont il accomplira son œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Le Messie sera de la race d'Abraham ''(Gen. ''xii) et de la famille de David (II ''Sam., ''vii).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''SA NAISSANCE. ''— 1. La ''date. ''Le Messie ne viendra pas avant que le sceptre soit sorti de Juda ''(Gen., ''xlix, 10) : voilà déjà une indication très précieuse ; mais la célèbre prophétie de Daniel est autrement précise, puisqu'elle fixe l'époque de la venue du Christ, cinq siècles&amp;lt;ref&amp;gt;Les rationalistes prétendent que le livre de Daniel ne serait pas de Daniel ; il aurait été composé beaucoup plus tard. La chose importe peu, puisque aussi bien Ils reconnaissent que le livre est antérieur à l'ère chrétienne, au moins de deux siècles, et que par conséquent il y a eu prophétie. Et comment pourraient-ils ne pas le reconnaître? Sans compter qu'il est rapporté, dans l'Évangile, que Notre-Seigneur cite la prophétie de Daniel lorsqu'il annonce que l'abomination de la désolation doit fondre sur Jérusa­lem (Mat., xxiv, 15), il est bien certain que les Juifs n'auraient jamais inscrit le livre de Daniel parmi leurs livres sacrés, s'il avait été composé après l'Évangile.&amp;lt;/ref&amp;gt; avant l'événement : « Depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, dit le prophète Daniel, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort» ''(Dan., ''ix, 25-26). Suivant les paroles du prophète Daniel qui tient son inspiration de l'ange Gabriel, le Messie sera mis à mort dans la semaine qui viendra lorsque sept semaines et soixante-deux semaines, c'est-à-dire soixante-neuf semaines (d'années), seront écoulées après le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem : ce qui nous donne le chiffre approximatif de 486 ans. Or en retranchant 33 ans, — âge probable du Christ à sa mort, — de 486, on obtient l'année 453 qui nous conduit en plein règne d'Artaxerxés Longuemain, auteur de l'édit permettant de rebâtir Jérusalem. — 2. ''Le lieu. ''Le Messie doit naître à ''Bethléem, ''d'après le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petite entre les mille de Juda ; de toi sortira celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine est dès le commencement; dès les jours de l'éternité. » ''(Michée, ''v, 2). — 3. ''Le caractère miraculeux de sa naissance : ''« Une vierge concevra, est-il dit dans Isaïe (vii, 14), et elle enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''SES FONCTIONS. — ''Le Messie exercera la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. Le Messie sera ''roi ; ''comme les autres rois, il sera appelé et sera, d'une manière plus éminente, le Fils de Dieu ''(Ps., ''ii, 7) ; mais sa royauté sera toute spirituelle ''(Is., ''xlix, 6) et pacifique ; il sera le « Prince de la paix » ''(Is., ''ix, 5). — 2. Le Messie sera ''prêtre. ''Ainsi le dépeint David dans un de ses psaumes (cx, 1-5). « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse ramper vos ennemis à vos pieds... Le Seigneur l'a juré, il ne se rétractera point : vous êtes ''prêtre ''pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Les anciens docteurs juifs ont reconnu dans ces paroles du Roi-prophète les traits du Messie. — 3. Le Messie sera ''prophète (Deut., ''xviii, 15 ; ''Is.,'' lxi, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''LE MODE DONT IL ACCOMPLIRA SON ŒUVRE. — ''Nous le trouvons décrit en entier dans la ''seconde partie d'Isaïe, ''dans ''quelques passages de Zacharie ''et dans ''quelques psaumes, ''en particulier le psaume xxi. Dans Isaïe, le Messie est représenté comme le ''serviteur de Dieu ''qui sauvera son peuple, non pas en écrasant ses ennemis, mais par son humble obéissance, par sa passion et sa mort ignominieuse : le chemin de la croix sera donc le chemin du salut. Avant de remporter la victoire et de consommer son œuvre de rédemption, le Messie subira toutes les humiliations : il sera trahi par l'un des siens ''(Ps., ''xl, 10), vendu pour trente pièces d'argent ''(Zach., ''xi, 12-13) ; il sera flagellé, rendu semblable à un lépreux, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple ''(Ps., ''xxi) ; on lui donnera le fiel en nourriture et le vinaigre en breuvage ''(Ps., ''lxviii). Il aura les pieds et les mains percés ; les soldats tireront ses habits au sort ''(Ps., ''xxi, 17,19); son cœur sera percé d'une lance ''(Zach., ''xii, 10). Mais les humiliations du Christ seront suivies de sa glorieuse ''résurrection ''et de son ''ascension ; ''son corps ne sera pas livré à la corruption ''(Ps., ''xv, 10) ; il ressuscitera le troisième jour ''(Osée, ''vi, 3). Puis triomphant il s'élèvera de la montagne des Oliviers ''(Zach., ''xiv, 4) et ira s'asseoir à la droite de Dieu (Ps., cix, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, la vie de Jésus est déjà écrite, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Les circonstances en sont si bien marquées qu'il sera facile de constater si le Messie attendu en réalise toutes les conditions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Réalisation des prophéties messianiques en Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
250. — Or les ''prophéties messianiques, ''dit la mineure de l'argument prophétique, se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et dans ''l’œuvre de Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La personne de Jésus a réalisé les prophéties messianiques'''. — Jésus est-il bien l’''Envoyé ''annoncé par les prophètes pour fonder le royaume attendu ? A-t-il réalisé dans sa ''personne ''tous les traits marqués par les prophètes au point de vue de ''l'origine, ''de la ''naissance, ''des ''fonctions ''et de la ''manière ''dont l'œuvre messianique devait être accomplie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Jésus est de la race d'Abraham ; il appartient à la famille de David, comme le prouvent les tableaux généalogiques de saint Matthieu et dé saint Luc, les exclamations des infirmes qui implorent son assistance : « Ayez pitié de nous, ''fils de David ''»( ''Mat., ''ix, 27), et les acclamations de la foule le jour des Rameaux : « Hosanna au fils de David» ''(Mat., ''xxi, 9, 15). — B. ''SA NAISSANCE. — ''Jésus est né : — 1. au ''temps ''marqué par les prophètes, alors que la Judée était tombée sous la domination romaine et que le sceptre était par conséquent sorti de Juda ; — 2. au ''lieu ''indiqué et de la ''manière ''prédite ''(Luc, ''i, 34 ; ii, 1, 7). — C. ''SES FONCTIONS. ''— Jésus a exercé la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. de ''roi. ''Devant Pilate, il a affirmé qu'il était roi, mais que sa royauté n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 37), qu'elle était spirituelle et devait s'établir, non par la force des armes, mais par la persuasion des cœurs ''(Mat., ''xviii, 18) ; — 2. de ''prêtre. ''Jésus s'offrit lui-même volontairement en sacrifice sur l'arbre de la croix, et il a voulu que ce sacrifice de son corps et de son sang se renouvelât jusqu'à la fin des siècles ; — 3. de ''prophète. ''Jésus a prédit l'avenir, comme nous aurons l'occasion de le dire plus loin (Nos 255 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''MANIÈRE DONT JÉSUS ACCOMPLIT L'ŒUVRE MES­SIANIQUE. ''— L'on connaît trop bien tous les détails de l'histoire de Jésus, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter : inutile donc de montrer que Jésus, par les humiliations de sa vie, par sa passion ignominieuse, par sa mort infâme sur la croix, a réalisé le programme tracé par les prophètes, en particulier par Isaïe et le Roi-prophète au psaume xxi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
251. — '''2° L'œuvre de Jésus a réalisé les prophéties messianiques.''' — Est-il vrai que Jésus a établi le ''royaume attendu ''et qu'il a ainsi réalisé l'espérance messianique? L'histoire est là pour nous attester que Jésus-Christ a vraiment fondé une religion dont les racines plongent dans le judaïsme, une religion qui peut être considérée comme la continuation et le perfectionnement de la religion mosaïque. Sans doute, il n'a pas établi le royaume temporel que les Juifs, avides de jouissances matérielles, avaient entrevu dans leurs rêves de grandeur terrestre, mais il a fondé le vrai royaume, celui où Dieu régnerait et étendrait sa domination spirituelle sur les âmes. Mais est-il vrai, se demandera-t-on peut-être, que celui-là même, le règne du vrai Dieu, se soit implanté de la ''manière ''que l'annonçaient les prophètes? Il semble bien qu'il ne soit pas difficile d'en faire la démonstration. — 1. Remarquons d'abord, que la diffusion du culte de Jahvé au milieu du monde, a eu ''Israël pour intermédiaire, ''comme il était prédit. Le christianisme n'a-t-il pas été propagé par douze fils d'Israël? Il est vrai que, pour accomplir leur œuvre, ils ont dû rompre avec de nombreuses exigences de l'Ancienne Loi. Pour rendre la religion chrétienne accessible à tous les peuples, ils ont dû se débarrasser des observances légales et attacher plus de prix au culte intérieur consistant dans le respect et surtout l'amour de Dieu. Mais précisément les prophètes leur avaient préparé la voie. Il en est, en effet, parmi eux, qui, dans leurs perspectives d'avenir, considèrent déjà comme secondaires les formes liturgiques du. judaïsme et qui renoncent aux objets les plus sacrés du culte israélite : c'est ainsi que Jérémie prévoit le jour où, non seulement il n'y aura plus d'arche d'alliance, mais où le temple de Jérusalem pourra disparaître comme celui de Silo ''(Jér., ''vii, 12, 15). — 2. Il est certain, d'autre part, que le monothéisme a depuis longtemps franchi les limites de la Judée, et il est permis de dire, sans exagération, que, si la religion chrétienne n'est pas devenue la religion de tout l'univers, elle est au moins ''répandue par tout l’univers ''et elle s'est implantée parmi les nations les plus civilisées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de conclure, nous avons à nous demander si ''les oracles ''qui annonçaient le Messie remplissent les ''conditions ''de la prophétie proprement dite (Nos 172 et 173). Étaient-ils la prévision certaine et l'annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles? Il est facile de démontrer que les oracles messianiques avaient les caractères requis pour être de véritables prophéties. — ''a) ''Ils étaient d'abord des ''prédictions certaines, ''et non conjecturales. La preuve en est que l'attente messianique était générale, comme en témoignent les Évangiles et même les auteurs profanes : juifs et païens. — ''b) ''Ils étaient l'annonce de ''choses futures. ''Il est certain que les livres prophétiques existaient plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, puisqu'ils se trouvent dans la version alexandrine des Septante commencée au IIIe siècle et terminée vers 130 avant Jésus Christ. Même les rationalistes qui contestent l'authenticité de la seconde partie d'Isaïe et reportent la prophétie de Daniel beaucoup plus tard, ne mettent pas en doute l'existence des livres prophétiques avant l'avènement de Jésus, et ils admettent que, du moins dans l'ensemble, ils ont été composés entre le IXe et le Ve siècle avant Notre-Seigneur. Les prophéties n'ont donc pas été forgées après coup. — 3. Ils étaient l'annonce de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles. ''Qu'il s'agisse du règne de Dieu lui-même ou du Roi qui devait en être le fondateur, aucune cause naturelle ne pouvait les faire entrevoir cinq siècles à l'avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Il est donc permis de conclure : — 1. qu'il y a dans l'Ancien Testament de ''véritables prophéties messianiques ; ''et — 2. que Jésus les a ''réalisées ''dans sa ''personne ''et dans son ''œuvre, ''si bien qu'on peut accepter cet adage connu de l'École :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Novum Testamentum in Veteri latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Vetus Testamentum in Novo latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bien vrai que le Nouveau Testament se trouve déjà en germe dans l'Ancien, et que l'Ancien à son tour ne s'explique que par le Nouveau.&amp;lt;ref&amp;gt;L'on remarquera que nous n'avons fait usage, dans l'argument prophétique, que des textes qui peuvent être entendus au sens littéral, mais il y en a beaucoup d'autres que l'exégèse chrétienne a toujours considérés comme formant des prophéties spiri­tuelles ou figuratives, dominée qu'elle a toujours été « par ce principe que toute l'éco­nomie de la Loi était figurative de l'ordre futur, que les personnages, les institutions, les usages d'antan étaient des symboles, des types, des ombres, de ce qui devait se réali­ser dans l'avenir... Les apologistes ont donc le droit de voir dans les interventions de Dieu au cours de l'histoire juive, le prélude des interventions futures et dans les grandes âmes de l'Ancien Testament les figures de celles du Nouveau, et en particulier de celle qui devait dominer toutes les autres, et dans les vieux rites mosaïques eux-mêmes l'ombre des augustes réalités dé l'ordre nouveau» (Touzard)&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''252. — Objections'''. — 1° Certains rationalistes (Kuenen, Darmesteter, J. Réville, Loisy) font appel à la ''doctrine de l'évolution ''pour dépouiller les prophéties de tout ''caractère surnaturel. ''Dans leur hypothèse, les prédictions dont nous avons parlé, s'expliqueraient par une ''évolution de la pensée ''dont ils marquent les différentes phases, à peu près comme il suit. A la première étape, ils signalent l’''apparition soudaine du prophétisme, ''sortant d'une cause inconsciente, et se manifestant comme Un phénomène nouveau dans l'histoire d'Israël. Hommes transcendants, les prophètes parvinrent, par la supériorité de leur esprit, à la conception du monothéisme le plus pur, c'est-à-dire à la notion d'un Dieu unique, créateur et maître du monde. De là à reporter ces attributs sur leur Dieu à eux, sur Jéhovah, il n'y avait qu'un pas. Concevant donc leur Dieu comme le Dieu unique, créateur et maître du monde, ils passèrent facilement à cette idée que Jéhovah triompherait un jour partout, et qu'il serait adoré, non plus seulement dans le temple de Jérusalem, mais dans tout l'univers. Et puisque c'était leur Dieu qui devait triompher, il ne faut pas s'étonner que, par un développement normal de leur pensée, ils aient prédit que le soin d'établir le règne universel de Jéhovah reviendrait à Israël, et que, plus particulièrement, un descendant de la race de David serait chargé de cette mission. C'est ainsi, en flattant les vœux et les rêves de domination de leurs compatriotes, en leur montrant dans l'avenir le jour où ils seraient délivrés de leurs ennemis et domineraient eux-mêmes les autres nations, qu'ils exercèrent un si grand ascendant sur leurs contemporains. La pensée des prophètes a donc travaillé l'âme des Juifs ; elle y a fait naître cette grande ''espérance ''qu'on appelle l’idée ''messianique. ''Et comme les idées ont une tendance à se traduire dans les faits, il est arrivé qu'un jour il s'est trouvé un personnage qui s'est cru le Messie, et qui s'est attribué les titres et la mission indiqués par les oracles prophétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— La thèse rationaliste qui prétend trouver dans l'évolution une explication très simple des prophéties messianiques, est fausse à son ''point de départ ''et à son ''point d'arrivée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''AU POINT DE DÉPART, ''elle suppose que l'origine du monothéisme s'explique par des ''causes naturelles. ''Or ceci est ''en contradiction avec les faits. ''— 1) Notons tout d'abord que les prophètes sont les premiers à avouer qu'ils n'exposent pas leur propre doctrine, mais ce qu'ils ont appris par révélation. Ainsi Amos déclare qu'il a été envoyé par le Seigneur « comme prophète vers le peuple d'Israël » ''(Amos, ''vii'', ''15) ; Jérémie dit que ses paroles sont celles de Dieu ( ''Jér., ''i, 2). Du reste, il suffit de les lire pour se convaincre aussitôt qu'ils n'argumentent pas comme des philosophes, mais qu'ils parlent en ''voyants ''et décrivent ce que Dieu leur manifeste. — 2) En dehors du propre témoignage des prophètes, le principe de l'évolution, c'est-à-dire la loi du déterminisme qui veut que les mêmes causes placées dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, n'explique pas pourquoi le peuple d'Israël seul a eu des prophètes, tandis que les peuples voisins, de même race, de même origine, de même climat comme les Iduméens, n'en ont pas eu, ou n'ont eu que des devins, qui n'avaient pas de plus grande importance que nos somnambules modernes. Le monothéisme des prophètes n'est donc pas explicable par une cause naturelle (V. N° 213).— 3) IL n'est pas plus juste de prétendre que les prophètes prirent un grand ascendant sur leurs contemporains parce qu'ils surent entrer dans leurs idées et flatter leurs rêves. En prêchant le monothéisme, ils allaient au contraire, contre leurs instincts charnels et leurs passions qui les entraînaient si souvent vers l'idolâtrie. En annonçant que le culte du vrai Dieu, de leur Dieu à eux, s'étendrait un jour à toutes les nations de l'univers, ils ne leur étaient pas plus agréables, tant il répugnait à ce peuple si particulariste et si exclusif, de partager ses privilèges avec les Gentils qu'il détestait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''LE POINT D'ARRIVÉE ''de la thèse rationaliste n'est pas plus solide. L'on soutient que l'idée messianique, une fois jetée dans la circulation par les prophètes, y a travaillé à la manière d'une ''idée-force ''qui s'est emparée des esprits, les a échauffés et y a produit une telle effervescence que l'idée a fini par se résoudre en fait. Or tout ceci est encore ''contraire à l'histoire. ''Le règne des prophètes n'a duré qu'un peu plus de quatre siècles ; leur voix qui annonçait l'établissement du royaume messianique s'est fait entendre du IXe au Ve siècle avant Jésus-Christ ; puis tout d'un coup elle s'est tue et, pendant quatre siècles, elle est restée muette. Il n'y a donc pas eu progrès, développement de l'idée, comme le voudrait la loi de l'évolution. Les rationalistes devraient donc nous expliquer comment le mouvement d'opinion, la marche de l'idée, le prophétisme, en un mot, s'arrête tout d'un coup pendant quatre cents ans, et ne reprend son évolution qu'à l'avènement de Jésus. Et non seulement l’''idée ne progresse pas ; ''au lieu de se développer et de se préciser, elle ''dévie de la pensée des prophètes. ''Ceux-ci avaient parlé d'une religion de l'avenir plus spirituelle et plus élevée, d'un culte du cœur où l'amour de Dieu et de la justice tiendraient une plus large place, et pendant quatre siècles, les Juifs se cantonnent dans un ritualisme étroit, dans une foule d'observances mesquines qui faussent les conceptions prophétiques. Les prophètes avaient annoncé le règne universel de Dieu, et les Juifs pratiquent, comme nous l'avons dit plus haut, un exclusivisme jaloux, ne traitant pas avec les autres peuples, les méprisant et en étant méprisés, s'attachant à la partie matérielle des prophéties, au point qu'ils ne surent jamais y renoncer, pas même lorsque l'espérance messianique se présenta devant eux comme un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons ''donc que la théorie de l'évolution ne rend pas compte de l'existence des prophéties messianiques, et que la seule explication qui reste valable c'est la ''révélation divine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
253. — 2° Mais si tant est, ''objectent ''encore les rationalistes, qu'il y a eu des prophéties messianiques, elles ne se sont pas réalisées. Les Juifs n'ont connu ni la félicité temporelle ni le rétablissement du royaume d'Israël que les prophètes leur avaient prédits. Tout au contraire, ils ont vu la destruction de leur temple, la ruine de Jérusalem et leur dispersion à travers le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Il convient de distinguer dans les prophéties un double élément : l'élément spirituel et l'élément matériel. — a) Que ''l'élément spirituel ''qui tenait la première place se soit réalisé, c'est ce que nous avons déjà démontré (N° 251). — ''b) ''Quant à l’''élément temporel, ''il apparaît au premier abord que les prophéties ont été mises en défaut ; il n'en est rien cependant. Car : — 1. les promesses de prospérité matérielle et nationale ne formaient qu'un ''élément secondaire ''dans l'espérance messianique et n'avaient d'autre but que de ''servir de cadre à l'élément spirituel. ''I1 fallait bien que Dieu accommodât ses révélations à la mentalité de ses destinataires. La part excessive que les Juifs firent dans leurs conceptions à l'élément temporel prouve bien qu'ils n'auraient jamais consenti à être les propagateurs du culte de Jahvé, s'ils n'avaient espéré en même temps la restauration de leur royaume temporel. — 2. De plus, il faut remarquer que les ''promesses ''de Dieu concernant la félicité terrestre et le rétablissement du royaume d'Israël, ont toujours été ''conditionnelles. ''Les prophètes n'ont jamais cessé de lier l'avenir temporel des Juifs à leur fidélité à Jahvé. Il n'y a plus dès lors à s'étonner si les Juifs, persévérant dans leur endurcissement et leur orgueil, s'obstinant à ne pas vouloir reconnaître le Messie, ont été privés du bénéfice des promesses matérielles dont le rôle était accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
254. — 3° Si les prophéties avaient été ''claires, ''les Juifs n'auraient pas refusé en si grand nombre de reconnaître le Messie qu'ils attendaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse- '''— Remarquons d'abord que, si Jésus n'avait pas été persécuté et rejeté par les siens, s'il n'avait pas été mis à mort par eux, — bref, s'il avait été reconnu par le peuple juif, — il ne serait pas le Messie, puisque les oracles messianiques qui annonçaient ces différents points, ne se seraient pas réalisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela, l'on a toujours le droit de se demander comment les Juifs ont pu se tromper en si grand nombre sur l'interprétation des prophéties, et comment il se fait que les uns se sont convertis au christianisme, tandis que les autres se sont obstinés dans le judaïsme. — « Les Israélites, dit l'abbé de Broglie, qui ont résisté à la lumière de l'Évangile, ceux qui n'ont pas voulu recevoir le Messie, s'étaient attachés d'avance à la conception d'un royaume temporel ; ils s'y étaient tellement attachés qu'ils ne voulaient point s'en déprendre. Ils tinrent à cette conception au point de tout sacrifier, et, dès qu'ils virent que le Sauveur s'écartait de leur pensée, ils le rejetèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres, au contraire, et les premiers disciples du Christ, avec cette même conception, avaient l'esprit plus simple, plus soumis et plus docile. Ils avaient reconnu en Jésus-Christ le caractère du Messie ; et saisis d'admiration par sa sainteté, par sa sagesse, par ses œuvres incomparables, certains qu'il était le Fils de Dieu, ils sacrifièrent leur propre pensée à son enseignement. Ils se dirent : « Voilà comment nous comprenions les prophéties, mais peut-être nous nous trompions. Et, avec répugnance, sans doute avec peine, en sacrifiant leur propre jugement, ils acceptèrent dans leur vrai sens les paroles de Notre-Seigneur. Ils avaient résisté d'abord : ils se soumirent et l'événement leur donna raison'''. '''»&amp;lt;ref&amp;gt;« N'est-ce pas ce qui se passe encore de nos jours ? continue l'abbé de Broglie (Les prophéties messianiques, seconde conférence). Que de difficultés, que d'objections contre la foi sont venues de ce que, pareils en cela aux Juifs obstinés, nous nous étions fait de la religion une conception qui n'était pas la conception de Dieu I Bien des per­sonnes avaient rêvé une Église dégagée de tout lien terrestre ; lorsqu'elles ont vu qu'afin de pourvoir aux besoins des ministres et du culte on demandait de l'argent, elles ont abandonné une société qui ne répondait pas à leur idéal. D'autres ont imaginé une Église dont la sainteté exclurait de ses adeptes et de ses ministres toute faute, toute imperfection. Là où ils rencontrent le moindre scandale, ils ne reconnaissent plus l'Église et ils s'en vont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Pour d'autres, c'est la Providence qui est en cause. Dieu est juste : donc il doit châtier les méchants, il doit récompenser les bons. S'il ne le fait pas immédiatement, Dieu a tort, il n'y a pas de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ou bien : Dieu est bon, donc il ne doit imposer aux hommes qu'une certaine mesure d'épreuves. Si la mesure leur parait dépassée, Dieu n'est pas bon, et, en conséquence, Dieu n'est pas. C'est imiter la conduite des Juifs, c'est se former soi-même une certaine conception de Dieu, de sa Providence, de sa religion et de son Église, s'obstiner dans cette conception, et tout lui sacrifier. Et, s'il arrive que Dieu ne se plie pas à nos désirs, a notre conception, on donne tort a Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'ont fait les Apôtres? Ils ont reconnu, ils ont senti, à un certain jour, que Jésus-Christ était le Messie, et dès qu'ils eurent reconnu cette autorité divine du Messie, ils se remirent entre ses mains. Ils ont accepté tout ce qu'il voulait, même ce qui leur répugnait le plus et qu'ils comprenaient le moins, même l'idée que le roi glorieux d'Is­raël, le fils de David qui devait régner sur les douze tribus, et sur toutes les nations, serait cloué sur un gibet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que ce passage soit indépendant de l'argument prophétique, il nous a paru intéressant de le citer à cause de son caractère apologétique d'application quotidienne.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Touzard, art. ''La religion juive ''(Dict. d'Alès) ; ''Sur l'étude des prophètes de l’Ancien Testament ''(Rev. pr. d'Ap. 1907-1908) ; ''L'argument prophétique ''(Bloud). — Abbé de Broglie, ''Questions bibliques ; Les prophéties messianiques ''(Bloud). — S. Protin, ''L'argument prophétique ''(Rev. Augustinienne, 15 octobre 1909). — Mgr Pelt, ''Histoire de l'Ancien Testament ''(Lecoffre). — Mgr Meignan, ''Les Prophètes d'Israël et le Messie. ''— Condamin, ''Le livre d'Isaïe ''(Lecoffre). — Lagrange, ''Le Messianisme chez les Juifs ''(Gabalda). — Le Hir, ''Les prophètes d'Israël. ''— Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Abbé Frémont, ''La divinité de Jésus-Christ et la libre-pensée ''(Bloud). —Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Bossuet, ''Discours sur l'Histoire universelle, ''2e partie, chap. iv. — Lacordaire, 41e conférence. — Monsabré, ''Introduction au dogme catholique, ''16e et 17e conférences. —A. Nicolas, ''Études philosophiques sur le christianisme, ''t. II (Vaton). — Tanquerey, ''Théologie fondamentale. ''— Valvekens, ''Foi et raison ''(de Meester).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre IV. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties, par ses miracles et par sa Résurrection. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT ''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver qu'il disait vrai lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie (voir chapitre II), Jésus ne s'est pas borné à réaliser en sa personne et en son œuvre les prophéties de l'Ancien Testament ; il a voulu encore appuyer sa parole par des signes propres à authentiquer sa mission et à en démontrer l'origine divine. Ces signes sont : 1° les ''prophéties ; ''2° les ''miracles ; ''et 3° le miracle suprême de sa ''résurrection. ''Nous traiterons ces trois points dans les trois articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois choses sont nécessaires pour que les prophéties de Jésus aient la valeur d'un signe confirmatif de son affirmation. Il faut : 1° que les ''prédictions ''qu'il a faites se soient ''réalisées ; ''2° que ces prédictions remplissent les ''conditions de la vraie prophétie ; ''et 3° qu'elles aient été faites en ''confirmation ''de sa parole, ou si l'on veut, de la vérité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §   1. — Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
255. — Tous les Évangélistes sont d'accord pour attribuer à Jésus le don de prophétie, la faculté de deviner les secrets des cœurs et de lire dans l'avenir. D'après, leur commun témoignage, Jésus a fait des prophéties relatives : — 1° à ''lui-même ;. ''— 2° à ''ses disciples ; ''— 3° aux ''destinées de l'Église et des Juifs ; ''— 4° à la ''ruine de Jérusalem ''et du ''temple ''et à la ''fin du monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Relativement à lui-même.''' — Jésus a prédit sa ''passion, ''sa ''mort ''et sa ''résurrection. ''Un jour qu'il allait à Jérusalem avec ses douze Apôtres, « il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux Gentils ; et ils l'insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour (''Marc, ''x, 32, 34). Il est superflu de prouver, par le témoignage des Évangélistes qui rapportent la Passion, le crucifiement et la Résurrection de Jésus, que ces prédictions se sont réalisées à la lettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''256. — 2° Relativement à ses disciples'''. — Jésus a prédit la ''trahison de Judas, ''la ''fuite des Apôtres ''et le ''triple reniement de Pierre. ''Au cours de la célébration de la Cène, Jésus annonce ainsi ce qui doit arriver : « Et pendant qu'ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l'un de vous trahira ... Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront ''dispersées. ''Mais après que je serai ''ressuscité, ''je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ''(Mat., ''xxvi, 21, 31-34). — Jésus annonce aux Apôtres les ''persécutions ''qui les attendent, « Mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez traduits à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. ''» (Mat., ''x, 17, 18). — Jésus prédit à ''Pierre son futur martyre, ''et lui annonce « par quelle mort il devait glorifier Dieu. » ''(Jean, ''xxi, 18, 19). — Que l'avenir ait réalisé ces prédictions, les événements sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
257, — 3° '''Relativement aux destinées de l'Église et des Juifs. '''— a) ''DESTINÉE DE L'ÉGLISE. ''— Jésus annonce : — 1. La ''descente du Saint-Esprit sur les Apôtres ''et l'admirable ''propagation de l'Église. ''Avant son Ascension, il leur dit : « Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. ''» (Actes'', i, 8). Ainsi Jésus prédit que le Royaume de Dieu qui a des débuts si humbles, ira grandissant, tel l'imperceptible grain de sénevé qui peu à peu devient un grand arbre ''(Mat., ''xiii, 32). — 2. Il promet à son Église l’''indéfectibilité. ''Il dit, en effet, à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » ''(Mat''., xvi, 18). L'histoire en main, il serait facile d'établir que l'Église a eu jusqu'ici les destinées que Jésus lui avait prédites. — b) ''DESTINÉE DES JUIFS. ''Jésus prédit le ''rejet de la synagogue ''et le ''châtiment des Juifs. ''A cause de leur endurcissement dans le mal, les Juifs seront exclus du royaume ; leurs places seront prises par les Gentils : tel est bien le sens des deux paraboles des vignerons rebelles et des noces royales (''Mat., ''xxi, 33 et suiv. ; xxii, 2, 14). Aucun doute encore sur la réalisation de ces prophéties.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
258. — 4° '''Relativement à la ruine de Jérusalem et du temple, et à la fin du monde. '''— Les trois premiers Évangélistes nous rapportent une double prédiction de Jésus à propos de la ruine de Jérusalem et de la destruction de son temple, et à propos de la fin du monde ''(Mat, ''xxiv ; ''Marc, ''xiii ; ''Luc, ''xxi) ; et quand ses disciples lui demandent « quand ces choses arriveront et quels signes il y aura » de son « avènement », « et de la consommation des siècles » (''Mat, ''xxiv, 3), Jésus répond en indiquant un certain nombre de signes auxquels on pourra reconnaître la proximité de ces événements, — Or si nous ne pouvons rien dire encore sur la réalisation des signes indiqués pour la fin du monde, il est certain que la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du temple s'est vérifiée au moment de la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2 — Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. =====&lt;br /&gt;
'''Objection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
259. — 1° '''Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. '''— Les prédictions dont nous venons de parler remplissent toutes les ''conditions ''de la prophétie. Elles sont, en effet : — ''a) ''des prédictions ''certaines, ''et non conjecturales. Elles annoncent des événements d'une façon claire, et non ambiguë : ainsi, Jésus prédit, non seulement sa mort prochaine, mais les circonstances qui doivent la précéder ; — b) des prédictions de ''choses futures. ''Pour dire le contraire, il faudrait prétendre que les Evangélistes auraient fabriqué les prophéties après coup, qu'ils seraient des imposteurs et que leur témoignage n'est pas digne de foi. Or nous avons établi précédemment qu'ils sont des historiens sincères et que leur témoignage, considéré du seul point de vue humain, est recevable ; — c) des prédictions de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles: ''il s'agissait d'événements qui dépendaient de la liberté humaine, de futurs contingents que Dieu seul pouvait connaître. Les rationalistes ''objectent, ''il est vrai, que Jésus, connaissant, d'une part, la haine et la jalousie des Pharisiens, et de l'autre, la timidité de ses Apôtres, pouvait parfaitement prévoir qu'il serait mis à mort par ses adversaires et abandonné par les siens. Dans une certaine mesure, l'hypothèse est admissible, mais si, à la rigueur, Jésus pouvait prévoir sa condamnation et la lâcheté de ses disciples, il ne pouvait pas connaître les ''détails ''de sa passion et de sa mort. En dehors de là, comment Jésus aurait-il pu conjecturer les admirables destinées de son Église et la ruine de Jérusalem et du temple?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''260. — 2°''' '''Objection. '''— A cette dernière prédiction les rationalistes et les modernistes objectent deux choses. — ''a) D'un côté, ''ils prétendent que la ''prophétie ''sur la ruine de Jérusalem est l’''œuvre des Évangélistes ''qui, écrivant après l'événement, attribuèrent à Jésus une prédiction qu'il n'avait jamais faite. — b) ''De l’autre, ''s'appuyant sur ce passage : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent» (''Mat., ''xxiv, 34), et soutenant qu'il s'applique à la fin du monde dont il venait d'être question, ils déclarent que ''Jésus a commis une erreur ''manifeste, puisqu'il a donné la fin du monde, ainsi que son glorieux avènement ou parousie&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot parousie (du grec « parousia » présence) est synonyme d'avènement (adventus, venue). Tous les deux désignent le glorieux avènement de Jésus-Christ aux derniers jours du monde.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme des faits imminents et dont la génération à laquelle il s'adressait devait être témoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Ne dissimulons pas que les passages qui rapportent la double prédiction de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde sont de ceux dont l'exégèse est loin d'être facile. — ''a) ''Quant à la première attaque qui porte sur l’''ensemble du passage ''et qui accuse les Evangélistes d'avoir ''forgé eux-mêmes la prophétie, ''elle ne résiste pas à l'examen. On ne saurait prétendre que nous sommes on présence de prédictions faites après coup, car il y a dans les récits un tel enchevêtrement de faits, une confusion de choses qui ne se comprendrait pas si la rédaction avait été faite après l'événement. Si les Évangélistes avaient écrit après la ruine de Jérusalem, ils auraient distingué mieux entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, et ils auraient indiqué avec plus de clarté l'événement dont ils donnaient les signes précurseurs. — Par ailleurs, l'historien Eusèbe ''(Hist. eccl''., iii, 5, 3) nous apprend que les chrétiens de la Judée se ''souvinrent de la prédiction de Jésus, ''lorsqu'ils virent les Romains s'approcher, qu'ils s'enfuirent en grand nombre à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et qu'ils échappèrent ainsi aux horreurs de l'invasion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant à la seconde attaque des rationalistes et des modernistes qui prétendent que Jésus a donné ''la fin du monde ''comme ''imminente, ''et que par conséquent ''il a commis une erreur, ''elle n'a pas plus sa raison d'être. Sans doute il y aurait erreur si les paroles de Jésus « ''cette génération ne passera pas que ces choses n'arrivent», ''s'appliquaient à la fin du monde, mais il n'en est pas ainsi. C'est en effet une règle élémentaire d'exégèse que les passages obscurs doivent être interprétés d'après les autres plus intelligibles. Or, dans le même discours, Jésus déclare que le jour du jugement n'est connu de personne, sauf de Dieu (''Mat., ''xxiv, 36) ; il déclare, en outre, qu'avant la fin du monde l'Évangile doit être prêché dans le monde entier, et à toutes les nations ''(Mat., ''xxiv, 14). Voilà donc deux passages qui, dans l'hypothèse rationaliste, seraient en contradiction flagrante avec la première prédiction. Est-il admissible que, d'un côté, Jésus affirme que la fin du monde est proche, quand, de l'autre côté, il déclare qu'il n'en connaît pas l'époque et qu'elle n'aura pas lieu avant que l'Évangile soit prêché dans le monde entier c'est-à-dire avant un laps de temps forcément de grande étendue. Il s'ensuit que ces paroles « ''Cette génération ne passera pas... ''» doivent s'entendre de la ''destruction de Jérusalem, ''et non de la fin du monde et de son glorieux avènement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Concluons avec le P. Lemonnyer que : « ni Jésus n'a annoncé, ni les Synoptiques ne lui font dire que son avènement glorieux et la fin du monde se produiront du vivant de ceux qui l'écoutaient ou même dans un avenir prochain. Peut-être cependant quelques-unes de ses paroles, mal comprises des premiers chrétiens, ont-elles contribué, sous l'action d'idées et de sentiments où Jésus n'était pour rien, à former l'état d'esprit que les écrits apostoliques nous révèlent touchant la parousie... Il reste simplement ceci, que Jésus n'a pas cru nécessaire de mettre au point, par des déclarations précises et tout à fait claires, les préoccupations eschatologiques de ses disciples immédiats... L'on dirait qu'il s'est appliqué à les mettre dans une complète et vive incertitude touchant la date, lointaine ou toute proche, de son retour, multipliant à la fois les appels à la vigilance et à la fidélité. » (Art. ''Fin du monde. ''Dict. d'Alès.)&amp;lt;ref&amp;gt;Pour l'interprétation des textes de saint Pierre (I Pet., i, 6 ; II Pet., iii, 9, 15) et de saint Paul (I Thess., iv, 15-17 ; II Thess., i, 6, 7 ; I Cor., vii, 29-31 ; iv, 51, 53 ; Rom., xiii, 11, 12 ; Heb., x, 25, 37) qui semblent annoncer le jour de  la   Parousie comme prochain, la Commission Biblique, dans sa décision du 18 juin 1915, a énoncé  les principes suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1er  Principe. — Pour résoudre les difficultés qui se rencontrent dans les épîtres de saint Paul et des autres apôtres où il est question de la Parousie, c'est-à-dire du second avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n'est pas permis à un exégète catholique d'affirmer que les Apôtres, bien que sous l'inspiration du Saint-Esprit ils n'enseignent aucune erreur, émettent néanmoins leurs propres opinions tout humaines ou peut se glisser l'erreur ou l'illusion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2e Principe. — L'apôtre saint Paul n'a absolument rien dit, dans ses écrits, qui ne concorde parfaitement, en ce qui concerne l'époque de la Parousie, avec cette ignorance dont le Christ a dit qu'elle était commune à tous les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3e  Principe. — Quand saint Paul a écrit : « Nous les vivants qui sommes restés » (I Thess., iv, 15), il n'a voulu, en aucune façon, affirmer une Parousie tellement pro­chaine qu'il se soit rangé, lui et ses lecteurs, au nombre des fidèles qui seront alors vivants et iront au devant du Christ... (V. L'Ami du Clergé, 6 mai 1920)&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les prédictions de Jésus ont été faites pour confirmer sa parole. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261. — Les prophéties faites par Jésus sont en ''connexion étroite avec sa mission. ''C'est pour prouver l'origine divine de celle-ci, et par conséquent, la vérité de son affirmation, que Jésus prophétise. Plusieurs fois il en fait la déclaration formelle à ses Apôtres. Ainsi, après avoir prédit la trahison de Judas, il déclare : « Dès maintenant, je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous ''croyiez à ce que je suis. »''(''Jean, ''xiii, 19). de même, après leur avoir annoncé les persécutions qui les attendent, il ajoute : « Je vous ai dit ces choses, afin que. lorsque l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. » . (''Jean, ''xvi, 4). Comme on le voit, Jésus indique clairement le but qu'il se propose par ses prophéties: il veut que les Apôtres croient plus fermement à sa parole et à son origine divine, lorsqu'ils verront ses prédictions se réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion.''— Il est donc permis de conclure que Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées, que ces prédictions avaient tous les caractères de la vraie prophétie et qu'il les a faites dans le but de prouver sa mission divine. Donc il est un ''Envoyé divin.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus a confirmé son affirmation par ses miracles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons ici la même marche que dans l'article précédent. Trois choses sont nécessaires pour que les miracles attribués à Jésus-Christ aient la valeur d'un signe divin. Il faut : 1° qu'ils soient ''historiquement certains ; ''2° qu'ils soient de ''vrais miracles ; ''3° qu'ils aient été accomplis en ''confirmation de sa mission.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les miracles attribués a Jésus-Christ sont historiquement certains. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262. — La certitude des miracles attribués à Jésus ressort de la valeur historique des Évangiles qui les rapportent. Il a été établi précédemment (Nos 223 et suiv.) que les Évangélistes sont ''dignes de foi ''et que leur autorité humaine est indiscutable : les écrivains sacrés étaient à la fois bien informés et sincères ; bien informés, puisque deux d'entre eux, saint Matthieu et saint Jean étaient des Apôtres, et partant, des témoins oculaires ; sincères, la chose ne prête plus à discussion à notre époque, aucun critique ne prenant les Évangélistes pour des imposteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on ne prétende pas que les miracles soient des ''interpolations ''qu'on aurait introduites après coup dans les récits évangéliques. Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour être convaincu du contraire. Que les miracles appartiennent à la ''substance ''même ''de l’histoire évangélique, ''cela résulte : — a) de la ''place considérable ''qu'ils tiennent dans les Évangiles. S'il ne s'agissait que de deux ou trois miracles, on pourrait, à la rigueur, admettre qu'ils auraient été ajoutés par la suite, mais comme ils dépassent la quarantaine, l'hypothèse de l'interpolation est absolument invraisemblable ; — ''b) du rôle qui leur est attribué ''dans l'histoire évangélique. Retrancher les miracles des Évangiles, c'est rejeter l'histoire du Christ Les miracles sont une partie si essentielle des Évangiles que ceux-ci, sans eux, deviennent incompréhensibles. Ce sont les miracles qui expliquent la ''foi des Apôtres ''et de beaucoup de Juifs : ainsi, il est dit, que, après le miracle de Cana, « ses disciples crurent en lui» (''Jean, ''ii, 11),que «pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » ''(Jean'', ii, 23). Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, s'adressant au peuple, rappelle les miracles accomplis par Jésus ''(Actes, ''ii, 22). Or comment saint Pierre aurait-il osé en appeler aux miracles de Jésus, s'ils avaient pu être mis en doute par ses auditeurs? Au reste, ni les Juifs contemporains du Christ, ou postérieurs, qui ont écrit dans le Talmud&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot « Talmud » est le nom sous lequel les Juifs désignent l'ensemble des doc­trines et préceptes enseignés par leurs docteurs les plus autorisés. Le Talmud représente donc la tradition, juive, et il est pour nous une excellente source de renseignements pour l'histoire du judaïsme postérieur à Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni les païens adversaires de la religion chrétienne : Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien et autres, n'ont rejeté la réalité des miracles de Jésus. Ces derniers se sont contentés de les attribuer à la magie et à un commerce avec les démons ; ils ont repris à leur compte l'accusation des Pharisiens, à savoir que, si Jésus chassait les démons, c'était par Belzébuth, prince des démons ''(Mat., ''xii, 24). Devant la notoriété publique des miracles et la non-protestation des Juifs, ils n'ont pas osé dire que c'étaient là des fables inventées par l'imagination fertile des Évangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les miracles opérés par Jésus-Christ sont de vrais miracles, =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''263. — 1° Les miracles.''' — Nous laisserons de côté les miracles opérés par Dieu en faveur de Jésus : apparition des Anges aux bergers, apparition d'une étoile aux Mages lors de sa naissance ; témoignage rendu à l'occasion de son baptême et de sa transfiguration, etc. Nous ne parlerons que des miracles que Jésus-Christ a accomplis lui-même pour prouver la divinité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les miracles qui font partie de la matière évangélique, — plus de quarante, comme il a été dit plus haut, — peuvent être divisés en trois classes. Il y a : — ''a) ''les ''miracles opérés sur les substances spirituelles ; ''autrement dit, la ''délivrance des possédés. ''Jésus a chassé les démons ; les Évangiles nous rapportent sept miracles de ce genre ; — ''b) ''les ''miracles opérés sur les éléments ''et les ''êtres privés de raison. ''Dans cette catégorie, il faut ranger : — 1. le miracle du changement de l'eau en vin aux noces de Cana ''(Jean, ''ii, 1-11) ; — 2. la tempête du lac apaisée ''(Mat., ''viii, 24, 26) ; — 3. deux pêches miraculeuses ''(Luc, ''v, 1, 11 ; ''Jean, ''xxi, 3, 11) ; — 4. la multiplication des pains (''Mat., ''xiv, 15, 21 ; ''Marc, ''vi, 30, 44 ; ''Luc., ''ix, 10, 17 ; ''Jean, ''vi, 1, 15) ; — 5. le figuier desséché ''(Lue, ''xiii, 6-9) ; — 6. la marche de Jésus sur les flots ''(Mat., ''xiv, 25) ; — ''c) les miracles opérés sur les hommes. ''Les Évangélistes ne relèvent pas moins de quinze guérisons de maladies corporelles : guérisons de lépreux, de paralytiques, du serviteur du centurion qui a la main desséchée, d'hydropiques, de sourds-muets et d'aveugles. Outre ces guérisons de maladies, Jésus a ressuscité trois morts : le fils de la veuve de Naïm, la fille de Jaïre et Lazare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''264. — 2°''' '''Ce sont de vrais miracles- '''— Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur les miracles rapportés dans les Evangiles, il nous faut établir que ces faits sont bien des miracles proprement dits, c'est-à-dire des faits ''surnaturels ''et ''divins.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CE SONT DES FAITS SURNATURELS. — ''Rappelons d'abord ce que nous avons dit plus haut, à savoir que les contemporains du Christ et ses premiers adversaires païens n'ont pas contesté l'apparence surnaturelle des miracles. — Sans doute, disent nos ''modernes rationalistes, ''mais leur méprise n'a pas d'autre cause que leur ignorance totale des lois de la nature Au dire de ces derniers, les prodiges en question s'expliquent donc par des causes naturelles: — ''a) ''soit par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge : ''« La présence d'un homme supérieur traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dire que, dans beaucoup de cas et en dehors des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie ? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain. » Ainsi parle Renan dans la ''Vie de Jésus ''(2e ''éd''., p. 260); — b) soit par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme ; ''— c) soit par la « ''foi qui guérit ''» ''the faith-healing, ''comme disent les Anglais. Cette dernière hypothèse est celle à laquelle se rallient de préférence beaucoup de nos adversaires actuels, et en particulier les ''modernistes ''(Ed. Le Roy, Fogazzaro...), du moins pour les faits dont ils reconnaissent la réalité. Comprenant bien, en effet, que tous les miracles ne sont pas explicables par la foi, ils n'admettent la réalité historique que des faits qui peuvent s'expliquer par cette hypothèse. Pour prouver le bien-fondé de leur théorie, ils s'appuient surtout sur ce fait qu'avant de guérir les maladies, Jésus requiert la foi : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit ''(Marc, ''ix, 22), dit Jésus au père d'un jeune épileptique qui lui demande la guérison de son fils. « Ma fille, ta foi t'a guérie » ''(Marc, ''v, 34), dit-il à l'hémorroïsse. « Va, ta foi t'a sauvé » ''(Marc, ''x, 52), dit-il encore à l'aveugle de Jéricho.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune des explications qui précèdent ne suffit à rendre compte de ''l'ensemble des miracles ''contenus dans l'Évangile. ''Nous disons de l'ensemble des miracles, ''car, ou bien l’on admet la valeur historique des Evangiles, ou bien on la rejette. Si on la rejette, si l'on considère la partie miraculeuse comme mythique ou légendaire, toute discussion devient inutile. Mais si on l'admet, il n'y a aucune raison qui permette de faire un choix entre les miracles et de retenir tel miracle plutôt que tel autre. Ceci posé, nous prétendons que les miracles ne s'expliquent : — a) ni par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge. ''Tout d'abord on ne saurait prendra Jésus pour un adroit metteur en scène : tout ce que nous savons de son caractère s'y oppose. Et puis, quoique habile que soit une personne, quelque influence morale qu'elle ait sur une autre, il va de soi qu'elle ne pour rendre la vue à un aveugle, l'ouïe à un sourd et la parole à un muet ; — ''b) ''ni par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme. ''Nous avons vu déjà (N° 168) que la suggestion a des limites très étroites par rapport aux sujets et aux affections qu'elle peut guérir. Elle est sans efficacité sur les maladies organiques, telles que la lèpre, l'atrophie, la cécité, l'hémorragie habituelle. On ne voit pas bien non plus l'influence que la suggestion pourrait avoir sui les vents déchaînés ni comment elle pourrait calmer soudain une tempête. Ajoutons on outre que le Christ opère ses miracles ''instantanément ; ''ce qui n'arrive jamais dans les guérisons dues à l'hypnotisme et à la suggestion qui exigent et le temps et l'emploi des moyens ;, — ''c) ''ni par ''la foi qui guérit. ''Il est faux de prétendre que Jésus requiert toujours la foi : il l'exige, il est vrai, de ceux qui viennent lui demander la guérison, et ce n'est que trop juste ; mais il ne l'exige pas, dans toutes les circonstances, du malade lui-même ; la preuve en est que plusieurs fois il accomplit ses miracles à distance, comme il arriva pour la Cananéenne. On ne peut donc soutenir que la foi des malades fut toujours la cause de leur guérison. En outre, l'hypothèse de ''la foi qui guérit ''ne pour s'appliquer qu'à un nombre très restreint de cas ; elle est sans valeur pour tous les miracles opérés sur la nature : elle ne rend compte ni des tempêtes apaisées, ni des pains multipliés, ni des morts ressuscités. Aussi les partisans de cotte théorie se voient-ils contraints, comme nous l'avons dit plus haut, de faire un choix arbitraire dans les matériaux fournis par l'histoire évangélique, et de rejeter, contrairement aux règles de la méthode historique, tous les faits qui sont on opposition avec leurs préjugés philosophiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CE SONT DES FAITS DIVINS. ''— a) Nous venons de prouver que les miracles attribués à Notre-Seigneur sont au-dessus de la nature ; il n'est pas nécessaire d'insister longuement pour montrer qu'ils ne sauraient être l'œuvre du démon. Car il est. évident que la plupart dépassent la puissance de tout être créé ; toiles sont, par exemple, les trois résurrections que Jésus a opérées, sans parler de la sienne. — b) Si Jésus avait usé de la puissance du démon, il ne l'aurait pas utilisée assurément à chasser les démons ; il n'est pas admissible que Satan se mette en opposition lui-même. — c'') ''Mais comment admettre que Jésus-Christ dont la sainteté est au-dessus de tout soupçon, ait pu servir d'agent au démon? D'ailleurs tous ses miracles ont un caractère moral ; ils sont des œuvres de bonté et de miséricorde&amp;lt;ref&amp;gt;« Ce ne sont point des signes dans le ciel, tels que les Juifs les demandaient... Tous ces miracles tiennent plus de la bonté que de la puissance, et ne surprennent pas tant les spectateurs, qu'ils les touchent dans le fond du cœur.» Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, chap. xix, Jésus-Christ et sa doctrine.&amp;lt;/ref&amp;gt;, ils ont souvent pour fin dernière la sanctification de l'âme plutôt que la guérison du corps : autant de propriétés que ne pourraient pas avoir les œuvres de Jésus, si elles dérivaient de la puissance diabolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède nous avons le droit de conclure que les prodiges attribués à Notre-Seigneur sont de vrais miracles. D'où il suit qu'il faut reconnaître en Jésus l'existence d'une force surhumaine, transcendante, surnaturelle. Ceux qui n'acceptent pas la conclusion sont obligés de rejeter les faits eux-mêmes et de contester la valeur historique des Évangiles : c'est là une nécessité à laquelle ils se trouvent acculés mais dont ils ont à fournir l'explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les miracles ont été faits par Jésus pour confirmer sa mission. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265. — A. Jésus ne se contente pas d'affirmer qu'il est le Messie ; il entend le prouver par ses œuvres et particulièrement par ses miracles. — ''a) ''Aux ''envoyés de Jean-Baptiste ''qui lui demandent s'il est le Messie, il renvoie à ses miracles (''Mat., ''xi, 5). — ''b) ''Aux ''Juifs ''qui lui posent la même question, il répond : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi» (''Jean, ''x, 25). — c) ''Avant la résurrection de Lazare, ''il déclare que le miracle qu'il va accomplir, c'est pour que le peuple qui l'entoure croie à sa mission ''(Jean, ''xi, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Les miracles de Jésus ne furent d'ailleurs pas interprétés autrement par tous ceux qui en ont été les témoins. — ''a) Par ses disciples. ''Nous avons dit précédemment qu'ils crurent en lui à partir et à cause du miracle de Cana ; — b) ''par Nicodème, ''qui le confesse on ces termes : « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur ; car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est pas avec lui» ''(Jean'', iii, 2) ; — c) ''par l'aveugle-né ''qui croit en Jésus après sa guérison ''(Jean, ''ix, 38) ; — ''d) par les foules ''en général « qui étaient dans l'admiration et disaient : N'est-ce point là le fils de David? » ''(Mat., ''xii, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Les miracles évangéliques sont donc des miracles historiquement certains ; ils sont de vrais miracles et ils ont été faits pour démontrer que Jésus était un ''Envoyé de Dieu. ''Si par conséquent cet Envoyé de Dieu nous dit qu'il est le ''Messie, ''et plus, qu'il est le ''Fils de Dieu, ''dans le sens propre du mot, sa parole est digne de foi, car il est inadmissible que Dieu ait consacré par sa puissance la parole d'un imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Jésus a confirmé son affirmation par sa Résurrection. ====&lt;br /&gt;
'''266.''' — '''1° Importance de la question. '''— Au moment où nous en sommes de la démonstration chrétienne, et après avoir établi la réalité historique des miracles de Jésus, il pourrait sembler que le miracle de la Résurrection ne soit plus désormais nécessaire pour attester sa mission divine et que ce soit chose faite. Il est vrai. Cependant il importe au plus haut point que l'apologiste démontre la Résurrection par les preuves les plus solides et qu'il ne laisse point les attaques des adversaires sans réponses, car, outre qu'elle est bien le miracle des miracles, et qu'elle est un ''miracle prophétisé ''par Notre-Seigneur lui-même, — donc ''miracle ''et ''prophétie ''à la fois, — elle a toujours été comme la base et la clef de voûte de la prédication chrétienne. Les Apôtres ont cru et prêché que le Christ était ressuscité des morts. Saint Pierre a affirmé la résurrection du Christ en termes formels dans ses deux premiers discours ''(Act., ''ii, 24 ; iii, 15). Saint Paul, qui est revenu souvent sur le sujet, n'hésitait pas à dire aux Corinthiens que leur foi était vaine si le Christ n'était pas ressuscité (I ''Cor., ''xv, 17). L'on peut juger par là de l'importance de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Position de la question. '''— IL convient d'abord de bien déterminer comment se pose la question du miracle de la Résurrection en face de la critique moderne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux choses sont nécessaires pour que la Résurrection de Jésus ait toute sa valeur apologétique et puisse être regardée comme un ''signe divin ''IL faut : 1° que le ''fait soit historiquement certain, ''et 2° qu'il se soit accompli pour ''confirmer la mission divine de Jésus. ''Il n'y a pas lieu en effet de démontrer le caractère miraculeux du fait, que personne ne conteste. D'où deux paragraphes seulement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Résurrection est un fait historiquement certain. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''267. — 1°''' '''Adversaires. '''— Le miracle de la Résurrection a rencontré à toutes les époques de nombreux adversaires. Seuls, ceux de l'heure présente doivent retenir notre attention. D'une manière générale, l'on pourrait poser en principe que l'opinion des ennemis du christianisme fut toujours commandée par leurs passions et leurs préjugés, Celle de nos rationalistes modernes dérive de leur ''philosophie qui repousse a priori tout miracle, ''à supposer même qu'il fût attesté par les témoignages les plus forts et les plus dignes de foi. « Aujourd'hui, dit M. Stapfer, pour l'homme moderne, une résurrection véritable, le retour à la vie organique d'un corps réellement mort est l'impossibilité des impossibilités. »&amp;lt;ref&amp;gt;Stapfer, La mort et la résurrection de Jésus-Christ.&amp;lt;/ref&amp;gt; Le siège de ces critiques est donc fait d'avance, et la seule question qui se pose pour eux c'est de découvrir le meilleur terrain sur lequel ils puissent donner l'assaut à l'apologétique catholique. Ce terrain, ils ont cru le trouver dans la ''critique littéraire et historique. ''L'on ne dit donc plus aujourd'hui : nous ne croyons pas à la Résurrection, parce que le fait est impossible, parce qu'il est en dehors des lois de la nature ; l'on se contente de dire : Tout fait historique doit être prouvé par le témoignage de ceux qui ont pu le connaître. Or « la Résurrection, si on veut la prendre pour une réalité historique, de même ordre que la mort, n'est attestée que par des témoignages discordants... la mort, fait naturel et réel, a eu des témoins et pouvait être racontée ; la Résurrection, matière de foi, n'a jamais été vérifiée... On ne parle que de visions et les récits qu'on en donne sont contradictoires. »&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy, Quelques lettres sur. des questions actuelles et sur des événements récents.&amp;lt;/ref&amp;gt; La Résurrection est « une croyance chrétienne, non un fait de l'histoire évangélique. Et s'il fallait y voir un l'ait d'ordre historique, on serait obligé de reconnaître que ce fait n'est pas garanti par des témoignages suffisamment sûrs, concordants, clairs et précis. »&amp;lt;ref&amp;gt;Loisy, Les Évangiles synoptiques.&amp;lt;/ref&amp;gt; Comme il est permis d'en juger par ces deux brèves citations, c'est bien au nom de la ''critique historique ''qu'on entend nier le fait de la Résurrection: c'est en s'appuyant sur les témoignages qui le rapportent, en les opposant entre eux, que l'on espère ruiner l'un des points principaux de la croyance chrétienne. C'est ainsi que l'on met le témoignage de saint Paul en parallèle avec le témoignage des Évangélistes, et comme le premier est moins circonstancié et qu'il est de date antérieure, l'on prétend qu'il représente la tradition primitive, laquelle n'aurait cru d'abord qu'à l'immortalité du Christ et ne serait arrivée à la foi à la Résurrection corporelle de Notre-Seigneur que peu à peu et par des étapes successives dont les récits évangéliques portent les traces. Nous allons voir si toutes ces prétentions sont justifiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
268. — '''2°''' '''Preuves de la Résurrection. '''— Les deux principaux témoignages qui nous rapportent le fait de la Résurrection sont, d'après l'ordre chronologique : — a) le ''témoignage de saint Paul, ''consigné dans la première Épître aux Corinthiens, dont la date de composition peut être fixée, de l'avis de tous les critiques, entre 52 et 57&amp;lt;ref&amp;gt;Lorsque nous avons établi la valeur historique des écrits du Nouveau Testament, notre étude s'est bornée aux Évangiles et il n'a pas été question des Epîtres de saint Paul dont nous invoquons ici le témoignage. Ce n'est point là une omission. La raison pour laquelle nous ne nous arrêtons pas à prouver l'historicité de la première Epître aux Corinthiens, c'est qu'elle n'est pas contestée par les critiques rationalistes.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; et — ''b) ''le ''témoignage des Évangiles, ''composés entre 67 et la fin du 1er siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''TÉMOIGNAGE DE SAINT PAUL. ''— Saint Paul, avons-nous dit plus haut, a souvent prêché la Résurrection du Christ. Mais le passage le plus important où il en rende témoignage, se trouve dans son ''Épître aux Corinthiens ''(xv, 11-14). Voici d'ailleurs les points principaux de ce passage ; « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé... je vous ai enseigné avant tout, ''comme je l'ai appris ''moi-même, que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures ; qu'il a été ''enseveli ''et qu'il est ''ressuscité ''le troisième jour, conformément aux Ecritures ; et qu'il est ''apparu ''à Képhas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est ''apparu ''à Jacques, puis à tous les Apôtres. Après eux tous, il m'est ''apparu ''aussi à moi, comme à l'avorton... Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts? S'il n'y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l'analyse impartiale de ce texte, il ressort que saint Paul affirme la mort, l'ensevelissement et la résurrection de Jésus : — a) la ''mort ''de Jésus « Je vous ai enseigné que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures. »&amp;lt;ref&amp;gt;« Conformément aux Écritures ».— Cette expression répétée deux fois par saint Paul, est invoquée à tort par les rationalistes qui s'en servent pour diminuer la valeur du témoignage. Il n'y a pas lieu, en effet, de s'étonner que les Apôtres aient pris soin de rapprocher les faits de la vie de Jésus des prophéties de l'Ancien Testament. Aux yeux des Juifs qui ne juraient que par les Écritures et qui mettaient l'argument prophétique au-dessus de tout, l'accord entre les prédictions des prophètes et les événements de la vie de Jésus avait plus de valeur que le témoignage des Apôtres affirmant qu'ils avaient vu Jésus ressuscité. Mais ce recours aux Écritures n'enlevait rien à la vérité du témoi­gnage, et les Apôtres n'en restaient pas moins des témoins bien informés et sincères, alors que les faits qu'ils rapportaient s'étaient déroulés « conformément aux Ecritures.&amp;lt;/ref&amp;gt; La mort de Jésus, — la mort rédemptrice, Jésus s'immolant volontairement sur la croix pour le rachat de l'humanité coupable, — voilà bien le thème ordinaire de la prédication de saint Paul. Or le fait et la doctrine qui s'y rattache, il déclare les avoir reçus de la tradition apostolique ; -— ''b) ''la ''sépulture ''de Jésus : « Je vous ai enseigné... qu'il (le Christ) a été ''enseveli. ''» Le mot grec « ''etaphê» ''dont saint Paul se sert, et que l'on a traduit par: « a été enseveli», désigne généralement, chez les écrivains sacrés du Nouveau Testament, une sépulture honorable : c'est le mot que saint Luc emploie quand il parle de la sépulture du riche dans la parabole de Lazare ''(Luc, ''xvi, 22), et c'est encore le mot que nous trouvons dans les ''Actes des Apôtres ''(ii, 29), à propos de la sépulture de David. Il ne peut donc être question d'un enfouissement, comme M. Loisy en a fait l'hypothèse dans un fragment de lettre reproduit par 1'''Univers ''du 3 juin 1907&amp;lt;ref&amp;gt;Cette hypothèse M. Loisy l'a renouvelée dans son grand ouvrage Les Evangiles Synoptiques.&amp;lt;/ref&amp;gt;, où il ne craint pas de dire que « l'ensevelissement par Joseph d'Arimathie et la découverte du tombeau vide, le surlendemain de la passion, n'offrant aucune garantie d'authenticité, l'on est en droit de conjecturer que, sur le soir de la passion, le corps de Jésus fut détaché de la croix par les soldats et jeté dans quelque ''fosse commune, ''où l'on ne pourrait avoir l'idée de l'aller chercher et reconnaître au bout d'un certain temps. » On ne voit pas bien sur quels textes une telle hypothèse petit s'appuyer ; en tout cas ce n'est pas sur le mot ''etaphê ''employé par saint Paul et qui désigne à tout le moins une sépulture ordinaire. Conjecturer après cela que Jésus fut jeté dans une fosse commune n'est plus de la critique historique, c'est de la critique fantaisiste ; — ''c) le fait même de la Résurrection. ''Ce troisième point est, à vrai dire, celui qui importe le plus à l'Apôtre, le seul qui aille à la thèse qu'il soutient. Toutefois, il convient de le remarquer aussitôt, il ne s'agit pas tant pour saint Paul de prouver la résurrection de Jésus qui n'est pas en cause, que de la rappeler comme une vérité admise et de s'en servir comme de point d'appui pour la démonstration d'un autre dogme mis en discussion. Quel est en effet le ''but ''de la première lettre aux Corinthiens1! C'est de prouver aux fidèles de cette Église, précédemment évangélisée par saint Paul, que ceux d'entre eux qui nient la résurrection des morts sont dans l'erreur et ''l'illogisme, ''puisqu'ils admettent bien la résurrection de Jésus-Christ. Car, dans la pensée de l'Apôtre, les deux choses s'enchaînent, l'une est impliquée dans l'autre. L'on ne peut nier la résurrection des morts sans nier la Résurrection du Christ; et nier la Résurrection du Christ c'est donner un démenti au témoignage des Apôtres, c'est dire qu'ils ont enseigné une chose fausse, et que dès lors le christianisme est sans valeur. « Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi.» (1 ''Cor., ''xv, 16, 17). Étant donné le ''but ''de l'Apôtre, il est assez naturel qu'il n'insiste pas autrement sur les ''preuves ''de la Résurrection du Christ. Il lui suffit de faire un choix et de retenir celles qui sont le plus aptes à faire impression sur ses lecteurs. Or des deux arguments employés par les Évangélistes : le tombeau vide et les apparitions, il est indiscutable que le premier a une moindre portée que le second, vu que le tombeau vide peut s'expliquer par d'autres hypothèses que la résurrection. Saint Paul laisse donc de côté ce premier argument, ou tout au moins, n'en parle-t-il que d'une manière indirecte. Nous disons cependant qu'il ''en parle d'une manière indirecte, ''car lorsqu'il déclare que « le Christ est ''mort», ''« qu'il a été ''enseveli ''» « et qu'il est ''ressuscité ''», c'est bien celui qui est mort et a été enseveli, qui ressuscite, et comment la chose pourrait-elle se faire si le corps était resté au tombeau? Toutefois, si le tombeau vide est dans la pensée de saint Paul, il faut reconnaître que l'Apôtre ne cherche pas à en tirer un argument et qu'il se contente d'insister sur le fait des apparitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver, ou mieux, pour rappeler aux Corinthiens que ''Jésus est ressuscité, ''saint Paul invoque donc six apparitions qu'il divise en trois groupes : — 1. Dans le premier groupe, deux apparitions, l'une à Pierre, l'autre aux Douze ; — 2. dans le second, trois apparitions, la première à cinq cents frères, la seconde à Jacques, la troisième à tous les Apôtres ; — 3. dans le troisième, une seule apparition, celle dont il fut lui-même gratifié. Toutes les apparitions d'ailleurs sont ''mises sur le même pied, ''mais il y a tout lieu de présumer que, aux yeux de saint Paul, l'apparition aux cinq cents frères avait une importance particulière, car, au moment où il écrivait, quelque vingt-cinq ans après l'événement, la plupart de ces témoins étaient encore vivants, et c'est une sorte d'appel à leur témoignage commun que l'Apôtre ne craint pas de leur adresser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''269. —''' '''Objection. '''— Les apparitions, objectent les rationalistes, sont mises par saint Paul sur le même pied ; toutes furent du même genre, puisque l'apôtre les décrit de la même manière, et qu'il emploie partout le même mot, le verbe ''ôphtê ''qu'on peut traduire par les expressions françaises, « il a été vu» ou « il est apparu». Telle fut l'apparition de Jésus à Saul sur le chemin de Damas ; telles furent donc les autres apparitions. La question revient dès lors à déterminer ce que l'Apôtre a voulu signifier en disant qu'il avait vu le Christ ressuscité. Or saint Paul n'a pas pu entendre par là qu'il avait vu le Christ revenu en vie dans le corps qui avait été déposé dans le tombeau ; il n'a vu qu'une lumière, « un corps de gloire» ''(Phil., ''iii, 21). Et la lumière même qu'il a vue n'était pas une lumière réelle et objective. « IL a eu la sensation de voir, sans qu'il y ait rien à la portée de son regard. Il était halluciné.»&amp;lt;ref&amp;gt;Ladeuze, La Résurrection du Christ devant la critique contemporaine&amp;lt;/ref&amp;gt; Et comment cette ''hallucination ''se produisit-elle? C'est que, d'après M. Meyer, saint Paul, homme de génie mais atteint d'une maladie nerveuse, et coutumier de semblables visions, se trouvait corporellement et intellectuellement prédisposé à l'événement du chemin de Damas. Les idées de Jésus Messie, de Jésus principe de vie, de Jésus vivant et immortel s'étaient formées peu à peu à son insu dans sa ''subconscience. ''Sur la route de Damas, ces idées firent soudain irruption de sa subconscience à sa conscience, et il vit alors le Christ dans un corps de gloire, un corps spiritualisé ou pneumatique, qui projeta sur lui une lumière aveuglante, mais ce corps n'était pas le cadavre de Jésus revenu à la vie. Toutes les apparitions mentionnées par saint Paul, concluent alors les rationalistes, étant de la même nature que la sienne, n'ont été que des ''visions subjectives.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous admettons avec les rationalistes, comme nous l'avons du reste dit précédemment, que les apparitions décrites par saint Paul, sont mises sur le même pied. Mais est-il vrai que l'Apôtre, en rappelant l'apparition dont il fut témoin sur le chemin de Damas, veut parler d'une « ''vision subjective» ''Le contexte indique tout le contraire. La pensée intime de l'Apôtre peut on effet se déduire du but qu'il poursuivait dans sa lettre. Voulant combattre l'opinion de certains fidèles de Corinthe qui niaient la ''résurrection corporelle ''des morts, saint Paul entend en démontrer l'existence et la nature en s'appuyant sur la Résurrection de Jésus. Son raisonnement eût donc tombé à faux, si, pour prouver que les morts reprendront leurs corps, leurs ''vrais corps, ''quoique glorieux et doués de propriétés nouvelles, il eût commencé par dire, que la Résurrection du Christ, qui en était le principe et le modèle, n'avait pas été corporelle. Quand il déclare que le Christ ressuscité lui est apparu, il veut donc dire qu'il l'a vu dans le même corps qui était mort et avait été enseveli, identique à ce qu'il avait été durant sa vie terrestre, sauf la qualité de gloire en plus. Telle est, à ne pas en douter, le fond de la pensée de l'Apôtre. — Cela est juste, répliquent les rationalistes, « les Évangélistes et saint Paul n'entendent point raconter des impressions subjective? ; ils parlent d'une présence objective, extérieure, sensible, non d'une présence idéale, bien moins encore d'une présence imaginaire. Les conditions d'existence de ce corps étaient différentes, mais c'était le même qui avait été mis dans le tombeau, et que l'on croyait n'y être point demeuré »&amp;lt;ref&amp;gt;M. Loisy, Les Évangiles synoptiques.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Oui, mais c'était là, d'après M. Loisy toujours, ''pure hallucination ''ou ''simple illusion, ''de la part des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Pour ce qui concerne le propre cas de saint Paul, ''peut-on dire qu'il fut ''halluciné? ''Il est vrai que plusieurs fois dans sa vie, il eut des visions, mais il a toujours pris soin de distinguer entre celle-ci et les autres. La vision du chemin de Damas était, à ses yeux, le fondement de sa vocation. C'est parce qu'il avait vu le Christ glorieux, qu'il s'était rencontré avec lui et avait entendu son appel, qu'il revendiquait le titre d'apôtre. Jamais il n'aurait osé se prévaloir de ce titre s'il n'avait eu la conviction d'avoir vu le Christ aussi réellement que les autres Apôtres, et d'avoir ouï sa voix qui l'appelait à l'apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, poursuivent nos adversaires, saint Paul fut ''sincère, ''mais cela n'empêche pas qu'il fut ''victime de l'hallucination. ''Tout en poursuivant les chrétiens, il se fit au fond de son être un travail inconscient ; il eut des doutes sur la vérité de la doctrine de Jésus, sur la légitimité de ses persécutions, bref, il eut des remords. Ces impressions restées d'abord latentes, à l'intérieur de son être, jaillirent subitement de sa subconscience à sa conscience, provoquant les hallucinations de la vue et de l'ouïe, et produisant dans son esprit des convictions nouvelles et causant sa conversion. — ''Or rien de tout cela n'est historique. ''Ce prétendu travail préparatoire à la conversion, qui se serait passé dans la conscience subliminale de saint Paul, n'apparaît nulle part. C'est toujours de bonne foi que Paul persécuta les chrétiens, et parce qu'il croyait bien faire en défendant les « traditions» de ses « pères», comme il L'a déclaré lui-même ''(Gal., ''i, 14 ; ''Act., ''xxvi, 9). Ce qu'il a fait, il l'a fait « par ignorance» (I ''Tim., ''i, 13). L'hypothèse du remords n'a aucune base dans les textes. C'est en un instant que Saul se trouva converti et qu'il crut en Celui dont il persécutait les disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Mais supposons, si on le veut, que saint Paul fut halluciné. Dira-t-on que les ''autres témoins, ''dont parlent saint Paul et les Évangélistes, ''furent tous hallucinés? ''Tout repousse cotte supposition : les conditions de nombre, de temps et de circonstances ne comportent pas une telle hypothèse. — ''1. Le nombre. ''Il n'est pas raisonnable de supposer que tant de témoins d'un caractère si différent aient été victimes d'une illusion de leurs sens. Ce n'est pas une fois que Notre-Seigneur se montre ressuscité, mais de nombreuses fois ; ce n'est pas à une personne, ce n'est pas même à ses soûls Apôtres qu'il apparaît, mais à cinq cents frères à la fois. — 2. ''Le temps. ''Les apparitions ont ou lieu après la mort de Jésus, c'est-à-dire à un moment où les disciples étaient désemparés et songeaient à se cacher. Dans un pareil état d'esprit, ils ne pouvaient s'imaginer que le Crucifié leur apparaissait dans la gloire. Les apparitions ont donc dû s'imposer du dehors et dans des conditions d'objectivité telles qu'elles ont entraîné une foi irrésistible à la Résurrection. — 3 ''Les circonstances. ''Saint Paul il est vrai, ne mentionne aucune circonstance, mais si nous nous reportons aux récits des Évangélistes, nous voyons que les Apôtres sont d'abord incrédules et croient voir un esprit. Jésus leur fait alors toucher ses plaies (''Luc, ''xxiv, 37, 40 ; ''Jean, ''xx, 27) ; il mange devant eux ''(Luc, ''xxiv, 43) ; il leur fait remarquer « qu'un esprit n'a ni chair ni os » ''(Luc, ''xxiv, 39) ; il permet aux saintes femmes d'embrasser ses pieds ''(Mat., ''xxviii, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que les hallucinations, telles qu'on les entend, ont été des ''hallucinations vraies, ''des hallucinations ''objectives, ''produites directement par Dieu pour obtenir la foi des Apôtres à Jésus vivant et triomphant? Cette hypothèse n'est pas plus historique que les autres ; elle est de plus blasphématoire, vu qu'elle regarde Dieu comme la cause directe de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Les attaques des adversaires manquent donc de base sérieuse, et nous avons le droit de conclure que, suivant le ''témoignage de saint Paul, ''la Résurrection est un ''fait historiquement certain, ''démontré par ''six apparitions. ''De ces apparitions saint Paul peut rendre témoignage d'une, puisqu'il a conscience d'en avoir été l'heureux témoin. Quant aux outres, il affirme qu'elles sont venues à sa connaissance par le récit qui lui en a été fait lors de sa première rencontre à Jérusalem avec les Apôtres, an particulier avec saint Pierre et saint Jacques, trois ans après sa conversion ''(Gal., ''I, 18), c'est-à-dire environ quatre ans après l'événement lui-même, si l'on suit la chronologie adoptée par M. Harnack qui reporte la conversion de saint Paul à l'année même de la mort de Jésus. Ainsi, à une époque aussi rapprochée des faits, les Apôtres croyaient déjà à la Résurrection corporelle de leur Maître. Il n'est donc pas possible d'admettre, avec l'école mythique, que la Résurrection est une légende qui s'est formée au milieu du IIe siècle, ni, avec certains critiques contemporains (Loisy), que les Apôtres et les disciples n'ont ni cru ni prêché que le corps de leur Maître était sorti vivant du tombeau au troisième jour après sa mort, et que les chrétiens ne seraient arrivés à cette foi qu'en défigurant les croyances primitives et les impressions des premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
270. — B. ''TÉMOIGNAGE DES ÉVANGILES. ''— D'après le témoignage des quatre Évangiles, la foi à la Résurrection de Jésus est née d'une double cause : — a) de la découverte du tombeau vide, et — b) des apparitions du Ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Argument tiré de la découverte du tombeau vide. ''— Suivant les récits des quatre Évangélistes, les femmes et les disciples qui se rendirent au sépulcre pour embaumer Jésus, trouvèrent le tombeau vide. La pierre qui fermait l'entrée du sépulcre était rejetée sur le côté ''(Marc, ''xvi, 4). A l'intérieur du sépulcre, les linges gisaient à terre, les linceuls et le suaire séparément ''(Jean, ''xx, 7) ; le corps de Jésus n'était plus là ''(Luc, ''xxiv, 3). Un Ange leur annonça la Résurrection. Les gardes effrayés avaient fui et étaient allés annoncer la nouvelle aux princes des prêtres qui leur donnèrent une forte somme d'argent pour publier que les disciples avaient enlevé le corps pondant qu'ils dormaient ''(Mat, ''xxviii, 11, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le premier argument invoqué par les Évangélistes en faveur de la Résurrection est tiré de ce fait que le lendemain du sabbat, le dimanche matin, le corps de Jésus avait disparu du tombeau où il avait été enseveli l'avant-veille par Joseph d'Arimathie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
271. — '''Objection. '''— L'argument tiré de la découverte du tombeau vide a été, de tout temps, l'objet des plus vives attaques de la part des adversaires dix christianisme. — 1. ''Ou bien ils ont admis la matérialité du fait, ''et ils se sont ingéniés a en fournir des explications naturelles : — 1) Les ''Juifs, ''au 1er siècle, recoururent à ''l'hypothèse de l’enlèvement. ''Ils accusèrent les disciples d'avoir dérobé le corps de leur Maître, la nuit, pendant que les gardes dormaient&amp;lt;ref&amp;gt;Cette hypothèse ne put résister longtemps à la réplique des apologistes chrétiens Aussi vit-on bientôt les Juifs reporter leur accusation sur le jardinier du lieu où était le tombeau, qui aurait fait disparaître le corps, de peur que les allées et venues des pieux visiteurs ne nuisissent à ses laitues (voir Tertullien, Tr. de Spectaculis).&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 2) Parmi les critiques modernes. ''les uns ''ont complètement abandonné l'hypothèse de l'enlèvement par les disciples de Jésus. C'est ainsi que ''l'école naturaliste ''allemande (Bret-schneider, Paulus, Hase) supposa que Jésus n'était pas mort sur la croix et qu'il était seulement tombé en léthargie. La fraîcheur du tombeau, la vertu des baumes et la forte odeur des aromates l'ayant rappelé à la vie, il se débarrassa de ses linceuls et du suaire qui lui couvrait la tête, et il put sortir du sépulcre grâce à un tremblement de terre qui fit rouler la pierre qui on scellait l'entrée. Il apparut alors à ses disciples qui le crurent ressuscité. ''Les autres, ''au contraire, ont repris l'hypothèse de l'enlèvement en la modifiant. Comme le découragement dans lequel étaient tombés les Apôtres, écarte d'eux tout soupçon d'imposture, ils ont supposé que l'enlèvement avait été fait soit par les Juifs&amp;lt;ref&amp;gt;MM. Albert Réville et Edouard LE Roy ont supposé que les autorités Juives qui détestaient Jésus et ne supportaient pas qu'il eût une sépulture honorable avaient fait enlever le corps afin qu'il subit le sort que la loi réservait aux cadavres des sup­pliciés.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui voulaient empêcher l'affluence des visiteurs, soit par le propriétaire du jardin qui voulait débarrasser son caveau du cadavre qui en avait pris possession&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Les Apôtres&amp;lt;/ref&amp;gt;, soit par Joseph d'Arimathie lui-même qui, n'étant pas un disciple de Jésus, et n'ayant prêté son caveau que par charité, se serait empressé, le sabbat passé, de faire transporter le corps dans un autre endroit&amp;lt;ref&amp;gt;HOLTZMANN, La Vie de Jésus.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ou bien ils ont nié la matérialité du fait ''et ont prétendu que le récit de la découverte du tombeau vide est une ''légende ''inventée par la seconde ou la troisième génération chrétienne, et ils en veulent voir la preuve dans le silence de saint Paul. Si saint Paul, disent-ils, dont le témoignage est antérieur à celui des Évangiles, ne mentionne pas l'argument du tombeau vide, c'est qu'il ne le connaissait pas et que la légende n'était pas encore formée au moment où il écrivait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous ne nous attarderons pas à répondre longuement à ceux qui, prenant les Apôtres pour des ''imposteurs, ''soutiennent qu'ils ont été les auteurs du rapt. Quel intérêt pouvaient-ils avoir à inventer la fable de la Résurrection et à faire adorer comme un Dieu, un séducteur dont ils auraient été les premières victimes? Un tel plan n'était-il pas d'ailleurs irréalisable? Comment auraient-ils enlevé le corps? Par violence, par corruption ou par ruse? Aucune des trois hypothèses n'est sérieuse. La ''violence ''n'est pas admissible, de la part de gens qui avaient montré si peu de courage au cours de la Passion. La ''corruption ''n'est possible qu'avec de l'argent, et les Apôtres étaient plutôt pauvres. Reste le troisième moyen : enlever le corps par ''ruse. ''Il s'agissait alors de surprendre les gardes par un chemin détourné, ou la nuit, alors qu'ils auraient été endormis, de pousser la pierre sans le moindre bruit, puis d'enlever le corps sans éveiller personne, et de le cacher dans une retraite assez sûre pour qu'on ne pût le découvrir : une telle entreprise ne dépasse-t-elle pas les limites de la vraisemblance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'hypothèse de la ''mort apparente ''de Jésus est tombée aujourd'hui ''dans le plus complet discrédit. ''Il faut choisir en effet. Ou l'on accepte les récits des Évangélistes tels qu'ils sont, et alors rien n'autorise à croire que la mort de Jésus ne fut qu'apparente. Si les souffrances de la croix et le coup de lance ne l'avaient pas fait mourir, il aurait sûrement été asphyxié par les cent livres d'aromates et par le séjour au tombeau. Ou bien l'on regarde les récits évangéliques comme des légendes, et alors l'on tombe dans l'objection qui nie la matérialité du fait et à laquelle nous répondrons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que le ''rapt a été commis par les Juifs, ''est une hypothèse plus absurde encore et contredite par les faits. Il faut se souvenir en effet que les Apôtres prêchèrent la Résurrection, non seulement devant le peuple, mais devant les chefs de la nation. Pierre et Jean furent emprisonnés pour cela, et ils comparurent devant le tribunal juif ''(Actes, ''iv, 1, 12). Conçoit-on alors le silence des Sanhédrites ? « La pièce à conviction était entre leurs mains ; ils pouvaient ébranler d'un seul geste, d'une parole, la foi nouvelle dont les progrès rapides les inquiétaient... Si les Sanhédrintes se sont tus, s'ils n'ont pas opposé ce démenti éclatant, c'est parce qu'ils n'étaient pas en état de le fournir. A Jour insu et sans eux le sépulcre avait été dépouillé de son cadavre. »&amp;lt;ref&amp;gt;P. Rose, Etudes sur les Évangiles. C'est là sans cloute la raison qui a déterminé les rationalistes contemporains à imaginer l'hypothèse de la fosse commune. Ils pensent ainsi échapper à la nécessité qui leur incombe d'expliquer pourquoi les Juifs n'ont pas confondu les apôtres en reproduisant le cadavre.&amp;lt;/ref&amp;gt; Et qui donc l'avait enlevé? « Ce n'est pas un ami. Ce n'est pas un ennemi. Ce n'est pas un étranger. Depuis plus de dix-neuf siècles ''(Mat., ''xxviii, 12-15) on a épuisé toutes les hypothèses pour échapper au miracle ; à aucune on n'a pu donner quelque vraisemblance. Il ne reste qu'une réponse possible. Le Christ est sorti de lui-même de son sépulcre. Il est ressuscité corporellement » &amp;lt;ref&amp;gt;Ladeuze, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Est-on mieux fondé à prétendre que la découverte du tombeau vide est une ''légende inventée par la seconde ou la troisième génération chré­tienne&amp;lt;ref&amp;gt;Les rationalistes supposent deux stades dans la formation de la légende. Au pre­mier stade se placent les hallucinations. Après la grande épreuve delà Croix, l'amour des Apôtres pour leur Maître triomphe de leur découragement. Pierre d'abord, puis les autres Apôtres, suggestionnés par Pierre, ont des visions dans lesquelles ils se figurent voir Jésus ressuscité. Telle est la première étape de la croyance à la résurrection où il n'est question que de Jésus vivant et immortel, étape dont nous trouvons l'écho dans le témoignage de saint Paul. Au second stade, les Apôtres, pour légitimer leur prédica­tion, commencent à matérialiser la croyance à la survivance du Christ. Pour les besoins delà cause, l'on forge de toutes pièces les circonstances de la résurrection : l'ensevelisse­ment, la garde au tombeau, la découverte du tombeau vide, Jésus faisant toucher ses plaies, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt;''? Comment expliquer alors la foi des Apôtres, la transformation totale, qui s'est faite en eux quelque temps après le grand drame de la croix qui les avait laissés si découragés et si abattus? Si rien n'est venu les remettre de leur déception, si la foi à la Résurrection ne s'est formée que peu à peu, comment se fait-il que, de lâches et timides qu'ils étaient au cours de la Passion, ils soient devenus, après, intrépides, audacieux et qu'ils prêchèrent la Résurrection jusqu'au sacrifice de leur vie? Faut-il croire « ces témoins qui se font égorger » ou les prendre pour des exaltés et des fous?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
272. — b) ''Argument tiré des apparitions. ''— Tandis que l'argument tiré du tombeau vide n'est qu'une preuve indirecte, vu que le fait peut être expliqué par d'autres hypothèses que la Résurrection, les ''apparitions ''constituent une ''preuve directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on compare les deux témoignages de saint Paul et des Évangélistes, l'on peut compter ''onze apparitions, ''celle du chemin de Damas à saint Paul non comprise. Deux apparitions mentionnées par saint Paul ne figurent pas chez les Évangélistes, à savoir l'apparition aux cinq cents disciples et l'apparition à Jacques. Le total des apparitions relatées par les Evangélistes s'élève donc à neuf, dont ''sept ''eurent lieu à ''Jérusalem ''ou aux environs, et ''deux ''en ''Galilée. ''Dans le premier groupe, — les ''apparitions hiérosolymitaines, ''— l'on compte les apparitions : — 1. à Marie-Madeleine ''(Marc, ''xvi, 9 ; ''Jean, ''xx, 14, 15) ; — 2. aux femmes qui revenaient du sépulcre ( ''Mat., ''xxviii, 9) ; — 3. à Simon Pierre ''(Luc, ''xxiv, 34) ; — 4. aux deux disciples qui allaient à Emmaüs ''(Marc, ''xvi, 12 ; ''Luc, ''xxiv, 13 et suiv.) ; et — 5. aux Apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas absent ''(Marc, ''xvi, 14; ''Luc, ''xxiv, 36 et suiv. ; ''Jean, ''xx, 19-25). Ces cinq premières apparitions eurent lieu le jour de Pâques. — 6. Huit jours plus tard, à Jérusalem encore, Jésus apparut aux onze Apôtres, Thomas présent et invité par le Seigneur à toucher les plaies de ses mains et de son côté ''(Jean, ''xx, 26-29). — 7. En ''Galilée, ''il apparut à sept disciples sur le lac de Tibériade (''Jean, ''xxi, 1, 14) ; puis — 8. aux onze Apôtres sur une montagne de (ralliée ''(Mat., ''xxviii, 16, 17). — 9. Enfin, une dernière apparition qui précéda l'Ascension et qui eut lieu sur le Mont des Oliviers devant tous les Apôtres assemblés ''(Luc, ''xxiv, 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''273. —''' '''Objection. '''— On objecte contre l'argument tiré des apparitions les ''divergences ''que l'on trouve dans les narrations évangéliques. — 1. L'on fait remarquer que les Évangélistes ne s'entendent pas sur le ''nombre ''des femmes qui se rendirent au tombeau, ni sur le nombre des Anges qu'elles virent. — 2. Mais l'on invoque surtout la soi-disant opposition entre les auteurs sacrés à propos du ''théâtre ''des apparitions. D'après les critiques libéraux et rationalistes, il y aurait dans les récits évangéliques comme ''deux traditions ''superposées et d'ailleurs inconciliables : l'une représentée par saint Matthieu et saint Marc, plaçant les apparitions en Galilée, conformément au message que l'ange donne aux saintes femmes pour les Apôtres au matin de la résurrection ; l'autre représentée par saint Luc et saint Jean et mettant le théâtre des apparitions exclusivement en Judée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— 1. Loin d'infirmer leurs récits, les ''divergences ''prouvent au contraire l'indépendance des historiens. Les divergences portent d'ailleurs sur des points secondaires, tels que le ''nombre des femmes ''et le ''nombre des anges ; ''elles laissent intact le ''fait ''lui-même de la Résurrection. Il apparaît avec évidence que les ''variantes de détails ''n'empêchent nullement ''l'identité du fond. ''— 2. L'opposition qu'on signale entre les Évangélistes à propos du ''théâtre ''des apparitions, n'est pas aussi évidente qu'on l'affirme, et il est loin d'être démontré qu'il y eut deux traditions distinctes, l'une hiérosolymitaine, l'autre galiléenne, et encore moins, que chaque évangéliste ne connut que l'une des deux traditions. Comment peut-on prétendre, en effet, que saint Matthieu qui, avec saint Marc, représente la tradition galiléenne, ignore la tradition judéenne, alors qu'il rapporte une apparition de Jésus aux saintes femmes, au moment où elles sortaient du sépulcre? (''Mat., ''xxviiî, 8, 9). La finale de saint Marc rapporte également des apparitions hiérosolymitaines, mais n'insistons pas sur ce fait, vu que nos adversaires considèrent cette finale comme apocryphe. De même, l'Évangile de saint Jean, si on le prend en son entier et avec son appendice, raconte des apparitions judéennes et des apparitions galiléennes. Saint Luc ne rapporte que les apparitions judéennes. Donc, en définitive, si l'on excepte saint Luc, les Evangélistes connaissent les deux théâtres des apparitions du Christ, et l'exclusivisme qu'on voudrait trouver dans leurs narrations, n'existe en réalité que dans l'esprit des critiques rationalistes. Trois Évangélistes au moins sur quatre ont recueilli la double tradition : hiérosolymitaine et galiléenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, par ailleurs, que la plupart des divergences s'expliquent très bien par le ''but différent ''que les Évangélistes poursuivaient. Ainsi saint Matthieu, écrivant pour le milieu juif où le bruit courait que les disciples avaient enlevé le corps du Christ montre l’invraisemblance d’une telle accusation par ''le récit de la garde mise au tombeau ''et de ''l'apposition des scellés sur la pierre du sépulcre. Saint Marc ''écrivant pour le ''milieu romain, ''très attaché aux formes juridiques, rapporte d'abord que la mort de Jésus a été ''constatée officiellement ''par une enquête de Pilate auprès du Centurion chargé de l'exécution de la sentence, puis il insiste sur ''l'incrédulité des disciples ''qui refusent d'ajouter foi au récit de Marie-Madeleine. — Saint Luc, écrivant pour le ''milieu grec, ''où le témoignage des femmes n'était pas reçu en justice et où la résurrection des morts était regardée comme une absurdité, ne mentionne que les ''apparitions aux hommes ''(aux deux disciples d'Emmaüs, à Pierre, aux Onze et à leurs compagnons) et apporte des détails matériels afin de démontrer que le corps ressuscité du Christ n'était pas un fantôme, mais bien un ''corps réel, ''puisqu'il se laissait toucher et qu'on pouvait le voir manger et boire. Ne suivant pas la même marche, les Évangélistes se sont donc approprié ce qui rentrait dans leur plan et convenait le mieux à leurs lecteurs : ce serait dès lors une erreur de conclure qu'ils aient ignoré ''les faits qu'ils passent sous silence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, de l'examen des documents, il résulte que, dès les premiers jours, les Apôtres, tant par la découverte du tombeau vide que par les apparitions, crurent que leur Maître était ressuscité, qu'ils se le représentèrent survivant, non seulement dans son âme immortelle, mais ''dans son corps. ''Ils crurent que son corps n'était pas resté au tombeau, mais qu'il vivait à nouveau et pour toujours, transformé et glorifié&amp;lt;ref&amp;gt;V. Lepin, Christologie&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le miracle de la Résurrection fut accompli pour confirmer la mission divine de jésus. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
274. — La ''connexion ''entre la Résurrection de Jésus et sa mission divine est chose si manifeste qu'elle n'a jamais été l'objet de controverse. Entre les adversaires du christianisme et les apologistes chrétiens le débat n'a jamais porté que sur le ''fait ''même de la. Résurrection. Il a toujours été admis que, si Jésus était ressuscité, sa mission était divine ; il était le Messie, le Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne sera donc pas nécessaire d'insister longuement sur ce point. La pensée de Jésus de lier sa mission au miracle de la Résurrection, ressort : — 1. de ce fait qu'il ''prédit l'événement ''à plusieurs reprises, comme étant une marque révélatrice du Messie : « Alors (après la confession de Pierre) il commença à leur (aux Apôtres) enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup... qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât trois jours après. ''» (Marc, ''vii, 31). A trois autres reprises, Jésus prédit encore sa mort et sa résurrection ''(Marc, ''ix, 8'', ''9 ; 30 ; x, 32-34) ; — 2. de cet autre fait qu'on doux circonstances Jésus ''fit appel à sa Résurrection future ''comme au ''seul signe ''qui serait donné pour prouver sa mission. — 1. Dans une première circonstance, un groupe de Pharisiens lui demande un ''signe de sa mission : ''« Maître, nous voudrions voir un signe de vous. » Il leur répondit : « Cette race méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » ''(Mat., ''xii, 38-40). — 2. Dans une seconde circonstance, alors qu'il venait de chasser les vendeurs du Temple, les Juifs, s'étonnant de le voir agir ainsi, lui demandent un signe qui l'autorise a user d'une telle autorité ; Jésus répond en ces termes : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs repartirent : « C'est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours, vous le relèverez ! » Mais lui, il parlait du temple de son corps. Lors donc qu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela. » ''(Jean, ''ii, 18-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi le seul signe que Jésus consente à donner à ses ennemis en faveur de sa mission divine, c'est sa Résurrection. Et comme celle-ci est ''un fait historiquement certain, ''nous pouvons conclure que Jésus nous a laissé le témoignage le plus authentique et le plus grand de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — '''Sur les prophéties et les miracles.''' — ''Les Vies de Jésus-Christ ''par l'abbé Fouard, Mgr Le Camus, le P. DIDON. le P. Berthe.— Lemonnyer, art. ''Fin du monde ''(Dict. d'Alès). — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu. ''— Batiffol, ''Six leçons sur l'Évangile ''(Blond). — Fillion, ''Les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''— De Bonniot, ''Les miracles de l'Évangile ''(Étude 1888) — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques ''(Gabalda). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''— Couget, ''La divinité de Jésus-Christ.''— Frayssinous, ''Défense du Christianisme, Des miracles ''(Le Clère). — Lacordaire, 38e conférence. — Monsabré, 28e , 29e , 36e conférences, ''Introduction au Dogme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Résurrection'''. — Mangenot, ''La Résurrection de Jésus ''(Beauchesne) — Ladeuze, ''La Résurrection du Christ devait la critique contemporaine ''(Bloud). — Chauvin, ''Jésus est-il ressuscité? ''(Bloud). — Lepin, ''Christologie ''(Beauchesne).— Lebreton, art. ''Sur la Résurrection, ''Rev pr. d'Ap., mai 1907. — Lesêtre, ''Jésus ressuscité, ''Rev. du Clergé français, 1907. ''L'Ami du Clergé, ''Année 1923, Nos 36, 44, 49. — Bourdaloue, ''Sermon sur la Résurrection...''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre V. — La Doctrine chrétienne, Sa rapide diffusion. Le Martyre. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275. — Maintenant que nous avons vérifié les titres du fondateur du christianisme et que nous avons démontré que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, il semble superflu de mettre en lumière ''la qualité de la doctrine. ''Il y a tout lieu, en effet, de préjuger qu'elle est ''transcendante, ''puisqu'elle est l'œuvre d'un Envoyé divin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme nous aurons l'occasion, dans le second article, de parler de l’''excellence ''de la doctrine chrétienne (V. N° 285), nous laisserons de côté la question pour le moment. De toute façon, il n'est pas possible, dans un Manuel d'Apologétique, de donner à cette preuve de la divinité du christianisme ''(critère intrinsèque) ''les développements qu'elle comporte. Ce travail nous entraînerait trop loin, et nous prenons la liberté de renvoyer à notre « ''Doctrine catholique ».''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous plaçant sur le seul terrain de ''l'apologétique défensive, ''nous nous bornerons ici à répondre à une objection que les rationalistes tirent de l'histoire comparée des religions. Lorsque nous avons parlé des ''fausses religions, ''à dessein nous avons mis en relief les ''ressemblances ''qui existent entre elles et le christianisme. Nous tenons à y revenir, afin d'écarter définitivement l'objection rationaliste qui voudrait représenter la doctrine chrétienne comme une ''doctrine d'emprunt ''et sans individualité propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela, nous envisagerons les ''circonstances historiques ''du christianisme, ses destinées dans l'espace et dans le temps, autrement dit, sa rapide diffusion parmi le monde, et sa merveilleuse vitalité à travers les siècles, en dépit des obstacles nombreux qu'il a rencontrés, en particulier, des violentes persécutions qui ont essayé de l'étouffer à ses origines. Ce dernier point nous amènera à la question du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Dans le premier, nous établirons ''le caractère original ''de la doctrine du Christ. 2° Dans le second, nous parlerons de sa ''merveilleuse propagation. ''3° Enfin nous traiterons du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La doctrine chrétienne n'est pas une synthèse de doctrines étrangères. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''276. — 1° Objection rationaliste. '''— Nous avons vu précédemment (N° 142) que les ''rationalistes, ''s'appuyant sur la ''doctrine de l'évolution, ''assignent au sentiment religieux une origine tout humaine, où il n'y a place ni pour le surnaturel ni pour la révélation. Partant de ce principe qu'ils érigent en dogme, ils étudient les religions comme des institutions humaines, ils en relèvent avec soin les ''points de ressemblance, ''et n'hésitent pas à tirer les conclusions suivantes : à savoir que toutes les religions sont de la même essence, qu'elles se sont influencées réciproquement, que le judaïsme et le christianisme ne sont pas des religions plus originales que les autres, et qu'en particulier, le christianisme est une ''religion d'emprunt, ''qu'il a puisé son dogme, sa morale et son culte soit au judaïsme, soit aux doctrines philosophiques de la Grèce et de Rome, soit surtout aux religions de plus vieille date, telles que le zoroastrisme, le bouddhisme et le mithriacisme, bref, qu'il est une ''synthèse de doctrines étrangères.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277. — '''Réfutation. '''— Ainsi, les historiens rationalistes des religions, après avoir noté les points de contact qu'il y a entre le christianisme et les autres religions, se croient en droit de conclure que le christianisme est coupable de ''plagiat, ''et que, de ce fait, il ne saurait revendiquer une ''origine divine, ''puisqu'il aurait emprunté sa doctrine à des religions que lui-même déclare d'origine humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour répondre à ces allégations, de distinguer deux choses : la ''question de fait, ''et la question de ''l'interprétation du fait, ''ou si l'on veut, la matérialité du fait, et les conclusions qu'on en tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA QUESTION DE FAIT. ''— Dans le but de prouver que le christianisme n'a pas d'individualité propre, qu'il n'est pas une religion originale, les rationalistes relèvent donc les ressemblances qui existent entre sa doctrine et les autres doctrines antérieures, soit philosophiques, — soit religieuses. Voici les principales ''analogies ''qu'ils signalent sur le triple terrain du ''dogme, ''de la ''morale ''et du ''culte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— D'après les rationalistes, qu'il s'agisse des vérités ''naturelles ''ou des vérités ''surnaturelles, ''il n'y a rien dans le christianisme qui ne se trouve déjà ailleurs. — 1. Ainsi, les philosophes de l'antiquité grecque et latine, tels que Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, etc., ont enseigné, plus ou moins clairement, l'existence d'un Dieu unique, d'une Providence qui gouverne le monde, d'une âme spirituelle et libre destinée à une survie où elle recevra soit la récompense de ses bonnes actions, soit le châtiment de ses fautes. D'une façon plus précise encore, ces vérités sont enseignées par les livres sacrés des Juifs. — 2. Passons maintenant aux dogmes qui paraissent former le ''fond original ''de la religion chrétienne, c'est-à-dire aux trois grands mystères de la ''Trinité, ''de l'''Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''celle-ci avec son corollaire obligé, le ''sacrifice. ''Eh bien, disent les rationalistes, non seulement ces dogmes ne sont pas nouveaux et appartiennent tous, plus ou moins, aux religions de l'Inde, mais même les circonstances historiques, ce que l'on pourrait appeler les ''alentours ''des ''dogmes, ''sont comme une réédition de ce qui se lit dans les Livres sacrés de religions d'origine plus ancienne. Nous avons signalé ces différents points au chapitre des fausses religions (V. Nos 191 et suiv.) Nous les rappelons ici brièvement. Dans le mithriacisme, le jeune dieu Mithra naît dans une grotte comme Jésus. Mais c'est surtout avec lès religions de l'Inde que la parenté du christianisme est étroite. Krishna, dieu incarné de. l'hindouisme, est adoré, à sa naissance, par des bergers et quelque temps après, il doit, comme Jésus, fuir en exil. Le Bouddha, à son tour, nous rappelle maints traits de la vie de Jésus. Avant d'entreprendre sa prédication et de commencer son rôle de libérateur, il passe quatre semaines dans la solitude où il subit les assauts du démon tentateur, Mâra. Les livres sacres de la Perse racontent également une tentation de Zoroastre. Ajoutons enfin que la résurrection de Jésus elle-même n'est pas un fait unique dans l'histoire des religions : elle a comme parallèles la mort et la résurrection de trois jeunes dieux, Osiris, Adonis et Atys.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Morale. ''— La morale chrétienne ne présenterait pas, d'après les rationalistes, de caractère plus original. Elle serait, en grande partie, une adaptation de la morale stoïcienne et de la morale de Zoroastre. Bien plus, le christianisme ne serait même pas neuf sur le terrain de l’''ascétisme. ''Les conseils évangéliques, — le célibat volontaire, la pauvreté volontaire et la vie commune, — auraient été mis en pratique avant l'Évangile : nous avons vu en effet que le bouddhisme a ou ses moines longtemps avant le christianisme (V. N° 195).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Culte. ''— 1. L'on prétend retrouver les ''sept sacrements ''dans le mithriacisme. Le bouddhisme et le brahmanisme ont également la confession des fautes. La communion qui fait partie intégrante du sacrifice eucharistique a pour pendant dans les cultes païens l'usage de participer aux victimes immolées à la divinité. — 2. Le ''culte des saints et des images ''correspond, dit-on, au culte des dieux et des idoles. — 3. Le christianisme a emprunté au paganisme tous ses ''rites ''et toutes ses ''cérémonies ; ''il adore et implore la divinité de la môme façon, par les mêmes signes extérieurs, par les mêmes gestes, voire par les mêmes formules. Les ''ex-voto ''qui recouvrent les murs des églises célèbres, et qui sont des marques de faveurs obtenues, ont leurs analogues dans le paganisme : les monuments d'actions de grâces abondaient près du temple d'Esculape à Épidaure et près du temple de Jupiter à Dodone. Donc, concluent les rationalistes, sur ce point comme sur les autres, la religion chrétienne n'a rien innové ; elle est une copie évidente des autres cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278. — B ''L'INTERPRÉTATION DU FAIT. ''— Des ressemblances qui existent entre le christianisme et les autres religions, les rationalistes s'empressent de tirer la conclusion que le premier est l'emprunteur. Mais c'est précisément ce qu'il s'agirait de démontrer, car il va de soi que le plagiat ne se présume pas, il faut en faire la preuve. Or c'est chose facile de noter les ''ressemblances ; ''ce qui est plus difficile c'est d'établir la ''filiation. ''En reprenant les trois divisions : dogme, morale et culte, nous allons voir que cette filiation n'existe pas ou qu'elle s'explique par des raisons valables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— 1. Que les vérités ''naturelles, ''telles que l'unité et l'immortalité de l'âme aient été enseignées par des philosophes antérieurs au christianisme, cela se conçoit, puisque la raison peut, par ses seules forces, découvrir ces vérités. L'on pourrait cependant remarquer qu'elles ont été rarement connues sans mélange d'erreur. Ainsi Platon, tout en reconnaissant une Divinité suprême, est dualiste. Aristote rejette la Providence, Sénèque paraît plutôt panthéiste, et presque tous ont représenté la Divinité comme soumise à l'aveugle Destin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on objecte aussi que le monothéisme, l'immortalité de l'âme, la croyance à une vie future, étaient déjà les ''éléments essentiels de la religion juive. ''Assurément, et ce serait un contresens de vouloir en tirer parti contre le catholicisme, puisque celui-ci est le premier, non seulement à admettre sa parenté, mais à affirmer cotte filiation comme un de ses dogmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ressemblances d'ailleurs s'arrêtent là. Et si nous voulions relever les divergences entre les deux religions, établir le contraste entre le rigorisme, l'orgueil et la justice austère des Pharisiens, d'une part, et d'autre part, la bonté, l'humilité la charité inépuisable de Jésus, nous forcerions nos adversaires à confesser que la religion chrétienne, tout en étant une évolution de la religion juive, a accompli un tel progrès qu'elle peut être considérée comme une religion tout à fait neuve et originale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''point important ''de l'objection rationaliste concerne évidemment les trois dogmes de la ''Trinité, ''de ''l’Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''c'est-à-dire ce qui paraît être le fond propre de la religion chrétienne. Remarquons tout d'abord que ces trois dogmes ''ont leur fondement ''dans les Livres sacrés du Nouveau Testament et en particulier dans les Evangiles. Pour démontrer que 1p christianisme a emprunté des dogmes, il faudrait donc faire la preuve que les documents de la révélation chrétienne n'ont pas de caractère original, qu'ils portent des traces d'importation étrangère. Or si l'on rapproche nos Livres sacrés de ceux de l'Inde et de la Perse, on constate aisément, par la critique interne, que les premiers n'ont pas été influencés par les seconds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, les ressemblances signalées sont-elles si complètes que l'on puisse dire que les dogmes du christianisme sont empruntés? « Ne consistent-elles pas fort souvent en de simples analogies très éloignées, de telle sorte qu'il y ait entre les éléments correspondants du christianisme et des autres cultes autant de différence que de ressemblance?... Nous voyons dans plusieurs religions l'idée d'une trinité divine, mais entre les triades païennes, vagues et changeantes, composées généralement d'un père, d'une mère et d'un fils, et la conception de la Trinité chrétienne, il y a un abîme. Sur un grand nombre de points il est possible de constater, à côté des ressemblances, des différences aussi grandes. »&amp;lt;ref&amp;gt;L'abbé de Broglie, Problèmes et Conclusions de l'histoire des religions.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait s'étonner encore que l’''idée d'un libérateur ''se retrouve en dehors du christianisme, que Çakya-Muni, par exemple, se soit donné, avant Jésus, pour le .sauveur de l'humanité. Mais il convient de se rappeler que l'attente messianique avait dépassé les bornes du territoire juif. Cette idée, dont les prophètes avaient été les ardents propagateurs, avait pénétré partout. Elle faisait écho du reste aux sentiments du cœur humain. A la vue de ses misères et de ses fautes, devant la crainte des châtiments futurs, l'homme ne conçoit-il pas, comme d'instinct, le désir et l'espoir de la délivrance? « Or qu'arrive-t-il, dit l'abbé de Broglie, lorsque les hommes animés de ces sentiments se trouvent privés du bienfait de la révélation véritable et de la religion divine? Il arrive naturellement qu'ils cherchent ce qui leur manque, qu'ils le créent, qu'ils l'imaginent selon leurs lumières et leurs forces Sentant le besoin d'une révélation, ces hommes écouteront le premier prophète venu, sans vérifier ses titres ; sentant le besoin d'un libérateur ils écouteront celui qui dira qu'il peut, qu'il veut les sauver. Sentant le besoin d'émotions religieuses, ils organiseront des cérémonies, des chants capables de les leur inspirer. Croyant au surnaturel, ils s'adresseront à des êtres invisibles pour obtenir d'eux la santé et la richesse... Ainsi se développeront les fausses religions où il y aura toujours une part d'imposture, et où le bien sera mêlé au mal.»&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Quant aux ''circonstances historiques des dogmes. ''c'est-à-dire à tout ce qui porte sur la vie et les actes des fondateurs, les rapprochements signalés plus haut sont loin d'être défavorables au christianisme. Sans parler du mithriacisme qui s'est propagé dans l'Empire romain à la même époque que le christianisme et que les apologistes chrétiens ont pu accuser de plagiat sans recevoir de démenti (V. N° 191), l'on ne saurait regarder la vie du Bouddha comme un modèle sur lequel les Évangélistes auraient calqué la vie du Christ. Au contraire, la biographie de Çakya-Muni est relativement moderne dans la littérature de l'Inde, la rédaction définitive n'en ayant pas été faite avant le XIIe siècle de notre ère. Pour démontrer que le christianisme est tributaire du bouddhisme, il faudrait donc prouver que les livres actuels qui contiennent la vie du Bouddha sont identiques aux originaux ; et c'est ce qui n'a pas été fait. Il n'y a pas lieu davantage de nous arrêter au parallélisme qu'on a voulu établir entre la résurrection de Jésus dont nous avons apporté précédemment les preuves indiscutables, et la mort et la résurrection des dieux mythologiques, Osiris, Adonis et Atys, lesquelles ne sont autre chose que des symboles, destinés à figurer la succession des saisons, la mort apparente de la nature en hiver et sa résurrection au printemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Morale. ''— La morale chrétienne n'a aucunement la prétention d'être en tous points une morale nouvelle. Les préceptes fondés sur la nature des choses et imposés par la raison ne sont pas sa propriété exclusive. Il ne faut donc pas s'étonne des rapports qu'elle peut avoir avec d'autres morales, comme celle des stoïciens et celle de Zoroastre. Au surplus, la morale chrétienne les dépasse, tant dans ''l'ensemble de ses préceptes ''et de ses ''conseils ''que dans les ''motifs ''qui l'inspirent. Ainsi les stoïciens, tout en recommandant la pratique du bien comme la condition unique du bonheur, ne poursuivent que leur propre félicité ; ils ne connaissent pas la pitié à l'égard du prochain. D'autre part, en nous imposant comme premier devoir de supprimer le sentiment et de n'écouter que la raison, ils vont à l'encontre de la nature humaine et nous proposent une morale impraticable. Combien la morale du Christ, basée sur l'amour de Dieu et du prochain, compatissante à la faiblesse et indulgente aux défaillances, toujours guérissables par le repentir, est plus humaine et meilleure, on ne saurait le mettre en doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on dit encore qu'il y a eu dans l'Inde des ''moines ''qui ont pratiqué les conseils évangéliques avant et tout aussi bien que les ascètes chrétiens. Nous voulons bien l'admettre, mais tout au plus peut-on en conclure que la nature humaine a été la même dans tous les temps et sous tous les cieux, qu'il y a toujours eu des âmes d'élite qui ont aspiré à un idéal de perfection, et que leurs instincts religieux leur ont découvert les mêmes moyens d'y parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Culte. ''1. Nous n'avons pas à répondre à l'objection qu'on tire des ressemblances qu'il peut y avoir entre les ''sept sacrements chrétiens ''et les ''sept degrés de l'initiation mithriaque, ''puisque le mithriacisme n'est pas antérieur au christianisme, et que, s'étant répandu à Rome, il a pu entrer facilement en contact avec la religion de Jésus et lui emprunter ses rites. — 2. Quant au ''culte des saints ''et des ''images ''que l'on rapproche du ''culte des dieux ''et des ''idoles, ''les deux s'expliquent par la tendance de la nature humaine « à multiplier les objets de culte et à choisir des objets visibles de vénération religieuse : cette tendance, abandonnée à elle-même, a produit dans l'antiquité païenne le polythéisme et l'idolâtrie. Dans l'histoire du christianisme, ces mêmes aspirations, gouvernées et dirigées pari Esprit-Saint et par l'Église, ont trouvé leur satisfaction dans un culte de vénération envers les saints, distinct du culte d'adoration qui est réservé à Dieu seul, et dans l'usage légitime d'images qui ne sont nullement des idoles »&amp;lt;ref&amp;gt;L'abbé de Broglie, op. cit., p. 283&amp;lt;/ref&amp;gt;. S’il est arrivé parfois que la distinction entre le culte de Dieu et celui des saints n'a pas été suffisamment établie et que le culte d'un saint a remplacé purement et simplement le culte d'un dieu local sans qu'il y eût de différence dans la manière de vénérer l'un et d'adorer l'autre, ce sont là des abus qui sont imputables à l'ignorance des nouveaux convertis, et non à la religion elle-même. — 3. On allègue enfin ''l'identité des cérémonies ''du culte chrétien et du culte païen pour accuser le premier de plagiat. A supposer que la liturgie chrétienne ait emprunté tous ses rites secondaires soit au culte juif, soit au culte païen, c'est-à-dire en somme, au milieu dans lequel elle pénétrait, et qu'elle les ait adaptés à ses besoins, il n'y aurait pas là de quoi l'accuser de plagiat. Les cérémonies, en tant que formes extérieures par lesquelles l'homme se propose d'adresser ses hommages à la divinité, sont du domaine public. Pourquoi voudrait-on refuser à la vraie religion le droit de faire usage, par exemple, des encensements, des processions, des chants, des vêtements sacerdotaux, sous prétexte que d'autres cultes les auraient employés avant elle ? La nature humaine étant la même partout, comme nous le disions plus haut, comment trouver étrange qu'elle traduise ses sentiments d'une manière identique ? « L'homme qui se sent coupable et malheureux se tourne naturellement vers son Créateur, vers une puissance invisible capable de le délivrer. A quelque race qu'il appartienne, il risque fort d'imploré! la miséricorde divine dans les mêmes sentiments et presque dans les mêmes termes. L'attitude de la prière, les manifestations extérieures du respect et de l'humilité sont à peu près les mêmes partout : on lève les bras au ciel, on se prosterne ; plus est grand le désir d'obtenir une grâce, plus on insiste en répétant la même formule dans une sorte de litanie... Il est assez naturel de porter solennellement en procession les images de ceux qu'on veut présenter à la vénération publique. La purification, réelle ou symbolique, au moyen d'ablutions, la transmission d'un pouvoir ou d'une influence par l'imposition des mains et bien d'autres pratiques religieuses sont autant de choses très conformes aux dispositions de la nature humaine. Il est puéril de s'étonner des similitudes en pareille matière et de les noter avec empressement comme une découverte ; ou de se laisser prendre à quelques traits extérieurs de ressemblance entre certaines images, et de vite conclure à une imitation. »&amp;lt;ref&amp;gt;Condamin, Art. Babylone et la Bible (Dict. d'Alès).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Tout ceci nous amène à la double conclusion suivante : — l. que les ''points de ressemblance ''entre le christianisme et les autres religions antérieures ne sont pas aussi caractéristiques que le voudraient les historiens rationalistes des religions, que les ''divergences ''qui se mêlent aux ressemblances sont souvent plus importantes ; et — 2. que les ''conclusions ''adoptées par les rationalistes dépassent les prémisses, et que par conséquent, le christianisme ne peut être accusé de plagiat sur aucun point, sauf, si l'on veut, sur les questions telles que les vérités naturelles et les accessoires du culte, qui font partie du domaine commun de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La rapide diffusion du Christianisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
279. — '''État de la question. '''— La ''rapide diffusion ''du christianisme a toujours été considérée par les apologistes comme un solide argument en faveur de son ''origine divine. ''Cependant, la question n'a pas toujours été vue par eux sous le même angle. Dans le rapide essor du christianisme tous ont reconnu la main de la Providence, mais comme celle-ci a deux modes d'action, et qu'elle mène le monde, soit ''par le moyen des causes secondes, ''soit ''en dehors ''et ''au-dessus d'elles, ''l'on comprend qu'il y ait eu divergence de vue sur l'interprétation des faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes qui adoptent la ''première hypothèse, ''font une part très large aux ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme. De l'admirable enchaînement des causes secondes qui ont permis à la religion nouvelle de faire une pénétration si rapide, ils remontent à la Cause suprême « qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées »&amp;lt;ref&amp;gt;Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, 3e  Part., ch. viii. L'importance que Bossuet attache à l'action des causes secondes n'est nullement une diminution de l'ac­tion divine, car c'est Dieu qui prépare la suite et la succession des choses par le travail des causes secondes et qui en dispose l'enchaînement pour la réalisation de son plan éternel, et de ce que Bossuet appelle sa politique céleste (Sera, sur la Providence). Rien n'est donc laissé au hasard. « Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte tout concourt à la même fin ; et c'est faute d'entendre le tout, que nous trouvons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres particulières. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, de la même façon que de l'ordre du monde l'on peut conclure à un sage ordonnateur. Une telle hypothèse, bien que supposant l'action continue de Dieu, est exclusive du miracle. Elle est du reste parfaitement soutenable, mais elle a, à notre époque, le grave inconvénient de prêter des armes à nos adversaires, qui, partant de là, exagèrent, d'un côté, les circonstances favorables à la rapide diffusion du christianisme, 3t de l'autre, affaiblissent les obstacles qui s'opposaient à ses progrès, pour pouvoir aboutir à cette conclusion que la propagation du christianisme s'explique très bien par des ''causes naturelles ''et en dehors de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''seconde hypothèse, ''qui est celle que nous exposerons, tout en laissant aux causes humaines la part qui leur revient, les regarde comme impuissantes à produire de tels effets et suppose par conséquent qu'il a dû s'y ajouter un ''élément divin ; ''en d'autres termes, elle prétend qu'il y a eu disproportion entre les moyens employés et les résultats obtenus, donc, ''miracle d'ordre moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que faut-il entendre par ''miracle d'ordre moral ? ''Pour bien saisir le sens de cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés obéissent à des lois propres à leur nature : les êtres sans raison à des lois nécessaires, les êtres raisonnables à des lois morales où la liberté joue son rôle. Ainsi, des leçons que l'histoire tire de la marche des événements, il résulte que l'on peut considérer comme une loi morale qu'une masse d'hommes ne changent pas d'opinion ni de mœurs, lorsque leurs passions, leurs intérêts et surtout leur vie sont en jeu. Si le changement se produit, il faut donc l'attribuer à une intervention spéciale de Dieu, et non aux causes secondes, et de ce fait, recourir à l'hypothèse du miracle moral. D'où il suit que le ''miracle moral, ''c'est tout fait qui, ne s'expliquant pas par les lois ordinaires de l'histoire, suppose, comme condition nécessaire, l'intervention spéciale de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour démontrer le bien-fondé de cette hypothèse, nous avons dès lors à établir: 1° le ''fait ''même de la rapide diffusion du christianisme, et 2° le ''caractère surnaturel ''de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
280 — La diffusion du christianisme peut être envisagée au point de vue du développement ''numérique ''et ''géographique, ''et au point de vue de ''l'expansion sociale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Développement numérique et géographique'''. — Le christianisme se donnant comme une religion universelle, il importe de distinguer entre le ''nombre ''des nouveaux convertis et l'importance du ''territoire ''conquis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE NOMBRE. ''— Notre enquête sur l'expansion numérique du christianisme s'arrêtera au début du IVe siècle. A cette époque, en effet, les conquêtes de la nouvelle religion sont, non pas certes définitives, mais elles ont pris une importance telle, qu'elles ont forcé le pouvoir impérial, représenté par Constantin, à la tolérance d'abord par l'édit de Milan (313), puis à la bienveillance, et enfin au patronage officiel. Il devient dès lors difficile de faire le départ, dans le développement du christianisme qui s'intensifie chaque jour, entre ce qui peut être attribué aux causes secondes, c'est-à-dire aux auxiliaires humains, et ce qui semble impliquer une intervention spéciale de Dieu. En d'autres termes, le miracle moral n'est discernable que dans les trois premiers siècles où le christianisme, laissé à ses seules ressources, rencontre devant lui des obstacles humainement insurmontables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Au 1er siècle — ''Nous avons, pour nous renseigner sur la marche de l'Évangile, le témoignage des auteurs sacrés et celui des auteurs profanes. — 1. ''Témoignage des auteurs sacrés. ''C'est aussitôt après la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, que se place le berceau du christianisme. Les Actes des Apôtres rapportent que les deux premiers discours de Pierre font cinq mille convertis ''(Act'', ii, 41 ; iv, 4). Ailleurs, ils parlent « de milliers de Juifs convertis » ''(Act., ''xxi, 20). Dans l'Apocalypse (I, 11) il est fait mention de sept Églises. Les progrès de la nouvelle doctrine sont si rapides que la ''finale de saint Marc ''constate que, selon l'ordre donné par Jésus, d'annoncer dans le monde entier l'Évangile du royaume ''(Mat., ''xxiv, 14), « les disciples partirent et prêchèrent en tous lieux» (''Marc, ''xvi, 20). Saint Paul, à son tour, entre 53 et 57, c'est-à-dire vingt ans environ après l'Ascension de Notre-Seigneur, ne craint pas d'écrire aux Romains que « leur foi est annoncée dans le monde entier» ''(Rom., ''i, 8). — 2. ''Témoignage des auteurs profanes. ''Tacite et Suétone parlent de nombreux chrétiens qui périrent par la persécution de Néron, en l'an 64.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2) ''Au IIe'' ''siècle, ''— 1. Nous avons, tout au début du IIe siècle, vers 112, l'important ''témoignage de Pline le jeune. ''Api es avoir parcouru, en vertu de ses fonctions de légat impérial, les vastes provinces de Bithynie et du Pont, il écrit une lettre-rapport à Trajan, dans laquelle il lui exprime sa surprise d'avoir rencontré « de nombreux chrétiens de tout âge, de tout sexe et même de tout rang, et d'avoir constaté que les temples des dieux étaient presque abandonnés, les sacrifices depuis longtemps interrompus, les victimes destinées aux dieux ne trouvant plus que de rares acheteurs ». — 2. ''Témoignage des Pères. ''Saint Justin, philosophe célèbre de l'école de Platon, converti au christianisme, déclare dans son ''Dialogue avec Tryphon, ''qu'« il n'y a pas une seule race d'hommes, soit barbares, soit grecs, ou de quelque nom qu'ils s'appellent, Scythes qui vivent sur les chars ou nomades qui habitent sous la tente, chez qui ne soit invoqué le nom de Jésus-Christ ». Saint Irénée, vers 170, voulant prouver l'unité de l'Église, la montre répandue par tout l'univers : « Les langues sont diverses dans le monde, écrit-il, mais la tradition de la foi est partout la même. Ni les Églises qui s'élèvent en Germanie n'ont une autre foi ou une autre tradition, ni celles qui sont en Ibérie ou chez les Celtes, ni celles qui sont vers le Levant, ni celles qui sont en Egypte, ou en Libye, ni celles qui sont vers le centre du monde (c'est-à-dire vers la Palestine)». A la fin du IIe siècle, vers 197, Tertullien écrit dans son ''Apologétique, ''c. xxxvii, n° 124 : Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les assemblées, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum, nous ne vous laissons que vos temples. » Et Tertullien ajoute même, plus loin : « Il est évident que si les chrétiens voulaient se révolter, ils seraient plus redoutables que les Maures, les Parthes ou les Marcomans ; ou si seulement ils venaient à se retirer de l'Empire, les païens seraient effrayés de leur solitude ; il y aurait un silence et une sorte de stupeur comme si le monde était mort. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans les paroles de Pline le Jeune, aussi bien que dans celles de saint Justin, de saint Irénée et de Tertullien, il y ait une part à faire à l'exagération et à l'emphase oratoire, la chose ne semble pas contestable, mais l'amplification n'équivaut pas à la falsification de la vérité. La preuve c'est que plus tard, vers 212, le même Tertullien, écrivant au proconsul d'Afrique Scapula pour protester contre une reprise de persécution, parle de « l'immense multitude » des chrétiens formant déjà « presque la majeure partie de chaque cité », paroles qui ne s'expliqueraient pas, et qui, en de telles circonstances, seraient bien maladroites si elles allaient ouvertement contre la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Au IIIe'' ''siècle. ''Un des plus précieux témoignages du me siècle est celui d'Oui gène qui, après avoir écrit, dans sa ''IXe homélie sur la Genèse, ''qu'il n'y avait « presque aucun lieu qui n'eût reçu la semence de la parole divine», avouait, avec une loyauté digne d'un historien moderne, que «la fin du monde était encore loin, puisque l'Évangile n'avait pas encore été prêché partout». Un autre témoignage de la même époque doit être rappelé, quoique moins précis et moins mesuré que le précédent ; c'est celui de saint Cyprien qui compare l'Église de son temps au soleil dont les rayons éclairent tout le monde, à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terré, à un fleuve qui répand ses eaux de tous côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivons ainsi au début du IVe siècle où nous entendons, d'un côté, le païen Porphyre qui se plaint de trouver des chrétiens partout, et de l'autre, l'historien Eusèbe, évêque de Césarée, qui proclame que le Christ est adoré dans le monde entier. D'ailleurs les nombreux conciles, — on en compte plus de cinquante avant le concile œcuménique de Nicée en 325, — qui se sont tenus de toutes parts, à Rome, en Afrique, dans les Gaules, en Espagne, en Grèce, dans la Palestine, etc., sont une preuve évidente que le christianisme était déjà en pleine floraison ayant la conversion de l'empereur Constantin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
281.— B. ''LE TERRITOIRE CONQU1S. ''—Les documents qui contiennent l'histoire du christianisme aux trois premiers siècles, nous le montrent répandu partout dans le vaste Empire romain, qui comprenait presque l'Europe tout entière et une grande fraction de l'Afrique et de l'Asie. Si l'on classe les provinces par rapport au nombre de leurs chrétiens, M. Harnack pense qu'on peut les partager dans les quatre groupes suivants : — a) Le premier groupe, où le christianisme comptait presque la moitié des habitants et formait la religion dominante, comprend l’Asie Mineure actuelle, la partie sud de la Thrace, l'île de Chypre, l'Arménie, la ville et le territoire d'Edesse. — ''b) ''Le deuxième groupe se compose des provinces où le christianisme a gagné une partie notable de la population et peut rivaliser avec les autres religions : ce sont Antioche et la Célé-Syrie, l'Egypte et la Thébaïde, surtout Alexandrie, Rome avec des parties de l'Italie centrale et méridionale, l'Afrique proconsulaire et la Numidie, l'Espagne, les principales parties de la Grèce et la côte méridionale de la Gaule. — c) Le troisième groupe formé des provinces où le christianisme était peu répandu, comprend la Palestine, la Phénicie, l'Arabie, quelques districts de la Mésopotamie, l'intérieur de la Péninsule grecque avec les provinces danubiennes, le nord et l'est de l'Italie, la Mauritanie et la Tripolitaine. — ''d) ''Le quatrième groupe, composé des provinces où le christianisme est tout à fait clairsemé et pour ainsi dire inexistant, embrasse les villes de l'ancienne Philistin, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire, l'ouest de la haute Italie, le contre et le nord de la Gaule, la Belgique, la Germanie et la Rhétie, peut-être aussi la Bretagne et la Norique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
282. — 2° '''Diffusion sociale. '''— Après avoir établi l'expansion numérique et géographique du christianisme, il importe de savoir quelle était la ''qualité ''ou la ''valeur sociale ''de ses adeptes, car il va de soi que si le nom-Tire est une force, la qualité en est une autre. En principe, le christianisme, étant une religion universelle, s'adresse à toutes les classes de la société. — 1. Or il est indéniable que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite, à l'origine, surtout parmi ce qu'on peut appeler la classe ''des petites gens. ''Saint Paul écrit en effet aux ''Corinthiens ''qu'il n'y a parmi eux « ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles» (I ''Cor., ''i, 26). Il s'en glorifie d'ailleurs, puisqu'il ajoute que « Dieu a choisi ce qui était faible pour confondre les forts », c'est-à-dire l'orgueil et la fausse science du monde. Malgré cela, ce serait une erreur de croire que le premier noyau chrétien ne se composait que de gens de basse condition. — 2. Il y eut, au contraire, et dès la première heure, quelques ''personnages de marque : ''à Chypre, le proconsul Sergius Paulus ''(Act., ''xiii, 7, 12) ; à Athènes Denis l'aréopagite (''Act., ''xvii, 34), convertis tous ceux par saint Paul ; à Thessalonique plusieurs fermes de haut rang ''(Act., ''xvii, 4, 12). À Rome, on peut citer Pomfonia Graecina dont Tacite raconte qu'elle fut accusée de superstition étrangère ''(Ann., ''xiii, 32), Agilius Glabrion, sénateur et personnage consulaire, que Domitien fit mettre à mort. En Bithynie, il y avait, suivant la lettre de Pline dont il a été question précédemment, des chrétiens appartenant à tous les rangs de la société. La un du IIe siècle marque surtout un accroissement notable du christianisme dans les rangs de l'aristocratie romaine ; les épitaphes que l'on a retrouvées dans un des plus anciens hypogées de Rome, et qui portent les noms des Caecilii, des Attici, des Annii, des Pomponii, des Aurelii, illustres familles de l'époque, en font foi. — 3. A côté des représentants de la richesse, nous trouvons ceux de la ''science. ''Dès les temps apostoliques, les Actes signalent « un Juif nommé Apollos, originaire d'Alexandrie, homme éloquent et versé dans les Écritures» (''Act., ''xviii, 24). Plus tard, les apologistes étaient tous des hommes de grande culture ; il suffit de nommer Tertullien, juriste distingué, et Origène, esprit d'une rare puissance. — 4. ''A la cour, ''la doctrine chrétienne eut aussi ses partisans. Saint Paul parle des chrétiens « de la maison de César» ''(Phil., ''iv, 22), de ceux « de la maison d'Aristobule et de Narcisse» ''(Rom., ''xvi, 10, 11). A la fin du Ier siècle, Flavius Clemens, le cousin de l'empereur Domitien, est chrétien ainsi que ses enfants qui sont les héritiers» présomptifs du trône. Le nombre des chrétiens augmente surtout dans l'entourage des empereurs plus libéraux, Constance Chlore et Licinius. — 5. ''Dans l'armée, ''le recrutement était difficile, la douceur évangélique paraissant sans doute incompatible avec la profession des armes. Cependant, sous Marc Aurèle, la douzième légion ''(fulminata) ''comptait un grand nombre de chrétiens ; c'est de ses rangs que sortirent plus tard les quarante martyrs de Sébaste. Au iv siècle, la christianisation de l'armée était suffisamment accomplie pour que Constantin pût arborer la croix sur ses étendards. — 6. Après avoir parlé des chrétiens en général et sans distinction de sexe, il est juste d'accorder une mention spéciale aux ''femmes, ''en raison du rôle important qu'elles jouèrent dans la primitive Église. De nombreux noms de femmes sont rapportés par les Actes des Apôtres, entre autres celui d'une personnalité importante, Priscille, femme d'Aquila ''(Act., ''xviii, 2 et 26). Les salutations qui terminent les ''Épîtres de saint Paul ''comprennent généralement des noms de femmes : l'Epître aux Romains spécialement en contient huit contre dix-huit noms d'hommes. Saint Paul se préoccupe des mariages mixtes (I ''Cor., ''vu, 12) et de la tenue des femmes dans les assemblées (I ''Cor., ''xi, 5), et l'on sait que, de bonne heure, il fut institué un corps de vierges chrétiennes et de diaconesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce bref aperçu, il est permis de conclure que le christianisme a fait une pénétration rapide presque dans le monde entier, et que, s'il a trouvé plus d'adeptes dans la classe ordinaire, il n'a jamais été la religion d'une caste ni d'un parti. Il a été, dès les premiers jours, une religion universelle et une véritable puissance morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2, — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
283. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme à travers le monde s'explique-t-il par des ''causes naturelles, ''tant extrinsèques qu'intrinsèques, c'est-à-dire tirées soit du ''milieu ''où le christianisme pénétrait, soit de la ''doctrine ''elle-même? Ou bien suppose-t-il une intervention spéciale de Dieu et faut-il conclure qu'il y a eu miracle d'ordre moral?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résoudre le problème, il suffit de savoir s'il y a, oui ou non, juste proportion entre les moyens employés et les résultats obtenus. Comme on le devine bien, tous les rationalistes répondent par l'affirmative, quoi qu’ils se divisent sur le caractère et sur le nombre des causes qu’ont produit la rapidité du développement chrétien. Les apologistes catholiques soutiennent la thèse contraire. Avant d'exposer les arguments que font valoir ces derniers, il convient, en toute justice, que nous passions en revue les ''circonstances favorables ''invoquées par nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''284. — 1°''' '''Thèse rationaliste. Explication naturelle des faits. '''— D'après M. Harnack&amp;lt;ref&amp;gt;Nous exposons la thèse de M. Harnack, parce qu'elle est une des plus récentes et des plus documentées.&amp;lt;/ref&amp;gt;, le succès de la nouvelle religion était normal, tant il y avait adaptation et harmonie entre le ''milieu ''et la ''doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE MILIEU. ''— Le christianisme s'est propagé dans deux sortes de milieux : le milieu juif et le milieu païen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Le milieu juif. — ''Sous ce nom il faut entendre non seulement les Juifs qui habitaient la Palestine, ou Juifs ''palestiniens, ''dont la langue était le dialecte araméen, mais les Juifs ''helléniques, ''c'est-à-dire tous ceux qui, à partir de l'exil de Babylone, avaient essaimé dans le monde gréco-romain et qui ne parlaient que le grec. Ces derniers, au début de l'ère chrétienne, formaient une population importante dans les centres principaux de l'Empire romain ; on trouvait des communautés juives ou ''juiveries ''à Antioche, à Damas, à Smyrne, à Éphèse, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, à Alexandrie, à Rome. L'ensemble des communautés constituait ce qu'on a appelé la ''Diaspora, ''d'un mot grec qui veut dire ''dispersion. ''Chaque juiverie avait sa synagogue ; elle y menait sa vie religieuse comme dans la mère-patrie, restant inviolablement attachée à ses institutions, à son culte et à ses espérances Toutefois, bien que gardant leur individualité de race et évitant tout contact avec les païens sur le terrain religieux, les Juifs avaient, par l'élévation de leur doctrine monothéiste, exercé une assez forte influence autour d'eux. Ils avaient même détaché des cultes païens bon nombre d'âmes droites qui, désabusées des erreurs idolâtriques, avaient reconnu le vrai Dieu et s'étaient affiliées au Judaïsme par la circoncision et l'observance des prescriptions mosaïques&amp;lt;ref&amp;gt;Les païens qui s'affiliaient au judaïsme s'appelaient les prosélytes (grec « proselytos = lat. « advena» celui qui vient du dehors). Comme les Juifs, ils attendaient le Messie et devaient participer aux promesses messianiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prosélytes proprement dits, ou, comme on les a appelés plus tard, les prosélytes de la justice étaient beaucoup moins nombreux que ceux qui, abandonnant leurs pra­tiques idolâtriques, adhéraient au culte du vrai Dieu, sans toutefois se soumettre à la circoncision et aux observances de la Loi mosaïque. Ceux-ci sont appelés dans le Nou­veau Testament les t craignant Dieu » (Act., x, 2). On les désigna au moyen âge sous le nom de prosélytes de la porte, c'est-à-dire ceux qui n'avaient pas le droit de franchir l'enceinte du temple, dont l'accès était réservé aux juifs et aux prosélytes proprement dits.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc incontestable, concluent les rationalistes, que la Diaspora favorisa les débuts du christianisme en lui fournissant les cléments des premières chrétientés. — Contentons-nous de remarquer ici que les apologistes chrétiens reconnaissent le fait de cette première circonstance favorable à l'éclosion du christianisme, mais toute la question revient à savoir si la chose doit être regardée comme l'effet du hasard ou comme une heureuse disposition de la Providence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Le milieu païen. ''— Le monde païen, de beaucoup plus considérable que le monde juif, constituait l'ensemble de l'Empire romain. Nous allons voir quels avantages il offrait à la pénétration chrétienne, tant au point de vue politique et général, qu'au point de vue religieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Au point de vue ''politique, ''on peut regarder comme circonstances favorables : — 1) ''l'unité ''politique de l'Empire romain embrassant la presque totalité du monde civilisé : ainsi le terrain semblait préparé pour une Eglise catholique ; — 2) la ''paix universelle ''indispensable à la propagation religieuse ; — 3) L’''usage général de la langue grecque. ''L'hellénisme, regardé comme la plus haute forme de civilisation, avait créé l'unité de langue et d'idées ; — 4) la ''facilité des communications ''qu'assuraient les multiples voies romaines et la navigation méditerranéenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Au point de vue ''religieux, ''le paganisme se trouvait en pleine décadence. Personne ne croyait plus à son absurde et grossière mythologie, et le seul culte qui eût gardé quelque faveur était celui de Borne et de l'empereur, c'est-à-dire le culte de la force. Cependant, toute préoccupation religieuse n'avait pas disparu. Depuis les conquêtes de l'Asie et de l'Egypte, les religions orientales avaient au contraire provoqué un réveil des âmes, et les cultes de Cybèle, Isis, Adonis, Astarté, Mithra avaient « empêché », dit Mgr Duchesne, « le sentiment religieux de mourir» et lui avaient « permis d'attendre la renaissance évangélique »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Duchesne, Histoire ancienne de l'Église.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tous ces cultes, du reste, vivaient côte à côte, en bonne harmonie, et il était admis qu'on pouvait les pratiquer tous à la fois, si bien qu'il s'était produit entre toutes ces croyances diverses une sorte de fusion qu'on désigne généralement sous le nom de ''syncrétisme&amp;lt;ref&amp;gt;Syncrétisme. — Etymologiquement le mot syncrétisme (du grec « sun » avec et keran, mélanger) signifie la réunion de systèmes différents et même incompatibles. Le syncrétisme diffère donc de l'éclectisme (grec eklegein, choisir) en ce qu'il est un assem­blage plus ou moins arbitraire d'opinions diverses, tandis que l'éclectisme est un système qui consiste à choisir parmi les doctrines différentes ce que chacune a de vrai.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''gréco-romain. ''Au contact de ces religions étrangères, le monde païen avait fait plus que de garder sa foi en la divinité ; ses idées sur Dieu, sur le monde et sur l'âme, s'étaient épurées. Les esprits étaient donc prêts, disent les rationalistes, à accepter une religion plus spirituelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
285. — B. ''LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. ''— Tel était le milieu où la semence chrétienne allait être jetée Voyons si celle-ci avait toutes les qualités voulues pour y germer, croître et se développer. D'après les rationalistes, la doctrine chrétienne était tout ce qu'il y a de plus adapté au milieu qui devait la recevoir — ''a) ''Si on la considère dans son ''dogme, ''elle était à la fois simple et complexe, claire et mystérieuse, pouvant se résumer en quelques brèves formules on s'épanouir en riches aperçus, présentant une telle variété d'aspects qu'elle était apte à satisfaire les besoins religieux de toutes les âmes. Au lion des froides divinités païennes, elle montrait un Dieu unique, créateur et maître tout-puissant, un Dieu qui n'était lié à aucune race ni à aucun peuple, Dieu et Père en même temps Fère dont la bonté était allée jusqu'à donner son Fils unique, lequel après voir passé sur la terre en taisant le bien, s'était offert en sacrifice pour le rachat des péchés de l'humanité. — b) Si on le considère dans sa ''morale, ''le christianisme, en professant que tous les hommes sont frères dans le Christ, apportait l’''Évangile de l’amour. ''Il proclamait la grande loi inouïe jusque-là, de la fraternité universelle qui n'exclut personne pas même les ennemis ; loi d'où découlent tous les devoirs sociaux : la charité, la solidarité, le dévouement la miséricorde et le pardon des injures. — c) Si nous la considérons dans son ''culte, ''la doctrine chrétienne n'est pas moins salutaire. Le Christ ne s'est pas contenté de prêcher l’Évangile du salut et de la guérison, il l'a réalisé. Il a guéri les malades, i1 a consolé les affligés et relevé les pécheurs. Il a été vraiment le Sauveur et il le reste toujours par les Sacrements qu'il a institués : c'est ainsi que le Baptême est un bain salutaire qui donne une vie nouvelle et engage les âmes dans la voie de l'immortalité bienheureuse. Or, pour atteindre une si radieuse perspective, les âmes comprirent aisément qu'elles devaient être pures et saintes, et par conséquent, qu'elles devaient pratiquer la continence, et renoncer au monde, aux plaisirs, aux richesses. Appliquant ces principes à la lettre, les chrétientés primitives ne souffrirent dans leur sein aucun membre impur ; luttant contre tous les désordres sociaux, elles défendirent le luxe, les théâtres et les spectacles. — ''d) ''Si l'on considère la religion chrétienne, non plus dans sa substance, mais dans son ''mode d'enseignement, ''elle est tout ensemble la religion de l'autorité et de la raison. D'une part, elle s'impose par la foi, par une foi absolue qui ne souffre pas la discussion. Or ce dogmatisme intransigeant devait lui gagner bien des âmes, trop heureuses d'être délivrées de leur doute, et de rencontrer une doctrine qui leur apportait la lumière complète sur Dieu, sur le monde et sur leur destinée. D'autre part, la raison n'était pas sacrifiée ; il lui revenait de montrer l'harmonie des mystères et leur conformité avec la nature humaine. Ainsi, concluent les rationalistes, l'on peut voir avec quelle richesse et quelle complexité la doctrine chrétienne apparut dès l'abord au monde païen. Renfermant en soi tout ce qui peut être demandé à une religion, elle a capté toutes les forces et toutes les idées pour les mettre à son service.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces conclusions, nous nous garderons d'autant plus de les contredire que nous sommes les premiers à proclamer l'excellence de la doctrine chrétienne et à regarder la transcendance de l'enseignement du Christ comme une présomption en faveur de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''286. — 2'''° '''Réfutation de la thèse rationaliste. Explication vraie. '''—&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme ne sauraient être mises en doute, encore que les rationalistes en ''exagèrent l'importance ''et en tirent des ''conclusions fausses. ''Car toute là question, avons-nous dit revient à savoir si les circonstances favorables ci-dessus mentionnées ne sont pas l'œuvre de la Providence, si elles n'ont pas été préparées par elle comme autant de moyens propres à ouvrir les voies à la nouvelle religion. Ce que nous voudrions démontrer maintenant, c'est que toutes les causes signalées comme éléments de succès n'auraient pas suffi à produire de tels effets, contrebalancées qu'elles étaient par la ''grandeur des obstacles ''et la ''petitesse des moyens employés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
287. — A. ''OBSTACLES.''— La diffusion du christianisme rencontrai-deux sortes d'obstacles : les uns inhérents à la doctrine elle-même ''(obstacles intrinsèques) ''  les autres venant du dehors ''(obstacles extrinsèques).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Obstacles intrinsèques. ''— Tout excellente qu'elle fût, la ''doctrine chrétienne ''ne s'adaptait pas plus à l'esprit des Juifs qu'à celui des païens — 1. Les ''mystères, ''qui composaient son dogme, étaient une rude humiliation pour la raison humaine. Plus spécialement, le ''mystère de la Rédemption ''devait choquer les esprits : il était « ''scandale ''pour les Juifs » (1 ''Cor., ''I, 23) qui attendaient un Messie glorieux et conquérant, et il était « ''folie ''pour les Gentils » qui regardaient la croix comme un objet infâme, comme une ignominie réservée à de vils esclaves. — 2. Les ''exigences de la morale ''n'étaient pas un moindre obstacle. Habitués qu'ils étaient à adorer des dieux pleins d'indulgence pour leurs vices, les païens devaient, en embrassant la religion chrétienne, renoncer aux plaisirs, aux théâtres, aux jeux, même à leurs relations de société, puisque les réunions étaient mêlées presque toujours de superstitions idolâtriques. En outre, la vie chrétienne demandait des vertus, — douceur, humilité, pitié, chasteté, — qui semblaient dépasser les forces humaines. Se convertir au christianisme, c'était donc pour tout païen rompre avec son passé, c'était sortir de son milieu, se priver de multiples jouissances, alors que les autres cultes syncrétistes n'avaient aucune exigence et n'imposaient aucun sacrifice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Obstacles extrinsèques. — ''La nouvelle religion eut à lutter contre deux sortes d'ennemis, contre la calomnie et contre la persécution. — l.- ''La calomnie, ''Les adversaires du christianisme, mal intentionnés, allaient répétant les pires calomnies sur les croyances et les mœurs des chrétiens. Ils les accusèrent par exemple, d'adorer un dieu à tête d'âne, de se livrer, dans leurs réunions nocturnes, à des orgies sans nom. Interprétant faussement le sacrifice eucharistique, ils prétendirent que les chrétiens égorgeaient un enfant et se nourrissaient de sa chair, si bien que Tertullien fut obligé de rappeler que les chrétiens n'étaient ni des ogres ni des monstres inhumains. On les fit passer pour des athées et on les accusa d'être, par leurs impiétés et leurs sortilèges, la cause de tous les maux. — 2. ''La persécution. ''Pendant deux siècles et demi, de Néron à Constantin, les chrétiens furent en butte aux plus atroces persécutions (au nombre de dix), et ce n'est rien exagérer que de dire avec Tertullien que tout païen converti était « un candidat au martyre». M. Harnack le reconnaît d'ailleurs : « Ce serait, écrit-il, une illusion de se représenter la situation des chrétiens comme tout à fait supportable : l'épée de Damoclès restait suspendue sur la tête de chaque chrétien, et celui-ci restait toujours en face de la terrible tentation d'apostasier : car l'apostasie le rendait libre... Aussi n'a-t-on pas le droit de méconnaître le courage qu'il y avait à se faire chrétien et à vivre en chrétien ; il faut surtout glorifier la fidélité de ces martyrs qui n'avaient qu'un mot à dire ou un geste à faire pour être délivrés du châtiment et qui préférèrent la mort à cette délivrance. Dans cette interdiction légale il y avait, à n'en pas douter, un fort obstacle pour la propagande chrétienne. »&amp;lt;ref&amp;gt;Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums.&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est vrai que M Harnack se reprend un peu plus loin et déclare, sans se laisser arrêter par une évidente contradiction, que « l'histoire nous apprend, qu'une religion opprimée s'accroît et grandit sans cesse et qu'ainsi la persécution est un bon moyen de propagande ». Il faudrait pourtant choisir : une mémo chose ne saurait être à la fois ''obstacle ''et ''circonstance favorable. ''Loin d'être un bon moyen de propagande, la persécution est assurément le plus rude obstacle qu'une doctrine puisse rencontrer sur son chemin. L'histoire en témoigne, contrairement à ce que prétend M. Harnack: « I1 y a des persécutions qui ont réussi, dit G. Boissier, et le sang a quelquefois étouffé des doctrines qui avaient toutes sortes de raisons de vivre et de se propager... Ne disons donc pas d'un ton si assuré que la force est toujours impuissante quand elle s'en prend à une opinion religieuse ou philosophique. »&amp;lt;ref&amp;gt;Boissière, La fin du paganisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; Les albigeois, les vaudois, les hussites ont succombé sous les coups de la répression. Le protestantisme a disparu, là où il a rencontré l'opposition des pouvoirs publics. Le catholicisme lui-même, quand il était déchu de sa première ferveur, a été balayé par la persécution, comme il est arrivé au xvie siècle sous le règne d'Elisabeth. « Mais une fois au moins, dit encore Boissiek, en parlant du christianisme naissant, la force a été vaincue ; une croyance a résisté à l'effort du plus vaste empire qu'on ait vu ; de pauvres gens ont défendu leur foi et l'ont sauvée en mourant pour elle. »&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
288. — B. ''MOYENS EMPLOYÉS. ''— Autant les ''obstacles ''étaient grands, autant les ''moyens ''employés étaient faibles. Nous venons de voir précédemment que la religion chrétienne n'avait à son service, comme moyens de propagande, ni les ''séductions de sa morale, ''ni la ''protection du pouvoir civil. ''Au lieu d'allécher les peuples par les séductions de la volupté et de subjuguer les esprits par la force des armes, comme le fit Mahomet, elle déclara la guerre aux passions et aux vices, et pendant trois siècles elle fut impitoyablement traquée par ses adversaires. Aussi pouvons-nous dire avec Pascal que « si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ devait périr. »&amp;lt;ref&amp;gt;Pascal, art. xix, n. 10, éd. Havet&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pour elle ni les attraits séducteurs de sa morale, ni la force des armes, la nouvelle religion avait-elle au moins à sa disposition ''l’éloquence de ses prédicateurs? ''Douze hommes, appartenant à une race mal vue, douze Juifs, sans crédit, sans argent et sans puissance, presque tous illettrée, parlant mal la langue grecque, comme leurs écrits le prouvent ; même saint Paul, saint Jean et saint Luc qui sont des esprits de plus grande envergure, sont, sur ce point, inférieurs aux philosophes-grecs ou latins de l'époque. Voilà les seuls instruments que le Christ a choisis pour faire la conquête du monde. Da reste, les apôtres de la nouvelle religion ne se targuent pas de gagner les esprits par la logique et la force des arguments, et saint Paul ne se fait pas scrupule de dire que « Dieu a choisi ce qui était insensé aux yeux du monde pour confondre les sages, la bassesse et l'opprobre du monde, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (I ''Cor''., i, 27, 29). Ils ne s'appuient que sur une chose, sur l'autorité divine, sur les miracles du Christ et en particulier sur sa résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La rapide diffusion du christianisme, pénétrant dans des milieux si différents et s'adaptant à toutes les intelligences, les plus raffinées comme les plus frustes, en dépit d'obstacles apparemment insurmontables, peut donc être considérée comme « l'un des faits de l'histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »&amp;lt;ref&amp;gt;P. Allard, Dix leçons sur le martyre. L'expansion du christianisme,&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aussi pouvons-nous poser à nos adversaires le fameux dilemme de saint Augus­tin&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Augustin, La Cité de Dieu, Liv. XXII, chap. v.&amp;lt;/ref&amp;gt; : Ou bien des miracles évidents ont été opérés pour la conversion du monde, et alors le christianisme est divin et approuvé de Dieu, ou bien il n'y a pas eu de miracle et alors la conversion du monde sans miracle est le plus grand des miracles, parce que contraire aux lois de l'ordre moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''289. — Remarque. — La merveilleuse conservation du christianisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes ont coutume de compléter l'argument tiré du fait de la rapide diffusion du christianisme par celui tiré du fait de son ''étonnante vitalité ''à travers les siècles. Nous nous contenterons de le signaler, car c'est toute l'histoire de l’Église qu'il y aurait lieu de faire pour présenter l'argument dans toute sa force, ''l'intervention divine ''n'apparaît pas moins évidente dans le ''fait de la conservation de la religion chrétienne ''que dans son admirable propagation. Si, par suite des obstacles qui se dressaient devant elle, il était humainement impossible à la doctrine du Christ de conquérir le monde, il lui était peut-être plus difficile encore de continuer à vivre et de résister à l'éprouve du temps. C'est qu'on effet le temps est un impitoyable démolisseur. L'attrait du nouveau, l'expérience qui montre la faiblesse des doctrines, le danger de corruption qui les menace sans cesse, l'opposition qu'elles rencontrent de toutes parts, voilà autant de causes qui font que leur succès est toujours éphémère. Or toutes ces cause» de mort, le christianisme les a trouvées sur son chemin. Dans la longue suite des siècles, il eut à lutter contre les assauts répétés des sectes hérétiques et contre la domination du pouvoir civil. A peine était-il sorti de l'ère des persécutions, qu'il fut menacé d'asservissement en passant sous la protection des empereurs et que sa victoire faillit tourner en défaite. Puis il assista à la ruine de l'Empire romain auquel son sort semblait lié. Plus tard, au Moyen Age, il connut l'ingérence despotique des pouvoirs civils, la grave querelle des investitures, le schisme d'Occident, le relâchement de l'esprit chrétien jusque chez les pasteurs de l'Église, les excès de l'humanisme, la crise protestante, la crise plus grave de l'esprit moderne avec ses conséquences sociales et politiques...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, tandis que dans le monde tout disparaît avec le temps, tandis que les empires s'écroulent les uns après les autres, que les écoles philosophiques ne gardent la faveur du public que peu de temps, en un mot, tandis que toutes les institutions humaines, quelles qu'elles soient, naissent et meurent tour à tour, seul le Christianisme demeure, gardant toute sa vitalité et ne donnant aucun signe de déclin : ''Stat crux, dum volvitur orbis. ''Aussi le concile du Vatican a-t-il, avec raison, présenté le fait de l'Église comme « un grand et perpétuel motif de crédibilité.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Le Martyre. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
290. — '''État de la question. '''— La diffusion du christianisme a rencontré, avons-nous dit (N° 287), comme principal obstacle, les violentes persécutions que les empereurs romains ont déchaînées contre lui durant les trois premiers siècles. Le martyre fait donc, en réalité, partie intégrante de l'article qui précède. Mais les apologistes ont coutume de détacher cette question pour en faire un argument spécial on faveur de la divinité du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce but, ils considèrent le ''martyre chrétien ''sous un double jour : à un point de vue psychologique et à un point de vue historique. — 1. ''Au point de vue psychologique, ''ils prennent comme point de départ le fait de cette phalange innombrable de chrétiens qui bravent les pires tourments et la mort, avec un héroïsme et un courage qui ne se démentent pas un instant, et ils concluent que pareil fait dépasse les forces humaines et ne s'explique pas sans l'intervention divine. — 2. ''Au point de vue historique, ''les martyrs, du moins les premiers, ceux qui ont été les contemporains du Christ, ont ''rendu témoignage ''des miracles de Jésus, et plus spécialement de sa Résurrection : miracles qui servent de fondement à la doctrine chrétienne et prouvent la divinité du christianisme. En ne reculant pas devant le sacrifice de leur vie, pour affirmer ce qu'ils avaient vu, ils ont donné à leur témoignage une valeur sans égale, et l'on peut dire avec Pascal qu'il y a tout lieu de croire « les histoires dont les témoins se font égorger ». ''(Voir supra)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne considérerons la question que ''du seul point de vue psychologique. ''Le second point de vue, outre qu'il nous paraît très discutable (V. N° 297),se rattache à une autre question ; il appartient entièrement à la preuve historique des miracles du Christ, qu'il s'agisse de ses miracles en général, ou du miracle de la Résurrection (V. N° 271).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au point de vue psychologique, nous aurons à établir deux points : — 1° le ''fait du grand nombre ''des martyrs et 2° le ''caractère surnaturel ''du fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait du martyre chrétien. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
291. — Nous allons voir : 1° ce qu'il faut entendre par ''martyrs ; ''2° quel fut le ''nombre ''de chrétiens martyrisés ; et 3° s'ils furent martyrisés ''parce que chrétiens''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Définition. '''— Étymologiquement, ''martyr ''(du grec ''martus, marturos) ''veut dire témoin. Ce mot a donc été choisi pour désigner les Apôtres et les premiers disciples qui, ayant vu les miracles et la Résurrection du Christ, versèrent leur sang pour en rendre témoignage. Le mot a été employé depuis dans un sens plus large. Il désigne tous les chrétiens qui ont souffert la mort plutôt que de renier leur foi. Peu importe donc que les chrétiens aient sacrifié leur vie pour attester un fait dont ils avaient été les témoins, ou pour confesser leur foi à une doctrine ; les uns comme les autres sont des martyrs du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''292. — 2'''° Le '''nombre. '''— « Aucune donnée statistique, dit M. P. Allard ne permet de retrouver, même approximativement, le nombre des martyrs ; on ne saurait douter qu'il n'ait été très grand. »&amp;lt;ref&amp;gt;P. Allard, Histoire des persécutions du 1er  au 4e  siècle ; t. I, Introd.&amp;lt;/ref&amp;gt; Ainsi, d'après le célèbre historien des persécutions, il n'est pas possible, faute de documents, d'évaluer par un chiffre quelconque, même approximatif, le nombre des victimes des persécutions. La raison en est que les listes dressées par les Églises et composant leurs Martyrologes, sont loin d'être complètes et ne mentionnent que les noms des martyrs dont l'anniversaire était célébré. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le nombre en fut très grand. Cette opinion repose sur le témoignage des auteurs profanes et des auteurs chrétiens : — ''a) Témoignage des auteurs profanes- ''— 1. Tacite dit que, sous Néron, il périt une immense multitude de chrétiens, « ''multitudo ingens ''»&amp;lt;ref&amp;gt;Tacite, Annales, Liv. XV, chap. xliv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 2. Dion Cassius rapporte que « Domitien mit à mort, avec beaucoup d'autres, son cousin Flavius Clemens, alors consul, et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, sa parente »&amp;lt;ref&amp;gt;Dion Cassius, Liv. XVII, chap. iv.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — b) ''Témoignage des écrivains chrétiens. ''Lactance écrit dans son ouvrage ''De la mort des persécuteurs ''(ch. xv) : « Toute la terre était cruellement tourmentée, et, à l'exception des Gaules, l'Orient et l'Occident étaient ravagés, dévorés par trois monstres. » L'historien Eusèbe écrit à son tour dans son ''Histoire ecclésiastique ''(liv. VII, ch. ix) : « II est impossible de dire quelle ''multitude ''de martyrs la persécution fit en tout lieu. En Phrygie, une ville chrétienne fut livrée aux flammes avec tous ses habitants, sans en excepter les femmes et les enfants. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La tradition sur le grand nombre des martyrs ''fut d'ailleurs acceptée sans conteste jusqu'à la fin du xviie siècle. Elle fut mise en doute en 1684 par le protestant Dodwell qui, tout en réduisant le nombre des victimes des persécutions, admet cependant qu'il fut assez considérable pour être une preuve en faveur du christianisme. Après le critique anglais, la même thèse fut soutenue, au xviiie siècle, par Voltaire naturellement, et tout récemment par certains rationalistes: Hochard ''(Études au sujet de la persécution de Néron), ''Havet ''(Le Christianisme et ses origines), ''Aube ''(Histoire des persécutions de l’Église jusqu'à la fin des Antonins), ''M. Harnack ''(op. cit.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la thèse du grand nombre des martyrs a été suffisamment prouvée par d'autres historiens tels que Tillemont dans ses ''Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, ''par Ruinart, dans ses ''Acta sincera Martyrum, ''par Le Blanc dans son ''Supplément aux ''« ''Acta sincera» ''de Dom Ruinart, par P. Allard, dans son ''Histoire des persécutions du ''Ier ''au ''IVe ''siècle, ''par G. Boissiek dans ''La fin du Paganisme, ''et même par Renan dans son ''Histoire des Origines du Christianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au demeurant, alors même qu'il faudrait diminuer le nombre des martyrs, le chiffre en resterait toujours imposant, et il ne faut pas oublier que l'atmosphère de crainte et de péril dans laquelle vivaient tous ceux qui faisaient profession d'être chrétiens, équivalait pour ainsi dire à la mort. , Dans le passage que nous avons cité (N° 287), M. Harnack n'hésite pas à le reconnaître, et il confesse sans détour que là situation des chrétiens était intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si nous n'arrêtions pas notre enquête aux trois premiers siècles, nous pourrions ajouter qu'à travers sa longue histoire- l'Église a toujours eu des martyrs, et que le témoignage du sang ne lui a jamais fait défaut. Qu'on consulte les ''Annales de la Propagation de la Foi ''des cinquante dernières années, et l'on pourra lire le récit du martyre de nombreux chrétiens, missionnaires et laïques, qui sont tombés pour la foi du Christ, au Japon, en Chine, en Cochinchine, au Tonkin, en Mongolie, dans l'Ouganda, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''293. — 3° Ils ont été martyrisés parce que chrétiens.''' — Il n'est pas besoin d'insister longuement pour démontrer que les chrétiens ont été martyrisés pour le seul crime d'être chrétiens. Il est vrai que le premier édit de persécution porté par Néron paraît avoir ou pour prétexte l'incendie de Rome, mensongèrement imputé aux chrétiens. Mais, outre que ce cas est exceptionnel dans l'histoire des persécutions, l'accusation portée par l'empereur n'a jamais été prise au sérieux, comme en témoignent les historiens de l'époque, Tacite et Suétone. Toutes les persécutions ont pour point de départ la promulgation d'un ''édit ''ou ''rescrit ''qui défend de se convertir à la nouvelle religion. Aussi l'interrogatoire des juges est-il très simple. On pose une première question pour savoir si l'accusé fait profession de christianisme, et, dans l'affirmative, s'il veut renier sa foi et sacrifier aux dieux du paganisme, s'il veut être renégat ou martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
294. — Le ''caractère surnaturel ''du fait découle des ''circonstances ''du martyre, de la ''grandeur des supplices, ''d'une part, et du ''courage héroïque ''des chrétiens, d'autre part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° La grandeur des supplices. — Comment dépeindre les affreuses tortures morales et physiques qui guettaient les nouveaux convertis. — ''a) Les tortures morales. ''Lorsque la persécution sévissait, la vie des chrétiens était dans un danger continuel ; « l'épée de Damoclès, comme dit M. Harnack, restait suspendue sur leur tête. » Surtout s'ils appartenaient aux classes riches, leur situation était intolérable. Non seulement ils ne pouvaient briguer les honneurs et les dignités de l'Empire, mais ils étaient dans la nécessité de les refuser, si on les leur offrait, parce que toute charge impliquait l'obligation de sacrifier aux dieux païens&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas oublier en effet que la législation romaine ne connaissait pas la liberté des cultes. Dans la pratique, il est vrai, la tolérance était grande, autant par indifférence du pouvoir que par crainte de se rendre hostiles les dieux dont on aurait persécuté les adeptes. Jusqu'en 64, c'est-à-dire aussi longtemps qu'on le confondit avec le judaïsme, le christianisme profita de cette tolérance, mais à partir de cette date, on lui appliqua toutes les rigueurs des lois, parce qu'il était regardé par les païens comme une religion athée (N° 287).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est même arrivé parfois que dans l'armée les officiers furent dégradés et chassés des rangs Une autre peine plus grave que la précédente consistait dans la ''confiscation des biens, ''c'est-à-dire, en fait, dans la misère pour toute la famille, et la déchéance, puisque la perte de la fortune entraînait comme conséquence de rejeter les gens de haute condition dans la classe des plébéiens. A côté de ces tortures qui concernaient surtout les hommes de condition élevée, il y avait un ignoble supplice que l'on infligeait parfois à la femme chrétienne. Nous ne le mentionnerons qu'en passant, tant il répugne de penser que, dans une société soi-disant civilisée, il ait pu se trouver des persécuteurs assez bas pour imposer à des jeunes filles la honte de la ''prostitution.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Tortures physiques. ''Les tortures physiques n'étaient pas moindres que les tortures morales. Depuis l'arrestation jusqu'à l'exécution, il arrivait fréquemment que les malheureux accusés devaient passer par les plus rudes épreuves. Jetés dans d'affreuses geôles où ils étaient chargés de lourdes ''chaînes, ''ayant parfois les jambes emboîtées dans des blocs de bois munis de trous ''(neivus) ''et tenues dans un écart douloureux, comme il arriva à Paul et à Silas, lors de leur séjour à Philippes ''(Act., ''xvi, 24), ils avaient presque toujours à '''y '''endurer tous les tourments de la ''faim ''et de la ''soif ''et ils attendaient parfois plus de deux ans le moment où ils devaient comparaître devant le juge. Et quand l'interrogatoire était venu, pour obtenir d'eux le désaveu de leur foi, on leur faisait subir différentes tortures : la ''flagellation, ''la ''tension de leur corps ''sur le chevalet, la ''lacération ''de leurs membres avec des ongles de fer, l'application du fer rouge ou des torches enflammées. Enfin la peine était prononcée : c'était, soit le ''bannissement, ''soit la ''déportation, ''soit les ''travaux forcés ''dans les carrières de pierre, de marbre, dans les mines d'or, d'argent, de plomb, de cuivre, soit la ''peine de mort. ''La peine de mort comportait à son tour des degrés dans les supplices suivant la gravité des cas et la condition des personnes. La peine la plus cruelle et la plus ignominieuse était le ''supplice de la croix ''puis venaient la ''peine du feu, ''la mort sur un ''bûcher, l'exposition aux bêtes, ''le supplice le plus dramatique, celui qui servait de jeu et de réjouissance publique à la société païenne . il y avait enfin la ''décapitation, ''la peine la plus douce appliquée aux condamnés de haut rang&amp;lt;ref&amp;gt;« En principe, dit M. P. Allard, la décapitation est le privilège des gens de condi­tion honnête, la croix le supplice des esclaves et des personnes viles, le feu et les bêtes celui des non-citoyens; mais en ce qui concerne les chrétiens, ces distinctions s'effacèrent vite ; dès la fin du n&amp;quot; siècle, le choix de leur supplice dépendit moins de la condition des personnes que de l'arbitraire du magistrat. Citons, parmi le» martyrs décapités : au Ier siècle, saint Paul, citoyen romain ; au ns siècle, Justin et ses disciples ; au m» siècle, le pape Sixte II et plusieurs de ses diacres, saint Cyprien... Dans la dernière persécution, il est aussi question de noyades : chrétiens « innombrables » de Nicomédie portés liés sur des barques et précipités en pleine mer, martyrs Jetés dans les fleuves, quelquefois cousus dans un sac comme des parricides, quelquefois « avec une pierre au cou». Art. Martyre (Dict. d'Alès).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''295. — 2°''' '''Le courage des martyrs devant les supplices '''— A voir la somme de souffrances qui étaient réservées aux nouveaux convertis, il semble bien que le christianisme n'ait pu recruter d'adeptes que parmi les hommes dans la force de l'âge, et encore parmi les âmes douées d'une trempe exceptionnelle. Or, il n'en est rien : la religion du Christ compte des martyrs de tout âge, de tout sexe, et de toute condition Il y a donc tout lieu de croire qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire et qu'un secours d'en haut soutenait les martyrs dans leurs épreuves Il est clair qu'une telle opinion ne saurait s'établir par des preuves rigoureuses, mais au moins elle s'appuie sur le ''témoignage des victimes ''elles-mêmes et sur ''celui des païens ''qui assistaient au spectacle de leurs souffrances.— l. Que les ''chrétiens ''aient été convaincus de recevoir un secours surhumain, cela ressort de leur ''témoignage. ''Citons, entre autres, celui de la martyre Félicité. Ses historiens racontent que, étant encore en prison et ayant été prise un jour des douleurs de l'enfantement, elle ne put retenir ses cris. Un des assistants lui dit alors : « Si tu ne peux supporter en ce moment la souffrance, que feras-tu donc en face des bêtes féroces ? » Elle répondit : « C'est moi, en ce moment, qui souffre mes douleurs : mais alors un autre sera en moi, qui souffrira pour moi, parce que je souffrirai pour lui. » — 2. Le fait n'était pas jugé moins étrange par les ''païens ''qui ne comprenaient pas comment des femmes, des enfants, des vieillards pussent supporter de telles douleurs, alors qu'un mot, un simple geste auraient suffi à les sauver. Leur étonnement était pour beaucoup d'ailleurs le principe de leur conversion. « Bien des hommes, dit Tertullien, frappés de notre courageuse constance, ont recherché les causes d'une patience si admirable ; dès qu'ils ont connu la vérité, ils sont devenus des nôtres et ont marché avec nous.»&amp;lt;ref&amp;gt;Tertullien, Ad Scapulam, 5&amp;lt;/ref&amp;gt; Le « sang des martyrs» devenait ainsi selon la parole du même auteur, « une semence de chrétiens ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''296. —''' '''Objections. '''— 1° La constance des martyrs, objectent les rationalistes, s'explique — ''a) ''soit par l’''amour de la gloire, ''— b) soit par la ''perspective des biens futurs, ''— c) soit par le ''fanatisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— C'est en vain que les rationalistes cherchent, en dehors dé l'intervention divine, des causes qui puissent expliquer la constance des martyrs. — ''a) ''Invoquer ''Y amour de la gloire, ''c'est se mettre en ''contradiction avec les faits. ''La plupart des martyrs se distinguent par leur humilité. Un certain nombre furent envoyés au supplice loin de la foule, et partant, sans qu'il y eût possibilité pour eux de faire admirer leur courage. Qu'on ne dise pas non plus que ce qu'ont fait les martyrs, les soldats le font tous les jours sur les champs de bataille. Car le soldat se bat pour le butin ou pour la gloire, et, s'il a conscience d'aller au danger, il garde toujours 1’espoir d'y échapper — b) ''La perspective des biens futurs ''a été un motif de courage, c'est indéniable, mais cela ne suffit pas à rendre raison de la constance de si nombreux martyrs, car ne savons-nous pas, par expérience que, malgré l'attente des biens futurs, nous sommes souvent très faibles, non seulement vis-à-vis de la douleur, mais même en face de nos passions — ''c) ''Ce serait une autre erreur de prendre le courage des martyrs pour du ''fanatisme. ''Le fanatisme est un zèle aveugle et extravagant qui emploie tous les moyens, même les plus mauvais, pour la défense d'une opinion. Le fanatique ne discute pas, il s'obstine dans ses idées et veut les faire triompher à n'importe quel prix. Loin d'être fanatiques, nos martyrs sont calmes et réfléchis. Certes, ils ont une foi invincible, mais ils sont prêts à en discuter le bien-fondé, et s'ils y restent inviolablement attaché, jamais ils ne cherchent à l'implanter chez les autres par des moyens violents. Du reste, le fanatisme ne s'expliquerait qu'aux origines de la religion et pendant un laps de temps restreint, mais non pendant trois siècles, ou plutôt, dix-neuf siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
297. — 2° Mais, répliquent encore les rationalistes, ''toutes les religions ont leurs martyrs. ''L'hindou, le musulman, le protestant peuvent donc, tout aussi bien et pour les mêmes motifs que le catholique, se réclamer de leurs martyrs en faveur de la divinité de leur religion&amp;lt;ref&amp;gt;Pour se dérober à cette objection, les apologistes du xviiie siècle (Bergier) ont répondu que la valeur apologétique de l'argument du martyre n'était pas là, et que les martyrs étaient des témoins, non d'une idée, mais d'un fait. A notre époque M. P. Allard a repris la même méthode d'argumentation : « Quelles que soient les confusions introduites par l'usage dans la langue courante, écrit-il (Dix leçons sur le Martyre), tout homme qui meurt pour une opinion ne peut être appelé un martyr. Selon l'étymologie du mot, un martyr est un témoin. On n'est pas témoin de ses propres idées. On est témoin d'un fait... Les martyrs (chrétiens) sont témoins non d'une opinion, mais d'un fait, le fait chrétien. Les uns l'ont vu naître sous leurs yeux, ils ont connu son auteur. Ils ont assisté à la vie, à la mort, à la résurrection du Christ. Ce sont ses Apôtres, ses disciples immédiats... Quand ces hommes bravent tous les périls, acceptent toutes les privations et toutes les fatigues pour attester les faits extraordinaires qui se passèrent sous leurs yeux, et enfin meurent en affirmant leur foi, il est difficile de douter d'un témoignage scellé de leur sang. Entre l'attestation qu'ils en donnent par leur sang, et la mort d'hérétiques qui refusent de renoncer à une opinion nouvelle, il n'y a pas de commune mesure. Quand même la sincérité et le courage seraient égaux, la valeur du témoignage est toute différente, ou plutôt les premiers seuls ont le droit au titre de témoins.» — Cette distinction entre les martyrs du christianisme et ceux des autres religions ne nous paraît pas soutenable. En tout cas, si on veut l'établir, en bonne logique il faut refuser le titre de martyrs à tous ceux qui n'ont pas été les contemporains du Christ, et même à ceux qui l'ont été mais n'ont pas été les témoins de ses miracles. C'est, du même coup, retrancher du martyrologe chrétien toute une multitude. D'autre part, il est historiquement certain que les chrétiens ne mouraient pas pour attester un fait, mais pour adhérer à une doctrine. L'interrogatoire des juges ne portait que sur un point, sur une seule question qui était de savoir si l'accusé était chrétien ou non. Au surplus, comme nous l'avons déjà dit, l'argument du témoignage des martyrs appartient à la preuve de la divinité du christianisme par les miracles du Christ, et lorsqu'il s'agit de démontrer la réalité de ces miracles par la valeur des historien» nui ont scellé leur parole de leur sang.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Si toute mauvaise cause peut avoir des partisans capables de mourir pour elle, si l'on a vu des pétroleurs tomber bravement en criant : ''Vive la Commune'', des nihilistes et des anarchistes se faire tuer pour leurs idées révolutionnaires, à plus forte raison toute religion, même fausse, peut avoir ses martyrs. Sur ce point comme sur bien d'autres, rien n'empêche qu'il y ait ressemblance entre la vraie et les fausses religions. Tout n'est pas erreur dans les religions fausses, et tout n'est pas mauvais on dehors du christianisme. Pourquoi voudrait-on alors que le christianisme ait le monopole de la vertu et du courage?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces concessions une fois faites, qui oserait prétendre qu'il y ait ''équivalence ''entre l'histoire du martyre chrétien et celle des autres religions! Qu'on compare, non pas seulement quelques martyrs entre eux, mais qu'on regarde ''l'ensemble, ''et l'on verra que jamais, à nulle époque de l'histoire, aucune religion n'a donné tant d'exemples de constance et de courage devant la souffrance et la mort. Le ''fait du miracle moral, ''ce n'est donc pas dans quelques cas isolés que nous le voyons ; c'est dans cette multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards qui vont au devant des plus affreuses tortures et que l'on doit même parfois retenir, qui supportent la douleur sans pousser une plainte et sans prononcer une parole de désaveu. Non, jamais aucune religion n'a donné autant de marques de virilité, n'a manifesté un héroïsme aussi pur, aussi universel, aussi persévérant. Et cela nous suffit pour ne pas douter que Dieu était avec la religion chrétienne et ses martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — 1er Art. — Abbé de Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions. ''— Huby, ''Christus. ''— Bricout, ''Où en est l’histoire des religions. ''— Condamin, art. ''Babylone et la Bible ''(Dict. d'Alès). — Chollet, ''La Morale stoïcienne en face de la Morale chrétienne ''(Lethielleux). — Poulin et Loutil, ''Les religions diverses ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2e et 3e Art. — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l'Église ''(Fontemoing). — Pau' Allard. ''Histoire des persécutions ; Dix leçons sur le Martyre ''(Lecoffre). — J. Rivière, ''La propagation du christianisme dans les trois premiers siècles ''(Bloud) : ''Autour de la question du martyre ''(Rev. pr. d'Ap., 15 août 1907). — Batiffol, ''Ancienne littérature chrétienne ''(Gabalda). — Boissier, ''La fin du paganisme ''(Hachette). — G. Sortais, ''Valeur apologétique du martyre ''(Bloud).— De Poulpiquet, ''L'argument des martyrs ''(Rev. pr. d'Ap., 15 mars 1909). — Dubois, Rev. du Clergé français, 15 mars, 15 avril 1907. — Valvekens, ''Foi et raison ''— Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Didiot, ''Logique surnaturelle objective, ''th. 43, 44. — Fouard, ''Saint Pierre et les premières années du Christianisme. ''— Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle. ''— Frayssinous, Conférences. — Lacordaire, 29e-36e Conférences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Notes et références =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1748</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-13T16:05:58Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque&amp;lt;ref&amp;gt;F. HETTINGER, Théologie fondamentale, tome I.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline&amp;lt;ref&amp;gt;L'apologie a donc sa place dans l'exposé de la Doctrine catholique. Nous renvoyons aux trois fascicules de notre ouvrage. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir&amp;lt;ref&amp;gt;Qu'elle s'adresse aux croyants ou aux incroyants, l'apologétique a toujours pou but de produire dans les âmes la certitude touchant l'existence de la révélation chré­tienne. Or plusieurs écoles philosophiques contestent à l'esprit humain le pouvoir d'atteindre la vérité. Il conviendra donc de résoudre avant tout, le problème de la cer­titude (voir chapitre préliminaire).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable&amp;lt;ref&amp;gt;Les preuves que l'apologiste nous fournit du fait de la révélation doivent nous amener à former deux jugements: le premier, c'est que la révélation se manifeste à nous avec une évidence objective, qu'elle est croyable (credibile est), jugement de crédibilité; le second, c'est que, si elle est croyable, il y a obligation de croire (credendum est), jugement de crédentité. Alors que le premier jugement est d'ordre spéculatif et ne s'adresse qu'à l'intelligence, le second va plus loin, il atteint la volonté: c'est un jugement pra­tique. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres&amp;lt;ref&amp;gt;Toutefois, il est bon de remarquer que, si l'examen est permis. le doute ne l'est pas. Le Concile du Vatican déclare, en effet, que. ceux qui ont reçu la foi sous le magistère de l'Eglise ne peuvent jamais avoir une raison valable de Changer leur foi ou d'en douter Const. Dei Filius, Can. III , et Can. VI). A ceux qui prétendent qu'il faut d'abord faire table rase de sa foi pour arriver à la vérité, LEIBNIZ répond: « Quand il s'agit de rendre compte des choses, le doute n'y fait rien ... Que, pour surmonter le doute, on examine, soit. Mais que, pour examiner il faille commencer par douter, c'est ce que je nie. » Et M. BLONDEL, après avoir cité ces mots de Leibniz, ajoute à son tour: « Qu'on cesse de se méprendre sur le véritable sens de l'esprit critique: avoir l'esprit bon et l'appliquer bien, ce n'est, à aucun moment de la recherche, cesser de voir; loin de là, c'est voir, au contraire, qu'il y a toujours plus à voir, et mieux à prouver, et davantage à vivre. C'est chercher la lumière avec la lumière, Et pourquoi faudrait-il, parce qu'on aspire à voir plus clair, commencer par éteindre toute clarté ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité&amp;lt;ref&amp;gt;Const. de Fide, ch. III.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DÉPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule&amp;lt;ref&amp;gt;Postuler = demander, entraîner comme conséquence, avoir besoin de. &amp;lt;/ref&amp;gt;, pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent&amp;lt;ref&amp;gt;C'est surtout au point de vue de la méthode que l'apologétique peut être regardée comme un art. Ayant pour objectif de convaincre les esprits et de toucher les cœurs, Il est assez naturel qu'elle prenne les moyens les plus adaptéS aux conditions de temps et de personnes. Immuable dans son fond, l'apologétique est donc très variable dans sa forme: la manière de présenter les motifs de crédibilité, le choix des arguments, l'impor­tance qu'il convient de donner à chacun, tout cela est laissé à l'habileté de l'apologiste. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes&amp;lt;ref&amp;gt;BOSSUET, dans la 2e Partie du Discours sur l'histoire universelle, prouve histori­quement la divinité du christianisme par l'intervention de Dieu dans son origine, ses progrès, sa diffusion et sa stabilité: démonstration par la Providence. &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;SABATIER, Esquisse d'une philosophie de la religion, d'après la psychologie et l'histoire. &amp;lt;/ref&amp;gt;. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition&amp;lt;ref&amp;gt;L'intuition (latin, intueri, contempler, voir) est la connaissance directe des objets, sans Intermédiaire et sans raisonnement .&amp;lt;/ref&amp;gt;, le découvre&amp;lt;ref&amp;gt;L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON.&amp;lt;/ref&amp;gt; au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section I : Dieu ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre préliminaire : Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot diallèle (grec dia lêllon l'un par l'autre) est synonyme de cercle vicieux.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées&amp;lt;ref&amp;gt;Toute doctrine qui pose en principe que nous ne pouvons atteindre l'objet tel qu'il est en lui-même, mais seulement tel qu'il est dans notre esprit, porte le nom géné­rique d'idéalisme. Parmi les multiples variétés d'idéalisme. nous n'avons signalé ici que les deux principales: l'idéalisme critique, ou criticisme de KANT, et l'idéalisme métaphy­sique de BERGSON, la forme la plus moderne d'idéalisme que nous désignons plus loin sous le titre d'intuitionnisme.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes&amp;lt;ref&amp;gt;Le noumène (du grec noumenon connu par le  « nous » la raison pure) désigne l'essence des choses, ce qui est, par opposition à ce qui apparaît. D'après KANT, le nou­mène peut être objet de fol, non de science. &amp;lt;/ref&amp;gt;correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique&amp;lt;ref&amp;gt;La raison pratique n'est pas autre chose que la conscience morale, c'est-à-dire la faculté de juger du bien et du mal par le moyen de la loi morale. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu&amp;lt;ref&amp;gt;Les mots « absolu », « chose en soi » «  noumène » tels qu'ils sont employés dans cette leçon, sont des termes synonymes et s'opposent aux mots «  relatif », « apparence », « phénomène ». &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
'''Valeur et limites de la raison.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »&amp;lt;ref&amp;gt;FONSEGRIVE, Eléments de philosophie, tome II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste&amp;lt;ref&amp;gt;Les trois dénominations: matérialiste, naturaliste, moniste, désignent, sous des aspects différents, le même fond de doctrine. Tous trois prétendent expliquer le monde par l'existence d'un seul élément, mais tandis que le matérialiste met en avant la seule matière, le naturaliste parle de la nature, ce qui est déjà un terme plus vague, et le moniste fait appel au mouvement cosmique. - Le moniste dont nous parlons ici est évidemment le moniste matérialiste.&amp;lt;/ref&amp;gt;, - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique&amp;lt;ref&amp;gt;Agnostique (du grec  « a » privatif et « gnosis » connaissance). - D'après l'étymologie, le mot agnostique est opposé à gnostique.. l'agnostique déclare ignorer là où le gnostique prétend savoir. Le mot a été jeté dans la circulation par le philosophe anglais HUXLEY vers 1869. , La plupart de mes contemporains, dit-il un jour, pour faire profession de libre-pensée, pensaient avoir atteint une certaine gnose et prétendaient avoir résolu le problème de l'existence; j'étais parfaitement sûr de ne rien savoir sur ce sujet, et bien convaincu que le problème est insoluble : et comme j'avais Hume et Kant de mon côté, je ne croyais pas présomptueux de m'en tenir à mon opinion.&amp;lt;/ref&amp;gt; déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser&amp;lt;ref&amp;gt;Revue des Deux- Mondes. 1er juin 1865&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause&amp;lt;ref&amp;gt;Les additions faites parle serment antimoderniste au dogme défini parle Concile du Vatican, s'imposent-elles à notre croyance à titre de vérité de foi ou à titre de vérité certaine en connexion avec un dogme ? Dans le premier cas, le refus d'y adhérer constituerait une hérésie, et, dans le second, on serait suspect seulement d'hérésie parce qu'on ne peut rejeter une vérité en connexion avec un dogme sans paraître rejeter le dogme lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première hypothèse, qui les regarde comme vérité de foi, est assez vraisemblable, vu que ces additions font partie d'une profession de foi et qu'elles sont précédées du mot « profiteor » je professe, qui désigne, dans le langage de l'Eglise, un acte de foi&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1&amp;lt;ref&amp;gt;OLLE-LAPRUNE a dit très justement à propos du fidéisme: « L’Eglise condamne tout fidéisme. Elle qui, sans la foi, ne serait pas, elle commence par rejeter comme contraire à la pure essence de la foi, une doctrine qui réduirait tout à la foi. L'ordre de la foi n'est assuré que si l'ordre de la raison est maintenu. » (Ce qu'on va chercher à Rome).&amp;lt;/ref&amp;gt;. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori&amp;lt;ref&amp;gt;L'expression a priori veut dire antérieur à l'expérience et signifie par conséquent que l'on raisonne indépendamment de l'expérience, en s'appuyant seulement sur les principes de la raison. L'expression a posteriori a le sens contraire et signifie que l'on s'appuie sur l'expérience, que l'on remonte des effets aux causes.&amp;lt;/ref&amp;gt; selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.&amp;lt;ref&amp;gt;L'on pourrait objecter également à cette classification que toutes les preuves rationnelles sont, en somme, métaphysiques, puisqu'elles s'appuient toutes sur le principe de causalité.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme&amp;lt;ref&amp;gt;Le syllogisme est un raisonnement composé de trois propositions telles, que, les deux premières (les prémisses) étant admises, la troisième (la conclusion) s'ensuit nécessairement. La première proposition des prémisses s'appelle la majeure, la seconde, la mineure. Pour plus de clarté, nous distinguerons la majeure et la ,mineure, que nous prouverons séparément.&amp;lt;/ref&amp;gt; suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;L'argument est quelquefois formulé sous la forme suivante: Tout ce qui a com­mencé d'exister n'existe pas par soi et suppose un créateur. Or le monde a commencé d'exister. Donc le monde a dû recevoir l'existence de Dieu. Ainsi présenté, l'argument parait défectueux, car les adversaires ne manqueront pas de reprendre aussitôt la mineure et de dire: « Mais le monde n'a pas commencé. L'argument ne s'appuie pas sur le commencement du monde mais sur sa contingence, au point de vue de son existence et de sa nature. Que le monde ait commencé ou non, qu'Il soit éternel ou créé dans le temps, Il n'en reste pas moins contingent, c'est-à-dire insuffisant, et appelle un être nécessaire. Les philosophes, comme PLATON et ARISTOTE, qui croyaient à l 'éternité du monde, n'en admettaient pas moins l'existence de Dieu, et il n'est pas démontré par la raison Dieu n’aurait pas pu créer le monde ab aeterno.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après ARISTOTE, saint THOMAS, LEIBNIZ, KANT, une multitude infinie de causes secondes, de moteurs seconds, n'est pas contradictoire ; la raison ne peut démontrer par exemple que la série des générations animales ou des transformations de l’énergie a du avoir un commencement, au lieu d'exister ab aeterno. Ce qui répugne, c'est qu’une série de causes secondes ou de moteurs mus existent sans qu’i1 y ait une cause première, un premier moteur immobile qui soit la raison de leur existence.&amp;lt;/ref&amp;gt;, si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence&amp;lt;ref&amp;gt;En réalité, cette analyse du moi et de sa contingence, pourrait être reportée au second groupe de preuves qui part de l'observation du monde intérieur. Si on voulait en faire une preuve spéciale, il suffirait de dire: la contingence et les imperfections de notre être supposent une cause première nécessaire et parfaite.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes distinguent en effet la série infinie du nombre infini. Si le nombre infini est une impossibilité mathématique, parce qu'il n'y a pas de nombre tel qu'on ne puisse en former un plus grand, il n'en va pas de même de la série qui est un ensemble de choses distinctes et successives de quelque manière. D'après ARISTOTE et saint THOMAS, il n'y a pas de répugnance à admettre une régression sans fin dans la série des phéno­mènes qui se seraient succédé dans le passé, ni même à concevoir une multitude actuellement infinie et innombrable. C'est pour cela que saint THOMAS pensait que la révélation seule nous apprend que le monde n'est pas créé de toute éternité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste&amp;lt;ref&amp;gt;De cette école, HAECKEL a été un des plus récents et des plus ardents champions. Son livre, Les énigmes de l'univers, paru en 1900 et répandu à profusion, en Allemagne, puis en France en 1905, a pour but d'exposer le pur monisme et de résoudre les problèmes de l'univers: « Nous nous tenions fermement, y est-il dit, au monisme pur... qui ne recon­naît dans l'univers qu'un' substance unique, à la fois Dieu et Nature; la matière et l'esprit ou énergie sont les deux attributs fondamentaux, les deux propriétés essentielles de l'Etre cosmique divin qui embrasse tout, de l'universelle substance. »&amp;lt;/ref&amp;gt; (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi un même corps peut passer par différents états physiques sans varier en quantité: tel est le cas de l'eau, qui peut être tour à tour solide (glace), liquide ou gazeuse (vapeur).&amp;lt;/ref&amp;gt;. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice&amp;lt;ref&amp;gt;Tout en faisant allusion ici au système, bergsonien qui suppose un grand courant vital rayonnant d'un centre, s'insinuant dans la matière pour l'organiser et créer ainsi les végétaux et les animaux, notre pensée n'est pas évidemment de ranger M. BERGSON parmi les matérialistes.&amp;lt;/ref&amp;gt; (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes modernes de l'école bergsonienne essaient de tourner la même difficulté en disant que l'ensemble, le Grand Tout n'est pas précisément une somme de tontes les parties, mais une source d’où elles jaillissent, la substance d'où émanent tous les êtres par voie d'évolution. M. BERGSON parle « d'un centre d'où tous les mondes jailliraient comme les fusées d'un immense bouquet ». L'évolution créatrice, p. 270. -  Mais quand on a expliqué la formation des mondes par l'évolution de la matière, il reste toujours à dire d’où vient la matière elle-même.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux&amp;lt;ref&amp;gt;Certains apologistes, pour démontrer que l'évolution de la matière, a commencé un jour, s'appuient sur la loi de la dégradation de l'énergie, Notons d'abord que les physi­ciens distinguent deux sortes d'énergies. Selon qu'elle est plus ou moins apte à produire du travail, l'énergie est dite de qualité supérieure (exemple: le mouvement) ou de qualité inférieure (exemple: la chaleur). Or si c'est une loi que l'énergie se conserve, que la somme d'énergie qui est dans le monde, reste constante, c'en est une autre qu'elle baisse en qualité, qu'elle se dégrade. En d'autres termes, « l'énergie de qualité supérieure ne se dépense jamais sans qu'il en tombe une partie à l'état d'énergie de qualité inférieure ou de chaleur. La balle élastique qui rebondit ne retrouve jamais tout à fait la hauteur d'où elle est partie: au contact du sol, une partie de la vitesse s'est transformée en chaleur... D'un autre côté, cette énergie de qualité inférieure ne remonte jamais intégra­lement à l'état d'énergie supérieure... D'où il résulte qu'à tout moment l'énergie se dégrade. En un mot, l'univers tend, en vertu des lois qui le régissent, vers une fin qui n'est pas le néant, mais le repos... Or ce qui doit ainsi finir ne peut être conçu comme infini. Si l'énergie utilisable était infinie en quantité, elle ne pourrait pas s'épuiser, sa dépense ne pourrait pas aboutir à une limite. Puisque nous voyons avec certitude qu'il y aura un terme, la quantité d'énergie utilisable est donc finie. Si elle se débitait et s'épuisait depuis une durée infinie, à supposer que ces deux mots ne soient pas contra­dictoires, l'épuisement serait achevé depuis longtemps: puisqu'elle ne l'est pas, c'est qu'elle ne remonte pas à l'infini. » GUIBERT, Le conflit des croyances religieuses et des Sciences de la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de cette loi de la dégradation de l'énergie, les apologistes en question con­cluent : 1. - qu'il y a eu des commencements dans le monde, que l'énergie utilisable a commencé puisqu'elle n'est pas infinie, et - 2, que, dès lors, le mouvement du monde n'a pu venir de la matière, vu qu'elle n'était pas douée d'énergie utilisable. Ce se­cond point appartient à la preuve suivante (argument du premier moteur).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude&amp;lt;ref&amp;gt;De toute façon, la théorie de l'évolution ne saurait s'appliquer à l'homme, du moins à son âme. Nous verrons plus loin (N° 106 et suiv.) que l'homme n'est pas un animal perfectionné et que, si son corps ne diffère pas essentiellement de celui des ani­maux supérieurs, son âme est d'une autre nature et possède des facultés intellectuelles et morales qui la séparent entièrement de la brute.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur&amp;lt;ref&amp;gt;L'argument du premier moteur se rattache à l'argument de la cause première: il s'appuie sur le même Principe et suit la même marche. Aussi certains auteurs l'ex­posent-ils en même temps.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot acte s'opposant au mot puissance, il s'ensuit que dire de Dieu qu'il est acte pur revient à dire qu'il n'y a rien en lui qui soit à l'état de puissance ou de devenir, qu'il est une réalité pleine et complète, ou si l'on veut, qu'il possède toutes les qualités.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance&amp;lt;ref&amp;gt;« Le hasard, dit BOSSUET, est un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre » (Discours sur l’ Histoire universelle ; chap. VIII).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre&amp;lt;ref&amp;gt;H. BERGSON, L'évolution créatrice.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre&amp;lt;ref&amp;gt;Nous exposerons plus loin d'une manière plus complète la théorie évolutionniste (Voir N° 89 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »&amp;lt;ref&amp;gt;«L'insensé a dit dans son cœur: Il n'y a point de Dieu.. (Ps., LII, 1).&amp;lt;/ref&amp;gt;, saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Cette preuve peut être présentée avec un autre point de départ. Au lieu du désir on peut envisager l'action humaine. Notre action n'est jamais telle que nous la voudrions. Il y a toujours disproportion entre l'objet et la pensée, entre l'acte et la volonté. Notre action aspire sans cesse au mieux. « Au bout de la science et de la curiosité de l'esprit, dit M. BLONDEL, au bout de la passion sincère et meurtrie, au bout de la souffrance et du dégoût, le même besoin renaît », le besoin du transcendant, de Dieu: ainsi Dieu est Immanent au centre de notre action.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel ? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre cette preuve psychologique par les aspirations de l'âme avec ce que les modernistes appellent l'expérience individuelle. Pour les immanentistes, l'expérience individuelle nous découvre Dieu, nous le fait atteindre directement dans les profondeurs de la conscience, tandis que la preuve psychologique, tout en prenant comme point de départ nos états d'âme, ne conclut l'existence de Dieu que par le rais8onnemt, et non par suite d'une intuition directe.&amp;lt;/ref&amp;gt; (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique&amp;lt;ref&amp;gt;La loi morale est appelée par KANT' impératif catégorique. C'est un impératif, c'est-à-dire qu'elle commande sans contraindre; catégorique, parce que ses ordres sont absolus, sans condition.&amp;lt;/ref&amp;gt;. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité&amp;lt;ref&amp;gt;MAX MULLER va même jusqu'à prétendre que l'unité divine n'était pas inconnue des peuples apparemment polythéistes. « Les races païennes primitives, dit-il, ne furent pas polythéistes, à proprement parler, Ce n'est pas à dire qu'elles adorassent un Dieu unique, mais on peut dire qu'en un certain sens elles adoraient un Dieu un, c'est-à-dire que leurs hommages s'adressaient en somme à la divinité, bien que celle-ci leur apparût sous diverses formes personnelles lesquelles recueillaient tour à tour, par une contradiction que voilait le symbole, des hommages quasi-exclusifs et souverains ».&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers&amp;lt;ref&amp;gt;On a multiplié les recherches pour découvrir un peuple athée. On a cru un certain temps en avoir trouvé un en Océanie dans les îles sauvages d'Adaman habitées par une peuplade nègre si primitive qu'elle ne sait ni cultiver la terre ni élever le bétail. Après un examen plus approfondi, l'on a été obligé d'avouer que ces hommes incultes admettaient un Dieu unique, créateur et rémunérateur. De même, il a fallu reconnaître que les Négritos de la presqu’île Malacca et des Philippines, les pygmées d'Afrique, les Hottentots, les Boschimans pratiquaient une religion. (Cf. Mgr LE ROY, La Religion des Primitifs).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».&amp;lt;ref&amp;gt;Cette erreur fut surtout le fait des impies du XVIIIe siècle et en particulier de VOLTAIRE. &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain&amp;lt;ref&amp;gt;Preuve par la révélation. - Aux preuves rationnelles de l’existence de Dieu con­vient-il d'ajouter une autre preuve complémentaire tirée du témoignage de l’histoire, qu'on pourrait formuler de la manière suivante?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions les Livres Saints, non pas comme livres inspirés, mais simplement comme livres humains, présentant tous les caractères d'authenticité et de véracité que la critique est en droit d'exiger de tout livre historique, nous constatons que Dieu s'est révélé à Adam, à Noé, à Abraham, à Isaac, à Jacob, à Moïse, au peuple israélite dans le désert, aux prophètes, et plus récemment par Jésus-Christ, qu'il s'est manifesté souvent et qu'il se manifeste encore de nos jours (ex: à Lourdes) par le miracle et la prophétie. Donc nous devons croire à l'existence de Dieu tout aussi bien que nous croyons à l'exis­tence d'Alexandre le Grand, de César et de Napoléon, puisqu'elle nous est attestée par des documents aussi dignes de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Exposée ici, cette preuve n'a aucune valeur pour ceux qui nient l'autorité des Livres Saints qui ne sera démontrée que par la suite. La preuve ne s'adresse donc qu'aux croyants, et dès lors il nous semble qu'il vaut mieux la réserver pour la partie dogmatique, où l'existence de Dieu est présentée comme une vérité rationnelle et une vérité de foi, s'appuyant à la fois sur le raisonnement et sur la Révélation voir notre Doctrine catho­lique N° 28).&amp;lt;/ref&amp;gt;. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan&amp;lt;ref&amp;gt;Cette preuve aboutit donc tout aussi bien au polythéisme qu'au monothéisme.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre la preuve ontologique, qui prend pour point de départ la notion de Dieu, avec l'ontologisme, signale plus haut parmi les erreurs, et d'après lequel nous aurions une vue immédiate de Dieu.&amp;lt;/ref&amp;gt; tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion&amp;lt;ref&amp;gt;D'après l'Ami du Clergé (10 mai 1923), au lieu de la loi morale, il serait préférable de prendre pour point de départ l'ordre essentiel qui régit les êtres raisonnables: on aurait alors la quatrième preuve de saint THOMAS « par les degrés de perfection» envi­sagée sous l'aspect spécial du vrai et du bien. On remarque dans la nature quelque chose de plus ou moins bon, de plus ou moins vrai, de plus ou moins noble. Or, le plus ou le moins de perfection ne peut se dire des objets que par comparaison avec l'être le plus parfait. Il y a donc quelque chose qui est le bon, le vrai, le noble, et par conséquent l'être par excellence... qui est cause de ce qu'il y a d'être, de bonté et de perfection dans tous les êtres, et c'est cette cause que nous appelons Dieu. » Somme th. l, 1,q. 2, art 3 (Voir sur ce sujet le Traité de philosophie par les Professeurs de l'Université de Louvain).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude&amp;lt;ref&amp;gt;Il n'est pas dans notre pensée de faire du consentement universelle critérium de la certitude (N° 22). Ce serait aller contre l’Eglise qui enseigne le contraire et contre 1’Ecrlture Sainte qui nous apprend que tous les peuples de l'antiquité, les Juifs excepté, ignoraient le seul vrai Dieu et méconnaissaient sa 1oi (Rom.I,21-23).&amp;lt;/ref&amp;gt;, constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes matérialistes rentrent donc dans cette catégorie.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »&amp;lt;ref&amp;gt;FRAYSSINOUS, Défense du christianisme. L'incrédulité des jeunes gens.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »&amp;lt;ref&amp;gt;P. BOURGET, Essai de psychologie contemporaine.&amp;lt;/ref&amp;gt; - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques&amp;lt;ref&amp;gt;Nous appelons agnostiques dogmatiques ceux qui bornent leur agnosticisme à la nature de Dieu, par opposition aux agnostiques purs qui prétendent que l'existence même de Dieu est du domaine de l'inconnaissable.&amp;lt;/ref&amp;gt;) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques&amp;lt;ref&amp;gt;« L'aséité de Dieu, sa nécessité, son immatérialité, sa simplicité, son individualité, son indétermination logique, son infinité, sa personnalité métaphysique, son rapport avec le mal qu'il permet sans le créer ; sa suffisance, son amour de lui-même et son absolue félicité : franchement, qu'importent tous ces attributs pour la vie de l'homme? dit W. James. S'ils ne peuvent rien changer à notre conduite, qu'importe à la pensée religieuse qu'ils soient vrais ou faux ? » (L'expérience religieuse.)&amp;lt;/ref&amp;gt; — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche&amp;lt;ref&amp;gt;Nous ne parlons ici que de la connaissance de Dieu par la raison. Cette connais­sance a été augmentée par la Révélation qui, en nous découvrant les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, nous a fait pénétrer plus avant dans les secrets de la vie divine.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu que « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi nous attribuons à Dieu toutes les perfections de? créatures parce que nous avons d'abord établi a priori que Dieu est l’Etre parlait. Nous ne nous appuyons donc pas sur le principe de causalité selon lequel tout ce qu'il y a dans les effets se retrouve dans la cause. Cette dernière méthode parait en effet défectueuse, car de ce que toutes les perfections des effets se retrouveraient dans la cause, même à un degré supérieur, il ne s'ensuit pas que la cause première soit infinie et parfaite, vu que les effets sont finis et Imparfaits et n'exigent cas dès lors une cause parfaite.&amp;lt;/ref&amp;gt;. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme&amp;lt;ref&amp;gt;l'anthropomorphisme (gr. « anthrôpos », homme, et « morphê », forme) désigne en philo­sophie cette tendance de notre esprit qui nous porte à prêter à la Divinité les sentiments, les passions, les pensées et les actes des hommes.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie&amp;lt;ref&amp;gt;Analogie (grec. «ana » : par ; « logos » : rapport). Comme l'étymologie l'indique, l'analogie résulte d'une comparaison, et conclut a une ressemblance entre deux choses, mais à une ressemblance qui n'implique pas identité et laisse subsister des différences.&amp;lt;/ref&amp;gt; seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel&amp;lt;ref&amp;gt;Nous employons ici l'expression courante « être personnel » en tant qu'elle s'oppose au système panthéiste gui confond Dieu avec le monde. Évidemment, nous ne voulons pas entendre par là qu'il n'y aurait en Dieu qu'une seule personne. A la rigueur, l'ex­pression « être personnel » serait avantageusement remplacée par cette autre expression « substance distincte ».&amp;lt;/ref&amp;gt; et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi le mot immanent s'oppose à transcendant. Dire de Dieu qu'il est transcen­dant, c'est affirmer son existence hors du monde; dire qu'il est immanent c'est l'identifier avec le monde.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision&amp;lt;ref&amp;gt;Vacherot, Le nouveau Spiritualisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance&amp;lt;ref&amp;gt;Mentionnons aussi le dualisme manichéen, d'après lequel il y aurait deux principes : un principe bon, source de tout bien, qui est l'esprit, et un principe mauvais source de tout mal, qui est la nature. Le bien et le mal que nous constatons dans le monde s'expliqueraient par une lutte éternelle entre ces deux principes.&amp;lt;/ref&amp;gt; (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit&amp;lt;ref&amp;gt;Il est facile après cela de saisir le sens exact de l'expression « tirer du néant ». Le néant et l'objet créé n'ont pas ici les rapports de cause à effet ; pas davantage, ils ne sont les deux termes d'une évolution. La relation qui existe entre les deux est une rela­tion purement mentale. Tirei du néant marque donc le passage du non-être à l'être, sans qu'il y ait entre le premier et le second d'autre relation que celle de deux moments différents.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde&amp;lt;ref&amp;gt;Nous pourrions faire remarquer ici que la science ne peut rien opposer au dogme de la création. La création, en effet, est en dehors du champ d'observation de la science, et elle ne présente rien de contraire aux faits constatés par la science.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''&amp;lt;ref&amp;gt;II n'y a pas lieu, en effet, d'envisager une troisième hypothèse comme celle du panspermisme interastral, d'après laquelle la terre aurait été ensemencée par des germes tombés des espaces interplanétaires, au moment où elle commença à se refroidir. Une semblable réponse ne ferait que reculer la difficulté, car il faudrait toujours dire com­ment ces germes se trouvaient dans les autres astres et quelle en était l'origine.&amp;lt;/ref&amp;gt;''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère&amp;lt;ref&amp;gt;La monère est, dans la théorie moniste, le plus simple organisme que nous puissions connaître, une parcelle de protoplasme sans noyau. — La cellule, elle, se compose du noyau, au centre, et autour du noyau, du protoplasme, formé d'un ensemble de filaments plongeant dans un liquide assez dense ; c'est déjà un organisme plus compliqué, puis­qu'il contient un noyau. — Au-dessus des organismes unicellulaires (composés d'une seule cellule) tels que les microbes, il y a les organismes pluricellulaires, composés d'un nombre incalculable de cellules. Et dans un organisme pluricellulaire, il y a différentes sortes de cellules. Le groupement des cellules semblables entre elles forme le tissu : tissu nerveux, tissu musculaire, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme&amp;lt;ref&amp;gt;Le protoplasme (de deux mots grec prôtos, premier, et plassein, former) désigne, selon l'étymologie du mot, l'organisme primitif, la première forme d'être vivant.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples&amp;lt;ref&amp;gt;A vrai dire ni l'une ni l'autre des deux thèses, ni celle qui affirme ni celle gui nie la possibilité de jamais produire chimiquement un organisme élémentaire, ne peut Invo­quer l'autorité de l'expérience. Elles sont toutes deux invérifiables, la première parce que la science n'a pas encore avancé d'un pas vers la synthèse chimique d'une substance vivante, la seconde parce qu'il n'existe aucun moyen concevable de prouver expérimen­talement l'impossibilité d'un fait. » (H. Bergson, L'évolution créatrice.)&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;L’évolution, n'est du reste pas une idée nouvelle ; nous la trouvons déjà chez les philosophes grecs (École d’Ionie, Stoïciens, Alexandrins), chez certains Pères de l'Eglise (saint Grégoire de Nysse, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin), chez les scolastiques (Albert le Grand, saint Thomas). Chez les modernes, Bacon, Pascal, Leibniz sont plus ou moins évolutionnistes ; Turgot et Condorcet défendent l'idée de progrès, voisine de celle d'évolution. H. Spencer a fait de l'évolutionnisme une vaste synthèse où l'évolution est regardée comme la loi générale qui régit le monde.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre, en effet, le transformisme qui est la théorie générale affir­mant la transformation des espèces, avec les systèmes particuliers : le lamarckisme ou système de Lamarck, le darwinisme ou système de Darwin, qui prétendent expliquer comment l'évolution a eu lieu, et indiquer les causes qui ont déterminé les transformations.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.&amp;lt;ref&amp;gt;D'après le darwinisme, les survivants transmettent à leurs descendants leurs carac­tères acquis ; d’après le néo-darwinisme (Weissmann) ils transmettent seulement leurs caractères innés.&amp;lt;/ref&amp;gt; Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle&amp;lt;ref&amp;gt;La sélection (seligere, choisir) naturelle, c'est donc la nature qui, pour améliorer les espèces, semble imiter les éleveurs qui choisissent pour la reproduction les animaux les mieux constitués.&amp;lt;/ref&amp;gt;, c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles&amp;lt;ref&amp;gt;Les fossiles (latin fossilis, extrait de la terre) sont les restes, maintenant pétrifiés, des plantes et des animaux que l'on retrouve dans les couches géologiques  Ces débris sont donc comme les témoins des différentes phases de la terre et nous permettent de reconstruire les étapes de son passé&amp;lt;/ref&amp;gt; retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires&amp;lt;ref&amp;gt;En se plaçant sur un autre terrain, et en ne considérant que le point de vue philo­sophique, les fixistes peuvent encore objecter aux évolutionnistes que dans le moins il n'y a pas le plus, en d'autres termes, qu'on ne donne pas ce qu'on n'a pas, que par conséquent l'évolution peut développer les qualités, mais non en créer de nouvelles et que dès lors une espèce n'a pas par elle-même de quoi produire une espèce supérieure&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts&amp;lt;ref&amp;gt;Pour expliquer la disparition de certaines espèces et l'apparition postérieure d'au­tres espèces, les fixistes sont en effet obligés de dire que les espèces disparues par suite de bouleversement dans l'écorce terrestre, ou de toute autre cause, ont été ensuite rem­placées par de nouvelles créations, à moins toutefois qu'ils n'admettent qu'il y ait eu a l'origine des germes de toutes les espèces.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle déiste celui qui admet l'existence de Dieu et de la religion naturelle mais ne reconnaît ni révélation ni Providence. — Le rationaliste rejette également la révélation et prétend n'admettre que les vérités démontrées par la raison&amp;lt;/ref&amp;gt; qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir&amp;lt;ref&amp;gt;II y a sur la question de la valeur du monde trois opinions : — a) l'optimisme absolu (Malebranche, Letbniz) qui prétend que le monde considéré dans son ensemble, est le meilleur possible ; — b) le pessimisme (Leopardi, Schopenhauer, Hartmann, Bahnsen) qui affirme que le monde est essentiellement mauvais. La religion bouddhiste professe aussi le pessimisme, et enseigne à ses adeptes qu'ils doivent détruire en eux le désir de vivre et tendre au nirvana, c'est-à-dire à l'anéantissement de l'être individuel. — c) Une troisième opinion, l'optimisme relatif (saint Anselme, saint Thomas, Bossuet, Fénelon) est celle crue nous exposons.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie&amp;lt;ref&amp;gt;Devant certains cataclysmes, comme ceux de la Martinique et de Messine dont le souvenir est encore récent, on est tenté de maudire l'apparente sauvagerie des forces de la nature. Mais «le plus souvent, ces désastres n'atteignent que les régions où il a fallu à l'homme quelque témérité pour espérer d'y fonder une installation durable. Il a cru pouvoir braver un fléau dont les manifestations étaient espacées, et la plupart du temps cette hardiesse a été récompensée par de notables profits (fertilité du sol). Comment se plaindre, le jour où la nature reprend pour un moment des droits qu'elle n'avait jamais abdiqués ? » (de Lapparent, La Providence créatrice.)&amp;lt;/ref&amp;gt; ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus&amp;lt;ref&amp;gt;« Soyons, dit Mgr Frayssinous, plus modérés dans nos désirs... plus sobres, plus tempérants, plus éloignés des voluptés et des vices qui énervent a la fois l'âme et le corps, et nous verrons disparaître le plus grand nombre des maux dont nous souffrons. » (La Providence dans l'ordre moral.)&amp;lt;/ref&amp;gt; ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi comprise, la douleur peut se tourner en joie, comme l'atteste l'exemple des saints. Au plus fort des tourmentes, les grands chrétiens savent garder l’âme sereine et même se réjouir, parce que, alors, ils ressemblent mieux à l’objet de leur amour : Jésus crucifié et expérimentent en eux ces paroles de l’Imitation : « Lors donc que tu seras parvenu à ce point que la tribulation endurée pour l'amour du Christ te paraîtra douce et savoureuse, tu auras trouvé le paradis sur terre. » (Liv. II, Chap. XII, De la voie royale....)&amp;lt;/ref&amp;gt; ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir&amp;lt;ref&amp;gt;Berseaux, La science sacrée, tome I.&amp;lt;/ref&amp;gt; ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle&amp;lt;ref&amp;gt;La doctrine de l'Église dégage mieux encore la Providence de reproches qui lui sont laits (voir notre Doctrine catholique, fasc. I, N° 37).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section II : L'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.&amp;lt;ref&amp;gt;Comment deux substances de nature aussi opposée peuvent-elles s'unir, former un tout harmonieux, et exercer l'une sur l'autre une influence réciproque : c'est là un des problèmes les plus ardus que puisse aborder l'esprit humain. Aussi les solutions pro­posées n'ont-elles qu'une valeur relative. Au surplus, cette question intéresse plus le philosophe que l'apologiste. Nous renvoyons donc pour ce point aux .traités de Philo­sophie. Signalons seulement la théorie de l'animisme, professée par Aristote, puis par saint Thomas et les scolastiques, d'après laquelle le corps et l'âme sont deux substances incomplètes, formant par leur union étroite un tout substantiel, appelé le composé humain, l'âme vivifiant le corps, devenant la forme qui anime ce corps et le différencie des autres. — Toutefois, bien qu'incomplète si on la considère dans l'ensemble de ses facultés dont quelques-unes (sensibilité, perception extérieure...) nécessitent le concours des organes, l'âme n'en reste pas moins, dans ses facultés supérieures, une substance complète, capable de vivre de sa vie propre.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot abstraire désigne cette opération de l'esprit qui consiste à considérer une qualité en dehors de l'objet qui la possède : par exemple, la blancheur d'un mur en l'isolant du mur qui la possède. Le mot abstrait est opposé au mot concret.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»&amp;lt;ref&amp;gt;On pourrait signaler encore le rire comme étant une des caractéristiques les plus curieuses qui distinguent l'homme de l'animal. Le comique ou le ridicule des choses qui provoquent le rire, supposent la raison pour les percevoir.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine&amp;lt;ref&amp;gt;Cette impossibilité du passage de l'animal à l'homme peut être invoquée comme preuve de l'existence de Dieu. Si, en effet, l'âme de l'homme ne peut sortir par évolution de l'âme animale, de toute nécessité, il faut recourir à quelqu'un qui la crée directement.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Cette opinion est celle de Russel Wallace, d'ailleurs transformiste convaincu, qui, après Darwin, fut le défenseur le plus ardent de la théorie de la sélection naturelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle préhistoire l'histoire des temps sur lesquels il n'existe aucun document écrit. Cette histoire doit donc être faite par d'autres moyens ; par la découverte, par exemple, des ossements de l'homme (fossiles), d'objets (outils, armes, parures), d'habi­tations qui ont été à son usage A ses yeux, le corps de l'homme doit à la fois à la sélection naturelle et à l'intervention divine les facultés qui le caractérisent : il y aurait eu intervention de Dieu pour donner la forme humaine à un organisme déjà préparé par l'évolution.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»&amp;lt;ref&amp;gt;DE Nadaillac, L'homme et le singe.&amp;lt;/ref&amp;gt; En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde&amp;lt;ref&amp;gt;A supposer que l'évolution fût une loi définitivement établie, elle ne supprimerait pas Dieu. Nous avons prouvé ailleurs (N° 45) qu'il n'en faudrait pas moins recourir à un Etre tout-puissant pour créer la matière et régler son développement selon la loi de révolution.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;« L'homme, dit de Lapparent, est le seul mammifère dont la station soit absolu­ment verticale, et dont le visage soit fait pour regarder en face, en respirant à pleins poumons, le Ciel où sa destinée l'appelle. » La Providence créatrice. — Le poète latin avait dit déjà :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
                     Os homini sublime dédit, coelumque tueri Jussit...&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'existence de deux mains seulement, l'angle facial&amp;lt;ref&amp;gt;L'angle facial est l'angle formé par la rencontre de deux lignes hypothétiques; l'une, verticale, allant des incisives supérieures au point le plus saillant du front ; l'autre, horizontale, allant du conduit auditif aux mêmes dents.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement&amp;lt;ref&amp;gt;Le livre de M. Boule, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle, paru au début de 1921, et qui a pour titre : « Les hommes fossiles », ne saurait modifier notre conclusion. Après avoir rappelé les principales découvertes de fossiles faites jusqu'à nos. jours, ce savant paléontologiste prétend que de la reconstitution anatomique des nommes préhistoriques qu'il est permis de faire d'après les squelettes qu'on a retrouvés, il ressort que l'homme primitif diffère moins des singes anthropoïdes que ceux-ci des singes inférieurs. S'appuyant alors sur ce principe que « te ressemblance prouve la pa­renté », M. Boule conclut que le corps de l'homme provient par filiation soit d'un singe, soit d'un ancêtre commun au singe et à l'homme. Cette déduction n'est qu'une hypo­thèse que nous sommes en droit de ne pas admettre, tant qu'elle n'est pas vérifiée. (V. N« 94 et 95). De toute façon, elle ne concerne que le corps ; l'abîme entre l'âme de l'homme et l'âme des bêtes reste Infranchissable&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent&amp;lt;ref&amp;gt;Malgré sa force, cette preuve ne doit pas être isolée des deux autres. Car, d'une part, l'anéantissement, qui est la base de l'argument, n'est nullement inconcevable : Dieu peut rendre au néant ce qu'il lui a pris ; d'autre part, l'immortalité de la substance n'est pas nécessairement l'immortalité de la personne. Il importe donc de compléter cette preuve par les deux autres preuves : psychologique et morale.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce&amp;lt;ref&amp;gt;L'espèce est définie par de Quatrefages « l'ensemble des individus plus ou moins semblables entre eux qui peuvent être regardés comme descendus d'une paire primitive unique par une succession ininterrompue et naturelle de familles. »&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce&amp;lt;ref&amp;gt;II faut noter en effet que le caractère essentiel qui distingue la race de l'espèce, c'est que les croisements entre individus de races différentes sont indéfiniment féconds, tandis qu'entre individus d'espèces différentes, même les plus rapprochées, ils sont frappés de stérilité immédiate ou du moins à brève échéance.&amp;lt;/ref&amp;gt;.— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »&amp;lt;ref&amp;gt;De QUATREFAGES, L'Espèce humaine&amp;lt;/ref&amp;gt; — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»&amp;lt;ref&amp;gt;François Lenormant,  Manuel de l'histoire ancienne de l'Orient; les Originel de l'histoire.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne&amp;lt;ref&amp;gt;Au point de vue archéologique, et en considérant la matière, la forme, et le degré de perfection des instruments, des armes, etc., qui furent travaillés par les hommes pri­mitifs, on distingue trois âges : l'âge de la pierre, l'âge du bronze et l'âge du fer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'âge de la pierre se subdivise en trois périodes : éolithique ou de la pierre éclatée, paléolithique ou de la pierre taillée et néolithique ou de la pierre polie. La période paléo­lithique se subdivise à son tour en quatre époques connues sous le nom des endroits on les divers types caractéristiques semblent dominer : l'époque chelléenne (Chelles, com­mune de Seine-et-Marne), l'époque moustérienne (de Moustier, dans la Dordogne), l'époque solutréenne (Solutré, commune de Saône-et-Loire), l'époque magdalénienne (de la Madeleine, Dordogne).&amp;lt;/ref&amp;gt;, taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène&amp;lt;ref&amp;gt; La période tertiaire comprend quatre phases : éocène, oligocène, miocène et pliocène. C'est dans une couche du miocène que les silex en question de l'abbé Bourgeois furent trouvés.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine&amp;lt;ref&amp;gt;M. Reid Moir a retrouvé récemment dans un terrain tertiaire d'Ipswich, localité proche de Cambridge (Angleterre), des outils de silex manifestement taillés par l'homme, et dont la présence dans ce terrain semble ne pouvoir s'expliquer par des apports arti­ficiels. Ces outils, qui sont du type moustérien, marquent déjà, par la finesse du travail, un certain degré d'évolution et de culture, supérieur aux produits de l'homme chelléen. Si rien ne vient contredire ces assertions, il s'ensuivrait que l'homme remonterait au moins à l'époque tertiaire. L'avenir nous réserve sans doute d'autres découvertes encore. Quelles qu'elles puissent être, elles ne pourront modifier notre conclusion et ne sauraient s'opposer à la Foi catholique qui déclare : — 1. qu'il 'y a pas de chronologie biblique, et — 2. que l'antiquité de l'homme est un problème qui relève de la Science, et bob de la Foi&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section III : Rapports entre Dieu et l'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »&amp;lt;ref&amp;gt;Tylor, la civilisation primitive&amp;lt;/ref&amp;gt; Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon&amp;lt;ref&amp;gt;G. Le BON, Les premières civilisations.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme&amp;lt;ref&amp;gt;« Le fétiche est un objet vulgaire, sans aucune valeur en lui-même, mais que le Noir garde, vénère, adore, parce qu'il croit qu'il est la demeure d'un esprit... Une pierre, une racine, un vase, une plume, une bûche, un coquillage, une étoffe bigarrée, une dent d'animal, une peau de serpent... tout au monde peut être fétiche pour ces grands enfants. » Rêville, Les religions des peuples non civilisés. — II y a trois catégories de fétiches : les fétiches familiaux, tirant leur vertu des reliques des ancêtres et destinés à protéger la famille, le village ou la tribu ; les fétiches des bons génies et les fétiches des esprits mauvais ou fétiches vengeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fétiche se différencie : — a) de l'amulette en ce qu'il tire sa force et son influence de l'esprit qui l'habite, tandis que l'amulette qui est un petit objet que l'on porte sur soi est censée préserver des malheurs et procurer du bonheur par une vertu secrète, mystérieuse et inconsciente ; et — b) du talisman, petit objet marqué de signes cabalistiques que l'on ne porte pas toujours sur soi comme l'amulette, et qui est destiné à exercer une action déterminée sur les choses ou les événements, à en changer le cours ou la nature. (Voir Mgr Le Roy, La Religion des Primitifs).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations&amp;lt;ref&amp;gt;Comme on le voit, l'animisme est chez les sauvages ce que le spiritisme est chez les peuples civilisés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt; « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »&amp;lt;ref&amp;gt;S. Reinach, Orpheus.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, Op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »&amp;lt;ref&amp;gt;S. Reinach, Cultes. Mythes et Religions.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »&amp;lt;ref&amp;gt;JOUFFROY, Mélanges philosophiques.&amp;lt;/ref&amp;gt; En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel&amp;lt;ref&amp;gt;Le surnaturel, tel que nous l'entendons ici, désigne le monde invisible, distinct du nôtre, où il y a des êtres réels, vivants, personnels et libres avec lesquels toutes les reli­gions enseignent que l'homme peut avoir des rapports. — II ne faut pas confondre cette signification avec le sens strict du mot, et comme l'emploient les théologiens catho­liques, pour désigner la révélation proprement dite et la grâce, moyen surnaturel, c'est-à-dire au-dessus des exigences de notre nature, pour arriver à la vision béatifique.&amp;lt;/ref&amp;gt; ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique N° 171, 327, 381 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude&amp;lt;ref&amp;gt;L'histoire des religions paraît même la contredire. Elle nous atteste, en effet, que les idées religieuses ne se sont pas toujours perfectionnées, qu'il y a eu parfois recul : ainsi, les peuples sémitiques sont souvent allés du plus parfait au moins parfait, du monothéisme au polythéisme, à l'idolâtrie et au fétichisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»&amp;lt;ref&amp;gt;Brunetiere, Sur les chemins de la croyance, Ch. III, La religion comme fait socio­logique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» &amp;lt;ref&amp;gt;Abbé de Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des religions.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.&amp;lt;ref&amp;gt;Une autre hypothèse (Max Muller), appelée l'hénothéisme, pense que la religion rait le résultat d'un double élément : un élément subjectif et un élément objectif. L’élément subjectif consisterait dans une faculté spéciale à l’homme par laquelle il percevrait l’infini et aurait le sentiment du divin. L'élément objectif serait fourni par l'uni­vers et les grands phénomènes de la nature. De la rencontre de ces deux éléments serait née l'idée de la divinité, d'une divinité une, mais pouvant subsister en plusieurs sujets, par opposition au monothéisme qui croit nue les attributs divins, que la divinité réside dans un sujet unique.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel&amp;lt;ref&amp;gt;Nous ne parlons que des vérités de l'ordre surnaturel. Non pas que nous prétendons qu'il n'y ait pas de mystères dans l'ordre naturel. Nous pensons au contraire que la science est loin d'avoir résolu toutes les énigmes de la création, et que le savant Berthelot qui proclamait que « Le monde est aujourd'hui sans mystères », était bien vain de le croire et de le dire. Cependant il faut admettre que sur ce terrain l'impuissance de la rai­son n'est qu'accidentelle, et que, plus la science progresse, plus elle fait reculer le mys­tère. Il n'en est pas de même des vérités de l'ordre surnaturel : ces dernières ne peuvent être que des mystères, puisqu'elles sont d'un ordre qui dépasse la nature.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles&amp;lt;ref&amp;gt;D'après le dogme catholique, l'impuissance de la raison est la conséquence d une déchéance de la nature humaine, causée par le péché originel. Toutefois cette vérité n'étant connus que par la Révélation, l'apologiste ne doit pas en faire usage.&amp;lt;/ref&amp;gt; de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.&amp;lt;ref&amp;gt;« Parmi les philosophes anciens, qui n'eurent pas le bienfait de la foi, dit Léon XIII dans son Encyclique Aeterni Patris, ceux mêmes qui passaient pour les plus sages, tom­bèrent, en bien des points, dans de nombreuses erreurs. Vous n'ignorez pas combien, à travers quelques vérités, ils enseignent de choses fausses et absurdes, combien plus d'incertaines et de douteuses, touchant la nature de la divinité, l'origine première des choses, le gouvernement du monde, la connaissance que Dieu a de l'avenir, la cause et le principe des maux, la un dernière de l'homme et l'éternelle félicité, les vertus et les vices et d'autres points de doctrine, dont la connaissance vraie et certaine est d'une nécessité absolue au genre humain. »&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle&amp;lt;ref&amp;gt;« Quand un éloquent écrivain du siècle dernier, écrit Emile Saisset dam ses Essais sur la philosophie et la religion, prétendit écrire le symbole de la religion naturelle sous l'inspiration de sa seule conscience, il l'écrivait, en effet, sous la dictée d'une philo­sophie préparée par le Christianisme. Ce n'est pas l'homme de la nature qui parle dans la Profession de foi du Vicaire savoyard, c'est un prêtre devenu philosophe. » « Je ne sais pourquoi l'on veut attribuer au progrès de la philosophie la belle morale de nos livres, confesse lui-même Jean-Jacques Rousseau (Lettres de la montagne). Cette morale, tirée de l'Evangile était chrétienne avant d'être philosophique. »&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle&amp;lt;ref&amp;gt;Fin surnaturelle. — Pour bien comprendre cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés par Dieu poursuivent une fin appropriée à leur nature. Or l'homme, en tant que créature raisonnable, doit arriver, par sa raison, a la connaissance de l'Etre infini, et par sa volonté, à l'amour de Dieu proportionné à cette connaissance : c'est là sa fin naturelle et l'ordre naturel des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si Dieu a assigné à l'homme, comme fin dernière, le bonheur de le contempler un Jour face à face, tel qu'il est, dans la plénitude de sa splendeur (I. Cor., XIII, 12), de l'aimer et de le posséder, la fin est au-dessus des exigences de la nature humaine, elle est surnaturelle, et constitue un nouvel ordre de choses : l'ordre surnaturel.&amp;lt;/ref&amp;gt; et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé&amp;lt;ref&amp;gt;Cette expression « Dieu a parlé aux hommes » ne doit pas nécessairement être entendue au sens obvie, sauf lorsqu'il s'agit de l'enseignement oral du Christ. Il est clair que Dieu a de multiples moyens d'instruire les hommes : représentations imaginatives ou intellectuelles, impressions visuelles ou auditives, et qu'il sait proportionner la forme de son message à l'aptitude de son destinataire. Ce qui importe donc, c'est que sa révé­lation soit entourée de signes qui ne laissent pas de doute sur la réalité du fait.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine&amp;lt;ref&amp;gt;Les critères internes pourraient s'appeler aussi critères probables par opposition aux critères externes (miracles et prophéties) qui sont des critères certains.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée&amp;lt;ref&amp;gt;C'est pour cette raison que les prodiges opérés par les démons, par conséquent  par une cause créée, ne sont que des miracles improprement dits. Ils sont surnaturels par rapport à nous, mais naturels par rapport à eux.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle&amp;lt;ref&amp;gt;Il est clair, en effet, que si l'on conçoit toute réalité sur le modèle des êtres libres et spirituels dont on ne peut prévoir les actes, il n'est plus possible d'établir de lois et, par conséquent, de constater le miracle. Poussé jusqu'à ces limites, ce système est sur­tout le fait de M. Ed. Le Roy. Les théoriciens de ce qu'on a appelé la philosophie nou­velle, MM. botttkoux, Bergson, duhem, Henri Poincaré, W. James, ne sont pas allés si loin. Ils ont affirmé seulement qu'il y a de la contingence dans le monde, que tout n'y est pas soumis à une nécessité absolue, et que ce qui est considéré par les scientistes ou déterministes comme des lois universelles et certaines de toute réalité, n'est en somme qu'un ensemble de règles approximatives qui gouvernent la matière, qu'il convient, par conséquent, de faire une place au psychique, c'est-à-dire à l'élément spirituel, auquel il faut reconnaître la possibilité d'intervention.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »&amp;lt;ref&amp;gt;G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Augustin, Tracat. XXIV in Joannem.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»&amp;lt;ref&amp;gt;G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus, Introd.&amp;lt;/ref&amp;gt; C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale&amp;lt;ref&amp;gt;Bien que nous parlions des trois conditions requises pour constater un miracle à propos du témoin, il est clair que le rôle de ce dernier peut et souvent doit se borner à la constatation du fait sensible (voir N° 167).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»&amp;lt;ref&amp;gt;En dépit de sa forme, le mot de Pascal ne contient pas de cercle vicieux. Car il n'est pas question de prouver la doctrine par les miracles seuls et les miracles par la doctrine seule. C'est la raison qui démontre d'abord la valeur d'une doctrine, qui déclare si elle est bonne ou mauvaise, et c'est encore la raison qui juge si les miracles portent les signes dont nous venons de parler et qui permettent de les attribuer à Dieu. Ce travail préliminaire une fois fait, il est clair que la doctrine confirme les miracles, et réciproque­ment, que les miracles confirment la doctrine.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»&amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Jacques Rousseau, Lettres écrites de la montagne.&amp;lt;/ref&amp;gt; — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus, Introd., p. 51 (4e Ed.).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance&amp;lt;ref&amp;gt;Ce n'est pas ici une objection nouvelle. Mais, tandis que l'objection précédente (N° 167) se tient à un point de vue général et abstrait, l'instance concrétise en quelque sorte le cas. En prenant un exemple dans le fait de Lourdes, qui est toujours d'actualité, elle a l'avantage de mettre mieux à jour la tactique des incrédules.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»&amp;lt;ref&amp;gt;Rapport du Dr. Filhoi, de la Faculté des Sciences de Toulouse.&amp;lt;/ref&amp;gt; Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder&amp;lt;ref&amp;gt;Voir la liste détaillée des guérisons obtenues à Lourdes, depuis 1858 jusque 1904, dans G. Bertin, Histoire critique des événements de Lourdes.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »&amp;lt;ref&amp;gt;BERNHEIM, Hypnotisme, suggestion psychothérapie.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux ? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses&amp;lt;ref&amp;gt;D'après l'abbé Bertin, Le Fait de Lourdes (Dict. ap. de la Foi cat.) le Bureau médical écarte de plus en plus les maladies nerveuses, les guérisons de ces maladies pouvant être attribuées à une cause naturelle. Il est donc faux de croire et de dire que les affections nerveuses forment la grande clientèle de Lourdes ; elles ne fournissent pas même la quinzième partie des guérisons. Jusqu'en 1913, on en compte 285, tandis qu' « on trouve 694 cas pour les maladies de l'appareil digestif et de ses annexes, 106 pour les maladies de l'appareil circulatoire, dont 61 pour celles du cœur, 182 pour les maladies de l'appareil respiratoire (bronchites, pleurésies), 69 pour les maladies de 1 appareil urinaire, 143 pour celles de la moelle, 530 pour celles du cerveau, 155 pour les affections des os, 206 pour celles des articulations, 42 pour celles de la peau, 119 pour les tumeurs, 546 pour les maladies générales et les maladies diverses, dont 170 pour les rhumatismes, 22 pour les cancers, et 54 pour les plaies. Signalons aussi spécialement 55 aveugles, qui ont eu le bonheur de voir, et 24 muets qui ont recouvré la faculté de parler, tandis que 32 sourds recouvraient celle d'entendre ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques&amp;lt;ref&amp;gt;Forces physiques (gr. phusis, nature) et psychiques (gr. psuchê, âme) = forces matérielles et spirituelles.&amp;lt;/ref&amp;gt; du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux&amp;lt;ref&amp;gt;L'on voit par là que les guérisons si nombreuses, si étonnantes dont la grotte de Lourdes est le théâtre permanent, peuvent être un argument très précieux au service de l'Apologétique. Celle-ci a le droit d'y puiser différentes preuves : — a) la preuve de l'existence du miracle, et — b) la preuve de la vérité de la Religion catholique puisque ces miracles sont accomplis en faveur de sa doctrine pour appuyer son autorité. Et si l’on considère les circonstances de l’apparition de la Sainte Vierge à Bernadette, sa réponse à l’interrogation de l’enfant : « Je suis l’Immaculée Conception », il est permis de croire que Dieu voulut, à quelques années de la promulgation du dogme, ratifier la décision doctrinale du pape Pie IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition&amp;lt;ref&amp;gt;L'on comprend combien il importe de connaître la date de composition et l'auteur ; c'est par là, en effet que nous apprenons si l'historien a pu être témoin oculaire ou non. Lorsque l'historien n'a pas été témoin oculaire, la valeur de son témoignage dépend des sources où il a puisé.&amp;lt;/ref&amp;gt;, les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques&amp;lt;ref&amp;gt;« Une vérité scientifique ne s'établit pas par témoignage. Pour affirmer une pro­position, H faut des raisons spéciales de la croire vraie. » Seignobos et Langlois Introduction à la Méthode historique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan&amp;lt;ref&amp;gt;« Aucun des miracles dont les vieilles histoires sont remplies, dit Renan, ne s'est passé dans des conditions scientifiques. Une observation qui n'a pas été une seule fois démentie nous apprend qu'il n'arrive de miracles que dans les temps et les pays où l'on y croit, devant des personnes disposées à y croire. »&amp;lt;/ref&amp;gt; et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»&amp;lt;ref&amp;gt;CICÉRON, De divin., l. II.&amp;lt;/ref&amp;gt; — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons vu (N° 12) que, selon l'importance que l'on attache à chaque série de critères, la méthode d'apologétique employée dans la démonstration de la vraie religion est dite intrinsèque ou extrinsèque. Il serait bon de relire ici cette question capitale qui a été traitée dans l'introduction (N&amp;quot; 10 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Notes et références =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1747</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-13T16:04:53Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* § 4. — Valeur probante de la prophétie. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque&amp;lt;ref&amp;gt;F. HETTINGER, Théologie fondamentale, tome I.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline&amp;lt;ref&amp;gt;L'apologie a donc sa place dans l'exposé de la Doctrine catholique. Nous renvoyons aux trois fascicules de notre ouvrage. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir&amp;lt;ref&amp;gt;Qu'elle s'adresse aux croyants ou aux incroyants, l'apologétique a toujours pou but de produire dans les âmes la certitude touchant l'existence de la révélation chré­tienne. Or plusieurs écoles philosophiques contestent à l'esprit humain le pouvoir d'atteindre la vérité. Il conviendra donc de résoudre avant tout, le problème de la cer­titude (voir chapitre préliminaire).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable&amp;lt;ref&amp;gt;Les preuves que l'apologiste nous fournit du fait de la révélation doivent nous amener à former deux jugements: le premier, c'est que la révélation se manifeste à nous avec une évidence objective, qu'elle est croyable (credibile est), jugement de crédibilité; le second, c'est que, si elle est croyable, il y a obligation de croire (credendum est), jugement de crédentité. Alors que le premier jugement est d'ordre spéculatif et ne s'adresse qu'à l'intelligence, le second va plus loin, il atteint la volonté: c'est un jugement pra­tique. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres&amp;lt;ref&amp;gt;Toutefois, il est bon de remarquer que, si l'examen est permis. le doute ne l'est pas. Le Concile du Vatican déclare, en effet, que. ceux qui ont reçu la foi sous le magistère de l'Eglise ne peuvent jamais avoir une raison valable de Changer leur foi ou d'en douter Const. Dei Filius, Can. III , et Can. VI). A ceux qui prétendent qu'il faut d'abord faire table rase de sa foi pour arriver à la vérité, LEIBNIZ répond: « Quand il s'agit de rendre compte des choses, le doute n'y fait rien ... Que, pour surmonter le doute, on examine, soit. Mais que, pour examiner il faille commencer par douter, c'est ce que je nie. » Et M. BLONDEL, après avoir cité ces mots de Leibniz, ajoute à son tour: « Qu'on cesse de se méprendre sur le véritable sens de l'esprit critique: avoir l'esprit bon et l'appliquer bien, ce n'est, à aucun moment de la recherche, cesser de voir; loin de là, c'est voir, au contraire, qu'il y a toujours plus à voir, et mieux à prouver, et davantage à vivre. C'est chercher la lumière avec la lumière, Et pourquoi faudrait-il, parce qu'on aspire à voir plus clair, commencer par éteindre toute clarté ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité&amp;lt;ref&amp;gt;Const. de Fide, ch. III.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DÉPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule&amp;lt;ref&amp;gt;Postuler = demander, entraîner comme conséquence, avoir besoin de. &amp;lt;/ref&amp;gt;, pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent&amp;lt;ref&amp;gt;C'est surtout au point de vue de la méthode que l'apologétique peut être regardée comme un art. Ayant pour objectif de convaincre les esprits et de toucher les cœurs, Il est assez naturel qu'elle prenne les moyens les plus adaptéS aux conditions de temps et de personnes. Immuable dans son fond, l'apologétique est donc très variable dans sa forme: la manière de présenter les motifs de crédibilité, le choix des arguments, l'impor­tance qu'il convient de donner à chacun, tout cela est laissé à l'habileté de l'apologiste. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes&amp;lt;ref&amp;gt;BOSSUET, dans la 2e Partie du Discours sur l'histoire universelle, prouve histori­quement la divinité du christianisme par l'intervention de Dieu dans son origine, ses progrès, sa diffusion et sa stabilité: démonstration par la Providence. &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;SABATIER, Esquisse d'une philosophie de la religion, d'après la psychologie et l'histoire. &amp;lt;/ref&amp;gt;. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition&amp;lt;ref&amp;gt;L'intuition (latin, intueri, contempler, voir) est la connaissance directe des objets, sans Intermédiaire et sans raisonnement .&amp;lt;/ref&amp;gt;, le découvre&amp;lt;ref&amp;gt;L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON.&amp;lt;/ref&amp;gt; au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section I : Dieu ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre préliminaire : Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot diallèle (grec dia lêllon l'un par l'autre) est synonyme de cercle vicieux.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées&amp;lt;ref&amp;gt;Toute doctrine qui pose en principe que nous ne pouvons atteindre l'objet tel qu'il est en lui-même, mais seulement tel qu'il est dans notre esprit, porte le nom géné­rique d'idéalisme. Parmi les multiples variétés d'idéalisme. nous n'avons signalé ici que les deux principales: l'idéalisme critique, ou criticisme de KANT, et l'idéalisme métaphy­sique de BERGSON, la forme la plus moderne d'idéalisme que nous désignons plus loin sous le titre d'intuitionnisme.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes&amp;lt;ref&amp;gt;Le noumène (du grec noumenon connu par le  « nous » la raison pure) désigne l'essence des choses, ce qui est, par opposition à ce qui apparaît. D'après KANT, le nou­mène peut être objet de fol, non de science. &amp;lt;/ref&amp;gt;correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique&amp;lt;ref&amp;gt;La raison pratique n'est pas autre chose que la conscience morale, c'est-à-dire la faculté de juger du bien et du mal par le moyen de la loi morale. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu&amp;lt;ref&amp;gt;Les mots « absolu », « chose en soi » «  noumène » tels qu'ils sont employés dans cette leçon, sont des termes synonymes et s'opposent aux mots «  relatif », « apparence », « phénomène ». &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
'''Valeur et limites de la raison.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »&amp;lt;ref&amp;gt;FONSEGRIVE, Eléments de philosophie, tome II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste&amp;lt;ref&amp;gt;Les trois dénominations: matérialiste, naturaliste, moniste, désignent, sous des aspects différents, le même fond de doctrine. Tous trois prétendent expliquer le monde par l'existence d'un seul élément, mais tandis que le matérialiste met en avant la seule matière, le naturaliste parle de la nature, ce qui est déjà un terme plus vague, et le moniste fait appel au mouvement cosmique. - Le moniste dont nous parlons ici est évidemment le moniste matérialiste.&amp;lt;/ref&amp;gt;, - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique&amp;lt;ref&amp;gt;Agnostique (du grec  « a » privatif et « gnosis » connaissance). - D'après l'étymologie, le mot agnostique est opposé à gnostique.. l'agnostique déclare ignorer là où le gnostique prétend savoir. Le mot a été jeté dans la circulation par le philosophe anglais HUXLEY vers 1869. , La plupart de mes contemporains, dit-il un jour, pour faire profession de libre-pensée, pensaient avoir atteint une certaine gnose et prétendaient avoir résolu le problème de l'existence; j'étais parfaitement sûr de ne rien savoir sur ce sujet, et bien convaincu que le problème est insoluble : et comme j'avais Hume et Kant de mon côté, je ne croyais pas présomptueux de m'en tenir à mon opinion.&amp;lt;/ref&amp;gt; déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser&amp;lt;ref&amp;gt;Revue des Deux- Mondes. 1er juin 1865&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause&amp;lt;ref&amp;gt;Les additions faites parle serment antimoderniste au dogme défini parle Concile du Vatican, s'imposent-elles à notre croyance à titre de vérité de foi ou à titre de vérité certaine en connexion avec un dogme ? Dans le premier cas, le refus d'y adhérer constituerait une hérésie, et, dans le second, on serait suspect seulement d'hérésie parce qu'on ne peut rejeter une vérité en connexion avec un dogme sans paraître rejeter le dogme lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première hypothèse, qui les regarde comme vérité de foi, est assez vraisemblable, vu que ces additions font partie d'une profession de foi et qu'elles sont précédées du mot « profiteor » je professe, qui désigne, dans le langage de l'Eglise, un acte de foi&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1&amp;lt;ref&amp;gt;OLLE-LAPRUNE a dit très justement à propos du fidéisme: « L’Eglise condamne tout fidéisme. Elle qui, sans la foi, ne serait pas, elle commence par rejeter comme contraire à la pure essence de la foi, une doctrine qui réduirait tout à la foi. L'ordre de la foi n'est assuré que si l'ordre de la raison est maintenu. » (Ce qu'on va chercher à Rome).&amp;lt;/ref&amp;gt;. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori&amp;lt;ref&amp;gt;L'expression a priori veut dire antérieur à l'expérience et signifie par conséquent que l'on raisonne indépendamment de l'expérience, en s'appuyant seulement sur les principes de la raison. L'expression a posteriori a le sens contraire et signifie que l'on s'appuie sur l'expérience, que l'on remonte des effets aux causes.&amp;lt;/ref&amp;gt; selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.&amp;lt;ref&amp;gt;L'on pourrait objecter également à cette classification que toutes les preuves rationnelles sont, en somme, métaphysiques, puisqu'elles s'appuient toutes sur le principe de causalité.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme&amp;lt;ref&amp;gt;Le syllogisme est un raisonnement composé de trois propositions telles, que, les deux premières (les prémisses) étant admises, la troisième (la conclusion) s'ensuit nécessairement. La première proposition des prémisses s'appelle la majeure, la seconde, la mineure. Pour plus de clarté, nous distinguerons la majeure et la ,mineure, que nous prouverons séparément.&amp;lt;/ref&amp;gt; suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;L'argument est quelquefois formulé sous la forme suivante: Tout ce qui a com­mencé d'exister n'existe pas par soi et suppose un créateur. Or le monde a commencé d'exister. Donc le monde a dû recevoir l'existence de Dieu. Ainsi présenté, l'argument parait défectueux, car les adversaires ne manqueront pas de reprendre aussitôt la mineure et de dire: « Mais le monde n'a pas commencé. L'argument ne s'appuie pas sur le commencement du monde mais sur sa contingence, au point de vue de son existence et de sa nature. Que le monde ait commencé ou non, qu'Il soit éternel ou créé dans le temps, Il n'en reste pas moins contingent, c'est-à-dire insuffisant, et appelle un être nécessaire. Les philosophes, comme PLATON et ARISTOTE, qui croyaient à l 'éternité du monde, n'en admettaient pas moins l'existence de Dieu, et il n'est pas démontré par la raison Dieu n’aurait pas pu créer le monde ab aeterno.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après ARISTOTE, saint THOMAS, LEIBNIZ, KANT, une multitude infinie de causes secondes, de moteurs seconds, n'est pas contradictoire ; la raison ne peut démontrer par exemple que la série des générations animales ou des transformations de l’énergie a du avoir un commencement, au lieu d'exister ab aeterno. Ce qui répugne, c'est qu’une série de causes secondes ou de moteurs mus existent sans qu’i1 y ait une cause première, un premier moteur immobile qui soit la raison de leur existence.&amp;lt;/ref&amp;gt;, si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence&amp;lt;ref&amp;gt;En réalité, cette analyse du moi et de sa contingence, pourrait être reportée au second groupe de preuves qui part de l'observation du monde intérieur. Si on voulait en faire une preuve spéciale, il suffirait de dire: la contingence et les imperfections de notre être supposent une cause première nécessaire et parfaite.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes distinguent en effet la série infinie du nombre infini. Si le nombre infini est une impossibilité mathématique, parce qu'il n'y a pas de nombre tel qu'on ne puisse en former un plus grand, il n'en va pas de même de la série qui est un ensemble de choses distinctes et successives de quelque manière. D'après ARISTOTE et saint THOMAS, il n'y a pas de répugnance à admettre une régression sans fin dans la série des phéno­mènes qui se seraient succédé dans le passé, ni même à concevoir une multitude actuellement infinie et innombrable. C'est pour cela que saint THOMAS pensait que la révélation seule nous apprend que le monde n'est pas créé de toute éternité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste&amp;lt;ref&amp;gt;De cette école, HAECKEL a été un des plus récents et des plus ardents champions. Son livre, Les énigmes de l'univers, paru en 1900 et répandu à profusion, en Allemagne, puis en France en 1905, a pour but d'exposer le pur monisme et de résoudre les problèmes de l'univers: « Nous nous tenions fermement, y est-il dit, au monisme pur... qui ne recon­naît dans l'univers qu'un' substance unique, à la fois Dieu et Nature; la matière et l'esprit ou énergie sont les deux attributs fondamentaux, les deux propriétés essentielles de l'Etre cosmique divin qui embrasse tout, de l'universelle substance. »&amp;lt;/ref&amp;gt; (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi un même corps peut passer par différents états physiques sans varier en quantité: tel est le cas de l'eau, qui peut être tour à tour solide (glace), liquide ou gazeuse (vapeur).&amp;lt;/ref&amp;gt;. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice&amp;lt;ref&amp;gt;Tout en faisant allusion ici au système, bergsonien qui suppose un grand courant vital rayonnant d'un centre, s'insinuant dans la matière pour l'organiser et créer ainsi les végétaux et les animaux, notre pensée n'est pas évidemment de ranger M. BERGSON parmi les matérialistes.&amp;lt;/ref&amp;gt; (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes modernes de l'école bergsonienne essaient de tourner la même difficulté en disant que l'ensemble, le Grand Tout n'est pas précisément une somme de tontes les parties, mais une source d’où elles jaillissent, la substance d'où émanent tous les êtres par voie d'évolution. M. BERGSON parle « d'un centre d'où tous les mondes jailliraient comme les fusées d'un immense bouquet ». L'évolution créatrice, p. 270. -  Mais quand on a expliqué la formation des mondes par l'évolution de la matière, il reste toujours à dire d’où vient la matière elle-même.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux&amp;lt;ref&amp;gt;Certains apologistes, pour démontrer que l'évolution de la matière, a commencé un jour, s'appuient sur la loi de la dégradation de l'énergie, Notons d'abord que les physi­ciens distinguent deux sortes d'énergies. Selon qu'elle est plus ou moins apte à produire du travail, l'énergie est dite de qualité supérieure (exemple: le mouvement) ou de qualité inférieure (exemple: la chaleur). Or si c'est une loi que l'énergie se conserve, que la somme d'énergie qui est dans le monde, reste constante, c'en est une autre qu'elle baisse en qualité, qu'elle se dégrade. En d'autres termes, « l'énergie de qualité supérieure ne se dépense jamais sans qu'il en tombe une partie à l'état d'énergie de qualité inférieure ou de chaleur. La balle élastique qui rebondit ne retrouve jamais tout à fait la hauteur d'où elle est partie: au contact du sol, une partie de la vitesse s'est transformée en chaleur... D'un autre côté, cette énergie de qualité inférieure ne remonte jamais intégra­lement à l'état d'énergie supérieure... D'où il résulte qu'à tout moment l'énergie se dégrade. En un mot, l'univers tend, en vertu des lois qui le régissent, vers une fin qui n'est pas le néant, mais le repos... Or ce qui doit ainsi finir ne peut être conçu comme infini. Si l'énergie utilisable était infinie en quantité, elle ne pourrait pas s'épuiser, sa dépense ne pourrait pas aboutir à une limite. Puisque nous voyons avec certitude qu'il y aura un terme, la quantité d'énergie utilisable est donc finie. Si elle se débitait et s'épuisait depuis une durée infinie, à supposer que ces deux mots ne soient pas contra­dictoires, l'épuisement serait achevé depuis longtemps: puisqu'elle ne l'est pas, c'est qu'elle ne remonte pas à l'infini. » GUIBERT, Le conflit des croyances religieuses et des Sciences de la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de cette loi de la dégradation de l'énergie, les apologistes en question con­cluent : 1. - qu'il y a eu des commencements dans le monde, que l'énergie utilisable a commencé puisqu'elle n'est pas infinie, et - 2, que, dès lors, le mouvement du monde n'a pu venir de la matière, vu qu'elle n'était pas douée d'énergie utilisable. Ce se­cond point appartient à la preuve suivante (argument du premier moteur).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude&amp;lt;ref&amp;gt;De toute façon, la théorie de l'évolution ne saurait s'appliquer à l'homme, du moins à son âme. Nous verrons plus loin (N° 106 et suiv.) que l'homme n'est pas un animal perfectionné et que, si son corps ne diffère pas essentiellement de celui des ani­maux supérieurs, son âme est d'une autre nature et possède des facultés intellectuelles et morales qui la séparent entièrement de la brute.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur&amp;lt;ref&amp;gt;L'argument du premier moteur se rattache à l'argument de la cause première: il s'appuie sur le même Principe et suit la même marche. Aussi certains auteurs l'ex­posent-ils en même temps.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot acte s'opposant au mot puissance, il s'ensuit que dire de Dieu qu'il est acte pur revient à dire qu'il n'y a rien en lui qui soit à l'état de puissance ou de devenir, qu'il est une réalité pleine et complète, ou si l'on veut, qu'il possède toutes les qualités.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance&amp;lt;ref&amp;gt;« Le hasard, dit BOSSUET, est un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre » (Discours sur l’ Histoire universelle ; chap. VIII).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre&amp;lt;ref&amp;gt;H. BERGSON, L'évolution créatrice.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre&amp;lt;ref&amp;gt;Nous exposerons plus loin d'une manière plus complète la théorie évolutionniste (Voir N° 89 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »&amp;lt;ref&amp;gt;«L'insensé a dit dans son cœur: Il n'y a point de Dieu.. (Ps., LII, 1).&amp;lt;/ref&amp;gt;, saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Cette preuve peut être présentée avec un autre point de départ. Au lieu du désir on peut envisager l'action humaine. Notre action n'est jamais telle que nous la voudrions. Il y a toujours disproportion entre l'objet et la pensée, entre l'acte et la volonté. Notre action aspire sans cesse au mieux. « Au bout de la science et de la curiosité de l'esprit, dit M. BLONDEL, au bout de la passion sincère et meurtrie, au bout de la souffrance et du dégoût, le même besoin renaît », le besoin du transcendant, de Dieu: ainsi Dieu est Immanent au centre de notre action.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel ? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre cette preuve psychologique par les aspirations de l'âme avec ce que les modernistes appellent l'expérience individuelle. Pour les immanentistes, l'expérience individuelle nous découvre Dieu, nous le fait atteindre directement dans les profondeurs de la conscience, tandis que la preuve psychologique, tout en prenant comme point de départ nos états d'âme, ne conclut l'existence de Dieu que par le rais8onnemt, et non par suite d'une intuition directe.&amp;lt;/ref&amp;gt; (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique&amp;lt;ref&amp;gt;La loi morale est appelée par KANT' impératif catégorique. C'est un impératif, c'est-à-dire qu'elle commande sans contraindre; catégorique, parce que ses ordres sont absolus, sans condition.&amp;lt;/ref&amp;gt;. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité&amp;lt;ref&amp;gt;MAX MULLER va même jusqu'à prétendre que l'unité divine n'était pas inconnue des peuples apparemment polythéistes. « Les races païennes primitives, dit-il, ne furent pas polythéistes, à proprement parler, Ce n'est pas à dire qu'elles adorassent un Dieu unique, mais on peut dire qu'en un certain sens elles adoraient un Dieu un, c'est-à-dire que leurs hommages s'adressaient en somme à la divinité, bien que celle-ci leur apparût sous diverses formes personnelles lesquelles recueillaient tour à tour, par une contradiction que voilait le symbole, des hommages quasi-exclusifs et souverains ».&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers&amp;lt;ref&amp;gt;On a multiplié les recherches pour découvrir un peuple athée. On a cru un certain temps en avoir trouvé un en Océanie dans les îles sauvages d'Adaman habitées par une peuplade nègre si primitive qu'elle ne sait ni cultiver la terre ni élever le bétail. Après un examen plus approfondi, l'on a été obligé d'avouer que ces hommes incultes admettaient un Dieu unique, créateur et rémunérateur. De même, il a fallu reconnaître que les Négritos de la presqu’île Malacca et des Philippines, les pygmées d'Afrique, les Hottentots, les Boschimans pratiquaient une religion. (Cf. Mgr LE ROY, La Religion des Primitifs).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».&amp;lt;ref&amp;gt;Cette erreur fut surtout le fait des impies du XVIIIe siècle et en particulier de VOLTAIRE. &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain&amp;lt;ref&amp;gt;Preuve par la révélation. - Aux preuves rationnelles de l’existence de Dieu con­vient-il d'ajouter une autre preuve complémentaire tirée du témoignage de l’histoire, qu'on pourrait formuler de la manière suivante?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions les Livres Saints, non pas comme livres inspirés, mais simplement comme livres humains, présentant tous les caractères d'authenticité et de véracité que la critique est en droit d'exiger de tout livre historique, nous constatons que Dieu s'est révélé à Adam, à Noé, à Abraham, à Isaac, à Jacob, à Moïse, au peuple israélite dans le désert, aux prophètes, et plus récemment par Jésus-Christ, qu'il s'est manifesté souvent et qu'il se manifeste encore de nos jours (ex: à Lourdes) par le miracle et la prophétie. Donc nous devons croire à l'existence de Dieu tout aussi bien que nous croyons à l'exis­tence d'Alexandre le Grand, de César et de Napoléon, puisqu'elle nous est attestée par des documents aussi dignes de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Exposée ici, cette preuve n'a aucune valeur pour ceux qui nient l'autorité des Livres Saints qui ne sera démontrée que par la suite. La preuve ne s'adresse donc qu'aux croyants, et dès lors il nous semble qu'il vaut mieux la réserver pour la partie dogmatique, où l'existence de Dieu est présentée comme une vérité rationnelle et une vérité de foi, s'appuyant à la fois sur le raisonnement et sur la Révélation voir notre Doctrine catho­lique N° 28).&amp;lt;/ref&amp;gt;. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan&amp;lt;ref&amp;gt;Cette preuve aboutit donc tout aussi bien au polythéisme qu'au monothéisme.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre la preuve ontologique, qui prend pour point de départ la notion de Dieu, avec l'ontologisme, signale plus haut parmi les erreurs, et d'après lequel nous aurions une vue immédiate de Dieu.&amp;lt;/ref&amp;gt; tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion&amp;lt;ref&amp;gt;D'après l'Ami du Clergé (10 mai 1923), au lieu de la loi morale, il serait préférable de prendre pour point de départ l'ordre essentiel qui régit les êtres raisonnables: on aurait alors la quatrième preuve de saint THOMAS « par les degrés de perfection» envi­sagée sous l'aspect spécial du vrai et du bien. On remarque dans la nature quelque chose de plus ou moins bon, de plus ou moins vrai, de plus ou moins noble. Or, le plus ou le moins de perfection ne peut se dire des objets que par comparaison avec l'être le plus parfait. Il y a donc quelque chose qui est le bon, le vrai, le noble, et par conséquent l'être par excellence... qui est cause de ce qu'il y a d'être, de bonté et de perfection dans tous les êtres, et c'est cette cause que nous appelons Dieu. » Somme th. l, 1,q. 2, art 3 (Voir sur ce sujet le Traité de philosophie par les Professeurs de l'Université de Louvain).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude&amp;lt;ref&amp;gt;Il n'est pas dans notre pensée de faire du consentement universelle critérium de la certitude (N° 22). Ce serait aller contre l’Eglise qui enseigne le contraire et contre 1’Ecrlture Sainte qui nous apprend que tous les peuples de l'antiquité, les Juifs excepté, ignoraient le seul vrai Dieu et méconnaissaient sa 1oi (Rom.I,21-23).&amp;lt;/ref&amp;gt;, constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes matérialistes rentrent donc dans cette catégorie.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »&amp;lt;ref&amp;gt;FRAYSSINOUS, Défense du christianisme. L'incrédulité des jeunes gens.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »&amp;lt;ref&amp;gt;P. BOURGET, Essai de psychologie contemporaine.&amp;lt;/ref&amp;gt; - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques&amp;lt;ref&amp;gt;Nous appelons agnostiques dogmatiques ceux qui bornent leur agnosticisme à la nature de Dieu, par opposition aux agnostiques purs qui prétendent que l'existence même de Dieu est du domaine de l'inconnaissable.&amp;lt;/ref&amp;gt;) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques&amp;lt;ref&amp;gt;« L'aséité de Dieu, sa nécessité, son immatérialité, sa simplicité, son individualité, son indétermination logique, son infinité, sa personnalité métaphysique, son rapport avec le mal qu'il permet sans le créer ; sa suffisance, son amour de lui-même et son absolue félicité : franchement, qu'importent tous ces attributs pour la vie de l'homme? dit W. James. S'ils ne peuvent rien changer à notre conduite, qu'importe à la pensée religieuse qu'ils soient vrais ou faux ? » (L'expérience religieuse.)&amp;lt;/ref&amp;gt; — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche&amp;lt;ref&amp;gt;Nous ne parlons ici que de la connaissance de Dieu par la raison. Cette connais­sance a été augmentée par la Révélation qui, en nous découvrant les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, nous a fait pénétrer plus avant dans les secrets de la vie divine.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu que « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi nous attribuons à Dieu toutes les perfections de? créatures parce que nous avons d'abord établi a priori que Dieu est l’Etre parlait. Nous ne nous appuyons donc pas sur le principe de causalité selon lequel tout ce qu'il y a dans les effets se retrouve dans la cause. Cette dernière méthode parait en effet défectueuse, car de ce que toutes les perfections des effets se retrouveraient dans la cause, même à un degré supérieur, il ne s'ensuit pas que la cause première soit infinie et parfaite, vu que les effets sont finis et Imparfaits et n'exigent cas dès lors une cause parfaite.&amp;lt;/ref&amp;gt;. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme&amp;lt;ref&amp;gt;l'anthropomorphisme (gr. « anthrôpos », homme, et « morphê », forme) désigne en philo­sophie cette tendance de notre esprit qui nous porte à prêter à la Divinité les sentiments, les passions, les pensées et les actes des hommes.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie&amp;lt;ref&amp;gt;Analogie (grec. «ana » : par ; « logos » : rapport). Comme l'étymologie l'indique, l'analogie résulte d'une comparaison, et conclut a une ressemblance entre deux choses, mais à une ressemblance qui n'implique pas identité et laisse subsister des différences.&amp;lt;/ref&amp;gt; seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel&amp;lt;ref&amp;gt;Nous employons ici l'expression courante « être personnel » en tant qu'elle s'oppose au système panthéiste gui confond Dieu avec le monde. Évidemment, nous ne voulons pas entendre par là qu'il n'y aurait en Dieu qu'une seule personne. A la rigueur, l'ex­pression « être personnel » serait avantageusement remplacée par cette autre expression « substance distincte ».&amp;lt;/ref&amp;gt; et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi le mot immanent s'oppose à transcendant. Dire de Dieu qu'il est transcen­dant, c'est affirmer son existence hors du monde; dire qu'il est immanent c'est l'identifier avec le monde.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision&amp;lt;ref&amp;gt;Vacherot, Le nouveau Spiritualisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance&amp;lt;ref&amp;gt;Mentionnons aussi le dualisme manichéen, d'après lequel il y aurait deux principes : un principe bon, source de tout bien, qui est l'esprit, et un principe mauvais source de tout mal, qui est la nature. Le bien et le mal que nous constatons dans le monde s'expliqueraient par une lutte éternelle entre ces deux principes.&amp;lt;/ref&amp;gt; (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit&amp;lt;ref&amp;gt;Il est facile après cela de saisir le sens exact de l'expression « tirer du néant ». Le néant et l'objet créé n'ont pas ici les rapports de cause à effet ; pas davantage, ils ne sont les deux termes d'une évolution. La relation qui existe entre les deux est une rela­tion purement mentale. Tirei du néant marque donc le passage du non-être à l'être, sans qu'il y ait entre le premier et le second d'autre relation que celle de deux moments différents.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde&amp;lt;ref&amp;gt;Nous pourrions faire remarquer ici que la science ne peut rien opposer au dogme de la création. La création, en effet, est en dehors du champ d'observation de la science, et elle ne présente rien de contraire aux faits constatés par la science.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''&amp;lt;ref&amp;gt;II n'y a pas lieu, en effet, d'envisager une troisième hypothèse comme celle du panspermisme interastral, d'après laquelle la terre aurait été ensemencée par des germes tombés des espaces interplanétaires, au moment où elle commença à se refroidir. Une semblable réponse ne ferait que reculer la difficulté, car il faudrait toujours dire com­ment ces germes se trouvaient dans les autres astres et quelle en était l'origine.&amp;lt;/ref&amp;gt;''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère&amp;lt;ref&amp;gt;La monère est, dans la théorie moniste, le plus simple organisme que nous puissions connaître, une parcelle de protoplasme sans noyau. — La cellule, elle, se compose du noyau, au centre, et autour du noyau, du protoplasme, formé d'un ensemble de filaments plongeant dans un liquide assez dense ; c'est déjà un organisme plus compliqué, puis­qu'il contient un noyau. — Au-dessus des organismes unicellulaires (composés d'une seule cellule) tels que les microbes, il y a les organismes pluricellulaires, composés d'un nombre incalculable de cellules. Et dans un organisme pluricellulaire, il y a différentes sortes de cellules. Le groupement des cellules semblables entre elles forme le tissu : tissu nerveux, tissu musculaire, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme&amp;lt;ref&amp;gt;Le protoplasme (de deux mots grec prôtos, premier, et plassein, former) désigne, selon l'étymologie du mot, l'organisme primitif, la première forme d'être vivant.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples&amp;lt;ref&amp;gt;A vrai dire ni l'une ni l'autre des deux thèses, ni celle qui affirme ni celle gui nie la possibilité de jamais produire chimiquement un organisme élémentaire, ne peut Invo­quer l'autorité de l'expérience. Elles sont toutes deux invérifiables, la première parce que la science n'a pas encore avancé d'un pas vers la synthèse chimique d'une substance vivante, la seconde parce qu'il n'existe aucun moyen concevable de prouver expérimen­talement l'impossibilité d'un fait. » (H. Bergson, L'évolution créatrice.)&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;L’évolution, n'est du reste pas une idée nouvelle ; nous la trouvons déjà chez les philosophes grecs (École d’Ionie, Stoïciens, Alexandrins), chez certains Pères de l'Eglise (saint Grégoire de Nysse, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin), chez les scolastiques (Albert le Grand, saint Thomas). Chez les modernes, Bacon, Pascal, Leibniz sont plus ou moins évolutionnistes ; Turgot et Condorcet défendent l'idée de progrès, voisine de celle d'évolution. H. Spencer a fait de l'évolutionnisme une vaste synthèse où l'évolution est regardée comme la loi générale qui régit le monde.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre, en effet, le transformisme qui est la théorie générale affir­mant la transformation des espèces, avec les systèmes particuliers : le lamarckisme ou système de Lamarck, le darwinisme ou système de Darwin, qui prétendent expliquer comment l'évolution a eu lieu, et indiquer les causes qui ont déterminé les transformations.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.&amp;lt;ref&amp;gt;D'après le darwinisme, les survivants transmettent à leurs descendants leurs carac­tères acquis ; d’après le néo-darwinisme (Weissmann) ils transmettent seulement leurs caractères innés.&amp;lt;/ref&amp;gt; Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle&amp;lt;ref&amp;gt;La sélection (seligere, choisir) naturelle, c'est donc la nature qui, pour améliorer les espèces, semble imiter les éleveurs qui choisissent pour la reproduction les animaux les mieux constitués.&amp;lt;/ref&amp;gt;, c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles&amp;lt;ref&amp;gt;Les fossiles (latin fossilis, extrait de la terre) sont les restes, maintenant pétrifiés, des plantes et des animaux que l'on retrouve dans les couches géologiques  Ces débris sont donc comme les témoins des différentes phases de la terre et nous permettent de reconstruire les étapes de son passé&amp;lt;/ref&amp;gt; retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires&amp;lt;ref&amp;gt;En se plaçant sur un autre terrain, et en ne considérant que le point de vue philo­sophique, les fixistes peuvent encore objecter aux évolutionnistes que dans le moins il n'y a pas le plus, en d'autres termes, qu'on ne donne pas ce qu'on n'a pas, que par conséquent l'évolution peut développer les qualités, mais non en créer de nouvelles et que dès lors une espèce n'a pas par elle-même de quoi produire une espèce supérieure&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts&amp;lt;ref&amp;gt;Pour expliquer la disparition de certaines espèces et l'apparition postérieure d'au­tres espèces, les fixistes sont en effet obligés de dire que les espèces disparues par suite de bouleversement dans l'écorce terrestre, ou de toute autre cause, ont été ensuite rem­placées par de nouvelles créations, à moins toutefois qu'ils n'admettent qu'il y ait eu a l'origine des germes de toutes les espèces.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle déiste celui qui admet l'existence de Dieu et de la religion naturelle mais ne reconnaît ni révélation ni Providence. — Le rationaliste rejette également la révélation et prétend n'admettre que les vérités démontrées par la raison&amp;lt;/ref&amp;gt; qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir&amp;lt;ref&amp;gt;II y a sur la question de la valeur du monde trois opinions : — a) l'optimisme absolu (Malebranche, Letbniz) qui prétend que le monde considéré dans son ensemble, est le meilleur possible ; — b) le pessimisme (Leopardi, Schopenhauer, Hartmann, Bahnsen) qui affirme que le monde est essentiellement mauvais. La religion bouddhiste professe aussi le pessimisme, et enseigne à ses adeptes qu'ils doivent détruire en eux le désir de vivre et tendre au nirvana, c'est-à-dire à l'anéantissement de l'être individuel. — c) Une troisième opinion, l'optimisme relatif (saint Anselme, saint Thomas, Bossuet, Fénelon) est celle crue nous exposons.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie&amp;lt;ref&amp;gt;Devant certains cataclysmes, comme ceux de la Martinique et de Messine dont le souvenir est encore récent, on est tenté de maudire l'apparente sauvagerie des forces de la nature. Mais «le plus souvent, ces désastres n'atteignent que les régions où il a fallu à l'homme quelque témérité pour espérer d'y fonder une installation durable. Il a cru pouvoir braver un fléau dont les manifestations étaient espacées, et la plupart du temps cette hardiesse a été récompensée par de notables profits (fertilité du sol). Comment se plaindre, le jour où la nature reprend pour un moment des droits qu'elle n'avait jamais abdiqués ? » (de Lapparent, La Providence créatrice.)&amp;lt;/ref&amp;gt; ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus&amp;lt;ref&amp;gt;« Soyons, dit Mgr Frayssinous, plus modérés dans nos désirs... plus sobres, plus tempérants, plus éloignés des voluptés et des vices qui énervent a la fois l'âme et le corps, et nous verrons disparaître le plus grand nombre des maux dont nous souffrons. » (La Providence dans l'ordre moral.)&amp;lt;/ref&amp;gt; ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi comprise, la douleur peut se tourner en joie, comme l'atteste l'exemple des saints. Au plus fort des tourmentes, les grands chrétiens savent garder l’âme sereine et même se réjouir, parce que, alors, ils ressemblent mieux à l’objet de leur amour : Jésus crucifié et expérimentent en eux ces paroles de l’Imitation : « Lors donc que tu seras parvenu à ce point que la tribulation endurée pour l'amour du Christ te paraîtra douce et savoureuse, tu auras trouvé le paradis sur terre. » (Liv. II, Chap. XII, De la voie royale....)&amp;lt;/ref&amp;gt; ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir&amp;lt;ref&amp;gt;Berseaux, La science sacrée, tome I.&amp;lt;/ref&amp;gt; ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle&amp;lt;ref&amp;gt;La doctrine de l'Église dégage mieux encore la Providence de reproches qui lui sont laits (voir notre Doctrine catholique, fasc. I, N° 37).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section II : L'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.&amp;lt;ref&amp;gt;Comment deux substances de nature aussi opposée peuvent-elles s'unir, former un tout harmonieux, et exercer l'une sur l'autre une influence réciproque : c'est là un des problèmes les plus ardus que puisse aborder l'esprit humain. Aussi les solutions pro­posées n'ont-elles qu'une valeur relative. Au surplus, cette question intéresse plus le philosophe que l'apologiste. Nous renvoyons donc pour ce point aux .traités de Philo­sophie. Signalons seulement la théorie de l'animisme, professée par Aristote, puis par saint Thomas et les scolastiques, d'après laquelle le corps et l'âme sont deux substances incomplètes, formant par leur union étroite un tout substantiel, appelé le composé humain, l'âme vivifiant le corps, devenant la forme qui anime ce corps et le différencie des autres. — Toutefois, bien qu'incomplète si on la considère dans l'ensemble de ses facultés dont quelques-unes (sensibilité, perception extérieure...) nécessitent le concours des organes, l'âme n'en reste pas moins, dans ses facultés supérieures, une substance complète, capable de vivre de sa vie propre.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot abstraire désigne cette opération de l'esprit qui consiste à considérer une qualité en dehors de l'objet qui la possède : par exemple, la blancheur d'un mur en l'isolant du mur qui la possède. Le mot abstrait est opposé au mot concret.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»&amp;lt;ref&amp;gt;On pourrait signaler encore le rire comme étant une des caractéristiques les plus curieuses qui distinguent l'homme de l'animal. Le comique ou le ridicule des choses qui provoquent le rire, supposent la raison pour les percevoir.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine&amp;lt;ref&amp;gt;Cette impossibilité du passage de l'animal à l'homme peut être invoquée comme preuve de l'existence de Dieu. Si, en effet, l'âme de l'homme ne peut sortir par évolution de l'âme animale, de toute nécessité, il faut recourir à quelqu'un qui la crée directement.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Cette opinion est celle de Russel Wallace, d'ailleurs transformiste convaincu, qui, après Darwin, fut le défenseur le plus ardent de la théorie de la sélection naturelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle préhistoire l'histoire des temps sur lesquels il n'existe aucun document écrit. Cette histoire doit donc être faite par d'autres moyens ; par la découverte, par exemple, des ossements de l'homme (fossiles), d'objets (outils, armes, parures), d'habi­tations qui ont été à son usage A ses yeux, le corps de l'homme doit à la fois à la sélection naturelle et à l'intervention divine les facultés qui le caractérisent : il y aurait eu intervention de Dieu pour donner la forme humaine à un organisme déjà préparé par l'évolution.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»&amp;lt;ref&amp;gt;DE Nadaillac, L'homme et le singe.&amp;lt;/ref&amp;gt; En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde&amp;lt;ref&amp;gt;A supposer que l'évolution fût une loi définitivement établie, elle ne supprimerait pas Dieu. Nous avons prouvé ailleurs (N° 45) qu'il n'en faudrait pas moins recourir à un Etre tout-puissant pour créer la matière et régler son développement selon la loi de révolution.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;« L'homme, dit de Lapparent, est le seul mammifère dont la station soit absolu­ment verticale, et dont le visage soit fait pour regarder en face, en respirant à pleins poumons, le Ciel où sa destinée l'appelle. » La Providence créatrice. — Le poète latin avait dit déjà :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
                     Os homini sublime dédit, coelumque tueri Jussit...&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'existence de deux mains seulement, l'angle facial&amp;lt;ref&amp;gt;L'angle facial est l'angle formé par la rencontre de deux lignes hypothétiques; l'une, verticale, allant des incisives supérieures au point le plus saillant du front ; l'autre, horizontale, allant du conduit auditif aux mêmes dents.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement&amp;lt;ref&amp;gt;Le livre de M. Boule, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle, paru au début de 1921, et qui a pour titre : « Les hommes fossiles », ne saurait modifier notre conclusion. Après avoir rappelé les principales découvertes de fossiles faites jusqu'à nos. jours, ce savant paléontologiste prétend que de la reconstitution anatomique des nommes préhistoriques qu'il est permis de faire d'après les squelettes qu'on a retrouvés, il ressort que l'homme primitif diffère moins des singes anthropoïdes que ceux-ci des singes inférieurs. S'appuyant alors sur ce principe que « te ressemblance prouve la pa­renté », M. Boule conclut que le corps de l'homme provient par filiation soit d'un singe, soit d'un ancêtre commun au singe et à l'homme. Cette déduction n'est qu'une hypo­thèse que nous sommes en droit de ne pas admettre, tant qu'elle n'est pas vérifiée. (V. N« 94 et 95). De toute façon, elle ne concerne que le corps ; l'abîme entre l'âme de l'homme et l'âme des bêtes reste Infranchissable&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent&amp;lt;ref&amp;gt;Malgré sa force, cette preuve ne doit pas être isolée des deux autres. Car, d'une part, l'anéantissement, qui est la base de l'argument, n'est nullement inconcevable : Dieu peut rendre au néant ce qu'il lui a pris ; d'autre part, l'immortalité de la substance n'est pas nécessairement l'immortalité de la personne. Il importe donc de compléter cette preuve par les deux autres preuves : psychologique et morale.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce&amp;lt;ref&amp;gt;L'espèce est définie par de Quatrefages « l'ensemble des individus plus ou moins semblables entre eux qui peuvent être regardés comme descendus d'une paire primitive unique par une succession ininterrompue et naturelle de familles. »&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce&amp;lt;ref&amp;gt;II faut noter en effet que le caractère essentiel qui distingue la race de l'espèce, c'est que les croisements entre individus de races différentes sont indéfiniment féconds, tandis qu'entre individus d'espèces différentes, même les plus rapprochées, ils sont frappés de stérilité immédiate ou du moins à brève échéance.&amp;lt;/ref&amp;gt;.— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »&amp;lt;ref&amp;gt;De QUATREFAGES, L'Espèce humaine&amp;lt;/ref&amp;gt; — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»&amp;lt;ref&amp;gt;François Lenormant,  Manuel de l'histoire ancienne de l'Orient; les Originel de l'histoire.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne&amp;lt;ref&amp;gt;Au point de vue archéologique, et en considérant la matière, la forme, et le degré de perfection des instruments, des armes, etc., qui furent travaillés par les hommes pri­mitifs, on distingue trois âges : l'âge de la pierre, l'âge du bronze et l'âge du fer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'âge de la pierre se subdivise en trois périodes : éolithique ou de la pierre éclatée, paléolithique ou de la pierre taillée et néolithique ou de la pierre polie. La période paléo­lithique se subdivise à son tour en quatre époques connues sous le nom des endroits on les divers types caractéristiques semblent dominer : l'époque chelléenne (Chelles, com­mune de Seine-et-Marne), l'époque moustérienne (de Moustier, dans la Dordogne), l'époque solutréenne (Solutré, commune de Saône-et-Loire), l'époque magdalénienne (de la Madeleine, Dordogne).&amp;lt;/ref&amp;gt;, taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène&amp;lt;ref&amp;gt; La période tertiaire comprend quatre phases : éocène, oligocène, miocène et pliocène. C'est dans une couche du miocène que les silex en question de l'abbé Bourgeois furent trouvés.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine&amp;lt;ref&amp;gt;M. Reid Moir a retrouvé récemment dans un terrain tertiaire d'Ipswich, localité proche de Cambridge (Angleterre), des outils de silex manifestement taillés par l'homme, et dont la présence dans ce terrain semble ne pouvoir s'expliquer par des apports arti­ficiels. Ces outils, qui sont du type moustérien, marquent déjà, par la finesse du travail, un certain degré d'évolution et de culture, supérieur aux produits de l'homme chelléen. Si rien ne vient contredire ces assertions, il s'ensuivrait que l'homme remonterait au moins à l'époque tertiaire. L'avenir nous réserve sans doute d'autres découvertes encore. Quelles qu'elles puissent être, elles ne pourront modifier notre conclusion et ne sauraient s'opposer à la Foi catholique qui déclare : — 1. qu'il 'y a pas de chronologie biblique, et — 2. que l'antiquité de l'homme est un problème qui relève de la Science, et bob de la Foi&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section III : Rapports entre Dieu et l'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »&amp;lt;ref&amp;gt;Tylor, la civilisation primitive&amp;lt;/ref&amp;gt; Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon&amp;lt;ref&amp;gt;G. Le BON, Les premières civilisations.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme&amp;lt;ref&amp;gt;« Le fétiche est un objet vulgaire, sans aucune valeur en lui-même, mais que le Noir garde, vénère, adore, parce qu'il croit qu'il est la demeure d'un esprit... Une pierre, une racine, un vase, une plume, une bûche, un coquillage, une étoffe bigarrée, une dent d'animal, une peau de serpent... tout au monde peut être fétiche pour ces grands enfants. » Rêville, Les religions des peuples non civilisés. — II y a trois catégories de fétiches : les fétiches familiaux, tirant leur vertu des reliques des ancêtres et destinés à protéger la famille, le village ou la tribu ; les fétiches des bons génies et les fétiches des esprits mauvais ou fétiches vengeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fétiche se différencie : — a) de l'amulette en ce qu'il tire sa force et son influence de l'esprit qui l'habite, tandis que l'amulette qui est un petit objet que l'on porte sur soi est censée préserver des malheurs et procurer du bonheur par une vertu secrète, mystérieuse et inconsciente ; et — b) du talisman, petit objet marqué de signes cabalistiques que l'on ne porte pas toujours sur soi comme l'amulette, et qui est destiné à exercer une action déterminée sur les choses ou les événements, à en changer le cours ou la nature. (Voir Mgr Le Roy, La Religion des Primitifs).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations&amp;lt;ref&amp;gt;Comme on le voit, l'animisme est chez les sauvages ce que le spiritisme est chez les peuples civilisés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt; « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »&amp;lt;ref&amp;gt;S. Reinach, Orpheus.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, Op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »&amp;lt;ref&amp;gt;S. Reinach, Cultes. Mythes et Religions.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »&amp;lt;ref&amp;gt;JOUFFROY, Mélanges philosophiques.&amp;lt;/ref&amp;gt; En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel&amp;lt;ref&amp;gt;Le surnaturel, tel que nous l'entendons ici, désigne le monde invisible, distinct du nôtre, où il y a des êtres réels, vivants, personnels et libres avec lesquels toutes les reli­gions enseignent que l'homme peut avoir des rapports. — II ne faut pas confondre cette signification avec le sens strict du mot, et comme l'emploient les théologiens catho­liques, pour désigner la révélation proprement dite et la grâce, moyen surnaturel, c'est-à-dire au-dessus des exigences de notre nature, pour arriver à la vision béatifique.&amp;lt;/ref&amp;gt; ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique N° 171, 327, 381 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude&amp;lt;ref&amp;gt;L'histoire des religions paraît même la contredire. Elle nous atteste, en effet, que les idées religieuses ne se sont pas toujours perfectionnées, qu'il y a eu parfois recul : ainsi, les peuples sémitiques sont souvent allés du plus parfait au moins parfait, du monothéisme au polythéisme, à l'idolâtrie et au fétichisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»&amp;lt;ref&amp;gt;Brunetiere, Sur les chemins de la croyance, Ch. III, La religion comme fait socio­logique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» &amp;lt;ref&amp;gt;Abbé de Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des religions.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.&amp;lt;ref&amp;gt;Une autre hypothèse (Max Muller), appelée l'hénothéisme, pense que la religion rait le résultat d'un double élément : un élément subjectif et un élément objectif. L’élément subjectif consisterait dans une faculté spéciale à l’homme par laquelle il percevrait l’infini et aurait le sentiment du divin. L'élément objectif serait fourni par l'uni­vers et les grands phénomènes de la nature. De la rencontre de ces deux éléments serait née l'idée de la divinité, d'une divinité une, mais pouvant subsister en plusieurs sujets, par opposition au monothéisme qui croit nue les attributs divins, que la divinité réside dans un sujet unique.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel&amp;lt;ref&amp;gt;Nous ne parlons que des vérités de l'ordre surnaturel. Non pas que nous prétendons qu'il n'y ait pas de mystères dans l'ordre naturel. Nous pensons au contraire que la science est loin d'avoir résolu toutes les énigmes de la création, et que le savant Berthelot qui proclamait que « Le monde est aujourd'hui sans mystères », était bien vain de le croire et de le dire. Cependant il faut admettre que sur ce terrain l'impuissance de la rai­son n'est qu'accidentelle, et que, plus la science progresse, plus elle fait reculer le mys­tère. Il n'en est pas de même des vérités de l'ordre surnaturel : ces dernières ne peuvent être que des mystères, puisqu'elles sont d'un ordre qui dépasse la nature.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles&amp;lt;ref&amp;gt;D'après le dogme catholique, l'impuissance de la raison est la conséquence d une déchéance de la nature humaine, causée par le péché originel. Toutefois cette vérité n'étant connus que par la Révélation, l'apologiste ne doit pas en faire usage.&amp;lt;/ref&amp;gt; de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.&amp;lt;ref&amp;gt;« Parmi les philosophes anciens, qui n'eurent pas le bienfait de la foi, dit Léon XIII dans son Encyclique Aeterni Patris, ceux mêmes qui passaient pour les plus sages, tom­bèrent, en bien des points, dans de nombreuses erreurs. Vous n'ignorez pas combien, à travers quelques vérités, ils enseignent de choses fausses et absurdes, combien plus d'incertaines et de douteuses, touchant la nature de la divinité, l'origine première des choses, le gouvernement du monde, la connaissance que Dieu a de l'avenir, la cause et le principe des maux, la un dernière de l'homme et l'éternelle félicité, les vertus et les vices et d'autres points de doctrine, dont la connaissance vraie et certaine est d'une nécessité absolue au genre humain. »&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle&amp;lt;ref&amp;gt;« Quand un éloquent écrivain du siècle dernier, écrit Emile Saisset dam ses Essais sur la philosophie et la religion, prétendit écrire le symbole de la religion naturelle sous l'inspiration de sa seule conscience, il l'écrivait, en effet, sous la dictée d'une philo­sophie préparée par le Christianisme. Ce n'est pas l'homme de la nature qui parle dans la Profession de foi du Vicaire savoyard, c'est un prêtre devenu philosophe. » « Je ne sais pourquoi l'on veut attribuer au progrès de la philosophie la belle morale de nos livres, confesse lui-même Jean-Jacques Rousseau (Lettres de la montagne). Cette morale, tirée de l'Evangile était chrétienne avant d'être philosophique. »&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle&amp;lt;ref&amp;gt;Fin surnaturelle. — Pour bien comprendre cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés par Dieu poursuivent une fin appropriée à leur nature. Or l'homme, en tant que créature raisonnable, doit arriver, par sa raison, a la connaissance de l'Etre infini, et par sa volonté, à l'amour de Dieu proportionné à cette connaissance : c'est là sa fin naturelle et l'ordre naturel des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si Dieu a assigné à l'homme, comme fin dernière, le bonheur de le contempler un Jour face à face, tel qu'il est, dans la plénitude de sa splendeur (I. Cor., XIII, 12), de l'aimer et de le posséder, la fin est au-dessus des exigences de la nature humaine, elle est surnaturelle, et constitue un nouvel ordre de choses : l'ordre surnaturel.&amp;lt;/ref&amp;gt; et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé&amp;lt;ref&amp;lt;Cette expression « Dieu a parlé aux hommes » ne doit pas nécessairement être entendue au sens obvie, sauf lorsqu'il s'agit de l'enseignement oral du Christ. Il est clair que Dieu a de multiples moyens d'instruire les hommes : représentations imaginatives ou intellectuelles, impressions visuelles ou auditives, et qu'il sait proportionner la forme de son message à l'aptitude de son destinataire. Ce qui importe donc, c'est que sa révé­lation soit entourée de signes qui ne laissent pas de doute sur la réalité du fait.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine&amp;lt;ref&amp;gt;Les critères internes pourraient s'appeler aussi critères probables par opposition aux critères externes (miracles et prophéties) qui sont des critères certains.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée&amp;lt;ref&amp;gt;C'est pour cette raison que les prodiges opérés par les démons, par conséquent  par une cause créée, ne sont que des miracles improprement dits. Ils sont surnaturels par rapport à nous, mais naturels par rapport à eux.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle&amp;lt;ref&amp;gt;Il est clair, en effet, que si l'on conçoit toute réalité sur le modèle des êtres libres et spirituels dont on ne peut prévoir les actes, il n'est plus possible d'établir de lois et, par conséquent, de constater le miracle. Poussé jusqu'à ces limites, ce système est sur­tout le fait de M. Ed. Le Roy. Les théoriciens de ce qu'on a appelé la philosophie nou­velle, MM. botttkoux, Bergson, duhem, Henri Poincaré, W. James, ne sont pas allés si loin. Ils ont affirmé seulement qu'il y a de la contingence dans le monde, que tout n'y est pas soumis à une nécessité absolue, et que ce qui est considéré par les scientistes ou déterministes comme des lois universelles et certaines de toute réalité, n'est en somme qu'un ensemble de règles approximatives qui gouvernent la matière, qu'il convient, par conséquent, de faire une place au psychique, c'est-à-dire à l'élément spirituel, auquel il faut reconnaître la possibilité d'intervention.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »&amp;lt;ref&amp;gt;G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Augustin, Tracat. XXIV in Joannem.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»&amp;lt;ref&amp;gt;G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus, Introd.&amp;lt;/ref&amp;gt; C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale&amp;lt;ref&amp;gt;Bien que nous parlions des trois conditions requises pour constater un miracle à propos du témoin, il est clair que le rôle de ce dernier peut et souvent doit se borner à la constatation du fait sensible (voir N° 167).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»&amp;lt;ref&amp;gt;En dépit de sa forme, le mot de Pascal ne contient pas de cercle vicieux. Car il n'est pas question de prouver la doctrine par les miracles seuls et les miracles par la doctrine seule. C'est la raison qui démontre d'abord la valeur d'une doctrine, qui déclare si elle est bonne ou mauvaise, et c'est encore la raison qui juge si les miracles portent les signes dont nous venons de parler et qui permettent de les attribuer à Dieu. Ce travail préliminaire une fois fait, il est clair que la doctrine confirme les miracles, et réciproque­ment, que les miracles confirment la doctrine.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»&amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Jacques Rousseau, Lettres écrites de la montagne.&amp;lt;/ref&amp;gt; — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus, Introd., p. 51 (4e Ed.).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance&amp;lt;ref&amp;gt;Ce n'est pas ici une objection nouvelle. Mais, tandis que l'objection précédente (N° 167) se tient à un point de vue général et abstrait, l'instance concrétise en quelque sorte le cas. En prenant un exemple dans le fait de Lourdes, qui est toujours d'actualité, elle a l'avantage de mettre mieux à jour la tactique des incrédules.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»&amp;lt;ref&amp;gt;Rapport du Dr. Filhoi, de la Faculté des Sciences de Toulouse.&amp;lt;/ref&amp;gt; Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder&amp;lt;ref&amp;gt;Voir la liste détaillée des guérisons obtenues à Lourdes, depuis 1858 jusque 1904, dans G. Bertin, Histoire critique des événements de Lourdes.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »&amp;lt;ref&amp;gt;BERNHEIM, Hypnotisme, suggestion psychothérapie.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux ? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses&amp;lt;ref&amp;gt;D'après l'abbé Bertin, Le Fait de Lourdes (Dict. ap. de la Foi cat.) le Bureau médical écarte de plus en plus les maladies nerveuses, les guérisons de ces maladies pouvant être attribuées à une cause naturelle. Il est donc faux de croire et de dire que les affections nerveuses forment la grande clientèle de Lourdes ; elles ne fournissent pas même la quinzième partie des guérisons. Jusqu'en 1913, on en compte 285, tandis qu' « on trouve 694 cas pour les maladies de l'appareil digestif et de ses annexes, 106 pour les maladies de l'appareil circulatoire, dont 61 pour celles du cœur, 182 pour les maladies de l'appareil respiratoire (bronchites, pleurésies), 69 pour les maladies de 1 appareil urinaire, 143 pour celles de la moelle, 530 pour celles du cerveau, 155 pour les affections des os, 206 pour celles des articulations, 42 pour celles de la peau, 119 pour les tumeurs, 546 pour les maladies générales et les maladies diverses, dont 170 pour les rhumatismes, 22 pour les cancers, et 54 pour les plaies. Signalons aussi spécialement 55 aveugles, qui ont eu le bonheur de voir, et 24 muets qui ont recouvré la faculté de parler, tandis que 32 sourds recouvraient celle d'entendre ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques&amp;lt;ref&amp;gt;Forces physiques (gr. phusis, nature) et psychiques (gr. psuchê, âme) = forces matérielles et spirituelles.&amp;lt;/ref&amp;gt; du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux&amp;lt;ref&amp;gt;L'on voit par là que les guérisons si nombreuses, si étonnantes dont la grotte de Lourdes est le théâtre permanent, peuvent être un argument très précieux au service de l'Apologétique. Celle-ci a le droit d'y puiser différentes preuves : — a) la preuve de l'existence du miracle, et — b) la preuve de la vérité de la Religion catholique puisque ces miracles sont accomplis en faveur de sa doctrine pour appuyer son autorité. Et si l’on considère les circonstances de l’apparition de la Sainte Vierge à Bernadette, sa réponse à l’interrogation de l’enfant : « Je suis l’Immaculée Conception », il est permis de croire que Dieu voulut, à quelques années de la promulgation du dogme, ratifier la décision doctrinale du pape Pie IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition&amp;lt;ref&amp;gt;L'on comprend combien il importe de connaître la date de composition et l'auteur ; c'est par là, en effet que nous apprenons si l'historien a pu être témoin oculaire ou non. Lorsque l'historien n'a pas été témoin oculaire, la valeur de son témoignage dépend des sources où il a puisé.&amp;lt;/ref&amp;gt;, les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques&amp;lt;ref&amp;gt;« Une vérité scientifique ne s'établit pas par témoignage. Pour affirmer une pro­position, H faut des raisons spéciales de la croire vraie. » Seignobos et Langlois Introduction à la Méthode historique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan&amp;lt;ref&amp;gt;« Aucun des miracles dont les vieilles histoires sont remplies, dit Renan, ne s'est passé dans des conditions scientifiques. Une observation qui n'a pas été une seule fois démentie nous apprend qu'il n'arrive de miracles que dans les temps et les pays où l'on y croit, devant des personnes disposées à y croire. »&amp;lt;/ref&amp;gt; et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»&amp;lt;ref&amp;gt;CICÉRON, De divin., l. II.&amp;lt;/ref&amp;gt; — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons vu (N° 12) que, selon l'importance que l'on attache à chaque série de critères, la méthode d'apologétique employée dans la démonstration de la vraie religion est dite intrinsèque ou extrinsèque. Il serait bon de relire ici cette question capitale qui a été traitée dans l'introduction (N&amp;quot; 10 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Notes et références =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1746</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-13T16:01:38Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque&amp;lt;ref&amp;gt;F. HETTINGER, Théologie fondamentale, tome I.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline&amp;lt;ref&amp;gt;L'apologie a donc sa place dans l'exposé de la Doctrine catholique. Nous renvoyons aux trois fascicules de notre ouvrage. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir&amp;lt;ref&amp;gt;Qu'elle s'adresse aux croyants ou aux incroyants, l'apologétique a toujours pou but de produire dans les âmes la certitude touchant l'existence de la révélation chré­tienne. Or plusieurs écoles philosophiques contestent à l'esprit humain le pouvoir d'atteindre la vérité. Il conviendra donc de résoudre avant tout, le problème de la cer­titude (voir chapitre préliminaire).&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable&amp;lt;ref&amp;gt;Les preuves que l'apologiste nous fournit du fait de la révélation doivent nous amener à former deux jugements: le premier, c'est que la révélation se manifeste à nous avec une évidence objective, qu'elle est croyable (credibile est), jugement de crédibilité; le second, c'est que, si elle est croyable, il y a obligation de croire (credendum est), jugement de crédentité. Alors que le premier jugement est d'ordre spéculatif et ne s'adresse qu'à l'intelligence, le second va plus loin, il atteint la volonté: c'est un jugement pra­tique. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres&amp;lt;ref&amp;gt;Toutefois, il est bon de remarquer que, si l'examen est permis. le doute ne l'est pas. Le Concile du Vatican déclare, en effet, que. ceux qui ont reçu la foi sous le magistère de l'Eglise ne peuvent jamais avoir une raison valable de Changer leur foi ou d'en douter Const. Dei Filius, Can. III , et Can. VI). A ceux qui prétendent qu'il faut d'abord faire table rase de sa foi pour arriver à la vérité, LEIBNIZ répond: « Quand il s'agit de rendre compte des choses, le doute n'y fait rien ... Que, pour surmonter le doute, on examine, soit. Mais que, pour examiner il faille commencer par douter, c'est ce que je nie. » Et M. BLONDEL, après avoir cité ces mots de Leibniz, ajoute à son tour: « Qu'on cesse de se méprendre sur le véritable sens de l'esprit critique: avoir l'esprit bon et l'appliquer bien, ce n'est, à aucun moment de la recherche, cesser de voir; loin de là, c'est voir, au contraire, qu'il y a toujours plus à voir, et mieux à prouver, et davantage à vivre. C'est chercher la lumière avec la lumière, Et pourquoi faudrait-il, parce qu'on aspire à voir plus clair, commencer par éteindre toute clarté ? »&amp;lt;/ref&amp;gt;. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité&amp;lt;ref&amp;gt;Const. de Fide, ch. III.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DÉPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule&amp;lt;ref&amp;gt;Postuler = demander, entraîner comme conséquence, avoir besoin de. &amp;lt;/ref&amp;gt;, pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent&amp;lt;ref&amp;gt;C'est surtout au point de vue de la méthode que l'apologétique peut être regardée comme un art. Ayant pour objectif de convaincre les esprits et de toucher les cœurs, Il est assez naturel qu'elle prenne les moyens les plus adaptéS aux conditions de temps et de personnes. Immuable dans son fond, l'apologétique est donc très variable dans sa forme: la manière de présenter les motifs de crédibilité, le choix des arguments, l'impor­tance qu'il convient de donner à chacun, tout cela est laissé à l'habileté de l'apologiste. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes&amp;lt;ref&amp;gt;BOSSUET, dans la 2e Partie du Discours sur l'histoire universelle, prouve histori­quement la divinité du christianisme par l'intervention de Dieu dans son origine, ses progrès, sa diffusion et sa stabilité: démonstration par la Providence. &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même&amp;lt;ref&amp;gt;SABATIER, Esquisse d'une philosophie de la religion, d'après la psychologie et l'histoire. &amp;lt;/ref&amp;gt;. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition&amp;lt;ref&amp;gt;L'intuition (latin, intueri, contempler, voir) est la connaissance directe des objets, sans Intermédiaire et sans raisonnement .&amp;lt;/ref&amp;gt;, le découvre&amp;lt;ref&amp;gt;L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON.&amp;lt;/ref&amp;gt; au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section I : Dieu ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre préliminaire : Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot diallèle (grec dia lêllon l'un par l'autre) est synonyme de cercle vicieux.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées&amp;lt;ref&amp;gt;Toute doctrine qui pose en principe que nous ne pouvons atteindre l'objet tel qu'il est en lui-même, mais seulement tel qu'il est dans notre esprit, porte le nom géné­rique d'idéalisme. Parmi les multiples variétés d'idéalisme. nous n'avons signalé ici que les deux principales: l'idéalisme critique, ou criticisme de KANT, et l'idéalisme métaphy­sique de BERGSON, la forme la plus moderne d'idéalisme que nous désignons plus loin sous le titre d'intuitionnisme.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes&amp;lt;ref&amp;gt;Le noumène (du grec noumenon connu par le  « nous » la raison pure) désigne l'essence des choses, ce qui est, par opposition à ce qui apparaît. D'après KANT, le nou­mène peut être objet de fol, non de science. &amp;lt;/ref&amp;gt;correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique&amp;lt;ref&amp;gt;La raison pratique n'est pas autre chose que la conscience morale, c'est-à-dire la faculté de juger du bien et du mal par le moyen de la loi morale. &amp;lt;/ref&amp;gt;, et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu&amp;lt;ref&amp;gt;Les mots « absolu », « chose en soi » «  noumène » tels qu'ils sont employés dans cette leçon, sont des termes synonymes et s'opposent aux mots «  relatif », « apparence », « phénomène ». &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
'''Valeur et limites de la raison.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »&amp;lt;ref&amp;gt;FONSEGRIVE, Eléments de philosophie, tome II.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste&amp;lt;ref&amp;gt;Les trois dénominations: matérialiste, naturaliste, moniste, désignent, sous des aspects différents, le même fond de doctrine. Tous trois prétendent expliquer le monde par l'existence d'un seul élément, mais tandis que le matérialiste met en avant la seule matière, le naturaliste parle de la nature, ce qui est déjà un terme plus vague, et le moniste fait appel au mouvement cosmique. - Le moniste dont nous parlons ici est évidemment le moniste matérialiste.&amp;lt;/ref&amp;gt;, - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique&amp;lt;ref&amp;gt;Agnostique (du grec  « a » privatif et « gnosis » connaissance). - D'après l'étymologie, le mot agnostique est opposé à gnostique.. l'agnostique déclare ignorer là où le gnostique prétend savoir. Le mot a été jeté dans la circulation par le philosophe anglais HUXLEY vers 1869. , La plupart de mes contemporains, dit-il un jour, pour faire profession de libre-pensée, pensaient avoir atteint une certaine gnose et prétendaient avoir résolu le problème de l'existence; j'étais parfaitement sûr de ne rien savoir sur ce sujet, et bien convaincu que le problème est insoluble : et comme j'avais Hume et Kant de mon côté, je ne croyais pas présomptueux de m'en tenir à mon opinion.&amp;lt;/ref&amp;gt; déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser&amp;lt;ref&amp;gt;Revue des Deux- Mondes. 1er juin 1865&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause&amp;lt;ref&amp;gt;Les additions faites parle serment antimoderniste au dogme défini parle Concile du Vatican, s'imposent-elles à notre croyance à titre de vérité de foi ou à titre de vérité certaine en connexion avec un dogme ? Dans le premier cas, le refus d'y adhérer constituerait une hérésie, et, dans le second, on serait suspect seulement d'hérésie parce qu'on ne peut rejeter une vérité en connexion avec un dogme sans paraître rejeter le dogme lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première hypothèse, qui les regarde comme vérité de foi, est assez vraisemblable, vu que ces additions font partie d'une profession de foi et qu'elles sont précédées du mot « profiteor » je professe, qui désigne, dans le langage de l'Eglise, un acte de foi&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1&amp;lt;ref&amp;gt;OLLE-LAPRUNE a dit très justement à propos du fidéisme: « L’Eglise condamne tout fidéisme. Elle qui, sans la foi, ne serait pas, elle commence par rejeter comme contraire à la pure essence de la foi, une doctrine qui réduirait tout à la foi. L'ordre de la foi n'est assuré que si l'ordre de la raison est maintenu. » (Ce qu'on va chercher à Rome).&amp;lt;/ref&amp;gt;. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori&amp;lt;ref&amp;gt;L'expression a priori veut dire antérieur à l'expérience et signifie par conséquent que l'on raisonne indépendamment de l'expérience, en s'appuyant seulement sur les principes de la raison. L'expression a posteriori a le sens contraire et signifie que l'on s'appuie sur l'expérience, que l'on remonte des effets aux causes.&amp;lt;/ref&amp;gt; selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.&amp;lt;ref&amp;gt;L'on pourrait objecter également à cette classification que toutes les preuves rationnelles sont, en somme, métaphysiques, puisqu'elles s'appuient toutes sur le principe de causalité.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme&amp;lt;ref&amp;gt;Le syllogisme est un raisonnement composé de trois propositions telles, que, les deux premières (les prémisses) étant admises, la troisième (la conclusion) s'ensuit nécessairement. La première proposition des prémisses s'appelle la majeure, la seconde, la mineure. Pour plus de clarté, nous distinguerons la majeure et la ,mineure, que nous prouverons séparément.&amp;lt;/ref&amp;gt; suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;L'argument est quelquefois formulé sous la forme suivante: Tout ce qui a com­mencé d'exister n'existe pas par soi et suppose un créateur. Or le monde a commencé d'exister. Donc le monde a dû recevoir l'existence de Dieu. Ainsi présenté, l'argument parait défectueux, car les adversaires ne manqueront pas de reprendre aussitôt la mineure et de dire: « Mais le monde n'a pas commencé. L'argument ne s'appuie pas sur le commencement du monde mais sur sa contingence, au point de vue de son existence et de sa nature. Que le monde ait commencé ou non, qu'Il soit éternel ou créé dans le temps, Il n'en reste pas moins contingent, c'est-à-dire insuffisant, et appelle un être nécessaire. Les philosophes, comme PLATON et ARISTOTE, qui croyaient à l 'éternité du monde, n'en admettaient pas moins l'existence de Dieu, et il n'est pas démontré par la raison Dieu n’aurait pas pu créer le monde ab aeterno.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie&amp;lt;ref&amp;gt;D'après ARISTOTE, saint THOMAS, LEIBNIZ, KANT, une multitude infinie de causes secondes, de moteurs seconds, n'est pas contradictoire ; la raison ne peut démontrer par exemple que la série des générations animales ou des transformations de l’énergie a du avoir un commencement, au lieu d'exister ab aeterno. Ce qui répugne, c'est qu’une série de causes secondes ou de moteurs mus existent sans qu’i1 y ait une cause première, un premier moteur immobile qui soit la raison de leur existence.&amp;lt;/ref&amp;gt;, si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence&amp;lt;ref&amp;gt;En réalité, cette analyse du moi et de sa contingence, pourrait être reportée au second groupe de preuves qui part de l'observation du monde intérieur. Si on voulait en faire une preuve spéciale, il suffirait de dire: la contingence et les imperfections de notre être supposent une cause première nécessaire et parfaite.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes distinguent en effet la série infinie du nombre infini. Si le nombre infini est une impossibilité mathématique, parce qu'il n'y a pas de nombre tel qu'on ne puisse en former un plus grand, il n'en va pas de même de la série qui est un ensemble de choses distinctes et successives de quelque manière. D'après ARISTOTE et saint THOMAS, il n'y a pas de répugnance à admettre une régression sans fin dans la série des phéno­mènes qui se seraient succédé dans le passé, ni même à concevoir une multitude actuellement infinie et innombrable. C'est pour cela que saint THOMAS pensait que la révélation seule nous apprend que le monde n'est pas créé de toute éternité.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste&amp;lt;ref&amp;gt;De cette école, HAECKEL a été un des plus récents et des plus ardents champions. Son livre, Les énigmes de l'univers, paru en 1900 et répandu à profusion, en Allemagne, puis en France en 1905, a pour but d'exposer le pur monisme et de résoudre les problèmes de l'univers: « Nous nous tenions fermement, y est-il dit, au monisme pur... qui ne recon­naît dans l'univers qu'un' substance unique, à la fois Dieu et Nature; la matière et l'esprit ou énergie sont les deux attributs fondamentaux, les deux propriétés essentielles de l'Etre cosmique divin qui embrasse tout, de l'universelle substance. »&amp;lt;/ref&amp;gt; (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi un même corps peut passer par différents états physiques sans varier en quantité: tel est le cas de l'eau, qui peut être tour à tour solide (glace), liquide ou gazeuse (vapeur).&amp;lt;/ref&amp;gt;. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice&amp;lt;ref&amp;gt;Tout en faisant allusion ici au système, bergsonien qui suppose un grand courant vital rayonnant d'un centre, s'insinuant dans la matière pour l'organiser et créer ainsi les végétaux et les animaux, notre pensée n'est pas évidemment de ranger M. BERGSON parmi les matérialistes.&amp;lt;/ref&amp;gt; (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes modernes de l'école bergsonienne essaient de tourner la même difficulté en disant que l'ensemble, le Grand Tout n'est pas précisément une somme de tontes les parties, mais une source d’où elles jaillissent, la substance d'où émanent tous les êtres par voie d'évolution. M. BERGSON parle « d'un centre d'où tous les mondes jailliraient comme les fusées d'un immense bouquet ». L'évolution créatrice, p. 270. -  Mais quand on a expliqué la formation des mondes par l'évolution de la matière, il reste toujours à dire d’où vient la matière elle-même.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux&amp;lt;ref&amp;gt;Certains apologistes, pour démontrer que l'évolution de la matière, a commencé un jour, s'appuient sur la loi de la dégradation de l'énergie, Notons d'abord que les physi­ciens distinguent deux sortes d'énergies. Selon qu'elle est plus ou moins apte à produire du travail, l'énergie est dite de qualité supérieure (exemple: le mouvement) ou de qualité inférieure (exemple: la chaleur). Or si c'est une loi que l'énergie se conserve, que la somme d'énergie qui est dans le monde, reste constante, c'en est une autre qu'elle baisse en qualité, qu'elle se dégrade. En d'autres termes, « l'énergie de qualité supérieure ne se dépense jamais sans qu'il en tombe une partie à l'état d'énergie de qualité inférieure ou de chaleur. La balle élastique qui rebondit ne retrouve jamais tout à fait la hauteur d'où elle est partie: au contact du sol, une partie de la vitesse s'est transformée en chaleur... D'un autre côté, cette énergie de qualité inférieure ne remonte jamais intégra­lement à l'état d'énergie supérieure... D'où il résulte qu'à tout moment l'énergie se dégrade. En un mot, l'univers tend, en vertu des lois qui le régissent, vers une fin qui n'est pas le néant, mais le repos... Or ce qui doit ainsi finir ne peut être conçu comme infini. Si l'énergie utilisable était infinie en quantité, elle ne pourrait pas s'épuiser, sa dépense ne pourrait pas aboutir à une limite. Puisque nous voyons avec certitude qu'il y aura un terme, la quantité d'énergie utilisable est donc finie. Si elle se débitait et s'épuisait depuis une durée infinie, à supposer que ces deux mots ne soient pas contra­dictoires, l'épuisement serait achevé depuis longtemps: puisqu'elle ne l'est pas, c'est qu'elle ne remonte pas à l'infini. » GUIBERT, Le conflit des croyances religieuses et des Sciences de la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de cette loi de la dégradation de l'énergie, les apologistes en question con­cluent : 1. - qu'il y a eu des commencements dans le monde, que l'énergie utilisable a commencé puisqu'elle n'est pas infinie, et - 2, que, dès lors, le mouvement du monde n'a pu venir de la matière, vu qu'elle n'était pas douée d'énergie utilisable. Ce se­cond point appartient à la preuve suivante (argument du premier moteur).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude&amp;lt;ref&amp;gt;De toute façon, la théorie de l'évolution ne saurait s'appliquer à l'homme, du moins à son âme. Nous verrons plus loin (N° 106 et suiv.) que l'homme n'est pas un animal perfectionné et que, si son corps ne diffère pas essentiellement de celui des ani­maux supérieurs, son âme est d'une autre nature et possède des facultés intellectuelles et morales qui la séparent entièrement de la brute.&amp;lt;/ref&amp;gt;, elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur&amp;lt;ref&amp;gt;L'argument du premier moteur se rattache à l'argument de la cause première: il s'appuie sur le même Principe et suit la même marche. Aussi certains auteurs l'ex­posent-ils en même temps.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot acte s'opposant au mot puissance, il s'ensuit que dire de Dieu qu'il est acte pur revient à dire qu'il n'y a rien en lui qui soit à l'état de puissance ou de devenir, qu'il est une réalité pleine et complète, ou si l'on veut, qu'il possède toutes les qualités.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance&amp;lt;ref&amp;gt;« Le hasard, dit BOSSUET, est un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre » (Discours sur l’ Histoire universelle ; chap. VIII).&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre&amp;lt;ref&amp;gt;H. BERGSON, L'évolution créatrice.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre&amp;lt;ref&amp;gt;Nous exposerons plus loin d'une manière plus complète la théorie évolutionniste (Voir N° 89 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »&amp;lt;ref&amp;gt;«L'insensé a dit dans son cœur: Il n'y a point de Dieu.. (Ps., LII, 1).&amp;lt;/ref&amp;gt;, saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Cette preuve peut être présentée avec un autre point de départ. Au lieu du désir on peut envisager l'action humaine. Notre action n'est jamais telle que nous la voudrions. Il y a toujours disproportion entre l'objet et la pensée, entre l'acte et la volonté. Notre action aspire sans cesse au mieux. « Au bout de la science et de la curiosité de l'esprit, dit M. BLONDEL, au bout de la passion sincère et meurtrie, au bout de la souffrance et du dégoût, le même besoin renaît », le besoin du transcendant, de Dieu: ainsi Dieu est Immanent au centre de notre action.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel ? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre cette preuve psychologique par les aspirations de l'âme avec ce que les modernistes appellent l'expérience individuelle. Pour les immanentistes, l'expérience individuelle nous découvre Dieu, nous le fait atteindre directement dans les profondeurs de la conscience, tandis que la preuve psychologique, tout en prenant comme point de départ nos états d'âme, ne conclut l'existence de Dieu que par le rais8onnemt, et non par suite d'une intuition directe.&amp;lt;/ref&amp;gt; (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique&amp;lt;ref&amp;gt;La loi morale est appelée par KANT' impératif catégorique. C'est un impératif, c'est-à-dire qu'elle commande sans contraindre; catégorique, parce que ses ordres sont absolus, sans condition.&amp;lt;/ref&amp;gt;. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité&amp;lt;ref&amp;gt;MAX MULLER va même jusqu'à prétendre que l'unité divine n'était pas inconnue des peuples apparemment polythéistes. « Les races païennes primitives, dit-il, ne furent pas polythéistes, à proprement parler, Ce n'est pas à dire qu'elles adorassent un Dieu unique, mais on peut dire qu'en un certain sens elles adoraient un Dieu un, c'est-à-dire que leurs hommages s'adressaient en somme à la divinité, bien que celle-ci leur apparût sous diverses formes personnelles lesquelles recueillaient tour à tour, par une contradiction que voilait le symbole, des hommages quasi-exclusifs et souverains ».&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers&amp;lt;ref&amp;gt;On a multiplié les recherches pour découvrir un peuple athée. On a cru un certain temps en avoir trouvé un en Océanie dans les îles sauvages d'Adaman habitées par une peuplade nègre si primitive qu'elle ne sait ni cultiver la terre ni élever le bétail. Après un examen plus approfondi, l'on a été obligé d'avouer que ces hommes incultes admettaient un Dieu unique, créateur et rémunérateur. De même, il a fallu reconnaître que les Négritos de la presqu’île Malacca et des Philippines, les pygmées d'Afrique, les Hottentots, les Boschimans pratiquaient une religion. (Cf. Mgr LE ROY, La Religion des Primitifs).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».&amp;lt;ref&amp;gt;Cette erreur fut surtout le fait des impies du XVIIIe siècle et en particulier de VOLTAIRE. &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain&amp;lt;ref&amp;gt;Preuve par la révélation. - Aux preuves rationnelles de l’existence de Dieu con­vient-il d'ajouter une autre preuve complémentaire tirée du témoignage de l’histoire, qu'on pourrait formuler de la manière suivante?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous étudions les Livres Saints, non pas comme livres inspirés, mais simplement comme livres humains, présentant tous les caractères d'authenticité et de véracité que la critique est en droit d'exiger de tout livre historique, nous constatons que Dieu s'est révélé à Adam, à Noé, à Abraham, à Isaac, à Jacob, à Moïse, au peuple israélite dans le désert, aux prophètes, et plus récemment par Jésus-Christ, qu'il s'est manifesté souvent et qu'il se manifeste encore de nos jours (ex: à Lourdes) par le miracle et la prophétie. Donc nous devons croire à l'existence de Dieu tout aussi bien que nous croyons à l'exis­tence d'Alexandre le Grand, de César et de Napoléon, puisqu'elle nous est attestée par des documents aussi dignes de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Exposée ici, cette preuve n'a aucune valeur pour ceux qui nient l'autorité des Livres Saints qui ne sera démontrée que par la suite. La preuve ne s'adresse donc qu'aux croyants, et dès lors il nous semble qu'il vaut mieux la réserver pour la partie dogmatique, où l'existence de Dieu est présentée comme une vérité rationnelle et une vérité de foi, s'appuyant à la fois sur le raisonnement et sur la Révélation voir notre Doctrine catho­lique N° 28).&amp;lt;/ref&amp;gt;. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan&amp;lt;ref&amp;gt;Cette preuve aboutit donc tout aussi bien au polythéisme qu'au monothéisme.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre la preuve ontologique, qui prend pour point de départ la notion de Dieu, avec l'ontologisme, signale plus haut parmi les erreurs, et d'après lequel nous aurions une vue immédiate de Dieu.&amp;lt;/ref&amp;gt; tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion&amp;lt;ref&amp;gt;D'après l'Ami du Clergé (10 mai 1923), au lieu de la loi morale, il serait préférable de prendre pour point de départ l'ordre essentiel qui régit les êtres raisonnables: on aurait alors la quatrième preuve de saint THOMAS « par les degrés de perfection» envi­sagée sous l'aspect spécial du vrai et du bien. On remarque dans la nature quelque chose de plus ou moins bon, de plus ou moins vrai, de plus ou moins noble. Or, le plus ou le moins de perfection ne peut se dire des objets que par comparaison avec l'être le plus parfait. Il y a donc quelque chose qui est le bon, le vrai, le noble, et par conséquent l'être par excellence... qui est cause de ce qu'il y a d'être, de bonté et de perfection dans tous les êtres, et c'est cette cause que nous appelons Dieu. » Somme th. l, 1,q. 2, art 3 (Voir sur ce sujet le Traité de philosophie par les Professeurs de l'Université de Louvain).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude&amp;lt;ref&amp;gt;Il n'est pas dans notre pensée de faire du consentement universelle critérium de la certitude (N° 22). Ce serait aller contre l’Eglise qui enseigne le contraire et contre 1’Ecrlture Sainte qui nous apprend que tous les peuples de l'antiquité, les Juifs excepté, ignoraient le seul vrai Dieu et méconnaissaient sa 1oi (Rom.I,21-23).&amp;lt;/ref&amp;gt;, constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances&amp;lt;ref&amp;gt;Les philosophes matérialistes rentrent donc dans cette catégorie.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »&amp;lt;ref&amp;gt;FRAYSSINOUS, Défense du christianisme. L'incrédulité des jeunes gens.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »&amp;lt;ref&amp;gt;P. BOURGET, Essai de psychologie contemporaine.&amp;lt;/ref&amp;gt; - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques&amp;lt;ref&amp;gt;Nous appelons agnostiques dogmatiques ceux qui bornent leur agnosticisme à la nature de Dieu, par opposition aux agnostiques purs qui prétendent que l'existence même de Dieu est du domaine de l'inconnaissable.&amp;lt;/ref&amp;gt;) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques&amp;lt;ref&amp;gt;« L'aséité de Dieu, sa nécessité, son immatérialité, sa simplicité, son individualité, son indétermination logique, son infinité, sa personnalité métaphysique, son rapport avec le mal qu'il permet sans le créer ; sa suffisance, son amour de lui-même et son absolue félicité : franchement, qu'importent tous ces attributs pour la vie de l'homme? dit W. James. S'ils ne peuvent rien changer à notre conduite, qu'importe à la pensée religieuse qu'ils soient vrais ou faux ? » (L'expérience religieuse.)&amp;lt;/ref&amp;gt; — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche&amp;lt;ref&amp;gt;Nous ne parlons ici que de la connaissance de Dieu par la raison. Cette connais­sance a été augmentée par la Révélation qui, en nous découvrant les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, nous a fait pénétrer plus avant dans les secrets de la vie divine.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu que « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi nous attribuons à Dieu toutes les perfections de? créatures parce que nous avons d'abord établi a priori que Dieu est l’Etre parlait. Nous ne nous appuyons donc pas sur le principe de causalité selon lequel tout ce qu'il y a dans les effets se retrouve dans la cause. Cette dernière méthode parait en effet défectueuse, car de ce que toutes les perfections des effets se retrouveraient dans la cause, même à un degré supérieur, il ne s'ensuit pas que la cause première soit infinie et parfaite, vu que les effets sont finis et Imparfaits et n'exigent cas dès lors une cause parfaite.&amp;lt;/ref&amp;gt;. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme&amp;lt;ref&amp;gt;l'anthropomorphisme (gr. « anthrôpos », homme, et « morphê », forme) désigne en philo­sophie cette tendance de notre esprit qui nous porte à prêter à la Divinité les sentiments, les passions, les pensées et les actes des hommes.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie&amp;lt;ref&amp;gt;Analogie (grec. «ana » : par ; « logos » : rapport). Comme l'étymologie l'indique, l'analogie résulte d'une comparaison, et conclut a une ressemblance entre deux choses, mais à une ressemblance qui n'implique pas identité et laisse subsister des différences.&amp;lt;/ref&amp;gt; seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel&amp;lt;ref&amp;gt;Nous employons ici l'expression courante « être personnel » en tant qu'elle s'oppose au système panthéiste gui confond Dieu avec le monde. Évidemment, nous ne voulons pas entendre par là qu'il n'y aurait en Dieu qu'une seule personne. A la rigueur, l'ex­pression « être personnel » serait avantageusement remplacée par cette autre expression « substance distincte ».&amp;lt;/ref&amp;gt; et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi le mot immanent s'oppose à transcendant. Dire de Dieu qu'il est transcen­dant, c'est affirmer son existence hors du monde; dire qu'il est immanent c'est l'identifier avec le monde.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision&amp;lt;ref&amp;gt;Vacherot, Le nouveau Spiritualisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance&amp;lt;ref&amp;gt;Mentionnons aussi le dualisme manichéen, d'après lequel il y aurait deux principes : un principe bon, source de tout bien, qui est l'esprit, et un principe mauvais source de tout mal, qui est la nature. Le bien et le mal que nous constatons dans le monde s'expliqueraient par une lutte éternelle entre ces deux principes.&amp;lt;/ref&amp;gt; (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit&amp;lt;ref&amp;gt;Il est facile après cela de saisir le sens exact de l'expression « tirer du néant ». Le néant et l'objet créé n'ont pas ici les rapports de cause à effet ; pas davantage, ils ne sont les deux termes d'une évolution. La relation qui existe entre les deux est une rela­tion purement mentale. Tirei du néant marque donc le passage du non-être à l'être, sans qu'il y ait entre le premier et le second d'autre relation que celle de deux moments différents.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde&amp;lt;ref&amp;gt;Nous pourrions faire remarquer ici que la science ne peut rien opposer au dogme de la création. La création, en effet, est en dehors du champ d'observation de la science, et elle ne présente rien de contraire aux faits constatés par la science.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''&amp;lt;ref&amp;gt;II n'y a pas lieu, en effet, d'envisager une troisième hypothèse comme celle du panspermisme interastral, d'après laquelle la terre aurait été ensemencée par des germes tombés des espaces interplanétaires, au moment où elle commença à se refroidir. Une semblable réponse ne ferait que reculer la difficulté, car il faudrait toujours dire com­ment ces germes se trouvaient dans les autres astres et quelle en était l'origine.&amp;lt;/ref&amp;gt;''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère&amp;lt;ref&amp;gt;La monère est, dans la théorie moniste, le plus simple organisme que nous puissions connaître, une parcelle de protoplasme sans noyau. — La cellule, elle, se compose du noyau, au centre, et autour du noyau, du protoplasme, formé d'un ensemble de filaments plongeant dans un liquide assez dense ; c'est déjà un organisme plus compliqué, puis­qu'il contient un noyau. — Au-dessus des organismes unicellulaires (composés d'une seule cellule) tels que les microbes, il y a les organismes pluricellulaires, composés d'un nombre incalculable de cellules. Et dans un organisme pluricellulaire, il y a différentes sortes de cellules. Le groupement des cellules semblables entre elles forme le tissu : tissu nerveux, tissu musculaire, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme&amp;lt;ref&amp;gt;Le protoplasme (de deux mots grec prôtos, premier, et plassein, former) désigne, selon l'étymologie du mot, l'organisme primitif, la première forme d'être vivant.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples&amp;lt;ref&amp;gt;A vrai dire ni l'une ni l'autre des deux thèses, ni celle qui affirme ni celle gui nie la possibilité de jamais produire chimiquement un organisme élémentaire, ne peut Invo­quer l'autorité de l'expérience. Elles sont toutes deux invérifiables, la première parce que la science n'a pas encore avancé d'un pas vers la synthèse chimique d'une substance vivante, la seconde parce qu'il n'existe aucun moyen concevable de prouver expérimen­talement l'impossibilité d'un fait. » (H. Bergson, L'évolution créatrice.)&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts&amp;lt;ref&amp;gt;L’évolution, n'est du reste pas une idée nouvelle ; nous la trouvons déjà chez les philosophes grecs (École d’Ionie, Stoïciens, Alexandrins), chez certains Pères de l'Eglise (saint Grégoire de Nysse, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin), chez les scolastiques (Albert le Grand, saint Thomas). Chez les modernes, Bacon, Pascal, Leibniz sont plus ou moins évolutionnistes ; Turgot et Condorcet défendent l'idée de progrès, voisine de celle d'évolution. H. Spencer a fait de l'évolutionnisme une vaste synthèse où l'évolution est regardée comme la loi générale qui régit le monde.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.&amp;lt;ref&amp;gt;Il ne faut pas confondre, en effet, le transformisme qui est la théorie générale affir­mant la transformation des espèces, avec les systèmes particuliers : le lamarckisme ou système de Lamarck, le darwinisme ou système de Darwin, qui prétendent expliquer comment l'évolution a eu lieu, et indiquer les causes qui ont déterminé les transformations.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.&amp;lt;ref&amp;gt;D'après le darwinisme, les survivants transmettent à leurs descendants leurs carac­tères acquis ; d’après le néo-darwinisme (Weissmann) ils transmettent seulement leurs caractères innés.&amp;lt;/ref&amp;gt; Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle&amp;lt;ref&amp;gt;La sélection (seligere, choisir) naturelle, c'est donc la nature qui, pour améliorer les espèces, semble imiter les éleveurs qui choisissent pour la reproduction les animaux les mieux constitués.&amp;lt;/ref&amp;gt;, c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles&amp;lt;ref&amp;gt;Les fossiles (latin fossilis, extrait de la terre) sont les restes, maintenant pétrifiés, des plantes et des animaux que l'on retrouve dans les couches géologiques  Ces débris sont donc comme les témoins des différentes phases de la terre et nous permettent de reconstruire les étapes de son passé&amp;lt;/ref&amp;gt; retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires&amp;lt;ref&amp;gt;En se plaçant sur un autre terrain, et en ne considérant que le point de vue philo­sophique, les fixistes peuvent encore objecter aux évolutionnistes que dans le moins il n'y a pas le plus, en d'autres termes, qu'on ne donne pas ce qu'on n'a pas, que par conséquent l'évolution peut développer les qualités, mais non en créer de nouvelles et que dès lors une espèce n'a pas par elle-même de quoi produire une espèce supérieure&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts&amp;lt;ref&amp;gt;Pour expliquer la disparition de certaines espèces et l'apparition postérieure d'au­tres espèces, les fixistes sont en effet obligés de dire que les espèces disparues par suite de bouleversement dans l'écorce terrestre, ou de toute autre cause, ont été ensuite rem­placées par de nouvelles créations, à moins toutefois qu'ils n'admettent qu'il y ait eu a l'origine des germes de toutes les espèces.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle déiste celui qui admet l'existence de Dieu et de la religion naturelle mais ne reconnaît ni révélation ni Providence. — Le rationaliste rejette également la révélation et prétend n'admettre que les vérités démontrées par la raison&amp;lt;/ref&amp;gt; qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir&amp;lt;ref&amp;gt;II y a sur la question de la valeur du monde trois opinions : — a) l'optimisme absolu (Malebranche, Letbniz) qui prétend que le monde considéré dans son ensemble, est le meilleur possible ; — b) le pessimisme (Leopardi, Schopenhauer, Hartmann, Bahnsen) qui affirme que le monde est essentiellement mauvais. La religion bouddhiste professe aussi le pessimisme, et enseigne à ses adeptes qu'ils doivent détruire en eux le désir de vivre et tendre au nirvana, c'est-à-dire à l'anéantissement de l'être individuel. — c) Une troisième opinion, l'optimisme relatif (saint Anselme, saint Thomas, Bossuet, Fénelon) est celle crue nous exposons.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie&amp;lt;ref&amp;gt;Devant certains cataclysmes, comme ceux de la Martinique et de Messine dont le souvenir est encore récent, on est tenté de maudire l'apparente sauvagerie des forces de la nature. Mais «le plus souvent, ces désastres n'atteignent que les régions où il a fallu à l'homme quelque témérité pour espérer d'y fonder une installation durable. Il a cru pouvoir braver un fléau dont les manifestations étaient espacées, et la plupart du temps cette hardiesse a été récompensée par de notables profits (fertilité du sol). Comment se plaindre, le jour où la nature reprend pour un moment des droits qu'elle n'avait jamais abdiqués ? » (de Lapparent, La Providence créatrice.)&amp;lt;/ref&amp;gt; ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus&amp;lt;ref&amp;gt;« Soyons, dit Mgr Frayssinous, plus modérés dans nos désirs... plus sobres, plus tempérants, plus éloignés des voluptés et des vices qui énervent a la fois l'âme et le corps, et nous verrons disparaître le plus grand nombre des maux dont nous souffrons. » (La Providence dans l'ordre moral.)&amp;lt;/ref&amp;gt; ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.&amp;lt;ref&amp;gt;Ainsi comprise, la douleur peut se tourner en joie, comme l'atteste l'exemple des saints. Au plus fort des tourmentes, les grands chrétiens savent garder l’âme sereine et même se réjouir, parce que, alors, ils ressemblent mieux à l’objet de leur amour : Jésus crucifié et expérimentent en eux ces paroles de l’Imitation : « Lors donc que tu seras parvenu à ce point que la tribulation endurée pour l'amour du Christ te paraîtra douce et savoureuse, tu auras trouvé le paradis sur terre. » (Liv. II, Chap. XII, De la voie royale....)&amp;lt;/ref&amp;gt; ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir&amp;lt;ref&amp;gt;Berseaux, La science sacrée, tome I.&amp;lt;/ref&amp;gt; ? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle&amp;lt;ref&amp;gt;La doctrine de l'Église dégage mieux encore la Providence de reproches qui lui sont laits (voir notre Doctrine catholique, fasc. I, N° 37).&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section II : L'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.&amp;lt;ref&amp;gt;Comment deux substances de nature aussi opposée peuvent-elles s'unir, former un tout harmonieux, et exercer l'une sur l'autre une influence réciproque : c'est là un des problèmes les plus ardus que puisse aborder l'esprit humain. Aussi les solutions pro­posées n'ont-elles qu'une valeur relative. Au surplus, cette question intéresse plus le philosophe que l'apologiste. Nous renvoyons donc pour ce point aux .traités de Philo­sophie. Signalons seulement la théorie de l'animisme, professée par Aristote, puis par saint Thomas et les scolastiques, d'après laquelle le corps et l'âme sont deux substances incomplètes, formant par leur union étroite un tout substantiel, appelé le composé humain, l'âme vivifiant le corps, devenant la forme qui anime ce corps et le différencie des autres. — Toutefois, bien qu'incomplète si on la considère dans l'ensemble de ses facultés dont quelques-unes (sensibilité, perception extérieure...) nécessitent le concours des organes, l'âme n'en reste pas moins, dans ses facultés supérieures, une substance complète, capable de vivre de sa vie propre.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire&amp;lt;ref&amp;gt;Le mot abstraire désigne cette opération de l'esprit qui consiste à considérer une qualité en dehors de l'objet qui la possède : par exemple, la blancheur d'un mur en l'isolant du mur qui la possède. Le mot abstrait est opposé au mot concret.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»&amp;lt;ref&amp;gt;On pourrait signaler encore le rire comme étant une des caractéristiques les plus curieuses qui distinguent l'homme de l'animal. Le comique ou le ridicule des choses qui provoquent le rire, supposent la raison pour les percevoir.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine&amp;lt;ref&amp;gt;Cette impossibilité du passage de l'animal à l'homme peut être invoquée comme preuve de l'existence de Dieu. Si, en effet, l'âme de l'homme ne peut sortir par évolution de l'âme animale, de toute nécessité, il faut recourir à quelqu'un qui la crée directement.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu&amp;lt;ref&amp;gt;Cette opinion est celle de Russel Wallace, d'ailleurs transformiste convaincu, qui, après Darwin, fut le défenseur le plus ardent de la théorie de la sélection naturelle.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire&amp;lt;ref&amp;gt;On appelle préhistoire l'histoire des temps sur lesquels il n'existe aucun document écrit. Cette histoire doit donc être faite par d'autres moyens ; par la découverte, par exemple, des ossements de l'homme (fossiles), d'objets (outils, armes, parures), d'habi­tations qui ont été à son usage A ses yeux, le corps de l'homme doit à la fois à la sélection naturelle et à l'intervention divine les facultés qui le caractérisent : il y aurait eu intervention de Dieu pour donner la forme humaine à un organisme déjà préparé par l'évolution.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»&amp;lt;ref&amp;gt;DE Nadaillac, L'homme et le singe.&amp;lt;/ref&amp;gt; En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde&amp;lt;ref&amp;gt;A supposer que l'évolution fût une loi définitivement établie, elle ne supprimerait pas Dieu. Nous avons prouvé ailleurs (N° 45) qu'il n'en faudrait pas moins recourir à un Etre tout-puissant pour créer la matière et régler son développement selon la loi de révolution.&amp;lt;/ref&amp;gt;, et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme&amp;lt;ref&amp;gt;« L'homme, dit de Lapparent, est le seul mammifère dont la station soit absolu­ment verticale, et dont le visage soit fait pour regarder en face, en respirant à pleins poumons, le Ciel où sa destinée l'appelle. » La Providence créatrice. — Le poète latin avait dit déjà :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
                     Os homini sublime dédit, coelumque tueri Jussit...&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'existence de deux mains seulement, l'angle facial&amp;lt;ref&amp;gt;L'angle facial est l'angle formé par la rencontre de deux lignes hypothétiques; l'une, verticale, allant des incisives supérieures au point le plus saillant du front ; l'autre, horizontale, allant du conduit auditif aux mêmes dents.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement&amp;lt;ref&amp;gt;Le livre de M. Boule, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle, paru au début de 1921, et qui a pour titre : « Les hommes fossiles », ne saurait modifier notre conclusion. Après avoir rappelé les principales découvertes de fossiles faites jusqu'à nos. jours, ce savant paléontologiste prétend que de la reconstitution anatomique des nommes préhistoriques qu'il est permis de faire d'après les squelettes qu'on a retrouvés, il ressort que l'homme primitif diffère moins des singes anthropoïdes que ceux-ci des singes inférieurs. S'appuyant alors sur ce principe que « te ressemblance prouve la pa­renté », M. Boule conclut que le corps de l'homme provient par filiation soit d'un singe, soit d'un ancêtre commun au singe et à l'homme. Cette déduction n'est qu'une hypo­thèse que nous sommes en droit de ne pas admettre, tant qu'elle n'est pas vérifiée. (V. N« 94 et 95). De toute façon, elle ne concerne que le corps ; l'abîme entre l'âme de l'homme et l'âme des bêtes reste Infranchissable&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent&amp;lt;ref&amp;gt;Malgré sa force, cette preuve ne doit pas être isolée des deux autres. Car, d'une part, l'anéantissement, qui est la base de l'argument, n'est nullement inconcevable : Dieu peut rendre au néant ce qu'il lui a pris ; d'autre part, l'immortalité de la substance n'est pas nécessairement l'immortalité de la personne. Il importe donc de compléter cette preuve par les deux autres preuves : psychologique et morale.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce&amp;lt;ref&amp;gt;L'espèce est définie par de Quatrefages « l'ensemble des individus plus ou moins semblables entre eux qui peuvent être regardés comme descendus d'une paire primitive unique par une succession ininterrompue et naturelle de familles. »&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce&amp;lt;ref&amp;gt;II faut noter en effet que le caractère essentiel qui distingue la race de l'espèce, c'est que les croisements entre individus de races différentes sont indéfiniment féconds, tandis qu'entre individus d'espèces différentes, même les plus rapprochées, ils sont frappés de stérilité immédiate ou du moins à brève échéance.&amp;lt;/ref&amp;gt;.— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »&amp;lt;ref&amp;gt;De QUATREFAGES, L'Espèce humaine&amp;lt;/ref&amp;gt; — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»&amp;lt;ref&amp;gt;François Lenormant,  Manuel de l'histoire ancienne de l'Orient; les Originel de l'histoire.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne&amp;lt;ref&amp;gt;Au point de vue archéologique, et en considérant la matière, la forme, et le degré de perfection des instruments, des armes, etc., qui furent travaillés par les hommes pri­mitifs, on distingue trois âges : l'âge de la pierre, l'âge du bronze et l'âge du fer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'âge de la pierre se subdivise en trois périodes : éolithique ou de la pierre éclatée, paléolithique ou de la pierre taillée et néolithique ou de la pierre polie. La période paléo­lithique se subdivise à son tour en quatre époques connues sous le nom des endroits on les divers types caractéristiques semblent dominer : l'époque chelléenne (Chelles, com­mune de Seine-et-Marne), l'époque moustérienne (de Moustier, dans la Dordogne), l'époque solutréenne (Solutré, commune de Saône-et-Loire), l'époque magdalénienne (de la Madeleine, Dordogne).&amp;lt;/ref&amp;gt;, taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène&amp;lt;ref&amp;gt; La période tertiaire comprend quatre phases : éocène, oligocène, miocène et pliocène. C'est dans une couche du miocène que les silex en question de l'abbé Bourgeois furent trouvés.&amp;lt;/ref&amp;gt;, de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine&amp;lt;ref&amp;gt;M. Reid Moir a retrouvé récemment dans un terrain tertiaire d'Ipswich, localité proche de Cambridge (Angleterre), des outils de silex manifestement taillés par l'homme, et dont la présence dans ce terrain semble ne pouvoir s'expliquer par des apports arti­ficiels. Ces outils, qui sont du type moustérien, marquent déjà, par la finesse du travail, un certain degré d'évolution et de culture, supérieur aux produits de l'homme chelléen. Si rien ne vient contredire ces assertions, il s'ensuivrait que l'homme remonterait au moins à l'époque tertiaire. L'avenir nous réserve sans doute d'autres découvertes encore. Quelles qu'elles puissent être, elles ne pourront modifier notre conclusion et ne sauraient s'opposer à la Foi catholique qui déclare : — 1. qu'il 'y a pas de chronologie biblique, et — 2. que l'antiquité de l'homme est un problème qui relève de la Science, et bob de la Foi&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section III : Rapports entre Dieu et l'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »&amp;lt;ref&amp;gt;Tylor, la civilisation primitive&amp;lt;/ref&amp;gt; Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon&amp;lt;ref&amp;gt;G. Le BON, Les premières civilisations.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme&amp;lt;ref&amp;gt;« Le fétiche est un objet vulgaire, sans aucune valeur en lui-même, mais que le Noir garde, vénère, adore, parce qu'il croit qu'il est la demeure d'un esprit... Une pierre, une racine, un vase, une plume, une bûche, un coquillage, une étoffe bigarrée, une dent d'animal, une peau de serpent... tout au monde peut être fétiche pour ces grands enfants. » Rêville, Les religions des peuples non civilisés. — II y a trois catégories de fétiches : les fétiches familiaux, tirant leur vertu des reliques des ancêtres et destinés à protéger la famille, le village ou la tribu ; les fétiches des bons génies et les fétiches des esprits mauvais ou fétiches vengeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fétiche se différencie : — a) de l'amulette en ce qu'il tire sa force et son influence de l'esprit qui l'habite, tandis que l'amulette qui est un petit objet que l'on porte sur soi est censée préserver des malheurs et procurer du bonheur par une vertu secrète, mystérieuse et inconsciente ; et — b) du talisman, petit objet marqué de signes cabalistiques que l'on ne porte pas toujours sur soi comme l'amulette, et qui est destiné à exercer une action déterminée sur les choses ou les événements, à en changer le cours ou la nature. (Voir Mgr Le Roy, La Religion des Primitifs).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations&amp;lt;ref&amp;gt;Comme on le voit, l'animisme est chez les sauvages ce que le spiritisme est chez les peuples civilisés.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt; « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »&amp;lt;ref&amp;gt;S. Reinach, Orpheus.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Le Roy, Op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »&amp;lt;ref&amp;gt;S. Reinach, Cultes. Mythes et Religions.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »&amp;lt;ref&amp;gt;JOUFFROY, Mélanges philosophiques.&amp;lt;/ref&amp;gt; En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel&amp;lt;ref&amp;gt;Le surnaturel, tel que nous l'entendons ici, désigne le monde invisible, distinct du nôtre, où il y a des êtres réels, vivants, personnels et libres avec lesquels toutes les reli­gions enseignent que l'homme peut avoir des rapports. — II ne faut pas confondre cette signification avec le sens strict du mot, et comme l'emploient les théologiens catho­liques, pour désigner la révélation proprement dite et la grâce, moyen surnaturel, c'est-à-dire au-dessus des exigences de notre nature, pour arriver à la vision béatifique.&amp;lt;/ref&amp;gt; ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons&amp;lt;ref&amp;gt;Voir notre Doctrine catholique N° 171, 327, 381 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude&amp;lt;ref&amp;gt;L'histoire des religions paraît même la contredire. Elle nous atteste, en effet, que les idées religieuses ne se sont pas toujours perfectionnées, qu'il y a eu parfois recul : ainsi, les peuples sémitiques sont souvent allés du plus parfait au moins parfait, du monothéisme au polythéisme, à l'idolâtrie et au fétichisme.&amp;lt;/ref&amp;gt; et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»&amp;lt;ref&amp;gt;Brunetiere, Sur les chemins de la croyance, Ch. III, La religion comme fait socio­logique.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» &amp;lt;ref&amp;gt;Abbé de Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des religions.&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.&amp;lt;ref&amp;gt;Une autre hypothèse (Max Muller), appelée l'hénothéisme, pense que la religion rait le résultat d'un double élément : un élément subjectif et un élément objectif. L’élément subjectif consisterait dans une faculté spéciale à l’homme par laquelle il percevrait l’infini et aurait le sentiment du divin. L'élément objectif serait fourni par l'uni­vers et les grands phénomènes de la nature. De la rencontre de ces deux éléments serait née l'idée de la divinité, d'une divinité une, mais pouvant subsister en plusieurs sujets, par opposition au monothéisme qui croit nue les attributs divins, que la divinité réside dans un sujet unique.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel&amp;lt;ref&amp;gt;Nous ne parlons que des vérités de l'ordre surnaturel. Non pas que nous prétendons qu'il n'y ait pas de mystères dans l'ordre naturel. Nous pensons au contraire que la science est loin d'avoir résolu toutes les énigmes de la création, et que le savant Berthelot qui proclamait que « Le monde est aujourd'hui sans mystères », était bien vain de le croire et de le dire. Cependant il faut admettre que sur ce terrain l'impuissance de la rai­son n'est qu'accidentelle, et que, plus la science progresse, plus elle fait reculer le mys­tère. Il n'en est pas de même des vérités de l'ordre surnaturel : ces dernières ne peuvent être que des mystères, puisqu'elles sont d'un ordre qui dépasse la nature.&amp;lt;/ref&amp;gt;, qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles&amp;lt;ref&amp;gt;D'après le dogme catholique, l'impuissance de la raison est la conséquence d une déchéance de la nature humaine, causée par le péché originel. Toutefois cette vérité n'étant connus que par la Révélation, l'apologiste ne doit pas en faire usage.&amp;lt;/ref&amp;gt; de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.&amp;lt;ref&amp;gt;« Parmi les philosophes anciens, qui n'eurent pas le bienfait de la foi, dit Léon XIII dans son Encyclique Aeterni Patris, ceux mêmes qui passaient pour les plus sages, tom­bèrent, en bien des points, dans de nombreuses erreurs. Vous n'ignorez pas combien, à travers quelques vérités, ils enseignent de choses fausses et absurdes, combien plus d'incertaines et de douteuses, touchant la nature de la divinité, l'origine première des choses, le gouvernement du monde, la connaissance que Dieu a de l'avenir, la cause et le principe des maux, la un dernière de l'homme et l'éternelle félicité, les vertus et les vices et d'autres points de doctrine, dont la connaissance vraie et certaine est d'une nécessité absolue au genre humain. »&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle&amp;lt;ref&amp;gt;« Quand un éloquent écrivain du siècle dernier, écrit Emile Saisset dam ses Essais sur la philosophie et la religion, prétendit écrire le symbole de la religion naturelle sous l'inspiration de sa seule conscience, il l'écrivait, en effet, sous la dictée d'une philo­sophie préparée par le Christianisme. Ce n'est pas l'homme de la nature qui parle dans la Profession de foi du Vicaire savoyard, c'est un prêtre devenu philosophe. » « Je ne sais pourquoi l'on veut attribuer au progrès de la philosophie la belle morale de nos livres, confesse lui-même Jean-Jacques Rousseau (Lettres de la montagne). Cette morale, tirée de l'Evangile était chrétienne avant d'être philosophique. »&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle&amp;lt;ref&amp;gt;Fin surnaturelle. — Pour bien comprendre cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés par Dieu poursuivent une fin appropriée à leur nature. Or l'homme, en tant que créature raisonnable, doit arriver, par sa raison, a la connaissance de l'Etre infini, et par sa volonté, à l'amour de Dieu proportionné à cette connaissance : c'est là sa fin naturelle et l'ordre naturel des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si Dieu a assigné à l'homme, comme fin dernière, le bonheur de le contempler un Jour face à face, tel qu'il est, dans la plénitude de sa splendeur (I. Cor., XIII, 12), de l'aimer et de le posséder, la fin est au-dessus des exigences de la nature humaine, elle est surnaturelle, et constitue un nouvel ordre de choses : l'ordre surnaturel.&amp;lt;/ref&amp;gt; et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé&amp;lt;ref&amp;lt;Cette expression « Dieu a parlé aux hommes » ne doit pas nécessairement être entendue au sens obvie, sauf lorsqu'il s'agit de l'enseignement oral du Christ. Il est clair que Dieu a de multiples moyens d'instruire les hommes : représentations imaginatives ou intellectuelles, impressions visuelles ou auditives, et qu'il sait proportionner la forme de son message à l'aptitude de son destinataire. Ce qui importe donc, c'est que sa révé­lation soit entourée de signes qui ne laissent pas de doute sur la réalité du fait.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine&amp;lt;ref&amp;gt;Les critères internes pourraient s'appeler aussi critères probables par opposition aux critères externes (miracles et prophéties) qui sont des critères certains.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée&amp;lt;ref&amp;gt;C'est pour cette raison que les prodiges opérés par les démons, par conséquent  par une cause créée, ne sont que des miracles improprement dits. Ils sont surnaturels par rapport à nous, mais naturels par rapport à eux.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle&amp;lt;ref&amp;gt;Il est clair, en effet, que si l'on conçoit toute réalité sur le modèle des êtres libres et spirituels dont on ne peut prévoir les actes, il n'est plus possible d'établir de lois et, par conséquent, de constater le miracle. Poussé jusqu'à ces limites, ce système est sur­tout le fait de M. Ed. Le Roy. Les théoriciens de ce qu'on a appelé la philosophie nou­velle, MM. botttkoux, Bergson, duhem, Henri Poincaré, W. James, ne sont pas allés si loin. Ils ont affirmé seulement qu'il y a de la contingence dans le monde, que tout n'y est pas soumis à une nécessité absolue, et que ce qui est considéré par les scientistes ou déterministes comme des lois universelles et certaines de toute réalité, n'est en somme qu'un ensemble de règles approximatives qui gouvernent la matière, qu'il convient, par conséquent, de faire une place au psychique, c'est-à-dire à l'élément spirituel, auquel il faut reconnaître la possibilité d'intervention.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »&amp;lt;ref&amp;gt;G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne&amp;lt;/ref&amp;gt; Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Augustin, Tracat. XXIV in Joannem.&amp;lt;/ref&amp;gt;, un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»&amp;lt;ref&amp;gt;G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus, Introd.&amp;lt;/ref&amp;gt; C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale&amp;lt;ref&amp;gt;Bien que nous parlions des trois conditions requises pour constater un miracle à propos du témoin, il est clair que le rôle de ce dernier peut et souvent doit se borner à la constatation du fait sensible (voir N° 167).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»&amp;lt;ref&amp;gt;En dépit de sa forme, le mot de Pascal ne contient pas de cercle vicieux. Car il n'est pas question de prouver la doctrine par les miracles seuls et les miracles par la doctrine seule. C'est la raison qui démontre d'abord la valeur d'une doctrine, qui déclare si elle est bonne ou mauvaise, et c'est encore la raison qui juge si les miracles portent les signes dont nous venons de parler et qui permettent de les attribuer à Dieu. Ce travail préliminaire une fois fait, il est clair que la doctrine confirme les miracles, et réciproque­ment, que les miracles confirment la doctrine.&amp;lt;/ref&amp;gt; ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»&amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Jacques Rousseau, Lettres écrites de la montagne.&amp;lt;/ref&amp;gt; — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»&amp;lt;ref&amp;gt;Renan, Vie de Jésus, Introd., p. 51 (4e Ed.).&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance&amp;lt;ref&amp;gt;Ce n'est pas ici une objection nouvelle. Mais, tandis que l'objection précédente (N° 167) se tient à un point de vue général et abstrait, l'instance concrétise en quelque sorte le cas. En prenant un exemple dans le fait de Lourdes, qui est toujours d'actualité, elle a l'avantage de mettre mieux à jour la tactique des incrédules.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»&amp;lt;ref&amp;gt;Rapport du Dr. Filhoi, de la Faculté des Sciences de Toulouse.&amp;lt;/ref&amp;gt; Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder&amp;lt;ref&amp;gt;Voir la liste détaillée des guérisons obtenues à Lourdes, depuis 1858 jusque 1904, dans G. Bertin, Histoire critique des événements de Lourdes.&amp;lt;/ref&amp;gt;, comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »&amp;lt;ref&amp;gt;BERNHEIM, Hypnotisme, suggestion psychothérapie.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux ? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses&amp;lt;ref&amp;gt;D'après l'abbé Bertin, Le Fait de Lourdes (Dict. ap. de la Foi cat.) le Bureau médical écarte de plus en plus les maladies nerveuses, les guérisons de ces maladies pouvant être attribuées à une cause naturelle. Il est donc faux de croire et de dire que les affections nerveuses forment la grande clientèle de Lourdes ; elles ne fournissent pas même la quinzième partie des guérisons. Jusqu'en 1913, on en compte 285, tandis qu' « on trouve 694 cas pour les maladies de l'appareil digestif et de ses annexes, 106 pour les maladies de l'appareil circulatoire, dont 61 pour celles du cœur, 182 pour les maladies de l'appareil respiratoire (bronchites, pleurésies), 69 pour les maladies de 1 appareil urinaire, 143 pour celles de la moelle, 530 pour celles du cerveau, 155 pour les affections des os, 206 pour celles des articulations, 42 pour celles de la peau, 119 pour les tumeurs, 546 pour les maladies générales et les maladies diverses, dont 170 pour les rhumatismes, 22 pour les cancers, et 54 pour les plaies. Signalons aussi spécialement 55 aveugles, qui ont eu le bonheur de voir, et 24 muets qui ont recouvré la faculté de parler, tandis que 32 sourds recouvraient celle d'entendre ».&amp;lt;/ref&amp;gt; ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques&amp;lt;ref&amp;gt;Forces physiques (gr. phusis, nature) et psychiques (gr. psuchê, âme) = forces matérielles et spirituelles.&amp;lt;/ref&amp;gt; du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux&amp;lt;ref&amp;gt;L'on voit par là que les guérisons si nombreuses, si étonnantes dont la grotte de Lourdes est le théâtre permanent, peuvent être un argument très précieux au service de l'Apologétique. Celle-ci a le droit d'y puiser différentes preuves : — a) la preuve de l'existence du miracle, et — b) la preuve de la vérité de la Religion catholique puisque ces miracles sont accomplis en faveur de sa doctrine pour appuyer son autorité. Et si l’on considère les circonstances de l’apparition de la Sainte Vierge à Bernadette, sa réponse à l’interrogation de l’enfant : « Je suis l’Immaculée Conception », il est permis de croire que Dieu voulut, à quelques années de la promulgation du dogme, ratifier la décision doctrinale du pape Pie IX.&amp;lt;/ref&amp;gt;'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition&amp;lt;ref&amp;gt;L'on comprend combien il importe de connaître la date de composition et l'auteur ; c'est par là, en effet que nous apprenons si l'historien a pu être témoin oculaire ou non. Lorsque l'historien n'a pas été témoin oculaire, la valeur de son témoignage dépend des sources où il a puisé.&amp;lt;/ref&amp;gt;, les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques&amp;lt;ref&amp;gt;« Une vérité scientifique ne s'établit pas par témoignage. Pour affirmer une pro­position, H faut des raisons spéciales de la croire vraie. » Seignobos et Langlois Introduction à la Méthode historique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan&amp;lt;ref&amp;gt;« Aucun des miracles dont les vieilles histoires sont remplies, dit Renan, ne s'est passé dans des conditions scientifiques. Une observation qui n'a pas été une seule fois démentie nous apprend qu'il n'arrive de miracles que dans les temps et les pays où l'on y croit, devant des personnes disposées à y croire. »&amp;lt;/ref&amp;gt; et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»&amp;lt;ref&amp;gt;CICÉRON, De divin., l. II.&amp;lt;/ref&amp;gt; — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument&amp;lt;ref&amp;gt;Nous avons vu (N° 12) que, selon l'importance que l'on attache à chaque série de critères, la méthode d'apologétique employée dans la démonstration de la vraie religion est dite intrinsèque ou extrinsèque. Il serait bon de relire ici cette question capitale qui a été traitée dans l'introduction (N&amp;quot; 10 et suiv.).&amp;lt;/ref&amp;gt;, comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Notes et références =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_3%C3%A8me_partie_:_La_vraie_Eglise&amp;diff=1745</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 3ème partie : La vraie Eglise</title>
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				<updated>2011-04-07T10:39:07Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* SECTION III : APOLOGIE DE L'ÉGLISE */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Troisième partie : la Vraie Église =&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la troisième partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
298. — Ainsi que l'indique le tableau qui précède, cette ''troisième Partie ''de l'Apologétique se partage en trois sections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION ''comprend deux chapitres groupés sous le titre général de « ''Recherche de la vraie Église ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conclusion à laquelle nous avons abouti, dans la seconde Partie, c'est que, entre toutes les religions actuelles qui revendiquent le nom de ''religion révélée, ''une seule porte les marques d'origine divine ; cette religion c'est la religion chrétienne. Mais cela ne suffit pas, et il reste à savoir où nous pouvons la trouver. Donc deux questions : Jésus-Christ ''a-t-il fondé ''une institution quelconque, une ''Église ''dont il nous soit possible de découvrir les traits essentiels dans l'Écriture, et à qui il ait confié le dépôt exclusif de sa doctrine! Dans l'affirmative, — et étant donné que plusieurs sectes prétendent être cette Église fondée par le Christ, — ''quelles sont les marques ''auxquelles nous puissions la discerner? ''Quelle est la vraie Église?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DEUXIÈME SECTION. ''— A vrai dire, lorsque l'apologiste a démontré que l'Église romaine est la vraie Église, son œuvre est terminée. Les deux autres sections sont donc en dehors de l'apologétique ''constructive, ''Nous les avons ajoutées pour répondre à des questions du plus haut intérêt et d'ailleurs généralement inscrites aux Programmes d'Instruction religieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde section, qui porte le titre général de « ''Constitution de l’Église ''», comprend deux chapitres : Le premier où l'on étudie» du point de vue théologique, la ''hiérarchie ''et les ''pouvoirs ''de l'Église ; le second, sur les ''droits ''de l'Église et ses ''relations ''avec ''l’État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''TROISIÈME SECTION. ''— La troisième section est consacrée à la défense de l'Église, non pas évidemment contre toutes les attaquée qui lui ont été faites, sur le terrain historique, philosophique et scientifique, mais contre les principales, et celles qu'on rencontre le plus couramment dans les livres et sur les lèvres des adversaires mal intentionné» ou mal informés. Cette section aura deux chapitres: 1° ''L'Église ''et l'''Histoire, ''et 2° l'''Église ''ou la ''Foi ''devant la ''raison ''et la ''Science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section 1 : Recherche de la vraie Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Institution d'une Église ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notions préliminaires. Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''299.''' — '''I. Notions préliminaires. '''— Pour qu'aucune confusion ne naisse dans l'esprit, il importe, avant tout, de bien déterminer le sens des deux mots ''« royaume de Dieu» ''et ''«Église», ''dont l'usage sera fréquent au cours de ce chapitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Concept du royaume de Dieu. '''— L'expression « ''royaume de Dieu ''» ne revient pas moins de cinquante fois dans les Évangiles de saint Marc et de saint Luc. Saint Matthieu au contraire ne l'emploie que rarement (xii, 28 ; xxi, 31, 43) ; il lui substitue l'hébraïsme « ''royaume des cieux». ''Peu importe du leste : les deux expressions ont même sens. Le royaume de Dieu ou des cieux est bien le point contrai de la prédication de Jésus. L'on se rappelle que les Juifs, instruits par les oracles messianiques, attendaient depuis plusieurs siècles l'avènement d'un vaste ''Royaume ''appelé à s'étendre au loin, et d'un ''Roi ''que Jahvé enverrait pour le gouverner. L'établissement de ce royaume doit donc être l'œuvre propre du Messie. Mais ce royaume dont Jésus vient annoncer la venue, n'est pas tel que les Juifs se le représentent. Dans son ensemble il est la nouvelle religion, la grande société chrétienne que le Christ va instaurer, qu'il doit inaugurer sur cette terre jusqu'à ce qu'il en devienne le juge et le roi à son dernier avènement. Le royaume de Dieu a donc deux phases. Il est : — ''a) ''un ''royaume terrestre ''dans lequel pourront se grouper tous les sujets de l'univers, et — b) un ''royaume céleste, ''transcendant, qui sera établi dans le ciel, un ''royaume eschatologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''300. — 2°''' '''Concept de''' '''l'Église. '''— Étymologiquement, le mot ''Église ''(du grec « ''ekklêsia» ''assemblée), désigne une assemblée de citoyens convoquée par un crieur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS LE LANGAGE SCRIPTURAIRE, ''le mot est employé avec une double signification. — ''a) ''Au ''sens restreint ''et conforme à l’étymologie, il s'applique soit à ''l’assemblée ''des chrétiens qui tiennent leur réunion dans une maison particulière ''(Rom., ''xvi, 5 ; ''Col., ''IV, 15)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn251 [251]], soit à l’''ensemble ''des fidèles d'une même cité ou d'une même région : telles sont, par exemple, l'Église de Jérusalem ''(Act., ''viii, 1 ; xi, 22 ; xv, 24), l'Église d'Antioche ''(Act., ''xiv, 26 ; xv, 3 ; xxiii, 1), les Églises de Judée ''(Gal., ''I, 22), les Églises d'Asie (I Cor., xvi, 19), les Églises de Macédoine (II ''Cor., ''vin, 1). — ''b) ''Dans un ''sens général, ''le mot désigne la ''société ''universelle des disciples du Christ. Le mot est ainsi employé par saint Matthieu dans le fameux « ''Tu es Petrus... ''Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon ''Église ''» ( Mat., xvi, 18). Le même sens est assez fréquent dans les Actes (v, 11 ; viii 1, 3 ix, 31), dans les Épîtres de saint Paul (I ''Cor., ''X, 32 ; xi, 16 ; xiv, 1 ; xv, 9 ; ''Gal, ''i, 13 ; ''Eph., ''i, 23 ; V, 23 ; ''Col, ''i, 18), dans l'Épître de saint Jacques (v, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''DANS LE LANGAGE DES PÈRES, ''le mot ''Église ''se retrouve avec les deux mêmes sens — ''a) sens restreint, ''soit d'assemblée des fidèles : ex. Didachè (iv, 12) soit de groupement local ou régional des fidèles: ex. première Épître de saint Clément pape aux Corinthiens dans la suscription et XLVII, 6; — ''b) sens général, ''pour désigner l'ensemble des fidèles appartenant à la religion chrétienne : le mot se trouve ainsi employé dans les écrits du pape saint Clément, de saint Ignace, de saint Irénée, de Tertullien et de saint Cyprien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''D'APRÈS LA DOCTRINE CATHOLIQUE, ''le mot ''Église ''pris au sens général, s'entend de la ''société ''des fidèles qui professent la religion du Christ sous l'autorité du Pape et des Évêques — ''a) ''En tant que ''société, ''l'Église offre les trois caractères communs à toute société, à savoir une fin, des sujets aptes à atteindre cette fin et une autorité qui a la mission de les y conduire. — b) En tant que ''société religieuse, ''les caractères de l'Église sont d'une nature spéciale. La fin qu'elle poursuit est d'ordre surnaturel. Les sujets auxquels elle s'adresse sont considérés, non par rapport à leurs intérêts temporels, mais au seul point de vue du salut de leur âme. De même, l'autorité qui assume la direction est une autorité surnaturelle qui a reçu de Jésus-Christ un triple pouvoir: — 1 un pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner d'une manière infaillible la doctrine du Christ ; — 2. un pouvoir ''sacerdotal ''pour communiquer la vie divine par les sacrements; et — 3. un pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger tous les fidèles à ce qui est jugé nécessaire ou utile à leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
301, — ''Nota. ''— I. Il est facile de voir, par les deux notions qui précèdent, que le concept du royaume est beaucoup plus étendu que celui de l'Église. L'Église est quelque chose du royaume. Elle en est le côté visible et social, mais elle n'est pas tout le royaume, celui-ci ayant deux aspects : l'aspect terrestre et l'aspect céleste ou eschatologique (N° 299). Cependant l'Église, entendue au ''sens large, ''se confond avec le royaume de Dieu. Les théologiens distinguent en effet le ''corps ''et l’''âme ''de l'Église, c'est-à-dire, d'un côté, la communauté visible et hiérarchique des chrétiens, et, de l'autre, la société invisible, l'âme, à laquelle appartiennent tous ceux qui sont en état de grâce, quelque religion qu'ils professent. Ils comprennent en outre dans la notion d'Église, non seulement les fidèles de la terre (Église ''militante), ''mais aussi les élus qui sont au ciel (Église ''triomphante) ''et les âmes qui souffrent en Purgatoire (Églises souffrante). — 2. Au point de vue ''apologétique, ''et comme il est entendu dans ce chapitre, où nous recherchons si Jésus-Christ a institué une Eglise, ce mot ne s'applique qu'à la société ''visible ''et ''hiérarchique ''des chrétiens ici-bas, donc à la société considérée sous son aspect extérieur et social ''(sens général). ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''302. — II. Division du Chapitre'''. — Une double question doit faire l'objet de notre étude. 1° Tout d'abord nous avons à rechercher si Jésus ''a pu songer à fonder une Église '': c'est la ''question préalable. ''2° Puis, dans l'affirmative, nous aurons a établir, d'après les documents de l'histoire, quels sont les ''caractères essentiels de l’Église fondée par le Christ. ''D'où deux articles. Dans le premier, nous rencontrerons devant nous ''les rationalistes, ''les protestants ''libéraux ''et les ''modernistes. ''Dans le second, nous aurons les mêmes adversaires, et en plus, les Protestants ''orthodoxes ''et les ''Grecs schismatiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Question préalable : Que Jésus a pu songer à fonder une Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
303. — D'après les ''protestants libéraux ''et les ''modernistes, ''l'institution d'une Église ne pouvait pas être dans la pensée de Jésus, la prédication du Sauveur n'ayant d'autre but que l'établissement du royaume de Dieu. Le royaume de Dieu, en effet, tel que nos adversaires le conçoivent, est incompatible avec la notion catholique de l'Église. Le royaume de Dieu prêché par Jésus serait: — 1. un royaume ''purement spirituel, ''d'après les uns (Sabatier, Stapfer, Harnack) ; — 2. un royaume ''uniquement eschatologique, ''d'après les autres (M. Loisy). Nous allons examiner ces deux systèmes, et nous montrerons qu'ils sont une interprétation incomplète, et par conséquent ''fausse, ''de la pensée et de l'œuvre de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le système d'un royaume de Dieu seulement intérieur. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''304. — 1° Exposé du système'''. — Si nous en croyons Sabatier et Harnack, ''Jésus n'a jamais songé à fonder une Église, ''en tant que ''société visible. ''Il s'est borné à prêcher un royaume de Dieu ''intérieur ''et ''spirituel ; ''son unique préoccupation a été d'établir le règne de Dieu dans l'âme de chaque croyant, en produisant en lui une ''rénovation intérieure ''et on lui inspirant envers Dieu les sentiments d'un fils à l'égard de son Père. Dans sa race, dans son milieu, dans la génération de son temps, Jésus trouvait une religion exclusivement rituelle et formaliste. Sans doute, il un l'a pas interdite d'un seul coup ; mais ce côté extérieur de la religion, il l'a on visage comme secondaire. Ce que l'on peut au contraire regarder comme la grande nouveauté apportée par lui, comme l'élément original et qui lui appartient en propre, ce qui, en d'autres termes, est bien ''l'essence du christianisme, ''c'est la place prépondérante accordée désormais au sentiment. Ainsi le royaume de Dieu serait un royaume intime et spirituel, s'adressant aux besoins de l'âme, n'impliquant aucune adhésion à des dogmes, à des institutions positives et à des rites tout extérieurs, laissant donc toute liberté au ''sens individuel. ''D'où il suit que l'organisation du christianisme en société hiérarchique serait en dehors du plan tracé par le Sauveur ; l'Église serait une ''création humaine ''dont il appartient à l'histoire de découvrir les ''origines ''et les ''causes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''305. — 2° Réfutation'''. — Que la religion prêchée par le Christ, autrement dit, le royaume de Dieu soit surtout ''d'essence spirituelle, ''que la grande innovation du christianisme ait été la rénovation intérieure par la foi, la charité et l'amour du Père, que ces conceptions de Jésus aient créé un abîme entre le pharisaïsme alors régnant et la religion nouvelle, c'est ce dont nous aurions mauvaise grâce à ne pas convenir avec Harnack. Il ne faudrait pourtant rien exagérer, car, dans une certaine mesure, le royaume spirituel n'était nullement étranger à l'enseignement des prophètes, comme nous l'avons vu en étudiant l'argument prophétique (N° 248). Toutefois il n'en est pas moins vrai, — et c'est ce qu'il fait reconnaître avec Harnack, — que le royaume spirituel et intérieur est bien l'œuvre de Jésus. Alors que la voix des prophètes avait eu peu d'écho, Jésus seul eut assez d'autorité pour remonter le courant et opposer à la justice tout extérieure et matérielle du culte mosaïque la&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
justice du nouveau royaume où les vertus intérieures telles que l'humilité, la chasteté, la charité, le pardon des injures, occupent la première place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, ces justes concessions une fois faites, s'ensuit-il qu'il y ait lieu de conclure, avec Harnack, que le royaume de Dieu annoncé et établi par le Christ, soit un royaume ''purement individuel, ''une société invisible composée des âmes justes, et qu'il n'ait aucun caractère ''collectif ''et ''social? ''Est-on même en droit de prétendre que la ''perfection intérieure ''doit être considérée comme l’''essence du christianisme, ''parce que seule elle est l'œuvre du Christ? Il semble bien que non, et il y a dans cette manière de voir un sophisme que M. Loisy a relevé dans les termes suivants. « II y aurait, dit-il, peu de logique à prendre pour l'essence totale d'une religion ce qui la différencie d'avec une autre. La foi monothéiste est commune au judaïsme, au christianisme et à l'islamisme. On n'en conclura pas que l'essence de ces trois religions doive être cherchée en dehors de l'idée monothéiste. Ni le juif, ni le chrétien, ni le musulman n'admettent que la foi à un seul Dieu ne soit pas le premier et le principal article de leur symbole. . C'est par leurs différences qu'on établit la destination essentielle de ces religions, mais ce n'est pas uniquement par ces différences qu'elles sont constituées... Jésus n'a pas prétendu détruire la Loi, mais l'accomplir. On doit donc s'attendre à trouver dans le judaïsme et dans le christianisme, des éléments communs, essentiels à l'un et à l'autre... L'importance de ces éléments ne dépend ni de leur antiquité, ni de leur nouveauté, mais de la place qu'ils tiennent dans l'enseignement de Jésus et du cas que Jésus lui-même en a fait. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn252 [252]] Autrement dit, ce n'est pas parce que le Messie a enseigné que le « ''royaume de Dieu ''» devait être ''surtout ''spirituel, qu'il faut en conclure qu'il doit être ''exclusivement ''spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du reste, la chose apparaît tout à fait évidente si l'on prend soin de remettre le ''langage de Jésus ''dans les ''conditions de milieu ''et d'idées dans lesquelles il a été tenu. Si le Sauveur insiste tout particulièrement sur l'idée de perfection intérieure et de rénovation spirituelle, c'est qu'il doit corriger les conceptions fausses des Juifs. Ceux-ci attendent un royaume temporel ; ils se sont attachés dans les prophéties à l'élément secondaire (V. Nos 248 et 253) et ils croient à la restauration du royaume d'Israël. Le Messie veut donc redresser leurs conceptions fausses et leur faire comprendre que le royaume de Dieu qu'il est venu établir, n'est nullement un royaume temporel, qu'il n'est pas le triomphe d'une nation sur les autres, mais un royaume qui s'adresse à tous les peuples et dans lequel aura accès tout homme de bonne volonté qui pratique les vertus morales et intérieures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le royaume ne soit pas purement spirituel, qu'il ait au contraire un caractère ''collectif ''et ''social, ''c'est ce qui ressort surtout de nombreuses ''paraboles, ''qui sont, on le sait, une des formes les plus ordinaires sous lesquelles Jésus donne son enseignement. Il est clair, par exemple, que les paraboles où Notre-Seigneur compare le royaume au champ du père de famille sur lequel poussent à la fois le bon grain et l'ivraie (''Mat., ''xiii, 24, 30), au filet du pécheur où se confondent les bons et les mauvais poissons ''(Mat., ''xiii, 47), n'auraient aucun sens dans l'hypothèse d'un royaume purement intérieur et spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, le ''terme ''de ''royaume de Dieu ''ne serait-il pas bien ''impropre ''s'il fallait l'entendre du ''règne de Dieu dans l'âme individuelle? ''Ce n'est plus en effet d'un royaume qu'il s'agirait, mais d'autant de royaumes qu'il y aurait d'âmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de ce système s'appuient, il est vrai, pour prouver leur thèse, sur ce texte de saint ''Luc ''(xvi, 20) « ''Ecce regnum Dei intra vos est ''» qu'ils traduisent ainsi : « Le royaume de Dieu est ''en ''vous. » Mais ce texte comporte un autre sens, et il semble plus juste et plus en rapport avec le contexte de traduire : « Le royaume de Dieu est ''au milieu ''de vous. » D'après saint ''Luc, ''en effet, ce sont les pharisiens qui interrogent Notre-Seigneur. Comme ils lui demandent quand viendra le royaume de Dieu, il leur répond : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : il est là ; car voyez, le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Ainsi remise dans son cadre, la parole de Jésus paraît plutôt contredire le système d'un royaume purement intérieur que de le favoriser. S'adressant à des pharisiens qui étaient incrédules, qui, du fait qu'ils rejetaient l'Évangile, se mettaient en dehors du royaume, n'est-il pas évident que Jésus ne pouvait leur dire que ce royaume était en eux, c'est-à-dire dans leurs âmes? La pensée du Sauveur est donc tout autre. Se heurtant aux idées fausses de ses adversaires, qui s'imaginaient que la venue du royaume et du Messie serait accompagnée de signes éclatants, de prodiges extraordinaires dans le ciel, Jésus apprend aux pharisiens comment le royaume de Dieu doit venir. Il ne viendra pas, leur dit-il alors, comme une chose qu'on peut observer, comme un astre dont on pourrait suivre le cours, car le royaume sera surtout spirituel et se dérobera par conséquent à l'observation. Du reste, ajoute Notre-Seigneur, n'allez pas le chercher où il ne faut pas, car il est ''déjà venu, ''il est ''au milieu ''de vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la correcte interprétation du texte de saint Luc, ainsi que des raisons qui précèdent, il résulte donc que le royaume de Dieu ne peut être considéré comme un royaume ''purement spirituel, ''qu'il est au contraire ''collectif ''et ''social, ''et qu'on ne peut induire de là que Jésus n'ait jamais songé à fonder une ''Église visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. —. Le système d'un royaume de dieu purement eschatologique. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''306. — 1°''' '''Exposé du système.'''— Suivant M. Loisy, l'institution d'une Église n'a pu rentrer dans les desseins du Sauveur. Voici à peu près comment l'auteur de ''l’Évangile et l'Église ''entend le démontrer. A l'époque où parut Notre-Seigneur, c'était une idée courante parmi les Juifs, que le Messie aurait pour mission d'inaugurer le règne final et définitif de Dieu ou, si l'on aime mieux, le ''royaume eschatologique. ''Or, si l'on analyse les textes des Évangiles, du seul point de vue critique et sans les déformer par une interprétation théologique, il semble bien que Jésus partageait l'erreur de ses contemporains. En conséquence, sa prédication a eu un double but : —-1. ''annoncer la venue prochaine du royaume ''en même temps que la fin du monde qui devait en être l'accompagnement obligé ; et — 2. ''y préparer les âmes ''par le renoncement aux biens de ce monde et par la pratique des vertus morales capables de procurer la justice. Le Christ de l'histoire n'a donc pas pu songer à fonder une Église, c'est-à-dire une ''institution durable, ''puisque son œuvre n'était pas appelée à durer et qu'elle devait se terminer à brève échéance par l'avènement du royaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc parler ''à l'institution divine de l'Église. ''Ce sont les ''circonstances ''et la ''non-réalisation ''du ''royaume eschatologique ''qui ont déterminé les disciples à corriger le programme de leur Maître, à « réinterpréter » ses paroles « pour accommoder à la condition d'un monde qui durait, ce qui avait été dit à un monde censé près de finir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn253 [253]]. D'où il paraît légitime de conclure que Jésus « annonçait le royaume, et c'est l'Église qui est venue.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn254 [254]] Cependant, d'après la ''théorie moderniste, ''si l'Église ne procède pas d'une pensée et d'une volonté expresse de Jésus, l'on peut dire cependant qu'elle se rattache à l'Évangile, en tant qu'elle fait suite à la société que Jésus avait groupée autour de lui en. vue du royaume. Elle est ainsi, en un certain sens, le résultat légitime, quoique inattendu, de la prédication du Christ, et rien n'empêche de voir, entre l'Évangile et l'Église, un rapport étroit, et de dire en toute vérité que l'Église continue l'Évangile»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn255 [255]]. En d'autres mots, Jésus avait groupé autour de sa personne un certain nombre de disciples à qui il donna la mission de préparer l'inauguration prochaine du royaume, et comme les événements ont trompé l'attente des apôtres, — le royaume si ardemment désiré et si impatiemment attendu n'étant pas venu, — la petite société a grandi et, en grandissant, elle a donné naissance à l'Église. L'on peut donc définir l'Église : la société des disciples du Christ, qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique, se sont organisés et adaptés aux conditions d'existence de l'heure présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait se demander ce que M. Loisy fait des textes évangéliques qui rapportent l'institution de l'Église. C'est bien simple. Comme les protestants libéraux, il les déclare sans valeur pour l'historien, et il en donne comme raison que « les textes qui concernent véritablement l'institution de l'Église sont des paroles du Christ glorifié ». Ces textes seraient donc des produits de la pensée chrétienne. Et M. Loisy conclut que « l'institution de l'Église par le Christ ressuscité n'est pas un fait tangible pour l'historien»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn256 [256]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''307. — 2° Réfutation'''. — N'ayant d'autre objectif que de préparer les âmes à la venue imminente du royaume des cieux et à sa parousie, le Christ ne pouvait songer à organiser une société durable : telle est l'idée maîtresse du système de M.Loisy. Or nous allons prouver que, pour soutenir une thèse aussi absolue, il est nécessaire de se livrer à un découpage de textes que rien n'autorise, et procéder à un choix inadmissible ou à une interprétation fantaisiste des passages de l'Évangile qui s'appliquent à l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérons d'abord le ''point de départ ''Est-il vrai que les contemporains de Jésus n'aient eu d'autre idée que l'établissement du ''règne définitif ''de Dieu? Comme l'a fort bien démontré le P. Lagrange[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn257 [257]], l'on peut distinguer au contraire dans la littérature de l'époque deux manifestations de la pensée juive : celle que l'on trouve dans les ''apocalypses ''et celle des ''rabbins. ''Or, pas plus dans l'une que dans l'autre, le règne messianique n'est identifié avec le ''règne final ''de Dieu ; ni d'un côté ni de l'autre l'on ne se désintéresse de l'avenir d'Israël en ce monde. Il y a toutefois cette différence entre les deux que les auteurs apocalyptiques insistaient beaucoup plus sur le royaume eschatologique tandis que les rabbins, dans leur concept du règne messianique, attachaient une part plus importante au monde présent. Si, par conséquent, Jésus avait adopté les idées des apocalypses et n'avait voulu prêcher qu'un royaume purement eschatologique, il n'aurait pas manqué de corriger les croyances des rabbins Or cela, il ne l'a pas fait. De l'examen impartial des Évangiles il résulte au contraire que le Sauveur présente le royaume comme devant avoir une double phase : une phase terrestre avant la période de consommation finale. Il y a en effet de nombreux caractères par lesquels Jésus décrit le royaume, qui sont totalement inconciliables avec le royaume eschatologique et qui ne s'accordent qu'avec la vie présente. C'est ainsi que Jésus parle du royaume comme ''déjà inauguré. ''« Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est emporté de force», est-il dit dans saint ''Matthieu ''(xi, 12). Ainsi encore il réplique aux Pharisiens qui l'accusent de chasser les démons au nom de Belzébuth : « Que si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu à vous » ''(Mat., ''xii, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout dans les ''paraboles ''que l'enseignement de Jésus transparaît le plus. Le royaume y est représenté comme une ''réalité déjà existante ''et concrète, comme un royaume destiné à ''grandir ''et à se développer, — parabole du grain de sénevé ''(Mat., ''xiii, 31, 35; ''Marc, ''IV, 30, 32), — comme un royaume comportant le mélange des bons et des méchants, — paraboles du bon grain et de l'ivraie ''(Mat., ''xviii, 24, 30), du filet qui ramasse des poissons de toutes sortes, bons et mauvais ''(Mat., ''xiii 47, 50), des vierges sages et des vierges folles ''(Mat., ''xxiv, 1, 18). Autant de caractères qui ne sont pas applicables au royaume eschatologique et qui ne peuvent convenir qu'à un royaume déjà formé, susceptible de s'étendre et de se perfectionner, préparatoire à une autre forme de royaume qui, elle, sera la forme; définitive, où le bon grain seul sera engrangé, où le tri entre les bons et les mauvais poissons sera chose faite, et d'où les vierges folles seront exclues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela serait juste, ''répliquent ''alors les ''partisans du système eschatologique, ''si les textes allégués pour prouver l'annonce d'un royaume terrestre étaient ''authentiques. ''Mais, ils ne le sont pas. Ils ont été introduits dans la trame évangélique par la première génération chrétienne qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique attendu, n'a pas craint de travestir 1 enseignement du Sauveur pour mettre sa pensée et ses paroles en harmonie avec les faits. Qu'il y ait dans les Évangiles deux séries de textes : l'une ''eschatologique, ''l'autre ''non eschatologique, ''et que les textes qui annoncent la fin du monde et la parousie soient incompatibles avec ceux qui parlent d'un royaume terrestre, c'est ce que tout critique de bonne foi doit reconnaître. Mais si les deux séries sont exclusives l'une de l'autre, il faut donc choisir entre les deux et rechercher la tradition primitive, celle qui doit être attribuée à Jésus. Or, ajoute-t-on, il y a tout&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
lieu de croire que la série eschatologique seule représente la pensée authentique de Jésus, car elle n'a pu être inventée au moment où les événements venaient la démentir. La seconde série aurait donc été élaborée ultérieurement pour adapter l'Évangile du salut aux circonstances nouvelles imposées par le développement chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'objection des modernistes est plus spécieuse que solide. ''Ils ont raison sans doute, lorsqu'ils affirment qu'il y a dans les Évangiles deux séries de textes, mais sont-ils en droit de conclure que ces deux séries sont exclusives l'une de l'autre? N'y a-t-il pas plutôt un ''moyen de les concilier? ''Le nœud du problème est là. Si Jésus a annoncé la fin du monde et l'avènement du royaume eschatologique comme des choses imminentes, il y a sans contredit opposition entre les deux séries de textes. Jésus qui se serait mépris si gravement en montrant le royaume eschatologique dans un avenir tout proche, ne pourrait plus être l'auteur de la série non eschatologique. Mais la question est précisément de savoir s'il a présenté la fin du monde et la venue du royaume eschatologique comme des événements prochains. A la question ainsi posée nous pourrions d'abord répondre qu'il y a tout lieu de croire ''a priori ''que la conciliation est possible, car comment admettre que les Évangélistes rapportant les paroles de Notre-Seigneur, assez longtemps après qu'elles avaient été prononcées, auraient été assez maladroits pour introduire dans leurs récits des textes en contradiction avec ces paroles? De deux choses l'une. Ou bien les Évangélistes sont sincères ou ils ne le sont pas. Dans la première hypothèse, ils auraient reproduit fidèlement les paroles de leur Maître et nous n'aurions qu'une série de textes : la série eschatologique. Dans la seconde hypothèse, ils n'auraient pas manqué de supprimer la série eschatologique, puisque les événements lui donnaient tort, et ils lui auraient substitué purement et simplement la série non eschatologique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voyons si les textes de la série eschatologique ne comportent pas d'autre explication que celle donnée par les modernistes Cela nous ramène à la célèbre prophétie sur la fin du monde dont nous avons parlé dans la seconde Partie (N° 260). Nous n'insisterons donc pas sur ce point. Qu'il nous suffise de rappeler que la parole de Notre-Seigneur « Cette génération ne passera pas avant que toutes ces choses ne s'accomplissent» ''(Mat, ''xxiv, 34 ; ''Marc, ''xiii 30 ; ''Luc, ''xxi, 32), invoquée par nos adversaires pour prouver que Jésus croyait à la fin imminente du monde, s'applique plutôt, d'après le contexte, à la ruine de Jérusalem et du peuple juif. Que les Évangélistes ne distinguent pas les deux catastrophes avec assez de netteté, que ''leurs récits ''concernant à la fois la fin du monde et la ruine du Temple ''manquent de précision, ''c'est ce qui n'est pas douteux. Et cela est si vrai que beaucoup de critiques ont pu croire que, entraînés par les idées courantes de leur milieu, les Apôtres s'étaient trompés sur la pensée de Jésus. Nous avons vu (p. 272) ce qu'il fallait penser de cette opinion. En toute hypothèse, on ne saurait admettre que Jésus lui-même ''ait commis l'erreur ''que nos adversaires lui imputent. Tout au contraire, il ne paraît pas douteux, — à s'en tenir aux simples données d'une sage critique littéraire, — que la catastrophe dont Jésus annonce la date prochaine et à laquelle la génération de son temps doit assister, c'est la ruine de Jérusalem et du Temple, tandis que l'époque de la seconde ne serait envisagée que dans une perspective beaucoup plus lointaine, puisque Jésus dit que « personne n'en connaît ni le jour ni l'heure » ''(Mat., ''xxiv, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux passages qui déclarent imminente la venue du Fils de l'homme sur les nuées du ciel ''(Mat., ''xvi, 28 ; xxvi, 64 ; ''Marc, ''ix, 1 ; ''Luc, ''ix, 27 ; xxii, 69), il est permis d'entendre par là la prédiction de ''l'admirable essor ''que prendra bientôt le règne messianique et dont la génération à laquelle Notre-Seigneur s'adresse sera témoin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn258 [258]]. Ainsi interprétés, ces textes se sont vérifiés à la lettre, vu que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite avec une merveilleuse rapidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la discussion qui précède il n'est donc pas téméraire de conclure que, pas plus que le système d'un royaume purement intérieur et spirituel, le système d'un ''royaume exclusivement eschatologique ''n'est acceptable. Il n'est pas vrai de dire alors que Jésus n'a pu nullement envisager l'établissement d'une Église en tant que société visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus-Christ a fondé une Église. Ses caractères essentiels. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
308. — ''Position du problème ''— Il vient d'être démontré ci-dessus que « le royaume de Dieu» prêché par le Christ comporte une première période qui peut s'appeler la ''phase terrestre ''et préparatoire du royaume eschatologique. Or ce royaume comprend tous ceux qui acceptent la doctrine enseignée par Jésus. Il est par conséquent une ''société ''et c'est à cette société que nous donnons le nom ''à l'Église. ''La question qui se pose donc à présent, c'est de savoir quelle est la ''nature ''de cette société. Se compose-t-elle de membres égaux : auquel cas l'interprétation de la doctrine du Christ serait laissée à l'arbitraire du jugement individuel? Est-elle au contraire constituée sur le principe de la ''hiérarchie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn259 [259]], comprenant deux ''groupes distincts, ''l'un qui enseigne et gouverne, l'autre qui est enseigné et gouverné! Jésus a-t-il ''institué ''lui-même une ''autorité ''à laquelle il ait confié la charge d'enseigner authentiquement sa doctrine! Bref, le christianisme est-il « ''religion de l'esprit » ''ou « ''religion d'autorité ''»?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Protestants orthodoxes, ''que nous avons désormais devant nous, soutiennent la première hypothèse. Ils n'admettent pas que Jésus ait créé une ''autorité vivante. ''Les vérités à croire, les préceptes à suivre et les moyens de sanctification, tout serait abandonné à l'appréciation subjective de chaque croyant. Entre Dieu et la conscience Jésus n'aurait placé aucun intermédiaire obligatoire. Que si on leur demande alors pourquoi ils se groupent et tiennent des réunions; ils répondent que c'est tout simplement pour prier en commun, pour lire et commenter l'Evangile, pour pratiquer les rites du baptême et de la cène, et pour s'édifier mutuellement dans l'amour de Dieu et la charité fraternelle ''mais non pour obéir à une autorité constituée. ''C'est d'ailleurs sur ''l'histoire ''que les Protestants entendent appuyer leur point de vue. Nous verrons plus loin comment ils expliquent la création d'une hiérarchie, et partant, les ''origines du catholicisme ''(V. N° 312).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contre de telles affirmations il s'agit donc de prouver que Jésus a institué une ''hiérarchie permanente, ''— le collège des Douze et leurs successeurs, — à la tête de laquelle il a placé un chef unique, Pierre et ses successeurs : hiérarchie à laquelle il a octroyé une autorité gouvernante, revêtue d'une divine garantie: l’''infaillibilité doctrinale. ''Pour mieux atteindre notre but, nous décomposerons les questions dans les propositions suivantes. Nous prouverons : 1° que Jésus ''a fondé une hiérarchie ''en conférant aux Apôtres le triple pouvoir d'enseigner, de régir et de-sanctifier, qu'il a donc constitué une ''autorité vivante ; ''— 2° que cette hiérarchie est ''permanente, ''le triple pouvoir des Apôtres devant se transmettre à leurs successeurs ; — 3° que, à la tête de la hiérarchie, il a placé un ''chef unique ''(primauté de Pierre et de ses successeurs) ; — 4° qu'il a garanti la conservation intégrale de sa doctrine en octroyant à l'Eglise enseignante le privilège de ''l'infaillibilité. ''D'où quatre paragraphes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
309. — ''État de la question. ''— ''a) ''Les Protestants ''orthodoxes, ''avons-nous dit (N° 308), n'admettent pas que Jésus ait constitué à la tête de son Église une ''autorité vivante, ''mais ils concèdent l'historicité et même l'inspiration des textes évangéliques invoqués par les catholiques en faveur de leur thèse. — ''b) ''Au contraire, les ''rationalistes, ''les Protestants ''libéraux ''et les ''modernistes ''rejettent l'authenticité de ces textes. Ils prétendent qu'ils sont dus à un travail postérieur et rédactionnel d'auteurs inconnus et auraient été introduits dans la trame évangélique après les événements, c'est-à-dire au moment où l'institution d'une Église hiérarchique était un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique ''s'appuie donc sur un double argument: — 1. sur un ''argument tiré des textes évangéliques ''que nous sommes en droit d'invoquer contre les Protestants orthodoxes, et — 2. sur un ''argument historique, ''où nous aurons à réfuter la fausse conception des libéraux et des modernistes sur les origines de l'Église hiérarchique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''310. — 1° Argument tiré des textes évangéliques'''. — ''Nota. ''—Lorsque nous soutenons qu'il est possible de retrouver l'institution d'une ''Église hiérarchique ''dans les textes évangéliques, qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous ne voulons pas dire que Jésus a déclaré ''explicitement ''qu'il fondait une Église hiérarchique qui serait gouvernée un jour par les Évêques sous le principat du Pape. Des paroles aussi formelles n'ont pas été prononcées. I1 suffit, pour la démonstration de notre thèse, d'établir que nous on retrouvons l'équivalent dans ce double fait qu'il ''choisit Douze Apôtres ''et leur ''délégua des pouvoirs spéciaux à ''eux, à l'exclusion des autres disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CHOIX DES ''« ''DOUZE ''». — Tous les Évangélistes sont d'accord pour témoigner que, parmi ses disciples, Jésus en ''choisit douze ''qu'il nomme ses Apôtres ''(Mat., ''x, 2, 4 ; ''Marc, ''iii, 13, 19 ; ''Luc, ''vi, 13, 16 ; ''Jean, ''i, 35 et suiv.), qu'il instruit d'une façon toute particulière, à qui il dévoile le sens des paraboles qui restent incomprises de la foule ''(Mat., ''xiii, 11), qu'il associe déjà à son œuvre en les envoyant prêcher le royaume de Dieu aux fils d'Israël ''(Mat., ''x, 5, 42 ; ''Marc, ''vi, 7, 13 ; ''Luc, ''IX, 1,6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''P0UV0IRS CONFÉRÉS AU COLLÈGE DES DOUZE. ''— ''a) ''A ce ''collège des Douze, ''— à Pierre en particulier ''(Mat., ''xvi, 18, 19), à l'ensemble du collège (''Mat., ''xviii, 18), — Jésus commence par ''promettre ''le pouvoir de « ''lier ''dans le ciel ce qu'ils auront lié sur la terre », c'est-à-dire une ''autorité gouvernante ''qui les fera juges des cas de conscience, qui leur donnera la faculté de prescrire ou de défendre, et partant, de créer des obligations, si bien que celui qui n'écoutera pas l'Église sera regardé « comme un païen et un publicain» ''(Mat., ''xviii, 17). Mais, ''objectent ''les Protestants à propos de ce dernier texte, le mot Église est employé au verset 17 dans le sens restreint d'assemblée (N° 300), et dès lors, ce passage ne saurait servir d'argument en faveur de l'existence d'une autorité hiérarchique.— Nous ne contesterons pas que, dans le texte en question, le mot Église prête à deux interprétations. Il faut donc faire intervenir ici la règle de critique qui veut que tout passage obscur soit interprété d'après les autres passages parallèles qui sont plus clairs. Or il ne fait pas de doute que, dans les autres textes où il est question des pouvoirs accordés par Notre-Seigneur à son Église, cette concession ne concerne jamais que le collège apostolique. Il y a donc lieu de présumer le même sens pour le passage de saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Le pouvoir qu'il avait d'abord promis, Jésus le ''confère, ''peu de jours avant son Ascension, au collège des Douze, alors devenu le collège des Onze par la défection de Judas : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre, leur déclare-t-il. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » ''(Mat., ''xviii, 19,20). Ainsi le Christ accorde à ses Apôtres le triple pouvoir: — 1. ''d'enseigner : ''« Allez, enseignez toutes les nations » ; — 2. de ''sanctifier, ''par les rites institués à cet effet, en particulier, par le baptême ; — 3. de ''gouverner, ''puisque les Apôtres devront apprendre au monde à garder ce que Jésus a commandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu'on ''n'objecte ''pas encore que ce texte n'a aucune valeur sous prétexte que les paroles et les actes du Christ ressuscité ne peuvent être contrôlés par l'historien. Le préjugé rationaliste serait manifeste. Du moment en effet que la Résurrection peut être démontrée comme un fait historique et qu'elle est une réalité dont les Apôtres ont acquis la certitude, il y aurait autant de parti-pris à rejeter les paroles du Christ ressuscité que la résurrection elle-même. Du reste, les paroles du Christ ressuscité sont si bien liées avec les paroles de la promesse, que contester les unes c'est contester les autres, et que nier les unes et les autres c'est rendre inexplicable la conduite des Apôtres qui, après la mort de leur Maître, revendiquèrent le triple pouvoir ci-dessus mentionné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''311. — 2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— ''Préliminaires. ''— 1. Quelle que soit la valeur des textes évangéliques qui nous prouvent que l'Église n'est pas hors de la ligne de l'Évangile, il va de soi que la question de l'institution divine d'une Église hiérarchique est, avant tout, historique. Si l'histoire en effet nous apportait la preuve que la création de l'Église serait postérieure à l'âge apostolique, et aurait été le résultat de circonstances accidentelles, l'on aurait beau invoquer les textes de l'Évangile : nos adversaires seraient certes en droit de les considérer comme des interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les ''documents ''qui servent à l'étude du christianisme naissant sont les ''Actes des Apôtres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn260 [260]], les ''Épîtres de saint Paul[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn261 [261]], et pour la période sub-apostolique (c'est-à-dire pour les trois générations qui suivent les Apôtres) les écrits des ''Pères ''et des ''écrivains ecclésiastiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est parlé de « ''charismes ''» à maintes pages des Actes des Apôtres. Que faut-il entendre par là? Les charismes (grec « ''charis ''» et « ''charisma ''» grâce, faveur, don) sont des ''dons surnaturels ''octroyés par le Saint-Esprit en vue de la propagation du christianisme et pour le bien général de l'Église naissante. Ce sont des manifestations de l'Esprit Saint, parfois même étranges et désordonnées, telles que le don des langues ou ''glossolalie ''qui consistait à louer Dieu en langue étrangère et en des accents d'enthousiasme, exalté (Lire à ce sujet : I ''Cor., ''xiv). Les charismes auxquels on attachait le plus de prix étaient le don des miracles et le don des prophéties ; mais quelle qu'en fût la nature, ils étaient toujours des ''signes divins ''qui avaient pour but de confirmer la première prédication de l'Évangile. — 4. Nous allons exposer, en nous plaçant sur le seul terrain de l'histoire, les deux thèses, rationaliste et catholique, sur les ''origines de l’Église. ''La première que nous mettons sous l'étiquette générale de rationaliste, est, en réalité, le point de vue, non seulement des rationalistes, mais de tous les historiens protestants, orthodoxes ou libéraux, et des modernistes. Le meilleur exposé français en a été fait par A. Sabatier (''Les Religions d'autorité et la Religion de l'esprit, ''pp. 47-83, 4e éd.) En voici un résumé, aussi objectif que possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
312. — A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— ''Les origines de l'Église. ''— 1. La création d'une Église hiérarchique ne saurait être l'œuvre de Jésus. ''« ''Non seulement il n'a pas voulu cette Église, mais il ne pouvait même la prévoir, pour la bonne raison qu'il croyait venir aux derniers jours du monde et que tout ce développement historique du christianisme restait en dehors de son horizon de Messie.» — 2. Comme les Apôtres « attendaient de jour en jour le retour triomphant de leur Maître sur les nuées du ciel», ils vivaient « dans l'exaltation et la fièvre», se regardant i comme des étrangers et des voyageurs qui passent sans songer à aucun établissement durable ».— 3. Les premières communautés formées par les disciples du Christ n'eurent donc rien d'une société hiérarchique. « Les dons individuels (charismes) départis car l'Esprit aux divers membres de la communauté répondaient à tous les besoins. C'était l'Esprit agissant dans chaque fidèle qui déterminait ainsi les vocations et attribuait aux uns et aux autres, suivant la faculté ou le zèle de chacun, des min stères et des offices qui paraissaient devoir être provisoires.» — 4. Les premières communautés chrétiennes composées à l'origine • de membres égaux entre eux et distingués par la seule variété des dons de l'Esprit» deviennent avec le temps « des corps organisés, de véritables églises qui se développent et prennent d'abord des physionomies différentes, suivant la diversité des milieux géographiques et sociaux. L'assemblée des chrétiens se modèle, en Palestine et au delà du Jourdain, sur la synagogue juive... En Occident, elle semble plutôt reproduire la forme des collèges ou associations païennes, si nombreuses à cette époque dans les villes grecques. Cependant « les associations chrétiennes dispersées dans l'empire entretiennent entre elles des relations fréquentes… Il est donc naturel qu’elles aient eu dès le principe, la conscience très vive de leur unité spirituelle et qu’au dessus des Eglise particulières et locales ait apparu, précisément dans les lettres de l’apôtres aux païens, l’idée de ''l’Eglise de Dieu, ou du Christ une et'' ''universelle... ''L’unité idéale de l'Eglise tendra à devenir une réalité visible, par l'unité de gouvernement, de cul le et de discipline». — 5. Pour créer cette unité, deux conditions nécessaires manquent encore. Il faut d'abord que la chrétienté apostolique trouve Un centre fixe autour duquel les églises particulières puissent se grouper. Ensuite il faut qu'elles arrivent à tiret d'elles-mêmes une règle dogmatique et un principe d'autorité qui leur permette de vaincre toutes les hérésies et toutes les résistances». Or ces deux conditions se réalisèrent de la façon suivante. Après la destruction de Jérusalem en l'an 70, « la chrétienté gréco-romaine cherchait un centre nouveau autour duquel elle se pût grouper, elle ne devait pas hésiter bien longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grandes Églises d'Antioche, d'Éphèse, d'Alexandrie se faisaient équilibre et n'avaient d'autorité que sur les communautés de leur région. Seule une ville s'élevait au-dessus de toutes les autres et avait une importance universelle. Rome restait toujours la ville éternelle et sacrée... La capitale de l'empire était marquée à l'avance pour devenir la capitale de la chrétienté. » Voilà pour la première condition : le ''centre fixe, ''principe de l'unité hiérarchique, est trouvé. — 6. Les sectes nombreuses, entre autres, les grandes hérésies du ''gnosticisme, ''d'une part, et du ''montanisme, ''d'autre part, qui éclatent la première vers l'an 130 et la seconde, vers l'an 160, vont fournir l'occasion de remplir la seconde condition. L'on chercha et l'on découvrit « le moyen d'opposer à toutes les objections un ''déclinatoire, ''une sorte de question préalable qui faisait mieux que de réfuter l'hérésie, qui l'exécutait avant même qu'elle eût ouvert la bouche. Ce moyen, ce fut une confession de foi apostolique, un symbole populaire et universel, qui, devenant loi de l'Église, excluait de son sein, sans disputes, tous ceux qui se refusaient à le redire. Ce fut « la règle de foi », le Symbole dit des Apôtres qui vit le jour sous sa première forme, dans 1 Église de Rome, entre les années 150 et 160.» A partir de là seulement, le catholicisme avec son gouvernement épiscopal et sa règle de foi extérieure est fondé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, le christianisme aurait été d'abord « ''religion de l'esprit» ''n'ayant d'autre règle de foi que les ''charismes, ''c'est-à-dire les inspirations individuelles de l'Esprit Saint. Il n'aurait possédé, au début de son existence, ni hiérarchie, ni unité sociale et visible. Il n'aurait été indépendant ni des synagogues juives ni des associations païennes. Il ne serait devenu une ''religion d'autorité, ''il n'aurait eu sa hiérarchie que cent vingt ou cent cinquante ans après Jésus-Christ, à la fin du n° siècle, au temps &amp;quot;de saint Irénée et du pape saint Victor. Entre la mort de Jé3us et la constitution catholique de l'Église, l'histoire découvrirait donc une période intermédiaire où aucune organisation n'existait : période qu'on pourrait dénommer l'âge ''précatholique ''du christianisme. Il résulte de là que l'Église catholique ne saurait être d'institution divine. Sa naissance, son développement et les péripéties de son histoire, tout s'expliquerait par un concours de circonstances humaines. « Ce n'est qu'après que l'Église fut constituée en oracle infaillible... que l'on songea à justifier en théorie ce qui avait triomphé dans les faits. Le dogme ne consacre jamais que ce qui est déjà, depuis un siècle ou deux, passé en pratique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn262 [262]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
313. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. — Nota. ''— Avant toute discussion de la thèse rationaliste, il convient de remarquer, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, que les historiens catholiques ne prétendent nullement que l'on retrouve, à l'origine du christianisme, une Église tout organisée comme elle le sera par la suite. Requérir une pareille chose, ce serait vouloir que la semence jetée en terre devienne aussitôt un épi de blé avant de passer par les différentes phases de la germination. Les rationalistes concèdent qu'au début du me siècle, et même à la fin du second, l'Église possède une ''hiérarchie ''avec un ''centre d'unité ''et un ''symbole de foi. ''Notre enquête peut donc s'arrêter là. Il nous suffit dès lors de montrer que l'épi dont les historiens rationalistes constatent l'éclosion à la fin du second siècle, est le développement normal d'une semence confiée à la terre à l'origine du christianisme. Et, pour parler sans figures, nous prouverons ''qu'il n'y a pas eu d'âge précatholique, ''que les organes essentiels du christianisme postérieur, étaient précontenus dans le christianisme primitif, dès l'âge apostolique. Auparavant, nous allons reprendre, point par point, les divers articles du système rationaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
314. — ''a) Réfutation de la thèse rationaliste. ''— 1. Au ''point de départ, ''nos adversaires posent en principe que ''Jésus n'a pas pu songer à fonder une église, ''parce que la pensée de toute fondation durable était en dehors de son horizon messianique. C'est là un ''préjugé ''que nous avons réfuté précédemment (N° 307). Nous n'y reviendrons pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Est-il vrai, comme on l'affirme bien légèrement, que les Apôtres trompés par la prédication de Jésus et attendant la venue prochaine du royaume eschatologique, ne purent songer, pas plus que leur Maître, à ''une institution durable? ''S'il en était ainsi, si les Apôtres et les premiers chrétiens avaient été vraiment convaincus que le Christ leur avait annoncé l'imminence du royaume final, si tel était le dogme essentiel de leur foi, comment expliquer que cette première communauté ne se soit pas dissoute, dès que les faits lui démontrèrent que Jésus avait enseigné une erreur ? La chose paraît si évidente que des historiens libéraux, tels que Harnack, reconnaissent que l'Évangile était plus que cela, qu'il était quelque chose de nouveau, à savoir « la création d'une religion universelle fondée sur celle de l'Ancien Testament ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que les ''charismes ''ont fourni les premiers éléments d'organisation, est une hypothèse aussi dénuée de fondement. N'est-il pas évident, — et le fait n'est-il pas d'expérience quotidienne? — que l'inspiration individuelle n'aboutit jamais qu'à ''l'anarchie? ''Renan lui-même n'hésite pas à l'avouer. « La libre prophétie, écrit-il dans ''Marc Aurèle, ''les charismes, la glossolalie, l'inspiration individuelle, c'était plus qu'il n'en fallait pour tout ramener aux proportions d'une chapelle éphémère, comme on en voit tant en Amérique et en Angleterre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Il n'est pas plus juste de prétendre que les premières communautés chrétiennes n'eurent ''aucune autonomie ''et qu'elles n'étaient guère ''distinctes des synagogues ''ou des associations païennes. Sans doute, sur certains points secondaires, des concessions furent faites d'un côté comme de l'autre : c'est ainsi que les communautés composées exclusivement de Juifs convertis, « les judaïsants » furent autorisés à garder la pratique de la circoncision, tandis que les païens étaient admis au baptême sans passer par le judaïsme. Il fallait bien ménager les transitions. Mais ce qui n'en est pas moins vrai, c'est que le christianisme apparaît dès les premiers jours, comme une religion distincte, en dehors de la hiérarchie mosaïque, puisque les Apôtres se reconnaissent une mission religieuse, universelle, qu'ils ne tiennent pas des chefs du judaïsme. ''L'idée de l'Église une et universelle n'est donc pas une idée spéciale à saint Paul, ''encore qu'elle occupe une grande place dans son enseignement. Elle vient de ce fait que les Apôtres sont tous disciples du même Maître et prêchent la même foi, et si les différentes Églises du monde entier arrivent à ne former qu'une seule Église, c'est qu'elles procèdent toutes, par filiation, d'une même communauté primitive, de l'Église-mère de Jérusalem.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Il est faux de dire que la ''ruine de Jérusalem a déplacé le centre de gravité de la chrétienté, ''car déjà au temps des missions de saint Paul, bien avant par conséquent l'année 70, les communautés de la gentilité avaient répudié le ''judéo-christianisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn263 [263]] et n'avaient plus d'attache à la capitale de la Judée. Que Rome soit devenue alors la capitale de la chrétienté parce qu'elle était la capitale de l'Empire gréco-romain, c'est tout à fait vraisemblable. « Cette coopération de Rome, dit Mgr Batiffol, au rôle de la ''Cathedra Pétri, ''nous aurions mauvaise grâce à la contester ; nous faisons nos réserves sur les termes politiques dont on se sert pour la décrire, comme aussi sur la tendance à transformer en cause génératrice ce qui n'est qu'une circonstance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn264 [264]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Quant à l'influence attribuée au ''Symbole des Apôtres ''pour créer ''l'unité de foi ''de l'Église et pour réagir contre les hérésies naissantes, rien n'est plus contestable. Il n'est pas probable en effet que le texte romain qui était la profession de foi baptismale commune à Rome et aux églises de Gaule et d'Afrique, au temps de saint Irénée et même avant, fût imposé aux églises de la chrétienté grecque. Il y a tout lieu de croire même que celles-ci n'ont possédé aucun formulaire commun de leur foi avant le concile de Nicée (325). L'on ne peut donc soutenir que ce fut le symbole romain qui fut cause d'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rationalistes supposent que le Symbole des Apôtres aurait été rédigé à l'occasion des hérésies naissantes, en particulier du ''gnosticisme ''et du ''montanisme. ''Or il n'y a dans cette formule de foi aucune préoccupation antignostique, et les articles s'en retrouvent équivalemment dans des écrits antérieurs à l'hérésie gnostique, par exemple chez les apologistes comme saint Justin (vers 150), Aristide (vers 140) et saint Ignace (vers 110) ; on peut même dire que, tout au moins dans leur substance, ils font partie déjà de la littérature chrétienne de l'âge apostolique. A plus forte raison, le Symbole romain est-il indépendant du montanisme qui est une hérésie plus tardive et qui ne pénétra guère dans le monde chrétien d'Occident avant 180 : date à laquelle la formule du Symbole était déjà rédigée, de l'avis de nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315. — ''b) Preuves de la thèse catholique. ''— D'après les historiens catholiques, la hiérarchie de l'Église remonte à l'origine du christianisme. Comme nous en avons fait déjà la remarque (N° 313) il n'est pas douteux que l'Église ait connu le progrès dans les formes extérieures de son organisation, mais ce que nous affirmons, et ce qui est d'ailleurs le seul point en litige, c'est que l'évolution s'est faite normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''protestants ''et les ''modernistes ''admettent que, du temps de saint Irénée, du pape saint Victor et de la controverse pascale, l'Église possède une autorité enseignante et gouvernante, qu'elle est ''hiérarchique. ''Il nous sera facile de montrer qu'elle l'était bien avant, qu'elle le fut toujours et qu'il ''n'y a pas eu d'âge précatholique. ''Sans doute les documents sur lesquels s'appuie la thèse catholique, ne sont pas nombreux, mais ils sont d'un caractère décisif. Voici les principaux, énumérés dans l'ordre régressif. — 1. ''Témoignage de saint Irénée. ''A la rigueur, le témoignage de saint Irénée ne devrait pas être invoqué, puisque les rationalistes conviennent que, à cette date, l'Église hiérarchique était née. Si nous nous en servons, c'est qu'il est du plus haut intérêt et qu'il nous fait remonter beaucoup plus loin. Argumentant contre les hérétiques, saint Irénée présente le caractère hiérarchique de l'Église comme un ''fait notoire ''et ''incontesté, ''comme une fondation du Christ et des Apôtres. Or comment aurait-il pu revendiquer pour l'Église chrétienne une origine apostolique, si ses adversaires avaient été en état de lui apporter les preuves que la hiérarchie était de fondation récente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Témoignage de saint Polycarpe. ''De saint Irénée passons à la génération précédente. Nous trouvons le témoignage de saint Polycarpe qui, au milieu du second siècle, représente les pasteurs comme les ''chefs de la hiérarchie ''et les gardiens de la foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn265 [265]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Témoignages de saint Ignace d'Antioche ''(mort vers 110) et de ''saint Clément de Rome ''(mort 100). Avec ces deux témoignages nous arrivons au début du ne siècle et à la fin du Ier. Dans son Épître aux Romains, saint Ignace parle de l'Église de Rome comme du centre de la chrétienté: « Vous (Église de Borne), écrit-il, vous avez enseigné les autres. Et moi je veux que demeurent fermes les choses que vous prescrivez par votre enseignement » ''(Rom., ''iv, 1). Vers l'an 96, Clément de Rome, disciple immédiat de saint Pierre et de saint Paul, écrit une lettre aux Corinthiens où il donne de l'Église une notion équivalente à celle de saint Irénée, présentant la ''hiérarchie ''comme la ''gardienne de la Tradition, ''et l'Église de Rome comme la présidente universelle de toutes les Églises locales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Ainsi, de génération en génération, nous parvenons à l'âge apostolique. Nous avons ici, pour nous renseigner, les ''Actes des Apôtres. ''Les témoignages en sont clairs et précis : ils nous montrent avec évidence l'existence d'une société avec sa hiérarchie visible, sa règle de foi et son culte : — 1) ''sa hiérarchie visible. ''Dès la première heure du christianisme, les Apôtres jouent le double rôle de chefs et de prédicateurs. Ils choisissent Mathias pour remplacer Judas ''(Act, ''i, 12, 26).Le jour de la Pentecôte, saint Pierre commence ses prédications et fait de nombreux convertis ''(Act., ''ii, 37). Les Apôtres instituent bientôt des ''diacres ''à qui ils délèguent une partie de leurs pouvoirs (''Act., ''vi, 1,6); — 2) ''sa règle de foi. ''Incontestablement, parmi les premiers chrétiens, il y en eut qui furent favorisés des dons de l'Esprit Saint ou charismes, mais n'exagérons rien, et ne croyons pas pour autant que les premières communautés n'étaient que des groupes mystiques de Juifs pieux qui auraient reçu tous leurs dogmes des inspirations de l'Esprit Saint. Les charismes étaient des ''motifs de crédibilité ''qui poussaient les âmes à la foi ou entretenaient en elles la ferveur religieuse. Mais, loin d'être une règle de foi, ils restaient subordonnés au magistère des Apôtres et à la foi reçue. La preuve évidente en est que saint Paul en réglemente l'usage dans les assemblées (I ''Cor., ''xiv, 26) et n'hésite pas à déclarer qu'aucune autorité ne saurait prévaloir contre l'Évangile qu'il a enseigné (I ''Cor., ''xv, 1). Le christianisme primitif a donc sa règle de foi, et celle-ci lui vient des Apôtres. Sans doute elle n'est pas compliquée et tient en quelques points. Le thème général des prédications apostoliques, c'est que Jésus a réalisé l'espérance messianique, qu'il est le Seigneur à qui sont dus les honneurs divins et en qui seul est le salut ''(Act., ''iv, 12). C'est là une doctrine élémentaire, quoique susceptible de riches développements, que les apôtres imposent à tous les membres de la communauté chrétienne. Rien n'est laissé à l'inspiration individuelle. Que s'il surgit au sein de la jeune Église des sujets de controverse, le cas est déféré aux Apôtres comme à une autorité incontestée, à laquelle seule il appartient de trancher le point en litige ; — 3) ''son culte. ''La lecture des Actes des Apôtres nous témoigne abondamment que la société chrétienne possède et pratique des rites spécifiquement distincts de ceux du judaïsme: le baptême, l'imposition des mains pour conférer le Saint-Esprit, et la fraction du pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De cette longue discussion, il résulte bien que l'Église chrétienne est, au début de son existence, une ''société hiérarchisée, ''entendue au sens de la doctrine catholique (N° 300). Ce que les rationalistes appellent l'âge précatholique est un mythe. Mais si les Apôtres, aussitôt après l'Ascension de leur Maître, parlent et agissent en chefs, c'est qu'ils s'en croient le droit et les pouvoirs. Et s'ils se croient en possession de tels pouvoirs, c'est, selon toute vraisemblance, qu'ils les ont reçus de Jésus-Christ. Par conséquent, les ''textes de l’Évangile ''concordent avec les ''faits de l'histoire, ''et l'on ne voit plus, dès lors, de quel droit nos adversaires peuvent prétendre qu'ils ont été interpolés. C'est donc à juste titre que nous avons appuyé notre thèse sur un double argument, sur l'Évangile et sur l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §. 2. — Jésus-Christ a fondé une hiérarchie permanente. La succession apostolique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316. — ''État de la question. ''— Nous avons établi, dans le paragraphe précédent, que Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique du fait qu'il a institué une autorité enseignante et gouvernante dans la personne des Apôtres. Il s'agit maintenant de savoir si la juridiction conférée aux Apôtres était ''transmissible, ''et, dans le cas affirmatif, ''à qui ''la succession devait échoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici encore deux thèses sont en présence : la thèse ''rationaliste ''et la thèse ''catholique. ''— ''a) ''D'après la première, la hiérarchie n'étant pas d'institution divine, la question de la transmission de la juridiction apostolique ne se pose pas. C'est seulement le besoin qui aurait créé l'organe ; l’''épiscopat serait une institution purement humaine. ''Nous verrons plus loin à quelles circonstances les rationalistes en attribuent l'origine. — b) D'après la thèse ''catholique, ''les évêques, pris en corps, sont, de ''droit divin, les successeurs des Apôtres. ''Ils ont recueilli les pouvoirs du collège apostolique et jouissent de ses privilèges. La thèse catholique s'appuie sur un double argument : — 1. sur ''un argument tiré des textes évangéliques ''et — 2. sur ''un argument historique ''où nous aurons à réfuter la thèse rationaliste sur les origines de l'épiscopat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Argument tiré des textes évangéliques. — Les textes de l'Évangile doivent nous servir à traiter la ''question de droit, ''qui est de savoir si l'autorité apostolique était ''transmissible. ''Or la chose paraît découler, d'une manière évidente, des textes déjà invoqués, et en particulier, des paroles par lesquelles .Notre-Seigneur met les Apôtres à la tête de son Église. Ne leur dit-il pas en effet : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commande : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »? ''(Mat., ''xxviii, 20). Jésus donne à ses Apôtres la mission de prêcher l'Évangile à ''toute ''créature, de baptiser et de régir son Église ''jusqu'à la fin du monde. ''Voilà une tâche qui ne saurait être remplie par ceux à qui elle est confiée. Il suit donc de là que les pouvoirs conférés aux Apôtres n'ont pu être limités ni dans l'espace ni dans le temps, et que, par conséquent, dans la pensée du Christ, ils devaient se transmettre aux successeurs des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— Comme on peut le remarquer, nous avons insisté peu sur l'argument scripturaire, sur la ''question de droit. ''C'est que, on se le rappelle, nos adversaires s'accordent à récuser tous les textes qui rapportent les paroles du Christ ressuscité. Ils ne considèrent donc que la ''question de fait. ''Dans leur théorie « c'est à l'histoire et à l'histoire seule, en dehors de tout préjugé dogmatique, qu'il convient de demander les origines de l'épiscopat »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn266 [266]]. Nous allons résumer, en quelques points, comment ils expliquent ces origines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317. — A ''THÈSE RATIONALISTE.-— Les origines de l’épiscopat. ''— 1. D'après la thèse rationaliste, les membres des premières communautés chrétiennes étaient ''tous égaux ''(V. N° 312). Tous ils formaient un « ''peuple élu», ''un peuple de prêtres et de prophètes. — 2. L'on peut cependant distinguer dans la société chrétienne primitive « deux grandes classes d'ouvriers occupés à l'œuvre de Dieu ; d'une part, les hommes de la parole : les ''apôtres, ''les ''prophètes, ''les ''docteurs ; ''de l'autre, les ''anciens, ''les ''surveillants ''ou ''épiscopes, ''lès ''diacres ''». Les premiers étaient au service de l'Église générale et ne relevaient que de l’Esprit qui les inspirait. Les seconds étaient, au contraire, les employés élus de chaque communauté particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. « Non seulement on ne trouve au début aucune institution formelle de l'épiscopat ni d'une hiérarchie quelconque, mais les noms ''d'episcopi ''et de ''presbyteri ''sont équivalents et désignent les mêmes personnes.» « L'histoire authentique ne mentionne aucun exemple d’évêque constitué par un apôtre, et auquel un apôtre aurait transmis, par cette institution, soit la totalité, soit une partie de ses pouvoirs.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn267 [267]] Les pouvoirs d’enseigner et de gouverner étaient réservés à ceux qui étaient favorisés de charismes. C'est seulement petit à petit que les épiscopes ou presbytres, préposés d'abord à l'administration temporelle des Églises, se seraient emparés des pouvoirs d'enseigner et de gouverner, primitivement réservés aux Apôtres et à tous ceux qui jouissaient de charismes. D'après la thèse rationaliste, il ne faut donc pas parler de pouvoirs conférés par Jésus-Christ. Le christianisme est une démocratie où l'ensemble des chrétiens détient le pouvoir et le délègue à ses élus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn268 [268]]. L'autorité passe d'abord du peuple des fidèles au conseil des Anciens, aux ''seniores ''ou presbytres, puis de ceux-ci elle passe au plus influent d'entre eux qui devient l'Évêque unique, L'épiscopat serait par conséquent, selon le mot de Renan et de Harnack, une institution humaine née de la médiocrité de la masse et de l'ambition de quelques-uns : c'est la médiocrité qui aurait fondé l'autorité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn269 [269]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 — B. ''TRÈSE CATHOLIQUE. — a) ''Le ''point de départ ''de la thèse rationaliste qui suppose que les membres des premières communautés étaient ''égaux ''a été réfuté précédemment (N° 315).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La distinction établie entre les deux classes d'ouvriers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn270 [270]] qui travaillent à l'œuvre chrétienne, entre ce qu'on a appelé la hiérarchie ''itinérante ''et la hiérarchie ''stable, ''n'est pas contestable. Mais c'est à tort que les rationalistes y cherchent une preuve contre l'origine divine de l’épiscopat, comme nous allons le voir dans la discussion du troisième article de leur thèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Avec le troisième point où l'on tente d'expliquer les ''origines de l'épiscopat ''par une série de crises et de transformations, nous arrivons au cœur de la question. On prétend qu'il n'y avait, au début, aucune institution de l'épiscopat et on en donne comme preuves : — 1. que les deux termes ''episcopi ''et ''presbyteri ''sont équivalents, et — 2. que l'histoire ne mentionne ''aucun exemple d'évêque monarchique ''constitué par un apôtre et auquel il ait transmis la totalité ou une partie de ses pouvoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Que les mots ''episcopi ''et ''presbyteri ''aient été d'abord synonymes, la chose paraît bien évidente. Ainsi, —pour ne donner qu'un exemple, — saint Paul écrit dans sa ''Lettre à Tite : ''« Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout organiser, et que, selon les instructions que je t'ai données, tu établisses des ''presbytres ''dans chaque ville. Que le sujet soit d'une réputation intacte... Car il faut que ''l’évêque ''soit irréprochable, en qualité d'administrateur de la maison de Dieu» ''(Tit., ''i, 5, 7). Il est apparent que dans ce passage, les deux mots ''presbytre ''et ''évêque ''sont employés indistinctement l'un pour l'autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai encore que. au premier abord, nous ne retrouvons pas les traces de l’''évêque monarchique, ''tel qu'il existera par la suite. Les presbytres ou épiscopes, que les Apôtres mettent à la tête des communautés fondées par eux, forment un conseil, le ''presbyterium, ''chargé de gouverner l'église locale ''(Act., ''xv, 2, 4 ; xvi, 4 ; xxi, 1.8). Ces presbytres avaient-ils les pouvoirs que l'évêque monarchique aura plus tard ou étaient-ils de simples prêtres ? Les documents de l'histoire ne permettent pas de solutionner le problème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn271 [271]]. Il importe peu du reste, car la question n'est pas là. Qu'avons-nous à rechercher en effet ? Uniquement si les Apôtres ont, oui ou non, ''délégué ''de leur vivant les ''pouvoirs ''qu'ils détenaient de Jésus-Christ, de façon à s'assurer des successeurs lorsqu'ils viendraient à mourir. Tel est bien, il nous semble, le seul point qui nous intéresse et sur lequel nous devons faire la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit que les pouvoirs étaient attachés aux ''charismes, ''et que, pour cette raison, ils n'étaient pas transmissibles, les charismes étant incommunicables. Sans nul doute, les charismes étaient des dons de circonstance, des dons ''personnels, ''venant directement de l'Esprit, donc incommunicables. Mais il ne faut pas confondre ''pouvoirs apostoliques ''et ''charismes. ''Si ceux-ci ont accompagné ceux-là, ils n'en ont pas été le principe. Les charismes étaient des signes divins qui appuyaient l'autorité, mais ils ne la constituaient pas. Les Apôtres avaient donc reçu de Jésus-Christ des ''pouvoirs indépendants des charismes, ''donc ''transmissibles. ''Consultons maintenant les ''faits ''et voyons s'ils les ont ''transmis. ''— 1. Interrogeons tout d'abord les ''Épîtres de saint Paul. ''Elles nous apprendront que, tout en se réservant l'autorité suprême dans les Églises qu'il fondait (I ''Cor, ''v, 3 ; vii, 10, 12 ; xiv, 27, 40 ; II ''Cor., ''xiii, 1, 6), saint Paul confie parfois ses pouvoirs à des délégués. Ainsi il commissionne Timothée pour instituer le clergé à Éphèse ; il lui donne les pouvoirs d'imposer les mains et d'appliquer la discipline (I ''Tim., ''v, 22). De même, il écrit à Tite ces mots que nous avons cités plus haut : « Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout ''organiser... ''» ''(Tit., ''i, 5). Timothée et Tite reçoivent donc la mission d'organiser- les églises et les pouvoirs ''d'imposer les mains, ''c'est-à-dire les pouvoirs épiscopaux. — 2. La ''première lettre de Clément de Rome ''à l'Église de Corinthe nous apporte encore un exemple très précieux de la transmission des pouvoirs apostoliques. La lettre de Clément était destinée à rappeler à l'ordre la communauté de Corinthe qui avait destitué des prêtres de leurs fonctions. Dans ce but, il leur déclare que, de même que Jésus-Christ a été envoyé par Dieu, les Apôtres par Jésus-Christ, de même des prêtres et des diacres furent établis par les Apôtres : on leur doit, de ce fait, la soumission et l'obéissance. , Après quoi il conclut que « ceux qui furent établis par les Apôtres, ou après, par ''d'autres hommes illustres, ''avec l'approbation de toute l'Église... ne peuvent être démis de leurs fonctions sans injustice. » On ne saurait proclamer plus clairement le principe et le fait de la transmission des pouvoirs apostoliques. Qu'est-ce que ces ''hommes illustres ''qui ont établi des prêtres et des diacres, sinon les délégués ou les successeurs des Apôtres? Ces successeurs ne portent pas encore le nom d'évêques : ce sont des ''hommes illustres, ''faisant partie, comme les Apôtres, du clergé itinérant et jouant le rôle d'évêques. Qu'importe que le titre fasse défaut, du moment que la fonction existe1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Considérons maintenant ''l'Église du ''IIe ''siècle. ''Nous venons de découvrir, dès l'âge apostolique, le ''germe ''de l'épiscopat. Tout au début du IIe siècle, nous allons en constater l'éclosion. L'existence de l'épiscopat monarchique nous est attestée par de nombreux témoignages : — 1) ''Témoignage de saint Jean. ''Au début de son ''Apocalypse, ''saint Jean écrit qu'il va rapporter ses révélations sur les « sept Églises qui sont en Asie : à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée » ''(Apoc., ''i, 1-11). En conséquence, sept lettres sont destinées à l'ange de chacune de ces églises. ''Qui est cet ange? ''On s'accorde à dire qu'il ne peut s'agir de l'ange gardien de ces églises, puisque les lettres contiennent des blâmes à côté des éloges, des exhortations et des menaces : ce qui ne saurait s'appliquer à des esprits célestes. Selon toute vraisemblance, ces ''anges ''sont donc les ''chefs spirituels ''des églises, anges du Seigneur, dans le sens étymologique du mot (''aggelos'' = messager, envoyé), qui jouissaient des pouvoirs de l'évêque, sans en porter encore le nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) ''Témoignage de saint Ignace d'Antioche. ''Au témoignage de saint Ignace qui date des dix premières années du second siècle, il y avait un évêque non seulement à Éphèse, à Magnésie, à Tralles, à Philadelphie, à Smyrne, mais dans beaucoup d'autres églises. La hiérarchie est du reste déjà en possession tranquille. L'histoire ne nous apporte pas les traces de crises et de révolutions par lesquelles aurait passé l'épiscopat avant de conquérir les pouvoirs qui lui sont reconnus. « En dehors de l'évêque, des prêtres et des diacres il n'y a pas d'église », écrit saint Ignace à l'église de Tralles (iii, 1).— ''3)Témoignage tiré des listes épiscopales ''dressées, l'une par Hégésippe dans ses ''Mémoires, ''l'autre par saint Irénée dans son ''Traité contre les hérésies. ''Sous le pontificat d'Anicet (155-166), Hégésippe voulant connaître l'enseignement des diverses Églises et en vérifier l'uniformité, entreprit un voyage à travers la chrétienté. Il s'arrêta dans un certain nombre de villes, en particulier à Corinthe et à Rome. A Rome, il établit la liste successorale des Évêques jusqu'à Anicet... Malheureusement cette liste a été perdue et nous n'en connaissons des extraits, que par l'historien Eusêbe. Au contraire, la seconde liste, dressée par saint Irénée, est intacte, et on peut la dater des environs de 180. L'Évêque de Lyon se propose de combattre les hérésies, et particulièrement, le gnosticisme. Pour cela il s'appuie sur la tradition et pose en principe que la règle de foi doit être cherchée dans l'enseignement des Apôtres inaltérable ment conservé par l'Église. A cette fin, il déclare qu'il peut « énumérer ceux que les Apôtres instituèrent évêques, et établir la succession des évêques jusqu'à nous ». Et comme « il serait trop long de donner le catalogue de toutes les églises », il ne veut « considérer que la plus grande et la plus ancienne, l'église connue de tous, fondée et organisée à Eome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul ». Il dresse alors la liste épiscopale de Rome jusqu'à Eleuthère : les bienheureux apôtres (Pierre et Paul), Lin, Anenclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter, Eleuthère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''contre l'historicité de ces listes épiscopales, que les noms des évêques varient de catalogue à catalogue, et que la ''liste ''de saint Irénée diffère de la liste du ''catalogue ''« ''Libérien» ''dressé, en 354, par Philocalus, sous le pape Libère. — II est vrai qu'il y a entre les deux listes quelque divergence : ainsi le catalogue « Libérien » fait suivre Lin immédiatement de Clément et dédouble Anenclet en Clet et Anaclet. De telles variantes sont assez minimes pour qu'on n'y attache pas une trop grande importance, et il y a par ailleurs tout lieu de croire qu'elles sont le fait des copistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc tirer de ce qui précède les conclusions suivantes: — 1. Des textes de l'Évangile et des documents de la primitive Église il résulte que les ''pouvoirs apostoliques ''étaient ''transmissibles ''et ont été ''transmis. — ''2. Les Apôtres ont communiqué leurs pouvoirs à des ''délégués ''en élevant certains disciples à la plénitude de l'Ordre et en leur donnant la mission, soit de diriger les Eglises qu'ils avaient eux-mêmes fondées, soit d'en fonder et d'en organiser de nouvelles. 3. il est dès lors faux de prétendre que l'épiscopat soit né de la médiocrité des uns et de l'ambition des autres. Ce n'est pas la « médiocrité qui a fondé l'autorité», c'est l'Évangile. Les Évêques ont été institués pour recueillir la mission et les pouvoirs dont Jésus-Christ avait investi ses Apôtres. ''Pris en corps, ''les ''Évêques ''sont par conséquent les ''successeurs du collège apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. Jésus-Christ a fondé une Église monarchique. Primauté de Pierre et de ses successeurs. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319. Nous avons démontré, dans les deux paragraphes précédents, que l'Église fondée par Jésus-Christ n'est pas une démocratie qui comporte l'égalité des membres, qu'elle est une ''société hiérarchique ''où il y a des chefs qui détiennent leurs ''pouvoirs, ''non du peuple chrétien, mais de ''droit divin. ''Une autre question se pose encore. ''l’autorité souveraine ''qui appartient à l'Église enseignante réside-t-elle dans le ''corps des Evêques ''ou dans ''un seul ''de ses membres? L'Église est-elle une ''oligarchie ''ou une ''monarchie [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn272 [272]]? A la tête de son Eglise Jésus-Christ a-t-il constitué un ''chef suprême? ''La négative est soutenue par les Protestants et les Grecs schismatiques. Cependant ces derniers et un certain nombre d'Anglicans concèdent que Pierre reçut une primauté ''d'honneur ''et non une primauté de ''juridiction[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn273 [273]]. Les catholiques prétendent le contraire. Ils affirment que Jésus-Christ a conféré la ''primauté de juridiction à saint Pierre, ''et dans sa personne, à ses ''successeurs. ''Les deux points de la thèse catholique que nous devons établir séparément, s'appuient sur un argument tiré des ''textes évangéliques ''et sur un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''320 — I. ''Premier Point.''''' — '''La Primauté de Pierre. '''- ''Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Argument tiré des textes évangéliques. '''— La primauté de Pierre découle des paroles de la ''promesse ''et des paroles de la ''collation.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PAROLES DE LA PROMESSE. ''— Les paroles par lesquelles Notre-Soigneur ''promit ''la primauté de juridiction à saint Pierre, furent prononcées à Césarée de Philippe. Jésus avait interrogé ses disciples pour savoir quelle opinion l'on se faisait de sa personne. Et Pierre, en son propre nom, et d'une inspiration spontanée, avait confessé que « Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C'est alors que le Sauveur lui adressa ces paroles fameuses : « Tu es heureux, Simon, fils d« Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (''Mat., ''xvi, 17,19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce texte trois choses doivent être relevées, qui vont à la démonstration de la thèse catholique : — ''a) ''Tout d'abord il convient de remarquer que Jésus ''change le nom ''de Simon en celui de Pierre. Or le changement de nom est, d'après l'usage biblique, le signe d'un bienfait. Ainsi, Abram fut appelé Abraham, lorsque Dieu voulut contracter alliance avec lui et le désigner comme le père des croyants (''Gen''., xvii'','' 4, 5). — b) Dans le cas présent, le ''nouveau nom, ''donné à Simon, ''symbolise la mission ''dont Jésus veut le revêtir. Simon s'appellera désormais Pierre, parce qu'il doit être la ''pierre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn274 [274]], la roche sur laquelle Jésus veut fonder son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn275 [275]]. Ce qu'est le rocher par rapport à l'édifice, Pierre le sera par rapport à la société chrétienne, à l'Eglise du Christ : fondement ferme qui assurera la stabilité à toute la construction, roc inébranlable qui défiera les siècles et sur lequel viendront se briser « les portes de l'enfer» autrement dit, les assauts du démon. — ''c) ''Enfin les ''dés du royaume des deux ''sont remises entre les mains de Pierre- Nous ne nous arrêterons pas aux pouvoirs de lier et de délier ; ils ne sont pas en effet, la propriété exclusive de Pierre ; il les partage avec les autres apôtres. Mais la remise des clés est un ''privilège insigne et spécial, ''elle confère un pouvoir absolu. Le royaume des cieux est comparé à une maison. Or, — cela va de soi, — seul, celui qui a les clés et ceux à qui ce dernier veut bien ouvrir, ont accès à la maison. Voilà donc Pierre constitué le seul intendant de la maison chrétienne, l'unique introducteur au royaume de Dieu. Inutile d'insister plus : la promesse du Christ est trop claire pour qu'il reste un doute sur sa signification. Seul Pierre change de nom, seul il est appelé le fondement de la future Église, seul il en recevra les clés : si les mots ont un sens, c'est bien la primauté de Pierre qu'ils signifient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''suivant leur tactique habituelle, que le passage en question est ''inauthentique ''et qu'il a été interpolé au moment où l'Église avait déjà vécu tin certain temps et avait accompli son évolution vers la forme catholique. Ils en voient la preuve dans ce fait que saint Matthieu est le seul à rapporter les paroles de Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— L'argument tiré du silence de Marc et de Luc est purement négatif. Il n'aurait de valeur que si l'on pouvait prouver que le passage devait être rapporté par eux et était commandé par le sujet qu'ils traitaient. Or une telle démonstration ne peut être faite, et le silence des deux synoptiques doit être attribué à des motifs littéraires qui ne comportaient pas l'introduction du texte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321. — B. ''PAROLES DE LA COLLATION. ''— Le pouvoir suprême que Jésus avait commencé par ''promettre ''à Pierre, deux passages de l'Évangile nous attestent qu'il le lui a effectivement conféré. — ''a) Mission donnée à Pierre de confirmer ses frères. ''Quelque temps avant sa Passion, Jésus annonce aux Apôtres leur prochaine défaillance, mais en même temps qu'il prédit celle de Pierre, il lui déclare qu'il a spécialement prié pour lui : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » ''(Luc, ''xxii, 31-32). Ainsi, lorsque les Apôtres, d'abord vaincus par la tentation, se seront relevés de leur chute, purifiés par l'épreuve qui aura retranché de leur âme les faiblesses du passé, tel le crible qui sépare la paille du froment, Jésus donne à Pierre la mission de confirmer ses frères. Une telle mission implique évidemment la primauté de juridiction. — ''b) Pierre reçoit la charge du troupeau chrétien. ''La scène se passe après la Résurrection. Voici comment saint Jean la rapporte ''(Jean, ''xxi, 15, 17). Par trois fois Jésus demande à Pierre s'il l'aime ; par trois fois, Pierre proteste de son amour et de son inviolable attachement. Alors le Sauveur, se sentant à la veille de quitter ses disciples par son Ascension, remet à Pierre la garde de son troupeau. Il lui confie le soin de la chrétienté tout entière, à la fois des agneaux et des brebis. « Pais mes agneaux », lui dit-il deux fois, puis une troisième fois : « Pais mes brebis». Or, d'après l'usage courant des langues orientales, le mot paître veut dire ''gouverner. ''Paître les agneaux et les brebis c'est donc gouverner avec une autorité souveraine l'Église du Christ ; c'est en être le chef suprême ; c'est ''avoir la primauté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''322. — 2°''' '''Argument historique. '''— A ne considérer la question que du seul point de vue historique, nous retrouvons, en face l'une de l'autre, les deux thèses, ''rationaliste ''et ''catholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. THESE RATIONALISTE. — ''D'après les rationalistes, le texte : ''Tu es Pierre ''et sur cette pierre je bâtirai mon Église « n'a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnée, qu'au iiie siècle, lorsque les Évêques de Rome en eurent précisément besoin pour soutenir leurs prétentions naissantes »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn276 [276]]. La primauté de saint Pierre, prétendent-ils, n'a nullement été reconnue par les autres apôtres, et en particulier par saint Paul, car ce dernier, non seulement ne recense pas toujours Pierre le premier (I ''Cor., ''i, 12 ; iii, 22) ; ''Gal''., ii, 9), mais il ne craint même pas de « lui résister en face » ''(Gal''., ii, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les ''Actes des Apôtres ''fournissent à l'historien catholique de nombreux témoignages qui attestent que Pierre a ''exercé sa primauté ''dès les premiers jours de l'Église naissante. — 1. Après l'Ascension, c'est Pierre qui propose le remplacement de Judas pour compléter le collège des Douze ''(Act., ''i, 15, 22). — 2. Le premier, il prêche l'Évangile aux Juifs le jour de la Pentecôte ''(Act., ''ii, 14 ; iii, 6). — 3. Le premier, éclairé par l'ordre de Dieu, il reçoit les Gentils dans l'Église ''(Act., ''x, 1). — 4. Il visite les Églises ''(Act., ''ix, 32). — 5. Au Concile de Jérusalem, il clôt la longue discussion qui s'est engagée, en disant que la circoncision ne doit pas être imposée aux païens convertis, et personne ne fait opposition à son avis ''(Act., ''xv, 7, 12). Et si Jacques parle après lui, ce n'est pas pour discuter son opinion, mais uniquement, parce que, préposé à l'Église de Jérusalem, il juge qu'il y a lieu d'imposer aux Gentils quelques prescriptions de la loi juive dont l'infraction pourrait scandaliser les chrétiens d'origine juive qui forment la masse de son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn277 [277]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous ''objecte, ''il est vrai, que saint Paul ''n'a pas reconnu la primauté de Pierre. ''— Comment se fait-il alors que, trois ans après sa conversion, il ''soit venu ''à Jérusalem ''pour le visiter (Gal., ''i, 18, 19). Pourquoi est-il allé à Pierre, plutôt qu'aux autres, plutôt qu'à Jacques qui présidait à l'Église de Jérusalem? N'est-ce pas une preuve évidente qu'il le ''regardait comme le chef des Apôtres? ''— S'il en était ainsi, ''réplique-t-on, ''pourquoi ne le nomme-t-il pas toujours le premier? — La chose est bien simple, c'est que saint Paul ne recense jamais ''ex professo ''le collège apostolique, et ne fait que citer quelques noms en passant. Parfois aussi, comme au passage (I ''Cor., ''I, 12), il lui arrive de suivre une ''gradation ascendante, ''puisque, après Pierre, il nomme le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, et c'est là un terrain d'attaque cher aux rationalistes, oubliez-vous le ''conflit d'Antioche ''où Paul ne craignit pas de résister en face à Pierre? — Pour que nos adversaires ne nous accusent pas de diminuer ''l'importance du conflit, ''nous allons le rapporter d'après les propres paroles de saint Paul. « Quand Képhas vint à Antioche, écrit-il aux Galates (II, 11-14), je m'opposai à lui en face, parce qu'il était visiblement en faute. En effet, avant l'arrivée de certaines personnes d'auprès de Jacques, il mangeait avec les Gentils. Mais quand elles furent arrivées, il se retira et se tint à l'écart, par crainte de ceux de la circoncision. Et les autres Juifs s'associèrent à son hypocrisie, en sorte que Barnabé aussi fut entraîné par leur duplicité. Mais quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non pas à celle des Juifs, comment peux-tu contraindre les Gentils à vivre en Juifs? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on peut le constater, le ''conflit ''est né de la fameuse question, soulevée par les judaïsants, de savoir si la loi mosaïque avait gardé son caractère obligatoire et s'il était exigé de passer par la circoncision pour entrer dans l'Église chrétienne. Or, — qu'on remarque bien ce point, — les deux Apôtres ont toujours été d'accord pour répondre que non : il n'y a donc pas eu conflit entre eux sur le ''terrain dogmatique. ''Et voici où le litige va surgir. Il arriva que saint Pierre, pour ne pas provoquer les récriminations des judaïsants, s'abstint de manger avec les Gentils qui s'étaient convertis sans passer par le judaïsme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement une telle manière de faire pouvait être interprétée en sens divers. — 1. Ou bien l'on pouvait y voir une simple ''mesure de prudence que ''justifiait le but poursuivi. S'adressant à des milieux différents, l'un, apôtre des circoncis, l'autre, des incirconcis, faut-il s'étonner que saint Pierre et saint Paul aient eu à adopter, dans les questions de discipline, des attitudes différentes? N'est-il pas raconté par ailleurs dans les Actes des Apôtres, que saint Paul, placé à l'occasion dans une circonstance identique, n'a pas agi autrement, et qu'en dépit de ses convictions, il a circoncis Timothée, à cause des Juifs qui étaient dans ces contrées (de Lystres et d'Iconium: ''Act., ''xvi, 3). — 2. Ou bien l'on pouvait prendre la conduite de saint Pierre pour de ''l'hypocrisie ''et de la ''lâcheté : ''et c'est ainsi que la chose fut jugée par saint Paul. Il sembla à ce dernier que, pour éviter les conséquences regrettables de l'attitude de Pierre, il était de son devoir de le reprendre. Nous nous trouvons donc dans un ''cas de correction fraternelle ''faite par un inférieur, et dans laquelle ce dernier, selon toute apparence, manqua de mesure et de déférence, emporté sans doute par un zèle excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que si saint Paul attachait une telle importance à la conduite de saint Pierre, objecterons-nous à notre tour aux rationalistes, n'est-ce pas, de toute évidence, que son influence sur les églises était plus grande et moins incontestée? L'argument des rationalistes retourne donc contre eux, et le conflit d'Antioche, loin de prouver contre la primauté de Pierre, nous en apporte un nouveau témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324.— II. ''Deuxième point. ''— '''La primauté des successeurs de saint Pierre. '''— La primauté conférée par Jésus à saint Pierre était-elle un ''don personnel, ''une sorte de ''charisme? ''Ou était-elle un ''pouvoir transmissible ''et devant échoir à ses successeurs? Et dans ce dernier cas, quels devaient être les successeurs de Pierre? Nous répondrons à ces questions en montrant dans les deux thèses suivantes : 1° que ''la primauté de Pierre tait un pouvoir permanent, ''et 2° que les ''successeurs de Pierre sont les Évêques de Borne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Thèse I.''''' '''La primauté de Pierre était transmissible. '''— Cette proposition s'appuie sur un ''argument tiré des textes de l'Évangile ''et sur un ''argument historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Argument tiré des textes évangéliques. ''— Du texte de saint ''Matthieu ''(xvi, 17, 19) invoqué précédemment pour pouvoir la primauté (N° 320), il résulte que Pierre a été choisi pour être le ''fondement ''de toute l'Église et ''qu'il a reçu les clés ''du royaume des cieux. Or le fondement doit durer aussi longtemps que l'édifice lui-même. Et comme Jésus a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20), il faut en déduire que la primauté, principe et fondement de l'édifice, doit durer autant que celui-ci, et que Pierre doit transmettre son autorité à ses successeurs. L'autorité suprême sera d'ailleurs d'autant plus requise que l'Église se développera et étendra ses rameaux plus loin : plus une armée est nombreuse, plus elle a besoin d'un chef suprême qui la commande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Argument historique. ''— Si la primauté de Pierre a été recueillie par ses successeurs, l'histoire doit en témoigner. Mais comme cette question se confond avec celle de savoir quels furent les successeurs, nous renvoyons à la seconde proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
325. — '''''Thèse II.''''' '''Les successeurs de Pierre dans la primauté sont les Évêques de Rome'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn278 [278]]. — Pour prouver cette thèse, il faut établir deux choses : 1° que ''Pierre est venu à Rome ''et peut être considéré comme le premier Évêque de l'Église de Rome ; et 2° que la primauté des Évêques de Rome, ses successeurs, ''a toujours été reconnue dans tonte l’Église. ''La question est donc tout historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''La venue et la mort de saint Pierre à Rome. '''— ''État de la question. ''— 1. Il s'agit de rechercher si Pierre est venu dans la capitale du monde romain et s'il y a fondé une communauté chrétienne. Point n'est besoin de démontrer qu'il y est resté un laps de temps plus ou moins long, ni d'une façon continue[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn279 [279]]. Il ne faut pas en effet se représenter l'Église primitive sous la forme de l'Église actuelle. Les Apôtres étaient des missionnaires qui se souvenaient de la parole de leur Maître : « Allez, enseignez toutes les nations. » En face d'un champ aussi vaste ouvert à leur activité, il serait bien étrange de les trouver attachés à une résidence fixe. Ils étaient donc, ici ou là, partout où ils pouvaient jeter, avec espoir de moisson, la semence de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le fait de la venue et de la mort de saint Pierre à Rome était nié autrefois par les critiques rationalistes et protestants, qui voyaient dans cette contestation un excellent argument contre la primauté de l'Évêque de Rome. Mais la faiblesse de leurs arguments était telle que Renan n'hésita pas à reconnaître, dans un appendice à son volume L'''Antéchrist ''(1873), comme une chose « très admissible que saint Pierre fût venu à Rome » et même à regarder « comme probable le séjour de Pierre à Rome ». Les critiques actuels vont plus loin et ne font plus de difficultés pour soutenir le point de vue catholique. Citons quelques lignes du plus illustre d'entre eux : « Le martyre de Pierre à Rome, écrit M, Harnack –(''Chronologie) ''a été combattu jadis en vertu de préjugés protestants tendancieux... Mais que ce fût une ''erreur, ''cela est évident aujourd'hui pour tout chercheur qui ne s'aveugle pas. » « Aujourd'hui, dit encore le même critique dans un Discours prononcé en 1907 devant l'Université de Berlin, nous savons que cette venue (de Pierre à Rome) est un fait bien attesté, et que les commencements de la primauté romaine dans l'Église remontent jusqu'au IIe siècle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique, ''qui affirme que saint Pierre est ''venu ''à Rome, qu'il y a fondé l'Église romaine et qu'il y reçut le martyre, n'étant plus sérieusement contestée, il nous suffira dépasser rapidement en revue les principaux témoignages sur lesquels elle s'appuie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voici, en suivant l'ordre régressif, et siècle par siècle, — ''a) Au début du ''IIIe ''siècle, ''nous avons les témoignages du prêtre romain Caius et de Tertullien. — 1. Caius, écrivant contre Proclus, disait : « Je puis vous montrer les monuments des apôtres. Que vous veniez au Vatican ou sur la voie d'Ostie, vous aurez sous les yeux les monuments des fondateurs de notre Église. » Ce passage, qui date des environs de l'an 200, prouve qu'à cette époque on était persuadé que les tombeaux du Vatican et de la voie d'Ostie gardaient les reliques de saint Pierre fit de saint Paul, fondateurs de l'Eglise romaine et martyrs sous Néron. — 2. Tertullien, à la même époque, discutant contre les gnostiques, rappelle le martyre que, sous Néron, saint Pierre et saint Paul subirent à Rome, le premier sur la croix, le second par le glaive du bourreau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''A la fin du ''IIe ''siècle. ''— 1. Saint Irénée écrivait en Gaule : « Ce sont les apôtres Pierre et Paul qui ont évangélisé l'Église romaine... et c'est pour cela qu'entre toutes elle est la plus antique, la plus connue, tenant des apôtres sa tradition : c'est pour cela que chaque Église doit se tourner vers elle et reconnaître sa supériorité. » — 2. Denys de Corinthe, écrivant aux Romains, en 170, leur disait : « Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis -ensuite ensemble pour l'Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Parmi les ''Pères apostoliques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn280 [280]] nous avons les témoignages de saint Ignace et du pape saint Clément. — 1. Saint Ignace d'Antioche venait d'être condamné aux bêtes et avait été envoyé à Rome pour y subir le dernier supplice. Ayant appris que la communauté romaine avait entrepris des démarches pour le sauver, il lui écrivit de n'en rien faire, l'adjurant en ces termes : « Ce n'est pas comme Pierre et Paul que je vous commande ; eux, ils étaient apôtres et moi je ne suis plus qu'un condamné. » « Ces paroles, dit Mgr Duchesne, ne sont pas l'équivalent littéral de la proposition : saint Pierre est venu à Rome. Mais supposé qu'il y soit venu, saint Ignace n'aurait pas parlé autrement ; supposé qu'il n'y soit pas venu, la phrase manque de sens. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn281 [281]] — 2. Saint Clément. Ecrivant aux Corinthiens entre 95 et 98, il met en relief les souffrances des deux apôtres Pierre et Paul « qui restent chez nous le plus beau des exemples». Ainsi saint Clément qui est romain, qui envoie sa lettre en qualité d'évêque de Rome, insiste sur cette circonstance, que les actes d'héroïsme qu'il décrit se sont passés sous ses yeux, que le martyre de saint Pierre et de saint Paul a été d'un grand exemple « chez nous», c'est-à-dire à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) Au temps des Apôtres, ''nous avons le ''témoignage de saint Pierre ''lui-même, qui date de Babylone la première Épître adressée aux fidèles d'Asie (I ''Pierre, ''v, 13). Or « Babylone, dit Renan, désigne évidemment Rome. C'est ainsi qu'on appelait dans les chrétientés primitives la capitale de l'Empire ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
326. — A la thèse catholique les Protestants ''objectent ''que saint Luc dans les ''Actes des Apôtres, ''saint Paul dans son ''Épître aux Romains, ''Flavius Josèphe qui rapporte la persécution de Néron, ne font pas mention de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Réponse'''. ''— Nous avons déjà observé que l'argument tiré du silence n'a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l'historien et aurait dû être mentionné par lui. Or — 1. pour ce qui concerne saint Luc, l'objection est sans fondement pour la bonne raison que les ''Actes des Apôtres ''ne décrivent que les débuts de l'Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu'à partir du chapitre xiii, il n'est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d'être complets, c'est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d'Antioche. — 2. Il n'y a pas lieu de s'étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son ''Épître aux Romains : ''ses autres Épîtres nous montrent qu'il n'avait pas l'habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu'il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur, évêque. — 3. Josèphe déclare qu'il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s'il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l'incendie de Rome et du meurtre de Sénèque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''Le fait de la ''venue ''et du ''martyre ''de saint Pierre à Rome n'est donc contredit par aucune objection sérieuse. Il est au contraire démontré par de nombreux témoignages qui, de génération en génération, nous conduisent à l'âge apostolique. Nous pourrions ajouter encore que le fait est confirmé par les ''monuments ''qui attestent la présence à Rome du Prince des Apôtres, tels que les deux chaires de saint Pierre, dont l'une est conservée au baptistère du Vatican, les peintures et les inscriptions des Catacombes, datant du IIe siècle, et où son nom est mentionné. Mais il n'est pas nécessaire d'insister, puisque aussi bien la thèse catholique n'est pas contredite par les critiques sérieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
327. — 2° '''Les Évêques de Rome ont toujours eu la primauté. '''— Puisque saint Pierre peut être considéré comme le premier Évêque de Rome, sa primauté devait se transmettre aux héritiers de son siège : c'est la ''question de droit. ''Mais il nous faut examiner la ''question de fait ''et demander à l'histoire s'il en a été ainsi. Le point est de la plus haute importance, car si les documents de l'histoire nous démontraient que primitivement la primauté des évêques de Rome n’était pas reconnue, la ''question de droit ''serait fortement en péril. Il ne faut donc pas trop s'étonner que les rationalistes, protestants et modernistes, aient pris à tâche de prouver, par l'histoire, que la primauté des Évêques de Rome n'est pas d'origine primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— La thèse des ''rationalistes ''tient en quelques mots. Suivant leur théorie, il n'y aurait eu, à l'origine, aucune distinction entre les évêques : ils auraient tous joui d'une autorité égale. Pou à peu ils se seraient arrogé une puissance plus ou moins grande et relative à l'importance de la ville où était leur siège. Il arriva donc tout naturellement que les évêques de Rome, qui habitaient la capitale de l'Empire, furent considérés comme les chefs de l'Église universelle. A cette raison majeure s'ajoute un heureux ensemble de circonstances, telles que l'ambition des évêques romains, leur prudence dans le jugement des causes soumises à leur arbitrage et les services qu'ils rendirent lorsque l'Empire s'écroula. La primauté de l'Évêque de Rome ne serait née qu'à la fin du u' siècle, lorsque le pape Victor, pour terminer la controverse qui s'était élevée à propos du jour où l'on devait célébrer la fête pascale, « lança en 194, un édit impérieux qui retranchait de la communion catholique et déclarait hérétiques toutes les Églises d'Asie ou d'ailleurs qui ne suivraient pas, dans cette question de la Pâque, la coutume romaine »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn282 [282]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
328. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les historiens ''catholiques ''prétendent au contraire que la primauté de l'Évêque de Rome a toujours été ''reconnue ''dans l'Église universelle. Au commencement du IVe ''siècle, ''la primauté de la Chaire romaine est un ''fait incontesté. ''A cette époque il est manifeste que les évêques de Rome ''parlent et agissent en pleine conscience de leur primauté. ''Le pape Sylvestre envoie ses légats pour présider le concile de Nicée (325). Jules I déclare que c'est à Rome que doivent être jugées les causes des évêques. Le pape Libère, à qui l'empereur Constance demande de condamner Athanase, — ce qui prouve qu'il lui en reconnaît le droit, — se refuse à le faire. De même, les Pères sont unanimes à ''admettre la primauté de l’Évêque de Rome. ''Saint Optât de Milet, argumentant contre les Donatistes qui prétendaient que l'Église se composait des seuls justes et que la sainteté était la marque essentielle de l'Église, répond que l'unité est une note non moins essentielle et qu'il est absolument indispensable de rester en communion avec la Chaire de Pierre. Saint Ambroise regarde également l'Église romaine comme le centre et la tète de tout l'univers catholique. A leur tour, les évêques orientaux saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome parlent de l’Évêque de Rome comme du chef de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La primauté de l'Évêque de Rome étant universellement reconnue au IVe siècle, notre enquête pourra se borner aux siècles qui précèdent. Or, dans les trois premiers siècles, l'existence de la primauté romaine nous est attestée par les ''écrits des Pères, ''par les ''conciles ''et par la ''coutume ''d'en ''appeler ''à l'Évêque de Rome pour terminer les différends.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Examinons d'abord les ''témoignages des Pères de l'Église. ''— 1. Au IIIe siècle, Origène écrit au pape Fabien pour lui rendre compte de sa foi. Tertullien, avant d'être montaniste, admet la primauté de Pierre. Devenu montaniste, il la tourne en dérision, ce qui est une autre preuve qu'il en reconnaît l'existence. — 2. A la fin du IIe siècle, saint Irénée pose comme critère des traditions apostoliques, la conformité de doctrine avec l'Église romaine qui doit servir de règle de foi à cause de la primauté qu'elle a héritée de saint Pierre. Saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean, Abercius vont à Rome pour visiter l'Évêque et le consulter sur les choses de la foi et de la discipline. Les hérétiques eux-mêmes, Marcion et les ''montanistes ''veulent faire approuver leur doctrine par le siège apostolique. Au début du IIe siècle, saint Ignace, écrivant aux Romains, déclare que leur église préside à toutes les autres. - 3. Et nous voici parvenus au Ier siècle. En 96, l'Évêque de Rome, Clément, comme nous l'avons déjà vu, écrit aux Corinthiens pour rappeler à l'ordre la communauté, qui a déposé injustement des presbytres. Il leur déclare que ceux qui ne lui obéiront pas, se rendront coupables de faute grave. La conduite de Clément de Rome a d'autant plus d'intérêt qu'au moment où il écrivait, l'apôtre saint Jean vivait encore et aurait dû intervenir si l'Évêque de Rome avait été sur le même pied que les autres évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La primauté des évêques de Rome a été ''reconnue par les conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn283 [283]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1, Ainsi, au ''concile d'Éphèse ''(431), saint Cyrille d'Alexandrie, qui occupait le premier rang parmi les patriarches d'Orient, demanda à l'Evêque de Rome une sentence et une définition contre l'hérésie nestorienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Les Pères du ''concile de Chalcédoine ''(451); presque tous orientaux, adressèrent une lettre au pape saint Léon pour demander confirmation de leurs décrets. Le pape répondit par une lettre célèbre où il condamnait les erreurs d'Eutychès ; en même temps il envoya des légats pour présider le concile en son nom, et le concile se termina par cette formule : « Ainsi le concile a parlé par la bouche de Léon. » — 3. Successivement, les ''conciles de Constantinople, ''le troisième tenu en 680, le huitième en 869, le ''concile de Florence, ''en 1439, composé de Pères grecs et latins, proclamèrent la primauté du successeur de saint Pierre et dirent que Jésus-Christ lui a donné, dans la personne de saint Pierre, « plein pouvoir de paître, de diriger et de gouverner l'Église entière ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La primauté des Evêques de Rome est en outre attestée par ce fait qu'ils ''interviennent ''dans les différentes Églises ''pour terminer les différends. ''Ainsi, sans rappeler à nouveau que, à la fin du Ier siècle déjà, Clément de Rome écrivit à l'Église de Corinthe pour la remettre dans le droit chemin, nous verrons plus tard les Évêques orientaux eux-mêmes, entre autres saint Athanase et saint Jean Chrysostome, en appeler à l'Évêque de Rome pour la défense de leurs droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
329. — Les Protestants ''objectent : ''— 1. que ceux à qui on donne le nom d'évêques n'étaient en réalité que les présidents du presbyterium ; — 2. qu'en toute hypothèse, leur autorité n'a pas été universellement reconnue, puisque saint Cyprien et les évêques d'Afrique ont résisté au décret du pape saint Etienne qui défendait la réitération du baptême conféré par les hérétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Pour prouver que les Évêques n'étaient que de simples ''présidents du presbyterium, ''on allègue ce fait que la ''Prima Clementis, ''les ''lettres de saint Ignace aux Romains ''et le ''Pasteur d'Hermas ''ne parlent pas d'un évêque monarchique de Rome. — Or le silence d'un écrivain sur un fait, avons-nous déjà dit, ne prouve pas nécessairement contre l'existence de ce fait. Ainsi, en 170, ''Denys de Corinthe ''envoie une réponse à l'église de Rome, et non à son évêque Soter, et pourtant M. Harnack lui-même qui fait l'objection, admet que Soter était certainement évêque monarchique. Il importe donc peu que la première lettre de Clément aux Corinthiens ne porte pas son nom et ait été envoyée au nom de l'Église de Rome ; il ne fait pas de doute que son auteur est un personnage unique et n'est autre que le pape Clément. — Quant à la ''lettre d’Ignace aux Romains ''(107) et au ''Pasteur d'Hermas, ''s'ils ne mentionnent pas l'Évêque de Rome, il n'y a pas à en conclure que celui-ci n'existait pas, car ils ne parlent pas davantage des presbytres et des diacres de Rome dont personne ne songe pourtant à contester l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai que saint Cyprien, estimant que la réitération du Baptême était surtout disciplinaire a résisté au décret du Pape Etienne. Mais la résistance d’un homme, même très saint et de bonne foi, ne détruit en rien le fait de cette autorité. N’a-t-on pas vu aussi, de temps en temps, de grands évêques comme Bossuet, adhérer à des propositions condamnées, tout en reconnaissant la primauté du Souverain Pontife ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La primauté des Évêques de Rome découle donc de ce premier fait que ''saint Pierre a fixé sa chaire à Borne, ''et de ce second, qu'elle a ''toujours été reconnue dans l'Église universelle. ''L'on ne peut dire dès lors que l'autorité suprême des papes soit née de l'ambition des Évêques de Rome et de l'abdication des autres Évêques. Si en effet les évêques avaient été d'abord égaux de droit divin, comme le prétendent les adversaires, il y aurait eu, à un moment de l'histoire, un changement total dans là foi et la pratique de toute l'Église. Or cela n'aurait pu se produire sans soulever des dissensions et des réclamations sans fin, de la part des autres Évêques, qui auraient été lésés dans leurs droits, et dont les privilèges auraient été d'autant diminués. Comme l'histoire ne porte aucune trace d'une semblable agitation, et qu'elle ne relève des discussions que sur des points secondaires, tels que la célébration de la fête de Pâques et la question des rebaptisants, il faut en conclure que le principe de la primauté de l'Évêque de Rome n'a jamais été contesté, et que l'Église universelle lui a toujours ''reconnu, ''non pas seulement une primauté d'honneur, mais une ''vraie primauté de juridiction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4 — Jésus-Christ a conféré a son Église le privilège de l’infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
330. — Nous avons vu que Jésus-Christ a fondé une ''Église hiérarchique ''du fait qu'il a conféré au collège des Apôtres, et des Évêques leurs successeurs, le triple pouvoir d'enseigner, de sanctifier et de régir. Dans ce paragraphe nous démontrerons qu'au pouvoir d'enseigner Jésus a attaché le ''privilège de l'infaillibilité. ''Nous parlerons : 1° du ''concept de l'infaillibilité ; ''2° des ''preuves de son existence ; ''et 3° de ceux ''à qui appartient ''le privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Concept de l'infaillibilité. '''— Que faut-il entendre par infaillibilité? L’''infaillibilité ''concédée par Jésus-Christ à son Église est la préservation de toute erreur doctrinale, garantie par l'assistance spéciale de l'Esprit Saint. Ce n'est pas simplement l'inerrance de fait, c'est ''l’inerrance de droit, ''c'est l'impossibilité de l'erreur, de sorte que toute doctrine proposée par ce magistère infaillible doit être crue comme véritable, parce que proposée comme telle. L'infaillibilité ne doit donc pas être confondue : — 1. avec ''l'inspiration, ''qui consiste dans une impulsion divine poussant les écrivains sacrés à écrire tout ce que et rien que ce que Dieu veut ; — 2. ni avec la ''révélation ''qui implique la manifestation d'une vérité, auparavant ignorée. Le privilège de l'infaillibilité ne fait pas découvrir à l'Église des vérités nouvelles ; elle lui garantit seulement que, grâce à l'assistance divine, elle ne pourra, sur les questions de foi et de morale, ni errer ni par conséquent induire en erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fausse conception de l'infaillibilité. ''— II faut rejeter comme faux le ''concept moderniste de ''l'infaillibilité, lequel découle d'ailleurs de leur concept, également faux, de la révélation. Comme dans leur système, la ''révélation ''se fait dans l'âme de chaque individu, qu'elle est « la conscience acquise par l'homme, de ses rapports avec Dieu » (N° 145), l'Église enseignante n'aurait pas d'autre tâche que d'interpréter la pensée collective des fidèles et « de sanctionner les opinions communes de l'Église enseignée ». Cette façon étrange de concevoir l'infaillibilité a été condamnée par le ''Décret Lamentabili.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
331. — '''II. Existence de l'infaillibilité. — 1° Adversaires. '''— ''L'existence de l'infaillibilité ''de l'Église est niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''et les ''Protestants libéraux. ''Cela va de soi, puisqu'ils n'admettent même pas que Jésus-Christ ait pu songer à fonder une Église ; — b) par les ''Protestants orthodoxes ''qui, mettant tous les membres de l'Église sur le même pied, prétendent que la doctrine chrétienne est laissée à l'interprétation du jugement individuel ''(théorie dit libre examen).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Preuves. '''— L'infaillibilité de l'Église repose sur deux arguments : — ''a) ''sur un ''argument a priori, ''tiré de la raison et — b) sur un ''argument a posteriori, ''tiré de l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
332. — A. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— ''Nota. — ''Avant d'exposer ce premier argument, il convient pour qu'on ne se méprenne pas sur notre but, de spécifier quelle place il tient dans notre démonstration. Nous disons, — et nous expliquerons tout à l'heure pourquoi, — que si Jésus-Christ a tenu que sa doctrine soit conservée dans toute son intégrité, il a dû en confier la garde à une ''autorité vivante et infaillible, ''et non pas la déposer comme une lettre morte dans un livre, même inspiré. A cela les Protestants nous objectent que nous appuyons notre thèse sur un ''argument a priori, ''que toutes nos preuves se réduisent à dire que cela est, parce que cela doit être. Or, ajoutent-ils, « dans les questions de fait, la ''preuve de fait ''est, sinon la seule légitime, du moins la seule décisive... Si de la convenance, de l'utilité, de la nécessité présumée d'une dispensation divine on pouvait conclure à sa réalité, où cela mènerait-il ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn284 [284]] Que de la convenance d'une chose on ne puisse pas toujours conclure à sa réalité, c'est indiscutable. On pourrait nous demander, en effet, par exemple, pourquoi les hommes ont été abandonnés par Dieu à l'erreur pendant de longs siècles, pourquoi la Rédemption s'est faite si tardivement, pourquoi elle n'a pas été assez éclatante pour forcer tous les hommes à l'accepter. Donc la question est ''historique ''et c'est sur ce terrain que nous entendons bien la placer. Mais auparavant nous avons le droit de nous demander si, entre la théorie protestante qui admet comme règle de foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn285 [285]] unique l'Écriture infaillible, et le dogme catholique qui prétend que le Christ a constitué un magistère vivant et infaillible pour nous faire connaître les vérités contenues dans le double dépôt de l'Écriture et de la Tradition, nous avons le droit, disons-nous, de nous demander s'il n'y a pas présomption en faveur du dogme catholique. Nous nous proposons donc de prouver, — sans prétendre pour cela que cet argument a priori puisse nous dispenser de l'argument historique, — que la règle de foi des Protestants est insuffisante pour la conservation et la connaissance de la doctrine chrétienne, tandis que la règle de foi de l'Église catholique remplit les conditions voulues&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) La règle de foi proposée dans la théorie protestante est insuffisante. ''Aucune autorité vivante, nous disent les protestants, n'était nécessaire et n'a été instituée pour nous faire connaître les vérités enseignées par le Christ. Il n'y a ''qu'une seule règle de foi : ''c'est ''l'Écriture infaillible. ''Chacun a donc le devoir et le droit de lire l'Écriture, de la comprendre selon les lumières de sa conscience, d'en tirer les dogmes et les préceptes qui lui conviennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'une telle règle de foi soit tout à fait ''insuffisante, ''c'est ce que nous n'aurons pas de peine à montrer. — 1. Tout d'abord comment savoir ''quels sont les livres inspirés, ''si aucune autorité n'a été constituée pour nous en garantir l'inspiration[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn286 [286]], ou même s'il n'y a personne pour nous dire que le texte que nous avons sous les yeux n'a pas été altéré par la faute des copistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn287 [287]]. — 2. Mais, supposé qu'en dehors de là il y ait un critère qui nous permette de les reconnaître et qu'on puisse par exemple poser en principe, que sont inspirés tous ceux qui. ont été regardés comme tels par Notre-Seigneur à propos de l'Ancien Testament, et par les Apôtres à propos du Nouveau, il s'agira toujours de les ''interpréter, ''d'en connaître le ''vrai sens ''et de comprendre la ''Parole de Dieu, ''comme elle doit être comprise. Comment ''résoudre les difficultés? ''Par ''l'examen privé ''et en appliquant les règles de critique et d'exégèse, répondent les luthériens et les calvinistes. A l'aide de ''l'histoire ''et de la ''tradition, ''disent par ailleurs les anglicans. Par ''l'inspiration privée, ''par ''l'illumination de l'Esprit- Saint ''qui éclaire la conscience de chaque individu, disent à leur tour les anabaptistes, les quakers, les méthodistes et les sectes mystiques. La variété des réponses suffirait déjà à juger la théorie protestante. Quel que soit d'ailleurs le procédé dé solution qu'on adopte, ce qui est bien évident c'est que nous aurons autant d'interprétations que d'individus « ''quot capita tot sensus ''». N'accepter d'autre guide que la raison individuelle ou l'inspiration de l'Esprit-Saint, c'est ouvrir la voie à l'anarchie intellectuelle où à l'illuminisme. — 3. Tout au moins ceux qui auront pu ainsi étudier la Bible posséderont dans une certaine mesure une sorte de ''vérité subjective. ''Mais que feront ceux qui n'ont ni l'instruction ni les loisirs requis pour lire l'Ecriture et la comprendre î Que devaient faire autrefois, au moment où l'imprimerie n'était pas inventée et que les manuscrits étaient rares et de grand prix, ceux qui n'avaient pas les moyens de se procurer la Bible? Mais il y a plus. Il fut un temps, à l'origine du christianisme, où le Nouveau Testament n'existait pas. Le Christ n'avait laissé aucun écrit. Il avait dit à ses Apôtres : « Allez, enseignez les nations. » Il ne leur avait pas commandé d'écrire sa doctrine ; aussi les Apôtres n'ont-ils jamais prétendu exposer ''ex professo ''l'enseignement du Christ. Le plus souvent leurs écrits furent des lettres de circonstance destinées à rappeler quelques points de leur catéchèse. Avant l'apparition de ces écrits, que les protestants veuillent bien nous dire où se trouvait la règle de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
333. — ''b) ''Au contraire, la ''règle de foi catholique ''est un ''moyen sûr de nous faire connaître ''la doctrine intégrale du Christ. Il est facile de voir qu'elle n'a aucun des inconvénients du système protestant. Sans doute, le catholicisme reconnaît l'infaillibilité de l'Écriture Sainte ; mais, à côté de cette première source de la révélation, il en admet une seconde, non moins importante et antérieure à l'Écriture, qui s'appelle la ''Tradition. ''Et surtout, — et c'est ce qui met un abîme entre la théorie protestante et la théorie catholique, — celle-ci soutient que Jésus-Christ a constitué une ''autorité vivante, ''un ''magistère infaillible ''qui, avec l'assistance de l*Esprit-Saint, a reçu pour mission de déterminer quels sont les livres inspirés, de les interpréter authentiquement, de puiser à cette source comme à celle de la tradition la vraie doctrine de Jésus pour l'exposer ensuite à l'ensemble des fidèles : savants et ignorants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il y ait entre les deux systèmes, considérés au seul point de vue de la raison, une ''présomption en faveur du catholicisme, ''c'est ce que reconnaissent même certains Protestants. « Le système catholique, dit Sabatier, a mis l'infaillibilité divine dans une institution sociale, admirablement organisée, avec son chef suprême, le pape ; le système protestant à mis l'infaillibilité dans un livre. Or, a quelque point de vue que l'on «examine les deux systèmes, l'avantage est sans contredit du côté du catholicisme. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn288 [288]] Nous ne voulions pas démontrer autre chose par l'argument a priori ; notre but est donc atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
334. — B. ''ARGUMENT TIRÉ DE L'HISTOIRE. ''— Nous arrivons maintenant sur le terrain positif de l'histoire. ''Ce que Jésus-Christ devait faire, l'a-t-il fait? ''A-t-il créé une ''autorité vivante ''et ''infaillible ''chargée de garder et d'enseigner sa doctrine ? Le premier point a été établi précédemment : nous avons vu que Notre-Seigneur a institué une Église hiérarchique, qu'il a constitué des chefs à qui il a conféré le pouvoir d'enseigner. Seul le second point reste donc à examiner : nous avons à prouver que le pouvoir d'enseigner, tel qu'il a été donné par le Christ, comporte le privilège de ''l’infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette seconde proposition s'appuie sur les textes de l'Écriture, sur la conduite des Apôtres et sur la croyance de l'antiquité chrétienté : — ''a) Sur les textes de l'Écriture. ''Ces textes, nous les avons déjà passés en revue. A Pierre spécialement il a été promis que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre l'Église » ''(Mat., ''xvi, 18) ; à tous les Apôtre » Jésus a également promis par deux fois de leur envoyer l'Esprit de vérité ''(Jean, ''xiv, 16 ; xv, 26) et d'être lui-même avec eux jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20). De telles promesses, si elles ont un sens, signifient bien que l'Église est ''indéfectible, ''que les Apôtres et leurs successeurs ne pourront errer lorsqu'ils enseigneront la doctrine chrétienne, car il est évident que l'assistance du Christ ne saurait être vaine et que là où est l'Esprit de vérité, il n'y a pas possibilité d'erreur ; — b) ''sur la conduite des Apôtres. ''De l'enseignement des Apôtres il ressort qu'ils ont eu conscience d'être assistés de l'Esprit divin. Le décret du concile de Jérusalem débute par ces mots : « II a semblé bon à l'Esprit Saint et à nous» ''(Act., ''xv, 28). Les Apôtres donnent leur prédication « non comme parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme une parole de Dieu» (I ''Thess., ''II, 13), à laquelle il faut accorder un plein assentiment (II ''Cor''., x, 5) et dont il convient de garder précieusement le dépôt (I ''Tim., ''vi, 20). Bien plus, ils confirment la vérité de leur doctrine par de nombreux miracles ''(Act., ''ii, 43 ; iii, 1, 8 ; v, 15 ; ix, 34) : preuve évidente qu'ils étaient des interprètes infaillibles de l'enseignement du Christ, sinon Dieu n'aurait pas mis à leur usage sa puissance divine ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— ''c) sur la croyance de l'antiquité chrétienne. ''De l'aveu de nos adversaires, la croyance à l'existence d'un magistère vivant et infaillible prévalait déjà au IIe siècle. Il suffit donc d'apporter les témoignages antérieurs :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. Dans la première moitié du IIIe siècle, Origène répond aux hérétiques qui allèguent les Écritures, qu'il faut s'en rapporter à la tradition ecclésiastique et croire ce qui a été transmis par la succession de l'Église de Dieu. Tertullien dans son traité « ''De la prescription» ''oppose aux hérétiques ''l'argument de prescription[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn289 [289]] et affirme que la règle de foi est la doctrine que l'Église a reçue des Apôtres. — 2. ''A la fin du second siècle, ''saint Irénée, dans sa ''lettre à Florin ''et dans son ''Traité contre les hérésies, ''présente la Tradition apostolique comme la saine doctrine, comme une tradition qui ''n'est pas purement humaine : ''d'où il suit qu'il n'y a pas lieu de discuter avec les hérétiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn290 [290]] et qu'ils sont condamnes du fait qu'ils sont en désaccord avec cette tradition. Vers 160, Hégésippe donne comme critère de la foi orthodoxe l'accord avec la ''doctrine transmise ''des Apôtres par les Évêques, ce qui l'amène, nous l'avons vu, à dresser la liste des Evêques. Dans la première moitié du IIe siècle, Polycarpe et Papias présentent la doctrine des Apôtres comme la seule vraie, comme une règle de foi sûre. Au début du ne siècle, nous avons le témoignage de saint Ignace qui dit que l'Église est ''infaillible ''et qu'il faut y adhérer si l'on veut être sauvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II résulte donc de la double preuve tirée de la raison et de l'histoire que le ''pouvoir doctrinal ''conféré par Jésus-Christ à l'Église enseignante comporte le ''privilège de l'infaillibilité, ''c'est-à-dire que l'Église ne peut errer quand elle expose la doctrine du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''335. — III. Le sujet de l'infaillibilité'''. — Jésus-Christ a doté son Église du privilège de l'infaillibilité. Mais ''à qui ''ce privilège a-t-il été concédé? Tout naturellement à ceux qui ont reçu le pouvoir d'enseigner, c'est-à-dire à l'ensemble des Apôtres, et à Pierre spécialement, pouvoir et privilège qu'ils ont transmis à leurs successeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Infaillibilité du collège apostolique et du corps épiscopal. — A. ''L’'infaillibilité du collège apostolique ''ressort : — ''a) ''de la ''mission ''confiée à ''tous les apôtres ''d' « enseigner toutes les nations» ''(Mat., ''xxviii, 20) ; — b) de la ''promesse d'être avec eux ''« jusqu'à la consommation des siècles» (''Mat., ''xxviii, 20) ; et de leur « envoyer le Consolateur, l'Esprit Saint qui doit leur enseigner toute vérité » ''(Jean, ''xiv, 26). De telles paroles indiquent bien que le privilège de l'infaillibilité est accordé à ''l'ensemble du ''corps ''enseignant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Du ''collège apostolique ''le privilège de l'infaillibilité est passé au ''corps des Évêques. ''La mission d'enseigner n'ayant été limitée ni dans le temps ni dans l'espace, il s'ensuit qu'elle doit échoir aux successeurs des Apôtres avec le privilège qui lui était attaché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il y a une distinction à établir entre les Apôtres et les Evêques. Les Apôtres avaient comme ''champ d'action tout l'univers, ''la parole de Notre-Seigneur : « Allez, enseignez toutes les nations » ayant été adressée à eux tous. Ils étaient donc missionnaires universels de la foi : partout ils pouvaient prêcher l'Évangile en ''docteurs infaillibles. ''Les Évêques, au contraire ne peuvent être considérés comme les successeurs dés Apôtres que pris dans leur ensemble ; ''chaque Évêque ''n'est pas le successeur de ''chaque Apôtre. ''Ils ne sont les chefs que d'une région déterminée, dont l'étendue et les limites sont fixées par le Pape. Ils n'ont donc pas hérité individuellement de l'infaillibilité personnelle des Apôtres. ''Seul le corps des Evêques jouit de l'infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''336. — 2° Infaillibilité de Pierre et de ses successeurs.''' — Le privilège de l'infaillibilité a été conféré par Notre-Seigneur d'une manière spéciale à Pierre et à ses successeurs. La thèse s'appuie sur un double argument : Un argument ''tiré des textes évangéliques ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT TIRÉ DES TEXTES ÉVANGÉLIQUES. ''— L'infaillibilité de Pierre et de ses successeurs découle des textes mêmes qui démontrent la primauté. — a) Tout d'abord le ''Tu es Petrus ''« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai ''mon ''Église ». Il est incontestable qu'un édifice n'a de stabilité que par son fondement. Si Pierre, qui doit soutenir l'édifice chrétien, pouvait enseigner l'erreur, l'Église serait bâtie sur un fondement ruineux, et l'on ne pourrait plus dire que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle» — b) Puis le ''Confirma fratres. ''Jésus assure Pierre qu'il a spécialement prié pour lui « pour que sa foi ne défaille pas » ''(Luc, ''xxii, 32). Il va de soi qu'une telle prière, faite surtout dans des circonstances aussi solennelles et aussi graves (V. N° 321), ne saurait être vaine. — c) Enfin le « ''Pasce oves ''». A Pierre est confiée la garde de tout le troupeau. Or on ne peut supposer que le Christ donne le soin de son troupeau à un mauvais pasteur qui l'égaré dans des pâturages aux herbes empoisonnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'insister pour prouver que l'infaillibilité de Pierre ''est passée à ses successeurs. ''Ce que Pierre devait être pour l'Église naissante, ses successeurs devront encore l'être dans la longue série des siècles, car, à tout moment de son histoire, l'Église ne pourra remporter la victoire sur les entreprises de Satan que si le fondement sur lequel elle repose garde la même fermeté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
337. — B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. — ''Pour prouver par l'histoire que les papes ont toujours joui du privilège de l'infaillibilité, il suffit de montrer que ce fut toujours la croyance de l'Église et qu'en fait les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. — a) ''Croyance de l'Eglise. ''Évidemment la croyance de l'Église ne s'est pas traduite de la même façon dans tous les siècles. Il y a eu, si l'on veut, quelque développement dans l'exposé du dogme et même dans l'usage de l'infaillibilité pontificale. Le dogme n'en remonte pas moins à l'origine, et nous le trouvons en germe dans la Tradition la plus lointaine. La chose nous est attestée par le sentiment des Pères et des conciles, et par les-faits : — 1. ''Sentiment des Pères. ''Ainsi au IIe siècle, saint Irénée déclare que toutes les Églises doivent être d'accord avec celle de Rome qui seule possède la vérité intégrale. Saint Cyprien dit que les Romains sont « assurés dans leur foi par la prédication de l'Apôtre et inaccessibles à la perfidie de l'erreur». Pour mettre fin aux controverses qui déchiraient l'Orient, saint Jérôme écrit au pape Damase dans les termes suivants : « J'ai cru à ce propos devoir consulter la chaire de Pierre et la foi apostolique. Chez vous seul le legs de nos pères demeure à l'abri de la corruption. » Saint Augustin dit à propos du pélagianisme : « Les décrets de deux conciles relatifs à la cause ont été soumis au siège apostolique ; sa réponse nous est parvenue, la cause est jugée. » Le témoignage de saint Pierre Chrysologue n'est pas moins explicite : « Nous vous exhortons, vénérables frères, à recevoir avec docilité les écrits du bienheureux Pape de la cité romaine, car saint Pierre, toujours présent sur son siège, offre la vraie foi à ceux qui la cherchent. — 2. ''Sentiment des Conciles, ''Tout ce que nous avons dit précédemment à propos de la primauté de l'Evêque de Rome s'applique tout aussi bien à la reconnaissance de son infaillibilité (V. N° 328). — 3. ''Les faits. ''Au IIe siècle, le pape Victor excommunié Théodote qui niait la divinité du Christ, par une sentence qui fut regardée comme définitive. Zéphirin condamne les Montanistes, Calixte, les Sabelliens et, à partir de ces condamnations, ils furent regardés comme hérétiques. En 417, le pape Innocent I condamne le pélagianisme, et l'Église accepte son décret comme définitif, comme nous l'avons vu plus haut par le texte de saint Augustin. En 430, le pape Célestin condamne la doctrine de Nestorius, et les Pères du concile d'Éphèse se rallient à son avis. Les Pères du concile de Chalcédoine (451) acceptent solennellement la célèbre épître dogmatique du pape Léon I à Flavien, qui condamne l'hérésie d'Eutychès, aux cris unanimes de : ''« ''Pierre a parlé par la bouche de Léon. » De même, les Pères du IIIe concile de Constantinople (680) acclament le décret du pape àgathon condamnant le monothélisme en s'écriant : « Pierre a parlé par la bouche d'Agathon. » Comme on le voit, dès les premiers siècles déjà, l'Église romaine passe pour le ''centre de la foi ''et une ''norme sûre d'orthodoxie ''Plus l'on avancera, plus la croyance se traduira en termes explicites jusqu'à ce que la vérité soit ''proclamée dogme ''par le ''concile du Vatican.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. ''Ceci est le point important de l'argument historique, car si nos adversaires pouvaient nous prouver que certains papes ont enseigné et défini l'erreur, l'infaillibilité de droit serait plus que compromise. Or les historiens rationalistes et protestants prétendent précisément qu'ils sont en mesure de nous donner ces preuves de faillibilité. Les ''principaux cas ''qu'ils invoquent sont ceux du pape Libère qui serait tombé dans l'arianisme, d'Honorius qui aurait enseigné le monothélisme, de Paul V et Urbain VIII qui condamnèrent Galilée. Comme la question de Galilée sera traitée plus loin, nous ne retiendrons ici que les deux premiers cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''338.—Objections.—1° ''LE CAS DU PAPE LIBÈRE ''(352-366)'''.—Les historiens rationalistes accusent le pape Libère d'avoir signé une proposition de foi arienne ou semi-arienne pour obtenir de l'empereur Constance le droit de rentrer à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' —A. ''Exposé des faits. ''— Rappelons brièvement les ''faits. ''En 355, l'empereur Constance, favorable à l'arianisme, avait enjoint au pape Libère de souscrire à la condamnation d'ATHANASE, évêque d'Alexandrie, le grand champion de la foi orthodoxe. S'étant refusé à le faire, le pape fut envoyé en exil à Bérée en Thrace, et l'archidiacre Félix fut préposé à l'Eglise de Rome. Après un exil d'environ trois ans, Libère fut rendu à son siège (358).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La question qui se pose est donc de savoir pour quelles raisons l'empereur lui accorda cette faveur. Deux opinions ont été émises sur ce point. Les uns, à la suite de Rufin, Socrate, Théodoret, Cassiodore, prétendent que l'empereur Constance mit 0n à l'exil du pape par crainte des soulèvements du peuple romain et du clergé, en raison de la grande popularité dont jouissait le pontife. D'autres, au contraire, et c'est à cette dernière opinion que nous avons à répondre, pensent que le pape n'obtint la cessation de son exil qu'au prix de condescendances coupables et de concessions sur le terrain de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette seconde opinion s'appuient, pour démontrer leur point de vue, sur deux sortes de témoignages : — 1. d'abord les ''dépositions des contemporains : ''saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers, saint Jérôme ; — 2. puis les ''aveux ''de Libère lui-même. Il nous est parvenu, parmi les fragments de ''l’Opus historicum ''de saint Hilaire, neuf lettres du pape Libère, dont quatre, datant de son exil, ont un caractère plutôt compromettant. Dans ces dernières lettres, le pape intrigue pour obtenir sa grâce, déclarant qu'il condamne Athanase et professe la foi catholique formulée à ''Sirmium, ''et il prie ses correspondants orientaux, entre autres Fortunatien d'Aquilée, d'intercéder auprès de l'empereur pour abréger son exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces deux sortes de témoignages invoqués par nos adversaires, certains apologistes ont répondu en contestant 1 authenticité des dépositions des contemporains, et en rejetant les lettres de l'exil du pape Libère comme apocryphes. Mais comme il n'est pas possible de prouver que les témoignages en question, tant ceux des contemporains que ceux du Libère lui-même, sont inauthentiques, nous devons accepter la discussion dans l'hypothèse de leur authenticité. Toute la question reviendra donc à savoir ''quelle fut la faute du pape ''et ''quelle formule ''il a souscrite. Car, à l'époque où Libère fut délivré de son exil, il y avait déjà ''trois formules dites de Sirmium. ''De ces trois formules la seconde seule, qui déclare que le mot ''consubstantiel ''doit être rejeté comme « étranger à l'Écriture et inintelligible», est considérée comme hérétique. Or l'on admet que ce n'est pas cette formule que le pape a signée et que vraisemblablement c'est la troisième. Hais qu'il s agisse de la première ou de la troisième, les théologiens s'accordent à dire qu'elles ne sont pas absolument hérétiques et qu'elles ont surtout le tort de favoriser le semi-arianisme en retranchant le mot ''consubstantiel ''de la profession de foi du concile de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Donc, en nous plaçant dans l'hypothèse la plus défavorable, nous pouvons conclure : — 1. que le pape Libère n'a commis qu’ un ''acte de faiblesse ''en condamnant, dans une heure critique, le grand Athanase : faiblesse dont Athanase est le premier à l'excuser : « Libère, dit en effet ce grand Docteur, vaincu par les souffrances d'un exil de trois ans et par la menace du supplice, a souscrit enfin à ce qu'on lui demandait ; mais c'est la violence qui a tout fait. » — 2. Par ailleurs, le pape Libère ''n'a rien défini ; ''s'il y a eu erreur, tout au plus peut-on dire qu'elle est imputable au ''docteur privé, ''non au ''docteur universel ''et parlant ex-cathedra. Et même s'il avait parlé ex-cathedra, — ce qui n'est pas, — il ne jouissait pas de la liberté nécessaire à l'exercice de l'infaillibilité. Donc, en toute hypothèse, l'infaillibilité est hors de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
339. — 2° ''LE CAS DU PAPE HONORIUS ''(625-638). — D'après les adversaires de l'infaillibilité pontificale, le pape Honorius aurait enseigné le ''monothélisme ''dans deux lettres écrites à Sergius, patriarche de Constantinople, et pour cette raison, il aurait été condamné comme hérétique par le VIe Concile œcuménique et par le pape Léon II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''Exposé des faits. ''— Quelques mots d'abord sur les ''faits. ''En 451 le concile de Chalcédoine avait défini contre Eutychès qu'il y avait en Jésus-Christ deux natures complètes et distinctes : la nature humaine et la nature divine. Si dans le Christ il y avait deux natures complètes, il y avait aussi deux volontés : le concile ne l'avait pas dit, mais la chose allait de soi, car une nature intelligente ne peut être complète sans la volonté. Tel ne fut pas l'avis de certains théologiens orientaux qui enseignèrent qu'en Jésus-Christ il n'y avait que la volonté divine, la volonté humaine se trouvant pour ainsi dire absorbée par la volonté divine. Une telle doctrine apparaissait évidemment fausse, mais ses partisans voyaient là un moyen de conciliation entre les Eutychiens ou ''monophysites, ''c'est-à-dire les partisans d'une seule nature, et les catholiques. Les premiers admettraient les deux natures en Jésus-Christ et les seconds concéderaient l’unité de volonté. Cette tactique fut adoptée par Sergius qui écrivit dans ce sens au pape Honorius. Dans une lettre pleine d'équivoques et où la question était présentée sous un faux jour, il lui disait qu'il avait ramené beaucoup de monophysites à la vraie foi et lui demandait qu'il voulût bien interdire de parler d'une ou «deux énergies, d'une ou deux volontés. Honorius se laissa prendre et répondit, d'une part, à Sergius, deux lettres dans lesquelles il le félicitait de son succès auprès des monophysites, de l'autre, à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et défenseur de l'orthodoxie, une lettre dans laquelle il lui recommandait d'éviter les mots nouveaux de « une ou deux opérations», opération dans le langage de l'époque étant synonyme de volonté. Malgré ces lettres dictées par un esprit de pacification, les querelles reprirent de plus belle jusqu'au VIe concile œcuménique, le troisième de Constantinople (580-681), qui porta l'anathème contre les monothélites, et entre autres, contre le pape Honorius&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La difficulté à résoudre est donc la suivante. Honorius, dans ses deux lettres à Sergius, a-t-il enseigné l'erreur ? Et a-t-il été, pour ce fait, condamné comme ''hérétique ''par le VIe concile œcuménique? Deux solutions ont été proposées par les apologistes. Les uns ont prétendu que les deux lettres à Sergius Seraient apocryphes : ce qui supprime toute discussion. Les autres admettent l’authenticité, et c'est évidemment dans cette hypothèse que nous devons nous placer pour répondre à nos adversaires. Il s'agit dès lors de savoir si le ''contenu ''des deux lettres est ''hérétique. ''L'on ne saurait contester qu'Honorius met le plus grand soin à tourner la difficulté et qu'il évite de se prononcer sur les deux volontés. Cependant, — qu'on remarque bien ce point, — il commence par rappeler les décisions, du concile de Chalcédoine et affirme hautement qu'il y a en Jésus-Christ deux natures distinctes, opérantes. Puis, approuvant la tactique de conciliation suivie par Sergius, il recommande de s’en tenir là et de ne plus parler de une ou deux opérations. Il ajoute bien, il est vrai, qu'il y n’y avait pas e, Jésus Christ de volonté divine; il entend seulement exclure les deux volontés auxquelles très insidieusement Sergius avait fait allusion ; les deux volontés qui se combattent en nous, volonté de l'esprit et volonté de la chair. La pensée d'Honorius n'est donc pas qu'il n'y a pas en Jésus. Christ une volonté divine et une volonté humaine, mais que sa volonté humaine n'est pas, comme la nôtre, entraînée par deux courants qui se contrarient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, Honorius a été ''condamné ''par le VIe concile œcuménique et par le pape Léon II. — Remarquons d'abord que toutes les paroles contenues dans les ''Actes des Conciles ''ne sont pas infaillibles et que les décisions d'un concile ne jouissent du privilège de l'infaillibilité qu'autant qu'elles sont confirmées par le pape. Or précisément les Actes du VIe Concile contenant un anathème contre Honorius en même temps que contre les principaux monothélites tels que Sergius, n'ont pas reçu la confirmation pontificale. Le pape Léon II s'est contenté de blâmer la conduite d'Honorius, mais il n'a pas lancé contre lui l'anathème qu'il a prononcé contre les autres et ne lui a pas infligé la note d'hérétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion, ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'Honoris n'a ni ''enseigné ''ni ''défini le ''monothélisme. Tout au plus peut-on lui reprocher d'avoir manqué de clair, voyance et d'avoir favorisé l'hérésie en l'abstenant de définir, en recommandant le silènes alors qu'il fallait parler, fournissant ainsi aux monothélites le prétexté de soutenir leur doctrine ? — 2. A supposer même qu'il y eût des erreurs dans ses lettres et qu'il ait été condamné pour cette raison par le VIe Concile, l'erreur et la condamnation n'atteindraient que le ''docteur privé, ''et non le ''docteur universel. ''Donc on ne peut se faire du cas d'Honorius, pas plus que de celui de Libère, un argument Centre l'infaillibilité pontificale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du Chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — La vraie Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le problème des notes de la vraie Église. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
340. — '''Position du problème- '''— A l'aide des textes de l'Écriture et des documents de l'histoire, nous avons, dans le chapitre précédent, marqué les ''caractères essentiels ''de l'Église fondée par le Christ. Il est à peine besoin d'ajouter que, n'ayant prêché qu'un Evangile, Notre Seigneur n'a pu fonder ''qu'une ''Église. Maintes de ses paraboles expriment d'ailleurs sa volonté expresse sur ce point. Ainsi, représentant la société des chrétiens sous la figure d'un troupeau, il a voulu qu'il n'y eût « ''qu'un seul troupeau ''et qu'un ''seul pasteur ''» ''(Jean, ''x, 16). Or, à notre époque, nous nous trouvons en présence de plusieurs Églises qui s'appellent chrétiennes, qui reconnaissent le même fondateur et qui prétendent, chacune, être la véritable Église instituée par le Christ. Évidemment ces Églises, ayant des doctrines en partie différentes, ne peuvent venir toutes de lui. Le problème qui se pose est donc de savoir ''quelle est la vraie. ''Les ''caractères essentiels ''qui doivent distinguer l'Église fondée par Notre-Seigneur, nous permettent-ils de fixer un certain nombre de ''notes, ''de signes extérieurs et visibles auxquels on puisse la reconnaître et la discerner aisément de celles qui sont fausses ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la rigueur, l'on pourrait dire qu'une telle enquête est superflue, et que la démonstration que nous poursuivons ici, est chose faite. Nous avons montré en effet que la société fondée par Jésus est une société ''hiérarchisée ''à la tête de laquelle il a mis l'apôtre Pierre. Or comme il a été établi par ailleurs que les Évêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans sa primauté, il ne reste plus qu'à conclure que ''l'Église romaine est la vraie Église, ''vu que nous retrouvons en elle seule les organes essentiels constitués par Jésus-Christ. Raisonner ainsi ne serait pas assurément tirer une conclusion en dehors des prémisses. Cependant, étant donné que les dissidents regardent les Évêques de Rome comme des usurpateurs, et non comme les héritiers légitimes de la primauté de Pierre, il convient de nous placer sur un autre terrain commun accepté par les ''Églises dissi­dentes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn291 [291]], tout au moins par celles qui ont un ''caractère hiérarchique. ''En partant des quatre notes données par le concile de Nicée Constantinople (IVe siècle), bien antérieurement à la séparation des Églises grecque et protestante, l'apologiste catholique a donc pour tâche de démontrer que l'Église romaine possède ces notes, soûle, et à l'exclusion des autres confessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
341. — '''Division du chapitre. '''— Du but que nous nous proposons il ressort que nous aurons à traiter dans ce chapitre les différents points suivants. 1° Nous aurons à déterminer d'abord les ''notes ''de la vraie Église. 2° II nous faudra montrer ensuite que le ''Protestantisme ne les a pas ; ''3° que ''l’ Église grecque ne les a pas davantage ; ''et 4° que ''seule l'Église romaine les possède toutes les quatre. ''5° Ce qui nous amènera à conclure à la ''nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine. ''D'où cinq articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les Notes de la vraie Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Nous traiterons : 1° des ''notes ''de la vraie Église ''considérées en général ''et 2° des ''quatre notes ''du concile de Nicée-Constantinople et de leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Des Notes considérées en général. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''342. — 1°''' '''Définition. '''— II faut entendre par « ''notes» ''de l'Église tout signe qui permet de discerner la véritable Église du Christ de celles qui sont fausses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''343. — 2'''° '''Espèces. '''— Les notes peuvent être, soit négatives, soit positives. — ''a) ''La note ''négative ''est celle dont l'absence démontrerait la fausseté d'une Église, mais dont la présence ne suffit pas à en démontrer la vérité. Les notes négatives peuvent être multipliées à l'infini et elles peuvent appartenir à n'importe quelle Église et n'importe quelle religion. Ainsi, qu'une religion enseigne le monothéisme, qu'elle prescrive le bien et défende le mal, elle peut être, mais elle n'est pas nécessairement pour cela la vraie religion. — ''b) ''La note ''positive ''est colle dont la présence démontre la vérité de l'Église où elle se trouve : elle est donc une ''propriété exclusive ''de la société fondée par Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''344. — 3°''' '''Conditions. '''— de la définition qui précède il suit que deux conditions sont requises pour qu'une propriété devienne « ''note « ''de l'Église. Il faut qu'elle soit une ''propriété ''essentielle et visible : — ''a) essentielle. ''Il est clair que, si la propriété n'était pas de ''l'essence ''de la vraie Église, si elle n'avait pas été indiquée par Jésus-Christ comme devant appartenir à la société qu'il fondait, elle ne saurait être un critère de la vraie Église ; — b) ''visible. ''Cola va de soi : un signe n'est signe qu'autant qu'il est extérieur, observable et plus apparent que la chose signifiée. Toute propriété essentielle n'est donc pas, par le fait, une note de l'Église, car bien des propriétés sont essentielles qui ne sont pas discernables. Ainsi il est bien certain, d'après les caractères que nous avons pu assigner à l'Église du Christ (Nos 331 et suiv.), que ''l'infaillibilité est ''une de ses propriétés essentielles. Mais c'est là une propriété qui n'est pas visible : pour la reconnaître, il faudrait savoir auparavant que nous avons affaire à la vraie Église. N'étant pas visible, l'infaillibilité ne peut donc être une note de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''345. — 4° Critères insuffisants'''. — Il suit de là que certains critères proposés par l'Église ''protestante ''ou par l'Église ''grecque ''ne sauraient être acceptés, parce que ne répondant pas aux deux conditions de la note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Il faut d'abord écarter les deux critères proposés par les protestants ''orthodoxes, ''savoir: la prédication exacte de l'Évangile et l'usage correct des sacrements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''La prédication exacte de l’Évangile. — ''Qu'en proposant un tel critère, les Protestants se mettent en contradiction avec leur théorie du libre examen, c'est ce qui apparaît tout de suite clairement. Si, d'un côté, les théologiens reconnaissent à tous les chrétiens la liberté d'interpréter l'Écriture suivant leur sens propre, comment peuvent-ils, de l'autre côté, leur imposer une règle commune de foi par la détermination précise des vérités qui se trouvent dans l'Évangile[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn292 [292]] ? Mais laissons cette question de droit, puisque aussi bien les Protestants orthodoxes ont cru bon de ne pas retenir, dans la pratique, leur théorie du libre examen. Voulant donc trouver des ''critères objectifs ''par lesquels on puisse discerner les Églises ''conformes ''des Églises ''non conformes ''au royaume de Dieu prêché par Jésus-Christ, ils ont proposé en premier lieu la prédication exacte de l'Évangile. — Mais comment pourrons-nous savoir quelle est la prédication exacte de l'Évangile, s'il n'y a aucune autorité pour nous le dire, et si, dans le cas de conflit, il n'y a personne pour finir la discussion? Et la preuve la plus évidente de l'insuffisance du critère, celle qui nous dispense de toutes les autres, n'est-ce pas le désaccord qui existe parmi eux, même au sujet des points les plus essentiels, des ''articles fondamentaux ''de la doctrine chrétienne. Prenons un seul exemple : la divinité de Jésus-Christ. Comment faut-il entendre ce dogme central du christianisme? Certains protestants répondent que Jésus-Christ est Dieu au sens propre du mot, c'est-à-dire qu'il est consubstantiel au Père. D'autres estiment qu'il n'est Dieu que dans un sens large et métaphorique, sa divinité n'étant autre chose qu'une intimité très grande avec Dieu le Père. L'on ne voit pas bien comment, dans de telles conditions, l'on pourrait encore parler des prédications exactes de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'administration correcte des Sacrements.''— Ce critère proposé n'est pas une propriété plus visible que la prédication exacte de l'Évangile : la preuve en est que les Protestants sont bien dans l'impossibilité de déterminer, d'après les seuls textes de l'Écriture, comment les deux sacrements qu'ils retiennent : le Baptême et l'Eucharistie, doivent être administrés correctement. Faut-il conférer le Baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, selon l'ordre donné par le Christ ressuscité ''(Mat., ''xxviii, 19), ou simplement au nom du Seigneur Jésus, comme il est dit dans maints passages des Actes ? (ii, 38 ; vii, 12,16 ; xix, 5). A propos de l'Eucharistie, en quoi consiste la Présence réelle ? Y a-t-il présence ''réelle et physique ''du corps et du sang ''de- ''Jésus-Christ dans le pain et le vin ''(impanation)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn293 [293]], comme le veulent les Luthériens ? Ou bien la présence n'est-elle que ''virtuelle, ''la pain et le vin ayant la vertu de causer l'union entre le vrai corps du Christ qui est au ciel et l'âme du communiant, comme le pensent les calvinistes ? Ou bien encore ne s'agit-il que d'une présence ''morale, ''le pain et le vin alimentant notre foi dans le Christ et nous rappelant simplement le souvenir de la Cène, ainsi que le croient les sacramentaires ? Il est donc de toute évidence que ni la prédication du pur Évangile ni l'administration correcte des sacrements ne sont des critères suffisants. Sans nul doute, la vraie Église est celle qui prêche le pur Évangile et administre correctement les sacrements puisque la vraie Église est infaillible 6t ne peut errer sur ces deux points. Mais, quoique propriétés ''essentielles ''de la vraie Église, elles n'en sont pas des propriétés ''visibles, ''et pour cette raison, elles n'en peuvent être des ''notes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
346. — B. L'Église ''grecque ''propose, comme note de l'Église, la ''conservation sans variation de ''la doctrine prêchée par le Christ et les Apôtres. A première vue, ce critère revient au premier critère protestant : la prédication du pur Évangile. Il y a cependant une différence capitale entre les deux. Car tandis que les protestants laissent au sens chrétien et à la science indépendante le soin de déterminer les ''articles fondamentaux, ''l'Église grecque limite la conservation de la pure doctrine à l'enseignement des sept. premiers conciles œcuméniques. — Mais, pourrions-nous objecter tout d'abord aux théologiens de l'Église grecque, où se trouvait donc la vraie Église avant la réunion du premier concile œcuménique qui n'eut lieu qu'au IVe siècle ? Ayant le premier concile, l'Église n'avait-elle pas besoin déjà de notes pour se faire discerner? Supposons cependant que le seul critère de la vraie Église soit la conservation sans variation de la doctrine enseignée par les sept premiers conciles? Comment faut-il envisager cette conservation? La ''non-variation ''doit-elle être ''absolue? ''Dans ce cas, on ne comprend pas bien comment les symboles de foi ont pu être développés et complétés par des conciles postérieurs, comment on ne s'est pas borné au symbole de Nicée, et comment même celui de Nicée n'a pas craint d'ajouter au symbole des Apôtres. Si la ''non-variation ''doit être comprise dans un sens ''large, ''nous sommes d'accord ; les théologiens catholiques sont les premiers à admettre que la Parole de Dieu ne doit pas présenter l'immobilité d'une lettre morte, et qu'elle est susceptible des plus riches développements qui n'altèrent en rien la pureté de la doctrine primitive. Mais si 1 on concède la possibilité d'un développement, pourquoi ce développement se serait-il arrêté aux sept premiers conciles, et quelle est l'autorité qui nous dira quand celui-ci est normal? Comme on le voit, la question revient toujours à savoir où se trouve ''l'autorité légitimement constituée, ''celle qui a recueilli la succession apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Les quatre notes du Concile de Nicée-Constantinople. Leur valeur respective. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
347. — '''I. Les quatre notes. '''— Dès le IVe siècle déjà[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn294 [294]] le concile de Nicée-Constantinople proposait, comme nous l'avons dit, quatre propriétés qui doivent permettre de discerner l'Église du Christ des fausses Églises. Ces quatre propriétés sont : 1° ''l’unité ; ''2° la ''sainteté ; ''3° la ''catholicité ; ''4° ''l’apostolicité. ''« Et unam, sanctam, catholicam.et apostolicam Ecclesiam. » Trois de ces notes : l'unité, la catholicité et l'apostolicité ont des rapports étroits outre elles et sont ''d'ordre juridique. ''La seconde : la sainteté, est d'ordre ''moral. ''Pour cette raison nous la détacherons des trois autres, et nous en parlerons en premier lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''348. — 1° La Sainteté'''. — La ''sainteté ''consiste on ce que les ''principes ''enseignés par l'Église du Christ doivent conduire à la sainteté certains de ses ''membres. ''La sainteté, en tant que note de l'Église, implique donc un double élément : la ''sainteté des principes ''et la ''sainteté des membres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''sainteté ''remplit les ''deux conditions requises ''pour être une note (N° 344). Elle est : — «) une ''propriété essentielle. ''Que la sainteté des principes soit une marque essentielle de la vraie Église, il est facile de le prouver par le caractère de l'Évangile de Jésus. Le Sauveur ne se contente pas d'imposer l'observance des préceptes obligatoires en rappelant les devoirs du Décalogue ''(Mat., ''xix, 16, 19), il veut que ses disciples fassent mieux, qu'ils vivifient la lettre par l'esprit, c'est-à-dire par l'intention, que leur justice ne soit pas formaliste comme celle des Pharisiens, mais qu'elle prenne pour motif l'amour de Dieu et du prochain. « Je vous déclare, leur dit-il dans son Discours sur la montagne, que si votre justice n'excelle pas plus que colle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » ''(Mat., ''v, 20). Jésus va plus loin, — et c'est ce qui va caractériser son Église, — au-de3sus des vertus communes, de ce qu'on appelle couramment l'honnêteté et qui est un devoir strict pour tous, il ''propose la perfection aux âmes d'élite, ''comme un idéal auquel elles doivent tendre par les actes les plus contraires a la nature, par les sacrifices les plus durs : «Vous donc soyez parfaits, comme voire Père céleste est parfait» ''(Mat, ''v, 48). D'où il suit que dans la vraie Église l'on doit trouver des membres qui se distinguent par une sainteté éminente et des vertus héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La ''sainteté ''est une ''propriété visible. ''Cola ne fait aucun doute pour le premier élément : la sainteté des ''principes ''est une chose que tout le monde peut observer. Il n'en va pas tout à fait de mémo pour la sainteté des ''membres. ''La sainteté étant avant tout une qualité intérieure et visible au seul regard de Pieu, l'on pourrait ''objecter ''que ce ne peut être là une propriété visible, une note de la véritable Église. — II est vrai que la sainteté consiste surtout dans un fait intérieur et que l'hypocrisie peut revêtir les mômes apparences que la sainteté. Cependant il est permis de poser en règle générale que l'extérieur est le miroir fidèle de l'intérieur. La sainteté dont on perçoit les manifestations extérieures, surtout quand elle s'accompagne d'humilité, est une propriété apparente aux yeux des hommes. Considérée dans ''l’ensemble ''des membres de l'Église, elle peut donc être, alors même qu'il y aurait de fâcheuses méprises, une note dont il n'y a pas lieu de récuser la valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''349. — 2°''' '''L'Unité. '''— ''a) L'unité, ''en tant que note de l'Église, consiste dans la ''subordination ''de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'unité ''a les ''deux conditions requises ''pour être une note de la vraie Église. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Jésus a voulu qu'il n'y ''eût ''« qu'un seul troupeau et un seul pasteur » ''(Jean, ''x, 16). Il a prié à cet effet « pour que tous soient ''un» (Jean, ''xvii, 21). N'ayant prêché qu'un Évangile, il a voulu l'adhésion de tous ses disciples à cette doctrine révélée : d'où ''unité de la foi. ''Voulant la fin, il est clair qu'il devait en prendre les moyens. C'est dans ce but qu'il a institué une ''hiérarchie permanente, ''pourvue des pouvoirs nécessaires pour assurer l'unité de la société chrétienne ; — ''b) ''une ''propriété visible. ''La subordination de tous les fidèles à une même juridiction est une chose visible et vérifiable ; il n'est pas plus difficile de constater l'unité hiérarchique dans l'Église que dans toute autre société. — Nos adversaires ''objectent, ''il est vrai, que la foi étant une qualité intérieure, n'est pas visible. Sans doute, la foi est intérieure et invisible si on la considère en elle-même : mais, tout intérieure qu’elle est elle peut se manifester par des actes extérieurs, tels que la prédication, les écrits et la récitation de formules de foi. Au surplus, l'unité dont il s'agit ici, est avant tout ''l’unité de gouvernement. ''C'est cette derrière qui est le principe de ''l’unité de foi ''et de ''l’unité de culte. ''Si la première est constatée, les deux autres doivent suivre, comme des conséquences naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''350. — 3° La''' '''Catholicité. '''— Le mot ''catholique ''veut dire universel. Conformément à l'étymologie, la ''catholicité ''c'est donc la diffusion de l'Église dans tous les pays du monde. Toutefois, les théologiens distinguent, à juste raison, entre : — 1. la catholicité ''de fait, ''une catholicité ''absolue ''et ''physique ''qui comprend la totalité des hommes, et — 2. la catholicité ''de droit, ''une catholicité ''relative ''et ''morale, ''dans ce sens que l'Église du Christ est destinée à tous et qu'elle s'étend à un grand nombre de régions et d'hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''catholicité ''remplit également les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Alors que la Loi primitive et la Loi mosaïque ne s'adressaient qu'au peuple juif, seul gardien des promesses divines, la Loi nouvelle s'adresse à l'universalité du genre humain : « Allez, dit Jésus à ses Apôtres, enseignez ''toutes ''les nations ''«(Mat., ''xxviii, 19). Toute Église par conséquent qui resterait confinée dans son milieu, qui serait l'Eglise d'une province, d'une nation, d'une race, n'aurait pas les caractères de l'Église du Christ, puisque Jésus a prêché sa doctrine pour tous et qu'il a fondé une société ''universelle. ''Est-ce à dire que l'Église du Christ devait être universelle dès le premier jour, ou même qu'elle devait l'être un jour, d'une catholicité absolue et physique? Évidemment non. La diffusion de l'Évangile devait suivre une marche progressive, dont Jésus lui-même avait tracé le plan à ses Apôtres : il les avait chargés en effet de lui rendre témoignage à Jérusalem d'abord, puis dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre ''(Act., ''i, 8). Et même lorsque l'Évangile aura pénétré jusqu'aux extrémités de la terre, il n'en résultera pas encore une catholicité absolue. Car le Sauveur n'a pas entendu violenter les consciences ; il a laissé à tout homme la liberté d'entrer ou de ne pas entrer dans son royaume, et il a prédit que-tous n'y entreraient pas, vu qu'il a annoncé à ses disciples qu'ils seraient en butte aux persécutions. — ''b) ''La catholicité est une propriété ''visible. ''Constater la diffusion de l'Église paraît chose assez simple. Cependant la note de catholicité n'est pas toujours aussi apparente qu'on pourrait le croire, car le nombre des adhérents d'une société peut subir des fluctuations avec les diverses phases de son histoire. Mais la catholicité n'est pas à la merci d'une variation de chiffres. Ce n'est pas parce que l'Église connaîtra à certaines heures de regrettables défections que sa catholicité diminuera d'autant : il suffit qu'elle reste toujours ''catholique de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''351. — 4°''' '''L'Apostolicité. '''— ''l'apostolicité ''est la succession continue et légitime du gouvernement de l'Église depuis les Apôtres. Pour qu'il y ait apostolicité il faut donc que des chefs actuels de l'Église l'on puisse remonter aux fondateurs de l'Église, c'est-à-dire aux Apôtres et à Jésus-Christ ; il faut de plus que cette succession soit ''légitime, ''c'est-à-dire que les chefs hiérarchiques se soient succédé conformément aux règles établies, qu'il n'y ait eu par conséquent dans leur accession au gouvernement aucun vice essentiel capable d'invalider leur juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'apostolicité de gouvernement implique ''l’apostolicité de la doctrine. ''Du fait que les chefs de l'Église ont pour principale mission de transmettre aux hommes le dépôt intégral de la Révélation, il s'ensuit que l'apostolicité de la doctrine doit découler de l'apostolicité de gouvernement, comme l'effet de la cause. Mais 1’apostolicité de la doctrine n'est pas une note, parce qu'elle n'est pas une propriété visible, et que, pour savoir si une doctrine est apostolique, il faut rechercher auparavant par qui elle est enseignée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'''apostolicité ''a les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — ''a) ''une ''propriété essentielle. ''Jésus-Christ ayant institué une hiérarchie permanente, son Église ne peut se trouver que là où les chefs sont les successeurs légitimes des Apôtres ; — b) une ''propriété visible. ''Il est aussi facile de contrôler le fait de la succession apostolique des Papes et des Évoques que celle des chefs de toute société humaine, par exemple, la succession des rois de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''352. — II'''. '''Valeur respective des quatre notes. '''— Avant de faire l'application des quatre notes, il convient d'établir leur ''force probante, ''leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''LA SAINTETÉ ''est une note ''positive ''de la vraie Église. Car il est évident que, seule, l'Église qui a conservé la doctrine du Christ dans toute son intégrité, est capable de produire les fruits les meilleurs et les plus abondants de sainteté. D'autre part, la note de sainteté est facilement discernable : tout homme sincère peut constater la ''transcendance morale ''d'une société religieuse et se rendre compte que la sainteté des membres est le résultat de la sainteté des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, la sainteté est un critère ''à l'ordre moral : ''entendez par là qu'il requiert des dispositions morales de la part de celui qui en fait l'application. Si en effet on a l'esprit prévenu contre la société religieuse qu'on étudie, il peut arriver qu'on s'arrête avec trop de complaisance aux faiblesses et aux défauts de cette société sans accorder la place voulue aux vertus héroïques dont elle a droit de se glorifier. Pour cette raison, la note de sainteté, quoique suffisante en soi, demande à être complétée par les autres notes,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''L'UNITÉ ''est une note ''négative. ''Elle n'a donc qu'une valeur d'exclusion : elle nous permet de dire que toute société qui ne l'a pas ne peut pas être la vraie Église. Mais elle ne nous conduit pas plus loin, car rien n'empêche de concevoir une société où tous les membres soient subordonnés aux mêmes chefs et acceptent les mêmes croyances sans être pour cela la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LA CATHOLIGITÉ ''est également une note ''négative ''et nous permet seulement d'exclure toute société qui n'est pas relativement et moralement universelle, par conséquent, toute Église provinciale ou nationale. Mais notre conclusion ne saurait aller au delà, et il peut se faire qu'une société soit la plus répandue, qu'elle compte le plus d'adhérents sans qu'elle soit nécessairement la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant le ''concept de catholicité ''est ''plus étendu ''que celui ''d'unité. ''Une société peut être une et ne pas dépasser les limites d'an pays, tandis que la catholicité qui suppose une certaine universalité, implique en même temps l'unité. Que serait en effet la catholicité, si l'Eglise qui embrasse plusieurs contrées n'était pas la même à tous les endroits? Une Église peut donc être une sans être catholique, mais elle ne peut être catholique sans être une.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4''° L’APOSTOLICITÉ ''est une note ''positive. ''Du moment qu'une Église peut démontrer que sa hiérarchie descend des Apôtres par une succession ''continue ''et ''légitime, ''il y a toute certitude qu'elle est la véritable Église. Mais le point délicat de cette note est de prouver que la succession a toujours été ''légitime, ''que la ''juridiction ''épiscopale n'a pas été annulée par le schisme et l'hérésie, c'est-à-dire par la rupture avec l'œuvre authentique de Jésus-Christ. Or la rupture ne deviendra évidente que si cette Église ne possède plus les trois notes précédentes. L'apostolicité doit donc être contrôlée par les autres notes, et en particulier, par l'unité et la catholicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— 1. Toute Église, dans laquelle il y a ''absence ''des quatre notes ou seulement d'une des quatre notes, ne peut être la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'Église qui ''possède ''les quatre notes est ''nécessairement la vraie Église. ''Car la sainteté et l'apostolicité, étant des notes positives, sont des critères qui suffisent à prouver l'authenticité d'une Église. Cependant il est bon de ne pas les isoler, nous venons de dire pourquoi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Application des notes an Protestantisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353. — Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur le protestantisme. Dans le second, nous montrerons ''qu'il n'a pas les quatre notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur le Protestantisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Définition. '''— Sous le terme général de ''protestantisme, ''il faut comprendre l'ensemble des doctrines et des Églises issues de la Réforme du XVIe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot ''Réforme ''sert également à désigner le protestantisme. La raison en est que ses principaux chefs : Luther et Calvin ''se donnèrent ''comme des envoyés de Dieu ayant pour mission de ''réformer ''l'Église du Christ, de restaurer la religion de l'esprit et de substituer aux ténèbres de l'erreur et à la corruption des mœurs la lumière de la vérité et la pureté de la morale : « ''Post tenebras lux'' ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''354. — II.''' '''Origine. '''— Si l'on considère le protestantisme, d'un point de vue général, et sans s'arrêter aux circonstances particulières qui déchaînèrent le mouvement dans les différents pays de l'Europe, l'on peut dire qu'il a son origine dans ''trois ordres de causes : ''intellectuelles! religieuses et politiques. — ''a) Causes intellectuelles. ''Il y a un lien très étroit qui rattache la Réforme, mouvement religieux, à la Renaissance, mouvement intellectuel. De la dernière moitié du XVe siècle aux vingt premières années du XVIe, époque où éclata le luthéranisme, la Renaissance battait son plein. Or l'humanisme ne se signalait pas seulement par le culte de l'antiquité païenne, mais aussi par une réaction contre la philosophie scolastique, par des tendances rationalistes et une critique indépendante qui s'étendait à tous les domaines et contre les attaques de laquelle la Bible même ne fut pas toujours à l'abri.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Causes religieuses. ''A l'indépendance de l'esprit correspondait une grande liberté dans les mœurs. Depuis plusieurs siècles déjà, de déplorables abus s'étaient glissés un peu partout : il y avait eu abaissement du niveau moral dans l'Église, qui ne remplissait plus qu'imparfaitement sa mission divine. En Allemagne plus spécialement, le haut clergé, mal recruté parmi les grands seigneurs, possesseur d'une grande partie du sol, ne rêvait que domination et se servait de l'Église plutôt que de la servir. La mal n'était pas moindre dans les monastères ; et la papauté elle-même, devenue une puissance italienne préoccupée de ses intérêts matériels, oubliait trop souvent les affaires de l'Église dont elle avait la charge. Assurément, une réforme, non pas dans la constitution de l'Église ni dans son dogme, mais dans ses mœurs et dans sa discipline, était indispensable et souhaitée de tous. Elle s'accomplit du reste plus tard au temps du concile de Trente, trop tard, hélas ! puisque auparavant Luther avait déchaîné au soin de l'Église une vraie révolution qui n'avait plus Le simple caractère d'une réforme nécessaire, mais qui était le bouleversement du dogme et la rupture de l'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Causes politiques. ''Quelque importantes que fussent les causes intellectuelles et religieuses, la Réforme protestante fut déterminée par l'ambition des chefs d'État qui virent, dans ce détachement de leurs Églises nationales de l'autorité de Rome, la meilleure façon d'accroître leur puissance et de devenir à la fois les chefs spirituels et temporels de leurs sujets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
355. — '''III. Les Églises protestantes'''. — Le protestantisme comprend trois Églises principales : l'Église ''luthérienne, ''l'Église ''calviniste ''et 1' Église ''anglicane. ''Chaque Église se subdivise à son tour on un certain nombre de sectes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le''' '''Luthéranisme. '''— A. ''ORIGINE. ''— de l'Allemagne plus que d'aucun autre pays, il est vrai de dire que le protestantisme eut pour principe les trois causes que nous avons signalées plus haut. Au début du xvie siècle, le terrain était tout prêt pour l'éclosion d'un mouvement réformateur : il suffisait d'un homme et d'une occasion pour allumer l’incendie. Cet homme ce fut Luther, et l'occasion, la ''question des indulgences.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Martin Luther naquit en 1483 et mourut en 1546 à Eisleben en Saxe En 1505, il entra au couvent des Augustins d'Erfurt et fut ensuite professeur de théologie à Wittenberg. En 1517, le pape Léon X ayant chargé les Dominicains de prêcher de nouvelles indulgences dans le but de recueillir des aumônes destinées à l'achèvement de Saint-Pierre de Rome, Luther, froissé que cette mission avait été confiée à un autre ordre que le sien, commença par attaquer les ''abus, ''puis bientôt le ''principe ''même des indulgences, ainsi que leur ''efficacité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn295 [295]]. Excommunié en 1520, il brûla Ta bulle pontificale sur la place publique de Wittenberg, traita le pape d'antéchrist et en appela à un Concile général. Cité devant la diète de Worms (1521), il s'y rendit refusa de se soumettre à la sentence qui le condamnait et fut mis au ban de l'Empire. Protégé par Frédéric de Saxe, il vécut un certain temps caché au château de la Wartbourg où il travailla à la traduction de la Bible en langue vulgaire. Puis, de 1522 à 1526, il parcourut l'Allemagne, prêchant sa doctrine. Entre temps, en 1525, il avait épousé Catherine Bora. En quelques années, la Réforme fit de grands progrès, grâce à la protection des princes qui profitèrent du mouvement pour rejeter l'autorité de Rome et s'emparer des biens des monastères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
356. — B. ''DOCTRINE. ''— a) La théorie luthérienne de l'inefficacité des indulgences, fait partie de tout un système dont le point central était la ''justification par la foi. ''Aux bonnes œuvres Luther oppose la foi : « Sois pécheur, pèche hardiment, mais crois plus hardiment encore. » Telle est, en une brève formule, l'idée maîtresse du réformateur, d'où sortiront les autres points de sa doctrine comme des conséquences rigoureuses. De même que la justice primitive faisait partie de la nature du premier homme et lui était essentielle, de même par la faute d'Adam « le péché devient une seconde nature : tout en l'homme est péché ; l'homme n'est plus que péché »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn296 [296]]. Rien ne peut changer cet état de choses : l'homme pécheur ''n'a plus la liberté nécessaire pour accomplir le bien ; ''ses bonnes œuvres sont donc inutiles. La justification par les mérites de Jésus-Christ est le seul remède. Mais comment le pécheur obtiendra-t-il que Dieu lui accorde cette grande grâce de lui imputer les mérites de son Fils? ''Uniquement par la foi, ''en croyant de toutes ses forces que la chose est ainsi. Sans doute son âme restera, comme auparavant, souillée par le péché, mais elle sera recouverte, comme d'un voile, de la justice du Rédemp­teur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn297 [297]]. — b) La foi seule suffisant à la justification, les ''sacrements ''et le ''culte ''deviennent ''choses superflues. ''Les sacrements, que Luther réduit à trois : le baptême, l'eucharistie et la pénitence, ne produisent donc pas la grâce et ne sont pas requis pour le salut. Le culte des saints doit être supprimé ; les saints doivent être imités, non invoqués. — c) ''Pas de purgatoire. ''— ''d) ''La ''seule règle de foi ''et la seule autorité c'est l'''Écriture ''interprétée par la raison individuelle. -— ''e) ''Tout chrétien pouvant obtenir la justification par la foi sans la pratique des œuvres et sans le recours aux sacrements, recevant par ailleurs les lumières de l'Esprit Saint pour l'interprétation des Écritures, il s'ensuit que l'Église est une ''société invisible, ''se composant des seuls justes, où il n'y a pas de corps enseignant, pas de caractère sacerdotal, pas d'ordination et où tous les fidèles sont prêtres. Telle était la conséquence rigoureuse que Luther avait tirée d'abord de sa doctrine. Mais comme elle eut pour effet de susciter une foule de docteurs qui, au nom de l'Esprit Saint, avancèrent les opinions les plus contradictoires, Luther se vit forcé d'organiser des ''Églises visibles, ''avec l'appui et sous la dépendance de l'État. Conséquemment, il décréta que le ministère de la prédication et l'administration des sacrements seraient exercés par des élus du peuple auxquels les anciens auraient imposé les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
357. — C. ''ÉTAT ACTUEL. — ''Le ''luthéranisme ''se propagea rapidement dans l'Allemagne du Nord, le Danemark, la Suède et la Norvège. Il s'est étendu ensuite à l'Angleterre, avec l'anglicanisme, et à la Hollande ; il a pénétré de nos jours en Amérique et même, grâce aux missions protestantes, dans les pays païens. Cependant il ne présente pas partout la même ''organisation. ''En Allemagne, l'Église luthérienne ''n'a pas d'évêques, ''elle reconnaît l'autorité des princes séculiers et des consistoires dont les princes sont les principaux membres Dans les pays Scandinaves, l'on a conservé la ''hiérarchie épiscopale ''qui est soumise à l'autorité civile. Aux États-Unis d'Amérique, les pasteurs sont élus par le suffrage des fidèles ; dans les choses de la foi et de la discipline ils obéissent aux synodes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''358. — 2° Le Calvinisme'''. — A. ''ORIGINE.— ''Calvin, né à Noyon en Picardie en 1509, fit ses études de droit à Bourges où il se lia d'amitié avec l'helléniste allemand Wolmar, qui l'instruisit dans la doctrine de Luther. Après avoir prêché à Paris (1532), il jugea prudent de quitter la France et se retira à Strasbourg, puis à Bâle où il acheva( 1536) son fameux ouvrage de ''l’Institution chrétienne, ''dans lequel il exposa ses idées. Appelé à Genève pour y enseigner la théologie, proscrit quelque temps, puis rappelé, il entreprit à la fois la réforme des mœurs et celle du dogme et du culte. En même temps, il poursuivait avec une cruelle intransigeance ceux qui allaient à rencontre de sa doctrine. Les plus fameuses victimes de son intolérance furent Jacques Gruet et surtout Michel Servet brûlé en 1553&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
359. — B. ''DOCTRINE. ''— Calvin reproduit à peu près la doctrine de Luther. Voici, esquissés très rapidement, les points essentiels qui différencient les deux théologies. — a) Sur ''la question de la justification, ''Calvin qui enseigne, comme Luther, la justification par la foi sans les œuvres, ajoute à la doctrine luthérienne deux choses : l'inamissibilité de la grâce et la prédestination absolue : — 1. ''Inamissibilité de la grâce. ''Calvin, plus logique peut-être en cela que Luther, qui n'avait pas osé soutenir que la grâce de la justification, une fois reçue, ne pût se perdre, professe que la grâce est ''inamissible. ''Pourquoi Dieu retirerait-il à l'homme la grâce de la justification qu'il lui a plu un jour de lui octroyer? Si l'homme ne peut rien faire pour mériter de l'obtenir, pas davantage il ne saurait rien faire pour mériter de la perdre, vu qu'il est privé de libre arbitre, partant, irresponsable. « Qui est justifié, dit Calvin, et qui reçoit une fois le Saint-Esprit, est justifié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. » — 2. Du principe de l'inamissibilité de la grâce découle la doctrine de la ''prédestination absolue. ''Dans son conseil éternel, Dieu a prédestiné les uns au salut, les autres à la damnation. Le prédestiné à la gloire est désigné, élu de toute éternité. Il est justifié sans considération de ses mérites, sans égard aux œuvres qu'il peut accomplir, et tel est précisément l'endroit où la thèse calviniste est en contradiction totale avec la doctrine catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn298 [298]]. — b) Sur ''la valeur des sacrements, ''que Calvin réduit à deux : le baptême et l'eucharistie, sur ''le culte, ''sur ''la règle de foi, ''la doctrine calviniste est presque identique à la doctrine luthérienne. — c) Quelques divergences sur la ''constitution de l'Église visible. ''Celle-ci, qu'il ne faut pas confondre avec ''l'Église invisible, ''c'est-à-dire l'ensemble des prédestinés, est une démocratie où les prêtres, tous égaux, sont délégués par le peuple. Mais, — et c'est là un point important où le calvinisme s'éloigne du luthéranisme, — l'autorité ecclésiastique est indépendante de l'État : elle réside dans un ''consistoire, ''composé de six ecclésiastiques et de douze laïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn299 [299]], lesquels représentent les anciens et les diacres de la primitive Église. Ce système s'appelle le ''presbytérianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
360. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— Le ''calvinisme ''se propagea on Suisse, en France, en Allemagne même, dans les Pays-Bas et en Écosse, où il donna naissance à la secte des ''puritains, ''qui mit un moment en péril l'anglicanisme. Il subsiste encore aujourd'hui dans ces mêmes pays et a même gagné les États-Unis, où cependant il ne compte qu'un nombre restreint de fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''361. — 3° L'Anglicanisme.''' — A. ''ORIGINE. — ''La Réforme protestante éclata en Angleterre, peu de temps après l'introduction du luthéranisme en Allemagne. Les historiens lui voient déjà un précurseur; au XIVe siècle, dans la personne de l'hérésiarque Wiclef, dont la tentative -avait échoué, mais dont les idées avaient laissé dans les esprits un ferment d'indépendance, favorable au schisme du xvie siècle. Celui-ci eut pour auteur le roi Henri VIII. Après avoir été un défenseur de l'Église catholique, il s'en détacha pour se venger de ce qu'il n'avait pu obtenir du pape Clément VII une sentence annulant son mariage avec Catherine d'Aragon. En 1534, il fit signer par l'assemblée du clergé et les deux Universités une formule qui déclarait que « l'Évêque de Rome n'avait pas en Angleterre plus d'autorité et de juridiction que tout autre Évêque étranger », et il fit admettre cette proposition que « le roi est, après le Christ, le seul chef de l'Église». Séparée ainsi du centre de l'unité, l'Église d'Angleterre conservait la même doctrine que par le passé. ''Schismatique ''d'abord, elle ne devint ''hérétique que ''sous Edouard VI, le successeur de Henri VIII. A l'instigation de Cranmer, l'on rédigea une ''profession de foi ''en 42 articles, extraits presque entièrement des Confessions des réformés d'Allemagne (1553). Ces 42 articles furent remaniés sous le règne d'Elisabeth et réduits à 39 en .1563.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
362. — B. ''DOCTRINE. ''— Les 39 ''articles de la confession de foi ''approuvée par le Synode de Londres, et le ''Livre de la prière publique ''(common Prayer-book) contiennent tout l'anglicanisme. Nous nous contenterons d'indiquer les-points principaux de la doctrine enseignée dans les 39 articles. 1. Les cinq premiers articles exposent les dogmes catholiques de la sainte Trinité, de l’Incarnation et de la résurrection. 2. Le sixième admet comme unique règle l’Ecriture sainte. — 3. Les articles 9-18 exposent la doctrine de la justification par la foi seule, reproduite assez fidèlement de la doctrine de Luther. Contrairement au Calvinisme, il est enseigné qu'après la justification on peut pécher et se relever. — 4. Les articles 19-22 traitent de l'Église. L'Église visible est la société des fidèles où l'on prêche la pure parole de Dieu et l'on administre ''correctement ''les sacrements. Quoiqu'elle ait le pouvoir de décréter des rites et des cérémonies, de décider dans les controverses en matière de foi, elle ne peut rien établir contre l'Écriture. Aucune Église n'est infaillible : pas plus que les autres, celle de Rome, dont la doctrine (art. 22) sur le purgatoire, les indulgences, le culte des images et des reliques, l'invocation des saints, doit être rejetée. — 5. Les neuf articles suivants (23-31) exposent la doctrine anglicane sur le culte et les sacrements. On ne peut exercer le ministère dans l'Église sans avoir été choisi par l'autorité compétente. La langue vulgaire doit être employée dans la prière publique et l'administration des sacrements. Deux sacrements : le baptême et la Cène, ont été institués par Jésus-Christ et sont des signes efficaces de la grâce ; les cinq autres ne sont pas de vrais sacrements. Le baptême est un signe de régénération qui introduit dans l'Église, confirme la foi et augmente la grâce. Le baptême der enfants doit être conservé. La cène du Seigneur, dit l'article XXVIII, n'est pas seulement un signe de l'amour mutuel des chrétiens entre eux, mai elles est plutôt un sacrement de notre rédemption par la mort du Christ. De sorte que, pour ceux qui y prennent part, correctement, dignement et avec foi, le pain que nous rompons est une communion au corps du Christ ; de même la coupe de bénédiction est une communion au sang du Christ. La transsubstantiation ne peut être prouvée par les Saintes Lettres ; au contraire, elle répugne aux termes de l'Écriture, détruit la nature du sacrement, et a été la cause de beaucoup de superstitions. Le corps du Christ est donné, reçu et mangé dans la cène, seulement dune manière céleste et spirituelle. Le moyen, par lequel le corps du Christ est reçu et mangé, est la foi. Le sacrement de l'eucharistie n'a pas été institué par le Christ pour être conservé, transporté, élevé et adoré.» La communion sous les deux espèces est nécessaire. Le sacrifice de la croix a accompli la rédemption une fois pour toutes ; par conséquent « les sacrifices des messes» sont des fables blasphématoires et des impostures pernicieuses. — 6. Les articles suivants (32-34) déclarent que le mariage des évêques, des prêtres et des diacres est permis ; que les excommuniés doivent être évités. — 7. Le 38e article condamne les doctrines communistes de certains anabaptistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn300 [300]], et le dernier dit que le serment est permis pour de justes causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
363. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— La profession de foi en 39 articles a été spécialement rédigée pour faire l'union dans l'Église anglicane. Mais bien que tous les candidats aux ordres aient toujours été obligés et le soient encore de la signer avant de recevoir le diaconat, l'union n'a jamais pu être réalisée, pas plus dans le passé que dans le présent. Du temps d'Elisabeth, la nation était déjà divisée en ''conformistes ''qui suivaient littéralement les rites du Prayer-book, et en ''non-conformistes ''ou ''dissidents ''qui refusaient d'admettre les ornements et cérémonies qui sont en usage dans l'Église catholique et que le Prayer-book prescrivait : imbus des doctrines calvinistes, ils y voyaient une affirmation de la présence réelle et du sacrifice de la messe et ne voulaient pas participer à ce qui leur semblait une idolâtrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nos jours, l'Église anglicane se divise encore en trois partis: la ''Haute ''Église, la ''Basse ''Église et l'Église ''Large. ''— ''a) ''La ''Haute ''Église ''(High Church) ''se considère comme un des trois rameaux de l'Église catholique dont les deux autres seraient l'Église romaine et l'Église grecque. Le parti le plus avancé de la Haute Église s'appelle soit ''puseyisme ''parce que Pusey un des plus actifs propagandistes du mouvement d'Oxford[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn301 [301]], soit ''ritualisme ''parce que le mouvement, en s'accentuant vers 1850, tendit à rétablir les principaux rites de l’Église romaine, entre autres, la messe et ses cérémonies, le culte des saints et même la confession auriculaire. Bref, les ritualistes acceptent presque tous les dogmes catholiques, sauf l'infaillibilité du pape et l'Immaculée Conception. — b) La ''Basse ''Église ''(Low Church), ''qui se nomme aussi ''évangélique, ''a des tendances calvinistes. Elle considère d'ailleurs la constitution de l'Église anglicane comme d'origine humaine et ne lui attribue qu'une valeur toute relative. — c) L'Église ''Large (Broad Church) ''ne requiert comme dogme essentiel que la foi au Christ. Ses partisans portent aussi les noms de ''latitudinaires ''et d'universalistes : — 1. ''latitudinaires ''parce qu'ils professent une morale large, et même relâchée, qui est en opposition avec le fanatisme des puritains ; — 2. ''universalistes ''parce qu'ils nient l'éternité des peines et pensent que tous les hommes seront un jour sauvés. A l'Église Large se rattachent les ''Sociniens ''et les ''Unitaires ''qui rejettent le dogme de la Trinité et considèrent la raison comme le seul guide dans l'interprétation des Écritures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn302 [302]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
364. — ''Remarque. ''— Quelle que soit la diversité des sectes et des doctrines, dont nous avons constaté l'existence au sein de l'Église réformée, l'on peut classer les protestants en deux groupes : les protestants ''conservateurs ''et les protestants ''libéraux. ''— ''a) ''Les protestants ''conservateurs ''ou ''orthodoxes ''sont ceux qui se rapprochent le plus de l'orthodoxie catholique : ils gardent la plupart des dogmes révélés, mais ils rejettent la constitution de l'Église telle que nous l'avons décrite dans le chapitre précédent. — b) Les protestants ''libéraux ''ne diffèrent guère des rationalistes. Disciples de Kant, qui proclame l'autonomie de la raison, ils répudient tout élément surnaturel et tout dogme révélé. Cependant, certains, à la suite de Schleiermacher (mort en 1834) et de Ritschl (mort en 1889), se sont efforcés de combler les lacunes de la raison par une sorte de sens religieux et de disposition morale qui nous permettent d'atteindre l'Infini et de reconnaître ce qui est inspiré dans l'Écriture Sainte. Nous avons eu du reste l'occasion de parler de leurs conceptions, lorsque nous avons étudié les caractères essentiels de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le protestantisme n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
365. — L'étude qui précède, quoique succincte, nous permettra de faire rapidement au protestantisme l'application des notes de la véritable Église, et de montrer qu'il ne les possède pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le protestantisme n'a pas la sainteté'''. — ''a) ''Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses principes. ''Les doctrines fondamentales du luthéranisme et du calvinisme : la ''justification par la foi, l'inutilité des bonnes œuvres, ''la ''négation du libre arbitre, ''la ''prédestination absolue, ''sont le renversement des principes de la morale. Si en effet la foi soûle suffit à justifier, si les bonnes œuvres ne sont pas requises et d'ailleurs ne peuvent l'être, vu que l'homme est privé de libre arbitre, si les prédestinés peuvent commettre tous les crimes, pourvu qu'ils aient la foi, si la justification est inamissible, il n'y a plus de distinction à faire entre la vertu et le vice. L'homme est irresponsable, c'est Dieu qui « fait on nous le mal et le bien, comme l'écrit Luther dans son livre : « ''Du serf arbitre ''», et de même qu'il nous sauve sans mérite de notre part, il nous damne aussi sans qu'il y ait de notre faute ». En conséquence de ces principes, Luther et Calvin ont rejeté, comme inutiles et contraires à la nature, la pénitence, l'abnégation, les conseils évangéliques, supprimant ainsi les plus puissants moyens de sanctification et tarissant la source des vertus supérieures et héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses membres.''— 1. Remarquons d'abord que le protestantisme ne saurait invoquer la ''sainteté de ses fondateurs. ''Ni Luther, ni Calvin, ni Henri VIII ne furent certes des modèles de vertu ; oserait-on même dire qu'ils aient pratiqué les vertus communes? A vrai dire, un protestant aurait mauvaise grâce à reprocher à Luther son orgueil et sa sensualité, à Calvin son esprit vindicatif et cruel, à Henri VIII ses adultères et ses débauches. N'agissaient-ils pas conformément à leur doctrine ? « Pèche fortement, mais crois plus fortement.» Du moment qu'un homme est sincère dans ses idées et qu'il met sa conduite en rapport avec ses idées, de quoi peut-on l'accuser? De rien apparemment, sauf toutefois d'avoir des principes mauvais et destructeurs de la morale. — 2. Le protestantisme qui n'est pas saint dans ses fondateurs, l'est-il dans ses ''autres membres? ''C'est assurément une chose bien délicate que de faire le parallèle entre la somme de vertus qui se trouvent dans deux sociétés, sinon rivales, du moins divergentes. Nous concéderons donc volontiers qu'il y a chez les protestants un niveau moral assez élevé, qu'on trouve chez eux des vertus supérieures, parfois des vertus héroïques. L'on voit même, de nos jours, certaines sectes protestantes qui prêchent la pratique des œuvres surérogatoires et reprennent la vie reli­gieuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn303 [303]]. Mais si les choses sont ainsi, — et l'on nous rendra cette justice que nous n'hésitons pas à le reconnaître, — c'est par un manque de logique ; c'est précisément parce que les protestants n'appliquent pas les principes de leurs fondateurs. Et cela nous suffit pour condamner le système et l'Église qui le professe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''366. — 2° Le protestantisme n'a pas l'unité.''' — Nous avons défini l'unité : « la subordination de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant » (N° 349). Comment le protestantisme pourrait-il avoir cette note? Il n'est qu'un assemblage de sectes disparates, que l'on pour cependant, sous un certain point de vue, classer en deux groupes : les Églises non épiscopaliennes et les Églises épiscopaliennes. — a) Pour ce qui concerne les ''Églises non épiscopaliennes, ''elles sont nécessairement dépourvues de cette subordination de tous les fidèles à une même hiérarchie, car la hiérarchie n'existe pas : ministres et fidèles sont sur le pied d'égalité. Il n'y a plus dès lors possibilité d'assurer l'unité soit dans le culte et la discipline, soit, à plus forte raison, dans la foi. —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant aux ''Églises épiscopaliennes, ''qui reconnaissent une autorité constituée, elles peuvent dans la pratique obtenir une unité apparente, mais cette unité ne saurait être que superficielle, parce que contraire à la théorie du libre examen, qui est toujours restée l'un des principes essentiels de la doctrine protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n'avons pas besoin d'ajouter, que, s'il n'y a pas d'unité de gouvernement, encore moins peut-il y avoir ''unité de foi. ''Les chefs ne s'accordent même pas entre eux. Calvin reprend sans doute la doctrine de Luther, mais il en modifie des points essentiels (N° 359). Les anglicans s'approprient les doctrines de Luther et de Calvin, mais ils conservent l'épiscopat que les deux chefs de l'hérésie protestante avaient rejeté. Et malgré cette conservation de l’épiscopat, et avec lui, d'une hiérarchie capable de produire l'unité, que de variations, de luttes et de divergences au sein de l'anglicanisme ! Alors que la Haute Église se rapproche du catholicisme, au point de donner parfois l'illusion qu'elle se confond avec lui sur le terrain de la doctrine et du culte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn304 [304]], l'Église Large va à l'extrême opposé et tombe dans le rationalisme et l'incrédulité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''367. — 3° Le protestantisme n'a pas la catholicité.''' — La catholicité implique l'unité, avons-nous dit (N° 352). Là où l'unité n'est pas, la catholicité ne saurait être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Les ''églises non épiscopaliennes ''comportent autant de sectes que l'on veut, puisqu'il n'y a aucun lien pour les rattacher. — ''b) ''Les ''églises épiscopaliennes ''ont un domaine moins restreint, mais, du fait même qu'elles reconnaissent le chef de l'État comme autorité suprême, elles ne peuvent dépasser les limites d'un pays. C'est ainsi que nous avons les églises luthériennes de Suède, de Norvège, de Danemark, et l'Église anglicane, circonscrite aux régions de domination ou d'influence britannique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que le protestantisme n'a : — 1. ni la ''catholicité de fait, ''qui comprend la totalité des hommes; — 2. ni la ''catholicité de droit. ''Non seulement aucune des fractions du protestantisme, mais même l'ensemble des sectes réunies ne compte un nombre d'adhérents égal à celui des fidèles de l'Église romaine. Et si l'hypothèse contraire était vraie, le protestantisme ne pourrait pas encore revendiquer la catholicité relative, attendu qu'il n'y a pas ''diffusion de la même société visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''368. — 4° Le protestantisme n'a pas l'apostolicité.''' — ''a) En droit, ''et à ne considérer que les principes du protestantisme, la question de l'apostolicité ne se pose pas, car les théologiens protestants sont unanimes à déclarer que l’Eglise est invisible que Jésus-Christ n’a constitué aucune hiérarchie perpétuelle et que l’autorité qui peut exister dans l’Eglise visible est d'origine humaine. — b) ''En fait, ''les églises ''non épiscopaliennes, ''n'ayant pas d'évêques, ne peuvent songer à établir une succession apostolique et à montrer que leurs pasteurs sont d'origine apostolique. Mais le cas n'est plus le même pour les églises ''épiscopaliennes. ''Celles-ci possèdent une suite ininterrompue d'évêques ; le problème qui se pose est donc de savoir ''si la succession est légitime. ''Pour qu'une succession soit légitime, il faut que le titulaire qui prend la place d'un autre titulaire, accède au pouvoir au nom du même ''principe. ''Or les évoques de la Réforme ne sont pas arrivés au pouvoir au nom du même principe que les évêques antérieurs. Ceux-ci appuyaient leur autorité sur le titre qu'ils revendiquaient de successeurs des apôtres et en vertu des pouvoirs conférés par Jésus-Christ à son Église ; ceux-là n'exercent l'épiscopat qu'à titre de délégués du Roi et du Parlement. Il y a donc solution de continuité entre la hiérarchie antérieure et la hiérarchie postérieure à la Réforme. La succession apostolique a été close pour l'Église protestante au xvie siècle ; sans doute il y a eu succession, mais succession irrégulière. ''Il n'y a pas eu succession apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Application des notes à l'Église grecque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article, comme le précédent, en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur l'Église grecque. Dans le second, nous montrerons ''qu'elle n'a pas les notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur l'Église grecque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
369. — 1. Définition. — Sous le nom ''d'Église grecque ''nous comprenons toutes les Églises qui, à la suite du schisme commencé par Photius au ixe siècle et consommé par Michel Cérulaire au xie, se sont séparées définitivement de Rome. Ces Églises, que les catholiques désignent sous le nom « ''d'Église grecque schismatique », ''et qui s'intitulent elles-mêmes « ''Église orthodoxe», ''portent encore les noms d'Église ''orientale, ''Église ''gréco-russe ''ou ''gréco-slave, ''Églises ''autocéphales ''ou indépendantes. Nées du schisme de Photius, elles seraient dénommées plus justement ''Églises photiennes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''370. — II. Le schisme grec'''. — A. ''SES CAUSES. ''— L'on attribue généralement ''l’origine ''du schisme grec à des causes multiples. Parmi les principales, les unes sont d'ordre général, les autres d'ordre particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Cause générale. — Les historiens voient dans ''l'antagonisme de race ''entre les Orientaux et les Occidentaux une des causes les plus importantes qui ont préparé le schisme grec. La sujétion à un même pouvoir civil et à une même autorité religieuse, en donnant à ces deux peuples de fréquentes occasions de contact, n'avait fait qu'aviver leur antipathie réciproque, au lieu de l'atténuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Causes particulières. Parmi les causes particulières nous ne signalerons ici que les doux principales, à savoir : l'ingérence du pouvoir civil dans les affaires religieuses et l'ambition des Évêques de Constantinople.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Ingérence du pouvoir civil. ''— Quelque étrange que la chose puisse paraître, il faut aller chercher le ''germe ''du schisme grec dans la conversion même de Constantin. C'est qu'en effet le passage d'une religion à une autre, surtout quand il est déterminé par le sentiment et, a fortiori, par l'intérêt politique, n'entraîne pas avec soi l'évolution des idées ; et c'est ainsi que les empereurs païens, tout en adhérant à la nouvelle doctrine, gardaient au fond d'eux-mêmes, et presque inconsciemment, les préjugés, les habitudes et les mœurs de leur passé. Or c'était précisément une idée païenne que les pouvoirs, civil et spirituel, devaient résider dans la même main ou, tout au moins, que le pouvoir spirituel était entièrement subordonné au pouvoir civil. Partant de ce principe, les empereurs se firent à la fois les protecteurs et les maîtres du christianisme. N'osant pas aller jusqu'à vouloir jouer le rôle de pape, Constantin prit le titre d' « ''évêque du dehors ''», s'attribua des fonctions qui auraient dû être réservées à l'autorité religieuse, comme celles de convoquer, de présider et de confirmer les conciles, de poursuivre les hérétiques et de surveiller les élections épiscopales. L'on comprend dès lors l'influence que purent avoir les empereurs soit pour l'union, soit pour le schisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ambition des Évêques de Constantinople. ''— Lorsque l'empereur Constantin, après sa victoire sur Licinius (323), transporta son siège de Rome à Byzance qui, depuis lors, s'appela Constantinople, l'ambition des évêques de la nouvelle résidence impériale ne connut plus de bornes. Déjà, en 381, le canon 3 du ''concile de Constantinople ''décrétait que « l'évêque de Constantinople devait avoir la prééminence d'honneur après l'Évêque de Rome, parce que Constantinople était la nouvelle Rome». Plus tard (451), le 28e canon du ''concile de Chalcédoine ''affirmait à nouveau le même principe en proclamant que « c'est avec raison que les Pères avaient accordé la prééminence au siège de l'ancienne Rome, parce que cette ville était la ville impériale ». Les Papes ne manquèrent pas de protester, non pas absolument contre la prétention des Évêques de Constantinople à une certaine prééminence, mais contre le principe invoqué, car, comme le faisait remarquer le pape saint Léon, ce n'est pas l'importance d'une ville qui fait le rang élevé d'une Église, mais seulement son origine apostolique, c'est-à-dire sa fondation par les Apôtres. Du reste, si le principe avait été strictement appliqué, Rome ne pouvait plus prétendre au premier rang, du jour où, par suite de l'invasion des barbares, elle avait perdu son sénat et ses empereurs. Mais en dépit de la résistance des Papes, le 28e canon du concile de Chalcédoine fut sanctionné par l'autorité civile, et même, par le concile ''in Trullo ''en 692[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn305 [305]]. Conformément an principe posé, les Évêques de Constantinople prirent d'abord le titre de ''patriarche, ''puis s'arrogèrent ''le pouvoir sur tous les Évêques d'Orient; ''à la fin du VIe siècle, Jean IV le Jeûneur prit même le titre de patriarche ''œcuménique. ''Constamment soutenus par les empereurs, les patriarches se conduisirent en vrais papes de l'Orient et bientôt se posèrent en rivaux de l'Évêque de Rome. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
371. B. ''SES AUTEURS. ''— Préparé, par plusieurs siècles de discordes, le schisme eut pour auteurs deux patriarches célèbres : Photius et Michel Cérulaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Photius. — Appelé à remplacer le patriarche Ignace que le régent Bardas avait relégué dans l'île de Térébinthe, Photius, laïque encore, mais rapidement investi du pouvoir d'ordre et sacré par un évêque interdit, Grégoire Asbesta, prenait possession d'un siège qui n'était pas vacant et dont le prédécesseur n'entendait pas se laisser déposséder par la force. Bien que sa promotion fût, de ce fait, frappée de nullité, Photius s'efforça de la faire confirmer par le pape. N'ayant pu obtenir ce qu'il demandait, avec une souplesse extrême, il tourna la difficulté. Au lieu de heurter de front l'autorité pontificale et d'attaquer en face la primauté romaine, alors trop bien établie pour être sérieusement contestée, il mit la question sur un autre terrain, et il prétendit que les Papes étaient hérétiques parce qu'ils avaient admis l'addition du mot ''Filioque ''au symbole de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Michel Cérulaire. — La controverse sur le mot ''Filioque ''laissait les esprits trop indifférents pour causer une cassure complète et définitive entre les Orientaux et les Occidentaux. Aussi, après la mort de Photius, la réconciliation fut-elle relativement facile, et l'entente put durer tant bien que mal jusqu'en 1054, époque où Michel Cérulaire consomma le schisme. Homme d'une ambition démesurée et d'une énergie peu commune, il aspira, dès le jour où il monta sur le trône patriarcal (1048), à concentrer dans ses mains tous les pouvoirs, ou mieux, à subordonner à son autorité suprême et le pape et le basileus lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laissant de côté la question doctrinale du ''Filioque ''qui intéressait peu, il porta la discussion sur un terrain plus capable de passionner la masse des fidèles et de la soulever contre le Pape et l'Église latine. Il feignit donc d'ignorer la primauté de l'Évêque de Borne, et il accusa les Latins de judaïser en alléguant qu'ils employaient le pain azyme comme matière de l'Eucharistie et qu'ils jeûnaient le jour du sabbat. Puis, conformant ses actes à ses paroles, il somma les clercs et les moines latins de suivre les coutumes grecques et, sur leur refus, il les anathématisa et fit fermer leurs églises. Alors intervint le pape Léon IX. Avec une très grande habileté, il replaça la question sur son véritable terrain, celui de la primauté de l'Évêque de Rome. Pour arriver à un accord, il envoya des légats avec mission de traiter avec Michel Cérulaire, L'entente n'ayant pu se faire, les légats, avant de partir, déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie une bulle d'excommunication qui atteignait le patriarche et ses adhérents (1054). Malheureusement l'excommunication ne fit que hâter le triomphe de Michel Cérulaire. Celui-ci réunit en effet un Synode de douze métropolitains et de deux archevêques qui, à leur tour, excommunièrent les Occidentaux sous prétexte que ces derniers avaient ajouté le ''Filioque ''au Symbole, qu'ils enseignaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils et qu'ils se servaient de pain azyme pour la célébration de l'Eucharistie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''372. — III'''. '''Doctrine. '''— Nous allons indiquer les points essentiels qui différencient l'Église grecque de l'Église romaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU POINT DE VUE DU DOGME, ''tous les théologiens de l'Église grecque reconnaissent comme règle de foi les définitions des sept premiers conciles œcuméniques, dont le dernier eut lieu à Nicée en 787.— a) L'Église grecque s'accorde donc avec l'Église romaine sur les mystères de la ''Trinité, ''de ''l'Incarnation, ''de la ''Rédemption, ''sur les sept ''Sacrements ''sauf certains détails que nous signalerons plus loin, sur le ''culte ''de la ''sainte Vierge, ''des ''saints ''et des ''images. ''A propos cependant du mystère de la Trinité, elle enseigne que le Saint-Esprit ne procède que du Père et reproche aux Latins d'avoir ajouté le ''Filioque ''au symbole de Nicée, — b) Elle n'admet pas le dogme de l'''Immaculée Conception ; ''elle professe en effet que la sainte Vierge est née avec le péché originel et qu'elle n'en a été délivrée que le jour de l'Annonciation. — c'') ''Elle rejette le dogme du ''Purgatoire. ''Ceux qui ont encore des peines à expier passent par l'enfer d'où ils sont tirés par la miséricorde divine, et grâce au sacrifice de la messe, aux prières et aux bonnes œuvres des vivants. — ''d) ''Tout en reconnaissant l'existence des sept Sacrements, les schismatiques grecs ont, sur un bon nombre de points, une doctrine opposée à celle des catholiques. C'est ainsi qu'ils enseignent la ''nécessité de la rebaptisation ''lorsque le baptême a été conféré par les hétérodoxes. De même, ils renouvellent la Confirmation aux fidèles qui ont apostasie, mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur les cas auxquels s'étend l'apostasie. Pour l'Eglise ''russe, ''sont apostats ceux qui ont passé du Christianisme soit au judaïsme, soit au mahométisme, soit au paganisme ; pour l'Église du ''Phanar[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn306 [306]], sont encore apostats ceux qui ont embrassé le catholicisme. A propos du ''sacrement de Pénitence, ''les Grecs prétendent que l'absolution remet, non seulement la peine éternelle, mais même la peine temporelle, de sorte que les pénitences imposées par le confesseur n'ont qu'un caractère médicinal et que les indulgences n'ont plus leur raison d'être et sont même nuisibles, étant causes de relâchement dans la vie chrétienne. ''L'Extrême-Onction, ''d'après l'Église grecque proprement dite, doit être conférée, même aux personnes bien portantes, pour les préparer à la communion ; d'après l'Église russe, elle ne doit être administrée qu'à ceux qui sont atteints d'une maladie sérieuse, ''l'Ordre, ''n'imprime point de caractère ineffaçable ; aussi la déposition prive-t-elle de tout caractère sacerdotal, et les clercs déposés ne peuvent plus exercer ''validement ''aucune des fonctions ecclésiastiques. D'après les théologiens orthodoxes, le consentement mutuel des époux est la matière du sacrement de ''Mariage, ''tandis que la bénédiction du prêtre en est la forme ; le prêtre est donc ministre de ce sacrement. Le droit canonique oriental admet aussi de nombreux cas de rupture du lien matrimonial. — ''e) ''Sur ''la question de l'Église. ''Les théologiens grecs considèrent la véritable Église comme une agglomération d'Églises nationales autonomes reconnaissant Jésus-Christ comme seul chef. Les Évêques, comme les Apôtres du reste, sont égaux ''en droit. ''Mais, en fait, et d'institution ecclésiastique, les Évêques sont soumis aux métropolitains et ceux-ci aux patriarches. Il ne faut donc pas parler de primauté : saint Pierre ne reçut de Notre-Seigneur qu'une simple ''préséance d'honneur, ''laquelle a été transmise d'abord à l'Évêque de Rome, puis à l'Évêque de Constantinople. L'Église enseignante est ''infaillible, ''mais le ''sujet ''de l'infaillibilité c'est seulement le ''corps épiscopal ''pris dans son ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU POINT DE VUE DE LA DISCIPLINE ET DE LA LITURGIE, ''il y a, entre les deux Églises, grecque et romaine, de nombreuses divergences. Voici les principales : — ''a) ''Nous avons déjà dit que l'Église grecque admet le ''mariage des prêtres ; ''cependant les Évêques sont toujours choisis parmi les prêtres célibataires. — b) Les Grecs observent des jeûnes rigoureux pendant le carême et avant les principales fêtes. — ''c) ''L'Église grecque confère le baptême par ''immersion ''et n'admet pas la validité du baptême par infusion ; elle ''rejette l'usage du pain azyme ''dans la consécration de l'Eucharistie et la communion des laïques sous une seule espèce ; elle communie les enfants qui n'ont pas encore l'âge de raison. Les schismatiques condamnent la célébration des messes basses et ils enseignent que le changement du pain au corps et du vin au sang de Notre-Seigneur se produit au moment de ''l’épiclèse ''ou invocation au Saint-Esprit qui est placée après les paroles de l'institution. Ils suivent en outre en grande partie les rites et cérémonies de l'antique liturgie orientale établie au ive et au ve siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''373. — IV. État actuel.''' — Le schisme grec s'est propagé dans la Turquie d'Europe, la Grèce, les îles de l'Archipel, on Russie, dans une partie de la Pologne et de la Hongrie, et en Asie-Mineure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on considère la langue liturgique, l'Église grecque se divise en quatre groupes : — ''a) ''le ''groupe grec pur ''avec trois centres autonomes : le patriarcat de Constantinople, l'Église du royaume hellénique et l'archevêché de Chypre; — ''b)'' le ''groupe gréco-arabe ''avec les patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, l'archevêché de Sinaï ; — c) le ''groupe slave ''avec l'Église russe et ses 75 millions de fidèles, l'Église bulgare, l'Église serbe ayant à sa tête un synode d'évêques présidé par l'archevêque de Belgrade ; — ''d) ''le ''groupe roumain ''avec huit évêques dont deux, ceux de Bucarest et de Jassy, portent le titre de métropolite, et l'Église roumaine de Transylvanie. En tout environ 120 millions d'orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis la rupture provoquée par Michel Cérulaire, de nombreuses tentatives d'union furent faites pour ramener l'Église grecque dans le sein de l'Église catholique. Entre le xie et le xve siècle, il n'y en eut pas moins de vingt, qui ne furent couronnées d'ailleurs d'aucun succès. Malgré ces échecs, Grégoire XIII, au xvie siècle, tenta de nouveau l'entreprise : il fonda à Rome le collège grec de Saint-Athanase destiné à former un clergé grec catholique. Au xviie siècle, Grégoire XV créa la ''Sacrée Congrégation de la Propagande, ''pour s'occuper des Églises séparées. Au xixe siècle, Pie IX,en 1848 et en 1870, Léon XIII en 1894, firent à l'Église schismatique de chaleureux appels qui ne furent pas entendus. Au XXe siècle, la mission de la S. C. de la Propagande fut attribuée par Benoît XV à une nouvelle congrégation : ''la S. C. des Églises Orientales.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n'est plus avec Rome, mais avec l'Église protestante que, depuis le xvie siècle, les Grecs ont repris ces éternels essais d'union qui n'aboutissent jamais... Dans la première moitié du xviie siècle, le calvinisme faillit s'implanter dans la grande Église par les soins de Cyrille Lucar, et au début du xviiie siècle, la secte anglicane des ''Non-jureurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn307 [307]] tenta vainement un rapprochement avec l'Église phanariote et l'Église russe. Depuis 1867, les relations amicales, avant-coureuses de l'union, ont repris entre Anglicans et ''Orthodoxes, ''auxquels sont venus se joindre, et non sans doute pour augmenter l'harmonie, les Vieux-Catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn308 [308]] de Dôllinger, Herzog et Michaud. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn309 [309]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bouleversements actuels de la Russie, la crise très grave du bolchevisme qui ébranle la société jusque dans ses fondements, ne nous permettent guère de faire des pronostics sur l'avenir religieux de ces populeuses contrées. Peut-être la grande épreuve de l'heure présente est-elle la voie par laquelle la Providence se propose de ramener les brebis égarées au bercail de l'orthodoxie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
374. ''REMARQUES. ''— 1. Outre l'Église grecque dont il a été uniquement question jusqu'ici, les ''Églises séparées d'Orient ''comprennent : — 1) l'Église ''copte ''(Haute et Moyenne Egypte) dirigée par le patriarche d'Alexandrie et le métropolite d'Abyssinie ; — 2) l'Eglise ''arménienne ''gouvernée par des patriarches et des évêques ; — 3) l'Eglise ''chaldéenne ''(Mésopotamie); et — 4) l'Église ''jacobite ''(Syrie et Mésopotamie). Ces différentes Églises, de minime importance, puisque ensemble elles ne comptent que quelques millions de fidèles, suivent soit l'hérésie de Nestorius qui niait l'unité de personne en Jésus-Christ, soit celle d'Eutychès qui niait la dualité de natures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien que les efforts des Papes aient été infructueux sur la masse des Églises séparées, ils ont cependant réussi à faire rentrer dans l'unité catholique quelques groupes qu'on désigne sous le nom ''d'Uniates[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn310 [310]]. On appelle donc ''uniates ''les communautés de grecs, de monophysites et de nestoriens qui ont reconnu et accepté la suprématie du Pape. Il y a, parmi eux, des ''grecs-unis, ''des ''chaldéens-unis, ''des ''coptes-unis, ''etc. Le Saint-Siège leur a permis de garder leurs liturgies nationales et leur discipline qui, entre autres règles, autorise le mariage des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église grecque n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
375. — Les apologistes catholiques sont loin d'être d'accord sur l'application des notes à l'Église grecque. — ''a) ''Les uns (P. Palmieri, P. Usban), estimant que l'Église grecque n'est pas dépourvue totalement des quatre notes, sont d'avis que la démonstration de la vraie Église se fait mieux par des arguments directs qui établissent l'institution divine de la primauté romaine (V. ''chap. précédent). ''— b) Les autres pensent, au contraire, que l'Église grecque n'a pas les quatre notes, et que la démonstration de la vraie Église peut toujours se faire par cette voie. C'est la manière de voir de ces derniers que nous allons exposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° L'Église grecque n'a pas la sainteté. — a) L'Église grecque possède sans doute la ''sainteté des principes ''puisqu'elle a gardé au moins les points essentiels de la doctrine et des institutions de la primitive Église. — b) Sainte dans ses principes, l'Église grecque l'est-elle aussi dans ses ''membres? ''Elle ne l'est certainement pas dans ses ''fondateurs : ''Photius et Michel Cérulaire sont assurément plus remarquables par leur ambition que par leur piété et leurs vertus. Quant à la sainteté des ''autres membres ''en général, l'on ne saurait dire qu'elle y brille d'un vif éclat. Malgré l'existence des ordres religieux, les œuvres d'apostolat et de charité y sont plutôt rares. Il est vrai que les Églises orientales ont canonisé un certain nombre de leurs fidèles ; mais leurs procès de canonisation n'impliquent pas une enquête rigoureuse sur l'héroïcité des vertus et ne requièrent aucun miracle proprement dit : l'enquête ne porte que sur quelques Bignes extérieurs tels que l'état de conservation du corps. Et alors même qu'il y aurait des miracles authentiques, il faudrait prouver qu'ils ont été faits, non pas uniquement pour récompenser les mérites et la vie sainte d'hommes vertueux, mais pour prouver la vérité de leur doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''376. — 2° L'Église grecque n'a pas''' '''l'unité. '''— ''L'unité, ''c'est-à-dire, comme nous l'avons dit plus haut (N° 349), la subordination de tous les fidèles à une autorité suprême et à un magistère enseignant, n'est pas chose possible dans l'Église grecque. Sans doute, les schismatiques professent que l'autorité infaillible appartient au concile œcuménique. Mais c'est là un organe qui demeure atrophié depuis le viiie siècle. Déjà, s'il fallait réunir tous les Évêques orientaux appartenant aux différents groupes que nous avons signalés, la chose serait irréalisable. Combien le serait-elle davantage si l'on voulait obtenir l'adhésion des Occidentaux : Église latine et confessions protestantes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''377. — 3°''' '''L'Église grecque n'a pas la catholicité. '''— Elle n'a : — ''a) ni la catholicité de fait, ''la chose est évidente ; — ''b) ni la catholicité de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque groupement de l'Église grecque forme une confession indépendante qui ne dépasse pas les limites d'un pays. Aucun lien n'existe entre les différentes Eglises autocéphales, et l'Église russe qui l'emporte de beaucoup sur les autres par le nombre des fidèles, est une Église nationale, administrée par le Saint-Synode, et qui, Mer encore, était entièrement soumise à l'autorité du czar. L'Église du royaume de Grèce est également détachée du patriarcat de Constantinople, de sorte que l'ambition des Évêques de Constantinople n'a abouti qu'à un émiettement de nombreuses Églises, non seulement séparées de Borne, mais n'ayant plus entre elles le moindre trait d'union. Et quand bien même toutes ces Églises en feraient une seule, elles ne posséderaient pas encore la catholicité relative et morale, puisqu'elles restent confinées en Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''378.''' — 4° '''L'Église grecque n'a pas l'apostolicité. '''— Apparemment l'Église grecque possède une succession continue dans son gouvernement. Dans l'Eglise russe, en particulier, les évêques exercent l'épiscopat à ''titre de successeurs des apôtres. ''Il s'agit donc de vérifier si leur titre est authentique, et si cette continuité matérielle dont nous constatons l'existence est en même temps une ''succession légitime. ''Il faut donc que la note d'apostolicité soit contrôlée par les autres notes, et spécialement, par celles d'unité et de catholicité. Or, comme nous venons de voir qu'elle, n'a pas celles-ci, nous pouvons conclure, par le fait, qu'elle n'a pas davantage celle-là, que son apostolicité, matériellement continue, n'est pas une succession légitime, et que, si elle a toujours le pouvoir d'ordre, elle a perdu désormais le pouvoir de juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Application des notes à l'Église romaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
379. — L’'''Église romaine, ''ainsi appelée parce qu'elle reconnaît pour chef suprême l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, possède les quatre notes de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''L'Église romaine possède la noté de sainteté. '''— ''a) ''Elle est ''sainte dans ses principes. ''Puisque nous faisons ''l'application comparative ''des notes de la vraie Église aux diverses confessions chrétiennes, il y aurait lieu de mettre ici en parallèle tous les points de doctrine sur lesquels le protestantisme et le schisme grec sont en divergence avec le catholicisme. Comme ce travail a été fait précédemment, nous n'avons pas à nous y arrêter. Nous rappellerons cependant que, à rencontre du protestantisme, l'Église romaine enseigne que la justification requiert, non seulement la foi, mais encore la pratique des bonnes œuvres. Par ailleurs, elle ne se borne pas à exiger de l'ensemble de ses fidèles, l'observation des commandements de Dieu et la pratique des vertus communes, elle porte plus haut son idéal, elle recommande les vertus supérieures et même les vertus héroïques. Dans tous les temps elle a favorisé l'institution de nombreux Ordres religieux, où les âmes d'élite tendent, par la contemplation, par les œuvres de charité et par la pratique des conseils évangéliques, au plus haut degré de l'amour de Dieu, à ce qu'on appelle la ''Perfection chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn311 [311]]. — b) Elle est ''sainte dans ses membres. ''Loin de nous la pensée de prétendre que tout est parfait dans l'Église catholique, que jamais il n'y a eu de défaillances dans son sein et que son histoire n'a que des pages immaculées. Nous avons déjà dit le contraire (N° 354). Il ne nous en coûte donc pas de reconnaître que la sainteté de la doctrine ne fait pas toujours la sainteté des individus. S'il y a eu des époques où le clergé, — prêtres, Évêques et même Papes, — aussi bien que les simples fidèles, n'ont pas eu des mœurs conformes à l'idéal du Christ, que pouvons-nous conclure de là, sinon que les instruments dont Dieu se sort, restent toujours des instruments humains, et que, si l'Église est indéfectible, malgré la faiblesse de ses instruments, c'est qu'elle est divine ? Cependant toute critique qui veut être impartiale, ne doit pas s'arrêter là. On ne juge équitablement une société que si on la considère ''dans son ensemble ''et dans ''tout le cours de son existence. ''Or tout homme de bonne foi est forcé d'admettre qu'il y a toujours eu dans l'Église, et même aux époques les plus tourmentées de son histoire, une riche floraison de saints. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir son Martyrologe. Là voisinent les noms les plus illustres et les plus divers : ceux de nombreux ascètes qui, renonçant à tous les biens terrestres, se sont consacrés à la vie contemplative ou aux œuvres de bienfaisance, à côté de laïques, — car les vertus héroïques ne sont pas le privilège exclusif d'un genre de vie, — qui ont mené dans le monde une vie sainte et austère, et tous pour mettre en pratique la doctrine enseignée par l'Église, et pour obéir à l'appel du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''380. — 2° L'Église romaine possède l'unité.''' — L'Église romaine est ''une ''— a) dans son ''gouvernement. ''Bien qu'il y ait de nombreuses Églises locales qui jouissent d'une certaine autonomie, l'unité de ces groupements est assurée par l'obéissance des fidèles aux Évêques et des Évêques au Pape ; — b) ''dans sa foi. ''De l'unité de gouvernement découle l'unité de foi. C'est en effet un des principes les mieux observés du catholicisme qu'il y a obligation stricte pour tous les fidèles de se soumettre à l'autorité infaillible qui les enseigne. Conformément à ce principe, l'Église romaine rejette de son sein ceux- qui se séparent de sa foi par l'hérésie ou s'affranchissent de sa discipline par le schisme. Tous ses sujets professent donc la même foi, admettent les mêmes sacrements et participent au même culte. Mais naturellement l'unité de foi et de culte se concilie avec les ''discussions théologiques ''sur les points de doctrine non définis[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn312 [312]], avec les ''divergences accidentelles des règles disciplinaires ''ou des ''rites liturgiques, ''divergences qui peuvent être commandées par les convenances spéciales des pays, des races et des temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''381. — 3° L'Église possède la catholicité.''' — Pas plus que les autres confessions, l'Église romaine n'est catholique ''de fait. ''Nous avons vu que cette catholicité n'est pas requise. Tout au moins possède-t-elle une ''catholicité de droit, ''puisqu'elle s'adresse à tous, qu'elle envoie ses missionnaires dans toutes les régions, puisqu'elle n'est l'Église ''d'aucune nationalité ''ni d'aucune race et qu'elle sait s'adapter aux peuples les plus divers. En dehors de cotte catholicité de droit, l'Église romaine possède ''l'universalité morale ''et ''relative, ''elle s'étend à la majeure partie du monde, et le nombre de ses fidèles est supérieur à celui des autres sociétés chrétiennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn313 [313]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''382. — 4° L'Église romaine possède l'apostolicité.''' — ''a) ''L'Église romaine est ''apostolique ''dans son ''gouvernement. ''Elle possède une continuité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
successorale moralement ininterrompue : du Pape actuel elle peut remonter à saint Pierre. Il s'agit donc de savoir si la juridiction apostolique a été ''légitimement transmise. ''La chose apparaît évidente, puisque l'Église romaine possède les trois autres notes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''il est vrai, qu'il fut un temps où les Papes résidaient à Avignon, qu'il y eut des interrègnes, qu'il y eut surtout le ''grand schisme d'Occident. ''— ''La résidence momentanée des Papes à Avignon ''n'a nullement interrompu la succession apostolique : il est de toute évidence que la juridiction n'est pas attachée à l'endroit de la résidence, mais dépend uniquement de la légitimité de la succession et du titre. Les Papes pouvaient donc résider à Avignon comme ailleurs et rester les Évêques légitimes de Rome. On allègue d'autre parties ''interrègnes ''et le ''grand schisme d'Occident. ''Rappelons brièvement les faits. A la mort de GREGOIRE XI, septième Pape d'Avignon (1378),Urbain VI fut élu à Rome par seize cardinaux, dont onze français. Après l'élection, quinze des cardinaux déclarèrent l'élection nulle sous prétexte qu'elle avait eu lieu sous la pression du peuple romain qui avait réclamé un Pape italien, et ils élurent Robert de Genève qui prit le nom de Clément VII et s'établit à Avignon. La chrétienté se divisa alors en deux parties, l'une obéissant au Pape de Rome, et l'autre, au Pape d'Avignon. Ainsi commença ce qu'on appelle le ''grand schisme d'Occident ''qui devait durer trente-neuf ans (1378-1417). — Faut-il conclure de là que l'Église romaine ne possède plus la juridiction d'origine apostolique? Certainement non. Les trois règles suivantes nous donneront du reste la clé de cette difficulté : — 1. Si deux élections se font en même temps ou successivement, l’apostolicité appartient au Pape légitimement choisi. — 2. S'il y avait doute, comme c'était le cas pour le grand schisme d'Occident, l'apostolicité n'existerait pas moins, quand bien même la chose ne serait connue que tardivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Enfin si deux ou plusieurs élections se faisaient simultanément et d'une manière irrégulière, elles seraient toutes nulles ; le siège pontifical resterait vacant jusqu'à une élection légitime, laquelle continuerait la série apostolique des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''L'Église romaine est ''apostolique dans sa doctrine. ''Les protestants accusent les catholiques d'avoir introduit des dogmes nouveaux dans l'enseignement apostolique. Sans doute, le Credo actuel est plus développé que celui des Apôtres, mais il ne contient pas des différences essentielles. L'Église enseignante n'a jamais défini une vérité de foi qu'elle ne l'ait tirée soit de l'Écriture Sainte, soit de la Tradition il y a donc eu ''développement ''du dogme, mais ''non point changement ''de la doctrine apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'Église romaine ayant les quatre notes indiquées par le concile de Nicée-Constantinople, nous sommes donc en droit de conclure qu'elle est la ''vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. — Nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine : « Hors de l'Église, pas de salut. » ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383. — Nous venons de démontrer que l'Église romaine est seule la ''vraie Église ''instituée par Jésus-Christ. Devons-nous en conclure qu'il y a ''nécessité de lui appartenir ''pour faire son salut? Si oui, comment faut-il entendre cette nécessité et comprendre la formule courante qui la traduit : « ''Hors de l'Église pas de salut ''» ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Nécessité d'appartenir à la vraie Église'''. — La nécessité d'appartenir à la vraie Église s'appuie sur deux arguments : sur un argument ''scripturaire ''et sur un argument ''de raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT SCRIPTURAIRE. ''— La volonté de Notre-Seigneur sur ce point est formelle. Il a dit en effet à ses Apôtres : « Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné» ''(Marc, ''xvi, 15-16). De ces paroles il ressort, d'une part, que sa doctrine sera transmise à tout l'univers par l'intermédiaire de ses apôtres et de ''leurs légitimes successeurs, ''d'autre part, qu'il y a ''obligation ''d'y adhérer, puisque le Christ condamne ceux qui s'y refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— La ''nécessité d'appartenir à la véritable Église ''découle de la ''raison. ''L'on ne peut pas échapper en effet à la conclusion du dilemme suivant. Ou bien l'Église catholique possède la vérité religieuse, elle a seule le dépôt de la doctrine du Christ. Ou bien elle ne l'a pas. Si elle l'a, si elle est la vérité, il est clair qu'elle s'impose comme une nécessité, car toute vérité est, de sa nature, ''exclusive. ''Toute la question revient donc à prouver que l'Église catholique est la seule vraie : ce que nous avons fait dans les articles précédents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''384. — 2° Sens de la formule : « Hors de l'Église pas de salut. »''' — ''En principe, ''l'appartenance à l'Église catholique s'impose comme une ''nécessité. ''Mais comment faut-il entendre cette nécessité? Et quel sens faut-il donner à l'axiome courant : « ''Hors de l’Église pas de salut ''»? Cette question concerne plutôt le théologien que l'apologiste : nous nous bornerons donc à dire comment les théologiens l'ont solutionnée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on jette un rapide coup d'œil sur l'enseignement traditionnel de l'Église sur ce point, il apparaît que la question n'a pas été mise d'abord en pleine lumière et n'a été considérée que d'un point de vue assez restreint. — ''a) ''D'une manière générale, jusqu'au xvr8 siècle, les Pères et les Docteurs de l'Église enseignent que ''l'appartenance ''à l'Église est d'une ''nécessité absolue ''et que tous ceux qui refusent de se soumettre à son autorité doctrinale et disciplinaire, les hérétiques et les schismatiques, perdent tout droit au salut éternel. Mais il semble bien que cette intransigeance est plus apparente que réelle et provient de ce que la question n'est pas présentée sous toutes ses faces. La preuve en est que saint Augustin (354-430) tout en posant en principe qu'il est nécessaire d'appartenir à l'Église pour faire son salut, ajoute qu'on peut être dans l'erreur, qu'on peut se tromper sur la question de savoir où est la vraie Église, et qu'alors on ne doit pas être rangé parmi les hérétiques. — b) Au xvie siècle, Bellarmin et Suarez élargissent déjà la question et discutent surtout les ''conditions requises ''pour appartenir au corps de l'Église. — c) Au xixe siècle, les théologiens réalisent un grand progrès dans l'explication du dogme, grâce aux distinctions qu'ils établissent, à juste titre, entre les différents sens des mots ''appartenance ''et ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les uns distinguent l'appartenance ''réelle ''(''in re'') et l'appartenance ''de désir ''(''in voto''). On peut en effet « appartenir à l'Église par le ''désir, ''par la ''volonté, ''par le cœur, quand, sans en être membre à proprement parler, on souhaite de l'être. Ce souhait peut être ''explicite, ''comme c'est le cas des catéchumènes ; il peut être ''implicite, ''comme c'est le cas pour ceux qui, sans connaître encore l'Église, désirent faire tout ce que Dieu veut. Tous ces hommes de bonne volonté appartiennent implicitement à l'Église »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn314 [314]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les autres, distinguant entre ''l’âme ''et le ''corps ''de l'Église, disent qu'il est de ''nécessité de moyen ''d'appartenir à ''l’âme ''de l'Église, et de ''nécessité de précepte ''d'appartenir à son ''corps. ''— 1) Or ''appartiennent à l'âme de l'Église ''tous ceux qui, vivant dans une ''ignorance invincible : ''infidèles, hérétiques, schismatiques, observent leur religion de bonne foi et s'efforcent de plaire à Dieu selon les lumières de leur conscience. Dieu les jugera sur ce qu'ils auront connu et accompli, non sur ce qu'ils auront ignoré de la. loi. — 2) ''N'appartiennent ni à l'âme ni au corps de l'Église ''tous ceux qui sont dans ''l'erreur volontaire ''et ''coupable, ''ceux qui, sachant que l'Église catholique est la vraie Église, refusent d'y entrer parce qu'ils ne veulent pas accepter les devoirs que la vérité impose. C'est à ceux-là spécialement qui « pèchent contre la lumière », selon la parole de Newman, que s'applique la maxime : « ''Hors de l'Église pas de salut. ''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons, pour terminer, que ces deux interprétations du dogme catholique sont conformes à l'enseignement donné par Pie IX dans son allocution consistoriale « ''Singulari quadam» ''du 9 décembre 1854 et dans son Encyclique « ''Quanto confidamur ''» adressée aux Évêques d'Italie le 10 août 1863. « Ceux, est-il dit dans ce second document, qui sont dans l'ignorance invincible relativement à notre sainte religion, et qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes gravés dans tous les cœurs, et qui, prêts à obéir à Dieu, mènent une vie honnête et droite, peuvent, avec le secours de la divine lumière et celui de la grâce, obtenir la vie éternelle, car Dieu... ne souffre jamais, dans sa souveraine bonté et clémence, que quelqu'un qui n'est coupable d'aucune faute volontaire, soit puni de peines éternelles. Mais il est aussi très connu, ce dogme catholique, que personne ne peut se sauver hors de l'Église catholique, et que ceux-là ne peuvent obtenir de salut éternel, qui sciemment se montrent rebelles à l'autorité et aux décisions de l'Église, ainsi que ceux qui sont volontairement séparés de l'unité de l'Église et du Pontife romain, successeur de Pierre, à qui a été confiée par le Sauveur la garde de la vigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion'''. — Quelle que soit la manière dont on interprète la formule : « ''Hors de l’Eglise pas de salut ''», il est permis de tirer les conclusions suivantes : — 1. De l'avis unanime des théologiens, ''l'appartenance à l'âme de l'Eglise ''est de ''nécessité absolue, ''vu que la grâce sanctifiante est le seul moyen ici-bas de conquérir le ciel. — 2. ''L'appartenance au corps de l'Eglise ''est, elle aussi, dans une certaine mesure, ''de nécessité de moyen. ''Nous disons ''dans une certaine mesure, ''car il convient de distinguer entre ceux qui connaissent la vraie Eglise et ceux qui ne la connaissent pas. Pour les premiers, l'appartenance au corps, — appartenance ''extérieure, visible, in re, ''comme disent les théologiens, — est à la fois de ''nécessité de moyen ''et de ''nécessité de précepte. ''Pour les seconds, qui ne sauraient être liés par un précepte dont ils ignorent l'existence, seule est requise ''l'appartenance implicite : ''et par appartenance implicite, il faut entendre l'appartenance ''par le cœur, par le désir, ''lequel désir, sans être formulé par des paroles, est inhérent à l'acte de charité et au désir de conformer sa volonté à la volonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dictionnaire d'Alès : Yves de la Brière, art. ''Église ; ''Michiels, art. ''Évêques ; ''M. Jugie, art. ''Grecque ''(Église) ; (J'Ales, art. ''Libère ''(le Pape) ; F. Cabrol, art. ''Honorius ''(La question d'). — Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église ; ''Bainvel, ait. ''Apostolicité ; ''A. Baudrillart, art. ''Calvin, Calvinisme ; ''A. Gatard, art. ''Anglicanisme ; ''S. Vailhé, art. ''Conslantinople ''(Église). — Mgr Batiffol, ''Études d'histoire et de théologie positive ; L'Église naissante et le catholicisme ''(Lecoilre). — Fouard, ''Les Origines de l'Église; Saint Pierre et les premières années du christianisme ; Saint Paul, ses missions ; Saint Paul, ses dernières années ; Saint Jean et la fin de l’âge apostolique ''(Lecoilre). — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques données aux Facultés catholiques de Lyon ''(Lecoffre). — Tixeront, ''Histoire des dogmes, La théologie anténicéenne ; Précis de Patrologie ''(Lecoflre). — Ermoni, ''Les origines historiques de Vépiscopat monarchique ; Les premiers ouvriers de l'Évangile ''(Bloud). — Seméria, ''Dogme, hiérarchie et culte dans l'Église primitive ''(Lethielleux). — Boudinhon, ''Primauté, schisme et juridiction ''(Revue du canoniste contemporain, 1896). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Guiraud, ''La venue de saint Pierre à Rome ''(Rev. pr. d'Ap., 1 nov. 1905). — Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne). — Hugueny, ''Critique et Catholique ''(Letou-zey). — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l’Église ; Églises séparées ''(Fontemoing) — A. de Poulpiquet, ''La notion de catholicité ''(Bloud). — Lodiel, ''Nos raisons d'être catholiques ''(Bloud). — Mgr Baudrillart, ''L'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''(Bloud). — Mgr Julien, ''Bossuet et les Protestants ''(Beauchesne). — Goyau, ''L'Allemagne religieuse, Le Protestantisme ''(Perrin). — Bricout, ''Les Églises réformées en France ''(Rev. du Cl. fr. 1908). — Ragey, ''L'Anglicanisme, le Ritualisme, le Catholicisme ''(Bloud). — Thureau-Dangin, ''Le catholicisme en Angleterre au ''xix° ''siècle ''(Bloud). — Bossuet, ''Histoire des variations des Églises protestantes, Discours sur l'unité de FÉglise. ''— Gondal, ''L'Église russe ''(Bloud). — Monsabré, ''Exposé du dogme, ''51e et 52e conf. — Mourret, ''Histoire de l’Eglise ''(Bloud). — Marion, ''Histoire de l’Église ''(Roger et Chernovitz). — Bainvel, ''Hors de l’Eglise pas de salut ''(Beauchesne). — ''L'Ami du Clergé, ''année 1923, n° 26.— Billot, ''Tractatus de Ecclesia Christi. ''— Wilmers, ''De Christi Ecclesia ''(Pustet).-— Les Traités d'Apologétique: Tanquerey, Mgr Gouraud.Moulard et Vincent, Verhelst, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section II : Constitution de l’Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Hiérarchie et Pouvoirs de l'Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
385. — Pour découvrir la vraie Église, nous avons, au début de la section précédente, fixé les ''traits essentiels ''de la société fondée par Jésus-Christ. Nous connaissons donc déjà, au moins dans ses grandes lignes, la ''constitution de l'Église romaine, ''vu que seule elle est la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a lieu cependant de revenir sur le sujet, car, si la constitution ''actuelle ''de l'Église ''£ ''bien son point de départ dans la volonté et l'institution du Christ, il est incontestable également qu'elle a connu un certain développement et qu'elle a dû s'adapter aux besoins du moment. C'est que, tout en étant d'origine divine, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains, et dès lors, susceptible de progrès et de modifications, en tout ce qui n'affecte pas le fond de sa constitution. Quelle est donc cette constitution, telle qu'elle existe maintenant, c'est ce que nous allons étudier dans les deux chapitres de cette seconde section. Nous rechercherons, dans ce premier chapitre : — 1° quelle est la ''hiérarchie ''de l'Église ; — 2° quels sont les ''pouvoirs ''dont l'Église en général a été investie ; — 3° quels sont en particulier les ''pouvoirs du Pape; ''et — 4° quels sont ''ceux des Évêques. ''D'où quatre articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le chapitre suivant, nous traiterons des ''droits de l’Église ''et doses ''relations avec l'État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Hiérarchie de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
386. — Nous avons vu que l'Église a été fondée sur le principe de la hiérarchie (N08 [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#n309 309 et suiv].),- qu'elle est une société ''inégale ''comprenant deux groupes distincts . l'Église ''enseignante ''et l'Église ''enseignée. ''L'Église enseignée composée des laïques n'ayant aucune part à l'autorité ecclésiastique, il ne sera question que de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Définition'''. — D'après l’étymologie (N° 308''), ''le mot ''hiérarchie ''signifie pouvoir sacré. Il est employé ici pour désigner les divers degrés de rang et de pouvoir qui distinguent les ministres de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''387. — 2° Espèces'''. — II y a dans l'Église une double hiérarchie : la hiérarchie d'ordre et la hiérarchie de juridiction. — ''a) ''La ''hiérarchie d'Ordre, ''fondée sur le pouvoir d'Ordre, a son ''origine ''dans l'ordination ou la consécration. Elle a pour objet la sanctification des âmes par l'administration des sacrements, et elle est inamissible. — ''b) ''La ''hiérarchie de juridiction, ''fondée sur le pouvoir de juridiction, est conférée par l'institution canonique, ou simplement par la nomination et la délégation. Elle a pour objet le gouvernement de l'Église, et elle est amissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''388. — 3'''° '''Membres. '''— A. ''LA HIÉRARCHIE D'ORDRE ''comprend tous ceux qui ont reçu un degré quelconque du pouvoir d'Ordre. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose des évêques, des prêtres et des diacres. — ''b) ''De ''droit ecclésiastique, ''elle comprend en outre le sous-diaconat et les Ordres mineurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA HIÉRARCHIE DE JURIDICTION, ''comprend tous ceux qui, dans une mesure plus ou moins grande, ont reçu une part de juridiction dans l'Église. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose seulement du Pape et des Évêques. — b) Mais, de ''droit ecclésiastique, ''elle s'étend à d'autres membres désignés par eux. Il est clair en effet que le Pape qui a l'Église universelle, et les Évêque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn315 [315]] qui ont tout un diocèse, à gouverner, ne pourraient remplir une telle tâche, s'ils ne s'entouraient d'auxiliaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''auxiliaires du Pape ''forment ce qu'on appelle la Curie romaine. La ''Curie romaine, ''composée des cardinaux, des prélats et des officiers inférieurs, comprend le Collège des cardinaux ou ''Sacré-Collège, ''les ''Congrégations romaines, les Tribunaux ''et les ''Offices.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Évêques ''ont pour ''auxiliaires :''— 1) les ''Vicaires généraux, ''qui ne font avec lui qu'une personne morale, et le suppléent dans l'administration du diocèse ; — 2) le ''Chapitre, ''c'est-à-dire la réunion des chanoines attachés à l'église cathédrale ou métropolitaine, et formant un corps institué canoniquement, dont le rôle se borne aujourd'hui[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn316 [316]] à réciter 1’Office au chœur et à nommer, à la mort de l'évêque, le ou les vicaires capitulaires chargés de gouverner le diocèse jusqu'à l'institution d'un nouvel évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Curés ''sont aussi des auxiliaires des Évêques, mais, de droit divin, ils n'ont aucune part aux pouvoirs de l'Église. Ils ne peuvent ni décider de la doctrine, ni édicter aucune loi concernant la discipline ou le culte. Leur rôle se borne à desservir une paroisse, à l'administration de laquelle ils ont été délégués par leur Évêque. Les Curés ne constituent donc pas un troisième degré de la hiérarchie. Et la chose se comprend aisément si l'on veut bien se rappeler que les paroisses n'existaient pas primitivement. C'est seulement au IIe siècle qu'en remonte l'origine. Jusque-là il n'y avait ou dans chaque ville épiscopale qu'une seule Église. L'Évêque, bien qu'assisté d'un collège de prêtres, en gardait l'administration personnelle, et se réservait mémo, d'une manière habituelle, les pouvoirs de prêcher, de baptiser, de célébrer l'eucharistie, et d'administrer le sacrement de pénitence. Lorsque le christianisme prit une plus grande extension, l'on construisit dans les villes, outre les églises cathédrales, et aussi dans les bourgs et les villages, des églises moins importantes, appelées ''églises paroissiales. ''Les Évêques déléguèrent alors pour l'administration de ces paroisses, des prêtres, -qui devinrent ainsi des pasteurs de second ordre, et que l'on appela ''curés ''(du latin ''«cura» ''soin), parce qu'ils étaient chargés du soin des fidèles appartenant à ces circonscriptions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Les Pouvoirs de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
389. — A cette Église enseignante dont nous venons de montrer la hiérarchie, Jésus-Christ a conféré (V. N° 310) un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner la vraie foi ; — ''b) ''le pouvoir d'Ordre pour administrer les sacrements ; et — c'') ''le pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger les fidèles à tout ce qui peut être nécessaire ou utile à leur salut. Comme la question du pouvoir de ministère se rattache au sacrement de l'Ordre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn317 [317]], nous ne parlerons que du ''pouvoir doctrinal ''et du ''pouvoir de gouvernement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal de l'Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
390. — Nous avons vu déjà que le pouvoir doctrinal conféré par Jésus à son Église comportait le ''privilège de l’infaillibilité ''(N° 330), et que ce privilège avait été accordé aux Apôtres et à leurs successeurs (Nos 335 et suiv.). Il s'agit donc maintenant d'en déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Objet. '''— ''L'objet ''de l'infaillibilité se déduit du ''but ''que l'Église poursuit dans son enseignement. Or la ''fin ''de l'Église est d'enseigner les vérités qui intéressent le salut. Les sciences profanes sont donc hors du domaine de l'infaillibilité. Celle-ci se limite à la connaissance des choses de la foi et de la morale. Mais tout ce qui touche, soit ''directement ''soit ''indirectement, ''à ce double terrain, constitue l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''OBJET DIRECT. ''— L'objet ''direct, ''ce sont toutes les vérités ''explicitement ''ou ''implicitement ''révélées par Dieu et qui sont contenues dans les deux dépôts de la Révélation : l'Écriture sainte et la Tradition. ''a) ''Par vérités ''explicitement ''révélées, entendez celles qui y sont énoncées en termes clairs ou équivalents. Par exemple, l'Écriture nous dit en ''termes clairs ''qu'il n'y a qu'un Dieu, Créateur du ciel et de la terre, que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie, qu'il a souffert, est mort, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour. Elle nous dit en ''termes équivalents ''que le Christ est Dieu et homme : « Le Verbe s'est fait chair» ''(Jean, ''i, 14), que la grâce est nécessaire : « le sarment ne peut porter de fruit s'il n'est uni à la vigne... sans moi dit Jésus, vous ne pouvez rien faire» ''(Jean, ''xv, 46), que Pierre est le chef de toute l'Église : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » ''(Jean, ''xxi, 15, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les vérités ''implicitement ''révélées sont celles qui se déduisent, par voie de raisonnement, d'autres vérités révélées. Ainsi, du dogme explicitement révélé que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme, découlent les autres dogmes qui affirment l'existence de deux natures et de deux volontés dans le Christ ; ainsi encore, les dogmes de la transsubstantiation, de l'Immaculée Conception, de l'Infaillibilité pontificale ne sont pas exprimés d'une manière explicite dans la Révélation mais ils résultent d'autres vérités clairement révélées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
391. — B. ''OBJET INDIRECT. — ''L'objet ''indirect ''de l'infaillibilité, ce sont toutes les vérités qui, sans être révélées, sont dans un rapport tel avec les vérités révélées, qu'elles sont indispensables à la conservation intégrale du dépôt de la foi. Il est clair que le privilège de l'infaillibilité implique le pouvoir de proposer, sans crainte d'erreur, toutes les vérités dont dépend la sécurité de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc ranger dans l'objet ''indirect ''de l'infaillibilité : — a) les ''conclusions théologiques. ''On appelle conclusion théologique toute proposition qui forme la conclusion d'un raisonnement dont les deux prémisses dont, l'une, une vérité révélée, l'autre, une vérité connue par la raison. Par exemple, de cette ''vérité révélée ''que « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres », et de cette ''vérité de raison ''que Dieu ne peut récompenser ou punir l'homme que s'il lui a donné la liberté de bien ou de mal faire, l'on peut tirer la ''conclusion théologique ''que l'homme est ''libre ; ''— b) les ''faits dogmatiques. ''Il faut entendre par là tout fait[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn318 [318]] qui, sans être révélé, est en connexion si étroite avec le dogme révélé, que le nier ou le révoquer en doute, c'est du même coup ébranler les fondements du dogme lui-même. Dire, par exemple, que tel concile œcuménique est légitime, que tel pape a été régulièrement élu, que Léon XIII, Pie X, Benoît XV sont les légitimes successeurs de saint Pierre, que telle version de la Sainte-Écriture (v g. la ''Vulgate) ''est substantiellement conforme au texte original, que telle doctrine hérétique est contenue dans tel livre : voilà autant de faits dogmatiques. L'on comprend combien il importe que l'Église soit infaillible dans ses jugements sur de semblables faits, car, si elle ne l'était pas, si l'on pouvait contester la légitimité d'un concile ou d'un pape, de quel droit imposerait-on les dogmes définis par eux? Sur quoi l'Église appuierait-elle ses définitions s'il était permis de mettre en doute l'authenticité des textes qu'elle invoque? Et si elle ne pouvait affirmer avec certitude que telle proposition condamnable se trouve bien dans tel livre, les hérétiques échapperaient toujours aux condamnations portées contre eux par des distinctions subtiles entre la ''question de droit ''et la ''question de fait. ''C'est ce qui se passa, du reste, au xvir3 siècle, lorsque cinq propositions extraites de ''Augustinus ''de Jansénius furent condamnées par Innocent X. Établissant alors la distinction entre la doctrine des cinq propositions et le fait de savoir si elles étaient contenues dans l'Augustinus, les jansénistes admirent que l'Église était infaillible sur la question de droit, c'est-à-dire sur l'appréciation de la doctrine, mais non sur la question de fait, celui-ci étant, selon eux, en dehors de la révélation et dès lors ne relevant pas du magistère infaillible de l'Église. Assurément, l'Église ne peut jamais juger du sens que Fauteur a pu avoir dans l'esprit, du sens ''subjectif ; ''aussi ce qu'elle entend condamner ce n'est pas la pensée de l'auteur, mais seulement ses écrits dans leur sens naturel et obvie ; — c) les ''lois universelles ''relatives à la ''discipline ''et au ''culte divin. ''Bien que ressortissant au pouvoir de gouvernement, les lois générales sur la discipline et le culte présupposent parfois un jugement doctrinal sur la foi ou la morale. Ainsi la discipline actuelle de l'Église, qui défend aux laïques la communion sous l'espèce du vin, implique la croyance que Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn319 [319]] : d'un côté comme de l'autre, le jugement de l'Église doit donc être exempt d'erreur. Toutefois, l'infaillibilité ne s'étend pas jusqu'aux circonstances accidentelles de la législation ecclésiastique : il peut arriver que telle loi disciplinaire ne soit pas opportune, bien que conforme à la saine doctrine ; il peut arriver surtout que ce qui ost utile aujourd'hui ne le soit plus demain et qu'une loi actuellement en vigueur soit modifiée, abrogée même par la suite. Il importe donc ; comme nous en avons déjà fait la remarque (N° 380), de ne pas prendre les changements de discipline et de culte pour des variations du dogme ; — ''d) ''les ''décisions qui approuvent les constitutions des Ordres religieux. ''L'Église est infaillible dans son jugement lorsqu'elle déclare que les règles d'un Ordre religieux sont conformes à l'Évangile. Mais, d'après Suarez, elle n'est pas infaillible sur la question d'utilité ou d'opportunité de cet Ordre, encore qu'il y ait témérité à croire le contraire, lorsque la chose n'est pas manifeste ; — ''e) l'approbation du bréviaire, ''ce qui veut dire qu'il ne contient rien contre la foi ou les mœurs, mais non pas qu'il soit à l'abri de toute erreur historique ; — f) la ''canonisation des saints. ''On entend par canonisation la sentence solennelle par laquelle le Pape déclare que tel personnage jouit de la gloire du ciel et peut être honoré du culte de dulie. Telle est du moins la canonisation ''formelle, ''comme elle est en usage de nos jours, et ainsi appelée parce qu'elle est revêtue des ''formes juridiques ''qui lui donnent toutes les garanties de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn320 [320]]. Aussi est-ce une opinion commune parmi les théologiens que l'Église est infaillible dans la ''canonisation formelle; ''toutefois la proposition n'est pas de foi. Les théologiens admettent également que les canonisations, telles qu'elles étaient pratiquées jusqu'au xiie siècle, — et où il suffisait que le témoignage populaire fût ratifié par l'évêque du diocèse pour qu'un personnage fût proclamé saint, — ne ressortissaient pas au magistère infaillible de l'Église. D'ailleurs, c'est un fait que certaines de ces canonisations appelées ''équipollentes ''(équivalentes) ont été entachées d'erreur et ont eu pour objet des saints légendaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn321 [321]]. La ''béatification, ''n'étant pas un jugement définitif, n'appartient pas au domaine du magistère infaillible; — ''g) ''les ''censures doctrinales[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn322 [322]] dont l'Église frappe certaines propositions. L'Église est infaillible lorsqu'elle applique à une doctrine la note d'hérétique : cette proposition est de foi. Dans les censures suivantes : qu'une doctrine est proche de l'hérésie, erronée, l'Église est également infaillible, d'après l'opinion commune des théologiens. Si elle censure une doctrine comme téméraire, offensive des oreilles pies, improbable, il n'est pas certain que l'Église soit infaillible, mais elle a droit toujours à un religieux assentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''392. — 2°''' '''Mode d'exercice. '''— L'Église exerce son magistère infaillible de double manière : ''extraordinaire ''ou ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''MAGISTÈRE EXTRAORDINAIRE. — ''L'Église ne fait usage du magistère ''extraordinaire ''que dans de rares circonstances : — ''a) ''soit ''par le Pape seul parlant ex-cathedra ''(V. Nos 398 et 399) ; — ''b) ''soit par les ''Évêques, ''unis au Pape, et réunis dans des ''Conciles généraux ''(V. Nos 414 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MAGISTÈRE ORDINAIRE ET UNIVERSEL. — ''On appelle, magistère ''ordinaire et'' ''universel ''le mode d'enseignement donné par le Pape et les Evêques à tout moment et dans tous les pays (V. Nos 401 et 411). Lorsque Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations », il n'a pas limité leurs pouvoirs à un temps et à un endroit donnés. Le Pape et les Évêques doivent donc exercer leurs fonctions de ''docteurs, ''non pas seulement à de rares intervalles et dans des circonstances solennelles, mais partout et toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
393. — Le ''pouvoir de gouvernement ''implique un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''législatif, ''c'est-à-dire le pouvoir, non seulement d'interpréter les lois naturelles, mais même d'imposer les devoirs en vue du bien commun, devoirs qui obligent en conscience les sujets de l'Église ; — ''b) ''le pouvoir ''judiciaire, ''c'est-à-dire le pouvoir de juger les actions et de porter des sentences ; — c) le pouvoir ''pénal ''ou ''coercitif, ''c'est-à-dire le pouvoir d'appliquer des sanctions proportionnées aux infractions,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Existence. '''— A. ''ADVERSAIRES. ''— ''l’existence ''du pouvoir de gouvernement a été niée : — a) au xive siècle, par les ''Fraticelles, ''sectaires fanatiques appartenant à l'ordre des franciscains, qui, prétendant fonder une Eglise spirituelle et invisible, supérieure à l'Église visible, faisaient dépendre le pouvoir de gouvernement de la sainteté personnelle des ministres de l'Église ; — ''b) ''au xvie siècle, par Luther et les partisans de la ''Réforme ''qui, se fondant sur la théorie de la justification par la foi sans les œuvres, concluaient que l'homme justifié n'était pas tenu à l'observation des commandements de Dieu et de l'Église ; — c) au xviie siècle, par les ''jansénistes ''et les ''gallicans ''qui enseignaient que le pouvoir de J'Église n'allait pas au delà des choses spirituelles, les choses temporelles restant du ressort exclusif du pouvoir séculier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L’existence ''du pouvoir de gouvernement nous est attestée : — ''a) ''par la ''Sainte Écriture. ''Elle découle des paroles par lesquelles Notre-Seigneur accorda à ses Apôtres le pouvoir de paître, c'est-à-dire de régir les fidèles, de lier ou de délier, de condamner ceux qui désobéissent à l'Église : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise» ''(Luc, ''x, 16). « Celui qui n'écoute pas l'Église, qu'il soit considéré comme un païen et un publicain. » ( ''Mat., ''xviii, 17). — b) par la ''pratique de l'Église. ''— 1. Les ''Apôtres ''ont exercé ce triple pouvoir: — 1) le pouvoir ''législatif. ''Au concile de Jérusalem, ils enjoignent aux nouveaux convertis « de s'abstenir des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l'impureté » ''(Act., ''xv, 29). Saint Paul loue les Corinthiens d'obéir à ses ''prescriptions ''(I ''Cor., ''xi, 2) ; — 2) le pouvoir ''judiciaire. ''Saint Paul voue à Satan « Hyménée et Alexandre afin de leur apprendre à ne point blasphémer » (I ''Tim., ''i, 20) ; il fait de même pour l'incestueux de Corinthe (I ''Cor., ''v, 1, 5) ; — 3) le pouvoir ''pénal. ''Saint Paul écrit aux Corinthiens : « C'est pourquoi je vous écris ces choses pendant que je suis loin de vous, afin de n'avoir pas, arrivé chez vous, à user de sévérité, selon le pouvoir que le Seigneur m'a donné pour édifier et non pour détruire» (II ''Cor., ''xiii, 10). Cette pratique des apôtres suppose manifestement qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ le pouvoir de légiférer dans l'Église. — 2. Après les Apôtres, l'Église a, dans tous les temps, ''exercé ''le pouvoir de gouvernement. Que ce pouvoir se soit manifesté différemment avec les temps et les circonstances, ce n'est pas douteux ; mais il n'en est pas moins certain que, sous une forme ou sous une autre, l'Église a toujours ''revendiqué le droit de faire des lois disciplinaires ''et d'en exiger l'observation. Dans les premiers siècles, le pouvoir de gouvernement apparaît dans les nombreuses ''coutumes,''— concernant l'administration des sacrements, et en particulier du baptême, de la pénitence et de l'eucharistie, — qui sont regardées comme ''pratiquement obligatoires, ''dans le rejet et la condamnation de pratiques contraires qui tendent à s'introduire à certains endroits : c'est ainsi que le pape Etienne, réprouvant la manière de faire des Églises d'Afrique, défendit de rebaptiser ceux qui avaient reçu le baptême des hérétiques. Puis, avec le temps, et grâce à l'influence que l'Église prit dans la société, la législation ecclésiastique se développa et s'étendit aux questions mixtes telles que le mariage et les biens ecclésiastiques. A partir du moyen âge, l'Église ne se contente plus de faire des lois et d'édicter des pénalités, spirituelles et même temporelles, elle en demande l'exécution à l'autorité séculière. Elle prend du reste si bien conscience de son pouvoir qu'elle n'hésite pas à enseigner, par la bouche de Grégoire VII (xie siècle), qu'en vertu de sa mission divine, elle a le droit de commander, non seulement aux individus, . mais même aux sociétés et à leurs chefs temporels, dans toutes les circonstances et dans la mesure où les intérêts spirituels dont elle a la garde le requièrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Le pouvoir de gouvernement découle en outre des ''définitions de l'Église. ''L'Église a défini, au concile de Trente, le dogme qui affirme son pouvoir ''législatif. ''De même les pouvoirs ''judiciaire ''et ''pénal ''ont été proclamés par le même concile, par plusieurs papes, tels que Jean XXII, Benoît XIV, Pie VI. Pie IX a condamné, dans le ''Syllabus, ''ceux qui prétendent que « l'Église n'a pas le droit d'employer la force et n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect» (''Prop. ''XXIV). Léon XIII déclare, dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''que « Jésus-Christ a donné à l'Église, dans la sphère des choses sacrées, le plein pouvoir de faire des lois, de prononcer des jugements et de porter des peines » ; — ''d) ''de la ''nature de l’Église. ''L'Église est une ''société parfaite ''(V. N° 419). En tant que telle, elle est autonome et doit jouir des droits propres à toute société parfaite, donc des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et coercitif, qui sont des moyens, sinon nécessaires, au moins très utiles, pour atteindre sa fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''394. — 2°''' '''Objet. '''— A. ''Pouvoir législatif, ''— II est permis de poser en principe général que l'Église, poursuivant une fin surnaturelle, a le pouvoir de ''légiférer ''sur tout ce qui touche à cette fin. Il s'ensuit que ''l'objet ''de son pouvoir législatif est double : — a) Du côté ''positif, ''il comprend le pouvoir de ''commander ''tout ce qui est capable d'assurer la fin poursuivie. L'Église peut donc établir des lois disciplinaires sur les sacrements, sur les objets du culte, sur les biens affectés à son usage exclusif. Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué. Déjà, aux premiers siècles, malgré la violence des persécutions qui cherchaient à étouffer sa voix, elle proclame la sainteté et la stabilité du lien conjugal, la liberté des mariages entre esclaves et personnes libres, et bien d'autres principes qui étaient en complet désaccord avec la législation de l'époque. Et ainsi fera-t-elle à tous les moments de son histoire, avec ou contre ressentiment de l'autorité civile. — b) Du côté ''négatif, ''l'Église a reçu le pouvoir de ''défendre ''à ses sujets tout ce qui peut entraver leur fin surnaturelle. Et comme, en définitive, toutes les actions humaines ne doivent jamais être en opposition avec cette fin, le pouvoir gouvernemental de l'Église embrasse, d'une manière directe ou indirecte, tous les actes de la vie individuelle et de la vie sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Le pouvoir ''judiciaire ''et le pouvoir ''coercitif ''portent naturellement sur le même objet que le pouvoir législatif. Ils ont pour objet toutes les infractions aux lois ecclésiastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''395. — 3°''' '''Mode d'exercice. '''— Comme le mode d'exercice du pouvoir de gouvernement dépend de l'étendue de la juridiction de ceux qui l'exercent, cette question sera traitée plus loin quand nous parlerons des pouvoirs du Pape et des Évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Les Pouvoirs du Pape. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
396. — Nous avons démontré que Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté (N° 325) et que, de ce fait, il avait la ''plénitude ''des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. Il ne nous reste donc plus qu'à déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice ''de ses pouvoirs, doctrinal et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal du Pape. Son infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''397. — 1'''° '''Objet. '''— Le Pape ayant la plénitude des pouvoirs dans l'Église, il est permis de poser en principe général que l’''objet ''de son pouvoir doctrinal et de son infaillibilité est aussi étendu que celui de l'Église. Tout ce que nous avons dit plus haut (Nos 390 et 391) de l'objet ''direct ''et de l'objet ''indirect ''du pouvoir doctrinal de l'Église, s'applique donc au pouvoir doctrinal du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''398. — 2° Mode d'exercice'''. — Le Pape exerce son pouvoir doctrinal de deux manières : — ''a) ''d'une manière ''extraordinaire ''et ''solennelle ''par des définitions ex-cathedra, et — b) d'une manière ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Magistère extraordinaire. Le dogme''' '''de l'infaillibilité pontificale. '''— Nous avons déjà prouvé l'existence de l'infaillibilité pontificale, en nous plaçant au seul point de vue historique. Il convient de revenir sur le sujet, pour bien déterminer la manière dont il faut entendre le domine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ADVERSAIRES. ''— 1. ''Avant la définition ''du dogme par le concile du Vatican (1870), l'infaillibilité pontificale avait pour adversaires: — 1) les ''protestants, ''pour qui la Sainte Écriture est la seule règle de foi infaillible ; — 2) les ''gallicans, ''qui mettaient les conciles généraux au-dessus du pape et qui ne regardaient les définitions pontificales comme irréformables que si elles étaient sanctionnées par le consentement de l'Église. Cette erreur, qui avait son origine dans le grand schisme d'Occident, fut soutenue, au xve siècle, par P. d'Ailly et GERSON, puis, au xviie siècle, par Richer, P. de Marca et surtout par Bossuet, qui condensa la doctrine gallicane dans les quatre articles de la fameuse ''Déclaration de ''1682[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn323 [323]]. Le gallicanisme, qui était enseigné dans les écoles de théologie françaises et surtout en Sorbonne, fut adopté également en Allemagne, sous le nom de ''Joséphisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Après la définition ''du dogme, l'infaillibilité pontificale a été niée par une fraction minime de catholiques, et, en particulier, par un groupe de catholiques allemands, qui avaient à leur tête Dôllinger et Reines, et qui prirent la dénomination de ''Vieux-Catholiques. ''Naturellement, les Protestants rejettent tous le dogme, et, la plupart du temps, ne s'en font pas une notion exacte. Les uns confondent l'infaillibilité avec ''l’omniscience ''(Draper), ou avec ''l'inspiration ''(Littledale) ; d'autres la prennent pour une union hypostatique de l'Esprit Saint avec le Pape (Pusey).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
399. — ''b) LE DOGME. OBJET ET CONDITIONS DE L'INFAILLIBILITÉ. ''— Le concile du Vatican a défini ainsi le dogme de l'infaillibilité pontificale : « Le Souverain Pontife, lorsqu'il parle ''ex-cathedra, ''c'est-à-dire, lorsque, remplissant la charge de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou sur les mœurs doit être crue par l'Église universelle, jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvu en définissant la doctrine touchant la foi et les mœurs. Par conséquent de telles définitions sont irréformables d'elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn324 [324]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il résulte de ces paroles, l'infaillibilité pontificale a son ''objet ''bien délimité et requiert des ''conditions ''précises. Pour jouir de l'infaillibilité, il faut que le Parle ''ex-cathedra[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn325 [325]], ce qui implique ''quatre conditions. ''Il faut : —1. qu'il remplisse ''la charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens. ''En tant que docteur privé, il n'est donc pas infaillible ; dans ses écrits comme dans ses sermons il peut se tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn326 [326]]. Sans doute, l'infaillibilité lui est ''personnelle ; ''elle est bien attachée à sa personne et non au Siège apostolique, et elle ne peut être communiquée ou déléguée à aucun autre, mais elle n'est personnelle que dans la mesure où le Pape remplit la charge de docteur universel ; — 2. qu'il ''définisse, ''c'est-à-dire qu'il tranche, d'une manière définitive, une question jusque-là controversée ou non ; — 3. qu'il définisse la doctrine ''sur la foi ''ou ''les mœurs, ''c'est-à-dire les vérités révélées qu'il faut croire ou pratiquer, et les vérités connexes aux vérités révélées. En dehors de cet ''objet, ''par exemple, sur le terrain des sciences humaines, le pape est, comme tout homme, sujet à l'erreur. L'infaillibilité pontificale n'est donc pas un pouvoir arbitraire et ridicule contre lequel il y ait lieu de s'insurger ; — 4. qu'il définisse ''avec l'intention d'obliger toute l'Église : ''il va de soi, en effet, qu'une doctrine définie impose à toute l'Église l'obligation d'y adhérer. Mais comment reconnaître que le pape a eu l'intention d'obliger toute l'Église ? Les qualifications d'hérésie et d'anathème sont le signe ordinaire des définitions, mais il convient de remarquer qu'elles n'en sont pas la forme obligatoire ni par conséquent la seule forme. Il suffit que, de la teneur même du document, du langage employé, alors même que le document ne serait pas adressé à l'Église universelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn327 [327]], il résulte que le Souverain Pontife a entendu proposer à tous les fidèles un enseignement obligatoire concernant une question de la foi ou de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
400. — ''REMARQUES. ''— 1) L'infaillibilité du pape a pour principe l’''assistance ''que Notre-Seigneur a promise à saint Pierre et à ses successeurs (V. Nos 330 et suiv.), mais elle ne dispense pas du travail et de l'emploi des moyens humains pour connaître la vérité. Ces moyens sont les conciles et, d'une manière ordinaire, les conseils des cardinaux, des évêques et des théologiens. — 2) De l'infaillibilité du pape, il serait absurde de conclure à ''l'impeccabilité. ''Les deux choses sont sans rapport, et il est évident que le privilège de l'infaillibilité n'entraîne pas avec soi celui de la vertu : un pape peut donc être un grand pécheur, tout en gardant son infaillibilité. — 3) Les définitions pontificales sont ''irréformables par elles-mêmes, ''et non par le consentement de l'Église : l'infaillibilité pontificale est indépendante de l'acceptation des évêques. — 4) L'infaillibilité du pape, bien qu'elle n'ait été définie qu'en 1870, a toujours été reconnue dans l'Église (V. N° 337). Il faut donc la considérer, non comme une innovation doctrinale, mais comme une affirmation solennelle et explicite d'une vérité contenue dans l'Évangile et la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''que l'autorité du Pape, dans l'hypothèse de son infaillibilité, constitue un ''pouvoir absolument despotique ''et supprime toute liberté de penser. — '''''Réponse.''''' Faisons observer d'abord qu'il n'y a pas plus de despotisme dans l'autorité infaillible du Pape que dans celle de l'Écriture. Si les catholiques manquaient de liberté de penser parce qu'ils doivent obéir aux jugements irréformables du Pape, les protestants n'en auraient pas plus puisqu'ils sont liés par les textes de l'Écriture. Les définitions solennelles du Pape ne sont du reste pas autre chose que l'interprétation authentique des sources de la Révélation. Par ailleurs, c'est une notion fausse de la liberté de penser, que de la considérer comme la faculté d'embrasser l'erreur. Or obéir à un décret infaillible, c’est tout simplement adhérer librement à une vérité reconnue comme certaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''401. — B. Magistère ordinaire.''' — Le Pape exerce son magistère ''ordinaire ''soit ''directement ''et par lui-même, soit ''indirectement ''par l'intermédiaire des Congrégations romaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DIRECTEMENT. ''— Le Pape peut proposer des vérités aux fidèles, même sans intention de les définir infailliblement. — 1. Ainsi le Pape fait connaître ses décisions dans ses ''Constitutions dogmatiques ''généralement publiées à la suite d'un autre document. — 2. Il expose ses vues : 1) dans ses ''Encycliques ''ou lettres circulaires adressées soit à tous les Évêques, soit à ceux d'une nation seulement ; — 2) dans ses ''Lettres apostoliques''.: forme qu'il emploie, par exemple, pour annoncer un jubilé : — 3. dans ses ''Allocutions consistoriales ''prononcées devant les cardinaux ; et — 4, dans ses ''Brefs, ''lettres qu'il adresse à des particuliers. L'un des plus importants, parmi ces sortes de documents publiés depuis un siècle, a été, sans doute, en 1864, l'Encyclique ''Quanta cura ''suivie du ''Syllabus, ''ou recueil de quatre-vingts propositions contenant les principales erreurs de notre temps, et que Pie IX condamnait à nouveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements pontificaux, quelle qu'en soit la forme, et alors même que le Pape n'en fait pas l'objet de définitions solennelles, ont toujours droit à notre assentiment intellectuel, tout au moins à titre provisoire. Nous disons ''à titre provisoire, ''car, au lieu que les dogmes sont des jugements irréformables qui entraînent avec soi une certitude absolue et définitive, les autres enseignements du Souverain Pontife, si respectables qu'ils soient, n'excluent pas la possibilité d'amendements ultérieurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
402. — ''INDIRECTEMENT. ''— Le Pape exerce son magistère ordinaire ''indirectement ''parla ''Congrégation du Saint-Office ''dont nous parlerons plus loin (V. N° 406), quand il sera question des Congrégations romaines. ''Autorité des décrets portés par la Congrégation du Saint-Office. ''— L'autorité de ces décrets dépend de la manière dont ils sont promulgués. Le Pape peut en effet les approuver de deux façons, soit solennellement ''in forma speciali, ''soit d'une manière commune, ''in forma communi. ''— 1. Si l'approbation est donnée ''solennellement, ''c'est-à-dire quand le Pape promulgue le décret ''en son nom, ''et qu'il en devient ainsi l'auteur juridiquement responsable, le décret prend la valeur d'un ''acte pontifical, ''et peut être infaillible s'il réunit les conditions voulues (ex : les décrets de Pie V contre Baius et d'INNOCENT X contre Jansénius). Mais il arrive souvent que le Pape n'entend pas prononcer un jugement définitif, une définition ''ex-cathedra. ''Dans ce dernier cas, notre assentiment doit être, ''non absolument ferme ''comme dans l'acte de foi, mais sincère et intérieur, — 2. Si l'approbation est donnée ''in forma communi, ''c'est-à-dire, quand le Pape approuve le décret comme acte de la Congrégation, le décret est et reste un acte de la Congrégation : il n'est donc pas infaillible, puisque l'infaillibilité pontificale est incommunicable ; il a cependant une grande autorité et a droit, sinon à un assentiment absolu, du moine à une prudente adhésion. Celui qui aurait des raisons graves de croire que la décision. est erronée, n'aurait pas le droit de la combattre ni par paroles ni par écrits, mais il pourrait exposer respectueusement ses motifs de doute à la Sacrée Congrégation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement du Pape. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
403. — '''1°''' '''Objet. '''— Le Pape ayant le pouvoir suprême de juridiction, il peut : — a) ''faire des lois pour toute l'Église, ''les abroger s'il le juge bon, ou en dispenser ; il peut même dispenser des lois portées par les évoques ; — ''b) instituer les évêques ''ou déterminer le mode de les instituer ; il peut même les déposer pour des raisons graves et lorsqu'il y va du bien de l'Église ; ce qui arriva en 1801, lorsque Pie Vil enjoignit à tous les évêques français de démissionner ; — c) ''convoquer les conciles ; ''— ''d) ''prononcer des ''sentences définitives. ''On ne peut donc, sur le terrain de la discipline, pas plus que sur les questions de dogme et de morale, en appeler du Pape à l'Église universelle, au concile œcuménique, ou bion du Pape que l'on prétendrait mal informé à un Pape mieux informé, comme le soutenaient autrefois les gallicans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Mode d'exercice'''. — Comme le Pape ne peut exercer seul sa juridiction ordinaire et immédiate dans le monde entier, il se sert de ''légats ''ou ''nonces, ''et des ''cardinaux ''résidant à Rome. Nous n'insisterons pas ici sur les fonctions des légats et des nonces[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn328 [328]] ; d'un mot, on peut les appeler soit les représentants du Pape, soit ses ambassadeurs auprès d'un gouvernement étranger. Nous nous arrêterons un peu plus longuement sur le ''Sacre-Collège ''des cardinaux et sur le rôle qu'ils jouent, particulièrement dans les ''Consistoires ''et les ''Congrégations romaines.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
404. — ''LE SACRÉ-COLLÈGE DES CARDINAUX. ''— 1. ''Origine. ''Pour comprendre la ''constitution du Sacré-Collège, ''quelques notions préliminaires sur ''l’origine ''des cardinaux sont nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Primitivement, le mot ''cardinal ''(du lat. ''cardo, ''gond, point d'appui) désignait soit un évêque, soit un prêtre, soit un diacre, attaché de façon stable à une église ou à un titre ecclésiastique, qui devenait, de ce fait, son point d'appui, le centre de son activité. L'on peut donc reporter l'origine de l'institution cardinalice à la primitive Église et en voir les traces dans le ''presbytérium ''composé de prêtres et de diacres qui avaient pour mission d'aider l'évêque dans son ministère. Plus que tout autre, l'Évêque de Rome, en raison de sa lourde tâche, devait éprouver le besoin d'assistance. Aussi le voyons-nous, dès les premiers siècles, entouré d'un corps de diacres chargés du soin des pauvres et d'un corps de prêtres qui devaient remplir leur ministère, dans l'église même du pontife, ou dans d'autres églises paroissiales, qui prirent la dénomination de ''titres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nom de ''cardinal, ''d'abord générique et indéterminé, fut par la suite réservé au clergé des églises cathédrales, puis peu à peu il devint un ''titre exclusif de l’Église romaine ''qui peut être considérée comme le ''cardo, ''le vrai point d'appui de l'unité de l'Eglise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Nombre. ''— Le nombre des cardinaux a varié avec les époques. A la fin du xvie siècle, le pape Sixte-Quint fixa le nombre des cardinaux-diacres à 14, celui des cardinaux-prêtres à 50, et celui des cardinaux-évêques à 6 : trois classes par conséquent, non pas fondées, comme on pourrait le croire, sur le pouvoir d'ordre, mais sur le titre ecclésiastique assigné à chaque élu au moment de sa promotion. Depuis lors, le Sacré-Collège comprend donc, en droit, 70 membres, à la tête desquels se trouve un ''doyen ; ''mais ce nombre est rarement complet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Rôle. ''— Le rôle des cardinaux consiste dans une double fonction: extraordinaire et ordinaire. — 1) Leur fonction ''extraordinaire ''est de se réunir en ''conclave[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn329 [329]] le plus tôt possible après la mort du Pape, et de lui élire un successeur. Ce droit leur a été attribué, à l'exclusion du clergé inférieur et du peuple, par un canon du troisième concile œcuménique de Latran (1179). — 2) Leur fonction ''ordinaire ''est d'aider le Souverain Pontife dans le gouvernement de l'Église. Ce concours habituel, ils le prêtent dans les ''consistoires ''et les ''congrégations.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
405. — ''A.. CONSISTOIRES. ''— Les ''consistoires pontificaux ''sont les assemblées des cardinaux présents à Rome présidées par le pape. Ces réunions avaient lieu autrefois deux ou trois fois par semaine et traitaient presque toutes les affaires importantes ; elles sont devenues beaucoup plus rares et ne se tiennent plus qu'à des intervalles irréguliers. Les consistoires sont secrets ou publics : — 1. ''secrets, ''si les cardinaux seuls y sont admis. Il y est question de la création de nouveaux cardinaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn330 [330]], de la nomination des évêques et des différents dignitaires de la cour épiscopale, etc. ; — 2. ''publics, ''quand d'autres prélats et des représentants des princes séculiers peuvent y assister. Les consistoires publics ont pour objet particulier une canonisation (N° 391, ''n.), ''la réception d'un ambassadeur, le retour d'un légat a latere, ou autres affaires d'intérêt général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
406. — B. ''CONGRÉGATIONS ROMAINES. ''— Les affaires ecclésiastiques étant trop nombreuses pour être réglées toutes dans des consistoires, il a été établi des ''congrégations, ''des ''tribunaux ''et des ''offices ''particuliers, qui ont reçu la mission de traiter toutes les questions assignées à leur département propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution ''Sapienti consilio ''de Pie X (29 juin 1908) ne maintient que ''onze congrégations ''proprement dites, outre les ''trois tribunaux ''de la Sacrée Pénitencerie, de la Rote, de la Signature apostolique, et les ''cinq offices ''ou secrétaireries. Depuis, le pape Benoît XV a supprimé la congrégation de l'index et a attribué son ministère à la congrégation du Saint-Office ; d'autre part, il a fondé une nouvelle congrégation, celle des Églises orientales, de sorte que le nombre des congrégations reste fixé à onze. Ces onze Congrégations sont :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1) ''La Congrégation du Saint-Office ''ou de ''l’Inquisition.''— Le Saint-Office, la congrégation la plus ancienne et la plus importante par ses attributions, a pour but premier la conservation et la défense de la foi et de la discipline ecclésiastique. Mais l'on comprend aisément que « pour atteindre cette fin, il a fallu lui donner juridiction et compétence sur les délinquants. Son autorité eût été purement illusoire, s'il n'avait eu le pouvoir de réprimer les contempteurs de la foi et des saints canons. » D'où il suit que « ''secondairement, ''mais ''véritablement, ''le Saint-Office est un tribunal proprement dit, ayant un réel ''pouvoir judiciaire. ''Il peut, par voie d'inquisition, conformément à la procédure canonique usitée, juger et condamner les coupables. Bien plus, et ceci est particulier à cette congrégation et la différencie des autres, dans le for contentieux, le Saint-Office jouit d'un véritable ''pouvoir coercitif ; ''il peut employer des moyens ''coactifs ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn331 [331]]. Étant donnée l'importance de cette congrégation, le Pape en est toujours le préfet. A ce tribunal rassortissent tous les crimes d'hérésie, de schisme, les graves délits contre les mœurs, tous les cas de sortilège, de magie, de spiritisme. Il a plein pouvoir pour apprécier les doctrines qu'il qualifie sous les titres d'erronée, d'hérétique, de proche de l'hérésie, de téméraire, etc. Il a le droit de juger et de condamner les livres et de les inscrire au catalogue de l'Index[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn332 [332]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La Congrégation consistoriale. ''— ''Présidée ''par le Pape, elle a pour mission de préparer ce qui doit être traité en consistoire. Elle s'occupe en outre de tout ce qui se rapporte au gouvernement de tous les diocèses (choix des évêques, création et administration des diocèses), à l'exception de ceux qui sont soumis à la congrégation de la Propagande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''La Congrégation de la discipline des Sacrements. ''— Cette congrégation, fondée par Pie X, a pour but de trancher toutes les questions disciplinaires relatives aux sacrements, sans s'occuper des questions de doctrine qui relèvent du Saint-Office.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. ''La Congrégation du Concile. ''— Primitivement instituée (1564) pour faire exécuter et observer par toute l'Église les décrets du Concile de Trente, cette congrégation, depuis Pie X, a pour objet tout ce qui concerne la discipline générale du clergé séculier et des fidèles. Elle doit veiller à ce que les préceptes de l'Église : sanctification des fêtes, pratique du jeûne, de l'abstinence, etc., soient bien observés. Elle règle tout ce qui regarde les curés, les chanoines, les pieuses associations, les bénéfices ou offices ecclésiastiques. Elle s'occupe de tout ce qui concerne la célébration, la révision des conciles particuliers... les assemblées, réunions ou conférences épiscopales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. ''La Sacrée Congrégation des Religieux. ''— La compétence de cette congrégation est restreinte aux affaires qui concernent les religieux des deux sexes, à vœux solennels ou simples, aux communautés, aux groupes, qui ont la ''vie en commun à la façon des Religieux,''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''La Sacrée Congrégation de la Propagande. ''— Établie pour propager la foi parmi les infidèles, les hérétiques, toutes les sectes dissidentes, cette congrégation a juridiction sur tous les pays de missions, là où la hiérarchie catholique n'est pas encore complètement constituée. « Les religieux travaillant dans les missions relèvent de la Propagande en tant que ''missionnaires ; ''mais, comme ''religieux, ''soit individuellement, soit en corps, ils dépendent de la Congrégation des Religieux .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn333 [333]] La Propagande possède à Rome un ''séminaire, ''où l'on forme ceux qui se destinent aux missions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. ''La Sacrée Congrégation des Rites ''s'occupe des rites et cérémonies (messe, offices divins, sacrements) et en général de tout ce qui concerne le culte dans l'Église latine. Elle s'occupe aussi des Reliques ; à elle sont réservées les causes de béatification et de&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
canonisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. ''La Congrégation cérémoniale ''s'occupe des cérémonies pontificales, de la réception des ambassadeurs, des questions de préséance et d'étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. ''La Congrégation des Affairés ecclésiastiques extraordinaires ''s'occupe des affaires que lui soumet le Souverain Pontife par l'intermédiaire du Cardinal Secrétaire d'État[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn334 [334]] et principalement de celles qui regardent les lois civiles, les concordats conclus ou à conclure avec les divers gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. ''La Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités ''a la haute administration sur toutes les Universités et Facultés catholiques du monde entier. Elle veille à la pureté de la doctrine et travaille à promouvoir les études sacrées. Elle accorde aux Facultés le pouvoir de conférer les grades académiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. ''La Sacrée Congrégation des Églises orientales. ''— Érigée en 1917, elle est présidée par le Pape, elle doit s'occuper des Églises d'Orient qui rentraient autrefois dans la Congrégation delà Propagande. ''(Can. ''247-257).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
407. — ''COMMISSION BIBLIQUE. ''— A côté des onze Congrégations qui précèdent, il faut citer la ''Commission biblique, ''instituée par Léon XIII' en 1902 (bref ''Vigilantiae) ''dans le but de promouvoir les études bibliques et de les protéger contre l'erreur et la témérité. Organe officiel d'un rang inférieur aux Congrégations, la Commission biblique avait également une autorité moins grande, mais Pie X, par son ''Motu proprio « ''Praestantia» du 18 novembre 1907, l'a mise sur le même rang que les congrégations romaines. La Commission biblique « ost formée, comme le déclare le décret pontifical, d'un certain nombre de cardinaux, illustres par leur doctrine et leur prudence ». Ils constituent ''seuls ''la Commission biblique proprement dite, et seuls, ils sont juges de toutes les questions d'Écriture Sainte, soumises à leur examen. Mais le Pape leur adjoint des ''consulteurs ''qu'il choisit « parmi les savants dans la science théologique des Livres Saints, hommes différents de nationalité et dissemblables par leurs méthodes et leurs opinions en fait d'études exégétiques », afin de « donner dans la Commission, accès aux opinions les plus diverses, pour qu'elles y soient, en toute liberté, proposées, développées et discutées » (''Motu proprio). ''Les consulteurs rédigent, sur les questions soumises à la Commission, des rapports qui sont communiqués aux cardinaux, membres de la Commission, présentent leurs observations motivées, dans des séances spéciales. Mais les questions ne sont tranchées que par les Cardinaux, réunis en séance plénière. Leurs conclusions sont alors soumises au Souverain Pontife « pour être publiées après avoir reçu son approbation » donnée ordinairement dans la forme commune. Au point de vue juridique, les décisions de la Commission biblique ont exactement la même valeur que les décrets doctrinaux des Sacrées Congrégations approuvés par le Pape (Voir N° 402).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
408. — Les ''tribunaux romains ''sont : — 1. la ''Sacrée Pénitencerie ''dont la juridiction s'étend exclusivement aux affaires de for ''interne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn335 [335]], même non sacramentel : absolution des péchés réservés, solution des cas de conscience, dispenses de vœux, d'empêchements occultes de mariage, concession des indulgences ; — 2. la ''Rote, ''supprimée en 1870 et rétablie par Pie X, traite les causes contentieuses, civiles ou criminelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle « est ainsi constituée ''cour d'appel ''pour toutes les curies ecclésiastiques du monde entier... Toutefois la Rote juge en première instance toutes les affaires que le Souverain Pontife lui confie de son propre mouvement, ou sur la demande des parties... Rappelons-nous que tous les fidèles ont le droit absolu de demander à être jugés à Rome ; on peut toujours recouru au Souverain Pontife, qui est le Père commun de tous les chrétiens »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn336 [336]] ; — 3. la ''Signature apostolique ''qui est la cour de cassation de la Rote et reçoit les recours en cassation de jugements attaqués pour vices de forme et les demandes en révision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
409. — Les ''Offices ''sont : — 1. la ''Chancellerie apostolique ''qui a pour office d'expédier, sur l'ordre de la Congrégation consistoriale ou du Pape, les lettres apostoliques, les bulles avec k sceau de plomb (''sub plumbo) ''relatives à la provision des bénéfices et des offices consistoriaux, à l'institution des nouveaux diocèses, chapitres et à d'autres affaires majeures ; — 2. la ''Daterie apostolique ''qui expédie les lettres apostoliques pour la collation des bénéfices non consistoriaux réservés au Saint-Siège ; — 3. la ''Chambre apostolique ''à qui est attribuée l'administration des biens et droits temporels du Saint-Siège, principalement pendant la vacance du siège ; — 4. la ''Secrétairerie d'État ''qui comprend trois sections : la section des Affaires extraordinaires, la section des Affaires ordinaires et la secrétairerie des Brefs ; — 5. les ''secrétaireries des Brefs aux princes, ''et des Lettres latines, à qui incombe le soin d'écrire en latin les Actes du Souverain Pontife ''(can. ''260-264).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Les Pouvoirs des Évêques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques peuvent être considérés : — a) soit ''individuellement ; ''— ''b) ''soit ''en ''corps et ''unis avec le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Pouvoirs des Évêques pris individuellement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
410. — ''Préliminaires. ''— Quelques remarques préliminaires sont nécessaires pour bien comprendre l'étendue des pouvoirs des Évêques, considérés ''individuellement. ''— ''a) ''Bien que les Évêques soient appelés, et soient vraiment les successeurs des Apôtres, il ne faut pas oublier qu'ils n'en sont les successeurs que ''pris en corps. ''La juridiction de l'ensemble du collège épiscopal est donc égale à celle du collège apostolique, mais la juridiction de chaque évêque n'est pas égale à celle de chaque apôtre : celle-ci était universelle, celle-là au contraire est limitée. — b) Ce premier point établi et hors de discussion, la juridiction épiscopale procède-t-elle ''immédiatement ''de Dieu ou du Souverain Pontife? Les deux opinions ont été soute­nues[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn337 [337]]. Il importe peu, du reste, car elles aboutissent toutes deux, en fin de compte à la même conclusion. Tous les théologiens, en effet, admettent que le pouvoir épiscopal, même s'il est conféré immédiatement par Dieu, dépend, dans son ''exercice, ''du Souverain Pontife, lequel ''choisit ''ou ''approuve ''le sujet[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn338 [338]] et délimite la circonscription et l'étendue de sa juridiction. — c) Cependant, quoique dépendants du Pape, les évêques ne sont pas de simples délégués : ils jouissent d'une juridiction ordinaire et qui leur est propre,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''411. — 1°''' '''Leur pouvoir doctrinal. '''— Comme les Evêques ont dans leur diocèse une juridiction ordinaire, ils jouissent, dans les limites des circonscriptions qui leur sont assignées, du même pouvoir que le Pape dans le monde entier, ''l'objet ''de leur pouvoir doctrinal est donc, toutes proportions gardées, le même que celui du Pape : il embrasse la Révélation tout entière et ce qui lui est connexe. Cependant, les Évêques ne jouissant pas individuellement du privilège de l'infaillibilité, il convient que, dans les controverses importantes sur les questions de foi, ils en réfèrent au Souverain Pontife. Ils doivent veiller à la propagation et à la défense de la religion : ce qu'ils font généralement par leurs ''lettres pastorales ''et leurs ''mandements. ''Ils ont le droit et le devoir de prohiber les mauvais livres, les mauvaises publications. Tous les livres qui traitent des questions de fois de morale, de culte et de discipline ecclésiastique doivent dès lors être contrôlés par eux et ne peuvent s'imprimer sans leur approbation, ou ''imprimatur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''412. — 2°''' '''Leur pouvoir de gouvernement. '''— ''a) ''Au point de vue ''législatif, ''l'Évêque gouverne tous les fidèles de son diocèse au for interne et au for externe. Il peut donc porter des lois, préparées ou non en ''synode[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn339 [339]] ''diocésain, sur tout ce qui concerne la foi, le culte et la discipline : mais il doit toujours agir en dépendance du Souverain Pontife et de la loi commune de l'Église. — ''b) ''Au point de vue ''judiciaire, ''l'Evêque juge en première instance. Il exerce ce pouvoir par ce que l'on appelle ''l’Officialité diocésaine, ''tribunal présidé par un prêtre, appelé ''Officiai, ''qui, sauf des cas exceptionnels, doit être distinct du Vicaire général ''(Can. ''1573 § 1). — c'') ''Ait point de vue ''coercitif, ''l'Evêque peut frapper de peines canoniques et de Censures les délinquants, qui gardent toujours le droit d'en appeler au Métropolitain et au Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Pouvoirs des Évêques pris en corps. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le collège des Évêques, pris dans son ensemble et en union avec le pape, peut être considéré soit ''dispersé ''dans le monde, soit ''assemblé en concile œcuménique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''413. — 1°''' '''Les Évêques dispersés. '''— II n'est pas nécessaire que les Évêques se réunissent en concile général pour être infaillibles. Même dispersés, ils forment le ''corps enseignant ''de l'Église et ne jouissent pas moins de l'infaillibilité. Quand Jésus a promis à ses Apôtres d'être avec eux jusqu'à la fin des siècles, il n'a pas mis la condition qu'eux ou leurs successeurs devaient se réunir à un endroit quelconque pour obtenir son assistance. Du reste, le consentement unanime de l'Église a toujours été reconnu comme une des meilleures preuves de la vérité de la doctrine, et saint Vincent de Lérins a pu poser cette règle qu'il faut croire « ce qui a été cru partout, toujours et par tous ». Au surplus, que les choses doivent être ainsi, la raison nous le dit., ce n'est pas seulement dans des circonstances exceptionnelles, mais en tout temps, que l'épiscopat est chargé de renseignement ; donc, à tout moment, il doit avoir le privilège de l'infaillibilité. Aussi, avant le premier concile œcuménique qui n'a eu lieu qu'au début du IVe siècle (en 325 à Nicée) le ''magistère ordinaire ''du corps épiscopal avait déjà amené le dogme à un haut degré de développement. L'Église enseignait déjà d'une manière ''explicite ''les dogmes de la Trinité et de la divinité de Jésus-Christ, de la Rédemption, de la virginité et de la maternité divine de Marie, les éléments du dogme du péché originel ; elle avait presque fixé sa doctrine sur les principaux sacrements, entre autres, sur le baptême, sur la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, à la fois sacrement et sacrifice, etc. Les conciles qui se tiendront à partir de cette date, ne feront le plus souvent que préciser les points encore discutés et donner une autorité plus ferme à la croyance déjà établie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait ajouter que, dans les premiers siècles, bien des hérésies furent condamnées par les décisions dogmatiques d'un nombre restreint d'Évêques, dispersés dans le monde, ou simplement réunis en concile particulier : provincial ou national.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''414. — 2. Les Évêques réunis en concile'''. — Le concile (lat. ''concilium ''assemblée) œcuménique (gr. ''oihoumenikos, ''universel) est l'assemblée solennelle des évêques de tout l'univers. Deux points nous intéressent ici, à savoir les ''conditions à l’œcuménicité ''d'un concile, et leur ''autorité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. CONDITIONS D'ŒCUMÉNICITÉ. ''— Pour qu'un concile soit œcuménique, il faut : — ''a) ''que tous les évêques du monde y aient été officiellement ''convoqués[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn340 [340]], mais il n'est pas nécessaire et il est matériellement impossible que tous y assistent. Il n'est même pas requis que le chiffre des présents l'emporte sur celui des absents, il suffit qu'il y en ait un assez grand nombre pour représenter moralement l'Église universelle. Dans le cas de doute sur l’œcuménicité d'un concile, il appartient à l'Église de trancher cette question de fait dogmatique (N° 391) ; — ''b) ''que ''le Pape prête son autorité ''au concile. D'où il suit : — 1. que tout concile œcuménique doit être ''convoqué [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn341 [341]] par le pape ou de son consentement ; — 2. ''présidé ''par lui ou par ses légats ; — 3. que les décrets du concile soient ''ratifiés ''par lui et promulgués par son ordre ''(Can. ''227). Pour cette dernière raison, certains conciles (v. g. le 1er et le 2e de Constantinople) qui n'étaient pas œcuméniques, du fait de leur convocation et de leur célébration, le sont devenus par la ratification subséquente du Pape ; par contre, d'autres conciles, dits œcuméniques, ne le sont pas pour tous leurs décrets, l'approbation du pape ayant fait défaut, comme nous avons eu l'occasion de le constater à propos du 28e canon du concile de Chalcédoine que le pape saint Léon ne voulut pas ratifier (V. N° 370).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415. — B. ''AUTORITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''Le ''concile œcuménique, ''où se trouvent réunis le pape et les évêques, c'est-à-dire la tête et le corps de l'Église enseignante, est l'autorité la plus haute et la plus solennelle qui puisse exister. Il jouit donc de l'infaillibilité dans les définitions de la doctrine sur la foi et les mœurs. Pour être ''valables, ''il n'est pas nécessaire que les décrets conciliaires soient votés à l'unanimité absolue. Ce serait là une condition presque irréalisable. Cette thèse, mise en avant au concile du Vatican par les adversaires de l'infaillibilité pontificale, ne repose sur rien, ni sur l'histoire, ni sur la tradition, ni sur les principes juridiques et rationnels. Il va de soi, en effet, que dans toute assemblée délibérante, dans les conciles par conséquent, les questions doivent être tranchées par la majorité. Il y a lieu cependant de faire une réserve pour les cas où le pape serait avec la minorité, vu que le pape seul a le droit de trancher souverainement les questions. Si la chose se présentait, le décret serait dénommé, avec plus de justesse, décision pontificale, que décision conciliaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les décrets conciliaires ont-ils, dans toute leur teneur, la même autorité doctrinale? Il convient de distinguer, dans les décisions rendues par plusieurs conciles, notamment par les conciles de Trente et du Vatican, une double partie : une partie ''positive, ''représentée par les ''chapitres ''consacrés à l'exposition de la véritable doctrine, et une partie ''négative ''représentée par les ''canons ''où sont condamnées les erreurs contraires. Quelle est la valeur des uns et des autres? Aucun doute n'est possible pour ce qui concerne les ''canons. ''Comme ils portent ''l’anathème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn342 [342]] contre quiconque contredit la vérité définie par les chapitres, de toute évidence ils constituent une définition infaillible et de foi catholique, qu'on ne peut rejeter sans tomber dans l'hérésie. Les ''chapitres ''doctrinaux contiennent, eux aussi, un enseignement infaillible, mais à côté de la substance de la définition, il y a des ''considérants ''et des ''arguments ''sur lesquels s'appuie la définition. Cette dernière partie n'est pas comprise dans l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''416.— Corollaires'''. — 1. De ce que le concile est la plus haute et la plus solennelle autorité dans l'Eglise, ''faut-il conclure qu'il soit au-dessus du Pape? ''La théorie de la supériorité du concile, dont l'origine doit être reportée au moment du grand schisme d'Occident, fut soutenue par Pierre d'Ailly, par Gerson (xve siècle) et par les ''gallicans ''du xvii» siècle ; elle trouva sa formule dans le deuxième article de la ''Déclaration de ''1682 (V. N° 398, ''n.'') et dans la troisième proposition du ''Synode de Pistoie. ''Combattue par la grande majorité des théologiens, repoussée par le Saint-Siège qui rejeta, en particulier, les articles de 1682 et les erreurs du Synode de Pistoie, elle fut définitivement condamnée par le concile du Vatican qui définit l'infaillibilité pontificale (V. N° 399). De cette définition il ressort : 1) que l'autorité du Pape seul est ''égale ''a l'autorité du concile, si l'on entend par là l'assemblée du collège épiscopal, y compris le pape, et — 2) qu'elle est ''supérieure ''à l'autorité du corps épiscopal, d'où serait retranché le pape, c'est-à-dire la tête de l'Église. L'on ne peut donc pas appeler du pape à un concile général, puisque les deux autorités sont égales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417. — 2. ''UTILITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''II y a lieu de se demander à quoi peuvent servir les conciles œcuméniques du moment que l’ensemble des évêques dispersé, et uni avec le pape, ne présentent pas une garantie supérieure d’infaillibilité. Bien qu’ils ne soient pas nécessaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn343 [343]], les conciles œcuméniques n’en restent pas moins très ''utiles ''pour les raisons suivantes : — 1) Tout d'abord, l'avis des évêques peut ''aider beaucoup à la connaissance de la vérité. ''Il faut bien se rappeler en effet que l'infaillibilité ne se confond ni avec l'inspiration ni avec la révélation, et que, si elle est l'inerrance de droit, elle ne dispense nullement du travail et de l'étude. — 2) ''La sentence ''qui proclame la foi et condamne l'erreur ''aura d'autant plus de poids, ''et sera d'autant mieux acceptée des fidèles qu'elle aura été prononcée par l'ensemble du corps enseignant. — 3) Au point de vue ''disciplinaire, ''le pape portera des lois d'autant plus opportunes et plus efficaces que, par l'intermédiaire des évêques, il sera mieux au courant des erreurs et des abus qui se trouvent dans l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces différents points de vue, les conciles sont d'une utilité indiscutable. Ils ne sont pas ''absolument ''nécessaires, comme les Jansénistes le prétendaient, mais il peut arriver qu'ils soient ''relativement ''et ''moralement ''nécessaires dans les cas où l'unité de l'Église serait mise en péril, par le fait du pape lui-même, qui deviendrait hérétique, en tant que docteur privé, ou pécheur scandaleux (V. N° 399, n. 3) et surtout dans le cas où 1 élection d'un pape serait douteuse, comme la chose s'est présentée lors du grand schisme d'Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''418. — 3. ''SÉRIE CHRONOLOGIQUE DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. '''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on compte généralement jusqu'à notre époque dix-neuf conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn344 [344]]. Les voici dans leur ordre avec quelques indications sur leur objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''premier Concile de Nicée, ''en 325, réuni par Constantin sous le pontificat de saint Sylvestre, il définit contre Arius la consubstantialité du Verbe, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ, sanctionna solennellement les privilèges des trois sièges patriarcaux de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, et étendit à toute l'Église la coutume de l'Église romaine, quant à la date de la célébration de la fête de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''premier Concile de Constantinople, ''en 381, sous le pape Damase et l'empereur Théodose le Grand, définit contre Macédonius de Constantinople la divinité du Saint-Esprit. Ce concile qui n'était œcuménique ni par sa convocation ni par sa célébration, puisque le pape n'y avait été ni invité ni associé, n'acquit l'autorité et le rang de concile œcuménique que plus tard par la reconnaissance et l'adhésion de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le ''Concile d'Éphèse, ''en 431, sous le pontificat de Célestin I et le règne de Théodose le Jeune, définit contre Nestorius l'unité de personne dans le Christ et la maternité divine de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Le ''Concile de Chalcédoine, ''en 451, sous saint Léon le Grand et l'empereur Marcien, condamna l'eutychianisme et définit la dualité de natures en Jésus-Christ. Le 28e canon de ce concile qui attribuait au patriarche de Constantinople la première place après celui de Rome, n'a jamais été confirmé par le pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Le ''deuxième de Constantinople, ''en 553, condamna, comme entachés de Nestorianisme, ce que l'on appela les ''Trois-Chapitres, ''c'est-à-dire Théodose de Mopsueste et ses ouvrages, les écrits de Théordoret de Cyr contre Saint Cyrille et le concile d’Ephèse, la lettre d’Ibas d’Edesse injurieuse pour le concile et saint Cyrille. Célébré sans la participation et malgré opposition du Pape Vigile, il n’est devenu œcuménique que par l'accession subséquente du Pontife.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''Le troisième de Constantinople, ''en 680, condamna le monothélisme, ses défenseurs et ses fauteurs, entre autres, le pape Honorius coupable de négligence dans la répression de l'erreur. Convoqué sous Agathon, il ne fut confirmé que par son successeur Léon II qui approuva le décret conciliaire, en l'interprétant, quant à Honorius, dans le sens que nous avons indiqué au N° 339.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Le ''deuxième de Nicée, ''en 787, sous la régence de l'impératrice Irène et le pontificat d'Hadrien Ier, définit contre les iconoclastes la légitimité du culte des images, en faisant la distinction traditionnelle entre ce culte de vénération et celui d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Le ''quatrième de Constantinople, ''en 869-870, sous Hadrien II, prononça la déposition de l'usurpateur Photius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. Le ''premier Concile de Latran, ''en 1123, le premier des conciles œcuméniques d'Occident, sous le pape Calixte II, prit des mesures sévères contre la simonie et l'inconduite des clercs et approuva le concordat de Worms intervenu entre Calixte II et l'empereur Henri V, au sujet des investitures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. Le ''deuxième Concile de Latran, ''en 1139, sous Innocent II, édicté des mesures disciplinaires concernant le clergé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. Le ''troisième de Latran, ''en 1179, sous Alexandre III, condamne les Cathares et règle le mode d'élection des papes, en déclarant validement élu le candidat qui aura réuni les deux tiers des voix des cardinaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12. Le ''quatrième de Latran, ''en 1215, sous Innocent III. L'un des plus importants conciles, il condamne les Albigeois et les Vaudois; il fixe la législation ecclésiastique sur les empêchements de mariage, et impose à tous les fidèles l'obligation de la confession annuelle et de la communion pascale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
13. Le ''premier Concile de Lyon, ''en 1245, sous Innocent IV, régla la procédure des jugements ecclésiastiques et prononça la déposition de l'empereur Frédéric II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14. Le ''deuxième de Lyon, ''convoqué en 1274. par Grégoire X, rétablit l'union avec les Grecs qui, outre la légitimité du Filioque, reconnurent la primauté du pape et la doctrine catholique de l'Église latine enseignant l'existence du Purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
15. Le ''Concile de Vienne, ''en 1311-1312, sous Clément V, décide la suppression de l'ordre des Templiers, et définit que l'âme raisonnable est la forme substantielle du corps humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16. Le ''Concile de Baie-Ferrare-Florence ''(1431-1442), convoqué par Eugène IV, eut pour objectifs principaux la réforme de l'Eglise et un nouvel essai de réconciliation des Églises latine et grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
17. Le ''cinquième Concile de Latran, ''convoqué par Jules II, en 1512, et continué par son successeur Léon X jusqu'en 1517, avait pour but primaire la réforme du clergé et des fidèles. Il publia quelques décrets concernant les nominations aux charges ecclésiastiques, le genre de vie des clercs et des laïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
18. Le ''Concile de Trente, ''convoqué par Paul III et ouvert dans cette ville en 1545, transféré deux ans plus tard à Bologne, suspendu bientôt après, puis réinstallé à Trente par Jules III en 1551, interrompu à nouveau, puis repris et terminé sous Pie IV en 1563 a eu pour but de combattre les erreurs protestantes. Il est le plus célèbre par le nombre et l'importance de ses décrets dogmatiques et disciplinaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
19. Le ''Concile du Vatican, ''convoqué par Pie IX, inauguré le 8 décembre 1869 et suspendu le 20 octobre 1870, n'a pu tenir que quatre sessions. Aucun souverain catholique n'a été autorisé à s'y faire représenter officiellement. Il a condamné, d'une part, dans sa Constitution ''Dei Filius, ''les erreurs contemporaines sur la foi et la révélation, et il a défini, d'autre part, dans la constitution ''Pastor aeternus ''les dogmes de la primauté et de l'infaillibilité personnelle de Pierre et de ses successeurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn345 [345]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''419. — Conclusion. — L'Église, société parfaite. '''— De l'étude que nous venons de faire sur sa constitution intime, il est permis de conclure que l'Église est une ''société parfaite. .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par ''société parfaite ''toute société qui ne dépend d'aucune autre, tant dans la ''fin ''qu'elle poursuit que dans les ''moyens ''qui lui sont nécessaires pour atteindre cette fin. Au contraire, la société ''imparfaite ''est colle qui est subordonnée à une autre et qui n'a de pouvoirs que ceux que cette autre veut bien lui concéder. Ainsi, les Sociétés de chemins de fer, de mines, etc., sont des sociétés imparfaites, vu qu'elles sont subordonnés à l'État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ''l'Église soit une société parfaite, ''cela découle de son origine et de sa nature : — a) de son ''origine. ''C'est de la volonté de Jésus-Christ, de la volonté de Dieu, par conséquent, que l'Église est née. Ne dépendant dans son existence d'aucune volonté humaine, il s'ensuit qu'elle ne peut être subordonnée a aucun pouvoir civil : elle est, de par son origine, une société autonome et indépendante ; — b) de sa ''nature. ''L'Église est une société ''d'ordre spirituel, ''puisque Jésus-Christ lui a donné la mission et les pouvoirs de conduire les hommes à leur fin surnaturelle. Mais, si elle est une société d'ordre spirituel, il est évident qu'elle ne peut recevoir d'aucune société d'ordre temporel les moyens dont elle a besoin pour sa fin surnaturelle ; ses pouvoirs ne peuvent dépendre de l'autorité civile comme s'ils eu étaient une dérivation ou une participation. II ne faut donc pas s'étonner que l'Église ait toujours revendiqué cette prérogative d'être une société parfaite et que maintes fois elle ait affirmé son indépendance du pouvoir civil, comme elle l'a fait, en particulier, en condamnant les propositions suivantes du Syllabus : « L'Église n'est pas une vraie et parfaite société pleinement libre et ne jouit pas de droits propres conférés par son divin fondateur ; c'est au pouvoir civil à définir ses droits et les limites dans lesquelles elle peut les exercer » ''(Prop., ''xix). « Le pouvoir ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement. » ''(Prop., ''xx). Les Pères du ''Concile du Vatican ''(1870) ont condamné de nouveau l'opinion selon laquelle le Saint-Siège ne pourrait exercer ses pouvoirs de gouvernement sans le placet du pouvoir civil ''(Const. I de l’Église du Christ, ''ch. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église; ''Ortolan, art. ''Canonisation ; ''Quilliet, art. ''Censures doctrinales ; ''Ortolan, art. ''Conclave ; ''Forget, art. ''Congrégations romaines, ''art. ''Conciles. ''— Du Dict. d'Alès : Forget, art. ''Curie romaine ''(Cardinaux) ; Choupin, art. ''Curie romaine ''(Congrégations). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Palmieri, ''De Romano Pontifice ''(Rome). — Choupin, ''Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Boudinhon, ''Primauté, Schisme et Juridiction, ''dans la Rey. Le Canoniste contemporain, fév. 1896. — Demeurant, ''L'Église, Constitution, Droit public ''(Beauchesne). — Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Constitution de l'Église (suite). Les Droits de l'Église. Relation de l'Église et de l'État. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Société d'ordre ''spirituel, ''l'Église est, de par son origine et sa nature, une société parfaite : telle ost la conclusion à laquelle nous avons abouti dans le chapitre précédent (N° 419). Deux points restent à établir : 1° les ''droits ''de l'Église ; et 2° les ''relations de V Église et de l'État. ''Ce chapitre comprendra donc deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Les Droits de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420. — Société ''parfaite, ''l'Église est indépendante dans son existence et dans l'exercice de ses pouvoirs : de là découlent tous ses ''droits. ''Mais comment déterminer ces droits ? Il suffit, pour cela, de nous rappeler que tout pouvoir légitime entraîne comme conséquences des droits correspondants, et d'autre part, que l'Église a reçu de son divin fondateur la triple mission d'enseigner, de sanctifier et de gouverner. L'Église possède donc tous les droits qui sont en corrélation avec sa mission et avec son triple pouvoir doctoral, de ministère et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir de ''ministère ''implique le ''droit d'administrer les sacrements. ''L'Église ayant reçu de Notre-Seigneur la mission et le pouvoir de sanctifier, l'État doit lui laisser toute liberté d'administrer les sacrements et d'exercer le culte selon les règles de sa liturgie. Comme ce droit ne lui est guère contesté, nous ne nous y arrêterons pas autrement. Nous nous bornerons donc à étudier, dans doux paragraphes, les droits de l'Église qui sont dérivés de ses deux pouvoirs d'enseigner et de gouverner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les droits de l'Église dérives de son pouvoir doctoral. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421. — Il est permis de poser en principe général que, en vertu du pouvoir doctoral qu'elle tient de Notre-Seigneur, l'Église a le ''droit d'enseigner ''partout la doctrine chrétienne. Jésus-Christ a dit, en effet, à ses Apôtres : « Allez, ''enseignez ''toutes les nations. » Et comme cet ordre embrasse tout l'univers, il s'ensuit que l'Église a le droit de s'établir partout et que son magistère n'est limité ni dans le temps ni dans l'espace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la charge qui incombe à l'Église d'enseigner la doctrine du Christ découle un double droit et un double devoir : le premier, de caractère positif et direct qui est de donner elle-même l'enseignement religieux, — ce qui pose ''la question de l'École, ''— le second, négatif et indirect, qui est de proscrire les doctrines contraires à la sienne, ce qui nous ramène à la ''question de l'Index.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''422. — Le droit d'enseigner. La question de l'École'''. — Remarquons, tout d'abord, qu'il n'est question ici que des enfants qui, du fait de leur baptême, font partie du corps de l'Église. Or, parmi eux, il convient de distinguer une double classe de sujets : les ''clercs ''et les ''laïques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Relativement Aux Clercs,'' ou plutôt, à ceux qui se préparent à devenir les ministres de l'Évangile, il va de soi que l'Eglise a le droit de les recruter, de leur ouvrir des écoles spéciales ''(séminaires), ''où elle puisse entretenir les vocations, leur donner l'instruction et l'éducation appropriées aux fonctions auxquelles ils se destinent. C'est « aux Évêques seuls, dit Léon XIII, dans l'Encyclique ''Jampridem, ''que revient le droit et le devoir d'instruire et de former les jeunes gens que Dieu appelle pour en faire ses ministres et les dispensateurs de ses mystères. C'est de ceux à qui il a été dit : ''enseignez toutes les nations, ''que les hommes doivent recevoir la doctrine religieuse ; à combien plus forte .raison appartiendra-t-il aux Évêques de donner l'aliment de la saine doctrine, comment et par qui ils jugeront convenable, à ces ministres qui seront le sel de la terre et tiendront la place de Jésus-Christ parmi les hommes... Les chefs de gouvernement souffriraient-ils jamais que les jeunes gens placés dans les institutions militaires pour y apprendre l'art de la guerre, eussent d'autres maîtres que ceux qui excellent en cet art ? Ne choisit-on pas les plus habiles guerriers pour former les autres à la discipline des armes et à l'esprit militaire?... Voilà pourquoi, dans les concordats passés entre les Pontifes romains et les chefs des États, à différentes époques, le Siège apostolique veilla, d'une manière spéciale, au maintien des séminaires et réserva aux Évêques le droit de les régir, à l'exclusion de toute autre puissance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chargée de la formation de ses ministres, l'Église a le droit d'obtenir du pouvoir civil qu'il ne les astreigne pas à des obligations incompatibles avec leur vocation, telles que le ''service militaire. ''Cette ''immunité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn346 [346]], qui a été l'objet des attaques les plus passionnées, se légitime pourtant très bien au double point de vue du droit ecclésiastique et du droit naturel : — ''a) ''Au point de vue du ''droit ecclésiastique, ''la chose ne fait pas de doute. De nombreux canons de l'Église proclament ce droit et vont même plus loin puisqu'ils interdisent aux ecclésiastiques, sous peine de censure, le port des armes et l'effusion du sang humain ; — b) au point de vue du ''droit naturel, ''le bien-fondé de l'immunité est tout aussi incontestable. Si l'État a le devoir de lever une armée et d'exiger le service obligatoire, tant pour maintenir le bon ordre à l'intérieur que pour résister aux attaques de l'ennemi, il a un autre devoir non moins impérieux, qui est de pourvoir aux besoins religieux de la nation. Or cela suppose, d'une part, l'existence du clergé, puisque le clergé est indispensable pour enseigner la doctrine et pratiquer le culte, et d'autre part, l'exemption du service militaire pour la. bonne raison que celui-ci présente un gros obstacle au recrutement sacerdotal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cela l'on ''objecte, ''il est vrai, que la caserne est une meilleure école que le séminaire, pour faire l'apprentissage de la vertu, et qu'elle est un excellent moyen d'éprouver et de rejeter les vocations mal affermies. Sans nier ce qu'il peut y avoir de juste dans cette objection, il n'en est pas moins faux de prétendre qu'une vocation n'est solide qu'autant qu'on l'a exposée aux plus dangereuses épreuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''encore, au nom du fameux principe de ''l’égalité ''que, si les clercs participent aux avantages de la vie sociale, il convient qu'ils prennent aussi leur part des charges communes. Le raisonnement paraît impeccable, mais il s'agit de savoir précisément si le clergé ne porte point sa part du fardeau commun. L'Église pense, au contraire, que ses prêtres rendent à la société, par leur ministère, des services plus grands que ceux qu'ils rendraient comme soldats. Sans doute, il faut des soldats contre les ennemis du dehors ; il n'en faut pas moins, mais d'une autre sorte, pour résister aux ennemis du dedans: pour lutter contre la propagation des idées fausses et subversives, contre l'impiété et la corruption des mœurs. Et pour se préparer à cette mission, les sacrifices du prêtre qui, à partir du séminaire, abdique sa liberté et renonce aux joies du monde et de la famille, dépassent certainement en grandeur ceux des soldats. Nous pouvons donc conclure que l'exemption du service militaire, longtemps reconnue à l'Église comme un droit, n'était nullement un privilège excessif dont il y ait lieu de s'étonner ou de se scandaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
423. — B. ''RELATIVEMENT AUX LAÏQUES. ''— A aucun point de vue, l'Église ne peut se désintéresser des écoles, même laïques.— 1. S'il s'agit en effet de ''l'instruction religieuse, ''c'est à elle qu'en incombe le soin, et personne ne peut lui en contester le droit. — 2. S'il s'agit de ''toute autre branche, ''sur le terrain de la littérature, de l'histoire et des sciences, elle a le droit et le devoir de veiller à ce qu'on n'enseigne rien qui soit en opposition avec sa doctrine, avec son dogme et sa morale. Dans le cas où les écoles sortiraient de leur neutralité légale et deviendraient hostiles, elle devrait élever la voix, rappeler aux parente le devoir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui leur incombe, d'élever ou faire élever ''chrétiennement ''leurs enfants, et protester auprès des maîtres qui trahissent leur mission. Allons plus loin. L'Église, comme toute autre personne qui remplit les conditions voulues, doit jouir de la liberté d'ouvrir elle-même des écoles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn347 [347]]: primaires, secondaires et supérieures (universités). A quel titre l'enseignement pourrait-il devenir le ''monopole ''de l'État? Est-ce que, de ''droit naturel, ''les enfants n'appartiennent pas aux parents d'abord, à la société ensuite? N'est-ce pas à ceux qui ont donné la vie du corps qu'il revient de former l'intelligence et de faire l'éducation de l'esprit? Mais s'il est vrai que l'instruction est une fonction des parents, et si, par ailleurs, ceux-ci ne peuvent que rarement remplir leur charge par eux-mêmes, il s'ensuit qu'ils ont le droit de se faire suppléer par des maîtres de leur choix. Là seulement, commencent les droits et les devoirs de l'État : c'est à lui de surveiller l'enseignement donné par la famille ou ses représentants, et de s'assurer s'il est conforme au bien commun, s'il ne porte aucune atteinte aux vérités religieuses, s'il est en harmonie avec les aspirations des parents, pourvu que ces dernières soient légitimes, s'il ne viole en rien les idées les plus sacrées et ne va pas contre les droits de Dieu et de la patrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''424. — Le droit de censurer les livres. L'Index.''' — L'Église ne remplirait qu'imparfaitement son rôle de gardienne de la foi si elle ne pouvait condamner les mauvaises doctrines ; d'où son double droit : — 1° « ''d'interdire ''aux fidèles ''d'éditer ''des livres non soumis préalablement à sa censure et approuvés par elle, et — 2° de ''prohiber ''pour de justes raisons les livres déjà édités » ''(can. ''1384, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du second droit découle ''l'origine de l'Index. ''On appelle ''Index ''le catalogue des livres condamnés par le Saint-Office comme nuisibles à la foi ou aux bonnes mœurs, et dont la lecture et la détention sont défendues aux fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'origine ''de l'Index, en ''tant que ''catalogue, ''remonte au xvie siècle. C'est seulement quand, par l'invention de l'imprimerie, les livres en général et les mauvais livres en particulier, se multiplièrent, que l'Église sentit le besoin de surveiller plus attentivement les productions littéraires. Nous trouvons la première ébauche de l'Index dans un catalogue de livres prohibés, dressé par les ordres de Paul IV en 1557 d'abord, puis en 1559 ; mais la véritable institution de l'Index date du ''concile de Trente ''et de Pie IV, qui promulgua un catalogue avec un ensemble de règles concernant la publication, la lecture et la détention des ouvrages répréhensibles (1564). Ces règles ont été plusieurs fois retouchées par différents papes, et, en dernier lieu, par Léon XIII, qui, dans sa Constitution apostolique ''Officiorum ac Munerum ''(fév. 1897), porta des ''Décrets généraux ''sur la prohibition et la censure des livres. Le Saint-Siège ne pouvant connaître tous les livres pernicieux qui sont édités dans le monde entier, Léon XIII&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui attaquent, à l'occasion, la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ''ex professo ''de la religion, à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui édicta un certain nombre de ''règles générales ''qui condamnent en bloc tous les mauvais livres, règles qui forment le ''canon ''1399 du ''Code.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Sont prohibés par le droit : — 1. les éditions du texte original... de la Sainte Ecriture, ainsi que les traductions faites ou éditées en n'importe quelle langue par les acatholiques ; — 2. les livres des écrivains qui soutiennent l'hérésie, le schisme ou cherchent à ébranler en quelque façon les fondements delà religion ; — 3. les livres qui attaquent la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ex professo de la religion, à moins à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui racontent des apparitions nouvelles, des révélations, des visions, des prophéties, ou qui cherchent à introduire des dévotions nouvelles, même sous prétexte qu'elles sont privées, s'ils ont été publiés, sans tenir compte des prescriptions canoniques ; — 6. les livres attaquant ou raillant quelque dogme catholique, soutenant des erreurs condamnées par le Saint-Siège, blâmant le culte catholique, cherchant à ruiner la discipline ecclésiastique, outrageant à l'occasion la hiérarchie ecclésiastique, l'état clérical ou religieux ; — 7''. ''les livres enseignant ou recommandant une superstition quelle qu'elle soit, les sortilèges, la divination, la magie, l'évocation des esprits et autres choses du même genre ; — 8. les livres proclamant que le duel, le suicide ou le divorce sont licites ; les livres qui, traitant des sectes maçonniques ou autres semblables, prétendent qu'elles sont utiles et inoffensives pour l'Eglise et la société civile ; — 9. les livres traitant ''ex professo ''de choses lascives ou obscènes, les racontant, les enseignant ; — 10. les éditions de livres liturgiques approuvés jadis par l'Eglise mais qui, par suite de certains changements intervenus, ne concordent pas avec les éditions authentiques actuellement approuvées par le Saint-Siège ; — 11. les livres publiant des indulgences apocryphes, proscrites, ou révoquées ; — 12. les images, quel que soit leur mode d'impression, de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie, des anges, des saints ou des autres serviteurs de Dieu qui ne cadrent pas avec le sentiment et les décrets de l'Eglise ''(Can. ''1399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette liste de livres condamnés d'une manière générale, il faut ajouter tous les livres désignés ''nommément ''au catalogue de l'Index. A ce sujet, il convient de remarquer que les rigueurs de l'Index ont été adoucies. Autrefois, des condamnations globales étaient portées contre toutes les productions d’un auteur dont les tendances étaient reconnues mauvaises. Ces prohibitions faites ''en haine de l’auteur, ''ont disparu de la récente édition de l'Index.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Usage. — Ceux-là seuls peuvent lire et garder les livres condamnés, qui en ont reçu régulièrement l'autorisation du Saint-Siège ou de ses représentants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les libraires ne peuvent ni vendre, ni prêter, ni garder les livres qui traitent ''ex professo ''de choses obscènes ; quant aux autres livres condamnés, ils ne peuvent les vendre qu'avec l'autorisation du Saint-Siège, et seulement à ceux qu'ils croient prudemment avoir le droit légitime de les acheter ''(can. ''1404).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Les Ordinaires, et tous ceux qui ont le soin des âmes doivent opportunément avertir les fidèles du danger et du mal de la lecture des mauvais livres, surtout des livres condamnés. » ''(Can. ''1405, § 2.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quiconque lit sciemment, sans l'autorisation du Saint-Siège, des livres d'apostats ou d'hérétiques, soutenant[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn348 [348]] une hérésie, ainsi que les livres nommément condamnés, de n'importe quel auteur ; quiconque garde ces livres, les imprime ou s'en fait le défenseur, encourt ''ipso facto ''l'excommunication réservée spécialement au Souverain Pontife. » ''(Can. ''2318.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur de l'Index découle de ce qui a été dit précédemment (N° 402) au sujet de l'autorité en général des décisions des congrégations, de celles du moins qui reçoivent l'approbation du pape dans la forme commune. N'étant pas des actes du Souverain Pontife, elles ne sont pas des décisions infaillibles ; mais elles exigent néanmoins de la part des fidèles plus qu'une soumission extérieure, plus que le respect du silence; elles ont droit à un assentiment prudemment et provisoirement terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''425. —Objection. '''— Bien des critiques ont été élevées contre l'Index. Au nom des grands principes modernes : liberté de conscience, liberté d'opinions, liberté de parole et d'écrit, l'on attaque la législation de l'Église et le droit qu'elle revendique de défendre l'usagé de certains livres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Le ''droit de l'Église de proscrire ''les livres dangereux, repose sur la Sainte Écriture, sur la tradition et sur la raison : — 1) ''Sainte Écriture. ''Comme nous l'avons vu (N° 310), l'Église a reçu de Jésus-Christ la mission d'enseigner la doctrine du Christ. De là dé ouïe pour elle le devoir, non seulement de prêcher la ''vraie ''doctrine, mais de s'opposer à tout ce qui pourrait ''entraver ''la conservation de la vérité intégrale: elle a donc plus que le droit, elle a le devoir de flétrir et de condamner les livres impies ou immoraux. — 2) ''Tradition. ''La pratique de l'Église, encore que, sous, sa forme actuelle, elle date seulement du XVIe siècle, remonte aux origines du christianisme. Saint Paul met son disciple Timothée en garde contre les discours profanes et vains qui font des ravages comme la gangrène (II ''Tim., ''II, 16, 17), recommandation qui doit s'entendre autant et plus encore des discours écrits. Il est dit, en outre, dans les ''Actes ''(xix, 19) que, à la suite de ses prédications à Éphèse, « beaucoup de ceux qui s'étaient adonnés aux superstitions dangereuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le peuple ». Depuis les Apôtres, les ''Pères ''de l'Église, les ''conciles ''et les ''papes ''n'ont jamais cessé de stigmatiser les mauvais livres, ainsi que le rappelle Léon XIII dans sa constitution « ''Officiorum ''» : « L'histoire, dit il, atteste le soin et le zèle vigilant des Pontifes romains à empêcher la libre diffusion des ouvrages hérétiques, véritable calamité publique. L'antiquité chrétienne est pleine de ces exemples. Anastase 1er condamna rigoureusement les écrits dangereux d'Origène ; Innocent Ier ceux de Pelage, et Léon le Grand tous ceux des manichéens... De même, dans le cours des siècles, des sentences du Siège Apostolique ont frappé les livres funestes des monothélites, d'Abélard, de Marsile de Padoue, de Wicleff et de Huss. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn349 [349]] — 3) ''Raison. ''I1 est évident que la doctrine qui revendique, au nom de la liberté, le droit illimité pour tout individu, de soutenir sur toutes les questions l'opinion qu'il lui plaît, est une doctrine absurde, déraisonnable et anarchique. Ce serait en effet mettre sur le même pied le bien et le mal, le juste et l'injuste, le vrai et le faux, la vertu et le vice. Aucune société ne s'accommoderait de tels principes ; quelque loin que puisse aller son amour de la liberté, il y a cependant des limites qu'elle n'oserait dépasser. Pourquoi s'étonner alors que l'Église, qui est une société parfaite, qui a pour ses sujets la sollicitude d'une mère, prenne le plus grand soin à écarter le poison qui menace l'âme de ses enfants!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les Droits de l'Église dérivés de son pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
426. — Parmi les principaux droits que l'Église détient de son pouvoir de gouvernement, il convient de citer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le droit d'organiser sa hiérarchie'''. — Qu'il s'agisse des ''ministres ''eux-mêmes ou des ''territoires ''à administrer, il est clair que l'Église a le droit de revendiquer une indépendance complète. Elle est libre de ''choisir ''ses ministres, comme elle l'entend, et de leur assigner les ''contrées ''à évangéliser. Elle peut, par conséquent, diviser le territoire en circonscriptions plus ou moins grandes, provinces, diocèses, paroisses, et, si elle le juge à propos, modifier les divisions anciennes et en former de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans le cours des siècles, l'Église ait varié dans le mode d'organiser sa hiérarchie, qu'il lui soit arrivé, par exemple, d'accorder au peuple ou aux chefs d'État le privilège ''d'intervenir ''et de ''désigner ''eux-mêmes le candidat, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ce sont là autant de concessions que l'Église a faites en raison des avantages que par ailleurs elle en retirait. Il est bien certain, en effet, pour ne prendre qu'un exemple, que l'élection des ministres sacrés par le peuple, avait le double avantage de désigner, tout au moins d'une manière générale, le candidat le plus digne ''(vox populi vox Dei) ''et, en tout cas, celui qui devait être le mieux agréé. De toute façon, de telles concessions n'ont jamais rien retranché et ne retrancheraient rien, si elles étaient faites à nouveau, au droit imprescriptible que l'Église possède de nommer elle-même ses pasteurs et de leur donner l'institution canonique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''427. — 2° Le droit de fonder des Ordres religieux.''' — Deux côtés sont à considérer dans la fondation des Ordres religieux : le côté ''spirituel ''et le côté ''temporel. ''Le premier, qui consiste dans le choix d'un genre de vie le plus propre à l'observation des conseils évangéliques, rentre dans les droits de l'Église. Indubitablement, c'est à elle qu'il revient de régler la forme suivant laquelle il convient de pratiquer les conseils évangéliques. Le côté temporel, puisque aucune association terrestre, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait s'en désintéresser, est du ressort du pouvoir civil, mais celui-ci a le devoir de traiter ces questions, d'accord avec l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''428. — 3° Le droit de posséder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn350 [350]]. — Quoique d'ordre spirituel, l'Église n'en reste pas moins une société d'hommes qui ne peuvent vivre ni pratiquer leur religion s'ils ne possèdent des biens temporels. L'Église, en effet, doit pourvoir à l'entretien de ses ministres et de ses temples ; elle doit subvenir aux frais du culte et assister les pauvres. Elle doit donc jouir de la capacité juridique ''d'acquérir ''des biens et de les ''administrer. ''Pourquoi ne pourrait-elle pas acquérir et posséder réellement les biens matériels qui lui sont nécessaires pour atteindre la fin qu'elle poursuit? Qui oserait prétendre que le fait d'être membre d'une association religieuse, dépouille un homme de ses droits naturels? Et si l'Église a le droit d'acquérir les biens temporels, pourquoi ne jouirait-elle pas du droit de les administrer librement, tout aussi bien que les autres personnes morales : départements, communes, hôpitaux, auxquels on ne conteste pas ce droit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''contre le droit de propriété que, les biens de l'Église étant des ''biens de mainmorte, ''ils causent à l'État et à la société un préjudice très grave, car, du fait qu'ils sont rarement aliénés et jamais transmis, ils échappent aux droits de mutation. — L'objection ne vaut pas, attendu que l'État, d'un côté, peut toujours limiter l'étendue du droit d'acquisition, et de l'autre, qu'il sait remplacer les impôts de mutation par d'autres non moins lourds. C'est ainsi qu'en France les propriétés des religieux ont été frappées du « ''Droit d'accroissement», ''qui constitue un impôt d'exception dépassant plusieurs fois les impôts qu'ont à payer les sociétés anonymes, industrielles, commerciales, ou financières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE. ''— Au droit de posséder se rattache la question du pouvoir temporel des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''pouvoir temporel de la Papauté ''est une des questions sur lesquelles la doctrine de l'Église a été souvent et âprement discutée. Ses adversaires représentent le pouvoir temporel comme une ''usurpation, ''et comme le fruit de l'ambition des papes, fis le disent ''incompatible avec le pouvoir spirituel ''et en opposition avec les paroles de Jésus-Christ qui a proclamé que son royaume n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 36). Et ils concluent que Pie IX, en censurant dans le ''Syllabus ''les adversaires du pouvoir temporel, a commis un véritable abus de pouvoir. Ces attaques sont injustifiées. Assurément, la souveraineté temporelle du Pape n'est pas un ''dogme. ''Elle n'est pas d'institution divine, et l'on ne saurait prétendre davantage qu'elle soit d'une ''nécessité absolue, ''vu qu'elle n'a pas toujours existé et qu'elle n'existe plus. Mais c'est à tort qu'on l'accuse d'être ''illégitime ''et de ne servir à rien, bien plus, d'être ''nuisible ''et de faire tort à la puissance spirituelle. — 1. Loin d'être illégitime, le pouvoir temporel des Papes s'appuie sur les ''titres les plus authentiques. ''Ce sont les peuples eux-mêmes qui ont investi les Papes de leur souveraineté temporelle. Certains auteurs ont mis ''l'origine ''du pouvoir temporel dans une donation de Constantin, lorsque cet empereur, devenu chrétien, abandonna Rome au Pape et alla fonder Constantinople. Cette opinion n'a plus guère de créance ; ce qui est plus vrai, c'est que, à partir de ce moment, les empereurs furent inférieurs à leur tâche. Au moment où les barbares envahissent l'Italie .et la mettent à sac et à sang, ils ne sont pas là pour défendre leurs peuples. Seule, une majesté se dresse devant le flot barbare, et l'Italie, que les empereurs de Byzance ne peuvent secourir, se tourne d'instinct vers les Papes comme vers ses protecteurs-nés. « Le malheur des temps, dit le protestant Gibbon, augmenta peu à peu le pouvoir temporel des Papes. » Ce sont les peuples qui les ont forcés à régner. Lorsque Pépin le Bref et Charlemagne cédèrent à la Papauté les premiers éléments du Patrimoine de saint Pierre, ils ne firent en somme que sanctionner par un acte solennel la souveraineté que les peuples avaient reconnue depuis longtemps aux Papes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn351 [351]]. — 2. Reposant sur les titres les plus légitimes, le pouvoir temporel ''n'est nullement incompatible avec le pouvoir spirituel. ''Il lui est, au contraire, de la plus grande utilité, car il en est la meilleure ''garantie. ''N'est-il pas évident, en effet, que, si le Pape ne possède pas un territoire où il soit le souverain temporel, s'il est soumis à la juridiction d'une autre puissance, il y a toujours à craindre qu'il ne soit plus libre dans l'administration du monde catholique, que ses décisions soient influencées par une force extérieure et supérieure à lui, et que, de la sorte, les intérêts de l'Église paraissent s'inféoder aux intérêts du peuple dont le Pape est le sujet ? Sans doute, la loi du 13 mai 1871, dite ''loi des garanties, ''promulguée par le gouvernement italien, a déclaré le pape sacré et inviolable, lui a reconnu le droit aux honneurs de souverain, et a soustrait les palais qui lui sont réservés à la juridiction italienne ''(privilège de l’extraterritorialité), ''mais il est clair que de telles garanties sont bien précaires et aléatoires : concédées aujourd'hui, elles peuvent être retirées demain, au gré des caprices et du sectarisme d'un autre gouvernement. Pour ces raisons, il convient que le Pape soit indépendant et maître chez lui, et que lui soit restituée la souveraineté temporelle qui lui était échue si providentiellement et dont il a été injustement dépouillé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn352 [352]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''429. — 4° Le droit de légiférer. '''— Du pouvoir ''législatif ''de l'Église découle le droit de ''faire des lois, ''touchant la doctrine, la discipline et le culte, qui s'étendent à l'Église universelle. Or le droit de faire des lois implique à son tour celui de les ''promulguer, ''et conséquemment, le droit pour le Pontife romain de ''communiquer librement ''avec tous ses sujets. Ce droit, combattu jadis par les légistes et les gallicans en France, par les Joséphistes ou partisans de Joseph II, en Allemagne (xviiie siècle), qui prétendaient que les lois ecclésiastiques ne pouvaient être promulguées sans l'agrément de l'État, — ''placet, exequatur, ''— a toujours été revendiqué par l'Église, et particulièrement par Pie IX, qui condamna l'opinion contraire contenue dans les propositions suivantes du ''Syllabus '': « La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil» ''(Prop. XX). ''« La puissance civile a non seulement le droit qu'on appelle ''d'exequatur ; ''mais encore le droit qu'on nomme ''d'appel comme d'abus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn353 [353]] » ''(Prop. ''XLI).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''430. — 5'''° '''Le Droit de répression. '''— Puisque le pouvoir de gouvernement implique, non seulement le pouvoir législatif, mais encore les pouvoirs, ''judiciaire ''et ''coercitif, ''il s'ensuit que l'Église a le droit de juger et de punir les infractions à ses lois, dans le but de faire respecter ses institutions par ceux qui les ont librement acceptées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vertu de ce droit, naturel et divin, totalement indépendant de toute autorité humaine, l'Église peut frapper les délinquants qui sont soumis à son autorité, de peines soit ''spirituelles, ''soit même ''temporelles (Can. ''2214).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PEINES SPIRITUELLES. ''— Les principales peines spirituelles sont les censures. « La ''censure ''est une peine spirituelle et médicinale, relevant du for ''extérieur, ''par laquelle l'Église prive un homme ''baptisé, pécheur ''et ''contumace ''de certains biens spirituels ou annexés aux spirituels, jusqu'à ce qu'il vienne à résipiscence et soit absous » ''(can. ''2241, § 1). Si l'on considère les biens dont elles privent, il faut distinguer trois sortes de censures : l'excommunication, la suspense et l'interdit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''l'excommunication ''est une censure qui retranche celui qui en est frappé de la communion des fidèles ''(can. ''2257, §1). Il y a deux classes d'excommuniés : les excommuniés ''dénoncés ''ou à éviter ''(vitandi) ''et les excommuniés ''tolérés, ''selon qu'ils ont été, ou non, nommément excommuniés. Tout excommunié est privé du droit d'assister aux offices divins, sauf à la prédication ''(Can. ''2259), du droit de recevoir les sacrements ''(Can. ''2260). Il ne peut administrer licitement les sacrements, sauf dans le péril de mort ''(Can. ''2261). Il ne participe plus aux indulgences, suffrages, prières publiques de l'Église ''(Can. ''2262), et ne peut plus être pourvu des bénéfices et des charges ecclésiastiques (''Can. ''2263). L'excommunié dénoncé est privé de la sépulture ecclésiastique ''(Can. ''2260). [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn354 [354]] Comme toute peine, l'excommunication est dite ''latae sententiae ''(sentence portée d'avance) ou ''ferendae sententiae ''(sentence à porter) selon qu'elle est encourue par le fait même ''(ipso facto) ''qu'on a commis une faute déterminée car les canons, ou qu'elle a seulement son effet après la sentence rendue contre le coupable. — ''b) La suspense ''est une censure qui enlève au clerc ou au prêtre l'usage delà totalité ou d'une partie de ses pouvoirs : elle le prive, soit des fonctions de son ''pouvoir d'ordre ''(suspense a ''divinis) ''soit de son ''office, ''c'est-à-dire de ses ''pouvoirs de juridiction ''(suspense ''a jurisdiclione), ''soit de son ''bénéfice, ''c'est-à-dire des revenus attachés à son titre. Si la suspense est totale, elle le prive des trois à la fois. Le prêtre suspens ''a divinis ''ne peut plus exercer ''licitement ''les fonctions qui relèvent de son pouvoir d'ordre (v. g. dire la messe, administrer les sacrements). Le prêtre suspens ''a iurisdictione ''ne peut plus exercer ni validement ni licitement aucun acte de juridiction il n'administre donc plus validement le sacrement de Pénitence qui requiert le pouvoir de juridiction pour être valide. Mais le clerc suspens peut, comme tous les fidèles participer à l'usage passif, ou réception, des sacrements. — c) ''l'interdit ''« prive de l'usage de certaines choses saintes, comme, par exemple, de quelques sacrements de quelques offices publics, de quelques cérémonies solennelles, de la sépulture ecclésiastique, etc.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn355 [355]] (voir can. 2268 et suiv.) On distingue: 1. l’interdit personnel qui frappe clercs ou laïcs; 2. l’interdit local, s’il est prononcé contre un lieu: église, cimetière, ville, paroisse; 3. l’interdit particulier qui n’atteint qu’un personne ou un lieu; 4. l’interdit général qui frappe toute une contrée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn356 [356]], le clergé de tout un Etat, tous les membres d'un chapitre, d'une congrégation, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— 1) Comme on peut le voir, la suspense diffère des deux autres censures en ce qu'elle n'atteint que les clercs, et l'interdit diffère à son tour de l'excommunication et de la suspense en ce qu'elle est une peine qui frappe aussi bien les lieux que les personnes. — 2) Une censure n'est légitime qu'autant qu'elle est infligée pour une faute mortelle, extérieure, consommée et si, outre ces conditions il y a ''contumace, ''c'est-à-dire s'il y a, de la part du coupable, refus obstiné d'obéir à une loi dûment promulguée et connue. — 3) Aucune censure ne frappe ceux qui ignorent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
431. — B. ''PEINES TEMPORELLES. ''— Les peines spirituelles ne choquent pas les adversaires de l'Église, mais il n'en va pas de même des ''peines corporelles. ''L'Église, objectent-ils, est une société spirituelle qui doit gouverner les âmes par des actes libres, par la persuasion et non par la force. ''Elle n'a donc pas le droit d'infliger des peines corporelles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que l'Église, par rapport à la fin qu'elle poursuit, est une société spirituelle. Mais, toute spirituelle qu'elle est, ce n'en est pas moins une société composée d'hommes, par conséquent, d'éléments visibles comme toutes les autres sociétés. Comme celles-ci, elle a donc le droit de se protéger contre ceux qui mettent son existence en péril. Et si les peines spirituelles ne suffisent pas, pourquoi ne pourrait-elle pas, par des ''moyens corporels, ''empêcher ses enfants dévoyés et rebelles, de nuire aux autres, les ramener eux-mêmes dans la voie du devoir et, s'il le faut, sacrifier le corps pour sauver l'âme?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, et, tout récemment encore, Pie IX ne craignait pas de condamner l'opinion contraire ainsi formulée dans la proposition XXIV du ''Syllabus : ''« L'Église n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. » Mais si l'Église s'est reconnu dans le passé, et se reconnaît encore le droit d'appliquer des peines corporelles, elle est la première à estimer que ce qui a pu convenir à une époque où la société était chrétienne, où les principes de la religion pénétraient si profondément les institutions politiques, ne s'accommoderait plus aux besoins du moment. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que l'Église, au moyen âge, recourut au ''bras séculier ''pour punir les crimes, comme ceux d'hérésie, qui semblent être du domaine exclusif des idées pures, mais qui, en fait, troublaient la sécurité de l'État chrétien, et devenaient alors de véritables crimes sociaux et politiques. Il est d'ailleurs contraire aux lois élémentaires de la critique historique de juger les mœurs du passé par celles du présent, les idées anciennes par les idées modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''432. — Corollaire.''' — ''Le privilège du for ecclésiastique. ''En dehors des droits que nous venons d'énumérer, l'Eglise a joui autrefois d'un certain nombre d'immunités, entre autres, du privilège, dit du ''for ecclésiastique. ''Ce privilège avait pour effet de soustraire la personne des clercs à la juridiction du pouvoir civil, en sorte qu'ils étaient jugés, non par les laïques, mais par les tribunaux ecclésiastiques. Que faut-il penser de cette immunité? Faut-il dire avec certains que c'était là un privilège injuste, et que toute infraction aux lois de l'État, quel qu'en soit l'auteur, doit être réprimée par le pouvoir, duquel elles émanent? On pourrait le croire au premier abord, mais si l'on prend soin de se placer dans l'hypothèse d'une société chrétienne, l'on conviendra aisément qu'il est naturel que les clercs qui sont spécialement soumis au pouvoir de l'Église, soient jugés par les tribunaux ecclésiastiques. Le prêtre ne remplira efficacement sa mission que dans la mesure où il jouira de la considération et du respect. Or toute comparution devant les tribunaux est cause de scandale, et doit enlever, non seulement à l'accusé, mais à tous les prêtres, l'autorité dont ils ont besoin pour prêcher la morale et exercer leur ministère. Aussi, bien que le Saint-Siège ait renoncé à cette immunité dans presque tous les pays catholiques, Pie IX n'en a pas moins proclamé hautement le droit de l'Église par la condamnation de la ''proposition XXXI ''du ''Syllabus : ''« Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil soit au criminel, doit absolument être aboli, même sans consulter le Siège Apostolique et sans tenir compte de ses réclamations.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Relations de l'Église et de l'État. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''433. '''— Bien que société parfaite, l'Église est appelée à vivre dans l'État. Voilà, par le fait, deux sociétés autonomes, indépendantes, placées, sinon en face, du moins à côté l'une de l'autre. Quelles seront donc leurs ''relations? ''II y a deux façons de les déterminer. Ou bien l'on considère l'Église seule, dans sa divine constitution, — avec ses pouvoirs et ses droits, — sans tenir compte des situations diverses dans lesquelles elle peut se trouver» Ou bien on la considère d'une manière concrète et dans les circonstances de fait auxquelles forcément elle doit s'adapter. En d'autres termes, il y a lieu de distinguer entre les ''principes ''et leur ''application, ''entre la ''théorie ''et la ''pratique, ''ou, pour employer les termes courants, entre la ''thèse ''et ''l'hypothèse. ''Toutefois, si l'on prend soin de remarquer que les principes peuvent s'appliquer dans le cas d'un État catholique, la thèse se confond alors avec l'hypothèse. D'où il suit que nous pouvons établir les relations de l'Église et de l'État en restant toujours dans le domaine des réalités. Ainsi ferons-nous dans les deux paragraphes suivants où nous étudierons les rapports des deux sociétés : 1° dans le cas d'un ''État catholique ; ''et 2° dans le cas d'un ''État acatholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Relations de l'Église et de l'État dans le cas d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
434. — Envisagées à un point de vue général, les relations de l'Église et de l'État comportent trois solutions possibles. Il peut y avoir, ou bien ''domination d'un pouvoir par l'autre, ''ou bien ''séparation complète, ''ou ''accord mutuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Erreurs.''' — Les deux premiers systèmes s'opposent à la doctrine catholique que nous exposerons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La thèse de la ''DOMINATION D'UN POUVOIR PAR L’AUTRE ''peut être entendue dans un double sens, selon que l'on enseigne la subordination complète de l'Etat à l'Église ou de l'Église à l'État. — a) La ''première opinion, ''qui n'a eu que de rares partisans, parmi les théologiens et les canonistes, ne doit pas retenir notre attention. — ''b) ''La ''seconde opinion, ''qui veut que l'Église soit subordonnée à l'État, a été professée autrefois par les légistes ''césariens, ''et, à l'époque moderne, par les ''libéraux ''de la Révolution. Partant d'un principe opposé, — puisque les partisans du césarisme considéraient les empereurs et les rois comme des maîtres absolus, en qui résidait l'autorité suprême, tandis que les libéraux révolutionnaires regardaient le peuple comme le seul souverain et l'unique source du pouvoir, — les uns comme les autres aboutissaient au même résultat, et confisquaient tous les droits au profit1 d'un pouvoir unique, de la personnalité de l'État, quel qu'en fût le nom : empereur, roi, peuple, monarchie ou démocratie. Dans un tel système, la religion peut être sans doute conservée pour les services que l'État espère en retirer, mais ''il n'y a plus de place pour une Église indépendante et libre. ''Il ne faut plus parler des droits de l'Eglise ; celle-ci ne saurait en avoir d'autres que ceux qui lui sont octroyés par le bon vouloir du prince-État. Au césarisme et au libéralisme absolu se rattachent le ''gallicanisme ''et le ''joséphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn357 [357]], qui, tout en reconnaissant que l'Église est indépendante et souveraine dans les choses purement spirituelles, attribuent à l'Etat une autorité prépondérante dans les questions mixtes : v. g. le droit d'empêcher la publication de bulles, encycliques, mandements, etc., sans son consentement préalable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
435. — B. La thèse de la ''SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT ''est l'erreur du ''libéralisme modéré. ''Partant de ce principe que l'Église et l'État sont deux rées, s'ignorant réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''libéralisme modéré, ''avec des nuances diverses, a été la grande erreur du siècle dernier. Nous le voyons naître, avec Lamennais, quelque peu après la Révolution de 1830. En face d'une société totalement transformée, et désormais acquise à ce qu'on appelle les ''libertés modernes, ''les libéraux catholiques rêvèrent de réconcilier l'Église et la société nouvelle en se plaçant sur le seul terrain de la liberté. N'hésitant pas à faire le sacrifice des droits et immunités de l'Église, ils se contentèrent de réclamer pour elle comme pour tout autre culte, la seule liberté, estimant que la religion doit être propagée par la persuasion, et non par la coaction, et que la vérité n'a pas besoin de protection pour triompher de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''436. — 2° La Doctrine catholique '''— La doctrine catholique comprend deux points : les principes et 1 application des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. '''Les Principes. '''— 1. L'Église et l'État sont tous les deux des pouvoirs ''distincts, indépendants, chacun dans son domaine. ''« Dieu, dit LÉON XIII dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances, la puissance ecclésiastique et la puissance civile : celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine, chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées, et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial ». Il n'est donc pas vrai de prétendre, avec le ''césarisme ''et le ''libéralisme absolu, ''que l'État est le pouvoir souverain d'où découlent tous les droits, ceux de l'Église aussi bien que ceux des autres sociétés. Sans doute, l'Église est dans l'État, mais elle y est, comme société parfaite, et non comme une partie qui doit être subordonnée au tout. Chaque puissance est souveraine dans sa sphère, et cette sphère est tracée par la nature et la fin des deux sociétés. A l'Église donc les ''affaires spirituelles, ''c'est-à-dire tout ce qui se rapporte au salut des âmes : prédication de l'Évangile, administration des sacrements, célébration du culte divin, jugement sur la moralité des actes humains, etc. A l'État, les ''affaires temporelles, ''c'est-à-dire tout ce qui concerne les intérêts matériels de ses sujets et ce qui est requis pour le bien et la protection de la société, comme le pouvoir de déterminer les droits politiques des citoyens, les effets civils des contrats, d'établir des impôts, de lever des armées, de promouvoir les sciences et les arts, de punir les transgresseurs des lois civiles, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux puissances étant souveraines, chacune dans leur sphère, il s'ensuit que l'une est subordonnée à l'autre pour tout ce qui n'est pas de son ressort. Donc l'Église est dépendante et subordonnée à l'État dans les questions temporelles ; elle est indépendante et souveraine dans les questions spirituelles, et c'est du reste la condition de son existence. Car si l'Église était assujettie au pouvoir civil sur le terrain religieux, elle serait fractionnée en autant de parties qu'il y aurait d'États ; elle ne serait plus ni ''une, ''ni ''universelle, ''ni indéfectible : en un mot elle ne serait plus l'Église catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien qu'ils soient deux pouvoirs ''distincts ''et ''indépendants, ''l'Église et l'État ne doivent pas vivre séparés mais ''s'unir dans un mutuel ''accord. Et de cette union, Léon XIII donne les ''raisons ''dans son Encyclique ''Immortale Dei ; ''« Leur autorité, dit-il en parlant des deux pouvoirs, s'exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, quoique à des titres différents, ressortisse à la juridiction de l'une et l'autre puissance. Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, si l'Église et l'État ont des domaines distincts, ils ont aussi des frontière? communes. Et comment en serait-il autrement, alors que les deux sociétés détiennent leurs pouvoirs de Dieu et s'adressent aux. mêmes sujets? I1 est vrai que leurs fins sont différentes, mais celles-ci ne doivent jamais s'opposer entre elles, plus que cela, la fin temporelle, que poursuit l'État, manquerait son but si, en définitive, il n'était pas tenu compte de la fin éternelle et de la destinée future. Il peut donc arriver que les ''mêmes objets ''(v. g. les écoles, le mariage, à la fois contrat civil et religieux), et quoique à des titres différents, ressortissent à la juridiction de l'une et de l'autre puissance», comme dit Léon XIII. Il peut arriver encore que certaines choses, ''temporelles de leur nature, ''rentrent dans l'ordre spirituel par leur ''destination ''et tombent de ce fait sous la juridiction de l'Église. Tel est le cas des lieux et des objets sacrés : églises, mobilier, servant au culte, biens destinés à l'entretien des ministres, etc. Sur ces différents points qui forment ce qu'on appelle les ''questions mixtes, ''on ne saurait contester la juridiction de l'Église. Il est même permis d'aller plus loin et de dire que, à un certain point de vue, l'Église a un ''pouvoir indirect ''sur toutes les choses temporelles, non pas en tant qu'elles sont temporelles, mais parce qu'elles doivent toujours être des moyens d'atteindre la fin surnaturelle. C'est en vertu de ce pouvoir que les Papes du moyen âge se sont parfois élevés contre les princes qui abusaient de leur puissance, qu'ils sont allés jusqu'à les déposer comme indignes de la souveraineté et ont délié leurs peuples du serment de fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de là que, ''en principe, ''s'il surgit des conflits, l'État doit céder, puisque son pouvoir est inférieur à celui de l'Église par sa nature et sa fin. ''En pratique, ''il convient qu'il y ait ''union ''entre les pouvoirs ; il faut que l'Église et l'État, loin de s'ignorer réciproquement, se parlent, fassent des conventions ou ''concordats[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn358 [358]] et que ces derniers soient loyalement observés par tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''437. — B.''' '''Application des principes dans le cas d'un État catholique. — '''''Dans l'hypothèse d'un État catholique, ''c'est-à-dire, là où les principes peuvent recevoir leur application, quels seront donc les ''devoirs réciproques ''de l'Église et de l'État?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on peut dire, d'une manière générale, que la concorde qui doit régner entre eux requiert : — 1) du côté ''négatif : ''que chaque puissance veille à. ne pas violer les droits de l'autre et à ne pas entraver son action ; — 2) du côté ''positif, ''que chacune mette au service de l'autre l'influence dont elle dispose pour le bien des deux sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DEVOIRS DE L'ÉGLISE. — ''L'Église doit prêter à l'État l'appui de son autorité et de ses œuvres. Qui ne voit du reste combien par sa doctrine elle peut travailler au bonheur des peuples puisque, d'une part, elle « fait remonter jusqu'à Dieu même l'origine du pouvoir, qu'elle impose avec une très grande autorité aux princes l'obligation de ne point oublier leurs devoirs, de ne point commander avec injustice ou dureté », et d'autre part, qu'elle « commande aux citoyens à l'égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu, et les unit aux chefs de l'État par les liens, non seulement de l'obéissance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'État »? (Enc. ''Libertas). ''Ainsi, de l'influence de l'Église, l'État retirera un double profit. L'autorité des chefs, considérée, non pas uniquement comme l'expression de la volonté du peuple, mais comme venant de Dieu, revêtira un caractère sacré et se conformera mieux aux règles de la justice. Le peuple, à son tour, acceptera l'obéissance comme une soumission à la volonté de Dieu, qui, loin de l'humilier, ne peut que l'ennoblir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) DEVOIRS DE L'ÉTAT. ''— 1. Le premier devoir de l'État vis-à-vis de la religion en général, c'est de ''rendre lui-même un culte social ''à Dieu. La raison seule démontre à l'évidence la nécessité de ce culte. Dieu n'est-il pas le maître des sociétés comme des individus? Or, dit Léon XIII (Enc. ''Immortale Dei), ''« si la nature et la raison imposent à chacun de nous le devoir d'honorer Dieu d'un culte religieux, parce que nous sommes sous sa puissance, et parce que, sortis de lui, nous devons retourner à lui, la même loi oblige la communauté politique ». Le chef de l'État doit donc rendre hommage à Dieu au nom du peuple qu'il représente, en s'associant aux actes de religion qui s'accomplissent au sein de l'Église catholique. Nous disons « ''de l'Église catholique» ''car, bien que le culte de Dieu s'impose, antérieurement à toute religion révélée, il va de soi que, si Dieu a dit comment il voulait être adoré et servi, il y a obligation, non seulement pour les individus, mais pour le corps social, de se soumettre à ses ordres. 2. Le second devoir de l'État est de ''reconnaître tous les droits de l'Église, ''tels qu'ils découlent de sa constitution divine et que nous les avons décrits dans l'article précédent. L'État doit donc disposer la législation civile de manière à seconder et à développer la religion catholique. Il ne lui appartient pas de connaître lui-même des doctrines. « II laissera, dit Mgr d'Hulst, l'Église juger les novateurs et, s'ils s'obstinent dans leur révolte, les punir selon les lois canoniques, et les exclure de son sein. Mais il pourra prêter à l'autorité religieuse le pouvoir coercitif dont il dispose, pour arrêter une contagion dont les progrès seraient nuisibles à la société civile elle-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn359 [359]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''438. —''' 1'''re Objection. '''— Contre la thèse catholique, nos adversaires objectent les ''empiétements ''de l'Église, et font remarquer que, si l'État admet l'indépendance de l'Église, et lui reconnaît tous les droits qu'elle revendique, elle formera un « ''État dans l'État» ''et deviendra un gouvernement ''théocratique ''intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Pour craindre les empiétements de l'Église, il faudrait d'abord prouver que l'Église est une puissance susceptible d'être dangereuse à la sécurité de l'État. Or les Pontifes romains et la doctrine catholique ont toujours enseigné aux fidèles l'obéissance aux lois portées par l'État, à moins qu'elles ne fussent en opposition avec les droits de Dieu et de la conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément, la coexistence de deux sociétés indépendantes serait une cause de troubles et de désordres, si ces sociétés étaient toutes deux du même ordre, si elles tendaient, soit à une même fin, soit à des fins opposées entre elles. Or il n'en est rien. Nous avons vu que l'Église et l'État ont des fins différentes et que ces fins, l'une d'ordre spirituel, l'autre d'ordre temporel, ne sont nullement en opposition, que, au contraire, elles peuvent et doivent s'harmoniser parfaitement. — II n'est du reste pas juste de dire que l'Église est dans l'État. Car, matériellement, elle le déborde : l'Église catholique est ''dans tous les États, ''et pour cette raison, avons nous déjà dit, elle ne saurait être dépendante d'aucun pouvoir civil, et, à plus forte raison, être réduite à l'état de rouage politique. D'autre part, accuser l'Église de prétendre à un pouvoir théocratique qui voudrait prédominer, même dans les questions temporelles, c'est se mettre en absolue contradiction avec la doctrine de Léon XIII que nous avons exposée plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
439. — '''2e Objection. '''— Mais, dit-on encore, si l'État impose à ses sujets un culte quelconque, s'il prétend remplir, au nom de tous, des devoirs que tous ne reconnaissent pas, et plus encore, s'il met sa puissance au service de l'Eglise contre les hérétiques et contre ceux qui ne veulent pas de religion, ne sort-il pas de son rôle? N'opprime-t-il pas les consciences et n'est-il pas ''intolérante ''Et que deviendront alors nos ''libertés modernes : ''liberté de pensée et de parole, liberté de conscience et de culte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— ''a) ''Observons d'abord que nous nous sommes placés, pour établir la thèse catholique, dans l'hypothèse d'une société unie dans les mêmes croyances. Or il est évident qu'aucune société ne peut subsister si les ''principes ''sur lesquels elle s'appuie, ne sont pas respectés. On l'admet bien quand il s'agit, par exemple, des institutions, comme celles de la famille et de la propriété. Pourquoi le rejetterait-on a propos de la religion, si l'on reconnaît, par ailleurs, qu'elle est une des bases de la société! A ceux qui prêcheraient la polygamie, la polyandrie, l'union libre, à ceux qui voudraient renverser la propriété individuelle, l'État ne manquerait pas d'opposer la contrainte. I1 agirait de même avec les internationalistes, qui refuseraient de concourir, par le service militaire, à l'unité de la patrie. Dira-t-on que l'État fait acte de tyrannie lorsqu'il poursuit les révolutionnaires et les anarchistes qui menacent sa sécurité? Tous les gens sensés avouent qu'il ne fait au contraire que jouer son rôle et remplir sa mission. « Eh bien, dit Mgr d'Hulst, transportez ces principes dans une société dont tous les membres sont chrétiens, où la croyance religieuse rencontre, sinon l'unanimité absolue, qui n'est pas de ce monde, du moins la même unanimité morale que nous constations tout à l'heure à l'égard des idées qui inspirent et soutiennent nos institutions fondamentales, la propriété, la famille, la patrie. Refuserez-vous à un État de cette sorte le droit de prêter l'appui de son pouvoir?... Théoriquement, je ne vois pas ce qui pourrait le lui interdire. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn360 [360]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Lorsqu'on nous objecte les « ''libertés modernes ''», il semble bien qu'on sort de l'hypothèse d'une société presque exclusivement catholique. Voyons cependant ce qu'il faut en penser, du seul point de vue absolu, c'est-à-dire en restant sur le terrain des principes. L'Église condamne-t-elle toutes ces libertés que l'on considère comme le fondement de la société moderne1? Condamne-t-elle, en particulier, la liberté de penser et de parler, la liberté de conscience et de culte ? Avant de répondre à cette question, il est bon de s'entendre sur le sens qu'il faut attacher au mot liberté. D'après la doctrine de l'Église, la liberté c'est le ''pouvoir physique ''d'agir de toile ou de telle façon, mais ce n'est pas le ''droit ''d'agir de ''n'importe quelle façon. ''La raison prescrit à l'homme de croire ce qui est vrai et de faire ce qui est bien. La liberté ne peut donc pas être le droit de choisir entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, le juste et l'injuste. « La volonté, dit Léon XIII, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, dès qu'elle désire un objet qui s'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté. Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui, étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune façon vouloir le mal moral... La faculté de pécher n'est pas une liberté, mais une servitude. » (Enc. ''Libertas).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''libéraux, ''qui mettent en avant les libertés modernes, pour combattre ce qu'ils appellent ''l'intolérance ''de l'Église, entendent-ils par là que l'homme a le droit de penser, de dire, d'écrire, d'enseigner tout ce qu'il veut, le faux comme le vrai, le mal comme le bien, qu'il a une liberté de conscience illimitée, qu'il « ''lui est loisible ''de professer telle religion qui lui plaît ou même de n'en professer aucune », qu'il a le droit de s'affranchir de ses devoirs envers Dieu? Si telle est leur conception de la liberté, il est évident qu'elle est en opposition flagrante avec la doctrine catholique, disons plus, avec la raison. Cette soi-disant liberté, l'Église l'appelle «''pure licence», ''et assurément, elle la condamne. Jamais elle n'admettra que la liberté puisse être le ''droit d'agir contre la raison et la nature, ''le droit d'embrasser l'erreur et de choisir le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En principe, ''par conséquent, l'erreur et le mal n'ont aucun droit : ils n'ont droit ni à la tolérance ni même à l'existence. Saint Augustin a dit, il est vrai, qu'il faut « ''exterminer les erreurs et aimer les hommes». ''Et cela est juste, mais comment frapper les erreurs si l'on ne touche pas aux hommes qui les professent? ''En pratique ''donc, lorsque ces hommes sont de ''bonne foi, ''— et il n'est pas permis sans de graves motifs de supposer le contraire, — il convient de les traiter avec de grands ménagements et beaucoup de charité : ils ont droit à la ''tolérance. ''Mais il ne faut pas que cette tolérance puisse tourner au désavantage des autres membres de la société. Car, dans toute société, la liberté individuelle finit où commence le droit d'autrui. Aussi longtemps que la liberté de pensée et de conscience se confine au for intérieur, Dieu reste le juge de nos opinions. Mais si ello se traduit au dehors (discours ou écrits révolutionnaires), elle tombe alors sous l'appréciation du pouvoir social, et rien n'empêche celui-ci, plus que cela, il est de son devoir, de protéger la vérité contre l'erreur, le bien contre le mal, et de frapper ceux qui propagent les mauvaises doctrines, même s'ils sont de bonne foi. Combien son devoir devient plus impérieux s'il a affaire à des hommes de ''mauvaise foi !''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure: — 1. que la ''liberté de conscience ''ne saurait être, en aucun cas, le ''droit ''de rejeter toute religion, ou même de choisir n'importe quelle religion : elle est au contraire, le droit de professer librement, sans être gêné par personne, la religion que Dieu nous a enseignée : — 2. qu'il n'y a pas dès lors à ''reprocher ''à l'Église d'avoir ''employé jadis la coaction, ''car elle n'en a jamais fait usage que contre les hérétiques, c'est-à-dire contre ceux qui ressortissaient à sa juridiction, contre les chrétiens de mauvaise foi qui ne remplissaient pas leurs obligations. Quant aux autres, jamais l'Église ne leur a contesté la liberté de penser comme ils voulaient. Elle a toujours affirmé qu'on ne doit contraindre personne à faire un acte religieux qui répugne à la conscience, et jamais elle n'a forcé ceux qui, nés et élevés, soit dans une religion païenne, soit dans l'hérésie, ne faisaient pas partie de son corps, à adhérer à sa foi et à son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Relations de l'Église et de l'État dans l'hypothèse d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
440. — Dans le paragraphe précédent, nous avons exposé ce qu'on appelle la ''thèse ''et ''l'application ''de la thèse dans l'hypothèse d'un ''État catholique. ''Immuables en eux-mêmes, les principes restent toujours vrais, et ne dépendent ni de la reconnaissance ni de l'approbation du pouvoir civil. Cependant, tout immuables qu'ils sont, ils ne sont pas ''absolus ''quant à leur application. Dans la revendication de ses droits, l'Église est bien obligée de tenir compte des contingences et d'accepter la situation de fait qui lui est imposée. Mais, en se pliant aux circonstances, elle n'abandonne rien de ses principes. C'est sur ce point que le ''libéralisme ''se met en opposition avec la doctrine catholique. Son erreur consiste précisément à ne pas distinguer entre la thèse et l'hypothèse, à accorder en principe les mêmes droits à l'erreur et à l'hérésie qu'à la vérité et à l'orthodoxie, et à faire rentrer tous les cultes dans le même droit commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux cas, où l'Église ne peut pas appliquer ses principes, sont «eux : 1° d'un État ''hétérodoxe ; ''2° d'un État ''infidèle; ''et 3° d'un État ''neutre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Hypothèse d'un État hétérodoxe. '''— Les États ''hétérodoxes ''sont ceux qui, tout en appartenant à la religion chrétienne, sont séparés de l'Église catholique par le schisme ou l'hérésie. En principe, les États chrétiens doivent reconnaître à l'Église catholique tous les droits que Jésus-Christ a accordés à la société religieuse qu'il a fondée. Les États protestants sont d'autant plus tenus de ne pas restreindre les droits des catholiques qu'ils ont pour principe fondamental la ''théorie du libre examen, ''et ne sauraient, de ce fait, prétendre que leur interprétation de la Sainte Écriture est vraie, à l'exclusion des autres. L'Église catholique ne doit donc pas être frustrée de ses droits essentiels : droit d'enseigner, droit de pratiquer librement son culte, droit de posséder, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''441. — 2°''' '''Hypothèse d'un État infidèle. '''— Nous désignons sous ce titre toutes les religions dont nous avons démontré la fausseté dans la première section de la seconde Partie. ''En principe, ''l'Église catholique, s'appuyant sur la raison et sur toutes les preuves qui font éclater la transcendance du christianisme, peut réclamer tous les droits qui, du seul point de vue naturel, doivent être accordés à la vraie religion. ''En pratique, ''les missionnaires qui évangélisent les contrées païennes, ne revendiquent guère que la liberté de prêcher la foi du Christ, et trop souvent ils l'achètent au prix de leur sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''442. — 3°''' '''Hypothèse d'un État neutre. '''— Ce que nous appelons ici « ''État neutre» ''pourrait s'appeler tout aussi bien ''État libéral. ''Il désigne, de toute façon, l'État qui, acceptant les libertés modernes, ne reconnaît aucun culte officiel. Quelles seront, dans cette hypothèse, les relations de l'Église et de l'État? La réponse ne saurait être générale. — 1. S'agit-il d'un ''État vraiment neutre, ''où les sectes dissidentes sont nombreuses, il est clair que l'union de l'Église et de l'État est pratiquement impossible. Le régime de la séparation devient alors la situation normale. L'Église, quoique ne reniant rien de ses principes, peut donc, en pratique, accepter la séparation comme le seul « ''modus vivendi» ''possible dans telle circonstance donnée. Mais qui dit séparation ne dit pas désunion, encore moins hostilité. Pas davantage la séparation ne doit impliquer ''l'indifférence. ''Un État, même neutre, n'a pas plus le droit de se désintéresser de la religion que de la morale. Qu'un État ne prenne pas parti entre les diverses religions, qu'il accepte tous les cultes, soit ; mais il lui reste toujours le devoir de ''protéger la religion en général, ''contre les athées qui, en détruisant l'idée de Dieu, tentent de saper la base essentielle de toute religion. Quel que soit son amour des libertés modernes, il ne doit pas tolérer des doctrines qui compromettent la sécurité de l'État et l'ordre public. De même qu'il ne peut permettre de tout faire, il ne peut laisser la liberté de tout dire et de tout enseigner. Si l'État neutre ne peut donc accorder bob faveurs à telle religion, à l'exclusion des autres, il peut protéger toutes les religions. De l'application de cette doctrine, les États-Unis nous fournissent un illustre exemple. Dans ce pays, si partagé au point de vue des croyances qu'il eût été tout à fait impolitique de protéger un culte plutôt qu'un autre, où la séparation s'imposait comme une nécessité, nous voyons le pouvoir civil favoriser, de multiples façons, toutes les religions, sauf la secte des ''Mormons ''(v. notre ''Histoire de l'Eglise, ''n° 298), accorder à toutes la plus grande liberté d'action et sauvegarder les intérêts de chacune par l'équité de ses lois et par la justice de ses jugements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. S'agit-il d'un ''État plutôt athée que neutre, ''l'Église se trouve forcément réduite à ne revendiquer que les ''garanties du droit commun. ''L'union des deux pouvoirs devenant impossible, l'Église doit se borner à réclamer pour elle comme pour toute autre religion, liberté pleine et entière dans la profession de sa foi et l'exercice de son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, pourquoi le pape Pie X a-t-il condamné avec tant de véhémence la loi de Séparation par son Ency­clique ''Vehementer ''du 11 février 1906? Les raisons en sont très claires et découlent de ce que nous avons dit dans ce chapitre. — 1) C'est, en premier lieu, que, en se plaçant sur le terrain de la thèse, la séparation n'est pas le ''régime normal, ''et contredit la doctrine de l'Église. — 2) C'est, en second lieu, que la rupture -d'un concordat ne doit se faire que du ''consentement réciproque ''des deux parties contractantes, comme Pie X le déclare : « Le concordat passé entre le Souverain Pontife et le gouvernement français, comme du reste tous les traités du même genre que les États concluent entre eux, était un ''contrat bilatéral ''qui obligeait des deux côtés. Le Pontife romain, d'une part, le chef de la nation française, de l'autre* s'engagèrent solennellement, tant pour eux que pour leurs successeurs, à maintenir inviolablement le pacte qu'ils signaient. Il en résultait que le- concordat avait pour règle, la règle de tous les traités internationaux, c'est-à-dire le droit des gens, et qu'il ne pouvait en aucune manière être annulé par le fait d'une seule des deux parties ayant contracté... Or aujourd'hui l'État abroge de sa seule autorité le pacte solennel qu'il avait signé. Il transgresse ainsi la foi jurée. » Sans doute, le temps et les circonstances ont déjà fait reconnaître la justesse de ces observations, et tout nous porte à croire que, dans un avenir assez proche, la France reprendra avec le Saint-Siège, sinon son alliance traditionnelle, du moins un régime de bonne relation et d'entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''443. —''' '''Remarque. — L'Église et les diverses formes de gouvernement. '''— Il convient de remarquer que les relations de l'Église et de l'État, — thèse et hypothèse, — ont été établies daris l'article qui précède, abstraction faite de la ''forme au gouvernement. ''Or, sur cette dernière question, — la forme de gouvernement, — la ''doctrine de l'Église ''peut s'établir dans les trois points suivants : — 1. Tout d'abord elle pose en principe absolu que « ''tout pouvoir vient de Dieu» (Rom., ''xiii, 1). Dieu étant le seul et souverain Maître des choses, il s'ensuit qu'aucune autorité ne peut se constituer en dehors de lui. — 2. Si l'Église regarde comme un principe absolu que ''l'origine ''du pouvoir doit être reportée à Dieu, elle n'a pas tranché la question de savoir quel doit en être le ''mode de transmission. ''Est-il remis ''directement ''par Dieu entre les mains du Chef de l'État, comme dans la ''monarchie héréditaire, ''avec pouvoir absolu ou limité par une constitution ''1 ''Ou est-il remis directement au peuple et conféré ''indirectement ''par un nombre ''restreint ''d'électeurs ou par le ''suffrage universel, ''soit à un seul homme ''(monarchie élective), ''soit à une élite sociale et intellectuelle ''(régime aristocratique), ''soit à de nombreux représentants choisis dans toutes les classes ''(régime démocratique) ? ''c'est ce que l'Église n'a pas déterminé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn361 [361]]. On voit donc par là ''qu'elle n'impose aucune forme de gouvernement. ''« Des diverses formes de gouvernement, dit LÉON XIII (Enc. ''Libertas), ''pourvu qu'elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l'Église n'en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s'accorde avec elle pour l'exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l'Église. » — 3. Ce que l'Église ne saurait admettre, c'est que le peuple aurait la souveraineté, dans ce sens qu'il faudrait chercher en lui l'origine du pouvoir, qu'il en serait le détenteur immédiat, qu'il aurait, par conséquent, le droit de le garder, de le communiquer et de le reprendre à son gré.. S'il en était ainsi, l'insurrection serait vraiment pour lui, comme dit Jean-Jacques Rousseau, « le plus sacré des droits », et toute révolution deviendrait légitime de par la volonté du peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Encycliques de Grégoire XVI, ''Mirari vos, ''(15août 1832), de Pie IX « ''Quanta cura» ''(8 déc. 1864), de Léon XIII « ''Diuturnum» ''(20 juin 1881), «''Immortale Dei» ''(1 nov. 1885), «''Jampridem» (6 ''janv. 1886), «''Libertas» ''(20 juin 1888), — Mgr d'Hulst, Car 1895, 2e conf. ''Les Droits de F État, ''3e conf. ''Les Devoirs de l’État, ''5e conf. ''L'Église et l'État ; Le Droit chrétien et le Droit moderne, ''1886. — Forget. art. ''Index ''(Dict. d'Alès). — Dublanchy, art. ''Église ''(Dict. Vacant-Mangenot). — Mgr Sauvé, ''Questions religieuses et sociales. ''— Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse). — Moulart, ''L'Église et l’Etat ''(Louvain). — Canet, ''La liberté de conscience ; La liberté de penser et la libre-pensée ''(Bloud). — De Pascal, art. ''Libéralisme ''(Dict. d'Alès). — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — Moulard et Vincent, ''Apologétique chrétienne ''(Bloud). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section III : Apologie de l’Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — L’Église et l'Histoire. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
444. — Divine dans son origine et dans sa constitution, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains. Il serait donc surprenant que, à travers les diverses périodes de sa longue existence, elle n'ait jamais connu la moindre défaillance. Le ''gouvernement de l'Église, ''comme tout autre qui se sert d'instruments humains, a pu commettre et a certainement commis des abus. Que ses adversaires ne perdent pas l'occasion de les lui reprocher, fort bien. Là où leurs critiques sont impartiales, nous ne ferons pas de vains efforts pour en contester le bien-fondé. Mais ''les fautes rejaillissent sur les hommes et non sur les institutions. ''Et même quand il s'agit des hommes, encore convient-il de les juger sans passion, en tenant compte du milieu où ils ont vécu, des idées de leur époque, de toutes les circonstances enfin qui peuvent expliquer, et souvent, ''justifier ''leur conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En nous appuyant sur ces principes, nous allons passer en revue les ''principales accusations ''qui sont portées contre l'Église. Et comme une société ne doit pas être jugée d'après les fautes qu'on lui reproche avec plus ou moins de raisons, en face des accusations nous dresserons un rapide inventaire des ''services ''que l'Église a rendus. Ce chapitre comprendra donc deux articles : 1° ''Les principales accusations contre l'Église. ''2° ''Les services rendus par l’ Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les principales accusations contre l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales accusations portées contre l'Église sont les suivantes : 1° Les ''Croisades. ''2° La ''Croisade des Albigeois ''et ''Y Inquisition. ''3° Les ''Guerres de religion ''et la ''Saint-Barthélemy. ''4° Les ''Dragonnades ''et la ''Révocation de l'Édit de Nantes. 5° ''Le ''Procès de Galilée. ''6° l’''ingérence des Papes dans les affaires temporelles. ''7° Le ''Syllabus ''et la condamnation des libertés modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les Croisades. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
445. — ''Remarque préliminaire. ''— Toutes les questions que nous allons étudier comporteraient de longs développements, s'il fallait les traiter dans toute leur étendue. Tel n'est pas ici notre rôle. L'apologiste ne fait pas œuvre d'historien, et il lui suffit de se borner aux seuls points qui sont indispensables à l'intelligence du sujet. Chaque paragraphe comprendra donc trois divisions : 1° un ''exposé succinct des faits ; ''2° L’''accusation ''portée par les adversaires ; 3° la ''réponse, ''où nous aurons à dégager l'Église des griefs qui ne lui incombent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''446. — Exposé des faits'''. — Les ''croisades, ''au nombre de huit, — ainsi dénommées parce que ceux qui y prenaient part, portaient sur leurs habits une petite croix d'étoffe rouge, — furent des expéditions entreprises dans le ''but ''d'arracher les Lieux Saints à la domination des musulmans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis le ive siècle, les Lieux Saints étaient le but de nombreux pèlerinages. Attires là par un motif de piété ou de repentir, les chrétiens jouirent d'une assez large tolérance, aussi longtemps que Jérusalem resta sous le joug des Arabes. Mais lorsque les ''Turcs Seldjoukides ''s'emparèrent de la ville, en 1078, menaçant l'empire byzantin et la chrétienté tout entière, non seulement les relations économiques entre l'Asie et l'Europe furent troublées, mais les pèlerins furent maltraités par les Turcs fanatiques. C'est alors que le pape Urbain II, voulant protéger les chrétiens opprimés, tant ceux qui étaient fixés à Jérusalem que ceux qui ne faisaient qu'y passer, conçut l'idée de la croisade. A sa voix et à celle d'un moine picard, Pierre l'Ermite, les populations se soulevèrent d'indignation, et l'on décida de partir en masse pour la délivrance de la Terre Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''447. — 2° Accusation'''. — Nos adversaires prétendent que les Croisades furent l'œuvre de ''l'ambition des papes ''et qu'elles aboutirent à de ''misérables résultats.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''448. — 3° Réponse'''. — Ainsi les ennemis de l'Église attaquent les Croisades à la fois dans leur ''principe ''et dans leurs ''résultats. ''— A. LE ''PRIN­CIPE. ''On vient de le voir : les Croisades eurent pour but la délivrance des Lieux Saints. Accuser les Papes d'en avoir été les promoteurs, c'est leur reprocher ''d'avoir fait leur devoir. ''Que les Papes aient profité de leur autorité incontestée sur les rois et les princes chrétiens pour les déterminer à se croiser, il n'est que trop naturel, mais, en tout cela, nous ne voyons pas les traces d'une ambition de mauvais aloi qui ne recule pas devant l'injustice d'une cause pour satisfaire la soif de domination d'un homme. Au contraire, l'on peut dire que les Papes furent de tous les souverains de leur temps, les plus clairvoyants, car ils eurent l'intuition du danger qui menaçait l'Europe. Il est vrai que les Croisades ne réussirent pas à l'écarter définitivement, puisque, en 1453, c'est-à-dire 400 ans après, Constantinople tombait aux mains des Turcs, mais n'est-ce pas aussi la meilleure preuve que l'idée des Papes était juste ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— a) On allègue que les croisades furent de ''mauvaises entreprises ''parce qu'elles furent ''malheureuses, ''et qu'elles aboutirent à un échec total. Mais où a-t-on vu que toute œuvre est mauvaise, qui' ne réussit pas? Au surplus, il ne dépendit pas des Papes qu'elles fussent menées à bonne lin, et ce serait vraiment manquer de bonne foi que de les rendre responsables des fautes qui furent commises, des abus qui furent le fait des aventuriers qui se mêlèrent aux soldats chrétiens, des dissensions, des ambitions personnelles, des mesquines rivalités des princes, bref, de tout un ensemble de choses qui firent échouer les Croisades. — b) Mais si le ''but premier ''pour lequel elles furent entreprises, ne fut pas atteint, si Jérusalem, un moment délivrée, retomba plus tard au pouvoir des infidèles, il n'en reste pas moins que les Croisades eurent des ''résultats incontestables, ''bien que ''secondaires ''et en dehors de l'objectif poursuivi par les Papes. — 1. Tout d'abord, du seul point de vue ''général ''et ''moral, ''n'est-ce pas un spectacle plein de grandeur que cette foule d'hommes qui se lève en masse pour courir à la conquête d'un tombeau et défendre sa foi? — 2. Au point de vue ''intérieur, ''les Croisades eurent pour effet de supprimer, au moins momentanément, le fléau des guerres privées, en rapprochant les individus, en fusionnant les races, les Français du Nord et ceux du Midi, et en faisant passer dans tous les cœurs un grand courant de fraternité nationale. — 3. Enfin, au point de vue ''extérieur, ''les Croisades préservèrent l'Europe de la conquête musulmane. D'autre part, elles furent le point de départ des explorations géographiques qui découvrirent l'Extrême-Orient aux Occidentaux et elles rouvrirent la route du commerce entre l'Europe et l'Asie : l'Orient redevint accessible aux marchands de l'Occident ''(v. notre Hist Gén. de l'Église, Vol. V, p. ''265 ''et suiv.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — La Croisade des Albigeois et l'Inquisition. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''449. — 1° Exposé des faits'''. — A. ''LA CROISADE DES ALBIGEOIS ''(1209). — A toutes les époques de son histoire, l'Église eut à combattre l'hérésie. Longtemps elle usa de ''tolérance, ''et n'employa d'autres armes que la persuasion et les sanctions spirituelles. « Qu'on prenne les hérétiques par les arguments et non par les armes 1 » disait saint Bernard, abbé de Clairvaux. Cependant, l'apparition d'une nouvelle hérésie, importée d'Orient, qui se propagea rapidement en Europe, et plus particulièrement, en Allemagne, dans le nord de l'Italie et dans le midi de la France, détermina les papes à changer de tactique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette hérésie, appelés ''cathares ''(du grec « ''katharos ''» pur) parce qu'ils prétendaient se distinguer par leur ascétisme et une très grande pureté de mœurs, sont plus connus, en France, sous le nom ''d'Albigeois, ''vraisemblablement parce que c'est à Albi qu'ils firent leur première apparition, ou qu'ils y furent plus nombreux qu'ailleurs. Gomme autrefois les manichéens, ces hérétiques professaient qu'il y a deux principes créateurs, l'un bon, l'autre mauvais, que l'homme est l'œuvre de ce dernier, que la vie est mauvaise, qu'on a donc le droit de la supprimer par le suicide, et le devoir de ne pas la propager par le mariage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Estimant que les ''Albigeois ''faisaient courir un grave danger à l'Église et à la société civile, la papauté entreprit de les réduire ''par la force. ''Le concile de Latran, en 1139, puis le concile de Reims, en 1148, prononcèrent des sentences contre eux, et défendirent aux seigneurs de les recevoir sur leurs terres, sous peine d'interdit. Or les princes répondirent avec empressement à l'appel de l'Église ; ils mirent même tant d'ardeur dans la répression de l'hérésie qu'ils en vinrent bientôt à accuser la papauté de faiblesse et à réclamer de nouvelles mesures de rigueur. Alors, en 1179, le IIIe ''concile de Latran, ''puis, en 1184, sous l'inspiration du pape Lucius III et de l'empereur Frédéric Barberousse, le ''synode de Vérone ''portèrent des décrets qui enjoignaient aux évêques de rechercher, par eux-mêmes ou par des commissaires, ceux qui sur leur territoire étaient suspects d'hérésie, de les faire juger par l'officialité diocésaine et d'en faire exécuter la sentence par les magistrats civils. Mais ces mesures ne furent que médiocrement efficaces. Les évêques qui étaient souvent en rapports de parenté ou d'amitié avec les familles des hérétiques, montraient peu de zèle à suivre les prescriptions du synode. Ce fut seulement en 1207, et après l'assassinat du légat du Pape, Pierre de Castelnau, par les ordres du comte de Toulouse, Raymond VI, que le pape Innocent III résolut de mettre un terme à leurs violences contre les catholiques. Après avoir excommunié leur protecteur, le comte Raymond, le pape convoqua les princes et les peuples à une nouvelle ''croisade, ''non plus cette fois contre les infidèles, mais contre les hérétiques qui jetaient le trouble dans le pays. Les seigneurs accoururent et se rangèrent sous la bannière de Simon de Montfort, poussés plus, il est vrai, par les appâts du gain que par les intérêts de l'orthodoxie. La guerre, qui dura vingt ans, et dont les événements principaux furent le ''siège de Béziers ''(1209), la ''bataille de Muret ''(1213) et le ''massacre de Marmande ''(1219), fut marquée par un grand nombre d'atrocités. Mais il convient d'ajouter que le pape Innocent III désavoua ceux qui s'en rendirent coupables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
450. — B. ''L'INQUISITION. ''— ''a) Origine. ''— On donne le nom ''d'Inquisition ''aux tribunaux établis dans certains pays pour rechercher et réprimer l'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''croisade des Albigeois ''n'avait pas réussi à étouffer l'hérésie. De la nécessité de la combattre par d'autres moyens naquit ''l'Inquisition. ''Sans doute, les officialités diocésaines existaient déjà. Après le IIIe concile de Latran et le synode de Vérone, le ''concile de Narbonne, ''en 1227, le ''concile de Toulouse, ''en 1229, avaient ordonné aux évêques l'institution dans chaque paroisse, d'une commission inquisitoriale chargée de rechercher les hérétiques ; mais, pour les raisons que nous avons signalées, les officialités et les commissions n'atteignaient pas le but poursuivi. C'est alors que le Pape Grégoire IX institua, à partir de 1231, des tribunaux chargés spécialement, avec le concours du pouvoir civil, de rechercher et de frapper les hérétiques. Sans supprimer les tribunaux diocésains, le pape confia le rôle d inquisiteurs aux ''Ordres mendiants, ''en particulier aux ''Dominicains ''et aux ''Franciscains.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Procédure. ''— Lorsqu'un pays était suspecté d'hérésie, l'inquisiteur s'y rendait, assisté de ses auxiliaires. Après l'enquête préliminaire commençait la procédure. Trois traits lui donnaient une physionomie particulière : tout d'abord le ''secret rigoureux de l'information judiciaire ''qui laissait ignorer à l'accusé les témoins qui l'avaient dénoncé ; puis la ''défense de se faire assister par un avocat, ''enfin l'usage ''de la torture, ''si le prévenu ne' faisait pas spontanément 1 aveu de son hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sentences n'étaient pas toujours rendues sur-le-champ. Il arrivait, comme cela se passa assez fréquemment au Portugal, en Italie, et surtout en Espagne, qu'elles étaient prononcées au milieu du peuple assemblé et en grand apparat : c'est ce qu'on appelait l'autodafé. L'''autodafé ''(mot espagnol qui signifie ''acte de foi),—- ''ainsi dénommé parce que celui qui était chargé de lire les sentences, s'interrompait de temps en temps pour faire réciter par l'assistance des actes de foi,— était donc la lecture solennelle des sentences portées contre ceux que le tribunal de l'Inquisition avait eu à juger. S'ils étaient déclarés innocents, on les remettait en liberté ; s'ils étaient déclarés coupables, ils étaient mis en demeure d'abjurer aussitôt. Quant aux opiniâtres et aux relaps, c'est-à-dire ceux qui refusaient de rétracter leurs erreurs ou qui étaient convaincus de récidive, ils étaient frappés de pénalités diverses : pénitences canoniques, amendes, contributions à des œuvres pies, port sur les vêtements de petites croix, croisade pendant un temps déterminé, pèlerinage en Terre Sainte, confiscation des biens ; ou peines afflictives comme la flagellation, l'emprisonnement temporaire ou perpétuel, et, — la peine la plus grave, — la mort par le bûcher. Toutefois cette dernière peine n'était pas prononcée par le tribunal de 1 Inquisition mais par les juges civils, autrement dit, par le ''bras séculier, ''auquel les juges ecclésiastiques remettaient en certains cas ceux qui étaient convaincus d'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Champ d'action. ''— L'Inquisition fut établie peu à peu dans une grande partie de la chrétienté. Cependant plus d'un pays catholique lui échappa. Elle ne pénétra en Angleterre qu'à propos de l'affaire des Templiers et uniquement pour cette affaire. En France, elle ne fonctionna guère, du moins d'une façon suivie, que dans les régions méridionales, dans ce qu'on appelait le comté de Toulouse, et plus tard le Languedoc, puis dans l'Aragon. L'édit de Romorantin, en 1560, la supprima et reconnut aux évêques seuls le droit d'informer contre l'hérésie, jusqu'au moment où les Parlements, s'emparant de cette partie de la juridiction épiscopale, s'attribuèrent la connaissance exclusive des procès contre les hérétiques, les magiciens et les sorciers. Les inquisiteurs s'établirent en outre dans les Deux-Siciles, en maintes cités de l'Italie et en Allemagne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn362 [362]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout en ''Espagne ''que l'Inquisition a laissé les plus profonds et les plus regrettables souvenirs. Instituée dès le xiiie siècle, suivant les formes canoniques, elle fut modifiée, à la fin du xve siècle, par Ferdinand V et Isabelle. Sous leur impulsion, l'Inquisition devint pour ainsi dire une institution d'État où la politique eut plus de part que la religion. Comme le ''grand inquisiteur ''et les ''fiscaux, ''c'est-à-dire les procureurs chargés d'instruire le procès, dépendaient de la couronne, le tribunal de l'Inquisition fut entre les mains des rois un merveilleux instrument de terreur, destiné, non seulement à chasser les Juifs et les Maures de la Péninsule, mais encore à produire des sources de revenus les moins avouables. Le premier grand inquisiteur, le dominicain Thomas de Torquemada, et même la plupart des inquisiteurs, se sont signalés par une sévérité excessive et ont fait de nombreuses victimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''451. — 2° Accusation.''' — Qu'il s'agisse de la ''croisade des Albigeois ''elle-même ou de ''l’Inquisition, ''nos adversaires attaquent l'Église sur le double terrain du ''principe ''et des ''faits.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''452. — 3° Réponse'''. — A. ''LE PRINCIPE. ''— Le principe sur lequel l'Église s'est appuyée pour établir l'Inquisition, n'est rien autre que la question du pouvoir coercitif. L'Église a-t-elle, oui ou non, le pouvoir, et par conséquent, le droit, d'infliger des peines, même corporelles, à ceux de ses enfants qui, loin de lui obéir, la battent en brèche et mettent son existence en péril? Toute la question est là. Or nous avons vu précédemment (Nos 431 et 439) que le ''droit de l'Église ''est incontestable, qu'il découle naturellement du pouvoir que Jésus-Christ lui a confié d'enseigner sa doctrine et de veiller à sa conservation intégrale, et que ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, sinon exercé. Il n'est donc plus nécessaire de nous attarder sur ce point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Autre chose le ''principe, ''autre chose ''l'application ''du principe. Lorsque nous avons établi la légitimité du principe, rien ne nous force à estimer que ''l’Inquisition ''fut, de la part de l'Église, une institution heureuse, tant elle paraît contraire à son tempérament et à son mode ordinaire de gouvernement. L'Église a, du reste, longtemps hésité à entrer dans cette voie, et il semble bien que, pour en arriver à ces moyens extrêmes, il a fallu qu'elle se crût en état de légitime défense. Que, placée dans l'alternative, ou de périr, ou de défendre son existence par des procédés violents, elle ait été amenée à prendre ce dernier parti, et qu'alors certains inquisiteurs chargés d'appliquer sa législation se soient rendus coupables d'abus, d'irrégularités et d'excès, c'est ce dont tout apologiste de bonne foi est bien obligé de convenir avec ses adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il ne faut rien exagérer, et, qu'il s'agisse des abus ou de l'institution elle-même, il convient de les apprécier avec un esprit impartial. — ''a) Les abus. ''Assurément, l'Inquisition a été une institution humaine où les intérêts supérieurs de l'Église ont été parfois sacrifiés aux passions, aux haines et aux intérêts des juges. L'on a fait remarquer[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn363 [363]] que la peine de la confiscation, en excitant les convoitises, a pu déterminer des jugements iniques, que des haines personnelles ont pu dicter des dénonciations, peut-être même des condamnations. A cela nous pouvons répondre qu'il en est ainsi devant toutes les juridictions du monde. Les inquisiteurs ont dû exercer leurs fonctions dans des circonstances difficiles, sous la pression des événements et de l'opinion des foules soulevées contre l'hérésie et attendant avec impatience un verdict impitoyable condamnant les coupables. En outre, certains juges avaient passé une partie de leur vie à discuter avec l'hérésie et à la combattre ; d'autres, tels que Robert le Bougre, inquisiteur de France, et Reynier Sacchoni, inquisiteur de Lombardie, avaient été eux-mêmes hérétiques ; une fois convertis, ils avaient poursuivi leurs anciens coreligionnaires avec un zèle de néophytes. Ces considérations expliquent déjà, sinon excusent, beaucoup d'abus. Mais il est bon d'ajouter que beaucoup d'autres juges, remplis de zèle pour la gloire de Dieu et en même temps de pitié pour lés faiblesses humaines, tout en détestant l'hérésie, étaient pleins de mansuétude pour les personnes. Ils ne prononçaient une sentence de condamnation que lorsque la culpabilité n'offrait aucun doute, tant ils craignaient de condamner un innocent. Ils n'avaient pas de plus grande joie que celle de ramener le coupable à l'orthodoxie et de l'arracher au bras séculier ; aussi usaient-ils de préférence de pénitences canoniques et de pénalités temporaires pour ramener le coupable dans la voie du bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'institution. ''— En dehors des abus qui ont pu être commis et qui sont imputables aux inquisiteurs, et non à l'Église qui les a désavoués, ''l’institution ''elle-même a été l'objet des plus acerbes critiques. Les ''particularités de ''sa ''procédure ''dont nous avons relevé plus haut les trois traits caractéristiques, les ''pénalités ''qu'elle infligeait et, par-dessus tout, la ''mort par le bûcher, ''ont soulevé les plus violentes diatribes contre l'Église. — Il ne rentre pas dans notre dessein de défendre ce qui ne nous paraît pas défendable. « Rien ne nous oblige, dirons-nous avec Mgr d'Hulst, à tout justifier dans l'histoire de cette institution : par exemple, la procédure secrète, l'instruction poursuivie en dehors du prévenu, l'absence de débats contradictoires : ce sont des formes juridiques arriérées qui répondent mal à un sentiment d'équité aujourd'hui universel et qui est lui-même un fruit lentement mûri sur la tige de la civilisation chrétienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn364 [364]]. « Toutefois, si rien ne nous oblige à tout justifier, rien ne nous empêche non plus d'expliquer ce qui est explicable. — l. On reproche d'abord à l'Inquisition ''de ne pas avoir livré les noms des dénonciateurs ''et des témoins à charge, et de ne pas les avoir confrontés avec l'accusé. Or « cette coutume, dit M. de Cauzons, n'avait pas été imaginée pour entraver la défense des prévenus ; elle était née des circonstances spéciales où l'Inquisition s'était fondée. Les témoins, les dénonciateurs des hérétiques avaient eu à souffrir de leurs dépositions devant les juges ; beaucoup avaient disparu, poignardés ou jetés dans les ravins des montagnes par les parents, les amis, les coreligionnaires des accusés. Ce fut ce danger de représailles sanglantes qui fit imposer la loi dont nous nous occupons. Sans elle, ni dénonciateurs ni témoins n'eussent voulu risquer leur vie et déposer à ce prix devant le tribunal. » La règle de taire les noms des témoins n'était du reste pas absolue, et l'inquisiteur les communiquait quand le danger n'existait pas ou avait disparu ; il les communiquait toujours aux notaires, aux assesseurs, à tous les auxiliaires qui avaient le droit et le devoir de contrôler ses actes. Ajoutons que des peines très graves frappaient les faux témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. On a reproché en second lieu à la procédure inquisitoriale ''l'interdiction aux accusés de se faire assister par un avocat. ''C'était là sans nul doute une atteinte grave au droit sacré de la défense. On le comprit du reste peu à peu, et, sinon en droit, du moins en fait, les avocats purent, par la suite, paraître à côté des accusés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Mais que penser de la ''torture ''à laquelle la procédure inquisitoriale faisait appel pour arracher des aveux aux accusés? que penser surtout de la ''peine de mort par le bûcher? ''La réponse est simple. L'Inquisition fui une institution de son temps. Elle se conforma donc aux idées et aux usages de son temps. La torture et la mort par le bûcher, qui révoltent tant notre sensibilité, ce n'est pas l'Église qui les a inventées, elle les a trouvées en usage dans les tribunaux de l'époque. Si l'on juge, et non sans raison, que ces pénalités étaient excessives, il convient de ne pas perdre de vue que le code pénal du moyen âge était en général autrement rigoureux que le nôtre. « Nous n'avons qu'à considérer les atrocités de la législation criminelle au moyen âge, pour voir combien les hommes d'alors manquaient du sentiment de la pitié. Rouer, jeter dans un chaudron d'eau bouillante, brûler vif, enterrer vif, écorcher vif, écarteler, tels étaient les procédés ordinaires par lesquels le criminaliste de ce temps-là s'efforçait d'empêcher le retour des crimes, en effrayant par d'épouvantables exemples, des populations assez dures à émouvoir. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn365 [365]] A la décharge de l'Inquisition, il faut dire qu'elle n'employa la torture que dans des cas tout à fait exceptionnels, et que la peine du bûcher fut, elle aussi, relativement rare. Et si par ailleurs l'on compare le nombre des victimes faites par l'Allemagne luthérienne, et en Angleterre, par la seule reine Elisabeth, il apparaît que l'Inquisition catholique a été bien moins cruelle que l'intolérance protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, les tribunaux de l'Inquisition étaient comme une ''menace perpétuelle qui supprimait toute liberté de penser. ''Cette accusation n'est pas justifiée. Lorsqu'elle fut organisée dans la première moitié du xiiie siècle, l'Inquisition était uniquement dirigée contre l'hérésie albigeoise. Elle s'étendit plus tard, il est vrai, à d'autres hérésies comme celle des Vaudois, mais elle ne visait jamais que les hérétiques. « Dès lors les païens et les musulmans échappaient à sa juridiction ; et si, plus tard, en Espagne, par exemple, elle prononça contre eux des sentences, ce fut par une contradiction avec ses principes, que lui imposa la politique des princes, plutôt que le souci de l'orthodoxie. Les Juifs ont bénéficié d'une plus large tolérance encore. M. Salomon Reinach l'a parfaitement démontré dans une conférence faite à la Société des Études juives, le 1er mars 1900, et publiée dans la ''Revue des Études juives ''de cette même année... Il est cependant deux cas où l'Inquisition a eu à s'occuper du judaïsme. En 1239. Grégoire IX lui ordonna de saisir partout les exemplaires du Talmud et de les brûler... «Tandis qu'on brûlait les chrétiens hérétiques, on se mit à brûler avec non moins de zèle les livres juifs. En 248, il y eut deux exécutions de ce genre à Paris... En 1267, Clément IV prescrit à l'archevêque de Tarragone de se faire livrer tous les Talmuds... En 1319, à Toulouse, Bernard Gui en réunit deux charretées, les fait traîner à travers les rues de la ville et brûler solennellement. Ainsi, au témoignage de Salomon Keinach, ce sont les livres, et non les fidèles du judaïsme, qui ont eu à subir les rigueurs de l'inquisition ». Il est un second cas où l'Inquisition eut à s'occuper des Juifs. Elle voulut préserver de leur lente infiltration la pureté du christianisme et, pour cela, elle poursuivit les faux convertie qui n'adoptaient la forme extérieure du christianisme que pour mieux dissimuler leur origine et leur qualité. « L'Église, dit fort bien M. Reinach, ne défendait pas aux Juifs d'être juifs ; mais elle interdisait aux chrétiens de judaïser et aux Juifs de les pousser dans cette voie. » Ce fut l'Inquisition d'Espagne qui. au xve et au xvie siècle, organisa les persécutions antisémites : mais ce fut pour des raisons politiques, sous la pression des souverains, plutôt que pour des raisons religieuses et sous l'impulsion du catholicisme.. En un mot, l'Inquisition religieuse du moyen âge a respecté les Juifs quand eux-mêmes respectaient les chrétiens ; l'Inquisition politique de la Renaissance les a poursuivis et durement condamnés. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn366 [366]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. que l'Église a longtemps répugné aux peines temporelles ; — 2. qu'elle a été amenée à des mesures de rigueur extrême par la force des choses et par la nécessité de protéger son existence ; — 3. que les abus qui se sont commis, et dont nos adversaires ont souvent exagéré le nombre, sont imputables aux inquisiteurs et non à la papauté qui a toujours protesté contre une sévérité excessive, et flétri les cruautés qui lui ont été signalées ; — 4. que l'Inquisition, en sauvegardant l'unité religieuse par la répression de l'hérésie, empêcha bien des guerres civiles et de prodigieuses effusions de sang. La preuve en est bien qu'en Espagne où le protestantisme fut ainsi étouffé, les victimes de l'Inquisition furent beaucoup moins nombreuses que celles des guerres de religion, en France et en Allemagne ; — 5. enfin, que l'Inquisition n'a jamais été, entre les mains de l'Église, qu'une arme de cil-constance, à laquelle depuis longtemps elle ne songe plus à recourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les Guerres de religion et la Saint-Barthélemy. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''453. — 1° Exposé des laits. '''— Les ''Guerres de religion ''sont les luttes civiles entre catholiques et protestants, qui, durant les règnes de François II, Charles IX et Henri III, ensanglantèrent la France. Au nombre de huit, elles débutèrent en 1562, à la suite du massacre de Vassy et se terminèrent par la promulgation de ''l'Édit de Nantes ''(1598) qui garantissait aux protestants le libre exercice de leur culte dans les villes où il avait été organisé par les précédents édits, le droit de bâtir des temples, l'accès à toutes les charges publiques, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de ''Saint-Barthélemy ''au massacre de l'amiral de Coligny et de nombreux gentilshommes protestants venus à Paris pour assister au mariage mixte de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, le futur Henri IV : massacre qui fut ordonné par le roi Charles IX et exécuté dans la nuit du 24 août 1572 (jour de la fête de saint Barthélemy).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''454. — 2°''' '''Accusation. '''— A. A propos des ''guerres de religion, ''nos adversaires en rejettent toute la responsabilité sur l'Église catholique. — B. A propos de la ''Saint-Barthélemy, ''ils l'accusent : — 1. d'avoir ''préparé ''le massacre : et — 2. de l'avoir ''approuvé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''455. —3°''' '''Réponse.—'''A. ''GUERRES DE RELIGION.—a) ''II est injuste de rendre l'Église catholique responsable des guerres de religion. Celles-ci furent en effet déterminées par des ''causes politiques ''plutôt que ''religieuses. ''La religion catholique étant considérée à cette époque comme un des fondements essentiels de la société, l'État, en déclarant la guerre aux huguenots, a eu pour but de protéger l'ordre social et l'unité de la nation. Les premiers et les vrais responsables sont donc les protestants eux-mêmes qui se révoltaient contre l'ordre de choses établi. L'on nous objecte, il est vrai, que le ''massacre de Vassy, ''qui leur servit de point de départ, fut l'œuvre des Guises, les chefs du parti catholique. La chose est exacte, mais il ne faut pas oublier que, déjà auparavant, et dès 1560, les protestants avaient pillé l'église de Saint Médard à Paris, jeté la terreur en Normandie, dans le Dauphiné et la Provence, que dans différentes villes, Montauban, Castres, Béziers, ils avaient interdit le culte catholique et forcé le peuple à assister au prêche : il ne faut pas oublier non plus que, pour servir leurs desseins, les protestants pactisèrent avec l'étranger, que l'amiral de Coligny et Condé firent appel à Elisabeth d'Angleterre, lui promettant, en échange de son or et de ses troupes, la cession du Havre, de Dieppe et de Rouen. — b) Quant aux ''atrocités, ''il n'y a pas lieu davantage de les invoquer contre l'Église catholique, car il y eut, des deux côtés, des actes regrettables. Et, tout compte fait, il semble bien que l'intolérance protestante n'est pas allée moins loin que l'intolérance catholique. Les protestants n'ont-ils pas profané les églises, détruisant les saintes images, déchirant les riches enluminures des manuscrits et des missels, renversant les croix, brisant les châsses et autres objets sacrés de grande valeur artistique? N'ont-ils pas, en un mot, commis des actes de vandalisme inexcusables et accompli des destructions irréparables?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
456. — B. ''La Saint-Barthélemy. ''— Parmi ces violences, la plus odieuse certainement, — et celle-là au compte du parti catholique, — fut le massacre de la Saint-Barthélemy. Mais est-il vrai que l'Église y ait joué le premier rôle, soit en ''préparant, ''soit en ''approuvant ''le massacre?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Préparation du massacre. ''— Pour démontrer ce premier point, nos adversaires s'appuient sur des lettres du pape S. Pie V à Charles IX et à Catherine de Médicis, dans lesquelles il les exhorte à exterminer les protestants français[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn367 [367]]. Il est indiscutable que dans ces lettres le pape prêche la guerre sainte, et demande qu'on poursuive avec une fermeté impitoyable les hérétiques insurgés ; mais dans sa pensée il s'agissait d'une guerre légitime, faite selon le droit des gens ; ce n'était nullement une exhortation à un massacre tel que la Saint-Barthélemy. La chose devient plus évidente encore, si l'on suppose, comme certains historiens le font, que le mariage du jeune prince calviniste, Henri de Navarre, avec Marguerite de Valois, catholique, servit de prétexte pour attirer les seigneurs huguenots dans un guet-apens et les faire assassiner tous à la fois, car le pape S. Pie V a toujours refusé son consentement à ce mariage : ce qu'il n'aurait pas fait s'il avait été complice de la soi-disant machination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il n'y a pas eu même ''préméditation, de la part de la Cour de France. ''Il ressort en effet de nombreux témoignages contemporains que, au printemps de 1572, l'amiral de Coligny voulait entraîner le roi Charles IX dans une guerre contre l'Espagne, et que Catherine de Médicis voulait, au contraire, maintenir la paix avec Philippe II. Comme l'avis de Coligny semble prévaloir auprès du jeune roi, la Reine-Mère conçoit le projet machiavélique de supprimer l'adversaire qui la gêne : le meurtre lui apparaît légitime, parce que commandé par la « raison d'État ». Elle se met alors à combiner avec les Guises, ennemis personnels de Coligny, des projets d'assassinat. Le 18 août, mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. Les gentilshommes protestants y sont venus de partout. Le 22 août, c'est-à-dire quatre jours après la cérémonie, tentative de massacre du ''seul ''amiral de Coligny : ce qui prouve bien qu'il n'est pas encore question de massacrer ''tous ''les protestants. Grand émoi alors parmi les seigneurs protestants qui projettent de venger Coligny, bien que celui-ci n'ait été blessé que légèrement. Devant une situation aussi critique, et dans la crainte d'être découverte, Catherine de Médicis prend un parti désespéré, et, profitant de l'attitude des protestants qui profèrent des menaces de mort contre les catholiques, et en particulier contre les Guises, elle représente au roi que les huguenots conspirent contre la sûreté de l'État et que c'est une mesure de salut public de les exécuter en masse. Elle arrache ainsi au roi affolé l'ordre de massacre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure : — 1. que le massacre de la Saint Barthélemy a été un ''crime politique ''commis à l'instigation de Catherine de Médicis ; et — 2. que, le massacre n'ayant pas été prémédité, l'on ne saurait, par conséquent, accuser l'Église de l'avoir ''préparé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Approbation du massacre. — ''Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le ''clergé de Paris ''célébra, le 28 août, une messe solennelle et fit une procession en action de grâces. A Rome, le pape Grégoire XIII, qui avait succédé à S. Pie V, le 13 mai 1572, éprouva une grande joie à la nouvelle de la Saint-Barthélemy. Il l'annonça lui-même au consistoire, fit chanter un ''Te Deum ''à l'église Sainte-Marie-Majeure, fit frapper une médaille en souvenir de ce grand événement et ordonna la composition de la fresque fameuse de Vasari, où sont représentées les principales scènes de la sanglante journée. Tels sont les ''faits ''qui ont donné à croire que l'Église catholique, dans la personne de ses chefs, ''a approuvé le massacre. ''Mais il s'agit de savoir quelle idée on se faisait, à Paris et à Rome, de l'événement en question. Massacre et lâche assassinat, ou légitime défense? Dans le premier cas, la complicité de l'Église serait certainement engagée. Dans le second, l'attitude de ses représentants devient toute naturelle. Or c'est justement la seconde hypothèse qu'il faut envisager. — 1. Pour ce qui concerne d'abord le ''clergé de Paris, ''il est clair que ses renseignements étaient inexacts. Comme tout le monde, il croyait qu'il y avait eu, de la part des huguenots, projet d'attentat contre la sûreté de l'État : il en voyait la preuve évidente dans ce fait que, le 26, Charles IX avait, devant le Parlement, revendiqué la responsabilité du drame, tout en expliquant qu'il lui avait été imposé par la connaissance d'un complot contre le gouvernement et la famille royale. Comment s'étonner alors que le clergé parisien ait célébré, d'accord avec le peuple, une cérémonie d'actions de grâces, demandée officiellement par la Cour pour remercier le ciel d'avoir préservé le Roi et châtié les coupables? — 2. Quant à Grégoire XIII, il reçut la nouvelle de la Saint-Barthélemy, par un ambassadeur de Charles IX, le sieur de Beauvillier. Les faits lui furent donc présentés d'après la version officielle de la Cour de France. Avec le message du roi Charles IX, le même Beauvillier apportait une lettre de Louis de Bourbon, neveu du cardinal. Écrite le surlendemain du massacre, cette lettre expliquait que, dans le but de faire monter un prince protestant sur le trône, l'amiral de Coligny préparait le meurtre du roi et de la famille royale. Aussi inexactement renseigné, il est donc tout naturel que Grégoire XIII ait manifesté ses sentiments de joie avec tant de spontanéité, et qu'il en ait fait la démonstration publique. De nos jours encore, les chefs d'État n'échangent-ils pas entre eux des congratulations, lorsque l'un d'eux a échappé à un attentat?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que l'Église n'a ni ''préparé ''le massacre de la Saint-Barthélemy, ni ne l'a ''glorifié ''en tant que massacre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Les Dragonnades et la Révocation de l'Édit de Nantes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''457. — 1° Exposé des faits'''. — ''L'Edit de Nantes ''avait été un acte du pouvoir royal, une concession, non un contrat entre deux parties. En laissant à chacun la liberté d'être protestant ou catholique, autrement dit, en accordant la liberté de conscience et la liberté de culte, Henri IV posa le premier le ''principe de tolérance, ''et cela, à un moment où tous les souverains d'Europe, protestants et catholiques, n'admettaient pas que leurs sujets eussent une autre religion que la leur.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn368 [368]] Malheureusement les protestants abusèrent des concessions qui leur avaient été faites. Profitant des garanties dont ils jouissaient dans de nombreuses places de sûreté, ils commirent la double faute de vouloir s'isoler du reste de la nation, pour former un État dans l'État, et surtout d'entretenir des relations suspectes avec l'étranger. Plusieurs fois, ils s'étaient alliés, soit avec les Espagnols, soit avec les Anglais. En 1627, la Rochelle où ils étaient les maîtres, s'était révoltée ; le Languedoc, travaillé par le duc de Rohan, avait suivi son exemple. Les Réformés furent donc tenus pour des sujets dangereux, et Richelieu, voulant en finir avec eux, dirigea lui-même le ''siège de la Rochelle ''qui se rendit, après une année presque, d'une résistance acharnée (1628). Par ''l’édit de Grâce ou d’Alais ''(1629) Richelieu enleva aux protestants toutes leurs villes de sûreté et leurs privilèges politiques, mais leur laissa la liberté du culte. Malgré cette dernière concession, c'était déjà un acheminement vers la révocation de l'Édit de Nantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis XIV voulut aller plus loin que Richelieu. Imitant les autres États protestants, il voulut qu'il n'y eut dans son royaume qu'une seule foi et un seul culte, et forma le projet d'amener tous les réformés à la religion catholique. Tout d'abord il entreprit de les convertir par des prédications et des missions. Bossu et écrivit une réfutation du ''Catéchisme général de la Réformation ''publié par Paul Ferri à Sedan (1654), et entrant dans la pensée du roi, il travailla à la réconciliation des deux confessions, catholique et protestante, par la discussion et la persuasion, « chrétiennement et de bonne foi », sans violenter la conscience ni des uns ni des autres. Mais aux efforts des controversistes et des missionnaires les Réformés répondirent par de mauvaises dispositions et parfois par des violences. De plus, ils continuèrent leurs relations avec les ennemis de la France, entre autres, avec les Pays-Bas pendant la longue guerre qui commença en 1672. Mécontent alors de leur attitude, le roi Louis XIV adopta à l'égard des protestants des mesures analogues à celles qui étaient en vigueur contre les catholiques dans les États protestants tels que l'Angleterre et la Hollande. Des intendants furent envoyés partout pour seconder l'œuvre des missionnaires et mettre la force au service de la persuasion. Les intendants outrepassèrent les ordres reçus ; -sur le conseil du ministre de la guerre, Louvois, le roi envoya des ''dragons ''qui devaient loger chez les protestants qui refusaient de se convertir. Les violences et les excès de toutes sortes que commirent ces « missionnaires bottés» sont restés tristement célèbres sous le nom de ''dragonnades. ''Mais il faut dire, à la décharge de Louis XIV, qu'il ignorait les cruautés dont ses soldats se rendaient coupables. On lui faisait seulement connaître le nombre des conversions qui s'opéraient, et ce nombre était tel que bientôt le roi crut qu'il ne restait plus guère de protestants en France, que l'unité religieuse était faite. Alors il ''révoqua l’Édit de Nantes ''(16 octobre 1685). Les Réformés se virent donc obligés de choisir entre la conversion hypocrite ou l'exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''458. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires rendent l'Église responsable de la ''révocation ''de l'Édit de Nantes et des ''fâcheux résultats ''qui s'ensuivirent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''459. — 3° Réponse. '''A. ''LA RÉVOCATION.— ''La révocation de l'Édit de Nantes peut être considérée à un double point de vue : politique et religieux. — a) Au point de vue '''politique ''ou ''juridique, ''il est bien certain que le roi Louis XIV avait le ''droit ''de révoquer l'édit porté par Henri IV. Les protestants eux-mêmes en conviennent. « Ces actes de tolérance, dit Grotius, ne sont pas des traités, mais des édits royaux rendus pour le bien général, et révocables quand le même bien général y engagera le Roi». — ''b) ''Au point de vue ''religieux, ''l'intolérance du Roi et du parti catholique fut certainement une erreur fâcheuse. Nous avons dit : ''l’intolérance du Roi ''et du ''parti catholique, ''car, si Louis XIV fut le grand responsable, il faut bien avouer que son acte était réclamé par l'opinion catholique et qu'il fut accueilli avec des marques non dissimulées de satisfaction. Toutefois, le pape Innocent XI ne lui donna pas sa complète approbation. Quant aux violences commises, aux ''dragonnades, ''il est clair qu'elles ne sont pas imputables à l'Église, et l'on ne peut même pas dire, comme nous l'avons vu plus haut, que Louis XIV doive en porter la responsabilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— Nous n'hésitons pas à reconnaître que la révocation de l'Édit de Nantes eut des ''conséquences religieuses et politiques tout à fait déplorables. ''Les protestants qui se convertirent pour pouvoir rester en France, furent de mauvais catholiques. Ceux qui préférèrent l'exil, portèrent à l'étranger les ressources de leurs talents et de leur activité laborieuse ; il y en eut même qui entrèrent dans les armées ennemies et n'eurent pas honte de combattre leur pays. Mais, autant nous pouvons les admirer d'avoir accepté courageusement les douleurs de l'exil plutôt que de trahir leur foi, autant nous devons les blâmer d'avoir haï leur patrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II n'y a pas à le dissimuler, la révocation de l'Édit de Nantes fut une ''faute ''et un ''malheur. ''Cet acte fut surtout un ''acte politique, ''mais le parti catholique se fût grandi, si, au lieu d'imiter l'intransigeance dès pays protestants, il eût réclamé pour ses frères dissidents le bénéfice d'une large tolérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 5. — Le Procès de Galilée. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''460. — 1'''° '''Exposé des faits. '''— Dès 1530, le chanoine Copernic formulait déjà l'hypothèse que la terre et toutes les planètes tournent autour du soleil, et non le soleil autour de la terre, comme l'enseignait le ''système de ''Ptolémée, généralement admis jusque-là. Au début du xvir3 siècle, Gaulée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn369 [369]], ayant présenté le ''système de Copernic ''comme une hypothèse certaine, fut, de ce fait, cité deux fois devant la Saint-Office. Ce sont ces ''deux procès ''qui forment le point central de ce qu'on appelle 1' « ''affaire Galilée ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PROCÈS DE ''1616. — En défendant la théorie de Copernic comme une hypothèse certaine, Galilée s'était fait de nombreux adversaires, entre autres, tous les savants qui ne juraient que par Aristote. Vers la fin de 1641, François Sizi accuse Galilée de contredire, par son système, les passages de la Bible tels que Josué, x, 12 ; Eccles., i, 5 ; Ps., xviii, 6 ; ciii, 5 ; Eccl., xliii, 2, qui paraissent en faveur du système géocentrique. Galilée pouvait alors se retrancher sur le terrain scientifique et fuir la difficulté en laissant aux théologiens et aux exégètes le soin de la résoudre. Il commit la faute de suivre son adversaire sur le terrain de l'exégèse. Le 19 février 1616, la question fut donc portée devant la Congrégation du Saint-Office. Onze théologiens consulteurs eurent à examiner les deux propositions suivantes : — 1. Le soleil est le centre du monde et il est immobile ; 2. La terre n'est pas le centre du monde et elle a un mouvement de rotation et de translation. La première proposition fut qualifiée « fausse et absurde philosophiquement, et formellement hérétique parce qu'elle contredit expressément plusieurs textes de la Sainte Écriture suivant leur sens propre et suivant l'interprétation commune des Pères et des Docteurs». La seconde proposition fut censurée « fausse et absurde philosophiquement, et au moins, erronée dans la foi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 25 février, le pape Paul V donnait au cardinal Bellarmin l'ordre de faire venir Galilée et de l'avertir qu'il eût à abandonner ses idées. Galilée vint et se soumit. Le 5 mars, sur l'ordre de Paul V, paraissait un décret de la Congrégation de l'Index condamnant les ouvrages de Copernic et tous les livres qui enseignaient la doctrine de l'immobilité du soleil. Mais dans cette condamnation il n'était pas fait mention des écrits de Galilée. Celui-ci fut même reçu en audience, le 9 mars, par le pape qui lui déclara qu'il connaissait la droiture de ses intentions et qu'il n'avait rien à craindre de ses calomniateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PROCÈS DE ''1633. — Après son procès de 1616, Galilée était allé reprendre à Florence le cours de ses travaux. En 1632, il publia son ''Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde. ''Cet ouvrage portait l'imprimatur de l'inquisiteur de Florence et celui de Mgr Riccardi, Maître du Sacré-Palais, chargé par office de surveiller la publication de tous les livres qui paraissaient à Rome. Or ce dernier avait bien accordé l'imprimatur, mais sous la condition, que l'ouvrage contiendrait une préface et une conclusion indiquant que le système n'était présenté qu'à titre d'hypothèse. La préface et la conclusion&amp;quot;^ y trouvaient en effet, mais, de la manière dont elles étaient rédigées, elles parurent une moquerie. Les théologiens du Saint-Office furent d'avis que Galilée transgressait les ordres donnés en 1616. En conséquence, il fut cité à nouveau devant le Saint-Office. Après avoir différé plusieurs fois son voyage sous prétexte de maladie, il se mit enfin en route et arriva à Rome le 16 février 1633, où il jouit d'un régime de faveurs, puisque, au lieu d'être interné dans une cellule du Saint-Office, il put descendre chez un de ses amis Niccolini ,l'ambassadeur de Toscane.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le procès commença le 12 avril, et la sentence fut rendue le 22 juin. Galilée, debout et tête nue, écouta la lecture de sa condamnation : abjuration, prison et récitation, une fois par semaine, pendant trois ans, des sept Psaumes de la Pénitence. Puis, à genoux, la main sur l'Évangile, il signa un acte d'abjuration dans lequel il se déclarait « justement soupçonné d'hérésie», détestait ses erreurs, promettait de ne plus les soutenir et de réciter les pénitences imposées. C'est à ce moment que, d'après une légende tout à fait invraisemblable, vu les circonstances, Galilée se serait écrié en frappant la terre du pied : « ''E pur si muove» ''«Et pourtant elle se meut!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''461. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires portent, à propos du procès de Galilée, une triple accusation contre l'Eglise. — ''a) ''Ils prétendent d'abord que, dans cette affaire, L'''infaillibilité du pape a été mise en défaut: ''— ''b) ''Puis ils accusent l'Église d'avoir ''frappé un innocent, ''et — c) d'avoir ''entravé les progrès de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''462. — 3° Réponse'''- — A. Il est faux de prétendre que l'infaillibilité du pape et par conséquent celle de l'Église ,ait été mise en défaut dans l'affaire Galilée. Sans nul doute, lorsque les juges de Galilée, les papes Paul V et Urbain VIII y compris, jugeaient le système de Copernic contraire à la lettre de l'Écriture, ils commettaient une erreur objective et matérielle. Lorsque Galilée affirmait, au contraire, qu'il ne faut pas toujours prendre les paroles de la Sainte Écriture à la lettre, les écrivains sacrés ayant employé, en parlant du soleil, le langage courant, lequel n'a aucune prétention scientifique et se conforme aux apparences, c'est bien lui qui avait raison. D'où il suit que « le tribunal du Saint-Office, comme celui de l'Index, s'est ''trompé en ''déclarant, dans les considérants, fausse en philosophie la doctrine de Copernic, qui est vraie, et contraire à l'Écriture cette doctrine, qui ne lui est nullement opposée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais peut-on trouver dans ce fait un argument contre la doctrine de l'''infaillibilité ''de l'Église ou du Souverain Pontife? Pour répondre à cette question, il n'y a qu'à déterminer la valeur juridique des décrets de 1616 et de 1633. Le décret de 1616 est un décret de la Sacrée Congrégation de l'Index ; celui de 1633, un décret du Saint-Office. Assurément, ces décrets ont été approuvés par le Pape : mais comme dans l'espèce, il s'agit seulement d'une approbation dans la forme simple, commune ''(in forma communi), ''les décrets sont et restent juridiquement les décrets de Congrégations, qui valent par l'autorité immédiate des Congrégations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous le savons, la question d'infaillibilité ''ne se pose ''même ''pas, ''quand il s'agit d'un décret d'une Congrégation quelle qu'elle soit, eût-elle comme Préfet le Pape lui-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn370 [370]] Deux conditions leur manquent pour pouvoir être des définitions ex-cathedra, et partant, infaillibles. La première c'est que la censure portée contre la théorie copernicienne ne se trouve que dans les ''considérants ''qui ne sont jamais l'objet de l'infaillibilité, et la seconde c'est que les décrets n'ont pas été des actes pontificaux, mais des actes des Congrégations, lesquelles ne jouissent pas du privilège de l'infaillibilité. Au reste, aucun théologien n'a jamais considéré ces décrets comme des articles de foi, et, même après les sentences du Saint-Office, les nombreux adversaires du système copernicien n'ont jamais allégué contre lui qu'il avait été condamné par un jugement infaillible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'infaillibilité du Pape mise hors de cause, ''l'on peut s'étonner à bon droit de ''l'erreur des juges du Saint-Office. ''Il y a cependant de bonnes ''raisons ''qui expliquent, et même justifient, leur conduite On a dit que la condamnation de Galilée était le résultat d'une machination tramée contre lui par des adversaires jaloux, que le pape Urbain VIII se serait reconnu dans le « ''Dialogue ''» sous le personnage un peu ridicule de Simplicio dans la bouche duquel se trouvait un argument que le pape, alors qu'il n'était encore que le cardinal Maffeo Barberini, avait opposé à Galilée, et que son amour-propre blessé l'aurait poussé à la vengeance. Quoi qu'il puisse y avoir de vrai dans ces allégations, il y eut d'autres ''raisons plus sérieuses ''qui déterminèrent les juges de l'Inquisition à prononcer une sentence de condamnation, et ces raisons furent les suivantes. C'était alors une règle courante en exégèse, — et cette règle n'a pas changé, — que les textes de la Sainte Écriture doivent être pris dans leur ''sens propre ''quand l'interprétation contraire n'est pas imposée par des motifs tout à fait valables. Or, à cette époque, l'on interprétait les passages en question, et en particulier, celui où Josué commande au soleil de s'arrêter, au ''sens propre et obvie, ''et par conséquent d'après le système astronomique de Ptolémée. Aussi longtemps que ce dernier système n'était pas démontré faux et que Galilée ne pouvait apporter aucune preuve péremptoire et scientifique de la vérité du système de Copernic, c'était le ''droit ''de la congrégation du Saint-Office, et même son ''devoir, de garder l'interprétation littérale ''et d'arrêter, par une décision disciplinaire, toute doctrine qui contredirait cette interprétation et voudrait substituer le sens métaphorique au sens littéral. Ajoutons que la Congrégation était d'autant plus portée à s'en tenir à ''l’interprétation traditionnelle ''que l'on se trouvait alors en pleine effervescence du protestantisme, et que, en prétendant interpréter les textes de la Sainte Écriture à sa façon, Galilée semblait favoriser la ''théorie du libre examen.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Dans quelle mesure peut-on dire que l'Église a ''frappé un innocent ''et que Galilée est un ''martyr de la science? ''Qu'il ait eu à souffrir pour la défense de ses idées, que, mis dans l'alternative d'avoir à les sacrifier ou de désobéir à l'Église, il ait enduré dans son intelligence et dans son cœur de cruelles tortures, la chose ne semble pas contestable. Mais dire, que l'Église l'a ''martyrisé, ''c'est aller un peu loin. — 1. Tout d'abord, il est faux de prétendre qu'il fut forcé d'abjurer une doctrine ''qu'il savait être certaine. ''Il lui semblait bien par les expériences qu'il avait faites que le système de Copernic était une hypothèse plus vraisemblable que celle de Ptolémée, mais de la vérité de cette hypothèse il n'eut jamais la certitude évidente. — 2. Encore moins peut-on dire qu'il fut ''traité avec rigueur. ''« On peut défier les plus fanatiques de citer où et quand, pendant ou après son procès, Galilée aurait subi une heure de détention dans une prison proprement dite.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn371 [371]] Le pape Paul V admirait Galilée et lui donna de nombreuses marques de bienveillance. — L'on objecte, il est vrai, qu'URBAiN VIII le fit ''menacer de la torture. ''Mais cette menace, qui ne fut d'ailleurs pas exécutée, était un des ''moyens juridiques ''d'alors, analogue à ''l'isolement ''et au ''secret ''dont on se sert aujourd'hui, pour provoquer les aveux des prévenus. Il serait, d'autre part, injuste de dire qu'URBAiN VIII fut dur à son égard puisque, le lendemain de sa condamnation, le 23 juin 1633, Galilée fut autorisé à quitter les appartements du Saint-Office où il devait être détenu, et à se rendre dans le palais de son ami, le Grand-Duc de Toscane ; d'où il put bientôt repartir pour sa villa d'Arcetri. Et c'est là qu'il mourut, après avoir reçu tous les ans une pension que le Pape lui accordait depuis 16.30.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. La condamnation de Galilée a-t-elle vraiment ''entravé les progrès de la science? ''« Accordons sans peine que les décrets de l'Index ont pu empêcher ou retarder la publication de quelques ouvrages, tel le ''Monde ''de Descartes ; mais, de bonne foi, peut-on affirmer que le triomphe du système en a été reculé?... L'accord avec l'expérience pouvait seul donner à l'hypothèse de Copernic une confirmation décisive, et les décrets de l'Index n'empêchaient personne de chercher à réaliser cet accord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn372 [372]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il résulte que, si la condamnation de Galilée fut, de la part de la Congrégation du Saint- Office et même des papes Paul V et Urbain viii. une erreur infiniment regrettable, elle ''n'atteint en rien la doctrine de l'Église sur l'infaillibilité pontificale, ''pas plus qu'elle ne témoigne d'une hostilité systématique contre la science et le progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 6. — L'ingérence des Papes dans les affaires temporelles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''463. — 1° Exposé des faits. '''— L'histoire nous témoigne que, au moyen âge, les Papes se sont considérés comme les chefs suprêmes des États chrétiens, qu'ils ont revendiqué le droit de citer à leur tribunal souverains et sujets, et qu'ils ont infligé aux princes scandaleux, non seulement des peines spirituelles telles que l'excommunication, mais même des peines temporelles en les déposant et en les privant de leurs droits de commander. Ainsi Grégoire VII (le moine Hildebrand), célèbre par sa lutte dans la ''Querelle des Investitures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn373 [373]], excommunia une première fois l'empereur d'Allemagne, Henri IV, qui ne voulait pas se laisser dépouiller du droit de 1’investiture, le réduisit à venir, s'humilier devant lui au château de Canossa (1077) et l'ex­communia une seconde {ois (1078) parce qu'il ne tenait pas ses promesses. Innocent III (1198-1216) obligea Philippe-Auguste à reprendre sa femme Ingeborg ; en Angleterre, il déposa Jean sans Terre, puis le rétablit sur le trône ; en Allemagne, il excommunia Othon IV et délia ses sujets du serment de fidélité. Innocent IV, au concile de Lyon (1245), déposa Frédéric II, empereur d'Allemagne. Boniface VIII (1294-1303) lutta, pendant toute la durée de son pontificat, contre le roi de France, Philippe le Bel. Comme ce dernier, toujours à court d'argent, voulait imposer le clergé à son gré, sans tenir compte des immunités ecclésiastiques (N° 422, ''n.), ''le Pape dans sa bulle « ''Clericis laicos», ''rappela la doctrine de l'Église et interdit aux clercs de payer le tribut aux puissances laïques. Sur la demande du clergé français lui-même, il accorda ensuite l'autorisation. Mais la lutte recommença bientôt et Boniface VIII publia contre Philippe le Bel une série de bulles, entre autres, la bulle « ''Ausculta, filin, ''dans laquelle il se disait « constitué au-dessus des rois et des royaumes!, et la bulle « ''Unam Sanctam ''», dans laquelle, après avoir rappelé l'unité de l'Eglise, il déclarait que « ce corps unique ne doit pas avoir deux têtes, mais une seule, le Christ et le Vicaire du Christ », que deux glaives sont au pouvoir de l'Église, un spirituel, et un matériel, que « le premier doit être manié ''par ''l'Église, le second ''pour ''1 Église i et que, le second devant être soumis au premier, le pouvoir spirituel doit juger le pouvoir temporel si celui-ci s'égare. Enfin Boniface VIII excommunia Philippe le Bel le 13 avril 1303.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''464. — 2° Accusation. '''— Les ennemis de l'Église accusent les papes d'avoir outrepassé leurs droits et d'avoir ''revendiqué un pouvoir illégitime.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''465. — 3°''' '''Réponse. '''— A. L'intervention des papes dans les affaires temporelles des États chrétiens n'était pas ''illégitime : ''elle ne constituait nullement, de leur part, un ''abus de pouvoir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les papes avaient le droit d'intervenir à un double titre : — ''a) ''Tout d'abord en vertu de leur ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles dont nous avons précédemment démontré l'existence (N° 436). « Le pouvoir spirituel, dit Bellarmin, ne s'immisce pas dans les affaires temporelles, à moins que ce3 affaires ne s'opposent à la fin spirituelle ou ne soient nécessaires pour l'obtenir : auxquels cas le pouvoir spirituel peut et doit réprimer le pouvoir temporel et le contraindre par toutes les voies qui paraîtront nécessaires. » Lorsque les Papes précités ont frappé les princes qui abusaient de leurs pouvoirs, non seulement de peines spirituelles comme l'excommunication, mais même de peines temporelles comme la déposition, ils ont donc agi en vertu du ''pouvoir spirituel ''attaché à leur charge suprême et du ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles qui découle du pouvoir spirituel. — b) En dehors du ''droit divin ''dont nous venons de parler, le ''droit public du temps, ''reposant sur le libre consentement des peuples et des princes, légitimait l'intervention de la papauté dans les affaires temporelles. Rappelons-nous en effet que, en vertu de ce droit public, il y avait une alliance étroite entre l'Église et l'État, que le Pape était regardé comme le chef naturel de la chrétienté, à qui appartenait le droit de trancher les différends, et que le prince, avant de monter sur le trône, faisait serment de gouverner avec justice, de protéger la Sainte Église romaine, de défendre la foi contre l'hérésie, et de ne pas encourir lui-même l'excommunication. Que si alors le prince devenait parjure à son serment, s'il gouvernait contre les droits de l'Église ou contre les justes intérêts de son peuple, la papauté avait le droit et même le devoir de lui remettre devant les yeux les engagements sacrés qu'il avait pris, et en cas de refus, de l'excommunier, au besoin, de le déposer, et de déclarer ses sujets déliés de leur serment d'obéissance à l'égard d'un souverain indigne du pouvoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn374 [374]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Non seulement l'intervention des papes dans les affaires temporelles n'était pas illégitime, mais il faut reconnaître combien elle fut ''heureuse ''et ''bienfaisante, ''tout à l'avantage des faibles et des opprimés. Durant cette rude époque de la féodalité où tout était livré au plus fort, seule l'Église avait assez de puissance pour rappeler aux rois et aux seigneurs qu'au-dessus de la force il y a le droit. La prérogative que les Papes revendiquaient de déposer les rois dont la conduite était scandaleuse, et de délier leurs peuples du serment de fidélité, bien loin d'être une usurpation ,du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, lui servait au contraire de frein et de contrepoids. Quand le droit était violé et que la justice demeurait impuissante, il était bon qu'il y eût quelqu'un d'assez fort et d'assez indépendant pour prendre en main la cause de la morale et de la religion outragées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— On objecte aussi contre l'Église : — 1. qu'il y a eu de ''mauvais Papes, ''et l'on cite alors les noms d'Etienne VI, de Jean XII, de Benoît IX et d'Alexandre VI, — 2. que, au moyen âge, il y eut un ''clergé simoniaque ''et ''corrompu. ''— A cette objection nous avons déjà répondu et nous avons montré qu'elle ne vaut ni contre ''l’infaillibilité du Pape ''(N° 400), ni contre la ''sainteté de l'Église ''(N° 379).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 7. — Le Syllabus et la condamnation des libertés modernes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''466. —''' '''1° Notion et autorité doctrinale du Syllabus. '''— Le ''Syllabus ''(mot lat. qui veut dira index, table) est un recueil de quatre-vingts propositions renfermant les principales erreurs modernes, déjà réprouvées et condamnées dans les allocutions consistoriales, les encycliques et autres lettres apostoliques du pape Pie IX. Le ''Syllabus, ''précédé de l'Encyclique ''Quanta cura, ''parut, sur l'ordre de Pie IX, le 8 décembre 1864, mais ''l'idée d'un pareil catalogue ''contenant les erreurs de l'époque sous la forme qu'elles revêtaient alors, était bien antérieure à cette date et avait été suggérée dès 1849, par l'archevêque de Pérouse, le cardinal Pecci, qui devait succéder à Pie IX sous le nom de Léon XIII.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est ''l’autorité doctrinale du Syllabus? ''Faut-il le considérer comme un ''acte ex-cathedra, ''comme le veulent certains théologiens de valeur : Franzelin, Mazzella, Hurter, Pesch, ou bien n'est-il qu'un document de grande autorité auquel tout catholique doit adhérer sans qu'on puisse le taxer d'hérésie, dans le cas contraire? La question n'est pas tranchée, et du fait qu'elle ne l'est pas et que chaque catholique reste libre d'adopter l'une ou l'autre opinion, le Syllabus ne s'impose pas à la croyance comme une définition infaillible. Il est vrai que le pape Pie IX en a pris la responsabilité, mais, dit le P. Choupin, « toute constitution pontificale, même relative à la foi et solennellement promulguée n'est pas une définition ''ex-cathedra : ''il faut encore et surtout que le Pape manifeste suffisamment sa volonté de trancher ''définitivement ''la question par une ''sentence absolue ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn375 [375]]. Par conséquent, bien que les propositions condamnées doivent être repoussées par tout catholique d'un assentiment ferme, il ne s'ensuit pas que la proposition contradictoire soit de foi. La proposition condamnée n'ayant pas été qualifiée d'hérétique, la proposition contraire ne saurait être de foi. Il importe, en outre, pour mesurer tout le sens d'une proposition condamnée dans le Syllabus, de se reporter au document d'où elle est extraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''467. — 2°''' '''Accusation. '''— Nos adversaires accusent l'Église d'avoir, par le Syllabus, ''déclaré la guerre à la société moderne et ''de s être montrée l'ennemie irréconciliable du progrès et de la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''468. — 3°''' '''Réponse. '''— Pour étayer leur accusation, les adversaires de l'Église s'appuient surtout sur les deux dernières propositions du ''Syllabus ''qui sont pour ainsi dire le résumé des erreurs modernes : ''Prop. LXXIX. : ''« Il est faux que la liberté de professer n'importe quelle religion, de penser et de manifester publiquement toutes les opinions conduisent plus facilement à la corruption des mœurs et des esprits et propage la peste de l'indifférentisme. » ''Prop. LXXX. ''« Le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, , le libéralisme et la civilisation moderne. » Or, il est bien évident, à propos de cette dernière proposition, — et il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter à l'allocution ''Jamdudum ''d'où la proposition est extraite, — que le pape n'entend nullement condamner les ''progrès véritables ''de la science positive et des inventions humaines. La condamnation ne porte que sur le ''faux progrès ''et sur la fausse civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, le pape Pie IX ne condamne pas toute liberté et tout libéralisme. Personne n'a jamais défendu la ''vraie liberté ''plus que l'Église catholique : elle affirme la ''liberté naturelle ''contre les matérialistes et les déterministes qui la nient, la ''liberté individuelle ''contre les esclavagistes qui la suppriment, la ''liberté de conscience ''contre les pouvoirs publics qui l'oppriment. Ne disons donc pas que l'Église est l'ennemie des libertés, anciennes ou modernes : ce qu'elle frappe d'anathème c'est la ''fausse liberté, ''c'est le droit à l'erreur et au mal, c'est, d'une manière générale, l'opinion qui soutient que la liberté implique le droit absolu d'embrasser et de soutenir toute doctrine philosophique, religieuse et politique, qui vous plaît. Après avoir rappelé les vieilles erreurs déjà condamnées du panthéisme, du naturalisme, du rationalisme, de l'indifférentisme, après avoir réprouvé les thèses socialistes et communistes de l'origine populaire du pouvoir et du droit absolu des majorités, etc., Pie IX, à l'exemple de Grégoire XVI, dans son Encyclique ''Mirari vos, ''proclame que les droits de la vérité sont supérieurs à ceux de la liberté, les droits de Dieu supérieurs à ceux de l'homme, les droits de la justice supérieurs à ceux du nombre et de la force, et, avec une grande sagesse, il condamne le ''libéralisme absolu ''qui, par son culte extravagant et mal entendu de la liberté, est la source profonde d'un grand nombre d'erreurs contemporaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, remarquons-le en passant, Pie IX s'est contenté d'exposer la ''thèse ''catholique ; et à ce point de vue, on peut l'accuser d'intolérance.. La vérité ne saurait être tolérante, car, par le fait même qu'elle est la vérité, elle exclut ce qui lui est contraire. Reprocher à l'Église son intolérance doctrinale, c'est donc lui reprocher d'être et de se croire la vérité. Toutefois, quelque intolérants qu'ils paraissent, les principes du Syllabus laissent libre espace à toutes les aspirations légitimes de la pensée moderne, et c'est ce que Léon XIII, dans une admirable suite d'encycliques, s'est chargé de démontrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Services rendus par l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
469. — A côté des griefs que nos adversaires accumulent dans leur sévère réquisitoire contre l'Église, il serait injuste de ne pas mentionner les services que le christianisme a rendus et de méconnaître la part qui lui revient dans la marche de la civilisation. Nous allons donc voir brièvement ce que l'Église a fait pour ''l'individu, ''pour la ''famille ''et pour la ''société, ''comment elle a travaillé au progrès, au bien-être des peuples, à leurs intérêts matériels, intellectuels et moraux. Les bienfaits qu'elle a rendus sur ce terrain méritent d'être d'autant plus appréciés qu'ils sont en dehors de la sphère d'action et de la mission tracées par le Christ. Car, ne l'oublions pas, l'Église a été instituée pour recevoir et transmettre le dépôt de la révélation chrétienne, pour conduire les hommes à leur salut éternel, et non pas pour travailler, tout au moins d'une façon immédiate, à leur bonheur temporel. Et cependant elle n'a cessé de s'en préoccuper et de tendre, par tous les moyens en son pouvoir, à améliorer le sort de l'humanité. « Chose admirable, pouvons-nous dire avec Montesquieu, ''(L’Esprit des lois), ''la religion chrétienne qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1 — L'Église et l'Individu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
470. — Si nous considérons l'homme d'une manière générale et du seul point de vue ''individuel, ''nous constatons que, presque partout dans l'antiquité, l'humanité est partagée en deux classes : l'homme ''libre, et l’esclave. ''Ce qu'était l'esclave et ce qu'a fait l'Église pour lui, telles sont les deux questions qui se posent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Ce qu'était l'esclave. — On entend par ''esclavage ''l'état de l'homme asservi à la puissance d'un autre homme. L'esclavage avait pour origines, la guerre, la traite ou la naissance. Le prisonnier vaincu, le malheureux capturé par des pirates ou l'enfant né de parents esclaves tombaient sous la dépendance absolue d'un maître qui les traitait et exploitait à son gré. La condition matérielle de l'esclave variait donc suivant le caractère et les dispositions de ce dernier. De toute façon, l'esclave était toujours un être à part, un homme qui n'avait pas plus de droits que la bête de somme, qui était entièrement la propriété, la « ''chose ''» du maître, ravalé par le fait au rang d'un animal ou d'un vil instrument qu'on achète et qu'on vend, dont on se défait quand il ne peut plus servir. On connaît en effet le conseil de Caton au père de famille économe : « Vendez les vieux bœufs... les vieilles voitures, les vieilles ferrailles, le ''vieil esclave, l'esclave malade. ''» N'ayant pas de droits sur sa personne, l'esclave ne pouvait en avoir davantage sur sa famille, sur sa femme et ses enfants. Il arriva même souvent que la législation conférait au maître le droit de vie et de mort sur ses esclaves, et l'on sait que les gladiateurs dont les combats eurent tant de vogue chez les Romains, étaient pris non seulement parmi les condamnés à mort, mais aussi parmi les esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle était la condition de la plus grande partie de l'humanité, et il convient d'ajouter que cette honteuse institution n'était nullement réprouvée par la religion païenne, qu'elle était tenue pour une institution légitime, même par les philosophes les plus illustres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn376 [376]]. Si les écrivains ont blâmé parfois les abus, jamais ils n'ont condamné le principe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''471. — 2° Ce que l'Église a fait pour l'esclave.''' — Qu'on ne se figure pas tout d'abord que l'Église a renversé d'un seul coup l'état de choses établi. Les révolutions doivent être amenées par une lente évolution des idées, car l'opinion publique ne rompt pas du jour au lendemain avec les idées ambiantes, avec les traditions et les vieilles coutumes. La transformation d'une société nécessite donc une action continue, un travail préparatoire de longue haleine. Or ce travail, l'Église l'entreprit par sa doctrine, par sa législation et par ses actes : — ''a) par sa doctrine. ''Dès l'origine du christianisme, l'Église commence sa lutte contre l'esclavage. Le premier et le plus éloquent interprète de sa doctrine est saint Paul. Avec une habileté et un art consommés, l'Apôtre des Gentils pose les ''grands principes de l'égalité ''et de la ''fraternité, ''qui sont comme le fondement de la ''liberté individuelle. ''Il proclame, à la face des maîtres orgueilleux qui se trouvent dans le vaste Empire gréco-romain, que tous les hommes sont issus de la même origine, rachetés du même sang et appelés à la même béatitude éternelle, par conséquent, égaux et frères. « II n'y a plus écrit-il aux Galates, ni Juif ni Grec, ni esclave, ni homme libre, il n'y a plus ni homme, ni femme ; car vous êtes tous ''un ''dans le Christ Jésus. » ( ''Gal''., ii, 28). Mais, tout en posant les principes qui doivent peu à peu détruire l'esclavage, saint Paul se garde bien de prendre une attitude agressive contre les maîtres, de prêcher la lutte dos classes et de pousser à une révolution trop rapide qui compromettrait le succès de son œuvre. Il juge beaucoup plus sage pour le moment de rappeler aux uns et aux autres leurs ''devoirs réciproques : ''obéissance de la part des esclaves, bonté de la part des maîtres : « ''Serviteurs, ''dit-il aux premiers, obéissez à vos maîtres selon la chair avec respect et crainte et dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ... Servez-les avec affection, comme servant le Seigneur et non des hommes, assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur de ce qu'il aura fait de bien. Et vous ''maîtres, ''dit-il aux seconds, agissez de même à leur égard et laissez là les menaces, sachant que leur Seigneur et le vôtre est dans les cieux et qu'il ne fait pas acception des personnes. » ''(Eph., ''vi. 5-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Par sa législation. ''Sous l'influence de l'Église, les empereurs devenus chrétiens, promulguent des lois qui améliorent la condition de l'esclave. Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, Constantin défend de marquer les condamnés et les esclaves au visage « où réside l'image de la beauté divine » ; il déclare coupables d'homicide les maîtres dont les mauvais traitements auraient causé la mort de leurs esclaves. Théodose rend la liberté à tous les enfants vendus par leurs pères ; Honorius met fin pour toujours aux combats des gladiateurs ; Justinien porte une loi qui punit le rapt des femmes esclaves de la même peine que celui des femmes libres. Un des rares empereurs qui n'aient pris aucune mesure en faveur des esclaves est précisément un empereur imbu de tous les préjugés du paganisme, Julien l'Apostat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les invasions barbares au ve siècle sont néfastes à la cause des esclaves et lui font perdre du terrain. Mais l'Église, par les nombreux conciles qu'elle tient, du vie au ixe siècle, en Gaule, en Bretagne, en Espagne, en Italie, continue de travailler en leur faveur. Le concile d'Orléans de 511 et le concile d'Epône, en 517, proclament le ''droit d'asile, ''en vertu duquel l'esclave, même « coupable d'un crime atroce » s'il s'est réfugié dans une église, ne pourra subir un châtiment corporel. Le concile d'Auxerre, à la fin du VIe siècle, le concile de Chalon-sur-Saône, au milieu du viie siècle, défendent de faire travailler les esclaves le dimanche. Plusieurs conciles ''interdisent la traite des esclaves, ''ou, s'ils n'osent pas aller aussi loin, lui apportent des entraves, comme on en trouve un exemple dans le 9e canon du concile de Châlons-sur-Marne qui défend de vendre aucun esclave en dehors du royaume de Clovis». En outre, l'esclave est admis par l'Église- au ''sacerdoce ''et à la ''profession monastique, ''pourvu qu'il ait obtenu de son maître le consentement préalable, ou l'affranchissement. Enfin, les conciles du vin&amp;quot; siècle reconnaissent formellement la ''validité des mariages ''contractés, en connaissance de cause, entre des hommes libres et des esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Par ses actes. ''— 1. Dans ''l'exercice de son culte, ''l'Église primitive ne tient aucun compte des distinctions sociales. «Entre le riche et le pauvre, l’esclave et le livre, il n’y a pas de différence», écrit l’apologiste Lactance. Telle est, à n’en pas douter, l’un des raisons les plus fortes qui contribueront à l’affranchissement de l’esclave. Renan lui-même ne fait pas de difficulté à le reconnaître : «Les réunions à l'Eglise, à elle s seules, écrit-il dans son ''Marc Aurèle, ''eussent suffi à ruiner cette cruelle institution (de l'esclavage). L'antiquité n'avait conservé l'esclavage qu'en excluant les esclaves ,des cultes patriotiques. S'ils avaient sacrifié avec leurs maîtres, ils se seraient relevés moralement. La fréquentation de l'église était la plus parfaite leçon d'égalité religieuse... Du moment que l'esclave a la même religion que son maître, prie dans le même temple que lui, l'esclavage est bien près de finir. » — 2. L’''admission des esclaves au sacerdoce ''et à la ''vie monastique ''que nous avons signalée plus haut est une autre source d'où doit sortir le nivellement de tous les rangs sociaux. Sous la bure ou le voile monastique, on ne discerne plus les maîtres des esclaves : les uns et les autres travaillent et prient en commun, confondus dans une égalité parfaite. — 3. A partir du vie siècle, l'Église, enrichie par les donations pieuses des rois et des seigneurs, emploie ses richesses au ''rachat de nombreux prisonniers de guerre et d'esclaves, ''afin de les affranchir, ou tout au moins, de « leur rendre la vie douce et facile a, selon la recommandation des papes et des conciles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que l'Église a fait dans le passé. Son ardeur ne s'est d'ailleurs pas éteinte, et tout lé monde connaît la grande œuvre entreprise par Léon XIII et le cardinal Lavigerie, à la fin du siècle dernier, connue sous le nom ''d'œuvre antiesclavagiste ''et destinée à combattre en Afrique la traite et l'esclavage des noirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église et la Famille. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
472. — Nécessaire pour conserver la vie tout autant que pour la donner, la famille est de ''droit naturel, ''en même temps que ''d'origine divine. ''Cependant les ''conditions ''de la famille, — et nous entendons par là les relations entre eux des membres qui la composent, — peuvent varier avec les temps et les lieux. Voyons donc ce que fut la famille dans l'antiquité et ce qu'elle est depuis le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''La famille dans l'antiquité. '''— Dans l'antiquité, l'autorité souveraine du père absorbe celle des autres membres. — ''a) ''Presque partout, à Rome spécialement, ''l'enfant ''tient son droit à la vie du bon vouloir du père. Les infanticides y sont fréquents, admis par les lois, et approuvés par les philosophes. « Rien n'est plus raisonnable, dit à ce sujet Sénèque, que d'écarter de la maison les choses inutiles » et Quintilien ose écrire que « tuer un homme est souvent un crime, mais ''tuer ses propres enfants ''est souvent une très belle action». Si le père peut tuer ses enfants, à plus forte raison peut-il les vendre ou les donner en gage. — b) Quant à la ''mère, ''sa situation n'est pas plus enviable. Non seulement elle n'a aucune part à la puissance paternelle, mais là où la polygamie et le divorce sont admis, comme en Orient, elle est une véritable esclave. Même au milieu des civilisations les plus brillantes, comme celles de la Grèce et de Rome, la condition de la femme n'est guère meilleure. Jeune fille, elle est sous la puissance de son père; mariée, elle passe sous la tutelle de son mari qui détient de la législation des pouvoirs presque illimités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''473. — 2°''' '''La famille dans la société chrétienne. '''— a) Grâce au christianisme, ''l'enfant ''devient l'objet des plus tendres sollicitudes des parents. Sous l'influence de la doctrine chrétienne, le père comprend que son enfant n'est pas une propriété dont il a le droit d'user ou d'abuser, mais une créature de Dieu, rachetée du sang du Christ et prédestinée au ciel, un être qu'il doit entourer d'une tendresse d'autant plus grande qu'il est ' plus chétif et plus faible. — b) Le christianisme n'a pas moins relevé la ''dignité morale de la, femme : ''et cela de double façon, en enseignant, d'une part, la ''noblesse de la virginité', ''et le respect dont il convient de l'entourer, et d'autre part, la ''grandeur du mariage ''un et indissoluble. Car, qu'on le remarque bien, le christianisme n'a pas rehaussé la virginité, si peu connue et si incomprise des anciens, pour rabaisser d'autant le mariage. L'exaltation de la vierge ne doit pas, dans la pensée du Christ, nuire à la beauté morale de la femme mariée ; la preuve en est bien qu'il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, en sorte qu'il n'est plus une cérémonie quelconque, aussi solennelle qu'on la suppose, mais un signe sacré qui donne une grâce spéciale et symbolise l'union du Christ lui-même avec son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''féministes ''prétendent que la femme n'a pas encore' dans la société la place qui devrait lui revenir et que, au triple point de vue politique, social et économique, sa condition est très inférieure à celle de l'homme, et ils demandent que, étant soumise aux mêmes lois et ayant des charges au moins équivalentes à celles de l'homme, elle jouisse aussi des mêmes droits. Si l'Église n'a pas formulé sur ce sujet de doctrine précise, il est permis de dire qu'elle ne saurait qu'encourager tout effort qui tend à améliorer le sort de la femme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''§ 3. — L'Église et la Société.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
474. — Si nous considérons, non plus l'individu, ni la famille, mais un groupe d'individus et de familles, autrement dit, la ''Société, ''nous constatons que l'Église lui a rendu les plus grands services à un triple point de vue : ''matériel, intellectuel ''et ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Services rendus dans l'ordre matériel''' — A tout moment de son histoire, l'Église a travaillé au ''bien-être ''du peuple. Le bien-être matériel est en effet la résultante d'un ensemble de choses : travail, épargne, bonnes mœurs, sans lesquelles il n'y a pas de prospérité ni de bonheur possibles. Or tandis que dans l'antiquité toutes ces vertus étaient inconnues, tandis surtout que le travail manuel était regardé comme quelque chose de dégradant pour l'homme libre, la doctrine chrétienne, en enseignant la grande loi du travail, a réhabilité celui-ci aux yeux de l'humanité. Et l'Église ne s'est pas contentée de donner son enseignement, elle a estimé que le meilleur moyen d'en assurer le succès était de l'appuyer de ses exemples. Aussi voyons-nous régner une activité intense parmi les premières générations chrétiennes. Plus que les autres, les moines travaillent à la prospérité de l'Europe en défrichant les vieilles forêts, en labourant et cultivant les déserts, et en créant autour de leurs monastères des villages et des villes où fleurissent bientôt le commerce et l'industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de nos jours, où ''l'ouvrier ''a déjà pris et veut prendre une place prépondérante dans la société, l'Église, après avoir relevé sa dignité morale, continue de s'intéresser à son sort. L'Encyclique ''Rerum novarum ''(16 mai 1891) de Léon XIII et l'Encyclique ''Quadragesimo Anno ''(15 mai 1931) de Pie XI témoignent que l'Église attache le plus haut intérêt à la solution de la ''question sociale. ''De toute son âme elle souhaite que les justes revendications des travailleurs soient couronnées de succès. Elle n'a pas de plus vif désir que de voir leurs droits élargis, mais en même temps qu'elle formule des vœux pour le mieux être de l'ouvrier, elle n'hésite pas à lui rappeler que, s'il a des droits, il a aussi des devoirs ; et ce faisant, elle est convaincue qu'elle sert mieux sa cause que les démagogues qui, en le nourrissant de vains espoirs, le conduisent à la ruine et à l'abîme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''475. — 2° Services rendus dans l’ordre intellectuel''' — A entendre certains adversaires de l'Église, l'instruction ne date guère que de la Révolution française. Jusque-là, et particulièrement au moyen âge, c'est comme une longue époque d'ignorance et d'obscurantisme. L'Église qui s'était faite l'institutrice de la France, ne remplit pas le rôle qui lui avait été confié : l'enseignement qu'elle donne se borne tout au plus aux choses de la foi — Ceux qui parlent ainsi, font preuve ou bien d'une ignorance des faits impardonnable ou d'une insigne mauvaise foi. Sans doute il y a eu des époques où, en raison de certaines circonstances malheureuses, comme par exemple sous les rois fainéants (viie siècle) et après l'invasion des Normands, au Xe siècle, l'enseignement fut en décadence. Il n'eu est pas moins vrai que les historiens qui ont fait une enquête impartiale sur l'état de l'instruction en France avant la Révolution, sont obligés de convenir que l'Église a toujours donné l'instruction à ses clercs et aux laïques autant que le comportaient les progrès du temps et les besoins de chacun. Du ve au XIe siècle, l'Église fonde et dirige des écoles épiscopales, presbytérales et monastiques ; au xvie siècle, elle se met à la tête du mouvement qui pousse les esprits vers l'antiquité grecque et latine. Et depuis lors, jamais elle n'a cessé de promouvoir les travaux intellectuels et de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''476. — 3° Services rendus dans l'ordre moral'''. — Dans ''l’ordre moral, ''nous avons vu déjà ce que l'Église a fait pour l'individu et pour la famille. En revendiquant ainsi la liberté pour les individus, elle a, du même coup, transformé les mœurs publiques. Aux chefs d'État elle a appris que « tout pouvoir vient de Dieu» et que dès lors on doit l'exercer avec justice et sagesse. Aux sujets elle a prescrit l'obéissance et le respect vis-à-vis des gouvernants en s'appuyant sur cette simple parole du Christ : « Rendez à César ce qui appartient à César. » Enfin elle a rendu meilleures les relations de peuple à peuple. En enseignant partout que tous les hommes, sans distinction de race et de nationalité, sont frères, enfants de Dieu et de l'Église, elle leur a fait comprendre que c'était une monstruosité de se traiter en barbares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''477. — Objection.''' — Contre les ''services rendus à la société ''par l'Église catholique, nos adversaires objectent que les nations protestantes sont plus ''puissantes ''et plus ''prospères ''que les nations catholiques, que leur ''niveau moral ''est plus élevé ; et, de ce fait qu'ils prennent comme point de départ et qu'ils regardent comme ''historiquement incontestable, ''ils concluent que la prospérité des uns et la déchéance des autres doivent être attribuées à la ''différence de religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — II faut distinguer dans l'objection qui précède deux choses : le point de vue ''historique ''et le point de vue ''doctrinal, ''ou, si l'on veut, la question du ''fait, ''et la ''thèse ''qu'on veut établir sur le fait. Évidemment, s'il était possible de prouver que les faits historiques ne sont pas tels qu'on le prétend, ou n'ont pas la portée qu'on leur attribue, nous serions en droit de conclure aussitôt que la thèse est fausse. Mais admet tons par hypothèse que les nations protestantes sont vraiment supérieures aux nations catholiques ; s'ensuit-il que la cause de la supériorité des unes et de l'infériorité des autres soit la religion ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA THÈSE. ''— A la considérer en soi, que penser de la thèse qui fait de la religion le principe du progrès ou de la décadence des nations? — a) Remarquons d'abord que, même s'il en était ainsi, le protestantisme ne serait pas pour cela la ''craie religion. ''Car le ''but ''premier de la religion n'est pas de travailler à la prospérité matérielle de ses adeptes mais de conduire les âmes à Dieu. Et si nous avons mentionné les services rendus par l'Église à la société dans cet ordre de choses, il ne rentrait pas dans notre pensée de vouloir démontrer que le christianisme, par le fait qu'il est la vraie religion, a eu pour résultat d'attirer la bénédiction de Dieu dans l'ordre temporel. Nous nous sommes bornés à établir que le bien-être matériel des peuples devait découler de la doctrine du Christ qui tend à rendre les hommes plus travailleurs, plus économes et plus vertueux, mais nous nous gardons bien de prétendre qu'il suffit d'introduire la vraie religion dans un pays déshérité au point de vue matériel, pour le transformer, comme par enchantement, en un pays riche et prospère. — ''b) ''Venons maintenant au cœur de la question. Sur quoi s'appuie-t-on pour dire que la religion protestante est ''cause de grandeur, ''tandis que la religion catholique est ''cause de décadence ? ''Sans doute, sur le principe fondamental du protestantisme, sur la ''théorie du libre examen ''qui favorise, dit-on, l'esprit d'entreprise, l'élan et l'énergie, alors que les principes du catholicisme qui imposent l'adhésion à des dogmes obscurs et la soumission aveugle à un pouvoir absolu, suppriment toute initiative. Mais qui ne voit que c'est là un raisonnement bien spécieux? La foi à des dogmes qui n'ont rien à faire avec les ''questions matérielles ''et l'obéissance à l'Église dans ''l'ordre spirituel ''ne gênent en rien l'esprit d'initiative, et il serait ridicule de croire que le commerçant et 1 industriel catholiques ne sont pas tout aussi libres que le commerçant et l'industriel protestants de conduire leurs affaires au mieux de leurs intérêts. — c) Ajoutons enfin que le mot ''prospérité ''est un ''terme bien vague. ''La ''vraie civilisation ''ne se réduit; pas à la seule prospérité matérielle : il nous semble au contraire qu'elle embrasse l'ensemble des intérêts matériels, moraux et religieux. Les peuples qui veulent arriver au plus haut degré de civilisation ne sont donc pas ceux qui n'ont d'autre idéal que le bien-être et la fortune, mais ceux qui ont plus de grandeur d'âme et une vie morale plus noble. Or il est évident que, sur ce point, les principes catholiques qui recommandent tant la charité, l'amour des autres, le don de soi, qui font aller de pair la foi et les bonnes œuvres, sont loin d'être inférieurs aux principes protestants. Nous pouvons donc déjà conclure que la thèse ne repose sur aucun argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Non seulement la thèse, prise en soi, est fausse, mais les ''faits ''eux-mêmes la démentent. — ''a) ''Car, s'il s'agit du ''passé, ''l'on ne saurait contester que dans une longue période de notre histoire, les nations catholiques : la France, l'Autriche et l'Espagne, furent à la tête de la civilisation. Or le moment où elles ont atteint leur apogée correspond précisément avec celui où la vie catholique était le plus intense et où les principes chrétiens étaient le mieux observés. — ''b) ''S'il s'agit du ''présent, ''il faut bien confesser que les nations catholiques dont nous venons de parler, sont, \ au point de vue économique, dans un état d'infériorité sur les grandes nations protestantes : Angleterre, États-Unis, Allemagne. Or si l'on veut absolument que la religion soit la cause de cette infériorité, nous répondrons que les États catholiques sont tombés en décadence parce qu'ils ont été infidèles à leur religion et qu'ils ont été rongés par la plaie de l'indifférentisme ou même de l'athéisme. Du moins cela était vrai hier de la France, mais aujourd'hui qu'elle a été comme purifiée par une rude épreuve, au cours de laquelle elle a étonné le monde par sa vitalité, par son esprit d initiative, par son abnégation et par le réveil de sa foi, qui peut dire de quoi demain sera fait et si elle ne va pas reprendre sa place à la tête de la civilisation matérielle morale et religieuse? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Art. I. — Brehier, art. ''Croisades ''(Dict. d'Alès) — Luchaire, ''Innocent III''; ''La question d’Orient (Paris).'' — Guilleux, art. ''Albigeois ''(Dict. d’Alès) — De Cauzons, ''Les Albigeois et l'Inquisition ; Les Vaudois et l'Inquisition'' (Bloud). — Mgr Douais, ''Les sources de l'histoire de l’Inquisition ''(Rev. des Questions historiques, 1882) ; ''L'Inquisition, Ses origines historiques, sa procédure ''(Plon), Vacandard, ''L'Inquisition ''(Bloud). — Guiraud, ''Questions d'histoire et d. archéologie chrétienne ''(Gabalda). — Mgr d'Hulst, Car. de 1895, 5e Conf. ''L'Église et l’Etat. ''— Langlois, ''L’Inquisition d'après des travaux récents ''(Bellais) — Rouquette, ''L'Inquisition protestante... ''(Bloud). — Guiraud, art. ''Inquisition ''(Dict. d Alès — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — De la Brière art ''Barthélemy (La Saint-) ''(Dict. d'Alès). - Hello, ''La Saint-Barthélemy ''(Bloud) — Vacandard, ''Etudes de critique et d'histoire religieuse ''(Lecoffre). — Didier ''La révocation de l'Édit de Nantes ''(Bloud). — P. de Vregille, art. ''Galilée ''(Dict d'Alès) — Choupin'', Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne) De l’Epinois, La question ''Galilée ''(Palmé). - Jaugey, ''Le procès de Galilée et la Théologie. — ''Sortais, ''Le procès de Galilée ''(Bloud). — Vacandard ''études de critique... ''— J. de la Serviêre, art. ''Boniface VIII ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Art II. — P. Allard, ''Les esclaves chrétiens depuis les premiers temps de l'Église... ''(Lecoffre) ; art. ''Esclavage ''(Dict. d'Alès). - D'Azambuja, ''Ce que le christianisme a fait pour la femme ''(Bloud). — H. Taudière, art. ''Famille ''(Dict. d'Alès) — L Leclercq, ''Essai d'Apologétique expérimentale ''(Duvivier, Tourcoing). — Mgr Baudbillart, ''L Eglise catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''Bloud) — De la Brière, ''Nations protestantes et nations catholiques ''(Bloud). — Flamérion ''De la prospérité comparée des nations catholiques et des nations protestantes... ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== chapitre II. — La Foi devant la raison et la science. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
478. — Quelque fortes et déterminantes que soient les ''raisons de croire ''proposées par l'Apologétique, elles seraient évidemment frappées de nullité, si nos adversaires pouvaient démontrer que l'Église catholique enseigne des dogmes absurdes. Croyant trouver là un terrain d'attaque très propice, les rationalistes s'élèvent contre la foi, au nom de la ''raison ''-et de la ''science : ''ils prétendent qu'il y a antagonisme entre celles-ci et celle-là, que les deux modes de connaissance sont opposés entre eux, ou tout au moins étrangers l'un à l'autre. Nous allons voir que les choses ne sont pas ainsi, en établissant : 1° les ''rapports de la foi et de la raison, ''et 2° les ''rapports de la foi et de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La foi et la raison. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''479. — Objection. '''— D'après les rationalistes, il y aurait ''incompatibilité ''entre la ''foi ''et la ''raison ''Non seulement entre les deux aucun rapport ne saurait s'établir, mais, en requérant l'adhésion à des ''mystères, ''c'est-à-dire à des vérités qui dépassent, et même, déconcertent l'intelligence, la foi se met en contradiction absolue avec la raison, si bien qu'on ''ne peut croire sans abdiquer ta raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480. — '''Réponse. '''— Nous avons déjà établi ailleurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn377 [377]] les ''rapports entre la foi et la raison, ''et nous avons constaté que la prétendue opposition invoquée par les rationalistes n'existe pas. « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, dit le ''concile du Vatican, ''il ne saurait pourtant y avoir jamais de véritable désaccord entre la foi et la raison. Car le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous étant le même que celui qui a mis la lumière de la raison dans l'esprit de l'homme, il est impossible que Dieu se renie lui-même ni qu'une vérité s'oppose à une autre vérité. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn378 [378]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, trois traits caractérisent les rapports entre la foi et la raison. — ''a) ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts. ''— ''b) ''Loin d'être en désaccord, ils doivent se prêter un ''mutuel concours. ''— c) Là où les deux principes se rencontrent, ''la foi est au-dessus de la raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA FOI ET LA RAI SON, PRINCIPES DISTINCTS. — ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts, ''deux voies, deux lumières données par Dieu à l'homme pour atteindre le vrai. D'où il suit que chacune a son domaine ''respectif. ''Le ''domaine de la foi, ''ce sont toutes les vérités de la révélation, parmi lesquelles les unes, — les mystères, — sont inaccessibles à la raison, tandis que les autres lui sont accessibles et n'ont été révélées par Dieu que pour être connues avec certitude de la masse des hommes qui autrement les aurait ignorées ou mal connues. Le ''domaine de la raison, ''ce sont les vérités, — sciences physiques, naturelles, histoire, littérature, etc., -— que la raison, seule et par ses propres forces, peut découvrir, où elle n'entre pas en contact avec la révélation, où par conséquent elle est maîtresse absolue et n'a pas à subir le contrôle de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PAS DE DÉSACCORD, MAIS MUTUEL CONCOURS. ''— S'il est vrai que les deux principes viennent de Dieu comme l'affirme la doctrine catholique, comment pourraient-ils être ''en désaccord? ''Comment le vrai pourrait-il s'opposer au vrai! Et non seulement il n'y a pas, il ne peut y avoir de désaccord entre la foi et la raison, mais elles se prêtent un ''mutuel concours. ''La raison précède la foi, elle lui prépare le terrain, elle construit les fondements intellectuels sur lesquels elle doit reposer. Puis, quand la foi est en possession de la vérité révélée, c'est encore la raison qui scrute et analyse, pour les rendre intelligibles, autant que faire se peut, les vérités qu'elle croit. A son tour, la foi éclaire la raison : elle l'empêche de s'égarer à travers la multiplicité des systèmes faux et condamnés par l'Église. Elle stimule et élève la raison en lui ouvrant de nouveaux horizons, en proposant à ses investigations le vaste champ des vérités surnaturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''LA FOI EST SUPÉRIEURE A LA RAISON. ''— Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de cette expression. Nous avons dit plus haut que la raison a son domaine propre sur lequel elle est maîtresse absolue. La subordination de la raison à la foi dont nous parlons ici ne concerne donc que le terrain ''mixte, ''et le terrain ''réservé à la foi. ''Sur le terrain ''mixte, ''c'est-à-dire dans les vérités qui, tout en relevant de la raison, appartiennent au domaine de la foi, parce qu'elles ont été révélées par Dieu, — par exemple, l'existence et la nature de Dieu, l'existence et la nature de l'âme, la création du monde, etc., — la raison doit se conformer aux enseignements infaillibles de l'Église, et reconnaître ses erreurs s'il y a lieu. A plus forte raison « dans le domaine ''supérieur ''où se trouvent les mystères qui la dépassent, la raison est obligée à une ''sujétion plus grande. ''Là, elle n'est réellement qu'un instrument; c'est ce que signifie cet adage que « la philosophie est la servante de la théologie». Il s'agit de la philosophie raisonnant sur les mystères. Et si cette expression, qui choque tant les philosophes modernes, était si souvent employée au moyen âge, c'est parce que c'était cette partie de l'exercice de la raison qui semblait la plus importante et sur laquelle se fixait l'attention. La science n'existait encore qu'à l'état d'embryon ; l'étude de la révélation divine paraissait l'étude la plus importante de toutes ; tout se rapportait à la théologie comme centre »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn379 [379]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 i. — Mais, ''objectent ''les rationalistes, les ''mystères, ''pour l'explication desquels vous réclamez le concours de la raison, sont absurdes. Prenez tous les dogmes fondamentaux de votre religion : un Dieu en trois personnes, le péché originel, un Dieu fait homme, la naissance virginale du Christ, la rédemption par la mort d'un Dieu sur une croix... Ne suffit-il pas de les énoncer pour constater qu'ils sont en ''contradiction avec la raison?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément les mystères sont ''au-dessus ''de la raison, mais ils ne sont pas ''contre. ''Il est vrai qu'ils paraissent et même qu'ils sont en contradiction avec les lois de la nature, mais cela ne prouve pas qu'ils contredisent notre raison. Cette contradiction n'existe que lorsqu'on ''déforme ''les dogmes par des conceptions fausses et des termes impropres. Prenons un seul exemple que nous emprunterons au livre de Sully Prudhomme sur « ''La vraie religion selon Pascal». ''Voici comment il expose le mystère de la Sainte Trinité, et la contradiction qu'il y relève. « Dire qu'il y a trois personnes en Dieu, c'est dire qu'il y a en Dieu trois individualités distinctes. D'autre part cependant, la formule du mystère déclare qu'il n'y en a qu'une, celle de Dieu même : le Père est Dieu, le Fils également ; le Saint-Esprit également ; les trois personnes divines ne sont qu'un seul et même être individuel. » — Si les théologiens présentaient le dogme sous cette forme, il est bien certain qu'il y aurait une contradiction dans les ternies. On ne saurait en effet concevoir ''trois individualités ''dans ''le même être individuel. ''Aussi n'est-ce pas ainsi qu'ils s'expriment. Laissant à Sully Prudhomme les termes ambigus d' « ''individualités ''» et « ''d'être individuel ''», ils disent que le mystère de la Sainte Trinité consiste dans le fait d'une ''nature unique ''subsistant en ''trois personnes, ''en d'autres termes, qu'il n'y a en Dieu qu'une seule nature, mais que cette nature est possédée par trois personnes. Que le critique ne comprenne pas, nous n'en sommes pas surpris, mais vraiment la contradiction ne se trouve que dans sa formule. C'est donc celle-ci qu'il faut réviser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ce que nous venons de faire pour le mystère de la Trinité, nous pourrions le faire et nous l'avons fait du reste pour les autres dogmes de la Religion catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn380 [380]]. Nulle part nous n'avons rencontré l'opposition entre la foi et la raison que voudraient y voir nos adversaires, et nous pouvons conclure que, si les dogmes dépassent la raison, ils ne la contredisent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La foi et la science. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''482. — Objection'''. — Les rationalistes prétendent qu'entre la ''foi ''et la ''science ''le ''conflit ''est non moins irréductible et plus apparent encore qu'entre la foi et la raison. Et ils en cherchent généralement la preuve dans les ''récits scientifiques de la Bible ''qu'ils s'efforcent de mettre en contradiction avec les données de la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''483. — Réponse.''' — Nous distinguerons deux points dans l'objection rationaliste : — a) la ''thèse ''qui affirme, d'un point de vue général, 'existence d'un soi-disant conflit entre la foi et la science, et — b) les ''applications ''qu'on en fait à la Bible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE. ''— Les rationalistes pensent qu'entre la foi et la science le conflit est irréductible de ce fait que la science a pour conditions le ''libre examen ''et la ''libre recherche ''de la vérité, tandis que la foi n'est libre ni dans sa ''méthode ''ni dans ses ''conclusions. ''« Nous ne pouvons trouver un procédé scientifique, dit Gunkel, que là où il s'agit de chercher la vérité et où le résultat n'est donné au préalable ni dans le détail ni dans l'ensemble, par quelque autorité que ce soit. » Ainsi, disent les rationalistes, de ce que le libre examen est la condition de toute recherche scientifique, il s'ensuit que le catholique, qui n'a pas le droit de commencer par douter de ses dogmes, sans cesser d'être catholique, ne peut fournir une démonstration scientifique ni de ses ''raisons de croire ''ni des ''choses qu'il croit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre à la thèse rationaliste, il importe de distinguer entre le domaine exclusif de la science et le domaine mixte de la science et de la foi. — a) S'agit-il du ''domaine exclusif ''de la raison et de la science, s'agit-il des sciences qui n'ont rien de commun avec la foi, il est clair que le savant catholique jouit de la même liberté que le savant protestant ou rationaliste. « Qu'importe pour la liberté d'esprit nécessaire au savant électricien qu'il croie au Coran, à la Bible, ou bien à l'infaillibilité du Pape? — A moins qu'on n'essaie de soutenir que l'électricien qui croit à l'infaillibilité du Pape doit par là même professer qu'il est obligé de croire ce que le Saint-Père lui ordonnera, même en matière d'électricité. A quoi on ne peut répondre qu'en renvoyant le libre penseur au catéchisme, où il verra nettement délimitées les matières sur lesquelles l'infaillibilité peut porter. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn381 [381]] — b) S'agit-il des ''questions mixtes ''où les conclusions de la foi peuvent s'opposer aux conclusions d'une certaine philosophie et d'une certaine science, le savant catholique ne semble pas, au premier abord, pouvoir faire œuvre de science, parce que, lié par sa foi, il reste toujours apologiste, parce que, ses conclusions lui étant commandées par ses croyances, il est obligé d'ordonner les faits et les textes dans le sens de ses idées préconçues. Mais l'antinomie entre la foi et la science, même sur ce domaine mixte, est moins grand qu'on ne le prétend. Pourquoi celui qui croit en Dieu, en la Providence, au miracle, à l'existence d'une âme spirituelle et libre, serait-il moins apte à comprendre les faits biologiques et les réalités historiques que l'athée, le matérialiste et le déterministe? S'il y a préjugé d'un côté, il y en a aussi de l'autre, et, s'il y a préjugé des deux côtés, en quoi celui de l'athée est-il plus conforme à la science, à la libre recherche de la vérité que celui du croyant? Par ailleurs, quel que soit le point de départ du croyant, et même s'il était vrai que sa méthode de démonstration fut moins scientifique, de quel droit pourrait-on rejeter ses ''conclusions, ''s'il n'a fait appel qu'à la science pour défendre ou démontrer une vérité qu'il possède par une autre voie, si ses arguments sont tirés de sa raison, et non de sa foi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'il y a ''tout un domaine ''où le croyant, tout en restant croyant, est capable de véritable esprit scientifique ; et — 2. ''un autre domaine ''où, en dépit d'une méthode moins libre, il peut arriver à des conclusions qui sont scientifiques, parce qu'elles s'appuient sur la science et nullement sur les données de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
484. — B. ''APPLICATIONS A LA BIBLE. ''— Pour prouver qu'il y a antagonisme entre la foi et la science, les rationalistes citent de nombreux passages de la Bible où les données de la révélation semblent .en opposition avec les données de la science. L'on pourra se faire une idée du soi-disant conflit par les trois exemples suivants tirés des descriptions cosmographiques, de la cosmogonie mosaïque et du récit du déluge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Descriptions cosmographiques. ''— Les termes que les écrivains sacrés emploient pour décrire le ciel, la terre1 et les divers éléments du globe, sont parfois en opposition avec les termes employés par les sciences de la nature. Prenons quelques exemples : — 1. La voûte céleste est représentée comme une enveloppe solide, et il est dit dans la ''Genèse ''(i, 6-7), que le firmament ''« ''sépare les eaux supérieures des eaux inférieures qui sont sur la terre», que « les écluses du ciel s'ouvrirent» ''(Gen., ''vii, 11) et laissèrent tomber des pluies torrentielles, alors que la science moderne a démontré qu'il n'y a pas de voûte céleste et que les pluies ne proviennent nullement de réservoirs placés au-dessus de nos têtes. — 2. Les astres sont décrits comme des points fixes placés « dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre et pour présider au jour et à la nuit ''» (Gen''., I, 17-18). — 3. La manière dont il est parlé, à certains endroits, du soleil, suppose qu'il tourne autour de la terre ''(Jos''., x'', ''13 ; ''Ecclé., ''xlviii, 23). L'''Ecclésiaste ''(i, 6) nous le montre qui « se lève », « se couche », « se hâte de retourner à sa demeure, d'où il se lève de nouveau ». — 4. La terre est conçue comme une surface convexe, creusée en forme de cuvette, pour contenir les mers dont les eaux sont retenues par des barrières dressées par Dieu à cette fin ''(Provo., ''viii,, 30), alors qu'elles sont simplement retenues par la pesanteur qui les attache à l'écorce terrestre. — 5. Le lièvre que les naturalistes classent parmi les rongeurs, est désigné comme ruminant dans le ''Deutéronome ''(xiv, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Cosmogonie mosaïque. ''— Les deux premiers chapitres de la Genèse où l'écrivain sacré nous raconte les origines des choses, dépeignent Dieu organisant le monde en six jours, par des actes immédiats, par la toute-puissance de sa parole et sans recourir à 1 action des causes secondes. Au contraire, ''l’hypothèse ''de Laplace suppose que les mondes se sont formés peu à peu, par une lente et progressive évolution[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn382 [382]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il s'agisse des descriptions cosmographiques ou de la cosmogonie mosaïque, y a-t-il vraiment opposition entre la Bible et la Science1? Bien certainement, il y aurait conflit entre les deux si la Bible devait être regardée comme un livre de science. Or il n'en est rien. Les auteurs sacrés ne poursuivent pas un but ''scientifique, ''mais un but ''religieux. ''Les choses de la science étant pour eux un point secondaire, ils parlent des phénomènes de la nature et de la formation du monde, selon les ''apparences ''et d'après les données de la science de l'époque où ils écrivent. Dana ces conditions, l'on ne saurait voir un conflit entre leur langage et celui de la science actuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Le Déluge. ''— Le récit biblique du déluge ''(Gen., ''vi et vii) a été combattu au nom de l'histoire naturelle, de l'ethnographie et de la géologie. Contre la thèse d'un ''déluge universel, ''qui aurait inondé toute la terre et englouti tous les hommes et tous les animaux, on ''objecte : ''— 1. qu'il n'y a pas sur la terre une masse d'eau assez considérable pour s'élever jusqu'au sommet des plus hautes montagnes dont l'altitude dépasse 8.000 mètres, que Dieu aurait dû donc la créer et la faire disparaître ensuite ; — 2. que Noé ne pouvait faire entrer dans l'arche un couple de tous les animaux existants ; — 8. que, si tous les hommes avaient péri à l'exception de la seule famille de Noé, on ne saurait expliquer la différenciation des races, blanche, noire et jaune qui, d'après les documents de l'histoire, était déjà un fait accompli trois mille ans avant Jésus-Christ ; — 4. que la terre ne porte aucune trace d'une telle inondation. Au contraire, les géologues constatent, par exemple sur les montagnes de l'Auvergne, des monceaux de cendre et de scories qui proviennent de volcans éteints avant l'apparition de l'homme et qui, dans l'hypothèse d'un déluge universel, auraient été certainement emportés par les eaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés que nous venons de signaler n'embarrassent guère l'apologiste, pour cette bonne raison que ''l’universalité absolue ''du déluge n'a jamais été enseignée par l'Église comme article de foi, et que dès lors les opinions ont libre cours. L'universalité du cataclysme décrit dans la Genèse peut donc s'entendre : — 1. dans ce sens que les eaux inondèrent seulement la terre habitée ; — 2. ou même dans ce sens plus restreint qu'elles ne firent périr que la race de Seth, et non l'humanité tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux systèmes, qui supposent que l'universalité du déluge fut ''relative, ''tout en s'accordant avec les sciences naturelles, ne sont nullement en contradiction avec le texte de la Genèse. Car l'écrivain sacré n'a pu vouloir parler des contrées, telles que l'Amérique et l'Australie ou autres, dont il y a tout lieu de croire qu'il ignorait l'existence. Du reste, il arrive souvent dans la Sainte Écriture que les expressions « la terre » et même c toute la terre » ne sont pas employées dans un sens absolu. Ainsi il est dit dans l'histoire de Joseph qu' « il y eut famine sur ''toute ''la terre » (''Gen., ''xxi, 57). De même, saint Luc nous montre réunis à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, « des hommes pieux de ''toutes ''les nations qui sont sous le ciel» ''(Act., ''ii, 5). Rien ne nous empêche donc, ni au point de vue de la foi, ni au point de vue de l'exégèse, de nous rallier à l'opinion d'un ''déluge restreint, ''contre la réalité duquel la science ne peut élever d'objection sérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION GÉNÉRALE. ''—Ainsi, les difficultés soulevées contre l'Église, au nom de la raison et de la science, pas plus que les nombreuses objections que nous avons rencontrées déjà au cours de ce long travail, ne sont de nature à ébranler le bien-fondé de nos dogmes, ni la valeur de nos raisons de croire. Et pourtant, l'on voudra bien nous rendre cette justice que, à aucun moment de notre démonstration, nous n'avons cherché à affaiblir les arguments de nos adversaires. Nous avons mis plutôt un certain scrupule à les présenter dans toute leur force. Si nous avons cru que c'était là une affaire de conscience vis-à-vis d'adversaires dont nous n'avons pas le droit de suspecter la bonne foi et la loyauté, il nous semblait aussi que c'eût été faire injure à la vérité que de la défendre par des moyens inavouables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Bainvel, art. ''Foi ''(Dict. d'Alès) ; ''La foi et l’acte de foi ''(Beauchesne). — Catherinet, ''Le rôle de la volonté dans l’acte de foi ''(Langres). — E. Julien, ''Le croyant garde-t-il sa liberté de penser? ''(Rev. pr. d'Ap. 1907). — Abbé de Broglie, ''Les relations entre la foi et la raison ''(Bloud). — Verdier, ''La révélation devant la raison ''(Bloud). — Ponsard, ''La croyance religieuse et les aspirations de la société contemporaine ''(Beauchesne). — Fonsegrive, ''L'attitude du catholique devant la science ''(Bloud). — Guibert, Les ''croyances religieuses et les sciences de la nature ''(Beauchesne). — Brucker, art. ''Déluge ''(Dict. d'Alès).&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_3%C3%A8me_partie_:_La_vraie_Eglise&amp;diff=1744</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 3ème partie : La vraie Eglise</title>
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				<updated>2011-04-07T10:38:06Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* SECTION II CONSTITUTION DE L'ÉGLISE */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Troisième partie : la Vraie Église =&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la troisième partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
298. — Ainsi que l'indique le tableau qui précède, cette ''troisième Partie ''de l'Apologétique se partage en trois sections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION ''comprend deux chapitres groupés sous le titre général de « ''Recherche de la vraie Église ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conclusion à laquelle nous avons abouti, dans la seconde Partie, c'est que, entre toutes les religions actuelles qui revendiquent le nom de ''religion révélée, ''une seule porte les marques d'origine divine ; cette religion c'est la religion chrétienne. Mais cela ne suffit pas, et il reste à savoir où nous pouvons la trouver. Donc deux questions : Jésus-Christ ''a-t-il fondé ''une institution quelconque, une ''Église ''dont il nous soit possible de découvrir les traits essentiels dans l'Écriture, et à qui il ait confié le dépôt exclusif de sa doctrine! Dans l'affirmative, — et étant donné que plusieurs sectes prétendent être cette Église fondée par le Christ, — ''quelles sont les marques ''auxquelles nous puissions la discerner? ''Quelle est la vraie Église?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DEUXIÈME SECTION. ''— A vrai dire, lorsque l'apologiste a démontré que l'Église romaine est la vraie Église, son œuvre est terminée. Les deux autres sections sont donc en dehors de l'apologétique ''constructive, ''Nous les avons ajoutées pour répondre à des questions du plus haut intérêt et d'ailleurs généralement inscrites aux Programmes d'Instruction religieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde section, qui porte le titre général de « ''Constitution de l’Église ''», comprend deux chapitres : Le premier où l'on étudie» du point de vue théologique, la ''hiérarchie ''et les ''pouvoirs ''de l'Église ; le second, sur les ''droits ''de l'Église et ses ''relations ''avec ''l’État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''TROISIÈME SECTION. ''— La troisième section est consacrée à la défense de l'Église, non pas évidemment contre toutes les attaquée qui lui ont été faites, sur le terrain historique, philosophique et scientifique, mais contre les principales, et celles qu'on rencontre le plus couramment dans les livres et sur les lèvres des adversaires mal intentionné» ou mal informés. Cette section aura deux chapitres: 1° ''L'Église ''et l'''Histoire, ''et 2° l'''Église ''ou la ''Foi ''devant la ''raison ''et la ''Science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section 1 : Recherche de la vraie Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Institution d'une Église ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notions préliminaires. Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''299.''' — '''I. Notions préliminaires. '''— Pour qu'aucune confusion ne naisse dans l'esprit, il importe, avant tout, de bien déterminer le sens des deux mots ''« royaume de Dieu» ''et ''«Église», ''dont l'usage sera fréquent au cours de ce chapitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Concept du royaume de Dieu. '''— L'expression « ''royaume de Dieu ''» ne revient pas moins de cinquante fois dans les Évangiles de saint Marc et de saint Luc. Saint Matthieu au contraire ne l'emploie que rarement (xii, 28 ; xxi, 31, 43) ; il lui substitue l'hébraïsme « ''royaume des cieux». ''Peu importe du leste : les deux expressions ont même sens. Le royaume de Dieu ou des cieux est bien le point contrai de la prédication de Jésus. L'on se rappelle que les Juifs, instruits par les oracles messianiques, attendaient depuis plusieurs siècles l'avènement d'un vaste ''Royaume ''appelé à s'étendre au loin, et d'un ''Roi ''que Jahvé enverrait pour le gouverner. L'établissement de ce royaume doit donc être l'œuvre propre du Messie. Mais ce royaume dont Jésus vient annoncer la venue, n'est pas tel que les Juifs se le représentent. Dans son ensemble il est la nouvelle religion, la grande société chrétienne que le Christ va instaurer, qu'il doit inaugurer sur cette terre jusqu'à ce qu'il en devienne le juge et le roi à son dernier avènement. Le royaume de Dieu a donc deux phases. Il est : — ''a) ''un ''royaume terrestre ''dans lequel pourront se grouper tous les sujets de l'univers, et — b) un ''royaume céleste, ''transcendant, qui sera établi dans le ciel, un ''royaume eschatologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''300. — 2°''' '''Concept de''' '''l'Église. '''— Étymologiquement, le mot ''Église ''(du grec « ''ekklêsia» ''assemblée), désigne une assemblée de citoyens convoquée par un crieur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS LE LANGAGE SCRIPTURAIRE, ''le mot est employé avec une double signification. — ''a) ''Au ''sens restreint ''et conforme à l’étymologie, il s'applique soit à ''l’assemblée ''des chrétiens qui tiennent leur réunion dans une maison particulière ''(Rom., ''xvi, 5 ; ''Col., ''IV, 15)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn251 [251]], soit à l’''ensemble ''des fidèles d'une même cité ou d'une même région : telles sont, par exemple, l'Église de Jérusalem ''(Act., ''viii, 1 ; xi, 22 ; xv, 24), l'Église d'Antioche ''(Act., ''xiv, 26 ; xv, 3 ; xxiii, 1), les Églises de Judée ''(Gal., ''I, 22), les Églises d'Asie (I Cor., xvi, 19), les Églises de Macédoine (II ''Cor., ''vin, 1). — ''b) ''Dans un ''sens général, ''le mot désigne la ''société ''universelle des disciples du Christ. Le mot est ainsi employé par saint Matthieu dans le fameux « ''Tu es Petrus... ''Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon ''Église ''» ( Mat., xvi, 18). Le même sens est assez fréquent dans les Actes (v, 11 ; viii 1, 3 ix, 31), dans les Épîtres de saint Paul (I ''Cor., ''X, 32 ; xi, 16 ; xiv, 1 ; xv, 9 ; ''Gal, ''i, 13 ; ''Eph., ''i, 23 ; V, 23 ; ''Col, ''i, 18), dans l'Épître de saint Jacques (v, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''DANS LE LANGAGE DES PÈRES, ''le mot ''Église ''se retrouve avec les deux mêmes sens — ''a) sens restreint, ''soit d'assemblée des fidèles : ex. Didachè (iv, 12) soit de groupement local ou régional des fidèles: ex. première Épître de saint Clément pape aux Corinthiens dans la suscription et XLVII, 6; — ''b) sens général, ''pour désigner l'ensemble des fidèles appartenant à la religion chrétienne : le mot se trouve ainsi employé dans les écrits du pape saint Clément, de saint Ignace, de saint Irénée, de Tertullien et de saint Cyprien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''D'APRÈS LA DOCTRINE CATHOLIQUE, ''le mot ''Église ''pris au sens général, s'entend de la ''société ''des fidèles qui professent la religion du Christ sous l'autorité du Pape et des Évêques — ''a) ''En tant que ''société, ''l'Église offre les trois caractères communs à toute société, à savoir une fin, des sujets aptes à atteindre cette fin et une autorité qui a la mission de les y conduire. — b) En tant que ''société religieuse, ''les caractères de l'Église sont d'une nature spéciale. La fin qu'elle poursuit est d'ordre surnaturel. Les sujets auxquels elle s'adresse sont considérés, non par rapport à leurs intérêts temporels, mais au seul point de vue du salut de leur âme. De même, l'autorité qui assume la direction est une autorité surnaturelle qui a reçu de Jésus-Christ un triple pouvoir: — 1 un pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner d'une manière infaillible la doctrine du Christ ; — 2. un pouvoir ''sacerdotal ''pour communiquer la vie divine par les sacrements; et — 3. un pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger tous les fidèles à ce qui est jugé nécessaire ou utile à leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
301, — ''Nota. ''— I. Il est facile de voir, par les deux notions qui précèdent, que le concept du royaume est beaucoup plus étendu que celui de l'Église. L'Église est quelque chose du royaume. Elle en est le côté visible et social, mais elle n'est pas tout le royaume, celui-ci ayant deux aspects : l'aspect terrestre et l'aspect céleste ou eschatologique (N° 299). Cependant l'Église, entendue au ''sens large, ''se confond avec le royaume de Dieu. Les théologiens distinguent en effet le ''corps ''et l’''âme ''de l'Église, c'est-à-dire, d'un côté, la communauté visible et hiérarchique des chrétiens, et, de l'autre, la société invisible, l'âme, à laquelle appartiennent tous ceux qui sont en état de grâce, quelque religion qu'ils professent. Ils comprennent en outre dans la notion d'Église, non seulement les fidèles de la terre (Église ''militante), ''mais aussi les élus qui sont au ciel (Église ''triomphante) ''et les âmes qui souffrent en Purgatoire (Églises souffrante). — 2. Au point de vue ''apologétique, ''et comme il est entendu dans ce chapitre, où nous recherchons si Jésus-Christ a institué une Eglise, ce mot ne s'applique qu'à la société ''visible ''et ''hiérarchique ''des chrétiens ici-bas, donc à la société considérée sous son aspect extérieur et social ''(sens général). ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''302. — II. Division du Chapitre'''. — Une double question doit faire l'objet de notre étude. 1° Tout d'abord nous avons à rechercher si Jésus ''a pu songer à fonder une Église '': c'est la ''question préalable. ''2° Puis, dans l'affirmative, nous aurons a établir, d'après les documents de l'histoire, quels sont les ''caractères essentiels de l’Église fondée par le Christ. ''D'où deux articles. Dans le premier, nous rencontrerons devant nous ''les rationalistes, ''les protestants ''libéraux ''et les ''modernistes. ''Dans le second, nous aurons les mêmes adversaires, et en plus, les Protestants ''orthodoxes ''et les ''Grecs schismatiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Question préalable : Que Jésus a pu songer à fonder une Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
303. — D'après les ''protestants libéraux ''et les ''modernistes, ''l'institution d'une Église ne pouvait pas être dans la pensée de Jésus, la prédication du Sauveur n'ayant d'autre but que l'établissement du royaume de Dieu. Le royaume de Dieu, en effet, tel que nos adversaires le conçoivent, est incompatible avec la notion catholique de l'Église. Le royaume de Dieu prêché par Jésus serait: — 1. un royaume ''purement spirituel, ''d'après les uns (Sabatier, Stapfer, Harnack) ; — 2. un royaume ''uniquement eschatologique, ''d'après les autres (M. Loisy). Nous allons examiner ces deux systèmes, et nous montrerons qu'ils sont une interprétation incomplète, et par conséquent ''fausse, ''de la pensée et de l'œuvre de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le système d'un royaume de Dieu seulement intérieur. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''304. — 1° Exposé du système'''. — Si nous en croyons Sabatier et Harnack, ''Jésus n'a jamais songé à fonder une Église, ''en tant que ''société visible. ''Il s'est borné à prêcher un royaume de Dieu ''intérieur ''et ''spirituel ; ''son unique préoccupation a été d'établir le règne de Dieu dans l'âme de chaque croyant, en produisant en lui une ''rénovation intérieure ''et on lui inspirant envers Dieu les sentiments d'un fils à l'égard de son Père. Dans sa race, dans son milieu, dans la génération de son temps, Jésus trouvait une religion exclusivement rituelle et formaliste. Sans doute, il un l'a pas interdite d'un seul coup ; mais ce côté extérieur de la religion, il l'a on visage comme secondaire. Ce que l'on peut au contraire regarder comme la grande nouveauté apportée par lui, comme l'élément original et qui lui appartient en propre, ce qui, en d'autres termes, est bien ''l'essence du christianisme, ''c'est la place prépondérante accordée désormais au sentiment. Ainsi le royaume de Dieu serait un royaume intime et spirituel, s'adressant aux besoins de l'âme, n'impliquant aucune adhésion à des dogmes, à des institutions positives et à des rites tout extérieurs, laissant donc toute liberté au ''sens individuel. ''D'où il suit que l'organisation du christianisme en société hiérarchique serait en dehors du plan tracé par le Sauveur ; l'Église serait une ''création humaine ''dont il appartient à l'histoire de découvrir les ''origines ''et les ''causes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''305. — 2° Réfutation'''. — Que la religion prêchée par le Christ, autrement dit, le royaume de Dieu soit surtout ''d'essence spirituelle, ''que la grande innovation du christianisme ait été la rénovation intérieure par la foi, la charité et l'amour du Père, que ces conceptions de Jésus aient créé un abîme entre le pharisaïsme alors régnant et la religion nouvelle, c'est ce dont nous aurions mauvaise grâce à ne pas convenir avec Harnack. Il ne faudrait pourtant rien exagérer, car, dans une certaine mesure, le royaume spirituel n'était nullement étranger à l'enseignement des prophètes, comme nous l'avons vu en étudiant l'argument prophétique (N° 248). Toutefois il n'en est pas moins vrai, — et c'est ce qu'il fait reconnaître avec Harnack, — que le royaume spirituel et intérieur est bien l'œuvre de Jésus. Alors que la voix des prophètes avait eu peu d'écho, Jésus seul eut assez d'autorité pour remonter le courant et opposer à la justice tout extérieure et matérielle du culte mosaïque la&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
justice du nouveau royaume où les vertus intérieures telles que l'humilité, la chasteté, la charité, le pardon des injures, occupent la première place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, ces justes concessions une fois faites, s'ensuit-il qu'il y ait lieu de conclure, avec Harnack, que le royaume de Dieu annoncé et établi par le Christ, soit un royaume ''purement individuel, ''une société invisible composée des âmes justes, et qu'il n'ait aucun caractère ''collectif ''et ''social? ''Est-on même en droit de prétendre que la ''perfection intérieure ''doit être considérée comme l’''essence du christianisme, ''parce que seule elle est l'œuvre du Christ? Il semble bien que non, et il y a dans cette manière de voir un sophisme que M. Loisy a relevé dans les termes suivants. « II y aurait, dit-il, peu de logique à prendre pour l'essence totale d'une religion ce qui la différencie d'avec une autre. La foi monothéiste est commune au judaïsme, au christianisme et à l'islamisme. On n'en conclura pas que l'essence de ces trois religions doive être cherchée en dehors de l'idée monothéiste. Ni le juif, ni le chrétien, ni le musulman n'admettent que la foi à un seul Dieu ne soit pas le premier et le principal article de leur symbole. . C'est par leurs différences qu'on établit la destination essentielle de ces religions, mais ce n'est pas uniquement par ces différences qu'elles sont constituées... Jésus n'a pas prétendu détruire la Loi, mais l'accomplir. On doit donc s'attendre à trouver dans le judaïsme et dans le christianisme, des éléments communs, essentiels à l'un et à l'autre... L'importance de ces éléments ne dépend ni de leur antiquité, ni de leur nouveauté, mais de la place qu'ils tiennent dans l'enseignement de Jésus et du cas que Jésus lui-même en a fait. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn252 [252]] Autrement dit, ce n'est pas parce que le Messie a enseigné que le « ''royaume de Dieu ''» devait être ''surtout ''spirituel, qu'il faut en conclure qu'il doit être ''exclusivement ''spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du reste, la chose apparaît tout à fait évidente si l'on prend soin de remettre le ''langage de Jésus ''dans les ''conditions de milieu ''et d'idées dans lesquelles il a été tenu. Si le Sauveur insiste tout particulièrement sur l'idée de perfection intérieure et de rénovation spirituelle, c'est qu'il doit corriger les conceptions fausses des Juifs. Ceux-ci attendent un royaume temporel ; ils se sont attachés dans les prophéties à l'élément secondaire (V. Nos 248 et 253) et ils croient à la restauration du royaume d'Israël. Le Messie veut donc redresser leurs conceptions fausses et leur faire comprendre que le royaume de Dieu qu'il est venu établir, n'est nullement un royaume temporel, qu'il n'est pas le triomphe d'une nation sur les autres, mais un royaume qui s'adresse à tous les peuples et dans lequel aura accès tout homme de bonne volonté qui pratique les vertus morales et intérieures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le royaume ne soit pas purement spirituel, qu'il ait au contraire un caractère ''collectif ''et ''social, ''c'est ce qui ressort surtout de nombreuses ''paraboles, ''qui sont, on le sait, une des formes les plus ordinaires sous lesquelles Jésus donne son enseignement. Il est clair, par exemple, que les paraboles où Notre-Seigneur compare le royaume au champ du père de famille sur lequel poussent à la fois le bon grain et l'ivraie (''Mat., ''xiii, 24, 30), au filet du pécheur où se confondent les bons et les mauvais poissons ''(Mat., ''xiii, 47), n'auraient aucun sens dans l'hypothèse d'un royaume purement intérieur et spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, le ''terme ''de ''royaume de Dieu ''ne serait-il pas bien ''impropre ''s'il fallait l'entendre du ''règne de Dieu dans l'âme individuelle? ''Ce n'est plus en effet d'un royaume qu'il s'agirait, mais d'autant de royaumes qu'il y aurait d'âmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de ce système s'appuient, il est vrai, pour prouver leur thèse, sur ce texte de saint ''Luc ''(xvi, 20) « ''Ecce regnum Dei intra vos est ''» qu'ils traduisent ainsi : « Le royaume de Dieu est ''en ''vous. » Mais ce texte comporte un autre sens, et il semble plus juste et plus en rapport avec le contexte de traduire : « Le royaume de Dieu est ''au milieu ''de vous. » D'après saint ''Luc, ''en effet, ce sont les pharisiens qui interrogent Notre-Seigneur. Comme ils lui demandent quand viendra le royaume de Dieu, il leur répond : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : il est là ; car voyez, le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Ainsi remise dans son cadre, la parole de Jésus paraît plutôt contredire le système d'un royaume purement intérieur que de le favoriser. S'adressant à des pharisiens qui étaient incrédules, qui, du fait qu'ils rejetaient l'Évangile, se mettaient en dehors du royaume, n'est-il pas évident que Jésus ne pouvait leur dire que ce royaume était en eux, c'est-à-dire dans leurs âmes? La pensée du Sauveur est donc tout autre. Se heurtant aux idées fausses de ses adversaires, qui s'imaginaient que la venue du royaume et du Messie serait accompagnée de signes éclatants, de prodiges extraordinaires dans le ciel, Jésus apprend aux pharisiens comment le royaume de Dieu doit venir. Il ne viendra pas, leur dit-il alors, comme une chose qu'on peut observer, comme un astre dont on pourrait suivre le cours, car le royaume sera surtout spirituel et se dérobera par conséquent à l'observation. Du reste, ajoute Notre-Seigneur, n'allez pas le chercher où il ne faut pas, car il est ''déjà venu, ''il est ''au milieu ''de vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la correcte interprétation du texte de saint Luc, ainsi que des raisons qui précèdent, il résulte donc que le royaume de Dieu ne peut être considéré comme un royaume ''purement spirituel, ''qu'il est au contraire ''collectif ''et ''social, ''et qu'on ne peut induire de là que Jésus n'ait jamais songé à fonder une ''Église visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. —. Le système d'un royaume de dieu purement eschatologique. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''306. — 1°''' '''Exposé du système.'''— Suivant M. Loisy, l'institution d'une Église n'a pu rentrer dans les desseins du Sauveur. Voici à peu près comment l'auteur de ''l’Évangile et l'Église ''entend le démontrer. A l'époque où parut Notre-Seigneur, c'était une idée courante parmi les Juifs, que le Messie aurait pour mission d'inaugurer le règne final et définitif de Dieu ou, si l'on aime mieux, le ''royaume eschatologique. ''Or, si l'on analyse les textes des Évangiles, du seul point de vue critique et sans les déformer par une interprétation théologique, il semble bien que Jésus partageait l'erreur de ses contemporains. En conséquence, sa prédication a eu un double but : —-1. ''annoncer la venue prochaine du royaume ''en même temps que la fin du monde qui devait en être l'accompagnement obligé ; et — 2. ''y préparer les âmes ''par le renoncement aux biens de ce monde et par la pratique des vertus morales capables de procurer la justice. Le Christ de l'histoire n'a donc pas pu songer à fonder une Église, c'est-à-dire une ''institution durable, ''puisque son œuvre n'était pas appelée à durer et qu'elle devait se terminer à brève échéance par l'avènement du royaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc parler ''à l'institution divine de l'Église. ''Ce sont les ''circonstances ''et la ''non-réalisation ''du ''royaume eschatologique ''qui ont déterminé les disciples à corriger le programme de leur Maître, à « réinterpréter » ses paroles « pour accommoder à la condition d'un monde qui durait, ce qui avait été dit à un monde censé près de finir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn253 [253]]. D'où il paraît légitime de conclure que Jésus « annonçait le royaume, et c'est l'Église qui est venue.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn254 [254]] Cependant, d'après la ''théorie moderniste, ''si l'Église ne procède pas d'une pensée et d'une volonté expresse de Jésus, l'on peut dire cependant qu'elle se rattache à l'Évangile, en tant qu'elle fait suite à la société que Jésus avait groupée autour de lui en. vue du royaume. Elle est ainsi, en un certain sens, le résultat légitime, quoique inattendu, de la prédication du Christ, et rien n'empêche de voir, entre l'Évangile et l'Église, un rapport étroit, et de dire en toute vérité que l'Église continue l'Évangile»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn255 [255]]. En d'autres mots, Jésus avait groupé autour de sa personne un certain nombre de disciples à qui il donna la mission de préparer l'inauguration prochaine du royaume, et comme les événements ont trompé l'attente des apôtres, — le royaume si ardemment désiré et si impatiemment attendu n'étant pas venu, — la petite société a grandi et, en grandissant, elle a donné naissance à l'Église. L'on peut donc définir l'Église : la société des disciples du Christ, qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique, se sont organisés et adaptés aux conditions d'existence de l'heure présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait se demander ce que M. Loisy fait des textes évangéliques qui rapportent l'institution de l'Église. C'est bien simple. Comme les protestants libéraux, il les déclare sans valeur pour l'historien, et il en donne comme raison que « les textes qui concernent véritablement l'institution de l'Église sont des paroles du Christ glorifié ». Ces textes seraient donc des produits de la pensée chrétienne. Et M. Loisy conclut que « l'institution de l'Église par le Christ ressuscité n'est pas un fait tangible pour l'historien»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn256 [256]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''307. — 2° Réfutation'''. — N'ayant d'autre objectif que de préparer les âmes à la venue imminente du royaume des cieux et à sa parousie, le Christ ne pouvait songer à organiser une société durable : telle est l'idée maîtresse du système de M.Loisy. Or nous allons prouver que, pour soutenir une thèse aussi absolue, il est nécessaire de se livrer à un découpage de textes que rien n'autorise, et procéder à un choix inadmissible ou à une interprétation fantaisiste des passages de l'Évangile qui s'appliquent à l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérons d'abord le ''point de départ ''Est-il vrai que les contemporains de Jésus n'aient eu d'autre idée que l'établissement du ''règne définitif ''de Dieu? Comme l'a fort bien démontré le P. Lagrange[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn257 [257]], l'on peut distinguer au contraire dans la littérature de l'époque deux manifestations de la pensée juive : celle que l'on trouve dans les ''apocalypses ''et celle des ''rabbins. ''Or, pas plus dans l'une que dans l'autre, le règne messianique n'est identifié avec le ''règne final ''de Dieu ; ni d'un côté ni de l'autre l'on ne se désintéresse de l'avenir d'Israël en ce monde. Il y a toutefois cette différence entre les deux que les auteurs apocalyptiques insistaient beaucoup plus sur le royaume eschatologique tandis que les rabbins, dans leur concept du règne messianique, attachaient une part plus importante au monde présent. Si, par conséquent, Jésus avait adopté les idées des apocalypses et n'avait voulu prêcher qu'un royaume purement eschatologique, il n'aurait pas manqué de corriger les croyances des rabbins Or cela, il ne l'a pas fait. De l'examen impartial des Évangiles il résulte au contraire que le Sauveur présente le royaume comme devant avoir une double phase : une phase terrestre avant la période de consommation finale. Il y a en effet de nombreux caractères par lesquels Jésus décrit le royaume, qui sont totalement inconciliables avec le royaume eschatologique et qui ne s'accordent qu'avec la vie présente. C'est ainsi que Jésus parle du royaume comme ''déjà inauguré. ''« Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est emporté de force», est-il dit dans saint ''Matthieu ''(xi, 12). Ainsi encore il réplique aux Pharisiens qui l'accusent de chasser les démons au nom de Belzébuth : « Que si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu à vous » ''(Mat., ''xii, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout dans les ''paraboles ''que l'enseignement de Jésus transparaît le plus. Le royaume y est représenté comme une ''réalité déjà existante ''et concrète, comme un royaume destiné à ''grandir ''et à se développer, — parabole du grain de sénevé ''(Mat., ''xiii, 31, 35; ''Marc, ''IV, 30, 32), — comme un royaume comportant le mélange des bons et des méchants, — paraboles du bon grain et de l'ivraie ''(Mat., ''xviii, 24, 30), du filet qui ramasse des poissons de toutes sortes, bons et mauvais ''(Mat., ''xiii 47, 50), des vierges sages et des vierges folles ''(Mat., ''xxiv, 1, 18). Autant de caractères qui ne sont pas applicables au royaume eschatologique et qui ne peuvent convenir qu'à un royaume déjà formé, susceptible de s'étendre et de se perfectionner, préparatoire à une autre forme de royaume qui, elle, sera la forme; définitive, où le bon grain seul sera engrangé, où le tri entre les bons et les mauvais poissons sera chose faite, et d'où les vierges folles seront exclues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela serait juste, ''répliquent ''alors les ''partisans du système eschatologique, ''si les textes allégués pour prouver l'annonce d'un royaume terrestre étaient ''authentiques. ''Mais, ils ne le sont pas. Ils ont été introduits dans la trame évangélique par la première génération chrétienne qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique attendu, n'a pas craint de travestir 1 enseignement du Sauveur pour mettre sa pensée et ses paroles en harmonie avec les faits. Qu'il y ait dans les Évangiles deux séries de textes : l'une ''eschatologique, ''l'autre ''non eschatologique, ''et que les textes qui annoncent la fin du monde et la parousie soient incompatibles avec ceux qui parlent d'un royaume terrestre, c'est ce que tout critique de bonne foi doit reconnaître. Mais si les deux séries sont exclusives l'une de l'autre, il faut donc choisir entre les deux et rechercher la tradition primitive, celle qui doit être attribuée à Jésus. Or, ajoute-t-on, il y a tout&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
lieu de croire que la série eschatologique seule représente la pensée authentique de Jésus, car elle n'a pu être inventée au moment où les événements venaient la démentir. La seconde série aurait donc été élaborée ultérieurement pour adapter l'Évangile du salut aux circonstances nouvelles imposées par le développement chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'objection des modernistes est plus spécieuse que solide. ''Ils ont raison sans doute, lorsqu'ils affirment qu'il y a dans les Évangiles deux séries de textes, mais sont-ils en droit de conclure que ces deux séries sont exclusives l'une de l'autre? N'y a-t-il pas plutôt un ''moyen de les concilier? ''Le nœud du problème est là. Si Jésus a annoncé la fin du monde et l'avènement du royaume eschatologique comme des choses imminentes, il y a sans contredit opposition entre les deux séries de textes. Jésus qui se serait mépris si gravement en montrant le royaume eschatologique dans un avenir tout proche, ne pourrait plus être l'auteur de la série non eschatologique. Mais la question est précisément de savoir s'il a présenté la fin du monde et la venue du royaume eschatologique comme des événements prochains. A la question ainsi posée nous pourrions d'abord répondre qu'il y a tout lieu de croire ''a priori ''que la conciliation est possible, car comment admettre que les Évangélistes rapportant les paroles de Notre-Seigneur, assez longtemps après qu'elles avaient été prononcées, auraient été assez maladroits pour introduire dans leurs récits des textes en contradiction avec ces paroles? De deux choses l'une. Ou bien les Évangélistes sont sincères ou ils ne le sont pas. Dans la première hypothèse, ils auraient reproduit fidèlement les paroles de leur Maître et nous n'aurions qu'une série de textes : la série eschatologique. Dans la seconde hypothèse, ils n'auraient pas manqué de supprimer la série eschatologique, puisque les événements lui donnaient tort, et ils lui auraient substitué purement et simplement la série non eschatologique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voyons si les textes de la série eschatologique ne comportent pas d'autre explication que celle donnée par les modernistes Cela nous ramène à la célèbre prophétie sur la fin du monde dont nous avons parlé dans la seconde Partie (N° 260). Nous n'insisterons donc pas sur ce point. Qu'il nous suffise de rappeler que la parole de Notre-Seigneur « Cette génération ne passera pas avant que toutes ces choses ne s'accomplissent» ''(Mat, ''xxiv, 34 ; ''Marc, ''xiii 30 ; ''Luc, ''xxi, 32), invoquée par nos adversaires pour prouver que Jésus croyait à la fin imminente du monde, s'applique plutôt, d'après le contexte, à la ruine de Jérusalem et du peuple juif. Que les Évangélistes ne distinguent pas les deux catastrophes avec assez de netteté, que ''leurs récits ''concernant à la fois la fin du monde et la ruine du Temple ''manquent de précision, ''c'est ce qui n'est pas douteux. Et cela est si vrai que beaucoup de critiques ont pu croire que, entraînés par les idées courantes de leur milieu, les Apôtres s'étaient trompés sur la pensée de Jésus. Nous avons vu (p. 272) ce qu'il fallait penser de cette opinion. En toute hypothèse, on ne saurait admettre que Jésus lui-même ''ait commis l'erreur ''que nos adversaires lui imputent. Tout au contraire, il ne paraît pas douteux, — à s'en tenir aux simples données d'une sage critique littéraire, — que la catastrophe dont Jésus annonce la date prochaine et à laquelle la génération de son temps doit assister, c'est la ruine de Jérusalem et du Temple, tandis que l'époque de la seconde ne serait envisagée que dans une perspective beaucoup plus lointaine, puisque Jésus dit que « personne n'en connaît ni le jour ni l'heure » ''(Mat., ''xxiv, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux passages qui déclarent imminente la venue du Fils de l'homme sur les nuées du ciel ''(Mat., ''xvi, 28 ; xxvi, 64 ; ''Marc, ''ix, 1 ; ''Luc, ''ix, 27 ; xxii, 69), il est permis d'entendre par là la prédiction de ''l'admirable essor ''que prendra bientôt le règne messianique et dont la génération à laquelle Notre-Seigneur s'adresse sera témoin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn258 [258]]. Ainsi interprétés, ces textes se sont vérifiés à la lettre, vu que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite avec une merveilleuse rapidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la discussion qui précède il n'est donc pas téméraire de conclure que, pas plus que le système d'un royaume purement intérieur et spirituel, le système d'un ''royaume exclusivement eschatologique ''n'est acceptable. Il n'est pas vrai de dire alors que Jésus n'a pu nullement envisager l'établissement d'une Église en tant que société visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus-Christ a fondé une Église. Ses caractères essentiels. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
308. — ''Position du problème ''— Il vient d'être démontré ci-dessus que « le royaume de Dieu» prêché par le Christ comporte une première période qui peut s'appeler la ''phase terrestre ''et préparatoire du royaume eschatologique. Or ce royaume comprend tous ceux qui acceptent la doctrine enseignée par Jésus. Il est par conséquent une ''société ''et c'est à cette société que nous donnons le nom ''à l'Église. ''La question qui se pose donc à présent, c'est de savoir quelle est la ''nature ''de cette société. Se compose-t-elle de membres égaux : auquel cas l'interprétation de la doctrine du Christ serait laissée à l'arbitraire du jugement individuel? Est-elle au contraire constituée sur le principe de la ''hiérarchie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn259 [259]], comprenant deux ''groupes distincts, ''l'un qui enseigne et gouverne, l'autre qui est enseigné et gouverné! Jésus a-t-il ''institué ''lui-même une ''autorité ''à laquelle il ait confié la charge d'enseigner authentiquement sa doctrine! Bref, le christianisme est-il « ''religion de l'esprit » ''ou « ''religion d'autorité ''»?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Protestants orthodoxes, ''que nous avons désormais devant nous, soutiennent la première hypothèse. Ils n'admettent pas que Jésus ait créé une ''autorité vivante. ''Les vérités à croire, les préceptes à suivre et les moyens de sanctification, tout serait abandonné à l'appréciation subjective de chaque croyant. Entre Dieu et la conscience Jésus n'aurait placé aucun intermédiaire obligatoire. Que si on leur demande alors pourquoi ils se groupent et tiennent des réunions; ils répondent que c'est tout simplement pour prier en commun, pour lire et commenter l'Evangile, pour pratiquer les rites du baptême et de la cène, et pour s'édifier mutuellement dans l'amour de Dieu et la charité fraternelle ''mais non pour obéir à une autorité constituée. ''C'est d'ailleurs sur ''l'histoire ''que les Protestants entendent appuyer leur point de vue. Nous verrons plus loin comment ils expliquent la création d'une hiérarchie, et partant, les ''origines du catholicisme ''(V. N° 312).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contre de telles affirmations il s'agit donc de prouver que Jésus a institué une ''hiérarchie permanente, ''— le collège des Douze et leurs successeurs, — à la tête de laquelle il a placé un chef unique, Pierre et ses successeurs : hiérarchie à laquelle il a octroyé une autorité gouvernante, revêtue d'une divine garantie: l’''infaillibilité doctrinale. ''Pour mieux atteindre notre but, nous décomposerons les questions dans les propositions suivantes. Nous prouverons : 1° que Jésus ''a fondé une hiérarchie ''en conférant aux Apôtres le triple pouvoir d'enseigner, de régir et de-sanctifier, qu'il a donc constitué une ''autorité vivante ; ''— 2° que cette hiérarchie est ''permanente, ''le triple pouvoir des Apôtres devant se transmettre à leurs successeurs ; — 3° que, à la tête de la hiérarchie, il a placé un ''chef unique ''(primauté de Pierre et de ses successeurs) ; — 4° qu'il a garanti la conservation intégrale de sa doctrine en octroyant à l'Eglise enseignante le privilège de ''l'infaillibilité. ''D'où quatre paragraphes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
309. — ''État de la question. ''— ''a) ''Les Protestants ''orthodoxes, ''avons-nous dit (N° 308), n'admettent pas que Jésus ait constitué à la tête de son Église une ''autorité vivante, ''mais ils concèdent l'historicité et même l'inspiration des textes évangéliques invoqués par les catholiques en faveur de leur thèse. — ''b) ''Au contraire, les ''rationalistes, ''les Protestants ''libéraux ''et les ''modernistes ''rejettent l'authenticité de ces textes. Ils prétendent qu'ils sont dus à un travail postérieur et rédactionnel d'auteurs inconnus et auraient été introduits dans la trame évangélique après les événements, c'est-à-dire au moment où l'institution d'une Église hiérarchique était un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique ''s'appuie donc sur un double argument: — 1. sur un ''argument tiré des textes évangéliques ''que nous sommes en droit d'invoquer contre les Protestants orthodoxes, et — 2. sur un ''argument historique, ''où nous aurons à réfuter la fausse conception des libéraux et des modernistes sur les origines de l'Église hiérarchique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''310. — 1° Argument tiré des textes évangéliques'''. — ''Nota. ''—Lorsque nous soutenons qu'il est possible de retrouver l'institution d'une ''Église hiérarchique ''dans les textes évangéliques, qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous ne voulons pas dire que Jésus a déclaré ''explicitement ''qu'il fondait une Église hiérarchique qui serait gouvernée un jour par les Évêques sous le principat du Pape. Des paroles aussi formelles n'ont pas été prononcées. I1 suffit, pour la démonstration de notre thèse, d'établir que nous on retrouvons l'équivalent dans ce double fait qu'il ''choisit Douze Apôtres ''et leur ''délégua des pouvoirs spéciaux à ''eux, à l'exclusion des autres disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CHOIX DES ''« ''DOUZE ''». — Tous les Évangélistes sont d'accord pour témoigner que, parmi ses disciples, Jésus en ''choisit douze ''qu'il nomme ses Apôtres ''(Mat., ''x, 2, 4 ; ''Marc, ''iii, 13, 19 ; ''Luc, ''vi, 13, 16 ; ''Jean, ''i, 35 et suiv.), qu'il instruit d'une façon toute particulière, à qui il dévoile le sens des paraboles qui restent incomprises de la foule ''(Mat., ''xiii, 11), qu'il associe déjà à son œuvre en les envoyant prêcher le royaume de Dieu aux fils d'Israël ''(Mat., ''x, 5, 42 ; ''Marc, ''vi, 7, 13 ; ''Luc, ''IX, 1,6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''P0UV0IRS CONFÉRÉS AU COLLÈGE DES DOUZE. ''— ''a) ''A ce ''collège des Douze, ''— à Pierre en particulier ''(Mat., ''xvi, 18, 19), à l'ensemble du collège (''Mat., ''xviii, 18), — Jésus commence par ''promettre ''le pouvoir de « ''lier ''dans le ciel ce qu'ils auront lié sur la terre », c'est-à-dire une ''autorité gouvernante ''qui les fera juges des cas de conscience, qui leur donnera la faculté de prescrire ou de défendre, et partant, de créer des obligations, si bien que celui qui n'écoutera pas l'Église sera regardé « comme un païen et un publicain» ''(Mat., ''xviii, 17). Mais, ''objectent ''les Protestants à propos de ce dernier texte, le mot Église est employé au verset 17 dans le sens restreint d'assemblée (N° 300), et dès lors, ce passage ne saurait servir d'argument en faveur de l'existence d'une autorité hiérarchique.— Nous ne contesterons pas que, dans le texte en question, le mot Église prête à deux interprétations. Il faut donc faire intervenir ici la règle de critique qui veut que tout passage obscur soit interprété d'après les autres passages parallèles qui sont plus clairs. Or il ne fait pas de doute que, dans les autres textes où il est question des pouvoirs accordés par Notre-Seigneur à son Église, cette concession ne concerne jamais que le collège apostolique. Il y a donc lieu de présumer le même sens pour le passage de saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Le pouvoir qu'il avait d'abord promis, Jésus le ''confère, ''peu de jours avant son Ascension, au collège des Douze, alors devenu le collège des Onze par la défection de Judas : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre, leur déclare-t-il. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » ''(Mat., ''xviii, 19,20). Ainsi le Christ accorde à ses Apôtres le triple pouvoir: — 1. ''d'enseigner : ''« Allez, enseignez toutes les nations » ; — 2. de ''sanctifier, ''par les rites institués à cet effet, en particulier, par le baptême ; — 3. de ''gouverner, ''puisque les Apôtres devront apprendre au monde à garder ce que Jésus a commandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu'on ''n'objecte ''pas encore que ce texte n'a aucune valeur sous prétexte que les paroles et les actes du Christ ressuscité ne peuvent être contrôlés par l'historien. Le préjugé rationaliste serait manifeste. Du moment en effet que la Résurrection peut être démontrée comme un fait historique et qu'elle est une réalité dont les Apôtres ont acquis la certitude, il y aurait autant de parti-pris à rejeter les paroles du Christ ressuscité que la résurrection elle-même. Du reste, les paroles du Christ ressuscité sont si bien liées avec les paroles de la promesse, que contester les unes c'est contester les autres, et que nier les unes et les autres c'est rendre inexplicable la conduite des Apôtres qui, après la mort de leur Maître, revendiquèrent le triple pouvoir ci-dessus mentionné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''311. — 2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— ''Préliminaires. ''— 1. Quelle que soit la valeur des textes évangéliques qui nous prouvent que l'Église n'est pas hors de la ligne de l'Évangile, il va de soi que la question de l'institution divine d'une Église hiérarchique est, avant tout, historique. Si l'histoire en effet nous apportait la preuve que la création de l'Église serait postérieure à l'âge apostolique, et aurait été le résultat de circonstances accidentelles, l'on aurait beau invoquer les textes de l'Évangile : nos adversaires seraient certes en droit de les considérer comme des interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les ''documents ''qui servent à l'étude du christianisme naissant sont les ''Actes des Apôtres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn260 [260]], les ''Épîtres de saint Paul[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn261 [261]], et pour la période sub-apostolique (c'est-à-dire pour les trois générations qui suivent les Apôtres) les écrits des ''Pères ''et des ''écrivains ecclésiastiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est parlé de « ''charismes ''» à maintes pages des Actes des Apôtres. Que faut-il entendre par là? Les charismes (grec « ''charis ''» et « ''charisma ''» grâce, faveur, don) sont des ''dons surnaturels ''octroyés par le Saint-Esprit en vue de la propagation du christianisme et pour le bien général de l'Église naissante. Ce sont des manifestations de l'Esprit Saint, parfois même étranges et désordonnées, telles que le don des langues ou ''glossolalie ''qui consistait à louer Dieu en langue étrangère et en des accents d'enthousiasme, exalté (Lire à ce sujet : I ''Cor., ''xiv). Les charismes auxquels on attachait le plus de prix étaient le don des miracles et le don des prophéties ; mais quelle qu'en fût la nature, ils étaient toujours des ''signes divins ''qui avaient pour but de confirmer la première prédication de l'Évangile. — 4. Nous allons exposer, en nous plaçant sur le seul terrain de l'histoire, les deux thèses, rationaliste et catholique, sur les ''origines de l’Église. ''La première que nous mettons sous l'étiquette générale de rationaliste, est, en réalité, le point de vue, non seulement des rationalistes, mais de tous les historiens protestants, orthodoxes ou libéraux, et des modernistes. Le meilleur exposé français en a été fait par A. Sabatier (''Les Religions d'autorité et la Religion de l'esprit, ''pp. 47-83, 4e éd.) En voici un résumé, aussi objectif que possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
312. — A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— ''Les origines de l'Église. ''— 1. La création d'une Église hiérarchique ne saurait être l'œuvre de Jésus. ''« ''Non seulement il n'a pas voulu cette Église, mais il ne pouvait même la prévoir, pour la bonne raison qu'il croyait venir aux derniers jours du monde et que tout ce développement historique du christianisme restait en dehors de son horizon de Messie.» — 2. Comme les Apôtres « attendaient de jour en jour le retour triomphant de leur Maître sur les nuées du ciel», ils vivaient « dans l'exaltation et la fièvre», se regardant i comme des étrangers et des voyageurs qui passent sans songer à aucun établissement durable ».— 3. Les premières communautés formées par les disciples du Christ n'eurent donc rien d'une société hiérarchique. « Les dons individuels (charismes) départis car l'Esprit aux divers membres de la communauté répondaient à tous les besoins. C'était l'Esprit agissant dans chaque fidèle qui déterminait ainsi les vocations et attribuait aux uns et aux autres, suivant la faculté ou le zèle de chacun, des min stères et des offices qui paraissaient devoir être provisoires.» — 4. Les premières communautés chrétiennes composées à l'origine • de membres égaux entre eux et distingués par la seule variété des dons de l'Esprit» deviennent avec le temps « des corps organisés, de véritables églises qui se développent et prennent d'abord des physionomies différentes, suivant la diversité des milieux géographiques et sociaux. L'assemblée des chrétiens se modèle, en Palestine et au delà du Jourdain, sur la synagogue juive... En Occident, elle semble plutôt reproduire la forme des collèges ou associations païennes, si nombreuses à cette époque dans les villes grecques. Cependant « les associations chrétiennes dispersées dans l'empire entretiennent entre elles des relations fréquentes… Il est donc naturel qu’elles aient eu dès le principe, la conscience très vive de leur unité spirituelle et qu’au dessus des Eglise particulières et locales ait apparu, précisément dans les lettres de l’apôtres aux païens, l’idée de ''l’Eglise de Dieu, ou du Christ une et'' ''universelle... ''L’unité idéale de l'Eglise tendra à devenir une réalité visible, par l'unité de gouvernement, de cul le et de discipline». — 5. Pour créer cette unité, deux conditions nécessaires manquent encore. Il faut d'abord que la chrétienté apostolique trouve Un centre fixe autour duquel les églises particulières puissent se grouper. Ensuite il faut qu'elles arrivent à tiret d'elles-mêmes une règle dogmatique et un principe d'autorité qui leur permette de vaincre toutes les hérésies et toutes les résistances». Or ces deux conditions se réalisèrent de la façon suivante. Après la destruction de Jérusalem en l'an 70, « la chrétienté gréco-romaine cherchait un centre nouveau autour duquel elle se pût grouper, elle ne devait pas hésiter bien longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grandes Églises d'Antioche, d'Éphèse, d'Alexandrie se faisaient équilibre et n'avaient d'autorité que sur les communautés de leur région. Seule une ville s'élevait au-dessus de toutes les autres et avait une importance universelle. Rome restait toujours la ville éternelle et sacrée... La capitale de l'empire était marquée à l'avance pour devenir la capitale de la chrétienté. » Voilà pour la première condition : le ''centre fixe, ''principe de l'unité hiérarchique, est trouvé. — 6. Les sectes nombreuses, entre autres, les grandes hérésies du ''gnosticisme, ''d'une part, et du ''montanisme, ''d'autre part, qui éclatent la première vers l'an 130 et la seconde, vers l'an 160, vont fournir l'occasion de remplir la seconde condition. L'on chercha et l'on découvrit « le moyen d'opposer à toutes les objections un ''déclinatoire, ''une sorte de question préalable qui faisait mieux que de réfuter l'hérésie, qui l'exécutait avant même qu'elle eût ouvert la bouche. Ce moyen, ce fut une confession de foi apostolique, un symbole populaire et universel, qui, devenant loi de l'Église, excluait de son sein, sans disputes, tous ceux qui se refusaient à le redire. Ce fut « la règle de foi », le Symbole dit des Apôtres qui vit le jour sous sa première forme, dans 1 Église de Rome, entre les années 150 et 160.» A partir de là seulement, le catholicisme avec son gouvernement épiscopal et sa règle de foi extérieure est fondé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, le christianisme aurait été d'abord « ''religion de l'esprit» ''n'ayant d'autre règle de foi que les ''charismes, ''c'est-à-dire les inspirations individuelles de l'Esprit Saint. Il n'aurait possédé, au début de son existence, ni hiérarchie, ni unité sociale et visible. Il n'aurait été indépendant ni des synagogues juives ni des associations païennes. Il ne serait devenu une ''religion d'autorité, ''il n'aurait eu sa hiérarchie que cent vingt ou cent cinquante ans après Jésus-Christ, à la fin du n° siècle, au temps &amp;quot;de saint Irénée et du pape saint Victor. Entre la mort de Jé3us et la constitution catholique de l'Église, l'histoire découvrirait donc une période intermédiaire où aucune organisation n'existait : période qu'on pourrait dénommer l'âge ''précatholique ''du christianisme. Il résulte de là que l'Église catholique ne saurait être d'institution divine. Sa naissance, son développement et les péripéties de son histoire, tout s'expliquerait par un concours de circonstances humaines. « Ce n'est qu'après que l'Église fut constituée en oracle infaillible... que l'on songea à justifier en théorie ce qui avait triomphé dans les faits. Le dogme ne consacre jamais que ce qui est déjà, depuis un siècle ou deux, passé en pratique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn262 [262]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
313. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. — Nota. ''— Avant toute discussion de la thèse rationaliste, il convient de remarquer, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, que les historiens catholiques ne prétendent nullement que l'on retrouve, à l'origine du christianisme, une Église tout organisée comme elle le sera par la suite. Requérir une pareille chose, ce serait vouloir que la semence jetée en terre devienne aussitôt un épi de blé avant de passer par les différentes phases de la germination. Les rationalistes concèdent qu'au début du me siècle, et même à la fin du second, l'Église possède une ''hiérarchie ''avec un ''centre d'unité ''et un ''symbole de foi. ''Notre enquête peut donc s'arrêter là. Il nous suffit dès lors de montrer que l'épi dont les historiens rationalistes constatent l'éclosion à la fin du second siècle, est le développement normal d'une semence confiée à la terre à l'origine du christianisme. Et, pour parler sans figures, nous prouverons ''qu'il n'y a pas eu d'âge précatholique, ''que les organes essentiels du christianisme postérieur, étaient précontenus dans le christianisme primitif, dès l'âge apostolique. Auparavant, nous allons reprendre, point par point, les divers articles du système rationaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
314. — ''a) Réfutation de la thèse rationaliste. ''— 1. Au ''point de départ, ''nos adversaires posent en principe que ''Jésus n'a pas pu songer à fonder une église, ''parce que la pensée de toute fondation durable était en dehors de son horizon messianique. C'est là un ''préjugé ''que nous avons réfuté précédemment (N° 307). Nous n'y reviendrons pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Est-il vrai, comme on l'affirme bien légèrement, que les Apôtres trompés par la prédication de Jésus et attendant la venue prochaine du royaume eschatologique, ne purent songer, pas plus que leur Maître, à ''une institution durable? ''S'il en était ainsi, si les Apôtres et les premiers chrétiens avaient été vraiment convaincus que le Christ leur avait annoncé l'imminence du royaume final, si tel était le dogme essentiel de leur foi, comment expliquer que cette première communauté ne se soit pas dissoute, dès que les faits lui démontrèrent que Jésus avait enseigné une erreur ? La chose paraît si évidente que des historiens libéraux, tels que Harnack, reconnaissent que l'Évangile était plus que cela, qu'il était quelque chose de nouveau, à savoir « la création d'une religion universelle fondée sur celle de l'Ancien Testament ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que les ''charismes ''ont fourni les premiers éléments d'organisation, est une hypothèse aussi dénuée de fondement. N'est-il pas évident, — et le fait n'est-il pas d'expérience quotidienne? — que l'inspiration individuelle n'aboutit jamais qu'à ''l'anarchie? ''Renan lui-même n'hésite pas à l'avouer. « La libre prophétie, écrit-il dans ''Marc Aurèle, ''les charismes, la glossolalie, l'inspiration individuelle, c'était plus qu'il n'en fallait pour tout ramener aux proportions d'une chapelle éphémère, comme on en voit tant en Amérique et en Angleterre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Il n'est pas plus juste de prétendre que les premières communautés chrétiennes n'eurent ''aucune autonomie ''et qu'elles n'étaient guère ''distinctes des synagogues ''ou des associations païennes. Sans doute, sur certains points secondaires, des concessions furent faites d'un côté comme de l'autre : c'est ainsi que les communautés composées exclusivement de Juifs convertis, « les judaïsants » furent autorisés à garder la pratique de la circoncision, tandis que les païens étaient admis au baptême sans passer par le judaïsme. Il fallait bien ménager les transitions. Mais ce qui n'en est pas moins vrai, c'est que le christianisme apparaît dès les premiers jours, comme une religion distincte, en dehors de la hiérarchie mosaïque, puisque les Apôtres se reconnaissent une mission religieuse, universelle, qu'ils ne tiennent pas des chefs du judaïsme. ''L'idée de l'Église une et universelle n'est donc pas une idée spéciale à saint Paul, ''encore qu'elle occupe une grande place dans son enseignement. Elle vient de ce fait que les Apôtres sont tous disciples du même Maître et prêchent la même foi, et si les différentes Églises du monde entier arrivent à ne former qu'une seule Église, c'est qu'elles procèdent toutes, par filiation, d'une même communauté primitive, de l'Église-mère de Jérusalem.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Il est faux de dire que la ''ruine de Jérusalem a déplacé le centre de gravité de la chrétienté, ''car déjà au temps des missions de saint Paul, bien avant par conséquent l'année 70, les communautés de la gentilité avaient répudié le ''judéo-christianisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn263 [263]] et n'avaient plus d'attache à la capitale de la Judée. Que Rome soit devenue alors la capitale de la chrétienté parce qu'elle était la capitale de l'Empire gréco-romain, c'est tout à fait vraisemblable. « Cette coopération de Rome, dit Mgr Batiffol, au rôle de la ''Cathedra Pétri, ''nous aurions mauvaise grâce à la contester ; nous faisons nos réserves sur les termes politiques dont on se sert pour la décrire, comme aussi sur la tendance à transformer en cause génératrice ce qui n'est qu'une circonstance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn264 [264]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Quant à l'influence attribuée au ''Symbole des Apôtres ''pour créer ''l'unité de foi ''de l'Église et pour réagir contre les hérésies naissantes, rien n'est plus contestable. Il n'est pas probable en effet que le texte romain qui était la profession de foi baptismale commune à Rome et aux églises de Gaule et d'Afrique, au temps de saint Irénée et même avant, fût imposé aux églises de la chrétienté grecque. Il y a tout lieu de croire même que celles-ci n'ont possédé aucun formulaire commun de leur foi avant le concile de Nicée (325). L'on ne peut donc soutenir que ce fut le symbole romain qui fut cause d'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rationalistes supposent que le Symbole des Apôtres aurait été rédigé à l'occasion des hérésies naissantes, en particulier du ''gnosticisme ''et du ''montanisme. ''Or il n'y a dans cette formule de foi aucune préoccupation antignostique, et les articles s'en retrouvent équivalemment dans des écrits antérieurs à l'hérésie gnostique, par exemple chez les apologistes comme saint Justin (vers 150), Aristide (vers 140) et saint Ignace (vers 110) ; on peut même dire que, tout au moins dans leur substance, ils font partie déjà de la littérature chrétienne de l'âge apostolique. A plus forte raison, le Symbole romain est-il indépendant du montanisme qui est une hérésie plus tardive et qui ne pénétra guère dans le monde chrétien d'Occident avant 180 : date à laquelle la formule du Symbole était déjà rédigée, de l'avis de nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315. — ''b) Preuves de la thèse catholique. ''— D'après les historiens catholiques, la hiérarchie de l'Église remonte à l'origine du christianisme. Comme nous en avons fait déjà la remarque (N° 313) il n'est pas douteux que l'Église ait connu le progrès dans les formes extérieures de son organisation, mais ce que nous affirmons, et ce qui est d'ailleurs le seul point en litige, c'est que l'évolution s'est faite normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''protestants ''et les ''modernistes ''admettent que, du temps de saint Irénée, du pape saint Victor et de la controverse pascale, l'Église possède une autorité enseignante et gouvernante, qu'elle est ''hiérarchique. ''Il nous sera facile de montrer qu'elle l'était bien avant, qu'elle le fut toujours et qu'il ''n'y a pas eu d'âge précatholique. ''Sans doute les documents sur lesquels s'appuie la thèse catholique, ne sont pas nombreux, mais ils sont d'un caractère décisif. Voici les principaux, énumérés dans l'ordre régressif. — 1. ''Témoignage de saint Irénée. ''A la rigueur, le témoignage de saint Irénée ne devrait pas être invoqué, puisque les rationalistes conviennent que, à cette date, l'Église hiérarchique était née. Si nous nous en servons, c'est qu'il est du plus haut intérêt et qu'il nous fait remonter beaucoup plus loin. Argumentant contre les hérétiques, saint Irénée présente le caractère hiérarchique de l'Église comme un ''fait notoire ''et ''incontesté, ''comme une fondation du Christ et des Apôtres. Or comment aurait-il pu revendiquer pour l'Église chrétienne une origine apostolique, si ses adversaires avaient été en état de lui apporter les preuves que la hiérarchie était de fondation récente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Témoignage de saint Polycarpe. ''De saint Irénée passons à la génération précédente. Nous trouvons le témoignage de saint Polycarpe qui, au milieu du second siècle, représente les pasteurs comme les ''chefs de la hiérarchie ''et les gardiens de la foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn265 [265]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Témoignages de saint Ignace d'Antioche ''(mort vers 110) et de ''saint Clément de Rome ''(mort 100). Avec ces deux témoignages nous arrivons au début du ne siècle et à la fin du Ier. Dans son Épître aux Romains, saint Ignace parle de l'Église de Rome comme du centre de la chrétienté: « Vous (Église de Borne), écrit-il, vous avez enseigné les autres. Et moi je veux que demeurent fermes les choses que vous prescrivez par votre enseignement » ''(Rom., ''iv, 1). Vers l'an 96, Clément de Rome, disciple immédiat de saint Pierre et de saint Paul, écrit une lettre aux Corinthiens où il donne de l'Église une notion équivalente à celle de saint Irénée, présentant la ''hiérarchie ''comme la ''gardienne de la Tradition, ''et l'Église de Rome comme la présidente universelle de toutes les Églises locales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Ainsi, de génération en génération, nous parvenons à l'âge apostolique. Nous avons ici, pour nous renseigner, les ''Actes des Apôtres. ''Les témoignages en sont clairs et précis : ils nous montrent avec évidence l'existence d'une société avec sa hiérarchie visible, sa règle de foi et son culte : — 1) ''sa hiérarchie visible. ''Dès la première heure du christianisme, les Apôtres jouent le double rôle de chefs et de prédicateurs. Ils choisissent Mathias pour remplacer Judas ''(Act, ''i, 12, 26).Le jour de la Pentecôte, saint Pierre commence ses prédications et fait de nombreux convertis ''(Act., ''ii, 37). Les Apôtres instituent bientôt des ''diacres ''à qui ils délèguent une partie de leurs pouvoirs (''Act., ''vi, 1,6); — 2) ''sa règle de foi. ''Incontestablement, parmi les premiers chrétiens, il y en eut qui furent favorisés des dons de l'Esprit Saint ou charismes, mais n'exagérons rien, et ne croyons pas pour autant que les premières communautés n'étaient que des groupes mystiques de Juifs pieux qui auraient reçu tous leurs dogmes des inspirations de l'Esprit Saint. Les charismes étaient des ''motifs de crédibilité ''qui poussaient les âmes à la foi ou entretenaient en elles la ferveur religieuse. Mais, loin d'être une règle de foi, ils restaient subordonnés au magistère des Apôtres et à la foi reçue. La preuve évidente en est que saint Paul en réglemente l'usage dans les assemblées (I ''Cor., ''xiv, 26) et n'hésite pas à déclarer qu'aucune autorité ne saurait prévaloir contre l'Évangile qu'il a enseigné (I ''Cor., ''xv, 1). Le christianisme primitif a donc sa règle de foi, et celle-ci lui vient des Apôtres. Sans doute elle n'est pas compliquée et tient en quelques points. Le thème général des prédications apostoliques, c'est que Jésus a réalisé l'espérance messianique, qu'il est le Seigneur à qui sont dus les honneurs divins et en qui seul est le salut ''(Act., ''iv, 12). C'est là une doctrine élémentaire, quoique susceptible de riches développements, que les apôtres imposent à tous les membres de la communauté chrétienne. Rien n'est laissé à l'inspiration individuelle. Que s'il surgit au sein de la jeune Église des sujets de controverse, le cas est déféré aux Apôtres comme à une autorité incontestée, à laquelle seule il appartient de trancher le point en litige ; — 3) ''son culte. ''La lecture des Actes des Apôtres nous témoigne abondamment que la société chrétienne possède et pratique des rites spécifiquement distincts de ceux du judaïsme: le baptême, l'imposition des mains pour conférer le Saint-Esprit, et la fraction du pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De cette longue discussion, il résulte bien que l'Église chrétienne est, au début de son existence, une ''société hiérarchisée, ''entendue au sens de la doctrine catholique (N° 300). Ce que les rationalistes appellent l'âge précatholique est un mythe. Mais si les Apôtres, aussitôt après l'Ascension de leur Maître, parlent et agissent en chefs, c'est qu'ils s'en croient le droit et les pouvoirs. Et s'ils se croient en possession de tels pouvoirs, c'est, selon toute vraisemblance, qu'ils les ont reçus de Jésus-Christ. Par conséquent, les ''textes de l’Évangile ''concordent avec les ''faits de l'histoire, ''et l'on ne voit plus, dès lors, de quel droit nos adversaires peuvent prétendre qu'ils ont été interpolés. C'est donc à juste titre que nous avons appuyé notre thèse sur un double argument, sur l'Évangile et sur l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §. 2. — Jésus-Christ a fondé une hiérarchie permanente. La succession apostolique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316. — ''État de la question. ''— Nous avons établi, dans le paragraphe précédent, que Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique du fait qu'il a institué une autorité enseignante et gouvernante dans la personne des Apôtres. Il s'agit maintenant de savoir si la juridiction conférée aux Apôtres était ''transmissible, ''et, dans le cas affirmatif, ''à qui ''la succession devait échoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici encore deux thèses sont en présence : la thèse ''rationaliste ''et la thèse ''catholique. ''— ''a) ''D'après la première, la hiérarchie n'étant pas d'institution divine, la question de la transmission de la juridiction apostolique ne se pose pas. C'est seulement le besoin qui aurait créé l'organe ; l’''épiscopat serait une institution purement humaine. ''Nous verrons plus loin à quelles circonstances les rationalistes en attribuent l'origine. — b) D'après la thèse ''catholique, ''les évêques, pris en corps, sont, de ''droit divin, les successeurs des Apôtres. ''Ils ont recueilli les pouvoirs du collège apostolique et jouissent de ses privilèges. La thèse catholique s'appuie sur un double argument : — 1. sur ''un argument tiré des textes évangéliques ''et — 2. sur ''un argument historique ''où nous aurons à réfuter la thèse rationaliste sur les origines de l'épiscopat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Argument tiré des textes évangéliques. — Les textes de l'Évangile doivent nous servir à traiter la ''question de droit, ''qui est de savoir si l'autorité apostolique était ''transmissible. ''Or la chose paraît découler, d'une manière évidente, des textes déjà invoqués, et en particulier, des paroles par lesquelles .Notre-Seigneur met les Apôtres à la tête de son Église. Ne leur dit-il pas en effet : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commande : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »? ''(Mat., ''xxviii, 20). Jésus donne à ses Apôtres la mission de prêcher l'Évangile à ''toute ''créature, de baptiser et de régir son Église ''jusqu'à la fin du monde. ''Voilà une tâche qui ne saurait être remplie par ceux à qui elle est confiée. Il suit donc de là que les pouvoirs conférés aux Apôtres n'ont pu être limités ni dans l'espace ni dans le temps, et que, par conséquent, dans la pensée du Christ, ils devaient se transmettre aux successeurs des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— Comme on peut le remarquer, nous avons insisté peu sur l'argument scripturaire, sur la ''question de droit. ''C'est que, on se le rappelle, nos adversaires s'accordent à récuser tous les textes qui rapportent les paroles du Christ ressuscité. Ils ne considèrent donc que la ''question de fait. ''Dans leur théorie « c'est à l'histoire et à l'histoire seule, en dehors de tout préjugé dogmatique, qu'il convient de demander les origines de l'épiscopat »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn266 [266]]. Nous allons résumer, en quelques points, comment ils expliquent ces origines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317. — A ''THÈSE RATIONALISTE.-— Les origines de l’épiscopat. ''— 1. D'après la thèse rationaliste, les membres des premières communautés chrétiennes étaient ''tous égaux ''(V. N° 312). Tous ils formaient un « ''peuple élu», ''un peuple de prêtres et de prophètes. — 2. L'on peut cependant distinguer dans la société chrétienne primitive « deux grandes classes d'ouvriers occupés à l'œuvre de Dieu ; d'une part, les hommes de la parole : les ''apôtres, ''les ''prophètes, ''les ''docteurs ; ''de l'autre, les ''anciens, ''les ''surveillants ''ou ''épiscopes, ''lès ''diacres ''». Les premiers étaient au service de l'Église générale et ne relevaient que de l’Esprit qui les inspirait. Les seconds étaient, au contraire, les employés élus de chaque communauté particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. « Non seulement on ne trouve au début aucune institution formelle de l'épiscopat ni d'une hiérarchie quelconque, mais les noms ''d'episcopi ''et de ''presbyteri ''sont équivalents et désignent les mêmes personnes.» « L'histoire authentique ne mentionne aucun exemple d’évêque constitué par un apôtre, et auquel un apôtre aurait transmis, par cette institution, soit la totalité, soit une partie de ses pouvoirs.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn267 [267]] Les pouvoirs d’enseigner et de gouverner étaient réservés à ceux qui étaient favorisés de charismes. C'est seulement petit à petit que les épiscopes ou presbytres, préposés d'abord à l'administration temporelle des Églises, se seraient emparés des pouvoirs d'enseigner et de gouverner, primitivement réservés aux Apôtres et à tous ceux qui jouissaient de charismes. D'après la thèse rationaliste, il ne faut donc pas parler de pouvoirs conférés par Jésus-Christ. Le christianisme est une démocratie où l'ensemble des chrétiens détient le pouvoir et le délègue à ses élus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn268 [268]]. L'autorité passe d'abord du peuple des fidèles au conseil des Anciens, aux ''seniores ''ou presbytres, puis de ceux-ci elle passe au plus influent d'entre eux qui devient l'Évêque unique, L'épiscopat serait par conséquent, selon le mot de Renan et de Harnack, une institution humaine née de la médiocrité de la masse et de l'ambition de quelques-uns : c'est la médiocrité qui aurait fondé l'autorité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn269 [269]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 — B. ''TRÈSE CATHOLIQUE. — a) ''Le ''point de départ ''de la thèse rationaliste qui suppose que les membres des premières communautés étaient ''égaux ''a été réfuté précédemment (N° 315).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La distinction établie entre les deux classes d'ouvriers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn270 [270]] qui travaillent à l'œuvre chrétienne, entre ce qu'on a appelé la hiérarchie ''itinérante ''et la hiérarchie ''stable, ''n'est pas contestable. Mais c'est à tort que les rationalistes y cherchent une preuve contre l'origine divine de l’épiscopat, comme nous allons le voir dans la discussion du troisième article de leur thèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Avec le troisième point où l'on tente d'expliquer les ''origines de l'épiscopat ''par une série de crises et de transformations, nous arrivons au cœur de la question. On prétend qu'il n'y avait, au début, aucune institution de l'épiscopat et on en donne comme preuves : — 1. que les deux termes ''episcopi ''et ''presbyteri ''sont équivalents, et — 2. que l'histoire ne mentionne ''aucun exemple d'évêque monarchique ''constitué par un apôtre et auquel il ait transmis la totalité ou une partie de ses pouvoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Que les mots ''episcopi ''et ''presbyteri ''aient été d'abord synonymes, la chose paraît bien évidente. Ainsi, —pour ne donner qu'un exemple, — saint Paul écrit dans sa ''Lettre à Tite : ''« Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout organiser, et que, selon les instructions que je t'ai données, tu établisses des ''presbytres ''dans chaque ville. Que le sujet soit d'une réputation intacte... Car il faut que ''l’évêque ''soit irréprochable, en qualité d'administrateur de la maison de Dieu» ''(Tit., ''i, 5, 7). Il est apparent que dans ce passage, les deux mots ''presbytre ''et ''évêque ''sont employés indistinctement l'un pour l'autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai encore que. au premier abord, nous ne retrouvons pas les traces de l’''évêque monarchique, ''tel qu'il existera par la suite. Les presbytres ou épiscopes, que les Apôtres mettent à la tête des communautés fondées par eux, forment un conseil, le ''presbyterium, ''chargé de gouverner l'église locale ''(Act., ''xv, 2, 4 ; xvi, 4 ; xxi, 1.8). Ces presbytres avaient-ils les pouvoirs que l'évêque monarchique aura plus tard ou étaient-ils de simples prêtres ? Les documents de l'histoire ne permettent pas de solutionner le problème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn271 [271]]. Il importe peu du reste, car la question n'est pas là. Qu'avons-nous à rechercher en effet ? Uniquement si les Apôtres ont, oui ou non, ''délégué ''de leur vivant les ''pouvoirs ''qu'ils détenaient de Jésus-Christ, de façon à s'assurer des successeurs lorsqu'ils viendraient à mourir. Tel est bien, il nous semble, le seul point qui nous intéresse et sur lequel nous devons faire la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit que les pouvoirs étaient attachés aux ''charismes, ''et que, pour cette raison, ils n'étaient pas transmissibles, les charismes étant incommunicables. Sans nul doute, les charismes étaient des dons de circonstance, des dons ''personnels, ''venant directement de l'Esprit, donc incommunicables. Mais il ne faut pas confondre ''pouvoirs apostoliques ''et ''charismes. ''Si ceux-ci ont accompagné ceux-là, ils n'en ont pas été le principe. Les charismes étaient des signes divins qui appuyaient l'autorité, mais ils ne la constituaient pas. Les Apôtres avaient donc reçu de Jésus-Christ des ''pouvoirs indépendants des charismes, ''donc ''transmissibles. ''Consultons maintenant les ''faits ''et voyons s'ils les ont ''transmis. ''— 1. Interrogeons tout d'abord les ''Épîtres de saint Paul. ''Elles nous apprendront que, tout en se réservant l'autorité suprême dans les Églises qu'il fondait (I ''Cor, ''v, 3 ; vii, 10, 12 ; xiv, 27, 40 ; II ''Cor., ''xiii, 1, 6), saint Paul confie parfois ses pouvoirs à des délégués. Ainsi il commissionne Timothée pour instituer le clergé à Éphèse ; il lui donne les pouvoirs d'imposer les mains et d'appliquer la discipline (I ''Tim., ''v, 22). De même, il écrit à Tite ces mots que nous avons cités plus haut : « Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout ''organiser... ''» ''(Tit., ''i, 5). Timothée et Tite reçoivent donc la mission d'organiser- les églises et les pouvoirs ''d'imposer les mains, ''c'est-à-dire les pouvoirs épiscopaux. — 2. La ''première lettre de Clément de Rome ''à l'Église de Corinthe nous apporte encore un exemple très précieux de la transmission des pouvoirs apostoliques. La lettre de Clément était destinée à rappeler à l'ordre la communauté de Corinthe qui avait destitué des prêtres de leurs fonctions. Dans ce but, il leur déclare que, de même que Jésus-Christ a été envoyé par Dieu, les Apôtres par Jésus-Christ, de même des prêtres et des diacres furent établis par les Apôtres : on leur doit, de ce fait, la soumission et l'obéissance. , Après quoi il conclut que « ceux qui furent établis par les Apôtres, ou après, par ''d'autres hommes illustres, ''avec l'approbation de toute l'Église... ne peuvent être démis de leurs fonctions sans injustice. » On ne saurait proclamer plus clairement le principe et le fait de la transmission des pouvoirs apostoliques. Qu'est-ce que ces ''hommes illustres ''qui ont établi des prêtres et des diacres, sinon les délégués ou les successeurs des Apôtres? Ces successeurs ne portent pas encore le nom d'évêques : ce sont des ''hommes illustres, ''faisant partie, comme les Apôtres, du clergé itinérant et jouant le rôle d'évêques. Qu'importe que le titre fasse défaut, du moment que la fonction existe1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Considérons maintenant ''l'Église du ''IIe ''siècle. ''Nous venons de découvrir, dès l'âge apostolique, le ''germe ''de l'épiscopat. Tout au début du IIe siècle, nous allons en constater l'éclosion. L'existence de l'épiscopat monarchique nous est attestée par de nombreux témoignages : — 1) ''Témoignage de saint Jean. ''Au début de son ''Apocalypse, ''saint Jean écrit qu'il va rapporter ses révélations sur les « sept Églises qui sont en Asie : à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée » ''(Apoc., ''i, 1-11). En conséquence, sept lettres sont destinées à l'ange de chacune de ces églises. ''Qui est cet ange? ''On s'accorde à dire qu'il ne peut s'agir de l'ange gardien de ces églises, puisque les lettres contiennent des blâmes à côté des éloges, des exhortations et des menaces : ce qui ne saurait s'appliquer à des esprits célestes. Selon toute vraisemblance, ces ''anges ''sont donc les ''chefs spirituels ''des églises, anges du Seigneur, dans le sens étymologique du mot (''aggelos'' = messager, envoyé), qui jouissaient des pouvoirs de l'évêque, sans en porter encore le nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) ''Témoignage de saint Ignace d'Antioche. ''Au témoignage de saint Ignace qui date des dix premières années du second siècle, il y avait un évêque non seulement à Éphèse, à Magnésie, à Tralles, à Philadelphie, à Smyrne, mais dans beaucoup d'autres églises. La hiérarchie est du reste déjà en possession tranquille. L'histoire ne nous apporte pas les traces de crises et de révolutions par lesquelles aurait passé l'épiscopat avant de conquérir les pouvoirs qui lui sont reconnus. « En dehors de l'évêque, des prêtres et des diacres il n'y a pas d'église », écrit saint Ignace à l'église de Tralles (iii, 1).— ''3)Témoignage tiré des listes épiscopales ''dressées, l'une par Hégésippe dans ses ''Mémoires, ''l'autre par saint Irénée dans son ''Traité contre les hérésies. ''Sous le pontificat d'Anicet (155-166), Hégésippe voulant connaître l'enseignement des diverses Églises et en vérifier l'uniformité, entreprit un voyage à travers la chrétienté. Il s'arrêta dans un certain nombre de villes, en particulier à Corinthe et à Rome. A Rome, il établit la liste successorale des Évêques jusqu'à Anicet... Malheureusement cette liste a été perdue et nous n'en connaissons des extraits, que par l'historien Eusêbe. Au contraire, la seconde liste, dressée par saint Irénée, est intacte, et on peut la dater des environs de 180. L'Évêque de Lyon se propose de combattre les hérésies, et particulièrement, le gnosticisme. Pour cela il s'appuie sur la tradition et pose en principe que la règle de foi doit être cherchée dans l'enseignement des Apôtres inaltérable ment conservé par l'Église. A cette fin, il déclare qu'il peut « énumérer ceux que les Apôtres instituèrent évêques, et établir la succession des évêques jusqu'à nous ». Et comme « il serait trop long de donner le catalogue de toutes les églises », il ne veut « considérer que la plus grande et la plus ancienne, l'église connue de tous, fondée et organisée à Eome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul ». Il dresse alors la liste épiscopale de Rome jusqu'à Eleuthère : les bienheureux apôtres (Pierre et Paul), Lin, Anenclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter, Eleuthère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''contre l'historicité de ces listes épiscopales, que les noms des évêques varient de catalogue à catalogue, et que la ''liste ''de saint Irénée diffère de la liste du ''catalogue ''« ''Libérien» ''dressé, en 354, par Philocalus, sous le pape Libère. — II est vrai qu'il y a entre les deux listes quelque divergence : ainsi le catalogue « Libérien » fait suivre Lin immédiatement de Clément et dédouble Anenclet en Clet et Anaclet. De telles variantes sont assez minimes pour qu'on n'y attache pas une trop grande importance, et il y a par ailleurs tout lieu de croire qu'elles sont le fait des copistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc tirer de ce qui précède les conclusions suivantes: — 1. Des textes de l'Évangile et des documents de la primitive Église il résulte que les ''pouvoirs apostoliques ''étaient ''transmissibles ''et ont été ''transmis. — ''2. Les Apôtres ont communiqué leurs pouvoirs à des ''délégués ''en élevant certains disciples à la plénitude de l'Ordre et en leur donnant la mission, soit de diriger les Eglises qu'ils avaient eux-mêmes fondées, soit d'en fonder et d'en organiser de nouvelles. 3. il est dès lors faux de prétendre que l'épiscopat soit né de la médiocrité des uns et de l'ambition des autres. Ce n'est pas la « médiocrité qui a fondé l'autorité», c'est l'Évangile. Les Évêques ont été institués pour recueillir la mission et les pouvoirs dont Jésus-Christ avait investi ses Apôtres. ''Pris en corps, ''les ''Évêques ''sont par conséquent les ''successeurs du collège apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. Jésus-Christ a fondé une Église monarchique. Primauté de Pierre et de ses successeurs. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319. Nous avons démontré, dans les deux paragraphes précédents, que l'Église fondée par Jésus-Christ n'est pas une démocratie qui comporte l'égalité des membres, qu'elle est une ''société hiérarchique ''où il y a des chefs qui détiennent leurs ''pouvoirs, ''non du peuple chrétien, mais de ''droit divin. ''Une autre question se pose encore. ''l’autorité souveraine ''qui appartient à l'Église enseignante réside-t-elle dans le ''corps des Evêques ''ou dans ''un seul ''de ses membres? L'Église est-elle une ''oligarchie ''ou une ''monarchie [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn272 [272]]? A la tête de son Eglise Jésus-Christ a-t-il constitué un ''chef suprême? ''La négative est soutenue par les Protestants et les Grecs schismatiques. Cependant ces derniers et un certain nombre d'Anglicans concèdent que Pierre reçut une primauté ''d'honneur ''et non une primauté de ''juridiction[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn273 [273]]. Les catholiques prétendent le contraire. Ils affirment que Jésus-Christ a conféré la ''primauté de juridiction à saint Pierre, ''et dans sa personne, à ses ''successeurs. ''Les deux points de la thèse catholique que nous devons établir séparément, s'appuient sur un argument tiré des ''textes évangéliques ''et sur un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''320 — I. ''Premier Point.''''' — '''La Primauté de Pierre. '''- ''Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Argument tiré des textes évangéliques. '''— La primauté de Pierre découle des paroles de la ''promesse ''et des paroles de la ''collation.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PAROLES DE LA PROMESSE. ''— Les paroles par lesquelles Notre-Soigneur ''promit ''la primauté de juridiction à saint Pierre, furent prononcées à Césarée de Philippe. Jésus avait interrogé ses disciples pour savoir quelle opinion l'on se faisait de sa personne. Et Pierre, en son propre nom, et d'une inspiration spontanée, avait confessé que « Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C'est alors que le Sauveur lui adressa ces paroles fameuses : « Tu es heureux, Simon, fils d« Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (''Mat., ''xvi, 17,19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce texte trois choses doivent être relevées, qui vont à la démonstration de la thèse catholique : — ''a) ''Tout d'abord il convient de remarquer que Jésus ''change le nom ''de Simon en celui de Pierre. Or le changement de nom est, d'après l'usage biblique, le signe d'un bienfait. Ainsi, Abram fut appelé Abraham, lorsque Dieu voulut contracter alliance avec lui et le désigner comme le père des croyants (''Gen''., xvii'','' 4, 5). — b) Dans le cas présent, le ''nouveau nom, ''donné à Simon, ''symbolise la mission ''dont Jésus veut le revêtir. Simon s'appellera désormais Pierre, parce qu'il doit être la ''pierre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn274 [274]], la roche sur laquelle Jésus veut fonder son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn275 [275]]. Ce qu'est le rocher par rapport à l'édifice, Pierre le sera par rapport à la société chrétienne, à l'Eglise du Christ : fondement ferme qui assurera la stabilité à toute la construction, roc inébranlable qui défiera les siècles et sur lequel viendront se briser « les portes de l'enfer» autrement dit, les assauts du démon. — ''c) ''Enfin les ''dés du royaume des deux ''sont remises entre les mains de Pierre- Nous ne nous arrêterons pas aux pouvoirs de lier et de délier ; ils ne sont pas en effet, la propriété exclusive de Pierre ; il les partage avec les autres apôtres. Mais la remise des clés est un ''privilège insigne et spécial, ''elle confère un pouvoir absolu. Le royaume des cieux est comparé à une maison. Or, — cela va de soi, — seul, celui qui a les clés et ceux à qui ce dernier veut bien ouvrir, ont accès à la maison. Voilà donc Pierre constitué le seul intendant de la maison chrétienne, l'unique introducteur au royaume de Dieu. Inutile d'insister plus : la promesse du Christ est trop claire pour qu'il reste un doute sur sa signification. Seul Pierre change de nom, seul il est appelé le fondement de la future Église, seul il en recevra les clés : si les mots ont un sens, c'est bien la primauté de Pierre qu'ils signifient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''suivant leur tactique habituelle, que le passage en question est ''inauthentique ''et qu'il a été interpolé au moment où l'Église avait déjà vécu tin certain temps et avait accompli son évolution vers la forme catholique. Ils en voient la preuve dans ce fait que saint Matthieu est le seul à rapporter les paroles de Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— L'argument tiré du silence de Marc et de Luc est purement négatif. Il n'aurait de valeur que si l'on pouvait prouver que le passage devait être rapporté par eux et était commandé par le sujet qu'ils traitaient. Or une telle démonstration ne peut être faite, et le silence des deux synoptiques doit être attribué à des motifs littéraires qui ne comportaient pas l'introduction du texte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321. — B. ''PAROLES DE LA COLLATION. ''— Le pouvoir suprême que Jésus avait commencé par ''promettre ''à Pierre, deux passages de l'Évangile nous attestent qu'il le lui a effectivement conféré. — ''a) Mission donnée à Pierre de confirmer ses frères. ''Quelque temps avant sa Passion, Jésus annonce aux Apôtres leur prochaine défaillance, mais en même temps qu'il prédit celle de Pierre, il lui déclare qu'il a spécialement prié pour lui : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » ''(Luc, ''xxii, 31-32). Ainsi, lorsque les Apôtres, d'abord vaincus par la tentation, se seront relevés de leur chute, purifiés par l'épreuve qui aura retranché de leur âme les faiblesses du passé, tel le crible qui sépare la paille du froment, Jésus donne à Pierre la mission de confirmer ses frères. Une telle mission implique évidemment la primauté de juridiction. — ''b) Pierre reçoit la charge du troupeau chrétien. ''La scène se passe après la Résurrection. Voici comment saint Jean la rapporte ''(Jean, ''xxi, 15, 17). Par trois fois Jésus demande à Pierre s'il l'aime ; par trois fois, Pierre proteste de son amour et de son inviolable attachement. Alors le Sauveur, se sentant à la veille de quitter ses disciples par son Ascension, remet à Pierre la garde de son troupeau. Il lui confie le soin de la chrétienté tout entière, à la fois des agneaux et des brebis. « Pais mes agneaux », lui dit-il deux fois, puis une troisième fois : « Pais mes brebis». Or, d'après l'usage courant des langues orientales, le mot paître veut dire ''gouverner. ''Paître les agneaux et les brebis c'est donc gouverner avec une autorité souveraine l'Église du Christ ; c'est en être le chef suprême ; c'est ''avoir la primauté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''322. — 2°''' '''Argument historique. '''— A ne considérer la question que du seul point de vue historique, nous retrouvons, en face l'une de l'autre, les deux thèses, ''rationaliste ''et ''catholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. THESE RATIONALISTE. — ''D'après les rationalistes, le texte : ''Tu es Pierre ''et sur cette pierre je bâtirai mon Église « n'a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnée, qu'au iiie siècle, lorsque les Évêques de Rome en eurent précisément besoin pour soutenir leurs prétentions naissantes »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn276 [276]]. La primauté de saint Pierre, prétendent-ils, n'a nullement été reconnue par les autres apôtres, et en particulier par saint Paul, car ce dernier, non seulement ne recense pas toujours Pierre le premier (I ''Cor., ''i, 12 ; iii, 22) ; ''Gal''., ii, 9), mais il ne craint même pas de « lui résister en face » ''(Gal''., ii, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les ''Actes des Apôtres ''fournissent à l'historien catholique de nombreux témoignages qui attestent que Pierre a ''exercé sa primauté ''dès les premiers jours de l'Église naissante. — 1. Après l'Ascension, c'est Pierre qui propose le remplacement de Judas pour compléter le collège des Douze ''(Act., ''i, 15, 22). — 2. Le premier, il prêche l'Évangile aux Juifs le jour de la Pentecôte ''(Act., ''ii, 14 ; iii, 6). — 3. Le premier, éclairé par l'ordre de Dieu, il reçoit les Gentils dans l'Église ''(Act., ''x, 1). — 4. Il visite les Églises ''(Act., ''ix, 32). — 5. Au Concile de Jérusalem, il clôt la longue discussion qui s'est engagée, en disant que la circoncision ne doit pas être imposée aux païens convertis, et personne ne fait opposition à son avis ''(Act., ''xv, 7, 12). Et si Jacques parle après lui, ce n'est pas pour discuter son opinion, mais uniquement, parce que, préposé à l'Église de Jérusalem, il juge qu'il y a lieu d'imposer aux Gentils quelques prescriptions de la loi juive dont l'infraction pourrait scandaliser les chrétiens d'origine juive qui forment la masse de son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn277 [277]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous ''objecte, ''il est vrai, que saint Paul ''n'a pas reconnu la primauté de Pierre. ''— Comment se fait-il alors que, trois ans après sa conversion, il ''soit venu ''à Jérusalem ''pour le visiter (Gal., ''i, 18, 19). Pourquoi est-il allé à Pierre, plutôt qu'aux autres, plutôt qu'à Jacques qui présidait à l'Église de Jérusalem? N'est-ce pas une preuve évidente qu'il le ''regardait comme le chef des Apôtres? ''— S'il en était ainsi, ''réplique-t-on, ''pourquoi ne le nomme-t-il pas toujours le premier? — La chose est bien simple, c'est que saint Paul ne recense jamais ''ex professo ''le collège apostolique, et ne fait que citer quelques noms en passant. Parfois aussi, comme au passage (I ''Cor., ''I, 12), il lui arrive de suivre une ''gradation ascendante, ''puisque, après Pierre, il nomme le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, et c'est là un terrain d'attaque cher aux rationalistes, oubliez-vous le ''conflit d'Antioche ''où Paul ne craignit pas de résister en face à Pierre? — Pour que nos adversaires ne nous accusent pas de diminuer ''l'importance du conflit, ''nous allons le rapporter d'après les propres paroles de saint Paul. « Quand Képhas vint à Antioche, écrit-il aux Galates (II, 11-14), je m'opposai à lui en face, parce qu'il était visiblement en faute. En effet, avant l'arrivée de certaines personnes d'auprès de Jacques, il mangeait avec les Gentils. Mais quand elles furent arrivées, il se retira et se tint à l'écart, par crainte de ceux de la circoncision. Et les autres Juifs s'associèrent à son hypocrisie, en sorte que Barnabé aussi fut entraîné par leur duplicité. Mais quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non pas à celle des Juifs, comment peux-tu contraindre les Gentils à vivre en Juifs? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on peut le constater, le ''conflit ''est né de la fameuse question, soulevée par les judaïsants, de savoir si la loi mosaïque avait gardé son caractère obligatoire et s'il était exigé de passer par la circoncision pour entrer dans l'Église chrétienne. Or, — qu'on remarque bien ce point, — les deux Apôtres ont toujours été d'accord pour répondre que non : il n'y a donc pas eu conflit entre eux sur le ''terrain dogmatique. ''Et voici où le litige va surgir. Il arriva que saint Pierre, pour ne pas provoquer les récriminations des judaïsants, s'abstint de manger avec les Gentils qui s'étaient convertis sans passer par le judaïsme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement une telle manière de faire pouvait être interprétée en sens divers. — 1. Ou bien l'on pouvait y voir une simple ''mesure de prudence que ''justifiait le but poursuivi. S'adressant à des milieux différents, l'un, apôtre des circoncis, l'autre, des incirconcis, faut-il s'étonner que saint Pierre et saint Paul aient eu à adopter, dans les questions de discipline, des attitudes différentes? N'est-il pas raconté par ailleurs dans les Actes des Apôtres, que saint Paul, placé à l'occasion dans une circonstance identique, n'a pas agi autrement, et qu'en dépit de ses convictions, il a circoncis Timothée, à cause des Juifs qui étaient dans ces contrées (de Lystres et d'Iconium: ''Act., ''xvi, 3). — 2. Ou bien l'on pouvait prendre la conduite de saint Pierre pour de ''l'hypocrisie ''et de la ''lâcheté : ''et c'est ainsi que la chose fut jugée par saint Paul. Il sembla à ce dernier que, pour éviter les conséquences regrettables de l'attitude de Pierre, il était de son devoir de le reprendre. Nous nous trouvons donc dans un ''cas de correction fraternelle ''faite par un inférieur, et dans laquelle ce dernier, selon toute apparence, manqua de mesure et de déférence, emporté sans doute par un zèle excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que si saint Paul attachait une telle importance à la conduite de saint Pierre, objecterons-nous à notre tour aux rationalistes, n'est-ce pas, de toute évidence, que son influence sur les églises était plus grande et moins incontestée? L'argument des rationalistes retourne donc contre eux, et le conflit d'Antioche, loin de prouver contre la primauté de Pierre, nous en apporte un nouveau témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324.— II. ''Deuxième point. ''— '''La primauté des successeurs de saint Pierre. '''— La primauté conférée par Jésus à saint Pierre était-elle un ''don personnel, ''une sorte de ''charisme? ''Ou était-elle un ''pouvoir transmissible ''et devant échoir à ses successeurs? Et dans ce dernier cas, quels devaient être les successeurs de Pierre? Nous répondrons à ces questions en montrant dans les deux thèses suivantes : 1° que ''la primauté de Pierre tait un pouvoir permanent, ''et 2° que les ''successeurs de Pierre sont les Évêques de Borne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Thèse I.''''' '''La primauté de Pierre était transmissible. '''— Cette proposition s'appuie sur un ''argument tiré des textes de l'Évangile ''et sur un ''argument historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Argument tiré des textes évangéliques. ''— Du texte de saint ''Matthieu ''(xvi, 17, 19) invoqué précédemment pour pouvoir la primauté (N° 320), il résulte que Pierre a été choisi pour être le ''fondement ''de toute l'Église et ''qu'il a reçu les clés ''du royaume des cieux. Or le fondement doit durer aussi longtemps que l'édifice lui-même. Et comme Jésus a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20), il faut en déduire que la primauté, principe et fondement de l'édifice, doit durer autant que celui-ci, et que Pierre doit transmettre son autorité à ses successeurs. L'autorité suprême sera d'ailleurs d'autant plus requise que l'Église se développera et étendra ses rameaux plus loin : plus une armée est nombreuse, plus elle a besoin d'un chef suprême qui la commande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Argument historique. ''— Si la primauté de Pierre a été recueillie par ses successeurs, l'histoire doit en témoigner. Mais comme cette question se confond avec celle de savoir quels furent les successeurs, nous renvoyons à la seconde proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
325. — '''''Thèse II.''''' '''Les successeurs de Pierre dans la primauté sont les Évêques de Rome'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn278 [278]]. — Pour prouver cette thèse, il faut établir deux choses : 1° que ''Pierre est venu à Rome ''et peut être considéré comme le premier Évêque de l'Église de Rome ; et 2° que la primauté des Évêques de Rome, ses successeurs, ''a toujours été reconnue dans tonte l’Église. ''La question est donc tout historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''La venue et la mort de saint Pierre à Rome. '''— ''État de la question. ''— 1. Il s'agit de rechercher si Pierre est venu dans la capitale du monde romain et s'il y a fondé une communauté chrétienne. Point n'est besoin de démontrer qu'il y est resté un laps de temps plus ou moins long, ni d'une façon continue[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn279 [279]]. Il ne faut pas en effet se représenter l'Église primitive sous la forme de l'Église actuelle. Les Apôtres étaient des missionnaires qui se souvenaient de la parole de leur Maître : « Allez, enseignez toutes les nations. » En face d'un champ aussi vaste ouvert à leur activité, il serait bien étrange de les trouver attachés à une résidence fixe. Ils étaient donc, ici ou là, partout où ils pouvaient jeter, avec espoir de moisson, la semence de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le fait de la venue et de la mort de saint Pierre à Rome était nié autrefois par les critiques rationalistes et protestants, qui voyaient dans cette contestation un excellent argument contre la primauté de l'Évêque de Rome. Mais la faiblesse de leurs arguments était telle que Renan n'hésita pas à reconnaître, dans un appendice à son volume L'''Antéchrist ''(1873), comme une chose « très admissible que saint Pierre fût venu à Rome » et même à regarder « comme probable le séjour de Pierre à Rome ». Les critiques actuels vont plus loin et ne font plus de difficultés pour soutenir le point de vue catholique. Citons quelques lignes du plus illustre d'entre eux : « Le martyre de Pierre à Rome, écrit M, Harnack –(''Chronologie) ''a été combattu jadis en vertu de préjugés protestants tendancieux... Mais que ce fût une ''erreur, ''cela est évident aujourd'hui pour tout chercheur qui ne s'aveugle pas. » « Aujourd'hui, dit encore le même critique dans un Discours prononcé en 1907 devant l'Université de Berlin, nous savons que cette venue (de Pierre à Rome) est un fait bien attesté, et que les commencements de la primauté romaine dans l'Église remontent jusqu'au IIe siècle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique, ''qui affirme que saint Pierre est ''venu ''à Rome, qu'il y a fondé l'Église romaine et qu'il y reçut le martyre, n'étant plus sérieusement contestée, il nous suffira dépasser rapidement en revue les principaux témoignages sur lesquels elle s'appuie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voici, en suivant l'ordre régressif, et siècle par siècle, — ''a) Au début du ''IIIe ''siècle, ''nous avons les témoignages du prêtre romain Caius et de Tertullien. — 1. Caius, écrivant contre Proclus, disait : « Je puis vous montrer les monuments des apôtres. Que vous veniez au Vatican ou sur la voie d'Ostie, vous aurez sous les yeux les monuments des fondateurs de notre Église. » Ce passage, qui date des environs de l'an 200, prouve qu'à cette époque on était persuadé que les tombeaux du Vatican et de la voie d'Ostie gardaient les reliques de saint Pierre fit de saint Paul, fondateurs de l'Eglise romaine et martyrs sous Néron. — 2. Tertullien, à la même époque, discutant contre les gnostiques, rappelle le martyre que, sous Néron, saint Pierre et saint Paul subirent à Rome, le premier sur la croix, le second par le glaive du bourreau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''A la fin du ''IIe ''siècle. ''— 1. Saint Irénée écrivait en Gaule : « Ce sont les apôtres Pierre et Paul qui ont évangélisé l'Église romaine... et c'est pour cela qu'entre toutes elle est la plus antique, la plus connue, tenant des apôtres sa tradition : c'est pour cela que chaque Église doit se tourner vers elle et reconnaître sa supériorité. » — 2. Denys de Corinthe, écrivant aux Romains, en 170, leur disait : « Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis -ensuite ensemble pour l'Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Parmi les ''Pères apostoliques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn280 [280]] nous avons les témoignages de saint Ignace et du pape saint Clément. — 1. Saint Ignace d'Antioche venait d'être condamné aux bêtes et avait été envoyé à Rome pour y subir le dernier supplice. Ayant appris que la communauté romaine avait entrepris des démarches pour le sauver, il lui écrivit de n'en rien faire, l'adjurant en ces termes : « Ce n'est pas comme Pierre et Paul que je vous commande ; eux, ils étaient apôtres et moi je ne suis plus qu'un condamné. » « Ces paroles, dit Mgr Duchesne, ne sont pas l'équivalent littéral de la proposition : saint Pierre est venu à Rome. Mais supposé qu'il y soit venu, saint Ignace n'aurait pas parlé autrement ; supposé qu'il n'y soit pas venu, la phrase manque de sens. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn281 [281]] — 2. Saint Clément. Ecrivant aux Corinthiens entre 95 et 98, il met en relief les souffrances des deux apôtres Pierre et Paul « qui restent chez nous le plus beau des exemples». Ainsi saint Clément qui est romain, qui envoie sa lettre en qualité d'évêque de Rome, insiste sur cette circonstance, que les actes d'héroïsme qu'il décrit se sont passés sous ses yeux, que le martyre de saint Pierre et de saint Paul a été d'un grand exemple « chez nous», c'est-à-dire à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) Au temps des Apôtres, ''nous avons le ''témoignage de saint Pierre ''lui-même, qui date de Babylone la première Épître adressée aux fidèles d'Asie (I ''Pierre, ''v, 13). Or « Babylone, dit Renan, désigne évidemment Rome. C'est ainsi qu'on appelait dans les chrétientés primitives la capitale de l'Empire ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
326. — A la thèse catholique les Protestants ''objectent ''que saint Luc dans les ''Actes des Apôtres, ''saint Paul dans son ''Épître aux Romains, ''Flavius Josèphe qui rapporte la persécution de Néron, ne font pas mention de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Réponse'''. ''— Nous avons déjà observé que l'argument tiré du silence n'a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l'historien et aurait dû être mentionné par lui. Or — 1. pour ce qui concerne saint Luc, l'objection est sans fondement pour la bonne raison que les ''Actes des Apôtres ''ne décrivent que les débuts de l'Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu'à partir du chapitre xiii, il n'est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d'être complets, c'est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d'Antioche. — 2. Il n'y a pas lieu de s'étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son ''Épître aux Romains : ''ses autres Épîtres nous montrent qu'il n'avait pas l'habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu'il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur, évêque. — 3. Josèphe déclare qu'il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s'il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l'incendie de Rome et du meurtre de Sénèque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''Le fait de la ''venue ''et du ''martyre ''de saint Pierre à Rome n'est donc contredit par aucune objection sérieuse. Il est au contraire démontré par de nombreux témoignages qui, de génération en génération, nous conduisent à l'âge apostolique. Nous pourrions ajouter encore que le fait est confirmé par les ''monuments ''qui attestent la présence à Rome du Prince des Apôtres, tels que les deux chaires de saint Pierre, dont l'une est conservée au baptistère du Vatican, les peintures et les inscriptions des Catacombes, datant du IIe siècle, et où son nom est mentionné. Mais il n'est pas nécessaire d'insister, puisque aussi bien la thèse catholique n'est pas contredite par les critiques sérieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
327. — 2° '''Les Évêques de Rome ont toujours eu la primauté. '''— Puisque saint Pierre peut être considéré comme le premier Évêque de Rome, sa primauté devait se transmettre aux héritiers de son siège : c'est la ''question de droit. ''Mais il nous faut examiner la ''question de fait ''et demander à l'histoire s'il en a été ainsi. Le point est de la plus haute importance, car si les documents de l'histoire nous démontraient que primitivement la primauté des évêques de Rome n’était pas reconnue, la ''question de droit ''serait fortement en péril. Il ne faut donc pas trop s'étonner que les rationalistes, protestants et modernistes, aient pris à tâche de prouver, par l'histoire, que la primauté des Évêques de Rome n'est pas d'origine primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— La thèse des ''rationalistes ''tient en quelques mots. Suivant leur théorie, il n'y aurait eu, à l'origine, aucune distinction entre les évêques : ils auraient tous joui d'une autorité égale. Pou à peu ils se seraient arrogé une puissance plus ou moins grande et relative à l'importance de la ville où était leur siège. Il arriva donc tout naturellement que les évêques de Rome, qui habitaient la capitale de l'Empire, furent considérés comme les chefs de l'Église universelle. A cette raison majeure s'ajoute un heureux ensemble de circonstances, telles que l'ambition des évêques romains, leur prudence dans le jugement des causes soumises à leur arbitrage et les services qu'ils rendirent lorsque l'Empire s'écroula. La primauté de l'Évêque de Rome ne serait née qu'à la fin du u' siècle, lorsque le pape Victor, pour terminer la controverse qui s'était élevée à propos du jour où l'on devait célébrer la fête pascale, « lança en 194, un édit impérieux qui retranchait de la communion catholique et déclarait hérétiques toutes les Églises d'Asie ou d'ailleurs qui ne suivraient pas, dans cette question de la Pâque, la coutume romaine »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn282 [282]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
328. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les historiens ''catholiques ''prétendent au contraire que la primauté de l'Évêque de Rome a toujours été ''reconnue ''dans l'Église universelle. Au commencement du IVe ''siècle, ''la primauté de la Chaire romaine est un ''fait incontesté. ''A cette époque il est manifeste que les évêques de Rome ''parlent et agissent en pleine conscience de leur primauté. ''Le pape Sylvestre envoie ses légats pour présider le concile de Nicée (325). Jules I déclare que c'est à Rome que doivent être jugées les causes des évêques. Le pape Libère, à qui l'empereur Constance demande de condamner Athanase, — ce qui prouve qu'il lui en reconnaît le droit, — se refuse à le faire. De même, les Pères sont unanimes à ''admettre la primauté de l’Évêque de Rome. ''Saint Optât de Milet, argumentant contre les Donatistes qui prétendaient que l'Église se composait des seuls justes et que la sainteté était la marque essentielle de l'Église, répond que l'unité est une note non moins essentielle et qu'il est absolument indispensable de rester en communion avec la Chaire de Pierre. Saint Ambroise regarde également l'Église romaine comme le centre et la tète de tout l'univers catholique. A leur tour, les évêques orientaux saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome parlent de l’Évêque de Rome comme du chef de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La primauté de l'Évêque de Rome étant universellement reconnue au IVe siècle, notre enquête pourra se borner aux siècles qui précèdent. Or, dans les trois premiers siècles, l'existence de la primauté romaine nous est attestée par les ''écrits des Pères, ''par les ''conciles ''et par la ''coutume ''d'en ''appeler ''à l'Évêque de Rome pour terminer les différends.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Examinons d'abord les ''témoignages des Pères de l'Église. ''— 1. Au IIIe siècle, Origène écrit au pape Fabien pour lui rendre compte de sa foi. Tertullien, avant d'être montaniste, admet la primauté de Pierre. Devenu montaniste, il la tourne en dérision, ce qui est une autre preuve qu'il en reconnaît l'existence. — 2. A la fin du IIe siècle, saint Irénée pose comme critère des traditions apostoliques, la conformité de doctrine avec l'Église romaine qui doit servir de règle de foi à cause de la primauté qu'elle a héritée de saint Pierre. Saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean, Abercius vont à Rome pour visiter l'Évêque et le consulter sur les choses de la foi et de la discipline. Les hérétiques eux-mêmes, Marcion et les ''montanistes ''veulent faire approuver leur doctrine par le siège apostolique. Au début du IIe siècle, saint Ignace, écrivant aux Romains, déclare que leur église préside à toutes les autres. - 3. Et nous voici parvenus au Ier siècle. En 96, l'Évêque de Rome, Clément, comme nous l'avons déjà vu, écrit aux Corinthiens pour rappeler à l'ordre la communauté, qui a déposé injustement des presbytres. Il leur déclare que ceux qui ne lui obéiront pas, se rendront coupables de faute grave. La conduite de Clément de Rome a d'autant plus d'intérêt qu'au moment où il écrivait, l'apôtre saint Jean vivait encore et aurait dû intervenir si l'Évêque de Rome avait été sur le même pied que les autres évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La primauté des évêques de Rome a été ''reconnue par les conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn283 [283]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1, Ainsi, au ''concile d'Éphèse ''(431), saint Cyrille d'Alexandrie, qui occupait le premier rang parmi les patriarches d'Orient, demanda à l'Evêque de Rome une sentence et une définition contre l'hérésie nestorienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Les Pères du ''concile de Chalcédoine ''(451); presque tous orientaux, adressèrent une lettre au pape saint Léon pour demander confirmation de leurs décrets. Le pape répondit par une lettre célèbre où il condamnait les erreurs d'Eutychès ; en même temps il envoya des légats pour présider le concile en son nom, et le concile se termina par cette formule : « Ainsi le concile a parlé par la bouche de Léon. » — 3. Successivement, les ''conciles de Constantinople, ''le troisième tenu en 680, le huitième en 869, le ''concile de Florence, ''en 1439, composé de Pères grecs et latins, proclamèrent la primauté du successeur de saint Pierre et dirent que Jésus-Christ lui a donné, dans la personne de saint Pierre, « plein pouvoir de paître, de diriger et de gouverner l'Église entière ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La primauté des Evêques de Rome est en outre attestée par ce fait qu'ils ''interviennent ''dans les différentes Églises ''pour terminer les différends. ''Ainsi, sans rappeler à nouveau que, à la fin du Ier siècle déjà, Clément de Rome écrivit à l'Église de Corinthe pour la remettre dans le droit chemin, nous verrons plus tard les Évêques orientaux eux-mêmes, entre autres saint Athanase et saint Jean Chrysostome, en appeler à l'Évêque de Rome pour la défense de leurs droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
329. — Les Protestants ''objectent : ''— 1. que ceux à qui on donne le nom d'évêques n'étaient en réalité que les présidents du presbyterium ; — 2. qu'en toute hypothèse, leur autorité n'a pas été universellement reconnue, puisque saint Cyprien et les évêques d'Afrique ont résisté au décret du pape saint Etienne qui défendait la réitération du baptême conféré par les hérétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Pour prouver que les Évêques n'étaient que de simples ''présidents du presbyterium, ''on allègue ce fait que la ''Prima Clementis, ''les ''lettres de saint Ignace aux Romains ''et le ''Pasteur d'Hermas ''ne parlent pas d'un évêque monarchique de Rome. — Or le silence d'un écrivain sur un fait, avons-nous déjà dit, ne prouve pas nécessairement contre l'existence de ce fait. Ainsi, en 170, ''Denys de Corinthe ''envoie une réponse à l'église de Rome, et non à son évêque Soter, et pourtant M. Harnack lui-même qui fait l'objection, admet que Soter était certainement évêque monarchique. Il importe donc peu que la première lettre de Clément aux Corinthiens ne porte pas son nom et ait été envoyée au nom de l'Église de Rome ; il ne fait pas de doute que son auteur est un personnage unique et n'est autre que le pape Clément. — Quant à la ''lettre d’Ignace aux Romains ''(107) et au ''Pasteur d'Hermas, ''s'ils ne mentionnent pas l'Évêque de Rome, il n'y a pas à en conclure que celui-ci n'existait pas, car ils ne parlent pas davantage des presbytres et des diacres de Rome dont personne ne songe pourtant à contester l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai que saint Cyprien, estimant que la réitération du Baptême était surtout disciplinaire a résisté au décret du Pape Etienne. Mais la résistance d’un homme, même très saint et de bonne foi, ne détruit en rien le fait de cette autorité. N’a-t-on pas vu aussi, de temps en temps, de grands évêques comme Bossuet, adhérer à des propositions condamnées, tout en reconnaissant la primauté du Souverain Pontife ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La primauté des Évêques de Rome découle donc de ce premier fait que ''saint Pierre a fixé sa chaire à Borne, ''et de ce second, qu'elle a ''toujours été reconnue dans l'Église universelle. ''L'on ne peut dire dès lors que l'autorité suprême des papes soit née de l'ambition des Évêques de Rome et de l'abdication des autres Évêques. Si en effet les évêques avaient été d'abord égaux de droit divin, comme le prétendent les adversaires, il y aurait eu, à un moment de l'histoire, un changement total dans là foi et la pratique de toute l'Église. Or cela n'aurait pu se produire sans soulever des dissensions et des réclamations sans fin, de la part des autres Évêques, qui auraient été lésés dans leurs droits, et dont les privilèges auraient été d'autant diminués. Comme l'histoire ne porte aucune trace d'une semblable agitation, et qu'elle ne relève des discussions que sur des points secondaires, tels que la célébration de la fête de Pâques et la question des rebaptisants, il faut en conclure que le principe de la primauté de l'Évêque de Rome n'a jamais été contesté, et que l'Église universelle lui a toujours ''reconnu, ''non pas seulement une primauté d'honneur, mais une ''vraie primauté de juridiction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4 — Jésus-Christ a conféré a son Église le privilège de l’infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
330. — Nous avons vu que Jésus-Christ a fondé une ''Église hiérarchique ''du fait qu'il a conféré au collège des Apôtres, et des Évêques leurs successeurs, le triple pouvoir d'enseigner, de sanctifier et de régir. Dans ce paragraphe nous démontrerons qu'au pouvoir d'enseigner Jésus a attaché le ''privilège de l'infaillibilité. ''Nous parlerons : 1° du ''concept de l'infaillibilité ; ''2° des ''preuves de son existence ; ''et 3° de ceux ''à qui appartient ''le privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Concept de l'infaillibilité. '''— Que faut-il entendre par infaillibilité? L’''infaillibilité ''concédée par Jésus-Christ à son Église est la préservation de toute erreur doctrinale, garantie par l'assistance spéciale de l'Esprit Saint. Ce n'est pas simplement l'inerrance de fait, c'est ''l’inerrance de droit, ''c'est l'impossibilité de l'erreur, de sorte que toute doctrine proposée par ce magistère infaillible doit être crue comme véritable, parce que proposée comme telle. L'infaillibilité ne doit donc pas être confondue : — 1. avec ''l'inspiration, ''qui consiste dans une impulsion divine poussant les écrivains sacrés à écrire tout ce que et rien que ce que Dieu veut ; — 2. ni avec la ''révélation ''qui implique la manifestation d'une vérité, auparavant ignorée. Le privilège de l'infaillibilité ne fait pas découvrir à l'Église des vérités nouvelles ; elle lui garantit seulement que, grâce à l'assistance divine, elle ne pourra, sur les questions de foi et de morale, ni errer ni par conséquent induire en erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fausse conception de l'infaillibilité. ''— II faut rejeter comme faux le ''concept moderniste de ''l'infaillibilité, lequel découle d'ailleurs de leur concept, également faux, de la révélation. Comme dans leur système, la ''révélation ''se fait dans l'âme de chaque individu, qu'elle est « la conscience acquise par l'homme, de ses rapports avec Dieu » (N° 145), l'Église enseignante n'aurait pas d'autre tâche que d'interpréter la pensée collective des fidèles et « de sanctionner les opinions communes de l'Église enseignée ». Cette façon étrange de concevoir l'infaillibilité a été condamnée par le ''Décret Lamentabili.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
331. — '''II. Existence de l'infaillibilité. — 1° Adversaires. '''— ''L'existence de l'infaillibilité ''de l'Église est niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''et les ''Protestants libéraux. ''Cela va de soi, puisqu'ils n'admettent même pas que Jésus-Christ ait pu songer à fonder une Église ; — b) par les ''Protestants orthodoxes ''qui, mettant tous les membres de l'Église sur le même pied, prétendent que la doctrine chrétienne est laissée à l'interprétation du jugement individuel ''(théorie dit libre examen).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Preuves. '''— L'infaillibilité de l'Église repose sur deux arguments : — ''a) ''sur un ''argument a priori, ''tiré de la raison et — b) sur un ''argument a posteriori, ''tiré de l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
332. — A. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— ''Nota. — ''Avant d'exposer ce premier argument, il convient pour qu'on ne se méprenne pas sur notre but, de spécifier quelle place il tient dans notre démonstration. Nous disons, — et nous expliquerons tout à l'heure pourquoi, — que si Jésus-Christ a tenu que sa doctrine soit conservée dans toute son intégrité, il a dû en confier la garde à une ''autorité vivante et infaillible, ''et non pas la déposer comme une lettre morte dans un livre, même inspiré. A cela les Protestants nous objectent que nous appuyons notre thèse sur un ''argument a priori, ''que toutes nos preuves se réduisent à dire que cela est, parce que cela doit être. Or, ajoutent-ils, « dans les questions de fait, la ''preuve de fait ''est, sinon la seule légitime, du moins la seule décisive... Si de la convenance, de l'utilité, de la nécessité présumée d'une dispensation divine on pouvait conclure à sa réalité, où cela mènerait-il ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn284 [284]] Que de la convenance d'une chose on ne puisse pas toujours conclure à sa réalité, c'est indiscutable. On pourrait nous demander, en effet, par exemple, pourquoi les hommes ont été abandonnés par Dieu à l'erreur pendant de longs siècles, pourquoi la Rédemption s'est faite si tardivement, pourquoi elle n'a pas été assez éclatante pour forcer tous les hommes à l'accepter. Donc la question est ''historique ''et c'est sur ce terrain que nous entendons bien la placer. Mais auparavant nous avons le droit de nous demander si, entre la théorie protestante qui admet comme règle de foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn285 [285]] unique l'Écriture infaillible, et le dogme catholique qui prétend que le Christ a constitué un magistère vivant et infaillible pour nous faire connaître les vérités contenues dans le double dépôt de l'Écriture et de la Tradition, nous avons le droit, disons-nous, de nous demander s'il n'y a pas présomption en faveur du dogme catholique. Nous nous proposons donc de prouver, — sans prétendre pour cela que cet argument a priori puisse nous dispenser de l'argument historique, — que la règle de foi des Protestants est insuffisante pour la conservation et la connaissance de la doctrine chrétienne, tandis que la règle de foi de l'Église catholique remplit les conditions voulues&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) La règle de foi proposée dans la théorie protestante est insuffisante. ''Aucune autorité vivante, nous disent les protestants, n'était nécessaire et n'a été instituée pour nous faire connaître les vérités enseignées par le Christ. Il n'y a ''qu'une seule règle de foi : ''c'est ''l'Écriture infaillible. ''Chacun a donc le devoir et le droit de lire l'Écriture, de la comprendre selon les lumières de sa conscience, d'en tirer les dogmes et les préceptes qui lui conviennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'une telle règle de foi soit tout à fait ''insuffisante, ''c'est ce que nous n'aurons pas de peine à montrer. — 1. Tout d'abord comment savoir ''quels sont les livres inspirés, ''si aucune autorité n'a été constituée pour nous en garantir l'inspiration[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn286 [286]], ou même s'il n'y a personne pour nous dire que le texte que nous avons sous les yeux n'a pas été altéré par la faute des copistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn287 [287]]. — 2. Mais, supposé qu'en dehors de là il y ait un critère qui nous permette de les reconnaître et qu'on puisse par exemple poser en principe, que sont inspirés tous ceux qui. ont été regardés comme tels par Notre-Seigneur à propos de l'Ancien Testament, et par les Apôtres à propos du Nouveau, il s'agira toujours de les ''interpréter, ''d'en connaître le ''vrai sens ''et de comprendre la ''Parole de Dieu, ''comme elle doit être comprise. Comment ''résoudre les difficultés? ''Par ''l'examen privé ''et en appliquant les règles de critique et d'exégèse, répondent les luthériens et les calvinistes. A l'aide de ''l'histoire ''et de la ''tradition, ''disent par ailleurs les anglicans. Par ''l'inspiration privée, ''par ''l'illumination de l'Esprit- Saint ''qui éclaire la conscience de chaque individu, disent à leur tour les anabaptistes, les quakers, les méthodistes et les sectes mystiques. La variété des réponses suffirait déjà à juger la théorie protestante. Quel que soit d'ailleurs le procédé dé solution qu'on adopte, ce qui est bien évident c'est que nous aurons autant d'interprétations que d'individus « ''quot capita tot sensus ''». N'accepter d'autre guide que la raison individuelle ou l'inspiration de l'Esprit-Saint, c'est ouvrir la voie à l'anarchie intellectuelle où à l'illuminisme. — 3. Tout au moins ceux qui auront pu ainsi étudier la Bible posséderont dans une certaine mesure une sorte de ''vérité subjective. ''Mais que feront ceux qui n'ont ni l'instruction ni les loisirs requis pour lire l'Ecriture et la comprendre î Que devaient faire autrefois, au moment où l'imprimerie n'était pas inventée et que les manuscrits étaient rares et de grand prix, ceux qui n'avaient pas les moyens de se procurer la Bible? Mais il y a plus. Il fut un temps, à l'origine du christianisme, où le Nouveau Testament n'existait pas. Le Christ n'avait laissé aucun écrit. Il avait dit à ses Apôtres : « Allez, enseignez les nations. » Il ne leur avait pas commandé d'écrire sa doctrine ; aussi les Apôtres n'ont-ils jamais prétendu exposer ''ex professo ''l'enseignement du Christ. Le plus souvent leurs écrits furent des lettres de circonstance destinées à rappeler quelques points de leur catéchèse. Avant l'apparition de ces écrits, que les protestants veuillent bien nous dire où se trouvait la règle de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
333. — ''b) ''Au contraire, la ''règle de foi catholique ''est un ''moyen sûr de nous faire connaître ''la doctrine intégrale du Christ. Il est facile de voir qu'elle n'a aucun des inconvénients du système protestant. Sans doute, le catholicisme reconnaît l'infaillibilité de l'Écriture Sainte ; mais, à côté de cette première source de la révélation, il en admet une seconde, non moins importante et antérieure à l'Écriture, qui s'appelle la ''Tradition. ''Et surtout, — et c'est ce qui met un abîme entre la théorie protestante et la théorie catholique, — celle-ci soutient que Jésus-Christ a constitué une ''autorité vivante, ''un ''magistère infaillible ''qui, avec l'assistance de l*Esprit-Saint, a reçu pour mission de déterminer quels sont les livres inspirés, de les interpréter authentiquement, de puiser à cette source comme à celle de la tradition la vraie doctrine de Jésus pour l'exposer ensuite à l'ensemble des fidèles : savants et ignorants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il y ait entre les deux systèmes, considérés au seul point de vue de la raison, une ''présomption en faveur du catholicisme, ''c'est ce que reconnaissent même certains Protestants. « Le système catholique, dit Sabatier, a mis l'infaillibilité divine dans une institution sociale, admirablement organisée, avec son chef suprême, le pape ; le système protestant à mis l'infaillibilité dans un livre. Or, a quelque point de vue que l'on «examine les deux systèmes, l'avantage est sans contredit du côté du catholicisme. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn288 [288]] Nous ne voulions pas démontrer autre chose par l'argument a priori ; notre but est donc atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
334. — B. ''ARGUMENT TIRÉ DE L'HISTOIRE. ''— Nous arrivons maintenant sur le terrain positif de l'histoire. ''Ce que Jésus-Christ devait faire, l'a-t-il fait? ''A-t-il créé une ''autorité vivante ''et ''infaillible ''chargée de garder et d'enseigner sa doctrine ? Le premier point a été établi précédemment : nous avons vu que Notre-Seigneur a institué une Église hiérarchique, qu'il a constitué des chefs à qui il a conféré le pouvoir d'enseigner. Seul le second point reste donc à examiner : nous avons à prouver que le pouvoir d'enseigner, tel qu'il a été donné par le Christ, comporte le privilège de ''l’infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette seconde proposition s'appuie sur les textes de l'Écriture, sur la conduite des Apôtres et sur la croyance de l'antiquité chrétienté : — ''a) Sur les textes de l'Écriture. ''Ces textes, nous les avons déjà passés en revue. A Pierre spécialement il a été promis que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre l'Église » ''(Mat., ''xvi, 18) ; à tous les Apôtre » Jésus a également promis par deux fois de leur envoyer l'Esprit de vérité ''(Jean, ''xiv, 16 ; xv, 26) et d'être lui-même avec eux jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20). De telles promesses, si elles ont un sens, signifient bien que l'Église est ''indéfectible, ''que les Apôtres et leurs successeurs ne pourront errer lorsqu'ils enseigneront la doctrine chrétienne, car il est évident que l'assistance du Christ ne saurait être vaine et que là où est l'Esprit de vérité, il n'y a pas possibilité d'erreur ; — b) ''sur la conduite des Apôtres. ''De l'enseignement des Apôtres il ressort qu'ils ont eu conscience d'être assistés de l'Esprit divin. Le décret du concile de Jérusalem débute par ces mots : « II a semblé bon à l'Esprit Saint et à nous» ''(Act., ''xv, 28). Les Apôtres donnent leur prédication « non comme parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme une parole de Dieu» (I ''Thess., ''II, 13), à laquelle il faut accorder un plein assentiment (II ''Cor''., x, 5) et dont il convient de garder précieusement le dépôt (I ''Tim., ''vi, 20). Bien plus, ils confirment la vérité de leur doctrine par de nombreux miracles ''(Act., ''ii, 43 ; iii, 1, 8 ; v, 15 ; ix, 34) : preuve évidente qu'ils étaient des interprètes infaillibles de l'enseignement du Christ, sinon Dieu n'aurait pas mis à leur usage sa puissance divine ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— ''c) sur la croyance de l'antiquité chrétienne. ''De l'aveu de nos adversaires, la croyance à l'existence d'un magistère vivant et infaillible prévalait déjà au IIe siècle. Il suffit donc d'apporter les témoignages antérieurs :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. Dans la première moitié du IIIe siècle, Origène répond aux hérétiques qui allèguent les Écritures, qu'il faut s'en rapporter à la tradition ecclésiastique et croire ce qui a été transmis par la succession de l'Église de Dieu. Tertullien dans son traité « ''De la prescription» ''oppose aux hérétiques ''l'argument de prescription[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn289 [289]] et affirme que la règle de foi est la doctrine que l'Église a reçue des Apôtres. — 2. ''A la fin du second siècle, ''saint Irénée, dans sa ''lettre à Florin ''et dans son ''Traité contre les hérésies, ''présente la Tradition apostolique comme la saine doctrine, comme une tradition qui ''n'est pas purement humaine : ''d'où il suit qu'il n'y a pas lieu de discuter avec les hérétiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn290 [290]] et qu'ils sont condamnes du fait qu'ils sont en désaccord avec cette tradition. Vers 160, Hégésippe donne comme critère de la foi orthodoxe l'accord avec la ''doctrine transmise ''des Apôtres par les Évêques, ce qui l'amène, nous l'avons vu, à dresser la liste des Evêques. Dans la première moitié du IIe siècle, Polycarpe et Papias présentent la doctrine des Apôtres comme la seule vraie, comme une règle de foi sûre. Au début du ne siècle, nous avons le témoignage de saint Ignace qui dit que l'Église est ''infaillible ''et qu'il faut y adhérer si l'on veut être sauvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II résulte donc de la double preuve tirée de la raison et de l'histoire que le ''pouvoir doctrinal ''conféré par Jésus-Christ à l'Église enseignante comporte le ''privilège de l'infaillibilité, ''c'est-à-dire que l'Église ne peut errer quand elle expose la doctrine du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''335. — III. Le sujet de l'infaillibilité'''. — Jésus-Christ a doté son Église du privilège de l'infaillibilité. Mais ''à qui ''ce privilège a-t-il été concédé? Tout naturellement à ceux qui ont reçu le pouvoir d'enseigner, c'est-à-dire à l'ensemble des Apôtres, et à Pierre spécialement, pouvoir et privilège qu'ils ont transmis à leurs successeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Infaillibilité du collège apostolique et du corps épiscopal. — A. ''L’'infaillibilité du collège apostolique ''ressort : — ''a) ''de la ''mission ''confiée à ''tous les apôtres ''d' « enseigner toutes les nations» ''(Mat., ''xxviii, 20) ; — b) de la ''promesse d'être avec eux ''« jusqu'à la consommation des siècles» (''Mat., ''xxviii, 20) ; et de leur « envoyer le Consolateur, l'Esprit Saint qui doit leur enseigner toute vérité » ''(Jean, ''xiv, 26). De telles paroles indiquent bien que le privilège de l'infaillibilité est accordé à ''l'ensemble du ''corps ''enseignant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Du ''collège apostolique ''le privilège de l'infaillibilité est passé au ''corps des Évêques. ''La mission d'enseigner n'ayant été limitée ni dans le temps ni dans l'espace, il s'ensuit qu'elle doit échoir aux successeurs des Apôtres avec le privilège qui lui était attaché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il y a une distinction à établir entre les Apôtres et les Evêques. Les Apôtres avaient comme ''champ d'action tout l'univers, ''la parole de Notre-Seigneur : « Allez, enseignez toutes les nations » ayant été adressée à eux tous. Ils étaient donc missionnaires universels de la foi : partout ils pouvaient prêcher l'Évangile en ''docteurs infaillibles. ''Les Évêques, au contraire ne peuvent être considérés comme les successeurs dés Apôtres que pris dans leur ensemble ; ''chaque Évêque ''n'est pas le successeur de ''chaque Apôtre. ''Ils ne sont les chefs que d'une région déterminée, dont l'étendue et les limites sont fixées par le Pape. Ils n'ont donc pas hérité individuellement de l'infaillibilité personnelle des Apôtres. ''Seul le corps des Evêques jouit de l'infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''336. — 2° Infaillibilité de Pierre et de ses successeurs.''' — Le privilège de l'infaillibilité a été conféré par Notre-Seigneur d'une manière spéciale à Pierre et à ses successeurs. La thèse s'appuie sur un double argument : Un argument ''tiré des textes évangéliques ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT TIRÉ DES TEXTES ÉVANGÉLIQUES. ''— L'infaillibilité de Pierre et de ses successeurs découle des textes mêmes qui démontrent la primauté. — a) Tout d'abord le ''Tu es Petrus ''« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai ''mon ''Église ». Il est incontestable qu'un édifice n'a de stabilité que par son fondement. Si Pierre, qui doit soutenir l'édifice chrétien, pouvait enseigner l'erreur, l'Église serait bâtie sur un fondement ruineux, et l'on ne pourrait plus dire que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle» — b) Puis le ''Confirma fratres. ''Jésus assure Pierre qu'il a spécialement prié pour lui « pour que sa foi ne défaille pas » ''(Luc, ''xxii, 32). Il va de soi qu'une telle prière, faite surtout dans des circonstances aussi solennelles et aussi graves (V. N° 321), ne saurait être vaine. — c) Enfin le « ''Pasce oves ''». A Pierre est confiée la garde de tout le troupeau. Or on ne peut supposer que le Christ donne le soin de son troupeau à un mauvais pasteur qui l'égaré dans des pâturages aux herbes empoisonnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'insister pour prouver que l'infaillibilité de Pierre ''est passée à ses successeurs. ''Ce que Pierre devait être pour l'Église naissante, ses successeurs devront encore l'être dans la longue série des siècles, car, à tout moment de son histoire, l'Église ne pourra remporter la victoire sur les entreprises de Satan que si le fondement sur lequel elle repose garde la même fermeté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
337. — B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. — ''Pour prouver par l'histoire que les papes ont toujours joui du privilège de l'infaillibilité, il suffit de montrer que ce fut toujours la croyance de l'Église et qu'en fait les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. — a) ''Croyance de l'Eglise. ''Évidemment la croyance de l'Église ne s'est pas traduite de la même façon dans tous les siècles. Il y a eu, si l'on veut, quelque développement dans l'exposé du dogme et même dans l'usage de l'infaillibilité pontificale. Le dogme n'en remonte pas moins à l'origine, et nous le trouvons en germe dans la Tradition la plus lointaine. La chose nous est attestée par le sentiment des Pères et des conciles, et par les-faits : — 1. ''Sentiment des Pères. ''Ainsi au IIe siècle, saint Irénée déclare que toutes les Églises doivent être d'accord avec celle de Rome qui seule possède la vérité intégrale. Saint Cyprien dit que les Romains sont « assurés dans leur foi par la prédication de l'Apôtre et inaccessibles à la perfidie de l'erreur». Pour mettre fin aux controverses qui déchiraient l'Orient, saint Jérôme écrit au pape Damase dans les termes suivants : « J'ai cru à ce propos devoir consulter la chaire de Pierre et la foi apostolique. Chez vous seul le legs de nos pères demeure à l'abri de la corruption. » Saint Augustin dit à propos du pélagianisme : « Les décrets de deux conciles relatifs à la cause ont été soumis au siège apostolique ; sa réponse nous est parvenue, la cause est jugée. » Le témoignage de saint Pierre Chrysologue n'est pas moins explicite : « Nous vous exhortons, vénérables frères, à recevoir avec docilité les écrits du bienheureux Pape de la cité romaine, car saint Pierre, toujours présent sur son siège, offre la vraie foi à ceux qui la cherchent. — 2. ''Sentiment des Conciles, ''Tout ce que nous avons dit précédemment à propos de la primauté de l'Evêque de Rome s'applique tout aussi bien à la reconnaissance de son infaillibilité (V. N° 328). — 3. ''Les faits. ''Au IIe siècle, le pape Victor excommunié Théodote qui niait la divinité du Christ, par une sentence qui fut regardée comme définitive. Zéphirin condamne les Montanistes, Calixte, les Sabelliens et, à partir de ces condamnations, ils furent regardés comme hérétiques. En 417, le pape Innocent I condamne le pélagianisme, et l'Église accepte son décret comme définitif, comme nous l'avons vu plus haut par le texte de saint Augustin. En 430, le pape Célestin condamne la doctrine de Nestorius, et les Pères du concile d'Éphèse se rallient à son avis. Les Pères du concile de Chalcédoine (451) acceptent solennellement la célèbre épître dogmatique du pape Léon I à Flavien, qui condamne l'hérésie d'Eutychès, aux cris unanimes de : ''« ''Pierre a parlé par la bouche de Léon. » De même, les Pères du IIIe concile de Constantinople (680) acclament le décret du pape àgathon condamnant le monothélisme en s'écriant : « Pierre a parlé par la bouche d'Agathon. » Comme on le voit, dès les premiers siècles déjà, l'Église romaine passe pour le ''centre de la foi ''et une ''norme sûre d'orthodoxie ''Plus l'on avancera, plus la croyance se traduira en termes explicites jusqu'à ce que la vérité soit ''proclamée dogme ''par le ''concile du Vatican.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. ''Ceci est le point important de l'argument historique, car si nos adversaires pouvaient nous prouver que certains papes ont enseigné et défini l'erreur, l'infaillibilité de droit serait plus que compromise. Or les historiens rationalistes et protestants prétendent précisément qu'ils sont en mesure de nous donner ces preuves de faillibilité. Les ''principaux cas ''qu'ils invoquent sont ceux du pape Libère qui serait tombé dans l'arianisme, d'Honorius qui aurait enseigné le monothélisme, de Paul V et Urbain VIII qui condamnèrent Galilée. Comme la question de Galilée sera traitée plus loin, nous ne retiendrons ici que les deux premiers cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''338.—Objections.—1° ''LE CAS DU PAPE LIBÈRE ''(352-366)'''.—Les historiens rationalistes accusent le pape Libère d'avoir signé une proposition de foi arienne ou semi-arienne pour obtenir de l'empereur Constance le droit de rentrer à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' —A. ''Exposé des faits. ''— Rappelons brièvement les ''faits. ''En 355, l'empereur Constance, favorable à l'arianisme, avait enjoint au pape Libère de souscrire à la condamnation d'ATHANASE, évêque d'Alexandrie, le grand champion de la foi orthodoxe. S'étant refusé à le faire, le pape fut envoyé en exil à Bérée en Thrace, et l'archidiacre Félix fut préposé à l'Eglise de Rome. Après un exil d'environ trois ans, Libère fut rendu à son siège (358).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La question qui se pose est donc de savoir pour quelles raisons l'empereur lui accorda cette faveur. Deux opinions ont été émises sur ce point. Les uns, à la suite de Rufin, Socrate, Théodoret, Cassiodore, prétendent que l'empereur Constance mit 0n à l'exil du pape par crainte des soulèvements du peuple romain et du clergé, en raison de la grande popularité dont jouissait le pontife. D'autres, au contraire, et c'est à cette dernière opinion que nous avons à répondre, pensent que le pape n'obtint la cessation de son exil qu'au prix de condescendances coupables et de concessions sur le terrain de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette seconde opinion s'appuient, pour démontrer leur point de vue, sur deux sortes de témoignages : — 1. d'abord les ''dépositions des contemporains : ''saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers, saint Jérôme ; — 2. puis les ''aveux ''de Libère lui-même. Il nous est parvenu, parmi les fragments de ''l’Opus historicum ''de saint Hilaire, neuf lettres du pape Libère, dont quatre, datant de son exil, ont un caractère plutôt compromettant. Dans ces dernières lettres, le pape intrigue pour obtenir sa grâce, déclarant qu'il condamne Athanase et professe la foi catholique formulée à ''Sirmium, ''et il prie ses correspondants orientaux, entre autres Fortunatien d'Aquilée, d'intercéder auprès de l'empereur pour abréger son exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces deux sortes de témoignages invoqués par nos adversaires, certains apologistes ont répondu en contestant 1 authenticité des dépositions des contemporains, et en rejetant les lettres de l'exil du pape Libère comme apocryphes. Mais comme il n'est pas possible de prouver que les témoignages en question, tant ceux des contemporains que ceux du Libère lui-même, sont inauthentiques, nous devons accepter la discussion dans l'hypothèse de leur authenticité. Toute la question reviendra donc à savoir ''quelle fut la faute du pape ''et ''quelle formule ''il a souscrite. Car, à l'époque où Libère fut délivré de son exil, il y avait déjà ''trois formules dites de Sirmium. ''De ces trois formules la seconde seule, qui déclare que le mot ''consubstantiel ''doit être rejeté comme « étranger à l'Écriture et inintelligible», est considérée comme hérétique. Or l'on admet que ce n'est pas cette formule que le pape a signée et que vraisemblablement c'est la troisième. Hais qu'il s agisse de la première ou de la troisième, les théologiens s'accordent à dire qu'elles ne sont pas absolument hérétiques et qu'elles ont surtout le tort de favoriser le semi-arianisme en retranchant le mot ''consubstantiel ''de la profession de foi du concile de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Donc, en nous plaçant dans l'hypothèse la plus défavorable, nous pouvons conclure : — 1. que le pape Libère n'a commis qu’ un ''acte de faiblesse ''en condamnant, dans une heure critique, le grand Athanase : faiblesse dont Athanase est le premier à l'excuser : « Libère, dit en effet ce grand Docteur, vaincu par les souffrances d'un exil de trois ans et par la menace du supplice, a souscrit enfin à ce qu'on lui demandait ; mais c'est la violence qui a tout fait. » — 2. Par ailleurs, le pape Libère ''n'a rien défini ; ''s'il y a eu erreur, tout au plus peut-on dire qu'elle est imputable au ''docteur privé, ''non au ''docteur universel ''et parlant ex-cathedra. Et même s'il avait parlé ex-cathedra, — ce qui n'est pas, — il ne jouissait pas de la liberté nécessaire à l'exercice de l'infaillibilité. Donc, en toute hypothèse, l'infaillibilité est hors de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
339. — 2° ''LE CAS DU PAPE HONORIUS ''(625-638). — D'après les adversaires de l'infaillibilité pontificale, le pape Honorius aurait enseigné le ''monothélisme ''dans deux lettres écrites à Sergius, patriarche de Constantinople, et pour cette raison, il aurait été condamné comme hérétique par le VIe Concile œcuménique et par le pape Léon II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''Exposé des faits. ''— Quelques mots d'abord sur les ''faits. ''En 451 le concile de Chalcédoine avait défini contre Eutychès qu'il y avait en Jésus-Christ deux natures complètes et distinctes : la nature humaine et la nature divine. Si dans le Christ il y avait deux natures complètes, il y avait aussi deux volontés : le concile ne l'avait pas dit, mais la chose allait de soi, car une nature intelligente ne peut être complète sans la volonté. Tel ne fut pas l'avis de certains théologiens orientaux qui enseignèrent qu'en Jésus-Christ il n'y avait que la volonté divine, la volonté humaine se trouvant pour ainsi dire absorbée par la volonté divine. Une telle doctrine apparaissait évidemment fausse, mais ses partisans voyaient là un moyen de conciliation entre les Eutychiens ou ''monophysites, ''c'est-à-dire les partisans d'une seule nature, et les catholiques. Les premiers admettraient les deux natures en Jésus-Christ et les seconds concéderaient l’unité de volonté. Cette tactique fut adoptée par Sergius qui écrivit dans ce sens au pape Honorius. Dans une lettre pleine d'équivoques et où la question était présentée sous un faux jour, il lui disait qu'il avait ramené beaucoup de monophysites à la vraie foi et lui demandait qu'il voulût bien interdire de parler d'une ou «deux énergies, d'une ou deux volontés. Honorius se laissa prendre et répondit, d'une part, à Sergius, deux lettres dans lesquelles il le félicitait de son succès auprès des monophysites, de l'autre, à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et défenseur de l'orthodoxie, une lettre dans laquelle il lui recommandait d'éviter les mots nouveaux de « une ou deux opérations», opération dans le langage de l'époque étant synonyme de volonté. Malgré ces lettres dictées par un esprit de pacification, les querelles reprirent de plus belle jusqu'au VIe concile œcuménique, le troisième de Constantinople (580-681), qui porta l'anathème contre les monothélites, et entre autres, contre le pape Honorius&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La difficulté à résoudre est donc la suivante. Honorius, dans ses deux lettres à Sergius, a-t-il enseigné l'erreur ? Et a-t-il été, pour ce fait, condamné comme ''hérétique ''par le VIe concile œcuménique? Deux solutions ont été proposées par les apologistes. Les uns ont prétendu que les deux lettres à Sergius Seraient apocryphes : ce qui supprime toute discussion. Les autres admettent l’authenticité, et c'est évidemment dans cette hypothèse que nous devons nous placer pour répondre à nos adversaires. Il s'agit dès lors de savoir si le ''contenu ''des deux lettres est ''hérétique. ''L'on ne saurait contester qu'Honorius met le plus grand soin à tourner la difficulté et qu'il évite de se prononcer sur les deux volontés. Cependant, — qu'on remarque bien ce point, — il commence par rappeler les décisions, du concile de Chalcédoine et affirme hautement qu'il y a en Jésus-Christ deux natures distinctes, opérantes. Puis, approuvant la tactique de conciliation suivie par Sergius, il recommande de s’en tenir là et de ne plus parler de une ou deux opérations. Il ajoute bien, il est vrai, qu'il y n’y avait pas e, Jésus Christ de volonté divine; il entend seulement exclure les deux volontés auxquelles très insidieusement Sergius avait fait allusion ; les deux volontés qui se combattent en nous, volonté de l'esprit et volonté de la chair. La pensée d'Honorius n'est donc pas qu'il n'y a pas en Jésus. Christ une volonté divine et une volonté humaine, mais que sa volonté humaine n'est pas, comme la nôtre, entraînée par deux courants qui se contrarient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, Honorius a été ''condamné ''par le VIe concile œcuménique et par le pape Léon II. — Remarquons d'abord que toutes les paroles contenues dans les ''Actes des Conciles ''ne sont pas infaillibles et que les décisions d'un concile ne jouissent du privilège de l'infaillibilité qu'autant qu'elles sont confirmées par le pape. Or précisément les Actes du VIe Concile contenant un anathème contre Honorius en même temps que contre les principaux monothélites tels que Sergius, n'ont pas reçu la confirmation pontificale. Le pape Léon II s'est contenté de blâmer la conduite d'Honorius, mais il n'a pas lancé contre lui l'anathème qu'il a prononcé contre les autres et ne lui a pas infligé la note d'hérétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion, ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'Honoris n'a ni ''enseigné ''ni ''défini le ''monothélisme. Tout au plus peut-on lui reprocher d'avoir manqué de clair, voyance et d'avoir favorisé l'hérésie en l'abstenant de définir, en recommandant le silènes alors qu'il fallait parler, fournissant ainsi aux monothélites le prétexté de soutenir leur doctrine ? — 2. A supposer même qu'il y eût des erreurs dans ses lettres et qu'il ait été condamné pour cette raison par le VIe Concile, l'erreur et la condamnation n'atteindraient que le ''docteur privé, ''et non le ''docteur universel. ''Donc on ne peut se faire du cas d'Honorius, pas plus que de celui de Libère, un argument Centre l'infaillibilité pontificale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du Chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — La vraie Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le problème des notes de la vraie Église. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
340. — '''Position du problème- '''— A l'aide des textes de l'Écriture et des documents de l'histoire, nous avons, dans le chapitre précédent, marqué les ''caractères essentiels ''de l'Église fondée par le Christ. Il est à peine besoin d'ajouter que, n'ayant prêché qu'un Evangile, Notre Seigneur n'a pu fonder ''qu'une ''Église. Maintes de ses paraboles expriment d'ailleurs sa volonté expresse sur ce point. Ainsi, représentant la société des chrétiens sous la figure d'un troupeau, il a voulu qu'il n'y eût « ''qu'un seul troupeau ''et qu'un ''seul pasteur ''» ''(Jean, ''x, 16). Or, à notre époque, nous nous trouvons en présence de plusieurs Églises qui s'appellent chrétiennes, qui reconnaissent le même fondateur et qui prétendent, chacune, être la véritable Église instituée par le Christ. Évidemment ces Églises, ayant des doctrines en partie différentes, ne peuvent venir toutes de lui. Le problème qui se pose est donc de savoir ''quelle est la vraie. ''Les ''caractères essentiels ''qui doivent distinguer l'Église fondée par Notre-Seigneur, nous permettent-ils de fixer un certain nombre de ''notes, ''de signes extérieurs et visibles auxquels on puisse la reconnaître et la discerner aisément de celles qui sont fausses ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la rigueur, l'on pourrait dire qu'une telle enquête est superflue, et que la démonstration que nous poursuivons ici, est chose faite. Nous avons montré en effet que la société fondée par Jésus est une société ''hiérarchisée ''à la tête de laquelle il a mis l'apôtre Pierre. Or comme il a été établi par ailleurs que les Évêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans sa primauté, il ne reste plus qu'à conclure que ''l'Église romaine est la vraie Église, ''vu que nous retrouvons en elle seule les organes essentiels constitués par Jésus-Christ. Raisonner ainsi ne serait pas assurément tirer une conclusion en dehors des prémisses. Cependant, étant donné que les dissidents regardent les Évêques de Rome comme des usurpateurs, et non comme les héritiers légitimes de la primauté de Pierre, il convient de nous placer sur un autre terrain commun accepté par les ''Églises dissi­dentes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn291 [291]], tout au moins par celles qui ont un ''caractère hiérarchique. ''En partant des quatre notes données par le concile de Nicée Constantinople (IVe siècle), bien antérieurement à la séparation des Églises grecque et protestante, l'apologiste catholique a donc pour tâche de démontrer que l'Église romaine possède ces notes, soûle, et à l'exclusion des autres confessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
341. — '''Division du chapitre. '''— Du but que nous nous proposons il ressort que nous aurons à traiter dans ce chapitre les différents points suivants. 1° Nous aurons à déterminer d'abord les ''notes ''de la vraie Église. 2° II nous faudra montrer ensuite que le ''Protestantisme ne les a pas ; ''3° que ''l’ Église grecque ne les a pas davantage ; ''et 4° que ''seule l'Église romaine les possède toutes les quatre. ''5° Ce qui nous amènera à conclure à la ''nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine. ''D'où cinq articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les Notes de la vraie Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Nous traiterons : 1° des ''notes ''de la vraie Église ''considérées en général ''et 2° des ''quatre notes ''du concile de Nicée-Constantinople et de leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Des Notes considérées en général. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''342. — 1°''' '''Définition. '''— II faut entendre par « ''notes» ''de l'Église tout signe qui permet de discerner la véritable Église du Christ de celles qui sont fausses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''343. — 2'''° '''Espèces. '''— Les notes peuvent être, soit négatives, soit positives. — ''a) ''La note ''négative ''est celle dont l'absence démontrerait la fausseté d'une Église, mais dont la présence ne suffit pas à en démontrer la vérité. Les notes négatives peuvent être multipliées à l'infini et elles peuvent appartenir à n'importe quelle Église et n'importe quelle religion. Ainsi, qu'une religion enseigne le monothéisme, qu'elle prescrive le bien et défende le mal, elle peut être, mais elle n'est pas nécessairement pour cela la vraie religion. — ''b) ''La note ''positive ''est colle dont la présence démontre la vérité de l'Église où elle se trouve : elle est donc une ''propriété exclusive ''de la société fondée par Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''344. — 3°''' '''Conditions. '''— de la définition qui précède il suit que deux conditions sont requises pour qu'une propriété devienne « ''note « ''de l'Église. Il faut qu'elle soit une ''propriété ''essentielle et visible : — ''a) essentielle. ''Il est clair que, si la propriété n'était pas de ''l'essence ''de la vraie Église, si elle n'avait pas été indiquée par Jésus-Christ comme devant appartenir à la société qu'il fondait, elle ne saurait être un critère de la vraie Église ; — b) ''visible. ''Cola va de soi : un signe n'est signe qu'autant qu'il est extérieur, observable et plus apparent que la chose signifiée. Toute propriété essentielle n'est donc pas, par le fait, une note de l'Église, car bien des propriétés sont essentielles qui ne sont pas discernables. Ainsi il est bien certain, d'après les caractères que nous avons pu assigner à l'Église du Christ (Nos 331 et suiv.), que ''l'infaillibilité est ''une de ses propriétés essentielles. Mais c'est là une propriété qui n'est pas visible : pour la reconnaître, il faudrait savoir auparavant que nous avons affaire à la vraie Église. N'étant pas visible, l'infaillibilité ne peut donc être une note de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''345. — 4° Critères insuffisants'''. — Il suit de là que certains critères proposés par l'Église ''protestante ''ou par l'Église ''grecque ''ne sauraient être acceptés, parce que ne répondant pas aux deux conditions de la note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Il faut d'abord écarter les deux critères proposés par les protestants ''orthodoxes, ''savoir: la prédication exacte de l'Évangile et l'usage correct des sacrements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''La prédication exacte de l’Évangile. — ''Qu'en proposant un tel critère, les Protestants se mettent en contradiction avec leur théorie du libre examen, c'est ce qui apparaît tout de suite clairement. Si, d'un côté, les théologiens reconnaissent à tous les chrétiens la liberté d'interpréter l'Écriture suivant leur sens propre, comment peuvent-ils, de l'autre côté, leur imposer une règle commune de foi par la détermination précise des vérités qui se trouvent dans l'Évangile[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn292 [292]] ? Mais laissons cette question de droit, puisque aussi bien les Protestants orthodoxes ont cru bon de ne pas retenir, dans la pratique, leur théorie du libre examen. Voulant donc trouver des ''critères objectifs ''par lesquels on puisse discerner les Églises ''conformes ''des Églises ''non conformes ''au royaume de Dieu prêché par Jésus-Christ, ils ont proposé en premier lieu la prédication exacte de l'Évangile. — Mais comment pourrons-nous savoir quelle est la prédication exacte de l'Évangile, s'il n'y a aucune autorité pour nous le dire, et si, dans le cas de conflit, il n'y a personne pour finir la discussion? Et la preuve la plus évidente de l'insuffisance du critère, celle qui nous dispense de toutes les autres, n'est-ce pas le désaccord qui existe parmi eux, même au sujet des points les plus essentiels, des ''articles fondamentaux ''de la doctrine chrétienne. Prenons un seul exemple : la divinité de Jésus-Christ. Comment faut-il entendre ce dogme central du christianisme? Certains protestants répondent que Jésus-Christ est Dieu au sens propre du mot, c'est-à-dire qu'il est consubstantiel au Père. D'autres estiment qu'il n'est Dieu que dans un sens large et métaphorique, sa divinité n'étant autre chose qu'une intimité très grande avec Dieu le Père. L'on ne voit pas bien comment, dans de telles conditions, l'on pourrait encore parler des prédications exactes de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'administration correcte des Sacrements.''— Ce critère proposé n'est pas une propriété plus visible que la prédication exacte de l'Évangile : la preuve en est que les Protestants sont bien dans l'impossibilité de déterminer, d'après les seuls textes de l'Écriture, comment les deux sacrements qu'ils retiennent : le Baptême et l'Eucharistie, doivent être administrés correctement. Faut-il conférer le Baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, selon l'ordre donné par le Christ ressuscité ''(Mat., ''xxviii, 19), ou simplement au nom du Seigneur Jésus, comme il est dit dans maints passages des Actes ? (ii, 38 ; vii, 12,16 ; xix, 5). A propos de l'Eucharistie, en quoi consiste la Présence réelle ? Y a-t-il présence ''réelle et physique ''du corps et du sang ''de- ''Jésus-Christ dans le pain et le vin ''(impanation)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn293 [293]], comme le veulent les Luthériens ? Ou bien la présence n'est-elle que ''virtuelle, ''la pain et le vin ayant la vertu de causer l'union entre le vrai corps du Christ qui est au ciel et l'âme du communiant, comme le pensent les calvinistes ? Ou bien encore ne s'agit-il que d'une présence ''morale, ''le pain et le vin alimentant notre foi dans le Christ et nous rappelant simplement le souvenir de la Cène, ainsi que le croient les sacramentaires ? Il est donc de toute évidence que ni la prédication du pur Évangile ni l'administration correcte des sacrements ne sont des critères suffisants. Sans nul doute, la vraie Église est celle qui prêche le pur Évangile et administre correctement les sacrements puisque la vraie Église est infaillible 6t ne peut errer sur ces deux points. Mais, quoique propriétés ''essentielles ''de la vraie Église, elles n'en sont pas des propriétés ''visibles, ''et pour cette raison, elles n'en peuvent être des ''notes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
346. — B. L'Église ''grecque ''propose, comme note de l'Église, la ''conservation sans variation de ''la doctrine prêchée par le Christ et les Apôtres. A première vue, ce critère revient au premier critère protestant : la prédication du pur Évangile. Il y a cependant une différence capitale entre les deux. Car tandis que les protestants laissent au sens chrétien et à la science indépendante le soin de déterminer les ''articles fondamentaux, ''l'Église grecque limite la conservation de la pure doctrine à l'enseignement des sept. premiers conciles œcuméniques. — Mais, pourrions-nous objecter tout d'abord aux théologiens de l'Église grecque, où se trouvait donc la vraie Église avant la réunion du premier concile œcuménique qui n'eut lieu qu'au IVe siècle ? Ayant le premier concile, l'Église n'avait-elle pas besoin déjà de notes pour se faire discerner? Supposons cependant que le seul critère de la vraie Église soit la conservation sans variation de la doctrine enseignée par les sept premiers conciles? Comment faut-il envisager cette conservation? La ''non-variation ''doit-elle être ''absolue? ''Dans ce cas, on ne comprend pas bien comment les symboles de foi ont pu être développés et complétés par des conciles postérieurs, comment on ne s'est pas borné au symbole de Nicée, et comment même celui de Nicée n'a pas craint d'ajouter au symbole des Apôtres. Si la ''non-variation ''doit être comprise dans un sens ''large, ''nous sommes d'accord ; les théologiens catholiques sont les premiers à admettre que la Parole de Dieu ne doit pas présenter l'immobilité d'une lettre morte, et qu'elle est susceptible des plus riches développements qui n'altèrent en rien la pureté de la doctrine primitive. Mais si 1 on concède la possibilité d'un développement, pourquoi ce développement se serait-il arrêté aux sept premiers conciles, et quelle est l'autorité qui nous dira quand celui-ci est normal? Comme on le voit, la question revient toujours à savoir où se trouve ''l'autorité légitimement constituée, ''celle qui a recueilli la succession apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Les quatre notes du Concile de Nicée-Constantinople. Leur valeur respective. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
347. — '''I. Les quatre notes. '''— Dès le IVe siècle déjà[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn294 [294]] le concile de Nicée-Constantinople proposait, comme nous l'avons dit, quatre propriétés qui doivent permettre de discerner l'Église du Christ des fausses Églises. Ces quatre propriétés sont : 1° ''l’unité ; ''2° la ''sainteté ; ''3° la ''catholicité ; ''4° ''l’apostolicité. ''« Et unam, sanctam, catholicam.et apostolicam Ecclesiam. » Trois de ces notes : l'unité, la catholicité et l'apostolicité ont des rapports étroits outre elles et sont ''d'ordre juridique. ''La seconde : la sainteté, est d'ordre ''moral. ''Pour cette raison nous la détacherons des trois autres, et nous en parlerons en premier lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''348. — 1° La Sainteté'''. — La ''sainteté ''consiste on ce que les ''principes ''enseignés par l'Église du Christ doivent conduire à la sainteté certains de ses ''membres. ''La sainteté, en tant que note de l'Église, implique donc un double élément : la ''sainteté des principes ''et la ''sainteté des membres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''sainteté ''remplit les ''deux conditions requises ''pour être une note (N° 344). Elle est : — «) une ''propriété essentielle. ''Que la sainteté des principes soit une marque essentielle de la vraie Église, il est facile de le prouver par le caractère de l'Évangile de Jésus. Le Sauveur ne se contente pas d'imposer l'observance des préceptes obligatoires en rappelant les devoirs du Décalogue ''(Mat., ''xix, 16, 19), il veut que ses disciples fassent mieux, qu'ils vivifient la lettre par l'esprit, c'est-à-dire par l'intention, que leur justice ne soit pas formaliste comme celle des Pharisiens, mais qu'elle prenne pour motif l'amour de Dieu et du prochain. « Je vous déclare, leur dit-il dans son Discours sur la montagne, que si votre justice n'excelle pas plus que colle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » ''(Mat., ''v, 20). Jésus va plus loin, — et c'est ce qui va caractériser son Église, — au-de3sus des vertus communes, de ce qu'on appelle couramment l'honnêteté et qui est un devoir strict pour tous, il ''propose la perfection aux âmes d'élite, ''comme un idéal auquel elles doivent tendre par les actes les plus contraires a la nature, par les sacrifices les plus durs : «Vous donc soyez parfaits, comme voire Père céleste est parfait» ''(Mat, ''v, 48). D'où il suit que dans la vraie Église l'on doit trouver des membres qui se distinguent par une sainteté éminente et des vertus héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La ''sainteté ''est une ''propriété visible. ''Cola ne fait aucun doute pour le premier élément : la sainteté des ''principes ''est une chose que tout le monde peut observer. Il n'en va pas tout à fait de mémo pour la sainteté des ''membres. ''La sainteté étant avant tout une qualité intérieure et visible au seul regard de Pieu, l'on pourrait ''objecter ''que ce ne peut être là une propriété visible, une note de la véritable Église. — II est vrai que la sainteté consiste surtout dans un fait intérieur et que l'hypocrisie peut revêtir les mômes apparences que la sainteté. Cependant il est permis de poser en règle générale que l'extérieur est le miroir fidèle de l'intérieur. La sainteté dont on perçoit les manifestations extérieures, surtout quand elle s'accompagne d'humilité, est une propriété apparente aux yeux des hommes. Considérée dans ''l’ensemble ''des membres de l'Église, elle peut donc être, alors même qu'il y aurait de fâcheuses méprises, une note dont il n'y a pas lieu de récuser la valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''349. — 2°''' '''L'Unité. '''— ''a) L'unité, ''en tant que note de l'Église, consiste dans la ''subordination ''de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'unité ''a les ''deux conditions requises ''pour être une note de la vraie Église. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Jésus a voulu qu'il n'y ''eût ''« qu'un seul troupeau et un seul pasteur » ''(Jean, ''x, 16). Il a prié à cet effet « pour que tous soient ''un» (Jean, ''xvii, 21). N'ayant prêché qu'un Évangile, il a voulu l'adhésion de tous ses disciples à cette doctrine révélée : d'où ''unité de la foi. ''Voulant la fin, il est clair qu'il devait en prendre les moyens. C'est dans ce but qu'il a institué une ''hiérarchie permanente, ''pourvue des pouvoirs nécessaires pour assurer l'unité de la société chrétienne ; — ''b) ''une ''propriété visible. ''La subordination de tous les fidèles à une même juridiction est une chose visible et vérifiable ; il n'est pas plus difficile de constater l'unité hiérarchique dans l'Église que dans toute autre société. — Nos adversaires ''objectent, ''il est vrai, que la foi étant une qualité intérieure, n'est pas visible. Sans doute, la foi est intérieure et invisible si on la considère en elle-même : mais, tout intérieure qu’elle est elle peut se manifester par des actes extérieurs, tels que la prédication, les écrits et la récitation de formules de foi. Au surplus, l'unité dont il s'agit ici, est avant tout ''l’unité de gouvernement. ''C'est cette derrière qui est le principe de ''l’unité de foi ''et de ''l’unité de culte. ''Si la première est constatée, les deux autres doivent suivre, comme des conséquences naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''350. — 3° La''' '''Catholicité. '''— Le mot ''catholique ''veut dire universel. Conformément à l'étymologie, la ''catholicité ''c'est donc la diffusion de l'Église dans tous les pays du monde. Toutefois, les théologiens distinguent, à juste raison, entre : — 1. la catholicité ''de fait, ''une catholicité ''absolue ''et ''physique ''qui comprend la totalité des hommes, et — 2. la catholicité ''de droit, ''une catholicité ''relative ''et ''morale, ''dans ce sens que l'Église du Christ est destinée à tous et qu'elle s'étend à un grand nombre de régions et d'hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''catholicité ''remplit également les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Alors que la Loi primitive et la Loi mosaïque ne s'adressaient qu'au peuple juif, seul gardien des promesses divines, la Loi nouvelle s'adresse à l'universalité du genre humain : « Allez, dit Jésus à ses Apôtres, enseignez ''toutes ''les nations ''«(Mat., ''xxviii, 19). Toute Église par conséquent qui resterait confinée dans son milieu, qui serait l'Eglise d'une province, d'une nation, d'une race, n'aurait pas les caractères de l'Église du Christ, puisque Jésus a prêché sa doctrine pour tous et qu'il a fondé une société ''universelle. ''Est-ce à dire que l'Église du Christ devait être universelle dès le premier jour, ou même qu'elle devait l'être un jour, d'une catholicité absolue et physique? Évidemment non. La diffusion de l'Évangile devait suivre une marche progressive, dont Jésus lui-même avait tracé le plan à ses Apôtres : il les avait chargés en effet de lui rendre témoignage à Jérusalem d'abord, puis dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre ''(Act., ''i, 8). Et même lorsque l'Évangile aura pénétré jusqu'aux extrémités de la terre, il n'en résultera pas encore une catholicité absolue. Car le Sauveur n'a pas entendu violenter les consciences ; il a laissé à tout homme la liberté d'entrer ou de ne pas entrer dans son royaume, et il a prédit que-tous n'y entreraient pas, vu qu'il a annoncé à ses disciples qu'ils seraient en butte aux persécutions. — ''b) ''La catholicité est une propriété ''visible. ''Constater la diffusion de l'Église paraît chose assez simple. Cependant la note de catholicité n'est pas toujours aussi apparente qu'on pourrait le croire, car le nombre des adhérents d'une société peut subir des fluctuations avec les diverses phases de son histoire. Mais la catholicité n'est pas à la merci d'une variation de chiffres. Ce n'est pas parce que l'Église connaîtra à certaines heures de regrettables défections que sa catholicité diminuera d'autant : il suffit qu'elle reste toujours ''catholique de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''351. — 4°''' '''L'Apostolicité. '''— ''l'apostolicité ''est la succession continue et légitime du gouvernement de l'Église depuis les Apôtres. Pour qu'il y ait apostolicité il faut donc que des chefs actuels de l'Église l'on puisse remonter aux fondateurs de l'Église, c'est-à-dire aux Apôtres et à Jésus-Christ ; il faut de plus que cette succession soit ''légitime, ''c'est-à-dire que les chefs hiérarchiques se soient succédé conformément aux règles établies, qu'il n'y ait eu par conséquent dans leur accession au gouvernement aucun vice essentiel capable d'invalider leur juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'apostolicité de gouvernement implique ''l’apostolicité de la doctrine. ''Du fait que les chefs de l'Église ont pour principale mission de transmettre aux hommes le dépôt intégral de la Révélation, il s'ensuit que l'apostolicité de la doctrine doit découler de l'apostolicité de gouvernement, comme l'effet de la cause. Mais 1’apostolicité de la doctrine n'est pas une note, parce qu'elle n'est pas une propriété visible, et que, pour savoir si une doctrine est apostolique, il faut rechercher auparavant par qui elle est enseignée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'''apostolicité ''a les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — ''a) ''une ''propriété essentielle. ''Jésus-Christ ayant institué une hiérarchie permanente, son Église ne peut se trouver que là où les chefs sont les successeurs légitimes des Apôtres ; — b) une ''propriété visible. ''Il est aussi facile de contrôler le fait de la succession apostolique des Papes et des Évoques que celle des chefs de toute société humaine, par exemple, la succession des rois de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''352. — II'''. '''Valeur respective des quatre notes. '''— Avant de faire l'application des quatre notes, il convient d'établir leur ''force probante, ''leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''LA SAINTETÉ ''est une note ''positive ''de la vraie Église. Car il est évident que, seule, l'Église qui a conservé la doctrine du Christ dans toute son intégrité, est capable de produire les fruits les meilleurs et les plus abondants de sainteté. D'autre part, la note de sainteté est facilement discernable : tout homme sincère peut constater la ''transcendance morale ''d'une société religieuse et se rendre compte que la sainteté des membres est le résultat de la sainteté des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, la sainteté est un critère ''à l'ordre moral : ''entendez par là qu'il requiert des dispositions morales de la part de celui qui en fait l'application. Si en effet on a l'esprit prévenu contre la société religieuse qu'on étudie, il peut arriver qu'on s'arrête avec trop de complaisance aux faiblesses et aux défauts de cette société sans accorder la place voulue aux vertus héroïques dont elle a droit de se glorifier. Pour cette raison, la note de sainteté, quoique suffisante en soi, demande à être complétée par les autres notes,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''L'UNITÉ ''est une note ''négative. ''Elle n'a donc qu'une valeur d'exclusion : elle nous permet de dire que toute société qui ne l'a pas ne peut pas être la vraie Église. Mais elle ne nous conduit pas plus loin, car rien n'empêche de concevoir une société où tous les membres soient subordonnés aux mêmes chefs et acceptent les mêmes croyances sans être pour cela la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LA CATHOLIGITÉ ''est également une note ''négative ''et nous permet seulement d'exclure toute société qui n'est pas relativement et moralement universelle, par conséquent, toute Église provinciale ou nationale. Mais notre conclusion ne saurait aller au delà, et il peut se faire qu'une société soit la plus répandue, qu'elle compte le plus d'adhérents sans qu'elle soit nécessairement la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant le ''concept de catholicité ''est ''plus étendu ''que celui ''d'unité. ''Une société peut être une et ne pas dépasser les limites d'an pays, tandis que la catholicité qui suppose une certaine universalité, implique en même temps l'unité. Que serait en effet la catholicité, si l'Eglise qui embrasse plusieurs contrées n'était pas la même à tous les endroits? Une Église peut donc être une sans être catholique, mais elle ne peut être catholique sans être une.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4''° L’APOSTOLICITÉ ''est une note ''positive. ''Du moment qu'une Église peut démontrer que sa hiérarchie descend des Apôtres par une succession ''continue ''et ''légitime, ''il y a toute certitude qu'elle est la véritable Église. Mais le point délicat de cette note est de prouver que la succession a toujours été ''légitime, ''que la ''juridiction ''épiscopale n'a pas été annulée par le schisme et l'hérésie, c'est-à-dire par la rupture avec l'œuvre authentique de Jésus-Christ. Or la rupture ne deviendra évidente que si cette Église ne possède plus les trois notes précédentes. L'apostolicité doit donc être contrôlée par les autres notes, et en particulier, par l'unité et la catholicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— 1. Toute Église, dans laquelle il y a ''absence ''des quatre notes ou seulement d'une des quatre notes, ne peut être la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'Église qui ''possède ''les quatre notes est ''nécessairement la vraie Église. ''Car la sainteté et l'apostolicité, étant des notes positives, sont des critères qui suffisent à prouver l'authenticité d'une Église. Cependant il est bon de ne pas les isoler, nous venons de dire pourquoi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Application des notes an Protestantisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353. — Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur le protestantisme. Dans le second, nous montrerons ''qu'il n'a pas les quatre notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur le Protestantisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Définition. '''— Sous le terme général de ''protestantisme, ''il faut comprendre l'ensemble des doctrines et des Églises issues de la Réforme du XVIe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot ''Réforme ''sert également à désigner le protestantisme. La raison en est que ses principaux chefs : Luther et Calvin ''se donnèrent ''comme des envoyés de Dieu ayant pour mission de ''réformer ''l'Église du Christ, de restaurer la religion de l'esprit et de substituer aux ténèbres de l'erreur et à la corruption des mœurs la lumière de la vérité et la pureté de la morale : « ''Post tenebras lux'' ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''354. — II.''' '''Origine. '''— Si l'on considère le protestantisme, d'un point de vue général, et sans s'arrêter aux circonstances particulières qui déchaînèrent le mouvement dans les différents pays de l'Europe, l'on peut dire qu'il a son origine dans ''trois ordres de causes : ''intellectuelles! religieuses et politiques. — ''a) Causes intellectuelles. ''Il y a un lien très étroit qui rattache la Réforme, mouvement religieux, à la Renaissance, mouvement intellectuel. De la dernière moitié du XVe siècle aux vingt premières années du XVIe, époque où éclata le luthéranisme, la Renaissance battait son plein. Or l'humanisme ne se signalait pas seulement par le culte de l'antiquité païenne, mais aussi par une réaction contre la philosophie scolastique, par des tendances rationalistes et une critique indépendante qui s'étendait à tous les domaines et contre les attaques de laquelle la Bible même ne fut pas toujours à l'abri.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Causes religieuses. ''A l'indépendance de l'esprit correspondait une grande liberté dans les mœurs. Depuis plusieurs siècles déjà, de déplorables abus s'étaient glissés un peu partout : il y avait eu abaissement du niveau moral dans l'Église, qui ne remplissait plus qu'imparfaitement sa mission divine. En Allemagne plus spécialement, le haut clergé, mal recruté parmi les grands seigneurs, possesseur d'une grande partie du sol, ne rêvait que domination et se servait de l'Église plutôt que de la servir. La mal n'était pas moindre dans les monastères ; et la papauté elle-même, devenue une puissance italienne préoccupée de ses intérêts matériels, oubliait trop souvent les affaires de l'Église dont elle avait la charge. Assurément, une réforme, non pas dans la constitution de l'Église ni dans son dogme, mais dans ses mœurs et dans sa discipline, était indispensable et souhaitée de tous. Elle s'accomplit du reste plus tard au temps du concile de Trente, trop tard, hélas ! puisque auparavant Luther avait déchaîné au soin de l'Église une vraie révolution qui n'avait plus Le simple caractère d'une réforme nécessaire, mais qui était le bouleversement du dogme et la rupture de l'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Causes politiques. ''Quelque importantes que fussent les causes intellectuelles et religieuses, la Réforme protestante fut déterminée par l'ambition des chefs d'État qui virent, dans ce détachement de leurs Églises nationales de l'autorité de Rome, la meilleure façon d'accroître leur puissance et de devenir à la fois les chefs spirituels et temporels de leurs sujets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
355. — '''III. Les Églises protestantes'''. — Le protestantisme comprend trois Églises principales : l'Église ''luthérienne, ''l'Église ''calviniste ''et 1' Église ''anglicane. ''Chaque Église se subdivise à son tour on un certain nombre de sectes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le''' '''Luthéranisme. '''— A. ''ORIGINE. ''— de l'Allemagne plus que d'aucun autre pays, il est vrai de dire que le protestantisme eut pour principe les trois causes que nous avons signalées plus haut. Au début du xvie siècle, le terrain était tout prêt pour l'éclosion d'un mouvement réformateur : il suffisait d'un homme et d'une occasion pour allumer l’incendie. Cet homme ce fut Luther, et l'occasion, la ''question des indulgences.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Martin Luther naquit en 1483 et mourut en 1546 à Eisleben en Saxe En 1505, il entra au couvent des Augustins d'Erfurt et fut ensuite professeur de théologie à Wittenberg. En 1517, le pape Léon X ayant chargé les Dominicains de prêcher de nouvelles indulgences dans le but de recueillir des aumônes destinées à l'achèvement de Saint-Pierre de Rome, Luther, froissé que cette mission avait été confiée à un autre ordre que le sien, commença par attaquer les ''abus, ''puis bientôt le ''principe ''même des indulgences, ainsi que leur ''efficacité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn295 [295]]. Excommunié en 1520, il brûla Ta bulle pontificale sur la place publique de Wittenberg, traita le pape d'antéchrist et en appela à un Concile général. Cité devant la diète de Worms (1521), il s'y rendit refusa de se soumettre à la sentence qui le condamnait et fut mis au ban de l'Empire. Protégé par Frédéric de Saxe, il vécut un certain temps caché au château de la Wartbourg où il travailla à la traduction de la Bible en langue vulgaire. Puis, de 1522 à 1526, il parcourut l'Allemagne, prêchant sa doctrine. Entre temps, en 1525, il avait épousé Catherine Bora. En quelques années, la Réforme fit de grands progrès, grâce à la protection des princes qui profitèrent du mouvement pour rejeter l'autorité de Rome et s'emparer des biens des monastères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
356. — B. ''DOCTRINE. ''— a) La théorie luthérienne de l'inefficacité des indulgences, fait partie de tout un système dont le point central était la ''justification par la foi. ''Aux bonnes œuvres Luther oppose la foi : « Sois pécheur, pèche hardiment, mais crois plus hardiment encore. » Telle est, en une brève formule, l'idée maîtresse du réformateur, d'où sortiront les autres points de sa doctrine comme des conséquences rigoureuses. De même que la justice primitive faisait partie de la nature du premier homme et lui était essentielle, de même par la faute d'Adam « le péché devient une seconde nature : tout en l'homme est péché ; l'homme n'est plus que péché »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn296 [296]]. Rien ne peut changer cet état de choses : l'homme pécheur ''n'a plus la liberté nécessaire pour accomplir le bien ; ''ses bonnes œuvres sont donc inutiles. La justification par les mérites de Jésus-Christ est le seul remède. Mais comment le pécheur obtiendra-t-il que Dieu lui accorde cette grande grâce de lui imputer les mérites de son Fils? ''Uniquement par la foi, ''en croyant de toutes ses forces que la chose est ainsi. Sans doute son âme restera, comme auparavant, souillée par le péché, mais elle sera recouverte, comme d'un voile, de la justice du Rédemp­teur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn297 [297]]. — b) La foi seule suffisant à la justification, les ''sacrements ''et le ''culte ''deviennent ''choses superflues. ''Les sacrements, que Luther réduit à trois : le baptême, l'eucharistie et la pénitence, ne produisent donc pas la grâce et ne sont pas requis pour le salut. Le culte des saints doit être supprimé ; les saints doivent être imités, non invoqués. — c) ''Pas de purgatoire. ''— ''d) ''La ''seule règle de foi ''et la seule autorité c'est l'''Écriture ''interprétée par la raison individuelle. -— ''e) ''Tout chrétien pouvant obtenir la justification par la foi sans la pratique des œuvres et sans le recours aux sacrements, recevant par ailleurs les lumières de l'Esprit Saint pour l'interprétation des Écritures, il s'ensuit que l'Église est une ''société invisible, ''se composant des seuls justes, où il n'y a pas de corps enseignant, pas de caractère sacerdotal, pas d'ordination et où tous les fidèles sont prêtres. Telle était la conséquence rigoureuse que Luther avait tirée d'abord de sa doctrine. Mais comme elle eut pour effet de susciter une foule de docteurs qui, au nom de l'Esprit Saint, avancèrent les opinions les plus contradictoires, Luther se vit forcé d'organiser des ''Églises visibles, ''avec l'appui et sous la dépendance de l'État. Conséquemment, il décréta que le ministère de la prédication et l'administration des sacrements seraient exercés par des élus du peuple auxquels les anciens auraient imposé les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
357. — C. ''ÉTAT ACTUEL. — ''Le ''luthéranisme ''se propagea rapidement dans l'Allemagne du Nord, le Danemark, la Suède et la Norvège. Il s'est étendu ensuite à l'Angleterre, avec l'anglicanisme, et à la Hollande ; il a pénétré de nos jours en Amérique et même, grâce aux missions protestantes, dans les pays païens. Cependant il ne présente pas partout la même ''organisation. ''En Allemagne, l'Église luthérienne ''n'a pas d'évêques, ''elle reconnaît l'autorité des princes séculiers et des consistoires dont les princes sont les principaux membres Dans les pays Scandinaves, l'on a conservé la ''hiérarchie épiscopale ''qui est soumise à l'autorité civile. Aux États-Unis d'Amérique, les pasteurs sont élus par le suffrage des fidèles ; dans les choses de la foi et de la discipline ils obéissent aux synodes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''358. — 2° Le Calvinisme'''. — A. ''ORIGINE.— ''Calvin, né à Noyon en Picardie en 1509, fit ses études de droit à Bourges où il se lia d'amitié avec l'helléniste allemand Wolmar, qui l'instruisit dans la doctrine de Luther. Après avoir prêché à Paris (1532), il jugea prudent de quitter la France et se retira à Strasbourg, puis à Bâle où il acheva( 1536) son fameux ouvrage de ''l’Institution chrétienne, ''dans lequel il exposa ses idées. Appelé à Genève pour y enseigner la théologie, proscrit quelque temps, puis rappelé, il entreprit à la fois la réforme des mœurs et celle du dogme et du culte. En même temps, il poursuivait avec une cruelle intransigeance ceux qui allaient à rencontre de sa doctrine. Les plus fameuses victimes de son intolérance furent Jacques Gruet et surtout Michel Servet brûlé en 1553&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
359. — B. ''DOCTRINE. ''— Calvin reproduit à peu près la doctrine de Luther. Voici, esquissés très rapidement, les points essentiels qui différencient les deux théologies. — a) Sur ''la question de la justification, ''Calvin qui enseigne, comme Luther, la justification par la foi sans les œuvres, ajoute à la doctrine luthérienne deux choses : l'inamissibilité de la grâce et la prédestination absolue : — 1. ''Inamissibilité de la grâce. ''Calvin, plus logique peut-être en cela que Luther, qui n'avait pas osé soutenir que la grâce de la justification, une fois reçue, ne pût se perdre, professe que la grâce est ''inamissible. ''Pourquoi Dieu retirerait-il à l'homme la grâce de la justification qu'il lui a plu un jour de lui octroyer? Si l'homme ne peut rien faire pour mériter de l'obtenir, pas davantage il ne saurait rien faire pour mériter de la perdre, vu qu'il est privé de libre arbitre, partant, irresponsable. « Qui est justifié, dit Calvin, et qui reçoit une fois le Saint-Esprit, est justifié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. » — 2. Du principe de l'inamissibilité de la grâce découle la doctrine de la ''prédestination absolue. ''Dans son conseil éternel, Dieu a prédestiné les uns au salut, les autres à la damnation. Le prédestiné à la gloire est désigné, élu de toute éternité. Il est justifié sans considération de ses mérites, sans égard aux œuvres qu'il peut accomplir, et tel est précisément l'endroit où la thèse calviniste est en contradiction totale avec la doctrine catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn298 [298]]. — b) Sur ''la valeur des sacrements, ''que Calvin réduit à deux : le baptême et l'eucharistie, sur ''le culte, ''sur ''la règle de foi, ''la doctrine calviniste est presque identique à la doctrine luthérienne. — c) Quelques divergences sur la ''constitution de l'Église visible. ''Celle-ci, qu'il ne faut pas confondre avec ''l'Église invisible, ''c'est-à-dire l'ensemble des prédestinés, est une démocratie où les prêtres, tous égaux, sont délégués par le peuple. Mais, — et c'est là un point important où le calvinisme s'éloigne du luthéranisme, — l'autorité ecclésiastique est indépendante de l'État : elle réside dans un ''consistoire, ''composé de six ecclésiastiques et de douze laïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn299 [299]], lesquels représentent les anciens et les diacres de la primitive Église. Ce système s'appelle le ''presbytérianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
360. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— Le ''calvinisme ''se propagea on Suisse, en France, en Allemagne même, dans les Pays-Bas et en Écosse, où il donna naissance à la secte des ''puritains, ''qui mit un moment en péril l'anglicanisme. Il subsiste encore aujourd'hui dans ces mêmes pays et a même gagné les États-Unis, où cependant il ne compte qu'un nombre restreint de fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''361. — 3° L'Anglicanisme.''' — A. ''ORIGINE. — ''La Réforme protestante éclata en Angleterre, peu de temps après l'introduction du luthéranisme en Allemagne. Les historiens lui voient déjà un précurseur; au XIVe siècle, dans la personne de l'hérésiarque Wiclef, dont la tentative -avait échoué, mais dont les idées avaient laissé dans les esprits un ferment d'indépendance, favorable au schisme du xvie siècle. Celui-ci eut pour auteur le roi Henri VIII. Après avoir été un défenseur de l'Église catholique, il s'en détacha pour se venger de ce qu'il n'avait pu obtenir du pape Clément VII une sentence annulant son mariage avec Catherine d'Aragon. En 1534, il fit signer par l'assemblée du clergé et les deux Universités une formule qui déclarait que « l'Évêque de Rome n'avait pas en Angleterre plus d'autorité et de juridiction que tout autre Évêque étranger », et il fit admettre cette proposition que « le roi est, après le Christ, le seul chef de l'Église». Séparée ainsi du centre de l'unité, l'Église d'Angleterre conservait la même doctrine que par le passé. ''Schismatique ''d'abord, elle ne devint ''hérétique que ''sous Edouard VI, le successeur de Henri VIII. A l'instigation de Cranmer, l'on rédigea une ''profession de foi ''en 42 articles, extraits presque entièrement des Confessions des réformés d'Allemagne (1553). Ces 42 articles furent remaniés sous le règne d'Elisabeth et réduits à 39 en .1563.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
362. — B. ''DOCTRINE. ''— Les 39 ''articles de la confession de foi ''approuvée par le Synode de Londres, et le ''Livre de la prière publique ''(common Prayer-book) contiennent tout l'anglicanisme. Nous nous contenterons d'indiquer les-points principaux de la doctrine enseignée dans les 39 articles. 1. Les cinq premiers articles exposent les dogmes catholiques de la sainte Trinité, de l’Incarnation et de la résurrection. 2. Le sixième admet comme unique règle l’Ecriture sainte. — 3. Les articles 9-18 exposent la doctrine de la justification par la foi seule, reproduite assez fidèlement de la doctrine de Luther. Contrairement au Calvinisme, il est enseigné qu'après la justification on peut pécher et se relever. — 4. Les articles 19-22 traitent de l'Église. L'Église visible est la société des fidèles où l'on prêche la pure parole de Dieu et l'on administre ''correctement ''les sacrements. Quoiqu'elle ait le pouvoir de décréter des rites et des cérémonies, de décider dans les controverses en matière de foi, elle ne peut rien établir contre l'Écriture. Aucune Église n'est infaillible : pas plus que les autres, celle de Rome, dont la doctrine (art. 22) sur le purgatoire, les indulgences, le culte des images et des reliques, l'invocation des saints, doit être rejetée. — 5. Les neuf articles suivants (23-31) exposent la doctrine anglicane sur le culte et les sacrements. On ne peut exercer le ministère dans l'Église sans avoir été choisi par l'autorité compétente. La langue vulgaire doit être employée dans la prière publique et l'administration des sacrements. Deux sacrements : le baptême et la Cène, ont été institués par Jésus-Christ et sont des signes efficaces de la grâce ; les cinq autres ne sont pas de vrais sacrements. Le baptême est un signe de régénération qui introduit dans l'Église, confirme la foi et augmente la grâce. Le baptême der enfants doit être conservé. La cène du Seigneur, dit l'article XXVIII, n'est pas seulement un signe de l'amour mutuel des chrétiens entre eux, mai elles est plutôt un sacrement de notre rédemption par la mort du Christ. De sorte que, pour ceux qui y prennent part, correctement, dignement et avec foi, le pain que nous rompons est une communion au corps du Christ ; de même la coupe de bénédiction est une communion au sang du Christ. La transsubstantiation ne peut être prouvée par les Saintes Lettres ; au contraire, elle répugne aux termes de l'Écriture, détruit la nature du sacrement, et a été la cause de beaucoup de superstitions. Le corps du Christ est donné, reçu et mangé dans la cène, seulement dune manière céleste et spirituelle. Le moyen, par lequel le corps du Christ est reçu et mangé, est la foi. Le sacrement de l'eucharistie n'a pas été institué par le Christ pour être conservé, transporté, élevé et adoré.» La communion sous les deux espèces est nécessaire. Le sacrifice de la croix a accompli la rédemption une fois pour toutes ; par conséquent « les sacrifices des messes» sont des fables blasphématoires et des impostures pernicieuses. — 6. Les articles suivants (32-34) déclarent que le mariage des évêques, des prêtres et des diacres est permis ; que les excommuniés doivent être évités. — 7. Le 38e article condamne les doctrines communistes de certains anabaptistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn300 [300]], et le dernier dit que le serment est permis pour de justes causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
363. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— La profession de foi en 39 articles a été spécialement rédigée pour faire l'union dans l'Église anglicane. Mais bien que tous les candidats aux ordres aient toujours été obligés et le soient encore de la signer avant de recevoir le diaconat, l'union n'a jamais pu être réalisée, pas plus dans le passé que dans le présent. Du temps d'Elisabeth, la nation était déjà divisée en ''conformistes ''qui suivaient littéralement les rites du Prayer-book, et en ''non-conformistes ''ou ''dissidents ''qui refusaient d'admettre les ornements et cérémonies qui sont en usage dans l'Église catholique et que le Prayer-book prescrivait : imbus des doctrines calvinistes, ils y voyaient une affirmation de la présence réelle et du sacrifice de la messe et ne voulaient pas participer à ce qui leur semblait une idolâtrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nos jours, l'Église anglicane se divise encore en trois partis: la ''Haute ''Église, la ''Basse ''Église et l'Église ''Large. ''— ''a) ''La ''Haute ''Église ''(High Church) ''se considère comme un des trois rameaux de l'Église catholique dont les deux autres seraient l'Église romaine et l'Église grecque. Le parti le plus avancé de la Haute Église s'appelle soit ''puseyisme ''parce que Pusey un des plus actifs propagandistes du mouvement d'Oxford[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn301 [301]], soit ''ritualisme ''parce que le mouvement, en s'accentuant vers 1850, tendit à rétablir les principaux rites de l’Église romaine, entre autres, la messe et ses cérémonies, le culte des saints et même la confession auriculaire. Bref, les ritualistes acceptent presque tous les dogmes catholiques, sauf l'infaillibilité du pape et l'Immaculée Conception. — b) La ''Basse ''Église ''(Low Church), ''qui se nomme aussi ''évangélique, ''a des tendances calvinistes. Elle considère d'ailleurs la constitution de l'Église anglicane comme d'origine humaine et ne lui attribue qu'une valeur toute relative. — c) L'Église ''Large (Broad Church) ''ne requiert comme dogme essentiel que la foi au Christ. Ses partisans portent aussi les noms de ''latitudinaires ''et d'universalistes : — 1. ''latitudinaires ''parce qu'ils professent une morale large, et même relâchée, qui est en opposition avec le fanatisme des puritains ; — 2. ''universalistes ''parce qu'ils nient l'éternité des peines et pensent que tous les hommes seront un jour sauvés. A l'Église Large se rattachent les ''Sociniens ''et les ''Unitaires ''qui rejettent le dogme de la Trinité et considèrent la raison comme le seul guide dans l'interprétation des Écritures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn302 [302]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
364. — ''Remarque. ''— Quelle que soit la diversité des sectes et des doctrines, dont nous avons constaté l'existence au sein de l'Église réformée, l'on peut classer les protestants en deux groupes : les protestants ''conservateurs ''et les protestants ''libéraux. ''— ''a) ''Les protestants ''conservateurs ''ou ''orthodoxes ''sont ceux qui se rapprochent le plus de l'orthodoxie catholique : ils gardent la plupart des dogmes révélés, mais ils rejettent la constitution de l'Église telle que nous l'avons décrite dans le chapitre précédent. — b) Les protestants ''libéraux ''ne diffèrent guère des rationalistes. Disciples de Kant, qui proclame l'autonomie de la raison, ils répudient tout élément surnaturel et tout dogme révélé. Cependant, certains, à la suite de Schleiermacher (mort en 1834) et de Ritschl (mort en 1889), se sont efforcés de combler les lacunes de la raison par une sorte de sens religieux et de disposition morale qui nous permettent d'atteindre l'Infini et de reconnaître ce qui est inspiré dans l'Écriture Sainte. Nous avons eu du reste l'occasion de parler de leurs conceptions, lorsque nous avons étudié les caractères essentiels de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le protestantisme n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
365. — L'étude qui précède, quoique succincte, nous permettra de faire rapidement au protestantisme l'application des notes de la véritable Église, et de montrer qu'il ne les possède pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le protestantisme n'a pas la sainteté'''. — ''a) ''Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses principes. ''Les doctrines fondamentales du luthéranisme et du calvinisme : la ''justification par la foi, l'inutilité des bonnes œuvres, ''la ''négation du libre arbitre, ''la ''prédestination absolue, ''sont le renversement des principes de la morale. Si en effet la foi soûle suffit à justifier, si les bonnes œuvres ne sont pas requises et d'ailleurs ne peuvent l'être, vu que l'homme est privé de libre arbitre, si les prédestinés peuvent commettre tous les crimes, pourvu qu'ils aient la foi, si la justification est inamissible, il n'y a plus de distinction à faire entre la vertu et le vice. L'homme est irresponsable, c'est Dieu qui « fait on nous le mal et le bien, comme l'écrit Luther dans son livre : « ''Du serf arbitre ''», et de même qu'il nous sauve sans mérite de notre part, il nous damne aussi sans qu'il y ait de notre faute ». En conséquence de ces principes, Luther et Calvin ont rejeté, comme inutiles et contraires à la nature, la pénitence, l'abnégation, les conseils évangéliques, supprimant ainsi les plus puissants moyens de sanctification et tarissant la source des vertus supérieures et héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses membres.''— 1. Remarquons d'abord que le protestantisme ne saurait invoquer la ''sainteté de ses fondateurs. ''Ni Luther, ni Calvin, ni Henri VIII ne furent certes des modèles de vertu ; oserait-on même dire qu'ils aient pratiqué les vertus communes? A vrai dire, un protestant aurait mauvaise grâce à reprocher à Luther son orgueil et sa sensualité, à Calvin son esprit vindicatif et cruel, à Henri VIII ses adultères et ses débauches. N'agissaient-ils pas conformément à leur doctrine ? « Pèche fortement, mais crois plus fortement.» Du moment qu'un homme est sincère dans ses idées et qu'il met sa conduite en rapport avec ses idées, de quoi peut-on l'accuser? De rien apparemment, sauf toutefois d'avoir des principes mauvais et destructeurs de la morale. — 2. Le protestantisme qui n'est pas saint dans ses fondateurs, l'est-il dans ses ''autres membres? ''C'est assurément une chose bien délicate que de faire le parallèle entre la somme de vertus qui se trouvent dans deux sociétés, sinon rivales, du moins divergentes. Nous concéderons donc volontiers qu'il y a chez les protestants un niveau moral assez élevé, qu'on trouve chez eux des vertus supérieures, parfois des vertus héroïques. L'on voit même, de nos jours, certaines sectes protestantes qui prêchent la pratique des œuvres surérogatoires et reprennent la vie reli­gieuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn303 [303]]. Mais si les choses sont ainsi, — et l'on nous rendra cette justice que nous n'hésitons pas à le reconnaître, — c'est par un manque de logique ; c'est précisément parce que les protestants n'appliquent pas les principes de leurs fondateurs. Et cela nous suffit pour condamner le système et l'Église qui le professe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''366. — 2° Le protestantisme n'a pas l'unité.''' — Nous avons défini l'unité : « la subordination de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant » (N° 349). Comment le protestantisme pourrait-il avoir cette note? Il n'est qu'un assemblage de sectes disparates, que l'on pour cependant, sous un certain point de vue, classer en deux groupes : les Églises non épiscopaliennes et les Églises épiscopaliennes. — a) Pour ce qui concerne les ''Églises non épiscopaliennes, ''elles sont nécessairement dépourvues de cette subordination de tous les fidèles à une même hiérarchie, car la hiérarchie n'existe pas : ministres et fidèles sont sur le pied d'égalité. Il n'y a plus dès lors possibilité d'assurer l'unité soit dans le culte et la discipline, soit, à plus forte raison, dans la foi. —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant aux ''Églises épiscopaliennes, ''qui reconnaissent une autorité constituée, elles peuvent dans la pratique obtenir une unité apparente, mais cette unité ne saurait être que superficielle, parce que contraire à la théorie du libre examen, qui est toujours restée l'un des principes essentiels de la doctrine protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n'avons pas besoin d'ajouter, que, s'il n'y a pas d'unité de gouvernement, encore moins peut-il y avoir ''unité de foi. ''Les chefs ne s'accordent même pas entre eux. Calvin reprend sans doute la doctrine de Luther, mais il en modifie des points essentiels (N° 359). Les anglicans s'approprient les doctrines de Luther et de Calvin, mais ils conservent l'épiscopat que les deux chefs de l'hérésie protestante avaient rejeté. Et malgré cette conservation de l’épiscopat, et avec lui, d'une hiérarchie capable de produire l'unité, que de variations, de luttes et de divergences au sein de l'anglicanisme ! Alors que la Haute Église se rapproche du catholicisme, au point de donner parfois l'illusion qu'elle se confond avec lui sur le terrain de la doctrine et du culte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn304 [304]], l'Église Large va à l'extrême opposé et tombe dans le rationalisme et l'incrédulité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''367. — 3° Le protestantisme n'a pas la catholicité.''' — La catholicité implique l'unité, avons-nous dit (N° 352). Là où l'unité n'est pas, la catholicité ne saurait être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Les ''églises non épiscopaliennes ''comportent autant de sectes que l'on veut, puisqu'il n'y a aucun lien pour les rattacher. — ''b) ''Les ''églises épiscopaliennes ''ont un domaine moins restreint, mais, du fait même qu'elles reconnaissent le chef de l'État comme autorité suprême, elles ne peuvent dépasser les limites d'un pays. C'est ainsi que nous avons les églises luthériennes de Suède, de Norvège, de Danemark, et l'Église anglicane, circonscrite aux régions de domination ou d'influence britannique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que le protestantisme n'a : — 1. ni la ''catholicité de fait, ''qui comprend la totalité des hommes; — 2. ni la ''catholicité de droit. ''Non seulement aucune des fractions du protestantisme, mais même l'ensemble des sectes réunies ne compte un nombre d'adhérents égal à celui des fidèles de l'Église romaine. Et si l'hypothèse contraire était vraie, le protestantisme ne pourrait pas encore revendiquer la catholicité relative, attendu qu'il n'y a pas ''diffusion de la même société visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''368. — 4° Le protestantisme n'a pas l'apostolicité.''' — ''a) En droit, ''et à ne considérer que les principes du protestantisme, la question de l'apostolicité ne se pose pas, car les théologiens protestants sont unanimes à déclarer que l’Eglise est invisible que Jésus-Christ n’a constitué aucune hiérarchie perpétuelle et que l’autorité qui peut exister dans l’Eglise visible est d'origine humaine. — b) ''En fait, ''les églises ''non épiscopaliennes, ''n'ayant pas d'évêques, ne peuvent songer à établir une succession apostolique et à montrer que leurs pasteurs sont d'origine apostolique. Mais le cas n'est plus le même pour les églises ''épiscopaliennes. ''Celles-ci possèdent une suite ininterrompue d'évêques ; le problème qui se pose est donc de savoir ''si la succession est légitime. ''Pour qu'une succession soit légitime, il faut que le titulaire qui prend la place d'un autre titulaire, accède au pouvoir au nom du même ''principe. ''Or les évoques de la Réforme ne sont pas arrivés au pouvoir au nom du même principe que les évêques antérieurs. Ceux-ci appuyaient leur autorité sur le titre qu'ils revendiquaient de successeurs des apôtres et en vertu des pouvoirs conférés par Jésus-Christ à son Église ; ceux-là n'exercent l'épiscopat qu'à titre de délégués du Roi et du Parlement. Il y a donc solution de continuité entre la hiérarchie antérieure et la hiérarchie postérieure à la Réforme. La succession apostolique a été close pour l'Église protestante au xvie siècle ; sans doute il y a eu succession, mais succession irrégulière. ''Il n'y a pas eu succession apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Application des notes à l'Église grecque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article, comme le précédent, en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur l'Église grecque. Dans le second, nous montrerons ''qu'elle n'a pas les notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur l'Église grecque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
369. — 1. Définition. — Sous le nom ''d'Église grecque ''nous comprenons toutes les Églises qui, à la suite du schisme commencé par Photius au ixe siècle et consommé par Michel Cérulaire au xie, se sont séparées définitivement de Rome. Ces Églises, que les catholiques désignent sous le nom « ''d'Église grecque schismatique », ''et qui s'intitulent elles-mêmes « ''Église orthodoxe», ''portent encore les noms d'Église ''orientale, ''Église ''gréco-russe ''ou ''gréco-slave, ''Églises ''autocéphales ''ou indépendantes. Nées du schisme de Photius, elles seraient dénommées plus justement ''Églises photiennes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''370. — II. Le schisme grec'''. — A. ''SES CAUSES. ''— L'on attribue généralement ''l’origine ''du schisme grec à des causes multiples. Parmi les principales, les unes sont d'ordre général, les autres d'ordre particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Cause générale. — Les historiens voient dans ''l'antagonisme de race ''entre les Orientaux et les Occidentaux une des causes les plus importantes qui ont préparé le schisme grec. La sujétion à un même pouvoir civil et à une même autorité religieuse, en donnant à ces deux peuples de fréquentes occasions de contact, n'avait fait qu'aviver leur antipathie réciproque, au lieu de l'atténuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Causes particulières. Parmi les causes particulières nous ne signalerons ici que les doux principales, à savoir : l'ingérence du pouvoir civil dans les affaires religieuses et l'ambition des Évêques de Constantinople.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Ingérence du pouvoir civil. ''— Quelque étrange que la chose puisse paraître, il faut aller chercher le ''germe ''du schisme grec dans la conversion même de Constantin. C'est qu'en effet le passage d'une religion à une autre, surtout quand il est déterminé par le sentiment et, a fortiori, par l'intérêt politique, n'entraîne pas avec soi l'évolution des idées ; et c'est ainsi que les empereurs païens, tout en adhérant à la nouvelle doctrine, gardaient au fond d'eux-mêmes, et presque inconsciemment, les préjugés, les habitudes et les mœurs de leur passé. Or c'était précisément une idée païenne que les pouvoirs, civil et spirituel, devaient résider dans la même main ou, tout au moins, que le pouvoir spirituel était entièrement subordonné au pouvoir civil. Partant de ce principe, les empereurs se firent à la fois les protecteurs et les maîtres du christianisme. N'osant pas aller jusqu'à vouloir jouer le rôle de pape, Constantin prit le titre d' « ''évêque du dehors ''», s'attribua des fonctions qui auraient dû être réservées à l'autorité religieuse, comme celles de convoquer, de présider et de confirmer les conciles, de poursuivre les hérétiques et de surveiller les élections épiscopales. L'on comprend dès lors l'influence que purent avoir les empereurs soit pour l'union, soit pour le schisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ambition des Évêques de Constantinople. ''— Lorsque l'empereur Constantin, après sa victoire sur Licinius (323), transporta son siège de Rome à Byzance qui, depuis lors, s'appela Constantinople, l'ambition des évêques de la nouvelle résidence impériale ne connut plus de bornes. Déjà, en 381, le canon 3 du ''concile de Constantinople ''décrétait que « l'évêque de Constantinople devait avoir la prééminence d'honneur après l'Évêque de Rome, parce que Constantinople était la nouvelle Rome». Plus tard (451), le 28e canon du ''concile de Chalcédoine ''affirmait à nouveau le même principe en proclamant que « c'est avec raison que les Pères avaient accordé la prééminence au siège de l'ancienne Rome, parce que cette ville était la ville impériale ». Les Papes ne manquèrent pas de protester, non pas absolument contre la prétention des Évêques de Constantinople à une certaine prééminence, mais contre le principe invoqué, car, comme le faisait remarquer le pape saint Léon, ce n'est pas l'importance d'une ville qui fait le rang élevé d'une Église, mais seulement son origine apostolique, c'est-à-dire sa fondation par les Apôtres. Du reste, si le principe avait été strictement appliqué, Rome ne pouvait plus prétendre au premier rang, du jour où, par suite de l'invasion des barbares, elle avait perdu son sénat et ses empereurs. Mais en dépit de la résistance des Papes, le 28e canon du concile de Chalcédoine fut sanctionné par l'autorité civile, et même, par le concile ''in Trullo ''en 692[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn305 [305]]. Conformément an principe posé, les Évêques de Constantinople prirent d'abord le titre de ''patriarche, ''puis s'arrogèrent ''le pouvoir sur tous les Évêques d'Orient; ''à la fin du VIe siècle, Jean IV le Jeûneur prit même le titre de patriarche ''œcuménique. ''Constamment soutenus par les empereurs, les patriarches se conduisirent en vrais papes de l'Orient et bientôt se posèrent en rivaux de l'Évêque de Rome. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
371. B. ''SES AUTEURS. ''— Préparé, par plusieurs siècles de discordes, le schisme eut pour auteurs deux patriarches célèbres : Photius et Michel Cérulaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Photius. — Appelé à remplacer le patriarche Ignace que le régent Bardas avait relégué dans l'île de Térébinthe, Photius, laïque encore, mais rapidement investi du pouvoir d'ordre et sacré par un évêque interdit, Grégoire Asbesta, prenait possession d'un siège qui n'était pas vacant et dont le prédécesseur n'entendait pas se laisser déposséder par la force. Bien que sa promotion fût, de ce fait, frappée de nullité, Photius s'efforça de la faire confirmer par le pape. N'ayant pu obtenir ce qu'il demandait, avec une souplesse extrême, il tourna la difficulté. Au lieu de heurter de front l'autorité pontificale et d'attaquer en face la primauté romaine, alors trop bien établie pour être sérieusement contestée, il mit la question sur un autre terrain, et il prétendit que les Papes étaient hérétiques parce qu'ils avaient admis l'addition du mot ''Filioque ''au symbole de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Michel Cérulaire. — La controverse sur le mot ''Filioque ''laissait les esprits trop indifférents pour causer une cassure complète et définitive entre les Orientaux et les Occidentaux. Aussi, après la mort de Photius, la réconciliation fut-elle relativement facile, et l'entente put durer tant bien que mal jusqu'en 1054, époque où Michel Cérulaire consomma le schisme. Homme d'une ambition démesurée et d'une énergie peu commune, il aspira, dès le jour où il monta sur le trône patriarcal (1048), à concentrer dans ses mains tous les pouvoirs, ou mieux, à subordonner à son autorité suprême et le pape et le basileus lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laissant de côté la question doctrinale du ''Filioque ''qui intéressait peu, il porta la discussion sur un terrain plus capable de passionner la masse des fidèles et de la soulever contre le Pape et l'Église latine. Il feignit donc d'ignorer la primauté de l'Évêque de Borne, et il accusa les Latins de judaïser en alléguant qu'ils employaient le pain azyme comme matière de l'Eucharistie et qu'ils jeûnaient le jour du sabbat. Puis, conformant ses actes à ses paroles, il somma les clercs et les moines latins de suivre les coutumes grecques et, sur leur refus, il les anathématisa et fit fermer leurs églises. Alors intervint le pape Léon IX. Avec une très grande habileté, il replaça la question sur son véritable terrain, celui de la primauté de l'Évêque de Rome. Pour arriver à un accord, il envoya des légats avec mission de traiter avec Michel Cérulaire, L'entente n'ayant pu se faire, les légats, avant de partir, déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie une bulle d'excommunication qui atteignait le patriarche et ses adhérents (1054). Malheureusement l'excommunication ne fit que hâter le triomphe de Michel Cérulaire. Celui-ci réunit en effet un Synode de douze métropolitains et de deux archevêques qui, à leur tour, excommunièrent les Occidentaux sous prétexte que ces derniers avaient ajouté le ''Filioque ''au Symbole, qu'ils enseignaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils et qu'ils se servaient de pain azyme pour la célébration de l'Eucharistie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''372. — III'''. '''Doctrine. '''— Nous allons indiquer les points essentiels qui différencient l'Église grecque de l'Église romaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU POINT DE VUE DU DOGME, ''tous les théologiens de l'Église grecque reconnaissent comme règle de foi les définitions des sept premiers conciles œcuméniques, dont le dernier eut lieu à Nicée en 787.— a) L'Église grecque s'accorde donc avec l'Église romaine sur les mystères de la ''Trinité, ''de ''l'Incarnation, ''de la ''Rédemption, ''sur les sept ''Sacrements ''sauf certains détails que nous signalerons plus loin, sur le ''culte ''de la ''sainte Vierge, ''des ''saints ''et des ''images. ''A propos cependant du mystère de la Trinité, elle enseigne que le Saint-Esprit ne procède que du Père et reproche aux Latins d'avoir ajouté le ''Filioque ''au symbole de Nicée, — b) Elle n'admet pas le dogme de l'''Immaculée Conception ; ''elle professe en effet que la sainte Vierge est née avec le péché originel et qu'elle n'en a été délivrée que le jour de l'Annonciation. — c'') ''Elle rejette le dogme du ''Purgatoire. ''Ceux qui ont encore des peines à expier passent par l'enfer d'où ils sont tirés par la miséricorde divine, et grâce au sacrifice de la messe, aux prières et aux bonnes œuvres des vivants. — ''d) ''Tout en reconnaissant l'existence des sept Sacrements, les schismatiques grecs ont, sur un bon nombre de points, une doctrine opposée à celle des catholiques. C'est ainsi qu'ils enseignent la ''nécessité de la rebaptisation ''lorsque le baptême a été conféré par les hétérodoxes. De même, ils renouvellent la Confirmation aux fidèles qui ont apostasie, mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur les cas auxquels s'étend l'apostasie. Pour l'Eglise ''russe, ''sont apostats ceux qui ont passé du Christianisme soit au judaïsme, soit au mahométisme, soit au paganisme ; pour l'Église du ''Phanar[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn306 [306]], sont encore apostats ceux qui ont embrassé le catholicisme. A propos du ''sacrement de Pénitence, ''les Grecs prétendent que l'absolution remet, non seulement la peine éternelle, mais même la peine temporelle, de sorte que les pénitences imposées par le confesseur n'ont qu'un caractère médicinal et que les indulgences n'ont plus leur raison d'être et sont même nuisibles, étant causes de relâchement dans la vie chrétienne. ''L'Extrême-Onction, ''d'après l'Église grecque proprement dite, doit être conférée, même aux personnes bien portantes, pour les préparer à la communion ; d'après l'Église russe, elle ne doit être administrée qu'à ceux qui sont atteints d'une maladie sérieuse, ''l'Ordre, ''n'imprime point de caractère ineffaçable ; aussi la déposition prive-t-elle de tout caractère sacerdotal, et les clercs déposés ne peuvent plus exercer ''validement ''aucune des fonctions ecclésiastiques. D'après les théologiens orthodoxes, le consentement mutuel des époux est la matière du sacrement de ''Mariage, ''tandis que la bénédiction du prêtre en est la forme ; le prêtre est donc ministre de ce sacrement. Le droit canonique oriental admet aussi de nombreux cas de rupture du lien matrimonial. — ''e) ''Sur ''la question de l'Église. ''Les théologiens grecs considèrent la véritable Église comme une agglomération d'Églises nationales autonomes reconnaissant Jésus-Christ comme seul chef. Les Évêques, comme les Apôtres du reste, sont égaux ''en droit. ''Mais, en fait, et d'institution ecclésiastique, les Évêques sont soumis aux métropolitains et ceux-ci aux patriarches. Il ne faut donc pas parler de primauté : saint Pierre ne reçut de Notre-Seigneur qu'une simple ''préséance d'honneur, ''laquelle a été transmise d'abord à l'Évêque de Rome, puis à l'Évêque de Constantinople. L'Église enseignante est ''infaillible, ''mais le ''sujet ''de l'infaillibilité c'est seulement le ''corps épiscopal ''pris dans son ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU POINT DE VUE DE LA DISCIPLINE ET DE LA LITURGIE, ''il y a, entre les deux Églises, grecque et romaine, de nombreuses divergences. Voici les principales : — ''a) ''Nous avons déjà dit que l'Église grecque admet le ''mariage des prêtres ; ''cependant les Évêques sont toujours choisis parmi les prêtres célibataires. — b) Les Grecs observent des jeûnes rigoureux pendant le carême et avant les principales fêtes. — ''c) ''L'Église grecque confère le baptême par ''immersion ''et n'admet pas la validité du baptême par infusion ; elle ''rejette l'usage du pain azyme ''dans la consécration de l'Eucharistie et la communion des laïques sous une seule espèce ; elle communie les enfants qui n'ont pas encore l'âge de raison. Les schismatiques condamnent la célébration des messes basses et ils enseignent que le changement du pain au corps et du vin au sang de Notre-Seigneur se produit au moment de ''l’épiclèse ''ou invocation au Saint-Esprit qui est placée après les paroles de l'institution. Ils suivent en outre en grande partie les rites et cérémonies de l'antique liturgie orientale établie au ive et au ve siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''373. — IV. État actuel.''' — Le schisme grec s'est propagé dans la Turquie d'Europe, la Grèce, les îles de l'Archipel, on Russie, dans une partie de la Pologne et de la Hongrie, et en Asie-Mineure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on considère la langue liturgique, l'Église grecque se divise en quatre groupes : — ''a) ''le ''groupe grec pur ''avec trois centres autonomes : le patriarcat de Constantinople, l'Église du royaume hellénique et l'archevêché de Chypre; — ''b)'' le ''groupe gréco-arabe ''avec les patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, l'archevêché de Sinaï ; — c) le ''groupe slave ''avec l'Église russe et ses 75 millions de fidèles, l'Église bulgare, l'Église serbe ayant à sa tête un synode d'évêques présidé par l'archevêque de Belgrade ; — ''d) ''le ''groupe roumain ''avec huit évêques dont deux, ceux de Bucarest et de Jassy, portent le titre de métropolite, et l'Église roumaine de Transylvanie. En tout environ 120 millions d'orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis la rupture provoquée par Michel Cérulaire, de nombreuses tentatives d'union furent faites pour ramener l'Église grecque dans le sein de l'Église catholique. Entre le xie et le xve siècle, il n'y en eut pas moins de vingt, qui ne furent couronnées d'ailleurs d'aucun succès. Malgré ces échecs, Grégoire XIII, au xvie siècle, tenta de nouveau l'entreprise : il fonda à Rome le collège grec de Saint-Athanase destiné à former un clergé grec catholique. Au xviie siècle, Grégoire XV créa la ''Sacrée Congrégation de la Propagande, ''pour s'occuper des Églises séparées. Au xixe siècle, Pie IX,en 1848 et en 1870, Léon XIII en 1894, firent à l'Église schismatique de chaleureux appels qui ne furent pas entendus. Au XXe siècle, la mission de la S. C. de la Propagande fut attribuée par Benoît XV à une nouvelle congrégation : ''la S. C. des Églises Orientales.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n'est plus avec Rome, mais avec l'Église protestante que, depuis le xvie siècle, les Grecs ont repris ces éternels essais d'union qui n'aboutissent jamais... Dans la première moitié du xviie siècle, le calvinisme faillit s'implanter dans la grande Église par les soins de Cyrille Lucar, et au début du xviiie siècle, la secte anglicane des ''Non-jureurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn307 [307]] tenta vainement un rapprochement avec l'Église phanariote et l'Église russe. Depuis 1867, les relations amicales, avant-coureuses de l'union, ont repris entre Anglicans et ''Orthodoxes, ''auxquels sont venus se joindre, et non sans doute pour augmenter l'harmonie, les Vieux-Catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn308 [308]] de Dôllinger, Herzog et Michaud. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn309 [309]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bouleversements actuels de la Russie, la crise très grave du bolchevisme qui ébranle la société jusque dans ses fondements, ne nous permettent guère de faire des pronostics sur l'avenir religieux de ces populeuses contrées. Peut-être la grande épreuve de l'heure présente est-elle la voie par laquelle la Providence se propose de ramener les brebis égarées au bercail de l'orthodoxie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
374. ''REMARQUES. ''— 1. Outre l'Église grecque dont il a été uniquement question jusqu'ici, les ''Églises séparées d'Orient ''comprennent : — 1) l'Église ''copte ''(Haute et Moyenne Egypte) dirigée par le patriarche d'Alexandrie et le métropolite d'Abyssinie ; — 2) l'Eglise ''arménienne ''gouvernée par des patriarches et des évêques ; — 3) l'Eglise ''chaldéenne ''(Mésopotamie); et — 4) l'Église ''jacobite ''(Syrie et Mésopotamie). Ces différentes Églises, de minime importance, puisque ensemble elles ne comptent que quelques millions de fidèles, suivent soit l'hérésie de Nestorius qui niait l'unité de personne en Jésus-Christ, soit celle d'Eutychès qui niait la dualité de natures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien que les efforts des Papes aient été infructueux sur la masse des Églises séparées, ils ont cependant réussi à faire rentrer dans l'unité catholique quelques groupes qu'on désigne sous le nom ''d'Uniates[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn310 [310]]. On appelle donc ''uniates ''les communautés de grecs, de monophysites et de nestoriens qui ont reconnu et accepté la suprématie du Pape. Il y a, parmi eux, des ''grecs-unis, ''des ''chaldéens-unis, ''des ''coptes-unis, ''etc. Le Saint-Siège leur a permis de garder leurs liturgies nationales et leur discipline qui, entre autres règles, autorise le mariage des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église grecque n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
375. — Les apologistes catholiques sont loin d'être d'accord sur l'application des notes à l'Église grecque. — ''a) ''Les uns (P. Palmieri, P. Usban), estimant que l'Église grecque n'est pas dépourvue totalement des quatre notes, sont d'avis que la démonstration de la vraie Église se fait mieux par des arguments directs qui établissent l'institution divine de la primauté romaine (V. ''chap. précédent). ''— b) Les autres pensent, au contraire, que l'Église grecque n'a pas les quatre notes, et que la démonstration de la vraie Église peut toujours se faire par cette voie. C'est la manière de voir de ces derniers que nous allons exposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° L'Église grecque n'a pas la sainteté. — a) L'Église grecque possède sans doute la ''sainteté des principes ''puisqu'elle a gardé au moins les points essentiels de la doctrine et des institutions de la primitive Église. — b) Sainte dans ses principes, l'Église grecque l'est-elle aussi dans ses ''membres? ''Elle ne l'est certainement pas dans ses ''fondateurs : ''Photius et Michel Cérulaire sont assurément plus remarquables par leur ambition que par leur piété et leurs vertus. Quant à la sainteté des ''autres membres ''en général, l'on ne saurait dire qu'elle y brille d'un vif éclat. Malgré l'existence des ordres religieux, les œuvres d'apostolat et de charité y sont plutôt rares. Il est vrai que les Églises orientales ont canonisé un certain nombre de leurs fidèles ; mais leurs procès de canonisation n'impliquent pas une enquête rigoureuse sur l'héroïcité des vertus et ne requièrent aucun miracle proprement dit : l'enquête ne porte que sur quelques Bignes extérieurs tels que l'état de conservation du corps. Et alors même qu'il y aurait des miracles authentiques, il faudrait prouver qu'ils ont été faits, non pas uniquement pour récompenser les mérites et la vie sainte d'hommes vertueux, mais pour prouver la vérité de leur doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''376. — 2° L'Église grecque n'a pas''' '''l'unité. '''— ''L'unité, ''c'est-à-dire, comme nous l'avons dit plus haut (N° 349), la subordination de tous les fidèles à une autorité suprême et à un magistère enseignant, n'est pas chose possible dans l'Église grecque. Sans doute, les schismatiques professent que l'autorité infaillible appartient au concile œcuménique. Mais c'est là un organe qui demeure atrophié depuis le viiie siècle. Déjà, s'il fallait réunir tous les Évêques orientaux appartenant aux différents groupes que nous avons signalés, la chose serait irréalisable. Combien le serait-elle davantage si l'on voulait obtenir l'adhésion des Occidentaux : Église latine et confessions protestantes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''377. — 3°''' '''L'Église grecque n'a pas la catholicité. '''— Elle n'a : — ''a) ni la catholicité de fait, ''la chose est évidente ; — ''b) ni la catholicité de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque groupement de l'Église grecque forme une confession indépendante qui ne dépasse pas les limites d'un pays. Aucun lien n'existe entre les différentes Eglises autocéphales, et l'Église russe qui l'emporte de beaucoup sur les autres par le nombre des fidèles, est une Église nationale, administrée par le Saint-Synode, et qui, Mer encore, était entièrement soumise à l'autorité du czar. L'Église du royaume de Grèce est également détachée du patriarcat de Constantinople, de sorte que l'ambition des Évêques de Constantinople n'a abouti qu'à un émiettement de nombreuses Églises, non seulement séparées de Borne, mais n'ayant plus entre elles le moindre trait d'union. Et quand bien même toutes ces Églises en feraient une seule, elles ne posséderaient pas encore la catholicité relative et morale, puisqu'elles restent confinées en Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''378.''' — 4° '''L'Église grecque n'a pas l'apostolicité. '''— Apparemment l'Église grecque possède une succession continue dans son gouvernement. Dans l'Eglise russe, en particulier, les évêques exercent l'épiscopat à ''titre de successeurs des apôtres. ''Il s'agit donc de vérifier si leur titre est authentique, et si cette continuité matérielle dont nous constatons l'existence est en même temps une ''succession légitime. ''Il faut donc que la note d'apostolicité soit contrôlée par les autres notes, et spécialement, par celles d'unité et de catholicité. Or, comme nous venons de voir qu'elle, n'a pas celles-ci, nous pouvons conclure, par le fait, qu'elle n'a pas davantage celle-là, que son apostolicité, matériellement continue, n'est pas une succession légitime, et que, si elle a toujours le pouvoir d'ordre, elle a perdu désormais le pouvoir de juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Application des notes à l'Église romaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
379. — L’'''Église romaine, ''ainsi appelée parce qu'elle reconnaît pour chef suprême l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, possède les quatre notes de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''L'Église romaine possède la noté de sainteté. '''— ''a) ''Elle est ''sainte dans ses principes. ''Puisque nous faisons ''l'application comparative ''des notes de la vraie Église aux diverses confessions chrétiennes, il y aurait lieu de mettre ici en parallèle tous les points de doctrine sur lesquels le protestantisme et le schisme grec sont en divergence avec le catholicisme. Comme ce travail a été fait précédemment, nous n'avons pas à nous y arrêter. Nous rappellerons cependant que, à rencontre du protestantisme, l'Église romaine enseigne que la justification requiert, non seulement la foi, mais encore la pratique des bonnes œuvres. Par ailleurs, elle ne se borne pas à exiger de l'ensemble de ses fidèles, l'observation des commandements de Dieu et la pratique des vertus communes, elle porte plus haut son idéal, elle recommande les vertus supérieures et même les vertus héroïques. Dans tous les temps elle a favorisé l'institution de nombreux Ordres religieux, où les âmes d'élite tendent, par la contemplation, par les œuvres de charité et par la pratique des conseils évangéliques, au plus haut degré de l'amour de Dieu, à ce qu'on appelle la ''Perfection chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn311 [311]]. — b) Elle est ''sainte dans ses membres. ''Loin de nous la pensée de prétendre que tout est parfait dans l'Église catholique, que jamais il n'y a eu de défaillances dans son sein et que son histoire n'a que des pages immaculées. Nous avons déjà dit le contraire (N° 354). Il ne nous en coûte donc pas de reconnaître que la sainteté de la doctrine ne fait pas toujours la sainteté des individus. S'il y a eu des époques où le clergé, — prêtres, Évêques et même Papes, — aussi bien que les simples fidèles, n'ont pas eu des mœurs conformes à l'idéal du Christ, que pouvons-nous conclure de là, sinon que les instruments dont Dieu se sort, restent toujours des instruments humains, et que, si l'Église est indéfectible, malgré la faiblesse de ses instruments, c'est qu'elle est divine ? Cependant toute critique qui veut être impartiale, ne doit pas s'arrêter là. On ne juge équitablement une société que si on la considère ''dans son ensemble ''et dans ''tout le cours de son existence. ''Or tout homme de bonne foi est forcé d'admettre qu'il y a toujours eu dans l'Église, et même aux époques les plus tourmentées de son histoire, une riche floraison de saints. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir son Martyrologe. Là voisinent les noms les plus illustres et les plus divers : ceux de nombreux ascètes qui, renonçant à tous les biens terrestres, se sont consacrés à la vie contemplative ou aux œuvres de bienfaisance, à côté de laïques, — car les vertus héroïques ne sont pas le privilège exclusif d'un genre de vie, — qui ont mené dans le monde une vie sainte et austère, et tous pour mettre en pratique la doctrine enseignée par l'Église, et pour obéir à l'appel du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''380. — 2° L'Église romaine possède l'unité.''' — L'Église romaine est ''une ''— a) dans son ''gouvernement. ''Bien qu'il y ait de nombreuses Églises locales qui jouissent d'une certaine autonomie, l'unité de ces groupements est assurée par l'obéissance des fidèles aux Évêques et des Évêques au Pape ; — b) ''dans sa foi. ''De l'unité de gouvernement découle l'unité de foi. C'est en effet un des principes les mieux observés du catholicisme qu'il y a obligation stricte pour tous les fidèles de se soumettre à l'autorité infaillible qui les enseigne. Conformément à ce principe, l'Église romaine rejette de son sein ceux- qui se séparent de sa foi par l'hérésie ou s'affranchissent de sa discipline par le schisme. Tous ses sujets professent donc la même foi, admettent les mêmes sacrements et participent au même culte. Mais naturellement l'unité de foi et de culte se concilie avec les ''discussions théologiques ''sur les points de doctrine non définis[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn312 [312]], avec les ''divergences accidentelles des règles disciplinaires ''ou des ''rites liturgiques, ''divergences qui peuvent être commandées par les convenances spéciales des pays, des races et des temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''381. — 3° L'Église possède la catholicité.''' — Pas plus que les autres confessions, l'Église romaine n'est catholique ''de fait. ''Nous avons vu que cette catholicité n'est pas requise. Tout au moins possède-t-elle une ''catholicité de droit, ''puisqu'elle s'adresse à tous, qu'elle envoie ses missionnaires dans toutes les régions, puisqu'elle n'est l'Église ''d'aucune nationalité ''ni d'aucune race et qu'elle sait s'adapter aux peuples les plus divers. En dehors de cotte catholicité de droit, l'Église romaine possède ''l'universalité morale ''et ''relative, ''elle s'étend à la majeure partie du monde, et le nombre de ses fidèles est supérieur à celui des autres sociétés chrétiennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn313 [313]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''382. — 4° L'Église romaine possède l'apostolicité.''' — ''a) ''L'Église romaine est ''apostolique ''dans son ''gouvernement. ''Elle possède une continuité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
successorale moralement ininterrompue : du Pape actuel elle peut remonter à saint Pierre. Il s'agit donc de savoir si la juridiction apostolique a été ''légitimement transmise. ''La chose apparaît évidente, puisque l'Église romaine possède les trois autres notes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''il est vrai, qu'il fut un temps où les Papes résidaient à Avignon, qu'il y eut des interrègnes, qu'il y eut surtout le ''grand schisme d'Occident. ''— ''La résidence momentanée des Papes à Avignon ''n'a nullement interrompu la succession apostolique : il est de toute évidence que la juridiction n'est pas attachée à l'endroit de la résidence, mais dépend uniquement de la légitimité de la succession et du titre. Les Papes pouvaient donc résider à Avignon comme ailleurs et rester les Évêques légitimes de Rome. On allègue d'autre parties ''interrègnes ''et le ''grand schisme d'Occident. ''Rappelons brièvement les faits. A la mort de GREGOIRE XI, septième Pape d'Avignon (1378),Urbain VI fut élu à Rome par seize cardinaux, dont onze français. Après l'élection, quinze des cardinaux déclarèrent l'élection nulle sous prétexte qu'elle avait eu lieu sous la pression du peuple romain qui avait réclamé un Pape italien, et ils élurent Robert de Genève qui prit le nom de Clément VII et s'établit à Avignon. La chrétienté se divisa alors en deux parties, l'une obéissant au Pape de Rome, et l'autre, au Pape d'Avignon. Ainsi commença ce qu'on appelle le ''grand schisme d'Occident ''qui devait durer trente-neuf ans (1378-1417). — Faut-il conclure de là que l'Église romaine ne possède plus la juridiction d'origine apostolique? Certainement non. Les trois règles suivantes nous donneront du reste la clé de cette difficulté : — 1. Si deux élections se font en même temps ou successivement, l’apostolicité appartient au Pape légitimement choisi. — 2. S'il y avait doute, comme c'était le cas pour le grand schisme d'Occident, l'apostolicité n'existerait pas moins, quand bien même la chose ne serait connue que tardivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Enfin si deux ou plusieurs élections se faisaient simultanément et d'une manière irrégulière, elles seraient toutes nulles ; le siège pontifical resterait vacant jusqu'à une élection légitime, laquelle continuerait la série apostolique des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''L'Église romaine est ''apostolique dans sa doctrine. ''Les protestants accusent les catholiques d'avoir introduit des dogmes nouveaux dans l'enseignement apostolique. Sans doute, le Credo actuel est plus développé que celui des Apôtres, mais il ne contient pas des différences essentielles. L'Église enseignante n'a jamais défini une vérité de foi qu'elle ne l'ait tirée soit de l'Écriture Sainte, soit de la Tradition il y a donc eu ''développement ''du dogme, mais ''non point changement ''de la doctrine apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'Église romaine ayant les quatre notes indiquées par le concile de Nicée-Constantinople, nous sommes donc en droit de conclure qu'elle est la ''vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. — Nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine : « Hors de l'Église, pas de salut. » ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383. — Nous venons de démontrer que l'Église romaine est seule la ''vraie Église ''instituée par Jésus-Christ. Devons-nous en conclure qu'il y a ''nécessité de lui appartenir ''pour faire son salut? Si oui, comment faut-il entendre cette nécessité et comprendre la formule courante qui la traduit : « ''Hors de l'Église pas de salut ''» ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Nécessité d'appartenir à la vraie Église'''. — La nécessité d'appartenir à la vraie Église s'appuie sur deux arguments : sur un argument ''scripturaire ''et sur un argument ''de raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT SCRIPTURAIRE. ''— La volonté de Notre-Seigneur sur ce point est formelle. Il a dit en effet à ses Apôtres : « Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné» ''(Marc, ''xvi, 15-16). De ces paroles il ressort, d'une part, que sa doctrine sera transmise à tout l'univers par l'intermédiaire de ses apôtres et de ''leurs légitimes successeurs, ''d'autre part, qu'il y a ''obligation ''d'y adhérer, puisque le Christ condamne ceux qui s'y refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— La ''nécessité d'appartenir à la véritable Église ''découle de la ''raison. ''L'on ne peut pas échapper en effet à la conclusion du dilemme suivant. Ou bien l'Église catholique possède la vérité religieuse, elle a seule le dépôt de la doctrine du Christ. Ou bien elle ne l'a pas. Si elle l'a, si elle est la vérité, il est clair qu'elle s'impose comme une nécessité, car toute vérité est, de sa nature, ''exclusive. ''Toute la question revient donc à prouver que l'Église catholique est la seule vraie : ce que nous avons fait dans les articles précédents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''384. — 2° Sens de la formule : « Hors de l'Église pas de salut. »''' — ''En principe, ''l'appartenance à l'Église catholique s'impose comme une ''nécessité. ''Mais comment faut-il entendre cette nécessité? Et quel sens faut-il donner à l'axiome courant : « ''Hors de l’Église pas de salut ''»? Cette question concerne plutôt le théologien que l'apologiste : nous nous bornerons donc à dire comment les théologiens l'ont solutionnée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on jette un rapide coup d'œil sur l'enseignement traditionnel de l'Église sur ce point, il apparaît que la question n'a pas été mise d'abord en pleine lumière et n'a été considérée que d'un point de vue assez restreint. — ''a) ''D'une manière générale, jusqu'au xvr8 siècle, les Pères et les Docteurs de l'Église enseignent que ''l'appartenance ''à l'Église est d'une ''nécessité absolue ''et que tous ceux qui refusent de se soumettre à son autorité doctrinale et disciplinaire, les hérétiques et les schismatiques, perdent tout droit au salut éternel. Mais il semble bien que cette intransigeance est plus apparente que réelle et provient de ce que la question n'est pas présentée sous toutes ses faces. La preuve en est que saint Augustin (354-430) tout en posant en principe qu'il est nécessaire d'appartenir à l'Église pour faire son salut, ajoute qu'on peut être dans l'erreur, qu'on peut se tromper sur la question de savoir où est la vraie Église, et qu'alors on ne doit pas être rangé parmi les hérétiques. — b) Au xvie siècle, Bellarmin et Suarez élargissent déjà la question et discutent surtout les ''conditions requises ''pour appartenir au corps de l'Église. — c) Au xixe siècle, les théologiens réalisent un grand progrès dans l'explication du dogme, grâce aux distinctions qu'ils établissent, à juste titre, entre les différents sens des mots ''appartenance ''et ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les uns distinguent l'appartenance ''réelle ''(''in re'') et l'appartenance ''de désir ''(''in voto''). On peut en effet « appartenir à l'Église par le ''désir, ''par la ''volonté, ''par le cœur, quand, sans en être membre à proprement parler, on souhaite de l'être. Ce souhait peut être ''explicite, ''comme c'est le cas des catéchumènes ; il peut être ''implicite, ''comme c'est le cas pour ceux qui, sans connaître encore l'Église, désirent faire tout ce que Dieu veut. Tous ces hommes de bonne volonté appartiennent implicitement à l'Église »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn314 [314]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les autres, distinguant entre ''l’âme ''et le ''corps ''de l'Église, disent qu'il est de ''nécessité de moyen ''d'appartenir à ''l’âme ''de l'Église, et de ''nécessité de précepte ''d'appartenir à son ''corps. ''— 1) Or ''appartiennent à l'âme de l'Église ''tous ceux qui, vivant dans une ''ignorance invincible : ''infidèles, hérétiques, schismatiques, observent leur religion de bonne foi et s'efforcent de plaire à Dieu selon les lumières de leur conscience. Dieu les jugera sur ce qu'ils auront connu et accompli, non sur ce qu'ils auront ignoré de la. loi. — 2) ''N'appartiennent ni à l'âme ni au corps de l'Église ''tous ceux qui sont dans ''l'erreur volontaire ''et ''coupable, ''ceux qui, sachant que l'Église catholique est la vraie Église, refusent d'y entrer parce qu'ils ne veulent pas accepter les devoirs que la vérité impose. C'est à ceux-là spécialement qui « pèchent contre la lumière », selon la parole de Newman, que s'applique la maxime : « ''Hors de l'Église pas de salut. ''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons, pour terminer, que ces deux interprétations du dogme catholique sont conformes à l'enseignement donné par Pie IX dans son allocution consistoriale « ''Singulari quadam» ''du 9 décembre 1854 et dans son Encyclique « ''Quanto confidamur ''» adressée aux Évêques d'Italie le 10 août 1863. « Ceux, est-il dit dans ce second document, qui sont dans l'ignorance invincible relativement à notre sainte religion, et qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes gravés dans tous les cœurs, et qui, prêts à obéir à Dieu, mènent une vie honnête et droite, peuvent, avec le secours de la divine lumière et celui de la grâce, obtenir la vie éternelle, car Dieu... ne souffre jamais, dans sa souveraine bonté et clémence, que quelqu'un qui n'est coupable d'aucune faute volontaire, soit puni de peines éternelles. Mais il est aussi très connu, ce dogme catholique, que personne ne peut se sauver hors de l'Église catholique, et que ceux-là ne peuvent obtenir de salut éternel, qui sciemment se montrent rebelles à l'autorité et aux décisions de l'Église, ainsi que ceux qui sont volontairement séparés de l'unité de l'Église et du Pontife romain, successeur de Pierre, à qui a été confiée par le Sauveur la garde de la vigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion'''. — Quelle que soit la manière dont on interprète la formule : « ''Hors de l’Eglise pas de salut ''», il est permis de tirer les conclusions suivantes : — 1. De l'avis unanime des théologiens, ''l'appartenance à l'âme de l'Eglise ''est de ''nécessité absolue, ''vu que la grâce sanctifiante est le seul moyen ici-bas de conquérir le ciel. — 2. ''L'appartenance au corps de l'Eglise ''est, elle aussi, dans une certaine mesure, ''de nécessité de moyen. ''Nous disons ''dans une certaine mesure, ''car il convient de distinguer entre ceux qui connaissent la vraie Eglise et ceux qui ne la connaissent pas. Pour les premiers, l'appartenance au corps, — appartenance ''extérieure, visible, in re, ''comme disent les théologiens, — est à la fois de ''nécessité de moyen ''et de ''nécessité de précepte. ''Pour les seconds, qui ne sauraient être liés par un précepte dont ils ignorent l'existence, seule est requise ''l'appartenance implicite : ''et par appartenance implicite, il faut entendre l'appartenance ''par le cœur, par le désir, ''lequel désir, sans être formulé par des paroles, est inhérent à l'acte de charité et au désir de conformer sa volonté à la volonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dictionnaire d'Alès : Yves de la Brière, art. ''Église ; ''Michiels, art. ''Évêques ; ''M. Jugie, art. ''Grecque ''(Église) ; (J'Ales, art. ''Libère ''(le Pape) ; F. Cabrol, art. ''Honorius ''(La question d'). — Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église ; ''Bainvel, ait. ''Apostolicité ; ''A. Baudrillart, art. ''Calvin, Calvinisme ; ''A. Gatard, art. ''Anglicanisme ; ''S. Vailhé, art. ''Conslantinople ''(Église). — Mgr Batiffol, ''Études d'histoire et de théologie positive ; L'Église naissante et le catholicisme ''(Lecoilre). — Fouard, ''Les Origines de l'Église; Saint Pierre et les premières années du christianisme ; Saint Paul, ses missions ; Saint Paul, ses dernières années ; Saint Jean et la fin de l’âge apostolique ''(Lecoilre). — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques données aux Facultés catholiques de Lyon ''(Lecoffre). — Tixeront, ''Histoire des dogmes, La théologie anténicéenne ; Précis de Patrologie ''(Lecoflre). — Ermoni, ''Les origines historiques de Vépiscopat monarchique ; Les premiers ouvriers de l'Évangile ''(Bloud). — Seméria, ''Dogme, hiérarchie et culte dans l'Église primitive ''(Lethielleux). — Boudinhon, ''Primauté, schisme et juridiction ''(Revue du canoniste contemporain, 1896). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Guiraud, ''La venue de saint Pierre à Rome ''(Rev. pr. d'Ap., 1 nov. 1905). — Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne). — Hugueny, ''Critique et Catholique ''(Letou-zey). — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l’Église ; Églises séparées ''(Fontemoing) — A. de Poulpiquet, ''La notion de catholicité ''(Bloud). — Lodiel, ''Nos raisons d'être catholiques ''(Bloud). — Mgr Baudrillart, ''L'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''(Bloud). — Mgr Julien, ''Bossuet et les Protestants ''(Beauchesne). — Goyau, ''L'Allemagne religieuse, Le Protestantisme ''(Perrin). — Bricout, ''Les Églises réformées en France ''(Rev. du Cl. fr. 1908). — Ragey, ''L'Anglicanisme, le Ritualisme, le Catholicisme ''(Bloud). — Thureau-Dangin, ''Le catholicisme en Angleterre au ''xix° ''siècle ''(Bloud). — Bossuet, ''Histoire des variations des Églises protestantes, Discours sur l'unité de FÉglise. ''— Gondal, ''L'Église russe ''(Bloud). — Monsabré, ''Exposé du dogme, ''51e et 52e conf. — Mourret, ''Histoire de l’Eglise ''(Bloud). — Marion, ''Histoire de l’Église ''(Roger et Chernovitz). — Bainvel, ''Hors de l’Eglise pas de salut ''(Beauchesne). — ''L'Ami du Clergé, ''année 1923, n° 26.— Billot, ''Tractatus de Ecclesia Christi. ''— Wilmers, ''De Christi Ecclesia ''(Pustet).-— Les Traités d'Apologétique: Tanquerey, Mgr Gouraud.Moulard et Vincent, Verhelst, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section II : Constitution de l’Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Hiérarchie et Pouvoirs de l'Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
385. — Pour découvrir la vraie Église, nous avons, au début de la section précédente, fixé les ''traits essentiels ''de la société fondée par Jésus-Christ. Nous connaissons donc déjà, au moins dans ses grandes lignes, la ''constitution de l'Église romaine, ''vu que seule elle est la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a lieu cependant de revenir sur le sujet, car, si la constitution ''actuelle ''de l'Église ''£ ''bien son point de départ dans la volonté et l'institution du Christ, il est incontestable également qu'elle a connu un certain développement et qu'elle a dû s'adapter aux besoins du moment. C'est que, tout en étant d'origine divine, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains, et dès lors, susceptible de progrès et de modifications, en tout ce qui n'affecte pas le fond de sa constitution. Quelle est donc cette constitution, telle qu'elle existe maintenant, c'est ce que nous allons étudier dans les deux chapitres de cette seconde section. Nous rechercherons, dans ce premier chapitre : — 1° quelle est la ''hiérarchie ''de l'Église ; — 2° quels sont les ''pouvoirs ''dont l'Église en général a été investie ; — 3° quels sont en particulier les ''pouvoirs du Pape; ''et — 4° quels sont ''ceux des Évêques. ''D'où quatre articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le chapitre suivant, nous traiterons des ''droits de l’Église ''et doses ''relations avec l'État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Hiérarchie de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
386. — Nous avons vu que l'Église a été fondée sur le principe de la hiérarchie (N08 [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#n309 309 et suiv].),- qu'elle est une société ''inégale ''comprenant deux groupes distincts . l'Église ''enseignante ''et l'Église ''enseignée. ''L'Église enseignée composée des laïques n'ayant aucune part à l'autorité ecclésiastique, il ne sera question que de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Définition'''. — D'après l’étymologie (N° 308''), ''le mot ''hiérarchie ''signifie pouvoir sacré. Il est employé ici pour désigner les divers degrés de rang et de pouvoir qui distinguent les ministres de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''387. — 2° Espèces'''. — II y a dans l'Église une double hiérarchie : la hiérarchie d'ordre et la hiérarchie de juridiction. — ''a) ''La ''hiérarchie d'Ordre, ''fondée sur le pouvoir d'Ordre, a son ''origine ''dans l'ordination ou la consécration. Elle a pour objet la sanctification des âmes par l'administration des sacrements, et elle est inamissible. — ''b) ''La ''hiérarchie de juridiction, ''fondée sur le pouvoir de juridiction, est conférée par l'institution canonique, ou simplement par la nomination et la délégation. Elle a pour objet le gouvernement de l'Église, et elle est amissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''388. — 3'''° '''Membres. '''— A. ''LA HIÉRARCHIE D'ORDRE ''comprend tous ceux qui ont reçu un degré quelconque du pouvoir d'Ordre. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose des évêques, des prêtres et des diacres. — ''b) ''De ''droit ecclésiastique, ''elle comprend en outre le sous-diaconat et les Ordres mineurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA HIÉRARCHIE DE JURIDICTION, ''comprend tous ceux qui, dans une mesure plus ou moins grande, ont reçu une part de juridiction dans l'Église. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose seulement du Pape et des Évêques. — b) Mais, de ''droit ecclésiastique, ''elle s'étend à d'autres membres désignés par eux. Il est clair en effet que le Pape qui a l'Église universelle, et les Évêque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn315 [315]] qui ont tout un diocèse, à gouverner, ne pourraient remplir une telle tâche, s'ils ne s'entouraient d'auxiliaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''auxiliaires du Pape ''forment ce qu'on appelle la Curie romaine. La ''Curie romaine, ''composée des cardinaux, des prélats et des officiers inférieurs, comprend le Collège des cardinaux ou ''Sacré-Collège, ''les ''Congrégations romaines, les Tribunaux ''et les ''Offices.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Évêques ''ont pour ''auxiliaires :''— 1) les ''Vicaires généraux, ''qui ne font avec lui qu'une personne morale, et le suppléent dans l'administration du diocèse ; — 2) le ''Chapitre, ''c'est-à-dire la réunion des chanoines attachés à l'église cathédrale ou métropolitaine, et formant un corps institué canoniquement, dont le rôle se borne aujourd'hui[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn316 [316]] à réciter 1’Office au chœur et à nommer, à la mort de l'évêque, le ou les vicaires capitulaires chargés de gouverner le diocèse jusqu'à l'institution d'un nouvel évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Curés ''sont aussi des auxiliaires des Évêques, mais, de droit divin, ils n'ont aucune part aux pouvoirs de l'Église. Ils ne peuvent ni décider de la doctrine, ni édicter aucune loi concernant la discipline ou le culte. Leur rôle se borne à desservir une paroisse, à l'administration de laquelle ils ont été délégués par leur Évêque. Les Curés ne constituent donc pas un troisième degré de la hiérarchie. Et la chose se comprend aisément si l'on veut bien se rappeler que les paroisses n'existaient pas primitivement. C'est seulement au IIe siècle qu'en remonte l'origine. Jusque-là il n'y avait ou dans chaque ville épiscopale qu'une seule Église. L'Évêque, bien qu'assisté d'un collège de prêtres, en gardait l'administration personnelle, et se réservait mémo, d'une manière habituelle, les pouvoirs de prêcher, de baptiser, de célébrer l'eucharistie, et d'administrer le sacrement de pénitence. Lorsque le christianisme prit une plus grande extension, l'on construisit dans les villes, outre les églises cathédrales, et aussi dans les bourgs et les villages, des églises moins importantes, appelées ''églises paroissiales. ''Les Évêques déléguèrent alors pour l'administration de ces paroisses, des prêtres, -qui devinrent ainsi des pasteurs de second ordre, et que l'on appela ''curés ''(du latin ''«cura» ''soin), parce qu'ils étaient chargés du soin des fidèles appartenant à ces circonscriptions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Les Pouvoirs de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
389. — A cette Église enseignante dont nous venons de montrer la hiérarchie, Jésus-Christ a conféré (V. N° 310) un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner la vraie foi ; — ''b) ''le pouvoir d'Ordre pour administrer les sacrements ; et — c'') ''le pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger les fidèles à tout ce qui peut être nécessaire ou utile à leur salut. Comme la question du pouvoir de ministère se rattache au sacrement de l'Ordre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn317 [317]], nous ne parlerons que du ''pouvoir doctrinal ''et du ''pouvoir de gouvernement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal de l'Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
390. — Nous avons vu déjà que le pouvoir doctrinal conféré par Jésus à son Église comportait le ''privilège de l’infaillibilité ''(N° 330), et que ce privilège avait été accordé aux Apôtres et à leurs successeurs (Nos 335 et suiv.). Il s'agit donc maintenant d'en déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Objet. '''— ''L'objet ''de l'infaillibilité se déduit du ''but ''que l'Église poursuit dans son enseignement. Or la ''fin ''de l'Église est d'enseigner les vérités qui intéressent le salut. Les sciences profanes sont donc hors du domaine de l'infaillibilité. Celle-ci se limite à la connaissance des choses de la foi et de la morale. Mais tout ce qui touche, soit ''directement ''soit ''indirectement, ''à ce double terrain, constitue l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''OBJET DIRECT. ''— L'objet ''direct, ''ce sont toutes les vérités ''explicitement ''ou ''implicitement ''révélées par Dieu et qui sont contenues dans les deux dépôts de la Révélation : l'Écriture sainte et la Tradition. ''a) ''Par vérités ''explicitement ''révélées, entendez celles qui y sont énoncées en termes clairs ou équivalents. Par exemple, l'Écriture nous dit en ''termes clairs ''qu'il n'y a qu'un Dieu, Créateur du ciel et de la terre, que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie, qu'il a souffert, est mort, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour. Elle nous dit en ''termes équivalents ''que le Christ est Dieu et homme : « Le Verbe s'est fait chair» ''(Jean, ''i, 14), que la grâce est nécessaire : « le sarment ne peut porter de fruit s'il n'est uni à la vigne... sans moi dit Jésus, vous ne pouvez rien faire» ''(Jean, ''xv, 46), que Pierre est le chef de toute l'Église : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » ''(Jean, ''xxi, 15, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les vérités ''implicitement ''révélées sont celles qui se déduisent, par voie de raisonnement, d'autres vérités révélées. Ainsi, du dogme explicitement révélé que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme, découlent les autres dogmes qui affirment l'existence de deux natures et de deux volontés dans le Christ ; ainsi encore, les dogmes de la transsubstantiation, de l'Immaculée Conception, de l'Infaillibilité pontificale ne sont pas exprimés d'une manière explicite dans la Révélation mais ils résultent d'autres vérités clairement révélées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
391. — B. ''OBJET INDIRECT. — ''L'objet ''indirect ''de l'infaillibilité, ce sont toutes les vérités qui, sans être révélées, sont dans un rapport tel avec les vérités révélées, qu'elles sont indispensables à la conservation intégrale du dépôt de la foi. Il est clair que le privilège de l'infaillibilité implique le pouvoir de proposer, sans crainte d'erreur, toutes les vérités dont dépend la sécurité de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc ranger dans l'objet ''indirect ''de l'infaillibilité : — a) les ''conclusions théologiques. ''On appelle conclusion théologique toute proposition qui forme la conclusion d'un raisonnement dont les deux prémisses dont, l'une, une vérité révélée, l'autre, une vérité connue par la raison. Par exemple, de cette ''vérité révélée ''que « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres », et de cette ''vérité de raison ''que Dieu ne peut récompenser ou punir l'homme que s'il lui a donné la liberté de bien ou de mal faire, l'on peut tirer la ''conclusion théologique ''que l'homme est ''libre ; ''— b) les ''faits dogmatiques. ''Il faut entendre par là tout fait[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn318 [318]] qui, sans être révélé, est en connexion si étroite avec le dogme révélé, que le nier ou le révoquer en doute, c'est du même coup ébranler les fondements du dogme lui-même. Dire, par exemple, que tel concile œcuménique est légitime, que tel pape a été régulièrement élu, que Léon XIII, Pie X, Benoît XV sont les légitimes successeurs de saint Pierre, que telle version de la Sainte-Écriture (v g. la ''Vulgate) ''est substantiellement conforme au texte original, que telle doctrine hérétique est contenue dans tel livre : voilà autant de faits dogmatiques. L'on comprend combien il importe que l'Église soit infaillible dans ses jugements sur de semblables faits, car, si elle ne l'était pas, si l'on pouvait contester la légitimité d'un concile ou d'un pape, de quel droit imposerait-on les dogmes définis par eux? Sur quoi l'Église appuierait-elle ses définitions s'il était permis de mettre en doute l'authenticité des textes qu'elle invoque? Et si elle ne pouvait affirmer avec certitude que telle proposition condamnable se trouve bien dans tel livre, les hérétiques échapperaient toujours aux condamnations portées contre eux par des distinctions subtiles entre la ''question de droit ''et la ''question de fait. ''C'est ce qui se passa, du reste, au xvir3 siècle, lorsque cinq propositions extraites de ''Augustinus ''de Jansénius furent condamnées par Innocent X. Établissant alors la distinction entre la doctrine des cinq propositions et le fait de savoir si elles étaient contenues dans l'Augustinus, les jansénistes admirent que l'Église était infaillible sur la question de droit, c'est-à-dire sur l'appréciation de la doctrine, mais non sur la question de fait, celui-ci étant, selon eux, en dehors de la révélation et dès lors ne relevant pas du magistère infaillible de l'Église. Assurément, l'Église ne peut jamais juger du sens que Fauteur a pu avoir dans l'esprit, du sens ''subjectif ; ''aussi ce qu'elle entend condamner ce n'est pas la pensée de l'auteur, mais seulement ses écrits dans leur sens naturel et obvie ; — c) les ''lois universelles ''relatives à la ''discipline ''et au ''culte divin. ''Bien que ressortissant au pouvoir de gouvernement, les lois générales sur la discipline et le culte présupposent parfois un jugement doctrinal sur la foi ou la morale. Ainsi la discipline actuelle de l'Église, qui défend aux laïques la communion sous l'espèce du vin, implique la croyance que Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn319 [319]] : d'un côté comme de l'autre, le jugement de l'Église doit donc être exempt d'erreur. Toutefois, l'infaillibilité ne s'étend pas jusqu'aux circonstances accidentelles de la législation ecclésiastique : il peut arriver que telle loi disciplinaire ne soit pas opportune, bien que conforme à la saine doctrine ; il peut arriver surtout que ce qui ost utile aujourd'hui ne le soit plus demain et qu'une loi actuellement en vigueur soit modifiée, abrogée même par la suite. Il importe donc ; comme nous en avons déjà fait la remarque (N° 380), de ne pas prendre les changements de discipline et de culte pour des variations du dogme ; — ''d) ''les ''décisions qui approuvent les constitutions des Ordres religieux. ''L'Église est infaillible dans son jugement lorsqu'elle déclare que les règles d'un Ordre religieux sont conformes à l'Évangile. Mais, d'après Suarez, elle n'est pas infaillible sur la question d'utilité ou d'opportunité de cet Ordre, encore qu'il y ait témérité à croire le contraire, lorsque la chose n'est pas manifeste ; — ''e) l'approbation du bréviaire, ''ce qui veut dire qu'il ne contient rien contre la foi ou les mœurs, mais non pas qu'il soit à l'abri de toute erreur historique ; — f) la ''canonisation des saints. ''On entend par canonisation la sentence solennelle par laquelle le Pape déclare que tel personnage jouit de la gloire du ciel et peut être honoré du culte de dulie. Telle est du moins la canonisation ''formelle, ''comme elle est en usage de nos jours, et ainsi appelée parce qu'elle est revêtue des ''formes juridiques ''qui lui donnent toutes les garanties de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn320 [320]]. Aussi est-ce une opinion commune parmi les théologiens que l'Église est infaillible dans la ''canonisation formelle; ''toutefois la proposition n'est pas de foi. Les théologiens admettent également que les canonisations, telles qu'elles étaient pratiquées jusqu'au xiie siècle, — et où il suffisait que le témoignage populaire fût ratifié par l'évêque du diocèse pour qu'un personnage fût proclamé saint, — ne ressortissaient pas au magistère infaillible de l'Église. D'ailleurs, c'est un fait que certaines de ces canonisations appelées ''équipollentes ''(équivalentes) ont été entachées d'erreur et ont eu pour objet des saints légendaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn321 [321]]. La ''béatification, ''n'étant pas un jugement définitif, n'appartient pas au domaine du magistère infaillible; — ''g) ''les ''censures doctrinales[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn322 [322]] dont l'Église frappe certaines propositions. L'Église est infaillible lorsqu'elle applique à une doctrine la note d'hérétique : cette proposition est de foi. Dans les censures suivantes : qu'une doctrine est proche de l'hérésie, erronée, l'Église est également infaillible, d'après l'opinion commune des théologiens. Si elle censure une doctrine comme téméraire, offensive des oreilles pies, improbable, il n'est pas certain que l'Église soit infaillible, mais elle a droit toujours à un religieux assentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''392. — 2°''' '''Mode d'exercice. '''— L'Église exerce son magistère infaillible de double manière : ''extraordinaire ''ou ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''MAGISTÈRE EXTRAORDINAIRE. — ''L'Église ne fait usage du magistère ''extraordinaire ''que dans de rares circonstances : — ''a) ''soit ''par le Pape seul parlant ex-cathedra ''(V. Nos 398 et 399) ; — ''b) ''soit par les ''Évêques, ''unis au Pape, et réunis dans des ''Conciles généraux ''(V. Nos 414 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MAGISTÈRE ORDINAIRE ET UNIVERSEL. — ''On appelle, magistère ''ordinaire et'' ''universel ''le mode d'enseignement donné par le Pape et les Evêques à tout moment et dans tous les pays (V. Nos 401 et 411). Lorsque Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations », il n'a pas limité leurs pouvoirs à un temps et à un endroit donnés. Le Pape et les Évêques doivent donc exercer leurs fonctions de ''docteurs, ''non pas seulement à de rares intervalles et dans des circonstances solennelles, mais partout et toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
393. — Le ''pouvoir de gouvernement ''implique un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''législatif, ''c'est-à-dire le pouvoir, non seulement d'interpréter les lois naturelles, mais même d'imposer les devoirs en vue du bien commun, devoirs qui obligent en conscience les sujets de l'Église ; — ''b) ''le pouvoir ''judiciaire, ''c'est-à-dire le pouvoir de juger les actions et de porter des sentences ; — c) le pouvoir ''pénal ''ou ''coercitif, ''c'est-à-dire le pouvoir d'appliquer des sanctions proportionnées aux infractions,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Existence. '''— A. ''ADVERSAIRES. ''— ''l’existence ''du pouvoir de gouvernement a été niée : — a) au xive siècle, par les ''Fraticelles, ''sectaires fanatiques appartenant à l'ordre des franciscains, qui, prétendant fonder une Eglise spirituelle et invisible, supérieure à l'Église visible, faisaient dépendre le pouvoir de gouvernement de la sainteté personnelle des ministres de l'Église ; — ''b) ''au xvie siècle, par Luther et les partisans de la ''Réforme ''qui, se fondant sur la théorie de la justification par la foi sans les œuvres, concluaient que l'homme justifié n'était pas tenu à l'observation des commandements de Dieu et de l'Église ; — c) au xviie siècle, par les ''jansénistes ''et les ''gallicans ''qui enseignaient que le pouvoir de J'Église n'allait pas au delà des choses spirituelles, les choses temporelles restant du ressort exclusif du pouvoir séculier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L’existence ''du pouvoir de gouvernement nous est attestée : — ''a) ''par la ''Sainte Écriture. ''Elle découle des paroles par lesquelles Notre-Seigneur accorda à ses Apôtres le pouvoir de paître, c'est-à-dire de régir les fidèles, de lier ou de délier, de condamner ceux qui désobéissent à l'Église : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise» ''(Luc, ''x, 16). « Celui qui n'écoute pas l'Église, qu'il soit considéré comme un païen et un publicain. » ( ''Mat., ''xviii, 17). — b) par la ''pratique de l'Église. ''— 1. Les ''Apôtres ''ont exercé ce triple pouvoir: — 1) le pouvoir ''législatif. ''Au concile de Jérusalem, ils enjoignent aux nouveaux convertis « de s'abstenir des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l'impureté » ''(Act., ''xv, 29). Saint Paul loue les Corinthiens d'obéir à ses ''prescriptions ''(I ''Cor., ''xi, 2) ; — 2) le pouvoir ''judiciaire. ''Saint Paul voue à Satan « Hyménée et Alexandre afin de leur apprendre à ne point blasphémer » (I ''Tim., ''i, 20) ; il fait de même pour l'incestueux de Corinthe (I ''Cor., ''v, 1, 5) ; — 3) le pouvoir ''pénal. ''Saint Paul écrit aux Corinthiens : « C'est pourquoi je vous écris ces choses pendant que je suis loin de vous, afin de n'avoir pas, arrivé chez vous, à user de sévérité, selon le pouvoir que le Seigneur m'a donné pour édifier et non pour détruire» (II ''Cor., ''xiii, 10). Cette pratique des apôtres suppose manifestement qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ le pouvoir de légiférer dans l'Église. — 2. Après les Apôtres, l'Église a, dans tous les temps, ''exercé ''le pouvoir de gouvernement. Que ce pouvoir se soit manifesté différemment avec les temps et les circonstances, ce n'est pas douteux ; mais il n'en est pas moins certain que, sous une forme ou sous une autre, l'Église a toujours ''revendiqué le droit de faire des lois disciplinaires ''et d'en exiger l'observation. Dans les premiers siècles, le pouvoir de gouvernement apparaît dans les nombreuses ''coutumes,''— concernant l'administration des sacrements, et en particulier du baptême, de la pénitence et de l'eucharistie, — qui sont regardées comme ''pratiquement obligatoires, ''dans le rejet et la condamnation de pratiques contraires qui tendent à s'introduire à certains endroits : c'est ainsi que le pape Etienne, réprouvant la manière de faire des Églises d'Afrique, défendit de rebaptiser ceux qui avaient reçu le baptême des hérétiques. Puis, avec le temps, et grâce à l'influence que l'Église prit dans la société, la législation ecclésiastique se développa et s'étendit aux questions mixtes telles que le mariage et les biens ecclésiastiques. A partir du moyen âge, l'Église ne se contente plus de faire des lois et d'édicter des pénalités, spirituelles et même temporelles, elle en demande l'exécution à l'autorité séculière. Elle prend du reste si bien conscience de son pouvoir qu'elle n'hésite pas à enseigner, par la bouche de Grégoire VII (xie siècle), qu'en vertu de sa mission divine, elle a le droit de commander, non seulement aux individus, . mais même aux sociétés et à leurs chefs temporels, dans toutes les circonstances et dans la mesure où les intérêts spirituels dont elle a la garde le requièrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Le pouvoir de gouvernement découle en outre des ''définitions de l'Église. ''L'Église a défini, au concile de Trente, le dogme qui affirme son pouvoir ''législatif. ''De même les pouvoirs ''judiciaire ''et ''pénal ''ont été proclamés par le même concile, par plusieurs papes, tels que Jean XXII, Benoît XIV, Pie VI. Pie IX a condamné, dans le ''Syllabus, ''ceux qui prétendent que « l'Église n'a pas le droit d'employer la force et n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect» (''Prop. ''XXIV). Léon XIII déclare, dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''que « Jésus-Christ a donné à l'Église, dans la sphère des choses sacrées, le plein pouvoir de faire des lois, de prononcer des jugements et de porter des peines » ; — ''d) ''de la ''nature de l’Église. ''L'Église est une ''société parfaite ''(V. N° 419). En tant que telle, elle est autonome et doit jouir des droits propres à toute société parfaite, donc des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et coercitif, qui sont des moyens, sinon nécessaires, au moins très utiles, pour atteindre sa fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''394. — 2°''' '''Objet. '''— A. ''Pouvoir législatif, ''— II est permis de poser en principe général que l'Église, poursuivant une fin surnaturelle, a le pouvoir de ''légiférer ''sur tout ce qui touche à cette fin. Il s'ensuit que ''l'objet ''de son pouvoir législatif est double : — a) Du côté ''positif, ''il comprend le pouvoir de ''commander ''tout ce qui est capable d'assurer la fin poursuivie. L'Église peut donc établir des lois disciplinaires sur les sacrements, sur les objets du culte, sur les biens affectés à son usage exclusif. Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué. Déjà, aux premiers siècles, malgré la violence des persécutions qui cherchaient à étouffer sa voix, elle proclame la sainteté et la stabilité du lien conjugal, la liberté des mariages entre esclaves et personnes libres, et bien d'autres principes qui étaient en complet désaccord avec la législation de l'époque. Et ainsi fera-t-elle à tous les moments de son histoire, avec ou contre ressentiment de l'autorité civile. — b) Du côté ''négatif, ''l'Église a reçu le pouvoir de ''défendre ''à ses sujets tout ce qui peut entraver leur fin surnaturelle. Et comme, en définitive, toutes les actions humaines ne doivent jamais être en opposition avec cette fin, le pouvoir gouvernemental de l'Église embrasse, d'une manière directe ou indirecte, tous les actes de la vie individuelle et de la vie sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Le pouvoir ''judiciaire ''et le pouvoir ''coercitif ''portent naturellement sur le même objet que le pouvoir législatif. Ils ont pour objet toutes les infractions aux lois ecclésiastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''395. — 3°''' '''Mode d'exercice. '''— Comme le mode d'exercice du pouvoir de gouvernement dépend de l'étendue de la juridiction de ceux qui l'exercent, cette question sera traitée plus loin quand nous parlerons des pouvoirs du Pape et des Évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Les Pouvoirs du Pape. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
396. — Nous avons démontré que Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté (N° 325) et que, de ce fait, il avait la ''plénitude ''des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. Il ne nous reste donc plus qu'à déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice ''de ses pouvoirs, doctrinal et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal du Pape. Son infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''397. — 1'''° '''Objet. '''— Le Pape ayant la plénitude des pouvoirs dans l'Église, il est permis de poser en principe général que l’''objet ''de son pouvoir doctrinal et de son infaillibilité est aussi étendu que celui de l'Église. Tout ce que nous avons dit plus haut (Nos 390 et 391) de l'objet ''direct ''et de l'objet ''indirect ''du pouvoir doctrinal de l'Église, s'applique donc au pouvoir doctrinal du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''398. — 2° Mode d'exercice'''. — Le Pape exerce son pouvoir doctrinal de deux manières : — ''a) ''d'une manière ''extraordinaire ''et ''solennelle ''par des définitions ex-cathedra, et — b) d'une manière ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Magistère extraordinaire. Le dogme''' '''de l'infaillibilité pontificale. '''— Nous avons déjà prouvé l'existence de l'infaillibilité pontificale, en nous plaçant au seul point de vue historique. Il convient de revenir sur le sujet, pour bien déterminer la manière dont il faut entendre le domine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ADVERSAIRES. ''— 1. ''Avant la définition ''du dogme par le concile du Vatican (1870), l'infaillibilité pontificale avait pour adversaires: — 1) les ''protestants, ''pour qui la Sainte Écriture est la seule règle de foi infaillible ; — 2) les ''gallicans, ''qui mettaient les conciles généraux au-dessus du pape et qui ne regardaient les définitions pontificales comme irréformables que si elles étaient sanctionnées par le consentement de l'Église. Cette erreur, qui avait son origine dans le grand schisme d'Occident, fut soutenue, au xve siècle, par P. d'Ailly et GERSON, puis, au xviie siècle, par Richer, P. de Marca et surtout par Bossuet, qui condensa la doctrine gallicane dans les quatre articles de la fameuse ''Déclaration de ''1682[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn323 [323]]. Le gallicanisme, qui était enseigné dans les écoles de théologie françaises et surtout en Sorbonne, fut adopté également en Allemagne, sous le nom de ''Joséphisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Après la définition ''du dogme, l'infaillibilité pontificale a été niée par une fraction minime de catholiques, et, en particulier, par un groupe de catholiques allemands, qui avaient à leur tête Dôllinger et Reines, et qui prirent la dénomination de ''Vieux-Catholiques. ''Naturellement, les Protestants rejettent tous le dogme, et, la plupart du temps, ne s'en font pas une notion exacte. Les uns confondent l'infaillibilité avec ''l’omniscience ''(Draper), ou avec ''l'inspiration ''(Littledale) ; d'autres la prennent pour une union hypostatique de l'Esprit Saint avec le Pape (Pusey).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
399. — ''b) LE DOGME. OBJET ET CONDITIONS DE L'INFAILLIBILITÉ. ''— Le concile du Vatican a défini ainsi le dogme de l'infaillibilité pontificale : « Le Souverain Pontife, lorsqu'il parle ''ex-cathedra, ''c'est-à-dire, lorsque, remplissant la charge de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou sur les mœurs doit être crue par l'Église universelle, jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvu en définissant la doctrine touchant la foi et les mœurs. Par conséquent de telles définitions sont irréformables d'elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn324 [324]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il résulte de ces paroles, l'infaillibilité pontificale a son ''objet ''bien délimité et requiert des ''conditions ''précises. Pour jouir de l'infaillibilité, il faut que le Parle ''ex-cathedra[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn325 [325]], ce qui implique ''quatre conditions. ''Il faut : —1. qu'il remplisse ''la charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens. ''En tant que docteur privé, il n'est donc pas infaillible ; dans ses écrits comme dans ses sermons il peut se tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn326 [326]]. Sans doute, l'infaillibilité lui est ''personnelle ; ''elle est bien attachée à sa personne et non au Siège apostolique, et elle ne peut être communiquée ou déléguée à aucun autre, mais elle n'est personnelle que dans la mesure où le Pape remplit la charge de docteur universel ; — 2. qu'il ''définisse, ''c'est-à-dire qu'il tranche, d'une manière définitive, une question jusque-là controversée ou non ; — 3. qu'il définisse la doctrine ''sur la foi ''ou ''les mœurs, ''c'est-à-dire les vérités révélées qu'il faut croire ou pratiquer, et les vérités connexes aux vérités révélées. En dehors de cet ''objet, ''par exemple, sur le terrain des sciences humaines, le pape est, comme tout homme, sujet à l'erreur. L'infaillibilité pontificale n'est donc pas un pouvoir arbitraire et ridicule contre lequel il y ait lieu de s'insurger ; — 4. qu'il définisse ''avec l'intention d'obliger toute l'Église : ''il va de soi, en effet, qu'une doctrine définie impose à toute l'Église l'obligation d'y adhérer. Mais comment reconnaître que le pape a eu l'intention d'obliger toute l'Église ? Les qualifications d'hérésie et d'anathème sont le signe ordinaire des définitions, mais il convient de remarquer qu'elles n'en sont pas la forme obligatoire ni par conséquent la seule forme. Il suffit que, de la teneur même du document, du langage employé, alors même que le document ne serait pas adressé à l'Église universelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn327 [327]], il résulte que le Souverain Pontife a entendu proposer à tous les fidèles un enseignement obligatoire concernant une question de la foi ou de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
400. — ''REMARQUES. ''— 1) L'infaillibilité du pape a pour principe l’''assistance ''que Notre-Seigneur a promise à saint Pierre et à ses successeurs (V. Nos 330 et suiv.), mais elle ne dispense pas du travail et de l'emploi des moyens humains pour connaître la vérité. Ces moyens sont les conciles et, d'une manière ordinaire, les conseils des cardinaux, des évêques et des théologiens. — 2) De l'infaillibilité du pape, il serait absurde de conclure à ''l'impeccabilité. ''Les deux choses sont sans rapport, et il est évident que le privilège de l'infaillibilité n'entraîne pas avec soi celui de la vertu : un pape peut donc être un grand pécheur, tout en gardant son infaillibilité. — 3) Les définitions pontificales sont ''irréformables par elles-mêmes, ''et non par le consentement de l'Église : l'infaillibilité pontificale est indépendante de l'acceptation des évêques. — 4) L'infaillibilité du pape, bien qu'elle n'ait été définie qu'en 1870, a toujours été reconnue dans l'Église (V. N° 337). Il faut donc la considérer, non comme une innovation doctrinale, mais comme une affirmation solennelle et explicite d'une vérité contenue dans l'Évangile et la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''que l'autorité du Pape, dans l'hypothèse de son infaillibilité, constitue un ''pouvoir absolument despotique ''et supprime toute liberté de penser. — '''''Réponse.''''' Faisons observer d'abord qu'il n'y a pas plus de despotisme dans l'autorité infaillible du Pape que dans celle de l'Écriture. Si les catholiques manquaient de liberté de penser parce qu'ils doivent obéir aux jugements irréformables du Pape, les protestants n'en auraient pas plus puisqu'ils sont liés par les textes de l'Écriture. Les définitions solennelles du Pape ne sont du reste pas autre chose que l'interprétation authentique des sources de la Révélation. Par ailleurs, c'est une notion fausse de la liberté de penser, que de la considérer comme la faculté d'embrasser l'erreur. Or obéir à un décret infaillible, c’est tout simplement adhérer librement à une vérité reconnue comme certaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''401. — B. Magistère ordinaire.''' — Le Pape exerce son magistère ''ordinaire ''soit ''directement ''et par lui-même, soit ''indirectement ''par l'intermédiaire des Congrégations romaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DIRECTEMENT. ''— Le Pape peut proposer des vérités aux fidèles, même sans intention de les définir infailliblement. — 1. Ainsi le Pape fait connaître ses décisions dans ses ''Constitutions dogmatiques ''généralement publiées à la suite d'un autre document. — 2. Il expose ses vues : 1) dans ses ''Encycliques ''ou lettres circulaires adressées soit à tous les Évêques, soit à ceux d'une nation seulement ; — 2) dans ses ''Lettres apostoliques''.: forme qu'il emploie, par exemple, pour annoncer un jubilé : — 3. dans ses ''Allocutions consistoriales ''prononcées devant les cardinaux ; et — 4, dans ses ''Brefs, ''lettres qu'il adresse à des particuliers. L'un des plus importants, parmi ces sortes de documents publiés depuis un siècle, a été, sans doute, en 1864, l'Encyclique ''Quanta cura ''suivie du ''Syllabus, ''ou recueil de quatre-vingts propositions contenant les principales erreurs de notre temps, et que Pie IX condamnait à nouveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements pontificaux, quelle qu'en soit la forme, et alors même que le Pape n'en fait pas l'objet de définitions solennelles, ont toujours droit à notre assentiment intellectuel, tout au moins à titre provisoire. Nous disons ''à titre provisoire, ''car, au lieu que les dogmes sont des jugements irréformables qui entraînent avec soi une certitude absolue et définitive, les autres enseignements du Souverain Pontife, si respectables qu'ils soient, n'excluent pas la possibilité d'amendements ultérieurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
402. — ''INDIRECTEMENT. ''— Le Pape exerce son magistère ordinaire ''indirectement ''parla ''Congrégation du Saint-Office ''dont nous parlerons plus loin (V. N° 406), quand il sera question des Congrégations romaines. ''Autorité des décrets portés par la Congrégation du Saint-Office. ''— L'autorité de ces décrets dépend de la manière dont ils sont promulgués. Le Pape peut en effet les approuver de deux façons, soit solennellement ''in forma speciali, ''soit d'une manière commune, ''in forma communi. ''— 1. Si l'approbation est donnée ''solennellement, ''c'est-à-dire quand le Pape promulgue le décret ''en son nom, ''et qu'il en devient ainsi l'auteur juridiquement responsable, le décret prend la valeur d'un ''acte pontifical, ''et peut être infaillible s'il réunit les conditions voulues (ex : les décrets de Pie V contre Baius et d'INNOCENT X contre Jansénius). Mais il arrive souvent que le Pape n'entend pas prononcer un jugement définitif, une définition ''ex-cathedra. ''Dans ce dernier cas, notre assentiment doit être, ''non absolument ferme ''comme dans l'acte de foi, mais sincère et intérieur, — 2. Si l'approbation est donnée ''in forma communi, ''c'est-à-dire, quand le Pape approuve le décret comme acte de la Congrégation, le décret est et reste un acte de la Congrégation : il n'est donc pas infaillible, puisque l'infaillibilité pontificale est incommunicable ; il a cependant une grande autorité et a droit, sinon à un assentiment absolu, du moine à une prudente adhésion. Celui qui aurait des raisons graves de croire que la décision. est erronée, n'aurait pas le droit de la combattre ni par paroles ni par écrits, mais il pourrait exposer respectueusement ses motifs de doute à la Sacrée Congrégation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement du Pape. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
403. — '''1°''' '''Objet. '''— Le Pape ayant le pouvoir suprême de juridiction, il peut : — a) ''faire des lois pour toute l'Église, ''les abroger s'il le juge bon, ou en dispenser ; il peut même dispenser des lois portées par les évoques ; — ''b) instituer les évêques ''ou déterminer le mode de les instituer ; il peut même les déposer pour des raisons graves et lorsqu'il y va du bien de l'Église ; ce qui arriva en 1801, lorsque Pie Vil enjoignit à tous les évêques français de démissionner ; — c) ''convoquer les conciles ; ''— ''d) ''prononcer des ''sentences définitives. ''On ne peut donc, sur le terrain de la discipline, pas plus que sur les questions de dogme et de morale, en appeler du Pape à l'Église universelle, au concile œcuménique, ou bion du Pape que l'on prétendrait mal informé à un Pape mieux informé, comme le soutenaient autrefois les gallicans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Mode d'exercice'''. — Comme le Pape ne peut exercer seul sa juridiction ordinaire et immédiate dans le monde entier, il se sert de ''légats ''ou ''nonces, ''et des ''cardinaux ''résidant à Rome. Nous n'insisterons pas ici sur les fonctions des légats et des nonces[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn328 [328]] ; d'un mot, on peut les appeler soit les représentants du Pape, soit ses ambassadeurs auprès d'un gouvernement étranger. Nous nous arrêterons un peu plus longuement sur le ''Sacre-Collège ''des cardinaux et sur le rôle qu'ils jouent, particulièrement dans les ''Consistoires ''et les ''Congrégations romaines.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
404. — ''LE SACRÉ-COLLÈGE DES CARDINAUX. ''— 1. ''Origine. ''Pour comprendre la ''constitution du Sacré-Collège, ''quelques notions préliminaires sur ''l’origine ''des cardinaux sont nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Primitivement, le mot ''cardinal ''(du lat. ''cardo, ''gond, point d'appui) désignait soit un évêque, soit un prêtre, soit un diacre, attaché de façon stable à une église ou à un titre ecclésiastique, qui devenait, de ce fait, son point d'appui, le centre de son activité. L'on peut donc reporter l'origine de l'institution cardinalice à la primitive Église et en voir les traces dans le ''presbytérium ''composé de prêtres et de diacres qui avaient pour mission d'aider l'évêque dans son ministère. Plus que tout autre, l'Évêque de Rome, en raison de sa lourde tâche, devait éprouver le besoin d'assistance. Aussi le voyons-nous, dès les premiers siècles, entouré d'un corps de diacres chargés du soin des pauvres et d'un corps de prêtres qui devaient remplir leur ministère, dans l'église même du pontife, ou dans d'autres églises paroissiales, qui prirent la dénomination de ''titres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nom de ''cardinal, ''d'abord générique et indéterminé, fut par la suite réservé au clergé des églises cathédrales, puis peu à peu il devint un ''titre exclusif de l’Église romaine ''qui peut être considérée comme le ''cardo, ''le vrai point d'appui de l'unité de l'Eglise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Nombre. ''— Le nombre des cardinaux a varié avec les époques. A la fin du xvie siècle, le pape Sixte-Quint fixa le nombre des cardinaux-diacres à 14, celui des cardinaux-prêtres à 50, et celui des cardinaux-évêques à 6 : trois classes par conséquent, non pas fondées, comme on pourrait le croire, sur le pouvoir d'ordre, mais sur le titre ecclésiastique assigné à chaque élu au moment de sa promotion. Depuis lors, le Sacré-Collège comprend donc, en droit, 70 membres, à la tête desquels se trouve un ''doyen ; ''mais ce nombre est rarement complet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Rôle. ''— Le rôle des cardinaux consiste dans une double fonction: extraordinaire et ordinaire. — 1) Leur fonction ''extraordinaire ''est de se réunir en ''conclave[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn329 [329]] le plus tôt possible après la mort du Pape, et de lui élire un successeur. Ce droit leur a été attribué, à l'exclusion du clergé inférieur et du peuple, par un canon du troisième concile œcuménique de Latran (1179). — 2) Leur fonction ''ordinaire ''est d'aider le Souverain Pontife dans le gouvernement de l'Église. Ce concours habituel, ils le prêtent dans les ''consistoires ''et les ''congrégations.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
405. — ''A.. CONSISTOIRES. ''— Les ''consistoires pontificaux ''sont les assemblées des cardinaux présents à Rome présidées par le pape. Ces réunions avaient lieu autrefois deux ou trois fois par semaine et traitaient presque toutes les affaires importantes ; elles sont devenues beaucoup plus rares et ne se tiennent plus qu'à des intervalles irréguliers. Les consistoires sont secrets ou publics : — 1. ''secrets, ''si les cardinaux seuls y sont admis. Il y est question de la création de nouveaux cardinaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn330 [330]], de la nomination des évêques et des différents dignitaires de la cour épiscopale, etc. ; — 2. ''publics, ''quand d'autres prélats et des représentants des princes séculiers peuvent y assister. Les consistoires publics ont pour objet particulier une canonisation (N° 391, ''n.), ''la réception d'un ambassadeur, le retour d'un légat a latere, ou autres affaires d'intérêt général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
406. — B. ''CONGRÉGATIONS ROMAINES. ''— Les affaires ecclésiastiques étant trop nombreuses pour être réglées toutes dans des consistoires, il a été établi des ''congrégations, ''des ''tribunaux ''et des ''offices ''particuliers, qui ont reçu la mission de traiter toutes les questions assignées à leur département propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution ''Sapienti consilio ''de Pie X (29 juin 1908) ne maintient que ''onze congrégations ''proprement dites, outre les ''trois tribunaux ''de la Sacrée Pénitencerie, de la Rote, de la Signature apostolique, et les ''cinq offices ''ou secrétaireries. Depuis, le pape Benoît XV a supprimé la congrégation de l'index et a attribué son ministère à la congrégation du Saint-Office ; d'autre part, il a fondé une nouvelle congrégation, celle des Églises orientales, de sorte que le nombre des congrégations reste fixé à onze. Ces onze Congrégations sont :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1) ''La Congrégation du Saint-Office ''ou de ''l’Inquisition.''— Le Saint-Office, la congrégation la plus ancienne et la plus importante par ses attributions, a pour but premier la conservation et la défense de la foi et de la discipline ecclésiastique. Mais l'on comprend aisément que « pour atteindre cette fin, il a fallu lui donner juridiction et compétence sur les délinquants. Son autorité eût été purement illusoire, s'il n'avait eu le pouvoir de réprimer les contempteurs de la foi et des saints canons. » D'où il suit que « ''secondairement, ''mais ''véritablement, ''le Saint-Office est un tribunal proprement dit, ayant un réel ''pouvoir judiciaire. ''Il peut, par voie d'inquisition, conformément à la procédure canonique usitée, juger et condamner les coupables. Bien plus, et ceci est particulier à cette congrégation et la différencie des autres, dans le for contentieux, le Saint-Office jouit d'un véritable ''pouvoir coercitif ; ''il peut employer des moyens ''coactifs ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn331 [331]]. Étant donnée l'importance de cette congrégation, le Pape en est toujours le préfet. A ce tribunal rassortissent tous les crimes d'hérésie, de schisme, les graves délits contre les mœurs, tous les cas de sortilège, de magie, de spiritisme. Il a plein pouvoir pour apprécier les doctrines qu'il qualifie sous les titres d'erronée, d'hérétique, de proche de l'hérésie, de téméraire, etc. Il a le droit de juger et de condamner les livres et de les inscrire au catalogue de l'Index[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn332 [332]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La Congrégation consistoriale. ''— ''Présidée ''par le Pape, elle a pour mission de préparer ce qui doit être traité en consistoire. Elle s'occupe en outre de tout ce qui se rapporte au gouvernement de tous les diocèses (choix des évêques, création et administration des diocèses), à l'exception de ceux qui sont soumis à la congrégation de la Propagande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''La Congrégation de la discipline des Sacrements. ''— Cette congrégation, fondée par Pie X, a pour but de trancher toutes les questions disciplinaires relatives aux sacrements, sans s'occuper des questions de doctrine qui relèvent du Saint-Office.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. ''La Congrégation du Concile. ''— Primitivement instituée (1564) pour faire exécuter et observer par toute l'Église les décrets du Concile de Trente, cette congrégation, depuis Pie X, a pour objet tout ce qui concerne la discipline générale du clergé séculier et des fidèles. Elle doit veiller à ce que les préceptes de l'Église : sanctification des fêtes, pratique du jeûne, de l'abstinence, etc., soient bien observés. Elle règle tout ce qui regarde les curés, les chanoines, les pieuses associations, les bénéfices ou offices ecclésiastiques. Elle s'occupe de tout ce qui concerne la célébration, la révision des conciles particuliers... les assemblées, réunions ou conférences épiscopales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. ''La Sacrée Congrégation des Religieux. ''— La compétence de cette congrégation est restreinte aux affaires qui concernent les religieux des deux sexes, à vœux solennels ou simples, aux communautés, aux groupes, qui ont la ''vie en commun à la façon des Religieux,''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''La Sacrée Congrégation de la Propagande. ''— Établie pour propager la foi parmi les infidèles, les hérétiques, toutes les sectes dissidentes, cette congrégation a juridiction sur tous les pays de missions, là où la hiérarchie catholique n'est pas encore complètement constituée. « Les religieux travaillant dans les missions relèvent de la Propagande en tant que ''missionnaires ; ''mais, comme ''religieux, ''soit individuellement, soit en corps, ils dépendent de la Congrégation des Religieux .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn333 [333]] La Propagande possède à Rome un ''séminaire, ''où l'on forme ceux qui se destinent aux missions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. ''La Sacrée Congrégation des Rites ''s'occupe des rites et cérémonies (messe, offices divins, sacrements) et en général de tout ce qui concerne le culte dans l'Église latine. Elle s'occupe aussi des Reliques ; à elle sont réservées les causes de béatification et de&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
canonisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. ''La Congrégation cérémoniale ''s'occupe des cérémonies pontificales, de la réception des ambassadeurs, des questions de préséance et d'étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. ''La Congrégation des Affairés ecclésiastiques extraordinaires ''s'occupe des affaires que lui soumet le Souverain Pontife par l'intermédiaire du Cardinal Secrétaire d'État[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn334 [334]] et principalement de celles qui regardent les lois civiles, les concordats conclus ou à conclure avec les divers gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. ''La Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités ''a la haute administration sur toutes les Universités et Facultés catholiques du monde entier. Elle veille à la pureté de la doctrine et travaille à promouvoir les études sacrées. Elle accorde aux Facultés le pouvoir de conférer les grades académiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. ''La Sacrée Congrégation des Églises orientales. ''— Érigée en 1917, elle est présidée par le Pape, elle doit s'occuper des Églises d'Orient qui rentraient autrefois dans la Congrégation delà Propagande. ''(Can. ''247-257).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
407. — ''COMMISSION BIBLIQUE. ''— A côté des onze Congrégations qui précèdent, il faut citer la ''Commission biblique, ''instituée par Léon XIII' en 1902 (bref ''Vigilantiae) ''dans le but de promouvoir les études bibliques et de les protéger contre l'erreur et la témérité. Organe officiel d'un rang inférieur aux Congrégations, la Commission biblique avait également une autorité moins grande, mais Pie X, par son ''Motu proprio « ''Praestantia» du 18 novembre 1907, l'a mise sur le même rang que les congrégations romaines. La Commission biblique « ost formée, comme le déclare le décret pontifical, d'un certain nombre de cardinaux, illustres par leur doctrine et leur prudence ». Ils constituent ''seuls ''la Commission biblique proprement dite, et seuls, ils sont juges de toutes les questions d'Écriture Sainte, soumises à leur examen. Mais le Pape leur adjoint des ''consulteurs ''qu'il choisit « parmi les savants dans la science théologique des Livres Saints, hommes différents de nationalité et dissemblables par leurs méthodes et leurs opinions en fait d'études exégétiques », afin de « donner dans la Commission, accès aux opinions les plus diverses, pour qu'elles y soient, en toute liberté, proposées, développées et discutées » (''Motu proprio). ''Les consulteurs rédigent, sur les questions soumises à la Commission, des rapports qui sont communiqués aux cardinaux, membres de la Commission, présentent leurs observations motivées, dans des séances spéciales. Mais les questions ne sont tranchées que par les Cardinaux, réunis en séance plénière. Leurs conclusions sont alors soumises au Souverain Pontife « pour être publiées après avoir reçu son approbation » donnée ordinairement dans la forme commune. Au point de vue juridique, les décisions de la Commission biblique ont exactement la même valeur que les décrets doctrinaux des Sacrées Congrégations approuvés par le Pape (Voir N° 402).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
408. — Les ''tribunaux romains ''sont : — 1. la ''Sacrée Pénitencerie ''dont la juridiction s'étend exclusivement aux affaires de for ''interne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn335 [335]], même non sacramentel : absolution des péchés réservés, solution des cas de conscience, dispenses de vœux, d'empêchements occultes de mariage, concession des indulgences ; — 2. la ''Rote, ''supprimée en 1870 et rétablie par Pie X, traite les causes contentieuses, civiles ou criminelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle « est ainsi constituée ''cour d'appel ''pour toutes les curies ecclésiastiques du monde entier... Toutefois la Rote juge en première instance toutes les affaires que le Souverain Pontife lui confie de son propre mouvement, ou sur la demande des parties... Rappelons-nous que tous les fidèles ont le droit absolu de demander à être jugés à Rome ; on peut toujours recouru au Souverain Pontife, qui est le Père commun de tous les chrétiens »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn336 [336]] ; — 3. la ''Signature apostolique ''qui est la cour de cassation de la Rote et reçoit les recours en cassation de jugements attaqués pour vices de forme et les demandes en révision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
409. — Les ''Offices ''sont : — 1. la ''Chancellerie apostolique ''qui a pour office d'expédier, sur l'ordre de la Congrégation consistoriale ou du Pape, les lettres apostoliques, les bulles avec k sceau de plomb (''sub plumbo) ''relatives à la provision des bénéfices et des offices consistoriaux, à l'institution des nouveaux diocèses, chapitres et à d'autres affaires majeures ; — 2. la ''Daterie apostolique ''qui expédie les lettres apostoliques pour la collation des bénéfices non consistoriaux réservés au Saint-Siège ; — 3. la ''Chambre apostolique ''à qui est attribuée l'administration des biens et droits temporels du Saint-Siège, principalement pendant la vacance du siège ; — 4. la ''Secrétairerie d'État ''qui comprend trois sections : la section des Affaires extraordinaires, la section des Affaires ordinaires et la secrétairerie des Brefs ; — 5. les ''secrétaireries des Brefs aux princes, ''et des Lettres latines, à qui incombe le soin d'écrire en latin les Actes du Souverain Pontife ''(can. ''260-264).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Les Pouvoirs des Évêques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques peuvent être considérés : — a) soit ''individuellement ; ''— ''b) ''soit ''en ''corps et ''unis avec le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Pouvoirs des Évêques pris individuellement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
410. — ''Préliminaires. ''— Quelques remarques préliminaires sont nécessaires pour bien comprendre l'étendue des pouvoirs des Évêques, considérés ''individuellement. ''— ''a) ''Bien que les Évêques soient appelés, et soient vraiment les successeurs des Apôtres, il ne faut pas oublier qu'ils n'en sont les successeurs que ''pris en corps. ''La juridiction de l'ensemble du collège épiscopal est donc égale à celle du collège apostolique, mais la juridiction de chaque évêque n'est pas égale à celle de chaque apôtre : celle-ci était universelle, celle-là au contraire est limitée. — b) Ce premier point établi et hors de discussion, la juridiction épiscopale procède-t-elle ''immédiatement ''de Dieu ou du Souverain Pontife? Les deux opinions ont été soute­nues[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn337 [337]]. Il importe peu, du reste, car elles aboutissent toutes deux, en fin de compte à la même conclusion. Tous les théologiens, en effet, admettent que le pouvoir épiscopal, même s'il est conféré immédiatement par Dieu, dépend, dans son ''exercice, ''du Souverain Pontife, lequel ''choisit ''ou ''approuve ''le sujet[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn338 [338]] et délimite la circonscription et l'étendue de sa juridiction. — c) Cependant, quoique dépendants du Pape, les évêques ne sont pas de simples délégués : ils jouissent d'une juridiction ordinaire et qui leur est propre,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''411. — 1°''' '''Leur pouvoir doctrinal. '''— Comme les Evêques ont dans leur diocèse une juridiction ordinaire, ils jouissent, dans les limites des circonscriptions qui leur sont assignées, du même pouvoir que le Pape dans le monde entier, ''l'objet ''de leur pouvoir doctrinal est donc, toutes proportions gardées, le même que celui du Pape : il embrasse la Révélation tout entière et ce qui lui est connexe. Cependant, les Évêques ne jouissant pas individuellement du privilège de l'infaillibilité, il convient que, dans les controverses importantes sur les questions de foi, ils en réfèrent au Souverain Pontife. Ils doivent veiller à la propagation et à la défense de la religion : ce qu'ils font généralement par leurs ''lettres pastorales ''et leurs ''mandements. ''Ils ont le droit et le devoir de prohiber les mauvais livres, les mauvaises publications. Tous les livres qui traitent des questions de fois de morale, de culte et de discipline ecclésiastique doivent dès lors être contrôlés par eux et ne peuvent s'imprimer sans leur approbation, ou ''imprimatur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''412. — 2°''' '''Leur pouvoir de gouvernement. '''— ''a) ''Au point de vue ''législatif, ''l'Évêque gouverne tous les fidèles de son diocèse au for interne et au for externe. Il peut donc porter des lois, préparées ou non en ''synode[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn339 [339]] ''diocésain, sur tout ce qui concerne la foi, le culte et la discipline : mais il doit toujours agir en dépendance du Souverain Pontife et de la loi commune de l'Église. — ''b) ''Au point de vue ''judiciaire, ''l'Evêque juge en première instance. Il exerce ce pouvoir par ce que l'on appelle ''l’Officialité diocésaine, ''tribunal présidé par un prêtre, appelé ''Officiai, ''qui, sauf des cas exceptionnels, doit être distinct du Vicaire général ''(Can. ''1573 § 1). — c'') ''Ait point de vue ''coercitif, ''l'Evêque peut frapper de peines canoniques et de Censures les délinquants, qui gardent toujours le droit d'en appeler au Métropolitain et au Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Pouvoirs des Évêques pris en corps. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le collège des Évêques, pris dans son ensemble et en union avec le pape, peut être considéré soit ''dispersé ''dans le monde, soit ''assemblé en concile œcuménique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''413. — 1°''' '''Les Évêques dispersés. '''— II n'est pas nécessaire que les Évêques se réunissent en concile général pour être infaillibles. Même dispersés, ils forment le ''corps enseignant ''de l'Église et ne jouissent pas moins de l'infaillibilité. Quand Jésus a promis à ses Apôtres d'être avec eux jusqu'à la fin des siècles, il n'a pas mis la condition qu'eux ou leurs successeurs devaient se réunir à un endroit quelconque pour obtenir son assistance. Du reste, le consentement unanime de l'Église a toujours été reconnu comme une des meilleures preuves de la vérité de la doctrine, et saint Vincent de Lérins a pu poser cette règle qu'il faut croire « ce qui a été cru partout, toujours et par tous ». Au surplus, que les choses doivent être ainsi, la raison nous le dit., ce n'est pas seulement dans des circonstances exceptionnelles, mais en tout temps, que l'épiscopat est chargé de renseignement ; donc, à tout moment, il doit avoir le privilège de l'infaillibilité. Aussi, avant le premier concile œcuménique qui n'a eu lieu qu'au début du IVe siècle (en 325 à Nicée) le ''magistère ordinaire ''du corps épiscopal avait déjà amené le dogme à un haut degré de développement. L'Église enseignait déjà d'une manière ''explicite ''les dogmes de la Trinité et de la divinité de Jésus-Christ, de la Rédemption, de la virginité et de la maternité divine de Marie, les éléments du dogme du péché originel ; elle avait presque fixé sa doctrine sur les principaux sacrements, entre autres, sur le baptême, sur la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, à la fois sacrement et sacrifice, etc. Les conciles qui se tiendront à partir de cette date, ne feront le plus souvent que préciser les points encore discutés et donner une autorité plus ferme à la croyance déjà établie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait ajouter que, dans les premiers siècles, bien des hérésies furent condamnées par les décisions dogmatiques d'un nombre restreint d'Évêques, dispersés dans le monde, ou simplement réunis en concile particulier : provincial ou national.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''414. — 2. Les Évêques réunis en concile'''. — Le concile (lat. ''concilium ''assemblée) œcuménique (gr. ''oihoumenikos, ''universel) est l'assemblée solennelle des évêques de tout l'univers. Deux points nous intéressent ici, à savoir les ''conditions à l’œcuménicité ''d'un concile, et leur ''autorité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. CONDITIONS D'ŒCUMÉNICITÉ. ''— Pour qu'un concile soit œcuménique, il faut : — ''a) ''que tous les évêques du monde y aient été officiellement ''convoqués[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn340 [340]], mais il n'est pas nécessaire et il est matériellement impossible que tous y assistent. Il n'est même pas requis que le chiffre des présents l'emporte sur celui des absents, il suffit qu'il y en ait un assez grand nombre pour représenter moralement l'Église universelle. Dans le cas de doute sur l’œcuménicité d'un concile, il appartient à l'Église de trancher cette question de fait dogmatique (N° 391) ; — ''b) ''que ''le Pape prête son autorité ''au concile. D'où il suit : — 1. que tout concile œcuménique doit être ''convoqué [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn341 [341]] par le pape ou de son consentement ; — 2. ''présidé ''par lui ou par ses légats ; — 3. que les décrets du concile soient ''ratifiés ''par lui et promulgués par son ordre ''(Can. ''227). Pour cette dernière raison, certains conciles (v. g. le 1er et le 2e de Constantinople) qui n'étaient pas œcuméniques, du fait de leur convocation et de leur célébration, le sont devenus par la ratification subséquente du Pape ; par contre, d'autres conciles, dits œcuméniques, ne le sont pas pour tous leurs décrets, l'approbation du pape ayant fait défaut, comme nous avons eu l'occasion de le constater à propos du 28e canon du concile de Chalcédoine que le pape saint Léon ne voulut pas ratifier (V. N° 370).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415. — B. ''AUTORITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''Le ''concile œcuménique, ''où se trouvent réunis le pape et les évêques, c'est-à-dire la tête et le corps de l'Église enseignante, est l'autorité la plus haute et la plus solennelle qui puisse exister. Il jouit donc de l'infaillibilité dans les définitions de la doctrine sur la foi et les mœurs. Pour être ''valables, ''il n'est pas nécessaire que les décrets conciliaires soient votés à l'unanimité absolue. Ce serait là une condition presque irréalisable. Cette thèse, mise en avant au concile du Vatican par les adversaires de l'infaillibilité pontificale, ne repose sur rien, ni sur l'histoire, ni sur la tradition, ni sur les principes juridiques et rationnels. Il va de soi, en effet, que dans toute assemblée délibérante, dans les conciles par conséquent, les questions doivent être tranchées par la majorité. Il y a lieu cependant de faire une réserve pour les cas où le pape serait avec la minorité, vu que le pape seul a le droit de trancher souverainement les questions. Si la chose se présentait, le décret serait dénommé, avec plus de justesse, décision pontificale, que décision conciliaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les décrets conciliaires ont-ils, dans toute leur teneur, la même autorité doctrinale? Il convient de distinguer, dans les décisions rendues par plusieurs conciles, notamment par les conciles de Trente et du Vatican, une double partie : une partie ''positive, ''représentée par les ''chapitres ''consacrés à l'exposition de la véritable doctrine, et une partie ''négative ''représentée par les ''canons ''où sont condamnées les erreurs contraires. Quelle est la valeur des uns et des autres? Aucun doute n'est possible pour ce qui concerne les ''canons. ''Comme ils portent ''l’anathème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn342 [342]] contre quiconque contredit la vérité définie par les chapitres, de toute évidence ils constituent une définition infaillible et de foi catholique, qu'on ne peut rejeter sans tomber dans l'hérésie. Les ''chapitres ''doctrinaux contiennent, eux aussi, un enseignement infaillible, mais à côté de la substance de la définition, il y a des ''considérants ''et des ''arguments ''sur lesquels s'appuie la définition. Cette dernière partie n'est pas comprise dans l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''416.— Corollaires'''. — 1. De ce que le concile est la plus haute et la plus solennelle autorité dans l'Eglise, ''faut-il conclure qu'il soit au-dessus du Pape? ''La théorie de la supériorité du concile, dont l'origine doit être reportée au moment du grand schisme d'Occident, fut soutenue par Pierre d'Ailly, par Gerson (xve siècle) et par les ''gallicans ''du xvii» siècle ; elle trouva sa formule dans le deuxième article de la ''Déclaration de ''1682 (V. N° 398, ''n.'') et dans la troisième proposition du ''Synode de Pistoie. ''Combattue par la grande majorité des théologiens, repoussée par le Saint-Siège qui rejeta, en particulier, les articles de 1682 et les erreurs du Synode de Pistoie, elle fut définitivement condamnée par le concile du Vatican qui définit l'infaillibilité pontificale (V. N° 399). De cette définition il ressort : 1) que l'autorité du Pape seul est ''égale ''a l'autorité du concile, si l'on entend par là l'assemblée du collège épiscopal, y compris le pape, et — 2) qu'elle est ''supérieure ''à l'autorité du corps épiscopal, d'où serait retranché le pape, c'est-à-dire la tête de l'Église. L'on ne peut donc pas appeler du pape à un concile général, puisque les deux autorités sont égales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417. — 2. ''UTILITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''II y a lieu de se demander à quoi peuvent servir les conciles œcuméniques du moment que l’ensemble des évêques dispersé, et uni avec le pape, ne présentent pas une garantie supérieure d’infaillibilité. Bien qu’ils ne soient pas nécessaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn343 [343]], les conciles œcuméniques n’en restent pas moins très ''utiles ''pour les raisons suivantes : — 1) Tout d'abord, l'avis des évêques peut ''aider beaucoup à la connaissance de la vérité. ''Il faut bien se rappeler en effet que l'infaillibilité ne se confond ni avec l'inspiration ni avec la révélation, et que, si elle est l'inerrance de droit, elle ne dispense nullement du travail et de l'étude. — 2) ''La sentence ''qui proclame la foi et condamne l'erreur ''aura d'autant plus de poids, ''et sera d'autant mieux acceptée des fidèles qu'elle aura été prononcée par l'ensemble du corps enseignant. — 3) Au point de vue ''disciplinaire, ''le pape portera des lois d'autant plus opportunes et plus efficaces que, par l'intermédiaire des évêques, il sera mieux au courant des erreurs et des abus qui se trouvent dans l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces différents points de vue, les conciles sont d'une utilité indiscutable. Ils ne sont pas ''absolument ''nécessaires, comme les Jansénistes le prétendaient, mais il peut arriver qu'ils soient ''relativement ''et ''moralement ''nécessaires dans les cas où l'unité de l'Église serait mise en péril, par le fait du pape lui-même, qui deviendrait hérétique, en tant que docteur privé, ou pécheur scandaleux (V. N° 399, n. 3) et surtout dans le cas où 1 élection d'un pape serait douteuse, comme la chose s'est présentée lors du grand schisme d'Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''418. — 3. ''SÉRIE CHRONOLOGIQUE DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. '''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on compte généralement jusqu'à notre époque dix-neuf conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn344 [344]]. Les voici dans leur ordre avec quelques indications sur leur objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''premier Concile de Nicée, ''en 325, réuni par Constantin sous le pontificat de saint Sylvestre, il définit contre Arius la consubstantialité du Verbe, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ, sanctionna solennellement les privilèges des trois sièges patriarcaux de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, et étendit à toute l'Église la coutume de l'Église romaine, quant à la date de la célébration de la fête de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''premier Concile de Constantinople, ''en 381, sous le pape Damase et l'empereur Théodose le Grand, définit contre Macédonius de Constantinople la divinité du Saint-Esprit. Ce concile qui n'était œcuménique ni par sa convocation ni par sa célébration, puisque le pape n'y avait été ni invité ni associé, n'acquit l'autorité et le rang de concile œcuménique que plus tard par la reconnaissance et l'adhésion de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le ''Concile d'Éphèse, ''en 431, sous le pontificat de Célestin I et le règne de Théodose le Jeune, définit contre Nestorius l'unité de personne dans le Christ et la maternité divine de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Le ''Concile de Chalcédoine, ''en 451, sous saint Léon le Grand et l'empereur Marcien, condamna l'eutychianisme et définit la dualité de natures en Jésus-Christ. Le 28e canon de ce concile qui attribuait au patriarche de Constantinople la première place après celui de Rome, n'a jamais été confirmé par le pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Le ''deuxième de Constantinople, ''en 553, condamna, comme entachés de Nestorianisme, ce que l'on appela les ''Trois-Chapitres, ''c'est-à-dire Théodose de Mopsueste et ses ouvrages, les écrits de Théordoret de Cyr contre Saint Cyrille et le concile d’Ephèse, la lettre d’Ibas d’Edesse injurieuse pour le concile et saint Cyrille. Célébré sans la participation et malgré opposition du Pape Vigile, il n’est devenu œcuménique que par l'accession subséquente du Pontife.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''Le troisième de Constantinople, ''en 680, condamna le monothélisme, ses défenseurs et ses fauteurs, entre autres, le pape Honorius coupable de négligence dans la répression de l'erreur. Convoqué sous Agathon, il ne fut confirmé que par son successeur Léon II qui approuva le décret conciliaire, en l'interprétant, quant à Honorius, dans le sens que nous avons indiqué au N° 339.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Le ''deuxième de Nicée, ''en 787, sous la régence de l'impératrice Irène et le pontificat d'Hadrien Ier, définit contre les iconoclastes la légitimité du culte des images, en faisant la distinction traditionnelle entre ce culte de vénération et celui d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Le ''quatrième de Constantinople, ''en 869-870, sous Hadrien II, prononça la déposition de l'usurpateur Photius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. Le ''premier Concile de Latran, ''en 1123, le premier des conciles œcuméniques d'Occident, sous le pape Calixte II, prit des mesures sévères contre la simonie et l'inconduite des clercs et approuva le concordat de Worms intervenu entre Calixte II et l'empereur Henri V, au sujet des investitures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. Le ''deuxième Concile de Latran, ''en 1139, sous Innocent II, édicté des mesures disciplinaires concernant le clergé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. Le ''troisième de Latran, ''en 1179, sous Alexandre III, condamne les Cathares et règle le mode d'élection des papes, en déclarant validement élu le candidat qui aura réuni les deux tiers des voix des cardinaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12. Le ''quatrième de Latran, ''en 1215, sous Innocent III. L'un des plus importants conciles, il condamne les Albigeois et les Vaudois; il fixe la législation ecclésiastique sur les empêchements de mariage, et impose à tous les fidèles l'obligation de la confession annuelle et de la communion pascale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
13. Le ''premier Concile de Lyon, ''en 1245, sous Innocent IV, régla la procédure des jugements ecclésiastiques et prononça la déposition de l'empereur Frédéric II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14. Le ''deuxième de Lyon, ''convoqué en 1274. par Grégoire X, rétablit l'union avec les Grecs qui, outre la légitimité du Filioque, reconnurent la primauté du pape et la doctrine catholique de l'Église latine enseignant l'existence du Purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
15. Le ''Concile de Vienne, ''en 1311-1312, sous Clément V, décide la suppression de l'ordre des Templiers, et définit que l'âme raisonnable est la forme substantielle du corps humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16. Le ''Concile de Baie-Ferrare-Florence ''(1431-1442), convoqué par Eugène IV, eut pour objectifs principaux la réforme de l'Eglise et un nouvel essai de réconciliation des Églises latine et grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
17. Le ''cinquième Concile de Latran, ''convoqué par Jules II, en 1512, et continué par son successeur Léon X jusqu'en 1517, avait pour but primaire la réforme du clergé et des fidèles. Il publia quelques décrets concernant les nominations aux charges ecclésiastiques, le genre de vie des clercs et des laïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
18. Le ''Concile de Trente, ''convoqué par Paul III et ouvert dans cette ville en 1545, transféré deux ans plus tard à Bologne, suspendu bientôt après, puis réinstallé à Trente par Jules III en 1551, interrompu à nouveau, puis repris et terminé sous Pie IV en 1563 a eu pour but de combattre les erreurs protestantes. Il est le plus célèbre par le nombre et l'importance de ses décrets dogmatiques et disciplinaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
19. Le ''Concile du Vatican, ''convoqué par Pie IX, inauguré le 8 décembre 1869 et suspendu le 20 octobre 1870, n'a pu tenir que quatre sessions. Aucun souverain catholique n'a été autorisé à s'y faire représenter officiellement. Il a condamné, d'une part, dans sa Constitution ''Dei Filius, ''les erreurs contemporaines sur la foi et la révélation, et il a défini, d'autre part, dans la constitution ''Pastor aeternus ''les dogmes de la primauté et de l'infaillibilité personnelle de Pierre et de ses successeurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn345 [345]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''419. — Conclusion. — L'Église, société parfaite. '''— De l'étude que nous venons de faire sur sa constitution intime, il est permis de conclure que l'Église est une ''société parfaite. .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par ''société parfaite ''toute société qui ne dépend d'aucune autre, tant dans la ''fin ''qu'elle poursuit que dans les ''moyens ''qui lui sont nécessaires pour atteindre cette fin. Au contraire, la société ''imparfaite ''est colle qui est subordonnée à une autre et qui n'a de pouvoirs que ceux que cette autre veut bien lui concéder. Ainsi, les Sociétés de chemins de fer, de mines, etc., sont des sociétés imparfaites, vu qu'elles sont subordonnés à l'État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ''l'Église soit une société parfaite, ''cela découle de son origine et de sa nature : — a) de son ''origine. ''C'est de la volonté de Jésus-Christ, de la volonté de Dieu, par conséquent, que l'Église est née. Ne dépendant dans son existence d'aucune volonté humaine, il s'ensuit qu'elle ne peut être subordonnée a aucun pouvoir civil : elle est, de par son origine, une société autonome et indépendante ; — b) de sa ''nature. ''L'Église est une société ''d'ordre spirituel, ''puisque Jésus-Christ lui a donné la mission et les pouvoirs de conduire les hommes à leur fin surnaturelle. Mais, si elle est une société d'ordre spirituel, il est évident qu'elle ne peut recevoir d'aucune société d'ordre temporel les moyens dont elle a besoin pour sa fin surnaturelle ; ses pouvoirs ne peuvent dépendre de l'autorité civile comme s'ils eu étaient une dérivation ou une participation. II ne faut donc pas s'étonner que l'Église ait toujours revendiqué cette prérogative d'être une société parfaite et que maintes fois elle ait affirmé son indépendance du pouvoir civil, comme elle l'a fait, en particulier, en condamnant les propositions suivantes du Syllabus : « L'Église n'est pas une vraie et parfaite société pleinement libre et ne jouit pas de droits propres conférés par son divin fondateur ; c'est au pouvoir civil à définir ses droits et les limites dans lesquelles elle peut les exercer » ''(Prop., ''xix). « Le pouvoir ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement. » ''(Prop., ''xx). Les Pères du ''Concile du Vatican ''(1870) ont condamné de nouveau l'opinion selon laquelle le Saint-Siège ne pourrait exercer ses pouvoirs de gouvernement sans le placet du pouvoir civil ''(Const. I de l’Église du Christ, ''ch. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église; ''Ortolan, art. ''Canonisation ; ''Quilliet, art. ''Censures doctrinales ; ''Ortolan, art. ''Conclave ; ''Forget, art. ''Congrégations romaines, ''art. ''Conciles. ''— Du Dict. d'Alès : Forget, art. ''Curie romaine ''(Cardinaux) ; Choupin, art. ''Curie romaine ''(Congrégations). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Palmieri, ''De Romano Pontifice ''(Rome). — Choupin, ''Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Boudinhon, ''Primauté, Schisme et Juridiction, ''dans la Rey. Le Canoniste contemporain, fév. 1896. — Demeurant, ''L'Église, Constitution, Droit public ''(Beauchesne). — Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Constitution de l'Église (suite). Les Droits de l'Église. Relation de l'Église et de l'État. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Société d'ordre ''spirituel, ''l'Église est, de par son origine et sa nature, une société parfaite : telle ost la conclusion à laquelle nous avons abouti dans le chapitre précédent (N° 419). Deux points restent à établir : 1° les ''droits ''de l'Église ; et 2° les ''relations de V Église et de l'État. ''Ce chapitre comprendra donc deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Les Droits de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420. — Société ''parfaite, ''l'Église est indépendante dans son existence et dans l'exercice de ses pouvoirs : de là découlent tous ses ''droits. ''Mais comment déterminer ces droits ? Il suffit, pour cela, de nous rappeler que tout pouvoir légitime entraîne comme conséquences des droits correspondants, et d'autre part, que l'Église a reçu de son divin fondateur la triple mission d'enseigner, de sanctifier et de gouverner. L'Église possède donc tous les droits qui sont en corrélation avec sa mission et avec son triple pouvoir doctoral, de ministère et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir de ''ministère ''implique le ''droit d'administrer les sacrements. ''L'Église ayant reçu de Notre-Seigneur la mission et le pouvoir de sanctifier, l'État doit lui laisser toute liberté d'administrer les sacrements et d'exercer le culte selon les règles de sa liturgie. Comme ce droit ne lui est guère contesté, nous ne nous y arrêterons pas autrement. Nous nous bornerons donc à étudier, dans doux paragraphes, les droits de l'Église qui sont dérivés de ses deux pouvoirs d'enseigner et de gouverner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les droits de l'Église dérives de son pouvoir doctoral. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421. — Il est permis de poser en principe général que, en vertu du pouvoir doctoral qu'elle tient de Notre-Seigneur, l'Église a le ''droit d'enseigner ''partout la doctrine chrétienne. Jésus-Christ a dit, en effet, à ses Apôtres : « Allez, ''enseignez ''toutes les nations. » Et comme cet ordre embrasse tout l'univers, il s'ensuit que l'Église a le droit de s'établir partout et que son magistère n'est limité ni dans le temps ni dans l'espace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la charge qui incombe à l'Église d'enseigner la doctrine du Christ découle un double droit et un double devoir : le premier, de caractère positif et direct qui est de donner elle-même l'enseignement religieux, — ce qui pose ''la question de l'École, ''— le second, négatif et indirect, qui est de proscrire les doctrines contraires à la sienne, ce qui nous ramène à la ''question de l'Index.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''422. — Le droit d'enseigner. La question de l'École'''. — Remarquons, tout d'abord, qu'il n'est question ici que des enfants qui, du fait de leur baptême, font partie du corps de l'Église. Or, parmi eux, il convient de distinguer une double classe de sujets : les ''clercs ''et les ''laïques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Relativement Aux Clercs,'' ou plutôt, à ceux qui se préparent à devenir les ministres de l'Évangile, il va de soi que l'Eglise a le droit de les recruter, de leur ouvrir des écoles spéciales ''(séminaires), ''où elle puisse entretenir les vocations, leur donner l'instruction et l'éducation appropriées aux fonctions auxquelles ils se destinent. C'est « aux Évêques seuls, dit Léon XIII, dans l'Encyclique ''Jampridem, ''que revient le droit et le devoir d'instruire et de former les jeunes gens que Dieu appelle pour en faire ses ministres et les dispensateurs de ses mystères. C'est de ceux à qui il a été dit : ''enseignez toutes les nations, ''que les hommes doivent recevoir la doctrine religieuse ; à combien plus forte .raison appartiendra-t-il aux Évêques de donner l'aliment de la saine doctrine, comment et par qui ils jugeront convenable, à ces ministres qui seront le sel de la terre et tiendront la place de Jésus-Christ parmi les hommes... Les chefs de gouvernement souffriraient-ils jamais que les jeunes gens placés dans les institutions militaires pour y apprendre l'art de la guerre, eussent d'autres maîtres que ceux qui excellent en cet art ? Ne choisit-on pas les plus habiles guerriers pour former les autres à la discipline des armes et à l'esprit militaire?... Voilà pourquoi, dans les concordats passés entre les Pontifes romains et les chefs des États, à différentes époques, le Siège apostolique veilla, d'une manière spéciale, au maintien des séminaires et réserva aux Évêques le droit de les régir, à l'exclusion de toute autre puissance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chargée de la formation de ses ministres, l'Église a le droit d'obtenir du pouvoir civil qu'il ne les astreigne pas à des obligations incompatibles avec leur vocation, telles que le ''service militaire. ''Cette ''immunité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn346 [346]], qui a été l'objet des attaques les plus passionnées, se légitime pourtant très bien au double point de vue du droit ecclésiastique et du droit naturel : — ''a) ''Au point de vue du ''droit ecclésiastique, ''la chose ne fait pas de doute. De nombreux canons de l'Église proclament ce droit et vont même plus loin puisqu'ils interdisent aux ecclésiastiques, sous peine de censure, le port des armes et l'effusion du sang humain ; — b) au point de vue du ''droit naturel, ''le bien-fondé de l'immunité est tout aussi incontestable. Si l'État a le devoir de lever une armée et d'exiger le service obligatoire, tant pour maintenir le bon ordre à l'intérieur que pour résister aux attaques de l'ennemi, il a un autre devoir non moins impérieux, qui est de pourvoir aux besoins religieux de la nation. Or cela suppose, d'une part, l'existence du clergé, puisque le clergé est indispensable pour enseigner la doctrine et pratiquer le culte, et d'autre part, l'exemption du service militaire pour la. bonne raison que celui-ci présente un gros obstacle au recrutement sacerdotal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cela l'on ''objecte, ''il est vrai, que la caserne est une meilleure école que le séminaire, pour faire l'apprentissage de la vertu, et qu'elle est un excellent moyen d'éprouver et de rejeter les vocations mal affermies. Sans nier ce qu'il peut y avoir de juste dans cette objection, il n'en est pas moins faux de prétendre qu'une vocation n'est solide qu'autant qu'on l'a exposée aux plus dangereuses épreuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''encore, au nom du fameux principe de ''l’égalité ''que, si les clercs participent aux avantages de la vie sociale, il convient qu'ils prennent aussi leur part des charges communes. Le raisonnement paraît impeccable, mais il s'agit de savoir précisément si le clergé ne porte point sa part du fardeau commun. L'Église pense, au contraire, que ses prêtres rendent à la société, par leur ministère, des services plus grands que ceux qu'ils rendraient comme soldats. Sans doute, il faut des soldats contre les ennemis du dehors ; il n'en faut pas moins, mais d'une autre sorte, pour résister aux ennemis du dedans: pour lutter contre la propagation des idées fausses et subversives, contre l'impiété et la corruption des mœurs. Et pour se préparer à cette mission, les sacrifices du prêtre qui, à partir du séminaire, abdique sa liberté et renonce aux joies du monde et de la famille, dépassent certainement en grandeur ceux des soldats. Nous pouvons donc conclure que l'exemption du service militaire, longtemps reconnue à l'Église comme un droit, n'était nullement un privilège excessif dont il y ait lieu de s'étonner ou de se scandaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
423. — B. ''RELATIVEMENT AUX LAÏQUES. ''— A aucun point de vue, l'Église ne peut se désintéresser des écoles, même laïques.— 1. S'il s'agit en effet de ''l'instruction religieuse, ''c'est à elle qu'en incombe le soin, et personne ne peut lui en contester le droit. — 2. S'il s'agit de ''toute autre branche, ''sur le terrain de la littérature, de l'histoire et des sciences, elle a le droit et le devoir de veiller à ce qu'on n'enseigne rien qui soit en opposition avec sa doctrine, avec son dogme et sa morale. Dans le cas où les écoles sortiraient de leur neutralité légale et deviendraient hostiles, elle devrait élever la voix, rappeler aux parente le devoir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui leur incombe, d'élever ou faire élever ''chrétiennement ''leurs enfants, et protester auprès des maîtres qui trahissent leur mission. Allons plus loin. L'Église, comme toute autre personne qui remplit les conditions voulues, doit jouir de la liberté d'ouvrir elle-même des écoles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn347 [347]]: primaires, secondaires et supérieures (universités). A quel titre l'enseignement pourrait-il devenir le ''monopole ''de l'État? Est-ce que, de ''droit naturel, ''les enfants n'appartiennent pas aux parents d'abord, à la société ensuite? N'est-ce pas à ceux qui ont donné la vie du corps qu'il revient de former l'intelligence et de faire l'éducation de l'esprit? Mais s'il est vrai que l'instruction est une fonction des parents, et si, par ailleurs, ceux-ci ne peuvent que rarement remplir leur charge par eux-mêmes, il s'ensuit qu'ils ont le droit de se faire suppléer par des maîtres de leur choix. Là seulement, commencent les droits et les devoirs de l'État : c'est à lui de surveiller l'enseignement donné par la famille ou ses représentants, et de s'assurer s'il est conforme au bien commun, s'il ne porte aucune atteinte aux vérités religieuses, s'il est en harmonie avec les aspirations des parents, pourvu que ces dernières soient légitimes, s'il ne viole en rien les idées les plus sacrées et ne va pas contre les droits de Dieu et de la patrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''424. — Le droit de censurer les livres. L'Index.''' — L'Église ne remplirait qu'imparfaitement son rôle de gardienne de la foi si elle ne pouvait condamner les mauvaises doctrines ; d'où son double droit : — 1° « ''d'interdire ''aux fidèles ''d'éditer ''des livres non soumis préalablement à sa censure et approuvés par elle, et — 2° de ''prohiber ''pour de justes raisons les livres déjà édités » ''(can. ''1384, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du second droit découle ''l'origine de l'Index. ''On appelle ''Index ''le catalogue des livres condamnés par le Saint-Office comme nuisibles à la foi ou aux bonnes mœurs, et dont la lecture et la détention sont défendues aux fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'origine ''de l'Index, en ''tant que ''catalogue, ''remonte au xvie siècle. C'est seulement quand, par l'invention de l'imprimerie, les livres en général et les mauvais livres en particulier, se multiplièrent, que l'Église sentit le besoin de surveiller plus attentivement les productions littéraires. Nous trouvons la première ébauche de l'Index dans un catalogue de livres prohibés, dressé par les ordres de Paul IV en 1557 d'abord, puis en 1559 ; mais la véritable institution de l'Index date du ''concile de Trente ''et de Pie IV, qui promulgua un catalogue avec un ensemble de règles concernant la publication, la lecture et la détention des ouvrages répréhensibles (1564). Ces règles ont été plusieurs fois retouchées par différents papes, et, en dernier lieu, par Léon XIII, qui, dans sa Constitution apostolique ''Officiorum ac Munerum ''(fév. 1897), porta des ''Décrets généraux ''sur la prohibition et la censure des livres. Le Saint-Siège ne pouvant connaître tous les livres pernicieux qui sont édités dans le monde entier, Léon XIII&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui attaquent, à l'occasion, la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ''ex professo ''de la religion, à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui édicta un certain nombre de ''règles générales ''qui condamnent en bloc tous les mauvais livres, règles qui forment le ''canon ''1399 du ''Code.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Sont prohibés par le droit : — 1. les éditions du texte original... de la Sainte Ecriture, ainsi que les traductions faites ou éditées en n'importe quelle langue par les acatholiques ; — 2. les livres des écrivains qui soutiennent l'hérésie, le schisme ou cherchent à ébranler en quelque façon les fondements delà religion ; — 3. les livres qui attaquent la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ex professo de la religion, à moins à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui racontent des apparitions nouvelles, des révélations, des visions, des prophéties, ou qui cherchent à introduire des dévotions nouvelles, même sous prétexte qu'elles sont privées, s'ils ont été publiés, sans tenir compte des prescriptions canoniques ; — 6. les livres attaquant ou raillant quelque dogme catholique, soutenant des erreurs condamnées par le Saint-Siège, blâmant le culte catholique, cherchant à ruiner la discipline ecclésiastique, outrageant à l'occasion la hiérarchie ecclésiastique, l'état clérical ou religieux ; — 7''. ''les livres enseignant ou recommandant une superstition quelle qu'elle soit, les sortilèges, la divination, la magie, l'évocation des esprits et autres choses du même genre ; — 8. les livres proclamant que le duel, le suicide ou le divorce sont licites ; les livres qui, traitant des sectes maçonniques ou autres semblables, prétendent qu'elles sont utiles et inoffensives pour l'Eglise et la société civile ; — 9. les livres traitant ''ex professo ''de choses lascives ou obscènes, les racontant, les enseignant ; — 10. les éditions de livres liturgiques approuvés jadis par l'Eglise mais qui, par suite de certains changements intervenus, ne concordent pas avec les éditions authentiques actuellement approuvées par le Saint-Siège ; — 11. les livres publiant des indulgences apocryphes, proscrites, ou révoquées ; — 12. les images, quel que soit leur mode d'impression, de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie, des anges, des saints ou des autres serviteurs de Dieu qui ne cadrent pas avec le sentiment et les décrets de l'Eglise ''(Can. ''1399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette liste de livres condamnés d'une manière générale, il faut ajouter tous les livres désignés ''nommément ''au catalogue de l'Index. A ce sujet, il convient de remarquer que les rigueurs de l'Index ont été adoucies. Autrefois, des condamnations globales étaient portées contre toutes les productions d’un auteur dont les tendances étaient reconnues mauvaises. Ces prohibitions faites ''en haine de l’auteur, ''ont disparu de la récente édition de l'Index.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Usage. — Ceux-là seuls peuvent lire et garder les livres condamnés, qui en ont reçu régulièrement l'autorisation du Saint-Siège ou de ses représentants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les libraires ne peuvent ni vendre, ni prêter, ni garder les livres qui traitent ''ex professo ''de choses obscènes ; quant aux autres livres condamnés, ils ne peuvent les vendre qu'avec l'autorisation du Saint-Siège, et seulement à ceux qu'ils croient prudemment avoir le droit légitime de les acheter ''(can. ''1404).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Les Ordinaires, et tous ceux qui ont le soin des âmes doivent opportunément avertir les fidèles du danger et du mal de la lecture des mauvais livres, surtout des livres condamnés. » ''(Can. ''1405, § 2.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quiconque lit sciemment, sans l'autorisation du Saint-Siège, des livres d'apostats ou d'hérétiques, soutenant[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn348 [348]] une hérésie, ainsi que les livres nommément condamnés, de n'importe quel auteur ; quiconque garde ces livres, les imprime ou s'en fait le défenseur, encourt ''ipso facto ''l'excommunication réservée spécialement au Souverain Pontife. » ''(Can. ''2318.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur de l'Index découle de ce qui a été dit précédemment (N° 402) au sujet de l'autorité en général des décisions des congrégations, de celles du moins qui reçoivent l'approbation du pape dans la forme commune. N'étant pas des actes du Souverain Pontife, elles ne sont pas des décisions infaillibles ; mais elles exigent néanmoins de la part des fidèles plus qu'une soumission extérieure, plus que le respect du silence; elles ont droit à un assentiment prudemment et provisoirement terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''425. —Objection. '''— Bien des critiques ont été élevées contre l'Index. Au nom des grands principes modernes : liberté de conscience, liberté d'opinions, liberté de parole et d'écrit, l'on attaque la législation de l'Église et le droit qu'elle revendique de défendre l'usagé de certains livres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Le ''droit de l'Église de proscrire ''les livres dangereux, repose sur la Sainte Écriture, sur la tradition et sur la raison : — 1) ''Sainte Écriture. ''Comme nous l'avons vu (N° 310), l'Église a reçu de Jésus-Christ la mission d'enseigner la doctrine du Christ. De là dé ouïe pour elle le devoir, non seulement de prêcher la ''vraie ''doctrine, mais de s'opposer à tout ce qui pourrait ''entraver ''la conservation de la vérité intégrale: elle a donc plus que le droit, elle a le devoir de flétrir et de condamner les livres impies ou immoraux. — 2) ''Tradition. ''La pratique de l'Église, encore que, sous, sa forme actuelle, elle date seulement du XVIe siècle, remonte aux origines du christianisme. Saint Paul met son disciple Timothée en garde contre les discours profanes et vains qui font des ravages comme la gangrène (II ''Tim., ''II, 16, 17), recommandation qui doit s'entendre autant et plus encore des discours écrits. Il est dit, en outre, dans les ''Actes ''(xix, 19) que, à la suite de ses prédications à Éphèse, « beaucoup de ceux qui s'étaient adonnés aux superstitions dangereuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le peuple ». Depuis les Apôtres, les ''Pères ''de l'Église, les ''conciles ''et les ''papes ''n'ont jamais cessé de stigmatiser les mauvais livres, ainsi que le rappelle Léon XIII dans sa constitution « ''Officiorum ''» : « L'histoire, dit il, atteste le soin et le zèle vigilant des Pontifes romains à empêcher la libre diffusion des ouvrages hérétiques, véritable calamité publique. L'antiquité chrétienne est pleine de ces exemples. Anastase 1er condamna rigoureusement les écrits dangereux d'Origène ; Innocent Ier ceux de Pelage, et Léon le Grand tous ceux des manichéens... De même, dans le cours des siècles, des sentences du Siège Apostolique ont frappé les livres funestes des monothélites, d'Abélard, de Marsile de Padoue, de Wicleff et de Huss. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn349 [349]] — 3) ''Raison. ''I1 est évident que la doctrine qui revendique, au nom de la liberté, le droit illimité pour tout individu, de soutenir sur toutes les questions l'opinion qu'il lui plaît, est une doctrine absurde, déraisonnable et anarchique. Ce serait en effet mettre sur le même pied le bien et le mal, le juste et l'injuste, le vrai et le faux, la vertu et le vice. Aucune société ne s'accommoderait de tels principes ; quelque loin que puisse aller son amour de la liberté, il y a cependant des limites qu'elle n'oserait dépasser. Pourquoi s'étonner alors que l'Église, qui est une société parfaite, qui a pour ses sujets la sollicitude d'une mère, prenne le plus grand soin à écarter le poison qui menace l'âme de ses enfants!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les Droits de l'Église dérivés de son pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
426. — Parmi les principaux droits que l'Église détient de son pouvoir de gouvernement, il convient de citer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le droit d'organiser sa hiérarchie'''. — Qu'il s'agisse des ''ministres ''eux-mêmes ou des ''territoires ''à administrer, il est clair que l'Église a le droit de revendiquer une indépendance complète. Elle est libre de ''choisir ''ses ministres, comme elle l'entend, et de leur assigner les ''contrées ''à évangéliser. Elle peut, par conséquent, diviser le territoire en circonscriptions plus ou moins grandes, provinces, diocèses, paroisses, et, si elle le juge à propos, modifier les divisions anciennes et en former de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans le cours des siècles, l'Église ait varié dans le mode d'organiser sa hiérarchie, qu'il lui soit arrivé, par exemple, d'accorder au peuple ou aux chefs d'État le privilège ''d'intervenir ''et de ''désigner ''eux-mêmes le candidat, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ce sont là autant de concessions que l'Église a faites en raison des avantages que par ailleurs elle en retirait. Il est bien certain, en effet, pour ne prendre qu'un exemple, que l'élection des ministres sacrés par le peuple, avait le double avantage de désigner, tout au moins d'une manière générale, le candidat le plus digne ''(vox populi vox Dei) ''et, en tout cas, celui qui devait être le mieux agréé. De toute façon, de telles concessions n'ont jamais rien retranché et ne retrancheraient rien, si elles étaient faites à nouveau, au droit imprescriptible que l'Église possède de nommer elle-même ses pasteurs et de leur donner l'institution canonique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''427. — 2° Le droit de fonder des Ordres religieux.''' — Deux côtés sont à considérer dans la fondation des Ordres religieux : le côté ''spirituel ''et le côté ''temporel. ''Le premier, qui consiste dans le choix d'un genre de vie le plus propre à l'observation des conseils évangéliques, rentre dans les droits de l'Église. Indubitablement, c'est à elle qu'il revient de régler la forme suivant laquelle il convient de pratiquer les conseils évangéliques. Le côté temporel, puisque aucune association terrestre, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait s'en désintéresser, est du ressort du pouvoir civil, mais celui-ci a le devoir de traiter ces questions, d'accord avec l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''428. — 3° Le droit de posséder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn350 [350]]. — Quoique d'ordre spirituel, l'Église n'en reste pas moins une société d'hommes qui ne peuvent vivre ni pratiquer leur religion s'ils ne possèdent des biens temporels. L'Église, en effet, doit pourvoir à l'entretien de ses ministres et de ses temples ; elle doit subvenir aux frais du culte et assister les pauvres. Elle doit donc jouir de la capacité juridique ''d'acquérir ''des biens et de les ''administrer. ''Pourquoi ne pourrait-elle pas acquérir et posséder réellement les biens matériels qui lui sont nécessaires pour atteindre la fin qu'elle poursuit? Qui oserait prétendre que le fait d'être membre d'une association religieuse, dépouille un homme de ses droits naturels? Et si l'Église a le droit d'acquérir les biens temporels, pourquoi ne jouirait-elle pas du droit de les administrer librement, tout aussi bien que les autres personnes morales : départements, communes, hôpitaux, auxquels on ne conteste pas ce droit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''contre le droit de propriété que, les biens de l'Église étant des ''biens de mainmorte, ''ils causent à l'État et à la société un préjudice très grave, car, du fait qu'ils sont rarement aliénés et jamais transmis, ils échappent aux droits de mutation. — L'objection ne vaut pas, attendu que l'État, d'un côté, peut toujours limiter l'étendue du droit d'acquisition, et de l'autre, qu'il sait remplacer les impôts de mutation par d'autres non moins lourds. C'est ainsi qu'en France les propriétés des religieux ont été frappées du « ''Droit d'accroissement», ''qui constitue un impôt d'exception dépassant plusieurs fois les impôts qu'ont à payer les sociétés anonymes, industrielles, commerciales, ou financières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE. ''— Au droit de posséder se rattache la question du pouvoir temporel des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''pouvoir temporel de la Papauté ''est une des questions sur lesquelles la doctrine de l'Église a été souvent et âprement discutée. Ses adversaires représentent le pouvoir temporel comme une ''usurpation, ''et comme le fruit de l'ambition des papes, fis le disent ''incompatible avec le pouvoir spirituel ''et en opposition avec les paroles de Jésus-Christ qui a proclamé que son royaume n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 36). Et ils concluent que Pie IX, en censurant dans le ''Syllabus ''les adversaires du pouvoir temporel, a commis un véritable abus de pouvoir. Ces attaques sont injustifiées. Assurément, la souveraineté temporelle du Pape n'est pas un ''dogme. ''Elle n'est pas d'institution divine, et l'on ne saurait prétendre davantage qu'elle soit d'une ''nécessité absolue, ''vu qu'elle n'a pas toujours existé et qu'elle n'existe plus. Mais c'est à tort qu'on l'accuse d'être ''illégitime ''et de ne servir à rien, bien plus, d'être ''nuisible ''et de faire tort à la puissance spirituelle. — 1. Loin d'être illégitime, le pouvoir temporel des Papes s'appuie sur les ''titres les plus authentiques. ''Ce sont les peuples eux-mêmes qui ont investi les Papes de leur souveraineté temporelle. Certains auteurs ont mis ''l'origine ''du pouvoir temporel dans une donation de Constantin, lorsque cet empereur, devenu chrétien, abandonna Rome au Pape et alla fonder Constantinople. Cette opinion n'a plus guère de créance ; ce qui est plus vrai, c'est que, à partir de ce moment, les empereurs furent inférieurs à leur tâche. Au moment où les barbares envahissent l'Italie .et la mettent à sac et à sang, ils ne sont pas là pour défendre leurs peuples. Seule, une majesté se dresse devant le flot barbare, et l'Italie, que les empereurs de Byzance ne peuvent secourir, se tourne d'instinct vers les Papes comme vers ses protecteurs-nés. « Le malheur des temps, dit le protestant Gibbon, augmenta peu à peu le pouvoir temporel des Papes. » Ce sont les peuples qui les ont forcés à régner. Lorsque Pépin le Bref et Charlemagne cédèrent à la Papauté les premiers éléments du Patrimoine de saint Pierre, ils ne firent en somme que sanctionner par un acte solennel la souveraineté que les peuples avaient reconnue depuis longtemps aux Papes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn351 [351]]. — 2. Reposant sur les titres les plus légitimes, le pouvoir temporel ''n'est nullement incompatible avec le pouvoir spirituel. ''Il lui est, au contraire, de la plus grande utilité, car il en est la meilleure ''garantie. ''N'est-il pas évident, en effet, que, si le Pape ne possède pas un territoire où il soit le souverain temporel, s'il est soumis à la juridiction d'une autre puissance, il y a toujours à craindre qu'il ne soit plus libre dans l'administration du monde catholique, que ses décisions soient influencées par une force extérieure et supérieure à lui, et que, de la sorte, les intérêts de l'Église paraissent s'inféoder aux intérêts du peuple dont le Pape est le sujet ? Sans doute, la loi du 13 mai 1871, dite ''loi des garanties, ''promulguée par le gouvernement italien, a déclaré le pape sacré et inviolable, lui a reconnu le droit aux honneurs de souverain, et a soustrait les palais qui lui sont réservés à la juridiction italienne ''(privilège de l’extraterritorialité), ''mais il est clair que de telles garanties sont bien précaires et aléatoires : concédées aujourd'hui, elles peuvent être retirées demain, au gré des caprices et du sectarisme d'un autre gouvernement. Pour ces raisons, il convient que le Pape soit indépendant et maître chez lui, et que lui soit restituée la souveraineté temporelle qui lui était échue si providentiellement et dont il a été injustement dépouillé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn352 [352]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''429. — 4° Le droit de légiférer. '''— Du pouvoir ''législatif ''de l'Église découle le droit de ''faire des lois, ''touchant la doctrine, la discipline et le culte, qui s'étendent à l'Église universelle. Or le droit de faire des lois implique à son tour celui de les ''promulguer, ''et conséquemment, le droit pour le Pontife romain de ''communiquer librement ''avec tous ses sujets. Ce droit, combattu jadis par les légistes et les gallicans en France, par les Joséphistes ou partisans de Joseph II, en Allemagne (xviiie siècle), qui prétendaient que les lois ecclésiastiques ne pouvaient être promulguées sans l'agrément de l'État, — ''placet, exequatur, ''— a toujours été revendiqué par l'Église, et particulièrement par Pie IX, qui condamna l'opinion contraire contenue dans les propositions suivantes du ''Syllabus '': « La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil» ''(Prop. XX). ''« La puissance civile a non seulement le droit qu'on appelle ''d'exequatur ; ''mais encore le droit qu'on nomme ''d'appel comme d'abus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn353 [353]] » ''(Prop. ''XLI).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''430. — 5'''° '''Le Droit de répression. '''— Puisque le pouvoir de gouvernement implique, non seulement le pouvoir législatif, mais encore les pouvoirs, ''judiciaire ''et ''coercitif, ''il s'ensuit que l'Église a le droit de juger et de punir les infractions à ses lois, dans le but de faire respecter ses institutions par ceux qui les ont librement acceptées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vertu de ce droit, naturel et divin, totalement indépendant de toute autorité humaine, l'Église peut frapper les délinquants qui sont soumis à son autorité, de peines soit ''spirituelles, ''soit même ''temporelles (Can. ''2214).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PEINES SPIRITUELLES. ''— Les principales peines spirituelles sont les censures. « La ''censure ''est une peine spirituelle et médicinale, relevant du for ''extérieur, ''par laquelle l'Église prive un homme ''baptisé, pécheur ''et ''contumace ''de certains biens spirituels ou annexés aux spirituels, jusqu'à ce qu'il vienne à résipiscence et soit absous » ''(can. ''2241, § 1). Si l'on considère les biens dont elles privent, il faut distinguer trois sortes de censures : l'excommunication, la suspense et l'interdit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''l'excommunication ''est une censure qui retranche celui qui en est frappé de la communion des fidèles ''(can. ''2257, §1). Il y a deux classes d'excommuniés : les excommuniés ''dénoncés ''ou à éviter ''(vitandi) ''et les excommuniés ''tolérés, ''selon qu'ils ont été, ou non, nommément excommuniés. Tout excommunié est privé du droit d'assister aux offices divins, sauf à la prédication ''(Can. ''2259), du droit de recevoir les sacrements ''(Can. ''2260). Il ne peut administrer licitement les sacrements, sauf dans le péril de mort ''(Can. ''2261). Il ne participe plus aux indulgences, suffrages, prières publiques de l'Église ''(Can. ''2262), et ne peut plus être pourvu des bénéfices et des charges ecclésiastiques (''Can. ''2263). L'excommunié dénoncé est privé de la sépulture ecclésiastique ''(Can. ''2260). [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn354 [354]] Comme toute peine, l'excommunication est dite ''latae sententiae ''(sentence portée d'avance) ou ''ferendae sententiae ''(sentence à porter) selon qu'elle est encourue par le fait même ''(ipso facto) ''qu'on a commis une faute déterminée car les canons, ou qu'elle a seulement son effet après la sentence rendue contre le coupable. — ''b) La suspense ''est une censure qui enlève au clerc ou au prêtre l'usage delà totalité ou d'une partie de ses pouvoirs : elle le prive, soit des fonctions de son ''pouvoir d'ordre ''(suspense a ''divinis) ''soit de son ''office, ''c'est-à-dire de ses ''pouvoirs de juridiction ''(suspense ''a jurisdiclione), ''soit de son ''bénéfice, ''c'est-à-dire des revenus attachés à son titre. Si la suspense est totale, elle le prive des trois à la fois. Le prêtre suspens ''a divinis ''ne peut plus exercer ''licitement ''les fonctions qui relèvent de son pouvoir d'ordre (v. g. dire la messe, administrer les sacrements). Le prêtre suspens ''a iurisdictione ''ne peut plus exercer ni validement ni licitement aucun acte de juridiction il n'administre donc plus validement le sacrement de Pénitence qui requiert le pouvoir de juridiction pour être valide. Mais le clerc suspens peut, comme tous les fidèles participer à l'usage passif, ou réception, des sacrements. — c) ''l'interdit ''« prive de l'usage de certaines choses saintes, comme, par exemple, de quelques sacrements de quelques offices publics, de quelques cérémonies solennelles, de la sépulture ecclésiastique, etc.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn355 [355]] (voir can. 2268 et suiv.) On distingue: 1. l’interdit personnel qui frappe clercs ou laïcs; 2. l’interdit local, s’il est prononcé contre un lieu: église, cimetière, ville, paroisse; 3. l’interdit particulier qui n’atteint qu’un personne ou un lieu; 4. l’interdit général qui frappe toute une contrée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn356 [356]], le clergé de tout un Etat, tous les membres d'un chapitre, d'une congrégation, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— 1) Comme on peut le voir, la suspense diffère des deux autres censures en ce qu'elle n'atteint que les clercs, et l'interdit diffère à son tour de l'excommunication et de la suspense en ce qu'elle est une peine qui frappe aussi bien les lieux que les personnes. — 2) Une censure n'est légitime qu'autant qu'elle est infligée pour une faute mortelle, extérieure, consommée et si, outre ces conditions il y a ''contumace, ''c'est-à-dire s'il y a, de la part du coupable, refus obstiné d'obéir à une loi dûment promulguée et connue. — 3) Aucune censure ne frappe ceux qui ignorent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
431. — B. ''PEINES TEMPORELLES. ''— Les peines spirituelles ne choquent pas les adversaires de l'Église, mais il n'en va pas de même des ''peines corporelles. ''L'Église, objectent-ils, est une société spirituelle qui doit gouverner les âmes par des actes libres, par la persuasion et non par la force. ''Elle n'a donc pas le droit d'infliger des peines corporelles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que l'Église, par rapport à la fin qu'elle poursuit, est une société spirituelle. Mais, toute spirituelle qu'elle est, ce n'en est pas moins une société composée d'hommes, par conséquent, d'éléments visibles comme toutes les autres sociétés. Comme celles-ci, elle a donc le droit de se protéger contre ceux qui mettent son existence en péril. Et si les peines spirituelles ne suffisent pas, pourquoi ne pourrait-elle pas, par des ''moyens corporels, ''empêcher ses enfants dévoyés et rebelles, de nuire aux autres, les ramener eux-mêmes dans la voie du devoir et, s'il le faut, sacrifier le corps pour sauver l'âme?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, et, tout récemment encore, Pie IX ne craignait pas de condamner l'opinion contraire ainsi formulée dans la proposition XXIV du ''Syllabus : ''« L'Église n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. » Mais si l'Église s'est reconnu dans le passé, et se reconnaît encore le droit d'appliquer des peines corporelles, elle est la première à estimer que ce qui a pu convenir à une époque où la société était chrétienne, où les principes de la religion pénétraient si profondément les institutions politiques, ne s'accommoderait plus aux besoins du moment. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que l'Église, au moyen âge, recourut au ''bras séculier ''pour punir les crimes, comme ceux d'hérésie, qui semblent être du domaine exclusif des idées pures, mais qui, en fait, troublaient la sécurité de l'État chrétien, et devenaient alors de véritables crimes sociaux et politiques. Il est d'ailleurs contraire aux lois élémentaires de la critique historique de juger les mœurs du passé par celles du présent, les idées anciennes par les idées modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''432. — Corollaire.''' — ''Le privilège du for ecclésiastique. ''En dehors des droits que nous venons d'énumérer, l'Eglise a joui autrefois d'un certain nombre d'immunités, entre autres, du privilège, dit du ''for ecclésiastique. ''Ce privilège avait pour effet de soustraire la personne des clercs à la juridiction du pouvoir civil, en sorte qu'ils étaient jugés, non par les laïques, mais par les tribunaux ecclésiastiques. Que faut-il penser de cette immunité? Faut-il dire avec certains que c'était là un privilège injuste, et que toute infraction aux lois de l'État, quel qu'en soit l'auteur, doit être réprimée par le pouvoir, duquel elles émanent? On pourrait le croire au premier abord, mais si l'on prend soin de se placer dans l'hypothèse d'une société chrétienne, l'on conviendra aisément qu'il est naturel que les clercs qui sont spécialement soumis au pouvoir de l'Église, soient jugés par les tribunaux ecclésiastiques. Le prêtre ne remplira efficacement sa mission que dans la mesure où il jouira de la considération et du respect. Or toute comparution devant les tribunaux est cause de scandale, et doit enlever, non seulement à l'accusé, mais à tous les prêtres, l'autorité dont ils ont besoin pour prêcher la morale et exercer leur ministère. Aussi, bien que le Saint-Siège ait renoncé à cette immunité dans presque tous les pays catholiques, Pie IX n'en a pas moins proclamé hautement le droit de l'Église par la condamnation de la ''proposition XXXI ''du ''Syllabus : ''« Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil soit au criminel, doit absolument être aboli, même sans consulter le Siège Apostolique et sans tenir compte de ses réclamations.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Relations de l'Église et de l'État. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''433. '''— Bien que société parfaite, l'Église est appelée à vivre dans l'État. Voilà, par le fait, deux sociétés autonomes, indépendantes, placées, sinon en face, du moins à côté l'une de l'autre. Quelles seront donc leurs ''relations? ''II y a deux façons de les déterminer. Ou bien l'on considère l'Église seule, dans sa divine constitution, — avec ses pouvoirs et ses droits, — sans tenir compte des situations diverses dans lesquelles elle peut se trouver» Ou bien on la considère d'une manière concrète et dans les circonstances de fait auxquelles forcément elle doit s'adapter. En d'autres termes, il y a lieu de distinguer entre les ''principes ''et leur ''application, ''entre la ''théorie ''et la ''pratique, ''ou, pour employer les termes courants, entre la ''thèse ''et ''l'hypothèse. ''Toutefois, si l'on prend soin de remarquer que les principes peuvent s'appliquer dans le cas d'un État catholique, la thèse se confond alors avec l'hypothèse. D'où il suit que nous pouvons établir les relations de l'Église et de l'État en restant toujours dans le domaine des réalités. Ainsi ferons-nous dans les deux paragraphes suivants où nous étudierons les rapports des deux sociétés : 1° dans le cas d'un ''État catholique ; ''et 2° dans le cas d'un ''État acatholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Relations de l'Église et de l'État dans le cas d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
434. — Envisagées à un point de vue général, les relations de l'Église et de l'État comportent trois solutions possibles. Il peut y avoir, ou bien ''domination d'un pouvoir par l'autre, ''ou bien ''séparation complète, ''ou ''accord mutuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Erreurs.''' — Les deux premiers systèmes s'opposent à la doctrine catholique que nous exposerons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La thèse de la ''DOMINATION D'UN POUVOIR PAR L’AUTRE ''peut être entendue dans un double sens, selon que l'on enseigne la subordination complète de l'Etat à l'Église ou de l'Église à l'État. — a) La ''première opinion, ''qui n'a eu que de rares partisans, parmi les théologiens et les canonistes, ne doit pas retenir notre attention. — ''b) ''La ''seconde opinion, ''qui veut que l'Église soit subordonnée à l'État, a été professée autrefois par les légistes ''césariens, ''et, à l'époque moderne, par les ''libéraux ''de la Révolution. Partant d'un principe opposé, — puisque les partisans du césarisme considéraient les empereurs et les rois comme des maîtres absolus, en qui résidait l'autorité suprême, tandis que les libéraux révolutionnaires regardaient le peuple comme le seul souverain et l'unique source du pouvoir, — les uns comme les autres aboutissaient au même résultat, et confisquaient tous les droits au profit1 d'un pouvoir unique, de la personnalité de l'État, quel qu'en fût le nom : empereur, roi, peuple, monarchie ou démocratie. Dans un tel système, la religion peut être sans doute conservée pour les services que l'État espère en retirer, mais ''il n'y a plus de place pour une Église indépendante et libre. ''Il ne faut plus parler des droits de l'Eglise ; celle-ci ne saurait en avoir d'autres que ceux qui lui sont octroyés par le bon vouloir du prince-État. Au césarisme et au libéralisme absolu se rattachent le ''gallicanisme ''et le ''joséphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn357 [357]], qui, tout en reconnaissant que l'Église est indépendante et souveraine dans les choses purement spirituelles, attribuent à l'Etat une autorité prépondérante dans les questions mixtes : v. g. le droit d'empêcher la publication de bulles, encycliques, mandements, etc., sans son consentement préalable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
435. — B. La thèse de la ''SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT ''est l'erreur du ''libéralisme modéré. ''Partant de ce principe que l'Église et l'État sont deux rées, s'ignorant réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''libéralisme modéré, ''avec des nuances diverses, a été la grande erreur du siècle dernier. Nous le voyons naître, avec Lamennais, quelque peu après la Révolution de 1830. En face d'une société totalement transformée, et désormais acquise à ce qu'on appelle les ''libertés modernes, ''les libéraux catholiques rêvèrent de réconcilier l'Église et la société nouvelle en se plaçant sur le seul terrain de la liberté. N'hésitant pas à faire le sacrifice des droits et immunités de l'Église, ils se contentèrent de réclamer pour elle comme pour tout autre culte, la seule liberté, estimant que la religion doit être propagée par la persuasion, et non par la coaction, et que la vérité n'a pas besoin de protection pour triompher de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''436. — 2° La Doctrine catholique '''— La doctrine catholique comprend deux points : les principes et 1 application des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. '''Les Principes. '''— 1. L'Église et l'État sont tous les deux des pouvoirs ''distincts, indépendants, chacun dans son domaine. ''« Dieu, dit LÉON XIII dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances, la puissance ecclésiastique et la puissance civile : celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine, chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées, et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial ». Il n'est donc pas vrai de prétendre, avec le ''césarisme ''et le ''libéralisme absolu, ''que l'État est le pouvoir souverain d'où découlent tous les droits, ceux de l'Église aussi bien que ceux des autres sociétés. Sans doute, l'Église est dans l'État, mais elle y est, comme société parfaite, et non comme une partie qui doit être subordonnée au tout. Chaque puissance est souveraine dans sa sphère, et cette sphère est tracée par la nature et la fin des deux sociétés. A l'Église donc les ''affaires spirituelles, ''c'est-à-dire tout ce qui se rapporte au salut des âmes : prédication de l'Évangile, administration des sacrements, célébration du culte divin, jugement sur la moralité des actes humains, etc. A l'État, les ''affaires temporelles, ''c'est-à-dire tout ce qui concerne les intérêts matériels de ses sujets et ce qui est requis pour le bien et la protection de la société, comme le pouvoir de déterminer les droits politiques des citoyens, les effets civils des contrats, d'établir des impôts, de lever des armées, de promouvoir les sciences et les arts, de punir les transgresseurs des lois civiles, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux puissances étant souveraines, chacune dans leur sphère, il s'ensuit que l'une est subordonnée à l'autre pour tout ce qui n'est pas de son ressort. Donc l'Église est dépendante et subordonnée à l'État dans les questions temporelles ; elle est indépendante et souveraine dans les questions spirituelles, et c'est du reste la condition de son existence. Car si l'Église était assujettie au pouvoir civil sur le terrain religieux, elle serait fractionnée en autant de parties qu'il y aurait d'États ; elle ne serait plus ni ''une, ''ni ''universelle, ''ni indéfectible : en un mot elle ne serait plus l'Église catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien qu'ils soient deux pouvoirs ''distincts ''et ''indépendants, ''l'Église et l'État ne doivent pas vivre séparés mais ''s'unir dans un mutuel ''accord. Et de cette union, Léon XIII donne les ''raisons ''dans son Encyclique ''Immortale Dei ; ''« Leur autorité, dit-il en parlant des deux pouvoirs, s'exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, quoique à des titres différents, ressortisse à la juridiction de l'une et l'autre puissance. Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, si l'Église et l'État ont des domaines distincts, ils ont aussi des frontière? communes. Et comment en serait-il autrement, alors que les deux sociétés détiennent leurs pouvoirs de Dieu et s'adressent aux. mêmes sujets? I1 est vrai que leurs fins sont différentes, mais celles-ci ne doivent jamais s'opposer entre elles, plus que cela, la fin temporelle, que poursuit l'État, manquerait son but si, en définitive, il n'était pas tenu compte de la fin éternelle et de la destinée future. Il peut donc arriver que les ''mêmes objets ''(v. g. les écoles, le mariage, à la fois contrat civil et religieux), et quoique à des titres différents, ressortissent à la juridiction de l'une et de l'autre puissance», comme dit Léon XIII. Il peut arriver encore que certaines choses, ''temporelles de leur nature, ''rentrent dans l'ordre spirituel par leur ''destination ''et tombent de ce fait sous la juridiction de l'Église. Tel est le cas des lieux et des objets sacrés : églises, mobilier, servant au culte, biens destinés à l'entretien des ministres, etc. Sur ces différents points qui forment ce qu'on appelle les ''questions mixtes, ''on ne saurait contester la juridiction de l'Église. Il est même permis d'aller plus loin et de dire que, à un certain point de vue, l'Église a un ''pouvoir indirect ''sur toutes les choses temporelles, non pas en tant qu'elles sont temporelles, mais parce qu'elles doivent toujours être des moyens d'atteindre la fin surnaturelle. C'est en vertu de ce pouvoir que les Papes du moyen âge se sont parfois élevés contre les princes qui abusaient de leur puissance, qu'ils sont allés jusqu'à les déposer comme indignes de la souveraineté et ont délié leurs peuples du serment de fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de là que, ''en principe, ''s'il surgit des conflits, l'État doit céder, puisque son pouvoir est inférieur à celui de l'Église par sa nature et sa fin. ''En pratique, ''il convient qu'il y ait ''union ''entre les pouvoirs ; il faut que l'Église et l'État, loin de s'ignorer réciproquement, se parlent, fassent des conventions ou ''concordats[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn358 [358]] et que ces derniers soient loyalement observés par tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''437. — B.''' '''Application des principes dans le cas d'un État catholique. — '''''Dans l'hypothèse d'un État catholique, ''c'est-à-dire, là où les principes peuvent recevoir leur application, quels seront donc les ''devoirs réciproques ''de l'Église et de l'État?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on peut dire, d'une manière générale, que la concorde qui doit régner entre eux requiert : — 1) du côté ''négatif : ''que chaque puissance veille à. ne pas violer les droits de l'autre et à ne pas entraver son action ; — 2) du côté ''positif, ''que chacune mette au service de l'autre l'influence dont elle dispose pour le bien des deux sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DEVOIRS DE L'ÉGLISE. — ''L'Église doit prêter à l'État l'appui de son autorité et de ses œuvres. Qui ne voit du reste combien par sa doctrine elle peut travailler au bonheur des peuples puisque, d'une part, elle « fait remonter jusqu'à Dieu même l'origine du pouvoir, qu'elle impose avec une très grande autorité aux princes l'obligation de ne point oublier leurs devoirs, de ne point commander avec injustice ou dureté », et d'autre part, qu'elle « commande aux citoyens à l'égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu, et les unit aux chefs de l'État par les liens, non seulement de l'obéissance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'État »? (Enc. ''Libertas). ''Ainsi, de l'influence de l'Église, l'État retirera un double profit. L'autorité des chefs, considérée, non pas uniquement comme l'expression de la volonté du peuple, mais comme venant de Dieu, revêtira un caractère sacré et se conformera mieux aux règles de la justice. Le peuple, à son tour, acceptera l'obéissance comme une soumission à la volonté de Dieu, qui, loin de l'humilier, ne peut que l'ennoblir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) DEVOIRS DE L'ÉTAT. ''— 1. Le premier devoir de l'État vis-à-vis de la religion en général, c'est de ''rendre lui-même un culte social ''à Dieu. La raison seule démontre à l'évidence la nécessité de ce culte. Dieu n'est-il pas le maître des sociétés comme des individus? Or, dit Léon XIII (Enc. ''Immortale Dei), ''« si la nature et la raison imposent à chacun de nous le devoir d'honorer Dieu d'un culte religieux, parce que nous sommes sous sa puissance, et parce que, sortis de lui, nous devons retourner à lui, la même loi oblige la communauté politique ». Le chef de l'État doit donc rendre hommage à Dieu au nom du peuple qu'il représente, en s'associant aux actes de religion qui s'accomplissent au sein de l'Église catholique. Nous disons « ''de l'Église catholique» ''car, bien que le culte de Dieu s'impose, antérieurement à toute religion révélée, il va de soi que, si Dieu a dit comment il voulait être adoré et servi, il y a obligation, non seulement pour les individus, mais pour le corps social, de se soumettre à ses ordres. 2. Le second devoir de l'État est de ''reconnaître tous les droits de l'Église, ''tels qu'ils découlent de sa constitution divine et que nous les avons décrits dans l'article précédent. L'État doit donc disposer la législation civile de manière à seconder et à développer la religion catholique. Il ne lui appartient pas de connaître lui-même des doctrines. « II laissera, dit Mgr d'Hulst, l'Église juger les novateurs et, s'ils s'obstinent dans leur révolte, les punir selon les lois canoniques, et les exclure de son sein. Mais il pourra prêter à l'autorité religieuse le pouvoir coercitif dont il dispose, pour arrêter une contagion dont les progrès seraient nuisibles à la société civile elle-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn359 [359]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''438. —''' 1'''re Objection. '''— Contre la thèse catholique, nos adversaires objectent les ''empiétements ''de l'Église, et font remarquer que, si l'État admet l'indépendance de l'Église, et lui reconnaît tous les droits qu'elle revendique, elle formera un « ''État dans l'État» ''et deviendra un gouvernement ''théocratique ''intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Pour craindre les empiétements de l'Église, il faudrait d'abord prouver que l'Église est une puissance susceptible d'être dangereuse à la sécurité de l'État. Or les Pontifes romains et la doctrine catholique ont toujours enseigné aux fidèles l'obéissance aux lois portées par l'État, à moins qu'elles ne fussent en opposition avec les droits de Dieu et de la conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément, la coexistence de deux sociétés indépendantes serait une cause de troubles et de désordres, si ces sociétés étaient toutes deux du même ordre, si elles tendaient, soit à une même fin, soit à des fins opposées entre elles. Or il n'en est rien. Nous avons vu que l'Église et l'État ont des fins différentes et que ces fins, l'une d'ordre spirituel, l'autre d'ordre temporel, ne sont nullement en opposition, que, au contraire, elles peuvent et doivent s'harmoniser parfaitement. — II n'est du reste pas juste de dire que l'Église est dans l'État. Car, matériellement, elle le déborde : l'Église catholique est ''dans tous les États, ''et pour cette raison, avons nous déjà dit, elle ne saurait être dépendante d'aucun pouvoir civil, et, à plus forte raison, être réduite à l'état de rouage politique. D'autre part, accuser l'Église de prétendre à un pouvoir théocratique qui voudrait prédominer, même dans les questions temporelles, c'est se mettre en absolue contradiction avec la doctrine de Léon XIII que nous avons exposée plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
439. — '''2e Objection. '''— Mais, dit-on encore, si l'État impose à ses sujets un culte quelconque, s'il prétend remplir, au nom de tous, des devoirs que tous ne reconnaissent pas, et plus encore, s'il met sa puissance au service de l'Eglise contre les hérétiques et contre ceux qui ne veulent pas de religion, ne sort-il pas de son rôle? N'opprime-t-il pas les consciences et n'est-il pas ''intolérante ''Et que deviendront alors nos ''libertés modernes : ''liberté de pensée et de parole, liberté de conscience et de culte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— ''a) ''Observons d'abord que nous nous sommes placés, pour établir la thèse catholique, dans l'hypothèse d'une société unie dans les mêmes croyances. Or il est évident qu'aucune société ne peut subsister si les ''principes ''sur lesquels elle s'appuie, ne sont pas respectés. On l'admet bien quand il s'agit, par exemple, des institutions, comme celles de la famille et de la propriété. Pourquoi le rejetterait-on a propos de la religion, si l'on reconnaît, par ailleurs, qu'elle est une des bases de la société! A ceux qui prêcheraient la polygamie, la polyandrie, l'union libre, à ceux qui voudraient renverser la propriété individuelle, l'État ne manquerait pas d'opposer la contrainte. I1 agirait de même avec les internationalistes, qui refuseraient de concourir, par le service militaire, à l'unité de la patrie. Dira-t-on que l'État fait acte de tyrannie lorsqu'il poursuit les révolutionnaires et les anarchistes qui menacent sa sécurité? Tous les gens sensés avouent qu'il ne fait au contraire que jouer son rôle et remplir sa mission. « Eh bien, dit Mgr d'Hulst, transportez ces principes dans une société dont tous les membres sont chrétiens, où la croyance religieuse rencontre, sinon l'unanimité absolue, qui n'est pas de ce monde, du moins la même unanimité morale que nous constations tout à l'heure à l'égard des idées qui inspirent et soutiennent nos institutions fondamentales, la propriété, la famille, la patrie. Refuserez-vous à un État de cette sorte le droit de prêter l'appui de son pouvoir?... Théoriquement, je ne vois pas ce qui pourrait le lui interdire. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn360 [360]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Lorsqu'on nous objecte les « ''libertés modernes ''», il semble bien qu'on sort de l'hypothèse d'une société presque exclusivement catholique. Voyons cependant ce qu'il faut en penser, du seul point de vue absolu, c'est-à-dire en restant sur le terrain des principes. L'Église condamne-t-elle toutes ces libertés que l'on considère comme le fondement de la société moderne1? Condamne-t-elle, en particulier, la liberté de penser et de parler, la liberté de conscience et de culte ? Avant de répondre à cette question, il est bon de s'entendre sur le sens qu'il faut attacher au mot liberté. D'après la doctrine de l'Église, la liberté c'est le ''pouvoir physique ''d'agir de toile ou de telle façon, mais ce n'est pas le ''droit ''d'agir de ''n'importe quelle façon. ''La raison prescrit à l'homme de croire ce qui est vrai et de faire ce qui est bien. La liberté ne peut donc pas être le droit de choisir entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, le juste et l'injuste. « La volonté, dit Léon XIII, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, dès qu'elle désire un objet qui s'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté. Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui, étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune façon vouloir le mal moral... La faculté de pécher n'est pas une liberté, mais une servitude. » (Enc. ''Libertas).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''libéraux, ''qui mettent en avant les libertés modernes, pour combattre ce qu'ils appellent ''l'intolérance ''de l'Église, entendent-ils par là que l'homme a le droit de penser, de dire, d'écrire, d'enseigner tout ce qu'il veut, le faux comme le vrai, le mal comme le bien, qu'il a une liberté de conscience illimitée, qu'il « ''lui est loisible ''de professer telle religion qui lui plaît ou même de n'en professer aucune », qu'il a le droit de s'affranchir de ses devoirs envers Dieu? Si telle est leur conception de la liberté, il est évident qu'elle est en opposition flagrante avec la doctrine catholique, disons plus, avec la raison. Cette soi-disant liberté, l'Église l'appelle «''pure licence», ''et assurément, elle la condamne. Jamais elle n'admettra que la liberté puisse être le ''droit d'agir contre la raison et la nature, ''le droit d'embrasser l'erreur et de choisir le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En principe, ''par conséquent, l'erreur et le mal n'ont aucun droit : ils n'ont droit ni à la tolérance ni même à l'existence. Saint Augustin a dit, il est vrai, qu'il faut « ''exterminer les erreurs et aimer les hommes». ''Et cela est juste, mais comment frapper les erreurs si l'on ne touche pas aux hommes qui les professent? ''En pratique ''donc, lorsque ces hommes sont de ''bonne foi, ''— et il n'est pas permis sans de graves motifs de supposer le contraire, — il convient de les traiter avec de grands ménagements et beaucoup de charité : ils ont droit à la ''tolérance. ''Mais il ne faut pas que cette tolérance puisse tourner au désavantage des autres membres de la société. Car, dans toute société, la liberté individuelle finit où commence le droit d'autrui. Aussi longtemps que la liberté de pensée et de conscience se confine au for intérieur, Dieu reste le juge de nos opinions. Mais si ello se traduit au dehors (discours ou écrits révolutionnaires), elle tombe alors sous l'appréciation du pouvoir social, et rien n'empêche celui-ci, plus que cela, il est de son devoir, de protéger la vérité contre l'erreur, le bien contre le mal, et de frapper ceux qui propagent les mauvaises doctrines, même s'ils sont de bonne foi. Combien son devoir devient plus impérieux s'il a affaire à des hommes de ''mauvaise foi !''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure: — 1. que la ''liberté de conscience ''ne saurait être, en aucun cas, le ''droit ''de rejeter toute religion, ou même de choisir n'importe quelle religion : elle est au contraire, le droit de professer librement, sans être gêné par personne, la religion que Dieu nous a enseignée : — 2. qu'il n'y a pas dès lors à ''reprocher ''à l'Église d'avoir ''employé jadis la coaction, ''car elle n'en a jamais fait usage que contre les hérétiques, c'est-à-dire contre ceux qui ressortissaient à sa juridiction, contre les chrétiens de mauvaise foi qui ne remplissaient pas leurs obligations. Quant aux autres, jamais l'Église ne leur a contesté la liberté de penser comme ils voulaient. Elle a toujours affirmé qu'on ne doit contraindre personne à faire un acte religieux qui répugne à la conscience, et jamais elle n'a forcé ceux qui, nés et élevés, soit dans une religion païenne, soit dans l'hérésie, ne faisaient pas partie de son corps, à adhérer à sa foi et à son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Relations de l'Église et de l'État dans l'hypothèse d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
440. — Dans le paragraphe précédent, nous avons exposé ce qu'on appelle la ''thèse ''et ''l'application ''de la thèse dans l'hypothèse d'un ''État catholique. ''Immuables en eux-mêmes, les principes restent toujours vrais, et ne dépendent ni de la reconnaissance ni de l'approbation du pouvoir civil. Cependant, tout immuables qu'ils sont, ils ne sont pas ''absolus ''quant à leur application. Dans la revendication de ses droits, l'Église est bien obligée de tenir compte des contingences et d'accepter la situation de fait qui lui est imposée. Mais, en se pliant aux circonstances, elle n'abandonne rien de ses principes. C'est sur ce point que le ''libéralisme ''se met en opposition avec la doctrine catholique. Son erreur consiste précisément à ne pas distinguer entre la thèse et l'hypothèse, à accorder en principe les mêmes droits à l'erreur et à l'hérésie qu'à la vérité et à l'orthodoxie, et à faire rentrer tous les cultes dans le même droit commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux cas, où l'Église ne peut pas appliquer ses principes, sont «eux : 1° d'un État ''hétérodoxe ; ''2° d'un État ''infidèle; ''et 3° d'un État ''neutre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Hypothèse d'un État hétérodoxe. '''— Les États ''hétérodoxes ''sont ceux qui, tout en appartenant à la religion chrétienne, sont séparés de l'Église catholique par le schisme ou l'hérésie. En principe, les États chrétiens doivent reconnaître à l'Église catholique tous les droits que Jésus-Christ a accordés à la société religieuse qu'il a fondée. Les États protestants sont d'autant plus tenus de ne pas restreindre les droits des catholiques qu'ils ont pour principe fondamental la ''théorie du libre examen, ''et ne sauraient, de ce fait, prétendre que leur interprétation de la Sainte Écriture est vraie, à l'exclusion des autres. L'Église catholique ne doit donc pas être frustrée de ses droits essentiels : droit d'enseigner, droit de pratiquer librement son culte, droit de posséder, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''441. — 2°''' '''Hypothèse d'un État infidèle. '''— Nous désignons sous ce titre toutes les religions dont nous avons démontré la fausseté dans la première section de la seconde Partie. ''En principe, ''l'Église catholique, s'appuyant sur la raison et sur toutes les preuves qui font éclater la transcendance du christianisme, peut réclamer tous les droits qui, du seul point de vue naturel, doivent être accordés à la vraie religion. ''En pratique, ''les missionnaires qui évangélisent les contrées païennes, ne revendiquent guère que la liberté de prêcher la foi du Christ, et trop souvent ils l'achètent au prix de leur sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''442. — 3°''' '''Hypothèse d'un État neutre. '''— Ce que nous appelons ici « ''État neutre» ''pourrait s'appeler tout aussi bien ''État libéral. ''Il désigne, de toute façon, l'État qui, acceptant les libertés modernes, ne reconnaît aucun culte officiel. Quelles seront, dans cette hypothèse, les relations de l'Église et de l'État? La réponse ne saurait être générale. — 1. S'agit-il d'un ''État vraiment neutre, ''où les sectes dissidentes sont nombreuses, il est clair que l'union de l'Église et de l'État est pratiquement impossible. Le régime de la séparation devient alors la situation normale. L'Église, quoique ne reniant rien de ses principes, peut donc, en pratique, accepter la séparation comme le seul « ''modus vivendi» ''possible dans telle circonstance donnée. Mais qui dit séparation ne dit pas désunion, encore moins hostilité. Pas davantage la séparation ne doit impliquer ''l'indifférence. ''Un État, même neutre, n'a pas plus le droit de se désintéresser de la religion que de la morale. Qu'un État ne prenne pas parti entre les diverses religions, qu'il accepte tous les cultes, soit ; mais il lui reste toujours le devoir de ''protéger la religion en général, ''contre les athées qui, en détruisant l'idée de Dieu, tentent de saper la base essentielle de toute religion. Quel que soit son amour des libertés modernes, il ne doit pas tolérer des doctrines qui compromettent la sécurité de l'État et l'ordre public. De même qu'il ne peut permettre de tout faire, il ne peut laisser la liberté de tout dire et de tout enseigner. Si l'État neutre ne peut donc accorder bob faveurs à telle religion, à l'exclusion des autres, il peut protéger toutes les religions. De l'application de cette doctrine, les États-Unis nous fournissent un illustre exemple. Dans ce pays, si partagé au point de vue des croyances qu'il eût été tout à fait impolitique de protéger un culte plutôt qu'un autre, où la séparation s'imposait comme une nécessité, nous voyons le pouvoir civil favoriser, de multiples façons, toutes les religions, sauf la secte des ''Mormons ''(v. notre ''Histoire de l'Eglise, ''n° 298), accorder à toutes la plus grande liberté d'action et sauvegarder les intérêts de chacune par l'équité de ses lois et par la justice de ses jugements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. S'agit-il d'un ''État plutôt athée que neutre, ''l'Église se trouve forcément réduite à ne revendiquer que les ''garanties du droit commun. ''L'union des deux pouvoirs devenant impossible, l'Église doit se borner à réclamer pour elle comme pour toute autre religion, liberté pleine et entière dans la profession de sa foi et l'exercice de son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, pourquoi le pape Pie X a-t-il condamné avec tant de véhémence la loi de Séparation par son Ency­clique ''Vehementer ''du 11 février 1906? Les raisons en sont très claires et découlent de ce que nous avons dit dans ce chapitre. — 1) C'est, en premier lieu, que, en se plaçant sur le terrain de la thèse, la séparation n'est pas le ''régime normal, ''et contredit la doctrine de l'Église. — 2) C'est, en second lieu, que la rupture -d'un concordat ne doit se faire que du ''consentement réciproque ''des deux parties contractantes, comme Pie X le déclare : « Le concordat passé entre le Souverain Pontife et le gouvernement français, comme du reste tous les traités du même genre que les États concluent entre eux, était un ''contrat bilatéral ''qui obligeait des deux côtés. Le Pontife romain, d'une part, le chef de la nation française, de l'autre* s'engagèrent solennellement, tant pour eux que pour leurs successeurs, à maintenir inviolablement le pacte qu'ils signaient. Il en résultait que le- concordat avait pour règle, la règle de tous les traités internationaux, c'est-à-dire le droit des gens, et qu'il ne pouvait en aucune manière être annulé par le fait d'une seule des deux parties ayant contracté... Or aujourd'hui l'État abroge de sa seule autorité le pacte solennel qu'il avait signé. Il transgresse ainsi la foi jurée. » Sans doute, le temps et les circonstances ont déjà fait reconnaître la justesse de ces observations, et tout nous porte à croire que, dans un avenir assez proche, la France reprendra avec le Saint-Siège, sinon son alliance traditionnelle, du moins un régime de bonne relation et d'entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''443. —''' '''Remarque. — L'Église et les diverses formes de gouvernement. '''— Il convient de remarquer que les relations de l'Église et de l'État, — thèse et hypothèse, — ont été établies daris l'article qui précède, abstraction faite de la ''forme au gouvernement. ''Or, sur cette dernière question, — la forme de gouvernement, — la ''doctrine de l'Église ''peut s'établir dans les trois points suivants : — 1. Tout d'abord elle pose en principe absolu que « ''tout pouvoir vient de Dieu» (Rom., ''xiii, 1). Dieu étant le seul et souverain Maître des choses, il s'ensuit qu'aucune autorité ne peut se constituer en dehors de lui. — 2. Si l'Église regarde comme un principe absolu que ''l'origine ''du pouvoir doit être reportée à Dieu, elle n'a pas tranché la question de savoir quel doit en être le ''mode de transmission. ''Est-il remis ''directement ''par Dieu entre les mains du Chef de l'État, comme dans la ''monarchie héréditaire, ''avec pouvoir absolu ou limité par une constitution ''1 ''Ou est-il remis directement au peuple et conféré ''indirectement ''par un nombre ''restreint ''d'électeurs ou par le ''suffrage universel, ''soit à un seul homme ''(monarchie élective), ''soit à une élite sociale et intellectuelle ''(régime aristocratique), ''soit à de nombreux représentants choisis dans toutes les classes ''(régime démocratique) ? ''c'est ce que l'Église n'a pas déterminé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn361 [361]]. On voit donc par là ''qu'elle n'impose aucune forme de gouvernement. ''« Des diverses formes de gouvernement, dit LÉON XIII (Enc. ''Libertas), ''pourvu qu'elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l'Église n'en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s'accorde avec elle pour l'exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l'Église. » — 3. Ce que l'Église ne saurait admettre, c'est que le peuple aurait la souveraineté, dans ce sens qu'il faudrait chercher en lui l'origine du pouvoir, qu'il en serait le détenteur immédiat, qu'il aurait, par conséquent, le droit de le garder, de le communiquer et de le reprendre à son gré.. S'il en était ainsi, l'insurrection serait vraiment pour lui, comme dit Jean-Jacques Rousseau, « le plus sacré des droits », et toute révolution deviendrait légitime de par la volonté du peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Encycliques de Grégoire XVI, ''Mirari vos, ''(15août 1832), de Pie IX « ''Quanta cura» ''(8 déc. 1864), de Léon XIII « ''Diuturnum» ''(20 juin 1881), «''Immortale Dei» ''(1 nov. 1885), «''Jampridem» (6 ''janv. 1886), «''Libertas» ''(20 juin 1888), — Mgr d'Hulst, Car 1895, 2e conf. ''Les Droits de F État, ''3e conf. ''Les Devoirs de l’État, ''5e conf. ''L'Église et l'État ; Le Droit chrétien et le Droit moderne, ''1886. — Forget. art. ''Index ''(Dict. d'Alès). — Dublanchy, art. ''Église ''(Dict. Vacant-Mangenot). — Mgr Sauvé, ''Questions religieuses et sociales. ''— Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse). — Moulart, ''L'Église et l’Etat ''(Louvain). — Canet, ''La liberté de conscience ; La liberté de penser et la libre-pensée ''(Bloud). — De Pascal, art. ''Libéralisme ''(Dict. d'Alès). — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — Moulard et Vincent, ''Apologétique chrétienne ''(Bloud). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION III : APOLOGIE DE L'ÉGLISE ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — L'Église et l'Histoire. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
444. — Divine dans son origine et dans sa constitution, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains. Il serait donc surprenant que, à travers les diverses périodes de sa longue existence, elle n'ait jamais connu la moindre défaillance. Le ''gouvernement de l'Église, ''comme tout autre qui se sert d'instruments humains, a pu commettre et a certainement commis des abus. Que ses adversaires ne perdent pas l'occasion de les lui reprocher, fort bien. Là où leurs critiques sont impartiales, nous ne ferons pas de vains efforts pour en contester le bien-fondé. Mais ''les fautes rejaillissent sur les hommes et non sur les institutions. ''Et même quand il s'agit des hommes, encore convient-il de les juger sans passion, en tenant compte du milieu où ils ont vécu, des idées de leur époque, de toutes les circonstances enfin qui peuvent expliquer, et souvent, ''justifier ''leur conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En nous appuyant sur ces principes, nous allons passer en revue les ''principales accusations ''qui sont portées contre l'Église. Et comme une société ne doit pas être jugée d'après les fautes qu'on lui reproche avec plus ou moins de raisons, en face des accusations nous dresserons un rapide inventaire des ''services ''que l'Église a rendus. Ce chapitre comprendra donc deux articles : 1° ''Les principales accusations contre l'Église. ''2° ''Les services rendus par l’ Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les principales accusations contre l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales accusations portées contre l'Église sont les suivantes : 1° Les ''Croisades. ''2° La ''Croisade des Albigeois ''et ''Y Inquisition. ''3° Les ''Guerres de religion ''et la ''Saint-Barthélemy. ''4° Les ''Dragonnades ''et la ''Révocation de l'Édit de Nantes. 5° ''Le ''Procès de Galilée. ''6° l’''ingérence des Papes dans les affaires temporelles. ''7° Le ''Syllabus ''et la condamnation des libertés modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les Croisades. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
445. — ''Remarque préliminaire. ''— Toutes les questions que nous allons étudier comporteraient de longs développements, s'il fallait les traiter dans toute leur étendue. Tel n'est pas ici notre rôle. L'apologiste ne fait pas œuvre d'historien, et il lui suffit de se borner aux seuls points qui sont indispensables à l'intelligence du sujet. Chaque paragraphe comprendra donc trois divisions : 1° un ''exposé succinct des faits ; ''2° L’''accusation ''portée par les adversaires ; 3° la ''réponse, ''où nous aurons à dégager l'Église des griefs qui ne lui incombent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''446. — Exposé des faits'''. — Les ''croisades, ''au nombre de huit, — ainsi dénommées parce que ceux qui y prenaient part, portaient sur leurs habits une petite croix d'étoffe rouge, — furent des expéditions entreprises dans le ''but ''d'arracher les Lieux Saints à la domination des musulmans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis le ive siècle, les Lieux Saints étaient le but de nombreux pèlerinages. Attires là par un motif de piété ou de repentir, les chrétiens jouirent d'une assez large tolérance, aussi longtemps que Jérusalem resta sous le joug des Arabes. Mais lorsque les ''Turcs Seldjoukides ''s'emparèrent de la ville, en 1078, menaçant l'empire byzantin et la chrétienté tout entière, non seulement les relations économiques entre l'Asie et l'Europe furent troublées, mais les pèlerins furent maltraités par les Turcs fanatiques. C'est alors que le pape Urbain II, voulant protéger les chrétiens opprimés, tant ceux qui étaient fixés à Jérusalem que ceux qui ne faisaient qu'y passer, conçut l'idée de la croisade. A sa voix et à celle d'un moine picard, Pierre l'Ermite, les populations se soulevèrent d'indignation, et l'on décida de partir en masse pour la délivrance de la Terre Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''447. — 2° Accusation'''. — Nos adversaires prétendent que les Croisades furent l'œuvre de ''l'ambition des papes ''et qu'elles aboutirent à de ''misérables résultats.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''448. — 3° Réponse'''. — Ainsi les ennemis de l'Église attaquent les Croisades à la fois dans leur ''principe ''et dans leurs ''résultats. ''— A. LE ''PRIN­CIPE. ''On vient de le voir : les Croisades eurent pour but la délivrance des Lieux Saints. Accuser les Papes d'en avoir été les promoteurs, c'est leur reprocher ''d'avoir fait leur devoir. ''Que les Papes aient profité de leur autorité incontestée sur les rois et les princes chrétiens pour les déterminer à se croiser, il n'est que trop naturel, mais, en tout cela, nous ne voyons pas les traces d'une ambition de mauvais aloi qui ne recule pas devant l'injustice d'une cause pour satisfaire la soif de domination d'un homme. Au contraire, l'on peut dire que les Papes furent de tous les souverains de leur temps, les plus clairvoyants, car ils eurent l'intuition du danger qui menaçait l'Europe. Il est vrai que les Croisades ne réussirent pas à l'écarter définitivement, puisque, en 1453, c'est-à-dire 400 ans après, Constantinople tombait aux mains des Turcs, mais n'est-ce pas aussi la meilleure preuve que l'idée des Papes était juste ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— a) On allègue que les croisades furent de ''mauvaises entreprises ''parce qu'elles furent ''malheureuses, ''et qu'elles aboutirent à un échec total. Mais où a-t-on vu que toute œuvre est mauvaise, qui' ne réussit pas? Au surplus, il ne dépendit pas des Papes qu'elles fussent menées à bonne lin, et ce serait vraiment manquer de bonne foi que de les rendre responsables des fautes qui furent commises, des abus qui furent le fait des aventuriers qui se mêlèrent aux soldats chrétiens, des dissensions, des ambitions personnelles, des mesquines rivalités des princes, bref, de tout un ensemble de choses qui firent échouer les Croisades. — b) Mais si le ''but premier ''pour lequel elles furent entreprises, ne fut pas atteint, si Jérusalem, un moment délivrée, retomba plus tard au pouvoir des infidèles, il n'en reste pas moins que les Croisades eurent des ''résultats incontestables, ''bien que ''secondaires ''et en dehors de l'objectif poursuivi par les Papes. — 1. Tout d'abord, du seul point de vue ''général ''et ''moral, ''n'est-ce pas un spectacle plein de grandeur que cette foule d'hommes qui se lève en masse pour courir à la conquête d'un tombeau et défendre sa foi? — 2. Au point de vue ''intérieur, ''les Croisades eurent pour effet de supprimer, au moins momentanément, le fléau des guerres privées, en rapprochant les individus, en fusionnant les races, les Français du Nord et ceux du Midi, et en faisant passer dans tous les cœurs un grand courant de fraternité nationale. — 3. Enfin, au point de vue ''extérieur, ''les Croisades préservèrent l'Europe de la conquête musulmane. D'autre part, elles furent le point de départ des explorations géographiques qui découvrirent l'Extrême-Orient aux Occidentaux et elles rouvrirent la route du commerce entre l'Europe et l'Asie : l'Orient redevint accessible aux marchands de l'Occident ''(v. notre Hist Gén. de l'Église, Vol. V, p. ''265 ''et suiv.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — La Croisade des Albigeois et l'Inquisition. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''449. — 1° Exposé des faits'''. — A. ''LA CROISADE DES ALBIGEOIS ''(1209). — A toutes les époques de son histoire, l'Église eut à combattre l'hérésie. Longtemps elle usa de ''tolérance, ''et n'employa d'autres armes que la persuasion et les sanctions spirituelles. « Qu'on prenne les hérétiques par les arguments et non par les armes 1 » disait saint Bernard, abbé de Clairvaux. Cependant, l'apparition d'une nouvelle hérésie, importée d'Orient, qui se propagea rapidement en Europe, et plus particulièrement, en Allemagne, dans le nord de l'Italie et dans le midi de la France, détermina les papes à changer de tactique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette hérésie, appelés ''cathares ''(du grec « ''katharos ''» pur) parce qu'ils prétendaient se distinguer par leur ascétisme et une très grande pureté de mœurs, sont plus connus, en France, sous le nom ''d'Albigeois, ''vraisemblablement parce que c'est à Albi qu'ils firent leur première apparition, ou qu'ils y furent plus nombreux qu'ailleurs. Gomme autrefois les manichéens, ces hérétiques professaient qu'il y a deux principes créateurs, l'un bon, l'autre mauvais, que l'homme est l'œuvre de ce dernier, que la vie est mauvaise, qu'on a donc le droit de la supprimer par le suicide, et le devoir de ne pas la propager par le mariage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Estimant que les ''Albigeois ''faisaient courir un grave danger à l'Église et à la société civile, la papauté entreprit de les réduire ''par la force. ''Le concile de Latran, en 1139, puis le concile de Reims, en 1148, prononcèrent des sentences contre eux, et défendirent aux seigneurs de les recevoir sur leurs terres, sous peine d'interdit. Or les princes répondirent avec empressement à l'appel de l'Église ; ils mirent même tant d'ardeur dans la répression de l'hérésie qu'ils en vinrent bientôt à accuser la papauté de faiblesse et à réclamer de nouvelles mesures de rigueur. Alors, en 1179, le IIIe ''concile de Latran, ''puis, en 1184, sous l'inspiration du pape Lucius III et de l'empereur Frédéric Barberousse, le ''synode de Vérone ''portèrent des décrets qui enjoignaient aux évêques de rechercher, par eux-mêmes ou par des commissaires, ceux qui sur leur territoire étaient suspects d'hérésie, de les faire juger par l'officialité diocésaine et d'en faire exécuter la sentence par les magistrats civils. Mais ces mesures ne furent que médiocrement efficaces. Les évêques qui étaient souvent en rapports de parenté ou d'amitié avec les familles des hérétiques, montraient peu de zèle à suivre les prescriptions du synode. Ce fut seulement en 1207, et après l'assassinat du légat du Pape, Pierre de Castelnau, par les ordres du comte de Toulouse, Raymond VI, que le pape Innocent III résolut de mettre un terme à leurs violences contre les catholiques. Après avoir excommunié leur protecteur, le comte Raymond, le pape convoqua les princes et les peuples à une nouvelle ''croisade, ''non plus cette fois contre les infidèles, mais contre les hérétiques qui jetaient le trouble dans le pays. Les seigneurs accoururent et se rangèrent sous la bannière de Simon de Montfort, poussés plus, il est vrai, par les appâts du gain que par les intérêts de l'orthodoxie. La guerre, qui dura vingt ans, et dont les événements principaux furent le ''siège de Béziers ''(1209), la ''bataille de Muret ''(1213) et le ''massacre de Marmande ''(1219), fut marquée par un grand nombre d'atrocités. Mais il convient d'ajouter que le pape Innocent III désavoua ceux qui s'en rendirent coupables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
450. — B. ''L'INQUISITION. ''— ''a) Origine. ''— On donne le nom ''d'Inquisition ''aux tribunaux établis dans certains pays pour rechercher et réprimer l'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''croisade des Albigeois ''n'avait pas réussi à étouffer l'hérésie. De la nécessité de la combattre par d'autres moyens naquit ''l'Inquisition. ''Sans doute, les officialités diocésaines existaient déjà. Après le IIIe concile de Latran et le synode de Vérone, le ''concile de Narbonne, ''en 1227, le ''concile de Toulouse, ''en 1229, avaient ordonné aux évêques l'institution dans chaque paroisse, d'une commission inquisitoriale chargée de rechercher les hérétiques ; mais, pour les raisons que nous avons signalées, les officialités et les commissions n'atteignaient pas le but poursuivi. C'est alors que le Pape Grégoire IX institua, à partir de 1231, des tribunaux chargés spécialement, avec le concours du pouvoir civil, de rechercher et de frapper les hérétiques. Sans supprimer les tribunaux diocésains, le pape confia le rôle d inquisiteurs aux ''Ordres mendiants, ''en particulier aux ''Dominicains ''et aux ''Franciscains.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Procédure. ''— Lorsqu'un pays était suspecté d'hérésie, l'inquisiteur s'y rendait, assisté de ses auxiliaires. Après l'enquête préliminaire commençait la procédure. Trois traits lui donnaient une physionomie particulière : tout d'abord le ''secret rigoureux de l'information judiciaire ''qui laissait ignorer à l'accusé les témoins qui l'avaient dénoncé ; puis la ''défense de se faire assister par un avocat, ''enfin l'usage ''de la torture, ''si le prévenu ne' faisait pas spontanément 1 aveu de son hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sentences n'étaient pas toujours rendues sur-le-champ. Il arrivait, comme cela se passa assez fréquemment au Portugal, en Italie, et surtout en Espagne, qu'elles étaient prononcées au milieu du peuple assemblé et en grand apparat : c'est ce qu'on appelait l'autodafé. L'''autodafé ''(mot espagnol qui signifie ''acte de foi),—- ''ainsi dénommé parce que celui qui était chargé de lire les sentences, s'interrompait de temps en temps pour faire réciter par l'assistance des actes de foi,— était donc la lecture solennelle des sentences portées contre ceux que le tribunal de l'Inquisition avait eu à juger. S'ils étaient déclarés innocents, on les remettait en liberté ; s'ils étaient déclarés coupables, ils étaient mis en demeure d'abjurer aussitôt. Quant aux opiniâtres et aux relaps, c'est-à-dire ceux qui refusaient de rétracter leurs erreurs ou qui étaient convaincus de récidive, ils étaient frappés de pénalités diverses : pénitences canoniques, amendes, contributions à des œuvres pies, port sur les vêtements de petites croix, croisade pendant un temps déterminé, pèlerinage en Terre Sainte, confiscation des biens ; ou peines afflictives comme la flagellation, l'emprisonnement temporaire ou perpétuel, et, — la peine la plus grave, — la mort par le bûcher. Toutefois cette dernière peine n'était pas prononcée par le tribunal de 1 Inquisition mais par les juges civils, autrement dit, par le ''bras séculier, ''auquel les juges ecclésiastiques remettaient en certains cas ceux qui étaient convaincus d'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Champ d'action. ''— L'Inquisition fut établie peu à peu dans une grande partie de la chrétienté. Cependant plus d'un pays catholique lui échappa. Elle ne pénétra en Angleterre qu'à propos de l'affaire des Templiers et uniquement pour cette affaire. En France, elle ne fonctionna guère, du moins d'une façon suivie, que dans les régions méridionales, dans ce qu'on appelait le comté de Toulouse, et plus tard le Languedoc, puis dans l'Aragon. L'édit de Romorantin, en 1560, la supprima et reconnut aux évêques seuls le droit d'informer contre l'hérésie, jusqu'au moment où les Parlements, s'emparant de cette partie de la juridiction épiscopale, s'attribuèrent la connaissance exclusive des procès contre les hérétiques, les magiciens et les sorciers. Les inquisiteurs s'établirent en outre dans les Deux-Siciles, en maintes cités de l'Italie et en Allemagne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn362 [362]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout en ''Espagne ''que l'Inquisition a laissé les plus profonds et les plus regrettables souvenirs. Instituée dès le xiiie siècle, suivant les formes canoniques, elle fut modifiée, à la fin du xve siècle, par Ferdinand V et Isabelle. Sous leur impulsion, l'Inquisition devint pour ainsi dire une institution d'État où la politique eut plus de part que la religion. Comme le ''grand inquisiteur ''et les ''fiscaux, ''c'est-à-dire les procureurs chargés d'instruire le procès, dépendaient de la couronne, le tribunal de l'Inquisition fut entre les mains des rois un merveilleux instrument de terreur, destiné, non seulement à chasser les Juifs et les Maures de la Péninsule, mais encore à produire des sources de revenus les moins avouables. Le premier grand inquisiteur, le dominicain Thomas de Torquemada, et même la plupart des inquisiteurs, se sont signalés par une sévérité excessive et ont fait de nombreuses victimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''451. — 2° Accusation.''' — Qu'il s'agisse de la ''croisade des Albigeois ''elle-même ou de ''l’Inquisition, ''nos adversaires attaquent l'Église sur le double terrain du ''principe ''et des ''faits.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''452. — 3° Réponse'''. — A. ''LE PRINCIPE. ''— Le principe sur lequel l'Église s'est appuyée pour établir l'Inquisition, n'est rien autre que la question du pouvoir coercitif. L'Église a-t-elle, oui ou non, le pouvoir, et par conséquent, le droit, d'infliger des peines, même corporelles, à ceux de ses enfants qui, loin de lui obéir, la battent en brèche et mettent son existence en péril? Toute la question est là. Or nous avons vu précédemment (Nos 431 et 439) que le ''droit de l'Église ''est incontestable, qu'il découle naturellement du pouvoir que Jésus-Christ lui a confié d'enseigner sa doctrine et de veiller à sa conservation intégrale, et que ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, sinon exercé. Il n'est donc plus nécessaire de nous attarder sur ce point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Autre chose le ''principe, ''autre chose ''l'application ''du principe. Lorsque nous avons établi la légitimité du principe, rien ne nous force à estimer que ''l’Inquisition ''fut, de la part de l'Église, une institution heureuse, tant elle paraît contraire à son tempérament et à son mode ordinaire de gouvernement. L'Église a, du reste, longtemps hésité à entrer dans cette voie, et il semble bien que, pour en arriver à ces moyens extrêmes, il a fallu qu'elle se crût en état de légitime défense. Que, placée dans l'alternative, ou de périr, ou de défendre son existence par des procédés violents, elle ait été amenée à prendre ce dernier parti, et qu'alors certains inquisiteurs chargés d'appliquer sa législation se soient rendus coupables d'abus, d'irrégularités et d'excès, c'est ce dont tout apologiste de bonne foi est bien obligé de convenir avec ses adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il ne faut rien exagérer, et, qu'il s'agisse des abus ou de l'institution elle-même, il convient de les apprécier avec un esprit impartial. — ''a) Les abus. ''Assurément, l'Inquisition a été une institution humaine où les intérêts supérieurs de l'Église ont été parfois sacrifiés aux passions, aux haines et aux intérêts des juges. L'on a fait remarquer[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn363 [363]] que la peine de la confiscation, en excitant les convoitises, a pu déterminer des jugements iniques, que des haines personnelles ont pu dicter des dénonciations, peut-être même des condamnations. A cela nous pouvons répondre qu'il en est ainsi devant toutes les juridictions du monde. Les inquisiteurs ont dû exercer leurs fonctions dans des circonstances difficiles, sous la pression des événements et de l'opinion des foules soulevées contre l'hérésie et attendant avec impatience un verdict impitoyable condamnant les coupables. En outre, certains juges avaient passé une partie de leur vie à discuter avec l'hérésie et à la combattre ; d'autres, tels que Robert le Bougre, inquisiteur de France, et Reynier Sacchoni, inquisiteur de Lombardie, avaient été eux-mêmes hérétiques ; une fois convertis, ils avaient poursuivi leurs anciens coreligionnaires avec un zèle de néophytes. Ces considérations expliquent déjà, sinon excusent, beaucoup d'abus. Mais il est bon d'ajouter que beaucoup d'autres juges, remplis de zèle pour la gloire de Dieu et en même temps de pitié pour lés faiblesses humaines, tout en détestant l'hérésie, étaient pleins de mansuétude pour les personnes. Ils ne prononçaient une sentence de condamnation que lorsque la culpabilité n'offrait aucun doute, tant ils craignaient de condamner un innocent. Ils n'avaient pas de plus grande joie que celle de ramener le coupable à l'orthodoxie et de l'arracher au bras séculier ; aussi usaient-ils de préférence de pénitences canoniques et de pénalités temporaires pour ramener le coupable dans la voie du bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'institution. ''— En dehors des abus qui ont pu être commis et qui sont imputables aux inquisiteurs, et non à l'Église qui les a désavoués, ''l’institution ''elle-même a été l'objet des plus acerbes critiques. Les ''particularités de ''sa ''procédure ''dont nous avons relevé plus haut les trois traits caractéristiques, les ''pénalités ''qu'elle infligeait et, par-dessus tout, la ''mort par le bûcher, ''ont soulevé les plus violentes diatribes contre l'Église. — Il ne rentre pas dans notre dessein de défendre ce qui ne nous paraît pas défendable. « Rien ne nous oblige, dirons-nous avec Mgr d'Hulst, à tout justifier dans l'histoire de cette institution : par exemple, la procédure secrète, l'instruction poursuivie en dehors du prévenu, l'absence de débats contradictoires : ce sont des formes juridiques arriérées qui répondent mal à un sentiment d'équité aujourd'hui universel et qui est lui-même un fruit lentement mûri sur la tige de la civilisation chrétienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn364 [364]]. « Toutefois, si rien ne nous oblige à tout justifier, rien ne nous empêche non plus d'expliquer ce qui est explicable. — l. On reproche d'abord à l'Inquisition ''de ne pas avoir livré les noms des dénonciateurs ''et des témoins à charge, et de ne pas les avoir confrontés avec l'accusé. Or « cette coutume, dit M. de Cauzons, n'avait pas été imaginée pour entraver la défense des prévenus ; elle était née des circonstances spéciales où l'Inquisition s'était fondée. Les témoins, les dénonciateurs des hérétiques avaient eu à souffrir de leurs dépositions devant les juges ; beaucoup avaient disparu, poignardés ou jetés dans les ravins des montagnes par les parents, les amis, les coreligionnaires des accusés. Ce fut ce danger de représailles sanglantes qui fit imposer la loi dont nous nous occupons. Sans elle, ni dénonciateurs ni témoins n'eussent voulu risquer leur vie et déposer à ce prix devant le tribunal. » La règle de taire les noms des témoins n'était du reste pas absolue, et l'inquisiteur les communiquait quand le danger n'existait pas ou avait disparu ; il les communiquait toujours aux notaires, aux assesseurs, à tous les auxiliaires qui avaient le droit et le devoir de contrôler ses actes. Ajoutons que des peines très graves frappaient les faux témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. On a reproché en second lieu à la procédure inquisitoriale ''l'interdiction aux accusés de se faire assister par un avocat. ''C'était là sans nul doute une atteinte grave au droit sacré de la défense. On le comprit du reste peu à peu, et, sinon en droit, du moins en fait, les avocats purent, par la suite, paraître à côté des accusés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Mais que penser de la ''torture ''à laquelle la procédure inquisitoriale faisait appel pour arracher des aveux aux accusés? que penser surtout de la ''peine de mort par le bûcher? ''La réponse est simple. L'Inquisition fui une institution de son temps. Elle se conforma donc aux idées et aux usages de son temps. La torture et la mort par le bûcher, qui révoltent tant notre sensibilité, ce n'est pas l'Église qui les a inventées, elle les a trouvées en usage dans les tribunaux de l'époque. Si l'on juge, et non sans raison, que ces pénalités étaient excessives, il convient de ne pas perdre de vue que le code pénal du moyen âge était en général autrement rigoureux que le nôtre. « Nous n'avons qu'à considérer les atrocités de la législation criminelle au moyen âge, pour voir combien les hommes d'alors manquaient du sentiment de la pitié. Rouer, jeter dans un chaudron d'eau bouillante, brûler vif, enterrer vif, écorcher vif, écarteler, tels étaient les procédés ordinaires par lesquels le criminaliste de ce temps-là s'efforçait d'empêcher le retour des crimes, en effrayant par d'épouvantables exemples, des populations assez dures à émouvoir. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn365 [365]] A la décharge de l'Inquisition, il faut dire qu'elle n'employa la torture que dans des cas tout à fait exceptionnels, et que la peine du bûcher fut, elle aussi, relativement rare. Et si par ailleurs l'on compare le nombre des victimes faites par l'Allemagne luthérienne, et en Angleterre, par la seule reine Elisabeth, il apparaît que l'Inquisition catholique a été bien moins cruelle que l'intolérance protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, les tribunaux de l'Inquisition étaient comme une ''menace perpétuelle qui supprimait toute liberté de penser. ''Cette accusation n'est pas justifiée. Lorsqu'elle fut organisée dans la première moitié du xiiie siècle, l'Inquisition était uniquement dirigée contre l'hérésie albigeoise. Elle s'étendit plus tard, il est vrai, à d'autres hérésies comme celle des Vaudois, mais elle ne visait jamais que les hérétiques. « Dès lors les païens et les musulmans échappaient à sa juridiction ; et si, plus tard, en Espagne, par exemple, elle prononça contre eux des sentences, ce fut par une contradiction avec ses principes, que lui imposa la politique des princes, plutôt que le souci de l'orthodoxie. Les Juifs ont bénéficié d'une plus large tolérance encore. M. Salomon Reinach l'a parfaitement démontré dans une conférence faite à la Société des Études juives, le 1er mars 1900, et publiée dans la ''Revue des Études juives ''de cette même année... Il est cependant deux cas où l'Inquisition a eu à s'occuper du judaïsme. En 1239. Grégoire IX lui ordonna de saisir partout les exemplaires du Talmud et de les brûler... «Tandis qu'on brûlait les chrétiens hérétiques, on se mit à brûler avec non moins de zèle les livres juifs. En 248, il y eut deux exécutions de ce genre à Paris... En 1267, Clément IV prescrit à l'archevêque de Tarragone de se faire livrer tous les Talmuds... En 1319, à Toulouse, Bernard Gui en réunit deux charretées, les fait traîner à travers les rues de la ville et brûler solennellement. Ainsi, au témoignage de Salomon Keinach, ce sont les livres, et non les fidèles du judaïsme, qui ont eu à subir les rigueurs de l'inquisition ». Il est un second cas où l'Inquisition eut à s'occuper des Juifs. Elle voulut préserver de leur lente infiltration la pureté du christianisme et, pour cela, elle poursuivit les faux convertie qui n'adoptaient la forme extérieure du christianisme que pour mieux dissimuler leur origine et leur qualité. « L'Église, dit fort bien M. Reinach, ne défendait pas aux Juifs d'être juifs ; mais elle interdisait aux chrétiens de judaïser et aux Juifs de les pousser dans cette voie. » Ce fut l'Inquisition d'Espagne qui. au xve et au xvie siècle, organisa les persécutions antisémites : mais ce fut pour des raisons politiques, sous la pression des souverains, plutôt que pour des raisons religieuses et sous l'impulsion du catholicisme.. En un mot, l'Inquisition religieuse du moyen âge a respecté les Juifs quand eux-mêmes respectaient les chrétiens ; l'Inquisition politique de la Renaissance les a poursuivis et durement condamnés. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn366 [366]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. que l'Église a longtemps répugné aux peines temporelles ; — 2. qu'elle a été amenée à des mesures de rigueur extrême par la force des choses et par la nécessité de protéger son existence ; — 3. que les abus qui se sont commis, et dont nos adversaires ont souvent exagéré le nombre, sont imputables aux inquisiteurs et non à la papauté qui a toujours protesté contre une sévérité excessive, et flétri les cruautés qui lui ont été signalées ; — 4. que l'Inquisition, en sauvegardant l'unité religieuse par la répression de l'hérésie, empêcha bien des guerres civiles et de prodigieuses effusions de sang. La preuve en est bien qu'en Espagne où le protestantisme fut ainsi étouffé, les victimes de l'Inquisition furent beaucoup moins nombreuses que celles des guerres de religion, en France et en Allemagne ; — 5. enfin, que l'Inquisition n'a jamais été, entre les mains de l'Église, qu'une arme de cil-constance, à laquelle depuis longtemps elle ne songe plus à recourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les Guerres de religion et la Saint-Barthélemy. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''453. — 1° Exposé des laits. '''— Les ''Guerres de religion ''sont les luttes civiles entre catholiques et protestants, qui, durant les règnes de François II, Charles IX et Henri III, ensanglantèrent la France. Au nombre de huit, elles débutèrent en 1562, à la suite du massacre de Vassy et se terminèrent par la promulgation de ''l'Édit de Nantes ''(1598) qui garantissait aux protestants le libre exercice de leur culte dans les villes où il avait été organisé par les précédents édits, le droit de bâtir des temples, l'accès à toutes les charges publiques, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de ''Saint-Barthélemy ''au massacre de l'amiral de Coligny et de nombreux gentilshommes protestants venus à Paris pour assister au mariage mixte de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, le futur Henri IV : massacre qui fut ordonné par le roi Charles IX et exécuté dans la nuit du 24 août 1572 (jour de la fête de saint Barthélemy).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''454. — 2°''' '''Accusation. '''— A. A propos des ''guerres de religion, ''nos adversaires en rejettent toute la responsabilité sur l'Église catholique. — B. A propos de la ''Saint-Barthélemy, ''ils l'accusent : — 1. d'avoir ''préparé ''le massacre : et — 2. de l'avoir ''approuvé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''455. —3°''' '''Réponse.—'''A. ''GUERRES DE RELIGION.—a) ''II est injuste de rendre l'Église catholique responsable des guerres de religion. Celles-ci furent en effet déterminées par des ''causes politiques ''plutôt que ''religieuses. ''La religion catholique étant considérée à cette époque comme un des fondements essentiels de la société, l'État, en déclarant la guerre aux huguenots, a eu pour but de protéger l'ordre social et l'unité de la nation. Les premiers et les vrais responsables sont donc les protestants eux-mêmes qui se révoltaient contre l'ordre de choses établi. L'on nous objecte, il est vrai, que le ''massacre de Vassy, ''qui leur servit de point de départ, fut l'œuvre des Guises, les chefs du parti catholique. La chose est exacte, mais il ne faut pas oublier que, déjà auparavant, et dès 1560, les protestants avaient pillé l'église de Saint Médard à Paris, jeté la terreur en Normandie, dans le Dauphiné et la Provence, que dans différentes villes, Montauban, Castres, Béziers, ils avaient interdit le culte catholique et forcé le peuple à assister au prêche : il ne faut pas oublier non plus que, pour servir leurs desseins, les protestants pactisèrent avec l'étranger, que l'amiral de Coligny et Condé firent appel à Elisabeth d'Angleterre, lui promettant, en échange de son or et de ses troupes, la cession du Havre, de Dieppe et de Rouen. — b) Quant aux ''atrocités, ''il n'y a pas lieu davantage de les invoquer contre l'Église catholique, car il y eut, des deux côtés, des actes regrettables. Et, tout compte fait, il semble bien que l'intolérance protestante n'est pas allée moins loin que l'intolérance catholique. Les protestants n'ont-ils pas profané les églises, détruisant les saintes images, déchirant les riches enluminures des manuscrits et des missels, renversant les croix, brisant les châsses et autres objets sacrés de grande valeur artistique? N'ont-ils pas, en un mot, commis des actes de vandalisme inexcusables et accompli des destructions irréparables?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
456. — B. ''La Saint-Barthélemy. ''— Parmi ces violences, la plus odieuse certainement, — et celle-là au compte du parti catholique, — fut le massacre de la Saint-Barthélemy. Mais est-il vrai que l'Église y ait joué le premier rôle, soit en ''préparant, ''soit en ''approuvant ''le massacre?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Préparation du massacre. ''— Pour démontrer ce premier point, nos adversaires s'appuient sur des lettres du pape S. Pie V à Charles IX et à Catherine de Médicis, dans lesquelles il les exhorte à exterminer les protestants français[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn367 [367]]. Il est indiscutable que dans ces lettres le pape prêche la guerre sainte, et demande qu'on poursuive avec une fermeté impitoyable les hérétiques insurgés ; mais dans sa pensée il s'agissait d'une guerre légitime, faite selon le droit des gens ; ce n'était nullement une exhortation à un massacre tel que la Saint-Barthélemy. La chose devient plus évidente encore, si l'on suppose, comme certains historiens le font, que le mariage du jeune prince calviniste, Henri de Navarre, avec Marguerite de Valois, catholique, servit de prétexte pour attirer les seigneurs huguenots dans un guet-apens et les faire assassiner tous à la fois, car le pape S. Pie V a toujours refusé son consentement à ce mariage : ce qu'il n'aurait pas fait s'il avait été complice de la soi-disant machination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il n'y a pas eu même ''préméditation, de la part de la Cour de France. ''Il ressort en effet de nombreux témoignages contemporains que, au printemps de 1572, l'amiral de Coligny voulait entraîner le roi Charles IX dans une guerre contre l'Espagne, et que Catherine de Médicis voulait, au contraire, maintenir la paix avec Philippe II. Comme l'avis de Coligny semble prévaloir auprès du jeune roi, la Reine-Mère conçoit le projet machiavélique de supprimer l'adversaire qui la gêne : le meurtre lui apparaît légitime, parce que commandé par la « raison d'État ». Elle se met alors à combiner avec les Guises, ennemis personnels de Coligny, des projets d'assassinat. Le 18 août, mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. Les gentilshommes protestants y sont venus de partout. Le 22 août, c'est-à-dire quatre jours après la cérémonie, tentative de massacre du ''seul ''amiral de Coligny : ce qui prouve bien qu'il n'est pas encore question de massacrer ''tous ''les protestants. Grand émoi alors parmi les seigneurs protestants qui projettent de venger Coligny, bien que celui-ci n'ait été blessé que légèrement. Devant une situation aussi critique, et dans la crainte d'être découverte, Catherine de Médicis prend un parti désespéré, et, profitant de l'attitude des protestants qui profèrent des menaces de mort contre les catholiques, et en particulier contre les Guises, elle représente au roi que les huguenots conspirent contre la sûreté de l'État et que c'est une mesure de salut public de les exécuter en masse. Elle arrache ainsi au roi affolé l'ordre de massacre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure : — 1. que le massacre de la Saint Barthélemy a été un ''crime politique ''commis à l'instigation de Catherine de Médicis ; et — 2. que, le massacre n'ayant pas été prémédité, l'on ne saurait, par conséquent, accuser l'Église de l'avoir ''préparé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Approbation du massacre. — ''Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le ''clergé de Paris ''célébra, le 28 août, une messe solennelle et fit une procession en action de grâces. A Rome, le pape Grégoire XIII, qui avait succédé à S. Pie V, le 13 mai 1572, éprouva une grande joie à la nouvelle de la Saint-Barthélemy. Il l'annonça lui-même au consistoire, fit chanter un ''Te Deum ''à l'église Sainte-Marie-Majeure, fit frapper une médaille en souvenir de ce grand événement et ordonna la composition de la fresque fameuse de Vasari, où sont représentées les principales scènes de la sanglante journée. Tels sont les ''faits ''qui ont donné à croire que l'Église catholique, dans la personne de ses chefs, ''a approuvé le massacre. ''Mais il s'agit de savoir quelle idée on se faisait, à Paris et à Rome, de l'événement en question. Massacre et lâche assassinat, ou légitime défense? Dans le premier cas, la complicité de l'Église serait certainement engagée. Dans le second, l'attitude de ses représentants devient toute naturelle. Or c'est justement la seconde hypothèse qu'il faut envisager. — 1. Pour ce qui concerne d'abord le ''clergé de Paris, ''il est clair que ses renseignements étaient inexacts. Comme tout le monde, il croyait qu'il y avait eu, de la part des huguenots, projet d'attentat contre la sûreté de l'État : il en voyait la preuve évidente dans ce fait que, le 26, Charles IX avait, devant le Parlement, revendiqué la responsabilité du drame, tout en expliquant qu'il lui avait été imposé par la connaissance d'un complot contre le gouvernement et la famille royale. Comment s'étonner alors que le clergé parisien ait célébré, d'accord avec le peuple, une cérémonie d'actions de grâces, demandée officiellement par la Cour pour remercier le ciel d'avoir préservé le Roi et châtié les coupables? — 2. Quant à Grégoire XIII, il reçut la nouvelle de la Saint-Barthélemy, par un ambassadeur de Charles IX, le sieur de Beauvillier. Les faits lui furent donc présentés d'après la version officielle de la Cour de France. Avec le message du roi Charles IX, le même Beauvillier apportait une lettre de Louis de Bourbon, neveu du cardinal. Écrite le surlendemain du massacre, cette lettre expliquait que, dans le but de faire monter un prince protestant sur le trône, l'amiral de Coligny préparait le meurtre du roi et de la famille royale. Aussi inexactement renseigné, il est donc tout naturel que Grégoire XIII ait manifesté ses sentiments de joie avec tant de spontanéité, et qu'il en ait fait la démonstration publique. De nos jours encore, les chefs d'État n'échangent-ils pas entre eux des congratulations, lorsque l'un d'eux a échappé à un attentat?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que l'Église n'a ni ''préparé ''le massacre de la Saint-Barthélemy, ni ne l'a ''glorifié ''en tant que massacre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Les Dragonnades et la Révocation de l'Édit de Nantes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''457. — 1° Exposé des faits'''. — ''L'Edit de Nantes ''avait été un acte du pouvoir royal, une concession, non un contrat entre deux parties. En laissant à chacun la liberté d'être protestant ou catholique, autrement dit, en accordant la liberté de conscience et la liberté de culte, Henri IV posa le premier le ''principe de tolérance, ''et cela, à un moment où tous les souverains d'Europe, protestants et catholiques, n'admettaient pas que leurs sujets eussent une autre religion que la leur.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn368 [368]] Malheureusement les protestants abusèrent des concessions qui leur avaient été faites. Profitant des garanties dont ils jouissaient dans de nombreuses places de sûreté, ils commirent la double faute de vouloir s'isoler du reste de la nation, pour former un État dans l'État, et surtout d'entretenir des relations suspectes avec l'étranger. Plusieurs fois, ils s'étaient alliés, soit avec les Espagnols, soit avec les Anglais. En 1627, la Rochelle où ils étaient les maîtres, s'était révoltée ; le Languedoc, travaillé par le duc de Rohan, avait suivi son exemple. Les Réformés furent donc tenus pour des sujets dangereux, et Richelieu, voulant en finir avec eux, dirigea lui-même le ''siège de la Rochelle ''qui se rendit, après une année presque, d'une résistance acharnée (1628). Par ''l’édit de Grâce ou d’Alais ''(1629) Richelieu enleva aux protestants toutes leurs villes de sûreté et leurs privilèges politiques, mais leur laissa la liberté du culte. Malgré cette dernière concession, c'était déjà un acheminement vers la révocation de l'Édit de Nantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis XIV voulut aller plus loin que Richelieu. Imitant les autres États protestants, il voulut qu'il n'y eut dans son royaume qu'une seule foi et un seul culte, et forma le projet d'amener tous les réformés à la religion catholique. Tout d'abord il entreprit de les convertir par des prédications et des missions. Bossu et écrivit une réfutation du ''Catéchisme général de la Réformation ''publié par Paul Ferri à Sedan (1654), et entrant dans la pensée du roi, il travailla à la réconciliation des deux confessions, catholique et protestante, par la discussion et la persuasion, « chrétiennement et de bonne foi », sans violenter la conscience ni des uns ni des autres. Mais aux efforts des controversistes et des missionnaires les Réformés répondirent par de mauvaises dispositions et parfois par des violences. De plus, ils continuèrent leurs relations avec les ennemis de la France, entre autres, avec les Pays-Bas pendant la longue guerre qui commença en 1672. Mécontent alors de leur attitude, le roi Louis XIV adopta à l'égard des protestants des mesures analogues à celles qui étaient en vigueur contre les catholiques dans les États protestants tels que l'Angleterre et la Hollande. Des intendants furent envoyés partout pour seconder l'œuvre des missionnaires et mettre la force au service de la persuasion. Les intendants outrepassèrent les ordres reçus ; -sur le conseil du ministre de la guerre, Louvois, le roi envoya des ''dragons ''qui devaient loger chez les protestants qui refusaient de se convertir. Les violences et les excès de toutes sortes que commirent ces « missionnaires bottés» sont restés tristement célèbres sous le nom de ''dragonnades. ''Mais il faut dire, à la décharge de Louis XIV, qu'il ignorait les cruautés dont ses soldats se rendaient coupables. On lui faisait seulement connaître le nombre des conversions qui s'opéraient, et ce nombre était tel que bientôt le roi crut qu'il ne restait plus guère de protestants en France, que l'unité religieuse était faite. Alors il ''révoqua l’Édit de Nantes ''(16 octobre 1685). Les Réformés se virent donc obligés de choisir entre la conversion hypocrite ou l'exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''458. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires rendent l'Église responsable de la ''révocation ''de l'Édit de Nantes et des ''fâcheux résultats ''qui s'ensuivirent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''459. — 3° Réponse. '''A. ''LA RÉVOCATION.— ''La révocation de l'Édit de Nantes peut être considérée à un double point de vue : politique et religieux. — a) Au point de vue '''politique ''ou ''juridique, ''il est bien certain que le roi Louis XIV avait le ''droit ''de révoquer l'édit porté par Henri IV. Les protestants eux-mêmes en conviennent. « Ces actes de tolérance, dit Grotius, ne sont pas des traités, mais des édits royaux rendus pour le bien général, et révocables quand le même bien général y engagera le Roi». — ''b) ''Au point de vue ''religieux, ''l'intolérance du Roi et du parti catholique fut certainement une erreur fâcheuse. Nous avons dit : ''l’intolérance du Roi ''et du ''parti catholique, ''car, si Louis XIV fut le grand responsable, il faut bien avouer que son acte était réclamé par l'opinion catholique et qu'il fut accueilli avec des marques non dissimulées de satisfaction. Toutefois, le pape Innocent XI ne lui donna pas sa complète approbation. Quant aux violences commises, aux ''dragonnades, ''il est clair qu'elles ne sont pas imputables à l'Église, et l'on ne peut même pas dire, comme nous l'avons vu plus haut, que Louis XIV doive en porter la responsabilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— Nous n'hésitons pas à reconnaître que la révocation de l'Édit de Nantes eut des ''conséquences religieuses et politiques tout à fait déplorables. ''Les protestants qui se convertirent pour pouvoir rester en France, furent de mauvais catholiques. Ceux qui préférèrent l'exil, portèrent à l'étranger les ressources de leurs talents et de leur activité laborieuse ; il y en eut même qui entrèrent dans les armées ennemies et n'eurent pas honte de combattre leur pays. Mais, autant nous pouvons les admirer d'avoir accepté courageusement les douleurs de l'exil plutôt que de trahir leur foi, autant nous devons les blâmer d'avoir haï leur patrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II n'y a pas à le dissimuler, la révocation de l'Édit de Nantes fut une ''faute ''et un ''malheur. ''Cet acte fut surtout un ''acte politique, ''mais le parti catholique se fût grandi, si, au lieu d'imiter l'intransigeance dès pays protestants, il eût réclamé pour ses frères dissidents le bénéfice d'une large tolérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 5. — Le Procès de Galilée. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''460. — 1'''° '''Exposé des faits. '''— Dès 1530, le chanoine Copernic formulait déjà l'hypothèse que la terre et toutes les planètes tournent autour du soleil, et non le soleil autour de la terre, comme l'enseignait le ''système de ''Ptolémée, généralement admis jusque-là. Au début du xvir3 siècle, Gaulée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn369 [369]], ayant présenté le ''système de Copernic ''comme une hypothèse certaine, fut, de ce fait, cité deux fois devant la Saint-Office. Ce sont ces ''deux procès ''qui forment le point central de ce qu'on appelle 1' « ''affaire Galilée ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PROCÈS DE ''1616. — En défendant la théorie de Copernic comme une hypothèse certaine, Galilée s'était fait de nombreux adversaires, entre autres, tous les savants qui ne juraient que par Aristote. Vers la fin de 1641, François Sizi accuse Galilée de contredire, par son système, les passages de la Bible tels que Josué, x, 12 ; Eccles., i, 5 ; Ps., xviii, 6 ; ciii, 5 ; Eccl., xliii, 2, qui paraissent en faveur du système géocentrique. Galilée pouvait alors se retrancher sur le terrain scientifique et fuir la difficulté en laissant aux théologiens et aux exégètes le soin de la résoudre. Il commit la faute de suivre son adversaire sur le terrain de l'exégèse. Le 19 février 1616, la question fut donc portée devant la Congrégation du Saint-Office. Onze théologiens consulteurs eurent à examiner les deux propositions suivantes : — 1. Le soleil est le centre du monde et il est immobile ; 2. La terre n'est pas le centre du monde et elle a un mouvement de rotation et de translation. La première proposition fut qualifiée « fausse et absurde philosophiquement, et formellement hérétique parce qu'elle contredit expressément plusieurs textes de la Sainte Écriture suivant leur sens propre et suivant l'interprétation commune des Pères et des Docteurs». La seconde proposition fut censurée « fausse et absurde philosophiquement, et au moins, erronée dans la foi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 25 février, le pape Paul V donnait au cardinal Bellarmin l'ordre de faire venir Galilée et de l'avertir qu'il eût à abandonner ses idées. Galilée vint et se soumit. Le 5 mars, sur l'ordre de Paul V, paraissait un décret de la Congrégation de l'Index condamnant les ouvrages de Copernic et tous les livres qui enseignaient la doctrine de l'immobilité du soleil. Mais dans cette condamnation il n'était pas fait mention des écrits de Galilée. Celui-ci fut même reçu en audience, le 9 mars, par le pape qui lui déclara qu'il connaissait la droiture de ses intentions et qu'il n'avait rien à craindre de ses calomniateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PROCÈS DE ''1633. — Après son procès de 1616, Galilée était allé reprendre à Florence le cours de ses travaux. En 1632, il publia son ''Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde. ''Cet ouvrage portait l'imprimatur de l'inquisiteur de Florence et celui de Mgr Riccardi, Maître du Sacré-Palais, chargé par office de surveiller la publication de tous les livres qui paraissaient à Rome. Or ce dernier avait bien accordé l'imprimatur, mais sous la condition, que l'ouvrage contiendrait une préface et une conclusion indiquant que le système n'était présenté qu'à titre d'hypothèse. La préface et la conclusion&amp;quot;^ y trouvaient en effet, mais, de la manière dont elles étaient rédigées, elles parurent une moquerie. Les théologiens du Saint-Office furent d'avis que Galilée transgressait les ordres donnés en 1616. En conséquence, il fut cité à nouveau devant le Saint-Office. Après avoir différé plusieurs fois son voyage sous prétexte de maladie, il se mit enfin en route et arriva à Rome le 16 février 1633, où il jouit d'un régime de faveurs, puisque, au lieu d'être interné dans une cellule du Saint-Office, il put descendre chez un de ses amis Niccolini ,l'ambassadeur de Toscane.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le procès commença le 12 avril, et la sentence fut rendue le 22 juin. Galilée, debout et tête nue, écouta la lecture de sa condamnation : abjuration, prison et récitation, une fois par semaine, pendant trois ans, des sept Psaumes de la Pénitence. Puis, à genoux, la main sur l'Évangile, il signa un acte d'abjuration dans lequel il se déclarait « justement soupçonné d'hérésie», détestait ses erreurs, promettait de ne plus les soutenir et de réciter les pénitences imposées. C'est à ce moment que, d'après une légende tout à fait invraisemblable, vu les circonstances, Galilée se serait écrié en frappant la terre du pied : « ''E pur si muove» ''«Et pourtant elle se meut!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''461. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires portent, à propos du procès de Galilée, une triple accusation contre l'Eglise. — ''a) ''Ils prétendent d'abord que, dans cette affaire, L'''infaillibilité du pape a été mise en défaut: ''— ''b) ''Puis ils accusent l'Église d'avoir ''frappé un innocent, ''et — c) d'avoir ''entravé les progrès de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''462. — 3° Réponse'''- — A. Il est faux de prétendre que l'infaillibilité du pape et par conséquent celle de l'Église ,ait été mise en défaut dans l'affaire Galilée. Sans nul doute, lorsque les juges de Galilée, les papes Paul V et Urbain VIII y compris, jugeaient le système de Copernic contraire à la lettre de l'Écriture, ils commettaient une erreur objective et matérielle. Lorsque Galilée affirmait, au contraire, qu'il ne faut pas toujours prendre les paroles de la Sainte Écriture à la lettre, les écrivains sacrés ayant employé, en parlant du soleil, le langage courant, lequel n'a aucune prétention scientifique et se conforme aux apparences, c'est bien lui qui avait raison. D'où il suit que « le tribunal du Saint-Office, comme celui de l'Index, s'est ''trompé en ''déclarant, dans les considérants, fausse en philosophie la doctrine de Copernic, qui est vraie, et contraire à l'Écriture cette doctrine, qui ne lui est nullement opposée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais peut-on trouver dans ce fait un argument contre la doctrine de l'''infaillibilité ''de l'Église ou du Souverain Pontife? Pour répondre à cette question, il n'y a qu'à déterminer la valeur juridique des décrets de 1616 et de 1633. Le décret de 1616 est un décret de la Sacrée Congrégation de l'Index ; celui de 1633, un décret du Saint-Office. Assurément, ces décrets ont été approuvés par le Pape : mais comme dans l'espèce, il s'agit seulement d'une approbation dans la forme simple, commune ''(in forma communi), ''les décrets sont et restent juridiquement les décrets de Congrégations, qui valent par l'autorité immédiate des Congrégations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous le savons, la question d'infaillibilité ''ne se pose ''même ''pas, ''quand il s'agit d'un décret d'une Congrégation quelle qu'elle soit, eût-elle comme Préfet le Pape lui-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn370 [370]] Deux conditions leur manquent pour pouvoir être des définitions ex-cathedra, et partant, infaillibles. La première c'est que la censure portée contre la théorie copernicienne ne se trouve que dans les ''considérants ''qui ne sont jamais l'objet de l'infaillibilité, et la seconde c'est que les décrets n'ont pas été des actes pontificaux, mais des actes des Congrégations, lesquelles ne jouissent pas du privilège de l'infaillibilité. Au reste, aucun théologien n'a jamais considéré ces décrets comme des articles de foi, et, même après les sentences du Saint-Office, les nombreux adversaires du système copernicien n'ont jamais allégué contre lui qu'il avait été condamné par un jugement infaillible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'infaillibilité du Pape mise hors de cause, ''l'on peut s'étonner à bon droit de ''l'erreur des juges du Saint-Office. ''Il y a cependant de bonnes ''raisons ''qui expliquent, et même justifient, leur conduite On a dit que la condamnation de Galilée était le résultat d'une machination tramée contre lui par des adversaires jaloux, que le pape Urbain VIII se serait reconnu dans le « ''Dialogue ''» sous le personnage un peu ridicule de Simplicio dans la bouche duquel se trouvait un argument que le pape, alors qu'il n'était encore que le cardinal Maffeo Barberini, avait opposé à Galilée, et que son amour-propre blessé l'aurait poussé à la vengeance. Quoi qu'il puisse y avoir de vrai dans ces allégations, il y eut d'autres ''raisons plus sérieuses ''qui déterminèrent les juges de l'Inquisition à prononcer une sentence de condamnation, et ces raisons furent les suivantes. C'était alors une règle courante en exégèse, — et cette règle n'a pas changé, — que les textes de la Sainte Écriture doivent être pris dans leur ''sens propre ''quand l'interprétation contraire n'est pas imposée par des motifs tout à fait valables. Or, à cette époque, l'on interprétait les passages en question, et en particulier, celui où Josué commande au soleil de s'arrêter, au ''sens propre et obvie, ''et par conséquent d'après le système astronomique de Ptolémée. Aussi longtemps que ce dernier système n'était pas démontré faux et que Galilée ne pouvait apporter aucune preuve péremptoire et scientifique de la vérité du système de Copernic, c'était le ''droit ''de la congrégation du Saint-Office, et même son ''devoir, de garder l'interprétation littérale ''et d'arrêter, par une décision disciplinaire, toute doctrine qui contredirait cette interprétation et voudrait substituer le sens métaphorique au sens littéral. Ajoutons que la Congrégation était d'autant plus portée à s'en tenir à ''l’interprétation traditionnelle ''que l'on se trouvait alors en pleine effervescence du protestantisme, et que, en prétendant interpréter les textes de la Sainte Écriture à sa façon, Galilée semblait favoriser la ''théorie du libre examen.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Dans quelle mesure peut-on dire que l'Église a ''frappé un innocent ''et que Galilée est un ''martyr de la science? ''Qu'il ait eu à souffrir pour la défense de ses idées, que, mis dans l'alternative d'avoir à les sacrifier ou de désobéir à l'Église, il ait enduré dans son intelligence et dans son cœur de cruelles tortures, la chose ne semble pas contestable. Mais dire, que l'Église l'a ''martyrisé, ''c'est aller un peu loin. — 1. Tout d'abord, il est faux de prétendre qu'il fut forcé d'abjurer une doctrine ''qu'il savait être certaine. ''Il lui semblait bien par les expériences qu'il avait faites que le système de Copernic était une hypothèse plus vraisemblable que celle de Ptolémée, mais de la vérité de cette hypothèse il n'eut jamais la certitude évidente. — 2. Encore moins peut-on dire qu'il fut ''traité avec rigueur. ''« On peut défier les plus fanatiques de citer où et quand, pendant ou après son procès, Galilée aurait subi une heure de détention dans une prison proprement dite.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn371 [371]] Le pape Paul V admirait Galilée et lui donna de nombreuses marques de bienveillance. — L'on objecte, il est vrai, qu'URBAiN VIII le fit ''menacer de la torture. ''Mais cette menace, qui ne fut d'ailleurs pas exécutée, était un des ''moyens juridiques ''d'alors, analogue à ''l'isolement ''et au ''secret ''dont on se sert aujourd'hui, pour provoquer les aveux des prévenus. Il serait, d'autre part, injuste de dire qu'URBAiN VIII fut dur à son égard puisque, le lendemain de sa condamnation, le 23 juin 1633, Galilée fut autorisé à quitter les appartements du Saint-Office où il devait être détenu, et à se rendre dans le palais de son ami, le Grand-Duc de Toscane ; d'où il put bientôt repartir pour sa villa d'Arcetri. Et c'est là qu'il mourut, après avoir reçu tous les ans une pension que le Pape lui accordait depuis 16.30.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. La condamnation de Galilée a-t-elle vraiment ''entravé les progrès de la science? ''« Accordons sans peine que les décrets de l'Index ont pu empêcher ou retarder la publication de quelques ouvrages, tel le ''Monde ''de Descartes ; mais, de bonne foi, peut-on affirmer que le triomphe du système en a été reculé?... L'accord avec l'expérience pouvait seul donner à l'hypothèse de Copernic une confirmation décisive, et les décrets de l'Index n'empêchaient personne de chercher à réaliser cet accord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn372 [372]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il résulte que, si la condamnation de Galilée fut, de la part de la Congrégation du Saint- Office et même des papes Paul V et Urbain viii. une erreur infiniment regrettable, elle ''n'atteint en rien la doctrine de l'Église sur l'infaillibilité pontificale, ''pas plus qu'elle ne témoigne d'une hostilité systématique contre la science et le progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 6. — L'ingérence des Papes dans les affaires temporelles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''463. — 1° Exposé des faits. '''— L'histoire nous témoigne que, au moyen âge, les Papes se sont considérés comme les chefs suprêmes des États chrétiens, qu'ils ont revendiqué le droit de citer à leur tribunal souverains et sujets, et qu'ils ont infligé aux princes scandaleux, non seulement des peines spirituelles telles que l'excommunication, mais même des peines temporelles en les déposant et en les privant de leurs droits de commander. Ainsi Grégoire VII (le moine Hildebrand), célèbre par sa lutte dans la ''Querelle des Investitures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn373 [373]], excommunia une première fois l'empereur d'Allemagne, Henri IV, qui ne voulait pas se laisser dépouiller du droit de 1’investiture, le réduisit à venir, s'humilier devant lui au château de Canossa (1077) et l'ex­communia une seconde {ois (1078) parce qu'il ne tenait pas ses promesses. Innocent III (1198-1216) obligea Philippe-Auguste à reprendre sa femme Ingeborg ; en Angleterre, il déposa Jean sans Terre, puis le rétablit sur le trône ; en Allemagne, il excommunia Othon IV et délia ses sujets du serment de fidélité. Innocent IV, au concile de Lyon (1245), déposa Frédéric II, empereur d'Allemagne. Boniface VIII (1294-1303) lutta, pendant toute la durée de son pontificat, contre le roi de France, Philippe le Bel. Comme ce dernier, toujours à court d'argent, voulait imposer le clergé à son gré, sans tenir compte des immunités ecclésiastiques (N° 422, ''n.), ''le Pape dans sa bulle « ''Clericis laicos», ''rappela la doctrine de l'Église et interdit aux clercs de payer le tribut aux puissances laïques. Sur la demande du clergé français lui-même, il accorda ensuite l'autorisation. Mais la lutte recommença bientôt et Boniface VIII publia contre Philippe le Bel une série de bulles, entre autres, la bulle « ''Ausculta, filin, ''dans laquelle il se disait « constitué au-dessus des rois et des royaumes!, et la bulle « ''Unam Sanctam ''», dans laquelle, après avoir rappelé l'unité de l'Eglise, il déclarait que « ce corps unique ne doit pas avoir deux têtes, mais une seule, le Christ et le Vicaire du Christ », que deux glaives sont au pouvoir de l'Église, un spirituel, et un matériel, que « le premier doit être manié ''par ''l'Église, le second ''pour ''1 Église i et que, le second devant être soumis au premier, le pouvoir spirituel doit juger le pouvoir temporel si celui-ci s'égare. Enfin Boniface VIII excommunia Philippe le Bel le 13 avril 1303.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''464. — 2° Accusation. '''— Les ennemis de l'Église accusent les papes d'avoir outrepassé leurs droits et d'avoir ''revendiqué un pouvoir illégitime.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''465. — 3°''' '''Réponse. '''— A. L'intervention des papes dans les affaires temporelles des États chrétiens n'était pas ''illégitime : ''elle ne constituait nullement, de leur part, un ''abus de pouvoir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les papes avaient le droit d'intervenir à un double titre : — ''a) ''Tout d'abord en vertu de leur ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles dont nous avons précédemment démontré l'existence (N° 436). « Le pouvoir spirituel, dit Bellarmin, ne s'immisce pas dans les affaires temporelles, à moins que ce3 affaires ne s'opposent à la fin spirituelle ou ne soient nécessaires pour l'obtenir : auxquels cas le pouvoir spirituel peut et doit réprimer le pouvoir temporel et le contraindre par toutes les voies qui paraîtront nécessaires. » Lorsque les Papes précités ont frappé les princes qui abusaient de leurs pouvoirs, non seulement de peines spirituelles comme l'excommunication, mais même de peines temporelles comme la déposition, ils ont donc agi en vertu du ''pouvoir spirituel ''attaché à leur charge suprême et du ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles qui découle du pouvoir spirituel. — b) En dehors du ''droit divin ''dont nous venons de parler, le ''droit public du temps, ''reposant sur le libre consentement des peuples et des princes, légitimait l'intervention de la papauté dans les affaires temporelles. Rappelons-nous en effet que, en vertu de ce droit public, il y avait une alliance étroite entre l'Église et l'État, que le Pape était regardé comme le chef naturel de la chrétienté, à qui appartenait le droit de trancher les différends, et que le prince, avant de monter sur le trône, faisait serment de gouverner avec justice, de protéger la Sainte Église romaine, de défendre la foi contre l'hérésie, et de ne pas encourir lui-même l'excommunication. Que si alors le prince devenait parjure à son serment, s'il gouvernait contre les droits de l'Église ou contre les justes intérêts de son peuple, la papauté avait le droit et même le devoir de lui remettre devant les yeux les engagements sacrés qu'il avait pris, et en cas de refus, de l'excommunier, au besoin, de le déposer, et de déclarer ses sujets déliés de leur serment d'obéissance à l'égard d'un souverain indigne du pouvoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn374 [374]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Non seulement l'intervention des papes dans les affaires temporelles n'était pas illégitime, mais il faut reconnaître combien elle fut ''heureuse ''et ''bienfaisante, ''tout à l'avantage des faibles et des opprimés. Durant cette rude époque de la féodalité où tout était livré au plus fort, seule l'Église avait assez de puissance pour rappeler aux rois et aux seigneurs qu'au-dessus de la force il y a le droit. La prérogative que les Papes revendiquaient de déposer les rois dont la conduite était scandaleuse, et de délier leurs peuples du serment de fidélité, bien loin d'être une usurpation ,du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, lui servait au contraire de frein et de contrepoids. Quand le droit était violé et que la justice demeurait impuissante, il était bon qu'il y eût quelqu'un d'assez fort et d'assez indépendant pour prendre en main la cause de la morale et de la religion outragées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— On objecte aussi contre l'Église : — 1. qu'il y a eu de ''mauvais Papes, ''et l'on cite alors les noms d'Etienne VI, de Jean XII, de Benoît IX et d'Alexandre VI, — 2. que, au moyen âge, il y eut un ''clergé simoniaque ''et ''corrompu. ''— A cette objection nous avons déjà répondu et nous avons montré qu'elle ne vaut ni contre ''l’infaillibilité du Pape ''(N° 400), ni contre la ''sainteté de l'Église ''(N° 379).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 7. — Le Syllabus et la condamnation des libertés modernes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''466. —''' '''1° Notion et autorité doctrinale du Syllabus. '''— Le ''Syllabus ''(mot lat. qui veut dira index, table) est un recueil de quatre-vingts propositions renfermant les principales erreurs modernes, déjà réprouvées et condamnées dans les allocutions consistoriales, les encycliques et autres lettres apostoliques du pape Pie IX. Le ''Syllabus, ''précédé de l'Encyclique ''Quanta cura, ''parut, sur l'ordre de Pie IX, le 8 décembre 1864, mais ''l'idée d'un pareil catalogue ''contenant les erreurs de l'époque sous la forme qu'elles revêtaient alors, était bien antérieure à cette date et avait été suggérée dès 1849, par l'archevêque de Pérouse, le cardinal Pecci, qui devait succéder à Pie IX sous le nom de Léon XIII.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est ''l’autorité doctrinale du Syllabus? ''Faut-il le considérer comme un ''acte ex-cathedra, ''comme le veulent certains théologiens de valeur : Franzelin, Mazzella, Hurter, Pesch, ou bien n'est-il qu'un document de grande autorité auquel tout catholique doit adhérer sans qu'on puisse le taxer d'hérésie, dans le cas contraire? La question n'est pas tranchée, et du fait qu'elle ne l'est pas et que chaque catholique reste libre d'adopter l'une ou l'autre opinion, le Syllabus ne s'impose pas à la croyance comme une définition infaillible. Il est vrai que le pape Pie IX en a pris la responsabilité, mais, dit le P. Choupin, « toute constitution pontificale, même relative à la foi et solennellement promulguée n'est pas une définition ''ex-cathedra : ''il faut encore et surtout que le Pape manifeste suffisamment sa volonté de trancher ''définitivement ''la question par une ''sentence absolue ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn375 [375]]. Par conséquent, bien que les propositions condamnées doivent être repoussées par tout catholique d'un assentiment ferme, il ne s'ensuit pas que la proposition contradictoire soit de foi. La proposition condamnée n'ayant pas été qualifiée d'hérétique, la proposition contraire ne saurait être de foi. Il importe, en outre, pour mesurer tout le sens d'une proposition condamnée dans le Syllabus, de se reporter au document d'où elle est extraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''467. — 2°''' '''Accusation. '''— Nos adversaires accusent l'Église d'avoir, par le Syllabus, ''déclaré la guerre à la société moderne et ''de s être montrée l'ennemie irréconciliable du progrès et de la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''468. — 3°''' '''Réponse. '''— Pour étayer leur accusation, les adversaires de l'Église s'appuient surtout sur les deux dernières propositions du ''Syllabus ''qui sont pour ainsi dire le résumé des erreurs modernes : ''Prop. LXXIX. : ''« Il est faux que la liberté de professer n'importe quelle religion, de penser et de manifester publiquement toutes les opinions conduisent plus facilement à la corruption des mœurs et des esprits et propage la peste de l'indifférentisme. » ''Prop. LXXX. ''« Le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, , le libéralisme et la civilisation moderne. » Or, il est bien évident, à propos de cette dernière proposition, — et il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter à l'allocution ''Jamdudum ''d'où la proposition est extraite, — que le pape n'entend nullement condamner les ''progrès véritables ''de la science positive et des inventions humaines. La condamnation ne porte que sur le ''faux progrès ''et sur la fausse civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, le pape Pie IX ne condamne pas toute liberté et tout libéralisme. Personne n'a jamais défendu la ''vraie liberté ''plus que l'Église catholique : elle affirme la ''liberté naturelle ''contre les matérialistes et les déterministes qui la nient, la ''liberté individuelle ''contre les esclavagistes qui la suppriment, la ''liberté de conscience ''contre les pouvoirs publics qui l'oppriment. Ne disons donc pas que l'Église est l'ennemie des libertés, anciennes ou modernes : ce qu'elle frappe d'anathème c'est la ''fausse liberté, ''c'est le droit à l'erreur et au mal, c'est, d'une manière générale, l'opinion qui soutient que la liberté implique le droit absolu d'embrasser et de soutenir toute doctrine philosophique, religieuse et politique, qui vous plaît. Après avoir rappelé les vieilles erreurs déjà condamnées du panthéisme, du naturalisme, du rationalisme, de l'indifférentisme, après avoir réprouvé les thèses socialistes et communistes de l'origine populaire du pouvoir et du droit absolu des majorités, etc., Pie IX, à l'exemple de Grégoire XVI, dans son Encyclique ''Mirari vos, ''proclame que les droits de la vérité sont supérieurs à ceux de la liberté, les droits de Dieu supérieurs à ceux de l'homme, les droits de la justice supérieurs à ceux du nombre et de la force, et, avec une grande sagesse, il condamne le ''libéralisme absolu ''qui, par son culte extravagant et mal entendu de la liberté, est la source profonde d'un grand nombre d'erreurs contemporaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, remarquons-le en passant, Pie IX s'est contenté d'exposer la ''thèse ''catholique ; et à ce point de vue, on peut l'accuser d'intolérance.. La vérité ne saurait être tolérante, car, par le fait même qu'elle est la vérité, elle exclut ce qui lui est contraire. Reprocher à l'Église son intolérance doctrinale, c'est donc lui reprocher d'être et de se croire la vérité. Toutefois, quelque intolérants qu'ils paraissent, les principes du Syllabus laissent libre espace à toutes les aspirations légitimes de la pensée moderne, et c'est ce que Léon XIII, dans une admirable suite d'encycliques, s'est chargé de démontrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Services rendus par l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
469. — A côté des griefs que nos adversaires accumulent dans leur sévère réquisitoire contre l'Église, il serait injuste de ne pas mentionner les services que le christianisme a rendus et de méconnaître la part qui lui revient dans la marche de la civilisation. Nous allons donc voir brièvement ce que l'Église a fait pour ''l'individu, ''pour la ''famille ''et pour la ''société, ''comment elle a travaillé au progrès, au bien-être des peuples, à leurs intérêts matériels, intellectuels et moraux. Les bienfaits qu'elle a rendus sur ce terrain méritent d'être d'autant plus appréciés qu'ils sont en dehors de la sphère d'action et de la mission tracées par le Christ. Car, ne l'oublions pas, l'Église a été instituée pour recevoir et transmettre le dépôt de la révélation chrétienne, pour conduire les hommes à leur salut éternel, et non pas pour travailler, tout au moins d'une façon immédiate, à leur bonheur temporel. Et cependant elle n'a cessé de s'en préoccuper et de tendre, par tous les moyens en son pouvoir, à améliorer le sort de l'humanité. « Chose admirable, pouvons-nous dire avec Montesquieu, ''(L’Esprit des lois), ''la religion chrétienne qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1 — L'Église et l'Individu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
470. — Si nous considérons l'homme d'une manière générale et du seul point de vue ''individuel, ''nous constatons que, presque partout dans l'antiquité, l'humanité est partagée en deux classes : l'homme ''libre, et l’esclave. ''Ce qu'était l'esclave et ce qu'a fait l'Église pour lui, telles sont les deux questions qui se posent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Ce qu'était l'esclave. — On entend par ''esclavage ''l'état de l'homme asservi à la puissance d'un autre homme. L'esclavage avait pour origines, la guerre, la traite ou la naissance. Le prisonnier vaincu, le malheureux capturé par des pirates ou l'enfant né de parents esclaves tombaient sous la dépendance absolue d'un maître qui les traitait et exploitait à son gré. La condition matérielle de l'esclave variait donc suivant le caractère et les dispositions de ce dernier. De toute façon, l'esclave était toujours un être à part, un homme qui n'avait pas plus de droits que la bête de somme, qui était entièrement la propriété, la « ''chose ''» du maître, ravalé par le fait au rang d'un animal ou d'un vil instrument qu'on achète et qu'on vend, dont on se défait quand il ne peut plus servir. On connaît en effet le conseil de Caton au père de famille économe : « Vendez les vieux bœufs... les vieilles voitures, les vieilles ferrailles, le ''vieil esclave, l'esclave malade. ''» N'ayant pas de droits sur sa personne, l'esclave ne pouvait en avoir davantage sur sa famille, sur sa femme et ses enfants. Il arriva même souvent que la législation conférait au maître le droit de vie et de mort sur ses esclaves, et l'on sait que les gladiateurs dont les combats eurent tant de vogue chez les Romains, étaient pris non seulement parmi les condamnés à mort, mais aussi parmi les esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle était la condition de la plus grande partie de l'humanité, et il convient d'ajouter que cette honteuse institution n'était nullement réprouvée par la religion païenne, qu'elle était tenue pour une institution légitime, même par les philosophes les plus illustres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn376 [376]]. Si les écrivains ont blâmé parfois les abus, jamais ils n'ont condamné le principe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''471. — 2° Ce que l'Église a fait pour l'esclave.''' — Qu'on ne se figure pas tout d'abord que l'Église a renversé d'un seul coup l'état de choses établi. Les révolutions doivent être amenées par une lente évolution des idées, car l'opinion publique ne rompt pas du jour au lendemain avec les idées ambiantes, avec les traditions et les vieilles coutumes. La transformation d'une société nécessite donc une action continue, un travail préparatoire de longue haleine. Or ce travail, l'Église l'entreprit par sa doctrine, par sa législation et par ses actes : — ''a) par sa doctrine. ''Dès l'origine du christianisme, l'Église commence sa lutte contre l'esclavage. Le premier et le plus éloquent interprète de sa doctrine est saint Paul. Avec une habileté et un art consommés, l'Apôtre des Gentils pose les ''grands principes de l'égalité ''et de la ''fraternité, ''qui sont comme le fondement de la ''liberté individuelle. ''Il proclame, à la face des maîtres orgueilleux qui se trouvent dans le vaste Empire gréco-romain, que tous les hommes sont issus de la même origine, rachetés du même sang et appelés à la même béatitude éternelle, par conséquent, égaux et frères. « II n'y a plus écrit-il aux Galates, ni Juif ni Grec, ni esclave, ni homme libre, il n'y a plus ni homme, ni femme ; car vous êtes tous ''un ''dans le Christ Jésus. » ( ''Gal''., ii, 28). Mais, tout en posant les principes qui doivent peu à peu détruire l'esclavage, saint Paul se garde bien de prendre une attitude agressive contre les maîtres, de prêcher la lutte dos classes et de pousser à une révolution trop rapide qui compromettrait le succès de son œuvre. Il juge beaucoup plus sage pour le moment de rappeler aux uns et aux autres leurs ''devoirs réciproques : ''obéissance de la part des esclaves, bonté de la part des maîtres : « ''Serviteurs, ''dit-il aux premiers, obéissez à vos maîtres selon la chair avec respect et crainte et dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ... Servez-les avec affection, comme servant le Seigneur et non des hommes, assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur de ce qu'il aura fait de bien. Et vous ''maîtres, ''dit-il aux seconds, agissez de même à leur égard et laissez là les menaces, sachant que leur Seigneur et le vôtre est dans les cieux et qu'il ne fait pas acception des personnes. » ''(Eph., ''vi. 5-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Par sa législation. ''Sous l'influence de l'Église, les empereurs devenus chrétiens, promulguent des lois qui améliorent la condition de l'esclave. Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, Constantin défend de marquer les condamnés et les esclaves au visage « où réside l'image de la beauté divine » ; il déclare coupables d'homicide les maîtres dont les mauvais traitements auraient causé la mort de leurs esclaves. Théodose rend la liberté à tous les enfants vendus par leurs pères ; Honorius met fin pour toujours aux combats des gladiateurs ; Justinien porte une loi qui punit le rapt des femmes esclaves de la même peine que celui des femmes libres. Un des rares empereurs qui n'aient pris aucune mesure en faveur des esclaves est précisément un empereur imbu de tous les préjugés du paganisme, Julien l'Apostat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les invasions barbares au ve siècle sont néfastes à la cause des esclaves et lui font perdre du terrain. Mais l'Église, par les nombreux conciles qu'elle tient, du vie au ixe siècle, en Gaule, en Bretagne, en Espagne, en Italie, continue de travailler en leur faveur. Le concile d'Orléans de 511 et le concile d'Epône, en 517, proclament le ''droit d'asile, ''en vertu duquel l'esclave, même « coupable d'un crime atroce » s'il s'est réfugié dans une église, ne pourra subir un châtiment corporel. Le concile d'Auxerre, à la fin du VIe siècle, le concile de Chalon-sur-Saône, au milieu du viie siècle, défendent de faire travailler les esclaves le dimanche. Plusieurs conciles ''interdisent la traite des esclaves, ''ou, s'ils n'osent pas aller aussi loin, lui apportent des entraves, comme on en trouve un exemple dans le 9e canon du concile de Châlons-sur-Marne qui défend de vendre aucun esclave en dehors du royaume de Clovis». En outre, l'esclave est admis par l'Église- au ''sacerdoce ''et à la ''profession monastique, ''pourvu qu'il ait obtenu de son maître le consentement préalable, ou l'affranchissement. Enfin, les conciles du vin&amp;quot; siècle reconnaissent formellement la ''validité des mariages ''contractés, en connaissance de cause, entre des hommes libres et des esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Par ses actes. ''— 1. Dans ''l'exercice de son culte, ''l'Église primitive ne tient aucun compte des distinctions sociales. «Entre le riche et le pauvre, l’esclave et le livre, il n’y a pas de différence», écrit l’apologiste Lactance. Telle est, à n’en pas douter, l’un des raisons les plus fortes qui contribueront à l’affranchissement de l’esclave. Renan lui-même ne fait pas de difficulté à le reconnaître : «Les réunions à l'Eglise, à elle s seules, écrit-il dans son ''Marc Aurèle, ''eussent suffi à ruiner cette cruelle institution (de l'esclavage). L'antiquité n'avait conservé l'esclavage qu'en excluant les esclaves ,des cultes patriotiques. S'ils avaient sacrifié avec leurs maîtres, ils se seraient relevés moralement. La fréquentation de l'église était la plus parfaite leçon d'égalité religieuse... Du moment que l'esclave a la même religion que son maître, prie dans le même temple que lui, l'esclavage est bien près de finir. » — 2. L’''admission des esclaves au sacerdoce ''et à la ''vie monastique ''que nous avons signalée plus haut est une autre source d'où doit sortir le nivellement de tous les rangs sociaux. Sous la bure ou le voile monastique, on ne discerne plus les maîtres des esclaves : les uns et les autres travaillent et prient en commun, confondus dans une égalité parfaite. — 3. A partir du vie siècle, l'Église, enrichie par les donations pieuses des rois et des seigneurs, emploie ses richesses au ''rachat de nombreux prisonniers de guerre et d'esclaves, ''afin de les affranchir, ou tout au moins, de « leur rendre la vie douce et facile a, selon la recommandation des papes et des conciles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que l'Église a fait dans le passé. Son ardeur ne s'est d'ailleurs pas éteinte, et tout lé monde connaît la grande œuvre entreprise par Léon XIII et le cardinal Lavigerie, à la fin du siècle dernier, connue sous le nom ''d'œuvre antiesclavagiste ''et destinée à combattre en Afrique la traite et l'esclavage des noirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église et la Famille. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
472. — Nécessaire pour conserver la vie tout autant que pour la donner, la famille est de ''droit naturel, ''en même temps que ''d'origine divine. ''Cependant les ''conditions ''de la famille, — et nous entendons par là les relations entre eux des membres qui la composent, — peuvent varier avec les temps et les lieux. Voyons donc ce que fut la famille dans l'antiquité et ce qu'elle est depuis le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''La famille dans l'antiquité. '''— Dans l'antiquité, l'autorité souveraine du père absorbe celle des autres membres. — ''a) ''Presque partout, à Rome spécialement, ''l'enfant ''tient son droit à la vie du bon vouloir du père. Les infanticides y sont fréquents, admis par les lois, et approuvés par les philosophes. « Rien n'est plus raisonnable, dit à ce sujet Sénèque, que d'écarter de la maison les choses inutiles » et Quintilien ose écrire que « tuer un homme est souvent un crime, mais ''tuer ses propres enfants ''est souvent une très belle action». Si le père peut tuer ses enfants, à plus forte raison peut-il les vendre ou les donner en gage. — b) Quant à la ''mère, ''sa situation n'est pas plus enviable. Non seulement elle n'a aucune part à la puissance paternelle, mais là où la polygamie et le divorce sont admis, comme en Orient, elle est une véritable esclave. Même au milieu des civilisations les plus brillantes, comme celles de la Grèce et de Rome, la condition de la femme n'est guère meilleure. Jeune fille, elle est sous la puissance de son père; mariée, elle passe sous la tutelle de son mari qui détient de la législation des pouvoirs presque illimités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''473. — 2°''' '''La famille dans la société chrétienne. '''— a) Grâce au christianisme, ''l'enfant ''devient l'objet des plus tendres sollicitudes des parents. Sous l'influence de la doctrine chrétienne, le père comprend que son enfant n'est pas une propriété dont il a le droit d'user ou d'abuser, mais une créature de Dieu, rachetée du sang du Christ et prédestinée au ciel, un être qu'il doit entourer d'une tendresse d'autant plus grande qu'il est ' plus chétif et plus faible. — b) Le christianisme n'a pas moins relevé la ''dignité morale de la, femme : ''et cela de double façon, en enseignant, d'une part, la ''noblesse de la virginité', ''et le respect dont il convient de l'entourer, et d'autre part, la ''grandeur du mariage ''un et indissoluble. Car, qu'on le remarque bien, le christianisme n'a pas rehaussé la virginité, si peu connue et si incomprise des anciens, pour rabaisser d'autant le mariage. L'exaltation de la vierge ne doit pas, dans la pensée du Christ, nuire à la beauté morale de la femme mariée ; la preuve en est bien qu'il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, en sorte qu'il n'est plus une cérémonie quelconque, aussi solennelle qu'on la suppose, mais un signe sacré qui donne une grâce spéciale et symbolise l'union du Christ lui-même avec son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''féministes ''prétendent que la femme n'a pas encore' dans la société la place qui devrait lui revenir et que, au triple point de vue politique, social et économique, sa condition est très inférieure à celle de l'homme, et ils demandent que, étant soumise aux mêmes lois et ayant des charges au moins équivalentes à celles de l'homme, elle jouisse aussi des mêmes droits. Si l'Église n'a pas formulé sur ce sujet de doctrine précise, il est permis de dire qu'elle ne saurait qu'encourager tout effort qui tend à améliorer le sort de la femme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''§ 3. — L'Église et la Société.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
474. — Si nous considérons, non plus l'individu, ni la famille, mais un groupe d'individus et de familles, autrement dit, la ''Société, ''nous constatons que l'Église lui a rendu les plus grands services à un triple point de vue : ''matériel, intellectuel ''et ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Services rendus dans l'ordre matériel''' — A tout moment de son histoire, l'Église a travaillé au ''bien-être ''du peuple. Le bien-être matériel est en effet la résultante d'un ensemble de choses : travail, épargne, bonnes mœurs, sans lesquelles il n'y a pas de prospérité ni de bonheur possibles. Or tandis que dans l'antiquité toutes ces vertus étaient inconnues, tandis surtout que le travail manuel était regardé comme quelque chose de dégradant pour l'homme libre, la doctrine chrétienne, en enseignant la grande loi du travail, a réhabilité celui-ci aux yeux de l'humanité. Et l'Église ne s'est pas contentée de donner son enseignement, elle a estimé que le meilleur moyen d'en assurer le succès était de l'appuyer de ses exemples. Aussi voyons-nous régner une activité intense parmi les premières générations chrétiennes. Plus que les autres, les moines travaillent à la prospérité de l'Europe en défrichant les vieilles forêts, en labourant et cultivant les déserts, et en créant autour de leurs monastères des villages et des villes où fleurissent bientôt le commerce et l'industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de nos jours, où ''l'ouvrier ''a déjà pris et veut prendre une place prépondérante dans la société, l'Église, après avoir relevé sa dignité morale, continue de s'intéresser à son sort. L'Encyclique ''Rerum novarum ''(16 mai 1891) de Léon XIII et l'Encyclique ''Quadragesimo Anno ''(15 mai 1931) de Pie XI témoignent que l'Église attache le plus haut intérêt à la solution de la ''question sociale. ''De toute son âme elle souhaite que les justes revendications des travailleurs soient couronnées de succès. Elle n'a pas de plus vif désir que de voir leurs droits élargis, mais en même temps qu'elle formule des vœux pour le mieux être de l'ouvrier, elle n'hésite pas à lui rappeler que, s'il a des droits, il a aussi des devoirs ; et ce faisant, elle est convaincue qu'elle sert mieux sa cause que les démagogues qui, en le nourrissant de vains espoirs, le conduisent à la ruine et à l'abîme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''475. — 2° Services rendus dans l’ordre intellectuel''' — A entendre certains adversaires de l'Église, l'instruction ne date guère que de la Révolution française. Jusque-là, et particulièrement au moyen âge, c'est comme une longue époque d'ignorance et d'obscurantisme. L'Église qui s'était faite l'institutrice de la France, ne remplit pas le rôle qui lui avait été confié : l'enseignement qu'elle donne se borne tout au plus aux choses de la foi — Ceux qui parlent ainsi, font preuve ou bien d'une ignorance des faits impardonnable ou d'une insigne mauvaise foi. Sans doute il y a eu des époques où, en raison de certaines circonstances malheureuses, comme par exemple sous les rois fainéants (viie siècle) et après l'invasion des Normands, au Xe siècle, l'enseignement fut en décadence. Il n'eu est pas moins vrai que les historiens qui ont fait une enquête impartiale sur l'état de l'instruction en France avant la Révolution, sont obligés de convenir que l'Église a toujours donné l'instruction à ses clercs et aux laïques autant que le comportaient les progrès du temps et les besoins de chacun. Du ve au XIe siècle, l'Église fonde et dirige des écoles épiscopales, presbytérales et monastiques ; au xvie siècle, elle se met à la tête du mouvement qui pousse les esprits vers l'antiquité grecque et latine. Et depuis lors, jamais elle n'a cessé de promouvoir les travaux intellectuels et de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''476. — 3° Services rendus dans l'ordre moral'''. — Dans ''l’ordre moral, ''nous avons vu déjà ce que l'Église a fait pour l'individu et pour la famille. En revendiquant ainsi la liberté pour les individus, elle a, du même coup, transformé les mœurs publiques. Aux chefs d'État elle a appris que « tout pouvoir vient de Dieu» et que dès lors on doit l'exercer avec justice et sagesse. Aux sujets elle a prescrit l'obéissance et le respect vis-à-vis des gouvernants en s'appuyant sur cette simple parole du Christ : « Rendez à César ce qui appartient à César. » Enfin elle a rendu meilleures les relations de peuple à peuple. En enseignant partout que tous les hommes, sans distinction de race et de nationalité, sont frères, enfants de Dieu et de l'Église, elle leur a fait comprendre que c'était une monstruosité de se traiter en barbares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''477. — Objection.''' — Contre les ''services rendus à la société ''par l'Église catholique, nos adversaires objectent que les nations protestantes sont plus ''puissantes ''et plus ''prospères ''que les nations catholiques, que leur ''niveau moral ''est plus élevé ; et, de ce fait qu'ils prennent comme point de départ et qu'ils regardent comme ''historiquement incontestable, ''ils concluent que la prospérité des uns et la déchéance des autres doivent être attribuées à la ''différence de religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — II faut distinguer dans l'objection qui précède deux choses : le point de vue ''historique ''et le point de vue ''doctrinal, ''ou, si l'on veut, la question du ''fait, ''et la ''thèse ''qu'on veut établir sur le fait. Évidemment, s'il était possible de prouver que les faits historiques ne sont pas tels qu'on le prétend, ou n'ont pas la portée qu'on leur attribue, nous serions en droit de conclure aussitôt que la thèse est fausse. Mais admet tons par hypothèse que les nations protestantes sont vraiment supérieures aux nations catholiques ; s'ensuit-il que la cause de la supériorité des unes et de l'infériorité des autres soit la religion ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA THÈSE. ''— A la considérer en soi, que penser de la thèse qui fait de la religion le principe du progrès ou de la décadence des nations? — a) Remarquons d'abord que, même s'il en était ainsi, le protestantisme ne serait pas pour cela la ''craie religion. ''Car le ''but ''premier de la religion n'est pas de travailler à la prospérité matérielle de ses adeptes mais de conduire les âmes à Dieu. Et si nous avons mentionné les services rendus par l'Église à la société dans cet ordre de choses, il ne rentrait pas dans notre pensée de vouloir démontrer que le christianisme, par le fait qu'il est la vraie religion, a eu pour résultat d'attirer la bénédiction de Dieu dans l'ordre temporel. Nous nous sommes bornés à établir que le bien-être matériel des peuples devait découler de la doctrine du Christ qui tend à rendre les hommes plus travailleurs, plus économes et plus vertueux, mais nous nous gardons bien de prétendre qu'il suffit d'introduire la vraie religion dans un pays déshérité au point de vue matériel, pour le transformer, comme par enchantement, en un pays riche et prospère. — ''b) ''Venons maintenant au cœur de la question. Sur quoi s'appuie-t-on pour dire que la religion protestante est ''cause de grandeur, ''tandis que la religion catholique est ''cause de décadence ? ''Sans doute, sur le principe fondamental du protestantisme, sur la ''théorie du libre examen ''qui favorise, dit-on, l'esprit d'entreprise, l'élan et l'énergie, alors que les principes du catholicisme qui imposent l'adhésion à des dogmes obscurs et la soumission aveugle à un pouvoir absolu, suppriment toute initiative. Mais qui ne voit que c'est là un raisonnement bien spécieux? La foi à des dogmes qui n'ont rien à faire avec les ''questions matérielles ''et l'obéissance à l'Église dans ''l'ordre spirituel ''ne gênent en rien l'esprit d'initiative, et il serait ridicule de croire que le commerçant et 1 industriel catholiques ne sont pas tout aussi libres que le commerçant et l'industriel protestants de conduire leurs affaires au mieux de leurs intérêts. — c) Ajoutons enfin que le mot ''prospérité ''est un ''terme bien vague. ''La ''vraie civilisation ''ne se réduit; pas à la seule prospérité matérielle : il nous semble au contraire qu'elle embrasse l'ensemble des intérêts matériels, moraux et religieux. Les peuples qui veulent arriver au plus haut degré de civilisation ne sont donc pas ceux qui n'ont d'autre idéal que le bien-être et la fortune, mais ceux qui ont plus de grandeur d'âme et une vie morale plus noble. Or il est évident que, sur ce point, les principes catholiques qui recommandent tant la charité, l'amour des autres, le don de soi, qui font aller de pair la foi et les bonnes œuvres, sont loin d'être inférieurs aux principes protestants. Nous pouvons donc déjà conclure que la thèse ne repose sur aucun argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Non seulement la thèse, prise en soi, est fausse, mais les ''faits ''eux-mêmes la démentent. — ''a) ''Car, s'il s'agit du ''passé, ''l'on ne saurait contester que dans une longue période de notre histoire, les nations catholiques : la France, l'Autriche et l'Espagne, furent à la tête de la civilisation. Or le moment où elles ont atteint leur apogée correspond précisément avec celui où la vie catholique était le plus intense et où les principes chrétiens étaient le mieux observés. — ''b) ''S'il s'agit du ''présent, ''il faut bien confesser que les nations catholiques dont nous venons de parler, sont, \ au point de vue économique, dans un état d'infériorité sur les grandes nations protestantes : Angleterre, États-Unis, Allemagne. Or si l'on veut absolument que la religion soit la cause de cette infériorité, nous répondrons que les États catholiques sont tombés en décadence parce qu'ils ont été infidèles à leur religion et qu'ils ont été rongés par la plaie de l'indifférentisme ou même de l'athéisme. Du moins cela était vrai hier de la France, mais aujourd'hui qu'elle a été comme purifiée par une rude épreuve, au cours de laquelle elle a étonné le monde par sa vitalité, par son esprit d initiative, par son abnégation et par le réveil de sa foi, qui peut dire de quoi demain sera fait et si elle ne va pas reprendre sa place à la tête de la civilisation matérielle morale et religieuse? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Art. I. — Brehier, art. ''Croisades ''(Dict. d'Alès) — Luchaire, ''Innocent III''; ''La question d’Orient (Paris).'' — Guilleux, art. ''Albigeois ''(Dict. d’Alès) — De Cauzons, ''Les Albigeois et l'Inquisition ; Les Vaudois et l'Inquisition'' (Bloud). — Mgr Douais, ''Les sources de l'histoire de l’Inquisition ''(Rev. des Questions historiques, 1882) ; ''L'Inquisition, Ses origines historiques, sa procédure ''(Plon), Vacandard, ''L'Inquisition ''(Bloud). — Guiraud, ''Questions d'histoire et d. archéologie chrétienne ''(Gabalda). — Mgr d'Hulst, Car. de 1895, 5e Conf. ''L'Église et l’Etat. ''— Langlois, ''L’Inquisition d'après des travaux récents ''(Bellais) — Rouquette, ''L'Inquisition protestante... ''(Bloud). — Guiraud, art. ''Inquisition ''(Dict. d Alès — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — De la Brière art ''Barthélemy (La Saint-) ''(Dict. d'Alès). - Hello, ''La Saint-Barthélemy ''(Bloud) — Vacandard, ''Etudes de critique et d'histoire religieuse ''(Lecoffre). — Didier ''La révocation de l'Édit de Nantes ''(Bloud). — P. de Vregille, art. ''Galilée ''(Dict d'Alès) — Choupin'', Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne) De l’Epinois, La question ''Galilée ''(Palmé). - Jaugey, ''Le procès de Galilée et la Théologie. — ''Sortais, ''Le procès de Galilée ''(Bloud). — Vacandard ''études de critique... ''— J. de la Serviêre, art. ''Boniface VIII ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Art II. — P. Allard, ''Les esclaves chrétiens depuis les premiers temps de l'Église... ''(Lecoffre) ; art. ''Esclavage ''(Dict. d'Alès). - D'Azambuja, ''Ce que le christianisme a fait pour la femme ''(Bloud). — H. Taudière, art. ''Famille ''(Dict. d'Alès) — L Leclercq, ''Essai d'Apologétique expérimentale ''(Duvivier, Tourcoing). — Mgr Baudbillart, ''L Eglise catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''Bloud) — De la Brière, ''Nations protestantes et nations catholiques ''(Bloud). — Flamérion ''De la prospérité comparée des nations catholiques et des nations protestantes... ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== chapitre II. — La Foi devant la raison et la science. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
478. — Quelque fortes et déterminantes que soient les ''raisons de croire ''proposées par l'Apologétique, elles seraient évidemment frappées de nullité, si nos adversaires pouvaient démontrer que l'Église catholique enseigne des dogmes absurdes. Croyant trouver là un terrain d'attaque très propice, les rationalistes s'élèvent contre la foi, au nom de la ''raison ''-et de la ''science : ''ils prétendent qu'il y a antagonisme entre celles-ci et celle-là, que les deux modes de connaissance sont opposés entre eux, ou tout au moins étrangers l'un à l'autre. Nous allons voir que les choses ne sont pas ainsi, en établissant : 1° les ''rapports de la foi et de la raison, ''et 2° les ''rapports de la foi et de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La foi et la raison. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''479. — Objection. '''— D'après les rationalistes, il y aurait ''incompatibilité ''entre la ''foi ''et la ''raison ''Non seulement entre les deux aucun rapport ne saurait s'établir, mais, en requérant l'adhésion à des ''mystères, ''c'est-à-dire à des vérités qui dépassent, et même, déconcertent l'intelligence, la foi se met en contradiction absolue avec la raison, si bien qu'on ''ne peut croire sans abdiquer ta raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480. — '''Réponse. '''— Nous avons déjà établi ailleurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn377 [377]] les ''rapports entre la foi et la raison, ''et nous avons constaté que la prétendue opposition invoquée par les rationalistes n'existe pas. « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, dit le ''concile du Vatican, ''il ne saurait pourtant y avoir jamais de véritable désaccord entre la foi et la raison. Car le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous étant le même que celui qui a mis la lumière de la raison dans l'esprit de l'homme, il est impossible que Dieu se renie lui-même ni qu'une vérité s'oppose à une autre vérité. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn378 [378]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, trois traits caractérisent les rapports entre la foi et la raison. — ''a) ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts. ''— ''b) ''Loin d'être en désaccord, ils doivent se prêter un ''mutuel concours. ''— c) Là où les deux principes se rencontrent, ''la foi est au-dessus de la raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA FOI ET LA RAI SON, PRINCIPES DISTINCTS. — ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts, ''deux voies, deux lumières données par Dieu à l'homme pour atteindre le vrai. D'où il suit que chacune a son domaine ''respectif. ''Le ''domaine de la foi, ''ce sont toutes les vérités de la révélation, parmi lesquelles les unes, — les mystères, — sont inaccessibles à la raison, tandis que les autres lui sont accessibles et n'ont été révélées par Dieu que pour être connues avec certitude de la masse des hommes qui autrement les aurait ignorées ou mal connues. Le ''domaine de la raison, ''ce sont les vérités, — sciences physiques, naturelles, histoire, littérature, etc., -— que la raison, seule et par ses propres forces, peut découvrir, où elle n'entre pas en contact avec la révélation, où par conséquent elle est maîtresse absolue et n'a pas à subir le contrôle de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PAS DE DÉSACCORD, MAIS MUTUEL CONCOURS. ''— S'il est vrai que les deux principes viennent de Dieu comme l'affirme la doctrine catholique, comment pourraient-ils être ''en désaccord? ''Comment le vrai pourrait-il s'opposer au vrai! Et non seulement il n'y a pas, il ne peut y avoir de désaccord entre la foi et la raison, mais elles se prêtent un ''mutuel concours. ''La raison précède la foi, elle lui prépare le terrain, elle construit les fondements intellectuels sur lesquels elle doit reposer. Puis, quand la foi est en possession de la vérité révélée, c'est encore la raison qui scrute et analyse, pour les rendre intelligibles, autant que faire se peut, les vérités qu'elle croit. A son tour, la foi éclaire la raison : elle l'empêche de s'égarer à travers la multiplicité des systèmes faux et condamnés par l'Église. Elle stimule et élève la raison en lui ouvrant de nouveaux horizons, en proposant à ses investigations le vaste champ des vérités surnaturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''LA FOI EST SUPÉRIEURE A LA RAISON. ''— Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de cette expression. Nous avons dit plus haut que la raison a son domaine propre sur lequel elle est maîtresse absolue. La subordination de la raison à la foi dont nous parlons ici ne concerne donc que le terrain ''mixte, ''et le terrain ''réservé à la foi. ''Sur le terrain ''mixte, ''c'est-à-dire dans les vérités qui, tout en relevant de la raison, appartiennent au domaine de la foi, parce qu'elles ont été révélées par Dieu, — par exemple, l'existence et la nature de Dieu, l'existence et la nature de l'âme, la création du monde, etc., — la raison doit se conformer aux enseignements infaillibles de l'Église, et reconnaître ses erreurs s'il y a lieu. A plus forte raison « dans le domaine ''supérieur ''où se trouvent les mystères qui la dépassent, la raison est obligée à une ''sujétion plus grande. ''Là, elle n'est réellement qu'un instrument; c'est ce que signifie cet adage que « la philosophie est la servante de la théologie». Il s'agit de la philosophie raisonnant sur les mystères. Et si cette expression, qui choque tant les philosophes modernes, était si souvent employée au moyen âge, c'est parce que c'était cette partie de l'exercice de la raison qui semblait la plus importante et sur laquelle se fixait l'attention. La science n'existait encore qu'à l'état d'embryon ; l'étude de la révélation divine paraissait l'étude la plus importante de toutes ; tout se rapportait à la théologie comme centre »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn379 [379]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 i. — Mais, ''objectent ''les rationalistes, les ''mystères, ''pour l'explication desquels vous réclamez le concours de la raison, sont absurdes. Prenez tous les dogmes fondamentaux de votre religion : un Dieu en trois personnes, le péché originel, un Dieu fait homme, la naissance virginale du Christ, la rédemption par la mort d'un Dieu sur une croix... Ne suffit-il pas de les énoncer pour constater qu'ils sont en ''contradiction avec la raison?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément les mystères sont ''au-dessus ''de la raison, mais ils ne sont pas ''contre. ''Il est vrai qu'ils paraissent et même qu'ils sont en contradiction avec les lois de la nature, mais cela ne prouve pas qu'ils contredisent notre raison. Cette contradiction n'existe que lorsqu'on ''déforme ''les dogmes par des conceptions fausses et des termes impropres. Prenons un seul exemple que nous emprunterons au livre de Sully Prudhomme sur « ''La vraie religion selon Pascal». ''Voici comment il expose le mystère de la Sainte Trinité, et la contradiction qu'il y relève. « Dire qu'il y a trois personnes en Dieu, c'est dire qu'il y a en Dieu trois individualités distinctes. D'autre part cependant, la formule du mystère déclare qu'il n'y en a qu'une, celle de Dieu même : le Père est Dieu, le Fils également ; le Saint-Esprit également ; les trois personnes divines ne sont qu'un seul et même être individuel. » — Si les théologiens présentaient le dogme sous cette forme, il est bien certain qu'il y aurait une contradiction dans les ternies. On ne saurait en effet concevoir ''trois individualités ''dans ''le même être individuel. ''Aussi n'est-ce pas ainsi qu'ils s'expriment. Laissant à Sully Prudhomme les termes ambigus d' « ''individualités ''» et « ''d'être individuel ''», ils disent que le mystère de la Sainte Trinité consiste dans le fait d'une ''nature unique ''subsistant en ''trois personnes, ''en d'autres termes, qu'il n'y a en Dieu qu'une seule nature, mais que cette nature est possédée par trois personnes. Que le critique ne comprenne pas, nous n'en sommes pas surpris, mais vraiment la contradiction ne se trouve que dans sa formule. C'est donc celle-ci qu'il faut réviser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ce que nous venons de faire pour le mystère de la Trinité, nous pourrions le faire et nous l'avons fait du reste pour les autres dogmes de la Religion catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn380 [380]]. Nulle part nous n'avons rencontré l'opposition entre la foi et la raison que voudraient y voir nos adversaires, et nous pouvons conclure que, si les dogmes dépassent la raison, ils ne la contredisent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La foi et la science. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''482. — Objection'''. — Les rationalistes prétendent qu'entre la ''foi ''et la ''science ''le ''conflit ''est non moins irréductible et plus apparent encore qu'entre la foi et la raison. Et ils en cherchent généralement la preuve dans les ''récits scientifiques de la Bible ''qu'ils s'efforcent de mettre en contradiction avec les données de la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''483. — Réponse.''' — Nous distinguerons deux points dans l'objection rationaliste : — a) la ''thèse ''qui affirme, d'un point de vue général, 'existence d'un soi-disant conflit entre la foi et la science, et — b) les ''applications ''qu'on en fait à la Bible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE. ''— Les rationalistes pensent qu'entre la foi et la science le conflit est irréductible de ce fait que la science a pour conditions le ''libre examen ''et la ''libre recherche ''de la vérité, tandis que la foi n'est libre ni dans sa ''méthode ''ni dans ses ''conclusions. ''« Nous ne pouvons trouver un procédé scientifique, dit Gunkel, que là où il s'agit de chercher la vérité et où le résultat n'est donné au préalable ni dans le détail ni dans l'ensemble, par quelque autorité que ce soit. » Ainsi, disent les rationalistes, de ce que le libre examen est la condition de toute recherche scientifique, il s'ensuit que le catholique, qui n'a pas le droit de commencer par douter de ses dogmes, sans cesser d'être catholique, ne peut fournir une démonstration scientifique ni de ses ''raisons de croire ''ni des ''choses qu'il croit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre à la thèse rationaliste, il importe de distinguer entre le domaine exclusif de la science et le domaine mixte de la science et de la foi. — a) S'agit-il du ''domaine exclusif ''de la raison et de la science, s'agit-il des sciences qui n'ont rien de commun avec la foi, il est clair que le savant catholique jouit de la même liberté que le savant protestant ou rationaliste. « Qu'importe pour la liberté d'esprit nécessaire au savant électricien qu'il croie au Coran, à la Bible, ou bien à l'infaillibilité du Pape? — A moins qu'on n'essaie de soutenir que l'électricien qui croit à l'infaillibilité du Pape doit par là même professer qu'il est obligé de croire ce que le Saint-Père lui ordonnera, même en matière d'électricité. A quoi on ne peut répondre qu'en renvoyant le libre penseur au catéchisme, où il verra nettement délimitées les matières sur lesquelles l'infaillibilité peut porter. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn381 [381]] — b) S'agit-il des ''questions mixtes ''où les conclusions de la foi peuvent s'opposer aux conclusions d'une certaine philosophie et d'une certaine science, le savant catholique ne semble pas, au premier abord, pouvoir faire œuvre de science, parce que, lié par sa foi, il reste toujours apologiste, parce que, ses conclusions lui étant commandées par ses croyances, il est obligé d'ordonner les faits et les textes dans le sens de ses idées préconçues. Mais l'antinomie entre la foi et la science, même sur ce domaine mixte, est moins grand qu'on ne le prétend. Pourquoi celui qui croit en Dieu, en la Providence, au miracle, à l'existence d'une âme spirituelle et libre, serait-il moins apte à comprendre les faits biologiques et les réalités historiques que l'athée, le matérialiste et le déterministe? S'il y a préjugé d'un côté, il y en a aussi de l'autre, et, s'il y a préjugé des deux côtés, en quoi celui de l'athée est-il plus conforme à la science, à la libre recherche de la vérité que celui du croyant? Par ailleurs, quel que soit le point de départ du croyant, et même s'il était vrai que sa méthode de démonstration fut moins scientifique, de quel droit pourrait-on rejeter ses ''conclusions, ''s'il n'a fait appel qu'à la science pour défendre ou démontrer une vérité qu'il possède par une autre voie, si ses arguments sont tirés de sa raison, et non de sa foi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'il y a ''tout un domaine ''où le croyant, tout en restant croyant, est capable de véritable esprit scientifique ; et — 2. ''un autre domaine ''où, en dépit d'une méthode moins libre, il peut arriver à des conclusions qui sont scientifiques, parce qu'elles s'appuient sur la science et nullement sur les données de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
484. — B. ''APPLICATIONS A LA BIBLE. ''— Pour prouver qu'il y a antagonisme entre la foi et la science, les rationalistes citent de nombreux passages de la Bible où les données de la révélation semblent .en opposition avec les données de la science. L'on pourra se faire une idée du soi-disant conflit par les trois exemples suivants tirés des descriptions cosmographiques, de la cosmogonie mosaïque et du récit du déluge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Descriptions cosmographiques. ''— Les termes que les écrivains sacrés emploient pour décrire le ciel, la terre1 et les divers éléments du globe, sont parfois en opposition avec les termes employés par les sciences de la nature. Prenons quelques exemples : — 1. La voûte céleste est représentée comme une enveloppe solide, et il est dit dans la ''Genèse ''(i, 6-7), que le firmament ''« ''sépare les eaux supérieures des eaux inférieures qui sont sur la terre», que « les écluses du ciel s'ouvrirent» ''(Gen., ''vii, 11) et laissèrent tomber des pluies torrentielles, alors que la science moderne a démontré qu'il n'y a pas de voûte céleste et que les pluies ne proviennent nullement de réservoirs placés au-dessus de nos têtes. — 2. Les astres sont décrits comme des points fixes placés « dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre et pour présider au jour et à la nuit ''» (Gen''., I, 17-18). — 3. La manière dont il est parlé, à certains endroits, du soleil, suppose qu'il tourne autour de la terre ''(Jos''., x'', ''13 ; ''Ecclé., ''xlviii, 23). L'''Ecclésiaste ''(i, 6) nous le montre qui « se lève », « se couche », « se hâte de retourner à sa demeure, d'où il se lève de nouveau ». — 4. La terre est conçue comme une surface convexe, creusée en forme de cuvette, pour contenir les mers dont les eaux sont retenues par des barrières dressées par Dieu à cette fin ''(Provo., ''viii,, 30), alors qu'elles sont simplement retenues par la pesanteur qui les attache à l'écorce terrestre. — 5. Le lièvre que les naturalistes classent parmi les rongeurs, est désigné comme ruminant dans le ''Deutéronome ''(xiv, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Cosmogonie mosaïque. ''— Les deux premiers chapitres de la Genèse où l'écrivain sacré nous raconte les origines des choses, dépeignent Dieu organisant le monde en six jours, par des actes immédiats, par la toute-puissance de sa parole et sans recourir à 1 action des causes secondes. Au contraire, ''l’hypothèse ''de Laplace suppose que les mondes se sont formés peu à peu, par une lente et progressive évolution[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn382 [382]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il s'agisse des descriptions cosmographiques ou de la cosmogonie mosaïque, y a-t-il vraiment opposition entre la Bible et la Science1? Bien certainement, il y aurait conflit entre les deux si la Bible devait être regardée comme un livre de science. Or il n'en est rien. Les auteurs sacrés ne poursuivent pas un but ''scientifique, ''mais un but ''religieux. ''Les choses de la science étant pour eux un point secondaire, ils parlent des phénomènes de la nature et de la formation du monde, selon les ''apparences ''et d'après les données de la science de l'époque où ils écrivent. Dana ces conditions, l'on ne saurait voir un conflit entre leur langage et celui de la science actuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Le Déluge. ''— Le récit biblique du déluge ''(Gen., ''vi et vii) a été combattu au nom de l'histoire naturelle, de l'ethnographie et de la géologie. Contre la thèse d'un ''déluge universel, ''qui aurait inondé toute la terre et englouti tous les hommes et tous les animaux, on ''objecte : ''— 1. qu'il n'y a pas sur la terre une masse d'eau assez considérable pour s'élever jusqu'au sommet des plus hautes montagnes dont l'altitude dépasse 8.000 mètres, que Dieu aurait dû donc la créer et la faire disparaître ensuite ; — 2. que Noé ne pouvait faire entrer dans l'arche un couple de tous les animaux existants ; — 8. que, si tous les hommes avaient péri à l'exception de la seule famille de Noé, on ne saurait expliquer la différenciation des races, blanche, noire et jaune qui, d'après les documents de l'histoire, était déjà un fait accompli trois mille ans avant Jésus-Christ ; — 4. que la terre ne porte aucune trace d'une telle inondation. Au contraire, les géologues constatent, par exemple sur les montagnes de l'Auvergne, des monceaux de cendre et de scories qui proviennent de volcans éteints avant l'apparition de l'homme et qui, dans l'hypothèse d'un déluge universel, auraient été certainement emportés par les eaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés que nous venons de signaler n'embarrassent guère l'apologiste, pour cette bonne raison que ''l’universalité absolue ''du déluge n'a jamais été enseignée par l'Église comme article de foi, et que dès lors les opinions ont libre cours. L'universalité du cataclysme décrit dans la Genèse peut donc s'entendre : — 1. dans ce sens que les eaux inondèrent seulement la terre habitée ; — 2. ou même dans ce sens plus restreint qu'elles ne firent périr que la race de Seth, et non l'humanité tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux systèmes, qui supposent que l'universalité du déluge fut ''relative, ''tout en s'accordant avec les sciences naturelles, ne sont nullement en contradiction avec le texte de la Genèse. Car l'écrivain sacré n'a pu vouloir parler des contrées, telles que l'Amérique et l'Australie ou autres, dont il y a tout lieu de croire qu'il ignorait l'existence. Du reste, il arrive souvent dans la Sainte Écriture que les expressions « la terre » et même c toute la terre » ne sont pas employées dans un sens absolu. Ainsi il est dit dans l'histoire de Joseph qu' « il y eut famine sur ''toute ''la terre » (''Gen., ''xxi, 57). De même, saint Luc nous montre réunis à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, « des hommes pieux de ''toutes ''les nations qui sont sous le ciel» ''(Act., ''ii, 5). Rien ne nous empêche donc, ni au point de vue de la foi, ni au point de vue de l'exégèse, de nous rallier à l'opinion d'un ''déluge restreint, ''contre la réalité duquel la science ne peut élever d'objection sérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION GÉNÉRALE. ''—Ainsi, les difficultés soulevées contre l'Église, au nom de la raison et de la science, pas plus que les nombreuses objections que nous avons rencontrées déjà au cours de ce long travail, ne sont de nature à ébranler le bien-fondé de nos dogmes, ni la valeur de nos raisons de croire. Et pourtant, l'on voudra bien nous rendre cette justice que, à aucun moment de notre démonstration, nous n'avons cherché à affaiblir les arguments de nos adversaires. Nous avons mis plutôt un certain scrupule à les présenter dans toute leur force. Si nous avons cru que c'était là une affaire de conscience vis-à-vis d'adversaires dont nous n'avons pas le droit de suspecter la bonne foi et la loyauté, il nous semblait aussi que c'eût été faire injure à la vérité que de la défendre par des moyens inavouables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Bainvel, art. ''Foi ''(Dict. d'Alès) ; ''La foi et l’acte de foi ''(Beauchesne). — Catherinet, ''Le rôle de la volonté dans l’acte de foi ''(Langres). — E. Julien, ''Le croyant garde-t-il sa liberté de penser? ''(Rev. pr. d'Ap. 1907). — Abbé de Broglie, ''Les relations entre la foi et la raison ''(Bloud). — Verdier, ''La révélation devant la raison ''(Bloud). — Ponsard, ''La croyance religieuse et les aspirations de la société contemporaine ''(Beauchesne). — Fonsegrive, ''L'attitude du catholique devant la science ''(Bloud). — Guibert, Les ''croyances religieuses et les sciences de la nature ''(Beauchesne). — Brucker, art. ''Déluge ''(Dict. d'Alès).&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_3%C3%A8me_partie_:_La_vraie_Eglise&amp;diff=1743</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 3ème partie : La vraie Eglise</title>
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				<updated>2011-04-07T10:36:21Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Chapitre 1 : Institution d'une Église */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Troisième partie : la Vraie Église =&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la troisième partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
298. — Ainsi que l'indique le tableau qui précède, cette ''troisième Partie ''de l'Apologétique se partage en trois sections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION ''comprend deux chapitres groupés sous le titre général de « ''Recherche de la vraie Église ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conclusion à laquelle nous avons abouti, dans la seconde Partie, c'est que, entre toutes les religions actuelles qui revendiquent le nom de ''religion révélée, ''une seule porte les marques d'origine divine ; cette religion c'est la religion chrétienne. Mais cela ne suffit pas, et il reste à savoir où nous pouvons la trouver. Donc deux questions : Jésus-Christ ''a-t-il fondé ''une institution quelconque, une ''Église ''dont il nous soit possible de découvrir les traits essentiels dans l'Écriture, et à qui il ait confié le dépôt exclusif de sa doctrine! Dans l'affirmative, — et étant donné que plusieurs sectes prétendent être cette Église fondée par le Christ, — ''quelles sont les marques ''auxquelles nous puissions la discerner? ''Quelle est la vraie Église?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DEUXIÈME SECTION. ''— A vrai dire, lorsque l'apologiste a démontré que l'Église romaine est la vraie Église, son œuvre est terminée. Les deux autres sections sont donc en dehors de l'apologétique ''constructive, ''Nous les avons ajoutées pour répondre à des questions du plus haut intérêt et d'ailleurs généralement inscrites aux Programmes d'Instruction religieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde section, qui porte le titre général de « ''Constitution de l’Église ''», comprend deux chapitres : Le premier où l'on étudie» du point de vue théologique, la ''hiérarchie ''et les ''pouvoirs ''de l'Église ; le second, sur les ''droits ''de l'Église et ses ''relations ''avec ''l’État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''TROISIÈME SECTION. ''— La troisième section est consacrée à la défense de l'Église, non pas évidemment contre toutes les attaquée qui lui ont été faites, sur le terrain historique, philosophique et scientifique, mais contre les principales, et celles qu'on rencontre le plus couramment dans les livres et sur les lèvres des adversaires mal intentionné» ou mal informés. Cette section aura deux chapitres: 1° ''L'Église ''et l'''Histoire, ''et 2° l'''Église ''ou la ''Foi ''devant la ''raison ''et la ''Science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section 1 : Recherche de la vraie Église ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Institution d'une Église ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notions préliminaires. Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''299.''' — '''I. Notions préliminaires. '''— Pour qu'aucune confusion ne naisse dans l'esprit, il importe, avant tout, de bien déterminer le sens des deux mots ''« royaume de Dieu» ''et ''«Église», ''dont l'usage sera fréquent au cours de ce chapitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Concept du royaume de Dieu. '''— L'expression « ''royaume de Dieu ''» ne revient pas moins de cinquante fois dans les Évangiles de saint Marc et de saint Luc. Saint Matthieu au contraire ne l'emploie que rarement (xii, 28 ; xxi, 31, 43) ; il lui substitue l'hébraïsme « ''royaume des cieux». ''Peu importe du leste : les deux expressions ont même sens. Le royaume de Dieu ou des cieux est bien le point contrai de la prédication de Jésus. L'on se rappelle que les Juifs, instruits par les oracles messianiques, attendaient depuis plusieurs siècles l'avènement d'un vaste ''Royaume ''appelé à s'étendre au loin, et d'un ''Roi ''que Jahvé enverrait pour le gouverner. L'établissement de ce royaume doit donc être l'œuvre propre du Messie. Mais ce royaume dont Jésus vient annoncer la venue, n'est pas tel que les Juifs se le représentent. Dans son ensemble il est la nouvelle religion, la grande société chrétienne que le Christ va instaurer, qu'il doit inaugurer sur cette terre jusqu'à ce qu'il en devienne le juge et le roi à son dernier avènement. Le royaume de Dieu a donc deux phases. Il est : — ''a) ''un ''royaume terrestre ''dans lequel pourront se grouper tous les sujets de l'univers, et — b) un ''royaume céleste, ''transcendant, qui sera établi dans le ciel, un ''royaume eschatologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''300. — 2°''' '''Concept de''' '''l'Église. '''— Étymologiquement, le mot ''Église ''(du grec « ''ekklêsia» ''assemblée), désigne une assemblée de citoyens convoquée par un crieur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS LE LANGAGE SCRIPTURAIRE, ''le mot est employé avec une double signification. — ''a) ''Au ''sens restreint ''et conforme à l’étymologie, il s'applique soit à ''l’assemblée ''des chrétiens qui tiennent leur réunion dans une maison particulière ''(Rom., ''xvi, 5 ; ''Col., ''IV, 15)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn251 [251]], soit à l’''ensemble ''des fidèles d'une même cité ou d'une même région : telles sont, par exemple, l'Église de Jérusalem ''(Act., ''viii, 1 ; xi, 22 ; xv, 24), l'Église d'Antioche ''(Act., ''xiv, 26 ; xv, 3 ; xxiii, 1), les Églises de Judée ''(Gal., ''I, 22), les Églises d'Asie (I Cor., xvi, 19), les Églises de Macédoine (II ''Cor., ''vin, 1). — ''b) ''Dans un ''sens général, ''le mot désigne la ''société ''universelle des disciples du Christ. Le mot est ainsi employé par saint Matthieu dans le fameux « ''Tu es Petrus... ''Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon ''Église ''» ( Mat., xvi, 18). Le même sens est assez fréquent dans les Actes (v, 11 ; viii 1, 3 ix, 31), dans les Épîtres de saint Paul (I ''Cor., ''X, 32 ; xi, 16 ; xiv, 1 ; xv, 9 ; ''Gal, ''i, 13 ; ''Eph., ''i, 23 ; V, 23 ; ''Col, ''i, 18), dans l'Épître de saint Jacques (v, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''DANS LE LANGAGE DES PÈRES, ''le mot ''Église ''se retrouve avec les deux mêmes sens — ''a) sens restreint, ''soit d'assemblée des fidèles : ex. Didachè (iv, 12) soit de groupement local ou régional des fidèles: ex. première Épître de saint Clément pape aux Corinthiens dans la suscription et XLVII, 6; — ''b) sens général, ''pour désigner l'ensemble des fidèles appartenant à la religion chrétienne : le mot se trouve ainsi employé dans les écrits du pape saint Clément, de saint Ignace, de saint Irénée, de Tertullien et de saint Cyprien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''D'APRÈS LA DOCTRINE CATHOLIQUE, ''le mot ''Église ''pris au sens général, s'entend de la ''société ''des fidèles qui professent la religion du Christ sous l'autorité du Pape et des Évêques — ''a) ''En tant que ''société, ''l'Église offre les trois caractères communs à toute société, à savoir une fin, des sujets aptes à atteindre cette fin et une autorité qui a la mission de les y conduire. — b) En tant que ''société religieuse, ''les caractères de l'Église sont d'une nature spéciale. La fin qu'elle poursuit est d'ordre surnaturel. Les sujets auxquels elle s'adresse sont considérés, non par rapport à leurs intérêts temporels, mais au seul point de vue du salut de leur âme. De même, l'autorité qui assume la direction est une autorité surnaturelle qui a reçu de Jésus-Christ un triple pouvoir: — 1 un pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner d'une manière infaillible la doctrine du Christ ; — 2. un pouvoir ''sacerdotal ''pour communiquer la vie divine par les sacrements; et — 3. un pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger tous les fidèles à ce qui est jugé nécessaire ou utile à leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
301, — ''Nota. ''— I. Il est facile de voir, par les deux notions qui précèdent, que le concept du royaume est beaucoup plus étendu que celui de l'Église. L'Église est quelque chose du royaume. Elle en est le côté visible et social, mais elle n'est pas tout le royaume, celui-ci ayant deux aspects : l'aspect terrestre et l'aspect céleste ou eschatologique (N° 299). Cependant l'Église, entendue au ''sens large, ''se confond avec le royaume de Dieu. Les théologiens distinguent en effet le ''corps ''et l’''âme ''de l'Église, c'est-à-dire, d'un côté, la communauté visible et hiérarchique des chrétiens, et, de l'autre, la société invisible, l'âme, à laquelle appartiennent tous ceux qui sont en état de grâce, quelque religion qu'ils professent. Ils comprennent en outre dans la notion d'Église, non seulement les fidèles de la terre (Église ''militante), ''mais aussi les élus qui sont au ciel (Église ''triomphante) ''et les âmes qui souffrent en Purgatoire (Églises souffrante). — 2. Au point de vue ''apologétique, ''et comme il est entendu dans ce chapitre, où nous recherchons si Jésus-Christ a institué une Eglise, ce mot ne s'applique qu'à la société ''visible ''et ''hiérarchique ''des chrétiens ici-bas, donc à la société considérée sous son aspect extérieur et social ''(sens général). ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''302. — II. Division du Chapitre'''. — Une double question doit faire l'objet de notre étude. 1° Tout d'abord nous avons à rechercher si Jésus ''a pu songer à fonder une Église '': c'est la ''question préalable. ''2° Puis, dans l'affirmative, nous aurons a établir, d'après les documents de l'histoire, quels sont les ''caractères essentiels de l’Église fondée par le Christ. ''D'où deux articles. Dans le premier, nous rencontrerons devant nous ''les rationalistes, ''les protestants ''libéraux ''et les ''modernistes. ''Dans le second, nous aurons les mêmes adversaires, et en plus, les Protestants ''orthodoxes ''et les ''Grecs schismatiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Question préalable : Que Jésus a pu songer à fonder une Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
303. — D'après les ''protestants libéraux ''et les ''modernistes, ''l'institution d'une Église ne pouvait pas être dans la pensée de Jésus, la prédication du Sauveur n'ayant d'autre but que l'établissement du royaume de Dieu. Le royaume de Dieu, en effet, tel que nos adversaires le conçoivent, est incompatible avec la notion catholique de l'Église. Le royaume de Dieu prêché par Jésus serait: — 1. un royaume ''purement spirituel, ''d'après les uns (Sabatier, Stapfer, Harnack) ; — 2. un royaume ''uniquement eschatologique, ''d'après les autres (M. Loisy). Nous allons examiner ces deux systèmes, et nous montrerons qu'ils sont une interprétation incomplète, et par conséquent ''fausse, ''de la pensée et de l'œuvre de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le système d'un royaume de Dieu seulement intérieur. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''304. — 1° Exposé du système'''. — Si nous en croyons Sabatier et Harnack, ''Jésus n'a jamais songé à fonder une Église, ''en tant que ''société visible. ''Il s'est borné à prêcher un royaume de Dieu ''intérieur ''et ''spirituel ; ''son unique préoccupation a été d'établir le règne de Dieu dans l'âme de chaque croyant, en produisant en lui une ''rénovation intérieure ''et on lui inspirant envers Dieu les sentiments d'un fils à l'égard de son Père. Dans sa race, dans son milieu, dans la génération de son temps, Jésus trouvait une religion exclusivement rituelle et formaliste. Sans doute, il un l'a pas interdite d'un seul coup ; mais ce côté extérieur de la religion, il l'a on visage comme secondaire. Ce que l'on peut au contraire regarder comme la grande nouveauté apportée par lui, comme l'élément original et qui lui appartient en propre, ce qui, en d'autres termes, est bien ''l'essence du christianisme, ''c'est la place prépondérante accordée désormais au sentiment. Ainsi le royaume de Dieu serait un royaume intime et spirituel, s'adressant aux besoins de l'âme, n'impliquant aucune adhésion à des dogmes, à des institutions positives et à des rites tout extérieurs, laissant donc toute liberté au ''sens individuel. ''D'où il suit que l'organisation du christianisme en société hiérarchique serait en dehors du plan tracé par le Sauveur ; l'Église serait une ''création humaine ''dont il appartient à l'histoire de découvrir les ''origines ''et les ''causes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''305. — 2° Réfutation'''. — Que la religion prêchée par le Christ, autrement dit, le royaume de Dieu soit surtout ''d'essence spirituelle, ''que la grande innovation du christianisme ait été la rénovation intérieure par la foi, la charité et l'amour du Père, que ces conceptions de Jésus aient créé un abîme entre le pharisaïsme alors régnant et la religion nouvelle, c'est ce dont nous aurions mauvaise grâce à ne pas convenir avec Harnack. Il ne faudrait pourtant rien exagérer, car, dans une certaine mesure, le royaume spirituel n'était nullement étranger à l'enseignement des prophètes, comme nous l'avons vu en étudiant l'argument prophétique (N° 248). Toutefois il n'en est pas moins vrai, — et c'est ce qu'il fait reconnaître avec Harnack, — que le royaume spirituel et intérieur est bien l'œuvre de Jésus. Alors que la voix des prophètes avait eu peu d'écho, Jésus seul eut assez d'autorité pour remonter le courant et opposer à la justice tout extérieure et matérielle du culte mosaïque la&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
justice du nouveau royaume où les vertus intérieures telles que l'humilité, la chasteté, la charité, le pardon des injures, occupent la première place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, ces justes concessions une fois faites, s'ensuit-il qu'il y ait lieu de conclure, avec Harnack, que le royaume de Dieu annoncé et établi par le Christ, soit un royaume ''purement individuel, ''une société invisible composée des âmes justes, et qu'il n'ait aucun caractère ''collectif ''et ''social? ''Est-on même en droit de prétendre que la ''perfection intérieure ''doit être considérée comme l’''essence du christianisme, ''parce que seule elle est l'œuvre du Christ? Il semble bien que non, et il y a dans cette manière de voir un sophisme que M. Loisy a relevé dans les termes suivants. « II y aurait, dit-il, peu de logique à prendre pour l'essence totale d'une religion ce qui la différencie d'avec une autre. La foi monothéiste est commune au judaïsme, au christianisme et à l'islamisme. On n'en conclura pas que l'essence de ces trois religions doive être cherchée en dehors de l'idée monothéiste. Ni le juif, ni le chrétien, ni le musulman n'admettent que la foi à un seul Dieu ne soit pas le premier et le principal article de leur symbole. . C'est par leurs différences qu'on établit la destination essentielle de ces religions, mais ce n'est pas uniquement par ces différences qu'elles sont constituées... Jésus n'a pas prétendu détruire la Loi, mais l'accomplir. On doit donc s'attendre à trouver dans le judaïsme et dans le christianisme, des éléments communs, essentiels à l'un et à l'autre... L'importance de ces éléments ne dépend ni de leur antiquité, ni de leur nouveauté, mais de la place qu'ils tiennent dans l'enseignement de Jésus et du cas que Jésus lui-même en a fait. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn252 [252]] Autrement dit, ce n'est pas parce que le Messie a enseigné que le « ''royaume de Dieu ''» devait être ''surtout ''spirituel, qu'il faut en conclure qu'il doit être ''exclusivement ''spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du reste, la chose apparaît tout à fait évidente si l'on prend soin de remettre le ''langage de Jésus ''dans les ''conditions de milieu ''et d'idées dans lesquelles il a été tenu. Si le Sauveur insiste tout particulièrement sur l'idée de perfection intérieure et de rénovation spirituelle, c'est qu'il doit corriger les conceptions fausses des Juifs. Ceux-ci attendent un royaume temporel ; ils se sont attachés dans les prophéties à l'élément secondaire (V. Nos 248 et 253) et ils croient à la restauration du royaume d'Israël. Le Messie veut donc redresser leurs conceptions fausses et leur faire comprendre que le royaume de Dieu qu'il est venu établir, n'est nullement un royaume temporel, qu'il n'est pas le triomphe d'une nation sur les autres, mais un royaume qui s'adresse à tous les peuples et dans lequel aura accès tout homme de bonne volonté qui pratique les vertus morales et intérieures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le royaume ne soit pas purement spirituel, qu'il ait au contraire un caractère ''collectif ''et ''social, ''c'est ce qui ressort surtout de nombreuses ''paraboles, ''qui sont, on le sait, une des formes les plus ordinaires sous lesquelles Jésus donne son enseignement. Il est clair, par exemple, que les paraboles où Notre-Seigneur compare le royaume au champ du père de famille sur lequel poussent à la fois le bon grain et l'ivraie (''Mat., ''xiii, 24, 30), au filet du pécheur où se confondent les bons et les mauvais poissons ''(Mat., ''xiii, 47), n'auraient aucun sens dans l'hypothèse d'un royaume purement intérieur et spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, le ''terme ''de ''royaume de Dieu ''ne serait-il pas bien ''impropre ''s'il fallait l'entendre du ''règne de Dieu dans l'âme individuelle? ''Ce n'est plus en effet d'un royaume qu'il s'agirait, mais d'autant de royaumes qu'il y aurait d'âmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de ce système s'appuient, il est vrai, pour prouver leur thèse, sur ce texte de saint ''Luc ''(xvi, 20) « ''Ecce regnum Dei intra vos est ''» qu'ils traduisent ainsi : « Le royaume de Dieu est ''en ''vous. » Mais ce texte comporte un autre sens, et il semble plus juste et plus en rapport avec le contexte de traduire : « Le royaume de Dieu est ''au milieu ''de vous. » D'après saint ''Luc, ''en effet, ce sont les pharisiens qui interrogent Notre-Seigneur. Comme ils lui demandent quand viendra le royaume de Dieu, il leur répond : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : il est là ; car voyez, le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Ainsi remise dans son cadre, la parole de Jésus paraît plutôt contredire le système d'un royaume purement intérieur que de le favoriser. S'adressant à des pharisiens qui étaient incrédules, qui, du fait qu'ils rejetaient l'Évangile, se mettaient en dehors du royaume, n'est-il pas évident que Jésus ne pouvait leur dire que ce royaume était en eux, c'est-à-dire dans leurs âmes? La pensée du Sauveur est donc tout autre. Se heurtant aux idées fausses de ses adversaires, qui s'imaginaient que la venue du royaume et du Messie serait accompagnée de signes éclatants, de prodiges extraordinaires dans le ciel, Jésus apprend aux pharisiens comment le royaume de Dieu doit venir. Il ne viendra pas, leur dit-il alors, comme une chose qu'on peut observer, comme un astre dont on pourrait suivre le cours, car le royaume sera surtout spirituel et se dérobera par conséquent à l'observation. Du reste, ajoute Notre-Seigneur, n'allez pas le chercher où il ne faut pas, car il est ''déjà venu, ''il est ''au milieu ''de vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la correcte interprétation du texte de saint Luc, ainsi que des raisons qui précèdent, il résulte donc que le royaume de Dieu ne peut être considéré comme un royaume ''purement spirituel, ''qu'il est au contraire ''collectif ''et ''social, ''et qu'on ne peut induire de là que Jésus n'ait jamais songé à fonder une ''Église visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. —. Le système d'un royaume de dieu purement eschatologique. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''306. — 1°''' '''Exposé du système.'''— Suivant M. Loisy, l'institution d'une Église n'a pu rentrer dans les desseins du Sauveur. Voici à peu près comment l'auteur de ''l’Évangile et l'Église ''entend le démontrer. A l'époque où parut Notre-Seigneur, c'était une idée courante parmi les Juifs, que le Messie aurait pour mission d'inaugurer le règne final et définitif de Dieu ou, si l'on aime mieux, le ''royaume eschatologique. ''Or, si l'on analyse les textes des Évangiles, du seul point de vue critique et sans les déformer par une interprétation théologique, il semble bien que Jésus partageait l'erreur de ses contemporains. En conséquence, sa prédication a eu un double but : —-1. ''annoncer la venue prochaine du royaume ''en même temps que la fin du monde qui devait en être l'accompagnement obligé ; et — 2. ''y préparer les âmes ''par le renoncement aux biens de ce monde et par la pratique des vertus morales capables de procurer la justice. Le Christ de l'histoire n'a donc pas pu songer à fonder une Église, c'est-à-dire une ''institution durable, ''puisque son œuvre n'était pas appelée à durer et qu'elle devait se terminer à brève échéance par l'avènement du royaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc parler ''à l'institution divine de l'Église. ''Ce sont les ''circonstances ''et la ''non-réalisation ''du ''royaume eschatologique ''qui ont déterminé les disciples à corriger le programme de leur Maître, à « réinterpréter » ses paroles « pour accommoder à la condition d'un monde qui durait, ce qui avait été dit à un monde censé près de finir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn253 [253]]. D'où il paraît légitime de conclure que Jésus « annonçait le royaume, et c'est l'Église qui est venue.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn254 [254]] Cependant, d'après la ''théorie moderniste, ''si l'Église ne procède pas d'une pensée et d'une volonté expresse de Jésus, l'on peut dire cependant qu'elle se rattache à l'Évangile, en tant qu'elle fait suite à la société que Jésus avait groupée autour de lui en. vue du royaume. Elle est ainsi, en un certain sens, le résultat légitime, quoique inattendu, de la prédication du Christ, et rien n'empêche de voir, entre l'Évangile et l'Église, un rapport étroit, et de dire en toute vérité que l'Église continue l'Évangile»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn255 [255]]. En d'autres mots, Jésus avait groupé autour de sa personne un certain nombre de disciples à qui il donna la mission de préparer l'inauguration prochaine du royaume, et comme les événements ont trompé l'attente des apôtres, — le royaume si ardemment désiré et si impatiemment attendu n'étant pas venu, — la petite société a grandi et, en grandissant, elle a donné naissance à l'Église. L'on peut donc définir l'Église : la société des disciples du Christ, qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique, se sont organisés et adaptés aux conditions d'existence de l'heure présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait se demander ce que M. Loisy fait des textes évangéliques qui rapportent l'institution de l'Église. C'est bien simple. Comme les protestants libéraux, il les déclare sans valeur pour l'historien, et il en donne comme raison que « les textes qui concernent véritablement l'institution de l'Église sont des paroles du Christ glorifié ». Ces textes seraient donc des produits de la pensée chrétienne. Et M. Loisy conclut que « l'institution de l'Église par le Christ ressuscité n'est pas un fait tangible pour l'historien»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn256 [256]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''307. — 2° Réfutation'''. — N'ayant d'autre objectif que de préparer les âmes à la venue imminente du royaume des cieux et à sa parousie, le Christ ne pouvait songer à organiser une société durable : telle est l'idée maîtresse du système de M.Loisy. Or nous allons prouver que, pour soutenir une thèse aussi absolue, il est nécessaire de se livrer à un découpage de textes que rien n'autorise, et procéder à un choix inadmissible ou à une interprétation fantaisiste des passages de l'Évangile qui s'appliquent à l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérons d'abord le ''point de départ ''Est-il vrai que les contemporains de Jésus n'aient eu d'autre idée que l'établissement du ''règne définitif ''de Dieu? Comme l'a fort bien démontré le P. Lagrange[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn257 [257]], l'on peut distinguer au contraire dans la littérature de l'époque deux manifestations de la pensée juive : celle que l'on trouve dans les ''apocalypses ''et celle des ''rabbins. ''Or, pas plus dans l'une que dans l'autre, le règne messianique n'est identifié avec le ''règne final ''de Dieu ; ni d'un côté ni de l'autre l'on ne se désintéresse de l'avenir d'Israël en ce monde. Il y a toutefois cette différence entre les deux que les auteurs apocalyptiques insistaient beaucoup plus sur le royaume eschatologique tandis que les rabbins, dans leur concept du règne messianique, attachaient une part plus importante au monde présent. Si, par conséquent, Jésus avait adopté les idées des apocalypses et n'avait voulu prêcher qu'un royaume purement eschatologique, il n'aurait pas manqué de corriger les croyances des rabbins Or cela, il ne l'a pas fait. De l'examen impartial des Évangiles il résulte au contraire que le Sauveur présente le royaume comme devant avoir une double phase : une phase terrestre avant la période de consommation finale. Il y a en effet de nombreux caractères par lesquels Jésus décrit le royaume, qui sont totalement inconciliables avec le royaume eschatologique et qui ne s'accordent qu'avec la vie présente. C'est ainsi que Jésus parle du royaume comme ''déjà inauguré. ''« Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est emporté de force», est-il dit dans saint ''Matthieu ''(xi, 12). Ainsi encore il réplique aux Pharisiens qui l'accusent de chasser les démons au nom de Belzébuth : « Que si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu à vous » ''(Mat., ''xii, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout dans les ''paraboles ''que l'enseignement de Jésus transparaît le plus. Le royaume y est représenté comme une ''réalité déjà existante ''et concrète, comme un royaume destiné à ''grandir ''et à se développer, — parabole du grain de sénevé ''(Mat., ''xiii, 31, 35; ''Marc, ''IV, 30, 32), — comme un royaume comportant le mélange des bons et des méchants, — paraboles du bon grain et de l'ivraie ''(Mat., ''xviii, 24, 30), du filet qui ramasse des poissons de toutes sortes, bons et mauvais ''(Mat., ''xiii 47, 50), des vierges sages et des vierges folles ''(Mat., ''xxiv, 1, 18). Autant de caractères qui ne sont pas applicables au royaume eschatologique et qui ne peuvent convenir qu'à un royaume déjà formé, susceptible de s'étendre et de se perfectionner, préparatoire à une autre forme de royaume qui, elle, sera la forme; définitive, où le bon grain seul sera engrangé, où le tri entre les bons et les mauvais poissons sera chose faite, et d'où les vierges folles seront exclues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela serait juste, ''répliquent ''alors les ''partisans du système eschatologique, ''si les textes allégués pour prouver l'annonce d'un royaume terrestre étaient ''authentiques. ''Mais, ils ne le sont pas. Ils ont été introduits dans la trame évangélique par la première génération chrétienne qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique attendu, n'a pas craint de travestir 1 enseignement du Sauveur pour mettre sa pensée et ses paroles en harmonie avec les faits. Qu'il y ait dans les Évangiles deux séries de textes : l'une ''eschatologique, ''l'autre ''non eschatologique, ''et que les textes qui annoncent la fin du monde et la parousie soient incompatibles avec ceux qui parlent d'un royaume terrestre, c'est ce que tout critique de bonne foi doit reconnaître. Mais si les deux séries sont exclusives l'une de l'autre, il faut donc choisir entre les deux et rechercher la tradition primitive, celle qui doit être attribuée à Jésus. Or, ajoute-t-on, il y a tout&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
lieu de croire que la série eschatologique seule représente la pensée authentique de Jésus, car elle n'a pu être inventée au moment où les événements venaient la démentir. La seconde série aurait donc été élaborée ultérieurement pour adapter l'Évangile du salut aux circonstances nouvelles imposées par le développement chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'objection des modernistes est plus spécieuse que solide. ''Ils ont raison sans doute, lorsqu'ils affirment qu'il y a dans les Évangiles deux séries de textes, mais sont-ils en droit de conclure que ces deux séries sont exclusives l'une de l'autre? N'y a-t-il pas plutôt un ''moyen de les concilier? ''Le nœud du problème est là. Si Jésus a annoncé la fin du monde et l'avènement du royaume eschatologique comme des choses imminentes, il y a sans contredit opposition entre les deux séries de textes. Jésus qui se serait mépris si gravement en montrant le royaume eschatologique dans un avenir tout proche, ne pourrait plus être l'auteur de la série non eschatologique. Mais la question est précisément de savoir s'il a présenté la fin du monde et la venue du royaume eschatologique comme des événements prochains. A la question ainsi posée nous pourrions d'abord répondre qu'il y a tout lieu de croire ''a priori ''que la conciliation est possible, car comment admettre que les Évangélistes rapportant les paroles de Notre-Seigneur, assez longtemps après qu'elles avaient été prononcées, auraient été assez maladroits pour introduire dans leurs récits des textes en contradiction avec ces paroles? De deux choses l'une. Ou bien les Évangélistes sont sincères ou ils ne le sont pas. Dans la première hypothèse, ils auraient reproduit fidèlement les paroles de leur Maître et nous n'aurions qu'une série de textes : la série eschatologique. Dans la seconde hypothèse, ils n'auraient pas manqué de supprimer la série eschatologique, puisque les événements lui donnaient tort, et ils lui auraient substitué purement et simplement la série non eschatologique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voyons si les textes de la série eschatologique ne comportent pas d'autre explication que celle donnée par les modernistes Cela nous ramène à la célèbre prophétie sur la fin du monde dont nous avons parlé dans la seconde Partie (N° 260). Nous n'insisterons donc pas sur ce point. Qu'il nous suffise de rappeler que la parole de Notre-Seigneur « Cette génération ne passera pas avant que toutes ces choses ne s'accomplissent» ''(Mat, ''xxiv, 34 ; ''Marc, ''xiii 30 ; ''Luc, ''xxi, 32), invoquée par nos adversaires pour prouver que Jésus croyait à la fin imminente du monde, s'applique plutôt, d'après le contexte, à la ruine de Jérusalem et du peuple juif. Que les Évangélistes ne distinguent pas les deux catastrophes avec assez de netteté, que ''leurs récits ''concernant à la fois la fin du monde et la ruine du Temple ''manquent de précision, ''c'est ce qui n'est pas douteux. Et cela est si vrai que beaucoup de critiques ont pu croire que, entraînés par les idées courantes de leur milieu, les Apôtres s'étaient trompés sur la pensée de Jésus. Nous avons vu (p. 272) ce qu'il fallait penser de cette opinion. En toute hypothèse, on ne saurait admettre que Jésus lui-même ''ait commis l'erreur ''que nos adversaires lui imputent. Tout au contraire, il ne paraît pas douteux, — à s'en tenir aux simples données d'une sage critique littéraire, — que la catastrophe dont Jésus annonce la date prochaine et à laquelle la génération de son temps doit assister, c'est la ruine de Jérusalem et du Temple, tandis que l'époque de la seconde ne serait envisagée que dans une perspective beaucoup plus lointaine, puisque Jésus dit que « personne n'en connaît ni le jour ni l'heure » ''(Mat., ''xxiv, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux passages qui déclarent imminente la venue du Fils de l'homme sur les nuées du ciel ''(Mat., ''xvi, 28 ; xxvi, 64 ; ''Marc, ''ix, 1 ; ''Luc, ''ix, 27 ; xxii, 69), il est permis d'entendre par là la prédiction de ''l'admirable essor ''que prendra bientôt le règne messianique et dont la génération à laquelle Notre-Seigneur s'adresse sera témoin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn258 [258]]. Ainsi interprétés, ces textes se sont vérifiés à la lettre, vu que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite avec une merveilleuse rapidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la discussion qui précède il n'est donc pas téméraire de conclure que, pas plus que le système d'un royaume purement intérieur et spirituel, le système d'un ''royaume exclusivement eschatologique ''n'est acceptable. Il n'est pas vrai de dire alors que Jésus n'a pu nullement envisager l'établissement d'une Église en tant que société visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus-Christ a fondé une Église. Ses caractères essentiels. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
308. — ''Position du problème ''— Il vient d'être démontré ci-dessus que « le royaume de Dieu» prêché par le Christ comporte une première période qui peut s'appeler la ''phase terrestre ''et préparatoire du royaume eschatologique. Or ce royaume comprend tous ceux qui acceptent la doctrine enseignée par Jésus. Il est par conséquent une ''société ''et c'est à cette société que nous donnons le nom ''à l'Église. ''La question qui se pose donc à présent, c'est de savoir quelle est la ''nature ''de cette société. Se compose-t-elle de membres égaux : auquel cas l'interprétation de la doctrine du Christ serait laissée à l'arbitraire du jugement individuel? Est-elle au contraire constituée sur le principe de la ''hiérarchie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn259 [259]], comprenant deux ''groupes distincts, ''l'un qui enseigne et gouverne, l'autre qui est enseigné et gouverné! Jésus a-t-il ''institué ''lui-même une ''autorité ''à laquelle il ait confié la charge d'enseigner authentiquement sa doctrine! Bref, le christianisme est-il « ''religion de l'esprit » ''ou « ''religion d'autorité ''»?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Protestants orthodoxes, ''que nous avons désormais devant nous, soutiennent la première hypothèse. Ils n'admettent pas que Jésus ait créé une ''autorité vivante. ''Les vérités à croire, les préceptes à suivre et les moyens de sanctification, tout serait abandonné à l'appréciation subjective de chaque croyant. Entre Dieu et la conscience Jésus n'aurait placé aucun intermédiaire obligatoire. Que si on leur demande alors pourquoi ils se groupent et tiennent des réunions; ils répondent que c'est tout simplement pour prier en commun, pour lire et commenter l'Evangile, pour pratiquer les rites du baptême et de la cène, et pour s'édifier mutuellement dans l'amour de Dieu et la charité fraternelle ''mais non pour obéir à une autorité constituée. ''C'est d'ailleurs sur ''l'histoire ''que les Protestants entendent appuyer leur point de vue. Nous verrons plus loin comment ils expliquent la création d'une hiérarchie, et partant, les ''origines du catholicisme ''(V. N° 312).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contre de telles affirmations il s'agit donc de prouver que Jésus a institué une ''hiérarchie permanente, ''— le collège des Douze et leurs successeurs, — à la tête de laquelle il a placé un chef unique, Pierre et ses successeurs : hiérarchie à laquelle il a octroyé une autorité gouvernante, revêtue d'une divine garantie: l’''infaillibilité doctrinale. ''Pour mieux atteindre notre but, nous décomposerons les questions dans les propositions suivantes. Nous prouverons : 1° que Jésus ''a fondé une hiérarchie ''en conférant aux Apôtres le triple pouvoir d'enseigner, de régir et de-sanctifier, qu'il a donc constitué une ''autorité vivante ; ''— 2° que cette hiérarchie est ''permanente, ''le triple pouvoir des Apôtres devant se transmettre à leurs successeurs ; — 3° que, à la tête de la hiérarchie, il a placé un ''chef unique ''(primauté de Pierre et de ses successeurs) ; — 4° qu'il a garanti la conservation intégrale de sa doctrine en octroyant à l'Eglise enseignante le privilège de ''l'infaillibilité. ''D'où quatre paragraphes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
309. — ''État de la question. ''— ''a) ''Les Protestants ''orthodoxes, ''avons-nous dit (N° 308), n'admettent pas que Jésus ait constitué à la tête de son Église une ''autorité vivante, ''mais ils concèdent l'historicité et même l'inspiration des textes évangéliques invoqués par les catholiques en faveur de leur thèse. — ''b) ''Au contraire, les ''rationalistes, ''les Protestants ''libéraux ''et les ''modernistes ''rejettent l'authenticité de ces textes. Ils prétendent qu'ils sont dus à un travail postérieur et rédactionnel d'auteurs inconnus et auraient été introduits dans la trame évangélique après les événements, c'est-à-dire au moment où l'institution d'une Église hiérarchique était un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique ''s'appuie donc sur un double argument: — 1. sur un ''argument tiré des textes évangéliques ''que nous sommes en droit d'invoquer contre les Protestants orthodoxes, et — 2. sur un ''argument historique, ''où nous aurons à réfuter la fausse conception des libéraux et des modernistes sur les origines de l'Église hiérarchique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''310. — 1° Argument tiré des textes évangéliques'''. — ''Nota. ''—Lorsque nous soutenons qu'il est possible de retrouver l'institution d'une ''Église hiérarchique ''dans les textes évangéliques, qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous ne voulons pas dire que Jésus a déclaré ''explicitement ''qu'il fondait une Église hiérarchique qui serait gouvernée un jour par les Évêques sous le principat du Pape. Des paroles aussi formelles n'ont pas été prononcées. I1 suffit, pour la démonstration de notre thèse, d'établir que nous on retrouvons l'équivalent dans ce double fait qu'il ''choisit Douze Apôtres ''et leur ''délégua des pouvoirs spéciaux à ''eux, à l'exclusion des autres disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CHOIX DES ''« ''DOUZE ''». — Tous les Évangélistes sont d'accord pour témoigner que, parmi ses disciples, Jésus en ''choisit douze ''qu'il nomme ses Apôtres ''(Mat., ''x, 2, 4 ; ''Marc, ''iii, 13, 19 ; ''Luc, ''vi, 13, 16 ; ''Jean, ''i, 35 et suiv.), qu'il instruit d'une façon toute particulière, à qui il dévoile le sens des paraboles qui restent incomprises de la foule ''(Mat., ''xiii, 11), qu'il associe déjà à son œuvre en les envoyant prêcher le royaume de Dieu aux fils d'Israël ''(Mat., ''x, 5, 42 ; ''Marc, ''vi, 7, 13 ; ''Luc, ''IX, 1,6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''P0UV0IRS CONFÉRÉS AU COLLÈGE DES DOUZE. ''— ''a) ''A ce ''collège des Douze, ''— à Pierre en particulier ''(Mat., ''xvi, 18, 19), à l'ensemble du collège (''Mat., ''xviii, 18), — Jésus commence par ''promettre ''le pouvoir de « ''lier ''dans le ciel ce qu'ils auront lié sur la terre », c'est-à-dire une ''autorité gouvernante ''qui les fera juges des cas de conscience, qui leur donnera la faculté de prescrire ou de défendre, et partant, de créer des obligations, si bien que celui qui n'écoutera pas l'Église sera regardé « comme un païen et un publicain» ''(Mat., ''xviii, 17). Mais, ''objectent ''les Protestants à propos de ce dernier texte, le mot Église est employé au verset 17 dans le sens restreint d'assemblée (N° 300), et dès lors, ce passage ne saurait servir d'argument en faveur de l'existence d'une autorité hiérarchique.— Nous ne contesterons pas que, dans le texte en question, le mot Église prête à deux interprétations. Il faut donc faire intervenir ici la règle de critique qui veut que tout passage obscur soit interprété d'après les autres passages parallèles qui sont plus clairs. Or il ne fait pas de doute que, dans les autres textes où il est question des pouvoirs accordés par Notre-Seigneur à son Église, cette concession ne concerne jamais que le collège apostolique. Il y a donc lieu de présumer le même sens pour le passage de saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Le pouvoir qu'il avait d'abord promis, Jésus le ''confère, ''peu de jours avant son Ascension, au collège des Douze, alors devenu le collège des Onze par la défection de Judas : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre, leur déclare-t-il. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » ''(Mat., ''xviii, 19,20). Ainsi le Christ accorde à ses Apôtres le triple pouvoir: — 1. ''d'enseigner : ''« Allez, enseignez toutes les nations » ; — 2. de ''sanctifier, ''par les rites institués à cet effet, en particulier, par le baptême ; — 3. de ''gouverner, ''puisque les Apôtres devront apprendre au monde à garder ce que Jésus a commandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu'on ''n'objecte ''pas encore que ce texte n'a aucune valeur sous prétexte que les paroles et les actes du Christ ressuscité ne peuvent être contrôlés par l'historien. Le préjugé rationaliste serait manifeste. Du moment en effet que la Résurrection peut être démontrée comme un fait historique et qu'elle est une réalité dont les Apôtres ont acquis la certitude, il y aurait autant de parti-pris à rejeter les paroles du Christ ressuscité que la résurrection elle-même. Du reste, les paroles du Christ ressuscité sont si bien liées avec les paroles de la promesse, que contester les unes c'est contester les autres, et que nier les unes et les autres c'est rendre inexplicable la conduite des Apôtres qui, après la mort de leur Maître, revendiquèrent le triple pouvoir ci-dessus mentionné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''311. — 2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— ''Préliminaires. ''— 1. Quelle que soit la valeur des textes évangéliques qui nous prouvent que l'Église n'est pas hors de la ligne de l'Évangile, il va de soi que la question de l'institution divine d'une Église hiérarchique est, avant tout, historique. Si l'histoire en effet nous apportait la preuve que la création de l'Église serait postérieure à l'âge apostolique, et aurait été le résultat de circonstances accidentelles, l'on aurait beau invoquer les textes de l'Évangile : nos adversaires seraient certes en droit de les considérer comme des interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les ''documents ''qui servent à l'étude du christianisme naissant sont les ''Actes des Apôtres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn260 [260]], les ''Épîtres de saint Paul[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn261 [261]], et pour la période sub-apostolique (c'est-à-dire pour les trois générations qui suivent les Apôtres) les écrits des ''Pères ''et des ''écrivains ecclésiastiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est parlé de « ''charismes ''» à maintes pages des Actes des Apôtres. Que faut-il entendre par là? Les charismes (grec « ''charis ''» et « ''charisma ''» grâce, faveur, don) sont des ''dons surnaturels ''octroyés par le Saint-Esprit en vue de la propagation du christianisme et pour le bien général de l'Église naissante. Ce sont des manifestations de l'Esprit Saint, parfois même étranges et désordonnées, telles que le don des langues ou ''glossolalie ''qui consistait à louer Dieu en langue étrangère et en des accents d'enthousiasme, exalté (Lire à ce sujet : I ''Cor., ''xiv). Les charismes auxquels on attachait le plus de prix étaient le don des miracles et le don des prophéties ; mais quelle qu'en fût la nature, ils étaient toujours des ''signes divins ''qui avaient pour but de confirmer la première prédication de l'Évangile. — 4. Nous allons exposer, en nous plaçant sur le seul terrain de l'histoire, les deux thèses, rationaliste et catholique, sur les ''origines de l’Église. ''La première que nous mettons sous l'étiquette générale de rationaliste, est, en réalité, le point de vue, non seulement des rationalistes, mais de tous les historiens protestants, orthodoxes ou libéraux, et des modernistes. Le meilleur exposé français en a été fait par A. Sabatier (''Les Religions d'autorité et la Religion de l'esprit, ''pp. 47-83, 4e éd.) En voici un résumé, aussi objectif que possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
312. — A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— ''Les origines de l'Église. ''— 1. La création d'une Église hiérarchique ne saurait être l'œuvre de Jésus. ''« ''Non seulement il n'a pas voulu cette Église, mais il ne pouvait même la prévoir, pour la bonne raison qu'il croyait venir aux derniers jours du monde et que tout ce développement historique du christianisme restait en dehors de son horizon de Messie.» — 2. Comme les Apôtres « attendaient de jour en jour le retour triomphant de leur Maître sur les nuées du ciel», ils vivaient « dans l'exaltation et la fièvre», se regardant i comme des étrangers et des voyageurs qui passent sans songer à aucun établissement durable ».— 3. Les premières communautés formées par les disciples du Christ n'eurent donc rien d'une société hiérarchique. « Les dons individuels (charismes) départis car l'Esprit aux divers membres de la communauté répondaient à tous les besoins. C'était l'Esprit agissant dans chaque fidèle qui déterminait ainsi les vocations et attribuait aux uns et aux autres, suivant la faculté ou le zèle de chacun, des min stères et des offices qui paraissaient devoir être provisoires.» — 4. Les premières communautés chrétiennes composées à l'origine • de membres égaux entre eux et distingués par la seule variété des dons de l'Esprit» deviennent avec le temps « des corps organisés, de véritables églises qui se développent et prennent d'abord des physionomies différentes, suivant la diversité des milieux géographiques et sociaux. L'assemblée des chrétiens se modèle, en Palestine et au delà du Jourdain, sur la synagogue juive... En Occident, elle semble plutôt reproduire la forme des collèges ou associations païennes, si nombreuses à cette époque dans les villes grecques. Cependant « les associations chrétiennes dispersées dans l'empire entretiennent entre elles des relations fréquentes… Il est donc naturel qu’elles aient eu dès le principe, la conscience très vive de leur unité spirituelle et qu’au dessus des Eglise particulières et locales ait apparu, précisément dans les lettres de l’apôtres aux païens, l’idée de ''l’Eglise de Dieu, ou du Christ une et'' ''universelle... ''L’unité idéale de l'Eglise tendra à devenir une réalité visible, par l'unité de gouvernement, de cul le et de discipline». — 5. Pour créer cette unité, deux conditions nécessaires manquent encore. Il faut d'abord que la chrétienté apostolique trouve Un centre fixe autour duquel les églises particulières puissent se grouper. Ensuite il faut qu'elles arrivent à tiret d'elles-mêmes une règle dogmatique et un principe d'autorité qui leur permette de vaincre toutes les hérésies et toutes les résistances». Or ces deux conditions se réalisèrent de la façon suivante. Après la destruction de Jérusalem en l'an 70, « la chrétienté gréco-romaine cherchait un centre nouveau autour duquel elle se pût grouper, elle ne devait pas hésiter bien longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grandes Églises d'Antioche, d'Éphèse, d'Alexandrie se faisaient équilibre et n'avaient d'autorité que sur les communautés de leur région. Seule une ville s'élevait au-dessus de toutes les autres et avait une importance universelle. Rome restait toujours la ville éternelle et sacrée... La capitale de l'empire était marquée à l'avance pour devenir la capitale de la chrétienté. » Voilà pour la première condition : le ''centre fixe, ''principe de l'unité hiérarchique, est trouvé. — 6. Les sectes nombreuses, entre autres, les grandes hérésies du ''gnosticisme, ''d'une part, et du ''montanisme, ''d'autre part, qui éclatent la première vers l'an 130 et la seconde, vers l'an 160, vont fournir l'occasion de remplir la seconde condition. L'on chercha et l'on découvrit « le moyen d'opposer à toutes les objections un ''déclinatoire, ''une sorte de question préalable qui faisait mieux que de réfuter l'hérésie, qui l'exécutait avant même qu'elle eût ouvert la bouche. Ce moyen, ce fut une confession de foi apostolique, un symbole populaire et universel, qui, devenant loi de l'Église, excluait de son sein, sans disputes, tous ceux qui se refusaient à le redire. Ce fut « la règle de foi », le Symbole dit des Apôtres qui vit le jour sous sa première forme, dans 1 Église de Rome, entre les années 150 et 160.» A partir de là seulement, le catholicisme avec son gouvernement épiscopal et sa règle de foi extérieure est fondé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, le christianisme aurait été d'abord « ''religion de l'esprit» ''n'ayant d'autre règle de foi que les ''charismes, ''c'est-à-dire les inspirations individuelles de l'Esprit Saint. Il n'aurait possédé, au début de son existence, ni hiérarchie, ni unité sociale et visible. Il n'aurait été indépendant ni des synagogues juives ni des associations païennes. Il ne serait devenu une ''religion d'autorité, ''il n'aurait eu sa hiérarchie que cent vingt ou cent cinquante ans après Jésus-Christ, à la fin du n° siècle, au temps &amp;quot;de saint Irénée et du pape saint Victor. Entre la mort de Jé3us et la constitution catholique de l'Église, l'histoire découvrirait donc une période intermédiaire où aucune organisation n'existait : période qu'on pourrait dénommer l'âge ''précatholique ''du christianisme. Il résulte de là que l'Église catholique ne saurait être d'institution divine. Sa naissance, son développement et les péripéties de son histoire, tout s'expliquerait par un concours de circonstances humaines. « Ce n'est qu'après que l'Église fut constituée en oracle infaillible... que l'on songea à justifier en théorie ce qui avait triomphé dans les faits. Le dogme ne consacre jamais que ce qui est déjà, depuis un siècle ou deux, passé en pratique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn262 [262]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
313. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. — Nota. ''— Avant toute discussion de la thèse rationaliste, il convient de remarquer, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, que les historiens catholiques ne prétendent nullement que l'on retrouve, à l'origine du christianisme, une Église tout organisée comme elle le sera par la suite. Requérir une pareille chose, ce serait vouloir que la semence jetée en terre devienne aussitôt un épi de blé avant de passer par les différentes phases de la germination. Les rationalistes concèdent qu'au début du me siècle, et même à la fin du second, l'Église possède une ''hiérarchie ''avec un ''centre d'unité ''et un ''symbole de foi. ''Notre enquête peut donc s'arrêter là. Il nous suffit dès lors de montrer que l'épi dont les historiens rationalistes constatent l'éclosion à la fin du second siècle, est le développement normal d'une semence confiée à la terre à l'origine du christianisme. Et, pour parler sans figures, nous prouverons ''qu'il n'y a pas eu d'âge précatholique, ''que les organes essentiels du christianisme postérieur, étaient précontenus dans le christianisme primitif, dès l'âge apostolique. Auparavant, nous allons reprendre, point par point, les divers articles du système rationaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
314. — ''a) Réfutation de la thèse rationaliste. ''— 1. Au ''point de départ, ''nos adversaires posent en principe que ''Jésus n'a pas pu songer à fonder une église, ''parce que la pensée de toute fondation durable était en dehors de son horizon messianique. C'est là un ''préjugé ''que nous avons réfuté précédemment (N° 307). Nous n'y reviendrons pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Est-il vrai, comme on l'affirme bien légèrement, que les Apôtres trompés par la prédication de Jésus et attendant la venue prochaine du royaume eschatologique, ne purent songer, pas plus que leur Maître, à ''une institution durable? ''S'il en était ainsi, si les Apôtres et les premiers chrétiens avaient été vraiment convaincus que le Christ leur avait annoncé l'imminence du royaume final, si tel était le dogme essentiel de leur foi, comment expliquer que cette première communauté ne se soit pas dissoute, dès que les faits lui démontrèrent que Jésus avait enseigné une erreur ? La chose paraît si évidente que des historiens libéraux, tels que Harnack, reconnaissent que l'Évangile était plus que cela, qu'il était quelque chose de nouveau, à savoir « la création d'une religion universelle fondée sur celle de l'Ancien Testament ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que les ''charismes ''ont fourni les premiers éléments d'organisation, est une hypothèse aussi dénuée de fondement. N'est-il pas évident, — et le fait n'est-il pas d'expérience quotidienne? — que l'inspiration individuelle n'aboutit jamais qu'à ''l'anarchie? ''Renan lui-même n'hésite pas à l'avouer. « La libre prophétie, écrit-il dans ''Marc Aurèle, ''les charismes, la glossolalie, l'inspiration individuelle, c'était plus qu'il n'en fallait pour tout ramener aux proportions d'une chapelle éphémère, comme on en voit tant en Amérique et en Angleterre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Il n'est pas plus juste de prétendre que les premières communautés chrétiennes n'eurent ''aucune autonomie ''et qu'elles n'étaient guère ''distinctes des synagogues ''ou des associations païennes. Sans doute, sur certains points secondaires, des concessions furent faites d'un côté comme de l'autre : c'est ainsi que les communautés composées exclusivement de Juifs convertis, « les judaïsants » furent autorisés à garder la pratique de la circoncision, tandis que les païens étaient admis au baptême sans passer par le judaïsme. Il fallait bien ménager les transitions. Mais ce qui n'en est pas moins vrai, c'est que le christianisme apparaît dès les premiers jours, comme une religion distincte, en dehors de la hiérarchie mosaïque, puisque les Apôtres se reconnaissent une mission religieuse, universelle, qu'ils ne tiennent pas des chefs du judaïsme. ''L'idée de l'Église une et universelle n'est donc pas une idée spéciale à saint Paul, ''encore qu'elle occupe une grande place dans son enseignement. Elle vient de ce fait que les Apôtres sont tous disciples du même Maître et prêchent la même foi, et si les différentes Églises du monde entier arrivent à ne former qu'une seule Église, c'est qu'elles procèdent toutes, par filiation, d'une même communauté primitive, de l'Église-mère de Jérusalem.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Il est faux de dire que la ''ruine de Jérusalem a déplacé le centre de gravité de la chrétienté, ''car déjà au temps des missions de saint Paul, bien avant par conséquent l'année 70, les communautés de la gentilité avaient répudié le ''judéo-christianisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn263 [263]] et n'avaient plus d'attache à la capitale de la Judée. Que Rome soit devenue alors la capitale de la chrétienté parce qu'elle était la capitale de l'Empire gréco-romain, c'est tout à fait vraisemblable. « Cette coopération de Rome, dit Mgr Batiffol, au rôle de la ''Cathedra Pétri, ''nous aurions mauvaise grâce à la contester ; nous faisons nos réserves sur les termes politiques dont on se sert pour la décrire, comme aussi sur la tendance à transformer en cause génératrice ce qui n'est qu'une circonstance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn264 [264]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Quant à l'influence attribuée au ''Symbole des Apôtres ''pour créer ''l'unité de foi ''de l'Église et pour réagir contre les hérésies naissantes, rien n'est plus contestable. Il n'est pas probable en effet que le texte romain qui était la profession de foi baptismale commune à Rome et aux églises de Gaule et d'Afrique, au temps de saint Irénée et même avant, fût imposé aux églises de la chrétienté grecque. Il y a tout lieu de croire même que celles-ci n'ont possédé aucun formulaire commun de leur foi avant le concile de Nicée (325). L'on ne peut donc soutenir que ce fut le symbole romain qui fut cause d'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rationalistes supposent que le Symbole des Apôtres aurait été rédigé à l'occasion des hérésies naissantes, en particulier du ''gnosticisme ''et du ''montanisme. ''Or il n'y a dans cette formule de foi aucune préoccupation antignostique, et les articles s'en retrouvent équivalemment dans des écrits antérieurs à l'hérésie gnostique, par exemple chez les apologistes comme saint Justin (vers 150), Aristide (vers 140) et saint Ignace (vers 110) ; on peut même dire que, tout au moins dans leur substance, ils font partie déjà de la littérature chrétienne de l'âge apostolique. A plus forte raison, le Symbole romain est-il indépendant du montanisme qui est une hérésie plus tardive et qui ne pénétra guère dans le monde chrétien d'Occident avant 180 : date à laquelle la formule du Symbole était déjà rédigée, de l'avis de nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315. — ''b) Preuves de la thèse catholique. ''— D'après les historiens catholiques, la hiérarchie de l'Église remonte à l'origine du christianisme. Comme nous en avons fait déjà la remarque (N° 313) il n'est pas douteux que l'Église ait connu le progrès dans les formes extérieures de son organisation, mais ce que nous affirmons, et ce qui est d'ailleurs le seul point en litige, c'est que l'évolution s'est faite normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''protestants ''et les ''modernistes ''admettent que, du temps de saint Irénée, du pape saint Victor et de la controverse pascale, l'Église possède une autorité enseignante et gouvernante, qu'elle est ''hiérarchique. ''Il nous sera facile de montrer qu'elle l'était bien avant, qu'elle le fut toujours et qu'il ''n'y a pas eu d'âge précatholique. ''Sans doute les documents sur lesquels s'appuie la thèse catholique, ne sont pas nombreux, mais ils sont d'un caractère décisif. Voici les principaux, énumérés dans l'ordre régressif. — 1. ''Témoignage de saint Irénée. ''A la rigueur, le témoignage de saint Irénée ne devrait pas être invoqué, puisque les rationalistes conviennent que, à cette date, l'Église hiérarchique était née. Si nous nous en servons, c'est qu'il est du plus haut intérêt et qu'il nous fait remonter beaucoup plus loin. Argumentant contre les hérétiques, saint Irénée présente le caractère hiérarchique de l'Église comme un ''fait notoire ''et ''incontesté, ''comme une fondation du Christ et des Apôtres. Or comment aurait-il pu revendiquer pour l'Église chrétienne une origine apostolique, si ses adversaires avaient été en état de lui apporter les preuves que la hiérarchie était de fondation récente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Témoignage de saint Polycarpe. ''De saint Irénée passons à la génération précédente. Nous trouvons le témoignage de saint Polycarpe qui, au milieu du second siècle, représente les pasteurs comme les ''chefs de la hiérarchie ''et les gardiens de la foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn265 [265]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Témoignages de saint Ignace d'Antioche ''(mort vers 110) et de ''saint Clément de Rome ''(mort 100). Avec ces deux témoignages nous arrivons au début du ne siècle et à la fin du Ier. Dans son Épître aux Romains, saint Ignace parle de l'Église de Rome comme du centre de la chrétienté: « Vous (Église de Borne), écrit-il, vous avez enseigné les autres. Et moi je veux que demeurent fermes les choses que vous prescrivez par votre enseignement » ''(Rom., ''iv, 1). Vers l'an 96, Clément de Rome, disciple immédiat de saint Pierre et de saint Paul, écrit une lettre aux Corinthiens où il donne de l'Église une notion équivalente à celle de saint Irénée, présentant la ''hiérarchie ''comme la ''gardienne de la Tradition, ''et l'Église de Rome comme la présidente universelle de toutes les Églises locales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Ainsi, de génération en génération, nous parvenons à l'âge apostolique. Nous avons ici, pour nous renseigner, les ''Actes des Apôtres. ''Les témoignages en sont clairs et précis : ils nous montrent avec évidence l'existence d'une société avec sa hiérarchie visible, sa règle de foi et son culte : — 1) ''sa hiérarchie visible. ''Dès la première heure du christianisme, les Apôtres jouent le double rôle de chefs et de prédicateurs. Ils choisissent Mathias pour remplacer Judas ''(Act, ''i, 12, 26).Le jour de la Pentecôte, saint Pierre commence ses prédications et fait de nombreux convertis ''(Act., ''ii, 37). Les Apôtres instituent bientôt des ''diacres ''à qui ils délèguent une partie de leurs pouvoirs (''Act., ''vi, 1,6); — 2) ''sa règle de foi. ''Incontestablement, parmi les premiers chrétiens, il y en eut qui furent favorisés des dons de l'Esprit Saint ou charismes, mais n'exagérons rien, et ne croyons pas pour autant que les premières communautés n'étaient que des groupes mystiques de Juifs pieux qui auraient reçu tous leurs dogmes des inspirations de l'Esprit Saint. Les charismes étaient des ''motifs de crédibilité ''qui poussaient les âmes à la foi ou entretenaient en elles la ferveur religieuse. Mais, loin d'être une règle de foi, ils restaient subordonnés au magistère des Apôtres et à la foi reçue. La preuve évidente en est que saint Paul en réglemente l'usage dans les assemblées (I ''Cor., ''xiv, 26) et n'hésite pas à déclarer qu'aucune autorité ne saurait prévaloir contre l'Évangile qu'il a enseigné (I ''Cor., ''xv, 1). Le christianisme primitif a donc sa règle de foi, et celle-ci lui vient des Apôtres. Sans doute elle n'est pas compliquée et tient en quelques points. Le thème général des prédications apostoliques, c'est que Jésus a réalisé l'espérance messianique, qu'il est le Seigneur à qui sont dus les honneurs divins et en qui seul est le salut ''(Act., ''iv, 12). C'est là une doctrine élémentaire, quoique susceptible de riches développements, que les apôtres imposent à tous les membres de la communauté chrétienne. Rien n'est laissé à l'inspiration individuelle. Que s'il surgit au sein de la jeune Église des sujets de controverse, le cas est déféré aux Apôtres comme à une autorité incontestée, à laquelle seule il appartient de trancher le point en litige ; — 3) ''son culte. ''La lecture des Actes des Apôtres nous témoigne abondamment que la société chrétienne possède et pratique des rites spécifiquement distincts de ceux du judaïsme: le baptême, l'imposition des mains pour conférer le Saint-Esprit, et la fraction du pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De cette longue discussion, il résulte bien que l'Église chrétienne est, au début de son existence, une ''société hiérarchisée, ''entendue au sens de la doctrine catholique (N° 300). Ce que les rationalistes appellent l'âge précatholique est un mythe. Mais si les Apôtres, aussitôt après l'Ascension de leur Maître, parlent et agissent en chefs, c'est qu'ils s'en croient le droit et les pouvoirs. Et s'ils se croient en possession de tels pouvoirs, c'est, selon toute vraisemblance, qu'ils les ont reçus de Jésus-Christ. Par conséquent, les ''textes de l’Évangile ''concordent avec les ''faits de l'histoire, ''et l'on ne voit plus, dès lors, de quel droit nos adversaires peuvent prétendre qu'ils ont été interpolés. C'est donc à juste titre que nous avons appuyé notre thèse sur un double argument, sur l'Évangile et sur l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §. 2. — Jésus-Christ a fondé une hiérarchie permanente. La succession apostolique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316. — ''État de la question. ''— Nous avons établi, dans le paragraphe précédent, que Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique du fait qu'il a institué une autorité enseignante et gouvernante dans la personne des Apôtres. Il s'agit maintenant de savoir si la juridiction conférée aux Apôtres était ''transmissible, ''et, dans le cas affirmatif, ''à qui ''la succession devait échoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici encore deux thèses sont en présence : la thèse ''rationaliste ''et la thèse ''catholique. ''— ''a) ''D'après la première, la hiérarchie n'étant pas d'institution divine, la question de la transmission de la juridiction apostolique ne se pose pas. C'est seulement le besoin qui aurait créé l'organe ; l’''épiscopat serait une institution purement humaine. ''Nous verrons plus loin à quelles circonstances les rationalistes en attribuent l'origine. — b) D'après la thèse ''catholique, ''les évêques, pris en corps, sont, de ''droit divin, les successeurs des Apôtres. ''Ils ont recueilli les pouvoirs du collège apostolique et jouissent de ses privilèges. La thèse catholique s'appuie sur un double argument : — 1. sur ''un argument tiré des textes évangéliques ''et — 2. sur ''un argument historique ''où nous aurons à réfuter la thèse rationaliste sur les origines de l'épiscopat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Argument tiré des textes évangéliques. — Les textes de l'Évangile doivent nous servir à traiter la ''question de droit, ''qui est de savoir si l'autorité apostolique était ''transmissible. ''Or la chose paraît découler, d'une manière évidente, des textes déjà invoqués, et en particulier, des paroles par lesquelles .Notre-Seigneur met les Apôtres à la tête de son Église. Ne leur dit-il pas en effet : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commande : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »? ''(Mat., ''xxviii, 20). Jésus donne à ses Apôtres la mission de prêcher l'Évangile à ''toute ''créature, de baptiser et de régir son Église ''jusqu'à la fin du monde. ''Voilà une tâche qui ne saurait être remplie par ceux à qui elle est confiée. Il suit donc de là que les pouvoirs conférés aux Apôtres n'ont pu être limités ni dans l'espace ni dans le temps, et que, par conséquent, dans la pensée du Christ, ils devaient se transmettre aux successeurs des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— Comme on peut le remarquer, nous avons insisté peu sur l'argument scripturaire, sur la ''question de droit. ''C'est que, on se le rappelle, nos adversaires s'accordent à récuser tous les textes qui rapportent les paroles du Christ ressuscité. Ils ne considèrent donc que la ''question de fait. ''Dans leur théorie « c'est à l'histoire et à l'histoire seule, en dehors de tout préjugé dogmatique, qu'il convient de demander les origines de l'épiscopat »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn266 [266]]. Nous allons résumer, en quelques points, comment ils expliquent ces origines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317. — A ''THÈSE RATIONALISTE.-— Les origines de l’épiscopat. ''— 1. D'après la thèse rationaliste, les membres des premières communautés chrétiennes étaient ''tous égaux ''(V. N° 312). Tous ils formaient un « ''peuple élu», ''un peuple de prêtres et de prophètes. — 2. L'on peut cependant distinguer dans la société chrétienne primitive « deux grandes classes d'ouvriers occupés à l'œuvre de Dieu ; d'une part, les hommes de la parole : les ''apôtres, ''les ''prophètes, ''les ''docteurs ; ''de l'autre, les ''anciens, ''les ''surveillants ''ou ''épiscopes, ''lès ''diacres ''». Les premiers étaient au service de l'Église générale et ne relevaient que de l’Esprit qui les inspirait. Les seconds étaient, au contraire, les employés élus de chaque communauté particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. « Non seulement on ne trouve au début aucune institution formelle de l'épiscopat ni d'une hiérarchie quelconque, mais les noms ''d'episcopi ''et de ''presbyteri ''sont équivalents et désignent les mêmes personnes.» « L'histoire authentique ne mentionne aucun exemple d’évêque constitué par un apôtre, et auquel un apôtre aurait transmis, par cette institution, soit la totalité, soit une partie de ses pouvoirs.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn267 [267]] Les pouvoirs d’enseigner et de gouverner étaient réservés à ceux qui étaient favorisés de charismes. C'est seulement petit à petit que les épiscopes ou presbytres, préposés d'abord à l'administration temporelle des Églises, se seraient emparés des pouvoirs d'enseigner et de gouverner, primitivement réservés aux Apôtres et à tous ceux qui jouissaient de charismes. D'après la thèse rationaliste, il ne faut donc pas parler de pouvoirs conférés par Jésus-Christ. Le christianisme est une démocratie où l'ensemble des chrétiens détient le pouvoir et le délègue à ses élus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn268 [268]]. L'autorité passe d'abord du peuple des fidèles au conseil des Anciens, aux ''seniores ''ou presbytres, puis de ceux-ci elle passe au plus influent d'entre eux qui devient l'Évêque unique, L'épiscopat serait par conséquent, selon le mot de Renan et de Harnack, une institution humaine née de la médiocrité de la masse et de l'ambition de quelques-uns : c'est la médiocrité qui aurait fondé l'autorité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn269 [269]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 — B. ''TRÈSE CATHOLIQUE. — a) ''Le ''point de départ ''de la thèse rationaliste qui suppose que les membres des premières communautés étaient ''égaux ''a été réfuté précédemment (N° 315).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La distinction établie entre les deux classes d'ouvriers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn270 [270]] qui travaillent à l'œuvre chrétienne, entre ce qu'on a appelé la hiérarchie ''itinérante ''et la hiérarchie ''stable, ''n'est pas contestable. Mais c'est à tort que les rationalistes y cherchent une preuve contre l'origine divine de l’épiscopat, comme nous allons le voir dans la discussion du troisième article de leur thèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Avec le troisième point où l'on tente d'expliquer les ''origines de l'épiscopat ''par une série de crises et de transformations, nous arrivons au cœur de la question. On prétend qu'il n'y avait, au début, aucune institution de l'épiscopat et on en donne comme preuves : — 1. que les deux termes ''episcopi ''et ''presbyteri ''sont équivalents, et — 2. que l'histoire ne mentionne ''aucun exemple d'évêque monarchique ''constitué par un apôtre et auquel il ait transmis la totalité ou une partie de ses pouvoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Que les mots ''episcopi ''et ''presbyteri ''aient été d'abord synonymes, la chose paraît bien évidente. Ainsi, —pour ne donner qu'un exemple, — saint Paul écrit dans sa ''Lettre à Tite : ''« Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout organiser, et que, selon les instructions que je t'ai données, tu établisses des ''presbytres ''dans chaque ville. Que le sujet soit d'une réputation intacte... Car il faut que ''l’évêque ''soit irréprochable, en qualité d'administrateur de la maison de Dieu» ''(Tit., ''i, 5, 7). Il est apparent que dans ce passage, les deux mots ''presbytre ''et ''évêque ''sont employés indistinctement l'un pour l'autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai encore que. au premier abord, nous ne retrouvons pas les traces de l’''évêque monarchique, ''tel qu'il existera par la suite. Les presbytres ou épiscopes, que les Apôtres mettent à la tête des communautés fondées par eux, forment un conseil, le ''presbyterium, ''chargé de gouverner l'église locale ''(Act., ''xv, 2, 4 ; xvi, 4 ; xxi, 1.8). Ces presbytres avaient-ils les pouvoirs que l'évêque monarchique aura plus tard ou étaient-ils de simples prêtres ? Les documents de l'histoire ne permettent pas de solutionner le problème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn271 [271]]. Il importe peu du reste, car la question n'est pas là. Qu'avons-nous à rechercher en effet ? Uniquement si les Apôtres ont, oui ou non, ''délégué ''de leur vivant les ''pouvoirs ''qu'ils détenaient de Jésus-Christ, de façon à s'assurer des successeurs lorsqu'ils viendraient à mourir. Tel est bien, il nous semble, le seul point qui nous intéresse et sur lequel nous devons faire la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit que les pouvoirs étaient attachés aux ''charismes, ''et que, pour cette raison, ils n'étaient pas transmissibles, les charismes étant incommunicables. Sans nul doute, les charismes étaient des dons de circonstance, des dons ''personnels, ''venant directement de l'Esprit, donc incommunicables. Mais il ne faut pas confondre ''pouvoirs apostoliques ''et ''charismes. ''Si ceux-ci ont accompagné ceux-là, ils n'en ont pas été le principe. Les charismes étaient des signes divins qui appuyaient l'autorité, mais ils ne la constituaient pas. Les Apôtres avaient donc reçu de Jésus-Christ des ''pouvoirs indépendants des charismes, ''donc ''transmissibles. ''Consultons maintenant les ''faits ''et voyons s'ils les ont ''transmis. ''— 1. Interrogeons tout d'abord les ''Épîtres de saint Paul. ''Elles nous apprendront que, tout en se réservant l'autorité suprême dans les Églises qu'il fondait (I ''Cor, ''v, 3 ; vii, 10, 12 ; xiv, 27, 40 ; II ''Cor., ''xiii, 1, 6), saint Paul confie parfois ses pouvoirs à des délégués. Ainsi il commissionne Timothée pour instituer le clergé à Éphèse ; il lui donne les pouvoirs d'imposer les mains et d'appliquer la discipline (I ''Tim., ''v, 22). De même, il écrit à Tite ces mots que nous avons cités plus haut : « Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout ''organiser... ''» ''(Tit., ''i, 5). Timothée et Tite reçoivent donc la mission d'organiser- les églises et les pouvoirs ''d'imposer les mains, ''c'est-à-dire les pouvoirs épiscopaux. — 2. La ''première lettre de Clément de Rome ''à l'Église de Corinthe nous apporte encore un exemple très précieux de la transmission des pouvoirs apostoliques. La lettre de Clément était destinée à rappeler à l'ordre la communauté de Corinthe qui avait destitué des prêtres de leurs fonctions. Dans ce but, il leur déclare que, de même que Jésus-Christ a été envoyé par Dieu, les Apôtres par Jésus-Christ, de même des prêtres et des diacres furent établis par les Apôtres : on leur doit, de ce fait, la soumission et l'obéissance. , Après quoi il conclut que « ceux qui furent établis par les Apôtres, ou après, par ''d'autres hommes illustres, ''avec l'approbation de toute l'Église... ne peuvent être démis de leurs fonctions sans injustice. » On ne saurait proclamer plus clairement le principe et le fait de la transmission des pouvoirs apostoliques. Qu'est-ce que ces ''hommes illustres ''qui ont établi des prêtres et des diacres, sinon les délégués ou les successeurs des Apôtres? Ces successeurs ne portent pas encore le nom d'évêques : ce sont des ''hommes illustres, ''faisant partie, comme les Apôtres, du clergé itinérant et jouant le rôle d'évêques. Qu'importe que le titre fasse défaut, du moment que la fonction existe1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Considérons maintenant ''l'Église du ''IIe ''siècle. ''Nous venons de découvrir, dès l'âge apostolique, le ''germe ''de l'épiscopat. Tout au début du IIe siècle, nous allons en constater l'éclosion. L'existence de l'épiscopat monarchique nous est attestée par de nombreux témoignages : — 1) ''Témoignage de saint Jean. ''Au début de son ''Apocalypse, ''saint Jean écrit qu'il va rapporter ses révélations sur les « sept Églises qui sont en Asie : à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée » ''(Apoc., ''i, 1-11). En conséquence, sept lettres sont destinées à l'ange de chacune de ces églises. ''Qui est cet ange? ''On s'accorde à dire qu'il ne peut s'agir de l'ange gardien de ces églises, puisque les lettres contiennent des blâmes à côté des éloges, des exhortations et des menaces : ce qui ne saurait s'appliquer à des esprits célestes. Selon toute vraisemblance, ces ''anges ''sont donc les ''chefs spirituels ''des églises, anges du Seigneur, dans le sens étymologique du mot (''aggelos'' = messager, envoyé), qui jouissaient des pouvoirs de l'évêque, sans en porter encore le nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) ''Témoignage de saint Ignace d'Antioche. ''Au témoignage de saint Ignace qui date des dix premières années du second siècle, il y avait un évêque non seulement à Éphèse, à Magnésie, à Tralles, à Philadelphie, à Smyrne, mais dans beaucoup d'autres églises. La hiérarchie est du reste déjà en possession tranquille. L'histoire ne nous apporte pas les traces de crises et de révolutions par lesquelles aurait passé l'épiscopat avant de conquérir les pouvoirs qui lui sont reconnus. « En dehors de l'évêque, des prêtres et des diacres il n'y a pas d'église », écrit saint Ignace à l'église de Tralles (iii, 1).— ''3)Témoignage tiré des listes épiscopales ''dressées, l'une par Hégésippe dans ses ''Mémoires, ''l'autre par saint Irénée dans son ''Traité contre les hérésies. ''Sous le pontificat d'Anicet (155-166), Hégésippe voulant connaître l'enseignement des diverses Églises et en vérifier l'uniformité, entreprit un voyage à travers la chrétienté. Il s'arrêta dans un certain nombre de villes, en particulier à Corinthe et à Rome. A Rome, il établit la liste successorale des Évêques jusqu'à Anicet... Malheureusement cette liste a été perdue et nous n'en connaissons des extraits, que par l'historien Eusêbe. Au contraire, la seconde liste, dressée par saint Irénée, est intacte, et on peut la dater des environs de 180. L'Évêque de Lyon se propose de combattre les hérésies, et particulièrement, le gnosticisme. Pour cela il s'appuie sur la tradition et pose en principe que la règle de foi doit être cherchée dans l'enseignement des Apôtres inaltérable ment conservé par l'Église. A cette fin, il déclare qu'il peut « énumérer ceux que les Apôtres instituèrent évêques, et établir la succession des évêques jusqu'à nous ». Et comme « il serait trop long de donner le catalogue de toutes les églises », il ne veut « considérer que la plus grande et la plus ancienne, l'église connue de tous, fondée et organisée à Eome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul ». Il dresse alors la liste épiscopale de Rome jusqu'à Eleuthère : les bienheureux apôtres (Pierre et Paul), Lin, Anenclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter, Eleuthère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''contre l'historicité de ces listes épiscopales, que les noms des évêques varient de catalogue à catalogue, et que la ''liste ''de saint Irénée diffère de la liste du ''catalogue ''« ''Libérien» ''dressé, en 354, par Philocalus, sous le pape Libère. — II est vrai qu'il y a entre les deux listes quelque divergence : ainsi le catalogue « Libérien » fait suivre Lin immédiatement de Clément et dédouble Anenclet en Clet et Anaclet. De telles variantes sont assez minimes pour qu'on n'y attache pas une trop grande importance, et il y a par ailleurs tout lieu de croire qu'elles sont le fait des copistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc tirer de ce qui précède les conclusions suivantes: — 1. Des textes de l'Évangile et des documents de la primitive Église il résulte que les ''pouvoirs apostoliques ''étaient ''transmissibles ''et ont été ''transmis. — ''2. Les Apôtres ont communiqué leurs pouvoirs à des ''délégués ''en élevant certains disciples à la plénitude de l'Ordre et en leur donnant la mission, soit de diriger les Eglises qu'ils avaient eux-mêmes fondées, soit d'en fonder et d'en organiser de nouvelles. 3. il est dès lors faux de prétendre que l'épiscopat soit né de la médiocrité des uns et de l'ambition des autres. Ce n'est pas la « médiocrité qui a fondé l'autorité», c'est l'Évangile. Les Évêques ont été institués pour recueillir la mission et les pouvoirs dont Jésus-Christ avait investi ses Apôtres. ''Pris en corps, ''les ''Évêques ''sont par conséquent les ''successeurs du collège apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. Jésus-Christ a fondé une Église monarchique. Primauté de Pierre et de ses successeurs. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319. Nous avons démontré, dans les deux paragraphes précédents, que l'Église fondée par Jésus-Christ n'est pas une démocratie qui comporte l'égalité des membres, qu'elle est une ''société hiérarchique ''où il y a des chefs qui détiennent leurs ''pouvoirs, ''non du peuple chrétien, mais de ''droit divin. ''Une autre question se pose encore. ''l’autorité souveraine ''qui appartient à l'Église enseignante réside-t-elle dans le ''corps des Evêques ''ou dans ''un seul ''de ses membres? L'Église est-elle une ''oligarchie ''ou une ''monarchie [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn272 [272]]? A la tête de son Eglise Jésus-Christ a-t-il constitué un ''chef suprême? ''La négative est soutenue par les Protestants et les Grecs schismatiques. Cependant ces derniers et un certain nombre d'Anglicans concèdent que Pierre reçut une primauté ''d'honneur ''et non une primauté de ''juridiction[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn273 [273]]. Les catholiques prétendent le contraire. Ils affirment que Jésus-Christ a conféré la ''primauté de juridiction à saint Pierre, ''et dans sa personne, à ses ''successeurs. ''Les deux points de la thèse catholique que nous devons établir séparément, s'appuient sur un argument tiré des ''textes évangéliques ''et sur un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''320 — I. ''Premier Point.''''' — '''La Primauté de Pierre. '''- ''Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Argument tiré des textes évangéliques. '''— La primauté de Pierre découle des paroles de la ''promesse ''et des paroles de la ''collation.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PAROLES DE LA PROMESSE. ''— Les paroles par lesquelles Notre-Soigneur ''promit ''la primauté de juridiction à saint Pierre, furent prononcées à Césarée de Philippe. Jésus avait interrogé ses disciples pour savoir quelle opinion l'on se faisait de sa personne. Et Pierre, en son propre nom, et d'une inspiration spontanée, avait confessé que « Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C'est alors que le Sauveur lui adressa ces paroles fameuses : « Tu es heureux, Simon, fils d« Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (''Mat., ''xvi, 17,19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce texte trois choses doivent être relevées, qui vont à la démonstration de la thèse catholique : — ''a) ''Tout d'abord il convient de remarquer que Jésus ''change le nom ''de Simon en celui de Pierre. Or le changement de nom est, d'après l'usage biblique, le signe d'un bienfait. Ainsi, Abram fut appelé Abraham, lorsque Dieu voulut contracter alliance avec lui et le désigner comme le père des croyants (''Gen''., xvii'','' 4, 5). — b) Dans le cas présent, le ''nouveau nom, ''donné à Simon, ''symbolise la mission ''dont Jésus veut le revêtir. Simon s'appellera désormais Pierre, parce qu'il doit être la ''pierre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn274 [274]], la roche sur laquelle Jésus veut fonder son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn275 [275]]. Ce qu'est le rocher par rapport à l'édifice, Pierre le sera par rapport à la société chrétienne, à l'Eglise du Christ : fondement ferme qui assurera la stabilité à toute la construction, roc inébranlable qui défiera les siècles et sur lequel viendront se briser « les portes de l'enfer» autrement dit, les assauts du démon. — ''c) ''Enfin les ''dés du royaume des deux ''sont remises entre les mains de Pierre- Nous ne nous arrêterons pas aux pouvoirs de lier et de délier ; ils ne sont pas en effet, la propriété exclusive de Pierre ; il les partage avec les autres apôtres. Mais la remise des clés est un ''privilège insigne et spécial, ''elle confère un pouvoir absolu. Le royaume des cieux est comparé à une maison. Or, — cela va de soi, — seul, celui qui a les clés et ceux à qui ce dernier veut bien ouvrir, ont accès à la maison. Voilà donc Pierre constitué le seul intendant de la maison chrétienne, l'unique introducteur au royaume de Dieu. Inutile d'insister plus : la promesse du Christ est trop claire pour qu'il reste un doute sur sa signification. Seul Pierre change de nom, seul il est appelé le fondement de la future Église, seul il en recevra les clés : si les mots ont un sens, c'est bien la primauté de Pierre qu'ils signifient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''suivant leur tactique habituelle, que le passage en question est ''inauthentique ''et qu'il a été interpolé au moment où l'Église avait déjà vécu tin certain temps et avait accompli son évolution vers la forme catholique. Ils en voient la preuve dans ce fait que saint Matthieu est le seul à rapporter les paroles de Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— L'argument tiré du silence de Marc et de Luc est purement négatif. Il n'aurait de valeur que si l'on pouvait prouver que le passage devait être rapporté par eux et était commandé par le sujet qu'ils traitaient. Or une telle démonstration ne peut être faite, et le silence des deux synoptiques doit être attribué à des motifs littéraires qui ne comportaient pas l'introduction du texte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321. — B. ''PAROLES DE LA COLLATION. ''— Le pouvoir suprême que Jésus avait commencé par ''promettre ''à Pierre, deux passages de l'Évangile nous attestent qu'il le lui a effectivement conféré. — ''a) Mission donnée à Pierre de confirmer ses frères. ''Quelque temps avant sa Passion, Jésus annonce aux Apôtres leur prochaine défaillance, mais en même temps qu'il prédit celle de Pierre, il lui déclare qu'il a spécialement prié pour lui : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » ''(Luc, ''xxii, 31-32). Ainsi, lorsque les Apôtres, d'abord vaincus par la tentation, se seront relevés de leur chute, purifiés par l'épreuve qui aura retranché de leur âme les faiblesses du passé, tel le crible qui sépare la paille du froment, Jésus donne à Pierre la mission de confirmer ses frères. Une telle mission implique évidemment la primauté de juridiction. — ''b) Pierre reçoit la charge du troupeau chrétien. ''La scène se passe après la Résurrection. Voici comment saint Jean la rapporte ''(Jean, ''xxi, 15, 17). Par trois fois Jésus demande à Pierre s'il l'aime ; par trois fois, Pierre proteste de son amour et de son inviolable attachement. Alors le Sauveur, se sentant à la veille de quitter ses disciples par son Ascension, remet à Pierre la garde de son troupeau. Il lui confie le soin de la chrétienté tout entière, à la fois des agneaux et des brebis. « Pais mes agneaux », lui dit-il deux fois, puis une troisième fois : « Pais mes brebis». Or, d'après l'usage courant des langues orientales, le mot paître veut dire ''gouverner. ''Paître les agneaux et les brebis c'est donc gouverner avec une autorité souveraine l'Église du Christ ; c'est en être le chef suprême ; c'est ''avoir la primauté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''322. — 2°''' '''Argument historique. '''— A ne considérer la question que du seul point de vue historique, nous retrouvons, en face l'une de l'autre, les deux thèses, ''rationaliste ''et ''catholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. THESE RATIONALISTE. — ''D'après les rationalistes, le texte : ''Tu es Pierre ''et sur cette pierre je bâtirai mon Église « n'a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnée, qu'au iiie siècle, lorsque les Évêques de Rome en eurent précisément besoin pour soutenir leurs prétentions naissantes »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn276 [276]]. La primauté de saint Pierre, prétendent-ils, n'a nullement été reconnue par les autres apôtres, et en particulier par saint Paul, car ce dernier, non seulement ne recense pas toujours Pierre le premier (I ''Cor., ''i, 12 ; iii, 22) ; ''Gal''., ii, 9), mais il ne craint même pas de « lui résister en face » ''(Gal''., ii, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les ''Actes des Apôtres ''fournissent à l'historien catholique de nombreux témoignages qui attestent que Pierre a ''exercé sa primauté ''dès les premiers jours de l'Église naissante. — 1. Après l'Ascension, c'est Pierre qui propose le remplacement de Judas pour compléter le collège des Douze ''(Act., ''i, 15, 22). — 2. Le premier, il prêche l'Évangile aux Juifs le jour de la Pentecôte ''(Act., ''ii, 14 ; iii, 6). — 3. Le premier, éclairé par l'ordre de Dieu, il reçoit les Gentils dans l'Église ''(Act., ''x, 1). — 4. Il visite les Églises ''(Act., ''ix, 32). — 5. Au Concile de Jérusalem, il clôt la longue discussion qui s'est engagée, en disant que la circoncision ne doit pas être imposée aux païens convertis, et personne ne fait opposition à son avis ''(Act., ''xv, 7, 12). Et si Jacques parle après lui, ce n'est pas pour discuter son opinion, mais uniquement, parce que, préposé à l'Église de Jérusalem, il juge qu'il y a lieu d'imposer aux Gentils quelques prescriptions de la loi juive dont l'infraction pourrait scandaliser les chrétiens d'origine juive qui forment la masse de son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn277 [277]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous ''objecte, ''il est vrai, que saint Paul ''n'a pas reconnu la primauté de Pierre. ''— Comment se fait-il alors que, trois ans après sa conversion, il ''soit venu ''à Jérusalem ''pour le visiter (Gal., ''i, 18, 19). Pourquoi est-il allé à Pierre, plutôt qu'aux autres, plutôt qu'à Jacques qui présidait à l'Église de Jérusalem? N'est-ce pas une preuve évidente qu'il le ''regardait comme le chef des Apôtres? ''— S'il en était ainsi, ''réplique-t-on, ''pourquoi ne le nomme-t-il pas toujours le premier? — La chose est bien simple, c'est que saint Paul ne recense jamais ''ex professo ''le collège apostolique, et ne fait que citer quelques noms en passant. Parfois aussi, comme au passage (I ''Cor., ''I, 12), il lui arrive de suivre une ''gradation ascendante, ''puisque, après Pierre, il nomme le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, et c'est là un terrain d'attaque cher aux rationalistes, oubliez-vous le ''conflit d'Antioche ''où Paul ne craignit pas de résister en face à Pierre? — Pour que nos adversaires ne nous accusent pas de diminuer ''l'importance du conflit, ''nous allons le rapporter d'après les propres paroles de saint Paul. « Quand Képhas vint à Antioche, écrit-il aux Galates (II, 11-14), je m'opposai à lui en face, parce qu'il était visiblement en faute. En effet, avant l'arrivée de certaines personnes d'auprès de Jacques, il mangeait avec les Gentils. Mais quand elles furent arrivées, il se retira et se tint à l'écart, par crainte de ceux de la circoncision. Et les autres Juifs s'associèrent à son hypocrisie, en sorte que Barnabé aussi fut entraîné par leur duplicité. Mais quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non pas à celle des Juifs, comment peux-tu contraindre les Gentils à vivre en Juifs? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on peut le constater, le ''conflit ''est né de la fameuse question, soulevée par les judaïsants, de savoir si la loi mosaïque avait gardé son caractère obligatoire et s'il était exigé de passer par la circoncision pour entrer dans l'Église chrétienne. Or, — qu'on remarque bien ce point, — les deux Apôtres ont toujours été d'accord pour répondre que non : il n'y a donc pas eu conflit entre eux sur le ''terrain dogmatique. ''Et voici où le litige va surgir. Il arriva que saint Pierre, pour ne pas provoquer les récriminations des judaïsants, s'abstint de manger avec les Gentils qui s'étaient convertis sans passer par le judaïsme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement une telle manière de faire pouvait être interprétée en sens divers. — 1. Ou bien l'on pouvait y voir une simple ''mesure de prudence que ''justifiait le but poursuivi. S'adressant à des milieux différents, l'un, apôtre des circoncis, l'autre, des incirconcis, faut-il s'étonner que saint Pierre et saint Paul aient eu à adopter, dans les questions de discipline, des attitudes différentes? N'est-il pas raconté par ailleurs dans les Actes des Apôtres, que saint Paul, placé à l'occasion dans une circonstance identique, n'a pas agi autrement, et qu'en dépit de ses convictions, il a circoncis Timothée, à cause des Juifs qui étaient dans ces contrées (de Lystres et d'Iconium: ''Act., ''xvi, 3). — 2. Ou bien l'on pouvait prendre la conduite de saint Pierre pour de ''l'hypocrisie ''et de la ''lâcheté : ''et c'est ainsi que la chose fut jugée par saint Paul. Il sembla à ce dernier que, pour éviter les conséquences regrettables de l'attitude de Pierre, il était de son devoir de le reprendre. Nous nous trouvons donc dans un ''cas de correction fraternelle ''faite par un inférieur, et dans laquelle ce dernier, selon toute apparence, manqua de mesure et de déférence, emporté sans doute par un zèle excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que si saint Paul attachait une telle importance à la conduite de saint Pierre, objecterons-nous à notre tour aux rationalistes, n'est-ce pas, de toute évidence, que son influence sur les églises était plus grande et moins incontestée? L'argument des rationalistes retourne donc contre eux, et le conflit d'Antioche, loin de prouver contre la primauté de Pierre, nous en apporte un nouveau témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324.— II. ''Deuxième point. ''— '''La primauté des successeurs de saint Pierre. '''— La primauté conférée par Jésus à saint Pierre était-elle un ''don personnel, ''une sorte de ''charisme? ''Ou était-elle un ''pouvoir transmissible ''et devant échoir à ses successeurs? Et dans ce dernier cas, quels devaient être les successeurs de Pierre? Nous répondrons à ces questions en montrant dans les deux thèses suivantes : 1° que ''la primauté de Pierre tait un pouvoir permanent, ''et 2° que les ''successeurs de Pierre sont les Évêques de Borne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Thèse I.''''' '''La primauté de Pierre était transmissible. '''— Cette proposition s'appuie sur un ''argument tiré des textes de l'Évangile ''et sur un ''argument historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Argument tiré des textes évangéliques. ''— Du texte de saint ''Matthieu ''(xvi, 17, 19) invoqué précédemment pour pouvoir la primauté (N° 320), il résulte que Pierre a été choisi pour être le ''fondement ''de toute l'Église et ''qu'il a reçu les clés ''du royaume des cieux. Or le fondement doit durer aussi longtemps que l'édifice lui-même. Et comme Jésus a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20), il faut en déduire que la primauté, principe et fondement de l'édifice, doit durer autant que celui-ci, et que Pierre doit transmettre son autorité à ses successeurs. L'autorité suprême sera d'ailleurs d'autant plus requise que l'Église se développera et étendra ses rameaux plus loin : plus une armée est nombreuse, plus elle a besoin d'un chef suprême qui la commande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Argument historique. ''— Si la primauté de Pierre a été recueillie par ses successeurs, l'histoire doit en témoigner. Mais comme cette question se confond avec celle de savoir quels furent les successeurs, nous renvoyons à la seconde proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
325. — '''''Thèse II.''''' '''Les successeurs de Pierre dans la primauté sont les Évêques de Rome'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn278 [278]]. — Pour prouver cette thèse, il faut établir deux choses : 1° que ''Pierre est venu à Rome ''et peut être considéré comme le premier Évêque de l'Église de Rome ; et 2° que la primauté des Évêques de Rome, ses successeurs, ''a toujours été reconnue dans tonte l’Église. ''La question est donc tout historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''La venue et la mort de saint Pierre à Rome. '''— ''État de la question. ''— 1. Il s'agit de rechercher si Pierre est venu dans la capitale du monde romain et s'il y a fondé une communauté chrétienne. Point n'est besoin de démontrer qu'il y est resté un laps de temps plus ou moins long, ni d'une façon continue[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn279 [279]]. Il ne faut pas en effet se représenter l'Église primitive sous la forme de l'Église actuelle. Les Apôtres étaient des missionnaires qui se souvenaient de la parole de leur Maître : « Allez, enseignez toutes les nations. » En face d'un champ aussi vaste ouvert à leur activité, il serait bien étrange de les trouver attachés à une résidence fixe. Ils étaient donc, ici ou là, partout où ils pouvaient jeter, avec espoir de moisson, la semence de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le fait de la venue et de la mort de saint Pierre à Rome était nié autrefois par les critiques rationalistes et protestants, qui voyaient dans cette contestation un excellent argument contre la primauté de l'Évêque de Rome. Mais la faiblesse de leurs arguments était telle que Renan n'hésita pas à reconnaître, dans un appendice à son volume L'''Antéchrist ''(1873), comme une chose « très admissible que saint Pierre fût venu à Rome » et même à regarder « comme probable le séjour de Pierre à Rome ». Les critiques actuels vont plus loin et ne font plus de difficultés pour soutenir le point de vue catholique. Citons quelques lignes du plus illustre d'entre eux : « Le martyre de Pierre à Rome, écrit M, Harnack –(''Chronologie) ''a été combattu jadis en vertu de préjugés protestants tendancieux... Mais que ce fût une ''erreur, ''cela est évident aujourd'hui pour tout chercheur qui ne s'aveugle pas. » « Aujourd'hui, dit encore le même critique dans un Discours prononcé en 1907 devant l'Université de Berlin, nous savons que cette venue (de Pierre à Rome) est un fait bien attesté, et que les commencements de la primauté romaine dans l'Église remontent jusqu'au IIe siècle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique, ''qui affirme que saint Pierre est ''venu ''à Rome, qu'il y a fondé l'Église romaine et qu'il y reçut le martyre, n'étant plus sérieusement contestée, il nous suffira dépasser rapidement en revue les principaux témoignages sur lesquels elle s'appuie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voici, en suivant l'ordre régressif, et siècle par siècle, — ''a) Au début du ''IIIe ''siècle, ''nous avons les témoignages du prêtre romain Caius et de Tertullien. — 1. Caius, écrivant contre Proclus, disait : « Je puis vous montrer les monuments des apôtres. Que vous veniez au Vatican ou sur la voie d'Ostie, vous aurez sous les yeux les monuments des fondateurs de notre Église. » Ce passage, qui date des environs de l'an 200, prouve qu'à cette époque on était persuadé que les tombeaux du Vatican et de la voie d'Ostie gardaient les reliques de saint Pierre fit de saint Paul, fondateurs de l'Eglise romaine et martyrs sous Néron. — 2. Tertullien, à la même époque, discutant contre les gnostiques, rappelle le martyre que, sous Néron, saint Pierre et saint Paul subirent à Rome, le premier sur la croix, le second par le glaive du bourreau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''A la fin du ''IIe ''siècle. ''— 1. Saint Irénée écrivait en Gaule : « Ce sont les apôtres Pierre et Paul qui ont évangélisé l'Église romaine... et c'est pour cela qu'entre toutes elle est la plus antique, la plus connue, tenant des apôtres sa tradition : c'est pour cela que chaque Église doit se tourner vers elle et reconnaître sa supériorité. » — 2. Denys de Corinthe, écrivant aux Romains, en 170, leur disait : « Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis -ensuite ensemble pour l'Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Parmi les ''Pères apostoliques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn280 [280]] nous avons les témoignages de saint Ignace et du pape saint Clément. — 1. Saint Ignace d'Antioche venait d'être condamné aux bêtes et avait été envoyé à Rome pour y subir le dernier supplice. Ayant appris que la communauté romaine avait entrepris des démarches pour le sauver, il lui écrivit de n'en rien faire, l'adjurant en ces termes : « Ce n'est pas comme Pierre et Paul que je vous commande ; eux, ils étaient apôtres et moi je ne suis plus qu'un condamné. » « Ces paroles, dit Mgr Duchesne, ne sont pas l'équivalent littéral de la proposition : saint Pierre est venu à Rome. Mais supposé qu'il y soit venu, saint Ignace n'aurait pas parlé autrement ; supposé qu'il n'y soit pas venu, la phrase manque de sens. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn281 [281]] — 2. Saint Clément. Ecrivant aux Corinthiens entre 95 et 98, il met en relief les souffrances des deux apôtres Pierre et Paul « qui restent chez nous le plus beau des exemples». Ainsi saint Clément qui est romain, qui envoie sa lettre en qualité d'évêque de Rome, insiste sur cette circonstance, que les actes d'héroïsme qu'il décrit se sont passés sous ses yeux, que le martyre de saint Pierre et de saint Paul a été d'un grand exemple « chez nous», c'est-à-dire à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) Au temps des Apôtres, ''nous avons le ''témoignage de saint Pierre ''lui-même, qui date de Babylone la première Épître adressée aux fidèles d'Asie (I ''Pierre, ''v, 13). Or « Babylone, dit Renan, désigne évidemment Rome. C'est ainsi qu'on appelait dans les chrétientés primitives la capitale de l'Empire ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
326. — A la thèse catholique les Protestants ''objectent ''que saint Luc dans les ''Actes des Apôtres, ''saint Paul dans son ''Épître aux Romains, ''Flavius Josèphe qui rapporte la persécution de Néron, ne font pas mention de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Réponse'''. ''— Nous avons déjà observé que l'argument tiré du silence n'a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l'historien et aurait dû être mentionné par lui. Or — 1. pour ce qui concerne saint Luc, l'objection est sans fondement pour la bonne raison que les ''Actes des Apôtres ''ne décrivent que les débuts de l'Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu'à partir du chapitre xiii, il n'est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d'être complets, c'est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d'Antioche. — 2. Il n'y a pas lieu de s'étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son ''Épître aux Romains : ''ses autres Épîtres nous montrent qu'il n'avait pas l'habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu'il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur, évêque. — 3. Josèphe déclare qu'il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s'il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l'incendie de Rome et du meurtre de Sénèque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''Le fait de la ''venue ''et du ''martyre ''de saint Pierre à Rome n'est donc contredit par aucune objection sérieuse. Il est au contraire démontré par de nombreux témoignages qui, de génération en génération, nous conduisent à l'âge apostolique. Nous pourrions ajouter encore que le fait est confirmé par les ''monuments ''qui attestent la présence à Rome du Prince des Apôtres, tels que les deux chaires de saint Pierre, dont l'une est conservée au baptistère du Vatican, les peintures et les inscriptions des Catacombes, datant du IIe siècle, et où son nom est mentionné. Mais il n'est pas nécessaire d'insister, puisque aussi bien la thèse catholique n'est pas contredite par les critiques sérieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
327. — 2° '''Les Évêques de Rome ont toujours eu la primauté. '''— Puisque saint Pierre peut être considéré comme le premier Évêque de Rome, sa primauté devait se transmettre aux héritiers de son siège : c'est la ''question de droit. ''Mais il nous faut examiner la ''question de fait ''et demander à l'histoire s'il en a été ainsi. Le point est de la plus haute importance, car si les documents de l'histoire nous démontraient que primitivement la primauté des évêques de Rome n’était pas reconnue, la ''question de droit ''serait fortement en péril. Il ne faut donc pas trop s'étonner que les rationalistes, protestants et modernistes, aient pris à tâche de prouver, par l'histoire, que la primauté des Évêques de Rome n'est pas d'origine primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— La thèse des ''rationalistes ''tient en quelques mots. Suivant leur théorie, il n'y aurait eu, à l'origine, aucune distinction entre les évêques : ils auraient tous joui d'une autorité égale. Pou à peu ils se seraient arrogé une puissance plus ou moins grande et relative à l'importance de la ville où était leur siège. Il arriva donc tout naturellement que les évêques de Rome, qui habitaient la capitale de l'Empire, furent considérés comme les chefs de l'Église universelle. A cette raison majeure s'ajoute un heureux ensemble de circonstances, telles que l'ambition des évêques romains, leur prudence dans le jugement des causes soumises à leur arbitrage et les services qu'ils rendirent lorsque l'Empire s'écroula. La primauté de l'Évêque de Rome ne serait née qu'à la fin du u' siècle, lorsque le pape Victor, pour terminer la controverse qui s'était élevée à propos du jour où l'on devait célébrer la fête pascale, « lança en 194, un édit impérieux qui retranchait de la communion catholique et déclarait hérétiques toutes les Églises d'Asie ou d'ailleurs qui ne suivraient pas, dans cette question de la Pâque, la coutume romaine »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn282 [282]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
328. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les historiens ''catholiques ''prétendent au contraire que la primauté de l'Évêque de Rome a toujours été ''reconnue ''dans l'Église universelle. Au commencement du IVe ''siècle, ''la primauté de la Chaire romaine est un ''fait incontesté. ''A cette époque il est manifeste que les évêques de Rome ''parlent et agissent en pleine conscience de leur primauté. ''Le pape Sylvestre envoie ses légats pour présider le concile de Nicée (325). Jules I déclare que c'est à Rome que doivent être jugées les causes des évêques. Le pape Libère, à qui l'empereur Constance demande de condamner Athanase, — ce qui prouve qu'il lui en reconnaît le droit, — se refuse à le faire. De même, les Pères sont unanimes à ''admettre la primauté de l’Évêque de Rome. ''Saint Optât de Milet, argumentant contre les Donatistes qui prétendaient que l'Église se composait des seuls justes et que la sainteté était la marque essentielle de l'Église, répond que l'unité est une note non moins essentielle et qu'il est absolument indispensable de rester en communion avec la Chaire de Pierre. Saint Ambroise regarde également l'Église romaine comme le centre et la tète de tout l'univers catholique. A leur tour, les évêques orientaux saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome parlent de l’Évêque de Rome comme du chef de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La primauté de l'Évêque de Rome étant universellement reconnue au IVe siècle, notre enquête pourra se borner aux siècles qui précèdent. Or, dans les trois premiers siècles, l'existence de la primauté romaine nous est attestée par les ''écrits des Pères, ''par les ''conciles ''et par la ''coutume ''d'en ''appeler ''à l'Évêque de Rome pour terminer les différends.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Examinons d'abord les ''témoignages des Pères de l'Église. ''— 1. Au IIIe siècle, Origène écrit au pape Fabien pour lui rendre compte de sa foi. Tertullien, avant d'être montaniste, admet la primauté de Pierre. Devenu montaniste, il la tourne en dérision, ce qui est une autre preuve qu'il en reconnaît l'existence. — 2. A la fin du IIe siècle, saint Irénée pose comme critère des traditions apostoliques, la conformité de doctrine avec l'Église romaine qui doit servir de règle de foi à cause de la primauté qu'elle a héritée de saint Pierre. Saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean, Abercius vont à Rome pour visiter l'Évêque et le consulter sur les choses de la foi et de la discipline. Les hérétiques eux-mêmes, Marcion et les ''montanistes ''veulent faire approuver leur doctrine par le siège apostolique. Au début du IIe siècle, saint Ignace, écrivant aux Romains, déclare que leur église préside à toutes les autres. - 3. Et nous voici parvenus au Ier siècle. En 96, l'Évêque de Rome, Clément, comme nous l'avons déjà vu, écrit aux Corinthiens pour rappeler à l'ordre la communauté, qui a déposé injustement des presbytres. Il leur déclare que ceux qui ne lui obéiront pas, se rendront coupables de faute grave. La conduite de Clément de Rome a d'autant plus d'intérêt qu'au moment où il écrivait, l'apôtre saint Jean vivait encore et aurait dû intervenir si l'Évêque de Rome avait été sur le même pied que les autres évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La primauté des évêques de Rome a été ''reconnue par les conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn283 [283]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1, Ainsi, au ''concile d'Éphèse ''(431), saint Cyrille d'Alexandrie, qui occupait le premier rang parmi les patriarches d'Orient, demanda à l'Evêque de Rome une sentence et une définition contre l'hérésie nestorienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Les Pères du ''concile de Chalcédoine ''(451); presque tous orientaux, adressèrent une lettre au pape saint Léon pour demander confirmation de leurs décrets. Le pape répondit par une lettre célèbre où il condamnait les erreurs d'Eutychès ; en même temps il envoya des légats pour présider le concile en son nom, et le concile se termina par cette formule : « Ainsi le concile a parlé par la bouche de Léon. » — 3. Successivement, les ''conciles de Constantinople, ''le troisième tenu en 680, le huitième en 869, le ''concile de Florence, ''en 1439, composé de Pères grecs et latins, proclamèrent la primauté du successeur de saint Pierre et dirent que Jésus-Christ lui a donné, dans la personne de saint Pierre, « plein pouvoir de paître, de diriger et de gouverner l'Église entière ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La primauté des Evêques de Rome est en outre attestée par ce fait qu'ils ''interviennent ''dans les différentes Églises ''pour terminer les différends. ''Ainsi, sans rappeler à nouveau que, à la fin du Ier siècle déjà, Clément de Rome écrivit à l'Église de Corinthe pour la remettre dans le droit chemin, nous verrons plus tard les Évêques orientaux eux-mêmes, entre autres saint Athanase et saint Jean Chrysostome, en appeler à l'Évêque de Rome pour la défense de leurs droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
329. — Les Protestants ''objectent : ''— 1. que ceux à qui on donne le nom d'évêques n'étaient en réalité que les présidents du presbyterium ; — 2. qu'en toute hypothèse, leur autorité n'a pas été universellement reconnue, puisque saint Cyprien et les évêques d'Afrique ont résisté au décret du pape saint Etienne qui défendait la réitération du baptême conféré par les hérétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Pour prouver que les Évêques n'étaient que de simples ''présidents du presbyterium, ''on allègue ce fait que la ''Prima Clementis, ''les ''lettres de saint Ignace aux Romains ''et le ''Pasteur d'Hermas ''ne parlent pas d'un évêque monarchique de Rome. — Or le silence d'un écrivain sur un fait, avons-nous déjà dit, ne prouve pas nécessairement contre l'existence de ce fait. Ainsi, en 170, ''Denys de Corinthe ''envoie une réponse à l'église de Rome, et non à son évêque Soter, et pourtant M. Harnack lui-même qui fait l'objection, admet que Soter était certainement évêque monarchique. Il importe donc peu que la première lettre de Clément aux Corinthiens ne porte pas son nom et ait été envoyée au nom de l'Église de Rome ; il ne fait pas de doute que son auteur est un personnage unique et n'est autre que le pape Clément. — Quant à la ''lettre d’Ignace aux Romains ''(107) et au ''Pasteur d'Hermas, ''s'ils ne mentionnent pas l'Évêque de Rome, il n'y a pas à en conclure que celui-ci n'existait pas, car ils ne parlent pas davantage des presbytres et des diacres de Rome dont personne ne songe pourtant à contester l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai que saint Cyprien, estimant que la réitération du Baptême était surtout disciplinaire a résisté au décret du Pape Etienne. Mais la résistance d’un homme, même très saint et de bonne foi, ne détruit en rien le fait de cette autorité. N’a-t-on pas vu aussi, de temps en temps, de grands évêques comme Bossuet, adhérer à des propositions condamnées, tout en reconnaissant la primauté du Souverain Pontife ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La primauté des Évêques de Rome découle donc de ce premier fait que ''saint Pierre a fixé sa chaire à Borne, ''et de ce second, qu'elle a ''toujours été reconnue dans l'Église universelle. ''L'on ne peut dire dès lors que l'autorité suprême des papes soit née de l'ambition des Évêques de Rome et de l'abdication des autres Évêques. Si en effet les évêques avaient été d'abord égaux de droit divin, comme le prétendent les adversaires, il y aurait eu, à un moment de l'histoire, un changement total dans là foi et la pratique de toute l'Église. Or cela n'aurait pu se produire sans soulever des dissensions et des réclamations sans fin, de la part des autres Évêques, qui auraient été lésés dans leurs droits, et dont les privilèges auraient été d'autant diminués. Comme l'histoire ne porte aucune trace d'une semblable agitation, et qu'elle ne relève des discussions que sur des points secondaires, tels que la célébration de la fête de Pâques et la question des rebaptisants, il faut en conclure que le principe de la primauté de l'Évêque de Rome n'a jamais été contesté, et que l'Église universelle lui a toujours ''reconnu, ''non pas seulement une primauté d'honneur, mais une ''vraie primauté de juridiction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4 — Jésus-Christ a conféré a son Église le privilège de l’infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
330. — Nous avons vu que Jésus-Christ a fondé une ''Église hiérarchique ''du fait qu'il a conféré au collège des Apôtres, et des Évêques leurs successeurs, le triple pouvoir d'enseigner, de sanctifier et de régir. Dans ce paragraphe nous démontrerons qu'au pouvoir d'enseigner Jésus a attaché le ''privilège de l'infaillibilité. ''Nous parlerons : 1° du ''concept de l'infaillibilité ; ''2° des ''preuves de son existence ; ''et 3° de ceux ''à qui appartient ''le privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Concept de l'infaillibilité. '''— Que faut-il entendre par infaillibilité? L’''infaillibilité ''concédée par Jésus-Christ à son Église est la préservation de toute erreur doctrinale, garantie par l'assistance spéciale de l'Esprit Saint. Ce n'est pas simplement l'inerrance de fait, c'est ''l’inerrance de droit, ''c'est l'impossibilité de l'erreur, de sorte que toute doctrine proposée par ce magistère infaillible doit être crue comme véritable, parce que proposée comme telle. L'infaillibilité ne doit donc pas être confondue : — 1. avec ''l'inspiration, ''qui consiste dans une impulsion divine poussant les écrivains sacrés à écrire tout ce que et rien que ce que Dieu veut ; — 2. ni avec la ''révélation ''qui implique la manifestation d'une vérité, auparavant ignorée. Le privilège de l'infaillibilité ne fait pas découvrir à l'Église des vérités nouvelles ; elle lui garantit seulement que, grâce à l'assistance divine, elle ne pourra, sur les questions de foi et de morale, ni errer ni par conséquent induire en erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fausse conception de l'infaillibilité. ''— II faut rejeter comme faux le ''concept moderniste de ''l'infaillibilité, lequel découle d'ailleurs de leur concept, également faux, de la révélation. Comme dans leur système, la ''révélation ''se fait dans l'âme de chaque individu, qu'elle est « la conscience acquise par l'homme, de ses rapports avec Dieu » (N° 145), l'Église enseignante n'aurait pas d'autre tâche que d'interpréter la pensée collective des fidèles et « de sanctionner les opinions communes de l'Église enseignée ». Cette façon étrange de concevoir l'infaillibilité a été condamnée par le ''Décret Lamentabili.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
331. — '''II. Existence de l'infaillibilité. — 1° Adversaires. '''— ''L'existence de l'infaillibilité ''de l'Église est niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''et les ''Protestants libéraux. ''Cela va de soi, puisqu'ils n'admettent même pas que Jésus-Christ ait pu songer à fonder une Église ; — b) par les ''Protestants orthodoxes ''qui, mettant tous les membres de l'Église sur le même pied, prétendent que la doctrine chrétienne est laissée à l'interprétation du jugement individuel ''(théorie dit libre examen).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Preuves. '''— L'infaillibilité de l'Église repose sur deux arguments : — ''a) ''sur un ''argument a priori, ''tiré de la raison et — b) sur un ''argument a posteriori, ''tiré de l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
332. — A. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— ''Nota. — ''Avant d'exposer ce premier argument, il convient pour qu'on ne se méprenne pas sur notre but, de spécifier quelle place il tient dans notre démonstration. Nous disons, — et nous expliquerons tout à l'heure pourquoi, — que si Jésus-Christ a tenu que sa doctrine soit conservée dans toute son intégrité, il a dû en confier la garde à une ''autorité vivante et infaillible, ''et non pas la déposer comme une lettre morte dans un livre, même inspiré. A cela les Protestants nous objectent que nous appuyons notre thèse sur un ''argument a priori, ''que toutes nos preuves se réduisent à dire que cela est, parce que cela doit être. Or, ajoutent-ils, « dans les questions de fait, la ''preuve de fait ''est, sinon la seule légitime, du moins la seule décisive... Si de la convenance, de l'utilité, de la nécessité présumée d'une dispensation divine on pouvait conclure à sa réalité, où cela mènerait-il ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn284 [284]] Que de la convenance d'une chose on ne puisse pas toujours conclure à sa réalité, c'est indiscutable. On pourrait nous demander, en effet, par exemple, pourquoi les hommes ont été abandonnés par Dieu à l'erreur pendant de longs siècles, pourquoi la Rédemption s'est faite si tardivement, pourquoi elle n'a pas été assez éclatante pour forcer tous les hommes à l'accepter. Donc la question est ''historique ''et c'est sur ce terrain que nous entendons bien la placer. Mais auparavant nous avons le droit de nous demander si, entre la théorie protestante qui admet comme règle de foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn285 [285]] unique l'Écriture infaillible, et le dogme catholique qui prétend que le Christ a constitué un magistère vivant et infaillible pour nous faire connaître les vérités contenues dans le double dépôt de l'Écriture et de la Tradition, nous avons le droit, disons-nous, de nous demander s'il n'y a pas présomption en faveur du dogme catholique. Nous nous proposons donc de prouver, — sans prétendre pour cela que cet argument a priori puisse nous dispenser de l'argument historique, — que la règle de foi des Protestants est insuffisante pour la conservation et la connaissance de la doctrine chrétienne, tandis que la règle de foi de l'Église catholique remplit les conditions voulues&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) La règle de foi proposée dans la théorie protestante est insuffisante. ''Aucune autorité vivante, nous disent les protestants, n'était nécessaire et n'a été instituée pour nous faire connaître les vérités enseignées par le Christ. Il n'y a ''qu'une seule règle de foi : ''c'est ''l'Écriture infaillible. ''Chacun a donc le devoir et le droit de lire l'Écriture, de la comprendre selon les lumières de sa conscience, d'en tirer les dogmes et les préceptes qui lui conviennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'une telle règle de foi soit tout à fait ''insuffisante, ''c'est ce que nous n'aurons pas de peine à montrer. — 1. Tout d'abord comment savoir ''quels sont les livres inspirés, ''si aucune autorité n'a été constituée pour nous en garantir l'inspiration[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn286 [286]], ou même s'il n'y a personne pour nous dire que le texte que nous avons sous les yeux n'a pas été altéré par la faute des copistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn287 [287]]. — 2. Mais, supposé qu'en dehors de là il y ait un critère qui nous permette de les reconnaître et qu'on puisse par exemple poser en principe, que sont inspirés tous ceux qui. ont été regardés comme tels par Notre-Seigneur à propos de l'Ancien Testament, et par les Apôtres à propos du Nouveau, il s'agira toujours de les ''interpréter, ''d'en connaître le ''vrai sens ''et de comprendre la ''Parole de Dieu, ''comme elle doit être comprise. Comment ''résoudre les difficultés? ''Par ''l'examen privé ''et en appliquant les règles de critique et d'exégèse, répondent les luthériens et les calvinistes. A l'aide de ''l'histoire ''et de la ''tradition, ''disent par ailleurs les anglicans. Par ''l'inspiration privée, ''par ''l'illumination de l'Esprit- Saint ''qui éclaire la conscience de chaque individu, disent à leur tour les anabaptistes, les quakers, les méthodistes et les sectes mystiques. La variété des réponses suffirait déjà à juger la théorie protestante. Quel que soit d'ailleurs le procédé dé solution qu'on adopte, ce qui est bien évident c'est que nous aurons autant d'interprétations que d'individus « ''quot capita tot sensus ''». N'accepter d'autre guide que la raison individuelle ou l'inspiration de l'Esprit-Saint, c'est ouvrir la voie à l'anarchie intellectuelle où à l'illuminisme. — 3. Tout au moins ceux qui auront pu ainsi étudier la Bible posséderont dans une certaine mesure une sorte de ''vérité subjective. ''Mais que feront ceux qui n'ont ni l'instruction ni les loisirs requis pour lire l'Ecriture et la comprendre î Que devaient faire autrefois, au moment où l'imprimerie n'était pas inventée et que les manuscrits étaient rares et de grand prix, ceux qui n'avaient pas les moyens de se procurer la Bible? Mais il y a plus. Il fut un temps, à l'origine du christianisme, où le Nouveau Testament n'existait pas. Le Christ n'avait laissé aucun écrit. Il avait dit à ses Apôtres : « Allez, enseignez les nations. » Il ne leur avait pas commandé d'écrire sa doctrine ; aussi les Apôtres n'ont-ils jamais prétendu exposer ''ex professo ''l'enseignement du Christ. Le plus souvent leurs écrits furent des lettres de circonstance destinées à rappeler quelques points de leur catéchèse. Avant l'apparition de ces écrits, que les protestants veuillent bien nous dire où se trouvait la règle de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
333. — ''b) ''Au contraire, la ''règle de foi catholique ''est un ''moyen sûr de nous faire connaître ''la doctrine intégrale du Christ. Il est facile de voir qu'elle n'a aucun des inconvénients du système protestant. Sans doute, le catholicisme reconnaît l'infaillibilité de l'Écriture Sainte ; mais, à côté de cette première source de la révélation, il en admet une seconde, non moins importante et antérieure à l'Écriture, qui s'appelle la ''Tradition. ''Et surtout, — et c'est ce qui met un abîme entre la théorie protestante et la théorie catholique, — celle-ci soutient que Jésus-Christ a constitué une ''autorité vivante, ''un ''magistère infaillible ''qui, avec l'assistance de l*Esprit-Saint, a reçu pour mission de déterminer quels sont les livres inspirés, de les interpréter authentiquement, de puiser à cette source comme à celle de la tradition la vraie doctrine de Jésus pour l'exposer ensuite à l'ensemble des fidèles : savants et ignorants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il y ait entre les deux systèmes, considérés au seul point de vue de la raison, une ''présomption en faveur du catholicisme, ''c'est ce que reconnaissent même certains Protestants. « Le système catholique, dit Sabatier, a mis l'infaillibilité divine dans une institution sociale, admirablement organisée, avec son chef suprême, le pape ; le système protestant à mis l'infaillibilité dans un livre. Or, a quelque point de vue que l'on «examine les deux systèmes, l'avantage est sans contredit du côté du catholicisme. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn288 [288]] Nous ne voulions pas démontrer autre chose par l'argument a priori ; notre but est donc atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
334. — B. ''ARGUMENT TIRÉ DE L'HISTOIRE. ''— Nous arrivons maintenant sur le terrain positif de l'histoire. ''Ce que Jésus-Christ devait faire, l'a-t-il fait? ''A-t-il créé une ''autorité vivante ''et ''infaillible ''chargée de garder et d'enseigner sa doctrine ? Le premier point a été établi précédemment : nous avons vu que Notre-Seigneur a institué une Église hiérarchique, qu'il a constitué des chefs à qui il a conféré le pouvoir d'enseigner. Seul le second point reste donc à examiner : nous avons à prouver que le pouvoir d'enseigner, tel qu'il a été donné par le Christ, comporte le privilège de ''l’infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette seconde proposition s'appuie sur les textes de l'Écriture, sur la conduite des Apôtres et sur la croyance de l'antiquité chrétienté : — ''a) Sur les textes de l'Écriture. ''Ces textes, nous les avons déjà passés en revue. A Pierre spécialement il a été promis que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre l'Église » ''(Mat., ''xvi, 18) ; à tous les Apôtre » Jésus a également promis par deux fois de leur envoyer l'Esprit de vérité ''(Jean, ''xiv, 16 ; xv, 26) et d'être lui-même avec eux jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20). De telles promesses, si elles ont un sens, signifient bien que l'Église est ''indéfectible, ''que les Apôtres et leurs successeurs ne pourront errer lorsqu'ils enseigneront la doctrine chrétienne, car il est évident que l'assistance du Christ ne saurait être vaine et que là où est l'Esprit de vérité, il n'y a pas possibilité d'erreur ; — b) ''sur la conduite des Apôtres. ''De l'enseignement des Apôtres il ressort qu'ils ont eu conscience d'être assistés de l'Esprit divin. Le décret du concile de Jérusalem débute par ces mots : « II a semblé bon à l'Esprit Saint et à nous» ''(Act., ''xv, 28). Les Apôtres donnent leur prédication « non comme parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme une parole de Dieu» (I ''Thess., ''II, 13), à laquelle il faut accorder un plein assentiment (II ''Cor''., x, 5) et dont il convient de garder précieusement le dépôt (I ''Tim., ''vi, 20). Bien plus, ils confirment la vérité de leur doctrine par de nombreux miracles ''(Act., ''ii, 43 ; iii, 1, 8 ; v, 15 ; ix, 34) : preuve évidente qu'ils étaient des interprètes infaillibles de l'enseignement du Christ, sinon Dieu n'aurait pas mis à leur usage sa puissance divine ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— ''c) sur la croyance de l'antiquité chrétienne. ''De l'aveu de nos adversaires, la croyance à l'existence d'un magistère vivant et infaillible prévalait déjà au IIe siècle. Il suffit donc d'apporter les témoignages antérieurs :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. Dans la première moitié du IIIe siècle, Origène répond aux hérétiques qui allèguent les Écritures, qu'il faut s'en rapporter à la tradition ecclésiastique et croire ce qui a été transmis par la succession de l'Église de Dieu. Tertullien dans son traité « ''De la prescription» ''oppose aux hérétiques ''l'argument de prescription[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn289 [289]] et affirme que la règle de foi est la doctrine que l'Église a reçue des Apôtres. — 2. ''A la fin du second siècle, ''saint Irénée, dans sa ''lettre à Florin ''et dans son ''Traité contre les hérésies, ''présente la Tradition apostolique comme la saine doctrine, comme une tradition qui ''n'est pas purement humaine : ''d'où il suit qu'il n'y a pas lieu de discuter avec les hérétiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn290 [290]] et qu'ils sont condamnes du fait qu'ils sont en désaccord avec cette tradition. Vers 160, Hégésippe donne comme critère de la foi orthodoxe l'accord avec la ''doctrine transmise ''des Apôtres par les Évêques, ce qui l'amène, nous l'avons vu, à dresser la liste des Evêques. Dans la première moitié du IIe siècle, Polycarpe et Papias présentent la doctrine des Apôtres comme la seule vraie, comme une règle de foi sûre. Au début du ne siècle, nous avons le témoignage de saint Ignace qui dit que l'Église est ''infaillible ''et qu'il faut y adhérer si l'on veut être sauvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II résulte donc de la double preuve tirée de la raison et de l'histoire que le ''pouvoir doctrinal ''conféré par Jésus-Christ à l'Église enseignante comporte le ''privilège de l'infaillibilité, ''c'est-à-dire que l'Église ne peut errer quand elle expose la doctrine du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''335. — III. Le sujet de l'infaillibilité'''. — Jésus-Christ a doté son Église du privilège de l'infaillibilité. Mais ''à qui ''ce privilège a-t-il été concédé? Tout naturellement à ceux qui ont reçu le pouvoir d'enseigner, c'est-à-dire à l'ensemble des Apôtres, et à Pierre spécialement, pouvoir et privilège qu'ils ont transmis à leurs successeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Infaillibilité du collège apostolique et du corps épiscopal. — A. ''L’'infaillibilité du collège apostolique ''ressort : — ''a) ''de la ''mission ''confiée à ''tous les apôtres ''d' « enseigner toutes les nations» ''(Mat., ''xxviii, 20) ; — b) de la ''promesse d'être avec eux ''« jusqu'à la consommation des siècles» (''Mat., ''xxviii, 20) ; et de leur « envoyer le Consolateur, l'Esprit Saint qui doit leur enseigner toute vérité » ''(Jean, ''xiv, 26). De telles paroles indiquent bien que le privilège de l'infaillibilité est accordé à ''l'ensemble du ''corps ''enseignant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Du ''collège apostolique ''le privilège de l'infaillibilité est passé au ''corps des Évêques. ''La mission d'enseigner n'ayant été limitée ni dans le temps ni dans l'espace, il s'ensuit qu'elle doit échoir aux successeurs des Apôtres avec le privilège qui lui était attaché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il y a une distinction à établir entre les Apôtres et les Evêques. Les Apôtres avaient comme ''champ d'action tout l'univers, ''la parole de Notre-Seigneur : « Allez, enseignez toutes les nations » ayant été adressée à eux tous. Ils étaient donc missionnaires universels de la foi : partout ils pouvaient prêcher l'Évangile en ''docteurs infaillibles. ''Les Évêques, au contraire ne peuvent être considérés comme les successeurs dés Apôtres que pris dans leur ensemble ; ''chaque Évêque ''n'est pas le successeur de ''chaque Apôtre. ''Ils ne sont les chefs que d'une région déterminée, dont l'étendue et les limites sont fixées par le Pape. Ils n'ont donc pas hérité individuellement de l'infaillibilité personnelle des Apôtres. ''Seul le corps des Evêques jouit de l'infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''336. — 2° Infaillibilité de Pierre et de ses successeurs.''' — Le privilège de l'infaillibilité a été conféré par Notre-Seigneur d'une manière spéciale à Pierre et à ses successeurs. La thèse s'appuie sur un double argument : Un argument ''tiré des textes évangéliques ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT TIRÉ DES TEXTES ÉVANGÉLIQUES. ''— L'infaillibilité de Pierre et de ses successeurs découle des textes mêmes qui démontrent la primauté. — a) Tout d'abord le ''Tu es Petrus ''« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai ''mon ''Église ». Il est incontestable qu'un édifice n'a de stabilité que par son fondement. Si Pierre, qui doit soutenir l'édifice chrétien, pouvait enseigner l'erreur, l'Église serait bâtie sur un fondement ruineux, et l'on ne pourrait plus dire que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle» — b) Puis le ''Confirma fratres. ''Jésus assure Pierre qu'il a spécialement prié pour lui « pour que sa foi ne défaille pas » ''(Luc, ''xxii, 32). Il va de soi qu'une telle prière, faite surtout dans des circonstances aussi solennelles et aussi graves (V. N° 321), ne saurait être vaine. — c) Enfin le « ''Pasce oves ''». A Pierre est confiée la garde de tout le troupeau. Or on ne peut supposer que le Christ donne le soin de son troupeau à un mauvais pasteur qui l'égaré dans des pâturages aux herbes empoisonnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'insister pour prouver que l'infaillibilité de Pierre ''est passée à ses successeurs. ''Ce que Pierre devait être pour l'Église naissante, ses successeurs devront encore l'être dans la longue série des siècles, car, à tout moment de son histoire, l'Église ne pourra remporter la victoire sur les entreprises de Satan que si le fondement sur lequel elle repose garde la même fermeté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
337. — B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. — ''Pour prouver par l'histoire que les papes ont toujours joui du privilège de l'infaillibilité, il suffit de montrer que ce fut toujours la croyance de l'Église et qu'en fait les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. — a) ''Croyance de l'Eglise. ''Évidemment la croyance de l'Église ne s'est pas traduite de la même façon dans tous les siècles. Il y a eu, si l'on veut, quelque développement dans l'exposé du dogme et même dans l'usage de l'infaillibilité pontificale. Le dogme n'en remonte pas moins à l'origine, et nous le trouvons en germe dans la Tradition la plus lointaine. La chose nous est attestée par le sentiment des Pères et des conciles, et par les-faits : — 1. ''Sentiment des Pères. ''Ainsi au IIe siècle, saint Irénée déclare que toutes les Églises doivent être d'accord avec celle de Rome qui seule possède la vérité intégrale. Saint Cyprien dit que les Romains sont « assurés dans leur foi par la prédication de l'Apôtre et inaccessibles à la perfidie de l'erreur». Pour mettre fin aux controverses qui déchiraient l'Orient, saint Jérôme écrit au pape Damase dans les termes suivants : « J'ai cru à ce propos devoir consulter la chaire de Pierre et la foi apostolique. Chez vous seul le legs de nos pères demeure à l'abri de la corruption. » Saint Augustin dit à propos du pélagianisme : « Les décrets de deux conciles relatifs à la cause ont été soumis au siège apostolique ; sa réponse nous est parvenue, la cause est jugée. » Le témoignage de saint Pierre Chrysologue n'est pas moins explicite : « Nous vous exhortons, vénérables frères, à recevoir avec docilité les écrits du bienheureux Pape de la cité romaine, car saint Pierre, toujours présent sur son siège, offre la vraie foi à ceux qui la cherchent. — 2. ''Sentiment des Conciles, ''Tout ce que nous avons dit précédemment à propos de la primauté de l'Evêque de Rome s'applique tout aussi bien à la reconnaissance de son infaillibilité (V. N° 328). — 3. ''Les faits. ''Au IIe siècle, le pape Victor excommunié Théodote qui niait la divinité du Christ, par une sentence qui fut regardée comme définitive. Zéphirin condamne les Montanistes, Calixte, les Sabelliens et, à partir de ces condamnations, ils furent regardés comme hérétiques. En 417, le pape Innocent I condamne le pélagianisme, et l'Église accepte son décret comme définitif, comme nous l'avons vu plus haut par le texte de saint Augustin. En 430, le pape Célestin condamne la doctrine de Nestorius, et les Pères du concile d'Éphèse se rallient à son avis. Les Pères du concile de Chalcédoine (451) acceptent solennellement la célèbre épître dogmatique du pape Léon I à Flavien, qui condamne l'hérésie d'Eutychès, aux cris unanimes de : ''« ''Pierre a parlé par la bouche de Léon. » De même, les Pères du IIIe concile de Constantinople (680) acclament le décret du pape àgathon condamnant le monothélisme en s'écriant : « Pierre a parlé par la bouche d'Agathon. » Comme on le voit, dès les premiers siècles déjà, l'Église romaine passe pour le ''centre de la foi ''et une ''norme sûre d'orthodoxie ''Plus l'on avancera, plus la croyance se traduira en termes explicites jusqu'à ce que la vérité soit ''proclamée dogme ''par le ''concile du Vatican.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. ''Ceci est le point important de l'argument historique, car si nos adversaires pouvaient nous prouver que certains papes ont enseigné et défini l'erreur, l'infaillibilité de droit serait plus que compromise. Or les historiens rationalistes et protestants prétendent précisément qu'ils sont en mesure de nous donner ces preuves de faillibilité. Les ''principaux cas ''qu'ils invoquent sont ceux du pape Libère qui serait tombé dans l'arianisme, d'Honorius qui aurait enseigné le monothélisme, de Paul V et Urbain VIII qui condamnèrent Galilée. Comme la question de Galilée sera traitée plus loin, nous ne retiendrons ici que les deux premiers cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''338.—Objections.—1° ''LE CAS DU PAPE LIBÈRE ''(352-366)'''.—Les historiens rationalistes accusent le pape Libère d'avoir signé une proposition de foi arienne ou semi-arienne pour obtenir de l'empereur Constance le droit de rentrer à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' —A. ''Exposé des faits. ''— Rappelons brièvement les ''faits. ''En 355, l'empereur Constance, favorable à l'arianisme, avait enjoint au pape Libère de souscrire à la condamnation d'ATHANASE, évêque d'Alexandrie, le grand champion de la foi orthodoxe. S'étant refusé à le faire, le pape fut envoyé en exil à Bérée en Thrace, et l'archidiacre Félix fut préposé à l'Eglise de Rome. Après un exil d'environ trois ans, Libère fut rendu à son siège (358).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La question qui se pose est donc de savoir pour quelles raisons l'empereur lui accorda cette faveur. Deux opinions ont été émises sur ce point. Les uns, à la suite de Rufin, Socrate, Théodoret, Cassiodore, prétendent que l'empereur Constance mit 0n à l'exil du pape par crainte des soulèvements du peuple romain et du clergé, en raison de la grande popularité dont jouissait le pontife. D'autres, au contraire, et c'est à cette dernière opinion que nous avons à répondre, pensent que le pape n'obtint la cessation de son exil qu'au prix de condescendances coupables et de concessions sur le terrain de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette seconde opinion s'appuient, pour démontrer leur point de vue, sur deux sortes de témoignages : — 1. d'abord les ''dépositions des contemporains : ''saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers, saint Jérôme ; — 2. puis les ''aveux ''de Libère lui-même. Il nous est parvenu, parmi les fragments de ''l’Opus historicum ''de saint Hilaire, neuf lettres du pape Libère, dont quatre, datant de son exil, ont un caractère plutôt compromettant. Dans ces dernières lettres, le pape intrigue pour obtenir sa grâce, déclarant qu'il condamne Athanase et professe la foi catholique formulée à ''Sirmium, ''et il prie ses correspondants orientaux, entre autres Fortunatien d'Aquilée, d'intercéder auprès de l'empereur pour abréger son exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces deux sortes de témoignages invoqués par nos adversaires, certains apologistes ont répondu en contestant 1 authenticité des dépositions des contemporains, et en rejetant les lettres de l'exil du pape Libère comme apocryphes. Mais comme il n'est pas possible de prouver que les témoignages en question, tant ceux des contemporains que ceux du Libère lui-même, sont inauthentiques, nous devons accepter la discussion dans l'hypothèse de leur authenticité. Toute la question reviendra donc à savoir ''quelle fut la faute du pape ''et ''quelle formule ''il a souscrite. Car, à l'époque où Libère fut délivré de son exil, il y avait déjà ''trois formules dites de Sirmium. ''De ces trois formules la seconde seule, qui déclare que le mot ''consubstantiel ''doit être rejeté comme « étranger à l'Écriture et inintelligible», est considérée comme hérétique. Or l'on admet que ce n'est pas cette formule que le pape a signée et que vraisemblablement c'est la troisième. Hais qu'il s agisse de la première ou de la troisième, les théologiens s'accordent à dire qu'elles ne sont pas absolument hérétiques et qu'elles ont surtout le tort de favoriser le semi-arianisme en retranchant le mot ''consubstantiel ''de la profession de foi du concile de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Donc, en nous plaçant dans l'hypothèse la plus défavorable, nous pouvons conclure : — 1. que le pape Libère n'a commis qu’ un ''acte de faiblesse ''en condamnant, dans une heure critique, le grand Athanase : faiblesse dont Athanase est le premier à l'excuser : « Libère, dit en effet ce grand Docteur, vaincu par les souffrances d'un exil de trois ans et par la menace du supplice, a souscrit enfin à ce qu'on lui demandait ; mais c'est la violence qui a tout fait. » — 2. Par ailleurs, le pape Libère ''n'a rien défini ; ''s'il y a eu erreur, tout au plus peut-on dire qu'elle est imputable au ''docteur privé, ''non au ''docteur universel ''et parlant ex-cathedra. Et même s'il avait parlé ex-cathedra, — ce qui n'est pas, — il ne jouissait pas de la liberté nécessaire à l'exercice de l'infaillibilité. Donc, en toute hypothèse, l'infaillibilité est hors de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
339. — 2° ''LE CAS DU PAPE HONORIUS ''(625-638). — D'après les adversaires de l'infaillibilité pontificale, le pape Honorius aurait enseigné le ''monothélisme ''dans deux lettres écrites à Sergius, patriarche de Constantinople, et pour cette raison, il aurait été condamné comme hérétique par le VIe Concile œcuménique et par le pape Léon II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''Exposé des faits. ''— Quelques mots d'abord sur les ''faits. ''En 451 le concile de Chalcédoine avait défini contre Eutychès qu'il y avait en Jésus-Christ deux natures complètes et distinctes : la nature humaine et la nature divine. Si dans le Christ il y avait deux natures complètes, il y avait aussi deux volontés : le concile ne l'avait pas dit, mais la chose allait de soi, car une nature intelligente ne peut être complète sans la volonté. Tel ne fut pas l'avis de certains théologiens orientaux qui enseignèrent qu'en Jésus-Christ il n'y avait que la volonté divine, la volonté humaine se trouvant pour ainsi dire absorbée par la volonté divine. Une telle doctrine apparaissait évidemment fausse, mais ses partisans voyaient là un moyen de conciliation entre les Eutychiens ou ''monophysites, ''c'est-à-dire les partisans d'une seule nature, et les catholiques. Les premiers admettraient les deux natures en Jésus-Christ et les seconds concéderaient l’unité de volonté. Cette tactique fut adoptée par Sergius qui écrivit dans ce sens au pape Honorius. Dans une lettre pleine d'équivoques et où la question était présentée sous un faux jour, il lui disait qu'il avait ramené beaucoup de monophysites à la vraie foi et lui demandait qu'il voulût bien interdire de parler d'une ou «deux énergies, d'une ou deux volontés. Honorius se laissa prendre et répondit, d'une part, à Sergius, deux lettres dans lesquelles il le félicitait de son succès auprès des monophysites, de l'autre, à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et défenseur de l'orthodoxie, une lettre dans laquelle il lui recommandait d'éviter les mots nouveaux de « une ou deux opérations», opération dans le langage de l'époque étant synonyme de volonté. Malgré ces lettres dictées par un esprit de pacification, les querelles reprirent de plus belle jusqu'au VIe concile œcuménique, le troisième de Constantinople (580-681), qui porta l'anathème contre les monothélites, et entre autres, contre le pape Honorius&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La difficulté à résoudre est donc la suivante. Honorius, dans ses deux lettres à Sergius, a-t-il enseigné l'erreur ? Et a-t-il été, pour ce fait, condamné comme ''hérétique ''par le VIe concile œcuménique? Deux solutions ont été proposées par les apologistes. Les uns ont prétendu que les deux lettres à Sergius Seraient apocryphes : ce qui supprime toute discussion. Les autres admettent l’authenticité, et c'est évidemment dans cette hypothèse que nous devons nous placer pour répondre à nos adversaires. Il s'agit dès lors de savoir si le ''contenu ''des deux lettres est ''hérétique. ''L'on ne saurait contester qu'Honorius met le plus grand soin à tourner la difficulté et qu'il évite de se prononcer sur les deux volontés. Cependant, — qu'on remarque bien ce point, — il commence par rappeler les décisions, du concile de Chalcédoine et affirme hautement qu'il y a en Jésus-Christ deux natures distinctes, opérantes. Puis, approuvant la tactique de conciliation suivie par Sergius, il recommande de s’en tenir là et de ne plus parler de une ou deux opérations. Il ajoute bien, il est vrai, qu'il y n’y avait pas e, Jésus Christ de volonté divine; il entend seulement exclure les deux volontés auxquelles très insidieusement Sergius avait fait allusion ; les deux volontés qui se combattent en nous, volonté de l'esprit et volonté de la chair. La pensée d'Honorius n'est donc pas qu'il n'y a pas en Jésus. Christ une volonté divine et une volonté humaine, mais que sa volonté humaine n'est pas, comme la nôtre, entraînée par deux courants qui se contrarient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, Honorius a été ''condamné ''par le VIe concile œcuménique et par le pape Léon II. — Remarquons d'abord que toutes les paroles contenues dans les ''Actes des Conciles ''ne sont pas infaillibles et que les décisions d'un concile ne jouissent du privilège de l'infaillibilité qu'autant qu'elles sont confirmées par le pape. Or précisément les Actes du VIe Concile contenant un anathème contre Honorius en même temps que contre les principaux monothélites tels que Sergius, n'ont pas reçu la confirmation pontificale. Le pape Léon II s'est contenté de blâmer la conduite d'Honorius, mais il n'a pas lancé contre lui l'anathème qu'il a prononcé contre les autres et ne lui a pas infligé la note d'hérétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion, ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'Honoris n'a ni ''enseigné ''ni ''défini le ''monothélisme. Tout au plus peut-on lui reprocher d'avoir manqué de clair, voyance et d'avoir favorisé l'hérésie en l'abstenant de définir, en recommandant le silènes alors qu'il fallait parler, fournissant ainsi aux monothélites le prétexté de soutenir leur doctrine ? — 2. A supposer même qu'il y eût des erreurs dans ses lettres et qu'il ait été condamné pour cette raison par le VIe Concile, l'erreur et la condamnation n'atteindraient que le ''docteur privé, ''et non le ''docteur universel. ''Donc on ne peut se faire du cas d'Honorius, pas plus que de celui de Libère, un argument Centre l'infaillibilité pontificale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du Chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — La vraie Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le problème des notes de la vraie Église. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
340. — '''Position du problème- '''— A l'aide des textes de l'Écriture et des documents de l'histoire, nous avons, dans le chapitre précédent, marqué les ''caractères essentiels ''de l'Église fondée par le Christ. Il est à peine besoin d'ajouter que, n'ayant prêché qu'un Evangile, Notre Seigneur n'a pu fonder ''qu'une ''Église. Maintes de ses paraboles expriment d'ailleurs sa volonté expresse sur ce point. Ainsi, représentant la société des chrétiens sous la figure d'un troupeau, il a voulu qu'il n'y eût « ''qu'un seul troupeau ''et qu'un ''seul pasteur ''» ''(Jean, ''x, 16). Or, à notre époque, nous nous trouvons en présence de plusieurs Églises qui s'appellent chrétiennes, qui reconnaissent le même fondateur et qui prétendent, chacune, être la véritable Église instituée par le Christ. Évidemment ces Églises, ayant des doctrines en partie différentes, ne peuvent venir toutes de lui. Le problème qui se pose est donc de savoir ''quelle est la vraie. ''Les ''caractères essentiels ''qui doivent distinguer l'Église fondée par Notre-Seigneur, nous permettent-ils de fixer un certain nombre de ''notes, ''de signes extérieurs et visibles auxquels on puisse la reconnaître et la discerner aisément de celles qui sont fausses ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la rigueur, l'on pourrait dire qu'une telle enquête est superflue, et que la démonstration que nous poursuivons ici, est chose faite. Nous avons montré en effet que la société fondée par Jésus est une société ''hiérarchisée ''à la tête de laquelle il a mis l'apôtre Pierre. Or comme il a été établi par ailleurs que les Évêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans sa primauté, il ne reste plus qu'à conclure que ''l'Église romaine est la vraie Église, ''vu que nous retrouvons en elle seule les organes essentiels constitués par Jésus-Christ. Raisonner ainsi ne serait pas assurément tirer une conclusion en dehors des prémisses. Cependant, étant donné que les dissidents regardent les Évêques de Rome comme des usurpateurs, et non comme les héritiers légitimes de la primauté de Pierre, il convient de nous placer sur un autre terrain commun accepté par les ''Églises dissi­dentes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn291 [291]], tout au moins par celles qui ont un ''caractère hiérarchique. ''En partant des quatre notes données par le concile de Nicée Constantinople (IVe siècle), bien antérieurement à la séparation des Églises grecque et protestante, l'apologiste catholique a donc pour tâche de démontrer que l'Église romaine possède ces notes, soûle, et à l'exclusion des autres confessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
341. — '''Division du chapitre. '''— Du but que nous nous proposons il ressort que nous aurons à traiter dans ce chapitre les différents points suivants. 1° Nous aurons à déterminer d'abord les ''notes ''de la vraie Église. 2° II nous faudra montrer ensuite que le ''Protestantisme ne les a pas ; ''3° que ''l’ Église grecque ne les a pas davantage ; ''et 4° que ''seule l'Église romaine les possède toutes les quatre. ''5° Ce qui nous amènera à conclure à la ''nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine. ''D'où cinq articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les Notes de la vraie Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Nous traiterons : 1° des ''notes ''de la vraie Église ''considérées en général ''et 2° des ''quatre notes ''du concile de Nicée-Constantinople et de leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Des Notes considérées en général. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''342. — 1°''' '''Définition. '''— II faut entendre par « ''notes» ''de l'Église tout signe qui permet de discerner la véritable Église du Christ de celles qui sont fausses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''343. — 2'''° '''Espèces. '''— Les notes peuvent être, soit négatives, soit positives. — ''a) ''La note ''négative ''est celle dont l'absence démontrerait la fausseté d'une Église, mais dont la présence ne suffit pas à en démontrer la vérité. Les notes négatives peuvent être multipliées à l'infini et elles peuvent appartenir à n'importe quelle Église et n'importe quelle religion. Ainsi, qu'une religion enseigne le monothéisme, qu'elle prescrive le bien et défende le mal, elle peut être, mais elle n'est pas nécessairement pour cela la vraie religion. — ''b) ''La note ''positive ''est colle dont la présence démontre la vérité de l'Église où elle se trouve : elle est donc une ''propriété exclusive ''de la société fondée par Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''344. — 3°''' '''Conditions. '''— de la définition qui précède il suit que deux conditions sont requises pour qu'une propriété devienne « ''note « ''de l'Église. Il faut qu'elle soit une ''propriété ''essentielle et visible : — ''a) essentielle. ''Il est clair que, si la propriété n'était pas de ''l'essence ''de la vraie Église, si elle n'avait pas été indiquée par Jésus-Christ comme devant appartenir à la société qu'il fondait, elle ne saurait être un critère de la vraie Église ; — b) ''visible. ''Cola va de soi : un signe n'est signe qu'autant qu'il est extérieur, observable et plus apparent que la chose signifiée. Toute propriété essentielle n'est donc pas, par le fait, une note de l'Église, car bien des propriétés sont essentielles qui ne sont pas discernables. Ainsi il est bien certain, d'après les caractères que nous avons pu assigner à l'Église du Christ (Nos 331 et suiv.), que ''l'infaillibilité est ''une de ses propriétés essentielles. Mais c'est là une propriété qui n'est pas visible : pour la reconnaître, il faudrait savoir auparavant que nous avons affaire à la vraie Église. N'étant pas visible, l'infaillibilité ne peut donc être une note de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''345. — 4° Critères insuffisants'''. — Il suit de là que certains critères proposés par l'Église ''protestante ''ou par l'Église ''grecque ''ne sauraient être acceptés, parce que ne répondant pas aux deux conditions de la note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Il faut d'abord écarter les deux critères proposés par les protestants ''orthodoxes, ''savoir: la prédication exacte de l'Évangile et l'usage correct des sacrements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''La prédication exacte de l’Évangile. — ''Qu'en proposant un tel critère, les Protestants se mettent en contradiction avec leur théorie du libre examen, c'est ce qui apparaît tout de suite clairement. Si, d'un côté, les théologiens reconnaissent à tous les chrétiens la liberté d'interpréter l'Écriture suivant leur sens propre, comment peuvent-ils, de l'autre côté, leur imposer une règle commune de foi par la détermination précise des vérités qui se trouvent dans l'Évangile[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn292 [292]] ? Mais laissons cette question de droit, puisque aussi bien les Protestants orthodoxes ont cru bon de ne pas retenir, dans la pratique, leur théorie du libre examen. Voulant donc trouver des ''critères objectifs ''par lesquels on puisse discerner les Églises ''conformes ''des Églises ''non conformes ''au royaume de Dieu prêché par Jésus-Christ, ils ont proposé en premier lieu la prédication exacte de l'Évangile. — Mais comment pourrons-nous savoir quelle est la prédication exacte de l'Évangile, s'il n'y a aucune autorité pour nous le dire, et si, dans le cas de conflit, il n'y a personne pour finir la discussion? Et la preuve la plus évidente de l'insuffisance du critère, celle qui nous dispense de toutes les autres, n'est-ce pas le désaccord qui existe parmi eux, même au sujet des points les plus essentiels, des ''articles fondamentaux ''de la doctrine chrétienne. Prenons un seul exemple : la divinité de Jésus-Christ. Comment faut-il entendre ce dogme central du christianisme? Certains protestants répondent que Jésus-Christ est Dieu au sens propre du mot, c'est-à-dire qu'il est consubstantiel au Père. D'autres estiment qu'il n'est Dieu que dans un sens large et métaphorique, sa divinité n'étant autre chose qu'une intimité très grande avec Dieu le Père. L'on ne voit pas bien comment, dans de telles conditions, l'on pourrait encore parler des prédications exactes de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'administration correcte des Sacrements.''— Ce critère proposé n'est pas une propriété plus visible que la prédication exacte de l'Évangile : la preuve en est que les Protestants sont bien dans l'impossibilité de déterminer, d'après les seuls textes de l'Écriture, comment les deux sacrements qu'ils retiennent : le Baptême et l'Eucharistie, doivent être administrés correctement. Faut-il conférer le Baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, selon l'ordre donné par le Christ ressuscité ''(Mat., ''xxviii, 19), ou simplement au nom du Seigneur Jésus, comme il est dit dans maints passages des Actes ? (ii, 38 ; vii, 12,16 ; xix, 5). A propos de l'Eucharistie, en quoi consiste la Présence réelle ? Y a-t-il présence ''réelle et physique ''du corps et du sang ''de- ''Jésus-Christ dans le pain et le vin ''(impanation)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn293 [293]], comme le veulent les Luthériens ? Ou bien la présence n'est-elle que ''virtuelle, ''la pain et le vin ayant la vertu de causer l'union entre le vrai corps du Christ qui est au ciel et l'âme du communiant, comme le pensent les calvinistes ? Ou bien encore ne s'agit-il que d'une présence ''morale, ''le pain et le vin alimentant notre foi dans le Christ et nous rappelant simplement le souvenir de la Cène, ainsi que le croient les sacramentaires ? Il est donc de toute évidence que ni la prédication du pur Évangile ni l'administration correcte des sacrements ne sont des critères suffisants. Sans nul doute, la vraie Église est celle qui prêche le pur Évangile et administre correctement les sacrements puisque la vraie Église est infaillible 6t ne peut errer sur ces deux points. Mais, quoique propriétés ''essentielles ''de la vraie Église, elles n'en sont pas des propriétés ''visibles, ''et pour cette raison, elles n'en peuvent être des ''notes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
346. — B. L'Église ''grecque ''propose, comme note de l'Église, la ''conservation sans variation de ''la doctrine prêchée par le Christ et les Apôtres. A première vue, ce critère revient au premier critère protestant : la prédication du pur Évangile. Il y a cependant une différence capitale entre les deux. Car tandis que les protestants laissent au sens chrétien et à la science indépendante le soin de déterminer les ''articles fondamentaux, ''l'Église grecque limite la conservation de la pure doctrine à l'enseignement des sept. premiers conciles œcuméniques. — Mais, pourrions-nous objecter tout d'abord aux théologiens de l'Église grecque, où se trouvait donc la vraie Église avant la réunion du premier concile œcuménique qui n'eut lieu qu'au IVe siècle ? Ayant le premier concile, l'Église n'avait-elle pas besoin déjà de notes pour se faire discerner? Supposons cependant que le seul critère de la vraie Église soit la conservation sans variation de la doctrine enseignée par les sept premiers conciles? Comment faut-il envisager cette conservation? La ''non-variation ''doit-elle être ''absolue? ''Dans ce cas, on ne comprend pas bien comment les symboles de foi ont pu être développés et complétés par des conciles postérieurs, comment on ne s'est pas borné au symbole de Nicée, et comment même celui de Nicée n'a pas craint d'ajouter au symbole des Apôtres. Si la ''non-variation ''doit être comprise dans un sens ''large, ''nous sommes d'accord ; les théologiens catholiques sont les premiers à admettre que la Parole de Dieu ne doit pas présenter l'immobilité d'une lettre morte, et qu'elle est susceptible des plus riches développements qui n'altèrent en rien la pureté de la doctrine primitive. Mais si 1 on concède la possibilité d'un développement, pourquoi ce développement se serait-il arrêté aux sept premiers conciles, et quelle est l'autorité qui nous dira quand celui-ci est normal? Comme on le voit, la question revient toujours à savoir où se trouve ''l'autorité légitimement constituée, ''celle qui a recueilli la succession apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Les quatre notes du Concile de Nicée-Constantinople. Leur valeur respective. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
347. — '''I. Les quatre notes. '''— Dès le IVe siècle déjà[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn294 [294]] le concile de Nicée-Constantinople proposait, comme nous l'avons dit, quatre propriétés qui doivent permettre de discerner l'Église du Christ des fausses Églises. Ces quatre propriétés sont : 1° ''l’unité ; ''2° la ''sainteté ; ''3° la ''catholicité ; ''4° ''l’apostolicité. ''« Et unam, sanctam, catholicam.et apostolicam Ecclesiam. » Trois de ces notes : l'unité, la catholicité et l'apostolicité ont des rapports étroits outre elles et sont ''d'ordre juridique. ''La seconde : la sainteté, est d'ordre ''moral. ''Pour cette raison nous la détacherons des trois autres, et nous en parlerons en premier lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''348. — 1° La Sainteté'''. — La ''sainteté ''consiste on ce que les ''principes ''enseignés par l'Église du Christ doivent conduire à la sainteté certains de ses ''membres. ''La sainteté, en tant que note de l'Église, implique donc un double élément : la ''sainteté des principes ''et la ''sainteté des membres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''sainteté ''remplit les ''deux conditions requises ''pour être une note (N° 344). Elle est : — «) une ''propriété essentielle. ''Que la sainteté des principes soit une marque essentielle de la vraie Église, il est facile de le prouver par le caractère de l'Évangile de Jésus. Le Sauveur ne se contente pas d'imposer l'observance des préceptes obligatoires en rappelant les devoirs du Décalogue ''(Mat., ''xix, 16, 19), il veut que ses disciples fassent mieux, qu'ils vivifient la lettre par l'esprit, c'est-à-dire par l'intention, que leur justice ne soit pas formaliste comme celle des Pharisiens, mais qu'elle prenne pour motif l'amour de Dieu et du prochain. « Je vous déclare, leur dit-il dans son Discours sur la montagne, que si votre justice n'excelle pas plus que colle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » ''(Mat., ''v, 20). Jésus va plus loin, — et c'est ce qui va caractériser son Église, — au-de3sus des vertus communes, de ce qu'on appelle couramment l'honnêteté et qui est un devoir strict pour tous, il ''propose la perfection aux âmes d'élite, ''comme un idéal auquel elles doivent tendre par les actes les plus contraires a la nature, par les sacrifices les plus durs : «Vous donc soyez parfaits, comme voire Père céleste est parfait» ''(Mat, ''v, 48). D'où il suit que dans la vraie Église l'on doit trouver des membres qui se distinguent par une sainteté éminente et des vertus héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La ''sainteté ''est une ''propriété visible. ''Cola ne fait aucun doute pour le premier élément : la sainteté des ''principes ''est une chose que tout le monde peut observer. Il n'en va pas tout à fait de mémo pour la sainteté des ''membres. ''La sainteté étant avant tout une qualité intérieure et visible au seul regard de Pieu, l'on pourrait ''objecter ''que ce ne peut être là une propriété visible, une note de la véritable Église. — II est vrai que la sainteté consiste surtout dans un fait intérieur et que l'hypocrisie peut revêtir les mômes apparences que la sainteté. Cependant il est permis de poser en règle générale que l'extérieur est le miroir fidèle de l'intérieur. La sainteté dont on perçoit les manifestations extérieures, surtout quand elle s'accompagne d'humilité, est une propriété apparente aux yeux des hommes. Considérée dans ''l’ensemble ''des membres de l'Église, elle peut donc être, alors même qu'il y aurait de fâcheuses méprises, une note dont il n'y a pas lieu de récuser la valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''349. — 2°''' '''L'Unité. '''— ''a) L'unité, ''en tant que note de l'Église, consiste dans la ''subordination ''de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'unité ''a les ''deux conditions requises ''pour être une note de la vraie Église. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Jésus a voulu qu'il n'y ''eût ''« qu'un seul troupeau et un seul pasteur » ''(Jean, ''x, 16). Il a prié à cet effet « pour que tous soient ''un» (Jean, ''xvii, 21). N'ayant prêché qu'un Évangile, il a voulu l'adhésion de tous ses disciples à cette doctrine révélée : d'où ''unité de la foi. ''Voulant la fin, il est clair qu'il devait en prendre les moyens. C'est dans ce but qu'il a institué une ''hiérarchie permanente, ''pourvue des pouvoirs nécessaires pour assurer l'unité de la société chrétienne ; — ''b) ''une ''propriété visible. ''La subordination de tous les fidèles à une même juridiction est une chose visible et vérifiable ; il n'est pas plus difficile de constater l'unité hiérarchique dans l'Église que dans toute autre société. — Nos adversaires ''objectent, ''il est vrai, que la foi étant une qualité intérieure, n'est pas visible. Sans doute, la foi est intérieure et invisible si on la considère en elle-même : mais, tout intérieure qu’elle est elle peut se manifester par des actes extérieurs, tels que la prédication, les écrits et la récitation de formules de foi. Au surplus, l'unité dont il s'agit ici, est avant tout ''l’unité de gouvernement. ''C'est cette derrière qui est le principe de ''l’unité de foi ''et de ''l’unité de culte. ''Si la première est constatée, les deux autres doivent suivre, comme des conséquences naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''350. — 3° La''' '''Catholicité. '''— Le mot ''catholique ''veut dire universel. Conformément à l'étymologie, la ''catholicité ''c'est donc la diffusion de l'Église dans tous les pays du monde. Toutefois, les théologiens distinguent, à juste raison, entre : — 1. la catholicité ''de fait, ''une catholicité ''absolue ''et ''physique ''qui comprend la totalité des hommes, et — 2. la catholicité ''de droit, ''une catholicité ''relative ''et ''morale, ''dans ce sens que l'Église du Christ est destinée à tous et qu'elle s'étend à un grand nombre de régions et d'hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''catholicité ''remplit également les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Alors que la Loi primitive et la Loi mosaïque ne s'adressaient qu'au peuple juif, seul gardien des promesses divines, la Loi nouvelle s'adresse à l'universalité du genre humain : « Allez, dit Jésus à ses Apôtres, enseignez ''toutes ''les nations ''«(Mat., ''xxviii, 19). Toute Église par conséquent qui resterait confinée dans son milieu, qui serait l'Eglise d'une province, d'une nation, d'une race, n'aurait pas les caractères de l'Église du Christ, puisque Jésus a prêché sa doctrine pour tous et qu'il a fondé une société ''universelle. ''Est-ce à dire que l'Église du Christ devait être universelle dès le premier jour, ou même qu'elle devait l'être un jour, d'une catholicité absolue et physique? Évidemment non. La diffusion de l'Évangile devait suivre une marche progressive, dont Jésus lui-même avait tracé le plan à ses Apôtres : il les avait chargés en effet de lui rendre témoignage à Jérusalem d'abord, puis dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre ''(Act., ''i, 8). Et même lorsque l'Évangile aura pénétré jusqu'aux extrémités de la terre, il n'en résultera pas encore une catholicité absolue. Car le Sauveur n'a pas entendu violenter les consciences ; il a laissé à tout homme la liberté d'entrer ou de ne pas entrer dans son royaume, et il a prédit que-tous n'y entreraient pas, vu qu'il a annoncé à ses disciples qu'ils seraient en butte aux persécutions. — ''b) ''La catholicité est une propriété ''visible. ''Constater la diffusion de l'Église paraît chose assez simple. Cependant la note de catholicité n'est pas toujours aussi apparente qu'on pourrait le croire, car le nombre des adhérents d'une société peut subir des fluctuations avec les diverses phases de son histoire. Mais la catholicité n'est pas à la merci d'une variation de chiffres. Ce n'est pas parce que l'Église connaîtra à certaines heures de regrettables défections que sa catholicité diminuera d'autant : il suffit qu'elle reste toujours ''catholique de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''351. — 4°''' '''L'Apostolicité. '''— ''l'apostolicité ''est la succession continue et légitime du gouvernement de l'Église depuis les Apôtres. Pour qu'il y ait apostolicité il faut donc que des chefs actuels de l'Église l'on puisse remonter aux fondateurs de l'Église, c'est-à-dire aux Apôtres et à Jésus-Christ ; il faut de plus que cette succession soit ''légitime, ''c'est-à-dire que les chefs hiérarchiques se soient succédé conformément aux règles établies, qu'il n'y ait eu par conséquent dans leur accession au gouvernement aucun vice essentiel capable d'invalider leur juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'apostolicité de gouvernement implique ''l’apostolicité de la doctrine. ''Du fait que les chefs de l'Église ont pour principale mission de transmettre aux hommes le dépôt intégral de la Révélation, il s'ensuit que l'apostolicité de la doctrine doit découler de l'apostolicité de gouvernement, comme l'effet de la cause. Mais 1’apostolicité de la doctrine n'est pas une note, parce qu'elle n'est pas une propriété visible, et que, pour savoir si une doctrine est apostolique, il faut rechercher auparavant par qui elle est enseignée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'''apostolicité ''a les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — ''a) ''une ''propriété essentielle. ''Jésus-Christ ayant institué une hiérarchie permanente, son Église ne peut se trouver que là où les chefs sont les successeurs légitimes des Apôtres ; — b) une ''propriété visible. ''Il est aussi facile de contrôler le fait de la succession apostolique des Papes et des Évoques que celle des chefs de toute société humaine, par exemple, la succession des rois de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''352. — II'''. '''Valeur respective des quatre notes. '''— Avant de faire l'application des quatre notes, il convient d'établir leur ''force probante, ''leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''LA SAINTETÉ ''est une note ''positive ''de la vraie Église. Car il est évident que, seule, l'Église qui a conservé la doctrine du Christ dans toute son intégrité, est capable de produire les fruits les meilleurs et les plus abondants de sainteté. D'autre part, la note de sainteté est facilement discernable : tout homme sincère peut constater la ''transcendance morale ''d'une société religieuse et se rendre compte que la sainteté des membres est le résultat de la sainteté des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, la sainteté est un critère ''à l'ordre moral : ''entendez par là qu'il requiert des dispositions morales de la part de celui qui en fait l'application. Si en effet on a l'esprit prévenu contre la société religieuse qu'on étudie, il peut arriver qu'on s'arrête avec trop de complaisance aux faiblesses et aux défauts de cette société sans accorder la place voulue aux vertus héroïques dont elle a droit de se glorifier. Pour cette raison, la note de sainteté, quoique suffisante en soi, demande à être complétée par les autres notes,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''L'UNITÉ ''est une note ''négative. ''Elle n'a donc qu'une valeur d'exclusion : elle nous permet de dire que toute société qui ne l'a pas ne peut pas être la vraie Église. Mais elle ne nous conduit pas plus loin, car rien n'empêche de concevoir une société où tous les membres soient subordonnés aux mêmes chefs et acceptent les mêmes croyances sans être pour cela la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LA CATHOLIGITÉ ''est également une note ''négative ''et nous permet seulement d'exclure toute société qui n'est pas relativement et moralement universelle, par conséquent, toute Église provinciale ou nationale. Mais notre conclusion ne saurait aller au delà, et il peut se faire qu'une société soit la plus répandue, qu'elle compte le plus d'adhérents sans qu'elle soit nécessairement la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant le ''concept de catholicité ''est ''plus étendu ''que celui ''d'unité. ''Une société peut être une et ne pas dépasser les limites d'an pays, tandis que la catholicité qui suppose une certaine universalité, implique en même temps l'unité. Que serait en effet la catholicité, si l'Eglise qui embrasse plusieurs contrées n'était pas la même à tous les endroits? Une Église peut donc être une sans être catholique, mais elle ne peut être catholique sans être une.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4''° L’APOSTOLICITÉ ''est une note ''positive. ''Du moment qu'une Église peut démontrer que sa hiérarchie descend des Apôtres par une succession ''continue ''et ''légitime, ''il y a toute certitude qu'elle est la véritable Église. Mais le point délicat de cette note est de prouver que la succession a toujours été ''légitime, ''que la ''juridiction ''épiscopale n'a pas été annulée par le schisme et l'hérésie, c'est-à-dire par la rupture avec l'œuvre authentique de Jésus-Christ. Or la rupture ne deviendra évidente que si cette Église ne possède plus les trois notes précédentes. L'apostolicité doit donc être contrôlée par les autres notes, et en particulier, par l'unité et la catholicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— 1. Toute Église, dans laquelle il y a ''absence ''des quatre notes ou seulement d'une des quatre notes, ne peut être la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'Église qui ''possède ''les quatre notes est ''nécessairement la vraie Église. ''Car la sainteté et l'apostolicité, étant des notes positives, sont des critères qui suffisent à prouver l'authenticité d'une Église. Cependant il est bon de ne pas les isoler, nous venons de dire pourquoi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Application des notes an Protestantisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353. — Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur le protestantisme. Dans le second, nous montrerons ''qu'il n'a pas les quatre notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur le Protestantisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Définition. '''— Sous le terme général de ''protestantisme, ''il faut comprendre l'ensemble des doctrines et des Églises issues de la Réforme du XVIe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot ''Réforme ''sert également à désigner le protestantisme. La raison en est que ses principaux chefs : Luther et Calvin ''se donnèrent ''comme des envoyés de Dieu ayant pour mission de ''réformer ''l'Église du Christ, de restaurer la religion de l'esprit et de substituer aux ténèbres de l'erreur et à la corruption des mœurs la lumière de la vérité et la pureté de la morale : « ''Post tenebras lux'' ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''354. — II.''' '''Origine. '''— Si l'on considère le protestantisme, d'un point de vue général, et sans s'arrêter aux circonstances particulières qui déchaînèrent le mouvement dans les différents pays de l'Europe, l'on peut dire qu'il a son origine dans ''trois ordres de causes : ''intellectuelles! religieuses et politiques. — ''a) Causes intellectuelles. ''Il y a un lien très étroit qui rattache la Réforme, mouvement religieux, à la Renaissance, mouvement intellectuel. De la dernière moitié du XVe siècle aux vingt premières années du XVIe, époque où éclata le luthéranisme, la Renaissance battait son plein. Or l'humanisme ne se signalait pas seulement par le culte de l'antiquité païenne, mais aussi par une réaction contre la philosophie scolastique, par des tendances rationalistes et une critique indépendante qui s'étendait à tous les domaines et contre les attaques de laquelle la Bible même ne fut pas toujours à l'abri.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Causes religieuses. ''A l'indépendance de l'esprit correspondait une grande liberté dans les mœurs. Depuis plusieurs siècles déjà, de déplorables abus s'étaient glissés un peu partout : il y avait eu abaissement du niveau moral dans l'Église, qui ne remplissait plus qu'imparfaitement sa mission divine. En Allemagne plus spécialement, le haut clergé, mal recruté parmi les grands seigneurs, possesseur d'une grande partie du sol, ne rêvait que domination et se servait de l'Église plutôt que de la servir. La mal n'était pas moindre dans les monastères ; et la papauté elle-même, devenue une puissance italienne préoccupée de ses intérêts matériels, oubliait trop souvent les affaires de l'Église dont elle avait la charge. Assurément, une réforme, non pas dans la constitution de l'Église ni dans son dogme, mais dans ses mœurs et dans sa discipline, était indispensable et souhaitée de tous. Elle s'accomplit du reste plus tard au temps du concile de Trente, trop tard, hélas ! puisque auparavant Luther avait déchaîné au soin de l'Église une vraie révolution qui n'avait plus Le simple caractère d'une réforme nécessaire, mais qui était le bouleversement du dogme et la rupture de l'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Causes politiques. ''Quelque importantes que fussent les causes intellectuelles et religieuses, la Réforme protestante fut déterminée par l'ambition des chefs d'État qui virent, dans ce détachement de leurs Églises nationales de l'autorité de Rome, la meilleure façon d'accroître leur puissance et de devenir à la fois les chefs spirituels et temporels de leurs sujets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
355. — '''III. Les Églises protestantes'''. — Le protestantisme comprend trois Églises principales : l'Église ''luthérienne, ''l'Église ''calviniste ''et 1' Église ''anglicane. ''Chaque Église se subdivise à son tour on un certain nombre de sectes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le''' '''Luthéranisme. '''— A. ''ORIGINE. ''— de l'Allemagne plus que d'aucun autre pays, il est vrai de dire que le protestantisme eut pour principe les trois causes que nous avons signalées plus haut. Au début du xvie siècle, le terrain était tout prêt pour l'éclosion d'un mouvement réformateur : il suffisait d'un homme et d'une occasion pour allumer l’incendie. Cet homme ce fut Luther, et l'occasion, la ''question des indulgences.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Martin Luther naquit en 1483 et mourut en 1546 à Eisleben en Saxe En 1505, il entra au couvent des Augustins d'Erfurt et fut ensuite professeur de théologie à Wittenberg. En 1517, le pape Léon X ayant chargé les Dominicains de prêcher de nouvelles indulgences dans le but de recueillir des aumônes destinées à l'achèvement de Saint-Pierre de Rome, Luther, froissé que cette mission avait été confiée à un autre ordre que le sien, commença par attaquer les ''abus, ''puis bientôt le ''principe ''même des indulgences, ainsi que leur ''efficacité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn295 [295]]. Excommunié en 1520, il brûla Ta bulle pontificale sur la place publique de Wittenberg, traita le pape d'antéchrist et en appela à un Concile général. Cité devant la diète de Worms (1521), il s'y rendit refusa de se soumettre à la sentence qui le condamnait et fut mis au ban de l'Empire. Protégé par Frédéric de Saxe, il vécut un certain temps caché au château de la Wartbourg où il travailla à la traduction de la Bible en langue vulgaire. Puis, de 1522 à 1526, il parcourut l'Allemagne, prêchant sa doctrine. Entre temps, en 1525, il avait épousé Catherine Bora. En quelques années, la Réforme fit de grands progrès, grâce à la protection des princes qui profitèrent du mouvement pour rejeter l'autorité de Rome et s'emparer des biens des monastères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
356. — B. ''DOCTRINE. ''— a) La théorie luthérienne de l'inefficacité des indulgences, fait partie de tout un système dont le point central était la ''justification par la foi. ''Aux bonnes œuvres Luther oppose la foi : « Sois pécheur, pèche hardiment, mais crois plus hardiment encore. » Telle est, en une brève formule, l'idée maîtresse du réformateur, d'où sortiront les autres points de sa doctrine comme des conséquences rigoureuses. De même que la justice primitive faisait partie de la nature du premier homme et lui était essentielle, de même par la faute d'Adam « le péché devient une seconde nature : tout en l'homme est péché ; l'homme n'est plus que péché »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn296 [296]]. Rien ne peut changer cet état de choses : l'homme pécheur ''n'a plus la liberté nécessaire pour accomplir le bien ; ''ses bonnes œuvres sont donc inutiles. La justification par les mérites de Jésus-Christ est le seul remède. Mais comment le pécheur obtiendra-t-il que Dieu lui accorde cette grande grâce de lui imputer les mérites de son Fils? ''Uniquement par la foi, ''en croyant de toutes ses forces que la chose est ainsi. Sans doute son âme restera, comme auparavant, souillée par le péché, mais elle sera recouverte, comme d'un voile, de la justice du Rédemp­teur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn297 [297]]. — b) La foi seule suffisant à la justification, les ''sacrements ''et le ''culte ''deviennent ''choses superflues. ''Les sacrements, que Luther réduit à trois : le baptême, l'eucharistie et la pénitence, ne produisent donc pas la grâce et ne sont pas requis pour le salut. Le culte des saints doit être supprimé ; les saints doivent être imités, non invoqués. — c) ''Pas de purgatoire. ''— ''d) ''La ''seule règle de foi ''et la seule autorité c'est l'''Écriture ''interprétée par la raison individuelle. -— ''e) ''Tout chrétien pouvant obtenir la justification par la foi sans la pratique des œuvres et sans le recours aux sacrements, recevant par ailleurs les lumières de l'Esprit Saint pour l'interprétation des Écritures, il s'ensuit que l'Église est une ''société invisible, ''se composant des seuls justes, où il n'y a pas de corps enseignant, pas de caractère sacerdotal, pas d'ordination et où tous les fidèles sont prêtres. Telle était la conséquence rigoureuse que Luther avait tirée d'abord de sa doctrine. Mais comme elle eut pour effet de susciter une foule de docteurs qui, au nom de l'Esprit Saint, avancèrent les opinions les plus contradictoires, Luther se vit forcé d'organiser des ''Églises visibles, ''avec l'appui et sous la dépendance de l'État. Conséquemment, il décréta que le ministère de la prédication et l'administration des sacrements seraient exercés par des élus du peuple auxquels les anciens auraient imposé les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
357. — C. ''ÉTAT ACTUEL. — ''Le ''luthéranisme ''se propagea rapidement dans l'Allemagne du Nord, le Danemark, la Suède et la Norvège. Il s'est étendu ensuite à l'Angleterre, avec l'anglicanisme, et à la Hollande ; il a pénétré de nos jours en Amérique et même, grâce aux missions protestantes, dans les pays païens. Cependant il ne présente pas partout la même ''organisation. ''En Allemagne, l'Église luthérienne ''n'a pas d'évêques, ''elle reconnaît l'autorité des princes séculiers et des consistoires dont les princes sont les principaux membres Dans les pays Scandinaves, l'on a conservé la ''hiérarchie épiscopale ''qui est soumise à l'autorité civile. Aux États-Unis d'Amérique, les pasteurs sont élus par le suffrage des fidèles ; dans les choses de la foi et de la discipline ils obéissent aux synodes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''358. — 2° Le Calvinisme'''. — A. ''ORIGINE.— ''Calvin, né à Noyon en Picardie en 1509, fit ses études de droit à Bourges où il se lia d'amitié avec l'helléniste allemand Wolmar, qui l'instruisit dans la doctrine de Luther. Après avoir prêché à Paris (1532), il jugea prudent de quitter la France et se retira à Strasbourg, puis à Bâle où il acheva( 1536) son fameux ouvrage de ''l’Institution chrétienne, ''dans lequel il exposa ses idées. Appelé à Genève pour y enseigner la théologie, proscrit quelque temps, puis rappelé, il entreprit à la fois la réforme des mœurs et celle du dogme et du culte. En même temps, il poursuivait avec une cruelle intransigeance ceux qui allaient à rencontre de sa doctrine. Les plus fameuses victimes de son intolérance furent Jacques Gruet et surtout Michel Servet brûlé en 1553&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
359. — B. ''DOCTRINE. ''— Calvin reproduit à peu près la doctrine de Luther. Voici, esquissés très rapidement, les points essentiels qui différencient les deux théologies. — a) Sur ''la question de la justification, ''Calvin qui enseigne, comme Luther, la justification par la foi sans les œuvres, ajoute à la doctrine luthérienne deux choses : l'inamissibilité de la grâce et la prédestination absolue : — 1. ''Inamissibilité de la grâce. ''Calvin, plus logique peut-être en cela que Luther, qui n'avait pas osé soutenir que la grâce de la justification, une fois reçue, ne pût se perdre, professe que la grâce est ''inamissible. ''Pourquoi Dieu retirerait-il à l'homme la grâce de la justification qu'il lui a plu un jour de lui octroyer? Si l'homme ne peut rien faire pour mériter de l'obtenir, pas davantage il ne saurait rien faire pour mériter de la perdre, vu qu'il est privé de libre arbitre, partant, irresponsable. « Qui est justifié, dit Calvin, et qui reçoit une fois le Saint-Esprit, est justifié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. » — 2. Du principe de l'inamissibilité de la grâce découle la doctrine de la ''prédestination absolue. ''Dans son conseil éternel, Dieu a prédestiné les uns au salut, les autres à la damnation. Le prédestiné à la gloire est désigné, élu de toute éternité. Il est justifié sans considération de ses mérites, sans égard aux œuvres qu'il peut accomplir, et tel est précisément l'endroit où la thèse calviniste est en contradiction totale avec la doctrine catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn298 [298]]. — b) Sur ''la valeur des sacrements, ''que Calvin réduit à deux : le baptême et l'eucharistie, sur ''le culte, ''sur ''la règle de foi, ''la doctrine calviniste est presque identique à la doctrine luthérienne. — c) Quelques divergences sur la ''constitution de l'Église visible. ''Celle-ci, qu'il ne faut pas confondre avec ''l'Église invisible, ''c'est-à-dire l'ensemble des prédestinés, est une démocratie où les prêtres, tous égaux, sont délégués par le peuple. Mais, — et c'est là un point important où le calvinisme s'éloigne du luthéranisme, — l'autorité ecclésiastique est indépendante de l'État : elle réside dans un ''consistoire, ''composé de six ecclésiastiques et de douze laïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn299 [299]], lesquels représentent les anciens et les diacres de la primitive Église. Ce système s'appelle le ''presbytérianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
360. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— Le ''calvinisme ''se propagea on Suisse, en France, en Allemagne même, dans les Pays-Bas et en Écosse, où il donna naissance à la secte des ''puritains, ''qui mit un moment en péril l'anglicanisme. Il subsiste encore aujourd'hui dans ces mêmes pays et a même gagné les États-Unis, où cependant il ne compte qu'un nombre restreint de fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''361. — 3° L'Anglicanisme.''' — A. ''ORIGINE. — ''La Réforme protestante éclata en Angleterre, peu de temps après l'introduction du luthéranisme en Allemagne. Les historiens lui voient déjà un précurseur; au XIVe siècle, dans la personne de l'hérésiarque Wiclef, dont la tentative -avait échoué, mais dont les idées avaient laissé dans les esprits un ferment d'indépendance, favorable au schisme du xvie siècle. Celui-ci eut pour auteur le roi Henri VIII. Après avoir été un défenseur de l'Église catholique, il s'en détacha pour se venger de ce qu'il n'avait pu obtenir du pape Clément VII une sentence annulant son mariage avec Catherine d'Aragon. En 1534, il fit signer par l'assemblée du clergé et les deux Universités une formule qui déclarait que « l'Évêque de Rome n'avait pas en Angleterre plus d'autorité et de juridiction que tout autre Évêque étranger », et il fit admettre cette proposition que « le roi est, après le Christ, le seul chef de l'Église». Séparée ainsi du centre de l'unité, l'Église d'Angleterre conservait la même doctrine que par le passé. ''Schismatique ''d'abord, elle ne devint ''hérétique que ''sous Edouard VI, le successeur de Henri VIII. A l'instigation de Cranmer, l'on rédigea une ''profession de foi ''en 42 articles, extraits presque entièrement des Confessions des réformés d'Allemagne (1553). Ces 42 articles furent remaniés sous le règne d'Elisabeth et réduits à 39 en .1563.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
362. — B. ''DOCTRINE. ''— Les 39 ''articles de la confession de foi ''approuvée par le Synode de Londres, et le ''Livre de la prière publique ''(common Prayer-book) contiennent tout l'anglicanisme. Nous nous contenterons d'indiquer les-points principaux de la doctrine enseignée dans les 39 articles. 1. Les cinq premiers articles exposent les dogmes catholiques de la sainte Trinité, de l’Incarnation et de la résurrection. 2. Le sixième admet comme unique règle l’Ecriture sainte. — 3. Les articles 9-18 exposent la doctrine de la justification par la foi seule, reproduite assez fidèlement de la doctrine de Luther. Contrairement au Calvinisme, il est enseigné qu'après la justification on peut pécher et se relever. — 4. Les articles 19-22 traitent de l'Église. L'Église visible est la société des fidèles où l'on prêche la pure parole de Dieu et l'on administre ''correctement ''les sacrements. Quoiqu'elle ait le pouvoir de décréter des rites et des cérémonies, de décider dans les controverses en matière de foi, elle ne peut rien établir contre l'Écriture. Aucune Église n'est infaillible : pas plus que les autres, celle de Rome, dont la doctrine (art. 22) sur le purgatoire, les indulgences, le culte des images et des reliques, l'invocation des saints, doit être rejetée. — 5. Les neuf articles suivants (23-31) exposent la doctrine anglicane sur le culte et les sacrements. On ne peut exercer le ministère dans l'Église sans avoir été choisi par l'autorité compétente. La langue vulgaire doit être employée dans la prière publique et l'administration des sacrements. Deux sacrements : le baptême et la Cène, ont été institués par Jésus-Christ et sont des signes efficaces de la grâce ; les cinq autres ne sont pas de vrais sacrements. Le baptême est un signe de régénération qui introduit dans l'Église, confirme la foi et augmente la grâce. Le baptême der enfants doit être conservé. La cène du Seigneur, dit l'article XXVIII, n'est pas seulement un signe de l'amour mutuel des chrétiens entre eux, mai elles est plutôt un sacrement de notre rédemption par la mort du Christ. De sorte que, pour ceux qui y prennent part, correctement, dignement et avec foi, le pain que nous rompons est une communion au corps du Christ ; de même la coupe de bénédiction est une communion au sang du Christ. La transsubstantiation ne peut être prouvée par les Saintes Lettres ; au contraire, elle répugne aux termes de l'Écriture, détruit la nature du sacrement, et a été la cause de beaucoup de superstitions. Le corps du Christ est donné, reçu et mangé dans la cène, seulement dune manière céleste et spirituelle. Le moyen, par lequel le corps du Christ est reçu et mangé, est la foi. Le sacrement de l'eucharistie n'a pas été institué par le Christ pour être conservé, transporté, élevé et adoré.» La communion sous les deux espèces est nécessaire. Le sacrifice de la croix a accompli la rédemption une fois pour toutes ; par conséquent « les sacrifices des messes» sont des fables blasphématoires et des impostures pernicieuses. — 6. Les articles suivants (32-34) déclarent que le mariage des évêques, des prêtres et des diacres est permis ; que les excommuniés doivent être évités. — 7. Le 38e article condamne les doctrines communistes de certains anabaptistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn300 [300]], et le dernier dit que le serment est permis pour de justes causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
363. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— La profession de foi en 39 articles a été spécialement rédigée pour faire l'union dans l'Église anglicane. Mais bien que tous les candidats aux ordres aient toujours été obligés et le soient encore de la signer avant de recevoir le diaconat, l'union n'a jamais pu être réalisée, pas plus dans le passé que dans le présent. Du temps d'Elisabeth, la nation était déjà divisée en ''conformistes ''qui suivaient littéralement les rites du Prayer-book, et en ''non-conformistes ''ou ''dissidents ''qui refusaient d'admettre les ornements et cérémonies qui sont en usage dans l'Église catholique et que le Prayer-book prescrivait : imbus des doctrines calvinistes, ils y voyaient une affirmation de la présence réelle et du sacrifice de la messe et ne voulaient pas participer à ce qui leur semblait une idolâtrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nos jours, l'Église anglicane se divise encore en trois partis: la ''Haute ''Église, la ''Basse ''Église et l'Église ''Large. ''— ''a) ''La ''Haute ''Église ''(High Church) ''se considère comme un des trois rameaux de l'Église catholique dont les deux autres seraient l'Église romaine et l'Église grecque. Le parti le plus avancé de la Haute Église s'appelle soit ''puseyisme ''parce que Pusey un des plus actifs propagandistes du mouvement d'Oxford[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn301 [301]], soit ''ritualisme ''parce que le mouvement, en s'accentuant vers 1850, tendit à rétablir les principaux rites de l’Église romaine, entre autres, la messe et ses cérémonies, le culte des saints et même la confession auriculaire. Bref, les ritualistes acceptent presque tous les dogmes catholiques, sauf l'infaillibilité du pape et l'Immaculée Conception. — b) La ''Basse ''Église ''(Low Church), ''qui se nomme aussi ''évangélique, ''a des tendances calvinistes. Elle considère d'ailleurs la constitution de l'Église anglicane comme d'origine humaine et ne lui attribue qu'une valeur toute relative. — c) L'Église ''Large (Broad Church) ''ne requiert comme dogme essentiel que la foi au Christ. Ses partisans portent aussi les noms de ''latitudinaires ''et d'universalistes : — 1. ''latitudinaires ''parce qu'ils professent une morale large, et même relâchée, qui est en opposition avec le fanatisme des puritains ; — 2. ''universalistes ''parce qu'ils nient l'éternité des peines et pensent que tous les hommes seront un jour sauvés. A l'Église Large se rattachent les ''Sociniens ''et les ''Unitaires ''qui rejettent le dogme de la Trinité et considèrent la raison comme le seul guide dans l'interprétation des Écritures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn302 [302]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
364. — ''Remarque. ''— Quelle que soit la diversité des sectes et des doctrines, dont nous avons constaté l'existence au sein de l'Église réformée, l'on peut classer les protestants en deux groupes : les protestants ''conservateurs ''et les protestants ''libéraux. ''— ''a) ''Les protestants ''conservateurs ''ou ''orthodoxes ''sont ceux qui se rapprochent le plus de l'orthodoxie catholique : ils gardent la plupart des dogmes révélés, mais ils rejettent la constitution de l'Église telle que nous l'avons décrite dans le chapitre précédent. — b) Les protestants ''libéraux ''ne diffèrent guère des rationalistes. Disciples de Kant, qui proclame l'autonomie de la raison, ils répudient tout élément surnaturel et tout dogme révélé. Cependant, certains, à la suite de Schleiermacher (mort en 1834) et de Ritschl (mort en 1889), se sont efforcés de combler les lacunes de la raison par une sorte de sens religieux et de disposition morale qui nous permettent d'atteindre l'Infini et de reconnaître ce qui est inspiré dans l'Écriture Sainte. Nous avons eu du reste l'occasion de parler de leurs conceptions, lorsque nous avons étudié les caractères essentiels de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le protestantisme n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
365. — L'étude qui précède, quoique succincte, nous permettra de faire rapidement au protestantisme l'application des notes de la véritable Église, et de montrer qu'il ne les possède pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le protestantisme n'a pas la sainteté'''. — ''a) ''Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses principes. ''Les doctrines fondamentales du luthéranisme et du calvinisme : la ''justification par la foi, l'inutilité des bonnes œuvres, ''la ''négation du libre arbitre, ''la ''prédestination absolue, ''sont le renversement des principes de la morale. Si en effet la foi soûle suffit à justifier, si les bonnes œuvres ne sont pas requises et d'ailleurs ne peuvent l'être, vu que l'homme est privé de libre arbitre, si les prédestinés peuvent commettre tous les crimes, pourvu qu'ils aient la foi, si la justification est inamissible, il n'y a plus de distinction à faire entre la vertu et le vice. L'homme est irresponsable, c'est Dieu qui « fait on nous le mal et le bien, comme l'écrit Luther dans son livre : « ''Du serf arbitre ''», et de même qu'il nous sauve sans mérite de notre part, il nous damne aussi sans qu'il y ait de notre faute ». En conséquence de ces principes, Luther et Calvin ont rejeté, comme inutiles et contraires à la nature, la pénitence, l'abnégation, les conseils évangéliques, supprimant ainsi les plus puissants moyens de sanctification et tarissant la source des vertus supérieures et héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses membres.''— 1. Remarquons d'abord que le protestantisme ne saurait invoquer la ''sainteté de ses fondateurs. ''Ni Luther, ni Calvin, ni Henri VIII ne furent certes des modèles de vertu ; oserait-on même dire qu'ils aient pratiqué les vertus communes? A vrai dire, un protestant aurait mauvaise grâce à reprocher à Luther son orgueil et sa sensualité, à Calvin son esprit vindicatif et cruel, à Henri VIII ses adultères et ses débauches. N'agissaient-ils pas conformément à leur doctrine ? « Pèche fortement, mais crois plus fortement.» Du moment qu'un homme est sincère dans ses idées et qu'il met sa conduite en rapport avec ses idées, de quoi peut-on l'accuser? De rien apparemment, sauf toutefois d'avoir des principes mauvais et destructeurs de la morale. — 2. Le protestantisme qui n'est pas saint dans ses fondateurs, l'est-il dans ses ''autres membres? ''C'est assurément une chose bien délicate que de faire le parallèle entre la somme de vertus qui se trouvent dans deux sociétés, sinon rivales, du moins divergentes. Nous concéderons donc volontiers qu'il y a chez les protestants un niveau moral assez élevé, qu'on trouve chez eux des vertus supérieures, parfois des vertus héroïques. L'on voit même, de nos jours, certaines sectes protestantes qui prêchent la pratique des œuvres surérogatoires et reprennent la vie reli­gieuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn303 [303]]. Mais si les choses sont ainsi, — et l'on nous rendra cette justice que nous n'hésitons pas à le reconnaître, — c'est par un manque de logique ; c'est précisément parce que les protestants n'appliquent pas les principes de leurs fondateurs. Et cela nous suffit pour condamner le système et l'Église qui le professe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''366. — 2° Le protestantisme n'a pas l'unité.''' — Nous avons défini l'unité : « la subordination de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant » (N° 349). Comment le protestantisme pourrait-il avoir cette note? Il n'est qu'un assemblage de sectes disparates, que l'on pour cependant, sous un certain point de vue, classer en deux groupes : les Églises non épiscopaliennes et les Églises épiscopaliennes. — a) Pour ce qui concerne les ''Églises non épiscopaliennes, ''elles sont nécessairement dépourvues de cette subordination de tous les fidèles à une même hiérarchie, car la hiérarchie n'existe pas : ministres et fidèles sont sur le pied d'égalité. Il n'y a plus dès lors possibilité d'assurer l'unité soit dans le culte et la discipline, soit, à plus forte raison, dans la foi. —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant aux ''Églises épiscopaliennes, ''qui reconnaissent une autorité constituée, elles peuvent dans la pratique obtenir une unité apparente, mais cette unité ne saurait être que superficielle, parce que contraire à la théorie du libre examen, qui est toujours restée l'un des principes essentiels de la doctrine protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n'avons pas besoin d'ajouter, que, s'il n'y a pas d'unité de gouvernement, encore moins peut-il y avoir ''unité de foi. ''Les chefs ne s'accordent même pas entre eux. Calvin reprend sans doute la doctrine de Luther, mais il en modifie des points essentiels (N° 359). Les anglicans s'approprient les doctrines de Luther et de Calvin, mais ils conservent l'épiscopat que les deux chefs de l'hérésie protestante avaient rejeté. Et malgré cette conservation de l’épiscopat, et avec lui, d'une hiérarchie capable de produire l'unité, que de variations, de luttes et de divergences au sein de l'anglicanisme ! Alors que la Haute Église se rapproche du catholicisme, au point de donner parfois l'illusion qu'elle se confond avec lui sur le terrain de la doctrine et du culte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn304 [304]], l'Église Large va à l'extrême opposé et tombe dans le rationalisme et l'incrédulité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''367. — 3° Le protestantisme n'a pas la catholicité.''' — La catholicité implique l'unité, avons-nous dit (N° 352). Là où l'unité n'est pas, la catholicité ne saurait être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Les ''églises non épiscopaliennes ''comportent autant de sectes que l'on veut, puisqu'il n'y a aucun lien pour les rattacher. — ''b) ''Les ''églises épiscopaliennes ''ont un domaine moins restreint, mais, du fait même qu'elles reconnaissent le chef de l'État comme autorité suprême, elles ne peuvent dépasser les limites d'un pays. C'est ainsi que nous avons les églises luthériennes de Suède, de Norvège, de Danemark, et l'Église anglicane, circonscrite aux régions de domination ou d'influence britannique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que le protestantisme n'a : — 1. ni la ''catholicité de fait, ''qui comprend la totalité des hommes; — 2. ni la ''catholicité de droit. ''Non seulement aucune des fractions du protestantisme, mais même l'ensemble des sectes réunies ne compte un nombre d'adhérents égal à celui des fidèles de l'Église romaine. Et si l'hypothèse contraire était vraie, le protestantisme ne pourrait pas encore revendiquer la catholicité relative, attendu qu'il n'y a pas ''diffusion de la même société visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''368. — 4° Le protestantisme n'a pas l'apostolicité.''' — ''a) En droit, ''et à ne considérer que les principes du protestantisme, la question de l'apostolicité ne se pose pas, car les théologiens protestants sont unanimes à déclarer que l’Eglise est invisible que Jésus-Christ n’a constitué aucune hiérarchie perpétuelle et que l’autorité qui peut exister dans l’Eglise visible est d'origine humaine. — b) ''En fait, ''les églises ''non épiscopaliennes, ''n'ayant pas d'évêques, ne peuvent songer à établir une succession apostolique et à montrer que leurs pasteurs sont d'origine apostolique. Mais le cas n'est plus le même pour les églises ''épiscopaliennes. ''Celles-ci possèdent une suite ininterrompue d'évêques ; le problème qui se pose est donc de savoir ''si la succession est légitime. ''Pour qu'une succession soit légitime, il faut que le titulaire qui prend la place d'un autre titulaire, accède au pouvoir au nom du même ''principe. ''Or les évoques de la Réforme ne sont pas arrivés au pouvoir au nom du même principe que les évêques antérieurs. Ceux-ci appuyaient leur autorité sur le titre qu'ils revendiquaient de successeurs des apôtres et en vertu des pouvoirs conférés par Jésus-Christ à son Église ; ceux-là n'exercent l'épiscopat qu'à titre de délégués du Roi et du Parlement. Il y a donc solution de continuité entre la hiérarchie antérieure et la hiérarchie postérieure à la Réforme. La succession apostolique a été close pour l'Église protestante au xvie siècle ; sans doute il y a eu succession, mais succession irrégulière. ''Il n'y a pas eu succession apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Application des notes à l'Église grecque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article, comme le précédent, en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur l'Église grecque. Dans le second, nous montrerons ''qu'elle n'a pas les notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur l'Église grecque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
369. — 1. Définition. — Sous le nom ''d'Église grecque ''nous comprenons toutes les Églises qui, à la suite du schisme commencé par Photius au ixe siècle et consommé par Michel Cérulaire au xie, se sont séparées définitivement de Rome. Ces Églises, que les catholiques désignent sous le nom « ''d'Église grecque schismatique », ''et qui s'intitulent elles-mêmes « ''Église orthodoxe», ''portent encore les noms d'Église ''orientale, ''Église ''gréco-russe ''ou ''gréco-slave, ''Églises ''autocéphales ''ou indépendantes. Nées du schisme de Photius, elles seraient dénommées plus justement ''Églises photiennes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''370. — II. Le schisme grec'''. — A. ''SES CAUSES. ''— L'on attribue généralement ''l’origine ''du schisme grec à des causes multiples. Parmi les principales, les unes sont d'ordre général, les autres d'ordre particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Cause générale. — Les historiens voient dans ''l'antagonisme de race ''entre les Orientaux et les Occidentaux une des causes les plus importantes qui ont préparé le schisme grec. La sujétion à un même pouvoir civil et à une même autorité religieuse, en donnant à ces deux peuples de fréquentes occasions de contact, n'avait fait qu'aviver leur antipathie réciproque, au lieu de l'atténuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Causes particulières. Parmi les causes particulières nous ne signalerons ici que les doux principales, à savoir : l'ingérence du pouvoir civil dans les affaires religieuses et l'ambition des Évêques de Constantinople.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Ingérence du pouvoir civil. ''— Quelque étrange que la chose puisse paraître, il faut aller chercher le ''germe ''du schisme grec dans la conversion même de Constantin. C'est qu'en effet le passage d'une religion à une autre, surtout quand il est déterminé par le sentiment et, a fortiori, par l'intérêt politique, n'entraîne pas avec soi l'évolution des idées ; et c'est ainsi que les empereurs païens, tout en adhérant à la nouvelle doctrine, gardaient au fond d'eux-mêmes, et presque inconsciemment, les préjugés, les habitudes et les mœurs de leur passé. Or c'était précisément une idée païenne que les pouvoirs, civil et spirituel, devaient résider dans la même main ou, tout au moins, que le pouvoir spirituel était entièrement subordonné au pouvoir civil. Partant de ce principe, les empereurs se firent à la fois les protecteurs et les maîtres du christianisme. N'osant pas aller jusqu'à vouloir jouer le rôle de pape, Constantin prit le titre d' « ''évêque du dehors ''», s'attribua des fonctions qui auraient dû être réservées à l'autorité religieuse, comme celles de convoquer, de présider et de confirmer les conciles, de poursuivre les hérétiques et de surveiller les élections épiscopales. L'on comprend dès lors l'influence que purent avoir les empereurs soit pour l'union, soit pour le schisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ambition des Évêques de Constantinople. ''— Lorsque l'empereur Constantin, après sa victoire sur Licinius (323), transporta son siège de Rome à Byzance qui, depuis lors, s'appela Constantinople, l'ambition des évêques de la nouvelle résidence impériale ne connut plus de bornes. Déjà, en 381, le canon 3 du ''concile de Constantinople ''décrétait que « l'évêque de Constantinople devait avoir la prééminence d'honneur après l'Évêque de Rome, parce que Constantinople était la nouvelle Rome». Plus tard (451), le 28e canon du ''concile de Chalcédoine ''affirmait à nouveau le même principe en proclamant que « c'est avec raison que les Pères avaient accordé la prééminence au siège de l'ancienne Rome, parce que cette ville était la ville impériale ». Les Papes ne manquèrent pas de protester, non pas absolument contre la prétention des Évêques de Constantinople à une certaine prééminence, mais contre le principe invoqué, car, comme le faisait remarquer le pape saint Léon, ce n'est pas l'importance d'une ville qui fait le rang élevé d'une Église, mais seulement son origine apostolique, c'est-à-dire sa fondation par les Apôtres. Du reste, si le principe avait été strictement appliqué, Rome ne pouvait plus prétendre au premier rang, du jour où, par suite de l'invasion des barbares, elle avait perdu son sénat et ses empereurs. Mais en dépit de la résistance des Papes, le 28e canon du concile de Chalcédoine fut sanctionné par l'autorité civile, et même, par le concile ''in Trullo ''en 692[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn305 [305]]. Conformément an principe posé, les Évêques de Constantinople prirent d'abord le titre de ''patriarche, ''puis s'arrogèrent ''le pouvoir sur tous les Évêques d'Orient; ''à la fin du VIe siècle, Jean IV le Jeûneur prit même le titre de patriarche ''œcuménique. ''Constamment soutenus par les empereurs, les patriarches se conduisirent en vrais papes de l'Orient et bientôt se posèrent en rivaux de l'Évêque de Rome. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
371. B. ''SES AUTEURS. ''— Préparé, par plusieurs siècles de discordes, le schisme eut pour auteurs deux patriarches célèbres : Photius et Michel Cérulaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Photius. — Appelé à remplacer le patriarche Ignace que le régent Bardas avait relégué dans l'île de Térébinthe, Photius, laïque encore, mais rapidement investi du pouvoir d'ordre et sacré par un évêque interdit, Grégoire Asbesta, prenait possession d'un siège qui n'était pas vacant et dont le prédécesseur n'entendait pas se laisser déposséder par la force. Bien que sa promotion fût, de ce fait, frappée de nullité, Photius s'efforça de la faire confirmer par le pape. N'ayant pu obtenir ce qu'il demandait, avec une souplesse extrême, il tourna la difficulté. Au lieu de heurter de front l'autorité pontificale et d'attaquer en face la primauté romaine, alors trop bien établie pour être sérieusement contestée, il mit la question sur un autre terrain, et il prétendit que les Papes étaient hérétiques parce qu'ils avaient admis l'addition du mot ''Filioque ''au symbole de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Michel Cérulaire. — La controverse sur le mot ''Filioque ''laissait les esprits trop indifférents pour causer une cassure complète et définitive entre les Orientaux et les Occidentaux. Aussi, après la mort de Photius, la réconciliation fut-elle relativement facile, et l'entente put durer tant bien que mal jusqu'en 1054, époque où Michel Cérulaire consomma le schisme. Homme d'une ambition démesurée et d'une énergie peu commune, il aspira, dès le jour où il monta sur le trône patriarcal (1048), à concentrer dans ses mains tous les pouvoirs, ou mieux, à subordonner à son autorité suprême et le pape et le basileus lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laissant de côté la question doctrinale du ''Filioque ''qui intéressait peu, il porta la discussion sur un terrain plus capable de passionner la masse des fidèles et de la soulever contre le Pape et l'Église latine. Il feignit donc d'ignorer la primauté de l'Évêque de Borne, et il accusa les Latins de judaïser en alléguant qu'ils employaient le pain azyme comme matière de l'Eucharistie et qu'ils jeûnaient le jour du sabbat. Puis, conformant ses actes à ses paroles, il somma les clercs et les moines latins de suivre les coutumes grecques et, sur leur refus, il les anathématisa et fit fermer leurs églises. Alors intervint le pape Léon IX. Avec une très grande habileté, il replaça la question sur son véritable terrain, celui de la primauté de l'Évêque de Rome. Pour arriver à un accord, il envoya des légats avec mission de traiter avec Michel Cérulaire, L'entente n'ayant pu se faire, les légats, avant de partir, déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie une bulle d'excommunication qui atteignait le patriarche et ses adhérents (1054). Malheureusement l'excommunication ne fit que hâter le triomphe de Michel Cérulaire. Celui-ci réunit en effet un Synode de douze métropolitains et de deux archevêques qui, à leur tour, excommunièrent les Occidentaux sous prétexte que ces derniers avaient ajouté le ''Filioque ''au Symbole, qu'ils enseignaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils et qu'ils se servaient de pain azyme pour la célébration de l'Eucharistie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''372. — III'''. '''Doctrine. '''— Nous allons indiquer les points essentiels qui différencient l'Église grecque de l'Église romaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU POINT DE VUE DU DOGME, ''tous les théologiens de l'Église grecque reconnaissent comme règle de foi les définitions des sept premiers conciles œcuméniques, dont le dernier eut lieu à Nicée en 787.— a) L'Église grecque s'accorde donc avec l'Église romaine sur les mystères de la ''Trinité, ''de ''l'Incarnation, ''de la ''Rédemption, ''sur les sept ''Sacrements ''sauf certains détails que nous signalerons plus loin, sur le ''culte ''de la ''sainte Vierge, ''des ''saints ''et des ''images. ''A propos cependant du mystère de la Trinité, elle enseigne que le Saint-Esprit ne procède que du Père et reproche aux Latins d'avoir ajouté le ''Filioque ''au symbole de Nicée, — b) Elle n'admet pas le dogme de l'''Immaculée Conception ; ''elle professe en effet que la sainte Vierge est née avec le péché originel et qu'elle n'en a été délivrée que le jour de l'Annonciation. — c'') ''Elle rejette le dogme du ''Purgatoire. ''Ceux qui ont encore des peines à expier passent par l'enfer d'où ils sont tirés par la miséricorde divine, et grâce au sacrifice de la messe, aux prières et aux bonnes œuvres des vivants. — ''d) ''Tout en reconnaissant l'existence des sept Sacrements, les schismatiques grecs ont, sur un bon nombre de points, une doctrine opposée à celle des catholiques. C'est ainsi qu'ils enseignent la ''nécessité de la rebaptisation ''lorsque le baptême a été conféré par les hétérodoxes. De même, ils renouvellent la Confirmation aux fidèles qui ont apostasie, mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur les cas auxquels s'étend l'apostasie. Pour l'Eglise ''russe, ''sont apostats ceux qui ont passé du Christianisme soit au judaïsme, soit au mahométisme, soit au paganisme ; pour l'Église du ''Phanar[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn306 [306]], sont encore apostats ceux qui ont embrassé le catholicisme. A propos du ''sacrement de Pénitence, ''les Grecs prétendent que l'absolution remet, non seulement la peine éternelle, mais même la peine temporelle, de sorte que les pénitences imposées par le confesseur n'ont qu'un caractère médicinal et que les indulgences n'ont plus leur raison d'être et sont même nuisibles, étant causes de relâchement dans la vie chrétienne. ''L'Extrême-Onction, ''d'après l'Église grecque proprement dite, doit être conférée, même aux personnes bien portantes, pour les préparer à la communion ; d'après l'Église russe, elle ne doit être administrée qu'à ceux qui sont atteints d'une maladie sérieuse, ''l'Ordre, ''n'imprime point de caractère ineffaçable ; aussi la déposition prive-t-elle de tout caractère sacerdotal, et les clercs déposés ne peuvent plus exercer ''validement ''aucune des fonctions ecclésiastiques. D'après les théologiens orthodoxes, le consentement mutuel des époux est la matière du sacrement de ''Mariage, ''tandis que la bénédiction du prêtre en est la forme ; le prêtre est donc ministre de ce sacrement. Le droit canonique oriental admet aussi de nombreux cas de rupture du lien matrimonial. — ''e) ''Sur ''la question de l'Église. ''Les théologiens grecs considèrent la véritable Église comme une agglomération d'Églises nationales autonomes reconnaissant Jésus-Christ comme seul chef. Les Évêques, comme les Apôtres du reste, sont égaux ''en droit. ''Mais, en fait, et d'institution ecclésiastique, les Évêques sont soumis aux métropolitains et ceux-ci aux patriarches. Il ne faut donc pas parler de primauté : saint Pierre ne reçut de Notre-Seigneur qu'une simple ''préséance d'honneur, ''laquelle a été transmise d'abord à l'Évêque de Rome, puis à l'Évêque de Constantinople. L'Église enseignante est ''infaillible, ''mais le ''sujet ''de l'infaillibilité c'est seulement le ''corps épiscopal ''pris dans son ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU POINT DE VUE DE LA DISCIPLINE ET DE LA LITURGIE, ''il y a, entre les deux Églises, grecque et romaine, de nombreuses divergences. Voici les principales : — ''a) ''Nous avons déjà dit que l'Église grecque admet le ''mariage des prêtres ; ''cependant les Évêques sont toujours choisis parmi les prêtres célibataires. — b) Les Grecs observent des jeûnes rigoureux pendant le carême et avant les principales fêtes. — ''c) ''L'Église grecque confère le baptême par ''immersion ''et n'admet pas la validité du baptême par infusion ; elle ''rejette l'usage du pain azyme ''dans la consécration de l'Eucharistie et la communion des laïques sous une seule espèce ; elle communie les enfants qui n'ont pas encore l'âge de raison. Les schismatiques condamnent la célébration des messes basses et ils enseignent que le changement du pain au corps et du vin au sang de Notre-Seigneur se produit au moment de ''l’épiclèse ''ou invocation au Saint-Esprit qui est placée après les paroles de l'institution. Ils suivent en outre en grande partie les rites et cérémonies de l'antique liturgie orientale établie au ive et au ve siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''373. — IV. État actuel.''' — Le schisme grec s'est propagé dans la Turquie d'Europe, la Grèce, les îles de l'Archipel, on Russie, dans une partie de la Pologne et de la Hongrie, et en Asie-Mineure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on considère la langue liturgique, l'Église grecque se divise en quatre groupes : — ''a) ''le ''groupe grec pur ''avec trois centres autonomes : le patriarcat de Constantinople, l'Église du royaume hellénique et l'archevêché de Chypre; — ''b)'' le ''groupe gréco-arabe ''avec les patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, l'archevêché de Sinaï ; — c) le ''groupe slave ''avec l'Église russe et ses 75 millions de fidèles, l'Église bulgare, l'Église serbe ayant à sa tête un synode d'évêques présidé par l'archevêque de Belgrade ; — ''d) ''le ''groupe roumain ''avec huit évêques dont deux, ceux de Bucarest et de Jassy, portent le titre de métropolite, et l'Église roumaine de Transylvanie. En tout environ 120 millions d'orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis la rupture provoquée par Michel Cérulaire, de nombreuses tentatives d'union furent faites pour ramener l'Église grecque dans le sein de l'Église catholique. Entre le xie et le xve siècle, il n'y en eut pas moins de vingt, qui ne furent couronnées d'ailleurs d'aucun succès. Malgré ces échecs, Grégoire XIII, au xvie siècle, tenta de nouveau l'entreprise : il fonda à Rome le collège grec de Saint-Athanase destiné à former un clergé grec catholique. Au xviie siècle, Grégoire XV créa la ''Sacrée Congrégation de la Propagande, ''pour s'occuper des Églises séparées. Au xixe siècle, Pie IX,en 1848 et en 1870, Léon XIII en 1894, firent à l'Église schismatique de chaleureux appels qui ne furent pas entendus. Au XXe siècle, la mission de la S. C. de la Propagande fut attribuée par Benoît XV à une nouvelle congrégation : ''la S. C. des Églises Orientales.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n'est plus avec Rome, mais avec l'Église protestante que, depuis le xvie siècle, les Grecs ont repris ces éternels essais d'union qui n'aboutissent jamais... Dans la première moitié du xviie siècle, le calvinisme faillit s'implanter dans la grande Église par les soins de Cyrille Lucar, et au début du xviiie siècle, la secte anglicane des ''Non-jureurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn307 [307]] tenta vainement un rapprochement avec l'Église phanariote et l'Église russe. Depuis 1867, les relations amicales, avant-coureuses de l'union, ont repris entre Anglicans et ''Orthodoxes, ''auxquels sont venus se joindre, et non sans doute pour augmenter l'harmonie, les Vieux-Catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn308 [308]] de Dôllinger, Herzog et Michaud. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn309 [309]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bouleversements actuels de la Russie, la crise très grave du bolchevisme qui ébranle la société jusque dans ses fondements, ne nous permettent guère de faire des pronostics sur l'avenir religieux de ces populeuses contrées. Peut-être la grande épreuve de l'heure présente est-elle la voie par laquelle la Providence se propose de ramener les brebis égarées au bercail de l'orthodoxie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
374. ''REMARQUES. ''— 1. Outre l'Église grecque dont il a été uniquement question jusqu'ici, les ''Églises séparées d'Orient ''comprennent : — 1) l'Église ''copte ''(Haute et Moyenne Egypte) dirigée par le patriarche d'Alexandrie et le métropolite d'Abyssinie ; — 2) l'Eglise ''arménienne ''gouvernée par des patriarches et des évêques ; — 3) l'Eglise ''chaldéenne ''(Mésopotamie); et — 4) l'Église ''jacobite ''(Syrie et Mésopotamie). Ces différentes Églises, de minime importance, puisque ensemble elles ne comptent que quelques millions de fidèles, suivent soit l'hérésie de Nestorius qui niait l'unité de personne en Jésus-Christ, soit celle d'Eutychès qui niait la dualité de natures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien que les efforts des Papes aient été infructueux sur la masse des Églises séparées, ils ont cependant réussi à faire rentrer dans l'unité catholique quelques groupes qu'on désigne sous le nom ''d'Uniates[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn310 [310]]. On appelle donc ''uniates ''les communautés de grecs, de monophysites et de nestoriens qui ont reconnu et accepté la suprématie du Pape. Il y a, parmi eux, des ''grecs-unis, ''des ''chaldéens-unis, ''des ''coptes-unis, ''etc. Le Saint-Siège leur a permis de garder leurs liturgies nationales et leur discipline qui, entre autres règles, autorise le mariage des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église grecque n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
375. — Les apologistes catholiques sont loin d'être d'accord sur l'application des notes à l'Église grecque. — ''a) ''Les uns (P. Palmieri, P. Usban), estimant que l'Église grecque n'est pas dépourvue totalement des quatre notes, sont d'avis que la démonstration de la vraie Église se fait mieux par des arguments directs qui établissent l'institution divine de la primauté romaine (V. ''chap. précédent). ''— b) Les autres pensent, au contraire, que l'Église grecque n'a pas les quatre notes, et que la démonstration de la vraie Église peut toujours se faire par cette voie. C'est la manière de voir de ces derniers que nous allons exposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° L'Église grecque n'a pas la sainteté. — a) L'Église grecque possède sans doute la ''sainteté des principes ''puisqu'elle a gardé au moins les points essentiels de la doctrine et des institutions de la primitive Église. — b) Sainte dans ses principes, l'Église grecque l'est-elle aussi dans ses ''membres? ''Elle ne l'est certainement pas dans ses ''fondateurs : ''Photius et Michel Cérulaire sont assurément plus remarquables par leur ambition que par leur piété et leurs vertus. Quant à la sainteté des ''autres membres ''en général, l'on ne saurait dire qu'elle y brille d'un vif éclat. Malgré l'existence des ordres religieux, les œuvres d'apostolat et de charité y sont plutôt rares. Il est vrai que les Églises orientales ont canonisé un certain nombre de leurs fidèles ; mais leurs procès de canonisation n'impliquent pas une enquête rigoureuse sur l'héroïcité des vertus et ne requièrent aucun miracle proprement dit : l'enquête ne porte que sur quelques Bignes extérieurs tels que l'état de conservation du corps. Et alors même qu'il y aurait des miracles authentiques, il faudrait prouver qu'ils ont été faits, non pas uniquement pour récompenser les mérites et la vie sainte d'hommes vertueux, mais pour prouver la vérité de leur doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''376. — 2° L'Église grecque n'a pas''' '''l'unité. '''— ''L'unité, ''c'est-à-dire, comme nous l'avons dit plus haut (N° 349), la subordination de tous les fidèles à une autorité suprême et à un magistère enseignant, n'est pas chose possible dans l'Église grecque. Sans doute, les schismatiques professent que l'autorité infaillible appartient au concile œcuménique. Mais c'est là un organe qui demeure atrophié depuis le viiie siècle. Déjà, s'il fallait réunir tous les Évêques orientaux appartenant aux différents groupes que nous avons signalés, la chose serait irréalisable. Combien le serait-elle davantage si l'on voulait obtenir l'adhésion des Occidentaux : Église latine et confessions protestantes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''377. — 3°''' '''L'Église grecque n'a pas la catholicité. '''— Elle n'a : — ''a) ni la catholicité de fait, ''la chose est évidente ; — ''b) ni la catholicité de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque groupement de l'Église grecque forme une confession indépendante qui ne dépasse pas les limites d'un pays. Aucun lien n'existe entre les différentes Eglises autocéphales, et l'Église russe qui l'emporte de beaucoup sur les autres par le nombre des fidèles, est une Église nationale, administrée par le Saint-Synode, et qui, Mer encore, était entièrement soumise à l'autorité du czar. L'Église du royaume de Grèce est également détachée du patriarcat de Constantinople, de sorte que l'ambition des Évêques de Constantinople n'a abouti qu'à un émiettement de nombreuses Églises, non seulement séparées de Borne, mais n'ayant plus entre elles le moindre trait d'union. Et quand bien même toutes ces Églises en feraient une seule, elles ne posséderaient pas encore la catholicité relative et morale, puisqu'elles restent confinées en Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''378.''' — 4° '''L'Église grecque n'a pas l'apostolicité. '''— Apparemment l'Église grecque possède une succession continue dans son gouvernement. Dans l'Eglise russe, en particulier, les évêques exercent l'épiscopat à ''titre de successeurs des apôtres. ''Il s'agit donc de vérifier si leur titre est authentique, et si cette continuité matérielle dont nous constatons l'existence est en même temps une ''succession légitime. ''Il faut donc que la note d'apostolicité soit contrôlée par les autres notes, et spécialement, par celles d'unité et de catholicité. Or, comme nous venons de voir qu'elle, n'a pas celles-ci, nous pouvons conclure, par le fait, qu'elle n'a pas davantage celle-là, que son apostolicité, matériellement continue, n'est pas une succession légitime, et que, si elle a toujours le pouvoir d'ordre, elle a perdu désormais le pouvoir de juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Application des notes à l'Église romaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
379. — L’'''Église romaine, ''ainsi appelée parce qu'elle reconnaît pour chef suprême l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, possède les quatre notes de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''L'Église romaine possède la noté de sainteté. '''— ''a) ''Elle est ''sainte dans ses principes. ''Puisque nous faisons ''l'application comparative ''des notes de la vraie Église aux diverses confessions chrétiennes, il y aurait lieu de mettre ici en parallèle tous les points de doctrine sur lesquels le protestantisme et le schisme grec sont en divergence avec le catholicisme. Comme ce travail a été fait précédemment, nous n'avons pas à nous y arrêter. Nous rappellerons cependant que, à rencontre du protestantisme, l'Église romaine enseigne que la justification requiert, non seulement la foi, mais encore la pratique des bonnes œuvres. Par ailleurs, elle ne se borne pas à exiger de l'ensemble de ses fidèles, l'observation des commandements de Dieu et la pratique des vertus communes, elle porte plus haut son idéal, elle recommande les vertus supérieures et même les vertus héroïques. Dans tous les temps elle a favorisé l'institution de nombreux Ordres religieux, où les âmes d'élite tendent, par la contemplation, par les œuvres de charité et par la pratique des conseils évangéliques, au plus haut degré de l'amour de Dieu, à ce qu'on appelle la ''Perfection chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn311 [311]]. — b) Elle est ''sainte dans ses membres. ''Loin de nous la pensée de prétendre que tout est parfait dans l'Église catholique, que jamais il n'y a eu de défaillances dans son sein et que son histoire n'a que des pages immaculées. Nous avons déjà dit le contraire (N° 354). Il ne nous en coûte donc pas de reconnaître que la sainteté de la doctrine ne fait pas toujours la sainteté des individus. S'il y a eu des époques où le clergé, — prêtres, Évêques et même Papes, — aussi bien que les simples fidèles, n'ont pas eu des mœurs conformes à l'idéal du Christ, que pouvons-nous conclure de là, sinon que les instruments dont Dieu se sort, restent toujours des instruments humains, et que, si l'Église est indéfectible, malgré la faiblesse de ses instruments, c'est qu'elle est divine ? Cependant toute critique qui veut être impartiale, ne doit pas s'arrêter là. On ne juge équitablement une société que si on la considère ''dans son ensemble ''et dans ''tout le cours de son existence. ''Or tout homme de bonne foi est forcé d'admettre qu'il y a toujours eu dans l'Église, et même aux époques les plus tourmentées de son histoire, une riche floraison de saints. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir son Martyrologe. Là voisinent les noms les plus illustres et les plus divers : ceux de nombreux ascètes qui, renonçant à tous les biens terrestres, se sont consacrés à la vie contemplative ou aux œuvres de bienfaisance, à côté de laïques, — car les vertus héroïques ne sont pas le privilège exclusif d'un genre de vie, — qui ont mené dans le monde une vie sainte et austère, et tous pour mettre en pratique la doctrine enseignée par l'Église, et pour obéir à l'appel du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''380. — 2° L'Église romaine possède l'unité.''' — L'Église romaine est ''une ''— a) dans son ''gouvernement. ''Bien qu'il y ait de nombreuses Églises locales qui jouissent d'une certaine autonomie, l'unité de ces groupements est assurée par l'obéissance des fidèles aux Évêques et des Évêques au Pape ; — b) ''dans sa foi. ''De l'unité de gouvernement découle l'unité de foi. C'est en effet un des principes les mieux observés du catholicisme qu'il y a obligation stricte pour tous les fidèles de se soumettre à l'autorité infaillible qui les enseigne. Conformément à ce principe, l'Église romaine rejette de son sein ceux- qui se séparent de sa foi par l'hérésie ou s'affranchissent de sa discipline par le schisme. Tous ses sujets professent donc la même foi, admettent les mêmes sacrements et participent au même culte. Mais naturellement l'unité de foi et de culte se concilie avec les ''discussions théologiques ''sur les points de doctrine non définis[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn312 [312]], avec les ''divergences accidentelles des règles disciplinaires ''ou des ''rites liturgiques, ''divergences qui peuvent être commandées par les convenances spéciales des pays, des races et des temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''381. — 3° L'Église possède la catholicité.''' — Pas plus que les autres confessions, l'Église romaine n'est catholique ''de fait. ''Nous avons vu que cette catholicité n'est pas requise. Tout au moins possède-t-elle une ''catholicité de droit, ''puisqu'elle s'adresse à tous, qu'elle envoie ses missionnaires dans toutes les régions, puisqu'elle n'est l'Église ''d'aucune nationalité ''ni d'aucune race et qu'elle sait s'adapter aux peuples les plus divers. En dehors de cotte catholicité de droit, l'Église romaine possède ''l'universalité morale ''et ''relative, ''elle s'étend à la majeure partie du monde, et le nombre de ses fidèles est supérieur à celui des autres sociétés chrétiennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn313 [313]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''382. — 4° L'Église romaine possède l'apostolicité.''' — ''a) ''L'Église romaine est ''apostolique ''dans son ''gouvernement. ''Elle possède une continuité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
successorale moralement ininterrompue : du Pape actuel elle peut remonter à saint Pierre. Il s'agit donc de savoir si la juridiction apostolique a été ''légitimement transmise. ''La chose apparaît évidente, puisque l'Église romaine possède les trois autres notes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''il est vrai, qu'il fut un temps où les Papes résidaient à Avignon, qu'il y eut des interrègnes, qu'il y eut surtout le ''grand schisme d'Occident. ''— ''La résidence momentanée des Papes à Avignon ''n'a nullement interrompu la succession apostolique : il est de toute évidence que la juridiction n'est pas attachée à l'endroit de la résidence, mais dépend uniquement de la légitimité de la succession et du titre. Les Papes pouvaient donc résider à Avignon comme ailleurs et rester les Évêques légitimes de Rome. On allègue d'autre parties ''interrègnes ''et le ''grand schisme d'Occident. ''Rappelons brièvement les faits. A la mort de GREGOIRE XI, septième Pape d'Avignon (1378),Urbain VI fut élu à Rome par seize cardinaux, dont onze français. Après l'élection, quinze des cardinaux déclarèrent l'élection nulle sous prétexte qu'elle avait eu lieu sous la pression du peuple romain qui avait réclamé un Pape italien, et ils élurent Robert de Genève qui prit le nom de Clément VII et s'établit à Avignon. La chrétienté se divisa alors en deux parties, l'une obéissant au Pape de Rome, et l'autre, au Pape d'Avignon. Ainsi commença ce qu'on appelle le ''grand schisme d'Occident ''qui devait durer trente-neuf ans (1378-1417). — Faut-il conclure de là que l'Église romaine ne possède plus la juridiction d'origine apostolique? Certainement non. Les trois règles suivantes nous donneront du reste la clé de cette difficulté : — 1. Si deux élections se font en même temps ou successivement, l’apostolicité appartient au Pape légitimement choisi. — 2. S'il y avait doute, comme c'était le cas pour le grand schisme d'Occident, l'apostolicité n'existerait pas moins, quand bien même la chose ne serait connue que tardivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Enfin si deux ou plusieurs élections se faisaient simultanément et d'une manière irrégulière, elles seraient toutes nulles ; le siège pontifical resterait vacant jusqu'à une élection légitime, laquelle continuerait la série apostolique des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''L'Église romaine est ''apostolique dans sa doctrine. ''Les protestants accusent les catholiques d'avoir introduit des dogmes nouveaux dans l'enseignement apostolique. Sans doute, le Credo actuel est plus développé que celui des Apôtres, mais il ne contient pas des différences essentielles. L'Église enseignante n'a jamais défini une vérité de foi qu'elle ne l'ait tirée soit de l'Écriture Sainte, soit de la Tradition il y a donc eu ''développement ''du dogme, mais ''non point changement ''de la doctrine apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'Église romaine ayant les quatre notes indiquées par le concile de Nicée-Constantinople, nous sommes donc en droit de conclure qu'elle est la ''vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. — Nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine : « Hors de l'Église, pas de salut. » ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383. — Nous venons de démontrer que l'Église romaine est seule la ''vraie Église ''instituée par Jésus-Christ. Devons-nous en conclure qu'il y a ''nécessité de lui appartenir ''pour faire son salut? Si oui, comment faut-il entendre cette nécessité et comprendre la formule courante qui la traduit : « ''Hors de l'Église pas de salut ''» ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Nécessité d'appartenir à la vraie Église'''. — La nécessité d'appartenir à la vraie Église s'appuie sur deux arguments : sur un argument ''scripturaire ''et sur un argument ''de raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT SCRIPTURAIRE. ''— La volonté de Notre-Seigneur sur ce point est formelle. Il a dit en effet à ses Apôtres : « Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné» ''(Marc, ''xvi, 15-16). De ces paroles il ressort, d'une part, que sa doctrine sera transmise à tout l'univers par l'intermédiaire de ses apôtres et de ''leurs légitimes successeurs, ''d'autre part, qu'il y a ''obligation ''d'y adhérer, puisque le Christ condamne ceux qui s'y refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— La ''nécessité d'appartenir à la véritable Église ''découle de la ''raison. ''L'on ne peut pas échapper en effet à la conclusion du dilemme suivant. Ou bien l'Église catholique possède la vérité religieuse, elle a seule le dépôt de la doctrine du Christ. Ou bien elle ne l'a pas. Si elle l'a, si elle est la vérité, il est clair qu'elle s'impose comme une nécessité, car toute vérité est, de sa nature, ''exclusive. ''Toute la question revient donc à prouver que l'Église catholique est la seule vraie : ce que nous avons fait dans les articles précédents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''384. — 2° Sens de la formule : « Hors de l'Église pas de salut. »''' — ''En principe, ''l'appartenance à l'Église catholique s'impose comme une ''nécessité. ''Mais comment faut-il entendre cette nécessité? Et quel sens faut-il donner à l'axiome courant : « ''Hors de l’Église pas de salut ''»? Cette question concerne plutôt le théologien que l'apologiste : nous nous bornerons donc à dire comment les théologiens l'ont solutionnée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on jette un rapide coup d'œil sur l'enseignement traditionnel de l'Église sur ce point, il apparaît que la question n'a pas été mise d'abord en pleine lumière et n'a été considérée que d'un point de vue assez restreint. — ''a) ''D'une manière générale, jusqu'au xvr8 siècle, les Pères et les Docteurs de l'Église enseignent que ''l'appartenance ''à l'Église est d'une ''nécessité absolue ''et que tous ceux qui refusent de se soumettre à son autorité doctrinale et disciplinaire, les hérétiques et les schismatiques, perdent tout droit au salut éternel. Mais il semble bien que cette intransigeance est plus apparente que réelle et provient de ce que la question n'est pas présentée sous toutes ses faces. La preuve en est que saint Augustin (354-430) tout en posant en principe qu'il est nécessaire d'appartenir à l'Église pour faire son salut, ajoute qu'on peut être dans l'erreur, qu'on peut se tromper sur la question de savoir où est la vraie Église, et qu'alors on ne doit pas être rangé parmi les hérétiques. — b) Au xvie siècle, Bellarmin et Suarez élargissent déjà la question et discutent surtout les ''conditions requises ''pour appartenir au corps de l'Église. — c) Au xixe siècle, les théologiens réalisent un grand progrès dans l'explication du dogme, grâce aux distinctions qu'ils établissent, à juste titre, entre les différents sens des mots ''appartenance ''et ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les uns distinguent l'appartenance ''réelle ''(''in re'') et l'appartenance ''de désir ''(''in voto''). On peut en effet « appartenir à l'Église par le ''désir, ''par la ''volonté, ''par le cœur, quand, sans en être membre à proprement parler, on souhaite de l'être. Ce souhait peut être ''explicite, ''comme c'est le cas des catéchumènes ; il peut être ''implicite, ''comme c'est le cas pour ceux qui, sans connaître encore l'Église, désirent faire tout ce que Dieu veut. Tous ces hommes de bonne volonté appartiennent implicitement à l'Église »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn314 [314]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les autres, distinguant entre ''l’âme ''et le ''corps ''de l'Église, disent qu'il est de ''nécessité de moyen ''d'appartenir à ''l’âme ''de l'Église, et de ''nécessité de précepte ''d'appartenir à son ''corps. ''— 1) Or ''appartiennent à l'âme de l'Église ''tous ceux qui, vivant dans une ''ignorance invincible : ''infidèles, hérétiques, schismatiques, observent leur religion de bonne foi et s'efforcent de plaire à Dieu selon les lumières de leur conscience. Dieu les jugera sur ce qu'ils auront connu et accompli, non sur ce qu'ils auront ignoré de la. loi. — 2) ''N'appartiennent ni à l'âme ni au corps de l'Église ''tous ceux qui sont dans ''l'erreur volontaire ''et ''coupable, ''ceux qui, sachant que l'Église catholique est la vraie Église, refusent d'y entrer parce qu'ils ne veulent pas accepter les devoirs que la vérité impose. C'est à ceux-là spécialement qui « pèchent contre la lumière », selon la parole de Newman, que s'applique la maxime : « ''Hors de l'Église pas de salut. ''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons, pour terminer, que ces deux interprétations du dogme catholique sont conformes à l'enseignement donné par Pie IX dans son allocution consistoriale « ''Singulari quadam» ''du 9 décembre 1854 et dans son Encyclique « ''Quanto confidamur ''» adressée aux Évêques d'Italie le 10 août 1863. « Ceux, est-il dit dans ce second document, qui sont dans l'ignorance invincible relativement à notre sainte religion, et qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes gravés dans tous les cœurs, et qui, prêts à obéir à Dieu, mènent une vie honnête et droite, peuvent, avec le secours de la divine lumière et celui de la grâce, obtenir la vie éternelle, car Dieu... ne souffre jamais, dans sa souveraine bonté et clémence, que quelqu'un qui n'est coupable d'aucune faute volontaire, soit puni de peines éternelles. Mais il est aussi très connu, ce dogme catholique, que personne ne peut se sauver hors de l'Église catholique, et que ceux-là ne peuvent obtenir de salut éternel, qui sciemment se montrent rebelles à l'autorité et aux décisions de l'Église, ainsi que ceux qui sont volontairement séparés de l'unité de l'Église et du Pontife romain, successeur de Pierre, à qui a été confiée par le Sauveur la garde de la vigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion'''. — Quelle que soit la manière dont on interprète la formule : « ''Hors de l’Eglise pas de salut ''», il est permis de tirer les conclusions suivantes : — 1. De l'avis unanime des théologiens, ''l'appartenance à l'âme de l'Eglise ''est de ''nécessité absolue, ''vu que la grâce sanctifiante est le seul moyen ici-bas de conquérir le ciel. — 2. ''L'appartenance au corps de l'Eglise ''est, elle aussi, dans une certaine mesure, ''de nécessité de moyen. ''Nous disons ''dans une certaine mesure, ''car il convient de distinguer entre ceux qui connaissent la vraie Eglise et ceux qui ne la connaissent pas. Pour les premiers, l'appartenance au corps, — appartenance ''extérieure, visible, in re, ''comme disent les théologiens, — est à la fois de ''nécessité de moyen ''et de ''nécessité de précepte. ''Pour les seconds, qui ne sauraient être liés par un précepte dont ils ignorent l'existence, seule est requise ''l'appartenance implicite : ''et par appartenance implicite, il faut entendre l'appartenance ''par le cœur, par le désir, ''lequel désir, sans être formulé par des paroles, est inhérent à l'acte de charité et au désir de conformer sa volonté à la volonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dictionnaire d'Alès : Yves de la Brière, art. ''Église ; ''Michiels, art. ''Évêques ; ''M. Jugie, art. ''Grecque ''(Église) ; (J'Ales, art. ''Libère ''(le Pape) ; F. Cabrol, art. ''Honorius ''(La question d'). — Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église ; ''Bainvel, ait. ''Apostolicité ; ''A. Baudrillart, art. ''Calvin, Calvinisme ; ''A. Gatard, art. ''Anglicanisme ; ''S. Vailhé, art. ''Conslantinople ''(Église). — Mgr Batiffol, ''Études d'histoire et de théologie positive ; L'Église naissante et le catholicisme ''(Lecoilre). — Fouard, ''Les Origines de l'Église; Saint Pierre et les premières années du christianisme ; Saint Paul, ses missions ; Saint Paul, ses dernières années ; Saint Jean et la fin de l’âge apostolique ''(Lecoilre). — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques données aux Facultés catholiques de Lyon ''(Lecoffre). — Tixeront, ''Histoire des dogmes, La théologie anténicéenne ; Précis de Patrologie ''(Lecoflre). — Ermoni, ''Les origines historiques de Vépiscopat monarchique ; Les premiers ouvriers de l'Évangile ''(Bloud). — Seméria, ''Dogme, hiérarchie et culte dans l'Église primitive ''(Lethielleux). — Boudinhon, ''Primauté, schisme et juridiction ''(Revue du canoniste contemporain, 1896). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Guiraud, ''La venue de saint Pierre à Rome ''(Rev. pr. d'Ap., 1 nov. 1905). — Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne). — Hugueny, ''Critique et Catholique ''(Letou-zey). — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l’Église ; Églises séparées ''(Fontemoing) — A. de Poulpiquet, ''La notion de catholicité ''(Bloud). — Lodiel, ''Nos raisons d'être catholiques ''(Bloud). — Mgr Baudrillart, ''L'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''(Bloud). — Mgr Julien, ''Bossuet et les Protestants ''(Beauchesne). — Goyau, ''L'Allemagne religieuse, Le Protestantisme ''(Perrin). — Bricout, ''Les Églises réformées en France ''(Rev. du Cl. fr. 1908). — Ragey, ''L'Anglicanisme, le Ritualisme, le Catholicisme ''(Bloud). — Thureau-Dangin, ''Le catholicisme en Angleterre au ''xix° ''siècle ''(Bloud). — Bossuet, ''Histoire des variations des Églises protestantes, Discours sur l'unité de FÉglise. ''— Gondal, ''L'Église russe ''(Bloud). — Monsabré, ''Exposé du dogme, ''51e et 52e conf. — Mourret, ''Histoire de l’Eglise ''(Bloud). — Marion, ''Histoire de l’Église ''(Roger et Chernovitz). — Bainvel, ''Hors de l’Eglise pas de salut ''(Beauchesne). — ''L'Ami du Clergé, ''année 1923, n° 26.— Billot, ''Tractatus de Ecclesia Christi. ''— Wilmers, ''De Christi Ecclesia ''(Pustet).-— Les Traités d'Apologétique: Tanquerey, Mgr Gouraud.Moulard et Vincent, Verhelst, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II CONSTITUTION DE L'ÉGLISE ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Hiérarchie et Pouvoirs de l'Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
385. — Pour découvrir la vraie Église, nous avons, au début de la section précédente, fixé les ''traits essentiels ''de la société fondée par Jésus-Christ. Nous connaissons donc déjà, au moins dans ses grandes lignes, la ''constitution de l'Église romaine, ''vu que seule elle est la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a lieu cependant de revenir sur le sujet, car, si la constitution ''actuelle ''de l'Église ''£ ''bien son point de départ dans la volonté et l'institution du Christ, il est incontestable également qu'elle a connu un certain développement et qu'elle a dû s'adapter aux besoins du moment. C'est que, tout en étant d'origine divine, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains, et dès lors, susceptible de progrès et de modifications, en tout ce qui n'affecte pas le fond de sa constitution. Quelle est donc cette constitution, telle qu'elle existe maintenant, c'est ce que nous allons étudier dans les deux chapitres de cette seconde section. Nous rechercherons, dans ce premier chapitre : — 1° quelle est la ''hiérarchie ''de l'Église ; — 2° quels sont les ''pouvoirs ''dont l'Église en général a été investie ; — 3° quels sont en particulier les ''pouvoirs du Pape; ''et — 4° quels sont ''ceux des Évêques. ''D'où quatre articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le chapitre suivant, nous traiterons des ''droits de l’Église ''et doses ''relations avec l'État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Hiérarchie de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
386. — Nous avons vu que l'Église a été fondée sur le principe de la hiérarchie (N08 [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#n309 309 et suiv].),- qu'elle est une société ''inégale ''comprenant deux groupes distincts . l'Église ''enseignante ''et l'Église ''enseignée. ''L'Église enseignée composée des laïques n'ayant aucune part à l'autorité ecclésiastique, il ne sera question que de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Définition'''. — D'après l’étymologie (N° 308''), ''le mot ''hiérarchie ''signifie pouvoir sacré. Il est employé ici pour désigner les divers degrés de rang et de pouvoir qui distinguent les ministres de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''387. — 2° Espèces'''. — II y a dans l'Église une double hiérarchie : la hiérarchie d'ordre et la hiérarchie de juridiction. — ''a) ''La ''hiérarchie d'Ordre, ''fondée sur le pouvoir d'Ordre, a son ''origine ''dans l'ordination ou la consécration. Elle a pour objet la sanctification des âmes par l'administration des sacrements, et elle est inamissible. — ''b) ''La ''hiérarchie de juridiction, ''fondée sur le pouvoir de juridiction, est conférée par l'institution canonique, ou simplement par la nomination et la délégation. Elle a pour objet le gouvernement de l'Église, et elle est amissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''388. — 3'''° '''Membres. '''— A. ''LA HIÉRARCHIE D'ORDRE ''comprend tous ceux qui ont reçu un degré quelconque du pouvoir d'Ordre. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose des évêques, des prêtres et des diacres. — ''b) ''De ''droit ecclésiastique, ''elle comprend en outre le sous-diaconat et les Ordres mineurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA HIÉRARCHIE DE JURIDICTION, ''comprend tous ceux qui, dans une mesure plus ou moins grande, ont reçu une part de juridiction dans l'Église. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose seulement du Pape et des Évêques. — b) Mais, de ''droit ecclésiastique, ''elle s'étend à d'autres membres désignés par eux. Il est clair en effet que le Pape qui a l'Église universelle, et les Évêque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn315 [315]] qui ont tout un diocèse, à gouverner, ne pourraient remplir une telle tâche, s'ils ne s'entouraient d'auxiliaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''auxiliaires du Pape ''forment ce qu'on appelle la Curie romaine. La ''Curie romaine, ''composée des cardinaux, des prélats et des officiers inférieurs, comprend le Collège des cardinaux ou ''Sacré-Collège, ''les ''Congrégations romaines, les Tribunaux ''et les ''Offices.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Évêques ''ont pour ''auxiliaires :''— 1) les ''Vicaires généraux, ''qui ne font avec lui qu'une personne morale, et le suppléent dans l'administration du diocèse ; — 2) le ''Chapitre, ''c'est-à-dire la réunion des chanoines attachés à l'église cathédrale ou métropolitaine, et formant un corps institué canoniquement, dont le rôle se borne aujourd'hui[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn316 [316]] à réciter 1’Office au chœur et à nommer, à la mort de l'évêque, le ou les vicaires capitulaires chargés de gouverner le diocèse jusqu'à l'institution d'un nouvel évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Curés ''sont aussi des auxiliaires des Évêques, mais, de droit divin, ils n'ont aucune part aux pouvoirs de l'Église. Ils ne peuvent ni décider de la doctrine, ni édicter aucune loi concernant la discipline ou le culte. Leur rôle se borne à desservir une paroisse, à l'administration de laquelle ils ont été délégués par leur Évêque. Les Curés ne constituent donc pas un troisième degré de la hiérarchie. Et la chose se comprend aisément si l'on veut bien se rappeler que les paroisses n'existaient pas primitivement. C'est seulement au IIe siècle qu'en remonte l'origine. Jusque-là il n'y avait ou dans chaque ville épiscopale qu'une seule Église. L'Évêque, bien qu'assisté d'un collège de prêtres, en gardait l'administration personnelle, et se réservait mémo, d'une manière habituelle, les pouvoirs de prêcher, de baptiser, de célébrer l'eucharistie, et d'administrer le sacrement de pénitence. Lorsque le christianisme prit une plus grande extension, l'on construisit dans les villes, outre les églises cathédrales, et aussi dans les bourgs et les villages, des églises moins importantes, appelées ''églises paroissiales. ''Les Évêques déléguèrent alors pour l'administration de ces paroisses, des prêtres, -qui devinrent ainsi des pasteurs de second ordre, et que l'on appela ''curés ''(du latin ''«cura» ''soin), parce qu'ils étaient chargés du soin des fidèles appartenant à ces circonscriptions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Les Pouvoirs de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
389. — A cette Église enseignante dont nous venons de montrer la hiérarchie, Jésus-Christ a conféré (V. N° 310) un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner la vraie foi ; — ''b) ''le pouvoir d'Ordre pour administrer les sacrements ; et — c'') ''le pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger les fidèles à tout ce qui peut être nécessaire ou utile à leur salut. Comme la question du pouvoir de ministère se rattache au sacrement de l'Ordre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn317 [317]], nous ne parlerons que du ''pouvoir doctrinal ''et du ''pouvoir de gouvernement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal de l'Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
390. — Nous avons vu déjà que le pouvoir doctrinal conféré par Jésus à son Église comportait le ''privilège de l’infaillibilité ''(N° 330), et que ce privilège avait été accordé aux Apôtres et à leurs successeurs (Nos 335 et suiv.). Il s'agit donc maintenant d'en déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Objet. '''— ''L'objet ''de l'infaillibilité se déduit du ''but ''que l'Église poursuit dans son enseignement. Or la ''fin ''de l'Église est d'enseigner les vérités qui intéressent le salut. Les sciences profanes sont donc hors du domaine de l'infaillibilité. Celle-ci se limite à la connaissance des choses de la foi et de la morale. Mais tout ce qui touche, soit ''directement ''soit ''indirectement, ''à ce double terrain, constitue l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''OBJET DIRECT. ''— L'objet ''direct, ''ce sont toutes les vérités ''explicitement ''ou ''implicitement ''révélées par Dieu et qui sont contenues dans les deux dépôts de la Révélation : l'Écriture sainte et la Tradition. ''a) ''Par vérités ''explicitement ''révélées, entendez celles qui y sont énoncées en termes clairs ou équivalents. Par exemple, l'Écriture nous dit en ''termes clairs ''qu'il n'y a qu'un Dieu, Créateur du ciel et de la terre, que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie, qu'il a souffert, est mort, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour. Elle nous dit en ''termes équivalents ''que le Christ est Dieu et homme : « Le Verbe s'est fait chair» ''(Jean, ''i, 14), que la grâce est nécessaire : « le sarment ne peut porter de fruit s'il n'est uni à la vigne... sans moi dit Jésus, vous ne pouvez rien faire» ''(Jean, ''xv, 46), que Pierre est le chef de toute l'Église : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » ''(Jean, ''xxi, 15, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les vérités ''implicitement ''révélées sont celles qui se déduisent, par voie de raisonnement, d'autres vérités révélées. Ainsi, du dogme explicitement révélé que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme, découlent les autres dogmes qui affirment l'existence de deux natures et de deux volontés dans le Christ ; ainsi encore, les dogmes de la transsubstantiation, de l'Immaculée Conception, de l'Infaillibilité pontificale ne sont pas exprimés d'une manière explicite dans la Révélation mais ils résultent d'autres vérités clairement révélées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
391. — B. ''OBJET INDIRECT. — ''L'objet ''indirect ''de l'infaillibilité, ce sont toutes les vérités qui, sans être révélées, sont dans un rapport tel avec les vérités révélées, qu'elles sont indispensables à la conservation intégrale du dépôt de la foi. Il est clair que le privilège de l'infaillibilité implique le pouvoir de proposer, sans crainte d'erreur, toutes les vérités dont dépend la sécurité de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc ranger dans l'objet ''indirect ''de l'infaillibilité : — a) les ''conclusions théologiques. ''On appelle conclusion théologique toute proposition qui forme la conclusion d'un raisonnement dont les deux prémisses dont, l'une, une vérité révélée, l'autre, une vérité connue par la raison. Par exemple, de cette ''vérité révélée ''que « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres », et de cette ''vérité de raison ''que Dieu ne peut récompenser ou punir l'homme que s'il lui a donné la liberté de bien ou de mal faire, l'on peut tirer la ''conclusion théologique ''que l'homme est ''libre ; ''— b) les ''faits dogmatiques. ''Il faut entendre par là tout fait[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn318 [318]] qui, sans être révélé, est en connexion si étroite avec le dogme révélé, que le nier ou le révoquer en doute, c'est du même coup ébranler les fondements du dogme lui-même. Dire, par exemple, que tel concile œcuménique est légitime, que tel pape a été régulièrement élu, que Léon XIII, Pie X, Benoît XV sont les légitimes successeurs de saint Pierre, que telle version de la Sainte-Écriture (v g. la ''Vulgate) ''est substantiellement conforme au texte original, que telle doctrine hérétique est contenue dans tel livre : voilà autant de faits dogmatiques. L'on comprend combien il importe que l'Église soit infaillible dans ses jugements sur de semblables faits, car, si elle ne l'était pas, si l'on pouvait contester la légitimité d'un concile ou d'un pape, de quel droit imposerait-on les dogmes définis par eux? Sur quoi l'Église appuierait-elle ses définitions s'il était permis de mettre en doute l'authenticité des textes qu'elle invoque? Et si elle ne pouvait affirmer avec certitude que telle proposition condamnable se trouve bien dans tel livre, les hérétiques échapperaient toujours aux condamnations portées contre eux par des distinctions subtiles entre la ''question de droit ''et la ''question de fait. ''C'est ce qui se passa, du reste, au xvir3 siècle, lorsque cinq propositions extraites de ''Augustinus ''de Jansénius furent condamnées par Innocent X. Établissant alors la distinction entre la doctrine des cinq propositions et le fait de savoir si elles étaient contenues dans l'Augustinus, les jansénistes admirent que l'Église était infaillible sur la question de droit, c'est-à-dire sur l'appréciation de la doctrine, mais non sur la question de fait, celui-ci étant, selon eux, en dehors de la révélation et dès lors ne relevant pas du magistère infaillible de l'Église. Assurément, l'Église ne peut jamais juger du sens que Fauteur a pu avoir dans l'esprit, du sens ''subjectif ; ''aussi ce qu'elle entend condamner ce n'est pas la pensée de l'auteur, mais seulement ses écrits dans leur sens naturel et obvie ; — c) les ''lois universelles ''relatives à la ''discipline ''et au ''culte divin. ''Bien que ressortissant au pouvoir de gouvernement, les lois générales sur la discipline et le culte présupposent parfois un jugement doctrinal sur la foi ou la morale. Ainsi la discipline actuelle de l'Église, qui défend aux laïques la communion sous l'espèce du vin, implique la croyance que Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn319 [319]] : d'un côté comme de l'autre, le jugement de l'Église doit donc être exempt d'erreur. Toutefois, l'infaillibilité ne s'étend pas jusqu'aux circonstances accidentelles de la législation ecclésiastique : il peut arriver que telle loi disciplinaire ne soit pas opportune, bien que conforme à la saine doctrine ; il peut arriver surtout que ce qui ost utile aujourd'hui ne le soit plus demain et qu'une loi actuellement en vigueur soit modifiée, abrogée même par la suite. Il importe donc ; comme nous en avons déjà fait la remarque (N° 380), de ne pas prendre les changements de discipline et de culte pour des variations du dogme ; — ''d) ''les ''décisions qui approuvent les constitutions des Ordres religieux. ''L'Église est infaillible dans son jugement lorsqu'elle déclare que les règles d'un Ordre religieux sont conformes à l'Évangile. Mais, d'après Suarez, elle n'est pas infaillible sur la question d'utilité ou d'opportunité de cet Ordre, encore qu'il y ait témérité à croire le contraire, lorsque la chose n'est pas manifeste ; — ''e) l'approbation du bréviaire, ''ce qui veut dire qu'il ne contient rien contre la foi ou les mœurs, mais non pas qu'il soit à l'abri de toute erreur historique ; — f) la ''canonisation des saints. ''On entend par canonisation la sentence solennelle par laquelle le Pape déclare que tel personnage jouit de la gloire du ciel et peut être honoré du culte de dulie. Telle est du moins la canonisation ''formelle, ''comme elle est en usage de nos jours, et ainsi appelée parce qu'elle est revêtue des ''formes juridiques ''qui lui donnent toutes les garanties de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn320 [320]]. Aussi est-ce une opinion commune parmi les théologiens que l'Église est infaillible dans la ''canonisation formelle; ''toutefois la proposition n'est pas de foi. Les théologiens admettent également que les canonisations, telles qu'elles étaient pratiquées jusqu'au xiie siècle, — et où il suffisait que le témoignage populaire fût ratifié par l'évêque du diocèse pour qu'un personnage fût proclamé saint, — ne ressortissaient pas au magistère infaillible de l'Église. D'ailleurs, c'est un fait que certaines de ces canonisations appelées ''équipollentes ''(équivalentes) ont été entachées d'erreur et ont eu pour objet des saints légendaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn321 [321]]. La ''béatification, ''n'étant pas un jugement définitif, n'appartient pas au domaine du magistère infaillible; — ''g) ''les ''censures doctrinales[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn322 [322]] dont l'Église frappe certaines propositions. L'Église est infaillible lorsqu'elle applique à une doctrine la note d'hérétique : cette proposition est de foi. Dans les censures suivantes : qu'une doctrine est proche de l'hérésie, erronée, l'Église est également infaillible, d'après l'opinion commune des théologiens. Si elle censure une doctrine comme téméraire, offensive des oreilles pies, improbable, il n'est pas certain que l'Église soit infaillible, mais elle a droit toujours à un religieux assentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''392. — 2°''' '''Mode d'exercice. '''— L'Église exerce son magistère infaillible de double manière : ''extraordinaire ''ou ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''MAGISTÈRE EXTRAORDINAIRE. — ''L'Église ne fait usage du magistère ''extraordinaire ''que dans de rares circonstances : — ''a) ''soit ''par le Pape seul parlant ex-cathedra ''(V. Nos 398 et 399) ; — ''b) ''soit par les ''Évêques, ''unis au Pape, et réunis dans des ''Conciles généraux ''(V. Nos 414 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MAGISTÈRE ORDINAIRE ET UNIVERSEL. — ''On appelle, magistère ''ordinaire et'' ''universel ''le mode d'enseignement donné par le Pape et les Evêques à tout moment et dans tous les pays (V. Nos 401 et 411). Lorsque Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations », il n'a pas limité leurs pouvoirs à un temps et à un endroit donnés. Le Pape et les Évêques doivent donc exercer leurs fonctions de ''docteurs, ''non pas seulement à de rares intervalles et dans des circonstances solennelles, mais partout et toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
393. — Le ''pouvoir de gouvernement ''implique un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''législatif, ''c'est-à-dire le pouvoir, non seulement d'interpréter les lois naturelles, mais même d'imposer les devoirs en vue du bien commun, devoirs qui obligent en conscience les sujets de l'Église ; — ''b) ''le pouvoir ''judiciaire, ''c'est-à-dire le pouvoir de juger les actions et de porter des sentences ; — c) le pouvoir ''pénal ''ou ''coercitif, ''c'est-à-dire le pouvoir d'appliquer des sanctions proportionnées aux infractions,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Existence. '''— A. ''ADVERSAIRES. ''— ''l’existence ''du pouvoir de gouvernement a été niée : — a) au xive siècle, par les ''Fraticelles, ''sectaires fanatiques appartenant à l'ordre des franciscains, qui, prétendant fonder une Eglise spirituelle et invisible, supérieure à l'Église visible, faisaient dépendre le pouvoir de gouvernement de la sainteté personnelle des ministres de l'Église ; — ''b) ''au xvie siècle, par Luther et les partisans de la ''Réforme ''qui, se fondant sur la théorie de la justification par la foi sans les œuvres, concluaient que l'homme justifié n'était pas tenu à l'observation des commandements de Dieu et de l'Église ; — c) au xviie siècle, par les ''jansénistes ''et les ''gallicans ''qui enseignaient que le pouvoir de J'Église n'allait pas au delà des choses spirituelles, les choses temporelles restant du ressort exclusif du pouvoir séculier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L’existence ''du pouvoir de gouvernement nous est attestée : — ''a) ''par la ''Sainte Écriture. ''Elle découle des paroles par lesquelles Notre-Seigneur accorda à ses Apôtres le pouvoir de paître, c'est-à-dire de régir les fidèles, de lier ou de délier, de condamner ceux qui désobéissent à l'Église : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise» ''(Luc, ''x, 16). « Celui qui n'écoute pas l'Église, qu'il soit considéré comme un païen et un publicain. » ( ''Mat., ''xviii, 17). — b) par la ''pratique de l'Église. ''— 1. Les ''Apôtres ''ont exercé ce triple pouvoir: — 1) le pouvoir ''législatif. ''Au concile de Jérusalem, ils enjoignent aux nouveaux convertis « de s'abstenir des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l'impureté » ''(Act., ''xv, 29). Saint Paul loue les Corinthiens d'obéir à ses ''prescriptions ''(I ''Cor., ''xi, 2) ; — 2) le pouvoir ''judiciaire. ''Saint Paul voue à Satan « Hyménée et Alexandre afin de leur apprendre à ne point blasphémer » (I ''Tim., ''i, 20) ; il fait de même pour l'incestueux de Corinthe (I ''Cor., ''v, 1, 5) ; — 3) le pouvoir ''pénal. ''Saint Paul écrit aux Corinthiens : « C'est pourquoi je vous écris ces choses pendant que je suis loin de vous, afin de n'avoir pas, arrivé chez vous, à user de sévérité, selon le pouvoir que le Seigneur m'a donné pour édifier et non pour détruire» (II ''Cor., ''xiii, 10). Cette pratique des apôtres suppose manifestement qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ le pouvoir de légiférer dans l'Église. — 2. Après les Apôtres, l'Église a, dans tous les temps, ''exercé ''le pouvoir de gouvernement. Que ce pouvoir se soit manifesté différemment avec les temps et les circonstances, ce n'est pas douteux ; mais il n'en est pas moins certain que, sous une forme ou sous une autre, l'Église a toujours ''revendiqué le droit de faire des lois disciplinaires ''et d'en exiger l'observation. Dans les premiers siècles, le pouvoir de gouvernement apparaît dans les nombreuses ''coutumes,''— concernant l'administration des sacrements, et en particulier du baptême, de la pénitence et de l'eucharistie, — qui sont regardées comme ''pratiquement obligatoires, ''dans le rejet et la condamnation de pratiques contraires qui tendent à s'introduire à certains endroits : c'est ainsi que le pape Etienne, réprouvant la manière de faire des Églises d'Afrique, défendit de rebaptiser ceux qui avaient reçu le baptême des hérétiques. Puis, avec le temps, et grâce à l'influence que l'Église prit dans la société, la législation ecclésiastique se développa et s'étendit aux questions mixtes telles que le mariage et les biens ecclésiastiques. A partir du moyen âge, l'Église ne se contente plus de faire des lois et d'édicter des pénalités, spirituelles et même temporelles, elle en demande l'exécution à l'autorité séculière. Elle prend du reste si bien conscience de son pouvoir qu'elle n'hésite pas à enseigner, par la bouche de Grégoire VII (xie siècle), qu'en vertu de sa mission divine, elle a le droit de commander, non seulement aux individus, . mais même aux sociétés et à leurs chefs temporels, dans toutes les circonstances et dans la mesure où les intérêts spirituels dont elle a la garde le requièrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Le pouvoir de gouvernement découle en outre des ''définitions de l'Église. ''L'Église a défini, au concile de Trente, le dogme qui affirme son pouvoir ''législatif. ''De même les pouvoirs ''judiciaire ''et ''pénal ''ont été proclamés par le même concile, par plusieurs papes, tels que Jean XXII, Benoît XIV, Pie VI. Pie IX a condamné, dans le ''Syllabus, ''ceux qui prétendent que « l'Église n'a pas le droit d'employer la force et n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect» (''Prop. ''XXIV). Léon XIII déclare, dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''que « Jésus-Christ a donné à l'Église, dans la sphère des choses sacrées, le plein pouvoir de faire des lois, de prononcer des jugements et de porter des peines » ; — ''d) ''de la ''nature de l’Église. ''L'Église est une ''société parfaite ''(V. N° 419). En tant que telle, elle est autonome et doit jouir des droits propres à toute société parfaite, donc des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et coercitif, qui sont des moyens, sinon nécessaires, au moins très utiles, pour atteindre sa fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''394. — 2°''' '''Objet. '''— A. ''Pouvoir législatif, ''— II est permis de poser en principe général que l'Église, poursuivant une fin surnaturelle, a le pouvoir de ''légiférer ''sur tout ce qui touche à cette fin. Il s'ensuit que ''l'objet ''de son pouvoir législatif est double : — a) Du côté ''positif, ''il comprend le pouvoir de ''commander ''tout ce qui est capable d'assurer la fin poursuivie. L'Église peut donc établir des lois disciplinaires sur les sacrements, sur les objets du culte, sur les biens affectés à son usage exclusif. Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué. Déjà, aux premiers siècles, malgré la violence des persécutions qui cherchaient à étouffer sa voix, elle proclame la sainteté et la stabilité du lien conjugal, la liberté des mariages entre esclaves et personnes libres, et bien d'autres principes qui étaient en complet désaccord avec la législation de l'époque. Et ainsi fera-t-elle à tous les moments de son histoire, avec ou contre ressentiment de l'autorité civile. — b) Du côté ''négatif, ''l'Église a reçu le pouvoir de ''défendre ''à ses sujets tout ce qui peut entraver leur fin surnaturelle. Et comme, en définitive, toutes les actions humaines ne doivent jamais être en opposition avec cette fin, le pouvoir gouvernemental de l'Église embrasse, d'une manière directe ou indirecte, tous les actes de la vie individuelle et de la vie sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Le pouvoir ''judiciaire ''et le pouvoir ''coercitif ''portent naturellement sur le même objet que le pouvoir législatif. Ils ont pour objet toutes les infractions aux lois ecclésiastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''395. — 3°''' '''Mode d'exercice. '''— Comme le mode d'exercice du pouvoir de gouvernement dépend de l'étendue de la juridiction de ceux qui l'exercent, cette question sera traitée plus loin quand nous parlerons des pouvoirs du Pape et des Évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Les Pouvoirs du Pape. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
396. — Nous avons démontré que Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté (N° 325) et que, de ce fait, il avait la ''plénitude ''des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. Il ne nous reste donc plus qu'à déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice ''de ses pouvoirs, doctrinal et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal du Pape. Son infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''397. — 1'''° '''Objet. '''— Le Pape ayant la plénitude des pouvoirs dans l'Église, il est permis de poser en principe général que l’''objet ''de son pouvoir doctrinal et de son infaillibilité est aussi étendu que celui de l'Église. Tout ce que nous avons dit plus haut (Nos 390 et 391) de l'objet ''direct ''et de l'objet ''indirect ''du pouvoir doctrinal de l'Église, s'applique donc au pouvoir doctrinal du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''398. — 2° Mode d'exercice'''. — Le Pape exerce son pouvoir doctrinal de deux manières : — ''a) ''d'une manière ''extraordinaire ''et ''solennelle ''par des définitions ex-cathedra, et — b) d'une manière ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Magistère extraordinaire. Le dogme''' '''de l'infaillibilité pontificale. '''— Nous avons déjà prouvé l'existence de l'infaillibilité pontificale, en nous plaçant au seul point de vue historique. Il convient de revenir sur le sujet, pour bien déterminer la manière dont il faut entendre le domine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ADVERSAIRES. ''— 1. ''Avant la définition ''du dogme par le concile du Vatican (1870), l'infaillibilité pontificale avait pour adversaires: — 1) les ''protestants, ''pour qui la Sainte Écriture est la seule règle de foi infaillible ; — 2) les ''gallicans, ''qui mettaient les conciles généraux au-dessus du pape et qui ne regardaient les définitions pontificales comme irréformables que si elles étaient sanctionnées par le consentement de l'Église. Cette erreur, qui avait son origine dans le grand schisme d'Occident, fut soutenue, au xve siècle, par P. d'Ailly et GERSON, puis, au xviie siècle, par Richer, P. de Marca et surtout par Bossuet, qui condensa la doctrine gallicane dans les quatre articles de la fameuse ''Déclaration de ''1682[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn323 [323]]. Le gallicanisme, qui était enseigné dans les écoles de théologie françaises et surtout en Sorbonne, fut adopté également en Allemagne, sous le nom de ''Joséphisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Après la définition ''du dogme, l'infaillibilité pontificale a été niée par une fraction minime de catholiques, et, en particulier, par un groupe de catholiques allemands, qui avaient à leur tête Dôllinger et Reines, et qui prirent la dénomination de ''Vieux-Catholiques. ''Naturellement, les Protestants rejettent tous le dogme, et, la plupart du temps, ne s'en font pas une notion exacte. Les uns confondent l'infaillibilité avec ''l’omniscience ''(Draper), ou avec ''l'inspiration ''(Littledale) ; d'autres la prennent pour une union hypostatique de l'Esprit Saint avec le Pape (Pusey).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
399. — ''b) LE DOGME. OBJET ET CONDITIONS DE L'INFAILLIBILITÉ. ''— Le concile du Vatican a défini ainsi le dogme de l'infaillibilité pontificale : « Le Souverain Pontife, lorsqu'il parle ''ex-cathedra, ''c'est-à-dire, lorsque, remplissant la charge de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou sur les mœurs doit être crue par l'Église universelle, jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvu en définissant la doctrine touchant la foi et les mœurs. Par conséquent de telles définitions sont irréformables d'elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn324 [324]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il résulte de ces paroles, l'infaillibilité pontificale a son ''objet ''bien délimité et requiert des ''conditions ''précises. Pour jouir de l'infaillibilité, il faut que le Parle ''ex-cathedra[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn325 [325]], ce qui implique ''quatre conditions. ''Il faut : —1. qu'il remplisse ''la charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens. ''En tant que docteur privé, il n'est donc pas infaillible ; dans ses écrits comme dans ses sermons il peut se tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn326 [326]]. Sans doute, l'infaillibilité lui est ''personnelle ; ''elle est bien attachée à sa personne et non au Siège apostolique, et elle ne peut être communiquée ou déléguée à aucun autre, mais elle n'est personnelle que dans la mesure où le Pape remplit la charge de docteur universel ; — 2. qu'il ''définisse, ''c'est-à-dire qu'il tranche, d'une manière définitive, une question jusque-là controversée ou non ; — 3. qu'il définisse la doctrine ''sur la foi ''ou ''les mœurs, ''c'est-à-dire les vérités révélées qu'il faut croire ou pratiquer, et les vérités connexes aux vérités révélées. En dehors de cet ''objet, ''par exemple, sur le terrain des sciences humaines, le pape est, comme tout homme, sujet à l'erreur. L'infaillibilité pontificale n'est donc pas un pouvoir arbitraire et ridicule contre lequel il y ait lieu de s'insurger ; — 4. qu'il définisse ''avec l'intention d'obliger toute l'Église : ''il va de soi, en effet, qu'une doctrine définie impose à toute l'Église l'obligation d'y adhérer. Mais comment reconnaître que le pape a eu l'intention d'obliger toute l'Église ? Les qualifications d'hérésie et d'anathème sont le signe ordinaire des définitions, mais il convient de remarquer qu'elles n'en sont pas la forme obligatoire ni par conséquent la seule forme. Il suffit que, de la teneur même du document, du langage employé, alors même que le document ne serait pas adressé à l'Église universelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn327 [327]], il résulte que le Souverain Pontife a entendu proposer à tous les fidèles un enseignement obligatoire concernant une question de la foi ou de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
400. — ''REMARQUES. ''— 1) L'infaillibilité du pape a pour principe l’''assistance ''que Notre-Seigneur a promise à saint Pierre et à ses successeurs (V. Nos 330 et suiv.), mais elle ne dispense pas du travail et de l'emploi des moyens humains pour connaître la vérité. Ces moyens sont les conciles et, d'une manière ordinaire, les conseils des cardinaux, des évêques et des théologiens. — 2) De l'infaillibilité du pape, il serait absurde de conclure à ''l'impeccabilité. ''Les deux choses sont sans rapport, et il est évident que le privilège de l'infaillibilité n'entraîne pas avec soi celui de la vertu : un pape peut donc être un grand pécheur, tout en gardant son infaillibilité. — 3) Les définitions pontificales sont ''irréformables par elles-mêmes, ''et non par le consentement de l'Église : l'infaillibilité pontificale est indépendante de l'acceptation des évêques. — 4) L'infaillibilité du pape, bien qu'elle n'ait été définie qu'en 1870, a toujours été reconnue dans l'Église (V. N° 337). Il faut donc la considérer, non comme une innovation doctrinale, mais comme une affirmation solennelle et explicite d'une vérité contenue dans l'Évangile et la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''que l'autorité du Pape, dans l'hypothèse de son infaillibilité, constitue un ''pouvoir absolument despotique ''et supprime toute liberté de penser. — '''''Réponse.''''' Faisons observer d'abord qu'il n'y a pas plus de despotisme dans l'autorité infaillible du Pape que dans celle de l'Écriture. Si les catholiques manquaient de liberté de penser parce qu'ils doivent obéir aux jugements irréformables du Pape, les protestants n'en auraient pas plus puisqu'ils sont liés par les textes de l'Écriture. Les définitions solennelles du Pape ne sont du reste pas autre chose que l'interprétation authentique des sources de la Révélation. Par ailleurs, c'est une notion fausse de la liberté de penser, que de la considérer comme la faculté d'embrasser l'erreur. Or obéir à un décret infaillible, c’est tout simplement adhérer librement à une vérité reconnue comme certaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''401. — B. Magistère ordinaire.''' — Le Pape exerce son magistère ''ordinaire ''soit ''directement ''et par lui-même, soit ''indirectement ''par l'intermédiaire des Congrégations romaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DIRECTEMENT. ''— Le Pape peut proposer des vérités aux fidèles, même sans intention de les définir infailliblement. — 1. Ainsi le Pape fait connaître ses décisions dans ses ''Constitutions dogmatiques ''généralement publiées à la suite d'un autre document. — 2. Il expose ses vues : 1) dans ses ''Encycliques ''ou lettres circulaires adressées soit à tous les Évêques, soit à ceux d'une nation seulement ; — 2) dans ses ''Lettres apostoliques''.: forme qu'il emploie, par exemple, pour annoncer un jubilé : — 3. dans ses ''Allocutions consistoriales ''prononcées devant les cardinaux ; et — 4, dans ses ''Brefs, ''lettres qu'il adresse à des particuliers. L'un des plus importants, parmi ces sortes de documents publiés depuis un siècle, a été, sans doute, en 1864, l'Encyclique ''Quanta cura ''suivie du ''Syllabus, ''ou recueil de quatre-vingts propositions contenant les principales erreurs de notre temps, et que Pie IX condamnait à nouveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements pontificaux, quelle qu'en soit la forme, et alors même que le Pape n'en fait pas l'objet de définitions solennelles, ont toujours droit à notre assentiment intellectuel, tout au moins à titre provisoire. Nous disons ''à titre provisoire, ''car, au lieu que les dogmes sont des jugements irréformables qui entraînent avec soi une certitude absolue et définitive, les autres enseignements du Souverain Pontife, si respectables qu'ils soient, n'excluent pas la possibilité d'amendements ultérieurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
402. — ''INDIRECTEMENT. ''— Le Pape exerce son magistère ordinaire ''indirectement ''parla ''Congrégation du Saint-Office ''dont nous parlerons plus loin (V. N° 406), quand il sera question des Congrégations romaines. ''Autorité des décrets portés par la Congrégation du Saint-Office. ''— L'autorité de ces décrets dépend de la manière dont ils sont promulgués. Le Pape peut en effet les approuver de deux façons, soit solennellement ''in forma speciali, ''soit d'une manière commune, ''in forma communi. ''— 1. Si l'approbation est donnée ''solennellement, ''c'est-à-dire quand le Pape promulgue le décret ''en son nom, ''et qu'il en devient ainsi l'auteur juridiquement responsable, le décret prend la valeur d'un ''acte pontifical, ''et peut être infaillible s'il réunit les conditions voulues (ex : les décrets de Pie V contre Baius et d'INNOCENT X contre Jansénius). Mais il arrive souvent que le Pape n'entend pas prononcer un jugement définitif, une définition ''ex-cathedra. ''Dans ce dernier cas, notre assentiment doit être, ''non absolument ferme ''comme dans l'acte de foi, mais sincère et intérieur, — 2. Si l'approbation est donnée ''in forma communi, ''c'est-à-dire, quand le Pape approuve le décret comme acte de la Congrégation, le décret est et reste un acte de la Congrégation : il n'est donc pas infaillible, puisque l'infaillibilité pontificale est incommunicable ; il a cependant une grande autorité et a droit, sinon à un assentiment absolu, du moine à une prudente adhésion. Celui qui aurait des raisons graves de croire que la décision. est erronée, n'aurait pas le droit de la combattre ni par paroles ni par écrits, mais il pourrait exposer respectueusement ses motifs de doute à la Sacrée Congrégation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement du Pape. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
403. — '''1°''' '''Objet. '''— Le Pape ayant le pouvoir suprême de juridiction, il peut : — a) ''faire des lois pour toute l'Église, ''les abroger s'il le juge bon, ou en dispenser ; il peut même dispenser des lois portées par les évoques ; — ''b) instituer les évêques ''ou déterminer le mode de les instituer ; il peut même les déposer pour des raisons graves et lorsqu'il y va du bien de l'Église ; ce qui arriva en 1801, lorsque Pie Vil enjoignit à tous les évêques français de démissionner ; — c) ''convoquer les conciles ; ''— ''d) ''prononcer des ''sentences définitives. ''On ne peut donc, sur le terrain de la discipline, pas plus que sur les questions de dogme et de morale, en appeler du Pape à l'Église universelle, au concile œcuménique, ou bion du Pape que l'on prétendrait mal informé à un Pape mieux informé, comme le soutenaient autrefois les gallicans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Mode d'exercice'''. — Comme le Pape ne peut exercer seul sa juridiction ordinaire et immédiate dans le monde entier, il se sert de ''légats ''ou ''nonces, ''et des ''cardinaux ''résidant à Rome. Nous n'insisterons pas ici sur les fonctions des légats et des nonces[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn328 [328]] ; d'un mot, on peut les appeler soit les représentants du Pape, soit ses ambassadeurs auprès d'un gouvernement étranger. Nous nous arrêterons un peu plus longuement sur le ''Sacre-Collège ''des cardinaux et sur le rôle qu'ils jouent, particulièrement dans les ''Consistoires ''et les ''Congrégations romaines.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
404. — ''LE SACRÉ-COLLÈGE DES CARDINAUX. ''— 1. ''Origine. ''Pour comprendre la ''constitution du Sacré-Collège, ''quelques notions préliminaires sur ''l’origine ''des cardinaux sont nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Primitivement, le mot ''cardinal ''(du lat. ''cardo, ''gond, point d'appui) désignait soit un évêque, soit un prêtre, soit un diacre, attaché de façon stable à une église ou à un titre ecclésiastique, qui devenait, de ce fait, son point d'appui, le centre de son activité. L'on peut donc reporter l'origine de l'institution cardinalice à la primitive Église et en voir les traces dans le ''presbytérium ''composé de prêtres et de diacres qui avaient pour mission d'aider l'évêque dans son ministère. Plus que tout autre, l'Évêque de Rome, en raison de sa lourde tâche, devait éprouver le besoin d'assistance. Aussi le voyons-nous, dès les premiers siècles, entouré d'un corps de diacres chargés du soin des pauvres et d'un corps de prêtres qui devaient remplir leur ministère, dans l'église même du pontife, ou dans d'autres églises paroissiales, qui prirent la dénomination de ''titres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nom de ''cardinal, ''d'abord générique et indéterminé, fut par la suite réservé au clergé des églises cathédrales, puis peu à peu il devint un ''titre exclusif de l’Église romaine ''qui peut être considérée comme le ''cardo, ''le vrai point d'appui de l'unité de l'Eglise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Nombre. ''— Le nombre des cardinaux a varié avec les époques. A la fin du xvie siècle, le pape Sixte-Quint fixa le nombre des cardinaux-diacres à 14, celui des cardinaux-prêtres à 50, et celui des cardinaux-évêques à 6 : trois classes par conséquent, non pas fondées, comme on pourrait le croire, sur le pouvoir d'ordre, mais sur le titre ecclésiastique assigné à chaque élu au moment de sa promotion. Depuis lors, le Sacré-Collège comprend donc, en droit, 70 membres, à la tête desquels se trouve un ''doyen ; ''mais ce nombre est rarement complet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Rôle. ''— Le rôle des cardinaux consiste dans une double fonction: extraordinaire et ordinaire. — 1) Leur fonction ''extraordinaire ''est de se réunir en ''conclave[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn329 [329]] le plus tôt possible après la mort du Pape, et de lui élire un successeur. Ce droit leur a été attribué, à l'exclusion du clergé inférieur et du peuple, par un canon du troisième concile œcuménique de Latran (1179). — 2) Leur fonction ''ordinaire ''est d'aider le Souverain Pontife dans le gouvernement de l'Église. Ce concours habituel, ils le prêtent dans les ''consistoires ''et les ''congrégations.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
405. — ''A.. CONSISTOIRES. ''— Les ''consistoires pontificaux ''sont les assemblées des cardinaux présents à Rome présidées par le pape. Ces réunions avaient lieu autrefois deux ou trois fois par semaine et traitaient presque toutes les affaires importantes ; elles sont devenues beaucoup plus rares et ne se tiennent plus qu'à des intervalles irréguliers. Les consistoires sont secrets ou publics : — 1. ''secrets, ''si les cardinaux seuls y sont admis. Il y est question de la création de nouveaux cardinaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn330 [330]], de la nomination des évêques et des différents dignitaires de la cour épiscopale, etc. ; — 2. ''publics, ''quand d'autres prélats et des représentants des princes séculiers peuvent y assister. Les consistoires publics ont pour objet particulier une canonisation (N° 391, ''n.), ''la réception d'un ambassadeur, le retour d'un légat a latere, ou autres affaires d'intérêt général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
406. — B. ''CONGRÉGATIONS ROMAINES. ''— Les affaires ecclésiastiques étant trop nombreuses pour être réglées toutes dans des consistoires, il a été établi des ''congrégations, ''des ''tribunaux ''et des ''offices ''particuliers, qui ont reçu la mission de traiter toutes les questions assignées à leur département propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution ''Sapienti consilio ''de Pie X (29 juin 1908) ne maintient que ''onze congrégations ''proprement dites, outre les ''trois tribunaux ''de la Sacrée Pénitencerie, de la Rote, de la Signature apostolique, et les ''cinq offices ''ou secrétaireries. Depuis, le pape Benoît XV a supprimé la congrégation de l'index et a attribué son ministère à la congrégation du Saint-Office ; d'autre part, il a fondé une nouvelle congrégation, celle des Églises orientales, de sorte que le nombre des congrégations reste fixé à onze. Ces onze Congrégations sont :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1) ''La Congrégation du Saint-Office ''ou de ''l’Inquisition.''— Le Saint-Office, la congrégation la plus ancienne et la plus importante par ses attributions, a pour but premier la conservation et la défense de la foi et de la discipline ecclésiastique. Mais l'on comprend aisément que « pour atteindre cette fin, il a fallu lui donner juridiction et compétence sur les délinquants. Son autorité eût été purement illusoire, s'il n'avait eu le pouvoir de réprimer les contempteurs de la foi et des saints canons. » D'où il suit que « ''secondairement, ''mais ''véritablement, ''le Saint-Office est un tribunal proprement dit, ayant un réel ''pouvoir judiciaire. ''Il peut, par voie d'inquisition, conformément à la procédure canonique usitée, juger et condamner les coupables. Bien plus, et ceci est particulier à cette congrégation et la différencie des autres, dans le for contentieux, le Saint-Office jouit d'un véritable ''pouvoir coercitif ; ''il peut employer des moyens ''coactifs ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn331 [331]]. Étant donnée l'importance de cette congrégation, le Pape en est toujours le préfet. A ce tribunal rassortissent tous les crimes d'hérésie, de schisme, les graves délits contre les mœurs, tous les cas de sortilège, de magie, de spiritisme. Il a plein pouvoir pour apprécier les doctrines qu'il qualifie sous les titres d'erronée, d'hérétique, de proche de l'hérésie, de téméraire, etc. Il a le droit de juger et de condamner les livres et de les inscrire au catalogue de l'Index[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn332 [332]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La Congrégation consistoriale. ''— ''Présidée ''par le Pape, elle a pour mission de préparer ce qui doit être traité en consistoire. Elle s'occupe en outre de tout ce qui se rapporte au gouvernement de tous les diocèses (choix des évêques, création et administration des diocèses), à l'exception de ceux qui sont soumis à la congrégation de la Propagande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''La Congrégation de la discipline des Sacrements. ''— Cette congrégation, fondée par Pie X, a pour but de trancher toutes les questions disciplinaires relatives aux sacrements, sans s'occuper des questions de doctrine qui relèvent du Saint-Office.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. ''La Congrégation du Concile. ''— Primitivement instituée (1564) pour faire exécuter et observer par toute l'Église les décrets du Concile de Trente, cette congrégation, depuis Pie X, a pour objet tout ce qui concerne la discipline générale du clergé séculier et des fidèles. Elle doit veiller à ce que les préceptes de l'Église : sanctification des fêtes, pratique du jeûne, de l'abstinence, etc., soient bien observés. Elle règle tout ce qui regarde les curés, les chanoines, les pieuses associations, les bénéfices ou offices ecclésiastiques. Elle s'occupe de tout ce qui concerne la célébration, la révision des conciles particuliers... les assemblées, réunions ou conférences épiscopales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. ''La Sacrée Congrégation des Religieux. ''— La compétence de cette congrégation est restreinte aux affaires qui concernent les religieux des deux sexes, à vœux solennels ou simples, aux communautés, aux groupes, qui ont la ''vie en commun à la façon des Religieux,''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''La Sacrée Congrégation de la Propagande. ''— Établie pour propager la foi parmi les infidèles, les hérétiques, toutes les sectes dissidentes, cette congrégation a juridiction sur tous les pays de missions, là où la hiérarchie catholique n'est pas encore complètement constituée. « Les religieux travaillant dans les missions relèvent de la Propagande en tant que ''missionnaires ; ''mais, comme ''religieux, ''soit individuellement, soit en corps, ils dépendent de la Congrégation des Religieux .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn333 [333]] La Propagande possède à Rome un ''séminaire, ''où l'on forme ceux qui se destinent aux missions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. ''La Sacrée Congrégation des Rites ''s'occupe des rites et cérémonies (messe, offices divins, sacrements) et en général de tout ce qui concerne le culte dans l'Église latine. Elle s'occupe aussi des Reliques ; à elle sont réservées les causes de béatification et de&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
canonisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. ''La Congrégation cérémoniale ''s'occupe des cérémonies pontificales, de la réception des ambassadeurs, des questions de préséance et d'étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. ''La Congrégation des Affairés ecclésiastiques extraordinaires ''s'occupe des affaires que lui soumet le Souverain Pontife par l'intermédiaire du Cardinal Secrétaire d'État[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn334 [334]] et principalement de celles qui regardent les lois civiles, les concordats conclus ou à conclure avec les divers gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. ''La Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités ''a la haute administration sur toutes les Universités et Facultés catholiques du monde entier. Elle veille à la pureté de la doctrine et travaille à promouvoir les études sacrées. Elle accorde aux Facultés le pouvoir de conférer les grades académiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. ''La Sacrée Congrégation des Églises orientales. ''— Érigée en 1917, elle est présidée par le Pape, elle doit s'occuper des Églises d'Orient qui rentraient autrefois dans la Congrégation delà Propagande. ''(Can. ''247-257).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
407. — ''COMMISSION BIBLIQUE. ''— A côté des onze Congrégations qui précèdent, il faut citer la ''Commission biblique, ''instituée par Léon XIII' en 1902 (bref ''Vigilantiae) ''dans le but de promouvoir les études bibliques et de les protéger contre l'erreur et la témérité. Organe officiel d'un rang inférieur aux Congrégations, la Commission biblique avait également une autorité moins grande, mais Pie X, par son ''Motu proprio « ''Praestantia» du 18 novembre 1907, l'a mise sur le même rang que les congrégations romaines. La Commission biblique « ost formée, comme le déclare le décret pontifical, d'un certain nombre de cardinaux, illustres par leur doctrine et leur prudence ». Ils constituent ''seuls ''la Commission biblique proprement dite, et seuls, ils sont juges de toutes les questions d'Écriture Sainte, soumises à leur examen. Mais le Pape leur adjoint des ''consulteurs ''qu'il choisit « parmi les savants dans la science théologique des Livres Saints, hommes différents de nationalité et dissemblables par leurs méthodes et leurs opinions en fait d'études exégétiques », afin de « donner dans la Commission, accès aux opinions les plus diverses, pour qu'elles y soient, en toute liberté, proposées, développées et discutées » (''Motu proprio). ''Les consulteurs rédigent, sur les questions soumises à la Commission, des rapports qui sont communiqués aux cardinaux, membres de la Commission, présentent leurs observations motivées, dans des séances spéciales. Mais les questions ne sont tranchées que par les Cardinaux, réunis en séance plénière. Leurs conclusions sont alors soumises au Souverain Pontife « pour être publiées après avoir reçu son approbation » donnée ordinairement dans la forme commune. Au point de vue juridique, les décisions de la Commission biblique ont exactement la même valeur que les décrets doctrinaux des Sacrées Congrégations approuvés par le Pape (Voir N° 402).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
408. — Les ''tribunaux romains ''sont : — 1. la ''Sacrée Pénitencerie ''dont la juridiction s'étend exclusivement aux affaires de for ''interne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn335 [335]], même non sacramentel : absolution des péchés réservés, solution des cas de conscience, dispenses de vœux, d'empêchements occultes de mariage, concession des indulgences ; — 2. la ''Rote, ''supprimée en 1870 et rétablie par Pie X, traite les causes contentieuses, civiles ou criminelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle « est ainsi constituée ''cour d'appel ''pour toutes les curies ecclésiastiques du monde entier... Toutefois la Rote juge en première instance toutes les affaires que le Souverain Pontife lui confie de son propre mouvement, ou sur la demande des parties... Rappelons-nous que tous les fidèles ont le droit absolu de demander à être jugés à Rome ; on peut toujours recouru au Souverain Pontife, qui est le Père commun de tous les chrétiens »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn336 [336]] ; — 3. la ''Signature apostolique ''qui est la cour de cassation de la Rote et reçoit les recours en cassation de jugements attaqués pour vices de forme et les demandes en révision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
409. — Les ''Offices ''sont : — 1. la ''Chancellerie apostolique ''qui a pour office d'expédier, sur l'ordre de la Congrégation consistoriale ou du Pape, les lettres apostoliques, les bulles avec k sceau de plomb (''sub plumbo) ''relatives à la provision des bénéfices et des offices consistoriaux, à l'institution des nouveaux diocèses, chapitres et à d'autres affaires majeures ; — 2. la ''Daterie apostolique ''qui expédie les lettres apostoliques pour la collation des bénéfices non consistoriaux réservés au Saint-Siège ; — 3. la ''Chambre apostolique ''à qui est attribuée l'administration des biens et droits temporels du Saint-Siège, principalement pendant la vacance du siège ; — 4. la ''Secrétairerie d'État ''qui comprend trois sections : la section des Affaires extraordinaires, la section des Affaires ordinaires et la secrétairerie des Brefs ; — 5. les ''secrétaireries des Brefs aux princes, ''et des Lettres latines, à qui incombe le soin d'écrire en latin les Actes du Souverain Pontife ''(can. ''260-264).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Les Pouvoirs des Évêques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques peuvent être considérés : — a) soit ''individuellement ; ''— ''b) ''soit ''en ''corps et ''unis avec le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Pouvoirs des Évêques pris individuellement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
410. — ''Préliminaires. ''— Quelques remarques préliminaires sont nécessaires pour bien comprendre l'étendue des pouvoirs des Évêques, considérés ''individuellement. ''— ''a) ''Bien que les Évêques soient appelés, et soient vraiment les successeurs des Apôtres, il ne faut pas oublier qu'ils n'en sont les successeurs que ''pris en corps. ''La juridiction de l'ensemble du collège épiscopal est donc égale à celle du collège apostolique, mais la juridiction de chaque évêque n'est pas égale à celle de chaque apôtre : celle-ci était universelle, celle-là au contraire est limitée. — b) Ce premier point établi et hors de discussion, la juridiction épiscopale procède-t-elle ''immédiatement ''de Dieu ou du Souverain Pontife? Les deux opinions ont été soute­nues[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn337 [337]]. Il importe peu, du reste, car elles aboutissent toutes deux, en fin de compte à la même conclusion. Tous les théologiens, en effet, admettent que le pouvoir épiscopal, même s'il est conféré immédiatement par Dieu, dépend, dans son ''exercice, ''du Souverain Pontife, lequel ''choisit ''ou ''approuve ''le sujet[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn338 [338]] et délimite la circonscription et l'étendue de sa juridiction. — c) Cependant, quoique dépendants du Pape, les évêques ne sont pas de simples délégués : ils jouissent d'une juridiction ordinaire et qui leur est propre,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''411. — 1°''' '''Leur pouvoir doctrinal. '''— Comme les Evêques ont dans leur diocèse une juridiction ordinaire, ils jouissent, dans les limites des circonscriptions qui leur sont assignées, du même pouvoir que le Pape dans le monde entier, ''l'objet ''de leur pouvoir doctrinal est donc, toutes proportions gardées, le même que celui du Pape : il embrasse la Révélation tout entière et ce qui lui est connexe. Cependant, les Évêques ne jouissant pas individuellement du privilège de l'infaillibilité, il convient que, dans les controverses importantes sur les questions de foi, ils en réfèrent au Souverain Pontife. Ils doivent veiller à la propagation et à la défense de la religion : ce qu'ils font généralement par leurs ''lettres pastorales ''et leurs ''mandements. ''Ils ont le droit et le devoir de prohiber les mauvais livres, les mauvaises publications. Tous les livres qui traitent des questions de fois de morale, de culte et de discipline ecclésiastique doivent dès lors être contrôlés par eux et ne peuvent s'imprimer sans leur approbation, ou ''imprimatur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''412. — 2°''' '''Leur pouvoir de gouvernement. '''— ''a) ''Au point de vue ''législatif, ''l'Évêque gouverne tous les fidèles de son diocèse au for interne et au for externe. Il peut donc porter des lois, préparées ou non en ''synode[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn339 [339]] ''diocésain, sur tout ce qui concerne la foi, le culte et la discipline : mais il doit toujours agir en dépendance du Souverain Pontife et de la loi commune de l'Église. — ''b) ''Au point de vue ''judiciaire, ''l'Evêque juge en première instance. Il exerce ce pouvoir par ce que l'on appelle ''l’Officialité diocésaine, ''tribunal présidé par un prêtre, appelé ''Officiai, ''qui, sauf des cas exceptionnels, doit être distinct du Vicaire général ''(Can. ''1573 § 1). — c'') ''Ait point de vue ''coercitif, ''l'Evêque peut frapper de peines canoniques et de Censures les délinquants, qui gardent toujours le droit d'en appeler au Métropolitain et au Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Pouvoirs des Évêques pris en corps. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le collège des Évêques, pris dans son ensemble et en union avec le pape, peut être considéré soit ''dispersé ''dans le monde, soit ''assemblé en concile œcuménique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''413. — 1°''' '''Les Évêques dispersés. '''— II n'est pas nécessaire que les Évêques se réunissent en concile général pour être infaillibles. Même dispersés, ils forment le ''corps enseignant ''de l'Église et ne jouissent pas moins de l'infaillibilité. Quand Jésus a promis à ses Apôtres d'être avec eux jusqu'à la fin des siècles, il n'a pas mis la condition qu'eux ou leurs successeurs devaient se réunir à un endroit quelconque pour obtenir son assistance. Du reste, le consentement unanime de l'Église a toujours été reconnu comme une des meilleures preuves de la vérité de la doctrine, et saint Vincent de Lérins a pu poser cette règle qu'il faut croire « ce qui a été cru partout, toujours et par tous ». Au surplus, que les choses doivent être ainsi, la raison nous le dit., ce n'est pas seulement dans des circonstances exceptionnelles, mais en tout temps, que l'épiscopat est chargé de renseignement ; donc, à tout moment, il doit avoir le privilège de l'infaillibilité. Aussi, avant le premier concile œcuménique qui n'a eu lieu qu'au début du IVe siècle (en 325 à Nicée) le ''magistère ordinaire ''du corps épiscopal avait déjà amené le dogme à un haut degré de développement. L'Église enseignait déjà d'une manière ''explicite ''les dogmes de la Trinité et de la divinité de Jésus-Christ, de la Rédemption, de la virginité et de la maternité divine de Marie, les éléments du dogme du péché originel ; elle avait presque fixé sa doctrine sur les principaux sacrements, entre autres, sur le baptême, sur la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, à la fois sacrement et sacrifice, etc. Les conciles qui se tiendront à partir de cette date, ne feront le plus souvent que préciser les points encore discutés et donner une autorité plus ferme à la croyance déjà établie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait ajouter que, dans les premiers siècles, bien des hérésies furent condamnées par les décisions dogmatiques d'un nombre restreint d'Évêques, dispersés dans le monde, ou simplement réunis en concile particulier : provincial ou national.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''414. — 2. Les Évêques réunis en concile'''. — Le concile (lat. ''concilium ''assemblée) œcuménique (gr. ''oihoumenikos, ''universel) est l'assemblée solennelle des évêques de tout l'univers. Deux points nous intéressent ici, à savoir les ''conditions à l’œcuménicité ''d'un concile, et leur ''autorité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. CONDITIONS D'ŒCUMÉNICITÉ. ''— Pour qu'un concile soit œcuménique, il faut : — ''a) ''que tous les évêques du monde y aient été officiellement ''convoqués[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn340 [340]], mais il n'est pas nécessaire et il est matériellement impossible que tous y assistent. Il n'est même pas requis que le chiffre des présents l'emporte sur celui des absents, il suffit qu'il y en ait un assez grand nombre pour représenter moralement l'Église universelle. Dans le cas de doute sur l’œcuménicité d'un concile, il appartient à l'Église de trancher cette question de fait dogmatique (N° 391) ; — ''b) ''que ''le Pape prête son autorité ''au concile. D'où il suit : — 1. que tout concile œcuménique doit être ''convoqué [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn341 [341]] par le pape ou de son consentement ; — 2. ''présidé ''par lui ou par ses légats ; — 3. que les décrets du concile soient ''ratifiés ''par lui et promulgués par son ordre ''(Can. ''227). Pour cette dernière raison, certains conciles (v. g. le 1er et le 2e de Constantinople) qui n'étaient pas œcuméniques, du fait de leur convocation et de leur célébration, le sont devenus par la ratification subséquente du Pape ; par contre, d'autres conciles, dits œcuméniques, ne le sont pas pour tous leurs décrets, l'approbation du pape ayant fait défaut, comme nous avons eu l'occasion de le constater à propos du 28e canon du concile de Chalcédoine que le pape saint Léon ne voulut pas ratifier (V. N° 370).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415. — B. ''AUTORITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''Le ''concile œcuménique, ''où se trouvent réunis le pape et les évêques, c'est-à-dire la tête et le corps de l'Église enseignante, est l'autorité la plus haute et la plus solennelle qui puisse exister. Il jouit donc de l'infaillibilité dans les définitions de la doctrine sur la foi et les mœurs. Pour être ''valables, ''il n'est pas nécessaire que les décrets conciliaires soient votés à l'unanimité absolue. Ce serait là une condition presque irréalisable. Cette thèse, mise en avant au concile du Vatican par les adversaires de l'infaillibilité pontificale, ne repose sur rien, ni sur l'histoire, ni sur la tradition, ni sur les principes juridiques et rationnels. Il va de soi, en effet, que dans toute assemblée délibérante, dans les conciles par conséquent, les questions doivent être tranchées par la majorité. Il y a lieu cependant de faire une réserve pour les cas où le pape serait avec la minorité, vu que le pape seul a le droit de trancher souverainement les questions. Si la chose se présentait, le décret serait dénommé, avec plus de justesse, décision pontificale, que décision conciliaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les décrets conciliaires ont-ils, dans toute leur teneur, la même autorité doctrinale? Il convient de distinguer, dans les décisions rendues par plusieurs conciles, notamment par les conciles de Trente et du Vatican, une double partie : une partie ''positive, ''représentée par les ''chapitres ''consacrés à l'exposition de la véritable doctrine, et une partie ''négative ''représentée par les ''canons ''où sont condamnées les erreurs contraires. Quelle est la valeur des uns et des autres? Aucun doute n'est possible pour ce qui concerne les ''canons. ''Comme ils portent ''l’anathème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn342 [342]] contre quiconque contredit la vérité définie par les chapitres, de toute évidence ils constituent une définition infaillible et de foi catholique, qu'on ne peut rejeter sans tomber dans l'hérésie. Les ''chapitres ''doctrinaux contiennent, eux aussi, un enseignement infaillible, mais à côté de la substance de la définition, il y a des ''considérants ''et des ''arguments ''sur lesquels s'appuie la définition. Cette dernière partie n'est pas comprise dans l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''416.— Corollaires'''. — 1. De ce que le concile est la plus haute et la plus solennelle autorité dans l'Eglise, ''faut-il conclure qu'il soit au-dessus du Pape? ''La théorie de la supériorité du concile, dont l'origine doit être reportée au moment du grand schisme d'Occident, fut soutenue par Pierre d'Ailly, par Gerson (xve siècle) et par les ''gallicans ''du xvii» siècle ; elle trouva sa formule dans le deuxième article de la ''Déclaration de ''1682 (V. N° 398, ''n.'') et dans la troisième proposition du ''Synode de Pistoie. ''Combattue par la grande majorité des théologiens, repoussée par le Saint-Siège qui rejeta, en particulier, les articles de 1682 et les erreurs du Synode de Pistoie, elle fut définitivement condamnée par le concile du Vatican qui définit l'infaillibilité pontificale (V. N° 399). De cette définition il ressort : 1) que l'autorité du Pape seul est ''égale ''a l'autorité du concile, si l'on entend par là l'assemblée du collège épiscopal, y compris le pape, et — 2) qu'elle est ''supérieure ''à l'autorité du corps épiscopal, d'où serait retranché le pape, c'est-à-dire la tête de l'Église. L'on ne peut donc pas appeler du pape à un concile général, puisque les deux autorités sont égales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417. — 2. ''UTILITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''II y a lieu de se demander à quoi peuvent servir les conciles œcuméniques du moment que l’ensemble des évêques dispersé, et uni avec le pape, ne présentent pas une garantie supérieure d’infaillibilité. Bien qu’ils ne soient pas nécessaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn343 [343]], les conciles œcuméniques n’en restent pas moins très ''utiles ''pour les raisons suivantes : — 1) Tout d'abord, l'avis des évêques peut ''aider beaucoup à la connaissance de la vérité. ''Il faut bien se rappeler en effet que l'infaillibilité ne se confond ni avec l'inspiration ni avec la révélation, et que, si elle est l'inerrance de droit, elle ne dispense nullement du travail et de l'étude. — 2) ''La sentence ''qui proclame la foi et condamne l'erreur ''aura d'autant plus de poids, ''et sera d'autant mieux acceptée des fidèles qu'elle aura été prononcée par l'ensemble du corps enseignant. — 3) Au point de vue ''disciplinaire, ''le pape portera des lois d'autant plus opportunes et plus efficaces que, par l'intermédiaire des évêques, il sera mieux au courant des erreurs et des abus qui se trouvent dans l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces différents points de vue, les conciles sont d'une utilité indiscutable. Ils ne sont pas ''absolument ''nécessaires, comme les Jansénistes le prétendaient, mais il peut arriver qu'ils soient ''relativement ''et ''moralement ''nécessaires dans les cas où l'unité de l'Église serait mise en péril, par le fait du pape lui-même, qui deviendrait hérétique, en tant que docteur privé, ou pécheur scandaleux (V. N° 399, n. 3) et surtout dans le cas où 1 élection d'un pape serait douteuse, comme la chose s'est présentée lors du grand schisme d'Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''418. — 3. ''SÉRIE CHRONOLOGIQUE DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. '''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on compte généralement jusqu'à notre époque dix-neuf conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn344 [344]]. Les voici dans leur ordre avec quelques indications sur leur objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''premier Concile de Nicée, ''en 325, réuni par Constantin sous le pontificat de saint Sylvestre, il définit contre Arius la consubstantialité du Verbe, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ, sanctionna solennellement les privilèges des trois sièges patriarcaux de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, et étendit à toute l'Église la coutume de l'Église romaine, quant à la date de la célébration de la fête de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''premier Concile de Constantinople, ''en 381, sous le pape Damase et l'empereur Théodose le Grand, définit contre Macédonius de Constantinople la divinité du Saint-Esprit. Ce concile qui n'était œcuménique ni par sa convocation ni par sa célébration, puisque le pape n'y avait été ni invité ni associé, n'acquit l'autorité et le rang de concile œcuménique que plus tard par la reconnaissance et l'adhésion de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le ''Concile d'Éphèse, ''en 431, sous le pontificat de Célestin I et le règne de Théodose le Jeune, définit contre Nestorius l'unité de personne dans le Christ et la maternité divine de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Le ''Concile de Chalcédoine, ''en 451, sous saint Léon le Grand et l'empereur Marcien, condamna l'eutychianisme et définit la dualité de natures en Jésus-Christ. Le 28e canon de ce concile qui attribuait au patriarche de Constantinople la première place après celui de Rome, n'a jamais été confirmé par le pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Le ''deuxième de Constantinople, ''en 553, condamna, comme entachés de Nestorianisme, ce que l'on appela les ''Trois-Chapitres, ''c'est-à-dire Théodose de Mopsueste et ses ouvrages, les écrits de Théordoret de Cyr contre Saint Cyrille et le concile d’Ephèse, la lettre d’Ibas d’Edesse injurieuse pour le concile et saint Cyrille. Célébré sans la participation et malgré opposition du Pape Vigile, il n’est devenu œcuménique que par l'accession subséquente du Pontife.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''Le troisième de Constantinople, ''en 680, condamna le monothélisme, ses défenseurs et ses fauteurs, entre autres, le pape Honorius coupable de négligence dans la répression de l'erreur. Convoqué sous Agathon, il ne fut confirmé que par son successeur Léon II qui approuva le décret conciliaire, en l'interprétant, quant à Honorius, dans le sens que nous avons indiqué au N° 339.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Le ''deuxième de Nicée, ''en 787, sous la régence de l'impératrice Irène et le pontificat d'Hadrien Ier, définit contre les iconoclastes la légitimité du culte des images, en faisant la distinction traditionnelle entre ce culte de vénération et celui d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Le ''quatrième de Constantinople, ''en 869-870, sous Hadrien II, prononça la déposition de l'usurpateur Photius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. Le ''premier Concile de Latran, ''en 1123, le premier des conciles œcuméniques d'Occident, sous le pape Calixte II, prit des mesures sévères contre la simonie et l'inconduite des clercs et approuva le concordat de Worms intervenu entre Calixte II et l'empereur Henri V, au sujet des investitures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. Le ''deuxième Concile de Latran, ''en 1139, sous Innocent II, édicté des mesures disciplinaires concernant le clergé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. Le ''troisième de Latran, ''en 1179, sous Alexandre III, condamne les Cathares et règle le mode d'élection des papes, en déclarant validement élu le candidat qui aura réuni les deux tiers des voix des cardinaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12. Le ''quatrième de Latran, ''en 1215, sous Innocent III. L'un des plus importants conciles, il condamne les Albigeois et les Vaudois; il fixe la législation ecclésiastique sur les empêchements de mariage, et impose à tous les fidèles l'obligation de la confession annuelle et de la communion pascale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
13. Le ''premier Concile de Lyon, ''en 1245, sous Innocent IV, régla la procédure des jugements ecclésiastiques et prononça la déposition de l'empereur Frédéric II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14. Le ''deuxième de Lyon, ''convoqué en 1274. par Grégoire X, rétablit l'union avec les Grecs qui, outre la légitimité du Filioque, reconnurent la primauté du pape et la doctrine catholique de l'Église latine enseignant l'existence du Purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
15. Le ''Concile de Vienne, ''en 1311-1312, sous Clément V, décide la suppression de l'ordre des Templiers, et définit que l'âme raisonnable est la forme substantielle du corps humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16. Le ''Concile de Baie-Ferrare-Florence ''(1431-1442), convoqué par Eugène IV, eut pour objectifs principaux la réforme de l'Eglise et un nouvel essai de réconciliation des Églises latine et grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
17. Le ''cinquième Concile de Latran, ''convoqué par Jules II, en 1512, et continué par son successeur Léon X jusqu'en 1517, avait pour but primaire la réforme du clergé et des fidèles. Il publia quelques décrets concernant les nominations aux charges ecclésiastiques, le genre de vie des clercs et des laïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
18. Le ''Concile de Trente, ''convoqué par Paul III et ouvert dans cette ville en 1545, transféré deux ans plus tard à Bologne, suspendu bientôt après, puis réinstallé à Trente par Jules III en 1551, interrompu à nouveau, puis repris et terminé sous Pie IV en 1563 a eu pour but de combattre les erreurs protestantes. Il est le plus célèbre par le nombre et l'importance de ses décrets dogmatiques et disciplinaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
19. Le ''Concile du Vatican, ''convoqué par Pie IX, inauguré le 8 décembre 1869 et suspendu le 20 octobre 1870, n'a pu tenir que quatre sessions. Aucun souverain catholique n'a été autorisé à s'y faire représenter officiellement. Il a condamné, d'une part, dans sa Constitution ''Dei Filius, ''les erreurs contemporaines sur la foi et la révélation, et il a défini, d'autre part, dans la constitution ''Pastor aeternus ''les dogmes de la primauté et de l'infaillibilité personnelle de Pierre et de ses successeurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn345 [345]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''419. — Conclusion. — L'Église, société parfaite. '''— De l'étude que nous venons de faire sur sa constitution intime, il est permis de conclure que l'Église est une ''société parfaite. .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par ''société parfaite ''toute société qui ne dépend d'aucune autre, tant dans la ''fin ''qu'elle poursuit que dans les ''moyens ''qui lui sont nécessaires pour atteindre cette fin. Au contraire, la société ''imparfaite ''est colle qui est subordonnée à une autre et qui n'a de pouvoirs que ceux que cette autre veut bien lui concéder. Ainsi, les Sociétés de chemins de fer, de mines, etc., sont des sociétés imparfaites, vu qu'elles sont subordonnés à l'État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ''l'Église soit une société parfaite, ''cela découle de son origine et de sa nature : — a) de son ''origine. ''C'est de la volonté de Jésus-Christ, de la volonté de Dieu, par conséquent, que l'Église est née. Ne dépendant dans son existence d'aucune volonté humaine, il s'ensuit qu'elle ne peut être subordonnée a aucun pouvoir civil : elle est, de par son origine, une société autonome et indépendante ; — b) de sa ''nature. ''L'Église est une société ''d'ordre spirituel, ''puisque Jésus-Christ lui a donné la mission et les pouvoirs de conduire les hommes à leur fin surnaturelle. Mais, si elle est une société d'ordre spirituel, il est évident qu'elle ne peut recevoir d'aucune société d'ordre temporel les moyens dont elle a besoin pour sa fin surnaturelle ; ses pouvoirs ne peuvent dépendre de l'autorité civile comme s'ils eu étaient une dérivation ou une participation. II ne faut donc pas s'étonner que l'Église ait toujours revendiqué cette prérogative d'être une société parfaite et que maintes fois elle ait affirmé son indépendance du pouvoir civil, comme elle l'a fait, en particulier, en condamnant les propositions suivantes du Syllabus : « L'Église n'est pas une vraie et parfaite société pleinement libre et ne jouit pas de droits propres conférés par son divin fondateur ; c'est au pouvoir civil à définir ses droits et les limites dans lesquelles elle peut les exercer » ''(Prop., ''xix). « Le pouvoir ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement. » ''(Prop., ''xx). Les Pères du ''Concile du Vatican ''(1870) ont condamné de nouveau l'opinion selon laquelle le Saint-Siège ne pourrait exercer ses pouvoirs de gouvernement sans le placet du pouvoir civil ''(Const. I de l’Église du Christ, ''ch. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église; ''Ortolan, art. ''Canonisation ; ''Quilliet, art. ''Censures doctrinales ; ''Ortolan, art. ''Conclave ; ''Forget, art. ''Congrégations romaines, ''art. ''Conciles. ''— Du Dict. d'Alès : Forget, art. ''Curie romaine ''(Cardinaux) ; Choupin, art. ''Curie romaine ''(Congrégations). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Palmieri, ''De Romano Pontifice ''(Rome). — Choupin, ''Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Boudinhon, ''Primauté, Schisme et Juridiction, ''dans la Rey. Le Canoniste contemporain, fév. 1896. — Demeurant, ''L'Église, Constitution, Droit public ''(Beauchesne). — Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Constitution de l'Église (suite). Les Droits de l'Église. Relation de l'Église et de l'État. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Société d'ordre ''spirituel, ''l'Église est, de par son origine et sa nature, une société parfaite : telle ost la conclusion à laquelle nous avons abouti dans le chapitre précédent (N° 419). Deux points restent à établir : 1° les ''droits ''de l'Église ; et 2° les ''relations de V Église et de l'État. ''Ce chapitre comprendra donc deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Les Droits de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420. — Société ''parfaite, ''l'Église est indépendante dans son existence et dans l'exercice de ses pouvoirs : de là découlent tous ses ''droits. ''Mais comment déterminer ces droits ? Il suffit, pour cela, de nous rappeler que tout pouvoir légitime entraîne comme conséquences des droits correspondants, et d'autre part, que l'Église a reçu de son divin fondateur la triple mission d'enseigner, de sanctifier et de gouverner. L'Église possède donc tous les droits qui sont en corrélation avec sa mission et avec son triple pouvoir doctoral, de ministère et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir de ''ministère ''implique le ''droit d'administrer les sacrements. ''L'Église ayant reçu de Notre-Seigneur la mission et le pouvoir de sanctifier, l'État doit lui laisser toute liberté d'administrer les sacrements et d'exercer le culte selon les règles de sa liturgie. Comme ce droit ne lui est guère contesté, nous ne nous y arrêterons pas autrement. Nous nous bornerons donc à étudier, dans doux paragraphes, les droits de l'Église qui sont dérivés de ses deux pouvoirs d'enseigner et de gouverner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les droits de l'Église dérives de son pouvoir doctoral. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421. — Il est permis de poser en principe général que, en vertu du pouvoir doctoral qu'elle tient de Notre-Seigneur, l'Église a le ''droit d'enseigner ''partout la doctrine chrétienne. Jésus-Christ a dit, en effet, à ses Apôtres : « Allez, ''enseignez ''toutes les nations. » Et comme cet ordre embrasse tout l'univers, il s'ensuit que l'Église a le droit de s'établir partout et que son magistère n'est limité ni dans le temps ni dans l'espace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la charge qui incombe à l'Église d'enseigner la doctrine du Christ découle un double droit et un double devoir : le premier, de caractère positif et direct qui est de donner elle-même l'enseignement religieux, — ce qui pose ''la question de l'École, ''— le second, négatif et indirect, qui est de proscrire les doctrines contraires à la sienne, ce qui nous ramène à la ''question de l'Index.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''422. — Le droit d'enseigner. La question de l'École'''. — Remarquons, tout d'abord, qu'il n'est question ici que des enfants qui, du fait de leur baptême, font partie du corps de l'Église. Or, parmi eux, il convient de distinguer une double classe de sujets : les ''clercs ''et les ''laïques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Relativement Aux Clercs,'' ou plutôt, à ceux qui se préparent à devenir les ministres de l'Évangile, il va de soi que l'Eglise a le droit de les recruter, de leur ouvrir des écoles spéciales ''(séminaires), ''où elle puisse entretenir les vocations, leur donner l'instruction et l'éducation appropriées aux fonctions auxquelles ils se destinent. C'est « aux Évêques seuls, dit Léon XIII, dans l'Encyclique ''Jampridem, ''que revient le droit et le devoir d'instruire et de former les jeunes gens que Dieu appelle pour en faire ses ministres et les dispensateurs de ses mystères. C'est de ceux à qui il a été dit : ''enseignez toutes les nations, ''que les hommes doivent recevoir la doctrine religieuse ; à combien plus forte .raison appartiendra-t-il aux Évêques de donner l'aliment de la saine doctrine, comment et par qui ils jugeront convenable, à ces ministres qui seront le sel de la terre et tiendront la place de Jésus-Christ parmi les hommes... Les chefs de gouvernement souffriraient-ils jamais que les jeunes gens placés dans les institutions militaires pour y apprendre l'art de la guerre, eussent d'autres maîtres que ceux qui excellent en cet art ? Ne choisit-on pas les plus habiles guerriers pour former les autres à la discipline des armes et à l'esprit militaire?... Voilà pourquoi, dans les concordats passés entre les Pontifes romains et les chefs des États, à différentes époques, le Siège apostolique veilla, d'une manière spéciale, au maintien des séminaires et réserva aux Évêques le droit de les régir, à l'exclusion de toute autre puissance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chargée de la formation de ses ministres, l'Église a le droit d'obtenir du pouvoir civil qu'il ne les astreigne pas à des obligations incompatibles avec leur vocation, telles que le ''service militaire. ''Cette ''immunité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn346 [346]], qui a été l'objet des attaques les plus passionnées, se légitime pourtant très bien au double point de vue du droit ecclésiastique et du droit naturel : — ''a) ''Au point de vue du ''droit ecclésiastique, ''la chose ne fait pas de doute. De nombreux canons de l'Église proclament ce droit et vont même plus loin puisqu'ils interdisent aux ecclésiastiques, sous peine de censure, le port des armes et l'effusion du sang humain ; — b) au point de vue du ''droit naturel, ''le bien-fondé de l'immunité est tout aussi incontestable. Si l'État a le devoir de lever une armée et d'exiger le service obligatoire, tant pour maintenir le bon ordre à l'intérieur que pour résister aux attaques de l'ennemi, il a un autre devoir non moins impérieux, qui est de pourvoir aux besoins religieux de la nation. Or cela suppose, d'une part, l'existence du clergé, puisque le clergé est indispensable pour enseigner la doctrine et pratiquer le culte, et d'autre part, l'exemption du service militaire pour la. bonne raison que celui-ci présente un gros obstacle au recrutement sacerdotal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cela l'on ''objecte, ''il est vrai, que la caserne est une meilleure école que le séminaire, pour faire l'apprentissage de la vertu, et qu'elle est un excellent moyen d'éprouver et de rejeter les vocations mal affermies. Sans nier ce qu'il peut y avoir de juste dans cette objection, il n'en est pas moins faux de prétendre qu'une vocation n'est solide qu'autant qu'on l'a exposée aux plus dangereuses épreuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''encore, au nom du fameux principe de ''l’égalité ''que, si les clercs participent aux avantages de la vie sociale, il convient qu'ils prennent aussi leur part des charges communes. Le raisonnement paraît impeccable, mais il s'agit de savoir précisément si le clergé ne porte point sa part du fardeau commun. L'Église pense, au contraire, que ses prêtres rendent à la société, par leur ministère, des services plus grands que ceux qu'ils rendraient comme soldats. Sans doute, il faut des soldats contre les ennemis du dehors ; il n'en faut pas moins, mais d'une autre sorte, pour résister aux ennemis du dedans: pour lutter contre la propagation des idées fausses et subversives, contre l'impiété et la corruption des mœurs. Et pour se préparer à cette mission, les sacrifices du prêtre qui, à partir du séminaire, abdique sa liberté et renonce aux joies du monde et de la famille, dépassent certainement en grandeur ceux des soldats. Nous pouvons donc conclure que l'exemption du service militaire, longtemps reconnue à l'Église comme un droit, n'était nullement un privilège excessif dont il y ait lieu de s'étonner ou de se scandaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
423. — B. ''RELATIVEMENT AUX LAÏQUES. ''— A aucun point de vue, l'Église ne peut se désintéresser des écoles, même laïques.— 1. S'il s'agit en effet de ''l'instruction religieuse, ''c'est à elle qu'en incombe le soin, et personne ne peut lui en contester le droit. — 2. S'il s'agit de ''toute autre branche, ''sur le terrain de la littérature, de l'histoire et des sciences, elle a le droit et le devoir de veiller à ce qu'on n'enseigne rien qui soit en opposition avec sa doctrine, avec son dogme et sa morale. Dans le cas où les écoles sortiraient de leur neutralité légale et deviendraient hostiles, elle devrait élever la voix, rappeler aux parente le devoir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui leur incombe, d'élever ou faire élever ''chrétiennement ''leurs enfants, et protester auprès des maîtres qui trahissent leur mission. Allons plus loin. L'Église, comme toute autre personne qui remplit les conditions voulues, doit jouir de la liberté d'ouvrir elle-même des écoles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn347 [347]]: primaires, secondaires et supérieures (universités). A quel titre l'enseignement pourrait-il devenir le ''monopole ''de l'État? Est-ce que, de ''droit naturel, ''les enfants n'appartiennent pas aux parents d'abord, à la société ensuite? N'est-ce pas à ceux qui ont donné la vie du corps qu'il revient de former l'intelligence et de faire l'éducation de l'esprit? Mais s'il est vrai que l'instruction est une fonction des parents, et si, par ailleurs, ceux-ci ne peuvent que rarement remplir leur charge par eux-mêmes, il s'ensuit qu'ils ont le droit de se faire suppléer par des maîtres de leur choix. Là seulement, commencent les droits et les devoirs de l'État : c'est à lui de surveiller l'enseignement donné par la famille ou ses représentants, et de s'assurer s'il est conforme au bien commun, s'il ne porte aucune atteinte aux vérités religieuses, s'il est en harmonie avec les aspirations des parents, pourvu que ces dernières soient légitimes, s'il ne viole en rien les idées les plus sacrées et ne va pas contre les droits de Dieu et de la patrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''424. — Le droit de censurer les livres. L'Index.''' — L'Église ne remplirait qu'imparfaitement son rôle de gardienne de la foi si elle ne pouvait condamner les mauvaises doctrines ; d'où son double droit : — 1° « ''d'interdire ''aux fidèles ''d'éditer ''des livres non soumis préalablement à sa censure et approuvés par elle, et — 2° de ''prohiber ''pour de justes raisons les livres déjà édités » ''(can. ''1384, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du second droit découle ''l'origine de l'Index. ''On appelle ''Index ''le catalogue des livres condamnés par le Saint-Office comme nuisibles à la foi ou aux bonnes mœurs, et dont la lecture et la détention sont défendues aux fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'origine ''de l'Index, en ''tant que ''catalogue, ''remonte au xvie siècle. C'est seulement quand, par l'invention de l'imprimerie, les livres en général et les mauvais livres en particulier, se multiplièrent, que l'Église sentit le besoin de surveiller plus attentivement les productions littéraires. Nous trouvons la première ébauche de l'Index dans un catalogue de livres prohibés, dressé par les ordres de Paul IV en 1557 d'abord, puis en 1559 ; mais la véritable institution de l'Index date du ''concile de Trente ''et de Pie IV, qui promulgua un catalogue avec un ensemble de règles concernant la publication, la lecture et la détention des ouvrages répréhensibles (1564). Ces règles ont été plusieurs fois retouchées par différents papes, et, en dernier lieu, par Léon XIII, qui, dans sa Constitution apostolique ''Officiorum ac Munerum ''(fév. 1897), porta des ''Décrets généraux ''sur la prohibition et la censure des livres. Le Saint-Siège ne pouvant connaître tous les livres pernicieux qui sont édités dans le monde entier, Léon XIII&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui attaquent, à l'occasion, la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ''ex professo ''de la religion, à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui édicta un certain nombre de ''règles générales ''qui condamnent en bloc tous les mauvais livres, règles qui forment le ''canon ''1399 du ''Code.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Sont prohibés par le droit : — 1. les éditions du texte original... de la Sainte Ecriture, ainsi que les traductions faites ou éditées en n'importe quelle langue par les acatholiques ; — 2. les livres des écrivains qui soutiennent l'hérésie, le schisme ou cherchent à ébranler en quelque façon les fondements delà religion ; — 3. les livres qui attaquent la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ex professo de la religion, à moins à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui racontent des apparitions nouvelles, des révélations, des visions, des prophéties, ou qui cherchent à introduire des dévotions nouvelles, même sous prétexte qu'elles sont privées, s'ils ont été publiés, sans tenir compte des prescriptions canoniques ; — 6. les livres attaquant ou raillant quelque dogme catholique, soutenant des erreurs condamnées par le Saint-Siège, blâmant le culte catholique, cherchant à ruiner la discipline ecclésiastique, outrageant à l'occasion la hiérarchie ecclésiastique, l'état clérical ou religieux ; — 7''. ''les livres enseignant ou recommandant une superstition quelle qu'elle soit, les sortilèges, la divination, la magie, l'évocation des esprits et autres choses du même genre ; — 8. les livres proclamant que le duel, le suicide ou le divorce sont licites ; les livres qui, traitant des sectes maçonniques ou autres semblables, prétendent qu'elles sont utiles et inoffensives pour l'Eglise et la société civile ; — 9. les livres traitant ''ex professo ''de choses lascives ou obscènes, les racontant, les enseignant ; — 10. les éditions de livres liturgiques approuvés jadis par l'Eglise mais qui, par suite de certains changements intervenus, ne concordent pas avec les éditions authentiques actuellement approuvées par le Saint-Siège ; — 11. les livres publiant des indulgences apocryphes, proscrites, ou révoquées ; — 12. les images, quel que soit leur mode d'impression, de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie, des anges, des saints ou des autres serviteurs de Dieu qui ne cadrent pas avec le sentiment et les décrets de l'Eglise ''(Can. ''1399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette liste de livres condamnés d'une manière générale, il faut ajouter tous les livres désignés ''nommément ''au catalogue de l'Index. A ce sujet, il convient de remarquer que les rigueurs de l'Index ont été adoucies. Autrefois, des condamnations globales étaient portées contre toutes les productions d’un auteur dont les tendances étaient reconnues mauvaises. Ces prohibitions faites ''en haine de l’auteur, ''ont disparu de la récente édition de l'Index.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Usage. — Ceux-là seuls peuvent lire et garder les livres condamnés, qui en ont reçu régulièrement l'autorisation du Saint-Siège ou de ses représentants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les libraires ne peuvent ni vendre, ni prêter, ni garder les livres qui traitent ''ex professo ''de choses obscènes ; quant aux autres livres condamnés, ils ne peuvent les vendre qu'avec l'autorisation du Saint-Siège, et seulement à ceux qu'ils croient prudemment avoir le droit légitime de les acheter ''(can. ''1404).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Les Ordinaires, et tous ceux qui ont le soin des âmes doivent opportunément avertir les fidèles du danger et du mal de la lecture des mauvais livres, surtout des livres condamnés. » ''(Can. ''1405, § 2.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quiconque lit sciemment, sans l'autorisation du Saint-Siège, des livres d'apostats ou d'hérétiques, soutenant[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn348 [348]] une hérésie, ainsi que les livres nommément condamnés, de n'importe quel auteur ; quiconque garde ces livres, les imprime ou s'en fait le défenseur, encourt ''ipso facto ''l'excommunication réservée spécialement au Souverain Pontife. » ''(Can. ''2318.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur de l'Index découle de ce qui a été dit précédemment (N° 402) au sujet de l'autorité en général des décisions des congrégations, de celles du moins qui reçoivent l'approbation du pape dans la forme commune. N'étant pas des actes du Souverain Pontife, elles ne sont pas des décisions infaillibles ; mais elles exigent néanmoins de la part des fidèles plus qu'une soumission extérieure, plus que le respect du silence; elles ont droit à un assentiment prudemment et provisoirement terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''425. —Objection. '''— Bien des critiques ont été élevées contre l'Index. Au nom des grands principes modernes : liberté de conscience, liberté d'opinions, liberté de parole et d'écrit, l'on attaque la législation de l'Église et le droit qu'elle revendique de défendre l'usagé de certains livres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Le ''droit de l'Église de proscrire ''les livres dangereux, repose sur la Sainte Écriture, sur la tradition et sur la raison : — 1) ''Sainte Écriture. ''Comme nous l'avons vu (N° 310), l'Église a reçu de Jésus-Christ la mission d'enseigner la doctrine du Christ. De là dé ouïe pour elle le devoir, non seulement de prêcher la ''vraie ''doctrine, mais de s'opposer à tout ce qui pourrait ''entraver ''la conservation de la vérité intégrale: elle a donc plus que le droit, elle a le devoir de flétrir et de condamner les livres impies ou immoraux. — 2) ''Tradition. ''La pratique de l'Église, encore que, sous, sa forme actuelle, elle date seulement du XVIe siècle, remonte aux origines du christianisme. Saint Paul met son disciple Timothée en garde contre les discours profanes et vains qui font des ravages comme la gangrène (II ''Tim., ''II, 16, 17), recommandation qui doit s'entendre autant et plus encore des discours écrits. Il est dit, en outre, dans les ''Actes ''(xix, 19) que, à la suite de ses prédications à Éphèse, « beaucoup de ceux qui s'étaient adonnés aux superstitions dangereuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le peuple ». Depuis les Apôtres, les ''Pères ''de l'Église, les ''conciles ''et les ''papes ''n'ont jamais cessé de stigmatiser les mauvais livres, ainsi que le rappelle Léon XIII dans sa constitution « ''Officiorum ''» : « L'histoire, dit il, atteste le soin et le zèle vigilant des Pontifes romains à empêcher la libre diffusion des ouvrages hérétiques, véritable calamité publique. L'antiquité chrétienne est pleine de ces exemples. Anastase 1er condamna rigoureusement les écrits dangereux d'Origène ; Innocent Ier ceux de Pelage, et Léon le Grand tous ceux des manichéens... De même, dans le cours des siècles, des sentences du Siège Apostolique ont frappé les livres funestes des monothélites, d'Abélard, de Marsile de Padoue, de Wicleff et de Huss. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn349 [349]] — 3) ''Raison. ''I1 est évident que la doctrine qui revendique, au nom de la liberté, le droit illimité pour tout individu, de soutenir sur toutes les questions l'opinion qu'il lui plaît, est une doctrine absurde, déraisonnable et anarchique. Ce serait en effet mettre sur le même pied le bien et le mal, le juste et l'injuste, le vrai et le faux, la vertu et le vice. Aucune société ne s'accommoderait de tels principes ; quelque loin que puisse aller son amour de la liberté, il y a cependant des limites qu'elle n'oserait dépasser. Pourquoi s'étonner alors que l'Église, qui est une société parfaite, qui a pour ses sujets la sollicitude d'une mère, prenne le plus grand soin à écarter le poison qui menace l'âme de ses enfants!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les Droits de l'Église dérivés de son pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
426. — Parmi les principaux droits que l'Église détient de son pouvoir de gouvernement, il convient de citer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le droit d'organiser sa hiérarchie'''. — Qu'il s'agisse des ''ministres ''eux-mêmes ou des ''territoires ''à administrer, il est clair que l'Église a le droit de revendiquer une indépendance complète. Elle est libre de ''choisir ''ses ministres, comme elle l'entend, et de leur assigner les ''contrées ''à évangéliser. Elle peut, par conséquent, diviser le territoire en circonscriptions plus ou moins grandes, provinces, diocèses, paroisses, et, si elle le juge à propos, modifier les divisions anciennes et en former de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans le cours des siècles, l'Église ait varié dans le mode d'organiser sa hiérarchie, qu'il lui soit arrivé, par exemple, d'accorder au peuple ou aux chefs d'État le privilège ''d'intervenir ''et de ''désigner ''eux-mêmes le candidat, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ce sont là autant de concessions que l'Église a faites en raison des avantages que par ailleurs elle en retirait. Il est bien certain, en effet, pour ne prendre qu'un exemple, que l'élection des ministres sacrés par le peuple, avait le double avantage de désigner, tout au moins d'une manière générale, le candidat le plus digne ''(vox populi vox Dei) ''et, en tout cas, celui qui devait être le mieux agréé. De toute façon, de telles concessions n'ont jamais rien retranché et ne retrancheraient rien, si elles étaient faites à nouveau, au droit imprescriptible que l'Église possède de nommer elle-même ses pasteurs et de leur donner l'institution canonique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''427. — 2° Le droit de fonder des Ordres religieux.''' — Deux côtés sont à considérer dans la fondation des Ordres religieux : le côté ''spirituel ''et le côté ''temporel. ''Le premier, qui consiste dans le choix d'un genre de vie le plus propre à l'observation des conseils évangéliques, rentre dans les droits de l'Église. Indubitablement, c'est à elle qu'il revient de régler la forme suivant laquelle il convient de pratiquer les conseils évangéliques. Le côté temporel, puisque aucune association terrestre, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait s'en désintéresser, est du ressort du pouvoir civil, mais celui-ci a le devoir de traiter ces questions, d'accord avec l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''428. — 3° Le droit de posséder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn350 [350]]. — Quoique d'ordre spirituel, l'Église n'en reste pas moins une société d'hommes qui ne peuvent vivre ni pratiquer leur religion s'ils ne possèdent des biens temporels. L'Église, en effet, doit pourvoir à l'entretien de ses ministres et de ses temples ; elle doit subvenir aux frais du culte et assister les pauvres. Elle doit donc jouir de la capacité juridique ''d'acquérir ''des biens et de les ''administrer. ''Pourquoi ne pourrait-elle pas acquérir et posséder réellement les biens matériels qui lui sont nécessaires pour atteindre la fin qu'elle poursuit? Qui oserait prétendre que le fait d'être membre d'une association religieuse, dépouille un homme de ses droits naturels? Et si l'Église a le droit d'acquérir les biens temporels, pourquoi ne jouirait-elle pas du droit de les administrer librement, tout aussi bien que les autres personnes morales : départements, communes, hôpitaux, auxquels on ne conteste pas ce droit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''contre le droit de propriété que, les biens de l'Église étant des ''biens de mainmorte, ''ils causent à l'État et à la société un préjudice très grave, car, du fait qu'ils sont rarement aliénés et jamais transmis, ils échappent aux droits de mutation. — L'objection ne vaut pas, attendu que l'État, d'un côté, peut toujours limiter l'étendue du droit d'acquisition, et de l'autre, qu'il sait remplacer les impôts de mutation par d'autres non moins lourds. C'est ainsi qu'en France les propriétés des religieux ont été frappées du « ''Droit d'accroissement», ''qui constitue un impôt d'exception dépassant plusieurs fois les impôts qu'ont à payer les sociétés anonymes, industrielles, commerciales, ou financières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE. ''— Au droit de posséder se rattache la question du pouvoir temporel des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''pouvoir temporel de la Papauté ''est une des questions sur lesquelles la doctrine de l'Église a été souvent et âprement discutée. Ses adversaires représentent le pouvoir temporel comme une ''usurpation, ''et comme le fruit de l'ambition des papes, fis le disent ''incompatible avec le pouvoir spirituel ''et en opposition avec les paroles de Jésus-Christ qui a proclamé que son royaume n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 36). Et ils concluent que Pie IX, en censurant dans le ''Syllabus ''les adversaires du pouvoir temporel, a commis un véritable abus de pouvoir. Ces attaques sont injustifiées. Assurément, la souveraineté temporelle du Pape n'est pas un ''dogme. ''Elle n'est pas d'institution divine, et l'on ne saurait prétendre davantage qu'elle soit d'une ''nécessité absolue, ''vu qu'elle n'a pas toujours existé et qu'elle n'existe plus. Mais c'est à tort qu'on l'accuse d'être ''illégitime ''et de ne servir à rien, bien plus, d'être ''nuisible ''et de faire tort à la puissance spirituelle. — 1. Loin d'être illégitime, le pouvoir temporel des Papes s'appuie sur les ''titres les plus authentiques. ''Ce sont les peuples eux-mêmes qui ont investi les Papes de leur souveraineté temporelle. Certains auteurs ont mis ''l'origine ''du pouvoir temporel dans une donation de Constantin, lorsque cet empereur, devenu chrétien, abandonna Rome au Pape et alla fonder Constantinople. Cette opinion n'a plus guère de créance ; ce qui est plus vrai, c'est que, à partir de ce moment, les empereurs furent inférieurs à leur tâche. Au moment où les barbares envahissent l'Italie .et la mettent à sac et à sang, ils ne sont pas là pour défendre leurs peuples. Seule, une majesté se dresse devant le flot barbare, et l'Italie, que les empereurs de Byzance ne peuvent secourir, se tourne d'instinct vers les Papes comme vers ses protecteurs-nés. « Le malheur des temps, dit le protestant Gibbon, augmenta peu à peu le pouvoir temporel des Papes. » Ce sont les peuples qui les ont forcés à régner. Lorsque Pépin le Bref et Charlemagne cédèrent à la Papauté les premiers éléments du Patrimoine de saint Pierre, ils ne firent en somme que sanctionner par un acte solennel la souveraineté que les peuples avaient reconnue depuis longtemps aux Papes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn351 [351]]. — 2. Reposant sur les titres les plus légitimes, le pouvoir temporel ''n'est nullement incompatible avec le pouvoir spirituel. ''Il lui est, au contraire, de la plus grande utilité, car il en est la meilleure ''garantie. ''N'est-il pas évident, en effet, que, si le Pape ne possède pas un territoire où il soit le souverain temporel, s'il est soumis à la juridiction d'une autre puissance, il y a toujours à craindre qu'il ne soit plus libre dans l'administration du monde catholique, que ses décisions soient influencées par une force extérieure et supérieure à lui, et que, de la sorte, les intérêts de l'Église paraissent s'inféoder aux intérêts du peuple dont le Pape est le sujet ? Sans doute, la loi du 13 mai 1871, dite ''loi des garanties, ''promulguée par le gouvernement italien, a déclaré le pape sacré et inviolable, lui a reconnu le droit aux honneurs de souverain, et a soustrait les palais qui lui sont réservés à la juridiction italienne ''(privilège de l’extraterritorialité), ''mais il est clair que de telles garanties sont bien précaires et aléatoires : concédées aujourd'hui, elles peuvent être retirées demain, au gré des caprices et du sectarisme d'un autre gouvernement. Pour ces raisons, il convient que le Pape soit indépendant et maître chez lui, et que lui soit restituée la souveraineté temporelle qui lui était échue si providentiellement et dont il a été injustement dépouillé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn352 [352]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''429. — 4° Le droit de légiférer. '''— Du pouvoir ''législatif ''de l'Église découle le droit de ''faire des lois, ''touchant la doctrine, la discipline et le culte, qui s'étendent à l'Église universelle. Or le droit de faire des lois implique à son tour celui de les ''promulguer, ''et conséquemment, le droit pour le Pontife romain de ''communiquer librement ''avec tous ses sujets. Ce droit, combattu jadis par les légistes et les gallicans en France, par les Joséphistes ou partisans de Joseph II, en Allemagne (xviiie siècle), qui prétendaient que les lois ecclésiastiques ne pouvaient être promulguées sans l'agrément de l'État, — ''placet, exequatur, ''— a toujours été revendiqué par l'Église, et particulièrement par Pie IX, qui condamna l'opinion contraire contenue dans les propositions suivantes du ''Syllabus '': « La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil» ''(Prop. XX). ''« La puissance civile a non seulement le droit qu'on appelle ''d'exequatur ; ''mais encore le droit qu'on nomme ''d'appel comme d'abus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn353 [353]] » ''(Prop. ''XLI).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''430. — 5'''° '''Le Droit de répression. '''— Puisque le pouvoir de gouvernement implique, non seulement le pouvoir législatif, mais encore les pouvoirs, ''judiciaire ''et ''coercitif, ''il s'ensuit que l'Église a le droit de juger et de punir les infractions à ses lois, dans le but de faire respecter ses institutions par ceux qui les ont librement acceptées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vertu de ce droit, naturel et divin, totalement indépendant de toute autorité humaine, l'Église peut frapper les délinquants qui sont soumis à son autorité, de peines soit ''spirituelles, ''soit même ''temporelles (Can. ''2214).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PEINES SPIRITUELLES. ''— Les principales peines spirituelles sont les censures. « La ''censure ''est une peine spirituelle et médicinale, relevant du for ''extérieur, ''par laquelle l'Église prive un homme ''baptisé, pécheur ''et ''contumace ''de certains biens spirituels ou annexés aux spirituels, jusqu'à ce qu'il vienne à résipiscence et soit absous » ''(can. ''2241, § 1). Si l'on considère les biens dont elles privent, il faut distinguer trois sortes de censures : l'excommunication, la suspense et l'interdit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''l'excommunication ''est une censure qui retranche celui qui en est frappé de la communion des fidèles ''(can. ''2257, §1). Il y a deux classes d'excommuniés : les excommuniés ''dénoncés ''ou à éviter ''(vitandi) ''et les excommuniés ''tolérés, ''selon qu'ils ont été, ou non, nommément excommuniés. Tout excommunié est privé du droit d'assister aux offices divins, sauf à la prédication ''(Can. ''2259), du droit de recevoir les sacrements ''(Can. ''2260). Il ne peut administrer licitement les sacrements, sauf dans le péril de mort ''(Can. ''2261). Il ne participe plus aux indulgences, suffrages, prières publiques de l'Église ''(Can. ''2262), et ne peut plus être pourvu des bénéfices et des charges ecclésiastiques (''Can. ''2263). L'excommunié dénoncé est privé de la sépulture ecclésiastique ''(Can. ''2260). [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn354 [354]] Comme toute peine, l'excommunication est dite ''latae sententiae ''(sentence portée d'avance) ou ''ferendae sententiae ''(sentence à porter) selon qu'elle est encourue par le fait même ''(ipso facto) ''qu'on a commis une faute déterminée car les canons, ou qu'elle a seulement son effet après la sentence rendue contre le coupable. — ''b) La suspense ''est une censure qui enlève au clerc ou au prêtre l'usage delà totalité ou d'une partie de ses pouvoirs : elle le prive, soit des fonctions de son ''pouvoir d'ordre ''(suspense a ''divinis) ''soit de son ''office, ''c'est-à-dire de ses ''pouvoirs de juridiction ''(suspense ''a jurisdiclione), ''soit de son ''bénéfice, ''c'est-à-dire des revenus attachés à son titre. Si la suspense est totale, elle le prive des trois à la fois. Le prêtre suspens ''a divinis ''ne peut plus exercer ''licitement ''les fonctions qui relèvent de son pouvoir d'ordre (v. g. dire la messe, administrer les sacrements). Le prêtre suspens ''a iurisdictione ''ne peut plus exercer ni validement ni licitement aucun acte de juridiction il n'administre donc plus validement le sacrement de Pénitence qui requiert le pouvoir de juridiction pour être valide. Mais le clerc suspens peut, comme tous les fidèles participer à l'usage passif, ou réception, des sacrements. — c) ''l'interdit ''« prive de l'usage de certaines choses saintes, comme, par exemple, de quelques sacrements de quelques offices publics, de quelques cérémonies solennelles, de la sépulture ecclésiastique, etc.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn355 [355]] (voir can. 2268 et suiv.) On distingue: 1. l’interdit personnel qui frappe clercs ou laïcs; 2. l’interdit local, s’il est prononcé contre un lieu: église, cimetière, ville, paroisse; 3. l’interdit particulier qui n’atteint qu’un personne ou un lieu; 4. l’interdit général qui frappe toute une contrée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn356 [356]], le clergé de tout un Etat, tous les membres d'un chapitre, d'une congrégation, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— 1) Comme on peut le voir, la suspense diffère des deux autres censures en ce qu'elle n'atteint que les clercs, et l'interdit diffère à son tour de l'excommunication et de la suspense en ce qu'elle est une peine qui frappe aussi bien les lieux que les personnes. — 2) Une censure n'est légitime qu'autant qu'elle est infligée pour une faute mortelle, extérieure, consommée et si, outre ces conditions il y a ''contumace, ''c'est-à-dire s'il y a, de la part du coupable, refus obstiné d'obéir à une loi dûment promulguée et connue. — 3) Aucune censure ne frappe ceux qui ignorent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
431. — B. ''PEINES TEMPORELLES. ''— Les peines spirituelles ne choquent pas les adversaires de l'Église, mais il n'en va pas de même des ''peines corporelles. ''L'Église, objectent-ils, est une société spirituelle qui doit gouverner les âmes par des actes libres, par la persuasion et non par la force. ''Elle n'a donc pas le droit d'infliger des peines corporelles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que l'Église, par rapport à la fin qu'elle poursuit, est une société spirituelle. Mais, toute spirituelle qu'elle est, ce n'en est pas moins une société composée d'hommes, par conséquent, d'éléments visibles comme toutes les autres sociétés. Comme celles-ci, elle a donc le droit de se protéger contre ceux qui mettent son existence en péril. Et si les peines spirituelles ne suffisent pas, pourquoi ne pourrait-elle pas, par des ''moyens corporels, ''empêcher ses enfants dévoyés et rebelles, de nuire aux autres, les ramener eux-mêmes dans la voie du devoir et, s'il le faut, sacrifier le corps pour sauver l'âme?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, et, tout récemment encore, Pie IX ne craignait pas de condamner l'opinion contraire ainsi formulée dans la proposition XXIV du ''Syllabus : ''« L'Église n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. » Mais si l'Église s'est reconnu dans le passé, et se reconnaît encore le droit d'appliquer des peines corporelles, elle est la première à estimer que ce qui a pu convenir à une époque où la société était chrétienne, où les principes de la religion pénétraient si profondément les institutions politiques, ne s'accommoderait plus aux besoins du moment. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que l'Église, au moyen âge, recourut au ''bras séculier ''pour punir les crimes, comme ceux d'hérésie, qui semblent être du domaine exclusif des idées pures, mais qui, en fait, troublaient la sécurité de l'État chrétien, et devenaient alors de véritables crimes sociaux et politiques. Il est d'ailleurs contraire aux lois élémentaires de la critique historique de juger les mœurs du passé par celles du présent, les idées anciennes par les idées modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''432. — Corollaire.''' — ''Le privilège du for ecclésiastique. ''En dehors des droits que nous venons d'énumérer, l'Eglise a joui autrefois d'un certain nombre d'immunités, entre autres, du privilège, dit du ''for ecclésiastique. ''Ce privilège avait pour effet de soustraire la personne des clercs à la juridiction du pouvoir civil, en sorte qu'ils étaient jugés, non par les laïques, mais par les tribunaux ecclésiastiques. Que faut-il penser de cette immunité? Faut-il dire avec certains que c'était là un privilège injuste, et que toute infraction aux lois de l'État, quel qu'en soit l'auteur, doit être réprimée par le pouvoir, duquel elles émanent? On pourrait le croire au premier abord, mais si l'on prend soin de se placer dans l'hypothèse d'une société chrétienne, l'on conviendra aisément qu'il est naturel que les clercs qui sont spécialement soumis au pouvoir de l'Église, soient jugés par les tribunaux ecclésiastiques. Le prêtre ne remplira efficacement sa mission que dans la mesure où il jouira de la considération et du respect. Or toute comparution devant les tribunaux est cause de scandale, et doit enlever, non seulement à l'accusé, mais à tous les prêtres, l'autorité dont ils ont besoin pour prêcher la morale et exercer leur ministère. Aussi, bien que le Saint-Siège ait renoncé à cette immunité dans presque tous les pays catholiques, Pie IX n'en a pas moins proclamé hautement le droit de l'Église par la condamnation de la ''proposition XXXI ''du ''Syllabus : ''« Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil soit au criminel, doit absolument être aboli, même sans consulter le Siège Apostolique et sans tenir compte de ses réclamations.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Relations de l'Église et de l'État. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''433. '''— Bien que société parfaite, l'Église est appelée à vivre dans l'État. Voilà, par le fait, deux sociétés autonomes, indépendantes, placées, sinon en face, du moins à côté l'une de l'autre. Quelles seront donc leurs ''relations? ''II y a deux façons de les déterminer. Ou bien l'on considère l'Église seule, dans sa divine constitution, — avec ses pouvoirs et ses droits, — sans tenir compte des situations diverses dans lesquelles elle peut se trouver» Ou bien on la considère d'une manière concrète et dans les circonstances de fait auxquelles forcément elle doit s'adapter. En d'autres termes, il y a lieu de distinguer entre les ''principes ''et leur ''application, ''entre la ''théorie ''et la ''pratique, ''ou, pour employer les termes courants, entre la ''thèse ''et ''l'hypothèse. ''Toutefois, si l'on prend soin de remarquer que les principes peuvent s'appliquer dans le cas d'un État catholique, la thèse se confond alors avec l'hypothèse. D'où il suit que nous pouvons établir les relations de l'Église et de l'État en restant toujours dans le domaine des réalités. Ainsi ferons-nous dans les deux paragraphes suivants où nous étudierons les rapports des deux sociétés : 1° dans le cas d'un ''État catholique ; ''et 2° dans le cas d'un ''État acatholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Relations de l'Église et de l'État dans le cas d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
434. — Envisagées à un point de vue général, les relations de l'Église et de l'État comportent trois solutions possibles. Il peut y avoir, ou bien ''domination d'un pouvoir par l'autre, ''ou bien ''séparation complète, ''ou ''accord mutuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Erreurs.''' — Les deux premiers systèmes s'opposent à la doctrine catholique que nous exposerons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La thèse de la ''DOMINATION D'UN POUVOIR PAR L’AUTRE ''peut être entendue dans un double sens, selon que l'on enseigne la subordination complète de l'Etat à l'Église ou de l'Église à l'État. — a) La ''première opinion, ''qui n'a eu que de rares partisans, parmi les théologiens et les canonistes, ne doit pas retenir notre attention. — ''b) ''La ''seconde opinion, ''qui veut que l'Église soit subordonnée à l'État, a été professée autrefois par les légistes ''césariens, ''et, à l'époque moderne, par les ''libéraux ''de la Révolution. Partant d'un principe opposé, — puisque les partisans du césarisme considéraient les empereurs et les rois comme des maîtres absolus, en qui résidait l'autorité suprême, tandis que les libéraux révolutionnaires regardaient le peuple comme le seul souverain et l'unique source du pouvoir, — les uns comme les autres aboutissaient au même résultat, et confisquaient tous les droits au profit1 d'un pouvoir unique, de la personnalité de l'État, quel qu'en fût le nom : empereur, roi, peuple, monarchie ou démocratie. Dans un tel système, la religion peut être sans doute conservée pour les services que l'État espère en retirer, mais ''il n'y a plus de place pour une Église indépendante et libre. ''Il ne faut plus parler des droits de l'Eglise ; celle-ci ne saurait en avoir d'autres que ceux qui lui sont octroyés par le bon vouloir du prince-État. Au césarisme et au libéralisme absolu se rattachent le ''gallicanisme ''et le ''joséphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn357 [357]], qui, tout en reconnaissant que l'Église est indépendante et souveraine dans les choses purement spirituelles, attribuent à l'Etat une autorité prépondérante dans les questions mixtes : v. g. le droit d'empêcher la publication de bulles, encycliques, mandements, etc., sans son consentement préalable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
435. — B. La thèse de la ''SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT ''est l'erreur du ''libéralisme modéré. ''Partant de ce principe que l'Église et l'État sont deux rées, s'ignorant réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''libéralisme modéré, ''avec des nuances diverses, a été la grande erreur du siècle dernier. Nous le voyons naître, avec Lamennais, quelque peu après la Révolution de 1830. En face d'une société totalement transformée, et désormais acquise à ce qu'on appelle les ''libertés modernes, ''les libéraux catholiques rêvèrent de réconcilier l'Église et la société nouvelle en se plaçant sur le seul terrain de la liberté. N'hésitant pas à faire le sacrifice des droits et immunités de l'Église, ils se contentèrent de réclamer pour elle comme pour tout autre culte, la seule liberté, estimant que la religion doit être propagée par la persuasion, et non par la coaction, et que la vérité n'a pas besoin de protection pour triompher de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''436. — 2° La Doctrine catholique '''— La doctrine catholique comprend deux points : les principes et 1 application des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. '''Les Principes. '''— 1. L'Église et l'État sont tous les deux des pouvoirs ''distincts, indépendants, chacun dans son domaine. ''« Dieu, dit LÉON XIII dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances, la puissance ecclésiastique et la puissance civile : celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine, chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées, et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial ». Il n'est donc pas vrai de prétendre, avec le ''césarisme ''et le ''libéralisme absolu, ''que l'État est le pouvoir souverain d'où découlent tous les droits, ceux de l'Église aussi bien que ceux des autres sociétés. Sans doute, l'Église est dans l'État, mais elle y est, comme société parfaite, et non comme une partie qui doit être subordonnée au tout. Chaque puissance est souveraine dans sa sphère, et cette sphère est tracée par la nature et la fin des deux sociétés. A l'Église donc les ''affaires spirituelles, ''c'est-à-dire tout ce qui se rapporte au salut des âmes : prédication de l'Évangile, administration des sacrements, célébration du culte divin, jugement sur la moralité des actes humains, etc. A l'État, les ''affaires temporelles, ''c'est-à-dire tout ce qui concerne les intérêts matériels de ses sujets et ce qui est requis pour le bien et la protection de la société, comme le pouvoir de déterminer les droits politiques des citoyens, les effets civils des contrats, d'établir des impôts, de lever des armées, de promouvoir les sciences et les arts, de punir les transgresseurs des lois civiles, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux puissances étant souveraines, chacune dans leur sphère, il s'ensuit que l'une est subordonnée à l'autre pour tout ce qui n'est pas de son ressort. Donc l'Église est dépendante et subordonnée à l'État dans les questions temporelles ; elle est indépendante et souveraine dans les questions spirituelles, et c'est du reste la condition de son existence. Car si l'Église était assujettie au pouvoir civil sur le terrain religieux, elle serait fractionnée en autant de parties qu'il y aurait d'États ; elle ne serait plus ni ''une, ''ni ''universelle, ''ni indéfectible : en un mot elle ne serait plus l'Église catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien qu'ils soient deux pouvoirs ''distincts ''et ''indépendants, ''l'Église et l'État ne doivent pas vivre séparés mais ''s'unir dans un mutuel ''accord. Et de cette union, Léon XIII donne les ''raisons ''dans son Encyclique ''Immortale Dei ; ''« Leur autorité, dit-il en parlant des deux pouvoirs, s'exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, quoique à des titres différents, ressortisse à la juridiction de l'une et l'autre puissance. Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, si l'Église et l'État ont des domaines distincts, ils ont aussi des frontière? communes. Et comment en serait-il autrement, alors que les deux sociétés détiennent leurs pouvoirs de Dieu et s'adressent aux. mêmes sujets? I1 est vrai que leurs fins sont différentes, mais celles-ci ne doivent jamais s'opposer entre elles, plus que cela, la fin temporelle, que poursuit l'État, manquerait son but si, en définitive, il n'était pas tenu compte de la fin éternelle et de la destinée future. Il peut donc arriver que les ''mêmes objets ''(v. g. les écoles, le mariage, à la fois contrat civil et religieux), et quoique à des titres différents, ressortissent à la juridiction de l'une et de l'autre puissance», comme dit Léon XIII. Il peut arriver encore que certaines choses, ''temporelles de leur nature, ''rentrent dans l'ordre spirituel par leur ''destination ''et tombent de ce fait sous la juridiction de l'Église. Tel est le cas des lieux et des objets sacrés : églises, mobilier, servant au culte, biens destinés à l'entretien des ministres, etc. Sur ces différents points qui forment ce qu'on appelle les ''questions mixtes, ''on ne saurait contester la juridiction de l'Église. Il est même permis d'aller plus loin et de dire que, à un certain point de vue, l'Église a un ''pouvoir indirect ''sur toutes les choses temporelles, non pas en tant qu'elles sont temporelles, mais parce qu'elles doivent toujours être des moyens d'atteindre la fin surnaturelle. C'est en vertu de ce pouvoir que les Papes du moyen âge se sont parfois élevés contre les princes qui abusaient de leur puissance, qu'ils sont allés jusqu'à les déposer comme indignes de la souveraineté et ont délié leurs peuples du serment de fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de là que, ''en principe, ''s'il surgit des conflits, l'État doit céder, puisque son pouvoir est inférieur à celui de l'Église par sa nature et sa fin. ''En pratique, ''il convient qu'il y ait ''union ''entre les pouvoirs ; il faut que l'Église et l'État, loin de s'ignorer réciproquement, se parlent, fassent des conventions ou ''concordats[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn358 [358]] et que ces derniers soient loyalement observés par tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''437. — B.''' '''Application des principes dans le cas d'un État catholique. — '''''Dans l'hypothèse d'un État catholique, ''c'est-à-dire, là où les principes peuvent recevoir leur application, quels seront donc les ''devoirs réciproques ''de l'Église et de l'État?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on peut dire, d'une manière générale, que la concorde qui doit régner entre eux requiert : — 1) du côté ''négatif : ''que chaque puissance veille à. ne pas violer les droits de l'autre et à ne pas entraver son action ; — 2) du côté ''positif, ''que chacune mette au service de l'autre l'influence dont elle dispose pour le bien des deux sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DEVOIRS DE L'ÉGLISE. — ''L'Église doit prêter à l'État l'appui de son autorité et de ses œuvres. Qui ne voit du reste combien par sa doctrine elle peut travailler au bonheur des peuples puisque, d'une part, elle « fait remonter jusqu'à Dieu même l'origine du pouvoir, qu'elle impose avec une très grande autorité aux princes l'obligation de ne point oublier leurs devoirs, de ne point commander avec injustice ou dureté », et d'autre part, qu'elle « commande aux citoyens à l'égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu, et les unit aux chefs de l'État par les liens, non seulement de l'obéissance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'État »? (Enc. ''Libertas). ''Ainsi, de l'influence de l'Église, l'État retirera un double profit. L'autorité des chefs, considérée, non pas uniquement comme l'expression de la volonté du peuple, mais comme venant de Dieu, revêtira un caractère sacré et se conformera mieux aux règles de la justice. Le peuple, à son tour, acceptera l'obéissance comme une soumission à la volonté de Dieu, qui, loin de l'humilier, ne peut que l'ennoblir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) DEVOIRS DE L'ÉTAT. ''— 1. Le premier devoir de l'État vis-à-vis de la religion en général, c'est de ''rendre lui-même un culte social ''à Dieu. La raison seule démontre à l'évidence la nécessité de ce culte. Dieu n'est-il pas le maître des sociétés comme des individus? Or, dit Léon XIII (Enc. ''Immortale Dei), ''« si la nature et la raison imposent à chacun de nous le devoir d'honorer Dieu d'un culte religieux, parce que nous sommes sous sa puissance, et parce que, sortis de lui, nous devons retourner à lui, la même loi oblige la communauté politique ». Le chef de l'État doit donc rendre hommage à Dieu au nom du peuple qu'il représente, en s'associant aux actes de religion qui s'accomplissent au sein de l'Église catholique. Nous disons « ''de l'Église catholique» ''car, bien que le culte de Dieu s'impose, antérieurement à toute religion révélée, il va de soi que, si Dieu a dit comment il voulait être adoré et servi, il y a obligation, non seulement pour les individus, mais pour le corps social, de se soumettre à ses ordres. 2. Le second devoir de l'État est de ''reconnaître tous les droits de l'Église, ''tels qu'ils découlent de sa constitution divine et que nous les avons décrits dans l'article précédent. L'État doit donc disposer la législation civile de manière à seconder et à développer la religion catholique. Il ne lui appartient pas de connaître lui-même des doctrines. « II laissera, dit Mgr d'Hulst, l'Église juger les novateurs et, s'ils s'obstinent dans leur révolte, les punir selon les lois canoniques, et les exclure de son sein. Mais il pourra prêter à l'autorité religieuse le pouvoir coercitif dont il dispose, pour arrêter une contagion dont les progrès seraient nuisibles à la société civile elle-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn359 [359]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''438. —''' 1'''re Objection. '''— Contre la thèse catholique, nos adversaires objectent les ''empiétements ''de l'Église, et font remarquer que, si l'État admet l'indépendance de l'Église, et lui reconnaît tous les droits qu'elle revendique, elle formera un « ''État dans l'État» ''et deviendra un gouvernement ''théocratique ''intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Pour craindre les empiétements de l'Église, il faudrait d'abord prouver que l'Église est une puissance susceptible d'être dangereuse à la sécurité de l'État. Or les Pontifes romains et la doctrine catholique ont toujours enseigné aux fidèles l'obéissance aux lois portées par l'État, à moins qu'elles ne fussent en opposition avec les droits de Dieu et de la conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément, la coexistence de deux sociétés indépendantes serait une cause de troubles et de désordres, si ces sociétés étaient toutes deux du même ordre, si elles tendaient, soit à une même fin, soit à des fins opposées entre elles. Or il n'en est rien. Nous avons vu que l'Église et l'État ont des fins différentes et que ces fins, l'une d'ordre spirituel, l'autre d'ordre temporel, ne sont nullement en opposition, que, au contraire, elles peuvent et doivent s'harmoniser parfaitement. — II n'est du reste pas juste de dire que l'Église est dans l'État. Car, matériellement, elle le déborde : l'Église catholique est ''dans tous les États, ''et pour cette raison, avons nous déjà dit, elle ne saurait être dépendante d'aucun pouvoir civil, et, à plus forte raison, être réduite à l'état de rouage politique. D'autre part, accuser l'Église de prétendre à un pouvoir théocratique qui voudrait prédominer, même dans les questions temporelles, c'est se mettre en absolue contradiction avec la doctrine de Léon XIII que nous avons exposée plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
439. — '''2e Objection. '''— Mais, dit-on encore, si l'État impose à ses sujets un culte quelconque, s'il prétend remplir, au nom de tous, des devoirs que tous ne reconnaissent pas, et plus encore, s'il met sa puissance au service de l'Eglise contre les hérétiques et contre ceux qui ne veulent pas de religion, ne sort-il pas de son rôle? N'opprime-t-il pas les consciences et n'est-il pas ''intolérante ''Et que deviendront alors nos ''libertés modernes : ''liberté de pensée et de parole, liberté de conscience et de culte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— ''a) ''Observons d'abord que nous nous sommes placés, pour établir la thèse catholique, dans l'hypothèse d'une société unie dans les mêmes croyances. Or il est évident qu'aucune société ne peut subsister si les ''principes ''sur lesquels elle s'appuie, ne sont pas respectés. On l'admet bien quand il s'agit, par exemple, des institutions, comme celles de la famille et de la propriété. Pourquoi le rejetterait-on a propos de la religion, si l'on reconnaît, par ailleurs, qu'elle est une des bases de la société! A ceux qui prêcheraient la polygamie, la polyandrie, l'union libre, à ceux qui voudraient renverser la propriété individuelle, l'État ne manquerait pas d'opposer la contrainte. I1 agirait de même avec les internationalistes, qui refuseraient de concourir, par le service militaire, à l'unité de la patrie. Dira-t-on que l'État fait acte de tyrannie lorsqu'il poursuit les révolutionnaires et les anarchistes qui menacent sa sécurité? Tous les gens sensés avouent qu'il ne fait au contraire que jouer son rôle et remplir sa mission. « Eh bien, dit Mgr d'Hulst, transportez ces principes dans une société dont tous les membres sont chrétiens, où la croyance religieuse rencontre, sinon l'unanimité absolue, qui n'est pas de ce monde, du moins la même unanimité morale que nous constations tout à l'heure à l'égard des idées qui inspirent et soutiennent nos institutions fondamentales, la propriété, la famille, la patrie. Refuserez-vous à un État de cette sorte le droit de prêter l'appui de son pouvoir?... Théoriquement, je ne vois pas ce qui pourrait le lui interdire. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn360 [360]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Lorsqu'on nous objecte les « ''libertés modernes ''», il semble bien qu'on sort de l'hypothèse d'une société presque exclusivement catholique. Voyons cependant ce qu'il faut en penser, du seul point de vue absolu, c'est-à-dire en restant sur le terrain des principes. L'Église condamne-t-elle toutes ces libertés que l'on considère comme le fondement de la société moderne1? Condamne-t-elle, en particulier, la liberté de penser et de parler, la liberté de conscience et de culte ? Avant de répondre à cette question, il est bon de s'entendre sur le sens qu'il faut attacher au mot liberté. D'après la doctrine de l'Église, la liberté c'est le ''pouvoir physique ''d'agir de toile ou de telle façon, mais ce n'est pas le ''droit ''d'agir de ''n'importe quelle façon. ''La raison prescrit à l'homme de croire ce qui est vrai et de faire ce qui est bien. La liberté ne peut donc pas être le droit de choisir entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, le juste et l'injuste. « La volonté, dit Léon XIII, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, dès qu'elle désire un objet qui s'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté. Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui, étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune façon vouloir le mal moral... La faculté de pécher n'est pas une liberté, mais une servitude. » (Enc. ''Libertas).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''libéraux, ''qui mettent en avant les libertés modernes, pour combattre ce qu'ils appellent ''l'intolérance ''de l'Église, entendent-ils par là que l'homme a le droit de penser, de dire, d'écrire, d'enseigner tout ce qu'il veut, le faux comme le vrai, le mal comme le bien, qu'il a une liberté de conscience illimitée, qu'il « ''lui est loisible ''de professer telle religion qui lui plaît ou même de n'en professer aucune », qu'il a le droit de s'affranchir de ses devoirs envers Dieu? Si telle est leur conception de la liberté, il est évident qu'elle est en opposition flagrante avec la doctrine catholique, disons plus, avec la raison. Cette soi-disant liberté, l'Église l'appelle «''pure licence», ''et assurément, elle la condamne. Jamais elle n'admettra que la liberté puisse être le ''droit d'agir contre la raison et la nature, ''le droit d'embrasser l'erreur et de choisir le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En principe, ''par conséquent, l'erreur et le mal n'ont aucun droit : ils n'ont droit ni à la tolérance ni même à l'existence. Saint Augustin a dit, il est vrai, qu'il faut « ''exterminer les erreurs et aimer les hommes». ''Et cela est juste, mais comment frapper les erreurs si l'on ne touche pas aux hommes qui les professent? ''En pratique ''donc, lorsque ces hommes sont de ''bonne foi, ''— et il n'est pas permis sans de graves motifs de supposer le contraire, — il convient de les traiter avec de grands ménagements et beaucoup de charité : ils ont droit à la ''tolérance. ''Mais il ne faut pas que cette tolérance puisse tourner au désavantage des autres membres de la société. Car, dans toute société, la liberté individuelle finit où commence le droit d'autrui. Aussi longtemps que la liberté de pensée et de conscience se confine au for intérieur, Dieu reste le juge de nos opinions. Mais si ello se traduit au dehors (discours ou écrits révolutionnaires), elle tombe alors sous l'appréciation du pouvoir social, et rien n'empêche celui-ci, plus que cela, il est de son devoir, de protéger la vérité contre l'erreur, le bien contre le mal, et de frapper ceux qui propagent les mauvaises doctrines, même s'ils sont de bonne foi. Combien son devoir devient plus impérieux s'il a affaire à des hommes de ''mauvaise foi !''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure: — 1. que la ''liberté de conscience ''ne saurait être, en aucun cas, le ''droit ''de rejeter toute religion, ou même de choisir n'importe quelle religion : elle est au contraire, le droit de professer librement, sans être gêné par personne, la religion que Dieu nous a enseignée : — 2. qu'il n'y a pas dès lors à ''reprocher ''à l'Église d'avoir ''employé jadis la coaction, ''car elle n'en a jamais fait usage que contre les hérétiques, c'est-à-dire contre ceux qui ressortissaient à sa juridiction, contre les chrétiens de mauvaise foi qui ne remplissaient pas leurs obligations. Quant aux autres, jamais l'Église ne leur a contesté la liberté de penser comme ils voulaient. Elle a toujours affirmé qu'on ne doit contraindre personne à faire un acte religieux qui répugne à la conscience, et jamais elle n'a forcé ceux qui, nés et élevés, soit dans une religion païenne, soit dans l'hérésie, ne faisaient pas partie de son corps, à adhérer à sa foi et à son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Relations de l'Église et de l'État dans l'hypothèse d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
440. — Dans le paragraphe précédent, nous avons exposé ce qu'on appelle la ''thèse ''et ''l'application ''de la thèse dans l'hypothèse d'un ''État catholique. ''Immuables en eux-mêmes, les principes restent toujours vrais, et ne dépendent ni de la reconnaissance ni de l'approbation du pouvoir civil. Cependant, tout immuables qu'ils sont, ils ne sont pas ''absolus ''quant à leur application. Dans la revendication de ses droits, l'Église est bien obligée de tenir compte des contingences et d'accepter la situation de fait qui lui est imposée. Mais, en se pliant aux circonstances, elle n'abandonne rien de ses principes. C'est sur ce point que le ''libéralisme ''se met en opposition avec la doctrine catholique. Son erreur consiste précisément à ne pas distinguer entre la thèse et l'hypothèse, à accorder en principe les mêmes droits à l'erreur et à l'hérésie qu'à la vérité et à l'orthodoxie, et à faire rentrer tous les cultes dans le même droit commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux cas, où l'Église ne peut pas appliquer ses principes, sont «eux : 1° d'un État ''hétérodoxe ; ''2° d'un État ''infidèle; ''et 3° d'un État ''neutre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Hypothèse d'un État hétérodoxe. '''— Les États ''hétérodoxes ''sont ceux qui, tout en appartenant à la religion chrétienne, sont séparés de l'Église catholique par le schisme ou l'hérésie. En principe, les États chrétiens doivent reconnaître à l'Église catholique tous les droits que Jésus-Christ a accordés à la société religieuse qu'il a fondée. Les États protestants sont d'autant plus tenus de ne pas restreindre les droits des catholiques qu'ils ont pour principe fondamental la ''théorie du libre examen, ''et ne sauraient, de ce fait, prétendre que leur interprétation de la Sainte Écriture est vraie, à l'exclusion des autres. L'Église catholique ne doit donc pas être frustrée de ses droits essentiels : droit d'enseigner, droit de pratiquer librement son culte, droit de posséder, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''441. — 2°''' '''Hypothèse d'un État infidèle. '''— Nous désignons sous ce titre toutes les religions dont nous avons démontré la fausseté dans la première section de la seconde Partie. ''En principe, ''l'Église catholique, s'appuyant sur la raison et sur toutes les preuves qui font éclater la transcendance du christianisme, peut réclamer tous les droits qui, du seul point de vue naturel, doivent être accordés à la vraie religion. ''En pratique, ''les missionnaires qui évangélisent les contrées païennes, ne revendiquent guère que la liberté de prêcher la foi du Christ, et trop souvent ils l'achètent au prix de leur sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''442. — 3°''' '''Hypothèse d'un État neutre. '''— Ce que nous appelons ici « ''État neutre» ''pourrait s'appeler tout aussi bien ''État libéral. ''Il désigne, de toute façon, l'État qui, acceptant les libertés modernes, ne reconnaît aucun culte officiel. Quelles seront, dans cette hypothèse, les relations de l'Église et de l'État? La réponse ne saurait être générale. — 1. S'agit-il d'un ''État vraiment neutre, ''où les sectes dissidentes sont nombreuses, il est clair que l'union de l'Église et de l'État est pratiquement impossible. Le régime de la séparation devient alors la situation normale. L'Église, quoique ne reniant rien de ses principes, peut donc, en pratique, accepter la séparation comme le seul « ''modus vivendi» ''possible dans telle circonstance donnée. Mais qui dit séparation ne dit pas désunion, encore moins hostilité. Pas davantage la séparation ne doit impliquer ''l'indifférence. ''Un État, même neutre, n'a pas plus le droit de se désintéresser de la religion que de la morale. Qu'un État ne prenne pas parti entre les diverses religions, qu'il accepte tous les cultes, soit ; mais il lui reste toujours le devoir de ''protéger la religion en général, ''contre les athées qui, en détruisant l'idée de Dieu, tentent de saper la base essentielle de toute religion. Quel que soit son amour des libertés modernes, il ne doit pas tolérer des doctrines qui compromettent la sécurité de l'État et l'ordre public. De même qu'il ne peut permettre de tout faire, il ne peut laisser la liberté de tout dire et de tout enseigner. Si l'État neutre ne peut donc accorder bob faveurs à telle religion, à l'exclusion des autres, il peut protéger toutes les religions. De l'application de cette doctrine, les États-Unis nous fournissent un illustre exemple. Dans ce pays, si partagé au point de vue des croyances qu'il eût été tout à fait impolitique de protéger un culte plutôt qu'un autre, où la séparation s'imposait comme une nécessité, nous voyons le pouvoir civil favoriser, de multiples façons, toutes les religions, sauf la secte des ''Mormons ''(v. notre ''Histoire de l'Eglise, ''n° 298), accorder à toutes la plus grande liberté d'action et sauvegarder les intérêts de chacune par l'équité de ses lois et par la justice de ses jugements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. S'agit-il d'un ''État plutôt athée que neutre, ''l'Église se trouve forcément réduite à ne revendiquer que les ''garanties du droit commun. ''L'union des deux pouvoirs devenant impossible, l'Église doit se borner à réclamer pour elle comme pour toute autre religion, liberté pleine et entière dans la profession de sa foi et l'exercice de son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, pourquoi le pape Pie X a-t-il condamné avec tant de véhémence la loi de Séparation par son Ency­clique ''Vehementer ''du 11 février 1906? Les raisons en sont très claires et découlent de ce que nous avons dit dans ce chapitre. — 1) C'est, en premier lieu, que, en se plaçant sur le terrain de la thèse, la séparation n'est pas le ''régime normal, ''et contredit la doctrine de l'Église. — 2) C'est, en second lieu, que la rupture -d'un concordat ne doit se faire que du ''consentement réciproque ''des deux parties contractantes, comme Pie X le déclare : « Le concordat passé entre le Souverain Pontife et le gouvernement français, comme du reste tous les traités du même genre que les États concluent entre eux, était un ''contrat bilatéral ''qui obligeait des deux côtés. Le Pontife romain, d'une part, le chef de la nation française, de l'autre* s'engagèrent solennellement, tant pour eux que pour leurs successeurs, à maintenir inviolablement le pacte qu'ils signaient. Il en résultait que le- concordat avait pour règle, la règle de tous les traités internationaux, c'est-à-dire le droit des gens, et qu'il ne pouvait en aucune manière être annulé par le fait d'une seule des deux parties ayant contracté... Or aujourd'hui l'État abroge de sa seule autorité le pacte solennel qu'il avait signé. Il transgresse ainsi la foi jurée. » Sans doute, le temps et les circonstances ont déjà fait reconnaître la justesse de ces observations, et tout nous porte à croire que, dans un avenir assez proche, la France reprendra avec le Saint-Siège, sinon son alliance traditionnelle, du moins un régime de bonne relation et d'entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''443. —''' '''Remarque. — L'Église et les diverses formes de gouvernement. '''— Il convient de remarquer que les relations de l'Église et de l'État, — thèse et hypothèse, — ont été établies daris l'article qui précède, abstraction faite de la ''forme au gouvernement. ''Or, sur cette dernière question, — la forme de gouvernement, — la ''doctrine de l'Église ''peut s'établir dans les trois points suivants : — 1. Tout d'abord elle pose en principe absolu que « ''tout pouvoir vient de Dieu» (Rom., ''xiii, 1). Dieu étant le seul et souverain Maître des choses, il s'ensuit qu'aucune autorité ne peut se constituer en dehors de lui. — 2. Si l'Église regarde comme un principe absolu que ''l'origine ''du pouvoir doit être reportée à Dieu, elle n'a pas tranché la question de savoir quel doit en être le ''mode de transmission. ''Est-il remis ''directement ''par Dieu entre les mains du Chef de l'État, comme dans la ''monarchie héréditaire, ''avec pouvoir absolu ou limité par une constitution ''1 ''Ou est-il remis directement au peuple et conféré ''indirectement ''par un nombre ''restreint ''d'électeurs ou par le ''suffrage universel, ''soit à un seul homme ''(monarchie élective), ''soit à une élite sociale et intellectuelle ''(régime aristocratique), ''soit à de nombreux représentants choisis dans toutes les classes ''(régime démocratique) ? ''c'est ce que l'Église n'a pas déterminé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn361 [361]]. On voit donc par là ''qu'elle n'impose aucune forme de gouvernement. ''« Des diverses formes de gouvernement, dit LÉON XIII (Enc. ''Libertas), ''pourvu qu'elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l'Église n'en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s'accorde avec elle pour l'exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l'Église. » — 3. Ce que l'Église ne saurait admettre, c'est que le peuple aurait la souveraineté, dans ce sens qu'il faudrait chercher en lui l'origine du pouvoir, qu'il en serait le détenteur immédiat, qu'il aurait, par conséquent, le droit de le garder, de le communiquer et de le reprendre à son gré.. S'il en était ainsi, l'insurrection serait vraiment pour lui, comme dit Jean-Jacques Rousseau, « le plus sacré des droits », et toute révolution deviendrait légitime de par la volonté du peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Encycliques de Grégoire XVI, ''Mirari vos, ''(15août 1832), de Pie IX « ''Quanta cura» ''(8 déc. 1864), de Léon XIII « ''Diuturnum» ''(20 juin 1881), «''Immortale Dei» ''(1 nov. 1885), «''Jampridem» (6 ''janv. 1886), «''Libertas» ''(20 juin 1888), — Mgr d'Hulst, Car 1895, 2e conf. ''Les Droits de F État, ''3e conf. ''Les Devoirs de l’État, ''5e conf. ''L'Église et l'État ; Le Droit chrétien et le Droit moderne, ''1886. — Forget. art. ''Index ''(Dict. d'Alès). — Dublanchy, art. ''Église ''(Dict. Vacant-Mangenot). — Mgr Sauvé, ''Questions religieuses et sociales. ''— Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse). — Moulart, ''L'Église et l’Etat ''(Louvain). — Canet, ''La liberté de conscience ; La liberté de penser et la libre-pensée ''(Bloud). — De Pascal, art. ''Libéralisme ''(Dict. d'Alès). — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — Moulard et Vincent, ''Apologétique chrétienne ''(Bloud). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION III : APOLOGIE DE L'ÉGLISE ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — L'Église et l'Histoire. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
444. — Divine dans son origine et dans sa constitution, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains. Il serait donc surprenant que, à travers les diverses périodes de sa longue existence, elle n'ait jamais connu la moindre défaillance. Le ''gouvernement de l'Église, ''comme tout autre qui se sert d'instruments humains, a pu commettre et a certainement commis des abus. Que ses adversaires ne perdent pas l'occasion de les lui reprocher, fort bien. Là où leurs critiques sont impartiales, nous ne ferons pas de vains efforts pour en contester le bien-fondé. Mais ''les fautes rejaillissent sur les hommes et non sur les institutions. ''Et même quand il s'agit des hommes, encore convient-il de les juger sans passion, en tenant compte du milieu où ils ont vécu, des idées de leur époque, de toutes les circonstances enfin qui peuvent expliquer, et souvent, ''justifier ''leur conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En nous appuyant sur ces principes, nous allons passer en revue les ''principales accusations ''qui sont portées contre l'Église. Et comme une société ne doit pas être jugée d'après les fautes qu'on lui reproche avec plus ou moins de raisons, en face des accusations nous dresserons un rapide inventaire des ''services ''que l'Église a rendus. Ce chapitre comprendra donc deux articles : 1° ''Les principales accusations contre l'Église. ''2° ''Les services rendus par l’ Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les principales accusations contre l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales accusations portées contre l'Église sont les suivantes : 1° Les ''Croisades. ''2° La ''Croisade des Albigeois ''et ''Y Inquisition. ''3° Les ''Guerres de religion ''et la ''Saint-Barthélemy. ''4° Les ''Dragonnades ''et la ''Révocation de l'Édit de Nantes. 5° ''Le ''Procès de Galilée. ''6° l’''ingérence des Papes dans les affaires temporelles. ''7° Le ''Syllabus ''et la condamnation des libertés modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les Croisades. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
445. — ''Remarque préliminaire. ''— Toutes les questions que nous allons étudier comporteraient de longs développements, s'il fallait les traiter dans toute leur étendue. Tel n'est pas ici notre rôle. L'apologiste ne fait pas œuvre d'historien, et il lui suffit de se borner aux seuls points qui sont indispensables à l'intelligence du sujet. Chaque paragraphe comprendra donc trois divisions : 1° un ''exposé succinct des faits ; ''2° L’''accusation ''portée par les adversaires ; 3° la ''réponse, ''où nous aurons à dégager l'Église des griefs qui ne lui incombent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''446. — Exposé des faits'''. — Les ''croisades, ''au nombre de huit, — ainsi dénommées parce que ceux qui y prenaient part, portaient sur leurs habits une petite croix d'étoffe rouge, — furent des expéditions entreprises dans le ''but ''d'arracher les Lieux Saints à la domination des musulmans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis le ive siècle, les Lieux Saints étaient le but de nombreux pèlerinages. Attires là par un motif de piété ou de repentir, les chrétiens jouirent d'une assez large tolérance, aussi longtemps que Jérusalem resta sous le joug des Arabes. Mais lorsque les ''Turcs Seldjoukides ''s'emparèrent de la ville, en 1078, menaçant l'empire byzantin et la chrétienté tout entière, non seulement les relations économiques entre l'Asie et l'Europe furent troublées, mais les pèlerins furent maltraités par les Turcs fanatiques. C'est alors que le pape Urbain II, voulant protéger les chrétiens opprimés, tant ceux qui étaient fixés à Jérusalem que ceux qui ne faisaient qu'y passer, conçut l'idée de la croisade. A sa voix et à celle d'un moine picard, Pierre l'Ermite, les populations se soulevèrent d'indignation, et l'on décida de partir en masse pour la délivrance de la Terre Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''447. — 2° Accusation'''. — Nos adversaires prétendent que les Croisades furent l'œuvre de ''l'ambition des papes ''et qu'elles aboutirent à de ''misérables résultats.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''448. — 3° Réponse'''. — Ainsi les ennemis de l'Église attaquent les Croisades à la fois dans leur ''principe ''et dans leurs ''résultats. ''— A. LE ''PRIN­CIPE. ''On vient de le voir : les Croisades eurent pour but la délivrance des Lieux Saints. Accuser les Papes d'en avoir été les promoteurs, c'est leur reprocher ''d'avoir fait leur devoir. ''Que les Papes aient profité de leur autorité incontestée sur les rois et les princes chrétiens pour les déterminer à se croiser, il n'est que trop naturel, mais, en tout cela, nous ne voyons pas les traces d'une ambition de mauvais aloi qui ne recule pas devant l'injustice d'une cause pour satisfaire la soif de domination d'un homme. Au contraire, l'on peut dire que les Papes furent de tous les souverains de leur temps, les plus clairvoyants, car ils eurent l'intuition du danger qui menaçait l'Europe. Il est vrai que les Croisades ne réussirent pas à l'écarter définitivement, puisque, en 1453, c'est-à-dire 400 ans après, Constantinople tombait aux mains des Turcs, mais n'est-ce pas aussi la meilleure preuve que l'idée des Papes était juste ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— a) On allègue que les croisades furent de ''mauvaises entreprises ''parce qu'elles furent ''malheureuses, ''et qu'elles aboutirent à un échec total. Mais où a-t-on vu que toute œuvre est mauvaise, qui' ne réussit pas? Au surplus, il ne dépendit pas des Papes qu'elles fussent menées à bonne lin, et ce serait vraiment manquer de bonne foi que de les rendre responsables des fautes qui furent commises, des abus qui furent le fait des aventuriers qui se mêlèrent aux soldats chrétiens, des dissensions, des ambitions personnelles, des mesquines rivalités des princes, bref, de tout un ensemble de choses qui firent échouer les Croisades. — b) Mais si le ''but premier ''pour lequel elles furent entreprises, ne fut pas atteint, si Jérusalem, un moment délivrée, retomba plus tard au pouvoir des infidèles, il n'en reste pas moins que les Croisades eurent des ''résultats incontestables, ''bien que ''secondaires ''et en dehors de l'objectif poursuivi par les Papes. — 1. Tout d'abord, du seul point de vue ''général ''et ''moral, ''n'est-ce pas un spectacle plein de grandeur que cette foule d'hommes qui se lève en masse pour courir à la conquête d'un tombeau et défendre sa foi? — 2. Au point de vue ''intérieur, ''les Croisades eurent pour effet de supprimer, au moins momentanément, le fléau des guerres privées, en rapprochant les individus, en fusionnant les races, les Français du Nord et ceux du Midi, et en faisant passer dans tous les cœurs un grand courant de fraternité nationale. — 3. Enfin, au point de vue ''extérieur, ''les Croisades préservèrent l'Europe de la conquête musulmane. D'autre part, elles furent le point de départ des explorations géographiques qui découvrirent l'Extrême-Orient aux Occidentaux et elles rouvrirent la route du commerce entre l'Europe et l'Asie : l'Orient redevint accessible aux marchands de l'Occident ''(v. notre Hist Gén. de l'Église, Vol. V, p. ''265 ''et suiv.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — La Croisade des Albigeois et l'Inquisition. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''449. — 1° Exposé des faits'''. — A. ''LA CROISADE DES ALBIGEOIS ''(1209). — A toutes les époques de son histoire, l'Église eut à combattre l'hérésie. Longtemps elle usa de ''tolérance, ''et n'employa d'autres armes que la persuasion et les sanctions spirituelles. « Qu'on prenne les hérétiques par les arguments et non par les armes 1 » disait saint Bernard, abbé de Clairvaux. Cependant, l'apparition d'une nouvelle hérésie, importée d'Orient, qui se propagea rapidement en Europe, et plus particulièrement, en Allemagne, dans le nord de l'Italie et dans le midi de la France, détermina les papes à changer de tactique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette hérésie, appelés ''cathares ''(du grec « ''katharos ''» pur) parce qu'ils prétendaient se distinguer par leur ascétisme et une très grande pureté de mœurs, sont plus connus, en France, sous le nom ''d'Albigeois, ''vraisemblablement parce que c'est à Albi qu'ils firent leur première apparition, ou qu'ils y furent plus nombreux qu'ailleurs. Gomme autrefois les manichéens, ces hérétiques professaient qu'il y a deux principes créateurs, l'un bon, l'autre mauvais, que l'homme est l'œuvre de ce dernier, que la vie est mauvaise, qu'on a donc le droit de la supprimer par le suicide, et le devoir de ne pas la propager par le mariage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Estimant que les ''Albigeois ''faisaient courir un grave danger à l'Église et à la société civile, la papauté entreprit de les réduire ''par la force. ''Le concile de Latran, en 1139, puis le concile de Reims, en 1148, prononcèrent des sentences contre eux, et défendirent aux seigneurs de les recevoir sur leurs terres, sous peine d'interdit. Or les princes répondirent avec empressement à l'appel de l'Église ; ils mirent même tant d'ardeur dans la répression de l'hérésie qu'ils en vinrent bientôt à accuser la papauté de faiblesse et à réclamer de nouvelles mesures de rigueur. Alors, en 1179, le IIIe ''concile de Latran, ''puis, en 1184, sous l'inspiration du pape Lucius III et de l'empereur Frédéric Barberousse, le ''synode de Vérone ''portèrent des décrets qui enjoignaient aux évêques de rechercher, par eux-mêmes ou par des commissaires, ceux qui sur leur territoire étaient suspects d'hérésie, de les faire juger par l'officialité diocésaine et d'en faire exécuter la sentence par les magistrats civils. Mais ces mesures ne furent que médiocrement efficaces. Les évêques qui étaient souvent en rapports de parenté ou d'amitié avec les familles des hérétiques, montraient peu de zèle à suivre les prescriptions du synode. Ce fut seulement en 1207, et après l'assassinat du légat du Pape, Pierre de Castelnau, par les ordres du comte de Toulouse, Raymond VI, que le pape Innocent III résolut de mettre un terme à leurs violences contre les catholiques. Après avoir excommunié leur protecteur, le comte Raymond, le pape convoqua les princes et les peuples à une nouvelle ''croisade, ''non plus cette fois contre les infidèles, mais contre les hérétiques qui jetaient le trouble dans le pays. Les seigneurs accoururent et se rangèrent sous la bannière de Simon de Montfort, poussés plus, il est vrai, par les appâts du gain que par les intérêts de l'orthodoxie. La guerre, qui dura vingt ans, et dont les événements principaux furent le ''siège de Béziers ''(1209), la ''bataille de Muret ''(1213) et le ''massacre de Marmande ''(1219), fut marquée par un grand nombre d'atrocités. Mais il convient d'ajouter que le pape Innocent III désavoua ceux qui s'en rendirent coupables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
450. — B. ''L'INQUISITION. ''— ''a) Origine. ''— On donne le nom ''d'Inquisition ''aux tribunaux établis dans certains pays pour rechercher et réprimer l'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''croisade des Albigeois ''n'avait pas réussi à étouffer l'hérésie. De la nécessité de la combattre par d'autres moyens naquit ''l'Inquisition. ''Sans doute, les officialités diocésaines existaient déjà. Après le IIIe concile de Latran et le synode de Vérone, le ''concile de Narbonne, ''en 1227, le ''concile de Toulouse, ''en 1229, avaient ordonné aux évêques l'institution dans chaque paroisse, d'une commission inquisitoriale chargée de rechercher les hérétiques ; mais, pour les raisons que nous avons signalées, les officialités et les commissions n'atteignaient pas le but poursuivi. C'est alors que le Pape Grégoire IX institua, à partir de 1231, des tribunaux chargés spécialement, avec le concours du pouvoir civil, de rechercher et de frapper les hérétiques. Sans supprimer les tribunaux diocésains, le pape confia le rôle d inquisiteurs aux ''Ordres mendiants, ''en particulier aux ''Dominicains ''et aux ''Franciscains.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Procédure. ''— Lorsqu'un pays était suspecté d'hérésie, l'inquisiteur s'y rendait, assisté de ses auxiliaires. Après l'enquête préliminaire commençait la procédure. Trois traits lui donnaient une physionomie particulière : tout d'abord le ''secret rigoureux de l'information judiciaire ''qui laissait ignorer à l'accusé les témoins qui l'avaient dénoncé ; puis la ''défense de se faire assister par un avocat, ''enfin l'usage ''de la torture, ''si le prévenu ne' faisait pas spontanément 1 aveu de son hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sentences n'étaient pas toujours rendues sur-le-champ. Il arrivait, comme cela se passa assez fréquemment au Portugal, en Italie, et surtout en Espagne, qu'elles étaient prononcées au milieu du peuple assemblé et en grand apparat : c'est ce qu'on appelait l'autodafé. L'''autodafé ''(mot espagnol qui signifie ''acte de foi),—- ''ainsi dénommé parce que celui qui était chargé de lire les sentences, s'interrompait de temps en temps pour faire réciter par l'assistance des actes de foi,— était donc la lecture solennelle des sentences portées contre ceux que le tribunal de l'Inquisition avait eu à juger. S'ils étaient déclarés innocents, on les remettait en liberté ; s'ils étaient déclarés coupables, ils étaient mis en demeure d'abjurer aussitôt. Quant aux opiniâtres et aux relaps, c'est-à-dire ceux qui refusaient de rétracter leurs erreurs ou qui étaient convaincus de récidive, ils étaient frappés de pénalités diverses : pénitences canoniques, amendes, contributions à des œuvres pies, port sur les vêtements de petites croix, croisade pendant un temps déterminé, pèlerinage en Terre Sainte, confiscation des biens ; ou peines afflictives comme la flagellation, l'emprisonnement temporaire ou perpétuel, et, — la peine la plus grave, — la mort par le bûcher. Toutefois cette dernière peine n'était pas prononcée par le tribunal de 1 Inquisition mais par les juges civils, autrement dit, par le ''bras séculier, ''auquel les juges ecclésiastiques remettaient en certains cas ceux qui étaient convaincus d'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Champ d'action. ''— L'Inquisition fut établie peu à peu dans une grande partie de la chrétienté. Cependant plus d'un pays catholique lui échappa. Elle ne pénétra en Angleterre qu'à propos de l'affaire des Templiers et uniquement pour cette affaire. En France, elle ne fonctionna guère, du moins d'une façon suivie, que dans les régions méridionales, dans ce qu'on appelait le comté de Toulouse, et plus tard le Languedoc, puis dans l'Aragon. L'édit de Romorantin, en 1560, la supprima et reconnut aux évêques seuls le droit d'informer contre l'hérésie, jusqu'au moment où les Parlements, s'emparant de cette partie de la juridiction épiscopale, s'attribuèrent la connaissance exclusive des procès contre les hérétiques, les magiciens et les sorciers. Les inquisiteurs s'établirent en outre dans les Deux-Siciles, en maintes cités de l'Italie et en Allemagne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn362 [362]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout en ''Espagne ''que l'Inquisition a laissé les plus profonds et les plus regrettables souvenirs. Instituée dès le xiiie siècle, suivant les formes canoniques, elle fut modifiée, à la fin du xve siècle, par Ferdinand V et Isabelle. Sous leur impulsion, l'Inquisition devint pour ainsi dire une institution d'État où la politique eut plus de part que la religion. Comme le ''grand inquisiteur ''et les ''fiscaux, ''c'est-à-dire les procureurs chargés d'instruire le procès, dépendaient de la couronne, le tribunal de l'Inquisition fut entre les mains des rois un merveilleux instrument de terreur, destiné, non seulement à chasser les Juifs et les Maures de la Péninsule, mais encore à produire des sources de revenus les moins avouables. Le premier grand inquisiteur, le dominicain Thomas de Torquemada, et même la plupart des inquisiteurs, se sont signalés par une sévérité excessive et ont fait de nombreuses victimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''451. — 2° Accusation.''' — Qu'il s'agisse de la ''croisade des Albigeois ''elle-même ou de ''l’Inquisition, ''nos adversaires attaquent l'Église sur le double terrain du ''principe ''et des ''faits.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''452. — 3° Réponse'''. — A. ''LE PRINCIPE. ''— Le principe sur lequel l'Église s'est appuyée pour établir l'Inquisition, n'est rien autre que la question du pouvoir coercitif. L'Église a-t-elle, oui ou non, le pouvoir, et par conséquent, le droit, d'infliger des peines, même corporelles, à ceux de ses enfants qui, loin de lui obéir, la battent en brèche et mettent son existence en péril? Toute la question est là. Or nous avons vu précédemment (Nos 431 et 439) que le ''droit de l'Église ''est incontestable, qu'il découle naturellement du pouvoir que Jésus-Christ lui a confié d'enseigner sa doctrine et de veiller à sa conservation intégrale, et que ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, sinon exercé. Il n'est donc plus nécessaire de nous attarder sur ce point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Autre chose le ''principe, ''autre chose ''l'application ''du principe. Lorsque nous avons établi la légitimité du principe, rien ne nous force à estimer que ''l’Inquisition ''fut, de la part de l'Église, une institution heureuse, tant elle paraît contraire à son tempérament et à son mode ordinaire de gouvernement. L'Église a, du reste, longtemps hésité à entrer dans cette voie, et il semble bien que, pour en arriver à ces moyens extrêmes, il a fallu qu'elle se crût en état de légitime défense. Que, placée dans l'alternative, ou de périr, ou de défendre son existence par des procédés violents, elle ait été amenée à prendre ce dernier parti, et qu'alors certains inquisiteurs chargés d'appliquer sa législation se soient rendus coupables d'abus, d'irrégularités et d'excès, c'est ce dont tout apologiste de bonne foi est bien obligé de convenir avec ses adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il ne faut rien exagérer, et, qu'il s'agisse des abus ou de l'institution elle-même, il convient de les apprécier avec un esprit impartial. — ''a) Les abus. ''Assurément, l'Inquisition a été une institution humaine où les intérêts supérieurs de l'Église ont été parfois sacrifiés aux passions, aux haines et aux intérêts des juges. L'on a fait remarquer[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn363 [363]] que la peine de la confiscation, en excitant les convoitises, a pu déterminer des jugements iniques, que des haines personnelles ont pu dicter des dénonciations, peut-être même des condamnations. A cela nous pouvons répondre qu'il en est ainsi devant toutes les juridictions du monde. Les inquisiteurs ont dû exercer leurs fonctions dans des circonstances difficiles, sous la pression des événements et de l'opinion des foules soulevées contre l'hérésie et attendant avec impatience un verdict impitoyable condamnant les coupables. En outre, certains juges avaient passé une partie de leur vie à discuter avec l'hérésie et à la combattre ; d'autres, tels que Robert le Bougre, inquisiteur de France, et Reynier Sacchoni, inquisiteur de Lombardie, avaient été eux-mêmes hérétiques ; une fois convertis, ils avaient poursuivi leurs anciens coreligionnaires avec un zèle de néophytes. Ces considérations expliquent déjà, sinon excusent, beaucoup d'abus. Mais il est bon d'ajouter que beaucoup d'autres juges, remplis de zèle pour la gloire de Dieu et en même temps de pitié pour lés faiblesses humaines, tout en détestant l'hérésie, étaient pleins de mansuétude pour les personnes. Ils ne prononçaient une sentence de condamnation que lorsque la culpabilité n'offrait aucun doute, tant ils craignaient de condamner un innocent. Ils n'avaient pas de plus grande joie que celle de ramener le coupable à l'orthodoxie et de l'arracher au bras séculier ; aussi usaient-ils de préférence de pénitences canoniques et de pénalités temporaires pour ramener le coupable dans la voie du bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'institution. ''— En dehors des abus qui ont pu être commis et qui sont imputables aux inquisiteurs, et non à l'Église qui les a désavoués, ''l’institution ''elle-même a été l'objet des plus acerbes critiques. Les ''particularités de ''sa ''procédure ''dont nous avons relevé plus haut les trois traits caractéristiques, les ''pénalités ''qu'elle infligeait et, par-dessus tout, la ''mort par le bûcher, ''ont soulevé les plus violentes diatribes contre l'Église. — Il ne rentre pas dans notre dessein de défendre ce qui ne nous paraît pas défendable. « Rien ne nous oblige, dirons-nous avec Mgr d'Hulst, à tout justifier dans l'histoire de cette institution : par exemple, la procédure secrète, l'instruction poursuivie en dehors du prévenu, l'absence de débats contradictoires : ce sont des formes juridiques arriérées qui répondent mal à un sentiment d'équité aujourd'hui universel et qui est lui-même un fruit lentement mûri sur la tige de la civilisation chrétienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn364 [364]]. « Toutefois, si rien ne nous oblige à tout justifier, rien ne nous empêche non plus d'expliquer ce qui est explicable. — l. On reproche d'abord à l'Inquisition ''de ne pas avoir livré les noms des dénonciateurs ''et des témoins à charge, et de ne pas les avoir confrontés avec l'accusé. Or « cette coutume, dit M. de Cauzons, n'avait pas été imaginée pour entraver la défense des prévenus ; elle était née des circonstances spéciales où l'Inquisition s'était fondée. Les témoins, les dénonciateurs des hérétiques avaient eu à souffrir de leurs dépositions devant les juges ; beaucoup avaient disparu, poignardés ou jetés dans les ravins des montagnes par les parents, les amis, les coreligionnaires des accusés. Ce fut ce danger de représailles sanglantes qui fit imposer la loi dont nous nous occupons. Sans elle, ni dénonciateurs ni témoins n'eussent voulu risquer leur vie et déposer à ce prix devant le tribunal. » La règle de taire les noms des témoins n'était du reste pas absolue, et l'inquisiteur les communiquait quand le danger n'existait pas ou avait disparu ; il les communiquait toujours aux notaires, aux assesseurs, à tous les auxiliaires qui avaient le droit et le devoir de contrôler ses actes. Ajoutons que des peines très graves frappaient les faux témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. On a reproché en second lieu à la procédure inquisitoriale ''l'interdiction aux accusés de se faire assister par un avocat. ''C'était là sans nul doute une atteinte grave au droit sacré de la défense. On le comprit du reste peu à peu, et, sinon en droit, du moins en fait, les avocats purent, par la suite, paraître à côté des accusés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Mais que penser de la ''torture ''à laquelle la procédure inquisitoriale faisait appel pour arracher des aveux aux accusés? que penser surtout de la ''peine de mort par le bûcher? ''La réponse est simple. L'Inquisition fui une institution de son temps. Elle se conforma donc aux idées et aux usages de son temps. La torture et la mort par le bûcher, qui révoltent tant notre sensibilité, ce n'est pas l'Église qui les a inventées, elle les a trouvées en usage dans les tribunaux de l'époque. Si l'on juge, et non sans raison, que ces pénalités étaient excessives, il convient de ne pas perdre de vue que le code pénal du moyen âge était en général autrement rigoureux que le nôtre. « Nous n'avons qu'à considérer les atrocités de la législation criminelle au moyen âge, pour voir combien les hommes d'alors manquaient du sentiment de la pitié. Rouer, jeter dans un chaudron d'eau bouillante, brûler vif, enterrer vif, écorcher vif, écarteler, tels étaient les procédés ordinaires par lesquels le criminaliste de ce temps-là s'efforçait d'empêcher le retour des crimes, en effrayant par d'épouvantables exemples, des populations assez dures à émouvoir. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn365 [365]] A la décharge de l'Inquisition, il faut dire qu'elle n'employa la torture que dans des cas tout à fait exceptionnels, et que la peine du bûcher fut, elle aussi, relativement rare. Et si par ailleurs l'on compare le nombre des victimes faites par l'Allemagne luthérienne, et en Angleterre, par la seule reine Elisabeth, il apparaît que l'Inquisition catholique a été bien moins cruelle que l'intolérance protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, les tribunaux de l'Inquisition étaient comme une ''menace perpétuelle qui supprimait toute liberté de penser. ''Cette accusation n'est pas justifiée. Lorsqu'elle fut organisée dans la première moitié du xiiie siècle, l'Inquisition était uniquement dirigée contre l'hérésie albigeoise. Elle s'étendit plus tard, il est vrai, à d'autres hérésies comme celle des Vaudois, mais elle ne visait jamais que les hérétiques. « Dès lors les païens et les musulmans échappaient à sa juridiction ; et si, plus tard, en Espagne, par exemple, elle prononça contre eux des sentences, ce fut par une contradiction avec ses principes, que lui imposa la politique des princes, plutôt que le souci de l'orthodoxie. Les Juifs ont bénéficié d'une plus large tolérance encore. M. Salomon Reinach l'a parfaitement démontré dans une conférence faite à la Société des Études juives, le 1er mars 1900, et publiée dans la ''Revue des Études juives ''de cette même année... Il est cependant deux cas où l'Inquisition a eu à s'occuper du judaïsme. En 1239. Grégoire IX lui ordonna de saisir partout les exemplaires du Talmud et de les brûler... «Tandis qu'on brûlait les chrétiens hérétiques, on se mit à brûler avec non moins de zèle les livres juifs. En 248, il y eut deux exécutions de ce genre à Paris... En 1267, Clément IV prescrit à l'archevêque de Tarragone de se faire livrer tous les Talmuds... En 1319, à Toulouse, Bernard Gui en réunit deux charretées, les fait traîner à travers les rues de la ville et brûler solennellement. Ainsi, au témoignage de Salomon Keinach, ce sont les livres, et non les fidèles du judaïsme, qui ont eu à subir les rigueurs de l'inquisition ». Il est un second cas où l'Inquisition eut à s'occuper des Juifs. Elle voulut préserver de leur lente infiltration la pureté du christianisme et, pour cela, elle poursuivit les faux convertie qui n'adoptaient la forme extérieure du christianisme que pour mieux dissimuler leur origine et leur qualité. « L'Église, dit fort bien M. Reinach, ne défendait pas aux Juifs d'être juifs ; mais elle interdisait aux chrétiens de judaïser et aux Juifs de les pousser dans cette voie. » Ce fut l'Inquisition d'Espagne qui. au xve et au xvie siècle, organisa les persécutions antisémites : mais ce fut pour des raisons politiques, sous la pression des souverains, plutôt que pour des raisons religieuses et sous l'impulsion du catholicisme.. En un mot, l'Inquisition religieuse du moyen âge a respecté les Juifs quand eux-mêmes respectaient les chrétiens ; l'Inquisition politique de la Renaissance les a poursuivis et durement condamnés. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn366 [366]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. que l'Église a longtemps répugné aux peines temporelles ; — 2. qu'elle a été amenée à des mesures de rigueur extrême par la force des choses et par la nécessité de protéger son existence ; — 3. que les abus qui se sont commis, et dont nos adversaires ont souvent exagéré le nombre, sont imputables aux inquisiteurs et non à la papauté qui a toujours protesté contre une sévérité excessive, et flétri les cruautés qui lui ont été signalées ; — 4. que l'Inquisition, en sauvegardant l'unité religieuse par la répression de l'hérésie, empêcha bien des guerres civiles et de prodigieuses effusions de sang. La preuve en est bien qu'en Espagne où le protestantisme fut ainsi étouffé, les victimes de l'Inquisition furent beaucoup moins nombreuses que celles des guerres de religion, en France et en Allemagne ; — 5. enfin, que l'Inquisition n'a jamais été, entre les mains de l'Église, qu'une arme de cil-constance, à laquelle depuis longtemps elle ne songe plus à recourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les Guerres de religion et la Saint-Barthélemy. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''453. — 1° Exposé des laits. '''— Les ''Guerres de religion ''sont les luttes civiles entre catholiques et protestants, qui, durant les règnes de François II, Charles IX et Henri III, ensanglantèrent la France. Au nombre de huit, elles débutèrent en 1562, à la suite du massacre de Vassy et se terminèrent par la promulgation de ''l'Édit de Nantes ''(1598) qui garantissait aux protestants le libre exercice de leur culte dans les villes où il avait été organisé par les précédents édits, le droit de bâtir des temples, l'accès à toutes les charges publiques, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de ''Saint-Barthélemy ''au massacre de l'amiral de Coligny et de nombreux gentilshommes protestants venus à Paris pour assister au mariage mixte de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, le futur Henri IV : massacre qui fut ordonné par le roi Charles IX et exécuté dans la nuit du 24 août 1572 (jour de la fête de saint Barthélemy).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''454. — 2°''' '''Accusation. '''— A. A propos des ''guerres de religion, ''nos adversaires en rejettent toute la responsabilité sur l'Église catholique. — B. A propos de la ''Saint-Barthélemy, ''ils l'accusent : — 1. d'avoir ''préparé ''le massacre : et — 2. de l'avoir ''approuvé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''455. —3°''' '''Réponse.—'''A. ''GUERRES DE RELIGION.—a) ''II est injuste de rendre l'Église catholique responsable des guerres de religion. Celles-ci furent en effet déterminées par des ''causes politiques ''plutôt que ''religieuses. ''La religion catholique étant considérée à cette époque comme un des fondements essentiels de la société, l'État, en déclarant la guerre aux huguenots, a eu pour but de protéger l'ordre social et l'unité de la nation. Les premiers et les vrais responsables sont donc les protestants eux-mêmes qui se révoltaient contre l'ordre de choses établi. L'on nous objecte, il est vrai, que le ''massacre de Vassy, ''qui leur servit de point de départ, fut l'œuvre des Guises, les chefs du parti catholique. La chose est exacte, mais il ne faut pas oublier que, déjà auparavant, et dès 1560, les protestants avaient pillé l'église de Saint Médard à Paris, jeté la terreur en Normandie, dans le Dauphiné et la Provence, que dans différentes villes, Montauban, Castres, Béziers, ils avaient interdit le culte catholique et forcé le peuple à assister au prêche : il ne faut pas oublier non plus que, pour servir leurs desseins, les protestants pactisèrent avec l'étranger, que l'amiral de Coligny et Condé firent appel à Elisabeth d'Angleterre, lui promettant, en échange de son or et de ses troupes, la cession du Havre, de Dieppe et de Rouen. — b) Quant aux ''atrocités, ''il n'y a pas lieu davantage de les invoquer contre l'Église catholique, car il y eut, des deux côtés, des actes regrettables. Et, tout compte fait, il semble bien que l'intolérance protestante n'est pas allée moins loin que l'intolérance catholique. Les protestants n'ont-ils pas profané les églises, détruisant les saintes images, déchirant les riches enluminures des manuscrits et des missels, renversant les croix, brisant les châsses et autres objets sacrés de grande valeur artistique? N'ont-ils pas, en un mot, commis des actes de vandalisme inexcusables et accompli des destructions irréparables?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
456. — B. ''La Saint-Barthélemy. ''— Parmi ces violences, la plus odieuse certainement, — et celle-là au compte du parti catholique, — fut le massacre de la Saint-Barthélemy. Mais est-il vrai que l'Église y ait joué le premier rôle, soit en ''préparant, ''soit en ''approuvant ''le massacre?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Préparation du massacre. ''— Pour démontrer ce premier point, nos adversaires s'appuient sur des lettres du pape S. Pie V à Charles IX et à Catherine de Médicis, dans lesquelles il les exhorte à exterminer les protestants français[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn367 [367]]. Il est indiscutable que dans ces lettres le pape prêche la guerre sainte, et demande qu'on poursuive avec une fermeté impitoyable les hérétiques insurgés ; mais dans sa pensée il s'agissait d'une guerre légitime, faite selon le droit des gens ; ce n'était nullement une exhortation à un massacre tel que la Saint-Barthélemy. La chose devient plus évidente encore, si l'on suppose, comme certains historiens le font, que le mariage du jeune prince calviniste, Henri de Navarre, avec Marguerite de Valois, catholique, servit de prétexte pour attirer les seigneurs huguenots dans un guet-apens et les faire assassiner tous à la fois, car le pape S. Pie V a toujours refusé son consentement à ce mariage : ce qu'il n'aurait pas fait s'il avait été complice de la soi-disant machination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il n'y a pas eu même ''préméditation, de la part de la Cour de France. ''Il ressort en effet de nombreux témoignages contemporains que, au printemps de 1572, l'amiral de Coligny voulait entraîner le roi Charles IX dans une guerre contre l'Espagne, et que Catherine de Médicis voulait, au contraire, maintenir la paix avec Philippe II. Comme l'avis de Coligny semble prévaloir auprès du jeune roi, la Reine-Mère conçoit le projet machiavélique de supprimer l'adversaire qui la gêne : le meurtre lui apparaît légitime, parce que commandé par la « raison d'État ». Elle se met alors à combiner avec les Guises, ennemis personnels de Coligny, des projets d'assassinat. Le 18 août, mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. Les gentilshommes protestants y sont venus de partout. Le 22 août, c'est-à-dire quatre jours après la cérémonie, tentative de massacre du ''seul ''amiral de Coligny : ce qui prouve bien qu'il n'est pas encore question de massacrer ''tous ''les protestants. Grand émoi alors parmi les seigneurs protestants qui projettent de venger Coligny, bien que celui-ci n'ait été blessé que légèrement. Devant une situation aussi critique, et dans la crainte d'être découverte, Catherine de Médicis prend un parti désespéré, et, profitant de l'attitude des protestants qui profèrent des menaces de mort contre les catholiques, et en particulier contre les Guises, elle représente au roi que les huguenots conspirent contre la sûreté de l'État et que c'est une mesure de salut public de les exécuter en masse. Elle arrache ainsi au roi affolé l'ordre de massacre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure : — 1. que le massacre de la Saint Barthélemy a été un ''crime politique ''commis à l'instigation de Catherine de Médicis ; et — 2. que, le massacre n'ayant pas été prémédité, l'on ne saurait, par conséquent, accuser l'Église de l'avoir ''préparé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Approbation du massacre. — ''Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le ''clergé de Paris ''célébra, le 28 août, une messe solennelle et fit une procession en action de grâces. A Rome, le pape Grégoire XIII, qui avait succédé à S. Pie V, le 13 mai 1572, éprouva une grande joie à la nouvelle de la Saint-Barthélemy. Il l'annonça lui-même au consistoire, fit chanter un ''Te Deum ''à l'église Sainte-Marie-Majeure, fit frapper une médaille en souvenir de ce grand événement et ordonna la composition de la fresque fameuse de Vasari, où sont représentées les principales scènes de la sanglante journée. Tels sont les ''faits ''qui ont donné à croire que l'Église catholique, dans la personne de ses chefs, ''a approuvé le massacre. ''Mais il s'agit de savoir quelle idée on se faisait, à Paris et à Rome, de l'événement en question. Massacre et lâche assassinat, ou légitime défense? Dans le premier cas, la complicité de l'Église serait certainement engagée. Dans le second, l'attitude de ses représentants devient toute naturelle. Or c'est justement la seconde hypothèse qu'il faut envisager. — 1. Pour ce qui concerne d'abord le ''clergé de Paris, ''il est clair que ses renseignements étaient inexacts. Comme tout le monde, il croyait qu'il y avait eu, de la part des huguenots, projet d'attentat contre la sûreté de l'État : il en voyait la preuve évidente dans ce fait que, le 26, Charles IX avait, devant le Parlement, revendiqué la responsabilité du drame, tout en expliquant qu'il lui avait été imposé par la connaissance d'un complot contre le gouvernement et la famille royale. Comment s'étonner alors que le clergé parisien ait célébré, d'accord avec le peuple, une cérémonie d'actions de grâces, demandée officiellement par la Cour pour remercier le ciel d'avoir préservé le Roi et châtié les coupables? — 2. Quant à Grégoire XIII, il reçut la nouvelle de la Saint-Barthélemy, par un ambassadeur de Charles IX, le sieur de Beauvillier. Les faits lui furent donc présentés d'après la version officielle de la Cour de France. Avec le message du roi Charles IX, le même Beauvillier apportait une lettre de Louis de Bourbon, neveu du cardinal. Écrite le surlendemain du massacre, cette lettre expliquait que, dans le but de faire monter un prince protestant sur le trône, l'amiral de Coligny préparait le meurtre du roi et de la famille royale. Aussi inexactement renseigné, il est donc tout naturel que Grégoire XIII ait manifesté ses sentiments de joie avec tant de spontanéité, et qu'il en ait fait la démonstration publique. De nos jours encore, les chefs d'État n'échangent-ils pas entre eux des congratulations, lorsque l'un d'eux a échappé à un attentat?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que l'Église n'a ni ''préparé ''le massacre de la Saint-Barthélemy, ni ne l'a ''glorifié ''en tant que massacre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Les Dragonnades et la Révocation de l'Édit de Nantes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''457. — 1° Exposé des faits'''. — ''L'Edit de Nantes ''avait été un acte du pouvoir royal, une concession, non un contrat entre deux parties. En laissant à chacun la liberté d'être protestant ou catholique, autrement dit, en accordant la liberté de conscience et la liberté de culte, Henri IV posa le premier le ''principe de tolérance, ''et cela, à un moment où tous les souverains d'Europe, protestants et catholiques, n'admettaient pas que leurs sujets eussent une autre religion que la leur.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn368 [368]] Malheureusement les protestants abusèrent des concessions qui leur avaient été faites. Profitant des garanties dont ils jouissaient dans de nombreuses places de sûreté, ils commirent la double faute de vouloir s'isoler du reste de la nation, pour former un État dans l'État, et surtout d'entretenir des relations suspectes avec l'étranger. Plusieurs fois, ils s'étaient alliés, soit avec les Espagnols, soit avec les Anglais. En 1627, la Rochelle où ils étaient les maîtres, s'était révoltée ; le Languedoc, travaillé par le duc de Rohan, avait suivi son exemple. Les Réformés furent donc tenus pour des sujets dangereux, et Richelieu, voulant en finir avec eux, dirigea lui-même le ''siège de la Rochelle ''qui se rendit, après une année presque, d'une résistance acharnée (1628). Par ''l’édit de Grâce ou d’Alais ''(1629) Richelieu enleva aux protestants toutes leurs villes de sûreté et leurs privilèges politiques, mais leur laissa la liberté du culte. Malgré cette dernière concession, c'était déjà un acheminement vers la révocation de l'Édit de Nantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis XIV voulut aller plus loin que Richelieu. Imitant les autres États protestants, il voulut qu'il n'y eut dans son royaume qu'une seule foi et un seul culte, et forma le projet d'amener tous les réformés à la religion catholique. Tout d'abord il entreprit de les convertir par des prédications et des missions. Bossu et écrivit une réfutation du ''Catéchisme général de la Réformation ''publié par Paul Ferri à Sedan (1654), et entrant dans la pensée du roi, il travailla à la réconciliation des deux confessions, catholique et protestante, par la discussion et la persuasion, « chrétiennement et de bonne foi », sans violenter la conscience ni des uns ni des autres. Mais aux efforts des controversistes et des missionnaires les Réformés répondirent par de mauvaises dispositions et parfois par des violences. De plus, ils continuèrent leurs relations avec les ennemis de la France, entre autres, avec les Pays-Bas pendant la longue guerre qui commença en 1672. Mécontent alors de leur attitude, le roi Louis XIV adopta à l'égard des protestants des mesures analogues à celles qui étaient en vigueur contre les catholiques dans les États protestants tels que l'Angleterre et la Hollande. Des intendants furent envoyés partout pour seconder l'œuvre des missionnaires et mettre la force au service de la persuasion. Les intendants outrepassèrent les ordres reçus ; -sur le conseil du ministre de la guerre, Louvois, le roi envoya des ''dragons ''qui devaient loger chez les protestants qui refusaient de se convertir. Les violences et les excès de toutes sortes que commirent ces « missionnaires bottés» sont restés tristement célèbres sous le nom de ''dragonnades. ''Mais il faut dire, à la décharge de Louis XIV, qu'il ignorait les cruautés dont ses soldats se rendaient coupables. On lui faisait seulement connaître le nombre des conversions qui s'opéraient, et ce nombre était tel que bientôt le roi crut qu'il ne restait plus guère de protestants en France, que l'unité religieuse était faite. Alors il ''révoqua l’Édit de Nantes ''(16 octobre 1685). Les Réformés se virent donc obligés de choisir entre la conversion hypocrite ou l'exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''458. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires rendent l'Église responsable de la ''révocation ''de l'Édit de Nantes et des ''fâcheux résultats ''qui s'ensuivirent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''459. — 3° Réponse. '''A. ''LA RÉVOCATION.— ''La révocation de l'Édit de Nantes peut être considérée à un double point de vue : politique et religieux. — a) Au point de vue '''politique ''ou ''juridique, ''il est bien certain que le roi Louis XIV avait le ''droit ''de révoquer l'édit porté par Henri IV. Les protestants eux-mêmes en conviennent. « Ces actes de tolérance, dit Grotius, ne sont pas des traités, mais des édits royaux rendus pour le bien général, et révocables quand le même bien général y engagera le Roi». — ''b) ''Au point de vue ''religieux, ''l'intolérance du Roi et du parti catholique fut certainement une erreur fâcheuse. Nous avons dit : ''l’intolérance du Roi ''et du ''parti catholique, ''car, si Louis XIV fut le grand responsable, il faut bien avouer que son acte était réclamé par l'opinion catholique et qu'il fut accueilli avec des marques non dissimulées de satisfaction. Toutefois, le pape Innocent XI ne lui donna pas sa complète approbation. Quant aux violences commises, aux ''dragonnades, ''il est clair qu'elles ne sont pas imputables à l'Église, et l'on ne peut même pas dire, comme nous l'avons vu plus haut, que Louis XIV doive en porter la responsabilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— Nous n'hésitons pas à reconnaître que la révocation de l'Édit de Nantes eut des ''conséquences religieuses et politiques tout à fait déplorables. ''Les protestants qui se convertirent pour pouvoir rester en France, furent de mauvais catholiques. Ceux qui préférèrent l'exil, portèrent à l'étranger les ressources de leurs talents et de leur activité laborieuse ; il y en eut même qui entrèrent dans les armées ennemies et n'eurent pas honte de combattre leur pays. Mais, autant nous pouvons les admirer d'avoir accepté courageusement les douleurs de l'exil plutôt que de trahir leur foi, autant nous devons les blâmer d'avoir haï leur patrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II n'y a pas à le dissimuler, la révocation de l'Édit de Nantes fut une ''faute ''et un ''malheur. ''Cet acte fut surtout un ''acte politique, ''mais le parti catholique se fût grandi, si, au lieu d'imiter l'intransigeance dès pays protestants, il eût réclamé pour ses frères dissidents le bénéfice d'une large tolérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 5. — Le Procès de Galilée. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''460. — 1'''° '''Exposé des faits. '''— Dès 1530, le chanoine Copernic formulait déjà l'hypothèse que la terre et toutes les planètes tournent autour du soleil, et non le soleil autour de la terre, comme l'enseignait le ''système de ''Ptolémée, généralement admis jusque-là. Au début du xvir3 siècle, Gaulée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn369 [369]], ayant présenté le ''système de Copernic ''comme une hypothèse certaine, fut, de ce fait, cité deux fois devant la Saint-Office. Ce sont ces ''deux procès ''qui forment le point central de ce qu'on appelle 1' « ''affaire Galilée ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PROCÈS DE ''1616. — En défendant la théorie de Copernic comme une hypothèse certaine, Galilée s'était fait de nombreux adversaires, entre autres, tous les savants qui ne juraient que par Aristote. Vers la fin de 1641, François Sizi accuse Galilée de contredire, par son système, les passages de la Bible tels que Josué, x, 12 ; Eccles., i, 5 ; Ps., xviii, 6 ; ciii, 5 ; Eccl., xliii, 2, qui paraissent en faveur du système géocentrique. Galilée pouvait alors se retrancher sur le terrain scientifique et fuir la difficulté en laissant aux théologiens et aux exégètes le soin de la résoudre. Il commit la faute de suivre son adversaire sur le terrain de l'exégèse. Le 19 février 1616, la question fut donc portée devant la Congrégation du Saint-Office. Onze théologiens consulteurs eurent à examiner les deux propositions suivantes : — 1. Le soleil est le centre du monde et il est immobile ; 2. La terre n'est pas le centre du monde et elle a un mouvement de rotation et de translation. La première proposition fut qualifiée « fausse et absurde philosophiquement, et formellement hérétique parce qu'elle contredit expressément plusieurs textes de la Sainte Écriture suivant leur sens propre et suivant l'interprétation commune des Pères et des Docteurs». La seconde proposition fut censurée « fausse et absurde philosophiquement, et au moins, erronée dans la foi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 25 février, le pape Paul V donnait au cardinal Bellarmin l'ordre de faire venir Galilée et de l'avertir qu'il eût à abandonner ses idées. Galilée vint et se soumit. Le 5 mars, sur l'ordre de Paul V, paraissait un décret de la Congrégation de l'Index condamnant les ouvrages de Copernic et tous les livres qui enseignaient la doctrine de l'immobilité du soleil. Mais dans cette condamnation il n'était pas fait mention des écrits de Galilée. Celui-ci fut même reçu en audience, le 9 mars, par le pape qui lui déclara qu'il connaissait la droiture de ses intentions et qu'il n'avait rien à craindre de ses calomniateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PROCÈS DE ''1633. — Après son procès de 1616, Galilée était allé reprendre à Florence le cours de ses travaux. En 1632, il publia son ''Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde. ''Cet ouvrage portait l'imprimatur de l'inquisiteur de Florence et celui de Mgr Riccardi, Maître du Sacré-Palais, chargé par office de surveiller la publication de tous les livres qui paraissaient à Rome. Or ce dernier avait bien accordé l'imprimatur, mais sous la condition, que l'ouvrage contiendrait une préface et une conclusion indiquant que le système n'était présenté qu'à titre d'hypothèse. La préface et la conclusion&amp;quot;^ y trouvaient en effet, mais, de la manière dont elles étaient rédigées, elles parurent une moquerie. Les théologiens du Saint-Office furent d'avis que Galilée transgressait les ordres donnés en 1616. En conséquence, il fut cité à nouveau devant le Saint-Office. Après avoir différé plusieurs fois son voyage sous prétexte de maladie, il se mit enfin en route et arriva à Rome le 16 février 1633, où il jouit d'un régime de faveurs, puisque, au lieu d'être interné dans une cellule du Saint-Office, il put descendre chez un de ses amis Niccolini ,l'ambassadeur de Toscane.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le procès commença le 12 avril, et la sentence fut rendue le 22 juin. Galilée, debout et tête nue, écouta la lecture de sa condamnation : abjuration, prison et récitation, une fois par semaine, pendant trois ans, des sept Psaumes de la Pénitence. Puis, à genoux, la main sur l'Évangile, il signa un acte d'abjuration dans lequel il se déclarait « justement soupçonné d'hérésie», détestait ses erreurs, promettait de ne plus les soutenir et de réciter les pénitences imposées. C'est à ce moment que, d'après une légende tout à fait invraisemblable, vu les circonstances, Galilée se serait écrié en frappant la terre du pied : « ''E pur si muove» ''«Et pourtant elle se meut!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''461. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires portent, à propos du procès de Galilée, une triple accusation contre l'Eglise. — ''a) ''Ils prétendent d'abord que, dans cette affaire, L'''infaillibilité du pape a été mise en défaut: ''— ''b) ''Puis ils accusent l'Église d'avoir ''frappé un innocent, ''et — c) d'avoir ''entravé les progrès de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''462. — 3° Réponse'''- — A. Il est faux de prétendre que l'infaillibilité du pape et par conséquent celle de l'Église ,ait été mise en défaut dans l'affaire Galilée. Sans nul doute, lorsque les juges de Galilée, les papes Paul V et Urbain VIII y compris, jugeaient le système de Copernic contraire à la lettre de l'Écriture, ils commettaient une erreur objective et matérielle. Lorsque Galilée affirmait, au contraire, qu'il ne faut pas toujours prendre les paroles de la Sainte Écriture à la lettre, les écrivains sacrés ayant employé, en parlant du soleil, le langage courant, lequel n'a aucune prétention scientifique et se conforme aux apparences, c'est bien lui qui avait raison. D'où il suit que « le tribunal du Saint-Office, comme celui de l'Index, s'est ''trompé en ''déclarant, dans les considérants, fausse en philosophie la doctrine de Copernic, qui est vraie, et contraire à l'Écriture cette doctrine, qui ne lui est nullement opposée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais peut-on trouver dans ce fait un argument contre la doctrine de l'''infaillibilité ''de l'Église ou du Souverain Pontife? Pour répondre à cette question, il n'y a qu'à déterminer la valeur juridique des décrets de 1616 et de 1633. Le décret de 1616 est un décret de la Sacrée Congrégation de l'Index ; celui de 1633, un décret du Saint-Office. Assurément, ces décrets ont été approuvés par le Pape : mais comme dans l'espèce, il s'agit seulement d'une approbation dans la forme simple, commune ''(in forma communi), ''les décrets sont et restent juridiquement les décrets de Congrégations, qui valent par l'autorité immédiate des Congrégations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous le savons, la question d'infaillibilité ''ne se pose ''même ''pas, ''quand il s'agit d'un décret d'une Congrégation quelle qu'elle soit, eût-elle comme Préfet le Pape lui-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn370 [370]] Deux conditions leur manquent pour pouvoir être des définitions ex-cathedra, et partant, infaillibles. La première c'est que la censure portée contre la théorie copernicienne ne se trouve que dans les ''considérants ''qui ne sont jamais l'objet de l'infaillibilité, et la seconde c'est que les décrets n'ont pas été des actes pontificaux, mais des actes des Congrégations, lesquelles ne jouissent pas du privilège de l'infaillibilité. Au reste, aucun théologien n'a jamais considéré ces décrets comme des articles de foi, et, même après les sentences du Saint-Office, les nombreux adversaires du système copernicien n'ont jamais allégué contre lui qu'il avait été condamné par un jugement infaillible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'infaillibilité du Pape mise hors de cause, ''l'on peut s'étonner à bon droit de ''l'erreur des juges du Saint-Office. ''Il y a cependant de bonnes ''raisons ''qui expliquent, et même justifient, leur conduite On a dit que la condamnation de Galilée était le résultat d'une machination tramée contre lui par des adversaires jaloux, que le pape Urbain VIII se serait reconnu dans le « ''Dialogue ''» sous le personnage un peu ridicule de Simplicio dans la bouche duquel se trouvait un argument que le pape, alors qu'il n'était encore que le cardinal Maffeo Barberini, avait opposé à Galilée, et que son amour-propre blessé l'aurait poussé à la vengeance. Quoi qu'il puisse y avoir de vrai dans ces allégations, il y eut d'autres ''raisons plus sérieuses ''qui déterminèrent les juges de l'Inquisition à prononcer une sentence de condamnation, et ces raisons furent les suivantes. C'était alors une règle courante en exégèse, — et cette règle n'a pas changé, — que les textes de la Sainte Écriture doivent être pris dans leur ''sens propre ''quand l'interprétation contraire n'est pas imposée par des motifs tout à fait valables. Or, à cette époque, l'on interprétait les passages en question, et en particulier, celui où Josué commande au soleil de s'arrêter, au ''sens propre et obvie, ''et par conséquent d'après le système astronomique de Ptolémée. Aussi longtemps que ce dernier système n'était pas démontré faux et que Galilée ne pouvait apporter aucune preuve péremptoire et scientifique de la vérité du système de Copernic, c'était le ''droit ''de la congrégation du Saint-Office, et même son ''devoir, de garder l'interprétation littérale ''et d'arrêter, par une décision disciplinaire, toute doctrine qui contredirait cette interprétation et voudrait substituer le sens métaphorique au sens littéral. Ajoutons que la Congrégation était d'autant plus portée à s'en tenir à ''l’interprétation traditionnelle ''que l'on se trouvait alors en pleine effervescence du protestantisme, et que, en prétendant interpréter les textes de la Sainte Écriture à sa façon, Galilée semblait favoriser la ''théorie du libre examen.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Dans quelle mesure peut-on dire que l'Église a ''frappé un innocent ''et que Galilée est un ''martyr de la science? ''Qu'il ait eu à souffrir pour la défense de ses idées, que, mis dans l'alternative d'avoir à les sacrifier ou de désobéir à l'Église, il ait enduré dans son intelligence et dans son cœur de cruelles tortures, la chose ne semble pas contestable. Mais dire, que l'Église l'a ''martyrisé, ''c'est aller un peu loin. — 1. Tout d'abord, il est faux de prétendre qu'il fut forcé d'abjurer une doctrine ''qu'il savait être certaine. ''Il lui semblait bien par les expériences qu'il avait faites que le système de Copernic était une hypothèse plus vraisemblable que celle de Ptolémée, mais de la vérité de cette hypothèse il n'eut jamais la certitude évidente. — 2. Encore moins peut-on dire qu'il fut ''traité avec rigueur. ''« On peut défier les plus fanatiques de citer où et quand, pendant ou après son procès, Galilée aurait subi une heure de détention dans une prison proprement dite.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn371 [371]] Le pape Paul V admirait Galilée et lui donna de nombreuses marques de bienveillance. — L'on objecte, il est vrai, qu'URBAiN VIII le fit ''menacer de la torture. ''Mais cette menace, qui ne fut d'ailleurs pas exécutée, était un des ''moyens juridiques ''d'alors, analogue à ''l'isolement ''et au ''secret ''dont on se sert aujourd'hui, pour provoquer les aveux des prévenus. Il serait, d'autre part, injuste de dire qu'URBAiN VIII fut dur à son égard puisque, le lendemain de sa condamnation, le 23 juin 1633, Galilée fut autorisé à quitter les appartements du Saint-Office où il devait être détenu, et à se rendre dans le palais de son ami, le Grand-Duc de Toscane ; d'où il put bientôt repartir pour sa villa d'Arcetri. Et c'est là qu'il mourut, après avoir reçu tous les ans une pension que le Pape lui accordait depuis 16.30.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. La condamnation de Galilée a-t-elle vraiment ''entravé les progrès de la science? ''« Accordons sans peine que les décrets de l'Index ont pu empêcher ou retarder la publication de quelques ouvrages, tel le ''Monde ''de Descartes ; mais, de bonne foi, peut-on affirmer que le triomphe du système en a été reculé?... L'accord avec l'expérience pouvait seul donner à l'hypothèse de Copernic une confirmation décisive, et les décrets de l'Index n'empêchaient personne de chercher à réaliser cet accord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn372 [372]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il résulte que, si la condamnation de Galilée fut, de la part de la Congrégation du Saint- Office et même des papes Paul V et Urbain viii. une erreur infiniment regrettable, elle ''n'atteint en rien la doctrine de l'Église sur l'infaillibilité pontificale, ''pas plus qu'elle ne témoigne d'une hostilité systématique contre la science et le progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 6. — L'ingérence des Papes dans les affaires temporelles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''463. — 1° Exposé des faits. '''— L'histoire nous témoigne que, au moyen âge, les Papes se sont considérés comme les chefs suprêmes des États chrétiens, qu'ils ont revendiqué le droit de citer à leur tribunal souverains et sujets, et qu'ils ont infligé aux princes scandaleux, non seulement des peines spirituelles telles que l'excommunication, mais même des peines temporelles en les déposant et en les privant de leurs droits de commander. Ainsi Grégoire VII (le moine Hildebrand), célèbre par sa lutte dans la ''Querelle des Investitures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn373 [373]], excommunia une première fois l'empereur d'Allemagne, Henri IV, qui ne voulait pas se laisser dépouiller du droit de 1’investiture, le réduisit à venir, s'humilier devant lui au château de Canossa (1077) et l'ex­communia une seconde {ois (1078) parce qu'il ne tenait pas ses promesses. Innocent III (1198-1216) obligea Philippe-Auguste à reprendre sa femme Ingeborg ; en Angleterre, il déposa Jean sans Terre, puis le rétablit sur le trône ; en Allemagne, il excommunia Othon IV et délia ses sujets du serment de fidélité. Innocent IV, au concile de Lyon (1245), déposa Frédéric II, empereur d'Allemagne. Boniface VIII (1294-1303) lutta, pendant toute la durée de son pontificat, contre le roi de France, Philippe le Bel. Comme ce dernier, toujours à court d'argent, voulait imposer le clergé à son gré, sans tenir compte des immunités ecclésiastiques (N° 422, ''n.), ''le Pape dans sa bulle « ''Clericis laicos», ''rappela la doctrine de l'Église et interdit aux clercs de payer le tribut aux puissances laïques. Sur la demande du clergé français lui-même, il accorda ensuite l'autorisation. Mais la lutte recommença bientôt et Boniface VIII publia contre Philippe le Bel une série de bulles, entre autres, la bulle « ''Ausculta, filin, ''dans laquelle il se disait « constitué au-dessus des rois et des royaumes!, et la bulle « ''Unam Sanctam ''», dans laquelle, après avoir rappelé l'unité de l'Eglise, il déclarait que « ce corps unique ne doit pas avoir deux têtes, mais une seule, le Christ et le Vicaire du Christ », que deux glaives sont au pouvoir de l'Église, un spirituel, et un matériel, que « le premier doit être manié ''par ''l'Église, le second ''pour ''1 Église i et que, le second devant être soumis au premier, le pouvoir spirituel doit juger le pouvoir temporel si celui-ci s'égare. Enfin Boniface VIII excommunia Philippe le Bel le 13 avril 1303.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''464. — 2° Accusation. '''— Les ennemis de l'Église accusent les papes d'avoir outrepassé leurs droits et d'avoir ''revendiqué un pouvoir illégitime.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''465. — 3°''' '''Réponse. '''— A. L'intervention des papes dans les affaires temporelles des États chrétiens n'était pas ''illégitime : ''elle ne constituait nullement, de leur part, un ''abus de pouvoir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les papes avaient le droit d'intervenir à un double titre : — ''a) ''Tout d'abord en vertu de leur ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles dont nous avons précédemment démontré l'existence (N° 436). « Le pouvoir spirituel, dit Bellarmin, ne s'immisce pas dans les affaires temporelles, à moins que ce3 affaires ne s'opposent à la fin spirituelle ou ne soient nécessaires pour l'obtenir : auxquels cas le pouvoir spirituel peut et doit réprimer le pouvoir temporel et le contraindre par toutes les voies qui paraîtront nécessaires. » Lorsque les Papes précités ont frappé les princes qui abusaient de leurs pouvoirs, non seulement de peines spirituelles comme l'excommunication, mais même de peines temporelles comme la déposition, ils ont donc agi en vertu du ''pouvoir spirituel ''attaché à leur charge suprême et du ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles qui découle du pouvoir spirituel. — b) En dehors du ''droit divin ''dont nous venons de parler, le ''droit public du temps, ''reposant sur le libre consentement des peuples et des princes, légitimait l'intervention de la papauté dans les affaires temporelles. Rappelons-nous en effet que, en vertu de ce droit public, il y avait une alliance étroite entre l'Église et l'État, que le Pape était regardé comme le chef naturel de la chrétienté, à qui appartenait le droit de trancher les différends, et que le prince, avant de monter sur le trône, faisait serment de gouverner avec justice, de protéger la Sainte Église romaine, de défendre la foi contre l'hérésie, et de ne pas encourir lui-même l'excommunication. Que si alors le prince devenait parjure à son serment, s'il gouvernait contre les droits de l'Église ou contre les justes intérêts de son peuple, la papauté avait le droit et même le devoir de lui remettre devant les yeux les engagements sacrés qu'il avait pris, et en cas de refus, de l'excommunier, au besoin, de le déposer, et de déclarer ses sujets déliés de leur serment d'obéissance à l'égard d'un souverain indigne du pouvoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn374 [374]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Non seulement l'intervention des papes dans les affaires temporelles n'était pas illégitime, mais il faut reconnaître combien elle fut ''heureuse ''et ''bienfaisante, ''tout à l'avantage des faibles et des opprimés. Durant cette rude époque de la féodalité où tout était livré au plus fort, seule l'Église avait assez de puissance pour rappeler aux rois et aux seigneurs qu'au-dessus de la force il y a le droit. La prérogative que les Papes revendiquaient de déposer les rois dont la conduite était scandaleuse, et de délier leurs peuples du serment de fidélité, bien loin d'être une usurpation ,du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, lui servait au contraire de frein et de contrepoids. Quand le droit était violé et que la justice demeurait impuissante, il était bon qu'il y eût quelqu'un d'assez fort et d'assez indépendant pour prendre en main la cause de la morale et de la religion outragées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— On objecte aussi contre l'Église : — 1. qu'il y a eu de ''mauvais Papes, ''et l'on cite alors les noms d'Etienne VI, de Jean XII, de Benoît IX et d'Alexandre VI, — 2. que, au moyen âge, il y eut un ''clergé simoniaque ''et ''corrompu. ''— A cette objection nous avons déjà répondu et nous avons montré qu'elle ne vaut ni contre ''l’infaillibilité du Pape ''(N° 400), ni contre la ''sainteté de l'Église ''(N° 379).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 7. — Le Syllabus et la condamnation des libertés modernes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''466. —''' '''1° Notion et autorité doctrinale du Syllabus. '''— Le ''Syllabus ''(mot lat. qui veut dira index, table) est un recueil de quatre-vingts propositions renfermant les principales erreurs modernes, déjà réprouvées et condamnées dans les allocutions consistoriales, les encycliques et autres lettres apostoliques du pape Pie IX. Le ''Syllabus, ''précédé de l'Encyclique ''Quanta cura, ''parut, sur l'ordre de Pie IX, le 8 décembre 1864, mais ''l'idée d'un pareil catalogue ''contenant les erreurs de l'époque sous la forme qu'elles revêtaient alors, était bien antérieure à cette date et avait été suggérée dès 1849, par l'archevêque de Pérouse, le cardinal Pecci, qui devait succéder à Pie IX sous le nom de Léon XIII.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est ''l’autorité doctrinale du Syllabus? ''Faut-il le considérer comme un ''acte ex-cathedra, ''comme le veulent certains théologiens de valeur : Franzelin, Mazzella, Hurter, Pesch, ou bien n'est-il qu'un document de grande autorité auquel tout catholique doit adhérer sans qu'on puisse le taxer d'hérésie, dans le cas contraire? La question n'est pas tranchée, et du fait qu'elle ne l'est pas et que chaque catholique reste libre d'adopter l'une ou l'autre opinion, le Syllabus ne s'impose pas à la croyance comme une définition infaillible. Il est vrai que le pape Pie IX en a pris la responsabilité, mais, dit le P. Choupin, « toute constitution pontificale, même relative à la foi et solennellement promulguée n'est pas une définition ''ex-cathedra : ''il faut encore et surtout que le Pape manifeste suffisamment sa volonté de trancher ''définitivement ''la question par une ''sentence absolue ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn375 [375]]. Par conséquent, bien que les propositions condamnées doivent être repoussées par tout catholique d'un assentiment ferme, il ne s'ensuit pas que la proposition contradictoire soit de foi. La proposition condamnée n'ayant pas été qualifiée d'hérétique, la proposition contraire ne saurait être de foi. Il importe, en outre, pour mesurer tout le sens d'une proposition condamnée dans le Syllabus, de se reporter au document d'où elle est extraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''467. — 2°''' '''Accusation. '''— Nos adversaires accusent l'Église d'avoir, par le Syllabus, ''déclaré la guerre à la société moderne et ''de s être montrée l'ennemie irréconciliable du progrès et de la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''468. — 3°''' '''Réponse. '''— Pour étayer leur accusation, les adversaires de l'Église s'appuient surtout sur les deux dernières propositions du ''Syllabus ''qui sont pour ainsi dire le résumé des erreurs modernes : ''Prop. LXXIX. : ''« Il est faux que la liberté de professer n'importe quelle religion, de penser et de manifester publiquement toutes les opinions conduisent plus facilement à la corruption des mœurs et des esprits et propage la peste de l'indifférentisme. » ''Prop. LXXX. ''« Le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, , le libéralisme et la civilisation moderne. » Or, il est bien évident, à propos de cette dernière proposition, — et il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter à l'allocution ''Jamdudum ''d'où la proposition est extraite, — que le pape n'entend nullement condamner les ''progrès véritables ''de la science positive et des inventions humaines. La condamnation ne porte que sur le ''faux progrès ''et sur la fausse civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, le pape Pie IX ne condamne pas toute liberté et tout libéralisme. Personne n'a jamais défendu la ''vraie liberté ''plus que l'Église catholique : elle affirme la ''liberté naturelle ''contre les matérialistes et les déterministes qui la nient, la ''liberté individuelle ''contre les esclavagistes qui la suppriment, la ''liberté de conscience ''contre les pouvoirs publics qui l'oppriment. Ne disons donc pas que l'Église est l'ennemie des libertés, anciennes ou modernes : ce qu'elle frappe d'anathème c'est la ''fausse liberté, ''c'est le droit à l'erreur et au mal, c'est, d'une manière générale, l'opinion qui soutient que la liberté implique le droit absolu d'embrasser et de soutenir toute doctrine philosophique, religieuse et politique, qui vous plaît. Après avoir rappelé les vieilles erreurs déjà condamnées du panthéisme, du naturalisme, du rationalisme, de l'indifférentisme, après avoir réprouvé les thèses socialistes et communistes de l'origine populaire du pouvoir et du droit absolu des majorités, etc., Pie IX, à l'exemple de Grégoire XVI, dans son Encyclique ''Mirari vos, ''proclame que les droits de la vérité sont supérieurs à ceux de la liberté, les droits de Dieu supérieurs à ceux de l'homme, les droits de la justice supérieurs à ceux du nombre et de la force, et, avec une grande sagesse, il condamne le ''libéralisme absolu ''qui, par son culte extravagant et mal entendu de la liberté, est la source profonde d'un grand nombre d'erreurs contemporaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, remarquons-le en passant, Pie IX s'est contenté d'exposer la ''thèse ''catholique ; et à ce point de vue, on peut l'accuser d'intolérance.. La vérité ne saurait être tolérante, car, par le fait même qu'elle est la vérité, elle exclut ce qui lui est contraire. Reprocher à l'Église son intolérance doctrinale, c'est donc lui reprocher d'être et de se croire la vérité. Toutefois, quelque intolérants qu'ils paraissent, les principes du Syllabus laissent libre espace à toutes les aspirations légitimes de la pensée moderne, et c'est ce que Léon XIII, dans une admirable suite d'encycliques, s'est chargé de démontrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Services rendus par l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
469. — A côté des griefs que nos adversaires accumulent dans leur sévère réquisitoire contre l'Église, il serait injuste de ne pas mentionner les services que le christianisme a rendus et de méconnaître la part qui lui revient dans la marche de la civilisation. Nous allons donc voir brièvement ce que l'Église a fait pour ''l'individu, ''pour la ''famille ''et pour la ''société, ''comment elle a travaillé au progrès, au bien-être des peuples, à leurs intérêts matériels, intellectuels et moraux. Les bienfaits qu'elle a rendus sur ce terrain méritent d'être d'autant plus appréciés qu'ils sont en dehors de la sphère d'action et de la mission tracées par le Christ. Car, ne l'oublions pas, l'Église a été instituée pour recevoir et transmettre le dépôt de la révélation chrétienne, pour conduire les hommes à leur salut éternel, et non pas pour travailler, tout au moins d'une façon immédiate, à leur bonheur temporel. Et cependant elle n'a cessé de s'en préoccuper et de tendre, par tous les moyens en son pouvoir, à améliorer le sort de l'humanité. « Chose admirable, pouvons-nous dire avec Montesquieu, ''(L’Esprit des lois), ''la religion chrétienne qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1 — L'Église et l'Individu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
470. — Si nous considérons l'homme d'une manière générale et du seul point de vue ''individuel, ''nous constatons que, presque partout dans l'antiquité, l'humanité est partagée en deux classes : l'homme ''libre, et l’esclave. ''Ce qu'était l'esclave et ce qu'a fait l'Église pour lui, telles sont les deux questions qui se posent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Ce qu'était l'esclave. — On entend par ''esclavage ''l'état de l'homme asservi à la puissance d'un autre homme. L'esclavage avait pour origines, la guerre, la traite ou la naissance. Le prisonnier vaincu, le malheureux capturé par des pirates ou l'enfant né de parents esclaves tombaient sous la dépendance absolue d'un maître qui les traitait et exploitait à son gré. La condition matérielle de l'esclave variait donc suivant le caractère et les dispositions de ce dernier. De toute façon, l'esclave était toujours un être à part, un homme qui n'avait pas plus de droits que la bête de somme, qui était entièrement la propriété, la « ''chose ''» du maître, ravalé par le fait au rang d'un animal ou d'un vil instrument qu'on achète et qu'on vend, dont on se défait quand il ne peut plus servir. On connaît en effet le conseil de Caton au père de famille économe : « Vendez les vieux bœufs... les vieilles voitures, les vieilles ferrailles, le ''vieil esclave, l'esclave malade. ''» N'ayant pas de droits sur sa personne, l'esclave ne pouvait en avoir davantage sur sa famille, sur sa femme et ses enfants. Il arriva même souvent que la législation conférait au maître le droit de vie et de mort sur ses esclaves, et l'on sait que les gladiateurs dont les combats eurent tant de vogue chez les Romains, étaient pris non seulement parmi les condamnés à mort, mais aussi parmi les esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle était la condition de la plus grande partie de l'humanité, et il convient d'ajouter que cette honteuse institution n'était nullement réprouvée par la religion païenne, qu'elle était tenue pour une institution légitime, même par les philosophes les plus illustres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn376 [376]]. Si les écrivains ont blâmé parfois les abus, jamais ils n'ont condamné le principe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''471. — 2° Ce que l'Église a fait pour l'esclave.''' — Qu'on ne se figure pas tout d'abord que l'Église a renversé d'un seul coup l'état de choses établi. Les révolutions doivent être amenées par une lente évolution des idées, car l'opinion publique ne rompt pas du jour au lendemain avec les idées ambiantes, avec les traditions et les vieilles coutumes. La transformation d'une société nécessite donc une action continue, un travail préparatoire de longue haleine. Or ce travail, l'Église l'entreprit par sa doctrine, par sa législation et par ses actes : — ''a) par sa doctrine. ''Dès l'origine du christianisme, l'Église commence sa lutte contre l'esclavage. Le premier et le plus éloquent interprète de sa doctrine est saint Paul. Avec une habileté et un art consommés, l'Apôtre des Gentils pose les ''grands principes de l'égalité ''et de la ''fraternité, ''qui sont comme le fondement de la ''liberté individuelle. ''Il proclame, à la face des maîtres orgueilleux qui se trouvent dans le vaste Empire gréco-romain, que tous les hommes sont issus de la même origine, rachetés du même sang et appelés à la même béatitude éternelle, par conséquent, égaux et frères. « II n'y a plus écrit-il aux Galates, ni Juif ni Grec, ni esclave, ni homme libre, il n'y a plus ni homme, ni femme ; car vous êtes tous ''un ''dans le Christ Jésus. » ( ''Gal''., ii, 28). Mais, tout en posant les principes qui doivent peu à peu détruire l'esclavage, saint Paul se garde bien de prendre une attitude agressive contre les maîtres, de prêcher la lutte dos classes et de pousser à une révolution trop rapide qui compromettrait le succès de son œuvre. Il juge beaucoup plus sage pour le moment de rappeler aux uns et aux autres leurs ''devoirs réciproques : ''obéissance de la part des esclaves, bonté de la part des maîtres : « ''Serviteurs, ''dit-il aux premiers, obéissez à vos maîtres selon la chair avec respect et crainte et dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ... Servez-les avec affection, comme servant le Seigneur et non des hommes, assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur de ce qu'il aura fait de bien. Et vous ''maîtres, ''dit-il aux seconds, agissez de même à leur égard et laissez là les menaces, sachant que leur Seigneur et le vôtre est dans les cieux et qu'il ne fait pas acception des personnes. » ''(Eph., ''vi. 5-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Par sa législation. ''Sous l'influence de l'Église, les empereurs devenus chrétiens, promulguent des lois qui améliorent la condition de l'esclave. Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, Constantin défend de marquer les condamnés et les esclaves au visage « où réside l'image de la beauté divine » ; il déclare coupables d'homicide les maîtres dont les mauvais traitements auraient causé la mort de leurs esclaves. Théodose rend la liberté à tous les enfants vendus par leurs pères ; Honorius met fin pour toujours aux combats des gladiateurs ; Justinien porte une loi qui punit le rapt des femmes esclaves de la même peine que celui des femmes libres. Un des rares empereurs qui n'aient pris aucune mesure en faveur des esclaves est précisément un empereur imbu de tous les préjugés du paganisme, Julien l'Apostat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les invasions barbares au ve siècle sont néfastes à la cause des esclaves et lui font perdre du terrain. Mais l'Église, par les nombreux conciles qu'elle tient, du vie au ixe siècle, en Gaule, en Bretagne, en Espagne, en Italie, continue de travailler en leur faveur. Le concile d'Orléans de 511 et le concile d'Epône, en 517, proclament le ''droit d'asile, ''en vertu duquel l'esclave, même « coupable d'un crime atroce » s'il s'est réfugié dans une église, ne pourra subir un châtiment corporel. Le concile d'Auxerre, à la fin du VIe siècle, le concile de Chalon-sur-Saône, au milieu du viie siècle, défendent de faire travailler les esclaves le dimanche. Plusieurs conciles ''interdisent la traite des esclaves, ''ou, s'ils n'osent pas aller aussi loin, lui apportent des entraves, comme on en trouve un exemple dans le 9e canon du concile de Châlons-sur-Marne qui défend de vendre aucun esclave en dehors du royaume de Clovis». En outre, l'esclave est admis par l'Église- au ''sacerdoce ''et à la ''profession monastique, ''pourvu qu'il ait obtenu de son maître le consentement préalable, ou l'affranchissement. Enfin, les conciles du vin&amp;quot; siècle reconnaissent formellement la ''validité des mariages ''contractés, en connaissance de cause, entre des hommes libres et des esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Par ses actes. ''— 1. Dans ''l'exercice de son culte, ''l'Église primitive ne tient aucun compte des distinctions sociales. «Entre le riche et le pauvre, l’esclave et le livre, il n’y a pas de différence», écrit l’apologiste Lactance. Telle est, à n’en pas douter, l’un des raisons les plus fortes qui contribueront à l’affranchissement de l’esclave. Renan lui-même ne fait pas de difficulté à le reconnaître : «Les réunions à l'Eglise, à elle s seules, écrit-il dans son ''Marc Aurèle, ''eussent suffi à ruiner cette cruelle institution (de l'esclavage). L'antiquité n'avait conservé l'esclavage qu'en excluant les esclaves ,des cultes patriotiques. S'ils avaient sacrifié avec leurs maîtres, ils se seraient relevés moralement. La fréquentation de l'église était la plus parfaite leçon d'égalité religieuse... Du moment que l'esclave a la même religion que son maître, prie dans le même temple que lui, l'esclavage est bien près de finir. » — 2. L’''admission des esclaves au sacerdoce ''et à la ''vie monastique ''que nous avons signalée plus haut est une autre source d'où doit sortir le nivellement de tous les rangs sociaux. Sous la bure ou le voile monastique, on ne discerne plus les maîtres des esclaves : les uns et les autres travaillent et prient en commun, confondus dans une égalité parfaite. — 3. A partir du vie siècle, l'Église, enrichie par les donations pieuses des rois et des seigneurs, emploie ses richesses au ''rachat de nombreux prisonniers de guerre et d'esclaves, ''afin de les affranchir, ou tout au moins, de « leur rendre la vie douce et facile a, selon la recommandation des papes et des conciles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que l'Église a fait dans le passé. Son ardeur ne s'est d'ailleurs pas éteinte, et tout lé monde connaît la grande œuvre entreprise par Léon XIII et le cardinal Lavigerie, à la fin du siècle dernier, connue sous le nom ''d'œuvre antiesclavagiste ''et destinée à combattre en Afrique la traite et l'esclavage des noirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église et la Famille. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
472. — Nécessaire pour conserver la vie tout autant que pour la donner, la famille est de ''droit naturel, ''en même temps que ''d'origine divine. ''Cependant les ''conditions ''de la famille, — et nous entendons par là les relations entre eux des membres qui la composent, — peuvent varier avec les temps et les lieux. Voyons donc ce que fut la famille dans l'antiquité et ce qu'elle est depuis le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''La famille dans l'antiquité. '''— Dans l'antiquité, l'autorité souveraine du père absorbe celle des autres membres. — ''a) ''Presque partout, à Rome spécialement, ''l'enfant ''tient son droit à la vie du bon vouloir du père. Les infanticides y sont fréquents, admis par les lois, et approuvés par les philosophes. « Rien n'est plus raisonnable, dit à ce sujet Sénèque, que d'écarter de la maison les choses inutiles » et Quintilien ose écrire que « tuer un homme est souvent un crime, mais ''tuer ses propres enfants ''est souvent une très belle action». Si le père peut tuer ses enfants, à plus forte raison peut-il les vendre ou les donner en gage. — b) Quant à la ''mère, ''sa situation n'est pas plus enviable. Non seulement elle n'a aucune part à la puissance paternelle, mais là où la polygamie et le divorce sont admis, comme en Orient, elle est une véritable esclave. Même au milieu des civilisations les plus brillantes, comme celles de la Grèce et de Rome, la condition de la femme n'est guère meilleure. Jeune fille, elle est sous la puissance de son père; mariée, elle passe sous la tutelle de son mari qui détient de la législation des pouvoirs presque illimités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''473. — 2°''' '''La famille dans la société chrétienne. '''— a) Grâce au christianisme, ''l'enfant ''devient l'objet des plus tendres sollicitudes des parents. Sous l'influence de la doctrine chrétienne, le père comprend que son enfant n'est pas une propriété dont il a le droit d'user ou d'abuser, mais une créature de Dieu, rachetée du sang du Christ et prédestinée au ciel, un être qu'il doit entourer d'une tendresse d'autant plus grande qu'il est ' plus chétif et plus faible. — b) Le christianisme n'a pas moins relevé la ''dignité morale de la, femme : ''et cela de double façon, en enseignant, d'une part, la ''noblesse de la virginité', ''et le respect dont il convient de l'entourer, et d'autre part, la ''grandeur du mariage ''un et indissoluble. Car, qu'on le remarque bien, le christianisme n'a pas rehaussé la virginité, si peu connue et si incomprise des anciens, pour rabaisser d'autant le mariage. L'exaltation de la vierge ne doit pas, dans la pensée du Christ, nuire à la beauté morale de la femme mariée ; la preuve en est bien qu'il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, en sorte qu'il n'est plus une cérémonie quelconque, aussi solennelle qu'on la suppose, mais un signe sacré qui donne une grâce spéciale et symbolise l'union du Christ lui-même avec son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''féministes ''prétendent que la femme n'a pas encore' dans la société la place qui devrait lui revenir et que, au triple point de vue politique, social et économique, sa condition est très inférieure à celle de l'homme, et ils demandent que, étant soumise aux mêmes lois et ayant des charges au moins équivalentes à celles de l'homme, elle jouisse aussi des mêmes droits. Si l'Église n'a pas formulé sur ce sujet de doctrine précise, il est permis de dire qu'elle ne saurait qu'encourager tout effort qui tend à améliorer le sort de la femme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''§ 3. — L'Église et la Société.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
474. — Si nous considérons, non plus l'individu, ni la famille, mais un groupe d'individus et de familles, autrement dit, la ''Société, ''nous constatons que l'Église lui a rendu les plus grands services à un triple point de vue : ''matériel, intellectuel ''et ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Services rendus dans l'ordre matériel''' — A tout moment de son histoire, l'Église a travaillé au ''bien-être ''du peuple. Le bien-être matériel est en effet la résultante d'un ensemble de choses : travail, épargne, bonnes mœurs, sans lesquelles il n'y a pas de prospérité ni de bonheur possibles. Or tandis que dans l'antiquité toutes ces vertus étaient inconnues, tandis surtout que le travail manuel était regardé comme quelque chose de dégradant pour l'homme libre, la doctrine chrétienne, en enseignant la grande loi du travail, a réhabilité celui-ci aux yeux de l'humanité. Et l'Église ne s'est pas contentée de donner son enseignement, elle a estimé que le meilleur moyen d'en assurer le succès était de l'appuyer de ses exemples. Aussi voyons-nous régner une activité intense parmi les premières générations chrétiennes. Plus que les autres, les moines travaillent à la prospérité de l'Europe en défrichant les vieilles forêts, en labourant et cultivant les déserts, et en créant autour de leurs monastères des villages et des villes où fleurissent bientôt le commerce et l'industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de nos jours, où ''l'ouvrier ''a déjà pris et veut prendre une place prépondérante dans la société, l'Église, après avoir relevé sa dignité morale, continue de s'intéresser à son sort. L'Encyclique ''Rerum novarum ''(16 mai 1891) de Léon XIII et l'Encyclique ''Quadragesimo Anno ''(15 mai 1931) de Pie XI témoignent que l'Église attache le plus haut intérêt à la solution de la ''question sociale. ''De toute son âme elle souhaite que les justes revendications des travailleurs soient couronnées de succès. Elle n'a pas de plus vif désir que de voir leurs droits élargis, mais en même temps qu'elle formule des vœux pour le mieux être de l'ouvrier, elle n'hésite pas à lui rappeler que, s'il a des droits, il a aussi des devoirs ; et ce faisant, elle est convaincue qu'elle sert mieux sa cause que les démagogues qui, en le nourrissant de vains espoirs, le conduisent à la ruine et à l'abîme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''475. — 2° Services rendus dans l’ordre intellectuel''' — A entendre certains adversaires de l'Église, l'instruction ne date guère que de la Révolution française. Jusque-là, et particulièrement au moyen âge, c'est comme une longue époque d'ignorance et d'obscurantisme. L'Église qui s'était faite l'institutrice de la France, ne remplit pas le rôle qui lui avait été confié : l'enseignement qu'elle donne se borne tout au plus aux choses de la foi — Ceux qui parlent ainsi, font preuve ou bien d'une ignorance des faits impardonnable ou d'une insigne mauvaise foi. Sans doute il y a eu des époques où, en raison de certaines circonstances malheureuses, comme par exemple sous les rois fainéants (viie siècle) et après l'invasion des Normands, au Xe siècle, l'enseignement fut en décadence. Il n'eu est pas moins vrai que les historiens qui ont fait une enquête impartiale sur l'état de l'instruction en France avant la Révolution, sont obligés de convenir que l'Église a toujours donné l'instruction à ses clercs et aux laïques autant que le comportaient les progrès du temps et les besoins de chacun. Du ve au XIe siècle, l'Église fonde et dirige des écoles épiscopales, presbytérales et monastiques ; au xvie siècle, elle se met à la tête du mouvement qui pousse les esprits vers l'antiquité grecque et latine. Et depuis lors, jamais elle n'a cessé de promouvoir les travaux intellectuels et de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''476. — 3° Services rendus dans l'ordre moral'''. — Dans ''l’ordre moral, ''nous avons vu déjà ce que l'Église a fait pour l'individu et pour la famille. En revendiquant ainsi la liberté pour les individus, elle a, du même coup, transformé les mœurs publiques. Aux chefs d'État elle a appris que « tout pouvoir vient de Dieu» et que dès lors on doit l'exercer avec justice et sagesse. Aux sujets elle a prescrit l'obéissance et le respect vis-à-vis des gouvernants en s'appuyant sur cette simple parole du Christ : « Rendez à César ce qui appartient à César. » Enfin elle a rendu meilleures les relations de peuple à peuple. En enseignant partout que tous les hommes, sans distinction de race et de nationalité, sont frères, enfants de Dieu et de l'Église, elle leur a fait comprendre que c'était une monstruosité de se traiter en barbares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''477. — Objection.''' — Contre les ''services rendus à la société ''par l'Église catholique, nos adversaires objectent que les nations protestantes sont plus ''puissantes ''et plus ''prospères ''que les nations catholiques, que leur ''niveau moral ''est plus élevé ; et, de ce fait qu'ils prennent comme point de départ et qu'ils regardent comme ''historiquement incontestable, ''ils concluent que la prospérité des uns et la déchéance des autres doivent être attribuées à la ''différence de religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — II faut distinguer dans l'objection qui précède deux choses : le point de vue ''historique ''et le point de vue ''doctrinal, ''ou, si l'on veut, la question du ''fait, ''et la ''thèse ''qu'on veut établir sur le fait. Évidemment, s'il était possible de prouver que les faits historiques ne sont pas tels qu'on le prétend, ou n'ont pas la portée qu'on leur attribue, nous serions en droit de conclure aussitôt que la thèse est fausse. Mais admet tons par hypothèse que les nations protestantes sont vraiment supérieures aux nations catholiques ; s'ensuit-il que la cause de la supériorité des unes et de l'infériorité des autres soit la religion ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA THÈSE. ''— A la considérer en soi, que penser de la thèse qui fait de la religion le principe du progrès ou de la décadence des nations? — a) Remarquons d'abord que, même s'il en était ainsi, le protestantisme ne serait pas pour cela la ''craie religion. ''Car le ''but ''premier de la religion n'est pas de travailler à la prospérité matérielle de ses adeptes mais de conduire les âmes à Dieu. Et si nous avons mentionné les services rendus par l'Église à la société dans cet ordre de choses, il ne rentrait pas dans notre pensée de vouloir démontrer que le christianisme, par le fait qu'il est la vraie religion, a eu pour résultat d'attirer la bénédiction de Dieu dans l'ordre temporel. Nous nous sommes bornés à établir que le bien-être matériel des peuples devait découler de la doctrine du Christ qui tend à rendre les hommes plus travailleurs, plus économes et plus vertueux, mais nous nous gardons bien de prétendre qu'il suffit d'introduire la vraie religion dans un pays déshérité au point de vue matériel, pour le transformer, comme par enchantement, en un pays riche et prospère. — ''b) ''Venons maintenant au cœur de la question. Sur quoi s'appuie-t-on pour dire que la religion protestante est ''cause de grandeur, ''tandis que la religion catholique est ''cause de décadence ? ''Sans doute, sur le principe fondamental du protestantisme, sur la ''théorie du libre examen ''qui favorise, dit-on, l'esprit d'entreprise, l'élan et l'énergie, alors que les principes du catholicisme qui imposent l'adhésion à des dogmes obscurs et la soumission aveugle à un pouvoir absolu, suppriment toute initiative. Mais qui ne voit que c'est là un raisonnement bien spécieux? La foi à des dogmes qui n'ont rien à faire avec les ''questions matérielles ''et l'obéissance à l'Église dans ''l'ordre spirituel ''ne gênent en rien l'esprit d'initiative, et il serait ridicule de croire que le commerçant et 1 industriel catholiques ne sont pas tout aussi libres que le commerçant et l'industriel protestants de conduire leurs affaires au mieux de leurs intérêts. — c) Ajoutons enfin que le mot ''prospérité ''est un ''terme bien vague. ''La ''vraie civilisation ''ne se réduit; pas à la seule prospérité matérielle : il nous semble au contraire qu'elle embrasse l'ensemble des intérêts matériels, moraux et religieux. Les peuples qui veulent arriver au plus haut degré de civilisation ne sont donc pas ceux qui n'ont d'autre idéal que le bien-être et la fortune, mais ceux qui ont plus de grandeur d'âme et une vie morale plus noble. Or il est évident que, sur ce point, les principes catholiques qui recommandent tant la charité, l'amour des autres, le don de soi, qui font aller de pair la foi et les bonnes œuvres, sont loin d'être inférieurs aux principes protestants. Nous pouvons donc déjà conclure que la thèse ne repose sur aucun argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Non seulement la thèse, prise en soi, est fausse, mais les ''faits ''eux-mêmes la démentent. — ''a) ''Car, s'il s'agit du ''passé, ''l'on ne saurait contester que dans une longue période de notre histoire, les nations catholiques : la France, l'Autriche et l'Espagne, furent à la tête de la civilisation. Or le moment où elles ont atteint leur apogée correspond précisément avec celui où la vie catholique était le plus intense et où les principes chrétiens étaient le mieux observés. — ''b) ''S'il s'agit du ''présent, ''il faut bien confesser que les nations catholiques dont nous venons de parler, sont, \ au point de vue économique, dans un état d'infériorité sur les grandes nations protestantes : Angleterre, États-Unis, Allemagne. Or si l'on veut absolument que la religion soit la cause de cette infériorité, nous répondrons que les États catholiques sont tombés en décadence parce qu'ils ont été infidèles à leur religion et qu'ils ont été rongés par la plaie de l'indifférentisme ou même de l'athéisme. Du moins cela était vrai hier de la France, mais aujourd'hui qu'elle a été comme purifiée par une rude épreuve, au cours de laquelle elle a étonné le monde par sa vitalité, par son esprit d initiative, par son abnégation et par le réveil de sa foi, qui peut dire de quoi demain sera fait et si elle ne va pas reprendre sa place à la tête de la civilisation matérielle morale et religieuse? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Art. I. — Brehier, art. ''Croisades ''(Dict. d'Alès) — Luchaire, ''Innocent III''; ''La question d’Orient (Paris).'' — Guilleux, art. ''Albigeois ''(Dict. d’Alès) — De Cauzons, ''Les Albigeois et l'Inquisition ; Les Vaudois et l'Inquisition'' (Bloud). — Mgr Douais, ''Les sources de l'histoire de l’Inquisition ''(Rev. des Questions historiques, 1882) ; ''L'Inquisition, Ses origines historiques, sa procédure ''(Plon), Vacandard, ''L'Inquisition ''(Bloud). — Guiraud, ''Questions d'histoire et d. archéologie chrétienne ''(Gabalda). — Mgr d'Hulst, Car. de 1895, 5e Conf. ''L'Église et l’Etat. ''— Langlois, ''L’Inquisition d'après des travaux récents ''(Bellais) — Rouquette, ''L'Inquisition protestante... ''(Bloud). — Guiraud, art. ''Inquisition ''(Dict. d Alès — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — De la Brière art ''Barthélemy (La Saint-) ''(Dict. d'Alès). - Hello, ''La Saint-Barthélemy ''(Bloud) — Vacandard, ''Etudes de critique et d'histoire religieuse ''(Lecoffre). — Didier ''La révocation de l'Édit de Nantes ''(Bloud). — P. de Vregille, art. ''Galilée ''(Dict d'Alès) — Choupin'', Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne) De l’Epinois, La question ''Galilée ''(Palmé). - Jaugey, ''Le procès de Galilée et la Théologie. — ''Sortais, ''Le procès de Galilée ''(Bloud). — Vacandard ''études de critique... ''— J. de la Serviêre, art. ''Boniface VIII ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Art II. — P. Allard, ''Les esclaves chrétiens depuis les premiers temps de l'Église... ''(Lecoffre) ; art. ''Esclavage ''(Dict. d'Alès). - D'Azambuja, ''Ce que le christianisme a fait pour la femme ''(Bloud). — H. Taudière, art. ''Famille ''(Dict. d'Alès) — L Leclercq, ''Essai d'Apologétique expérimentale ''(Duvivier, Tourcoing). — Mgr Baudbillart, ''L Eglise catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''Bloud) — De la Brière, ''Nations protestantes et nations catholiques ''(Bloud). — Flamérion ''De la prospérité comparée des nations catholiques et des nations protestantes... ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== chapitre II. — La Foi devant la raison et la science. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
478. — Quelque fortes et déterminantes que soient les ''raisons de croire ''proposées par l'Apologétique, elles seraient évidemment frappées de nullité, si nos adversaires pouvaient démontrer que l'Église catholique enseigne des dogmes absurdes. Croyant trouver là un terrain d'attaque très propice, les rationalistes s'élèvent contre la foi, au nom de la ''raison ''-et de la ''science : ''ils prétendent qu'il y a antagonisme entre celles-ci et celle-là, que les deux modes de connaissance sont opposés entre eux, ou tout au moins étrangers l'un à l'autre. Nous allons voir que les choses ne sont pas ainsi, en établissant : 1° les ''rapports de la foi et de la raison, ''et 2° les ''rapports de la foi et de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La foi et la raison. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''479. — Objection. '''— D'après les rationalistes, il y aurait ''incompatibilité ''entre la ''foi ''et la ''raison ''Non seulement entre les deux aucun rapport ne saurait s'établir, mais, en requérant l'adhésion à des ''mystères, ''c'est-à-dire à des vérités qui dépassent, et même, déconcertent l'intelligence, la foi se met en contradiction absolue avec la raison, si bien qu'on ''ne peut croire sans abdiquer ta raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480. — '''Réponse. '''— Nous avons déjà établi ailleurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn377 [377]] les ''rapports entre la foi et la raison, ''et nous avons constaté que la prétendue opposition invoquée par les rationalistes n'existe pas. « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, dit le ''concile du Vatican, ''il ne saurait pourtant y avoir jamais de véritable désaccord entre la foi et la raison. Car le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous étant le même que celui qui a mis la lumière de la raison dans l'esprit de l'homme, il est impossible que Dieu se renie lui-même ni qu'une vérité s'oppose à une autre vérité. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn378 [378]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, trois traits caractérisent les rapports entre la foi et la raison. — ''a) ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts. ''— ''b) ''Loin d'être en désaccord, ils doivent se prêter un ''mutuel concours. ''— c) Là où les deux principes se rencontrent, ''la foi est au-dessus de la raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA FOI ET LA RAI SON, PRINCIPES DISTINCTS. — ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts, ''deux voies, deux lumières données par Dieu à l'homme pour atteindre le vrai. D'où il suit que chacune a son domaine ''respectif. ''Le ''domaine de la foi, ''ce sont toutes les vérités de la révélation, parmi lesquelles les unes, — les mystères, — sont inaccessibles à la raison, tandis que les autres lui sont accessibles et n'ont été révélées par Dieu que pour être connues avec certitude de la masse des hommes qui autrement les aurait ignorées ou mal connues. Le ''domaine de la raison, ''ce sont les vérités, — sciences physiques, naturelles, histoire, littérature, etc., -— que la raison, seule et par ses propres forces, peut découvrir, où elle n'entre pas en contact avec la révélation, où par conséquent elle est maîtresse absolue et n'a pas à subir le contrôle de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PAS DE DÉSACCORD, MAIS MUTUEL CONCOURS. ''— S'il est vrai que les deux principes viennent de Dieu comme l'affirme la doctrine catholique, comment pourraient-ils être ''en désaccord? ''Comment le vrai pourrait-il s'opposer au vrai! Et non seulement il n'y a pas, il ne peut y avoir de désaccord entre la foi et la raison, mais elles se prêtent un ''mutuel concours. ''La raison précède la foi, elle lui prépare le terrain, elle construit les fondements intellectuels sur lesquels elle doit reposer. Puis, quand la foi est en possession de la vérité révélée, c'est encore la raison qui scrute et analyse, pour les rendre intelligibles, autant que faire se peut, les vérités qu'elle croit. A son tour, la foi éclaire la raison : elle l'empêche de s'égarer à travers la multiplicité des systèmes faux et condamnés par l'Église. Elle stimule et élève la raison en lui ouvrant de nouveaux horizons, en proposant à ses investigations le vaste champ des vérités surnaturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''LA FOI EST SUPÉRIEURE A LA RAISON. ''— Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de cette expression. Nous avons dit plus haut que la raison a son domaine propre sur lequel elle est maîtresse absolue. La subordination de la raison à la foi dont nous parlons ici ne concerne donc que le terrain ''mixte, ''et le terrain ''réservé à la foi. ''Sur le terrain ''mixte, ''c'est-à-dire dans les vérités qui, tout en relevant de la raison, appartiennent au domaine de la foi, parce qu'elles ont été révélées par Dieu, — par exemple, l'existence et la nature de Dieu, l'existence et la nature de l'âme, la création du monde, etc., — la raison doit se conformer aux enseignements infaillibles de l'Église, et reconnaître ses erreurs s'il y a lieu. A plus forte raison « dans le domaine ''supérieur ''où se trouvent les mystères qui la dépassent, la raison est obligée à une ''sujétion plus grande. ''Là, elle n'est réellement qu'un instrument; c'est ce que signifie cet adage que « la philosophie est la servante de la théologie». Il s'agit de la philosophie raisonnant sur les mystères. Et si cette expression, qui choque tant les philosophes modernes, était si souvent employée au moyen âge, c'est parce que c'était cette partie de l'exercice de la raison qui semblait la plus importante et sur laquelle se fixait l'attention. La science n'existait encore qu'à l'état d'embryon ; l'étude de la révélation divine paraissait l'étude la plus importante de toutes ; tout se rapportait à la théologie comme centre »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn379 [379]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 i. — Mais, ''objectent ''les rationalistes, les ''mystères, ''pour l'explication desquels vous réclamez le concours de la raison, sont absurdes. Prenez tous les dogmes fondamentaux de votre religion : un Dieu en trois personnes, le péché originel, un Dieu fait homme, la naissance virginale du Christ, la rédemption par la mort d'un Dieu sur une croix... Ne suffit-il pas de les énoncer pour constater qu'ils sont en ''contradiction avec la raison?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément les mystères sont ''au-dessus ''de la raison, mais ils ne sont pas ''contre. ''Il est vrai qu'ils paraissent et même qu'ils sont en contradiction avec les lois de la nature, mais cela ne prouve pas qu'ils contredisent notre raison. Cette contradiction n'existe que lorsqu'on ''déforme ''les dogmes par des conceptions fausses et des termes impropres. Prenons un seul exemple que nous emprunterons au livre de Sully Prudhomme sur « ''La vraie religion selon Pascal». ''Voici comment il expose le mystère de la Sainte Trinité, et la contradiction qu'il y relève. « Dire qu'il y a trois personnes en Dieu, c'est dire qu'il y a en Dieu trois individualités distinctes. D'autre part cependant, la formule du mystère déclare qu'il n'y en a qu'une, celle de Dieu même : le Père est Dieu, le Fils également ; le Saint-Esprit également ; les trois personnes divines ne sont qu'un seul et même être individuel. » — Si les théologiens présentaient le dogme sous cette forme, il est bien certain qu'il y aurait une contradiction dans les ternies. On ne saurait en effet concevoir ''trois individualités ''dans ''le même être individuel. ''Aussi n'est-ce pas ainsi qu'ils s'expriment. Laissant à Sully Prudhomme les termes ambigus d' « ''individualités ''» et « ''d'être individuel ''», ils disent que le mystère de la Sainte Trinité consiste dans le fait d'une ''nature unique ''subsistant en ''trois personnes, ''en d'autres termes, qu'il n'y a en Dieu qu'une seule nature, mais que cette nature est possédée par trois personnes. Que le critique ne comprenne pas, nous n'en sommes pas surpris, mais vraiment la contradiction ne se trouve que dans sa formule. C'est donc celle-ci qu'il faut réviser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ce que nous venons de faire pour le mystère de la Trinité, nous pourrions le faire et nous l'avons fait du reste pour les autres dogmes de la Religion catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn380 [380]]. Nulle part nous n'avons rencontré l'opposition entre la foi et la raison que voudraient y voir nos adversaires, et nous pouvons conclure que, si les dogmes dépassent la raison, ils ne la contredisent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La foi et la science. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''482. — Objection'''. — Les rationalistes prétendent qu'entre la ''foi ''et la ''science ''le ''conflit ''est non moins irréductible et plus apparent encore qu'entre la foi et la raison. Et ils en cherchent généralement la preuve dans les ''récits scientifiques de la Bible ''qu'ils s'efforcent de mettre en contradiction avec les données de la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''483. — Réponse.''' — Nous distinguerons deux points dans l'objection rationaliste : — a) la ''thèse ''qui affirme, d'un point de vue général, 'existence d'un soi-disant conflit entre la foi et la science, et — b) les ''applications ''qu'on en fait à la Bible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE. ''— Les rationalistes pensent qu'entre la foi et la science le conflit est irréductible de ce fait que la science a pour conditions le ''libre examen ''et la ''libre recherche ''de la vérité, tandis que la foi n'est libre ni dans sa ''méthode ''ni dans ses ''conclusions. ''« Nous ne pouvons trouver un procédé scientifique, dit Gunkel, que là où il s'agit de chercher la vérité et où le résultat n'est donné au préalable ni dans le détail ni dans l'ensemble, par quelque autorité que ce soit. » Ainsi, disent les rationalistes, de ce que le libre examen est la condition de toute recherche scientifique, il s'ensuit que le catholique, qui n'a pas le droit de commencer par douter de ses dogmes, sans cesser d'être catholique, ne peut fournir une démonstration scientifique ni de ses ''raisons de croire ''ni des ''choses qu'il croit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre à la thèse rationaliste, il importe de distinguer entre le domaine exclusif de la science et le domaine mixte de la science et de la foi. — a) S'agit-il du ''domaine exclusif ''de la raison et de la science, s'agit-il des sciences qui n'ont rien de commun avec la foi, il est clair que le savant catholique jouit de la même liberté que le savant protestant ou rationaliste. « Qu'importe pour la liberté d'esprit nécessaire au savant électricien qu'il croie au Coran, à la Bible, ou bien à l'infaillibilité du Pape? — A moins qu'on n'essaie de soutenir que l'électricien qui croit à l'infaillibilité du Pape doit par là même professer qu'il est obligé de croire ce que le Saint-Père lui ordonnera, même en matière d'électricité. A quoi on ne peut répondre qu'en renvoyant le libre penseur au catéchisme, où il verra nettement délimitées les matières sur lesquelles l'infaillibilité peut porter. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn381 [381]] — b) S'agit-il des ''questions mixtes ''où les conclusions de la foi peuvent s'opposer aux conclusions d'une certaine philosophie et d'une certaine science, le savant catholique ne semble pas, au premier abord, pouvoir faire œuvre de science, parce que, lié par sa foi, il reste toujours apologiste, parce que, ses conclusions lui étant commandées par ses croyances, il est obligé d'ordonner les faits et les textes dans le sens de ses idées préconçues. Mais l'antinomie entre la foi et la science, même sur ce domaine mixte, est moins grand qu'on ne le prétend. Pourquoi celui qui croit en Dieu, en la Providence, au miracle, à l'existence d'une âme spirituelle et libre, serait-il moins apte à comprendre les faits biologiques et les réalités historiques que l'athée, le matérialiste et le déterministe? S'il y a préjugé d'un côté, il y en a aussi de l'autre, et, s'il y a préjugé des deux côtés, en quoi celui de l'athée est-il plus conforme à la science, à la libre recherche de la vérité que celui du croyant? Par ailleurs, quel que soit le point de départ du croyant, et même s'il était vrai que sa méthode de démonstration fut moins scientifique, de quel droit pourrait-on rejeter ses ''conclusions, ''s'il n'a fait appel qu'à la science pour défendre ou démontrer une vérité qu'il possède par une autre voie, si ses arguments sont tirés de sa raison, et non de sa foi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'il y a ''tout un domaine ''où le croyant, tout en restant croyant, est capable de véritable esprit scientifique ; et — 2. ''un autre domaine ''où, en dépit d'une méthode moins libre, il peut arriver à des conclusions qui sont scientifiques, parce qu'elles s'appuient sur la science et nullement sur les données de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
484. — B. ''APPLICATIONS A LA BIBLE. ''— Pour prouver qu'il y a antagonisme entre la foi et la science, les rationalistes citent de nombreux passages de la Bible où les données de la révélation semblent .en opposition avec les données de la science. L'on pourra se faire une idée du soi-disant conflit par les trois exemples suivants tirés des descriptions cosmographiques, de la cosmogonie mosaïque et du récit du déluge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Descriptions cosmographiques. ''— Les termes que les écrivains sacrés emploient pour décrire le ciel, la terre1 et les divers éléments du globe, sont parfois en opposition avec les termes employés par les sciences de la nature. Prenons quelques exemples : — 1. La voûte céleste est représentée comme une enveloppe solide, et il est dit dans la ''Genèse ''(i, 6-7), que le firmament ''« ''sépare les eaux supérieures des eaux inférieures qui sont sur la terre», que « les écluses du ciel s'ouvrirent» ''(Gen., ''vii, 11) et laissèrent tomber des pluies torrentielles, alors que la science moderne a démontré qu'il n'y a pas de voûte céleste et que les pluies ne proviennent nullement de réservoirs placés au-dessus de nos têtes. — 2. Les astres sont décrits comme des points fixes placés « dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre et pour présider au jour et à la nuit ''» (Gen''., I, 17-18). — 3. La manière dont il est parlé, à certains endroits, du soleil, suppose qu'il tourne autour de la terre ''(Jos''., x'', ''13 ; ''Ecclé., ''xlviii, 23). L'''Ecclésiaste ''(i, 6) nous le montre qui « se lève », « se couche », « se hâte de retourner à sa demeure, d'où il se lève de nouveau ». — 4. La terre est conçue comme une surface convexe, creusée en forme de cuvette, pour contenir les mers dont les eaux sont retenues par des barrières dressées par Dieu à cette fin ''(Provo., ''viii,, 30), alors qu'elles sont simplement retenues par la pesanteur qui les attache à l'écorce terrestre. — 5. Le lièvre que les naturalistes classent parmi les rongeurs, est désigné comme ruminant dans le ''Deutéronome ''(xiv, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Cosmogonie mosaïque. ''— Les deux premiers chapitres de la Genèse où l'écrivain sacré nous raconte les origines des choses, dépeignent Dieu organisant le monde en six jours, par des actes immédiats, par la toute-puissance de sa parole et sans recourir à 1 action des causes secondes. Au contraire, ''l’hypothèse ''de Laplace suppose que les mondes se sont formés peu à peu, par une lente et progressive évolution[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn382 [382]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il s'agisse des descriptions cosmographiques ou de la cosmogonie mosaïque, y a-t-il vraiment opposition entre la Bible et la Science1? Bien certainement, il y aurait conflit entre les deux si la Bible devait être regardée comme un livre de science. Or il n'en est rien. Les auteurs sacrés ne poursuivent pas un but ''scientifique, ''mais un but ''religieux. ''Les choses de la science étant pour eux un point secondaire, ils parlent des phénomènes de la nature et de la formation du monde, selon les ''apparences ''et d'après les données de la science de l'époque où ils écrivent. Dana ces conditions, l'on ne saurait voir un conflit entre leur langage et celui de la science actuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Le Déluge. ''— Le récit biblique du déluge ''(Gen., ''vi et vii) a été combattu au nom de l'histoire naturelle, de l'ethnographie et de la géologie. Contre la thèse d'un ''déluge universel, ''qui aurait inondé toute la terre et englouti tous les hommes et tous les animaux, on ''objecte : ''— 1. qu'il n'y a pas sur la terre une masse d'eau assez considérable pour s'élever jusqu'au sommet des plus hautes montagnes dont l'altitude dépasse 8.000 mètres, que Dieu aurait dû donc la créer et la faire disparaître ensuite ; — 2. que Noé ne pouvait faire entrer dans l'arche un couple de tous les animaux existants ; — 8. que, si tous les hommes avaient péri à l'exception de la seule famille de Noé, on ne saurait expliquer la différenciation des races, blanche, noire et jaune qui, d'après les documents de l'histoire, était déjà un fait accompli trois mille ans avant Jésus-Christ ; — 4. que la terre ne porte aucune trace d'une telle inondation. Au contraire, les géologues constatent, par exemple sur les montagnes de l'Auvergne, des monceaux de cendre et de scories qui proviennent de volcans éteints avant l'apparition de l'homme et qui, dans l'hypothèse d'un déluge universel, auraient été certainement emportés par les eaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés que nous venons de signaler n'embarrassent guère l'apologiste, pour cette bonne raison que ''l’universalité absolue ''du déluge n'a jamais été enseignée par l'Église comme article de foi, et que dès lors les opinions ont libre cours. L'universalité du cataclysme décrit dans la Genèse peut donc s'entendre : — 1. dans ce sens que les eaux inondèrent seulement la terre habitée ; — 2. ou même dans ce sens plus restreint qu'elles ne firent périr que la race de Seth, et non l'humanité tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux systèmes, qui supposent que l'universalité du déluge fut ''relative, ''tout en s'accordant avec les sciences naturelles, ne sont nullement en contradiction avec le texte de la Genèse. Car l'écrivain sacré n'a pu vouloir parler des contrées, telles que l'Amérique et l'Australie ou autres, dont il y a tout lieu de croire qu'il ignorait l'existence. Du reste, il arrive souvent dans la Sainte Écriture que les expressions « la terre » et même c toute la terre » ne sont pas employées dans un sens absolu. Ainsi il est dit dans l'histoire de Joseph qu' « il y eut famine sur ''toute ''la terre » (''Gen., ''xxi, 57). De même, saint Luc nous montre réunis à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, « des hommes pieux de ''toutes ''les nations qui sont sous le ciel» ''(Act., ''ii, 5). Rien ne nous empêche donc, ni au point de vue de la foi, ni au point de vue de l'exégèse, de nous rallier à l'opinion d'un ''déluge restreint, ''contre la réalité duquel la science ne peut élever d'objection sérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION GÉNÉRALE. ''—Ainsi, les difficultés soulevées contre l'Église, au nom de la raison et de la science, pas plus que les nombreuses objections que nous avons rencontrées déjà au cours de ce long travail, ne sont de nature à ébranler le bien-fondé de nos dogmes, ni la valeur de nos raisons de croire. Et pourtant, l'on voudra bien nous rendre cette justice que, à aucun moment de notre démonstration, nous n'avons cherché à affaiblir les arguments de nos adversaires. Nous avons mis plutôt un certain scrupule à les présenter dans toute leur force. Si nous avons cru que c'était là une affaire de conscience vis-à-vis d'adversaires dont nous n'avons pas le droit de suspecter la bonne foi et la loyauté, il nous semblait aussi que c'eût été faire injure à la vérité que de la défendre par des moyens inavouables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Bainvel, art. ''Foi ''(Dict. d'Alès) ; ''La foi et l’acte de foi ''(Beauchesne). — Catherinet, ''Le rôle de la volonté dans l’acte de foi ''(Langres). — E. Julien, ''Le croyant garde-t-il sa liberté de penser? ''(Rev. pr. d'Ap. 1907). — Abbé de Broglie, ''Les relations entre la foi et la raison ''(Bloud). — Verdier, ''La révélation devant la raison ''(Bloud). — Ponsard, ''La croyance religieuse et les aspirations de la société contemporaine ''(Beauchesne). — Fonsegrive, ''L'attitude du catholique devant la science ''(Bloud). — Guibert, Les ''croyances religieuses et les sciences de la nature ''(Beauchesne). — Brucker, art. ''Déluge ''(Dict. d'Alès).&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Manuel d'apologétique - 3ème partie : La vraie Eglise</title>
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				<updated>2011-04-07T10:35:47Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Apologétique  | auteur                        = Abbé A. BOULENGER  | source                        = Manuel d’Apologé... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Troisième partie : la Vraie Église =&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la troisième partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
298. — Ainsi que l'indique le tableau qui précède, cette ''troisième Partie ''de l'Apologétique se partage en trois sections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION ''comprend deux chapitres groupés sous le titre général de « ''Recherche de la vraie Église ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conclusion à laquelle nous avons abouti, dans la seconde Partie, c'est que, entre toutes les religions actuelles qui revendiquent le nom de ''religion révélée, ''une seule porte les marques d'origine divine ; cette religion c'est la religion chrétienne. Mais cela ne suffit pas, et il reste à savoir où nous pouvons la trouver. Donc deux questions : Jésus-Christ ''a-t-il fondé ''une institution quelconque, une ''Église ''dont il nous soit possible de découvrir les traits essentiels dans l'Écriture, et à qui il ait confié le dépôt exclusif de sa doctrine! Dans l'affirmative, — et étant donné que plusieurs sectes prétendent être cette Église fondée par le Christ, — ''quelles sont les marques ''auxquelles nous puissions la discerner? ''Quelle est la vraie Église?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DEUXIÈME SECTION. ''— A vrai dire, lorsque l'apologiste a démontré que l'Église romaine est la vraie Église, son œuvre est terminée. Les deux autres sections sont donc en dehors de l'apologétique ''constructive, ''Nous les avons ajoutées pour répondre à des questions du plus haut intérêt et d'ailleurs généralement inscrites aux Programmes d'Instruction religieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde section, qui porte le titre général de « ''Constitution de l’Église ''», comprend deux chapitres : Le premier où l'on étudie» du point de vue théologique, la ''hiérarchie ''et les ''pouvoirs ''de l'Église ; le second, sur les ''droits ''de l'Église et ses ''relations ''avec ''l’État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''TROISIÈME SECTION. ''— La troisième section est consacrée à la défense de l'Église, non pas évidemment contre toutes les attaquée qui lui ont été faites, sur le terrain historique, philosophique et scientifique, mais contre les principales, et celles qu'on rencontre le plus couramment dans les livres et sur les lèvres des adversaires mal intentionné» ou mal informés. Cette section aura deux chapitres: 1° ''L'Église ''et l'''Histoire, ''et 2° l'''Église ''ou la ''Foi ''devant la ''raison ''et la ''Science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section 1 : Recherche de la vraie Église ==&lt;br /&gt;
== Chapitre 1 : Institution d'une Église ==&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notions préliminaires. Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''299.''' — '''I. Notions préliminaires. '''— Pour qu'aucune confusion ne naisse dans l'esprit, il importe, avant tout, de bien déterminer le sens des deux mots ''« royaume de Dieu» ''et ''«Église», ''dont l'usage sera fréquent au cours de ce chapitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Concept du royaume de Dieu. '''— L'expression « ''royaume de Dieu ''» ne revient pas moins de cinquante fois dans les Évangiles de saint Marc et de saint Luc. Saint Matthieu au contraire ne l'emploie que rarement (xii, 28 ; xxi, 31, 43) ; il lui substitue l'hébraïsme « ''royaume des cieux». ''Peu importe du leste : les deux expressions ont même sens. Le royaume de Dieu ou des cieux est bien le point contrai de la prédication de Jésus. L'on se rappelle que les Juifs, instruits par les oracles messianiques, attendaient depuis plusieurs siècles l'avènement d'un vaste ''Royaume ''appelé à s'étendre au loin, et d'un ''Roi ''que Jahvé enverrait pour le gouverner. L'établissement de ce royaume doit donc être l'œuvre propre du Messie. Mais ce royaume dont Jésus vient annoncer la venue, n'est pas tel que les Juifs se le représentent. Dans son ensemble il est la nouvelle religion, la grande société chrétienne que le Christ va instaurer, qu'il doit inaugurer sur cette terre jusqu'à ce qu'il en devienne le juge et le roi à son dernier avènement. Le royaume de Dieu a donc deux phases. Il est : — ''a) ''un ''royaume terrestre ''dans lequel pourront se grouper tous les sujets de l'univers, et — b) un ''royaume céleste, ''transcendant, qui sera établi dans le ciel, un ''royaume eschatologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''300. — 2°''' '''Concept de''' '''l'Église. '''— Étymologiquement, le mot ''Église ''(du grec « ''ekklêsia» ''assemblée), désigne une assemblée de citoyens convoquée par un crieur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS LE LANGAGE SCRIPTURAIRE, ''le mot est employé avec une double signification. — ''a) ''Au ''sens restreint ''et conforme à l’étymologie, il s'applique soit à ''l’assemblée ''des chrétiens qui tiennent leur réunion dans une maison particulière ''(Rom., ''xvi, 5 ; ''Col., ''IV, 15)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn251 [251]], soit à l’''ensemble ''des fidèles d'une même cité ou d'une même région : telles sont, par exemple, l'Église de Jérusalem ''(Act., ''viii, 1 ; xi, 22 ; xv, 24), l'Église d'Antioche ''(Act., ''xiv, 26 ; xv, 3 ; xxiii, 1), les Églises de Judée ''(Gal., ''I, 22), les Églises d'Asie (I Cor., xvi, 19), les Églises de Macédoine (II ''Cor., ''vin, 1). — ''b) ''Dans un ''sens général, ''le mot désigne la ''société ''universelle des disciples du Christ. Le mot est ainsi employé par saint Matthieu dans le fameux « ''Tu es Petrus... ''Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon ''Église ''» ( Mat., xvi, 18). Le même sens est assez fréquent dans les Actes (v, 11 ; viii 1, 3 ix, 31), dans les Épîtres de saint Paul (I ''Cor., ''X, 32 ; xi, 16 ; xiv, 1 ; xv, 9 ; ''Gal, ''i, 13 ; ''Eph., ''i, 23 ; V, 23 ; ''Col, ''i, 18), dans l'Épître de saint Jacques (v, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''DANS LE LANGAGE DES PÈRES, ''le mot ''Église ''se retrouve avec les deux mêmes sens — ''a) sens restreint, ''soit d'assemblée des fidèles : ex. Didachè (iv, 12) soit de groupement local ou régional des fidèles: ex. première Épître de saint Clément pape aux Corinthiens dans la suscription et XLVII, 6; — ''b) sens général, ''pour désigner l'ensemble des fidèles appartenant à la religion chrétienne : le mot se trouve ainsi employé dans les écrits du pape saint Clément, de saint Ignace, de saint Irénée, de Tertullien et de saint Cyprien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''D'APRÈS LA DOCTRINE CATHOLIQUE, ''le mot ''Église ''pris au sens général, s'entend de la ''société ''des fidèles qui professent la religion du Christ sous l'autorité du Pape et des Évêques — ''a) ''En tant que ''société, ''l'Église offre les trois caractères communs à toute société, à savoir une fin, des sujets aptes à atteindre cette fin et une autorité qui a la mission de les y conduire. — b) En tant que ''société religieuse, ''les caractères de l'Église sont d'une nature spéciale. La fin qu'elle poursuit est d'ordre surnaturel. Les sujets auxquels elle s'adresse sont considérés, non par rapport à leurs intérêts temporels, mais au seul point de vue du salut de leur âme. De même, l'autorité qui assume la direction est une autorité surnaturelle qui a reçu de Jésus-Christ un triple pouvoir: — 1 un pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner d'une manière infaillible la doctrine du Christ ; — 2. un pouvoir ''sacerdotal ''pour communiquer la vie divine par les sacrements; et — 3. un pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger tous les fidèles à ce qui est jugé nécessaire ou utile à leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
301, — ''Nota. ''— I. Il est facile de voir, par les deux notions qui précèdent, que le concept du royaume est beaucoup plus étendu que celui de l'Église. L'Église est quelque chose du royaume. Elle en est le côté visible et social, mais elle n'est pas tout le royaume, celui-ci ayant deux aspects : l'aspect terrestre et l'aspect céleste ou eschatologique (N° 299). Cependant l'Église, entendue au ''sens large, ''se confond avec le royaume de Dieu. Les théologiens distinguent en effet le ''corps ''et l’''âme ''de l'Église, c'est-à-dire, d'un côté, la communauté visible et hiérarchique des chrétiens, et, de l'autre, la société invisible, l'âme, à laquelle appartiennent tous ceux qui sont en état de grâce, quelque religion qu'ils professent. Ils comprennent en outre dans la notion d'Église, non seulement les fidèles de la terre (Église ''militante), ''mais aussi les élus qui sont au ciel (Église ''triomphante) ''et les âmes qui souffrent en Purgatoire (Églises souffrante). — 2. Au point de vue ''apologétique, ''et comme il est entendu dans ce chapitre, où nous recherchons si Jésus-Christ a institué une Eglise, ce mot ne s'applique qu'à la société ''visible ''et ''hiérarchique ''des chrétiens ici-bas, donc à la société considérée sous son aspect extérieur et social ''(sens général). ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''302. — II. Division du Chapitre'''. — Une double question doit faire l'objet de notre étude. 1° Tout d'abord nous avons à rechercher si Jésus ''a pu songer à fonder une Église '': c'est la ''question préalable. ''2° Puis, dans l'affirmative, nous aurons a établir, d'après les documents de l'histoire, quels sont les ''caractères essentiels de l’Église fondée par le Christ. ''D'où deux articles. Dans le premier, nous rencontrerons devant nous ''les rationalistes, ''les protestants ''libéraux ''et les ''modernistes. ''Dans le second, nous aurons les mêmes adversaires, et en plus, les Protestants ''orthodoxes ''et les ''Grecs schismatiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Question préalable : Que Jésus a pu songer à fonder une Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
303. — D'après les ''protestants libéraux ''et les ''modernistes, ''l'institution d'une Église ne pouvait pas être dans la pensée de Jésus, la prédication du Sauveur n'ayant d'autre but que l'établissement du royaume de Dieu. Le royaume de Dieu, en effet, tel que nos adversaires le conçoivent, est incompatible avec la notion catholique de l'Église. Le royaume de Dieu prêché par Jésus serait: — 1. un royaume ''purement spirituel, ''d'après les uns (Sabatier, Stapfer, Harnack) ; — 2. un royaume ''uniquement eschatologique, ''d'après les autres (M. Loisy). Nous allons examiner ces deux systèmes, et nous montrerons qu'ils sont une interprétation incomplète, et par conséquent ''fausse, ''de la pensée et de l'œuvre de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le système d'un royaume de Dieu seulement intérieur. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''304. — 1° Exposé du système'''. — Si nous en croyons Sabatier et Harnack, ''Jésus n'a jamais songé à fonder une Église, ''en tant que ''société visible. ''Il s'est borné à prêcher un royaume de Dieu ''intérieur ''et ''spirituel ; ''son unique préoccupation a été d'établir le règne de Dieu dans l'âme de chaque croyant, en produisant en lui une ''rénovation intérieure ''et on lui inspirant envers Dieu les sentiments d'un fils à l'égard de son Père. Dans sa race, dans son milieu, dans la génération de son temps, Jésus trouvait une religion exclusivement rituelle et formaliste. Sans doute, il un l'a pas interdite d'un seul coup ; mais ce côté extérieur de la religion, il l'a on visage comme secondaire. Ce que l'on peut au contraire regarder comme la grande nouveauté apportée par lui, comme l'élément original et qui lui appartient en propre, ce qui, en d'autres termes, est bien ''l'essence du christianisme, ''c'est la place prépondérante accordée désormais au sentiment. Ainsi le royaume de Dieu serait un royaume intime et spirituel, s'adressant aux besoins de l'âme, n'impliquant aucune adhésion à des dogmes, à des institutions positives et à des rites tout extérieurs, laissant donc toute liberté au ''sens individuel. ''D'où il suit que l'organisation du christianisme en société hiérarchique serait en dehors du plan tracé par le Sauveur ; l'Église serait une ''création humaine ''dont il appartient à l'histoire de découvrir les ''origines ''et les ''causes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''305. — 2° Réfutation'''. — Que la religion prêchée par le Christ, autrement dit, le royaume de Dieu soit surtout ''d'essence spirituelle, ''que la grande innovation du christianisme ait été la rénovation intérieure par la foi, la charité et l'amour du Père, que ces conceptions de Jésus aient créé un abîme entre le pharisaïsme alors régnant et la religion nouvelle, c'est ce dont nous aurions mauvaise grâce à ne pas convenir avec Harnack. Il ne faudrait pourtant rien exagérer, car, dans une certaine mesure, le royaume spirituel n'était nullement étranger à l'enseignement des prophètes, comme nous l'avons vu en étudiant l'argument prophétique (N° 248). Toutefois il n'en est pas moins vrai, — et c'est ce qu'il fait reconnaître avec Harnack, — que le royaume spirituel et intérieur est bien l'œuvre de Jésus. Alors que la voix des prophètes avait eu peu d'écho, Jésus seul eut assez d'autorité pour remonter le courant et opposer à la justice tout extérieure et matérielle du culte mosaïque la&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
justice du nouveau royaume où les vertus intérieures telles que l'humilité, la chasteté, la charité, le pardon des injures, occupent la première place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, ces justes concessions une fois faites, s'ensuit-il qu'il y ait lieu de conclure, avec Harnack, que le royaume de Dieu annoncé et établi par le Christ, soit un royaume ''purement individuel, ''une société invisible composée des âmes justes, et qu'il n'ait aucun caractère ''collectif ''et ''social? ''Est-on même en droit de prétendre que la ''perfection intérieure ''doit être considérée comme l’''essence du christianisme, ''parce que seule elle est l'œuvre du Christ? Il semble bien que non, et il y a dans cette manière de voir un sophisme que M. Loisy a relevé dans les termes suivants. « II y aurait, dit-il, peu de logique à prendre pour l'essence totale d'une religion ce qui la différencie d'avec une autre. La foi monothéiste est commune au judaïsme, au christianisme et à l'islamisme. On n'en conclura pas que l'essence de ces trois religions doive être cherchée en dehors de l'idée monothéiste. Ni le juif, ni le chrétien, ni le musulman n'admettent que la foi à un seul Dieu ne soit pas le premier et le principal article de leur symbole. . C'est par leurs différences qu'on établit la destination essentielle de ces religions, mais ce n'est pas uniquement par ces différences qu'elles sont constituées... Jésus n'a pas prétendu détruire la Loi, mais l'accomplir. On doit donc s'attendre à trouver dans le judaïsme et dans le christianisme, des éléments communs, essentiels à l'un et à l'autre... L'importance de ces éléments ne dépend ni de leur antiquité, ni de leur nouveauté, mais de la place qu'ils tiennent dans l'enseignement de Jésus et du cas que Jésus lui-même en a fait. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn252 [252]] Autrement dit, ce n'est pas parce que le Messie a enseigné que le « ''royaume de Dieu ''» devait être ''surtout ''spirituel, qu'il faut en conclure qu'il doit être ''exclusivement ''spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du reste, la chose apparaît tout à fait évidente si l'on prend soin de remettre le ''langage de Jésus ''dans les ''conditions de milieu ''et d'idées dans lesquelles il a été tenu. Si le Sauveur insiste tout particulièrement sur l'idée de perfection intérieure et de rénovation spirituelle, c'est qu'il doit corriger les conceptions fausses des Juifs. Ceux-ci attendent un royaume temporel ; ils se sont attachés dans les prophéties à l'élément secondaire (V. Nos 248 et 253) et ils croient à la restauration du royaume d'Israël. Le Messie veut donc redresser leurs conceptions fausses et leur faire comprendre que le royaume de Dieu qu'il est venu établir, n'est nullement un royaume temporel, qu'il n'est pas le triomphe d'une nation sur les autres, mais un royaume qui s'adresse à tous les peuples et dans lequel aura accès tout homme de bonne volonté qui pratique les vertus morales et intérieures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le royaume ne soit pas purement spirituel, qu'il ait au contraire un caractère ''collectif ''et ''social, ''c'est ce qui ressort surtout de nombreuses ''paraboles, ''qui sont, on le sait, une des formes les plus ordinaires sous lesquelles Jésus donne son enseignement. Il est clair, par exemple, que les paraboles où Notre-Seigneur compare le royaume au champ du père de famille sur lequel poussent à la fois le bon grain et l'ivraie (''Mat., ''xiii, 24, 30), au filet du pécheur où se confondent les bons et les mauvais poissons ''(Mat., ''xiii, 47), n'auraient aucun sens dans l'hypothèse d'un royaume purement intérieur et spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, le ''terme ''de ''royaume de Dieu ''ne serait-il pas bien ''impropre ''s'il fallait l'entendre du ''règne de Dieu dans l'âme individuelle? ''Ce n'est plus en effet d'un royaume qu'il s'agirait, mais d'autant de royaumes qu'il y aurait d'âmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de ce système s'appuient, il est vrai, pour prouver leur thèse, sur ce texte de saint ''Luc ''(xvi, 20) « ''Ecce regnum Dei intra vos est ''» qu'ils traduisent ainsi : « Le royaume de Dieu est ''en ''vous. » Mais ce texte comporte un autre sens, et il semble plus juste et plus en rapport avec le contexte de traduire : « Le royaume de Dieu est ''au milieu ''de vous. » D'après saint ''Luc, ''en effet, ce sont les pharisiens qui interrogent Notre-Seigneur. Comme ils lui demandent quand viendra le royaume de Dieu, il leur répond : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : il est là ; car voyez, le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Ainsi remise dans son cadre, la parole de Jésus paraît plutôt contredire le système d'un royaume purement intérieur que de le favoriser. S'adressant à des pharisiens qui étaient incrédules, qui, du fait qu'ils rejetaient l'Évangile, se mettaient en dehors du royaume, n'est-il pas évident que Jésus ne pouvait leur dire que ce royaume était en eux, c'est-à-dire dans leurs âmes? La pensée du Sauveur est donc tout autre. Se heurtant aux idées fausses de ses adversaires, qui s'imaginaient que la venue du royaume et du Messie serait accompagnée de signes éclatants, de prodiges extraordinaires dans le ciel, Jésus apprend aux pharisiens comment le royaume de Dieu doit venir. Il ne viendra pas, leur dit-il alors, comme une chose qu'on peut observer, comme un astre dont on pourrait suivre le cours, car le royaume sera surtout spirituel et se dérobera par conséquent à l'observation. Du reste, ajoute Notre-Seigneur, n'allez pas le chercher où il ne faut pas, car il est ''déjà venu, ''il est ''au milieu ''de vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la correcte interprétation du texte de saint Luc, ainsi que des raisons qui précèdent, il résulte donc que le royaume de Dieu ne peut être considéré comme un royaume ''purement spirituel, ''qu'il est au contraire ''collectif ''et ''social, ''et qu'on ne peut induire de là que Jésus n'ait jamais songé à fonder une ''Église visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. —. Le système d'un royaume de dieu purement eschatologique. =====&lt;br /&gt;
'''réfutation.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''306. — 1°''' '''Exposé du système.'''— Suivant M. Loisy, l'institution d'une Église n'a pu rentrer dans les desseins du Sauveur. Voici à peu près comment l'auteur de ''l’Évangile et l'Église ''entend le démontrer. A l'époque où parut Notre-Seigneur, c'était une idée courante parmi les Juifs, que le Messie aurait pour mission d'inaugurer le règne final et définitif de Dieu ou, si l'on aime mieux, le ''royaume eschatologique. ''Or, si l'on analyse les textes des Évangiles, du seul point de vue critique et sans les déformer par une interprétation théologique, il semble bien que Jésus partageait l'erreur de ses contemporains. En conséquence, sa prédication a eu un double but : —-1. ''annoncer la venue prochaine du royaume ''en même temps que la fin du monde qui devait en être l'accompagnement obligé ; et — 2. ''y préparer les âmes ''par le renoncement aux biens de ce monde et par la pratique des vertus morales capables de procurer la justice. Le Christ de l'histoire n'a donc pas pu songer à fonder une Église, c'est-à-dire une ''institution durable, ''puisque son œuvre n'était pas appelée à durer et qu'elle devait se terminer à brève échéance par l'avènement du royaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne saurait donc parler ''à l'institution divine de l'Église. ''Ce sont les ''circonstances ''et la ''non-réalisation ''du ''royaume eschatologique ''qui ont déterminé les disciples à corriger le programme de leur Maître, à « réinterpréter » ses paroles « pour accommoder à la condition d'un monde qui durait, ce qui avait été dit à un monde censé près de finir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn253 [253]]. D'où il paraît légitime de conclure que Jésus « annonçait le royaume, et c'est l'Église qui est venue.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn254 [254]] Cependant, d'après la ''théorie moderniste, ''si l'Église ne procède pas d'une pensée et d'une volonté expresse de Jésus, l'on peut dire cependant qu'elle se rattache à l'Évangile, en tant qu'elle fait suite à la société que Jésus avait groupée autour de lui en. vue du royaume. Elle est ainsi, en un certain sens, le résultat légitime, quoique inattendu, de la prédication du Christ, et rien n'empêche de voir, entre l'Évangile et l'Église, un rapport étroit, et de dire en toute vérité que l'Église continue l'Évangile»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn255 [255]]. En d'autres mots, Jésus avait groupé autour de sa personne un certain nombre de disciples à qui il donna la mission de préparer l'inauguration prochaine du royaume, et comme les événements ont trompé l'attente des apôtres, — le royaume si ardemment désiré et si impatiemment attendu n'étant pas venu, — la petite société a grandi et, en grandissant, elle a donné naissance à l'Église. L'on peut donc définir l'Église : la société des disciples du Christ, qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique, se sont organisés et adaptés aux conditions d'existence de l'heure présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait se demander ce que M. Loisy fait des textes évangéliques qui rapportent l'institution de l'Église. C'est bien simple. Comme les protestants libéraux, il les déclare sans valeur pour l'historien, et il en donne comme raison que « les textes qui concernent véritablement l'institution de l'Église sont des paroles du Christ glorifié ». Ces textes seraient donc des produits de la pensée chrétienne. Et M. Loisy conclut que « l'institution de l'Église par le Christ ressuscité n'est pas un fait tangible pour l'historien»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn256 [256]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''307. — 2° Réfutation'''. — N'ayant d'autre objectif que de préparer les âmes à la venue imminente du royaume des cieux et à sa parousie, le Christ ne pouvait songer à organiser une société durable : telle est l'idée maîtresse du système de M.Loisy. Or nous allons prouver que, pour soutenir une thèse aussi absolue, il est nécessaire de se livrer à un découpage de textes que rien n'autorise, et procéder à un choix inadmissible ou à une interprétation fantaisiste des passages de l'Évangile qui s'appliquent à l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considérons d'abord le ''point de départ ''Est-il vrai que les contemporains de Jésus n'aient eu d'autre idée que l'établissement du ''règne définitif ''de Dieu? Comme l'a fort bien démontré le P. Lagrange[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn257 [257]], l'on peut distinguer au contraire dans la littérature de l'époque deux manifestations de la pensée juive : celle que l'on trouve dans les ''apocalypses ''et celle des ''rabbins. ''Or, pas plus dans l'une que dans l'autre, le règne messianique n'est identifié avec le ''règne final ''de Dieu ; ni d'un côté ni de l'autre l'on ne se désintéresse de l'avenir d'Israël en ce monde. Il y a toutefois cette différence entre les deux que les auteurs apocalyptiques insistaient beaucoup plus sur le royaume eschatologique tandis que les rabbins, dans leur concept du règne messianique, attachaient une part plus importante au monde présent. Si, par conséquent, Jésus avait adopté les idées des apocalypses et n'avait voulu prêcher qu'un royaume purement eschatologique, il n'aurait pas manqué de corriger les croyances des rabbins Or cela, il ne l'a pas fait. De l'examen impartial des Évangiles il résulte au contraire que le Sauveur présente le royaume comme devant avoir une double phase : une phase terrestre avant la période de consommation finale. Il y a en effet de nombreux caractères par lesquels Jésus décrit le royaume, qui sont totalement inconciliables avec le royaume eschatologique et qui ne s'accordent qu'avec la vie présente. C'est ainsi que Jésus parle du royaume comme ''déjà inauguré. ''« Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est emporté de force», est-il dit dans saint ''Matthieu ''(xi, 12). Ainsi encore il réplique aux Pharisiens qui l'accusent de chasser les démons au nom de Belzébuth : « Que si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu à vous » ''(Mat., ''xii, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout dans les ''paraboles ''que l'enseignement de Jésus transparaît le plus. Le royaume y est représenté comme une ''réalité déjà existante ''et concrète, comme un royaume destiné à ''grandir ''et à se développer, — parabole du grain de sénevé ''(Mat., ''xiii, 31, 35; ''Marc, ''IV, 30, 32), — comme un royaume comportant le mélange des bons et des méchants, — paraboles du bon grain et de l'ivraie ''(Mat., ''xviii, 24, 30), du filet qui ramasse des poissons de toutes sortes, bons et mauvais ''(Mat., ''xiii 47, 50), des vierges sages et des vierges folles ''(Mat., ''xxiv, 1, 18). Autant de caractères qui ne sont pas applicables au royaume eschatologique et qui ne peuvent convenir qu'à un royaume déjà formé, susceptible de s'étendre et de se perfectionner, préparatoire à une autre forme de royaume qui, elle, sera la forme; définitive, où le bon grain seul sera engrangé, où le tri entre les bons et les mauvais poissons sera chose faite, et d'où les vierges folles seront exclues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela serait juste, ''répliquent ''alors les ''partisans du système eschatologique, ''si les textes allégués pour prouver l'annonce d'un royaume terrestre étaient ''authentiques. ''Mais, ils ne le sont pas. Ils ont été introduits dans la trame évangélique par la première génération chrétienne qui, ne voyant pas venir le royaume eschatologique attendu, n'a pas craint de travestir 1 enseignement du Sauveur pour mettre sa pensée et ses paroles en harmonie avec les faits. Qu'il y ait dans les Évangiles deux séries de textes : l'une ''eschatologique, ''l'autre ''non eschatologique, ''et que les textes qui annoncent la fin du monde et la parousie soient incompatibles avec ceux qui parlent d'un royaume terrestre, c'est ce que tout critique de bonne foi doit reconnaître. Mais si les deux séries sont exclusives l'une de l'autre, il faut donc choisir entre les deux et rechercher la tradition primitive, celle qui doit être attribuée à Jésus. Or, ajoute-t-on, il y a tout&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
lieu de croire que la série eschatologique seule représente la pensée authentique de Jésus, car elle n'a pu être inventée au moment où les événements venaient la démentir. La seconde série aurait donc été élaborée ultérieurement pour adapter l'Évangile du salut aux circonstances nouvelles imposées par le développement chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'objection des modernistes est plus spécieuse que solide. ''Ils ont raison sans doute, lorsqu'ils affirment qu'il y a dans les Évangiles deux séries de textes, mais sont-ils en droit de conclure que ces deux séries sont exclusives l'une de l'autre? N'y a-t-il pas plutôt un ''moyen de les concilier? ''Le nœud du problème est là. Si Jésus a annoncé la fin du monde et l'avènement du royaume eschatologique comme des choses imminentes, il y a sans contredit opposition entre les deux séries de textes. Jésus qui se serait mépris si gravement en montrant le royaume eschatologique dans un avenir tout proche, ne pourrait plus être l'auteur de la série non eschatologique. Mais la question est précisément de savoir s'il a présenté la fin du monde et la venue du royaume eschatologique comme des événements prochains. A la question ainsi posée nous pourrions d'abord répondre qu'il y a tout lieu de croire ''a priori ''que la conciliation est possible, car comment admettre que les Évangélistes rapportant les paroles de Notre-Seigneur, assez longtemps après qu'elles avaient été prononcées, auraient été assez maladroits pour introduire dans leurs récits des textes en contradiction avec ces paroles? De deux choses l'une. Ou bien les Évangélistes sont sincères ou ils ne le sont pas. Dans la première hypothèse, ils auraient reproduit fidèlement les paroles de leur Maître et nous n'aurions qu'une série de textes : la série eschatologique. Dans la seconde hypothèse, ils n'auraient pas manqué de supprimer la série eschatologique, puisque les événements lui donnaient tort, et ils lui auraient substitué purement et simplement la série non eschatologique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais voyons si les textes de la série eschatologique ne comportent pas d'autre explication que celle donnée par les modernistes Cela nous ramène à la célèbre prophétie sur la fin du monde dont nous avons parlé dans la seconde Partie (N° 260). Nous n'insisterons donc pas sur ce point. Qu'il nous suffise de rappeler que la parole de Notre-Seigneur « Cette génération ne passera pas avant que toutes ces choses ne s'accomplissent» ''(Mat, ''xxiv, 34 ; ''Marc, ''xiii 30 ; ''Luc, ''xxi, 32), invoquée par nos adversaires pour prouver que Jésus croyait à la fin imminente du monde, s'applique plutôt, d'après le contexte, à la ruine de Jérusalem et du peuple juif. Que les Évangélistes ne distinguent pas les deux catastrophes avec assez de netteté, que ''leurs récits ''concernant à la fois la fin du monde et la ruine du Temple ''manquent de précision, ''c'est ce qui n'est pas douteux. Et cela est si vrai que beaucoup de critiques ont pu croire que, entraînés par les idées courantes de leur milieu, les Apôtres s'étaient trompés sur la pensée de Jésus. Nous avons vu (p. 272) ce qu'il fallait penser de cette opinion. En toute hypothèse, on ne saurait admettre que Jésus lui-même ''ait commis l'erreur ''que nos adversaires lui imputent. Tout au contraire, il ne paraît pas douteux, — à s'en tenir aux simples données d'une sage critique littéraire, — que la catastrophe dont Jésus annonce la date prochaine et à laquelle la génération de son temps doit assister, c'est la ruine de Jérusalem et du Temple, tandis que l'époque de la seconde ne serait envisagée que dans une perspective beaucoup plus lointaine, puisque Jésus dit que « personne n'en connaît ni le jour ni l'heure » ''(Mat., ''xxiv, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux passages qui déclarent imminente la venue du Fils de l'homme sur les nuées du ciel ''(Mat., ''xvi, 28 ; xxvi, 64 ; ''Marc, ''ix, 1 ; ''Luc, ''ix, 27 ; xxii, 69), il est permis d'entendre par là la prédiction de ''l'admirable essor ''que prendra bientôt le règne messianique et dont la génération à laquelle Notre-Seigneur s'adresse sera témoin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn258 [258]]. Ainsi interprétés, ces textes se sont vérifiés à la lettre, vu que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite avec une merveilleuse rapidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De la discussion qui précède il n'est donc pas téméraire de conclure que, pas plus que le système d'un royaume purement intérieur et spirituel, le système d'un ''royaume exclusivement eschatologique ''n'est acceptable. Il n'est pas vrai de dire alors que Jésus n'a pu nullement envisager l'établissement d'une Église en tant que société visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus-Christ a fondé une Église. Ses caractères essentiels. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
308. — ''Position du problème ''— Il vient d'être démontré ci-dessus que « le royaume de Dieu» prêché par le Christ comporte une première période qui peut s'appeler la ''phase terrestre ''et préparatoire du royaume eschatologique. Or ce royaume comprend tous ceux qui acceptent la doctrine enseignée par Jésus. Il est par conséquent une ''société ''et c'est à cette société que nous donnons le nom ''à l'Église. ''La question qui se pose donc à présent, c'est de savoir quelle est la ''nature ''de cette société. Se compose-t-elle de membres égaux : auquel cas l'interprétation de la doctrine du Christ serait laissée à l'arbitraire du jugement individuel? Est-elle au contraire constituée sur le principe de la ''hiérarchie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn259 [259]], comprenant deux ''groupes distincts, ''l'un qui enseigne et gouverne, l'autre qui est enseigné et gouverné! Jésus a-t-il ''institué ''lui-même une ''autorité ''à laquelle il ait confié la charge d'enseigner authentiquement sa doctrine! Bref, le christianisme est-il « ''religion de l'esprit » ''ou « ''religion d'autorité ''»?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Protestants orthodoxes, ''que nous avons désormais devant nous, soutiennent la première hypothèse. Ils n'admettent pas que Jésus ait créé une ''autorité vivante. ''Les vérités à croire, les préceptes à suivre et les moyens de sanctification, tout serait abandonné à l'appréciation subjective de chaque croyant. Entre Dieu et la conscience Jésus n'aurait placé aucun intermédiaire obligatoire. Que si on leur demande alors pourquoi ils se groupent et tiennent des réunions; ils répondent que c'est tout simplement pour prier en commun, pour lire et commenter l'Evangile, pour pratiquer les rites du baptême et de la cène, et pour s'édifier mutuellement dans l'amour de Dieu et la charité fraternelle ''mais non pour obéir à une autorité constituée. ''C'est d'ailleurs sur ''l'histoire ''que les Protestants entendent appuyer leur point de vue. Nous verrons plus loin comment ils expliquent la création d'une hiérarchie, et partant, les ''origines du catholicisme ''(V. N° 312).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contre de telles affirmations il s'agit donc de prouver que Jésus a institué une ''hiérarchie permanente, ''— le collège des Douze et leurs successeurs, — à la tête de laquelle il a placé un chef unique, Pierre et ses successeurs : hiérarchie à laquelle il a octroyé une autorité gouvernante, revêtue d'une divine garantie: l’''infaillibilité doctrinale. ''Pour mieux atteindre notre but, nous décomposerons les questions dans les propositions suivantes. Nous prouverons : 1° que Jésus ''a fondé une hiérarchie ''en conférant aux Apôtres le triple pouvoir d'enseigner, de régir et de-sanctifier, qu'il a donc constitué une ''autorité vivante ; ''— 2° que cette hiérarchie est ''permanente, ''le triple pouvoir des Apôtres devant se transmettre à leurs successeurs ; — 3° que, à la tête de la hiérarchie, il a placé un ''chef unique ''(primauté de Pierre et de ses successeurs) ; — 4° qu'il a garanti la conservation intégrale de sa doctrine en octroyant à l'Eglise enseignante le privilège de ''l'infaillibilité. ''D'où quatre paragraphes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
309. — ''État de la question. ''— ''a) ''Les Protestants ''orthodoxes, ''avons-nous dit (N° 308), n'admettent pas que Jésus ait constitué à la tête de son Église une ''autorité vivante, ''mais ils concèdent l'historicité et même l'inspiration des textes évangéliques invoqués par les catholiques en faveur de leur thèse. — ''b) ''Au contraire, les ''rationalistes, ''les Protestants ''libéraux ''et les ''modernistes ''rejettent l'authenticité de ces textes. Ils prétendent qu'ils sont dus à un travail postérieur et rédactionnel d'auteurs inconnus et auraient été introduits dans la trame évangélique après les événements, c'est-à-dire au moment où l'institution d'une Église hiérarchique était un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique ''s'appuie donc sur un double argument: — 1. sur un ''argument tiré des textes évangéliques ''que nous sommes en droit d'invoquer contre les Protestants orthodoxes, et — 2. sur un ''argument historique, ''où nous aurons à réfuter la fausse conception des libéraux et des modernistes sur les origines de l'Église hiérarchique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''310. — 1° Argument tiré des textes évangéliques'''. — ''Nota. ''—Lorsque nous soutenons qu'il est possible de retrouver l'institution d'une ''Église hiérarchique ''dans les textes évangéliques, qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous ne voulons pas dire que Jésus a déclaré ''explicitement ''qu'il fondait une Église hiérarchique qui serait gouvernée un jour par les Évêques sous le principat du Pape. Des paroles aussi formelles n'ont pas été prononcées. I1 suffit, pour la démonstration de notre thèse, d'établir que nous on retrouvons l'équivalent dans ce double fait qu'il ''choisit Douze Apôtres ''et leur ''délégua des pouvoirs spéciaux à ''eux, à l'exclusion des autres disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CHOIX DES ''« ''DOUZE ''». — Tous les Évangélistes sont d'accord pour témoigner que, parmi ses disciples, Jésus en ''choisit douze ''qu'il nomme ses Apôtres ''(Mat., ''x, 2, 4 ; ''Marc, ''iii, 13, 19 ; ''Luc, ''vi, 13, 16 ; ''Jean, ''i, 35 et suiv.), qu'il instruit d'une façon toute particulière, à qui il dévoile le sens des paraboles qui restent incomprises de la foule ''(Mat., ''xiii, 11), qu'il associe déjà à son œuvre en les envoyant prêcher le royaume de Dieu aux fils d'Israël ''(Mat., ''x, 5, 42 ; ''Marc, ''vi, 7, 13 ; ''Luc, ''IX, 1,6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''P0UV0IRS CONFÉRÉS AU COLLÈGE DES DOUZE. ''— ''a) ''A ce ''collège des Douze, ''— à Pierre en particulier ''(Mat., ''xvi, 18, 19), à l'ensemble du collège (''Mat., ''xviii, 18), — Jésus commence par ''promettre ''le pouvoir de « ''lier ''dans le ciel ce qu'ils auront lié sur la terre », c'est-à-dire une ''autorité gouvernante ''qui les fera juges des cas de conscience, qui leur donnera la faculté de prescrire ou de défendre, et partant, de créer des obligations, si bien que celui qui n'écoutera pas l'Église sera regardé « comme un païen et un publicain» ''(Mat., ''xviii, 17). Mais, ''objectent ''les Protestants à propos de ce dernier texte, le mot Église est employé au verset 17 dans le sens restreint d'assemblée (N° 300), et dès lors, ce passage ne saurait servir d'argument en faveur de l'existence d'une autorité hiérarchique.— Nous ne contesterons pas que, dans le texte en question, le mot Église prête à deux interprétations. Il faut donc faire intervenir ici la règle de critique qui veut que tout passage obscur soit interprété d'après les autres passages parallèles qui sont plus clairs. Or il ne fait pas de doute que, dans les autres textes où il est question des pouvoirs accordés par Notre-Seigneur à son Église, cette concession ne concerne jamais que le collège apostolique. Il y a donc lieu de présumer le même sens pour le passage de saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Le pouvoir qu'il avait d'abord promis, Jésus le ''confère, ''peu de jours avant son Ascension, au collège des Douze, alors devenu le collège des Onze par la défection de Judas : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre, leur déclare-t-il. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » ''(Mat., ''xviii, 19,20). Ainsi le Christ accorde à ses Apôtres le triple pouvoir: — 1. ''d'enseigner : ''« Allez, enseignez toutes les nations » ; — 2. de ''sanctifier, ''par les rites institués à cet effet, en particulier, par le baptême ; — 3. de ''gouverner, ''puisque les Apôtres devront apprendre au monde à garder ce que Jésus a commandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu'on ''n'objecte ''pas encore que ce texte n'a aucune valeur sous prétexte que les paroles et les actes du Christ ressuscité ne peuvent être contrôlés par l'historien. Le préjugé rationaliste serait manifeste. Du moment en effet que la Résurrection peut être démontrée comme un fait historique et qu'elle est une réalité dont les Apôtres ont acquis la certitude, il y aurait autant de parti-pris à rejeter les paroles du Christ ressuscité que la résurrection elle-même. Du reste, les paroles du Christ ressuscité sont si bien liées avec les paroles de la promesse, que contester les unes c'est contester les autres, et que nier les unes et les autres c'est rendre inexplicable la conduite des Apôtres qui, après la mort de leur Maître, revendiquèrent le triple pouvoir ci-dessus mentionné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''311. — 2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— ''Préliminaires. ''— 1. Quelle que soit la valeur des textes évangéliques qui nous prouvent que l'Église n'est pas hors de la ligne de l'Évangile, il va de soi que la question de l'institution divine d'une Église hiérarchique est, avant tout, historique. Si l'histoire en effet nous apportait la preuve que la création de l'Église serait postérieure à l'âge apostolique, et aurait été le résultat de circonstances accidentelles, l'on aurait beau invoquer les textes de l'Évangile : nos adversaires seraient certes en droit de les considérer comme des interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les ''documents ''qui servent à l'étude du christianisme naissant sont les ''Actes des Apôtres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn260 [260]], les ''Épîtres de saint Paul[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn261 [261]], et pour la période sub-apostolique (c'est-à-dire pour les trois générations qui suivent les Apôtres) les écrits des ''Pères ''et des ''écrivains ecclésiastiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est parlé de « ''charismes ''» à maintes pages des Actes des Apôtres. Que faut-il entendre par là? Les charismes (grec « ''charis ''» et « ''charisma ''» grâce, faveur, don) sont des ''dons surnaturels ''octroyés par le Saint-Esprit en vue de la propagation du christianisme et pour le bien général de l'Église naissante. Ce sont des manifestations de l'Esprit Saint, parfois même étranges et désordonnées, telles que le don des langues ou ''glossolalie ''qui consistait à louer Dieu en langue étrangère et en des accents d'enthousiasme, exalté (Lire à ce sujet : I ''Cor., ''xiv). Les charismes auxquels on attachait le plus de prix étaient le don des miracles et le don des prophéties ; mais quelle qu'en fût la nature, ils étaient toujours des ''signes divins ''qui avaient pour but de confirmer la première prédication de l'Évangile. — 4. Nous allons exposer, en nous plaçant sur le seul terrain de l'histoire, les deux thèses, rationaliste et catholique, sur les ''origines de l’Église. ''La première que nous mettons sous l'étiquette générale de rationaliste, est, en réalité, le point de vue, non seulement des rationalistes, mais de tous les historiens protestants, orthodoxes ou libéraux, et des modernistes. Le meilleur exposé français en a été fait par A. Sabatier (''Les Religions d'autorité et la Religion de l'esprit, ''pp. 47-83, 4e éd.) En voici un résumé, aussi objectif que possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
312. — A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— ''Les origines de l'Église. ''— 1. La création d'une Église hiérarchique ne saurait être l'œuvre de Jésus. ''« ''Non seulement il n'a pas voulu cette Église, mais il ne pouvait même la prévoir, pour la bonne raison qu'il croyait venir aux derniers jours du monde et que tout ce développement historique du christianisme restait en dehors de son horizon de Messie.» — 2. Comme les Apôtres « attendaient de jour en jour le retour triomphant de leur Maître sur les nuées du ciel», ils vivaient « dans l'exaltation et la fièvre», se regardant i comme des étrangers et des voyageurs qui passent sans songer à aucun établissement durable ».— 3. Les premières communautés formées par les disciples du Christ n'eurent donc rien d'une société hiérarchique. « Les dons individuels (charismes) départis car l'Esprit aux divers membres de la communauté répondaient à tous les besoins. C'était l'Esprit agissant dans chaque fidèle qui déterminait ainsi les vocations et attribuait aux uns et aux autres, suivant la faculté ou le zèle de chacun, des min stères et des offices qui paraissaient devoir être provisoires.» — 4. Les premières communautés chrétiennes composées à l'origine • de membres égaux entre eux et distingués par la seule variété des dons de l'Esprit» deviennent avec le temps « des corps organisés, de véritables églises qui se développent et prennent d'abord des physionomies différentes, suivant la diversité des milieux géographiques et sociaux. L'assemblée des chrétiens se modèle, en Palestine et au delà du Jourdain, sur la synagogue juive... En Occident, elle semble plutôt reproduire la forme des collèges ou associations païennes, si nombreuses à cette époque dans les villes grecques. Cependant « les associations chrétiennes dispersées dans l'empire entretiennent entre elles des relations fréquentes… Il est donc naturel qu’elles aient eu dès le principe, la conscience très vive de leur unité spirituelle et qu’au dessus des Eglise particulières et locales ait apparu, précisément dans les lettres de l’apôtres aux païens, l’idée de ''l’Eglise de Dieu, ou du Christ une et'' ''universelle... ''L’unité idéale de l'Eglise tendra à devenir une réalité visible, par l'unité de gouvernement, de cul le et de discipline». — 5. Pour créer cette unité, deux conditions nécessaires manquent encore. Il faut d'abord que la chrétienté apostolique trouve Un centre fixe autour duquel les églises particulières puissent se grouper. Ensuite il faut qu'elles arrivent à tiret d'elles-mêmes une règle dogmatique et un principe d'autorité qui leur permette de vaincre toutes les hérésies et toutes les résistances». Or ces deux conditions se réalisèrent de la façon suivante. Après la destruction de Jérusalem en l'an 70, « la chrétienté gréco-romaine cherchait un centre nouveau autour duquel elle se pût grouper, elle ne devait pas hésiter bien longtemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grandes Églises d'Antioche, d'Éphèse, d'Alexandrie se faisaient équilibre et n'avaient d'autorité que sur les communautés de leur région. Seule une ville s'élevait au-dessus de toutes les autres et avait une importance universelle. Rome restait toujours la ville éternelle et sacrée... La capitale de l'empire était marquée à l'avance pour devenir la capitale de la chrétienté. » Voilà pour la première condition : le ''centre fixe, ''principe de l'unité hiérarchique, est trouvé. — 6. Les sectes nombreuses, entre autres, les grandes hérésies du ''gnosticisme, ''d'une part, et du ''montanisme, ''d'autre part, qui éclatent la première vers l'an 130 et la seconde, vers l'an 160, vont fournir l'occasion de remplir la seconde condition. L'on chercha et l'on découvrit « le moyen d'opposer à toutes les objections un ''déclinatoire, ''une sorte de question préalable qui faisait mieux que de réfuter l'hérésie, qui l'exécutait avant même qu'elle eût ouvert la bouche. Ce moyen, ce fut une confession de foi apostolique, un symbole populaire et universel, qui, devenant loi de l'Église, excluait de son sein, sans disputes, tous ceux qui se refusaient à le redire. Ce fut « la règle de foi », le Symbole dit des Apôtres qui vit le jour sous sa première forme, dans 1 Église de Rome, entre les années 150 et 160.» A partir de là seulement, le catholicisme avec son gouvernement épiscopal et sa règle de foi extérieure est fondé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, le christianisme aurait été d'abord « ''religion de l'esprit» ''n'ayant d'autre règle de foi que les ''charismes, ''c'est-à-dire les inspirations individuelles de l'Esprit Saint. Il n'aurait possédé, au début de son existence, ni hiérarchie, ni unité sociale et visible. Il n'aurait été indépendant ni des synagogues juives ni des associations païennes. Il ne serait devenu une ''religion d'autorité, ''il n'aurait eu sa hiérarchie que cent vingt ou cent cinquante ans après Jésus-Christ, à la fin du n° siècle, au temps &amp;quot;de saint Irénée et du pape saint Victor. Entre la mort de Jé3us et la constitution catholique de l'Église, l'histoire découvrirait donc une période intermédiaire où aucune organisation n'existait : période qu'on pourrait dénommer l'âge ''précatholique ''du christianisme. Il résulte de là que l'Église catholique ne saurait être d'institution divine. Sa naissance, son développement et les péripéties de son histoire, tout s'expliquerait par un concours de circonstances humaines. « Ce n'est qu'après que l'Église fut constituée en oracle infaillible... que l'on songea à justifier en théorie ce qui avait triomphé dans les faits. Le dogme ne consacre jamais que ce qui est déjà, depuis un siècle ou deux, passé en pratique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn262 [262]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
313. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. — Nota. ''— Avant toute discussion de la thèse rationaliste, il convient de remarquer, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, que les historiens catholiques ne prétendent nullement que l'on retrouve, à l'origine du christianisme, une Église tout organisée comme elle le sera par la suite. Requérir une pareille chose, ce serait vouloir que la semence jetée en terre devienne aussitôt un épi de blé avant de passer par les différentes phases de la germination. Les rationalistes concèdent qu'au début du me siècle, et même à la fin du second, l'Église possède une ''hiérarchie ''avec un ''centre d'unité ''et un ''symbole de foi. ''Notre enquête peut donc s'arrêter là. Il nous suffit dès lors de montrer que l'épi dont les historiens rationalistes constatent l'éclosion à la fin du second siècle, est le développement normal d'une semence confiée à la terre à l'origine du christianisme. Et, pour parler sans figures, nous prouverons ''qu'il n'y a pas eu d'âge précatholique, ''que les organes essentiels du christianisme postérieur, étaient précontenus dans le christianisme primitif, dès l'âge apostolique. Auparavant, nous allons reprendre, point par point, les divers articles du système rationaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
314. — ''a) Réfutation de la thèse rationaliste. ''— 1. Au ''point de départ, ''nos adversaires posent en principe que ''Jésus n'a pas pu songer à fonder une église, ''parce que la pensée de toute fondation durable était en dehors de son horizon messianique. C'est là un ''préjugé ''que nous avons réfuté précédemment (N° 307). Nous n'y reviendrons pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Est-il vrai, comme on l'affirme bien légèrement, que les Apôtres trompés par la prédication de Jésus et attendant la venue prochaine du royaume eschatologique, ne purent songer, pas plus que leur Maître, à ''une institution durable? ''S'il en était ainsi, si les Apôtres et les premiers chrétiens avaient été vraiment convaincus que le Christ leur avait annoncé l'imminence du royaume final, si tel était le dogme essentiel de leur foi, comment expliquer que cette première communauté ne se soit pas dissoute, dès que les faits lui démontrèrent que Jésus avait enseigné une erreur ? La chose paraît si évidente que des historiens libéraux, tels que Harnack, reconnaissent que l'Évangile était plus que cela, qu'il était quelque chose de nouveau, à savoir « la création d'une religion universelle fondée sur celle de l'Ancien Testament ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que les ''charismes ''ont fourni les premiers éléments d'organisation, est une hypothèse aussi dénuée de fondement. N'est-il pas évident, — et le fait n'est-il pas d'expérience quotidienne? — que l'inspiration individuelle n'aboutit jamais qu'à ''l'anarchie? ''Renan lui-même n'hésite pas à l'avouer. « La libre prophétie, écrit-il dans ''Marc Aurèle, ''les charismes, la glossolalie, l'inspiration individuelle, c'était plus qu'il n'en fallait pour tout ramener aux proportions d'une chapelle éphémère, comme on en voit tant en Amérique et en Angleterre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Il n'est pas plus juste de prétendre que les premières communautés chrétiennes n'eurent ''aucune autonomie ''et qu'elles n'étaient guère ''distinctes des synagogues ''ou des associations païennes. Sans doute, sur certains points secondaires, des concessions furent faites d'un côté comme de l'autre : c'est ainsi que les communautés composées exclusivement de Juifs convertis, « les judaïsants » furent autorisés à garder la pratique de la circoncision, tandis que les païens étaient admis au baptême sans passer par le judaïsme. Il fallait bien ménager les transitions. Mais ce qui n'en est pas moins vrai, c'est que le christianisme apparaît dès les premiers jours, comme une religion distincte, en dehors de la hiérarchie mosaïque, puisque les Apôtres se reconnaissent une mission religieuse, universelle, qu'ils ne tiennent pas des chefs du judaïsme. ''L'idée de l'Église une et universelle n'est donc pas une idée spéciale à saint Paul, ''encore qu'elle occupe une grande place dans son enseignement. Elle vient de ce fait que les Apôtres sont tous disciples du même Maître et prêchent la même foi, et si les différentes Églises du monde entier arrivent à ne former qu'une seule Église, c'est qu'elles procèdent toutes, par filiation, d'une même communauté primitive, de l'Église-mère de Jérusalem.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Il est faux de dire que la ''ruine de Jérusalem a déplacé le centre de gravité de la chrétienté, ''car déjà au temps des missions de saint Paul, bien avant par conséquent l'année 70, les communautés de la gentilité avaient répudié le ''judéo-christianisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn263 [263]] et n'avaient plus d'attache à la capitale de la Judée. Que Rome soit devenue alors la capitale de la chrétienté parce qu'elle était la capitale de l'Empire gréco-romain, c'est tout à fait vraisemblable. « Cette coopération de Rome, dit Mgr Batiffol, au rôle de la ''Cathedra Pétri, ''nous aurions mauvaise grâce à la contester ; nous faisons nos réserves sur les termes politiques dont on se sert pour la décrire, comme aussi sur la tendance à transformer en cause génératrice ce qui n'est qu'une circonstance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn264 [264]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Quant à l'influence attribuée au ''Symbole des Apôtres ''pour créer ''l'unité de foi ''de l'Église et pour réagir contre les hérésies naissantes, rien n'est plus contestable. Il n'est pas probable en effet que le texte romain qui était la profession de foi baptismale commune à Rome et aux églises de Gaule et d'Afrique, au temps de saint Irénée et même avant, fût imposé aux églises de la chrétienté grecque. Il y a tout lieu de croire même que celles-ci n'ont possédé aucun formulaire commun de leur foi avant le concile de Nicée (325). L'on ne peut donc soutenir que ce fut le symbole romain qui fut cause d'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rationalistes supposent que le Symbole des Apôtres aurait été rédigé à l'occasion des hérésies naissantes, en particulier du ''gnosticisme ''et du ''montanisme. ''Or il n'y a dans cette formule de foi aucune préoccupation antignostique, et les articles s'en retrouvent équivalemment dans des écrits antérieurs à l'hérésie gnostique, par exemple chez les apologistes comme saint Justin (vers 150), Aristide (vers 140) et saint Ignace (vers 110) ; on peut même dire que, tout au moins dans leur substance, ils font partie déjà de la littérature chrétienne de l'âge apostolique. A plus forte raison, le Symbole romain est-il indépendant du montanisme qui est une hérésie plus tardive et qui ne pénétra guère dans le monde chrétien d'Occident avant 180 : date à laquelle la formule du Symbole était déjà rédigée, de l'avis de nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315. — ''b) Preuves de la thèse catholique. ''— D'après les historiens catholiques, la hiérarchie de l'Église remonte à l'origine du christianisme. Comme nous en avons fait déjà la remarque (N° 313) il n'est pas douteux que l'Église ait connu le progrès dans les formes extérieures de son organisation, mais ce que nous affirmons, et ce qui est d'ailleurs le seul point en litige, c'est que l'évolution s'est faite normalement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''protestants ''et les ''modernistes ''admettent que, du temps de saint Irénée, du pape saint Victor et de la controverse pascale, l'Église possède une autorité enseignante et gouvernante, qu'elle est ''hiérarchique. ''Il nous sera facile de montrer qu'elle l'était bien avant, qu'elle le fut toujours et qu'il ''n'y a pas eu d'âge précatholique. ''Sans doute les documents sur lesquels s'appuie la thèse catholique, ne sont pas nombreux, mais ils sont d'un caractère décisif. Voici les principaux, énumérés dans l'ordre régressif. — 1. ''Témoignage de saint Irénée. ''A la rigueur, le témoignage de saint Irénée ne devrait pas être invoqué, puisque les rationalistes conviennent que, à cette date, l'Église hiérarchique était née. Si nous nous en servons, c'est qu'il est du plus haut intérêt et qu'il nous fait remonter beaucoup plus loin. Argumentant contre les hérétiques, saint Irénée présente le caractère hiérarchique de l'Église comme un ''fait notoire ''et ''incontesté, ''comme une fondation du Christ et des Apôtres. Or comment aurait-il pu revendiquer pour l'Église chrétienne une origine apostolique, si ses adversaires avaient été en état de lui apporter les preuves que la hiérarchie était de fondation récente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Témoignage de saint Polycarpe. ''De saint Irénée passons à la génération précédente. Nous trouvons le témoignage de saint Polycarpe qui, au milieu du second siècle, représente les pasteurs comme les ''chefs de la hiérarchie ''et les gardiens de la foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn265 [265]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Témoignages de saint Ignace d'Antioche ''(mort vers 110) et de ''saint Clément de Rome ''(mort 100). Avec ces deux témoignages nous arrivons au début du ne siècle et à la fin du Ier. Dans son Épître aux Romains, saint Ignace parle de l'Église de Rome comme du centre de la chrétienté: « Vous (Église de Borne), écrit-il, vous avez enseigné les autres. Et moi je veux que demeurent fermes les choses que vous prescrivez par votre enseignement » ''(Rom., ''iv, 1). Vers l'an 96, Clément de Rome, disciple immédiat de saint Pierre et de saint Paul, écrit une lettre aux Corinthiens où il donne de l'Église une notion équivalente à celle de saint Irénée, présentant la ''hiérarchie ''comme la ''gardienne de la Tradition, ''et l'Église de Rome comme la présidente universelle de toutes les Églises locales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Ainsi, de génération en génération, nous parvenons à l'âge apostolique. Nous avons ici, pour nous renseigner, les ''Actes des Apôtres. ''Les témoignages en sont clairs et précis : ils nous montrent avec évidence l'existence d'une société avec sa hiérarchie visible, sa règle de foi et son culte : — 1) ''sa hiérarchie visible. ''Dès la première heure du christianisme, les Apôtres jouent le double rôle de chefs et de prédicateurs. Ils choisissent Mathias pour remplacer Judas ''(Act, ''i, 12, 26).Le jour de la Pentecôte, saint Pierre commence ses prédications et fait de nombreux convertis ''(Act., ''ii, 37). Les Apôtres instituent bientôt des ''diacres ''à qui ils délèguent une partie de leurs pouvoirs (''Act., ''vi, 1,6); — 2) ''sa règle de foi. ''Incontestablement, parmi les premiers chrétiens, il y en eut qui furent favorisés des dons de l'Esprit Saint ou charismes, mais n'exagérons rien, et ne croyons pas pour autant que les premières communautés n'étaient que des groupes mystiques de Juifs pieux qui auraient reçu tous leurs dogmes des inspirations de l'Esprit Saint. Les charismes étaient des ''motifs de crédibilité ''qui poussaient les âmes à la foi ou entretenaient en elles la ferveur religieuse. Mais, loin d'être une règle de foi, ils restaient subordonnés au magistère des Apôtres et à la foi reçue. La preuve évidente en est que saint Paul en réglemente l'usage dans les assemblées (I ''Cor., ''xiv, 26) et n'hésite pas à déclarer qu'aucune autorité ne saurait prévaloir contre l'Évangile qu'il a enseigné (I ''Cor., ''xv, 1). Le christianisme primitif a donc sa règle de foi, et celle-ci lui vient des Apôtres. Sans doute elle n'est pas compliquée et tient en quelques points. Le thème général des prédications apostoliques, c'est que Jésus a réalisé l'espérance messianique, qu'il est le Seigneur à qui sont dus les honneurs divins et en qui seul est le salut ''(Act., ''iv, 12). C'est là une doctrine élémentaire, quoique susceptible de riches développements, que les apôtres imposent à tous les membres de la communauté chrétienne. Rien n'est laissé à l'inspiration individuelle. Que s'il surgit au sein de la jeune Église des sujets de controverse, le cas est déféré aux Apôtres comme à une autorité incontestée, à laquelle seule il appartient de trancher le point en litige ; — 3) ''son culte. ''La lecture des Actes des Apôtres nous témoigne abondamment que la société chrétienne possède et pratique des rites spécifiquement distincts de ceux du judaïsme: le baptême, l'imposition des mains pour conférer le Saint-Esprit, et la fraction du pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De cette longue discussion, il résulte bien que l'Église chrétienne est, au début de son existence, une ''société hiérarchisée, ''entendue au sens de la doctrine catholique (N° 300). Ce que les rationalistes appellent l'âge précatholique est un mythe. Mais si les Apôtres, aussitôt après l'Ascension de leur Maître, parlent et agissent en chefs, c'est qu'ils s'en croient le droit et les pouvoirs. Et s'ils se croient en possession de tels pouvoirs, c'est, selon toute vraisemblance, qu'ils les ont reçus de Jésus-Christ. Par conséquent, les ''textes de l’Évangile ''concordent avec les ''faits de l'histoire, ''et l'on ne voit plus, dès lors, de quel droit nos adversaires peuvent prétendre qu'ils ont été interpolés. C'est donc à juste titre que nous avons appuyé notre thèse sur un double argument, sur l'Évangile et sur l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §. 2. — Jésus-Christ a fondé une hiérarchie permanente. La succession apostolique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316. — ''État de la question. ''— Nous avons établi, dans le paragraphe précédent, que Jésus-Christ a fondé une Église hiérarchique du fait qu'il a institué une autorité enseignante et gouvernante dans la personne des Apôtres. Il s'agit maintenant de savoir si la juridiction conférée aux Apôtres était ''transmissible, ''et, dans le cas affirmatif, ''à qui ''la succession devait échoir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici encore deux thèses sont en présence : la thèse ''rationaliste ''et la thèse ''catholique. ''— ''a) ''D'après la première, la hiérarchie n'étant pas d'institution divine, la question de la transmission de la juridiction apostolique ne se pose pas. C'est seulement le besoin qui aurait créé l'organe ; l’''épiscopat serait une institution purement humaine. ''Nous verrons plus loin à quelles circonstances les rationalistes en attribuent l'origine. — b) D'après la thèse ''catholique, ''les évêques, pris en corps, sont, de ''droit divin, les successeurs des Apôtres. ''Ils ont recueilli les pouvoirs du collège apostolique et jouissent de ses privilèges. La thèse catholique s'appuie sur un double argument : — 1. sur ''un argument tiré des textes évangéliques ''et — 2. sur ''un argument historique ''où nous aurons à réfuter la thèse rationaliste sur les origines de l'épiscopat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Argument tiré des textes évangéliques. — Les textes de l'Évangile doivent nous servir à traiter la ''question de droit, ''qui est de savoir si l'autorité apostolique était ''transmissible. ''Or la chose paraît découler, d'une manière évidente, des textes déjà invoqués, et en particulier, des paroles par lesquelles .Notre-Seigneur met les Apôtres à la tête de son Église. Ne leur dit-il pas en effet : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commande : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »? ''(Mat., ''xxviii, 20). Jésus donne à ses Apôtres la mission de prêcher l'Évangile à ''toute ''créature, de baptiser et de régir son Église ''jusqu'à la fin du monde. ''Voilà une tâche qui ne saurait être remplie par ceux à qui elle est confiée. Il suit donc de là que les pouvoirs conférés aux Apôtres n'ont pu être limités ni dans l'espace ni dans le temps, et que, par conséquent, dans la pensée du Christ, ils devaient se transmettre aux successeurs des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Argument tiré de l'histoire. '''— Comme on peut le remarquer, nous avons insisté peu sur l'argument scripturaire, sur la ''question de droit. ''C'est que, on se le rappelle, nos adversaires s'accordent à récuser tous les textes qui rapportent les paroles du Christ ressuscité. Ils ne considèrent donc que la ''question de fait. ''Dans leur théorie « c'est à l'histoire et à l'histoire seule, en dehors de tout préjugé dogmatique, qu'il convient de demander les origines de l'épiscopat »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn266 [266]]. Nous allons résumer, en quelques points, comment ils expliquent ces origines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317. — A ''THÈSE RATIONALISTE.-— Les origines de l’épiscopat. ''— 1. D'après la thèse rationaliste, les membres des premières communautés chrétiennes étaient ''tous égaux ''(V. N° 312). Tous ils formaient un « ''peuple élu», ''un peuple de prêtres et de prophètes. — 2. L'on peut cependant distinguer dans la société chrétienne primitive « deux grandes classes d'ouvriers occupés à l'œuvre de Dieu ; d'une part, les hommes de la parole : les ''apôtres, ''les ''prophètes, ''les ''docteurs ; ''de l'autre, les ''anciens, ''les ''surveillants ''ou ''épiscopes, ''lès ''diacres ''». Les premiers étaient au service de l'Église générale et ne relevaient que de l’Esprit qui les inspirait. Les seconds étaient, au contraire, les employés élus de chaque communauté particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. « Non seulement on ne trouve au début aucune institution formelle de l'épiscopat ni d'une hiérarchie quelconque, mais les noms ''d'episcopi ''et de ''presbyteri ''sont équivalents et désignent les mêmes personnes.» « L'histoire authentique ne mentionne aucun exemple d’évêque constitué par un apôtre, et auquel un apôtre aurait transmis, par cette institution, soit la totalité, soit une partie de ses pouvoirs.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn267 [267]] Les pouvoirs d’enseigner et de gouverner étaient réservés à ceux qui étaient favorisés de charismes. C'est seulement petit à petit que les épiscopes ou presbytres, préposés d'abord à l'administration temporelle des Églises, se seraient emparés des pouvoirs d'enseigner et de gouverner, primitivement réservés aux Apôtres et à tous ceux qui jouissaient de charismes. D'après la thèse rationaliste, il ne faut donc pas parler de pouvoirs conférés par Jésus-Christ. Le christianisme est une démocratie où l'ensemble des chrétiens détient le pouvoir et le délègue à ses élus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn268 [268]]. L'autorité passe d'abord du peuple des fidèles au conseil des Anciens, aux ''seniores ''ou presbytres, puis de ceux-ci elle passe au plus influent d'entre eux qui devient l'Évêque unique, L'épiscopat serait par conséquent, selon le mot de Renan et de Harnack, une institution humaine née de la médiocrité de la masse et de l'ambition de quelques-uns : c'est la médiocrité qui aurait fondé l'autorité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn269 [269]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 — B. ''TRÈSE CATHOLIQUE. — a) ''Le ''point de départ ''de la thèse rationaliste qui suppose que les membres des premières communautés étaient ''égaux ''a été réfuté précédemment (N° 315).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La distinction établie entre les deux classes d'ouvriers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn270 [270]] qui travaillent à l'œuvre chrétienne, entre ce qu'on a appelé la hiérarchie ''itinérante ''et la hiérarchie ''stable, ''n'est pas contestable. Mais c'est à tort que les rationalistes y cherchent une preuve contre l'origine divine de l’épiscopat, comme nous allons le voir dans la discussion du troisième article de leur thèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Avec le troisième point où l'on tente d'expliquer les ''origines de l'épiscopat ''par une série de crises et de transformations, nous arrivons au cœur de la question. On prétend qu'il n'y avait, au début, aucune institution de l'épiscopat et on en donne comme preuves : — 1. que les deux termes ''episcopi ''et ''presbyteri ''sont équivalents, et — 2. que l'histoire ne mentionne ''aucun exemple d'évêque monarchique ''constitué par un apôtre et auquel il ait transmis la totalité ou une partie de ses pouvoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Que les mots ''episcopi ''et ''presbyteri ''aient été d'abord synonymes, la chose paraît bien évidente. Ainsi, —pour ne donner qu'un exemple, — saint Paul écrit dans sa ''Lettre à Tite : ''« Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout organiser, et que, selon les instructions que je t'ai données, tu établisses des ''presbytres ''dans chaque ville. Que le sujet soit d'une réputation intacte... Car il faut que ''l’évêque ''soit irréprochable, en qualité d'administrateur de la maison de Dieu» ''(Tit., ''i, 5, 7). Il est apparent que dans ce passage, les deux mots ''presbytre ''et ''évêque ''sont employés indistinctement l'un pour l'autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai encore que. au premier abord, nous ne retrouvons pas les traces de l’''évêque monarchique, ''tel qu'il existera par la suite. Les presbytres ou épiscopes, que les Apôtres mettent à la tête des communautés fondées par eux, forment un conseil, le ''presbyterium, ''chargé de gouverner l'église locale ''(Act., ''xv, 2, 4 ; xvi, 4 ; xxi, 1.8). Ces presbytres avaient-ils les pouvoirs que l'évêque monarchique aura plus tard ou étaient-ils de simples prêtres ? Les documents de l'histoire ne permettent pas de solutionner le problème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn271 [271]]. Il importe peu du reste, car la question n'est pas là. Qu'avons-nous à rechercher en effet ? Uniquement si les Apôtres ont, oui ou non, ''délégué ''de leur vivant les ''pouvoirs ''qu'ils détenaient de Jésus-Christ, de façon à s'assurer des successeurs lorsqu'ils viendraient à mourir. Tel est bien, il nous semble, le seul point qui nous intéresse et sur lequel nous devons faire la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous dit que les pouvoirs étaient attachés aux ''charismes, ''et que, pour cette raison, ils n'étaient pas transmissibles, les charismes étant incommunicables. Sans nul doute, les charismes étaient des dons de circonstance, des dons ''personnels, ''venant directement de l'Esprit, donc incommunicables. Mais il ne faut pas confondre ''pouvoirs apostoliques ''et ''charismes. ''Si ceux-ci ont accompagné ceux-là, ils n'en ont pas été le principe. Les charismes étaient des signes divins qui appuyaient l'autorité, mais ils ne la constituaient pas. Les Apôtres avaient donc reçu de Jésus-Christ des ''pouvoirs indépendants des charismes, ''donc ''transmissibles. ''Consultons maintenant les ''faits ''et voyons s'ils les ont ''transmis. ''— 1. Interrogeons tout d'abord les ''Épîtres de saint Paul. ''Elles nous apprendront que, tout en se réservant l'autorité suprême dans les Églises qu'il fondait (I ''Cor, ''v, 3 ; vii, 10, 12 ; xiv, 27, 40 ; II ''Cor., ''xiii, 1, 6), saint Paul confie parfois ses pouvoirs à des délégués. Ainsi il commissionne Timothée pour instituer le clergé à Éphèse ; il lui donne les pouvoirs d'imposer les mains et d'appliquer la discipline (I ''Tim., ''v, 22). De même, il écrit à Tite ces mots que nous avons cités plus haut : « Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de tout ''organiser... ''» ''(Tit., ''i, 5). Timothée et Tite reçoivent donc la mission d'organiser- les églises et les pouvoirs ''d'imposer les mains, ''c'est-à-dire les pouvoirs épiscopaux. — 2. La ''première lettre de Clément de Rome ''à l'Église de Corinthe nous apporte encore un exemple très précieux de la transmission des pouvoirs apostoliques. La lettre de Clément était destinée à rappeler à l'ordre la communauté de Corinthe qui avait destitué des prêtres de leurs fonctions. Dans ce but, il leur déclare que, de même que Jésus-Christ a été envoyé par Dieu, les Apôtres par Jésus-Christ, de même des prêtres et des diacres furent établis par les Apôtres : on leur doit, de ce fait, la soumission et l'obéissance. , Après quoi il conclut que « ceux qui furent établis par les Apôtres, ou après, par ''d'autres hommes illustres, ''avec l'approbation de toute l'Église... ne peuvent être démis de leurs fonctions sans injustice. » On ne saurait proclamer plus clairement le principe et le fait de la transmission des pouvoirs apostoliques. Qu'est-ce que ces ''hommes illustres ''qui ont établi des prêtres et des diacres, sinon les délégués ou les successeurs des Apôtres? Ces successeurs ne portent pas encore le nom d'évêques : ce sont des ''hommes illustres, ''faisant partie, comme les Apôtres, du clergé itinérant et jouant le rôle d'évêques. Qu'importe que le titre fasse défaut, du moment que la fonction existe1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Considérons maintenant ''l'Église du ''IIe ''siècle. ''Nous venons de découvrir, dès l'âge apostolique, le ''germe ''de l'épiscopat. Tout au début du IIe siècle, nous allons en constater l'éclosion. L'existence de l'épiscopat monarchique nous est attestée par de nombreux témoignages : — 1) ''Témoignage de saint Jean. ''Au début de son ''Apocalypse, ''saint Jean écrit qu'il va rapporter ses révélations sur les « sept Églises qui sont en Asie : à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée » ''(Apoc., ''i, 1-11). En conséquence, sept lettres sont destinées à l'ange de chacune de ces églises. ''Qui est cet ange? ''On s'accorde à dire qu'il ne peut s'agir de l'ange gardien de ces églises, puisque les lettres contiennent des blâmes à côté des éloges, des exhortations et des menaces : ce qui ne saurait s'appliquer à des esprits célestes. Selon toute vraisemblance, ces ''anges ''sont donc les ''chefs spirituels ''des églises, anges du Seigneur, dans le sens étymologique du mot (''aggelos'' = messager, envoyé), qui jouissaient des pouvoirs de l'évêque, sans en porter encore le nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) ''Témoignage de saint Ignace d'Antioche. ''Au témoignage de saint Ignace qui date des dix premières années du second siècle, il y avait un évêque non seulement à Éphèse, à Magnésie, à Tralles, à Philadelphie, à Smyrne, mais dans beaucoup d'autres églises. La hiérarchie est du reste déjà en possession tranquille. L'histoire ne nous apporte pas les traces de crises et de révolutions par lesquelles aurait passé l'épiscopat avant de conquérir les pouvoirs qui lui sont reconnus. « En dehors de l'évêque, des prêtres et des diacres il n'y a pas d'église », écrit saint Ignace à l'église de Tralles (iii, 1).— ''3)Témoignage tiré des listes épiscopales ''dressées, l'une par Hégésippe dans ses ''Mémoires, ''l'autre par saint Irénée dans son ''Traité contre les hérésies. ''Sous le pontificat d'Anicet (155-166), Hégésippe voulant connaître l'enseignement des diverses Églises et en vérifier l'uniformité, entreprit un voyage à travers la chrétienté. Il s'arrêta dans un certain nombre de villes, en particulier à Corinthe et à Rome. A Rome, il établit la liste successorale des Évêques jusqu'à Anicet... Malheureusement cette liste a été perdue et nous n'en connaissons des extraits, que par l'historien Eusêbe. Au contraire, la seconde liste, dressée par saint Irénée, est intacte, et on peut la dater des environs de 180. L'Évêque de Lyon se propose de combattre les hérésies, et particulièrement, le gnosticisme. Pour cela il s'appuie sur la tradition et pose en principe que la règle de foi doit être cherchée dans l'enseignement des Apôtres inaltérable ment conservé par l'Église. A cette fin, il déclare qu'il peut « énumérer ceux que les Apôtres instituèrent évêques, et établir la succession des évêques jusqu'à nous ». Et comme « il serait trop long de donner le catalogue de toutes les églises », il ne veut « considérer que la plus grande et la plus ancienne, l'église connue de tous, fondée et organisée à Eome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul ». Il dresse alors la liste épiscopale de Rome jusqu'à Eleuthère : les bienheureux apôtres (Pierre et Paul), Lin, Anenclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter, Eleuthère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''contre l'historicité de ces listes épiscopales, que les noms des évêques varient de catalogue à catalogue, et que la ''liste ''de saint Irénée diffère de la liste du ''catalogue ''« ''Libérien» ''dressé, en 354, par Philocalus, sous le pape Libère. — II est vrai qu'il y a entre les deux listes quelque divergence : ainsi le catalogue « Libérien » fait suivre Lin immédiatement de Clément et dédouble Anenclet en Clet et Anaclet. De telles variantes sont assez minimes pour qu'on n'y attache pas une trop grande importance, et il y a par ailleurs tout lieu de croire qu'elles sont le fait des copistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc tirer de ce qui précède les conclusions suivantes: — 1. Des textes de l'Évangile et des documents de la primitive Église il résulte que les ''pouvoirs apostoliques ''étaient ''transmissibles ''et ont été ''transmis. — ''2. Les Apôtres ont communiqué leurs pouvoirs à des ''délégués ''en élevant certains disciples à la plénitude de l'Ordre et en leur donnant la mission, soit de diriger les Eglises qu'ils avaient eux-mêmes fondées, soit d'en fonder et d'en organiser de nouvelles. 3. il est dès lors faux de prétendre que l'épiscopat soit né de la médiocrité des uns et de l'ambition des autres. Ce n'est pas la « médiocrité qui a fondé l'autorité», c'est l'Évangile. Les Évêques ont été institués pour recueillir la mission et les pouvoirs dont Jésus-Christ avait investi ses Apôtres. ''Pris en corps, ''les ''Évêques ''sont par conséquent les ''successeurs du collège apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. Jésus-Christ a fondé une Église monarchique. Primauté de Pierre et de ses successeurs. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319. Nous avons démontré, dans les deux paragraphes précédents, que l'Église fondée par Jésus-Christ n'est pas une démocratie qui comporte l'égalité des membres, qu'elle est une ''société hiérarchique ''où il y a des chefs qui détiennent leurs ''pouvoirs, ''non du peuple chrétien, mais de ''droit divin. ''Une autre question se pose encore. ''l’autorité souveraine ''qui appartient à l'Église enseignante réside-t-elle dans le ''corps des Evêques ''ou dans ''un seul ''de ses membres? L'Église est-elle une ''oligarchie ''ou une ''monarchie [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn272 [272]]? A la tête de son Eglise Jésus-Christ a-t-il constitué un ''chef suprême? ''La négative est soutenue par les Protestants et les Grecs schismatiques. Cependant ces derniers et un certain nombre d'Anglicans concèdent que Pierre reçut une primauté ''d'honneur ''et non une primauté de ''juridiction[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn273 [273]]. Les catholiques prétendent le contraire. Ils affirment que Jésus-Christ a conféré la ''primauté de juridiction à saint Pierre, ''et dans sa personne, à ses ''successeurs. ''Les deux points de la thèse catholique que nous devons établir séparément, s'appuient sur un argument tiré des ''textes évangéliques ''et sur un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''320 — I. ''Premier Point.''''' — '''La Primauté de Pierre. '''- ''Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l'Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Argument tiré des textes évangéliques. '''— La primauté de Pierre découle des paroles de la ''promesse ''et des paroles de la ''collation.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PAROLES DE LA PROMESSE. ''— Les paroles par lesquelles Notre-Soigneur ''promit ''la primauté de juridiction à saint Pierre, furent prononcées à Césarée de Philippe. Jésus avait interrogé ses disciples pour savoir quelle opinion l'on se faisait de sa personne. Et Pierre, en son propre nom, et d'une inspiration spontanée, avait confessé que « Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C'est alors que le Sauveur lui adressa ces paroles fameuses : « Tu es heureux, Simon, fils d« Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (''Mat., ''xvi, 17,19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce texte trois choses doivent être relevées, qui vont à la démonstration de la thèse catholique : — ''a) ''Tout d'abord il convient de remarquer que Jésus ''change le nom ''de Simon en celui de Pierre. Or le changement de nom est, d'après l'usage biblique, le signe d'un bienfait. Ainsi, Abram fut appelé Abraham, lorsque Dieu voulut contracter alliance avec lui et le désigner comme le père des croyants (''Gen''., xvii'','' 4, 5). — b) Dans le cas présent, le ''nouveau nom, ''donné à Simon, ''symbolise la mission ''dont Jésus veut le revêtir. Simon s'appellera désormais Pierre, parce qu'il doit être la ''pierre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn274 [274]], la roche sur laquelle Jésus veut fonder son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn275 [275]]. Ce qu'est le rocher par rapport à l'édifice, Pierre le sera par rapport à la société chrétienne, à l'Eglise du Christ : fondement ferme qui assurera la stabilité à toute la construction, roc inébranlable qui défiera les siècles et sur lequel viendront se briser « les portes de l'enfer» autrement dit, les assauts du démon. — ''c) ''Enfin les ''dés du royaume des deux ''sont remises entre les mains de Pierre- Nous ne nous arrêterons pas aux pouvoirs de lier et de délier ; ils ne sont pas en effet, la propriété exclusive de Pierre ; il les partage avec les autres apôtres. Mais la remise des clés est un ''privilège insigne et spécial, ''elle confère un pouvoir absolu. Le royaume des cieux est comparé à une maison. Or, — cela va de soi, — seul, celui qui a les clés et ceux à qui ce dernier veut bien ouvrir, ont accès à la maison. Voilà donc Pierre constitué le seul intendant de la maison chrétienne, l'unique introducteur au royaume de Dieu. Inutile d'insister plus : la promesse du Christ est trop claire pour qu'il reste un doute sur sa signification. Seul Pierre change de nom, seul il est appelé le fondement de la future Église, seul il en recevra les clés : si les mots ont un sens, c'est bien la primauté de Pierre qu'ils signifient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''suivant leur tactique habituelle, que le passage en question est ''inauthentique ''et qu'il a été interpolé au moment où l'Église avait déjà vécu tin certain temps et avait accompli son évolution vers la forme catholique. Ils en voient la preuve dans ce fait que saint Matthieu est le seul à rapporter les paroles de Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— L'argument tiré du silence de Marc et de Luc est purement négatif. Il n'aurait de valeur que si l'on pouvait prouver que le passage devait être rapporté par eux et était commandé par le sujet qu'ils traitaient. Or une telle démonstration ne peut être faite, et le silence des deux synoptiques doit être attribué à des motifs littéraires qui ne comportaient pas l'introduction du texte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321. — B. ''PAROLES DE LA COLLATION. ''— Le pouvoir suprême que Jésus avait commencé par ''promettre ''à Pierre, deux passages de l'Évangile nous attestent qu'il le lui a effectivement conféré. — ''a) Mission donnée à Pierre de confirmer ses frères. ''Quelque temps avant sa Passion, Jésus annonce aux Apôtres leur prochaine défaillance, mais en même temps qu'il prédit celle de Pierre, il lui déclare qu'il a spécialement prié pour lui : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » ''(Luc, ''xxii, 31-32). Ainsi, lorsque les Apôtres, d'abord vaincus par la tentation, se seront relevés de leur chute, purifiés par l'épreuve qui aura retranché de leur âme les faiblesses du passé, tel le crible qui sépare la paille du froment, Jésus donne à Pierre la mission de confirmer ses frères. Une telle mission implique évidemment la primauté de juridiction. — ''b) Pierre reçoit la charge du troupeau chrétien. ''La scène se passe après la Résurrection. Voici comment saint Jean la rapporte ''(Jean, ''xxi, 15, 17). Par trois fois Jésus demande à Pierre s'il l'aime ; par trois fois, Pierre proteste de son amour et de son inviolable attachement. Alors le Sauveur, se sentant à la veille de quitter ses disciples par son Ascension, remet à Pierre la garde de son troupeau. Il lui confie le soin de la chrétienté tout entière, à la fois des agneaux et des brebis. « Pais mes agneaux », lui dit-il deux fois, puis une troisième fois : « Pais mes brebis». Or, d'après l'usage courant des langues orientales, le mot paître veut dire ''gouverner. ''Paître les agneaux et les brebis c'est donc gouverner avec une autorité souveraine l'Église du Christ ; c'est en être le chef suprême ; c'est ''avoir la primauté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''322. — 2°''' '''Argument historique. '''— A ne considérer la question que du seul point de vue historique, nous retrouvons, en face l'une de l'autre, les deux thèses, ''rationaliste ''et ''catholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. THESE RATIONALISTE. — ''D'après les rationalistes, le texte : ''Tu es Pierre ''et sur cette pierre je bâtirai mon Église « n'a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnée, qu'au iiie siècle, lorsque les Évêques de Rome en eurent précisément besoin pour soutenir leurs prétentions naissantes »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn276 [276]]. La primauté de saint Pierre, prétendent-ils, n'a nullement été reconnue par les autres apôtres, et en particulier par saint Paul, car ce dernier, non seulement ne recense pas toujours Pierre le premier (I ''Cor., ''i, 12 ; iii, 22) ; ''Gal''., ii, 9), mais il ne craint même pas de « lui résister en face » ''(Gal''., ii, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les ''Actes des Apôtres ''fournissent à l'historien catholique de nombreux témoignages qui attestent que Pierre a ''exercé sa primauté ''dès les premiers jours de l'Église naissante. — 1. Après l'Ascension, c'est Pierre qui propose le remplacement de Judas pour compléter le collège des Douze ''(Act., ''i, 15, 22). — 2. Le premier, il prêche l'Évangile aux Juifs le jour de la Pentecôte ''(Act., ''ii, 14 ; iii, 6). — 3. Le premier, éclairé par l'ordre de Dieu, il reçoit les Gentils dans l'Église ''(Act., ''x, 1). — 4. Il visite les Églises ''(Act., ''ix, 32). — 5. Au Concile de Jérusalem, il clôt la longue discussion qui s'est engagée, en disant que la circoncision ne doit pas être imposée aux païens convertis, et personne ne fait opposition à son avis ''(Act., ''xv, 7, 12). Et si Jacques parle après lui, ce n'est pas pour discuter son opinion, mais uniquement, parce que, préposé à l'Église de Jérusalem, il juge qu'il y a lieu d'imposer aux Gentils quelques prescriptions de la loi juive dont l'infraction pourrait scandaliser les chrétiens d'origine juive qui forment la masse de son Église[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn277 [277]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On nous ''objecte, ''il est vrai, que saint Paul ''n'a pas reconnu la primauté de Pierre. ''— Comment se fait-il alors que, trois ans après sa conversion, il ''soit venu ''à Jérusalem ''pour le visiter (Gal., ''i, 18, 19). Pourquoi est-il allé à Pierre, plutôt qu'aux autres, plutôt qu'à Jacques qui présidait à l'Église de Jérusalem? N'est-ce pas une preuve évidente qu'il le ''regardait comme le chef des Apôtres? ''— S'il en était ainsi, ''réplique-t-on, ''pourquoi ne le nomme-t-il pas toujours le premier? — La chose est bien simple, c'est que saint Paul ne recense jamais ''ex professo ''le collège apostolique, et ne fait que citer quelques noms en passant. Parfois aussi, comme au passage (I ''Cor., ''I, 12), il lui arrive de suivre une ''gradation ascendante, ''puisque, après Pierre, il nomme le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, et c'est là un terrain d'attaque cher aux rationalistes, oubliez-vous le ''conflit d'Antioche ''où Paul ne craignit pas de résister en face à Pierre? — Pour que nos adversaires ne nous accusent pas de diminuer ''l'importance du conflit, ''nous allons le rapporter d'après les propres paroles de saint Paul. « Quand Képhas vint à Antioche, écrit-il aux Galates (II, 11-14), je m'opposai à lui en face, parce qu'il était visiblement en faute. En effet, avant l'arrivée de certaines personnes d'auprès de Jacques, il mangeait avec les Gentils. Mais quand elles furent arrivées, il se retira et se tint à l'écart, par crainte de ceux de la circoncision. Et les autres Juifs s'associèrent à son hypocrisie, en sorte que Barnabé aussi fut entraîné par leur duplicité. Mais quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non pas à celle des Juifs, comment peux-tu contraindre les Gentils à vivre en Juifs? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on peut le constater, le ''conflit ''est né de la fameuse question, soulevée par les judaïsants, de savoir si la loi mosaïque avait gardé son caractère obligatoire et s'il était exigé de passer par la circoncision pour entrer dans l'Église chrétienne. Or, — qu'on remarque bien ce point, — les deux Apôtres ont toujours été d'accord pour répondre que non : il n'y a donc pas eu conflit entre eux sur le ''terrain dogmatique. ''Et voici où le litige va surgir. Il arriva que saint Pierre, pour ne pas provoquer les récriminations des judaïsants, s'abstint de manger avec les Gentils qui s'étaient convertis sans passer par le judaïsme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certainement une telle manière de faire pouvait être interprétée en sens divers. — 1. Ou bien l'on pouvait y voir une simple ''mesure de prudence que ''justifiait le but poursuivi. S'adressant à des milieux différents, l'un, apôtre des circoncis, l'autre, des incirconcis, faut-il s'étonner que saint Pierre et saint Paul aient eu à adopter, dans les questions de discipline, des attitudes différentes? N'est-il pas raconté par ailleurs dans les Actes des Apôtres, que saint Paul, placé à l'occasion dans une circonstance identique, n'a pas agi autrement, et qu'en dépit de ses convictions, il a circoncis Timothée, à cause des Juifs qui étaient dans ces contrées (de Lystres et d'Iconium: ''Act., ''xvi, 3). — 2. Ou bien l'on pouvait prendre la conduite de saint Pierre pour de ''l'hypocrisie ''et de la ''lâcheté : ''et c'est ainsi que la chose fut jugée par saint Paul. Il sembla à ce dernier que, pour éviter les conséquences regrettables de l'attitude de Pierre, il était de son devoir de le reprendre. Nous nous trouvons donc dans un ''cas de correction fraternelle ''faite par un inférieur, et dans laquelle ce dernier, selon toute apparence, manqua de mesure et de déférence, emporté sans doute par un zèle excessif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que si saint Paul attachait une telle importance à la conduite de saint Pierre, objecterons-nous à notre tour aux rationalistes, n'est-ce pas, de toute évidence, que son influence sur les églises était plus grande et moins incontestée? L'argument des rationalistes retourne donc contre eux, et le conflit d'Antioche, loin de prouver contre la primauté de Pierre, nous en apporte un nouveau témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324.— II. ''Deuxième point. ''— '''La primauté des successeurs de saint Pierre. '''— La primauté conférée par Jésus à saint Pierre était-elle un ''don personnel, ''une sorte de ''charisme? ''Ou était-elle un ''pouvoir transmissible ''et devant échoir à ses successeurs? Et dans ce dernier cas, quels devaient être les successeurs de Pierre? Nous répondrons à ces questions en montrant dans les deux thèses suivantes : 1° que ''la primauté de Pierre tait un pouvoir permanent, ''et 2° que les ''successeurs de Pierre sont les Évêques de Borne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Thèse I.''''' '''La primauté de Pierre était transmissible. '''— Cette proposition s'appuie sur un ''argument tiré des textes de l'Évangile ''et sur un ''argument historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Argument tiré des textes évangéliques. ''— Du texte de saint ''Matthieu ''(xvi, 17, 19) invoqué précédemment pour pouvoir la primauté (N° 320), il résulte que Pierre a été choisi pour être le ''fondement ''de toute l'Église et ''qu'il a reçu les clés ''du royaume des cieux. Or le fondement doit durer aussi longtemps que l'édifice lui-même. Et comme Jésus a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20), il faut en déduire que la primauté, principe et fondement de l'édifice, doit durer autant que celui-ci, et que Pierre doit transmettre son autorité à ses successeurs. L'autorité suprême sera d'ailleurs d'autant plus requise que l'Église se développera et étendra ses rameaux plus loin : plus une armée est nombreuse, plus elle a besoin d'un chef suprême qui la commande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Argument historique. ''— Si la primauté de Pierre a été recueillie par ses successeurs, l'histoire doit en témoigner. Mais comme cette question se confond avec celle de savoir quels furent les successeurs, nous renvoyons à la seconde proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
325. — '''''Thèse II.''''' '''Les successeurs de Pierre dans la primauté sont les Évêques de Rome'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn278 [278]]. — Pour prouver cette thèse, il faut établir deux choses : 1° que ''Pierre est venu à Rome ''et peut être considéré comme le premier Évêque de l'Église de Rome ; et 2° que la primauté des Évêques de Rome, ses successeurs, ''a toujours été reconnue dans tonte l’Église. ''La question est donc tout historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''La venue et la mort de saint Pierre à Rome. '''— ''État de la question. ''— 1. Il s'agit de rechercher si Pierre est venu dans la capitale du monde romain et s'il y a fondé une communauté chrétienne. Point n'est besoin de démontrer qu'il y est resté un laps de temps plus ou moins long, ni d'une façon continue[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn279 [279]]. Il ne faut pas en effet se représenter l'Église primitive sous la forme de l'Église actuelle. Les Apôtres étaient des missionnaires qui se souvenaient de la parole de leur Maître : « Allez, enseignez toutes les nations. » En face d'un champ aussi vaste ouvert à leur activité, il serait bien étrange de les trouver attachés à une résidence fixe. Ils étaient donc, ici ou là, partout où ils pouvaient jeter, avec espoir de moisson, la semence de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le fait de la venue et de la mort de saint Pierre à Rome était nié autrefois par les critiques rationalistes et protestants, qui voyaient dans cette contestation un excellent argument contre la primauté de l'Évêque de Rome. Mais la faiblesse de leurs arguments était telle que Renan n'hésita pas à reconnaître, dans un appendice à son volume L'''Antéchrist ''(1873), comme une chose « très admissible que saint Pierre fût venu à Rome » et même à regarder « comme probable le séjour de Pierre à Rome ». Les critiques actuels vont plus loin et ne font plus de difficultés pour soutenir le point de vue catholique. Citons quelques lignes du plus illustre d'entre eux : « Le martyre de Pierre à Rome, écrit M, Harnack –(''Chronologie) ''a été combattu jadis en vertu de préjugés protestants tendancieux... Mais que ce fût une ''erreur, ''cela est évident aujourd'hui pour tout chercheur qui ne s'aveugle pas. » « Aujourd'hui, dit encore le même critique dans un Discours prononcé en 1907 devant l'Université de Berlin, nous savons que cette venue (de Pierre à Rome) est un fait bien attesté, et que les commencements de la primauté romaine dans l'Église remontent jusqu'au IIe siècle. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''thèse catholique, ''qui affirme que saint Pierre est ''venu ''à Rome, qu'il y a fondé l'Église romaine et qu'il y reçut le martyre, n'étant plus sérieusement contestée, il nous suffira dépasser rapidement en revue les principaux témoignages sur lesquels elle s'appuie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voici, en suivant l'ordre régressif, et siècle par siècle, — ''a) Au début du ''IIIe ''siècle, ''nous avons les témoignages du prêtre romain Caius et de Tertullien. — 1. Caius, écrivant contre Proclus, disait : « Je puis vous montrer les monuments des apôtres. Que vous veniez au Vatican ou sur la voie d'Ostie, vous aurez sous les yeux les monuments des fondateurs de notre Église. » Ce passage, qui date des environs de l'an 200, prouve qu'à cette époque on était persuadé que les tombeaux du Vatican et de la voie d'Ostie gardaient les reliques de saint Pierre fit de saint Paul, fondateurs de l'Eglise romaine et martyrs sous Néron. — 2. Tertullien, à la même époque, discutant contre les gnostiques, rappelle le martyre que, sous Néron, saint Pierre et saint Paul subirent à Rome, le premier sur la croix, le second par le glaive du bourreau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''A la fin du ''IIe ''siècle. ''— 1. Saint Irénée écrivait en Gaule : « Ce sont les apôtres Pierre et Paul qui ont évangélisé l'Église romaine... et c'est pour cela qu'entre toutes elle est la plus antique, la plus connue, tenant des apôtres sa tradition : c'est pour cela que chaque Église doit se tourner vers elle et reconnaître sa supériorité. » — 2. Denys de Corinthe, écrivant aux Romains, en 170, leur disait : « Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis -ensuite ensemble pour l'Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Parmi les ''Pères apostoliques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn280 [280]] nous avons les témoignages de saint Ignace et du pape saint Clément. — 1. Saint Ignace d'Antioche venait d'être condamné aux bêtes et avait été envoyé à Rome pour y subir le dernier supplice. Ayant appris que la communauté romaine avait entrepris des démarches pour le sauver, il lui écrivit de n'en rien faire, l'adjurant en ces termes : « Ce n'est pas comme Pierre et Paul que je vous commande ; eux, ils étaient apôtres et moi je ne suis plus qu'un condamné. » « Ces paroles, dit Mgr Duchesne, ne sont pas l'équivalent littéral de la proposition : saint Pierre est venu à Rome. Mais supposé qu'il y soit venu, saint Ignace n'aurait pas parlé autrement ; supposé qu'il n'y soit pas venu, la phrase manque de sens. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn281 [281]] — 2. Saint Clément. Ecrivant aux Corinthiens entre 95 et 98, il met en relief les souffrances des deux apôtres Pierre et Paul « qui restent chez nous le plus beau des exemples». Ainsi saint Clément qui est romain, qui envoie sa lettre en qualité d'évêque de Rome, insiste sur cette circonstance, que les actes d'héroïsme qu'il décrit se sont passés sous ses yeux, que le martyre de saint Pierre et de saint Paul a été d'un grand exemple « chez nous», c'est-à-dire à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) Au temps des Apôtres, ''nous avons le ''témoignage de saint Pierre ''lui-même, qui date de Babylone la première Épître adressée aux fidèles d'Asie (I ''Pierre, ''v, 13). Or « Babylone, dit Renan, désigne évidemment Rome. C'est ainsi qu'on appelait dans les chrétientés primitives la capitale de l'Empire ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
326. — A la thèse catholique les Protestants ''objectent ''que saint Luc dans les ''Actes des Apôtres, ''saint Paul dans son ''Épître aux Romains, ''Flavius Josèphe qui rapporte la persécution de Néron, ne font pas mention de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Réponse'''. ''— Nous avons déjà observé que l'argument tiré du silence n'a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l'historien et aurait dû être mentionné par lui. Or — 1. pour ce qui concerne saint Luc, l'objection est sans fondement pour la bonne raison que les ''Actes des Apôtres ''ne décrivent que les débuts de l'Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu'à partir du chapitre xiii, il n'est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d'être complets, c'est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d'Antioche. — 2. Il n'y a pas lieu de s'étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son ''Épître aux Romains : ''ses autres Épîtres nous montrent qu'il n'avait pas l'habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu'il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur, évêque. — 3. Josèphe déclare qu'il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s'il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l'incendie de Rome et du meurtre de Sénèque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''Le fait de la ''venue ''et du ''martyre ''de saint Pierre à Rome n'est donc contredit par aucune objection sérieuse. Il est au contraire démontré par de nombreux témoignages qui, de génération en génération, nous conduisent à l'âge apostolique. Nous pourrions ajouter encore que le fait est confirmé par les ''monuments ''qui attestent la présence à Rome du Prince des Apôtres, tels que les deux chaires de saint Pierre, dont l'une est conservée au baptistère du Vatican, les peintures et les inscriptions des Catacombes, datant du IIe siècle, et où son nom est mentionné. Mais il n'est pas nécessaire d'insister, puisque aussi bien la thèse catholique n'est pas contredite par les critiques sérieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
327. — 2° '''Les Évêques de Rome ont toujours eu la primauté. '''— Puisque saint Pierre peut être considéré comme le premier Évêque de Rome, sa primauté devait se transmettre aux héritiers de son siège : c'est la ''question de droit. ''Mais il nous faut examiner la ''question de fait ''et demander à l'histoire s'il en a été ainsi. Le point est de la plus haute importance, car si les documents de l'histoire nous démontraient que primitivement la primauté des évêques de Rome n’était pas reconnue, la ''question de droit ''serait fortement en péril. Il ne faut donc pas trop s'étonner que les rationalistes, protestants et modernistes, aient pris à tâche de prouver, par l'histoire, que la primauté des Évêques de Rome n'est pas d'origine primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE RATIONALISTE. ''— La thèse des ''rationalistes ''tient en quelques mots. Suivant leur théorie, il n'y aurait eu, à l'origine, aucune distinction entre les évêques : ils auraient tous joui d'une autorité égale. Pou à peu ils se seraient arrogé une puissance plus ou moins grande et relative à l'importance de la ville où était leur siège. Il arriva donc tout naturellement que les évêques de Rome, qui habitaient la capitale de l'Empire, furent considérés comme les chefs de l'Église universelle. A cette raison majeure s'ajoute un heureux ensemble de circonstances, telles que l'ambition des évêques romains, leur prudence dans le jugement des causes soumises à leur arbitrage et les services qu'ils rendirent lorsque l'Empire s'écroula. La primauté de l'Évêque de Rome ne serait née qu'à la fin du u' siècle, lorsque le pape Victor, pour terminer la controverse qui s'était élevée à propos du jour où l'on devait célébrer la fête pascale, « lança en 194, un édit impérieux qui retranchait de la communion catholique et déclarait hérétiques toutes les Églises d'Asie ou d'ailleurs qui ne suivraient pas, dans cette question de la Pâque, la coutume romaine »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn282 [282]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
328. — B. ''THÈSE CATHOLIQUE. ''— Les historiens ''catholiques ''prétendent au contraire que la primauté de l'Évêque de Rome a toujours été ''reconnue ''dans l'Église universelle. Au commencement du IVe ''siècle, ''la primauté de la Chaire romaine est un ''fait incontesté. ''A cette époque il est manifeste que les évêques de Rome ''parlent et agissent en pleine conscience de leur primauté. ''Le pape Sylvestre envoie ses légats pour présider le concile de Nicée (325). Jules I déclare que c'est à Rome que doivent être jugées les causes des évêques. Le pape Libère, à qui l'empereur Constance demande de condamner Athanase, — ce qui prouve qu'il lui en reconnaît le droit, — se refuse à le faire. De même, les Pères sont unanimes à ''admettre la primauté de l’Évêque de Rome. ''Saint Optât de Milet, argumentant contre les Donatistes qui prétendaient que l'Église se composait des seuls justes et que la sainteté était la marque essentielle de l'Église, répond que l'unité est une note non moins essentielle et qu'il est absolument indispensable de rester en communion avec la Chaire de Pierre. Saint Ambroise regarde également l'Église romaine comme le centre et la tète de tout l'univers catholique. A leur tour, les évêques orientaux saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome parlent de l’Évêque de Rome comme du chef de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La primauté de l'Évêque de Rome étant universellement reconnue au IVe siècle, notre enquête pourra se borner aux siècles qui précèdent. Or, dans les trois premiers siècles, l'existence de la primauté romaine nous est attestée par les ''écrits des Pères, ''par les ''conciles ''et par la ''coutume ''d'en ''appeler ''à l'Évêque de Rome pour terminer les différends.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Examinons d'abord les ''témoignages des Pères de l'Église. ''— 1. Au IIIe siècle, Origène écrit au pape Fabien pour lui rendre compte de sa foi. Tertullien, avant d'être montaniste, admet la primauté de Pierre. Devenu montaniste, il la tourne en dérision, ce qui est une autre preuve qu'il en reconnaît l'existence. — 2. A la fin du IIe siècle, saint Irénée pose comme critère des traditions apostoliques, la conformité de doctrine avec l'Église romaine qui doit servir de règle de foi à cause de la primauté qu'elle a héritée de saint Pierre. Saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean, Abercius vont à Rome pour visiter l'Évêque et le consulter sur les choses de la foi et de la discipline. Les hérétiques eux-mêmes, Marcion et les ''montanistes ''veulent faire approuver leur doctrine par le siège apostolique. Au début du IIe siècle, saint Ignace, écrivant aux Romains, déclare que leur église préside à toutes les autres. - 3. Et nous voici parvenus au Ier siècle. En 96, l'Évêque de Rome, Clément, comme nous l'avons déjà vu, écrit aux Corinthiens pour rappeler à l'ordre la communauté, qui a déposé injustement des presbytres. Il leur déclare que ceux qui ne lui obéiront pas, se rendront coupables de faute grave. La conduite de Clément de Rome a d'autant plus d'intérêt qu'au moment où il écrivait, l'apôtre saint Jean vivait encore et aurait dû intervenir si l'Évêque de Rome avait été sur le même pied que les autres évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La primauté des évêques de Rome a été ''reconnue par les conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn283 [283]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1, Ainsi, au ''concile d'Éphèse ''(431), saint Cyrille d'Alexandrie, qui occupait le premier rang parmi les patriarches d'Orient, demanda à l'Evêque de Rome une sentence et une définition contre l'hérésie nestorienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Les Pères du ''concile de Chalcédoine ''(451); presque tous orientaux, adressèrent une lettre au pape saint Léon pour demander confirmation de leurs décrets. Le pape répondit par une lettre célèbre où il condamnait les erreurs d'Eutychès ; en même temps il envoya des légats pour présider le concile en son nom, et le concile se termina par cette formule : « Ainsi le concile a parlé par la bouche de Léon. » — 3. Successivement, les ''conciles de Constantinople, ''le troisième tenu en 680, le huitième en 869, le ''concile de Florence, ''en 1439, composé de Pères grecs et latins, proclamèrent la primauté du successeur de saint Pierre et dirent que Jésus-Christ lui a donné, dans la personne de saint Pierre, « plein pouvoir de paître, de diriger et de gouverner l'Église entière ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La primauté des Evêques de Rome est en outre attestée par ce fait qu'ils ''interviennent ''dans les différentes Églises ''pour terminer les différends. ''Ainsi, sans rappeler à nouveau que, à la fin du Ier siècle déjà, Clément de Rome écrivit à l'Église de Corinthe pour la remettre dans le droit chemin, nous verrons plus tard les Évêques orientaux eux-mêmes, entre autres saint Athanase et saint Jean Chrysostome, en appeler à l'Évêque de Rome pour la défense de leurs droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
329. — Les Protestants ''objectent : ''— 1. que ceux à qui on donne le nom d'évêques n'étaient en réalité que les présidents du presbyterium ; — 2. qu'en toute hypothèse, leur autorité n'a pas été universellement reconnue, puisque saint Cyprien et les évêques d'Afrique ont résisté au décret du pape saint Etienne qui défendait la réitération du baptême conféré par les hérétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— 1. Pour prouver que les Évêques n'étaient que de simples ''présidents du presbyterium, ''on allègue ce fait que la ''Prima Clementis, ''les ''lettres de saint Ignace aux Romains ''et le ''Pasteur d'Hermas ''ne parlent pas d'un évêque monarchique de Rome. — Or le silence d'un écrivain sur un fait, avons-nous déjà dit, ne prouve pas nécessairement contre l'existence de ce fait. Ainsi, en 170, ''Denys de Corinthe ''envoie une réponse à l'église de Rome, et non à son évêque Soter, et pourtant M. Harnack lui-même qui fait l'objection, admet que Soter était certainement évêque monarchique. Il importe donc peu que la première lettre de Clément aux Corinthiens ne porte pas son nom et ait été envoyée au nom de l'Église de Rome ; il ne fait pas de doute que son auteur est un personnage unique et n'est autre que le pape Clément. — Quant à la ''lettre d’Ignace aux Romains ''(107) et au ''Pasteur d'Hermas, ''s'ils ne mentionnent pas l'Évêque de Rome, il n'y a pas à en conclure que celui-ci n'existait pas, car ils ne parlent pas davantage des presbytres et des diacres de Rome dont personne ne songe pourtant à contester l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il est vrai que saint Cyprien, estimant que la réitération du Baptême était surtout disciplinaire a résisté au décret du Pape Etienne. Mais la résistance d’un homme, même très saint et de bonne foi, ne détruit en rien le fait de cette autorité. N’a-t-on pas vu aussi, de temps en temps, de grands évêques comme Bossuet, adhérer à des propositions condamnées, tout en reconnaissant la primauté du Souverain Pontife ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La primauté des Évêques de Rome découle donc de ce premier fait que ''saint Pierre a fixé sa chaire à Borne, ''et de ce second, qu'elle a ''toujours été reconnue dans l'Église universelle. ''L'on ne peut dire dès lors que l'autorité suprême des papes soit née de l'ambition des Évêques de Rome et de l'abdication des autres Évêques. Si en effet les évêques avaient été d'abord égaux de droit divin, comme le prétendent les adversaires, il y aurait eu, à un moment de l'histoire, un changement total dans là foi et la pratique de toute l'Église. Or cela n'aurait pu se produire sans soulever des dissensions et des réclamations sans fin, de la part des autres Évêques, qui auraient été lésés dans leurs droits, et dont les privilèges auraient été d'autant diminués. Comme l'histoire ne porte aucune trace d'une semblable agitation, et qu'elle ne relève des discussions que sur des points secondaires, tels que la célébration de la fête de Pâques et la question des rebaptisants, il faut en conclure que le principe de la primauté de l'Évêque de Rome n'a jamais été contesté, et que l'Église universelle lui a toujours ''reconnu, ''non pas seulement une primauté d'honneur, mais une ''vraie primauté de juridiction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4 — Jésus-Christ a conféré a son Église le privilège de l’infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
330. — Nous avons vu que Jésus-Christ a fondé une ''Église hiérarchique ''du fait qu'il a conféré au collège des Apôtres, et des Évêques leurs successeurs, le triple pouvoir d'enseigner, de sanctifier et de régir. Dans ce paragraphe nous démontrerons qu'au pouvoir d'enseigner Jésus a attaché le ''privilège de l'infaillibilité. ''Nous parlerons : 1° du ''concept de l'infaillibilité ; ''2° des ''preuves de son existence ; ''et 3° de ceux ''à qui appartient ''le privilège.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Concept de l'infaillibilité. '''— Que faut-il entendre par infaillibilité? L’''infaillibilité ''concédée par Jésus-Christ à son Église est la préservation de toute erreur doctrinale, garantie par l'assistance spéciale de l'Esprit Saint. Ce n'est pas simplement l'inerrance de fait, c'est ''l’inerrance de droit, ''c'est l'impossibilité de l'erreur, de sorte que toute doctrine proposée par ce magistère infaillible doit être crue comme véritable, parce que proposée comme telle. L'infaillibilité ne doit donc pas être confondue : — 1. avec ''l'inspiration, ''qui consiste dans une impulsion divine poussant les écrivains sacrés à écrire tout ce que et rien que ce que Dieu veut ; — 2. ni avec la ''révélation ''qui implique la manifestation d'une vérité, auparavant ignorée. Le privilège de l'infaillibilité ne fait pas découvrir à l'Église des vérités nouvelles ; elle lui garantit seulement que, grâce à l'assistance divine, elle ne pourra, sur les questions de foi et de morale, ni errer ni par conséquent induire en erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fausse conception de l'infaillibilité. ''— II faut rejeter comme faux le ''concept moderniste de ''l'infaillibilité, lequel découle d'ailleurs de leur concept, également faux, de la révélation. Comme dans leur système, la ''révélation ''se fait dans l'âme de chaque individu, qu'elle est « la conscience acquise par l'homme, de ses rapports avec Dieu » (N° 145), l'Église enseignante n'aurait pas d'autre tâche que d'interpréter la pensée collective des fidèles et « de sanctionner les opinions communes de l'Église enseignée ». Cette façon étrange de concevoir l'infaillibilité a été condamnée par le ''Décret Lamentabili.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
331. — '''II. Existence de l'infaillibilité. — 1° Adversaires. '''— ''L'existence de l'infaillibilité ''de l'Église est niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''et les ''Protestants libéraux. ''Cela va de soi, puisqu'ils n'admettent même pas que Jésus-Christ ait pu songer à fonder une Église ; — b) par les ''Protestants orthodoxes ''qui, mettant tous les membres de l'Église sur le même pied, prétendent que la doctrine chrétienne est laissée à l'interprétation du jugement individuel ''(théorie dit libre examen).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Preuves. '''— L'infaillibilité de l'Église repose sur deux arguments : — ''a) ''sur un ''argument a priori, ''tiré de la raison et — b) sur un ''argument a posteriori, ''tiré de l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
332. — A. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— ''Nota. — ''Avant d'exposer ce premier argument, il convient pour qu'on ne se méprenne pas sur notre but, de spécifier quelle place il tient dans notre démonstration. Nous disons, — et nous expliquerons tout à l'heure pourquoi, — que si Jésus-Christ a tenu que sa doctrine soit conservée dans toute son intégrité, il a dû en confier la garde à une ''autorité vivante et infaillible, ''et non pas la déposer comme une lettre morte dans un livre, même inspiré. A cela les Protestants nous objectent que nous appuyons notre thèse sur un ''argument a priori, ''que toutes nos preuves se réduisent à dire que cela est, parce que cela doit être. Or, ajoutent-ils, « dans les questions de fait, la ''preuve de fait ''est, sinon la seule légitime, du moins la seule décisive... Si de la convenance, de l'utilité, de la nécessité présumée d'une dispensation divine on pouvait conclure à sa réalité, où cela mènerait-il ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn284 [284]] Que de la convenance d'une chose on ne puisse pas toujours conclure à sa réalité, c'est indiscutable. On pourrait nous demander, en effet, par exemple, pourquoi les hommes ont été abandonnés par Dieu à l'erreur pendant de longs siècles, pourquoi la Rédemption s'est faite si tardivement, pourquoi elle n'a pas été assez éclatante pour forcer tous les hommes à l'accepter. Donc la question est ''historique ''et c'est sur ce terrain que nous entendons bien la placer. Mais auparavant nous avons le droit de nous demander si, entre la théorie protestante qui admet comme règle de foi[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn285 [285]] unique l'Écriture infaillible, et le dogme catholique qui prétend que le Christ a constitué un magistère vivant et infaillible pour nous faire connaître les vérités contenues dans le double dépôt de l'Écriture et de la Tradition, nous avons le droit, disons-nous, de nous demander s'il n'y a pas présomption en faveur du dogme catholique. Nous nous proposons donc de prouver, — sans prétendre pour cela que cet argument a priori puisse nous dispenser de l'argument historique, — que la règle de foi des Protestants est insuffisante pour la conservation et la connaissance de la doctrine chrétienne, tandis que la règle de foi de l'Église catholique remplit les conditions voulues&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) La règle de foi proposée dans la théorie protestante est insuffisante. ''Aucune autorité vivante, nous disent les protestants, n'était nécessaire et n'a été instituée pour nous faire connaître les vérités enseignées par le Christ. Il n'y a ''qu'une seule règle de foi : ''c'est ''l'Écriture infaillible. ''Chacun a donc le devoir et le droit de lire l'Écriture, de la comprendre selon les lumières de sa conscience, d'en tirer les dogmes et les préceptes qui lui conviennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'une telle règle de foi soit tout à fait ''insuffisante, ''c'est ce que nous n'aurons pas de peine à montrer. — 1. Tout d'abord comment savoir ''quels sont les livres inspirés, ''si aucune autorité n'a été constituée pour nous en garantir l'inspiration[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn286 [286]], ou même s'il n'y a personne pour nous dire que le texte que nous avons sous les yeux n'a pas été altéré par la faute des copistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn287 [287]]. — 2. Mais, supposé qu'en dehors de là il y ait un critère qui nous permette de les reconnaître et qu'on puisse par exemple poser en principe, que sont inspirés tous ceux qui. ont été regardés comme tels par Notre-Seigneur à propos de l'Ancien Testament, et par les Apôtres à propos du Nouveau, il s'agira toujours de les ''interpréter, ''d'en connaître le ''vrai sens ''et de comprendre la ''Parole de Dieu, ''comme elle doit être comprise. Comment ''résoudre les difficultés? ''Par ''l'examen privé ''et en appliquant les règles de critique et d'exégèse, répondent les luthériens et les calvinistes. A l'aide de ''l'histoire ''et de la ''tradition, ''disent par ailleurs les anglicans. Par ''l'inspiration privée, ''par ''l'illumination de l'Esprit- Saint ''qui éclaire la conscience de chaque individu, disent à leur tour les anabaptistes, les quakers, les méthodistes et les sectes mystiques. La variété des réponses suffirait déjà à juger la théorie protestante. Quel que soit d'ailleurs le procédé dé solution qu'on adopte, ce qui est bien évident c'est que nous aurons autant d'interprétations que d'individus « ''quot capita tot sensus ''». N'accepter d'autre guide que la raison individuelle ou l'inspiration de l'Esprit-Saint, c'est ouvrir la voie à l'anarchie intellectuelle où à l'illuminisme. — 3. Tout au moins ceux qui auront pu ainsi étudier la Bible posséderont dans une certaine mesure une sorte de ''vérité subjective. ''Mais que feront ceux qui n'ont ni l'instruction ni les loisirs requis pour lire l'Ecriture et la comprendre î Que devaient faire autrefois, au moment où l'imprimerie n'était pas inventée et que les manuscrits étaient rares et de grand prix, ceux qui n'avaient pas les moyens de se procurer la Bible? Mais il y a plus. Il fut un temps, à l'origine du christianisme, où le Nouveau Testament n'existait pas. Le Christ n'avait laissé aucun écrit. Il avait dit à ses Apôtres : « Allez, enseignez les nations. » Il ne leur avait pas commandé d'écrire sa doctrine ; aussi les Apôtres n'ont-ils jamais prétendu exposer ''ex professo ''l'enseignement du Christ. Le plus souvent leurs écrits furent des lettres de circonstance destinées à rappeler quelques points de leur catéchèse. Avant l'apparition de ces écrits, que les protestants veuillent bien nous dire où se trouvait la règle de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
333. — ''b) ''Au contraire, la ''règle de foi catholique ''est un ''moyen sûr de nous faire connaître ''la doctrine intégrale du Christ. Il est facile de voir qu'elle n'a aucun des inconvénients du système protestant. Sans doute, le catholicisme reconnaît l'infaillibilité de l'Écriture Sainte ; mais, à côté de cette première source de la révélation, il en admet une seconde, non moins importante et antérieure à l'Écriture, qui s'appelle la ''Tradition. ''Et surtout, — et c'est ce qui met un abîme entre la théorie protestante et la théorie catholique, — celle-ci soutient que Jésus-Christ a constitué une ''autorité vivante, ''un ''magistère infaillible ''qui, avec l'assistance de l*Esprit-Saint, a reçu pour mission de déterminer quels sont les livres inspirés, de les interpréter authentiquement, de puiser à cette source comme à celle de la tradition la vraie doctrine de Jésus pour l'exposer ensuite à l'ensemble des fidèles : savants et ignorants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il y ait entre les deux systèmes, considérés au seul point de vue de la raison, une ''présomption en faveur du catholicisme, ''c'est ce que reconnaissent même certains Protestants. « Le système catholique, dit Sabatier, a mis l'infaillibilité divine dans une institution sociale, admirablement organisée, avec son chef suprême, le pape ; le système protestant à mis l'infaillibilité dans un livre. Or, a quelque point de vue que l'on «examine les deux systèmes, l'avantage est sans contredit du côté du catholicisme. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn288 [288]] Nous ne voulions pas démontrer autre chose par l'argument a priori ; notre but est donc atteint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
334. — B. ''ARGUMENT TIRÉ DE L'HISTOIRE. ''— Nous arrivons maintenant sur le terrain positif de l'histoire. ''Ce que Jésus-Christ devait faire, l'a-t-il fait? ''A-t-il créé une ''autorité vivante ''et ''infaillible ''chargée de garder et d'enseigner sa doctrine ? Le premier point a été établi précédemment : nous avons vu que Notre-Seigneur a institué une Église hiérarchique, qu'il a constitué des chefs à qui il a conféré le pouvoir d'enseigner. Seul le second point reste donc à examiner : nous avons à prouver que le pouvoir d'enseigner, tel qu'il a été donné par le Christ, comporte le privilège de ''l’infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette seconde proposition s'appuie sur les textes de l'Écriture, sur la conduite des Apôtres et sur la croyance de l'antiquité chrétienté : — ''a) Sur les textes de l'Écriture. ''Ces textes, nous les avons déjà passés en revue. A Pierre spécialement il a été promis que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre l'Église » ''(Mat., ''xvi, 18) ; à tous les Apôtre » Jésus a également promis par deux fois de leur envoyer l'Esprit de vérité ''(Jean, ''xiv, 16 ; xv, 26) et d'être lui-même avec eux jusqu'à la fin du monde ''(Mat., ''xxviii, 20). De telles promesses, si elles ont un sens, signifient bien que l'Église est ''indéfectible, ''que les Apôtres et leurs successeurs ne pourront errer lorsqu'ils enseigneront la doctrine chrétienne, car il est évident que l'assistance du Christ ne saurait être vaine et que là où est l'Esprit de vérité, il n'y a pas possibilité d'erreur ; — b) ''sur la conduite des Apôtres. ''De l'enseignement des Apôtres il ressort qu'ils ont eu conscience d'être assistés de l'Esprit divin. Le décret du concile de Jérusalem débute par ces mots : « II a semblé bon à l'Esprit Saint et à nous» ''(Act., ''xv, 28). Les Apôtres donnent leur prédication « non comme parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme une parole de Dieu» (I ''Thess., ''II, 13), à laquelle il faut accorder un plein assentiment (II ''Cor''., x, 5) et dont il convient de garder précieusement le dépôt (I ''Tim., ''vi, 20). Bien plus, ils confirment la vérité de leur doctrine par de nombreux miracles ''(Act., ''ii, 43 ; iii, 1, 8 ; v, 15 ; ix, 34) : preuve évidente qu'ils étaient des interprètes infaillibles de l'enseignement du Christ, sinon Dieu n'aurait pas mis à leur usage sa puissance divine ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— ''c) sur la croyance de l'antiquité chrétienne. ''De l'aveu de nos adversaires, la croyance à l'existence d'un magistère vivant et infaillible prévalait déjà au IIe siècle. Il suffit donc d'apporter les témoignages antérieurs :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. Dans la première moitié du IIIe siècle, Origène répond aux hérétiques qui allèguent les Écritures, qu'il faut s'en rapporter à la tradition ecclésiastique et croire ce qui a été transmis par la succession de l'Église de Dieu. Tertullien dans son traité « ''De la prescription» ''oppose aux hérétiques ''l'argument de prescription[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn289 [289]] et affirme que la règle de foi est la doctrine que l'Église a reçue des Apôtres. — 2. ''A la fin du second siècle, ''saint Irénée, dans sa ''lettre à Florin ''et dans son ''Traité contre les hérésies, ''présente la Tradition apostolique comme la saine doctrine, comme une tradition qui ''n'est pas purement humaine : ''d'où il suit qu'il n'y a pas lieu de discuter avec les hérétiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn290 [290]] et qu'ils sont condamnes du fait qu'ils sont en désaccord avec cette tradition. Vers 160, Hégésippe donne comme critère de la foi orthodoxe l'accord avec la ''doctrine transmise ''des Apôtres par les Évêques, ce qui l'amène, nous l'avons vu, à dresser la liste des Evêques. Dans la première moitié du IIe siècle, Polycarpe et Papias présentent la doctrine des Apôtres comme la seule vraie, comme une règle de foi sûre. Au début du ne siècle, nous avons le témoignage de saint Ignace qui dit que l'Église est ''infaillible ''et qu'il faut y adhérer si l'on veut être sauvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II résulte donc de la double preuve tirée de la raison et de l'histoire que le ''pouvoir doctrinal ''conféré par Jésus-Christ à l'Église enseignante comporte le ''privilège de l'infaillibilité, ''c'est-à-dire que l'Église ne peut errer quand elle expose la doctrine du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''335. — III. Le sujet de l'infaillibilité'''. — Jésus-Christ a doté son Église du privilège de l'infaillibilité. Mais ''à qui ''ce privilège a-t-il été concédé? Tout naturellement à ceux qui ont reçu le pouvoir d'enseigner, c'est-à-dire à l'ensemble des Apôtres, et à Pierre spécialement, pouvoir et privilège qu'ils ont transmis à leurs successeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Infaillibilité du collège apostolique et du corps épiscopal. — A. ''L’'infaillibilité du collège apostolique ''ressort : — ''a) ''de la ''mission ''confiée à ''tous les apôtres ''d' « enseigner toutes les nations» ''(Mat., ''xxviii, 20) ; — b) de la ''promesse d'être avec eux ''« jusqu'à la consommation des siècles» (''Mat., ''xxviii, 20) ; et de leur « envoyer le Consolateur, l'Esprit Saint qui doit leur enseigner toute vérité » ''(Jean, ''xiv, 26). De telles paroles indiquent bien que le privilège de l'infaillibilité est accordé à ''l'ensemble du ''corps ''enseignant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Du ''collège apostolique ''le privilège de l'infaillibilité est passé au ''corps des Évêques. ''La mission d'enseigner n'ayant été limitée ni dans le temps ni dans l'espace, il s'ensuit qu'elle doit échoir aux successeurs des Apôtres avec le privilège qui lui était attaché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il y a une distinction à établir entre les Apôtres et les Evêques. Les Apôtres avaient comme ''champ d'action tout l'univers, ''la parole de Notre-Seigneur : « Allez, enseignez toutes les nations » ayant été adressée à eux tous. Ils étaient donc missionnaires universels de la foi : partout ils pouvaient prêcher l'Évangile en ''docteurs infaillibles. ''Les Évêques, au contraire ne peuvent être considérés comme les successeurs dés Apôtres que pris dans leur ensemble ; ''chaque Évêque ''n'est pas le successeur de ''chaque Apôtre. ''Ils ne sont les chefs que d'une région déterminée, dont l'étendue et les limites sont fixées par le Pape. Ils n'ont donc pas hérité individuellement de l'infaillibilité personnelle des Apôtres. ''Seul le corps des Evêques jouit de l'infaillibilité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''336. — 2° Infaillibilité de Pierre et de ses successeurs.''' — Le privilège de l'infaillibilité a été conféré par Notre-Seigneur d'une manière spéciale à Pierre et à ses successeurs. La thèse s'appuie sur un double argument : Un argument ''tiré des textes évangéliques ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT TIRÉ DES TEXTES ÉVANGÉLIQUES. ''— L'infaillibilité de Pierre et de ses successeurs découle des textes mêmes qui démontrent la primauté. — a) Tout d'abord le ''Tu es Petrus ''« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai ''mon ''Église ». Il est incontestable qu'un édifice n'a de stabilité que par son fondement. Si Pierre, qui doit soutenir l'édifice chrétien, pouvait enseigner l'erreur, l'Église serait bâtie sur un fondement ruineux, et l'on ne pourrait plus dire que « les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle» — b) Puis le ''Confirma fratres. ''Jésus assure Pierre qu'il a spécialement prié pour lui « pour que sa foi ne défaille pas » ''(Luc, ''xxii, 32). Il va de soi qu'une telle prière, faite surtout dans des circonstances aussi solennelles et aussi graves (V. N° 321), ne saurait être vaine. — c) Enfin le « ''Pasce oves ''». A Pierre est confiée la garde de tout le troupeau. Or on ne peut supposer que le Christ donne le soin de son troupeau à un mauvais pasteur qui l'égaré dans des pâturages aux herbes empoisonnées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'insister pour prouver que l'infaillibilité de Pierre ''est passée à ses successeurs. ''Ce que Pierre devait être pour l'Église naissante, ses successeurs devront encore l'être dans la longue série des siècles, car, à tout moment de son histoire, l'Église ne pourra remporter la victoire sur les entreprises de Satan que si le fondement sur lequel elle repose garde la même fermeté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
337. — B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. — ''Pour prouver par l'histoire que les papes ont toujours joui du privilège de l'infaillibilité, il suffit de montrer que ce fut toujours la croyance de l'Église et qu'en fait les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. — a) ''Croyance de l'Eglise. ''Évidemment la croyance de l'Église ne s'est pas traduite de la même façon dans tous les siècles. Il y a eu, si l'on veut, quelque développement dans l'exposé du dogme et même dans l'usage de l'infaillibilité pontificale. Le dogme n'en remonte pas moins à l'origine, et nous le trouvons en germe dans la Tradition la plus lointaine. La chose nous est attestée par le sentiment des Pères et des conciles, et par les-faits : — 1. ''Sentiment des Pères. ''Ainsi au IIe siècle, saint Irénée déclare que toutes les Églises doivent être d'accord avec celle de Rome qui seule possède la vérité intégrale. Saint Cyprien dit que les Romains sont « assurés dans leur foi par la prédication de l'Apôtre et inaccessibles à la perfidie de l'erreur». Pour mettre fin aux controverses qui déchiraient l'Orient, saint Jérôme écrit au pape Damase dans les termes suivants : « J'ai cru à ce propos devoir consulter la chaire de Pierre et la foi apostolique. Chez vous seul le legs de nos pères demeure à l'abri de la corruption. » Saint Augustin dit à propos du pélagianisme : « Les décrets de deux conciles relatifs à la cause ont été soumis au siège apostolique ; sa réponse nous est parvenue, la cause est jugée. » Le témoignage de saint Pierre Chrysologue n'est pas moins explicite : « Nous vous exhortons, vénérables frères, à recevoir avec docilité les écrits du bienheureux Pape de la cité romaine, car saint Pierre, toujours présent sur son siège, offre la vraie foi à ceux qui la cherchent. — 2. ''Sentiment des Conciles, ''Tout ce que nous avons dit précédemment à propos de la primauté de l'Evêque de Rome s'applique tout aussi bien à la reconnaissance de son infaillibilité (V. N° 328). — 3. ''Les faits. ''Au IIe siècle, le pape Victor excommunié Théodote qui niait la divinité du Christ, par une sentence qui fut regardée comme définitive. Zéphirin condamne les Montanistes, Calixte, les Sabelliens et, à partir de ces condamnations, ils furent regardés comme hérétiques. En 417, le pape Innocent I condamne le pélagianisme, et l'Église accepte son décret comme définitif, comme nous l'avons vu plus haut par le texte de saint Augustin. En 430, le pape Célestin condamne la doctrine de Nestorius, et les Pères du concile d'Éphèse se rallient à son avis. Les Pères du concile de Chalcédoine (451) acceptent solennellement la célèbre épître dogmatique du pape Léon I à Flavien, qui condamne l'hérésie d'Eutychès, aux cris unanimes de : ''« ''Pierre a parlé par la bouche de Léon. » De même, les Pères du IIIe concile de Constantinople (680) acclament le décret du pape àgathon condamnant le monothélisme en s'écriant : « Pierre a parlé par la bouche d'Agathon. » Comme on le voit, dès les premiers siècles déjà, l'Église romaine passe pour le ''centre de la foi ''et une ''norme sûre d'orthodoxie ''Plus l'on avancera, plus la croyance se traduira en termes explicites jusqu'à ce que la vérité soit ''proclamée dogme ''par le ''concile du Vatican.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Les papes n'ont jamais erré sur les questions de foi et de morale. ''Ceci est le point important de l'argument historique, car si nos adversaires pouvaient nous prouver que certains papes ont enseigné et défini l'erreur, l'infaillibilité de droit serait plus que compromise. Or les historiens rationalistes et protestants prétendent précisément qu'ils sont en mesure de nous donner ces preuves de faillibilité. Les ''principaux cas ''qu'ils invoquent sont ceux du pape Libère qui serait tombé dans l'arianisme, d'Honorius qui aurait enseigné le monothélisme, de Paul V et Urbain VIII qui condamnèrent Galilée. Comme la question de Galilée sera traitée plus loin, nous ne retiendrons ici que les deux premiers cas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''338.—Objections.—1° ''LE CAS DU PAPE LIBÈRE ''(352-366)'''.—Les historiens rationalistes accusent le pape Libère d'avoir signé une proposition de foi arienne ou semi-arienne pour obtenir de l'empereur Constance le droit de rentrer à Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' —A. ''Exposé des faits. ''— Rappelons brièvement les ''faits. ''En 355, l'empereur Constance, favorable à l'arianisme, avait enjoint au pape Libère de souscrire à la condamnation d'ATHANASE, évêque d'Alexandrie, le grand champion de la foi orthodoxe. S'étant refusé à le faire, le pape fut envoyé en exil à Bérée en Thrace, et l'archidiacre Félix fut préposé à l'Eglise de Rome. Après un exil d'environ trois ans, Libère fut rendu à son siège (358).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La question qui se pose est donc de savoir pour quelles raisons l'empereur lui accorda cette faveur. Deux opinions ont été émises sur ce point. Les uns, à la suite de Rufin, Socrate, Théodoret, Cassiodore, prétendent que l'empereur Constance mit 0n à l'exil du pape par crainte des soulèvements du peuple romain et du clergé, en raison de la grande popularité dont jouissait le pontife. D'autres, au contraire, et c'est à cette dernière opinion que nous avons à répondre, pensent que le pape n'obtint la cessation de son exil qu'au prix de condescendances coupables et de concessions sur le terrain de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette seconde opinion s'appuient, pour démontrer leur point de vue, sur deux sortes de témoignages : — 1. d'abord les ''dépositions des contemporains : ''saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers, saint Jérôme ; — 2. puis les ''aveux ''de Libère lui-même. Il nous est parvenu, parmi les fragments de ''l’Opus historicum ''de saint Hilaire, neuf lettres du pape Libère, dont quatre, datant de son exil, ont un caractère plutôt compromettant. Dans ces dernières lettres, le pape intrigue pour obtenir sa grâce, déclarant qu'il condamne Athanase et professe la foi catholique formulée à ''Sirmium, ''et il prie ses correspondants orientaux, entre autres Fortunatien d'Aquilée, d'intercéder auprès de l'empereur pour abréger son exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces deux sortes de témoignages invoqués par nos adversaires, certains apologistes ont répondu en contestant 1 authenticité des dépositions des contemporains, et en rejetant les lettres de l'exil du pape Libère comme apocryphes. Mais comme il n'est pas possible de prouver que les témoignages en question, tant ceux des contemporains que ceux du Libère lui-même, sont inauthentiques, nous devons accepter la discussion dans l'hypothèse de leur authenticité. Toute la question reviendra donc à savoir ''quelle fut la faute du pape ''et ''quelle formule ''il a souscrite. Car, à l'époque où Libère fut délivré de son exil, il y avait déjà ''trois formules dites de Sirmium. ''De ces trois formules la seconde seule, qui déclare que le mot ''consubstantiel ''doit être rejeté comme « étranger à l'Écriture et inintelligible», est considérée comme hérétique. Or l'on admet que ce n'est pas cette formule que le pape a signée et que vraisemblablement c'est la troisième. Hais qu'il s agisse de la première ou de la troisième, les théologiens s'accordent à dire qu'elles ne sont pas absolument hérétiques et qu'elles ont surtout le tort de favoriser le semi-arianisme en retranchant le mot ''consubstantiel ''de la profession de foi du concile de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Donc, en nous plaçant dans l'hypothèse la plus défavorable, nous pouvons conclure : — 1. que le pape Libère n'a commis qu’ un ''acte de faiblesse ''en condamnant, dans une heure critique, le grand Athanase : faiblesse dont Athanase est le premier à l'excuser : « Libère, dit en effet ce grand Docteur, vaincu par les souffrances d'un exil de trois ans et par la menace du supplice, a souscrit enfin à ce qu'on lui demandait ; mais c'est la violence qui a tout fait. » — 2. Par ailleurs, le pape Libère ''n'a rien défini ; ''s'il y a eu erreur, tout au plus peut-on dire qu'elle est imputable au ''docteur privé, ''non au ''docteur universel ''et parlant ex-cathedra. Et même s'il avait parlé ex-cathedra, — ce qui n'est pas, — il ne jouissait pas de la liberté nécessaire à l'exercice de l'infaillibilité. Donc, en toute hypothèse, l'infaillibilité est hors de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
339. — 2° ''LE CAS DU PAPE HONORIUS ''(625-638). — D'après les adversaires de l'infaillibilité pontificale, le pape Honorius aurait enseigné le ''monothélisme ''dans deux lettres écrites à Sergius, patriarche de Constantinople, et pour cette raison, il aurait été condamné comme hérétique par le VIe Concile œcuménique et par le pape Léon II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''Exposé des faits. ''— Quelques mots d'abord sur les ''faits. ''En 451 le concile de Chalcédoine avait défini contre Eutychès qu'il y avait en Jésus-Christ deux natures complètes et distinctes : la nature humaine et la nature divine. Si dans le Christ il y avait deux natures complètes, il y avait aussi deux volontés : le concile ne l'avait pas dit, mais la chose allait de soi, car une nature intelligente ne peut être complète sans la volonté. Tel ne fut pas l'avis de certains théologiens orientaux qui enseignèrent qu'en Jésus-Christ il n'y avait que la volonté divine, la volonté humaine se trouvant pour ainsi dire absorbée par la volonté divine. Une telle doctrine apparaissait évidemment fausse, mais ses partisans voyaient là un moyen de conciliation entre les Eutychiens ou ''monophysites, ''c'est-à-dire les partisans d'une seule nature, et les catholiques. Les premiers admettraient les deux natures en Jésus-Christ et les seconds concéderaient l’unité de volonté. Cette tactique fut adoptée par Sergius qui écrivit dans ce sens au pape Honorius. Dans une lettre pleine d'équivoques et où la question était présentée sous un faux jour, il lui disait qu'il avait ramené beaucoup de monophysites à la vraie foi et lui demandait qu'il voulût bien interdire de parler d'une ou «deux énergies, d'une ou deux volontés. Honorius se laissa prendre et répondit, d'une part, à Sergius, deux lettres dans lesquelles il le félicitait de son succès auprès des monophysites, de l'autre, à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et défenseur de l'orthodoxie, une lettre dans laquelle il lui recommandait d'éviter les mots nouveaux de « une ou deux opérations», opération dans le langage de l'époque étant synonyme de volonté. Malgré ces lettres dictées par un esprit de pacification, les querelles reprirent de plus belle jusqu'au VIe concile œcuménique, le troisième de Constantinople (580-681), qui porta l'anathème contre les monothélites, et entre autres, contre le pape Honorius&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Solution de la difficulté. ''— La difficulté à résoudre est donc la suivante. Honorius, dans ses deux lettres à Sergius, a-t-il enseigné l'erreur ? Et a-t-il été, pour ce fait, condamné comme ''hérétique ''par le VIe concile œcuménique? Deux solutions ont été proposées par les apologistes. Les uns ont prétendu que les deux lettres à Sergius Seraient apocryphes : ce qui supprime toute discussion. Les autres admettent l’authenticité, et c'est évidemment dans cette hypothèse que nous devons nous placer pour répondre à nos adversaires. Il s'agit dès lors de savoir si le ''contenu ''des deux lettres est ''hérétique. ''L'on ne saurait contester qu'Honorius met le plus grand soin à tourner la difficulté et qu'il évite de se prononcer sur les deux volontés. Cependant, — qu'on remarque bien ce point, — il commence par rappeler les décisions, du concile de Chalcédoine et affirme hautement qu'il y a en Jésus-Christ deux natures distinctes, opérantes. Puis, approuvant la tactique de conciliation suivie par Sergius, il recommande de s’en tenir là et de ne plus parler de une ou deux opérations. Il ajoute bien, il est vrai, qu'il y n’y avait pas e, Jésus Christ de volonté divine; il entend seulement exclure les deux volontés auxquelles très insidieusement Sergius avait fait allusion ; les deux volontés qui se combattent en nous, volonté de l'esprit et volonté de la chair. La pensée d'Honorius n'est donc pas qu'il n'y a pas en Jésus. Christ une volonté divine et une volonté humaine, mais que sa volonté humaine n'est pas, comme la nôtre, entraînée par deux courants qui se contrarient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on, Honorius a été ''condamné ''par le VIe concile œcuménique et par le pape Léon II. — Remarquons d'abord que toutes les paroles contenues dans les ''Actes des Conciles ''ne sont pas infaillibles et que les décisions d'un concile ne jouissent du privilège de l'infaillibilité qu'autant qu'elles sont confirmées par le pape. Or précisément les Actes du VIe Concile contenant un anathème contre Honorius en même temps que contre les principaux monothélites tels que Sergius, n'ont pas reçu la confirmation pontificale. Le pape Léon II s'est contenté de blâmer la conduite d'Honorius, mais il n'a pas lancé contre lui l'anathème qu'il a prononcé contre les autres et ne lui a pas infligé la note d'hérétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion, ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'Honoris n'a ni ''enseigné ''ni ''défini le ''monothélisme. Tout au plus peut-on lui reprocher d'avoir manqué de clair, voyance et d'avoir favorisé l'hérésie en l'abstenant de définir, en recommandant le silènes alors qu'il fallait parler, fournissant ainsi aux monothélites le prétexté de soutenir leur doctrine ? — 2. A supposer même qu'il y eût des erreurs dans ses lettres et qu'il ait été condamné pour cette raison par le VIe Concile, l'erreur et la condamnation n'atteindraient que le ''docteur privé, ''et non le ''docteur universel. ''Donc on ne peut se faire du cas d'Honorius, pas plus que de celui de Libère, un argument Centre l'infaillibilité pontificale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du Chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — La vraie Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le problème des notes de la vraie Église. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
340. — '''Position du problème- '''— A l'aide des textes de l'Écriture et des documents de l'histoire, nous avons, dans le chapitre précédent, marqué les ''caractères essentiels ''de l'Église fondée par le Christ. Il est à peine besoin d'ajouter que, n'ayant prêché qu'un Evangile, Notre Seigneur n'a pu fonder ''qu'une ''Église. Maintes de ses paraboles expriment d'ailleurs sa volonté expresse sur ce point. Ainsi, représentant la société des chrétiens sous la figure d'un troupeau, il a voulu qu'il n'y eût « ''qu'un seul troupeau ''et qu'un ''seul pasteur ''» ''(Jean, ''x, 16). Or, à notre époque, nous nous trouvons en présence de plusieurs Églises qui s'appellent chrétiennes, qui reconnaissent le même fondateur et qui prétendent, chacune, être la véritable Église instituée par le Christ. Évidemment ces Églises, ayant des doctrines en partie différentes, ne peuvent venir toutes de lui. Le problème qui se pose est donc de savoir ''quelle est la vraie. ''Les ''caractères essentiels ''qui doivent distinguer l'Église fondée par Notre-Seigneur, nous permettent-ils de fixer un certain nombre de ''notes, ''de signes extérieurs et visibles auxquels on puisse la reconnaître et la discerner aisément de celles qui sont fausses ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la rigueur, l'on pourrait dire qu'une telle enquête est superflue, et que la démonstration que nous poursuivons ici, est chose faite. Nous avons montré en effet que la société fondée par Jésus est une société ''hiérarchisée ''à la tête de laquelle il a mis l'apôtre Pierre. Or comme il a été établi par ailleurs que les Évêques de Rome sont les successeurs de Pierre dans sa primauté, il ne reste plus qu'à conclure que ''l'Église romaine est la vraie Église, ''vu que nous retrouvons en elle seule les organes essentiels constitués par Jésus-Christ. Raisonner ainsi ne serait pas assurément tirer une conclusion en dehors des prémisses. Cependant, étant donné que les dissidents regardent les Évêques de Rome comme des usurpateurs, et non comme les héritiers légitimes de la primauté de Pierre, il convient de nous placer sur un autre terrain commun accepté par les ''Églises dissi­dentes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn291 [291]], tout au moins par celles qui ont un ''caractère hiérarchique. ''En partant des quatre notes données par le concile de Nicée Constantinople (IVe siècle), bien antérieurement à la séparation des Églises grecque et protestante, l'apologiste catholique a donc pour tâche de démontrer que l'Église romaine possède ces notes, soûle, et à l'exclusion des autres confessions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
341. — '''Division du chapitre. '''— Du but que nous nous proposons il ressort que nous aurons à traiter dans ce chapitre les différents points suivants. 1° Nous aurons à déterminer d'abord les ''notes ''de la vraie Église. 2° II nous faudra montrer ensuite que le ''Protestantisme ne les a pas ; ''3° que ''l’ Église grecque ne les a pas davantage ; ''et 4° que ''seule l'Église romaine les possède toutes les quatre. ''5° Ce qui nous amènera à conclure à la ''nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine. ''D'où cinq articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les Notes de la vraie Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Nous traiterons : 1° des ''notes ''de la vraie Église ''considérées en général ''et 2° des ''quatre notes ''du concile de Nicée-Constantinople et de leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Des Notes considérées en général. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''342. — 1°''' '''Définition. '''— II faut entendre par « ''notes» ''de l'Église tout signe qui permet de discerner la véritable Église du Christ de celles qui sont fausses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''343. — 2'''° '''Espèces. '''— Les notes peuvent être, soit négatives, soit positives. — ''a) ''La note ''négative ''est celle dont l'absence démontrerait la fausseté d'une Église, mais dont la présence ne suffit pas à en démontrer la vérité. Les notes négatives peuvent être multipliées à l'infini et elles peuvent appartenir à n'importe quelle Église et n'importe quelle religion. Ainsi, qu'une religion enseigne le monothéisme, qu'elle prescrive le bien et défende le mal, elle peut être, mais elle n'est pas nécessairement pour cela la vraie religion. — ''b) ''La note ''positive ''est colle dont la présence démontre la vérité de l'Église où elle se trouve : elle est donc une ''propriété exclusive ''de la société fondée par Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''344. — 3°''' '''Conditions. '''— de la définition qui précède il suit que deux conditions sont requises pour qu'une propriété devienne « ''note « ''de l'Église. Il faut qu'elle soit une ''propriété ''essentielle et visible : — ''a) essentielle. ''Il est clair que, si la propriété n'était pas de ''l'essence ''de la vraie Église, si elle n'avait pas été indiquée par Jésus-Christ comme devant appartenir à la société qu'il fondait, elle ne saurait être un critère de la vraie Église ; — b) ''visible. ''Cola va de soi : un signe n'est signe qu'autant qu'il est extérieur, observable et plus apparent que la chose signifiée. Toute propriété essentielle n'est donc pas, par le fait, une note de l'Église, car bien des propriétés sont essentielles qui ne sont pas discernables. Ainsi il est bien certain, d'après les caractères que nous avons pu assigner à l'Église du Christ (Nos 331 et suiv.), que ''l'infaillibilité est ''une de ses propriétés essentielles. Mais c'est là une propriété qui n'est pas visible : pour la reconnaître, il faudrait savoir auparavant que nous avons affaire à la vraie Église. N'étant pas visible, l'infaillibilité ne peut donc être une note de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''345. — 4° Critères insuffisants'''. — Il suit de là que certains critères proposés par l'Église ''protestante ''ou par l'Église ''grecque ''ne sauraient être acceptés, parce que ne répondant pas aux deux conditions de la note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Il faut d'abord écarter les deux critères proposés par les protestants ''orthodoxes, ''savoir: la prédication exacte de l'Évangile et l'usage correct des sacrements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''La prédication exacte de l’Évangile. — ''Qu'en proposant un tel critère, les Protestants se mettent en contradiction avec leur théorie du libre examen, c'est ce qui apparaît tout de suite clairement. Si, d'un côté, les théologiens reconnaissent à tous les chrétiens la liberté d'interpréter l'Écriture suivant leur sens propre, comment peuvent-ils, de l'autre côté, leur imposer une règle commune de foi par la détermination précise des vérités qui se trouvent dans l'Évangile[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn292 [292]] ? Mais laissons cette question de droit, puisque aussi bien les Protestants orthodoxes ont cru bon de ne pas retenir, dans la pratique, leur théorie du libre examen. Voulant donc trouver des ''critères objectifs ''par lesquels on puisse discerner les Églises ''conformes ''des Églises ''non conformes ''au royaume de Dieu prêché par Jésus-Christ, ils ont proposé en premier lieu la prédication exacte de l'Évangile. — Mais comment pourrons-nous savoir quelle est la prédication exacte de l'Évangile, s'il n'y a aucune autorité pour nous le dire, et si, dans le cas de conflit, il n'y a personne pour finir la discussion? Et la preuve la plus évidente de l'insuffisance du critère, celle qui nous dispense de toutes les autres, n'est-ce pas le désaccord qui existe parmi eux, même au sujet des points les plus essentiels, des ''articles fondamentaux ''de la doctrine chrétienne. Prenons un seul exemple : la divinité de Jésus-Christ. Comment faut-il entendre ce dogme central du christianisme? Certains protestants répondent que Jésus-Christ est Dieu au sens propre du mot, c'est-à-dire qu'il est consubstantiel au Père. D'autres estiment qu'il n'est Dieu que dans un sens large et métaphorique, sa divinité n'étant autre chose qu'une intimité très grande avec Dieu le Père. L'on ne voit pas bien comment, dans de telles conditions, l'on pourrait encore parler des prédications exactes de l'Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'administration correcte des Sacrements.''— Ce critère proposé n'est pas une propriété plus visible que la prédication exacte de l'Évangile : la preuve en est que les Protestants sont bien dans l'impossibilité de déterminer, d'après les seuls textes de l'Écriture, comment les deux sacrements qu'ils retiennent : le Baptême et l'Eucharistie, doivent être administrés correctement. Faut-il conférer le Baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, selon l'ordre donné par le Christ ressuscité ''(Mat., ''xxviii, 19), ou simplement au nom du Seigneur Jésus, comme il est dit dans maints passages des Actes ? (ii, 38 ; vii, 12,16 ; xix, 5). A propos de l'Eucharistie, en quoi consiste la Présence réelle ? Y a-t-il présence ''réelle et physique ''du corps et du sang ''de- ''Jésus-Christ dans le pain et le vin ''(impanation)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn293 [293]], comme le veulent les Luthériens ? Ou bien la présence n'est-elle que ''virtuelle, ''la pain et le vin ayant la vertu de causer l'union entre le vrai corps du Christ qui est au ciel et l'âme du communiant, comme le pensent les calvinistes ? Ou bien encore ne s'agit-il que d'une présence ''morale, ''le pain et le vin alimentant notre foi dans le Christ et nous rappelant simplement le souvenir de la Cène, ainsi que le croient les sacramentaires ? Il est donc de toute évidence que ni la prédication du pur Évangile ni l'administration correcte des sacrements ne sont des critères suffisants. Sans nul doute, la vraie Église est celle qui prêche le pur Évangile et administre correctement les sacrements puisque la vraie Église est infaillible 6t ne peut errer sur ces deux points. Mais, quoique propriétés ''essentielles ''de la vraie Église, elles n'en sont pas des propriétés ''visibles, ''et pour cette raison, elles n'en peuvent être des ''notes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
346. — B. L'Église ''grecque ''propose, comme note de l'Église, la ''conservation sans variation de ''la doctrine prêchée par le Christ et les Apôtres. A première vue, ce critère revient au premier critère protestant : la prédication du pur Évangile. Il y a cependant une différence capitale entre les deux. Car tandis que les protestants laissent au sens chrétien et à la science indépendante le soin de déterminer les ''articles fondamentaux, ''l'Église grecque limite la conservation de la pure doctrine à l'enseignement des sept. premiers conciles œcuméniques. — Mais, pourrions-nous objecter tout d'abord aux théologiens de l'Église grecque, où se trouvait donc la vraie Église avant la réunion du premier concile œcuménique qui n'eut lieu qu'au IVe siècle ? Ayant le premier concile, l'Église n'avait-elle pas besoin déjà de notes pour se faire discerner? Supposons cependant que le seul critère de la vraie Église soit la conservation sans variation de la doctrine enseignée par les sept premiers conciles? Comment faut-il envisager cette conservation? La ''non-variation ''doit-elle être ''absolue? ''Dans ce cas, on ne comprend pas bien comment les symboles de foi ont pu être développés et complétés par des conciles postérieurs, comment on ne s'est pas borné au symbole de Nicée, et comment même celui de Nicée n'a pas craint d'ajouter au symbole des Apôtres. Si la ''non-variation ''doit être comprise dans un sens ''large, ''nous sommes d'accord ; les théologiens catholiques sont les premiers à admettre que la Parole de Dieu ne doit pas présenter l'immobilité d'une lettre morte, et qu'elle est susceptible des plus riches développements qui n'altèrent en rien la pureté de la doctrine primitive. Mais si 1 on concède la possibilité d'un développement, pourquoi ce développement se serait-il arrêté aux sept premiers conciles, et quelle est l'autorité qui nous dira quand celui-ci est normal? Comme on le voit, la question revient toujours à savoir où se trouve ''l'autorité légitimement constituée, ''celle qui a recueilli la succession apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Les quatre notes du Concile de Nicée-Constantinople. Leur valeur respective. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
347. — '''I. Les quatre notes. '''— Dès le IVe siècle déjà[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn294 [294]] le concile de Nicée-Constantinople proposait, comme nous l'avons dit, quatre propriétés qui doivent permettre de discerner l'Église du Christ des fausses Églises. Ces quatre propriétés sont : 1° ''l’unité ; ''2° la ''sainteté ; ''3° la ''catholicité ; ''4° ''l’apostolicité. ''« Et unam, sanctam, catholicam.et apostolicam Ecclesiam. » Trois de ces notes : l'unité, la catholicité et l'apostolicité ont des rapports étroits outre elles et sont ''d'ordre juridique. ''La seconde : la sainteté, est d'ordre ''moral. ''Pour cette raison nous la détacherons des trois autres, et nous en parlerons en premier lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''348. — 1° La Sainteté'''. — La ''sainteté ''consiste on ce que les ''principes ''enseignés par l'Église du Christ doivent conduire à la sainteté certains de ses ''membres. ''La sainteté, en tant que note de l'Église, implique donc un double élément : la ''sainteté des principes ''et la ''sainteté des membres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''sainteté ''remplit les ''deux conditions requises ''pour être une note (N° 344). Elle est : — «) une ''propriété essentielle. ''Que la sainteté des principes soit une marque essentielle de la vraie Église, il est facile de le prouver par le caractère de l'Évangile de Jésus. Le Sauveur ne se contente pas d'imposer l'observance des préceptes obligatoires en rappelant les devoirs du Décalogue ''(Mat., ''xix, 16, 19), il veut que ses disciples fassent mieux, qu'ils vivifient la lettre par l'esprit, c'est-à-dire par l'intention, que leur justice ne soit pas formaliste comme celle des Pharisiens, mais qu'elle prenne pour motif l'amour de Dieu et du prochain. « Je vous déclare, leur dit-il dans son Discours sur la montagne, que si votre justice n'excelle pas plus que colle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » ''(Mat., ''v, 20). Jésus va plus loin, — et c'est ce qui va caractériser son Église, — au-de3sus des vertus communes, de ce qu'on appelle couramment l'honnêteté et qui est un devoir strict pour tous, il ''propose la perfection aux âmes d'élite, ''comme un idéal auquel elles doivent tendre par les actes les plus contraires a la nature, par les sacrifices les plus durs : «Vous donc soyez parfaits, comme voire Père céleste est parfait» ''(Mat, ''v, 48). D'où il suit que dans la vraie Église l'on doit trouver des membres qui se distinguent par une sainteté éminente et des vertus héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La ''sainteté ''est une ''propriété visible. ''Cola ne fait aucun doute pour le premier élément : la sainteté des ''principes ''est une chose que tout le monde peut observer. Il n'en va pas tout à fait de mémo pour la sainteté des ''membres. ''La sainteté étant avant tout une qualité intérieure et visible au seul regard de Pieu, l'on pourrait ''objecter ''que ce ne peut être là une propriété visible, une note de la véritable Église. — II est vrai que la sainteté consiste surtout dans un fait intérieur et que l'hypocrisie peut revêtir les mômes apparences que la sainteté. Cependant il est permis de poser en règle générale que l'extérieur est le miroir fidèle de l'intérieur. La sainteté dont on perçoit les manifestations extérieures, surtout quand elle s'accompagne d'humilité, est une propriété apparente aux yeux des hommes. Considérée dans ''l’ensemble ''des membres de l'Église, elle peut donc être, alors même qu'il y aurait de fâcheuses méprises, une note dont il n'y a pas lieu de récuser la valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''349. — 2°''' '''L'Unité. '''— ''a) L'unité, ''en tant que note de l'Église, consiste dans la ''subordination ''de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'unité ''a les ''deux conditions requises ''pour être une note de la vraie Église. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Jésus a voulu qu'il n'y ''eût ''« qu'un seul troupeau et un seul pasteur » ''(Jean, ''x, 16). Il a prié à cet effet « pour que tous soient ''un» (Jean, ''xvii, 21). N'ayant prêché qu'un Évangile, il a voulu l'adhésion de tous ses disciples à cette doctrine révélée : d'où ''unité de la foi. ''Voulant la fin, il est clair qu'il devait en prendre les moyens. C'est dans ce but qu'il a institué une ''hiérarchie permanente, ''pourvue des pouvoirs nécessaires pour assurer l'unité de la société chrétienne ; — ''b) ''une ''propriété visible. ''La subordination de tous les fidèles à une même juridiction est une chose visible et vérifiable ; il n'est pas plus difficile de constater l'unité hiérarchique dans l'Église que dans toute autre société. — Nos adversaires ''objectent, ''il est vrai, que la foi étant une qualité intérieure, n'est pas visible. Sans doute, la foi est intérieure et invisible si on la considère en elle-même : mais, tout intérieure qu’elle est elle peut se manifester par des actes extérieurs, tels que la prédication, les écrits et la récitation de formules de foi. Au surplus, l'unité dont il s'agit ici, est avant tout ''l’unité de gouvernement. ''C'est cette derrière qui est le principe de ''l’unité de foi ''et de ''l’unité de culte. ''Si la première est constatée, les deux autres doivent suivre, comme des conséquences naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''350. — 3° La''' '''Catholicité. '''— Le mot ''catholique ''veut dire universel. Conformément à l'étymologie, la ''catholicité ''c'est donc la diffusion de l'Église dans tous les pays du monde. Toutefois, les théologiens distinguent, à juste raison, entre : — 1. la catholicité ''de fait, ''une catholicité ''absolue ''et ''physique ''qui comprend la totalité des hommes, et — 2. la catholicité ''de droit, ''une catholicité ''relative ''et ''morale, ''dans ce sens que l'Église du Christ est destinée à tous et qu'elle s'étend à un grand nombre de régions et d'hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''catholicité ''remplit également les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — a) une ''propriété essentielle. ''Alors que la Loi primitive et la Loi mosaïque ne s'adressaient qu'au peuple juif, seul gardien des promesses divines, la Loi nouvelle s'adresse à l'universalité du genre humain : « Allez, dit Jésus à ses Apôtres, enseignez ''toutes ''les nations ''«(Mat., ''xxviii, 19). Toute Église par conséquent qui resterait confinée dans son milieu, qui serait l'Eglise d'une province, d'une nation, d'une race, n'aurait pas les caractères de l'Église du Christ, puisque Jésus a prêché sa doctrine pour tous et qu'il a fondé une société ''universelle. ''Est-ce à dire que l'Église du Christ devait être universelle dès le premier jour, ou même qu'elle devait l'être un jour, d'une catholicité absolue et physique? Évidemment non. La diffusion de l'Évangile devait suivre une marche progressive, dont Jésus lui-même avait tracé le plan à ses Apôtres : il les avait chargés en effet de lui rendre témoignage à Jérusalem d'abord, puis dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre ''(Act., ''i, 8). Et même lorsque l'Évangile aura pénétré jusqu'aux extrémités de la terre, il n'en résultera pas encore une catholicité absolue. Car le Sauveur n'a pas entendu violenter les consciences ; il a laissé à tout homme la liberté d'entrer ou de ne pas entrer dans son royaume, et il a prédit que-tous n'y entreraient pas, vu qu'il a annoncé à ses disciples qu'ils seraient en butte aux persécutions. — ''b) ''La catholicité est une propriété ''visible. ''Constater la diffusion de l'Église paraît chose assez simple. Cependant la note de catholicité n'est pas toujours aussi apparente qu'on pourrait le croire, car le nombre des adhérents d'une société peut subir des fluctuations avec les diverses phases de son histoire. Mais la catholicité n'est pas à la merci d'une variation de chiffres. Ce n'est pas parce que l'Église connaîtra à certaines heures de regrettables défections que sa catholicité diminuera d'autant : il suffit qu'elle reste toujours ''catholique de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''351. — 4°''' '''L'Apostolicité. '''— ''l'apostolicité ''est la succession continue et légitime du gouvernement de l'Église depuis les Apôtres. Pour qu'il y ait apostolicité il faut donc que des chefs actuels de l'Église l'on puisse remonter aux fondateurs de l'Église, c'est-à-dire aux Apôtres et à Jésus-Christ ; il faut de plus que cette succession soit ''légitime, ''c'est-à-dire que les chefs hiérarchiques se soient succédé conformément aux règles établies, qu'il n'y ait eu par conséquent dans leur accession au gouvernement aucun vice essentiel capable d'invalider leur juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'apostolicité de gouvernement implique ''l’apostolicité de la doctrine. ''Du fait que les chefs de l'Église ont pour principale mission de transmettre aux hommes le dépôt intégral de la Révélation, il s'ensuit que l'apostolicité de la doctrine doit découler de l'apostolicité de gouvernement, comme l'effet de la cause. Mais 1’apostolicité de la doctrine n'est pas une note, parce qu'elle n'est pas une propriété visible, et que, pour savoir si une doctrine est apostolique, il faut rechercher auparavant par qui elle est enseignée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'''apostolicité ''a les ''deux conditions ''de la note. Elle est : — ''a) ''une ''propriété essentielle. ''Jésus-Christ ayant institué une hiérarchie permanente, son Église ne peut se trouver que là où les chefs sont les successeurs légitimes des Apôtres ; — b) une ''propriété visible. ''Il est aussi facile de contrôler le fait de la succession apostolique des Papes et des Évoques que celle des chefs de toute société humaine, par exemple, la succession des rois de France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''352. — II'''. '''Valeur respective des quatre notes. '''— Avant de faire l'application des quatre notes, il convient d'établir leur ''force probante, ''leur ''valeur respective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''LA SAINTETÉ ''est une note ''positive ''de la vraie Église. Car il est évident que, seule, l'Église qui a conservé la doctrine du Christ dans toute son intégrité, est capable de produire les fruits les meilleurs et les plus abondants de sainteté. D'autre part, la note de sainteté est facilement discernable : tout homme sincère peut constater la ''transcendance morale ''d'une société religieuse et se rendre compte que la sainteté des membres est le résultat de la sainteté des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, la sainteté est un critère ''à l'ordre moral : ''entendez par là qu'il requiert des dispositions morales de la part de celui qui en fait l'application. Si en effet on a l'esprit prévenu contre la société religieuse qu'on étudie, il peut arriver qu'on s'arrête avec trop de complaisance aux faiblesses et aux défauts de cette société sans accorder la place voulue aux vertus héroïques dont elle a droit de se glorifier. Pour cette raison, la note de sainteté, quoique suffisante en soi, demande à être complétée par les autres notes,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''L'UNITÉ ''est une note ''négative. ''Elle n'a donc qu'une valeur d'exclusion : elle nous permet de dire que toute société qui ne l'a pas ne peut pas être la vraie Église. Mais elle ne nous conduit pas plus loin, car rien n'empêche de concevoir une société où tous les membres soient subordonnés aux mêmes chefs et acceptent les mêmes croyances sans être pour cela la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LA CATHOLIGITÉ ''est également une note ''négative ''et nous permet seulement d'exclure toute société qui n'est pas relativement et moralement universelle, par conséquent, toute Église provinciale ou nationale. Mais notre conclusion ne saurait aller au delà, et il peut se faire qu'une société soit la plus répandue, qu'elle compte le plus d'adhérents sans qu'elle soit nécessairement la véritable Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant le ''concept de catholicité ''est ''plus étendu ''que celui ''d'unité. ''Une société peut être une et ne pas dépasser les limites d'an pays, tandis que la catholicité qui suppose une certaine universalité, implique en même temps l'unité. Que serait en effet la catholicité, si l'Eglise qui embrasse plusieurs contrées n'était pas la même à tous les endroits? Une Église peut donc être une sans être catholique, mais elle ne peut être catholique sans être une.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4''° L’APOSTOLICITÉ ''est une note ''positive. ''Du moment qu'une Église peut démontrer que sa hiérarchie descend des Apôtres par une succession ''continue ''et ''légitime, ''il y a toute certitude qu'elle est la véritable Église. Mais le point délicat de cette note est de prouver que la succession a toujours été ''légitime, ''que la ''juridiction ''épiscopale n'a pas été annulée par le schisme et l'hérésie, c'est-à-dire par la rupture avec l'œuvre authentique de Jésus-Christ. Or la rupture ne deviendra évidente que si cette Église ne possède plus les trois notes précédentes. L'apostolicité doit donc être contrôlée par les autres notes, et en particulier, par l'unité et la catholicité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— 1. Toute Église, dans laquelle il y a ''absence ''des quatre notes ou seulement d'une des quatre notes, ne peut être la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'Église qui ''possède ''les quatre notes est ''nécessairement la vraie Église. ''Car la sainteté et l'apostolicité, étant des notes positives, sont des critères qui suffisent à prouver l'authenticité d'une Église. Cependant il est bon de ne pas les isoler, nous venons de dire pourquoi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Application des notes an Protestantisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353. — Nous diviserons cet article en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur le protestantisme. Dans le second, nous montrerons ''qu'il n'a pas les quatre notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur le Protestantisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Définition. '''— Sous le terme général de ''protestantisme, ''il faut comprendre l'ensemble des doctrines et des Églises issues de la Réforme du XVIe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot ''Réforme ''sert également à désigner le protestantisme. La raison en est que ses principaux chefs : Luther et Calvin ''se donnèrent ''comme des envoyés de Dieu ayant pour mission de ''réformer ''l'Église du Christ, de restaurer la religion de l'esprit et de substituer aux ténèbres de l'erreur et à la corruption des mœurs la lumière de la vérité et la pureté de la morale : « ''Post tenebras lux'' ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''354. — II.''' '''Origine. '''— Si l'on considère le protestantisme, d'un point de vue général, et sans s'arrêter aux circonstances particulières qui déchaînèrent le mouvement dans les différents pays de l'Europe, l'on peut dire qu'il a son origine dans ''trois ordres de causes : ''intellectuelles! religieuses et politiques. — ''a) Causes intellectuelles. ''Il y a un lien très étroit qui rattache la Réforme, mouvement religieux, à la Renaissance, mouvement intellectuel. De la dernière moitié du XVe siècle aux vingt premières années du XVIe, époque où éclata le luthéranisme, la Renaissance battait son plein. Or l'humanisme ne se signalait pas seulement par le culte de l'antiquité païenne, mais aussi par une réaction contre la philosophie scolastique, par des tendances rationalistes et une critique indépendante qui s'étendait à tous les domaines et contre les attaques de laquelle la Bible même ne fut pas toujours à l'abri.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Causes religieuses. ''A l'indépendance de l'esprit correspondait une grande liberté dans les mœurs. Depuis plusieurs siècles déjà, de déplorables abus s'étaient glissés un peu partout : il y avait eu abaissement du niveau moral dans l'Église, qui ne remplissait plus qu'imparfaitement sa mission divine. En Allemagne plus spécialement, le haut clergé, mal recruté parmi les grands seigneurs, possesseur d'une grande partie du sol, ne rêvait que domination et se servait de l'Église plutôt que de la servir. La mal n'était pas moindre dans les monastères ; et la papauté elle-même, devenue une puissance italienne préoccupée de ses intérêts matériels, oubliait trop souvent les affaires de l'Église dont elle avait la charge. Assurément, une réforme, non pas dans la constitution de l'Église ni dans son dogme, mais dans ses mœurs et dans sa discipline, était indispensable et souhaitée de tous. Elle s'accomplit du reste plus tard au temps du concile de Trente, trop tard, hélas ! puisque auparavant Luther avait déchaîné au soin de l'Église une vraie révolution qui n'avait plus Le simple caractère d'une réforme nécessaire, mais qui était le bouleversement du dogme et la rupture de l'unité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Causes politiques. ''Quelque importantes que fussent les causes intellectuelles et religieuses, la Réforme protestante fut déterminée par l'ambition des chefs d'État qui virent, dans ce détachement de leurs Églises nationales de l'autorité de Rome, la meilleure façon d'accroître leur puissance et de devenir à la fois les chefs spirituels et temporels de leurs sujets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
355. — '''III. Les Églises protestantes'''. — Le protestantisme comprend trois Églises principales : l'Église ''luthérienne, ''l'Église ''calviniste ''et 1' Église ''anglicane. ''Chaque Église se subdivise à son tour on un certain nombre de sectes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le''' '''Luthéranisme. '''— A. ''ORIGINE. ''— de l'Allemagne plus que d'aucun autre pays, il est vrai de dire que le protestantisme eut pour principe les trois causes que nous avons signalées plus haut. Au début du xvie siècle, le terrain était tout prêt pour l'éclosion d'un mouvement réformateur : il suffisait d'un homme et d'une occasion pour allumer l’incendie. Cet homme ce fut Luther, et l'occasion, la ''question des indulgences.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Martin Luther naquit en 1483 et mourut en 1546 à Eisleben en Saxe En 1505, il entra au couvent des Augustins d'Erfurt et fut ensuite professeur de théologie à Wittenberg. En 1517, le pape Léon X ayant chargé les Dominicains de prêcher de nouvelles indulgences dans le but de recueillir des aumônes destinées à l'achèvement de Saint-Pierre de Rome, Luther, froissé que cette mission avait été confiée à un autre ordre que le sien, commença par attaquer les ''abus, ''puis bientôt le ''principe ''même des indulgences, ainsi que leur ''efficacité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn295 [295]]. Excommunié en 1520, il brûla Ta bulle pontificale sur la place publique de Wittenberg, traita le pape d'antéchrist et en appela à un Concile général. Cité devant la diète de Worms (1521), il s'y rendit refusa de se soumettre à la sentence qui le condamnait et fut mis au ban de l'Empire. Protégé par Frédéric de Saxe, il vécut un certain temps caché au château de la Wartbourg où il travailla à la traduction de la Bible en langue vulgaire. Puis, de 1522 à 1526, il parcourut l'Allemagne, prêchant sa doctrine. Entre temps, en 1525, il avait épousé Catherine Bora. En quelques années, la Réforme fit de grands progrès, grâce à la protection des princes qui profitèrent du mouvement pour rejeter l'autorité de Rome et s'emparer des biens des monastères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
356. — B. ''DOCTRINE. ''— a) La théorie luthérienne de l'inefficacité des indulgences, fait partie de tout un système dont le point central était la ''justification par la foi. ''Aux bonnes œuvres Luther oppose la foi : « Sois pécheur, pèche hardiment, mais crois plus hardiment encore. » Telle est, en une brève formule, l'idée maîtresse du réformateur, d'où sortiront les autres points de sa doctrine comme des conséquences rigoureuses. De même que la justice primitive faisait partie de la nature du premier homme et lui était essentielle, de même par la faute d'Adam « le péché devient une seconde nature : tout en l'homme est péché ; l'homme n'est plus que péché »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn296 [296]]. Rien ne peut changer cet état de choses : l'homme pécheur ''n'a plus la liberté nécessaire pour accomplir le bien ; ''ses bonnes œuvres sont donc inutiles. La justification par les mérites de Jésus-Christ est le seul remède. Mais comment le pécheur obtiendra-t-il que Dieu lui accorde cette grande grâce de lui imputer les mérites de son Fils? ''Uniquement par la foi, ''en croyant de toutes ses forces que la chose est ainsi. Sans doute son âme restera, comme auparavant, souillée par le péché, mais elle sera recouverte, comme d'un voile, de la justice du Rédemp­teur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn297 [297]]. — b) La foi seule suffisant à la justification, les ''sacrements ''et le ''culte ''deviennent ''choses superflues. ''Les sacrements, que Luther réduit à trois : le baptême, l'eucharistie et la pénitence, ne produisent donc pas la grâce et ne sont pas requis pour le salut. Le culte des saints doit être supprimé ; les saints doivent être imités, non invoqués. — c) ''Pas de purgatoire. ''— ''d) ''La ''seule règle de foi ''et la seule autorité c'est l'''Écriture ''interprétée par la raison individuelle. -— ''e) ''Tout chrétien pouvant obtenir la justification par la foi sans la pratique des œuvres et sans le recours aux sacrements, recevant par ailleurs les lumières de l'Esprit Saint pour l'interprétation des Écritures, il s'ensuit que l'Église est une ''société invisible, ''se composant des seuls justes, où il n'y a pas de corps enseignant, pas de caractère sacerdotal, pas d'ordination et où tous les fidèles sont prêtres. Telle était la conséquence rigoureuse que Luther avait tirée d'abord de sa doctrine. Mais comme elle eut pour effet de susciter une foule de docteurs qui, au nom de l'Esprit Saint, avancèrent les opinions les plus contradictoires, Luther se vit forcé d'organiser des ''Églises visibles, ''avec l'appui et sous la dépendance de l'État. Conséquemment, il décréta que le ministère de la prédication et l'administration des sacrements seraient exercés par des élus du peuple auxquels les anciens auraient imposé les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
357. — C. ''ÉTAT ACTUEL. — ''Le ''luthéranisme ''se propagea rapidement dans l'Allemagne du Nord, le Danemark, la Suède et la Norvège. Il s'est étendu ensuite à l'Angleterre, avec l'anglicanisme, et à la Hollande ; il a pénétré de nos jours en Amérique et même, grâce aux missions protestantes, dans les pays païens. Cependant il ne présente pas partout la même ''organisation. ''En Allemagne, l'Église luthérienne ''n'a pas d'évêques, ''elle reconnaît l'autorité des princes séculiers et des consistoires dont les princes sont les principaux membres Dans les pays Scandinaves, l'on a conservé la ''hiérarchie épiscopale ''qui est soumise à l'autorité civile. Aux États-Unis d'Amérique, les pasteurs sont élus par le suffrage des fidèles ; dans les choses de la foi et de la discipline ils obéissent aux synodes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''358. — 2° Le Calvinisme'''. — A. ''ORIGINE.— ''Calvin, né à Noyon en Picardie en 1509, fit ses études de droit à Bourges où il se lia d'amitié avec l'helléniste allemand Wolmar, qui l'instruisit dans la doctrine de Luther. Après avoir prêché à Paris (1532), il jugea prudent de quitter la France et se retira à Strasbourg, puis à Bâle où il acheva( 1536) son fameux ouvrage de ''l’Institution chrétienne, ''dans lequel il exposa ses idées. Appelé à Genève pour y enseigner la théologie, proscrit quelque temps, puis rappelé, il entreprit à la fois la réforme des mœurs et celle du dogme et du culte. En même temps, il poursuivait avec une cruelle intransigeance ceux qui allaient à rencontre de sa doctrine. Les plus fameuses victimes de son intolérance furent Jacques Gruet et surtout Michel Servet brûlé en 1553&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
359. — B. ''DOCTRINE. ''— Calvin reproduit à peu près la doctrine de Luther. Voici, esquissés très rapidement, les points essentiels qui différencient les deux théologies. — a) Sur ''la question de la justification, ''Calvin qui enseigne, comme Luther, la justification par la foi sans les œuvres, ajoute à la doctrine luthérienne deux choses : l'inamissibilité de la grâce et la prédestination absolue : — 1. ''Inamissibilité de la grâce. ''Calvin, plus logique peut-être en cela que Luther, qui n'avait pas osé soutenir que la grâce de la justification, une fois reçue, ne pût se perdre, professe que la grâce est ''inamissible. ''Pourquoi Dieu retirerait-il à l'homme la grâce de la justification qu'il lui a plu un jour de lui octroyer? Si l'homme ne peut rien faire pour mériter de l'obtenir, pas davantage il ne saurait rien faire pour mériter de la perdre, vu qu'il est privé de libre arbitre, partant, irresponsable. « Qui est justifié, dit Calvin, et qui reçoit une fois le Saint-Esprit, est justifié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. » — 2. Du principe de l'inamissibilité de la grâce découle la doctrine de la ''prédestination absolue. ''Dans son conseil éternel, Dieu a prédestiné les uns au salut, les autres à la damnation. Le prédestiné à la gloire est désigné, élu de toute éternité. Il est justifié sans considération de ses mérites, sans égard aux œuvres qu'il peut accomplir, et tel est précisément l'endroit où la thèse calviniste est en contradiction totale avec la doctrine catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn298 [298]]. — b) Sur ''la valeur des sacrements, ''que Calvin réduit à deux : le baptême et l'eucharistie, sur ''le culte, ''sur ''la règle de foi, ''la doctrine calviniste est presque identique à la doctrine luthérienne. — c) Quelques divergences sur la ''constitution de l'Église visible. ''Celle-ci, qu'il ne faut pas confondre avec ''l'Église invisible, ''c'est-à-dire l'ensemble des prédestinés, est une démocratie où les prêtres, tous égaux, sont délégués par le peuple. Mais, — et c'est là un point important où le calvinisme s'éloigne du luthéranisme, — l'autorité ecclésiastique est indépendante de l'État : elle réside dans un ''consistoire, ''composé de six ecclésiastiques et de douze laïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn299 [299]], lesquels représentent les anciens et les diacres de la primitive Église. Ce système s'appelle le ''presbytérianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
360. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— Le ''calvinisme ''se propagea on Suisse, en France, en Allemagne même, dans les Pays-Bas et en Écosse, où il donna naissance à la secte des ''puritains, ''qui mit un moment en péril l'anglicanisme. Il subsiste encore aujourd'hui dans ces mêmes pays et a même gagné les États-Unis, où cependant il ne compte qu'un nombre restreint de fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''361. — 3° L'Anglicanisme.''' — A. ''ORIGINE. — ''La Réforme protestante éclata en Angleterre, peu de temps après l'introduction du luthéranisme en Allemagne. Les historiens lui voient déjà un précurseur; au XIVe siècle, dans la personne de l'hérésiarque Wiclef, dont la tentative -avait échoué, mais dont les idées avaient laissé dans les esprits un ferment d'indépendance, favorable au schisme du xvie siècle. Celui-ci eut pour auteur le roi Henri VIII. Après avoir été un défenseur de l'Église catholique, il s'en détacha pour se venger de ce qu'il n'avait pu obtenir du pape Clément VII une sentence annulant son mariage avec Catherine d'Aragon. En 1534, il fit signer par l'assemblée du clergé et les deux Universités une formule qui déclarait que « l'Évêque de Rome n'avait pas en Angleterre plus d'autorité et de juridiction que tout autre Évêque étranger », et il fit admettre cette proposition que « le roi est, après le Christ, le seul chef de l'Église». Séparée ainsi du centre de l'unité, l'Église d'Angleterre conservait la même doctrine que par le passé. ''Schismatique ''d'abord, elle ne devint ''hérétique que ''sous Edouard VI, le successeur de Henri VIII. A l'instigation de Cranmer, l'on rédigea une ''profession de foi ''en 42 articles, extraits presque entièrement des Confessions des réformés d'Allemagne (1553). Ces 42 articles furent remaniés sous le règne d'Elisabeth et réduits à 39 en .1563.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
362. — B. ''DOCTRINE. ''— Les 39 ''articles de la confession de foi ''approuvée par le Synode de Londres, et le ''Livre de la prière publique ''(common Prayer-book) contiennent tout l'anglicanisme. Nous nous contenterons d'indiquer les-points principaux de la doctrine enseignée dans les 39 articles. 1. Les cinq premiers articles exposent les dogmes catholiques de la sainte Trinité, de l’Incarnation et de la résurrection. 2. Le sixième admet comme unique règle l’Ecriture sainte. — 3. Les articles 9-18 exposent la doctrine de la justification par la foi seule, reproduite assez fidèlement de la doctrine de Luther. Contrairement au Calvinisme, il est enseigné qu'après la justification on peut pécher et se relever. — 4. Les articles 19-22 traitent de l'Église. L'Église visible est la société des fidèles où l'on prêche la pure parole de Dieu et l'on administre ''correctement ''les sacrements. Quoiqu'elle ait le pouvoir de décréter des rites et des cérémonies, de décider dans les controverses en matière de foi, elle ne peut rien établir contre l'Écriture. Aucune Église n'est infaillible : pas plus que les autres, celle de Rome, dont la doctrine (art. 22) sur le purgatoire, les indulgences, le culte des images et des reliques, l'invocation des saints, doit être rejetée. — 5. Les neuf articles suivants (23-31) exposent la doctrine anglicane sur le culte et les sacrements. On ne peut exercer le ministère dans l'Église sans avoir été choisi par l'autorité compétente. La langue vulgaire doit être employée dans la prière publique et l'administration des sacrements. Deux sacrements : le baptême et la Cène, ont été institués par Jésus-Christ et sont des signes efficaces de la grâce ; les cinq autres ne sont pas de vrais sacrements. Le baptême est un signe de régénération qui introduit dans l'Église, confirme la foi et augmente la grâce. Le baptême der enfants doit être conservé. La cène du Seigneur, dit l'article XXVIII, n'est pas seulement un signe de l'amour mutuel des chrétiens entre eux, mai elles est plutôt un sacrement de notre rédemption par la mort du Christ. De sorte que, pour ceux qui y prennent part, correctement, dignement et avec foi, le pain que nous rompons est une communion au corps du Christ ; de même la coupe de bénédiction est une communion au sang du Christ. La transsubstantiation ne peut être prouvée par les Saintes Lettres ; au contraire, elle répugne aux termes de l'Écriture, détruit la nature du sacrement, et a été la cause de beaucoup de superstitions. Le corps du Christ est donné, reçu et mangé dans la cène, seulement dune manière céleste et spirituelle. Le moyen, par lequel le corps du Christ est reçu et mangé, est la foi. Le sacrement de l'eucharistie n'a pas été institué par le Christ pour être conservé, transporté, élevé et adoré.» La communion sous les deux espèces est nécessaire. Le sacrifice de la croix a accompli la rédemption une fois pour toutes ; par conséquent « les sacrifices des messes» sont des fables blasphématoires et des impostures pernicieuses. — 6. Les articles suivants (32-34) déclarent que le mariage des évêques, des prêtres et des diacres est permis ; que les excommuniés doivent être évités. — 7. Le 38e article condamne les doctrines communistes de certains anabaptistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn300 [300]], et le dernier dit que le serment est permis pour de justes causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
363. — C. ''ÉTAT ACTUEL. ''— La profession de foi en 39 articles a été spécialement rédigée pour faire l'union dans l'Église anglicane. Mais bien que tous les candidats aux ordres aient toujours été obligés et le soient encore de la signer avant de recevoir le diaconat, l'union n'a jamais pu être réalisée, pas plus dans le passé que dans le présent. Du temps d'Elisabeth, la nation était déjà divisée en ''conformistes ''qui suivaient littéralement les rites du Prayer-book, et en ''non-conformistes ''ou ''dissidents ''qui refusaient d'admettre les ornements et cérémonies qui sont en usage dans l'Église catholique et que le Prayer-book prescrivait : imbus des doctrines calvinistes, ils y voyaient une affirmation de la présence réelle et du sacrifice de la messe et ne voulaient pas participer à ce qui leur semblait une idolâtrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nos jours, l'Église anglicane se divise encore en trois partis: la ''Haute ''Église, la ''Basse ''Église et l'Église ''Large. ''— ''a) ''La ''Haute ''Église ''(High Church) ''se considère comme un des trois rameaux de l'Église catholique dont les deux autres seraient l'Église romaine et l'Église grecque. Le parti le plus avancé de la Haute Église s'appelle soit ''puseyisme ''parce que Pusey un des plus actifs propagandistes du mouvement d'Oxford[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn301 [301]], soit ''ritualisme ''parce que le mouvement, en s'accentuant vers 1850, tendit à rétablir les principaux rites de l’Église romaine, entre autres, la messe et ses cérémonies, le culte des saints et même la confession auriculaire. Bref, les ritualistes acceptent presque tous les dogmes catholiques, sauf l'infaillibilité du pape et l'Immaculée Conception. — b) La ''Basse ''Église ''(Low Church), ''qui se nomme aussi ''évangélique, ''a des tendances calvinistes. Elle considère d'ailleurs la constitution de l'Église anglicane comme d'origine humaine et ne lui attribue qu'une valeur toute relative. — c) L'Église ''Large (Broad Church) ''ne requiert comme dogme essentiel que la foi au Christ. Ses partisans portent aussi les noms de ''latitudinaires ''et d'universalistes : — 1. ''latitudinaires ''parce qu'ils professent une morale large, et même relâchée, qui est en opposition avec le fanatisme des puritains ; — 2. ''universalistes ''parce qu'ils nient l'éternité des peines et pensent que tous les hommes seront un jour sauvés. A l'Église Large se rattachent les ''Sociniens ''et les ''Unitaires ''qui rejettent le dogme de la Trinité et considèrent la raison comme le seul guide dans l'interprétation des Écritures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn302 [302]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
364. — ''Remarque. ''— Quelle que soit la diversité des sectes et des doctrines, dont nous avons constaté l'existence au sein de l'Église réformée, l'on peut classer les protestants en deux groupes : les protestants ''conservateurs ''et les protestants ''libéraux. ''— ''a) ''Les protestants ''conservateurs ''ou ''orthodoxes ''sont ceux qui se rapprochent le plus de l'orthodoxie catholique : ils gardent la plupart des dogmes révélés, mais ils rejettent la constitution de l'Église telle que nous l'avons décrite dans le chapitre précédent. — b) Les protestants ''libéraux ''ne diffèrent guère des rationalistes. Disciples de Kant, qui proclame l'autonomie de la raison, ils répudient tout élément surnaturel et tout dogme révélé. Cependant, certains, à la suite de Schleiermacher (mort en 1834) et de Ritschl (mort en 1889), se sont efforcés de combler les lacunes de la raison par une sorte de sens religieux et de disposition morale qui nous permettent d'atteindre l'Infini et de reconnaître ce qui est inspiré dans l'Écriture Sainte. Nous avons eu du reste l'occasion de parler de leurs conceptions, lorsque nous avons étudié les caractères essentiels de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le protestantisme n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
365. — L'étude qui précède, quoique succincte, nous permettra de faire rapidement au protestantisme l'application des notes de la véritable Église, et de montrer qu'il ne les possède pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le protestantisme n'a pas la sainteté'''. — ''a) ''Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses principes. ''Les doctrines fondamentales du luthéranisme et du calvinisme : la ''justification par la foi, l'inutilité des bonnes œuvres, ''la ''négation du libre arbitre, ''la ''prédestination absolue, ''sont le renversement des principes de la morale. Si en effet la foi soûle suffit à justifier, si les bonnes œuvres ne sont pas requises et d'ailleurs ne peuvent l'être, vu que l'homme est privé de libre arbitre, si les prédestinés peuvent commettre tous les crimes, pourvu qu'ils aient la foi, si la justification est inamissible, il n'y a plus de distinction à faire entre la vertu et le vice. L'homme est irresponsable, c'est Dieu qui « fait on nous le mal et le bien, comme l'écrit Luther dans son livre : « ''Du serf arbitre ''», et de même qu'il nous sauve sans mérite de notre part, il nous damne aussi sans qu'il y ait de notre faute ». En conséquence de ces principes, Luther et Calvin ont rejeté, comme inutiles et contraires à la nature, la pénitence, l'abnégation, les conseils évangéliques, supprimant ainsi les plus puissants moyens de sanctification et tarissant la source des vertus supérieures et héroïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le protestantisme n'est pas ''saint dans ses membres.''— 1. Remarquons d'abord que le protestantisme ne saurait invoquer la ''sainteté de ses fondateurs. ''Ni Luther, ni Calvin, ni Henri VIII ne furent certes des modèles de vertu ; oserait-on même dire qu'ils aient pratiqué les vertus communes? A vrai dire, un protestant aurait mauvaise grâce à reprocher à Luther son orgueil et sa sensualité, à Calvin son esprit vindicatif et cruel, à Henri VIII ses adultères et ses débauches. N'agissaient-ils pas conformément à leur doctrine ? « Pèche fortement, mais crois plus fortement.» Du moment qu'un homme est sincère dans ses idées et qu'il met sa conduite en rapport avec ses idées, de quoi peut-on l'accuser? De rien apparemment, sauf toutefois d'avoir des principes mauvais et destructeurs de la morale. — 2. Le protestantisme qui n'est pas saint dans ses fondateurs, l'est-il dans ses ''autres membres? ''C'est assurément une chose bien délicate que de faire le parallèle entre la somme de vertus qui se trouvent dans deux sociétés, sinon rivales, du moins divergentes. Nous concéderons donc volontiers qu'il y a chez les protestants un niveau moral assez élevé, qu'on trouve chez eux des vertus supérieures, parfois des vertus héroïques. L'on voit même, de nos jours, certaines sectes protestantes qui prêchent la pratique des œuvres surérogatoires et reprennent la vie reli­gieuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn303 [303]]. Mais si les choses sont ainsi, — et l'on nous rendra cette justice que nous n'hésitons pas à le reconnaître, — c'est par un manque de logique ; c'est précisément parce que les protestants n'appliquent pas les principes de leurs fondateurs. Et cela nous suffit pour condamner le système et l'Église qui le professe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''366. — 2° Le protestantisme n'a pas l'unité.''' — Nous avons défini l'unité : « la subordination de tous les fidèles à la même hiérarchie et au même magistère enseignant » (N° 349). Comment le protestantisme pourrait-il avoir cette note? Il n'est qu'un assemblage de sectes disparates, que l'on pour cependant, sous un certain point de vue, classer en deux groupes : les Églises non épiscopaliennes et les Églises épiscopaliennes. — a) Pour ce qui concerne les ''Églises non épiscopaliennes, ''elles sont nécessairement dépourvues de cette subordination de tous les fidèles à une même hiérarchie, car la hiérarchie n'existe pas : ministres et fidèles sont sur le pied d'égalité. Il n'y a plus dès lors possibilité d'assurer l'unité soit dans le culte et la discipline, soit, à plus forte raison, dans la foi. —&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant aux ''Églises épiscopaliennes, ''qui reconnaissent une autorité constituée, elles peuvent dans la pratique obtenir une unité apparente, mais cette unité ne saurait être que superficielle, parce que contraire à la théorie du libre examen, qui est toujours restée l'un des principes essentiels de la doctrine protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n'avons pas besoin d'ajouter, que, s'il n'y a pas d'unité de gouvernement, encore moins peut-il y avoir ''unité de foi. ''Les chefs ne s'accordent même pas entre eux. Calvin reprend sans doute la doctrine de Luther, mais il en modifie des points essentiels (N° 359). Les anglicans s'approprient les doctrines de Luther et de Calvin, mais ils conservent l'épiscopat que les deux chefs de l'hérésie protestante avaient rejeté. Et malgré cette conservation de l’épiscopat, et avec lui, d'une hiérarchie capable de produire l'unité, que de variations, de luttes et de divergences au sein de l'anglicanisme ! Alors que la Haute Église se rapproche du catholicisme, au point de donner parfois l'illusion qu'elle se confond avec lui sur le terrain de la doctrine et du culte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn304 [304]], l'Église Large va à l'extrême opposé et tombe dans le rationalisme et l'incrédulité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''367. — 3° Le protestantisme n'a pas la catholicité.''' — La catholicité implique l'unité, avons-nous dit (N° 352). Là où l'unité n'est pas, la catholicité ne saurait être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Les ''églises non épiscopaliennes ''comportent autant de sectes que l'on veut, puisqu'il n'y a aucun lien pour les rattacher. — ''b) ''Les ''églises épiscopaliennes ''ont un domaine moins restreint, mais, du fait même qu'elles reconnaissent le chef de l'État comme autorité suprême, elles ne peuvent dépasser les limites d'un pays. C'est ainsi que nous avons les églises luthériennes de Suède, de Norvège, de Danemark, et l'Église anglicane, circonscrite aux régions de domination ou d'influence britannique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que le protestantisme n'a : — 1. ni la ''catholicité de fait, ''qui comprend la totalité des hommes; — 2. ni la ''catholicité de droit. ''Non seulement aucune des fractions du protestantisme, mais même l'ensemble des sectes réunies ne compte un nombre d'adhérents égal à celui des fidèles de l'Église romaine. Et si l'hypothèse contraire était vraie, le protestantisme ne pourrait pas encore revendiquer la catholicité relative, attendu qu'il n'y a pas ''diffusion de la même société visible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''368. — 4° Le protestantisme n'a pas l'apostolicité.''' — ''a) En droit, ''et à ne considérer que les principes du protestantisme, la question de l'apostolicité ne se pose pas, car les théologiens protestants sont unanimes à déclarer que l’Eglise est invisible que Jésus-Christ n’a constitué aucune hiérarchie perpétuelle et que l’autorité qui peut exister dans l’Eglise visible est d'origine humaine. — b) ''En fait, ''les églises ''non épiscopaliennes, ''n'ayant pas d'évêques, ne peuvent songer à établir une succession apostolique et à montrer que leurs pasteurs sont d'origine apostolique. Mais le cas n'est plus le même pour les églises ''épiscopaliennes. ''Celles-ci possèdent une suite ininterrompue d'évêques ; le problème qui se pose est donc de savoir ''si la succession est légitime. ''Pour qu'une succession soit légitime, il faut que le titulaire qui prend la place d'un autre titulaire, accède au pouvoir au nom du même ''principe. ''Or les évoques de la Réforme ne sont pas arrivés au pouvoir au nom du même principe que les évêques antérieurs. Ceux-ci appuyaient leur autorité sur le titre qu'ils revendiquaient de successeurs des apôtres et en vertu des pouvoirs conférés par Jésus-Christ à son Église ; ceux-là n'exercent l'épiscopat qu'à titre de délégués du Roi et du Parlement. Il y a donc solution de continuité entre la hiérarchie antérieure et la hiérarchie postérieure à la Réforme. La succession apostolique a été close pour l'Église protestante au xvie siècle ; sans doute il y a eu succession, mais succession irrégulière. ''Il n'y a pas eu succession apostolique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Application des notes à l'Église grecque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons cet article, comme le précédent, en deux paragraphes. Dans le premier, nous donnerons quelques ''notions préliminaires ''sur l'Église grecque. Dans le second, nous montrerons ''qu'elle n'a pas les notes de la vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions préliminaires sur l'Église grecque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
369. — 1. Définition. — Sous le nom ''d'Église grecque ''nous comprenons toutes les Églises qui, à la suite du schisme commencé par Photius au ixe siècle et consommé par Michel Cérulaire au xie, se sont séparées définitivement de Rome. Ces Églises, que les catholiques désignent sous le nom « ''d'Église grecque schismatique », ''et qui s'intitulent elles-mêmes « ''Église orthodoxe», ''portent encore les noms d'Église ''orientale, ''Église ''gréco-russe ''ou ''gréco-slave, ''Églises ''autocéphales ''ou indépendantes. Nées du schisme de Photius, elles seraient dénommées plus justement ''Églises photiennes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''370. — II. Le schisme grec'''. — A. ''SES CAUSES. ''— L'on attribue généralement ''l’origine ''du schisme grec à des causes multiples. Parmi les principales, les unes sont d'ordre général, les autres d'ordre particulier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Cause générale. — Les historiens voient dans ''l'antagonisme de race ''entre les Orientaux et les Occidentaux une des causes les plus importantes qui ont préparé le schisme grec. La sujétion à un même pouvoir civil et à une même autorité religieuse, en donnant à ces deux peuples de fréquentes occasions de contact, n'avait fait qu'aviver leur antipathie réciproque, au lieu de l'atténuer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Causes particulières. Parmi les causes particulières nous ne signalerons ici que les doux principales, à savoir : l'ingérence du pouvoir civil dans les affaires religieuses et l'ambition des Évêques de Constantinople.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Ingérence du pouvoir civil. ''— Quelque étrange que la chose puisse paraître, il faut aller chercher le ''germe ''du schisme grec dans la conversion même de Constantin. C'est qu'en effet le passage d'une religion à une autre, surtout quand il est déterminé par le sentiment et, a fortiori, par l'intérêt politique, n'entraîne pas avec soi l'évolution des idées ; et c'est ainsi que les empereurs païens, tout en adhérant à la nouvelle doctrine, gardaient au fond d'eux-mêmes, et presque inconsciemment, les préjugés, les habitudes et les mœurs de leur passé. Or c'était précisément une idée païenne que les pouvoirs, civil et spirituel, devaient résider dans la même main ou, tout au moins, que le pouvoir spirituel était entièrement subordonné au pouvoir civil. Partant de ce principe, les empereurs se firent à la fois les protecteurs et les maîtres du christianisme. N'osant pas aller jusqu'à vouloir jouer le rôle de pape, Constantin prit le titre d' « ''évêque du dehors ''», s'attribua des fonctions qui auraient dû être réservées à l'autorité religieuse, comme celles de convoquer, de présider et de confirmer les conciles, de poursuivre les hérétiques et de surveiller les élections épiscopales. L'on comprend dès lors l'influence que purent avoir les empereurs soit pour l'union, soit pour le schisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ambition des Évêques de Constantinople. ''— Lorsque l'empereur Constantin, après sa victoire sur Licinius (323), transporta son siège de Rome à Byzance qui, depuis lors, s'appela Constantinople, l'ambition des évêques de la nouvelle résidence impériale ne connut plus de bornes. Déjà, en 381, le canon 3 du ''concile de Constantinople ''décrétait que « l'évêque de Constantinople devait avoir la prééminence d'honneur après l'Évêque de Rome, parce que Constantinople était la nouvelle Rome». Plus tard (451), le 28e canon du ''concile de Chalcédoine ''affirmait à nouveau le même principe en proclamant que « c'est avec raison que les Pères avaient accordé la prééminence au siège de l'ancienne Rome, parce que cette ville était la ville impériale ». Les Papes ne manquèrent pas de protester, non pas absolument contre la prétention des Évêques de Constantinople à une certaine prééminence, mais contre le principe invoqué, car, comme le faisait remarquer le pape saint Léon, ce n'est pas l'importance d'une ville qui fait le rang élevé d'une Église, mais seulement son origine apostolique, c'est-à-dire sa fondation par les Apôtres. Du reste, si le principe avait été strictement appliqué, Rome ne pouvait plus prétendre au premier rang, du jour où, par suite de l'invasion des barbares, elle avait perdu son sénat et ses empereurs. Mais en dépit de la résistance des Papes, le 28e canon du concile de Chalcédoine fut sanctionné par l'autorité civile, et même, par le concile ''in Trullo ''en 692[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn305 [305]]. Conformément an principe posé, les Évêques de Constantinople prirent d'abord le titre de ''patriarche, ''puis s'arrogèrent ''le pouvoir sur tous les Évêques d'Orient; ''à la fin du VIe siècle, Jean IV le Jeûneur prit même le titre de patriarche ''œcuménique. ''Constamment soutenus par les empereurs, les patriarches se conduisirent en vrais papes de l'Orient et bientôt se posèrent en rivaux de l'Évêque de Rome. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
371. B. ''SES AUTEURS. ''— Préparé, par plusieurs siècles de discordes, le schisme eut pour auteurs deux patriarches célèbres : Photius et Michel Cérulaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Photius. — Appelé à remplacer le patriarche Ignace que le régent Bardas avait relégué dans l'île de Térébinthe, Photius, laïque encore, mais rapidement investi du pouvoir d'ordre et sacré par un évêque interdit, Grégoire Asbesta, prenait possession d'un siège qui n'était pas vacant et dont le prédécesseur n'entendait pas se laisser déposséder par la force. Bien que sa promotion fût, de ce fait, frappée de nullité, Photius s'efforça de la faire confirmer par le pape. N'ayant pu obtenir ce qu'il demandait, avec une souplesse extrême, il tourna la difficulté. Au lieu de heurter de front l'autorité pontificale et d'attaquer en face la primauté romaine, alors trop bien établie pour être sérieusement contestée, il mit la question sur un autre terrain, et il prétendit que les Papes étaient hérétiques parce qu'ils avaient admis l'addition du mot ''Filioque ''au symbole de Nicée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Michel Cérulaire. — La controverse sur le mot ''Filioque ''laissait les esprits trop indifférents pour causer une cassure complète et définitive entre les Orientaux et les Occidentaux. Aussi, après la mort de Photius, la réconciliation fut-elle relativement facile, et l'entente put durer tant bien que mal jusqu'en 1054, époque où Michel Cérulaire consomma le schisme. Homme d'une ambition démesurée et d'une énergie peu commune, il aspira, dès le jour où il monta sur le trône patriarcal (1048), à concentrer dans ses mains tous les pouvoirs, ou mieux, à subordonner à son autorité suprême et le pape et le basileus lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laissant de côté la question doctrinale du ''Filioque ''qui intéressait peu, il porta la discussion sur un terrain plus capable de passionner la masse des fidèles et de la soulever contre le Pape et l'Église latine. Il feignit donc d'ignorer la primauté de l'Évêque de Borne, et il accusa les Latins de judaïser en alléguant qu'ils employaient le pain azyme comme matière de l'Eucharistie et qu'ils jeûnaient le jour du sabbat. Puis, conformant ses actes à ses paroles, il somma les clercs et les moines latins de suivre les coutumes grecques et, sur leur refus, il les anathématisa et fit fermer leurs églises. Alors intervint le pape Léon IX. Avec une très grande habileté, il replaça la question sur son véritable terrain, celui de la primauté de l'Évêque de Rome. Pour arriver à un accord, il envoya des légats avec mission de traiter avec Michel Cérulaire, L'entente n'ayant pu se faire, les légats, avant de partir, déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie une bulle d'excommunication qui atteignait le patriarche et ses adhérents (1054). Malheureusement l'excommunication ne fit que hâter le triomphe de Michel Cérulaire. Celui-ci réunit en effet un Synode de douze métropolitains et de deux archevêques qui, à leur tour, excommunièrent les Occidentaux sous prétexte que ces derniers avaient ajouté le ''Filioque ''au Symbole, qu'ils enseignaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils et qu'ils se servaient de pain azyme pour la célébration de l'Eucharistie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''372. — III'''. '''Doctrine. '''— Nous allons indiquer les points essentiels qui différencient l'Église grecque de l'Église romaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU POINT DE VUE DU DOGME, ''tous les théologiens de l'Église grecque reconnaissent comme règle de foi les définitions des sept premiers conciles œcuméniques, dont le dernier eut lieu à Nicée en 787.— a) L'Église grecque s'accorde donc avec l'Église romaine sur les mystères de la ''Trinité, ''de ''l'Incarnation, ''de la ''Rédemption, ''sur les sept ''Sacrements ''sauf certains détails que nous signalerons plus loin, sur le ''culte ''de la ''sainte Vierge, ''des ''saints ''et des ''images. ''A propos cependant du mystère de la Trinité, elle enseigne que le Saint-Esprit ne procède que du Père et reproche aux Latins d'avoir ajouté le ''Filioque ''au symbole de Nicée, — b) Elle n'admet pas le dogme de l'''Immaculée Conception ; ''elle professe en effet que la sainte Vierge est née avec le péché originel et qu'elle n'en a été délivrée que le jour de l'Annonciation. — c'') ''Elle rejette le dogme du ''Purgatoire. ''Ceux qui ont encore des peines à expier passent par l'enfer d'où ils sont tirés par la miséricorde divine, et grâce au sacrifice de la messe, aux prières et aux bonnes œuvres des vivants. — ''d) ''Tout en reconnaissant l'existence des sept Sacrements, les schismatiques grecs ont, sur un bon nombre de points, une doctrine opposée à celle des catholiques. C'est ainsi qu'ils enseignent la ''nécessité de la rebaptisation ''lorsque le baptême a été conféré par les hétérodoxes. De même, ils renouvellent la Confirmation aux fidèles qui ont apostasie, mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur les cas auxquels s'étend l'apostasie. Pour l'Eglise ''russe, ''sont apostats ceux qui ont passé du Christianisme soit au judaïsme, soit au mahométisme, soit au paganisme ; pour l'Église du ''Phanar[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn306 [306]], sont encore apostats ceux qui ont embrassé le catholicisme. A propos du ''sacrement de Pénitence, ''les Grecs prétendent que l'absolution remet, non seulement la peine éternelle, mais même la peine temporelle, de sorte que les pénitences imposées par le confesseur n'ont qu'un caractère médicinal et que les indulgences n'ont plus leur raison d'être et sont même nuisibles, étant causes de relâchement dans la vie chrétienne. ''L'Extrême-Onction, ''d'après l'Église grecque proprement dite, doit être conférée, même aux personnes bien portantes, pour les préparer à la communion ; d'après l'Église russe, elle ne doit être administrée qu'à ceux qui sont atteints d'une maladie sérieuse, ''l'Ordre, ''n'imprime point de caractère ineffaçable ; aussi la déposition prive-t-elle de tout caractère sacerdotal, et les clercs déposés ne peuvent plus exercer ''validement ''aucune des fonctions ecclésiastiques. D'après les théologiens orthodoxes, le consentement mutuel des époux est la matière du sacrement de ''Mariage, ''tandis que la bénédiction du prêtre en est la forme ; le prêtre est donc ministre de ce sacrement. Le droit canonique oriental admet aussi de nombreux cas de rupture du lien matrimonial. — ''e) ''Sur ''la question de l'Église. ''Les théologiens grecs considèrent la véritable Église comme une agglomération d'Églises nationales autonomes reconnaissant Jésus-Christ comme seul chef. Les Évêques, comme les Apôtres du reste, sont égaux ''en droit. ''Mais, en fait, et d'institution ecclésiastique, les Évêques sont soumis aux métropolitains et ceux-ci aux patriarches. Il ne faut donc pas parler de primauté : saint Pierre ne reçut de Notre-Seigneur qu'une simple ''préséance d'honneur, ''laquelle a été transmise d'abord à l'Évêque de Rome, puis à l'Évêque de Constantinople. L'Église enseignante est ''infaillible, ''mais le ''sujet ''de l'infaillibilité c'est seulement le ''corps épiscopal ''pris dans son ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU POINT DE VUE DE LA DISCIPLINE ET DE LA LITURGIE, ''il y a, entre les deux Églises, grecque et romaine, de nombreuses divergences. Voici les principales : — ''a) ''Nous avons déjà dit que l'Église grecque admet le ''mariage des prêtres ; ''cependant les Évêques sont toujours choisis parmi les prêtres célibataires. — b) Les Grecs observent des jeûnes rigoureux pendant le carême et avant les principales fêtes. — ''c) ''L'Église grecque confère le baptême par ''immersion ''et n'admet pas la validité du baptême par infusion ; elle ''rejette l'usage du pain azyme ''dans la consécration de l'Eucharistie et la communion des laïques sous une seule espèce ; elle communie les enfants qui n'ont pas encore l'âge de raison. Les schismatiques condamnent la célébration des messes basses et ils enseignent que le changement du pain au corps et du vin au sang de Notre-Seigneur se produit au moment de ''l’épiclèse ''ou invocation au Saint-Esprit qui est placée après les paroles de l'institution. Ils suivent en outre en grande partie les rites et cérémonies de l'antique liturgie orientale établie au ive et au ve siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''373. — IV. État actuel.''' — Le schisme grec s'est propagé dans la Turquie d'Europe, la Grèce, les îles de l'Archipel, on Russie, dans une partie de la Pologne et de la Hongrie, et en Asie-Mineure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on considère la langue liturgique, l'Église grecque se divise en quatre groupes : — ''a) ''le ''groupe grec pur ''avec trois centres autonomes : le patriarcat de Constantinople, l'Église du royaume hellénique et l'archevêché de Chypre; — ''b)'' le ''groupe gréco-arabe ''avec les patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, l'archevêché de Sinaï ; — c) le ''groupe slave ''avec l'Église russe et ses 75 millions de fidèles, l'Église bulgare, l'Église serbe ayant à sa tête un synode d'évêques présidé par l'archevêque de Belgrade ; — ''d) ''le ''groupe roumain ''avec huit évêques dont deux, ceux de Bucarest et de Jassy, portent le titre de métropolite, et l'Église roumaine de Transylvanie. En tout environ 120 millions d'orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis la rupture provoquée par Michel Cérulaire, de nombreuses tentatives d'union furent faites pour ramener l'Église grecque dans le sein de l'Église catholique. Entre le xie et le xve siècle, il n'y en eut pas moins de vingt, qui ne furent couronnées d'ailleurs d'aucun succès. Malgré ces échecs, Grégoire XIII, au xvie siècle, tenta de nouveau l'entreprise : il fonda à Rome le collège grec de Saint-Athanase destiné à former un clergé grec catholique. Au xviie siècle, Grégoire XV créa la ''Sacrée Congrégation de la Propagande, ''pour s'occuper des Églises séparées. Au xixe siècle, Pie IX,en 1848 et en 1870, Léon XIII en 1894, firent à l'Église schismatique de chaleureux appels qui ne furent pas entendus. Au XXe siècle, la mission de la S. C. de la Propagande fut attribuée par Benoît XV à une nouvelle congrégation : ''la S. C. des Églises Orientales.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ce n'est plus avec Rome, mais avec l'Église protestante que, depuis le xvie siècle, les Grecs ont repris ces éternels essais d'union qui n'aboutissent jamais... Dans la première moitié du xviie siècle, le calvinisme faillit s'implanter dans la grande Église par les soins de Cyrille Lucar, et au début du xviiie siècle, la secte anglicane des ''Non-jureurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn307 [307]] tenta vainement un rapprochement avec l'Église phanariote et l'Église russe. Depuis 1867, les relations amicales, avant-coureuses de l'union, ont repris entre Anglicans et ''Orthodoxes, ''auxquels sont venus se joindre, et non sans doute pour augmenter l'harmonie, les Vieux-Catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn308 [308]] de Dôllinger, Herzog et Michaud. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn309 [309]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bouleversements actuels de la Russie, la crise très grave du bolchevisme qui ébranle la société jusque dans ses fondements, ne nous permettent guère de faire des pronostics sur l'avenir religieux de ces populeuses contrées. Peut-être la grande épreuve de l'heure présente est-elle la voie par laquelle la Providence se propose de ramener les brebis égarées au bercail de l'orthodoxie !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
374. ''REMARQUES. ''— 1. Outre l'Église grecque dont il a été uniquement question jusqu'ici, les ''Églises séparées d'Orient ''comprennent : — 1) l'Église ''copte ''(Haute et Moyenne Egypte) dirigée par le patriarche d'Alexandrie et le métropolite d'Abyssinie ; — 2) l'Eglise ''arménienne ''gouvernée par des patriarches et des évêques ; — 3) l'Eglise ''chaldéenne ''(Mésopotamie); et — 4) l'Église ''jacobite ''(Syrie et Mésopotamie). Ces différentes Églises, de minime importance, puisque ensemble elles ne comptent que quelques millions de fidèles, suivent soit l'hérésie de Nestorius qui niait l'unité de personne en Jésus-Christ, soit celle d'Eutychès qui niait la dualité de natures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien que les efforts des Papes aient été infructueux sur la masse des Églises séparées, ils ont cependant réussi à faire rentrer dans l'unité catholique quelques groupes qu'on désigne sous le nom ''d'Uniates[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn310 [310]]. On appelle donc ''uniates ''les communautés de grecs, de monophysites et de nestoriens qui ont reconnu et accepté la suprématie du Pape. Il y a, parmi eux, des ''grecs-unis, ''des ''chaldéens-unis, ''des ''coptes-unis, ''etc. Le Saint-Siège leur a permis de garder leurs liturgies nationales et leur discipline qui, entre autres règles, autorise le mariage des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église grecque n'a pas les notes de la vraie Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
375. — Les apologistes catholiques sont loin d'être d'accord sur l'application des notes à l'Église grecque. — ''a) ''Les uns (P. Palmieri, P. Usban), estimant que l'Église grecque n'est pas dépourvue totalement des quatre notes, sont d'avis que la démonstration de la vraie Église se fait mieux par des arguments directs qui établissent l'institution divine de la primauté romaine (V. ''chap. précédent). ''— b) Les autres pensent, au contraire, que l'Église grecque n'a pas les quatre notes, et que la démonstration de la vraie Église peut toujours se faire par cette voie. C'est la manière de voir de ces derniers que nous allons exposer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° L'Église grecque n'a pas la sainteté. — a) L'Église grecque possède sans doute la ''sainteté des principes ''puisqu'elle a gardé au moins les points essentiels de la doctrine et des institutions de la primitive Église. — b) Sainte dans ses principes, l'Église grecque l'est-elle aussi dans ses ''membres? ''Elle ne l'est certainement pas dans ses ''fondateurs : ''Photius et Michel Cérulaire sont assurément plus remarquables par leur ambition que par leur piété et leurs vertus. Quant à la sainteté des ''autres membres ''en général, l'on ne saurait dire qu'elle y brille d'un vif éclat. Malgré l'existence des ordres religieux, les œuvres d'apostolat et de charité y sont plutôt rares. Il est vrai que les Églises orientales ont canonisé un certain nombre de leurs fidèles ; mais leurs procès de canonisation n'impliquent pas une enquête rigoureuse sur l'héroïcité des vertus et ne requièrent aucun miracle proprement dit : l'enquête ne porte que sur quelques Bignes extérieurs tels que l'état de conservation du corps. Et alors même qu'il y aurait des miracles authentiques, il faudrait prouver qu'ils ont été faits, non pas uniquement pour récompenser les mérites et la vie sainte d'hommes vertueux, mais pour prouver la vérité de leur doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''376. — 2° L'Église grecque n'a pas''' '''l'unité. '''— ''L'unité, ''c'est-à-dire, comme nous l'avons dit plus haut (N° 349), la subordination de tous les fidèles à une autorité suprême et à un magistère enseignant, n'est pas chose possible dans l'Église grecque. Sans doute, les schismatiques professent que l'autorité infaillible appartient au concile œcuménique. Mais c'est là un organe qui demeure atrophié depuis le viiie siècle. Déjà, s'il fallait réunir tous les Évêques orientaux appartenant aux différents groupes que nous avons signalés, la chose serait irréalisable. Combien le serait-elle davantage si l'on voulait obtenir l'adhésion des Occidentaux : Église latine et confessions protestantes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''377. — 3°''' '''L'Église grecque n'a pas la catholicité. '''— Elle n'a : — ''a) ni la catholicité de fait, ''la chose est évidente ; — ''b) ni la catholicité de droit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque groupement de l'Église grecque forme une confession indépendante qui ne dépasse pas les limites d'un pays. Aucun lien n'existe entre les différentes Eglises autocéphales, et l'Église russe qui l'emporte de beaucoup sur les autres par le nombre des fidèles, est une Église nationale, administrée par le Saint-Synode, et qui, Mer encore, était entièrement soumise à l'autorité du czar. L'Église du royaume de Grèce est également détachée du patriarcat de Constantinople, de sorte que l'ambition des Évêques de Constantinople n'a abouti qu'à un émiettement de nombreuses Églises, non seulement séparées de Borne, mais n'ayant plus entre elles le moindre trait d'union. Et quand bien même toutes ces Églises en feraient une seule, elles ne posséderaient pas encore la catholicité relative et morale, puisqu'elles restent confinées en Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''378.''' — 4° '''L'Église grecque n'a pas l'apostolicité. '''— Apparemment l'Église grecque possède une succession continue dans son gouvernement. Dans l'Eglise russe, en particulier, les évêques exercent l'épiscopat à ''titre de successeurs des apôtres. ''Il s'agit donc de vérifier si leur titre est authentique, et si cette continuité matérielle dont nous constatons l'existence est en même temps une ''succession légitime. ''Il faut donc que la note d'apostolicité soit contrôlée par les autres notes, et spécialement, par celles d'unité et de catholicité. Or, comme nous venons de voir qu'elle, n'a pas celles-ci, nous pouvons conclure, par le fait, qu'elle n'a pas davantage celle-là, que son apostolicité, matériellement continue, n'est pas une succession légitime, et que, si elle a toujours le pouvoir d'ordre, elle a perdu désormais le pouvoir de juridiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Application des notes à l'Église romaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
379. — L’'''Église romaine, ''ainsi appelée parce qu'elle reconnaît pour chef suprême l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, possède les quatre notes de la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''L'Église romaine possède la noté de sainteté. '''— ''a) ''Elle est ''sainte dans ses principes. ''Puisque nous faisons ''l'application comparative ''des notes de la vraie Église aux diverses confessions chrétiennes, il y aurait lieu de mettre ici en parallèle tous les points de doctrine sur lesquels le protestantisme et le schisme grec sont en divergence avec le catholicisme. Comme ce travail a été fait précédemment, nous n'avons pas à nous y arrêter. Nous rappellerons cependant que, à rencontre du protestantisme, l'Église romaine enseigne que la justification requiert, non seulement la foi, mais encore la pratique des bonnes œuvres. Par ailleurs, elle ne se borne pas à exiger de l'ensemble de ses fidèles, l'observation des commandements de Dieu et la pratique des vertus communes, elle porte plus haut son idéal, elle recommande les vertus supérieures et même les vertus héroïques. Dans tous les temps elle a favorisé l'institution de nombreux Ordres religieux, où les âmes d'élite tendent, par la contemplation, par les œuvres de charité et par la pratique des conseils évangéliques, au plus haut degré de l'amour de Dieu, à ce qu'on appelle la ''Perfection chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn311 [311]]. — b) Elle est ''sainte dans ses membres. ''Loin de nous la pensée de prétendre que tout est parfait dans l'Église catholique, que jamais il n'y a eu de défaillances dans son sein et que son histoire n'a que des pages immaculées. Nous avons déjà dit le contraire (N° 354). Il ne nous en coûte donc pas de reconnaître que la sainteté de la doctrine ne fait pas toujours la sainteté des individus. S'il y a eu des époques où le clergé, — prêtres, Évêques et même Papes, — aussi bien que les simples fidèles, n'ont pas eu des mœurs conformes à l'idéal du Christ, que pouvons-nous conclure de là, sinon que les instruments dont Dieu se sort, restent toujours des instruments humains, et que, si l'Église est indéfectible, malgré la faiblesse de ses instruments, c'est qu'elle est divine ? Cependant toute critique qui veut être impartiale, ne doit pas s'arrêter là. On ne juge équitablement une société que si on la considère ''dans son ensemble ''et dans ''tout le cours de son existence. ''Or tout homme de bonne foi est forcé d'admettre qu'il y a toujours eu dans l'Église, et même aux époques les plus tourmentées de son histoire, une riche floraison de saints. Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir son Martyrologe. Là voisinent les noms les plus illustres et les plus divers : ceux de nombreux ascètes qui, renonçant à tous les biens terrestres, se sont consacrés à la vie contemplative ou aux œuvres de bienfaisance, à côté de laïques, — car les vertus héroïques ne sont pas le privilège exclusif d'un genre de vie, — qui ont mené dans le monde une vie sainte et austère, et tous pour mettre en pratique la doctrine enseignée par l'Église, et pour obéir à l'appel du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''380. — 2° L'Église romaine possède l'unité.''' — L'Église romaine est ''une ''— a) dans son ''gouvernement. ''Bien qu'il y ait de nombreuses Églises locales qui jouissent d'une certaine autonomie, l'unité de ces groupements est assurée par l'obéissance des fidèles aux Évêques et des Évêques au Pape ; — b) ''dans sa foi. ''De l'unité de gouvernement découle l'unité de foi. C'est en effet un des principes les mieux observés du catholicisme qu'il y a obligation stricte pour tous les fidèles de se soumettre à l'autorité infaillible qui les enseigne. Conformément à ce principe, l'Église romaine rejette de son sein ceux- qui se séparent de sa foi par l'hérésie ou s'affranchissent de sa discipline par le schisme. Tous ses sujets professent donc la même foi, admettent les mêmes sacrements et participent au même culte. Mais naturellement l'unité de foi et de culte se concilie avec les ''discussions théologiques ''sur les points de doctrine non définis[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn312 [312]], avec les ''divergences accidentelles des règles disciplinaires ''ou des ''rites liturgiques, ''divergences qui peuvent être commandées par les convenances spéciales des pays, des races et des temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''381. — 3° L'Église possède la catholicité.''' — Pas plus que les autres confessions, l'Église romaine n'est catholique ''de fait. ''Nous avons vu que cette catholicité n'est pas requise. Tout au moins possède-t-elle une ''catholicité de droit, ''puisqu'elle s'adresse à tous, qu'elle envoie ses missionnaires dans toutes les régions, puisqu'elle n'est l'Église ''d'aucune nationalité ''ni d'aucune race et qu'elle sait s'adapter aux peuples les plus divers. En dehors de cotte catholicité de droit, l'Église romaine possède ''l'universalité morale ''et ''relative, ''elle s'étend à la majeure partie du monde, et le nombre de ses fidèles est supérieur à celui des autres sociétés chrétiennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn313 [313]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''382. — 4° L'Église romaine possède l'apostolicité.''' — ''a) ''L'Église romaine est ''apostolique ''dans son ''gouvernement. ''Elle possède une continuité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
successorale moralement ininterrompue : du Pape actuel elle peut remonter à saint Pierre. Il s'agit donc de savoir si la juridiction apostolique a été ''légitimement transmise. ''La chose apparaît évidente, puisque l'Église romaine possède les trois autres notes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adversaires ''objectent, ''il est vrai, qu'il fut un temps où les Papes résidaient à Avignon, qu'il y eut des interrègnes, qu'il y eut surtout le ''grand schisme d'Occident. ''— ''La résidence momentanée des Papes à Avignon ''n'a nullement interrompu la succession apostolique : il est de toute évidence que la juridiction n'est pas attachée à l'endroit de la résidence, mais dépend uniquement de la légitimité de la succession et du titre. Les Papes pouvaient donc résider à Avignon comme ailleurs et rester les Évêques légitimes de Rome. On allègue d'autre parties ''interrègnes ''et le ''grand schisme d'Occident. ''Rappelons brièvement les faits. A la mort de GREGOIRE XI, septième Pape d'Avignon (1378),Urbain VI fut élu à Rome par seize cardinaux, dont onze français. Après l'élection, quinze des cardinaux déclarèrent l'élection nulle sous prétexte qu'elle avait eu lieu sous la pression du peuple romain qui avait réclamé un Pape italien, et ils élurent Robert de Genève qui prit le nom de Clément VII et s'établit à Avignon. La chrétienté se divisa alors en deux parties, l'une obéissant au Pape de Rome, et l'autre, au Pape d'Avignon. Ainsi commença ce qu'on appelle le ''grand schisme d'Occident ''qui devait durer trente-neuf ans (1378-1417). — Faut-il conclure de là que l'Église romaine ne possède plus la juridiction d'origine apostolique? Certainement non. Les trois règles suivantes nous donneront du reste la clé de cette difficulté : — 1. Si deux élections se font en même temps ou successivement, l’apostolicité appartient au Pape légitimement choisi. — 2. S'il y avait doute, comme c'était le cas pour le grand schisme d'Occident, l'apostolicité n'existerait pas moins, quand bien même la chose ne serait connue que tardivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Enfin si deux ou plusieurs élections se faisaient simultanément et d'une manière irrégulière, elles seraient toutes nulles ; le siège pontifical resterait vacant jusqu'à une élection légitime, laquelle continuerait la série apostolique des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''L'Église romaine est ''apostolique dans sa doctrine. ''Les protestants accusent les catholiques d'avoir introduit des dogmes nouveaux dans l'enseignement apostolique. Sans doute, le Credo actuel est plus développé que celui des Apôtres, mais il ne contient pas des différences essentielles. L'Église enseignante n'a jamais défini une vérité de foi qu'elle ne l'ait tirée soit de l'Écriture Sainte, soit de la Tradition il y a donc eu ''développement ''du dogme, mais ''non point changement ''de la doctrine apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'Église romaine ayant les quatre notes indiquées par le concile de Nicée-Constantinople, nous sommes donc en droit de conclure qu'elle est la ''vraie Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. — Nécessité d'appartenir à l'Église catholique romaine : « Hors de l'Église, pas de salut. » ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383. — Nous venons de démontrer que l'Église romaine est seule la ''vraie Église ''instituée par Jésus-Christ. Devons-nous en conclure qu'il y a ''nécessité de lui appartenir ''pour faire son salut? Si oui, comment faut-il entendre cette nécessité et comprendre la formule courante qui la traduit : « ''Hors de l'Église pas de salut ''» ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Nécessité d'appartenir à la vraie Église'''. — La nécessité d'appartenir à la vraie Église s'appuie sur deux arguments : sur un argument ''scripturaire ''et sur un argument ''de raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT SCRIPTURAIRE. ''— La volonté de Notre-Seigneur sur ce point est formelle. Il a dit en effet à ses Apôtres : « Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné» ''(Marc, ''xvi, 15-16). De ces paroles il ressort, d'une part, que sa doctrine sera transmise à tout l'univers par l'intermédiaire de ses apôtres et de ''leurs légitimes successeurs, ''d'autre part, qu'il y a ''obligation ''d'y adhérer, puisque le Christ condamne ceux qui s'y refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT TIRÉ DE LA RAISON. ''— La ''nécessité d'appartenir à la véritable Église ''découle de la ''raison. ''L'on ne peut pas échapper en effet à la conclusion du dilemme suivant. Ou bien l'Église catholique possède la vérité religieuse, elle a seule le dépôt de la doctrine du Christ. Ou bien elle ne l'a pas. Si elle l'a, si elle est la vérité, il est clair qu'elle s'impose comme une nécessité, car toute vérité est, de sa nature, ''exclusive. ''Toute la question revient donc à prouver que l'Église catholique est la seule vraie : ce que nous avons fait dans les articles précédents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''384. — 2° Sens de la formule : « Hors de l'Église pas de salut. »''' — ''En principe, ''l'appartenance à l'Église catholique s'impose comme une ''nécessité. ''Mais comment faut-il entendre cette nécessité? Et quel sens faut-il donner à l'axiome courant : « ''Hors de l’Église pas de salut ''»? Cette question concerne plutôt le théologien que l'apologiste : nous nous bornerons donc à dire comment les théologiens l'ont solutionnée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on jette un rapide coup d'œil sur l'enseignement traditionnel de l'Église sur ce point, il apparaît que la question n'a pas été mise d'abord en pleine lumière et n'a été considérée que d'un point de vue assez restreint. — ''a) ''D'une manière générale, jusqu'au xvr8 siècle, les Pères et les Docteurs de l'Église enseignent que ''l'appartenance ''à l'Église est d'une ''nécessité absolue ''et que tous ceux qui refusent de se soumettre à son autorité doctrinale et disciplinaire, les hérétiques et les schismatiques, perdent tout droit au salut éternel. Mais il semble bien que cette intransigeance est plus apparente que réelle et provient de ce que la question n'est pas présentée sous toutes ses faces. La preuve en est que saint Augustin (354-430) tout en posant en principe qu'il est nécessaire d'appartenir à l'Église pour faire son salut, ajoute qu'on peut être dans l'erreur, qu'on peut se tromper sur la question de savoir où est la vraie Église, et qu'alors on ne doit pas être rangé parmi les hérétiques. — b) Au xvie siècle, Bellarmin et Suarez élargissent déjà la question et discutent surtout les ''conditions requises ''pour appartenir au corps de l'Église. — c) Au xixe siècle, les théologiens réalisent un grand progrès dans l'explication du dogme, grâce aux distinctions qu'ils établissent, à juste titre, entre les différents sens des mots ''appartenance ''et ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les uns distinguent l'appartenance ''réelle ''(''in re'') et l'appartenance ''de désir ''(''in voto''). On peut en effet « appartenir à l'Église par le ''désir, ''par la ''volonté, ''par le cœur, quand, sans en être membre à proprement parler, on souhaite de l'être. Ce souhait peut être ''explicite, ''comme c'est le cas des catéchumènes ; il peut être ''implicite, ''comme c'est le cas pour ceux qui, sans connaître encore l'Église, désirent faire tout ce que Dieu veut. Tous ces hommes de bonne volonté appartiennent implicitement à l'Église »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn314 [314]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les autres, distinguant entre ''l’âme ''et le ''corps ''de l'Église, disent qu'il est de ''nécessité de moyen ''d'appartenir à ''l’âme ''de l'Église, et de ''nécessité de précepte ''d'appartenir à son ''corps. ''— 1) Or ''appartiennent à l'âme de l'Église ''tous ceux qui, vivant dans une ''ignorance invincible : ''infidèles, hérétiques, schismatiques, observent leur religion de bonne foi et s'efforcent de plaire à Dieu selon les lumières de leur conscience. Dieu les jugera sur ce qu'ils auront connu et accompli, non sur ce qu'ils auront ignoré de la. loi. — 2) ''N'appartiennent ni à l'âme ni au corps de l'Église ''tous ceux qui sont dans ''l'erreur volontaire ''et ''coupable, ''ceux qui, sachant que l'Église catholique est la vraie Église, refusent d'y entrer parce qu'ils ne veulent pas accepter les devoirs que la vérité impose. C'est à ceux-là spécialement qui « pèchent contre la lumière », selon la parole de Newman, que s'applique la maxime : « ''Hors de l'Église pas de salut. ''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons, pour terminer, que ces deux interprétations du dogme catholique sont conformes à l'enseignement donné par Pie IX dans son allocution consistoriale « ''Singulari quadam» ''du 9 décembre 1854 et dans son Encyclique « ''Quanto confidamur ''» adressée aux Évêques d'Italie le 10 août 1863. « Ceux, est-il dit dans ce second document, qui sont dans l'ignorance invincible relativement à notre sainte religion, et qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes gravés dans tous les cœurs, et qui, prêts à obéir à Dieu, mènent une vie honnête et droite, peuvent, avec le secours de la divine lumière et celui de la grâce, obtenir la vie éternelle, car Dieu... ne souffre jamais, dans sa souveraine bonté et clémence, que quelqu'un qui n'est coupable d'aucune faute volontaire, soit puni de peines éternelles. Mais il est aussi très connu, ce dogme catholique, que personne ne peut se sauver hors de l'Église catholique, et que ceux-là ne peuvent obtenir de salut éternel, qui sciemment se montrent rebelles à l'autorité et aux décisions de l'Église, ainsi que ceux qui sont volontairement séparés de l'unité de l'Église et du Pontife romain, successeur de Pierre, à qui a été confiée par le Sauveur la garde de la vigne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion'''. — Quelle que soit la manière dont on interprète la formule : « ''Hors de l’Eglise pas de salut ''», il est permis de tirer les conclusions suivantes : — 1. De l'avis unanime des théologiens, ''l'appartenance à l'âme de l'Eglise ''est de ''nécessité absolue, ''vu que la grâce sanctifiante est le seul moyen ici-bas de conquérir le ciel. — 2. ''L'appartenance au corps de l'Eglise ''est, elle aussi, dans une certaine mesure, ''de nécessité de moyen. ''Nous disons ''dans une certaine mesure, ''car il convient de distinguer entre ceux qui connaissent la vraie Eglise et ceux qui ne la connaissent pas. Pour les premiers, l'appartenance au corps, — appartenance ''extérieure, visible, in re, ''comme disent les théologiens, — est à la fois de ''nécessité de moyen ''et de ''nécessité de précepte. ''Pour les seconds, qui ne sauraient être liés par un précepte dont ils ignorent l'existence, seule est requise ''l'appartenance implicite : ''et par appartenance implicite, il faut entendre l'appartenance ''par le cœur, par le désir, ''lequel désir, sans être formulé par des paroles, est inhérent à l'acte de charité et au désir de conformer sa volonté à la volonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dictionnaire d'Alès : Yves de la Brière, art. ''Église ; ''Michiels, art. ''Évêques ; ''M. Jugie, art. ''Grecque ''(Église) ; (J'Ales, art. ''Libère ''(le Pape) ; F. Cabrol, art. ''Honorius ''(La question d'). — Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église ; ''Bainvel, ait. ''Apostolicité ; ''A. Baudrillart, art. ''Calvin, Calvinisme ; ''A. Gatard, art. ''Anglicanisme ; ''S. Vailhé, art. ''Conslantinople ''(Église). — Mgr Batiffol, ''Études d'histoire et de théologie positive ; L'Église naissante et le catholicisme ''(Lecoilre). — Fouard, ''Les Origines de l'Église; Saint Pierre et les premières années du christianisme ; Saint Paul, ses missions ; Saint Paul, ses dernières années ; Saint Jean et la fin de l’âge apostolique ''(Lecoilre). — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques données aux Facultés catholiques de Lyon ''(Lecoffre). — Tixeront, ''Histoire des dogmes, La théologie anténicéenne ; Précis de Patrologie ''(Lecoflre). — Ermoni, ''Les origines historiques de Vépiscopat monarchique ; Les premiers ouvriers de l'Évangile ''(Bloud). — Seméria, ''Dogme, hiérarchie et culte dans l'Église primitive ''(Lethielleux). — Boudinhon, ''Primauté, schisme et juridiction ''(Revue du canoniste contemporain, 1896). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Guiraud, ''La venue de saint Pierre à Rome ''(Rev. pr. d'Ap., 1 nov. 1905). — Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne). — Hugueny, ''Critique et Catholique ''(Letou-zey). — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l’Église ; Églises séparées ''(Fontemoing) — A. de Poulpiquet, ''La notion de catholicité ''(Bloud). — Lodiel, ''Nos raisons d'être catholiques ''(Bloud). — Mgr Baudrillart, ''L'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''(Bloud). — Mgr Julien, ''Bossuet et les Protestants ''(Beauchesne). — Goyau, ''L'Allemagne religieuse, Le Protestantisme ''(Perrin). — Bricout, ''Les Églises réformées en France ''(Rev. du Cl. fr. 1908). — Ragey, ''L'Anglicanisme, le Ritualisme, le Catholicisme ''(Bloud). — Thureau-Dangin, ''Le catholicisme en Angleterre au ''xix° ''siècle ''(Bloud). — Bossuet, ''Histoire des variations des Églises protestantes, Discours sur l'unité de FÉglise. ''— Gondal, ''L'Église russe ''(Bloud). — Monsabré, ''Exposé du dogme, ''51e et 52e conf. — Mourret, ''Histoire de l’Eglise ''(Bloud). — Marion, ''Histoire de l’Église ''(Roger et Chernovitz). — Bainvel, ''Hors de l’Eglise pas de salut ''(Beauchesne). — ''L'Ami du Clergé, ''année 1923, n° 26.— Billot, ''Tractatus de Ecclesia Christi. ''— Wilmers, ''De Christi Ecclesia ''(Pustet).-— Les Traités d'Apologétique: Tanquerey, Mgr Gouraud.Moulard et Vincent, Verhelst, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II CONSTITUTION DE L'ÉGLISE ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Hiérarchie et Pouvoirs de l'Église. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
385. — Pour découvrir la vraie Église, nous avons, au début de la section précédente, fixé les ''traits essentiels ''de la société fondée par Jésus-Christ. Nous connaissons donc déjà, au moins dans ses grandes lignes, la ''constitution de l'Église romaine, ''vu que seule elle est la vraie Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a lieu cependant de revenir sur le sujet, car, si la constitution ''actuelle ''de l'Église ''£ ''bien son point de départ dans la volonté et l'institution du Christ, il est incontestable également qu'elle a connu un certain développement et qu'elle a dû s'adapter aux besoins du moment. C'est que, tout en étant d'origine divine, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains, et dès lors, susceptible de progrès et de modifications, en tout ce qui n'affecte pas le fond de sa constitution. Quelle est donc cette constitution, telle qu'elle existe maintenant, c'est ce que nous allons étudier dans les deux chapitres de cette seconde section. Nous rechercherons, dans ce premier chapitre : — 1° quelle est la ''hiérarchie ''de l'Église ; — 2° quels sont les ''pouvoirs ''dont l'Église en général a été investie ; — 3° quels sont en particulier les ''pouvoirs du Pape; ''et — 4° quels sont ''ceux des Évêques. ''D'où quatre articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le chapitre suivant, nous traiterons des ''droits de l’Église ''et doses ''relations avec l'État.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Hiérarchie de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
386. — Nous avons vu que l'Église a été fondée sur le principe de la hiérarchie (N08 [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#n309 309 et suiv].),- qu'elle est une société ''inégale ''comprenant deux groupes distincts . l'Église ''enseignante ''et l'Église ''enseignée. ''L'Église enseignée composée des laïques n'ayant aucune part à l'autorité ecclésiastique, il ne sera question que de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Définition'''. — D'après l’étymologie (N° 308''), ''le mot ''hiérarchie ''signifie pouvoir sacré. Il est employé ici pour désigner les divers degrés de rang et de pouvoir qui distinguent les ministres de l'Église enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''387. — 2° Espèces'''. — II y a dans l'Église une double hiérarchie : la hiérarchie d'ordre et la hiérarchie de juridiction. — ''a) ''La ''hiérarchie d'Ordre, ''fondée sur le pouvoir d'Ordre, a son ''origine ''dans l'ordination ou la consécration. Elle a pour objet la sanctification des âmes par l'administration des sacrements, et elle est inamissible. — ''b) ''La ''hiérarchie de juridiction, ''fondée sur le pouvoir de juridiction, est conférée par l'institution canonique, ou simplement par la nomination et la délégation. Elle a pour objet le gouvernement de l'Église, et elle est amissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''388. — 3'''° '''Membres. '''— A. ''LA HIÉRARCHIE D'ORDRE ''comprend tous ceux qui ont reçu un degré quelconque du pouvoir d'Ordre. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose des évêques, des prêtres et des diacres. — ''b) ''De ''droit ecclésiastique, ''elle comprend en outre le sous-diaconat et les Ordres mineurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA HIÉRARCHIE DE JURIDICTION, ''comprend tous ceux qui, dans une mesure plus ou moins grande, ont reçu une part de juridiction dans l'Église. — ''a) ''De ''droit divin, ''elle se compose seulement du Pape et des Évêques. — b) Mais, de ''droit ecclésiastique, ''elle s'étend à d'autres membres désignés par eux. Il est clair en effet que le Pape qui a l'Église universelle, et les Évêque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn315 [315]] qui ont tout un diocèse, à gouverner, ne pourraient remplir une telle tâche, s'ils ne s'entouraient d'auxiliaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''auxiliaires du Pape ''forment ce qu'on appelle la Curie romaine. La ''Curie romaine, ''composée des cardinaux, des prélats et des officiers inférieurs, comprend le Collège des cardinaux ou ''Sacré-Collège, ''les ''Congrégations romaines, les Tribunaux ''et les ''Offices.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Évêques ''ont pour ''auxiliaires :''— 1) les ''Vicaires généraux, ''qui ne font avec lui qu'une personne morale, et le suppléent dans l'administration du diocèse ; — 2) le ''Chapitre, ''c'est-à-dire la réunion des chanoines attachés à l'église cathédrale ou métropolitaine, et formant un corps institué canoniquement, dont le rôle se borne aujourd'hui[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn316 [316]] à réciter 1’Office au chœur et à nommer, à la mort de l'évêque, le ou les vicaires capitulaires chargés de gouverner le diocèse jusqu'à l'institution d'un nouvel évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''Curés ''sont aussi des auxiliaires des Évêques, mais, de droit divin, ils n'ont aucune part aux pouvoirs de l'Église. Ils ne peuvent ni décider de la doctrine, ni édicter aucune loi concernant la discipline ou le culte. Leur rôle se borne à desservir une paroisse, à l'administration de laquelle ils ont été délégués par leur Évêque. Les Curés ne constituent donc pas un troisième degré de la hiérarchie. Et la chose se comprend aisément si l'on veut bien se rappeler que les paroisses n'existaient pas primitivement. C'est seulement au IIe siècle qu'en remonte l'origine. Jusque-là il n'y avait ou dans chaque ville épiscopale qu'une seule Église. L'Évêque, bien qu'assisté d'un collège de prêtres, en gardait l'administration personnelle, et se réservait mémo, d'une manière habituelle, les pouvoirs de prêcher, de baptiser, de célébrer l'eucharistie, et d'administrer le sacrement de pénitence. Lorsque le christianisme prit une plus grande extension, l'on construisit dans les villes, outre les églises cathédrales, et aussi dans les bourgs et les villages, des églises moins importantes, appelées ''églises paroissiales. ''Les Évêques déléguèrent alors pour l'administration de ces paroisses, des prêtres, -qui devinrent ainsi des pasteurs de second ordre, et que l'on appela ''curés ''(du latin ''«cura» ''soin), parce qu'ils étaient chargés du soin des fidèles appartenant à ces circonscriptions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Les Pouvoirs de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
389. — A cette Église enseignante dont nous venons de montrer la hiérarchie, Jésus-Christ a conféré (V. N° 310) un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''doctrinal ''pour enseigner la vraie foi ; — ''b) ''le pouvoir d'Ordre pour administrer les sacrements ; et — c'') ''le pouvoir de ''gouvernement ''pour obliger les fidèles à tout ce qui peut être nécessaire ou utile à leur salut. Comme la question du pouvoir de ministère se rattache au sacrement de l'Ordre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn317 [317]], nous ne parlerons que du ''pouvoir doctrinal ''et du ''pouvoir de gouvernement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal de l'Église. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
390. — Nous avons vu déjà que le pouvoir doctrinal conféré par Jésus à son Église comportait le ''privilège de l’infaillibilité ''(N° 330), et que ce privilège avait été accordé aux Apôtres et à leurs successeurs (Nos 335 et suiv.). Il s'agit donc maintenant d'en déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Objet. '''— ''L'objet ''de l'infaillibilité se déduit du ''but ''que l'Église poursuit dans son enseignement. Or la ''fin ''de l'Église est d'enseigner les vérités qui intéressent le salut. Les sciences profanes sont donc hors du domaine de l'infaillibilité. Celle-ci se limite à la connaissance des choses de la foi et de la morale. Mais tout ce qui touche, soit ''directement ''soit ''indirectement, ''à ce double terrain, constitue l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''OBJET DIRECT. ''— L'objet ''direct, ''ce sont toutes les vérités ''explicitement ''ou ''implicitement ''révélées par Dieu et qui sont contenues dans les deux dépôts de la Révélation : l'Écriture sainte et la Tradition. ''a) ''Par vérités ''explicitement ''révélées, entendez celles qui y sont énoncées en termes clairs ou équivalents. Par exemple, l'Écriture nous dit en ''termes clairs ''qu'il n'y a qu'un Dieu, Créateur du ciel et de la terre, que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie, qu'il a souffert, est mort, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour. Elle nous dit en ''termes équivalents ''que le Christ est Dieu et homme : « Le Verbe s'est fait chair» ''(Jean, ''i, 14), que la grâce est nécessaire : « le sarment ne peut porter de fruit s'il n'est uni à la vigne... sans moi dit Jésus, vous ne pouvez rien faire» ''(Jean, ''xv, 46), que Pierre est le chef de toute l'Église : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » ''(Jean, ''xxi, 15, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les vérités ''implicitement ''révélées sont celles qui se déduisent, par voie de raisonnement, d'autres vérités révélées. Ainsi, du dogme explicitement révélé que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme, découlent les autres dogmes qui affirment l'existence de deux natures et de deux volontés dans le Christ ; ainsi encore, les dogmes de la transsubstantiation, de l'Immaculée Conception, de l'Infaillibilité pontificale ne sont pas exprimés d'une manière explicite dans la Révélation mais ils résultent d'autres vérités clairement révélées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
391. — B. ''OBJET INDIRECT. — ''L'objet ''indirect ''de l'infaillibilité, ce sont toutes les vérités qui, sans être révélées, sont dans un rapport tel avec les vérités révélées, qu'elles sont indispensables à la conservation intégrale du dépôt de la foi. Il est clair que le privilège de l'infaillibilité implique le pouvoir de proposer, sans crainte d'erreur, toutes les vérités dont dépend la sécurité de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc ranger dans l'objet ''indirect ''de l'infaillibilité : — a) les ''conclusions théologiques. ''On appelle conclusion théologique toute proposition qui forme la conclusion d'un raisonnement dont les deux prémisses dont, l'une, une vérité révélée, l'autre, une vérité connue par la raison. Par exemple, de cette ''vérité révélée ''que « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres », et de cette ''vérité de raison ''que Dieu ne peut récompenser ou punir l'homme que s'il lui a donné la liberté de bien ou de mal faire, l'on peut tirer la ''conclusion théologique ''que l'homme est ''libre ; ''— b) les ''faits dogmatiques. ''Il faut entendre par là tout fait[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn318 [318]] qui, sans être révélé, est en connexion si étroite avec le dogme révélé, que le nier ou le révoquer en doute, c'est du même coup ébranler les fondements du dogme lui-même. Dire, par exemple, que tel concile œcuménique est légitime, que tel pape a été régulièrement élu, que Léon XIII, Pie X, Benoît XV sont les légitimes successeurs de saint Pierre, que telle version de la Sainte-Écriture (v g. la ''Vulgate) ''est substantiellement conforme au texte original, que telle doctrine hérétique est contenue dans tel livre : voilà autant de faits dogmatiques. L'on comprend combien il importe que l'Église soit infaillible dans ses jugements sur de semblables faits, car, si elle ne l'était pas, si l'on pouvait contester la légitimité d'un concile ou d'un pape, de quel droit imposerait-on les dogmes définis par eux? Sur quoi l'Église appuierait-elle ses définitions s'il était permis de mettre en doute l'authenticité des textes qu'elle invoque? Et si elle ne pouvait affirmer avec certitude que telle proposition condamnable se trouve bien dans tel livre, les hérétiques échapperaient toujours aux condamnations portées contre eux par des distinctions subtiles entre la ''question de droit ''et la ''question de fait. ''C'est ce qui se passa, du reste, au xvir3 siècle, lorsque cinq propositions extraites de ''Augustinus ''de Jansénius furent condamnées par Innocent X. Établissant alors la distinction entre la doctrine des cinq propositions et le fait de savoir si elles étaient contenues dans l'Augustinus, les jansénistes admirent que l'Église était infaillible sur la question de droit, c'est-à-dire sur l'appréciation de la doctrine, mais non sur la question de fait, celui-ci étant, selon eux, en dehors de la révélation et dès lors ne relevant pas du magistère infaillible de l'Église. Assurément, l'Église ne peut jamais juger du sens que Fauteur a pu avoir dans l'esprit, du sens ''subjectif ; ''aussi ce qu'elle entend condamner ce n'est pas la pensée de l'auteur, mais seulement ses écrits dans leur sens naturel et obvie ; — c) les ''lois universelles ''relatives à la ''discipline ''et au ''culte divin. ''Bien que ressortissant au pouvoir de gouvernement, les lois générales sur la discipline et le culte présupposent parfois un jugement doctrinal sur la foi ou la morale. Ainsi la discipline actuelle de l'Église, qui défend aux laïques la communion sous l'espèce du vin, implique la croyance que Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn319 [319]] : d'un côté comme de l'autre, le jugement de l'Église doit donc être exempt d'erreur. Toutefois, l'infaillibilité ne s'étend pas jusqu'aux circonstances accidentelles de la législation ecclésiastique : il peut arriver que telle loi disciplinaire ne soit pas opportune, bien que conforme à la saine doctrine ; il peut arriver surtout que ce qui ost utile aujourd'hui ne le soit plus demain et qu'une loi actuellement en vigueur soit modifiée, abrogée même par la suite. Il importe donc ; comme nous en avons déjà fait la remarque (N° 380), de ne pas prendre les changements de discipline et de culte pour des variations du dogme ; — ''d) ''les ''décisions qui approuvent les constitutions des Ordres religieux. ''L'Église est infaillible dans son jugement lorsqu'elle déclare que les règles d'un Ordre religieux sont conformes à l'Évangile. Mais, d'après Suarez, elle n'est pas infaillible sur la question d'utilité ou d'opportunité de cet Ordre, encore qu'il y ait témérité à croire le contraire, lorsque la chose n'est pas manifeste ; — ''e) l'approbation du bréviaire, ''ce qui veut dire qu'il ne contient rien contre la foi ou les mœurs, mais non pas qu'il soit à l'abri de toute erreur historique ; — f) la ''canonisation des saints. ''On entend par canonisation la sentence solennelle par laquelle le Pape déclare que tel personnage jouit de la gloire du ciel et peut être honoré du culte de dulie. Telle est du moins la canonisation ''formelle, ''comme elle est en usage de nos jours, et ainsi appelée parce qu'elle est revêtue des ''formes juridiques ''qui lui donnent toutes les garanties de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn320 [320]]. Aussi est-ce une opinion commune parmi les théologiens que l'Église est infaillible dans la ''canonisation formelle; ''toutefois la proposition n'est pas de foi. Les théologiens admettent également que les canonisations, telles qu'elles étaient pratiquées jusqu'au xiie siècle, — et où il suffisait que le témoignage populaire fût ratifié par l'évêque du diocèse pour qu'un personnage fût proclamé saint, — ne ressortissaient pas au magistère infaillible de l'Église. D'ailleurs, c'est un fait que certaines de ces canonisations appelées ''équipollentes ''(équivalentes) ont été entachées d'erreur et ont eu pour objet des saints légendaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn321 [321]]. La ''béatification, ''n'étant pas un jugement définitif, n'appartient pas au domaine du magistère infaillible; — ''g) ''les ''censures doctrinales[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn322 [322]] dont l'Église frappe certaines propositions. L'Église est infaillible lorsqu'elle applique à une doctrine la note d'hérétique : cette proposition est de foi. Dans les censures suivantes : qu'une doctrine est proche de l'hérésie, erronée, l'Église est également infaillible, d'après l'opinion commune des théologiens. Si elle censure une doctrine comme téméraire, offensive des oreilles pies, improbable, il n'est pas certain que l'Église soit infaillible, mais elle a droit toujours à un religieux assentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''392. — 2°''' '''Mode d'exercice. '''— L'Église exerce son magistère infaillible de double manière : ''extraordinaire ''ou ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''MAGISTÈRE EXTRAORDINAIRE. — ''L'Église ne fait usage du magistère ''extraordinaire ''que dans de rares circonstances : — ''a) ''soit ''par le Pape seul parlant ex-cathedra ''(V. Nos 398 et 399) ; — ''b) ''soit par les ''Évêques, ''unis au Pape, et réunis dans des ''Conciles généraux ''(V. Nos 414 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MAGISTÈRE ORDINAIRE ET UNIVERSEL. — ''On appelle, magistère ''ordinaire et'' ''universel ''le mode d'enseignement donné par le Pape et les Evêques à tout moment et dans tous les pays (V. Nos 401 et 411). Lorsque Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations », il n'a pas limité leurs pouvoirs à un temps et à un endroit donnés. Le Pape et les Évêques doivent donc exercer leurs fonctions de ''docteurs, ''non pas seulement à de rares intervalles et dans des circonstances solennelles, mais partout et toujours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
393. — Le ''pouvoir de gouvernement ''implique un triple pouvoir : — a) le pouvoir ''législatif, ''c'est-à-dire le pouvoir, non seulement d'interpréter les lois naturelles, mais même d'imposer les devoirs en vue du bien commun, devoirs qui obligent en conscience les sujets de l'Église ; — ''b) ''le pouvoir ''judiciaire, ''c'est-à-dire le pouvoir de juger les actions et de porter des sentences ; — c) le pouvoir ''pénal ''ou ''coercitif, ''c'est-à-dire le pouvoir d'appliquer des sanctions proportionnées aux infractions,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Existence. '''— A. ''ADVERSAIRES. ''— ''l’existence ''du pouvoir de gouvernement a été niée : — a) au xive siècle, par les ''Fraticelles, ''sectaires fanatiques appartenant à l'ordre des franciscains, qui, prétendant fonder une Eglise spirituelle et invisible, supérieure à l'Église visible, faisaient dépendre le pouvoir de gouvernement de la sainteté personnelle des ministres de l'Église ; — ''b) ''au xvie siècle, par Luther et les partisans de la ''Réforme ''qui, se fondant sur la théorie de la justification par la foi sans les œuvres, concluaient que l'homme justifié n'était pas tenu à l'observation des commandements de Dieu et de l'Église ; — c) au xviie siècle, par les ''jansénistes ''et les ''gallicans ''qui enseignaient que le pouvoir de J'Église n'allait pas au delà des choses spirituelles, les choses temporelles restant du ressort exclusif du pouvoir séculier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L’existence ''du pouvoir de gouvernement nous est attestée : — ''a) ''par la ''Sainte Écriture. ''Elle découle des paroles par lesquelles Notre-Seigneur accorda à ses Apôtres le pouvoir de paître, c'est-à-dire de régir les fidèles, de lier ou de délier, de condamner ceux qui désobéissent à l'Église : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise» ''(Luc, ''x, 16). « Celui qui n'écoute pas l'Église, qu'il soit considéré comme un païen et un publicain. » ( ''Mat., ''xviii, 17). — b) par la ''pratique de l'Église. ''— 1. Les ''Apôtres ''ont exercé ce triple pouvoir: — 1) le pouvoir ''législatif. ''Au concile de Jérusalem, ils enjoignent aux nouveaux convertis « de s'abstenir des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l'impureté » ''(Act., ''xv, 29). Saint Paul loue les Corinthiens d'obéir à ses ''prescriptions ''(I ''Cor., ''xi, 2) ; — 2) le pouvoir ''judiciaire. ''Saint Paul voue à Satan « Hyménée et Alexandre afin de leur apprendre à ne point blasphémer » (I ''Tim., ''i, 20) ; il fait de même pour l'incestueux de Corinthe (I ''Cor., ''v, 1, 5) ; — 3) le pouvoir ''pénal. ''Saint Paul écrit aux Corinthiens : « C'est pourquoi je vous écris ces choses pendant que je suis loin de vous, afin de n'avoir pas, arrivé chez vous, à user de sévérité, selon le pouvoir que le Seigneur m'a donné pour édifier et non pour détruire» (II ''Cor., ''xiii, 10). Cette pratique des apôtres suppose manifestement qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ le pouvoir de légiférer dans l'Église. — 2. Après les Apôtres, l'Église a, dans tous les temps, ''exercé ''le pouvoir de gouvernement. Que ce pouvoir se soit manifesté différemment avec les temps et les circonstances, ce n'est pas douteux ; mais il n'en est pas moins certain que, sous une forme ou sous une autre, l'Église a toujours ''revendiqué le droit de faire des lois disciplinaires ''et d'en exiger l'observation. Dans les premiers siècles, le pouvoir de gouvernement apparaît dans les nombreuses ''coutumes,''— concernant l'administration des sacrements, et en particulier du baptême, de la pénitence et de l'eucharistie, — qui sont regardées comme ''pratiquement obligatoires, ''dans le rejet et la condamnation de pratiques contraires qui tendent à s'introduire à certains endroits : c'est ainsi que le pape Etienne, réprouvant la manière de faire des Églises d'Afrique, défendit de rebaptiser ceux qui avaient reçu le baptême des hérétiques. Puis, avec le temps, et grâce à l'influence que l'Église prit dans la société, la législation ecclésiastique se développa et s'étendit aux questions mixtes telles que le mariage et les biens ecclésiastiques. A partir du moyen âge, l'Église ne se contente plus de faire des lois et d'édicter des pénalités, spirituelles et même temporelles, elle en demande l'exécution à l'autorité séculière. Elle prend du reste si bien conscience de son pouvoir qu'elle n'hésite pas à enseigner, par la bouche de Grégoire VII (xie siècle), qu'en vertu de sa mission divine, elle a le droit de commander, non seulement aux individus, . mais même aux sociétés et à leurs chefs temporels, dans toutes les circonstances et dans la mesure où les intérêts spirituels dont elle a la garde le requièrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Le pouvoir de gouvernement découle en outre des ''définitions de l'Église. ''L'Église a défini, au concile de Trente, le dogme qui affirme son pouvoir ''législatif. ''De même les pouvoirs ''judiciaire ''et ''pénal ''ont été proclamés par le même concile, par plusieurs papes, tels que Jean XXII, Benoît XIV, Pie VI. Pie IX a condamné, dans le ''Syllabus, ''ceux qui prétendent que « l'Église n'a pas le droit d'employer la force et n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect» (''Prop. ''XXIV). Léon XIII déclare, dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''que « Jésus-Christ a donné à l'Église, dans la sphère des choses sacrées, le plein pouvoir de faire des lois, de prononcer des jugements et de porter des peines » ; — ''d) ''de la ''nature de l’Église. ''L'Église est une ''société parfaite ''(V. N° 419). En tant que telle, elle est autonome et doit jouir des droits propres à toute société parfaite, donc des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et coercitif, qui sont des moyens, sinon nécessaires, au moins très utiles, pour atteindre sa fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''394. — 2°''' '''Objet. '''— A. ''Pouvoir législatif, ''— II est permis de poser en principe général que l'Église, poursuivant une fin surnaturelle, a le pouvoir de ''légiférer ''sur tout ce qui touche à cette fin. Il s'ensuit que ''l'objet ''de son pouvoir législatif est double : — a) Du côté ''positif, ''il comprend le pouvoir de ''commander ''tout ce qui est capable d'assurer la fin poursuivie. L'Église peut donc établir des lois disciplinaires sur les sacrements, sur les objets du culte, sur les biens affectés à son usage exclusif. Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué. Déjà, aux premiers siècles, malgré la violence des persécutions qui cherchaient à étouffer sa voix, elle proclame la sainteté et la stabilité du lien conjugal, la liberté des mariages entre esclaves et personnes libres, et bien d'autres principes qui étaient en complet désaccord avec la législation de l'époque. Et ainsi fera-t-elle à tous les moments de son histoire, avec ou contre ressentiment de l'autorité civile. — b) Du côté ''négatif, ''l'Église a reçu le pouvoir de ''défendre ''à ses sujets tout ce qui peut entraver leur fin surnaturelle. Et comme, en définitive, toutes les actions humaines ne doivent jamais être en opposition avec cette fin, le pouvoir gouvernemental de l'Église embrasse, d'une manière directe ou indirecte, tous les actes de la vie individuelle et de la vie sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Le pouvoir ''judiciaire ''et le pouvoir ''coercitif ''portent naturellement sur le même objet que le pouvoir législatif. Ils ont pour objet toutes les infractions aux lois ecclésiastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''395. — 3°''' '''Mode d'exercice. '''— Comme le mode d'exercice du pouvoir de gouvernement dépend de l'étendue de la juridiction de ceux qui l'exercent, cette question sera traitée plus loin quand nous parlerons des pouvoirs du Pape et des Évêques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Les Pouvoirs du Pape. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
396. — Nous avons démontré que Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté (N° 325) et que, de ce fait, il avait la ''plénitude ''des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. Il ne nous reste donc plus qu'à déterminer ''l'objet ''et le ''mode d'exercice ''de ses pouvoirs, doctrinal et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le pouvoir doctrinal du Pape. Son infaillibilité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''397. — 1'''° '''Objet. '''— Le Pape ayant la plénitude des pouvoirs dans l'Église, il est permis de poser en principe général que l’''objet ''de son pouvoir doctrinal et de son infaillibilité est aussi étendu que celui de l'Église. Tout ce que nous avons dit plus haut (Nos 390 et 391) de l'objet ''direct ''et de l'objet ''indirect ''du pouvoir doctrinal de l'Église, s'applique donc au pouvoir doctrinal du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''398. — 2° Mode d'exercice'''. — Le Pape exerce son pouvoir doctrinal de deux manières : — ''a) ''d'une manière ''extraordinaire ''et ''solennelle ''par des définitions ex-cathedra, et — b) d'une manière ''ordinaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Magistère extraordinaire. Le dogme''' '''de l'infaillibilité pontificale. '''— Nous avons déjà prouvé l'existence de l'infaillibilité pontificale, en nous plaçant au seul point de vue historique. Il convient de revenir sur le sujet, pour bien déterminer la manière dont il faut entendre le domine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ADVERSAIRES. ''— 1. ''Avant la définition ''du dogme par le concile du Vatican (1870), l'infaillibilité pontificale avait pour adversaires: — 1) les ''protestants, ''pour qui la Sainte Écriture est la seule règle de foi infaillible ; — 2) les ''gallicans, ''qui mettaient les conciles généraux au-dessus du pape et qui ne regardaient les définitions pontificales comme irréformables que si elles étaient sanctionnées par le consentement de l'Église. Cette erreur, qui avait son origine dans le grand schisme d'Occident, fut soutenue, au xve siècle, par P. d'Ailly et GERSON, puis, au xviie siècle, par Richer, P. de Marca et surtout par Bossuet, qui condensa la doctrine gallicane dans les quatre articles de la fameuse ''Déclaration de ''1682[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn323 [323]]. Le gallicanisme, qui était enseigné dans les écoles de théologie françaises et surtout en Sorbonne, fut adopté également en Allemagne, sous le nom de ''Joséphisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Après la définition ''du dogme, l'infaillibilité pontificale a été niée par une fraction minime de catholiques, et, en particulier, par un groupe de catholiques allemands, qui avaient à leur tête Dôllinger et Reines, et qui prirent la dénomination de ''Vieux-Catholiques. ''Naturellement, les Protestants rejettent tous le dogme, et, la plupart du temps, ne s'en font pas une notion exacte. Les uns confondent l'infaillibilité avec ''l’omniscience ''(Draper), ou avec ''l'inspiration ''(Littledale) ; d'autres la prennent pour une union hypostatique de l'Esprit Saint avec le Pape (Pusey).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
399. — ''b) LE DOGME. OBJET ET CONDITIONS DE L'INFAILLIBILITÉ. ''— Le concile du Vatican a défini ainsi le dogme de l'infaillibilité pontificale : « Le Souverain Pontife, lorsqu'il parle ''ex-cathedra, ''c'est-à-dire, lorsque, remplissant la charge de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou sur les mœurs doit être crue par l'Église universelle, jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvu en définissant la doctrine touchant la foi et les mœurs. Par conséquent de telles définitions sont irréformables d'elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn324 [324]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il résulte de ces paroles, l'infaillibilité pontificale a son ''objet ''bien délimité et requiert des ''conditions ''précises. Pour jouir de l'infaillibilité, il faut que le Parle ''ex-cathedra[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn325 [325]], ce qui implique ''quatre conditions. ''Il faut : —1. qu'il remplisse ''la charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens. ''En tant que docteur privé, il n'est donc pas infaillible ; dans ses écrits comme dans ses sermons il peut se tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn326 [326]]. Sans doute, l'infaillibilité lui est ''personnelle ; ''elle est bien attachée à sa personne et non au Siège apostolique, et elle ne peut être communiquée ou déléguée à aucun autre, mais elle n'est personnelle que dans la mesure où le Pape remplit la charge de docteur universel ; — 2. qu'il ''définisse, ''c'est-à-dire qu'il tranche, d'une manière définitive, une question jusque-là controversée ou non ; — 3. qu'il définisse la doctrine ''sur la foi ''ou ''les mœurs, ''c'est-à-dire les vérités révélées qu'il faut croire ou pratiquer, et les vérités connexes aux vérités révélées. En dehors de cet ''objet, ''par exemple, sur le terrain des sciences humaines, le pape est, comme tout homme, sujet à l'erreur. L'infaillibilité pontificale n'est donc pas un pouvoir arbitraire et ridicule contre lequel il y ait lieu de s'insurger ; — 4. qu'il définisse ''avec l'intention d'obliger toute l'Église : ''il va de soi, en effet, qu'une doctrine définie impose à toute l'Église l'obligation d'y adhérer. Mais comment reconnaître que le pape a eu l'intention d'obliger toute l'Église ? Les qualifications d'hérésie et d'anathème sont le signe ordinaire des définitions, mais il convient de remarquer qu'elles n'en sont pas la forme obligatoire ni par conséquent la seule forme. Il suffit que, de la teneur même du document, du langage employé, alors même que le document ne serait pas adressé à l'Église universelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn327 [327]], il résulte que le Souverain Pontife a entendu proposer à tous les fidèles un enseignement obligatoire concernant une question de la foi ou de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
400. — ''REMARQUES. ''— 1) L'infaillibilité du pape a pour principe l’''assistance ''que Notre-Seigneur a promise à saint Pierre et à ses successeurs (V. Nos 330 et suiv.), mais elle ne dispense pas du travail et de l'emploi des moyens humains pour connaître la vérité. Ces moyens sont les conciles et, d'une manière ordinaire, les conseils des cardinaux, des évêques et des théologiens. — 2) De l'infaillibilité du pape, il serait absurde de conclure à ''l'impeccabilité. ''Les deux choses sont sans rapport, et il est évident que le privilège de l'infaillibilité n'entraîne pas avec soi celui de la vertu : un pape peut donc être un grand pécheur, tout en gardant son infaillibilité. — 3) Les définitions pontificales sont ''irréformables par elles-mêmes, ''et non par le consentement de l'Église : l'infaillibilité pontificale est indépendante de l'acceptation des évêques. — 4) L'infaillibilité du pape, bien qu'elle n'ait été définie qu'en 1870, a toujours été reconnue dans l'Église (V. N° 337). Il faut donc la considérer, non comme une innovation doctrinale, mais comme une affirmation solennelle et explicite d'une vérité contenue dans l'Évangile et la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ''objecte ''que l'autorité du Pape, dans l'hypothèse de son infaillibilité, constitue un ''pouvoir absolument despotique ''et supprime toute liberté de penser. — '''''Réponse.''''' Faisons observer d'abord qu'il n'y a pas plus de despotisme dans l'autorité infaillible du Pape que dans celle de l'Écriture. Si les catholiques manquaient de liberté de penser parce qu'ils doivent obéir aux jugements irréformables du Pape, les protestants n'en auraient pas plus puisqu'ils sont liés par les textes de l'Écriture. Les définitions solennelles du Pape ne sont du reste pas autre chose que l'interprétation authentique des sources de la Révélation. Par ailleurs, c'est une notion fausse de la liberté de penser, que de la considérer comme la faculté d'embrasser l'erreur. Or obéir à un décret infaillible, c’est tout simplement adhérer librement à une vérité reconnue comme certaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''401. — B. Magistère ordinaire.''' — Le Pape exerce son magistère ''ordinaire ''soit ''directement ''et par lui-même, soit ''indirectement ''par l'intermédiaire des Congrégations romaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DIRECTEMENT. ''— Le Pape peut proposer des vérités aux fidèles, même sans intention de les définir infailliblement. — 1. Ainsi le Pape fait connaître ses décisions dans ses ''Constitutions dogmatiques ''généralement publiées à la suite d'un autre document. — 2. Il expose ses vues : 1) dans ses ''Encycliques ''ou lettres circulaires adressées soit à tous les Évêques, soit à ceux d'une nation seulement ; — 2) dans ses ''Lettres apostoliques''.: forme qu'il emploie, par exemple, pour annoncer un jubilé : — 3. dans ses ''Allocutions consistoriales ''prononcées devant les cardinaux ; et — 4, dans ses ''Brefs, ''lettres qu'il adresse à des particuliers. L'un des plus importants, parmi ces sortes de documents publiés depuis un siècle, a été, sans doute, en 1864, l'Encyclique ''Quanta cura ''suivie du ''Syllabus, ''ou recueil de quatre-vingts propositions contenant les principales erreurs de notre temps, et que Pie IX condamnait à nouveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements pontificaux, quelle qu'en soit la forme, et alors même que le Pape n'en fait pas l'objet de définitions solennelles, ont toujours droit à notre assentiment intellectuel, tout au moins à titre provisoire. Nous disons ''à titre provisoire, ''car, au lieu que les dogmes sont des jugements irréformables qui entraînent avec soi une certitude absolue et définitive, les autres enseignements du Souverain Pontife, si respectables qu'ils soient, n'excluent pas la possibilité d'amendements ultérieurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
402. — ''INDIRECTEMENT. ''— Le Pape exerce son magistère ordinaire ''indirectement ''parla ''Congrégation du Saint-Office ''dont nous parlerons plus loin (V. N° 406), quand il sera question des Congrégations romaines. ''Autorité des décrets portés par la Congrégation du Saint-Office. ''— L'autorité de ces décrets dépend de la manière dont ils sont promulgués. Le Pape peut en effet les approuver de deux façons, soit solennellement ''in forma speciali, ''soit d'une manière commune, ''in forma communi. ''— 1. Si l'approbation est donnée ''solennellement, ''c'est-à-dire quand le Pape promulgue le décret ''en son nom, ''et qu'il en devient ainsi l'auteur juridiquement responsable, le décret prend la valeur d'un ''acte pontifical, ''et peut être infaillible s'il réunit les conditions voulues (ex : les décrets de Pie V contre Baius et d'INNOCENT X contre Jansénius). Mais il arrive souvent que le Pape n'entend pas prononcer un jugement définitif, une définition ''ex-cathedra. ''Dans ce dernier cas, notre assentiment doit être, ''non absolument ferme ''comme dans l'acte de foi, mais sincère et intérieur, — 2. Si l'approbation est donnée ''in forma communi, ''c'est-à-dire, quand le Pape approuve le décret comme acte de la Congrégation, le décret est et reste un acte de la Congrégation : il n'est donc pas infaillible, puisque l'infaillibilité pontificale est incommunicable ; il a cependant une grande autorité et a droit, sinon à un assentiment absolu, du moine à une prudente adhésion. Celui qui aurait des raisons graves de croire que la décision. est erronée, n'aurait pas le droit de la combattre ni par paroles ni par écrits, mais il pourrait exposer respectueusement ses motifs de doute à la Sacrée Congrégation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le pouvoir de gouvernement du Pape. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
403. — '''1°''' '''Objet. '''— Le Pape ayant le pouvoir suprême de juridiction, il peut : — a) ''faire des lois pour toute l'Église, ''les abroger s'il le juge bon, ou en dispenser ; il peut même dispenser des lois portées par les évoques ; — ''b) instituer les évêques ''ou déterminer le mode de les instituer ; il peut même les déposer pour des raisons graves et lorsqu'il y va du bien de l'Église ; ce qui arriva en 1801, lorsque Pie Vil enjoignit à tous les évêques français de démissionner ; — c) ''convoquer les conciles ; ''— ''d) ''prononcer des ''sentences définitives. ''On ne peut donc, sur le terrain de la discipline, pas plus que sur les questions de dogme et de morale, en appeler du Pape à l'Église universelle, au concile œcuménique, ou bion du Pape que l'on prétendrait mal informé à un Pape mieux informé, comme le soutenaient autrefois les gallicans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Mode d'exercice'''. — Comme le Pape ne peut exercer seul sa juridiction ordinaire et immédiate dans le monde entier, il se sert de ''légats ''ou ''nonces, ''et des ''cardinaux ''résidant à Rome. Nous n'insisterons pas ici sur les fonctions des légats et des nonces[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn328 [328]] ; d'un mot, on peut les appeler soit les représentants du Pape, soit ses ambassadeurs auprès d'un gouvernement étranger. Nous nous arrêterons un peu plus longuement sur le ''Sacre-Collège ''des cardinaux et sur le rôle qu'ils jouent, particulièrement dans les ''Consistoires ''et les ''Congrégations romaines.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
404. — ''LE SACRÉ-COLLÈGE DES CARDINAUX. ''— 1. ''Origine. ''Pour comprendre la ''constitution du Sacré-Collège, ''quelques notions préliminaires sur ''l’origine ''des cardinaux sont nécessaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Primitivement, le mot ''cardinal ''(du lat. ''cardo, ''gond, point d'appui) désignait soit un évêque, soit un prêtre, soit un diacre, attaché de façon stable à une église ou à un titre ecclésiastique, qui devenait, de ce fait, son point d'appui, le centre de son activité. L'on peut donc reporter l'origine de l'institution cardinalice à la primitive Église et en voir les traces dans le ''presbytérium ''composé de prêtres et de diacres qui avaient pour mission d'aider l'évêque dans son ministère. Plus que tout autre, l'Évêque de Rome, en raison de sa lourde tâche, devait éprouver le besoin d'assistance. Aussi le voyons-nous, dès les premiers siècles, entouré d'un corps de diacres chargés du soin des pauvres et d'un corps de prêtres qui devaient remplir leur ministère, dans l'église même du pontife, ou dans d'autres églises paroissiales, qui prirent la dénomination de ''titres.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nom de ''cardinal, ''d'abord générique et indéterminé, fut par la suite réservé au clergé des églises cathédrales, puis peu à peu il devint un ''titre exclusif de l’Église romaine ''qui peut être considérée comme le ''cardo, ''le vrai point d'appui de l'unité de l'Eglise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Nombre. ''— Le nombre des cardinaux a varié avec les époques. A la fin du xvie siècle, le pape Sixte-Quint fixa le nombre des cardinaux-diacres à 14, celui des cardinaux-prêtres à 50, et celui des cardinaux-évêques à 6 : trois classes par conséquent, non pas fondées, comme on pourrait le croire, sur le pouvoir d'ordre, mais sur le titre ecclésiastique assigné à chaque élu au moment de sa promotion. Depuis lors, le Sacré-Collège comprend donc, en droit, 70 membres, à la tête desquels se trouve un ''doyen ; ''mais ce nombre est rarement complet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Rôle. ''— Le rôle des cardinaux consiste dans une double fonction: extraordinaire et ordinaire. — 1) Leur fonction ''extraordinaire ''est de se réunir en ''conclave[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn329 [329]] le plus tôt possible après la mort du Pape, et de lui élire un successeur. Ce droit leur a été attribué, à l'exclusion du clergé inférieur et du peuple, par un canon du troisième concile œcuménique de Latran (1179). — 2) Leur fonction ''ordinaire ''est d'aider le Souverain Pontife dans le gouvernement de l'Église. Ce concours habituel, ils le prêtent dans les ''consistoires ''et les ''congrégations.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
405. — ''A.. CONSISTOIRES. ''— Les ''consistoires pontificaux ''sont les assemblées des cardinaux présents à Rome présidées par le pape. Ces réunions avaient lieu autrefois deux ou trois fois par semaine et traitaient presque toutes les affaires importantes ; elles sont devenues beaucoup plus rares et ne se tiennent plus qu'à des intervalles irréguliers. Les consistoires sont secrets ou publics : — 1. ''secrets, ''si les cardinaux seuls y sont admis. Il y est question de la création de nouveaux cardinaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn330 [330]], de la nomination des évêques et des différents dignitaires de la cour épiscopale, etc. ; — 2. ''publics, ''quand d'autres prélats et des représentants des princes séculiers peuvent y assister. Les consistoires publics ont pour objet particulier une canonisation (N° 391, ''n.), ''la réception d'un ambassadeur, le retour d'un légat a latere, ou autres affaires d'intérêt général.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
406. — B. ''CONGRÉGATIONS ROMAINES. ''— Les affaires ecclésiastiques étant trop nombreuses pour être réglées toutes dans des consistoires, il a été établi des ''congrégations, ''des ''tribunaux ''et des ''offices ''particuliers, qui ont reçu la mission de traiter toutes les questions assignées à leur département propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution ''Sapienti consilio ''de Pie X (29 juin 1908) ne maintient que ''onze congrégations ''proprement dites, outre les ''trois tribunaux ''de la Sacrée Pénitencerie, de la Rote, de la Signature apostolique, et les ''cinq offices ''ou secrétaireries. Depuis, le pape Benoît XV a supprimé la congrégation de l'index et a attribué son ministère à la congrégation du Saint-Office ; d'autre part, il a fondé une nouvelle congrégation, celle des Églises orientales, de sorte que le nombre des congrégations reste fixé à onze. Ces onze Congrégations sont :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1) ''La Congrégation du Saint-Office ''ou de ''l’Inquisition.''— Le Saint-Office, la congrégation la plus ancienne et la plus importante par ses attributions, a pour but premier la conservation et la défense de la foi et de la discipline ecclésiastique. Mais l'on comprend aisément que « pour atteindre cette fin, il a fallu lui donner juridiction et compétence sur les délinquants. Son autorité eût été purement illusoire, s'il n'avait eu le pouvoir de réprimer les contempteurs de la foi et des saints canons. » D'où il suit que « ''secondairement, ''mais ''véritablement, ''le Saint-Office est un tribunal proprement dit, ayant un réel ''pouvoir judiciaire. ''Il peut, par voie d'inquisition, conformément à la procédure canonique usitée, juger et condamner les coupables. Bien plus, et ceci est particulier à cette congrégation et la différencie des autres, dans le for contentieux, le Saint-Office jouit d'un véritable ''pouvoir coercitif ; ''il peut employer des moyens ''coactifs ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn331 [331]]. Étant donnée l'importance de cette congrégation, le Pape en est toujours le préfet. A ce tribunal rassortissent tous les crimes d'hérésie, de schisme, les graves délits contre les mœurs, tous les cas de sortilège, de magie, de spiritisme. Il a plein pouvoir pour apprécier les doctrines qu'il qualifie sous les titres d'erronée, d'hérétique, de proche de l'hérésie, de téméraire, etc. Il a le droit de juger et de condamner les livres et de les inscrire au catalogue de l'Index[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn332 [332]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La Congrégation consistoriale. ''— ''Présidée ''par le Pape, elle a pour mission de préparer ce qui doit être traité en consistoire. Elle s'occupe en outre de tout ce qui se rapporte au gouvernement de tous les diocèses (choix des évêques, création et administration des diocèses), à l'exception de ceux qui sont soumis à la congrégation de la Propagande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''La Congrégation de la discipline des Sacrements. ''— Cette congrégation, fondée par Pie X, a pour but de trancher toutes les questions disciplinaires relatives aux sacrements, sans s'occuper des questions de doctrine qui relèvent du Saint-Office.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. ''La Congrégation du Concile. ''— Primitivement instituée (1564) pour faire exécuter et observer par toute l'Église les décrets du Concile de Trente, cette congrégation, depuis Pie X, a pour objet tout ce qui concerne la discipline générale du clergé séculier et des fidèles. Elle doit veiller à ce que les préceptes de l'Église : sanctification des fêtes, pratique du jeûne, de l'abstinence, etc., soient bien observés. Elle règle tout ce qui regarde les curés, les chanoines, les pieuses associations, les bénéfices ou offices ecclésiastiques. Elle s'occupe de tout ce qui concerne la célébration, la révision des conciles particuliers... les assemblées, réunions ou conférences épiscopales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. ''La Sacrée Congrégation des Religieux. ''— La compétence de cette congrégation est restreinte aux affaires qui concernent les religieux des deux sexes, à vœux solennels ou simples, aux communautés, aux groupes, qui ont la ''vie en commun à la façon des Religieux,''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''La Sacrée Congrégation de la Propagande. ''— Établie pour propager la foi parmi les infidèles, les hérétiques, toutes les sectes dissidentes, cette congrégation a juridiction sur tous les pays de missions, là où la hiérarchie catholique n'est pas encore complètement constituée. « Les religieux travaillant dans les missions relèvent de la Propagande en tant que ''missionnaires ; ''mais, comme ''religieux, ''soit individuellement, soit en corps, ils dépendent de la Congrégation des Religieux .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn333 [333]] La Propagande possède à Rome un ''séminaire, ''où l'on forme ceux qui se destinent aux missions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. ''La Sacrée Congrégation des Rites ''s'occupe des rites et cérémonies (messe, offices divins, sacrements) et en général de tout ce qui concerne le culte dans l'Église latine. Elle s'occupe aussi des Reliques ; à elle sont réservées les causes de béatification et de&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
canonisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. ''La Congrégation cérémoniale ''s'occupe des cérémonies pontificales, de la réception des ambassadeurs, des questions de préséance et d'étiquette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. ''La Congrégation des Affairés ecclésiastiques extraordinaires ''s'occupe des affaires que lui soumet le Souverain Pontife par l'intermédiaire du Cardinal Secrétaire d'État[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn334 [334]] et principalement de celles qui regardent les lois civiles, les concordats conclus ou à conclure avec les divers gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. ''La Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités ''a la haute administration sur toutes les Universités et Facultés catholiques du monde entier. Elle veille à la pureté de la doctrine et travaille à promouvoir les études sacrées. Elle accorde aux Facultés le pouvoir de conférer les grades académiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. ''La Sacrée Congrégation des Églises orientales. ''— Érigée en 1917, elle est présidée par le Pape, elle doit s'occuper des Églises d'Orient qui rentraient autrefois dans la Congrégation delà Propagande. ''(Can. ''247-257).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
407. — ''COMMISSION BIBLIQUE. ''— A côté des onze Congrégations qui précèdent, il faut citer la ''Commission biblique, ''instituée par Léon XIII' en 1902 (bref ''Vigilantiae) ''dans le but de promouvoir les études bibliques et de les protéger contre l'erreur et la témérité. Organe officiel d'un rang inférieur aux Congrégations, la Commission biblique avait également une autorité moins grande, mais Pie X, par son ''Motu proprio « ''Praestantia» du 18 novembre 1907, l'a mise sur le même rang que les congrégations romaines. La Commission biblique « ost formée, comme le déclare le décret pontifical, d'un certain nombre de cardinaux, illustres par leur doctrine et leur prudence ». Ils constituent ''seuls ''la Commission biblique proprement dite, et seuls, ils sont juges de toutes les questions d'Écriture Sainte, soumises à leur examen. Mais le Pape leur adjoint des ''consulteurs ''qu'il choisit « parmi les savants dans la science théologique des Livres Saints, hommes différents de nationalité et dissemblables par leurs méthodes et leurs opinions en fait d'études exégétiques », afin de « donner dans la Commission, accès aux opinions les plus diverses, pour qu'elles y soient, en toute liberté, proposées, développées et discutées » (''Motu proprio). ''Les consulteurs rédigent, sur les questions soumises à la Commission, des rapports qui sont communiqués aux cardinaux, membres de la Commission, présentent leurs observations motivées, dans des séances spéciales. Mais les questions ne sont tranchées que par les Cardinaux, réunis en séance plénière. Leurs conclusions sont alors soumises au Souverain Pontife « pour être publiées après avoir reçu son approbation » donnée ordinairement dans la forme commune. Au point de vue juridique, les décisions de la Commission biblique ont exactement la même valeur que les décrets doctrinaux des Sacrées Congrégations approuvés par le Pape (Voir N° 402).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
408. — Les ''tribunaux romains ''sont : — 1. la ''Sacrée Pénitencerie ''dont la juridiction s'étend exclusivement aux affaires de for ''interne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn335 [335]], même non sacramentel : absolution des péchés réservés, solution des cas de conscience, dispenses de vœux, d'empêchements occultes de mariage, concession des indulgences ; — 2. la ''Rote, ''supprimée en 1870 et rétablie par Pie X, traite les causes contentieuses, civiles ou criminelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle « est ainsi constituée ''cour d'appel ''pour toutes les curies ecclésiastiques du monde entier... Toutefois la Rote juge en première instance toutes les affaires que le Souverain Pontife lui confie de son propre mouvement, ou sur la demande des parties... Rappelons-nous que tous les fidèles ont le droit absolu de demander à être jugés à Rome ; on peut toujours recouru au Souverain Pontife, qui est le Père commun de tous les chrétiens »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn336 [336]] ; — 3. la ''Signature apostolique ''qui est la cour de cassation de la Rote et reçoit les recours en cassation de jugements attaqués pour vices de forme et les demandes en révision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
409. — Les ''Offices ''sont : — 1. la ''Chancellerie apostolique ''qui a pour office d'expédier, sur l'ordre de la Congrégation consistoriale ou du Pape, les lettres apostoliques, les bulles avec k sceau de plomb (''sub plumbo) ''relatives à la provision des bénéfices et des offices consistoriaux, à l'institution des nouveaux diocèses, chapitres et à d'autres affaires majeures ; — 2. la ''Daterie apostolique ''qui expédie les lettres apostoliques pour la collation des bénéfices non consistoriaux réservés au Saint-Siège ; — 3. la ''Chambre apostolique ''à qui est attribuée l'administration des biens et droits temporels du Saint-Siège, principalement pendant la vacance du siège ; — 4. la ''Secrétairerie d'État ''qui comprend trois sections : la section des Affaires extraordinaires, la section des Affaires ordinaires et la secrétairerie des Brefs ; — 5. les ''secrétaireries des Brefs aux princes, ''et des Lettres latines, à qui incombe le soin d'écrire en latin les Actes du Souverain Pontife ''(can. ''260-264).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Les Pouvoirs des Évêques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques peuvent être considérés : — a) soit ''individuellement ; ''— ''b) ''soit ''en ''corps et ''unis avec le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Pouvoirs des Évêques pris individuellement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
410. — ''Préliminaires. ''— Quelques remarques préliminaires sont nécessaires pour bien comprendre l'étendue des pouvoirs des Évêques, considérés ''individuellement. ''— ''a) ''Bien que les Évêques soient appelés, et soient vraiment les successeurs des Apôtres, il ne faut pas oublier qu'ils n'en sont les successeurs que ''pris en corps. ''La juridiction de l'ensemble du collège épiscopal est donc égale à celle du collège apostolique, mais la juridiction de chaque évêque n'est pas égale à celle de chaque apôtre : celle-ci était universelle, celle-là au contraire est limitée. — b) Ce premier point établi et hors de discussion, la juridiction épiscopale procède-t-elle ''immédiatement ''de Dieu ou du Souverain Pontife? Les deux opinions ont été soute­nues[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn337 [337]]. Il importe peu, du reste, car elles aboutissent toutes deux, en fin de compte à la même conclusion. Tous les théologiens, en effet, admettent que le pouvoir épiscopal, même s'il est conféré immédiatement par Dieu, dépend, dans son ''exercice, ''du Souverain Pontife, lequel ''choisit ''ou ''approuve ''le sujet[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn338 [338]] et délimite la circonscription et l'étendue de sa juridiction. — c) Cependant, quoique dépendants du Pape, les évêques ne sont pas de simples délégués : ils jouissent d'une juridiction ordinaire et qui leur est propre,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''411. — 1°''' '''Leur pouvoir doctrinal. '''— Comme les Evêques ont dans leur diocèse une juridiction ordinaire, ils jouissent, dans les limites des circonscriptions qui leur sont assignées, du même pouvoir que le Pape dans le monde entier, ''l'objet ''de leur pouvoir doctrinal est donc, toutes proportions gardées, le même que celui du Pape : il embrasse la Révélation tout entière et ce qui lui est connexe. Cependant, les Évêques ne jouissant pas individuellement du privilège de l'infaillibilité, il convient que, dans les controverses importantes sur les questions de foi, ils en réfèrent au Souverain Pontife. Ils doivent veiller à la propagation et à la défense de la religion : ce qu'ils font généralement par leurs ''lettres pastorales ''et leurs ''mandements. ''Ils ont le droit et le devoir de prohiber les mauvais livres, les mauvaises publications. Tous les livres qui traitent des questions de fois de morale, de culte et de discipline ecclésiastique doivent dès lors être contrôlés par eux et ne peuvent s'imprimer sans leur approbation, ou ''imprimatur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''412. — 2°''' '''Leur pouvoir de gouvernement. '''— ''a) ''Au point de vue ''législatif, ''l'Évêque gouverne tous les fidèles de son diocèse au for interne et au for externe. Il peut donc porter des lois, préparées ou non en ''synode[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn339 [339]] ''diocésain, sur tout ce qui concerne la foi, le culte et la discipline : mais il doit toujours agir en dépendance du Souverain Pontife et de la loi commune de l'Église. — ''b) ''Au point de vue ''judiciaire, ''l'Evêque juge en première instance. Il exerce ce pouvoir par ce que l'on appelle ''l’Officialité diocésaine, ''tribunal présidé par un prêtre, appelé ''Officiai, ''qui, sauf des cas exceptionnels, doit être distinct du Vicaire général ''(Can. ''1573 § 1). — c'') ''Ait point de vue ''coercitif, ''l'Evêque peut frapper de peines canoniques et de Censures les délinquants, qui gardent toujours le droit d'en appeler au Métropolitain et au Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Pouvoirs des Évêques pris en corps. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le collège des Évêques, pris dans son ensemble et en union avec le pape, peut être considéré soit ''dispersé ''dans le monde, soit ''assemblé en concile œcuménique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''413. — 1°''' '''Les Évêques dispersés. '''— II n'est pas nécessaire que les Évêques se réunissent en concile général pour être infaillibles. Même dispersés, ils forment le ''corps enseignant ''de l'Église et ne jouissent pas moins de l'infaillibilité. Quand Jésus a promis à ses Apôtres d'être avec eux jusqu'à la fin des siècles, il n'a pas mis la condition qu'eux ou leurs successeurs devaient se réunir à un endroit quelconque pour obtenir son assistance. Du reste, le consentement unanime de l'Église a toujours été reconnu comme une des meilleures preuves de la vérité de la doctrine, et saint Vincent de Lérins a pu poser cette règle qu'il faut croire « ce qui a été cru partout, toujours et par tous ». Au surplus, que les choses doivent être ainsi, la raison nous le dit., ce n'est pas seulement dans des circonstances exceptionnelles, mais en tout temps, que l'épiscopat est chargé de renseignement ; donc, à tout moment, il doit avoir le privilège de l'infaillibilité. Aussi, avant le premier concile œcuménique qui n'a eu lieu qu'au début du IVe siècle (en 325 à Nicée) le ''magistère ordinaire ''du corps épiscopal avait déjà amené le dogme à un haut degré de développement. L'Église enseignait déjà d'une manière ''explicite ''les dogmes de la Trinité et de la divinité de Jésus-Christ, de la Rédemption, de la virginité et de la maternité divine de Marie, les éléments du dogme du péché originel ; elle avait presque fixé sa doctrine sur les principaux sacrements, entre autres, sur le baptême, sur la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, à la fois sacrement et sacrifice, etc. Les conciles qui se tiendront à partir de cette date, ne feront le plus souvent que préciser les points encore discutés et donner une autorité plus ferme à la croyance déjà établie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait ajouter que, dans les premiers siècles, bien des hérésies furent condamnées par les décisions dogmatiques d'un nombre restreint d'Évêques, dispersés dans le monde, ou simplement réunis en concile particulier : provincial ou national.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''414. — 2. Les Évêques réunis en concile'''. — Le concile (lat. ''concilium ''assemblée) œcuménique (gr. ''oihoumenikos, ''universel) est l'assemblée solennelle des évêques de tout l'univers. Deux points nous intéressent ici, à savoir les ''conditions à l’œcuménicité ''d'un concile, et leur ''autorité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. CONDITIONS D'ŒCUMÉNICITÉ. ''— Pour qu'un concile soit œcuménique, il faut : — ''a) ''que tous les évêques du monde y aient été officiellement ''convoqués[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn340 [340]], mais il n'est pas nécessaire et il est matériellement impossible que tous y assistent. Il n'est même pas requis que le chiffre des présents l'emporte sur celui des absents, il suffit qu'il y en ait un assez grand nombre pour représenter moralement l'Église universelle. Dans le cas de doute sur l’œcuménicité d'un concile, il appartient à l'Église de trancher cette question de fait dogmatique (N° 391) ; — ''b) ''que ''le Pape prête son autorité ''au concile. D'où il suit : — 1. que tout concile œcuménique doit être ''convoqué [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn341 [341]] par le pape ou de son consentement ; — 2. ''présidé ''par lui ou par ses légats ; — 3. que les décrets du concile soient ''ratifiés ''par lui et promulgués par son ordre ''(Can. ''227). Pour cette dernière raison, certains conciles (v. g. le 1er et le 2e de Constantinople) qui n'étaient pas œcuméniques, du fait de leur convocation et de leur célébration, le sont devenus par la ratification subséquente du Pape ; par contre, d'autres conciles, dits œcuméniques, ne le sont pas pour tous leurs décrets, l'approbation du pape ayant fait défaut, comme nous avons eu l'occasion de le constater à propos du 28e canon du concile de Chalcédoine que le pape saint Léon ne voulut pas ratifier (V. N° 370).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415. — B. ''AUTORITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''Le ''concile œcuménique, ''où se trouvent réunis le pape et les évêques, c'est-à-dire la tête et le corps de l'Église enseignante, est l'autorité la plus haute et la plus solennelle qui puisse exister. Il jouit donc de l'infaillibilité dans les définitions de la doctrine sur la foi et les mœurs. Pour être ''valables, ''il n'est pas nécessaire que les décrets conciliaires soient votés à l'unanimité absolue. Ce serait là une condition presque irréalisable. Cette thèse, mise en avant au concile du Vatican par les adversaires de l'infaillibilité pontificale, ne repose sur rien, ni sur l'histoire, ni sur la tradition, ni sur les principes juridiques et rationnels. Il va de soi, en effet, que dans toute assemblée délibérante, dans les conciles par conséquent, les questions doivent être tranchées par la majorité. Il y a lieu cependant de faire une réserve pour les cas où le pape serait avec la minorité, vu que le pape seul a le droit de trancher souverainement les questions. Si la chose se présentait, le décret serait dénommé, avec plus de justesse, décision pontificale, que décision conciliaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les décrets conciliaires ont-ils, dans toute leur teneur, la même autorité doctrinale? Il convient de distinguer, dans les décisions rendues par plusieurs conciles, notamment par les conciles de Trente et du Vatican, une double partie : une partie ''positive, ''représentée par les ''chapitres ''consacrés à l'exposition de la véritable doctrine, et une partie ''négative ''représentée par les ''canons ''où sont condamnées les erreurs contraires. Quelle est la valeur des uns et des autres? Aucun doute n'est possible pour ce qui concerne les ''canons. ''Comme ils portent ''l’anathème[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn342 [342]] contre quiconque contredit la vérité définie par les chapitres, de toute évidence ils constituent une définition infaillible et de foi catholique, qu'on ne peut rejeter sans tomber dans l'hérésie. Les ''chapitres ''doctrinaux contiennent, eux aussi, un enseignement infaillible, mais à côté de la substance de la définition, il y a des ''considérants ''et des ''arguments ''sur lesquels s'appuie la définition. Cette dernière partie n'est pas comprise dans l'objet de l'infaillibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''416.— Corollaires'''. — 1. De ce que le concile est la plus haute et la plus solennelle autorité dans l'Eglise, ''faut-il conclure qu'il soit au-dessus du Pape? ''La théorie de la supériorité du concile, dont l'origine doit être reportée au moment du grand schisme d'Occident, fut soutenue par Pierre d'Ailly, par Gerson (xve siècle) et par les ''gallicans ''du xvii» siècle ; elle trouva sa formule dans le deuxième article de la ''Déclaration de ''1682 (V. N° 398, ''n.'') et dans la troisième proposition du ''Synode de Pistoie. ''Combattue par la grande majorité des théologiens, repoussée par le Saint-Siège qui rejeta, en particulier, les articles de 1682 et les erreurs du Synode de Pistoie, elle fut définitivement condamnée par le concile du Vatican qui définit l'infaillibilité pontificale (V. N° 399). De cette définition il ressort : 1) que l'autorité du Pape seul est ''égale ''a l'autorité du concile, si l'on entend par là l'assemblée du collège épiscopal, y compris le pape, et — 2) qu'elle est ''supérieure ''à l'autorité du corps épiscopal, d'où serait retranché le pape, c'est-à-dire la tête de l'Église. L'on ne peut donc pas appeler du pape à un concile général, puisque les deux autorités sont égales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417. — 2. ''UTILITÉ DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. — ''II y a lieu de se demander à quoi peuvent servir les conciles œcuméniques du moment que l’ensemble des évêques dispersé, et uni avec le pape, ne présentent pas une garantie supérieure d’infaillibilité. Bien qu’ils ne soient pas nécessaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn343 [343]], les conciles œcuméniques n’en restent pas moins très ''utiles ''pour les raisons suivantes : — 1) Tout d'abord, l'avis des évêques peut ''aider beaucoup à la connaissance de la vérité. ''Il faut bien se rappeler en effet que l'infaillibilité ne se confond ni avec l'inspiration ni avec la révélation, et que, si elle est l'inerrance de droit, elle ne dispense nullement du travail et de l'étude. — 2) ''La sentence ''qui proclame la foi et condamne l'erreur ''aura d'autant plus de poids, ''et sera d'autant mieux acceptée des fidèles qu'elle aura été prononcée par l'ensemble du corps enseignant. — 3) Au point de vue ''disciplinaire, ''le pape portera des lois d'autant plus opportunes et plus efficaces que, par l'intermédiaire des évêques, il sera mieux au courant des erreurs et des abus qui se trouvent dans l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces différents points de vue, les conciles sont d'une utilité indiscutable. Ils ne sont pas ''absolument ''nécessaires, comme les Jansénistes le prétendaient, mais il peut arriver qu'ils soient ''relativement ''et ''moralement ''nécessaires dans les cas où l'unité de l'Église serait mise en péril, par le fait du pape lui-même, qui deviendrait hérétique, en tant que docteur privé, ou pécheur scandaleux (V. N° 399, n. 3) et surtout dans le cas où 1 élection d'un pape serait douteuse, comme la chose s'est présentée lors du grand schisme d'Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''418. — 3. ''SÉRIE CHRONOLOGIQUE DES CONCILES ŒCUMÉNIQUES. '''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on compte généralement jusqu'à notre époque dix-neuf conciles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn344 [344]]. Les voici dans leur ordre avec quelques indications sur leur objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''premier Concile de Nicée, ''en 325, réuni par Constantin sous le pontificat de saint Sylvestre, il définit contre Arius la consubstantialité du Verbe, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ, sanctionna solennellement les privilèges des trois sièges patriarcaux de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, et étendit à toute l'Église la coutume de l'Église romaine, quant à la date de la célébration de la fête de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''premier Concile de Constantinople, ''en 381, sous le pape Damase et l'empereur Théodose le Grand, définit contre Macédonius de Constantinople la divinité du Saint-Esprit. Ce concile qui n'était œcuménique ni par sa convocation ni par sa célébration, puisque le pape n'y avait été ni invité ni associé, n'acquit l'autorité et le rang de concile œcuménique que plus tard par la reconnaissance et l'adhésion de l'Église universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le ''Concile d'Éphèse, ''en 431, sous le pontificat de Célestin I et le règne de Théodose le Jeune, définit contre Nestorius l'unité de personne dans le Christ et la maternité divine de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Le ''Concile de Chalcédoine, ''en 451, sous saint Léon le Grand et l'empereur Marcien, condamna l'eutychianisme et définit la dualité de natures en Jésus-Christ. Le 28e canon de ce concile qui attribuait au patriarche de Constantinople la première place après celui de Rome, n'a jamais été confirmé par le pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Le ''deuxième de Constantinople, ''en 553, condamna, comme entachés de Nestorianisme, ce que l'on appela les ''Trois-Chapitres, ''c'est-à-dire Théodose de Mopsueste et ses ouvrages, les écrits de Théordoret de Cyr contre Saint Cyrille et le concile d’Ephèse, la lettre d’Ibas d’Edesse injurieuse pour le concile et saint Cyrille. Célébré sans la participation et malgré opposition du Pape Vigile, il n’est devenu œcuménique que par l'accession subséquente du Pontife.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. ''Le troisième de Constantinople, ''en 680, condamna le monothélisme, ses défenseurs et ses fauteurs, entre autres, le pape Honorius coupable de négligence dans la répression de l'erreur. Convoqué sous Agathon, il ne fut confirmé que par son successeur Léon II qui approuva le décret conciliaire, en l'interprétant, quant à Honorius, dans le sens que nous avons indiqué au N° 339.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Le ''deuxième de Nicée, ''en 787, sous la régence de l'impératrice Irène et le pontificat d'Hadrien Ier, définit contre les iconoclastes la légitimité du culte des images, en faisant la distinction traditionnelle entre ce culte de vénération et celui d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Le ''quatrième de Constantinople, ''en 869-870, sous Hadrien II, prononça la déposition de l'usurpateur Photius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9. Le ''premier Concile de Latran, ''en 1123, le premier des conciles œcuméniques d'Occident, sous le pape Calixte II, prit des mesures sévères contre la simonie et l'inconduite des clercs et approuva le concordat de Worms intervenu entre Calixte II et l'empereur Henri V, au sujet des investitures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. Le ''deuxième Concile de Latran, ''en 1139, sous Innocent II, édicté des mesures disciplinaires concernant le clergé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11. Le ''troisième de Latran, ''en 1179, sous Alexandre III, condamne les Cathares et règle le mode d'élection des papes, en déclarant validement élu le candidat qui aura réuni les deux tiers des voix des cardinaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12. Le ''quatrième de Latran, ''en 1215, sous Innocent III. L'un des plus importants conciles, il condamne les Albigeois et les Vaudois; il fixe la législation ecclésiastique sur les empêchements de mariage, et impose à tous les fidèles l'obligation de la confession annuelle et de la communion pascale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
13. Le ''premier Concile de Lyon, ''en 1245, sous Innocent IV, régla la procédure des jugements ecclésiastiques et prononça la déposition de l'empereur Frédéric II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14. Le ''deuxième de Lyon, ''convoqué en 1274. par Grégoire X, rétablit l'union avec les Grecs qui, outre la légitimité du Filioque, reconnurent la primauté du pape et la doctrine catholique de l'Église latine enseignant l'existence du Purgatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
15. Le ''Concile de Vienne, ''en 1311-1312, sous Clément V, décide la suppression de l'ordre des Templiers, et définit que l'âme raisonnable est la forme substantielle du corps humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16. Le ''Concile de Baie-Ferrare-Florence ''(1431-1442), convoqué par Eugène IV, eut pour objectifs principaux la réforme de l'Eglise et un nouvel essai de réconciliation des Églises latine et grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
17. Le ''cinquième Concile de Latran, ''convoqué par Jules II, en 1512, et continué par son successeur Léon X jusqu'en 1517, avait pour but primaire la réforme du clergé et des fidèles. Il publia quelques décrets concernant les nominations aux charges ecclésiastiques, le genre de vie des clercs et des laïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
18. Le ''Concile de Trente, ''convoqué par Paul III et ouvert dans cette ville en 1545, transféré deux ans plus tard à Bologne, suspendu bientôt après, puis réinstallé à Trente par Jules III en 1551, interrompu à nouveau, puis repris et terminé sous Pie IV en 1563 a eu pour but de combattre les erreurs protestantes. Il est le plus célèbre par le nombre et l'importance de ses décrets dogmatiques et disciplinaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
19. Le ''Concile du Vatican, ''convoqué par Pie IX, inauguré le 8 décembre 1869 et suspendu le 20 octobre 1870, n'a pu tenir que quatre sessions. Aucun souverain catholique n'a été autorisé à s'y faire représenter officiellement. Il a condamné, d'une part, dans sa Constitution ''Dei Filius, ''les erreurs contemporaines sur la foi et la révélation, et il a défini, d'autre part, dans la constitution ''Pastor aeternus ''les dogmes de la primauté et de l'infaillibilité personnelle de Pierre et de ses successeurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn345 [345]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''419. — Conclusion. — L'Église, société parfaite. '''— De l'étude que nous venons de faire sur sa constitution intime, il est permis de conclure que l'Église est une ''société parfaite. .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par ''société parfaite ''toute société qui ne dépend d'aucune autre, tant dans la ''fin ''qu'elle poursuit que dans les ''moyens ''qui lui sont nécessaires pour atteindre cette fin. Au contraire, la société ''imparfaite ''est colle qui est subordonnée à une autre et qui n'a de pouvoirs que ceux que cette autre veut bien lui concéder. Ainsi, les Sociétés de chemins de fer, de mines, etc., sont des sociétés imparfaites, vu qu'elles sont subordonnés à l'État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que ''l'Église soit une société parfaite, ''cela découle de son origine et de sa nature : — a) de son ''origine. ''C'est de la volonté de Jésus-Christ, de la volonté de Dieu, par conséquent, que l'Église est née. Ne dépendant dans son existence d'aucune volonté humaine, il s'ensuit qu'elle ne peut être subordonnée a aucun pouvoir civil : elle est, de par son origine, une société autonome et indépendante ; — b) de sa ''nature. ''L'Église est une société ''d'ordre spirituel, ''puisque Jésus-Christ lui a donné la mission et les pouvoirs de conduire les hommes à leur fin surnaturelle. Mais, si elle est une société d'ordre spirituel, il est évident qu'elle ne peut recevoir d'aucune société d'ordre temporel les moyens dont elle a besoin pour sa fin surnaturelle ; ses pouvoirs ne peuvent dépendre de l'autorité civile comme s'ils eu étaient une dérivation ou une participation. II ne faut donc pas s'étonner que l'Église ait toujours revendiqué cette prérogative d'être une société parfaite et que maintes fois elle ait affirmé son indépendance du pouvoir civil, comme elle l'a fait, en particulier, en condamnant les propositions suivantes du Syllabus : « L'Église n'est pas une vraie et parfaite société pleinement libre et ne jouit pas de droits propres conférés par son divin fondateur ; c'est au pouvoir civil à définir ses droits et les limites dans lesquelles elle peut les exercer » ''(Prop., ''xix). « Le pouvoir ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement. » ''(Prop., ''xx). Les Pères du ''Concile du Vatican ''(1870) ont condamné de nouveau l'opinion selon laquelle le Saint-Siège ne pourrait exercer ses pouvoirs de gouvernement sans le placet du pouvoir civil ''(Const. I de l’Église du Christ, ''ch. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Du Dict. Vacant-Mangenot : Dublanchy, art. ''Église; ''Ortolan, art. ''Canonisation ; ''Quilliet, art. ''Censures doctrinales ; ''Ortolan, art. ''Conclave ; ''Forget, art. ''Congrégations romaines, ''art. ''Conciles. ''— Du Dict. d'Alès : Forget, art. ''Curie romaine ''(Cardinaux) ; Choupin, art. ''Curie romaine ''(Congrégations). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Palmieri, ''De Romano Pontifice ''(Rome). — Choupin, ''Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne). — J. de Maistre, ''Du Pape. ''— Boudinhon, ''Primauté, Schisme et Juridiction, ''dans la Rey. Le Canoniste contemporain, fév. 1896. — Demeurant, ''L'Église, Constitution, Droit public ''(Beauchesne). — Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Constitution de l'Église (suite). Les Droits de l'Église. Relation de l'Église et de l'État. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Société d'ordre ''spirituel, ''l'Église est, de par son origine et sa nature, une société parfaite : telle ost la conclusion à laquelle nous avons abouti dans le chapitre précédent (N° 419). Deux points restent à établir : 1° les ''droits ''de l'Église ; et 2° les ''relations de V Église et de l'État. ''Ce chapitre comprendra donc deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. 1. — Les Droits de l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420. — Société ''parfaite, ''l'Église est indépendante dans son existence et dans l'exercice de ses pouvoirs : de là découlent tous ses ''droits. ''Mais comment déterminer ces droits ? Il suffit, pour cela, de nous rappeler que tout pouvoir légitime entraîne comme conséquences des droits correspondants, et d'autre part, que l'Église a reçu de son divin fondateur la triple mission d'enseigner, de sanctifier et de gouverner. L'Église possède donc tous les droits qui sont en corrélation avec sa mission et avec son triple pouvoir doctoral, de ministère et de gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir de ''ministère ''implique le ''droit d'administrer les sacrements. ''L'Église ayant reçu de Notre-Seigneur la mission et le pouvoir de sanctifier, l'État doit lui laisser toute liberté d'administrer les sacrements et d'exercer le culte selon les règles de sa liturgie. Comme ce droit ne lui est guère contesté, nous ne nous y arrêterons pas autrement. Nous nous bornerons donc à étudier, dans doux paragraphes, les droits de l'Église qui sont dérivés de ses deux pouvoirs d'enseigner et de gouverner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les droits de l'Église dérives de son pouvoir doctoral. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421. — Il est permis de poser en principe général que, en vertu du pouvoir doctoral qu'elle tient de Notre-Seigneur, l'Église a le ''droit d'enseigner ''partout la doctrine chrétienne. Jésus-Christ a dit, en effet, à ses Apôtres : « Allez, ''enseignez ''toutes les nations. » Et comme cet ordre embrasse tout l'univers, il s'ensuit que l'Église a le droit de s'établir partout et que son magistère n'est limité ni dans le temps ni dans l'espace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la charge qui incombe à l'Église d'enseigner la doctrine du Christ découle un double droit et un double devoir : le premier, de caractère positif et direct qui est de donner elle-même l'enseignement religieux, — ce qui pose ''la question de l'École, ''— le second, négatif et indirect, qui est de proscrire les doctrines contraires à la sienne, ce qui nous ramène à la ''question de l'Index.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''422. — Le droit d'enseigner. La question de l'École'''. — Remarquons, tout d'abord, qu'il n'est question ici que des enfants qui, du fait de leur baptême, font partie du corps de l'Église. Or, parmi eux, il convient de distinguer une double classe de sujets : les ''clercs ''et les ''laïques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Relativement Aux Clercs,'' ou plutôt, à ceux qui se préparent à devenir les ministres de l'Évangile, il va de soi que l'Eglise a le droit de les recruter, de leur ouvrir des écoles spéciales ''(séminaires), ''où elle puisse entretenir les vocations, leur donner l'instruction et l'éducation appropriées aux fonctions auxquelles ils se destinent. C'est « aux Évêques seuls, dit Léon XIII, dans l'Encyclique ''Jampridem, ''que revient le droit et le devoir d'instruire et de former les jeunes gens que Dieu appelle pour en faire ses ministres et les dispensateurs de ses mystères. C'est de ceux à qui il a été dit : ''enseignez toutes les nations, ''que les hommes doivent recevoir la doctrine religieuse ; à combien plus forte .raison appartiendra-t-il aux Évêques de donner l'aliment de la saine doctrine, comment et par qui ils jugeront convenable, à ces ministres qui seront le sel de la terre et tiendront la place de Jésus-Christ parmi les hommes... Les chefs de gouvernement souffriraient-ils jamais que les jeunes gens placés dans les institutions militaires pour y apprendre l'art de la guerre, eussent d'autres maîtres que ceux qui excellent en cet art ? Ne choisit-on pas les plus habiles guerriers pour former les autres à la discipline des armes et à l'esprit militaire?... Voilà pourquoi, dans les concordats passés entre les Pontifes romains et les chefs des États, à différentes époques, le Siège apostolique veilla, d'une manière spéciale, au maintien des séminaires et réserva aux Évêques le droit de les régir, à l'exclusion de toute autre puissance. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chargée de la formation de ses ministres, l'Église a le droit d'obtenir du pouvoir civil qu'il ne les astreigne pas à des obligations incompatibles avec leur vocation, telles que le ''service militaire. ''Cette ''immunité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn346 [346]], qui a été l'objet des attaques les plus passionnées, se légitime pourtant très bien au double point de vue du droit ecclésiastique et du droit naturel : — ''a) ''Au point de vue du ''droit ecclésiastique, ''la chose ne fait pas de doute. De nombreux canons de l'Église proclament ce droit et vont même plus loin puisqu'ils interdisent aux ecclésiastiques, sous peine de censure, le port des armes et l'effusion du sang humain ; — b) au point de vue du ''droit naturel, ''le bien-fondé de l'immunité est tout aussi incontestable. Si l'État a le devoir de lever une armée et d'exiger le service obligatoire, tant pour maintenir le bon ordre à l'intérieur que pour résister aux attaques de l'ennemi, il a un autre devoir non moins impérieux, qui est de pourvoir aux besoins religieux de la nation. Or cela suppose, d'une part, l'existence du clergé, puisque le clergé est indispensable pour enseigner la doctrine et pratiquer le culte, et d'autre part, l'exemption du service militaire pour la. bonne raison que celui-ci présente un gros obstacle au recrutement sacerdotal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cela l'on ''objecte, ''il est vrai, que la caserne est une meilleure école que le séminaire, pour faire l'apprentissage de la vertu, et qu'elle est un excellent moyen d'éprouver et de rejeter les vocations mal affermies. Sans nier ce qu'il peut y avoir de juste dans cette objection, il n'en est pas moins faux de prétendre qu'une vocation n'est solide qu'autant qu'on l'a exposée aux plus dangereuses épreuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''encore, au nom du fameux principe de ''l’égalité ''que, si les clercs participent aux avantages de la vie sociale, il convient qu'ils prennent aussi leur part des charges communes. Le raisonnement paraît impeccable, mais il s'agit de savoir précisément si le clergé ne porte point sa part du fardeau commun. L'Église pense, au contraire, que ses prêtres rendent à la société, par leur ministère, des services plus grands que ceux qu'ils rendraient comme soldats. Sans doute, il faut des soldats contre les ennemis du dehors ; il n'en faut pas moins, mais d'une autre sorte, pour résister aux ennemis du dedans: pour lutter contre la propagation des idées fausses et subversives, contre l'impiété et la corruption des mœurs. Et pour se préparer à cette mission, les sacrifices du prêtre qui, à partir du séminaire, abdique sa liberté et renonce aux joies du monde et de la famille, dépassent certainement en grandeur ceux des soldats. Nous pouvons donc conclure que l'exemption du service militaire, longtemps reconnue à l'Église comme un droit, n'était nullement un privilège excessif dont il y ait lieu de s'étonner ou de se scandaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
423. — B. ''RELATIVEMENT AUX LAÏQUES. ''— A aucun point de vue, l'Église ne peut se désintéresser des écoles, même laïques.— 1. S'il s'agit en effet de ''l'instruction religieuse, ''c'est à elle qu'en incombe le soin, et personne ne peut lui en contester le droit. — 2. S'il s'agit de ''toute autre branche, ''sur le terrain de la littérature, de l'histoire et des sciences, elle a le droit et le devoir de veiller à ce qu'on n'enseigne rien qui soit en opposition avec sa doctrine, avec son dogme et sa morale. Dans le cas où les écoles sortiraient de leur neutralité légale et deviendraient hostiles, elle devrait élever la voix, rappeler aux parente le devoir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui leur incombe, d'élever ou faire élever ''chrétiennement ''leurs enfants, et protester auprès des maîtres qui trahissent leur mission. Allons plus loin. L'Église, comme toute autre personne qui remplit les conditions voulues, doit jouir de la liberté d'ouvrir elle-même des écoles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn347 [347]]: primaires, secondaires et supérieures (universités). A quel titre l'enseignement pourrait-il devenir le ''monopole ''de l'État? Est-ce que, de ''droit naturel, ''les enfants n'appartiennent pas aux parents d'abord, à la société ensuite? N'est-ce pas à ceux qui ont donné la vie du corps qu'il revient de former l'intelligence et de faire l'éducation de l'esprit? Mais s'il est vrai que l'instruction est une fonction des parents, et si, par ailleurs, ceux-ci ne peuvent que rarement remplir leur charge par eux-mêmes, il s'ensuit qu'ils ont le droit de se faire suppléer par des maîtres de leur choix. Là seulement, commencent les droits et les devoirs de l'État : c'est à lui de surveiller l'enseignement donné par la famille ou ses représentants, et de s'assurer s'il est conforme au bien commun, s'il ne porte aucune atteinte aux vérités religieuses, s'il est en harmonie avec les aspirations des parents, pourvu que ces dernières soient légitimes, s'il ne viole en rien les idées les plus sacrées et ne va pas contre les droits de Dieu et de la patrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''424. — Le droit de censurer les livres. L'Index.''' — L'Église ne remplirait qu'imparfaitement son rôle de gardienne de la foi si elle ne pouvait condamner les mauvaises doctrines ; d'où son double droit : — 1° « ''d'interdire ''aux fidèles ''d'éditer ''des livres non soumis préalablement à sa censure et approuvés par elle, et — 2° de ''prohiber ''pour de justes raisons les livres déjà édités » ''(can. ''1384, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du second droit découle ''l'origine de l'Index. ''On appelle ''Index ''le catalogue des livres condamnés par le Saint-Office comme nuisibles à la foi ou aux bonnes mœurs, et dont la lecture et la détention sont défendues aux fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'origine ''de l'Index, en ''tant que ''catalogue, ''remonte au xvie siècle. C'est seulement quand, par l'invention de l'imprimerie, les livres en général et les mauvais livres en particulier, se multiplièrent, que l'Église sentit le besoin de surveiller plus attentivement les productions littéraires. Nous trouvons la première ébauche de l'Index dans un catalogue de livres prohibés, dressé par les ordres de Paul IV en 1557 d'abord, puis en 1559 ; mais la véritable institution de l'Index date du ''concile de Trente ''et de Pie IV, qui promulgua un catalogue avec un ensemble de règles concernant la publication, la lecture et la détention des ouvrages répréhensibles (1564). Ces règles ont été plusieurs fois retouchées par différents papes, et, en dernier lieu, par Léon XIII, qui, dans sa Constitution apostolique ''Officiorum ac Munerum ''(fév. 1897), porta des ''Décrets généraux ''sur la prohibition et la censure des livres. Le Saint-Siège ne pouvant connaître tous les livres pernicieux qui sont édités dans le monde entier, Léon XIII&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui attaquent, à l'occasion, la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ''ex professo ''de la religion, à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui édicta un certain nombre de ''règles générales ''qui condamnent en bloc tous les mauvais livres, règles qui forment le ''canon ''1399 du ''Code.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Sont prohibés par le droit : — 1. les éditions du texte original... de la Sainte Ecriture, ainsi que les traductions faites ou éditées en n'importe quelle langue par les acatholiques ; — 2. les livres des écrivains qui soutiennent l'hérésie, le schisme ou cherchent à ébranler en quelque façon les fondements delà religion ; — 3. les livres qui attaquent la religion ou les bonnes mœurs ; — 4. les livres des acatholiques qui traitent ex professo de la religion, à moins à moins qu'il ne soit constaté qu'ils ne contiennent rien contre la religion catholique ; — 5. les livres ou brochures qui racontent des apparitions nouvelles, des révélations, des visions, des prophéties, ou qui cherchent à introduire des dévotions nouvelles, même sous prétexte qu'elles sont privées, s'ils ont été publiés, sans tenir compte des prescriptions canoniques ; — 6. les livres attaquant ou raillant quelque dogme catholique, soutenant des erreurs condamnées par le Saint-Siège, blâmant le culte catholique, cherchant à ruiner la discipline ecclésiastique, outrageant à l'occasion la hiérarchie ecclésiastique, l'état clérical ou religieux ; — 7''. ''les livres enseignant ou recommandant une superstition quelle qu'elle soit, les sortilèges, la divination, la magie, l'évocation des esprits et autres choses du même genre ; — 8. les livres proclamant que le duel, le suicide ou le divorce sont licites ; les livres qui, traitant des sectes maçonniques ou autres semblables, prétendent qu'elles sont utiles et inoffensives pour l'Eglise et la société civile ; — 9. les livres traitant ''ex professo ''de choses lascives ou obscènes, les racontant, les enseignant ; — 10. les éditions de livres liturgiques approuvés jadis par l'Eglise mais qui, par suite de certains changements intervenus, ne concordent pas avec les éditions authentiques actuellement approuvées par le Saint-Siège ; — 11. les livres publiant des indulgences apocryphes, proscrites, ou révoquées ; — 12. les images, quel que soit leur mode d'impression, de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie, des anges, des saints ou des autres serviteurs de Dieu qui ne cadrent pas avec le sentiment et les décrets de l'Eglise ''(Can. ''1399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette liste de livres condamnés d'une manière générale, il faut ajouter tous les livres désignés ''nommément ''au catalogue de l'Index. A ce sujet, il convient de remarquer que les rigueurs de l'Index ont été adoucies. Autrefois, des condamnations globales étaient portées contre toutes les productions d’un auteur dont les tendances étaient reconnues mauvaises. Ces prohibitions faites ''en haine de l’auteur, ''ont disparu de la récente édition de l'Index.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Usage. — Ceux-là seuls peuvent lire et garder les livres condamnés, qui en ont reçu régulièrement l'autorisation du Saint-Siège ou de ses représentants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Les libraires ne peuvent ni vendre, ni prêter, ni garder les livres qui traitent ''ex professo ''de choses obscènes ; quant aux autres livres condamnés, ils ne peuvent les vendre qu'avec l'autorisation du Saint-Siège, et seulement à ceux qu'ils croient prudemment avoir le droit légitime de les acheter ''(can. ''1404).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Les Ordinaires, et tous ceux qui ont le soin des âmes doivent opportunément avertir les fidèles du danger et du mal de la lecture des mauvais livres, surtout des livres condamnés. » ''(Can. ''1405, § 2.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quiconque lit sciemment, sans l'autorisation du Saint-Siège, des livres d'apostats ou d'hérétiques, soutenant[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn348 [348]] une hérésie, ainsi que les livres nommément condamnés, de n'importe quel auteur ; quiconque garde ces livres, les imprime ou s'en fait le défenseur, encourt ''ipso facto ''l'excommunication réservée spécialement au Souverain Pontife. » ''(Can. ''2318.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La valeur de l'Index découle de ce qui a été dit précédemment (N° 402) au sujet de l'autorité en général des décisions des congrégations, de celles du moins qui reçoivent l'approbation du pape dans la forme commune. N'étant pas des actes du Souverain Pontife, elles ne sont pas des décisions infaillibles ; mais elles exigent néanmoins de la part des fidèles plus qu'une soumission extérieure, plus que le respect du silence; elles ont droit à un assentiment prudemment et provisoirement terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''425. —Objection. '''— Bien des critiques ont été élevées contre l'Index. Au nom des grands principes modernes : liberté de conscience, liberté d'opinions, liberté de parole et d'écrit, l'on attaque la législation de l'Église et le droit qu'elle revendique de défendre l'usagé de certains livres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Le ''droit de l'Église de proscrire ''les livres dangereux, repose sur la Sainte Écriture, sur la tradition et sur la raison : — 1) ''Sainte Écriture. ''Comme nous l'avons vu (N° 310), l'Église a reçu de Jésus-Christ la mission d'enseigner la doctrine du Christ. De là dé ouïe pour elle le devoir, non seulement de prêcher la ''vraie ''doctrine, mais de s'opposer à tout ce qui pourrait ''entraver ''la conservation de la vérité intégrale: elle a donc plus que le droit, elle a le devoir de flétrir et de condamner les livres impies ou immoraux. — 2) ''Tradition. ''La pratique de l'Église, encore que, sous, sa forme actuelle, elle date seulement du XVIe siècle, remonte aux origines du christianisme. Saint Paul met son disciple Timothée en garde contre les discours profanes et vains qui font des ravages comme la gangrène (II ''Tim., ''II, 16, 17), recommandation qui doit s'entendre autant et plus encore des discours écrits. Il est dit, en outre, dans les ''Actes ''(xix, 19) que, à la suite de ses prédications à Éphèse, « beaucoup de ceux qui s'étaient adonnés aux superstitions dangereuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le peuple ». Depuis les Apôtres, les ''Pères ''de l'Église, les ''conciles ''et les ''papes ''n'ont jamais cessé de stigmatiser les mauvais livres, ainsi que le rappelle Léon XIII dans sa constitution « ''Officiorum ''» : « L'histoire, dit il, atteste le soin et le zèle vigilant des Pontifes romains à empêcher la libre diffusion des ouvrages hérétiques, véritable calamité publique. L'antiquité chrétienne est pleine de ces exemples. Anastase 1er condamna rigoureusement les écrits dangereux d'Origène ; Innocent Ier ceux de Pelage, et Léon le Grand tous ceux des manichéens... De même, dans le cours des siècles, des sentences du Siège Apostolique ont frappé les livres funestes des monothélites, d'Abélard, de Marsile de Padoue, de Wicleff et de Huss. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn349 [349]] — 3) ''Raison. ''I1 est évident que la doctrine qui revendique, au nom de la liberté, le droit illimité pour tout individu, de soutenir sur toutes les questions l'opinion qu'il lui plaît, est une doctrine absurde, déraisonnable et anarchique. Ce serait en effet mettre sur le même pied le bien et le mal, le juste et l'injuste, le vrai et le faux, la vertu et le vice. Aucune société ne s'accommoderait de tels principes ; quelque loin que puisse aller son amour de la liberté, il y a cependant des limites qu'elle n'oserait dépasser. Pourquoi s'étonner alors que l'Église, qui est une société parfaite, qui a pour ses sujets la sollicitude d'une mère, prenne le plus grand soin à écarter le poison qui menace l'âme de ses enfants!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les Droits de l'Église dérivés de son pouvoir de gouvernement. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
426. — Parmi les principaux droits que l'Église détient de son pouvoir de gouvernement, il convient de citer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Le droit d'organiser sa hiérarchie'''. — Qu'il s'agisse des ''ministres ''eux-mêmes ou des ''territoires ''à administrer, il est clair que l'Église a le droit de revendiquer une indépendance complète. Elle est libre de ''choisir ''ses ministres, comme elle l'entend, et de leur assigner les ''contrées ''à évangéliser. Elle peut, par conséquent, diviser le territoire en circonscriptions plus ou moins grandes, provinces, diocèses, paroisses, et, si elle le juge à propos, modifier les divisions anciennes et en former de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans le cours des siècles, l'Église ait varié dans le mode d'organiser sa hiérarchie, qu'il lui soit arrivé, par exemple, d'accorder au peuple ou aux chefs d'État le privilège ''d'intervenir ''et de ''désigner ''eux-mêmes le candidat, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ce sont là autant de concessions que l'Église a faites en raison des avantages que par ailleurs elle en retirait. Il est bien certain, en effet, pour ne prendre qu'un exemple, que l'élection des ministres sacrés par le peuple, avait le double avantage de désigner, tout au moins d'une manière générale, le candidat le plus digne ''(vox populi vox Dei) ''et, en tout cas, celui qui devait être le mieux agréé. De toute façon, de telles concessions n'ont jamais rien retranché et ne retrancheraient rien, si elles étaient faites à nouveau, au droit imprescriptible que l'Église possède de nommer elle-même ses pasteurs et de leur donner l'institution canonique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''427. — 2° Le droit de fonder des Ordres religieux.''' — Deux côtés sont à considérer dans la fondation des Ordres religieux : le côté ''spirituel ''et le côté ''temporel. ''Le premier, qui consiste dans le choix d'un genre de vie le plus propre à l'observation des conseils évangéliques, rentre dans les droits de l'Église. Indubitablement, c'est à elle qu'il revient de régler la forme suivant laquelle il convient de pratiquer les conseils évangéliques. Le côté temporel, puisque aucune association terrestre, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait s'en désintéresser, est du ressort du pouvoir civil, mais celui-ci a le devoir de traiter ces questions, d'accord avec l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''428. — 3° Le droit de posséder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn350 [350]]. — Quoique d'ordre spirituel, l'Église n'en reste pas moins une société d'hommes qui ne peuvent vivre ni pratiquer leur religion s'ils ne possèdent des biens temporels. L'Église, en effet, doit pourvoir à l'entretien de ses ministres et de ses temples ; elle doit subvenir aux frais du culte et assister les pauvres. Elle doit donc jouir de la capacité juridique ''d'acquérir ''des biens et de les ''administrer. ''Pourquoi ne pourrait-elle pas acquérir et posséder réellement les biens matériels qui lui sont nécessaires pour atteindre la fin qu'elle poursuit? Qui oserait prétendre que le fait d'être membre d'une association religieuse, dépouille un homme de ses droits naturels? Et si l'Église a le droit d'acquérir les biens temporels, pourquoi ne jouirait-elle pas du droit de les administrer librement, tout aussi bien que les autres personnes morales : départements, communes, hôpitaux, auxquels on ne conteste pas ce droit ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on ''objecte ''contre le droit de propriété que, les biens de l'Église étant des ''biens de mainmorte, ''ils causent à l'État et à la société un préjudice très grave, car, du fait qu'ils sont rarement aliénés et jamais transmis, ils échappent aux droits de mutation. — L'objection ne vaut pas, attendu que l'État, d'un côté, peut toujours limiter l'étendue du droit d'acquisition, et de l'autre, qu'il sait remplacer les impôts de mutation par d'autres non moins lourds. C'est ainsi qu'en France les propriétés des religieux ont été frappées du « ''Droit d'accroissement», ''qui constitue un impôt d'exception dépassant plusieurs fois les impôts qu'ont à payer les sociétés anonymes, industrielles, commerciales, ou financières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE. ''— Au droit de posséder se rattache la question du pouvoir temporel des Papes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''pouvoir temporel de la Papauté ''est une des questions sur lesquelles la doctrine de l'Église a été souvent et âprement discutée. Ses adversaires représentent le pouvoir temporel comme une ''usurpation, ''et comme le fruit de l'ambition des papes, fis le disent ''incompatible avec le pouvoir spirituel ''et en opposition avec les paroles de Jésus-Christ qui a proclamé que son royaume n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 36). Et ils concluent que Pie IX, en censurant dans le ''Syllabus ''les adversaires du pouvoir temporel, a commis un véritable abus de pouvoir. Ces attaques sont injustifiées. Assurément, la souveraineté temporelle du Pape n'est pas un ''dogme. ''Elle n'est pas d'institution divine, et l'on ne saurait prétendre davantage qu'elle soit d'une ''nécessité absolue, ''vu qu'elle n'a pas toujours existé et qu'elle n'existe plus. Mais c'est à tort qu'on l'accuse d'être ''illégitime ''et de ne servir à rien, bien plus, d'être ''nuisible ''et de faire tort à la puissance spirituelle. — 1. Loin d'être illégitime, le pouvoir temporel des Papes s'appuie sur les ''titres les plus authentiques. ''Ce sont les peuples eux-mêmes qui ont investi les Papes de leur souveraineté temporelle. Certains auteurs ont mis ''l'origine ''du pouvoir temporel dans une donation de Constantin, lorsque cet empereur, devenu chrétien, abandonna Rome au Pape et alla fonder Constantinople. Cette opinion n'a plus guère de créance ; ce qui est plus vrai, c'est que, à partir de ce moment, les empereurs furent inférieurs à leur tâche. Au moment où les barbares envahissent l'Italie .et la mettent à sac et à sang, ils ne sont pas là pour défendre leurs peuples. Seule, une majesté se dresse devant le flot barbare, et l'Italie, que les empereurs de Byzance ne peuvent secourir, se tourne d'instinct vers les Papes comme vers ses protecteurs-nés. « Le malheur des temps, dit le protestant Gibbon, augmenta peu à peu le pouvoir temporel des Papes. » Ce sont les peuples qui les ont forcés à régner. Lorsque Pépin le Bref et Charlemagne cédèrent à la Papauté les premiers éléments du Patrimoine de saint Pierre, ils ne firent en somme que sanctionner par un acte solennel la souveraineté que les peuples avaient reconnue depuis longtemps aux Papes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn351 [351]]. — 2. Reposant sur les titres les plus légitimes, le pouvoir temporel ''n'est nullement incompatible avec le pouvoir spirituel. ''Il lui est, au contraire, de la plus grande utilité, car il en est la meilleure ''garantie. ''N'est-il pas évident, en effet, que, si le Pape ne possède pas un territoire où il soit le souverain temporel, s'il est soumis à la juridiction d'une autre puissance, il y a toujours à craindre qu'il ne soit plus libre dans l'administration du monde catholique, que ses décisions soient influencées par une force extérieure et supérieure à lui, et que, de la sorte, les intérêts de l'Église paraissent s'inféoder aux intérêts du peuple dont le Pape est le sujet ? Sans doute, la loi du 13 mai 1871, dite ''loi des garanties, ''promulguée par le gouvernement italien, a déclaré le pape sacré et inviolable, lui a reconnu le droit aux honneurs de souverain, et a soustrait les palais qui lui sont réservés à la juridiction italienne ''(privilège de l’extraterritorialité), ''mais il est clair que de telles garanties sont bien précaires et aléatoires : concédées aujourd'hui, elles peuvent être retirées demain, au gré des caprices et du sectarisme d'un autre gouvernement. Pour ces raisons, il convient que le Pape soit indépendant et maître chez lui, et que lui soit restituée la souveraineté temporelle qui lui était échue si providentiellement et dont il a été injustement dépouillé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn352 [352]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''429. — 4° Le droit de légiférer. '''— Du pouvoir ''législatif ''de l'Église découle le droit de ''faire des lois, ''touchant la doctrine, la discipline et le culte, qui s'étendent à l'Église universelle. Or le droit de faire des lois implique à son tour celui de les ''promulguer, ''et conséquemment, le droit pour le Pontife romain de ''communiquer librement ''avec tous ses sujets. Ce droit, combattu jadis par les légistes et les gallicans en France, par les Joséphistes ou partisans de Joseph II, en Allemagne (xviiie siècle), qui prétendaient que les lois ecclésiastiques ne pouvaient être promulguées sans l'agrément de l'État, — ''placet, exequatur, ''— a toujours été revendiqué par l'Église, et particulièrement par Pie IX, qui condamna l'opinion contraire contenue dans les propositions suivantes du ''Syllabus '': « La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil» ''(Prop. XX). ''« La puissance civile a non seulement le droit qu'on appelle ''d'exequatur ; ''mais encore le droit qu'on nomme ''d'appel comme d'abus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn353 [353]] » ''(Prop. ''XLI).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''430. — 5'''° '''Le Droit de répression. '''— Puisque le pouvoir de gouvernement implique, non seulement le pouvoir législatif, mais encore les pouvoirs, ''judiciaire ''et ''coercitif, ''il s'ensuit que l'Église a le droit de juger et de punir les infractions à ses lois, dans le but de faire respecter ses institutions par ceux qui les ont librement acceptées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vertu de ce droit, naturel et divin, totalement indépendant de toute autorité humaine, l'Église peut frapper les délinquants qui sont soumis à son autorité, de peines soit ''spirituelles, ''soit même ''temporelles (Can. ''2214).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PEINES SPIRITUELLES. ''— Les principales peines spirituelles sont les censures. « La ''censure ''est une peine spirituelle et médicinale, relevant du for ''extérieur, ''par laquelle l'Église prive un homme ''baptisé, pécheur ''et ''contumace ''de certains biens spirituels ou annexés aux spirituels, jusqu'à ce qu'il vienne à résipiscence et soit absous » ''(can. ''2241, § 1). Si l'on considère les biens dont elles privent, il faut distinguer trois sortes de censures : l'excommunication, la suspense et l'interdit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''l'excommunication ''est une censure qui retranche celui qui en est frappé de la communion des fidèles ''(can. ''2257, §1). Il y a deux classes d'excommuniés : les excommuniés ''dénoncés ''ou à éviter ''(vitandi) ''et les excommuniés ''tolérés, ''selon qu'ils ont été, ou non, nommément excommuniés. Tout excommunié est privé du droit d'assister aux offices divins, sauf à la prédication ''(Can. ''2259), du droit de recevoir les sacrements ''(Can. ''2260). Il ne peut administrer licitement les sacrements, sauf dans le péril de mort ''(Can. ''2261). Il ne participe plus aux indulgences, suffrages, prières publiques de l'Église ''(Can. ''2262), et ne peut plus être pourvu des bénéfices et des charges ecclésiastiques (''Can. ''2263). L'excommunié dénoncé est privé de la sépulture ecclésiastique ''(Can. ''2260). [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn354 [354]] Comme toute peine, l'excommunication est dite ''latae sententiae ''(sentence portée d'avance) ou ''ferendae sententiae ''(sentence à porter) selon qu'elle est encourue par le fait même ''(ipso facto) ''qu'on a commis une faute déterminée car les canons, ou qu'elle a seulement son effet après la sentence rendue contre le coupable. — ''b) La suspense ''est une censure qui enlève au clerc ou au prêtre l'usage delà totalité ou d'une partie de ses pouvoirs : elle le prive, soit des fonctions de son ''pouvoir d'ordre ''(suspense a ''divinis) ''soit de son ''office, ''c'est-à-dire de ses ''pouvoirs de juridiction ''(suspense ''a jurisdiclione), ''soit de son ''bénéfice, ''c'est-à-dire des revenus attachés à son titre. Si la suspense est totale, elle le prive des trois à la fois. Le prêtre suspens ''a divinis ''ne peut plus exercer ''licitement ''les fonctions qui relèvent de son pouvoir d'ordre (v. g. dire la messe, administrer les sacrements). Le prêtre suspens ''a iurisdictione ''ne peut plus exercer ni validement ni licitement aucun acte de juridiction il n'administre donc plus validement le sacrement de Pénitence qui requiert le pouvoir de juridiction pour être valide. Mais le clerc suspens peut, comme tous les fidèles participer à l'usage passif, ou réception, des sacrements. — c) ''l'interdit ''« prive de l'usage de certaines choses saintes, comme, par exemple, de quelques sacrements de quelques offices publics, de quelques cérémonies solennelles, de la sépulture ecclésiastique, etc.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn355 [355]] (voir can. 2268 et suiv.) On distingue: 1. l’interdit personnel qui frappe clercs ou laïcs; 2. l’interdit local, s’il est prononcé contre un lieu: église, cimetière, ville, paroisse; 3. l’interdit particulier qui n’atteint qu’un personne ou un lieu; 4. l’interdit général qui frappe toute une contrée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn356 [356]], le clergé de tout un Etat, tous les membres d'un chapitre, d'une congrégation, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— 1) Comme on peut le voir, la suspense diffère des deux autres censures en ce qu'elle n'atteint que les clercs, et l'interdit diffère à son tour de l'excommunication et de la suspense en ce qu'elle est une peine qui frappe aussi bien les lieux que les personnes. — 2) Une censure n'est légitime qu'autant qu'elle est infligée pour une faute mortelle, extérieure, consommée et si, outre ces conditions il y a ''contumace, ''c'est-à-dire s'il y a, de la part du coupable, refus obstiné d'obéir à une loi dûment promulguée et connue. — 3) Aucune censure ne frappe ceux qui ignorent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
431. — B. ''PEINES TEMPORELLES. ''— Les peines spirituelles ne choquent pas les adversaires de l'Église, mais il n'en va pas de même des ''peines corporelles. ''L'Église, objectent-ils, est une société spirituelle qui doit gouverner les âmes par des actes libres, par la persuasion et non par la force. ''Elle n'a donc pas le droit d'infliger des peines corporelles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que l'Église, par rapport à la fin qu'elle poursuit, est une société spirituelle. Mais, toute spirituelle qu'elle est, ce n'en est pas moins une société composée d'hommes, par conséquent, d'éléments visibles comme toutes les autres sociétés. Comme celles-ci, elle a donc le droit de se protéger contre ceux qui mettent son existence en péril. Et si les peines spirituelles ne suffisent pas, pourquoi ne pourrait-elle pas, par des ''moyens corporels, ''empêcher ses enfants dévoyés et rebelles, de nuire aux autres, les ramener eux-mêmes dans la voie du devoir et, s'il le faut, sacrifier le corps pour sauver l'âme?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, et, tout récemment encore, Pie IX ne craignait pas de condamner l'opinion contraire ainsi formulée dans la proposition XXIV du ''Syllabus : ''« L'Église n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. » Mais si l'Église s'est reconnu dans le passé, et se reconnaît encore le droit d'appliquer des peines corporelles, elle est la première à estimer que ce qui a pu convenir à une époque où la société était chrétienne, où les principes de la religion pénétraient si profondément les institutions politiques, ne s'accommoderait plus aux besoins du moment. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que l'Église, au moyen âge, recourut au ''bras séculier ''pour punir les crimes, comme ceux d'hérésie, qui semblent être du domaine exclusif des idées pures, mais qui, en fait, troublaient la sécurité de l'État chrétien, et devenaient alors de véritables crimes sociaux et politiques. Il est d'ailleurs contraire aux lois élémentaires de la critique historique de juger les mœurs du passé par celles du présent, les idées anciennes par les idées modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''432. — Corollaire.''' — ''Le privilège du for ecclésiastique. ''En dehors des droits que nous venons d'énumérer, l'Eglise a joui autrefois d'un certain nombre d'immunités, entre autres, du privilège, dit du ''for ecclésiastique. ''Ce privilège avait pour effet de soustraire la personne des clercs à la juridiction du pouvoir civil, en sorte qu'ils étaient jugés, non par les laïques, mais par les tribunaux ecclésiastiques. Que faut-il penser de cette immunité? Faut-il dire avec certains que c'était là un privilège injuste, et que toute infraction aux lois de l'État, quel qu'en soit l'auteur, doit être réprimée par le pouvoir, duquel elles émanent? On pourrait le croire au premier abord, mais si l'on prend soin de se placer dans l'hypothèse d'une société chrétienne, l'on conviendra aisément qu'il est naturel que les clercs qui sont spécialement soumis au pouvoir de l'Église, soient jugés par les tribunaux ecclésiastiques. Le prêtre ne remplira efficacement sa mission que dans la mesure où il jouira de la considération et du respect. Or toute comparution devant les tribunaux est cause de scandale, et doit enlever, non seulement à l'accusé, mais à tous les prêtres, l'autorité dont ils ont besoin pour prêcher la morale et exercer leur ministère. Aussi, bien que le Saint-Siège ait renoncé à cette immunité dans presque tous les pays catholiques, Pie IX n'en a pas moins proclamé hautement le droit de l'Église par la condamnation de la ''proposition XXXI ''du ''Syllabus : ''« Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil soit au criminel, doit absolument être aboli, même sans consulter le Siège Apostolique et sans tenir compte de ses réclamations.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Relations de l'Église et de l'État. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''433. '''— Bien que société parfaite, l'Église est appelée à vivre dans l'État. Voilà, par le fait, deux sociétés autonomes, indépendantes, placées, sinon en face, du moins à côté l'une de l'autre. Quelles seront donc leurs ''relations? ''II y a deux façons de les déterminer. Ou bien l'on considère l'Église seule, dans sa divine constitution, — avec ses pouvoirs et ses droits, — sans tenir compte des situations diverses dans lesquelles elle peut se trouver» Ou bien on la considère d'une manière concrète et dans les circonstances de fait auxquelles forcément elle doit s'adapter. En d'autres termes, il y a lieu de distinguer entre les ''principes ''et leur ''application, ''entre la ''théorie ''et la ''pratique, ''ou, pour employer les termes courants, entre la ''thèse ''et ''l'hypothèse. ''Toutefois, si l'on prend soin de remarquer que les principes peuvent s'appliquer dans le cas d'un État catholique, la thèse se confond alors avec l'hypothèse. D'où il suit que nous pouvons établir les relations de l'Église et de l'État en restant toujours dans le domaine des réalités. Ainsi ferons-nous dans les deux paragraphes suivants où nous étudierons les rapports des deux sociétés : 1° dans le cas d'un ''État catholique ; ''et 2° dans le cas d'un ''État acatholique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Relations de l'Église et de l'État dans le cas d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
434. — Envisagées à un point de vue général, les relations de l'Église et de l'État comportent trois solutions possibles. Il peut y avoir, ou bien ''domination d'un pouvoir par l'autre, ''ou bien ''séparation complète, ''ou ''accord mutuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Erreurs.''' — Les deux premiers systèmes s'opposent à la doctrine catholique que nous exposerons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La thèse de la ''DOMINATION D'UN POUVOIR PAR L’AUTRE ''peut être entendue dans un double sens, selon que l'on enseigne la subordination complète de l'Etat à l'Église ou de l'Église à l'État. — a) La ''première opinion, ''qui n'a eu que de rares partisans, parmi les théologiens et les canonistes, ne doit pas retenir notre attention. — ''b) ''La ''seconde opinion, ''qui veut que l'Église soit subordonnée à l'État, a été professée autrefois par les légistes ''césariens, ''et, à l'époque moderne, par les ''libéraux ''de la Révolution. Partant d'un principe opposé, — puisque les partisans du césarisme considéraient les empereurs et les rois comme des maîtres absolus, en qui résidait l'autorité suprême, tandis que les libéraux révolutionnaires regardaient le peuple comme le seul souverain et l'unique source du pouvoir, — les uns comme les autres aboutissaient au même résultat, et confisquaient tous les droits au profit1 d'un pouvoir unique, de la personnalité de l'État, quel qu'en fût le nom : empereur, roi, peuple, monarchie ou démocratie. Dans un tel système, la religion peut être sans doute conservée pour les services que l'État espère en retirer, mais ''il n'y a plus de place pour une Église indépendante et libre. ''Il ne faut plus parler des droits de l'Eglise ; celle-ci ne saurait en avoir d'autres que ceux qui lui sont octroyés par le bon vouloir du prince-État. Au césarisme et au libéralisme absolu se rattachent le ''gallicanisme ''et le ''joséphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn357 [357]], qui, tout en reconnaissant que l'Église est indépendante et souveraine dans les choses purement spirituelles, attribuent à l'Etat une autorité prépondérante dans les questions mixtes : v. g. le droit d'empêcher la publication de bulles, encycliques, mandements, etc., sans son consentement préalable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
435. — B. La thèse de la ''SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT ''est l'erreur du ''libéralisme modéré. ''Partant de ce principe que l'Église et l'État sont deux rées, s'ignorant réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''libéralisme modéré, ''avec des nuances diverses, a été la grande erreur du siècle dernier. Nous le voyons naître, avec Lamennais, quelque peu après la Révolution de 1830. En face d'une société totalement transformée, et désormais acquise à ce qu'on appelle les ''libertés modernes, ''les libéraux catholiques rêvèrent de réconcilier l'Église et la société nouvelle en se plaçant sur le seul terrain de la liberté. N'hésitant pas à faire le sacrifice des droits et immunités de l'Église, ils se contentèrent de réclamer pour elle comme pour tout autre culte, la seule liberté, estimant que la religion doit être propagée par la persuasion, et non par la coaction, et que la vérité n'a pas besoin de protection pour triompher de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''436. — 2° La Doctrine catholique '''— La doctrine catholique comprend deux points : les principes et 1 application des principes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. '''Les Principes. '''— 1. L'Église et l'État sont tous les deux des pouvoirs ''distincts, indépendants, chacun dans son domaine. ''« Dieu, dit LÉON XIII dans son Encyclique ''Immortale Dei, ''a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances, la puissance ecclésiastique et la puissance civile : celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine, chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées, et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial ». Il n'est donc pas vrai de prétendre, avec le ''césarisme ''et le ''libéralisme absolu, ''que l'État est le pouvoir souverain d'où découlent tous les droits, ceux de l'Église aussi bien que ceux des autres sociétés. Sans doute, l'Église est dans l'État, mais elle y est, comme société parfaite, et non comme une partie qui doit être subordonnée au tout. Chaque puissance est souveraine dans sa sphère, et cette sphère est tracée par la nature et la fin des deux sociétés. A l'Église donc les ''affaires spirituelles, ''c'est-à-dire tout ce qui se rapporte au salut des âmes : prédication de l'Évangile, administration des sacrements, célébration du culte divin, jugement sur la moralité des actes humains, etc. A l'État, les ''affaires temporelles, ''c'est-à-dire tout ce qui concerne les intérêts matériels de ses sujets et ce qui est requis pour le bien et la protection de la société, comme le pouvoir de déterminer les droits politiques des citoyens, les effets civils des contrats, d'établir des impôts, de lever des armées, de promouvoir les sciences et les arts, de punir les transgresseurs des lois civiles, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux puissances étant souveraines, chacune dans leur sphère, il s'ensuit que l'une est subordonnée à l'autre pour tout ce qui n'est pas de son ressort. Donc l'Église est dépendante et subordonnée à l'État dans les questions temporelles ; elle est indépendante et souveraine dans les questions spirituelles, et c'est du reste la condition de son existence. Car si l'Église était assujettie au pouvoir civil sur le terrain religieux, elle serait fractionnée en autant de parties qu'il y aurait d'États ; elle ne serait plus ni ''une, ''ni ''universelle, ''ni indéfectible : en un mot elle ne serait plus l'Église catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Bien qu'ils soient deux pouvoirs ''distincts ''et ''indépendants, ''l'Église et l'État ne doivent pas vivre séparés mais ''s'unir dans un mutuel ''accord. Et de cette union, Léon XIII donne les ''raisons ''dans son Encyclique ''Immortale Dei ; ''« Leur autorité, dit-il en parlant des deux pouvoirs, s'exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, quoique à des titres différents, ressortisse à la juridiction de l'une et l'autre puissance. Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, si l'Église et l'État ont des domaines distincts, ils ont aussi des frontière? communes. Et comment en serait-il autrement, alors que les deux sociétés détiennent leurs pouvoirs de Dieu et s'adressent aux. mêmes sujets? I1 est vrai que leurs fins sont différentes, mais celles-ci ne doivent jamais s'opposer entre elles, plus que cela, la fin temporelle, que poursuit l'État, manquerait son but si, en définitive, il n'était pas tenu compte de la fin éternelle et de la destinée future. Il peut donc arriver que les ''mêmes objets ''(v. g. les écoles, le mariage, à la fois contrat civil et religieux), et quoique à des titres différents, ressortissent à la juridiction de l'une et de l'autre puissance», comme dit Léon XIII. Il peut arriver encore que certaines choses, ''temporelles de leur nature, ''rentrent dans l'ordre spirituel par leur ''destination ''et tombent de ce fait sous la juridiction de l'Église. Tel est le cas des lieux et des objets sacrés : églises, mobilier, servant au culte, biens destinés à l'entretien des ministres, etc. Sur ces différents points qui forment ce qu'on appelle les ''questions mixtes, ''on ne saurait contester la juridiction de l'Église. Il est même permis d'aller plus loin et de dire que, à un certain point de vue, l'Église a un ''pouvoir indirect ''sur toutes les choses temporelles, non pas en tant qu'elles sont temporelles, mais parce qu'elles doivent toujours être des moyens d'atteindre la fin surnaturelle. C'est en vertu de ce pouvoir que les Papes du moyen âge se sont parfois élevés contre les princes qui abusaient de leur puissance, qu'ils sont allés jusqu'à les déposer comme indignes de la souveraineté et ont délié leurs peuples du serment de fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de là que, ''en principe, ''s'il surgit des conflits, l'État doit céder, puisque son pouvoir est inférieur à celui de l'Église par sa nature et sa fin. ''En pratique, ''il convient qu'il y ait ''union ''entre les pouvoirs ; il faut que l'Église et l'État, loin de s'ignorer réciproquement, se parlent, fassent des conventions ou ''concordats[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn358 [358]] et que ces derniers soient loyalement observés par tous les deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''437. — B.''' '''Application des principes dans le cas d'un État catholique. — '''''Dans l'hypothèse d'un État catholique, ''c'est-à-dire, là où les principes peuvent recevoir leur application, quels seront donc les ''devoirs réciproques ''de l'Église et de l'État?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on peut dire, d'une manière générale, que la concorde qui doit régner entre eux requiert : — 1) du côté ''négatif : ''que chaque puissance veille à. ne pas violer les droits de l'autre et à ne pas entraver son action ; — 2) du côté ''positif, ''que chacune mette au service de l'autre l'influence dont elle dispose pour le bien des deux sociétés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) DEVOIRS DE L'ÉGLISE. — ''L'Église doit prêter à l'État l'appui de son autorité et de ses œuvres. Qui ne voit du reste combien par sa doctrine elle peut travailler au bonheur des peuples puisque, d'une part, elle « fait remonter jusqu'à Dieu même l'origine du pouvoir, qu'elle impose avec une très grande autorité aux princes l'obligation de ne point oublier leurs devoirs, de ne point commander avec injustice ou dureté », et d'autre part, qu'elle « commande aux citoyens à l'égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu, et les unit aux chefs de l'État par les liens, non seulement de l'obéissance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'État »? (Enc. ''Libertas). ''Ainsi, de l'influence de l'Église, l'État retirera un double profit. L'autorité des chefs, considérée, non pas uniquement comme l'expression de la volonté du peuple, mais comme venant de Dieu, revêtira un caractère sacré et se conformera mieux aux règles de la justice. Le peuple, à son tour, acceptera l'obéissance comme une soumission à la volonté de Dieu, qui, loin de l'humilier, ne peut que l'ennoblir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) DEVOIRS DE L'ÉTAT. ''— 1. Le premier devoir de l'État vis-à-vis de la religion en général, c'est de ''rendre lui-même un culte social ''à Dieu. La raison seule démontre à l'évidence la nécessité de ce culte. Dieu n'est-il pas le maître des sociétés comme des individus? Or, dit Léon XIII (Enc. ''Immortale Dei), ''« si la nature et la raison imposent à chacun de nous le devoir d'honorer Dieu d'un culte religieux, parce que nous sommes sous sa puissance, et parce que, sortis de lui, nous devons retourner à lui, la même loi oblige la communauté politique ». Le chef de l'État doit donc rendre hommage à Dieu au nom du peuple qu'il représente, en s'associant aux actes de religion qui s'accomplissent au sein de l'Église catholique. Nous disons « ''de l'Église catholique» ''car, bien que le culte de Dieu s'impose, antérieurement à toute religion révélée, il va de soi que, si Dieu a dit comment il voulait être adoré et servi, il y a obligation, non seulement pour les individus, mais pour le corps social, de se soumettre à ses ordres. 2. Le second devoir de l'État est de ''reconnaître tous les droits de l'Église, ''tels qu'ils découlent de sa constitution divine et que nous les avons décrits dans l'article précédent. L'État doit donc disposer la législation civile de manière à seconder et à développer la religion catholique. Il ne lui appartient pas de connaître lui-même des doctrines. « II laissera, dit Mgr d'Hulst, l'Église juger les novateurs et, s'ils s'obstinent dans leur révolte, les punir selon les lois canoniques, et les exclure de son sein. Mais il pourra prêter à l'autorité religieuse le pouvoir coercitif dont il dispose, pour arrêter une contagion dont les progrès seraient nuisibles à la société civile elle-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn359 [359]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''438. —''' 1'''re Objection. '''— Contre la thèse catholique, nos adversaires objectent les ''empiétements ''de l'Église, et font remarquer que, si l'État admet l'indépendance de l'Église, et lui reconnaît tous les droits qu'elle revendique, elle formera un « ''État dans l'État» ''et deviendra un gouvernement ''théocratique ''intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Pour craindre les empiétements de l'Église, il faudrait d'abord prouver que l'Église est une puissance susceptible d'être dangereuse à la sécurité de l'État. Or les Pontifes romains et la doctrine catholique ont toujours enseigné aux fidèles l'obéissance aux lois portées par l'État, à moins qu'elles ne fussent en opposition avec les droits de Dieu et de la conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément, la coexistence de deux sociétés indépendantes serait une cause de troubles et de désordres, si ces sociétés étaient toutes deux du même ordre, si elles tendaient, soit à une même fin, soit à des fins opposées entre elles. Or il n'en est rien. Nous avons vu que l'Église et l'État ont des fins différentes et que ces fins, l'une d'ordre spirituel, l'autre d'ordre temporel, ne sont nullement en opposition, que, au contraire, elles peuvent et doivent s'harmoniser parfaitement. — II n'est du reste pas juste de dire que l'Église est dans l'État. Car, matériellement, elle le déborde : l'Église catholique est ''dans tous les États, ''et pour cette raison, avons nous déjà dit, elle ne saurait être dépendante d'aucun pouvoir civil, et, à plus forte raison, être réduite à l'état de rouage politique. D'autre part, accuser l'Église de prétendre à un pouvoir théocratique qui voudrait prédominer, même dans les questions temporelles, c'est se mettre en absolue contradiction avec la doctrine de Léon XIII que nous avons exposée plus haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
439. — '''2e Objection. '''— Mais, dit-on encore, si l'État impose à ses sujets un culte quelconque, s'il prétend remplir, au nom de tous, des devoirs que tous ne reconnaissent pas, et plus encore, s'il met sa puissance au service de l'Eglise contre les hérétiques et contre ceux qui ne veulent pas de religion, ne sort-il pas de son rôle? N'opprime-t-il pas les consciences et n'est-il pas ''intolérante ''Et que deviendront alors nos ''libertés modernes : ''liberté de pensée et de parole, liberté de conscience et de culte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— ''a) ''Observons d'abord que nous nous sommes placés, pour établir la thèse catholique, dans l'hypothèse d'une société unie dans les mêmes croyances. Or il est évident qu'aucune société ne peut subsister si les ''principes ''sur lesquels elle s'appuie, ne sont pas respectés. On l'admet bien quand il s'agit, par exemple, des institutions, comme celles de la famille et de la propriété. Pourquoi le rejetterait-on a propos de la religion, si l'on reconnaît, par ailleurs, qu'elle est une des bases de la société! A ceux qui prêcheraient la polygamie, la polyandrie, l'union libre, à ceux qui voudraient renverser la propriété individuelle, l'État ne manquerait pas d'opposer la contrainte. I1 agirait de même avec les internationalistes, qui refuseraient de concourir, par le service militaire, à l'unité de la patrie. Dira-t-on que l'État fait acte de tyrannie lorsqu'il poursuit les révolutionnaires et les anarchistes qui menacent sa sécurité? Tous les gens sensés avouent qu'il ne fait au contraire que jouer son rôle et remplir sa mission. « Eh bien, dit Mgr d'Hulst, transportez ces principes dans une société dont tous les membres sont chrétiens, où la croyance religieuse rencontre, sinon l'unanimité absolue, qui n'est pas de ce monde, du moins la même unanimité morale que nous constations tout à l'heure à l'égard des idées qui inspirent et soutiennent nos institutions fondamentales, la propriété, la famille, la patrie. Refuserez-vous à un État de cette sorte le droit de prêter l'appui de son pouvoir?... Théoriquement, je ne vois pas ce qui pourrait le lui interdire. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn360 [360]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Lorsqu'on nous objecte les « ''libertés modernes ''», il semble bien qu'on sort de l'hypothèse d'une société presque exclusivement catholique. Voyons cependant ce qu'il faut en penser, du seul point de vue absolu, c'est-à-dire en restant sur le terrain des principes. L'Église condamne-t-elle toutes ces libertés que l'on considère comme le fondement de la société moderne1? Condamne-t-elle, en particulier, la liberté de penser et de parler, la liberté de conscience et de culte ? Avant de répondre à cette question, il est bon de s'entendre sur le sens qu'il faut attacher au mot liberté. D'après la doctrine de l'Église, la liberté c'est le ''pouvoir physique ''d'agir de toile ou de telle façon, mais ce n'est pas le ''droit ''d'agir de ''n'importe quelle façon. ''La raison prescrit à l'homme de croire ce qui est vrai et de faire ce qui est bien. La liberté ne peut donc pas être le droit de choisir entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, le juste et l'injuste. « La volonté, dit Léon XIII, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, dès qu'elle désire un objet qui s'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté. Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui, étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune façon vouloir le mal moral... La faculté de pécher n'est pas une liberté, mais une servitude. » (Enc. ''Libertas).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''libéraux, ''qui mettent en avant les libertés modernes, pour combattre ce qu'ils appellent ''l'intolérance ''de l'Église, entendent-ils par là que l'homme a le droit de penser, de dire, d'écrire, d'enseigner tout ce qu'il veut, le faux comme le vrai, le mal comme le bien, qu'il a une liberté de conscience illimitée, qu'il « ''lui est loisible ''de professer telle religion qui lui plaît ou même de n'en professer aucune », qu'il a le droit de s'affranchir de ses devoirs envers Dieu? Si telle est leur conception de la liberté, il est évident qu'elle est en opposition flagrante avec la doctrine catholique, disons plus, avec la raison. Cette soi-disant liberté, l'Église l'appelle «''pure licence», ''et assurément, elle la condamne. Jamais elle n'admettra que la liberté puisse être le ''droit d'agir contre la raison et la nature, ''le droit d'embrasser l'erreur et de choisir le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En principe, ''par conséquent, l'erreur et le mal n'ont aucun droit : ils n'ont droit ni à la tolérance ni même à l'existence. Saint Augustin a dit, il est vrai, qu'il faut « ''exterminer les erreurs et aimer les hommes». ''Et cela est juste, mais comment frapper les erreurs si l'on ne touche pas aux hommes qui les professent? ''En pratique ''donc, lorsque ces hommes sont de ''bonne foi, ''— et il n'est pas permis sans de graves motifs de supposer le contraire, — il convient de les traiter avec de grands ménagements et beaucoup de charité : ils ont droit à la ''tolérance. ''Mais il ne faut pas que cette tolérance puisse tourner au désavantage des autres membres de la société. Car, dans toute société, la liberté individuelle finit où commence le droit d'autrui. Aussi longtemps que la liberté de pensée et de conscience se confine au for intérieur, Dieu reste le juge de nos opinions. Mais si ello se traduit au dehors (discours ou écrits révolutionnaires), elle tombe alors sous l'appréciation du pouvoir social, et rien n'empêche celui-ci, plus que cela, il est de son devoir, de protéger la vérité contre l'erreur, le bien contre le mal, et de frapper ceux qui propagent les mauvaises doctrines, même s'ils sont de bonne foi. Combien son devoir devient plus impérieux s'il a affaire à des hommes de ''mauvaise foi !''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure: — 1. que la ''liberté de conscience ''ne saurait être, en aucun cas, le ''droit ''de rejeter toute religion, ou même de choisir n'importe quelle religion : elle est au contraire, le droit de professer librement, sans être gêné par personne, la religion que Dieu nous a enseignée : — 2. qu'il n'y a pas dès lors à ''reprocher ''à l'Église d'avoir ''employé jadis la coaction, ''car elle n'en a jamais fait usage que contre les hérétiques, c'est-à-dire contre ceux qui ressortissaient à sa juridiction, contre les chrétiens de mauvaise foi qui ne remplissaient pas leurs obligations. Quant aux autres, jamais l'Église ne leur a contesté la liberté de penser comme ils voulaient. Elle a toujours affirmé qu'on ne doit contraindre personne à faire un acte religieux qui répugne à la conscience, et jamais elle n'a forcé ceux qui, nés et élevés, soit dans une religion païenne, soit dans l'hérésie, ne faisaient pas partie de son corps, à adhérer à sa foi et à son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Relations de l'Église et de l'État dans l'hypothèse d'un État catholique. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
440. — Dans le paragraphe précédent, nous avons exposé ce qu'on appelle la ''thèse ''et ''l'application ''de la thèse dans l'hypothèse d'un ''État catholique. ''Immuables en eux-mêmes, les principes restent toujours vrais, et ne dépendent ni de la reconnaissance ni de l'approbation du pouvoir civil. Cependant, tout immuables qu'ils sont, ils ne sont pas ''absolus ''quant à leur application. Dans la revendication de ses droits, l'Église est bien obligée de tenir compte des contingences et d'accepter la situation de fait qui lui est imposée. Mais, en se pliant aux circonstances, elle n'abandonne rien de ses principes. C'est sur ce point que le ''libéralisme ''se met en opposition avec la doctrine catholique. Son erreur consiste précisément à ne pas distinguer entre la thèse et l'hypothèse, à accorder en principe les mêmes droits à l'erreur et à l'hérésie qu'à la vérité et à l'orthodoxie, et à faire rentrer tous les cultes dans le même droit commun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux cas, où l'Église ne peut pas appliquer ses principes, sont «eux : 1° d'un État ''hétérodoxe ; ''2° d'un État ''infidèle; ''et 3° d'un État ''neutre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Hypothèse d'un État hétérodoxe. '''— Les États ''hétérodoxes ''sont ceux qui, tout en appartenant à la religion chrétienne, sont séparés de l'Église catholique par le schisme ou l'hérésie. En principe, les États chrétiens doivent reconnaître à l'Église catholique tous les droits que Jésus-Christ a accordés à la société religieuse qu'il a fondée. Les États protestants sont d'autant plus tenus de ne pas restreindre les droits des catholiques qu'ils ont pour principe fondamental la ''théorie du libre examen, ''et ne sauraient, de ce fait, prétendre que leur interprétation de la Sainte Écriture est vraie, à l'exclusion des autres. L'Église catholique ne doit donc pas être frustrée de ses droits essentiels : droit d'enseigner, droit de pratiquer librement son culte, droit de posséder, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''441. — 2°''' '''Hypothèse d'un État infidèle. '''— Nous désignons sous ce titre toutes les religions dont nous avons démontré la fausseté dans la première section de la seconde Partie. ''En principe, ''l'Église catholique, s'appuyant sur la raison et sur toutes les preuves qui font éclater la transcendance du christianisme, peut réclamer tous les droits qui, du seul point de vue naturel, doivent être accordés à la vraie religion. ''En pratique, ''les missionnaires qui évangélisent les contrées païennes, ne revendiquent guère que la liberté de prêcher la foi du Christ, et trop souvent ils l'achètent au prix de leur sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''442. — 3°''' '''Hypothèse d'un État neutre. '''— Ce que nous appelons ici « ''État neutre» ''pourrait s'appeler tout aussi bien ''État libéral. ''Il désigne, de toute façon, l'État qui, acceptant les libertés modernes, ne reconnaît aucun culte officiel. Quelles seront, dans cette hypothèse, les relations de l'Église et de l'État? La réponse ne saurait être générale. — 1. S'agit-il d'un ''État vraiment neutre, ''où les sectes dissidentes sont nombreuses, il est clair que l'union de l'Église et de l'État est pratiquement impossible. Le régime de la séparation devient alors la situation normale. L'Église, quoique ne reniant rien de ses principes, peut donc, en pratique, accepter la séparation comme le seul « ''modus vivendi» ''possible dans telle circonstance donnée. Mais qui dit séparation ne dit pas désunion, encore moins hostilité. Pas davantage la séparation ne doit impliquer ''l'indifférence. ''Un État, même neutre, n'a pas plus le droit de se désintéresser de la religion que de la morale. Qu'un État ne prenne pas parti entre les diverses religions, qu'il accepte tous les cultes, soit ; mais il lui reste toujours le devoir de ''protéger la religion en général, ''contre les athées qui, en détruisant l'idée de Dieu, tentent de saper la base essentielle de toute religion. Quel que soit son amour des libertés modernes, il ne doit pas tolérer des doctrines qui compromettent la sécurité de l'État et l'ordre public. De même qu'il ne peut permettre de tout faire, il ne peut laisser la liberté de tout dire et de tout enseigner. Si l'État neutre ne peut donc accorder bob faveurs à telle religion, à l'exclusion des autres, il peut protéger toutes les religions. De l'application de cette doctrine, les États-Unis nous fournissent un illustre exemple. Dans ce pays, si partagé au point de vue des croyances qu'il eût été tout à fait impolitique de protéger un culte plutôt qu'un autre, où la séparation s'imposait comme une nécessité, nous voyons le pouvoir civil favoriser, de multiples façons, toutes les religions, sauf la secte des ''Mormons ''(v. notre ''Histoire de l'Eglise, ''n° 298), accorder à toutes la plus grande liberté d'action et sauvegarder les intérêts de chacune par l'équité de ses lois et par la justice de ses jugements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. S'agit-il d'un ''État plutôt athée que neutre, ''l'Église se trouve forcément réduite à ne revendiquer que les ''garanties du droit commun. ''L'union des deux pouvoirs devenant impossible, l'Église doit se borner à réclamer pour elle comme pour toute autre religion, liberté pleine et entière dans la profession de sa foi et l'exercice de son culte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, pourquoi le pape Pie X a-t-il condamné avec tant de véhémence la loi de Séparation par son Ency­clique ''Vehementer ''du 11 février 1906? Les raisons en sont très claires et découlent de ce que nous avons dit dans ce chapitre. — 1) C'est, en premier lieu, que, en se plaçant sur le terrain de la thèse, la séparation n'est pas le ''régime normal, ''et contredit la doctrine de l'Église. — 2) C'est, en second lieu, que la rupture -d'un concordat ne doit se faire que du ''consentement réciproque ''des deux parties contractantes, comme Pie X le déclare : « Le concordat passé entre le Souverain Pontife et le gouvernement français, comme du reste tous les traités du même genre que les États concluent entre eux, était un ''contrat bilatéral ''qui obligeait des deux côtés. Le Pontife romain, d'une part, le chef de la nation française, de l'autre* s'engagèrent solennellement, tant pour eux que pour leurs successeurs, à maintenir inviolablement le pacte qu'ils signaient. Il en résultait que le- concordat avait pour règle, la règle de tous les traités internationaux, c'est-à-dire le droit des gens, et qu'il ne pouvait en aucune manière être annulé par le fait d'une seule des deux parties ayant contracté... Or aujourd'hui l'État abroge de sa seule autorité le pacte solennel qu'il avait signé. Il transgresse ainsi la foi jurée. » Sans doute, le temps et les circonstances ont déjà fait reconnaître la justesse de ces observations, et tout nous porte à croire que, dans un avenir assez proche, la France reprendra avec le Saint-Siège, sinon son alliance traditionnelle, du moins un régime de bonne relation et d'entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''443. —''' '''Remarque. — L'Église et les diverses formes de gouvernement. '''— Il convient de remarquer que les relations de l'Église et de l'État, — thèse et hypothèse, — ont été établies daris l'article qui précède, abstraction faite de la ''forme au gouvernement. ''Or, sur cette dernière question, — la forme de gouvernement, — la ''doctrine de l'Église ''peut s'établir dans les trois points suivants : — 1. Tout d'abord elle pose en principe absolu que « ''tout pouvoir vient de Dieu» (Rom., ''xiii, 1). Dieu étant le seul et souverain Maître des choses, il s'ensuit qu'aucune autorité ne peut se constituer en dehors de lui. — 2. Si l'Église regarde comme un principe absolu que ''l'origine ''du pouvoir doit être reportée à Dieu, elle n'a pas tranché la question de savoir quel doit en être le ''mode de transmission. ''Est-il remis ''directement ''par Dieu entre les mains du Chef de l'État, comme dans la ''monarchie héréditaire, ''avec pouvoir absolu ou limité par une constitution ''1 ''Ou est-il remis directement au peuple et conféré ''indirectement ''par un nombre ''restreint ''d'électeurs ou par le ''suffrage universel, ''soit à un seul homme ''(monarchie élective), ''soit à une élite sociale et intellectuelle ''(régime aristocratique), ''soit à de nombreux représentants choisis dans toutes les classes ''(régime démocratique) ? ''c'est ce que l'Église n'a pas déterminé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn361 [361]]. On voit donc par là ''qu'elle n'impose aucune forme de gouvernement. ''« Des diverses formes de gouvernement, dit LÉON XIII (Enc. ''Libertas), ''pourvu qu'elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l'Église n'en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s'accorde avec elle pour l'exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l'Église. » — 3. Ce que l'Église ne saurait admettre, c'est que le peuple aurait la souveraineté, dans ce sens qu'il faudrait chercher en lui l'origine du pouvoir, qu'il en serait le détenteur immédiat, qu'il aurait, par conséquent, le droit de le garder, de le communiquer et de le reprendre à son gré.. S'il en était ainsi, l'insurrection serait vraiment pour lui, comme dit Jean-Jacques Rousseau, « le plus sacré des droits », et toute révolution deviendrait légitime de par la volonté du peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Encycliques de Grégoire XVI, ''Mirari vos, ''(15août 1832), de Pie IX « ''Quanta cura» ''(8 déc. 1864), de Léon XIII « ''Diuturnum» ''(20 juin 1881), «''Immortale Dei» ''(1 nov. 1885), «''Jampridem» (6 ''janv. 1886), «''Libertas» ''(20 juin 1888), — Mgr d'Hulst, Car 1895, 2e conf. ''Les Droits de F État, ''3e conf. ''Les Devoirs de l’État, ''5e conf. ''L'Église et l'État ; Le Droit chrétien et le Droit moderne, ''1886. — Forget. art. ''Index ''(Dict. d'Alès). — Dublanchy, art. ''Église ''(Dict. Vacant-Mangenot). — Mgr Sauvé, ''Questions religieuses et sociales. ''— Dom Gréa, ''De l’Église et de sa divine constitution ''(Bonne Presse). — Moulart, ''L'Église et l’Etat ''(Louvain). — Canet, ''La liberté de conscience ; La liberté de penser et la libre-pensée ''(Bloud). — De Pascal, art. ''Libéralisme ''(Dict. d'Alès). — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — Moulard et Vincent, ''Apologétique chrétienne ''(Bloud). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION III : APOLOGIE DE L'ÉGLISE ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — L'Église et l'Histoire. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
444. — Divine dans son origine et dans sa constitution, l'Église n'en reste pas moins une société composée d'éléments humains. Il serait donc surprenant que, à travers les diverses périodes de sa longue existence, elle n'ait jamais connu la moindre défaillance. Le ''gouvernement de l'Église, ''comme tout autre qui se sert d'instruments humains, a pu commettre et a certainement commis des abus. Que ses adversaires ne perdent pas l'occasion de les lui reprocher, fort bien. Là où leurs critiques sont impartiales, nous ne ferons pas de vains efforts pour en contester le bien-fondé. Mais ''les fautes rejaillissent sur les hommes et non sur les institutions. ''Et même quand il s'agit des hommes, encore convient-il de les juger sans passion, en tenant compte du milieu où ils ont vécu, des idées de leur époque, de toutes les circonstances enfin qui peuvent expliquer, et souvent, ''justifier ''leur conduite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En nous appuyant sur ces principes, nous allons passer en revue les ''principales accusations ''qui sont portées contre l'Église. Et comme une société ne doit pas être jugée d'après les fautes qu'on lui reproche avec plus ou moins de raisons, en face des accusations nous dresserons un rapide inventaire des ''services ''que l'Église a rendus. Ce chapitre comprendra donc deux articles : 1° ''Les principales accusations contre l'Église. ''2° ''Les services rendus par l’ Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Les principales accusations contre l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales accusations portées contre l'Église sont les suivantes : 1° Les ''Croisades. ''2° La ''Croisade des Albigeois ''et ''Y Inquisition. ''3° Les ''Guerres de religion ''et la ''Saint-Barthélemy. ''4° Les ''Dragonnades ''et la ''Révocation de l'Édit de Nantes. 5° ''Le ''Procès de Galilée. ''6° l’''ingérence des Papes dans les affaires temporelles. ''7° Le ''Syllabus ''et la condamnation des libertés modernes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les Croisades. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
445. — ''Remarque préliminaire. ''— Toutes les questions que nous allons étudier comporteraient de longs développements, s'il fallait les traiter dans toute leur étendue. Tel n'est pas ici notre rôle. L'apologiste ne fait pas œuvre d'historien, et il lui suffit de se borner aux seuls points qui sont indispensables à l'intelligence du sujet. Chaque paragraphe comprendra donc trois divisions : 1° un ''exposé succinct des faits ; ''2° L’''accusation ''portée par les adversaires ; 3° la ''réponse, ''où nous aurons à dégager l'Église des griefs qui ne lui incombent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''446. — Exposé des faits'''. — Les ''croisades, ''au nombre de huit, — ainsi dénommées parce que ceux qui y prenaient part, portaient sur leurs habits une petite croix d'étoffe rouge, — furent des expéditions entreprises dans le ''but ''d'arracher les Lieux Saints à la domination des musulmans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis le ive siècle, les Lieux Saints étaient le but de nombreux pèlerinages. Attires là par un motif de piété ou de repentir, les chrétiens jouirent d'une assez large tolérance, aussi longtemps que Jérusalem resta sous le joug des Arabes. Mais lorsque les ''Turcs Seldjoukides ''s'emparèrent de la ville, en 1078, menaçant l'empire byzantin et la chrétienté tout entière, non seulement les relations économiques entre l'Asie et l'Europe furent troublées, mais les pèlerins furent maltraités par les Turcs fanatiques. C'est alors que le pape Urbain II, voulant protéger les chrétiens opprimés, tant ceux qui étaient fixés à Jérusalem que ceux qui ne faisaient qu'y passer, conçut l'idée de la croisade. A sa voix et à celle d'un moine picard, Pierre l'Ermite, les populations se soulevèrent d'indignation, et l'on décida de partir en masse pour la délivrance de la Terre Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''447. — 2° Accusation'''. — Nos adversaires prétendent que les Croisades furent l'œuvre de ''l'ambition des papes ''et qu'elles aboutirent à de ''misérables résultats.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''448. — 3° Réponse'''. — Ainsi les ennemis de l'Église attaquent les Croisades à la fois dans leur ''principe ''et dans leurs ''résultats. ''— A. LE ''PRIN­CIPE. ''On vient de le voir : les Croisades eurent pour but la délivrance des Lieux Saints. Accuser les Papes d'en avoir été les promoteurs, c'est leur reprocher ''d'avoir fait leur devoir. ''Que les Papes aient profité de leur autorité incontestée sur les rois et les princes chrétiens pour les déterminer à se croiser, il n'est que trop naturel, mais, en tout cela, nous ne voyons pas les traces d'une ambition de mauvais aloi qui ne recule pas devant l'injustice d'une cause pour satisfaire la soif de domination d'un homme. Au contraire, l'on peut dire que les Papes furent de tous les souverains de leur temps, les plus clairvoyants, car ils eurent l'intuition du danger qui menaçait l'Europe. Il est vrai que les Croisades ne réussirent pas à l'écarter définitivement, puisque, en 1453, c'est-à-dire 400 ans après, Constantinople tombait aux mains des Turcs, mais n'est-ce pas aussi la meilleure preuve que l'idée des Papes était juste ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— a) On allègue que les croisades furent de ''mauvaises entreprises ''parce qu'elles furent ''malheureuses, ''et qu'elles aboutirent à un échec total. Mais où a-t-on vu que toute œuvre est mauvaise, qui' ne réussit pas? Au surplus, il ne dépendit pas des Papes qu'elles fussent menées à bonne lin, et ce serait vraiment manquer de bonne foi que de les rendre responsables des fautes qui furent commises, des abus qui furent le fait des aventuriers qui se mêlèrent aux soldats chrétiens, des dissensions, des ambitions personnelles, des mesquines rivalités des princes, bref, de tout un ensemble de choses qui firent échouer les Croisades. — b) Mais si le ''but premier ''pour lequel elles furent entreprises, ne fut pas atteint, si Jérusalem, un moment délivrée, retomba plus tard au pouvoir des infidèles, il n'en reste pas moins que les Croisades eurent des ''résultats incontestables, ''bien que ''secondaires ''et en dehors de l'objectif poursuivi par les Papes. — 1. Tout d'abord, du seul point de vue ''général ''et ''moral, ''n'est-ce pas un spectacle plein de grandeur que cette foule d'hommes qui se lève en masse pour courir à la conquête d'un tombeau et défendre sa foi? — 2. Au point de vue ''intérieur, ''les Croisades eurent pour effet de supprimer, au moins momentanément, le fléau des guerres privées, en rapprochant les individus, en fusionnant les races, les Français du Nord et ceux du Midi, et en faisant passer dans tous les cœurs un grand courant de fraternité nationale. — 3. Enfin, au point de vue ''extérieur, ''les Croisades préservèrent l'Europe de la conquête musulmane. D'autre part, elles furent le point de départ des explorations géographiques qui découvrirent l'Extrême-Orient aux Occidentaux et elles rouvrirent la route du commerce entre l'Europe et l'Asie : l'Orient redevint accessible aux marchands de l'Occident ''(v. notre Hist Gén. de l'Église, Vol. V, p. ''265 ''et suiv.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — La Croisade des Albigeois et l'Inquisition. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''449. — 1° Exposé des faits'''. — A. ''LA CROISADE DES ALBIGEOIS ''(1209). — A toutes les époques de son histoire, l'Église eut à combattre l'hérésie. Longtemps elle usa de ''tolérance, ''et n'employa d'autres armes que la persuasion et les sanctions spirituelles. « Qu'on prenne les hérétiques par les arguments et non par les armes 1 » disait saint Bernard, abbé de Clairvaux. Cependant, l'apparition d'une nouvelle hérésie, importée d'Orient, qui se propagea rapidement en Europe, et plus particulièrement, en Allemagne, dans le nord de l'Italie et dans le midi de la France, détermina les papes à changer de tactique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les partisans de cette hérésie, appelés ''cathares ''(du grec « ''katharos ''» pur) parce qu'ils prétendaient se distinguer par leur ascétisme et une très grande pureté de mœurs, sont plus connus, en France, sous le nom ''d'Albigeois, ''vraisemblablement parce que c'est à Albi qu'ils firent leur première apparition, ou qu'ils y furent plus nombreux qu'ailleurs. Gomme autrefois les manichéens, ces hérétiques professaient qu'il y a deux principes créateurs, l'un bon, l'autre mauvais, que l'homme est l'œuvre de ce dernier, que la vie est mauvaise, qu'on a donc le droit de la supprimer par le suicide, et le devoir de ne pas la propager par le mariage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Estimant que les ''Albigeois ''faisaient courir un grave danger à l'Église et à la société civile, la papauté entreprit de les réduire ''par la force. ''Le concile de Latran, en 1139, puis le concile de Reims, en 1148, prononcèrent des sentences contre eux, et défendirent aux seigneurs de les recevoir sur leurs terres, sous peine d'interdit. Or les princes répondirent avec empressement à l'appel de l'Église ; ils mirent même tant d'ardeur dans la répression de l'hérésie qu'ils en vinrent bientôt à accuser la papauté de faiblesse et à réclamer de nouvelles mesures de rigueur. Alors, en 1179, le IIIe ''concile de Latran, ''puis, en 1184, sous l'inspiration du pape Lucius III et de l'empereur Frédéric Barberousse, le ''synode de Vérone ''portèrent des décrets qui enjoignaient aux évêques de rechercher, par eux-mêmes ou par des commissaires, ceux qui sur leur territoire étaient suspects d'hérésie, de les faire juger par l'officialité diocésaine et d'en faire exécuter la sentence par les magistrats civils. Mais ces mesures ne furent que médiocrement efficaces. Les évêques qui étaient souvent en rapports de parenté ou d'amitié avec les familles des hérétiques, montraient peu de zèle à suivre les prescriptions du synode. Ce fut seulement en 1207, et après l'assassinat du légat du Pape, Pierre de Castelnau, par les ordres du comte de Toulouse, Raymond VI, que le pape Innocent III résolut de mettre un terme à leurs violences contre les catholiques. Après avoir excommunié leur protecteur, le comte Raymond, le pape convoqua les princes et les peuples à une nouvelle ''croisade, ''non plus cette fois contre les infidèles, mais contre les hérétiques qui jetaient le trouble dans le pays. Les seigneurs accoururent et se rangèrent sous la bannière de Simon de Montfort, poussés plus, il est vrai, par les appâts du gain que par les intérêts de l'orthodoxie. La guerre, qui dura vingt ans, et dont les événements principaux furent le ''siège de Béziers ''(1209), la ''bataille de Muret ''(1213) et le ''massacre de Marmande ''(1219), fut marquée par un grand nombre d'atrocités. Mais il convient d'ajouter que le pape Innocent III désavoua ceux qui s'en rendirent coupables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
450. — B. ''L'INQUISITION. ''— ''a) Origine. ''— On donne le nom ''d'Inquisition ''aux tribunaux établis dans certains pays pour rechercher et réprimer l'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''croisade des Albigeois ''n'avait pas réussi à étouffer l'hérésie. De la nécessité de la combattre par d'autres moyens naquit ''l'Inquisition. ''Sans doute, les officialités diocésaines existaient déjà. Après le IIIe concile de Latran et le synode de Vérone, le ''concile de Narbonne, ''en 1227, le ''concile de Toulouse, ''en 1229, avaient ordonné aux évêques l'institution dans chaque paroisse, d'une commission inquisitoriale chargée de rechercher les hérétiques ; mais, pour les raisons que nous avons signalées, les officialités et les commissions n'atteignaient pas le but poursuivi. C'est alors que le Pape Grégoire IX institua, à partir de 1231, des tribunaux chargés spécialement, avec le concours du pouvoir civil, de rechercher et de frapper les hérétiques. Sans supprimer les tribunaux diocésains, le pape confia le rôle d inquisiteurs aux ''Ordres mendiants, ''en particulier aux ''Dominicains ''et aux ''Franciscains.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Procédure. ''— Lorsqu'un pays était suspecté d'hérésie, l'inquisiteur s'y rendait, assisté de ses auxiliaires. Après l'enquête préliminaire commençait la procédure. Trois traits lui donnaient une physionomie particulière : tout d'abord le ''secret rigoureux de l'information judiciaire ''qui laissait ignorer à l'accusé les témoins qui l'avaient dénoncé ; puis la ''défense de se faire assister par un avocat, ''enfin l'usage ''de la torture, ''si le prévenu ne' faisait pas spontanément 1 aveu de son hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sentences n'étaient pas toujours rendues sur-le-champ. Il arrivait, comme cela se passa assez fréquemment au Portugal, en Italie, et surtout en Espagne, qu'elles étaient prononcées au milieu du peuple assemblé et en grand apparat : c'est ce qu'on appelait l'autodafé. L'''autodafé ''(mot espagnol qui signifie ''acte de foi),—- ''ainsi dénommé parce que celui qui était chargé de lire les sentences, s'interrompait de temps en temps pour faire réciter par l'assistance des actes de foi,— était donc la lecture solennelle des sentences portées contre ceux que le tribunal de l'Inquisition avait eu à juger. S'ils étaient déclarés innocents, on les remettait en liberté ; s'ils étaient déclarés coupables, ils étaient mis en demeure d'abjurer aussitôt. Quant aux opiniâtres et aux relaps, c'est-à-dire ceux qui refusaient de rétracter leurs erreurs ou qui étaient convaincus de récidive, ils étaient frappés de pénalités diverses : pénitences canoniques, amendes, contributions à des œuvres pies, port sur les vêtements de petites croix, croisade pendant un temps déterminé, pèlerinage en Terre Sainte, confiscation des biens ; ou peines afflictives comme la flagellation, l'emprisonnement temporaire ou perpétuel, et, — la peine la plus grave, — la mort par le bûcher. Toutefois cette dernière peine n'était pas prononcée par le tribunal de 1 Inquisition mais par les juges civils, autrement dit, par le ''bras séculier, ''auquel les juges ecclésiastiques remettaient en certains cas ceux qui étaient convaincus d'hérésie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Champ d'action. ''— L'Inquisition fut établie peu à peu dans une grande partie de la chrétienté. Cependant plus d'un pays catholique lui échappa. Elle ne pénétra en Angleterre qu'à propos de l'affaire des Templiers et uniquement pour cette affaire. En France, elle ne fonctionna guère, du moins d'une façon suivie, que dans les régions méridionales, dans ce qu'on appelait le comté de Toulouse, et plus tard le Languedoc, puis dans l'Aragon. L'édit de Romorantin, en 1560, la supprima et reconnut aux évêques seuls le droit d'informer contre l'hérésie, jusqu'au moment où les Parlements, s'emparant de cette partie de la juridiction épiscopale, s'attribuèrent la connaissance exclusive des procès contre les hérétiques, les magiciens et les sorciers. Les inquisiteurs s'établirent en outre dans les Deux-Siciles, en maintes cités de l'Italie et en Allemagne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn362 [362]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c'est surtout en ''Espagne ''que l'Inquisition a laissé les plus profonds et les plus regrettables souvenirs. Instituée dès le xiiie siècle, suivant les formes canoniques, elle fut modifiée, à la fin du xve siècle, par Ferdinand V et Isabelle. Sous leur impulsion, l'Inquisition devint pour ainsi dire une institution d'État où la politique eut plus de part que la religion. Comme le ''grand inquisiteur ''et les ''fiscaux, ''c'est-à-dire les procureurs chargés d'instruire le procès, dépendaient de la couronne, le tribunal de l'Inquisition fut entre les mains des rois un merveilleux instrument de terreur, destiné, non seulement à chasser les Juifs et les Maures de la Péninsule, mais encore à produire des sources de revenus les moins avouables. Le premier grand inquisiteur, le dominicain Thomas de Torquemada, et même la plupart des inquisiteurs, se sont signalés par une sévérité excessive et ont fait de nombreuses victimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''451. — 2° Accusation.''' — Qu'il s'agisse de la ''croisade des Albigeois ''elle-même ou de ''l’Inquisition, ''nos adversaires attaquent l'Église sur le double terrain du ''principe ''et des ''faits.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''452. — 3° Réponse'''. — A. ''LE PRINCIPE. ''— Le principe sur lequel l'Église s'est appuyée pour établir l'Inquisition, n'est rien autre que la question du pouvoir coercitif. L'Église a-t-elle, oui ou non, le pouvoir, et par conséquent, le droit, d'infliger des peines, même corporelles, à ceux de ses enfants qui, loin de lui obéir, la battent en brèche et mettent son existence en péril? Toute la question est là. Or nous avons vu précédemment (Nos 431 et 439) que le ''droit de l'Église ''est incontestable, qu'il découle naturellement du pouvoir que Jésus-Christ lui a confié d'enseigner sa doctrine et de veiller à sa conservation intégrale, et que ce droit, l'Église l'a toujours revendiqué, sinon exercé. Il n'est donc plus nécessaire de nous attarder sur ce point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Autre chose le ''principe, ''autre chose ''l'application ''du principe. Lorsque nous avons établi la légitimité du principe, rien ne nous force à estimer que ''l’Inquisition ''fut, de la part de l'Église, une institution heureuse, tant elle paraît contraire à son tempérament et à son mode ordinaire de gouvernement. L'Église a, du reste, longtemps hésité à entrer dans cette voie, et il semble bien que, pour en arriver à ces moyens extrêmes, il a fallu qu'elle se crût en état de légitime défense. Que, placée dans l'alternative, ou de périr, ou de défendre son existence par des procédés violents, elle ait été amenée à prendre ce dernier parti, et qu'alors certains inquisiteurs chargés d'appliquer sa législation se soient rendus coupables d'abus, d'irrégularités et d'excès, c'est ce dont tout apologiste de bonne foi est bien obligé de convenir avec ses adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il ne faut rien exagérer, et, qu'il s'agisse des abus ou de l'institution elle-même, il convient de les apprécier avec un esprit impartial. — ''a) Les abus. ''Assurément, l'Inquisition a été une institution humaine où les intérêts supérieurs de l'Église ont été parfois sacrifiés aux passions, aux haines et aux intérêts des juges. L'on a fait remarquer[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn363 [363]] que la peine de la confiscation, en excitant les convoitises, a pu déterminer des jugements iniques, que des haines personnelles ont pu dicter des dénonciations, peut-être même des condamnations. A cela nous pouvons répondre qu'il en est ainsi devant toutes les juridictions du monde. Les inquisiteurs ont dû exercer leurs fonctions dans des circonstances difficiles, sous la pression des événements et de l'opinion des foules soulevées contre l'hérésie et attendant avec impatience un verdict impitoyable condamnant les coupables. En outre, certains juges avaient passé une partie de leur vie à discuter avec l'hérésie et à la combattre ; d'autres, tels que Robert le Bougre, inquisiteur de France, et Reynier Sacchoni, inquisiteur de Lombardie, avaient été eux-mêmes hérétiques ; une fois convertis, ils avaient poursuivi leurs anciens coreligionnaires avec un zèle de néophytes. Ces considérations expliquent déjà, sinon excusent, beaucoup d'abus. Mais il est bon d'ajouter que beaucoup d'autres juges, remplis de zèle pour la gloire de Dieu et en même temps de pitié pour lés faiblesses humaines, tout en détestant l'hérésie, étaient pleins de mansuétude pour les personnes. Ils ne prononçaient une sentence de condamnation que lorsque la culpabilité n'offrait aucun doute, tant ils craignaient de condamner un innocent. Ils n'avaient pas de plus grande joie que celle de ramener le coupable à l'orthodoxie et de l'arracher au bras séculier ; aussi usaient-ils de préférence de pénitences canoniques et de pénalités temporaires pour ramener le coupable dans la voie du bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'institution. ''— En dehors des abus qui ont pu être commis et qui sont imputables aux inquisiteurs, et non à l'Église qui les a désavoués, ''l’institution ''elle-même a été l'objet des plus acerbes critiques. Les ''particularités de ''sa ''procédure ''dont nous avons relevé plus haut les trois traits caractéristiques, les ''pénalités ''qu'elle infligeait et, par-dessus tout, la ''mort par le bûcher, ''ont soulevé les plus violentes diatribes contre l'Église. — Il ne rentre pas dans notre dessein de défendre ce qui ne nous paraît pas défendable. « Rien ne nous oblige, dirons-nous avec Mgr d'Hulst, à tout justifier dans l'histoire de cette institution : par exemple, la procédure secrète, l'instruction poursuivie en dehors du prévenu, l'absence de débats contradictoires : ce sont des formes juridiques arriérées qui répondent mal à un sentiment d'équité aujourd'hui universel et qui est lui-même un fruit lentement mûri sur la tige de la civilisation chrétienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn364 [364]]. « Toutefois, si rien ne nous oblige à tout justifier, rien ne nous empêche non plus d'expliquer ce qui est explicable. — l. On reproche d'abord à l'Inquisition ''de ne pas avoir livré les noms des dénonciateurs ''et des témoins à charge, et de ne pas les avoir confrontés avec l'accusé. Or « cette coutume, dit M. de Cauzons, n'avait pas été imaginée pour entraver la défense des prévenus ; elle était née des circonstances spéciales où l'Inquisition s'était fondée. Les témoins, les dénonciateurs des hérétiques avaient eu à souffrir de leurs dépositions devant les juges ; beaucoup avaient disparu, poignardés ou jetés dans les ravins des montagnes par les parents, les amis, les coreligionnaires des accusés. Ce fut ce danger de représailles sanglantes qui fit imposer la loi dont nous nous occupons. Sans elle, ni dénonciateurs ni témoins n'eussent voulu risquer leur vie et déposer à ce prix devant le tribunal. » La règle de taire les noms des témoins n'était du reste pas absolue, et l'inquisiteur les communiquait quand le danger n'existait pas ou avait disparu ; il les communiquait toujours aux notaires, aux assesseurs, à tous les auxiliaires qui avaient le droit et le devoir de contrôler ses actes. Ajoutons que des peines très graves frappaient les faux témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. On a reproché en second lieu à la procédure inquisitoriale ''l'interdiction aux accusés de se faire assister par un avocat. ''C'était là sans nul doute une atteinte grave au droit sacré de la défense. On le comprit du reste peu à peu, et, sinon en droit, du moins en fait, les avocats purent, par la suite, paraître à côté des accusés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Mais que penser de la ''torture ''à laquelle la procédure inquisitoriale faisait appel pour arracher des aveux aux accusés? que penser surtout de la ''peine de mort par le bûcher? ''La réponse est simple. L'Inquisition fui une institution de son temps. Elle se conforma donc aux idées et aux usages de son temps. La torture et la mort par le bûcher, qui révoltent tant notre sensibilité, ce n'est pas l'Église qui les a inventées, elle les a trouvées en usage dans les tribunaux de l'époque. Si l'on juge, et non sans raison, que ces pénalités étaient excessives, il convient de ne pas perdre de vue que le code pénal du moyen âge était en général autrement rigoureux que le nôtre. « Nous n'avons qu'à considérer les atrocités de la législation criminelle au moyen âge, pour voir combien les hommes d'alors manquaient du sentiment de la pitié. Rouer, jeter dans un chaudron d'eau bouillante, brûler vif, enterrer vif, écorcher vif, écarteler, tels étaient les procédés ordinaires par lesquels le criminaliste de ce temps-là s'efforçait d'empêcher le retour des crimes, en effrayant par d'épouvantables exemples, des populations assez dures à émouvoir. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn365 [365]] A la décharge de l'Inquisition, il faut dire qu'elle n'employa la torture que dans des cas tout à fait exceptionnels, et que la peine du bûcher fut, elle aussi, relativement rare. Et si par ailleurs l'on compare le nombre des victimes faites par l'Allemagne luthérienne, et en Angleterre, par la seule reine Elisabeth, il apparaît que l'Inquisition catholique a été bien moins cruelle que l'intolérance protestante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit-on encore, les tribunaux de l'Inquisition étaient comme une ''menace perpétuelle qui supprimait toute liberté de penser. ''Cette accusation n'est pas justifiée. Lorsqu'elle fut organisée dans la première moitié du xiiie siècle, l'Inquisition était uniquement dirigée contre l'hérésie albigeoise. Elle s'étendit plus tard, il est vrai, à d'autres hérésies comme celle des Vaudois, mais elle ne visait jamais que les hérétiques. « Dès lors les païens et les musulmans échappaient à sa juridiction ; et si, plus tard, en Espagne, par exemple, elle prononça contre eux des sentences, ce fut par une contradiction avec ses principes, que lui imposa la politique des princes, plutôt que le souci de l'orthodoxie. Les Juifs ont bénéficié d'une plus large tolérance encore. M. Salomon Reinach l'a parfaitement démontré dans une conférence faite à la Société des Études juives, le 1er mars 1900, et publiée dans la ''Revue des Études juives ''de cette même année... Il est cependant deux cas où l'Inquisition a eu à s'occuper du judaïsme. En 1239. Grégoire IX lui ordonna de saisir partout les exemplaires du Talmud et de les brûler... «Tandis qu'on brûlait les chrétiens hérétiques, on se mit à brûler avec non moins de zèle les livres juifs. En 248, il y eut deux exécutions de ce genre à Paris... En 1267, Clément IV prescrit à l'archevêque de Tarragone de se faire livrer tous les Talmuds... En 1319, à Toulouse, Bernard Gui en réunit deux charretées, les fait traîner à travers les rues de la ville et brûler solennellement. Ainsi, au témoignage de Salomon Keinach, ce sont les livres, et non les fidèles du judaïsme, qui ont eu à subir les rigueurs de l'inquisition ». Il est un second cas où l'Inquisition eut à s'occuper des Juifs. Elle voulut préserver de leur lente infiltration la pureté du christianisme et, pour cela, elle poursuivit les faux convertie qui n'adoptaient la forme extérieure du christianisme que pour mieux dissimuler leur origine et leur qualité. « L'Église, dit fort bien M. Reinach, ne défendait pas aux Juifs d'être juifs ; mais elle interdisait aux chrétiens de judaïser et aux Juifs de les pousser dans cette voie. » Ce fut l'Inquisition d'Espagne qui. au xve et au xvie siècle, organisa les persécutions antisémites : mais ce fut pour des raisons politiques, sous la pression des souverains, plutôt que pour des raisons religieuses et sous l'impulsion du catholicisme.. En un mot, l'Inquisition religieuse du moyen âge a respecté les Juifs quand eux-mêmes respectaient les chrétiens ; l'Inquisition politique de la Renaissance les a poursuivis et durement condamnés. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn366 [366]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. que l'Église a longtemps répugné aux peines temporelles ; — 2. qu'elle a été amenée à des mesures de rigueur extrême par la force des choses et par la nécessité de protéger son existence ; — 3. que les abus qui se sont commis, et dont nos adversaires ont souvent exagéré le nombre, sont imputables aux inquisiteurs et non à la papauté qui a toujours protesté contre une sévérité excessive, et flétri les cruautés qui lui ont été signalées ; — 4. que l'Inquisition, en sauvegardant l'unité religieuse par la répression de l'hérésie, empêcha bien des guerres civiles et de prodigieuses effusions de sang. La preuve en est bien qu'en Espagne où le protestantisme fut ainsi étouffé, les victimes de l'Inquisition furent beaucoup moins nombreuses que celles des guerres de religion, en France et en Allemagne ; — 5. enfin, que l'Inquisition n'a jamais été, entre les mains de l'Église, qu'une arme de cil-constance, à laquelle depuis longtemps elle ne songe plus à recourir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les Guerres de religion et la Saint-Barthélemy. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''453. — 1° Exposé des laits. '''— Les ''Guerres de religion ''sont les luttes civiles entre catholiques et protestants, qui, durant les règnes de François II, Charles IX et Henri III, ensanglantèrent la France. Au nombre de huit, elles débutèrent en 1562, à la suite du massacre de Vassy et se terminèrent par la promulgation de ''l'Édit de Nantes ''(1598) qui garantissait aux protestants le libre exercice de leur culte dans les villes où il avait été organisé par les précédents édits, le droit de bâtir des temples, l'accès à toutes les charges publiques, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de ''Saint-Barthélemy ''au massacre de l'amiral de Coligny et de nombreux gentilshommes protestants venus à Paris pour assister au mariage mixte de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, le futur Henri IV : massacre qui fut ordonné par le roi Charles IX et exécuté dans la nuit du 24 août 1572 (jour de la fête de saint Barthélemy).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''454. — 2°''' '''Accusation. '''— A. A propos des ''guerres de religion, ''nos adversaires en rejettent toute la responsabilité sur l'Église catholique. — B. A propos de la ''Saint-Barthélemy, ''ils l'accusent : — 1. d'avoir ''préparé ''le massacre : et — 2. de l'avoir ''approuvé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''455. —3°''' '''Réponse.—'''A. ''GUERRES DE RELIGION.—a) ''II est injuste de rendre l'Église catholique responsable des guerres de religion. Celles-ci furent en effet déterminées par des ''causes politiques ''plutôt que ''religieuses. ''La religion catholique étant considérée à cette époque comme un des fondements essentiels de la société, l'État, en déclarant la guerre aux huguenots, a eu pour but de protéger l'ordre social et l'unité de la nation. Les premiers et les vrais responsables sont donc les protestants eux-mêmes qui se révoltaient contre l'ordre de choses établi. L'on nous objecte, il est vrai, que le ''massacre de Vassy, ''qui leur servit de point de départ, fut l'œuvre des Guises, les chefs du parti catholique. La chose est exacte, mais il ne faut pas oublier que, déjà auparavant, et dès 1560, les protestants avaient pillé l'église de Saint Médard à Paris, jeté la terreur en Normandie, dans le Dauphiné et la Provence, que dans différentes villes, Montauban, Castres, Béziers, ils avaient interdit le culte catholique et forcé le peuple à assister au prêche : il ne faut pas oublier non plus que, pour servir leurs desseins, les protestants pactisèrent avec l'étranger, que l'amiral de Coligny et Condé firent appel à Elisabeth d'Angleterre, lui promettant, en échange de son or et de ses troupes, la cession du Havre, de Dieppe et de Rouen. — b) Quant aux ''atrocités, ''il n'y a pas lieu davantage de les invoquer contre l'Église catholique, car il y eut, des deux côtés, des actes regrettables. Et, tout compte fait, il semble bien que l'intolérance protestante n'est pas allée moins loin que l'intolérance catholique. Les protestants n'ont-ils pas profané les églises, détruisant les saintes images, déchirant les riches enluminures des manuscrits et des missels, renversant les croix, brisant les châsses et autres objets sacrés de grande valeur artistique? N'ont-ils pas, en un mot, commis des actes de vandalisme inexcusables et accompli des destructions irréparables?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
456. — B. ''La Saint-Barthélemy. ''— Parmi ces violences, la plus odieuse certainement, — et celle-là au compte du parti catholique, — fut le massacre de la Saint-Barthélemy. Mais est-il vrai que l'Église y ait joué le premier rôle, soit en ''préparant, ''soit en ''approuvant ''le massacre?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Préparation du massacre. ''— Pour démontrer ce premier point, nos adversaires s'appuient sur des lettres du pape S. Pie V à Charles IX et à Catherine de Médicis, dans lesquelles il les exhorte à exterminer les protestants français[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn367 [367]]. Il est indiscutable que dans ces lettres le pape prêche la guerre sainte, et demande qu'on poursuive avec une fermeté impitoyable les hérétiques insurgés ; mais dans sa pensée il s'agissait d'une guerre légitime, faite selon le droit des gens ; ce n'était nullement une exhortation à un massacre tel que la Saint-Barthélemy. La chose devient plus évidente encore, si l'on suppose, comme certains historiens le font, que le mariage du jeune prince calviniste, Henri de Navarre, avec Marguerite de Valois, catholique, servit de prétexte pour attirer les seigneurs huguenots dans un guet-apens et les faire assassiner tous à la fois, car le pape S. Pie V a toujours refusé son consentement à ce mariage : ce qu'il n'aurait pas fait s'il avait été complice de la soi-disant machination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il n'y a pas eu même ''préméditation, de la part de la Cour de France. ''Il ressort en effet de nombreux témoignages contemporains que, au printemps de 1572, l'amiral de Coligny voulait entraîner le roi Charles IX dans une guerre contre l'Espagne, et que Catherine de Médicis voulait, au contraire, maintenir la paix avec Philippe II. Comme l'avis de Coligny semble prévaloir auprès du jeune roi, la Reine-Mère conçoit le projet machiavélique de supprimer l'adversaire qui la gêne : le meurtre lui apparaît légitime, parce que commandé par la « raison d'État ». Elle se met alors à combiner avec les Guises, ennemis personnels de Coligny, des projets d'assassinat. Le 18 août, mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. Les gentilshommes protestants y sont venus de partout. Le 22 août, c'est-à-dire quatre jours après la cérémonie, tentative de massacre du ''seul ''amiral de Coligny : ce qui prouve bien qu'il n'est pas encore question de massacrer ''tous ''les protestants. Grand émoi alors parmi les seigneurs protestants qui projettent de venger Coligny, bien que celui-ci n'ait été blessé que légèrement. Devant une situation aussi critique, et dans la crainte d'être découverte, Catherine de Médicis prend un parti désespéré, et, profitant de l'attitude des protestants qui profèrent des menaces de mort contre les catholiques, et en particulier contre les Guises, elle représente au roi que les huguenots conspirent contre la sûreté de l'État et que c'est une mesure de salut public de les exécuter en masse. Elle arrache ainsi au roi affolé l'ordre de massacre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure : — 1. que le massacre de la Saint Barthélemy a été un ''crime politique ''commis à l'instigation de Catherine de Médicis ; et — 2. que, le massacre n'ayant pas été prémédité, l'on ne saurait, par conséquent, accuser l'Église de l'avoir ''préparé.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Approbation du massacre. — ''Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le ''clergé de Paris ''célébra, le 28 août, une messe solennelle et fit une procession en action de grâces. A Rome, le pape Grégoire XIII, qui avait succédé à S. Pie V, le 13 mai 1572, éprouva une grande joie à la nouvelle de la Saint-Barthélemy. Il l'annonça lui-même au consistoire, fit chanter un ''Te Deum ''à l'église Sainte-Marie-Majeure, fit frapper une médaille en souvenir de ce grand événement et ordonna la composition de la fresque fameuse de Vasari, où sont représentées les principales scènes de la sanglante journée. Tels sont les ''faits ''qui ont donné à croire que l'Église catholique, dans la personne de ses chefs, ''a approuvé le massacre. ''Mais il s'agit de savoir quelle idée on se faisait, à Paris et à Rome, de l'événement en question. Massacre et lâche assassinat, ou légitime défense? Dans le premier cas, la complicité de l'Église serait certainement engagée. Dans le second, l'attitude de ses représentants devient toute naturelle. Or c'est justement la seconde hypothèse qu'il faut envisager. — 1. Pour ce qui concerne d'abord le ''clergé de Paris, ''il est clair que ses renseignements étaient inexacts. Comme tout le monde, il croyait qu'il y avait eu, de la part des huguenots, projet d'attentat contre la sûreté de l'État : il en voyait la preuve évidente dans ce fait que, le 26, Charles IX avait, devant le Parlement, revendiqué la responsabilité du drame, tout en expliquant qu'il lui avait été imposé par la connaissance d'un complot contre le gouvernement et la famille royale. Comment s'étonner alors que le clergé parisien ait célébré, d'accord avec le peuple, une cérémonie d'actions de grâces, demandée officiellement par la Cour pour remercier le ciel d'avoir préservé le Roi et châtié les coupables? — 2. Quant à Grégoire XIII, il reçut la nouvelle de la Saint-Barthélemy, par un ambassadeur de Charles IX, le sieur de Beauvillier. Les faits lui furent donc présentés d'après la version officielle de la Cour de France. Avec le message du roi Charles IX, le même Beauvillier apportait une lettre de Louis de Bourbon, neveu du cardinal. Écrite le surlendemain du massacre, cette lettre expliquait que, dans le but de faire monter un prince protestant sur le trône, l'amiral de Coligny préparait le meurtre du roi et de la famille royale. Aussi inexactement renseigné, il est donc tout naturel que Grégoire XIII ait manifesté ses sentiments de joie avec tant de spontanéité, et qu'il en ait fait la démonstration publique. De nos jours encore, les chefs d'État n'échangent-ils pas entre eux des congratulations, lorsque l'un d'eux a échappé à un attentat?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que l'Église n'a ni ''préparé ''le massacre de la Saint-Barthélemy, ni ne l'a ''glorifié ''en tant que massacre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Les Dragonnades et la Révocation de l'Édit de Nantes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''457. — 1° Exposé des faits'''. — ''L'Edit de Nantes ''avait été un acte du pouvoir royal, une concession, non un contrat entre deux parties. En laissant à chacun la liberté d'être protestant ou catholique, autrement dit, en accordant la liberté de conscience et la liberté de culte, Henri IV posa le premier le ''principe de tolérance, ''et cela, à un moment où tous les souverains d'Europe, protestants et catholiques, n'admettaient pas que leurs sujets eussent une autre religion que la leur.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn368 [368]] Malheureusement les protestants abusèrent des concessions qui leur avaient été faites. Profitant des garanties dont ils jouissaient dans de nombreuses places de sûreté, ils commirent la double faute de vouloir s'isoler du reste de la nation, pour former un État dans l'État, et surtout d'entretenir des relations suspectes avec l'étranger. Plusieurs fois, ils s'étaient alliés, soit avec les Espagnols, soit avec les Anglais. En 1627, la Rochelle où ils étaient les maîtres, s'était révoltée ; le Languedoc, travaillé par le duc de Rohan, avait suivi son exemple. Les Réformés furent donc tenus pour des sujets dangereux, et Richelieu, voulant en finir avec eux, dirigea lui-même le ''siège de la Rochelle ''qui se rendit, après une année presque, d'une résistance acharnée (1628). Par ''l’édit de Grâce ou d’Alais ''(1629) Richelieu enleva aux protestants toutes leurs villes de sûreté et leurs privilèges politiques, mais leur laissa la liberté du culte. Malgré cette dernière concession, c'était déjà un acheminement vers la révocation de l'Édit de Nantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis XIV voulut aller plus loin que Richelieu. Imitant les autres États protestants, il voulut qu'il n'y eut dans son royaume qu'une seule foi et un seul culte, et forma le projet d'amener tous les réformés à la religion catholique. Tout d'abord il entreprit de les convertir par des prédications et des missions. Bossu et écrivit une réfutation du ''Catéchisme général de la Réformation ''publié par Paul Ferri à Sedan (1654), et entrant dans la pensée du roi, il travailla à la réconciliation des deux confessions, catholique et protestante, par la discussion et la persuasion, « chrétiennement et de bonne foi », sans violenter la conscience ni des uns ni des autres. Mais aux efforts des controversistes et des missionnaires les Réformés répondirent par de mauvaises dispositions et parfois par des violences. De plus, ils continuèrent leurs relations avec les ennemis de la France, entre autres, avec les Pays-Bas pendant la longue guerre qui commença en 1672. Mécontent alors de leur attitude, le roi Louis XIV adopta à l'égard des protestants des mesures analogues à celles qui étaient en vigueur contre les catholiques dans les États protestants tels que l'Angleterre et la Hollande. Des intendants furent envoyés partout pour seconder l'œuvre des missionnaires et mettre la force au service de la persuasion. Les intendants outrepassèrent les ordres reçus ; -sur le conseil du ministre de la guerre, Louvois, le roi envoya des ''dragons ''qui devaient loger chez les protestants qui refusaient de se convertir. Les violences et les excès de toutes sortes que commirent ces « missionnaires bottés» sont restés tristement célèbres sous le nom de ''dragonnades. ''Mais il faut dire, à la décharge de Louis XIV, qu'il ignorait les cruautés dont ses soldats se rendaient coupables. On lui faisait seulement connaître le nombre des conversions qui s'opéraient, et ce nombre était tel que bientôt le roi crut qu'il ne restait plus guère de protestants en France, que l'unité religieuse était faite. Alors il ''révoqua l’Édit de Nantes ''(16 octobre 1685). Les Réformés se virent donc obligés de choisir entre la conversion hypocrite ou l'exil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''458. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires rendent l'Église responsable de la ''révocation ''de l'Édit de Nantes et des ''fâcheux résultats ''qui s'ensuivirent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''459. — 3° Réponse. '''A. ''LA RÉVOCATION.— ''La révocation de l'Édit de Nantes peut être considérée à un double point de vue : politique et religieux. — a) Au point de vue '''politique ''ou ''juridique, ''il est bien certain que le roi Louis XIV avait le ''droit ''de révoquer l'édit porté par Henri IV. Les protestants eux-mêmes en conviennent. « Ces actes de tolérance, dit Grotius, ne sont pas des traités, mais des édits royaux rendus pour le bien général, et révocables quand le même bien général y engagera le Roi». — ''b) ''Au point de vue ''religieux, ''l'intolérance du Roi et du parti catholique fut certainement une erreur fâcheuse. Nous avons dit : ''l’intolérance du Roi ''et du ''parti catholique, ''car, si Louis XIV fut le grand responsable, il faut bien avouer que son acte était réclamé par l'opinion catholique et qu'il fut accueilli avec des marques non dissimulées de satisfaction. Toutefois, le pape Innocent XI ne lui donna pas sa complète approbation. Quant aux violences commises, aux ''dragonnades, ''il est clair qu'elles ne sont pas imputables à l'Église, et l'on ne peut même pas dire, comme nous l'avons vu plus haut, que Louis XIV doive en porter la responsabilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES RÉSULTATS. ''— Nous n'hésitons pas à reconnaître que la révocation de l'Édit de Nantes eut des ''conséquences religieuses et politiques tout à fait déplorables. ''Les protestants qui se convertirent pour pouvoir rester en France, furent de mauvais catholiques. Ceux qui préférèrent l'exil, portèrent à l'étranger les ressources de leurs talents et de leur activité laborieuse ; il y en eut même qui entrèrent dans les armées ennemies et n'eurent pas honte de combattre leur pays. Mais, autant nous pouvons les admirer d'avoir accepté courageusement les douleurs de l'exil plutôt que de trahir leur foi, autant nous devons les blâmer d'avoir haï leur patrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— II n'y a pas à le dissimuler, la révocation de l'Édit de Nantes fut une ''faute ''et un ''malheur. ''Cet acte fut surtout un ''acte politique, ''mais le parti catholique se fût grandi, si, au lieu d'imiter l'intransigeance dès pays protestants, il eût réclamé pour ses frères dissidents le bénéfice d'une large tolérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 5. — Le Procès de Galilée. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''460. — 1'''° '''Exposé des faits. '''— Dès 1530, le chanoine Copernic formulait déjà l'hypothèse que la terre et toutes les planètes tournent autour du soleil, et non le soleil autour de la terre, comme l'enseignait le ''système de ''Ptolémée, généralement admis jusque-là. Au début du xvir3 siècle, Gaulée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn369 [369]], ayant présenté le ''système de Copernic ''comme une hypothèse certaine, fut, de ce fait, cité deux fois devant la Saint-Office. Ce sont ces ''deux procès ''qui forment le point central de ce qu'on appelle 1' « ''affaire Galilée ''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PROCÈS DE ''1616. — En défendant la théorie de Copernic comme une hypothèse certaine, Galilée s'était fait de nombreux adversaires, entre autres, tous les savants qui ne juraient que par Aristote. Vers la fin de 1641, François Sizi accuse Galilée de contredire, par son système, les passages de la Bible tels que Josué, x, 12 ; Eccles., i, 5 ; Ps., xviii, 6 ; ciii, 5 ; Eccl., xliii, 2, qui paraissent en faveur du système géocentrique. Galilée pouvait alors se retrancher sur le terrain scientifique et fuir la difficulté en laissant aux théologiens et aux exégètes le soin de la résoudre. Il commit la faute de suivre son adversaire sur le terrain de l'exégèse. Le 19 février 1616, la question fut donc portée devant la Congrégation du Saint-Office. Onze théologiens consulteurs eurent à examiner les deux propositions suivantes : — 1. Le soleil est le centre du monde et il est immobile ; 2. La terre n'est pas le centre du monde et elle a un mouvement de rotation et de translation. La première proposition fut qualifiée « fausse et absurde philosophiquement, et formellement hérétique parce qu'elle contredit expressément plusieurs textes de la Sainte Écriture suivant leur sens propre et suivant l'interprétation commune des Pères et des Docteurs». La seconde proposition fut censurée « fausse et absurde philosophiquement, et au moins, erronée dans la foi ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 25 février, le pape Paul V donnait au cardinal Bellarmin l'ordre de faire venir Galilée et de l'avertir qu'il eût à abandonner ses idées. Galilée vint et se soumit. Le 5 mars, sur l'ordre de Paul V, paraissait un décret de la Congrégation de l'Index condamnant les ouvrages de Copernic et tous les livres qui enseignaient la doctrine de l'immobilité du soleil. Mais dans cette condamnation il n'était pas fait mention des écrits de Galilée. Celui-ci fut même reçu en audience, le 9 mars, par le pape qui lui déclara qu'il connaissait la droiture de ses intentions et qu'il n'avait rien à craindre de ses calomniateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PROCÈS DE ''1633. — Après son procès de 1616, Galilée était allé reprendre à Florence le cours de ses travaux. En 1632, il publia son ''Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde. ''Cet ouvrage portait l'imprimatur de l'inquisiteur de Florence et celui de Mgr Riccardi, Maître du Sacré-Palais, chargé par office de surveiller la publication de tous les livres qui paraissaient à Rome. Or ce dernier avait bien accordé l'imprimatur, mais sous la condition, que l'ouvrage contiendrait une préface et une conclusion indiquant que le système n'était présenté qu'à titre d'hypothèse. La préface et la conclusion&amp;quot;^ y trouvaient en effet, mais, de la manière dont elles étaient rédigées, elles parurent une moquerie. Les théologiens du Saint-Office furent d'avis que Galilée transgressait les ordres donnés en 1616. En conséquence, il fut cité à nouveau devant le Saint-Office. Après avoir différé plusieurs fois son voyage sous prétexte de maladie, il se mit enfin en route et arriva à Rome le 16 février 1633, où il jouit d'un régime de faveurs, puisque, au lieu d'être interné dans une cellule du Saint-Office, il put descendre chez un de ses amis Niccolini ,l'ambassadeur de Toscane.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le procès commença le 12 avril, et la sentence fut rendue le 22 juin. Galilée, debout et tête nue, écouta la lecture de sa condamnation : abjuration, prison et récitation, une fois par semaine, pendant trois ans, des sept Psaumes de la Pénitence. Puis, à genoux, la main sur l'Évangile, il signa un acte d'abjuration dans lequel il se déclarait « justement soupçonné d'hérésie», détestait ses erreurs, promettait de ne plus les soutenir et de réciter les pénitences imposées. C'est à ce moment que, d'après une légende tout à fait invraisemblable, vu les circonstances, Galilée se serait écrié en frappant la terre du pied : « ''E pur si muove» ''«Et pourtant elle se meut!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''461. — 2° Accusation.''' — Nos adversaires portent, à propos du procès de Galilée, une triple accusation contre l'Eglise. — ''a) ''Ils prétendent d'abord que, dans cette affaire, L'''infaillibilité du pape a été mise en défaut: ''— ''b) ''Puis ils accusent l'Église d'avoir ''frappé un innocent, ''et — c) d'avoir ''entravé les progrès de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''462. — 3° Réponse'''- — A. Il est faux de prétendre que l'infaillibilité du pape et par conséquent celle de l'Église ,ait été mise en défaut dans l'affaire Galilée. Sans nul doute, lorsque les juges de Galilée, les papes Paul V et Urbain VIII y compris, jugeaient le système de Copernic contraire à la lettre de l'Écriture, ils commettaient une erreur objective et matérielle. Lorsque Galilée affirmait, au contraire, qu'il ne faut pas toujours prendre les paroles de la Sainte Écriture à la lettre, les écrivains sacrés ayant employé, en parlant du soleil, le langage courant, lequel n'a aucune prétention scientifique et se conforme aux apparences, c'est bien lui qui avait raison. D'où il suit que « le tribunal du Saint-Office, comme celui de l'Index, s'est ''trompé en ''déclarant, dans les considérants, fausse en philosophie la doctrine de Copernic, qui est vraie, et contraire à l'Écriture cette doctrine, qui ne lui est nullement opposée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais peut-on trouver dans ce fait un argument contre la doctrine de l'''infaillibilité ''de l'Église ou du Souverain Pontife? Pour répondre à cette question, il n'y a qu'à déterminer la valeur juridique des décrets de 1616 et de 1633. Le décret de 1616 est un décret de la Sacrée Congrégation de l'Index ; celui de 1633, un décret du Saint-Office. Assurément, ces décrets ont été approuvés par le Pape : mais comme dans l'espèce, il s'agit seulement d'une approbation dans la forme simple, commune ''(in forma communi), ''les décrets sont et restent juridiquement les décrets de Congrégations, qui valent par l'autorité immédiate des Congrégations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous le savons, la question d'infaillibilité ''ne se pose ''même ''pas, ''quand il s'agit d'un décret d'une Congrégation quelle qu'elle soit, eût-elle comme Préfet le Pape lui-même. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn370 [370]] Deux conditions leur manquent pour pouvoir être des définitions ex-cathedra, et partant, infaillibles. La première c'est que la censure portée contre la théorie copernicienne ne se trouve que dans les ''considérants ''qui ne sont jamais l'objet de l'infaillibilité, et la seconde c'est que les décrets n'ont pas été des actes pontificaux, mais des actes des Congrégations, lesquelles ne jouissent pas du privilège de l'infaillibilité. Au reste, aucun théologien n'a jamais considéré ces décrets comme des articles de foi, et, même après les sentences du Saint-Office, les nombreux adversaires du système copernicien n'ont jamais allégué contre lui qu'il avait été condamné par un jugement infaillible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'infaillibilité du Pape mise hors de cause, ''l'on peut s'étonner à bon droit de ''l'erreur des juges du Saint-Office. ''Il y a cependant de bonnes ''raisons ''qui expliquent, et même justifient, leur conduite On a dit que la condamnation de Galilée était le résultat d'une machination tramée contre lui par des adversaires jaloux, que le pape Urbain VIII se serait reconnu dans le « ''Dialogue ''» sous le personnage un peu ridicule de Simplicio dans la bouche duquel se trouvait un argument que le pape, alors qu'il n'était encore que le cardinal Maffeo Barberini, avait opposé à Galilée, et que son amour-propre blessé l'aurait poussé à la vengeance. Quoi qu'il puisse y avoir de vrai dans ces allégations, il y eut d'autres ''raisons plus sérieuses ''qui déterminèrent les juges de l'Inquisition à prononcer une sentence de condamnation, et ces raisons furent les suivantes. C'était alors une règle courante en exégèse, — et cette règle n'a pas changé, — que les textes de la Sainte Écriture doivent être pris dans leur ''sens propre ''quand l'interprétation contraire n'est pas imposée par des motifs tout à fait valables. Or, à cette époque, l'on interprétait les passages en question, et en particulier, celui où Josué commande au soleil de s'arrêter, au ''sens propre et obvie, ''et par conséquent d'après le système astronomique de Ptolémée. Aussi longtemps que ce dernier système n'était pas démontré faux et que Galilée ne pouvait apporter aucune preuve péremptoire et scientifique de la vérité du système de Copernic, c'était le ''droit ''de la congrégation du Saint-Office, et même son ''devoir, de garder l'interprétation littérale ''et d'arrêter, par une décision disciplinaire, toute doctrine qui contredirait cette interprétation et voudrait substituer le sens métaphorique au sens littéral. Ajoutons que la Congrégation était d'autant plus portée à s'en tenir à ''l’interprétation traditionnelle ''que l'on se trouvait alors en pleine effervescence du protestantisme, et que, en prétendant interpréter les textes de la Sainte Écriture à sa façon, Galilée semblait favoriser la ''théorie du libre examen.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Dans quelle mesure peut-on dire que l'Église a ''frappé un innocent ''et que Galilée est un ''martyr de la science? ''Qu'il ait eu à souffrir pour la défense de ses idées, que, mis dans l'alternative d'avoir à les sacrifier ou de désobéir à l'Église, il ait enduré dans son intelligence et dans son cœur de cruelles tortures, la chose ne semble pas contestable. Mais dire, que l'Église l'a ''martyrisé, ''c'est aller un peu loin. — 1. Tout d'abord, il est faux de prétendre qu'il fut forcé d'abjurer une doctrine ''qu'il savait être certaine. ''Il lui semblait bien par les expériences qu'il avait faites que le système de Copernic était une hypothèse plus vraisemblable que celle de Ptolémée, mais de la vérité de cette hypothèse il n'eut jamais la certitude évidente. — 2. Encore moins peut-on dire qu'il fut ''traité avec rigueur. ''« On peut défier les plus fanatiques de citer où et quand, pendant ou après son procès, Galilée aurait subi une heure de détention dans une prison proprement dite.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn371 [371]] Le pape Paul V admirait Galilée et lui donna de nombreuses marques de bienveillance. — L'on objecte, il est vrai, qu'URBAiN VIII le fit ''menacer de la torture. ''Mais cette menace, qui ne fut d'ailleurs pas exécutée, était un des ''moyens juridiques ''d'alors, analogue à ''l'isolement ''et au ''secret ''dont on se sert aujourd'hui, pour provoquer les aveux des prévenus. Il serait, d'autre part, injuste de dire qu'URBAiN VIII fut dur à son égard puisque, le lendemain de sa condamnation, le 23 juin 1633, Galilée fut autorisé à quitter les appartements du Saint-Office où il devait être détenu, et à se rendre dans le palais de son ami, le Grand-Duc de Toscane ; d'où il put bientôt repartir pour sa villa d'Arcetri. Et c'est là qu'il mourut, après avoir reçu tous les ans une pension que le Pape lui accordait depuis 16.30.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. La condamnation de Galilée a-t-elle vraiment ''entravé les progrès de la science? ''« Accordons sans peine que les décrets de l'Index ont pu empêcher ou retarder la publication de quelques ouvrages, tel le ''Monde ''de Descartes ; mais, de bonne foi, peut-on affirmer que le triomphe du système en a été reculé?... L'accord avec l'expérience pouvait seul donner à l'hypothèse de Copernic une confirmation décisive, et les décrets de l'Index n'empêchaient personne de chercher à réaliser cet accord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn372 [372]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il résulte que, si la condamnation de Galilée fut, de la part de la Congrégation du Saint- Office et même des papes Paul V et Urbain viii. une erreur infiniment regrettable, elle ''n'atteint en rien la doctrine de l'Église sur l'infaillibilité pontificale, ''pas plus qu'elle ne témoigne d'une hostilité systématique contre la science et le progrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 6. — L'ingérence des Papes dans les affaires temporelles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''463. — 1° Exposé des faits. '''— L'histoire nous témoigne que, au moyen âge, les Papes se sont considérés comme les chefs suprêmes des États chrétiens, qu'ils ont revendiqué le droit de citer à leur tribunal souverains et sujets, et qu'ils ont infligé aux princes scandaleux, non seulement des peines spirituelles telles que l'excommunication, mais même des peines temporelles en les déposant et en les privant de leurs droits de commander. Ainsi Grégoire VII (le moine Hildebrand), célèbre par sa lutte dans la ''Querelle des Investitures[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn373 [373]], excommunia une première fois l'empereur d'Allemagne, Henri IV, qui ne voulait pas se laisser dépouiller du droit de 1’investiture, le réduisit à venir, s'humilier devant lui au château de Canossa (1077) et l'ex­communia une seconde {ois (1078) parce qu'il ne tenait pas ses promesses. Innocent III (1198-1216) obligea Philippe-Auguste à reprendre sa femme Ingeborg ; en Angleterre, il déposa Jean sans Terre, puis le rétablit sur le trône ; en Allemagne, il excommunia Othon IV et délia ses sujets du serment de fidélité. Innocent IV, au concile de Lyon (1245), déposa Frédéric II, empereur d'Allemagne. Boniface VIII (1294-1303) lutta, pendant toute la durée de son pontificat, contre le roi de France, Philippe le Bel. Comme ce dernier, toujours à court d'argent, voulait imposer le clergé à son gré, sans tenir compte des immunités ecclésiastiques (N° 422, ''n.), ''le Pape dans sa bulle « ''Clericis laicos», ''rappela la doctrine de l'Église et interdit aux clercs de payer le tribut aux puissances laïques. Sur la demande du clergé français lui-même, il accorda ensuite l'autorisation. Mais la lutte recommença bientôt et Boniface VIII publia contre Philippe le Bel une série de bulles, entre autres, la bulle « ''Ausculta, filin, ''dans laquelle il se disait « constitué au-dessus des rois et des royaumes!, et la bulle « ''Unam Sanctam ''», dans laquelle, après avoir rappelé l'unité de l'Eglise, il déclarait que « ce corps unique ne doit pas avoir deux têtes, mais une seule, le Christ et le Vicaire du Christ », que deux glaives sont au pouvoir de l'Église, un spirituel, et un matériel, que « le premier doit être manié ''par ''l'Église, le second ''pour ''1 Église i et que, le second devant être soumis au premier, le pouvoir spirituel doit juger le pouvoir temporel si celui-ci s'égare. Enfin Boniface VIII excommunia Philippe le Bel le 13 avril 1303.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''464. — 2° Accusation. '''— Les ennemis de l'Église accusent les papes d'avoir outrepassé leurs droits et d'avoir ''revendiqué un pouvoir illégitime.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''465. — 3°''' '''Réponse. '''— A. L'intervention des papes dans les affaires temporelles des États chrétiens n'était pas ''illégitime : ''elle ne constituait nullement, de leur part, un ''abus de pouvoir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les papes avaient le droit d'intervenir à un double titre : — ''a) ''Tout d'abord en vertu de leur ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles dont nous avons précédemment démontré l'existence (N° 436). « Le pouvoir spirituel, dit Bellarmin, ne s'immisce pas dans les affaires temporelles, à moins que ce3 affaires ne s'opposent à la fin spirituelle ou ne soient nécessaires pour l'obtenir : auxquels cas le pouvoir spirituel peut et doit réprimer le pouvoir temporel et le contraindre par toutes les voies qui paraîtront nécessaires. » Lorsque les Papes précités ont frappé les princes qui abusaient de leurs pouvoirs, non seulement de peines spirituelles comme l'excommunication, mais même de peines temporelles comme la déposition, ils ont donc agi en vertu du ''pouvoir spirituel ''attaché à leur charge suprême et du ''pouvoir indirect ''sur les choses temporelles qui découle du pouvoir spirituel. — b) En dehors du ''droit divin ''dont nous venons de parler, le ''droit public du temps, ''reposant sur le libre consentement des peuples et des princes, légitimait l'intervention de la papauté dans les affaires temporelles. Rappelons-nous en effet que, en vertu de ce droit public, il y avait une alliance étroite entre l'Église et l'État, que le Pape était regardé comme le chef naturel de la chrétienté, à qui appartenait le droit de trancher les différends, et que le prince, avant de monter sur le trône, faisait serment de gouverner avec justice, de protéger la Sainte Église romaine, de défendre la foi contre l'hérésie, et de ne pas encourir lui-même l'excommunication. Que si alors le prince devenait parjure à son serment, s'il gouvernait contre les droits de l'Église ou contre les justes intérêts de son peuple, la papauté avait le droit et même le devoir de lui remettre devant les yeux les engagements sacrés qu'il avait pris, et en cas de refus, de l'excommunier, au besoin, de le déposer, et de déclarer ses sujets déliés de leur serment d'obéissance à l'égard d'un souverain indigne du pouvoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn374 [374]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Non seulement l'intervention des papes dans les affaires temporelles n'était pas illégitime, mais il faut reconnaître combien elle fut ''heureuse ''et ''bienfaisante, ''tout à l'avantage des faibles et des opprimés. Durant cette rude époque de la féodalité où tout était livré au plus fort, seule l'Église avait assez de puissance pour rappeler aux rois et aux seigneurs qu'au-dessus de la force il y a le droit. La prérogative que les Papes revendiquaient de déposer les rois dont la conduite était scandaleuse, et de délier leurs peuples du serment de fidélité, bien loin d'être une usurpation ,du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, lui servait au contraire de frein et de contrepoids. Quand le droit était violé et que la justice demeurait impuissante, il était bon qu'il y eût quelqu'un d'assez fort et d'assez indépendant pour prendre en main la cause de la morale et de la religion outragées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— On objecte aussi contre l'Église : — 1. qu'il y a eu de ''mauvais Papes, ''et l'on cite alors les noms d'Etienne VI, de Jean XII, de Benoît IX et d'Alexandre VI, — 2. que, au moyen âge, il y eut un ''clergé simoniaque ''et ''corrompu. ''— A cette objection nous avons déjà répondu et nous avons montré qu'elle ne vaut ni contre ''l’infaillibilité du Pape ''(N° 400), ni contre la ''sainteté de l'Église ''(N° 379).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 7. — Le Syllabus et la condamnation des libertés modernes. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''466. —''' '''1° Notion et autorité doctrinale du Syllabus. '''— Le ''Syllabus ''(mot lat. qui veut dira index, table) est un recueil de quatre-vingts propositions renfermant les principales erreurs modernes, déjà réprouvées et condamnées dans les allocutions consistoriales, les encycliques et autres lettres apostoliques du pape Pie IX. Le ''Syllabus, ''précédé de l'Encyclique ''Quanta cura, ''parut, sur l'ordre de Pie IX, le 8 décembre 1864, mais ''l'idée d'un pareil catalogue ''contenant les erreurs de l'époque sous la forme qu'elles revêtaient alors, était bien antérieure à cette date et avait été suggérée dès 1849, par l'archevêque de Pérouse, le cardinal Pecci, qui devait succéder à Pie IX sous le nom de Léon XIII.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est ''l’autorité doctrinale du Syllabus? ''Faut-il le considérer comme un ''acte ex-cathedra, ''comme le veulent certains théologiens de valeur : Franzelin, Mazzella, Hurter, Pesch, ou bien n'est-il qu'un document de grande autorité auquel tout catholique doit adhérer sans qu'on puisse le taxer d'hérésie, dans le cas contraire? La question n'est pas tranchée, et du fait qu'elle ne l'est pas et que chaque catholique reste libre d'adopter l'une ou l'autre opinion, le Syllabus ne s'impose pas à la croyance comme une définition infaillible. Il est vrai que le pape Pie IX en a pris la responsabilité, mais, dit le P. Choupin, « toute constitution pontificale, même relative à la foi et solennellement promulguée n'est pas une définition ''ex-cathedra : ''il faut encore et surtout que le Pape manifeste suffisamment sa volonté de trancher ''définitivement ''la question par une ''sentence absolue ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn375 [375]]. Par conséquent, bien que les propositions condamnées doivent être repoussées par tout catholique d'un assentiment ferme, il ne s'ensuit pas que la proposition contradictoire soit de foi. La proposition condamnée n'ayant pas été qualifiée d'hérétique, la proposition contraire ne saurait être de foi. Il importe, en outre, pour mesurer tout le sens d'une proposition condamnée dans le Syllabus, de se reporter au document d'où elle est extraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''467. — 2°''' '''Accusation. '''— Nos adversaires accusent l'Église d'avoir, par le Syllabus, ''déclaré la guerre à la société moderne et ''de s être montrée l'ennemie irréconciliable du progrès et de la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''468. — 3°''' '''Réponse. '''— Pour étayer leur accusation, les adversaires de l'Église s'appuient surtout sur les deux dernières propositions du ''Syllabus ''qui sont pour ainsi dire le résumé des erreurs modernes : ''Prop. LXXIX. : ''« Il est faux que la liberté de professer n'importe quelle religion, de penser et de manifester publiquement toutes les opinions conduisent plus facilement à la corruption des mœurs et des esprits et propage la peste de l'indifférentisme. » ''Prop. LXXX. ''« Le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, , le libéralisme et la civilisation moderne. » Or, il est bien évident, à propos de cette dernière proposition, — et il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter à l'allocution ''Jamdudum ''d'où la proposition est extraite, — que le pape n'entend nullement condamner les ''progrès véritables ''de la science positive et des inventions humaines. La condamnation ne porte que sur le ''faux progrès ''et sur la fausse civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même, le pape Pie IX ne condamne pas toute liberté et tout libéralisme. Personne n'a jamais défendu la ''vraie liberté ''plus que l'Église catholique : elle affirme la ''liberté naturelle ''contre les matérialistes et les déterministes qui la nient, la ''liberté individuelle ''contre les esclavagistes qui la suppriment, la ''liberté de conscience ''contre les pouvoirs publics qui l'oppriment. Ne disons donc pas que l'Église est l'ennemie des libertés, anciennes ou modernes : ce qu'elle frappe d'anathème c'est la ''fausse liberté, ''c'est le droit à l'erreur et au mal, c'est, d'une manière générale, l'opinion qui soutient que la liberté implique le droit absolu d'embrasser et de soutenir toute doctrine philosophique, religieuse et politique, qui vous plaît. Après avoir rappelé les vieilles erreurs déjà condamnées du panthéisme, du naturalisme, du rationalisme, de l'indifférentisme, après avoir réprouvé les thèses socialistes et communistes de l'origine populaire du pouvoir et du droit absolu des majorités, etc., Pie IX, à l'exemple de Grégoire XVI, dans son Encyclique ''Mirari vos, ''proclame que les droits de la vérité sont supérieurs à ceux de la liberté, les droits de Dieu supérieurs à ceux de l'homme, les droits de la justice supérieurs à ceux du nombre et de la force, et, avec une grande sagesse, il condamne le ''libéralisme absolu ''qui, par son culte extravagant et mal entendu de la liberté, est la source profonde d'un grand nombre d'erreurs contemporaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, remarquons-le en passant, Pie IX s'est contenté d'exposer la ''thèse ''catholique ; et à ce point de vue, on peut l'accuser d'intolérance.. La vérité ne saurait être tolérante, car, par le fait même qu'elle est la vérité, elle exclut ce qui lui est contraire. Reprocher à l'Église son intolérance doctrinale, c'est donc lui reprocher d'être et de se croire la vérité. Toutefois, quelque intolérants qu'ils paraissent, les principes du Syllabus laissent libre espace à toutes les aspirations légitimes de la pensée moderne, et c'est ce que Léon XIII, dans une admirable suite d'encycliques, s'est chargé de démontrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Services rendus par l'Église. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
469. — A côté des griefs que nos adversaires accumulent dans leur sévère réquisitoire contre l'Église, il serait injuste de ne pas mentionner les services que le christianisme a rendus et de méconnaître la part qui lui revient dans la marche de la civilisation. Nous allons donc voir brièvement ce que l'Église a fait pour ''l'individu, ''pour la ''famille ''et pour la ''société, ''comment elle a travaillé au progrès, au bien-être des peuples, à leurs intérêts matériels, intellectuels et moraux. Les bienfaits qu'elle a rendus sur ce terrain méritent d'être d'autant plus appréciés qu'ils sont en dehors de la sphère d'action et de la mission tracées par le Christ. Car, ne l'oublions pas, l'Église a été instituée pour recevoir et transmettre le dépôt de la révélation chrétienne, pour conduire les hommes à leur salut éternel, et non pas pour travailler, tout au moins d'une façon immédiate, à leur bonheur temporel. Et cependant elle n'a cessé de s'en préoccuper et de tendre, par tous les moyens en son pouvoir, à améliorer le sort de l'humanité. « Chose admirable, pouvons-nous dire avec Montesquieu, ''(L’Esprit des lois), ''la religion chrétienne qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1 — L'Église et l'Individu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
470. — Si nous considérons l'homme d'une manière générale et du seul point de vue ''individuel, ''nous constatons que, presque partout dans l'antiquité, l'humanité est partagée en deux classes : l'homme ''libre, et l’esclave. ''Ce qu'était l'esclave et ce qu'a fait l'Église pour lui, telles sont les deux questions qui se posent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Ce qu'était l'esclave. — On entend par ''esclavage ''l'état de l'homme asservi à la puissance d'un autre homme. L'esclavage avait pour origines, la guerre, la traite ou la naissance. Le prisonnier vaincu, le malheureux capturé par des pirates ou l'enfant né de parents esclaves tombaient sous la dépendance absolue d'un maître qui les traitait et exploitait à son gré. La condition matérielle de l'esclave variait donc suivant le caractère et les dispositions de ce dernier. De toute façon, l'esclave était toujours un être à part, un homme qui n'avait pas plus de droits que la bête de somme, qui était entièrement la propriété, la « ''chose ''» du maître, ravalé par le fait au rang d'un animal ou d'un vil instrument qu'on achète et qu'on vend, dont on se défait quand il ne peut plus servir. On connaît en effet le conseil de Caton au père de famille économe : « Vendez les vieux bœufs... les vieilles voitures, les vieilles ferrailles, le ''vieil esclave, l'esclave malade. ''» N'ayant pas de droits sur sa personne, l'esclave ne pouvait en avoir davantage sur sa famille, sur sa femme et ses enfants. Il arriva même souvent que la législation conférait au maître le droit de vie et de mort sur ses esclaves, et l'on sait que les gladiateurs dont les combats eurent tant de vogue chez les Romains, étaient pris non seulement parmi les condamnés à mort, mais aussi parmi les esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telle était la condition de la plus grande partie de l'humanité, et il convient d'ajouter que cette honteuse institution n'était nullement réprouvée par la religion païenne, qu'elle était tenue pour une institution légitime, même par les philosophes les plus illustres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn376 [376]]. Si les écrivains ont blâmé parfois les abus, jamais ils n'ont condamné le principe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''471. — 2° Ce que l'Église a fait pour l'esclave.''' — Qu'on ne se figure pas tout d'abord que l'Église a renversé d'un seul coup l'état de choses établi. Les révolutions doivent être amenées par une lente évolution des idées, car l'opinion publique ne rompt pas du jour au lendemain avec les idées ambiantes, avec les traditions et les vieilles coutumes. La transformation d'une société nécessite donc une action continue, un travail préparatoire de longue haleine. Or ce travail, l'Église l'entreprit par sa doctrine, par sa législation et par ses actes : — ''a) par sa doctrine. ''Dès l'origine du christianisme, l'Église commence sa lutte contre l'esclavage. Le premier et le plus éloquent interprète de sa doctrine est saint Paul. Avec une habileté et un art consommés, l'Apôtre des Gentils pose les ''grands principes de l'égalité ''et de la ''fraternité, ''qui sont comme le fondement de la ''liberté individuelle. ''Il proclame, à la face des maîtres orgueilleux qui se trouvent dans le vaste Empire gréco-romain, que tous les hommes sont issus de la même origine, rachetés du même sang et appelés à la même béatitude éternelle, par conséquent, égaux et frères. « II n'y a plus écrit-il aux Galates, ni Juif ni Grec, ni esclave, ni homme libre, il n'y a plus ni homme, ni femme ; car vous êtes tous ''un ''dans le Christ Jésus. » ( ''Gal''., ii, 28). Mais, tout en posant les principes qui doivent peu à peu détruire l'esclavage, saint Paul se garde bien de prendre une attitude agressive contre les maîtres, de prêcher la lutte dos classes et de pousser à une révolution trop rapide qui compromettrait le succès de son œuvre. Il juge beaucoup plus sage pour le moment de rappeler aux uns et aux autres leurs ''devoirs réciproques : ''obéissance de la part des esclaves, bonté de la part des maîtres : « ''Serviteurs, ''dit-il aux premiers, obéissez à vos maîtres selon la chair avec respect et crainte et dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ... Servez-les avec affection, comme servant le Seigneur et non des hommes, assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur de ce qu'il aura fait de bien. Et vous ''maîtres, ''dit-il aux seconds, agissez de même à leur égard et laissez là les menaces, sachant que leur Seigneur et le vôtre est dans les cieux et qu'il ne fait pas acception des personnes. » ''(Eph., ''vi. 5-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Par sa législation. ''Sous l'influence de l'Église, les empereurs devenus chrétiens, promulguent des lois qui améliorent la condition de l'esclave. Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, Constantin défend de marquer les condamnés et les esclaves au visage « où réside l'image de la beauté divine » ; il déclare coupables d'homicide les maîtres dont les mauvais traitements auraient causé la mort de leurs esclaves. Théodose rend la liberté à tous les enfants vendus par leurs pères ; Honorius met fin pour toujours aux combats des gladiateurs ; Justinien porte une loi qui punit le rapt des femmes esclaves de la même peine que celui des femmes libres. Un des rares empereurs qui n'aient pris aucune mesure en faveur des esclaves est précisément un empereur imbu de tous les préjugés du paganisme, Julien l'Apostat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les invasions barbares au ve siècle sont néfastes à la cause des esclaves et lui font perdre du terrain. Mais l'Église, par les nombreux conciles qu'elle tient, du vie au ixe siècle, en Gaule, en Bretagne, en Espagne, en Italie, continue de travailler en leur faveur. Le concile d'Orléans de 511 et le concile d'Epône, en 517, proclament le ''droit d'asile, ''en vertu duquel l'esclave, même « coupable d'un crime atroce » s'il s'est réfugié dans une église, ne pourra subir un châtiment corporel. Le concile d'Auxerre, à la fin du VIe siècle, le concile de Chalon-sur-Saône, au milieu du viie siècle, défendent de faire travailler les esclaves le dimanche. Plusieurs conciles ''interdisent la traite des esclaves, ''ou, s'ils n'osent pas aller aussi loin, lui apportent des entraves, comme on en trouve un exemple dans le 9e canon du concile de Châlons-sur-Marne qui défend de vendre aucun esclave en dehors du royaume de Clovis». En outre, l'esclave est admis par l'Église- au ''sacerdoce ''et à la ''profession monastique, ''pourvu qu'il ait obtenu de son maître le consentement préalable, ou l'affranchissement. Enfin, les conciles du vin&amp;quot; siècle reconnaissent formellement la ''validité des mariages ''contractés, en connaissance de cause, entre des hommes libres et des esclaves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Par ses actes. ''— 1. Dans ''l'exercice de son culte, ''l'Église primitive ne tient aucun compte des distinctions sociales. «Entre le riche et le pauvre, l’esclave et le livre, il n’y a pas de différence», écrit l’apologiste Lactance. Telle est, à n’en pas douter, l’un des raisons les plus fortes qui contribueront à l’affranchissement de l’esclave. Renan lui-même ne fait pas de difficulté à le reconnaître : «Les réunions à l'Eglise, à elle s seules, écrit-il dans son ''Marc Aurèle, ''eussent suffi à ruiner cette cruelle institution (de l'esclavage). L'antiquité n'avait conservé l'esclavage qu'en excluant les esclaves ,des cultes patriotiques. S'ils avaient sacrifié avec leurs maîtres, ils se seraient relevés moralement. La fréquentation de l'église était la plus parfaite leçon d'égalité religieuse... Du moment que l'esclave a la même religion que son maître, prie dans le même temple que lui, l'esclavage est bien près de finir. » — 2. L’''admission des esclaves au sacerdoce ''et à la ''vie monastique ''que nous avons signalée plus haut est une autre source d'où doit sortir le nivellement de tous les rangs sociaux. Sous la bure ou le voile monastique, on ne discerne plus les maîtres des esclaves : les uns et les autres travaillent et prient en commun, confondus dans une égalité parfaite. — 3. A partir du vie siècle, l'Église, enrichie par les donations pieuses des rois et des seigneurs, emploie ses richesses au ''rachat de nombreux prisonniers de guerre et d'esclaves, ''afin de les affranchir, ou tout au moins, de « leur rendre la vie douce et facile a, selon la recommandation des papes et des conciles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que l'Église a fait dans le passé. Son ardeur ne s'est d'ailleurs pas éteinte, et tout lé monde connaît la grande œuvre entreprise par Léon XIII et le cardinal Lavigerie, à la fin du siècle dernier, connue sous le nom ''d'œuvre antiesclavagiste ''et destinée à combattre en Afrique la traite et l'esclavage des noirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — L'Église et la Famille. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
472. — Nécessaire pour conserver la vie tout autant que pour la donner, la famille est de ''droit naturel, ''en même temps que ''d'origine divine. ''Cependant les ''conditions ''de la famille, — et nous entendons par là les relations entre eux des membres qui la composent, — peuvent varier avec les temps et les lieux. Voyons donc ce que fut la famille dans l'antiquité et ce qu'elle est depuis le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''La famille dans l'antiquité. '''— Dans l'antiquité, l'autorité souveraine du père absorbe celle des autres membres. — ''a) ''Presque partout, à Rome spécialement, ''l'enfant ''tient son droit à la vie du bon vouloir du père. Les infanticides y sont fréquents, admis par les lois, et approuvés par les philosophes. « Rien n'est plus raisonnable, dit à ce sujet Sénèque, que d'écarter de la maison les choses inutiles » et Quintilien ose écrire que « tuer un homme est souvent un crime, mais ''tuer ses propres enfants ''est souvent une très belle action». Si le père peut tuer ses enfants, à plus forte raison peut-il les vendre ou les donner en gage. — b) Quant à la ''mère, ''sa situation n'est pas plus enviable. Non seulement elle n'a aucune part à la puissance paternelle, mais là où la polygamie et le divorce sont admis, comme en Orient, elle est une véritable esclave. Même au milieu des civilisations les plus brillantes, comme celles de la Grèce et de Rome, la condition de la femme n'est guère meilleure. Jeune fille, elle est sous la puissance de son père; mariée, elle passe sous la tutelle de son mari qui détient de la législation des pouvoirs presque illimités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''473. — 2°''' '''La famille dans la société chrétienne. '''— a) Grâce au christianisme, ''l'enfant ''devient l'objet des plus tendres sollicitudes des parents. Sous l'influence de la doctrine chrétienne, le père comprend que son enfant n'est pas une propriété dont il a le droit d'user ou d'abuser, mais une créature de Dieu, rachetée du sang du Christ et prédestinée au ciel, un être qu'il doit entourer d'une tendresse d'autant plus grande qu'il est ' plus chétif et plus faible. — b) Le christianisme n'a pas moins relevé la ''dignité morale de la, femme : ''et cela de double façon, en enseignant, d'une part, la ''noblesse de la virginité', ''et le respect dont il convient de l'entourer, et d'autre part, la ''grandeur du mariage ''un et indissoluble. Car, qu'on le remarque bien, le christianisme n'a pas rehaussé la virginité, si peu connue et si incomprise des anciens, pour rabaisser d'autant le mariage. L'exaltation de la vierge ne doit pas, dans la pensée du Christ, nuire à la beauté morale de la femme mariée ; la preuve en est bien qu'il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, en sorte qu'il n'est plus une cérémonie quelconque, aussi solennelle qu'on la suppose, mais un signe sacré qui donne une grâce spéciale et symbolise l'union du Christ lui-même avec son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''féministes ''prétendent que la femme n'a pas encore' dans la société la place qui devrait lui revenir et que, au triple point de vue politique, social et économique, sa condition est très inférieure à celle de l'homme, et ils demandent que, étant soumise aux mêmes lois et ayant des charges au moins équivalentes à celles de l'homme, elle jouisse aussi des mêmes droits. Si l'Église n'a pas formulé sur ce sujet de doctrine précise, il est permis de dire qu'elle ne saurait qu'encourager tout effort qui tend à améliorer le sort de la femme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''§ 3. — L'Église et la Société.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
474. — Si nous considérons, non plus l'individu, ni la famille, mais un groupe d'individus et de familles, autrement dit, la ''Société, ''nous constatons que l'Église lui a rendu les plus grands services à un triple point de vue : ''matériel, intellectuel ''et ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Services rendus dans l'ordre matériel''' — A tout moment de son histoire, l'Église a travaillé au ''bien-être ''du peuple. Le bien-être matériel est en effet la résultante d'un ensemble de choses : travail, épargne, bonnes mœurs, sans lesquelles il n'y a pas de prospérité ni de bonheur possibles. Or tandis que dans l'antiquité toutes ces vertus étaient inconnues, tandis surtout que le travail manuel était regardé comme quelque chose de dégradant pour l'homme libre, la doctrine chrétienne, en enseignant la grande loi du travail, a réhabilité celui-ci aux yeux de l'humanité. Et l'Église ne s'est pas contentée de donner son enseignement, elle a estimé que le meilleur moyen d'en assurer le succès était de l'appuyer de ses exemples. Aussi voyons-nous régner une activité intense parmi les premières générations chrétiennes. Plus que les autres, les moines travaillent à la prospérité de l'Europe en défrichant les vieilles forêts, en labourant et cultivant les déserts, et en créant autour de leurs monastères des villages et des villes où fleurissent bientôt le commerce et l'industrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de nos jours, où ''l'ouvrier ''a déjà pris et veut prendre une place prépondérante dans la société, l'Église, après avoir relevé sa dignité morale, continue de s'intéresser à son sort. L'Encyclique ''Rerum novarum ''(16 mai 1891) de Léon XIII et l'Encyclique ''Quadragesimo Anno ''(15 mai 1931) de Pie XI témoignent que l'Église attache le plus haut intérêt à la solution de la ''question sociale. ''De toute son âme elle souhaite que les justes revendications des travailleurs soient couronnées de succès. Elle n'a pas de plus vif désir que de voir leurs droits élargis, mais en même temps qu'elle formule des vœux pour le mieux être de l'ouvrier, elle n'hésite pas à lui rappeler que, s'il a des droits, il a aussi des devoirs ; et ce faisant, elle est convaincue qu'elle sert mieux sa cause que les démagogues qui, en le nourrissant de vains espoirs, le conduisent à la ruine et à l'abîme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''475. — 2° Services rendus dans l’ordre intellectuel''' — A entendre certains adversaires de l'Église, l'instruction ne date guère que de la Révolution française. Jusque-là, et particulièrement au moyen âge, c'est comme une longue époque d'ignorance et d'obscurantisme. L'Église qui s'était faite l'institutrice de la France, ne remplit pas le rôle qui lui avait été confié : l'enseignement qu'elle donne se borne tout au plus aux choses de la foi — Ceux qui parlent ainsi, font preuve ou bien d'une ignorance des faits impardonnable ou d'une insigne mauvaise foi. Sans doute il y a eu des époques où, en raison de certaines circonstances malheureuses, comme par exemple sous les rois fainéants (viie siècle) et après l'invasion des Normands, au Xe siècle, l'enseignement fut en décadence. Il n'eu est pas moins vrai que les historiens qui ont fait une enquête impartiale sur l'état de l'instruction en France avant la Révolution, sont obligés de convenir que l'Église a toujours donné l'instruction à ses clercs et aux laïques autant que le comportaient les progrès du temps et les besoins de chacun. Du ve au XIe siècle, l'Église fonde et dirige des écoles épiscopales, presbytérales et monastiques ; au xvie siècle, elle se met à la tête du mouvement qui pousse les esprits vers l'antiquité grecque et latine. Et depuis lors, jamais elle n'a cessé de promouvoir les travaux intellectuels et de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''476. — 3° Services rendus dans l'ordre moral'''. — Dans ''l’ordre moral, ''nous avons vu déjà ce que l'Église a fait pour l'individu et pour la famille. En revendiquant ainsi la liberté pour les individus, elle a, du même coup, transformé les mœurs publiques. Aux chefs d'État elle a appris que « tout pouvoir vient de Dieu» et que dès lors on doit l'exercer avec justice et sagesse. Aux sujets elle a prescrit l'obéissance et le respect vis-à-vis des gouvernants en s'appuyant sur cette simple parole du Christ : « Rendez à César ce qui appartient à César. » Enfin elle a rendu meilleures les relations de peuple à peuple. En enseignant partout que tous les hommes, sans distinction de race et de nationalité, sont frères, enfants de Dieu et de l'Église, elle leur a fait comprendre que c'était une monstruosité de se traiter en barbares.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''477. — Objection.''' — Contre les ''services rendus à la société ''par l'Église catholique, nos adversaires objectent que les nations protestantes sont plus ''puissantes ''et plus ''prospères ''que les nations catholiques, que leur ''niveau moral ''est plus élevé ; et, de ce fait qu'ils prennent comme point de départ et qu'ils regardent comme ''historiquement incontestable, ''ils concluent que la prospérité des uns et la déchéance des autres doivent être attribuées à la ''différence de religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — II faut distinguer dans l'objection qui précède deux choses : le point de vue ''historique ''et le point de vue ''doctrinal, ''ou, si l'on veut, la question du ''fait, ''et la ''thèse ''qu'on veut établir sur le fait. Évidemment, s'il était possible de prouver que les faits historiques ne sont pas tels qu'on le prétend, ou n'ont pas la portée qu'on leur attribue, nous serions en droit de conclure aussitôt que la thèse est fausse. Mais admet tons par hypothèse que les nations protestantes sont vraiment supérieures aux nations catholiques ; s'ensuit-il que la cause de la supériorité des unes et de l'infériorité des autres soit la religion ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA THÈSE. ''— A la considérer en soi, que penser de la thèse qui fait de la religion le principe du progrès ou de la décadence des nations? — a) Remarquons d'abord que, même s'il en était ainsi, le protestantisme ne serait pas pour cela la ''craie religion. ''Car le ''but ''premier de la religion n'est pas de travailler à la prospérité matérielle de ses adeptes mais de conduire les âmes à Dieu. Et si nous avons mentionné les services rendus par l'Église à la société dans cet ordre de choses, il ne rentrait pas dans notre pensée de vouloir démontrer que le christianisme, par le fait qu'il est la vraie religion, a eu pour résultat d'attirer la bénédiction de Dieu dans l'ordre temporel. Nous nous sommes bornés à établir que le bien-être matériel des peuples devait découler de la doctrine du Christ qui tend à rendre les hommes plus travailleurs, plus économes et plus vertueux, mais nous nous gardons bien de prétendre qu'il suffit d'introduire la vraie religion dans un pays déshérité au point de vue matériel, pour le transformer, comme par enchantement, en un pays riche et prospère. — ''b) ''Venons maintenant au cœur de la question. Sur quoi s'appuie-t-on pour dire que la religion protestante est ''cause de grandeur, ''tandis que la religion catholique est ''cause de décadence ? ''Sans doute, sur le principe fondamental du protestantisme, sur la ''théorie du libre examen ''qui favorise, dit-on, l'esprit d'entreprise, l'élan et l'énergie, alors que les principes du catholicisme qui imposent l'adhésion à des dogmes obscurs et la soumission aveugle à un pouvoir absolu, suppriment toute initiative. Mais qui ne voit que c'est là un raisonnement bien spécieux? La foi à des dogmes qui n'ont rien à faire avec les ''questions matérielles ''et l'obéissance à l'Église dans ''l'ordre spirituel ''ne gênent en rien l'esprit d'initiative, et il serait ridicule de croire que le commerçant et 1 industriel catholiques ne sont pas tout aussi libres que le commerçant et l'industriel protestants de conduire leurs affaires au mieux de leurs intérêts. — c) Ajoutons enfin que le mot ''prospérité ''est un ''terme bien vague. ''La ''vraie civilisation ''ne se réduit; pas à la seule prospérité matérielle : il nous semble au contraire qu'elle embrasse l'ensemble des intérêts matériels, moraux et religieux. Les peuples qui veulent arriver au plus haut degré de civilisation ne sont donc pas ceux qui n'ont d'autre idéal que le bien-être et la fortune, mais ceux qui ont plus de grandeur d'âme et une vie morale plus noble. Or il est évident que, sur ce point, les principes catholiques qui recommandent tant la charité, l'amour des autres, le don de soi, qui font aller de pair la foi et les bonnes œuvres, sont loin d'être inférieurs aux principes protestants. Nous pouvons donc déjà conclure que la thèse ne repose sur aucun argument.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LES FAITS. ''— Non seulement la thèse, prise en soi, est fausse, mais les ''faits ''eux-mêmes la démentent. — ''a) ''Car, s'il s'agit du ''passé, ''l'on ne saurait contester que dans une longue période de notre histoire, les nations catholiques : la France, l'Autriche et l'Espagne, furent à la tête de la civilisation. Or le moment où elles ont atteint leur apogée correspond précisément avec celui où la vie catholique était le plus intense et où les principes chrétiens étaient le mieux observés. — ''b) ''S'il s'agit du ''présent, ''il faut bien confesser que les nations catholiques dont nous venons de parler, sont, \ au point de vue économique, dans un état d'infériorité sur les grandes nations protestantes : Angleterre, États-Unis, Allemagne. Or si l'on veut absolument que la religion soit la cause de cette infériorité, nous répondrons que les États catholiques sont tombés en décadence parce qu'ils ont été infidèles à leur religion et qu'ils ont été rongés par la plaie de l'indifférentisme ou même de l'athéisme. Du moins cela était vrai hier de la France, mais aujourd'hui qu'elle a été comme purifiée par une rude épreuve, au cours de laquelle elle a étonné le monde par sa vitalité, par son esprit d initiative, par son abnégation et par le réveil de sa foi, qui peut dire de quoi demain sera fait et si elle ne va pas reprendre sa place à la tête de la civilisation matérielle morale et religieuse? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Art. I. — Brehier, art. ''Croisades ''(Dict. d'Alès) — Luchaire, ''Innocent III''; ''La question d’Orient (Paris).'' — Guilleux, art. ''Albigeois ''(Dict. d’Alès) — De Cauzons, ''Les Albigeois et l'Inquisition ; Les Vaudois et l'Inquisition'' (Bloud). — Mgr Douais, ''Les sources de l'histoire de l’Inquisition ''(Rev. des Questions historiques, 1882) ; ''L'Inquisition, Ses origines historiques, sa procédure ''(Plon), Vacandard, ''L'Inquisition ''(Bloud). — Guiraud, ''Questions d'histoire et d. archéologie chrétienne ''(Gabalda). — Mgr d'Hulst, Car. de 1895, 5e Conf. ''L'Église et l’Etat. ''— Langlois, ''L’Inquisition d'après des travaux récents ''(Bellais) — Rouquette, ''L'Inquisition protestante... ''(Bloud). — Guiraud, art. ''Inquisition ''(Dict. d Alès — Vacandard, ''De la tolérance religieuse ''(Bloud). — De la Brière art ''Barthélemy (La Saint-) ''(Dict. d'Alès). - Hello, ''La Saint-Barthélemy ''(Bloud) — Vacandard, ''Etudes de critique et d'histoire religieuse ''(Lecoffre). — Didier ''La révocation de l'Édit de Nantes ''(Bloud). — P. de Vregille, art. ''Galilée ''(Dict d'Alès) — Choupin'', Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège ''(Beauchesne) De l’Epinois, La question ''Galilée ''(Palmé). - Jaugey, ''Le procès de Galilée et la Théologie. — ''Sortais, ''Le procès de Galilée ''(Bloud). — Vacandard ''études de critique... ''— J. de la Serviêre, art. ''Boniface VIII ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Art II. — P. Allard, ''Les esclaves chrétiens depuis les premiers temps de l'Église... ''(Lecoffre) ; art. ''Esclavage ''(Dict. d'Alès). - D'Azambuja, ''Ce que le christianisme a fait pour la femme ''(Bloud). — H. Taudière, art. ''Famille ''(Dict. d'Alès) — L Leclercq, ''Essai d'Apologétique expérimentale ''(Duvivier, Tourcoing). — Mgr Baudbillart, ''L Eglise catholique, la Renaissance, le Protestantisme ''Bloud) — De la Brière, ''Nations protestantes et nations catholiques ''(Bloud). — Flamérion ''De la prospérité comparée des nations catholiques et des nations protestantes... ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== chapitre II. — La Foi devant la raison et la science. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
478. — Quelque fortes et déterminantes que soient les ''raisons de croire ''proposées par l'Apologétique, elles seraient évidemment frappées de nullité, si nos adversaires pouvaient démontrer que l'Église catholique enseigne des dogmes absurdes. Croyant trouver là un terrain d'attaque très propice, les rationalistes s'élèvent contre la foi, au nom de la ''raison ''-et de la ''science : ''ils prétendent qu'il y a antagonisme entre celles-ci et celle-là, que les deux modes de connaissance sont opposés entre eux, ou tout au moins étrangers l'un à l'autre. Nous allons voir que les choses ne sont pas ainsi, en établissant : 1° les ''rapports de la foi et de la raison, ''et 2° les ''rapports de la foi et de la science.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La foi et la raison. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''479. — Objection. '''— D'après les rationalistes, il y aurait ''incompatibilité ''entre la ''foi ''et la ''raison ''Non seulement entre les deux aucun rapport ne saurait s'établir, mais, en requérant l'adhésion à des ''mystères, ''c'est-à-dire à des vérités qui dépassent, et même, déconcertent l'intelligence, la foi se met en contradiction absolue avec la raison, si bien qu'on ''ne peut croire sans abdiquer ta raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480. — '''Réponse. '''— Nous avons déjà établi ailleurs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn377 [377]] les ''rapports entre la foi et la raison, ''et nous avons constaté que la prétendue opposition invoquée par les rationalistes n'existe pas. « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, dit le ''concile du Vatican, ''il ne saurait pourtant y avoir jamais de véritable désaccord entre la foi et la raison. Car le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous étant le même que celui qui a mis la lumière de la raison dans l'esprit de l'homme, il est impossible que Dieu se renie lui-même ni qu'une vérité s'oppose à une autre vérité. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn378 [378]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, d'après la doctrine catholique, trois traits caractérisent les rapports entre la foi et la raison. — ''a) ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts. ''— ''b) ''Loin d'être en désaccord, ils doivent se prêter un ''mutuel concours. ''— c) Là où les deux principes se rencontrent, ''la foi est au-dessus de la raison.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA FOI ET LA RAI SON, PRINCIPES DISTINCTS. — ''La foi et la raison sont deux principes de connaissance ''distincts, ''deux voies, deux lumières données par Dieu à l'homme pour atteindre le vrai. D'où il suit que chacune a son domaine ''respectif. ''Le ''domaine de la foi, ''ce sont toutes les vérités de la révélation, parmi lesquelles les unes, — les mystères, — sont inaccessibles à la raison, tandis que les autres lui sont accessibles et n'ont été révélées par Dieu que pour être connues avec certitude de la masse des hommes qui autrement les aurait ignorées ou mal connues. Le ''domaine de la raison, ''ce sont les vérités, — sciences physiques, naturelles, histoire, littérature, etc., -— que la raison, seule et par ses propres forces, peut découvrir, où elle n'entre pas en contact avec la révélation, où par conséquent elle est maîtresse absolue et n'a pas à subir le contrôle de l'Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PAS DE DÉSACCORD, MAIS MUTUEL CONCOURS. ''— S'il est vrai que les deux principes viennent de Dieu comme l'affirme la doctrine catholique, comment pourraient-ils être ''en désaccord? ''Comment le vrai pourrait-il s'opposer au vrai! Et non seulement il n'y a pas, il ne peut y avoir de désaccord entre la foi et la raison, mais elles se prêtent un ''mutuel concours. ''La raison précède la foi, elle lui prépare le terrain, elle construit les fondements intellectuels sur lesquels elle doit reposer. Puis, quand la foi est en possession de la vérité révélée, c'est encore la raison qui scrute et analyse, pour les rendre intelligibles, autant que faire se peut, les vérités qu'elle croit. A son tour, la foi éclaire la raison : elle l'empêche de s'égarer à travers la multiplicité des systèmes faux et condamnés par l'Église. Elle stimule et élève la raison en lui ouvrant de nouveaux horizons, en proposant à ses investigations le vaste champ des vérités surnaturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''LA FOI EST SUPÉRIEURE A LA RAISON. ''— Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de cette expression. Nous avons dit plus haut que la raison a son domaine propre sur lequel elle est maîtresse absolue. La subordination de la raison à la foi dont nous parlons ici ne concerne donc que le terrain ''mixte, ''et le terrain ''réservé à la foi. ''Sur le terrain ''mixte, ''c'est-à-dire dans les vérités qui, tout en relevant de la raison, appartiennent au domaine de la foi, parce qu'elles ont été révélées par Dieu, — par exemple, l'existence et la nature de Dieu, l'existence et la nature de l'âme, la création du monde, etc., — la raison doit se conformer aux enseignements infaillibles de l'Église, et reconnaître ses erreurs s'il y a lieu. A plus forte raison « dans le domaine ''supérieur ''où se trouvent les mystères qui la dépassent, la raison est obligée à une ''sujétion plus grande. ''Là, elle n'est réellement qu'un instrument; c'est ce que signifie cet adage que « la philosophie est la servante de la théologie». Il s'agit de la philosophie raisonnant sur les mystères. Et si cette expression, qui choque tant les philosophes modernes, était si souvent employée au moyen âge, c'est parce que c'était cette partie de l'exercice de la raison qui semblait la plus importante et sur laquelle se fixait l'attention. La science n'existait encore qu'à l'état d'embryon ; l'étude de la révélation divine paraissait l'étude la plus importante de toutes ; tout se rapportait à la théologie comme centre »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn379 [379]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 i. — Mais, ''objectent ''les rationalistes, les ''mystères, ''pour l'explication desquels vous réclamez le concours de la raison, sont absurdes. Prenez tous les dogmes fondamentaux de votre religion : un Dieu en trois personnes, le péché originel, un Dieu fait homme, la naissance virginale du Christ, la rédemption par la mort d'un Dieu sur une croix... Ne suffit-il pas de les énoncer pour constater qu'ils sont en ''contradiction avec la raison?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément les mystères sont ''au-dessus ''de la raison, mais ils ne sont pas ''contre. ''Il est vrai qu'ils paraissent et même qu'ils sont en contradiction avec les lois de la nature, mais cela ne prouve pas qu'ils contredisent notre raison. Cette contradiction n'existe que lorsqu'on ''déforme ''les dogmes par des conceptions fausses et des termes impropres. Prenons un seul exemple que nous emprunterons au livre de Sully Prudhomme sur « ''La vraie religion selon Pascal». ''Voici comment il expose le mystère de la Sainte Trinité, et la contradiction qu'il y relève. « Dire qu'il y a trois personnes en Dieu, c'est dire qu'il y a en Dieu trois individualités distinctes. D'autre part cependant, la formule du mystère déclare qu'il n'y en a qu'une, celle de Dieu même : le Père est Dieu, le Fils également ; le Saint-Esprit également ; les trois personnes divines ne sont qu'un seul et même être individuel. » — Si les théologiens présentaient le dogme sous cette forme, il est bien certain qu'il y aurait une contradiction dans les ternies. On ne saurait en effet concevoir ''trois individualités ''dans ''le même être individuel. ''Aussi n'est-ce pas ainsi qu'ils s'expriment. Laissant à Sully Prudhomme les termes ambigus d' « ''individualités ''» et « ''d'être individuel ''», ils disent que le mystère de la Sainte Trinité consiste dans le fait d'une ''nature unique ''subsistant en ''trois personnes, ''en d'autres termes, qu'il n'y a en Dieu qu'une seule nature, mais que cette nature est possédée par trois personnes. Que le critique ne comprenne pas, nous n'en sommes pas surpris, mais vraiment la contradiction ne se trouve que dans sa formule. C'est donc celle-ci qu'il faut réviser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ce que nous venons de faire pour le mystère de la Trinité, nous pourrions le faire et nous l'avons fait du reste pour les autres dogmes de la Religion catholique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn380 [380]]. Nulle part nous n'avons rencontré l'opposition entre la foi et la raison que voudraient y voir nos adversaires, et nous pouvons conclure que, si les dogmes dépassent la raison, ils ne la contredisent pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La foi et la science. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''482. — Objection'''. — Les rationalistes prétendent qu'entre la ''foi ''et la ''science ''le ''conflit ''est non moins irréductible et plus apparent encore qu'entre la foi et la raison. Et ils en cherchent généralement la preuve dans les ''récits scientifiques de la Bible ''qu'ils s'efforcent de mettre en contradiction avec les données de la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''483. — Réponse.''' — Nous distinguerons deux points dans l'objection rationaliste : — a) la ''thèse ''qui affirme, d'un point de vue général, 'existence d'un soi-disant conflit entre la foi et la science, et — b) les ''applications ''qu'on en fait à la Bible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''THÈSE. ''— Les rationalistes pensent qu'entre la foi et la science le conflit est irréductible de ce fait que la science a pour conditions le ''libre examen ''et la ''libre recherche ''de la vérité, tandis que la foi n'est libre ni dans sa ''méthode ''ni dans ses ''conclusions. ''« Nous ne pouvons trouver un procédé scientifique, dit Gunkel, que là où il s'agit de chercher la vérité et où le résultat n'est donné au préalable ni dans le détail ni dans l'ensemble, par quelque autorité que ce soit. » Ainsi, disent les rationalistes, de ce que le libre examen est la condition de toute recherche scientifique, il s'ensuit que le catholique, qui n'a pas le droit de commencer par douter de ses dogmes, sans cesser d'être catholique, ne peut fournir une démonstration scientifique ni de ses ''raisons de croire ''ni des ''choses qu'il croit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour répondre à la thèse rationaliste, il importe de distinguer entre le domaine exclusif de la science et le domaine mixte de la science et de la foi. — a) S'agit-il du ''domaine exclusif ''de la raison et de la science, s'agit-il des sciences qui n'ont rien de commun avec la foi, il est clair que le savant catholique jouit de la même liberté que le savant protestant ou rationaliste. « Qu'importe pour la liberté d'esprit nécessaire au savant électricien qu'il croie au Coran, à la Bible, ou bien à l'infaillibilité du Pape? — A moins qu'on n'essaie de soutenir que l'électricien qui croit à l'infaillibilité du Pape doit par là même professer qu'il est obligé de croire ce que le Saint-Père lui ordonnera, même en matière d'électricité. A quoi on ne peut répondre qu'en renvoyant le libre penseur au catéchisme, où il verra nettement délimitées les matières sur lesquelles l'infaillibilité peut porter. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn381 [381]] — b) S'agit-il des ''questions mixtes ''où les conclusions de la foi peuvent s'opposer aux conclusions d'une certaine philosophie et d'une certaine science, le savant catholique ne semble pas, au premier abord, pouvoir faire œuvre de science, parce que, lié par sa foi, il reste toujours apologiste, parce que, ses conclusions lui étant commandées par ses croyances, il est obligé d'ordonner les faits et les textes dans le sens de ses idées préconçues. Mais l'antinomie entre la foi et la science, même sur ce domaine mixte, est moins grand qu'on ne le prétend. Pourquoi celui qui croit en Dieu, en la Providence, au miracle, à l'existence d'une âme spirituelle et libre, serait-il moins apte à comprendre les faits biologiques et les réalités historiques que l'athée, le matérialiste et le déterministe? S'il y a préjugé d'un côté, il y en a aussi de l'autre, et, s'il y a préjugé des deux côtés, en quoi celui de l'athée est-il plus conforme à la science, à la libre recherche de la vérité que celui du croyant? Par ailleurs, quel que soit le point de départ du croyant, et même s'il était vrai que sa méthode de démonstration fut moins scientifique, de quel droit pourrait-on rejeter ses ''conclusions, ''s'il n'a fait appel qu'à la science pour défendre ou démontrer une vérité qu'il possède par une autre voie, si ses arguments sont tirés de sa raison, et non de sa foi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure : — 1. qu'il y a ''tout un domaine ''où le croyant, tout en restant croyant, est capable de véritable esprit scientifique ; et — 2. ''un autre domaine ''où, en dépit d'une méthode moins libre, il peut arriver à des conclusions qui sont scientifiques, parce qu'elles s'appuient sur la science et nullement sur les données de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
484. — B. ''APPLICATIONS A LA BIBLE. ''— Pour prouver qu'il y a antagonisme entre la foi et la science, les rationalistes citent de nombreux passages de la Bible où les données de la révélation semblent .en opposition avec les données de la science. L'on pourra se faire une idée du soi-disant conflit par les trois exemples suivants tirés des descriptions cosmographiques, de la cosmogonie mosaïque et du récit du déluge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Descriptions cosmographiques. ''— Les termes que les écrivains sacrés emploient pour décrire le ciel, la terre1 et les divers éléments du globe, sont parfois en opposition avec les termes employés par les sciences de la nature. Prenons quelques exemples : — 1. La voûte céleste est représentée comme une enveloppe solide, et il est dit dans la ''Genèse ''(i, 6-7), que le firmament ''« ''sépare les eaux supérieures des eaux inférieures qui sont sur la terre», que « les écluses du ciel s'ouvrirent» ''(Gen., ''vii, 11) et laissèrent tomber des pluies torrentielles, alors que la science moderne a démontré qu'il n'y a pas de voûte céleste et que les pluies ne proviennent nullement de réservoirs placés au-dessus de nos têtes. — 2. Les astres sont décrits comme des points fixes placés « dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre et pour présider au jour et à la nuit ''» (Gen''., I, 17-18). — 3. La manière dont il est parlé, à certains endroits, du soleil, suppose qu'il tourne autour de la terre ''(Jos''., x'', ''13 ; ''Ecclé., ''xlviii, 23). L'''Ecclésiaste ''(i, 6) nous le montre qui « se lève », « se couche », « se hâte de retourner à sa demeure, d'où il se lève de nouveau ». — 4. La terre est conçue comme une surface convexe, creusée en forme de cuvette, pour contenir les mers dont les eaux sont retenues par des barrières dressées par Dieu à cette fin ''(Provo., ''viii,, 30), alors qu'elles sont simplement retenues par la pesanteur qui les attache à l'écorce terrestre. — 5. Le lièvre que les naturalistes classent parmi les rongeurs, est désigné comme ruminant dans le ''Deutéronome ''(xiv, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Cosmogonie mosaïque. ''— Les deux premiers chapitres de la Genèse où l'écrivain sacré nous raconte les origines des choses, dépeignent Dieu organisant le monde en six jours, par des actes immédiats, par la toute-puissance de sa parole et sans recourir à 1 action des causes secondes. Au contraire, ''l’hypothèse ''de Laplace suppose que les mondes se sont formés peu à peu, par une lente et progressive évolution[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn382 [382]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'il s'agisse des descriptions cosmographiques ou de la cosmogonie mosaïque, y a-t-il vraiment opposition entre la Bible et la Science1? Bien certainement, il y aurait conflit entre les deux si la Bible devait être regardée comme un livre de science. Or il n'en est rien. Les auteurs sacrés ne poursuivent pas un but ''scientifique, ''mais un but ''religieux. ''Les choses de la science étant pour eux un point secondaire, ils parlent des phénomènes de la nature et de la formation du monde, selon les ''apparences ''et d'après les données de la science de l'époque où ils écrivent. Dana ces conditions, l'on ne saurait voir un conflit entre leur langage et celui de la science actuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Le Déluge. ''— Le récit biblique du déluge ''(Gen., ''vi et vii) a été combattu au nom de l'histoire naturelle, de l'ethnographie et de la géologie. Contre la thèse d'un ''déluge universel, ''qui aurait inondé toute la terre et englouti tous les hommes et tous les animaux, on ''objecte : ''— 1. qu'il n'y a pas sur la terre une masse d'eau assez considérable pour s'élever jusqu'au sommet des plus hautes montagnes dont l'altitude dépasse 8.000 mètres, que Dieu aurait dû donc la créer et la faire disparaître ensuite ; — 2. que Noé ne pouvait faire entrer dans l'arche un couple de tous les animaux existants ; — 8. que, si tous les hommes avaient péri à l'exception de la seule famille de Noé, on ne saurait expliquer la différenciation des races, blanche, noire et jaune qui, d'après les documents de l'histoire, était déjà un fait accompli trois mille ans avant Jésus-Christ ; — 4. que la terre ne porte aucune trace d'une telle inondation. Au contraire, les géologues constatent, par exemple sur les montagnes de l'Auvergne, des monceaux de cendre et de scories qui proviennent de volcans éteints avant l'apparition de l'homme et qui, dans l'hypothèse d'un déluge universel, auraient été certainement emportés par les eaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les difficultés que nous venons de signaler n'embarrassent guère l'apologiste, pour cette bonne raison que ''l’universalité absolue ''du déluge n'a jamais été enseignée par l'Église comme article de foi, et que dès lors les opinions ont libre cours. L'universalité du cataclysme décrit dans la Genèse peut donc s'entendre : — 1. dans ce sens que les eaux inondèrent seulement la terre habitée ; — 2. ou même dans ce sens plus restreint qu'elles ne firent périr que la race de Seth, et non l'humanité tout entière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux systèmes, qui supposent que l'universalité du déluge fut ''relative, ''tout en s'accordant avec les sciences naturelles, ne sont nullement en contradiction avec le texte de la Genèse. Car l'écrivain sacré n'a pu vouloir parler des contrées, telles que l'Amérique et l'Australie ou autres, dont il y a tout lieu de croire qu'il ignorait l'existence. Du reste, il arrive souvent dans la Sainte Écriture que les expressions « la terre » et même c toute la terre » ne sont pas employées dans un sens absolu. Ainsi il est dit dans l'histoire de Joseph qu' « il y eut famine sur ''toute ''la terre » (''Gen., ''xxi, 57). De même, saint Luc nous montre réunis à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, « des hommes pieux de ''toutes ''les nations qui sont sous le ciel» ''(Act., ''ii, 5). Rien ne nous empêche donc, ni au point de vue de la foi, ni au point de vue de l'exégèse, de nous rallier à l'opinion d'un ''déluge restreint, ''contre la réalité duquel la science ne peut élever d'objection sérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION GÉNÉRALE. ''—Ainsi, les difficultés soulevées contre l'Église, au nom de la raison et de la science, pas plus que les nombreuses objections que nous avons rencontrées déjà au cours de ce long travail, ne sont de nature à ébranler le bien-fondé de nos dogmes, ni la valeur de nos raisons de croire. Et pourtant, l'on voudra bien nous rendre cette justice que, à aucun moment de notre démonstration, nous n'avons cherché à affaiblir les arguments de nos adversaires. Nous avons mis plutôt un certain scrupule à les présenter dans toute leur force. Si nous avons cru que c'était là une affaire de conscience vis-à-vis d'adversaires dont nous n'avons pas le droit de suspecter la bonne foi et la loyauté, il nous semblait aussi que c'eût été faire injure à la vérité que de la défendre par des moyens inavouables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Bainvel, art. ''Foi ''(Dict. d'Alès) ; ''La foi et l’acte de foi ''(Beauchesne). — Catherinet, ''Le rôle de la volonté dans l’acte de foi ''(Langres). — E. Julien, ''Le croyant garde-t-il sa liberté de penser? ''(Rev. pr. d'Ap. 1907). — Abbé de Broglie, ''Les relations entre la foi et la raison ''(Bloud). — Verdier, ''La révélation devant la raison ''(Bloud). — Ponsard, ''La croyance religieuse et les aspirations de la société contemporaine ''(Beauchesne). — Fonsegrive, ''L'attitude du catholique devant la science ''(Bloud). — Guibert, Les ''croyances religieuses et les sciences de la nature ''(Beauchesne). — Brucker, art. ''Déluge ''(Dict. d'Alès).&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_2%C3%A8me_partie_:_Recherche_de_la_vraie_Religion&amp;diff=1741</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 2ème partie : Recherche de la vraie Religion</title>
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				<updated>2011-04-07T10:34:21Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* DÉVELOPPEMENT */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Deuxième partie : Recherche de la vraie religion =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la seconde Partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
177. — Deux points ont été établis dans la ''première Partie ''de l'Apologétique. Le premier, c'est que l'homme, en tant que créature douée d'une âme raisonnable et libre, est obligé, à tout le moins, de ''professer la religion naturelle. ''Le second c'est que, selon toute vraisemblance. Dieu, Créateur et Providence, est intervenu dans la marche de l'humanité -pour guider l'homme dans sa recherche de la vérité religieuse, et peut-être même, pour l'élever à une dignité plus grande et à une destinée plus haute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'agit maintenant, dans cette ''seconde Partie, ''de soumettre à l'examen cette dernière hypothèse. Pour cela, il nous faut interroger l'histoire et lui demander si, en fait, elle nous apporte le témoignage d'une Révélation divine. Or, comment instituer cette enquête religieuse? La chose serait simple, s'il n'existait par le monde qu'une seule religion : il suffirait alors de vérifier ses titres à notre créance. Mais il n'en est pas ainsi, et les religions sont nombreuses, soit dans le passé, soit dans le présent, qui ont revendiqué ou revendiquent une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux voies sont dès lors ouvertes à l'apologiste chrétien qui prétend que sa religion est, à l'heure actuelle, la ''seule Religion révélée, ''— 1. Ou bien, laissant de côté toutes les autres religions, il peut aller droit au christianisme et lui faire l'application des critères dont nous avons parlé précédemment (N° 156). Et si, de cet examen, il résulte que la religion chrétienne est, sans doute aucun, une religion révélée, toute enquête ultérieure devient superflue. Car, comme d'une part, il est manifeste que, en beaucoup de points de son dogme et de sa morale, elle est en opposition avec les autres religions, et comme d'autre part, il n'est pas moins évident que Dieu n'a pu révéler des vérités successives et contradictoires, la vérité de l'une implique la fausseté des autres. L'étude de ces dernières ne pourrait, dans ce cas, se faire qu'à titre de contre-épreuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une seconde ''méthode ''consiste à suivre l'ordre inverse. L’apologiste chrétien se tourne d'abord vers les religions, autres que la sienne, et dont il veut démontrer la fausseté. A vrai dire, cette première enquête pourrait paraître un chemin bien long s'il s'agissait d'exposer en détail toutes les formes de religion qui ont existé et existent encore sur la terre ; mais une telle nécessité ne s'impose pas, car il va de soi que, si l'on peut prouver que les religions qui se recommandent le plus à notre attention, soit par le nombre de leurs adeptes soit par la valeur de leur doctrine, doivent être rejetées comme fausses, plus n'est besoin de s'occuper des autres religions dont l'infériorité est incontestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce premier travail terminé, et, comme on dit, le terrain une fois déblayé, il n'y a plus qu'à aborder la seule religion qui n'ait pas été éliminée, c'est-à-dire, dans l'espèce, la ''religion chrétienne. ''Cependant il n'est pas permis de dire, comme tout à l'heure dans la première méthode, que la fausseté de toutes les religions, passées en revue, implique la vérité de la religion chrétienne : celle-ci pourrait être fausse comme les autres. Pour être en droit de tirer une telle conclusion, il faudrait démontrer auparavant qu'il y a ''certitude de l'existence d'une religion révélée. ''Que la chose puisse être présumée, cela ne fait pas de doute. Mais un fait d'histoire s'établit par l'histoire, et non par le raisonnement. C'est, dès lors, par l'histoire qu'il faudra prouver l'existence et la vérité de la Religion chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est cette ''seconde méthode que nous suivrons ici. ''Cette partie comprendra donc ''deux sections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION, ''beaucoup moins étendue, sera un exposé très rapide et très succinct des principales religions non chrétiennes, où il apparaîtra, par la seule application des ''critères négatifs, ''qu'elles ne portent pas les marques d'une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B ''LA SECONDE SECTION ''sera la démonstration proprement dite du christianisme. En nous appuyant sur le témoignage des Évangiles, dont nous aurons préalablement à établir la valeur historique, il nous faudra vérifier les ''titres du fondateur ''et contrôler la ''qualité de sa doctrine. ''Si de cette étude il ressort que Jésus est « ''Envoyé de Dieu ''», il ne restera qu'à conclure que le christianisme dont la diffusion s'est faite à travers le monde d'une façon si extraordinaire, est une religion d'origine divine, qu'il est ''la vraie religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION I : Les fausses Religions. ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre unique : les principales religions non-chrétiennes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'enquête religieuse.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
178. — Il convient, avant de commencer notre enquête religieuse, de déterminer les ''conditions ''dans lesquelles elle doit se faire et sur ''quelles religions ''elle doit porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Conditions. — Nous avons vu (N° 156) qu'il y a deux sortes de critères auxquels on peut reconnaître la valeur objective d'une religion. — a) Les uns sont tirés de la ''doctrine ''(critères ''intrinsèques). ''Ainsi toute religion qui a sur Dieu et sur l'homme des conceptions opposées aux conclusions que la raison seule nous a permis d'établir dans la première Partie, ne peut être la vraie religion. — ''b) ''Les autres sont tirés du ''fondateur ''( critères ''extrinsèques). ''L'on pense bien qu'il ne suffit pas a un homme de se présenter comme chargé d'une mission divine, il faut qu'il la prouve et qu'il garantisse son enseignement par des signes authentiques qui soient comme le sceau de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour savoir ce que vaut une religion, nous la soumettrons donc à une double épreuve. Nous nous tournerons d'abord vers le fondateur et nous lui demanderons ses ''litres. ''Puis nous étudierons sa ''doctrine ''et nous verrons ce qu'elle vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Religions sur lesquelles portera notre enquête. — Notre enquête portera d'abord sur les religions auxquelles nous ne reconnaissons pas les marques d'origine divine. Nous parlerons ; — 1° du ''paganisme ; ''— 2° des ''religions de la Chine ; -— ''3° de la ''religion de la Perse ; ''— 4° du ''Mithriacisme ; ''— 5° des ''religions de l’Inde ; ''— 6° de ''L’Islamisme ; ''et — 7° du ''Judaïsme actuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Le Paganisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
179. — Sous ce titre il faut entendre les diverses religions qui ont professé ou professent encore le ''polythéisme. ''Aussi loin que remonte l'histoire, nous constatons que le paganisme fut la religion de tous les peuples de l'antiquité, exception faite des Juifs : les Chaldéens, les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Romains, tous furent polythéistes. De nos jours, le paganisme est encore la religion des peuplades fétichistes de l'Asie et de l'Afrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur'''. — Non seulement il est superflu de rechercher les ''fondateurs ''du paganisme, mais il n'est même pas possible de savoir ''comment les mythologies ont pu se former. ''— a) D'après Evhémère, philosophe grec du ive siècle avant Jésus-Christ, les mythes auraient été des ''récits légendaires, ''et les dieux, des héros divinisés. — ''b) ''Selon Plotin et Porphyre (IIIe siècle de notre ère), les mythes païens seraient des ''symboles ''cachant des dogmes philosophiques et des notions morales : ainsi l'aventure d'Ulysse et des Sirènes serait une allégorie destinée à mettre en garde contre les séductions du mal. — ''c) l’école traditionaliste ''a voulu voir dans les mythes des ''déformations de la tradition primitive ''qui n'aurait été conservée intacte que chez les Juifs : ainsi s'expliqueraient sans difficulté bien des parallélismes que l'on peut remarquer entre les croyances païennes et les récits de la Bible : par exemple, la boîte de Pandore d'où sortirent tous les maux correspondrait à la chute d'Eve. — ''d) ''D'après une école plus récente (Max Muller, en Angleterre, Michel Bréal en France), les mythes auraient leur origine dans le ''langage. ''Les dieux ayant été considérés à l'origine comme les agents mystérieux des phénomènes de la nature, leurs noms ne seraient autres que les épithètes qui désignent ces phénomènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
180. — '''2°''' '''Doctrine. '''— La ''doctrine ''du paganisme se trouve consignée dans les mythologies dont nous trouvons des descriptions chez des poètes comme Homère ou des historiens comme Hésiode. Or, les mythologies sont un ensemble de fables plus ou moins ridicules, de mythes bizarres sur la vie des dieux et leurs rapports avec les hommes. Pour souligner l'infériorité des doctrines païennes, il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails : nous n'avons qu'à montrer la ''multiplicité de leurs dieux ''et les ''imperfections de leur nature ''où se mêlent la grandeur et la faiblesse, la vertu et le vice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pas de valeur au point de vue doctrinal, comment le paganisme en aurait-il eu au point de vue ''moral? ''Comment les dieux, qui avaient les mêmes passions et les mêmes défauts que l'homme auraient-ils prêché la vertu à celui-ci? L'homme échappe d'autant plus facilement aux devoirs de la morale qu'il trouve des excuses dans ses croyances. ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''181.''' — '''3°''' '''Critique. '''— Religion imparfaite et n'ayant aucune trace d'origine divine, faut-il conclure que le paganisme était une religion absolument mauvaise et inutile ? Gardons-nous de le croire. Malgré ses inconcevables lacunes, le paganisme avait au moins l'énorme avantage d'entretenir chez l'homme le ''sentiment religieux, ''de lui faire lever les yeux vers le ciel, de le faire penser à sa destinée future. Le païen qui vivait en rapport constant avec des puissances cachées, qui craignait de leur déplaire, qui sollicitait leur appui et s'humiliait devant elles, pouvait trouver là des moyens efficaces de lutter contre les mauvaises tendances de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout compte fait, par conséquent, et « si l'on veut comparer le polythéisme antique à un état de l'humanité où il n'y aurait aucune religion, à l'état où voudraient nous amener les matérialistes modernes, peut-être la conclusion sera-t-elle que le paganisme est préférable et que mieux vaut une croyance quelconque, même superstitieuse, à un monde invisible, qu'un état où l'homme serait entièrement renfermé dans le monde terrestre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quel était maintenant l'état des âmes sincères et droites qui cherchaient la vérité dans ces longs siècles d'erreur ?... Nous pouvons nous en tenir à ce que la foi nous enseigne au sujet de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde, et à ce que saint Paul nous dit au sujet des païens, qui, n'ayant pas de loi écrite, seront jugés d'après la loi naturelle gravée dans leur conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quoi qu'il en soit de ce problème, il est de toute évidence que le polythéisme antique ne saurait entrer en comparaison, en tant que solution des problèmes de la destinée humaine, avec le christianisme, ni même avec les religions fondées sur l'idée d'une révélation positive'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn151 [151]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Religions de la Chine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
182. — La Chine compte trois religions officielles : deux indigènes, le ''Taoïsme ''et le ''Confucianisme, ''la troisième importée de l'Inde, le ''Bouddhisme ''dont nous parlerons plus loin. (Nos 194 et suiv.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
I. '''Le Taoïsme. 1°''' '''Fondateur. '''— La religion connue sous le nom de Taoïsme, est attribuée à Lao-tseu, philosophe contemporain et rival de Confucius. On. sait peu de chose de sa vie. Certains pensent même que la religion fondée sous son nom ne serait nullement son œuvre, et qu'elle serait seulement une collection de vieilles superstitions de la Chine repoussées par Confucius, et que, dans le but de faire opposition au Confucianisme, on aurait recueillies et groupées sous le nom d'un sage, Lao-tseu, afin de leur donner plus d'autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
183. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Le ''Taoïsme ''est un amalgame de superstitions grossières, de sorcellerie et de magie, avec les doctrines philosophiques de Lao-tseu dénaturées par ses disciples. C'est du reste une ''religion polythéiste ''et, pour cette raison, il est inutile que nous insistions davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
184. — II. '''Le Confucianisme- — 1° Fondateur. '''— ''Confucius ''naquit en 551 avant notre ère dans le royaume de Lou, d'une ancienne famille du nom de Khoung. Il se distingua de bonne heure par la vivacité de son intelligence et par la droiture de son caractère, si bien que le roi de Lou n'hésita pas à lui confier, malgré sa jeunesse, des fonctions importantes dans son gouvernement. Il les abandonna du reste bientôt pour suivre sa vocation. Il se mit alors à l'étude ''des Kings ''ou Livres sacrés de la Chine, et voulut se consacrer à la direction des peuples. Dans ce dessein il parcourut les principautés féodales qui composaient l'Empire chinois, puis, fatigué de cette vie errante, il revint à Lou où il ouvrit une école et professa jusqu'à la fin de sa vie. Parmi ses nombreux élèves, il en distingua soixante-douze, pris parmi les meilleurs, qu'il appela ses disciples. Telle fut l'origine des ''Lettrés, ''qui, depuis cette époque, ont joué un si grand rôle en Chine, en formant une sorte de caste fermée à qui allaient toutes les faveurs du pouvoir. Cet état de choses a duré jusqu'au commencement de notre siècle. « Maintenant, sous la République chinoise, tout est changé. La caste des Lettrés est défunte. La doctrine de Confucius a cessé d'être classique. Les auteurs de la Chine nouvelle n'ont pas encore attenté aux temples désertés du Sage. Mais ils ont éliminé ses œuvres de l'enseignement primaire comme surannées, et les ont reléguées, à titre de philosophie antique, dans les accessoires de l'enseignement secondaire... Ainsi disparaît, sans secousse, sans bruit, une chose qui paraissait un roc inébranlable et qui n'était qu'un bois vermoulu.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn152 [152]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''185. — 2° Doctrine.''' — Le confucianisme est plutôt une ''philosophie morale ''qu'une religion. Les dieux, c'est-à-dire le ''Ciel ''(Châng-Tï), la ''Terre ''et les ''Esprits supérieurs ''sont considérés, non comme des personnes réelles mais comme des abstractions. Aussi le seul culte qui soit en grand honneur est celui des ''ancêtres ; ''c'est par là que le confucianisme est une religion bien nationale ; il semble du reste que, aux yeux de Confucius et de ses adeptes, le Chang-Ti ou Seigneur du Ciel, et les autres dieux ne soient que les esprits des premiers ancêtres de la nation. Mais, chose étrange, tout en affirmant la survivance des esprits, Confucius ne parle pas de la vie future et ne tranche pas la question de l'immortalité de l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''de Confucius ne manque pas d'élévation et se distingue par un réel amour de l'humanité ; toutefois, elle ne dépasse pas les limites ''d'une morale humaine. ''Elle proclame bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas que les autres vous fassent à vous-même, mais elle ne va pas au delà de cette simple règle de justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''186. — 3° Critique''' — Si la doctrine de Confucius ne contient pas d'erreurs très graves, c'est une religion « incomplète, insuffisante pour le besoin des âmes ; un ensemble de conseils sages et sensés, mais sans rien qui inspire l'enthousiasme. On comprend qu'elle n'ait pas suffi au peuple chinois et qu'il ait préféré l'idolâtrie et là magie du Taoïsme et du Bouddhisme ... Nous pouvons donc considérer cette doctrine comme une assez belle œuvre humaine, un code religieux et moral à peu près pur, péchant par défaut plutôt que par excès. Mais nous n'avons pas besoin d'ajouter, tant cela est évident, qu'il n'y a eu ni dans la vie du fondateur, ni dans sa doctrine, aucun signe d'une révélation divine. Confucius n'a jamais prétendu au titre de prophète et n'a réclamé pour sa doctrine d'autre preuve que celles de la raison et de la tradition immémoriale. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn153 [153]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Religion de la Perse. Le Zoroastrisme ou Mazdéisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
187. —L'ancienne religion de la Perse, autrement dit, de l'Iran, s'appelle ''Zoroastrisme, ''du nom de son fondateur, ou ''Mazdéisme ''du nom du dieu ''Ahura- Mazdâ ''que Zoroastre met au-dessus de tous les autres dieux, même au-dessus de ''Mithra, ''le dieu de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur.''' — On ne sait si le prophète à qui l'on attribue la fondation de la religion des mages[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn154 [154]], appartient à l'histoire ou à la légende. Selon l'une ou l'autre, Zoroastre; vécut au vie siècle avant Jésus-Christ. Révolté des abus de l'idolâtrie et du culte des ''Dêvas ''ou mauvais génies, il se retira dans une grotte solitaire et se livra, sept années durant, à la méditation. Là, il eut des ''révélations ''d'Ahura-Mazdâ, le seigneur tout-puissant, qui ''confirma sa mission, ''en faisant de nombreux prodiges en sa faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''188. — 2° Doctrine'''. — Le ''Zend-Avesta ''est le livre sacré du Zoroastrisme. La date de composition en est incertaine. Il renferme du reste des morceaux d'âge différent, et dont certains paraissent être de composition relativement récente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ''métaphysique, ''le zoroastrisme admet la doctrine du ''dualisme. ''Il est vrai que le Dieu suprême, ''Ormazd, ''est créateur, Dieu du ciel. Mais à Ormazd est opposé un principe mauvais, appelé ''Ahriman, ''qui lui dispute l'empire. Les deux principes du bien et du mal sont éternels sinon égaux. Entourés, chacun d'une armée, ils doivent lutter pendant 9.000 ans ; Ormazd sera alors vainqueur et précipitera Ahriman et les Dévas, ses acolytes, dans l'enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du mazdéisme est pure et élevée. Elle impose le respect de la femme et de l'enfant, elle recommande les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions. Malheureusement, le ''culte ''n'est pas à la hauteur de la morale, car il est entaché de pratiques de superstition et de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''189.''' — '''3°''' '''Critique- '''— « Nous n'avons pas besoin de discuter le ''caractère ''purement humain de cette religion. Elle est sans doute, par certains côtés, supérieure au paganisme, elle combat l'idolâtrie ; elle enseigne un spiritualisme élevé. Mais le principe du dualisme est une erreur funeste... Le dualisme ébranle la morale du zoroastrisme et la rend irrationnelle... La révélation faite à Zoroastre est dénuée de preuves sérieuses. On ne comprendrait pas que Dieu eût fait une révélation à un homme et n'eût pas donné, pour preuves de la vérité de sa parole, des témoignages plus certains que les récits légendaires des livres sacrés d'un petit peuple. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn155 [155]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
190. — ''REMARQUE. ''— On a constaté entre la ''religion des Perses ''et celle ''des Juifs ''un certain nombre de ''ressemblances ''qui semblent indiquer que l'une des deux a influencé l'autre. Ainsi toutes deux attendent le ''royaume de Dieu ''et admettent la ''résurrection des morts. ''Naturellement, les rationalistes prétendent que les Juifs sont les emprunteurs. Sans doute, ces derniers, ayant été sous la domination des Perses, auraient pu adopter une partie des croyances de leurs vainqueurs. Cependant cette hypothèse n'est guère vraisemblable, car les convictions des Juifs étaient trop fortes, elles remontaient trop loin dans le passé pour subir aussi facilement les influences étrangères. Et pour ce qui concerne l'idée du royaume de Dieu, il ne fait aucun doute, dit le P. Lagrange, que « le règne attendu qui est celui de Dieu et celui du bien, dont les justes procurent l'avènement et qui aura son Messie, c'est le royaume de Dieu, des prophètes et ensuite de l'Évangile. Or s'il est une idée dont il soit possible de suivre le développement chez le peuple juif, c'est celle du royaume de Dieu et de son Messie... Cette première conception eschatologique est pour nous certainement d'origine juive.» De même, à propos de la ''résurrection des morts, ''« il est difficile de faire remonter très haut la croyance des Perses... Dans Israël, elle fait partie, d'après les Pharisiens contemporains de Jésus, de la foi nationale et elle s'appuie sur des textes qu'on ne peut pas, en tout cas, faire descendre aussi bas que 150 avant Jésus-Christ. D'une façon générale, on constate que les Perses ont été bien plus entraînés par les Sémites qu'ils n'ont eux-mêmes agi sur leurs sujets conquis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn156 [156]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Le Mithriacisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
191. — Le ''Mithriacisme ''est une religion dérivée du ''Mazdéisme. ''Il y avait peu de temps qu'il avait pénétré à Rome et en Occident, lorsque les apôtres du christianisme vinrent pour y prêcher la foi du Christ. Nous ne nous attarderions pas à parler de cette religion d'importance secondaire, si nos adversaires, profitant, ici encore, des nombreuses analogies ~qui existent entre le Mithriacisme et le Christianisme, n'accusaient ce dernier de plagiat. Voici du reste les principales ''ressemblances ''qu'ils se plaisent à relever. Mithra est un jeune dieu qui a vécu parmi les hommes. Il naquit, lui aussi, dans une grotte ou une étable. Quand il fut devenu grand, il terrassa les animaux malfaisants, et en particulier, un taureau, puis il remonta au ciel, d'où il continue à veiller sur ceux qui se font initier à ses mystères et le prient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale mithriaque ''impose aux initiés le respect de la vérité, la fidélité au serment, la fraternité, le culte de la pureté physique et morale. C'est sur l'accomplissement de ces préceptes que Mithra juge l'âme après la mort : si elle est trouvée juste, il l'emmène au ciel avec Ormazd : si elle est coupable, elle est livrée au feu et consumée avec Ahriman.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''culte ''de Mithra offre avec le culte chrétien des analogies non moins perceptibles. L'initiation mithriaque comprenait sept degrés qu’on a comparés à nos sept sacrements : elle comportait, entre autres choses, des ablutions symboliques, l'impression d'un signe sur le front, l'oblation de pain et d'eau, des onctions de miel...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rapproche également certains détails des deux ''liturgies, ''mithriaque et chrétienne. Par exemple, la fête de la Nativité du Christ aurait été fixée le 25 décembre, jour où l'on célébrait déjà la naissance de Mithra. Telles sont entre les deux religions les ressemblances les plus frappantes. Les historiens rationalistes des religions en concluent que le mithriacisme est un ancêtre du christianisme. Ne serait-ce pas le contraire qu'il faudrait dire ? Les points de contact que nous venons de signaler entre les deux religions ne sont-ils pas de date postérieure dans la tradition romaine sur Mithra? Les premiers apologistes chrétiens, saint Justin et Tertullien le pensaient et dénonçaient déjà le plagiat mithriaque des rites chrétiens. S'ils avaient eu tort, s'il en était autrement, comment expliquer que l’empereur Julien qui aurait été trop heureux de prendre le christianisme ''et ''ses apologistes en défaut, n'ait pas accusé ces derniers d'avoir emprunté leur doctrine à la religion de Mithra ? L'hypothèse d'une influence mithriaque sur les dogmes et sur le culte chrétien n'a donc pas de fondement historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. Religions de l'Inde. ====&lt;br /&gt;
192. — Les religions principales qui se sont succédé dans l'Inde sont : le ''Védisme, ''le ''Brahmanisme, ''le ''Bouddhisme ''et ''l'Hindouisme ''ou ''Néo-brahmanisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Le Védisme. '''— Le ''Védisme ''est, parmi les diverses religions des Hindous, la première qui ait laissé des traces dans l'histoire. La religion védique est contenue dans les livres sacrés appelés ''Védas, ''et particulièrement dans le plus ancien d'outre eux, le ''Rig-Véda. ''C'est une ''religion naturaliste ''où les phénomènes et les forces de la nature sont divinisés, et par là, le Védisme peut être rapproché du Paganisme dont nous avons parlé précédemment, ce qui nous dispense d'insister pour en démontrer la fausseté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
193. — '''II. Le Brahmanisme. — 1° Fondateur. '''— Aucun document ne nous permet de fixer, d'une manière certaine, l'origine du brahmanisme encore moins par conséquent, de dire le nom du fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Doctrine. '''— Celle-ci se trouve bien dans les ''Védas, ''mais l'interprétation des Livres sacrés est laissée entièrement aux brahmanes, c'est-à-dire aux prêtres de Brahmâ. Or les Védas contiennent comme deux religions superposées : l'une qui faisait le fond de la vieille religion védique et qui est un ''polythéisme naturaliste ; ''l'autre qui est un ''panthéisme idéaliste ''joint à l'idée de la ''métempsycose, ''et c'est le brahmanisme proprement dit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dieu ''Brahmâ ''est l'être unique : de lui procède le monde par émanation. Tous les êtres sortent donc de lui et y retournent pour en sortir de nouveau, et ainsi un certain nombre de fois, jusqu'à ce que l'âme, purifiée de toute souillure, puisse s'absorber définitivement en Brahmâ et entrer pour toujours dans le ''Nirvana.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du brahmanisme dérive de cette doctrine de la ''métempsycose. ''Étant donné que, à la mort, l'âme passe dans un autre corps, dans le corps d'un animal ou d'un monstre, suivant qu'elle a été jugée plus ou moins coupable, il faut considérer la vie comme le mal suprême. I1 importe donc de mettre un terme à ces morts et à ces renaissances continuelles. Or, pour arriver à ce résultat, il faut pratiquer le ''renoncement, ''anéantir la concupiscence, bref, éteindre on soi la soif de l'existence, cause de tout le mal. Et voilà comment la doctrine brahmaniste a conduit à la pratique ''de l'ascétisme, ''à ces mortifications exagérées des fakirs qui habitent les forêts, ne se nourrissant que d'herbes et de fruits sauvages, restant de longs mois dans la même posture ou s'exposant aux ardeurs du soleil des tropiques des journées entières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° '''Critique. '''— Nous avons vu que les Védas contiennent un mélange de ''polythéisme ''et de ''panthéisme. ''Il n'est donc pas possible de leur reconnaître une origine divine. Bien que la partie morale contienne de sages préceptes sur la lutte contre les passions, et d'excellentes prescriptions sur la chasteté, la véracité, la fidélité aux promesses, elle est muette sur les devoirs de la bienfaisance et de la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''194. '''— '''III. Le Bouddhisme. '''— Le brahmanisme ancien, avec sa morale austère et son culte froid, sans temples et sans idoles, ne pouvait être une religion populaire. Il n'est donc pas étonnant que l'Inde accueillit avec faveur la religion du Bouddha.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur. '''— La vie du ''Bouddha ''fut écrite longtemps après sa mort : ses biographes furent donc à leur aise pour y introduire autant de légendes que bon leur sembla. C'est seulement après l'ère chrétienne, — qu'on remarque bien ce point, — que l'on mit en œuvre les documents qu'on possédait en y ajoutant de nombreuses interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Bouddha naquit au vie ou au Ve siècle avant l'ère chrétienne. Il appartenait à la famille des Çakyas et s'appelait Siddartha. Le titre de ''Çakya-Muni ''sous lequel il est connu, veut dire ''moine ''de la famille des Çakyas. De nombreuses légendes entourent son berceau et sa jeunesse : il serait trop long de les raconter. Un certain temps après s'être marié, il quitta sa femme et sa famille pour devenir moine et travailler à son salut. Pendant plusieurs années, Use livra à des austérités effrayantes. Un jour qu'il méditait sous un figuier, il sentit qu'il était ''Bouddha ''(racine ''budh, ''comprendre) c'est-à-dire sage, éclairé, celui qui a compris. Il-avait trouvé le secret pour ne plus renaître. De ce bonheur il voulut faire profiter l'humanité en lui prêchant sa doctrine. Mais auparavant il décida de passer quatre semaines dans la solitude. C'est durant cette retraite que ''Mâra, ''l'Esprit tentateur, lui proposa de le faire entrer immédiatement dans le ''Nirvana ''pour lui épargner les peines et les déceptions de la vie. Le Bouddha rejeta l'offre, jugeant qu'il se devait au salut de ses frères et à la propagation de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''parallélisme ''qui existe entre la retraite et la tentation du Bouddha, d'une part, et celles de Notre-Seigneur, au désert, d'autre part, n'échappera à personne. Mais il est superflu de défendre les traditions chrétiennes contre l'accusation de plagiât, vu que les Évangiles sont antérieurs à la rédaction définitive des documents bouddhistes. (V. n° 278).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus de quarante ans, le Bouddha prêcha sa doctrine de la délivrance. De toutes parts on venait le consulter. Lui-même allait de pays en pays, vivant d’aumônes et instruisant les peuples. Il avait quatre-vingts ans lorsqu'il mourut à la suite dune indigestion. Ses biographes racontent qu'une musique céleste se fit alors entendre et que Brahmâ en personne vint chercher Je Bouddha pour l'introduire dans le Nirvana. Ainsi, visiblement, la légende se mêle à l'histoire dans des proportions telles que celle-ci disparaît et que des savants ont pu se demander si le Bouddha avait réellement existé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
195. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Les points principaux qui caractérisent la ''doctrine bouddhiste ''sont : — ''a) l'athéisme, ''ou, si l'on préfère, ''l'agnosticisme. ''S'il y a une Cause première, un Etre suprême, le Bouddha ne le recherche pas, estimant qu'une telle question est insoluble et oiseuse ; — ''b) ''la ''croyance à la métempsycose-: ''doctrine qui lui est commune avec le brahmanisme. A sa mort l'homme est transporté au tribunal de Yama qui le juge et le remet entre les mains de ses bourreaux. Quand la peine est expiée, car l'enfer n'est pas éternel, l'âme est rejetée dans le monde pour recommencer une nouvelle existence ; elle reprend dans l'échelle des êtres la place qu'elle a pu mériter par sa vie antérieure. Seuls ceux qui sont proclamés Bouddhas sont affranchis de la renaissance et entrent dans la béatitude parfaite du Nirvana ; — ''c) ''le ''pessimisme. ''Dans la doctrine du Bouddha, l'existence est un mal, et le bonheur suprême consiste précisément à en être délivré et à parvenir au Nirvana. Mais qu'est-ce que le bonheur du Nirvana ? Il serait bien difficile de le dire. Le Nirvana n'est pas le néant, mais c'est la non-existence individuelle, c'est la délivrance de la transmigration, et par conséquent, de la douleur, c'est une sorte de béatitude passive et négative d'où l'amour et la vie sont absents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La morale bouddhiste ''ressemble bien à celle du brahmanisme. Partant de ce principe que l'existence est un mal, elle professe, elle aussi, qu'il n'y a d'autre remède que la ''pratique du renoncement. ''Or la pratique du renoncement comporte une série d'exercices assez semblables à ceux qui sont en usage dans nos Ordres religieux. Ainsi la méditation, la confession des fautes, la direction de conscience, la chasteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn157 [157]], la pauvreté sont des règles strictes pour les ''Bhikchous, ''ou moines bouddhistes. C'est, comme on le voit, tout le ''côté négatif ''de la perfection chrétienne, c'est le renoncement absolu qui doit aboutir à la mort et au Nirvana ; ce n'est pas, comme dans la mystique chrétienne, le détachement des biens de ce monde pour aller plus sûrement à Dieu et pour trouver en Lui un jour la ''vie pleine et l'amour parfait. Le culte bouddhiste ''était à l'origine réduit à son strict minimum. Et à quoi ce culte eût-il bien pu se rapporter, puisque la doctrine bouddhiste était athée et que dès lors il était inutile de prier un dieu dont on ignorait l'existence? Mais, à la mort de Çakya-Muni, il s'établit un culte de vénération en son honneur. Pour conserver ses reliques, on construisit d'abord des monuments très simples, puis des temples magnifiques, généralement au centre d'un monastère. Par la suite, on rendit un culte, non seulement au grand Bouddha Çakya-Muni, mais à tous les autres Bouddhas, semblables à lui, c'est-à-dire qui étaient entrés dans le Nirvana On y joignit le ''culte des images ''et des statues ; et ce fut ainsi un véritable polythéisme, en même temps qu'une- idolâtrie mêlée de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
196'''. — ''NOTA.''''' — Le bouddhisme se ''propagea ''surtout en Chine, dans l'Indochine, au Cambodge, au Siam, en Birmanie, au Japon et au Tibet. Sa ''diffusion si étendue ''s'explique par l'insuffisance du culte brahmanique sans idoles et sans temples, par l'apostolat de ses moines et aussi par la ''protection du pouvoir civil : ''protection qui était accordée d'autant plus facilement que, les moines bouddhistes étaient des auxiliaires précieux pour développer l'influence des rois en dehors de leur pays. De plus, si la morale recommandait avant tout la pratique du renoncement, elle ne défendait aux laïques ni la polygamie ni le divorce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''197— 3° Critique'''. — Nous n'avons pas à insister pour prouver que la religion bouddhiste n'est pas d'origine divine, car Çakya-Muni n'a jamais voulu se faire passer ni pour Dieu ni pour envoyé de Dieu ; il n'a jamais prétendu qu'au titre de ''sage. ''Si nous considérons maintenant sa ''doctrine, ''il faut bien reconnaître que, au point de vue moral, elle a une valeur incontestable. En prêchant le renoncement, le détachement des biens de là terre, la chasteté et l'esprit d'apostolat, en inspirant aux hommes une grande crainte des châtiments futurs, elle a pu atteindre de sérieux résultats. Mais malheureusement sa doctrine métaphysique n'est pas à la hauteur de la morale. Elle encourt d'abord le grave reproche l’''athéisme, ''quoique, en pratique, ses partisans soient polythéistes et idolâtres. En outre, les doctrines de la ''transmigration ''et du ''Nirvana ''ont également pour conséquence fâcheuse de placer l'idéal de la vie monastique dans la ''contemplation pure ''et la ''mendicité sans travail. ''Autant la vie monastique, animée par le sentiment chrétien, réglée de manière à donner sa part au travail, a été en Occident une force civilisatrice, autant les couvents bouddhistes sont devenus des causes de torpeur et de léthargie chez les peuples où cette institution a fleuri. C'est une religion sans action sociale... Çakya-Muni a prescrit le célibat aux religieux, mais il ne s'est pas occupé des laïques... Aussi les hommes impartiaux, même dans le camp rationaliste, renoncent à comparer le bouddhisme au christianisme et professent hautement que le christianisme est supérieur... Nous ne trouvons donc pas dans le bouddhisme, plus qu'ailleurs, cette parole divine que nous cherchons. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn158 [158]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''198. — IV. L'Hindouisme ou Néo-brahmanisme. 1° Fondateur.''' — Le bouddhisme, tel que nous venons de l'exposer, ne vécut dans l'Inde que les quelques siècles. Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, d'autres sectes naquirent, auxquelles on donna le nom générique ''d'hindouisme ''ou ''néo-brahmanisme. ''La nouvelle religion était le produit de plusieurs écoles, et aucun nom ne s'attache à sa fondation : elle est d'ailleurs une sorte de fusion entre le brahmanisme et les vieux cultes idolâtriques de l'Inde. Les deux principales sectes sont le ''Vishnouisme ''et le ''Civaïsme, ''noms qui lui viennent de ce qu'elles regardent soit ''Vishnou, ''soit ''Civa ''comme Dieu suprême. Le ''Vishnouisme ''seul nous intéresse à cause des ressemblances que sa doctrine offre avec le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''199. — 2°''' '''Doctrine. '''— Ce qui caractérise le Vishnouisme, ou du moins, ce qui lui donne à nos yeux le plus vif intérêt, c'est la présence dans sa doctrine des deux dogmes de la ''Trinité ''et de ''V Incarnation,''— ''a) ''La Trinité hindoue ou ''Trimurti ''se compose de Brahmâ, le dieu créateur, de Vishnou, le dieu conservateur, et de Civa, le dieu destructeur. — ''b) ''Les ''incarnations ''ou ''avatars ''de Vishnou tiennent une place capitale dans l'hindouisme. Vishnou s'incarne un certain nombre de foie : il prend successivement les formes de poisson, de tortue, de sanglier, de lion, et il apparaît surtout dans la personne de deux héros fameux ''Bâma ''et ''Krishna. ''Ce dernier est particulièrement célèbre : il a une naissance miraculeuse, il est adoré par des bergers, persécuté par le roi Kamsa qui le redoute comme un compétiteur et ordonne le massacre des enfants. Il y a là, on le devine, matière à rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, et les adversaires de celui-ci ne se sont pas fait faute de l'accuser de plagiat. Mais accuser n'est pas prouver et il faudrait avant tout montrer que les légendes du Vishnouisme existaient avant leur rédaction définitive qui n'eut lieu que vers le XIIe ou le XIIIe siècle de notre ère — ce qui jusqu'ici n'a pas été fait. (V. N°s 194 et 278.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''200. — 3°''' '''Critique. '''— Pas plus dans l'hindouisme que dans le bouddhisme nous ne trouvons des traces de l'action divine. Le culte néo­brahmanique se signale, au contraire, par des rites grossiers et cruels ; il va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme exagéré à la débauche ; il est un mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale. Pour en donner une idée il n'y a qu'à rappeler que le gouvernement anglais qui a pourtant pour principe de respecter les croyances des peuples qui sont sous son autorité, s'est vu forcé de défendre un grand nombre de cérémonies religieuses et de coutumes barbares, on particulier, les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, le suicide des veuves sur la tombe de leurs maris, les immolations volontaires des fanatiques qui se faisaient écraser sous le char du dieu Vishnou.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VI. — L'Islamisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
201. — Avant la fondation du Mahométisme, les ''Arabes, ''sémites comme les Hébreux, se disant descendants d'Ismaël, fils d’Abraham et d'Agar, étaient divisés en tribus indépendantes, les unes nomades, et les autres sédentaires. Un lien rapprochait ces tribus : c'était la ''Kaaba, ''leur sanctuaire commun, qui s'élevait dans une gorge de l'Hedjaz, à environ 90 kilomètres de la mer Rouge. Là, ils adoraient le Dieu d'Abraham, mais ce culte n'excluait pas celui des idoles particulières à chaque tribu. Les Arabes y venaient chaque année en pèlerinage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons encore, pour mieux faire connaître les influences qui purent s'exercer sur l'esprit de Mahomet, que la Mecque qui fut construite vers le VIe siècle après Jésus-Christ, était peuplée en partie de Juifs et de chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Fondateur. '''— Mahomet (Mohammed, en arabe) naquit à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Pauvre, et orphelin de bonne heure, il fut. mis au commerce par son oncle Abu-Talib. C'est justement dans un voyage commercial qu'il fit pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, qu'il épousa par la suite, qu'il eut, dit-on, l'occasion de rencontre! un moine chrétien avec qui il put s'entretenir. Il eut aussi des relations avec Zeïd, un judéo-chrétien, qui voulait restaurer la religion d'Abraham. Faut-il chercher là l'origine de sa vocation ? On peut en douter ; mais ce qui est certain, c'est que vers l'âge de 40 ans il commença à se préoccuper des questions religieuses et se livra dans la solitude à de longues méditations. Un jour qu'il était en contemplation au mont Hira, il eut deux visions au cours desquelles l'Archange Gabriel lui apparut et lui ordonna de prêcher qu'il n'y avait d'autre Dieu qu'Allah, et que Mahomet était son prophète. Conformément à cet ordre, Mahomet prêcha d'abord à la Mecque, mais il fut accueilli par les railleries des Koreischites, ses parents, et il eut à subir les objections des Juifs. Il dut même, à la suite d'une persécution plus violente, quitter la ville. Il partit alors avec quelques fidèles à Médine, ville rivale, de la Mecque : c'est de cette fuite, appelée ''Y-hégire, ''que date l'ère musulmane (16 juillet 622). Reçu en prophète à Médine, il s'y installa ; et, à partir de cette date, il prêcha la ''guerre sainte. ''Il dit à ses partisans : « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni en son prophète. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient humiliés. » Alors, de son vivant, et après sa mort, les Arabes entreprirent la ''guerre sainte. ''C'est ainsi, par les armes, qu'ils imposèrent la religion nouvelle chez les peuples de l'Asie (Syrie, Egypte, Perse) et de l'Afrique (Tripoli, Tunisie, Algérie, Maroc). Au début du viii6 siècle, ils attaquèrent l'Europe ; ils pénétrèrent en Espagne, où la victoire de Xérès leur livra le pays ; ils entrèrent en Gaule par la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, puis ils conquirent la vallée de la Garonne et ils s'avançaient déjà dans la vallée de la Loire lorsque les Francs commandés par Charles Martel vinrent les arrêter et les battre à Poitiers (732). Cette victoire brisa l'élan musulman sur le front d'Occident, comme, quinze ans plus tôt, l'empereur LÉON III et les ''Byzantins ''l'avaient brisé sur le front d'Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''202. — 2°''' '''Doctrine. '''—Le ''Coran ''est le livre sacré de l'Islam, il contient les révélations de l'archange Gabriel au prophète. Mais le livre n'a pas été écrit par le prophète lui-même ; il est le recueil de fragments de discours que ses disciples avaient retenus ou recueillis sur des tablettes. Le Coran est pour le mahométan Le livre par excellence, celui qui remplace tous les autres : il renferme la loi civile aussi bien que la loi religieuse, le Code du juge et l'Évangile du prêtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voici les ''points principaux. ''— ''a) ''Sur la ''question de Dieu, ''Mahomet enseigne ''l’unité divine. ''Il rejette la Trinité et l'Incarnation, et considère les chrétiens qui adorent Jésus-Christ comme des polythéistes. Parmi les ''attributs ''de Dieu il insiste surtout sur sa puissance, laquelle se manifeste bien plus par l’ordre et la beauté du monde que par les miracles ; il parle aussi du « Dieu clément et miséricordieux ». Mahomet admet les anciens prophètes dont les principaux sont Abraham, Moïse, Jean-Baptiste et Jésus. Mahomet, lui, est le dernier et le plus parfait ; il est le «Paraclet promis par Jésus à ses Apôtres » ''(Jean, ''XV, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Sur la question de ''l’homme. ''D'après le Coran, il semble bien que la destinée humaine, ici-bas et là-haut, dépende absolument de la volonté arbitraire et souveraine de Dieu. Il est vrai que les docteurs musulmans n'admettent pas que leur religion soit fataliste ; elle en a au moins toutes les apparences, et si en théorie elle ne l'est pas, elle y aboutit certainement en pratique. L'on sait que les populations musulmanes se plient sans peine aux coups du sort, au Destin, comme on disait dans l'antiquité. Le mot ''islam ''signifie du reste ''résignation, ''abandon à la volonté de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort est suivie du jugement particulier : l'âme est destinée alors au Paradis ou à l'Enfer, mais, jusqu'à la résurrection, elle reste dans la tombe, heureuse -ou malheureuse suivant la sentence prononcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La ''morale ''et le ''culte ''de la religion de Mahomet prescrivent cinq devoirs principaux : — 1. la ''foi : ''« I1 n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son prophète », telle est la brève profession de foi imposée à celui qui veut appartenir à l'Islam ; — 2. la ''prière. ''Le mahométan doit prier cinq fois par jour : à l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la tombée de la nuit. Il peut prier, soit en particulier, soit à la mosquée ; pour les mosquées, l'heure de la prière est annoncée par le muezzin du haut des minarets. La prière est précédée des ablutions : le musulman se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jusqu’'aux chevilles ; il se déchausse avant d'entrer dans la mosquée. Les attitudes sont prescrites ; en même temps qu'il récite les formules de prières, tirées pour la plupart du Coran, le musulman fait des génuflexions, des prosternations, il élève les mains de chaque côté de la tête, les abaisse le long du corps ou sur les genoux. Il prie sur des tapis spéciaux, et tourné vers la Mecque, comme le chrétien vers Jérusalem ; — 3. ''Aumône. ''Celle-ci affecte une double forme : l'une obligatoire et à un taux fixé d'après la fortune individuelle, l'autre non officielle, en argent ou en nature, et pratiquée surtout à la fin du mois de jeûne ; —4. le ''jeûne. ''Le Coran impose un mois entier de jeûne : le mois de ''Ramadan. ''Deux heures avant le lever du jour, les fidèles sont avertis d'avoir à préparer leur repas du matin ; puis, à partir de ce moment jusqu'au coucher du soleil, le musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni même avaler exprès sa salive ; — 5. un ''pèlerinage ''à la Mecque que tout musulman qui en a les moyens, doit accomplir au moins une fois dans sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''203. — 3°''' '''Critique. '''— On s'est demandé si Mahomet qui se donnait pour un prophète inspiré, était réellement convaincu de sa mission. Le ton enthousiaste de ses prédications, la conviction profonde qu'il sut inspirer à ses compatriotes, pourtant si fiers, sa ténacité devant l'indifférence, et même l'hostilité des siens, tout cela peut nous autoriser à croire qu'il fut sincère au début de sa mission, mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la seconde phase de sa carrière, il n'a plus rien du messager divin. Non seulement il ne recule devant aucun moyen pour propager ses idées, mais il prétexte même de fausses révélations pour excuser son immoralité et ses brigandages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si l'on voulait, dit l’abbé de Broglie, attribuer à l'islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme directement opposé à l'islamisme est divin de son côté, ou c'est une œuvre humaine. S'il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l'une prêchant la chasteté, la patience, la douceur de ses martyrs, l'autre permettant les mœurs dissolues, la propagation de la vérité par le sabre. Si, d'autre part, on considérait l'islamisme comme divin et le christianisme comme uns œuvre humaine, ce serait alors l'homme qui prêcherait la chasteté, l'indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que l'islamisme « présente le plus singulier mélange d'erreur et de vérité que l'on puisse imaginer. Son dogme fondamental, l'unité de Dieu, est une grande et salutaire vérité. Il en est de même du principe dé l'exclusion de l'idolâtrie, qui en est la conséquence... La sanction de la morale se trouve également dans l'idée de la vie future, du jugement, du ciel et de l'enfer.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn159 [159]] Les prières précédées d'ablutions qui ont lieu cinq fois par jour, le jeûne rigoureux du Ramadan, sont des pratiques excellentes. On peut supposer que les musulmans qui « croient que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui l'approchent», selon la parole de saint Paul (Héb., XI, 6), qui sont de bonne foi dans leur religion et suivent leur conscience, y trouvent les éléments nécessaires pour leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VII. — Le Judaïsme actuel. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
204. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur le ''judaïsme actuel. ''La preuve qu'il n'est pas la vraie religion découle, en effet, de la démonstration' que nous ferons plus loin de la divinité du christianisme. Nous verrons plus loin (N° 213) que la ''religion mosaïque ''était une ''religion préparatoire, ''et qu'un des dogmes principaux de sa doctrine c'était l'idée messianique, c'est-à-dire L'attente d'un Envoyé divin qui transformerait la religion particulariste et nationale des Juifs en une religion universelle. Or, si nous apportons la preuve que cette espérance s'est réalisée dans le Christ, le judaïsme actuel est dans l'erreur lorsqu'il prétend, soit que le Messie n'est pas venu et qu'il viendra un jour comme un roi temporel à qui toutes les nations seront soumises, soit qu'il est venu, mais qu'il est resté inconnu à cause des péchés de son peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''205. — Conclusion générale''' — 1° De l'examen rapide que nous venons de faire des principales religions de l'humanité, il ressort qu'aucune ne porte les signes d’une origine ''surhumaine. ''— ''a) ''D'une part, leurs ''fondateurs ''ne sont pas, et généralement, ne prétendent pas être, des envoyés de Dieu; il arrive même parfois que leur existence, comme celle de Zoroastre, est problématique, ou que les récits qu'on fait de leur vie, comme c'est le cas pour Çakya-Muni, s'ont plutôt du domaine de la légende que de celui de l'histoire. — b) D'autre part, leur ''doctrine ''est mêlée d'imperfections, et les ''miracles ''qu'on leur attribue sont des faits, dont la réalité n'est pas suffisamment établie, ou qui sont explicables par une^ cause naturelle : tels sont, par exemple, les oracles de Delphes et de Memphis, ie8 faits miraculeux mis sur le compte de l'empereur Vespasien, et les faits de magie qui se produisent encore fréquemment de nos jours dans l'Extrême-Orient. 2° De ce que les religions que nous venons de passer en revue sont fausses, nous n'avons garde de conclure que le christianisme est vrai. Ce serait évidemment tirer une conséquence que ne renferment pas les prémisses. Mais n'est-ce pas un semblable ''illogisme ''que commettent les historiens rationalistes des religions, lorsqu'ils prétendent que, les religions ci-dessus mentionnées étant fausses, le christianisme l'est aussi. Il est vrai qu'ils cachent le vice de leur raisonnement sous une forme plus habile. Ou bien, en effet, ils accordent que la religion chrétienne est une religion supérieure, que sa doctrine est la plus belle, et son fondateur, l'homme idéal; en un mot, ils veulent bien concéder qu'elle est ''transcendante[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn160 [160]], ''mais pour mieux lui dénier toute origine divine. Ou bien ils exaltent les fausses religions et rabaissent la religion chrétienne pour pouvoir plus facilement conclure que toutes se valent, qu'il y a équivalence de doctrines et de fondateurs, et dès lors, que toutes les religions sont fausses. La seule réponse à de telles attaques c'est la démonstration de l'origine divine du christianisme, comme nous nous proposons de le faire dans la section suivante, en justifiant les titres du fondateur et en faisant ressortir la qualité de la doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Quand nous disons que la religion chrétienne est la seule vraie, et que toutes les autres formes religieuses sont fausses, cela ne veut pas dire qu'il y ait ''opposition totale ''entre l'une et les autres, ni que tout soit à condamner dans les fausses religions. Elles sont, au contraire, vraies et bonnes dans tous les points où elles sont d'accord avec la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE- '''- De Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions ''(Tricon) ; ''Religion et critique ''(Lecoffre). — Dufourcq, ''Histoire comparée des religions païennes et de la religion juive ''(Bloud). — Poulin et Loutil, ''La Religion ''(Bonne Presse). — Du Dictionnaire d'Alès : Condamin, art. ''Babylone et la Bible ; ''J. Huby, art. ''Religion des Grecs ; ''Mallon, art. ''Egypte ; ''Lagrange, ''Religion de l'Iran ; ''d'Alès, ''La Religion de Mithra ; ''Roussel, ''Religions de l'Inde ; ''Carra de Vaux, ''L'Islamisme et ses sectes ; ''Power, art. ''Mahomet ; ''Touzard, ''Le peuple juif dans l'Ancien Testament. ''— Bricout, ''Où en est l'histoire des religions ''(Letouzey). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II : LA DIVINITÉ DU CHRISTIANISME ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Les Documents de la Révélation. Valeur historique du Pentateuque et des Évangiles. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
206. — ''Deux méthodes ''s'offrent à l'apologiste chrétien pour démontrer ''l'origine divine ''du christianisme. — 1° Ou bien, procédant comme il vient d'être fait à propos des fausses religions, il va directement au ''fondateur ''et lui demande ses ''titres. ''Si celui-ci peut lui apporter le témoignage de nombreux miracles, dûment constatés et consignés dans des ''documents authentiques, ''dont la valeur et l'autorité ne sauraient être contestées, il &amp;quot;n'y a pas de doute : il est ''un envoyé divin, ''et nous n'avons plus qu'à écouter sa parole et accepter sa doctrine. — 2° Si cette première méthode paraît très logique, elle n'en a pas moins le défaut de ne pas être totalement ''conforme à l'histoire. ''Car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, ne s'est pas donné comme ''un ''simple envoyé de Dieu, mais comme ''l'Envoyé attendu par les Juifs, ''comme ''le Messie promis ''par Dieu au peuple qu'il s'était choisi et chez lequel il avait gardé le trésor de la vraie religion. La démonstration chrétienne ne doit pas être, par conséquent, une démonstration indépendante : le christianisme se présentant comme la troisième phase de la Révélation divine, et se rattachant plus particulièrement à la Religion mosaïque dont il se dit le couronnement, c'est, en réalité, la démonstration de cette triple Révélation qu'il s'agirait de faire. Pour cela, il est indispensable, avant tout, de ''vérifier les documents ''qui rapportent le ''fait ''de cette triple Révélation. Il faut donc établir la ''valeur historique : ''— ''a) ''du ''Pentateuque ''qui contient les deux premières Révélations : la Révélation primitive[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn161 [161]] et la Révélation mosaïque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn162 [162]] ; et — b) celle ''des Évangiles ''où est consignée la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons cette seconde méthode, de préférence à la première qui nous paraît incomplète et dangereuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn163 [163]], sans cependant nous croire obligé à faire la démonstration complète de l'origine divine des deux premières Révélations : leur vérité est en effet impliquée dans la démonstration chrétienne. Nous nous contenterons d'établir rapidement l'autorité humaine du Pentateuque, et d'indiquer la marche de la démonstration mosaïque (N° 213). Ce chapitre comprendra donc deux articles. 1° Le premier traitera de la ''valeur historique du Pentateuque. ''2° Le second, de la ''valeur historique des Évangiles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''REMARQUE PRÉLIMINAIRE AUX DEUX ARTICLES'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
207. — Il s'agit de savoir si les ''documents ''qui contiennent le ''fait ''de la Révélation méritent notre confiance tout aussi bien que les autres documents de l'histoire profane, tels que les Annales de Tacite et les Commentaires de César. Or, pour se rendre compte de la valeur historique d'un document, il faut le soumettre à un triple examen. La première chose à vérifier c'est le document lui-même : le possédons-nous dans sa teneur originelle et -tel qu'il est sorti des mains de son auteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn164 [164]] ? Le second point c'est de rechercher l'auteur. Le troisième c'est de s'assurer si cet, auteur est digne de foi. Ces trois conditions de la valeur historique d'un livre : ''intégrité, authenticité, véracité, ''nous allons voir si les deux documents de la triple Révélation, c'est-à-dire le Pentateuque et les Evangiles, les remplissent ; et, comme nous avons surtout besoin, dans cette seconde Partie, des documents de la Révélation chrétienne, nous insisterons davantage sur la valeur des Évangiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I — Valeur historique du Pentateuque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons démontrer dans trois-paragraphes : 1° ''l'intégrité ; ''2° ''l'authenticité, ''et 3° la ''véracité ''du Pentateuque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le Pentateuque. Son intégrité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''208. — 1° Le Pentateuque. — Division'''. — Le Pentateuque (du grec « ''pente ''» cinq et « ''teuchos ''» livre) est ainsi nommé parce qu'il contient cinq,, livres, à savoir : — ''a) ''lav ''Genèse ''(gr. « ''genesis ''» origine), qui raconte la &amp;quot;création et l'origine des choses ; — b) ''l’Exode ''(gr. « ''excodos» ''sortie), qui raconte la sortie des Israélites de la terre d'Egypte ; — c) le ''Lévitique, ''c'est-à-dire la loi des prêtres ou lévites, ainsi appelé parce qu'il est comme le rituel du culte et des sacrifices ; — d) les ''Nombres : ''appellation qui vient de ce que le livre commence par un dénombrement du peuple et des lévites; — e) le ''Deutéronome ''ou seconde loi ; livre qui contient une récapitulation de la loi déjà donnée. Le Pentateuque était désigné par les Juifs sous le nom de ''Torah, ''ou la ''Loi, ''parce qu'il contient la législation mosaïque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''209. — 2° Intégrité.''' — Avant de se servir d'un document, il est nécessaire, avons-nous dit, d'en contrôler le contenu, et de s'assurer si le texte qu'on a entre les mains est conforme au manuscrit autographe de l'auteur. La chose serait très simple si l'on possédait l'original, l'autographe même de l'auteur. Mais il n'en va pas ainsi quand il s'agit des ouvrages de l'antiquité. Les originaux en sont perdus depuis longtemps, et nous ne pouvons les connaître qu'à travers les copies plus ou moins fidèles qui en ont été faites. Il y a donc lieu de distinguer deux sortes d'intégrités : — ''a) l'intégrité absolue, ''quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive, et — b) ''l'intégrité substantielle, ''lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l'essence de l'ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'intégrité du Pentateuque actuel est une intégrité substantielle ''L'on comprend aisément que, dans un si long cours de siècles, quelques modifications se soient produites. La ''Commission biblique, ''dans son décret du 27 juin 1906, signale plus spécialement quatre sources de modifications : — 1. des ''additions ''postérieures à la mort de Moïse, même faites par un auteur inspiré : il est de la plus grande évidence que le récit de la mort de Moïse, à la fin du Deutéronome, est une addition ; —2. des ''gloses ''et des ''explications ''insérées dans le texte primitif[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn165 [165]] et qui avaient pour but d'expliquer les passages qui ne se comprenaient plus ; — 3. des termes et des expressions tombés en désuétude, et traduits en langage plus moderne; —4. enfin des leçons fautives attribuables à l'incorrection des copistes. Ceux-ci ont pu se tromper, soit involontairement en transcrivant un mot pour un autre, soit volontairement en croyant bien faire en corrigeant le texte qu'ils avaient sous les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme l'admet la ''Commission biblique, ''le Pentateuque a subi dans la suite des temps un certain nombre de modifications portant sur des points accessoires et n'atteignant pas le fond de l'ouvrage. Quelles furent ces modifications, c'est à la critique de le déterminer : la Commission biblique lui en reconnaît le droit, mais à une condition, c'est qu'elle justifie ses suppositions et qu'elle laisse le dernier mot à l'Église, celle-ci devant toujours juger, en dernier ressort, et dire si les critiques ont raison ou si leurs conclusions manquent de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''210. — 1°''' '''Définition. '''— On dit qu'un livre est ''authentique, ''quand il est bien de l'auteur auquel la tradition l'attribue. Ainsi, le Pentateuque est authentique s'il a été vraiment écrit par Moïse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''211. — 2° Authenticité.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''L'origine mosaïque du Pentateuque a été révoquée en doute par les critiques rationalistes. Mais, bien qu'ils affirment tous que le Pentateuque n'est pas l'œuvre de Moïse, ils sont incapables de se mettre d'accord sur l'auteur et le mode de composition de l'ouvrage. Parmi les hypothèses qu'ils ont faites, les trois principales sont : l'hypothèse ''documentaire, ''l'hypothèse ''fragmentaire si ''l'hypothèse complémentaire, — a) ''Hypothèse documentaire. ''Le Français Jean Astruc (en mort 1766), l'Allemand Eichhorn (mort en 1827) ont vu, le premier dans la Genèse seulement, le second dans tout le Pentateuque, une réunion de ''documents, ''dont les deux principaux sont :1e document ''élohiste ''et le document ''jahviste, ''ainsi dénommés parce que Dieu est appelé dans l'un ''Elohim, ''et dans l'autre, ''Jahweh. ''Cette opinion est restée en vogue, mais a subi des modifications ; de nos jours, les rationalistes considèrent généralement le Pentateuque comme la fusion de quatre documents : l’''Elohiste, ''le ''Jahviste, le Deutéronome ''et le ''Code Sacerdotal, ''rédigés tous à des dates diverses, allant du IXe au VIe siècle, de beaucoup postérieurs, par conséquent aux événements qu'ils rapportent et ne -pouvant être attribués à Moïse. — b) ''Hypothèse fragmentaire. ''Cette opinion, professée par l'Ecossais Geddbs (mort en 1802) et par l'Allemand Vater (mort en 1826), regarde le Pentateuque comme une réunion de nombreux fragments, d'ailleurs assez mal assemblés. — c) ''Hypothèse complémentaire. ''Cette hypothèse, dont l'Allemand Ewald (mort en 1875) fut le premier représentant, admet un ''écrit primitif, ''composé par des prêtres au XIe ou Xe siècle, ''l’Elohiste, ''auquel un auteur plus récent, qui appelait Dieu ''Jahweh, ''ajouta de nombreux ''suppléments[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn166 [166]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''repose sur quatre preuves traditionnelles, rappelées par la Commission biblique le 27 juin 1906 : — ''a) sur le témoignage de nombreux passages de l’Ancien Testament. ''D'abord le Pentateuque se présente à nous comme ayant été écrit par Moïse ''(Exode, ''xvii, 14 ; XXIV, 4 ; ''Deut., ''XXIX, XXX). Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment l'origine mosaïque : le livre de ''Josué ''en fait mention ; les ''Psaumes ''et les ''Prophètes ''sont tout imprégnés de la loi de Moïse. Supprimer Moïse et la Législation mosaïque contenus dans le Pentateuque, c'est rendre inintelligible toute l'Histoire sainte ; — &amp;amp;) ''sur la tradition juive, ''qui attribue le Pentateuque à Moïse : ainsi les écrivains Josèphe et Philon ne laissent aucun doute à cet égard ; — c) ''sur le témoignage du Nouveau Testament. ''Notre-Seigneur et les auteurs du Nouveau Testament parlent très souvent de Moïse : ils sont unanimes à le ''regarder comme l'auteur du Pentateuque (Mat., ''viii, 4 ; xix, 7, 8 ; ''Marc, ''VII, 10; XII, 26; ''Luc, ''xvi, 29, 31 ; xxiv, 44; ''Act., ''xxi, 21 ; xxvi, 22 ; Rom., x, 5) ; — d) ''sur les critères internes ''qui se tirent du livre lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire, cette quatrième preuve de ''l'origine mosaïque ''du Pentateuque est utilisée, en sens contraire, par les rationalistes dont nous avons signalé plus haut les principales hypothèses. C'est, en effet, sur la ''critique interne ''du livre qu'ils s'appuient pour prétendre que le Pentateuque est un ensemble d'écrits, — ''documents, fragments ''ou ''suppléments, ''— d'époques diverses et ne saurait être attribué à Moïse. Pour démontrer leur thèse, ils allèguent : — 1. les ''diversités de langue, ''de ''style, d'idées ''qui trahissent une époque et des auteurs différents ; — 2. ''l'emploi de deux noms, Elohim ''et ''Jahweh, ''pour désigner Dieu, — 3. les ''doublets, ''c'est-à-dire les faits racontés deux fois : il y a, par exemple, un double récit de la création, du déluge, de l'enlèvement de Sara, de l'expulsion d'Agar ; Joseph est vendu à des Ismaélites et à des Madianites : la chose leur paraît inexplicable dans l'hypothèse de l'unité de composition et d'auteur ; -— 4. ''les passages ''relatant des ''faits ''ou des ''institutions ''manifestement ''postérieurs à Moise, ''par exemple, les endroits où il est question de la terre au-delà du Jourdain que Moïse n'habita jamais, de la mort de Moïse, et de lois concernant le royaume ''(Deut, ''xvii, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces difficultés soulevées par les rationalistes, nous répondrons, en nous inspirant des conclusions de la ''Commission Biblique : ''— 1. que de nombreux ''mots égyptiens ''témoignent que l'auteur a vécu en Egypte, ce qui est le cas de Moïse, que les ''diversités de langue et de style ''s'expliquent non seulement par la diversité des sujets, mais par ce fait que Moïse a pu se servir de ''secrétaires qui, ''sous sa direction et d'après son plan ont rédigé, chacun, des œuvres complètes par elles-mêmes et souvent parallèles, qu'il a pu utiliser, lui-même ou par ses collaborateurs, des ''sources, ''antérieures ou contemporaines, écrites ou orales, sources qui ont été insérées, ''mot à mot, ''ou quant aux ''idées, ''tantôt abrégées, tantôt développées comme certains épisodes de l'histoire d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Ajoutons, d'autre part, que rien, dans le ''décret de la C. B. du ''27 ''juin ''1906 ne nous oblige à supposer que ces œuvres de Moïse et de ses scribes auraient été fusionnées en un seul tout de leur vivant. Il nous suffit de croire que ces documents remontent à Moïse, qu'ils en dépendent, qu'ils lui sont imputables et n'ont subi aucune altération substantielle. — 2. L'emploi des deux mots, ''Elohim ''et ''Jahweh ''pour nommer Dieu, n'implique nullement qu'il y ait eu deux sources ou deux auteurs différents : les deux mots, en effet, n'ont pas le même sens ; le premier désigne Dieu en tant que Créateur et Providence, le second désigne le Dieu d'Israël, le Dieu qui a contracté une alliance solennelle avec son peuple d'élection. — 4. Pour ce qui concerne les ''passages d'origine certainement postérieure à Moïse, ''la chose s'explique par des modifications qui ont pu se produire au cours des siècles sans détruire, pour cela l'intégrité substantielle (V. N° 209).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des quatre preuves qui précèdent il résulte que ''l'authenticité mosaïque du Pentateuque reste incontestable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Véracité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
212. — De ce que le Pentateuque est substantiellement intègre et qu'il est l'œuvre de Moïse, pouvons-nous conclure qu'il est ''digne de foi ? ''Ou mieux, le témoignage de Moïse que nous trouvons dans le Pentateuque, réunit-il les conditions de la véracité ? Un témoignage est véridique, il mérite d'être cru, lorsque le témoin n'a pas pu se tromper et n'a pas voulu tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn167 [167]]. Or en est-il ainsi pour ce qui concerne le témoignage de Moïse? Que Moïse n'ait pas pu se tromper, cela paraît bien évident, car il racontait les faits dont lui-même avait été le principal acteur. Pas davantage il n'a voulu tromper ; quel intérêt aurait-il eu à le faire ? Mais, même s'il en avait conçu le dessein, la chose lui aurait été impossible, car il écrivait pour son peuple qui, lui aussi, avait été témoin et acteur des événements que Moïse racontait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
213. — '''Remarque. '''— La valeur historique du Pentateuque une fois admise, il faudrait démontrer ici ''l'origine divine ''de la Révélation ''primitive, ''et surtout de la Révélation ''mosaïque, ''à laquelle la Révélation chrétienne se rattache si étroitement. Nous indiquerons seulement la marche à suivre pouf la Révélation mosaïque. Deux points sont à discuter, comme nous l'avons fait pour les fausses religions : les ''titres du fondateur ''et la ''valeur de la doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE FONDATEUR. ''— La mission divine du fondateur, ressort de ce fait que, par son intermédiaire, Dieu a opéré de nombreux prodiges, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Rappelons seulement les Dix plaies d'Egypte, le passage de la Mer Rouge, la manne qui nourrit les Israélites durant quarante jours dans le désert, l'apparition de Dieu sur le Sinaï, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOCTRINE. ''— Pour faire apparaître la transcendance de la religion juive, il suffirait d'en signaler les deux traits essentiels : le monothéisme et l'idée messianique : — ''a) ''Et d'abord le ''monothéisme, ''c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique et créateur et l'adoration exclusive de ce Dieu. Or ce monothéisme est un fait unique dans l'histoire des religions : à lui seul, il suffit à classer la religion juive hors de pair. Aucune cause naturelle ne peut en donner une explication suffisante : ni la race, ni le climat, ni la langue, ni les circonstances ne sont des causes acceptables ; le peuple juif, en effet, n'était-il pas entouré de peuples de même race, sémites comme lui, de même langue, Assyriens, Arabes, Araméens qui tous étaient polythéistes ? Mieux que cela : les Juifs eux-mêmes n'étaient-ils pas enclins à l'idolâtrie, ne s'y sont-ils pas laissé entraîner maintes fois au point que les rationalistes ont pu prétendre que la nation juive a commencé comme toutes les autres, par le polythéisme ? ''Le monothéisme hébreu n'est donc explicable que par l'intervention surnaturelle de'' ''Dieu. ''Si le peuple juif ne reconnaît d'autre Dieu que Jahvé, s'il bannit du camp ou de la ville toute idole qui rappellerait le souvenir d'un dieu étranger, c'est parce qu'il a reçu l'enseignement de Moïse qui l'a instruit au nom de Dieu, enseignement que les prophètes devront plus tard lui rappeler tant de fois pour le retenir dans la voie tracée par Dieu et le garder de l'idolâtrie. — b) Le second caractère de la religion juive c'est ''l'espérance messianique. ''Si, d'une part, Moïse et les prophètes ont proclamé que le monothéisme était le dogme essentiel de leur religion, ils ont, d'autre part, annoncé que leur ''religion n'était pas définitive ''et qu'à sa forme imparfaite et restreinte succéderait une autre forme religieuse destinée à devenir la religion universelle. Et de cette future religion ils ont prédit qu'un Envoyé de Dieu, un Messie, serait l'apôtre et le fondateur. L'espérance messianique c'est donc l'attente du royaume de Dieu qui s'étendra à tout l'univers et l'attente d'un Roi, d'un Oint, — Christ ou Messie, — qui conquerra le monde au vrai Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question qui maintenant va se poser, c'est par conséquent de savoir si cette espérance est réalisée, si elle est désormais un fait accompli. Les apologistes chrétiens qui répondent affirmativement, ont donc pour tâche de montrer que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, est bien le Messie attendu, fit qu'il l'est parce qu'il réalise en sa personne tous les caractères annoncés par les Prophètes : de la tribu de Juda et de la race de David, et parce qu'il a prouvé son origine divine par ses œuvres. C'est le travail que nous ferons quand nous aurons vérifié tes documents de la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Valeur historique des Évangiles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
214. — Les quatre Évangiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn168 [168]] selon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn169 [169]] saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont les ''principaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn170 [170]] documents qui contiennent le ''fait ''de la Révélation chrétienne. Il y a donc lieu, comme pour le Pentateuque, d'en rechercher la valeur historique. Dans trois paragraphes nous établirons : 1° leur ''intégrité ; ''2° leur ''authenticité ; ''et 3° leur ''véracité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Intégrité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
215. — ''Les textes actuels des Évangiles sont-ils tels qu'ils sont sortis des mains de leurs auteurs? ''Telle est la première question qui se pose. Que la solution en soit difficile, on le devine aisément, si l'on remarque, d'un côté, que les originaux, écrits sans doute sur du papyrus, matière friable et de peu de durée, ont disparu depuis longtemps, et de l'autre, que les critiques ont relevé plus de 150.000 ''variantes ''dans les nombreuses copies qui en ont été faites. Variantes qui n'ont du reste rien d'étonnant, car il était impossible que le texte primitif passât entre tant de mains sans être altéré, au moins dans ses détails. Parfois les copistes ont oublié des mots, passé une ligne, écrit un mot pour un autre ; parfois aussi les variantes n'étaient pas accidentelles, et il est arrivé que les copistes ont, de propos délibéré, substitué à un passage obscur des expressions qu'ils jugeaient meilleures ou même remplacé des idées par d'autres plus conformes à leurs opinions personnelles et à leurs préoccupations doctrinales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier travail de la ''critique historique ''a donc été de reconstituer, aussi fidèlement que possible, les textes originaux, au moyen des manuscrits [171] qui ont été retrouvés, des versions anciennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn172 [172]] et des citations des Pères[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn173 [173]]. La chose n'allait pas sans difficultés, vu le grand nombre de variantes. Toutefois, comme la plupart de ces dernières sont sans importance et que les corrections tendancieuses sont plutôt ''rares[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn174 [174]] et assez facilement reconnaissables, il n'y a pas à douter que le ''texte critique actuel ''soit identique dans sa substance, au texte original.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
216. — Voici, du reste, pour chaque Évangile, les ''endroits dont l'authenticité est mise en doute. ''— ''a) Saint Matthieu. ''La question d'authenticité du premier Évangile est plus complexe que celle des autres: la raison en est que cet Évangile a été très vraisemblablement écrit d'abord dans l'idiome araméen, la langue courante des Juifs de Palestine, puis traduit en grec. Quel rapport exact y a-t-il entre le texte grec que nous possédons et le texte primitif araméen? A cette question la Commission biblique a répondu, dans son décret de juin 1911, que l'Évangile grec est en substance identique à l'Évangile écrit par l'Apôtre dans la langue de son pays. — ''b)'' ''Saint Marc. ''Seule l'authenticité de la finale (xvi, 9-20) a été rejetée par un certain nombre de critiques sous le prétexte qu'elle manque dans beaucoup de manuscrits anciens et qu'elle n'est pas conforme au style de saint Marc. La Commission biblique (26 juin 1912) a déclaré qu'il fallait tenir Marc pour l'auteur des douze derniers versets. — ''c)'' ''Saint Luc. ''Il n'y a discussion que sur quelques points de détail, spécialement sur les versets 43 et 44 du chapitre xxii La Commission biblique a décrété (26 juin 1912) qu'il n'est pas permis de douter de la canonicité des récits de saint Luc sur l'Enfance du Christ, sur l'Apparition de l'Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang. — ''d) Saint Jean. ''Les difficultés à propos du IVe Évangile se bornent à trois passages : 'au récit relatif à l'ange de la piscine probatique (v, 3, 4), à l'épisode de la femme adultère (VII, 53 ; VIII, 11) et enfin à l'appendice (xxi). Mais n'insistons pas. Ces différents passages que nous venons de mentionner, — les seuls dont l'authenticité soit sérieusement contestée, — sont de peu d'intérêt pour l'apologétique et ne doivent guère être utilisés dans les arguments qui serviront à la démonstration de la divinité du christianisme. Qu'ils aient été interpolés ou non, c'est donc ici une question secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
217. — Les Évangiles une fois reconstitués dans leur texte primitif, il faut rechercher de qui ils viennent, quels en sont les ''auteurs ''et quelle en est la ''date de composition. ''Un document n'a en effet de valeur, que dans la mesure où l'auteur a pu connaître les faits qu'il rapporte et a voulu les rapporter fidèlement. Les Évangiles ont-ils été écrits par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, comme l'apologiste chrétien le prétend, conformément à la doctrine de l'Église? Ce n'est pas par les écrits eux-mêmes que nous pouvons l'apprendre, car, outre que les anciens et spécialement les Orientaux, ne mettaient pas leur nom-en tête de leurs ouvrages, nous avons dit plus haut qu'il y a beau temps que les originaux ont disparu. L'authenticité des Évangiles ne peut donc être établie que par deux sortes d'arguments : — ''a) ''des ''arguments extrinsèques, ''tirés du témoignage de l'histoire, et — b) des ''arguments intrinsèques ''tirés de la critique interne, c'est-à-dire de l'examen du livre lui-même, de son style, de sa méthode, de ses idées, des idées surtout, car il va de soi que les idées d'une époque ne peuvent être fidèlement rendues que par un contemporain. C'est en nous appuyant sur ces deux arguments que nous allons démontrer l'authenticité de chaque Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Authenticité de l'Évangile de saint Matthieu. '''— A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, la tradition commune dans toutes les Églises chrétiennes admet que l'apôtre saint Matthieu est l'auteur de notre premier Évangile : ainsi en témoignent Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Irénée. Ce dernier disait vers 185 : « Ainsi, Matthieu publia par écrit l'Évangile chez les Hébreux, dans leur langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l'Église.» Déjà, au milieu du ne siècle, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie, et qui fut l'ami de Polycarpe, disciple de saint Jean, parlait de l'Évangile hébreu composé par saint Matthieu : « Matthieu, disait-il, écrivit les ''Logia ''en langue hébraïque, et chacun les a traduits comme il a pu. » Et les critiques les plus en vue pensent que le terme de ''logia ''ne doit pas être restreint aux discours du Seigneur, mais qu'il peut s'appliquer à des récits et désigner par conséquent notre Évangile actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit par les témoignages qui précèdent, les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles attribuent unanimement la composition du premier Évangile à l'apôtre saint Matthieu. La chose ne peut s'expliquer que par la vérité du fait, car s'il s'était agi de mettre un ouvrage anonyme sous l'autorité d'un nom célèbre, on aurait choisi un nom plus en relief, celui de Pierre, par exemple, et non pas celui de saint Matthieu, tard venu dans l'apostolat et qui n'avait joué dans le collège apostolique qu'un rôle accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— Le témoignage de la tradition est confirmé par la ''critique interne ''du livre. Celle-ci établit, en effet, que l'auteur était à la fois, ''juif palestinien, publicain, ''et qu'il ''écrivait pour les Juifs convertis : ''trois caractères qui conviennent parfaitement à l'apôtre saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘A) ''L'auteur du premier Évangile était ''juif palestinien. ''Les hébraïsmes abondent dans son œuvre. On sent qu'il est au courant de toutes les coutumes juives ; il connaît la loi de Moïse et les prophètes mieux qu'aucun autre. En outre, il décrit la Palestine avec une stricte fidélité ; il sait la topographie des lieux : Capharnaüm est désigné comme une ville maritime sise sur les confins de Zabulon et de Nephtali, il parle des lis qui couvrent les champs, des rudes tempêtes qui s'élèvent sur le lac de Génésareth, etc. L'auteur était donc palestinien ou tenait ses renseignements d'un palestinien. — b) L'auteur était ''publicain, ''du moins si l'on s'en rapporte à la compétence spéciale qu'il témoigne en matière d'impôts. Seul des évangélistes, il note que l'apôtre saint Matthieu était publicain à Capharnaüm et, dans son énumération des Apôtres, il nomme Thomas avant lui, tandis que saint Marc et saint Luc font le contraire. Il est à supposer dès lors que par humilité il a laissé la première place à son compagnon. — c) L'auteur écrivait ''pour des Juifs convertis : ''la preuve en est qu'il emploie de nombreuses locutions d'origine araméenne, telles que rabbi, raca, mammona, gehenna, corbona, sans éprouver le besoin de les expliquer. Mais ce qui indique encore mieux qu'il s'adresse à des Juifs, c'est le dessein de son ouvrage. Partout il apparaît qu'il veut prouver que Jésus était le Messie. Pour cela il place en tête de son Évangile l'arbre généalogique qui montre dans le Sauveur un descendant de David et d'Abraham ; puis, à chaque instant il rappelle que Jésus accomplit les prophéties anciennes. Un tel but et une telle méthode n'auraient pas de raison d'être avec d'autres lecteurs que des Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc ''conclure ''que l'authenticité du premier Évangile repose sur un ensemble de preuves, d'ordre externe et interne de la plus grande valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— La majorité des critiques catholiques placent la composition du premier Évangile entre 36 et 70, et croient que saint Matthieu l'a écrit en Palestine, peut-être à Jérusalem. De toute façon, il n'est pas possible de reculer la date après 70, comme l'ont fait les rationaliste» en général, encore moins de la rejeter jusqu'à 130, selon le système de l'école de Tubingue. (Baur.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''218. — 2° Authenticité de l'Evangile de saint Marc.''' — A. ''ARGU­MENT EXTRINSÈQUE. ''— L'on possède, à partir du ne siècle, de nombreux témoignages qui attribuent le second Évangile à saint Marc, disciple de saint Pierre à Rome : les principaux sont ceux de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, du ''Canon de Muratori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn175 [175]], de saint Justin, de Papias. Ce dernier rapporte, vers 150, que « Marc, l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, non pas cependant dans leur ordre chronologique, tout ce dont il se souvenait, des choses dites ou faites par Jésus. Car il n'avait pas vu le Seigneur et ne l'avait pas accompagné, mais il avait accompagné Pierre qui donnait ses enseignements selon les besoins de ceux qui l'écoutaient... De la sorte, Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il se les rappelait. Sa seule préoccupation était de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de ne rien altérer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le témoignage de la tradition représente une valeur de premier ordre, car il est incontestable que, le second Évangile contenant les souvenirs de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de le lui attribuer si par ailleurs on avait eu des doutes sur le véritable auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'étude du livre lui-même il résulte que l'auteur était juif, disciple de saint Pierre et qu'il a écrit pour des Romains : — ''a) Il était juif, ''comme le témoignent les nombreux hébraïsmes qu'on y rencontre et les citations syro-chaldaïques ou araméennes telles que « Ephpheta» (ouvre-toi) VII, 34 ; « Eloï, Eloï, lamma sabachtani» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?), xv, 34. La manière dont il décrit les usages, les mœurs, et la géographie de la Palestine, indiquent même qu'il était juif palestinien, et qu'il s'était trouvé à Jérusalem lors de la mort de Jésus, car le jeune homme, dont il est parlé dans la scène de l'arrestation à Gethsémani, qui suivait Jésus « n'ayant sur le corps qu'un drap », semble bien ne pas être autre que lui-même. — b) Il était ''disciple de saint Pierre. ''Cela ressort de la place prépondérante que saint Pierre occupe dans cet Évangile : tous les faits et gestes du premier des apôtres y sont rapportés avec la plus grande précision. L'auteur s'étend même avec plus de complaisance sur les défauts, les faiblesses et les fautes du chef de l'Église que sur ce qu'il y a de glorieux dans sa vie : ce qui ne s'explique que si l'auteur reproduit la prédication de saint Pierre. — c'') ''Le second Évangile a été ''écrit pour des Romains. ''Les multiples détails qu'il fournit à ses lecteurs sur la langue, les mœurs, les coutumes juives, le soin qu'il prend de traduire les termes araméens qu'il cite, les expressions et tournures latines qui abondent dans sa langue grecque, en sont une preuve très nette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or tous les caractères que nous venons d'indiquer conviennent bien à Marc, disciple de saint Pierre, et dont la mère, nommée Marie, possédait à Jérusalem une maison où Pierre s'abrita lorsqu'il sortit de la prison d'Hérode ''Actes, ''xii, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— D'après les critiques catholiques, le second Évangile a été écrit au plus tard de 67 à 70, et fort probablement à Rome, vu que l'ouvrage était destiné aux Romains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''219. — 3° Authenticité de l'Évangile de saint Luc'''. — A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''Dès la fin du IIe siècle, la ''tradition commune ''attribue le troisième Évangile à saint ''Luc, ''disciple et compagnon de saint Paul, « le médecin bien aimé», comme l'apôtre des Gentils l'appelle dans son ''Épître aux Colossiens ''(iv, 14). Parmi les principaux témoignages, il faut citer ceux de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, de Tertullien, du ''Canon de Muratori. ''Or, saint Luc était dans la communauté chrétienne un personnage trop obscur pour qu'on mît sous son nom une œuvre qui représentait en partie la prédication de saint Paul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE, -r ''L'analyse interne du livre confirme le témoignage de la tradition. Elle montre, en effet, que l'auteur était médecin, grec d'origine et esprit cultivé, et disciple de Paul. — ''a) IL était médecin, ''comme le prouve la précision avec laquelle il décrit les maladies ; — ''b) grec d'origine et esprit cultivé : ''un style plus pur et plus élégant que celui des deux premiers Évangiles, une plus grande richesse de vocabulaire, un art plus grand dans la composition, sont un indice certain que le grec était la langue maternelle de l'auteur ; — c) ''disciple de saint Paul. ''Il y a, en effet, entre le troisième Évangile et les écrits de saint Paul, des affinités remarquables, tant au point de vue du ''fond ''que de la ''forme. ''Le récit de la Cène dans le troisième Évangile (xxii, 17, 20) est presque identique à celui de la première Épître aux Corinthiens (xi, 23, 25). Le troisième Évangile, plus que les autres, met en relief les thèses favorites de saint Paul : la nécessité de la foi, la gratuité de la justification et le caractère universel du christianisme. Et quant à ce qui concerne la forme, on a pu relever 175 mots particuliers aux deux écrivains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— L'opinion de la plupart des catholiques et même des protestants, c'est que le troisième Évangile a été composé avant l'an 70, soit à Borne, soit en Asie-Mineure, soit à Corinthe ou à Césarée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''220.— 4° Authenticité de l'Évangile de saint Jean'''. — L'authenticité du quatrième Évangile est niée par un certain nombre de ''critiques protestants ''et ''rationalistes ''(Baur, Strauss, J. Réville, Loisy). Beaucoup de ''critiques libéraux, ''parmi lesquels Renan, Harnack, Julicher, lui reconnaissent une authenticité partielle : le quatrième Évangile contiendrait un fond traditionnel, plus ou moins important, qui aurait l'apôtre saint Jean pour auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'authenticité de l'Évangile de saint Jean, admise par tous les critiques catholiques, repose sur les mêmes arguments que celle des trois premiers Évangiles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, nombreux sont déjà les témoignages qui attribuent le quatrième Évangile à l'apôtre saint Jean. Outre ceux de Tertullien, du ''Canon de Muratori, ''de Théophile d'Antioche, voici deux témoignages importants : — 1. ''celui de saint Irénée, ''évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean. Il écrit vers 185 : « Jean, disciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, a écrit lui-même aussi son Évangile, tandis qu'il vivait a Éphèse, en Asie»; —2. ''celui de Clément d'Alexandrie ''qui écrit, quelques années après saint Irénée, que « d'après la tradition des Anciens, Jean, le dernier des Évangélistes, a écrit l'Evangile spirituel, sous l'inspiration du Saint-Esprit et à la prière de ses familiers. » — 3. La tradition chrétienne est elle-même corroborée par les témoignages de la ''tradition hétérodoxe. ''Celse, les ''judaïsants, ''les gnostiques Basilide et Valentin sont formels en faveur de l'origine johannique du quatrième Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le quatrième Évangile était déjà répandu dans tout l'univers chrétien, au milieu du ne siècle, ce qui suppose qu'il remonte au Ier siècle, et des témoins orthodoxes et hétérodoxes autorisés l'attribuent à l'apôtre saint Jean. Il est invraisemblable qu'ils se soient trompés sur le véritable auteur et qu'ils aient confondu Jean l'apôtre avec Jean l'Ancien, dont parle Papias ; il est du reste assez probable que les deux noms désignent la même personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'examen intrinsèque du livre il résulte que l'auteur du quatrième Évangile était juif d'origine, apôtre, plus que cela, qu'il était « l'apôtre que Jésus aimait ». — ''a) ''IL était ''juif d'origine. ''Les nombreux hébraïsmes que l'on rencontre dans sa langue grecque, les termes araméens qu'il cite et qu'il interprète très correctement à ses lecteurs, les usages juifs qu'il décrit fidèlement, les détails topographiques qu'il donne sur la Palestine et sur Jérusalem, tout cela prouve bien que nous avons affaire à un auteur familiarisé avec les idées juives, avec la langue et les traditions religieuses des Juifs. — b) L'auteur était un ''apôtre. ''Les récits des faits sont si vivants, si précis et si intimes qu'ils supposent un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu. — c) L'auteur était « ''l'apôtre que Jésus aimait». ''Si nous en croyons le dernier chapitre dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, le quatrième Évangile a pour auteur « le disciple que Jésus aimait » (xxi, 20, 24). Or des trois apôtres : Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qui étaient dans une familiarité plus grande avec Notre-Seigneur, les deux premiers doivent être éliminés, car ils étaient morts bien avant la composition du livre. Il faut remarquer en outre que l'Apôtre Jean et les membres de sa famille ne sont jamais nommés explicitement dans le quatrième Evangile, tandis que les autres apôtres le sont fréquemment. Ce silence est tout naturel dans l'hypothèse où l'auteur du livre tairait son nom par discrétion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— Le quatrième Évangile a été composé à ''Éphèse, ''vers la fin du Ier siècle, entre 80 et 100, du moins d'après l'opinion des critiques catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn176 [176]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3.   —   Véracité des Évangiles =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
221. — Les Évangiles nous sont parvenus dans leur ''intégrité substantielle, ''et ils ont bien pour ''auteurs ''deux apôtres : saint Matthieu et saint Jean, et deux disciples d'apôtres : saint Marc et saint Luc. Troisième question à résoudre : quelle est la ''valeur historique ''de ces documents?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Deux conditions ''sont requises pour qu'un historien soit digne de foi, Il faut 1° qu'il soit ''bien informé ''et 2° qu'il soit ''sincère ''(V. Nos 166 et 169). Connaître les événements tels qu'ils se sont déroulés, savoir la vérité et vouloir la dire, tout est là. Nous allons donc rechercher si les Évangélistes ont rempli ces deux conditions, en nous posant la question séparément, pour les Synoptiques, c'est-à-dire les trois premiers Évangiles, et pour le quatrième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''222. — I. Valeur historique des Synoptiques. '''— Le mot « ''Synoptiques ''» attaché aux trois premiers Évangiles vient de ce que, si l'on dispose les textes de ces trois Évangiles sur trois colonnes, en prenant soin de faire correspondre les parties communes, l'on obtient une ''synapse ''(gr. « ''sunopsis» ''vue simultanée), c'est-à-dire une vue d'ensemble du contenu évangélique, concordante en de nombreux points.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour déterminer la ''valeur historique ''des Synoptiques, nous allons donc répondre à cette double question : 1° Les trois premiers Évangélistes étaient-ils bien informés? 2° Étaient-ils sincères?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''223. — 1°''' '''Les trois premiers Évangélistes étaient bien informés. '''— Pour établir ce premier point, un travail préliminaire s'impose : il faut étudier les documents eux-mêmes pour savoir comment ils ont été composés. Sont-ils des récits de témoins oculaires et auriculaires qui se bornent à rapporter exactement ce qu'ils ont vu et entendu? Ou bien ont-ils été écrits par des historiens qui ont puisé à des, sources et utilisé d'autres documents? Autrement dit, sont-ils œuvres de première main ou œuvres de seconde main? Et s'ils sont œuvres de seconde main, quelle est la valeur de leurs sources? Ceux de qui ils tiennent leurs renseignements sont-ils dignes de foi? Cette question, nous sommes d'autant plus amenés à la poser, que les trois premiers Évangiles présentent entre eux des ''ressemblances ''frappantes, tandis qu'ils diffèrent entièrement du quatrième. Comment expliquer leurs rapports? Problème délicat qui n'a reçu jusqu’'ici d'autre solution que celle d'hypothèses plus ou moins acceptables. Nous allons dire un mot et du ''problème ''et des ''solutions ''qui ont été proposées pour le résoudre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
224. — A. ''LE PROBLÈME SYNOPTIQUE. ''— Si l'on compare les trois premiers Évangiles entre eux, on n'est pas longtemps à discerner de nombreux passages identiques, à côté d'autres absolument divergents. — ''a) Ressemblances. ''1. Tout d'abord ''même plan général. ''Alors que le quatrième Évangile ne reproduit que le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, les trois premiers adoptent une division quadripartite et encadrent les événements de la vie publique de Notre-Seigneur dans ces quatre points : le baptême de Jésus, le ministère en Galilée, le voyage à Jérusalem et la dernière semaine dans la Ville Sainte (passion, mort et résurrection). — 2. ''Récits des mêmes faits. ''Les trois premiers Évangiles rapportent souvent les mêmes miracles et, qui plus est, dans le même style et les mêmes expressions ; mêmes discours aussi, surtout dans saint Matthieu et dans saint Luc, introduits par les mêmes procédés et se dénouant par les mêmes conclusions. — b) ''Divergences. ''A côté de ces ressemblances, des divergences curieuses. C'est ainsi qu'on trouve dans saint Matthieu et saint Luc des récits de l'enfance de Jésus, différant de l'un à l'autre, tandis qu'ils font complètement défaut dans saint Marc. En outre, la partie ''narrative ''est plus développée dans saint Marc, les discours moins abondants. Des parties sont spéciales à chacun des Evangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
225. — B. ''SOLUTIONS PROPOSÉES. ''— Les trois principales solutions proposées pour résoudre le problème synoptique sont les hypothèses de la dépendance mutuelle, de la tradition orale et des documents — 1. ''Hypothèse de la dépendance mutuelle. ''D'après les partisans de ce système, les Évangiles se seraient utilisés réciproquement, ou plus exactement, ceux de date postérieure, auraient utilisé l'œuvre de leurs devanciers. Mais qui écrivit le premier ? Ici, désaccord entre les critiques ; l'hypothèse la plus généralement suivie, suppose que Marc, qui est le plus bref, est antérieur à saint Luc et à saint Matthieu ''(version grecque), ''et leur a servi de source. — 2. ''Hypothèse de la tradition orale. ''D'après ce système (Meignan, Cornély, Fillion, Fouard, Le Camus, Levesque...) les Evangiles n'auraient pas d'autre source ou du moins, auraient pour source principale, la ''tradition orale ; ''ils seraient la reproduction de la catéchèse ou prédication primitive. Les Apôtres et les missionnaires de la nouvelle religion, voulant donner un enseignement unique, auraient été amenés à faire un choix dans les actes et les paroles du Seigneur : voilà comment nous retrouvons ''le ''même ''fond ''dans les trois Evangiles. Bien plus, les Apôtres, hommes simples et sans culture, ne se préoccupaient pas de varier la forme sous laquelle ils présentaient ce fond identique : à force d'être répété, ce qui faisait la matière de la catéchèse, finit donc par prendre une ''forme unique, ''et pour ainsi dire, stéréotypée. Cependant la tradition orale étant appelée, sinon à se perdre, du moins à s'altérer- peu à peu avec la disparition des témoins de la vie du Christ, les chrétiens voulurent la fixer dans des écrits autorisés : d'où l'origine des Synoptiques. Ainsi les ''ressemblances ''s'expliqueraient par un fond unique qui était l'objet principal de la catéchèse primitive. Les ''divergences ''ne s'expliqueraient pas moins bien par ce fait que la catéchèse devait être adaptée aux milieux différents auxquels s'adressaient les premiers prédicateurs de la foi. Il est clair que le point de vue juif n'était pas le même que le point de vue grec ou romain. Devant les Juifs il s'agissait de montrer que Jésus était le vrai Messie, annoncé par les prophètes, et qu'il avait fondé le royaume attendu. A Rome ou dans les villes grecques, l'argument prophétique étant sans portée, les Apôtres présentaient Jésus comme un envoyé divin à qui Dieu avait donné tous ses pouvoirs. — 3. ''Hypothèse des documents. ''D'après cette hypothèse, les rapports des Synoptiques seraient dus à l'emploi de documents écrits ; les uns (Eichhorn...) supposent un seul document primitif plus ou moins retouché ; d'autres (Schleiermacher, Renan, Schmiedel, Loisy) admettent à la base des synoptiques plusieurs documents araméens et grecs que les auteurs sacrés auraient utilisés et adaptés à leur but ; d'autres enfin (Weiss, Wendt, Stapfer, A. Rêville...) distinguent dans les Évangiles deux sources principales : un Proto-Marc en grec ou recueil des principaux faits et discours du Seigneur et un Proto-Matthieu en hébreu ou recueil de discoure. Une hypothèse plus récente (Batiffol, Ermoni, Lagrange, Gigot, Camerlynck) suppose, au lieu d'un Proto-Marc, le Marc actuel lequel aurait été utilisé par les deux autres Synoptiques qui se seraient servis en même temps des ''Logia ''ou discours du Proto-Matthieu et d'autres sources particulières, comme le témoigne saint ''Luc ''(i, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que valent ces trois hypothèses? ''— L'hypothèse 1 de la ''dépendance commune ''n'explique pas les divergences qui existent entre les trois documents Saint Marc, en effet, n'a pu servir de source que pour les faits. D'autre part, si l'on suppose que saint Luc a utilisé saint Matthieu, comment se fait-il que leurs récits de l'enfance de Jésus ne concordent pas, et que des discours et des paraboles de saint Matthieu manquent chez Luc, alors que tous deux attachent tant de prix à l'enseignement de Jésus? — L'hypothèse 2 de la ''tradition orale ''rend bien compte de la ressemblance générale au point de vue du fond : il est assez vraisemblable que la catéchèse primitive ait eu le même objet : mêmes faits, mêmes miracles, 'mêmes discours. Mais ce que cette hypothèse n'explique pas, c'est 1) que les mêmes faits soient groupés dans le même ordre et par des liaisons artificielles identiques, et 2) que les auteurs sacrés s'accordent dans des détails secondaires, tandis qu'ils diffèrent dans des parties plus importantes telles que la formule de l'oraison dominicale et le récit de l'institution de l'Eucharistie. Incontestablement, ces particularités supposent une dépendance à l'égard de documents écrits. — L'hypothèse 3 d'un ''document primitif unique ''est inadmissible, car on ne comprend pas dans ce cas pourquoi saint Marc aurait éliminé les discours. L'hypothèse de ''plusieurs documents ''rend bien compte des divergences, mais non de l'accord des écrivains sacrés, soit dans leur plan général, soit dans le choix des matériaux, soit dans l'ordre où ils les ont disposés. Aussi l'hypothèse des deux sources a-t-elle été rejetée par la Corn. Biblique le 26 juin 1912.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusions. ''— 1. Aucune des trois hypothèses : dépendance mutuelle, tradition orale, documents, n'est donc satisfaisante. On ne peut dès lors résoudre le problème synoptique par l'une de ces trois hypothèses, à l'exclusion des autres. L'explication la plus vraisemblable consiste sans doute à les combiner toutes les trois et à prendre ce qu'il y a de bien dans chacune. Tout d'abord il convient de faire une part très large à l'influence de la tradition orale. Puis il est à supposer que chaque Évangéliste a utilisé ses souvenirs personnels et ses sources particulières. Enfin rien n'empêche de croire, pour expliquer le plan général, que les Synoptiques se soient servis d'un ou de deux documents primitifs : l'un contenant une sélection des actes du Seigneur, l'autre étant un choix de ses discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quoi qu'il en soit du ''mode de composition ''des Synoptiques, il ressort de ce qui vient d'être dit, - et telle est l'unique question qui nous intéresse ici, — que nous pouvons considérer le témoignage des trois premiers Évangiles comme venant d'historiens ''bien informés, ''car, ou bien les Synoptiques racontent ce dont eux-mêmes ont été les témoins, ou ils rapportent ce que beaucoup d'autres avaient vu et entendu, ce qui faisait l'objet de la prédication courante, ce que les premiers missionnaires de la religion chrétienne annonçaient partout, sans que leurs adversaires aient pu les convaincre d'erreur. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous sommes en présence de témoins qui connaissaient exactement les choses qu'ils rapportaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
226. — 2° Les trois premiers Évangélistes étaient sincères. — Non seulement les Synoptiques étaient ''bien informés, ''mais ils étaient ''sincères. ''Leur sincérité ressort avec évidence : — a) ''de la critique interne des Evangiles. ''Les récits que nous y trouvons donnent l'impression que nous avons affaire à des gens qui rapportent les faits tels qu'ils se sont passés, et qui disent les choses telles qu'elles sont : c'est ainsi qu'ils font d'eux-mêmes un portrait peu flatteur ; ils n'hésitent pas à confesser leur basse extraction, à dévoiler leur intelligence étroite et bornée, leurs faiblesses, leur lâcheté au cours de la Passion de leur Maître, leur découragement après sa mort, leur incrédulité ; — b) ''du manque d'intérêt qu'ils avaient à mentir. ''Les hommes ne mentent pas, généralement, si le mensonge ne doit pas leur profiter. Mais ils songent encore bien moins à mentir s'ils risquent de payer leur imposture de leur vie. Il est vrai qu'on peut mourir par fanatisme et pour défendre une idée fausse. Encore faut-il cependant qu'on la croie vraie, car à moins d'être fou, on ne ment pas pour soutenir ce qu'on croit être une erreur, ce qui ne vous est d'aucune utilité, ce qui vous coûte et vous demande des sacrifices, et s'il n'est pas absolument juste de conclure, avec Pascal, qu'il faut croire « les histoires dont les témoins se font égorger »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn177 [177]], tout au moins pouvons-nous dire qu'il n'y a pas lieu de douter de la ''sincérité ''de semblables témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quoi bon insister sur la sincérité des Évangélistes ? A notre époque, elle n'est plus mise en doute par les critiques sérieux. Sans doute « il fut un temps, dit M. Harnack, où l'on se croyait obligé de regarder la littérature chrétienne primitive, y compris le Nouveau Testament, comme un tissu de mensonges et de fraudes. Ce temps est passé. » Oui, le temps où les adversaires du christianisme accusaient les Evangélistes d'imposture et de fraude, est bien passé, mais les attaques n'ont fait que changer de terrain, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''227. — Objection. — Théorie de l'idéalisation'''. — Les rationalistes modernes admettent donc la sincérité des Evangélistes. Mais ils prétendent qu'il y a lieu de distinguer dans les récits évangéliques deux éléments : ''l’élément naturel ''et ''l'élément surnaturel. ''Partant de ce principe a priori, que le miracle n'existe pas et n'est même pas possible, ils ne reconnaissent de valeur historique qu'à l'élément naturel. Comment expliquer alors la présence de l'élément surnaturel dans les Évangiles? Un ancien système, — ''école naturaliste ''de Paulus, — prétendait que les miracles étaient des faits ordinaires, qui avaient pris un caractère de merveilleux en passant par l'imagination des Orientaux, et que la critique pouvait ramener à de justes proportions et expliquer suivant les lois de la nature. Un autre système, le seul dont nous ayons à tenir compte à l'heure actuelle, entend éliminer l'élément surnaturel en l'attribuant à un long travail ''d'idéalisation progressive ''accompli autour de la vie et de la personne du Christ. Les Évangiles ne seraient pas des livres purement historiques, mais « avant tout, des livres d'édification » où le critique doit démêler « ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn178 [178]] Les récits des cures merveilleuses opérées par le Christ ne seraient nullement « des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été transposés, corrigés, amplifiés selon le goût des Evangélistes, l'intérêt de l'édification, les besoins de l'apologétique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn179 [179]] En d'autres termes, les miracles seraient des ''mythes ''ou ''légendes, ''qui se seraient greffées sur l'histoire réelle du Sauveur. Et combien de temps ces légendes ont-elles mis à se former? A peine un siècle, d'après ''l'école mythique de Strauss. ''Beaucoup moins, d'après une école nouvelle (Brandt, Schmiedel, Loisy), qui estime que le travail d'idéalisation a pu se faire en moins d'un demi-siècle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn180 [180]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. — 1. Le ''point de départ ''du système de l'idéalisation, à savoir la ''négation du surnaturel, ''est un ''préjugé rationaliste ''dont il n'est pas possible d'établir le bien-fondé. — 2. Le ''système ''lui-même, appliqué aux Synoptiques, est en ''contradiction avec les faits. ''Tout d'abord il ne s'accorde pas avec la ''date de composition des Évangiles. ''La rédaction de ceux-ci a suivi de très près les événements. Or l'idéalisation, la légende requiert, pour se former, un long espace de temps : c'est du reste ce qui déterminait le rationaliste allemand Strauss à rejeter la composition des Évangiles vers 150. Lorsque la critique impartiale dut reconnaître que les Synoptiques avaient été composés avant la fin du 1er siècle, il fallut bien apporter quelques modifications à la théorie de l'idéalisation. On prétendit alors que le travail d'idéalisation peut se faire beaucoup plus rapidement, puis on mit sur le compte de la ''foi ''ce qui autrefois était attribué à la ''légende, ''et l'on eut la fameuse distinction entre le ''Christ de la foi ''et le ''Christ de l'histoire. ''Mais comment la foi aurait-elle pu se mettre en contradiction si flagrante avec les faits de l'histoire, lorsque ceux-ci étaient encore si récents que tout le monde pouvait en contrôler l'exactitude ? — 3. Il serait facile par ailleurs de démontrer que les Evangélistes s'attachent, ''avant tout, ''à faire un récit fidèle de la carrière de leur Maître. Ce n'est qu'''incidemment ''qu'ils décrivent la foi chrétienne de leur temps ; à ce point de vue, il est incontestable qu' ils sont en retard sur saint Paul dont les Épîtres étaient pourtant antérieures. Saint Paul, en effet, n'affirme-t-il pas déjà clairement la divinité du Christ et la valeur satisfactoire de sa mort, alors que ces deux dogmes ne sont ''qu'insinués ''dans les Synoptiques, à ce point même que les rationalistes ont pu prétendre qu'ils ne l'étaient pas du tout?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''théorie de l'idéalisation ''manque donc de base, et la conclusion qui s'impose de l'examen des Synoptiques, c'est que leurs ''récits ''sont indépendants de la foi nouvelle de l'Eglise, qu'ils n'ont pas subi l'influence des idées ambiantes, en un mot, qu'ils sont ''purement historiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''228. — II. Valeur historique du IVe Évangile.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''La plupart des critiques rationalistes ont dénié au quatrième Évangile toute valeur historique, ou ne lui ont accordé qu'une historicité relative. — a) Les uns (Strauss) ont prétendu que l'auteur du quatrième Évangile avait peint un Christ historique d'après l'idéal qu'il s'en était forgé. — ''b) ''D'autres, comme Renan et certains critiques indépendants de notre époque (Harnack), reconnaissent dans cet ouvrage un fond de tradition historique, mais considèrent les ''discours ''comme des ''fictions. — c) ''D'autres enfin, comme J. Réville, Loisy[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn181 [181]], Guignebert, regardent le quatrième Évangile, — tant dans sa partie narrative que dans ses discours, — comme une ''composition artificielle ''destinée à exposer, sous le voile de ''l'allégorie, ''les idées propres de l'auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES DE L'HISTORICITÉ. ''— Le quatrième Évangile n'est nullement une composition artificielle : il est facile, en effet, de montrer le caractère historique des ''faits ''et des ''discours ''qui y sont contenus. — a) ''Caractère historique des faits. ''Que les faits miraculeux rapportée par le quatrième Évangile ne soient pas de simples allégories, mais des faits bien réels, cela ressort : — 1. du ''but de l'ouvrage. ''L'auteur déclare lui-même, à la fin de son œuvre (xx, 31), qu'il veut amener ses lecteurs à croire « que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu'en croyant ils aient la vie en son nom ». A moins de le prendre pour un imposteur, — ce que ne font pas les rationalistes, — il faut admettre qu'il a entendu démontrer sa thèse en s'appuyant, non sur des récits allégoriques, mais sur des faits empruntés à l'histoire de Jésus. Que de cette histoire il détache un petit nombre de faits, qu'il choisisse les plus typiques, ceux qui vont le mieux à son but[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn182 [182]], qu'il omette les gestes et les paroles du Seigneur qui ne lui importent pas, et plus particulièrement ce qui a déjà été raconté par les Synoptiques, cela n'est que trop naturel. Mais ce qui ne reste pas moins certain, c'est qu'il est un ''témoin ''qui raconte « ce qu'il a vu de ses yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles, ce que ses mains ont touché du Verbe de vie» (I ''Jean, ''I, 1, 3) ; — 2. ''de l'examen interne du livre. ''On ne saurait prétendre tout d'abord que l'Évangile johannique n'est pas historique parce qu'il n'a pas le même fond que les Synoptiques, car ni les Synoptiques ni Jean n'ont la prétention d'être complets, et si saint Jean a voulu compléter ses devanciers, comme nous l'avons insinué plus haut, les divergences de fond s'expliquent très bien. Du reste, tout n'est pas divergences ; les Synoptiques et le quatrième Évangile ont des ''points communs. ''Qu'on veuille bien les comparer, et l'on constatera que, parmi des variantes de peu d'importance, les faits sont rapportés de part et d'autre avec la même exactitude : tels sont, par exemple, les récits de la multiplication des pains, de la marche de Jésus sur les flots, de son entrée triomphale a Jérusalem et de sa Passion. Or si, sur ces différents points, l'on concède aux Synoptiques une valeur historique, de quel droit la refuserait-on au quatrième Évangile ? — Quant aux récits qui sont ''propres ''à ce dernier, l'on peut remarquer encore que les événements y sont rapportés avec une foule de détails qui seraient bien superflus dans l'hypothèse de récits symboliques. Le quatrième Évangile note les circonstances de personne, de temps et de lieu avec plus de soin que saint Luc lui-même : il signale, par exemple, que Nicodème est venu à Jésus ''la nuit ''(III, 2), que la rencontre de Jésus avec la Samaritaine eut lieu à la sixième heure (iv, 7) ; il dit que la piscine probatique se trouve à Jérusalem, près de là porte des Brebis (V, 2). Il décrit non moins minutieusement les usages et les traditions des Juifs, leurs fêtes, les divisions intestines entre Juifs et Samaritains, entre Pharisiens et Sadducéens ; l'état politique de la Palestine ; les détails topographiques touchant la Galilée, le lac de Génésareth, Jérusalem. Tout cela indique bien un historien exact qui raconte les faits tels qu'ils se sont passés, et non un mystique qui invente des histoires adaptées à la thèse qu'il a en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Caractère historique des discours. ''— Si les faits rapportés dans le quatrième Évangile sont historiques, l'on ne voit pas la raison pour laquelle les ''discours ''ne le seraient pas. L'on fait remarquer, il est vrai, que, plus encore que les faits, ils diffèrent, soit au point de vue du ''fond, ''soit au point de vue de la ''forme, ''de ceux que nous trouvons chez les Synoptiques. Mais, encore qu'il ne faudrait pas exagérer l'étendue de ces divergences, celles-ci s'expliquent très bien par le ''caractère ''et le ''but ''différents que poursuivent les écrivains sacrés. Tandis que les sujets traites dans les Synoptiques sont très variés et portent surtout sur des préceptes de morale : humilité, charité, aumône, mépris des richesses et des honneurs, le quatrième Évangile insiste sur la doctrine christologique, sur le caractère suréminent et la mission du Christ. 'Voulant prouver plus particulièrement la divinité du Sauveur, sans doute parce qu'elle était alors attaquée par le gnostique Cerinthe, il relève dans l'enseignement de Jésus, et qui pouvait servir son but. En cela, il ne contredit pas les Synoptiques, il les complète. Les critiques rationalistes objectent encore que l'auteur du quatrième Évangile a emprunté sa doctrine du ''Logos, ''ou Verbe de Dieu incarné, à l'école grecque d'Alexandrie et au Juif Philon. Il serait difficile de dire quelle fut la genèse des idées de saint Jean mais ce qui est certain c'est que l'identification du Christ avec le Verbe de Dieu n'a pu germer dans l'esprit de l'apôtre saint Jean, pas plus que chez les chrétiens de l'époque, — car il est reconnu que la doctrine était chose reçue au dernier quart du Ier siècle en Asie-Mineure et dans la plupart des Églises, — sans que la croyance eût été déterminée par la réalité historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— IL est donc permis de conclure que l'Évangile selon saint Jean a une valeur historique, comme les Synoptiques. « Sans doute l’Apôtre a pu imprimer son cachet propre dans la manière de raconter les miracles du Sauveur, dans le choix qu'il a fait de scènes évangéliques. Il est même incontestable que ses comptes rendus de discours ne prétendent pas reproduire la pleine réalité, étant donné l'éloignement où l'auteur était des faits. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn183 [183]] Cependant « ses narrations ont beau avoir leur cachet propre, elles n'en correspondent pas moins aux faits. Ses discours peuvent porter la marque de son esprit, ils n'en reproduisent pas moins la pensée authentique du Sauveur. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn184 [184]] Nous avons donc le droit, dans la démonstration de la divinité du christianisme, de nous appuyer sur le quatrième-Évangile comme sur les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Mangenot, ''L'authenticité mosaïque du Pentateuque ; Les Évangiles synoptiques ''— Méchineau, ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''(Bloud). — Vigouroux, ''Manuel biblique, t. ''I (Roger et Chernoviz). — Lesêtre, ''L'authenticité du Pentateuque ''(Rev. pr. d'Ap. 15 mai, 15 juin 1910). — Dom Hoepfl, art. ''Pentateuque et Hexateuque ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brassac, ''Manuel biblique ''(à l'index), t. III. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu; L'origine du quatrième Évangile; La valeur historique du quatrième Évangile; Évangiles canoniques, Évangiles apocryphes ''(Dict. d'Alès) ; Les ''théories de Loisy ''(Beauohesne).—Méchineau, ''L'origine du Nouveau Testament ''(Bloud). — Jacquier, ''Histoire des livres du Nouveau Testament ''(Gabalda). — Rosé, ''Les évangiles, traduction et commentaires ''(Bloud). —Fouard, ''Vie de Jésus-Christ'' (Lecoffre). — Batiffol, ''Six leçons sur l’Évangile ''(Bloud). — Calmes, ''Comment se sont formés les Evangiles ''(Lethielleux). — Levesque, ''Nos quatre Evangiles. Leur composition et leur position respective ''(Beauchesne). — Fillion, ''Introduction générale aux Évangiles ''(Lethielleux). — Camerlynck, ''De quatro Evangelii auctore ''(Bruges). — Durand, ''A propos des décrets ''de 1912 ''sur les Évangiles ''(Rev. pr. d'Ap., 1er fév. 1914). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale ''(Desclée). — Langlois et Seignobos, ''Introduction aux. Études historiques ''(Hachette).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : La divinité du Christianisme. Le Fondateur. L'Affirmation de Jésus. ===&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT '''&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229. — Pour connaître ''l’origine, ''et par conséquent, la ''valeur ''d'une religion, il faut, avant tout, se tourner du côté du ''fondateur, ''et lui demander qui il est.^ Personne, mieux que lui, n'est à même de le savoir et de le dire. S'il est un Envoyé de Dieu, c'est à lui de nous le faire connaître et de nous en apporter la preuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, l'apologiste chrétien veut démontrer : — 1° que Jésus est ''l’ Envoyé de Dieu, ''l'Oint ''ou Messie, ''annoncé par la voix des prophètes ; — 2° que ce Messie n'est pas un Envoyé ordinaire, qu'il est le ''Fils unique de Dieu, ''Dieu lui-même. Il est clair que, s'il arrive à faire cette démonstration, il aura le droit de conclure que la Révélation chrétienne est d'origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc à rechercher tout d'abord[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn185 [185]] si Jésus s'est bien donné pour le ''Messie attendu des Juifs ''et pour un Messie d'une nature tout à fait transcendante, pour le ''Fils de Dieu, ''ayant la même essence que Dieu le Père. À cette double question quelle a été la ''réponse de Jésus ''et quelle foi devons-nous y ajouter? D'où trois articles: — 1° L'affirmation de Jésus sur sa messianité. 2° L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. 3° La valeur de ce double témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''230. — Nota''' — A vrai dire, la première question, seule, importe à l'apologiste, IL lui suffit, en effet, de montrer que Jésus a ''déclaré ''et ''prouvé ''qu'il était un Envoyé de Dieu, qu'il était le Messie attendu et qu'il a fondé une Église infaillible, chargée d'enseigner, jusqu'à la fin des siècles, ce qui doit être cru et pratiqué. Ce résultat une fois acquis, il ne reste plus qu'à écouter cette Église et à accepter les dogmes qu'elle propose à notre foi, parmi lesquels se détache au premier rang la divinité du Christ. La seconde question sort donc du domaine de l'apologétique ; tout au moins de ''l'apologétique constructive ''(V. N° 2). Car s'il s'agit de ''l'apologétique défensive ''c’est une autre affaire. Les rationalistes modernes prétendent, comme nous le verrons plus loin, non seulement que Jésus n'est pas Dieu, mais qu'il n'a jamais revendiqué ce titre, qu'il n'a jamais eu conscience d'être Dieu, et que dès lors ''le dogme n'a aucune base historique : ''c'est à ce point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'apologétique défensive, ou si l'on préfère, sur le terrain de ''l'apologie des dogmes, ''que nous aurons à traiter la question dans l'article II[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn186 [186]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — L'affirmation de Jésus sur sa messianité. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
231. — ''Jésus s'est-il donné pour le Messie prédit par les Prophètes? ''Que croyait-il être et qu'a-t-il dit qu'il était1! Le seul moyen de nous éclairer sur ce point, c'est de consulter les Évangiles et d'y recueillir son témoignage. Avant de le faire, remarquons que les Évangiles ne sont pas considérés ici comme des écrits divinement inspirés, mais comme de simples documents humains dont nous avons établi précédemment la valeur historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires'''. — Certains ''protestants libéraux ''et les ''rationalistes ''n'admettent pas l'affirmation de Jésus sur sa messianité. — ''a) ''Leur tactique consistait autrefois (Strauss, Baur) à considérer les Évangiles comme un recueil de ''mythes ''ou ''légendes ''formées après coup par les Apôtres ; les déclarations de Jésus sur sa messianité seraient donc pure invention de la part des écrivains sacrés. — ''b) ''Les ''rationalistes ''et ''modernistes contemporains ''(Wellhausen, Wrede, Weiss, Loisy) prétendent, ou que Jésus n'a jamais eu conscience d'être le Messie, ou en tout cas, qu'il n'a pensé l'être qu'à la fin de sa vie, ou encore qu'il pensait que son rôle de Messie « était essentiellement eschatologique », c'est-à-dire ne devant se réaliser qu'à la fin du monde dans le royaume céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232. — 2° Thèse.''' — ''Du début à la fin de sa vie publique, Jésus a manifesté, soit implicitement, soit explicitement, sa qualité de Messie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour remarquer qu'il y a eu dans les déclarations de Jésus comme une marche ascendante, et que son affirmation comporte des degrés. Mais, qu'elle se soit traduite, soit d'une manière implicite, en raison des circonstances de temps et de personnes, soit d'une manière explicite, il n'en est pas moins certain qu'elle n'a jamais varié dans sa substance et que Jésus a toujours eu conscience de sa messianité. Nous distinguerons donc entre ses ''affirmations implicites ''et ses ''affirmations explicites, ''en insistant davantage sur les premières parce qu'il est plus facile d'en contester le sens et la portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AFFIRMATIONS IMPLICITES. ''— Au début de sa vie publique, Jésus ne manifeste sa qualité de Messie que d'une ''manière implicite ''et avec une extrême réserve. Si nous voulons avoir le secret de sa conduite, de ses réticences, de ce que, à première vue, on pourrait prendre pour les hésitations d'une conscience imparfaitement éclairée, il est nécessaire que nous envisagions un instant la situation politique et religieuse de la Judée contemporaine de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l'heure où commença la carrière publique du Sauveur, la nation juive était tombée sous le joug romain ; le sceptre était sorti de Juda et, plus que jamais, l’espérance messianique travaillait les âmes. Deux grands partis rivaux les ''Saducéens ''et les ''Pharisiens, ''se disputaient l'influence. Les premiers, amis du pouvoir, occupaient les hautes charges du sacerdoce mosaïque, et ils avaient surtout l'insigne privilège de choisir dans leurs rangs celui qui devait exercer les fonctions de grand-prêtre. Les seconds, moins favorisés, étaient un parti religieux avant tout, et se distinguaient par leur zèle outré pour l'observation de la Loi et par leur répugnance à entrer en contact avec les païens : d'où leur nom de ''Pharisiens ''(du grec ''pharisaioi, ''séparés). Parmi eux, un petit groupe de fanatiques, appelés ''Zélotes, ''parce qu'ils étaient plus étroits et plus formalistes que les autres, interprétaient la Loi avec un rigorisme insupportable. C'est de ces derniers que Notre-Seigneur eut surtout à subir les contradictions et dont il se plut du reste à dénoncer l'hypocrisie et l'orgueil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on devine aisément que dans des sectes où les intérêts étaient si opposés, ''l'espérance messianique ''ne se présentait pas sous le même aspect. S'accommodant assez bien-de leur situation, les ''Sadducéens ''n'attachaient qu'un prix très minime à la venue du nouveau royaume, et si, par orgueil national, ils souhaitaient l'indépendance de leur pays, la sujétion leur rapportait assez de bénéfices pour ne pas courir au devant d'un bouleversement qui pouvait ne pas tourner à leur profit. Les ''Pharisiens, ''au contraire, supportant mal un régime qui humiliait leur orgueil et les laissait sans privilèges, appelaient de tous leurs vœux l'avènement du Royaume attendu qui ferait de Jéhovah, leur Dieu, le Maître de l'univers, qui mettrait surtout la nation juive à sa place, c'est-à-dire au premier plan, et qui ferait succéder aux humiliations et aux injustices du jour les triomphes et les réparations du lendemain. Telles étaient les aspirations de la plupart des Juifs, mais lorsqu'il s'agissait de déterminer le ''caractère du futur royaume, ''les esprits se divisaient. Les uns, insistant sur le côté moral et religieux, considéraient ''l'avènement messianique ''comme le ''triomphe des justes, ''comme le grand jour où chacun recevrait selon son mérite. Les autres, — c'était la masse, et les Apôtres partageaient cette mentalité, — faisaient des rêves de ''grandeur ''et de ''prospérité matérielle, ''et voyaient déjà dans le Messie un ''grand conquérant, ''un guerrier fameux qui apparaîtrait soudain sur les nuées du ciel et ferait son entrée triomphale à Jérusalem. Jamais il n'était question d'un Messie souffrant, libérateur des âmes, et non des corps, rachetant les fautes des hommes et réconciliant l'humanité coupable avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans de telles conditions, Jésus ne se soit pas révélé brusquement le Messie, et le Messie, tel, qu'il devait être, il n'est que trop naturel. Il ne pouvait le faire sans éveiller les appréhensions des Sadducéens, et sans provoquer les enthousiasmes des Pharisiens et déchaîner des manifestations et des troubles qui auraient entravé son œuvre, s'il ne rentrait pas dans les desseins de Dieu de briser les oppositions à coup de miracles. Le premier travail qui s'imposait, était donc de préparer les esprits à la réalité et de faire pressentir la vérité avant de la dévoiler sans ambages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses étant telles, comme du reste l'indiquent les récits évangéliques, nous n'avons plus à nous étonner que Jésus, au début de sa carrière, ne manifeste pas ouvertement sa qualité de Messie, qu'il l'insinue seulement par des déclarations indirectes, par ses œuvres et par toute son attitude. — ''a) Par des déclarations indirectes. ''C'est ainsi que, sans prononcer le nom de Messie, il dit qu'il ''est ''« ''venu ''», qu'il ''a été ''« ''envoyé», ''pour prêcher l'Évangile du royaume ''(Marc, ''i, 38), pour appeler les pécheurs ''(Marc, ''II, 17), pour prêcher l'Évangile aux pauvres ''(Luc, ''iv, 18). Puis il commence déjà son enseignement, mais craignant de faire briller tout d'un coup une lumière trop vive, il enveloppe sa pensée sous les dehors énigmatiques de la parabole, dans le but d'intriguer les esprits, de les pousser à la recherche de la vérité, se réservant d'ailleurs d'aller plus loin avec les disciples qu'il s'est attachés, et de les instruire, en dehors de la foule. — b'') Par ses œuvres. ''Jésus multiplie ses miracles ; mais, pour ne pas précipiter les événements, il impose la consigne rigoureuse de n'en point parler. Cependant il n'hésite pas à répondre aux envoyés de saint Jean-Baptiste qui lui demandent s'il est « celui qui doit venir », que les œuvres qu'il opère doivent être pour eux un signe évident que l'œuvre messianique annoncée par ''Isaïe ''(xxxv, 5, b) se réalise ''(Luc, ''vii, 18, 23). — ''c) Par son attitude. ''Jésus s'arroge des pouvoirs que n'ont jamais revendiqués les plus illustres prophètes. Il se met au-dessus de la Loi. Il supprime le divorce toléré dans certains cas par Moïse. Il déclare que « le Fils de l'homme»,— c'est ainsi qu'il se désignait, — était « maître du Sabbat » ''(Marc, ''il, 28), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
233. — B. ''DÉCLARATIONS EXPLICITES. ''— IL faut arriver à la dernière année du ministère de Jésus pour trouver une affirmation explicite de sa messianité. Voici, du reste, les trois grandes circonstances où Jésus se révèle publiquement ce qu'il est. — ''a) Confession de Pierre. ''A Césarée de Philippe, le Maître, se trouvant au milieu de ses disciples, leur pose enfin sans détour l'importante question : « Qui dit-on que je suis? » Jusque-là, il avait laissé sa personnalité au second plan, il avait eu pour unique préoccupation de prêcher le royaume de Dieu ; mais il est temps que ses intimes sachent qui il est. Il les interroge donc successivement, et quand saint Pierre confesse qu'il est le Christ, il ne manque pas de l'approuver ''(Mat., ''xvi, 13-17). — b) ''Entrée triomphale à Jérusalem. ''La confession de saint Pierre n'avait pas dépassé le petit cercle des Apôtres, et même avec ceux-ci, Jésus n'avait pas sitôt avoué qu'il était le Christ qu'il leur défendait sévèrement de le publier ''(Mat., ''xvi, 20). La manifestation de sa messianité était réservée pour un autre jour et un autre théâtre. C'est, peu de jours avant sa mort, à Jérusalem, la capitale de la Judée, que Jésus revendiqua son titre de Messie, à la face d'une foule de pèlerins venus pour la fête de Pâques, de tout un poupin qui l'acclama comme « celui qui vient an nom du Seigneur» ''(Mat., ''XXI, 1-9). — c'') Le procès devant le Sanhédrin. ''Enfin la grande affirmation de Jésus eut lieu devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre lui pose la question suprême qui doit décider de son sort. Le Sauveur le sait, mais, maintenant que sa mission est terminée, il dédaigne les réticences et les réponses évasives : il proclame hautement qu'il est « le Christ » ( ''Mat., ''xxvi, 63, 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, soit d'une ''manière implicite, ''soit d'une ''manière explicite, ''Jésus a bien affirmé qu'il était le ''Messie attendu, ''et les prétentions des rationalistes qui le nient, ne reposent sur aucun fondement. On ne peut plus soutenir sérieusement que les Évangiles sont une collection de légendes, maintenant qu'il est admis par les meilleurs critiques, qu'ils datent du 1er siècle. Il est bien évident par ailleurs que la vie de Jésus et la propagation du christianisme ne sauraient s'expliquer par des légendes (Voir N° 229) ''. ''Quant à la seconde thèse rationaliste qui affirme que Jésus n'a pas eu conscience d'être, de son vivant, le Messie, et qu'il a considéré son rôle comme eschatologique et ne concernant que le royaume des cieux à venir, il faut, pour arriver à une telle conclusion, qu'elle laisse de côté ou interprète à sa façon et d'une manière fantaisiste, les déclarations que nous avons rapportées plus haut. Il est vrai que certaines paroles de Jésus visent le futur royaume, le royaume des élus dont le Christ doit être le chef suprême : il est vrai que le titre de Messie lui conviendra, d'une manière spéciale, à la fin des temps, et quand le royaume messianique aura reçu son achèvement définitif. Sans doute aussi, sa Résurrection et son Ascension le manifesteront déjà comme un Messie glorieux. Mais quel que soit le moment de la carrière messianique qu'on envisage, qu'on la prenne à ses origines, au moment où Jésus prépare le royaume messianique, ou à la fin des temps qui sera le couronnement de son œuvre, Jésus ne s'en présente pas moins dans les Évangiles, non pas seulement comme celui qui doit être le Messie, mais comme celui qui l'est déjà, comme le ''Messie en personne et en fonction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
234. — Nous savons que Jésus s'est donné pour le Messie. Mais de quelle ''nature ''ce Messie prétendait-il être? Simple créature, quoique dépassant le commun des mortels par sa mission, ou être divin ; ''homme ''ou ''Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn187 [187]]. La réponse à cette nouvelle question ne peut se trouver ailleurs que dans le témoignage de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — ''a) ''D'après les ''Protestants libéraux ''(Sabatier, Harnack, Julicher, Bousset, Weixhausen) Jésus dépasse la commune mesure de l'humanité, il est une personnalité transcendante, il y a même, si l'on veut, quelque chose de divin en lui, mais il n'est pas Dieu, il est seulement le médiateur entre Dieu et les hommes, il est l'homme qui a eu l'union la plus étroite avec Dieu, l'homme, comme dit A. Sabatier, « dans lequel s'est révélé le plus complètement le cœur paternel de Dieu »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn188 [188]]. — b) Les ''rationalistes ''admettent encore moins la divinité de Jésus. « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, dit Renan, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit juif ; il n'y en a nulle trace dans les trois premiers Évangiles ; on ne la trouve indiquée que dans certaines parties de l'Évangile de Jean, lesquelles ne peuvent être acceptées comme un écho de la pensée de Jésus. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn189 [189]] Comment expliquer alors le ''fait chrétien? ''Tout simplement par un malentendu de la première génération chrétienne qui a mal interprété le témoignage de Jésus et le titre qu'il se donnait de « Fils de Dieu». Jésus du reste ne serait arrivé à s'attribuer ce titre qu'après être passé par une série d'états d'âme, et comme par un travail progressif de sa pensée qui se serait adaptée aux circonstances. « L'admiration de ses disciples, dit encore Renan, le débordait et l'entraînait. Il est évident que le titre de ''rabbi, ''dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus ; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres hommes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn190 [190]] Ainsi, d'après, les rationalistes, Jésus a été divinisé par ses disciples qui l'ont entraîné et poussé à prendre un titre qu'au début de sa carrière il eût jugé blasphématoire de s'arroger. — c) Les ''modernistes, ''avec leur distinction subtile entre « le Christ de la foi et le Christ de l'histoire », aboutissent, en fait, aux mêmes conclusions. Ils enseignent en effet que, pour la foi, Jésus est bien le Fils éternel de Dieu, consubstantiel à son Père et incarné dans le temps, pour racheter l'humanité et enseigner la vraie religion ; mais ils s'empressent d'ajouter que le Christ de la foi n'est pas celui de l'histoire. Il est vrai que Jésus se donne le titre de « Fils de Dieu », mais, dit M. Loisy, « en tant que le titre de Fils de Dieu appartient exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie ; il appartient à Jésus... comme à l'unique agent du royaume céleste.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn191 [191]] « La divinité de Jésus est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie Fils de Dieu. » Et suivant M. Loisy toujours, le passage de l'idée de Jésus-Messie à celle de Jésus vrai Dieu, serait l'œuvre de saint Paul, de saint Jean et des conciles de Nicée, d'Éphèse et de Chalcédoine. Ainsi, dans la théorie moderniste comme dans la théorie rationaliste, ce sont les disciples du Christ, c'est l'Église qui a regardé Jésus comme Dieu, sans qu'il se fût jamais déclaré tel, et sans qu'il eût jamais élevé la prétention d'être autre chose que le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''235. — 2° Thèse'''. — ''Jésus s'est donné four le Fils de Dieu, dans le sens strict du mot, soit explicitement par ses paroles, soit implicitement par sa manière d'agir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarques préliminaires. ''— 1. Il importe, avant tout, de bien comprendre le sens du problème que nous avons à résoudre. Nos adversaires prétendent que Jésus n'est pas Dieu, qu'il n'a jamais énoncé l'idée sacrilège qu'il fût Dieu, et que le titre de Fils de Dieu qu'il se donne, est l'équivalent de celui de Messie. La question qui se pose donc est de savoir si Jésus s'est vraiment déclaré Fils de Dieu dans un sens qui ne se confond pas avec le titre de Messie. En d'autres termes, le ''dogme catholique ''qui enseigne que Notre -Seigneur est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, a-t-il sa ''racine ''et ''son fondement dans l’affirmation de Jésus ; ''découle-t-il de ce que Jésus a dit de sa personne et de sa nature, ou bien n'est-il que l'expression de ce que Jésus était, depuis le commencement, pour la conscience chrétienne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les limites de la question étant ainsi tracées, il apparaît avec évidence que notre proposition ne peut être démontrée que par ''l'affirmation personnelle de Jésus. ''Invoquer le ''témoignage des Apôtres ''ou de l'Église, comme le font certains apologistes, c'est ''prêter des armes à l'adversaire, ''— rationalistes et modernistes, — dont la tactique consiste précisément à dire que Jésus n'a jamais voulu se faire passer pour Dieu, qu'il n'a été Dieu que vis-à-vis de la conscience chrétienne, autrement dit, qu'il n'a été Dieu que parce que ses disciples et les premiers chrétiens se sont figuré qu'il l'était, sans que lui-même l'eût dit. Encore une fois, la seule preuve de la divinité de Jésus, c'est son ''affirmation personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Comme les adversaires refusent, en général, toute valeur historique, à l'Évangile de saint Jean, nous distinguerons les témoignages tirés de saint Jean de ceux qui se trouvent dans les Synoptiques, et nous appuierons plus particulièrement sur ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Évidemment nous ne prétendons pas que le dogme de la divinité du Christ se retrouve dans l'enseignement de Jésus, formulé dans les termes mêmes par lesquels l'Église l'a défini. Ce que nous soutenons seulement, c'est que le dogme est ''en germe ''et ''quant à la substance, ''dans les Évangiles, que nous pouvons en reconnaître les linéaments, non seulement dans l'Évangile de saint Jean dont le but était de mettre en lumière la divinité de Jésus-Christ, mais même chez les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
236. — A. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DE SAINT JEAN. ''— Laissant de côté les passages, tels que le Prologue, où l'Évangéliste expose ses idées personnelles sur la nature du Messie, nous citerons rapidement les textes principaux qui contiennent un enseignement de Jésus sur sa personne et sur ses rapports avec Dieu le Père. — ''a) ''Dans ''sa rencontre avec Nicodème, ''Jésus déclare que « Dieu a aimé le monde au point de donner son ''Fils unique ''» (''Jean, ''iii, 16). — ''b) ''Au chapitre v (16, 18) il est rapporté que Jésus, ayant guéri un paralytique le jour du sabbat, fut poursuivi par les Juifs, et que « ceux-ci cherchaient à le faire mourir, parce que, non seulement il profanait le sabbat, mais il appelait Dieu ''son propre père, ''se faisant ''l'égal ''de Dieu». — c'') ''Discutant un jour avec les Pharisiens, il pose en principe que les hommes ne peuvent avoir la ''connaissance du Père que par l'intermédiaire du Fils : ''« Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, leur dit-il ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père» ''(Jean, ''viii, 19). Si le Père et le Fils sont seuls à se connaître réciproquement, c'est qu'ils sont de même nature et de même dignité. — ''d) ''Jésus va plus loin : il ne craint pas de ''s'identifier avec son Père : ''aux Juifs qui lui posaient cette question : « Si tu es le Christ, dis-nous-le ouvertement, Jésus répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent pour moi... ''Moi et le Père nous sommes un. ''» Et les Juifs comprirent si bien quel titre Jésus revendiquait par là, qu'ils prirent des pierres pour le lapider ''(Jean, ''x, 23-31). — ''e) ''Ces deux idées, — que la connaissance du Père ne s'acquiert que par le Fils, et que le Fils se confond avec le Père, — reviennent dans la bouche de Jésus, lors de son dernier entretien avec ses Apôtres. Saint Thomas lui demandait d'indiquer le chemin qui conduit au séjour où est le Père. Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi. Si vous m'aviez connu, vous connaîtriez aussi le Père. » Et comme Philippe interrompt Jésus pour le prier de leur montrer le Père, Jésus répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu, a vu le Père, comment dis-tu : montre-nous le Père? Tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » ''(Jean, ''xiv, 5,10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les déclarations de Jésus sur sa nature, sur son union substantielle avec le Père sont donc bien claires dans le quatrième Évangile, mais il n'est pas besoin d'insister, puisque aussi bien nos adversaires ne discutent pas le sens de ces textes et ne rejettent que l'autorité historique du livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
237. — B. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DES SYNOPTIQUES. — ''L'affirmation de Jésus sur sa qualité divine ne se présente pas dans les Synoptiques avec le même caractère de netteté que dans l'Évangile de saint Jean ; mais il est possible cependant d'en retrouver ''l'équivalent ''dans les ''paroles ''et dans les ''actes ''du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Dans ses paroles. ''— 1. Il est incontestable que le titre de « Fils de Dieu » est un de ceux que Jésus se donne parfois ou qu'il accepte de la part de ses interlocuteurs et de ses adversaires. Nous avons vu précédemment que Pierre le proclame le « Christ, le ''Fils du Dieu vivant « ''( ''Mat., ''xvi, 16), et que devant le Sanhédrin, lorsque le grand-prêtre l'adjure de dire s'il est « le Christ, le ''Fils de Dieu», ''il répond affirmativement. La question revient dès lors à savoir quel sens cette appellation a dans la bouche de Jésus. Sans nul doute, le titre de Fils de Dieu est une expression courante dans la Sainte Écriture. C'est de ce nom que Dieu lui-même désigne le peuple d'Israël : « Ainsi parle Jéhovah : Israël est ''mon fils, ''mon premier né» ''(Exode, ''iv, 22). « Le juste est fils de Dieu» est-il dit dans la ''Sagesse ''(II, 18). L'on peut même aller plus loin et prétendre que, à un certain point de vue et sous le rapport de la création, tout homme est fils de Dieu. Que Jésus ne se soit pas donné ce titre dans un sens aussi large, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. Mais faut-il admettre, avec les rationalistes et les modernistes, que le titre de Fils de Dieu ne dépasse pas celui de Messie? Il De semble pas, car, même en laissant de côté la confession de Pierre et son affirmation solennelle devant le Sanhédrin où il marque nettement que sa filiation divine lui confère les mêmes droits que son Père, entre autres, celui d'être un jour le grand juge de l'humanité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn192 [192]], il y a d autres manières de dire de Notre-Seigneur qui indiquent bien que ses relations avec le Père sont d'un ordre unique. Ainsi, qu'il parle de Dieu avec ses disciples, il dit : « ''mon ''Père », « ''votre ''Père », jamais il ne dit « ''notre ''Père ». Le Notre Père qu'il enseigne à ses disciples ne fait même pas exception, car la prière est censée sortir de la bouche de ses disciples et non de la sienne ; ainsi il dit encore à propos du jugement dernier : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de ''mon ''Père ; prenez possession du royaume qui ''vous ''a été préparé dès la fondation du monde... ''(Mat., ''xxv, 34); et à l'institution de l'Eucharistie, il fait ses adieux à ses disciples par ces mots : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec ''vous ''dans le royaume de ''mon ''Père » ( ''Mat., ''xxvi, 29). Ce soin que met Jésus, d'ailleurs si humble, à ne pas se confondre avec ses disciples, à se séparer d'eux sur la question des rapports avec Dieu, n'est-il pas une preuve suffisante que sa filiation est transcendante et d'un ordre unique? — 2. Dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, Jésus déclare, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jean, que la ''connaissance du Père ''ne se fait que par ''l'intermédiaire du Fils : ''« Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils» (''Mat., ''xi, 27). — 3. Le témoignage le plus suggestif de Jésus sur sa filiation divine est assurément la parabole des ''vignerons homicides. ''La voici, telle que la rapporte ''saint Matthieu ''(xxi, 33, 39) : « Un père de famille planta une vigne, il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour de garde et il la loua à des vignerons et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent un troisième. Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; et ils leur firent de même. Finalement il leur envoya son fils, en disant : Ils respecteront ''mon ''fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici ''l'héritier ; ''venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent... » Le sens de cette parabole est transparent. Elle contient en raccourci l'histoire des relations d'Israël avec son Dieu. Les serviteurs qui viennent percevoir le fruit de la vigne, ce sont les prophètes que Jéhovah envoie à son peuple élu et que celui-ci reçoit mal. Le ''Fils unique ''que le Père envoie en dernier lieu, l'héritier qui subit le même sort, c'est évidemment Jésus. — 4. Nous avons encore comme dernier témoignage, — celui-là, il est vrai, après sa résurrection, — la ''formule solennelle du Baptême ''où le Fils apparaît entre les noms du Père et du Saint-Esprit, associé à eux dans une Trinité mystérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Dans ses actes. ''— Plus encore que ses paroles, la manière d'agir de Jésus rend témoignage de sa divinité. — 1. Jésus ''s'attribue les perfections, divines : ''impeccabilité, .éternité, ubiquité... — 2. Il ''revendique les droits divins : ''il demande de ses disciples la foi, l'obéissance et l'amour, même jusqu'au sacrifice de la vie : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi» ''(Mat., ''x, 32, 37). Il accepte des hommages qui ne sont rendus qu'à la divinité, il souffre qu'on se prosterne devant lui et qu'on l'adore : c'est dans cette humble attitude que le lépreux au pied du mont des Béatitudes ''(Mat., ''VIII, 2), que le possédé de Gérasa ''(Marc, ''V, 6) implorent leur guérison ; Jaïre, un chef de la Synagogue, se prosterne également devant Jésus pour le prier de rendre la vie à sa fille qui vient de mourir ''(Mat, ''ix, 18). Nous voyons, au contraire, les Apôtres agir tout différemment dans les mêmes circonstances. Lorsque saint Pierre se rend auprès de Corneille, celui-ci « tombant à ses pieds se prosterne. Mais Pierre le releva en disant : « Lève--toi, moi aussi je suis un homme» ''(Actes, ''x, 25, 26). De même, Paul et Barnabé, après avoir guéri un boiteux, se dérobent aux honneurs qu'on veut leur rendre ''(Actes, ''xiv, 10-17). L'attitude de Notre-Seigneur est donc- d'autant plus significative qu'elle contraste avec celle de ses Apôtres. — 3. Il ''s'arroge les pouvoirs divins. ''Nous avons vu déjà qu'il se ''met au-dessus de la Loi, ''qu'il traite sur le pied d'égalité avec le divin Législateur du Sinaï. Il interprète et modifie, comme il l'entend, les préceptes du Décalogue, et il le fait avec une autorité souveraine : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... ''Et moi je vous dis...», ''répète-t-il plusieurs fois ''(Mat., ''v, 22, 28, 32, 34, 39, 44). Nous avons vu encore qu'il ''remet les péchés : ''privilège exclusivement réservé à Dieu, et pour montrer qu'il n'usurpe pas un pouvoir qui ne lui appartient pas, il opère aussitôt un miracle. Il annonce qu'il sera un jour le ''juge suprême de l'humanité, ''qu'il ''enverra à ses Apôtres l'Esprit Saint. ''Il ''accomplit ''surtout de ''nombreux prodiges, ''si bien qu'on croit qu'une vertu divine sort de lui : il commande en maître à la nature, il chasse les démons, il guérit les malades, ressuscite les morts, et le tout sans faire appel à une puissance étrangère. Il ''agit en son propre nom, ''et qui plus est, il confère à ses disciples la puissance qu'il détient sans limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Qu'il s'agisse donc de ses déclarations ou de ses actes, Jésus se présente uni à Dieu d'une manière si étroite ; il revendique une telle participation aux pouvoirs et aux privilèges de Dieu que ses prétentions seraient vraiment incompréhensibles, s'il était étranger à la nature divine. Pour ''parler ainsi, ''pour ''agir ainsi, ''il fallait qu'il eût pleine conscience que Dieu était en lui, non pas seulement par sa puissance et sa vertu, mais par sa nature et son essence ; en un mot, ''il fallait qu'il fût Dieu. ''Nous pouvons conclure par conséquent, même à n'écouter que le témoignage des Synoptiques, que la Divinité de Jésus-Christ repose sur une base solide, et qu'il n'y a pas solution de continuité entre le fait historique et son interprétation, entre l'affirmation de Jésus et le dogme défini par l'Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Valeur du double témoignage de Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
238. — Dans les deux articles qui précèdent, nous avons recueilli le témoignage de Jésus sur sa personne. Nous avons vu qu'il s'était affirmé Messie, Fils de Dieu. Cela ne suffit pas, car il est évident qu'un ''témoignage ne vaut que ce que vaut le témoin. ''Or trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s'illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. Donc, ou imposteur, ou illusionné, ou véridique, telles sont les trois alternatives entre lesquelles il faut choisir. Nous prouverons qu'il faut écarter les deux premières et retenir la troisième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Jésus n'était pas un imposteur'''. — Jésus a-t-il trompé? Lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie, File de Dieu, Jésus avait-il conscience de ne pas être ce qu'il disait être? Mentait-il? Les critiques contemporains sont trop pénétrés de la grandeur morale du Christ pour s'arrêter à une hypothèse aussi injurieuse. Tous reconnaissent que la ''loyauté ''et ''l'humilité ''de Jésus le mettent au-dessus de tout soupçon. — ''a) Sa loyauté. ''S'il est, en effet, une qualité à laquelle Jésus attache le plus grand prix, c'est bien la franchise, au point qu'on a pu le trouver dur pour ceux qui ne l'ont pas, pour ceux dont l'extérieur est en désaccord avec l'intérieur, dont les paroles ne traduisent pas les sentiments de l'âme, disons le mot, pour les hypocrites. Personne n'a flagellé ce vice plus que lui, et n'a dénoncé avec tant de véhémence la souillure du dedans qui se cache sous la propreté du dehors : « Malheur à vous ! dit-il aux scribes et aux pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de mort et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » ''(Mat., ''xxiii, 27, 28). Et Jésus professe un amour tel de la droiture, il veut l'inculquer si profondément dans l'âme de ses disciples qu'il leur défend le serment, devenu désormais inutile, en raison de la confiance réciproque que chacun doit avoir dans la parole de son semblable. « Moi je vous dis de ne point jurer du tout... Que votre parole soit oui, oui, non, non» ''(Mat., ''v, 34, 37). — b) ''Son humilité. ''Supposer que Jésus voulut se faire passer pour le Messie et le Fils de Dieu, alors qu'il aurait eu conscience de ne pas l'être, c'est l'accuser d'un orgueil extravagant, dont il doit être facile de retrouver d'autres traces dans les Évangiles. Or qu'on lise ceux-ci avec attention, et l'on sera frappé, au contraire, de l'insistance que Jésus met à prêcher l'humilité par le discours et par l'exemple. Il n'est pas moins dur pour l'orgueil que pour l'hypocrisie,: il cingle de ses traits acérés qui recherchent partout les premières places, qui se laissent guider dans leurs actes par l'ostentation et le désir de paraître. Les Scribes et les Pharisiens, dit-il à ses disciples, « font toutes leurs actions pour être vus des hommes... Ils aiment la première place dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et à s'entendre appeler par les hommes Rabbi. » (''Mat., ''xxiii, 6-7). « Gardez-vous, dit-il ailleurs à ceux qui veulent être ses disciples, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux... Quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes.» ''(Mat., ''vi, 1, 2). Une autre fois il présente le modèle du publicain contrit et humilié devant Dieu ''(Luc, ''xviii, 9, 14). Lui-même déclare qu'il est venu pour servir et non pour être servi. I1 se dérobe à l'enthousiasme des foules qui veulent le proclamer roi. Or une telle conduite est incompatible avec l'excès d'orgueil qui l'aurait poussé à se dire le Messie, le Fils de Dieu, le futur Juge de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne faisons appel ici qu'à deux vertus du Christ qui s'opposent plus directement à l'hypocrisie et à l'orgueil présupposés nécessairement par l'hypothèse qui veut faire passer Jésus pour un imposteur. Nous pourrions invoquer toutes ses autres vertus, sa personne morale tout entière, sa sainteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn193 [193]] incomparable qui ne connaît pas la moindre défaillance, mais à quoi bon insister, puisque aussi bien on ne prend plus au sérieux les railleries de Voltaire et des ''Encyclopédistes ''qui regardaient Jésus comme un fourbe et les Apôtres, comme des faussaires qui auraient inventé les miracles de l'Évangile dans le but de faire adorer leur Maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''239. — 2° Jésus n'est pas un illusionné'''. — Jésus n'a pas voulu tromper mais il a ''pu se tromper. ''Il a pu se faire illusion sur sa personne et tromper sans le vouloir. C'est à cette seconde hypothèse que se rallient, de nos jours, les adversaires de la divinité du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant de ce principe a priori que le surnaturel n'existe pas et qu'il n'y a pas d'Envoyé divin, les ''rationalistes ''modernes concluent que Jésus a été victime de l'illusion et qu'il est une sorte d'halluciné. Nous avons eu l'occasion déjà (N° 234) de signaler comment le plus habile d'entre eux décrit les états d'âme par lesquels le Sauveur serait soi-disant passé pour arriver à la conscience de sa messianité. Au point de départ, il suppose « la conviction profonde» que Jésus avait « de son union intime avec Dieu », union telle qu'il « se croyait avec Dieu dans les relations d'un fils avec son père, bien plus, qu'il se croyait, à un degré unique et incomparablement au-dessus des autres hommes, le Fils de Dieu. » « Dieu est en lui, il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit Fils de Dieu. » Et alors convaincu qu'il était le « Fils de Dieu, Jésus se sentit aussitôt la mission de faire participer tous les hommes à sa filiation divine, en leur apprenant à connaître Dieu comme leur Père et à recourir à lui comme des fils. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn194 [194]] A partir de ce jour, où il « se proposa de créer un état nouveau de l'humanité», où son « idée fondamentale» fut « l'établissement du royaume de Dieu», Jésus accepte le rôle de Messie. Et comme tout aussitôt il se heurta à l'opposition violente des pharisiens, il comprit qu'avant d'être le Messie triomphant et d'être appelé à la fonction glorieuse de Juge suprême de l'humanité, il devait passer par la souffrance et la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément cette psychologie de l'âme de Jésus ne manque pas de savoir-faire, mais les conceptions de Renan sont plus ingénieuses que solides. Nulle part, en effet, dans les Évangiles, on ne découvre les traces d'une pareille évolution dans les idées de Jésus. C'est à partir du premier instant de sa vie publique, qu'il a conscience d'être le Messie, et ''s'il y a évolution, ''ce n'est pas dans la ''pensée ''de Jésus, mais dans la ''manière de l'exprimer, ''ou plutôt, la foi de Jésus en sa mission reste à chaque instant la même ; c qui se développe et progresse, c'est la conviction qui se fait dans l'âme de ses disciples et de ses auditeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais écoutons, pour répondre à Renan, un des représentants les plus fameux du protestantisme libéral en France : « Jésus, écrit M. Stapfer, s'est dit Messie. Cela est prouvé, cela est certain. Comment en est-il arrivé là? Y a-t-il eu folie, oui ou non? Telle est, nous semble-t-il, la seule alternative qui se pose désormais entre les croyants et les non-croyants. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn195 [195]] « Renan a dit : Jésus, enivré par le succès, s'est cru le Messie. Il était sain d'esprit au commencement de son ministère, il ne l'était plus à la fin, et son histoire, telle que la raconte Renan, est, malgré les ménagements qu'il y apporte, l'histoire de la surexcitation croissante d'un homme qui a commencé par le bon sens, la clairvoyance, la santé morale d'un noble et beau génie, et qui a fini par une exaltation maladive voisine de la démence. Le mot folie n'a pas été écrit par Renan, mais la pensée se trouve exprimée à chaque page. Eh bien, les faits s'opposent à cette explication. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn196 [196]] « Ce qui frappe au contraire» en Jésus, « plus on l'étudié de près, c'est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son absence complète d'illusion . » IL est extrêmement remarquable que la foi de Jésus en lui-même et en son œuvre reste absolument identique à elle-même Cette confiance inébranlable de Jésus en son œuvre, en son Père et en lui-même est certainement surnaturelle... Il y a dans cette assurance qu'aucun événement extérieur ne trouble, une preuve d'une force énorme de la nature divine de Jésus . » (E. Stapfer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de l'aveu de ceux-là mêmes qui rejettent le dogme catholique de la divinité de Jésus-Christ, l'on ne saurait prétendre que Jésus se soit illusionné à ce point sur son propre compte, sans recourir à l'hypothèse de la folie, qu'on prononce le mot, ou qu'on le remplace par d'autres équivalents tels que l'exaltation mystique, l'hallucination ou le déséquilibre Mais alors comment expliquer ce désordre mental avec l'élévation d'esprit, avec l'intelligence profonde et lucide qui se manifestent partout dans les discours et les entretiens de Jésus? Comment ce déséquilibré peut-il être l'auteur d'une doctrine religieuse qui dépasse les plus hautes conceptions des philosophes anciens, et d'une morale qui est devenue l'idéal de l'humanité? Non, vraiment, ''un fou n'a pas tant de sagesse. ''Jamais un déséquilibré n'aurait accompli une œuvre aussi grandiose, créé un mouvement d'âmes aussi intense, et exercé une influence aussi considérable sur le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Dès lors, la conclusion s'impose, Jésus n'est ni un imposteur ni un dément. Il n'a pas trompé et il ne s'est pas trompé. Son affirmation doit donc être retenue. S'il a dit qu'il était le Messie, Fils de Dieu, c'est qu'il l'était.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Letouzey) ; ''Christologie ; Les théories de M. Loisy ''(Beauchesne). — Batiffol, ''L'enseignement de Jésus ''(Bloud). — De Grandmaison, art. ''Jésus-Christ ''(Dict. d'Alès). — Rosé, ''Études sur les Évangiles ''(Bloud). — Frémont, ''Lettres à l'abbé Loisy ''(Bloud). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Mangenot, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Bloud). — F. Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Réalisation en Jésus des prophéties messianiques. ===&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'argument prophétique.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
240.— ''Préliminaire. — ''Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Jésus s'était donné pour ''le Messie prédit par les prophètes. ''Quelque de foi que puisse être la parole d'un homme que recommandent par ailleurs la sainteté de sa vie et la sublimité de sa doctrine, il n'en reste pas moins qu'une telle affirmation demande à être contrôlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus est ''un ''Envoyé divin, il doit nous apporter des marques non équivoques de sa mission divine, telles que prophéties et miracles. Mais, avant tout, si Jésus est ''l'Envoyé divin annoncé par les prophètes, ''il doit réaliser dans sa personne et dans son œuvre les prophéties faites à son sujet ; il faut qu'il y ait relation étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament, que l'un s'explique par l'autre, que le second confirme le premier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''241. — 1° Adversaires'''. — L'argument tiré des prophéties a deux sortes d'adversaires. Les uns nient ''l'existence ''même des prophéties. Les autres en contestent la ''réalisation en Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. A LA PREMIÈRE CATÉGORIE ''appartiennent les ''rationalistes ''et les ''protestants libéraux ''qui prétendent que le Messie n'a pas été prédit et que les prophéties alléguées ne sont ni des ''prophéties, ''ni des prophéties ''messianiques. ''D'après M. J. Réville, les passages de l'Ancien Testament « où l'on se plaisait à voir des prédictions surnaturelles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn197 [197]] ont été mal interprétés par les prédicateurs et les théologiens. Pas plus que les sibylles et les devins, les prophètes n'ont eu le privilège de connaître et d'annoncer les secrets de l'avenir. Ce qui ne les empêche pas, suivant Sabatier, d'avoir été des hommes d'une valeur incomparable ; et si leurs ''prédictions ''sont inexistantes ou sans valeur, leur ''prédication ''les place bien au-dessus de leurs contemporains, et à ce titre, ils sont des hommes providentiels qui ont eu une idée plus pure et plus haute de Dieu et de la loi morale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn198 [198]]. Comme on le voit, les rationalistes et les protestants libéraux veulent bien reconnaître la grandeur morale des prophètes, ils veulent bien les mettre au premier rang parmi leurs contemporains, mais c'est pour mieux refuser tout caractère surnaturel à leur œuvre et à leur parole. Donc, prédicateurs hors de pair, mais non prophètes au sens strict du mot, voilà tout ce que l'on peut dire d'eux. D'où il suit que l'argument prophétique, tel qu'il nous a été transmis par l'apologétique traditionnelle, est dénué de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DANS LA SECONDE CATÉGORIE ''d'adversaires il faut ranger les ''Juifs ''qui, tout en reconnaissant l'existence des prophéties messianiques, n'admettent pas qu'elles se soient réalisées en Jésus. Pour prétendre le contraire, il faudrait, selon eux, détourner les prophéties de leur sens naturel et les interpréter en dehors de leur contexte. C'est pourquoi — et c'est encore Sabatier qui nous le dit — « les Juifs, d'après leur exégèse, ont bien pu ne pas voir dans Jésus de Nazareth le Messie qu'ils attendaient, puisqu'ils n'auraient pu croire eu lui qu'en renonçant aux espérances politiques et nationales que leurs livres leur avaient données. Il est permis de dire que les prophéties messianiques, en tant qu'elles ont un sens historique et grammatical, n'ont jamais été accomplies, et qu'elles n'ont paru l'être dans la vie, l'enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que certainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient prononcées tout d'abord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn199 [199]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''242. — 2° Argument'''. — L’''argument prophétique ''peut se formuler dans le syllogisme suivant : IL existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent, qui décrivent à l'avance la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie. Or ces prophéties se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et l'''œuvre de Jésus. ''Donc Jésus est le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’argument comprend donc deux points à établir : — 1. ''l'existence ''des prophéties messianiques ; — 2. leur ''réalisation en Jésus. ''Si nous parvenons à démontrer ces deux points qui forment la majeure et la mineure du syllogisme, nous aurons répondu, par le fait, aux deux classes d'adversaires que nous avons devant nous. Nous tâcherons de le faire dans les deux articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''REMARQUES. ''— 1. Auparavant, il convient de rappeler, — comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — que, à la rigueur, la démonstration chrétienne peut se faire en dehors de l'argument prophétique. N'y eût-il eu aucune prophétie, Jésus n'en apparaîtrait pas moins « ''Envoyé de Dieu ''», du moment qu'on peut établir qu'il a fait de nombreux et incontestables miracles, qu'il a réuni dans sa personne toutes les qualités qui conviennent à un envoyé céleste et que sa doctrine et sa morale portent bien les marques d'une origine surnaturelle. Moïse, le fondateur de la religion qui porte son nom, n'a été annoncé par aucune prophétie ; et cependant sa mission divine ressort très clairement des multiples prodiges qu'il accomplit et de la transcendance de sa doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Néanmoins, l'argument prophétique a une valeur de premier ordre pour une double raison : — 1) Tout d'abord il est indiscutable que ''le fait d'avoir été prédit ''d'une manière claire et formelle, ajoute un nouveau poids aux autres preuves qui attestent que Jésus est un Envoyé de Dieu. — 2) D'autre part, l'argument prophétique ''remonte aux origines du christianisme. ''L'on peut même dire que, aux yeux des Juifs, il était l'argument capital. Jésus, le premier, s'appuie très souvent sur cet argument pour prouver sa mission. Il y revient d'autant plus, que les Juifs, — les Apôtres y compris, — s'étaient surtout arrêtés aux prophéties de l'Ancien Testament qui concernaient la gloire du Messie saris prendre garde à celles qui prédisaient ses humiliations et ses souffrances. Il lui fallait donc redresser les fausses conceptions de ses contemporains : travail souvent infructueux et long, si long que nous l'entendons, au matin de sa Résurrection, reprocher aux deux disciples qui allaient à Emmaüs, de ne pas saisir encore le sens des prophéties : « O insensés, leur dit-il, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » ''(Luc, ''xxiv, 25, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I- — Existence des prophéties messianiques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de démontrer qu'il y a eu des prophéties et des prophéties messianiques, il convient de donner quelques notions générales sur les prophètes. Cet article comprendra donc deux paragraphes : 1° ''Notions générales sur les Prophètes. ''2° ''Le fait des prophéties messianiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions générales sur les Prophètes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn200 [200]]. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''243. — 1°''' '''Définition. '''— Étymologiquement, le mot prophète (du grec « ''prophètes''» interprète; celui qui prévoit l'avenir) désigne en grec soit un interprète des dieux, soit celui qui prédit l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dans le premier sens, ou ''sens large, ''le prophète, appelé ''nabi ''en hébreu, est donc un ''interprète. ''C'est ainsi que Moïse qui alléguait sa difficulté de parole pour se dérober à la charge redoutable que le Soigneur lui imposait, entendit Dieu lui répondre : « Aaron, ton frère, sera ton nabi» ''(Ex., ''iv, 16) ; autrement dit : Aaron parlera à ta place. — Dans la Bible, le mot ''prophète ''est encore employé pour désigner un homme qui chante les louanges de Dieu : il est dit, par exemple, de Saul, que dans ses accès de mélancolie, il prophétisait (c'est-à-dire ''chantait) ''dans sa maison, pendant que David jouait des instruments (I ''Sam., ''xviii, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Au ''sens strict, ''le prophète était un homme à qui Dieu révélait l'avenir, et donnait la mission de le communiquer aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, dans quelque sens qu'on entende le mot, le prophète était « l'interprète de Dieu, l'intermédiaire entre Dieu et son peuple ; il recevait les ordres du Seigneur et communiquait à la race d'Abraham le plan divin... Sa mission était double, l'une se rapportant au temps présent, l'autre à l'avenir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn201 [201]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''244. — 2°''' '''Le mode de la révélation prophétique. '''— Interprète de Dieu, le prophète recevait les communications divines de triple façon : par la parole, par des visions et par des songes : — ''a) par la parole. ''Il faut entendre par là, du moins ordinairement, non pas un langage articulé et sensible qui aurait frappé l'oreille du prophète, mais une voix qui résonnait au fond de son âme ; — b) ''par des visions. ''Dieu faisait-il passer devant les yeux du prophète des imagos matérielles et physiques, ou les faisait-il percevoir par son imagination, sans qu'elles fussent produites par aucune réalité extérieure, les deux hypothèses sont admissibles, quoique la seconde paraisse plus vraisemblable ; — ''c) par des songes. ''Cette sorte de manifestation divine, beaucoup plus rare que les autres, diffère de la seconde, en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe ne se produisait que pendant le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« IL faut remarquer d'ailleurs que, de quelque manière que fût communiquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de ''délire, ''à plus forte raison, de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux. Il savait donc toujours ce qu'il prophétisait »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn202 [202]], alors même qu'il ne saisissait pas entièrement la portée de ses prédictions et la manière dont elles se réalisaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''245. — 3°''' '''Les particularités du langage prophétique. '''— Les événements de l'avenir se présentent d'ordinaire à l'esprit des prophètes comme des faits présents, déjà réalisés : c'est là ce qui explique les particularités du langage prophétique. D'abord ''l'emploi très fréquent du prétérit ''au lieu du futur ; puis, tout au moins d'une manière générale, ''l'absence de toute chronologie : ''les faits ne sont pas annoncés nécessairement dans l'ordre de leur réalisation future ; les intervalles qui doivent les séparer ne sont pas indiqués. Le tableau de l'avenir s'offre à eux sans perspective : tout y est mis sur le même plan. Il a fallu généralement l'accomplissement des divins oracles pour que la séparation ait pu être opérée. Toutefois, quoique, d'une manière générale, Dieu ait jugé suffisant d'annoncer la fondation de son royaume sans en fixer la date et le mode de réalisation, il arrive parfois que les prophètes indiquent clairement l'époque des événements qu'ils prédisent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''246 — 4° Les prophètes de l'Ancien Testament.''' — A prendre comme points de comparaison l'étendue et l'importance de leur œuvre, les prophètes se divisent en deux classes : les ''grands ''et les ''petits ''prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Les premiers, au nombre de quatre, sont : Isaïe, Jérémie avec Baruch pour appendice, Ézéchiel et Daniel. — ''b) ''Les seconds, au ombre de douze, sont : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'ère prophétique s'ouvrit avec Abdias[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn203 [203]] au début du ixe siècle avant Jésus-Christ et fut close avec Malachie, vers l'an 435 : c'est donc une période de quatre siècles et demi qu'elle embrasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre les grands et les petits prophètes dont nous venons de citer les noms, il y eut dans l'Ancien Testament une longue suite d'hommes illustres qui méritent le nom de prophètes, entendu dans le sens large du mot, c'est-à-dire qui ont été soit auprès du peuple d'Israël, soit auprès de ses chefs, les représentants et les interprètes des volontés divines. Tels sont Moïse, le libérateur et le législateur du peuple hébreu ; Samuel qui détourna Israël des cultes de Baal et d'Astaroth ; Nathan sous le règne de David, et David lui-même ; Élie et Elisée qui, après le schisme d'Israël, furent chargés par Dieu de restaurer le vrai culte de Jahvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §  2.   —   Le fait des prophéties messianiques =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
247. — Est-il vrai, comme l'affirme la ''majeure ''de l'argument prophétique, qu'il existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie? Telle est la première question qui se pose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'étudier longuement les livres de l'Ancien Testament, et en particulier, les écrits des prophètes, pour constater qu'il règne dans toute l'histoire juive une grande pensée, une idée-maîtresse, ou comme on Fa dit, une idée-force, laquelle revient partout comme un invariable leitmotiv et tient une si grande place dans la vie et l'âme de la nation : cette idée c'est l’idée ''messianique. ''Mais que faut-il entendre par là? L'idée messianique comprend deux choses : — ''a) ''Elle est d'abord ''l'attente d'un royaume ''qui doit s'établir un jour, — par l'intermédiaire et sous la domination d'Israël, — groupant tous les peuples dans le culte du vrai Dieu, reconnu désormais et adoré partout comme le Maître de l'univers. — b) Elle est, en second lieu, ''l'attente d'un roi, ''— « Oint ou Messie » — chargé d'établir ce royaume universel, d'en être le roi terrestre et d'être un jour au ciel le roi des élus, le juge qui récompense les bons et précipite les méchants dans la géhenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, les prophéties ont un ''double objet. ''Elles concernent soit le ''royaume futur, ''soit le ''Roi ''qui instaurera et régira le royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''248. — 1° Prophéties concernant le royaume.''' — ''L'attente messianique ''concernant le ''futur royaume ''peut être envisagée au triple point de vue de son ''origine, ''de sa ''nature ''et du ''rôle joué far les prophètes ''dans la genèse de cette idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ORIGINE DE L'ESPÉRANCE MESSIANIQUE. ''— Le moindre examen des Livres sacrés indique qu'il ne faut pas en chercher d'autre que les ''révélations ''et les ''promesses divines. ''Celles-ci remontent aux origines de l'humanité. Adam et Eve avaient à peine commis leur péché de désobéissance que Dieu leur promettait un rédempteur ''(Gen., ''iii, 14, 15), Maintes fois Dieu renouvela ses promesses de bénédictions : plus spécialement il les adressa à Noé, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Voici, du reste, parmi ces promesses prophétiques, les deux plus solennelles et les plus précises : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans votre race, dit le Seigneur à ''Abraham, ''parce que vous avez obéi à ma voix. ''»(Gen., ''xxii, 18). « Le sceptre ne sortira pas de Juda, dit le prophète ''Jacob ''à son quatrième fils Juda, jusqu'à ce que vienne un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne ''l'Envoyé qui rassemblera les peuples. »(Gen., ''xlix, 8 et suiv.). Ainsi, des les premières heures de l'humanité, Dieu annonce déjà son ''plan, ''non pas certes en formules expresses qui marquent tous les détails de l'œuvre future, mais en paroles suffisamment claires pour faire comprendre au peuple juif qu'il a un grand rôle à jouer dans l'œuvre annoncée, pour découvrir à son regard de brillantes perspectives, des horizons lumineux et pour éveiller dans son âme de grandes espérances. A la lumière de ces promesses, il devient facile d'apercevoir dans les multiples péripéties de l'histoire juive, à la fois ''l'unité ''et la ''continuité du plan divin. ''Celui qui y regarde de près, constate sans difficulté que, si l'œuvre se prépare et se développe avec une mystérieuse lenteur, avec des moments d'interruption, ou tout au moins, de ralentissement, elle n'en poursuit pas moins la route avec un progrès indéfini. A travers les vicissitudes de fidélité, et de défection du peuple juif, l'on discerne toujours la volonté de Dieu de garder au sein d'une nation élue le ''monothéisme, ''appelé à devenir un jour la religion de toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''NATURE DE L'ATTENTE MESSIANIQUE. ''— On ne saurait contester qu'il se mêle dans l'idée messianique deux éléments tout à divers. L'établissement du futur royaume, du règne universel de Dieu, est lié dans la pensée juive au ''rétablissement de leur royaume terrestre. ''Cette espérance d'une restauration nationale est tellement ancrée dans tous les cœurs que, au moment de l'Ascension de leur Maître, les Apôtres lui posaient encore cette question ; « Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » ''(Actes, ''i, 6). Il y a cependant des oracles où le côté temporel de l'espérance messianique ne tient aucune, ou presque aucune place ''(Is., ''ii, 2, 5 ; xi, 1, 8 ; xlii, 1, 4 ; l, 4, ii ; lii, 13 ; liii, 12). De nombreuses prophéties décrivent la nature du futur royaume sous les traits d'une union intime entre Dieu et l'âme de chaque fidèle ''(Osée, ''ii, 19). D'autre part, le fait que les prophéties annoncent que tous les peuples participeront au royaume messianique, indique bien que tout ce qui constitue le particularisme juif dans le domaine religieux et politique, sera un jour abrogé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ROLE DES PBOPHÈTES[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn204 [204]]. Le rôle des prophètes, dans la genèse et le développement de l'espérance messianique, fut certainement dé tout premier plan. — 1. Ils ont d'abord été les ''défenseurs du monothéisme. ''A toutes les époques de l'histoire, et avant les prophètes proprement dits, Dieu suscite des hommes qui doivent être les interprètes de ses volontés et de ses desseins. C'est Moïse, le législateur d'Israël qui prêche le culte exclusif de Jahvé, Maître souverain, Seigneur juste et bon, miséricordieux à ceux qui l'aiment et gardent sa loi. C'est Samuel qui détourne les Hébreux des cultes idolâtriques de Baal et d'Astaroth. Ce sont, après le schisme d'Israël, Élie et Elisée qui chassent les fausses divinités et rétablissent le vrai culte. — 2. Ils ont annoncé que le monothéisme, qui constituait le dogme principal de la religion juive, ''s'étendrait à toutes les nations de l’univers. ''C'est Isaïe qui prédit que Jérusalem deviendra un jour le centre du vrai culte où « toutes les nations afflueront » ''(Is., ''ii, 2). C'est Jérémie qui ne craint pas de déclarer aux Juifs que la religion n'est pas seulement un pacte social entre Jahvé et Israël, mais encore une union intime entre Dieu et l'âme de chaque croyant, union intime qui convient aux étrangers, aux Gentils comme aux Juifs. C'est Ézéchiel, le plus grand des prophètes de la captivité, qui soutient la foi et l'espérance des Juifs malheureux et châtiés pour leurs crimes, mais non pas abandonnés de Dieu, et qui leur prédit la résurrection d'Israël. Ce sont les trois prophètes postexiliens : Aggée, Zamier et Malachie qui annoncent le futur royaume messianique ; c'est Malachie, en particulier, qui entrevoit un ordre de choses nouveau, et un nouveau sacrifice ( ''Mal. ''i, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, le ''rôle des prophètes ''au sujet du royaume à venir fut ''double. ''— Leur première mission fut de garder intacte chez le peuple juif la ''foi en un Dieu unique, ''et de maintenir l'adoration exclusive de Jahvé. — La seconde mission qui fut réservée, d'une manière plus spéciale, aux prophètes proprement dits, fut ''d'annoncer, ''pour un avenir plus ou moins rapproché, un ''ordre nouveau, ''une ''religion spirituelle ''qui ferait une plus large part au culte intérieur, une religion non plus nationale et restreinte au peuple juif, mais ''universelle, ''à laquelle tous les hommes seraient appelés, et qui serait ainsi comme le complément de l'antique religion juive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''249. — 2° Prophéties concernant la personne et l'œuvre du Messie. '''— Pour établir le royaume en question, Dieu enverra son représentant. Or les prophètes ne se contentent pas d'annoncer cet ''Envoyé ''ou ''Messie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn205 [205]] ; longtemps à l'avance ils en déterminent ''l'origine, ''la ''naissance, ''les ''fonctions ''et le ''mode ''dont il accomplira son œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Le Messie sera de la race d'Abraham ''(Gen. ''xii) et de la famille de David (II ''Sam., ''vii).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''SA NAISSANCE. ''— 1. La ''date. ''Le Messie ne viendra pas avant que le sceptre soit sorti de Juda ''(Gen., ''xlix, 10) : voilà déjà une indication très précieuse ; mais la célèbre prophétie de Daniel est autrement précise, puisqu'elle fixe l'époque de la venue du Christ, cinq siècles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn206 [206]] avant l'événement : « Depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, dit le prophète Daniel, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort» ''(Dan., ''ix, 25-26). Suivant les paroles du prophète Daniel qui tient son inspiration de l'ange Gabriel, le Messie sera mis à mort dans la semaine qui viendra lorsque sept semaines et soixante-deux semaines, c'est-à-dire soixante-neuf semaines (d'années), seront écoulées après le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem : ce qui nous donne le chiffre approximatif de 486 ans. Or en retranchant 33 ans, — âge probable du Christ à sa mort, — de 486, on obtient l'année 453 qui nous conduit en plein règne d'Artaxerxés Longuemain, auteur de l'édit permettant de rebâtir Jérusalem. — 2. ''Le lieu. ''Le Messie doit naître à ''Bethléem, ''d'après le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petite entre les mille de Juda ; de toi sortira celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine est dès le commencement; dès les jours de l'éternité. » ''(Michée, ''v, 2). — 3. ''Le caractère miraculeux de sa naissance : ''« Une vierge concevra, est-il dit dans Isaïe (vii, 14), et elle enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''SES FONCTIONS. — ''Le Messie exercera la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. Le Messie sera ''roi ; ''comme les autres rois, il sera appelé et sera, d'une manière plus éminente, le Fils de Dieu ''(Ps., ''ii, 7) ; mais sa royauté sera toute spirituelle ''(Is., ''xlix, 6) et pacifique ; il sera le « Prince de la paix » ''(Is., ''ix, 5). — 2. Le Messie sera ''prêtre. ''Ainsi le dépeint David dans un de ses psaumes (cx, 1-5). « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse ramper vos ennemis à vos pieds... Le Seigneur l'a juré, il ne se rétractera point : vous êtes ''prêtre ''pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Les anciens docteurs juifs ont reconnu dans ces paroles du Roi-prophète les traits du Messie. — 3. Le Messie sera ''prophète (Deut., ''xviii, 15 ; ''Is.,'' lxi, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''LE MODE DONT IL ACCOMPLIRA SON ŒUVRE. — ''Nous le trouvons décrit en entier dans la ''seconde partie d'Isaïe, ''dans ''quelques passages de Zacharie ''et dans ''quelques psaumes, ''en particulier le psaume xxi. Dans Isaïe, le Messie est représenté comme le ''serviteur de Dieu ''qui sauvera son peuple, non pas en écrasant ses ennemis, mais par son humble obéissance, par sa passion et sa mort ignominieuse : le chemin de la croix sera donc le chemin du salut. Avant de remporter la victoire et de consommer son œuvre de rédemption, le Messie subira toutes les humiliations : il sera trahi par l'un des siens ''(Ps., ''xl, 10), vendu pour trente pièces d'argent ''(Zach., ''xi, 12-13) ; il sera flagellé, rendu semblable à un lépreux, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple ''(Ps., ''xxi) ; on lui donnera le fiel en nourriture et le vinaigre en breuvage ''(Ps., ''lxviii). Il aura les pieds et les mains percés ; les soldats tireront ses habits au sort ''(Ps., ''xxi, 17,19); son cœur sera percé d'une lance ''(Zach., ''xii, 10). Mais les humiliations du Christ seront suivies de sa glorieuse ''résurrection ''et de son ''ascension ; ''son corps ne sera pas livré à la corruption ''(Ps., ''xv, 10) ; il ressuscitera le troisième jour ''(Osée, ''vi, 3). Puis triomphant il s'élèvera de la montagne des Oliviers ''(Zach., ''xiv, 4) et ira s'asseoir à la droite de Dieu (Ps., cix, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, la vie de Jésus est déjà écrite, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Les circonstances en sont si bien marquées qu'il sera facile de constater si le Messie attendu en réalise toutes les conditions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Réalisation des prophéties messianiques en Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
250. — Or les ''prophéties messianiques, ''dit la mineure de l'argument prophétique, se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et dans ''l’œuvre de Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La personne de Jésus a réalisé les prophéties messianiques'''. — Jésus est-il bien l’''Envoyé ''annoncé par les prophètes pour fonder le royaume attendu ? A-t-il réalisé dans sa ''personne ''tous les traits marqués par les prophètes au point de vue de ''l'origine, ''de la ''naissance, ''des ''fonctions ''et de la ''manière ''dont l'œuvre messianique devait être accomplie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Jésus est de la race d'Abraham ; il appartient à la famille de David, comme le prouvent les tableaux généalogiques de saint Matthieu et dé saint Luc, les exclamations des infirmes qui implorent son assistance : « Ayez pitié de nous, ''fils de David ''»( ''Mat., ''ix, 27), et les acclamations de la foule le jour des Rameaux : « Hosanna au fils de David» ''(Mat., ''xxi, 9, 15). — B. ''SA NAISSANCE. — ''Jésus est né : — 1. au ''temps ''marqué par les prophètes, alors que la Judée était tombée sous la domination romaine et que le sceptre était par conséquent sorti de Juda ; — 2. au ''lieu ''indiqué et de la ''manière ''prédite ''(Luc, ''i, 34 ; ii, 1, 7). — C. ''SES FONCTIONS. ''— Jésus a exercé la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. de ''roi. ''Devant Pilate, il a affirmé qu'il était roi, mais que sa royauté n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 37), qu'elle était spirituelle et devait s'établir, non par la force des armes, mais par la persuasion des cœurs ''(Mat., ''xviii, 18) ; — 2. de ''prêtre. ''Jésus s'offrit lui-même volontairement en sacrifice sur l'arbre de la croix, et il a voulu que ce sacrifice de son corps et de son sang se renouvelât jusqu'à la fin des siècles ; — 3. de ''prophète. ''Jésus a prédit l'avenir, comme nous aurons l'occasion de le dire plus loin (Nos 255 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''MANIÈRE DONT JÉSUS ACCOMPLIT L'ŒUVRE MES­SIANIQUE. ''— L'on connaît trop bien tous les détails de l'histoire de Jésus, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter : inutile donc de montrer que Jésus, par les humiliations de sa vie, par sa passion ignominieuse, par sa mort infâme sur la croix, a réalisé le programme tracé par les prophètes, en particulier par Isaïe et le Roi-prophète au psaume xxi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
251. — '''2° L'œuvre de Jésus a réalisé les prophéties messianiques.''' — Est-il vrai que Jésus a établi le ''royaume attendu ''et qu'il a ainsi réalisé l'espérance messianique? L'histoire est là pour nous attester que Jésus-Christ a vraiment fondé une religion dont les racines plongent dans le judaïsme, une religion qui peut être considérée comme la continuation et le perfectionnement de la religion mosaïque. Sans doute, il n'a pas établi le royaume temporel que les Juifs, avides de jouissances matérielles, avaient entrevu dans leurs rêves de grandeur terrestre, mais il a fondé le vrai royaume, celui où Dieu régnerait et étendrait sa domination spirituelle sur les âmes. Mais est-il vrai, se demandera-t-on peut-être, que celui-là même, le règne du vrai Dieu, se soit implanté de la ''manière ''que l'annonçaient les prophètes? Il semble bien qu'il ne soit pas difficile d'en faire la démonstration. — 1. Remarquons d'abord, que la diffusion du culte de Jahvé au milieu du monde, a eu ''Israël pour intermédiaire, ''comme il était prédit. Le christianisme n'a-t-il pas été propagé par douze fils d'Israël? Il est vrai que, pour accomplir leur œuvre, ils ont dû rompre avec de nombreuses exigences de l'Ancienne Loi. Pour rendre la religion chrétienne accessible à tous les peuples, ils ont dû se débarrasser des observances légales et attacher plus de prix au culte intérieur consistant dans le respect et surtout l'amour de Dieu. Mais précisément les prophètes leur avaient préparé la voie. Il en est, en effet, parmi eux, qui, dans leurs perspectives d'avenir, considèrent déjà comme secondaires les formes liturgiques du. judaïsme et qui renoncent aux objets les plus sacrés du culte israélite : c'est ainsi que Jérémie prévoit le jour où, non seulement il n'y aura plus d'arche d'alliance, mais où le temple de Jérusalem pourra disparaître comme celui de Silo ''(Jér., ''vii, 12, 15). — 2. Il est certain, d'autre part, que le monothéisme a depuis longtemps franchi les limites de la Judée, et il est permis de dire, sans exagération, que, si la religion chrétienne n'est pas devenue la religion de tout l'univers, elle est au moins ''répandue par tout l’univers ''et elle s'est implantée parmi les nations les plus civilisées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de conclure, nous avons à nous demander si ''les oracles ''qui annonçaient le Messie remplissent les ''conditions ''de la prophétie proprement dite (Nos 172 et 173). Étaient-ils la prévision certaine et l'annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles? Il est facile de démontrer que les oracles messianiques avaient les caractères requis pour être de véritables prophéties. — ''a) ''Ils étaient d'abord des ''prédictions certaines, ''et non conjecturales. La preuve en est que l'attente messianique était générale, comme en témoignent les Évangiles et même les auteurs profanes : juifs et païens. — ''b) ''Ils étaient l'annonce de ''choses futures. ''Il est certain que les livres prophétiques existaient plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, puisqu'ils se trouvent dans la version alexandrine des Septante commencée au IIIe siècle et terminée vers 130 avant Jésus Christ. Même les rationalistes qui contestent l'authenticité de la seconde partie d'Isaïe et reportent la prophétie de Daniel beaucoup plus tard, ne mettent pas en doute l'existence des livres prophétiques avant l'avènement de Jésus, et ils admettent que, du moins dans l'ensemble, ils ont été composés entre le IXe et le Ve siècle avant Notre-Seigneur. Les prophéties n'ont donc pas été forgées après coup. — 3. Ils étaient l'annonce de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles. ''Qu'il s'agisse du règne de Dieu lui-même ou du Roi qui devait en être le fondateur, aucune cause naturelle ne pouvait les faire entrevoir cinq siècles à l'avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Il est donc permis de conclure : — 1. qu'il y a dans l'Ancien Testament de ''véritables prophéties messianiques ; ''et — 2. que Jésus les a ''réalisées ''dans sa ''personne ''et dans son ''œuvre, ''si bien qu'on peut accepter cet adage connu de l'École :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Novum Testamentum in Veteri latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Vetus Testamentum in Novo latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bien vrai que le Nouveau Testament se trouve déjà en germe dans l'Ancien, et que l'Ancien à son tour ne s'explique que par le Nouveau.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn207 [207]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''252. — Objections'''. — 1° Certains rationalistes (Kuenen, Darmesteter, J. Réville, Loisy) font appel à la ''doctrine de l'évolution ''pour dépouiller les prophéties de tout ''caractère surnaturel. ''Dans leur hypothèse, les prédictions dont nous avons parlé, s'expliqueraient par une ''évolution de la pensée ''dont ils marquent les différentes phases, à peu près comme il suit. A la première étape, ils signalent l’''apparition soudaine du prophétisme, ''sortant d'une cause inconsciente, et se manifestant comme Un phénomène nouveau dans l'histoire d'Israël. Hommes transcendants, les prophètes parvinrent, par la supériorité de leur esprit, à la conception du monothéisme le plus pur, c'est-à-dire à la notion d'un Dieu unique, créateur et maître du monde. De là à reporter ces attributs sur leur Dieu à eux, sur Jéhovah, il n'y avait qu'un pas. Concevant donc leur Dieu comme le Dieu unique, créateur et maître du monde, ils passèrent facilement à cette idée que Jéhovah triompherait un jour partout, et qu'il serait adoré, non plus seulement dans le temple de Jérusalem, mais dans tout l'univers. Et puisque c'était leur Dieu qui devait triompher, il ne faut pas s'étonner que, par un développement normal de leur pensée, ils aient prédit que le soin d'établir le règne universel de Jéhovah reviendrait à Israël, et que, plus particulièrement, un descendant de la race de David serait chargé de cette mission. C'est ainsi, en flattant les vœux et les rêves de domination de leurs compatriotes, en leur montrant dans l'avenir le jour où ils seraient délivrés de leurs ennemis et domineraient eux-mêmes les autres nations, qu'ils exercèrent un si grand ascendant sur leurs contemporains. La pensée des prophètes a donc travaillé l'âme des Juifs ; elle y a fait naître cette grande ''espérance ''qu'on appelle l’idée ''messianique. ''Et comme les idées ont une tendance à se traduire dans les faits, il est arrivé qu'un jour il s'est trouvé un personnage qui s'est cru le Messie, et qui s'est attribué les titres et la mission indiqués par les oracles prophétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— La thèse rationaliste qui prétend trouver dans l'évolution une explication très simple des prophéties messianiques, est fausse à son ''point de départ ''et à son ''point d'arrivée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''AU POINT DE DÉPART, ''elle suppose que l'origine du monothéisme s'explique par des ''causes naturelles. ''Or ceci est ''en contradiction avec les faits. ''— 1) Notons tout d'abord que les prophètes sont les premiers à avouer qu'ils n'exposent pas leur propre doctrine, mais ce qu'ils ont appris par révélation. Ainsi Amos déclare qu'il a été envoyé par le Seigneur « comme prophète vers le peuple d'Israël » ''(Amos, ''vii'', ''15) ; Jérémie dit que ses paroles sont celles de Dieu ( ''Jér., ''i, 2). Du reste, il suffit de les lire pour se convaincre aussitôt qu'ils n'argumentent pas comme des philosophes, mais qu'ils parlent en ''voyants ''et décrivent ce que Dieu leur manifeste. — 2) En dehors du propre témoignage des prophètes, le principe de l'évolution, c'est-à-dire la loi du déterminisme qui veut que les mêmes causes placées dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, n'explique pas pourquoi le peuple d'Israël seul a eu des prophètes, tandis que les peuples voisins, de même race, de même origine, de même climat comme les Iduméens, n'en ont pas eu, ou n'ont eu que des devins, qui n'avaient pas de plus grande importance que nos somnambules modernes. Le monothéisme des prophètes n'est donc pas explicable par une cause naturelle (V. N° 213).— 3) IL n'est pas plus juste de prétendre que les prophètes prirent un grand ascendant sur leurs contemporains parce qu'ils surent entrer dans leurs idées et flatter leurs rêves. En prêchant le monothéisme, ils allaient au contraire, contre leurs instincts charnels et leurs passions qui les entraînaient si souvent vers l'idolâtrie. En annonçant que le culte du vrai Dieu, de leur Dieu à eux, s'étendrait un jour à toutes les nations de l'univers, ils ne leur étaient pas plus agréables, tant il répugnait à ce peuple si particulariste et si exclusif, de partager ses privilèges avec les Gentils qu'il détestait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''LE POINT D'ARRIVÉE ''de la thèse rationaliste n'est pas plus solide. L'on soutient que l'idée messianique, une fois jetée dans la circulation par les prophètes, y a travaillé à la manière d'une ''idée-force ''qui s'est emparée des esprits, les a échauffés et y a produit une telle effervescence que l'idée a fini par se résoudre en fait. Or tout ceci est encore ''contraire à l'histoire. ''Le règne des prophètes n'a duré qu'un peu plus de quatre siècles ; leur voix qui annonçait l'établissement du royaume messianique s'est fait entendre du IXe au Ve siècle avant Jésus-Christ ; puis tout d'un coup elle s'est tue et, pendant quatre siècles, elle est restée muette. Il n'y a donc pas eu progrès, développement de l'idée, comme le voudrait la loi de l'évolution. Les rationalistes devraient donc nous expliquer comment le mouvement d'opinion, la marche de l'idée, le prophétisme, en un mot, s'arrête tout d'un coup pendant quatre cents ans, et ne reprend son évolution qu'à l'avènement de Jésus. Et non seulement l’''idée ne progresse pas ; ''au lieu de se développer et de se préciser, elle ''dévie de la pensée des prophètes. ''Ceux-ci avaient parlé d'une religion de l'avenir plus spirituelle et plus élevée, d'un culte du cœur où l'amour de Dieu et de la justice tiendraient une plus large place, et pendant quatre siècles, les Juifs se cantonnent dans un ritualisme étroit, dans une foule d'observances mesquines qui faussent les conceptions prophétiques. Les prophètes avaient annoncé le règne universel de Dieu, et les Juifs pratiquent, comme nous l'avons dit plus haut, un exclusivisme jaloux, ne traitant pas avec les autres peuples, les méprisant et en étant méprisés, s'attachant à la partie matérielle des prophéties, au point qu'ils ne surent jamais y renoncer, pas même lorsque l'espérance messianique se présenta devant eux comme un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons ''donc que la théorie de l'évolution ne rend pas compte de l'existence des prophéties messianiques, et que la seule explication qui reste valable c'est la ''révélation divine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
253. — 2° Mais si tant est, ''objectent ''encore les rationalistes, qu'il y a eu des prophéties messianiques, elles ne se sont pas réalisées. Les Juifs n'ont connu ni la félicité temporelle ni le rétablissement du royaume d'Israël que les prophètes leur avaient prédits. Tout au contraire, ils ont vu la destruction de leur temple, la ruine de Jérusalem et leur dispersion à travers le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Il convient de distinguer dans les prophéties un double élément : l'élément spirituel et l'élément matériel. — a) Que ''l'élément spirituel ''qui tenait la première place se soit réalisé, c'est ce que nous avons déjà démontré (N° 251). — ''b) ''Quant à l’''élément temporel, ''il apparaît au premier abord que les prophéties ont été mises en défaut ; il n'en est rien cependant. Car : — 1. les promesses de prospérité matérielle et nationale ne formaient qu'un ''élément secondaire ''dans l'espérance messianique et n'avaient d'autre but que de ''servir de cadre à l'élément spirituel. ''I1 fallait bien que Dieu accommodât ses révélations à la mentalité de ses destinataires. La part excessive que les Juifs firent dans leurs conceptions à l'élément temporel prouve bien qu'ils n'auraient jamais consenti à être les propagateurs du culte de Jahvé, s'ils n'avaient espéré en même temps la restauration de leur royaume temporel. — 2. De plus, il faut remarquer que les ''promesses ''de Dieu concernant la félicité terrestre et le rétablissement du royaume d'Israël, ont toujours été ''conditionnelles. ''Les prophètes n'ont jamais cessé de lier l'avenir temporel des Juifs à leur fidélité à Jahvé. Il n'y a plus dès lors à s'étonner si les Juifs, persévérant dans leur endurcissement et leur orgueil, s'obstinant à ne pas vouloir reconnaître le Messie, ont été privés du bénéfice des promesses matérielles dont le rôle était accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
254. — 3° Si les prophéties avaient été ''claires, ''les Juifs n'auraient pas refusé en si grand nombre de reconnaître le Messie qu'ils attendaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse- '''— Remarquons d'abord que, si Jésus n'avait pas été persécuté et rejeté par les siens, s'il n'avait pas été mis à mort par eux, — bref, s'il avait été reconnu par le peuple juif, — il ne serait pas le Messie, puisque les oracles messianiques qui annonçaient ces différents points, ne se seraient pas réalisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela, l'on a toujours le droit de se demander comment les Juifs ont pu se tromper en si grand nombre sur l'interprétation des prophéties, et comment il se fait que les uns se sont convertis au christianisme, tandis que les autres se sont obstinés dans le judaïsme. — « Les Israélites, dit l'abbé de Broglie, qui ont résisté à la lumière de l'Évangile, ceux qui n'ont pas voulu recevoir le Messie, s'étaient attachés d'avance à la conception d'un royaume temporel ; ils s'y étaient tellement attachés qu'ils ne voulaient point s'en déprendre. Ils tinrent à cette conception au point de tout sacrifier, et, dès qu'ils virent que le Sauveur s'écartait de leur pensée, ils le rejetèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres, au contraire, et les premiers disciples du Christ, avec cette même conception, avaient l'esprit plus simple, plus soumis et plus docile. Ils avaient reconnu en Jésus-Christ le caractère du Messie ; et saisis d'admiration par sa sainteté, par sa sagesse, par ses œuvres incomparables, certains qu'il était le Fils de Dieu, ils sacrifièrent leur propre pensée à son enseignement. Ils se dirent : « Voilà comment nous comprenions les prophéties, mais peut-être nous nous trompions. Et, avec répugnance, sans doute avec peine, en sacrifiant leur propre jugement, ils acceptèrent dans leur vrai sens les paroles de Notre-Seigneur. Ils avaient résisté d'abord : ils se soumirent et l'événement leur donna raison'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn208 [208]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Touzard, art. ''La religion juive ''(Dict. d'Alès) ; ''Sur l'étude des prophètes de l’Ancien Testament ''(Rev. pr. d'Ap. 1907-1908) ; ''L'argument prophétique ''(Bloud). — Abbé de Broglie, ''Questions bibliques ; Les prophéties messianiques ''(Bloud). — S. Protin, ''L'argument prophétique ''(Rev. Augustinienne, 15 octobre 1909). — Mgr Pelt, ''Histoire de l'Ancien Testament ''(Lecoffre). — Mgr Meignan, ''Les Prophètes d'Israël et le Messie. ''— Condamin, ''Le livre d'Isaïe ''(Lecoffre). — Lagrange, ''Le Messianisme chez les Juifs ''(Gabalda). — Le Hir, ''Les prophètes d'Israël. ''— Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Abbé Frémont, ''La divinité de Jésus-Christ et la libre-pensée ''(Bloud). —Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Bossuet, ''Discours sur l'Histoire universelle, ''2e partie, chap. iv. — Lacordaire, 41e conférence. — Monsabré, ''Introduction au dogme catholique, ''16e et 17e conférences. —A. Nicolas, ''Études philosophiques sur le christianisme, ''t. II (Vaton). — Tanquerey, ''Théologie fondamentale. ''— Valvekens, ''Foi et raison ''(de Meester).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre IV. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties, par ses miracles et par sa Résurrection. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT ''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver qu'il disait vrai lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie (voir chapitre II), Jésus ne s'est pas borné à réaliser en sa personne et en son œuvre les prophéties de l'Ancien Testament ; il a voulu encore appuyer sa parole par des signes propres à authentiquer sa mission et à en démontrer l'origine divine. Ces signes sont : 1° les ''prophéties ; ''2° les ''miracles ; ''et 3° le miracle suprême de sa ''résurrection. ''Nous traiterons ces trois points dans les trois articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois choses sont nécessaires pour que les prophéties de Jésus aient la valeur d'un signe confirmatif de son affirmation. Il faut : 1° que les ''prédictions ''qu'il a faites se soient ''réalisées ; ''2° que ces prédictions remplissent les ''conditions de la vraie prophétie ; ''et 3° qu'elles aient été faites en ''confirmation ''de sa parole, ou si l'on veut, de la vérité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §   1. — Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
255. — Tous les Évangélistes sont d'accord pour attribuer à Jésus le don de prophétie, la faculté de deviner les secrets des cœurs et de lire dans l'avenir. D'après, leur commun témoignage, Jésus a fait des prophéties relatives : — 1° à ''lui-même ;. ''— 2° à ''ses disciples ; ''— 3° aux ''destinées de l'Église et des Juifs ; ''— 4° à la ''ruine de Jérusalem ''et du ''temple ''et à la ''fin du monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Relativement à lui-même.''' — Jésus a prédit sa ''passion, ''sa ''mort ''et sa ''résurrection. ''Un jour qu'il allait à Jérusalem avec ses douze Apôtres, « il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux Gentils ; et ils l'insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour (''Marc, ''x, 32, 34). Il est superflu de prouver, par le témoignage des Évangélistes qui rapportent la Passion, le crucifiement et la Résurrection de Jésus, que ces prédictions se sont réalisées à la lettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''256. — 2° Relativement à ses disciples'''. — Jésus a prédit la ''trahison de Judas, ''la ''fuite des Apôtres ''et le ''triple reniement de Pierre. ''Au cours de la célébration de la Cène, Jésus annonce ainsi ce qui doit arriver : « Et pendant qu'ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l'un de vous trahira ... Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront ''dispersées. ''Mais après que je serai ''ressuscité, ''je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ''(Mat., ''xxvi, 21, 31-34). — Jésus annonce aux Apôtres les ''persécutions ''qui les attendent, « Mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez traduits à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. ''» (Mat., ''x, 17, 18). — Jésus prédit à ''Pierre son futur martyre, ''et lui annonce « par quelle mort il devait glorifier Dieu. » ''(Jean, ''xxi, 18, 19). — Que l'avenir ait réalisé ces prédictions, les événements sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
257, — 3° '''Relativement aux destinées de l'Église et des Juifs. '''— a) ''DESTINÉE DE L'ÉGLISE. ''— Jésus annonce : — 1. La ''descente du Saint-Esprit sur les Apôtres ''et l'admirable ''propagation de l'Église. ''Avant son Ascension, il leur dit : « Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. ''» (Actes'', i, 8). Ainsi Jésus prédit que le Royaume de Dieu qui a des débuts si humbles, ira grandissant, tel l'imperceptible grain de sénevé qui peu à peu devient un grand arbre ''(Mat., ''xiii, 32). — 2. Il promet à son Église l’''indéfectibilité. ''Il dit, en effet, à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » ''(Mat''., xvi, 18). L'histoire en main, il serait facile d'établir que l'Église a eu jusqu'ici les destinées que Jésus lui avait prédites. — b) ''DESTINÉE DES JUIFS. ''Jésus prédit le ''rejet de la synagogue ''et le ''châtiment des Juifs. ''A cause de leur endurcissement dans le mal, les Juifs seront exclus du royaume ; leurs places seront prises par les Gentils : tel est bien le sens des deux paraboles des vignerons rebelles et des noces royales (''Mat., ''xxi, 33 et suiv. ; xxii, 2, 14). Aucun doute encore sur la réalisation de ces prophéties.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
258. — 4° '''Relativement à la ruine de Jérusalem et du temple, et à la fin du monde. '''— Les trois premiers Évangélistes nous rapportent une double prédiction de Jésus à propos de la ruine de Jérusalem et de la destruction de son temple, et à propos de la fin du monde ''(Mat, ''xxiv ; ''Marc, ''xiii ; ''Luc, ''xxi) ; et quand ses disciples lui demandent « quand ces choses arriveront et quels signes il y aura » de son « avènement », « et de la consommation des siècles » (''Mat, ''xxiv, 3), Jésus répond en indiquant un certain nombre de signes auxquels on pourra reconnaître la proximité de ces événements, — Or si nous ne pouvons rien dire encore sur la réalisation des signes indiqués pour la fin du monde, il est certain que la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du temple s'est vérifiée au moment de la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2 — Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. =====&lt;br /&gt;
'''Objection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
259. — 1° '''Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. '''— Les prédictions dont nous venons de parler remplissent toutes les ''conditions ''de la prophétie. Elles sont, en effet : — ''a) ''des prédictions ''certaines, ''et non conjecturales. Elles annoncent des événements d'une façon claire, et non ambiguë : ainsi, Jésus prédit, non seulement sa mort prochaine, mais les circonstances qui doivent la précéder ; — b) des prédictions de ''choses futures. ''Pour dire le contraire, il faudrait prétendre que les Evangélistes auraient fabriqué les prophéties après coup, qu'ils seraient des imposteurs et que leur témoignage n'est pas digne de foi. Or nous avons établi précédemment qu'ils sont des historiens sincères et que leur témoignage, considéré du seul point de vue humain, est recevable ; — c) des prédictions de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles: ''il s'agissait d'événements qui dépendaient de la liberté humaine, de futurs contingents que Dieu seul pouvait connaître. Les rationalistes ''objectent, ''il est vrai, que Jésus, connaissant, d'une part, la haine et la jalousie des Pharisiens, et de l'autre, la timidité de ses Apôtres, pouvait parfaitement prévoir qu'il serait mis à mort par ses adversaires et abandonné par les siens. Dans une certaine mesure, l'hypothèse est admissible, mais si, à la rigueur, Jésus pouvait prévoir sa condamnation et la lâcheté de ses disciples, il ne pouvait pas connaître les ''détails ''de sa passion et de sa mort. En dehors de là, comment Jésus aurait-il pu conjecturer les admirables destinées de son Église et la ruine de Jérusalem et du temple?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''260. — 2°''' '''Objection. '''— A cette dernière prédiction les rationalistes et les modernistes objectent deux choses. — ''a) D'un côté, ''ils prétendent que la ''prophétie ''sur la ruine de Jérusalem est l’''œuvre des Évangélistes ''qui, écrivant après l'événement, attribuèrent à Jésus une prédiction qu'il n'avait jamais faite. — b) ''De l’autre, ''s'appuyant sur ce passage : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent» (''Mat., ''xxiv, 34), et soutenant qu'il s'applique à la fin du monde dont il venait d'être question, ils déclarent que ''Jésus a commis une erreur ''manifeste, puisqu'il a donné la fin du monde, ainsi que son glorieux avènement ou parousie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn209 [209]], comme des faits imminents et dont la génération à laquelle il s'adressait devait être témoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Ne dissimulons pas que les passages qui rapportent la double prédiction de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde sont de ceux dont l'exégèse est loin d'être facile. — ''a) ''Quant à la première attaque qui porte sur l’''ensemble du passage ''et qui accuse les Evangélistes d'avoir ''forgé eux-mêmes la prophétie, ''elle ne résiste pas à l'examen. On ne saurait prétendre que nous sommes on présence de prédictions faites après coup, car il y a dans les récits un tel enchevêtrement de faits, une confusion de choses qui ne se comprendrait pas si la rédaction avait été faite après l'événement. Si les Évangélistes avaient écrit après la ruine de Jérusalem, ils auraient distingué mieux entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, et ils auraient indiqué avec plus de clarté l'événement dont ils donnaient les signes précurseurs. — Par ailleurs, l'historien Eusèbe ''(Hist. eccl''., iii, 5, 3) nous apprend que les chrétiens de la Judée se ''souvinrent de la prédiction de Jésus, ''lorsqu'ils virent les Romains s'approcher, qu'ils s'enfuirent en grand nombre à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et qu'ils échappèrent ainsi aux horreurs de l'invasion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant à la seconde attaque des rationalistes et des modernistes qui prétendent que Jésus a donné ''la fin du monde ''comme ''imminente, ''et que par conséquent ''il a commis une erreur, ''elle n'a pas plus sa raison d'être. Sans doute il y aurait erreur si les paroles de Jésus « ''cette génération ne passera pas que ces choses n'arrivent», ''s'appliquaient à la fin du monde, mais il n'en est pas ainsi. C'est en effet une règle élémentaire d'exégèse que les passages obscurs doivent être interprétés d'après les autres plus intelligibles. Or, dans le même discours, Jésus déclare que le jour du jugement n'est connu de personne, sauf de Dieu (''Mat., ''xxiv, 36) ; il déclare, en outre, qu'avant la fin du monde l'Évangile doit être prêché dans le monde entier, et à toutes les nations ''(Mat., ''xxiv, 14). Voilà donc deux passages qui, dans l'hypothèse rationaliste, seraient en contradiction flagrante avec la première prédiction. Est-il admissible que, d'un côté, Jésus affirme que la fin du monde est proche, quand, de l'autre côté, il déclare qu'il n'en connaît pas l'époque et qu'elle n'aura pas lieu avant que l'Évangile soit prêché dans le monde entier c'est-à-dire avant un laps de temps forcément de grande étendue. Il s'ensuit que ces paroles « ''Cette génération ne passera pas... ''» doivent s'entendre de la ''destruction de Jérusalem, ''et non de la fin du monde et de son glorieux avènement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Concluons avec le P. Lemonnyer que : « ni Jésus n'a annoncé, ni les Synoptiques ne lui font dire que son avènement glorieux et la fin du monde se produiront du vivant de ceux qui l'écoutaient ou même dans un avenir prochain. Peut-être cependant quelques-unes de ses paroles, mal comprises des premiers chrétiens, ont-elles contribué, sous l'action d'idées et de sentiments où Jésus n'était pour rien, à former l'état d'esprit que les écrits apostoliques nous révèlent touchant la parousie... Il reste simplement ceci, que Jésus n'a pas cru nécessaire de mettre au point, par des déclarations précises et tout à fait claires, les préoccupations eschatologiques de ses disciples immédiats... L'on dirait qu'il s'est appliqué à les mettre dans une complète et vive incertitude touchant la date, lointaine ou toute proche, de son retour, multipliant à la fois les appels à la vigilance et à la fidélité. » (Art. ''Fin du monde. ''Dict. d'Alès.)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn210 [210]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les prédictions de Jésus ont été faites pour confirmer sa parole. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261. — Les prophéties faites par Jésus sont en ''connexion étroite avec sa mission. ''C'est pour prouver l'origine divine de celle-ci, et par conséquent, la vérité de son affirmation, que Jésus prophétise. Plusieurs fois il en fait la déclaration formelle à ses Apôtres. Ainsi, après avoir prédit la trahison de Judas, il déclare : « Dès maintenant, je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous ''croyiez à ce que je suis. »''(''Jean, ''xiii, 19). de même, après leur avoir annoncé les persécutions qui les attendent, il ajoute : « Je vous ai dit ces choses, afin que. lorsque l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. » . (''Jean, ''xvi, 4). Comme on le voit, Jésus indique clairement le but qu'il se propose par ses prophéties: il veut que les Apôtres croient plus fermement à sa parole et à son origine divine, lorsqu'ils verront ses prédictions se réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion.''— Il est donc permis de conclure que Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées, que ces prédictions avaient tous les caractères de la vraie prophétie et qu'il les a faites dans le but de prouver sa mission divine. Donc il est un ''Envoyé divin.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus a confirmé son affirmation par ses miracles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons ici la même marche que dans l'article précédent. Trois choses sont nécessaires pour que les miracles attribués à Jésus-Christ aient la valeur d'un signe divin. Il faut : 1° qu'ils soient ''historiquement certains ; ''2° qu'ils soient de ''vrais miracles ; ''3° qu'ils aient été accomplis en ''confirmation de sa mission.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les miracles attribués a Jésus-Christ sont historiquement certains. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262. — La certitude des miracles attribués à Jésus ressort de la valeur historique des Évangiles qui les rapportent. Il a été établi précédemment (Nos 223 et suiv.) que les Évangélistes sont ''dignes de foi ''et que leur autorité humaine est indiscutable : les écrivains sacrés étaient à la fois bien informés et sincères ; bien informés, puisque deux d'entre eux, saint Matthieu et saint Jean étaient des Apôtres, et partant, des témoins oculaires ; sincères, la chose ne prête plus à discussion à notre époque, aucun critique ne prenant les Évangélistes pour des imposteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on ne prétende pas que les miracles soient des ''interpolations ''qu'on aurait introduites après coup dans les récits évangéliques. Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour être convaincu du contraire. Que les miracles appartiennent à la ''substance ''même ''de l’histoire évangélique, ''cela résulte : — a) de la ''place considérable ''qu'ils tiennent dans les Évangiles. S'il ne s'agissait que de deux ou trois miracles, on pourrait, à la rigueur, admettre qu'ils auraient été ajoutés par la suite, mais comme ils dépassent la quarantaine, l'hypothèse de l'interpolation est absolument invraisemblable ; — ''b) du rôle qui leur est attribué ''dans l'histoire évangélique. Retrancher les miracles des Évangiles, c'est rejeter l'histoire du Christ Les miracles sont une partie si essentielle des Évangiles que ceux-ci, sans eux, deviennent incompréhensibles. Ce sont les miracles qui expliquent la ''foi des Apôtres ''et de beaucoup de Juifs : ainsi, il est dit, que, après le miracle de Cana, « ses disciples crurent en lui» (''Jean, ''ii, 11),que «pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » ''(Jean'', ii, 23). Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, s'adressant au peuple, rappelle les miracles accomplis par Jésus ''(Actes, ''ii, 22). Or comment saint Pierre aurait-il osé en appeler aux miracles de Jésus, s'ils avaient pu être mis en doute par ses auditeurs? Au reste, ni les Juifs contemporains du Christ, ou postérieurs, qui ont écrit dans le Talmud[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn211 [211]], ni les païens adversaires de la religion chrétienne : Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien et autres, n'ont rejeté la réalité des miracles de Jésus. Ces derniers se sont contentés de les attribuer à la magie et à un commerce avec les démons ; ils ont repris à leur compte l'accusation des Pharisiens, à savoir que, si Jésus chassait les démons, c'était par Belzébuth, prince des démons ''(Mat., ''xii, 24). Devant la notoriété publique des miracles et la non-protestation des Juifs, ils n'ont pas osé dire que c'étaient là des fables inventées par l'imagination fertile des Évangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les miracles opérés par Jésus-Christ sont de vrais miracles, =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''263. — 1° Les miracles.''' — Nous laisserons de côté les miracles opérés par Dieu en faveur de Jésus : apparition des Anges aux bergers, apparition d'une étoile aux Mages lors de sa naissance ; témoignage rendu à l'occasion de son baptême et de sa transfiguration, etc. Nous ne parlerons que des miracles que Jésus-Christ a accomplis lui-même pour prouver la divinité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les miracles qui font partie de la matière évangélique, — plus de quarante, comme il a été dit plus haut, — peuvent être divisés en trois classes. Il y a : — ''a) ''les ''miracles opérés sur les substances spirituelles ; ''autrement dit, la ''délivrance des possédés. ''Jésus a chassé les démons ; les Évangiles nous rapportent sept miracles de ce genre ; — ''b) ''les ''miracles opérés sur les éléments ''et les ''êtres privés de raison. ''Dans cette catégorie, il faut ranger : — 1. le miracle du changement de l'eau en vin aux noces de Cana ''(Jean, ''ii, 1-11) ; — 2. la tempête du lac apaisée ''(Mat., ''viii, 24, 26) ; — 3. deux pêches miraculeuses ''(Luc, ''v, 1, 11 ; ''Jean, ''xxi, 3, 11) ; — 4. la multiplication des pains (''Mat., ''xiv, 15, 21 ; ''Marc, ''vi, 30, 44 ; ''Luc., ''ix, 10, 17 ; ''Jean, ''vi, 1, 15) ; — 5. le figuier desséché ''(Lue, ''xiii, 6-9) ; — 6. la marche de Jésus sur les flots ''(Mat., ''xiv, 25) ; — ''c) les miracles opérés sur les hommes. ''Les Évangélistes ne relèvent pas moins de quinze guérisons de maladies corporelles : guérisons de lépreux, de paralytiques, du serviteur du centurion qui a la main desséchée, d'hydropiques, de sourds-muets et d'aveugles. Outre ces guérisons de maladies, Jésus a ressuscité trois morts : le fils de la veuve de Naïm, la fille de Jaïre et Lazare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''264. — 2°''' '''Ce sont de vrais miracles- '''— Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur les miracles rapportés dans les Evangiles, il nous faut établir que ces faits sont bien des miracles proprement dits, c'est-à-dire des faits ''surnaturels ''et ''divins.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CE SONT DES FAITS SURNATURELS. — ''Rappelons d'abord ce que nous avons dit plus haut, à savoir que les contemporains du Christ et ses premiers adversaires païens n'ont pas contesté l'apparence surnaturelle des miracles. — Sans doute, disent nos ''modernes rationalistes, ''mais leur méprise n'a pas d'autre cause que leur ignorance totale des lois de la nature Au dire de ces derniers, les prodiges en question s'expliquent donc par des causes naturelles: — ''a) ''soit par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge : ''« La présence d'un homme supérieur traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dire que, dans beaucoup de cas et en dehors des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie ? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain. » Ainsi parle Renan dans la ''Vie de Jésus ''(2e ''éd''., p. 260); — b) soit par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme ; ''— c) soit par la « ''foi qui guérit ''» ''the faith-healing, ''comme disent les Anglais. Cette dernière hypothèse est celle à laquelle se rallient de préférence beaucoup de nos adversaires actuels, et en particulier les ''modernistes ''(Ed. Le Roy, Fogazzaro...), du moins pour les faits dont ils reconnaissent la réalité. Comprenant bien, en effet, que tous les miracles ne sont pas explicables par la foi, ils n'admettent la réalité historique que des faits qui peuvent s'expliquer par cette hypothèse. Pour prouver le bien-fondé de leur théorie, ils s'appuient surtout sur ce fait qu'avant de guérir les maladies, Jésus requiert la foi : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit ''(Marc, ''ix, 22), dit Jésus au père d'un jeune épileptique qui lui demande la guérison de son fils. « Ma fille, ta foi t'a guérie » ''(Marc, ''v, 34), dit-il à l'hémorroïsse. « Va, ta foi t'a sauvé » ''(Marc, ''x, 52), dit-il encore à l'aveugle de Jéricho.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune des explications qui précèdent ne suffit à rendre compte de ''l'ensemble des miracles ''contenus dans l'Évangile. ''Nous disons de l'ensemble des miracles, ''car, ou bien l’on admet la valeur historique des Evangiles, ou bien on la rejette. Si on la rejette, si l'on considère la partie miraculeuse comme mythique ou légendaire, toute discussion devient inutile. Mais si on l'admet, il n'y a aucune raison qui permette de faire un choix entre les miracles et de retenir tel miracle plutôt que tel autre. Ceci posé, nous prétendons que les miracles ne s'expliquent : — a) ni par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge. ''Tout d'abord on ne saurait prendra Jésus pour un adroit metteur en scène : tout ce que nous savons de son caractère s'y oppose. Et puis, quoique habile que soit une personne, quelque influence morale qu'elle ait sur une autre, il va de soi qu'elle ne pour rendre la vue à un aveugle, l'ouïe à un sourd et la parole à un muet ; — ''b) ''ni par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme. ''Nous avons vu déjà (N° 168) que la suggestion a des limites très étroites par rapport aux sujets et aux affections qu'elle peut guérir. Elle est sans efficacité sur les maladies organiques, telles que la lèpre, l'atrophie, la cécité, l'hémorragie habituelle. On ne voit pas bien non plus l'influence que la suggestion pourrait avoir sui les vents déchaînés ni comment elle pourrait calmer soudain une tempête. Ajoutons on outre que le Christ opère ses miracles ''instantanément ; ''ce qui n'arrive jamais dans les guérisons dues à l'hypnotisme et à la suggestion qui exigent et le temps et l'emploi des moyens ;, — ''c) ''ni par ''la foi qui guérit. ''Il est faux de prétendre que Jésus requiert toujours la foi : il l'exige, il est vrai, de ceux qui viennent lui demander la guérison, et ce n'est que trop juste ; mais il ne l'exige pas, dans toutes les circonstances, du malade lui-même ; la preuve en est que plusieurs fois il accomplit ses miracles à distance, comme il arriva pour la Cananéenne. On ne peut donc soutenir que la foi des malades fut toujours la cause de leur guérison. En outre, l'hypothèse de ''la foi qui guérit ''ne pour s'appliquer qu'à un nombre très restreint de cas ; elle est sans valeur pour tous les miracles opérés sur la nature : elle ne rend compte ni des tempêtes apaisées, ni des pains multipliés, ni des morts ressuscités. Aussi les partisans de cotte théorie se voient-ils contraints, comme nous l'avons dit plus haut, de faire un choix arbitraire dans les matériaux fournis par l'histoire évangélique, et de rejeter, contrairement aux règles de la méthode historique, tous les faits qui sont on opposition avec leurs préjugés philosophiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CE SONT DES FAITS DIVINS. ''— a) Nous venons de prouver que les miracles attribués à Notre-Seigneur sont au-dessus de la nature ; il n'est pas nécessaire d'insister longuement pour montrer qu'ils ne sauraient être l'œuvre du démon. Car il est. évident que la plupart dépassent la puissance de tout être créé ; toiles sont, par exemple, les trois résurrections que Jésus a opérées, sans parler de la sienne. — b) Si Jésus avait usé de la puissance du démon, il ne l'aurait pas utilisée assurément à chasser les démons ; il n'est pas admissible que Satan se mette en opposition lui-même. — c'') ''Mais comment admettre que Jésus-Christ dont la sainteté est au-dessus de tout soupçon, ait pu servir d'agent au démon? D'ailleurs tous ses miracles ont un caractère moral ; ils sont des œuvres de bonté et de miséricorde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn212 [212]], ils ont souvent pour fin dernière la sanctification de l'âme plutôt que la guérison du corps : autant de propriétés que ne pourraient pas avoir les œuvres de Jésus, si elles dérivaient de la puissance diabolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède nous avons le droit de conclure que les prodiges attribués à Notre-Seigneur sont de vrais miracles. D'où il suit qu'il faut reconnaître en Jésus l'existence d'une force surhumaine, transcendante, surnaturelle. Ceux qui n'acceptent pas la conclusion sont obligés de rejeter les faits eux-mêmes et de contester la valeur historique des Évangiles : c'est là une nécessité à laquelle ils se trouvent acculés mais dont ils ont à fournir l'explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les miracles ont été faits par Jésus pour confirmer sa mission. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265. — A. Jésus ne se contente pas d'affirmer qu'il est le Messie ; il entend le prouver par ses œuvres et particulièrement par ses miracles. — ''a) ''Aux ''envoyés de Jean-Baptiste ''qui lui demandent s'il est le Messie, il renvoie à ses miracles (''Mat., ''xi, 5). — ''b) ''Aux ''Juifs ''qui lui posent la même question, il répond : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi» (''Jean, ''x, 25). — c) ''Avant la résurrection de Lazare, ''il déclare que le miracle qu'il va accomplir, c'est pour que le peuple qui l'entoure croie à sa mission ''(Jean, ''xi, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Les miracles de Jésus ne furent d'ailleurs pas interprétés autrement par tous ceux qui en ont été les témoins. — ''a) Par ses disciples. ''Nous avons dit précédemment qu'ils crurent en lui à partir et à cause du miracle de Cana ; — b) ''par Nicodème, ''qui le confesse on ces termes : « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur ; car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est pas avec lui» ''(Jean'', iii, 2) ; — c) ''par l'aveugle-né ''qui croit en Jésus après sa guérison ''(Jean, ''ix, 38) ; — ''d) par les foules ''en général « qui étaient dans l'admiration et disaient : N'est-ce point là le fils de David? » ''(Mat., ''xii, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Les miracles évangéliques sont donc des miracles historiquement certains ; ils sont de vrais miracles et ils ont été faits pour démontrer que Jésus était un ''Envoyé de Dieu. ''Si par conséquent cet Envoyé de Dieu nous dit qu'il est le ''Messie, ''et plus, qu'il est le ''Fils de Dieu, ''dans le sens propre du mot, sa parole est digne de foi, car il est inadmissible que Dieu ait consacré par sa puissance la parole d'un imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Jésus a confirmé son affirmation par sa Résurrection. ====&lt;br /&gt;
'''266.''' — '''1° Importance de la question. '''— Au moment où nous en sommes de la démonstration chrétienne, et après avoir établi la réalité historique des miracles de Jésus, il pourrait sembler que le miracle de la Résurrection ne soit plus désormais nécessaire pour attester sa mission divine et que ce soit chose faite. Il est vrai. Cependant il importe au plus haut point que l'apologiste démontre la Résurrection par les preuves les plus solides et qu'il ne laisse point les attaques des adversaires sans réponses, car, outre qu'elle est bien le miracle des miracles, et qu'elle est un ''miracle prophétisé ''par Notre-Seigneur lui-même, — donc ''miracle ''et ''prophétie ''à la fois, — elle a toujours été comme la base et la clef de voûte de la prédication chrétienne. Les Apôtres ont cru et prêché que le Christ était ressuscité des morts. Saint Pierre a affirmé la résurrection du Christ en termes formels dans ses deux premiers discours ''(Act., ''ii, 24 ; iii, 15). Saint Paul, qui est revenu souvent sur le sujet, n'hésitait pas à dire aux Corinthiens que leur foi était vaine si le Christ n'était pas ressuscité (I ''Cor., ''xv, 17). L'on peut juger par là de l'importance de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Position de la question. '''— IL convient d'abord de bien déterminer comment se pose la question du miracle de la Résurrection en face de la critique moderne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux choses sont nécessaires pour que la Résurrection de Jésus ait toute sa valeur apologétique et puisse être regardée comme un ''signe divin ''IL faut : 1° que le ''fait soit historiquement certain, ''et 2° qu'il se soit accompli pour ''confirmer la mission divine de Jésus. ''Il n'y a pas lieu en effet de démontrer le caractère miraculeux du fait, que personne ne conteste. D'où deux paragraphes seulement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Résurrection est un fait historiquement certain. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''267. — 1°''' '''Adversaires. '''— Le miracle de la Résurrection a rencontré à toutes les époques de nombreux adversaires. Seuls, ceux de l'heure présente doivent retenir notre attention. D'une manière générale, l'on pourrait poser en principe que l'opinion des ennemis du christianisme fut toujours commandée par leurs passions et leurs préjugés, Celle de nos rationalistes modernes dérive de leur ''philosophie qui repousse a priori tout miracle, ''à supposer même qu'il fût attesté par les témoignages les plus forts et les plus dignes de foi. « Aujourd'hui, dit M. Stapfer, pour l'homme moderne, une résurrection véritable, le retour à la vie organique d'un corps réellement mort est l'impossibilité des impossibilités. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn213 [213]] Le siège de ces critiques est donc fait d'avance, et la seule question qui se pose pour eux c'est de découvrir le meilleur terrain sur lequel ils puissent donner l'assaut à l'apologétique catholique. Ce terrain, ils ont cru le trouver dans la ''critique littéraire et historique. ''L'on ne dit donc plus aujourd'hui : nous ne croyons pas à la Résurrection, parce que le fait est impossible, parce qu'il est en dehors des lois de la nature ; l'on se contente de dire : Tout fait historique doit être prouvé par le témoignage de ceux qui ont pu le connaître. Or « la Résurrection, si on veut la prendre pour une réalité historique, de même ordre que la mort, n'est attestée que par des témoignages discordants... la mort, fait naturel et réel, a eu des témoins et pouvait être racontée ; la Résurrection, matière de foi, n'a jamais été vérifiée... On ne parle que de visions et les récits qu'on en donne sont contradictoires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn214 [214]] La Résurrection est « une croyance chrétienne, non un fait de l'histoire évangélique. Et s'il fallait y voir un l'ait d'ordre historique, on serait obligé de reconnaître que ce fait n'est pas garanti par des témoignages suffisamment sûrs, concordants, clairs et précis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn215 [215]] Comme il est permis d'en juger par ces deux brèves citations, c'est bien au nom de la ''critique historique ''qu'on entend nier le fait de la Résurrection: c'est en s'appuyant sur les témoignages qui le rapportent, en les opposant entre eux, que l'on espère ruiner l'un des points principaux de la croyance chrétienne. C'est ainsi que l'on met le témoignage de saint Paul en parallèle avec le témoignage des Évangélistes, et comme le premier est moins circonstancié et qu'il est de date antérieure, l'on prétend qu'il représente la tradition primitive, laquelle n'aurait cru d'abord qu'à l'immortalité du Christ et ne serait arrivée à la foi à la Résurrection corporelle de Notre-Seigneur que peu à peu et par des étapes successives dont les récits évangéliques portent les traces. Nous allons voir si toutes ces prétentions sont justifiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
268. — '''2°''' '''Preuves de la Résurrection. '''— Les deux principaux témoignages qui nous rapportent le fait de la Résurrection sont, d'après l'ordre chronologique : — a) le ''témoignage de saint Paul, ''consigné dans la première Épître aux Corinthiens, dont la date de composition peut être fixée, de l'avis de tous les critiques, entre 52 et 57[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn216 [216]] ; et — ''b) ''le ''témoignage des Évangiles, ''composés entre 67 et la fin du 1er siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''TÉMOIGNAGE DE SAINT PAUL. ''— Saint Paul, avons-nous dit plus haut, a souvent prêché la Résurrection du Christ. Mais le passage le plus important où il en rende témoignage, se trouve dans son ''Épître aux Corinthiens ''(xv, 11-14). Voici d'ailleurs les points principaux de ce passage ; « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé... je vous ai enseigné avant tout, ''comme je l'ai appris ''moi-même, que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures ; qu'il a été ''enseveli ''et qu'il est ''ressuscité ''le troisième jour, conformément aux Ecritures ; et qu'il est ''apparu ''à Képhas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est ''apparu ''à Jacques, puis à tous les Apôtres. Après eux tous, il m'est ''apparu ''aussi à moi, comme à l'avorton... Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts? S'il n'y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l'analyse impartiale de ce texte, il ressort que saint Paul affirme la mort, l'ensevelissement et la résurrection de Jésus : — a) la ''mort ''de Jésus « Je vous ai enseigné que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn217 [217]] La mort de Jésus, — la mort rédemptrice, Jésus s'immolant volontairement sur la croix pour le rachat de l'humanité coupable, — voilà bien le thème ordinaire de la prédication de saint Paul. Or le fait et la doctrine qui s'y rattache, il déclare les avoir reçus de la tradition apostolique ; -— ''b) ''la ''sépulture ''de Jésus : « Je vous ai enseigné... qu'il (le Christ) a été ''enseveli. ''» Le mot grec « ''etaphê» ''dont saint Paul se sert, et que l'on a traduit par: « a été enseveli», désigne généralement, chez les écrivains sacrés du Nouveau Testament, une sépulture honorable : c'est le mot que saint Luc emploie quand il parle de la sépulture du riche dans la parabole de Lazare ''(Luc, ''xvi, 22), et c'est encore le mot que nous trouvons dans les ''Actes des Apôtres ''(ii, 29), à propos de la sépulture de David. Il ne peut donc être question d'un enfouissement, comme M. Loisy en a fait l'hypothèse dans un fragment de lettre reproduit par 1'''Univers ''du 3 juin 1907[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn218 [218]], où il ne craint pas de dire que « l'ensevelissement par Joseph d'Arimathie et la découverte du tombeau vide, le surlendemain de la passion, n'offrant aucune garantie d'authenticité, l'on est en droit de conjecturer que, sur le soir de la passion, le corps de Jésus fut détaché de la croix par les soldats et jeté dans quelque ''fosse commune, ''où l'on ne pourrait avoir l'idée de l'aller chercher et reconnaître au bout d'un certain temps. » On ne voit pas bien sur quels textes une telle hypothèse petit s'appuyer ; en tout cas ce n'est pas sur le mot ''etaphê ''employé par saint Paul et qui désigne à tout le moins une sépulture ordinaire. Conjecturer après cela que Jésus fut jeté dans une fosse commune n'est plus de la critique historique, c'est de la critique fantaisiste ; — ''c) le fait même de la Résurrection. ''Ce troisième point est, à vrai dire, celui qui importe le plus à l'Apôtre, le seul qui aille à la thèse qu'il soutient. Toutefois, il convient de le remarquer aussitôt, il ne s'agit pas tant pour saint Paul de prouver la résurrection de Jésus qui n'est pas en cause, que de la rappeler comme une vérité admise et de s'en servir comme de point d'appui pour la démonstration d'un autre dogme mis en discussion. Quel est en effet le ''but ''de la première lettre aux Corinthiens1! C'est de prouver aux fidèles de cette Église, précédemment évangélisée par saint Paul, que ceux d'entre eux qui nient la résurrection des morts sont dans l'erreur et ''l'illogisme, ''puisqu'ils admettent bien la résurrection de Jésus-Christ. Car, dans la pensée de l'Apôtre, les deux choses s'enchaînent, l'une est impliquée dans l'autre. L'on ne peut nier la résurrection des morts sans nier la Résurrection du Christ; et nier la Résurrection du Christ c'est donner un démenti au témoignage des Apôtres, c'est dire qu'ils ont enseigné une chose fausse, et que dès lors le christianisme est sans valeur. « Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi.» (1 ''Cor., ''xv, 16, 17). Étant donné le ''but ''de l'Apôtre, il est assez naturel qu'il n'insiste pas autrement sur les ''preuves ''de la Résurrection du Christ. Il lui suffit de faire un choix et de retenir celles qui sont le plus aptes à faire impression sur ses lecteurs. Or des deux arguments employés par les Évangélistes : le tombeau vide et les apparitions, il est indiscutable que le premier a une moindre portée que le second, vu que le tombeau vide peut s'expliquer par d'autres hypothèses que la résurrection. Saint Paul laisse donc de côté ce premier argument, ou tout au moins, n'en parle-t-il que d'une manière indirecte. Nous disons cependant qu'il ''en parle d'une manière indirecte, ''car lorsqu'il déclare que « le Christ est ''mort», ''« qu'il a été ''enseveli ''» « et qu'il est ''ressuscité ''», c'est bien celui qui est mort et a été enseveli, qui ressuscite, et comment la chose pourrait-elle se faire si le corps était resté au tombeau? Toutefois, si le tombeau vide est dans la pensée de saint Paul, il faut reconnaître que l'Apôtre ne cherche pas à en tirer un argument et qu'il se contente d'insister sur le fait des apparitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver, ou mieux, pour rappeler aux Corinthiens que ''Jésus est ressuscité, ''saint Paul invoque donc six apparitions qu'il divise en trois groupes : — 1. Dans le premier groupe, deux apparitions, l'une à Pierre, l'autre aux Douze ; — 2. dans le second, trois apparitions, la première à cinq cents frères, la seconde à Jacques, la troisième à tous les Apôtres ; — 3. dans le troisième, une seule apparition, celle dont il fut lui-même gratifié. Toutes les apparitions d'ailleurs sont ''mises sur le même pied, ''mais il y a tout lieu de présumer que, aux yeux de saint Paul, l'apparition aux cinq cents frères avait une importance particulière, car, au moment où il écrivait, quelque vingt-cinq ans après l'événement, la plupart de ces témoins étaient encore vivants, et c'est une sorte d'appel à leur témoignage commun que l'Apôtre ne craint pas de leur adresser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''269. —''' '''Objection. '''— Les apparitions, objectent les rationalistes, sont mises par saint Paul sur le même pied ; toutes furent du même genre, puisque l'apôtre les décrit de la même manière, et qu'il emploie partout le même mot, le verbe ''ôphtê ''qu'on peut traduire par les expressions françaises, « il a été vu» ou « il est apparu». Telle fut l'apparition de Jésus à Saul sur le chemin de Damas ; telles furent donc les autres apparitions. La question revient dès lors à déterminer ce que l'Apôtre a voulu signifier en disant qu'il avait vu le Christ ressuscité. Or saint Paul n'a pas pu entendre par là qu'il avait vu le Christ revenu en vie dans le corps qui avait été déposé dans le tombeau ; il n'a vu qu'une lumière, « un corps de gloire» ''(Phil., ''iii, 21). Et la lumière même qu'il a vue n'était pas une lumière réelle et objective. « IL a eu la sensation de voir, sans qu'il y ait rien à la portée de son regard. Il était halluciné.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn219 [219]] Et comment cette ''hallucination ''se produisit-elle? C'est que, d'après M. Meyer, saint Paul, homme de génie mais atteint d'une maladie nerveuse, et coutumier de semblables visions, se trouvait corporellement et intellectuellement prédisposé à l'événement du chemin de Damas. Les idées de Jésus Messie, de Jésus principe de vie, de Jésus vivant et immortel s'étaient formées peu à peu à son insu dans sa ''subconscience. ''Sur la route de Damas, ces idées firent soudain irruption de sa subconscience à sa conscience, et il vit alors le Christ dans un corps de gloire, un corps spiritualisé ou pneumatique, qui projeta sur lui une lumière aveuglante, mais ce corps n'était pas le cadavre de Jésus revenu à la vie. Toutes les apparitions mentionnées par saint Paul, concluent alors les rationalistes, étant de la même nature que la sienne, n'ont été que des ''visions subjectives.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous admettons avec les rationalistes, comme nous l'avons du reste dit précédemment, que les apparitions décrites par saint Paul, sont mises sur le même pied. Mais est-il vrai que l'Apôtre, en rappelant l'apparition dont il fut témoin sur le chemin de Damas, veut parler d'une « ''vision subjective» ''Le contexte indique tout le contraire. La pensée intime de l'Apôtre peut on effet se déduire du but qu'il poursuivait dans sa lettre. Voulant combattre l'opinion de certains fidèles de Corinthe qui niaient la ''résurrection corporelle ''des morts, saint Paul entend en démontrer l'existence et la nature en s'appuyant sur la Résurrection de Jésus. Son raisonnement eût donc tombé à faux, si, pour prouver que les morts reprendront leurs corps, leurs ''vrais corps, ''quoique glorieux et doués de propriétés nouvelles, il eût commencé par dire, que la Résurrection du Christ, qui en était le principe et le modèle, n'avait pas été corporelle. Quand il déclare que le Christ ressuscité lui est apparu, il veut donc dire qu'il l'a vu dans le même corps qui était mort et avait été enseveli, identique à ce qu'il avait été durant sa vie terrestre, sauf la qualité de gloire en plus. Telle est, à ne pas en douter, le fond de la pensée de l'Apôtre. — Cela est juste, répliquent les rationalistes, « les Évangélistes et saint Paul n'entendent point raconter des impressions subjective? ; ils parlent d'une présence objective, extérieure, sensible, non d'une présence idéale, bien moins encore d'une présence imaginaire. Les conditions d'existence de ce corps étaient différentes, mais c'était le même qui avait été mis dans le tombeau, et que l'on croyait n'y être point demeuré »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn220 [220]]. Oui, mais c'était là, d'après M. Loisy toujours, ''pure hallucination ''ou ''simple illusion, ''de la part des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Pour ce qui concerne le propre cas de saint Paul, ''peut-on dire qu'il fut ''halluciné? ''Il est vrai que plusieurs fois dans sa vie, il eut des visions, mais il a toujours pris soin de distinguer entre celle-ci et les autres. La vision du chemin de Damas était, à ses yeux, le fondement de sa vocation. C'est parce qu'il avait vu le Christ glorieux, qu'il s'était rencontré avec lui et avait entendu son appel, qu'il revendiquait le titre d'apôtre. Jamais il n'aurait osé se prévaloir de ce titre s'il n'avait eu la conviction d'avoir vu le Christ aussi réellement que les autres Apôtres, et d'avoir ouï sa voix qui l'appelait à l'apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, poursuivent nos adversaires, saint Paul fut ''sincère, ''mais cela n'empêche pas qu'il fut ''victime de l'hallucination. ''Tout en poursuivant les chrétiens, il se fit au fond de son être un travail inconscient ; il eut des doutes sur la vérité de la doctrine de Jésus, sur la légitimité de ses persécutions, bref, il eut des remords. Ces impressions restées d'abord latentes, à l'intérieur de son être, jaillirent subitement de sa subconscience à sa conscience, provoquant les hallucinations de la vue et de l'ouïe, et produisant dans son esprit des convictions nouvelles et causant sa conversion. — ''Or rien de tout cela n'est historique. ''Ce prétendu travail préparatoire à la conversion, qui se serait passé dans la conscience subliminale de saint Paul, n'apparaît nulle part. C'est toujours de bonne foi que Paul persécuta les chrétiens, et parce qu'il croyait bien faire en défendant les « traditions» de ses « pères», comme il L'a déclaré lui-même ''(Gal., ''i, 14 ; ''Act., ''xxvi, 9). Ce qu'il a fait, il l'a fait « par ignorance» (I ''Tim., ''i, 13). L'hypothèse du remords n'a aucune base dans les textes. C'est en un instant que Saul se trouva converti et qu'il crut en Celui dont il persécutait les disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Mais supposons, si on le veut, que saint Paul fut halluciné. Dira-t-on que les ''autres témoins, ''dont parlent saint Paul et les Évangélistes, ''furent tous hallucinés? ''Tout repousse cotte supposition : les conditions de nombre, de temps et de circonstances ne comportent pas une telle hypothèse. — ''1. Le nombre. ''Il n'est pas raisonnable de supposer que tant de témoins d'un caractère si différent aient été victimes d'une illusion de leurs sens. Ce n'est pas une fois que Notre-Seigneur se montre ressuscité, mais de nombreuses fois ; ce n'est pas à une personne, ce n'est pas même à ses soûls Apôtres qu'il apparaît, mais à cinq cents frères à la fois. — 2. ''Le temps. ''Les apparitions ont ou lieu après la mort de Jésus, c'est-à-dire à un moment où les disciples étaient désemparés et songeaient à se cacher. Dans un pareil état d'esprit, ils ne pouvaient s'imaginer que le Crucifié leur apparaissait dans la gloire. Les apparitions ont donc dû s'imposer du dehors et dans des conditions d'objectivité telles qu'elles ont entraîné une foi irrésistible à la Résurrection. — 3 ''Les circonstances. ''Saint Paul il est vrai, ne mentionne aucune circonstance, mais si nous nous reportons aux récits des Évangélistes, nous voyons que les Apôtres sont d'abord incrédules et croient voir un esprit. Jésus leur fait alors toucher ses plaies (''Luc, ''xxiv, 37, 40 ; ''Jean, ''xx, 27) ; il mange devant eux ''(Luc, ''xxiv, 43) ; il leur fait remarquer « qu'un esprit n'a ni chair ni os » ''(Luc, ''xxiv, 39) ; il permet aux saintes femmes d'embrasser ses pieds ''(Mat., ''xxviii, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que les hallucinations, telles qu'on les entend, ont été des ''hallucinations vraies, ''des hallucinations ''objectives, ''produites directement par Dieu pour obtenir la foi des Apôtres à Jésus vivant et triomphant? Cette hypothèse n'est pas plus historique que les autres ; elle est de plus blasphématoire, vu qu'elle regarde Dieu comme la cause directe de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Les attaques des adversaires manquent donc de base sérieuse, et nous avons le droit de conclure que, suivant le ''témoignage de saint Paul, ''la Résurrection est un ''fait historiquement certain, ''démontré par ''six apparitions. ''De ces apparitions saint Paul peut rendre témoignage d'une, puisqu'il a conscience d'en avoir été l'heureux témoin. Quant aux outres, il affirme qu'elles sont venues à sa connaissance par le récit qui lui en a été fait lors de sa première rencontre à Jérusalem avec les Apôtres, an particulier avec saint Pierre et saint Jacques, trois ans après sa conversion ''(Gal., ''I, 18), c'est-à-dire environ quatre ans après l'événement lui-même, si l'on suit la chronologie adoptée par M. Harnack qui reporte la conversion de saint Paul à l'année même de la mort de Jésus. Ainsi, à une époque aussi rapprochée des faits, les Apôtres croyaient déjà à la Résurrection corporelle de leur Maître. Il n'est donc pas possible d'admettre, avec l'école mythique, que la Résurrection est une légende qui s'est formée au milieu du IIe siècle, ni, avec certains critiques contemporains (Loisy), que les Apôtres et les disciples n'ont ni cru ni prêché que le corps de leur Maître était sorti vivant du tombeau au troisième jour après sa mort, et que les chrétiens ne seraient arrivés à cette foi qu'en défigurant les croyances primitives et les impressions des premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
270. — B. ''TÉMOIGNAGE DES ÉVANGILES. ''— D'après le témoignage des quatre Évangiles, la foi à la Résurrection de Jésus est née d'une double cause : — a) de la découverte du tombeau vide, et — b) des apparitions du Ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Argument tiré de la découverte du tombeau vide. ''— Suivant les récits des quatre Évangélistes, les femmes et les disciples qui se rendirent au sépulcre pour embaumer Jésus, trouvèrent le tombeau vide. La pierre qui fermait l'entrée du sépulcre était rejetée sur le côté ''(Marc, ''xvi, 4). A l'intérieur du sépulcre, les linges gisaient à terre, les linceuls et le suaire séparément ''(Jean, ''xx, 7) ; le corps de Jésus n'était plus là ''(Luc, ''xxiv, 3). Un Ange leur annonça la Résurrection. Les gardes effrayés avaient fui et étaient allés annoncer la nouvelle aux princes des prêtres qui leur donnèrent une forte somme d'argent pour publier que les disciples avaient enlevé le corps pondant qu'ils dormaient ''(Mat, ''xxviii, 11, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le premier argument invoqué par les Évangélistes en faveur de la Résurrection est tiré de ce fait que le lendemain du sabbat, le dimanche matin, le corps de Jésus avait disparu du tombeau où il avait été enseveli l'avant-veille par Joseph d'Arimathie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
271. — '''Objection. '''— L'argument tiré de la découverte du tombeau vide a été, de tout temps, l'objet des plus vives attaques de la part des adversaires dix christianisme. — 1. ''Ou bien ils ont admis la matérialité du fait, ''et ils se sont ingéniés a en fournir des explications naturelles : — 1) Les ''Juifs, ''au 1er siècle, recoururent à ''l'hypothèse de l’enlèvement. ''Ils accusèrent les disciples d'avoir dérobé le corps de leur Maître, la nuit, pendant que les gardes dormaient[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn221 [221]]. — 2) Parmi les critiques modernes. ''les uns ''ont complètement abandonné l'hypothèse de l'enlèvement par les disciples de Jésus. C'est ainsi que ''l'école naturaliste ''allemande (Bret-schneider, Paulus, Hase) supposa que Jésus n'était pas mort sur la croix et qu'il était seulement tombé en léthargie. La fraîcheur du tombeau, la vertu des baumes et la forte odeur des aromates l'ayant rappelé à la vie, il se débarrassa de ses linceuls et du suaire qui lui couvrait la tête, et il put sortir du sépulcre grâce à un tremblement de terre qui fit rouler la pierre qui on scellait l'entrée. Il apparut alors à ses disciples qui le crurent ressuscité. ''Les autres, ''au contraire, ont repris l'hypothèse de l'enlèvement en la modifiant. Comme le découragement dans lequel étaient tombés les Apôtres, écarte d'eux tout soupçon d'imposture, ils ont supposé que l'enlèvement avait été fait soit par les Juifs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn222 [222]] qui voulaient empêcher l'affluence des visiteurs, soit par le propriétaire du jardin qui voulait débarrasser son caveau du cadavre qui en avait pris possession[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn223 [223]], soit par Joseph d'Arimathie lui-même qui, n'étant pas un disciple de Jésus, et n'ayant prêté son caveau que par charité, se serait empressé, le sabbat passé, de faire transporter le corps dans un autre endroit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn224 [224]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ou bien ils ont nié la matérialité du fait ''et ont prétendu que le récit de la découverte du tombeau vide est une ''légende ''inventée par la seconde ou la troisième génération chrétienne, et ils en veulent voir la preuve dans le silence de saint Paul. Si saint Paul, disent-ils, dont le témoignage est antérieur à celui des Évangiles, ne mentionne pas l'argument du tombeau vide, c'est qu'il ne le connaissait pas et que la légende n'était pas encore formée au moment où il écrivait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous ne nous attarderons pas à répondre longuement à ceux qui, prenant les Apôtres pour des ''imposteurs, ''soutiennent qu'ils ont été les auteurs du rapt. Quel intérêt pouvaient-ils avoir à inventer la fable de la Résurrection et à faire adorer comme un Dieu, un séducteur dont ils auraient été les premières victimes? Un tel plan n'était-il pas d'ailleurs irréalisable? Comment auraient-ils enlevé le corps? Par violence, par corruption ou par ruse? Aucune des trois hypothèses n'est sérieuse. La ''violence ''n'est pas admissible, de la part de gens qui avaient montré si peu de courage au cours de la Passion. La ''corruption ''n'est possible qu'avec de l'argent, et les Apôtres étaient plutôt pauvres. Reste le troisième moyen : enlever le corps par ''ruse. ''Il s'agissait alors de surprendre les gardes par un chemin détourné, ou la nuit, alors qu'ils auraient été endormis, de pousser la pierre sans le moindre bruit, puis d'enlever le corps sans éveiller personne, et de le cacher dans une retraite assez sûre pour qu'on ne pût le découvrir : une telle entreprise ne dépasse-t-elle pas les limites de la vraisemblance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'hypothèse de la ''mort apparente ''de Jésus est tombée aujourd'hui ''dans le plus complet discrédit. ''Il faut choisir en effet. Ou l'on accepte les récits des Évangélistes tels qu'ils sont, et alors rien n'autorise à croire que la mort de Jésus ne fut qu'apparente. Si les souffrances de la croix et le coup de lance ne l'avaient pas fait mourir, il aurait sûrement été asphyxié par les cent livres d'aromates et par le séjour au tombeau. Ou bien l'on regarde les récits évangéliques comme des légendes, et alors l'on tombe dans l'objection qui nie la matérialité du fait et à laquelle nous répondrons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que le ''rapt a été commis par les Juifs, ''est une hypothèse plus absurde encore et contredite par les faits. Il faut se souvenir en effet que les Apôtres prêchèrent la Résurrection, non seulement devant le peuple, mais devant les chefs de la nation. Pierre et Jean furent emprisonnés pour cela, et ils comparurent devant le tribunal juif ''(Actes, ''iv, 1, 12). Conçoit-on alors le silence des Sanhédrites ? « La pièce à conviction était entre leurs mains ; ils pouvaient ébranler d'un seul geste, d'une parole, la foi nouvelle dont les progrès rapides les inquiétaient... Si les Sanhédrintes se sont tus, s'ils n'ont pas opposé ce démenti éclatant, c'est parce qu'ils n'étaient pas en état de le fournir. A Jour insu et sans eux le sépulcre avait été dépouillé de son cadavre. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn225 [225]] Et qui donc l'avait enlevé? « Ce n'est pas un ami. Ce n'est pas un ennemi. Ce n'est pas un étranger. Depuis plus de dix-neuf siècles ''(Mat., ''xxviii, 12-15) on a épuisé toutes les hypothèses pour échapper au miracle ; à aucune on n'a pu donner quelque vraisemblance. Il ne reste qu'une réponse possible. Le Christ est sorti de lui-même de son sépulcre. Il est ressuscité corporellement » [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn226 [226]]!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Est-on mieux fondé à prétendre que la découverte du tombeau vide est une ''légende inventée par la seconde ou la troisième génération chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn227 [227]] ''? Comment expliquer alors la foi des Apôtres, la transformation totale, qui s'est faite en eux quelque temps après le grand drame de la croix qui les avait laissés si découragés et si abattus? Si rien n'est venu les remettre de leur déception, si la foi à la Résurrection ne s'est formée que peu à peu, comment se fait-il que, de lâches et timides qu'ils étaient au cours de la Passion, ils soient devenus, après, intrépides, audacieux et qu'ils prêchèrent la Résurrection jusqu'au sacrifice de leur vie? Faut-il croire « ces témoins qui se font égorger » ou les prendre pour des exaltés et des fous?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
272. — b) ''Argument tiré des apparitions. ''— Tandis que l'argument tiré du tombeau vide n'est qu'une preuve indirecte, vu que le fait peut être expliqué par d'autres hypothèses que la Résurrection, les ''apparitions ''constituent une ''preuve directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on compare les deux témoignages de saint Paul et des Évangélistes, l'on peut compter ''onze apparitions, ''celle du chemin de Damas à saint Paul non comprise. Deux apparitions mentionnées par saint Paul ne figurent pas chez les Évangélistes, à savoir l'apparition aux cinq cents disciples et l'apparition à Jacques. Le total des apparitions relatées par les Evangélistes s'élève donc à neuf, dont ''sept ''eurent lieu à ''Jérusalem ''ou aux environs, et ''deux ''en ''Galilée. ''Dans le premier groupe, — les ''apparitions hiérosolymitaines, ''— l'on compte les apparitions : — 1. à Marie-Madeleine ''(Marc, ''xvi, 9 ; ''Jean, ''xx, 14, 15) ; — 2. aux femmes qui revenaient du sépulcre ( ''Mat., ''xxviii, 9) ; — 3. à Simon Pierre ''(Luc, ''xxiv, 34) ; — 4. aux deux disciples qui allaient à Emmaüs ''(Marc, ''xvi, 12 ; ''Luc, ''xxiv, 13 et suiv.) ; et — 5. aux Apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas absent ''(Marc, ''xvi, 14; ''Luc, ''xxiv, 36 et suiv. ; ''Jean, ''xx, 19-25). Ces cinq premières apparitions eurent lieu le jour de Pâques. — 6. Huit jours plus tard, à Jérusalem encore, Jésus apparut aux onze Apôtres, Thomas présent et invité par le Seigneur à toucher les plaies de ses mains et de son côté ''(Jean, ''xx, 26-29). — 7. En ''Galilée, ''il apparut à sept disciples sur le lac de Tibériade (''Jean, ''xxi, 1, 14) ; puis — 8. aux onze Apôtres sur une montagne de (ralliée ''(Mat., ''xxviii, 16, 17). — 9. Enfin, une dernière apparition qui précéda l'Ascension et qui eut lieu sur le Mont des Oliviers devant tous les Apôtres assemblés ''(Luc, ''xxiv, 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''273. —''' '''Objection. '''— On objecte contre l'argument tiré des apparitions les ''divergences ''que l'on trouve dans les narrations évangéliques. — 1. L'on fait remarquer que les Évangélistes ne s'entendent pas sur le ''nombre ''des femmes qui se rendirent au tombeau, ni sur le nombre des Anges qu'elles virent. — 2. Mais l'on invoque surtout la soi-disant opposition entre les auteurs sacrés à propos du ''théâtre ''des apparitions. D'après les critiques libéraux et rationalistes, il y aurait dans les récits évangéliques comme ''deux traditions ''superposées et d'ailleurs inconciliables : l'une représentée par saint Matthieu et saint Marc, plaçant les apparitions en Galilée, conformément au message que l'ange donne aux saintes femmes pour les Apôtres au matin de la résurrection ; l'autre représentée par saint Luc et saint Jean et mettant le théâtre des apparitions exclusivement en Judée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— 1. Loin d'infirmer leurs récits, les ''divergences ''prouvent au contraire l'indépendance des historiens. Les divergences portent d'ailleurs sur des points secondaires, tels que le ''nombre des femmes ''et le ''nombre des anges ; ''elles laissent intact le ''fait ''lui-même de la Résurrection. Il apparaît avec évidence que les ''variantes de détails ''n'empêchent nullement ''l'identité du fond. ''— 2. L'opposition qu'on signale entre les Évangélistes à propos du ''théâtre ''des apparitions, n'est pas aussi évidente qu'on l'affirme, et il est loin d'être démontré qu'il y eut deux traditions distinctes, l'une hiérosolymitaine, l'autre galiléenne, et encore moins, que chaque évangéliste ne connut que l'une des deux traditions. Comment peut-on prétendre, en effet, que saint Matthieu qui, avec saint Marc, représente la tradition galiléenne, ignore la tradition judéenne, alors qu'il rapporte une apparition de Jésus aux saintes femmes, au moment où elles sortaient du sépulcre? (''Mat., ''xxviiî, 8, 9). La finale de saint Marc rapporte également des apparitions hiérosolymitaines, mais n'insistons pas sur ce fait, vu que nos adversaires considèrent cette finale comme apocryphe. De même, l'Évangile de saint Jean, si on le prend en son entier et avec son appendice, raconte des apparitions judéennes et des apparitions galiléennes. Saint Luc ne rapporte que les apparitions judéennes. Donc, en définitive, si l'on excepte saint Luc, les Evangélistes connaissent les deux théâtres des apparitions du Christ, et l'exclusivisme qu'on voudrait trouver dans leurs narrations, n'existe en réalité que dans l'esprit des critiques rationalistes. Trois Évangélistes au moins sur quatre ont recueilli la double tradition : hiérosolymitaine et galiléenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, par ailleurs, que la plupart des divergences s'expliquent très bien par le ''but différent ''que les Évangélistes poursuivaient. Ainsi saint Matthieu, écrivant pour le milieu juif où le bruit courait que les disciples avaient enlevé le corps du Christ montre l’invraisemblance d’une telle accusation par ''le récit de la garde mise au tombeau ''et de ''l'apposition des scellés sur la pierre du sépulcre. Saint Marc ''écrivant pour le ''milieu romain, ''très attaché aux formes juridiques, rapporte d'abord que la mort de Jésus a été ''constatée officiellement ''par une enquête de Pilate auprès du Centurion chargé de l'exécution de la sentence, puis il insiste sur ''l'incrédulité des disciples ''qui refusent d'ajouter foi au récit de Marie-Madeleine. — Saint Luc, écrivant pour le ''milieu grec, ''où le témoignage des femmes n'était pas reçu en justice et où la résurrection des morts était regardée comme une absurdité, ne mentionne que les ''apparitions aux hommes ''(aux deux disciples d'Emmaüs, à Pierre, aux Onze et à leurs compagnons) et apporte des détails matériels afin de démontrer que le corps ressuscité du Christ n'était pas un fantôme, mais bien un ''corps réel, ''puisqu'il se laissait toucher et qu'on pouvait le voir manger et boire. Ne suivant pas la même marche, les Évangélistes se sont donc approprié ce qui rentrait dans leur plan et convenait le mieux à leurs lecteurs : ce serait dès lors une erreur de conclure qu'ils aient ignoré ''les faits qu'ils passent sous silence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, de l'examen des documents, il résulte que, dès les premiers jours, les Apôtres, tant par la découverte du tombeau vide que par les apparitions, crurent que leur Maître était ressuscité, qu'ils se le représentèrent survivant, non seulement dans son âme immortelle, mais ''dans son corps. ''Ils crurent que son corps n'était pas resté au tombeau, mais qu'il vivait à nouveau et pour toujours, transformé et glorifié[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn228 [228]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le miracle de la Résurrection fut accompli pour confirmer la mission divine de jésus. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
274. — La ''connexion ''entre la Résurrection de Jésus et sa mission divine est chose si manifeste qu'elle n'a jamais été l'objet de controverse. Entre les adversaires du christianisme et les apologistes chrétiens le débat n'a jamais porté que sur le ''fait ''même de la. Résurrection. Il a toujours été admis que, si Jésus était ressuscité, sa mission était divine ; il était le Messie, le Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne sera donc pas nécessaire d'insister longuement sur ce point. La pensée de Jésus de lier sa mission au miracle de la Résurrection, ressort : — 1. de ce fait qu'il ''prédit l'événement ''à plusieurs reprises, comme étant une marque révélatrice du Messie : « Alors (après la confession de Pierre) il commença à leur (aux Apôtres) enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup... qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât trois jours après. ''» (Marc, ''vii, 31). A trois autres reprises, Jésus prédit encore sa mort et sa résurrection ''(Marc, ''ix, 8'', ''9 ; 30 ; x, 32-34) ; — 2. de cet autre fait qu'on doux circonstances Jésus ''fit appel à sa Résurrection future ''comme au ''seul signe ''qui serait donné pour prouver sa mission. — 1. Dans une première circonstance, un groupe de Pharisiens lui demande un ''signe de sa mission : ''« Maître, nous voudrions voir un signe de vous. » Il leur répondit : « Cette race méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » ''(Mat., ''xii, 38-40). — 2. Dans une seconde circonstance, alors qu'il venait de chasser les vendeurs du Temple, les Juifs, s'étonnant de le voir agir ainsi, lui demandent un signe qui l'autorise a user d'une telle autorité ; Jésus répond en ces termes : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs repartirent : « C'est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours, vous le relèverez ! » Mais lui, il parlait du temple de son corps. Lors donc qu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela. » ''(Jean, ''ii, 18-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi le seul signe que Jésus consente à donner à ses ennemis en faveur de sa mission divine, c'est sa Résurrection. Et comme celle-ci est ''un fait historiquement certain, ''nous pouvons conclure que Jésus nous a laissé le témoignage le plus authentique et le plus grand de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — '''Sur les prophéties et les miracles.''' — ''Les Vies de Jésus-Christ ''par l'abbé Fouard, Mgr Le Camus, le P. DIDON. le P. Berthe.— Lemonnyer, art. ''Fin du monde ''(Dict. d'Alès). — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu. ''— Batiffol, ''Six leçons sur l'Évangile ''(Blond). — Fillion, ''Les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''— De Bonniot, ''Les miracles de l'Évangile ''(Étude 1888) — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques ''(Gabalda). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''— Couget, ''La divinité de Jésus-Christ.''— Frayssinous, ''Défense du Christianisme, Des miracles ''(Le Clère). — Lacordaire, 38e conférence. — Monsabré, 28e , 29e , 36e conférences, ''Introduction au Dogme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Résurrection'''. — Mangenot, ''La Résurrection de Jésus ''(Beauchesne) — Ladeuze, ''La Résurrection du Christ devait la critique contemporaine ''(Bloud). — Chauvin, ''Jésus est-il ressuscité? ''(Bloud). — Lepin, ''Christologie ''(Beauchesne).— Lebreton, art. ''Sur la Résurrection, ''Rev pr. d'Ap., mai 1907. — Lesêtre, ''Jésus ressuscité, ''Rev. du Clergé français, 1907. ''L'Ami du Clergé, ''Année 1923, Nos 36, 44, 49. — Bourdaloue, ''Sermon sur la Résurrection...''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre V. — La Doctrine chrétienne, Sa rapide diffusion. Le Martyre. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275. — Maintenant que nous avons vérifié les titres du fondateur du christianisme et que nous avons démontré que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, il semble superflu de mettre en lumière ''la qualité de la doctrine. ''Il y a tout lieu, en effet, de préjuger qu'elle est ''transcendante, ''puisqu'elle est l'œuvre d'un Envoyé divin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme nous aurons l'occasion, dans le second article, de parler de l’''excellence ''de la doctrine chrétienne (V. N° 285), nous laisserons de côté la question pour le moment. De toute façon, il n'est pas possible, dans un Manuel d'Apologétique, de donner à cette preuve de la divinité du christianisme ''(critère intrinsèque) ''les développements qu'elle comporte. Ce travail nous entraînerait trop loin, et nous prenons la liberté de renvoyer à notre « ''Doctrine catholique ».''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous plaçant sur le seul terrain de ''l'apologétique défensive, ''nous nous bornerons ici à répondre à une objection que les rationalistes tirent de l'histoire comparée des religions. Lorsque nous avons parlé des ''fausses religions, ''à dessein nous avons mis en relief les ''ressemblances ''qui existent entre elles et le christianisme. Nous tenons à y revenir, afin d'écarter définitivement l'objection rationaliste qui voudrait représenter la doctrine chrétienne comme une ''doctrine d'emprunt ''et sans individualité propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela, nous envisagerons les ''circonstances historiques ''du christianisme, ses destinées dans l'espace et dans le temps, autrement dit, sa rapide diffusion parmi le monde, et sa merveilleuse vitalité à travers les siècles, en dépit des obstacles nombreux qu'il a rencontrés, en particulier, des violentes persécutions qui ont essayé de l'étouffer à ses origines. Ce dernier point nous amènera à la question du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Dans le premier, nous établirons ''le caractère original ''de la doctrine du Christ. 2° Dans le second, nous parlerons de sa ''merveilleuse propagation. ''3° Enfin nous traiterons du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La doctrine chrétienne n'est pas une synthèse de doctrines étrangères. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''276. — 1° Objection rationaliste. '''— Nous avons vu précédemment (N° 142) que les ''rationalistes, ''s'appuyant sur la ''doctrine de l'évolution, ''assignent au sentiment religieux une origine tout humaine, où il n'y a place ni pour le surnaturel ni pour la révélation. Partant de ce principe qu'ils érigent en dogme, ils étudient les religions comme des institutions humaines, ils en relèvent avec soin les ''points de ressemblance, ''et n'hésitent pas à tirer les conclusions suivantes : à savoir que toutes les religions sont de la même essence, qu'elles se sont influencées réciproquement, que le judaïsme et le christianisme ne sont pas des religions plus originales que les autres, et qu'en particulier, le christianisme est une ''religion d'emprunt, ''qu'il a puisé son dogme, sa morale et son culte soit au judaïsme, soit aux doctrines philosophiques de la Grèce et de Rome, soit surtout aux religions de plus vieille date, telles que le zoroastrisme, le bouddhisme et le mithriacisme, bref, qu'il est une ''synthèse de doctrines étrangères.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277. — '''Réfutation. '''— Ainsi, les historiens rationalistes des religions, après avoir noté les points de contact qu'il y a entre le christianisme et les autres religions, se croient en droit de conclure que le christianisme est coupable de ''plagiat, ''et que, de ce fait, il ne saurait revendiquer une ''origine divine, ''puisqu'il aurait emprunté sa doctrine à des religions que lui-même déclare d'origine humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour répondre à ces allégations, de distinguer deux choses : la ''question de fait, ''et la question de ''l'interprétation du fait, ''ou si l'on veut, la matérialité du fait, et les conclusions qu'on en tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA QUESTION DE FAIT. ''— Dans le but de prouver que le christianisme n'a pas d'individualité propre, qu'il n'est pas une religion originale, les rationalistes relèvent donc les ressemblances qui existent entre sa doctrine et les autres doctrines antérieures, soit philosophiques, — soit religieuses. Voici les principales ''analogies ''qu'ils signalent sur le triple terrain du ''dogme, ''de la ''morale ''et du ''culte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— D'après les rationalistes, qu'il s'agisse des vérités ''naturelles ''ou des vérités ''surnaturelles, ''il n'y a rien dans le christianisme qui ne se trouve déjà ailleurs. — 1. Ainsi, les philosophes de l'antiquité grecque et latine, tels que Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, etc., ont enseigné, plus ou moins clairement, l'existence d'un Dieu unique, d'une Providence qui gouverne le monde, d'une âme spirituelle et libre destinée à une survie où elle recevra soit la récompense de ses bonnes actions, soit le châtiment de ses fautes. D'une façon plus précise encore, ces vérités sont enseignées par les livres sacrés des Juifs. — 2. Passons maintenant aux dogmes qui paraissent former le ''fond original ''de la religion chrétienne, c'est-à-dire aux trois grands mystères de la ''Trinité, ''de l'''Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''celle-ci avec son corollaire obligé, le ''sacrifice. ''Eh bien, disent les rationalistes, non seulement ces dogmes ne sont pas nouveaux et appartiennent tous, plus ou moins, aux religions de l'Inde, mais même les circonstances historiques, ce que l'on pourrait appeler les ''alentours ''des ''dogmes, ''sont comme une réédition de ce qui se lit dans les Livres sacrés de religions d'origine plus ancienne. Nous avons signalé ces différents points au chapitre des fausses religions (V. Nos 191 et suiv.) Nous les rappelons ici brièvement. Dans le mithriacisme, le jeune dieu Mithra naît dans une grotte comme Jésus. Mais c'est surtout avec lès religions de l'Inde que la parenté du christianisme est étroite. Krishna, dieu incarné de. l'hindouisme, est adoré, à sa naissance, par des bergers et quelque temps après, il doit, comme Jésus, fuir en exil. Le Bouddha, à son tour, nous rappelle maints traits de la vie de Jésus. Avant d'entreprendre sa prédication et de commencer son rôle de libérateur, il passe quatre semaines dans la solitude où il subit les assauts du démon tentateur, Mâra. Les livres sacres de la Perse racontent également une tentation de Zoroastre. Ajoutons enfin que la résurrection de Jésus elle-même n'est pas un fait unique dans l'histoire des religions : elle a comme parallèles la mort et la résurrection de trois jeunes dieux, Osiris, Adonis et Atys.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Morale. ''— La morale chrétienne ne présenterait pas, d'après les rationalistes, de caractère plus original. Elle serait, en grande partie, une adaptation de la morale stoïcienne et de la morale de Zoroastre. Bien plus, le christianisme ne serait même pas neuf sur le terrain de l’''ascétisme. ''Les conseils évangéliques, — le célibat volontaire, la pauvreté volontaire et la vie commune, — auraient été mis en pratique avant l'Évangile : nous avons vu en effet que le bouddhisme a ou ses moines longtemps avant le christianisme (V. N° 195).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Culte. ''— 1. L'on prétend retrouver les ''sept sacrements ''dans le mithriacisme. Le bouddhisme et le brahmanisme ont également la confession des fautes. La communion qui fait partie intégrante du sacrifice eucharistique a pour pendant dans les cultes païens l'usage de participer aux victimes immolées à la divinité. — 2. Le ''culte des saints et des images ''correspond, dit-on, au culte des dieux et des idoles. — 3. Le christianisme a emprunté au paganisme tous ses ''rites ''et toutes ses ''cérémonies ; ''il adore et implore la divinité de la môme façon, par les mêmes signes extérieurs, par les mêmes gestes, voire par les mêmes formules. Les ''ex-voto ''qui recouvrent les murs des églises célèbres, et qui sont des marques de faveurs obtenues, ont leurs analogues dans le paganisme : les monuments d'actions de grâces abondaient près du temple d'Esculape à Épidaure et près du temple de Jupiter à Dodone. Donc, concluent les rationalistes, sur ce point comme sur les autres, la religion chrétienne n'a rien innové ; elle est une copie évidente des autres cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278. — B ''L'INTERPRÉTATION DU FAIT. ''— Des ressemblances qui existent entre le christianisme et les autres religions, les rationalistes s'empressent de tirer la conclusion que le premier est l'emprunteur. Mais c'est précisément ce qu'il s'agirait de démontrer, car il va de soi que le plagiat ne se présume pas, il faut en faire la preuve. Or c'est chose facile de noter les ''ressemblances ; ''ce qui est plus difficile c'est d'établir la ''filiation. ''En reprenant les trois divisions : dogme, morale et culte, nous allons voir que cette filiation n'existe pas ou qu'elle s'explique par des raisons valables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— 1. Que les vérités ''naturelles, ''telles que l'unité et l'immortalité de l'âme aient été enseignées par des philosophes antérieurs au christianisme, cela se conçoit, puisque la raison peut, par ses seules forces, découvrir ces vérités. L'on pourrait cependant remarquer qu'elles ont été rarement connues sans mélange d'erreur. Ainsi Platon, tout en reconnaissant une Divinité suprême, est dualiste. Aristote rejette la Providence, Sénèque paraît plutôt panthéiste, et presque tous ont représenté la Divinité comme soumise à l'aveugle Destin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on objecte aussi que le monothéisme, l'immortalité de l'âme, la croyance à une vie future, étaient déjà les ''éléments essentiels de la religion juive. ''Assurément, et ce serait un contresens de vouloir en tirer parti contre le catholicisme, puisque celui-ci est le premier, non seulement à admettre sa parenté, mais à affirmer cotte filiation comme un de ses dogmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ressemblances d'ailleurs s'arrêtent là. Et si nous voulions relever les divergences entre les deux religions, établir le contraste entre le rigorisme, l'orgueil et la justice austère des Pharisiens, d'une part, et d'autre part, la bonté, l'humilité la charité inépuisable de Jésus, nous forcerions nos adversaires à confesser que la religion chrétienne, tout en étant une évolution de la religion juive, a accompli un tel progrès qu'elle peut être considérée comme une religion tout à fait neuve et originale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''point important ''de l'objection rationaliste concerne évidemment les trois dogmes de la ''Trinité, ''de ''l’Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''c'est-à-dire ce qui paraît être le fond propre de la religion chrétienne. Remarquons tout d'abord que ces trois dogmes ''ont leur fondement ''dans les Livres sacrés du Nouveau Testament et en particulier dans les Evangiles. Pour démontrer que 1p christianisme a emprunté des dogmes, il faudrait donc faire la preuve que les documents de la révélation chrétienne n'ont pas de caractère original, qu'ils portent des traces d'importation étrangère. Or si l'on rapproche nos Livres sacrés de ceux de l'Inde et de la Perse, on constate aisément, par la critique interne, que les premiers n'ont pas été influencés par les seconds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, les ressemblances signalées sont-elles si complètes que l'on puisse dire que les dogmes du christianisme sont empruntés? « Ne consistent-elles pas fort souvent en de simples analogies très éloignées, de telle sorte qu'il y ait entre les éléments correspondants du christianisme et des autres cultes autant de différence que de ressemblance?... Nous voyons dans plusieurs religions l'idée d'une trinité divine, mais entre les triades païennes, vagues et changeantes, composées généralement d'un père, d'une mère et d'un fils, et la conception de la Trinité chrétienne, il y a un abîme. Sur un grand nombre de points il est possible de constater, à côté des ressemblances, des différences aussi grandes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn229 [229]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait s'étonner encore que l’''idée d'un libérateur ''se retrouve en dehors du christianisme, que Çakya-Muni, par exemple, se soit donné, avant Jésus, pour le .sauveur de l'humanité. Mais il convient de se rappeler que l'attente messianique avait dépassé les bornes du territoire juif. Cette idée, dont les prophètes avaient été les ardents propagateurs, avait pénétré partout. Elle faisait écho du reste aux sentiments du cœur humain. A la vue de ses misères et de ses fautes, devant la crainte des châtiments futurs, l'homme ne conçoit-il pas, comme d'instinct, le désir et l'espoir de la délivrance? « Or qu'arrive-t-il, dit l'abbé de Broglie, lorsque les hommes animés de ces sentiments se trouvent privés du bienfait de la révélation véritable et de la religion divine? Il arrive naturellement qu'ils cherchent ce qui leur manque, qu'ils le créent, qu'ils l'imaginent selon leurs lumières et leurs forces Sentant le besoin d'une révélation, ces hommes écouteront le premier prophète venu, sans vérifier ses titres ; sentant le besoin d'un libérateur ils écouteront celui qui dira qu'il peut, qu'il veut les sauver. Sentant le besoin d'émotions religieuses, ils organiseront des cérémonies, des chants capables de les leur inspirer. Croyant au surnaturel, ils s'adresseront à des êtres invisibles pour obtenir d'eux la santé et la richesse... Ainsi se développeront les fausses religions où il y aura toujours une part d'imposture, et où le bien sera mêlé au mal.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn230 [230]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux ''circonstances historiques des dogmes. ''c'est-à-dire à tout ce qui porte sur la vie et les actes des fondateurs, les rapprochements signalés plus haut sont loin d'être défavorables au christianisme. Sans parler du mithriacisme qui s'est propagé dans l'Empire romain à la même époque que le christianisme et que les apologistes chrétiens ont pu accuser de plagiat sans recevoir de démenti (V. N° 191), l'on ne saurait regarder la vie du Bouddha comme un modèle sur lequel les Évangélistes auraient calqué la vie du Christ. Au contraire, la biographie de Çakya-Muni est relativement moderne dans la littérature de l'Inde, la rédaction définitive n'en ayant pas été faite avant le XIIe siècle de notre ère. Pour démontrer que le christianisme est tributaire du bouddhisme, il faudrait donc prouver que les livres actuels qui contiennent la vie du Bouddha sont identiques aux originaux ; et c'est ce qui n'a pas été fait. Il n'y a pas lieu davantage de nous arrêter au parallélisme qu'on a voulu établir entre la résurrection de Jésus dont nous avons apporté précédemment les preuves indiscutables, et la mort et la résurrection des dieux mythologiques, Osiris, Adonis et Atys, lesquelles ne sont autre chose que des symboles, destinés à figurer la succession des saisons, la mort apparente de la nature en hiver et sa résurrection au printemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Morale. ''— La morale chrétienne n'a aucunement la prétention d'être en tous points une morale nouvelle. Les préceptes fondés sur la nature des choses et imposés par la raison ne sont pas sa propriété exclusive. Il ne faut donc pas s'étonne des rapports qu'elle peut avoir avec d'autres morales, comme celle des stoïciens et celle de Zoroastre. Au surplus, la morale chrétienne les dépasse, tant dans ''l'ensemble de ses préceptes ''et de ses ''conseils ''que dans les ''motifs ''qui l'inspirent. Ainsi les stoïciens, tout en recommandant la pratique du bien comme la condition unique du bonheur, ne poursuivent que leur propre félicité ; ils ne connaissent pas la pitié à l'égard du prochain. D'autre part, en nous imposant comme premier devoir de supprimer le sentiment et de n'écouter que la raison, ils vont à l'encontre de la nature humaine et nous proposent une morale impraticable. Combien la morale du Christ, basée sur l'amour de Dieu et du prochain, compatissante à la faiblesse et indulgente aux défaillances, toujours guérissables par le repentir, est plus humaine et meilleure, on ne saurait le mettre en doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on dit encore qu'il y a eu dans l'Inde des ''moines ''qui ont pratiqué les conseils évangéliques avant et tout aussi bien que les ascètes chrétiens. Nous voulons bien l'admettre, mais tout au plus peut-on en conclure que la nature humaine a été la même dans tous les temps et sous tous les cieux, qu'il y a toujours eu des âmes d'élite qui ont aspiré à un idéal de perfection, et que leurs instincts religieux leur ont découvert les mêmes moyens d'y parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Culte. ''1. Nous n'avons pas à répondre à l'objection qu'on tire des ressemblances qu'il peut y avoir entre les ''sept sacrements chrétiens ''et les ''sept degrés de l'initiation mithriaque, ''puisque le mithriacisme n'est pas antérieur au christianisme, et que, s'étant répandu à Rome, il a pu entrer facilement en contact avec la religion de Jésus et lui emprunter ses rites. — 2. Quant au ''culte des saints ''et des ''images ''que l'on rapproche du ''culte des dieux ''et des ''idoles, ''les deux s'expliquent par la tendance de la nature humaine « à multiplier les objets de culte et à choisir des objets visibles de vénération religieuse : cette tendance, abandonnée à elle-même, a produit dans l'antiquité païenne le polythéisme et l'idolâtrie. Dans l'histoire du christianisme, ces mêmes aspirations, gouvernées et dirigées pari Esprit-Saint et par l'Église, ont trouvé leur satisfaction dans un culte de vénération envers les saints, distinct du culte d'adoration qui est réservé à Dieu seul, et dans l'usage légitime d'images qui ne sont nullement des idoles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn231 [231]]. S’il est arrivé parfois que la distinction entre le culte de Dieu et celui des saints n'a pas été suffisamment établie et que le culte d'un saint a remplacé purement et simplement le culte d'un dieu local sans qu'il y eût de différence dans la manière de vénérer l'un et d'adorer l'autre, ce sont là des abus qui sont imputables à l'ignorance des nouveaux convertis, et non à la religion elle-même. — 3. On allègue enfin ''l'identité des cérémonies ''du culte chrétien et du culte païen pour accuser le premier de plagiat. A supposer que la liturgie chrétienne ait emprunté tous ses rites secondaires soit au culte juif, soit au culte païen, c'est-à-dire en somme, au milieu dans lequel elle pénétrait, et qu'elle les ait adaptés à ses besoins, il n'y aurait pas là de quoi l'accuser de plagiat. Les cérémonies, en tant que formes extérieures par lesquelles l'homme se propose d'adresser ses hommages à la divinité, sont du domaine public. Pourquoi voudrait-on refuser à la vraie religion le droit de faire usage, par exemple, des encensements, des processions, des chants, des vêtements sacerdotaux, sous prétexte que d'autres cultes les auraient employés avant elle ? La nature humaine étant la même partout, comme nous le disions plus haut, comment trouver étrange qu'elle traduise ses sentiments d'une manière identique ? « L'homme qui se sent coupable et malheureux se tourne naturellement vers son Créateur, vers une puissance invisible capable de le délivrer. A quelque race qu'il appartienne, il risque fort d'imploré! la miséricorde divine dans les mêmes sentiments et presque dans les mêmes termes. L'attitude de la prière, les manifestations extérieures du respect et de l'humilité sont à peu près les mêmes partout : on lève les bras au ciel, on se prosterne ; plus est grand le désir d'obtenir une grâce, plus on insiste en répétant la même formule dans une sorte de litanie... Il est assez naturel de porter solennellement en procession les images de ceux qu'on veut présenter à la vénération publique. La purification, réelle ou symbolique, au moyen d'ablutions, la transmission d'un pouvoir ou d'une influence par l'imposition des mains et bien d'autres pratiques religieuses sont autant de choses très conformes aux dispositions de la nature humaine. Il est puéril de s'étonner des similitudes en pareille matière et de les noter avec empressement comme une découverte ; ou de se laisser prendre à quelques traits extérieurs de ressemblance entre certaines images, et de vite conclure à une imitation. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn232 [232]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Tout ceci nous amène à la double conclusion suivante : — l. que les ''points de ressemblance ''entre le christianisme et les autres religions antérieures ne sont pas aussi caractéristiques que le voudraient les historiens rationalistes des religions, que les ''divergences ''qui se mêlent aux ressemblances sont souvent plus importantes ; et — 2. que les ''conclusions ''adoptées par les rationalistes dépassent les prémisses, et que par conséquent, le christianisme ne peut être accusé de plagiat sur aucun point, sauf, si l'on veut, sur les questions telles que les vérités naturelles et les accessoires du culte, qui font partie du domaine commun de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La rapide diffusion du Christianisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
279. — '''État de la question. '''— La ''rapide diffusion ''du christianisme a toujours été considérée par les apologistes comme un solide argument en faveur de son ''origine divine. ''Cependant, la question n'a pas toujours été vue par eux sous le même angle. Dans le rapide essor du christianisme tous ont reconnu la main de la Providence, mais comme celle-ci a deux modes d'action, et qu'elle mène le monde, soit ''par le moyen des causes secondes, ''soit ''en dehors ''et ''au-dessus d'elles, ''l'on comprend qu'il y ait eu divergence de vue sur l'interprétation des faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes qui adoptent la ''première hypothèse, ''font une part très large aux ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme. De l'admirable enchaînement des causes secondes qui ont permis à la religion nouvelle de faire une pénétration si rapide, ils remontent à la Cause suprême « qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn233 [233]], de la même façon que de l'ordre du monde l'on peut conclure à un sage ordonnateur. Une telle hypothèse, bien que supposant l'action continue de Dieu, est exclusive du miracle. Elle est du reste parfaitement soutenable, mais elle a, à notre époque, le grave inconvénient de prêter des armes à nos adversaires, qui, partant de là, exagèrent, d'un côté, les circonstances favorables à la rapide diffusion du christianisme, 3t de l'autre, affaiblissent les obstacles qui s'opposaient à ses progrès, pour pouvoir aboutir à cette conclusion que la propagation du christianisme s'explique très bien par des ''causes naturelles ''et en dehors de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''seconde hypothèse, ''qui est celle que nous exposerons, tout en laissant aux causes humaines la part qui leur revient, les regarde comme impuissantes à produire de tels effets et suppose par conséquent qu'il a dû s'y ajouter un ''élément divin ; ''en d'autres termes, elle prétend qu'il y a eu disproportion entre les moyens employés et les résultats obtenus, donc, ''miracle d'ordre moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que faut-il entendre par ''miracle d'ordre moral ? ''Pour bien saisir le sens de cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés obéissent à des lois propres à leur nature : les êtres sans raison à des lois nécessaires, les êtres raisonnables à des lois morales où la liberté joue son rôle. Ainsi, des leçons que l'histoire tire de la marche des événements, il résulte que l'on peut considérer comme une loi morale qu'une masse d'hommes ne changent pas d'opinion ni de mœurs, lorsque leurs passions, leurs intérêts et surtout leur vie sont en jeu. Si le changement se produit, il faut donc l'attribuer à une intervention spéciale de Dieu, et non aux causes secondes, et de ce fait, recourir à l'hypothèse du miracle moral. D'où il suit que le ''miracle moral, ''c'est tout fait qui, ne s'expliquant pas par les lois ordinaires de l'histoire, suppose, comme condition nécessaire, l'intervention spéciale de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour démontrer le bien-fondé de cette hypothèse, nous avons dès lors à établir: 1° le ''fait ''même de la rapide diffusion du christianisme, et 2° le ''caractère surnaturel ''de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
280 — La diffusion du christianisme peut être envisagée au point de vue du développement ''numérique ''et ''géographique, ''et au point de vue de ''l'expansion sociale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Développement numérique et géographique'''. — Le christianisme se donnant comme une religion universelle, il importe de distinguer entre le ''nombre ''des nouveaux convertis et l'importance du ''territoire ''conquis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE NOMBRE. ''— Notre enquête sur l'expansion numérique du christianisme s'arrêtera au début du IVe siècle. A cette époque, en effet, les conquêtes de la nouvelle religion sont, non pas certes définitives, mais elles ont pris une importance telle, qu'elles ont forcé le pouvoir impérial, représenté par Constantin, à la tolérance d'abord par l'édit de Milan (313), puis à la bienveillance, et enfin au patronage officiel. Il devient dès lors difficile de faire le départ, dans le développement du christianisme qui s'intensifie chaque jour, entre ce qui peut être attribué aux causes secondes, c'est-à-dire aux auxiliaires humains, et ce qui semble impliquer une intervention spéciale de Dieu. En d'autres termes, le miracle moral n'est discernable que dans les trois premiers siècles où le christianisme, laissé à ses seules ressources, rencontre devant lui des obstacles humainement insurmontables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Au 1er siècle — ''Nous avons, pour nous renseigner sur la marche de l'Évangile, le témoignage des auteurs sacrés et celui des auteurs profanes. — 1. ''Témoignage des auteurs sacrés. ''C'est aussitôt après la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, que se place le berceau du christianisme. Les Actes des Apôtres rapportent que les deux premiers discours de Pierre font cinq mille convertis ''(Act'', ii, 41 ; iv, 4). Ailleurs, ils parlent « de milliers de Juifs convertis » ''(Act., ''xxi, 20). Dans l'Apocalypse (I, 11) il est fait mention de sept Églises. Les progrès de la nouvelle doctrine sont si rapides que la ''finale de saint Marc ''constate que, selon l'ordre donné par Jésus, d'annoncer dans le monde entier l'Évangile du royaume ''(Mat., ''xxiv, 14), « les disciples partirent et prêchèrent en tous lieux» (''Marc, ''xvi, 20). Saint Paul, à son tour, entre 53 et 57, c'est-à-dire vingt ans environ après l'Ascension de Notre-Seigneur, ne craint pas d'écrire aux Romains que « leur foi est annoncée dans le monde entier» ''(Rom., ''i, 8). — 2. ''Témoignage des auteurs profanes. ''Tacite et Suétone parlent de nombreux chrétiens qui périrent par la persécution de Néron, en l'an 64.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2) ''Au IIe'' ''siècle, ''— 1. Nous avons, tout au début du IIe siècle, vers 112, l'important ''témoignage de Pline le jeune. ''Api es avoir parcouru, en vertu de ses fonctions de légat impérial, les vastes provinces de Bithynie et du Pont, il écrit une lettre-rapport à Trajan, dans laquelle il lui exprime sa surprise d'avoir rencontré « de nombreux chrétiens de tout âge, de tout sexe et même de tout rang, et d'avoir constaté que les temples des dieux étaient presque abandonnés, les sacrifices depuis longtemps interrompus, les victimes destinées aux dieux ne trouvant plus que de rares acheteurs ». — 2. ''Témoignage des Pères. ''Saint Justin, philosophe célèbre de l'école de Platon, converti au christianisme, déclare dans son ''Dialogue avec Tryphon, ''qu'« il n'y a pas une seule race d'hommes, soit barbares, soit grecs, ou de quelque nom qu'ils s'appellent, Scythes qui vivent sur les chars ou nomades qui habitent sous la tente, chez qui ne soit invoqué le nom de Jésus-Christ ». Saint Irénée, vers 170, voulant prouver l'unité de l'Église, la montre répandue par tout l'univers : « Les langues sont diverses dans le monde, écrit-il, mais la tradition de la foi est partout la même. Ni les Églises qui s'élèvent en Germanie n'ont une autre foi ou une autre tradition, ni celles qui sont en Ibérie ou chez les Celtes, ni celles qui sont vers le Levant, ni celles qui sont en Egypte, ou en Libye, ni celles qui sont vers le centre du monde (c'est-à-dire vers la Palestine)». A la fin du IIe siècle, vers 197, Tertullien écrit dans son ''Apologétique, ''c. xxxvii, n° 124 : Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les assemblées, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum, nous ne vous laissons que vos temples. » Et Tertullien ajoute même, plus loin : « Il est évident que si les chrétiens voulaient se révolter, ils seraient plus redoutables que les Maures, les Parthes ou les Marcomans ; ou si seulement ils venaient à se retirer de l'Empire, les païens seraient effrayés de leur solitude ; il y aurait un silence et une sorte de stupeur comme si le monde était mort. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans les paroles de Pline le Jeune, aussi bien que dans celles de saint Justin, de saint Irénée et de Tertullien, il y ait une part à faire à l'exagération et à l'emphase oratoire, la chose ne semble pas contestable, mais l'amplification n'équivaut pas à la falsification de la vérité. La preuve c'est que plus tard, vers 212, le même Tertullien, écrivant au proconsul d'Afrique Scapula pour protester contre une reprise de persécution, parle de « l'immense multitude » des chrétiens formant déjà « presque la majeure partie de chaque cité », paroles qui ne s'expliqueraient pas, et qui, en de telles circonstances, seraient bien maladroites si elles allaient ouvertement contre la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Au IIIe'' ''siècle. ''Un des plus précieux témoignages du me siècle est celui d'Oui gène qui, après avoir écrit, dans sa ''IXe homélie sur la Genèse, ''qu'il n'y avait « presque aucun lieu qui n'eût reçu la semence de la parole divine», avouait, avec une loyauté digne d'un historien moderne, que «la fin du monde était encore loin, puisque l'Évangile n'avait pas encore été prêché partout». Un autre témoignage de la même époque doit être rappelé, quoique moins précis et moins mesuré que le précédent ; c'est celui de saint Cyprien qui compare l'Église de son temps au soleil dont les rayons éclairent tout le monde, à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terré, à un fleuve qui répand ses eaux de tous côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivons ainsi au début du IVe siècle où nous entendons, d'un côté, le païen Porphyre qui se plaint de trouver des chrétiens partout, et de l'autre, l'historien Eusèbe, évêque de Césarée, qui proclame que le Christ est adoré dans le monde entier. D'ailleurs les nombreux conciles, — on en compte plus de cinquante avant le concile œcuménique de Nicée en 325, — qui se sont tenus de toutes parts, à Rome, en Afrique, dans les Gaules, en Espagne, en Grèce, dans la Palestine, etc., sont une preuve évidente que le christianisme était déjà en pleine floraison ayant la conversion de l'empereur Constantin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
281.— B. ''LE TERRITOIRE CONQU1S. ''—Les documents qui contiennent l'histoire du christianisme aux trois premiers siècles, nous le montrent répandu partout dans le vaste Empire romain, qui comprenait presque l'Europe tout entière et une grande fraction de l'Afrique et de l'Asie. Si l'on classe les provinces par rapport au nombre de leurs chrétiens, M. Harnack pense qu'on peut les partager dans les quatre groupes suivants : — a) Le premier groupe, où le christianisme comptait presque la moitié des habitants et formait la religion dominante, comprend l’Asie Mineure actuelle, la partie sud de la Thrace, l'île de Chypre, l'Arménie, la ville et le territoire d'Edesse. — ''b) ''Le deuxième groupe se compose des provinces où le christianisme a gagné une partie notable de la population et peut rivaliser avec les autres religions : ce sont Antioche et la Célé-Syrie, l'Egypte et la Thébaïde, surtout Alexandrie, Rome avec des parties de l'Italie centrale et méridionale, l'Afrique proconsulaire et la Numidie, l'Espagne, les principales parties de la Grèce et la côte méridionale de la Gaule. — c) Le troisième groupe formé des provinces où le christianisme était peu répandu, comprend la Palestine, la Phénicie, l'Arabie, quelques districts de la Mésopotamie, l'intérieur de la Péninsule grecque avec les provinces danubiennes, le nord et l'est de l'Italie, la Mauritanie et la Tripolitaine. — ''d) ''Le quatrième groupe, composé des provinces où le christianisme est tout à fait clairsemé et pour ainsi dire inexistant, embrasse les villes de l'ancienne Philistin, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire, l'ouest de la haute Italie, le contre et le nord de la Gaule, la Belgique, la Germanie et la Rhétie, peut-être aussi la Bretagne et la Norique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
282. — 2° '''Diffusion sociale. '''— Après avoir établi l'expansion numérique et géographique du christianisme, il importe de savoir quelle était la ''qualité ''ou la ''valeur sociale ''de ses adeptes, car il va de soi que si le nom-Tire est une force, la qualité en est une autre. En principe, le christianisme, étant une religion universelle, s'adresse à toutes les classes de la société. — 1. Or il est indéniable que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite, à l'origine, surtout parmi ce qu'on peut appeler la classe ''des petites gens. ''Saint Paul écrit en effet aux ''Corinthiens ''qu'il n'y a parmi eux « ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles» (I ''Cor., ''i, 26). Il s'en glorifie d'ailleurs, puisqu'il ajoute que « Dieu a choisi ce qui était faible pour confondre les forts », c'est-à-dire l'orgueil et la fausse science du monde. Malgré cela, ce serait une erreur de croire que le premier noyau chrétien ne se composait que de gens de basse condition. — 2. Il y eut, au contraire, et dès la première heure, quelques ''personnages de marque : ''à Chypre, le proconsul Sergius Paulus ''(Act., ''xiii, 7, 12) ; à Athènes Denis l'aréopagite (''Act., ''xvii, 34), convertis tous ceux par saint Paul ; à Thessalonique plusieurs fermes de haut rang ''(Act., ''xvii, 4, 12). À Rome, on peut citer Pomfonia Graecina dont Tacite raconte qu'elle fut accusée de superstition étrangère ''(Ann., ''xiii, 32), Agilius Glabrion, sénateur et personnage consulaire, que Domitien fit mettre à mort. En Bithynie, il y avait, suivant la lettre de Pline dont il a été question précédemment, des chrétiens appartenant à tous les rangs de la société. La un du IIe siècle marque surtout un accroissement notable du christianisme dans les rangs de l'aristocratie romaine ; les épitaphes que l'on a retrouvées dans un des plus anciens hypogées de Rome, et qui portent les noms des Caecilii, des Attici, des Annii, des Pomponii, des Aurelii, illustres familles de l'époque, en font foi. — 3. A côté des représentants de la richesse, nous trouvons ceux de la ''science. ''Dès les temps apostoliques, les Actes signalent « un Juif nommé Apollos, originaire d'Alexandrie, homme éloquent et versé dans les Écritures» (''Act., ''xviii, 24). Plus tard, les apologistes étaient tous des hommes de grande culture ; il suffit de nommer Tertullien, juriste distingué, et Origène, esprit d'une rare puissance. — 4. ''A la cour, ''la doctrine chrétienne eut aussi ses partisans. Saint Paul parle des chrétiens « de la maison de César» ''(Phil., ''iv, 22), de ceux « de la maison d'Aristobule et de Narcisse» ''(Rom., ''xvi, 10, 11). A la fin du Ier siècle, Flavius Clemens, le cousin de l'empereur Domitien, est chrétien ainsi que ses enfants qui sont les héritiers» présomptifs du trône. Le nombre des chrétiens augmente surtout dans l'entourage des empereurs plus libéraux, Constance Chlore et Licinius. — 5. ''Dans l'armée, ''le recrutement était difficile, la douceur évangélique paraissant sans doute incompatible avec la profession des armes. Cependant, sous Marc Aurèle, la douzième légion ''(fulminata) ''comptait un grand nombre de chrétiens ; c'est de ses rangs que sortirent plus tard les quarante martyrs de Sébaste. Au iv siècle, la christianisation de l'armée était suffisamment accomplie pour que Constantin pût arborer la croix sur ses étendards. — 6. Après avoir parlé des chrétiens en général et sans distinction de sexe, il est juste d'accorder une mention spéciale aux ''femmes, ''en raison du rôle important qu'elles jouèrent dans la primitive Église. De nombreux noms de femmes sont rapportés par les Actes des Apôtres, entre autres celui d'une personnalité importante, Priscille, femme d'Aquila ''(Act., ''xviii, 2 et 26). Les salutations qui terminent les ''Épîtres de saint Paul ''comprennent généralement des noms de femmes : l'Epître aux Romains spécialement en contient huit contre dix-huit noms d'hommes. Saint Paul se préoccupe des mariages mixtes (I ''Cor., ''vu, 12) et de la tenue des femmes dans les assemblées (I ''Cor., ''xi, 5), et l'on sait que, de bonne heure, il fut institué un corps de vierges chrétiennes et de diaconesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce bref aperçu, il est permis de conclure que le christianisme a fait une pénétration rapide presque dans le monde entier, et que, s'il a trouvé plus d'adeptes dans la classe ordinaire, il n'a jamais été la religion d'une caste ni d'un parti. Il a été, dès les premiers jours, une religion universelle et une véritable puissance morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2, — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
283. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme à travers le monde s'explique-t-il par des ''causes naturelles, ''tant extrinsèques qu'intrinsèques, c'est-à-dire tirées soit du ''milieu ''où le christianisme pénétrait, soit de la ''doctrine ''elle-même? Ou bien suppose-t-il une intervention spéciale de Dieu et faut-il conclure qu'il y a eu miracle d'ordre moral?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résoudre le problème, il suffit de savoir s'il y a, oui ou non, juste proportion entre les moyens employés et les résultats obtenus. Comme on le devine bien, tous les rationalistes répondent par l'affirmative, quoi qu’ils se divisent sur le caractère et sur le nombre des causes qu’ont produit la rapidité du développement chrétien. Les apologistes catholiques soutiennent la thèse contraire. Avant d'exposer les arguments que font valoir ces derniers, il convient, en toute justice, que nous passions en revue les ''circonstances favorables ''invoquées par nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''284. — 1°''' '''Thèse rationaliste. Explication naturelle des faits. '''— D'après M. Harnack[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn234 [234]], le succès de la nouvelle religion était normal, tant il y avait adaptation et harmonie entre le ''milieu ''et la ''doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE MILIEU. ''— Le christianisme s'est propagé dans deux sortes de milieux : le milieu juif et le milieu païen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Le milieu juif. — ''Sous ce nom il faut entendre non seulement les Juifs qui habitaient la Palestine, ou Juifs ''palestiniens, ''dont la langue était le dialecte araméen, mais les Juifs ''helléniques, ''c'est-à-dire tous ceux qui, à partir de l'exil de Babylone, avaient essaimé dans le monde gréco-romain et qui ne parlaient que le grec. Ces derniers, au début de l'ère chrétienne, formaient une population importante dans les centres principaux de l'Empire romain ; on trouvait des communautés juives ou ''juiveries ''à Antioche, à Damas, à Smyrne, à Éphèse, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, à Alexandrie, à Rome. L'ensemble des communautés constituait ce qu'on a appelé la ''Diaspora, ''d'un mot grec qui veut dire ''dispersion. ''Chaque juiverie avait sa synagogue ; elle y menait sa vie religieuse comme dans la mère-patrie, restant inviolablement attachée à ses institutions, à son culte et à ses espérances Toutefois, bien que gardant leur individualité de race et évitant tout contact avec les païens sur le terrain religieux, les Juifs avaient, par l'élévation de leur doctrine monothéiste, exercé une assez forte influence autour d'eux. Ils avaient même détaché des cultes païens bon nombre d'âmes droites qui, désabusées des erreurs idolâtriques, avaient reconnu le vrai Dieu et s'étaient affiliées au Judaïsme par la circoncision et l'observance des prescriptions mosaïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn235 [235]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc incontestable, concluent les rationalistes, que la Diaspora favorisa les débuts du christianisme en lui fournissant les cléments des premières chrétientés. — Contentons-nous de remarquer ici que les apologistes chrétiens reconnaissent le fait de cette première circonstance favorable à l'éclosion du christianisme, mais toute la question revient à savoir si la chose doit être regardée comme l'effet du hasard ou comme une heureuse disposition de la Providence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Le milieu païen. ''— Le monde païen, de beaucoup plus considérable que le monde juif, constituait l'ensemble de l'Empire romain. Nous allons voir quels avantages il offrait à la pénétration chrétienne, tant au point de vue politique et général, qu'au point de vue religieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Au point de vue ''politique, ''on peut regarder comme circonstances favorables : — 1) ''l'unité ''politique de l'Empire romain embrassant la presque totalité du monde civilisé : ainsi le terrain semblait préparé pour une Eglise catholique ; — 2) la ''paix universelle ''indispensable à la propagation religieuse ; — 3) L’''usage général de la langue grecque. ''L'hellénisme, regardé comme la plus haute forme de civilisation, avait créé l'unité de langue et d'idées ; — 4) la ''facilité des communications ''qu'assuraient les multiples voies romaines et la navigation méditerranéenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Au point de vue ''religieux, ''le paganisme se trouvait en pleine décadence. Personne ne croyait plus à son absurde et grossière mythologie, et le seul culte qui eût gardé quelque faveur était celui de Borne et de l'empereur, c'est-à-dire le culte de la force. Cependant, toute préoccupation religieuse n'avait pas disparu. Depuis les conquêtes de l'Asie et de l'Egypte, les religions orientales avaient au contraire provoqué un réveil des âmes, et les cultes de Cybèle, Isis, Adonis, Astarté, Mithra avaient « empêché », dit Mgr Duchesne, « le sentiment religieux de mourir» et lui avaient « permis d'attendre la renaissance évangélique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn236 [236]]. Tous ces cultes, du reste, vivaient côte à côte, en bonne harmonie, et il était admis qu'on pouvait les pratiquer tous à la fois, si bien qu'il s'était produit entre toutes ces croyances diverses une sorte de fusion qu'on désigne généralement sous le nom de ''syncrétisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn237 [237]] ''gréco-romain. ''Au contact de ces religions étrangères, le monde païen avait fait plus que de garder sa foi en la divinité ; ses idées sur Dieu, sur le monde et sur l'âme, s'étaient épurées. Les esprits étaient donc prêts, disent les rationalistes, à accepter une religion plus spirituelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
285. — B. ''LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. ''— Tel était le milieu où la semence chrétienne allait être jetée Voyons si celle-ci avait toutes les qualités voulues pour y germer, croître et se développer. D'après les rationalistes, la doctrine chrétienne était tout ce qu'il y a de plus adapté au milieu qui devait la recevoir — ''a) ''Si on la considère dans son ''dogme, ''elle était à la fois simple et complexe, claire et mystérieuse, pouvant se résumer en quelques brèves formules on s'épanouir en riches aperçus, présentant une telle variété d'aspects qu'elle était apte à satisfaire les besoins religieux de toutes les âmes. Au lion des froides divinités païennes, elle montrait un Dieu unique, créateur et maître tout-puissant, un Dieu qui n'était lié à aucune race ni à aucun peuple, Dieu et Père en même temps Fère dont la bonté était allée jusqu'à donner son Fils unique, lequel après voir passé sur la terre en taisant le bien, s'était offert en sacrifice pour le rachat des péchés de l'humanité. — b) Si on le considère dans sa ''morale, ''le christianisme, en professant que tous les hommes sont frères dans le Christ, apportait l’''Évangile de l’amour. ''Il proclamait la grande loi inouïe jusque-là, de la fraternité universelle qui n'exclut personne pas même les ennemis ; loi d'où découlent tous les devoirs sociaux : la charité, la solidarité, le dévouement la miséricorde et le pardon des injures. — c) Si nous la considérons dans son ''culte, ''la doctrine chrétienne n'est pas moins salutaire. Le Christ ne s'est pas contenté de prêcher l’Évangile du salut et de la guérison, il l'a réalisé. Il a guéri les malades, i1 a consolé les affligés et relevé les pécheurs. Il a été vraiment le Sauveur et il le reste toujours par les Sacrements qu'il a institués : c'est ainsi que le Baptême est un bain salutaire qui donne une vie nouvelle et engage les âmes dans la voie de l'immortalité bienheureuse. Or, pour atteindre une si radieuse perspective, les âmes comprirent aisément qu'elles devaient être pures et saintes, et par conséquent, qu'elles devaient pratiquer la continence, et renoncer au monde, aux plaisirs, aux richesses. Appliquant ces principes à la lettre, les chrétientés primitives ne souffrirent dans leur sein aucun membre impur ; luttant contre tous les désordres sociaux, elles défendirent le luxe, les théâtres et les spectacles. — ''d) ''Si l'on considère la religion chrétienne, non plus dans sa substance, mais dans son ''mode d'enseignement, ''elle est tout ensemble la religion de l'autorité et de la raison. D'une part, elle s'impose par la foi, par une foi absolue qui ne souffre pas la discussion. Or ce dogmatisme intransigeant devait lui gagner bien des âmes, trop heureuses d'être délivrées de leur doute, et de rencontrer une doctrine qui leur apportait la lumière complète sur Dieu, sur le monde et sur leur destinée. D'autre part, la raison n'était pas sacrifiée ; il lui revenait de montrer l'harmonie des mystères et leur conformité avec la nature humaine. Ainsi, concluent les rationalistes, l'on peut voir avec quelle richesse et quelle complexité la doctrine chrétienne apparut dès l'abord au monde païen. Renfermant en soi tout ce qui peut être demandé à une religion, elle a capté toutes les forces et toutes les idées pour les mettre à son service.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces conclusions, nous nous garderons d'autant plus de les contredire que nous sommes les premiers à proclamer l'excellence de la doctrine chrétienne et à regarder la transcendance de l'enseignement du Christ comme une présomption en faveur de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''286. — 2'''° '''Réfutation de la thèse rationaliste. Explication vraie. '''—&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme ne sauraient être mises en doute, encore que les rationalistes en ''exagèrent l'importance ''et en tirent des ''conclusions fausses. ''Car toute là question, avons-nous dit revient à savoir si les circonstances favorables ci-dessus mentionnées ne sont pas l'œuvre de la Providence, si elles n'ont pas été préparées par elle comme autant de moyens propres à ouvrir les voies à la nouvelle religion. Ce que nous voudrions démontrer maintenant, c'est que toutes les causes signalées comme éléments de succès n'auraient pas suffi à produire de tels effets, contrebalancées qu'elles étaient par la ''grandeur des obstacles ''et la ''petitesse des moyens employés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
287. — A. ''OBSTACLES.''— La diffusion du christianisme rencontrai-deux sortes d'obstacles : les uns inhérents à la doctrine elle-même ''(obstacles intrinsèques) ''  les autres venant du dehors ''(obstacles extrinsèques).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Obstacles intrinsèques. ''— Tout excellente qu'elle fût, la ''doctrine chrétienne ''ne s'adaptait pas plus à l'esprit des Juifs qu'à celui des païens — 1. Les ''mystères, ''qui composaient son dogme, étaient une rude humiliation pour la raison humaine. Plus spécialement, le ''mystère de la Rédemption ''devait choquer les esprits : il était « ''scandale ''pour les Juifs » (1 ''Cor., ''I, 23) qui attendaient un Messie glorieux et conquérant, et il était « ''folie ''pour les Gentils » qui regardaient la croix comme un objet infâme, comme une ignominie réservée à de vils esclaves. — 2. Les ''exigences de la morale ''n'étaient pas un moindre obstacle. Habitués qu'ils étaient à adorer des dieux pleins d'indulgence pour leurs vices, les païens devaient, en embrassant la religion chrétienne, renoncer aux plaisirs, aux théâtres, aux jeux, même à leurs relations de société, puisque les réunions étaient mêlées presque toujours de superstitions idolâtriques. En outre, la vie chrétienne demandait des vertus, — douceur, humilité, pitié, chasteté, — qui semblaient dépasser les forces humaines. Se convertir au christianisme, c'était donc pour tout païen rompre avec son passé, c'était sortir de son milieu, se priver de multiples jouissances, alors que les autres cultes syncrétistes n'avaient aucune exigence et n'imposaient aucun sacrifice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Obstacles extrinsèques. — ''La nouvelle religion eut à lutter contre deux sortes d'ennemis, contre la calomnie et contre la persécution. — l.- ''La calomnie, ''Les adversaires du christianisme, mal intentionnés, allaient répétant les pires calomnies sur les croyances et les mœurs des chrétiens. Ils les accusèrent par exemple, d'adorer un dieu à tête d'âne, de se livrer, dans leurs réunions nocturnes, à des orgies sans nom. Interprétant faussement le sacrifice eucharistique, ils prétendirent que les chrétiens égorgeaient un enfant et se nourrissaient de sa chair, si bien que Tertullien fut obligé de rappeler que les chrétiens n'étaient ni des ogres ni des monstres inhumains. On les fit passer pour des athées et on les accusa d'être, par leurs impiétés et leurs sortilèges, la cause de tous les maux. — 2. ''La persécution. ''Pendant deux siècles et demi, de Néron à Constantin, les chrétiens furent en butte aux plus atroces persécutions (au nombre de dix), et ce n'est rien exagérer que de dire avec Tertullien que tout païen converti était « un candidat au martyre». M. Harnack le reconnaît d'ailleurs : « Ce serait, écrit-il, une illusion de se représenter la situation des chrétiens comme tout à fait supportable : l'épée de Damoclès restait suspendue sur la tête de chaque chrétien, et celui-ci restait toujours en face de la terrible tentation d'apostasier : car l'apostasie le rendait libre... Aussi n'a-t-on pas le droit de méconnaître le courage qu'il y avait à se faire chrétien et à vivre en chrétien ; il faut surtout glorifier la fidélité de ces martyrs qui n'avaient qu'un mot à dire ou un geste à faire pour être délivrés du châtiment et qui préférèrent la mort à cette délivrance. Dans cette interdiction légale il y avait, à n'en pas douter, un fort obstacle pour la propagande chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn238 [238]] Il est vrai que M Harnack se reprend un peu plus loin et déclare, sans se laisser arrêter par une évidente contradiction, que « l'histoire nous apprend, qu'une religion opprimée s'accroît et grandit sans cesse et qu'ainsi la persécution est un bon moyen de propagande ». Il faudrait pourtant choisir : une mémo chose ne saurait être à la fois ''obstacle ''et ''circonstance favorable. ''Loin d'être un bon moyen de propagande, la persécution est assurément le plus rude obstacle qu'une doctrine puisse rencontrer sur son chemin. L'histoire en témoigne, contrairement à ce que prétend M. Harnack: « I1 y a des persécutions qui ont réussi, dit G. Boissier, et le sang a quelquefois étouffé des doctrines qui avaient toutes sortes de raisons de vivre et de se propager... Ne disons donc pas d'un ton si assuré que la force est toujours impuissante quand elle s'en prend à une opinion religieuse ou philosophique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn239 [239]] Les albigeois, les vaudois, les hussites ont succombé sous les coups de la répression. Le protestantisme a disparu, là où il a rencontré l'opposition des pouvoirs publics. Le catholicisme lui-même, quand il était déchu de sa première ferveur, a été balayé par la persécution, comme il est arrivé au xvie siècle sous le règne d'Elisabeth. « Mais une fois au moins, dit encore Boissiek, en parlant du christianisme naissant, la force a été vaincue ; une croyance a résisté à l'effort du plus vaste empire qu'on ait vu ; de pauvres gens ont défendu leur foi et l'ont sauvée en mourant pour elle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn240 [240]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
288. — B. ''MOYENS EMPLOYÉS. ''— Autant les ''obstacles ''étaient grands, autant les ''moyens ''employés étaient faibles. Nous venons de voir précédemment que la religion chrétienne n'avait à son service, comme moyens de propagande, ni les ''séductions de sa morale, ''ni la ''protection du pouvoir civil. ''Au lieu d'allécher les peuples par les séductions de la volupté et de subjuguer les esprits par la force des armes, comme le fit Mahomet, elle déclara la guerre aux passions et aux vices, et pendant trois siècles elle fut impitoyablement traquée par ses adversaires. Aussi pouvons-nous dire avec Pascal que « si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ devait périr. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn241 [241]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pour elle ni les attraits séducteurs de sa morale, ni la force des armes, la nouvelle religion avait-elle au moins à sa disposition ''l’éloquence de ses prédicateurs? ''Douze hommes, appartenant à une race mal vue, douze Juifs, sans crédit, sans argent et sans puissance, presque tous illettrée, parlant mal la langue grecque, comme leurs écrits le prouvent ; même saint Paul, saint Jean et saint Luc qui sont des esprits de plus grande envergure, sont, sur ce point, inférieurs aux philosophes-grecs ou latins de l'époque. Voilà les seuls instruments que le Christ a choisis pour faire la conquête du monde. Da reste, les apôtres de la nouvelle religion ne se targuent pas de gagner les esprits par la logique et la force des arguments, et saint Paul ne se fait pas scrupule de dire que « Dieu a choisi ce qui était insensé aux yeux du monde pour confondre les sages, la bassesse et l'opprobre du monde, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (I ''Cor''., i, 27, 29). Ils ne s'appuient que sur une chose, sur l'autorité divine, sur les miracles du Christ et en particulier sur sa résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La rapide diffusion du christianisme, pénétrant dans des milieux si différents et s'adaptant à toutes les intelligences, les plus raffinées comme les plus frustes, en dépit d'obstacles apparemment insurmontables, peut donc être considérée comme « l'un des faits de l'histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn242 [242]]. Aussi pouvons-nous poser à nos adversaires le fameux dilemme de saint Augus­tin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn243 [243]] : Ou bien des miracles évidents ont été opérés pour la conversion du monde, et alors le christianisme est divin et approuvé de Dieu, ou bien il n'y a pas eu de miracle et alors la conversion du monde sans miracle est le plus grand des miracles, parce que contraire aux lois de l'ordre moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''289. — Remarque. — La merveilleuse conservation du christianisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes ont coutume de compléter l'argument tiré du fait de la rapide diffusion du christianisme par celui tiré du fait de son ''étonnante vitalité ''à travers les siècles. Nous nous contenterons de le signaler, car c'est toute l'histoire de l’Église qu'il y aurait lieu de faire pour présenter l'argument dans toute sa force, ''l'intervention divine ''n'apparaît pas moins évidente dans le ''fait de la conservation de la religion chrétienne ''que dans son admirable propagation. Si, par suite des obstacles qui se dressaient devant elle, il était humainement impossible à la doctrine du Christ de conquérir le monde, il lui était peut-être plus difficile encore de continuer à vivre et de résister à l'éprouve du temps. C'est qu'on effet le temps est un impitoyable démolisseur. L'attrait du nouveau, l'expérience qui montre la faiblesse des doctrines, le danger de corruption qui les menace sans cesse, l'opposition qu'elles rencontrent de toutes parts, voilà autant de causes qui font que leur succès est toujours éphémère. Or toutes ces cause» de mort, le christianisme les a trouvées sur son chemin. Dans la longue suite des siècles, il eut à lutter contre les assauts répétés des sectes hérétiques et contre la domination du pouvoir civil. A peine était-il sorti de l'ère des persécutions, qu'il fut menacé d'asservissement en passant sous la protection des empereurs et que sa victoire faillit tourner en défaite. Puis il assista à la ruine de l'Empire romain auquel son sort semblait lié. Plus tard, au Moyen Age, il connut l'ingérence despotique des pouvoirs civils, la grave querelle des investitures, le schisme d'Occident, le relâchement de l'esprit chrétien jusque chez les pasteurs de l'Église, les excès de l'humanisme, la crise protestante, la crise plus grave de l'esprit moderne avec ses conséquences sociales et politiques...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, tandis que dans le monde tout disparaît avec le temps, tandis que les empires s'écroulent les uns après les autres, que les écoles philosophiques ne gardent la faveur du public que peu de temps, en un mot, tandis que toutes les institutions humaines, quelles qu'elles soient, naissent et meurent tour à tour, seul le Christianisme demeure, gardant toute sa vitalité et ne donnant aucun signe de déclin : ''Stat crux, dum volvitur orbis. ''Aussi le concile du Vatican a-t-il, avec raison, présenté le fait de l'Église comme « un grand et perpétuel motif de crédibilité.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Le Martyre. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
290. — '''État de la question. '''— La diffusion du christianisme a rencontré, avons-nous dit (N° 287), comme principal obstacle, les violentes persécutions que les empereurs romains ont déchaînées contre lui durant les trois premiers siècles. Le martyre fait donc, en réalité, partie intégrante de l'article qui précède. Mais les apologistes ont coutume de détacher cette question pour en faire un argument spécial on faveur de la divinité du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce but, ils considèrent le ''martyre chrétien ''sous un double jour : à un point de vue psychologique et à un point de vue historique. — 1. ''Au point de vue psychologique, ''ils prennent comme point de départ le fait de cette phalange innombrable de chrétiens qui bravent les pires tourments et la mort, avec un héroïsme et un courage qui ne se démentent pas un instant, et ils concluent que pareil fait dépasse les forces humaines et ne s'explique pas sans l'intervention divine. — 2. ''Au point de vue historique, ''les martyrs, du moins les premiers, ceux qui ont été les contemporains du Christ, ont ''rendu témoignage ''des miracles de Jésus, et plus spécialement de sa Résurrection : miracles qui servent de fondement à la doctrine chrétienne et prouvent la divinité du christianisme. En ne reculant pas devant le sacrifice de leur vie, pour affirmer ce qu'ils avaient vu, ils ont donné à leur témoignage une valeur sans égale, et l'on peut dire avec Pascal qu'il y a tout lieu de croire « les histoires dont les témoins se font égorger ». ''(Voir supra)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne considérerons la question que ''du seul point de vue psychologique. ''Le second point de vue, outre qu'il nous paraît très discutable (V. N° 297),se rattache à une autre question ; il appartient entièrement à la preuve historique des miracles du Christ, qu'il s'agisse de ses miracles en général, ou du miracle de la Résurrection (V. N° 271).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au point de vue psychologique, nous aurons à établir deux points : — 1° le ''fait du grand nombre ''des martyrs et 2° le ''caractère surnaturel ''du fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait du martyre chrétien. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
291. — Nous allons voir : 1° ce qu'il faut entendre par ''martyrs ; ''2° quel fut le ''nombre ''de chrétiens martyrisés ; et 3° s'ils furent martyrisés ''parce que chrétiens''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Définition. '''— Étymologiquement, ''martyr ''(du grec ''martus, marturos) ''veut dire témoin. Ce mot a donc été choisi pour désigner les Apôtres et les premiers disciples qui, ayant vu les miracles et la Résurrection du Christ, versèrent leur sang pour en rendre témoignage. Le mot a été employé depuis dans un sens plus large. Il désigne tous les chrétiens qui ont souffert la mort plutôt que de renier leur foi. Peu importe donc que les chrétiens aient sacrifié leur vie pour attester un fait dont ils avaient été les témoins, ou pour confesser leur foi à une doctrine ; les uns comme les autres sont des martyrs du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''292. — 2'''° Le '''nombre. '''— « Aucune donnée statistique, dit M. P. Allard ne permet de retrouver, même approximativement, le nombre des martyrs ; on ne saurait douter qu'il n'ait été très grand. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn244 [244]] Ainsi, d'après le célèbre historien des persécutions, il n'est pas possible, faute de documents, d'évaluer par un chiffre quelconque, même approximatif, le nombre des victimes des persécutions. La raison en est que les listes dressées par les Églises et composant leurs Martyrologes, sont loin d'être complètes et ne mentionnent que les noms des martyrs dont l'anniversaire était célébré. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le nombre en fut très grand. Cette opinion repose sur le témoignage des auteurs profanes et des auteurs chrétiens : — ''a) Témoignage des auteurs profanes- ''— 1. Tacite dit que, sous Néron, il périt une immense multitude de chrétiens, « ''multitudo ingens ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn245 [245]]. — 2. Dion Cassius rapporte que « Domitien mit à mort, avec beaucoup d'autres, son cousin Flavius Clemens, alors consul, et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, sa parente »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn246 [246]]. — b) ''Témoignage des écrivains chrétiens. ''Lactance écrit dans son ouvrage ''De la mort des persécuteurs ''(ch. xv) : « Toute la terre était cruellement tourmentée, et, à l'exception des Gaules, l'Orient et l'Occident étaient ravagés, dévorés par trois monstres. » L'historien Eusèbe écrit à son tour dans son ''Histoire ecclésiastique ''(liv. VII, ch. ix) : « II est impossible de dire quelle ''multitude ''de martyrs la persécution fit en tout lieu. En Phrygie, une ville chrétienne fut livrée aux flammes avec tous ses habitants, sans en excepter les femmes et les enfants. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La tradition sur le grand nombre des martyrs ''fut d'ailleurs acceptée sans conteste jusqu'à la fin du xviie siècle. Elle fut mise en doute en 1684 par le protestant Dodwell qui, tout en réduisant le nombre des victimes des persécutions, admet cependant qu'il fut assez considérable pour être une preuve en faveur du christianisme. Après le critique anglais, la même thèse fut soutenue, au xviiie siècle, par Voltaire naturellement, et tout récemment par certains rationalistes: Hochard ''(Études au sujet de la persécution de Néron), ''Havet ''(Le Christianisme et ses origines), ''Aube ''(Histoire des persécutions de l’Église jusqu'à la fin des Antonins), ''M. Harnack ''(op. cit.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la thèse du grand nombre des martyrs a été suffisamment prouvée par d'autres historiens tels que Tillemont dans ses ''Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, ''par Ruinart, dans ses ''Acta sincera Martyrum, ''par Le Blanc dans son ''Supplément aux ''« ''Acta sincera» ''de Dom Ruinart, par P. Allard, dans son ''Histoire des persécutions du ''Ier ''au ''IVe ''siècle, ''par G. Boissiek dans ''La fin du Paganisme, ''et même par Renan dans son ''Histoire des Origines du Christianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au demeurant, alors même qu'il faudrait diminuer le nombre des martyrs, le chiffre en resterait toujours imposant, et il ne faut pas oublier que l'atmosphère de crainte et de péril dans laquelle vivaient tous ceux qui faisaient profession d'être chrétiens, équivalait pour ainsi dire à la mort. , Dans le passage que nous avons cité (N° 287), M. Harnack n'hésite pas à le reconnaître, et il confesse sans détour que là situation des chrétiens était intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si nous n'arrêtions pas notre enquête aux trois premiers siècles, nous pourrions ajouter qu'à travers sa longue histoire- l'Église a toujours eu des martyrs, et que le témoignage du sang ne lui a jamais fait défaut. Qu'on consulte les ''Annales de la Propagation de la Foi ''des cinquante dernières années, et l'on pourra lire le récit du martyre de nombreux chrétiens, missionnaires et laïques, qui sont tombés pour la foi du Christ, au Japon, en Chine, en Cochinchine, au Tonkin, en Mongolie, dans l'Ouganda, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''293. — 3° Ils ont été martyrisés parce que chrétiens.''' — Il n'est pas besoin d'insister longuement pour démontrer que les chrétiens ont été martyrisés pour le seul crime d'être chrétiens. Il est vrai que le premier édit de persécution porté par Néron paraît avoir ou pour prétexte l'incendie de Rome, mensongèrement imputé aux chrétiens. Mais, outre que ce cas est exceptionnel dans l'histoire des persécutions, l'accusation portée par l'empereur n'a jamais été prise au sérieux, comme en témoignent les historiens de l'époque, Tacite et Suétone. Toutes les persécutions ont pour point de départ la promulgation d'un ''édit ''ou ''rescrit ''qui défend de se convertir à la nouvelle religion. Aussi l'interrogatoire des juges est-il très simple. On pose une première question pour savoir si l'accusé fait profession de christianisme, et, dans l'affirmative, s'il veut renier sa foi et sacrifier aux dieux du paganisme, s'il veut être renégat ou martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
294. — Le ''caractère surnaturel ''du fait découle des ''circonstances ''du martyre, de la ''grandeur des supplices, ''d'une part, et du ''courage héroïque ''des chrétiens, d'autre part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° La grandeur des supplices. — Comment dépeindre les affreuses tortures morales et physiques qui guettaient les nouveaux convertis. — ''a) Les tortures morales. ''Lorsque la persécution sévissait, la vie des chrétiens était dans un danger continuel ; « l'épée de Damoclès, comme dit M. Harnack, restait suspendue sur leur tête. » Surtout s'ils appartenaient aux classes riches, leur situation était intolérable. Non seulement ils ne pouvaient briguer les honneurs et les dignités de l'Empire, mais ils étaient dans la nécessité de les refuser, si on les leur offrait, parce que toute charge impliquait l'obligation de sacrifier aux dieux païens[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn247 [247]]. Il est même arrivé parfois que dans l'armée les officiers furent dégradés et chassés des rangs Une autre peine plus grave que la précédente consistait dans la ''confiscation des biens, ''c'est-à-dire, en fait, dans la misère pour toute la famille, et la déchéance, puisque la perte de la fortune entraînait comme conséquence de rejeter les gens de haute condition dans la classe des plébéiens. A côté de ces tortures qui concernaient surtout les hommes de condition élevée, il y avait un ignoble supplice que l'on infligeait parfois à la femme chrétienne. Nous ne le mentionnerons qu'en passant, tant il répugne de penser que, dans une société soi-disant civilisée, il ait pu se trouver des persécuteurs assez bas pour imposer à des jeunes filles la honte de la ''prostitution.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Tortures physiques. ''Les tortures physiques n'étaient pas moindres que les tortures morales. Depuis l'arrestation jusqu'à l'exécution, il arrivait fréquemment que les malheureux accusés devaient passer par les plus rudes épreuves. Jetés dans d'affreuses geôles où ils étaient chargés de lourdes ''chaînes, ''ayant parfois les jambes emboîtées dans des blocs de bois munis de trous ''(neivus) ''et tenues dans un écart douloureux, comme il arriva à Paul et à Silas, lors de leur séjour à Philippes ''(Act., ''xvi, 24), ils avaient presque toujours à '''y '''endurer tous les tourments de la ''faim ''et de la ''soif ''et ils attendaient parfois plus de deux ans le moment où ils devaient comparaître devant le juge. Et quand l'interrogatoire était venu, pour obtenir d'eux le désaveu de leur foi, on leur faisait subir différentes tortures : la ''flagellation, ''la ''tension de leur corps ''sur le chevalet, la ''lacération ''de leurs membres avec des ongles de fer, l'application du fer rouge ou des torches enflammées. Enfin la peine était prononcée : c'était, soit le ''bannissement, ''soit la ''déportation, ''soit les ''travaux forcés ''dans les carrières de pierre, de marbre, dans les mines d'or, d'argent, de plomb, de cuivre, soit la ''peine de mort. ''La peine de mort comportait à son tour des degrés dans les supplices suivant la gravité des cas et la condition des personnes. La peine la plus cruelle et la plus ignominieuse était le ''supplice de la croix ''puis venaient la ''peine du feu, ''la mort sur un ''bûcher, l'exposition aux bêtes, ''le supplice le plus dramatique, celui qui servait de jeu et de réjouissance publique à la société païenne . il y avait enfin la ''décapitation, ''la peine la plus douce appliquée aux condamnés de haut rang[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn248 [248]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''295. — 2°''' '''Le courage des martyrs devant les supplices '''— A voir la somme de souffrances qui étaient réservées aux nouveaux convertis, il semble bien que le christianisme n'ait pu recruter d'adeptes que parmi les hommes dans la force de l'âge, et encore parmi les âmes douées d'une trempe exceptionnelle. Or, il n'en est rien : la religion du Christ compte des martyrs de tout âge, de tout sexe, et de toute condition Il y a donc tout lieu de croire qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire et qu'un secours d'en haut soutenait les martyrs dans leurs épreuves Il est clair qu'une telle opinion ne saurait s'établir par des preuves rigoureuses, mais au moins elle s'appuie sur le ''témoignage des victimes ''elles-mêmes et sur ''celui des païens ''qui assistaient au spectacle de leurs souffrances.— l. Que les ''chrétiens ''aient été convaincus de recevoir un secours surhumain, cela ressort de leur ''témoignage. ''Citons, entre autres, celui de la martyre Félicité. Ses historiens racontent que, étant encore en prison et ayant été prise un jour des douleurs de l'enfantement, elle ne put retenir ses cris. Un des assistants lui dit alors : « Si tu ne peux supporter en ce moment la souffrance, que feras-tu donc en face des bêtes féroces ? » Elle répondit : « C'est moi, en ce moment, qui souffre mes douleurs : mais alors un autre sera en moi, qui souffrira pour moi, parce que je souffrirai pour lui. » — 2. Le fait n'était pas jugé moins étrange par les ''païens ''qui ne comprenaient pas comment des femmes, des enfants, des vieillards pussent supporter de telles douleurs, alors qu'un mot, un simple geste auraient suffi à les sauver. Leur étonnement était pour beaucoup d'ailleurs le principe de leur conversion. « Bien des hommes, dit Tertullien, frappés de notre courageuse constance, ont recherché les causes d'une patience si admirable ; dès qu'ils ont connu la vérité, ils sont devenus des nôtres et ont marché avec nous.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn249 [249]] Le « sang des martyrs» devenait ainsi selon la parole du même auteur, « une semence de chrétiens ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''296. —''' '''Objections. '''— 1° La constance des martyrs, objectent les rationalistes, s'explique — ''a) ''soit par l’''amour de la gloire, ''— b) soit par la ''perspective des biens futurs, ''— c) soit par le ''fanatisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— C'est en vain que les rationalistes cherchent, en dehors dé l'intervention divine, des causes qui puissent expliquer la constance des martyrs. — ''a) ''Invoquer ''Y amour de la gloire, ''c'est se mettre en ''contradiction avec les faits. ''La plupart des martyrs se distinguent par leur humilité. Un certain nombre furent envoyés au supplice loin de la foule, et partant, sans qu'il y eût possibilité pour eux de faire admirer leur courage. Qu'on ne dise pas non plus que ce qu'ont fait les martyrs, les soldats le font tous les jours sur les champs de bataille. Car le soldat se bat pour le butin ou pour la gloire, et, s'il a conscience d'aller au danger, il garde toujours 1’espoir d'y échapper — b) ''La perspective des biens futurs ''a été un motif de courage, c'est indéniable, mais cela ne suffit pas à rendre raison de la constance de si nombreux martyrs, car ne savons-nous pas, par expérience que, malgré l'attente des biens futurs, nous sommes souvent très faibles, non seulement vis-à-vis de la douleur, mais même en face de nos passions — ''c) ''Ce serait une autre erreur de prendre le courage des martyrs pour du ''fanatisme. ''Le fanatisme est un zèle aveugle et extravagant qui emploie tous les moyens, même les plus mauvais, pour la défense d'une opinion. Le fanatique ne discute pas, il s'obstine dans ses idées et veut les faire triompher à n'importe quel prix. Loin d'être fanatiques, nos martyrs sont calmes et réfléchis. Certes, ils ont une foi invincible, mais ils sont prêts à en discuter le bien-fondé, et s'ils y restent inviolablement attaché, jamais ils ne cherchent à l'implanter chez les autres par des moyens violents. Du reste, le fanatisme ne s'expliquerait qu'aux origines de la religion et pendant un laps de temps restreint, mais non pendant trois siècles, ou plutôt, dix-neuf siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
297. — 2° Mais, répliquent encore les rationalistes, ''toutes les religions ont leurs martyrs. ''L'hindou, le musulman, le protestant peuvent donc, tout aussi bien et pour les mêmes motifs que le catholique, se réclamer de leurs martyrs en faveur de la divinité de leur religion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn250 [250]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Si toute mauvaise cause peut avoir des partisans capables de mourir pour elle, si l'on a vu des pétroleurs tomber bravement en criant : ''Vive la Commune'', des nihilistes et des anarchistes se faire tuer pour leurs idées révolutionnaires, à plus forte raison toute religion, même fausse, peut avoir ses martyrs. Sur ce point comme sur bien d'autres, rien n'empêche qu'il y ait ressemblance entre la vraie et les fausses religions. Tout n'est pas erreur dans les religions fausses, et tout n'est pas mauvais on dehors du christianisme. Pourquoi voudrait-on alors que le christianisme ait le monopole de la vertu et du courage?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces concessions une fois faites, qui oserait prétendre qu'il y ait ''équivalence ''entre l'histoire du martyre chrétien et celle des autres religions! Qu'on compare, non pas seulement quelques martyrs entre eux, mais qu'on regarde ''l'ensemble, ''et l'on verra que jamais, à nulle époque de l'histoire, aucune religion n'a donné tant d'exemples de constance et de courage devant la souffrance et la mort. Le ''fait du miracle moral, ''ce n'est donc pas dans quelques cas isolés que nous le voyons ; c'est dans cette multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards qui vont au devant des plus affreuses tortures et que l'on doit même parfois retenir, qui supportent la douleur sans pousser une plainte et sans prononcer une parole de désaveu. Non, jamais aucune religion n'a donné autant de marques de virilité, n'a manifesté un héroïsme aussi pur, aussi universel, aussi persévérant. Et cela nous suffit pour ne pas douter que Dieu était avec la religion chrétienne et ses martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — 1er Art. — Abbé de Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions. ''— Huby, ''Christus. ''— Bricout, ''Où en est l’histoire des religions. ''— Condamin, art. ''Babylone et la Bible ''(Dict. d'Alès). — Chollet, ''La Morale stoïcienne en face de la Morale chrétienne ''(Lethielleux). — Poulin et Loutil, ''Les religions diverses ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2e et 3e Art. — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l'Église ''(Fontemoing). — Pau' Allard. ''Histoire des persécutions ; Dix leçons sur le Martyre ''(Lecoffre). — J. Rivière, ''La propagation du christianisme dans les trois premiers siècles ''(Bloud) : ''Autour de la question du martyre ''(Rev. pr. d'Ap., 15 août 1907). — Batiffol, ''Ancienne littérature chrétienne ''(Gabalda). — Boissier, ''La fin du paganisme ''(Hachette). — G. Sortais, ''Valeur apologétique du martyre ''(Bloud).— De Poulpiquet, ''L'argument des martyrs ''(Rev. pr. d'Ap., 15 mars 1909). — Dubois, Rev. du Clergé français, 15 mars, 15 avril 1907. — Valvekens, ''Foi et raison ''— Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Didiot, ''Logique surnaturelle objective, ''th. 43, 44. — Fouard, ''Saint Pierre et les premières années du Christianisme. ''— Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle. ''— Frayssinous, Conférences. — Lacordaire, 29e-36e Conférences.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_2%C3%A8me_partie_:_Recherche_de_la_vraie_Religion&amp;diff=1740</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 2ème partie : Recherche de la vraie Religion</title>
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				<updated>2011-04-07T10:33:40Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* DÉVELOPPEMENT */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Deuxième partie : Recherche de la vraie religion =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la seconde Partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
177. — Deux points ont été établis dans la ''première Partie ''de l'Apologétique. Le premier, c'est que l'homme, en tant que créature douée d'une âme raisonnable et libre, est obligé, à tout le moins, de ''professer la religion naturelle. ''Le second c'est que, selon toute vraisemblance. Dieu, Créateur et Providence, est intervenu dans la marche de l'humanité -pour guider l'homme dans sa recherche de la vérité religieuse, et peut-être même, pour l'élever à une dignité plus grande et à une destinée plus haute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'agit maintenant, dans cette ''seconde Partie, ''de soumettre à l'examen cette dernière hypothèse. Pour cela, il nous faut interroger l'histoire et lui demander si, en fait, elle nous apporte le témoignage d'une Révélation divine. Or, comment instituer cette enquête religieuse? La chose serait simple, s'il n'existait par le monde qu'une seule religion : il suffirait alors de vérifier ses titres à notre créance. Mais il n'en est pas ainsi, et les religions sont nombreuses, soit dans le passé, soit dans le présent, qui ont revendiqué ou revendiquent une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux voies sont dès lors ouvertes à l'apologiste chrétien qui prétend que sa religion est, à l'heure actuelle, la ''seule Religion révélée, ''— 1. Ou bien, laissant de côté toutes les autres religions, il peut aller droit au christianisme et lui faire l'application des critères dont nous avons parlé précédemment (N° 156). Et si, de cet examen, il résulte que la religion chrétienne est, sans doute aucun, une religion révélée, toute enquête ultérieure devient superflue. Car, comme d'une part, il est manifeste que, en beaucoup de points de son dogme et de sa morale, elle est en opposition avec les autres religions, et comme d'autre part, il n'est pas moins évident que Dieu n'a pu révéler des vérités successives et contradictoires, la vérité de l'une implique la fausseté des autres. L'étude de ces dernières ne pourrait, dans ce cas, se faire qu'à titre de contre-épreuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une seconde ''méthode ''consiste à suivre l'ordre inverse. L’apologiste chrétien se tourne d'abord vers les religions, autres que la sienne, et dont il veut démontrer la fausseté. A vrai dire, cette première enquête pourrait paraître un chemin bien long s'il s'agissait d'exposer en détail toutes les formes de religion qui ont existé et existent encore sur la terre ; mais une telle nécessité ne s'impose pas, car il va de soi que, si l'on peut prouver que les religions qui se recommandent le plus à notre attention, soit par le nombre de leurs adeptes soit par la valeur de leur doctrine, doivent être rejetées comme fausses, plus n'est besoin de s'occuper des autres religions dont l'infériorité est incontestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce premier travail terminé, et, comme on dit, le terrain une fois déblayé, il n'y a plus qu'à aborder la seule religion qui n'ait pas été éliminée, c'est-à-dire, dans l'espèce, la ''religion chrétienne. ''Cependant il n'est pas permis de dire, comme tout à l'heure dans la première méthode, que la fausseté de toutes les religions, passées en revue, implique la vérité de la religion chrétienne : celle-ci pourrait être fausse comme les autres. Pour être en droit de tirer une telle conclusion, il faudrait démontrer auparavant qu'il y a ''certitude de l'existence d'une religion révélée. ''Que la chose puisse être présumée, cela ne fait pas de doute. Mais un fait d'histoire s'établit par l'histoire, et non par le raisonnement. C'est, dès lors, par l'histoire qu'il faudra prouver l'existence et la vérité de la Religion chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est cette ''seconde méthode que nous suivrons ici. ''Cette partie comprendra donc ''deux sections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION, ''beaucoup moins étendue, sera un exposé très rapide et très succinct des principales religions non chrétiennes, où il apparaîtra, par la seule application des ''critères négatifs, ''qu'elles ne portent pas les marques d'une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B ''LA SECONDE SECTION ''sera la démonstration proprement dite du christianisme. En nous appuyant sur le témoignage des Évangiles, dont nous aurons préalablement à établir la valeur historique, il nous faudra vérifier les ''titres du fondateur ''et contrôler la ''qualité de sa doctrine. ''Si de cette étude il ressort que Jésus est « ''Envoyé de Dieu ''», il ne restera qu'à conclure que le christianisme dont la diffusion s'est faite à travers le monde d'une façon si extraordinaire, est une religion d'origine divine, qu'il est ''la vraie religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION I : Les fausses Religions. ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre unique : les principales religions non-chrétiennes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'enquête religieuse.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
178. — Il convient, avant de commencer notre enquête religieuse, de déterminer les ''conditions ''dans lesquelles elle doit se faire et sur ''quelles religions ''elle doit porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Conditions. — Nous avons vu (N° 156) qu'il y a deux sortes de critères auxquels on peut reconnaître la valeur objective d'une religion. — a) Les uns sont tirés de la ''doctrine ''(critères ''intrinsèques). ''Ainsi toute religion qui a sur Dieu et sur l'homme des conceptions opposées aux conclusions que la raison seule nous a permis d'établir dans la première Partie, ne peut être la vraie religion. — ''b) ''Les autres sont tirés du ''fondateur ''( critères ''extrinsèques). ''L'on pense bien qu'il ne suffit pas a un homme de se présenter comme chargé d'une mission divine, il faut qu'il la prouve et qu'il garantisse son enseignement par des signes authentiques qui soient comme le sceau de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour savoir ce que vaut une religion, nous la soumettrons donc à une double épreuve. Nous nous tournerons d'abord vers le fondateur et nous lui demanderons ses ''litres. ''Puis nous étudierons sa ''doctrine ''et nous verrons ce qu'elle vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Religions sur lesquelles portera notre enquête. — Notre enquête portera d'abord sur les religions auxquelles nous ne reconnaissons pas les marques d'origine divine. Nous parlerons ; — 1° du ''paganisme ; ''— 2° des ''religions de la Chine ; -— ''3° de la ''religion de la Perse ; ''— 4° du ''Mithriacisme ; ''— 5° des ''religions de l’Inde ; ''— 6° de ''L’Islamisme ; ''et — 7° du ''Judaïsme actuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Le Paganisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
179. — Sous ce titre il faut entendre les diverses religions qui ont professé ou professent encore le ''polythéisme. ''Aussi loin que remonte l'histoire, nous constatons que le paganisme fut la religion de tous les peuples de l'antiquité, exception faite des Juifs : les Chaldéens, les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Romains, tous furent polythéistes. De nos jours, le paganisme est encore la religion des peuplades fétichistes de l'Asie et de l'Afrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur'''. — Non seulement il est superflu de rechercher les ''fondateurs ''du paganisme, mais il n'est même pas possible de savoir ''comment les mythologies ont pu se former. ''— a) D'après Evhémère, philosophe grec du ive siècle avant Jésus-Christ, les mythes auraient été des ''récits légendaires, ''et les dieux, des héros divinisés. — ''b) ''Selon Plotin et Porphyre (IIIe siècle de notre ère), les mythes païens seraient des ''symboles ''cachant des dogmes philosophiques et des notions morales : ainsi l'aventure d'Ulysse et des Sirènes serait une allégorie destinée à mettre en garde contre les séductions du mal. — ''c) l’école traditionaliste ''a voulu voir dans les mythes des ''déformations de la tradition primitive ''qui n'aurait été conservée intacte que chez les Juifs : ainsi s'expliqueraient sans difficulté bien des parallélismes que l'on peut remarquer entre les croyances païennes et les récits de la Bible : par exemple, la boîte de Pandore d'où sortirent tous les maux correspondrait à la chute d'Eve. — ''d) ''D'après une école plus récente (Max Muller, en Angleterre, Michel Bréal en France), les mythes auraient leur origine dans le ''langage. ''Les dieux ayant été considérés à l'origine comme les agents mystérieux des phénomènes de la nature, leurs noms ne seraient autres que les épithètes qui désignent ces phénomènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
180. — '''2°''' '''Doctrine. '''— La ''doctrine ''du paganisme se trouve consignée dans les mythologies dont nous trouvons des descriptions chez des poètes comme Homère ou des historiens comme Hésiode. Or, les mythologies sont un ensemble de fables plus ou moins ridicules, de mythes bizarres sur la vie des dieux et leurs rapports avec les hommes. Pour souligner l'infériorité des doctrines païennes, il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails : nous n'avons qu'à montrer la ''multiplicité de leurs dieux ''et les ''imperfections de leur nature ''où se mêlent la grandeur et la faiblesse, la vertu et le vice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pas de valeur au point de vue doctrinal, comment le paganisme en aurait-il eu au point de vue ''moral? ''Comment les dieux, qui avaient les mêmes passions et les mêmes défauts que l'homme auraient-ils prêché la vertu à celui-ci? L'homme échappe d'autant plus facilement aux devoirs de la morale qu'il trouve des excuses dans ses croyances. ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''181.''' — '''3°''' '''Critique. '''— Religion imparfaite et n'ayant aucune trace d'origine divine, faut-il conclure que le paganisme était une religion absolument mauvaise et inutile ? Gardons-nous de le croire. Malgré ses inconcevables lacunes, le paganisme avait au moins l'énorme avantage d'entretenir chez l'homme le ''sentiment religieux, ''de lui faire lever les yeux vers le ciel, de le faire penser à sa destinée future. Le païen qui vivait en rapport constant avec des puissances cachées, qui craignait de leur déplaire, qui sollicitait leur appui et s'humiliait devant elles, pouvait trouver là des moyens efficaces de lutter contre les mauvaises tendances de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout compte fait, par conséquent, et « si l'on veut comparer le polythéisme antique à un état de l'humanité où il n'y aurait aucune religion, à l'état où voudraient nous amener les matérialistes modernes, peut-être la conclusion sera-t-elle que le paganisme est préférable et que mieux vaut une croyance quelconque, même superstitieuse, à un monde invisible, qu'un état où l'homme serait entièrement renfermé dans le monde terrestre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quel était maintenant l'état des âmes sincères et droites qui cherchaient la vérité dans ces longs siècles d'erreur ?... Nous pouvons nous en tenir à ce que la foi nous enseigne au sujet de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde, et à ce que saint Paul nous dit au sujet des païens, qui, n'ayant pas de loi écrite, seront jugés d'après la loi naturelle gravée dans leur conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quoi qu'il en soit de ce problème, il est de toute évidence que le polythéisme antique ne saurait entrer en comparaison, en tant que solution des problèmes de la destinée humaine, avec le christianisme, ni même avec les religions fondées sur l'idée d'une révélation positive'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn151 [151]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Religions de la Chine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
182. — La Chine compte trois religions officielles : deux indigènes, le ''Taoïsme ''et le ''Confucianisme, ''la troisième importée de l'Inde, le ''Bouddhisme ''dont nous parlerons plus loin. (Nos 194 et suiv.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
I. '''Le Taoïsme. 1°''' '''Fondateur. '''— La religion connue sous le nom de Taoïsme, est attribuée à Lao-tseu, philosophe contemporain et rival de Confucius. On. sait peu de chose de sa vie. Certains pensent même que la religion fondée sous son nom ne serait nullement son œuvre, et qu'elle serait seulement une collection de vieilles superstitions de la Chine repoussées par Confucius, et que, dans le but de faire opposition au Confucianisme, on aurait recueillies et groupées sous le nom d'un sage, Lao-tseu, afin de leur donner plus d'autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
183. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Le ''Taoïsme ''est un amalgame de superstitions grossières, de sorcellerie et de magie, avec les doctrines philosophiques de Lao-tseu dénaturées par ses disciples. C'est du reste une ''religion polythéiste ''et, pour cette raison, il est inutile que nous insistions davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
184. — II. '''Le Confucianisme- — 1° Fondateur. '''— ''Confucius ''naquit en 551 avant notre ère dans le royaume de Lou, d'une ancienne famille du nom de Khoung. Il se distingua de bonne heure par la vivacité de son intelligence et par la droiture de son caractère, si bien que le roi de Lou n'hésita pas à lui confier, malgré sa jeunesse, des fonctions importantes dans son gouvernement. Il les abandonna du reste bientôt pour suivre sa vocation. Il se mit alors à l'étude ''des Kings ''ou Livres sacrés de la Chine, et voulut se consacrer à la direction des peuples. Dans ce dessein il parcourut les principautés féodales qui composaient l'Empire chinois, puis, fatigué de cette vie errante, il revint à Lou où il ouvrit une école et professa jusqu'à la fin de sa vie. Parmi ses nombreux élèves, il en distingua soixante-douze, pris parmi les meilleurs, qu'il appela ses disciples. Telle fut l'origine des ''Lettrés, ''qui, depuis cette époque, ont joué un si grand rôle en Chine, en formant une sorte de caste fermée à qui allaient toutes les faveurs du pouvoir. Cet état de choses a duré jusqu'au commencement de notre siècle. « Maintenant, sous la République chinoise, tout est changé. La caste des Lettrés est défunte. La doctrine de Confucius a cessé d'être classique. Les auteurs de la Chine nouvelle n'ont pas encore attenté aux temples désertés du Sage. Mais ils ont éliminé ses œuvres de l'enseignement primaire comme surannées, et les ont reléguées, à titre de philosophie antique, dans les accessoires de l'enseignement secondaire... Ainsi disparaît, sans secousse, sans bruit, une chose qui paraissait un roc inébranlable et qui n'était qu'un bois vermoulu.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn152 [152]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''185. — 2° Doctrine.''' — Le confucianisme est plutôt une ''philosophie morale ''qu'une religion. Les dieux, c'est-à-dire le ''Ciel ''(Châng-Tï), la ''Terre ''et les ''Esprits supérieurs ''sont considérés, non comme des personnes réelles mais comme des abstractions. Aussi le seul culte qui soit en grand honneur est celui des ''ancêtres ; ''c'est par là que le confucianisme est une religion bien nationale ; il semble du reste que, aux yeux de Confucius et de ses adeptes, le Chang-Ti ou Seigneur du Ciel, et les autres dieux ne soient que les esprits des premiers ancêtres de la nation. Mais, chose étrange, tout en affirmant la survivance des esprits, Confucius ne parle pas de la vie future et ne tranche pas la question de l'immortalité de l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''de Confucius ne manque pas d'élévation et se distingue par un réel amour de l'humanité ; toutefois, elle ne dépasse pas les limites ''d'une morale humaine. ''Elle proclame bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas que les autres vous fassent à vous-même, mais elle ne va pas au delà de cette simple règle de justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''186. — 3° Critique''' — Si la doctrine de Confucius ne contient pas d'erreurs très graves, c'est une religion « incomplète, insuffisante pour le besoin des âmes ; un ensemble de conseils sages et sensés, mais sans rien qui inspire l'enthousiasme. On comprend qu'elle n'ait pas suffi au peuple chinois et qu'il ait préféré l'idolâtrie et là magie du Taoïsme et du Bouddhisme ... Nous pouvons donc considérer cette doctrine comme une assez belle œuvre humaine, un code religieux et moral à peu près pur, péchant par défaut plutôt que par excès. Mais nous n'avons pas besoin d'ajouter, tant cela est évident, qu'il n'y a eu ni dans la vie du fondateur, ni dans sa doctrine, aucun signe d'une révélation divine. Confucius n'a jamais prétendu au titre de prophète et n'a réclamé pour sa doctrine d'autre preuve que celles de la raison et de la tradition immémoriale. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn153 [153]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Religion de la Perse. Le Zoroastrisme ou Mazdéisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
187. —L'ancienne religion de la Perse, autrement dit, de l'Iran, s'appelle ''Zoroastrisme, ''du nom de son fondateur, ou ''Mazdéisme ''du nom du dieu ''Ahura- Mazdâ ''que Zoroastre met au-dessus de tous les autres dieux, même au-dessus de ''Mithra, ''le dieu de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur.''' — On ne sait si le prophète à qui l'on attribue la fondation de la religion des mages[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn154 [154]], appartient à l'histoire ou à la légende. Selon l'une ou l'autre, Zoroastre; vécut au vie siècle avant Jésus-Christ. Révolté des abus de l'idolâtrie et du culte des ''Dêvas ''ou mauvais génies, il se retira dans une grotte solitaire et se livra, sept années durant, à la méditation. Là, il eut des ''révélations ''d'Ahura-Mazdâ, le seigneur tout-puissant, qui ''confirma sa mission, ''en faisant de nombreux prodiges en sa faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''188. — 2° Doctrine'''. — Le ''Zend-Avesta ''est le livre sacré du Zoroastrisme. La date de composition en est incertaine. Il renferme du reste des morceaux d'âge différent, et dont certains paraissent être de composition relativement récente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ''métaphysique, ''le zoroastrisme admet la doctrine du ''dualisme. ''Il est vrai que le Dieu suprême, ''Ormazd, ''est créateur, Dieu du ciel. Mais à Ormazd est opposé un principe mauvais, appelé ''Ahriman, ''qui lui dispute l'empire. Les deux principes du bien et du mal sont éternels sinon égaux. Entourés, chacun d'une armée, ils doivent lutter pendant 9.000 ans ; Ormazd sera alors vainqueur et précipitera Ahriman et les Dévas, ses acolytes, dans l'enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du mazdéisme est pure et élevée. Elle impose le respect de la femme et de l'enfant, elle recommande les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions. Malheureusement, le ''culte ''n'est pas à la hauteur de la morale, car il est entaché de pratiques de superstition et de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''189.''' — '''3°''' '''Critique- '''— « Nous n'avons pas besoin de discuter le ''caractère ''purement humain de cette religion. Elle est sans doute, par certains côtés, supérieure au paganisme, elle combat l'idolâtrie ; elle enseigne un spiritualisme élevé. Mais le principe du dualisme est une erreur funeste... Le dualisme ébranle la morale du zoroastrisme et la rend irrationnelle... La révélation faite à Zoroastre est dénuée de preuves sérieuses. On ne comprendrait pas que Dieu eût fait une révélation à un homme et n'eût pas donné, pour preuves de la vérité de sa parole, des témoignages plus certains que les récits légendaires des livres sacrés d'un petit peuple. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn155 [155]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
190. — ''REMARQUE. ''— On a constaté entre la ''religion des Perses ''et celle ''des Juifs ''un certain nombre de ''ressemblances ''qui semblent indiquer que l'une des deux a influencé l'autre. Ainsi toutes deux attendent le ''royaume de Dieu ''et admettent la ''résurrection des morts. ''Naturellement, les rationalistes prétendent que les Juifs sont les emprunteurs. Sans doute, ces derniers, ayant été sous la domination des Perses, auraient pu adopter une partie des croyances de leurs vainqueurs. Cependant cette hypothèse n'est guère vraisemblable, car les convictions des Juifs étaient trop fortes, elles remontaient trop loin dans le passé pour subir aussi facilement les influences étrangères. Et pour ce qui concerne l'idée du royaume de Dieu, il ne fait aucun doute, dit le P. Lagrange, que « le règne attendu qui est celui de Dieu et celui du bien, dont les justes procurent l'avènement et qui aura son Messie, c'est le royaume de Dieu, des prophètes et ensuite de l'Évangile. Or s'il est une idée dont il soit possible de suivre le développement chez le peuple juif, c'est celle du royaume de Dieu et de son Messie... Cette première conception eschatologique est pour nous certainement d'origine juive.» De même, à propos de la ''résurrection des morts, ''« il est difficile de faire remonter très haut la croyance des Perses... Dans Israël, elle fait partie, d'après les Pharisiens contemporains de Jésus, de la foi nationale et elle s'appuie sur des textes qu'on ne peut pas, en tout cas, faire descendre aussi bas que 150 avant Jésus-Christ. D'une façon générale, on constate que les Perses ont été bien plus entraînés par les Sémites qu'ils n'ont eux-mêmes agi sur leurs sujets conquis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn156 [156]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Le Mithriacisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
191. — Le ''Mithriacisme ''est une religion dérivée du ''Mazdéisme. ''Il y avait peu de temps qu'il avait pénétré à Rome et en Occident, lorsque les apôtres du christianisme vinrent pour y prêcher la foi du Christ. Nous ne nous attarderions pas à parler de cette religion d'importance secondaire, si nos adversaires, profitant, ici encore, des nombreuses analogies ~qui existent entre le Mithriacisme et le Christianisme, n'accusaient ce dernier de plagiat. Voici du reste les principales ''ressemblances ''qu'ils se plaisent à relever. Mithra est un jeune dieu qui a vécu parmi les hommes. Il naquit, lui aussi, dans une grotte ou une étable. Quand il fut devenu grand, il terrassa les animaux malfaisants, et en particulier, un taureau, puis il remonta au ciel, d'où il continue à veiller sur ceux qui se font initier à ses mystères et le prient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale mithriaque ''impose aux initiés le respect de la vérité, la fidélité au serment, la fraternité, le culte de la pureté physique et morale. C'est sur l'accomplissement de ces préceptes que Mithra juge l'âme après la mort : si elle est trouvée juste, il l'emmène au ciel avec Ormazd : si elle est coupable, elle est livrée au feu et consumée avec Ahriman.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''culte ''de Mithra offre avec le culte chrétien des analogies non moins perceptibles. L'initiation mithriaque comprenait sept degrés qu’on a comparés à nos sept sacrements : elle comportait, entre autres choses, des ablutions symboliques, l'impression d'un signe sur le front, l'oblation de pain et d'eau, des onctions de miel...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rapproche également certains détails des deux ''liturgies, ''mithriaque et chrétienne. Par exemple, la fête de la Nativité du Christ aurait été fixée le 25 décembre, jour où l'on célébrait déjà la naissance de Mithra. Telles sont entre les deux religions les ressemblances les plus frappantes. Les historiens rationalistes des religions en concluent que le mithriacisme est un ancêtre du christianisme. Ne serait-ce pas le contraire qu'il faudrait dire ? Les points de contact que nous venons de signaler entre les deux religions ne sont-ils pas de date postérieure dans la tradition romaine sur Mithra? Les premiers apologistes chrétiens, saint Justin et Tertullien le pensaient et dénonçaient déjà le plagiat mithriaque des rites chrétiens. S'ils avaient eu tort, s'il en était autrement, comment expliquer que l’empereur Julien qui aurait été trop heureux de prendre le christianisme ''et ''ses apologistes en défaut, n'ait pas accusé ces derniers d'avoir emprunté leur doctrine à la religion de Mithra ? L'hypothèse d'une influence mithriaque sur les dogmes et sur le culte chrétien n'a donc pas de fondement historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. Religions de l'Inde. ====&lt;br /&gt;
192. — Les religions principales qui se sont succédé dans l'Inde sont : le ''Védisme, ''le ''Brahmanisme, ''le ''Bouddhisme ''et ''l'Hindouisme ''ou ''Néo-brahmanisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Le Védisme. '''— Le ''Védisme ''est, parmi les diverses religions des Hindous, la première qui ait laissé des traces dans l'histoire. La religion védique est contenue dans les livres sacrés appelés ''Védas, ''et particulièrement dans le plus ancien d'outre eux, le ''Rig-Véda. ''C'est une ''religion naturaliste ''où les phénomènes et les forces de la nature sont divinisés, et par là, le Védisme peut être rapproché du Paganisme dont nous avons parlé précédemment, ce qui nous dispense d'insister pour en démontrer la fausseté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
193. — '''II. Le Brahmanisme. — 1° Fondateur. '''— Aucun document ne nous permet de fixer, d'une manière certaine, l'origine du brahmanisme encore moins par conséquent, de dire le nom du fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Doctrine. '''— Celle-ci se trouve bien dans les ''Védas, ''mais l'interprétation des Livres sacrés est laissée entièrement aux brahmanes, c'est-à-dire aux prêtres de Brahmâ. Or les Védas contiennent comme deux religions superposées : l'une qui faisait le fond de la vieille religion védique et qui est un ''polythéisme naturaliste ; ''l'autre qui est un ''panthéisme idéaliste ''joint à l'idée de la ''métempsycose, ''et c'est le brahmanisme proprement dit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dieu ''Brahmâ ''est l'être unique : de lui procède le monde par émanation. Tous les êtres sortent donc de lui et y retournent pour en sortir de nouveau, et ainsi un certain nombre de fois, jusqu'à ce que l'âme, purifiée de toute souillure, puisse s'absorber définitivement en Brahmâ et entrer pour toujours dans le ''Nirvana.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du brahmanisme dérive de cette doctrine de la ''métempsycose. ''Étant donné que, à la mort, l'âme passe dans un autre corps, dans le corps d'un animal ou d'un monstre, suivant qu'elle a été jugée plus ou moins coupable, il faut considérer la vie comme le mal suprême. I1 importe donc de mettre un terme à ces morts et à ces renaissances continuelles. Or, pour arriver à ce résultat, il faut pratiquer le ''renoncement, ''anéantir la concupiscence, bref, éteindre on soi la soif de l'existence, cause de tout le mal. Et voilà comment la doctrine brahmaniste a conduit à la pratique ''de l'ascétisme, ''à ces mortifications exagérées des fakirs qui habitent les forêts, ne se nourrissant que d'herbes et de fruits sauvages, restant de longs mois dans la même posture ou s'exposant aux ardeurs du soleil des tropiques des journées entières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° '''Critique. '''— Nous avons vu que les Védas contiennent un mélange de ''polythéisme ''et de ''panthéisme. ''Il n'est donc pas possible de leur reconnaître une origine divine. Bien que la partie morale contienne de sages préceptes sur la lutte contre les passions, et d'excellentes prescriptions sur la chasteté, la véracité, la fidélité aux promesses, elle est muette sur les devoirs de la bienfaisance et de la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''194. '''— '''III. Le Bouddhisme. '''— Le brahmanisme ancien, avec sa morale austère et son culte froid, sans temples et sans idoles, ne pouvait être une religion populaire. Il n'est donc pas étonnant que l'Inde accueillit avec faveur la religion du Bouddha.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur. '''— La vie du ''Bouddha ''fut écrite longtemps après sa mort : ses biographes furent donc à leur aise pour y introduire autant de légendes que bon leur sembla. C'est seulement après l'ère chrétienne, — qu'on remarque bien ce point, — que l'on mit en œuvre les documents qu'on possédait en y ajoutant de nombreuses interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Bouddha naquit au vie ou au Ve siècle avant l'ère chrétienne. Il appartenait à la famille des Çakyas et s'appelait Siddartha. Le titre de ''Çakya-Muni ''sous lequel il est connu, veut dire ''moine ''de la famille des Çakyas. De nombreuses légendes entourent son berceau et sa jeunesse : il serait trop long de les raconter. Un certain temps après s'être marié, il quitta sa femme et sa famille pour devenir moine et travailler à son salut. Pendant plusieurs années, Use livra à des austérités effrayantes. Un jour qu'il méditait sous un figuier, il sentit qu'il était ''Bouddha ''(racine ''budh, ''comprendre) c'est-à-dire sage, éclairé, celui qui a compris. Il-avait trouvé le secret pour ne plus renaître. De ce bonheur il voulut faire profiter l'humanité en lui prêchant sa doctrine. Mais auparavant il décida de passer quatre semaines dans la solitude. C'est durant cette retraite que ''Mâra, ''l'Esprit tentateur, lui proposa de le faire entrer immédiatement dans le ''Nirvana ''pour lui épargner les peines et les déceptions de la vie. Le Bouddha rejeta l'offre, jugeant qu'il se devait au salut de ses frères et à la propagation de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''parallélisme ''qui existe entre la retraite et la tentation du Bouddha, d'une part, et celles de Notre-Seigneur, au désert, d'autre part, n'échappera à personne. Mais il est superflu de défendre les traditions chrétiennes contre l'accusation de plagiât, vu que les Évangiles sont antérieurs à la rédaction définitive des documents bouddhistes. (V. n° 278).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus de quarante ans, le Bouddha prêcha sa doctrine de la délivrance. De toutes parts on venait le consulter. Lui-même allait de pays en pays, vivant d’aumônes et instruisant les peuples. Il avait quatre-vingts ans lorsqu'il mourut à la suite dune indigestion. Ses biographes racontent qu'une musique céleste se fit alors entendre et que Brahmâ en personne vint chercher Je Bouddha pour l'introduire dans le Nirvana. Ainsi, visiblement, la légende se mêle à l'histoire dans des proportions telles que celle-ci disparaît et que des savants ont pu se demander si le Bouddha avait réellement existé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
195. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Les points principaux qui caractérisent la ''doctrine bouddhiste ''sont : — ''a) l'athéisme, ''ou, si l'on préfère, ''l'agnosticisme. ''S'il y a une Cause première, un Etre suprême, le Bouddha ne le recherche pas, estimant qu'une telle question est insoluble et oiseuse ; — ''b) ''la ''croyance à la métempsycose-: ''doctrine qui lui est commune avec le brahmanisme. A sa mort l'homme est transporté au tribunal de Yama qui le juge et le remet entre les mains de ses bourreaux. Quand la peine est expiée, car l'enfer n'est pas éternel, l'âme est rejetée dans le monde pour recommencer une nouvelle existence ; elle reprend dans l'échelle des êtres la place qu'elle a pu mériter par sa vie antérieure. Seuls ceux qui sont proclamés Bouddhas sont affranchis de la renaissance et entrent dans la béatitude parfaite du Nirvana ; — ''c) ''le ''pessimisme. ''Dans la doctrine du Bouddha, l'existence est un mal, et le bonheur suprême consiste précisément à en être délivré et à parvenir au Nirvana. Mais qu'est-ce que le bonheur du Nirvana ? Il serait bien difficile de le dire. Le Nirvana n'est pas le néant, mais c'est la non-existence individuelle, c'est la délivrance de la transmigration, et par conséquent, de la douleur, c'est une sorte de béatitude passive et négative d'où l'amour et la vie sont absents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La morale bouddhiste ''ressemble bien à celle du brahmanisme. Partant de ce principe que l'existence est un mal, elle professe, elle aussi, qu'il n'y a d'autre remède que la ''pratique du renoncement. ''Or la pratique du renoncement comporte une série d'exercices assez semblables à ceux qui sont en usage dans nos Ordres religieux. Ainsi la méditation, la confession des fautes, la direction de conscience, la chasteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn157 [157]], la pauvreté sont des règles strictes pour les ''Bhikchous, ''ou moines bouddhistes. C'est, comme on le voit, tout le ''côté négatif ''de la perfection chrétienne, c'est le renoncement absolu qui doit aboutir à la mort et au Nirvana ; ce n'est pas, comme dans la mystique chrétienne, le détachement des biens de ce monde pour aller plus sûrement à Dieu et pour trouver en Lui un jour la ''vie pleine et l'amour parfait. Le culte bouddhiste ''était à l'origine réduit à son strict minimum. Et à quoi ce culte eût-il bien pu se rapporter, puisque la doctrine bouddhiste était athée et que dès lors il était inutile de prier un dieu dont on ignorait l'existence? Mais, à la mort de Çakya-Muni, il s'établit un culte de vénération en son honneur. Pour conserver ses reliques, on construisit d'abord des monuments très simples, puis des temples magnifiques, généralement au centre d'un monastère. Par la suite, on rendit un culte, non seulement au grand Bouddha Çakya-Muni, mais à tous les autres Bouddhas, semblables à lui, c'est-à-dire qui étaient entrés dans le Nirvana On y joignit le ''culte des images ''et des statues ; et ce fut ainsi un véritable polythéisme, en même temps qu'une- idolâtrie mêlée de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
196'''. — ''NOTA.''''' — Le bouddhisme se ''propagea ''surtout en Chine, dans l'Indochine, au Cambodge, au Siam, en Birmanie, au Japon et au Tibet. Sa ''diffusion si étendue ''s'explique par l'insuffisance du culte brahmanique sans idoles et sans temples, par l'apostolat de ses moines et aussi par la ''protection du pouvoir civil : ''protection qui était accordée d'autant plus facilement que, les moines bouddhistes étaient des auxiliaires précieux pour développer l'influence des rois en dehors de leur pays. De plus, si la morale recommandait avant tout la pratique du renoncement, elle ne défendait aux laïques ni la polygamie ni le divorce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''197— 3° Critique'''. — Nous n'avons pas à insister pour prouver que la religion bouddhiste n'est pas d'origine divine, car Çakya-Muni n'a jamais voulu se faire passer ni pour Dieu ni pour envoyé de Dieu ; il n'a jamais prétendu qu'au titre de ''sage. ''Si nous considérons maintenant sa ''doctrine, ''il faut bien reconnaître que, au point de vue moral, elle a une valeur incontestable. En prêchant le renoncement, le détachement des biens de là terre, la chasteté et l'esprit d'apostolat, en inspirant aux hommes une grande crainte des châtiments futurs, elle a pu atteindre de sérieux résultats. Mais malheureusement sa doctrine métaphysique n'est pas à la hauteur de la morale. Elle encourt d'abord le grave reproche l’''athéisme, ''quoique, en pratique, ses partisans soient polythéistes et idolâtres. En outre, les doctrines de la ''transmigration ''et du ''Nirvana ''ont également pour conséquence fâcheuse de placer l'idéal de la vie monastique dans la ''contemplation pure ''et la ''mendicité sans travail. ''Autant la vie monastique, animée par le sentiment chrétien, réglée de manière à donner sa part au travail, a été en Occident une force civilisatrice, autant les couvents bouddhistes sont devenus des causes de torpeur et de léthargie chez les peuples où cette institution a fleuri. C'est une religion sans action sociale... Çakya-Muni a prescrit le célibat aux religieux, mais il ne s'est pas occupé des laïques... Aussi les hommes impartiaux, même dans le camp rationaliste, renoncent à comparer le bouddhisme au christianisme et professent hautement que le christianisme est supérieur... Nous ne trouvons donc pas dans le bouddhisme, plus qu'ailleurs, cette parole divine que nous cherchons. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn158 [158]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''198. — IV. L'Hindouisme ou Néo-brahmanisme. 1° Fondateur.''' — Le bouddhisme, tel que nous venons de l'exposer, ne vécut dans l'Inde que les quelques siècles. Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, d'autres sectes naquirent, auxquelles on donna le nom générique ''d'hindouisme ''ou ''néo-brahmanisme. ''La nouvelle religion était le produit de plusieurs écoles, et aucun nom ne s'attache à sa fondation : elle est d'ailleurs une sorte de fusion entre le brahmanisme et les vieux cultes idolâtriques de l'Inde. Les deux principales sectes sont le ''Vishnouisme ''et le ''Civaïsme, ''noms qui lui viennent de ce qu'elles regardent soit ''Vishnou, ''soit ''Civa ''comme Dieu suprême. Le ''Vishnouisme ''seul nous intéresse à cause des ressemblances que sa doctrine offre avec le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''199. — 2°''' '''Doctrine. '''— Ce qui caractérise le Vishnouisme, ou du moins, ce qui lui donne à nos yeux le plus vif intérêt, c'est la présence dans sa doctrine des deux dogmes de la ''Trinité ''et de ''V Incarnation,''— ''a) ''La Trinité hindoue ou ''Trimurti ''se compose de Brahmâ, le dieu créateur, de Vishnou, le dieu conservateur, et de Civa, le dieu destructeur. — ''b) ''Les ''incarnations ''ou ''avatars ''de Vishnou tiennent une place capitale dans l'hindouisme. Vishnou s'incarne un certain nombre de foie : il prend successivement les formes de poisson, de tortue, de sanglier, de lion, et il apparaît surtout dans la personne de deux héros fameux ''Bâma ''et ''Krishna. ''Ce dernier est particulièrement célèbre : il a une naissance miraculeuse, il est adoré par des bergers, persécuté par le roi Kamsa qui le redoute comme un compétiteur et ordonne le massacre des enfants. Il y a là, on le devine, matière à rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, et les adversaires de celui-ci ne se sont pas fait faute de l'accuser de plagiat. Mais accuser n'est pas prouver et il faudrait avant tout montrer que les légendes du Vishnouisme existaient avant leur rédaction définitive qui n'eut lieu que vers le XIIe ou le XIIIe siècle de notre ère — ce qui jusqu'ici n'a pas été fait. (V. N°s 194 et 278.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''200. — 3°''' '''Critique. '''— Pas plus dans l'hindouisme que dans le bouddhisme nous ne trouvons des traces de l'action divine. Le culte néo­brahmanique se signale, au contraire, par des rites grossiers et cruels ; il va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme exagéré à la débauche ; il est un mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale. Pour en donner une idée il n'y a qu'à rappeler que le gouvernement anglais qui a pourtant pour principe de respecter les croyances des peuples qui sont sous son autorité, s'est vu forcé de défendre un grand nombre de cérémonies religieuses et de coutumes barbares, on particulier, les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, le suicide des veuves sur la tombe de leurs maris, les immolations volontaires des fanatiques qui se faisaient écraser sous le char du dieu Vishnou.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VI. — L'Islamisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
201. — Avant la fondation du Mahométisme, les ''Arabes, ''sémites comme les Hébreux, se disant descendants d'Ismaël, fils d’Abraham et d'Agar, étaient divisés en tribus indépendantes, les unes nomades, et les autres sédentaires. Un lien rapprochait ces tribus : c'était la ''Kaaba, ''leur sanctuaire commun, qui s'élevait dans une gorge de l'Hedjaz, à environ 90 kilomètres de la mer Rouge. Là, ils adoraient le Dieu d'Abraham, mais ce culte n'excluait pas celui des idoles particulières à chaque tribu. Les Arabes y venaient chaque année en pèlerinage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons encore, pour mieux faire connaître les influences qui purent s'exercer sur l'esprit de Mahomet, que la Mecque qui fut construite vers le VIe siècle après Jésus-Christ, était peuplée en partie de Juifs et de chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Fondateur. '''— Mahomet (Mohammed, en arabe) naquit à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Pauvre, et orphelin de bonne heure, il fut. mis au commerce par son oncle Abu-Talib. C'est justement dans un voyage commercial qu'il fit pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, qu'il épousa par la suite, qu'il eut, dit-on, l'occasion de rencontre! un moine chrétien avec qui il put s'entretenir. Il eut aussi des relations avec Zeïd, un judéo-chrétien, qui voulait restaurer la religion d'Abraham. Faut-il chercher là l'origine de sa vocation ? On peut en douter ; mais ce qui est certain, c'est que vers l'âge de 40 ans il commença à se préoccuper des questions religieuses et se livra dans la solitude à de longues méditations. Un jour qu'il était en contemplation au mont Hira, il eut deux visions au cours desquelles l'Archange Gabriel lui apparut et lui ordonna de prêcher qu'il n'y avait d'autre Dieu qu'Allah, et que Mahomet était son prophète. Conformément à cet ordre, Mahomet prêcha d'abord à la Mecque, mais il fut accueilli par les railleries des Koreischites, ses parents, et il eut à subir les objections des Juifs. Il dut même, à la suite d'une persécution plus violente, quitter la ville. Il partit alors avec quelques fidèles à Médine, ville rivale, de la Mecque : c'est de cette fuite, appelée ''Y-hégire, ''que date l'ère musulmane (16 juillet 622). Reçu en prophète à Médine, il s'y installa ; et, à partir de cette date, il prêcha la ''guerre sainte. ''Il dit à ses partisans : « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni en son prophète. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient humiliés. » Alors, de son vivant, et après sa mort, les Arabes entreprirent la ''guerre sainte. ''C'est ainsi, par les armes, qu'ils imposèrent la religion nouvelle chez les peuples de l'Asie (Syrie, Egypte, Perse) et de l'Afrique (Tripoli, Tunisie, Algérie, Maroc). Au début du viii6 siècle, ils attaquèrent l'Europe ; ils pénétrèrent en Espagne, où la victoire de Xérès leur livra le pays ; ils entrèrent en Gaule par la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, puis ils conquirent la vallée de la Garonne et ils s'avançaient déjà dans la vallée de la Loire lorsque les Francs commandés par Charles Martel vinrent les arrêter et les battre à Poitiers (732). Cette victoire brisa l'élan musulman sur le front d'Occident, comme, quinze ans plus tôt, l'empereur LÉON III et les ''Byzantins ''l'avaient brisé sur le front d'Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''202. — 2°''' '''Doctrine. '''—Le ''Coran ''est le livre sacré de l'Islam, il contient les révélations de l'archange Gabriel au prophète. Mais le livre n'a pas été écrit par le prophète lui-même ; il est le recueil de fragments de discours que ses disciples avaient retenus ou recueillis sur des tablettes. Le Coran est pour le mahométan Le livre par excellence, celui qui remplace tous les autres : il renferme la loi civile aussi bien que la loi religieuse, le Code du juge et l'Évangile du prêtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voici les ''points principaux. ''— ''a) ''Sur la ''question de Dieu, ''Mahomet enseigne ''l’unité divine. ''Il rejette la Trinité et l'Incarnation, et considère les chrétiens qui adorent Jésus-Christ comme des polythéistes. Parmi les ''attributs ''de Dieu il insiste surtout sur sa puissance, laquelle se manifeste bien plus par l’ordre et la beauté du monde que par les miracles ; il parle aussi du « Dieu clément et miséricordieux ». Mahomet admet les anciens prophètes dont les principaux sont Abraham, Moïse, Jean-Baptiste et Jésus. Mahomet, lui, est le dernier et le plus parfait ; il est le «Paraclet promis par Jésus à ses Apôtres » ''(Jean, ''XV, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Sur la question de ''l’homme. ''D'après le Coran, il semble bien que la destinée humaine, ici-bas et là-haut, dépende absolument de la volonté arbitraire et souveraine de Dieu. Il est vrai que les docteurs musulmans n'admettent pas que leur religion soit fataliste ; elle en a au moins toutes les apparences, et si en théorie elle ne l'est pas, elle y aboutit certainement en pratique. L'on sait que les populations musulmanes se plient sans peine aux coups du sort, au Destin, comme on disait dans l'antiquité. Le mot ''islam ''signifie du reste ''résignation, ''abandon à la volonté de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort est suivie du jugement particulier : l'âme est destinée alors au Paradis ou à l'Enfer, mais, jusqu'à la résurrection, elle reste dans la tombe, heureuse -ou malheureuse suivant la sentence prononcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La ''morale ''et le ''culte ''de la religion de Mahomet prescrivent cinq devoirs principaux : — 1. la ''foi : ''« I1 n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son prophète », telle est la brève profession de foi imposée à celui qui veut appartenir à l'Islam ; — 2. la ''prière. ''Le mahométan doit prier cinq fois par jour : à l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la tombée de la nuit. Il peut prier, soit en particulier, soit à la mosquée ; pour les mosquées, l'heure de la prière est annoncée par le muezzin du haut des minarets. La prière est précédée des ablutions : le musulman se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jusqu’'aux chevilles ; il se déchausse avant d'entrer dans la mosquée. Les attitudes sont prescrites ; en même temps qu'il récite les formules de prières, tirées pour la plupart du Coran, le musulman fait des génuflexions, des prosternations, il élève les mains de chaque côté de la tête, les abaisse le long du corps ou sur les genoux. Il prie sur des tapis spéciaux, et tourné vers la Mecque, comme le chrétien vers Jérusalem ; — 3. ''Aumône. ''Celle-ci affecte une double forme : l'une obligatoire et à un taux fixé d'après la fortune individuelle, l'autre non officielle, en argent ou en nature, et pratiquée surtout à la fin du mois de jeûne ; —4. le ''jeûne. ''Le Coran impose un mois entier de jeûne : le mois de ''Ramadan. ''Deux heures avant le lever du jour, les fidèles sont avertis d'avoir à préparer leur repas du matin ; puis, à partir de ce moment jusqu'au coucher du soleil, le musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni même avaler exprès sa salive ; — 5. un ''pèlerinage ''à la Mecque que tout musulman qui en a les moyens, doit accomplir au moins une fois dans sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''203. — 3°''' '''Critique. '''— On s'est demandé si Mahomet qui se donnait pour un prophète inspiré, était réellement convaincu de sa mission. Le ton enthousiaste de ses prédications, la conviction profonde qu'il sut inspirer à ses compatriotes, pourtant si fiers, sa ténacité devant l'indifférence, et même l'hostilité des siens, tout cela peut nous autoriser à croire qu'il fut sincère au début de sa mission, mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la seconde phase de sa carrière, il n'a plus rien du messager divin. Non seulement il ne recule devant aucun moyen pour propager ses idées, mais il prétexte même de fausses révélations pour excuser son immoralité et ses brigandages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si l'on voulait, dit l’abbé de Broglie, attribuer à l'islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme directement opposé à l'islamisme est divin de son côté, ou c'est une œuvre humaine. S'il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l'une prêchant la chasteté, la patience, la douceur de ses martyrs, l'autre permettant les mœurs dissolues, la propagation de la vérité par le sabre. Si, d'autre part, on considérait l'islamisme comme divin et le christianisme comme uns œuvre humaine, ce serait alors l'homme qui prêcherait la chasteté, l'indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que l'islamisme « présente le plus singulier mélange d'erreur et de vérité que l'on puisse imaginer. Son dogme fondamental, l'unité de Dieu, est une grande et salutaire vérité. Il en est de même du principe dé l'exclusion de l'idolâtrie, qui en est la conséquence... La sanction de la morale se trouve également dans l'idée de la vie future, du jugement, du ciel et de l'enfer.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn159 [159]] Les prières précédées d'ablutions qui ont lieu cinq fois par jour, le jeûne rigoureux du Ramadan, sont des pratiques excellentes. On peut supposer que les musulmans qui « croient que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui l'approchent», selon la parole de saint Paul (Héb., XI, 6), qui sont de bonne foi dans leur religion et suivent leur conscience, y trouvent les éléments nécessaires pour leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VII. — Le Judaïsme actuel. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
204. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur le ''judaïsme actuel. ''La preuve qu'il n'est pas la vraie religion découle, en effet, de la démonstration' que nous ferons plus loin de la divinité du christianisme. Nous verrons plus loin (N° 213) que la ''religion mosaïque ''était une ''religion préparatoire, ''et qu'un des dogmes principaux de sa doctrine c'était l'idée messianique, c'est-à-dire L'attente d'un Envoyé divin qui transformerait la religion particulariste et nationale des Juifs en une religion universelle. Or, si nous apportons la preuve que cette espérance s'est réalisée dans le Christ, le judaïsme actuel est dans l'erreur lorsqu'il prétend, soit que le Messie n'est pas venu et qu'il viendra un jour comme un roi temporel à qui toutes les nations seront soumises, soit qu'il est venu, mais qu'il est resté inconnu à cause des péchés de son peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''205. — Conclusion générale''' — 1° De l'examen rapide que nous venons de faire des principales religions de l'humanité, il ressort qu'aucune ne porte les signes d’une origine ''surhumaine. ''— ''a) ''D'une part, leurs ''fondateurs ''ne sont pas, et généralement, ne prétendent pas être, des envoyés de Dieu; il arrive même parfois que leur existence, comme celle de Zoroastre, est problématique, ou que les récits qu'on fait de leur vie, comme c'est le cas pour Çakya-Muni, s'ont plutôt du domaine de la légende que de celui de l'histoire. — b) D'autre part, leur ''doctrine ''est mêlée d'imperfections, et les ''miracles ''qu'on leur attribue sont des faits, dont la réalité n'est pas suffisamment établie, ou qui sont explicables par une^ cause naturelle : tels sont, par exemple, les oracles de Delphes et de Memphis, ie8 faits miraculeux mis sur le compte de l'empereur Vespasien, et les faits de magie qui se produisent encore fréquemment de nos jours dans l'Extrême-Orient. 2° De ce que les religions que nous venons de passer en revue sont fausses, nous n'avons garde de conclure que le christianisme est vrai. Ce serait évidemment tirer une conséquence que ne renferment pas les prémisses. Mais n'est-ce pas un semblable ''illogisme ''que commettent les historiens rationalistes des religions, lorsqu'ils prétendent que, les religions ci-dessus mentionnées étant fausses, le christianisme l'est aussi. Il est vrai qu'ils cachent le vice de leur raisonnement sous une forme plus habile. Ou bien, en effet, ils accordent que la religion chrétienne est une religion supérieure, que sa doctrine est la plus belle, et son fondateur, l'homme idéal; en un mot, ils veulent bien concéder qu'elle est ''transcendante[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn160 [160]], ''mais pour mieux lui dénier toute origine divine. Ou bien ils exaltent les fausses religions et rabaissent la religion chrétienne pour pouvoir plus facilement conclure que toutes se valent, qu'il y a équivalence de doctrines et de fondateurs, et dès lors, que toutes les religions sont fausses. La seule réponse à de telles attaques c'est la démonstration de l'origine divine du christianisme, comme nous nous proposons de le faire dans la section suivante, en justifiant les titres du fondateur et en faisant ressortir la qualité de la doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Quand nous disons que la religion chrétienne est la seule vraie, et que toutes les autres formes religieuses sont fausses, cela ne veut pas dire qu'il y ait ''opposition totale ''entre l'une et les autres, ni que tout soit à condamner dans les fausses religions. Elles sont, au contraire, vraies et bonnes dans tous les points où elles sont d'accord avec la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE- '''- De Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions ''(Tricon) ; ''Religion et critique ''(Lecoffre). — Dufourcq, ''Histoire comparée des religions païennes et de la religion juive ''(Bloud). — Poulin et Loutil, ''La Religion ''(Bonne Presse). — Du Dictionnaire d'Alès : Condamin, art. ''Babylone et la Bible ; ''J. Huby, art. ''Religion des Grecs ; ''Mallon, art. ''Egypte ; ''Lagrange, ''Religion de l'Iran ; ''d'Alès, ''La Religion de Mithra ; ''Roussel, ''Religions de l'Inde ; ''Carra de Vaux, ''L'Islamisme et ses sectes ; ''Power, art. ''Mahomet ; ''Touzard, ''Le peuple juif dans l'Ancien Testament. ''— Bricout, ''Où en est l'histoire des religions ''(Letouzey). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II : LA DIVINITÉ DU CHRISTIANISME ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Les Documents de la Révélation. Valeur historique du Pentateuque et des Évangiles. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
206. — ''Deux méthodes ''s'offrent à l'apologiste chrétien pour démontrer ''l'origine divine ''du christianisme. — 1° Ou bien, procédant comme il vient d'être fait à propos des fausses religions, il va directement au ''fondateur ''et lui demande ses ''titres. ''Si celui-ci peut lui apporter le témoignage de nombreux miracles, dûment constatés et consignés dans des ''documents authentiques, ''dont la valeur et l'autorité ne sauraient être contestées, il &amp;quot;n'y a pas de doute : il est ''un envoyé divin, ''et nous n'avons plus qu'à écouter sa parole et accepter sa doctrine. — 2° Si cette première méthode paraît très logique, elle n'en a pas moins le défaut de ne pas être totalement ''conforme à l'histoire. ''Car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, ne s'est pas donné comme ''un ''simple envoyé de Dieu, mais comme ''l'Envoyé attendu par les Juifs, ''comme ''le Messie promis ''par Dieu au peuple qu'il s'était choisi et chez lequel il avait gardé le trésor de la vraie religion. La démonstration chrétienne ne doit pas être, par conséquent, une démonstration indépendante : le christianisme se présentant comme la troisième phase de la Révélation divine, et se rattachant plus particulièrement à la Religion mosaïque dont il se dit le couronnement, c'est, en réalité, la démonstration de cette triple Révélation qu'il s'agirait de faire. Pour cela, il est indispensable, avant tout, de ''vérifier les documents ''qui rapportent le ''fait ''de cette triple Révélation. Il faut donc établir la ''valeur historique : ''— ''a) ''du ''Pentateuque ''qui contient les deux premières Révélations : la Révélation primitive[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn161 [161]] et la Révélation mosaïque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn162 [162]] ; et — b) celle ''des Évangiles ''où est consignée la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons cette seconde méthode, de préférence à la première qui nous paraît incomplète et dangereuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn163 [163]], sans cependant nous croire obligé à faire la démonstration complète de l'origine divine des deux premières Révélations : leur vérité est en effet impliquée dans la démonstration chrétienne. Nous nous contenterons d'établir rapidement l'autorité humaine du Pentateuque, et d'indiquer la marche de la démonstration mosaïque (N° 213). Ce chapitre comprendra donc deux articles. 1° Le premier traitera de la ''valeur historique du Pentateuque. ''2° Le second, de la ''valeur historique des Évangiles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''REMARQUE PRÉLIMINAIRE AUX DEUX ARTICLES'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
207. — Il s'agit de savoir si les ''documents ''qui contiennent le ''fait ''de la Révélation méritent notre confiance tout aussi bien que les autres documents de l'histoire profane, tels que les Annales de Tacite et les Commentaires de César. Or, pour se rendre compte de la valeur historique d'un document, il faut le soumettre à un triple examen. La première chose à vérifier c'est le document lui-même : le possédons-nous dans sa teneur originelle et -tel qu'il est sorti des mains de son auteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn164 [164]] ? Le second point c'est de rechercher l'auteur. Le troisième c'est de s'assurer si cet, auteur est digne de foi. Ces trois conditions de la valeur historique d'un livre : ''intégrité, authenticité, véracité, ''nous allons voir si les deux documents de la triple Révélation, c'est-à-dire le Pentateuque et les Evangiles, les remplissent ; et, comme nous avons surtout besoin, dans cette seconde Partie, des documents de la Révélation chrétienne, nous insisterons davantage sur la valeur des Évangiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I — Valeur historique du Pentateuque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons démontrer dans trois-paragraphes : 1° ''l'intégrité ; ''2° ''l'authenticité, ''et 3° la ''véracité ''du Pentateuque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le Pentateuque. Son intégrité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''208. — 1° Le Pentateuque. — Division'''. — Le Pentateuque (du grec « ''pente ''» cinq et « ''teuchos ''» livre) est ainsi nommé parce qu'il contient cinq,, livres, à savoir : — ''a) ''lav ''Genèse ''(gr. « ''genesis ''» origine), qui raconte la &amp;quot;création et l'origine des choses ; — b) ''l’Exode ''(gr. « ''excodos» ''sortie), qui raconte la sortie des Israélites de la terre d'Egypte ; — c) le ''Lévitique, ''c'est-à-dire la loi des prêtres ou lévites, ainsi appelé parce qu'il est comme le rituel du culte et des sacrifices ; — d) les ''Nombres : ''appellation qui vient de ce que le livre commence par un dénombrement du peuple et des lévites; — e) le ''Deutéronome ''ou seconde loi ; livre qui contient une récapitulation de la loi déjà donnée. Le Pentateuque était désigné par les Juifs sous le nom de ''Torah, ''ou la ''Loi, ''parce qu'il contient la législation mosaïque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''209. — 2° Intégrité.''' — Avant de se servir d'un document, il est nécessaire, avons-nous dit, d'en contrôler le contenu, et de s'assurer si le texte qu'on a entre les mains est conforme au manuscrit autographe de l'auteur. La chose serait très simple si l'on possédait l'original, l'autographe même de l'auteur. Mais il n'en va pas ainsi quand il s'agit des ouvrages de l'antiquité. Les originaux en sont perdus depuis longtemps, et nous ne pouvons les connaître qu'à travers les copies plus ou moins fidèles qui en ont été faites. Il y a donc lieu de distinguer deux sortes d'intégrités : — ''a) l'intégrité absolue, ''quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive, et — b) ''l'intégrité substantielle, ''lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l'essence de l'ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'intégrité du Pentateuque actuel est une intégrité substantielle ''L'on comprend aisément que, dans un si long cours de siècles, quelques modifications se soient produites. La ''Commission biblique, ''dans son décret du 27 juin 1906, signale plus spécialement quatre sources de modifications : — 1. des ''additions ''postérieures à la mort de Moïse, même faites par un auteur inspiré : il est de la plus grande évidence que le récit de la mort de Moïse, à la fin du Deutéronome, est une addition ; —2. des ''gloses ''et des ''explications ''insérées dans le texte primitif[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn165 [165]] et qui avaient pour but d'expliquer les passages qui ne se comprenaient plus ; — 3. des termes et des expressions tombés en désuétude, et traduits en langage plus moderne; —4. enfin des leçons fautives attribuables à l'incorrection des copistes. Ceux-ci ont pu se tromper, soit involontairement en transcrivant un mot pour un autre, soit volontairement en croyant bien faire en corrigeant le texte qu'ils avaient sous les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme l'admet la ''Commission biblique, ''le Pentateuque a subi dans la suite des temps un certain nombre de modifications portant sur des points accessoires et n'atteignant pas le fond de l'ouvrage. Quelles furent ces modifications, c'est à la critique de le déterminer : la Commission biblique lui en reconnaît le droit, mais à une condition, c'est qu'elle justifie ses suppositions et qu'elle laisse le dernier mot à l'Église, celle-ci devant toujours juger, en dernier ressort, et dire si les critiques ont raison ou si leurs conclusions manquent de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''210. — 1°''' '''Définition. '''— On dit qu'un livre est ''authentique, ''quand il est bien de l'auteur auquel la tradition l'attribue. Ainsi, le Pentateuque est authentique s'il a été vraiment écrit par Moïse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''211. — 2° Authenticité.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''L'origine mosaïque du Pentateuque a été révoquée en doute par les critiques rationalistes. Mais, bien qu'ils affirment tous que le Pentateuque n'est pas l'œuvre de Moïse, ils sont incapables de se mettre d'accord sur l'auteur et le mode de composition de l'ouvrage. Parmi les hypothèses qu'ils ont faites, les trois principales sont : l'hypothèse ''documentaire, ''l'hypothèse ''fragmentaire si ''l'hypothèse complémentaire, — a) ''Hypothèse documentaire. ''Le Français Jean Astruc (en mort 1766), l'Allemand Eichhorn (mort en 1827) ont vu, le premier dans la Genèse seulement, le second dans tout le Pentateuque, une réunion de ''documents, ''dont les deux principaux sont :1e document ''élohiste ''et le document ''jahviste, ''ainsi dénommés parce que Dieu est appelé dans l'un ''Elohim, ''et dans l'autre, ''Jahweh. ''Cette opinion est restée en vogue, mais a subi des modifications ; de nos jours, les rationalistes considèrent généralement le Pentateuque comme la fusion de quatre documents : l’''Elohiste, ''le ''Jahviste, le Deutéronome ''et le ''Code Sacerdotal, ''rédigés tous à des dates diverses, allant du IXe au VIe siècle, de beaucoup postérieurs, par conséquent aux événements qu'ils rapportent et ne -pouvant être attribués à Moïse. — b) ''Hypothèse fragmentaire. ''Cette opinion, professée par l'Ecossais Geddbs (mort en 1802) et par l'Allemand Vater (mort en 1826), regarde le Pentateuque comme une réunion de nombreux fragments, d'ailleurs assez mal assemblés. — c) ''Hypothèse complémentaire. ''Cette hypothèse, dont l'Allemand Ewald (mort en 1875) fut le premier représentant, admet un ''écrit primitif, ''composé par des prêtres au XIe ou Xe siècle, ''l’Elohiste, ''auquel un auteur plus récent, qui appelait Dieu ''Jahweh, ''ajouta de nombreux ''suppléments[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn166 [166]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''repose sur quatre preuves traditionnelles, rappelées par la Commission biblique le 27 juin 1906 : — ''a) sur le témoignage de nombreux passages de l’Ancien Testament. ''D'abord le Pentateuque se présente à nous comme ayant été écrit par Moïse ''(Exode, ''xvii, 14 ; XXIV, 4 ; ''Deut., ''XXIX, XXX). Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment l'origine mosaïque : le livre de ''Josué ''en fait mention ; les ''Psaumes ''et les ''Prophètes ''sont tout imprégnés de la loi de Moïse. Supprimer Moïse et la Législation mosaïque contenus dans le Pentateuque, c'est rendre inintelligible toute l'Histoire sainte ; — &amp;amp;) ''sur la tradition juive, ''qui attribue le Pentateuque à Moïse : ainsi les écrivains Josèphe et Philon ne laissent aucun doute à cet égard ; — c) ''sur le témoignage du Nouveau Testament. ''Notre-Seigneur et les auteurs du Nouveau Testament parlent très souvent de Moïse : ils sont unanimes à le ''regarder comme l'auteur du Pentateuque (Mat., ''viii, 4 ; xix, 7, 8 ; ''Marc, ''VII, 10; XII, 26; ''Luc, ''xvi, 29, 31 ; xxiv, 44; ''Act., ''xxi, 21 ; xxvi, 22 ; Rom., x, 5) ; — d) ''sur les critères internes ''qui se tirent du livre lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire, cette quatrième preuve de ''l'origine mosaïque ''du Pentateuque est utilisée, en sens contraire, par les rationalistes dont nous avons signalé plus haut les principales hypothèses. C'est, en effet, sur la ''critique interne ''du livre qu'ils s'appuient pour prétendre que le Pentateuque est un ensemble d'écrits, — ''documents, fragments ''ou ''suppléments, ''— d'époques diverses et ne saurait être attribué à Moïse. Pour démontrer leur thèse, ils allèguent : — 1. les ''diversités de langue, ''de ''style, d'idées ''qui trahissent une époque et des auteurs différents ; — 2. ''l'emploi de deux noms, Elohim ''et ''Jahweh, ''pour désigner Dieu, — 3. les ''doublets, ''c'est-à-dire les faits racontés deux fois : il y a, par exemple, un double récit de la création, du déluge, de l'enlèvement de Sara, de l'expulsion d'Agar ; Joseph est vendu à des Ismaélites et à des Madianites : la chose leur paraît inexplicable dans l'hypothèse de l'unité de composition et d'auteur ; -— 4. ''les passages ''relatant des ''faits ''ou des ''institutions ''manifestement ''postérieurs à Moise, ''par exemple, les endroits où il est question de la terre au-delà du Jourdain que Moïse n'habita jamais, de la mort de Moïse, et de lois concernant le royaume ''(Deut, ''xvii, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces difficultés soulevées par les rationalistes, nous répondrons, en nous inspirant des conclusions de la ''Commission Biblique : ''— 1. que de nombreux ''mots égyptiens ''témoignent que l'auteur a vécu en Egypte, ce qui est le cas de Moïse, que les ''diversités de langue et de style ''s'expliquent non seulement par la diversité des sujets, mais par ce fait que Moïse a pu se servir de ''secrétaires qui, ''sous sa direction et d'après son plan ont rédigé, chacun, des œuvres complètes par elles-mêmes et souvent parallèles, qu'il a pu utiliser, lui-même ou par ses collaborateurs, des ''sources, ''antérieures ou contemporaines, écrites ou orales, sources qui ont été insérées, ''mot à mot, ''ou quant aux ''idées, ''tantôt abrégées, tantôt développées comme certains épisodes de l'histoire d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Ajoutons, d'autre part, que rien, dans le ''décret de la C. B. du ''27 ''juin ''1906 ne nous oblige à supposer que ces œuvres de Moïse et de ses scribes auraient été fusionnées en un seul tout de leur vivant. Il nous suffit de croire que ces documents remontent à Moïse, qu'ils en dépendent, qu'ils lui sont imputables et n'ont subi aucune altération substantielle. — 2. L'emploi des deux mots, ''Elohim ''et ''Jahweh ''pour nommer Dieu, n'implique nullement qu'il y ait eu deux sources ou deux auteurs différents : les deux mots, en effet, n'ont pas le même sens ; le premier désigne Dieu en tant que Créateur et Providence, le second désigne le Dieu d'Israël, le Dieu qui a contracté une alliance solennelle avec son peuple d'élection. — 4. Pour ce qui concerne les ''passages d'origine certainement postérieure à Moïse, ''la chose s'explique par des modifications qui ont pu se produire au cours des siècles sans détruire, pour cela l'intégrité substantielle (V. N° 209).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des quatre preuves qui précèdent il résulte que ''l'authenticité mosaïque du Pentateuque reste incontestable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Véracité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
212. — De ce que le Pentateuque est substantiellement intègre et qu'il est l'œuvre de Moïse, pouvons-nous conclure qu'il est ''digne de foi ? ''Ou mieux, le témoignage de Moïse que nous trouvons dans le Pentateuque, réunit-il les conditions de la véracité ? Un témoignage est véridique, il mérite d'être cru, lorsque le témoin n'a pas pu se tromper et n'a pas voulu tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn167 [167]]. Or en est-il ainsi pour ce qui concerne le témoignage de Moïse? Que Moïse n'ait pas pu se tromper, cela paraît bien évident, car il racontait les faits dont lui-même avait été le principal acteur. Pas davantage il n'a voulu tromper ; quel intérêt aurait-il eu à le faire ? Mais, même s'il en avait conçu le dessein, la chose lui aurait été impossible, car il écrivait pour son peuple qui, lui aussi, avait été témoin et acteur des événements que Moïse racontait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
213. — '''Remarque. '''— La valeur historique du Pentateuque une fois admise, il faudrait démontrer ici ''l'origine divine ''de la Révélation ''primitive, ''et surtout de la Révélation ''mosaïque, ''à laquelle la Révélation chrétienne se rattache si étroitement. Nous indiquerons seulement la marche à suivre pouf la Révélation mosaïque. Deux points sont à discuter, comme nous l'avons fait pour les fausses religions : les ''titres du fondateur ''et la ''valeur de la doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE FONDATEUR. ''— La mission divine du fondateur, ressort de ce fait que, par son intermédiaire, Dieu a opéré de nombreux prodiges, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Rappelons seulement les Dix plaies d'Egypte, le passage de la Mer Rouge, la manne qui nourrit les Israélites durant quarante jours dans le désert, l'apparition de Dieu sur le Sinaï, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOCTRINE. ''— Pour faire apparaître la transcendance de la religion juive, il suffirait d'en signaler les deux traits essentiels : le monothéisme et l'idée messianique : — ''a) ''Et d'abord le ''monothéisme, ''c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique et créateur et l'adoration exclusive de ce Dieu. Or ce monothéisme est un fait unique dans l'histoire des religions : à lui seul, il suffit à classer la religion juive hors de pair. Aucune cause naturelle ne peut en donner une explication suffisante : ni la race, ni le climat, ni la langue, ni les circonstances ne sont des causes acceptables ; le peuple juif, en effet, n'était-il pas entouré de peuples de même race, sémites comme lui, de même langue, Assyriens, Arabes, Araméens qui tous étaient polythéistes ? Mieux que cela : les Juifs eux-mêmes n'étaient-ils pas enclins à l'idolâtrie, ne s'y sont-ils pas laissé entraîner maintes fois au point que les rationalistes ont pu prétendre que la nation juive a commencé comme toutes les autres, par le polythéisme ? ''Le monothéisme hébreu n'est donc explicable que par l'intervention surnaturelle de'' ''Dieu. ''Si le peuple juif ne reconnaît d'autre Dieu que Jahvé, s'il bannit du camp ou de la ville toute idole qui rappellerait le souvenir d'un dieu étranger, c'est parce qu'il a reçu l'enseignement de Moïse qui l'a instruit au nom de Dieu, enseignement que les prophètes devront plus tard lui rappeler tant de fois pour le retenir dans la voie tracée par Dieu et le garder de l'idolâtrie. — b) Le second caractère de la religion juive c'est ''l'espérance messianique. ''Si, d'une part, Moïse et les prophètes ont proclamé que le monothéisme était le dogme essentiel de leur religion, ils ont, d'autre part, annoncé que leur ''religion n'était pas définitive ''et qu'à sa forme imparfaite et restreinte succéderait une autre forme religieuse destinée à devenir la religion universelle. Et de cette future religion ils ont prédit qu'un Envoyé de Dieu, un Messie, serait l'apôtre et le fondateur. L'espérance messianique c'est donc l'attente du royaume de Dieu qui s'étendra à tout l'univers et l'attente d'un Roi, d'un Oint, — Christ ou Messie, — qui conquerra le monde au vrai Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question qui maintenant va se poser, c'est par conséquent de savoir si cette espérance est réalisée, si elle est désormais un fait accompli. Les apologistes chrétiens qui répondent affirmativement, ont donc pour tâche de montrer que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, est bien le Messie attendu, fit qu'il l'est parce qu'il réalise en sa personne tous les caractères annoncés par les Prophètes : de la tribu de Juda et de la race de David, et parce qu'il a prouvé son origine divine par ses œuvres. C'est le travail que nous ferons quand nous aurons vérifié tes documents de la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Valeur historique des Évangiles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
214. — Les quatre Évangiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn168 [168]] selon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn169 [169]] saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont les ''principaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn170 [170]] documents qui contiennent le ''fait ''de la Révélation chrétienne. Il y a donc lieu, comme pour le Pentateuque, d'en rechercher la valeur historique. Dans trois paragraphes nous établirons : 1° leur ''intégrité ; ''2° leur ''authenticité ; ''et 3° leur ''véracité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Intégrité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
215. — ''Les textes actuels des Évangiles sont-ils tels qu'ils sont sortis des mains de leurs auteurs? ''Telle est la première question qui se pose. Que la solution en soit difficile, on le devine aisément, si l'on remarque, d'un côté, que les originaux, écrits sans doute sur du papyrus, matière friable et de peu de durée, ont disparu depuis longtemps, et de l'autre, que les critiques ont relevé plus de 150.000 ''variantes ''dans les nombreuses copies qui en ont été faites. Variantes qui n'ont du reste rien d'étonnant, car il était impossible que le texte primitif passât entre tant de mains sans être altéré, au moins dans ses détails. Parfois les copistes ont oublié des mots, passé une ligne, écrit un mot pour un autre ; parfois aussi les variantes n'étaient pas accidentelles, et il est arrivé que les copistes ont, de propos délibéré, substitué à un passage obscur des expressions qu'ils jugeaient meilleures ou même remplacé des idées par d'autres plus conformes à leurs opinions personnelles et à leurs préoccupations doctrinales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier travail de la ''critique historique ''a donc été de reconstituer, aussi fidèlement que possible, les textes originaux, au moyen des manuscrits [171] qui ont été retrouvés, des versions anciennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn172 [172]] et des citations des Pères[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn173 [173]]. La chose n'allait pas sans difficultés, vu le grand nombre de variantes. Toutefois, comme la plupart de ces dernières sont sans importance et que les corrections tendancieuses sont plutôt ''rares[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn174 [174]] et assez facilement reconnaissables, il n'y a pas à douter que le ''texte critique actuel ''soit identique dans sa substance, au texte original.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
216. — Voici, du reste, pour chaque Évangile, les ''endroits dont l'authenticité est mise en doute. ''— ''a) Saint Matthieu. ''La question d'authenticité du premier Évangile est plus complexe que celle des autres: la raison en est que cet Évangile a été très vraisemblablement écrit d'abord dans l'idiome araméen, la langue courante des Juifs de Palestine, puis traduit en grec. Quel rapport exact y a-t-il entre le texte grec que nous possédons et le texte primitif araméen? A cette question la Commission biblique a répondu, dans son décret de juin 1911, que l'Évangile grec est en substance identique à l'Évangile écrit par l'Apôtre dans la langue de son pays. — ''b)'' ''Saint Marc. ''Seule l'authenticité de la finale (xvi, 9-20) a été rejetée par un certain nombre de critiques sous le prétexte qu'elle manque dans beaucoup de manuscrits anciens et qu'elle n'est pas conforme au style de saint Marc. La Commission biblique (26 juin 1912) a déclaré qu'il fallait tenir Marc pour l'auteur des douze derniers versets. — ''c)'' ''Saint Luc. ''Il n'y a discussion que sur quelques points de détail, spécialement sur les versets 43 et 44 du chapitre xxii La Commission biblique a décrété (26 juin 1912) qu'il n'est pas permis de douter de la canonicité des récits de saint Luc sur l'Enfance du Christ, sur l'Apparition de l'Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang. — ''d) Saint Jean. ''Les difficultés à propos du IVe Évangile se bornent à trois passages : 'au récit relatif à l'ange de la piscine probatique (v, 3, 4), à l'épisode de la femme adultère (VII, 53 ; VIII, 11) et enfin à l'appendice (xxi). Mais n'insistons pas. Ces différents passages que nous venons de mentionner, — les seuls dont l'authenticité soit sérieusement contestée, — sont de peu d'intérêt pour l'apologétique et ne doivent guère être utilisés dans les arguments qui serviront à la démonstration de la divinité du christianisme. Qu'ils aient été interpolés ou non, c'est donc ici une question secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
217. — Les Évangiles une fois reconstitués dans leur texte primitif, il faut rechercher de qui ils viennent, quels en sont les ''auteurs ''et quelle en est la ''date de composition. ''Un document n'a en effet de valeur, que dans la mesure où l'auteur a pu connaître les faits qu'il rapporte et a voulu les rapporter fidèlement. Les Évangiles ont-ils été écrits par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, comme l'apologiste chrétien le prétend, conformément à la doctrine de l'Église? Ce n'est pas par les écrits eux-mêmes que nous pouvons l'apprendre, car, outre que les anciens et spécialement les Orientaux, ne mettaient pas leur nom-en tête de leurs ouvrages, nous avons dit plus haut qu'il y a beau temps que les originaux ont disparu. L'authenticité des Évangiles ne peut donc être établie que par deux sortes d'arguments : — ''a) ''des ''arguments extrinsèques, ''tirés du témoignage de l'histoire, et — b) des ''arguments intrinsèques ''tirés de la critique interne, c'est-à-dire de l'examen du livre lui-même, de son style, de sa méthode, de ses idées, des idées surtout, car il va de soi que les idées d'une époque ne peuvent être fidèlement rendues que par un contemporain. C'est en nous appuyant sur ces deux arguments que nous allons démontrer l'authenticité de chaque Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Authenticité de l'Évangile de saint Matthieu. '''— A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, la tradition commune dans toutes les Églises chrétiennes admet que l'apôtre saint Matthieu est l'auteur de notre premier Évangile : ainsi en témoignent Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Irénée. Ce dernier disait vers 185 : « Ainsi, Matthieu publia par écrit l'Évangile chez les Hébreux, dans leur langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l'Église.» Déjà, au milieu du ne siècle, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie, et qui fut l'ami de Polycarpe, disciple de saint Jean, parlait de l'Évangile hébreu composé par saint Matthieu : « Matthieu, disait-il, écrivit les ''Logia ''en langue hébraïque, et chacun les a traduits comme il a pu. » Et les critiques les plus en vue pensent que le terme de ''logia ''ne doit pas être restreint aux discours du Seigneur, mais qu'il peut s'appliquer à des récits et désigner par conséquent notre Évangile actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit par les témoignages qui précèdent, les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles attribuent unanimement la composition du premier Évangile à l'apôtre saint Matthieu. La chose ne peut s'expliquer que par la vérité du fait, car s'il s'était agi de mettre un ouvrage anonyme sous l'autorité d'un nom célèbre, on aurait choisi un nom plus en relief, celui de Pierre, par exemple, et non pas celui de saint Matthieu, tard venu dans l'apostolat et qui n'avait joué dans le collège apostolique qu'un rôle accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— Le témoignage de la tradition est confirmé par la ''critique interne ''du livre. Celle-ci établit, en effet, que l'auteur était à la fois, ''juif palestinien, publicain, ''et qu'il ''écrivait pour les Juifs convertis : ''trois caractères qui conviennent parfaitement à l'apôtre saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘A) ''L'auteur du premier Évangile était ''juif palestinien. ''Les hébraïsmes abondent dans son œuvre. On sent qu'il est au courant de toutes les coutumes juives ; il connaît la loi de Moïse et les prophètes mieux qu'aucun autre. En outre, il décrit la Palestine avec une stricte fidélité ; il sait la topographie des lieux : Capharnaüm est désigné comme une ville maritime sise sur les confins de Zabulon et de Nephtali, il parle des lis qui couvrent les champs, des rudes tempêtes qui s'élèvent sur le lac de Génésareth, etc. L'auteur était donc palestinien ou tenait ses renseignements d'un palestinien. — b) L'auteur était ''publicain, ''du moins si l'on s'en rapporte à la compétence spéciale qu'il témoigne en matière d'impôts. Seul des évangélistes, il note que l'apôtre saint Matthieu était publicain à Capharnaüm et, dans son énumération des Apôtres, il nomme Thomas avant lui, tandis que saint Marc et saint Luc font le contraire. Il est à supposer dès lors que par humilité il a laissé la première place à son compagnon. — c) L'auteur écrivait ''pour des Juifs convertis : ''la preuve en est qu'il emploie de nombreuses locutions d'origine araméenne, telles que rabbi, raca, mammona, gehenna, corbona, sans éprouver le besoin de les expliquer. Mais ce qui indique encore mieux qu'il s'adresse à des Juifs, c'est le dessein de son ouvrage. Partout il apparaît qu'il veut prouver que Jésus était le Messie. Pour cela il place en tête de son Évangile l'arbre généalogique qui montre dans le Sauveur un descendant de David et d'Abraham ; puis, à chaque instant il rappelle que Jésus accomplit les prophéties anciennes. Un tel but et une telle méthode n'auraient pas de raison d'être avec d'autres lecteurs que des Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc ''conclure ''que l'authenticité du premier Évangile repose sur un ensemble de preuves, d'ordre externe et interne de la plus grande valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— La majorité des critiques catholiques placent la composition du premier Évangile entre 36 et 70, et croient que saint Matthieu l'a écrit en Palestine, peut-être à Jérusalem. De toute façon, il n'est pas possible de reculer la date après 70, comme l'ont fait les rationaliste» en général, encore moins de la rejeter jusqu'à 130, selon le système de l'école de Tubingue. (Baur.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''218. — 2° Authenticité de l'Evangile de saint Marc.''' — A. ''ARGU­MENT EXTRINSÈQUE. ''— L'on possède, à partir du ne siècle, de nombreux témoignages qui attribuent le second Évangile à saint Marc, disciple de saint Pierre à Rome : les principaux sont ceux de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, du ''Canon de Muratori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn175 [175]], de saint Justin, de Papias. Ce dernier rapporte, vers 150, que « Marc, l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, non pas cependant dans leur ordre chronologique, tout ce dont il se souvenait, des choses dites ou faites par Jésus. Car il n'avait pas vu le Seigneur et ne l'avait pas accompagné, mais il avait accompagné Pierre qui donnait ses enseignements selon les besoins de ceux qui l'écoutaient... De la sorte, Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il se les rappelait. Sa seule préoccupation était de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de ne rien altérer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le témoignage de la tradition représente une valeur de premier ordre, car il est incontestable que, le second Évangile contenant les souvenirs de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de le lui attribuer si par ailleurs on avait eu des doutes sur le véritable auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'étude du livre lui-même il résulte que l'auteur était juif, disciple de saint Pierre et qu'il a écrit pour des Romains : — ''a) Il était juif, ''comme le témoignent les nombreux hébraïsmes qu'on y rencontre et les citations syro-chaldaïques ou araméennes telles que « Ephpheta» (ouvre-toi) VII, 34 ; « Eloï, Eloï, lamma sabachtani» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?), xv, 34. La manière dont il décrit les usages, les mœurs, et la géographie de la Palestine, indiquent même qu'il était juif palestinien, et qu'il s'était trouvé à Jérusalem lors de la mort de Jésus, car le jeune homme, dont il est parlé dans la scène de l'arrestation à Gethsémani, qui suivait Jésus « n'ayant sur le corps qu'un drap », semble bien ne pas être autre que lui-même. — b) Il était ''disciple de saint Pierre. ''Cela ressort de la place prépondérante que saint Pierre occupe dans cet Évangile : tous les faits et gestes du premier des apôtres y sont rapportés avec la plus grande précision. L'auteur s'étend même avec plus de complaisance sur les défauts, les faiblesses et les fautes du chef de l'Église que sur ce qu'il y a de glorieux dans sa vie : ce qui ne s'explique que si l'auteur reproduit la prédication de saint Pierre. — c'') ''Le second Évangile a été ''écrit pour des Romains. ''Les multiples détails qu'il fournit à ses lecteurs sur la langue, les mœurs, les coutumes juives, le soin qu'il prend de traduire les termes araméens qu'il cite, les expressions et tournures latines qui abondent dans sa langue grecque, en sont une preuve très nette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or tous les caractères que nous venons d'indiquer conviennent bien à Marc, disciple de saint Pierre, et dont la mère, nommée Marie, possédait à Jérusalem une maison où Pierre s'abrita lorsqu'il sortit de la prison d'Hérode ''Actes, ''xii, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— D'après les critiques catholiques, le second Évangile a été écrit au plus tard de 67 à 70, et fort probablement à Rome, vu que l'ouvrage était destiné aux Romains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''219. — 3° Authenticité de l'Évangile de saint Luc'''. — A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''Dès la fin du IIe siècle, la ''tradition commune ''attribue le troisième Évangile à saint ''Luc, ''disciple et compagnon de saint Paul, « le médecin bien aimé», comme l'apôtre des Gentils l'appelle dans son ''Épître aux Colossiens ''(iv, 14). Parmi les principaux témoignages, il faut citer ceux de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, de Tertullien, du ''Canon de Muratori. ''Or, saint Luc était dans la communauté chrétienne un personnage trop obscur pour qu'on mît sous son nom une œuvre qui représentait en partie la prédication de saint Paul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE, -r ''L'analyse interne du livre confirme le témoignage de la tradition. Elle montre, en effet, que l'auteur était médecin, grec d'origine et esprit cultivé, et disciple de Paul. — ''a) IL était médecin, ''comme le prouve la précision avec laquelle il décrit les maladies ; — ''b) grec d'origine et esprit cultivé : ''un style plus pur et plus élégant que celui des deux premiers Évangiles, une plus grande richesse de vocabulaire, un art plus grand dans la composition, sont un indice certain que le grec était la langue maternelle de l'auteur ; — c) ''disciple de saint Paul. ''Il y a, en effet, entre le troisième Évangile et les écrits de saint Paul, des affinités remarquables, tant au point de vue du ''fond ''que de la ''forme. ''Le récit de la Cène dans le troisième Évangile (xxii, 17, 20) est presque identique à celui de la première Épître aux Corinthiens (xi, 23, 25). Le troisième Évangile, plus que les autres, met en relief les thèses favorites de saint Paul : la nécessité de la foi, la gratuité de la justification et le caractère universel du christianisme. Et quant à ce qui concerne la forme, on a pu relever 175 mots particuliers aux deux écrivains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— L'opinion de la plupart des catholiques et même des protestants, c'est que le troisième Évangile a été composé avant l'an 70, soit à Borne, soit en Asie-Mineure, soit à Corinthe ou à Césarée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''220.— 4° Authenticité de l'Évangile de saint Jean'''. — L'authenticité du quatrième Évangile est niée par un certain nombre de ''critiques protestants ''et ''rationalistes ''(Baur, Strauss, J. Réville, Loisy). Beaucoup de ''critiques libéraux, ''parmi lesquels Renan, Harnack, Julicher, lui reconnaissent une authenticité partielle : le quatrième Évangile contiendrait un fond traditionnel, plus ou moins important, qui aurait l'apôtre saint Jean pour auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'authenticité de l'Évangile de saint Jean, admise par tous les critiques catholiques, repose sur les mêmes arguments que celle des trois premiers Évangiles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, nombreux sont déjà les témoignages qui attribuent le quatrième Évangile à l'apôtre saint Jean. Outre ceux de Tertullien, du ''Canon de Muratori, ''de Théophile d'Antioche, voici deux témoignages importants : — 1. ''celui de saint Irénée, ''évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean. Il écrit vers 185 : « Jean, disciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, a écrit lui-même aussi son Évangile, tandis qu'il vivait a Éphèse, en Asie»; —2. ''celui de Clément d'Alexandrie ''qui écrit, quelques années après saint Irénée, que « d'après la tradition des Anciens, Jean, le dernier des Évangélistes, a écrit l'Evangile spirituel, sous l'inspiration du Saint-Esprit et à la prière de ses familiers. » — 3. La tradition chrétienne est elle-même corroborée par les témoignages de la ''tradition hétérodoxe. ''Celse, les ''judaïsants, ''les gnostiques Basilide et Valentin sont formels en faveur de l'origine johannique du quatrième Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le quatrième Évangile était déjà répandu dans tout l'univers chrétien, au milieu du ne siècle, ce qui suppose qu'il remonte au Ier siècle, et des témoins orthodoxes et hétérodoxes autorisés l'attribuent à l'apôtre saint Jean. Il est invraisemblable qu'ils se soient trompés sur le véritable auteur et qu'ils aient confondu Jean l'apôtre avec Jean l'Ancien, dont parle Papias ; il est du reste assez probable que les deux noms désignent la même personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'examen intrinsèque du livre il résulte que l'auteur du quatrième Évangile était juif d'origine, apôtre, plus que cela, qu'il était « l'apôtre que Jésus aimait ». — ''a) ''IL était ''juif d'origine. ''Les nombreux hébraïsmes que l'on rencontre dans sa langue grecque, les termes araméens qu'il cite et qu'il interprète très correctement à ses lecteurs, les usages juifs qu'il décrit fidèlement, les détails topographiques qu'il donne sur la Palestine et sur Jérusalem, tout cela prouve bien que nous avons affaire à un auteur familiarisé avec les idées juives, avec la langue et les traditions religieuses des Juifs. — b) L'auteur était un ''apôtre. ''Les récits des faits sont si vivants, si précis et si intimes qu'ils supposent un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu. — c) L'auteur était « ''l'apôtre que Jésus aimait». ''Si nous en croyons le dernier chapitre dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, le quatrième Évangile a pour auteur « le disciple que Jésus aimait » (xxi, 20, 24). Or des trois apôtres : Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qui étaient dans une familiarité plus grande avec Notre-Seigneur, les deux premiers doivent être éliminés, car ils étaient morts bien avant la composition du livre. Il faut remarquer en outre que l'Apôtre Jean et les membres de sa famille ne sont jamais nommés explicitement dans le quatrième Evangile, tandis que les autres apôtres le sont fréquemment. Ce silence est tout naturel dans l'hypothèse où l'auteur du livre tairait son nom par discrétion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— Le quatrième Évangile a été composé à ''Éphèse, ''vers la fin du Ier siècle, entre 80 et 100, du moins d'après l'opinion des critiques catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn176 [176]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3.   —   Véracité des Évangiles =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
221. — Les Évangiles nous sont parvenus dans leur ''intégrité substantielle, ''et ils ont bien pour ''auteurs ''deux apôtres : saint Matthieu et saint Jean, et deux disciples d'apôtres : saint Marc et saint Luc. Troisième question à résoudre : quelle est la ''valeur historique ''de ces documents?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Deux conditions ''sont requises pour qu'un historien soit digne de foi, Il faut 1° qu'il soit ''bien informé ''et 2° qu'il soit ''sincère ''(V. Nos 166 et 169). Connaître les événements tels qu'ils se sont déroulés, savoir la vérité et vouloir la dire, tout est là. Nous allons donc rechercher si les Évangélistes ont rempli ces deux conditions, en nous posant la question séparément, pour les Synoptiques, c'est-à-dire les trois premiers Évangiles, et pour le quatrième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''222. — I. Valeur historique des Synoptiques. '''— Le mot « ''Synoptiques ''» attaché aux trois premiers Évangiles vient de ce que, si l'on dispose les textes de ces trois Évangiles sur trois colonnes, en prenant soin de faire correspondre les parties communes, l'on obtient une ''synapse ''(gr. « ''sunopsis» ''vue simultanée), c'est-à-dire une vue d'ensemble du contenu évangélique, concordante en de nombreux points.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour déterminer la ''valeur historique ''des Synoptiques, nous allons donc répondre à cette double question : 1° Les trois premiers Évangélistes étaient-ils bien informés? 2° Étaient-ils sincères?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''223. — 1°''' '''Les trois premiers Évangélistes étaient bien informés. '''— Pour établir ce premier point, un travail préliminaire s'impose : il faut étudier les documents eux-mêmes pour savoir comment ils ont été composés. Sont-ils des récits de témoins oculaires et auriculaires qui se bornent à rapporter exactement ce qu'ils ont vu et entendu? Ou bien ont-ils été écrits par des historiens qui ont puisé à des, sources et utilisé d'autres documents? Autrement dit, sont-ils œuvres de première main ou œuvres de seconde main? Et s'ils sont œuvres de seconde main, quelle est la valeur de leurs sources? Ceux de qui ils tiennent leurs renseignements sont-ils dignes de foi? Cette question, nous sommes d'autant plus amenés à la poser, que les trois premiers Évangiles présentent entre eux des ''ressemblances ''frappantes, tandis qu'ils diffèrent entièrement du quatrième. Comment expliquer leurs rapports? Problème délicat qui n'a reçu jusqu’'ici d'autre solution que celle d'hypothèses plus ou moins acceptables. Nous allons dire un mot et du ''problème ''et des ''solutions ''qui ont été proposées pour le résoudre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
224. — A. ''LE PROBLÈME SYNOPTIQUE. ''— Si l'on compare les trois premiers Évangiles entre eux, on n'est pas longtemps à discerner de nombreux passages identiques, à côté d'autres absolument divergents. — ''a) Ressemblances. ''1. Tout d'abord ''même plan général. ''Alors que le quatrième Évangile ne reproduit que le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, les trois premiers adoptent une division quadripartite et encadrent les événements de la vie publique de Notre-Seigneur dans ces quatre points : le baptême de Jésus, le ministère en Galilée, le voyage à Jérusalem et la dernière semaine dans la Ville Sainte (passion, mort et résurrection). — 2. ''Récits des mêmes faits. ''Les trois premiers Évangiles rapportent souvent les mêmes miracles et, qui plus est, dans le même style et les mêmes expressions ; mêmes discours aussi, surtout dans saint Matthieu et dans saint Luc, introduits par les mêmes procédés et se dénouant par les mêmes conclusions. — b) ''Divergences. ''A côté de ces ressemblances, des divergences curieuses. C'est ainsi qu'on trouve dans saint Matthieu et saint Luc des récits de l'enfance de Jésus, différant de l'un à l'autre, tandis qu'ils font complètement défaut dans saint Marc. En outre, la partie ''narrative ''est plus développée dans saint Marc, les discours moins abondants. Des parties sont spéciales à chacun des Evangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
225. — B. ''SOLUTIONS PROPOSÉES. ''— Les trois principales solutions proposées pour résoudre le problème synoptique sont les hypothèses de la dépendance mutuelle, de la tradition orale et des documents — 1. ''Hypothèse de la dépendance mutuelle. ''D'après les partisans de ce système, les Évangiles se seraient utilisés réciproquement, ou plus exactement, ceux de date postérieure, auraient utilisé l'œuvre de leurs devanciers. Mais qui écrivit le premier ? Ici, désaccord entre les critiques ; l'hypothèse la plus généralement suivie, suppose que Marc, qui est le plus bref, est antérieur à saint Luc et à saint Matthieu ''(version grecque), ''et leur a servi de source. — 2. ''Hypothèse de la tradition orale. ''D'après ce système (Meignan, Cornély, Fillion, Fouard, Le Camus, Levesque...) les Evangiles n'auraient pas d'autre source ou du moins, auraient pour source principale, la ''tradition orale ; ''ils seraient la reproduction de la catéchèse ou prédication primitive. Les Apôtres et les missionnaires de la nouvelle religion, voulant donner un enseignement unique, auraient été amenés à faire un choix dans les actes et les paroles du Seigneur : voilà comment nous retrouvons ''le ''même ''fond ''dans les trois Evangiles. Bien plus, les Apôtres, hommes simples et sans culture, ne se préoccupaient pas de varier la forme sous laquelle ils présentaient ce fond identique : à force d'être répété, ce qui faisait la matière de la catéchèse, finit donc par prendre une ''forme unique, ''et pour ainsi dire, stéréotypée. Cependant la tradition orale étant appelée, sinon à se perdre, du moins à s'altérer- peu à peu avec la disparition des témoins de la vie du Christ, les chrétiens voulurent la fixer dans des écrits autorisés : d'où l'origine des Synoptiques. Ainsi les ''ressemblances ''s'expliqueraient par un fond unique qui était l'objet principal de la catéchèse primitive. Les ''divergences ''ne s'expliqueraient pas moins bien par ce fait que la catéchèse devait être adaptée aux milieux différents auxquels s'adressaient les premiers prédicateurs de la foi. Il est clair que le point de vue juif n'était pas le même que le point de vue grec ou romain. Devant les Juifs il s'agissait de montrer que Jésus était le vrai Messie, annoncé par les prophètes, et qu'il avait fondé le royaume attendu. A Rome ou dans les villes grecques, l'argument prophétique étant sans portée, les Apôtres présentaient Jésus comme un envoyé divin à qui Dieu avait donné tous ses pouvoirs. — 3. ''Hypothèse des documents. ''D'après cette hypothèse, les rapports des Synoptiques seraient dus à l'emploi de documents écrits ; les uns (Eichhorn...) supposent un seul document primitif plus ou moins retouché ; d'autres (Schleiermacher, Renan, Schmiedel, Loisy) admettent à la base des synoptiques plusieurs documents araméens et grecs que les auteurs sacrés auraient utilisés et adaptés à leur but ; d'autres enfin (Weiss, Wendt, Stapfer, A. Rêville...) distinguent dans les Évangiles deux sources principales : un Proto-Marc en grec ou recueil des principaux faits et discours du Seigneur et un Proto-Matthieu en hébreu ou recueil de discoure. Une hypothèse plus récente (Batiffol, Ermoni, Lagrange, Gigot, Camerlynck) suppose, au lieu d'un Proto-Marc, le Marc actuel lequel aurait été utilisé par les deux autres Synoptiques qui se seraient servis en même temps des ''Logia ''ou discours du Proto-Matthieu et d'autres sources particulières, comme le témoigne saint ''Luc ''(i, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que valent ces trois hypothèses? ''— L'hypothèse 1 de la ''dépendance commune ''n'explique pas les divergences qui existent entre les trois documents Saint Marc, en effet, n'a pu servir de source que pour les faits. D'autre part, si l'on suppose que saint Luc a utilisé saint Matthieu, comment se fait-il que leurs récits de l'enfance de Jésus ne concordent pas, et que des discours et des paraboles de saint Matthieu manquent chez Luc, alors que tous deux attachent tant de prix à l'enseignement de Jésus? — L'hypothèse 2 de la ''tradition orale ''rend bien compte de la ressemblance générale au point de vue du fond : il est assez vraisemblable que la catéchèse primitive ait eu le même objet : mêmes faits, mêmes miracles, 'mêmes discours. Mais ce que cette hypothèse n'explique pas, c'est 1) que les mêmes faits soient groupés dans le même ordre et par des liaisons artificielles identiques, et 2) que les auteurs sacrés s'accordent dans des détails secondaires, tandis qu'ils diffèrent dans des parties plus importantes telles que la formule de l'oraison dominicale et le récit de l'institution de l'Eucharistie. Incontestablement, ces particularités supposent une dépendance à l'égard de documents écrits. — L'hypothèse 3 d'un ''document primitif unique ''est inadmissible, car on ne comprend pas dans ce cas pourquoi saint Marc aurait éliminé les discours. L'hypothèse de ''plusieurs documents ''rend bien compte des divergences, mais non de l'accord des écrivains sacrés, soit dans leur plan général, soit dans le choix des matériaux, soit dans l'ordre où ils les ont disposés. Aussi l'hypothèse des deux sources a-t-elle été rejetée par la Corn. Biblique le 26 juin 1912.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusions. ''— 1. Aucune des trois hypothèses : dépendance mutuelle, tradition orale, documents, n'est donc satisfaisante. On ne peut dès lors résoudre le problème synoptique par l'une de ces trois hypothèses, à l'exclusion des autres. L'explication la plus vraisemblable consiste sans doute à les combiner toutes les trois et à prendre ce qu'il y a de bien dans chacune. Tout d'abord il convient de faire une part très large à l'influence de la tradition orale. Puis il est à supposer que chaque Évangéliste a utilisé ses souvenirs personnels et ses sources particulières. Enfin rien n'empêche de croire, pour expliquer le plan général, que les Synoptiques se soient servis d'un ou de deux documents primitifs : l'un contenant une sélection des actes du Seigneur, l'autre étant un choix de ses discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quoi qu'il en soit du ''mode de composition ''des Synoptiques, il ressort de ce qui vient d'être dit, - et telle est l'unique question qui nous intéresse ici, — que nous pouvons considérer le témoignage des trois premiers Évangiles comme venant d'historiens ''bien informés, ''car, ou bien les Synoptiques racontent ce dont eux-mêmes ont été les témoins, ou ils rapportent ce que beaucoup d'autres avaient vu et entendu, ce qui faisait l'objet de la prédication courante, ce que les premiers missionnaires de la religion chrétienne annonçaient partout, sans que leurs adversaires aient pu les convaincre d'erreur. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous sommes en présence de témoins qui connaissaient exactement les choses qu'ils rapportaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
226. — 2° Les trois premiers Évangélistes étaient sincères. — Non seulement les Synoptiques étaient ''bien informés, ''mais ils étaient ''sincères. ''Leur sincérité ressort avec évidence : — a) ''de la critique interne des Evangiles. ''Les récits que nous y trouvons donnent l'impression que nous avons affaire à des gens qui rapportent les faits tels qu'ils se sont passés, et qui disent les choses telles qu'elles sont : c'est ainsi qu'ils font d'eux-mêmes un portrait peu flatteur ; ils n'hésitent pas à confesser leur basse extraction, à dévoiler leur intelligence étroite et bornée, leurs faiblesses, leur lâcheté au cours de la Passion de leur Maître, leur découragement après sa mort, leur incrédulité ; — b) ''du manque d'intérêt qu'ils avaient à mentir. ''Les hommes ne mentent pas, généralement, si le mensonge ne doit pas leur profiter. Mais ils songent encore bien moins à mentir s'ils risquent de payer leur imposture de leur vie. Il est vrai qu'on peut mourir par fanatisme et pour défendre une idée fausse. Encore faut-il cependant qu'on la croie vraie, car à moins d'être fou, on ne ment pas pour soutenir ce qu'on croit être une erreur, ce qui ne vous est d'aucune utilité, ce qui vous coûte et vous demande des sacrifices, et s'il n'est pas absolument juste de conclure, avec Pascal, qu'il faut croire « les histoires dont les témoins se font égorger »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn177 [177]], tout au moins pouvons-nous dire qu'il n'y a pas lieu de douter de la ''sincérité ''de semblables témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quoi bon insister sur la sincérité des Évangélistes ? A notre époque, elle n'est plus mise en doute par les critiques sérieux. Sans doute « il fut un temps, dit M. Harnack, où l'on se croyait obligé de regarder la littérature chrétienne primitive, y compris le Nouveau Testament, comme un tissu de mensonges et de fraudes. Ce temps est passé. » Oui, le temps où les adversaires du christianisme accusaient les Evangélistes d'imposture et de fraude, est bien passé, mais les attaques n'ont fait que changer de terrain, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''227. — Objection. — Théorie de l'idéalisation'''. — Les rationalistes modernes admettent donc la sincérité des Evangélistes. Mais ils prétendent qu'il y a lieu de distinguer dans les récits évangéliques deux éléments : ''l’élément naturel ''et ''l'élément surnaturel. ''Partant de ce principe a priori, que le miracle n'existe pas et n'est même pas possible, ils ne reconnaissent de valeur historique qu'à l'élément naturel. Comment expliquer alors la présence de l'élément surnaturel dans les Évangiles? Un ancien système, — ''école naturaliste ''de Paulus, — prétendait que les miracles étaient des faits ordinaires, qui avaient pris un caractère de merveilleux en passant par l'imagination des Orientaux, et que la critique pouvait ramener à de justes proportions et expliquer suivant les lois de la nature. Un autre système, le seul dont nous ayons à tenir compte à l'heure actuelle, entend éliminer l'élément surnaturel en l'attribuant à un long travail ''d'idéalisation progressive ''accompli autour de la vie et de la personne du Christ. Les Évangiles ne seraient pas des livres purement historiques, mais « avant tout, des livres d'édification » où le critique doit démêler « ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn178 [178]] Les récits des cures merveilleuses opérées par le Christ ne seraient nullement « des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été transposés, corrigés, amplifiés selon le goût des Evangélistes, l'intérêt de l'édification, les besoins de l'apologétique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn179 [179]] En d'autres termes, les miracles seraient des ''mythes ''ou ''légendes, ''qui se seraient greffées sur l'histoire réelle du Sauveur. Et combien de temps ces légendes ont-elles mis à se former? A peine un siècle, d'après ''l'école mythique de Strauss. ''Beaucoup moins, d'après une école nouvelle (Brandt, Schmiedel, Loisy), qui estime que le travail d'idéalisation a pu se faire en moins d'un demi-siècle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn180 [180]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. — 1. Le ''point de départ ''du système de l'idéalisation, à savoir la ''négation du surnaturel, ''est un ''préjugé rationaliste ''dont il n'est pas possible d'établir le bien-fondé. — 2. Le ''système ''lui-même, appliqué aux Synoptiques, est en ''contradiction avec les faits. ''Tout d'abord il ne s'accorde pas avec la ''date de composition des Évangiles. ''La rédaction de ceux-ci a suivi de très près les événements. Or l'idéalisation, la légende requiert, pour se former, un long espace de temps : c'est du reste ce qui déterminait le rationaliste allemand Strauss à rejeter la composition des Évangiles vers 150. Lorsque la critique impartiale dut reconnaître que les Synoptiques avaient été composés avant la fin du 1er siècle, il fallut bien apporter quelques modifications à la théorie de l'idéalisation. On prétendit alors que le travail d'idéalisation peut se faire beaucoup plus rapidement, puis on mit sur le compte de la ''foi ''ce qui autrefois était attribué à la ''légende, ''et l'on eut la fameuse distinction entre le ''Christ de la foi ''et le ''Christ de l'histoire. ''Mais comment la foi aurait-elle pu se mettre en contradiction si flagrante avec les faits de l'histoire, lorsque ceux-ci étaient encore si récents que tout le monde pouvait en contrôler l'exactitude ? — 3. Il serait facile par ailleurs de démontrer que les Evangélistes s'attachent, ''avant tout, ''à faire un récit fidèle de la carrière de leur Maître. Ce n'est qu'''incidemment ''qu'ils décrivent la foi chrétienne de leur temps ; à ce point de vue, il est incontestable qu' ils sont en retard sur saint Paul dont les Épîtres étaient pourtant antérieures. Saint Paul, en effet, n'affirme-t-il pas déjà clairement la divinité du Christ et la valeur satisfactoire de sa mort, alors que ces deux dogmes ne sont ''qu'insinués ''dans les Synoptiques, à ce point même que les rationalistes ont pu prétendre qu'ils ne l'étaient pas du tout?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''théorie de l'idéalisation ''manque donc de base, et la conclusion qui s'impose de l'examen des Synoptiques, c'est que leurs ''récits ''sont indépendants de la foi nouvelle de l'Eglise, qu'ils n'ont pas subi l'influence des idées ambiantes, en un mot, qu'ils sont ''purement historiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''228. — II. Valeur historique du IVe Évangile.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''La plupart des critiques rationalistes ont dénié au quatrième Évangile toute valeur historique, ou ne lui ont accordé qu'une historicité relative. — a) Les uns (Strauss) ont prétendu que l'auteur du quatrième Évangile avait peint un Christ historique d'après l'idéal qu'il s'en était forgé. — ''b) ''D'autres, comme Renan et certains critiques indépendants de notre époque (Harnack), reconnaissent dans cet ouvrage un fond de tradition historique, mais considèrent les ''discours ''comme des ''fictions. — c) ''D'autres enfin, comme J. Réville, Loisy[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn181 [181]], Guignebert, regardent le quatrième Évangile, — tant dans sa partie narrative que dans ses discours, — comme une ''composition artificielle ''destinée à exposer, sous le voile de ''l'allégorie, ''les idées propres de l'auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES DE L'HISTORICITÉ. ''— Le quatrième Évangile n'est nullement une composition artificielle : il est facile, en effet, de montrer le caractère historique des ''faits ''et des ''discours ''qui y sont contenus. — a) ''Caractère historique des faits. ''Que les faits miraculeux rapportée par le quatrième Évangile ne soient pas de simples allégories, mais des faits bien réels, cela ressort : — 1. du ''but de l'ouvrage. ''L'auteur déclare lui-même, à la fin de son œuvre (xx, 31), qu'il veut amener ses lecteurs à croire « que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu'en croyant ils aient la vie en son nom ». A moins de le prendre pour un imposteur, — ce que ne font pas les rationalistes, — il faut admettre qu'il a entendu démontrer sa thèse en s'appuyant, non sur des récits allégoriques, mais sur des faits empruntés à l'histoire de Jésus. Que de cette histoire il détache un petit nombre de faits, qu'il choisisse les plus typiques, ceux qui vont le mieux à son but[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn182 [182]], qu'il omette les gestes et les paroles du Seigneur qui ne lui importent pas, et plus particulièrement ce qui a déjà été raconté par les Synoptiques, cela n'est que trop naturel. Mais ce qui ne reste pas moins certain, c'est qu'il est un ''témoin ''qui raconte « ce qu'il a vu de ses yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles, ce que ses mains ont touché du Verbe de vie» (I ''Jean, ''I, 1, 3) ; — 2. ''de l'examen interne du livre. ''On ne saurait prétendre tout d'abord que l'Évangile johannique n'est pas historique parce qu'il n'a pas le même fond que les Synoptiques, car ni les Synoptiques ni Jean n'ont la prétention d'être complets, et si saint Jean a voulu compléter ses devanciers, comme nous l'avons insinué plus haut, les divergences de fond s'expliquent très bien. Du reste, tout n'est pas divergences ; les Synoptiques et le quatrième Évangile ont des ''points communs. ''Qu'on veuille bien les comparer, et l'on constatera que, parmi des variantes de peu d'importance, les faits sont rapportés de part et d'autre avec la même exactitude : tels sont, par exemple, les récits de la multiplication des pains, de la marche de Jésus sur les flots, de son entrée triomphale a Jérusalem et de sa Passion. Or si, sur ces différents points, l'on concède aux Synoptiques une valeur historique, de quel droit la refuserait-on au quatrième Évangile ? — Quant aux récits qui sont ''propres ''à ce dernier, l'on peut remarquer encore que les événements y sont rapportés avec une foule de détails qui seraient bien superflus dans l'hypothèse de récits symboliques. Le quatrième Évangile note les circonstances de personne, de temps et de lieu avec plus de soin que saint Luc lui-même : il signale, par exemple, que Nicodème est venu à Jésus ''la nuit ''(III, 2), que la rencontre de Jésus avec la Samaritaine eut lieu à la sixième heure (iv, 7) ; il dit que la piscine probatique se trouve à Jérusalem, près de là porte des Brebis (V, 2). Il décrit non moins minutieusement les usages et les traditions des Juifs, leurs fêtes, les divisions intestines entre Juifs et Samaritains, entre Pharisiens et Sadducéens ; l'état politique de la Palestine ; les détails topographiques touchant la Galilée, le lac de Génésareth, Jérusalem. Tout cela indique bien un historien exact qui raconte les faits tels qu'ils se sont passés, et non un mystique qui invente des histoires adaptées à la thèse qu'il a en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Caractère historique des discours. ''— Si les faits rapportés dans le quatrième Évangile sont historiques, l'on ne voit pas la raison pour laquelle les ''discours ''ne le seraient pas. L'on fait remarquer, il est vrai, que, plus encore que les faits, ils diffèrent, soit au point de vue du ''fond, ''soit au point de vue de la ''forme, ''de ceux que nous trouvons chez les Synoptiques. Mais, encore qu'il ne faudrait pas exagérer l'étendue de ces divergences, celles-ci s'expliquent très bien par le ''caractère ''et le ''but ''différents que poursuivent les écrivains sacrés. Tandis que les sujets traites dans les Synoptiques sont très variés et portent surtout sur des préceptes de morale : humilité, charité, aumône, mépris des richesses et des honneurs, le quatrième Évangile insiste sur la doctrine christologique, sur le caractère suréminent et la mission du Christ. 'Voulant prouver plus particulièrement la divinité du Sauveur, sans doute parce qu'elle était alors attaquée par le gnostique Cerinthe, il relève dans l'enseignement de Jésus, et qui pouvait servir son but. En cela, il ne contredit pas les Synoptiques, il les complète. Les critiques rationalistes objectent encore que l'auteur du quatrième Évangile a emprunté sa doctrine du ''Logos, ''ou Verbe de Dieu incarné, à l'école grecque d'Alexandrie et au Juif Philon. Il serait difficile de dire quelle fut la genèse des idées de saint Jean mais ce qui est certain c'est que l'identification du Christ avec le Verbe de Dieu n'a pu germer dans l'esprit de l'apôtre saint Jean, pas plus que chez les chrétiens de l'époque, — car il est reconnu que la doctrine était chose reçue au dernier quart du Ier siècle en Asie-Mineure et dans la plupart des Églises, — sans que la croyance eût été déterminée par la réalité historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— IL est donc permis de conclure que l'Évangile selon saint Jean a une valeur historique, comme les Synoptiques. « Sans doute l’Apôtre a pu imprimer son cachet propre dans la manière de raconter les miracles du Sauveur, dans le choix qu'il a fait de scènes évangéliques. Il est même incontestable que ses comptes rendus de discours ne prétendent pas reproduire la pleine réalité, étant donné l'éloignement où l'auteur était des faits. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn183 [183]] Cependant « ses narrations ont beau avoir leur cachet propre, elles n'en correspondent pas moins aux faits. Ses discours peuvent porter la marque de son esprit, ils n'en reproduisent pas moins la pensée authentique du Sauveur. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn184 [184]] Nous avons donc le droit, dans la démonstration de la divinité du christianisme, de nous appuyer sur le quatrième-Évangile comme sur les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Mangenot, ''L'authenticité mosaïque du Pentateuque ; Les Évangiles synoptiques ''— Méchineau, ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''(Bloud). — Vigouroux, ''Manuel biblique, t. ''I (Roger et Chernoviz). — Lesêtre, ''L'authenticité du Pentateuque ''(Rev. pr. d'Ap. 15 mai, 15 juin 1910). — Dom Hoepfl, art. ''Pentateuque et Hexateuque ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brassac, ''Manuel biblique ''(à l'index), t. III. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu; L'origine du quatrième Évangile; La valeur historique du quatrième Évangile; Évangiles canoniques, Évangiles apocryphes ''(Dict. d'Alès) ; Les ''théories de Loisy ''(Beauohesne).—Méchineau, ''L'origine du Nouveau Testament ''(Bloud). — Jacquier, ''Histoire des livres du Nouveau Testament ''(Gabalda). — Rosé, ''Les évangiles, traduction et commentaires ''(Bloud). —Fouard, ''Vie de Jésus-Christ'' (Lecoffre). — Batiffol, ''Six leçons sur l’Évangile ''(Bloud). — Calmes, ''Comment se sont formés les Evangiles ''(Lethielleux). — Levesque, ''Nos quatre Evangiles. Leur composition et leur position respective ''(Beauchesne). — Fillion, ''Introduction générale aux Évangiles ''(Lethielleux). — Camerlynck, ''De quatro Evangelii auctore ''(Bruges). — Durand, ''A propos des décrets ''de 1912 ''sur les Évangiles ''(Rev. pr. d'Ap., 1er fév. 1914). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale ''(Desclée). — Langlois et Seignobos, ''Introduction aux. Études historiques ''(Hachette).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : La divinité du Christianisme. Le Fondateur. L'Affirmation de Jésus. ===&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT '''&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229. — Pour connaître ''l’origine, ''et par conséquent, la ''valeur ''d'une religion, il faut, avant tout, se tourner du côté du ''fondateur, ''et lui demander qui il est.^ Personne, mieux que lui, n'est à même de le savoir et de le dire. S'il est un Envoyé de Dieu, c'est à lui de nous le faire connaître et de nous en apporter la preuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, l'apologiste chrétien veut démontrer : — 1° que Jésus est ''l’ Envoyé de Dieu, ''l'Oint ''ou Messie, ''annoncé par la voix des prophètes ; — 2° que ce Messie n'est pas un Envoyé ordinaire, qu'il est le ''Fils unique de Dieu, ''Dieu lui-même. Il est clair que, s'il arrive à faire cette démonstration, il aura le droit de conclure que la Révélation chrétienne est d'origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc à rechercher tout d'abord[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn185 [185]] si Jésus s'est bien donné pour le ''Messie attendu des Juifs ''et pour un Messie d'une nature tout à fait transcendante, pour le ''Fils de Dieu, ''ayant la même essence que Dieu le Père. À cette double question quelle a été la ''réponse de Jésus ''et quelle foi devons-nous y ajouter? D'où trois articles: — 1° L'affirmation de Jésus sur sa messianité. 2° L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. 3° La valeur de ce double témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''230. — Nota''' — A vrai dire, la première question, seule, importe à l'apologiste, IL lui suffit, en effet, de montrer que Jésus a ''déclaré ''et ''prouvé ''qu'il était un Envoyé de Dieu, qu'il était le Messie attendu et qu'il a fondé une Église infaillible, chargée d'enseigner, jusqu'à la fin des siècles, ce qui doit être cru et pratiqué. Ce résultat une fois acquis, il ne reste plus qu'à écouter cette Église et à accepter les dogmes qu'elle propose à notre foi, parmi lesquels se détache au premier rang la divinité du Christ. La seconde question sort donc du domaine de l'apologétique ; tout au moins de ''l'apologétique constructive ''(V. N° 2). Car s'il s'agit de ''l'apologétique défensive ''c’est une autre affaire. Les rationalistes modernes prétendent, comme nous le verrons plus loin, non seulement que Jésus n'est pas Dieu, mais qu'il n'a jamais revendiqué ce titre, qu'il n'a jamais eu conscience d'être Dieu, et que dès lors ''le dogme n'a aucune base historique : ''c'est à ce point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'apologétique défensive, ou si l'on préfère, sur le terrain de ''l'apologie des dogmes, ''que nous aurons à traiter la question dans l'article II[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn186 [186]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — L'affirmation de Jésus sur sa messianité. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
231. — ''Jésus s'est-il donné pour le Messie prédit par les Prophètes? ''Que croyait-il être et qu'a-t-il dit qu'il était1! Le seul moyen de nous éclairer sur ce point, c'est de consulter les Évangiles et d'y recueillir son témoignage. Avant de le faire, remarquons que les Évangiles ne sont pas considérés ici comme des écrits divinement inspirés, mais comme de simples documents humains dont nous avons établi précédemment la valeur historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires'''. — Certains ''protestants libéraux ''et les ''rationalistes ''n'admettent pas l'affirmation de Jésus sur sa messianité. — ''a) ''Leur tactique consistait autrefois (Strauss, Baur) à considérer les Évangiles comme un recueil de ''mythes ''ou ''légendes ''formées après coup par les Apôtres ; les déclarations de Jésus sur sa messianité seraient donc pure invention de la part des écrivains sacrés. — ''b) ''Les ''rationalistes ''et ''modernistes contemporains ''(Wellhausen, Wrede, Weiss, Loisy) prétendent, ou que Jésus n'a jamais eu conscience d'être le Messie, ou en tout cas, qu'il n'a pensé l'être qu'à la fin de sa vie, ou encore qu'il pensait que son rôle de Messie « était essentiellement eschatologique », c'est-à-dire ne devant se réaliser qu'à la fin du monde dans le royaume céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232. — 2° Thèse.''' — ''Du début à la fin de sa vie publique, Jésus a manifesté, soit implicitement, soit explicitement, sa qualité de Messie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour remarquer qu'il y a eu dans les déclarations de Jésus comme une marche ascendante, et que son affirmation comporte des degrés. Mais, qu'elle se soit traduite, soit d'une manière implicite, en raison des circonstances de temps et de personnes, soit d'une manière explicite, il n'en est pas moins certain qu'elle n'a jamais varié dans sa substance et que Jésus a toujours eu conscience de sa messianité. Nous distinguerons donc entre ses ''affirmations implicites ''et ses ''affirmations explicites, ''en insistant davantage sur les premières parce qu'il est plus facile d'en contester le sens et la portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AFFIRMATIONS IMPLICITES. ''— Au début de sa vie publique, Jésus ne manifeste sa qualité de Messie que d'une ''manière implicite ''et avec une extrême réserve. Si nous voulons avoir le secret de sa conduite, de ses réticences, de ce que, à première vue, on pourrait prendre pour les hésitations d'une conscience imparfaitement éclairée, il est nécessaire que nous envisagions un instant la situation politique et religieuse de la Judée contemporaine de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l'heure où commença la carrière publique du Sauveur, la nation juive était tombée sous le joug romain ; le sceptre était sorti de Juda et, plus que jamais, l’espérance messianique travaillait les âmes. Deux grands partis rivaux les ''Saducéens ''et les ''Pharisiens, ''se disputaient l'influence. Les premiers, amis du pouvoir, occupaient les hautes charges du sacerdoce mosaïque, et ils avaient surtout l'insigne privilège de choisir dans leurs rangs celui qui devait exercer les fonctions de grand-prêtre. Les seconds, moins favorisés, étaient un parti religieux avant tout, et se distinguaient par leur zèle outré pour l'observation de la Loi et par leur répugnance à entrer en contact avec les païens : d'où leur nom de ''Pharisiens ''(du grec ''pharisaioi, ''séparés). Parmi eux, un petit groupe de fanatiques, appelés ''Zélotes, ''parce qu'ils étaient plus étroits et plus formalistes que les autres, interprétaient la Loi avec un rigorisme insupportable. C'est de ces derniers que Notre-Seigneur eut surtout à subir les contradictions et dont il se plut du reste à dénoncer l'hypocrisie et l'orgueil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on devine aisément que dans des sectes où les intérêts étaient si opposés, ''l'espérance messianique ''ne se présentait pas sous le même aspect. S'accommodant assez bien-de leur situation, les ''Sadducéens ''n'attachaient qu'un prix très minime à la venue du nouveau royaume, et si, par orgueil national, ils souhaitaient l'indépendance de leur pays, la sujétion leur rapportait assez de bénéfices pour ne pas courir au devant d'un bouleversement qui pouvait ne pas tourner à leur profit. Les ''Pharisiens, ''au contraire, supportant mal un régime qui humiliait leur orgueil et les laissait sans privilèges, appelaient de tous leurs vœux l'avènement du Royaume attendu qui ferait de Jéhovah, leur Dieu, le Maître de l'univers, qui mettrait surtout la nation juive à sa place, c'est-à-dire au premier plan, et qui ferait succéder aux humiliations et aux injustices du jour les triomphes et les réparations du lendemain. Telles étaient les aspirations de la plupart des Juifs, mais lorsqu'il s'agissait de déterminer le ''caractère du futur royaume, ''les esprits se divisaient. Les uns, insistant sur le côté moral et religieux, considéraient ''l'avènement messianique ''comme le ''triomphe des justes, ''comme le grand jour où chacun recevrait selon son mérite. Les autres, — c'était la masse, et les Apôtres partageaient cette mentalité, — faisaient des rêves de ''grandeur ''et de ''prospérité matérielle, ''et voyaient déjà dans le Messie un ''grand conquérant, ''un guerrier fameux qui apparaîtrait soudain sur les nuées du ciel et ferait son entrée triomphale à Jérusalem. Jamais il n'était question d'un Messie souffrant, libérateur des âmes, et non des corps, rachetant les fautes des hommes et réconciliant l'humanité coupable avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans de telles conditions, Jésus ne se soit pas révélé brusquement le Messie, et le Messie, tel, qu'il devait être, il n'est que trop naturel. Il ne pouvait le faire sans éveiller les appréhensions des Sadducéens, et sans provoquer les enthousiasmes des Pharisiens et déchaîner des manifestations et des troubles qui auraient entravé son œuvre, s'il ne rentrait pas dans les desseins de Dieu de briser les oppositions à coup de miracles. Le premier travail qui s'imposait, était donc de préparer les esprits à la réalité et de faire pressentir la vérité avant de la dévoiler sans ambages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses étant telles, comme du reste l'indiquent les récits évangéliques, nous n'avons plus à nous étonner que Jésus, au début de sa carrière, ne manifeste pas ouvertement sa qualité de Messie, qu'il l'insinue seulement par des déclarations indirectes, par ses œuvres et par toute son attitude. — ''a) Par des déclarations indirectes. ''C'est ainsi que, sans prononcer le nom de Messie, il dit qu'il ''est ''« ''venu ''», qu'il ''a été ''« ''envoyé», ''pour prêcher l'Évangile du royaume ''(Marc, ''i, 38), pour appeler les pécheurs ''(Marc, ''II, 17), pour prêcher l'Évangile aux pauvres ''(Luc, ''iv, 18). Puis il commence déjà son enseignement, mais craignant de faire briller tout d'un coup une lumière trop vive, il enveloppe sa pensée sous les dehors énigmatiques de la parabole, dans le but d'intriguer les esprits, de les pousser à la recherche de la vérité, se réservant d'ailleurs d'aller plus loin avec les disciples qu'il s'est attachés, et de les instruire, en dehors de la foule. — b'') Par ses œuvres. ''Jésus multiplie ses miracles ; mais, pour ne pas précipiter les événements, il impose la consigne rigoureuse de n'en point parler. Cependant il n'hésite pas à répondre aux envoyés de saint Jean-Baptiste qui lui demandent s'il est « celui qui doit venir », que les œuvres qu'il opère doivent être pour eux un signe évident que l'œuvre messianique annoncée par ''Isaïe ''(xxxv, 5, b) se réalise ''(Luc, ''vii, 18, 23). — ''c) Par son attitude. ''Jésus s'arroge des pouvoirs que n'ont jamais revendiqués les plus illustres prophètes. Il se met au-dessus de la Loi. Il supprime le divorce toléré dans certains cas par Moïse. Il déclare que « le Fils de l'homme»,— c'est ainsi qu'il se désignait, — était « maître du Sabbat » ''(Marc, ''il, 28), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
233. — B. ''DÉCLARATIONS EXPLICITES. ''— IL faut arriver à la dernière année du ministère de Jésus pour trouver une affirmation explicite de sa messianité. Voici, du reste, les trois grandes circonstances où Jésus se révèle publiquement ce qu'il est. — ''a) Confession de Pierre. ''A Césarée de Philippe, le Maître, se trouvant au milieu de ses disciples, leur pose enfin sans détour l'importante question : « Qui dit-on que je suis? » Jusque-là, il avait laissé sa personnalité au second plan, il avait eu pour unique préoccupation de prêcher le royaume de Dieu ; mais il est temps que ses intimes sachent qui il est. Il les interroge donc successivement, et quand saint Pierre confesse qu'il est le Christ, il ne manque pas de l'approuver ''(Mat., ''xvi, 13-17). — b) ''Entrée triomphale à Jérusalem. ''La confession de saint Pierre n'avait pas dépassé le petit cercle des Apôtres, et même avec ceux-ci, Jésus n'avait pas sitôt avoué qu'il était le Christ qu'il leur défendait sévèrement de le publier ''(Mat., ''xvi, 20). La manifestation de sa messianité était réservée pour un autre jour et un autre théâtre. C'est, peu de jours avant sa mort, à Jérusalem, la capitale de la Judée, que Jésus revendiqua son titre de Messie, à la face d'une foule de pèlerins venus pour la fête de Pâques, de tout un poupin qui l'acclama comme « celui qui vient an nom du Seigneur» ''(Mat., ''XXI, 1-9). — c'') Le procès devant le Sanhédrin. ''Enfin la grande affirmation de Jésus eut lieu devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre lui pose la question suprême qui doit décider de son sort. Le Sauveur le sait, mais, maintenant que sa mission est terminée, il dédaigne les réticences et les réponses évasives : il proclame hautement qu'il est « le Christ » ( ''Mat., ''xxvi, 63, 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, soit d'une ''manière implicite, ''soit d'une ''manière explicite, ''Jésus a bien affirmé qu'il était le ''Messie attendu, ''et les prétentions des rationalistes qui le nient, ne reposent sur aucun fondement. On ne peut plus soutenir sérieusement que les Évangiles sont une collection de légendes, maintenant qu'il est admis par les meilleurs critiques, qu'ils datent du 1er siècle. Il est bien évident par ailleurs que la vie de Jésus et la propagation du christianisme ne sauraient s'expliquer par des légendes (Voir N° 229) ''. ''Quant à la seconde thèse rationaliste qui affirme que Jésus n'a pas eu conscience d'être, de son vivant, le Messie, et qu'il a considéré son rôle comme eschatologique et ne concernant que le royaume des cieux à venir, il faut, pour arriver à une telle conclusion, qu'elle laisse de côté ou interprète à sa façon et d'une manière fantaisiste, les déclarations que nous avons rapportées plus haut. Il est vrai que certaines paroles de Jésus visent le futur royaume, le royaume des élus dont le Christ doit être le chef suprême : il est vrai que le titre de Messie lui conviendra, d'une manière spéciale, à la fin des temps, et quand le royaume messianique aura reçu son achèvement définitif. Sans doute aussi, sa Résurrection et son Ascension le manifesteront déjà comme un Messie glorieux. Mais quel que soit le moment de la carrière messianique qu'on envisage, qu'on la prenne à ses origines, au moment où Jésus prépare le royaume messianique, ou à la fin des temps qui sera le couronnement de son œuvre, Jésus ne s'en présente pas moins dans les Évangiles, non pas seulement comme celui qui doit être le Messie, mais comme celui qui l'est déjà, comme le ''Messie en personne et en fonction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
234. — Nous savons que Jésus s'est donné pour le Messie. Mais de quelle ''nature ''ce Messie prétendait-il être? Simple créature, quoique dépassant le commun des mortels par sa mission, ou être divin ; ''homme ''ou ''Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn187 [187]]. La réponse à cette nouvelle question ne peut se trouver ailleurs que dans le témoignage de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — ''a) ''D'après les ''Protestants libéraux ''(Sabatier, Harnack, Julicher, Bousset, Weixhausen) Jésus dépasse la commune mesure de l'humanité, il est une personnalité transcendante, il y a même, si l'on veut, quelque chose de divin en lui, mais il n'est pas Dieu, il est seulement le médiateur entre Dieu et les hommes, il est l'homme qui a eu l'union la plus étroite avec Dieu, l'homme, comme dit A. Sabatier, « dans lequel s'est révélé le plus complètement le cœur paternel de Dieu »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn188 [188]]. — b) Les ''rationalistes ''admettent encore moins la divinité de Jésus. « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, dit Renan, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit juif ; il n'y en a nulle trace dans les trois premiers Évangiles ; on ne la trouve indiquée que dans certaines parties de l'Évangile de Jean, lesquelles ne peuvent être acceptées comme un écho de la pensée de Jésus. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn189 [189]] Comment expliquer alors le ''fait chrétien? ''Tout simplement par un malentendu de la première génération chrétienne qui a mal interprété le témoignage de Jésus et le titre qu'il se donnait de « Fils de Dieu». Jésus du reste ne serait arrivé à s'attribuer ce titre qu'après être passé par une série d'états d'âme, et comme par un travail progressif de sa pensée qui se serait adaptée aux circonstances. « L'admiration de ses disciples, dit encore Renan, le débordait et l'entraînait. Il est évident que le titre de ''rabbi, ''dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus ; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres hommes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn190 [190]] Ainsi, d'après, les rationalistes, Jésus a été divinisé par ses disciples qui l'ont entraîné et poussé à prendre un titre qu'au début de sa carrière il eût jugé blasphématoire de s'arroger. — c) Les ''modernistes, ''avec leur distinction subtile entre « le Christ de la foi et le Christ de l'histoire », aboutissent, en fait, aux mêmes conclusions. Ils enseignent en effet que, pour la foi, Jésus est bien le Fils éternel de Dieu, consubstantiel à son Père et incarné dans le temps, pour racheter l'humanité et enseigner la vraie religion ; mais ils s'empressent d'ajouter que le Christ de la foi n'est pas celui de l'histoire. Il est vrai que Jésus se donne le titre de « Fils de Dieu », mais, dit M. Loisy, « en tant que le titre de Fils de Dieu appartient exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie ; il appartient à Jésus... comme à l'unique agent du royaume céleste.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn191 [191]] « La divinité de Jésus est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie Fils de Dieu. » Et suivant M. Loisy toujours, le passage de l'idée de Jésus-Messie à celle de Jésus vrai Dieu, serait l'œuvre de saint Paul, de saint Jean et des conciles de Nicée, d'Éphèse et de Chalcédoine. Ainsi, dans la théorie moderniste comme dans la théorie rationaliste, ce sont les disciples du Christ, c'est l'Église qui a regardé Jésus comme Dieu, sans qu'il se fût jamais déclaré tel, et sans qu'il eût jamais élevé la prétention d'être autre chose que le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''235. — 2° Thèse'''. — ''Jésus s'est donné four le Fils de Dieu, dans le sens strict du mot, soit explicitement par ses paroles, soit implicitement par sa manière d'agir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarques préliminaires. ''— 1. Il importe, avant tout, de bien comprendre le sens du problème que nous avons à résoudre. Nos adversaires prétendent que Jésus n'est pas Dieu, qu'il n'a jamais énoncé l'idée sacrilège qu'il fût Dieu, et que le titre de Fils de Dieu qu'il se donne, est l'équivalent de celui de Messie. La question qui se pose donc est de savoir si Jésus s'est vraiment déclaré Fils de Dieu dans un sens qui ne se confond pas avec le titre de Messie. En d'autres termes, le ''dogme catholique ''qui enseigne que Notre -Seigneur est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, a-t-il sa ''racine ''et ''son fondement dans l’affirmation de Jésus ; ''découle-t-il de ce que Jésus a dit de sa personne et de sa nature, ou bien n'est-il que l'expression de ce que Jésus était, depuis le commencement, pour la conscience chrétienne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les limites de la question étant ainsi tracées, il apparaît avec évidence que notre proposition ne peut être démontrée que par ''l'affirmation personnelle de Jésus. ''Invoquer le ''témoignage des Apôtres ''ou de l'Église, comme le font certains apologistes, c'est ''prêter des armes à l'adversaire, ''— rationalistes et modernistes, — dont la tactique consiste précisément à dire que Jésus n'a jamais voulu se faire passer pour Dieu, qu'il n'a été Dieu que vis-à-vis de la conscience chrétienne, autrement dit, qu'il n'a été Dieu que parce que ses disciples et les premiers chrétiens se sont figuré qu'il l'était, sans que lui-même l'eût dit. Encore une fois, la seule preuve de la divinité de Jésus, c'est son ''affirmation personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Comme les adversaires refusent, en général, toute valeur historique, à l'Évangile de saint Jean, nous distinguerons les témoignages tirés de saint Jean de ceux qui se trouvent dans les Synoptiques, et nous appuierons plus particulièrement sur ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Évidemment nous ne prétendons pas que le dogme de la divinité du Christ se retrouve dans l'enseignement de Jésus, formulé dans les termes mêmes par lesquels l'Église l'a défini. Ce que nous soutenons seulement, c'est que le dogme est ''en germe ''et ''quant à la substance, ''dans les Évangiles, que nous pouvons en reconnaître les linéaments, non seulement dans l'Évangile de saint Jean dont le but était de mettre en lumière la divinité de Jésus-Christ, mais même chez les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
236. — A. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DE SAINT JEAN. ''— Laissant de côté les passages, tels que le Prologue, où l'Évangéliste expose ses idées personnelles sur la nature du Messie, nous citerons rapidement les textes principaux qui contiennent un enseignement de Jésus sur sa personne et sur ses rapports avec Dieu le Père. — ''a) ''Dans ''sa rencontre avec Nicodème, ''Jésus déclare que « Dieu a aimé le monde au point de donner son ''Fils unique ''» (''Jean, ''iii, 16). — ''b) ''Au chapitre v (16, 18) il est rapporté que Jésus, ayant guéri un paralytique le jour du sabbat, fut poursuivi par les Juifs, et que « ceux-ci cherchaient à le faire mourir, parce que, non seulement il profanait le sabbat, mais il appelait Dieu ''son propre père, ''se faisant ''l'égal ''de Dieu». — c'') ''Discutant un jour avec les Pharisiens, il pose en principe que les hommes ne peuvent avoir la ''connaissance du Père que par l'intermédiaire du Fils : ''« Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, leur dit-il ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père» ''(Jean, ''viii, 19). Si le Père et le Fils sont seuls à se connaître réciproquement, c'est qu'ils sont de même nature et de même dignité. — ''d) ''Jésus va plus loin : il ne craint pas de ''s'identifier avec son Père : ''aux Juifs qui lui posaient cette question : « Si tu es le Christ, dis-nous-le ouvertement, Jésus répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent pour moi... ''Moi et le Père nous sommes un. ''» Et les Juifs comprirent si bien quel titre Jésus revendiquait par là, qu'ils prirent des pierres pour le lapider ''(Jean, ''x, 23-31). — ''e) ''Ces deux idées, — que la connaissance du Père ne s'acquiert que par le Fils, et que le Fils se confond avec le Père, — reviennent dans la bouche de Jésus, lors de son dernier entretien avec ses Apôtres. Saint Thomas lui demandait d'indiquer le chemin qui conduit au séjour où est le Père. Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi. Si vous m'aviez connu, vous connaîtriez aussi le Père. » Et comme Philippe interrompt Jésus pour le prier de leur montrer le Père, Jésus répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu, a vu le Père, comment dis-tu : montre-nous le Père? Tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » ''(Jean, ''xiv, 5,10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les déclarations de Jésus sur sa nature, sur son union substantielle avec le Père sont donc bien claires dans le quatrième Évangile, mais il n'est pas besoin d'insister, puisque aussi bien nos adversaires ne discutent pas le sens de ces textes et ne rejettent que l'autorité historique du livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
237. — B. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DES SYNOPTIQUES. — ''L'affirmation de Jésus sur sa qualité divine ne se présente pas dans les Synoptiques avec le même caractère de netteté que dans l'Évangile de saint Jean ; mais il est possible cependant d'en retrouver ''l'équivalent ''dans les ''paroles ''et dans les ''actes ''du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Dans ses paroles. ''— 1. Il est incontestable que le titre de « Fils de Dieu » est un de ceux que Jésus se donne parfois ou qu'il accepte de la part de ses interlocuteurs et de ses adversaires. Nous avons vu précédemment que Pierre le proclame le « Christ, le ''Fils du Dieu vivant « ''( ''Mat., ''xvi, 16), et que devant le Sanhédrin, lorsque le grand-prêtre l'adjure de dire s'il est « le Christ, le ''Fils de Dieu», ''il répond affirmativement. La question revient dès lors à savoir quel sens cette appellation a dans la bouche de Jésus. Sans nul doute, le titre de Fils de Dieu est une expression courante dans la Sainte Écriture. C'est de ce nom que Dieu lui-même désigne le peuple d'Israël : « Ainsi parle Jéhovah : Israël est ''mon fils, ''mon premier né» ''(Exode, ''iv, 22). « Le juste est fils de Dieu» est-il dit dans la ''Sagesse ''(II, 18). L'on peut même aller plus loin et prétendre que, à un certain point de vue et sous le rapport de la création, tout homme est fils de Dieu. Que Jésus ne se soit pas donné ce titre dans un sens aussi large, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. Mais faut-il admettre, avec les rationalistes et les modernistes, que le titre de Fils de Dieu ne dépasse pas celui de Messie? Il De semble pas, car, même en laissant de côté la confession de Pierre et son affirmation solennelle devant le Sanhédrin où il marque nettement que sa filiation divine lui confère les mêmes droits que son Père, entre autres, celui d'être un jour le grand juge de l'humanité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn192 [192]], il y a d autres manières de dire de Notre-Seigneur qui indiquent bien que ses relations avec le Père sont d'un ordre unique. Ainsi, qu'il parle de Dieu avec ses disciples, il dit : « ''mon ''Père », « ''votre ''Père », jamais il ne dit « ''notre ''Père ». Le Notre Père qu'il enseigne à ses disciples ne fait même pas exception, car la prière est censée sortir de la bouche de ses disciples et non de la sienne ; ainsi il dit encore à propos du jugement dernier : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de ''mon ''Père ; prenez possession du royaume qui ''vous ''a été préparé dès la fondation du monde... ''(Mat., ''xxv, 34); et à l'institution de l'Eucharistie, il fait ses adieux à ses disciples par ces mots : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec ''vous ''dans le royaume de ''mon ''Père » ( ''Mat., ''xxvi, 29). Ce soin que met Jésus, d'ailleurs si humble, à ne pas se confondre avec ses disciples, à se séparer d'eux sur la question des rapports avec Dieu, n'est-il pas une preuve suffisante que sa filiation est transcendante et d'un ordre unique? — 2. Dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, Jésus déclare, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jean, que la ''connaissance du Père ''ne se fait que par ''l'intermédiaire du Fils : ''« Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils» (''Mat., ''xi, 27). — 3. Le témoignage le plus suggestif de Jésus sur sa filiation divine est assurément la parabole des ''vignerons homicides. ''La voici, telle que la rapporte ''saint Matthieu ''(xxi, 33, 39) : « Un père de famille planta une vigne, il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour de garde et il la loua à des vignerons et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent un troisième. Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; et ils leur firent de même. Finalement il leur envoya son fils, en disant : Ils respecteront ''mon ''fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici ''l'héritier ; ''venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent... » Le sens de cette parabole est transparent. Elle contient en raccourci l'histoire des relations d'Israël avec son Dieu. Les serviteurs qui viennent percevoir le fruit de la vigne, ce sont les prophètes que Jéhovah envoie à son peuple élu et que celui-ci reçoit mal. Le ''Fils unique ''que le Père envoie en dernier lieu, l'héritier qui subit le même sort, c'est évidemment Jésus. — 4. Nous avons encore comme dernier témoignage, — celui-là, il est vrai, après sa résurrection, — la ''formule solennelle du Baptême ''où le Fils apparaît entre les noms du Père et du Saint-Esprit, associé à eux dans une Trinité mystérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Dans ses actes. ''— Plus encore que ses paroles, la manière d'agir de Jésus rend témoignage de sa divinité. — 1. Jésus ''s'attribue les perfections, divines : ''impeccabilité, .éternité, ubiquité... — 2. Il ''revendique les droits divins : ''il demande de ses disciples la foi, l'obéissance et l'amour, même jusqu'au sacrifice de la vie : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi» ''(Mat., ''x, 32, 37). Il accepte des hommages qui ne sont rendus qu'à la divinité, il souffre qu'on se prosterne devant lui et qu'on l'adore : c'est dans cette humble attitude que le lépreux au pied du mont des Béatitudes ''(Mat., ''VIII, 2), que le possédé de Gérasa ''(Marc, ''V, 6) implorent leur guérison ; Jaïre, un chef de la Synagogue, se prosterne également devant Jésus pour le prier de rendre la vie à sa fille qui vient de mourir ''(Mat, ''ix, 18). Nous voyons, au contraire, les Apôtres agir tout différemment dans les mêmes circonstances. Lorsque saint Pierre se rend auprès de Corneille, celui-ci « tombant à ses pieds se prosterne. Mais Pierre le releva en disant : « Lève--toi, moi aussi je suis un homme» ''(Actes, ''x, 25, 26). De même, Paul et Barnabé, après avoir guéri un boiteux, se dérobent aux honneurs qu'on veut leur rendre ''(Actes, ''xiv, 10-17). L'attitude de Notre-Seigneur est donc- d'autant plus significative qu'elle contraste avec celle de ses Apôtres. — 3. Il ''s'arroge les pouvoirs divins. ''Nous avons vu déjà qu'il se ''met au-dessus de la Loi, ''qu'il traite sur le pied d'égalité avec le divin Législateur du Sinaï. Il interprète et modifie, comme il l'entend, les préceptes du Décalogue, et il le fait avec une autorité souveraine : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... ''Et moi je vous dis...», ''répète-t-il plusieurs fois ''(Mat., ''v, 22, 28, 32, 34, 39, 44). Nous avons vu encore qu'il ''remet les péchés : ''privilège exclusivement réservé à Dieu, et pour montrer qu'il n'usurpe pas un pouvoir qui ne lui appartient pas, il opère aussitôt un miracle. Il annonce qu'il sera un jour le ''juge suprême de l'humanité, ''qu'il ''enverra à ses Apôtres l'Esprit Saint. ''Il ''accomplit ''surtout de ''nombreux prodiges, ''si bien qu'on croit qu'une vertu divine sort de lui : il commande en maître à la nature, il chasse les démons, il guérit les malades, ressuscite les morts, et le tout sans faire appel à une puissance étrangère. Il ''agit en son propre nom, ''et qui plus est, il confère à ses disciples la puissance qu'il détient sans limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Qu'il s'agisse donc de ses déclarations ou de ses actes, Jésus se présente uni à Dieu d'une manière si étroite ; il revendique une telle participation aux pouvoirs et aux privilèges de Dieu que ses prétentions seraient vraiment incompréhensibles, s'il était étranger à la nature divine. Pour ''parler ainsi, ''pour ''agir ainsi, ''il fallait qu'il eût pleine conscience que Dieu était en lui, non pas seulement par sa puissance et sa vertu, mais par sa nature et son essence ; en un mot, ''il fallait qu'il fût Dieu. ''Nous pouvons conclure par conséquent, même à n'écouter que le témoignage des Synoptiques, que la Divinité de Jésus-Christ repose sur une base solide, et qu'il n'y a pas solution de continuité entre le fait historique et son interprétation, entre l'affirmation de Jésus et le dogme défini par l'Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Valeur du double témoignage de Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
238. — Dans les deux articles qui précèdent, nous avons recueilli le témoignage de Jésus sur sa personne. Nous avons vu qu'il s'était affirmé Messie, Fils de Dieu. Cela ne suffit pas, car il est évident qu'un ''témoignage ne vaut que ce que vaut le témoin. ''Or trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s'illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. Donc, ou imposteur, ou illusionné, ou véridique, telles sont les trois alternatives entre lesquelles il faut choisir. Nous prouverons qu'il faut écarter les deux premières et retenir la troisième.&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Jésus n'était pas un imposteur'''. — Jésus a-t-il trompé? Lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie, File de Dieu, Jésus avait-il conscience de ne pas être ce qu'il disait être? Mentait-il? Les critiques contemporains sont trop pénétrés de la grandeur morale du Christ pour s'arrêter à une hypothèse aussi injurieuse. Tous reconnaissent que la ''loyauté ''et ''l'humilité ''de Jésus le mettent au-dessus de tout soupçon. — ''a) Sa loyauté. ''S'il est, en effet, une qualité à laquelle Jésus attache le plus grand prix, c'est bien la franchise, au point qu'on a pu le trouver dur pour ceux qui ne l'ont pas, pour ceux dont l'extérieur est en désaccord avec l'intérieur, dont les paroles ne traduisent pas les sentiments de l'âme, disons le mot, pour les hypocrites. Personne n'a flagellé ce vice plus que lui, et n'a dénoncé avec tant de véhémence la souillure du dedans qui se cache sous la propreté du dehors : « Malheur à vous ! dit-il aux scribes et aux pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de mort et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » ''(Mat., ''xxiii, 27, 28). Et Jésus professe un amour tel de la droiture, il veut l'inculquer si profondément dans l'âme de ses disciples qu'il leur défend le serment, devenu désormais inutile, en raison de la confiance réciproque que chacun doit avoir dans la parole de son semblable. « Moi je vous dis de ne point jurer du tout... Que votre parole soit oui, oui, non, non» ''(Mat., ''v, 34, 37). — b) ''Son humilité. ''Supposer que Jésus voulut se faire passer pour le Messie et le Fils de Dieu, alors qu'il aurait eu conscience de ne pas l'être, c'est l'accuser d'un orgueil extravagant, dont il doit être facile de retrouver d'autres traces dans les Évangiles. Or qu'on lise ceux-ci avec attention, et l'on sera frappé, au contraire, de l'insistance que Jésus met à prêcher l'humilité par le discours et par l'exemple. Il n'est pas moins dur pour l'orgueil que pour l'hypocrisie,: il cingle de ses traits acérés qui recherchent partout les premières places, qui se laissent guider dans leurs actes par l'ostentation et le désir de paraître. Les Scribes et les Pharisiens, dit-il à ses disciples, « font toutes leurs actions pour être vus des hommes... Ils aiment la première place dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et à s'entendre appeler par les hommes Rabbi. » (''Mat., ''xxiii, 6-7). « Gardez-vous, dit-il ailleurs à ceux qui veulent être ses disciples, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux... Quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes.» ''(Mat., ''vi, 1, 2). Une autre fois il présente le modèle du publicain contrit et humilié devant Dieu ''(Luc, ''xviii, 9, 14). Lui-même déclare qu'il est venu pour servir et non pour être servi. I1 se dérobe à l'enthousiasme des foules qui veulent le proclamer roi. Or une telle conduite est incompatible avec l'excès d'orgueil qui l'aurait poussé à se dire le Messie, le Fils de Dieu, le futur Juge de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne faisons appel ici qu'à deux vertus du Christ qui s'opposent plus directement à l'hypocrisie et à l'orgueil présupposés nécessairement par l'hypothèse qui veut faire passer Jésus pour un imposteur. Nous pourrions invoquer toutes ses autres vertus, sa personne morale tout entière, sa sainteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn193 [193]] incomparable qui ne connaît pas la moindre défaillance, mais à quoi bon insister, puisque aussi bien on ne prend plus au sérieux les railleries de Voltaire et des ''Encyclopédistes ''qui regardaient Jésus comme un fourbe et les Apôtres, comme des faussaires qui auraient inventé les miracles de l'Évangile dans le but de faire adorer leur Maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''239. — 2° Jésus n'est pas un illusionné'''. — Jésus n'a pas voulu tromper mais il a ''pu se tromper. ''Il a pu se faire illusion sur sa personne et tromper sans le vouloir. C'est à cette seconde hypothèse que se rallient, de nos jours, les adversaires de la divinité du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant de ce principe a priori que le surnaturel n'existe pas et qu'il n'y a pas d'Envoyé divin, les ''rationalistes ''modernes concluent que Jésus a été victime de l'illusion et qu'il est une sorte d'halluciné. Nous avons eu l'occasion déjà (N° 234) de signaler comment le plus habile d'entre eux décrit les états d'âme par lesquels le Sauveur serait soi-disant passé pour arriver à la conscience de sa messianité. Au point de départ, il suppose « la conviction profonde» que Jésus avait « de son union intime avec Dieu », union telle qu'il « se croyait avec Dieu dans les relations d'un fils avec son père, bien plus, qu'il se croyait, à un degré unique et incomparablement au-dessus des autres hommes, le Fils de Dieu. » « Dieu est en lui, il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit Fils de Dieu. » Et alors convaincu qu'il était le « Fils de Dieu, Jésus se sentit aussitôt la mission de faire participer tous les hommes à sa filiation divine, en leur apprenant à connaître Dieu comme leur Père et à recourir à lui comme des fils. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn194 [194]] A partir de ce jour, où il « se proposa de créer un état nouveau de l'humanité», où son « idée fondamentale» fut « l'établissement du royaume de Dieu», Jésus accepte le rôle de Messie. Et comme tout aussitôt il se heurta à l'opposition violente des pharisiens, il comprit qu'avant d'être le Messie triomphant et d'être appelé à la fonction glorieuse de Juge suprême de l'humanité, il devait passer par la souffrance et la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément cette psychologie de l'âme de Jésus ne manque pas de savoir-faire, mais les conceptions de Renan sont plus ingénieuses que solides. Nulle part, en effet, dans les Évangiles, on ne découvre les traces d'une pareille évolution dans les idées de Jésus. C'est à partir du premier instant de sa vie publique, qu'il a conscience d'être le Messie, et ''s'il y a évolution, ''ce n'est pas dans la ''pensée ''de Jésus, mais dans la ''manière de l'exprimer, ''ou plutôt, la foi de Jésus en sa mission reste à chaque instant la même ; c qui se développe et progresse, c'est la conviction qui se fait dans l'âme de ses disciples et de ses auditeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais écoutons, pour répondre à Renan, un des représentants les plus fameux du protestantisme libéral en France : « Jésus, écrit M. Stapfer, s'est dit Messie. Cela est prouvé, cela est certain. Comment en est-il arrivé là? Y a-t-il eu folie, oui ou non? Telle est, nous semble-t-il, la seule alternative qui se pose désormais entre les croyants et les non-croyants. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn195 [195]] « Renan a dit : Jésus, enivré par le succès, s'est cru le Messie. Il était sain d'esprit au commencement de son ministère, il ne l'était plus à la fin, et son histoire, telle que la raconte Renan, est, malgré les ménagements qu'il y apporte, l'histoire de la surexcitation croissante d'un homme qui a commencé par le bon sens, la clairvoyance, la santé morale d'un noble et beau génie, et qui a fini par une exaltation maladive voisine de la démence. Le mot folie n'a pas été écrit par Renan, mais la pensée se trouve exprimée à chaque page. Eh bien, les faits s'opposent à cette explication. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn196 [196]] « Ce qui frappe au contraire» en Jésus, « plus on l'étudié de près, c'est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son absence complète d'illusion . » IL est extrêmement remarquable que la foi de Jésus en lui-même et en son œuvre reste absolument identique à elle-même Cette confiance inébranlable de Jésus en son œuvre, en son Père et en lui-même est certainement surnaturelle... Il y a dans cette assurance qu'aucun événement extérieur ne trouble, une preuve d'une force énorme de la nature divine de Jésus . » (E. Stapfer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de l'aveu de ceux-là mêmes qui rejettent le dogme catholique de la divinité de Jésus-Christ, l'on ne saurait prétendre que Jésus se soit illusionné à ce point sur son propre compte, sans recourir à l'hypothèse de la folie, qu'on prononce le mot, ou qu'on le remplace par d'autres équivalents tels que l'exaltation mystique, l'hallucination ou le déséquilibre Mais alors comment expliquer ce désordre mental avec l'élévation d'esprit, avec l'intelligence profonde et lucide qui se manifestent partout dans les discours et les entretiens de Jésus? Comment ce déséquilibré peut-il être l'auteur d'une doctrine religieuse qui dépasse les plus hautes conceptions des philosophes anciens, et d'une morale qui est devenue l'idéal de l'humanité? Non, vraiment, ''un fou n'a pas tant de sagesse. ''Jamais un déséquilibré n'aurait accompli une œuvre aussi grandiose, créé un mouvement d'âmes aussi intense, et exercé une influence aussi considérable sur le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Dès lors, la conclusion s'impose, Jésus n'est ni un imposteur ni un dément. Il n'a pas trompé et il ne s'est pas trompé. Son affirmation doit donc être retenue. S'il a dit qu'il était le Messie, Fils de Dieu, c'est qu'il l'était.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Letouzey) ; ''Christologie ; Les théories de M. Loisy ''(Beauchesne). — Batiffol, ''L'enseignement de Jésus ''(Bloud). — De Grandmaison, art. ''Jésus-Christ ''(Dict. d'Alès). — Rosé, ''Études sur les Évangiles ''(Bloud). — Frémont, ''Lettres à l'abbé Loisy ''(Bloud). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Mangenot, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Bloud). — F. Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Réalisation en Jésus des prophéties messianiques. ===&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'argument prophétique.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
240.— ''Préliminaire. — ''Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Jésus s'était donné pour ''le Messie prédit par les prophètes. ''Quelque de foi que puisse être la parole d'un homme que recommandent par ailleurs la sainteté de sa vie et la sublimité de sa doctrine, il n'en reste pas moins qu'une telle affirmation demande à être contrôlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus est ''un ''Envoyé divin, il doit nous apporter des marques non équivoques de sa mission divine, telles que prophéties et miracles. Mais, avant tout, si Jésus est ''l'Envoyé divin annoncé par les prophètes, ''il doit réaliser dans sa personne et dans son œuvre les prophéties faites à son sujet ; il faut qu'il y ait relation étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament, que l'un s'explique par l'autre, que le second confirme le premier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''241. — 1° Adversaires'''. — L'argument tiré des prophéties a deux sortes d'adversaires. Les uns nient ''l'existence ''même des prophéties. Les autres en contestent la ''réalisation en Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. A LA PREMIÈRE CATÉGORIE ''appartiennent les ''rationalistes ''et les ''protestants libéraux ''qui prétendent que le Messie n'a pas été prédit et que les prophéties alléguées ne sont ni des ''prophéties, ''ni des prophéties ''messianiques. ''D'après M. J. Réville, les passages de l'Ancien Testament « où l'on se plaisait à voir des prédictions surnaturelles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn197 [197]] ont été mal interprétés par les prédicateurs et les théologiens. Pas plus que les sibylles et les devins, les prophètes n'ont eu le privilège de connaître et d'annoncer les secrets de l'avenir. Ce qui ne les empêche pas, suivant Sabatier, d'avoir été des hommes d'une valeur incomparable ; et si leurs ''prédictions ''sont inexistantes ou sans valeur, leur ''prédication ''les place bien au-dessus de leurs contemporains, et à ce titre, ils sont des hommes providentiels qui ont eu une idée plus pure et plus haute de Dieu et de la loi morale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn198 [198]]. Comme on le voit, les rationalistes et les protestants libéraux veulent bien reconnaître la grandeur morale des prophètes, ils veulent bien les mettre au premier rang parmi leurs contemporains, mais c'est pour mieux refuser tout caractère surnaturel à leur œuvre et à leur parole. Donc, prédicateurs hors de pair, mais non prophètes au sens strict du mot, voilà tout ce que l'on peut dire d'eux. D'où il suit que l'argument prophétique, tel qu'il nous a été transmis par l'apologétique traditionnelle, est dénué de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DANS LA SECONDE CATÉGORIE ''d'adversaires il faut ranger les ''Juifs ''qui, tout en reconnaissant l'existence des prophéties messianiques, n'admettent pas qu'elles se soient réalisées en Jésus. Pour prétendre le contraire, il faudrait, selon eux, détourner les prophéties de leur sens naturel et les interpréter en dehors de leur contexte. C'est pourquoi — et c'est encore Sabatier qui nous le dit — « les Juifs, d'après leur exégèse, ont bien pu ne pas voir dans Jésus de Nazareth le Messie qu'ils attendaient, puisqu'ils n'auraient pu croire eu lui qu'en renonçant aux espérances politiques et nationales que leurs livres leur avaient données. Il est permis de dire que les prophéties messianiques, en tant qu'elles ont un sens historique et grammatical, n'ont jamais été accomplies, et qu'elles n'ont paru l'être dans la vie, l'enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que certainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient prononcées tout d'abord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn199 [199]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''242. — 2° Argument'''. — L’''argument prophétique ''peut se formuler dans le syllogisme suivant : IL existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent, qui décrivent à l'avance la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie. Or ces prophéties se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et l'''œuvre de Jésus. ''Donc Jésus est le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’argument comprend donc deux points à établir : — 1. ''l'existence ''des prophéties messianiques ; — 2. leur ''réalisation en Jésus. ''Si nous parvenons à démontrer ces deux points qui forment la majeure et la mineure du syllogisme, nous aurons répondu, par le fait, aux deux classes d'adversaires que nous avons devant nous. Nous tâcherons de le faire dans les deux articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''REMARQUES. ''— 1. Auparavant, il convient de rappeler, — comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — que, à la rigueur, la démonstration chrétienne peut se faire en dehors de l'argument prophétique. N'y eût-il eu aucune prophétie, Jésus n'en apparaîtrait pas moins « ''Envoyé de Dieu ''», du moment qu'on peut établir qu'il a fait de nombreux et incontestables miracles, qu'il a réuni dans sa personne toutes les qualités qui conviennent à un envoyé céleste et que sa doctrine et sa morale portent bien les marques d'une origine surnaturelle. Moïse, le fondateur de la religion qui porte son nom, n'a été annoncé par aucune prophétie ; et cependant sa mission divine ressort très clairement des multiples prodiges qu'il accomplit et de la transcendance de sa doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Néanmoins, l'argument prophétique a une valeur de premier ordre pour une double raison : — 1) Tout d'abord il est indiscutable que ''le fait d'avoir été prédit ''d'une manière claire et formelle, ajoute un nouveau poids aux autres preuves qui attestent que Jésus est un Envoyé de Dieu. — 2) D'autre part, l'argument prophétique ''remonte aux origines du christianisme. ''L'on peut même dire que, aux yeux des Juifs, il était l'argument capital. Jésus, le premier, s'appuie très souvent sur cet argument pour prouver sa mission. Il y revient d'autant plus, que les Juifs, — les Apôtres y compris, — s'étaient surtout arrêtés aux prophéties de l'Ancien Testament qui concernaient la gloire du Messie saris prendre garde à celles qui prédisaient ses humiliations et ses souffrances. Il lui fallait donc redresser les fausses conceptions de ses contemporains : travail souvent infructueux et long, si long que nous l'entendons, au matin de sa Résurrection, reprocher aux deux disciples qui allaient à Emmaüs, de ne pas saisir encore le sens des prophéties : « O insensés, leur dit-il, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » ''(Luc, ''xxiv, 25, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I- — Existence des prophéties messianiques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de démontrer qu'il y a eu des prophéties et des prophéties messianiques, il convient de donner quelques notions générales sur les prophètes. Cet article comprendra donc deux paragraphes : 1° ''Notions générales sur les Prophètes. ''2° ''Le fait des prophéties messianiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions générales sur les Prophètes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn200 [200]]. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''243. — 1°''' '''Définition. '''— Étymologiquement, le mot prophète (du grec « ''prophètes''» interprète; celui qui prévoit l'avenir) désigne en grec soit un interprète des dieux, soit celui qui prédit l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dans le premier sens, ou ''sens large, ''le prophète, appelé ''nabi ''en hébreu, est donc un ''interprète. ''C'est ainsi que Moïse qui alléguait sa difficulté de parole pour se dérober à la charge redoutable que le Soigneur lui imposait, entendit Dieu lui répondre : « Aaron, ton frère, sera ton nabi» ''(Ex., ''iv, 16) ; autrement dit : Aaron parlera à ta place. — Dans la Bible, le mot ''prophète ''est encore employé pour désigner un homme qui chante les louanges de Dieu : il est dit, par exemple, de Saul, que dans ses accès de mélancolie, il prophétisait (c'est-à-dire ''chantait) ''dans sa maison, pendant que David jouait des instruments (I ''Sam., ''xviii, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Au ''sens strict, ''le prophète était un homme à qui Dieu révélait l'avenir, et donnait la mission de le communiquer aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, dans quelque sens qu'on entende le mot, le prophète était « l'interprète de Dieu, l'intermédiaire entre Dieu et son peuple ; il recevait les ordres du Seigneur et communiquait à la race d'Abraham le plan divin... Sa mission était double, l'une se rapportant au temps présent, l'autre à l'avenir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn201 [201]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''244. — 2°''' '''Le mode de la révélation prophétique. '''— Interprète de Dieu, le prophète recevait les communications divines de triple façon : par la parole, par des visions et par des songes : — ''a) par la parole. ''Il faut entendre par là, du moins ordinairement, non pas un langage articulé et sensible qui aurait frappé l'oreille du prophète, mais une voix qui résonnait au fond de son âme ; — b) ''par des visions. ''Dieu faisait-il passer devant les yeux du prophète des imagos matérielles et physiques, ou les faisait-il percevoir par son imagination, sans qu'elles fussent produites par aucune réalité extérieure, les deux hypothèses sont admissibles, quoique la seconde paraisse plus vraisemblable ; — ''c) par des songes. ''Cette sorte de manifestation divine, beaucoup plus rare que les autres, diffère de la seconde, en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe ne se produisait que pendant le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« IL faut remarquer d'ailleurs que, de quelque manière que fût communiquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de ''délire, ''à plus forte raison, de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux. Il savait donc toujours ce qu'il prophétisait »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn202 [202]], alors même qu'il ne saisissait pas entièrement la portée de ses prédictions et la manière dont elles se réalisaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''245. — 3°''' '''Les particularités du langage prophétique. '''— Les événements de l'avenir se présentent d'ordinaire à l'esprit des prophètes comme des faits présents, déjà réalisés : c'est là ce qui explique les particularités du langage prophétique. D'abord ''l'emploi très fréquent du prétérit ''au lieu du futur ; puis, tout au moins d'une manière générale, ''l'absence de toute chronologie : ''les faits ne sont pas annoncés nécessairement dans l'ordre de leur réalisation future ; les intervalles qui doivent les séparer ne sont pas indiqués. Le tableau de l'avenir s'offre à eux sans perspective : tout y est mis sur le même plan. Il a fallu généralement l'accomplissement des divins oracles pour que la séparation ait pu être opérée. Toutefois, quoique, d'une manière générale, Dieu ait jugé suffisant d'annoncer la fondation de son royaume sans en fixer la date et le mode de réalisation, il arrive parfois que les prophètes indiquent clairement l'époque des événements qu'ils prédisent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''246 — 4° Les prophètes de l'Ancien Testament.''' — A prendre comme points de comparaison l'étendue et l'importance de leur œuvre, les prophètes se divisent en deux classes : les ''grands ''et les ''petits ''prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Les premiers, au nombre de quatre, sont : Isaïe, Jérémie avec Baruch pour appendice, Ézéchiel et Daniel. — ''b) ''Les seconds, au ombre de douze, sont : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'ère prophétique s'ouvrit avec Abdias[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn203 [203]] au début du ixe siècle avant Jésus-Christ et fut close avec Malachie, vers l'an 435 : c'est donc une période de quatre siècles et demi qu'elle embrasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre les grands et les petits prophètes dont nous venons de citer les noms, il y eut dans l'Ancien Testament une longue suite d'hommes illustres qui méritent le nom de prophètes, entendu dans le sens large du mot, c'est-à-dire qui ont été soit auprès du peuple d'Israël, soit auprès de ses chefs, les représentants et les interprètes des volontés divines. Tels sont Moïse, le libérateur et le législateur du peuple hébreu ; Samuel qui détourna Israël des cultes de Baal et d'Astaroth ; Nathan sous le règne de David, et David lui-même ; Élie et Elisée qui, après le schisme d'Israël, furent chargés par Dieu de restaurer le vrai culte de Jahvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §  2.   —   Le fait des prophéties messianiques =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
247. — Est-il vrai, comme l'affirme la ''majeure ''de l'argument prophétique, qu'il existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie? Telle est la première question qui se pose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'étudier longuement les livres de l'Ancien Testament, et en particulier, les écrits des prophètes, pour constater qu'il règne dans toute l'histoire juive une grande pensée, une idée-maîtresse, ou comme on Fa dit, une idée-force, laquelle revient partout comme un invariable leitmotiv et tient une si grande place dans la vie et l'âme de la nation : cette idée c'est l’idée ''messianique. ''Mais que faut-il entendre par là? L'idée messianique comprend deux choses : — ''a) ''Elle est d'abord ''l'attente d'un royaume ''qui doit s'établir un jour, — par l'intermédiaire et sous la domination d'Israël, — groupant tous les peuples dans le culte du vrai Dieu, reconnu désormais et adoré partout comme le Maître de l'univers. — b) Elle est, en second lieu, ''l'attente d'un roi, ''— « Oint ou Messie » — chargé d'établir ce royaume universel, d'en être le roi terrestre et d'être un jour au ciel le roi des élus, le juge qui récompense les bons et précipite les méchants dans la géhenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, les prophéties ont un ''double objet. ''Elles concernent soit le ''royaume futur, ''soit le ''Roi ''qui instaurera et régira le royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''248. — 1° Prophéties concernant le royaume.''' — ''L'attente messianique ''concernant le ''futur royaume ''peut être envisagée au triple point de vue de son ''origine, ''de sa ''nature ''et du ''rôle joué far les prophètes ''dans la genèse de cette idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ORIGINE DE L'ESPÉRANCE MESSIANIQUE. ''— Le moindre examen des Livres sacrés indique qu'il ne faut pas en chercher d'autre que les ''révélations ''et les ''promesses divines. ''Celles-ci remontent aux origines de l'humanité. Adam et Eve avaient à peine commis leur péché de désobéissance que Dieu leur promettait un rédempteur ''(Gen., ''iii, 14, 15), Maintes fois Dieu renouvela ses promesses de bénédictions : plus spécialement il les adressa à Noé, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Voici, du reste, parmi ces promesses prophétiques, les deux plus solennelles et les plus précises : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans votre race, dit le Seigneur à ''Abraham, ''parce que vous avez obéi à ma voix. ''»(Gen., ''xxii, 18). « Le sceptre ne sortira pas de Juda, dit le prophète ''Jacob ''à son quatrième fils Juda, jusqu'à ce que vienne un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne ''l'Envoyé qui rassemblera les peuples. »(Gen., ''xlix, 8 et suiv.). Ainsi, des les premières heures de l'humanité, Dieu annonce déjà son ''plan, ''non pas certes en formules expresses qui marquent tous les détails de l'œuvre future, mais en paroles suffisamment claires pour faire comprendre au peuple juif qu'il a un grand rôle à jouer dans l'œuvre annoncée, pour découvrir à son regard de brillantes perspectives, des horizons lumineux et pour éveiller dans son âme de grandes espérances. A la lumière de ces promesses, il devient facile d'apercevoir dans les multiples péripéties de l'histoire juive, à la fois ''l'unité ''et la ''continuité du plan divin. ''Celui qui y regarde de près, constate sans difficulté que, si l'œuvre se prépare et se développe avec une mystérieuse lenteur, avec des moments d'interruption, ou tout au moins, de ralentissement, elle n'en poursuit pas moins la route avec un progrès indéfini. A travers les vicissitudes de fidélité, et de défection du peuple juif, l'on discerne toujours la volonté de Dieu de garder au sein d'une nation élue le ''monothéisme, ''appelé à devenir un jour la religion de toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''NATURE DE L'ATTENTE MESSIANIQUE. ''— On ne saurait contester qu'il se mêle dans l'idée messianique deux éléments tout à divers. L'établissement du futur royaume, du règne universel de Dieu, est lié dans la pensée juive au ''rétablissement de leur royaume terrestre. ''Cette espérance d'une restauration nationale est tellement ancrée dans tous les cœurs que, au moment de l'Ascension de leur Maître, les Apôtres lui posaient encore cette question ; « Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » ''(Actes, ''i, 6). Il y a cependant des oracles où le côté temporel de l'espérance messianique ne tient aucune, ou presque aucune place ''(Is., ''ii, 2, 5 ; xi, 1, 8 ; xlii, 1, 4 ; l, 4, ii ; lii, 13 ; liii, 12). De nombreuses prophéties décrivent la nature du futur royaume sous les traits d'une union intime entre Dieu et l'âme de chaque fidèle ''(Osée, ''ii, 19). D'autre part, le fait que les prophéties annoncent que tous les peuples participeront au royaume messianique, indique bien que tout ce qui constitue le particularisme juif dans le domaine religieux et politique, sera un jour abrogé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ROLE DES PBOPHÈTES[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn204 [204]]. Le rôle des prophètes, dans la genèse et le développement de l'espérance messianique, fut certainement dé tout premier plan. — 1. Ils ont d'abord été les ''défenseurs du monothéisme. ''A toutes les époques de l'histoire, et avant les prophètes proprement dits, Dieu suscite des hommes qui doivent être les interprètes de ses volontés et de ses desseins. C'est Moïse, le législateur d'Israël qui prêche le culte exclusif de Jahvé, Maître souverain, Seigneur juste et bon, miséricordieux à ceux qui l'aiment et gardent sa loi. C'est Samuel qui détourne les Hébreux des cultes idolâtriques de Baal et d'Astaroth. Ce sont, après le schisme d'Israël, Élie et Elisée qui chassent les fausses divinités et rétablissent le vrai culte. — 2. Ils ont annoncé que le monothéisme, qui constituait le dogme principal de la religion juive, ''s'étendrait à toutes les nations de l’univers. ''C'est Isaïe qui prédit que Jérusalem deviendra un jour le centre du vrai culte où « toutes les nations afflueront » ''(Is., ''ii, 2). C'est Jérémie qui ne craint pas de déclarer aux Juifs que la religion n'est pas seulement un pacte social entre Jahvé et Israël, mais encore une union intime entre Dieu et l'âme de chaque croyant, union intime qui convient aux étrangers, aux Gentils comme aux Juifs. C'est Ézéchiel, le plus grand des prophètes de la captivité, qui soutient la foi et l'espérance des Juifs malheureux et châtiés pour leurs crimes, mais non pas abandonnés de Dieu, et qui leur prédit la résurrection d'Israël. Ce sont les trois prophètes postexiliens : Aggée, Zamier et Malachie qui annoncent le futur royaume messianique ; c'est Malachie, en particulier, qui entrevoit un ordre de choses nouveau, et un nouveau sacrifice ( ''Mal. ''i, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, le ''rôle des prophètes ''au sujet du royaume à venir fut ''double. ''— Leur première mission fut de garder intacte chez le peuple juif la ''foi en un Dieu unique, ''et de maintenir l'adoration exclusive de Jahvé. — La seconde mission qui fut réservée, d'une manière plus spéciale, aux prophètes proprement dits, fut ''d'annoncer, ''pour un avenir plus ou moins rapproché, un ''ordre nouveau, ''une ''religion spirituelle ''qui ferait une plus large part au culte intérieur, une religion non plus nationale et restreinte au peuple juif, mais ''universelle, ''à laquelle tous les hommes seraient appelés, et qui serait ainsi comme le complément de l'antique religion juive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''249. — 2° Prophéties concernant la personne et l'œuvre du Messie. '''— Pour établir le royaume en question, Dieu enverra son représentant. Or les prophètes ne se contentent pas d'annoncer cet ''Envoyé ''ou ''Messie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn205 [205]] ; longtemps à l'avance ils en déterminent ''l'origine, ''la ''naissance, ''les ''fonctions ''et le ''mode ''dont il accomplira son œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Le Messie sera de la race d'Abraham ''(Gen. ''xii) et de la famille de David (II ''Sam., ''vii).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''SA NAISSANCE. ''— 1. La ''date. ''Le Messie ne viendra pas avant que le sceptre soit sorti de Juda ''(Gen., ''xlix, 10) : voilà déjà une indication très précieuse ; mais la célèbre prophétie de Daniel est autrement précise, puisqu'elle fixe l'époque de la venue du Christ, cinq siècles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn206 [206]] avant l'événement : « Depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, dit le prophète Daniel, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort» ''(Dan., ''ix, 25-26). Suivant les paroles du prophète Daniel qui tient son inspiration de l'ange Gabriel, le Messie sera mis à mort dans la semaine qui viendra lorsque sept semaines et soixante-deux semaines, c'est-à-dire soixante-neuf semaines (d'années), seront écoulées après le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem : ce qui nous donne le chiffre approximatif de 486 ans. Or en retranchant 33 ans, — âge probable du Christ à sa mort, — de 486, on obtient l'année 453 qui nous conduit en plein règne d'Artaxerxés Longuemain, auteur de l'édit permettant de rebâtir Jérusalem. — 2. ''Le lieu. ''Le Messie doit naître à ''Bethléem, ''d'après le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petite entre les mille de Juda ; de toi sortira celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine est dès le commencement; dès les jours de l'éternité. » ''(Michée, ''v, 2). — 3. ''Le caractère miraculeux de sa naissance : ''« Une vierge concevra, est-il dit dans Isaïe (vii, 14), et elle enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''SES FONCTIONS. — ''Le Messie exercera la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. Le Messie sera ''roi ; ''comme les autres rois, il sera appelé et sera, d'une manière plus éminente, le Fils de Dieu ''(Ps., ''ii, 7) ; mais sa royauté sera toute spirituelle ''(Is., ''xlix, 6) et pacifique ; il sera le « Prince de la paix » ''(Is., ''ix, 5). — 2. Le Messie sera ''prêtre. ''Ainsi le dépeint David dans un de ses psaumes (cx, 1-5). « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse ramper vos ennemis à vos pieds... Le Seigneur l'a juré, il ne se rétractera point : vous êtes ''prêtre ''pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Les anciens docteurs juifs ont reconnu dans ces paroles du Roi-prophète les traits du Messie. — 3. Le Messie sera ''prophète (Deut., ''xviii, 15 ; ''Is.,'' lxi, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''LE MODE DONT IL ACCOMPLIRA SON ŒUVRE. — ''Nous le trouvons décrit en entier dans la ''seconde partie d'Isaïe, ''dans ''quelques passages de Zacharie ''et dans ''quelques psaumes, ''en particulier le psaume xxi. Dans Isaïe, le Messie est représenté comme le ''serviteur de Dieu ''qui sauvera son peuple, non pas en écrasant ses ennemis, mais par son humble obéissance, par sa passion et sa mort ignominieuse : le chemin de la croix sera donc le chemin du salut. Avant de remporter la victoire et de consommer son œuvre de rédemption, le Messie subira toutes les humiliations : il sera trahi par l'un des siens ''(Ps., ''xl, 10), vendu pour trente pièces d'argent ''(Zach., ''xi, 12-13) ; il sera flagellé, rendu semblable à un lépreux, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple ''(Ps., ''xxi) ; on lui donnera le fiel en nourriture et le vinaigre en breuvage ''(Ps., ''lxviii). Il aura les pieds et les mains percés ; les soldats tireront ses habits au sort ''(Ps., ''xxi, 17,19); son cœur sera percé d'une lance ''(Zach., ''xii, 10). Mais les humiliations du Christ seront suivies de sa glorieuse ''résurrection ''et de son ''ascension ; ''son corps ne sera pas livré à la corruption ''(Ps., ''xv, 10) ; il ressuscitera le troisième jour ''(Osée, ''vi, 3). Puis triomphant il s'élèvera de la montagne des Oliviers ''(Zach., ''xiv, 4) et ira s'asseoir à la droite de Dieu (Ps., cix, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, la vie de Jésus est déjà écrite, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Les circonstances en sont si bien marquées qu'il sera facile de constater si le Messie attendu en réalise toutes les conditions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Réalisation des prophéties messianiques en Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
250. — Or les ''prophéties messianiques, ''dit la mineure de l'argument prophétique, se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et dans ''l’œuvre de Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La personne de Jésus a réalisé les prophéties messianiques'''. — Jésus est-il bien l’''Envoyé ''annoncé par les prophètes pour fonder le royaume attendu ? A-t-il réalisé dans sa ''personne ''tous les traits marqués par les prophètes au point de vue de ''l'origine, ''de la ''naissance, ''des ''fonctions ''et de la ''manière ''dont l'œuvre messianique devait être accomplie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Jésus est de la race d'Abraham ; il appartient à la famille de David, comme le prouvent les tableaux généalogiques de saint Matthieu et dé saint Luc, les exclamations des infirmes qui implorent son assistance : « Ayez pitié de nous, ''fils de David ''»( ''Mat., ''ix, 27), et les acclamations de la foule le jour des Rameaux : « Hosanna au fils de David» ''(Mat., ''xxi, 9, 15). — B. ''SA NAISSANCE. — ''Jésus est né : — 1. au ''temps ''marqué par les prophètes, alors que la Judée était tombée sous la domination romaine et que le sceptre était par conséquent sorti de Juda ; — 2. au ''lieu ''indiqué et de la ''manière ''prédite ''(Luc, ''i, 34 ; ii, 1, 7). — C. ''SES FONCTIONS. ''— Jésus a exercé la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. de ''roi. ''Devant Pilate, il a affirmé qu'il était roi, mais que sa royauté n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 37), qu'elle était spirituelle et devait s'établir, non par la force des armes, mais par la persuasion des cœurs ''(Mat., ''xviii, 18) ; — 2. de ''prêtre. ''Jésus s'offrit lui-même volontairement en sacrifice sur l'arbre de la croix, et il a voulu que ce sacrifice de son corps et de son sang se renouvelât jusqu'à la fin des siècles ; — 3. de ''prophète. ''Jésus a prédit l'avenir, comme nous aurons l'occasion de le dire plus loin (Nos 255 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''MANIÈRE DONT JÉSUS ACCOMPLIT L'ŒUVRE MES­SIANIQUE. ''— L'on connaît trop bien tous les détails de l'histoire de Jésus, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter : inutile donc de montrer que Jésus, par les humiliations de sa vie, par sa passion ignominieuse, par sa mort infâme sur la croix, a réalisé le programme tracé par les prophètes, en particulier par Isaïe et le Roi-prophète au psaume xxi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
251. — '''2° L'œuvre de Jésus a réalisé les prophéties messianiques.''' — Est-il vrai que Jésus a établi le ''royaume attendu ''et qu'il a ainsi réalisé l'espérance messianique? L'histoire est là pour nous attester que Jésus-Christ a vraiment fondé une religion dont les racines plongent dans le judaïsme, une religion qui peut être considérée comme la continuation et le perfectionnement de la religion mosaïque. Sans doute, il n'a pas établi le royaume temporel que les Juifs, avides de jouissances matérielles, avaient entrevu dans leurs rêves de grandeur terrestre, mais il a fondé le vrai royaume, celui où Dieu régnerait et étendrait sa domination spirituelle sur les âmes. Mais est-il vrai, se demandera-t-on peut-être, que celui-là même, le règne du vrai Dieu, se soit implanté de la ''manière ''que l'annonçaient les prophètes? Il semble bien qu'il ne soit pas difficile d'en faire la démonstration. — 1. Remarquons d'abord, que la diffusion du culte de Jahvé au milieu du monde, a eu ''Israël pour intermédiaire, ''comme il était prédit. Le christianisme n'a-t-il pas été propagé par douze fils d'Israël? Il est vrai que, pour accomplir leur œuvre, ils ont dû rompre avec de nombreuses exigences de l'Ancienne Loi. Pour rendre la religion chrétienne accessible à tous les peuples, ils ont dû se débarrasser des observances légales et attacher plus de prix au culte intérieur consistant dans le respect et surtout l'amour de Dieu. Mais précisément les prophètes leur avaient préparé la voie. Il en est, en effet, parmi eux, qui, dans leurs perspectives d'avenir, considèrent déjà comme secondaires les formes liturgiques du. judaïsme et qui renoncent aux objets les plus sacrés du culte israélite : c'est ainsi que Jérémie prévoit le jour où, non seulement il n'y aura plus d'arche d'alliance, mais où le temple de Jérusalem pourra disparaître comme celui de Silo ''(Jér., ''vii, 12, 15). — 2. Il est certain, d'autre part, que le monothéisme a depuis longtemps franchi les limites de la Judée, et il est permis de dire, sans exagération, que, si la religion chrétienne n'est pas devenue la religion de tout l'univers, elle est au moins ''répandue par tout l’univers ''et elle s'est implantée parmi les nations les plus civilisées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de conclure, nous avons à nous demander si ''les oracles ''qui annonçaient le Messie remplissent les ''conditions ''de la prophétie proprement dite (Nos 172 et 173). Étaient-ils la prévision certaine et l'annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles? Il est facile de démontrer que les oracles messianiques avaient les caractères requis pour être de véritables prophéties. — ''a) ''Ils étaient d'abord des ''prédictions certaines, ''et non conjecturales. La preuve en est que l'attente messianique était générale, comme en témoignent les Évangiles et même les auteurs profanes : juifs et païens. — ''b) ''Ils étaient l'annonce de ''choses futures. ''Il est certain que les livres prophétiques existaient plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, puisqu'ils se trouvent dans la version alexandrine des Septante commencée au IIIe siècle et terminée vers 130 avant Jésus Christ. Même les rationalistes qui contestent l'authenticité de la seconde partie d'Isaïe et reportent la prophétie de Daniel beaucoup plus tard, ne mettent pas en doute l'existence des livres prophétiques avant l'avènement de Jésus, et ils admettent que, du moins dans l'ensemble, ils ont été composés entre le IXe et le Ve siècle avant Notre-Seigneur. Les prophéties n'ont donc pas été forgées après coup. — 3. Ils étaient l'annonce de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles. ''Qu'il s'agisse du règne de Dieu lui-même ou du Roi qui devait en être le fondateur, aucune cause naturelle ne pouvait les faire entrevoir cinq siècles à l'avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Il est donc permis de conclure : — 1. qu'il y a dans l'Ancien Testament de ''véritables prophéties messianiques ; ''et — 2. que Jésus les a ''réalisées ''dans sa ''personne ''et dans son ''œuvre, ''si bien qu'on peut accepter cet adage connu de l'École :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Novum Testamentum in Veteri latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Vetus Testamentum in Novo latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bien vrai que le Nouveau Testament se trouve déjà en germe dans l'Ancien, et que l'Ancien à son tour ne s'explique que par le Nouveau.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn207 [207]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''252. — Objections'''. — 1° Certains rationalistes (Kuenen, Darmesteter, J. Réville, Loisy) font appel à la ''doctrine de l'évolution ''pour dépouiller les prophéties de tout ''caractère surnaturel. ''Dans leur hypothèse, les prédictions dont nous avons parlé, s'expliqueraient par une ''évolution de la pensée ''dont ils marquent les différentes phases, à peu près comme il suit. A la première étape, ils signalent l’''apparition soudaine du prophétisme, ''sortant d'une cause inconsciente, et se manifestant comme Un phénomène nouveau dans l'histoire d'Israël. Hommes transcendants, les prophètes parvinrent, par la supériorité de leur esprit, à la conception du monothéisme le plus pur, c'est-à-dire à la notion d'un Dieu unique, créateur et maître du monde. De là à reporter ces attributs sur leur Dieu à eux, sur Jéhovah, il n'y avait qu'un pas. Concevant donc leur Dieu comme le Dieu unique, créateur et maître du monde, ils passèrent facilement à cette idée que Jéhovah triompherait un jour partout, et qu'il serait adoré, non plus seulement dans le temple de Jérusalem, mais dans tout l'univers. Et puisque c'était leur Dieu qui devait triompher, il ne faut pas s'étonner que, par un développement normal de leur pensée, ils aient prédit que le soin d'établir le règne universel de Jéhovah reviendrait à Israël, et que, plus particulièrement, un descendant de la race de David serait chargé de cette mission. C'est ainsi, en flattant les vœux et les rêves de domination de leurs compatriotes, en leur montrant dans l'avenir le jour où ils seraient délivrés de leurs ennemis et domineraient eux-mêmes les autres nations, qu'ils exercèrent un si grand ascendant sur leurs contemporains. La pensée des prophètes a donc travaillé l'âme des Juifs ; elle y a fait naître cette grande ''espérance ''qu'on appelle l’idée ''messianique. ''Et comme les idées ont une tendance à se traduire dans les faits, il est arrivé qu'un jour il s'est trouvé un personnage qui s'est cru le Messie, et qui s'est attribué les titres et la mission indiqués par les oracles prophétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— La thèse rationaliste qui prétend trouver dans l'évolution une explication très simple des prophéties messianiques, est fausse à son ''point de départ ''et à son ''point d'arrivée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''AU POINT DE DÉPART, ''elle suppose que l'origine du monothéisme s'explique par des ''causes naturelles. ''Or ceci est ''en contradiction avec les faits. ''— 1) Notons tout d'abord que les prophètes sont les premiers à avouer qu'ils n'exposent pas leur propre doctrine, mais ce qu'ils ont appris par révélation. Ainsi Amos déclare qu'il a été envoyé par le Seigneur « comme prophète vers le peuple d'Israël » ''(Amos, ''vii'', ''15) ; Jérémie dit que ses paroles sont celles de Dieu ( ''Jér., ''i, 2). Du reste, il suffit de les lire pour se convaincre aussitôt qu'ils n'argumentent pas comme des philosophes, mais qu'ils parlent en ''voyants ''et décrivent ce que Dieu leur manifeste. — 2) En dehors du propre témoignage des prophètes, le principe de l'évolution, c'est-à-dire la loi du déterminisme qui veut que les mêmes causes placées dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, n'explique pas pourquoi le peuple d'Israël seul a eu des prophètes, tandis que les peuples voisins, de même race, de même origine, de même climat comme les Iduméens, n'en ont pas eu, ou n'ont eu que des devins, qui n'avaient pas de plus grande importance que nos somnambules modernes. Le monothéisme des prophètes n'est donc pas explicable par une cause naturelle (V. N° 213).— 3) IL n'est pas plus juste de prétendre que les prophètes prirent un grand ascendant sur leurs contemporains parce qu'ils surent entrer dans leurs idées et flatter leurs rêves. En prêchant le monothéisme, ils allaient au contraire, contre leurs instincts charnels et leurs passions qui les entraînaient si souvent vers l'idolâtrie. En annonçant que le culte du vrai Dieu, de leur Dieu à eux, s'étendrait un jour à toutes les nations de l'univers, ils ne leur étaient pas plus agréables, tant il répugnait à ce peuple si particulariste et si exclusif, de partager ses privilèges avec les Gentils qu'il détestait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''LE POINT D'ARRIVÉE ''de la thèse rationaliste n'est pas plus solide. L'on soutient que l'idée messianique, une fois jetée dans la circulation par les prophètes, y a travaillé à la manière d'une ''idée-force ''qui s'est emparée des esprits, les a échauffés et y a produit une telle effervescence que l'idée a fini par se résoudre en fait. Or tout ceci est encore ''contraire à l'histoire. ''Le règne des prophètes n'a duré qu'un peu plus de quatre siècles ; leur voix qui annonçait l'établissement du royaume messianique s'est fait entendre du IXe au Ve siècle avant Jésus-Christ ; puis tout d'un coup elle s'est tue et, pendant quatre siècles, elle est restée muette. Il n'y a donc pas eu progrès, développement de l'idée, comme le voudrait la loi de l'évolution. Les rationalistes devraient donc nous expliquer comment le mouvement d'opinion, la marche de l'idée, le prophétisme, en un mot, s'arrête tout d'un coup pendant quatre cents ans, et ne reprend son évolution qu'à l'avènement de Jésus. Et non seulement l’''idée ne progresse pas ; ''au lieu de se développer et de se préciser, elle ''dévie de la pensée des prophètes. ''Ceux-ci avaient parlé d'une religion de l'avenir plus spirituelle et plus élevée, d'un culte du cœur où l'amour de Dieu et de la justice tiendraient une plus large place, et pendant quatre siècles, les Juifs se cantonnent dans un ritualisme étroit, dans une foule d'observances mesquines qui faussent les conceptions prophétiques. Les prophètes avaient annoncé le règne universel de Dieu, et les Juifs pratiquent, comme nous l'avons dit plus haut, un exclusivisme jaloux, ne traitant pas avec les autres peuples, les méprisant et en étant méprisés, s'attachant à la partie matérielle des prophéties, au point qu'ils ne surent jamais y renoncer, pas même lorsque l'espérance messianique se présenta devant eux comme un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons ''donc que la théorie de l'évolution ne rend pas compte de l'existence des prophéties messianiques, et que la seule explication qui reste valable c'est la ''révélation divine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
253. — 2° Mais si tant est, ''objectent ''encore les rationalistes, qu'il y a eu des prophéties messianiques, elles ne se sont pas réalisées. Les Juifs n'ont connu ni la félicité temporelle ni le rétablissement du royaume d'Israël que les prophètes leur avaient prédits. Tout au contraire, ils ont vu la destruction de leur temple, la ruine de Jérusalem et leur dispersion à travers le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Il convient de distinguer dans les prophéties un double élément : l'élément spirituel et l'élément matériel. — a) Que ''l'élément spirituel ''qui tenait la première place se soit réalisé, c'est ce que nous avons déjà démontré (N° 251). — ''b) ''Quant à l’''élément temporel, ''il apparaît au premier abord que les prophéties ont été mises en défaut ; il n'en est rien cependant. Car : — 1. les promesses de prospérité matérielle et nationale ne formaient qu'un ''élément secondaire ''dans l'espérance messianique et n'avaient d'autre but que de ''servir de cadre à l'élément spirituel. ''I1 fallait bien que Dieu accommodât ses révélations à la mentalité de ses destinataires. La part excessive que les Juifs firent dans leurs conceptions à l'élément temporel prouve bien qu'ils n'auraient jamais consenti à être les propagateurs du culte de Jahvé, s'ils n'avaient espéré en même temps la restauration de leur royaume temporel. — 2. De plus, il faut remarquer que les ''promesses ''de Dieu concernant la félicité terrestre et le rétablissement du royaume d'Israël, ont toujours été ''conditionnelles. ''Les prophètes n'ont jamais cessé de lier l'avenir temporel des Juifs à leur fidélité à Jahvé. Il n'y a plus dès lors à s'étonner si les Juifs, persévérant dans leur endurcissement et leur orgueil, s'obstinant à ne pas vouloir reconnaître le Messie, ont été privés du bénéfice des promesses matérielles dont le rôle était accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
254. — 3° Si les prophéties avaient été ''claires, ''les Juifs n'auraient pas refusé en si grand nombre de reconnaître le Messie qu'ils attendaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse- '''— Remarquons d'abord que, si Jésus n'avait pas été persécuté et rejeté par les siens, s'il n'avait pas été mis à mort par eux, — bref, s'il avait été reconnu par le peuple juif, — il ne serait pas le Messie, puisque les oracles messianiques qui annonçaient ces différents points, ne se seraient pas réalisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela, l'on a toujours le droit de se demander comment les Juifs ont pu se tromper en si grand nombre sur l'interprétation des prophéties, et comment il se fait que les uns se sont convertis au christianisme, tandis que les autres se sont obstinés dans le judaïsme. — « Les Israélites, dit l'abbé de Broglie, qui ont résisté à la lumière de l'Évangile, ceux qui n'ont pas voulu recevoir le Messie, s'étaient attachés d'avance à la conception d'un royaume temporel ; ils s'y étaient tellement attachés qu'ils ne voulaient point s'en déprendre. Ils tinrent à cette conception au point de tout sacrifier, et, dès qu'ils virent que le Sauveur s'écartait de leur pensée, ils le rejetèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres, au contraire, et les premiers disciples du Christ, avec cette même conception, avaient l'esprit plus simple, plus soumis et plus docile. Ils avaient reconnu en Jésus-Christ le caractère du Messie ; et saisis d'admiration par sa sainteté, par sa sagesse, par ses œuvres incomparables, certains qu'il était le Fils de Dieu, ils sacrifièrent leur propre pensée à son enseignement. Ils se dirent : « Voilà comment nous comprenions les prophéties, mais peut-être nous nous trompions. Et, avec répugnance, sans doute avec peine, en sacrifiant leur propre jugement, ils acceptèrent dans leur vrai sens les paroles de Notre-Seigneur. Ils avaient résisté d'abord : ils se soumirent et l'événement leur donna raison'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn208 [208]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Touzard, art. ''La religion juive ''(Dict. d'Alès) ; ''Sur l'étude des prophètes de l’Ancien Testament ''(Rev. pr. d'Ap. 1907-1908) ; ''L'argument prophétique ''(Bloud). — Abbé de Broglie, ''Questions bibliques ; Les prophéties messianiques ''(Bloud). — S. Protin, ''L'argument prophétique ''(Rev. Augustinienne, 15 octobre 1909). — Mgr Pelt, ''Histoire de l'Ancien Testament ''(Lecoffre). — Mgr Meignan, ''Les Prophètes d'Israël et le Messie. ''— Condamin, ''Le livre d'Isaïe ''(Lecoffre). — Lagrange, ''Le Messianisme chez les Juifs ''(Gabalda). — Le Hir, ''Les prophètes d'Israël. ''— Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Abbé Frémont, ''La divinité de Jésus-Christ et la libre-pensée ''(Bloud). —Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Bossuet, ''Discours sur l'Histoire universelle, ''2e partie, chap. iv. — Lacordaire, 41e conférence. — Monsabré, ''Introduction au dogme catholique, ''16e et 17e conférences. —A. Nicolas, ''Études philosophiques sur le christianisme, ''t. II (Vaton). — Tanquerey, ''Théologie fondamentale. ''— Valvekens, ''Foi et raison ''(de Meester).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre IV. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties, par ses miracles et par sa Résurrection. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== DÉVELOPPEMENT ==&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver qu'il disait vrai lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie (voir chapitre II), Jésus ne s'est pas borné à réaliser en sa personne et en son œuvre les prophéties de l'Ancien Testament ; il a voulu encore appuyer sa parole par des signes propres à authentiquer sa mission et à en démontrer l'origine divine. Ces signes sont : 1° les ''prophéties ; ''2° les ''miracles ; ''et 3° le miracle suprême de sa ''résurrection. ''Nous traiterons ces trois points dans les trois articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois choses sont nécessaires pour que les prophéties de Jésus aient la valeur d'un signe confirmatif de son affirmation. Il faut : 1° que les ''prédictions ''qu'il a faites se soient ''réalisées ; ''2° que ces prédictions remplissent les ''conditions de la vraie prophétie ; ''et 3° qu'elles aient été faites en ''confirmation ''de sa parole, ou si l'on veut, de la vérité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §   1. — Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
255. — Tous les Évangélistes sont d'accord pour attribuer à Jésus le don de prophétie, la faculté de deviner les secrets des cœurs et de lire dans l'avenir. D'après, leur commun témoignage, Jésus a fait des prophéties relatives : — 1° à ''lui-même ;. ''— 2° à ''ses disciples ; ''— 3° aux ''destinées de l'Église et des Juifs ; ''— 4° à la ''ruine de Jérusalem ''et du ''temple ''et à la ''fin du monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Relativement à lui-même.''' — Jésus a prédit sa ''passion, ''sa ''mort ''et sa ''résurrection. ''Un jour qu'il allait à Jérusalem avec ses douze Apôtres, « il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux Gentils ; et ils l'insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour (''Marc, ''x, 32, 34). Il est superflu de prouver, par le témoignage des Évangélistes qui rapportent la Passion, le crucifiement et la Résurrection de Jésus, que ces prédictions se sont réalisées à la lettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''256. — 2° Relativement à ses disciples'''. — Jésus a prédit la ''trahison de Judas, ''la ''fuite des Apôtres ''et le ''triple reniement de Pierre. ''Au cours de la célébration de la Cène, Jésus annonce ainsi ce qui doit arriver : « Et pendant qu'ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l'un de vous trahira ... Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront ''dispersées. ''Mais après que je serai ''ressuscité, ''je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ''(Mat., ''xxvi, 21, 31-34). — Jésus annonce aux Apôtres les ''persécutions ''qui les attendent, « Mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez traduits à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. ''» (Mat., ''x, 17, 18). — Jésus prédit à ''Pierre son futur martyre, ''et lui annonce « par quelle mort il devait glorifier Dieu. » ''(Jean, ''xxi, 18, 19). — Que l'avenir ait réalisé ces prédictions, les événements sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
257, — 3° '''Relativement aux destinées de l'Église et des Juifs. '''— a) ''DESTINÉE DE L'ÉGLISE. ''— Jésus annonce : — 1. La ''descente du Saint-Esprit sur les Apôtres ''et l'admirable ''propagation de l'Église. ''Avant son Ascension, il leur dit : « Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. ''» (Actes'', i, 8). Ainsi Jésus prédit que le Royaume de Dieu qui a des débuts si humbles, ira grandissant, tel l'imperceptible grain de sénevé qui peu à peu devient un grand arbre ''(Mat., ''xiii, 32). — 2. Il promet à son Église l’''indéfectibilité. ''Il dit, en effet, à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » ''(Mat''., xvi, 18). L'histoire en main, il serait facile d'établir que l'Église a eu jusqu'ici les destinées que Jésus lui avait prédites. — b) ''DESTINÉE DES JUIFS. ''Jésus prédit le ''rejet de la synagogue ''et le ''châtiment des Juifs. ''A cause de leur endurcissement dans le mal, les Juifs seront exclus du royaume ; leurs places seront prises par les Gentils : tel est bien le sens des deux paraboles des vignerons rebelles et des noces royales (''Mat., ''xxi, 33 et suiv. ; xxii, 2, 14). Aucun doute encore sur la réalisation de ces prophéties.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
258. — 4° '''Relativement à la ruine de Jérusalem et du temple, et à la fin du monde. '''— Les trois premiers Évangélistes nous rapportent une double prédiction de Jésus à propos de la ruine de Jérusalem et de la destruction de son temple, et à propos de la fin du monde ''(Mat, ''xxiv ; ''Marc, ''xiii ; ''Luc, ''xxi) ; et quand ses disciples lui demandent « quand ces choses arriveront et quels signes il y aura » de son « avènement », « et de la consommation des siècles » (''Mat, ''xxiv, 3), Jésus répond en indiquant un certain nombre de signes auxquels on pourra reconnaître la proximité de ces événements, — Or si nous ne pouvons rien dire encore sur la réalisation des signes indiqués pour la fin du monde, il est certain que la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du temple s'est vérifiée au moment de la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2 — Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. =====&lt;br /&gt;
'''Objection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
259. — 1° '''Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. '''— Les prédictions dont nous venons de parler remplissent toutes les ''conditions ''de la prophétie. Elles sont, en effet : — ''a) ''des prédictions ''certaines, ''et non conjecturales. Elles annoncent des événements d'une façon claire, et non ambiguë : ainsi, Jésus prédit, non seulement sa mort prochaine, mais les circonstances qui doivent la précéder ; — b) des prédictions de ''choses futures. ''Pour dire le contraire, il faudrait prétendre que les Evangélistes auraient fabriqué les prophéties après coup, qu'ils seraient des imposteurs et que leur témoignage n'est pas digne de foi. Or nous avons établi précédemment qu'ils sont des historiens sincères et que leur témoignage, considéré du seul point de vue humain, est recevable ; — c) des prédictions de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles: ''il s'agissait d'événements qui dépendaient de la liberté humaine, de futurs contingents que Dieu seul pouvait connaître. Les rationalistes ''objectent, ''il est vrai, que Jésus, connaissant, d'une part, la haine et la jalousie des Pharisiens, et de l'autre, la timidité de ses Apôtres, pouvait parfaitement prévoir qu'il serait mis à mort par ses adversaires et abandonné par les siens. Dans une certaine mesure, l'hypothèse est admissible, mais si, à la rigueur, Jésus pouvait prévoir sa condamnation et la lâcheté de ses disciples, il ne pouvait pas connaître les ''détails ''de sa passion et de sa mort. En dehors de là, comment Jésus aurait-il pu conjecturer les admirables destinées de son Église et la ruine de Jérusalem et du temple?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''260. — 2°''' '''Objection. '''— A cette dernière prédiction les rationalistes et les modernistes objectent deux choses. — ''a) D'un côté, ''ils prétendent que la ''prophétie ''sur la ruine de Jérusalem est l’''œuvre des Évangélistes ''qui, écrivant après l'événement, attribuèrent à Jésus une prédiction qu'il n'avait jamais faite. — b) ''De l’autre, ''s'appuyant sur ce passage : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent» (''Mat., ''xxiv, 34), et soutenant qu'il s'applique à la fin du monde dont il venait d'être question, ils déclarent que ''Jésus a commis une erreur ''manifeste, puisqu'il a donné la fin du monde, ainsi que son glorieux avènement ou parousie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn209 [209]], comme des faits imminents et dont la génération à laquelle il s'adressait devait être témoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Ne dissimulons pas que les passages qui rapportent la double prédiction de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde sont de ceux dont l'exégèse est loin d'être facile. — ''a) ''Quant à la première attaque qui porte sur l’''ensemble du passage ''et qui accuse les Evangélistes d'avoir ''forgé eux-mêmes la prophétie, ''elle ne résiste pas à l'examen. On ne saurait prétendre que nous sommes on présence de prédictions faites après coup, car il y a dans les récits un tel enchevêtrement de faits, une confusion de choses qui ne se comprendrait pas si la rédaction avait été faite après l'événement. Si les Évangélistes avaient écrit après la ruine de Jérusalem, ils auraient distingué mieux entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, et ils auraient indiqué avec plus de clarté l'événement dont ils donnaient les signes précurseurs. — Par ailleurs, l'historien Eusèbe ''(Hist. eccl''., iii, 5, 3) nous apprend que les chrétiens de la Judée se ''souvinrent de la prédiction de Jésus, ''lorsqu'ils virent les Romains s'approcher, qu'ils s'enfuirent en grand nombre à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et qu'ils échappèrent ainsi aux horreurs de l'invasion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant à la seconde attaque des rationalistes et des modernistes qui prétendent que Jésus a donné ''la fin du monde ''comme ''imminente, ''et que par conséquent ''il a commis une erreur, ''elle n'a pas plus sa raison d'être. Sans doute il y aurait erreur si les paroles de Jésus « ''cette génération ne passera pas que ces choses n'arrivent», ''s'appliquaient à la fin du monde, mais il n'en est pas ainsi. C'est en effet une règle élémentaire d'exégèse que les passages obscurs doivent être interprétés d'après les autres plus intelligibles. Or, dans le même discours, Jésus déclare que le jour du jugement n'est connu de personne, sauf de Dieu (''Mat., ''xxiv, 36) ; il déclare, en outre, qu'avant la fin du monde l'Évangile doit être prêché dans le monde entier, et à toutes les nations ''(Mat., ''xxiv, 14). Voilà donc deux passages qui, dans l'hypothèse rationaliste, seraient en contradiction flagrante avec la première prédiction. Est-il admissible que, d'un côté, Jésus affirme que la fin du monde est proche, quand, de l'autre côté, il déclare qu'il n'en connaît pas l'époque et qu'elle n'aura pas lieu avant que l'Évangile soit prêché dans le monde entier c'est-à-dire avant un laps de temps forcément de grande étendue. Il s'ensuit que ces paroles « ''Cette génération ne passera pas... ''» doivent s'entendre de la ''destruction de Jérusalem, ''et non de la fin du monde et de son glorieux avènement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Concluons avec le P. Lemonnyer que : « ni Jésus n'a annoncé, ni les Synoptiques ne lui font dire que son avènement glorieux et la fin du monde se produiront du vivant de ceux qui l'écoutaient ou même dans un avenir prochain. Peut-être cependant quelques-unes de ses paroles, mal comprises des premiers chrétiens, ont-elles contribué, sous l'action d'idées et de sentiments où Jésus n'était pour rien, à former l'état d'esprit que les écrits apostoliques nous révèlent touchant la parousie... Il reste simplement ceci, que Jésus n'a pas cru nécessaire de mettre au point, par des déclarations précises et tout à fait claires, les préoccupations eschatologiques de ses disciples immédiats... L'on dirait qu'il s'est appliqué à les mettre dans une complète et vive incertitude touchant la date, lointaine ou toute proche, de son retour, multipliant à la fois les appels à la vigilance et à la fidélité. » (Art. ''Fin du monde. ''Dict. d'Alès.)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn210 [210]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les prédictions de Jésus ont été faites pour confirmer sa parole. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261. — Les prophéties faites par Jésus sont en ''connexion étroite avec sa mission. ''C'est pour prouver l'origine divine de celle-ci, et par conséquent, la vérité de son affirmation, que Jésus prophétise. Plusieurs fois il en fait la déclaration formelle à ses Apôtres. Ainsi, après avoir prédit la trahison de Judas, il déclare : « Dès maintenant, je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous ''croyiez à ce que je suis. »''(''Jean, ''xiii, 19). de même, après leur avoir annoncé les persécutions qui les attendent, il ajoute : « Je vous ai dit ces choses, afin que. lorsque l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. » . (''Jean, ''xvi, 4). Comme on le voit, Jésus indique clairement le but qu'il se propose par ses prophéties: il veut que les Apôtres croient plus fermement à sa parole et à son origine divine, lorsqu'ils verront ses prédictions se réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion.''— Il est donc permis de conclure que Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées, que ces prédictions avaient tous les caractères de la vraie prophétie et qu'il les a faites dans le but de prouver sa mission divine. Donc il est un ''Envoyé divin.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus a confirmé son affirmation par ses miracles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons ici la même marche que dans l'article précédent. Trois choses sont nécessaires pour que les miracles attribués à Jésus-Christ aient la valeur d'un signe divin. Il faut : 1° qu'ils soient ''historiquement certains ; ''2° qu'ils soient de ''vrais miracles ; ''3° qu'ils aient été accomplis en ''confirmation de sa mission.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les miracles attribués a Jésus-Christ sont historiquement certains. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262. — La certitude des miracles attribués à Jésus ressort de la valeur historique des Évangiles qui les rapportent. Il a été établi précédemment (Nos 223 et suiv.) que les Évangélistes sont ''dignes de foi ''et que leur autorité humaine est indiscutable : les écrivains sacrés étaient à la fois bien informés et sincères ; bien informés, puisque deux d'entre eux, saint Matthieu et saint Jean étaient des Apôtres, et partant, des témoins oculaires ; sincères, la chose ne prête plus à discussion à notre époque, aucun critique ne prenant les Évangélistes pour des imposteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on ne prétende pas que les miracles soient des ''interpolations ''qu'on aurait introduites après coup dans les récits évangéliques. Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour être convaincu du contraire. Que les miracles appartiennent à la ''substance ''même ''de l’histoire évangélique, ''cela résulte : — a) de la ''place considérable ''qu'ils tiennent dans les Évangiles. S'il ne s'agissait que de deux ou trois miracles, on pourrait, à la rigueur, admettre qu'ils auraient été ajoutés par la suite, mais comme ils dépassent la quarantaine, l'hypothèse de l'interpolation est absolument invraisemblable ; — ''b) du rôle qui leur est attribué ''dans l'histoire évangélique. Retrancher les miracles des Évangiles, c'est rejeter l'histoire du Christ Les miracles sont une partie si essentielle des Évangiles que ceux-ci, sans eux, deviennent incompréhensibles. Ce sont les miracles qui expliquent la ''foi des Apôtres ''et de beaucoup de Juifs : ainsi, il est dit, que, après le miracle de Cana, « ses disciples crurent en lui» (''Jean, ''ii, 11),que «pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » ''(Jean'', ii, 23). Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, s'adressant au peuple, rappelle les miracles accomplis par Jésus ''(Actes, ''ii, 22). Or comment saint Pierre aurait-il osé en appeler aux miracles de Jésus, s'ils avaient pu être mis en doute par ses auditeurs? Au reste, ni les Juifs contemporains du Christ, ou postérieurs, qui ont écrit dans le Talmud[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn211 [211]], ni les païens adversaires de la religion chrétienne : Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien et autres, n'ont rejeté la réalité des miracles de Jésus. Ces derniers se sont contentés de les attribuer à la magie et à un commerce avec les démons ; ils ont repris à leur compte l'accusation des Pharisiens, à savoir que, si Jésus chassait les démons, c'était par Belzébuth, prince des démons ''(Mat., ''xii, 24). Devant la notoriété publique des miracles et la non-protestation des Juifs, ils n'ont pas osé dire que c'étaient là des fables inventées par l'imagination fertile des Évangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les miracles opérés par Jésus-Christ sont de vrais miracles, =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''263. — 1° Les miracles.''' — Nous laisserons de côté les miracles opérés par Dieu en faveur de Jésus : apparition des Anges aux bergers, apparition d'une étoile aux Mages lors de sa naissance ; témoignage rendu à l'occasion de son baptême et de sa transfiguration, etc. Nous ne parlerons que des miracles que Jésus-Christ a accomplis lui-même pour prouver la divinité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les miracles qui font partie de la matière évangélique, — plus de quarante, comme il a été dit plus haut, — peuvent être divisés en trois classes. Il y a : — ''a) ''les ''miracles opérés sur les substances spirituelles ; ''autrement dit, la ''délivrance des possédés. ''Jésus a chassé les démons ; les Évangiles nous rapportent sept miracles de ce genre ; — ''b) ''les ''miracles opérés sur les éléments ''et les ''êtres privés de raison. ''Dans cette catégorie, il faut ranger : — 1. le miracle du changement de l'eau en vin aux noces de Cana ''(Jean, ''ii, 1-11) ; — 2. la tempête du lac apaisée ''(Mat., ''viii, 24, 26) ; — 3. deux pêches miraculeuses ''(Luc, ''v, 1, 11 ; ''Jean, ''xxi, 3, 11) ; — 4. la multiplication des pains (''Mat., ''xiv, 15, 21 ; ''Marc, ''vi, 30, 44 ; ''Luc., ''ix, 10, 17 ; ''Jean, ''vi, 1, 15) ; — 5. le figuier desséché ''(Lue, ''xiii, 6-9) ; — 6. la marche de Jésus sur les flots ''(Mat., ''xiv, 25) ; — ''c) les miracles opérés sur les hommes. ''Les Évangélistes ne relèvent pas moins de quinze guérisons de maladies corporelles : guérisons de lépreux, de paralytiques, du serviteur du centurion qui a la main desséchée, d'hydropiques, de sourds-muets et d'aveugles. Outre ces guérisons de maladies, Jésus a ressuscité trois morts : le fils de la veuve de Naïm, la fille de Jaïre et Lazare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''264. — 2°''' '''Ce sont de vrais miracles- '''— Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur les miracles rapportés dans les Evangiles, il nous faut établir que ces faits sont bien des miracles proprement dits, c'est-à-dire des faits ''surnaturels ''et ''divins.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CE SONT DES FAITS SURNATURELS. — ''Rappelons d'abord ce que nous avons dit plus haut, à savoir que les contemporains du Christ et ses premiers adversaires païens n'ont pas contesté l'apparence surnaturelle des miracles. — Sans doute, disent nos ''modernes rationalistes, ''mais leur méprise n'a pas d'autre cause que leur ignorance totale des lois de la nature Au dire de ces derniers, les prodiges en question s'expliquent donc par des causes naturelles: — ''a) ''soit par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge : ''« La présence d'un homme supérieur traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dire que, dans beaucoup de cas et en dehors des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie ? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain. » Ainsi parle Renan dans la ''Vie de Jésus ''(2e ''éd''., p. 260); — b) soit par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme ; ''— c) soit par la « ''foi qui guérit ''» ''the faith-healing, ''comme disent les Anglais. Cette dernière hypothèse est celle à laquelle se rallient de préférence beaucoup de nos adversaires actuels, et en particulier les ''modernistes ''(Ed. Le Roy, Fogazzaro...), du moins pour les faits dont ils reconnaissent la réalité. Comprenant bien, en effet, que tous les miracles ne sont pas explicables par la foi, ils n'admettent la réalité historique que des faits qui peuvent s'expliquer par cette hypothèse. Pour prouver le bien-fondé de leur théorie, ils s'appuient surtout sur ce fait qu'avant de guérir les maladies, Jésus requiert la foi : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit ''(Marc, ''ix, 22), dit Jésus au père d'un jeune épileptique qui lui demande la guérison de son fils. « Ma fille, ta foi t'a guérie » ''(Marc, ''v, 34), dit-il à l'hémorroïsse. « Va, ta foi t'a sauvé » ''(Marc, ''x, 52), dit-il encore à l'aveugle de Jéricho.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune des explications qui précèdent ne suffit à rendre compte de ''l'ensemble des miracles ''contenus dans l'Évangile. ''Nous disons de l'ensemble des miracles, ''car, ou bien l’on admet la valeur historique des Evangiles, ou bien on la rejette. Si on la rejette, si l'on considère la partie miraculeuse comme mythique ou légendaire, toute discussion devient inutile. Mais si on l'admet, il n'y a aucune raison qui permette de faire un choix entre les miracles et de retenir tel miracle plutôt que tel autre. Ceci posé, nous prétendons que les miracles ne s'expliquent : — a) ni par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge. ''Tout d'abord on ne saurait prendra Jésus pour un adroit metteur en scène : tout ce que nous savons de son caractère s'y oppose. Et puis, quoique habile que soit une personne, quelque influence morale qu'elle ait sur une autre, il va de soi qu'elle ne pour rendre la vue à un aveugle, l'ouïe à un sourd et la parole à un muet ; — ''b) ''ni par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme. ''Nous avons vu déjà (N° 168) que la suggestion a des limites très étroites par rapport aux sujets et aux affections qu'elle peut guérir. Elle est sans efficacité sur les maladies organiques, telles que la lèpre, l'atrophie, la cécité, l'hémorragie habituelle. On ne voit pas bien non plus l'influence que la suggestion pourrait avoir sui les vents déchaînés ni comment elle pourrait calmer soudain une tempête. Ajoutons on outre que le Christ opère ses miracles ''instantanément ; ''ce qui n'arrive jamais dans les guérisons dues à l'hypnotisme et à la suggestion qui exigent et le temps et l'emploi des moyens ;, — ''c) ''ni par ''la foi qui guérit. ''Il est faux de prétendre que Jésus requiert toujours la foi : il l'exige, il est vrai, de ceux qui viennent lui demander la guérison, et ce n'est que trop juste ; mais il ne l'exige pas, dans toutes les circonstances, du malade lui-même ; la preuve en est que plusieurs fois il accomplit ses miracles à distance, comme il arriva pour la Cananéenne. On ne peut donc soutenir que la foi des malades fut toujours la cause de leur guérison. En outre, l'hypothèse de ''la foi qui guérit ''ne pour s'appliquer qu'à un nombre très restreint de cas ; elle est sans valeur pour tous les miracles opérés sur la nature : elle ne rend compte ni des tempêtes apaisées, ni des pains multipliés, ni des morts ressuscités. Aussi les partisans de cotte théorie se voient-ils contraints, comme nous l'avons dit plus haut, de faire un choix arbitraire dans les matériaux fournis par l'histoire évangélique, et de rejeter, contrairement aux règles de la méthode historique, tous les faits qui sont on opposition avec leurs préjugés philosophiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CE SONT DES FAITS DIVINS. ''— a) Nous venons de prouver que les miracles attribués à Notre-Seigneur sont au-dessus de la nature ; il n'est pas nécessaire d'insister longuement pour montrer qu'ils ne sauraient être l'œuvre du démon. Car il est. évident que la plupart dépassent la puissance de tout être créé ; toiles sont, par exemple, les trois résurrections que Jésus a opérées, sans parler de la sienne. — b) Si Jésus avait usé de la puissance du démon, il ne l'aurait pas utilisée assurément à chasser les démons ; il n'est pas admissible que Satan se mette en opposition lui-même. — c'') ''Mais comment admettre que Jésus-Christ dont la sainteté est au-dessus de tout soupçon, ait pu servir d'agent au démon? D'ailleurs tous ses miracles ont un caractère moral ; ils sont des œuvres de bonté et de miséricorde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn212 [212]], ils ont souvent pour fin dernière la sanctification de l'âme plutôt que la guérison du corps : autant de propriétés que ne pourraient pas avoir les œuvres de Jésus, si elles dérivaient de la puissance diabolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède nous avons le droit de conclure que les prodiges attribués à Notre-Seigneur sont de vrais miracles. D'où il suit qu'il faut reconnaître en Jésus l'existence d'une force surhumaine, transcendante, surnaturelle. Ceux qui n'acceptent pas la conclusion sont obligés de rejeter les faits eux-mêmes et de contester la valeur historique des Évangiles : c'est là une nécessité à laquelle ils se trouvent acculés mais dont ils ont à fournir l'explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les miracles ont été faits par Jésus pour confirmer sa mission. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265. — A. Jésus ne se contente pas d'affirmer qu'il est le Messie ; il entend le prouver par ses œuvres et particulièrement par ses miracles. — ''a) ''Aux ''envoyés de Jean-Baptiste ''qui lui demandent s'il est le Messie, il renvoie à ses miracles (''Mat., ''xi, 5). — ''b) ''Aux ''Juifs ''qui lui posent la même question, il répond : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi» (''Jean, ''x, 25). — c) ''Avant la résurrection de Lazare, ''il déclare que le miracle qu'il va accomplir, c'est pour que le peuple qui l'entoure croie à sa mission ''(Jean, ''xi, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Les miracles de Jésus ne furent d'ailleurs pas interprétés autrement par tous ceux qui en ont été les témoins. — ''a) Par ses disciples. ''Nous avons dit précédemment qu'ils crurent en lui à partir et à cause du miracle de Cana ; — b) ''par Nicodème, ''qui le confesse on ces termes : « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur ; car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est pas avec lui» ''(Jean'', iii, 2) ; — c) ''par l'aveugle-né ''qui croit en Jésus après sa guérison ''(Jean, ''ix, 38) ; — ''d) par les foules ''en général « qui étaient dans l'admiration et disaient : N'est-ce point là le fils de David? » ''(Mat., ''xii, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Les miracles évangéliques sont donc des miracles historiquement certains ; ils sont de vrais miracles et ils ont été faits pour démontrer que Jésus était un ''Envoyé de Dieu. ''Si par conséquent cet Envoyé de Dieu nous dit qu'il est le ''Messie, ''et plus, qu'il est le ''Fils de Dieu, ''dans le sens propre du mot, sa parole est digne de foi, car il est inadmissible que Dieu ait consacré par sa puissance la parole d'un imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Jésus a confirmé son affirmation par sa Résurrection. ====&lt;br /&gt;
'''266.''' — '''1° Importance de la question. '''— Au moment où nous en sommes de la démonstration chrétienne, et après avoir établi la réalité historique des miracles de Jésus, il pourrait sembler que le miracle de la Résurrection ne soit plus désormais nécessaire pour attester sa mission divine et que ce soit chose faite. Il est vrai. Cependant il importe au plus haut point que l'apologiste démontre la Résurrection par les preuves les plus solides et qu'il ne laisse point les attaques des adversaires sans réponses, car, outre qu'elle est bien le miracle des miracles, et qu'elle est un ''miracle prophétisé ''par Notre-Seigneur lui-même, — donc ''miracle ''et ''prophétie ''à la fois, — elle a toujours été comme la base et la clef de voûte de la prédication chrétienne. Les Apôtres ont cru et prêché que le Christ était ressuscité des morts. Saint Pierre a affirmé la résurrection du Christ en termes formels dans ses deux premiers discours ''(Act., ''ii, 24 ; iii, 15). Saint Paul, qui est revenu souvent sur le sujet, n'hésitait pas à dire aux Corinthiens que leur foi était vaine si le Christ n'était pas ressuscité (I ''Cor., ''xv, 17). L'on peut juger par là de l'importance de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Position de la question. '''— IL convient d'abord de bien déterminer comment se pose la question du miracle de la Résurrection en face de la critique moderne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux choses sont nécessaires pour que la Résurrection de Jésus ait toute sa valeur apologétique et puisse être regardée comme un ''signe divin ''IL faut : 1° que le ''fait soit historiquement certain, ''et 2° qu'il se soit accompli pour ''confirmer la mission divine de Jésus. ''Il n'y a pas lieu en effet de démontrer le caractère miraculeux du fait, que personne ne conteste. D'où deux paragraphes seulement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Résurrection est un fait historiquement certain. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''267. — 1°''' '''Adversaires. '''— Le miracle de la Résurrection a rencontré à toutes les époques de nombreux adversaires. Seuls, ceux de l'heure présente doivent retenir notre attention. D'une manière générale, l'on pourrait poser en principe que l'opinion des ennemis du christianisme fut toujours commandée par leurs passions et leurs préjugés, Celle de nos rationalistes modernes dérive de leur ''philosophie qui repousse a priori tout miracle, ''à supposer même qu'il fût attesté par les témoignages les plus forts et les plus dignes de foi. « Aujourd'hui, dit M. Stapfer, pour l'homme moderne, une résurrection véritable, le retour à la vie organique d'un corps réellement mort est l'impossibilité des impossibilités. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn213 [213]] Le siège de ces critiques est donc fait d'avance, et la seule question qui se pose pour eux c'est de découvrir le meilleur terrain sur lequel ils puissent donner l'assaut à l'apologétique catholique. Ce terrain, ils ont cru le trouver dans la ''critique littéraire et historique. ''L'on ne dit donc plus aujourd'hui : nous ne croyons pas à la Résurrection, parce que le fait est impossible, parce qu'il est en dehors des lois de la nature ; l'on se contente de dire : Tout fait historique doit être prouvé par le témoignage de ceux qui ont pu le connaître. Or « la Résurrection, si on veut la prendre pour une réalité historique, de même ordre que la mort, n'est attestée que par des témoignages discordants... la mort, fait naturel et réel, a eu des témoins et pouvait être racontée ; la Résurrection, matière de foi, n'a jamais été vérifiée... On ne parle que de visions et les récits qu'on en donne sont contradictoires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn214 [214]] La Résurrection est « une croyance chrétienne, non un fait de l'histoire évangélique. Et s'il fallait y voir un l'ait d'ordre historique, on serait obligé de reconnaître que ce fait n'est pas garanti par des témoignages suffisamment sûrs, concordants, clairs et précis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn215 [215]] Comme il est permis d'en juger par ces deux brèves citations, c'est bien au nom de la ''critique historique ''qu'on entend nier le fait de la Résurrection: c'est en s'appuyant sur les témoignages qui le rapportent, en les opposant entre eux, que l'on espère ruiner l'un des points principaux de la croyance chrétienne. C'est ainsi que l'on met le témoignage de saint Paul en parallèle avec le témoignage des Évangélistes, et comme le premier est moins circonstancié et qu'il est de date antérieure, l'on prétend qu'il représente la tradition primitive, laquelle n'aurait cru d'abord qu'à l'immortalité du Christ et ne serait arrivée à la foi à la Résurrection corporelle de Notre-Seigneur que peu à peu et par des étapes successives dont les récits évangéliques portent les traces. Nous allons voir si toutes ces prétentions sont justifiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
268. — '''2°''' '''Preuves de la Résurrection. '''— Les deux principaux témoignages qui nous rapportent le fait de la Résurrection sont, d'après l'ordre chronologique : — a) le ''témoignage de saint Paul, ''consigné dans la première Épître aux Corinthiens, dont la date de composition peut être fixée, de l'avis de tous les critiques, entre 52 et 57[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn216 [216]] ; et — ''b) ''le ''témoignage des Évangiles, ''composés entre 67 et la fin du 1er siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''TÉMOIGNAGE DE SAINT PAUL. ''— Saint Paul, avons-nous dit plus haut, a souvent prêché la Résurrection du Christ. Mais le passage le plus important où il en rende témoignage, se trouve dans son ''Épître aux Corinthiens ''(xv, 11-14). Voici d'ailleurs les points principaux de ce passage ; « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé... je vous ai enseigné avant tout, ''comme je l'ai appris ''moi-même, que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures ; qu'il a été ''enseveli ''et qu'il est ''ressuscité ''le troisième jour, conformément aux Ecritures ; et qu'il est ''apparu ''à Képhas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est ''apparu ''à Jacques, puis à tous les Apôtres. Après eux tous, il m'est ''apparu ''aussi à moi, comme à l'avorton... Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts? S'il n'y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l'analyse impartiale de ce texte, il ressort que saint Paul affirme la mort, l'ensevelissement et la résurrection de Jésus : — a) la ''mort ''de Jésus « Je vous ai enseigné que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn217 [217]] La mort de Jésus, — la mort rédemptrice, Jésus s'immolant volontairement sur la croix pour le rachat de l'humanité coupable, — voilà bien le thème ordinaire de la prédication de saint Paul. Or le fait et la doctrine qui s'y rattache, il déclare les avoir reçus de la tradition apostolique ; -— ''b) ''la ''sépulture ''de Jésus : « Je vous ai enseigné... qu'il (le Christ) a été ''enseveli. ''» Le mot grec « ''etaphê» ''dont saint Paul se sert, et que l'on a traduit par: « a été enseveli», désigne généralement, chez les écrivains sacrés du Nouveau Testament, une sépulture honorable : c'est le mot que saint Luc emploie quand il parle de la sépulture du riche dans la parabole de Lazare ''(Luc, ''xvi, 22), et c'est encore le mot que nous trouvons dans les ''Actes des Apôtres ''(ii, 29), à propos de la sépulture de David. Il ne peut donc être question d'un enfouissement, comme M. Loisy en a fait l'hypothèse dans un fragment de lettre reproduit par 1'''Univers ''du 3 juin 1907[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn218 [218]], où il ne craint pas de dire que « l'ensevelissement par Joseph d'Arimathie et la découverte du tombeau vide, le surlendemain de la passion, n'offrant aucune garantie d'authenticité, l'on est en droit de conjecturer que, sur le soir de la passion, le corps de Jésus fut détaché de la croix par les soldats et jeté dans quelque ''fosse commune, ''où l'on ne pourrait avoir l'idée de l'aller chercher et reconnaître au bout d'un certain temps. » On ne voit pas bien sur quels textes une telle hypothèse petit s'appuyer ; en tout cas ce n'est pas sur le mot ''etaphê ''employé par saint Paul et qui désigne à tout le moins une sépulture ordinaire. Conjecturer après cela que Jésus fut jeté dans une fosse commune n'est plus de la critique historique, c'est de la critique fantaisiste ; — ''c) le fait même de la Résurrection. ''Ce troisième point est, à vrai dire, celui qui importe le plus à l'Apôtre, le seul qui aille à la thèse qu'il soutient. Toutefois, il convient de le remarquer aussitôt, il ne s'agit pas tant pour saint Paul de prouver la résurrection de Jésus qui n'est pas en cause, que de la rappeler comme une vérité admise et de s'en servir comme de point d'appui pour la démonstration d'un autre dogme mis en discussion. Quel est en effet le ''but ''de la première lettre aux Corinthiens1! C'est de prouver aux fidèles de cette Église, précédemment évangélisée par saint Paul, que ceux d'entre eux qui nient la résurrection des morts sont dans l'erreur et ''l'illogisme, ''puisqu'ils admettent bien la résurrection de Jésus-Christ. Car, dans la pensée de l'Apôtre, les deux choses s'enchaînent, l'une est impliquée dans l'autre. L'on ne peut nier la résurrection des morts sans nier la Résurrection du Christ; et nier la Résurrection du Christ c'est donner un démenti au témoignage des Apôtres, c'est dire qu'ils ont enseigné une chose fausse, et que dès lors le christianisme est sans valeur. « Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi.» (1 ''Cor., ''xv, 16, 17). Étant donné le ''but ''de l'Apôtre, il est assez naturel qu'il n'insiste pas autrement sur les ''preuves ''de la Résurrection du Christ. Il lui suffit de faire un choix et de retenir celles qui sont le plus aptes à faire impression sur ses lecteurs. Or des deux arguments employés par les Évangélistes : le tombeau vide et les apparitions, il est indiscutable que le premier a une moindre portée que le second, vu que le tombeau vide peut s'expliquer par d'autres hypothèses que la résurrection. Saint Paul laisse donc de côté ce premier argument, ou tout au moins, n'en parle-t-il que d'une manière indirecte. Nous disons cependant qu'il ''en parle d'une manière indirecte, ''car lorsqu'il déclare que « le Christ est ''mort», ''« qu'il a été ''enseveli ''» « et qu'il est ''ressuscité ''», c'est bien celui qui est mort et a été enseveli, qui ressuscite, et comment la chose pourrait-elle se faire si le corps était resté au tombeau? Toutefois, si le tombeau vide est dans la pensée de saint Paul, il faut reconnaître que l'Apôtre ne cherche pas à en tirer un argument et qu'il se contente d'insister sur le fait des apparitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver, ou mieux, pour rappeler aux Corinthiens que ''Jésus est ressuscité, ''saint Paul invoque donc six apparitions qu'il divise en trois groupes : — 1. Dans le premier groupe, deux apparitions, l'une à Pierre, l'autre aux Douze ; — 2. dans le second, trois apparitions, la première à cinq cents frères, la seconde à Jacques, la troisième à tous les Apôtres ; — 3. dans le troisième, une seule apparition, celle dont il fut lui-même gratifié. Toutes les apparitions d'ailleurs sont ''mises sur le même pied, ''mais il y a tout lieu de présumer que, aux yeux de saint Paul, l'apparition aux cinq cents frères avait une importance particulière, car, au moment où il écrivait, quelque vingt-cinq ans après l'événement, la plupart de ces témoins étaient encore vivants, et c'est une sorte d'appel à leur témoignage commun que l'Apôtre ne craint pas de leur adresser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''269. —''' '''Objection. '''— Les apparitions, objectent les rationalistes, sont mises par saint Paul sur le même pied ; toutes furent du même genre, puisque l'apôtre les décrit de la même manière, et qu'il emploie partout le même mot, le verbe ''ôphtê ''qu'on peut traduire par les expressions françaises, « il a été vu» ou « il est apparu». Telle fut l'apparition de Jésus à Saul sur le chemin de Damas ; telles furent donc les autres apparitions. La question revient dès lors à déterminer ce que l'Apôtre a voulu signifier en disant qu'il avait vu le Christ ressuscité. Or saint Paul n'a pas pu entendre par là qu'il avait vu le Christ revenu en vie dans le corps qui avait été déposé dans le tombeau ; il n'a vu qu'une lumière, « un corps de gloire» ''(Phil., ''iii, 21). Et la lumière même qu'il a vue n'était pas une lumière réelle et objective. « IL a eu la sensation de voir, sans qu'il y ait rien à la portée de son regard. Il était halluciné.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn219 [219]] Et comment cette ''hallucination ''se produisit-elle? C'est que, d'après M. Meyer, saint Paul, homme de génie mais atteint d'une maladie nerveuse, et coutumier de semblables visions, se trouvait corporellement et intellectuellement prédisposé à l'événement du chemin de Damas. Les idées de Jésus Messie, de Jésus principe de vie, de Jésus vivant et immortel s'étaient formées peu à peu à son insu dans sa ''subconscience. ''Sur la route de Damas, ces idées firent soudain irruption de sa subconscience à sa conscience, et il vit alors le Christ dans un corps de gloire, un corps spiritualisé ou pneumatique, qui projeta sur lui une lumière aveuglante, mais ce corps n'était pas le cadavre de Jésus revenu à la vie. Toutes les apparitions mentionnées par saint Paul, concluent alors les rationalistes, étant de la même nature que la sienne, n'ont été que des ''visions subjectives.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous admettons avec les rationalistes, comme nous l'avons du reste dit précédemment, que les apparitions décrites par saint Paul, sont mises sur le même pied. Mais est-il vrai que l'Apôtre, en rappelant l'apparition dont il fut témoin sur le chemin de Damas, veut parler d'une « ''vision subjective» ''Le contexte indique tout le contraire. La pensée intime de l'Apôtre peut on effet se déduire du but qu'il poursuivait dans sa lettre. Voulant combattre l'opinion de certains fidèles de Corinthe qui niaient la ''résurrection corporelle ''des morts, saint Paul entend en démontrer l'existence et la nature en s'appuyant sur la Résurrection de Jésus. Son raisonnement eût donc tombé à faux, si, pour prouver que les morts reprendront leurs corps, leurs ''vrais corps, ''quoique glorieux et doués de propriétés nouvelles, il eût commencé par dire, que la Résurrection du Christ, qui en était le principe et le modèle, n'avait pas été corporelle. Quand il déclare que le Christ ressuscité lui est apparu, il veut donc dire qu'il l'a vu dans le même corps qui était mort et avait été enseveli, identique à ce qu'il avait été durant sa vie terrestre, sauf la qualité de gloire en plus. Telle est, à ne pas en douter, le fond de la pensée de l'Apôtre. — Cela est juste, répliquent les rationalistes, « les Évangélistes et saint Paul n'entendent point raconter des impressions subjective? ; ils parlent d'une présence objective, extérieure, sensible, non d'une présence idéale, bien moins encore d'une présence imaginaire. Les conditions d'existence de ce corps étaient différentes, mais c'était le même qui avait été mis dans le tombeau, et que l'on croyait n'y être point demeuré »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn220 [220]]. Oui, mais c'était là, d'après M. Loisy toujours, ''pure hallucination ''ou ''simple illusion, ''de la part des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Pour ce qui concerne le propre cas de saint Paul, ''peut-on dire qu'il fut ''halluciné? ''Il est vrai que plusieurs fois dans sa vie, il eut des visions, mais il a toujours pris soin de distinguer entre celle-ci et les autres. La vision du chemin de Damas était, à ses yeux, le fondement de sa vocation. C'est parce qu'il avait vu le Christ glorieux, qu'il s'était rencontré avec lui et avait entendu son appel, qu'il revendiquait le titre d'apôtre. Jamais il n'aurait osé se prévaloir de ce titre s'il n'avait eu la conviction d'avoir vu le Christ aussi réellement que les autres Apôtres, et d'avoir ouï sa voix qui l'appelait à l'apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, poursuivent nos adversaires, saint Paul fut ''sincère, ''mais cela n'empêche pas qu'il fut ''victime de l'hallucination. ''Tout en poursuivant les chrétiens, il se fit au fond de son être un travail inconscient ; il eut des doutes sur la vérité de la doctrine de Jésus, sur la légitimité de ses persécutions, bref, il eut des remords. Ces impressions restées d'abord latentes, à l'intérieur de son être, jaillirent subitement de sa subconscience à sa conscience, provoquant les hallucinations de la vue et de l'ouïe, et produisant dans son esprit des convictions nouvelles et causant sa conversion. — ''Or rien de tout cela n'est historique. ''Ce prétendu travail préparatoire à la conversion, qui se serait passé dans la conscience subliminale de saint Paul, n'apparaît nulle part. C'est toujours de bonne foi que Paul persécuta les chrétiens, et parce qu'il croyait bien faire en défendant les « traditions» de ses « pères», comme il L'a déclaré lui-même ''(Gal., ''i, 14 ; ''Act., ''xxvi, 9). Ce qu'il a fait, il l'a fait « par ignorance» (I ''Tim., ''i, 13). L'hypothèse du remords n'a aucune base dans les textes. C'est en un instant que Saul se trouva converti et qu'il crut en Celui dont il persécutait les disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Mais supposons, si on le veut, que saint Paul fut halluciné. Dira-t-on que les ''autres témoins, ''dont parlent saint Paul et les Évangélistes, ''furent tous hallucinés? ''Tout repousse cotte supposition : les conditions de nombre, de temps et de circonstances ne comportent pas une telle hypothèse. — ''1. Le nombre. ''Il n'est pas raisonnable de supposer que tant de témoins d'un caractère si différent aient été victimes d'une illusion de leurs sens. Ce n'est pas une fois que Notre-Seigneur se montre ressuscité, mais de nombreuses fois ; ce n'est pas à une personne, ce n'est pas même à ses soûls Apôtres qu'il apparaît, mais à cinq cents frères à la fois. — 2. ''Le temps. ''Les apparitions ont ou lieu après la mort de Jésus, c'est-à-dire à un moment où les disciples étaient désemparés et songeaient à se cacher. Dans un pareil état d'esprit, ils ne pouvaient s'imaginer que le Crucifié leur apparaissait dans la gloire. Les apparitions ont donc dû s'imposer du dehors et dans des conditions d'objectivité telles qu'elles ont entraîné une foi irrésistible à la Résurrection. — 3 ''Les circonstances. ''Saint Paul il est vrai, ne mentionne aucune circonstance, mais si nous nous reportons aux récits des Évangélistes, nous voyons que les Apôtres sont d'abord incrédules et croient voir un esprit. Jésus leur fait alors toucher ses plaies (''Luc, ''xxiv, 37, 40 ; ''Jean, ''xx, 27) ; il mange devant eux ''(Luc, ''xxiv, 43) ; il leur fait remarquer « qu'un esprit n'a ni chair ni os » ''(Luc, ''xxiv, 39) ; il permet aux saintes femmes d'embrasser ses pieds ''(Mat., ''xxviii, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que les hallucinations, telles qu'on les entend, ont été des ''hallucinations vraies, ''des hallucinations ''objectives, ''produites directement par Dieu pour obtenir la foi des Apôtres à Jésus vivant et triomphant? Cette hypothèse n'est pas plus historique que les autres ; elle est de plus blasphématoire, vu qu'elle regarde Dieu comme la cause directe de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Les attaques des adversaires manquent donc de base sérieuse, et nous avons le droit de conclure que, suivant le ''témoignage de saint Paul, ''la Résurrection est un ''fait historiquement certain, ''démontré par ''six apparitions. ''De ces apparitions saint Paul peut rendre témoignage d'une, puisqu'il a conscience d'en avoir été l'heureux témoin. Quant aux outres, il affirme qu'elles sont venues à sa connaissance par le récit qui lui en a été fait lors de sa première rencontre à Jérusalem avec les Apôtres, an particulier avec saint Pierre et saint Jacques, trois ans après sa conversion ''(Gal., ''I, 18), c'est-à-dire environ quatre ans après l'événement lui-même, si l'on suit la chronologie adoptée par M. Harnack qui reporte la conversion de saint Paul à l'année même de la mort de Jésus. Ainsi, à une époque aussi rapprochée des faits, les Apôtres croyaient déjà à la Résurrection corporelle de leur Maître. Il n'est donc pas possible d'admettre, avec l'école mythique, que la Résurrection est une légende qui s'est formée au milieu du IIe siècle, ni, avec certains critiques contemporains (Loisy), que les Apôtres et les disciples n'ont ni cru ni prêché que le corps de leur Maître était sorti vivant du tombeau au troisième jour après sa mort, et que les chrétiens ne seraient arrivés à cette foi qu'en défigurant les croyances primitives et les impressions des premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
270. — B. ''TÉMOIGNAGE DES ÉVANGILES. ''— D'après le témoignage des quatre Évangiles, la foi à la Résurrection de Jésus est née d'une double cause : — a) de la découverte du tombeau vide, et — b) des apparitions du Ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Argument tiré de la découverte du tombeau vide. ''— Suivant les récits des quatre Évangélistes, les femmes et les disciples qui se rendirent au sépulcre pour embaumer Jésus, trouvèrent le tombeau vide. La pierre qui fermait l'entrée du sépulcre était rejetée sur le côté ''(Marc, ''xvi, 4). A l'intérieur du sépulcre, les linges gisaient à terre, les linceuls et le suaire séparément ''(Jean, ''xx, 7) ; le corps de Jésus n'était plus là ''(Luc, ''xxiv, 3). Un Ange leur annonça la Résurrection. Les gardes effrayés avaient fui et étaient allés annoncer la nouvelle aux princes des prêtres qui leur donnèrent une forte somme d'argent pour publier que les disciples avaient enlevé le corps pondant qu'ils dormaient ''(Mat, ''xxviii, 11, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le premier argument invoqué par les Évangélistes en faveur de la Résurrection est tiré de ce fait que le lendemain du sabbat, le dimanche matin, le corps de Jésus avait disparu du tombeau où il avait été enseveli l'avant-veille par Joseph d'Arimathie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
271. — '''Objection. '''— L'argument tiré de la découverte du tombeau vide a été, de tout temps, l'objet des plus vives attaques de la part des adversaires dix christianisme. — 1. ''Ou bien ils ont admis la matérialité du fait, ''et ils se sont ingéniés a en fournir des explications naturelles : — 1) Les ''Juifs, ''au 1er siècle, recoururent à ''l'hypothèse de l’enlèvement. ''Ils accusèrent les disciples d'avoir dérobé le corps de leur Maître, la nuit, pendant que les gardes dormaient[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn221 [221]]. — 2) Parmi les critiques modernes. ''les uns ''ont complètement abandonné l'hypothèse de l'enlèvement par les disciples de Jésus. C'est ainsi que ''l'école naturaliste ''allemande (Bret-schneider, Paulus, Hase) supposa que Jésus n'était pas mort sur la croix et qu'il était seulement tombé en léthargie. La fraîcheur du tombeau, la vertu des baumes et la forte odeur des aromates l'ayant rappelé à la vie, il se débarrassa de ses linceuls et du suaire qui lui couvrait la tête, et il put sortir du sépulcre grâce à un tremblement de terre qui fit rouler la pierre qui on scellait l'entrée. Il apparut alors à ses disciples qui le crurent ressuscité. ''Les autres, ''au contraire, ont repris l'hypothèse de l'enlèvement en la modifiant. Comme le découragement dans lequel étaient tombés les Apôtres, écarte d'eux tout soupçon d'imposture, ils ont supposé que l'enlèvement avait été fait soit par les Juifs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn222 [222]] qui voulaient empêcher l'affluence des visiteurs, soit par le propriétaire du jardin qui voulait débarrasser son caveau du cadavre qui en avait pris possession[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn223 [223]], soit par Joseph d'Arimathie lui-même qui, n'étant pas un disciple de Jésus, et n'ayant prêté son caveau que par charité, se serait empressé, le sabbat passé, de faire transporter le corps dans un autre endroit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn224 [224]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ou bien ils ont nié la matérialité du fait ''et ont prétendu que le récit de la découverte du tombeau vide est une ''légende ''inventée par la seconde ou la troisième génération chrétienne, et ils en veulent voir la preuve dans le silence de saint Paul. Si saint Paul, disent-ils, dont le témoignage est antérieur à celui des Évangiles, ne mentionne pas l'argument du tombeau vide, c'est qu'il ne le connaissait pas et que la légende n'était pas encore formée au moment où il écrivait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous ne nous attarderons pas à répondre longuement à ceux qui, prenant les Apôtres pour des ''imposteurs, ''soutiennent qu'ils ont été les auteurs du rapt. Quel intérêt pouvaient-ils avoir à inventer la fable de la Résurrection et à faire adorer comme un Dieu, un séducteur dont ils auraient été les premières victimes? Un tel plan n'était-il pas d'ailleurs irréalisable? Comment auraient-ils enlevé le corps? Par violence, par corruption ou par ruse? Aucune des trois hypothèses n'est sérieuse. La ''violence ''n'est pas admissible, de la part de gens qui avaient montré si peu de courage au cours de la Passion. La ''corruption ''n'est possible qu'avec de l'argent, et les Apôtres étaient plutôt pauvres. Reste le troisième moyen : enlever le corps par ''ruse. ''Il s'agissait alors de surprendre les gardes par un chemin détourné, ou la nuit, alors qu'ils auraient été endormis, de pousser la pierre sans le moindre bruit, puis d'enlever le corps sans éveiller personne, et de le cacher dans une retraite assez sûre pour qu'on ne pût le découvrir : une telle entreprise ne dépasse-t-elle pas les limites de la vraisemblance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'hypothèse de la ''mort apparente ''de Jésus est tombée aujourd'hui ''dans le plus complet discrédit. ''Il faut choisir en effet. Ou l'on accepte les récits des Évangélistes tels qu'ils sont, et alors rien n'autorise à croire que la mort de Jésus ne fut qu'apparente. Si les souffrances de la croix et le coup de lance ne l'avaient pas fait mourir, il aurait sûrement été asphyxié par les cent livres d'aromates et par le séjour au tombeau. Ou bien l'on regarde les récits évangéliques comme des légendes, et alors l'on tombe dans l'objection qui nie la matérialité du fait et à laquelle nous répondrons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que le ''rapt a été commis par les Juifs, ''est une hypothèse plus absurde encore et contredite par les faits. Il faut se souvenir en effet que les Apôtres prêchèrent la Résurrection, non seulement devant le peuple, mais devant les chefs de la nation. Pierre et Jean furent emprisonnés pour cela, et ils comparurent devant le tribunal juif ''(Actes, ''iv, 1, 12). Conçoit-on alors le silence des Sanhédrites ? « La pièce à conviction était entre leurs mains ; ils pouvaient ébranler d'un seul geste, d'une parole, la foi nouvelle dont les progrès rapides les inquiétaient... Si les Sanhédrintes se sont tus, s'ils n'ont pas opposé ce démenti éclatant, c'est parce qu'ils n'étaient pas en état de le fournir. A Jour insu et sans eux le sépulcre avait été dépouillé de son cadavre. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn225 [225]] Et qui donc l'avait enlevé? « Ce n'est pas un ami. Ce n'est pas un ennemi. Ce n'est pas un étranger. Depuis plus de dix-neuf siècles ''(Mat., ''xxviii, 12-15) on a épuisé toutes les hypothèses pour échapper au miracle ; à aucune on n'a pu donner quelque vraisemblance. Il ne reste qu'une réponse possible. Le Christ est sorti de lui-même de son sépulcre. Il est ressuscité corporellement » [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn226 [226]]!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Est-on mieux fondé à prétendre que la découverte du tombeau vide est une ''légende inventée par la seconde ou la troisième génération chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn227 [227]] ''? Comment expliquer alors la foi des Apôtres, la transformation totale, qui s'est faite en eux quelque temps après le grand drame de la croix qui les avait laissés si découragés et si abattus? Si rien n'est venu les remettre de leur déception, si la foi à la Résurrection ne s'est formée que peu à peu, comment se fait-il que, de lâches et timides qu'ils étaient au cours de la Passion, ils soient devenus, après, intrépides, audacieux et qu'ils prêchèrent la Résurrection jusqu'au sacrifice de leur vie? Faut-il croire « ces témoins qui se font égorger » ou les prendre pour des exaltés et des fous?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
272. — b) ''Argument tiré des apparitions. ''— Tandis que l'argument tiré du tombeau vide n'est qu'une preuve indirecte, vu que le fait peut être expliqué par d'autres hypothèses que la Résurrection, les ''apparitions ''constituent une ''preuve directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on compare les deux témoignages de saint Paul et des Évangélistes, l'on peut compter ''onze apparitions, ''celle du chemin de Damas à saint Paul non comprise. Deux apparitions mentionnées par saint Paul ne figurent pas chez les Évangélistes, à savoir l'apparition aux cinq cents disciples et l'apparition à Jacques. Le total des apparitions relatées par les Evangélistes s'élève donc à neuf, dont ''sept ''eurent lieu à ''Jérusalem ''ou aux environs, et ''deux ''en ''Galilée. ''Dans le premier groupe, — les ''apparitions hiérosolymitaines, ''— l'on compte les apparitions : — 1. à Marie-Madeleine ''(Marc, ''xvi, 9 ; ''Jean, ''xx, 14, 15) ; — 2. aux femmes qui revenaient du sépulcre ( ''Mat., ''xxviii, 9) ; — 3. à Simon Pierre ''(Luc, ''xxiv, 34) ; — 4. aux deux disciples qui allaient à Emmaüs ''(Marc, ''xvi, 12 ; ''Luc, ''xxiv, 13 et suiv.) ; et — 5. aux Apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas absent ''(Marc, ''xvi, 14; ''Luc, ''xxiv, 36 et suiv. ; ''Jean, ''xx, 19-25). Ces cinq premières apparitions eurent lieu le jour de Pâques. — 6. Huit jours plus tard, à Jérusalem encore, Jésus apparut aux onze Apôtres, Thomas présent et invité par le Seigneur à toucher les plaies de ses mains et de son côté ''(Jean, ''xx, 26-29). — 7. En ''Galilée, ''il apparut à sept disciples sur le lac de Tibériade (''Jean, ''xxi, 1, 14) ; puis — 8. aux onze Apôtres sur une montagne de (ralliée ''(Mat., ''xxviii, 16, 17). — 9. Enfin, une dernière apparition qui précéda l'Ascension et qui eut lieu sur le Mont des Oliviers devant tous les Apôtres assemblés ''(Luc, ''xxiv, 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''273. —''' '''Objection. '''— On objecte contre l'argument tiré des apparitions les ''divergences ''que l'on trouve dans les narrations évangéliques. — 1. L'on fait remarquer que les Évangélistes ne s'entendent pas sur le ''nombre ''des femmes qui se rendirent au tombeau, ni sur le nombre des Anges qu'elles virent. — 2. Mais l'on invoque surtout la soi-disant opposition entre les auteurs sacrés à propos du ''théâtre ''des apparitions. D'après les critiques libéraux et rationalistes, il y aurait dans les récits évangéliques comme ''deux traditions ''superposées et d'ailleurs inconciliables : l'une représentée par saint Matthieu et saint Marc, plaçant les apparitions en Galilée, conformément au message que l'ange donne aux saintes femmes pour les Apôtres au matin de la résurrection ; l'autre représentée par saint Luc et saint Jean et mettant le théâtre des apparitions exclusivement en Judée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— 1. Loin d'infirmer leurs récits, les ''divergences ''prouvent au contraire l'indépendance des historiens. Les divergences portent d'ailleurs sur des points secondaires, tels que le ''nombre des femmes ''et le ''nombre des anges ; ''elles laissent intact le ''fait ''lui-même de la Résurrection. Il apparaît avec évidence que les ''variantes de détails ''n'empêchent nullement ''l'identité du fond. ''— 2. L'opposition qu'on signale entre les Évangélistes à propos du ''théâtre ''des apparitions, n'est pas aussi évidente qu'on l'affirme, et il est loin d'être démontré qu'il y eut deux traditions distinctes, l'une hiérosolymitaine, l'autre galiléenne, et encore moins, que chaque évangéliste ne connut que l'une des deux traditions. Comment peut-on prétendre, en effet, que saint Matthieu qui, avec saint Marc, représente la tradition galiléenne, ignore la tradition judéenne, alors qu'il rapporte une apparition de Jésus aux saintes femmes, au moment où elles sortaient du sépulcre? (''Mat., ''xxviiî, 8, 9). La finale de saint Marc rapporte également des apparitions hiérosolymitaines, mais n'insistons pas sur ce fait, vu que nos adversaires considèrent cette finale comme apocryphe. De même, l'Évangile de saint Jean, si on le prend en son entier et avec son appendice, raconte des apparitions judéennes et des apparitions galiléennes. Saint Luc ne rapporte que les apparitions judéennes. Donc, en définitive, si l'on excepte saint Luc, les Evangélistes connaissent les deux théâtres des apparitions du Christ, et l'exclusivisme qu'on voudrait trouver dans leurs narrations, n'existe en réalité que dans l'esprit des critiques rationalistes. Trois Évangélistes au moins sur quatre ont recueilli la double tradition : hiérosolymitaine et galiléenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, par ailleurs, que la plupart des divergences s'expliquent très bien par le ''but différent ''que les Évangélistes poursuivaient. Ainsi saint Matthieu, écrivant pour le milieu juif où le bruit courait que les disciples avaient enlevé le corps du Christ montre l’invraisemblance d’une telle accusation par ''le récit de la garde mise au tombeau ''et de ''l'apposition des scellés sur la pierre du sépulcre. Saint Marc ''écrivant pour le ''milieu romain, ''très attaché aux formes juridiques, rapporte d'abord que la mort de Jésus a été ''constatée officiellement ''par une enquête de Pilate auprès du Centurion chargé de l'exécution de la sentence, puis il insiste sur ''l'incrédulité des disciples ''qui refusent d'ajouter foi au récit de Marie-Madeleine. — Saint Luc, écrivant pour le ''milieu grec, ''où le témoignage des femmes n'était pas reçu en justice et où la résurrection des morts était regardée comme une absurdité, ne mentionne que les ''apparitions aux hommes ''(aux deux disciples d'Emmaüs, à Pierre, aux Onze et à leurs compagnons) et apporte des détails matériels afin de démontrer que le corps ressuscité du Christ n'était pas un fantôme, mais bien un ''corps réel, ''puisqu'il se laissait toucher et qu'on pouvait le voir manger et boire. Ne suivant pas la même marche, les Évangélistes se sont donc approprié ce qui rentrait dans leur plan et convenait le mieux à leurs lecteurs : ce serait dès lors une erreur de conclure qu'ils aient ignoré ''les faits qu'ils passent sous silence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, de l'examen des documents, il résulte que, dès les premiers jours, les Apôtres, tant par la découverte du tombeau vide que par les apparitions, crurent que leur Maître était ressuscité, qu'ils se le représentèrent survivant, non seulement dans son âme immortelle, mais ''dans son corps. ''Ils crurent que son corps n'était pas resté au tombeau, mais qu'il vivait à nouveau et pour toujours, transformé et glorifié[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn228 [228]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le miracle de la Résurrection fut accompli pour confirmer la mission divine de jésus. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
274. — La ''connexion ''entre la Résurrection de Jésus et sa mission divine est chose si manifeste qu'elle n'a jamais été l'objet de controverse. Entre les adversaires du christianisme et les apologistes chrétiens le débat n'a jamais porté que sur le ''fait ''même de la. Résurrection. Il a toujours été admis que, si Jésus était ressuscité, sa mission était divine ; il était le Messie, le Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne sera donc pas nécessaire d'insister longuement sur ce point. La pensée de Jésus de lier sa mission au miracle de la Résurrection, ressort : — 1. de ce fait qu'il ''prédit l'événement ''à plusieurs reprises, comme étant une marque révélatrice du Messie : « Alors (après la confession de Pierre) il commença à leur (aux Apôtres) enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup... qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât trois jours après. ''» (Marc, ''vii, 31). A trois autres reprises, Jésus prédit encore sa mort et sa résurrection ''(Marc, ''ix, 8'', ''9 ; 30 ; x, 32-34) ; — 2. de cet autre fait qu'on doux circonstances Jésus ''fit appel à sa Résurrection future ''comme au ''seul signe ''qui serait donné pour prouver sa mission. — 1. Dans une première circonstance, un groupe de Pharisiens lui demande un ''signe de sa mission : ''« Maître, nous voudrions voir un signe de vous. » Il leur répondit : « Cette race méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » ''(Mat., ''xii, 38-40). — 2. Dans une seconde circonstance, alors qu'il venait de chasser les vendeurs du Temple, les Juifs, s'étonnant de le voir agir ainsi, lui demandent un signe qui l'autorise a user d'une telle autorité ; Jésus répond en ces termes : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs repartirent : « C'est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours, vous le relèverez ! » Mais lui, il parlait du temple de son corps. Lors donc qu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela. » ''(Jean, ''ii, 18-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi le seul signe que Jésus consente à donner à ses ennemis en faveur de sa mission divine, c'est sa Résurrection. Et comme celle-ci est ''un fait historiquement certain, ''nous pouvons conclure que Jésus nous a laissé le témoignage le plus authentique et le plus grand de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — '''Sur les prophéties et les miracles.''' — ''Les Vies de Jésus-Christ ''par l'abbé Fouard, Mgr Le Camus, le P. DIDON. le P. Berthe.— Lemonnyer, art. ''Fin du monde ''(Dict. d'Alès). — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu. ''— Batiffol, ''Six leçons sur l'Évangile ''(Blond). — Fillion, ''Les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''— De Bonniot, ''Les miracles de l'Évangile ''(Étude 1888) — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques ''(Gabalda). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''— Couget, ''La divinité de Jésus-Christ.''— Frayssinous, ''Défense du Christianisme, Des miracles ''(Le Clère). — Lacordaire, 38e conférence. — Monsabré, 28e , 29e , 36e conférences, ''Introduction au Dogme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Résurrection'''. — Mangenot, ''La Résurrection de Jésus ''(Beauchesne) — Ladeuze, ''La Résurrection du Christ devait la critique contemporaine ''(Bloud). — Chauvin, ''Jésus est-il ressuscité? ''(Bloud). — Lepin, ''Christologie ''(Beauchesne).— Lebreton, art. ''Sur la Résurrection, ''Rev pr. d'Ap., mai 1907. — Lesêtre, ''Jésus ressuscité, ''Rev. du Clergé français, 1907. ''L'Ami du Clergé, ''Année 1923, Nos 36, 44, 49. — Bourdaloue, ''Sermon sur la Résurrection...''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre V. — La Doctrine chrétienne, Sa rapide diffusion. Le Martyre. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275. — Maintenant que nous avons vérifié les titres du fondateur du christianisme et que nous avons démontré que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, il semble superflu de mettre en lumière ''la qualité de la doctrine. ''Il y a tout lieu, en effet, de préjuger qu'elle est ''transcendante, ''puisqu'elle est l'œuvre d'un Envoyé divin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme nous aurons l'occasion, dans le second article, de parler de l’''excellence ''de la doctrine chrétienne (V. N° 285), nous laisserons de côté la question pour le moment. De toute façon, il n'est pas possible, dans un Manuel d'Apologétique, de donner à cette preuve de la divinité du christianisme ''(critère intrinsèque) ''les développements qu'elle comporte. Ce travail nous entraînerait trop loin, et nous prenons la liberté de renvoyer à notre « ''Doctrine catholique ».''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous plaçant sur le seul terrain de ''l'apologétique défensive, ''nous nous bornerons ici à répondre à une objection que les rationalistes tirent de l'histoire comparée des religions. Lorsque nous avons parlé des ''fausses religions, ''à dessein nous avons mis en relief les ''ressemblances ''qui existent entre elles et le christianisme. Nous tenons à y revenir, afin d'écarter définitivement l'objection rationaliste qui voudrait représenter la doctrine chrétienne comme une ''doctrine d'emprunt ''et sans individualité propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela, nous envisagerons les ''circonstances historiques ''du christianisme, ses destinées dans l'espace et dans le temps, autrement dit, sa rapide diffusion parmi le monde, et sa merveilleuse vitalité à travers les siècles, en dépit des obstacles nombreux qu'il a rencontrés, en particulier, des violentes persécutions qui ont essayé de l'étouffer à ses origines. Ce dernier point nous amènera à la question du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Dans le premier, nous établirons ''le caractère original ''de la doctrine du Christ. 2° Dans le second, nous parlerons de sa ''merveilleuse propagation. ''3° Enfin nous traiterons du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La doctrine chrétienne n'est pas une synthèse de doctrines étrangères. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''276. — 1° Objection rationaliste. '''— Nous avons vu précédemment (N° 142) que les ''rationalistes, ''s'appuyant sur la ''doctrine de l'évolution, ''assignent au sentiment religieux une origine tout humaine, où il n'y a place ni pour le surnaturel ni pour la révélation. Partant de ce principe qu'ils érigent en dogme, ils étudient les religions comme des institutions humaines, ils en relèvent avec soin les ''points de ressemblance, ''et n'hésitent pas à tirer les conclusions suivantes : à savoir que toutes les religions sont de la même essence, qu'elles se sont influencées réciproquement, que le judaïsme et le christianisme ne sont pas des religions plus originales que les autres, et qu'en particulier, le christianisme est une ''religion d'emprunt, ''qu'il a puisé son dogme, sa morale et son culte soit au judaïsme, soit aux doctrines philosophiques de la Grèce et de Rome, soit surtout aux religions de plus vieille date, telles que le zoroastrisme, le bouddhisme et le mithriacisme, bref, qu'il est une ''synthèse de doctrines étrangères.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277. — '''Réfutation. '''— Ainsi, les historiens rationalistes des religions, après avoir noté les points de contact qu'il y a entre le christianisme et les autres religions, se croient en droit de conclure que le christianisme est coupable de ''plagiat, ''et que, de ce fait, il ne saurait revendiquer une ''origine divine, ''puisqu'il aurait emprunté sa doctrine à des religions que lui-même déclare d'origine humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour répondre à ces allégations, de distinguer deux choses : la ''question de fait, ''et la question de ''l'interprétation du fait, ''ou si l'on veut, la matérialité du fait, et les conclusions qu'on en tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA QUESTION DE FAIT. ''— Dans le but de prouver que le christianisme n'a pas d'individualité propre, qu'il n'est pas une religion originale, les rationalistes relèvent donc les ressemblances qui existent entre sa doctrine et les autres doctrines antérieures, soit philosophiques, — soit religieuses. Voici les principales ''analogies ''qu'ils signalent sur le triple terrain du ''dogme, ''de la ''morale ''et du ''culte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— D'après les rationalistes, qu'il s'agisse des vérités ''naturelles ''ou des vérités ''surnaturelles, ''il n'y a rien dans le christianisme qui ne se trouve déjà ailleurs. — 1. Ainsi, les philosophes de l'antiquité grecque et latine, tels que Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, etc., ont enseigné, plus ou moins clairement, l'existence d'un Dieu unique, d'une Providence qui gouverne le monde, d'une âme spirituelle et libre destinée à une survie où elle recevra soit la récompense de ses bonnes actions, soit le châtiment de ses fautes. D'une façon plus précise encore, ces vérités sont enseignées par les livres sacrés des Juifs. — 2. Passons maintenant aux dogmes qui paraissent former le ''fond original ''de la religion chrétienne, c'est-à-dire aux trois grands mystères de la ''Trinité, ''de l'''Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''celle-ci avec son corollaire obligé, le ''sacrifice. ''Eh bien, disent les rationalistes, non seulement ces dogmes ne sont pas nouveaux et appartiennent tous, plus ou moins, aux religions de l'Inde, mais même les circonstances historiques, ce que l'on pourrait appeler les ''alentours ''des ''dogmes, ''sont comme une réédition de ce qui se lit dans les Livres sacrés de religions d'origine plus ancienne. Nous avons signalé ces différents points au chapitre des fausses religions (V. Nos 191 et suiv.) Nous les rappelons ici brièvement. Dans le mithriacisme, le jeune dieu Mithra naît dans une grotte comme Jésus. Mais c'est surtout avec lès religions de l'Inde que la parenté du christianisme est étroite. Krishna, dieu incarné de. l'hindouisme, est adoré, à sa naissance, par des bergers et quelque temps après, il doit, comme Jésus, fuir en exil. Le Bouddha, à son tour, nous rappelle maints traits de la vie de Jésus. Avant d'entreprendre sa prédication et de commencer son rôle de libérateur, il passe quatre semaines dans la solitude où il subit les assauts du démon tentateur, Mâra. Les livres sacres de la Perse racontent également une tentation de Zoroastre. Ajoutons enfin que la résurrection de Jésus elle-même n'est pas un fait unique dans l'histoire des religions : elle a comme parallèles la mort et la résurrection de trois jeunes dieux, Osiris, Adonis et Atys.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Morale. ''— La morale chrétienne ne présenterait pas, d'après les rationalistes, de caractère plus original. Elle serait, en grande partie, une adaptation de la morale stoïcienne et de la morale de Zoroastre. Bien plus, le christianisme ne serait même pas neuf sur le terrain de l’''ascétisme. ''Les conseils évangéliques, — le célibat volontaire, la pauvreté volontaire et la vie commune, — auraient été mis en pratique avant l'Évangile : nous avons vu en effet que le bouddhisme a ou ses moines longtemps avant le christianisme (V. N° 195).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Culte. ''— 1. L'on prétend retrouver les ''sept sacrements ''dans le mithriacisme. Le bouddhisme et le brahmanisme ont également la confession des fautes. La communion qui fait partie intégrante du sacrifice eucharistique a pour pendant dans les cultes païens l'usage de participer aux victimes immolées à la divinité. — 2. Le ''culte des saints et des images ''correspond, dit-on, au culte des dieux et des idoles. — 3. Le christianisme a emprunté au paganisme tous ses ''rites ''et toutes ses ''cérémonies ; ''il adore et implore la divinité de la môme façon, par les mêmes signes extérieurs, par les mêmes gestes, voire par les mêmes formules. Les ''ex-voto ''qui recouvrent les murs des églises célèbres, et qui sont des marques de faveurs obtenues, ont leurs analogues dans le paganisme : les monuments d'actions de grâces abondaient près du temple d'Esculape à Épidaure et près du temple de Jupiter à Dodone. Donc, concluent les rationalistes, sur ce point comme sur les autres, la religion chrétienne n'a rien innové ; elle est une copie évidente des autres cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278. — B ''L'INTERPRÉTATION DU FAIT. ''— Des ressemblances qui existent entre le christianisme et les autres religions, les rationalistes s'empressent de tirer la conclusion que le premier est l'emprunteur. Mais c'est précisément ce qu'il s'agirait de démontrer, car il va de soi que le plagiat ne se présume pas, il faut en faire la preuve. Or c'est chose facile de noter les ''ressemblances ; ''ce qui est plus difficile c'est d'établir la ''filiation. ''En reprenant les trois divisions : dogme, morale et culte, nous allons voir que cette filiation n'existe pas ou qu'elle s'explique par des raisons valables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— 1. Que les vérités ''naturelles, ''telles que l'unité et l'immortalité de l'âme aient été enseignées par des philosophes antérieurs au christianisme, cela se conçoit, puisque la raison peut, par ses seules forces, découvrir ces vérités. L'on pourrait cependant remarquer qu'elles ont été rarement connues sans mélange d'erreur. Ainsi Platon, tout en reconnaissant une Divinité suprême, est dualiste. Aristote rejette la Providence, Sénèque paraît plutôt panthéiste, et presque tous ont représenté la Divinité comme soumise à l'aveugle Destin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on objecte aussi que le monothéisme, l'immortalité de l'âme, la croyance à une vie future, étaient déjà les ''éléments essentiels de la religion juive. ''Assurément, et ce serait un contresens de vouloir en tirer parti contre le catholicisme, puisque celui-ci est le premier, non seulement à admettre sa parenté, mais à affirmer cotte filiation comme un de ses dogmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ressemblances d'ailleurs s'arrêtent là. Et si nous voulions relever les divergences entre les deux religions, établir le contraste entre le rigorisme, l'orgueil et la justice austère des Pharisiens, d'une part, et d'autre part, la bonté, l'humilité la charité inépuisable de Jésus, nous forcerions nos adversaires à confesser que la religion chrétienne, tout en étant une évolution de la religion juive, a accompli un tel progrès qu'elle peut être considérée comme une religion tout à fait neuve et originale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''point important ''de l'objection rationaliste concerne évidemment les trois dogmes de la ''Trinité, ''de ''l’Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''c'est-à-dire ce qui paraît être le fond propre de la religion chrétienne. Remarquons tout d'abord que ces trois dogmes ''ont leur fondement ''dans les Livres sacrés du Nouveau Testament et en particulier dans les Evangiles. Pour démontrer que 1p christianisme a emprunté des dogmes, il faudrait donc faire la preuve que les documents de la révélation chrétienne n'ont pas de caractère original, qu'ils portent des traces d'importation étrangère. Or si l'on rapproche nos Livres sacrés de ceux de l'Inde et de la Perse, on constate aisément, par la critique interne, que les premiers n'ont pas été influencés par les seconds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, les ressemblances signalées sont-elles si complètes que l'on puisse dire que les dogmes du christianisme sont empruntés? « Ne consistent-elles pas fort souvent en de simples analogies très éloignées, de telle sorte qu'il y ait entre les éléments correspondants du christianisme et des autres cultes autant de différence que de ressemblance?... Nous voyons dans plusieurs religions l'idée d'une trinité divine, mais entre les triades païennes, vagues et changeantes, composées généralement d'un père, d'une mère et d'un fils, et la conception de la Trinité chrétienne, il y a un abîme. Sur un grand nombre de points il est possible de constater, à côté des ressemblances, des différences aussi grandes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn229 [229]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait s'étonner encore que l’''idée d'un libérateur ''se retrouve en dehors du christianisme, que Çakya-Muni, par exemple, se soit donné, avant Jésus, pour le .sauveur de l'humanité. Mais il convient de se rappeler que l'attente messianique avait dépassé les bornes du territoire juif. Cette idée, dont les prophètes avaient été les ardents propagateurs, avait pénétré partout. Elle faisait écho du reste aux sentiments du cœur humain. A la vue de ses misères et de ses fautes, devant la crainte des châtiments futurs, l'homme ne conçoit-il pas, comme d'instinct, le désir et l'espoir de la délivrance? « Or qu'arrive-t-il, dit l'abbé de Broglie, lorsque les hommes animés de ces sentiments se trouvent privés du bienfait de la révélation véritable et de la religion divine? Il arrive naturellement qu'ils cherchent ce qui leur manque, qu'ils le créent, qu'ils l'imaginent selon leurs lumières et leurs forces Sentant le besoin d'une révélation, ces hommes écouteront le premier prophète venu, sans vérifier ses titres ; sentant le besoin d'un libérateur ils écouteront celui qui dira qu'il peut, qu'il veut les sauver. Sentant le besoin d'émotions religieuses, ils organiseront des cérémonies, des chants capables de les leur inspirer. Croyant au surnaturel, ils s'adresseront à des êtres invisibles pour obtenir d'eux la santé et la richesse... Ainsi se développeront les fausses religions où il y aura toujours une part d'imposture, et où le bien sera mêlé au mal.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn230 [230]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux ''circonstances historiques des dogmes. ''c'est-à-dire à tout ce qui porte sur la vie et les actes des fondateurs, les rapprochements signalés plus haut sont loin d'être défavorables au christianisme. Sans parler du mithriacisme qui s'est propagé dans l'Empire romain à la même époque que le christianisme et que les apologistes chrétiens ont pu accuser de plagiat sans recevoir de démenti (V. N° 191), l'on ne saurait regarder la vie du Bouddha comme un modèle sur lequel les Évangélistes auraient calqué la vie du Christ. Au contraire, la biographie de Çakya-Muni est relativement moderne dans la littérature de l'Inde, la rédaction définitive n'en ayant pas été faite avant le XIIe siècle de notre ère. Pour démontrer que le christianisme est tributaire du bouddhisme, il faudrait donc prouver que les livres actuels qui contiennent la vie du Bouddha sont identiques aux originaux ; et c'est ce qui n'a pas été fait. Il n'y a pas lieu davantage de nous arrêter au parallélisme qu'on a voulu établir entre la résurrection de Jésus dont nous avons apporté précédemment les preuves indiscutables, et la mort et la résurrection des dieux mythologiques, Osiris, Adonis et Atys, lesquelles ne sont autre chose que des symboles, destinés à figurer la succession des saisons, la mort apparente de la nature en hiver et sa résurrection au printemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Morale. ''— La morale chrétienne n'a aucunement la prétention d'être en tous points une morale nouvelle. Les préceptes fondés sur la nature des choses et imposés par la raison ne sont pas sa propriété exclusive. Il ne faut donc pas s'étonne des rapports qu'elle peut avoir avec d'autres morales, comme celle des stoïciens et celle de Zoroastre. Au surplus, la morale chrétienne les dépasse, tant dans ''l'ensemble de ses préceptes ''et de ses ''conseils ''que dans les ''motifs ''qui l'inspirent. Ainsi les stoïciens, tout en recommandant la pratique du bien comme la condition unique du bonheur, ne poursuivent que leur propre félicité ; ils ne connaissent pas la pitié à l'égard du prochain. D'autre part, en nous imposant comme premier devoir de supprimer le sentiment et de n'écouter que la raison, ils vont à l'encontre de la nature humaine et nous proposent une morale impraticable. Combien la morale du Christ, basée sur l'amour de Dieu et du prochain, compatissante à la faiblesse et indulgente aux défaillances, toujours guérissables par le repentir, est plus humaine et meilleure, on ne saurait le mettre en doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on dit encore qu'il y a eu dans l'Inde des ''moines ''qui ont pratiqué les conseils évangéliques avant et tout aussi bien que les ascètes chrétiens. Nous voulons bien l'admettre, mais tout au plus peut-on en conclure que la nature humaine a été la même dans tous les temps et sous tous les cieux, qu'il y a toujours eu des âmes d'élite qui ont aspiré à un idéal de perfection, et que leurs instincts religieux leur ont découvert les mêmes moyens d'y parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Culte. ''1. Nous n'avons pas à répondre à l'objection qu'on tire des ressemblances qu'il peut y avoir entre les ''sept sacrements chrétiens ''et les ''sept degrés de l'initiation mithriaque, ''puisque le mithriacisme n'est pas antérieur au christianisme, et que, s'étant répandu à Rome, il a pu entrer facilement en contact avec la religion de Jésus et lui emprunter ses rites. — 2. Quant au ''culte des saints ''et des ''images ''que l'on rapproche du ''culte des dieux ''et des ''idoles, ''les deux s'expliquent par la tendance de la nature humaine « à multiplier les objets de culte et à choisir des objets visibles de vénération religieuse : cette tendance, abandonnée à elle-même, a produit dans l'antiquité païenne le polythéisme et l'idolâtrie. Dans l'histoire du christianisme, ces mêmes aspirations, gouvernées et dirigées pari Esprit-Saint et par l'Église, ont trouvé leur satisfaction dans un culte de vénération envers les saints, distinct du culte d'adoration qui est réservé à Dieu seul, et dans l'usage légitime d'images qui ne sont nullement des idoles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn231 [231]]. S’il est arrivé parfois que la distinction entre le culte de Dieu et celui des saints n'a pas été suffisamment établie et que le culte d'un saint a remplacé purement et simplement le culte d'un dieu local sans qu'il y eût de différence dans la manière de vénérer l'un et d'adorer l'autre, ce sont là des abus qui sont imputables à l'ignorance des nouveaux convertis, et non à la religion elle-même. — 3. On allègue enfin ''l'identité des cérémonies ''du culte chrétien et du culte païen pour accuser le premier de plagiat. A supposer que la liturgie chrétienne ait emprunté tous ses rites secondaires soit au culte juif, soit au culte païen, c'est-à-dire en somme, au milieu dans lequel elle pénétrait, et qu'elle les ait adaptés à ses besoins, il n'y aurait pas là de quoi l'accuser de plagiat. Les cérémonies, en tant que formes extérieures par lesquelles l'homme se propose d'adresser ses hommages à la divinité, sont du domaine public. Pourquoi voudrait-on refuser à la vraie religion le droit de faire usage, par exemple, des encensements, des processions, des chants, des vêtements sacerdotaux, sous prétexte que d'autres cultes les auraient employés avant elle ? La nature humaine étant la même partout, comme nous le disions plus haut, comment trouver étrange qu'elle traduise ses sentiments d'une manière identique ? « L'homme qui se sent coupable et malheureux se tourne naturellement vers son Créateur, vers une puissance invisible capable de le délivrer. A quelque race qu'il appartienne, il risque fort d'imploré! la miséricorde divine dans les mêmes sentiments et presque dans les mêmes termes. L'attitude de la prière, les manifestations extérieures du respect et de l'humilité sont à peu près les mêmes partout : on lève les bras au ciel, on se prosterne ; plus est grand le désir d'obtenir une grâce, plus on insiste en répétant la même formule dans une sorte de litanie... Il est assez naturel de porter solennellement en procession les images de ceux qu'on veut présenter à la vénération publique. La purification, réelle ou symbolique, au moyen d'ablutions, la transmission d'un pouvoir ou d'une influence par l'imposition des mains et bien d'autres pratiques religieuses sont autant de choses très conformes aux dispositions de la nature humaine. Il est puéril de s'étonner des similitudes en pareille matière et de les noter avec empressement comme une découverte ; ou de se laisser prendre à quelques traits extérieurs de ressemblance entre certaines images, et de vite conclure à une imitation. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn232 [232]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Tout ceci nous amène à la double conclusion suivante : — l. que les ''points de ressemblance ''entre le christianisme et les autres religions antérieures ne sont pas aussi caractéristiques que le voudraient les historiens rationalistes des religions, que les ''divergences ''qui se mêlent aux ressemblances sont souvent plus importantes ; et — 2. que les ''conclusions ''adoptées par les rationalistes dépassent les prémisses, et que par conséquent, le christianisme ne peut être accusé de plagiat sur aucun point, sauf, si l'on veut, sur les questions telles que les vérités naturelles et les accessoires du culte, qui font partie du domaine commun de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La rapide diffusion du Christianisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
279. — '''État de la question. '''— La ''rapide diffusion ''du christianisme a toujours été considérée par les apologistes comme un solide argument en faveur de son ''origine divine. ''Cependant, la question n'a pas toujours été vue par eux sous le même angle. Dans le rapide essor du christianisme tous ont reconnu la main de la Providence, mais comme celle-ci a deux modes d'action, et qu'elle mène le monde, soit ''par le moyen des causes secondes, ''soit ''en dehors ''et ''au-dessus d'elles, ''l'on comprend qu'il y ait eu divergence de vue sur l'interprétation des faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes qui adoptent la ''première hypothèse, ''font une part très large aux ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme. De l'admirable enchaînement des causes secondes qui ont permis à la religion nouvelle de faire une pénétration si rapide, ils remontent à la Cause suprême « qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn233 [233]], de la même façon que de l'ordre du monde l'on peut conclure à un sage ordonnateur. Une telle hypothèse, bien que supposant l'action continue de Dieu, est exclusive du miracle. Elle est du reste parfaitement soutenable, mais elle a, à notre époque, le grave inconvénient de prêter des armes à nos adversaires, qui, partant de là, exagèrent, d'un côté, les circonstances favorables à la rapide diffusion du christianisme, 3t de l'autre, affaiblissent les obstacles qui s'opposaient à ses progrès, pour pouvoir aboutir à cette conclusion que la propagation du christianisme s'explique très bien par des ''causes naturelles ''et en dehors de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''seconde hypothèse, ''qui est celle que nous exposerons, tout en laissant aux causes humaines la part qui leur revient, les regarde comme impuissantes à produire de tels effets et suppose par conséquent qu'il a dû s'y ajouter un ''élément divin ; ''en d'autres termes, elle prétend qu'il y a eu disproportion entre les moyens employés et les résultats obtenus, donc, ''miracle d'ordre moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que faut-il entendre par ''miracle d'ordre moral ? ''Pour bien saisir le sens de cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés obéissent à des lois propres à leur nature : les êtres sans raison à des lois nécessaires, les êtres raisonnables à des lois morales où la liberté joue son rôle. Ainsi, des leçons que l'histoire tire de la marche des événements, il résulte que l'on peut considérer comme une loi morale qu'une masse d'hommes ne changent pas d'opinion ni de mœurs, lorsque leurs passions, leurs intérêts et surtout leur vie sont en jeu. Si le changement se produit, il faut donc l'attribuer à une intervention spéciale de Dieu, et non aux causes secondes, et de ce fait, recourir à l'hypothèse du miracle moral. D'où il suit que le ''miracle moral, ''c'est tout fait qui, ne s'expliquant pas par les lois ordinaires de l'histoire, suppose, comme condition nécessaire, l'intervention spéciale de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour démontrer le bien-fondé de cette hypothèse, nous avons dès lors à établir: 1° le ''fait ''même de la rapide diffusion du christianisme, et 2° le ''caractère surnaturel ''de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
280 — La diffusion du christianisme peut être envisagée au point de vue du développement ''numérique ''et ''géographique, ''et au point de vue de ''l'expansion sociale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Développement numérique et géographique'''. — Le christianisme se donnant comme une religion universelle, il importe de distinguer entre le ''nombre ''des nouveaux convertis et l'importance du ''territoire ''conquis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE NOMBRE. ''— Notre enquête sur l'expansion numérique du christianisme s'arrêtera au début du IVe siècle. A cette époque, en effet, les conquêtes de la nouvelle religion sont, non pas certes définitives, mais elles ont pris une importance telle, qu'elles ont forcé le pouvoir impérial, représenté par Constantin, à la tolérance d'abord par l'édit de Milan (313), puis à la bienveillance, et enfin au patronage officiel. Il devient dès lors difficile de faire le départ, dans le développement du christianisme qui s'intensifie chaque jour, entre ce qui peut être attribué aux causes secondes, c'est-à-dire aux auxiliaires humains, et ce qui semble impliquer une intervention spéciale de Dieu. En d'autres termes, le miracle moral n'est discernable que dans les trois premiers siècles où le christianisme, laissé à ses seules ressources, rencontre devant lui des obstacles humainement insurmontables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Au 1er siècle — ''Nous avons, pour nous renseigner sur la marche de l'Évangile, le témoignage des auteurs sacrés et celui des auteurs profanes. — 1. ''Témoignage des auteurs sacrés. ''C'est aussitôt après la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, que se place le berceau du christianisme. Les Actes des Apôtres rapportent que les deux premiers discours de Pierre font cinq mille convertis ''(Act'', ii, 41 ; iv, 4). Ailleurs, ils parlent « de milliers de Juifs convertis » ''(Act., ''xxi, 20). Dans l'Apocalypse (I, 11) il est fait mention de sept Églises. Les progrès de la nouvelle doctrine sont si rapides que la ''finale de saint Marc ''constate que, selon l'ordre donné par Jésus, d'annoncer dans le monde entier l'Évangile du royaume ''(Mat., ''xxiv, 14), « les disciples partirent et prêchèrent en tous lieux» (''Marc, ''xvi, 20). Saint Paul, à son tour, entre 53 et 57, c'est-à-dire vingt ans environ après l'Ascension de Notre-Seigneur, ne craint pas d'écrire aux Romains que « leur foi est annoncée dans le monde entier» ''(Rom., ''i, 8). — 2. ''Témoignage des auteurs profanes. ''Tacite et Suétone parlent de nombreux chrétiens qui périrent par la persécution de Néron, en l'an 64.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2) ''Au IIe'' ''siècle, ''— 1. Nous avons, tout au début du IIe siècle, vers 112, l'important ''témoignage de Pline le jeune. ''Api es avoir parcouru, en vertu de ses fonctions de légat impérial, les vastes provinces de Bithynie et du Pont, il écrit une lettre-rapport à Trajan, dans laquelle il lui exprime sa surprise d'avoir rencontré « de nombreux chrétiens de tout âge, de tout sexe et même de tout rang, et d'avoir constaté que les temples des dieux étaient presque abandonnés, les sacrifices depuis longtemps interrompus, les victimes destinées aux dieux ne trouvant plus que de rares acheteurs ». — 2. ''Témoignage des Pères. ''Saint Justin, philosophe célèbre de l'école de Platon, converti au christianisme, déclare dans son ''Dialogue avec Tryphon, ''qu'« il n'y a pas une seule race d'hommes, soit barbares, soit grecs, ou de quelque nom qu'ils s'appellent, Scythes qui vivent sur les chars ou nomades qui habitent sous la tente, chez qui ne soit invoqué le nom de Jésus-Christ ». Saint Irénée, vers 170, voulant prouver l'unité de l'Église, la montre répandue par tout l'univers : « Les langues sont diverses dans le monde, écrit-il, mais la tradition de la foi est partout la même. Ni les Églises qui s'élèvent en Germanie n'ont une autre foi ou une autre tradition, ni celles qui sont en Ibérie ou chez les Celtes, ni celles qui sont vers le Levant, ni celles qui sont en Egypte, ou en Libye, ni celles qui sont vers le centre du monde (c'est-à-dire vers la Palestine)». A la fin du IIe siècle, vers 197, Tertullien écrit dans son ''Apologétique, ''c. xxxvii, n° 124 : Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les assemblées, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum, nous ne vous laissons que vos temples. » Et Tertullien ajoute même, plus loin : « Il est évident que si les chrétiens voulaient se révolter, ils seraient plus redoutables que les Maures, les Parthes ou les Marcomans ; ou si seulement ils venaient à se retirer de l'Empire, les païens seraient effrayés de leur solitude ; il y aurait un silence et une sorte de stupeur comme si le monde était mort. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans les paroles de Pline le Jeune, aussi bien que dans celles de saint Justin, de saint Irénée et de Tertullien, il y ait une part à faire à l'exagération et à l'emphase oratoire, la chose ne semble pas contestable, mais l'amplification n'équivaut pas à la falsification de la vérité. La preuve c'est que plus tard, vers 212, le même Tertullien, écrivant au proconsul d'Afrique Scapula pour protester contre une reprise de persécution, parle de « l'immense multitude » des chrétiens formant déjà « presque la majeure partie de chaque cité », paroles qui ne s'expliqueraient pas, et qui, en de telles circonstances, seraient bien maladroites si elles allaient ouvertement contre la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Au IIIe'' ''siècle. ''Un des plus précieux témoignages du me siècle est celui d'Oui gène qui, après avoir écrit, dans sa ''IXe homélie sur la Genèse, ''qu'il n'y avait « presque aucun lieu qui n'eût reçu la semence de la parole divine», avouait, avec une loyauté digne d'un historien moderne, que «la fin du monde était encore loin, puisque l'Évangile n'avait pas encore été prêché partout». Un autre témoignage de la même époque doit être rappelé, quoique moins précis et moins mesuré que le précédent ; c'est celui de saint Cyprien qui compare l'Église de son temps au soleil dont les rayons éclairent tout le monde, à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terré, à un fleuve qui répand ses eaux de tous côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivons ainsi au début du IVe siècle où nous entendons, d'un côté, le païen Porphyre qui se plaint de trouver des chrétiens partout, et de l'autre, l'historien Eusèbe, évêque de Césarée, qui proclame que le Christ est adoré dans le monde entier. D'ailleurs les nombreux conciles, — on en compte plus de cinquante avant le concile œcuménique de Nicée en 325, — qui se sont tenus de toutes parts, à Rome, en Afrique, dans les Gaules, en Espagne, en Grèce, dans la Palestine, etc., sont une preuve évidente que le christianisme était déjà en pleine floraison ayant la conversion de l'empereur Constantin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
281.— B. ''LE TERRITOIRE CONQU1S. ''—Les documents qui contiennent l'histoire du christianisme aux trois premiers siècles, nous le montrent répandu partout dans le vaste Empire romain, qui comprenait presque l'Europe tout entière et une grande fraction de l'Afrique et de l'Asie. Si l'on classe les provinces par rapport au nombre de leurs chrétiens, M. Harnack pense qu'on peut les partager dans les quatre groupes suivants : — a) Le premier groupe, où le christianisme comptait presque la moitié des habitants et formait la religion dominante, comprend l’Asie Mineure actuelle, la partie sud de la Thrace, l'île de Chypre, l'Arménie, la ville et le territoire d'Edesse. — ''b) ''Le deuxième groupe se compose des provinces où le christianisme a gagné une partie notable de la population et peut rivaliser avec les autres religions : ce sont Antioche et la Célé-Syrie, l'Egypte et la Thébaïde, surtout Alexandrie, Rome avec des parties de l'Italie centrale et méridionale, l'Afrique proconsulaire et la Numidie, l'Espagne, les principales parties de la Grèce et la côte méridionale de la Gaule. — c) Le troisième groupe formé des provinces où le christianisme était peu répandu, comprend la Palestine, la Phénicie, l'Arabie, quelques districts de la Mésopotamie, l'intérieur de la Péninsule grecque avec les provinces danubiennes, le nord et l'est de l'Italie, la Mauritanie et la Tripolitaine. — ''d) ''Le quatrième groupe, composé des provinces où le christianisme est tout à fait clairsemé et pour ainsi dire inexistant, embrasse les villes de l'ancienne Philistin, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire, l'ouest de la haute Italie, le contre et le nord de la Gaule, la Belgique, la Germanie et la Rhétie, peut-être aussi la Bretagne et la Norique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
282. — 2° '''Diffusion sociale. '''— Après avoir établi l'expansion numérique et géographique du christianisme, il importe de savoir quelle était la ''qualité ''ou la ''valeur sociale ''de ses adeptes, car il va de soi que si le nom-Tire est une force, la qualité en est une autre. En principe, le christianisme, étant une religion universelle, s'adresse à toutes les classes de la société. — 1. Or il est indéniable que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite, à l'origine, surtout parmi ce qu'on peut appeler la classe ''des petites gens. ''Saint Paul écrit en effet aux ''Corinthiens ''qu'il n'y a parmi eux « ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles» (I ''Cor., ''i, 26). Il s'en glorifie d'ailleurs, puisqu'il ajoute que « Dieu a choisi ce qui était faible pour confondre les forts », c'est-à-dire l'orgueil et la fausse science du monde. Malgré cela, ce serait une erreur de croire que le premier noyau chrétien ne se composait que de gens de basse condition. — 2. Il y eut, au contraire, et dès la première heure, quelques ''personnages de marque : ''à Chypre, le proconsul Sergius Paulus ''(Act., ''xiii, 7, 12) ; à Athènes Denis l'aréopagite (''Act., ''xvii, 34), convertis tous ceux par saint Paul ; à Thessalonique plusieurs fermes de haut rang ''(Act., ''xvii, 4, 12). À Rome, on peut citer Pomfonia Graecina dont Tacite raconte qu'elle fut accusée de superstition étrangère ''(Ann., ''xiii, 32), Agilius Glabrion, sénateur et personnage consulaire, que Domitien fit mettre à mort. En Bithynie, il y avait, suivant la lettre de Pline dont il a été question précédemment, des chrétiens appartenant à tous les rangs de la société. La un du IIe siècle marque surtout un accroissement notable du christianisme dans les rangs de l'aristocratie romaine ; les épitaphes que l'on a retrouvées dans un des plus anciens hypogées de Rome, et qui portent les noms des Caecilii, des Attici, des Annii, des Pomponii, des Aurelii, illustres familles de l'époque, en font foi. — 3. A côté des représentants de la richesse, nous trouvons ceux de la ''science. ''Dès les temps apostoliques, les Actes signalent « un Juif nommé Apollos, originaire d'Alexandrie, homme éloquent et versé dans les Écritures» (''Act., ''xviii, 24). Plus tard, les apologistes étaient tous des hommes de grande culture ; il suffit de nommer Tertullien, juriste distingué, et Origène, esprit d'une rare puissance. — 4. ''A la cour, ''la doctrine chrétienne eut aussi ses partisans. Saint Paul parle des chrétiens « de la maison de César» ''(Phil., ''iv, 22), de ceux « de la maison d'Aristobule et de Narcisse» ''(Rom., ''xvi, 10, 11). A la fin du Ier siècle, Flavius Clemens, le cousin de l'empereur Domitien, est chrétien ainsi que ses enfants qui sont les héritiers» présomptifs du trône. Le nombre des chrétiens augmente surtout dans l'entourage des empereurs plus libéraux, Constance Chlore et Licinius. — 5. ''Dans l'armée, ''le recrutement était difficile, la douceur évangélique paraissant sans doute incompatible avec la profession des armes. Cependant, sous Marc Aurèle, la douzième légion ''(fulminata) ''comptait un grand nombre de chrétiens ; c'est de ses rangs que sortirent plus tard les quarante martyrs de Sébaste. Au iv siècle, la christianisation de l'armée était suffisamment accomplie pour que Constantin pût arborer la croix sur ses étendards. — 6. Après avoir parlé des chrétiens en général et sans distinction de sexe, il est juste d'accorder une mention spéciale aux ''femmes, ''en raison du rôle important qu'elles jouèrent dans la primitive Église. De nombreux noms de femmes sont rapportés par les Actes des Apôtres, entre autres celui d'une personnalité importante, Priscille, femme d'Aquila ''(Act., ''xviii, 2 et 26). Les salutations qui terminent les ''Épîtres de saint Paul ''comprennent généralement des noms de femmes : l'Epître aux Romains spécialement en contient huit contre dix-huit noms d'hommes. Saint Paul se préoccupe des mariages mixtes (I ''Cor., ''vu, 12) et de la tenue des femmes dans les assemblées (I ''Cor., ''xi, 5), et l'on sait que, de bonne heure, il fut institué un corps de vierges chrétiennes et de diaconesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce bref aperçu, il est permis de conclure que le christianisme a fait une pénétration rapide presque dans le monde entier, et que, s'il a trouvé plus d'adeptes dans la classe ordinaire, il n'a jamais été la religion d'une caste ni d'un parti. Il a été, dès les premiers jours, une religion universelle et une véritable puissance morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2, — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
283. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme à travers le monde s'explique-t-il par des ''causes naturelles, ''tant extrinsèques qu'intrinsèques, c'est-à-dire tirées soit du ''milieu ''où le christianisme pénétrait, soit de la ''doctrine ''elle-même? Ou bien suppose-t-il une intervention spéciale de Dieu et faut-il conclure qu'il y a eu miracle d'ordre moral?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résoudre le problème, il suffit de savoir s'il y a, oui ou non, juste proportion entre les moyens employés et les résultats obtenus. Comme on le devine bien, tous les rationalistes répondent par l'affirmative, quoi qu’ils se divisent sur le caractère et sur le nombre des causes qu’ont produit la rapidité du développement chrétien. Les apologistes catholiques soutiennent la thèse contraire. Avant d'exposer les arguments que font valoir ces derniers, il convient, en toute justice, que nous passions en revue les ''circonstances favorables ''invoquées par nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''284. — 1°''' '''Thèse rationaliste. Explication naturelle des faits. '''— D'après M. Harnack[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn234 [234]], le succès de la nouvelle religion était normal, tant il y avait adaptation et harmonie entre le ''milieu ''et la ''doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE MILIEU. ''— Le christianisme s'est propagé dans deux sortes de milieux : le milieu juif et le milieu païen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Le milieu juif. — ''Sous ce nom il faut entendre non seulement les Juifs qui habitaient la Palestine, ou Juifs ''palestiniens, ''dont la langue était le dialecte araméen, mais les Juifs ''helléniques, ''c'est-à-dire tous ceux qui, à partir de l'exil de Babylone, avaient essaimé dans le monde gréco-romain et qui ne parlaient que le grec. Ces derniers, au début de l'ère chrétienne, formaient une population importante dans les centres principaux de l'Empire romain ; on trouvait des communautés juives ou ''juiveries ''à Antioche, à Damas, à Smyrne, à Éphèse, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, à Alexandrie, à Rome. L'ensemble des communautés constituait ce qu'on a appelé la ''Diaspora, ''d'un mot grec qui veut dire ''dispersion. ''Chaque juiverie avait sa synagogue ; elle y menait sa vie religieuse comme dans la mère-patrie, restant inviolablement attachée à ses institutions, à son culte et à ses espérances Toutefois, bien que gardant leur individualité de race et évitant tout contact avec les païens sur le terrain religieux, les Juifs avaient, par l'élévation de leur doctrine monothéiste, exercé une assez forte influence autour d'eux. Ils avaient même détaché des cultes païens bon nombre d'âmes droites qui, désabusées des erreurs idolâtriques, avaient reconnu le vrai Dieu et s'étaient affiliées au Judaïsme par la circoncision et l'observance des prescriptions mosaïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn235 [235]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc incontestable, concluent les rationalistes, que la Diaspora favorisa les débuts du christianisme en lui fournissant les cléments des premières chrétientés. — Contentons-nous de remarquer ici que les apologistes chrétiens reconnaissent le fait de cette première circonstance favorable à l'éclosion du christianisme, mais toute la question revient à savoir si la chose doit être regardée comme l'effet du hasard ou comme une heureuse disposition de la Providence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Le milieu païen. ''— Le monde païen, de beaucoup plus considérable que le monde juif, constituait l'ensemble de l'Empire romain. Nous allons voir quels avantages il offrait à la pénétration chrétienne, tant au point de vue politique et général, qu'au point de vue religieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Au point de vue ''politique, ''on peut regarder comme circonstances favorables : — 1) ''l'unité ''politique de l'Empire romain embrassant la presque totalité du monde civilisé : ainsi le terrain semblait préparé pour une Eglise catholique ; — 2) la ''paix universelle ''indispensable à la propagation religieuse ; — 3) L’''usage général de la langue grecque. ''L'hellénisme, regardé comme la plus haute forme de civilisation, avait créé l'unité de langue et d'idées ; — 4) la ''facilité des communications ''qu'assuraient les multiples voies romaines et la navigation méditerranéenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Au point de vue ''religieux, ''le paganisme se trouvait en pleine décadence. Personne ne croyait plus à son absurde et grossière mythologie, et le seul culte qui eût gardé quelque faveur était celui de Borne et de l'empereur, c'est-à-dire le culte de la force. Cependant, toute préoccupation religieuse n'avait pas disparu. Depuis les conquêtes de l'Asie et de l'Egypte, les religions orientales avaient au contraire provoqué un réveil des âmes, et les cultes de Cybèle, Isis, Adonis, Astarté, Mithra avaient « empêché », dit Mgr Duchesne, « le sentiment religieux de mourir» et lui avaient « permis d'attendre la renaissance évangélique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn236 [236]]. Tous ces cultes, du reste, vivaient côte à côte, en bonne harmonie, et il était admis qu'on pouvait les pratiquer tous à la fois, si bien qu'il s'était produit entre toutes ces croyances diverses une sorte de fusion qu'on désigne généralement sous le nom de ''syncrétisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn237 [237]] ''gréco-romain. ''Au contact de ces religions étrangères, le monde païen avait fait plus que de garder sa foi en la divinité ; ses idées sur Dieu, sur le monde et sur l'âme, s'étaient épurées. Les esprits étaient donc prêts, disent les rationalistes, à accepter une religion plus spirituelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
285. — B. ''LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. ''— Tel était le milieu où la semence chrétienne allait être jetée Voyons si celle-ci avait toutes les qualités voulues pour y germer, croître et se développer. D'après les rationalistes, la doctrine chrétienne était tout ce qu'il y a de plus adapté au milieu qui devait la recevoir — ''a) ''Si on la considère dans son ''dogme, ''elle était à la fois simple et complexe, claire et mystérieuse, pouvant se résumer en quelques brèves formules on s'épanouir en riches aperçus, présentant une telle variété d'aspects qu'elle était apte à satisfaire les besoins religieux de toutes les âmes. Au lion des froides divinités païennes, elle montrait un Dieu unique, créateur et maître tout-puissant, un Dieu qui n'était lié à aucune race ni à aucun peuple, Dieu et Père en même temps Fère dont la bonté était allée jusqu'à donner son Fils unique, lequel après voir passé sur la terre en taisant le bien, s'était offert en sacrifice pour le rachat des péchés de l'humanité. — b) Si on le considère dans sa ''morale, ''le christianisme, en professant que tous les hommes sont frères dans le Christ, apportait l’''Évangile de l’amour. ''Il proclamait la grande loi inouïe jusque-là, de la fraternité universelle qui n'exclut personne pas même les ennemis ; loi d'où découlent tous les devoirs sociaux : la charité, la solidarité, le dévouement la miséricorde et le pardon des injures. — c) Si nous la considérons dans son ''culte, ''la doctrine chrétienne n'est pas moins salutaire. Le Christ ne s'est pas contenté de prêcher l’Évangile du salut et de la guérison, il l'a réalisé. Il a guéri les malades, i1 a consolé les affligés et relevé les pécheurs. Il a été vraiment le Sauveur et il le reste toujours par les Sacrements qu'il a institués : c'est ainsi que le Baptême est un bain salutaire qui donne une vie nouvelle et engage les âmes dans la voie de l'immortalité bienheureuse. Or, pour atteindre une si radieuse perspective, les âmes comprirent aisément qu'elles devaient être pures et saintes, et par conséquent, qu'elles devaient pratiquer la continence, et renoncer au monde, aux plaisirs, aux richesses. Appliquant ces principes à la lettre, les chrétientés primitives ne souffrirent dans leur sein aucun membre impur ; luttant contre tous les désordres sociaux, elles défendirent le luxe, les théâtres et les spectacles. — ''d) ''Si l'on considère la religion chrétienne, non plus dans sa substance, mais dans son ''mode d'enseignement, ''elle est tout ensemble la religion de l'autorité et de la raison. D'une part, elle s'impose par la foi, par une foi absolue qui ne souffre pas la discussion. Or ce dogmatisme intransigeant devait lui gagner bien des âmes, trop heureuses d'être délivrées de leur doute, et de rencontrer une doctrine qui leur apportait la lumière complète sur Dieu, sur le monde et sur leur destinée. D'autre part, la raison n'était pas sacrifiée ; il lui revenait de montrer l'harmonie des mystères et leur conformité avec la nature humaine. Ainsi, concluent les rationalistes, l'on peut voir avec quelle richesse et quelle complexité la doctrine chrétienne apparut dès l'abord au monde païen. Renfermant en soi tout ce qui peut être demandé à une religion, elle a capté toutes les forces et toutes les idées pour les mettre à son service.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces conclusions, nous nous garderons d'autant plus de les contredire que nous sommes les premiers à proclamer l'excellence de la doctrine chrétienne et à regarder la transcendance de l'enseignement du Christ comme une présomption en faveur de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''286. — 2'''° '''Réfutation de la thèse rationaliste. Explication vraie. '''—&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme ne sauraient être mises en doute, encore que les rationalistes en ''exagèrent l'importance ''et en tirent des ''conclusions fausses. ''Car toute là question, avons-nous dit revient à savoir si les circonstances favorables ci-dessus mentionnées ne sont pas l'œuvre de la Providence, si elles n'ont pas été préparées par elle comme autant de moyens propres à ouvrir les voies à la nouvelle religion. Ce que nous voudrions démontrer maintenant, c'est que toutes les causes signalées comme éléments de succès n'auraient pas suffi à produire de tels effets, contrebalancées qu'elles étaient par la ''grandeur des obstacles ''et la ''petitesse des moyens employés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
287. — A. ''OBSTACLES.''— La diffusion du christianisme rencontrai-deux sortes d'obstacles : les uns inhérents à la doctrine elle-même ''(obstacles intrinsèques) ''  les autres venant du dehors ''(obstacles extrinsèques).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Obstacles intrinsèques. ''— Tout excellente qu'elle fût, la ''doctrine chrétienne ''ne s'adaptait pas plus à l'esprit des Juifs qu'à celui des païens — 1. Les ''mystères, ''qui composaient son dogme, étaient une rude humiliation pour la raison humaine. Plus spécialement, le ''mystère de la Rédemption ''devait choquer les esprits : il était « ''scandale ''pour les Juifs » (1 ''Cor., ''I, 23) qui attendaient un Messie glorieux et conquérant, et il était « ''folie ''pour les Gentils » qui regardaient la croix comme un objet infâme, comme une ignominie réservée à de vils esclaves. — 2. Les ''exigences de la morale ''n'étaient pas un moindre obstacle. Habitués qu'ils étaient à adorer des dieux pleins d'indulgence pour leurs vices, les païens devaient, en embrassant la religion chrétienne, renoncer aux plaisirs, aux théâtres, aux jeux, même à leurs relations de société, puisque les réunions étaient mêlées presque toujours de superstitions idolâtriques. En outre, la vie chrétienne demandait des vertus, — douceur, humilité, pitié, chasteté, — qui semblaient dépasser les forces humaines. Se convertir au christianisme, c'était donc pour tout païen rompre avec son passé, c'était sortir de son milieu, se priver de multiples jouissances, alors que les autres cultes syncrétistes n'avaient aucune exigence et n'imposaient aucun sacrifice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Obstacles extrinsèques. — ''La nouvelle religion eut à lutter contre deux sortes d'ennemis, contre la calomnie et contre la persécution. — l.- ''La calomnie, ''Les adversaires du christianisme, mal intentionnés, allaient répétant les pires calomnies sur les croyances et les mœurs des chrétiens. Ils les accusèrent par exemple, d'adorer un dieu à tête d'âne, de se livrer, dans leurs réunions nocturnes, à des orgies sans nom. Interprétant faussement le sacrifice eucharistique, ils prétendirent que les chrétiens égorgeaient un enfant et se nourrissaient de sa chair, si bien que Tertullien fut obligé de rappeler que les chrétiens n'étaient ni des ogres ni des monstres inhumains. On les fit passer pour des athées et on les accusa d'être, par leurs impiétés et leurs sortilèges, la cause de tous les maux. — 2. ''La persécution. ''Pendant deux siècles et demi, de Néron à Constantin, les chrétiens furent en butte aux plus atroces persécutions (au nombre de dix), et ce n'est rien exagérer que de dire avec Tertullien que tout païen converti était « un candidat au martyre». M. Harnack le reconnaît d'ailleurs : « Ce serait, écrit-il, une illusion de se représenter la situation des chrétiens comme tout à fait supportable : l'épée de Damoclès restait suspendue sur la tête de chaque chrétien, et celui-ci restait toujours en face de la terrible tentation d'apostasier : car l'apostasie le rendait libre... Aussi n'a-t-on pas le droit de méconnaître le courage qu'il y avait à se faire chrétien et à vivre en chrétien ; il faut surtout glorifier la fidélité de ces martyrs qui n'avaient qu'un mot à dire ou un geste à faire pour être délivrés du châtiment et qui préférèrent la mort à cette délivrance. Dans cette interdiction légale il y avait, à n'en pas douter, un fort obstacle pour la propagande chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn238 [238]] Il est vrai que M Harnack se reprend un peu plus loin et déclare, sans se laisser arrêter par une évidente contradiction, que « l'histoire nous apprend, qu'une religion opprimée s'accroît et grandit sans cesse et qu'ainsi la persécution est un bon moyen de propagande ». Il faudrait pourtant choisir : une mémo chose ne saurait être à la fois ''obstacle ''et ''circonstance favorable. ''Loin d'être un bon moyen de propagande, la persécution est assurément le plus rude obstacle qu'une doctrine puisse rencontrer sur son chemin. L'histoire en témoigne, contrairement à ce que prétend M. Harnack: « I1 y a des persécutions qui ont réussi, dit G. Boissier, et le sang a quelquefois étouffé des doctrines qui avaient toutes sortes de raisons de vivre et de se propager... Ne disons donc pas d'un ton si assuré que la force est toujours impuissante quand elle s'en prend à une opinion religieuse ou philosophique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn239 [239]] Les albigeois, les vaudois, les hussites ont succombé sous les coups de la répression. Le protestantisme a disparu, là où il a rencontré l'opposition des pouvoirs publics. Le catholicisme lui-même, quand il était déchu de sa première ferveur, a été balayé par la persécution, comme il est arrivé au xvie siècle sous le règne d'Elisabeth. « Mais une fois au moins, dit encore Boissiek, en parlant du christianisme naissant, la force a été vaincue ; une croyance a résisté à l'effort du plus vaste empire qu'on ait vu ; de pauvres gens ont défendu leur foi et l'ont sauvée en mourant pour elle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn240 [240]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
288. — B. ''MOYENS EMPLOYÉS. ''— Autant les ''obstacles ''étaient grands, autant les ''moyens ''employés étaient faibles. Nous venons de voir précédemment que la religion chrétienne n'avait à son service, comme moyens de propagande, ni les ''séductions de sa morale, ''ni la ''protection du pouvoir civil. ''Au lieu d'allécher les peuples par les séductions de la volupté et de subjuguer les esprits par la force des armes, comme le fit Mahomet, elle déclara la guerre aux passions et aux vices, et pendant trois siècles elle fut impitoyablement traquée par ses adversaires. Aussi pouvons-nous dire avec Pascal que « si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ devait périr. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn241 [241]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pour elle ni les attraits séducteurs de sa morale, ni la force des armes, la nouvelle religion avait-elle au moins à sa disposition ''l’éloquence de ses prédicateurs? ''Douze hommes, appartenant à une race mal vue, douze Juifs, sans crédit, sans argent et sans puissance, presque tous illettrée, parlant mal la langue grecque, comme leurs écrits le prouvent ; même saint Paul, saint Jean et saint Luc qui sont des esprits de plus grande envergure, sont, sur ce point, inférieurs aux philosophes-grecs ou latins de l'époque. Voilà les seuls instruments que le Christ a choisis pour faire la conquête du monde. Da reste, les apôtres de la nouvelle religion ne se targuent pas de gagner les esprits par la logique et la force des arguments, et saint Paul ne se fait pas scrupule de dire que « Dieu a choisi ce qui était insensé aux yeux du monde pour confondre les sages, la bassesse et l'opprobre du monde, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (I ''Cor''., i, 27, 29). Ils ne s'appuient que sur une chose, sur l'autorité divine, sur les miracles du Christ et en particulier sur sa résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La rapide diffusion du christianisme, pénétrant dans des milieux si différents et s'adaptant à toutes les intelligences, les plus raffinées comme les plus frustes, en dépit d'obstacles apparemment insurmontables, peut donc être considérée comme « l'un des faits de l'histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn242 [242]]. Aussi pouvons-nous poser à nos adversaires le fameux dilemme de saint Augus­tin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn243 [243]] : Ou bien des miracles évidents ont été opérés pour la conversion du monde, et alors le christianisme est divin et approuvé de Dieu, ou bien il n'y a pas eu de miracle et alors la conversion du monde sans miracle est le plus grand des miracles, parce que contraire aux lois de l'ordre moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''289. — Remarque. — La merveilleuse conservation du christianisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes ont coutume de compléter l'argument tiré du fait de la rapide diffusion du christianisme par celui tiré du fait de son ''étonnante vitalité ''à travers les siècles. Nous nous contenterons de le signaler, car c'est toute l'histoire de l’Église qu'il y aurait lieu de faire pour présenter l'argument dans toute sa force, ''l'intervention divine ''n'apparaît pas moins évidente dans le ''fait de la conservation de la religion chrétienne ''que dans son admirable propagation. Si, par suite des obstacles qui se dressaient devant elle, il était humainement impossible à la doctrine du Christ de conquérir le monde, il lui était peut-être plus difficile encore de continuer à vivre et de résister à l'éprouve du temps. C'est qu'on effet le temps est un impitoyable démolisseur. L'attrait du nouveau, l'expérience qui montre la faiblesse des doctrines, le danger de corruption qui les menace sans cesse, l'opposition qu'elles rencontrent de toutes parts, voilà autant de causes qui font que leur succès est toujours éphémère. Or toutes ces cause» de mort, le christianisme les a trouvées sur son chemin. Dans la longue suite des siècles, il eut à lutter contre les assauts répétés des sectes hérétiques et contre la domination du pouvoir civil. A peine était-il sorti de l'ère des persécutions, qu'il fut menacé d'asservissement en passant sous la protection des empereurs et que sa victoire faillit tourner en défaite. Puis il assista à la ruine de l'Empire romain auquel son sort semblait lié. Plus tard, au Moyen Age, il connut l'ingérence despotique des pouvoirs civils, la grave querelle des investitures, le schisme d'Occident, le relâchement de l'esprit chrétien jusque chez les pasteurs de l'Église, les excès de l'humanisme, la crise protestante, la crise plus grave de l'esprit moderne avec ses conséquences sociales et politiques...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, tandis que dans le monde tout disparaît avec le temps, tandis que les empires s'écroulent les uns après les autres, que les écoles philosophiques ne gardent la faveur du public que peu de temps, en un mot, tandis que toutes les institutions humaines, quelles qu'elles soient, naissent et meurent tour à tour, seul le Christianisme demeure, gardant toute sa vitalité et ne donnant aucun signe de déclin : ''Stat crux, dum volvitur orbis. ''Aussi le concile du Vatican a-t-il, avec raison, présenté le fait de l'Église comme « un grand et perpétuel motif de crédibilité.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Le Martyre. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
290. — '''État de la question. '''— La diffusion du christianisme a rencontré, avons-nous dit (N° 287), comme principal obstacle, les violentes persécutions que les empereurs romains ont déchaînées contre lui durant les trois premiers siècles. Le martyre fait donc, en réalité, partie intégrante de l'article qui précède. Mais les apologistes ont coutume de détacher cette question pour en faire un argument spécial on faveur de la divinité du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce but, ils considèrent le ''martyre chrétien ''sous un double jour : à un point de vue psychologique et à un point de vue historique. — 1. ''Au point de vue psychologique, ''ils prennent comme point de départ le fait de cette phalange innombrable de chrétiens qui bravent les pires tourments et la mort, avec un héroïsme et un courage qui ne se démentent pas un instant, et ils concluent que pareil fait dépasse les forces humaines et ne s'explique pas sans l'intervention divine. — 2. ''Au point de vue historique, ''les martyrs, du moins les premiers, ceux qui ont été les contemporains du Christ, ont ''rendu témoignage ''des miracles de Jésus, et plus spécialement de sa Résurrection : miracles qui servent de fondement à la doctrine chrétienne et prouvent la divinité du christianisme. En ne reculant pas devant le sacrifice de leur vie, pour affirmer ce qu'ils avaient vu, ils ont donné à leur témoignage une valeur sans égale, et l'on peut dire avec Pascal qu'il y a tout lieu de croire « les histoires dont les témoins se font égorger ». ''(Voir supra)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne considérerons la question que ''du seul point de vue psychologique. ''Le second point de vue, outre qu'il nous paraît très discutable (V. N° 297),se rattache à une autre question ; il appartient entièrement à la preuve historique des miracles du Christ, qu'il s'agisse de ses miracles en général, ou du miracle de la Résurrection (V. N° 271).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au point de vue psychologique, nous aurons à établir deux points : — 1° le ''fait du grand nombre ''des martyrs et 2° le ''caractère surnaturel ''du fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait du martyre chrétien. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
291. — Nous allons voir : 1° ce qu'il faut entendre par ''martyrs ; ''2° quel fut le ''nombre ''de chrétiens martyrisés ; et 3° s'ils furent martyrisés ''parce que chrétiens''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Définition. '''— Étymologiquement, ''martyr ''(du grec ''martus, marturos) ''veut dire témoin. Ce mot a donc été choisi pour désigner les Apôtres et les premiers disciples qui, ayant vu les miracles et la Résurrection du Christ, versèrent leur sang pour en rendre témoignage. Le mot a été employé depuis dans un sens plus large. Il désigne tous les chrétiens qui ont souffert la mort plutôt que de renier leur foi. Peu importe donc que les chrétiens aient sacrifié leur vie pour attester un fait dont ils avaient été les témoins, ou pour confesser leur foi à une doctrine ; les uns comme les autres sont des martyrs du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''292. — 2'''° Le '''nombre. '''— « Aucune donnée statistique, dit M. P. Allard ne permet de retrouver, même approximativement, le nombre des martyrs ; on ne saurait douter qu'il n'ait été très grand. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn244 [244]] Ainsi, d'après le célèbre historien des persécutions, il n'est pas possible, faute de documents, d'évaluer par un chiffre quelconque, même approximatif, le nombre des victimes des persécutions. La raison en est que les listes dressées par les Églises et composant leurs Martyrologes, sont loin d'être complètes et ne mentionnent que les noms des martyrs dont l'anniversaire était célébré. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le nombre en fut très grand. Cette opinion repose sur le témoignage des auteurs profanes et des auteurs chrétiens : — ''a) Témoignage des auteurs profanes- ''— 1. Tacite dit que, sous Néron, il périt une immense multitude de chrétiens, « ''multitudo ingens ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn245 [245]]. — 2. Dion Cassius rapporte que « Domitien mit à mort, avec beaucoup d'autres, son cousin Flavius Clemens, alors consul, et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, sa parente »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn246 [246]]. — b) ''Témoignage des écrivains chrétiens. ''Lactance écrit dans son ouvrage ''De la mort des persécuteurs ''(ch. xv) : « Toute la terre était cruellement tourmentée, et, à l'exception des Gaules, l'Orient et l'Occident étaient ravagés, dévorés par trois monstres. » L'historien Eusèbe écrit à son tour dans son ''Histoire ecclésiastique ''(liv. VII, ch. ix) : « II est impossible de dire quelle ''multitude ''de martyrs la persécution fit en tout lieu. En Phrygie, une ville chrétienne fut livrée aux flammes avec tous ses habitants, sans en excepter les femmes et les enfants. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La tradition sur le grand nombre des martyrs ''fut d'ailleurs acceptée sans conteste jusqu'à la fin du xviie siècle. Elle fut mise en doute en 1684 par le protestant Dodwell qui, tout en réduisant le nombre des victimes des persécutions, admet cependant qu'il fut assez considérable pour être une preuve en faveur du christianisme. Après le critique anglais, la même thèse fut soutenue, au xviiie siècle, par Voltaire naturellement, et tout récemment par certains rationalistes: Hochard ''(Études au sujet de la persécution de Néron), ''Havet ''(Le Christianisme et ses origines), ''Aube ''(Histoire des persécutions de l’Église jusqu'à la fin des Antonins), ''M. Harnack ''(op. cit.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la thèse du grand nombre des martyrs a été suffisamment prouvée par d'autres historiens tels que Tillemont dans ses ''Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, ''par Ruinart, dans ses ''Acta sincera Martyrum, ''par Le Blanc dans son ''Supplément aux ''« ''Acta sincera» ''de Dom Ruinart, par P. Allard, dans son ''Histoire des persécutions du ''Ier ''au ''IVe ''siècle, ''par G. Boissiek dans ''La fin du Paganisme, ''et même par Renan dans son ''Histoire des Origines du Christianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au demeurant, alors même qu'il faudrait diminuer le nombre des martyrs, le chiffre en resterait toujours imposant, et il ne faut pas oublier que l'atmosphère de crainte et de péril dans laquelle vivaient tous ceux qui faisaient profession d'être chrétiens, équivalait pour ainsi dire à la mort. , Dans le passage que nous avons cité (N° 287), M. Harnack n'hésite pas à le reconnaître, et il confesse sans détour que là situation des chrétiens était intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si nous n'arrêtions pas notre enquête aux trois premiers siècles, nous pourrions ajouter qu'à travers sa longue histoire- l'Église a toujours eu des martyrs, et que le témoignage du sang ne lui a jamais fait défaut. Qu'on consulte les ''Annales de la Propagation de la Foi ''des cinquante dernières années, et l'on pourra lire le récit du martyre de nombreux chrétiens, missionnaires et laïques, qui sont tombés pour la foi du Christ, au Japon, en Chine, en Cochinchine, au Tonkin, en Mongolie, dans l'Ouganda, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''293. — 3° Ils ont été martyrisés parce que chrétiens.''' — Il n'est pas besoin d'insister longuement pour démontrer que les chrétiens ont été martyrisés pour le seul crime d'être chrétiens. Il est vrai que le premier édit de persécution porté par Néron paraît avoir ou pour prétexte l'incendie de Rome, mensongèrement imputé aux chrétiens. Mais, outre que ce cas est exceptionnel dans l'histoire des persécutions, l'accusation portée par l'empereur n'a jamais été prise au sérieux, comme en témoignent les historiens de l'époque, Tacite et Suétone. Toutes les persécutions ont pour point de départ la promulgation d'un ''édit ''ou ''rescrit ''qui défend de se convertir à la nouvelle religion. Aussi l'interrogatoire des juges est-il très simple. On pose une première question pour savoir si l'accusé fait profession de christianisme, et, dans l'affirmative, s'il veut renier sa foi et sacrifier aux dieux du paganisme, s'il veut être renégat ou martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
294. — Le ''caractère surnaturel ''du fait découle des ''circonstances ''du martyre, de la ''grandeur des supplices, ''d'une part, et du ''courage héroïque ''des chrétiens, d'autre part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° La grandeur des supplices. — Comment dépeindre les affreuses tortures morales et physiques qui guettaient les nouveaux convertis. — ''a) Les tortures morales. ''Lorsque la persécution sévissait, la vie des chrétiens était dans un danger continuel ; « l'épée de Damoclès, comme dit M. Harnack, restait suspendue sur leur tête. » Surtout s'ils appartenaient aux classes riches, leur situation était intolérable. Non seulement ils ne pouvaient briguer les honneurs et les dignités de l'Empire, mais ils étaient dans la nécessité de les refuser, si on les leur offrait, parce que toute charge impliquait l'obligation de sacrifier aux dieux païens[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn247 [247]]. Il est même arrivé parfois que dans l'armée les officiers furent dégradés et chassés des rangs Une autre peine plus grave que la précédente consistait dans la ''confiscation des biens, ''c'est-à-dire, en fait, dans la misère pour toute la famille, et la déchéance, puisque la perte de la fortune entraînait comme conséquence de rejeter les gens de haute condition dans la classe des plébéiens. A côté de ces tortures qui concernaient surtout les hommes de condition élevée, il y avait un ignoble supplice que l'on infligeait parfois à la femme chrétienne. Nous ne le mentionnerons qu'en passant, tant il répugne de penser que, dans une société soi-disant civilisée, il ait pu se trouver des persécuteurs assez bas pour imposer à des jeunes filles la honte de la ''prostitution.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Tortures physiques. ''Les tortures physiques n'étaient pas moindres que les tortures morales. Depuis l'arrestation jusqu'à l'exécution, il arrivait fréquemment que les malheureux accusés devaient passer par les plus rudes épreuves. Jetés dans d'affreuses geôles où ils étaient chargés de lourdes ''chaînes, ''ayant parfois les jambes emboîtées dans des blocs de bois munis de trous ''(neivus) ''et tenues dans un écart douloureux, comme il arriva à Paul et à Silas, lors de leur séjour à Philippes ''(Act., ''xvi, 24), ils avaient presque toujours à '''y '''endurer tous les tourments de la ''faim ''et de la ''soif ''et ils attendaient parfois plus de deux ans le moment où ils devaient comparaître devant le juge. Et quand l'interrogatoire était venu, pour obtenir d'eux le désaveu de leur foi, on leur faisait subir différentes tortures : la ''flagellation, ''la ''tension de leur corps ''sur le chevalet, la ''lacération ''de leurs membres avec des ongles de fer, l'application du fer rouge ou des torches enflammées. Enfin la peine était prononcée : c'était, soit le ''bannissement, ''soit la ''déportation, ''soit les ''travaux forcés ''dans les carrières de pierre, de marbre, dans les mines d'or, d'argent, de plomb, de cuivre, soit la ''peine de mort. ''La peine de mort comportait à son tour des degrés dans les supplices suivant la gravité des cas et la condition des personnes. La peine la plus cruelle et la plus ignominieuse était le ''supplice de la croix ''puis venaient la ''peine du feu, ''la mort sur un ''bûcher, l'exposition aux bêtes, ''le supplice le plus dramatique, celui qui servait de jeu et de réjouissance publique à la société païenne . il y avait enfin la ''décapitation, ''la peine la plus douce appliquée aux condamnés de haut rang[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn248 [248]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''295. — 2°''' '''Le courage des martyrs devant les supplices '''— A voir la somme de souffrances qui étaient réservées aux nouveaux convertis, il semble bien que le christianisme n'ait pu recruter d'adeptes que parmi les hommes dans la force de l'âge, et encore parmi les âmes douées d'une trempe exceptionnelle. Or, il n'en est rien : la religion du Christ compte des martyrs de tout âge, de tout sexe, et de toute condition Il y a donc tout lieu de croire qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire et qu'un secours d'en haut soutenait les martyrs dans leurs épreuves Il est clair qu'une telle opinion ne saurait s'établir par des preuves rigoureuses, mais au moins elle s'appuie sur le ''témoignage des victimes ''elles-mêmes et sur ''celui des païens ''qui assistaient au spectacle de leurs souffrances.— l. Que les ''chrétiens ''aient été convaincus de recevoir un secours surhumain, cela ressort de leur ''témoignage. ''Citons, entre autres, celui de la martyre Félicité. Ses historiens racontent que, étant encore en prison et ayant été prise un jour des douleurs de l'enfantement, elle ne put retenir ses cris. Un des assistants lui dit alors : « Si tu ne peux supporter en ce moment la souffrance, que feras-tu donc en face des bêtes féroces ? » Elle répondit : « C'est moi, en ce moment, qui souffre mes douleurs : mais alors un autre sera en moi, qui souffrira pour moi, parce que je souffrirai pour lui. » — 2. Le fait n'était pas jugé moins étrange par les ''païens ''qui ne comprenaient pas comment des femmes, des enfants, des vieillards pussent supporter de telles douleurs, alors qu'un mot, un simple geste auraient suffi à les sauver. Leur étonnement était pour beaucoup d'ailleurs le principe de leur conversion. « Bien des hommes, dit Tertullien, frappés de notre courageuse constance, ont recherché les causes d'une patience si admirable ; dès qu'ils ont connu la vérité, ils sont devenus des nôtres et ont marché avec nous.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn249 [249]] Le « sang des martyrs» devenait ainsi selon la parole du même auteur, « une semence de chrétiens ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''296. —''' '''Objections. '''— 1° La constance des martyrs, objectent les rationalistes, s'explique — ''a) ''soit par l’''amour de la gloire, ''— b) soit par la ''perspective des biens futurs, ''— c) soit par le ''fanatisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— C'est en vain que les rationalistes cherchent, en dehors dé l'intervention divine, des causes qui puissent expliquer la constance des martyrs. — ''a) ''Invoquer ''Y amour de la gloire, ''c'est se mettre en ''contradiction avec les faits. ''La plupart des martyrs se distinguent par leur humilité. Un certain nombre furent envoyés au supplice loin de la foule, et partant, sans qu'il y eût possibilité pour eux de faire admirer leur courage. Qu'on ne dise pas non plus que ce qu'ont fait les martyrs, les soldats le font tous les jours sur les champs de bataille. Car le soldat se bat pour le butin ou pour la gloire, et, s'il a conscience d'aller au danger, il garde toujours 1’espoir d'y échapper — b) ''La perspective des biens futurs ''a été un motif de courage, c'est indéniable, mais cela ne suffit pas à rendre raison de la constance de si nombreux martyrs, car ne savons-nous pas, par expérience que, malgré l'attente des biens futurs, nous sommes souvent très faibles, non seulement vis-à-vis de la douleur, mais même en face de nos passions — ''c) ''Ce serait une autre erreur de prendre le courage des martyrs pour du ''fanatisme. ''Le fanatisme est un zèle aveugle et extravagant qui emploie tous les moyens, même les plus mauvais, pour la défense d'une opinion. Le fanatique ne discute pas, il s'obstine dans ses idées et veut les faire triompher à n'importe quel prix. Loin d'être fanatiques, nos martyrs sont calmes et réfléchis. Certes, ils ont une foi invincible, mais ils sont prêts à en discuter le bien-fondé, et s'ils y restent inviolablement attaché, jamais ils ne cherchent à l'implanter chez les autres par des moyens violents. Du reste, le fanatisme ne s'expliquerait qu'aux origines de la religion et pendant un laps de temps restreint, mais non pendant trois siècles, ou plutôt, dix-neuf siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
297. — 2° Mais, répliquent encore les rationalistes, ''toutes les religions ont leurs martyrs. ''L'hindou, le musulman, le protestant peuvent donc, tout aussi bien et pour les mêmes motifs que le catholique, se réclamer de leurs martyrs en faveur de la divinité de leur religion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn250 [250]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Si toute mauvaise cause peut avoir des partisans capables de mourir pour elle, si l'on a vu des pétroleurs tomber bravement en criant : ''Vive la Commune'', des nihilistes et des anarchistes se faire tuer pour leurs idées révolutionnaires, à plus forte raison toute religion, même fausse, peut avoir ses martyrs. Sur ce point comme sur bien d'autres, rien n'empêche qu'il y ait ressemblance entre la vraie et les fausses religions. Tout n'est pas erreur dans les religions fausses, et tout n'est pas mauvais on dehors du christianisme. Pourquoi voudrait-on alors que le christianisme ait le monopole de la vertu et du courage?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces concessions une fois faites, qui oserait prétendre qu'il y ait ''équivalence ''entre l'histoire du martyre chrétien et celle des autres religions! Qu'on compare, non pas seulement quelques martyrs entre eux, mais qu'on regarde ''l'ensemble, ''et l'on verra que jamais, à nulle époque de l'histoire, aucune religion n'a donné tant d'exemples de constance et de courage devant la souffrance et la mort. Le ''fait du miracle moral, ''ce n'est donc pas dans quelques cas isolés que nous le voyons ; c'est dans cette multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards qui vont au devant des plus affreuses tortures et que l'on doit même parfois retenir, qui supportent la douleur sans pousser une plainte et sans prononcer une parole de désaveu. Non, jamais aucune religion n'a donné autant de marques de virilité, n'a manifesté un héroïsme aussi pur, aussi universel, aussi persévérant. Et cela nous suffit pour ne pas douter que Dieu était avec la religion chrétienne et ses martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — 1er Art. — Abbé de Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions. ''— Huby, ''Christus. ''— Bricout, ''Où en est l’histoire des religions. ''— Condamin, art. ''Babylone et la Bible ''(Dict. d'Alès). — Chollet, ''La Morale stoïcienne en face de la Morale chrétienne ''(Lethielleux). — Poulin et Loutil, ''Les religions diverses ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2e et 3e Art. — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l'Église ''(Fontemoing). — Pau' Allard. ''Histoire des persécutions ; Dix leçons sur le Martyre ''(Lecoffre). — J. Rivière, ''La propagation du christianisme dans les trois premiers siècles ''(Bloud) : ''Autour de la question du martyre ''(Rev. pr. d'Ap., 15 août 1907). — Batiffol, ''Ancienne littérature chrétienne ''(Gabalda). — Boissier, ''La fin du paganisme ''(Hachette). — G. Sortais, ''Valeur apologétique du martyre ''(Bloud).— De Poulpiquet, ''L'argument des martyrs ''(Rev. pr. d'Ap., 15 mars 1909). — Dubois, Rev. du Clergé français, 15 mars, 15 avril 1907. — Valvekens, ''Foi et raison ''— Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Didiot, ''Logique surnaturelle objective, ''th. 43, 44. — Fouard, ''Saint Pierre et les premières années du Christianisme. ''— Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle. ''— Frayssinous, Conférences. — Lacordaire, 29e-36e Conférences.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_2%C3%A8me_partie_:_Recherche_de_la_vraie_Religion&amp;diff=1739</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 2ème partie : Recherche de la vraie Religion</title>
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				<updated>2011-04-07T10:33:02Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* DÉVELOPPEMENT */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Deuxième partie : Recherche de la vraie religion =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la seconde Partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
177. — Deux points ont été établis dans la ''première Partie ''de l'Apologétique. Le premier, c'est que l'homme, en tant que créature douée d'une âme raisonnable et libre, est obligé, à tout le moins, de ''professer la religion naturelle. ''Le second c'est que, selon toute vraisemblance. Dieu, Créateur et Providence, est intervenu dans la marche de l'humanité -pour guider l'homme dans sa recherche de la vérité religieuse, et peut-être même, pour l'élever à une dignité plus grande et à une destinée plus haute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'agit maintenant, dans cette ''seconde Partie, ''de soumettre à l'examen cette dernière hypothèse. Pour cela, il nous faut interroger l'histoire et lui demander si, en fait, elle nous apporte le témoignage d'une Révélation divine. Or, comment instituer cette enquête religieuse? La chose serait simple, s'il n'existait par le monde qu'une seule religion : il suffirait alors de vérifier ses titres à notre créance. Mais il n'en est pas ainsi, et les religions sont nombreuses, soit dans le passé, soit dans le présent, qui ont revendiqué ou revendiquent une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux voies sont dès lors ouvertes à l'apologiste chrétien qui prétend que sa religion est, à l'heure actuelle, la ''seule Religion révélée, ''— 1. Ou bien, laissant de côté toutes les autres religions, il peut aller droit au christianisme et lui faire l'application des critères dont nous avons parlé précédemment (N° 156). Et si, de cet examen, il résulte que la religion chrétienne est, sans doute aucun, une religion révélée, toute enquête ultérieure devient superflue. Car, comme d'une part, il est manifeste que, en beaucoup de points de son dogme et de sa morale, elle est en opposition avec les autres religions, et comme d'autre part, il n'est pas moins évident que Dieu n'a pu révéler des vérités successives et contradictoires, la vérité de l'une implique la fausseté des autres. L'étude de ces dernières ne pourrait, dans ce cas, se faire qu'à titre de contre-épreuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une seconde ''méthode ''consiste à suivre l'ordre inverse. L’apologiste chrétien se tourne d'abord vers les religions, autres que la sienne, et dont il veut démontrer la fausseté. A vrai dire, cette première enquête pourrait paraître un chemin bien long s'il s'agissait d'exposer en détail toutes les formes de religion qui ont existé et existent encore sur la terre ; mais une telle nécessité ne s'impose pas, car il va de soi que, si l'on peut prouver que les religions qui se recommandent le plus à notre attention, soit par le nombre de leurs adeptes soit par la valeur de leur doctrine, doivent être rejetées comme fausses, plus n'est besoin de s'occuper des autres religions dont l'infériorité est incontestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce premier travail terminé, et, comme on dit, le terrain une fois déblayé, il n'y a plus qu'à aborder la seule religion qui n'ait pas été éliminée, c'est-à-dire, dans l'espèce, la ''religion chrétienne. ''Cependant il n'est pas permis de dire, comme tout à l'heure dans la première méthode, que la fausseté de toutes les religions, passées en revue, implique la vérité de la religion chrétienne : celle-ci pourrait être fausse comme les autres. Pour être en droit de tirer une telle conclusion, il faudrait démontrer auparavant qu'il y a ''certitude de l'existence d'une religion révélée. ''Que la chose puisse être présumée, cela ne fait pas de doute. Mais un fait d'histoire s'établit par l'histoire, et non par le raisonnement. C'est, dès lors, par l'histoire qu'il faudra prouver l'existence et la vérité de la Religion chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est cette ''seconde méthode que nous suivrons ici. ''Cette partie comprendra donc ''deux sections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION, ''beaucoup moins étendue, sera un exposé très rapide et très succinct des principales religions non chrétiennes, où il apparaîtra, par la seule application des ''critères négatifs, ''qu'elles ne portent pas les marques d'une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B ''LA SECONDE SECTION ''sera la démonstration proprement dite du christianisme. En nous appuyant sur le témoignage des Évangiles, dont nous aurons préalablement à établir la valeur historique, il nous faudra vérifier les ''titres du fondateur ''et contrôler la ''qualité de sa doctrine. ''Si de cette étude il ressort que Jésus est « ''Envoyé de Dieu ''», il ne restera qu'à conclure que le christianisme dont la diffusion s'est faite à travers le monde d'une façon si extraordinaire, est une religion d'origine divine, qu'il est ''la vraie religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION I : Les fausses Religions. ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre unique : les principales religions non-chrétiennes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'enquête religieuse.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
178. — Il convient, avant de commencer notre enquête religieuse, de déterminer les ''conditions ''dans lesquelles elle doit se faire et sur ''quelles religions ''elle doit porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Conditions. — Nous avons vu (N° 156) qu'il y a deux sortes de critères auxquels on peut reconnaître la valeur objective d'une religion. — a) Les uns sont tirés de la ''doctrine ''(critères ''intrinsèques). ''Ainsi toute religion qui a sur Dieu et sur l'homme des conceptions opposées aux conclusions que la raison seule nous a permis d'établir dans la première Partie, ne peut être la vraie religion. — ''b) ''Les autres sont tirés du ''fondateur ''( critères ''extrinsèques). ''L'on pense bien qu'il ne suffit pas a un homme de se présenter comme chargé d'une mission divine, il faut qu'il la prouve et qu'il garantisse son enseignement par des signes authentiques qui soient comme le sceau de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour savoir ce que vaut une religion, nous la soumettrons donc à une double épreuve. Nous nous tournerons d'abord vers le fondateur et nous lui demanderons ses ''litres. ''Puis nous étudierons sa ''doctrine ''et nous verrons ce qu'elle vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Religions sur lesquelles portera notre enquête. — Notre enquête portera d'abord sur les religions auxquelles nous ne reconnaissons pas les marques d'origine divine. Nous parlerons ; — 1° du ''paganisme ; ''— 2° des ''religions de la Chine ; -— ''3° de la ''religion de la Perse ; ''— 4° du ''Mithriacisme ; ''— 5° des ''religions de l’Inde ; ''— 6° de ''L’Islamisme ; ''et — 7° du ''Judaïsme actuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Le Paganisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
179. — Sous ce titre il faut entendre les diverses religions qui ont professé ou professent encore le ''polythéisme. ''Aussi loin que remonte l'histoire, nous constatons que le paganisme fut la religion de tous les peuples de l'antiquité, exception faite des Juifs : les Chaldéens, les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Romains, tous furent polythéistes. De nos jours, le paganisme est encore la religion des peuplades fétichistes de l'Asie et de l'Afrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur'''. — Non seulement il est superflu de rechercher les ''fondateurs ''du paganisme, mais il n'est même pas possible de savoir ''comment les mythologies ont pu se former. ''— a) D'après Evhémère, philosophe grec du ive siècle avant Jésus-Christ, les mythes auraient été des ''récits légendaires, ''et les dieux, des héros divinisés. — ''b) ''Selon Plotin et Porphyre (IIIe siècle de notre ère), les mythes païens seraient des ''symboles ''cachant des dogmes philosophiques et des notions morales : ainsi l'aventure d'Ulysse et des Sirènes serait une allégorie destinée à mettre en garde contre les séductions du mal. — ''c) l’école traditionaliste ''a voulu voir dans les mythes des ''déformations de la tradition primitive ''qui n'aurait été conservée intacte que chez les Juifs : ainsi s'expliqueraient sans difficulté bien des parallélismes que l'on peut remarquer entre les croyances païennes et les récits de la Bible : par exemple, la boîte de Pandore d'où sortirent tous les maux correspondrait à la chute d'Eve. — ''d) ''D'après une école plus récente (Max Muller, en Angleterre, Michel Bréal en France), les mythes auraient leur origine dans le ''langage. ''Les dieux ayant été considérés à l'origine comme les agents mystérieux des phénomènes de la nature, leurs noms ne seraient autres que les épithètes qui désignent ces phénomènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
180. — '''2°''' '''Doctrine. '''— La ''doctrine ''du paganisme se trouve consignée dans les mythologies dont nous trouvons des descriptions chez des poètes comme Homère ou des historiens comme Hésiode. Or, les mythologies sont un ensemble de fables plus ou moins ridicules, de mythes bizarres sur la vie des dieux et leurs rapports avec les hommes. Pour souligner l'infériorité des doctrines païennes, il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails : nous n'avons qu'à montrer la ''multiplicité de leurs dieux ''et les ''imperfections de leur nature ''où se mêlent la grandeur et la faiblesse, la vertu et le vice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pas de valeur au point de vue doctrinal, comment le paganisme en aurait-il eu au point de vue ''moral? ''Comment les dieux, qui avaient les mêmes passions et les mêmes défauts que l'homme auraient-ils prêché la vertu à celui-ci? L'homme échappe d'autant plus facilement aux devoirs de la morale qu'il trouve des excuses dans ses croyances. ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''181.''' — '''3°''' '''Critique. '''— Religion imparfaite et n'ayant aucune trace d'origine divine, faut-il conclure que le paganisme était une religion absolument mauvaise et inutile ? Gardons-nous de le croire. Malgré ses inconcevables lacunes, le paganisme avait au moins l'énorme avantage d'entretenir chez l'homme le ''sentiment religieux, ''de lui faire lever les yeux vers le ciel, de le faire penser à sa destinée future. Le païen qui vivait en rapport constant avec des puissances cachées, qui craignait de leur déplaire, qui sollicitait leur appui et s'humiliait devant elles, pouvait trouver là des moyens efficaces de lutter contre les mauvaises tendances de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout compte fait, par conséquent, et « si l'on veut comparer le polythéisme antique à un état de l'humanité où il n'y aurait aucune religion, à l'état où voudraient nous amener les matérialistes modernes, peut-être la conclusion sera-t-elle que le paganisme est préférable et que mieux vaut une croyance quelconque, même superstitieuse, à un monde invisible, qu'un état où l'homme serait entièrement renfermé dans le monde terrestre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quel était maintenant l'état des âmes sincères et droites qui cherchaient la vérité dans ces longs siècles d'erreur ?... Nous pouvons nous en tenir à ce que la foi nous enseigne au sujet de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde, et à ce que saint Paul nous dit au sujet des païens, qui, n'ayant pas de loi écrite, seront jugés d'après la loi naturelle gravée dans leur conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quoi qu'il en soit de ce problème, il est de toute évidence que le polythéisme antique ne saurait entrer en comparaison, en tant que solution des problèmes de la destinée humaine, avec le christianisme, ni même avec les religions fondées sur l'idée d'une révélation positive'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn151 [151]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Religions de la Chine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
182. — La Chine compte trois religions officielles : deux indigènes, le ''Taoïsme ''et le ''Confucianisme, ''la troisième importée de l'Inde, le ''Bouddhisme ''dont nous parlerons plus loin. (Nos 194 et suiv.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
I. '''Le Taoïsme. 1°''' '''Fondateur. '''— La religion connue sous le nom de Taoïsme, est attribuée à Lao-tseu, philosophe contemporain et rival de Confucius. On. sait peu de chose de sa vie. Certains pensent même que la religion fondée sous son nom ne serait nullement son œuvre, et qu'elle serait seulement une collection de vieilles superstitions de la Chine repoussées par Confucius, et que, dans le but de faire opposition au Confucianisme, on aurait recueillies et groupées sous le nom d'un sage, Lao-tseu, afin de leur donner plus d'autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
183. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Le ''Taoïsme ''est un amalgame de superstitions grossières, de sorcellerie et de magie, avec les doctrines philosophiques de Lao-tseu dénaturées par ses disciples. C'est du reste une ''religion polythéiste ''et, pour cette raison, il est inutile que nous insistions davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
184. — II. '''Le Confucianisme- — 1° Fondateur. '''— ''Confucius ''naquit en 551 avant notre ère dans le royaume de Lou, d'une ancienne famille du nom de Khoung. Il se distingua de bonne heure par la vivacité de son intelligence et par la droiture de son caractère, si bien que le roi de Lou n'hésita pas à lui confier, malgré sa jeunesse, des fonctions importantes dans son gouvernement. Il les abandonna du reste bientôt pour suivre sa vocation. Il se mit alors à l'étude ''des Kings ''ou Livres sacrés de la Chine, et voulut se consacrer à la direction des peuples. Dans ce dessein il parcourut les principautés féodales qui composaient l'Empire chinois, puis, fatigué de cette vie errante, il revint à Lou où il ouvrit une école et professa jusqu'à la fin de sa vie. Parmi ses nombreux élèves, il en distingua soixante-douze, pris parmi les meilleurs, qu'il appela ses disciples. Telle fut l'origine des ''Lettrés, ''qui, depuis cette époque, ont joué un si grand rôle en Chine, en formant une sorte de caste fermée à qui allaient toutes les faveurs du pouvoir. Cet état de choses a duré jusqu'au commencement de notre siècle. « Maintenant, sous la République chinoise, tout est changé. La caste des Lettrés est défunte. La doctrine de Confucius a cessé d'être classique. Les auteurs de la Chine nouvelle n'ont pas encore attenté aux temples désertés du Sage. Mais ils ont éliminé ses œuvres de l'enseignement primaire comme surannées, et les ont reléguées, à titre de philosophie antique, dans les accessoires de l'enseignement secondaire... Ainsi disparaît, sans secousse, sans bruit, une chose qui paraissait un roc inébranlable et qui n'était qu'un bois vermoulu.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn152 [152]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''185. — 2° Doctrine.''' — Le confucianisme est plutôt une ''philosophie morale ''qu'une religion. Les dieux, c'est-à-dire le ''Ciel ''(Châng-Tï), la ''Terre ''et les ''Esprits supérieurs ''sont considérés, non comme des personnes réelles mais comme des abstractions. Aussi le seul culte qui soit en grand honneur est celui des ''ancêtres ; ''c'est par là que le confucianisme est une religion bien nationale ; il semble du reste que, aux yeux de Confucius et de ses adeptes, le Chang-Ti ou Seigneur du Ciel, et les autres dieux ne soient que les esprits des premiers ancêtres de la nation. Mais, chose étrange, tout en affirmant la survivance des esprits, Confucius ne parle pas de la vie future et ne tranche pas la question de l'immortalité de l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''de Confucius ne manque pas d'élévation et se distingue par un réel amour de l'humanité ; toutefois, elle ne dépasse pas les limites ''d'une morale humaine. ''Elle proclame bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas que les autres vous fassent à vous-même, mais elle ne va pas au delà de cette simple règle de justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''186. — 3° Critique''' — Si la doctrine de Confucius ne contient pas d'erreurs très graves, c'est une religion « incomplète, insuffisante pour le besoin des âmes ; un ensemble de conseils sages et sensés, mais sans rien qui inspire l'enthousiasme. On comprend qu'elle n'ait pas suffi au peuple chinois et qu'il ait préféré l'idolâtrie et là magie du Taoïsme et du Bouddhisme ... Nous pouvons donc considérer cette doctrine comme une assez belle œuvre humaine, un code religieux et moral à peu près pur, péchant par défaut plutôt que par excès. Mais nous n'avons pas besoin d'ajouter, tant cela est évident, qu'il n'y a eu ni dans la vie du fondateur, ni dans sa doctrine, aucun signe d'une révélation divine. Confucius n'a jamais prétendu au titre de prophète et n'a réclamé pour sa doctrine d'autre preuve que celles de la raison et de la tradition immémoriale. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn153 [153]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Religion de la Perse. Le Zoroastrisme ou Mazdéisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
187. —L'ancienne religion de la Perse, autrement dit, de l'Iran, s'appelle ''Zoroastrisme, ''du nom de son fondateur, ou ''Mazdéisme ''du nom du dieu ''Ahura- Mazdâ ''que Zoroastre met au-dessus de tous les autres dieux, même au-dessus de ''Mithra, ''le dieu de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur.''' — On ne sait si le prophète à qui l'on attribue la fondation de la religion des mages[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn154 [154]], appartient à l'histoire ou à la légende. Selon l'une ou l'autre, Zoroastre; vécut au vie siècle avant Jésus-Christ. Révolté des abus de l'idolâtrie et du culte des ''Dêvas ''ou mauvais génies, il se retira dans une grotte solitaire et se livra, sept années durant, à la méditation. Là, il eut des ''révélations ''d'Ahura-Mazdâ, le seigneur tout-puissant, qui ''confirma sa mission, ''en faisant de nombreux prodiges en sa faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''188. — 2° Doctrine'''. — Le ''Zend-Avesta ''est le livre sacré du Zoroastrisme. La date de composition en est incertaine. Il renferme du reste des morceaux d'âge différent, et dont certains paraissent être de composition relativement récente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ''métaphysique, ''le zoroastrisme admet la doctrine du ''dualisme. ''Il est vrai que le Dieu suprême, ''Ormazd, ''est créateur, Dieu du ciel. Mais à Ormazd est opposé un principe mauvais, appelé ''Ahriman, ''qui lui dispute l'empire. Les deux principes du bien et du mal sont éternels sinon égaux. Entourés, chacun d'une armée, ils doivent lutter pendant 9.000 ans ; Ormazd sera alors vainqueur et précipitera Ahriman et les Dévas, ses acolytes, dans l'enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du mazdéisme est pure et élevée. Elle impose le respect de la femme et de l'enfant, elle recommande les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions. Malheureusement, le ''culte ''n'est pas à la hauteur de la morale, car il est entaché de pratiques de superstition et de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''189.''' — '''3°''' '''Critique- '''— « Nous n'avons pas besoin de discuter le ''caractère ''purement humain de cette religion. Elle est sans doute, par certains côtés, supérieure au paganisme, elle combat l'idolâtrie ; elle enseigne un spiritualisme élevé. Mais le principe du dualisme est une erreur funeste... Le dualisme ébranle la morale du zoroastrisme et la rend irrationnelle... La révélation faite à Zoroastre est dénuée de preuves sérieuses. On ne comprendrait pas que Dieu eût fait une révélation à un homme et n'eût pas donné, pour preuves de la vérité de sa parole, des témoignages plus certains que les récits légendaires des livres sacrés d'un petit peuple. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn155 [155]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
190. — ''REMARQUE. ''— On a constaté entre la ''religion des Perses ''et celle ''des Juifs ''un certain nombre de ''ressemblances ''qui semblent indiquer que l'une des deux a influencé l'autre. Ainsi toutes deux attendent le ''royaume de Dieu ''et admettent la ''résurrection des morts. ''Naturellement, les rationalistes prétendent que les Juifs sont les emprunteurs. Sans doute, ces derniers, ayant été sous la domination des Perses, auraient pu adopter une partie des croyances de leurs vainqueurs. Cependant cette hypothèse n'est guère vraisemblable, car les convictions des Juifs étaient trop fortes, elles remontaient trop loin dans le passé pour subir aussi facilement les influences étrangères. Et pour ce qui concerne l'idée du royaume de Dieu, il ne fait aucun doute, dit le P. Lagrange, que « le règne attendu qui est celui de Dieu et celui du bien, dont les justes procurent l'avènement et qui aura son Messie, c'est le royaume de Dieu, des prophètes et ensuite de l'Évangile. Or s'il est une idée dont il soit possible de suivre le développement chez le peuple juif, c'est celle du royaume de Dieu et de son Messie... Cette première conception eschatologique est pour nous certainement d'origine juive.» De même, à propos de la ''résurrection des morts, ''« il est difficile de faire remonter très haut la croyance des Perses... Dans Israël, elle fait partie, d'après les Pharisiens contemporains de Jésus, de la foi nationale et elle s'appuie sur des textes qu'on ne peut pas, en tout cas, faire descendre aussi bas que 150 avant Jésus-Christ. D'une façon générale, on constate que les Perses ont été bien plus entraînés par les Sémites qu'ils n'ont eux-mêmes agi sur leurs sujets conquis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn156 [156]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Le Mithriacisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
191. — Le ''Mithriacisme ''est une religion dérivée du ''Mazdéisme. ''Il y avait peu de temps qu'il avait pénétré à Rome et en Occident, lorsque les apôtres du christianisme vinrent pour y prêcher la foi du Christ. Nous ne nous attarderions pas à parler de cette religion d'importance secondaire, si nos adversaires, profitant, ici encore, des nombreuses analogies ~qui existent entre le Mithriacisme et le Christianisme, n'accusaient ce dernier de plagiat. Voici du reste les principales ''ressemblances ''qu'ils se plaisent à relever. Mithra est un jeune dieu qui a vécu parmi les hommes. Il naquit, lui aussi, dans une grotte ou une étable. Quand il fut devenu grand, il terrassa les animaux malfaisants, et en particulier, un taureau, puis il remonta au ciel, d'où il continue à veiller sur ceux qui se font initier à ses mystères et le prient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale mithriaque ''impose aux initiés le respect de la vérité, la fidélité au serment, la fraternité, le culte de la pureté physique et morale. C'est sur l'accomplissement de ces préceptes que Mithra juge l'âme après la mort : si elle est trouvée juste, il l'emmène au ciel avec Ormazd : si elle est coupable, elle est livrée au feu et consumée avec Ahriman.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''culte ''de Mithra offre avec le culte chrétien des analogies non moins perceptibles. L'initiation mithriaque comprenait sept degrés qu’on a comparés à nos sept sacrements : elle comportait, entre autres choses, des ablutions symboliques, l'impression d'un signe sur le front, l'oblation de pain et d'eau, des onctions de miel...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rapproche également certains détails des deux ''liturgies, ''mithriaque et chrétienne. Par exemple, la fête de la Nativité du Christ aurait été fixée le 25 décembre, jour où l'on célébrait déjà la naissance de Mithra. Telles sont entre les deux religions les ressemblances les plus frappantes. Les historiens rationalistes des religions en concluent que le mithriacisme est un ancêtre du christianisme. Ne serait-ce pas le contraire qu'il faudrait dire ? Les points de contact que nous venons de signaler entre les deux religions ne sont-ils pas de date postérieure dans la tradition romaine sur Mithra? Les premiers apologistes chrétiens, saint Justin et Tertullien le pensaient et dénonçaient déjà le plagiat mithriaque des rites chrétiens. S'ils avaient eu tort, s'il en était autrement, comment expliquer que l’empereur Julien qui aurait été trop heureux de prendre le christianisme ''et ''ses apologistes en défaut, n'ait pas accusé ces derniers d'avoir emprunté leur doctrine à la religion de Mithra ? L'hypothèse d'une influence mithriaque sur les dogmes et sur le culte chrétien n'a donc pas de fondement historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. Religions de l'Inde. ====&lt;br /&gt;
192. — Les religions principales qui se sont succédé dans l'Inde sont : le ''Védisme, ''le ''Brahmanisme, ''le ''Bouddhisme ''et ''l'Hindouisme ''ou ''Néo-brahmanisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Le Védisme. '''— Le ''Védisme ''est, parmi les diverses religions des Hindous, la première qui ait laissé des traces dans l'histoire. La religion védique est contenue dans les livres sacrés appelés ''Védas, ''et particulièrement dans le plus ancien d'outre eux, le ''Rig-Véda. ''C'est une ''religion naturaliste ''où les phénomènes et les forces de la nature sont divinisés, et par là, le Védisme peut être rapproché du Paganisme dont nous avons parlé précédemment, ce qui nous dispense d'insister pour en démontrer la fausseté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
193. — '''II. Le Brahmanisme. — 1° Fondateur. '''— Aucun document ne nous permet de fixer, d'une manière certaine, l'origine du brahmanisme encore moins par conséquent, de dire le nom du fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Doctrine. '''— Celle-ci se trouve bien dans les ''Védas, ''mais l'interprétation des Livres sacrés est laissée entièrement aux brahmanes, c'est-à-dire aux prêtres de Brahmâ. Or les Védas contiennent comme deux religions superposées : l'une qui faisait le fond de la vieille religion védique et qui est un ''polythéisme naturaliste ; ''l'autre qui est un ''panthéisme idéaliste ''joint à l'idée de la ''métempsycose, ''et c'est le brahmanisme proprement dit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dieu ''Brahmâ ''est l'être unique : de lui procède le monde par émanation. Tous les êtres sortent donc de lui et y retournent pour en sortir de nouveau, et ainsi un certain nombre de fois, jusqu'à ce que l'âme, purifiée de toute souillure, puisse s'absorber définitivement en Brahmâ et entrer pour toujours dans le ''Nirvana.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du brahmanisme dérive de cette doctrine de la ''métempsycose. ''Étant donné que, à la mort, l'âme passe dans un autre corps, dans le corps d'un animal ou d'un monstre, suivant qu'elle a été jugée plus ou moins coupable, il faut considérer la vie comme le mal suprême. I1 importe donc de mettre un terme à ces morts et à ces renaissances continuelles. Or, pour arriver à ce résultat, il faut pratiquer le ''renoncement, ''anéantir la concupiscence, bref, éteindre on soi la soif de l'existence, cause de tout le mal. Et voilà comment la doctrine brahmaniste a conduit à la pratique ''de l'ascétisme, ''à ces mortifications exagérées des fakirs qui habitent les forêts, ne se nourrissant que d'herbes et de fruits sauvages, restant de longs mois dans la même posture ou s'exposant aux ardeurs du soleil des tropiques des journées entières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° '''Critique. '''— Nous avons vu que les Védas contiennent un mélange de ''polythéisme ''et de ''panthéisme. ''Il n'est donc pas possible de leur reconnaître une origine divine. Bien que la partie morale contienne de sages préceptes sur la lutte contre les passions, et d'excellentes prescriptions sur la chasteté, la véracité, la fidélité aux promesses, elle est muette sur les devoirs de la bienfaisance et de la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''194. '''— '''III. Le Bouddhisme. '''— Le brahmanisme ancien, avec sa morale austère et son culte froid, sans temples et sans idoles, ne pouvait être une religion populaire. Il n'est donc pas étonnant que l'Inde accueillit avec faveur la religion du Bouddha.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur. '''— La vie du ''Bouddha ''fut écrite longtemps après sa mort : ses biographes furent donc à leur aise pour y introduire autant de légendes que bon leur sembla. C'est seulement après l'ère chrétienne, — qu'on remarque bien ce point, — que l'on mit en œuvre les documents qu'on possédait en y ajoutant de nombreuses interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Bouddha naquit au vie ou au Ve siècle avant l'ère chrétienne. Il appartenait à la famille des Çakyas et s'appelait Siddartha. Le titre de ''Çakya-Muni ''sous lequel il est connu, veut dire ''moine ''de la famille des Çakyas. De nombreuses légendes entourent son berceau et sa jeunesse : il serait trop long de les raconter. Un certain temps après s'être marié, il quitta sa femme et sa famille pour devenir moine et travailler à son salut. Pendant plusieurs années, Use livra à des austérités effrayantes. Un jour qu'il méditait sous un figuier, il sentit qu'il était ''Bouddha ''(racine ''budh, ''comprendre) c'est-à-dire sage, éclairé, celui qui a compris. Il-avait trouvé le secret pour ne plus renaître. De ce bonheur il voulut faire profiter l'humanité en lui prêchant sa doctrine. Mais auparavant il décida de passer quatre semaines dans la solitude. C'est durant cette retraite que ''Mâra, ''l'Esprit tentateur, lui proposa de le faire entrer immédiatement dans le ''Nirvana ''pour lui épargner les peines et les déceptions de la vie. Le Bouddha rejeta l'offre, jugeant qu'il se devait au salut de ses frères et à la propagation de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''parallélisme ''qui existe entre la retraite et la tentation du Bouddha, d'une part, et celles de Notre-Seigneur, au désert, d'autre part, n'échappera à personne. Mais il est superflu de défendre les traditions chrétiennes contre l'accusation de plagiât, vu que les Évangiles sont antérieurs à la rédaction définitive des documents bouddhistes. (V. n° 278).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus de quarante ans, le Bouddha prêcha sa doctrine de la délivrance. De toutes parts on venait le consulter. Lui-même allait de pays en pays, vivant d’aumônes et instruisant les peuples. Il avait quatre-vingts ans lorsqu'il mourut à la suite dune indigestion. Ses biographes racontent qu'une musique céleste se fit alors entendre et que Brahmâ en personne vint chercher Je Bouddha pour l'introduire dans le Nirvana. Ainsi, visiblement, la légende se mêle à l'histoire dans des proportions telles que celle-ci disparaît et que des savants ont pu se demander si le Bouddha avait réellement existé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
195. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Les points principaux qui caractérisent la ''doctrine bouddhiste ''sont : — ''a) l'athéisme, ''ou, si l'on préfère, ''l'agnosticisme. ''S'il y a une Cause première, un Etre suprême, le Bouddha ne le recherche pas, estimant qu'une telle question est insoluble et oiseuse ; — ''b) ''la ''croyance à la métempsycose-: ''doctrine qui lui est commune avec le brahmanisme. A sa mort l'homme est transporté au tribunal de Yama qui le juge et le remet entre les mains de ses bourreaux. Quand la peine est expiée, car l'enfer n'est pas éternel, l'âme est rejetée dans le monde pour recommencer une nouvelle existence ; elle reprend dans l'échelle des êtres la place qu'elle a pu mériter par sa vie antérieure. Seuls ceux qui sont proclamés Bouddhas sont affranchis de la renaissance et entrent dans la béatitude parfaite du Nirvana ; — ''c) ''le ''pessimisme. ''Dans la doctrine du Bouddha, l'existence est un mal, et le bonheur suprême consiste précisément à en être délivré et à parvenir au Nirvana. Mais qu'est-ce que le bonheur du Nirvana ? Il serait bien difficile de le dire. Le Nirvana n'est pas le néant, mais c'est la non-existence individuelle, c'est la délivrance de la transmigration, et par conséquent, de la douleur, c'est une sorte de béatitude passive et négative d'où l'amour et la vie sont absents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La morale bouddhiste ''ressemble bien à celle du brahmanisme. Partant de ce principe que l'existence est un mal, elle professe, elle aussi, qu'il n'y a d'autre remède que la ''pratique du renoncement. ''Or la pratique du renoncement comporte une série d'exercices assez semblables à ceux qui sont en usage dans nos Ordres religieux. Ainsi la méditation, la confession des fautes, la direction de conscience, la chasteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn157 [157]], la pauvreté sont des règles strictes pour les ''Bhikchous, ''ou moines bouddhistes. C'est, comme on le voit, tout le ''côté négatif ''de la perfection chrétienne, c'est le renoncement absolu qui doit aboutir à la mort et au Nirvana ; ce n'est pas, comme dans la mystique chrétienne, le détachement des biens de ce monde pour aller plus sûrement à Dieu et pour trouver en Lui un jour la ''vie pleine et l'amour parfait. Le culte bouddhiste ''était à l'origine réduit à son strict minimum. Et à quoi ce culte eût-il bien pu se rapporter, puisque la doctrine bouddhiste était athée et que dès lors il était inutile de prier un dieu dont on ignorait l'existence? Mais, à la mort de Çakya-Muni, il s'établit un culte de vénération en son honneur. Pour conserver ses reliques, on construisit d'abord des monuments très simples, puis des temples magnifiques, généralement au centre d'un monastère. Par la suite, on rendit un culte, non seulement au grand Bouddha Çakya-Muni, mais à tous les autres Bouddhas, semblables à lui, c'est-à-dire qui étaient entrés dans le Nirvana On y joignit le ''culte des images ''et des statues ; et ce fut ainsi un véritable polythéisme, en même temps qu'une- idolâtrie mêlée de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
196'''. — ''NOTA.''''' — Le bouddhisme se ''propagea ''surtout en Chine, dans l'Indochine, au Cambodge, au Siam, en Birmanie, au Japon et au Tibet. Sa ''diffusion si étendue ''s'explique par l'insuffisance du culte brahmanique sans idoles et sans temples, par l'apostolat de ses moines et aussi par la ''protection du pouvoir civil : ''protection qui était accordée d'autant plus facilement que, les moines bouddhistes étaient des auxiliaires précieux pour développer l'influence des rois en dehors de leur pays. De plus, si la morale recommandait avant tout la pratique du renoncement, elle ne défendait aux laïques ni la polygamie ni le divorce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''197— 3° Critique'''. — Nous n'avons pas à insister pour prouver que la religion bouddhiste n'est pas d'origine divine, car Çakya-Muni n'a jamais voulu se faire passer ni pour Dieu ni pour envoyé de Dieu ; il n'a jamais prétendu qu'au titre de ''sage. ''Si nous considérons maintenant sa ''doctrine, ''il faut bien reconnaître que, au point de vue moral, elle a une valeur incontestable. En prêchant le renoncement, le détachement des biens de là terre, la chasteté et l'esprit d'apostolat, en inspirant aux hommes une grande crainte des châtiments futurs, elle a pu atteindre de sérieux résultats. Mais malheureusement sa doctrine métaphysique n'est pas à la hauteur de la morale. Elle encourt d'abord le grave reproche l’''athéisme, ''quoique, en pratique, ses partisans soient polythéistes et idolâtres. En outre, les doctrines de la ''transmigration ''et du ''Nirvana ''ont également pour conséquence fâcheuse de placer l'idéal de la vie monastique dans la ''contemplation pure ''et la ''mendicité sans travail. ''Autant la vie monastique, animée par le sentiment chrétien, réglée de manière à donner sa part au travail, a été en Occident une force civilisatrice, autant les couvents bouddhistes sont devenus des causes de torpeur et de léthargie chez les peuples où cette institution a fleuri. C'est une religion sans action sociale... Çakya-Muni a prescrit le célibat aux religieux, mais il ne s'est pas occupé des laïques... Aussi les hommes impartiaux, même dans le camp rationaliste, renoncent à comparer le bouddhisme au christianisme et professent hautement que le christianisme est supérieur... Nous ne trouvons donc pas dans le bouddhisme, plus qu'ailleurs, cette parole divine que nous cherchons. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn158 [158]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''198. — IV. L'Hindouisme ou Néo-brahmanisme. 1° Fondateur.''' — Le bouddhisme, tel que nous venons de l'exposer, ne vécut dans l'Inde que les quelques siècles. Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, d'autres sectes naquirent, auxquelles on donna le nom générique ''d'hindouisme ''ou ''néo-brahmanisme. ''La nouvelle religion était le produit de plusieurs écoles, et aucun nom ne s'attache à sa fondation : elle est d'ailleurs une sorte de fusion entre le brahmanisme et les vieux cultes idolâtriques de l'Inde. Les deux principales sectes sont le ''Vishnouisme ''et le ''Civaïsme, ''noms qui lui viennent de ce qu'elles regardent soit ''Vishnou, ''soit ''Civa ''comme Dieu suprême. Le ''Vishnouisme ''seul nous intéresse à cause des ressemblances que sa doctrine offre avec le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''199. — 2°''' '''Doctrine. '''— Ce qui caractérise le Vishnouisme, ou du moins, ce qui lui donne à nos yeux le plus vif intérêt, c'est la présence dans sa doctrine des deux dogmes de la ''Trinité ''et de ''V Incarnation,''— ''a) ''La Trinité hindoue ou ''Trimurti ''se compose de Brahmâ, le dieu créateur, de Vishnou, le dieu conservateur, et de Civa, le dieu destructeur. — ''b) ''Les ''incarnations ''ou ''avatars ''de Vishnou tiennent une place capitale dans l'hindouisme. Vishnou s'incarne un certain nombre de foie : il prend successivement les formes de poisson, de tortue, de sanglier, de lion, et il apparaît surtout dans la personne de deux héros fameux ''Bâma ''et ''Krishna. ''Ce dernier est particulièrement célèbre : il a une naissance miraculeuse, il est adoré par des bergers, persécuté par le roi Kamsa qui le redoute comme un compétiteur et ordonne le massacre des enfants. Il y a là, on le devine, matière à rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, et les adversaires de celui-ci ne se sont pas fait faute de l'accuser de plagiat. Mais accuser n'est pas prouver et il faudrait avant tout montrer que les légendes du Vishnouisme existaient avant leur rédaction définitive qui n'eut lieu que vers le XIIe ou le XIIIe siècle de notre ère — ce qui jusqu'ici n'a pas été fait. (V. N°s 194 et 278.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''200. — 3°''' '''Critique. '''— Pas plus dans l'hindouisme que dans le bouddhisme nous ne trouvons des traces de l'action divine. Le culte néo­brahmanique se signale, au contraire, par des rites grossiers et cruels ; il va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme exagéré à la débauche ; il est un mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale. Pour en donner une idée il n'y a qu'à rappeler que le gouvernement anglais qui a pourtant pour principe de respecter les croyances des peuples qui sont sous son autorité, s'est vu forcé de défendre un grand nombre de cérémonies religieuses et de coutumes barbares, on particulier, les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, le suicide des veuves sur la tombe de leurs maris, les immolations volontaires des fanatiques qui se faisaient écraser sous le char du dieu Vishnou.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VI. — L'Islamisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
201. — Avant la fondation du Mahométisme, les ''Arabes, ''sémites comme les Hébreux, se disant descendants d'Ismaël, fils d’Abraham et d'Agar, étaient divisés en tribus indépendantes, les unes nomades, et les autres sédentaires. Un lien rapprochait ces tribus : c'était la ''Kaaba, ''leur sanctuaire commun, qui s'élevait dans une gorge de l'Hedjaz, à environ 90 kilomètres de la mer Rouge. Là, ils adoraient le Dieu d'Abraham, mais ce culte n'excluait pas celui des idoles particulières à chaque tribu. Les Arabes y venaient chaque année en pèlerinage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons encore, pour mieux faire connaître les influences qui purent s'exercer sur l'esprit de Mahomet, que la Mecque qui fut construite vers le VIe siècle après Jésus-Christ, était peuplée en partie de Juifs et de chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Fondateur. '''— Mahomet (Mohammed, en arabe) naquit à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Pauvre, et orphelin de bonne heure, il fut. mis au commerce par son oncle Abu-Talib. C'est justement dans un voyage commercial qu'il fit pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, qu'il épousa par la suite, qu'il eut, dit-on, l'occasion de rencontre! un moine chrétien avec qui il put s'entretenir. Il eut aussi des relations avec Zeïd, un judéo-chrétien, qui voulait restaurer la religion d'Abraham. Faut-il chercher là l'origine de sa vocation ? On peut en douter ; mais ce qui est certain, c'est que vers l'âge de 40 ans il commença à se préoccuper des questions religieuses et se livra dans la solitude à de longues méditations. Un jour qu'il était en contemplation au mont Hira, il eut deux visions au cours desquelles l'Archange Gabriel lui apparut et lui ordonna de prêcher qu'il n'y avait d'autre Dieu qu'Allah, et que Mahomet était son prophète. Conformément à cet ordre, Mahomet prêcha d'abord à la Mecque, mais il fut accueilli par les railleries des Koreischites, ses parents, et il eut à subir les objections des Juifs. Il dut même, à la suite d'une persécution plus violente, quitter la ville. Il partit alors avec quelques fidèles à Médine, ville rivale, de la Mecque : c'est de cette fuite, appelée ''Y-hégire, ''que date l'ère musulmane (16 juillet 622). Reçu en prophète à Médine, il s'y installa ; et, à partir de cette date, il prêcha la ''guerre sainte. ''Il dit à ses partisans : « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni en son prophète. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient humiliés. » Alors, de son vivant, et après sa mort, les Arabes entreprirent la ''guerre sainte. ''C'est ainsi, par les armes, qu'ils imposèrent la religion nouvelle chez les peuples de l'Asie (Syrie, Egypte, Perse) et de l'Afrique (Tripoli, Tunisie, Algérie, Maroc). Au début du viii6 siècle, ils attaquèrent l'Europe ; ils pénétrèrent en Espagne, où la victoire de Xérès leur livra le pays ; ils entrèrent en Gaule par la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, puis ils conquirent la vallée de la Garonne et ils s'avançaient déjà dans la vallée de la Loire lorsque les Francs commandés par Charles Martel vinrent les arrêter et les battre à Poitiers (732). Cette victoire brisa l'élan musulman sur le front d'Occident, comme, quinze ans plus tôt, l'empereur LÉON III et les ''Byzantins ''l'avaient brisé sur le front d'Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''202. — 2°''' '''Doctrine. '''—Le ''Coran ''est le livre sacré de l'Islam, il contient les révélations de l'archange Gabriel au prophète. Mais le livre n'a pas été écrit par le prophète lui-même ; il est le recueil de fragments de discours que ses disciples avaient retenus ou recueillis sur des tablettes. Le Coran est pour le mahométan Le livre par excellence, celui qui remplace tous les autres : il renferme la loi civile aussi bien que la loi religieuse, le Code du juge et l'Évangile du prêtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voici les ''points principaux. ''— ''a) ''Sur la ''question de Dieu, ''Mahomet enseigne ''l’unité divine. ''Il rejette la Trinité et l'Incarnation, et considère les chrétiens qui adorent Jésus-Christ comme des polythéistes. Parmi les ''attributs ''de Dieu il insiste surtout sur sa puissance, laquelle se manifeste bien plus par l’ordre et la beauté du monde que par les miracles ; il parle aussi du « Dieu clément et miséricordieux ». Mahomet admet les anciens prophètes dont les principaux sont Abraham, Moïse, Jean-Baptiste et Jésus. Mahomet, lui, est le dernier et le plus parfait ; il est le «Paraclet promis par Jésus à ses Apôtres » ''(Jean, ''XV, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Sur la question de ''l’homme. ''D'après le Coran, il semble bien que la destinée humaine, ici-bas et là-haut, dépende absolument de la volonté arbitraire et souveraine de Dieu. Il est vrai que les docteurs musulmans n'admettent pas que leur religion soit fataliste ; elle en a au moins toutes les apparences, et si en théorie elle ne l'est pas, elle y aboutit certainement en pratique. L'on sait que les populations musulmanes se plient sans peine aux coups du sort, au Destin, comme on disait dans l'antiquité. Le mot ''islam ''signifie du reste ''résignation, ''abandon à la volonté de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort est suivie du jugement particulier : l'âme est destinée alors au Paradis ou à l'Enfer, mais, jusqu'à la résurrection, elle reste dans la tombe, heureuse -ou malheureuse suivant la sentence prononcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La ''morale ''et le ''culte ''de la religion de Mahomet prescrivent cinq devoirs principaux : — 1. la ''foi : ''« I1 n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son prophète », telle est la brève profession de foi imposée à celui qui veut appartenir à l'Islam ; — 2. la ''prière. ''Le mahométan doit prier cinq fois par jour : à l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la tombée de la nuit. Il peut prier, soit en particulier, soit à la mosquée ; pour les mosquées, l'heure de la prière est annoncée par le muezzin du haut des minarets. La prière est précédée des ablutions : le musulman se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jusqu’'aux chevilles ; il se déchausse avant d'entrer dans la mosquée. Les attitudes sont prescrites ; en même temps qu'il récite les formules de prières, tirées pour la plupart du Coran, le musulman fait des génuflexions, des prosternations, il élève les mains de chaque côté de la tête, les abaisse le long du corps ou sur les genoux. Il prie sur des tapis spéciaux, et tourné vers la Mecque, comme le chrétien vers Jérusalem ; — 3. ''Aumône. ''Celle-ci affecte une double forme : l'une obligatoire et à un taux fixé d'après la fortune individuelle, l'autre non officielle, en argent ou en nature, et pratiquée surtout à la fin du mois de jeûne ; —4. le ''jeûne. ''Le Coran impose un mois entier de jeûne : le mois de ''Ramadan. ''Deux heures avant le lever du jour, les fidèles sont avertis d'avoir à préparer leur repas du matin ; puis, à partir de ce moment jusqu'au coucher du soleil, le musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni même avaler exprès sa salive ; — 5. un ''pèlerinage ''à la Mecque que tout musulman qui en a les moyens, doit accomplir au moins une fois dans sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''203. — 3°''' '''Critique. '''— On s'est demandé si Mahomet qui se donnait pour un prophète inspiré, était réellement convaincu de sa mission. Le ton enthousiaste de ses prédications, la conviction profonde qu'il sut inspirer à ses compatriotes, pourtant si fiers, sa ténacité devant l'indifférence, et même l'hostilité des siens, tout cela peut nous autoriser à croire qu'il fut sincère au début de sa mission, mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la seconde phase de sa carrière, il n'a plus rien du messager divin. Non seulement il ne recule devant aucun moyen pour propager ses idées, mais il prétexte même de fausses révélations pour excuser son immoralité et ses brigandages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si l'on voulait, dit l’abbé de Broglie, attribuer à l'islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme directement opposé à l'islamisme est divin de son côté, ou c'est une œuvre humaine. S'il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l'une prêchant la chasteté, la patience, la douceur de ses martyrs, l'autre permettant les mœurs dissolues, la propagation de la vérité par le sabre. Si, d'autre part, on considérait l'islamisme comme divin et le christianisme comme uns œuvre humaine, ce serait alors l'homme qui prêcherait la chasteté, l'indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que l'islamisme « présente le plus singulier mélange d'erreur et de vérité que l'on puisse imaginer. Son dogme fondamental, l'unité de Dieu, est une grande et salutaire vérité. Il en est de même du principe dé l'exclusion de l'idolâtrie, qui en est la conséquence... La sanction de la morale se trouve également dans l'idée de la vie future, du jugement, du ciel et de l'enfer.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn159 [159]] Les prières précédées d'ablutions qui ont lieu cinq fois par jour, le jeûne rigoureux du Ramadan, sont des pratiques excellentes. On peut supposer que les musulmans qui « croient que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui l'approchent», selon la parole de saint Paul (Héb., XI, 6), qui sont de bonne foi dans leur religion et suivent leur conscience, y trouvent les éléments nécessaires pour leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VII. — Le Judaïsme actuel. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
204. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur le ''judaïsme actuel. ''La preuve qu'il n'est pas la vraie religion découle, en effet, de la démonstration' que nous ferons plus loin de la divinité du christianisme. Nous verrons plus loin (N° 213) que la ''religion mosaïque ''était une ''religion préparatoire, ''et qu'un des dogmes principaux de sa doctrine c'était l'idée messianique, c'est-à-dire L'attente d'un Envoyé divin qui transformerait la religion particulariste et nationale des Juifs en une religion universelle. Or, si nous apportons la preuve que cette espérance s'est réalisée dans le Christ, le judaïsme actuel est dans l'erreur lorsqu'il prétend, soit que le Messie n'est pas venu et qu'il viendra un jour comme un roi temporel à qui toutes les nations seront soumises, soit qu'il est venu, mais qu'il est resté inconnu à cause des péchés de son peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''205. — Conclusion générale''' — 1° De l'examen rapide que nous venons de faire des principales religions de l'humanité, il ressort qu'aucune ne porte les signes d’une origine ''surhumaine. ''— ''a) ''D'une part, leurs ''fondateurs ''ne sont pas, et généralement, ne prétendent pas être, des envoyés de Dieu; il arrive même parfois que leur existence, comme celle de Zoroastre, est problématique, ou que les récits qu'on fait de leur vie, comme c'est le cas pour Çakya-Muni, s'ont plutôt du domaine de la légende que de celui de l'histoire. — b) D'autre part, leur ''doctrine ''est mêlée d'imperfections, et les ''miracles ''qu'on leur attribue sont des faits, dont la réalité n'est pas suffisamment établie, ou qui sont explicables par une^ cause naturelle : tels sont, par exemple, les oracles de Delphes et de Memphis, ie8 faits miraculeux mis sur le compte de l'empereur Vespasien, et les faits de magie qui se produisent encore fréquemment de nos jours dans l'Extrême-Orient. 2° De ce que les religions que nous venons de passer en revue sont fausses, nous n'avons garde de conclure que le christianisme est vrai. Ce serait évidemment tirer une conséquence que ne renferment pas les prémisses. Mais n'est-ce pas un semblable ''illogisme ''que commettent les historiens rationalistes des religions, lorsqu'ils prétendent que, les religions ci-dessus mentionnées étant fausses, le christianisme l'est aussi. Il est vrai qu'ils cachent le vice de leur raisonnement sous une forme plus habile. Ou bien, en effet, ils accordent que la religion chrétienne est une religion supérieure, que sa doctrine est la plus belle, et son fondateur, l'homme idéal; en un mot, ils veulent bien concéder qu'elle est ''transcendante[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn160 [160]], ''mais pour mieux lui dénier toute origine divine. Ou bien ils exaltent les fausses religions et rabaissent la religion chrétienne pour pouvoir plus facilement conclure que toutes se valent, qu'il y a équivalence de doctrines et de fondateurs, et dès lors, que toutes les religions sont fausses. La seule réponse à de telles attaques c'est la démonstration de l'origine divine du christianisme, comme nous nous proposons de le faire dans la section suivante, en justifiant les titres du fondateur et en faisant ressortir la qualité de la doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Quand nous disons que la religion chrétienne est la seule vraie, et que toutes les autres formes religieuses sont fausses, cela ne veut pas dire qu'il y ait ''opposition totale ''entre l'une et les autres, ni que tout soit à condamner dans les fausses religions. Elles sont, au contraire, vraies et bonnes dans tous les points où elles sont d'accord avec la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE- '''- De Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions ''(Tricon) ; ''Religion et critique ''(Lecoffre). — Dufourcq, ''Histoire comparée des religions païennes et de la religion juive ''(Bloud). — Poulin et Loutil, ''La Religion ''(Bonne Presse). — Du Dictionnaire d'Alès : Condamin, art. ''Babylone et la Bible ; ''J. Huby, art. ''Religion des Grecs ; ''Mallon, art. ''Egypte ; ''Lagrange, ''Religion de l'Iran ; ''d'Alès, ''La Religion de Mithra ; ''Roussel, ''Religions de l'Inde ; ''Carra de Vaux, ''L'Islamisme et ses sectes ; ''Power, art. ''Mahomet ; ''Touzard, ''Le peuple juif dans l'Ancien Testament. ''— Bricout, ''Où en est l'histoire des religions ''(Letouzey). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II : LA DIVINITÉ DU CHRISTIANISME ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Les Documents de la Révélation. Valeur historique du Pentateuque et des Évangiles. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
206. — ''Deux méthodes ''s'offrent à l'apologiste chrétien pour démontrer ''l'origine divine ''du christianisme. — 1° Ou bien, procédant comme il vient d'être fait à propos des fausses religions, il va directement au ''fondateur ''et lui demande ses ''titres. ''Si celui-ci peut lui apporter le témoignage de nombreux miracles, dûment constatés et consignés dans des ''documents authentiques, ''dont la valeur et l'autorité ne sauraient être contestées, il &amp;quot;n'y a pas de doute : il est ''un envoyé divin, ''et nous n'avons plus qu'à écouter sa parole et accepter sa doctrine. — 2° Si cette première méthode paraît très logique, elle n'en a pas moins le défaut de ne pas être totalement ''conforme à l'histoire. ''Car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, ne s'est pas donné comme ''un ''simple envoyé de Dieu, mais comme ''l'Envoyé attendu par les Juifs, ''comme ''le Messie promis ''par Dieu au peuple qu'il s'était choisi et chez lequel il avait gardé le trésor de la vraie religion. La démonstration chrétienne ne doit pas être, par conséquent, une démonstration indépendante : le christianisme se présentant comme la troisième phase de la Révélation divine, et se rattachant plus particulièrement à la Religion mosaïque dont il se dit le couronnement, c'est, en réalité, la démonstration de cette triple Révélation qu'il s'agirait de faire. Pour cela, il est indispensable, avant tout, de ''vérifier les documents ''qui rapportent le ''fait ''de cette triple Révélation. Il faut donc établir la ''valeur historique : ''— ''a) ''du ''Pentateuque ''qui contient les deux premières Révélations : la Révélation primitive[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn161 [161]] et la Révélation mosaïque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn162 [162]] ; et — b) celle ''des Évangiles ''où est consignée la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons cette seconde méthode, de préférence à la première qui nous paraît incomplète et dangereuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn163 [163]], sans cependant nous croire obligé à faire la démonstration complète de l'origine divine des deux premières Révélations : leur vérité est en effet impliquée dans la démonstration chrétienne. Nous nous contenterons d'établir rapidement l'autorité humaine du Pentateuque, et d'indiquer la marche de la démonstration mosaïque (N° 213). Ce chapitre comprendra donc deux articles. 1° Le premier traitera de la ''valeur historique du Pentateuque. ''2° Le second, de la ''valeur historique des Évangiles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''REMARQUE PRÉLIMINAIRE AUX DEUX ARTICLES'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
207. — Il s'agit de savoir si les ''documents ''qui contiennent le ''fait ''de la Révélation méritent notre confiance tout aussi bien que les autres documents de l'histoire profane, tels que les Annales de Tacite et les Commentaires de César. Or, pour se rendre compte de la valeur historique d'un document, il faut le soumettre à un triple examen. La première chose à vérifier c'est le document lui-même : le possédons-nous dans sa teneur originelle et -tel qu'il est sorti des mains de son auteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn164 [164]] ? Le second point c'est de rechercher l'auteur. Le troisième c'est de s'assurer si cet, auteur est digne de foi. Ces trois conditions de la valeur historique d'un livre : ''intégrité, authenticité, véracité, ''nous allons voir si les deux documents de la triple Révélation, c'est-à-dire le Pentateuque et les Evangiles, les remplissent ; et, comme nous avons surtout besoin, dans cette seconde Partie, des documents de la Révélation chrétienne, nous insisterons davantage sur la valeur des Évangiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I — Valeur historique du Pentateuque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons démontrer dans trois-paragraphes : 1° ''l'intégrité ; ''2° ''l'authenticité, ''et 3° la ''véracité ''du Pentateuque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le Pentateuque. Son intégrité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''208. — 1° Le Pentateuque. — Division'''. — Le Pentateuque (du grec « ''pente ''» cinq et « ''teuchos ''» livre) est ainsi nommé parce qu'il contient cinq,, livres, à savoir : — ''a) ''lav ''Genèse ''(gr. « ''genesis ''» origine), qui raconte la &amp;quot;création et l'origine des choses ; — b) ''l’Exode ''(gr. « ''excodos» ''sortie), qui raconte la sortie des Israélites de la terre d'Egypte ; — c) le ''Lévitique, ''c'est-à-dire la loi des prêtres ou lévites, ainsi appelé parce qu'il est comme le rituel du culte et des sacrifices ; — d) les ''Nombres : ''appellation qui vient de ce que le livre commence par un dénombrement du peuple et des lévites; — e) le ''Deutéronome ''ou seconde loi ; livre qui contient une récapitulation de la loi déjà donnée. Le Pentateuque était désigné par les Juifs sous le nom de ''Torah, ''ou la ''Loi, ''parce qu'il contient la législation mosaïque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''209. — 2° Intégrité.''' — Avant de se servir d'un document, il est nécessaire, avons-nous dit, d'en contrôler le contenu, et de s'assurer si le texte qu'on a entre les mains est conforme au manuscrit autographe de l'auteur. La chose serait très simple si l'on possédait l'original, l'autographe même de l'auteur. Mais il n'en va pas ainsi quand il s'agit des ouvrages de l'antiquité. Les originaux en sont perdus depuis longtemps, et nous ne pouvons les connaître qu'à travers les copies plus ou moins fidèles qui en ont été faites. Il y a donc lieu de distinguer deux sortes d'intégrités : — ''a) l'intégrité absolue, ''quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive, et — b) ''l'intégrité substantielle, ''lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l'essence de l'ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'intégrité du Pentateuque actuel est une intégrité substantielle ''L'on comprend aisément que, dans un si long cours de siècles, quelques modifications se soient produites. La ''Commission biblique, ''dans son décret du 27 juin 1906, signale plus spécialement quatre sources de modifications : — 1. des ''additions ''postérieures à la mort de Moïse, même faites par un auteur inspiré : il est de la plus grande évidence que le récit de la mort de Moïse, à la fin du Deutéronome, est une addition ; —2. des ''gloses ''et des ''explications ''insérées dans le texte primitif[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn165 [165]] et qui avaient pour but d'expliquer les passages qui ne se comprenaient plus ; — 3. des termes et des expressions tombés en désuétude, et traduits en langage plus moderne; —4. enfin des leçons fautives attribuables à l'incorrection des copistes. Ceux-ci ont pu se tromper, soit involontairement en transcrivant un mot pour un autre, soit volontairement en croyant bien faire en corrigeant le texte qu'ils avaient sous les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme l'admet la ''Commission biblique, ''le Pentateuque a subi dans la suite des temps un certain nombre de modifications portant sur des points accessoires et n'atteignant pas le fond de l'ouvrage. Quelles furent ces modifications, c'est à la critique de le déterminer : la Commission biblique lui en reconnaît le droit, mais à une condition, c'est qu'elle justifie ses suppositions et qu'elle laisse le dernier mot à l'Église, celle-ci devant toujours juger, en dernier ressort, et dire si les critiques ont raison ou si leurs conclusions manquent de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''210. — 1°''' '''Définition. '''— On dit qu'un livre est ''authentique, ''quand il est bien de l'auteur auquel la tradition l'attribue. Ainsi, le Pentateuque est authentique s'il a été vraiment écrit par Moïse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''211. — 2° Authenticité.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''L'origine mosaïque du Pentateuque a été révoquée en doute par les critiques rationalistes. Mais, bien qu'ils affirment tous que le Pentateuque n'est pas l'œuvre de Moïse, ils sont incapables de se mettre d'accord sur l'auteur et le mode de composition de l'ouvrage. Parmi les hypothèses qu'ils ont faites, les trois principales sont : l'hypothèse ''documentaire, ''l'hypothèse ''fragmentaire si ''l'hypothèse complémentaire, — a) ''Hypothèse documentaire. ''Le Français Jean Astruc (en mort 1766), l'Allemand Eichhorn (mort en 1827) ont vu, le premier dans la Genèse seulement, le second dans tout le Pentateuque, une réunion de ''documents, ''dont les deux principaux sont :1e document ''élohiste ''et le document ''jahviste, ''ainsi dénommés parce que Dieu est appelé dans l'un ''Elohim, ''et dans l'autre, ''Jahweh. ''Cette opinion est restée en vogue, mais a subi des modifications ; de nos jours, les rationalistes considèrent généralement le Pentateuque comme la fusion de quatre documents : l’''Elohiste, ''le ''Jahviste, le Deutéronome ''et le ''Code Sacerdotal, ''rédigés tous à des dates diverses, allant du IXe au VIe siècle, de beaucoup postérieurs, par conséquent aux événements qu'ils rapportent et ne -pouvant être attribués à Moïse. — b) ''Hypothèse fragmentaire. ''Cette opinion, professée par l'Ecossais Geddbs (mort en 1802) et par l'Allemand Vater (mort en 1826), regarde le Pentateuque comme une réunion de nombreux fragments, d'ailleurs assez mal assemblés. — c) ''Hypothèse complémentaire. ''Cette hypothèse, dont l'Allemand Ewald (mort en 1875) fut le premier représentant, admet un ''écrit primitif, ''composé par des prêtres au XIe ou Xe siècle, ''l’Elohiste, ''auquel un auteur plus récent, qui appelait Dieu ''Jahweh, ''ajouta de nombreux ''suppléments[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn166 [166]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''repose sur quatre preuves traditionnelles, rappelées par la Commission biblique le 27 juin 1906 : — ''a) sur le témoignage de nombreux passages de l’Ancien Testament. ''D'abord le Pentateuque se présente à nous comme ayant été écrit par Moïse ''(Exode, ''xvii, 14 ; XXIV, 4 ; ''Deut., ''XXIX, XXX). Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment l'origine mosaïque : le livre de ''Josué ''en fait mention ; les ''Psaumes ''et les ''Prophètes ''sont tout imprégnés de la loi de Moïse. Supprimer Moïse et la Législation mosaïque contenus dans le Pentateuque, c'est rendre inintelligible toute l'Histoire sainte ; — &amp;amp;) ''sur la tradition juive, ''qui attribue le Pentateuque à Moïse : ainsi les écrivains Josèphe et Philon ne laissent aucun doute à cet égard ; — c) ''sur le témoignage du Nouveau Testament. ''Notre-Seigneur et les auteurs du Nouveau Testament parlent très souvent de Moïse : ils sont unanimes à le ''regarder comme l'auteur du Pentateuque (Mat., ''viii, 4 ; xix, 7, 8 ; ''Marc, ''VII, 10; XII, 26; ''Luc, ''xvi, 29, 31 ; xxiv, 44; ''Act., ''xxi, 21 ; xxvi, 22 ; Rom., x, 5) ; — d) ''sur les critères internes ''qui se tirent du livre lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire, cette quatrième preuve de ''l'origine mosaïque ''du Pentateuque est utilisée, en sens contraire, par les rationalistes dont nous avons signalé plus haut les principales hypothèses. C'est, en effet, sur la ''critique interne ''du livre qu'ils s'appuient pour prétendre que le Pentateuque est un ensemble d'écrits, — ''documents, fragments ''ou ''suppléments, ''— d'époques diverses et ne saurait être attribué à Moïse. Pour démontrer leur thèse, ils allèguent : — 1. les ''diversités de langue, ''de ''style, d'idées ''qui trahissent une époque et des auteurs différents ; — 2. ''l'emploi de deux noms, Elohim ''et ''Jahweh, ''pour désigner Dieu, — 3. les ''doublets, ''c'est-à-dire les faits racontés deux fois : il y a, par exemple, un double récit de la création, du déluge, de l'enlèvement de Sara, de l'expulsion d'Agar ; Joseph est vendu à des Ismaélites et à des Madianites : la chose leur paraît inexplicable dans l'hypothèse de l'unité de composition et d'auteur ; -— 4. ''les passages ''relatant des ''faits ''ou des ''institutions ''manifestement ''postérieurs à Moise, ''par exemple, les endroits où il est question de la terre au-delà du Jourdain que Moïse n'habita jamais, de la mort de Moïse, et de lois concernant le royaume ''(Deut, ''xvii, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces difficultés soulevées par les rationalistes, nous répondrons, en nous inspirant des conclusions de la ''Commission Biblique : ''— 1. que de nombreux ''mots égyptiens ''témoignent que l'auteur a vécu en Egypte, ce qui est le cas de Moïse, que les ''diversités de langue et de style ''s'expliquent non seulement par la diversité des sujets, mais par ce fait que Moïse a pu se servir de ''secrétaires qui, ''sous sa direction et d'après son plan ont rédigé, chacun, des œuvres complètes par elles-mêmes et souvent parallèles, qu'il a pu utiliser, lui-même ou par ses collaborateurs, des ''sources, ''antérieures ou contemporaines, écrites ou orales, sources qui ont été insérées, ''mot à mot, ''ou quant aux ''idées, ''tantôt abrégées, tantôt développées comme certains épisodes de l'histoire d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Ajoutons, d'autre part, que rien, dans le ''décret de la C. B. du ''27 ''juin ''1906 ne nous oblige à supposer que ces œuvres de Moïse et de ses scribes auraient été fusionnées en un seul tout de leur vivant. Il nous suffit de croire que ces documents remontent à Moïse, qu'ils en dépendent, qu'ils lui sont imputables et n'ont subi aucune altération substantielle. — 2. L'emploi des deux mots, ''Elohim ''et ''Jahweh ''pour nommer Dieu, n'implique nullement qu'il y ait eu deux sources ou deux auteurs différents : les deux mots, en effet, n'ont pas le même sens ; le premier désigne Dieu en tant que Créateur et Providence, le second désigne le Dieu d'Israël, le Dieu qui a contracté une alliance solennelle avec son peuple d'élection. — 4. Pour ce qui concerne les ''passages d'origine certainement postérieure à Moïse, ''la chose s'explique par des modifications qui ont pu se produire au cours des siècles sans détruire, pour cela l'intégrité substantielle (V. N° 209).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des quatre preuves qui précèdent il résulte que ''l'authenticité mosaïque du Pentateuque reste incontestable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Véracité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
212. — De ce que le Pentateuque est substantiellement intègre et qu'il est l'œuvre de Moïse, pouvons-nous conclure qu'il est ''digne de foi ? ''Ou mieux, le témoignage de Moïse que nous trouvons dans le Pentateuque, réunit-il les conditions de la véracité ? Un témoignage est véridique, il mérite d'être cru, lorsque le témoin n'a pas pu se tromper et n'a pas voulu tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn167 [167]]. Or en est-il ainsi pour ce qui concerne le témoignage de Moïse? Que Moïse n'ait pas pu se tromper, cela paraît bien évident, car il racontait les faits dont lui-même avait été le principal acteur. Pas davantage il n'a voulu tromper ; quel intérêt aurait-il eu à le faire ? Mais, même s'il en avait conçu le dessein, la chose lui aurait été impossible, car il écrivait pour son peuple qui, lui aussi, avait été témoin et acteur des événements que Moïse racontait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
213. — '''Remarque. '''— La valeur historique du Pentateuque une fois admise, il faudrait démontrer ici ''l'origine divine ''de la Révélation ''primitive, ''et surtout de la Révélation ''mosaïque, ''à laquelle la Révélation chrétienne se rattache si étroitement. Nous indiquerons seulement la marche à suivre pouf la Révélation mosaïque. Deux points sont à discuter, comme nous l'avons fait pour les fausses religions : les ''titres du fondateur ''et la ''valeur de la doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE FONDATEUR. ''— La mission divine du fondateur, ressort de ce fait que, par son intermédiaire, Dieu a opéré de nombreux prodiges, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Rappelons seulement les Dix plaies d'Egypte, le passage de la Mer Rouge, la manne qui nourrit les Israélites durant quarante jours dans le désert, l'apparition de Dieu sur le Sinaï, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOCTRINE. ''— Pour faire apparaître la transcendance de la religion juive, il suffirait d'en signaler les deux traits essentiels : le monothéisme et l'idée messianique : — ''a) ''Et d'abord le ''monothéisme, ''c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique et créateur et l'adoration exclusive de ce Dieu. Or ce monothéisme est un fait unique dans l'histoire des religions : à lui seul, il suffit à classer la religion juive hors de pair. Aucune cause naturelle ne peut en donner une explication suffisante : ni la race, ni le climat, ni la langue, ni les circonstances ne sont des causes acceptables ; le peuple juif, en effet, n'était-il pas entouré de peuples de même race, sémites comme lui, de même langue, Assyriens, Arabes, Araméens qui tous étaient polythéistes ? Mieux que cela : les Juifs eux-mêmes n'étaient-ils pas enclins à l'idolâtrie, ne s'y sont-ils pas laissé entraîner maintes fois au point que les rationalistes ont pu prétendre que la nation juive a commencé comme toutes les autres, par le polythéisme ? ''Le monothéisme hébreu n'est donc explicable que par l'intervention surnaturelle de'' ''Dieu. ''Si le peuple juif ne reconnaît d'autre Dieu que Jahvé, s'il bannit du camp ou de la ville toute idole qui rappellerait le souvenir d'un dieu étranger, c'est parce qu'il a reçu l'enseignement de Moïse qui l'a instruit au nom de Dieu, enseignement que les prophètes devront plus tard lui rappeler tant de fois pour le retenir dans la voie tracée par Dieu et le garder de l'idolâtrie. — b) Le second caractère de la religion juive c'est ''l'espérance messianique. ''Si, d'une part, Moïse et les prophètes ont proclamé que le monothéisme était le dogme essentiel de leur religion, ils ont, d'autre part, annoncé que leur ''religion n'était pas définitive ''et qu'à sa forme imparfaite et restreinte succéderait une autre forme religieuse destinée à devenir la religion universelle. Et de cette future religion ils ont prédit qu'un Envoyé de Dieu, un Messie, serait l'apôtre et le fondateur. L'espérance messianique c'est donc l'attente du royaume de Dieu qui s'étendra à tout l'univers et l'attente d'un Roi, d'un Oint, — Christ ou Messie, — qui conquerra le monde au vrai Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question qui maintenant va se poser, c'est par conséquent de savoir si cette espérance est réalisée, si elle est désormais un fait accompli. Les apologistes chrétiens qui répondent affirmativement, ont donc pour tâche de montrer que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, est bien le Messie attendu, fit qu'il l'est parce qu'il réalise en sa personne tous les caractères annoncés par les Prophètes : de la tribu de Juda et de la race de David, et parce qu'il a prouvé son origine divine par ses œuvres. C'est le travail que nous ferons quand nous aurons vérifié tes documents de la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Valeur historique des Évangiles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
214. — Les quatre Évangiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn168 [168]] selon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn169 [169]] saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont les ''principaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn170 [170]] documents qui contiennent le ''fait ''de la Révélation chrétienne. Il y a donc lieu, comme pour le Pentateuque, d'en rechercher la valeur historique. Dans trois paragraphes nous établirons : 1° leur ''intégrité ; ''2° leur ''authenticité ; ''et 3° leur ''véracité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Intégrité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
215. — ''Les textes actuels des Évangiles sont-ils tels qu'ils sont sortis des mains de leurs auteurs? ''Telle est la première question qui se pose. Que la solution en soit difficile, on le devine aisément, si l'on remarque, d'un côté, que les originaux, écrits sans doute sur du papyrus, matière friable et de peu de durée, ont disparu depuis longtemps, et de l'autre, que les critiques ont relevé plus de 150.000 ''variantes ''dans les nombreuses copies qui en ont été faites. Variantes qui n'ont du reste rien d'étonnant, car il était impossible que le texte primitif passât entre tant de mains sans être altéré, au moins dans ses détails. Parfois les copistes ont oublié des mots, passé une ligne, écrit un mot pour un autre ; parfois aussi les variantes n'étaient pas accidentelles, et il est arrivé que les copistes ont, de propos délibéré, substitué à un passage obscur des expressions qu'ils jugeaient meilleures ou même remplacé des idées par d'autres plus conformes à leurs opinions personnelles et à leurs préoccupations doctrinales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier travail de la ''critique historique ''a donc été de reconstituer, aussi fidèlement que possible, les textes originaux, au moyen des manuscrits [171] qui ont été retrouvés, des versions anciennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn172 [172]] et des citations des Pères[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn173 [173]]. La chose n'allait pas sans difficultés, vu le grand nombre de variantes. Toutefois, comme la plupart de ces dernières sont sans importance et que les corrections tendancieuses sont plutôt ''rares[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn174 [174]] et assez facilement reconnaissables, il n'y a pas à douter que le ''texte critique actuel ''soit identique dans sa substance, au texte original.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
216. — Voici, du reste, pour chaque Évangile, les ''endroits dont l'authenticité est mise en doute. ''— ''a) Saint Matthieu. ''La question d'authenticité du premier Évangile est plus complexe que celle des autres: la raison en est que cet Évangile a été très vraisemblablement écrit d'abord dans l'idiome araméen, la langue courante des Juifs de Palestine, puis traduit en grec. Quel rapport exact y a-t-il entre le texte grec que nous possédons et le texte primitif araméen? A cette question la Commission biblique a répondu, dans son décret de juin 1911, que l'Évangile grec est en substance identique à l'Évangile écrit par l'Apôtre dans la langue de son pays. — ''b)'' ''Saint Marc. ''Seule l'authenticité de la finale (xvi, 9-20) a été rejetée par un certain nombre de critiques sous le prétexte qu'elle manque dans beaucoup de manuscrits anciens et qu'elle n'est pas conforme au style de saint Marc. La Commission biblique (26 juin 1912) a déclaré qu'il fallait tenir Marc pour l'auteur des douze derniers versets. — ''c)'' ''Saint Luc. ''Il n'y a discussion que sur quelques points de détail, spécialement sur les versets 43 et 44 du chapitre xxii La Commission biblique a décrété (26 juin 1912) qu'il n'est pas permis de douter de la canonicité des récits de saint Luc sur l'Enfance du Christ, sur l'Apparition de l'Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang. — ''d) Saint Jean. ''Les difficultés à propos du IVe Évangile se bornent à trois passages : 'au récit relatif à l'ange de la piscine probatique (v, 3, 4), à l'épisode de la femme adultère (VII, 53 ; VIII, 11) et enfin à l'appendice (xxi). Mais n'insistons pas. Ces différents passages que nous venons de mentionner, — les seuls dont l'authenticité soit sérieusement contestée, — sont de peu d'intérêt pour l'apologétique et ne doivent guère être utilisés dans les arguments qui serviront à la démonstration de la divinité du christianisme. Qu'ils aient été interpolés ou non, c'est donc ici une question secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
217. — Les Évangiles une fois reconstitués dans leur texte primitif, il faut rechercher de qui ils viennent, quels en sont les ''auteurs ''et quelle en est la ''date de composition. ''Un document n'a en effet de valeur, que dans la mesure où l'auteur a pu connaître les faits qu'il rapporte et a voulu les rapporter fidèlement. Les Évangiles ont-ils été écrits par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, comme l'apologiste chrétien le prétend, conformément à la doctrine de l'Église? Ce n'est pas par les écrits eux-mêmes que nous pouvons l'apprendre, car, outre que les anciens et spécialement les Orientaux, ne mettaient pas leur nom-en tête de leurs ouvrages, nous avons dit plus haut qu'il y a beau temps que les originaux ont disparu. L'authenticité des Évangiles ne peut donc être établie que par deux sortes d'arguments : — ''a) ''des ''arguments extrinsèques, ''tirés du témoignage de l'histoire, et — b) des ''arguments intrinsèques ''tirés de la critique interne, c'est-à-dire de l'examen du livre lui-même, de son style, de sa méthode, de ses idées, des idées surtout, car il va de soi que les idées d'une époque ne peuvent être fidèlement rendues que par un contemporain. C'est en nous appuyant sur ces deux arguments que nous allons démontrer l'authenticité de chaque Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Authenticité de l'Évangile de saint Matthieu. '''— A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, la tradition commune dans toutes les Églises chrétiennes admet que l'apôtre saint Matthieu est l'auteur de notre premier Évangile : ainsi en témoignent Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Irénée. Ce dernier disait vers 185 : « Ainsi, Matthieu publia par écrit l'Évangile chez les Hébreux, dans leur langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l'Église.» Déjà, au milieu du ne siècle, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie, et qui fut l'ami de Polycarpe, disciple de saint Jean, parlait de l'Évangile hébreu composé par saint Matthieu : « Matthieu, disait-il, écrivit les ''Logia ''en langue hébraïque, et chacun les a traduits comme il a pu. » Et les critiques les plus en vue pensent que le terme de ''logia ''ne doit pas être restreint aux discours du Seigneur, mais qu'il peut s'appliquer à des récits et désigner par conséquent notre Évangile actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit par les témoignages qui précèdent, les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles attribuent unanimement la composition du premier Évangile à l'apôtre saint Matthieu. La chose ne peut s'expliquer que par la vérité du fait, car s'il s'était agi de mettre un ouvrage anonyme sous l'autorité d'un nom célèbre, on aurait choisi un nom plus en relief, celui de Pierre, par exemple, et non pas celui de saint Matthieu, tard venu dans l'apostolat et qui n'avait joué dans le collège apostolique qu'un rôle accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— Le témoignage de la tradition est confirmé par la ''critique interne ''du livre. Celle-ci établit, en effet, que l'auteur était à la fois, ''juif palestinien, publicain, ''et qu'il ''écrivait pour les Juifs convertis : ''trois caractères qui conviennent parfaitement à l'apôtre saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘A) ''L'auteur du premier Évangile était ''juif palestinien. ''Les hébraïsmes abondent dans son œuvre. On sent qu'il est au courant de toutes les coutumes juives ; il connaît la loi de Moïse et les prophètes mieux qu'aucun autre. En outre, il décrit la Palestine avec une stricte fidélité ; il sait la topographie des lieux : Capharnaüm est désigné comme une ville maritime sise sur les confins de Zabulon et de Nephtali, il parle des lis qui couvrent les champs, des rudes tempêtes qui s'élèvent sur le lac de Génésareth, etc. L'auteur était donc palestinien ou tenait ses renseignements d'un palestinien. — b) L'auteur était ''publicain, ''du moins si l'on s'en rapporte à la compétence spéciale qu'il témoigne en matière d'impôts. Seul des évangélistes, il note que l'apôtre saint Matthieu était publicain à Capharnaüm et, dans son énumération des Apôtres, il nomme Thomas avant lui, tandis que saint Marc et saint Luc font le contraire. Il est à supposer dès lors que par humilité il a laissé la première place à son compagnon. — c) L'auteur écrivait ''pour des Juifs convertis : ''la preuve en est qu'il emploie de nombreuses locutions d'origine araméenne, telles que rabbi, raca, mammona, gehenna, corbona, sans éprouver le besoin de les expliquer. Mais ce qui indique encore mieux qu'il s'adresse à des Juifs, c'est le dessein de son ouvrage. Partout il apparaît qu'il veut prouver que Jésus était le Messie. Pour cela il place en tête de son Évangile l'arbre généalogique qui montre dans le Sauveur un descendant de David et d'Abraham ; puis, à chaque instant il rappelle que Jésus accomplit les prophéties anciennes. Un tel but et une telle méthode n'auraient pas de raison d'être avec d'autres lecteurs que des Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc ''conclure ''que l'authenticité du premier Évangile repose sur un ensemble de preuves, d'ordre externe et interne de la plus grande valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— La majorité des critiques catholiques placent la composition du premier Évangile entre 36 et 70, et croient que saint Matthieu l'a écrit en Palestine, peut-être à Jérusalem. De toute façon, il n'est pas possible de reculer la date après 70, comme l'ont fait les rationaliste» en général, encore moins de la rejeter jusqu'à 130, selon le système de l'école de Tubingue. (Baur.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''218. — 2° Authenticité de l'Evangile de saint Marc.''' — A. ''ARGU­MENT EXTRINSÈQUE. ''— L'on possède, à partir du ne siècle, de nombreux témoignages qui attribuent le second Évangile à saint Marc, disciple de saint Pierre à Rome : les principaux sont ceux de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, du ''Canon de Muratori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn175 [175]], de saint Justin, de Papias. Ce dernier rapporte, vers 150, que « Marc, l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, non pas cependant dans leur ordre chronologique, tout ce dont il se souvenait, des choses dites ou faites par Jésus. Car il n'avait pas vu le Seigneur et ne l'avait pas accompagné, mais il avait accompagné Pierre qui donnait ses enseignements selon les besoins de ceux qui l'écoutaient... De la sorte, Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il se les rappelait. Sa seule préoccupation était de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de ne rien altérer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le témoignage de la tradition représente une valeur de premier ordre, car il est incontestable que, le second Évangile contenant les souvenirs de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de le lui attribuer si par ailleurs on avait eu des doutes sur le véritable auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'étude du livre lui-même il résulte que l'auteur était juif, disciple de saint Pierre et qu'il a écrit pour des Romains : — ''a) Il était juif, ''comme le témoignent les nombreux hébraïsmes qu'on y rencontre et les citations syro-chaldaïques ou araméennes telles que « Ephpheta» (ouvre-toi) VII, 34 ; « Eloï, Eloï, lamma sabachtani» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?), xv, 34. La manière dont il décrit les usages, les mœurs, et la géographie de la Palestine, indiquent même qu'il était juif palestinien, et qu'il s'était trouvé à Jérusalem lors de la mort de Jésus, car le jeune homme, dont il est parlé dans la scène de l'arrestation à Gethsémani, qui suivait Jésus « n'ayant sur le corps qu'un drap », semble bien ne pas être autre que lui-même. — b) Il était ''disciple de saint Pierre. ''Cela ressort de la place prépondérante que saint Pierre occupe dans cet Évangile : tous les faits et gestes du premier des apôtres y sont rapportés avec la plus grande précision. L'auteur s'étend même avec plus de complaisance sur les défauts, les faiblesses et les fautes du chef de l'Église que sur ce qu'il y a de glorieux dans sa vie : ce qui ne s'explique que si l'auteur reproduit la prédication de saint Pierre. — c'') ''Le second Évangile a été ''écrit pour des Romains. ''Les multiples détails qu'il fournit à ses lecteurs sur la langue, les mœurs, les coutumes juives, le soin qu'il prend de traduire les termes araméens qu'il cite, les expressions et tournures latines qui abondent dans sa langue grecque, en sont une preuve très nette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or tous les caractères que nous venons d'indiquer conviennent bien à Marc, disciple de saint Pierre, et dont la mère, nommée Marie, possédait à Jérusalem une maison où Pierre s'abrita lorsqu'il sortit de la prison d'Hérode ''Actes, ''xii, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— D'après les critiques catholiques, le second Évangile a été écrit au plus tard de 67 à 70, et fort probablement à Rome, vu que l'ouvrage était destiné aux Romains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''219. — 3° Authenticité de l'Évangile de saint Luc'''. — A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''Dès la fin du IIe siècle, la ''tradition commune ''attribue le troisième Évangile à saint ''Luc, ''disciple et compagnon de saint Paul, « le médecin bien aimé», comme l'apôtre des Gentils l'appelle dans son ''Épître aux Colossiens ''(iv, 14). Parmi les principaux témoignages, il faut citer ceux de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, de Tertullien, du ''Canon de Muratori. ''Or, saint Luc était dans la communauté chrétienne un personnage trop obscur pour qu'on mît sous son nom une œuvre qui représentait en partie la prédication de saint Paul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE, -r ''L'analyse interne du livre confirme le témoignage de la tradition. Elle montre, en effet, que l'auteur était médecin, grec d'origine et esprit cultivé, et disciple de Paul. — ''a) IL était médecin, ''comme le prouve la précision avec laquelle il décrit les maladies ; — ''b) grec d'origine et esprit cultivé : ''un style plus pur et plus élégant que celui des deux premiers Évangiles, une plus grande richesse de vocabulaire, un art plus grand dans la composition, sont un indice certain que le grec était la langue maternelle de l'auteur ; — c) ''disciple de saint Paul. ''Il y a, en effet, entre le troisième Évangile et les écrits de saint Paul, des affinités remarquables, tant au point de vue du ''fond ''que de la ''forme. ''Le récit de la Cène dans le troisième Évangile (xxii, 17, 20) est presque identique à celui de la première Épître aux Corinthiens (xi, 23, 25). Le troisième Évangile, plus que les autres, met en relief les thèses favorites de saint Paul : la nécessité de la foi, la gratuité de la justification et le caractère universel du christianisme. Et quant à ce qui concerne la forme, on a pu relever 175 mots particuliers aux deux écrivains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— L'opinion de la plupart des catholiques et même des protestants, c'est que le troisième Évangile a été composé avant l'an 70, soit à Borne, soit en Asie-Mineure, soit à Corinthe ou à Césarée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''220.— 4° Authenticité de l'Évangile de saint Jean'''. — L'authenticité du quatrième Évangile est niée par un certain nombre de ''critiques protestants ''et ''rationalistes ''(Baur, Strauss, J. Réville, Loisy). Beaucoup de ''critiques libéraux, ''parmi lesquels Renan, Harnack, Julicher, lui reconnaissent une authenticité partielle : le quatrième Évangile contiendrait un fond traditionnel, plus ou moins important, qui aurait l'apôtre saint Jean pour auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'authenticité de l'Évangile de saint Jean, admise par tous les critiques catholiques, repose sur les mêmes arguments que celle des trois premiers Évangiles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, nombreux sont déjà les témoignages qui attribuent le quatrième Évangile à l'apôtre saint Jean. Outre ceux de Tertullien, du ''Canon de Muratori, ''de Théophile d'Antioche, voici deux témoignages importants : — 1. ''celui de saint Irénée, ''évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean. Il écrit vers 185 : « Jean, disciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, a écrit lui-même aussi son Évangile, tandis qu'il vivait a Éphèse, en Asie»; —2. ''celui de Clément d'Alexandrie ''qui écrit, quelques années après saint Irénée, que « d'après la tradition des Anciens, Jean, le dernier des Évangélistes, a écrit l'Evangile spirituel, sous l'inspiration du Saint-Esprit et à la prière de ses familiers. » — 3. La tradition chrétienne est elle-même corroborée par les témoignages de la ''tradition hétérodoxe. ''Celse, les ''judaïsants, ''les gnostiques Basilide et Valentin sont formels en faveur de l'origine johannique du quatrième Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le quatrième Évangile était déjà répandu dans tout l'univers chrétien, au milieu du ne siècle, ce qui suppose qu'il remonte au Ier siècle, et des témoins orthodoxes et hétérodoxes autorisés l'attribuent à l'apôtre saint Jean. Il est invraisemblable qu'ils se soient trompés sur le véritable auteur et qu'ils aient confondu Jean l'apôtre avec Jean l'Ancien, dont parle Papias ; il est du reste assez probable que les deux noms désignent la même personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'examen intrinsèque du livre il résulte que l'auteur du quatrième Évangile était juif d'origine, apôtre, plus que cela, qu'il était « l'apôtre que Jésus aimait ». — ''a) ''IL était ''juif d'origine. ''Les nombreux hébraïsmes que l'on rencontre dans sa langue grecque, les termes araméens qu'il cite et qu'il interprète très correctement à ses lecteurs, les usages juifs qu'il décrit fidèlement, les détails topographiques qu'il donne sur la Palestine et sur Jérusalem, tout cela prouve bien que nous avons affaire à un auteur familiarisé avec les idées juives, avec la langue et les traditions religieuses des Juifs. — b) L'auteur était un ''apôtre. ''Les récits des faits sont si vivants, si précis et si intimes qu'ils supposent un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu. — c) L'auteur était « ''l'apôtre que Jésus aimait». ''Si nous en croyons le dernier chapitre dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, le quatrième Évangile a pour auteur « le disciple que Jésus aimait » (xxi, 20, 24). Or des trois apôtres : Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qui étaient dans une familiarité plus grande avec Notre-Seigneur, les deux premiers doivent être éliminés, car ils étaient morts bien avant la composition du livre. Il faut remarquer en outre que l'Apôtre Jean et les membres de sa famille ne sont jamais nommés explicitement dans le quatrième Evangile, tandis que les autres apôtres le sont fréquemment. Ce silence est tout naturel dans l'hypothèse où l'auteur du livre tairait son nom par discrétion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— Le quatrième Évangile a été composé à ''Éphèse, ''vers la fin du Ier siècle, entre 80 et 100, du moins d'après l'opinion des critiques catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn176 [176]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3.   —   Véracité des Évangiles =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
221. — Les Évangiles nous sont parvenus dans leur ''intégrité substantielle, ''et ils ont bien pour ''auteurs ''deux apôtres : saint Matthieu et saint Jean, et deux disciples d'apôtres : saint Marc et saint Luc. Troisième question à résoudre : quelle est la ''valeur historique ''de ces documents?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Deux conditions ''sont requises pour qu'un historien soit digne de foi, Il faut 1° qu'il soit ''bien informé ''et 2° qu'il soit ''sincère ''(V. Nos 166 et 169). Connaître les événements tels qu'ils se sont déroulés, savoir la vérité et vouloir la dire, tout est là. Nous allons donc rechercher si les Évangélistes ont rempli ces deux conditions, en nous posant la question séparément, pour les Synoptiques, c'est-à-dire les trois premiers Évangiles, et pour le quatrième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''222. — I. Valeur historique des Synoptiques. '''— Le mot « ''Synoptiques ''» attaché aux trois premiers Évangiles vient de ce que, si l'on dispose les textes de ces trois Évangiles sur trois colonnes, en prenant soin de faire correspondre les parties communes, l'on obtient une ''synapse ''(gr. « ''sunopsis» ''vue simultanée), c'est-à-dire une vue d'ensemble du contenu évangélique, concordante en de nombreux points.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour déterminer la ''valeur historique ''des Synoptiques, nous allons donc répondre à cette double question : 1° Les trois premiers Évangélistes étaient-ils bien informés? 2° Étaient-ils sincères?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''223. — 1°''' '''Les trois premiers Évangélistes étaient bien informés. '''— Pour établir ce premier point, un travail préliminaire s'impose : il faut étudier les documents eux-mêmes pour savoir comment ils ont été composés. Sont-ils des récits de témoins oculaires et auriculaires qui se bornent à rapporter exactement ce qu'ils ont vu et entendu? Ou bien ont-ils été écrits par des historiens qui ont puisé à des, sources et utilisé d'autres documents? Autrement dit, sont-ils œuvres de première main ou œuvres de seconde main? Et s'ils sont œuvres de seconde main, quelle est la valeur de leurs sources? Ceux de qui ils tiennent leurs renseignements sont-ils dignes de foi? Cette question, nous sommes d'autant plus amenés à la poser, que les trois premiers Évangiles présentent entre eux des ''ressemblances ''frappantes, tandis qu'ils diffèrent entièrement du quatrième. Comment expliquer leurs rapports? Problème délicat qui n'a reçu jusqu’'ici d'autre solution que celle d'hypothèses plus ou moins acceptables. Nous allons dire un mot et du ''problème ''et des ''solutions ''qui ont été proposées pour le résoudre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
224. — A. ''LE PROBLÈME SYNOPTIQUE. ''— Si l'on compare les trois premiers Évangiles entre eux, on n'est pas longtemps à discerner de nombreux passages identiques, à côté d'autres absolument divergents. — ''a) Ressemblances. ''1. Tout d'abord ''même plan général. ''Alors que le quatrième Évangile ne reproduit que le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, les trois premiers adoptent une division quadripartite et encadrent les événements de la vie publique de Notre-Seigneur dans ces quatre points : le baptême de Jésus, le ministère en Galilée, le voyage à Jérusalem et la dernière semaine dans la Ville Sainte (passion, mort et résurrection). — 2. ''Récits des mêmes faits. ''Les trois premiers Évangiles rapportent souvent les mêmes miracles et, qui plus est, dans le même style et les mêmes expressions ; mêmes discours aussi, surtout dans saint Matthieu et dans saint Luc, introduits par les mêmes procédés et se dénouant par les mêmes conclusions. — b) ''Divergences. ''A côté de ces ressemblances, des divergences curieuses. C'est ainsi qu'on trouve dans saint Matthieu et saint Luc des récits de l'enfance de Jésus, différant de l'un à l'autre, tandis qu'ils font complètement défaut dans saint Marc. En outre, la partie ''narrative ''est plus développée dans saint Marc, les discours moins abondants. Des parties sont spéciales à chacun des Evangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
225. — B. ''SOLUTIONS PROPOSÉES. ''— Les trois principales solutions proposées pour résoudre le problème synoptique sont les hypothèses de la dépendance mutuelle, de la tradition orale et des documents — 1. ''Hypothèse de la dépendance mutuelle. ''D'après les partisans de ce système, les Évangiles se seraient utilisés réciproquement, ou plus exactement, ceux de date postérieure, auraient utilisé l'œuvre de leurs devanciers. Mais qui écrivit le premier ? Ici, désaccord entre les critiques ; l'hypothèse la plus généralement suivie, suppose que Marc, qui est le plus bref, est antérieur à saint Luc et à saint Matthieu ''(version grecque), ''et leur a servi de source. — 2. ''Hypothèse de la tradition orale. ''D'après ce système (Meignan, Cornély, Fillion, Fouard, Le Camus, Levesque...) les Evangiles n'auraient pas d'autre source ou du moins, auraient pour source principale, la ''tradition orale ; ''ils seraient la reproduction de la catéchèse ou prédication primitive. Les Apôtres et les missionnaires de la nouvelle religion, voulant donner un enseignement unique, auraient été amenés à faire un choix dans les actes et les paroles du Seigneur : voilà comment nous retrouvons ''le ''même ''fond ''dans les trois Evangiles. Bien plus, les Apôtres, hommes simples et sans culture, ne se préoccupaient pas de varier la forme sous laquelle ils présentaient ce fond identique : à force d'être répété, ce qui faisait la matière de la catéchèse, finit donc par prendre une ''forme unique, ''et pour ainsi dire, stéréotypée. Cependant la tradition orale étant appelée, sinon à se perdre, du moins à s'altérer- peu à peu avec la disparition des témoins de la vie du Christ, les chrétiens voulurent la fixer dans des écrits autorisés : d'où l'origine des Synoptiques. Ainsi les ''ressemblances ''s'expliqueraient par un fond unique qui était l'objet principal de la catéchèse primitive. Les ''divergences ''ne s'expliqueraient pas moins bien par ce fait que la catéchèse devait être adaptée aux milieux différents auxquels s'adressaient les premiers prédicateurs de la foi. Il est clair que le point de vue juif n'était pas le même que le point de vue grec ou romain. Devant les Juifs il s'agissait de montrer que Jésus était le vrai Messie, annoncé par les prophètes, et qu'il avait fondé le royaume attendu. A Rome ou dans les villes grecques, l'argument prophétique étant sans portée, les Apôtres présentaient Jésus comme un envoyé divin à qui Dieu avait donné tous ses pouvoirs. — 3. ''Hypothèse des documents. ''D'après cette hypothèse, les rapports des Synoptiques seraient dus à l'emploi de documents écrits ; les uns (Eichhorn...) supposent un seul document primitif plus ou moins retouché ; d'autres (Schleiermacher, Renan, Schmiedel, Loisy) admettent à la base des synoptiques plusieurs documents araméens et grecs que les auteurs sacrés auraient utilisés et adaptés à leur but ; d'autres enfin (Weiss, Wendt, Stapfer, A. Rêville...) distinguent dans les Évangiles deux sources principales : un Proto-Marc en grec ou recueil des principaux faits et discours du Seigneur et un Proto-Matthieu en hébreu ou recueil de discoure. Une hypothèse plus récente (Batiffol, Ermoni, Lagrange, Gigot, Camerlynck) suppose, au lieu d'un Proto-Marc, le Marc actuel lequel aurait été utilisé par les deux autres Synoptiques qui se seraient servis en même temps des ''Logia ''ou discours du Proto-Matthieu et d'autres sources particulières, comme le témoigne saint ''Luc ''(i, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que valent ces trois hypothèses? ''— L'hypothèse 1 de la ''dépendance commune ''n'explique pas les divergences qui existent entre les trois documents Saint Marc, en effet, n'a pu servir de source que pour les faits. D'autre part, si l'on suppose que saint Luc a utilisé saint Matthieu, comment se fait-il que leurs récits de l'enfance de Jésus ne concordent pas, et que des discours et des paraboles de saint Matthieu manquent chez Luc, alors que tous deux attachent tant de prix à l'enseignement de Jésus? — L'hypothèse 2 de la ''tradition orale ''rend bien compte de la ressemblance générale au point de vue du fond : il est assez vraisemblable que la catéchèse primitive ait eu le même objet : mêmes faits, mêmes miracles, 'mêmes discours. Mais ce que cette hypothèse n'explique pas, c'est 1) que les mêmes faits soient groupés dans le même ordre et par des liaisons artificielles identiques, et 2) que les auteurs sacrés s'accordent dans des détails secondaires, tandis qu'ils diffèrent dans des parties plus importantes telles que la formule de l'oraison dominicale et le récit de l'institution de l'Eucharistie. Incontestablement, ces particularités supposent une dépendance à l'égard de documents écrits. — L'hypothèse 3 d'un ''document primitif unique ''est inadmissible, car on ne comprend pas dans ce cas pourquoi saint Marc aurait éliminé les discours. L'hypothèse de ''plusieurs documents ''rend bien compte des divergences, mais non de l'accord des écrivains sacrés, soit dans leur plan général, soit dans le choix des matériaux, soit dans l'ordre où ils les ont disposés. Aussi l'hypothèse des deux sources a-t-elle été rejetée par la Corn. Biblique le 26 juin 1912.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusions. ''— 1. Aucune des trois hypothèses : dépendance mutuelle, tradition orale, documents, n'est donc satisfaisante. On ne peut dès lors résoudre le problème synoptique par l'une de ces trois hypothèses, à l'exclusion des autres. L'explication la plus vraisemblable consiste sans doute à les combiner toutes les trois et à prendre ce qu'il y a de bien dans chacune. Tout d'abord il convient de faire une part très large à l'influence de la tradition orale. Puis il est à supposer que chaque Évangéliste a utilisé ses souvenirs personnels et ses sources particulières. Enfin rien n'empêche de croire, pour expliquer le plan général, que les Synoptiques se soient servis d'un ou de deux documents primitifs : l'un contenant une sélection des actes du Seigneur, l'autre étant un choix de ses discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quoi qu'il en soit du ''mode de composition ''des Synoptiques, il ressort de ce qui vient d'être dit, - et telle est l'unique question qui nous intéresse ici, — que nous pouvons considérer le témoignage des trois premiers Évangiles comme venant d'historiens ''bien informés, ''car, ou bien les Synoptiques racontent ce dont eux-mêmes ont été les témoins, ou ils rapportent ce que beaucoup d'autres avaient vu et entendu, ce qui faisait l'objet de la prédication courante, ce que les premiers missionnaires de la religion chrétienne annonçaient partout, sans que leurs adversaires aient pu les convaincre d'erreur. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous sommes en présence de témoins qui connaissaient exactement les choses qu'ils rapportaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
226. — 2° Les trois premiers Évangélistes étaient sincères. — Non seulement les Synoptiques étaient ''bien informés, ''mais ils étaient ''sincères. ''Leur sincérité ressort avec évidence : — a) ''de la critique interne des Evangiles. ''Les récits que nous y trouvons donnent l'impression que nous avons affaire à des gens qui rapportent les faits tels qu'ils se sont passés, et qui disent les choses telles qu'elles sont : c'est ainsi qu'ils font d'eux-mêmes un portrait peu flatteur ; ils n'hésitent pas à confesser leur basse extraction, à dévoiler leur intelligence étroite et bornée, leurs faiblesses, leur lâcheté au cours de la Passion de leur Maître, leur découragement après sa mort, leur incrédulité ; — b) ''du manque d'intérêt qu'ils avaient à mentir. ''Les hommes ne mentent pas, généralement, si le mensonge ne doit pas leur profiter. Mais ils songent encore bien moins à mentir s'ils risquent de payer leur imposture de leur vie. Il est vrai qu'on peut mourir par fanatisme et pour défendre une idée fausse. Encore faut-il cependant qu'on la croie vraie, car à moins d'être fou, on ne ment pas pour soutenir ce qu'on croit être une erreur, ce qui ne vous est d'aucune utilité, ce qui vous coûte et vous demande des sacrifices, et s'il n'est pas absolument juste de conclure, avec Pascal, qu'il faut croire « les histoires dont les témoins se font égorger »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn177 [177]], tout au moins pouvons-nous dire qu'il n'y a pas lieu de douter de la ''sincérité ''de semblables témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quoi bon insister sur la sincérité des Évangélistes ? A notre époque, elle n'est plus mise en doute par les critiques sérieux. Sans doute « il fut un temps, dit M. Harnack, où l'on se croyait obligé de regarder la littérature chrétienne primitive, y compris le Nouveau Testament, comme un tissu de mensonges et de fraudes. Ce temps est passé. » Oui, le temps où les adversaires du christianisme accusaient les Evangélistes d'imposture et de fraude, est bien passé, mais les attaques n'ont fait que changer de terrain, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''227. — Objection. — Théorie de l'idéalisation'''. — Les rationalistes modernes admettent donc la sincérité des Evangélistes. Mais ils prétendent qu'il y a lieu de distinguer dans les récits évangéliques deux éléments : ''l’élément naturel ''et ''l'élément surnaturel. ''Partant de ce principe a priori, que le miracle n'existe pas et n'est même pas possible, ils ne reconnaissent de valeur historique qu'à l'élément naturel. Comment expliquer alors la présence de l'élément surnaturel dans les Évangiles? Un ancien système, — ''école naturaliste ''de Paulus, — prétendait que les miracles étaient des faits ordinaires, qui avaient pris un caractère de merveilleux en passant par l'imagination des Orientaux, et que la critique pouvait ramener à de justes proportions et expliquer suivant les lois de la nature. Un autre système, le seul dont nous ayons à tenir compte à l'heure actuelle, entend éliminer l'élément surnaturel en l'attribuant à un long travail ''d'idéalisation progressive ''accompli autour de la vie et de la personne du Christ. Les Évangiles ne seraient pas des livres purement historiques, mais « avant tout, des livres d'édification » où le critique doit démêler « ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn178 [178]] Les récits des cures merveilleuses opérées par le Christ ne seraient nullement « des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été transposés, corrigés, amplifiés selon le goût des Evangélistes, l'intérêt de l'édification, les besoins de l'apologétique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn179 [179]] En d'autres termes, les miracles seraient des ''mythes ''ou ''légendes, ''qui se seraient greffées sur l'histoire réelle du Sauveur. Et combien de temps ces légendes ont-elles mis à se former? A peine un siècle, d'après ''l'école mythique de Strauss. ''Beaucoup moins, d'après une école nouvelle (Brandt, Schmiedel, Loisy), qui estime que le travail d'idéalisation a pu se faire en moins d'un demi-siècle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn180 [180]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. — 1. Le ''point de départ ''du système de l'idéalisation, à savoir la ''négation du surnaturel, ''est un ''préjugé rationaliste ''dont il n'est pas possible d'établir le bien-fondé. — 2. Le ''système ''lui-même, appliqué aux Synoptiques, est en ''contradiction avec les faits. ''Tout d'abord il ne s'accorde pas avec la ''date de composition des Évangiles. ''La rédaction de ceux-ci a suivi de très près les événements. Or l'idéalisation, la légende requiert, pour se former, un long espace de temps : c'est du reste ce qui déterminait le rationaliste allemand Strauss à rejeter la composition des Évangiles vers 150. Lorsque la critique impartiale dut reconnaître que les Synoptiques avaient été composés avant la fin du 1er siècle, il fallut bien apporter quelques modifications à la théorie de l'idéalisation. On prétendit alors que le travail d'idéalisation peut se faire beaucoup plus rapidement, puis on mit sur le compte de la ''foi ''ce qui autrefois était attribué à la ''légende, ''et l'on eut la fameuse distinction entre le ''Christ de la foi ''et le ''Christ de l'histoire. ''Mais comment la foi aurait-elle pu se mettre en contradiction si flagrante avec les faits de l'histoire, lorsque ceux-ci étaient encore si récents que tout le monde pouvait en contrôler l'exactitude ? — 3. Il serait facile par ailleurs de démontrer que les Evangélistes s'attachent, ''avant tout, ''à faire un récit fidèle de la carrière de leur Maître. Ce n'est qu'''incidemment ''qu'ils décrivent la foi chrétienne de leur temps ; à ce point de vue, il est incontestable qu' ils sont en retard sur saint Paul dont les Épîtres étaient pourtant antérieures. Saint Paul, en effet, n'affirme-t-il pas déjà clairement la divinité du Christ et la valeur satisfactoire de sa mort, alors que ces deux dogmes ne sont ''qu'insinués ''dans les Synoptiques, à ce point même que les rationalistes ont pu prétendre qu'ils ne l'étaient pas du tout?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''théorie de l'idéalisation ''manque donc de base, et la conclusion qui s'impose de l'examen des Synoptiques, c'est que leurs ''récits ''sont indépendants de la foi nouvelle de l'Eglise, qu'ils n'ont pas subi l'influence des idées ambiantes, en un mot, qu'ils sont ''purement historiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''228. — II. Valeur historique du IVe Évangile.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''La plupart des critiques rationalistes ont dénié au quatrième Évangile toute valeur historique, ou ne lui ont accordé qu'une historicité relative. — a) Les uns (Strauss) ont prétendu que l'auteur du quatrième Évangile avait peint un Christ historique d'après l'idéal qu'il s'en était forgé. — ''b) ''D'autres, comme Renan et certains critiques indépendants de notre époque (Harnack), reconnaissent dans cet ouvrage un fond de tradition historique, mais considèrent les ''discours ''comme des ''fictions. — c) ''D'autres enfin, comme J. Réville, Loisy[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn181 [181]], Guignebert, regardent le quatrième Évangile, — tant dans sa partie narrative que dans ses discours, — comme une ''composition artificielle ''destinée à exposer, sous le voile de ''l'allégorie, ''les idées propres de l'auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES DE L'HISTORICITÉ. ''— Le quatrième Évangile n'est nullement une composition artificielle : il est facile, en effet, de montrer le caractère historique des ''faits ''et des ''discours ''qui y sont contenus. — a) ''Caractère historique des faits. ''Que les faits miraculeux rapportée par le quatrième Évangile ne soient pas de simples allégories, mais des faits bien réels, cela ressort : — 1. du ''but de l'ouvrage. ''L'auteur déclare lui-même, à la fin de son œuvre (xx, 31), qu'il veut amener ses lecteurs à croire « que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu'en croyant ils aient la vie en son nom ». A moins de le prendre pour un imposteur, — ce que ne font pas les rationalistes, — il faut admettre qu'il a entendu démontrer sa thèse en s'appuyant, non sur des récits allégoriques, mais sur des faits empruntés à l'histoire de Jésus. Que de cette histoire il détache un petit nombre de faits, qu'il choisisse les plus typiques, ceux qui vont le mieux à son but[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn182 [182]], qu'il omette les gestes et les paroles du Seigneur qui ne lui importent pas, et plus particulièrement ce qui a déjà été raconté par les Synoptiques, cela n'est que trop naturel. Mais ce qui ne reste pas moins certain, c'est qu'il est un ''témoin ''qui raconte « ce qu'il a vu de ses yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles, ce que ses mains ont touché du Verbe de vie» (I ''Jean, ''I, 1, 3) ; — 2. ''de l'examen interne du livre. ''On ne saurait prétendre tout d'abord que l'Évangile johannique n'est pas historique parce qu'il n'a pas le même fond que les Synoptiques, car ni les Synoptiques ni Jean n'ont la prétention d'être complets, et si saint Jean a voulu compléter ses devanciers, comme nous l'avons insinué plus haut, les divergences de fond s'expliquent très bien. Du reste, tout n'est pas divergences ; les Synoptiques et le quatrième Évangile ont des ''points communs. ''Qu'on veuille bien les comparer, et l'on constatera que, parmi des variantes de peu d'importance, les faits sont rapportés de part et d'autre avec la même exactitude : tels sont, par exemple, les récits de la multiplication des pains, de la marche de Jésus sur les flots, de son entrée triomphale a Jérusalem et de sa Passion. Or si, sur ces différents points, l'on concède aux Synoptiques une valeur historique, de quel droit la refuserait-on au quatrième Évangile ? — Quant aux récits qui sont ''propres ''à ce dernier, l'on peut remarquer encore que les événements y sont rapportés avec une foule de détails qui seraient bien superflus dans l'hypothèse de récits symboliques. Le quatrième Évangile note les circonstances de personne, de temps et de lieu avec plus de soin que saint Luc lui-même : il signale, par exemple, que Nicodème est venu à Jésus ''la nuit ''(III, 2), que la rencontre de Jésus avec la Samaritaine eut lieu à la sixième heure (iv, 7) ; il dit que la piscine probatique se trouve à Jérusalem, près de là porte des Brebis (V, 2). Il décrit non moins minutieusement les usages et les traditions des Juifs, leurs fêtes, les divisions intestines entre Juifs et Samaritains, entre Pharisiens et Sadducéens ; l'état politique de la Palestine ; les détails topographiques touchant la Galilée, le lac de Génésareth, Jérusalem. Tout cela indique bien un historien exact qui raconte les faits tels qu'ils se sont passés, et non un mystique qui invente des histoires adaptées à la thèse qu'il a en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Caractère historique des discours. ''— Si les faits rapportés dans le quatrième Évangile sont historiques, l'on ne voit pas la raison pour laquelle les ''discours ''ne le seraient pas. L'on fait remarquer, il est vrai, que, plus encore que les faits, ils diffèrent, soit au point de vue du ''fond, ''soit au point de vue de la ''forme, ''de ceux que nous trouvons chez les Synoptiques. Mais, encore qu'il ne faudrait pas exagérer l'étendue de ces divergences, celles-ci s'expliquent très bien par le ''caractère ''et le ''but ''différents que poursuivent les écrivains sacrés. Tandis que les sujets traites dans les Synoptiques sont très variés et portent surtout sur des préceptes de morale : humilité, charité, aumône, mépris des richesses et des honneurs, le quatrième Évangile insiste sur la doctrine christologique, sur le caractère suréminent et la mission du Christ. 'Voulant prouver plus particulièrement la divinité du Sauveur, sans doute parce qu'elle était alors attaquée par le gnostique Cerinthe, il relève dans l'enseignement de Jésus, et qui pouvait servir son but. En cela, il ne contredit pas les Synoptiques, il les complète. Les critiques rationalistes objectent encore que l'auteur du quatrième Évangile a emprunté sa doctrine du ''Logos, ''ou Verbe de Dieu incarné, à l'école grecque d'Alexandrie et au Juif Philon. Il serait difficile de dire quelle fut la genèse des idées de saint Jean mais ce qui est certain c'est que l'identification du Christ avec le Verbe de Dieu n'a pu germer dans l'esprit de l'apôtre saint Jean, pas plus que chez les chrétiens de l'époque, — car il est reconnu que la doctrine était chose reçue au dernier quart du Ier siècle en Asie-Mineure et dans la plupart des Églises, — sans que la croyance eût été déterminée par la réalité historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— IL est donc permis de conclure que l'Évangile selon saint Jean a une valeur historique, comme les Synoptiques. « Sans doute l’Apôtre a pu imprimer son cachet propre dans la manière de raconter les miracles du Sauveur, dans le choix qu'il a fait de scènes évangéliques. Il est même incontestable que ses comptes rendus de discours ne prétendent pas reproduire la pleine réalité, étant donné l'éloignement où l'auteur était des faits. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn183 [183]] Cependant « ses narrations ont beau avoir leur cachet propre, elles n'en correspondent pas moins aux faits. Ses discours peuvent porter la marque de son esprit, ils n'en reproduisent pas moins la pensée authentique du Sauveur. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn184 [184]] Nous avons donc le droit, dans la démonstration de la divinité du christianisme, de nous appuyer sur le quatrième-Évangile comme sur les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Mangenot, ''L'authenticité mosaïque du Pentateuque ; Les Évangiles synoptiques ''— Méchineau, ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''(Bloud). — Vigouroux, ''Manuel biblique, t. ''I (Roger et Chernoviz). — Lesêtre, ''L'authenticité du Pentateuque ''(Rev. pr. d'Ap. 15 mai, 15 juin 1910). — Dom Hoepfl, art. ''Pentateuque et Hexateuque ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brassac, ''Manuel biblique ''(à l'index), t. III. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu; L'origine du quatrième Évangile; La valeur historique du quatrième Évangile; Évangiles canoniques, Évangiles apocryphes ''(Dict. d'Alès) ; Les ''théories de Loisy ''(Beauohesne).—Méchineau, ''L'origine du Nouveau Testament ''(Bloud). — Jacquier, ''Histoire des livres du Nouveau Testament ''(Gabalda). — Rosé, ''Les évangiles, traduction et commentaires ''(Bloud). —Fouard, ''Vie de Jésus-Christ'' (Lecoffre). — Batiffol, ''Six leçons sur l’Évangile ''(Bloud). — Calmes, ''Comment se sont formés les Evangiles ''(Lethielleux). — Levesque, ''Nos quatre Evangiles. Leur composition et leur position respective ''(Beauchesne). — Fillion, ''Introduction générale aux Évangiles ''(Lethielleux). — Camerlynck, ''De quatro Evangelii auctore ''(Bruges). — Durand, ''A propos des décrets ''de 1912 ''sur les Évangiles ''(Rev. pr. d'Ap., 1er fév. 1914). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale ''(Desclée). — Langlois et Seignobos, ''Introduction aux. Études historiques ''(Hachette).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : La divinité du Christianisme. Le Fondateur. L'Affirmation de Jésus. ===&lt;br /&gt;
''' DÉVELOPPEMENT '''&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229. — Pour connaître ''l’origine, ''et par conséquent, la ''valeur ''d'une religion, il faut, avant tout, se tourner du côté du ''fondateur, ''et lui demander qui il est.^ Personne, mieux que lui, n'est à même de le savoir et de le dire. S'il est un Envoyé de Dieu, c'est à lui de nous le faire connaître et de nous en apporter la preuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, l'apologiste chrétien veut démontrer : — 1° que Jésus est ''l’ Envoyé de Dieu, ''l'Oint ''ou Messie, ''annoncé par la voix des prophètes ; — 2° que ce Messie n'est pas un Envoyé ordinaire, qu'il est le ''Fils unique de Dieu, ''Dieu lui-même. Il est clair que, s'il arrive à faire cette démonstration, il aura le droit de conclure que la Révélation chrétienne est d'origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc à rechercher tout d'abord[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn185 [185]] si Jésus s'est bien donné pour le ''Messie attendu des Juifs ''et pour un Messie d'une nature tout à fait transcendante, pour le ''Fils de Dieu, ''ayant la même essence que Dieu le Père. À cette double question quelle a été la ''réponse de Jésus ''et quelle foi devons-nous y ajouter? D'où trois articles: — 1° L'affirmation de Jésus sur sa messianité. 2° L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. 3° La valeur de ce double témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''230. — Nota''' — A vrai dire, la première question, seule, importe à l'apologiste, IL lui suffit, en effet, de montrer que Jésus a ''déclaré ''et ''prouvé ''qu'il était un Envoyé de Dieu, qu'il était le Messie attendu et qu'il a fondé une Église infaillible, chargée d'enseigner, jusqu'à la fin des siècles, ce qui doit être cru et pratiqué. Ce résultat une fois acquis, il ne reste plus qu'à écouter cette Église et à accepter les dogmes qu'elle propose à notre foi, parmi lesquels se détache au premier rang la divinité du Christ. La seconde question sort donc du domaine de l'apologétique ; tout au moins de ''l'apologétique constructive ''(V. N° 2). Car s'il s'agit de ''l'apologétique défensive ''c’est une autre affaire. Les rationalistes modernes prétendent, comme nous le verrons plus loin, non seulement que Jésus n'est pas Dieu, mais qu'il n'a jamais revendiqué ce titre, qu'il n'a jamais eu conscience d'être Dieu, et que dès lors ''le dogme n'a aucune base historique : ''c'est à ce point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'apologétique défensive, ou si l'on préfère, sur le terrain de ''l'apologie des dogmes, ''que nous aurons à traiter la question dans l'article II[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn186 [186]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — L'affirmation de Jésus sur sa messianité. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
231. — ''Jésus s'est-il donné pour le Messie prédit par les Prophètes? ''Que croyait-il être et qu'a-t-il dit qu'il était1! Le seul moyen de nous éclairer sur ce point, c'est de consulter les Évangiles et d'y recueillir son témoignage. Avant de le faire, remarquons que les Évangiles ne sont pas considérés ici comme des écrits divinement inspirés, mais comme de simples documents humains dont nous avons établi précédemment la valeur historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires'''. — Certains ''protestants libéraux ''et les ''rationalistes ''n'admettent pas l'affirmation de Jésus sur sa messianité. — ''a) ''Leur tactique consistait autrefois (Strauss, Baur) à considérer les Évangiles comme un recueil de ''mythes ''ou ''légendes ''formées après coup par les Apôtres ; les déclarations de Jésus sur sa messianité seraient donc pure invention de la part des écrivains sacrés. — ''b) ''Les ''rationalistes ''et ''modernistes contemporains ''(Wellhausen, Wrede, Weiss, Loisy) prétendent, ou que Jésus n'a jamais eu conscience d'être le Messie, ou en tout cas, qu'il n'a pensé l'être qu'à la fin de sa vie, ou encore qu'il pensait que son rôle de Messie « était essentiellement eschatologique », c'est-à-dire ne devant se réaliser qu'à la fin du monde dans le royaume céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232. — 2° Thèse.''' — ''Du début à la fin de sa vie publique, Jésus a manifesté, soit implicitement, soit explicitement, sa qualité de Messie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour remarquer qu'il y a eu dans les déclarations de Jésus comme une marche ascendante, et que son affirmation comporte des degrés. Mais, qu'elle se soit traduite, soit d'une manière implicite, en raison des circonstances de temps et de personnes, soit d'une manière explicite, il n'en est pas moins certain qu'elle n'a jamais varié dans sa substance et que Jésus a toujours eu conscience de sa messianité. Nous distinguerons donc entre ses ''affirmations implicites ''et ses ''affirmations explicites, ''en insistant davantage sur les premières parce qu'il est plus facile d'en contester le sens et la portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AFFIRMATIONS IMPLICITES. ''— Au début de sa vie publique, Jésus ne manifeste sa qualité de Messie que d'une ''manière implicite ''et avec une extrême réserve. Si nous voulons avoir le secret de sa conduite, de ses réticences, de ce que, à première vue, on pourrait prendre pour les hésitations d'une conscience imparfaitement éclairée, il est nécessaire que nous envisagions un instant la situation politique et religieuse de la Judée contemporaine de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l'heure où commença la carrière publique du Sauveur, la nation juive était tombée sous le joug romain ; le sceptre était sorti de Juda et, plus que jamais, l’espérance messianique travaillait les âmes. Deux grands partis rivaux les ''Saducéens ''et les ''Pharisiens, ''se disputaient l'influence. Les premiers, amis du pouvoir, occupaient les hautes charges du sacerdoce mosaïque, et ils avaient surtout l'insigne privilège de choisir dans leurs rangs celui qui devait exercer les fonctions de grand-prêtre. Les seconds, moins favorisés, étaient un parti religieux avant tout, et se distinguaient par leur zèle outré pour l'observation de la Loi et par leur répugnance à entrer en contact avec les païens : d'où leur nom de ''Pharisiens ''(du grec ''pharisaioi, ''séparés). Parmi eux, un petit groupe de fanatiques, appelés ''Zélotes, ''parce qu'ils étaient plus étroits et plus formalistes que les autres, interprétaient la Loi avec un rigorisme insupportable. C'est de ces derniers que Notre-Seigneur eut surtout à subir les contradictions et dont il se plut du reste à dénoncer l'hypocrisie et l'orgueil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on devine aisément que dans des sectes où les intérêts étaient si opposés, ''l'espérance messianique ''ne se présentait pas sous le même aspect. S'accommodant assez bien-de leur situation, les ''Sadducéens ''n'attachaient qu'un prix très minime à la venue du nouveau royaume, et si, par orgueil national, ils souhaitaient l'indépendance de leur pays, la sujétion leur rapportait assez de bénéfices pour ne pas courir au devant d'un bouleversement qui pouvait ne pas tourner à leur profit. Les ''Pharisiens, ''au contraire, supportant mal un régime qui humiliait leur orgueil et les laissait sans privilèges, appelaient de tous leurs vœux l'avènement du Royaume attendu qui ferait de Jéhovah, leur Dieu, le Maître de l'univers, qui mettrait surtout la nation juive à sa place, c'est-à-dire au premier plan, et qui ferait succéder aux humiliations et aux injustices du jour les triomphes et les réparations du lendemain. Telles étaient les aspirations de la plupart des Juifs, mais lorsqu'il s'agissait de déterminer le ''caractère du futur royaume, ''les esprits se divisaient. Les uns, insistant sur le côté moral et religieux, considéraient ''l'avènement messianique ''comme le ''triomphe des justes, ''comme le grand jour où chacun recevrait selon son mérite. Les autres, — c'était la masse, et les Apôtres partageaient cette mentalité, — faisaient des rêves de ''grandeur ''et de ''prospérité matérielle, ''et voyaient déjà dans le Messie un ''grand conquérant, ''un guerrier fameux qui apparaîtrait soudain sur les nuées du ciel et ferait son entrée triomphale à Jérusalem. Jamais il n'était question d'un Messie souffrant, libérateur des âmes, et non des corps, rachetant les fautes des hommes et réconciliant l'humanité coupable avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans de telles conditions, Jésus ne se soit pas révélé brusquement le Messie, et le Messie, tel, qu'il devait être, il n'est que trop naturel. Il ne pouvait le faire sans éveiller les appréhensions des Sadducéens, et sans provoquer les enthousiasmes des Pharisiens et déchaîner des manifestations et des troubles qui auraient entravé son œuvre, s'il ne rentrait pas dans les desseins de Dieu de briser les oppositions à coup de miracles. Le premier travail qui s'imposait, était donc de préparer les esprits à la réalité et de faire pressentir la vérité avant de la dévoiler sans ambages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses étant telles, comme du reste l'indiquent les récits évangéliques, nous n'avons plus à nous étonner que Jésus, au début de sa carrière, ne manifeste pas ouvertement sa qualité de Messie, qu'il l'insinue seulement par des déclarations indirectes, par ses œuvres et par toute son attitude. — ''a) Par des déclarations indirectes. ''C'est ainsi que, sans prononcer le nom de Messie, il dit qu'il ''est ''« ''venu ''», qu'il ''a été ''« ''envoyé», ''pour prêcher l'Évangile du royaume ''(Marc, ''i, 38), pour appeler les pécheurs ''(Marc, ''II, 17), pour prêcher l'Évangile aux pauvres ''(Luc, ''iv, 18). Puis il commence déjà son enseignement, mais craignant de faire briller tout d'un coup une lumière trop vive, il enveloppe sa pensée sous les dehors énigmatiques de la parabole, dans le but d'intriguer les esprits, de les pousser à la recherche de la vérité, se réservant d'ailleurs d'aller plus loin avec les disciples qu'il s'est attachés, et de les instruire, en dehors de la foule. — b'') Par ses œuvres. ''Jésus multiplie ses miracles ; mais, pour ne pas précipiter les événements, il impose la consigne rigoureuse de n'en point parler. Cependant il n'hésite pas à répondre aux envoyés de saint Jean-Baptiste qui lui demandent s'il est « celui qui doit venir », que les œuvres qu'il opère doivent être pour eux un signe évident que l'œuvre messianique annoncée par ''Isaïe ''(xxxv, 5, b) se réalise ''(Luc, ''vii, 18, 23). — ''c) Par son attitude. ''Jésus s'arroge des pouvoirs que n'ont jamais revendiqués les plus illustres prophètes. Il se met au-dessus de la Loi. Il supprime le divorce toléré dans certains cas par Moïse. Il déclare que « le Fils de l'homme»,— c'est ainsi qu'il se désignait, — était « maître du Sabbat » ''(Marc, ''il, 28), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
233. — B. ''DÉCLARATIONS EXPLICITES. ''— IL faut arriver à la dernière année du ministère de Jésus pour trouver une affirmation explicite de sa messianité. Voici, du reste, les trois grandes circonstances où Jésus se révèle publiquement ce qu'il est. — ''a) Confession de Pierre. ''A Césarée de Philippe, le Maître, se trouvant au milieu de ses disciples, leur pose enfin sans détour l'importante question : « Qui dit-on que je suis? » Jusque-là, il avait laissé sa personnalité au second plan, il avait eu pour unique préoccupation de prêcher le royaume de Dieu ; mais il est temps que ses intimes sachent qui il est. Il les interroge donc successivement, et quand saint Pierre confesse qu'il est le Christ, il ne manque pas de l'approuver ''(Mat., ''xvi, 13-17). — b) ''Entrée triomphale à Jérusalem. ''La confession de saint Pierre n'avait pas dépassé le petit cercle des Apôtres, et même avec ceux-ci, Jésus n'avait pas sitôt avoué qu'il était le Christ qu'il leur défendait sévèrement de le publier ''(Mat., ''xvi, 20). La manifestation de sa messianité était réservée pour un autre jour et un autre théâtre. C'est, peu de jours avant sa mort, à Jérusalem, la capitale de la Judée, que Jésus revendiqua son titre de Messie, à la face d'une foule de pèlerins venus pour la fête de Pâques, de tout un poupin qui l'acclama comme « celui qui vient an nom du Seigneur» ''(Mat., ''XXI, 1-9). — c'') Le procès devant le Sanhédrin. ''Enfin la grande affirmation de Jésus eut lieu devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre lui pose la question suprême qui doit décider de son sort. Le Sauveur le sait, mais, maintenant que sa mission est terminée, il dédaigne les réticences et les réponses évasives : il proclame hautement qu'il est « le Christ » ( ''Mat., ''xxvi, 63, 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, soit d'une ''manière implicite, ''soit d'une ''manière explicite, ''Jésus a bien affirmé qu'il était le ''Messie attendu, ''et les prétentions des rationalistes qui le nient, ne reposent sur aucun fondement. On ne peut plus soutenir sérieusement que les Évangiles sont une collection de légendes, maintenant qu'il est admis par les meilleurs critiques, qu'ils datent du 1er siècle. Il est bien évident par ailleurs que la vie de Jésus et la propagation du christianisme ne sauraient s'expliquer par des légendes (Voir N° 229) ''. ''Quant à la seconde thèse rationaliste qui affirme que Jésus n'a pas eu conscience d'être, de son vivant, le Messie, et qu'il a considéré son rôle comme eschatologique et ne concernant que le royaume des cieux à venir, il faut, pour arriver à une telle conclusion, qu'elle laisse de côté ou interprète à sa façon et d'une manière fantaisiste, les déclarations que nous avons rapportées plus haut. Il est vrai que certaines paroles de Jésus visent le futur royaume, le royaume des élus dont le Christ doit être le chef suprême : il est vrai que le titre de Messie lui conviendra, d'une manière spéciale, à la fin des temps, et quand le royaume messianique aura reçu son achèvement définitif. Sans doute aussi, sa Résurrection et son Ascension le manifesteront déjà comme un Messie glorieux. Mais quel que soit le moment de la carrière messianique qu'on envisage, qu'on la prenne à ses origines, au moment où Jésus prépare le royaume messianique, ou à la fin des temps qui sera le couronnement de son œuvre, Jésus ne s'en présente pas moins dans les Évangiles, non pas seulement comme celui qui doit être le Messie, mais comme celui qui l'est déjà, comme le ''Messie en personne et en fonction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
234. — Nous savons que Jésus s'est donné pour le Messie. Mais de quelle ''nature ''ce Messie prétendait-il être? Simple créature, quoique dépassant le commun des mortels par sa mission, ou être divin ; ''homme ''ou ''Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn187 [187]]. La réponse à cette nouvelle question ne peut se trouver ailleurs que dans le témoignage de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — ''a) ''D'après les ''Protestants libéraux ''(Sabatier, Harnack, Julicher, Bousset, Weixhausen) Jésus dépasse la commune mesure de l'humanité, il est une personnalité transcendante, il y a même, si l'on veut, quelque chose de divin en lui, mais il n'est pas Dieu, il est seulement le médiateur entre Dieu et les hommes, il est l'homme qui a eu l'union la plus étroite avec Dieu, l'homme, comme dit A. Sabatier, « dans lequel s'est révélé le plus complètement le cœur paternel de Dieu »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn188 [188]]. — b) Les ''rationalistes ''admettent encore moins la divinité de Jésus. « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, dit Renan, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit juif ; il n'y en a nulle trace dans les trois premiers Évangiles ; on ne la trouve indiquée que dans certaines parties de l'Évangile de Jean, lesquelles ne peuvent être acceptées comme un écho de la pensée de Jésus. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn189 [189]] Comment expliquer alors le ''fait chrétien? ''Tout simplement par un malentendu de la première génération chrétienne qui a mal interprété le témoignage de Jésus et le titre qu'il se donnait de « Fils de Dieu». Jésus du reste ne serait arrivé à s'attribuer ce titre qu'après être passé par une série d'états d'âme, et comme par un travail progressif de sa pensée qui se serait adaptée aux circonstances. « L'admiration de ses disciples, dit encore Renan, le débordait et l'entraînait. Il est évident que le titre de ''rabbi, ''dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus ; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres hommes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn190 [190]] Ainsi, d'après, les rationalistes, Jésus a été divinisé par ses disciples qui l'ont entraîné et poussé à prendre un titre qu'au début de sa carrière il eût jugé blasphématoire de s'arroger. — c) Les ''modernistes, ''avec leur distinction subtile entre « le Christ de la foi et le Christ de l'histoire », aboutissent, en fait, aux mêmes conclusions. Ils enseignent en effet que, pour la foi, Jésus est bien le Fils éternel de Dieu, consubstantiel à son Père et incarné dans le temps, pour racheter l'humanité et enseigner la vraie religion ; mais ils s'empressent d'ajouter que le Christ de la foi n'est pas celui de l'histoire. Il est vrai que Jésus se donne le titre de « Fils de Dieu », mais, dit M. Loisy, « en tant que le titre de Fils de Dieu appartient exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie ; il appartient à Jésus... comme à l'unique agent du royaume céleste.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn191 [191]] « La divinité de Jésus est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie Fils de Dieu. » Et suivant M. Loisy toujours, le passage de l'idée de Jésus-Messie à celle de Jésus vrai Dieu, serait l'œuvre de saint Paul, de saint Jean et des conciles de Nicée, d'Éphèse et de Chalcédoine. Ainsi, dans la théorie moderniste comme dans la théorie rationaliste, ce sont les disciples du Christ, c'est l'Église qui a regardé Jésus comme Dieu, sans qu'il se fût jamais déclaré tel, et sans qu'il eût jamais élevé la prétention d'être autre chose que le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''235. — 2° Thèse'''. — ''Jésus s'est donné four le Fils de Dieu, dans le sens strict du mot, soit explicitement par ses paroles, soit implicitement par sa manière d'agir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarques préliminaires. ''— 1. Il importe, avant tout, de bien comprendre le sens du problème que nous avons à résoudre. Nos adversaires prétendent que Jésus n'est pas Dieu, qu'il n'a jamais énoncé l'idée sacrilège qu'il fût Dieu, et que le titre de Fils de Dieu qu'il se donne, est l'équivalent de celui de Messie. La question qui se pose donc est de savoir si Jésus s'est vraiment déclaré Fils de Dieu dans un sens qui ne se confond pas avec le titre de Messie. En d'autres termes, le ''dogme catholique ''qui enseigne que Notre -Seigneur est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, a-t-il sa ''racine ''et ''son fondement dans l’affirmation de Jésus ; ''découle-t-il de ce que Jésus a dit de sa personne et de sa nature, ou bien n'est-il que l'expression de ce que Jésus était, depuis le commencement, pour la conscience chrétienne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les limites de la question étant ainsi tracées, il apparaît avec évidence que notre proposition ne peut être démontrée que par ''l'affirmation personnelle de Jésus. ''Invoquer le ''témoignage des Apôtres ''ou de l'Église, comme le font certains apologistes, c'est ''prêter des armes à l'adversaire, ''— rationalistes et modernistes, — dont la tactique consiste précisément à dire que Jésus n'a jamais voulu se faire passer pour Dieu, qu'il n'a été Dieu que vis-à-vis de la conscience chrétienne, autrement dit, qu'il n'a été Dieu que parce que ses disciples et les premiers chrétiens se sont figuré qu'il l'était, sans que lui-même l'eût dit. Encore une fois, la seule preuve de la divinité de Jésus, c'est son ''affirmation personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Comme les adversaires refusent, en général, toute valeur historique, à l'Évangile de saint Jean, nous distinguerons les témoignages tirés de saint Jean de ceux qui se trouvent dans les Synoptiques, et nous appuierons plus particulièrement sur ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Évidemment nous ne prétendons pas que le dogme de la divinité du Christ se retrouve dans l'enseignement de Jésus, formulé dans les termes mêmes par lesquels l'Église l'a défini. Ce que nous soutenons seulement, c'est que le dogme est ''en germe ''et ''quant à la substance, ''dans les Évangiles, que nous pouvons en reconnaître les linéaments, non seulement dans l'Évangile de saint Jean dont le but était de mettre en lumière la divinité de Jésus-Christ, mais même chez les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
236. — A. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DE SAINT JEAN. ''— Laissant de côté les passages, tels que le Prologue, où l'Évangéliste expose ses idées personnelles sur la nature du Messie, nous citerons rapidement les textes principaux qui contiennent un enseignement de Jésus sur sa personne et sur ses rapports avec Dieu le Père. — ''a) ''Dans ''sa rencontre avec Nicodème, ''Jésus déclare que « Dieu a aimé le monde au point de donner son ''Fils unique ''» (''Jean, ''iii, 16). — ''b) ''Au chapitre v (16, 18) il est rapporté que Jésus, ayant guéri un paralytique le jour du sabbat, fut poursuivi par les Juifs, et que « ceux-ci cherchaient à le faire mourir, parce que, non seulement il profanait le sabbat, mais il appelait Dieu ''son propre père, ''se faisant ''l'égal ''de Dieu». — c'') ''Discutant un jour avec les Pharisiens, il pose en principe que les hommes ne peuvent avoir la ''connaissance du Père que par l'intermédiaire du Fils : ''« Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, leur dit-il ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père» ''(Jean, ''viii, 19). Si le Père et le Fils sont seuls à se connaître réciproquement, c'est qu'ils sont de même nature et de même dignité. — ''d) ''Jésus va plus loin : il ne craint pas de ''s'identifier avec son Père : ''aux Juifs qui lui posaient cette question : « Si tu es le Christ, dis-nous-le ouvertement, Jésus répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent pour moi... ''Moi et le Père nous sommes un. ''» Et les Juifs comprirent si bien quel titre Jésus revendiquait par là, qu'ils prirent des pierres pour le lapider ''(Jean, ''x, 23-31). — ''e) ''Ces deux idées, — que la connaissance du Père ne s'acquiert que par le Fils, et que le Fils se confond avec le Père, — reviennent dans la bouche de Jésus, lors de son dernier entretien avec ses Apôtres. Saint Thomas lui demandait d'indiquer le chemin qui conduit au séjour où est le Père. Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi. Si vous m'aviez connu, vous connaîtriez aussi le Père. » Et comme Philippe interrompt Jésus pour le prier de leur montrer le Père, Jésus répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu, a vu le Père, comment dis-tu : montre-nous le Père? Tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » ''(Jean, ''xiv, 5,10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les déclarations de Jésus sur sa nature, sur son union substantielle avec le Père sont donc bien claires dans le quatrième Évangile, mais il n'est pas besoin d'insister, puisque aussi bien nos adversaires ne discutent pas le sens de ces textes et ne rejettent que l'autorité historique du livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
237. — B. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DES SYNOPTIQUES. — ''L'affirmation de Jésus sur sa qualité divine ne se présente pas dans les Synoptiques avec le même caractère de netteté que dans l'Évangile de saint Jean ; mais il est possible cependant d'en retrouver ''l'équivalent ''dans les ''paroles ''et dans les ''actes ''du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Dans ses paroles. ''— 1. Il est incontestable que le titre de « Fils de Dieu » est un de ceux que Jésus se donne parfois ou qu'il accepte de la part de ses interlocuteurs et de ses adversaires. Nous avons vu précédemment que Pierre le proclame le « Christ, le ''Fils du Dieu vivant « ''( ''Mat., ''xvi, 16), et que devant le Sanhédrin, lorsque le grand-prêtre l'adjure de dire s'il est « le Christ, le ''Fils de Dieu», ''il répond affirmativement. La question revient dès lors à savoir quel sens cette appellation a dans la bouche de Jésus. Sans nul doute, le titre de Fils de Dieu est une expression courante dans la Sainte Écriture. C'est de ce nom que Dieu lui-même désigne le peuple d'Israël : « Ainsi parle Jéhovah : Israël est ''mon fils, ''mon premier né» ''(Exode, ''iv, 22). « Le juste est fils de Dieu» est-il dit dans la ''Sagesse ''(II, 18). L'on peut même aller plus loin et prétendre que, à un certain point de vue et sous le rapport de la création, tout homme est fils de Dieu. Que Jésus ne se soit pas donné ce titre dans un sens aussi large, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. Mais faut-il admettre, avec les rationalistes et les modernistes, que le titre de Fils de Dieu ne dépasse pas celui de Messie? Il De semble pas, car, même en laissant de côté la confession de Pierre et son affirmation solennelle devant le Sanhédrin où il marque nettement que sa filiation divine lui confère les mêmes droits que son Père, entre autres, celui d'être un jour le grand juge de l'humanité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn192 [192]], il y a d autres manières de dire de Notre-Seigneur qui indiquent bien que ses relations avec le Père sont d'un ordre unique. Ainsi, qu'il parle de Dieu avec ses disciples, il dit : « ''mon ''Père », « ''votre ''Père », jamais il ne dit « ''notre ''Père ». Le Notre Père qu'il enseigne à ses disciples ne fait même pas exception, car la prière est censée sortir de la bouche de ses disciples et non de la sienne ; ainsi il dit encore à propos du jugement dernier : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de ''mon ''Père ; prenez possession du royaume qui ''vous ''a été préparé dès la fondation du monde... ''(Mat., ''xxv, 34); et à l'institution de l'Eucharistie, il fait ses adieux à ses disciples par ces mots : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec ''vous ''dans le royaume de ''mon ''Père » ( ''Mat., ''xxvi, 29). Ce soin que met Jésus, d'ailleurs si humble, à ne pas se confondre avec ses disciples, à se séparer d'eux sur la question des rapports avec Dieu, n'est-il pas une preuve suffisante que sa filiation est transcendante et d'un ordre unique? — 2. Dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, Jésus déclare, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jean, que la ''connaissance du Père ''ne se fait que par ''l'intermédiaire du Fils : ''« Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils» (''Mat., ''xi, 27). — 3. Le témoignage le plus suggestif de Jésus sur sa filiation divine est assurément la parabole des ''vignerons homicides. ''La voici, telle que la rapporte ''saint Matthieu ''(xxi, 33, 39) : « Un père de famille planta une vigne, il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour de garde et il la loua à des vignerons et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent un troisième. Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; et ils leur firent de même. Finalement il leur envoya son fils, en disant : Ils respecteront ''mon ''fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici ''l'héritier ; ''venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent... » Le sens de cette parabole est transparent. Elle contient en raccourci l'histoire des relations d'Israël avec son Dieu. Les serviteurs qui viennent percevoir le fruit de la vigne, ce sont les prophètes que Jéhovah envoie à son peuple élu et que celui-ci reçoit mal. Le ''Fils unique ''que le Père envoie en dernier lieu, l'héritier qui subit le même sort, c'est évidemment Jésus. — 4. Nous avons encore comme dernier témoignage, — celui-là, il est vrai, après sa résurrection, — la ''formule solennelle du Baptême ''où le Fils apparaît entre les noms du Père et du Saint-Esprit, associé à eux dans une Trinité mystérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Dans ses actes. ''— Plus encore que ses paroles, la manière d'agir de Jésus rend témoignage de sa divinité. — 1. Jésus ''s'attribue les perfections, divines : ''impeccabilité, .éternité, ubiquité... — 2. Il ''revendique les droits divins : ''il demande de ses disciples la foi, l'obéissance et l'amour, même jusqu'au sacrifice de la vie : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi» ''(Mat., ''x, 32, 37). Il accepte des hommages qui ne sont rendus qu'à la divinité, il souffre qu'on se prosterne devant lui et qu'on l'adore : c'est dans cette humble attitude que le lépreux au pied du mont des Béatitudes ''(Mat., ''VIII, 2), que le possédé de Gérasa ''(Marc, ''V, 6) implorent leur guérison ; Jaïre, un chef de la Synagogue, se prosterne également devant Jésus pour le prier de rendre la vie à sa fille qui vient de mourir ''(Mat, ''ix, 18). Nous voyons, au contraire, les Apôtres agir tout différemment dans les mêmes circonstances. Lorsque saint Pierre se rend auprès de Corneille, celui-ci « tombant à ses pieds se prosterne. Mais Pierre le releva en disant : « Lève--toi, moi aussi je suis un homme» ''(Actes, ''x, 25, 26). De même, Paul et Barnabé, après avoir guéri un boiteux, se dérobent aux honneurs qu'on veut leur rendre ''(Actes, ''xiv, 10-17). L'attitude de Notre-Seigneur est donc- d'autant plus significative qu'elle contraste avec celle de ses Apôtres. — 3. Il ''s'arroge les pouvoirs divins. ''Nous avons vu déjà qu'il se ''met au-dessus de la Loi, ''qu'il traite sur le pied d'égalité avec le divin Législateur du Sinaï. Il interprète et modifie, comme il l'entend, les préceptes du Décalogue, et il le fait avec une autorité souveraine : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... ''Et moi je vous dis...», ''répète-t-il plusieurs fois ''(Mat., ''v, 22, 28, 32, 34, 39, 44). Nous avons vu encore qu'il ''remet les péchés : ''privilège exclusivement réservé à Dieu, et pour montrer qu'il n'usurpe pas un pouvoir qui ne lui appartient pas, il opère aussitôt un miracle. Il annonce qu'il sera un jour le ''juge suprême de l'humanité, ''qu'il ''enverra à ses Apôtres l'Esprit Saint. ''Il ''accomplit ''surtout de ''nombreux prodiges, ''si bien qu'on croit qu'une vertu divine sort de lui : il commande en maître à la nature, il chasse les démons, il guérit les malades, ressuscite les morts, et le tout sans faire appel à une puissance étrangère. Il ''agit en son propre nom, ''et qui plus est, il confère à ses disciples la puissance qu'il détient sans limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Qu'il s'agisse donc de ses déclarations ou de ses actes, Jésus se présente uni à Dieu d'une manière si étroite ; il revendique une telle participation aux pouvoirs et aux privilèges de Dieu que ses prétentions seraient vraiment incompréhensibles, s'il était étranger à la nature divine. Pour ''parler ainsi, ''pour ''agir ainsi, ''il fallait qu'il eût pleine conscience que Dieu était en lui, non pas seulement par sa puissance et sa vertu, mais par sa nature et son essence ; en un mot, ''il fallait qu'il fût Dieu. ''Nous pouvons conclure par conséquent, même à n'écouter que le témoignage des Synoptiques, que la Divinité de Jésus-Christ repose sur une base solide, et qu'il n'y a pas solution de continuité entre le fait historique et son interprétation, entre l'affirmation de Jésus et le dogme défini par l'Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Valeur du double témoignage de Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
238. — Dans les deux articles qui précèdent, nous avons recueilli le témoignage de Jésus sur sa personne. Nous avons vu qu'il s'était affirmé Messie, Fils de Dieu. Cela ne suffit pas, car il est évident qu'un ''témoignage ne vaut que ce que vaut le témoin. ''Or trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s'illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. Donc, ou imposteur, ou illusionné, ou véridique, telles sont les trois alternatives entre lesquelles il faut choisir. Nous prouverons qu'il faut écarter les deux premières et retenir la troisième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Jésus n'était pas un imposteur'''. — Jésus a-t-il trompé? Lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie, File de Dieu, Jésus avait-il conscience de ne pas être ce qu'il disait être? Mentait-il? Les critiques contemporains sont trop pénétrés de la grandeur morale du Christ pour s'arrêter à une hypothèse aussi injurieuse. Tous reconnaissent que la ''loyauté ''et ''l'humilité ''de Jésus le mettent au-dessus de tout soupçon. — ''a) Sa loyauté. ''S'il est, en effet, une qualité à laquelle Jésus attache le plus grand prix, c'est bien la franchise, au point qu'on a pu le trouver dur pour ceux qui ne l'ont pas, pour ceux dont l'extérieur est en désaccord avec l'intérieur, dont les paroles ne traduisent pas les sentiments de l'âme, disons le mot, pour les hypocrites. Personne n'a flagellé ce vice plus que lui, et n'a dénoncé avec tant de véhémence la souillure du dedans qui se cache sous la propreté du dehors : « Malheur à vous ! dit-il aux scribes et aux pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de mort et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » ''(Mat., ''xxiii, 27, 28). Et Jésus professe un amour tel de la droiture, il veut l'inculquer si profondément dans l'âme de ses disciples qu'il leur défend le serment, devenu désormais inutile, en raison de la confiance réciproque que chacun doit avoir dans la parole de son semblable. « Moi je vous dis de ne point jurer du tout... Que votre parole soit oui, oui, non, non» ''(Mat., ''v, 34, 37). — b) ''Son humilité. ''Supposer que Jésus voulut se faire passer pour le Messie et le Fils de Dieu, alors qu'il aurait eu conscience de ne pas l'être, c'est l'accuser d'un orgueil extravagant, dont il doit être facile de retrouver d'autres traces dans les Évangiles. Or qu'on lise ceux-ci avec attention, et l'on sera frappé, au contraire, de l'insistance que Jésus met à prêcher l'humilité par le discours et par l'exemple. Il n'est pas moins dur pour l'orgueil que pour l'hypocrisie,: il cingle de ses traits acérés qui recherchent partout les premières places, qui se laissent guider dans leurs actes par l'ostentation et le désir de paraître. Les Scribes et les Pharisiens, dit-il à ses disciples, « font toutes leurs actions pour être vus des hommes... Ils aiment la première place dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et à s'entendre appeler par les hommes Rabbi. » (''Mat., ''xxiii, 6-7). « Gardez-vous, dit-il ailleurs à ceux qui veulent être ses disciples, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux... Quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes.» ''(Mat., ''vi, 1, 2). Une autre fois il présente le modèle du publicain contrit et humilié devant Dieu ''(Luc, ''xviii, 9, 14). Lui-même déclare qu'il est venu pour servir et non pour être servi. I1 se dérobe à l'enthousiasme des foules qui veulent le proclamer roi. Or une telle conduite est incompatible avec l'excès d'orgueil qui l'aurait poussé à se dire le Messie, le Fils de Dieu, le futur Juge de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne faisons appel ici qu'à deux vertus du Christ qui s'opposent plus directement à l'hypocrisie et à l'orgueil présupposés nécessairement par l'hypothèse qui veut faire passer Jésus pour un imposteur. Nous pourrions invoquer toutes ses autres vertus, sa personne morale tout entière, sa sainteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn193 [193]] incomparable qui ne connaît pas la moindre défaillance, mais à quoi bon insister, puisque aussi bien on ne prend plus au sérieux les railleries de Voltaire et des ''Encyclopédistes ''qui regardaient Jésus comme un fourbe et les Apôtres, comme des faussaires qui auraient inventé les miracles de l'Évangile dans le but de faire adorer leur Maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''239. — 2° Jésus n'est pas un illusionné'''. — Jésus n'a pas voulu tromper mais il a ''pu se tromper. ''Il a pu se faire illusion sur sa personne et tromper sans le vouloir. C'est à cette seconde hypothèse que se rallient, de nos jours, les adversaires de la divinité du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant de ce principe a priori que le surnaturel n'existe pas et qu'il n'y a pas d'Envoyé divin, les ''rationalistes ''modernes concluent que Jésus a été victime de l'illusion et qu'il est une sorte d'halluciné. Nous avons eu l'occasion déjà (N° 234) de signaler comment le plus habile d'entre eux décrit les états d'âme par lesquels le Sauveur serait soi-disant passé pour arriver à la conscience de sa messianité. Au point de départ, il suppose « la conviction profonde» que Jésus avait « de son union intime avec Dieu », union telle qu'il « se croyait avec Dieu dans les relations d'un fils avec son père, bien plus, qu'il se croyait, à un degré unique et incomparablement au-dessus des autres hommes, le Fils de Dieu. » « Dieu est en lui, il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit Fils de Dieu. » Et alors convaincu qu'il était le « Fils de Dieu, Jésus se sentit aussitôt la mission de faire participer tous les hommes à sa filiation divine, en leur apprenant à connaître Dieu comme leur Père et à recourir à lui comme des fils. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn194 [194]] A partir de ce jour, où il « se proposa de créer un état nouveau de l'humanité», où son « idée fondamentale» fut « l'établissement du royaume de Dieu», Jésus accepte le rôle de Messie. Et comme tout aussitôt il se heurta à l'opposition violente des pharisiens, il comprit qu'avant d'être le Messie triomphant et d'être appelé à la fonction glorieuse de Juge suprême de l'humanité, il devait passer par la souffrance et la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément cette psychologie de l'âme de Jésus ne manque pas de savoir-faire, mais les conceptions de Renan sont plus ingénieuses que solides. Nulle part, en effet, dans les Évangiles, on ne découvre les traces d'une pareille évolution dans les idées de Jésus. C'est à partir du premier instant de sa vie publique, qu'il a conscience d'être le Messie, et ''s'il y a évolution, ''ce n'est pas dans la ''pensée ''de Jésus, mais dans la ''manière de l'exprimer, ''ou plutôt, la foi de Jésus en sa mission reste à chaque instant la même ; c qui se développe et progresse, c'est la conviction qui se fait dans l'âme de ses disciples et de ses auditeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais écoutons, pour répondre à Renan, un des représentants les plus fameux du protestantisme libéral en France : « Jésus, écrit M. Stapfer, s'est dit Messie. Cela est prouvé, cela est certain. Comment en est-il arrivé là? Y a-t-il eu folie, oui ou non? Telle est, nous semble-t-il, la seule alternative qui se pose désormais entre les croyants et les non-croyants. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn195 [195]] « Renan a dit : Jésus, enivré par le succès, s'est cru le Messie. Il était sain d'esprit au commencement de son ministère, il ne l'était plus à la fin, et son histoire, telle que la raconte Renan, est, malgré les ménagements qu'il y apporte, l'histoire de la surexcitation croissante d'un homme qui a commencé par le bon sens, la clairvoyance, la santé morale d'un noble et beau génie, et qui a fini par une exaltation maladive voisine de la démence. Le mot folie n'a pas été écrit par Renan, mais la pensée se trouve exprimée à chaque page. Eh bien, les faits s'opposent à cette explication. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn196 [196]] « Ce qui frappe au contraire» en Jésus, « plus on l'étudié de près, c'est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son absence complète d'illusion . » IL est extrêmement remarquable que la foi de Jésus en lui-même et en son œuvre reste absolument identique à elle-même Cette confiance inébranlable de Jésus en son œuvre, en son Père et en lui-même est certainement surnaturelle... Il y a dans cette assurance qu'aucun événement extérieur ne trouble, une preuve d'une force énorme de la nature divine de Jésus . » (E. Stapfer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de l'aveu de ceux-là mêmes qui rejettent le dogme catholique de la divinité de Jésus-Christ, l'on ne saurait prétendre que Jésus se soit illusionné à ce point sur son propre compte, sans recourir à l'hypothèse de la folie, qu'on prononce le mot, ou qu'on le remplace par d'autres équivalents tels que l'exaltation mystique, l'hallucination ou le déséquilibre Mais alors comment expliquer ce désordre mental avec l'élévation d'esprit, avec l'intelligence profonde et lucide qui se manifestent partout dans les discours et les entretiens de Jésus? Comment ce déséquilibré peut-il être l'auteur d'une doctrine religieuse qui dépasse les plus hautes conceptions des philosophes anciens, et d'une morale qui est devenue l'idéal de l'humanité? Non, vraiment, ''un fou n'a pas tant de sagesse. ''Jamais un déséquilibré n'aurait accompli une œuvre aussi grandiose, créé un mouvement d'âmes aussi intense, et exercé une influence aussi considérable sur le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Dès lors, la conclusion s'impose, Jésus n'est ni un imposteur ni un dément. Il n'a pas trompé et il ne s'est pas trompé. Son affirmation doit donc être retenue. S'il a dit qu'il était le Messie, Fils de Dieu, c'est qu'il l'était.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Letouzey) ; ''Christologie ; Les théories de M. Loisy ''(Beauchesne). — Batiffol, ''L'enseignement de Jésus ''(Bloud). — De Grandmaison, art. ''Jésus-Christ ''(Dict. d'Alès). — Rosé, ''Études sur les Évangiles ''(Bloud). — Frémont, ''Lettres à l'abbé Loisy ''(Bloud). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Mangenot, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Bloud). — F. Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Réalisation en Jésus des prophéties messianiques. ===&lt;br /&gt;
=== DÉVELOPPEMENT ===&lt;br /&gt;
'''L'argument prophétique.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
240.— ''Préliminaire. — ''Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Jésus s'était donné pour ''le Messie prédit par les prophètes. ''Quelque de foi que puisse être la parole d'un homme que recommandent par ailleurs la sainteté de sa vie et la sublimité de sa doctrine, il n'en reste pas moins qu'une telle affirmation demande à être contrôlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus est ''un ''Envoyé divin, il doit nous apporter des marques non équivoques de sa mission divine, telles que prophéties et miracles. Mais, avant tout, si Jésus est ''l'Envoyé divin annoncé par les prophètes, ''il doit réaliser dans sa personne et dans son œuvre les prophéties faites à son sujet ; il faut qu'il y ait relation étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament, que l'un s'explique par l'autre, que le second confirme le premier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''241. — 1° Adversaires'''. — L'argument tiré des prophéties a deux sortes d'adversaires. Les uns nient ''l'existence ''même des prophéties. Les autres en contestent la ''réalisation en Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. A LA PREMIÈRE CATÉGORIE ''appartiennent les ''rationalistes ''et les ''protestants libéraux ''qui prétendent que le Messie n'a pas été prédit et que les prophéties alléguées ne sont ni des ''prophéties, ''ni des prophéties ''messianiques. ''D'après M. J. Réville, les passages de l'Ancien Testament « où l'on se plaisait à voir des prédictions surnaturelles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn197 [197]] ont été mal interprétés par les prédicateurs et les théologiens. Pas plus que les sibylles et les devins, les prophètes n'ont eu le privilège de connaître et d'annoncer les secrets de l'avenir. Ce qui ne les empêche pas, suivant Sabatier, d'avoir été des hommes d'une valeur incomparable ; et si leurs ''prédictions ''sont inexistantes ou sans valeur, leur ''prédication ''les place bien au-dessus de leurs contemporains, et à ce titre, ils sont des hommes providentiels qui ont eu une idée plus pure et plus haute de Dieu et de la loi morale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn198 [198]]. Comme on le voit, les rationalistes et les protestants libéraux veulent bien reconnaître la grandeur morale des prophètes, ils veulent bien les mettre au premier rang parmi leurs contemporains, mais c'est pour mieux refuser tout caractère surnaturel à leur œuvre et à leur parole. Donc, prédicateurs hors de pair, mais non prophètes au sens strict du mot, voilà tout ce que l'on peut dire d'eux. D'où il suit que l'argument prophétique, tel qu'il nous a été transmis par l'apologétique traditionnelle, est dénué de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DANS LA SECONDE CATÉGORIE ''d'adversaires il faut ranger les ''Juifs ''qui, tout en reconnaissant l'existence des prophéties messianiques, n'admettent pas qu'elles se soient réalisées en Jésus. Pour prétendre le contraire, il faudrait, selon eux, détourner les prophéties de leur sens naturel et les interpréter en dehors de leur contexte. C'est pourquoi — et c'est encore Sabatier qui nous le dit — « les Juifs, d'après leur exégèse, ont bien pu ne pas voir dans Jésus de Nazareth le Messie qu'ils attendaient, puisqu'ils n'auraient pu croire eu lui qu'en renonçant aux espérances politiques et nationales que leurs livres leur avaient données. Il est permis de dire que les prophéties messianiques, en tant qu'elles ont un sens historique et grammatical, n'ont jamais été accomplies, et qu'elles n'ont paru l'être dans la vie, l'enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que certainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient prononcées tout d'abord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn199 [199]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''242. — 2° Argument'''. — L’''argument prophétique ''peut se formuler dans le syllogisme suivant : IL existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent, qui décrivent à l'avance la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie. Or ces prophéties se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et l'''œuvre de Jésus. ''Donc Jésus est le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’argument comprend donc deux points à établir : — 1. ''l'existence ''des prophéties messianiques ; — 2. leur ''réalisation en Jésus. ''Si nous parvenons à démontrer ces deux points qui forment la majeure et la mineure du syllogisme, nous aurons répondu, par le fait, aux deux classes d'adversaires que nous avons devant nous. Nous tâcherons de le faire dans les deux articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''REMARQUES. ''— 1. Auparavant, il convient de rappeler, — comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — que, à la rigueur, la démonstration chrétienne peut se faire en dehors de l'argument prophétique. N'y eût-il eu aucune prophétie, Jésus n'en apparaîtrait pas moins « ''Envoyé de Dieu ''», du moment qu'on peut établir qu'il a fait de nombreux et incontestables miracles, qu'il a réuni dans sa personne toutes les qualités qui conviennent à un envoyé céleste et que sa doctrine et sa morale portent bien les marques d'une origine surnaturelle. Moïse, le fondateur de la religion qui porte son nom, n'a été annoncé par aucune prophétie ; et cependant sa mission divine ressort très clairement des multiples prodiges qu'il accomplit et de la transcendance de sa doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Néanmoins, l'argument prophétique a une valeur de premier ordre pour une double raison : — 1) Tout d'abord il est indiscutable que ''le fait d'avoir été prédit ''d'une manière claire et formelle, ajoute un nouveau poids aux autres preuves qui attestent que Jésus est un Envoyé de Dieu. — 2) D'autre part, l'argument prophétique ''remonte aux origines du christianisme. ''L'on peut même dire que, aux yeux des Juifs, il était l'argument capital. Jésus, le premier, s'appuie très souvent sur cet argument pour prouver sa mission. Il y revient d'autant plus, que les Juifs, — les Apôtres y compris, — s'étaient surtout arrêtés aux prophéties de l'Ancien Testament qui concernaient la gloire du Messie saris prendre garde à celles qui prédisaient ses humiliations et ses souffrances. Il lui fallait donc redresser les fausses conceptions de ses contemporains : travail souvent infructueux et long, si long que nous l'entendons, au matin de sa Résurrection, reprocher aux deux disciples qui allaient à Emmaüs, de ne pas saisir encore le sens des prophéties : « O insensés, leur dit-il, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » ''(Luc, ''xxiv, 25, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I- — Existence des prophéties messianiques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de démontrer qu'il y a eu des prophéties et des prophéties messianiques, il convient de donner quelques notions générales sur les prophètes. Cet article comprendra donc deux paragraphes : 1° ''Notions générales sur les Prophètes. ''2° ''Le fait des prophéties messianiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions générales sur les Prophètes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn200 [200]]. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''243. — 1°''' '''Définition. '''— Étymologiquement, le mot prophète (du grec « ''prophètes''» interprète; celui qui prévoit l'avenir) désigne en grec soit un interprète des dieux, soit celui qui prédit l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dans le premier sens, ou ''sens large, ''le prophète, appelé ''nabi ''en hébreu, est donc un ''interprète. ''C'est ainsi que Moïse qui alléguait sa difficulté de parole pour se dérober à la charge redoutable que le Soigneur lui imposait, entendit Dieu lui répondre : « Aaron, ton frère, sera ton nabi» ''(Ex., ''iv, 16) ; autrement dit : Aaron parlera à ta place. — Dans la Bible, le mot ''prophète ''est encore employé pour désigner un homme qui chante les louanges de Dieu : il est dit, par exemple, de Saul, que dans ses accès de mélancolie, il prophétisait (c'est-à-dire ''chantait) ''dans sa maison, pendant que David jouait des instruments (I ''Sam., ''xviii, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Au ''sens strict, ''le prophète était un homme à qui Dieu révélait l'avenir, et donnait la mission de le communiquer aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, dans quelque sens qu'on entende le mot, le prophète était « l'interprète de Dieu, l'intermédiaire entre Dieu et son peuple ; il recevait les ordres du Seigneur et communiquait à la race d'Abraham le plan divin... Sa mission était double, l'une se rapportant au temps présent, l'autre à l'avenir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn201 [201]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''244. — 2°''' '''Le mode de la révélation prophétique. '''— Interprète de Dieu, le prophète recevait les communications divines de triple façon : par la parole, par des visions et par des songes : — ''a) par la parole. ''Il faut entendre par là, du moins ordinairement, non pas un langage articulé et sensible qui aurait frappé l'oreille du prophète, mais une voix qui résonnait au fond de son âme ; — b) ''par des visions. ''Dieu faisait-il passer devant les yeux du prophète des imagos matérielles et physiques, ou les faisait-il percevoir par son imagination, sans qu'elles fussent produites par aucune réalité extérieure, les deux hypothèses sont admissibles, quoique la seconde paraisse plus vraisemblable ; — ''c) par des songes. ''Cette sorte de manifestation divine, beaucoup plus rare que les autres, diffère de la seconde, en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe ne se produisait que pendant le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« IL faut remarquer d'ailleurs que, de quelque manière que fût communiquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de ''délire, ''à plus forte raison, de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux. Il savait donc toujours ce qu'il prophétisait »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn202 [202]], alors même qu'il ne saisissait pas entièrement la portée de ses prédictions et la manière dont elles se réalisaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''245. — 3°''' '''Les particularités du langage prophétique. '''— Les événements de l'avenir se présentent d'ordinaire à l'esprit des prophètes comme des faits présents, déjà réalisés : c'est là ce qui explique les particularités du langage prophétique. D'abord ''l'emploi très fréquent du prétérit ''au lieu du futur ; puis, tout au moins d'une manière générale, ''l'absence de toute chronologie : ''les faits ne sont pas annoncés nécessairement dans l'ordre de leur réalisation future ; les intervalles qui doivent les séparer ne sont pas indiqués. Le tableau de l'avenir s'offre à eux sans perspective : tout y est mis sur le même plan. Il a fallu généralement l'accomplissement des divins oracles pour que la séparation ait pu être opérée. Toutefois, quoique, d'une manière générale, Dieu ait jugé suffisant d'annoncer la fondation de son royaume sans en fixer la date et le mode de réalisation, il arrive parfois que les prophètes indiquent clairement l'époque des événements qu'ils prédisent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''246 — 4° Les prophètes de l'Ancien Testament.''' — A prendre comme points de comparaison l'étendue et l'importance de leur œuvre, les prophètes se divisent en deux classes : les ''grands ''et les ''petits ''prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Les premiers, au nombre de quatre, sont : Isaïe, Jérémie avec Baruch pour appendice, Ézéchiel et Daniel. — ''b) ''Les seconds, au ombre de douze, sont : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'ère prophétique s'ouvrit avec Abdias[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn203 [203]] au début du ixe siècle avant Jésus-Christ et fut close avec Malachie, vers l'an 435 : c'est donc une période de quatre siècles et demi qu'elle embrasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre les grands et les petits prophètes dont nous venons de citer les noms, il y eut dans l'Ancien Testament une longue suite d'hommes illustres qui méritent le nom de prophètes, entendu dans le sens large du mot, c'est-à-dire qui ont été soit auprès du peuple d'Israël, soit auprès de ses chefs, les représentants et les interprètes des volontés divines. Tels sont Moïse, le libérateur et le législateur du peuple hébreu ; Samuel qui détourna Israël des cultes de Baal et d'Astaroth ; Nathan sous le règne de David, et David lui-même ; Élie et Elisée qui, après le schisme d'Israël, furent chargés par Dieu de restaurer le vrai culte de Jahvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §  2.   —   Le fait des prophéties messianiques =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
247. — Est-il vrai, comme l'affirme la ''majeure ''de l'argument prophétique, qu'il existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie? Telle est la première question qui se pose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'étudier longuement les livres de l'Ancien Testament, et en particulier, les écrits des prophètes, pour constater qu'il règne dans toute l'histoire juive une grande pensée, une idée-maîtresse, ou comme on Fa dit, une idée-force, laquelle revient partout comme un invariable leitmotiv et tient une si grande place dans la vie et l'âme de la nation : cette idée c'est l’idée ''messianique. ''Mais que faut-il entendre par là? L'idée messianique comprend deux choses : — ''a) ''Elle est d'abord ''l'attente d'un royaume ''qui doit s'établir un jour, — par l'intermédiaire et sous la domination d'Israël, — groupant tous les peuples dans le culte du vrai Dieu, reconnu désormais et adoré partout comme le Maître de l'univers. — b) Elle est, en second lieu, ''l'attente d'un roi, ''— « Oint ou Messie » — chargé d'établir ce royaume universel, d'en être le roi terrestre et d'être un jour au ciel le roi des élus, le juge qui récompense les bons et précipite les méchants dans la géhenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, les prophéties ont un ''double objet. ''Elles concernent soit le ''royaume futur, ''soit le ''Roi ''qui instaurera et régira le royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''248. — 1° Prophéties concernant le royaume.''' — ''L'attente messianique ''concernant le ''futur royaume ''peut être envisagée au triple point de vue de son ''origine, ''de sa ''nature ''et du ''rôle joué far les prophètes ''dans la genèse de cette idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ORIGINE DE L'ESPÉRANCE MESSIANIQUE. ''— Le moindre examen des Livres sacrés indique qu'il ne faut pas en chercher d'autre que les ''révélations ''et les ''promesses divines. ''Celles-ci remontent aux origines de l'humanité. Adam et Eve avaient à peine commis leur péché de désobéissance que Dieu leur promettait un rédempteur ''(Gen., ''iii, 14, 15), Maintes fois Dieu renouvela ses promesses de bénédictions : plus spécialement il les adressa à Noé, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Voici, du reste, parmi ces promesses prophétiques, les deux plus solennelles et les plus précises : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans votre race, dit le Seigneur à ''Abraham, ''parce que vous avez obéi à ma voix. ''»(Gen., ''xxii, 18). « Le sceptre ne sortira pas de Juda, dit le prophète ''Jacob ''à son quatrième fils Juda, jusqu'à ce que vienne un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne ''l'Envoyé qui rassemblera les peuples. »(Gen., ''xlix, 8 et suiv.). Ainsi, des les premières heures de l'humanité, Dieu annonce déjà son ''plan, ''non pas certes en formules expresses qui marquent tous les détails de l'œuvre future, mais en paroles suffisamment claires pour faire comprendre au peuple juif qu'il a un grand rôle à jouer dans l'œuvre annoncée, pour découvrir à son regard de brillantes perspectives, des horizons lumineux et pour éveiller dans son âme de grandes espérances. A la lumière de ces promesses, il devient facile d'apercevoir dans les multiples péripéties de l'histoire juive, à la fois ''l'unité ''et la ''continuité du plan divin. ''Celui qui y regarde de près, constate sans difficulté que, si l'œuvre se prépare et se développe avec une mystérieuse lenteur, avec des moments d'interruption, ou tout au moins, de ralentissement, elle n'en poursuit pas moins la route avec un progrès indéfini. A travers les vicissitudes de fidélité, et de défection du peuple juif, l'on discerne toujours la volonté de Dieu de garder au sein d'une nation élue le ''monothéisme, ''appelé à devenir un jour la religion de toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''NATURE DE L'ATTENTE MESSIANIQUE. ''— On ne saurait contester qu'il se mêle dans l'idée messianique deux éléments tout à divers. L'établissement du futur royaume, du règne universel de Dieu, est lié dans la pensée juive au ''rétablissement de leur royaume terrestre. ''Cette espérance d'une restauration nationale est tellement ancrée dans tous les cœurs que, au moment de l'Ascension de leur Maître, les Apôtres lui posaient encore cette question ; « Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » ''(Actes, ''i, 6). Il y a cependant des oracles où le côté temporel de l'espérance messianique ne tient aucune, ou presque aucune place ''(Is., ''ii, 2, 5 ; xi, 1, 8 ; xlii, 1, 4 ; l, 4, ii ; lii, 13 ; liii, 12). De nombreuses prophéties décrivent la nature du futur royaume sous les traits d'une union intime entre Dieu et l'âme de chaque fidèle ''(Osée, ''ii, 19). D'autre part, le fait que les prophéties annoncent que tous les peuples participeront au royaume messianique, indique bien que tout ce qui constitue le particularisme juif dans le domaine religieux et politique, sera un jour abrogé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ROLE DES PBOPHÈTES[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn204 [204]]. Le rôle des prophètes, dans la genèse et le développement de l'espérance messianique, fut certainement dé tout premier plan. — 1. Ils ont d'abord été les ''défenseurs du monothéisme. ''A toutes les époques de l'histoire, et avant les prophètes proprement dits, Dieu suscite des hommes qui doivent être les interprètes de ses volontés et de ses desseins. C'est Moïse, le législateur d'Israël qui prêche le culte exclusif de Jahvé, Maître souverain, Seigneur juste et bon, miséricordieux à ceux qui l'aiment et gardent sa loi. C'est Samuel qui détourne les Hébreux des cultes idolâtriques de Baal et d'Astaroth. Ce sont, après le schisme d'Israël, Élie et Elisée qui chassent les fausses divinités et rétablissent le vrai culte. — 2. Ils ont annoncé que le monothéisme, qui constituait le dogme principal de la religion juive, ''s'étendrait à toutes les nations de l’univers. ''C'est Isaïe qui prédit que Jérusalem deviendra un jour le centre du vrai culte où « toutes les nations afflueront » ''(Is., ''ii, 2). C'est Jérémie qui ne craint pas de déclarer aux Juifs que la religion n'est pas seulement un pacte social entre Jahvé et Israël, mais encore une union intime entre Dieu et l'âme de chaque croyant, union intime qui convient aux étrangers, aux Gentils comme aux Juifs. C'est Ézéchiel, le plus grand des prophètes de la captivité, qui soutient la foi et l'espérance des Juifs malheureux et châtiés pour leurs crimes, mais non pas abandonnés de Dieu, et qui leur prédit la résurrection d'Israël. Ce sont les trois prophètes postexiliens : Aggée, Zamier et Malachie qui annoncent le futur royaume messianique ; c'est Malachie, en particulier, qui entrevoit un ordre de choses nouveau, et un nouveau sacrifice ( ''Mal. ''i, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, le ''rôle des prophètes ''au sujet du royaume à venir fut ''double. ''— Leur première mission fut de garder intacte chez le peuple juif la ''foi en un Dieu unique, ''et de maintenir l'adoration exclusive de Jahvé. — La seconde mission qui fut réservée, d'une manière plus spéciale, aux prophètes proprement dits, fut ''d'annoncer, ''pour un avenir plus ou moins rapproché, un ''ordre nouveau, ''une ''religion spirituelle ''qui ferait une plus large part au culte intérieur, une religion non plus nationale et restreinte au peuple juif, mais ''universelle, ''à laquelle tous les hommes seraient appelés, et qui serait ainsi comme le complément de l'antique religion juive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''249. — 2° Prophéties concernant la personne et l'œuvre du Messie. '''— Pour établir le royaume en question, Dieu enverra son représentant. Or les prophètes ne se contentent pas d'annoncer cet ''Envoyé ''ou ''Messie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn205 [205]] ; longtemps à l'avance ils en déterminent ''l'origine, ''la ''naissance, ''les ''fonctions ''et le ''mode ''dont il accomplira son œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Le Messie sera de la race d'Abraham ''(Gen. ''xii) et de la famille de David (II ''Sam., ''vii).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''SA NAISSANCE. ''— 1. La ''date. ''Le Messie ne viendra pas avant que le sceptre soit sorti de Juda ''(Gen., ''xlix, 10) : voilà déjà une indication très précieuse ; mais la célèbre prophétie de Daniel est autrement précise, puisqu'elle fixe l'époque de la venue du Christ, cinq siècles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn206 [206]] avant l'événement : « Depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, dit le prophète Daniel, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort» ''(Dan., ''ix, 25-26). Suivant les paroles du prophète Daniel qui tient son inspiration de l'ange Gabriel, le Messie sera mis à mort dans la semaine qui viendra lorsque sept semaines et soixante-deux semaines, c'est-à-dire soixante-neuf semaines (d'années), seront écoulées après le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem : ce qui nous donne le chiffre approximatif de 486 ans. Or en retranchant 33 ans, — âge probable du Christ à sa mort, — de 486, on obtient l'année 453 qui nous conduit en plein règne d'Artaxerxés Longuemain, auteur de l'édit permettant de rebâtir Jérusalem. — 2. ''Le lieu. ''Le Messie doit naître à ''Bethléem, ''d'après le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petite entre les mille de Juda ; de toi sortira celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine est dès le commencement; dès les jours de l'éternité. » ''(Michée, ''v, 2). — 3. ''Le caractère miraculeux de sa naissance : ''« Une vierge concevra, est-il dit dans Isaïe (vii, 14), et elle enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''SES FONCTIONS. — ''Le Messie exercera la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. Le Messie sera ''roi ; ''comme les autres rois, il sera appelé et sera, d'une manière plus éminente, le Fils de Dieu ''(Ps., ''ii, 7) ; mais sa royauté sera toute spirituelle ''(Is., ''xlix, 6) et pacifique ; il sera le « Prince de la paix » ''(Is., ''ix, 5). — 2. Le Messie sera ''prêtre. ''Ainsi le dépeint David dans un de ses psaumes (cx, 1-5). « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse ramper vos ennemis à vos pieds... Le Seigneur l'a juré, il ne se rétractera point : vous êtes ''prêtre ''pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Les anciens docteurs juifs ont reconnu dans ces paroles du Roi-prophète les traits du Messie. — 3. Le Messie sera ''prophète (Deut., ''xviii, 15 ; ''Is.,'' lxi, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''LE MODE DONT IL ACCOMPLIRA SON ŒUVRE. — ''Nous le trouvons décrit en entier dans la ''seconde partie d'Isaïe, ''dans ''quelques passages de Zacharie ''et dans ''quelques psaumes, ''en particulier le psaume xxi. Dans Isaïe, le Messie est représenté comme le ''serviteur de Dieu ''qui sauvera son peuple, non pas en écrasant ses ennemis, mais par son humble obéissance, par sa passion et sa mort ignominieuse : le chemin de la croix sera donc le chemin du salut. Avant de remporter la victoire et de consommer son œuvre de rédemption, le Messie subira toutes les humiliations : il sera trahi par l'un des siens ''(Ps., ''xl, 10), vendu pour trente pièces d'argent ''(Zach., ''xi, 12-13) ; il sera flagellé, rendu semblable à un lépreux, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple ''(Ps., ''xxi) ; on lui donnera le fiel en nourriture et le vinaigre en breuvage ''(Ps., ''lxviii). Il aura les pieds et les mains percés ; les soldats tireront ses habits au sort ''(Ps., ''xxi, 17,19); son cœur sera percé d'une lance ''(Zach., ''xii, 10). Mais les humiliations du Christ seront suivies de sa glorieuse ''résurrection ''et de son ''ascension ; ''son corps ne sera pas livré à la corruption ''(Ps., ''xv, 10) ; il ressuscitera le troisième jour ''(Osée, ''vi, 3). Puis triomphant il s'élèvera de la montagne des Oliviers ''(Zach., ''xiv, 4) et ira s'asseoir à la droite de Dieu (Ps., cix, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, la vie de Jésus est déjà écrite, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Les circonstances en sont si bien marquées qu'il sera facile de constater si le Messie attendu en réalise toutes les conditions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Réalisation des prophéties messianiques en Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
250. — Or les ''prophéties messianiques, ''dit la mineure de l'argument prophétique, se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et dans ''l’œuvre de Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La personne de Jésus a réalisé les prophéties messianiques'''. — Jésus est-il bien l’''Envoyé ''annoncé par les prophètes pour fonder le royaume attendu ? A-t-il réalisé dans sa ''personne ''tous les traits marqués par les prophètes au point de vue de ''l'origine, ''de la ''naissance, ''des ''fonctions ''et de la ''manière ''dont l'œuvre messianique devait être accomplie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Jésus est de la race d'Abraham ; il appartient à la famille de David, comme le prouvent les tableaux généalogiques de saint Matthieu et dé saint Luc, les exclamations des infirmes qui implorent son assistance : « Ayez pitié de nous, ''fils de David ''»( ''Mat., ''ix, 27), et les acclamations de la foule le jour des Rameaux : « Hosanna au fils de David» ''(Mat., ''xxi, 9, 15). — B. ''SA NAISSANCE. — ''Jésus est né : — 1. au ''temps ''marqué par les prophètes, alors que la Judée était tombée sous la domination romaine et que le sceptre était par conséquent sorti de Juda ; — 2. au ''lieu ''indiqué et de la ''manière ''prédite ''(Luc, ''i, 34 ; ii, 1, 7). — C. ''SES FONCTIONS. ''— Jésus a exercé la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. de ''roi. ''Devant Pilate, il a affirmé qu'il était roi, mais que sa royauté n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 37), qu'elle était spirituelle et devait s'établir, non par la force des armes, mais par la persuasion des cœurs ''(Mat., ''xviii, 18) ; — 2. de ''prêtre. ''Jésus s'offrit lui-même volontairement en sacrifice sur l'arbre de la croix, et il a voulu que ce sacrifice de son corps et de son sang se renouvelât jusqu'à la fin des siècles ; — 3. de ''prophète. ''Jésus a prédit l'avenir, comme nous aurons l'occasion de le dire plus loin (Nos 255 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''MANIÈRE DONT JÉSUS ACCOMPLIT L'ŒUVRE MES­SIANIQUE. ''— L'on connaît trop bien tous les détails de l'histoire de Jésus, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter : inutile donc de montrer que Jésus, par les humiliations de sa vie, par sa passion ignominieuse, par sa mort infâme sur la croix, a réalisé le programme tracé par les prophètes, en particulier par Isaïe et le Roi-prophète au psaume xxi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
251. — '''2° L'œuvre de Jésus a réalisé les prophéties messianiques.''' — Est-il vrai que Jésus a établi le ''royaume attendu ''et qu'il a ainsi réalisé l'espérance messianique? L'histoire est là pour nous attester que Jésus-Christ a vraiment fondé une religion dont les racines plongent dans le judaïsme, une religion qui peut être considérée comme la continuation et le perfectionnement de la religion mosaïque. Sans doute, il n'a pas établi le royaume temporel que les Juifs, avides de jouissances matérielles, avaient entrevu dans leurs rêves de grandeur terrestre, mais il a fondé le vrai royaume, celui où Dieu régnerait et étendrait sa domination spirituelle sur les âmes. Mais est-il vrai, se demandera-t-on peut-être, que celui-là même, le règne du vrai Dieu, se soit implanté de la ''manière ''que l'annonçaient les prophètes? Il semble bien qu'il ne soit pas difficile d'en faire la démonstration. — 1. Remarquons d'abord, que la diffusion du culte de Jahvé au milieu du monde, a eu ''Israël pour intermédiaire, ''comme il était prédit. Le christianisme n'a-t-il pas été propagé par douze fils d'Israël? Il est vrai que, pour accomplir leur œuvre, ils ont dû rompre avec de nombreuses exigences de l'Ancienne Loi. Pour rendre la religion chrétienne accessible à tous les peuples, ils ont dû se débarrasser des observances légales et attacher plus de prix au culte intérieur consistant dans le respect et surtout l'amour de Dieu. Mais précisément les prophètes leur avaient préparé la voie. Il en est, en effet, parmi eux, qui, dans leurs perspectives d'avenir, considèrent déjà comme secondaires les formes liturgiques du. judaïsme et qui renoncent aux objets les plus sacrés du culte israélite : c'est ainsi que Jérémie prévoit le jour où, non seulement il n'y aura plus d'arche d'alliance, mais où le temple de Jérusalem pourra disparaître comme celui de Silo ''(Jér., ''vii, 12, 15). — 2. Il est certain, d'autre part, que le monothéisme a depuis longtemps franchi les limites de la Judée, et il est permis de dire, sans exagération, que, si la religion chrétienne n'est pas devenue la religion de tout l'univers, elle est au moins ''répandue par tout l’univers ''et elle s'est implantée parmi les nations les plus civilisées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de conclure, nous avons à nous demander si ''les oracles ''qui annonçaient le Messie remplissent les ''conditions ''de la prophétie proprement dite (Nos 172 et 173). Étaient-ils la prévision certaine et l'annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles? Il est facile de démontrer que les oracles messianiques avaient les caractères requis pour être de véritables prophéties. — ''a) ''Ils étaient d'abord des ''prédictions certaines, ''et non conjecturales. La preuve en est que l'attente messianique était générale, comme en témoignent les Évangiles et même les auteurs profanes : juifs et païens. — ''b) ''Ils étaient l'annonce de ''choses futures. ''Il est certain que les livres prophétiques existaient plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, puisqu'ils se trouvent dans la version alexandrine des Septante commencée au IIIe siècle et terminée vers 130 avant Jésus Christ. Même les rationalistes qui contestent l'authenticité de la seconde partie d'Isaïe et reportent la prophétie de Daniel beaucoup plus tard, ne mettent pas en doute l'existence des livres prophétiques avant l'avènement de Jésus, et ils admettent que, du moins dans l'ensemble, ils ont été composés entre le IXe et le Ve siècle avant Notre-Seigneur. Les prophéties n'ont donc pas été forgées après coup. — 3. Ils étaient l'annonce de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles. ''Qu'il s'agisse du règne de Dieu lui-même ou du Roi qui devait en être le fondateur, aucune cause naturelle ne pouvait les faire entrevoir cinq siècles à l'avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Il est donc permis de conclure : — 1. qu'il y a dans l'Ancien Testament de ''véritables prophéties messianiques ; ''et — 2. que Jésus les a ''réalisées ''dans sa ''personne ''et dans son ''œuvre, ''si bien qu'on peut accepter cet adage connu de l'École :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Novum Testamentum in Veteri latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Vetus Testamentum in Novo latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bien vrai que le Nouveau Testament se trouve déjà en germe dans l'Ancien, et que l'Ancien à son tour ne s'explique que par le Nouveau.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn207 [207]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''252. — Objections'''. — 1° Certains rationalistes (Kuenen, Darmesteter, J. Réville, Loisy) font appel à la ''doctrine de l'évolution ''pour dépouiller les prophéties de tout ''caractère surnaturel. ''Dans leur hypothèse, les prédictions dont nous avons parlé, s'expliqueraient par une ''évolution de la pensée ''dont ils marquent les différentes phases, à peu près comme il suit. A la première étape, ils signalent l’''apparition soudaine du prophétisme, ''sortant d'une cause inconsciente, et se manifestant comme Un phénomène nouveau dans l'histoire d'Israël. Hommes transcendants, les prophètes parvinrent, par la supériorité de leur esprit, à la conception du monothéisme le plus pur, c'est-à-dire à la notion d'un Dieu unique, créateur et maître du monde. De là à reporter ces attributs sur leur Dieu à eux, sur Jéhovah, il n'y avait qu'un pas. Concevant donc leur Dieu comme le Dieu unique, créateur et maître du monde, ils passèrent facilement à cette idée que Jéhovah triompherait un jour partout, et qu'il serait adoré, non plus seulement dans le temple de Jérusalem, mais dans tout l'univers. Et puisque c'était leur Dieu qui devait triompher, il ne faut pas s'étonner que, par un développement normal de leur pensée, ils aient prédit que le soin d'établir le règne universel de Jéhovah reviendrait à Israël, et que, plus particulièrement, un descendant de la race de David serait chargé de cette mission. C'est ainsi, en flattant les vœux et les rêves de domination de leurs compatriotes, en leur montrant dans l'avenir le jour où ils seraient délivrés de leurs ennemis et domineraient eux-mêmes les autres nations, qu'ils exercèrent un si grand ascendant sur leurs contemporains. La pensée des prophètes a donc travaillé l'âme des Juifs ; elle y a fait naître cette grande ''espérance ''qu'on appelle l’idée ''messianique. ''Et comme les idées ont une tendance à se traduire dans les faits, il est arrivé qu'un jour il s'est trouvé un personnage qui s'est cru le Messie, et qui s'est attribué les titres et la mission indiqués par les oracles prophétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— La thèse rationaliste qui prétend trouver dans l'évolution une explication très simple des prophéties messianiques, est fausse à son ''point de départ ''et à son ''point d'arrivée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''AU POINT DE DÉPART, ''elle suppose que l'origine du monothéisme s'explique par des ''causes naturelles. ''Or ceci est ''en contradiction avec les faits. ''— 1) Notons tout d'abord que les prophètes sont les premiers à avouer qu'ils n'exposent pas leur propre doctrine, mais ce qu'ils ont appris par révélation. Ainsi Amos déclare qu'il a été envoyé par le Seigneur « comme prophète vers le peuple d'Israël » ''(Amos, ''vii'', ''15) ; Jérémie dit que ses paroles sont celles de Dieu ( ''Jér., ''i, 2). Du reste, il suffit de les lire pour se convaincre aussitôt qu'ils n'argumentent pas comme des philosophes, mais qu'ils parlent en ''voyants ''et décrivent ce que Dieu leur manifeste. — 2) En dehors du propre témoignage des prophètes, le principe de l'évolution, c'est-à-dire la loi du déterminisme qui veut que les mêmes causes placées dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, n'explique pas pourquoi le peuple d'Israël seul a eu des prophètes, tandis que les peuples voisins, de même race, de même origine, de même climat comme les Iduméens, n'en ont pas eu, ou n'ont eu que des devins, qui n'avaient pas de plus grande importance que nos somnambules modernes. Le monothéisme des prophètes n'est donc pas explicable par une cause naturelle (V. N° 213).— 3) IL n'est pas plus juste de prétendre que les prophètes prirent un grand ascendant sur leurs contemporains parce qu'ils surent entrer dans leurs idées et flatter leurs rêves. En prêchant le monothéisme, ils allaient au contraire, contre leurs instincts charnels et leurs passions qui les entraînaient si souvent vers l'idolâtrie. En annonçant que le culte du vrai Dieu, de leur Dieu à eux, s'étendrait un jour à toutes les nations de l'univers, ils ne leur étaient pas plus agréables, tant il répugnait à ce peuple si particulariste et si exclusif, de partager ses privilèges avec les Gentils qu'il détestait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''LE POINT D'ARRIVÉE ''de la thèse rationaliste n'est pas plus solide. L'on soutient que l'idée messianique, une fois jetée dans la circulation par les prophètes, y a travaillé à la manière d'une ''idée-force ''qui s'est emparée des esprits, les a échauffés et y a produit une telle effervescence que l'idée a fini par se résoudre en fait. Or tout ceci est encore ''contraire à l'histoire. ''Le règne des prophètes n'a duré qu'un peu plus de quatre siècles ; leur voix qui annonçait l'établissement du royaume messianique s'est fait entendre du IXe au Ve siècle avant Jésus-Christ ; puis tout d'un coup elle s'est tue et, pendant quatre siècles, elle est restée muette. Il n'y a donc pas eu progrès, développement de l'idée, comme le voudrait la loi de l'évolution. Les rationalistes devraient donc nous expliquer comment le mouvement d'opinion, la marche de l'idée, le prophétisme, en un mot, s'arrête tout d'un coup pendant quatre cents ans, et ne reprend son évolution qu'à l'avènement de Jésus. Et non seulement l’''idée ne progresse pas ; ''au lieu de se développer et de se préciser, elle ''dévie de la pensée des prophètes. ''Ceux-ci avaient parlé d'une religion de l'avenir plus spirituelle et plus élevée, d'un culte du cœur où l'amour de Dieu et de la justice tiendraient une plus large place, et pendant quatre siècles, les Juifs se cantonnent dans un ritualisme étroit, dans une foule d'observances mesquines qui faussent les conceptions prophétiques. Les prophètes avaient annoncé le règne universel de Dieu, et les Juifs pratiquent, comme nous l'avons dit plus haut, un exclusivisme jaloux, ne traitant pas avec les autres peuples, les méprisant et en étant méprisés, s'attachant à la partie matérielle des prophéties, au point qu'ils ne surent jamais y renoncer, pas même lorsque l'espérance messianique se présenta devant eux comme un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons ''donc que la théorie de l'évolution ne rend pas compte de l'existence des prophéties messianiques, et que la seule explication qui reste valable c'est la ''révélation divine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
253. — 2° Mais si tant est, ''objectent ''encore les rationalistes, qu'il y a eu des prophéties messianiques, elles ne se sont pas réalisées. Les Juifs n'ont connu ni la félicité temporelle ni le rétablissement du royaume d'Israël que les prophètes leur avaient prédits. Tout au contraire, ils ont vu la destruction de leur temple, la ruine de Jérusalem et leur dispersion à travers le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Il convient de distinguer dans les prophéties un double élément : l'élément spirituel et l'élément matériel. — a) Que ''l'élément spirituel ''qui tenait la première place se soit réalisé, c'est ce que nous avons déjà démontré (N° 251). — ''b) ''Quant à l’''élément temporel, ''il apparaît au premier abord que les prophéties ont été mises en défaut ; il n'en est rien cependant. Car : — 1. les promesses de prospérité matérielle et nationale ne formaient qu'un ''élément secondaire ''dans l'espérance messianique et n'avaient d'autre but que de ''servir de cadre à l'élément spirituel. ''I1 fallait bien que Dieu accommodât ses révélations à la mentalité de ses destinataires. La part excessive que les Juifs firent dans leurs conceptions à l'élément temporel prouve bien qu'ils n'auraient jamais consenti à être les propagateurs du culte de Jahvé, s'ils n'avaient espéré en même temps la restauration de leur royaume temporel. — 2. De plus, il faut remarquer que les ''promesses ''de Dieu concernant la félicité terrestre et le rétablissement du royaume d'Israël, ont toujours été ''conditionnelles. ''Les prophètes n'ont jamais cessé de lier l'avenir temporel des Juifs à leur fidélité à Jahvé. Il n'y a plus dès lors à s'étonner si les Juifs, persévérant dans leur endurcissement et leur orgueil, s'obstinant à ne pas vouloir reconnaître le Messie, ont été privés du bénéfice des promesses matérielles dont le rôle était accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
254. — 3° Si les prophéties avaient été ''claires, ''les Juifs n'auraient pas refusé en si grand nombre de reconnaître le Messie qu'ils attendaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse- '''— Remarquons d'abord que, si Jésus n'avait pas été persécuté et rejeté par les siens, s'il n'avait pas été mis à mort par eux, — bref, s'il avait été reconnu par le peuple juif, — il ne serait pas le Messie, puisque les oracles messianiques qui annonçaient ces différents points, ne se seraient pas réalisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela, l'on a toujours le droit de se demander comment les Juifs ont pu se tromper en si grand nombre sur l'interprétation des prophéties, et comment il se fait que les uns se sont convertis au christianisme, tandis que les autres se sont obstinés dans le judaïsme. — « Les Israélites, dit l'abbé de Broglie, qui ont résisté à la lumière de l'Évangile, ceux qui n'ont pas voulu recevoir le Messie, s'étaient attachés d'avance à la conception d'un royaume temporel ; ils s'y étaient tellement attachés qu'ils ne voulaient point s'en déprendre. Ils tinrent à cette conception au point de tout sacrifier, et, dès qu'ils virent que le Sauveur s'écartait de leur pensée, ils le rejetèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres, au contraire, et les premiers disciples du Christ, avec cette même conception, avaient l'esprit plus simple, plus soumis et plus docile. Ils avaient reconnu en Jésus-Christ le caractère du Messie ; et saisis d'admiration par sa sainteté, par sa sagesse, par ses œuvres incomparables, certains qu'il était le Fils de Dieu, ils sacrifièrent leur propre pensée à son enseignement. Ils se dirent : « Voilà comment nous comprenions les prophéties, mais peut-être nous nous trompions. Et, avec répugnance, sans doute avec peine, en sacrifiant leur propre jugement, ils acceptèrent dans leur vrai sens les paroles de Notre-Seigneur. Ils avaient résisté d'abord : ils se soumirent et l'événement leur donna raison'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn208 [208]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Touzard, art. ''La religion juive ''(Dict. d'Alès) ; ''Sur l'étude des prophètes de l’Ancien Testament ''(Rev. pr. d'Ap. 1907-1908) ; ''L'argument prophétique ''(Bloud). — Abbé de Broglie, ''Questions bibliques ; Les prophéties messianiques ''(Bloud). — S. Protin, ''L'argument prophétique ''(Rev. Augustinienne, 15 octobre 1909). — Mgr Pelt, ''Histoire de l'Ancien Testament ''(Lecoffre). — Mgr Meignan, ''Les Prophètes d'Israël et le Messie. ''— Condamin, ''Le livre d'Isaïe ''(Lecoffre). — Lagrange, ''Le Messianisme chez les Juifs ''(Gabalda). — Le Hir, ''Les prophètes d'Israël. ''— Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Abbé Frémont, ''La divinité de Jésus-Christ et la libre-pensée ''(Bloud). —Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Bossuet, ''Discours sur l'Histoire universelle, ''2e partie, chap. iv. — Lacordaire, 41e conférence. — Monsabré, ''Introduction au dogme catholique, ''16e et 17e conférences. —A. Nicolas, ''Études philosophiques sur le christianisme, ''t. II (Vaton). — Tanquerey, ''Théologie fondamentale. ''— Valvekens, ''Foi et raison ''(de Meester).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre IV. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties, par ses miracles et par sa Résurrection. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== DÉVELOPPEMENT ==&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver qu'il disait vrai lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie (voir chapitre II), Jésus ne s'est pas borné à réaliser en sa personne et en son œuvre les prophéties de l'Ancien Testament ; il a voulu encore appuyer sa parole par des signes propres à authentiquer sa mission et à en démontrer l'origine divine. Ces signes sont : 1° les ''prophéties ; ''2° les ''miracles ; ''et 3° le miracle suprême de sa ''résurrection. ''Nous traiterons ces trois points dans les trois articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois choses sont nécessaires pour que les prophéties de Jésus aient la valeur d'un signe confirmatif de son affirmation. Il faut : 1° que les ''prédictions ''qu'il a faites se soient ''réalisées ; ''2° que ces prédictions remplissent les ''conditions de la vraie prophétie ; ''et 3° qu'elles aient été faites en ''confirmation ''de sa parole, ou si l'on veut, de la vérité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §   1. — Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
255. — Tous les Évangélistes sont d'accord pour attribuer à Jésus le don de prophétie, la faculté de deviner les secrets des cœurs et de lire dans l'avenir. D'après, leur commun témoignage, Jésus a fait des prophéties relatives : — 1° à ''lui-même ;. ''— 2° à ''ses disciples ; ''— 3° aux ''destinées de l'Église et des Juifs ; ''— 4° à la ''ruine de Jérusalem ''et du ''temple ''et à la ''fin du monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Relativement à lui-même.''' — Jésus a prédit sa ''passion, ''sa ''mort ''et sa ''résurrection. ''Un jour qu'il allait à Jérusalem avec ses douze Apôtres, « il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux Gentils ; et ils l'insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour (''Marc, ''x, 32, 34). Il est superflu de prouver, par le témoignage des Évangélistes qui rapportent la Passion, le crucifiement et la Résurrection de Jésus, que ces prédictions se sont réalisées à la lettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''256. — 2° Relativement à ses disciples'''. — Jésus a prédit la ''trahison de Judas, ''la ''fuite des Apôtres ''et le ''triple reniement de Pierre. ''Au cours de la célébration de la Cène, Jésus annonce ainsi ce qui doit arriver : « Et pendant qu'ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l'un de vous trahira ... Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront ''dispersées. ''Mais après que je serai ''ressuscité, ''je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ''(Mat., ''xxvi, 21, 31-34). — Jésus annonce aux Apôtres les ''persécutions ''qui les attendent, « Mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez traduits à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. ''» (Mat., ''x, 17, 18). — Jésus prédit à ''Pierre son futur martyre, ''et lui annonce « par quelle mort il devait glorifier Dieu. » ''(Jean, ''xxi, 18, 19). — Que l'avenir ait réalisé ces prédictions, les événements sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
257, — 3° '''Relativement aux destinées de l'Église et des Juifs. '''— a) ''DESTINÉE DE L'ÉGLISE. ''— Jésus annonce : — 1. La ''descente du Saint-Esprit sur les Apôtres ''et l'admirable ''propagation de l'Église. ''Avant son Ascension, il leur dit : « Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. ''» (Actes'', i, 8). Ainsi Jésus prédit que le Royaume de Dieu qui a des débuts si humbles, ira grandissant, tel l'imperceptible grain de sénevé qui peu à peu devient un grand arbre ''(Mat., ''xiii, 32). — 2. Il promet à son Église l’''indéfectibilité. ''Il dit, en effet, à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » ''(Mat''., xvi, 18). L'histoire en main, il serait facile d'établir que l'Église a eu jusqu'ici les destinées que Jésus lui avait prédites. — b) ''DESTINÉE DES JUIFS. ''Jésus prédit le ''rejet de la synagogue ''et le ''châtiment des Juifs. ''A cause de leur endurcissement dans le mal, les Juifs seront exclus du royaume ; leurs places seront prises par les Gentils : tel est bien le sens des deux paraboles des vignerons rebelles et des noces royales (''Mat., ''xxi, 33 et suiv. ; xxii, 2, 14). Aucun doute encore sur la réalisation de ces prophéties.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
258. — 4° '''Relativement à la ruine de Jérusalem et du temple, et à la fin du monde. '''— Les trois premiers Évangélistes nous rapportent une double prédiction de Jésus à propos de la ruine de Jérusalem et de la destruction de son temple, et à propos de la fin du monde ''(Mat, ''xxiv ; ''Marc, ''xiii ; ''Luc, ''xxi) ; et quand ses disciples lui demandent « quand ces choses arriveront et quels signes il y aura » de son « avènement », « et de la consommation des siècles » (''Mat, ''xxiv, 3), Jésus répond en indiquant un certain nombre de signes auxquels on pourra reconnaître la proximité de ces événements, — Or si nous ne pouvons rien dire encore sur la réalisation des signes indiqués pour la fin du monde, il est certain que la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du temple s'est vérifiée au moment de la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2 — Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. =====&lt;br /&gt;
'''Objection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
259. — 1° '''Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. '''— Les prédictions dont nous venons de parler remplissent toutes les ''conditions ''de la prophétie. Elles sont, en effet : — ''a) ''des prédictions ''certaines, ''et non conjecturales. Elles annoncent des événements d'une façon claire, et non ambiguë : ainsi, Jésus prédit, non seulement sa mort prochaine, mais les circonstances qui doivent la précéder ; — b) des prédictions de ''choses futures. ''Pour dire le contraire, il faudrait prétendre que les Evangélistes auraient fabriqué les prophéties après coup, qu'ils seraient des imposteurs et que leur témoignage n'est pas digne de foi. Or nous avons établi précédemment qu'ils sont des historiens sincères et que leur témoignage, considéré du seul point de vue humain, est recevable ; — c) des prédictions de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles: ''il s'agissait d'événements qui dépendaient de la liberté humaine, de futurs contingents que Dieu seul pouvait connaître. Les rationalistes ''objectent, ''il est vrai, que Jésus, connaissant, d'une part, la haine et la jalousie des Pharisiens, et de l'autre, la timidité de ses Apôtres, pouvait parfaitement prévoir qu'il serait mis à mort par ses adversaires et abandonné par les siens. Dans une certaine mesure, l'hypothèse est admissible, mais si, à la rigueur, Jésus pouvait prévoir sa condamnation et la lâcheté de ses disciples, il ne pouvait pas connaître les ''détails ''de sa passion et de sa mort. En dehors de là, comment Jésus aurait-il pu conjecturer les admirables destinées de son Église et la ruine de Jérusalem et du temple?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''260. — 2°''' '''Objection. '''— A cette dernière prédiction les rationalistes et les modernistes objectent deux choses. — ''a) D'un côté, ''ils prétendent que la ''prophétie ''sur la ruine de Jérusalem est l’''œuvre des Évangélistes ''qui, écrivant après l'événement, attribuèrent à Jésus une prédiction qu'il n'avait jamais faite. — b) ''De l’autre, ''s'appuyant sur ce passage : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent» (''Mat., ''xxiv, 34), et soutenant qu'il s'applique à la fin du monde dont il venait d'être question, ils déclarent que ''Jésus a commis une erreur ''manifeste, puisqu'il a donné la fin du monde, ainsi que son glorieux avènement ou parousie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn209 [209]], comme des faits imminents et dont la génération à laquelle il s'adressait devait être témoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Ne dissimulons pas que les passages qui rapportent la double prédiction de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde sont de ceux dont l'exégèse est loin d'être facile. — ''a) ''Quant à la première attaque qui porte sur l’''ensemble du passage ''et qui accuse les Evangélistes d'avoir ''forgé eux-mêmes la prophétie, ''elle ne résiste pas à l'examen. On ne saurait prétendre que nous sommes on présence de prédictions faites après coup, car il y a dans les récits un tel enchevêtrement de faits, une confusion de choses qui ne se comprendrait pas si la rédaction avait été faite après l'événement. Si les Évangélistes avaient écrit après la ruine de Jérusalem, ils auraient distingué mieux entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, et ils auraient indiqué avec plus de clarté l'événement dont ils donnaient les signes précurseurs. — Par ailleurs, l'historien Eusèbe ''(Hist. eccl''., iii, 5, 3) nous apprend que les chrétiens de la Judée se ''souvinrent de la prédiction de Jésus, ''lorsqu'ils virent les Romains s'approcher, qu'ils s'enfuirent en grand nombre à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et qu'ils échappèrent ainsi aux horreurs de l'invasion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant à la seconde attaque des rationalistes et des modernistes qui prétendent que Jésus a donné ''la fin du monde ''comme ''imminente, ''et que par conséquent ''il a commis une erreur, ''elle n'a pas plus sa raison d'être. Sans doute il y aurait erreur si les paroles de Jésus « ''cette génération ne passera pas que ces choses n'arrivent», ''s'appliquaient à la fin du monde, mais il n'en est pas ainsi. C'est en effet une règle élémentaire d'exégèse que les passages obscurs doivent être interprétés d'après les autres plus intelligibles. Or, dans le même discours, Jésus déclare que le jour du jugement n'est connu de personne, sauf de Dieu (''Mat., ''xxiv, 36) ; il déclare, en outre, qu'avant la fin du monde l'Évangile doit être prêché dans le monde entier, et à toutes les nations ''(Mat., ''xxiv, 14). Voilà donc deux passages qui, dans l'hypothèse rationaliste, seraient en contradiction flagrante avec la première prédiction. Est-il admissible que, d'un côté, Jésus affirme que la fin du monde est proche, quand, de l'autre côté, il déclare qu'il n'en connaît pas l'époque et qu'elle n'aura pas lieu avant que l'Évangile soit prêché dans le monde entier c'est-à-dire avant un laps de temps forcément de grande étendue. Il s'ensuit que ces paroles « ''Cette génération ne passera pas... ''» doivent s'entendre de la ''destruction de Jérusalem, ''et non de la fin du monde et de son glorieux avènement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Concluons avec le P. Lemonnyer que : « ni Jésus n'a annoncé, ni les Synoptiques ne lui font dire que son avènement glorieux et la fin du monde se produiront du vivant de ceux qui l'écoutaient ou même dans un avenir prochain. Peut-être cependant quelques-unes de ses paroles, mal comprises des premiers chrétiens, ont-elles contribué, sous l'action d'idées et de sentiments où Jésus n'était pour rien, à former l'état d'esprit que les écrits apostoliques nous révèlent touchant la parousie... Il reste simplement ceci, que Jésus n'a pas cru nécessaire de mettre au point, par des déclarations précises et tout à fait claires, les préoccupations eschatologiques de ses disciples immédiats... L'on dirait qu'il s'est appliqué à les mettre dans une complète et vive incertitude touchant la date, lointaine ou toute proche, de son retour, multipliant à la fois les appels à la vigilance et à la fidélité. » (Art. ''Fin du monde. ''Dict. d'Alès.)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn210 [210]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les prédictions de Jésus ont été faites pour confirmer sa parole. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261. — Les prophéties faites par Jésus sont en ''connexion étroite avec sa mission. ''C'est pour prouver l'origine divine de celle-ci, et par conséquent, la vérité de son affirmation, que Jésus prophétise. Plusieurs fois il en fait la déclaration formelle à ses Apôtres. Ainsi, après avoir prédit la trahison de Judas, il déclare : « Dès maintenant, je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous ''croyiez à ce que je suis. »''(''Jean, ''xiii, 19). de même, après leur avoir annoncé les persécutions qui les attendent, il ajoute : « Je vous ai dit ces choses, afin que. lorsque l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. » . (''Jean, ''xvi, 4). Comme on le voit, Jésus indique clairement le but qu'il se propose par ses prophéties: il veut que les Apôtres croient plus fermement à sa parole et à son origine divine, lorsqu'ils verront ses prédictions se réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion.''— Il est donc permis de conclure que Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées, que ces prédictions avaient tous les caractères de la vraie prophétie et qu'il les a faites dans le but de prouver sa mission divine. Donc il est un ''Envoyé divin.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus a confirmé son affirmation par ses miracles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons ici la même marche que dans l'article précédent. Trois choses sont nécessaires pour que les miracles attribués à Jésus-Christ aient la valeur d'un signe divin. Il faut : 1° qu'ils soient ''historiquement certains ; ''2° qu'ils soient de ''vrais miracles ; ''3° qu'ils aient été accomplis en ''confirmation de sa mission.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les miracles attribués a Jésus-Christ sont historiquement certains. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262. — La certitude des miracles attribués à Jésus ressort de la valeur historique des Évangiles qui les rapportent. Il a été établi précédemment (Nos 223 et suiv.) que les Évangélistes sont ''dignes de foi ''et que leur autorité humaine est indiscutable : les écrivains sacrés étaient à la fois bien informés et sincères ; bien informés, puisque deux d'entre eux, saint Matthieu et saint Jean étaient des Apôtres, et partant, des témoins oculaires ; sincères, la chose ne prête plus à discussion à notre époque, aucun critique ne prenant les Évangélistes pour des imposteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on ne prétende pas que les miracles soient des ''interpolations ''qu'on aurait introduites après coup dans les récits évangéliques. Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour être convaincu du contraire. Que les miracles appartiennent à la ''substance ''même ''de l’histoire évangélique, ''cela résulte : — a) de la ''place considérable ''qu'ils tiennent dans les Évangiles. S'il ne s'agissait que de deux ou trois miracles, on pourrait, à la rigueur, admettre qu'ils auraient été ajoutés par la suite, mais comme ils dépassent la quarantaine, l'hypothèse de l'interpolation est absolument invraisemblable ; — ''b) du rôle qui leur est attribué ''dans l'histoire évangélique. Retrancher les miracles des Évangiles, c'est rejeter l'histoire du Christ Les miracles sont une partie si essentielle des Évangiles que ceux-ci, sans eux, deviennent incompréhensibles. Ce sont les miracles qui expliquent la ''foi des Apôtres ''et de beaucoup de Juifs : ainsi, il est dit, que, après le miracle de Cana, « ses disciples crurent en lui» (''Jean, ''ii, 11),que «pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » ''(Jean'', ii, 23). Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, s'adressant au peuple, rappelle les miracles accomplis par Jésus ''(Actes, ''ii, 22). Or comment saint Pierre aurait-il osé en appeler aux miracles de Jésus, s'ils avaient pu être mis en doute par ses auditeurs? Au reste, ni les Juifs contemporains du Christ, ou postérieurs, qui ont écrit dans le Talmud[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn211 [211]], ni les païens adversaires de la religion chrétienne : Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien et autres, n'ont rejeté la réalité des miracles de Jésus. Ces derniers se sont contentés de les attribuer à la magie et à un commerce avec les démons ; ils ont repris à leur compte l'accusation des Pharisiens, à savoir que, si Jésus chassait les démons, c'était par Belzébuth, prince des démons ''(Mat., ''xii, 24). Devant la notoriété publique des miracles et la non-protestation des Juifs, ils n'ont pas osé dire que c'étaient là des fables inventées par l'imagination fertile des Évangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les miracles opérés par Jésus-Christ sont de vrais miracles, =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''263. — 1° Les miracles.''' — Nous laisserons de côté les miracles opérés par Dieu en faveur de Jésus : apparition des Anges aux bergers, apparition d'une étoile aux Mages lors de sa naissance ; témoignage rendu à l'occasion de son baptême et de sa transfiguration, etc. Nous ne parlerons que des miracles que Jésus-Christ a accomplis lui-même pour prouver la divinité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les miracles qui font partie de la matière évangélique, — plus de quarante, comme il a été dit plus haut, — peuvent être divisés en trois classes. Il y a : — ''a) ''les ''miracles opérés sur les substances spirituelles ; ''autrement dit, la ''délivrance des possédés. ''Jésus a chassé les démons ; les Évangiles nous rapportent sept miracles de ce genre ; — ''b) ''les ''miracles opérés sur les éléments ''et les ''êtres privés de raison. ''Dans cette catégorie, il faut ranger : — 1. le miracle du changement de l'eau en vin aux noces de Cana ''(Jean, ''ii, 1-11) ; — 2. la tempête du lac apaisée ''(Mat., ''viii, 24, 26) ; — 3. deux pêches miraculeuses ''(Luc, ''v, 1, 11 ; ''Jean, ''xxi, 3, 11) ; — 4. la multiplication des pains (''Mat., ''xiv, 15, 21 ; ''Marc, ''vi, 30, 44 ; ''Luc., ''ix, 10, 17 ; ''Jean, ''vi, 1, 15) ; — 5. le figuier desséché ''(Lue, ''xiii, 6-9) ; — 6. la marche de Jésus sur les flots ''(Mat., ''xiv, 25) ; — ''c) les miracles opérés sur les hommes. ''Les Évangélistes ne relèvent pas moins de quinze guérisons de maladies corporelles : guérisons de lépreux, de paralytiques, du serviteur du centurion qui a la main desséchée, d'hydropiques, de sourds-muets et d'aveugles. Outre ces guérisons de maladies, Jésus a ressuscité trois morts : le fils de la veuve de Naïm, la fille de Jaïre et Lazare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''264. — 2°''' '''Ce sont de vrais miracles- '''— Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur les miracles rapportés dans les Evangiles, il nous faut établir que ces faits sont bien des miracles proprement dits, c'est-à-dire des faits ''surnaturels ''et ''divins.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CE SONT DES FAITS SURNATURELS. — ''Rappelons d'abord ce que nous avons dit plus haut, à savoir que les contemporains du Christ et ses premiers adversaires païens n'ont pas contesté l'apparence surnaturelle des miracles. — Sans doute, disent nos ''modernes rationalistes, ''mais leur méprise n'a pas d'autre cause que leur ignorance totale des lois de la nature Au dire de ces derniers, les prodiges en question s'expliquent donc par des causes naturelles: — ''a) ''soit par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge : ''« La présence d'un homme supérieur traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dire que, dans beaucoup de cas et en dehors des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie ? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain. » Ainsi parle Renan dans la ''Vie de Jésus ''(2e ''éd''., p. 260); — b) soit par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme ; ''— c) soit par la « ''foi qui guérit ''» ''the faith-healing, ''comme disent les Anglais. Cette dernière hypothèse est celle à laquelle se rallient de préférence beaucoup de nos adversaires actuels, et en particulier les ''modernistes ''(Ed. Le Roy, Fogazzaro...), du moins pour les faits dont ils reconnaissent la réalité. Comprenant bien, en effet, que tous les miracles ne sont pas explicables par la foi, ils n'admettent la réalité historique que des faits qui peuvent s'expliquer par cette hypothèse. Pour prouver le bien-fondé de leur théorie, ils s'appuient surtout sur ce fait qu'avant de guérir les maladies, Jésus requiert la foi : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit ''(Marc, ''ix, 22), dit Jésus au père d'un jeune épileptique qui lui demande la guérison de son fils. « Ma fille, ta foi t'a guérie » ''(Marc, ''v, 34), dit-il à l'hémorroïsse. « Va, ta foi t'a sauvé » ''(Marc, ''x, 52), dit-il encore à l'aveugle de Jéricho.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune des explications qui précèdent ne suffit à rendre compte de ''l'ensemble des miracles ''contenus dans l'Évangile. ''Nous disons de l'ensemble des miracles, ''car, ou bien l’on admet la valeur historique des Evangiles, ou bien on la rejette. Si on la rejette, si l'on considère la partie miraculeuse comme mythique ou légendaire, toute discussion devient inutile. Mais si on l'admet, il n'y a aucune raison qui permette de faire un choix entre les miracles et de retenir tel miracle plutôt que tel autre. Ceci posé, nous prétendons que les miracles ne s'expliquent : — a) ni par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge. ''Tout d'abord on ne saurait prendra Jésus pour un adroit metteur en scène : tout ce que nous savons de son caractère s'y oppose. Et puis, quoique habile que soit une personne, quelque influence morale qu'elle ait sur une autre, il va de soi qu'elle ne pour rendre la vue à un aveugle, l'ouïe à un sourd et la parole à un muet ; — ''b) ''ni par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme. ''Nous avons vu déjà (N° 168) que la suggestion a des limites très étroites par rapport aux sujets et aux affections qu'elle peut guérir. Elle est sans efficacité sur les maladies organiques, telles que la lèpre, l'atrophie, la cécité, l'hémorragie habituelle. On ne voit pas bien non plus l'influence que la suggestion pourrait avoir sui les vents déchaînés ni comment elle pourrait calmer soudain une tempête. Ajoutons on outre que le Christ opère ses miracles ''instantanément ; ''ce qui n'arrive jamais dans les guérisons dues à l'hypnotisme et à la suggestion qui exigent et le temps et l'emploi des moyens ;, — ''c) ''ni par ''la foi qui guérit. ''Il est faux de prétendre que Jésus requiert toujours la foi : il l'exige, il est vrai, de ceux qui viennent lui demander la guérison, et ce n'est que trop juste ; mais il ne l'exige pas, dans toutes les circonstances, du malade lui-même ; la preuve en est que plusieurs fois il accomplit ses miracles à distance, comme il arriva pour la Cananéenne. On ne peut donc soutenir que la foi des malades fut toujours la cause de leur guérison. En outre, l'hypothèse de ''la foi qui guérit ''ne pour s'appliquer qu'à un nombre très restreint de cas ; elle est sans valeur pour tous les miracles opérés sur la nature : elle ne rend compte ni des tempêtes apaisées, ni des pains multipliés, ni des morts ressuscités. Aussi les partisans de cotte théorie se voient-ils contraints, comme nous l'avons dit plus haut, de faire un choix arbitraire dans les matériaux fournis par l'histoire évangélique, et de rejeter, contrairement aux règles de la méthode historique, tous les faits qui sont on opposition avec leurs préjugés philosophiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CE SONT DES FAITS DIVINS. ''— a) Nous venons de prouver que les miracles attribués à Notre-Seigneur sont au-dessus de la nature ; il n'est pas nécessaire d'insister longuement pour montrer qu'ils ne sauraient être l'œuvre du démon. Car il est. évident que la plupart dépassent la puissance de tout être créé ; toiles sont, par exemple, les trois résurrections que Jésus a opérées, sans parler de la sienne. — b) Si Jésus avait usé de la puissance du démon, il ne l'aurait pas utilisée assurément à chasser les démons ; il n'est pas admissible que Satan se mette en opposition lui-même. — c'') ''Mais comment admettre que Jésus-Christ dont la sainteté est au-dessus de tout soupçon, ait pu servir d'agent au démon? D'ailleurs tous ses miracles ont un caractère moral ; ils sont des œuvres de bonté et de miséricorde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn212 [212]], ils ont souvent pour fin dernière la sanctification de l'âme plutôt que la guérison du corps : autant de propriétés que ne pourraient pas avoir les œuvres de Jésus, si elles dérivaient de la puissance diabolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède nous avons le droit de conclure que les prodiges attribués à Notre-Seigneur sont de vrais miracles. D'où il suit qu'il faut reconnaître en Jésus l'existence d'une force surhumaine, transcendante, surnaturelle. Ceux qui n'acceptent pas la conclusion sont obligés de rejeter les faits eux-mêmes et de contester la valeur historique des Évangiles : c'est là une nécessité à laquelle ils se trouvent acculés mais dont ils ont à fournir l'explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les miracles ont été faits par Jésus pour confirmer sa mission. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265. — A. Jésus ne se contente pas d'affirmer qu'il est le Messie ; il entend le prouver par ses œuvres et particulièrement par ses miracles. — ''a) ''Aux ''envoyés de Jean-Baptiste ''qui lui demandent s'il est le Messie, il renvoie à ses miracles (''Mat., ''xi, 5). — ''b) ''Aux ''Juifs ''qui lui posent la même question, il répond : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi» (''Jean, ''x, 25). — c) ''Avant la résurrection de Lazare, ''il déclare que le miracle qu'il va accomplir, c'est pour que le peuple qui l'entoure croie à sa mission ''(Jean, ''xi, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Les miracles de Jésus ne furent d'ailleurs pas interprétés autrement par tous ceux qui en ont été les témoins. — ''a) Par ses disciples. ''Nous avons dit précédemment qu'ils crurent en lui à partir et à cause du miracle de Cana ; — b) ''par Nicodème, ''qui le confesse on ces termes : « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur ; car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est pas avec lui» ''(Jean'', iii, 2) ; — c) ''par l'aveugle-né ''qui croit en Jésus après sa guérison ''(Jean, ''ix, 38) ; — ''d) par les foules ''en général « qui étaient dans l'admiration et disaient : N'est-ce point là le fils de David? » ''(Mat., ''xii, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Les miracles évangéliques sont donc des miracles historiquement certains ; ils sont de vrais miracles et ils ont été faits pour démontrer que Jésus était un ''Envoyé de Dieu. ''Si par conséquent cet Envoyé de Dieu nous dit qu'il est le ''Messie, ''et plus, qu'il est le ''Fils de Dieu, ''dans le sens propre du mot, sa parole est digne de foi, car il est inadmissible que Dieu ait consacré par sa puissance la parole d'un imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Jésus a confirmé son affirmation par sa Résurrection. ====&lt;br /&gt;
'''266.''' — '''1° Importance de la question. '''— Au moment où nous en sommes de la démonstration chrétienne, et après avoir établi la réalité historique des miracles de Jésus, il pourrait sembler que le miracle de la Résurrection ne soit plus désormais nécessaire pour attester sa mission divine et que ce soit chose faite. Il est vrai. Cependant il importe au plus haut point que l'apologiste démontre la Résurrection par les preuves les plus solides et qu'il ne laisse point les attaques des adversaires sans réponses, car, outre qu'elle est bien le miracle des miracles, et qu'elle est un ''miracle prophétisé ''par Notre-Seigneur lui-même, — donc ''miracle ''et ''prophétie ''à la fois, — elle a toujours été comme la base et la clef de voûte de la prédication chrétienne. Les Apôtres ont cru et prêché que le Christ était ressuscité des morts. Saint Pierre a affirmé la résurrection du Christ en termes formels dans ses deux premiers discours ''(Act., ''ii, 24 ; iii, 15). Saint Paul, qui est revenu souvent sur le sujet, n'hésitait pas à dire aux Corinthiens que leur foi était vaine si le Christ n'était pas ressuscité (I ''Cor., ''xv, 17). L'on peut juger par là de l'importance de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Position de la question. '''— IL convient d'abord de bien déterminer comment se pose la question du miracle de la Résurrection en face de la critique moderne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux choses sont nécessaires pour que la Résurrection de Jésus ait toute sa valeur apologétique et puisse être regardée comme un ''signe divin ''IL faut : 1° que le ''fait soit historiquement certain, ''et 2° qu'il se soit accompli pour ''confirmer la mission divine de Jésus. ''Il n'y a pas lieu en effet de démontrer le caractère miraculeux du fait, que personne ne conteste. D'où deux paragraphes seulement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Résurrection est un fait historiquement certain. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''267. — 1°''' '''Adversaires. '''— Le miracle de la Résurrection a rencontré à toutes les époques de nombreux adversaires. Seuls, ceux de l'heure présente doivent retenir notre attention. D'une manière générale, l'on pourrait poser en principe que l'opinion des ennemis du christianisme fut toujours commandée par leurs passions et leurs préjugés, Celle de nos rationalistes modernes dérive de leur ''philosophie qui repousse a priori tout miracle, ''à supposer même qu'il fût attesté par les témoignages les plus forts et les plus dignes de foi. « Aujourd'hui, dit M. Stapfer, pour l'homme moderne, une résurrection véritable, le retour à la vie organique d'un corps réellement mort est l'impossibilité des impossibilités. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn213 [213]] Le siège de ces critiques est donc fait d'avance, et la seule question qui se pose pour eux c'est de découvrir le meilleur terrain sur lequel ils puissent donner l'assaut à l'apologétique catholique. Ce terrain, ils ont cru le trouver dans la ''critique littéraire et historique. ''L'on ne dit donc plus aujourd'hui : nous ne croyons pas à la Résurrection, parce que le fait est impossible, parce qu'il est en dehors des lois de la nature ; l'on se contente de dire : Tout fait historique doit être prouvé par le témoignage de ceux qui ont pu le connaître. Or « la Résurrection, si on veut la prendre pour une réalité historique, de même ordre que la mort, n'est attestée que par des témoignages discordants... la mort, fait naturel et réel, a eu des témoins et pouvait être racontée ; la Résurrection, matière de foi, n'a jamais été vérifiée... On ne parle que de visions et les récits qu'on en donne sont contradictoires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn214 [214]] La Résurrection est « une croyance chrétienne, non un fait de l'histoire évangélique. Et s'il fallait y voir un l'ait d'ordre historique, on serait obligé de reconnaître que ce fait n'est pas garanti par des témoignages suffisamment sûrs, concordants, clairs et précis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn215 [215]] Comme il est permis d'en juger par ces deux brèves citations, c'est bien au nom de la ''critique historique ''qu'on entend nier le fait de la Résurrection: c'est en s'appuyant sur les témoignages qui le rapportent, en les opposant entre eux, que l'on espère ruiner l'un des points principaux de la croyance chrétienne. C'est ainsi que l'on met le témoignage de saint Paul en parallèle avec le témoignage des Évangélistes, et comme le premier est moins circonstancié et qu'il est de date antérieure, l'on prétend qu'il représente la tradition primitive, laquelle n'aurait cru d'abord qu'à l'immortalité du Christ et ne serait arrivée à la foi à la Résurrection corporelle de Notre-Seigneur que peu à peu et par des étapes successives dont les récits évangéliques portent les traces. Nous allons voir si toutes ces prétentions sont justifiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
268. — '''2°''' '''Preuves de la Résurrection. '''— Les deux principaux témoignages qui nous rapportent le fait de la Résurrection sont, d'après l'ordre chronologique : — a) le ''témoignage de saint Paul, ''consigné dans la première Épître aux Corinthiens, dont la date de composition peut être fixée, de l'avis de tous les critiques, entre 52 et 57[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn216 [216]] ; et — ''b) ''le ''témoignage des Évangiles, ''composés entre 67 et la fin du 1er siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''TÉMOIGNAGE DE SAINT PAUL. ''— Saint Paul, avons-nous dit plus haut, a souvent prêché la Résurrection du Christ. Mais le passage le plus important où il en rende témoignage, se trouve dans son ''Épître aux Corinthiens ''(xv, 11-14). Voici d'ailleurs les points principaux de ce passage ; « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé... je vous ai enseigné avant tout, ''comme je l'ai appris ''moi-même, que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures ; qu'il a été ''enseveli ''et qu'il est ''ressuscité ''le troisième jour, conformément aux Ecritures ; et qu'il est ''apparu ''à Képhas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est ''apparu ''à Jacques, puis à tous les Apôtres. Après eux tous, il m'est ''apparu ''aussi à moi, comme à l'avorton... Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts? S'il n'y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l'analyse impartiale de ce texte, il ressort que saint Paul affirme la mort, l'ensevelissement et la résurrection de Jésus : — a) la ''mort ''de Jésus « Je vous ai enseigné que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn217 [217]] La mort de Jésus, — la mort rédemptrice, Jésus s'immolant volontairement sur la croix pour le rachat de l'humanité coupable, — voilà bien le thème ordinaire de la prédication de saint Paul. Or le fait et la doctrine qui s'y rattache, il déclare les avoir reçus de la tradition apostolique ; -— ''b) ''la ''sépulture ''de Jésus : « Je vous ai enseigné... qu'il (le Christ) a été ''enseveli. ''» Le mot grec « ''etaphê» ''dont saint Paul se sert, et que l'on a traduit par: « a été enseveli», désigne généralement, chez les écrivains sacrés du Nouveau Testament, une sépulture honorable : c'est le mot que saint Luc emploie quand il parle de la sépulture du riche dans la parabole de Lazare ''(Luc, ''xvi, 22), et c'est encore le mot que nous trouvons dans les ''Actes des Apôtres ''(ii, 29), à propos de la sépulture de David. Il ne peut donc être question d'un enfouissement, comme M. Loisy en a fait l'hypothèse dans un fragment de lettre reproduit par 1'''Univers ''du 3 juin 1907[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn218 [218]], où il ne craint pas de dire que « l'ensevelissement par Joseph d'Arimathie et la découverte du tombeau vide, le surlendemain de la passion, n'offrant aucune garantie d'authenticité, l'on est en droit de conjecturer que, sur le soir de la passion, le corps de Jésus fut détaché de la croix par les soldats et jeté dans quelque ''fosse commune, ''où l'on ne pourrait avoir l'idée de l'aller chercher et reconnaître au bout d'un certain temps. » On ne voit pas bien sur quels textes une telle hypothèse petit s'appuyer ; en tout cas ce n'est pas sur le mot ''etaphê ''employé par saint Paul et qui désigne à tout le moins une sépulture ordinaire. Conjecturer après cela que Jésus fut jeté dans une fosse commune n'est plus de la critique historique, c'est de la critique fantaisiste ; — ''c) le fait même de la Résurrection. ''Ce troisième point est, à vrai dire, celui qui importe le plus à l'Apôtre, le seul qui aille à la thèse qu'il soutient. Toutefois, il convient de le remarquer aussitôt, il ne s'agit pas tant pour saint Paul de prouver la résurrection de Jésus qui n'est pas en cause, que de la rappeler comme une vérité admise et de s'en servir comme de point d'appui pour la démonstration d'un autre dogme mis en discussion. Quel est en effet le ''but ''de la première lettre aux Corinthiens1! C'est de prouver aux fidèles de cette Église, précédemment évangélisée par saint Paul, que ceux d'entre eux qui nient la résurrection des morts sont dans l'erreur et ''l'illogisme, ''puisqu'ils admettent bien la résurrection de Jésus-Christ. Car, dans la pensée de l'Apôtre, les deux choses s'enchaînent, l'une est impliquée dans l'autre. L'on ne peut nier la résurrection des morts sans nier la Résurrection du Christ; et nier la Résurrection du Christ c'est donner un démenti au témoignage des Apôtres, c'est dire qu'ils ont enseigné une chose fausse, et que dès lors le christianisme est sans valeur. « Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi.» (1 ''Cor., ''xv, 16, 17). Étant donné le ''but ''de l'Apôtre, il est assez naturel qu'il n'insiste pas autrement sur les ''preuves ''de la Résurrection du Christ. Il lui suffit de faire un choix et de retenir celles qui sont le plus aptes à faire impression sur ses lecteurs. Or des deux arguments employés par les Évangélistes : le tombeau vide et les apparitions, il est indiscutable que le premier a une moindre portée que le second, vu que le tombeau vide peut s'expliquer par d'autres hypothèses que la résurrection. Saint Paul laisse donc de côté ce premier argument, ou tout au moins, n'en parle-t-il que d'une manière indirecte. Nous disons cependant qu'il ''en parle d'une manière indirecte, ''car lorsqu'il déclare que « le Christ est ''mort», ''« qu'il a été ''enseveli ''» « et qu'il est ''ressuscité ''», c'est bien celui qui est mort et a été enseveli, qui ressuscite, et comment la chose pourrait-elle se faire si le corps était resté au tombeau? Toutefois, si le tombeau vide est dans la pensée de saint Paul, il faut reconnaître que l'Apôtre ne cherche pas à en tirer un argument et qu'il se contente d'insister sur le fait des apparitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver, ou mieux, pour rappeler aux Corinthiens que ''Jésus est ressuscité, ''saint Paul invoque donc six apparitions qu'il divise en trois groupes : — 1. Dans le premier groupe, deux apparitions, l'une à Pierre, l'autre aux Douze ; — 2. dans le second, trois apparitions, la première à cinq cents frères, la seconde à Jacques, la troisième à tous les Apôtres ; — 3. dans le troisième, une seule apparition, celle dont il fut lui-même gratifié. Toutes les apparitions d'ailleurs sont ''mises sur le même pied, ''mais il y a tout lieu de présumer que, aux yeux de saint Paul, l'apparition aux cinq cents frères avait une importance particulière, car, au moment où il écrivait, quelque vingt-cinq ans après l'événement, la plupart de ces témoins étaient encore vivants, et c'est une sorte d'appel à leur témoignage commun que l'Apôtre ne craint pas de leur adresser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''269. —''' '''Objection. '''— Les apparitions, objectent les rationalistes, sont mises par saint Paul sur le même pied ; toutes furent du même genre, puisque l'apôtre les décrit de la même manière, et qu'il emploie partout le même mot, le verbe ''ôphtê ''qu'on peut traduire par les expressions françaises, « il a été vu» ou « il est apparu». Telle fut l'apparition de Jésus à Saul sur le chemin de Damas ; telles furent donc les autres apparitions. La question revient dès lors à déterminer ce que l'Apôtre a voulu signifier en disant qu'il avait vu le Christ ressuscité. Or saint Paul n'a pas pu entendre par là qu'il avait vu le Christ revenu en vie dans le corps qui avait été déposé dans le tombeau ; il n'a vu qu'une lumière, « un corps de gloire» ''(Phil., ''iii, 21). Et la lumière même qu'il a vue n'était pas une lumière réelle et objective. « IL a eu la sensation de voir, sans qu'il y ait rien à la portée de son regard. Il était halluciné.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn219 [219]] Et comment cette ''hallucination ''se produisit-elle? C'est que, d'après M. Meyer, saint Paul, homme de génie mais atteint d'une maladie nerveuse, et coutumier de semblables visions, se trouvait corporellement et intellectuellement prédisposé à l'événement du chemin de Damas. Les idées de Jésus Messie, de Jésus principe de vie, de Jésus vivant et immortel s'étaient formées peu à peu à son insu dans sa ''subconscience. ''Sur la route de Damas, ces idées firent soudain irruption de sa subconscience à sa conscience, et il vit alors le Christ dans un corps de gloire, un corps spiritualisé ou pneumatique, qui projeta sur lui une lumière aveuglante, mais ce corps n'était pas le cadavre de Jésus revenu à la vie. Toutes les apparitions mentionnées par saint Paul, concluent alors les rationalistes, étant de la même nature que la sienne, n'ont été que des ''visions subjectives.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous admettons avec les rationalistes, comme nous l'avons du reste dit précédemment, que les apparitions décrites par saint Paul, sont mises sur le même pied. Mais est-il vrai que l'Apôtre, en rappelant l'apparition dont il fut témoin sur le chemin de Damas, veut parler d'une « ''vision subjective» ''Le contexte indique tout le contraire. La pensée intime de l'Apôtre peut on effet se déduire du but qu'il poursuivait dans sa lettre. Voulant combattre l'opinion de certains fidèles de Corinthe qui niaient la ''résurrection corporelle ''des morts, saint Paul entend en démontrer l'existence et la nature en s'appuyant sur la Résurrection de Jésus. Son raisonnement eût donc tombé à faux, si, pour prouver que les morts reprendront leurs corps, leurs ''vrais corps, ''quoique glorieux et doués de propriétés nouvelles, il eût commencé par dire, que la Résurrection du Christ, qui en était le principe et le modèle, n'avait pas été corporelle. Quand il déclare que le Christ ressuscité lui est apparu, il veut donc dire qu'il l'a vu dans le même corps qui était mort et avait été enseveli, identique à ce qu'il avait été durant sa vie terrestre, sauf la qualité de gloire en plus. Telle est, à ne pas en douter, le fond de la pensée de l'Apôtre. — Cela est juste, répliquent les rationalistes, « les Évangélistes et saint Paul n'entendent point raconter des impressions subjective? ; ils parlent d'une présence objective, extérieure, sensible, non d'une présence idéale, bien moins encore d'une présence imaginaire. Les conditions d'existence de ce corps étaient différentes, mais c'était le même qui avait été mis dans le tombeau, et que l'on croyait n'y être point demeuré »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn220 [220]]. Oui, mais c'était là, d'après M. Loisy toujours, ''pure hallucination ''ou ''simple illusion, ''de la part des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Pour ce qui concerne le propre cas de saint Paul, ''peut-on dire qu'il fut ''halluciné? ''Il est vrai que plusieurs fois dans sa vie, il eut des visions, mais il a toujours pris soin de distinguer entre celle-ci et les autres. La vision du chemin de Damas était, à ses yeux, le fondement de sa vocation. C'est parce qu'il avait vu le Christ glorieux, qu'il s'était rencontré avec lui et avait entendu son appel, qu'il revendiquait le titre d'apôtre. Jamais il n'aurait osé se prévaloir de ce titre s'il n'avait eu la conviction d'avoir vu le Christ aussi réellement que les autres Apôtres, et d'avoir ouï sa voix qui l'appelait à l'apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, poursuivent nos adversaires, saint Paul fut ''sincère, ''mais cela n'empêche pas qu'il fut ''victime de l'hallucination. ''Tout en poursuivant les chrétiens, il se fit au fond de son être un travail inconscient ; il eut des doutes sur la vérité de la doctrine de Jésus, sur la légitimité de ses persécutions, bref, il eut des remords. Ces impressions restées d'abord latentes, à l'intérieur de son être, jaillirent subitement de sa subconscience à sa conscience, provoquant les hallucinations de la vue et de l'ouïe, et produisant dans son esprit des convictions nouvelles et causant sa conversion. — ''Or rien de tout cela n'est historique. ''Ce prétendu travail préparatoire à la conversion, qui se serait passé dans la conscience subliminale de saint Paul, n'apparaît nulle part. C'est toujours de bonne foi que Paul persécuta les chrétiens, et parce qu'il croyait bien faire en défendant les « traditions» de ses « pères», comme il L'a déclaré lui-même ''(Gal., ''i, 14 ; ''Act., ''xxvi, 9). Ce qu'il a fait, il l'a fait « par ignorance» (I ''Tim., ''i, 13). L'hypothèse du remords n'a aucune base dans les textes. C'est en un instant que Saul se trouva converti et qu'il crut en Celui dont il persécutait les disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Mais supposons, si on le veut, que saint Paul fut halluciné. Dira-t-on que les ''autres témoins, ''dont parlent saint Paul et les Évangélistes, ''furent tous hallucinés? ''Tout repousse cotte supposition : les conditions de nombre, de temps et de circonstances ne comportent pas une telle hypothèse. — ''1. Le nombre. ''Il n'est pas raisonnable de supposer que tant de témoins d'un caractère si différent aient été victimes d'une illusion de leurs sens. Ce n'est pas une fois que Notre-Seigneur se montre ressuscité, mais de nombreuses fois ; ce n'est pas à une personne, ce n'est pas même à ses soûls Apôtres qu'il apparaît, mais à cinq cents frères à la fois. — 2. ''Le temps. ''Les apparitions ont ou lieu après la mort de Jésus, c'est-à-dire à un moment où les disciples étaient désemparés et songeaient à se cacher. Dans un pareil état d'esprit, ils ne pouvaient s'imaginer que le Crucifié leur apparaissait dans la gloire. Les apparitions ont donc dû s'imposer du dehors et dans des conditions d'objectivité telles qu'elles ont entraîné une foi irrésistible à la Résurrection. — 3 ''Les circonstances. ''Saint Paul il est vrai, ne mentionne aucune circonstance, mais si nous nous reportons aux récits des Évangélistes, nous voyons que les Apôtres sont d'abord incrédules et croient voir un esprit. Jésus leur fait alors toucher ses plaies (''Luc, ''xxiv, 37, 40 ; ''Jean, ''xx, 27) ; il mange devant eux ''(Luc, ''xxiv, 43) ; il leur fait remarquer « qu'un esprit n'a ni chair ni os » ''(Luc, ''xxiv, 39) ; il permet aux saintes femmes d'embrasser ses pieds ''(Mat., ''xxviii, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que les hallucinations, telles qu'on les entend, ont été des ''hallucinations vraies, ''des hallucinations ''objectives, ''produites directement par Dieu pour obtenir la foi des Apôtres à Jésus vivant et triomphant? Cette hypothèse n'est pas plus historique que les autres ; elle est de plus blasphématoire, vu qu'elle regarde Dieu comme la cause directe de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Les attaques des adversaires manquent donc de base sérieuse, et nous avons le droit de conclure que, suivant le ''témoignage de saint Paul, ''la Résurrection est un ''fait historiquement certain, ''démontré par ''six apparitions. ''De ces apparitions saint Paul peut rendre témoignage d'une, puisqu'il a conscience d'en avoir été l'heureux témoin. Quant aux outres, il affirme qu'elles sont venues à sa connaissance par le récit qui lui en a été fait lors de sa première rencontre à Jérusalem avec les Apôtres, an particulier avec saint Pierre et saint Jacques, trois ans après sa conversion ''(Gal., ''I, 18), c'est-à-dire environ quatre ans après l'événement lui-même, si l'on suit la chronologie adoptée par M. Harnack qui reporte la conversion de saint Paul à l'année même de la mort de Jésus. Ainsi, à une époque aussi rapprochée des faits, les Apôtres croyaient déjà à la Résurrection corporelle de leur Maître. Il n'est donc pas possible d'admettre, avec l'école mythique, que la Résurrection est une légende qui s'est formée au milieu du IIe siècle, ni, avec certains critiques contemporains (Loisy), que les Apôtres et les disciples n'ont ni cru ni prêché que le corps de leur Maître était sorti vivant du tombeau au troisième jour après sa mort, et que les chrétiens ne seraient arrivés à cette foi qu'en défigurant les croyances primitives et les impressions des premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
270. — B. ''TÉMOIGNAGE DES ÉVANGILES. ''— D'après le témoignage des quatre Évangiles, la foi à la Résurrection de Jésus est née d'une double cause : — a) de la découverte du tombeau vide, et — b) des apparitions du Ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Argument tiré de la découverte du tombeau vide. ''— Suivant les récits des quatre Évangélistes, les femmes et les disciples qui se rendirent au sépulcre pour embaumer Jésus, trouvèrent le tombeau vide. La pierre qui fermait l'entrée du sépulcre était rejetée sur le côté ''(Marc, ''xvi, 4). A l'intérieur du sépulcre, les linges gisaient à terre, les linceuls et le suaire séparément ''(Jean, ''xx, 7) ; le corps de Jésus n'était plus là ''(Luc, ''xxiv, 3). Un Ange leur annonça la Résurrection. Les gardes effrayés avaient fui et étaient allés annoncer la nouvelle aux princes des prêtres qui leur donnèrent une forte somme d'argent pour publier que les disciples avaient enlevé le corps pondant qu'ils dormaient ''(Mat, ''xxviii, 11, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le premier argument invoqué par les Évangélistes en faveur de la Résurrection est tiré de ce fait que le lendemain du sabbat, le dimanche matin, le corps de Jésus avait disparu du tombeau où il avait été enseveli l'avant-veille par Joseph d'Arimathie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
271. — '''Objection. '''— L'argument tiré de la découverte du tombeau vide a été, de tout temps, l'objet des plus vives attaques de la part des adversaires dix christianisme. — 1. ''Ou bien ils ont admis la matérialité du fait, ''et ils se sont ingéniés a en fournir des explications naturelles : — 1) Les ''Juifs, ''au 1er siècle, recoururent à ''l'hypothèse de l’enlèvement. ''Ils accusèrent les disciples d'avoir dérobé le corps de leur Maître, la nuit, pendant que les gardes dormaient[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn221 [221]]. — 2) Parmi les critiques modernes. ''les uns ''ont complètement abandonné l'hypothèse de l'enlèvement par les disciples de Jésus. C'est ainsi que ''l'école naturaliste ''allemande (Bret-schneider, Paulus, Hase) supposa que Jésus n'était pas mort sur la croix et qu'il était seulement tombé en léthargie. La fraîcheur du tombeau, la vertu des baumes et la forte odeur des aromates l'ayant rappelé à la vie, il se débarrassa de ses linceuls et du suaire qui lui couvrait la tête, et il put sortir du sépulcre grâce à un tremblement de terre qui fit rouler la pierre qui on scellait l'entrée. Il apparut alors à ses disciples qui le crurent ressuscité. ''Les autres, ''au contraire, ont repris l'hypothèse de l'enlèvement en la modifiant. Comme le découragement dans lequel étaient tombés les Apôtres, écarte d'eux tout soupçon d'imposture, ils ont supposé que l'enlèvement avait été fait soit par les Juifs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn222 [222]] qui voulaient empêcher l'affluence des visiteurs, soit par le propriétaire du jardin qui voulait débarrasser son caveau du cadavre qui en avait pris possession[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn223 [223]], soit par Joseph d'Arimathie lui-même qui, n'étant pas un disciple de Jésus, et n'ayant prêté son caveau que par charité, se serait empressé, le sabbat passé, de faire transporter le corps dans un autre endroit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn224 [224]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ou bien ils ont nié la matérialité du fait ''et ont prétendu que le récit de la découverte du tombeau vide est une ''légende ''inventée par la seconde ou la troisième génération chrétienne, et ils en veulent voir la preuve dans le silence de saint Paul. Si saint Paul, disent-ils, dont le témoignage est antérieur à celui des Évangiles, ne mentionne pas l'argument du tombeau vide, c'est qu'il ne le connaissait pas et que la légende n'était pas encore formée au moment où il écrivait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous ne nous attarderons pas à répondre longuement à ceux qui, prenant les Apôtres pour des ''imposteurs, ''soutiennent qu'ils ont été les auteurs du rapt. Quel intérêt pouvaient-ils avoir à inventer la fable de la Résurrection et à faire adorer comme un Dieu, un séducteur dont ils auraient été les premières victimes? Un tel plan n'était-il pas d'ailleurs irréalisable? Comment auraient-ils enlevé le corps? Par violence, par corruption ou par ruse? Aucune des trois hypothèses n'est sérieuse. La ''violence ''n'est pas admissible, de la part de gens qui avaient montré si peu de courage au cours de la Passion. La ''corruption ''n'est possible qu'avec de l'argent, et les Apôtres étaient plutôt pauvres. Reste le troisième moyen : enlever le corps par ''ruse. ''Il s'agissait alors de surprendre les gardes par un chemin détourné, ou la nuit, alors qu'ils auraient été endormis, de pousser la pierre sans le moindre bruit, puis d'enlever le corps sans éveiller personne, et de le cacher dans une retraite assez sûre pour qu'on ne pût le découvrir : une telle entreprise ne dépasse-t-elle pas les limites de la vraisemblance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'hypothèse de la ''mort apparente ''de Jésus est tombée aujourd'hui ''dans le plus complet discrédit. ''Il faut choisir en effet. Ou l'on accepte les récits des Évangélistes tels qu'ils sont, et alors rien n'autorise à croire que la mort de Jésus ne fut qu'apparente. Si les souffrances de la croix et le coup de lance ne l'avaient pas fait mourir, il aurait sûrement été asphyxié par les cent livres d'aromates et par le séjour au tombeau. Ou bien l'on regarde les récits évangéliques comme des légendes, et alors l'on tombe dans l'objection qui nie la matérialité du fait et à laquelle nous répondrons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que le ''rapt a été commis par les Juifs, ''est une hypothèse plus absurde encore et contredite par les faits. Il faut se souvenir en effet que les Apôtres prêchèrent la Résurrection, non seulement devant le peuple, mais devant les chefs de la nation. Pierre et Jean furent emprisonnés pour cela, et ils comparurent devant le tribunal juif ''(Actes, ''iv, 1, 12). Conçoit-on alors le silence des Sanhédrites ? « La pièce à conviction était entre leurs mains ; ils pouvaient ébranler d'un seul geste, d'une parole, la foi nouvelle dont les progrès rapides les inquiétaient... Si les Sanhédrintes se sont tus, s'ils n'ont pas opposé ce démenti éclatant, c'est parce qu'ils n'étaient pas en état de le fournir. A Jour insu et sans eux le sépulcre avait été dépouillé de son cadavre. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn225 [225]] Et qui donc l'avait enlevé? « Ce n'est pas un ami. Ce n'est pas un ennemi. Ce n'est pas un étranger. Depuis plus de dix-neuf siècles ''(Mat., ''xxviii, 12-15) on a épuisé toutes les hypothèses pour échapper au miracle ; à aucune on n'a pu donner quelque vraisemblance. Il ne reste qu'une réponse possible. Le Christ est sorti de lui-même de son sépulcre. Il est ressuscité corporellement » [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn226 [226]]!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Est-on mieux fondé à prétendre que la découverte du tombeau vide est une ''légende inventée par la seconde ou la troisième génération chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn227 [227]] ''? Comment expliquer alors la foi des Apôtres, la transformation totale, qui s'est faite en eux quelque temps après le grand drame de la croix qui les avait laissés si découragés et si abattus? Si rien n'est venu les remettre de leur déception, si la foi à la Résurrection ne s'est formée que peu à peu, comment se fait-il que, de lâches et timides qu'ils étaient au cours de la Passion, ils soient devenus, après, intrépides, audacieux et qu'ils prêchèrent la Résurrection jusqu'au sacrifice de leur vie? Faut-il croire « ces témoins qui se font égorger » ou les prendre pour des exaltés et des fous?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
272. — b) ''Argument tiré des apparitions. ''— Tandis que l'argument tiré du tombeau vide n'est qu'une preuve indirecte, vu que le fait peut être expliqué par d'autres hypothèses que la Résurrection, les ''apparitions ''constituent une ''preuve directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on compare les deux témoignages de saint Paul et des Évangélistes, l'on peut compter ''onze apparitions, ''celle du chemin de Damas à saint Paul non comprise. Deux apparitions mentionnées par saint Paul ne figurent pas chez les Évangélistes, à savoir l'apparition aux cinq cents disciples et l'apparition à Jacques. Le total des apparitions relatées par les Evangélistes s'élève donc à neuf, dont ''sept ''eurent lieu à ''Jérusalem ''ou aux environs, et ''deux ''en ''Galilée. ''Dans le premier groupe, — les ''apparitions hiérosolymitaines, ''— l'on compte les apparitions : — 1. à Marie-Madeleine ''(Marc, ''xvi, 9 ; ''Jean, ''xx, 14, 15) ; — 2. aux femmes qui revenaient du sépulcre ( ''Mat., ''xxviii, 9) ; — 3. à Simon Pierre ''(Luc, ''xxiv, 34) ; — 4. aux deux disciples qui allaient à Emmaüs ''(Marc, ''xvi, 12 ; ''Luc, ''xxiv, 13 et suiv.) ; et — 5. aux Apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas absent ''(Marc, ''xvi, 14; ''Luc, ''xxiv, 36 et suiv. ; ''Jean, ''xx, 19-25). Ces cinq premières apparitions eurent lieu le jour de Pâques. — 6. Huit jours plus tard, à Jérusalem encore, Jésus apparut aux onze Apôtres, Thomas présent et invité par le Seigneur à toucher les plaies de ses mains et de son côté ''(Jean, ''xx, 26-29). — 7. En ''Galilée, ''il apparut à sept disciples sur le lac de Tibériade (''Jean, ''xxi, 1, 14) ; puis — 8. aux onze Apôtres sur une montagne de (ralliée ''(Mat., ''xxviii, 16, 17). — 9. Enfin, une dernière apparition qui précéda l'Ascension et qui eut lieu sur le Mont des Oliviers devant tous les Apôtres assemblés ''(Luc, ''xxiv, 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''273. —''' '''Objection. '''— On objecte contre l'argument tiré des apparitions les ''divergences ''que l'on trouve dans les narrations évangéliques. — 1. L'on fait remarquer que les Évangélistes ne s'entendent pas sur le ''nombre ''des femmes qui se rendirent au tombeau, ni sur le nombre des Anges qu'elles virent. — 2. Mais l'on invoque surtout la soi-disant opposition entre les auteurs sacrés à propos du ''théâtre ''des apparitions. D'après les critiques libéraux et rationalistes, il y aurait dans les récits évangéliques comme ''deux traditions ''superposées et d'ailleurs inconciliables : l'une représentée par saint Matthieu et saint Marc, plaçant les apparitions en Galilée, conformément au message que l'ange donne aux saintes femmes pour les Apôtres au matin de la résurrection ; l'autre représentée par saint Luc et saint Jean et mettant le théâtre des apparitions exclusivement en Judée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— 1. Loin d'infirmer leurs récits, les ''divergences ''prouvent au contraire l'indépendance des historiens. Les divergences portent d'ailleurs sur des points secondaires, tels que le ''nombre des femmes ''et le ''nombre des anges ; ''elles laissent intact le ''fait ''lui-même de la Résurrection. Il apparaît avec évidence que les ''variantes de détails ''n'empêchent nullement ''l'identité du fond. ''— 2. L'opposition qu'on signale entre les Évangélistes à propos du ''théâtre ''des apparitions, n'est pas aussi évidente qu'on l'affirme, et il est loin d'être démontré qu'il y eut deux traditions distinctes, l'une hiérosolymitaine, l'autre galiléenne, et encore moins, que chaque évangéliste ne connut que l'une des deux traditions. Comment peut-on prétendre, en effet, que saint Matthieu qui, avec saint Marc, représente la tradition galiléenne, ignore la tradition judéenne, alors qu'il rapporte une apparition de Jésus aux saintes femmes, au moment où elles sortaient du sépulcre? (''Mat., ''xxviiî, 8, 9). La finale de saint Marc rapporte également des apparitions hiérosolymitaines, mais n'insistons pas sur ce fait, vu que nos adversaires considèrent cette finale comme apocryphe. De même, l'Évangile de saint Jean, si on le prend en son entier et avec son appendice, raconte des apparitions judéennes et des apparitions galiléennes. Saint Luc ne rapporte que les apparitions judéennes. Donc, en définitive, si l'on excepte saint Luc, les Evangélistes connaissent les deux théâtres des apparitions du Christ, et l'exclusivisme qu'on voudrait trouver dans leurs narrations, n'existe en réalité que dans l'esprit des critiques rationalistes. Trois Évangélistes au moins sur quatre ont recueilli la double tradition : hiérosolymitaine et galiléenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, par ailleurs, que la plupart des divergences s'expliquent très bien par le ''but différent ''que les Évangélistes poursuivaient. Ainsi saint Matthieu, écrivant pour le milieu juif où le bruit courait que les disciples avaient enlevé le corps du Christ montre l’invraisemblance d’une telle accusation par ''le récit de la garde mise au tombeau ''et de ''l'apposition des scellés sur la pierre du sépulcre. Saint Marc ''écrivant pour le ''milieu romain, ''très attaché aux formes juridiques, rapporte d'abord que la mort de Jésus a été ''constatée officiellement ''par une enquête de Pilate auprès du Centurion chargé de l'exécution de la sentence, puis il insiste sur ''l'incrédulité des disciples ''qui refusent d'ajouter foi au récit de Marie-Madeleine. — Saint Luc, écrivant pour le ''milieu grec, ''où le témoignage des femmes n'était pas reçu en justice et où la résurrection des morts était regardée comme une absurdité, ne mentionne que les ''apparitions aux hommes ''(aux deux disciples d'Emmaüs, à Pierre, aux Onze et à leurs compagnons) et apporte des détails matériels afin de démontrer que le corps ressuscité du Christ n'était pas un fantôme, mais bien un ''corps réel, ''puisqu'il se laissait toucher et qu'on pouvait le voir manger et boire. Ne suivant pas la même marche, les Évangélistes se sont donc approprié ce qui rentrait dans leur plan et convenait le mieux à leurs lecteurs : ce serait dès lors une erreur de conclure qu'ils aient ignoré ''les faits qu'ils passent sous silence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, de l'examen des documents, il résulte que, dès les premiers jours, les Apôtres, tant par la découverte du tombeau vide que par les apparitions, crurent que leur Maître était ressuscité, qu'ils se le représentèrent survivant, non seulement dans son âme immortelle, mais ''dans son corps. ''Ils crurent que son corps n'était pas resté au tombeau, mais qu'il vivait à nouveau et pour toujours, transformé et glorifié[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn228 [228]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le miracle de la Résurrection fut accompli pour confirmer la mission divine de jésus. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
274. — La ''connexion ''entre la Résurrection de Jésus et sa mission divine est chose si manifeste qu'elle n'a jamais été l'objet de controverse. Entre les adversaires du christianisme et les apologistes chrétiens le débat n'a jamais porté que sur le ''fait ''même de la. Résurrection. Il a toujours été admis que, si Jésus était ressuscité, sa mission était divine ; il était le Messie, le Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne sera donc pas nécessaire d'insister longuement sur ce point. La pensée de Jésus de lier sa mission au miracle de la Résurrection, ressort : — 1. de ce fait qu'il ''prédit l'événement ''à plusieurs reprises, comme étant une marque révélatrice du Messie : « Alors (après la confession de Pierre) il commença à leur (aux Apôtres) enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup... qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât trois jours après. ''» (Marc, ''vii, 31). A trois autres reprises, Jésus prédit encore sa mort et sa résurrection ''(Marc, ''ix, 8'', ''9 ; 30 ; x, 32-34) ; — 2. de cet autre fait qu'on doux circonstances Jésus ''fit appel à sa Résurrection future ''comme au ''seul signe ''qui serait donné pour prouver sa mission. — 1. Dans une première circonstance, un groupe de Pharisiens lui demande un ''signe de sa mission : ''« Maître, nous voudrions voir un signe de vous. » Il leur répondit : « Cette race méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » ''(Mat., ''xii, 38-40). — 2. Dans une seconde circonstance, alors qu'il venait de chasser les vendeurs du Temple, les Juifs, s'étonnant de le voir agir ainsi, lui demandent un signe qui l'autorise a user d'une telle autorité ; Jésus répond en ces termes : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs repartirent : « C'est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours, vous le relèverez ! » Mais lui, il parlait du temple de son corps. Lors donc qu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela. » ''(Jean, ''ii, 18-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi le seul signe que Jésus consente à donner à ses ennemis en faveur de sa mission divine, c'est sa Résurrection. Et comme celle-ci est ''un fait historiquement certain, ''nous pouvons conclure que Jésus nous a laissé le témoignage le plus authentique et le plus grand de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — '''Sur les prophéties et les miracles.''' — ''Les Vies de Jésus-Christ ''par l'abbé Fouard, Mgr Le Camus, le P. DIDON. le P. Berthe.— Lemonnyer, art. ''Fin du monde ''(Dict. d'Alès). — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu. ''— Batiffol, ''Six leçons sur l'Évangile ''(Blond). — Fillion, ''Les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''— De Bonniot, ''Les miracles de l'Évangile ''(Étude 1888) — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques ''(Gabalda). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''— Couget, ''La divinité de Jésus-Christ.''— Frayssinous, ''Défense du Christianisme, Des miracles ''(Le Clère). — Lacordaire, 38e conférence. — Monsabré, 28e , 29e , 36e conférences, ''Introduction au Dogme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Résurrection'''. — Mangenot, ''La Résurrection de Jésus ''(Beauchesne) — Ladeuze, ''La Résurrection du Christ devait la critique contemporaine ''(Bloud). — Chauvin, ''Jésus est-il ressuscité? ''(Bloud). — Lepin, ''Christologie ''(Beauchesne).— Lebreton, art. ''Sur la Résurrection, ''Rev pr. d'Ap., mai 1907. — Lesêtre, ''Jésus ressuscité, ''Rev. du Clergé français, 1907. ''L'Ami du Clergé, ''Année 1923, Nos 36, 44, 49. — Bourdaloue, ''Sermon sur la Résurrection...''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre V. — La Doctrine chrétienne, Sa rapide diffusion. Le Martyre. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275. — Maintenant que nous avons vérifié les titres du fondateur du christianisme et que nous avons démontré que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, il semble superflu de mettre en lumière ''la qualité de la doctrine. ''Il y a tout lieu, en effet, de préjuger qu'elle est ''transcendante, ''puisqu'elle est l'œuvre d'un Envoyé divin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme nous aurons l'occasion, dans le second article, de parler de l’''excellence ''de la doctrine chrétienne (V. N° 285), nous laisserons de côté la question pour le moment. De toute façon, il n'est pas possible, dans un Manuel d'Apologétique, de donner à cette preuve de la divinité du christianisme ''(critère intrinsèque) ''les développements qu'elle comporte. Ce travail nous entraînerait trop loin, et nous prenons la liberté de renvoyer à notre « ''Doctrine catholique ».''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous plaçant sur le seul terrain de ''l'apologétique défensive, ''nous nous bornerons ici à répondre à une objection que les rationalistes tirent de l'histoire comparée des religions. Lorsque nous avons parlé des ''fausses religions, ''à dessein nous avons mis en relief les ''ressemblances ''qui existent entre elles et le christianisme. Nous tenons à y revenir, afin d'écarter définitivement l'objection rationaliste qui voudrait représenter la doctrine chrétienne comme une ''doctrine d'emprunt ''et sans individualité propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela, nous envisagerons les ''circonstances historiques ''du christianisme, ses destinées dans l'espace et dans le temps, autrement dit, sa rapide diffusion parmi le monde, et sa merveilleuse vitalité à travers les siècles, en dépit des obstacles nombreux qu'il a rencontrés, en particulier, des violentes persécutions qui ont essayé de l'étouffer à ses origines. Ce dernier point nous amènera à la question du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Dans le premier, nous établirons ''le caractère original ''de la doctrine du Christ. 2° Dans le second, nous parlerons de sa ''merveilleuse propagation. ''3° Enfin nous traiterons du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La doctrine chrétienne n'est pas une synthèse de doctrines étrangères. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''276. — 1° Objection rationaliste. '''— Nous avons vu précédemment (N° 142) que les ''rationalistes, ''s'appuyant sur la ''doctrine de l'évolution, ''assignent au sentiment religieux une origine tout humaine, où il n'y a place ni pour le surnaturel ni pour la révélation. Partant de ce principe qu'ils érigent en dogme, ils étudient les religions comme des institutions humaines, ils en relèvent avec soin les ''points de ressemblance, ''et n'hésitent pas à tirer les conclusions suivantes : à savoir que toutes les religions sont de la même essence, qu'elles se sont influencées réciproquement, que le judaïsme et le christianisme ne sont pas des religions plus originales que les autres, et qu'en particulier, le christianisme est une ''religion d'emprunt, ''qu'il a puisé son dogme, sa morale et son culte soit au judaïsme, soit aux doctrines philosophiques de la Grèce et de Rome, soit surtout aux religions de plus vieille date, telles que le zoroastrisme, le bouddhisme et le mithriacisme, bref, qu'il est une ''synthèse de doctrines étrangères.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277. — '''Réfutation. '''— Ainsi, les historiens rationalistes des religions, après avoir noté les points de contact qu'il y a entre le christianisme et les autres religions, se croient en droit de conclure que le christianisme est coupable de ''plagiat, ''et que, de ce fait, il ne saurait revendiquer une ''origine divine, ''puisqu'il aurait emprunté sa doctrine à des religions que lui-même déclare d'origine humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour répondre à ces allégations, de distinguer deux choses : la ''question de fait, ''et la question de ''l'interprétation du fait, ''ou si l'on veut, la matérialité du fait, et les conclusions qu'on en tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA QUESTION DE FAIT. ''— Dans le but de prouver que le christianisme n'a pas d'individualité propre, qu'il n'est pas une religion originale, les rationalistes relèvent donc les ressemblances qui existent entre sa doctrine et les autres doctrines antérieures, soit philosophiques, — soit religieuses. Voici les principales ''analogies ''qu'ils signalent sur le triple terrain du ''dogme, ''de la ''morale ''et du ''culte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— D'après les rationalistes, qu'il s'agisse des vérités ''naturelles ''ou des vérités ''surnaturelles, ''il n'y a rien dans le christianisme qui ne se trouve déjà ailleurs. — 1. Ainsi, les philosophes de l'antiquité grecque et latine, tels que Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, etc., ont enseigné, plus ou moins clairement, l'existence d'un Dieu unique, d'une Providence qui gouverne le monde, d'une âme spirituelle et libre destinée à une survie où elle recevra soit la récompense de ses bonnes actions, soit le châtiment de ses fautes. D'une façon plus précise encore, ces vérités sont enseignées par les livres sacrés des Juifs. — 2. Passons maintenant aux dogmes qui paraissent former le ''fond original ''de la religion chrétienne, c'est-à-dire aux trois grands mystères de la ''Trinité, ''de l'''Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''celle-ci avec son corollaire obligé, le ''sacrifice. ''Eh bien, disent les rationalistes, non seulement ces dogmes ne sont pas nouveaux et appartiennent tous, plus ou moins, aux religions de l'Inde, mais même les circonstances historiques, ce que l'on pourrait appeler les ''alentours ''des ''dogmes, ''sont comme une réédition de ce qui se lit dans les Livres sacrés de religions d'origine plus ancienne. Nous avons signalé ces différents points au chapitre des fausses religions (V. Nos 191 et suiv.) Nous les rappelons ici brièvement. Dans le mithriacisme, le jeune dieu Mithra naît dans une grotte comme Jésus. Mais c'est surtout avec lès religions de l'Inde que la parenté du christianisme est étroite. Krishna, dieu incarné de. l'hindouisme, est adoré, à sa naissance, par des bergers et quelque temps après, il doit, comme Jésus, fuir en exil. Le Bouddha, à son tour, nous rappelle maints traits de la vie de Jésus. Avant d'entreprendre sa prédication et de commencer son rôle de libérateur, il passe quatre semaines dans la solitude où il subit les assauts du démon tentateur, Mâra. Les livres sacres de la Perse racontent également une tentation de Zoroastre. Ajoutons enfin que la résurrection de Jésus elle-même n'est pas un fait unique dans l'histoire des religions : elle a comme parallèles la mort et la résurrection de trois jeunes dieux, Osiris, Adonis et Atys.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Morale. ''— La morale chrétienne ne présenterait pas, d'après les rationalistes, de caractère plus original. Elle serait, en grande partie, une adaptation de la morale stoïcienne et de la morale de Zoroastre. Bien plus, le christianisme ne serait même pas neuf sur le terrain de l’''ascétisme. ''Les conseils évangéliques, — le célibat volontaire, la pauvreté volontaire et la vie commune, — auraient été mis en pratique avant l'Évangile : nous avons vu en effet que le bouddhisme a ou ses moines longtemps avant le christianisme (V. N° 195).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Culte. ''— 1. L'on prétend retrouver les ''sept sacrements ''dans le mithriacisme. Le bouddhisme et le brahmanisme ont également la confession des fautes. La communion qui fait partie intégrante du sacrifice eucharistique a pour pendant dans les cultes païens l'usage de participer aux victimes immolées à la divinité. — 2. Le ''culte des saints et des images ''correspond, dit-on, au culte des dieux et des idoles. — 3. Le christianisme a emprunté au paganisme tous ses ''rites ''et toutes ses ''cérémonies ; ''il adore et implore la divinité de la môme façon, par les mêmes signes extérieurs, par les mêmes gestes, voire par les mêmes formules. Les ''ex-voto ''qui recouvrent les murs des églises célèbres, et qui sont des marques de faveurs obtenues, ont leurs analogues dans le paganisme : les monuments d'actions de grâces abondaient près du temple d'Esculape à Épidaure et près du temple de Jupiter à Dodone. Donc, concluent les rationalistes, sur ce point comme sur les autres, la religion chrétienne n'a rien innové ; elle est une copie évidente des autres cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278. — B ''L'INTERPRÉTATION DU FAIT. ''— Des ressemblances qui existent entre le christianisme et les autres religions, les rationalistes s'empressent de tirer la conclusion que le premier est l'emprunteur. Mais c'est précisément ce qu'il s'agirait de démontrer, car il va de soi que le plagiat ne se présume pas, il faut en faire la preuve. Or c'est chose facile de noter les ''ressemblances ; ''ce qui est plus difficile c'est d'établir la ''filiation. ''En reprenant les trois divisions : dogme, morale et culte, nous allons voir que cette filiation n'existe pas ou qu'elle s'explique par des raisons valables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— 1. Que les vérités ''naturelles, ''telles que l'unité et l'immortalité de l'âme aient été enseignées par des philosophes antérieurs au christianisme, cela se conçoit, puisque la raison peut, par ses seules forces, découvrir ces vérités. L'on pourrait cependant remarquer qu'elles ont été rarement connues sans mélange d'erreur. Ainsi Platon, tout en reconnaissant une Divinité suprême, est dualiste. Aristote rejette la Providence, Sénèque paraît plutôt panthéiste, et presque tous ont représenté la Divinité comme soumise à l'aveugle Destin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on objecte aussi que le monothéisme, l'immortalité de l'âme, la croyance à une vie future, étaient déjà les ''éléments essentiels de la religion juive. ''Assurément, et ce serait un contresens de vouloir en tirer parti contre le catholicisme, puisque celui-ci est le premier, non seulement à admettre sa parenté, mais à affirmer cotte filiation comme un de ses dogmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ressemblances d'ailleurs s'arrêtent là. Et si nous voulions relever les divergences entre les deux religions, établir le contraste entre le rigorisme, l'orgueil et la justice austère des Pharisiens, d'une part, et d'autre part, la bonté, l'humilité la charité inépuisable de Jésus, nous forcerions nos adversaires à confesser que la religion chrétienne, tout en étant une évolution de la religion juive, a accompli un tel progrès qu'elle peut être considérée comme une religion tout à fait neuve et originale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''point important ''de l'objection rationaliste concerne évidemment les trois dogmes de la ''Trinité, ''de ''l’Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''c'est-à-dire ce qui paraît être le fond propre de la religion chrétienne. Remarquons tout d'abord que ces trois dogmes ''ont leur fondement ''dans les Livres sacrés du Nouveau Testament et en particulier dans les Evangiles. Pour démontrer que 1p christianisme a emprunté des dogmes, il faudrait donc faire la preuve que les documents de la révélation chrétienne n'ont pas de caractère original, qu'ils portent des traces d'importation étrangère. Or si l'on rapproche nos Livres sacrés de ceux de l'Inde et de la Perse, on constate aisément, par la critique interne, que les premiers n'ont pas été influencés par les seconds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, les ressemblances signalées sont-elles si complètes que l'on puisse dire que les dogmes du christianisme sont empruntés? « Ne consistent-elles pas fort souvent en de simples analogies très éloignées, de telle sorte qu'il y ait entre les éléments correspondants du christianisme et des autres cultes autant de différence que de ressemblance?... Nous voyons dans plusieurs religions l'idée d'une trinité divine, mais entre les triades païennes, vagues et changeantes, composées généralement d'un père, d'une mère et d'un fils, et la conception de la Trinité chrétienne, il y a un abîme. Sur un grand nombre de points il est possible de constater, à côté des ressemblances, des différences aussi grandes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn229 [229]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait s'étonner encore que l’''idée d'un libérateur ''se retrouve en dehors du christianisme, que Çakya-Muni, par exemple, se soit donné, avant Jésus, pour le .sauveur de l'humanité. Mais il convient de se rappeler que l'attente messianique avait dépassé les bornes du territoire juif. Cette idée, dont les prophètes avaient été les ardents propagateurs, avait pénétré partout. Elle faisait écho du reste aux sentiments du cœur humain. A la vue de ses misères et de ses fautes, devant la crainte des châtiments futurs, l'homme ne conçoit-il pas, comme d'instinct, le désir et l'espoir de la délivrance? « Or qu'arrive-t-il, dit l'abbé de Broglie, lorsque les hommes animés de ces sentiments se trouvent privés du bienfait de la révélation véritable et de la religion divine? Il arrive naturellement qu'ils cherchent ce qui leur manque, qu'ils le créent, qu'ils l'imaginent selon leurs lumières et leurs forces Sentant le besoin d'une révélation, ces hommes écouteront le premier prophète venu, sans vérifier ses titres ; sentant le besoin d'un libérateur ils écouteront celui qui dira qu'il peut, qu'il veut les sauver. Sentant le besoin d'émotions religieuses, ils organiseront des cérémonies, des chants capables de les leur inspirer. Croyant au surnaturel, ils s'adresseront à des êtres invisibles pour obtenir d'eux la santé et la richesse... Ainsi se développeront les fausses religions où il y aura toujours une part d'imposture, et où le bien sera mêlé au mal.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn230 [230]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux ''circonstances historiques des dogmes. ''c'est-à-dire à tout ce qui porte sur la vie et les actes des fondateurs, les rapprochements signalés plus haut sont loin d'être défavorables au christianisme. Sans parler du mithriacisme qui s'est propagé dans l'Empire romain à la même époque que le christianisme et que les apologistes chrétiens ont pu accuser de plagiat sans recevoir de démenti (V. N° 191), l'on ne saurait regarder la vie du Bouddha comme un modèle sur lequel les Évangélistes auraient calqué la vie du Christ. Au contraire, la biographie de Çakya-Muni est relativement moderne dans la littérature de l'Inde, la rédaction définitive n'en ayant pas été faite avant le XIIe siècle de notre ère. Pour démontrer que le christianisme est tributaire du bouddhisme, il faudrait donc prouver que les livres actuels qui contiennent la vie du Bouddha sont identiques aux originaux ; et c'est ce qui n'a pas été fait. Il n'y a pas lieu davantage de nous arrêter au parallélisme qu'on a voulu établir entre la résurrection de Jésus dont nous avons apporté précédemment les preuves indiscutables, et la mort et la résurrection des dieux mythologiques, Osiris, Adonis et Atys, lesquelles ne sont autre chose que des symboles, destinés à figurer la succession des saisons, la mort apparente de la nature en hiver et sa résurrection au printemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Morale. ''— La morale chrétienne n'a aucunement la prétention d'être en tous points une morale nouvelle. Les préceptes fondés sur la nature des choses et imposés par la raison ne sont pas sa propriété exclusive. Il ne faut donc pas s'étonne des rapports qu'elle peut avoir avec d'autres morales, comme celle des stoïciens et celle de Zoroastre. Au surplus, la morale chrétienne les dépasse, tant dans ''l'ensemble de ses préceptes ''et de ses ''conseils ''que dans les ''motifs ''qui l'inspirent. Ainsi les stoïciens, tout en recommandant la pratique du bien comme la condition unique du bonheur, ne poursuivent que leur propre félicité ; ils ne connaissent pas la pitié à l'égard du prochain. D'autre part, en nous imposant comme premier devoir de supprimer le sentiment et de n'écouter que la raison, ils vont à l'encontre de la nature humaine et nous proposent une morale impraticable. Combien la morale du Christ, basée sur l'amour de Dieu et du prochain, compatissante à la faiblesse et indulgente aux défaillances, toujours guérissables par le repentir, est plus humaine et meilleure, on ne saurait le mettre en doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on dit encore qu'il y a eu dans l'Inde des ''moines ''qui ont pratiqué les conseils évangéliques avant et tout aussi bien que les ascètes chrétiens. Nous voulons bien l'admettre, mais tout au plus peut-on en conclure que la nature humaine a été la même dans tous les temps et sous tous les cieux, qu'il y a toujours eu des âmes d'élite qui ont aspiré à un idéal de perfection, et que leurs instincts religieux leur ont découvert les mêmes moyens d'y parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Culte. ''1. Nous n'avons pas à répondre à l'objection qu'on tire des ressemblances qu'il peut y avoir entre les ''sept sacrements chrétiens ''et les ''sept degrés de l'initiation mithriaque, ''puisque le mithriacisme n'est pas antérieur au christianisme, et que, s'étant répandu à Rome, il a pu entrer facilement en contact avec la religion de Jésus et lui emprunter ses rites. — 2. Quant au ''culte des saints ''et des ''images ''que l'on rapproche du ''culte des dieux ''et des ''idoles, ''les deux s'expliquent par la tendance de la nature humaine « à multiplier les objets de culte et à choisir des objets visibles de vénération religieuse : cette tendance, abandonnée à elle-même, a produit dans l'antiquité païenne le polythéisme et l'idolâtrie. Dans l'histoire du christianisme, ces mêmes aspirations, gouvernées et dirigées pari Esprit-Saint et par l'Église, ont trouvé leur satisfaction dans un culte de vénération envers les saints, distinct du culte d'adoration qui est réservé à Dieu seul, et dans l'usage légitime d'images qui ne sont nullement des idoles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn231 [231]]. S’il est arrivé parfois que la distinction entre le culte de Dieu et celui des saints n'a pas été suffisamment établie et que le culte d'un saint a remplacé purement et simplement le culte d'un dieu local sans qu'il y eût de différence dans la manière de vénérer l'un et d'adorer l'autre, ce sont là des abus qui sont imputables à l'ignorance des nouveaux convertis, et non à la religion elle-même. — 3. On allègue enfin ''l'identité des cérémonies ''du culte chrétien et du culte païen pour accuser le premier de plagiat. A supposer que la liturgie chrétienne ait emprunté tous ses rites secondaires soit au culte juif, soit au culte païen, c'est-à-dire en somme, au milieu dans lequel elle pénétrait, et qu'elle les ait adaptés à ses besoins, il n'y aurait pas là de quoi l'accuser de plagiat. Les cérémonies, en tant que formes extérieures par lesquelles l'homme se propose d'adresser ses hommages à la divinité, sont du domaine public. Pourquoi voudrait-on refuser à la vraie religion le droit de faire usage, par exemple, des encensements, des processions, des chants, des vêtements sacerdotaux, sous prétexte que d'autres cultes les auraient employés avant elle ? La nature humaine étant la même partout, comme nous le disions plus haut, comment trouver étrange qu'elle traduise ses sentiments d'une manière identique ? « L'homme qui se sent coupable et malheureux se tourne naturellement vers son Créateur, vers une puissance invisible capable de le délivrer. A quelque race qu'il appartienne, il risque fort d'imploré! la miséricorde divine dans les mêmes sentiments et presque dans les mêmes termes. L'attitude de la prière, les manifestations extérieures du respect et de l'humilité sont à peu près les mêmes partout : on lève les bras au ciel, on se prosterne ; plus est grand le désir d'obtenir une grâce, plus on insiste en répétant la même formule dans une sorte de litanie... Il est assez naturel de porter solennellement en procession les images de ceux qu'on veut présenter à la vénération publique. La purification, réelle ou symbolique, au moyen d'ablutions, la transmission d'un pouvoir ou d'une influence par l'imposition des mains et bien d'autres pratiques religieuses sont autant de choses très conformes aux dispositions de la nature humaine. Il est puéril de s'étonner des similitudes en pareille matière et de les noter avec empressement comme une découverte ; ou de se laisser prendre à quelques traits extérieurs de ressemblance entre certaines images, et de vite conclure à une imitation. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn232 [232]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Tout ceci nous amène à la double conclusion suivante : — l. que les ''points de ressemblance ''entre le christianisme et les autres religions antérieures ne sont pas aussi caractéristiques que le voudraient les historiens rationalistes des religions, que les ''divergences ''qui se mêlent aux ressemblances sont souvent plus importantes ; et — 2. que les ''conclusions ''adoptées par les rationalistes dépassent les prémisses, et que par conséquent, le christianisme ne peut être accusé de plagiat sur aucun point, sauf, si l'on veut, sur les questions telles que les vérités naturelles et les accessoires du culte, qui font partie du domaine commun de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La rapide diffusion du Christianisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
279. — '''État de la question. '''— La ''rapide diffusion ''du christianisme a toujours été considérée par les apologistes comme un solide argument en faveur de son ''origine divine. ''Cependant, la question n'a pas toujours été vue par eux sous le même angle. Dans le rapide essor du christianisme tous ont reconnu la main de la Providence, mais comme celle-ci a deux modes d'action, et qu'elle mène le monde, soit ''par le moyen des causes secondes, ''soit ''en dehors ''et ''au-dessus d'elles, ''l'on comprend qu'il y ait eu divergence de vue sur l'interprétation des faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes qui adoptent la ''première hypothèse, ''font une part très large aux ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme. De l'admirable enchaînement des causes secondes qui ont permis à la religion nouvelle de faire une pénétration si rapide, ils remontent à la Cause suprême « qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn233 [233]], de la même façon que de l'ordre du monde l'on peut conclure à un sage ordonnateur. Une telle hypothèse, bien que supposant l'action continue de Dieu, est exclusive du miracle. Elle est du reste parfaitement soutenable, mais elle a, à notre époque, le grave inconvénient de prêter des armes à nos adversaires, qui, partant de là, exagèrent, d'un côté, les circonstances favorables à la rapide diffusion du christianisme, 3t de l'autre, affaiblissent les obstacles qui s'opposaient à ses progrès, pour pouvoir aboutir à cette conclusion que la propagation du christianisme s'explique très bien par des ''causes naturelles ''et en dehors de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''seconde hypothèse, ''qui est celle que nous exposerons, tout en laissant aux causes humaines la part qui leur revient, les regarde comme impuissantes à produire de tels effets et suppose par conséquent qu'il a dû s'y ajouter un ''élément divin ; ''en d'autres termes, elle prétend qu'il y a eu disproportion entre les moyens employés et les résultats obtenus, donc, ''miracle d'ordre moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que faut-il entendre par ''miracle d'ordre moral ? ''Pour bien saisir le sens de cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés obéissent à des lois propres à leur nature : les êtres sans raison à des lois nécessaires, les êtres raisonnables à des lois morales où la liberté joue son rôle. Ainsi, des leçons que l'histoire tire de la marche des événements, il résulte que l'on peut considérer comme une loi morale qu'une masse d'hommes ne changent pas d'opinion ni de mœurs, lorsque leurs passions, leurs intérêts et surtout leur vie sont en jeu. Si le changement se produit, il faut donc l'attribuer à une intervention spéciale de Dieu, et non aux causes secondes, et de ce fait, recourir à l'hypothèse du miracle moral. D'où il suit que le ''miracle moral, ''c'est tout fait qui, ne s'expliquant pas par les lois ordinaires de l'histoire, suppose, comme condition nécessaire, l'intervention spéciale de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour démontrer le bien-fondé de cette hypothèse, nous avons dès lors à établir: 1° le ''fait ''même de la rapide diffusion du christianisme, et 2° le ''caractère surnaturel ''de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
280 — La diffusion du christianisme peut être envisagée au point de vue du développement ''numérique ''et ''géographique, ''et au point de vue de ''l'expansion sociale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Développement numérique et géographique'''. — Le christianisme se donnant comme une religion universelle, il importe de distinguer entre le ''nombre ''des nouveaux convertis et l'importance du ''territoire ''conquis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE NOMBRE. ''— Notre enquête sur l'expansion numérique du christianisme s'arrêtera au début du IVe siècle. A cette époque, en effet, les conquêtes de la nouvelle religion sont, non pas certes définitives, mais elles ont pris une importance telle, qu'elles ont forcé le pouvoir impérial, représenté par Constantin, à la tolérance d'abord par l'édit de Milan (313), puis à la bienveillance, et enfin au patronage officiel. Il devient dès lors difficile de faire le départ, dans le développement du christianisme qui s'intensifie chaque jour, entre ce qui peut être attribué aux causes secondes, c'est-à-dire aux auxiliaires humains, et ce qui semble impliquer une intervention spéciale de Dieu. En d'autres termes, le miracle moral n'est discernable que dans les trois premiers siècles où le christianisme, laissé à ses seules ressources, rencontre devant lui des obstacles humainement insurmontables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Au 1er siècle — ''Nous avons, pour nous renseigner sur la marche de l'Évangile, le témoignage des auteurs sacrés et celui des auteurs profanes. — 1. ''Témoignage des auteurs sacrés. ''C'est aussitôt après la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, que se place le berceau du christianisme. Les Actes des Apôtres rapportent que les deux premiers discours de Pierre font cinq mille convertis ''(Act'', ii, 41 ; iv, 4). Ailleurs, ils parlent « de milliers de Juifs convertis » ''(Act., ''xxi, 20). Dans l'Apocalypse (I, 11) il est fait mention de sept Églises. Les progrès de la nouvelle doctrine sont si rapides que la ''finale de saint Marc ''constate que, selon l'ordre donné par Jésus, d'annoncer dans le monde entier l'Évangile du royaume ''(Mat., ''xxiv, 14), « les disciples partirent et prêchèrent en tous lieux» (''Marc, ''xvi, 20). Saint Paul, à son tour, entre 53 et 57, c'est-à-dire vingt ans environ après l'Ascension de Notre-Seigneur, ne craint pas d'écrire aux Romains que « leur foi est annoncée dans le monde entier» ''(Rom., ''i, 8). — 2. ''Témoignage des auteurs profanes. ''Tacite et Suétone parlent de nombreux chrétiens qui périrent par la persécution de Néron, en l'an 64.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2) ''Au IIe'' ''siècle, ''— 1. Nous avons, tout au début du IIe siècle, vers 112, l'important ''témoignage de Pline le jeune. ''Api es avoir parcouru, en vertu de ses fonctions de légat impérial, les vastes provinces de Bithynie et du Pont, il écrit une lettre-rapport à Trajan, dans laquelle il lui exprime sa surprise d'avoir rencontré « de nombreux chrétiens de tout âge, de tout sexe et même de tout rang, et d'avoir constaté que les temples des dieux étaient presque abandonnés, les sacrifices depuis longtemps interrompus, les victimes destinées aux dieux ne trouvant plus que de rares acheteurs ». — 2. ''Témoignage des Pères. ''Saint Justin, philosophe célèbre de l'école de Platon, converti au christianisme, déclare dans son ''Dialogue avec Tryphon, ''qu'« il n'y a pas une seule race d'hommes, soit barbares, soit grecs, ou de quelque nom qu'ils s'appellent, Scythes qui vivent sur les chars ou nomades qui habitent sous la tente, chez qui ne soit invoqué le nom de Jésus-Christ ». Saint Irénée, vers 170, voulant prouver l'unité de l'Église, la montre répandue par tout l'univers : « Les langues sont diverses dans le monde, écrit-il, mais la tradition de la foi est partout la même. Ni les Églises qui s'élèvent en Germanie n'ont une autre foi ou une autre tradition, ni celles qui sont en Ibérie ou chez les Celtes, ni celles qui sont vers le Levant, ni celles qui sont en Egypte, ou en Libye, ni celles qui sont vers le centre du monde (c'est-à-dire vers la Palestine)». A la fin du IIe siècle, vers 197, Tertullien écrit dans son ''Apologétique, ''c. xxxvii, n° 124 : Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les assemblées, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum, nous ne vous laissons que vos temples. » Et Tertullien ajoute même, plus loin : « Il est évident que si les chrétiens voulaient se révolter, ils seraient plus redoutables que les Maures, les Parthes ou les Marcomans ; ou si seulement ils venaient à se retirer de l'Empire, les païens seraient effrayés de leur solitude ; il y aurait un silence et une sorte de stupeur comme si le monde était mort. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans les paroles de Pline le Jeune, aussi bien que dans celles de saint Justin, de saint Irénée et de Tertullien, il y ait une part à faire à l'exagération et à l'emphase oratoire, la chose ne semble pas contestable, mais l'amplification n'équivaut pas à la falsification de la vérité. La preuve c'est que plus tard, vers 212, le même Tertullien, écrivant au proconsul d'Afrique Scapula pour protester contre une reprise de persécution, parle de « l'immense multitude » des chrétiens formant déjà « presque la majeure partie de chaque cité », paroles qui ne s'expliqueraient pas, et qui, en de telles circonstances, seraient bien maladroites si elles allaient ouvertement contre la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Au IIIe'' ''siècle. ''Un des plus précieux témoignages du me siècle est celui d'Oui gène qui, après avoir écrit, dans sa ''IXe homélie sur la Genèse, ''qu'il n'y avait « presque aucun lieu qui n'eût reçu la semence de la parole divine», avouait, avec une loyauté digne d'un historien moderne, que «la fin du monde était encore loin, puisque l'Évangile n'avait pas encore été prêché partout». Un autre témoignage de la même époque doit être rappelé, quoique moins précis et moins mesuré que le précédent ; c'est celui de saint Cyprien qui compare l'Église de son temps au soleil dont les rayons éclairent tout le monde, à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terré, à un fleuve qui répand ses eaux de tous côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivons ainsi au début du IVe siècle où nous entendons, d'un côté, le païen Porphyre qui se plaint de trouver des chrétiens partout, et de l'autre, l'historien Eusèbe, évêque de Césarée, qui proclame que le Christ est adoré dans le monde entier. D'ailleurs les nombreux conciles, — on en compte plus de cinquante avant le concile œcuménique de Nicée en 325, — qui se sont tenus de toutes parts, à Rome, en Afrique, dans les Gaules, en Espagne, en Grèce, dans la Palestine, etc., sont une preuve évidente que le christianisme était déjà en pleine floraison ayant la conversion de l'empereur Constantin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
281.— B. ''LE TERRITOIRE CONQU1S. ''—Les documents qui contiennent l'histoire du christianisme aux trois premiers siècles, nous le montrent répandu partout dans le vaste Empire romain, qui comprenait presque l'Europe tout entière et une grande fraction de l'Afrique et de l'Asie. Si l'on classe les provinces par rapport au nombre de leurs chrétiens, M. Harnack pense qu'on peut les partager dans les quatre groupes suivants : — a) Le premier groupe, où le christianisme comptait presque la moitié des habitants et formait la religion dominante, comprend l’Asie Mineure actuelle, la partie sud de la Thrace, l'île de Chypre, l'Arménie, la ville et le territoire d'Edesse. — ''b) ''Le deuxième groupe se compose des provinces où le christianisme a gagné une partie notable de la population et peut rivaliser avec les autres religions : ce sont Antioche et la Célé-Syrie, l'Egypte et la Thébaïde, surtout Alexandrie, Rome avec des parties de l'Italie centrale et méridionale, l'Afrique proconsulaire et la Numidie, l'Espagne, les principales parties de la Grèce et la côte méridionale de la Gaule. — c) Le troisième groupe formé des provinces où le christianisme était peu répandu, comprend la Palestine, la Phénicie, l'Arabie, quelques districts de la Mésopotamie, l'intérieur de la Péninsule grecque avec les provinces danubiennes, le nord et l'est de l'Italie, la Mauritanie et la Tripolitaine. — ''d) ''Le quatrième groupe, composé des provinces où le christianisme est tout à fait clairsemé et pour ainsi dire inexistant, embrasse les villes de l'ancienne Philistin, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire, l'ouest de la haute Italie, le contre et le nord de la Gaule, la Belgique, la Germanie et la Rhétie, peut-être aussi la Bretagne et la Norique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
282. — 2° '''Diffusion sociale. '''— Après avoir établi l'expansion numérique et géographique du christianisme, il importe de savoir quelle était la ''qualité ''ou la ''valeur sociale ''de ses adeptes, car il va de soi que si le nom-Tire est une force, la qualité en est une autre. En principe, le christianisme, étant une religion universelle, s'adresse à toutes les classes de la société. — 1. Or il est indéniable que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite, à l'origine, surtout parmi ce qu'on peut appeler la classe ''des petites gens. ''Saint Paul écrit en effet aux ''Corinthiens ''qu'il n'y a parmi eux « ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles» (I ''Cor., ''i, 26). Il s'en glorifie d'ailleurs, puisqu'il ajoute que « Dieu a choisi ce qui était faible pour confondre les forts », c'est-à-dire l'orgueil et la fausse science du monde. Malgré cela, ce serait une erreur de croire que le premier noyau chrétien ne se composait que de gens de basse condition. — 2. Il y eut, au contraire, et dès la première heure, quelques ''personnages de marque : ''à Chypre, le proconsul Sergius Paulus ''(Act., ''xiii, 7, 12) ; à Athènes Denis l'aréopagite (''Act., ''xvii, 34), convertis tous ceux par saint Paul ; à Thessalonique plusieurs fermes de haut rang ''(Act., ''xvii, 4, 12). À Rome, on peut citer Pomfonia Graecina dont Tacite raconte qu'elle fut accusée de superstition étrangère ''(Ann., ''xiii, 32), Agilius Glabrion, sénateur et personnage consulaire, que Domitien fit mettre à mort. En Bithynie, il y avait, suivant la lettre de Pline dont il a été question précédemment, des chrétiens appartenant à tous les rangs de la société. La un du IIe siècle marque surtout un accroissement notable du christianisme dans les rangs de l'aristocratie romaine ; les épitaphes que l'on a retrouvées dans un des plus anciens hypogées de Rome, et qui portent les noms des Caecilii, des Attici, des Annii, des Pomponii, des Aurelii, illustres familles de l'époque, en font foi. — 3. A côté des représentants de la richesse, nous trouvons ceux de la ''science. ''Dès les temps apostoliques, les Actes signalent « un Juif nommé Apollos, originaire d'Alexandrie, homme éloquent et versé dans les Écritures» (''Act., ''xviii, 24). Plus tard, les apologistes étaient tous des hommes de grande culture ; il suffit de nommer Tertullien, juriste distingué, et Origène, esprit d'une rare puissance. — 4. ''A la cour, ''la doctrine chrétienne eut aussi ses partisans. Saint Paul parle des chrétiens « de la maison de César» ''(Phil., ''iv, 22), de ceux « de la maison d'Aristobule et de Narcisse» ''(Rom., ''xvi, 10, 11). A la fin du Ier siècle, Flavius Clemens, le cousin de l'empereur Domitien, est chrétien ainsi que ses enfants qui sont les héritiers» présomptifs du trône. Le nombre des chrétiens augmente surtout dans l'entourage des empereurs plus libéraux, Constance Chlore et Licinius. — 5. ''Dans l'armée, ''le recrutement était difficile, la douceur évangélique paraissant sans doute incompatible avec la profession des armes. Cependant, sous Marc Aurèle, la douzième légion ''(fulminata) ''comptait un grand nombre de chrétiens ; c'est de ses rangs que sortirent plus tard les quarante martyrs de Sébaste. Au iv siècle, la christianisation de l'armée était suffisamment accomplie pour que Constantin pût arborer la croix sur ses étendards. — 6. Après avoir parlé des chrétiens en général et sans distinction de sexe, il est juste d'accorder une mention spéciale aux ''femmes, ''en raison du rôle important qu'elles jouèrent dans la primitive Église. De nombreux noms de femmes sont rapportés par les Actes des Apôtres, entre autres celui d'une personnalité importante, Priscille, femme d'Aquila ''(Act., ''xviii, 2 et 26). Les salutations qui terminent les ''Épîtres de saint Paul ''comprennent généralement des noms de femmes : l'Epître aux Romains spécialement en contient huit contre dix-huit noms d'hommes. Saint Paul se préoccupe des mariages mixtes (I ''Cor., ''vu, 12) et de la tenue des femmes dans les assemblées (I ''Cor., ''xi, 5), et l'on sait que, de bonne heure, il fut institué un corps de vierges chrétiennes et de diaconesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce bref aperçu, il est permis de conclure que le christianisme a fait une pénétration rapide presque dans le monde entier, et que, s'il a trouvé plus d'adeptes dans la classe ordinaire, il n'a jamais été la religion d'une caste ni d'un parti. Il a été, dès les premiers jours, une religion universelle et une véritable puissance morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2, — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
283. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme à travers le monde s'explique-t-il par des ''causes naturelles, ''tant extrinsèques qu'intrinsèques, c'est-à-dire tirées soit du ''milieu ''où le christianisme pénétrait, soit de la ''doctrine ''elle-même? Ou bien suppose-t-il une intervention spéciale de Dieu et faut-il conclure qu'il y a eu miracle d'ordre moral?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résoudre le problème, il suffit de savoir s'il y a, oui ou non, juste proportion entre les moyens employés et les résultats obtenus. Comme on le devine bien, tous les rationalistes répondent par l'affirmative, quoi qu’ils se divisent sur le caractère et sur le nombre des causes qu’ont produit la rapidité du développement chrétien. Les apologistes catholiques soutiennent la thèse contraire. Avant d'exposer les arguments que font valoir ces derniers, il convient, en toute justice, que nous passions en revue les ''circonstances favorables ''invoquées par nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''284. — 1°''' '''Thèse rationaliste. Explication naturelle des faits. '''— D'après M. Harnack[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn234 [234]], le succès de la nouvelle religion était normal, tant il y avait adaptation et harmonie entre le ''milieu ''et la ''doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE MILIEU. ''— Le christianisme s'est propagé dans deux sortes de milieux : le milieu juif et le milieu païen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Le milieu juif. — ''Sous ce nom il faut entendre non seulement les Juifs qui habitaient la Palestine, ou Juifs ''palestiniens, ''dont la langue était le dialecte araméen, mais les Juifs ''helléniques, ''c'est-à-dire tous ceux qui, à partir de l'exil de Babylone, avaient essaimé dans le monde gréco-romain et qui ne parlaient que le grec. Ces derniers, au début de l'ère chrétienne, formaient une population importante dans les centres principaux de l'Empire romain ; on trouvait des communautés juives ou ''juiveries ''à Antioche, à Damas, à Smyrne, à Éphèse, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, à Alexandrie, à Rome. L'ensemble des communautés constituait ce qu'on a appelé la ''Diaspora, ''d'un mot grec qui veut dire ''dispersion. ''Chaque juiverie avait sa synagogue ; elle y menait sa vie religieuse comme dans la mère-patrie, restant inviolablement attachée à ses institutions, à son culte et à ses espérances Toutefois, bien que gardant leur individualité de race et évitant tout contact avec les païens sur le terrain religieux, les Juifs avaient, par l'élévation de leur doctrine monothéiste, exercé une assez forte influence autour d'eux. Ils avaient même détaché des cultes païens bon nombre d'âmes droites qui, désabusées des erreurs idolâtriques, avaient reconnu le vrai Dieu et s'étaient affiliées au Judaïsme par la circoncision et l'observance des prescriptions mosaïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn235 [235]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc incontestable, concluent les rationalistes, que la Diaspora favorisa les débuts du christianisme en lui fournissant les cléments des premières chrétientés. — Contentons-nous de remarquer ici que les apologistes chrétiens reconnaissent le fait de cette première circonstance favorable à l'éclosion du christianisme, mais toute la question revient à savoir si la chose doit être regardée comme l'effet du hasard ou comme une heureuse disposition de la Providence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Le milieu païen. ''— Le monde païen, de beaucoup plus considérable que le monde juif, constituait l'ensemble de l'Empire romain. Nous allons voir quels avantages il offrait à la pénétration chrétienne, tant au point de vue politique et général, qu'au point de vue religieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Au point de vue ''politique, ''on peut regarder comme circonstances favorables : — 1) ''l'unité ''politique de l'Empire romain embrassant la presque totalité du monde civilisé : ainsi le terrain semblait préparé pour une Eglise catholique ; — 2) la ''paix universelle ''indispensable à la propagation religieuse ; — 3) L’''usage général de la langue grecque. ''L'hellénisme, regardé comme la plus haute forme de civilisation, avait créé l'unité de langue et d'idées ; — 4) la ''facilité des communications ''qu'assuraient les multiples voies romaines et la navigation méditerranéenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Au point de vue ''religieux, ''le paganisme se trouvait en pleine décadence. Personne ne croyait plus à son absurde et grossière mythologie, et le seul culte qui eût gardé quelque faveur était celui de Borne et de l'empereur, c'est-à-dire le culte de la force. Cependant, toute préoccupation religieuse n'avait pas disparu. Depuis les conquêtes de l'Asie et de l'Egypte, les religions orientales avaient au contraire provoqué un réveil des âmes, et les cultes de Cybèle, Isis, Adonis, Astarté, Mithra avaient « empêché », dit Mgr Duchesne, « le sentiment religieux de mourir» et lui avaient « permis d'attendre la renaissance évangélique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn236 [236]]. Tous ces cultes, du reste, vivaient côte à côte, en bonne harmonie, et il était admis qu'on pouvait les pratiquer tous à la fois, si bien qu'il s'était produit entre toutes ces croyances diverses une sorte de fusion qu'on désigne généralement sous le nom de ''syncrétisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn237 [237]] ''gréco-romain. ''Au contact de ces religions étrangères, le monde païen avait fait plus que de garder sa foi en la divinité ; ses idées sur Dieu, sur le monde et sur l'âme, s'étaient épurées. Les esprits étaient donc prêts, disent les rationalistes, à accepter une religion plus spirituelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
285. — B. ''LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. ''— Tel était le milieu où la semence chrétienne allait être jetée Voyons si celle-ci avait toutes les qualités voulues pour y germer, croître et se développer. D'après les rationalistes, la doctrine chrétienne était tout ce qu'il y a de plus adapté au milieu qui devait la recevoir — ''a) ''Si on la considère dans son ''dogme, ''elle était à la fois simple et complexe, claire et mystérieuse, pouvant se résumer en quelques brèves formules on s'épanouir en riches aperçus, présentant une telle variété d'aspects qu'elle était apte à satisfaire les besoins religieux de toutes les âmes. Au lion des froides divinités païennes, elle montrait un Dieu unique, créateur et maître tout-puissant, un Dieu qui n'était lié à aucune race ni à aucun peuple, Dieu et Père en même temps Fère dont la bonté était allée jusqu'à donner son Fils unique, lequel après voir passé sur la terre en taisant le bien, s'était offert en sacrifice pour le rachat des péchés de l'humanité. — b) Si on le considère dans sa ''morale, ''le christianisme, en professant que tous les hommes sont frères dans le Christ, apportait l’''Évangile de l’amour. ''Il proclamait la grande loi inouïe jusque-là, de la fraternité universelle qui n'exclut personne pas même les ennemis ; loi d'où découlent tous les devoirs sociaux : la charité, la solidarité, le dévouement la miséricorde et le pardon des injures. — c) Si nous la considérons dans son ''culte, ''la doctrine chrétienne n'est pas moins salutaire. Le Christ ne s'est pas contenté de prêcher l’Évangile du salut et de la guérison, il l'a réalisé. Il a guéri les malades, i1 a consolé les affligés et relevé les pécheurs. Il a été vraiment le Sauveur et il le reste toujours par les Sacrements qu'il a institués : c'est ainsi que le Baptême est un bain salutaire qui donne une vie nouvelle et engage les âmes dans la voie de l'immortalité bienheureuse. Or, pour atteindre une si radieuse perspective, les âmes comprirent aisément qu'elles devaient être pures et saintes, et par conséquent, qu'elles devaient pratiquer la continence, et renoncer au monde, aux plaisirs, aux richesses. Appliquant ces principes à la lettre, les chrétientés primitives ne souffrirent dans leur sein aucun membre impur ; luttant contre tous les désordres sociaux, elles défendirent le luxe, les théâtres et les spectacles. — ''d) ''Si l'on considère la religion chrétienne, non plus dans sa substance, mais dans son ''mode d'enseignement, ''elle est tout ensemble la religion de l'autorité et de la raison. D'une part, elle s'impose par la foi, par une foi absolue qui ne souffre pas la discussion. Or ce dogmatisme intransigeant devait lui gagner bien des âmes, trop heureuses d'être délivrées de leur doute, et de rencontrer une doctrine qui leur apportait la lumière complète sur Dieu, sur le monde et sur leur destinée. D'autre part, la raison n'était pas sacrifiée ; il lui revenait de montrer l'harmonie des mystères et leur conformité avec la nature humaine. Ainsi, concluent les rationalistes, l'on peut voir avec quelle richesse et quelle complexité la doctrine chrétienne apparut dès l'abord au monde païen. Renfermant en soi tout ce qui peut être demandé à une religion, elle a capté toutes les forces et toutes les idées pour les mettre à son service.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces conclusions, nous nous garderons d'autant plus de les contredire que nous sommes les premiers à proclamer l'excellence de la doctrine chrétienne et à regarder la transcendance de l'enseignement du Christ comme une présomption en faveur de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''286. — 2'''° '''Réfutation de la thèse rationaliste. Explication vraie. '''—&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme ne sauraient être mises en doute, encore que les rationalistes en ''exagèrent l'importance ''et en tirent des ''conclusions fausses. ''Car toute là question, avons-nous dit revient à savoir si les circonstances favorables ci-dessus mentionnées ne sont pas l'œuvre de la Providence, si elles n'ont pas été préparées par elle comme autant de moyens propres à ouvrir les voies à la nouvelle religion. Ce que nous voudrions démontrer maintenant, c'est que toutes les causes signalées comme éléments de succès n'auraient pas suffi à produire de tels effets, contrebalancées qu'elles étaient par la ''grandeur des obstacles ''et la ''petitesse des moyens employés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
287. — A. ''OBSTACLES.''— La diffusion du christianisme rencontrai-deux sortes d'obstacles : les uns inhérents à la doctrine elle-même ''(obstacles intrinsèques) ''  les autres venant du dehors ''(obstacles extrinsèques).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Obstacles intrinsèques. ''— Tout excellente qu'elle fût, la ''doctrine chrétienne ''ne s'adaptait pas plus à l'esprit des Juifs qu'à celui des païens — 1. Les ''mystères, ''qui composaient son dogme, étaient une rude humiliation pour la raison humaine. Plus spécialement, le ''mystère de la Rédemption ''devait choquer les esprits : il était « ''scandale ''pour les Juifs » (1 ''Cor., ''I, 23) qui attendaient un Messie glorieux et conquérant, et il était « ''folie ''pour les Gentils » qui regardaient la croix comme un objet infâme, comme une ignominie réservée à de vils esclaves. — 2. Les ''exigences de la morale ''n'étaient pas un moindre obstacle. Habitués qu'ils étaient à adorer des dieux pleins d'indulgence pour leurs vices, les païens devaient, en embrassant la religion chrétienne, renoncer aux plaisirs, aux théâtres, aux jeux, même à leurs relations de société, puisque les réunions étaient mêlées presque toujours de superstitions idolâtriques. En outre, la vie chrétienne demandait des vertus, — douceur, humilité, pitié, chasteté, — qui semblaient dépasser les forces humaines. Se convertir au christianisme, c'était donc pour tout païen rompre avec son passé, c'était sortir de son milieu, se priver de multiples jouissances, alors que les autres cultes syncrétistes n'avaient aucune exigence et n'imposaient aucun sacrifice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Obstacles extrinsèques. — ''La nouvelle religion eut à lutter contre deux sortes d'ennemis, contre la calomnie et contre la persécution. — l.- ''La calomnie, ''Les adversaires du christianisme, mal intentionnés, allaient répétant les pires calomnies sur les croyances et les mœurs des chrétiens. Ils les accusèrent par exemple, d'adorer un dieu à tête d'âne, de se livrer, dans leurs réunions nocturnes, à des orgies sans nom. Interprétant faussement le sacrifice eucharistique, ils prétendirent que les chrétiens égorgeaient un enfant et se nourrissaient de sa chair, si bien que Tertullien fut obligé de rappeler que les chrétiens n'étaient ni des ogres ni des monstres inhumains. On les fit passer pour des athées et on les accusa d'être, par leurs impiétés et leurs sortilèges, la cause de tous les maux. — 2. ''La persécution. ''Pendant deux siècles et demi, de Néron à Constantin, les chrétiens furent en butte aux plus atroces persécutions (au nombre de dix), et ce n'est rien exagérer que de dire avec Tertullien que tout païen converti était « un candidat au martyre». M. Harnack le reconnaît d'ailleurs : « Ce serait, écrit-il, une illusion de se représenter la situation des chrétiens comme tout à fait supportable : l'épée de Damoclès restait suspendue sur la tête de chaque chrétien, et celui-ci restait toujours en face de la terrible tentation d'apostasier : car l'apostasie le rendait libre... Aussi n'a-t-on pas le droit de méconnaître le courage qu'il y avait à se faire chrétien et à vivre en chrétien ; il faut surtout glorifier la fidélité de ces martyrs qui n'avaient qu'un mot à dire ou un geste à faire pour être délivrés du châtiment et qui préférèrent la mort à cette délivrance. Dans cette interdiction légale il y avait, à n'en pas douter, un fort obstacle pour la propagande chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn238 [238]] Il est vrai que M Harnack se reprend un peu plus loin et déclare, sans se laisser arrêter par une évidente contradiction, que « l'histoire nous apprend, qu'une religion opprimée s'accroît et grandit sans cesse et qu'ainsi la persécution est un bon moyen de propagande ». Il faudrait pourtant choisir : une mémo chose ne saurait être à la fois ''obstacle ''et ''circonstance favorable. ''Loin d'être un bon moyen de propagande, la persécution est assurément le plus rude obstacle qu'une doctrine puisse rencontrer sur son chemin. L'histoire en témoigne, contrairement à ce que prétend M. Harnack: « I1 y a des persécutions qui ont réussi, dit G. Boissier, et le sang a quelquefois étouffé des doctrines qui avaient toutes sortes de raisons de vivre et de se propager... Ne disons donc pas d'un ton si assuré que la force est toujours impuissante quand elle s'en prend à une opinion religieuse ou philosophique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn239 [239]] Les albigeois, les vaudois, les hussites ont succombé sous les coups de la répression. Le protestantisme a disparu, là où il a rencontré l'opposition des pouvoirs publics. Le catholicisme lui-même, quand il était déchu de sa première ferveur, a été balayé par la persécution, comme il est arrivé au xvie siècle sous le règne d'Elisabeth. « Mais une fois au moins, dit encore Boissiek, en parlant du christianisme naissant, la force a été vaincue ; une croyance a résisté à l'effort du plus vaste empire qu'on ait vu ; de pauvres gens ont défendu leur foi et l'ont sauvée en mourant pour elle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn240 [240]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
288. — B. ''MOYENS EMPLOYÉS. ''— Autant les ''obstacles ''étaient grands, autant les ''moyens ''employés étaient faibles. Nous venons de voir précédemment que la religion chrétienne n'avait à son service, comme moyens de propagande, ni les ''séductions de sa morale, ''ni la ''protection du pouvoir civil. ''Au lieu d'allécher les peuples par les séductions de la volupté et de subjuguer les esprits par la force des armes, comme le fit Mahomet, elle déclara la guerre aux passions et aux vices, et pendant trois siècles elle fut impitoyablement traquée par ses adversaires. Aussi pouvons-nous dire avec Pascal que « si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ devait périr. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn241 [241]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pour elle ni les attraits séducteurs de sa morale, ni la force des armes, la nouvelle religion avait-elle au moins à sa disposition ''l’éloquence de ses prédicateurs? ''Douze hommes, appartenant à une race mal vue, douze Juifs, sans crédit, sans argent et sans puissance, presque tous illettrée, parlant mal la langue grecque, comme leurs écrits le prouvent ; même saint Paul, saint Jean et saint Luc qui sont des esprits de plus grande envergure, sont, sur ce point, inférieurs aux philosophes-grecs ou latins de l'époque. Voilà les seuls instruments que le Christ a choisis pour faire la conquête du monde. Da reste, les apôtres de la nouvelle religion ne se targuent pas de gagner les esprits par la logique et la force des arguments, et saint Paul ne se fait pas scrupule de dire que « Dieu a choisi ce qui était insensé aux yeux du monde pour confondre les sages, la bassesse et l'opprobre du monde, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (I ''Cor''., i, 27, 29). Ils ne s'appuient que sur une chose, sur l'autorité divine, sur les miracles du Christ et en particulier sur sa résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La rapide diffusion du christianisme, pénétrant dans des milieux si différents et s'adaptant à toutes les intelligences, les plus raffinées comme les plus frustes, en dépit d'obstacles apparemment insurmontables, peut donc être considérée comme « l'un des faits de l'histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn242 [242]]. Aussi pouvons-nous poser à nos adversaires le fameux dilemme de saint Augus­tin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn243 [243]] : Ou bien des miracles évidents ont été opérés pour la conversion du monde, et alors le christianisme est divin et approuvé de Dieu, ou bien il n'y a pas eu de miracle et alors la conversion du monde sans miracle est le plus grand des miracles, parce que contraire aux lois de l'ordre moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''289. — Remarque. — La merveilleuse conservation du christianisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes ont coutume de compléter l'argument tiré du fait de la rapide diffusion du christianisme par celui tiré du fait de son ''étonnante vitalité ''à travers les siècles. Nous nous contenterons de le signaler, car c'est toute l'histoire de l’Église qu'il y aurait lieu de faire pour présenter l'argument dans toute sa force, ''l'intervention divine ''n'apparaît pas moins évidente dans le ''fait de la conservation de la religion chrétienne ''que dans son admirable propagation. Si, par suite des obstacles qui se dressaient devant elle, il était humainement impossible à la doctrine du Christ de conquérir le monde, il lui était peut-être plus difficile encore de continuer à vivre et de résister à l'éprouve du temps. C'est qu'on effet le temps est un impitoyable démolisseur. L'attrait du nouveau, l'expérience qui montre la faiblesse des doctrines, le danger de corruption qui les menace sans cesse, l'opposition qu'elles rencontrent de toutes parts, voilà autant de causes qui font que leur succès est toujours éphémère. Or toutes ces cause» de mort, le christianisme les a trouvées sur son chemin. Dans la longue suite des siècles, il eut à lutter contre les assauts répétés des sectes hérétiques et contre la domination du pouvoir civil. A peine était-il sorti de l'ère des persécutions, qu'il fut menacé d'asservissement en passant sous la protection des empereurs et que sa victoire faillit tourner en défaite. Puis il assista à la ruine de l'Empire romain auquel son sort semblait lié. Plus tard, au Moyen Age, il connut l'ingérence despotique des pouvoirs civils, la grave querelle des investitures, le schisme d'Occident, le relâchement de l'esprit chrétien jusque chez les pasteurs de l'Église, les excès de l'humanisme, la crise protestante, la crise plus grave de l'esprit moderne avec ses conséquences sociales et politiques...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, tandis que dans le monde tout disparaît avec le temps, tandis que les empires s'écroulent les uns après les autres, que les écoles philosophiques ne gardent la faveur du public que peu de temps, en un mot, tandis que toutes les institutions humaines, quelles qu'elles soient, naissent et meurent tour à tour, seul le Christianisme demeure, gardant toute sa vitalité et ne donnant aucun signe de déclin : ''Stat crux, dum volvitur orbis. ''Aussi le concile du Vatican a-t-il, avec raison, présenté le fait de l'Église comme « un grand et perpétuel motif de crédibilité.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Le Martyre. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
290. — '''État de la question. '''— La diffusion du christianisme a rencontré, avons-nous dit (N° 287), comme principal obstacle, les violentes persécutions que les empereurs romains ont déchaînées contre lui durant les trois premiers siècles. Le martyre fait donc, en réalité, partie intégrante de l'article qui précède. Mais les apologistes ont coutume de détacher cette question pour en faire un argument spécial on faveur de la divinité du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce but, ils considèrent le ''martyre chrétien ''sous un double jour : à un point de vue psychologique et à un point de vue historique. — 1. ''Au point de vue psychologique, ''ils prennent comme point de départ le fait de cette phalange innombrable de chrétiens qui bravent les pires tourments et la mort, avec un héroïsme et un courage qui ne se démentent pas un instant, et ils concluent que pareil fait dépasse les forces humaines et ne s'explique pas sans l'intervention divine. — 2. ''Au point de vue historique, ''les martyrs, du moins les premiers, ceux qui ont été les contemporains du Christ, ont ''rendu témoignage ''des miracles de Jésus, et plus spécialement de sa Résurrection : miracles qui servent de fondement à la doctrine chrétienne et prouvent la divinité du christianisme. En ne reculant pas devant le sacrifice de leur vie, pour affirmer ce qu'ils avaient vu, ils ont donné à leur témoignage une valeur sans égale, et l'on peut dire avec Pascal qu'il y a tout lieu de croire « les histoires dont les témoins se font égorger ». ''(Voir supra)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne considérerons la question que ''du seul point de vue psychologique. ''Le second point de vue, outre qu'il nous paraît très discutable (V. N° 297),se rattache à une autre question ; il appartient entièrement à la preuve historique des miracles du Christ, qu'il s'agisse de ses miracles en général, ou du miracle de la Résurrection (V. N° 271).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au point de vue psychologique, nous aurons à établir deux points : — 1° le ''fait du grand nombre ''des martyrs et 2° le ''caractère surnaturel ''du fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait du martyre chrétien. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
291. — Nous allons voir : 1° ce qu'il faut entendre par ''martyrs ; ''2° quel fut le ''nombre ''de chrétiens martyrisés ; et 3° s'ils furent martyrisés ''parce que chrétiens''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Définition. '''— Étymologiquement, ''martyr ''(du grec ''martus, marturos) ''veut dire témoin. Ce mot a donc été choisi pour désigner les Apôtres et les premiers disciples qui, ayant vu les miracles et la Résurrection du Christ, versèrent leur sang pour en rendre témoignage. Le mot a été employé depuis dans un sens plus large. Il désigne tous les chrétiens qui ont souffert la mort plutôt que de renier leur foi. Peu importe donc que les chrétiens aient sacrifié leur vie pour attester un fait dont ils avaient été les témoins, ou pour confesser leur foi à une doctrine ; les uns comme les autres sont des martyrs du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''292. — 2'''° Le '''nombre. '''— « Aucune donnée statistique, dit M. P. Allard ne permet de retrouver, même approximativement, le nombre des martyrs ; on ne saurait douter qu'il n'ait été très grand. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn244 [244]] Ainsi, d'après le célèbre historien des persécutions, il n'est pas possible, faute de documents, d'évaluer par un chiffre quelconque, même approximatif, le nombre des victimes des persécutions. La raison en est que les listes dressées par les Églises et composant leurs Martyrologes, sont loin d'être complètes et ne mentionnent que les noms des martyrs dont l'anniversaire était célébré. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le nombre en fut très grand. Cette opinion repose sur le témoignage des auteurs profanes et des auteurs chrétiens : — ''a) Témoignage des auteurs profanes- ''— 1. Tacite dit que, sous Néron, il périt une immense multitude de chrétiens, « ''multitudo ingens ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn245 [245]]. — 2. Dion Cassius rapporte que « Domitien mit à mort, avec beaucoup d'autres, son cousin Flavius Clemens, alors consul, et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, sa parente »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn246 [246]]. — b) ''Témoignage des écrivains chrétiens. ''Lactance écrit dans son ouvrage ''De la mort des persécuteurs ''(ch. xv) : « Toute la terre était cruellement tourmentée, et, à l'exception des Gaules, l'Orient et l'Occident étaient ravagés, dévorés par trois monstres. » L'historien Eusèbe écrit à son tour dans son ''Histoire ecclésiastique ''(liv. VII, ch. ix) : « II est impossible de dire quelle ''multitude ''de martyrs la persécution fit en tout lieu. En Phrygie, une ville chrétienne fut livrée aux flammes avec tous ses habitants, sans en excepter les femmes et les enfants. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La tradition sur le grand nombre des martyrs ''fut d'ailleurs acceptée sans conteste jusqu'à la fin du xviie siècle. Elle fut mise en doute en 1684 par le protestant Dodwell qui, tout en réduisant le nombre des victimes des persécutions, admet cependant qu'il fut assez considérable pour être une preuve en faveur du christianisme. Après le critique anglais, la même thèse fut soutenue, au xviiie siècle, par Voltaire naturellement, et tout récemment par certains rationalistes: Hochard ''(Études au sujet de la persécution de Néron), ''Havet ''(Le Christianisme et ses origines), ''Aube ''(Histoire des persécutions de l’Église jusqu'à la fin des Antonins), ''M. Harnack ''(op. cit.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la thèse du grand nombre des martyrs a été suffisamment prouvée par d'autres historiens tels que Tillemont dans ses ''Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, ''par Ruinart, dans ses ''Acta sincera Martyrum, ''par Le Blanc dans son ''Supplément aux ''« ''Acta sincera» ''de Dom Ruinart, par P. Allard, dans son ''Histoire des persécutions du ''Ier ''au ''IVe ''siècle, ''par G. Boissiek dans ''La fin du Paganisme, ''et même par Renan dans son ''Histoire des Origines du Christianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au demeurant, alors même qu'il faudrait diminuer le nombre des martyrs, le chiffre en resterait toujours imposant, et il ne faut pas oublier que l'atmosphère de crainte et de péril dans laquelle vivaient tous ceux qui faisaient profession d'être chrétiens, équivalait pour ainsi dire à la mort. , Dans le passage que nous avons cité (N° 287), M. Harnack n'hésite pas à le reconnaître, et il confesse sans détour que là situation des chrétiens était intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si nous n'arrêtions pas notre enquête aux trois premiers siècles, nous pourrions ajouter qu'à travers sa longue histoire- l'Église a toujours eu des martyrs, et que le témoignage du sang ne lui a jamais fait défaut. Qu'on consulte les ''Annales de la Propagation de la Foi ''des cinquante dernières années, et l'on pourra lire le récit du martyre de nombreux chrétiens, missionnaires et laïques, qui sont tombés pour la foi du Christ, au Japon, en Chine, en Cochinchine, au Tonkin, en Mongolie, dans l'Ouganda, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''293. — 3° Ils ont été martyrisés parce que chrétiens.''' — Il n'est pas besoin d'insister longuement pour démontrer que les chrétiens ont été martyrisés pour le seul crime d'être chrétiens. Il est vrai que le premier édit de persécution porté par Néron paraît avoir ou pour prétexte l'incendie de Rome, mensongèrement imputé aux chrétiens. Mais, outre que ce cas est exceptionnel dans l'histoire des persécutions, l'accusation portée par l'empereur n'a jamais été prise au sérieux, comme en témoignent les historiens de l'époque, Tacite et Suétone. Toutes les persécutions ont pour point de départ la promulgation d'un ''édit ''ou ''rescrit ''qui défend de se convertir à la nouvelle religion. Aussi l'interrogatoire des juges est-il très simple. On pose une première question pour savoir si l'accusé fait profession de christianisme, et, dans l'affirmative, s'il veut renier sa foi et sacrifier aux dieux du paganisme, s'il veut être renégat ou martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
294. — Le ''caractère surnaturel ''du fait découle des ''circonstances ''du martyre, de la ''grandeur des supplices, ''d'une part, et du ''courage héroïque ''des chrétiens, d'autre part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° La grandeur des supplices. — Comment dépeindre les affreuses tortures morales et physiques qui guettaient les nouveaux convertis. — ''a) Les tortures morales. ''Lorsque la persécution sévissait, la vie des chrétiens était dans un danger continuel ; « l'épée de Damoclès, comme dit M. Harnack, restait suspendue sur leur tête. » Surtout s'ils appartenaient aux classes riches, leur situation était intolérable. Non seulement ils ne pouvaient briguer les honneurs et les dignités de l'Empire, mais ils étaient dans la nécessité de les refuser, si on les leur offrait, parce que toute charge impliquait l'obligation de sacrifier aux dieux païens[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn247 [247]]. Il est même arrivé parfois que dans l'armée les officiers furent dégradés et chassés des rangs Une autre peine plus grave que la précédente consistait dans la ''confiscation des biens, ''c'est-à-dire, en fait, dans la misère pour toute la famille, et la déchéance, puisque la perte de la fortune entraînait comme conséquence de rejeter les gens de haute condition dans la classe des plébéiens. A côté de ces tortures qui concernaient surtout les hommes de condition élevée, il y avait un ignoble supplice que l'on infligeait parfois à la femme chrétienne. Nous ne le mentionnerons qu'en passant, tant il répugne de penser que, dans une société soi-disant civilisée, il ait pu se trouver des persécuteurs assez bas pour imposer à des jeunes filles la honte de la ''prostitution.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Tortures physiques. ''Les tortures physiques n'étaient pas moindres que les tortures morales. Depuis l'arrestation jusqu'à l'exécution, il arrivait fréquemment que les malheureux accusés devaient passer par les plus rudes épreuves. Jetés dans d'affreuses geôles où ils étaient chargés de lourdes ''chaînes, ''ayant parfois les jambes emboîtées dans des blocs de bois munis de trous ''(neivus) ''et tenues dans un écart douloureux, comme il arriva à Paul et à Silas, lors de leur séjour à Philippes ''(Act., ''xvi, 24), ils avaient presque toujours à '''y '''endurer tous les tourments de la ''faim ''et de la ''soif ''et ils attendaient parfois plus de deux ans le moment où ils devaient comparaître devant le juge. Et quand l'interrogatoire était venu, pour obtenir d'eux le désaveu de leur foi, on leur faisait subir différentes tortures : la ''flagellation, ''la ''tension de leur corps ''sur le chevalet, la ''lacération ''de leurs membres avec des ongles de fer, l'application du fer rouge ou des torches enflammées. Enfin la peine était prononcée : c'était, soit le ''bannissement, ''soit la ''déportation, ''soit les ''travaux forcés ''dans les carrières de pierre, de marbre, dans les mines d'or, d'argent, de plomb, de cuivre, soit la ''peine de mort. ''La peine de mort comportait à son tour des degrés dans les supplices suivant la gravité des cas et la condition des personnes. La peine la plus cruelle et la plus ignominieuse était le ''supplice de la croix ''puis venaient la ''peine du feu, ''la mort sur un ''bûcher, l'exposition aux bêtes, ''le supplice le plus dramatique, celui qui servait de jeu et de réjouissance publique à la société païenne . il y avait enfin la ''décapitation, ''la peine la plus douce appliquée aux condamnés de haut rang[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn248 [248]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''295. — 2°''' '''Le courage des martyrs devant les supplices '''— A voir la somme de souffrances qui étaient réservées aux nouveaux convertis, il semble bien que le christianisme n'ait pu recruter d'adeptes que parmi les hommes dans la force de l'âge, et encore parmi les âmes douées d'une trempe exceptionnelle. Or, il n'en est rien : la religion du Christ compte des martyrs de tout âge, de tout sexe, et de toute condition Il y a donc tout lieu de croire qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire et qu'un secours d'en haut soutenait les martyrs dans leurs épreuves Il est clair qu'une telle opinion ne saurait s'établir par des preuves rigoureuses, mais au moins elle s'appuie sur le ''témoignage des victimes ''elles-mêmes et sur ''celui des païens ''qui assistaient au spectacle de leurs souffrances.— l. Que les ''chrétiens ''aient été convaincus de recevoir un secours surhumain, cela ressort de leur ''témoignage. ''Citons, entre autres, celui de la martyre Félicité. Ses historiens racontent que, étant encore en prison et ayant été prise un jour des douleurs de l'enfantement, elle ne put retenir ses cris. Un des assistants lui dit alors : « Si tu ne peux supporter en ce moment la souffrance, que feras-tu donc en face des bêtes féroces ? » Elle répondit : « C'est moi, en ce moment, qui souffre mes douleurs : mais alors un autre sera en moi, qui souffrira pour moi, parce que je souffrirai pour lui. » — 2. Le fait n'était pas jugé moins étrange par les ''païens ''qui ne comprenaient pas comment des femmes, des enfants, des vieillards pussent supporter de telles douleurs, alors qu'un mot, un simple geste auraient suffi à les sauver. Leur étonnement était pour beaucoup d'ailleurs le principe de leur conversion. « Bien des hommes, dit Tertullien, frappés de notre courageuse constance, ont recherché les causes d'une patience si admirable ; dès qu'ils ont connu la vérité, ils sont devenus des nôtres et ont marché avec nous.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn249 [249]] Le « sang des martyrs» devenait ainsi selon la parole du même auteur, « une semence de chrétiens ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''296. —''' '''Objections. '''— 1° La constance des martyrs, objectent les rationalistes, s'explique — ''a) ''soit par l’''amour de la gloire, ''— b) soit par la ''perspective des biens futurs, ''— c) soit par le ''fanatisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— C'est en vain que les rationalistes cherchent, en dehors dé l'intervention divine, des causes qui puissent expliquer la constance des martyrs. — ''a) ''Invoquer ''Y amour de la gloire, ''c'est se mettre en ''contradiction avec les faits. ''La plupart des martyrs se distinguent par leur humilité. Un certain nombre furent envoyés au supplice loin de la foule, et partant, sans qu'il y eût possibilité pour eux de faire admirer leur courage. Qu'on ne dise pas non plus que ce qu'ont fait les martyrs, les soldats le font tous les jours sur les champs de bataille. Car le soldat se bat pour le butin ou pour la gloire, et, s'il a conscience d'aller au danger, il garde toujours 1’espoir d'y échapper — b) ''La perspective des biens futurs ''a été un motif de courage, c'est indéniable, mais cela ne suffit pas à rendre raison de la constance de si nombreux martyrs, car ne savons-nous pas, par expérience que, malgré l'attente des biens futurs, nous sommes souvent très faibles, non seulement vis-à-vis de la douleur, mais même en face de nos passions — ''c) ''Ce serait une autre erreur de prendre le courage des martyrs pour du ''fanatisme. ''Le fanatisme est un zèle aveugle et extravagant qui emploie tous les moyens, même les plus mauvais, pour la défense d'une opinion. Le fanatique ne discute pas, il s'obstine dans ses idées et veut les faire triompher à n'importe quel prix. Loin d'être fanatiques, nos martyrs sont calmes et réfléchis. Certes, ils ont une foi invincible, mais ils sont prêts à en discuter le bien-fondé, et s'ils y restent inviolablement attaché, jamais ils ne cherchent à l'implanter chez les autres par des moyens violents. Du reste, le fanatisme ne s'expliquerait qu'aux origines de la religion et pendant un laps de temps restreint, mais non pendant trois siècles, ou plutôt, dix-neuf siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
297. — 2° Mais, répliquent encore les rationalistes, ''toutes les religions ont leurs martyrs. ''L'hindou, le musulman, le protestant peuvent donc, tout aussi bien et pour les mêmes motifs que le catholique, se réclamer de leurs martyrs en faveur de la divinité de leur religion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn250 [250]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Si toute mauvaise cause peut avoir des partisans capables de mourir pour elle, si l'on a vu des pétroleurs tomber bravement en criant : ''Vive la Commune'', des nihilistes et des anarchistes se faire tuer pour leurs idées révolutionnaires, à plus forte raison toute religion, même fausse, peut avoir ses martyrs. Sur ce point comme sur bien d'autres, rien n'empêche qu'il y ait ressemblance entre la vraie et les fausses religions. Tout n'est pas erreur dans les religions fausses, et tout n'est pas mauvais on dehors du christianisme. Pourquoi voudrait-on alors que le christianisme ait le monopole de la vertu et du courage?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces concessions une fois faites, qui oserait prétendre qu'il y ait ''équivalence ''entre l'histoire du martyre chrétien et celle des autres religions! Qu'on compare, non pas seulement quelques martyrs entre eux, mais qu'on regarde ''l'ensemble, ''et l'on verra que jamais, à nulle époque de l'histoire, aucune religion n'a donné tant d'exemples de constance et de courage devant la souffrance et la mort. Le ''fait du miracle moral, ''ce n'est donc pas dans quelques cas isolés que nous le voyons ; c'est dans cette multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards qui vont au devant des plus affreuses tortures et que l'on doit même parfois retenir, qui supportent la douleur sans pousser une plainte et sans prononcer une parole de désaveu. Non, jamais aucune religion n'a donné autant de marques de virilité, n'a manifesté un héroïsme aussi pur, aussi universel, aussi persévérant. Et cela nous suffit pour ne pas douter que Dieu était avec la religion chrétienne et ses martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — 1er Art. — Abbé de Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions. ''— Huby, ''Christus. ''— Bricout, ''Où en est l’histoire des religions. ''— Condamin, art. ''Babylone et la Bible ''(Dict. d'Alès). — Chollet, ''La Morale stoïcienne en face de la Morale chrétienne ''(Lethielleux). — Poulin et Loutil, ''Les religions diverses ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2e et 3e Art. — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l'Église ''(Fontemoing). — Pau' Allard. ''Histoire des persécutions ; Dix leçons sur le Martyre ''(Lecoffre). — J. Rivière, ''La propagation du christianisme dans les trois premiers siècles ''(Bloud) : ''Autour de la question du martyre ''(Rev. pr. d'Ap., 15 août 1907). — Batiffol, ''Ancienne littérature chrétienne ''(Gabalda). — Boissier, ''La fin du paganisme ''(Hachette). — G. Sortais, ''Valeur apologétique du martyre ''(Bloud).— De Poulpiquet, ''L'argument des martyrs ''(Rev. pr. d'Ap., 15 mars 1909). — Dubois, Rev. du Clergé français, 15 mars, 15 avril 1907. — Valvekens, ''Foi et raison ''— Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Didiot, ''Logique surnaturelle objective, ''th. 43, 44. — Fouard, ''Saint Pierre et les premières années du Christianisme. ''— Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle. ''— Frayssinous, Conférences. — Lacordaire, 29e-36e Conférences.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_2%C3%A8me_partie_:_Recherche_de_la_vraie_Religion&amp;diff=1738</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 2ème partie : Recherche de la vraie Religion</title>
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				<updated>2011-04-07T10:32:30Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* REMARQUE PREMMINAIRE AUX DEUX ARTICLES */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Deuxième partie : Recherche de la vraie religion =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la seconde Partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
177. — Deux points ont été établis dans la ''première Partie ''de l'Apologétique. Le premier, c'est que l'homme, en tant que créature douée d'une âme raisonnable et libre, est obligé, à tout le moins, de ''professer la religion naturelle. ''Le second c'est que, selon toute vraisemblance. Dieu, Créateur et Providence, est intervenu dans la marche de l'humanité -pour guider l'homme dans sa recherche de la vérité religieuse, et peut-être même, pour l'élever à une dignité plus grande et à une destinée plus haute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'agit maintenant, dans cette ''seconde Partie, ''de soumettre à l'examen cette dernière hypothèse. Pour cela, il nous faut interroger l'histoire et lui demander si, en fait, elle nous apporte le témoignage d'une Révélation divine. Or, comment instituer cette enquête religieuse? La chose serait simple, s'il n'existait par le monde qu'une seule religion : il suffirait alors de vérifier ses titres à notre créance. Mais il n'en est pas ainsi, et les religions sont nombreuses, soit dans le passé, soit dans le présent, qui ont revendiqué ou revendiquent une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux voies sont dès lors ouvertes à l'apologiste chrétien qui prétend que sa religion est, à l'heure actuelle, la ''seule Religion révélée, ''— 1. Ou bien, laissant de côté toutes les autres religions, il peut aller droit au christianisme et lui faire l'application des critères dont nous avons parlé précédemment (N° 156). Et si, de cet examen, il résulte que la religion chrétienne est, sans doute aucun, une religion révélée, toute enquête ultérieure devient superflue. Car, comme d'une part, il est manifeste que, en beaucoup de points de son dogme et de sa morale, elle est en opposition avec les autres religions, et comme d'autre part, il n'est pas moins évident que Dieu n'a pu révéler des vérités successives et contradictoires, la vérité de l'une implique la fausseté des autres. L'étude de ces dernières ne pourrait, dans ce cas, se faire qu'à titre de contre-épreuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une seconde ''méthode ''consiste à suivre l'ordre inverse. L’apologiste chrétien se tourne d'abord vers les religions, autres que la sienne, et dont il veut démontrer la fausseté. A vrai dire, cette première enquête pourrait paraître un chemin bien long s'il s'agissait d'exposer en détail toutes les formes de religion qui ont existé et existent encore sur la terre ; mais une telle nécessité ne s'impose pas, car il va de soi que, si l'on peut prouver que les religions qui se recommandent le plus à notre attention, soit par le nombre de leurs adeptes soit par la valeur de leur doctrine, doivent être rejetées comme fausses, plus n'est besoin de s'occuper des autres religions dont l'infériorité est incontestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce premier travail terminé, et, comme on dit, le terrain une fois déblayé, il n'y a plus qu'à aborder la seule religion qui n'ait pas été éliminée, c'est-à-dire, dans l'espèce, la ''religion chrétienne. ''Cependant il n'est pas permis de dire, comme tout à l'heure dans la première méthode, que la fausseté de toutes les religions, passées en revue, implique la vérité de la religion chrétienne : celle-ci pourrait être fausse comme les autres. Pour être en droit de tirer une telle conclusion, il faudrait démontrer auparavant qu'il y a ''certitude de l'existence d'une religion révélée. ''Que la chose puisse être présumée, cela ne fait pas de doute. Mais un fait d'histoire s'établit par l'histoire, et non par le raisonnement. C'est, dès lors, par l'histoire qu'il faudra prouver l'existence et la vérité de la Religion chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est cette ''seconde méthode que nous suivrons ici. ''Cette partie comprendra donc ''deux sections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION, ''beaucoup moins étendue, sera un exposé très rapide et très succinct des principales religions non chrétiennes, où il apparaîtra, par la seule application des ''critères négatifs, ''qu'elles ne portent pas les marques d'une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B ''LA SECONDE SECTION ''sera la démonstration proprement dite du christianisme. En nous appuyant sur le témoignage des Évangiles, dont nous aurons préalablement à établir la valeur historique, il nous faudra vérifier les ''titres du fondateur ''et contrôler la ''qualité de sa doctrine. ''Si de cette étude il ressort que Jésus est « ''Envoyé de Dieu ''», il ne restera qu'à conclure que le christianisme dont la diffusion s'est faite à travers le monde d'une façon si extraordinaire, est une religion d'origine divine, qu'il est ''la vraie religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION I : Les fausses Religions. ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre unique : les principales religions non-chrétiennes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'enquête religieuse.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
178. — Il convient, avant de commencer notre enquête religieuse, de déterminer les ''conditions ''dans lesquelles elle doit se faire et sur ''quelles religions ''elle doit porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Conditions. — Nous avons vu (N° 156) qu'il y a deux sortes de critères auxquels on peut reconnaître la valeur objective d'une religion. — a) Les uns sont tirés de la ''doctrine ''(critères ''intrinsèques). ''Ainsi toute religion qui a sur Dieu et sur l'homme des conceptions opposées aux conclusions que la raison seule nous a permis d'établir dans la première Partie, ne peut être la vraie religion. — ''b) ''Les autres sont tirés du ''fondateur ''( critères ''extrinsèques). ''L'on pense bien qu'il ne suffit pas a un homme de se présenter comme chargé d'une mission divine, il faut qu'il la prouve et qu'il garantisse son enseignement par des signes authentiques qui soient comme le sceau de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour savoir ce que vaut une religion, nous la soumettrons donc à une double épreuve. Nous nous tournerons d'abord vers le fondateur et nous lui demanderons ses ''litres. ''Puis nous étudierons sa ''doctrine ''et nous verrons ce qu'elle vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Religions sur lesquelles portera notre enquête. — Notre enquête portera d'abord sur les religions auxquelles nous ne reconnaissons pas les marques d'origine divine. Nous parlerons ; — 1° du ''paganisme ; ''— 2° des ''religions de la Chine ; -— ''3° de la ''religion de la Perse ; ''— 4° du ''Mithriacisme ; ''— 5° des ''religions de l’Inde ; ''— 6° de ''L’Islamisme ; ''et — 7° du ''Judaïsme actuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Le Paganisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
179. — Sous ce titre il faut entendre les diverses religions qui ont professé ou professent encore le ''polythéisme. ''Aussi loin que remonte l'histoire, nous constatons que le paganisme fut la religion de tous les peuples de l'antiquité, exception faite des Juifs : les Chaldéens, les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Romains, tous furent polythéistes. De nos jours, le paganisme est encore la religion des peuplades fétichistes de l'Asie et de l'Afrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur'''. — Non seulement il est superflu de rechercher les ''fondateurs ''du paganisme, mais il n'est même pas possible de savoir ''comment les mythologies ont pu se former. ''— a) D'après Evhémère, philosophe grec du ive siècle avant Jésus-Christ, les mythes auraient été des ''récits légendaires, ''et les dieux, des héros divinisés. — ''b) ''Selon Plotin et Porphyre (IIIe siècle de notre ère), les mythes païens seraient des ''symboles ''cachant des dogmes philosophiques et des notions morales : ainsi l'aventure d'Ulysse et des Sirènes serait une allégorie destinée à mettre en garde contre les séductions du mal. — ''c) l’école traditionaliste ''a voulu voir dans les mythes des ''déformations de la tradition primitive ''qui n'aurait été conservée intacte que chez les Juifs : ainsi s'expliqueraient sans difficulté bien des parallélismes que l'on peut remarquer entre les croyances païennes et les récits de la Bible : par exemple, la boîte de Pandore d'où sortirent tous les maux correspondrait à la chute d'Eve. — ''d) ''D'après une école plus récente (Max Muller, en Angleterre, Michel Bréal en France), les mythes auraient leur origine dans le ''langage. ''Les dieux ayant été considérés à l'origine comme les agents mystérieux des phénomènes de la nature, leurs noms ne seraient autres que les épithètes qui désignent ces phénomènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
180. — '''2°''' '''Doctrine. '''— La ''doctrine ''du paganisme se trouve consignée dans les mythologies dont nous trouvons des descriptions chez des poètes comme Homère ou des historiens comme Hésiode. Or, les mythologies sont un ensemble de fables plus ou moins ridicules, de mythes bizarres sur la vie des dieux et leurs rapports avec les hommes. Pour souligner l'infériorité des doctrines païennes, il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails : nous n'avons qu'à montrer la ''multiplicité de leurs dieux ''et les ''imperfections de leur nature ''où se mêlent la grandeur et la faiblesse, la vertu et le vice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pas de valeur au point de vue doctrinal, comment le paganisme en aurait-il eu au point de vue ''moral? ''Comment les dieux, qui avaient les mêmes passions et les mêmes défauts que l'homme auraient-ils prêché la vertu à celui-ci? L'homme échappe d'autant plus facilement aux devoirs de la morale qu'il trouve des excuses dans ses croyances. ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''181.''' — '''3°''' '''Critique. '''— Religion imparfaite et n'ayant aucune trace d'origine divine, faut-il conclure que le paganisme était une religion absolument mauvaise et inutile ? Gardons-nous de le croire. Malgré ses inconcevables lacunes, le paganisme avait au moins l'énorme avantage d'entretenir chez l'homme le ''sentiment religieux, ''de lui faire lever les yeux vers le ciel, de le faire penser à sa destinée future. Le païen qui vivait en rapport constant avec des puissances cachées, qui craignait de leur déplaire, qui sollicitait leur appui et s'humiliait devant elles, pouvait trouver là des moyens efficaces de lutter contre les mauvaises tendances de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout compte fait, par conséquent, et « si l'on veut comparer le polythéisme antique à un état de l'humanité où il n'y aurait aucune religion, à l'état où voudraient nous amener les matérialistes modernes, peut-être la conclusion sera-t-elle que le paganisme est préférable et que mieux vaut une croyance quelconque, même superstitieuse, à un monde invisible, qu'un état où l'homme serait entièrement renfermé dans le monde terrestre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quel était maintenant l'état des âmes sincères et droites qui cherchaient la vérité dans ces longs siècles d'erreur ?... Nous pouvons nous en tenir à ce que la foi nous enseigne au sujet de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde, et à ce que saint Paul nous dit au sujet des païens, qui, n'ayant pas de loi écrite, seront jugés d'après la loi naturelle gravée dans leur conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quoi qu'il en soit de ce problème, il est de toute évidence que le polythéisme antique ne saurait entrer en comparaison, en tant que solution des problèmes de la destinée humaine, avec le christianisme, ni même avec les religions fondées sur l'idée d'une révélation positive'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn151 [151]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Religions de la Chine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
182. — La Chine compte trois religions officielles : deux indigènes, le ''Taoïsme ''et le ''Confucianisme, ''la troisième importée de l'Inde, le ''Bouddhisme ''dont nous parlerons plus loin. (Nos 194 et suiv.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
I. '''Le Taoïsme. 1°''' '''Fondateur. '''— La religion connue sous le nom de Taoïsme, est attribuée à Lao-tseu, philosophe contemporain et rival de Confucius. On. sait peu de chose de sa vie. Certains pensent même que la religion fondée sous son nom ne serait nullement son œuvre, et qu'elle serait seulement une collection de vieilles superstitions de la Chine repoussées par Confucius, et que, dans le but de faire opposition au Confucianisme, on aurait recueillies et groupées sous le nom d'un sage, Lao-tseu, afin de leur donner plus d'autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
183. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Le ''Taoïsme ''est un amalgame de superstitions grossières, de sorcellerie et de magie, avec les doctrines philosophiques de Lao-tseu dénaturées par ses disciples. C'est du reste une ''religion polythéiste ''et, pour cette raison, il est inutile que nous insistions davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
184. — II. '''Le Confucianisme- — 1° Fondateur. '''— ''Confucius ''naquit en 551 avant notre ère dans le royaume de Lou, d'une ancienne famille du nom de Khoung. Il se distingua de bonne heure par la vivacité de son intelligence et par la droiture de son caractère, si bien que le roi de Lou n'hésita pas à lui confier, malgré sa jeunesse, des fonctions importantes dans son gouvernement. Il les abandonna du reste bientôt pour suivre sa vocation. Il se mit alors à l'étude ''des Kings ''ou Livres sacrés de la Chine, et voulut se consacrer à la direction des peuples. Dans ce dessein il parcourut les principautés féodales qui composaient l'Empire chinois, puis, fatigué de cette vie errante, il revint à Lou où il ouvrit une école et professa jusqu'à la fin de sa vie. Parmi ses nombreux élèves, il en distingua soixante-douze, pris parmi les meilleurs, qu'il appela ses disciples. Telle fut l'origine des ''Lettrés, ''qui, depuis cette époque, ont joué un si grand rôle en Chine, en formant une sorte de caste fermée à qui allaient toutes les faveurs du pouvoir. Cet état de choses a duré jusqu'au commencement de notre siècle. « Maintenant, sous la République chinoise, tout est changé. La caste des Lettrés est défunte. La doctrine de Confucius a cessé d'être classique. Les auteurs de la Chine nouvelle n'ont pas encore attenté aux temples désertés du Sage. Mais ils ont éliminé ses œuvres de l'enseignement primaire comme surannées, et les ont reléguées, à titre de philosophie antique, dans les accessoires de l'enseignement secondaire... Ainsi disparaît, sans secousse, sans bruit, une chose qui paraissait un roc inébranlable et qui n'était qu'un bois vermoulu.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn152 [152]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''185. — 2° Doctrine.''' — Le confucianisme est plutôt une ''philosophie morale ''qu'une religion. Les dieux, c'est-à-dire le ''Ciel ''(Châng-Tï), la ''Terre ''et les ''Esprits supérieurs ''sont considérés, non comme des personnes réelles mais comme des abstractions. Aussi le seul culte qui soit en grand honneur est celui des ''ancêtres ; ''c'est par là que le confucianisme est une religion bien nationale ; il semble du reste que, aux yeux de Confucius et de ses adeptes, le Chang-Ti ou Seigneur du Ciel, et les autres dieux ne soient que les esprits des premiers ancêtres de la nation. Mais, chose étrange, tout en affirmant la survivance des esprits, Confucius ne parle pas de la vie future et ne tranche pas la question de l'immortalité de l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''de Confucius ne manque pas d'élévation et se distingue par un réel amour de l'humanité ; toutefois, elle ne dépasse pas les limites ''d'une morale humaine. ''Elle proclame bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas que les autres vous fassent à vous-même, mais elle ne va pas au delà de cette simple règle de justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''186. — 3° Critique''' — Si la doctrine de Confucius ne contient pas d'erreurs très graves, c'est une religion « incomplète, insuffisante pour le besoin des âmes ; un ensemble de conseils sages et sensés, mais sans rien qui inspire l'enthousiasme. On comprend qu'elle n'ait pas suffi au peuple chinois et qu'il ait préféré l'idolâtrie et là magie du Taoïsme et du Bouddhisme ... Nous pouvons donc considérer cette doctrine comme une assez belle œuvre humaine, un code religieux et moral à peu près pur, péchant par défaut plutôt que par excès. Mais nous n'avons pas besoin d'ajouter, tant cela est évident, qu'il n'y a eu ni dans la vie du fondateur, ni dans sa doctrine, aucun signe d'une révélation divine. Confucius n'a jamais prétendu au titre de prophète et n'a réclamé pour sa doctrine d'autre preuve que celles de la raison et de la tradition immémoriale. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn153 [153]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Religion de la Perse. Le Zoroastrisme ou Mazdéisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
187. —L'ancienne religion de la Perse, autrement dit, de l'Iran, s'appelle ''Zoroastrisme, ''du nom de son fondateur, ou ''Mazdéisme ''du nom du dieu ''Ahura- Mazdâ ''que Zoroastre met au-dessus de tous les autres dieux, même au-dessus de ''Mithra, ''le dieu de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur.''' — On ne sait si le prophète à qui l'on attribue la fondation de la religion des mages[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn154 [154]], appartient à l'histoire ou à la légende. Selon l'une ou l'autre, Zoroastre; vécut au vie siècle avant Jésus-Christ. Révolté des abus de l'idolâtrie et du culte des ''Dêvas ''ou mauvais génies, il se retira dans une grotte solitaire et se livra, sept années durant, à la méditation. Là, il eut des ''révélations ''d'Ahura-Mazdâ, le seigneur tout-puissant, qui ''confirma sa mission, ''en faisant de nombreux prodiges en sa faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''188. — 2° Doctrine'''. — Le ''Zend-Avesta ''est le livre sacré du Zoroastrisme. La date de composition en est incertaine. Il renferme du reste des morceaux d'âge différent, et dont certains paraissent être de composition relativement récente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ''métaphysique, ''le zoroastrisme admet la doctrine du ''dualisme. ''Il est vrai que le Dieu suprême, ''Ormazd, ''est créateur, Dieu du ciel. Mais à Ormazd est opposé un principe mauvais, appelé ''Ahriman, ''qui lui dispute l'empire. Les deux principes du bien et du mal sont éternels sinon égaux. Entourés, chacun d'une armée, ils doivent lutter pendant 9.000 ans ; Ormazd sera alors vainqueur et précipitera Ahriman et les Dévas, ses acolytes, dans l'enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du mazdéisme est pure et élevée. Elle impose le respect de la femme et de l'enfant, elle recommande les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions. Malheureusement, le ''culte ''n'est pas à la hauteur de la morale, car il est entaché de pratiques de superstition et de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''189.''' — '''3°''' '''Critique- '''— « Nous n'avons pas besoin de discuter le ''caractère ''purement humain de cette religion. Elle est sans doute, par certains côtés, supérieure au paganisme, elle combat l'idolâtrie ; elle enseigne un spiritualisme élevé. Mais le principe du dualisme est une erreur funeste... Le dualisme ébranle la morale du zoroastrisme et la rend irrationnelle... La révélation faite à Zoroastre est dénuée de preuves sérieuses. On ne comprendrait pas que Dieu eût fait une révélation à un homme et n'eût pas donné, pour preuves de la vérité de sa parole, des témoignages plus certains que les récits légendaires des livres sacrés d'un petit peuple. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn155 [155]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
190. — ''REMARQUE. ''— On a constaté entre la ''religion des Perses ''et celle ''des Juifs ''un certain nombre de ''ressemblances ''qui semblent indiquer que l'une des deux a influencé l'autre. Ainsi toutes deux attendent le ''royaume de Dieu ''et admettent la ''résurrection des morts. ''Naturellement, les rationalistes prétendent que les Juifs sont les emprunteurs. Sans doute, ces derniers, ayant été sous la domination des Perses, auraient pu adopter une partie des croyances de leurs vainqueurs. Cependant cette hypothèse n'est guère vraisemblable, car les convictions des Juifs étaient trop fortes, elles remontaient trop loin dans le passé pour subir aussi facilement les influences étrangères. Et pour ce qui concerne l'idée du royaume de Dieu, il ne fait aucun doute, dit le P. Lagrange, que « le règne attendu qui est celui de Dieu et celui du bien, dont les justes procurent l'avènement et qui aura son Messie, c'est le royaume de Dieu, des prophètes et ensuite de l'Évangile. Or s'il est une idée dont il soit possible de suivre le développement chez le peuple juif, c'est celle du royaume de Dieu et de son Messie... Cette première conception eschatologique est pour nous certainement d'origine juive.» De même, à propos de la ''résurrection des morts, ''« il est difficile de faire remonter très haut la croyance des Perses... Dans Israël, elle fait partie, d'après les Pharisiens contemporains de Jésus, de la foi nationale et elle s'appuie sur des textes qu'on ne peut pas, en tout cas, faire descendre aussi bas que 150 avant Jésus-Christ. D'une façon générale, on constate que les Perses ont été bien plus entraînés par les Sémites qu'ils n'ont eux-mêmes agi sur leurs sujets conquis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn156 [156]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Le Mithriacisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
191. — Le ''Mithriacisme ''est une religion dérivée du ''Mazdéisme. ''Il y avait peu de temps qu'il avait pénétré à Rome et en Occident, lorsque les apôtres du christianisme vinrent pour y prêcher la foi du Christ. Nous ne nous attarderions pas à parler de cette religion d'importance secondaire, si nos adversaires, profitant, ici encore, des nombreuses analogies ~qui existent entre le Mithriacisme et le Christianisme, n'accusaient ce dernier de plagiat. Voici du reste les principales ''ressemblances ''qu'ils se plaisent à relever. Mithra est un jeune dieu qui a vécu parmi les hommes. Il naquit, lui aussi, dans une grotte ou une étable. Quand il fut devenu grand, il terrassa les animaux malfaisants, et en particulier, un taureau, puis il remonta au ciel, d'où il continue à veiller sur ceux qui se font initier à ses mystères et le prient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale mithriaque ''impose aux initiés le respect de la vérité, la fidélité au serment, la fraternité, le culte de la pureté physique et morale. C'est sur l'accomplissement de ces préceptes que Mithra juge l'âme après la mort : si elle est trouvée juste, il l'emmène au ciel avec Ormazd : si elle est coupable, elle est livrée au feu et consumée avec Ahriman.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''culte ''de Mithra offre avec le culte chrétien des analogies non moins perceptibles. L'initiation mithriaque comprenait sept degrés qu’on a comparés à nos sept sacrements : elle comportait, entre autres choses, des ablutions symboliques, l'impression d'un signe sur le front, l'oblation de pain et d'eau, des onctions de miel...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rapproche également certains détails des deux ''liturgies, ''mithriaque et chrétienne. Par exemple, la fête de la Nativité du Christ aurait été fixée le 25 décembre, jour où l'on célébrait déjà la naissance de Mithra. Telles sont entre les deux religions les ressemblances les plus frappantes. Les historiens rationalistes des religions en concluent que le mithriacisme est un ancêtre du christianisme. Ne serait-ce pas le contraire qu'il faudrait dire ? Les points de contact que nous venons de signaler entre les deux religions ne sont-ils pas de date postérieure dans la tradition romaine sur Mithra? Les premiers apologistes chrétiens, saint Justin et Tertullien le pensaient et dénonçaient déjà le plagiat mithriaque des rites chrétiens. S'ils avaient eu tort, s'il en était autrement, comment expliquer que l’empereur Julien qui aurait été trop heureux de prendre le christianisme ''et ''ses apologistes en défaut, n'ait pas accusé ces derniers d'avoir emprunté leur doctrine à la religion de Mithra ? L'hypothèse d'une influence mithriaque sur les dogmes et sur le culte chrétien n'a donc pas de fondement historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. Religions de l'Inde. ====&lt;br /&gt;
192. — Les religions principales qui se sont succédé dans l'Inde sont : le ''Védisme, ''le ''Brahmanisme, ''le ''Bouddhisme ''et ''l'Hindouisme ''ou ''Néo-brahmanisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Le Védisme. '''— Le ''Védisme ''est, parmi les diverses religions des Hindous, la première qui ait laissé des traces dans l'histoire. La religion védique est contenue dans les livres sacrés appelés ''Védas, ''et particulièrement dans le plus ancien d'outre eux, le ''Rig-Véda. ''C'est une ''religion naturaliste ''où les phénomènes et les forces de la nature sont divinisés, et par là, le Védisme peut être rapproché du Paganisme dont nous avons parlé précédemment, ce qui nous dispense d'insister pour en démontrer la fausseté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
193. — '''II. Le Brahmanisme. — 1° Fondateur. '''— Aucun document ne nous permet de fixer, d'une manière certaine, l'origine du brahmanisme encore moins par conséquent, de dire le nom du fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Doctrine. '''— Celle-ci se trouve bien dans les ''Védas, ''mais l'interprétation des Livres sacrés est laissée entièrement aux brahmanes, c'est-à-dire aux prêtres de Brahmâ. Or les Védas contiennent comme deux religions superposées : l'une qui faisait le fond de la vieille religion védique et qui est un ''polythéisme naturaliste ; ''l'autre qui est un ''panthéisme idéaliste ''joint à l'idée de la ''métempsycose, ''et c'est le brahmanisme proprement dit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dieu ''Brahmâ ''est l'être unique : de lui procède le monde par émanation. Tous les êtres sortent donc de lui et y retournent pour en sortir de nouveau, et ainsi un certain nombre de fois, jusqu'à ce que l'âme, purifiée de toute souillure, puisse s'absorber définitivement en Brahmâ et entrer pour toujours dans le ''Nirvana.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du brahmanisme dérive de cette doctrine de la ''métempsycose. ''Étant donné que, à la mort, l'âme passe dans un autre corps, dans le corps d'un animal ou d'un monstre, suivant qu'elle a été jugée plus ou moins coupable, il faut considérer la vie comme le mal suprême. I1 importe donc de mettre un terme à ces morts et à ces renaissances continuelles. Or, pour arriver à ce résultat, il faut pratiquer le ''renoncement, ''anéantir la concupiscence, bref, éteindre on soi la soif de l'existence, cause de tout le mal. Et voilà comment la doctrine brahmaniste a conduit à la pratique ''de l'ascétisme, ''à ces mortifications exagérées des fakirs qui habitent les forêts, ne se nourrissant que d'herbes et de fruits sauvages, restant de longs mois dans la même posture ou s'exposant aux ardeurs du soleil des tropiques des journées entières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° '''Critique. '''— Nous avons vu que les Védas contiennent un mélange de ''polythéisme ''et de ''panthéisme. ''Il n'est donc pas possible de leur reconnaître une origine divine. Bien que la partie morale contienne de sages préceptes sur la lutte contre les passions, et d'excellentes prescriptions sur la chasteté, la véracité, la fidélité aux promesses, elle est muette sur les devoirs de la bienfaisance et de la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''194. '''— '''III. Le Bouddhisme. '''— Le brahmanisme ancien, avec sa morale austère et son culte froid, sans temples et sans idoles, ne pouvait être une religion populaire. Il n'est donc pas étonnant que l'Inde accueillit avec faveur la religion du Bouddha.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur. '''— La vie du ''Bouddha ''fut écrite longtemps après sa mort : ses biographes furent donc à leur aise pour y introduire autant de légendes que bon leur sembla. C'est seulement après l'ère chrétienne, — qu'on remarque bien ce point, — que l'on mit en œuvre les documents qu'on possédait en y ajoutant de nombreuses interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Bouddha naquit au vie ou au Ve siècle avant l'ère chrétienne. Il appartenait à la famille des Çakyas et s'appelait Siddartha. Le titre de ''Çakya-Muni ''sous lequel il est connu, veut dire ''moine ''de la famille des Çakyas. De nombreuses légendes entourent son berceau et sa jeunesse : il serait trop long de les raconter. Un certain temps après s'être marié, il quitta sa femme et sa famille pour devenir moine et travailler à son salut. Pendant plusieurs années, Use livra à des austérités effrayantes. Un jour qu'il méditait sous un figuier, il sentit qu'il était ''Bouddha ''(racine ''budh, ''comprendre) c'est-à-dire sage, éclairé, celui qui a compris. Il-avait trouvé le secret pour ne plus renaître. De ce bonheur il voulut faire profiter l'humanité en lui prêchant sa doctrine. Mais auparavant il décida de passer quatre semaines dans la solitude. C'est durant cette retraite que ''Mâra, ''l'Esprit tentateur, lui proposa de le faire entrer immédiatement dans le ''Nirvana ''pour lui épargner les peines et les déceptions de la vie. Le Bouddha rejeta l'offre, jugeant qu'il se devait au salut de ses frères et à la propagation de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''parallélisme ''qui existe entre la retraite et la tentation du Bouddha, d'une part, et celles de Notre-Seigneur, au désert, d'autre part, n'échappera à personne. Mais il est superflu de défendre les traditions chrétiennes contre l'accusation de plagiât, vu que les Évangiles sont antérieurs à la rédaction définitive des documents bouddhistes. (V. n° 278).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus de quarante ans, le Bouddha prêcha sa doctrine de la délivrance. De toutes parts on venait le consulter. Lui-même allait de pays en pays, vivant d’aumônes et instruisant les peuples. Il avait quatre-vingts ans lorsqu'il mourut à la suite dune indigestion. Ses biographes racontent qu'une musique céleste se fit alors entendre et que Brahmâ en personne vint chercher Je Bouddha pour l'introduire dans le Nirvana. Ainsi, visiblement, la légende se mêle à l'histoire dans des proportions telles que celle-ci disparaît et que des savants ont pu se demander si le Bouddha avait réellement existé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
195. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Les points principaux qui caractérisent la ''doctrine bouddhiste ''sont : — ''a) l'athéisme, ''ou, si l'on préfère, ''l'agnosticisme. ''S'il y a une Cause première, un Etre suprême, le Bouddha ne le recherche pas, estimant qu'une telle question est insoluble et oiseuse ; — ''b) ''la ''croyance à la métempsycose-: ''doctrine qui lui est commune avec le brahmanisme. A sa mort l'homme est transporté au tribunal de Yama qui le juge et le remet entre les mains de ses bourreaux. Quand la peine est expiée, car l'enfer n'est pas éternel, l'âme est rejetée dans le monde pour recommencer une nouvelle existence ; elle reprend dans l'échelle des êtres la place qu'elle a pu mériter par sa vie antérieure. Seuls ceux qui sont proclamés Bouddhas sont affranchis de la renaissance et entrent dans la béatitude parfaite du Nirvana ; — ''c) ''le ''pessimisme. ''Dans la doctrine du Bouddha, l'existence est un mal, et le bonheur suprême consiste précisément à en être délivré et à parvenir au Nirvana. Mais qu'est-ce que le bonheur du Nirvana ? Il serait bien difficile de le dire. Le Nirvana n'est pas le néant, mais c'est la non-existence individuelle, c'est la délivrance de la transmigration, et par conséquent, de la douleur, c'est une sorte de béatitude passive et négative d'où l'amour et la vie sont absents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La morale bouddhiste ''ressemble bien à celle du brahmanisme. Partant de ce principe que l'existence est un mal, elle professe, elle aussi, qu'il n'y a d'autre remède que la ''pratique du renoncement. ''Or la pratique du renoncement comporte une série d'exercices assez semblables à ceux qui sont en usage dans nos Ordres religieux. Ainsi la méditation, la confession des fautes, la direction de conscience, la chasteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn157 [157]], la pauvreté sont des règles strictes pour les ''Bhikchous, ''ou moines bouddhistes. C'est, comme on le voit, tout le ''côté négatif ''de la perfection chrétienne, c'est le renoncement absolu qui doit aboutir à la mort et au Nirvana ; ce n'est pas, comme dans la mystique chrétienne, le détachement des biens de ce monde pour aller plus sûrement à Dieu et pour trouver en Lui un jour la ''vie pleine et l'amour parfait. Le culte bouddhiste ''était à l'origine réduit à son strict minimum. Et à quoi ce culte eût-il bien pu se rapporter, puisque la doctrine bouddhiste était athée et que dès lors il était inutile de prier un dieu dont on ignorait l'existence? Mais, à la mort de Çakya-Muni, il s'établit un culte de vénération en son honneur. Pour conserver ses reliques, on construisit d'abord des monuments très simples, puis des temples magnifiques, généralement au centre d'un monastère. Par la suite, on rendit un culte, non seulement au grand Bouddha Çakya-Muni, mais à tous les autres Bouddhas, semblables à lui, c'est-à-dire qui étaient entrés dans le Nirvana On y joignit le ''culte des images ''et des statues ; et ce fut ainsi un véritable polythéisme, en même temps qu'une- idolâtrie mêlée de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
196'''. — ''NOTA.''''' — Le bouddhisme se ''propagea ''surtout en Chine, dans l'Indochine, au Cambodge, au Siam, en Birmanie, au Japon et au Tibet. Sa ''diffusion si étendue ''s'explique par l'insuffisance du culte brahmanique sans idoles et sans temples, par l'apostolat de ses moines et aussi par la ''protection du pouvoir civil : ''protection qui était accordée d'autant plus facilement que, les moines bouddhistes étaient des auxiliaires précieux pour développer l'influence des rois en dehors de leur pays. De plus, si la morale recommandait avant tout la pratique du renoncement, elle ne défendait aux laïques ni la polygamie ni le divorce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''197— 3° Critique'''. — Nous n'avons pas à insister pour prouver que la religion bouddhiste n'est pas d'origine divine, car Çakya-Muni n'a jamais voulu se faire passer ni pour Dieu ni pour envoyé de Dieu ; il n'a jamais prétendu qu'au titre de ''sage. ''Si nous considérons maintenant sa ''doctrine, ''il faut bien reconnaître que, au point de vue moral, elle a une valeur incontestable. En prêchant le renoncement, le détachement des biens de là terre, la chasteté et l'esprit d'apostolat, en inspirant aux hommes une grande crainte des châtiments futurs, elle a pu atteindre de sérieux résultats. Mais malheureusement sa doctrine métaphysique n'est pas à la hauteur de la morale. Elle encourt d'abord le grave reproche l’''athéisme, ''quoique, en pratique, ses partisans soient polythéistes et idolâtres. En outre, les doctrines de la ''transmigration ''et du ''Nirvana ''ont également pour conséquence fâcheuse de placer l'idéal de la vie monastique dans la ''contemplation pure ''et la ''mendicité sans travail. ''Autant la vie monastique, animée par le sentiment chrétien, réglée de manière à donner sa part au travail, a été en Occident une force civilisatrice, autant les couvents bouddhistes sont devenus des causes de torpeur et de léthargie chez les peuples où cette institution a fleuri. C'est une religion sans action sociale... Çakya-Muni a prescrit le célibat aux religieux, mais il ne s'est pas occupé des laïques... Aussi les hommes impartiaux, même dans le camp rationaliste, renoncent à comparer le bouddhisme au christianisme et professent hautement que le christianisme est supérieur... Nous ne trouvons donc pas dans le bouddhisme, plus qu'ailleurs, cette parole divine que nous cherchons. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn158 [158]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''198. — IV. L'Hindouisme ou Néo-brahmanisme. 1° Fondateur.''' — Le bouddhisme, tel que nous venons de l'exposer, ne vécut dans l'Inde que les quelques siècles. Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, d'autres sectes naquirent, auxquelles on donna le nom générique ''d'hindouisme ''ou ''néo-brahmanisme. ''La nouvelle religion était le produit de plusieurs écoles, et aucun nom ne s'attache à sa fondation : elle est d'ailleurs une sorte de fusion entre le brahmanisme et les vieux cultes idolâtriques de l'Inde. Les deux principales sectes sont le ''Vishnouisme ''et le ''Civaïsme, ''noms qui lui viennent de ce qu'elles regardent soit ''Vishnou, ''soit ''Civa ''comme Dieu suprême. Le ''Vishnouisme ''seul nous intéresse à cause des ressemblances que sa doctrine offre avec le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''199. — 2°''' '''Doctrine. '''— Ce qui caractérise le Vishnouisme, ou du moins, ce qui lui donne à nos yeux le plus vif intérêt, c'est la présence dans sa doctrine des deux dogmes de la ''Trinité ''et de ''V Incarnation,''— ''a) ''La Trinité hindoue ou ''Trimurti ''se compose de Brahmâ, le dieu créateur, de Vishnou, le dieu conservateur, et de Civa, le dieu destructeur. — ''b) ''Les ''incarnations ''ou ''avatars ''de Vishnou tiennent une place capitale dans l'hindouisme. Vishnou s'incarne un certain nombre de foie : il prend successivement les formes de poisson, de tortue, de sanglier, de lion, et il apparaît surtout dans la personne de deux héros fameux ''Bâma ''et ''Krishna. ''Ce dernier est particulièrement célèbre : il a une naissance miraculeuse, il est adoré par des bergers, persécuté par le roi Kamsa qui le redoute comme un compétiteur et ordonne le massacre des enfants. Il y a là, on le devine, matière à rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, et les adversaires de celui-ci ne se sont pas fait faute de l'accuser de plagiat. Mais accuser n'est pas prouver et il faudrait avant tout montrer que les légendes du Vishnouisme existaient avant leur rédaction définitive qui n'eut lieu que vers le XIIe ou le XIIIe siècle de notre ère — ce qui jusqu'ici n'a pas été fait. (V. N°s 194 et 278.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''200. — 3°''' '''Critique. '''— Pas plus dans l'hindouisme que dans le bouddhisme nous ne trouvons des traces de l'action divine. Le culte néo­brahmanique se signale, au contraire, par des rites grossiers et cruels ; il va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme exagéré à la débauche ; il est un mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale. Pour en donner une idée il n'y a qu'à rappeler que le gouvernement anglais qui a pourtant pour principe de respecter les croyances des peuples qui sont sous son autorité, s'est vu forcé de défendre un grand nombre de cérémonies religieuses et de coutumes barbares, on particulier, les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, le suicide des veuves sur la tombe de leurs maris, les immolations volontaires des fanatiques qui se faisaient écraser sous le char du dieu Vishnou.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VI. — L'Islamisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
201. — Avant la fondation du Mahométisme, les ''Arabes, ''sémites comme les Hébreux, se disant descendants d'Ismaël, fils d’Abraham et d'Agar, étaient divisés en tribus indépendantes, les unes nomades, et les autres sédentaires. Un lien rapprochait ces tribus : c'était la ''Kaaba, ''leur sanctuaire commun, qui s'élevait dans une gorge de l'Hedjaz, à environ 90 kilomètres de la mer Rouge. Là, ils adoraient le Dieu d'Abraham, mais ce culte n'excluait pas celui des idoles particulières à chaque tribu. Les Arabes y venaient chaque année en pèlerinage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons encore, pour mieux faire connaître les influences qui purent s'exercer sur l'esprit de Mahomet, que la Mecque qui fut construite vers le VIe siècle après Jésus-Christ, était peuplée en partie de Juifs et de chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Fondateur. '''— Mahomet (Mohammed, en arabe) naquit à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Pauvre, et orphelin de bonne heure, il fut. mis au commerce par son oncle Abu-Talib. C'est justement dans un voyage commercial qu'il fit pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, qu'il épousa par la suite, qu'il eut, dit-on, l'occasion de rencontre! un moine chrétien avec qui il put s'entretenir. Il eut aussi des relations avec Zeïd, un judéo-chrétien, qui voulait restaurer la religion d'Abraham. Faut-il chercher là l'origine de sa vocation ? On peut en douter ; mais ce qui est certain, c'est que vers l'âge de 40 ans il commença à se préoccuper des questions religieuses et se livra dans la solitude à de longues méditations. Un jour qu'il était en contemplation au mont Hira, il eut deux visions au cours desquelles l'Archange Gabriel lui apparut et lui ordonna de prêcher qu'il n'y avait d'autre Dieu qu'Allah, et que Mahomet était son prophète. Conformément à cet ordre, Mahomet prêcha d'abord à la Mecque, mais il fut accueilli par les railleries des Koreischites, ses parents, et il eut à subir les objections des Juifs. Il dut même, à la suite d'une persécution plus violente, quitter la ville. Il partit alors avec quelques fidèles à Médine, ville rivale, de la Mecque : c'est de cette fuite, appelée ''Y-hégire, ''que date l'ère musulmane (16 juillet 622). Reçu en prophète à Médine, il s'y installa ; et, à partir de cette date, il prêcha la ''guerre sainte. ''Il dit à ses partisans : « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni en son prophète. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient humiliés. » Alors, de son vivant, et après sa mort, les Arabes entreprirent la ''guerre sainte. ''C'est ainsi, par les armes, qu'ils imposèrent la religion nouvelle chez les peuples de l'Asie (Syrie, Egypte, Perse) et de l'Afrique (Tripoli, Tunisie, Algérie, Maroc). Au début du viii6 siècle, ils attaquèrent l'Europe ; ils pénétrèrent en Espagne, où la victoire de Xérès leur livra le pays ; ils entrèrent en Gaule par la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, puis ils conquirent la vallée de la Garonne et ils s'avançaient déjà dans la vallée de la Loire lorsque les Francs commandés par Charles Martel vinrent les arrêter et les battre à Poitiers (732). Cette victoire brisa l'élan musulman sur le front d'Occident, comme, quinze ans plus tôt, l'empereur LÉON III et les ''Byzantins ''l'avaient brisé sur le front d'Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''202. — 2°''' '''Doctrine. '''—Le ''Coran ''est le livre sacré de l'Islam, il contient les révélations de l'archange Gabriel au prophète. Mais le livre n'a pas été écrit par le prophète lui-même ; il est le recueil de fragments de discours que ses disciples avaient retenus ou recueillis sur des tablettes. Le Coran est pour le mahométan Le livre par excellence, celui qui remplace tous les autres : il renferme la loi civile aussi bien que la loi religieuse, le Code du juge et l'Évangile du prêtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voici les ''points principaux. ''— ''a) ''Sur la ''question de Dieu, ''Mahomet enseigne ''l’unité divine. ''Il rejette la Trinité et l'Incarnation, et considère les chrétiens qui adorent Jésus-Christ comme des polythéistes. Parmi les ''attributs ''de Dieu il insiste surtout sur sa puissance, laquelle se manifeste bien plus par l’ordre et la beauté du monde que par les miracles ; il parle aussi du « Dieu clément et miséricordieux ». Mahomet admet les anciens prophètes dont les principaux sont Abraham, Moïse, Jean-Baptiste et Jésus. Mahomet, lui, est le dernier et le plus parfait ; il est le «Paraclet promis par Jésus à ses Apôtres » ''(Jean, ''XV, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Sur la question de ''l’homme. ''D'après le Coran, il semble bien que la destinée humaine, ici-bas et là-haut, dépende absolument de la volonté arbitraire et souveraine de Dieu. Il est vrai que les docteurs musulmans n'admettent pas que leur religion soit fataliste ; elle en a au moins toutes les apparences, et si en théorie elle ne l'est pas, elle y aboutit certainement en pratique. L'on sait que les populations musulmanes se plient sans peine aux coups du sort, au Destin, comme on disait dans l'antiquité. Le mot ''islam ''signifie du reste ''résignation, ''abandon à la volonté de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort est suivie du jugement particulier : l'âme est destinée alors au Paradis ou à l'Enfer, mais, jusqu'à la résurrection, elle reste dans la tombe, heureuse -ou malheureuse suivant la sentence prononcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La ''morale ''et le ''culte ''de la religion de Mahomet prescrivent cinq devoirs principaux : — 1. la ''foi : ''« I1 n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son prophète », telle est la brève profession de foi imposée à celui qui veut appartenir à l'Islam ; — 2. la ''prière. ''Le mahométan doit prier cinq fois par jour : à l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la tombée de la nuit. Il peut prier, soit en particulier, soit à la mosquée ; pour les mosquées, l'heure de la prière est annoncée par le muezzin du haut des minarets. La prière est précédée des ablutions : le musulman se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jusqu’'aux chevilles ; il se déchausse avant d'entrer dans la mosquée. Les attitudes sont prescrites ; en même temps qu'il récite les formules de prières, tirées pour la plupart du Coran, le musulman fait des génuflexions, des prosternations, il élève les mains de chaque côté de la tête, les abaisse le long du corps ou sur les genoux. Il prie sur des tapis spéciaux, et tourné vers la Mecque, comme le chrétien vers Jérusalem ; — 3. ''Aumône. ''Celle-ci affecte une double forme : l'une obligatoire et à un taux fixé d'après la fortune individuelle, l'autre non officielle, en argent ou en nature, et pratiquée surtout à la fin du mois de jeûne ; —4. le ''jeûne. ''Le Coran impose un mois entier de jeûne : le mois de ''Ramadan. ''Deux heures avant le lever du jour, les fidèles sont avertis d'avoir à préparer leur repas du matin ; puis, à partir de ce moment jusqu'au coucher du soleil, le musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni même avaler exprès sa salive ; — 5. un ''pèlerinage ''à la Mecque que tout musulman qui en a les moyens, doit accomplir au moins une fois dans sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''203. — 3°''' '''Critique. '''— On s'est demandé si Mahomet qui se donnait pour un prophète inspiré, était réellement convaincu de sa mission. Le ton enthousiaste de ses prédications, la conviction profonde qu'il sut inspirer à ses compatriotes, pourtant si fiers, sa ténacité devant l'indifférence, et même l'hostilité des siens, tout cela peut nous autoriser à croire qu'il fut sincère au début de sa mission, mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la seconde phase de sa carrière, il n'a plus rien du messager divin. Non seulement il ne recule devant aucun moyen pour propager ses idées, mais il prétexte même de fausses révélations pour excuser son immoralité et ses brigandages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si l'on voulait, dit l’abbé de Broglie, attribuer à l'islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme directement opposé à l'islamisme est divin de son côté, ou c'est une œuvre humaine. S'il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l'une prêchant la chasteté, la patience, la douceur de ses martyrs, l'autre permettant les mœurs dissolues, la propagation de la vérité par le sabre. Si, d'autre part, on considérait l'islamisme comme divin et le christianisme comme uns œuvre humaine, ce serait alors l'homme qui prêcherait la chasteté, l'indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que l'islamisme « présente le plus singulier mélange d'erreur et de vérité que l'on puisse imaginer. Son dogme fondamental, l'unité de Dieu, est une grande et salutaire vérité. Il en est de même du principe dé l'exclusion de l'idolâtrie, qui en est la conséquence... La sanction de la morale se trouve également dans l'idée de la vie future, du jugement, du ciel et de l'enfer.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn159 [159]] Les prières précédées d'ablutions qui ont lieu cinq fois par jour, le jeûne rigoureux du Ramadan, sont des pratiques excellentes. On peut supposer que les musulmans qui « croient que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui l'approchent», selon la parole de saint Paul (Héb., XI, 6), qui sont de bonne foi dans leur religion et suivent leur conscience, y trouvent les éléments nécessaires pour leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VII. — Le Judaïsme actuel. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
204. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur le ''judaïsme actuel. ''La preuve qu'il n'est pas la vraie religion découle, en effet, de la démonstration' que nous ferons plus loin de la divinité du christianisme. Nous verrons plus loin (N° 213) que la ''religion mosaïque ''était une ''religion préparatoire, ''et qu'un des dogmes principaux de sa doctrine c'était l'idée messianique, c'est-à-dire L'attente d'un Envoyé divin qui transformerait la religion particulariste et nationale des Juifs en une religion universelle. Or, si nous apportons la preuve que cette espérance s'est réalisée dans le Christ, le judaïsme actuel est dans l'erreur lorsqu'il prétend, soit que le Messie n'est pas venu et qu'il viendra un jour comme un roi temporel à qui toutes les nations seront soumises, soit qu'il est venu, mais qu'il est resté inconnu à cause des péchés de son peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''205. — Conclusion générale''' — 1° De l'examen rapide que nous venons de faire des principales religions de l'humanité, il ressort qu'aucune ne porte les signes d’une origine ''surhumaine. ''— ''a) ''D'une part, leurs ''fondateurs ''ne sont pas, et généralement, ne prétendent pas être, des envoyés de Dieu; il arrive même parfois que leur existence, comme celle de Zoroastre, est problématique, ou que les récits qu'on fait de leur vie, comme c'est le cas pour Çakya-Muni, s'ont plutôt du domaine de la légende que de celui de l'histoire. — b) D'autre part, leur ''doctrine ''est mêlée d'imperfections, et les ''miracles ''qu'on leur attribue sont des faits, dont la réalité n'est pas suffisamment établie, ou qui sont explicables par une^ cause naturelle : tels sont, par exemple, les oracles de Delphes et de Memphis, ie8 faits miraculeux mis sur le compte de l'empereur Vespasien, et les faits de magie qui se produisent encore fréquemment de nos jours dans l'Extrême-Orient. 2° De ce que les religions que nous venons de passer en revue sont fausses, nous n'avons garde de conclure que le christianisme est vrai. Ce serait évidemment tirer une conséquence que ne renferment pas les prémisses. Mais n'est-ce pas un semblable ''illogisme ''que commettent les historiens rationalistes des religions, lorsqu'ils prétendent que, les religions ci-dessus mentionnées étant fausses, le christianisme l'est aussi. Il est vrai qu'ils cachent le vice de leur raisonnement sous une forme plus habile. Ou bien, en effet, ils accordent que la religion chrétienne est une religion supérieure, que sa doctrine est la plus belle, et son fondateur, l'homme idéal; en un mot, ils veulent bien concéder qu'elle est ''transcendante[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn160 [160]], ''mais pour mieux lui dénier toute origine divine. Ou bien ils exaltent les fausses religions et rabaissent la religion chrétienne pour pouvoir plus facilement conclure que toutes se valent, qu'il y a équivalence de doctrines et de fondateurs, et dès lors, que toutes les religions sont fausses. La seule réponse à de telles attaques c'est la démonstration de l'origine divine du christianisme, comme nous nous proposons de le faire dans la section suivante, en justifiant les titres du fondateur et en faisant ressortir la qualité de la doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Quand nous disons que la religion chrétienne est la seule vraie, et que toutes les autres formes religieuses sont fausses, cela ne veut pas dire qu'il y ait ''opposition totale ''entre l'une et les autres, ni que tout soit à condamner dans les fausses religions. Elles sont, au contraire, vraies et bonnes dans tous les points où elles sont d'accord avec la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE- '''- De Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions ''(Tricon) ; ''Religion et critique ''(Lecoffre). — Dufourcq, ''Histoire comparée des religions païennes et de la religion juive ''(Bloud). — Poulin et Loutil, ''La Religion ''(Bonne Presse). — Du Dictionnaire d'Alès : Condamin, art. ''Babylone et la Bible ; ''J. Huby, art. ''Religion des Grecs ; ''Mallon, art. ''Egypte ; ''Lagrange, ''Religion de l'Iran ; ''d'Alès, ''La Religion de Mithra ; ''Roussel, ''Religions de l'Inde ; ''Carra de Vaux, ''L'Islamisme et ses sectes ; ''Power, art. ''Mahomet ; ''Touzard, ''Le peuple juif dans l'Ancien Testament. ''— Bricout, ''Où en est l'histoire des religions ''(Letouzey). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II : LA DIVINITÉ DU CHRISTIANISME ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Les Documents de la Révélation. Valeur historique du Pentateuque et des Évangiles. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
206. — ''Deux méthodes ''s'offrent à l'apologiste chrétien pour démontrer ''l'origine divine ''du christianisme. — 1° Ou bien, procédant comme il vient d'être fait à propos des fausses religions, il va directement au ''fondateur ''et lui demande ses ''titres. ''Si celui-ci peut lui apporter le témoignage de nombreux miracles, dûment constatés et consignés dans des ''documents authentiques, ''dont la valeur et l'autorité ne sauraient être contestées, il &amp;quot;n'y a pas de doute : il est ''un envoyé divin, ''et nous n'avons plus qu'à écouter sa parole et accepter sa doctrine. — 2° Si cette première méthode paraît très logique, elle n'en a pas moins le défaut de ne pas être totalement ''conforme à l'histoire. ''Car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, ne s'est pas donné comme ''un ''simple envoyé de Dieu, mais comme ''l'Envoyé attendu par les Juifs, ''comme ''le Messie promis ''par Dieu au peuple qu'il s'était choisi et chez lequel il avait gardé le trésor de la vraie religion. La démonstration chrétienne ne doit pas être, par conséquent, une démonstration indépendante : le christianisme se présentant comme la troisième phase de la Révélation divine, et se rattachant plus particulièrement à la Religion mosaïque dont il se dit le couronnement, c'est, en réalité, la démonstration de cette triple Révélation qu'il s'agirait de faire. Pour cela, il est indispensable, avant tout, de ''vérifier les documents ''qui rapportent le ''fait ''de cette triple Révélation. Il faut donc établir la ''valeur historique : ''— ''a) ''du ''Pentateuque ''qui contient les deux premières Révélations : la Révélation primitive[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn161 [161]] et la Révélation mosaïque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn162 [162]] ; et — b) celle ''des Évangiles ''où est consignée la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons cette seconde méthode, de préférence à la première qui nous paraît incomplète et dangereuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn163 [163]], sans cependant nous croire obligé à faire la démonstration complète de l'origine divine des deux premières Révélations : leur vérité est en effet impliquée dans la démonstration chrétienne. Nous nous contenterons d'établir rapidement l'autorité humaine du Pentateuque, et d'indiquer la marche de la démonstration mosaïque (N° 213). Ce chapitre comprendra donc deux articles. 1° Le premier traitera de la ''valeur historique du Pentateuque. ''2° Le second, de la ''valeur historique des Évangiles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''REMARQUE PRÉLIMINAIRE AUX DEUX ARTICLES'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
207. — Il s'agit de savoir si les ''documents ''qui contiennent le ''fait ''de la Révélation méritent notre confiance tout aussi bien que les autres documents de l'histoire profane, tels que les Annales de Tacite et les Commentaires de César. Or, pour se rendre compte de la valeur historique d'un document, il faut le soumettre à un triple examen. La première chose à vérifier c'est le document lui-même : le possédons-nous dans sa teneur originelle et -tel qu'il est sorti des mains de son auteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn164 [164]] ? Le second point c'est de rechercher l'auteur. Le troisième c'est de s'assurer si cet, auteur est digne de foi. Ces trois conditions de la valeur historique d'un livre : ''intégrité, authenticité, véracité, ''nous allons voir si les deux documents de la triple Révélation, c'est-à-dire le Pentateuque et les Evangiles, les remplissent ; et, comme nous avons surtout besoin, dans cette seconde Partie, des documents de la Révélation chrétienne, nous insisterons davantage sur la valeur des Évangiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I — Valeur historique du Pentateuque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons démontrer dans trois-paragraphes : 1° ''l'intégrité ; ''2° ''l'authenticité, ''et 3° la ''véracité ''du Pentateuque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le Pentateuque. Son intégrité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''208. — 1° Le Pentateuque. — Division'''. — Le Pentateuque (du grec « ''pente ''» cinq et « ''teuchos ''» livre) est ainsi nommé parce qu'il contient cinq,, livres, à savoir : — ''a) ''lav ''Genèse ''(gr. « ''genesis ''» origine), qui raconte la &amp;quot;création et l'origine des choses ; — b) ''l’Exode ''(gr. « ''excodos» ''sortie), qui raconte la sortie des Israélites de la terre d'Egypte ; — c) le ''Lévitique, ''c'est-à-dire la loi des prêtres ou lévites, ainsi appelé parce qu'il est comme le rituel du culte et des sacrifices ; — d) les ''Nombres : ''appellation qui vient de ce que le livre commence par un dénombrement du peuple et des lévites; — e) le ''Deutéronome ''ou seconde loi ; livre qui contient une récapitulation de la loi déjà donnée. Le Pentateuque était désigné par les Juifs sous le nom de ''Torah, ''ou la ''Loi, ''parce qu'il contient la législation mosaïque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''209. — 2° Intégrité.''' — Avant de se servir d'un document, il est nécessaire, avons-nous dit, d'en contrôler le contenu, et de s'assurer si le texte qu'on a entre les mains est conforme au manuscrit autographe de l'auteur. La chose serait très simple si l'on possédait l'original, l'autographe même de l'auteur. Mais il n'en va pas ainsi quand il s'agit des ouvrages de l'antiquité. Les originaux en sont perdus depuis longtemps, et nous ne pouvons les connaître qu'à travers les copies plus ou moins fidèles qui en ont été faites. Il y a donc lieu de distinguer deux sortes d'intégrités : — ''a) l'intégrité absolue, ''quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive, et — b) ''l'intégrité substantielle, ''lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l'essence de l'ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'intégrité du Pentateuque actuel est une intégrité substantielle ''L'on comprend aisément que, dans un si long cours de siècles, quelques modifications se soient produites. La ''Commission biblique, ''dans son décret du 27 juin 1906, signale plus spécialement quatre sources de modifications : — 1. des ''additions ''postérieures à la mort de Moïse, même faites par un auteur inspiré : il est de la plus grande évidence que le récit de la mort de Moïse, à la fin du Deutéronome, est une addition ; —2. des ''gloses ''et des ''explications ''insérées dans le texte primitif[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn165 [165]] et qui avaient pour but d'expliquer les passages qui ne se comprenaient plus ; — 3. des termes et des expressions tombés en désuétude, et traduits en langage plus moderne; —4. enfin des leçons fautives attribuables à l'incorrection des copistes. Ceux-ci ont pu se tromper, soit involontairement en transcrivant un mot pour un autre, soit volontairement en croyant bien faire en corrigeant le texte qu'ils avaient sous les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme l'admet la ''Commission biblique, ''le Pentateuque a subi dans la suite des temps un certain nombre de modifications portant sur des points accessoires et n'atteignant pas le fond de l'ouvrage. Quelles furent ces modifications, c'est à la critique de le déterminer : la Commission biblique lui en reconnaît le droit, mais à une condition, c'est qu'elle justifie ses suppositions et qu'elle laisse le dernier mot à l'Église, celle-ci devant toujours juger, en dernier ressort, et dire si les critiques ont raison ou si leurs conclusions manquent de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''210. — 1°''' '''Définition. '''— On dit qu'un livre est ''authentique, ''quand il est bien de l'auteur auquel la tradition l'attribue. Ainsi, le Pentateuque est authentique s'il a été vraiment écrit par Moïse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''211. — 2° Authenticité.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''L'origine mosaïque du Pentateuque a été révoquée en doute par les critiques rationalistes. Mais, bien qu'ils affirment tous que le Pentateuque n'est pas l'œuvre de Moïse, ils sont incapables de se mettre d'accord sur l'auteur et le mode de composition de l'ouvrage. Parmi les hypothèses qu'ils ont faites, les trois principales sont : l'hypothèse ''documentaire, ''l'hypothèse ''fragmentaire si ''l'hypothèse complémentaire, — a) ''Hypothèse documentaire. ''Le Français Jean Astruc (en mort 1766), l'Allemand Eichhorn (mort en 1827) ont vu, le premier dans la Genèse seulement, le second dans tout le Pentateuque, une réunion de ''documents, ''dont les deux principaux sont :1e document ''élohiste ''et le document ''jahviste, ''ainsi dénommés parce que Dieu est appelé dans l'un ''Elohim, ''et dans l'autre, ''Jahweh. ''Cette opinion est restée en vogue, mais a subi des modifications ; de nos jours, les rationalistes considèrent généralement le Pentateuque comme la fusion de quatre documents : l’''Elohiste, ''le ''Jahviste, le Deutéronome ''et le ''Code Sacerdotal, ''rédigés tous à des dates diverses, allant du IXe au VIe siècle, de beaucoup postérieurs, par conséquent aux événements qu'ils rapportent et ne -pouvant être attribués à Moïse. — b) ''Hypothèse fragmentaire. ''Cette opinion, professée par l'Ecossais Geddbs (mort en 1802) et par l'Allemand Vater (mort en 1826), regarde le Pentateuque comme une réunion de nombreux fragments, d'ailleurs assez mal assemblés. — c) ''Hypothèse complémentaire. ''Cette hypothèse, dont l'Allemand Ewald (mort en 1875) fut le premier représentant, admet un ''écrit primitif, ''composé par des prêtres au XIe ou Xe siècle, ''l’Elohiste, ''auquel un auteur plus récent, qui appelait Dieu ''Jahweh, ''ajouta de nombreux ''suppléments[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn166 [166]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''repose sur quatre preuves traditionnelles, rappelées par la Commission biblique le 27 juin 1906 : — ''a) sur le témoignage de nombreux passages de l’Ancien Testament. ''D'abord le Pentateuque se présente à nous comme ayant été écrit par Moïse ''(Exode, ''xvii, 14 ; XXIV, 4 ; ''Deut., ''XXIX, XXX). Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment l'origine mosaïque : le livre de ''Josué ''en fait mention ; les ''Psaumes ''et les ''Prophètes ''sont tout imprégnés de la loi de Moïse. Supprimer Moïse et la Législation mosaïque contenus dans le Pentateuque, c'est rendre inintelligible toute l'Histoire sainte ; — &amp;amp;) ''sur la tradition juive, ''qui attribue le Pentateuque à Moïse : ainsi les écrivains Josèphe et Philon ne laissent aucun doute à cet égard ; — c) ''sur le témoignage du Nouveau Testament. ''Notre-Seigneur et les auteurs du Nouveau Testament parlent très souvent de Moïse : ils sont unanimes à le ''regarder comme l'auteur du Pentateuque (Mat., ''viii, 4 ; xix, 7, 8 ; ''Marc, ''VII, 10; XII, 26; ''Luc, ''xvi, 29, 31 ; xxiv, 44; ''Act., ''xxi, 21 ; xxvi, 22 ; Rom., x, 5) ; — d) ''sur les critères internes ''qui se tirent du livre lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire, cette quatrième preuve de ''l'origine mosaïque ''du Pentateuque est utilisée, en sens contraire, par les rationalistes dont nous avons signalé plus haut les principales hypothèses. C'est, en effet, sur la ''critique interne ''du livre qu'ils s'appuient pour prétendre que le Pentateuque est un ensemble d'écrits, — ''documents, fragments ''ou ''suppléments, ''— d'époques diverses et ne saurait être attribué à Moïse. Pour démontrer leur thèse, ils allèguent : — 1. les ''diversités de langue, ''de ''style, d'idées ''qui trahissent une époque et des auteurs différents ; — 2. ''l'emploi de deux noms, Elohim ''et ''Jahweh, ''pour désigner Dieu, — 3. les ''doublets, ''c'est-à-dire les faits racontés deux fois : il y a, par exemple, un double récit de la création, du déluge, de l'enlèvement de Sara, de l'expulsion d'Agar ; Joseph est vendu à des Ismaélites et à des Madianites : la chose leur paraît inexplicable dans l'hypothèse de l'unité de composition et d'auteur ; -— 4. ''les passages ''relatant des ''faits ''ou des ''institutions ''manifestement ''postérieurs à Moise, ''par exemple, les endroits où il est question de la terre au-delà du Jourdain que Moïse n'habita jamais, de la mort de Moïse, et de lois concernant le royaume ''(Deut, ''xvii, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces difficultés soulevées par les rationalistes, nous répondrons, en nous inspirant des conclusions de la ''Commission Biblique : ''— 1. que de nombreux ''mots égyptiens ''témoignent que l'auteur a vécu en Egypte, ce qui est le cas de Moïse, que les ''diversités de langue et de style ''s'expliquent non seulement par la diversité des sujets, mais par ce fait que Moïse a pu se servir de ''secrétaires qui, ''sous sa direction et d'après son plan ont rédigé, chacun, des œuvres complètes par elles-mêmes et souvent parallèles, qu'il a pu utiliser, lui-même ou par ses collaborateurs, des ''sources, ''antérieures ou contemporaines, écrites ou orales, sources qui ont été insérées, ''mot à mot, ''ou quant aux ''idées, ''tantôt abrégées, tantôt développées comme certains épisodes de l'histoire d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Ajoutons, d'autre part, que rien, dans le ''décret de la C. B. du ''27 ''juin ''1906 ne nous oblige à supposer que ces œuvres de Moïse et de ses scribes auraient été fusionnées en un seul tout de leur vivant. Il nous suffit de croire que ces documents remontent à Moïse, qu'ils en dépendent, qu'ils lui sont imputables et n'ont subi aucune altération substantielle. — 2. L'emploi des deux mots, ''Elohim ''et ''Jahweh ''pour nommer Dieu, n'implique nullement qu'il y ait eu deux sources ou deux auteurs différents : les deux mots, en effet, n'ont pas le même sens ; le premier désigne Dieu en tant que Créateur et Providence, le second désigne le Dieu d'Israël, le Dieu qui a contracté une alliance solennelle avec son peuple d'élection. — 4. Pour ce qui concerne les ''passages d'origine certainement postérieure à Moïse, ''la chose s'explique par des modifications qui ont pu se produire au cours des siècles sans détruire, pour cela l'intégrité substantielle (V. N° 209).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des quatre preuves qui précèdent il résulte que ''l'authenticité mosaïque du Pentateuque reste incontestable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Véracité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
212. — De ce que le Pentateuque est substantiellement intègre et qu'il est l'œuvre de Moïse, pouvons-nous conclure qu'il est ''digne de foi ? ''Ou mieux, le témoignage de Moïse que nous trouvons dans le Pentateuque, réunit-il les conditions de la véracité ? Un témoignage est véridique, il mérite d'être cru, lorsque le témoin n'a pas pu se tromper et n'a pas voulu tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn167 [167]]. Or en est-il ainsi pour ce qui concerne le témoignage de Moïse? Que Moïse n'ait pas pu se tromper, cela paraît bien évident, car il racontait les faits dont lui-même avait été le principal acteur. Pas davantage il n'a voulu tromper ; quel intérêt aurait-il eu à le faire ? Mais, même s'il en avait conçu le dessein, la chose lui aurait été impossible, car il écrivait pour son peuple qui, lui aussi, avait été témoin et acteur des événements que Moïse racontait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
213. — '''Remarque. '''— La valeur historique du Pentateuque une fois admise, il faudrait démontrer ici ''l'origine divine ''de la Révélation ''primitive, ''et surtout de la Révélation ''mosaïque, ''à laquelle la Révélation chrétienne se rattache si étroitement. Nous indiquerons seulement la marche à suivre pouf la Révélation mosaïque. Deux points sont à discuter, comme nous l'avons fait pour les fausses religions : les ''titres du fondateur ''et la ''valeur de la doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE FONDATEUR. ''— La mission divine du fondateur, ressort de ce fait que, par son intermédiaire, Dieu a opéré de nombreux prodiges, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Rappelons seulement les Dix plaies d'Egypte, le passage de la Mer Rouge, la manne qui nourrit les Israélites durant quarante jours dans le désert, l'apparition de Dieu sur le Sinaï, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOCTRINE. ''— Pour faire apparaître la transcendance de la religion juive, il suffirait d'en signaler les deux traits essentiels : le monothéisme et l'idée messianique : — ''a) ''Et d'abord le ''monothéisme, ''c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique et créateur et l'adoration exclusive de ce Dieu. Or ce monothéisme est un fait unique dans l'histoire des religions : à lui seul, il suffit à classer la religion juive hors de pair. Aucune cause naturelle ne peut en donner une explication suffisante : ni la race, ni le climat, ni la langue, ni les circonstances ne sont des causes acceptables ; le peuple juif, en effet, n'était-il pas entouré de peuples de même race, sémites comme lui, de même langue, Assyriens, Arabes, Araméens qui tous étaient polythéistes ? Mieux que cela : les Juifs eux-mêmes n'étaient-ils pas enclins à l'idolâtrie, ne s'y sont-ils pas laissé entraîner maintes fois au point que les rationalistes ont pu prétendre que la nation juive a commencé comme toutes les autres, par le polythéisme ? ''Le monothéisme hébreu n'est donc explicable que par l'intervention surnaturelle de'' ''Dieu. ''Si le peuple juif ne reconnaît d'autre Dieu que Jahvé, s'il bannit du camp ou de la ville toute idole qui rappellerait le souvenir d'un dieu étranger, c'est parce qu'il a reçu l'enseignement de Moïse qui l'a instruit au nom de Dieu, enseignement que les prophètes devront plus tard lui rappeler tant de fois pour le retenir dans la voie tracée par Dieu et le garder de l'idolâtrie. — b) Le second caractère de la religion juive c'est ''l'espérance messianique. ''Si, d'une part, Moïse et les prophètes ont proclamé que le monothéisme était le dogme essentiel de leur religion, ils ont, d'autre part, annoncé que leur ''religion n'était pas définitive ''et qu'à sa forme imparfaite et restreinte succéderait une autre forme religieuse destinée à devenir la religion universelle. Et de cette future religion ils ont prédit qu'un Envoyé de Dieu, un Messie, serait l'apôtre et le fondateur. L'espérance messianique c'est donc l'attente du royaume de Dieu qui s'étendra à tout l'univers et l'attente d'un Roi, d'un Oint, — Christ ou Messie, — qui conquerra le monde au vrai Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question qui maintenant va se poser, c'est par conséquent de savoir si cette espérance est réalisée, si elle est désormais un fait accompli. Les apologistes chrétiens qui répondent affirmativement, ont donc pour tâche de montrer que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, est bien le Messie attendu, fit qu'il l'est parce qu'il réalise en sa personne tous les caractères annoncés par les Prophètes : de la tribu de Juda et de la race de David, et parce qu'il a prouvé son origine divine par ses œuvres. C'est le travail que nous ferons quand nous aurons vérifié tes documents de la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Valeur historique des Évangiles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
214. — Les quatre Évangiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn168 [168]] selon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn169 [169]] saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont les ''principaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn170 [170]] documents qui contiennent le ''fait ''de la Révélation chrétienne. Il y a donc lieu, comme pour le Pentateuque, d'en rechercher la valeur historique. Dans trois paragraphes nous établirons : 1° leur ''intégrité ; ''2° leur ''authenticité ; ''et 3° leur ''véracité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Intégrité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
215. — ''Les textes actuels des Évangiles sont-ils tels qu'ils sont sortis des mains de leurs auteurs? ''Telle est la première question qui se pose. Que la solution en soit difficile, on le devine aisément, si l'on remarque, d'un côté, que les originaux, écrits sans doute sur du papyrus, matière friable et de peu de durée, ont disparu depuis longtemps, et de l'autre, que les critiques ont relevé plus de 150.000 ''variantes ''dans les nombreuses copies qui en ont été faites. Variantes qui n'ont du reste rien d'étonnant, car il était impossible que le texte primitif passât entre tant de mains sans être altéré, au moins dans ses détails. Parfois les copistes ont oublié des mots, passé une ligne, écrit un mot pour un autre ; parfois aussi les variantes n'étaient pas accidentelles, et il est arrivé que les copistes ont, de propos délibéré, substitué à un passage obscur des expressions qu'ils jugeaient meilleures ou même remplacé des idées par d'autres plus conformes à leurs opinions personnelles et à leurs préoccupations doctrinales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier travail de la ''critique historique ''a donc été de reconstituer, aussi fidèlement que possible, les textes originaux, au moyen des manuscrits [171] qui ont été retrouvés, des versions anciennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn172 [172]] et des citations des Pères[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn173 [173]]. La chose n'allait pas sans difficultés, vu le grand nombre de variantes. Toutefois, comme la plupart de ces dernières sont sans importance et que les corrections tendancieuses sont plutôt ''rares[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn174 [174]] et assez facilement reconnaissables, il n'y a pas à douter que le ''texte critique actuel ''soit identique dans sa substance, au texte original.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
216. — Voici, du reste, pour chaque Évangile, les ''endroits dont l'authenticité est mise en doute. ''— ''a) Saint Matthieu. ''La question d'authenticité du premier Évangile est plus complexe que celle des autres: la raison en est que cet Évangile a été très vraisemblablement écrit d'abord dans l'idiome araméen, la langue courante des Juifs de Palestine, puis traduit en grec. Quel rapport exact y a-t-il entre le texte grec que nous possédons et le texte primitif araméen? A cette question la Commission biblique a répondu, dans son décret de juin 1911, que l'Évangile grec est en substance identique à l'Évangile écrit par l'Apôtre dans la langue de son pays. — ''b)'' ''Saint Marc. ''Seule l'authenticité de la finale (xvi, 9-20) a été rejetée par un certain nombre de critiques sous le prétexte qu'elle manque dans beaucoup de manuscrits anciens et qu'elle n'est pas conforme au style de saint Marc. La Commission biblique (26 juin 1912) a déclaré qu'il fallait tenir Marc pour l'auteur des douze derniers versets. — ''c)'' ''Saint Luc. ''Il n'y a discussion que sur quelques points de détail, spécialement sur les versets 43 et 44 du chapitre xxii La Commission biblique a décrété (26 juin 1912) qu'il n'est pas permis de douter de la canonicité des récits de saint Luc sur l'Enfance du Christ, sur l'Apparition de l'Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang. — ''d) Saint Jean. ''Les difficultés à propos du IVe Évangile se bornent à trois passages : 'au récit relatif à l'ange de la piscine probatique (v, 3, 4), à l'épisode de la femme adultère (VII, 53 ; VIII, 11) et enfin à l'appendice (xxi). Mais n'insistons pas. Ces différents passages que nous venons de mentionner, — les seuls dont l'authenticité soit sérieusement contestée, — sont de peu d'intérêt pour l'apologétique et ne doivent guère être utilisés dans les arguments qui serviront à la démonstration de la divinité du christianisme. Qu'ils aient été interpolés ou non, c'est donc ici une question secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
217. — Les Évangiles une fois reconstitués dans leur texte primitif, il faut rechercher de qui ils viennent, quels en sont les ''auteurs ''et quelle en est la ''date de composition. ''Un document n'a en effet de valeur, que dans la mesure où l'auteur a pu connaître les faits qu'il rapporte et a voulu les rapporter fidèlement. Les Évangiles ont-ils été écrits par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, comme l'apologiste chrétien le prétend, conformément à la doctrine de l'Église? Ce n'est pas par les écrits eux-mêmes que nous pouvons l'apprendre, car, outre que les anciens et spécialement les Orientaux, ne mettaient pas leur nom-en tête de leurs ouvrages, nous avons dit plus haut qu'il y a beau temps que les originaux ont disparu. L'authenticité des Évangiles ne peut donc être établie que par deux sortes d'arguments : — ''a) ''des ''arguments extrinsèques, ''tirés du témoignage de l'histoire, et — b) des ''arguments intrinsèques ''tirés de la critique interne, c'est-à-dire de l'examen du livre lui-même, de son style, de sa méthode, de ses idées, des idées surtout, car il va de soi que les idées d'une époque ne peuvent être fidèlement rendues que par un contemporain. C'est en nous appuyant sur ces deux arguments que nous allons démontrer l'authenticité de chaque Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Authenticité de l'Évangile de saint Matthieu. '''— A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, la tradition commune dans toutes les Églises chrétiennes admet que l'apôtre saint Matthieu est l'auteur de notre premier Évangile : ainsi en témoignent Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Irénée. Ce dernier disait vers 185 : « Ainsi, Matthieu publia par écrit l'Évangile chez les Hébreux, dans leur langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l'Église.» Déjà, au milieu du ne siècle, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie, et qui fut l'ami de Polycarpe, disciple de saint Jean, parlait de l'Évangile hébreu composé par saint Matthieu : « Matthieu, disait-il, écrivit les ''Logia ''en langue hébraïque, et chacun les a traduits comme il a pu. » Et les critiques les plus en vue pensent que le terme de ''logia ''ne doit pas être restreint aux discours du Seigneur, mais qu'il peut s'appliquer à des récits et désigner par conséquent notre Évangile actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit par les témoignages qui précèdent, les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles attribuent unanimement la composition du premier Évangile à l'apôtre saint Matthieu. La chose ne peut s'expliquer que par la vérité du fait, car s'il s'était agi de mettre un ouvrage anonyme sous l'autorité d'un nom célèbre, on aurait choisi un nom plus en relief, celui de Pierre, par exemple, et non pas celui de saint Matthieu, tard venu dans l'apostolat et qui n'avait joué dans le collège apostolique qu'un rôle accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— Le témoignage de la tradition est confirmé par la ''critique interne ''du livre. Celle-ci établit, en effet, que l'auteur était à la fois, ''juif palestinien, publicain, ''et qu'il ''écrivait pour les Juifs convertis : ''trois caractères qui conviennent parfaitement à l'apôtre saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘A) ''L'auteur du premier Évangile était ''juif palestinien. ''Les hébraïsmes abondent dans son œuvre. On sent qu'il est au courant de toutes les coutumes juives ; il connaît la loi de Moïse et les prophètes mieux qu'aucun autre. En outre, il décrit la Palestine avec une stricte fidélité ; il sait la topographie des lieux : Capharnaüm est désigné comme une ville maritime sise sur les confins de Zabulon et de Nephtali, il parle des lis qui couvrent les champs, des rudes tempêtes qui s'élèvent sur le lac de Génésareth, etc. L'auteur était donc palestinien ou tenait ses renseignements d'un palestinien. — b) L'auteur était ''publicain, ''du moins si l'on s'en rapporte à la compétence spéciale qu'il témoigne en matière d'impôts. Seul des évangélistes, il note que l'apôtre saint Matthieu était publicain à Capharnaüm et, dans son énumération des Apôtres, il nomme Thomas avant lui, tandis que saint Marc et saint Luc font le contraire. Il est à supposer dès lors que par humilité il a laissé la première place à son compagnon. — c) L'auteur écrivait ''pour des Juifs convertis : ''la preuve en est qu'il emploie de nombreuses locutions d'origine araméenne, telles que rabbi, raca, mammona, gehenna, corbona, sans éprouver le besoin de les expliquer. Mais ce qui indique encore mieux qu'il s'adresse à des Juifs, c'est le dessein de son ouvrage. Partout il apparaît qu'il veut prouver que Jésus était le Messie. Pour cela il place en tête de son Évangile l'arbre généalogique qui montre dans le Sauveur un descendant de David et d'Abraham ; puis, à chaque instant il rappelle que Jésus accomplit les prophéties anciennes. Un tel but et une telle méthode n'auraient pas de raison d'être avec d'autres lecteurs que des Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc ''conclure ''que l'authenticité du premier Évangile repose sur un ensemble de preuves, d'ordre externe et interne de la plus grande valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— La majorité des critiques catholiques placent la composition du premier Évangile entre 36 et 70, et croient que saint Matthieu l'a écrit en Palestine, peut-être à Jérusalem. De toute façon, il n'est pas possible de reculer la date après 70, comme l'ont fait les rationaliste» en général, encore moins de la rejeter jusqu'à 130, selon le système de l'école de Tubingue. (Baur.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''218. — 2° Authenticité de l'Evangile de saint Marc.''' — A. ''ARGU­MENT EXTRINSÈQUE. ''— L'on possède, à partir du ne siècle, de nombreux témoignages qui attribuent le second Évangile à saint Marc, disciple de saint Pierre à Rome : les principaux sont ceux de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, du ''Canon de Muratori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn175 [175]], de saint Justin, de Papias. Ce dernier rapporte, vers 150, que « Marc, l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, non pas cependant dans leur ordre chronologique, tout ce dont il se souvenait, des choses dites ou faites par Jésus. Car il n'avait pas vu le Seigneur et ne l'avait pas accompagné, mais il avait accompagné Pierre qui donnait ses enseignements selon les besoins de ceux qui l'écoutaient... De la sorte, Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il se les rappelait. Sa seule préoccupation était de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de ne rien altérer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le témoignage de la tradition représente une valeur de premier ordre, car il est incontestable que, le second Évangile contenant les souvenirs de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de le lui attribuer si par ailleurs on avait eu des doutes sur le véritable auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'étude du livre lui-même il résulte que l'auteur était juif, disciple de saint Pierre et qu'il a écrit pour des Romains : — ''a) Il était juif, ''comme le témoignent les nombreux hébraïsmes qu'on y rencontre et les citations syro-chaldaïques ou araméennes telles que « Ephpheta» (ouvre-toi) VII, 34 ; « Eloï, Eloï, lamma sabachtani» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?), xv, 34. La manière dont il décrit les usages, les mœurs, et la géographie de la Palestine, indiquent même qu'il était juif palestinien, et qu'il s'était trouvé à Jérusalem lors de la mort de Jésus, car le jeune homme, dont il est parlé dans la scène de l'arrestation à Gethsémani, qui suivait Jésus « n'ayant sur le corps qu'un drap », semble bien ne pas être autre que lui-même. — b) Il était ''disciple de saint Pierre. ''Cela ressort de la place prépondérante que saint Pierre occupe dans cet Évangile : tous les faits et gestes du premier des apôtres y sont rapportés avec la plus grande précision. L'auteur s'étend même avec plus de complaisance sur les défauts, les faiblesses et les fautes du chef de l'Église que sur ce qu'il y a de glorieux dans sa vie : ce qui ne s'explique que si l'auteur reproduit la prédication de saint Pierre. — c'') ''Le second Évangile a été ''écrit pour des Romains. ''Les multiples détails qu'il fournit à ses lecteurs sur la langue, les mœurs, les coutumes juives, le soin qu'il prend de traduire les termes araméens qu'il cite, les expressions et tournures latines qui abondent dans sa langue grecque, en sont une preuve très nette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or tous les caractères que nous venons d'indiquer conviennent bien à Marc, disciple de saint Pierre, et dont la mère, nommée Marie, possédait à Jérusalem une maison où Pierre s'abrita lorsqu'il sortit de la prison d'Hérode ''Actes, ''xii, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— D'après les critiques catholiques, le second Évangile a été écrit au plus tard de 67 à 70, et fort probablement à Rome, vu que l'ouvrage était destiné aux Romains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''219. — 3° Authenticité de l'Évangile de saint Luc'''. — A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''Dès la fin du IIe siècle, la ''tradition commune ''attribue le troisième Évangile à saint ''Luc, ''disciple et compagnon de saint Paul, « le médecin bien aimé», comme l'apôtre des Gentils l'appelle dans son ''Épître aux Colossiens ''(iv, 14). Parmi les principaux témoignages, il faut citer ceux de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, de Tertullien, du ''Canon de Muratori. ''Or, saint Luc était dans la communauté chrétienne un personnage trop obscur pour qu'on mît sous son nom une œuvre qui représentait en partie la prédication de saint Paul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE, -r ''L'analyse interne du livre confirme le témoignage de la tradition. Elle montre, en effet, que l'auteur était médecin, grec d'origine et esprit cultivé, et disciple de Paul. — ''a) IL était médecin, ''comme le prouve la précision avec laquelle il décrit les maladies ; — ''b) grec d'origine et esprit cultivé : ''un style plus pur et plus élégant que celui des deux premiers Évangiles, une plus grande richesse de vocabulaire, un art plus grand dans la composition, sont un indice certain que le grec était la langue maternelle de l'auteur ; — c) ''disciple de saint Paul. ''Il y a, en effet, entre le troisième Évangile et les écrits de saint Paul, des affinités remarquables, tant au point de vue du ''fond ''que de la ''forme. ''Le récit de la Cène dans le troisième Évangile (xxii, 17, 20) est presque identique à celui de la première Épître aux Corinthiens (xi, 23, 25). Le troisième Évangile, plus que les autres, met en relief les thèses favorites de saint Paul : la nécessité de la foi, la gratuité de la justification et le caractère universel du christianisme. Et quant à ce qui concerne la forme, on a pu relever 175 mots particuliers aux deux écrivains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— L'opinion de la plupart des catholiques et même des protestants, c'est que le troisième Évangile a été composé avant l'an 70, soit à Borne, soit en Asie-Mineure, soit à Corinthe ou à Césarée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''220.— 4° Authenticité de l'Évangile de saint Jean'''. — L'authenticité du quatrième Évangile est niée par un certain nombre de ''critiques protestants ''et ''rationalistes ''(Baur, Strauss, J. Réville, Loisy). Beaucoup de ''critiques libéraux, ''parmi lesquels Renan, Harnack, Julicher, lui reconnaissent une authenticité partielle : le quatrième Évangile contiendrait un fond traditionnel, plus ou moins important, qui aurait l'apôtre saint Jean pour auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'authenticité de l'Évangile de saint Jean, admise par tous les critiques catholiques, repose sur les mêmes arguments que celle des trois premiers Évangiles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, nombreux sont déjà les témoignages qui attribuent le quatrième Évangile à l'apôtre saint Jean. Outre ceux de Tertullien, du ''Canon de Muratori, ''de Théophile d'Antioche, voici deux témoignages importants : — 1. ''celui de saint Irénée, ''évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean. Il écrit vers 185 : « Jean, disciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, a écrit lui-même aussi son Évangile, tandis qu'il vivait a Éphèse, en Asie»; —2. ''celui de Clément d'Alexandrie ''qui écrit, quelques années après saint Irénée, que « d'après la tradition des Anciens, Jean, le dernier des Évangélistes, a écrit l'Evangile spirituel, sous l'inspiration du Saint-Esprit et à la prière de ses familiers. » — 3. La tradition chrétienne est elle-même corroborée par les témoignages de la ''tradition hétérodoxe. ''Celse, les ''judaïsants, ''les gnostiques Basilide et Valentin sont formels en faveur de l'origine johannique du quatrième Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le quatrième Évangile était déjà répandu dans tout l'univers chrétien, au milieu du ne siècle, ce qui suppose qu'il remonte au Ier siècle, et des témoins orthodoxes et hétérodoxes autorisés l'attribuent à l'apôtre saint Jean. Il est invraisemblable qu'ils se soient trompés sur le véritable auteur et qu'ils aient confondu Jean l'apôtre avec Jean l'Ancien, dont parle Papias ; il est du reste assez probable que les deux noms désignent la même personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'examen intrinsèque du livre il résulte que l'auteur du quatrième Évangile était juif d'origine, apôtre, plus que cela, qu'il était « l'apôtre que Jésus aimait ». — ''a) ''IL était ''juif d'origine. ''Les nombreux hébraïsmes que l'on rencontre dans sa langue grecque, les termes araméens qu'il cite et qu'il interprète très correctement à ses lecteurs, les usages juifs qu'il décrit fidèlement, les détails topographiques qu'il donne sur la Palestine et sur Jérusalem, tout cela prouve bien que nous avons affaire à un auteur familiarisé avec les idées juives, avec la langue et les traditions religieuses des Juifs. — b) L'auteur était un ''apôtre. ''Les récits des faits sont si vivants, si précis et si intimes qu'ils supposent un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu. — c) L'auteur était « ''l'apôtre que Jésus aimait». ''Si nous en croyons le dernier chapitre dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, le quatrième Évangile a pour auteur « le disciple que Jésus aimait » (xxi, 20, 24). Or des trois apôtres : Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qui étaient dans une familiarité plus grande avec Notre-Seigneur, les deux premiers doivent être éliminés, car ils étaient morts bien avant la composition du livre. Il faut remarquer en outre que l'Apôtre Jean et les membres de sa famille ne sont jamais nommés explicitement dans le quatrième Evangile, tandis que les autres apôtres le sont fréquemment. Ce silence est tout naturel dans l'hypothèse où l'auteur du livre tairait son nom par discrétion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— Le quatrième Évangile a été composé à ''Éphèse, ''vers la fin du Ier siècle, entre 80 et 100, du moins d'après l'opinion des critiques catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn176 [176]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3.   —   Véracité des Évangiles =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
221. — Les Évangiles nous sont parvenus dans leur ''intégrité substantielle, ''et ils ont bien pour ''auteurs ''deux apôtres : saint Matthieu et saint Jean, et deux disciples d'apôtres : saint Marc et saint Luc. Troisième question à résoudre : quelle est la ''valeur historique ''de ces documents?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Deux conditions ''sont requises pour qu'un historien soit digne de foi, Il faut 1° qu'il soit ''bien informé ''et 2° qu'il soit ''sincère ''(V. Nos 166 et 169). Connaître les événements tels qu'ils se sont déroulés, savoir la vérité et vouloir la dire, tout est là. Nous allons donc rechercher si les Évangélistes ont rempli ces deux conditions, en nous posant la question séparément, pour les Synoptiques, c'est-à-dire les trois premiers Évangiles, et pour le quatrième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''222. — I. Valeur historique des Synoptiques. '''— Le mot « ''Synoptiques ''» attaché aux trois premiers Évangiles vient de ce que, si l'on dispose les textes de ces trois Évangiles sur trois colonnes, en prenant soin de faire correspondre les parties communes, l'on obtient une ''synapse ''(gr. « ''sunopsis» ''vue simultanée), c'est-à-dire une vue d'ensemble du contenu évangélique, concordante en de nombreux points.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour déterminer la ''valeur historique ''des Synoptiques, nous allons donc répondre à cette double question : 1° Les trois premiers Évangélistes étaient-ils bien informés? 2° Étaient-ils sincères?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''223. — 1°''' '''Les trois premiers Évangélistes étaient bien informés. '''— Pour établir ce premier point, un travail préliminaire s'impose : il faut étudier les documents eux-mêmes pour savoir comment ils ont été composés. Sont-ils des récits de témoins oculaires et auriculaires qui se bornent à rapporter exactement ce qu'ils ont vu et entendu? Ou bien ont-ils été écrits par des historiens qui ont puisé à des, sources et utilisé d'autres documents? Autrement dit, sont-ils œuvres de première main ou œuvres de seconde main? Et s'ils sont œuvres de seconde main, quelle est la valeur de leurs sources? Ceux de qui ils tiennent leurs renseignements sont-ils dignes de foi? Cette question, nous sommes d'autant plus amenés à la poser, que les trois premiers Évangiles présentent entre eux des ''ressemblances ''frappantes, tandis qu'ils diffèrent entièrement du quatrième. Comment expliquer leurs rapports? Problème délicat qui n'a reçu jusqu’'ici d'autre solution que celle d'hypothèses plus ou moins acceptables. Nous allons dire un mot et du ''problème ''et des ''solutions ''qui ont été proposées pour le résoudre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
224. — A. ''LE PROBLÈME SYNOPTIQUE. ''— Si l'on compare les trois premiers Évangiles entre eux, on n'est pas longtemps à discerner de nombreux passages identiques, à côté d'autres absolument divergents. — ''a) Ressemblances. ''1. Tout d'abord ''même plan général. ''Alors que le quatrième Évangile ne reproduit que le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, les trois premiers adoptent une division quadripartite et encadrent les événements de la vie publique de Notre-Seigneur dans ces quatre points : le baptême de Jésus, le ministère en Galilée, le voyage à Jérusalem et la dernière semaine dans la Ville Sainte (passion, mort et résurrection). — 2. ''Récits des mêmes faits. ''Les trois premiers Évangiles rapportent souvent les mêmes miracles et, qui plus est, dans le même style et les mêmes expressions ; mêmes discours aussi, surtout dans saint Matthieu et dans saint Luc, introduits par les mêmes procédés et se dénouant par les mêmes conclusions. — b) ''Divergences. ''A côté de ces ressemblances, des divergences curieuses. C'est ainsi qu'on trouve dans saint Matthieu et saint Luc des récits de l'enfance de Jésus, différant de l'un à l'autre, tandis qu'ils font complètement défaut dans saint Marc. En outre, la partie ''narrative ''est plus développée dans saint Marc, les discours moins abondants. Des parties sont spéciales à chacun des Evangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
225. — B. ''SOLUTIONS PROPOSÉES. ''— Les trois principales solutions proposées pour résoudre le problème synoptique sont les hypothèses de la dépendance mutuelle, de la tradition orale et des documents — 1. ''Hypothèse de la dépendance mutuelle. ''D'après les partisans de ce système, les Évangiles se seraient utilisés réciproquement, ou plus exactement, ceux de date postérieure, auraient utilisé l'œuvre de leurs devanciers. Mais qui écrivit le premier ? Ici, désaccord entre les critiques ; l'hypothèse la plus généralement suivie, suppose que Marc, qui est le plus bref, est antérieur à saint Luc et à saint Matthieu ''(version grecque), ''et leur a servi de source. — 2. ''Hypothèse de la tradition orale. ''D'après ce système (Meignan, Cornély, Fillion, Fouard, Le Camus, Levesque...) les Evangiles n'auraient pas d'autre source ou du moins, auraient pour source principale, la ''tradition orale ; ''ils seraient la reproduction de la catéchèse ou prédication primitive. Les Apôtres et les missionnaires de la nouvelle religion, voulant donner un enseignement unique, auraient été amenés à faire un choix dans les actes et les paroles du Seigneur : voilà comment nous retrouvons ''le ''même ''fond ''dans les trois Evangiles. Bien plus, les Apôtres, hommes simples et sans culture, ne se préoccupaient pas de varier la forme sous laquelle ils présentaient ce fond identique : à force d'être répété, ce qui faisait la matière de la catéchèse, finit donc par prendre une ''forme unique, ''et pour ainsi dire, stéréotypée. Cependant la tradition orale étant appelée, sinon à se perdre, du moins à s'altérer- peu à peu avec la disparition des témoins de la vie du Christ, les chrétiens voulurent la fixer dans des écrits autorisés : d'où l'origine des Synoptiques. Ainsi les ''ressemblances ''s'expliqueraient par un fond unique qui était l'objet principal de la catéchèse primitive. Les ''divergences ''ne s'expliqueraient pas moins bien par ce fait que la catéchèse devait être adaptée aux milieux différents auxquels s'adressaient les premiers prédicateurs de la foi. Il est clair que le point de vue juif n'était pas le même que le point de vue grec ou romain. Devant les Juifs il s'agissait de montrer que Jésus était le vrai Messie, annoncé par les prophètes, et qu'il avait fondé le royaume attendu. A Rome ou dans les villes grecques, l'argument prophétique étant sans portée, les Apôtres présentaient Jésus comme un envoyé divin à qui Dieu avait donné tous ses pouvoirs. — 3. ''Hypothèse des documents. ''D'après cette hypothèse, les rapports des Synoptiques seraient dus à l'emploi de documents écrits ; les uns (Eichhorn...) supposent un seul document primitif plus ou moins retouché ; d'autres (Schleiermacher, Renan, Schmiedel, Loisy) admettent à la base des synoptiques plusieurs documents araméens et grecs que les auteurs sacrés auraient utilisés et adaptés à leur but ; d'autres enfin (Weiss, Wendt, Stapfer, A. Rêville...) distinguent dans les Évangiles deux sources principales : un Proto-Marc en grec ou recueil des principaux faits et discours du Seigneur et un Proto-Matthieu en hébreu ou recueil de discoure. Une hypothèse plus récente (Batiffol, Ermoni, Lagrange, Gigot, Camerlynck) suppose, au lieu d'un Proto-Marc, le Marc actuel lequel aurait été utilisé par les deux autres Synoptiques qui se seraient servis en même temps des ''Logia ''ou discours du Proto-Matthieu et d'autres sources particulières, comme le témoigne saint ''Luc ''(i, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que valent ces trois hypothèses? ''— L'hypothèse 1 de la ''dépendance commune ''n'explique pas les divergences qui existent entre les trois documents Saint Marc, en effet, n'a pu servir de source que pour les faits. D'autre part, si l'on suppose que saint Luc a utilisé saint Matthieu, comment se fait-il que leurs récits de l'enfance de Jésus ne concordent pas, et que des discours et des paraboles de saint Matthieu manquent chez Luc, alors que tous deux attachent tant de prix à l'enseignement de Jésus? — L'hypothèse 2 de la ''tradition orale ''rend bien compte de la ressemblance générale au point de vue du fond : il est assez vraisemblable que la catéchèse primitive ait eu le même objet : mêmes faits, mêmes miracles, 'mêmes discours. Mais ce que cette hypothèse n'explique pas, c'est 1) que les mêmes faits soient groupés dans le même ordre et par des liaisons artificielles identiques, et 2) que les auteurs sacrés s'accordent dans des détails secondaires, tandis qu'ils diffèrent dans des parties plus importantes telles que la formule de l'oraison dominicale et le récit de l'institution de l'Eucharistie. Incontestablement, ces particularités supposent une dépendance à l'égard de documents écrits. — L'hypothèse 3 d'un ''document primitif unique ''est inadmissible, car on ne comprend pas dans ce cas pourquoi saint Marc aurait éliminé les discours. L'hypothèse de ''plusieurs documents ''rend bien compte des divergences, mais non de l'accord des écrivains sacrés, soit dans leur plan général, soit dans le choix des matériaux, soit dans l'ordre où ils les ont disposés. Aussi l'hypothèse des deux sources a-t-elle été rejetée par la Corn. Biblique le 26 juin 1912.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusions. ''— 1. Aucune des trois hypothèses : dépendance mutuelle, tradition orale, documents, n'est donc satisfaisante. On ne peut dès lors résoudre le problème synoptique par l'une de ces trois hypothèses, à l'exclusion des autres. L'explication la plus vraisemblable consiste sans doute à les combiner toutes les trois et à prendre ce qu'il y a de bien dans chacune. Tout d'abord il convient de faire une part très large à l'influence de la tradition orale. Puis il est à supposer que chaque Évangéliste a utilisé ses souvenirs personnels et ses sources particulières. Enfin rien n'empêche de croire, pour expliquer le plan général, que les Synoptiques se soient servis d'un ou de deux documents primitifs : l'un contenant une sélection des actes du Seigneur, l'autre étant un choix de ses discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quoi qu'il en soit du ''mode de composition ''des Synoptiques, il ressort de ce qui vient d'être dit, - et telle est l'unique question qui nous intéresse ici, — que nous pouvons considérer le témoignage des trois premiers Évangiles comme venant d'historiens ''bien informés, ''car, ou bien les Synoptiques racontent ce dont eux-mêmes ont été les témoins, ou ils rapportent ce que beaucoup d'autres avaient vu et entendu, ce qui faisait l'objet de la prédication courante, ce que les premiers missionnaires de la religion chrétienne annonçaient partout, sans que leurs adversaires aient pu les convaincre d'erreur. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous sommes en présence de témoins qui connaissaient exactement les choses qu'ils rapportaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
226. — 2° Les trois premiers Évangélistes étaient sincères. — Non seulement les Synoptiques étaient ''bien informés, ''mais ils étaient ''sincères. ''Leur sincérité ressort avec évidence : — a) ''de la critique interne des Evangiles. ''Les récits que nous y trouvons donnent l'impression que nous avons affaire à des gens qui rapportent les faits tels qu'ils se sont passés, et qui disent les choses telles qu'elles sont : c'est ainsi qu'ils font d'eux-mêmes un portrait peu flatteur ; ils n'hésitent pas à confesser leur basse extraction, à dévoiler leur intelligence étroite et bornée, leurs faiblesses, leur lâcheté au cours de la Passion de leur Maître, leur découragement après sa mort, leur incrédulité ; — b) ''du manque d'intérêt qu'ils avaient à mentir. ''Les hommes ne mentent pas, généralement, si le mensonge ne doit pas leur profiter. Mais ils songent encore bien moins à mentir s'ils risquent de payer leur imposture de leur vie. Il est vrai qu'on peut mourir par fanatisme et pour défendre une idée fausse. Encore faut-il cependant qu'on la croie vraie, car à moins d'être fou, on ne ment pas pour soutenir ce qu'on croit être une erreur, ce qui ne vous est d'aucune utilité, ce qui vous coûte et vous demande des sacrifices, et s'il n'est pas absolument juste de conclure, avec Pascal, qu'il faut croire « les histoires dont les témoins se font égorger »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn177 [177]], tout au moins pouvons-nous dire qu'il n'y a pas lieu de douter de la ''sincérité ''de semblables témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quoi bon insister sur la sincérité des Évangélistes ? A notre époque, elle n'est plus mise en doute par les critiques sérieux. Sans doute « il fut un temps, dit M. Harnack, où l'on se croyait obligé de regarder la littérature chrétienne primitive, y compris le Nouveau Testament, comme un tissu de mensonges et de fraudes. Ce temps est passé. » Oui, le temps où les adversaires du christianisme accusaient les Evangélistes d'imposture et de fraude, est bien passé, mais les attaques n'ont fait que changer de terrain, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''227. — Objection. — Théorie de l'idéalisation'''. — Les rationalistes modernes admettent donc la sincérité des Evangélistes. Mais ils prétendent qu'il y a lieu de distinguer dans les récits évangéliques deux éléments : ''l’élément naturel ''et ''l'élément surnaturel. ''Partant de ce principe a priori, que le miracle n'existe pas et n'est même pas possible, ils ne reconnaissent de valeur historique qu'à l'élément naturel. Comment expliquer alors la présence de l'élément surnaturel dans les Évangiles? Un ancien système, — ''école naturaliste ''de Paulus, — prétendait que les miracles étaient des faits ordinaires, qui avaient pris un caractère de merveilleux en passant par l'imagination des Orientaux, et que la critique pouvait ramener à de justes proportions et expliquer suivant les lois de la nature. Un autre système, le seul dont nous ayons à tenir compte à l'heure actuelle, entend éliminer l'élément surnaturel en l'attribuant à un long travail ''d'idéalisation progressive ''accompli autour de la vie et de la personne du Christ. Les Évangiles ne seraient pas des livres purement historiques, mais « avant tout, des livres d'édification » où le critique doit démêler « ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn178 [178]] Les récits des cures merveilleuses opérées par le Christ ne seraient nullement « des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été transposés, corrigés, amplifiés selon le goût des Evangélistes, l'intérêt de l'édification, les besoins de l'apologétique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn179 [179]] En d'autres termes, les miracles seraient des ''mythes ''ou ''légendes, ''qui se seraient greffées sur l'histoire réelle du Sauveur. Et combien de temps ces légendes ont-elles mis à se former? A peine un siècle, d'après ''l'école mythique de Strauss. ''Beaucoup moins, d'après une école nouvelle (Brandt, Schmiedel, Loisy), qui estime que le travail d'idéalisation a pu se faire en moins d'un demi-siècle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn180 [180]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. — 1. Le ''point de départ ''du système de l'idéalisation, à savoir la ''négation du surnaturel, ''est un ''préjugé rationaliste ''dont il n'est pas possible d'établir le bien-fondé. — 2. Le ''système ''lui-même, appliqué aux Synoptiques, est en ''contradiction avec les faits. ''Tout d'abord il ne s'accorde pas avec la ''date de composition des Évangiles. ''La rédaction de ceux-ci a suivi de très près les événements. Or l'idéalisation, la légende requiert, pour se former, un long espace de temps : c'est du reste ce qui déterminait le rationaliste allemand Strauss à rejeter la composition des Évangiles vers 150. Lorsque la critique impartiale dut reconnaître que les Synoptiques avaient été composés avant la fin du 1er siècle, il fallut bien apporter quelques modifications à la théorie de l'idéalisation. On prétendit alors que le travail d'idéalisation peut se faire beaucoup plus rapidement, puis on mit sur le compte de la ''foi ''ce qui autrefois était attribué à la ''légende, ''et l'on eut la fameuse distinction entre le ''Christ de la foi ''et le ''Christ de l'histoire. ''Mais comment la foi aurait-elle pu se mettre en contradiction si flagrante avec les faits de l'histoire, lorsque ceux-ci étaient encore si récents que tout le monde pouvait en contrôler l'exactitude ? — 3. Il serait facile par ailleurs de démontrer que les Evangélistes s'attachent, ''avant tout, ''à faire un récit fidèle de la carrière de leur Maître. Ce n'est qu'''incidemment ''qu'ils décrivent la foi chrétienne de leur temps ; à ce point de vue, il est incontestable qu' ils sont en retard sur saint Paul dont les Épîtres étaient pourtant antérieures. Saint Paul, en effet, n'affirme-t-il pas déjà clairement la divinité du Christ et la valeur satisfactoire de sa mort, alors que ces deux dogmes ne sont ''qu'insinués ''dans les Synoptiques, à ce point même que les rationalistes ont pu prétendre qu'ils ne l'étaient pas du tout?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''théorie de l'idéalisation ''manque donc de base, et la conclusion qui s'impose de l'examen des Synoptiques, c'est que leurs ''récits ''sont indépendants de la foi nouvelle de l'Eglise, qu'ils n'ont pas subi l'influence des idées ambiantes, en un mot, qu'ils sont ''purement historiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''228. — II. Valeur historique du IVe Évangile.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''La plupart des critiques rationalistes ont dénié au quatrième Évangile toute valeur historique, ou ne lui ont accordé qu'une historicité relative. — a) Les uns (Strauss) ont prétendu que l'auteur du quatrième Évangile avait peint un Christ historique d'après l'idéal qu'il s'en était forgé. — ''b) ''D'autres, comme Renan et certains critiques indépendants de notre époque (Harnack), reconnaissent dans cet ouvrage un fond de tradition historique, mais considèrent les ''discours ''comme des ''fictions. — c) ''D'autres enfin, comme J. Réville, Loisy[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn181 [181]], Guignebert, regardent le quatrième Évangile, — tant dans sa partie narrative que dans ses discours, — comme une ''composition artificielle ''destinée à exposer, sous le voile de ''l'allégorie, ''les idées propres de l'auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES DE L'HISTORICITÉ. ''— Le quatrième Évangile n'est nullement une composition artificielle : il est facile, en effet, de montrer le caractère historique des ''faits ''et des ''discours ''qui y sont contenus. — a) ''Caractère historique des faits. ''Que les faits miraculeux rapportée par le quatrième Évangile ne soient pas de simples allégories, mais des faits bien réels, cela ressort : — 1. du ''but de l'ouvrage. ''L'auteur déclare lui-même, à la fin de son œuvre (xx, 31), qu'il veut amener ses lecteurs à croire « que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu'en croyant ils aient la vie en son nom ». A moins de le prendre pour un imposteur, — ce que ne font pas les rationalistes, — il faut admettre qu'il a entendu démontrer sa thèse en s'appuyant, non sur des récits allégoriques, mais sur des faits empruntés à l'histoire de Jésus. Que de cette histoire il détache un petit nombre de faits, qu'il choisisse les plus typiques, ceux qui vont le mieux à son but[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn182 [182]], qu'il omette les gestes et les paroles du Seigneur qui ne lui importent pas, et plus particulièrement ce qui a déjà été raconté par les Synoptiques, cela n'est que trop naturel. Mais ce qui ne reste pas moins certain, c'est qu'il est un ''témoin ''qui raconte « ce qu'il a vu de ses yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles, ce que ses mains ont touché du Verbe de vie» (I ''Jean, ''I, 1, 3) ; — 2. ''de l'examen interne du livre. ''On ne saurait prétendre tout d'abord que l'Évangile johannique n'est pas historique parce qu'il n'a pas le même fond que les Synoptiques, car ni les Synoptiques ni Jean n'ont la prétention d'être complets, et si saint Jean a voulu compléter ses devanciers, comme nous l'avons insinué plus haut, les divergences de fond s'expliquent très bien. Du reste, tout n'est pas divergences ; les Synoptiques et le quatrième Évangile ont des ''points communs. ''Qu'on veuille bien les comparer, et l'on constatera que, parmi des variantes de peu d'importance, les faits sont rapportés de part et d'autre avec la même exactitude : tels sont, par exemple, les récits de la multiplication des pains, de la marche de Jésus sur les flots, de son entrée triomphale a Jérusalem et de sa Passion. Or si, sur ces différents points, l'on concède aux Synoptiques une valeur historique, de quel droit la refuserait-on au quatrième Évangile ? — Quant aux récits qui sont ''propres ''à ce dernier, l'on peut remarquer encore que les événements y sont rapportés avec une foule de détails qui seraient bien superflus dans l'hypothèse de récits symboliques. Le quatrième Évangile note les circonstances de personne, de temps et de lieu avec plus de soin que saint Luc lui-même : il signale, par exemple, que Nicodème est venu à Jésus ''la nuit ''(III, 2), que la rencontre de Jésus avec la Samaritaine eut lieu à la sixième heure (iv, 7) ; il dit que la piscine probatique se trouve à Jérusalem, près de là porte des Brebis (V, 2). Il décrit non moins minutieusement les usages et les traditions des Juifs, leurs fêtes, les divisions intestines entre Juifs et Samaritains, entre Pharisiens et Sadducéens ; l'état politique de la Palestine ; les détails topographiques touchant la Galilée, le lac de Génésareth, Jérusalem. Tout cela indique bien un historien exact qui raconte les faits tels qu'ils se sont passés, et non un mystique qui invente des histoires adaptées à la thèse qu'il a en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Caractère historique des discours. ''— Si les faits rapportés dans le quatrième Évangile sont historiques, l'on ne voit pas la raison pour laquelle les ''discours ''ne le seraient pas. L'on fait remarquer, il est vrai, que, plus encore que les faits, ils diffèrent, soit au point de vue du ''fond, ''soit au point de vue de la ''forme, ''de ceux que nous trouvons chez les Synoptiques. Mais, encore qu'il ne faudrait pas exagérer l'étendue de ces divergences, celles-ci s'expliquent très bien par le ''caractère ''et le ''but ''différents que poursuivent les écrivains sacrés. Tandis que les sujets traites dans les Synoptiques sont très variés et portent surtout sur des préceptes de morale : humilité, charité, aumône, mépris des richesses et des honneurs, le quatrième Évangile insiste sur la doctrine christologique, sur le caractère suréminent et la mission du Christ. 'Voulant prouver plus particulièrement la divinité du Sauveur, sans doute parce qu'elle était alors attaquée par le gnostique Cerinthe, il relève dans l'enseignement de Jésus, et qui pouvait servir son but. En cela, il ne contredit pas les Synoptiques, il les complète. Les critiques rationalistes objectent encore que l'auteur du quatrième Évangile a emprunté sa doctrine du ''Logos, ''ou Verbe de Dieu incarné, à l'école grecque d'Alexandrie et au Juif Philon. Il serait difficile de dire quelle fut la genèse des idées de saint Jean mais ce qui est certain c'est que l'identification du Christ avec le Verbe de Dieu n'a pu germer dans l'esprit de l'apôtre saint Jean, pas plus que chez les chrétiens de l'époque, — car il est reconnu que la doctrine était chose reçue au dernier quart du Ier siècle en Asie-Mineure et dans la plupart des Églises, — sans que la croyance eût été déterminée par la réalité historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— IL est donc permis de conclure que l'Évangile selon saint Jean a une valeur historique, comme les Synoptiques. « Sans doute l’Apôtre a pu imprimer son cachet propre dans la manière de raconter les miracles du Sauveur, dans le choix qu'il a fait de scènes évangéliques. Il est même incontestable que ses comptes rendus de discours ne prétendent pas reproduire la pleine réalité, étant donné l'éloignement où l'auteur était des faits. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn183 [183]] Cependant « ses narrations ont beau avoir leur cachet propre, elles n'en correspondent pas moins aux faits. Ses discours peuvent porter la marque de son esprit, ils n'en reproduisent pas moins la pensée authentique du Sauveur. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn184 [184]] Nous avons donc le droit, dans la démonstration de la divinité du christianisme, de nous appuyer sur le quatrième-Évangile comme sur les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Mangenot, ''L'authenticité mosaïque du Pentateuque ; Les Évangiles synoptiques ''— Méchineau, ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''(Bloud). — Vigouroux, ''Manuel biblique, t. ''I (Roger et Chernoviz). — Lesêtre, ''L'authenticité du Pentateuque ''(Rev. pr. d'Ap. 15 mai, 15 juin 1910). — Dom Hoepfl, art. ''Pentateuque et Hexateuque ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brassac, ''Manuel biblique ''(à l'index), t. III. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu; L'origine du quatrième Évangile; La valeur historique du quatrième Évangile; Évangiles canoniques, Évangiles apocryphes ''(Dict. d'Alès) ; Les ''théories de Loisy ''(Beauohesne).—Méchineau, ''L'origine du Nouveau Testament ''(Bloud). — Jacquier, ''Histoire des livres du Nouveau Testament ''(Gabalda). — Rosé, ''Les évangiles, traduction et commentaires ''(Bloud). —Fouard, ''Vie de Jésus-Christ'' (Lecoffre). — Batiffol, ''Six leçons sur l’Évangile ''(Bloud). — Calmes, ''Comment se sont formés les Evangiles ''(Lethielleux). — Levesque, ''Nos quatre Evangiles. Leur composition et leur position respective ''(Beauchesne). — Fillion, ''Introduction générale aux Évangiles ''(Lethielleux). — Camerlynck, ''De quatro Evangelii auctore ''(Bruges). — Durand, ''A propos des décrets ''de 1912 ''sur les Évangiles ''(Rev. pr. d'Ap., 1er fév. 1914). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale ''(Desclée). — Langlois et Seignobos, ''Introduction aux. Études historiques ''(Hachette).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : La divinité du Christianisme. Le Fondateur. L'Affirmation de Jésus. ===&lt;br /&gt;
== DÉVELOPPEMENT ==&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229. — Pour connaître ''l’origine, ''et par conséquent, la ''valeur ''d'une religion, il faut, avant tout, se tourner du côté du ''fondateur, ''et lui demander qui il est.^ Personne, mieux que lui, n'est à même de le savoir et de le dire. S'il est un Envoyé de Dieu, c'est à lui de nous le faire connaître et de nous en apporter la preuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, l'apologiste chrétien veut démontrer : — 1° que Jésus est ''l’ Envoyé de Dieu, ''l'Oint ''ou Messie, ''annoncé par la voix des prophètes ; — 2° que ce Messie n'est pas un Envoyé ordinaire, qu'il est le ''Fils unique de Dieu, ''Dieu lui-même. Il est clair que, s'il arrive à faire cette démonstration, il aura le droit de conclure que la Révélation chrétienne est d'origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc à rechercher tout d'abord[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn185 [185]] si Jésus s'est bien donné pour le ''Messie attendu des Juifs ''et pour un Messie d'une nature tout à fait transcendante, pour le ''Fils de Dieu, ''ayant la même essence que Dieu le Père. À cette double question quelle a été la ''réponse de Jésus ''et quelle foi devons-nous y ajouter? D'où trois articles: — 1° L'affirmation de Jésus sur sa messianité. 2° L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. 3° La valeur de ce double témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''230. — Nota''' — A vrai dire, la première question, seule, importe à l'apologiste, IL lui suffit, en effet, de montrer que Jésus a ''déclaré ''et ''prouvé ''qu'il était un Envoyé de Dieu, qu'il était le Messie attendu et qu'il a fondé une Église infaillible, chargée d'enseigner, jusqu'à la fin des siècles, ce qui doit être cru et pratiqué. Ce résultat une fois acquis, il ne reste plus qu'à écouter cette Église et à accepter les dogmes qu'elle propose à notre foi, parmi lesquels se détache au premier rang la divinité du Christ. La seconde question sort donc du domaine de l'apologétique ; tout au moins de ''l'apologétique constructive ''(V. N° 2). Car s'il s'agit de ''l'apologétique défensive ''c’est une autre affaire. Les rationalistes modernes prétendent, comme nous le verrons plus loin, non seulement que Jésus n'est pas Dieu, mais qu'il n'a jamais revendiqué ce titre, qu'il n'a jamais eu conscience d'être Dieu, et que dès lors ''le dogme n'a aucune base historique : ''c'est à ce point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'apologétique défensive, ou si l'on préfère, sur le terrain de ''l'apologie des dogmes, ''que nous aurons à traiter la question dans l'article II[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn186 [186]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — L'affirmation de Jésus sur sa messianité. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
231. — ''Jésus s'est-il donné pour le Messie prédit par les Prophètes? ''Que croyait-il être et qu'a-t-il dit qu'il était1! Le seul moyen de nous éclairer sur ce point, c'est de consulter les Évangiles et d'y recueillir son témoignage. Avant de le faire, remarquons que les Évangiles ne sont pas considérés ici comme des écrits divinement inspirés, mais comme de simples documents humains dont nous avons établi précédemment la valeur historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires'''. — Certains ''protestants libéraux ''et les ''rationalistes ''n'admettent pas l'affirmation de Jésus sur sa messianité. — ''a) ''Leur tactique consistait autrefois (Strauss, Baur) à considérer les Évangiles comme un recueil de ''mythes ''ou ''légendes ''formées après coup par les Apôtres ; les déclarations de Jésus sur sa messianité seraient donc pure invention de la part des écrivains sacrés. — ''b) ''Les ''rationalistes ''et ''modernistes contemporains ''(Wellhausen, Wrede, Weiss, Loisy) prétendent, ou que Jésus n'a jamais eu conscience d'être le Messie, ou en tout cas, qu'il n'a pensé l'être qu'à la fin de sa vie, ou encore qu'il pensait que son rôle de Messie « était essentiellement eschatologique », c'est-à-dire ne devant se réaliser qu'à la fin du monde dans le royaume céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232. — 2° Thèse.''' — ''Du début à la fin de sa vie publique, Jésus a manifesté, soit implicitement, soit explicitement, sa qualité de Messie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour remarquer qu'il y a eu dans les déclarations de Jésus comme une marche ascendante, et que son affirmation comporte des degrés. Mais, qu'elle se soit traduite, soit d'une manière implicite, en raison des circonstances de temps et de personnes, soit d'une manière explicite, il n'en est pas moins certain qu'elle n'a jamais varié dans sa substance et que Jésus a toujours eu conscience de sa messianité. Nous distinguerons donc entre ses ''affirmations implicites ''et ses ''affirmations explicites, ''en insistant davantage sur les premières parce qu'il est plus facile d'en contester le sens et la portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AFFIRMATIONS IMPLICITES. ''— Au début de sa vie publique, Jésus ne manifeste sa qualité de Messie que d'une ''manière implicite ''et avec une extrême réserve. Si nous voulons avoir le secret de sa conduite, de ses réticences, de ce que, à première vue, on pourrait prendre pour les hésitations d'une conscience imparfaitement éclairée, il est nécessaire que nous envisagions un instant la situation politique et religieuse de la Judée contemporaine de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l'heure où commença la carrière publique du Sauveur, la nation juive était tombée sous le joug romain ; le sceptre était sorti de Juda et, plus que jamais, l’espérance messianique travaillait les âmes. Deux grands partis rivaux les ''Saducéens ''et les ''Pharisiens, ''se disputaient l'influence. Les premiers, amis du pouvoir, occupaient les hautes charges du sacerdoce mosaïque, et ils avaient surtout l'insigne privilège de choisir dans leurs rangs celui qui devait exercer les fonctions de grand-prêtre. Les seconds, moins favorisés, étaient un parti religieux avant tout, et se distinguaient par leur zèle outré pour l'observation de la Loi et par leur répugnance à entrer en contact avec les païens : d'où leur nom de ''Pharisiens ''(du grec ''pharisaioi, ''séparés). Parmi eux, un petit groupe de fanatiques, appelés ''Zélotes, ''parce qu'ils étaient plus étroits et plus formalistes que les autres, interprétaient la Loi avec un rigorisme insupportable. C'est de ces derniers que Notre-Seigneur eut surtout à subir les contradictions et dont il se plut du reste à dénoncer l'hypocrisie et l'orgueil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on devine aisément que dans des sectes où les intérêts étaient si opposés, ''l'espérance messianique ''ne se présentait pas sous le même aspect. S'accommodant assez bien-de leur situation, les ''Sadducéens ''n'attachaient qu'un prix très minime à la venue du nouveau royaume, et si, par orgueil national, ils souhaitaient l'indépendance de leur pays, la sujétion leur rapportait assez de bénéfices pour ne pas courir au devant d'un bouleversement qui pouvait ne pas tourner à leur profit. Les ''Pharisiens, ''au contraire, supportant mal un régime qui humiliait leur orgueil et les laissait sans privilèges, appelaient de tous leurs vœux l'avènement du Royaume attendu qui ferait de Jéhovah, leur Dieu, le Maître de l'univers, qui mettrait surtout la nation juive à sa place, c'est-à-dire au premier plan, et qui ferait succéder aux humiliations et aux injustices du jour les triomphes et les réparations du lendemain. Telles étaient les aspirations de la plupart des Juifs, mais lorsqu'il s'agissait de déterminer le ''caractère du futur royaume, ''les esprits se divisaient. Les uns, insistant sur le côté moral et religieux, considéraient ''l'avènement messianique ''comme le ''triomphe des justes, ''comme le grand jour où chacun recevrait selon son mérite. Les autres, — c'était la masse, et les Apôtres partageaient cette mentalité, — faisaient des rêves de ''grandeur ''et de ''prospérité matérielle, ''et voyaient déjà dans le Messie un ''grand conquérant, ''un guerrier fameux qui apparaîtrait soudain sur les nuées du ciel et ferait son entrée triomphale à Jérusalem. Jamais il n'était question d'un Messie souffrant, libérateur des âmes, et non des corps, rachetant les fautes des hommes et réconciliant l'humanité coupable avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans de telles conditions, Jésus ne se soit pas révélé brusquement le Messie, et le Messie, tel, qu'il devait être, il n'est que trop naturel. Il ne pouvait le faire sans éveiller les appréhensions des Sadducéens, et sans provoquer les enthousiasmes des Pharisiens et déchaîner des manifestations et des troubles qui auraient entravé son œuvre, s'il ne rentrait pas dans les desseins de Dieu de briser les oppositions à coup de miracles. Le premier travail qui s'imposait, était donc de préparer les esprits à la réalité et de faire pressentir la vérité avant de la dévoiler sans ambages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses étant telles, comme du reste l'indiquent les récits évangéliques, nous n'avons plus à nous étonner que Jésus, au début de sa carrière, ne manifeste pas ouvertement sa qualité de Messie, qu'il l'insinue seulement par des déclarations indirectes, par ses œuvres et par toute son attitude. — ''a) Par des déclarations indirectes. ''C'est ainsi que, sans prononcer le nom de Messie, il dit qu'il ''est ''« ''venu ''», qu'il ''a été ''« ''envoyé», ''pour prêcher l'Évangile du royaume ''(Marc, ''i, 38), pour appeler les pécheurs ''(Marc, ''II, 17), pour prêcher l'Évangile aux pauvres ''(Luc, ''iv, 18). Puis il commence déjà son enseignement, mais craignant de faire briller tout d'un coup une lumière trop vive, il enveloppe sa pensée sous les dehors énigmatiques de la parabole, dans le but d'intriguer les esprits, de les pousser à la recherche de la vérité, se réservant d'ailleurs d'aller plus loin avec les disciples qu'il s'est attachés, et de les instruire, en dehors de la foule. — b'') Par ses œuvres. ''Jésus multiplie ses miracles ; mais, pour ne pas précipiter les événements, il impose la consigne rigoureuse de n'en point parler. Cependant il n'hésite pas à répondre aux envoyés de saint Jean-Baptiste qui lui demandent s'il est « celui qui doit venir », que les œuvres qu'il opère doivent être pour eux un signe évident que l'œuvre messianique annoncée par ''Isaïe ''(xxxv, 5, b) se réalise ''(Luc, ''vii, 18, 23). — ''c) Par son attitude. ''Jésus s'arroge des pouvoirs que n'ont jamais revendiqués les plus illustres prophètes. Il se met au-dessus de la Loi. Il supprime le divorce toléré dans certains cas par Moïse. Il déclare que « le Fils de l'homme»,— c'est ainsi qu'il se désignait, — était « maître du Sabbat » ''(Marc, ''il, 28), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
233. — B. ''DÉCLARATIONS EXPLICITES. ''— IL faut arriver à la dernière année du ministère de Jésus pour trouver une affirmation explicite de sa messianité. Voici, du reste, les trois grandes circonstances où Jésus se révèle publiquement ce qu'il est. — ''a) Confession de Pierre. ''A Césarée de Philippe, le Maître, se trouvant au milieu de ses disciples, leur pose enfin sans détour l'importante question : « Qui dit-on que je suis? » Jusque-là, il avait laissé sa personnalité au second plan, il avait eu pour unique préoccupation de prêcher le royaume de Dieu ; mais il est temps que ses intimes sachent qui il est. Il les interroge donc successivement, et quand saint Pierre confesse qu'il est le Christ, il ne manque pas de l'approuver ''(Mat., ''xvi, 13-17). — b) ''Entrée triomphale à Jérusalem. ''La confession de saint Pierre n'avait pas dépassé le petit cercle des Apôtres, et même avec ceux-ci, Jésus n'avait pas sitôt avoué qu'il était le Christ qu'il leur défendait sévèrement de le publier ''(Mat., ''xvi, 20). La manifestation de sa messianité était réservée pour un autre jour et un autre théâtre. C'est, peu de jours avant sa mort, à Jérusalem, la capitale de la Judée, que Jésus revendiqua son titre de Messie, à la face d'une foule de pèlerins venus pour la fête de Pâques, de tout un poupin qui l'acclama comme « celui qui vient an nom du Seigneur» ''(Mat., ''XXI, 1-9). — c'') Le procès devant le Sanhédrin. ''Enfin la grande affirmation de Jésus eut lieu devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre lui pose la question suprême qui doit décider de son sort. Le Sauveur le sait, mais, maintenant que sa mission est terminée, il dédaigne les réticences et les réponses évasives : il proclame hautement qu'il est « le Christ » ( ''Mat., ''xxvi, 63, 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, soit d'une ''manière implicite, ''soit d'une ''manière explicite, ''Jésus a bien affirmé qu'il était le ''Messie attendu, ''et les prétentions des rationalistes qui le nient, ne reposent sur aucun fondement. On ne peut plus soutenir sérieusement que les Évangiles sont une collection de légendes, maintenant qu'il est admis par les meilleurs critiques, qu'ils datent du 1er siècle. Il est bien évident par ailleurs que la vie de Jésus et la propagation du christianisme ne sauraient s'expliquer par des légendes (Voir N° 229) ''. ''Quant à la seconde thèse rationaliste qui affirme que Jésus n'a pas eu conscience d'être, de son vivant, le Messie, et qu'il a considéré son rôle comme eschatologique et ne concernant que le royaume des cieux à venir, il faut, pour arriver à une telle conclusion, qu'elle laisse de côté ou interprète à sa façon et d'une manière fantaisiste, les déclarations que nous avons rapportées plus haut. Il est vrai que certaines paroles de Jésus visent le futur royaume, le royaume des élus dont le Christ doit être le chef suprême : il est vrai que le titre de Messie lui conviendra, d'une manière spéciale, à la fin des temps, et quand le royaume messianique aura reçu son achèvement définitif. Sans doute aussi, sa Résurrection et son Ascension le manifesteront déjà comme un Messie glorieux. Mais quel que soit le moment de la carrière messianique qu'on envisage, qu'on la prenne à ses origines, au moment où Jésus prépare le royaume messianique, ou à la fin des temps qui sera le couronnement de son œuvre, Jésus ne s'en présente pas moins dans les Évangiles, non pas seulement comme celui qui doit être le Messie, mais comme celui qui l'est déjà, comme le ''Messie en personne et en fonction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
234. — Nous savons que Jésus s'est donné pour le Messie. Mais de quelle ''nature ''ce Messie prétendait-il être? Simple créature, quoique dépassant le commun des mortels par sa mission, ou être divin ; ''homme ''ou ''Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn187 [187]]. La réponse à cette nouvelle question ne peut se trouver ailleurs que dans le témoignage de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — ''a) ''D'après les ''Protestants libéraux ''(Sabatier, Harnack, Julicher, Bousset, Weixhausen) Jésus dépasse la commune mesure de l'humanité, il est une personnalité transcendante, il y a même, si l'on veut, quelque chose de divin en lui, mais il n'est pas Dieu, il est seulement le médiateur entre Dieu et les hommes, il est l'homme qui a eu l'union la plus étroite avec Dieu, l'homme, comme dit A. Sabatier, « dans lequel s'est révélé le plus complètement le cœur paternel de Dieu »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn188 [188]]. — b) Les ''rationalistes ''admettent encore moins la divinité de Jésus. « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, dit Renan, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit juif ; il n'y en a nulle trace dans les trois premiers Évangiles ; on ne la trouve indiquée que dans certaines parties de l'Évangile de Jean, lesquelles ne peuvent être acceptées comme un écho de la pensée de Jésus. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn189 [189]] Comment expliquer alors le ''fait chrétien? ''Tout simplement par un malentendu de la première génération chrétienne qui a mal interprété le témoignage de Jésus et le titre qu'il se donnait de « Fils de Dieu». Jésus du reste ne serait arrivé à s'attribuer ce titre qu'après être passé par une série d'états d'âme, et comme par un travail progressif de sa pensée qui se serait adaptée aux circonstances. « L'admiration de ses disciples, dit encore Renan, le débordait et l'entraînait. Il est évident que le titre de ''rabbi, ''dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus ; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres hommes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn190 [190]] Ainsi, d'après, les rationalistes, Jésus a été divinisé par ses disciples qui l'ont entraîné et poussé à prendre un titre qu'au début de sa carrière il eût jugé blasphématoire de s'arroger. — c) Les ''modernistes, ''avec leur distinction subtile entre « le Christ de la foi et le Christ de l'histoire », aboutissent, en fait, aux mêmes conclusions. Ils enseignent en effet que, pour la foi, Jésus est bien le Fils éternel de Dieu, consubstantiel à son Père et incarné dans le temps, pour racheter l'humanité et enseigner la vraie religion ; mais ils s'empressent d'ajouter que le Christ de la foi n'est pas celui de l'histoire. Il est vrai que Jésus se donne le titre de « Fils de Dieu », mais, dit M. Loisy, « en tant que le titre de Fils de Dieu appartient exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie ; il appartient à Jésus... comme à l'unique agent du royaume céleste.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn191 [191]] « La divinité de Jésus est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie Fils de Dieu. » Et suivant M. Loisy toujours, le passage de l'idée de Jésus-Messie à celle de Jésus vrai Dieu, serait l'œuvre de saint Paul, de saint Jean et des conciles de Nicée, d'Éphèse et de Chalcédoine. Ainsi, dans la théorie moderniste comme dans la théorie rationaliste, ce sont les disciples du Christ, c'est l'Église qui a regardé Jésus comme Dieu, sans qu'il se fût jamais déclaré tel, et sans qu'il eût jamais élevé la prétention d'être autre chose que le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''235. — 2° Thèse'''. — ''Jésus s'est donné four le Fils de Dieu, dans le sens strict du mot, soit explicitement par ses paroles, soit implicitement par sa manière d'agir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarques préliminaires. ''— 1. Il importe, avant tout, de bien comprendre le sens du problème que nous avons à résoudre. Nos adversaires prétendent que Jésus n'est pas Dieu, qu'il n'a jamais énoncé l'idée sacrilège qu'il fût Dieu, et que le titre de Fils de Dieu qu'il se donne, est l'équivalent de celui de Messie. La question qui se pose donc est de savoir si Jésus s'est vraiment déclaré Fils de Dieu dans un sens qui ne se confond pas avec le titre de Messie. En d'autres termes, le ''dogme catholique ''qui enseigne que Notre -Seigneur est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, a-t-il sa ''racine ''et ''son fondement dans l’affirmation de Jésus ; ''découle-t-il de ce que Jésus a dit de sa personne et de sa nature, ou bien n'est-il que l'expression de ce que Jésus était, depuis le commencement, pour la conscience chrétienne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les limites de la question étant ainsi tracées, il apparaît avec évidence que notre proposition ne peut être démontrée que par ''l'affirmation personnelle de Jésus. ''Invoquer le ''témoignage des Apôtres ''ou de l'Église, comme le font certains apologistes, c'est ''prêter des armes à l'adversaire, ''— rationalistes et modernistes, — dont la tactique consiste précisément à dire que Jésus n'a jamais voulu se faire passer pour Dieu, qu'il n'a été Dieu que vis-à-vis de la conscience chrétienne, autrement dit, qu'il n'a été Dieu que parce que ses disciples et les premiers chrétiens se sont figuré qu'il l'était, sans que lui-même l'eût dit. Encore une fois, la seule preuve de la divinité de Jésus, c'est son ''affirmation personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Comme les adversaires refusent, en général, toute valeur historique, à l'Évangile de saint Jean, nous distinguerons les témoignages tirés de saint Jean de ceux qui se trouvent dans les Synoptiques, et nous appuierons plus particulièrement sur ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Évidemment nous ne prétendons pas que le dogme de la divinité du Christ se retrouve dans l'enseignement de Jésus, formulé dans les termes mêmes par lesquels l'Église l'a défini. Ce que nous soutenons seulement, c'est que le dogme est ''en germe ''et ''quant à la substance, ''dans les Évangiles, que nous pouvons en reconnaître les linéaments, non seulement dans l'Évangile de saint Jean dont le but était de mettre en lumière la divinité de Jésus-Christ, mais même chez les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
236. — A. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DE SAINT JEAN. ''— Laissant de côté les passages, tels que le Prologue, où l'Évangéliste expose ses idées personnelles sur la nature du Messie, nous citerons rapidement les textes principaux qui contiennent un enseignement de Jésus sur sa personne et sur ses rapports avec Dieu le Père. — ''a) ''Dans ''sa rencontre avec Nicodème, ''Jésus déclare que « Dieu a aimé le monde au point de donner son ''Fils unique ''» (''Jean, ''iii, 16). — ''b) ''Au chapitre v (16, 18) il est rapporté que Jésus, ayant guéri un paralytique le jour du sabbat, fut poursuivi par les Juifs, et que « ceux-ci cherchaient à le faire mourir, parce que, non seulement il profanait le sabbat, mais il appelait Dieu ''son propre père, ''se faisant ''l'égal ''de Dieu». — c'') ''Discutant un jour avec les Pharisiens, il pose en principe que les hommes ne peuvent avoir la ''connaissance du Père que par l'intermédiaire du Fils : ''« Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, leur dit-il ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père» ''(Jean, ''viii, 19). Si le Père et le Fils sont seuls à se connaître réciproquement, c'est qu'ils sont de même nature et de même dignité. — ''d) ''Jésus va plus loin : il ne craint pas de ''s'identifier avec son Père : ''aux Juifs qui lui posaient cette question : « Si tu es le Christ, dis-nous-le ouvertement, Jésus répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent pour moi... ''Moi et le Père nous sommes un. ''» Et les Juifs comprirent si bien quel titre Jésus revendiquait par là, qu'ils prirent des pierres pour le lapider ''(Jean, ''x, 23-31). — ''e) ''Ces deux idées, — que la connaissance du Père ne s'acquiert que par le Fils, et que le Fils se confond avec le Père, — reviennent dans la bouche de Jésus, lors de son dernier entretien avec ses Apôtres. Saint Thomas lui demandait d'indiquer le chemin qui conduit au séjour où est le Père. Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi. Si vous m'aviez connu, vous connaîtriez aussi le Père. » Et comme Philippe interrompt Jésus pour le prier de leur montrer le Père, Jésus répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu, a vu le Père, comment dis-tu : montre-nous le Père? Tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » ''(Jean, ''xiv, 5,10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les déclarations de Jésus sur sa nature, sur son union substantielle avec le Père sont donc bien claires dans le quatrième Évangile, mais il n'est pas besoin d'insister, puisque aussi bien nos adversaires ne discutent pas le sens de ces textes et ne rejettent que l'autorité historique du livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
237. — B. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DES SYNOPTIQUES. — ''L'affirmation de Jésus sur sa qualité divine ne se présente pas dans les Synoptiques avec le même caractère de netteté que dans l'Évangile de saint Jean ; mais il est possible cependant d'en retrouver ''l'équivalent ''dans les ''paroles ''et dans les ''actes ''du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Dans ses paroles. ''— 1. Il est incontestable que le titre de « Fils de Dieu » est un de ceux que Jésus se donne parfois ou qu'il accepte de la part de ses interlocuteurs et de ses adversaires. Nous avons vu précédemment que Pierre le proclame le « Christ, le ''Fils du Dieu vivant « ''( ''Mat., ''xvi, 16), et que devant le Sanhédrin, lorsque le grand-prêtre l'adjure de dire s'il est « le Christ, le ''Fils de Dieu», ''il répond affirmativement. La question revient dès lors à savoir quel sens cette appellation a dans la bouche de Jésus. Sans nul doute, le titre de Fils de Dieu est une expression courante dans la Sainte Écriture. C'est de ce nom que Dieu lui-même désigne le peuple d'Israël : « Ainsi parle Jéhovah : Israël est ''mon fils, ''mon premier né» ''(Exode, ''iv, 22). « Le juste est fils de Dieu» est-il dit dans la ''Sagesse ''(II, 18). L'on peut même aller plus loin et prétendre que, à un certain point de vue et sous le rapport de la création, tout homme est fils de Dieu. Que Jésus ne se soit pas donné ce titre dans un sens aussi large, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. Mais faut-il admettre, avec les rationalistes et les modernistes, que le titre de Fils de Dieu ne dépasse pas celui de Messie? Il De semble pas, car, même en laissant de côté la confession de Pierre et son affirmation solennelle devant le Sanhédrin où il marque nettement que sa filiation divine lui confère les mêmes droits que son Père, entre autres, celui d'être un jour le grand juge de l'humanité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn192 [192]], il y a d autres manières de dire de Notre-Seigneur qui indiquent bien que ses relations avec le Père sont d'un ordre unique. Ainsi, qu'il parle de Dieu avec ses disciples, il dit : « ''mon ''Père », « ''votre ''Père », jamais il ne dit « ''notre ''Père ». Le Notre Père qu'il enseigne à ses disciples ne fait même pas exception, car la prière est censée sortir de la bouche de ses disciples et non de la sienne ; ainsi il dit encore à propos du jugement dernier : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de ''mon ''Père ; prenez possession du royaume qui ''vous ''a été préparé dès la fondation du monde... ''(Mat., ''xxv, 34); et à l'institution de l'Eucharistie, il fait ses adieux à ses disciples par ces mots : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec ''vous ''dans le royaume de ''mon ''Père » ( ''Mat., ''xxvi, 29). Ce soin que met Jésus, d'ailleurs si humble, à ne pas se confondre avec ses disciples, à se séparer d'eux sur la question des rapports avec Dieu, n'est-il pas une preuve suffisante que sa filiation est transcendante et d'un ordre unique? — 2. Dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, Jésus déclare, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jean, que la ''connaissance du Père ''ne se fait que par ''l'intermédiaire du Fils : ''« Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils» (''Mat., ''xi, 27). — 3. Le témoignage le plus suggestif de Jésus sur sa filiation divine est assurément la parabole des ''vignerons homicides. ''La voici, telle que la rapporte ''saint Matthieu ''(xxi, 33, 39) : « Un père de famille planta une vigne, il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour de garde et il la loua à des vignerons et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent un troisième. Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; et ils leur firent de même. Finalement il leur envoya son fils, en disant : Ils respecteront ''mon ''fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici ''l'héritier ; ''venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent... » Le sens de cette parabole est transparent. Elle contient en raccourci l'histoire des relations d'Israël avec son Dieu. Les serviteurs qui viennent percevoir le fruit de la vigne, ce sont les prophètes que Jéhovah envoie à son peuple élu et que celui-ci reçoit mal. Le ''Fils unique ''que le Père envoie en dernier lieu, l'héritier qui subit le même sort, c'est évidemment Jésus. — 4. Nous avons encore comme dernier témoignage, — celui-là, il est vrai, après sa résurrection, — la ''formule solennelle du Baptême ''où le Fils apparaît entre les noms du Père et du Saint-Esprit, associé à eux dans une Trinité mystérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Dans ses actes. ''— Plus encore que ses paroles, la manière d'agir de Jésus rend témoignage de sa divinité. — 1. Jésus ''s'attribue les perfections, divines : ''impeccabilité, .éternité, ubiquité... — 2. Il ''revendique les droits divins : ''il demande de ses disciples la foi, l'obéissance et l'amour, même jusqu'au sacrifice de la vie : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi» ''(Mat., ''x, 32, 37). Il accepte des hommages qui ne sont rendus qu'à la divinité, il souffre qu'on se prosterne devant lui et qu'on l'adore : c'est dans cette humble attitude que le lépreux au pied du mont des Béatitudes ''(Mat., ''VIII, 2), que le possédé de Gérasa ''(Marc, ''V, 6) implorent leur guérison ; Jaïre, un chef de la Synagogue, se prosterne également devant Jésus pour le prier de rendre la vie à sa fille qui vient de mourir ''(Mat, ''ix, 18). Nous voyons, au contraire, les Apôtres agir tout différemment dans les mêmes circonstances. Lorsque saint Pierre se rend auprès de Corneille, celui-ci « tombant à ses pieds se prosterne. Mais Pierre le releva en disant : « Lève--toi, moi aussi je suis un homme» ''(Actes, ''x, 25, 26). De même, Paul et Barnabé, après avoir guéri un boiteux, se dérobent aux honneurs qu'on veut leur rendre ''(Actes, ''xiv, 10-17). L'attitude de Notre-Seigneur est donc- d'autant plus significative qu'elle contraste avec celle de ses Apôtres. — 3. Il ''s'arroge les pouvoirs divins. ''Nous avons vu déjà qu'il se ''met au-dessus de la Loi, ''qu'il traite sur le pied d'égalité avec le divin Législateur du Sinaï. Il interprète et modifie, comme il l'entend, les préceptes du Décalogue, et il le fait avec une autorité souveraine : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... ''Et moi je vous dis...», ''répète-t-il plusieurs fois ''(Mat., ''v, 22, 28, 32, 34, 39, 44). Nous avons vu encore qu'il ''remet les péchés : ''privilège exclusivement réservé à Dieu, et pour montrer qu'il n'usurpe pas un pouvoir qui ne lui appartient pas, il opère aussitôt un miracle. Il annonce qu'il sera un jour le ''juge suprême de l'humanité, ''qu'il ''enverra à ses Apôtres l'Esprit Saint. ''Il ''accomplit ''surtout de ''nombreux prodiges, ''si bien qu'on croit qu'une vertu divine sort de lui : il commande en maître à la nature, il chasse les démons, il guérit les malades, ressuscite les morts, et le tout sans faire appel à une puissance étrangère. Il ''agit en son propre nom, ''et qui plus est, il confère à ses disciples la puissance qu'il détient sans limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Qu'il s'agisse donc de ses déclarations ou de ses actes, Jésus se présente uni à Dieu d'une manière si étroite ; il revendique une telle participation aux pouvoirs et aux privilèges de Dieu que ses prétentions seraient vraiment incompréhensibles, s'il était étranger à la nature divine. Pour ''parler ainsi, ''pour ''agir ainsi, ''il fallait qu'il eût pleine conscience que Dieu était en lui, non pas seulement par sa puissance et sa vertu, mais par sa nature et son essence ; en un mot, ''il fallait qu'il fût Dieu. ''Nous pouvons conclure par conséquent, même à n'écouter que le témoignage des Synoptiques, que la Divinité de Jésus-Christ repose sur une base solide, et qu'il n'y a pas solution de continuité entre le fait historique et son interprétation, entre l'affirmation de Jésus et le dogme défini par l'Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Valeur du double témoignage de Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
238. — Dans les deux articles qui précèdent, nous avons recueilli le témoignage de Jésus sur sa personne. Nous avons vu qu'il s'était affirmé Messie, Fils de Dieu. Cela ne suffit pas, car il est évident qu'un ''témoignage ne vaut que ce que vaut le témoin. ''Or trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s'illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. Donc, ou imposteur, ou illusionné, ou véridique, telles sont les trois alternatives entre lesquelles il faut choisir. Nous prouverons qu'il faut écarter les deux premières et retenir la troisième.&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Jésus n'était pas un imposteur'''. — Jésus a-t-il trompé? Lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie, File de Dieu, Jésus avait-il conscience de ne pas être ce qu'il disait être? Mentait-il? Les critiques contemporains sont trop pénétrés de la grandeur morale du Christ pour s'arrêter à une hypothèse aussi injurieuse. Tous reconnaissent que la ''loyauté ''et ''l'humilité ''de Jésus le mettent au-dessus de tout soupçon. — ''a) Sa loyauté. ''S'il est, en effet, une qualité à laquelle Jésus attache le plus grand prix, c'est bien la franchise, au point qu'on a pu le trouver dur pour ceux qui ne l'ont pas, pour ceux dont l'extérieur est en désaccord avec l'intérieur, dont les paroles ne traduisent pas les sentiments de l'âme, disons le mot, pour les hypocrites. Personne n'a flagellé ce vice plus que lui, et n'a dénoncé avec tant de véhémence la souillure du dedans qui se cache sous la propreté du dehors : « Malheur à vous ! dit-il aux scribes et aux pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de mort et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » ''(Mat., ''xxiii, 27, 28). Et Jésus professe un amour tel de la droiture, il veut l'inculquer si profondément dans l'âme de ses disciples qu'il leur défend le serment, devenu désormais inutile, en raison de la confiance réciproque que chacun doit avoir dans la parole de son semblable. « Moi je vous dis de ne point jurer du tout... Que votre parole soit oui, oui, non, non» ''(Mat., ''v, 34, 37). — b) ''Son humilité. ''Supposer que Jésus voulut se faire passer pour le Messie et le Fils de Dieu, alors qu'il aurait eu conscience de ne pas l'être, c'est l'accuser d'un orgueil extravagant, dont il doit être facile de retrouver d'autres traces dans les Évangiles. Or qu'on lise ceux-ci avec attention, et l'on sera frappé, au contraire, de l'insistance que Jésus met à prêcher l'humilité par le discours et par l'exemple. Il n'est pas moins dur pour l'orgueil que pour l'hypocrisie,: il cingle de ses traits acérés qui recherchent partout les premières places, qui se laissent guider dans leurs actes par l'ostentation et le désir de paraître. Les Scribes et les Pharisiens, dit-il à ses disciples, « font toutes leurs actions pour être vus des hommes... Ils aiment la première place dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et à s'entendre appeler par les hommes Rabbi. » (''Mat., ''xxiii, 6-7). « Gardez-vous, dit-il ailleurs à ceux qui veulent être ses disciples, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux... Quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes.» ''(Mat., ''vi, 1, 2). Une autre fois il présente le modèle du publicain contrit et humilié devant Dieu ''(Luc, ''xviii, 9, 14). Lui-même déclare qu'il est venu pour servir et non pour être servi. I1 se dérobe à l'enthousiasme des foules qui veulent le proclamer roi. Or une telle conduite est incompatible avec l'excès d'orgueil qui l'aurait poussé à se dire le Messie, le Fils de Dieu, le futur Juge de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne faisons appel ici qu'à deux vertus du Christ qui s'opposent plus directement à l'hypocrisie et à l'orgueil présupposés nécessairement par l'hypothèse qui veut faire passer Jésus pour un imposteur. Nous pourrions invoquer toutes ses autres vertus, sa personne morale tout entière, sa sainteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn193 [193]] incomparable qui ne connaît pas la moindre défaillance, mais à quoi bon insister, puisque aussi bien on ne prend plus au sérieux les railleries de Voltaire et des ''Encyclopédistes ''qui regardaient Jésus comme un fourbe et les Apôtres, comme des faussaires qui auraient inventé les miracles de l'Évangile dans le but de faire adorer leur Maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''239. — 2° Jésus n'est pas un illusionné'''. — Jésus n'a pas voulu tromper mais il a ''pu se tromper. ''Il a pu se faire illusion sur sa personne et tromper sans le vouloir. C'est à cette seconde hypothèse que se rallient, de nos jours, les adversaires de la divinité du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant de ce principe a priori que le surnaturel n'existe pas et qu'il n'y a pas d'Envoyé divin, les ''rationalistes ''modernes concluent que Jésus a été victime de l'illusion et qu'il est une sorte d'halluciné. Nous avons eu l'occasion déjà (N° 234) de signaler comment le plus habile d'entre eux décrit les états d'âme par lesquels le Sauveur serait soi-disant passé pour arriver à la conscience de sa messianité. Au point de départ, il suppose « la conviction profonde» que Jésus avait « de son union intime avec Dieu », union telle qu'il « se croyait avec Dieu dans les relations d'un fils avec son père, bien plus, qu'il se croyait, à un degré unique et incomparablement au-dessus des autres hommes, le Fils de Dieu. » « Dieu est en lui, il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit Fils de Dieu. » Et alors convaincu qu'il était le « Fils de Dieu, Jésus se sentit aussitôt la mission de faire participer tous les hommes à sa filiation divine, en leur apprenant à connaître Dieu comme leur Père et à recourir à lui comme des fils. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn194 [194]] A partir de ce jour, où il « se proposa de créer un état nouveau de l'humanité», où son « idée fondamentale» fut « l'établissement du royaume de Dieu», Jésus accepte le rôle de Messie. Et comme tout aussitôt il se heurta à l'opposition violente des pharisiens, il comprit qu'avant d'être le Messie triomphant et d'être appelé à la fonction glorieuse de Juge suprême de l'humanité, il devait passer par la souffrance et la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément cette psychologie de l'âme de Jésus ne manque pas de savoir-faire, mais les conceptions de Renan sont plus ingénieuses que solides. Nulle part, en effet, dans les Évangiles, on ne découvre les traces d'une pareille évolution dans les idées de Jésus. C'est à partir du premier instant de sa vie publique, qu'il a conscience d'être le Messie, et ''s'il y a évolution, ''ce n'est pas dans la ''pensée ''de Jésus, mais dans la ''manière de l'exprimer, ''ou plutôt, la foi de Jésus en sa mission reste à chaque instant la même ; c qui se développe et progresse, c'est la conviction qui se fait dans l'âme de ses disciples et de ses auditeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais écoutons, pour répondre à Renan, un des représentants les plus fameux du protestantisme libéral en France : « Jésus, écrit M. Stapfer, s'est dit Messie. Cela est prouvé, cela est certain. Comment en est-il arrivé là? Y a-t-il eu folie, oui ou non? Telle est, nous semble-t-il, la seule alternative qui se pose désormais entre les croyants et les non-croyants. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn195 [195]] « Renan a dit : Jésus, enivré par le succès, s'est cru le Messie. Il était sain d'esprit au commencement de son ministère, il ne l'était plus à la fin, et son histoire, telle que la raconte Renan, est, malgré les ménagements qu'il y apporte, l'histoire de la surexcitation croissante d'un homme qui a commencé par le bon sens, la clairvoyance, la santé morale d'un noble et beau génie, et qui a fini par une exaltation maladive voisine de la démence. Le mot folie n'a pas été écrit par Renan, mais la pensée se trouve exprimée à chaque page. Eh bien, les faits s'opposent à cette explication. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn196 [196]] « Ce qui frappe au contraire» en Jésus, « plus on l'étudié de près, c'est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son absence complète d'illusion . » IL est extrêmement remarquable que la foi de Jésus en lui-même et en son œuvre reste absolument identique à elle-même Cette confiance inébranlable de Jésus en son œuvre, en son Père et en lui-même est certainement surnaturelle... Il y a dans cette assurance qu'aucun événement extérieur ne trouble, une preuve d'une force énorme de la nature divine de Jésus . » (E. Stapfer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de l'aveu de ceux-là mêmes qui rejettent le dogme catholique de la divinité de Jésus-Christ, l'on ne saurait prétendre que Jésus se soit illusionné à ce point sur son propre compte, sans recourir à l'hypothèse de la folie, qu'on prononce le mot, ou qu'on le remplace par d'autres équivalents tels que l'exaltation mystique, l'hallucination ou le déséquilibre Mais alors comment expliquer ce désordre mental avec l'élévation d'esprit, avec l'intelligence profonde et lucide qui se manifestent partout dans les discours et les entretiens de Jésus? Comment ce déséquilibré peut-il être l'auteur d'une doctrine religieuse qui dépasse les plus hautes conceptions des philosophes anciens, et d'une morale qui est devenue l'idéal de l'humanité? Non, vraiment, ''un fou n'a pas tant de sagesse. ''Jamais un déséquilibré n'aurait accompli une œuvre aussi grandiose, créé un mouvement d'âmes aussi intense, et exercé une influence aussi considérable sur le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Dès lors, la conclusion s'impose, Jésus n'est ni un imposteur ni un dément. Il n'a pas trompé et il ne s'est pas trompé. Son affirmation doit donc être retenue. S'il a dit qu'il était le Messie, Fils de Dieu, c'est qu'il l'était.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Letouzey) ; ''Christologie ; Les théories de M. Loisy ''(Beauchesne). — Batiffol, ''L'enseignement de Jésus ''(Bloud). — De Grandmaison, art. ''Jésus-Christ ''(Dict. d'Alès). — Rosé, ''Études sur les Évangiles ''(Bloud). — Frémont, ''Lettres à l'abbé Loisy ''(Bloud). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Mangenot, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Bloud). — F. Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Réalisation en Jésus des prophéties messianiques. ===&lt;br /&gt;
=== DÉVELOPPEMENT ===&lt;br /&gt;
'''L'argument prophétique.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
240.— ''Préliminaire. — ''Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Jésus s'était donné pour ''le Messie prédit par les prophètes. ''Quelque de foi que puisse être la parole d'un homme que recommandent par ailleurs la sainteté de sa vie et la sublimité de sa doctrine, il n'en reste pas moins qu'une telle affirmation demande à être contrôlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus est ''un ''Envoyé divin, il doit nous apporter des marques non équivoques de sa mission divine, telles que prophéties et miracles. Mais, avant tout, si Jésus est ''l'Envoyé divin annoncé par les prophètes, ''il doit réaliser dans sa personne et dans son œuvre les prophéties faites à son sujet ; il faut qu'il y ait relation étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament, que l'un s'explique par l'autre, que le second confirme le premier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''241. — 1° Adversaires'''. — L'argument tiré des prophéties a deux sortes d'adversaires. Les uns nient ''l'existence ''même des prophéties. Les autres en contestent la ''réalisation en Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. A LA PREMIÈRE CATÉGORIE ''appartiennent les ''rationalistes ''et les ''protestants libéraux ''qui prétendent que le Messie n'a pas été prédit et que les prophéties alléguées ne sont ni des ''prophéties, ''ni des prophéties ''messianiques. ''D'après M. J. Réville, les passages de l'Ancien Testament « où l'on se plaisait à voir des prédictions surnaturelles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn197 [197]] ont été mal interprétés par les prédicateurs et les théologiens. Pas plus que les sibylles et les devins, les prophètes n'ont eu le privilège de connaître et d'annoncer les secrets de l'avenir. Ce qui ne les empêche pas, suivant Sabatier, d'avoir été des hommes d'une valeur incomparable ; et si leurs ''prédictions ''sont inexistantes ou sans valeur, leur ''prédication ''les place bien au-dessus de leurs contemporains, et à ce titre, ils sont des hommes providentiels qui ont eu une idée plus pure et plus haute de Dieu et de la loi morale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn198 [198]]. Comme on le voit, les rationalistes et les protestants libéraux veulent bien reconnaître la grandeur morale des prophètes, ils veulent bien les mettre au premier rang parmi leurs contemporains, mais c'est pour mieux refuser tout caractère surnaturel à leur œuvre et à leur parole. Donc, prédicateurs hors de pair, mais non prophètes au sens strict du mot, voilà tout ce que l'on peut dire d'eux. D'où il suit que l'argument prophétique, tel qu'il nous a été transmis par l'apologétique traditionnelle, est dénué de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DANS LA SECONDE CATÉGORIE ''d'adversaires il faut ranger les ''Juifs ''qui, tout en reconnaissant l'existence des prophéties messianiques, n'admettent pas qu'elles se soient réalisées en Jésus. Pour prétendre le contraire, il faudrait, selon eux, détourner les prophéties de leur sens naturel et les interpréter en dehors de leur contexte. C'est pourquoi — et c'est encore Sabatier qui nous le dit — « les Juifs, d'après leur exégèse, ont bien pu ne pas voir dans Jésus de Nazareth le Messie qu'ils attendaient, puisqu'ils n'auraient pu croire eu lui qu'en renonçant aux espérances politiques et nationales que leurs livres leur avaient données. Il est permis de dire que les prophéties messianiques, en tant qu'elles ont un sens historique et grammatical, n'ont jamais été accomplies, et qu'elles n'ont paru l'être dans la vie, l'enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que certainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient prononcées tout d'abord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn199 [199]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''242. — 2° Argument'''. — L’''argument prophétique ''peut se formuler dans le syllogisme suivant : IL existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent, qui décrivent à l'avance la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie. Or ces prophéties se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et l'''œuvre de Jésus. ''Donc Jésus est le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’argument comprend donc deux points à établir : — 1. ''l'existence ''des prophéties messianiques ; — 2. leur ''réalisation en Jésus. ''Si nous parvenons à démontrer ces deux points qui forment la majeure et la mineure du syllogisme, nous aurons répondu, par le fait, aux deux classes d'adversaires que nous avons devant nous. Nous tâcherons de le faire dans les deux articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''REMARQUES. ''— 1. Auparavant, il convient de rappeler, — comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — que, à la rigueur, la démonstration chrétienne peut se faire en dehors de l'argument prophétique. N'y eût-il eu aucune prophétie, Jésus n'en apparaîtrait pas moins « ''Envoyé de Dieu ''», du moment qu'on peut établir qu'il a fait de nombreux et incontestables miracles, qu'il a réuni dans sa personne toutes les qualités qui conviennent à un envoyé céleste et que sa doctrine et sa morale portent bien les marques d'une origine surnaturelle. Moïse, le fondateur de la religion qui porte son nom, n'a été annoncé par aucune prophétie ; et cependant sa mission divine ressort très clairement des multiples prodiges qu'il accomplit et de la transcendance de sa doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Néanmoins, l'argument prophétique a une valeur de premier ordre pour une double raison : — 1) Tout d'abord il est indiscutable que ''le fait d'avoir été prédit ''d'une manière claire et formelle, ajoute un nouveau poids aux autres preuves qui attestent que Jésus est un Envoyé de Dieu. — 2) D'autre part, l'argument prophétique ''remonte aux origines du christianisme. ''L'on peut même dire que, aux yeux des Juifs, il était l'argument capital. Jésus, le premier, s'appuie très souvent sur cet argument pour prouver sa mission. Il y revient d'autant plus, que les Juifs, — les Apôtres y compris, — s'étaient surtout arrêtés aux prophéties de l'Ancien Testament qui concernaient la gloire du Messie saris prendre garde à celles qui prédisaient ses humiliations et ses souffrances. Il lui fallait donc redresser les fausses conceptions de ses contemporains : travail souvent infructueux et long, si long que nous l'entendons, au matin de sa Résurrection, reprocher aux deux disciples qui allaient à Emmaüs, de ne pas saisir encore le sens des prophéties : « O insensés, leur dit-il, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » ''(Luc, ''xxiv, 25, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I- — Existence des prophéties messianiques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de démontrer qu'il y a eu des prophéties et des prophéties messianiques, il convient de donner quelques notions générales sur les prophètes. Cet article comprendra donc deux paragraphes : 1° ''Notions générales sur les Prophètes. ''2° ''Le fait des prophéties messianiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions générales sur les Prophètes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn200 [200]]. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''243. — 1°''' '''Définition. '''— Étymologiquement, le mot prophète (du grec « ''prophètes''» interprète; celui qui prévoit l'avenir) désigne en grec soit un interprète des dieux, soit celui qui prédit l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dans le premier sens, ou ''sens large, ''le prophète, appelé ''nabi ''en hébreu, est donc un ''interprète. ''C'est ainsi que Moïse qui alléguait sa difficulté de parole pour se dérober à la charge redoutable que le Soigneur lui imposait, entendit Dieu lui répondre : « Aaron, ton frère, sera ton nabi» ''(Ex., ''iv, 16) ; autrement dit : Aaron parlera à ta place. — Dans la Bible, le mot ''prophète ''est encore employé pour désigner un homme qui chante les louanges de Dieu : il est dit, par exemple, de Saul, que dans ses accès de mélancolie, il prophétisait (c'est-à-dire ''chantait) ''dans sa maison, pendant que David jouait des instruments (I ''Sam., ''xviii, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Au ''sens strict, ''le prophète était un homme à qui Dieu révélait l'avenir, et donnait la mission de le communiquer aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, dans quelque sens qu'on entende le mot, le prophète était « l'interprète de Dieu, l'intermédiaire entre Dieu et son peuple ; il recevait les ordres du Seigneur et communiquait à la race d'Abraham le plan divin... Sa mission était double, l'une se rapportant au temps présent, l'autre à l'avenir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn201 [201]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''244. — 2°''' '''Le mode de la révélation prophétique. '''— Interprète de Dieu, le prophète recevait les communications divines de triple façon : par la parole, par des visions et par des songes : — ''a) par la parole. ''Il faut entendre par là, du moins ordinairement, non pas un langage articulé et sensible qui aurait frappé l'oreille du prophète, mais une voix qui résonnait au fond de son âme ; — b) ''par des visions. ''Dieu faisait-il passer devant les yeux du prophète des imagos matérielles et physiques, ou les faisait-il percevoir par son imagination, sans qu'elles fussent produites par aucune réalité extérieure, les deux hypothèses sont admissibles, quoique la seconde paraisse plus vraisemblable ; — ''c) par des songes. ''Cette sorte de manifestation divine, beaucoup plus rare que les autres, diffère de la seconde, en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe ne se produisait que pendant le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« IL faut remarquer d'ailleurs que, de quelque manière que fût communiquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de ''délire, ''à plus forte raison, de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux. Il savait donc toujours ce qu'il prophétisait »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn202 [202]], alors même qu'il ne saisissait pas entièrement la portée de ses prédictions et la manière dont elles se réalisaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''245. — 3°''' '''Les particularités du langage prophétique. '''— Les événements de l'avenir se présentent d'ordinaire à l'esprit des prophètes comme des faits présents, déjà réalisés : c'est là ce qui explique les particularités du langage prophétique. D'abord ''l'emploi très fréquent du prétérit ''au lieu du futur ; puis, tout au moins d'une manière générale, ''l'absence de toute chronologie : ''les faits ne sont pas annoncés nécessairement dans l'ordre de leur réalisation future ; les intervalles qui doivent les séparer ne sont pas indiqués. Le tableau de l'avenir s'offre à eux sans perspective : tout y est mis sur le même plan. Il a fallu généralement l'accomplissement des divins oracles pour que la séparation ait pu être opérée. Toutefois, quoique, d'une manière générale, Dieu ait jugé suffisant d'annoncer la fondation de son royaume sans en fixer la date et le mode de réalisation, il arrive parfois que les prophètes indiquent clairement l'époque des événements qu'ils prédisent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''246 — 4° Les prophètes de l'Ancien Testament.''' — A prendre comme points de comparaison l'étendue et l'importance de leur œuvre, les prophètes se divisent en deux classes : les ''grands ''et les ''petits ''prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Les premiers, au nombre de quatre, sont : Isaïe, Jérémie avec Baruch pour appendice, Ézéchiel et Daniel. — ''b) ''Les seconds, au ombre de douze, sont : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'ère prophétique s'ouvrit avec Abdias[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn203 [203]] au début du ixe siècle avant Jésus-Christ et fut close avec Malachie, vers l'an 435 : c'est donc une période de quatre siècles et demi qu'elle embrasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre les grands et les petits prophètes dont nous venons de citer les noms, il y eut dans l'Ancien Testament une longue suite d'hommes illustres qui méritent le nom de prophètes, entendu dans le sens large du mot, c'est-à-dire qui ont été soit auprès du peuple d'Israël, soit auprès de ses chefs, les représentants et les interprètes des volontés divines. Tels sont Moïse, le libérateur et le législateur du peuple hébreu ; Samuel qui détourna Israël des cultes de Baal et d'Astaroth ; Nathan sous le règne de David, et David lui-même ; Élie et Elisée qui, après le schisme d'Israël, furent chargés par Dieu de restaurer le vrai culte de Jahvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §  2.   —   Le fait des prophéties messianiques =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
247. — Est-il vrai, comme l'affirme la ''majeure ''de l'argument prophétique, qu'il existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie? Telle est la première question qui se pose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'étudier longuement les livres de l'Ancien Testament, et en particulier, les écrits des prophètes, pour constater qu'il règne dans toute l'histoire juive une grande pensée, une idée-maîtresse, ou comme on Fa dit, une idée-force, laquelle revient partout comme un invariable leitmotiv et tient une si grande place dans la vie et l'âme de la nation : cette idée c'est l’idée ''messianique. ''Mais que faut-il entendre par là? L'idée messianique comprend deux choses : — ''a) ''Elle est d'abord ''l'attente d'un royaume ''qui doit s'établir un jour, — par l'intermédiaire et sous la domination d'Israël, — groupant tous les peuples dans le culte du vrai Dieu, reconnu désormais et adoré partout comme le Maître de l'univers. — b) Elle est, en second lieu, ''l'attente d'un roi, ''— « Oint ou Messie » — chargé d'établir ce royaume universel, d'en être le roi terrestre et d'être un jour au ciel le roi des élus, le juge qui récompense les bons et précipite les méchants dans la géhenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, les prophéties ont un ''double objet. ''Elles concernent soit le ''royaume futur, ''soit le ''Roi ''qui instaurera et régira le royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''248. — 1° Prophéties concernant le royaume.''' — ''L'attente messianique ''concernant le ''futur royaume ''peut être envisagée au triple point de vue de son ''origine, ''de sa ''nature ''et du ''rôle joué far les prophètes ''dans la genèse de cette idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ORIGINE DE L'ESPÉRANCE MESSIANIQUE. ''— Le moindre examen des Livres sacrés indique qu'il ne faut pas en chercher d'autre que les ''révélations ''et les ''promesses divines. ''Celles-ci remontent aux origines de l'humanité. Adam et Eve avaient à peine commis leur péché de désobéissance que Dieu leur promettait un rédempteur ''(Gen., ''iii, 14, 15), Maintes fois Dieu renouvela ses promesses de bénédictions : plus spécialement il les adressa à Noé, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Voici, du reste, parmi ces promesses prophétiques, les deux plus solennelles et les plus précises : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans votre race, dit le Seigneur à ''Abraham, ''parce que vous avez obéi à ma voix. ''»(Gen., ''xxii, 18). « Le sceptre ne sortira pas de Juda, dit le prophète ''Jacob ''à son quatrième fils Juda, jusqu'à ce que vienne un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne ''l'Envoyé qui rassemblera les peuples. »(Gen., ''xlix, 8 et suiv.). Ainsi, des les premières heures de l'humanité, Dieu annonce déjà son ''plan, ''non pas certes en formules expresses qui marquent tous les détails de l'œuvre future, mais en paroles suffisamment claires pour faire comprendre au peuple juif qu'il a un grand rôle à jouer dans l'œuvre annoncée, pour découvrir à son regard de brillantes perspectives, des horizons lumineux et pour éveiller dans son âme de grandes espérances. A la lumière de ces promesses, il devient facile d'apercevoir dans les multiples péripéties de l'histoire juive, à la fois ''l'unité ''et la ''continuité du plan divin. ''Celui qui y regarde de près, constate sans difficulté que, si l'œuvre se prépare et se développe avec une mystérieuse lenteur, avec des moments d'interruption, ou tout au moins, de ralentissement, elle n'en poursuit pas moins la route avec un progrès indéfini. A travers les vicissitudes de fidélité, et de défection du peuple juif, l'on discerne toujours la volonté de Dieu de garder au sein d'une nation élue le ''monothéisme, ''appelé à devenir un jour la religion de toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''NATURE DE L'ATTENTE MESSIANIQUE. ''— On ne saurait contester qu'il se mêle dans l'idée messianique deux éléments tout à divers. L'établissement du futur royaume, du règne universel de Dieu, est lié dans la pensée juive au ''rétablissement de leur royaume terrestre. ''Cette espérance d'une restauration nationale est tellement ancrée dans tous les cœurs que, au moment de l'Ascension de leur Maître, les Apôtres lui posaient encore cette question ; « Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » ''(Actes, ''i, 6). Il y a cependant des oracles où le côté temporel de l'espérance messianique ne tient aucune, ou presque aucune place ''(Is., ''ii, 2, 5 ; xi, 1, 8 ; xlii, 1, 4 ; l, 4, ii ; lii, 13 ; liii, 12). De nombreuses prophéties décrivent la nature du futur royaume sous les traits d'une union intime entre Dieu et l'âme de chaque fidèle ''(Osée, ''ii, 19). D'autre part, le fait que les prophéties annoncent que tous les peuples participeront au royaume messianique, indique bien que tout ce qui constitue le particularisme juif dans le domaine religieux et politique, sera un jour abrogé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ROLE DES PBOPHÈTES[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn204 [204]]. Le rôle des prophètes, dans la genèse et le développement de l'espérance messianique, fut certainement dé tout premier plan. — 1. Ils ont d'abord été les ''défenseurs du monothéisme. ''A toutes les époques de l'histoire, et avant les prophètes proprement dits, Dieu suscite des hommes qui doivent être les interprètes de ses volontés et de ses desseins. C'est Moïse, le législateur d'Israël qui prêche le culte exclusif de Jahvé, Maître souverain, Seigneur juste et bon, miséricordieux à ceux qui l'aiment et gardent sa loi. C'est Samuel qui détourne les Hébreux des cultes idolâtriques de Baal et d'Astaroth. Ce sont, après le schisme d'Israël, Élie et Elisée qui chassent les fausses divinités et rétablissent le vrai culte. — 2. Ils ont annoncé que le monothéisme, qui constituait le dogme principal de la religion juive, ''s'étendrait à toutes les nations de l’univers. ''C'est Isaïe qui prédit que Jérusalem deviendra un jour le centre du vrai culte où « toutes les nations afflueront » ''(Is., ''ii, 2). C'est Jérémie qui ne craint pas de déclarer aux Juifs que la religion n'est pas seulement un pacte social entre Jahvé et Israël, mais encore une union intime entre Dieu et l'âme de chaque croyant, union intime qui convient aux étrangers, aux Gentils comme aux Juifs. C'est Ézéchiel, le plus grand des prophètes de la captivité, qui soutient la foi et l'espérance des Juifs malheureux et châtiés pour leurs crimes, mais non pas abandonnés de Dieu, et qui leur prédit la résurrection d'Israël. Ce sont les trois prophètes postexiliens : Aggée, Zamier et Malachie qui annoncent le futur royaume messianique ; c'est Malachie, en particulier, qui entrevoit un ordre de choses nouveau, et un nouveau sacrifice ( ''Mal. ''i, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, le ''rôle des prophètes ''au sujet du royaume à venir fut ''double. ''— Leur première mission fut de garder intacte chez le peuple juif la ''foi en un Dieu unique, ''et de maintenir l'adoration exclusive de Jahvé. — La seconde mission qui fut réservée, d'une manière plus spéciale, aux prophètes proprement dits, fut ''d'annoncer, ''pour un avenir plus ou moins rapproché, un ''ordre nouveau, ''une ''religion spirituelle ''qui ferait une plus large part au culte intérieur, une religion non plus nationale et restreinte au peuple juif, mais ''universelle, ''à laquelle tous les hommes seraient appelés, et qui serait ainsi comme le complément de l'antique religion juive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''249. — 2° Prophéties concernant la personne et l'œuvre du Messie. '''— Pour établir le royaume en question, Dieu enverra son représentant. Or les prophètes ne se contentent pas d'annoncer cet ''Envoyé ''ou ''Messie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn205 [205]] ; longtemps à l'avance ils en déterminent ''l'origine, ''la ''naissance, ''les ''fonctions ''et le ''mode ''dont il accomplira son œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Le Messie sera de la race d'Abraham ''(Gen. ''xii) et de la famille de David (II ''Sam., ''vii).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''SA NAISSANCE. ''— 1. La ''date. ''Le Messie ne viendra pas avant que le sceptre soit sorti de Juda ''(Gen., ''xlix, 10) : voilà déjà une indication très précieuse ; mais la célèbre prophétie de Daniel est autrement précise, puisqu'elle fixe l'époque de la venue du Christ, cinq siècles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn206 [206]] avant l'événement : « Depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, dit le prophète Daniel, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort» ''(Dan., ''ix, 25-26). Suivant les paroles du prophète Daniel qui tient son inspiration de l'ange Gabriel, le Messie sera mis à mort dans la semaine qui viendra lorsque sept semaines et soixante-deux semaines, c'est-à-dire soixante-neuf semaines (d'années), seront écoulées après le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem : ce qui nous donne le chiffre approximatif de 486 ans. Or en retranchant 33 ans, — âge probable du Christ à sa mort, — de 486, on obtient l'année 453 qui nous conduit en plein règne d'Artaxerxés Longuemain, auteur de l'édit permettant de rebâtir Jérusalem. — 2. ''Le lieu. ''Le Messie doit naître à ''Bethléem, ''d'après le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petite entre les mille de Juda ; de toi sortira celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine est dès le commencement; dès les jours de l'éternité. » ''(Michée, ''v, 2). — 3. ''Le caractère miraculeux de sa naissance : ''« Une vierge concevra, est-il dit dans Isaïe (vii, 14), et elle enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''SES FONCTIONS. — ''Le Messie exercera la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. Le Messie sera ''roi ; ''comme les autres rois, il sera appelé et sera, d'une manière plus éminente, le Fils de Dieu ''(Ps., ''ii, 7) ; mais sa royauté sera toute spirituelle ''(Is., ''xlix, 6) et pacifique ; il sera le « Prince de la paix » ''(Is., ''ix, 5). — 2. Le Messie sera ''prêtre. ''Ainsi le dépeint David dans un de ses psaumes (cx, 1-5). « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse ramper vos ennemis à vos pieds... Le Seigneur l'a juré, il ne se rétractera point : vous êtes ''prêtre ''pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Les anciens docteurs juifs ont reconnu dans ces paroles du Roi-prophète les traits du Messie. — 3. Le Messie sera ''prophète (Deut., ''xviii, 15 ; ''Is.,'' lxi, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''LE MODE DONT IL ACCOMPLIRA SON ŒUVRE. — ''Nous le trouvons décrit en entier dans la ''seconde partie d'Isaïe, ''dans ''quelques passages de Zacharie ''et dans ''quelques psaumes, ''en particulier le psaume xxi. Dans Isaïe, le Messie est représenté comme le ''serviteur de Dieu ''qui sauvera son peuple, non pas en écrasant ses ennemis, mais par son humble obéissance, par sa passion et sa mort ignominieuse : le chemin de la croix sera donc le chemin du salut. Avant de remporter la victoire et de consommer son œuvre de rédemption, le Messie subira toutes les humiliations : il sera trahi par l'un des siens ''(Ps., ''xl, 10), vendu pour trente pièces d'argent ''(Zach., ''xi, 12-13) ; il sera flagellé, rendu semblable à un lépreux, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple ''(Ps., ''xxi) ; on lui donnera le fiel en nourriture et le vinaigre en breuvage ''(Ps., ''lxviii). Il aura les pieds et les mains percés ; les soldats tireront ses habits au sort ''(Ps., ''xxi, 17,19); son cœur sera percé d'une lance ''(Zach., ''xii, 10). Mais les humiliations du Christ seront suivies de sa glorieuse ''résurrection ''et de son ''ascension ; ''son corps ne sera pas livré à la corruption ''(Ps., ''xv, 10) ; il ressuscitera le troisième jour ''(Osée, ''vi, 3). Puis triomphant il s'élèvera de la montagne des Oliviers ''(Zach., ''xiv, 4) et ira s'asseoir à la droite de Dieu (Ps., cix, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, la vie de Jésus est déjà écrite, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Les circonstances en sont si bien marquées qu'il sera facile de constater si le Messie attendu en réalise toutes les conditions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Réalisation des prophéties messianiques en Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
250. — Or les ''prophéties messianiques, ''dit la mineure de l'argument prophétique, se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et dans ''l’œuvre de Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La personne de Jésus a réalisé les prophéties messianiques'''. — Jésus est-il bien l’''Envoyé ''annoncé par les prophètes pour fonder le royaume attendu ? A-t-il réalisé dans sa ''personne ''tous les traits marqués par les prophètes au point de vue de ''l'origine, ''de la ''naissance, ''des ''fonctions ''et de la ''manière ''dont l'œuvre messianique devait être accomplie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Jésus est de la race d'Abraham ; il appartient à la famille de David, comme le prouvent les tableaux généalogiques de saint Matthieu et dé saint Luc, les exclamations des infirmes qui implorent son assistance : « Ayez pitié de nous, ''fils de David ''»( ''Mat., ''ix, 27), et les acclamations de la foule le jour des Rameaux : « Hosanna au fils de David» ''(Mat., ''xxi, 9, 15). — B. ''SA NAISSANCE. — ''Jésus est né : — 1. au ''temps ''marqué par les prophètes, alors que la Judée était tombée sous la domination romaine et que le sceptre était par conséquent sorti de Juda ; — 2. au ''lieu ''indiqué et de la ''manière ''prédite ''(Luc, ''i, 34 ; ii, 1, 7). — C. ''SES FONCTIONS. ''— Jésus a exercé la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. de ''roi. ''Devant Pilate, il a affirmé qu'il était roi, mais que sa royauté n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 37), qu'elle était spirituelle et devait s'établir, non par la force des armes, mais par la persuasion des cœurs ''(Mat., ''xviii, 18) ; — 2. de ''prêtre. ''Jésus s'offrit lui-même volontairement en sacrifice sur l'arbre de la croix, et il a voulu que ce sacrifice de son corps et de son sang se renouvelât jusqu'à la fin des siècles ; — 3. de ''prophète. ''Jésus a prédit l'avenir, comme nous aurons l'occasion de le dire plus loin (Nos 255 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''MANIÈRE DONT JÉSUS ACCOMPLIT L'ŒUVRE MES­SIANIQUE. ''— L'on connaît trop bien tous les détails de l'histoire de Jésus, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter : inutile donc de montrer que Jésus, par les humiliations de sa vie, par sa passion ignominieuse, par sa mort infâme sur la croix, a réalisé le programme tracé par les prophètes, en particulier par Isaïe et le Roi-prophète au psaume xxi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
251. — '''2° L'œuvre de Jésus a réalisé les prophéties messianiques.''' — Est-il vrai que Jésus a établi le ''royaume attendu ''et qu'il a ainsi réalisé l'espérance messianique? L'histoire est là pour nous attester que Jésus-Christ a vraiment fondé une religion dont les racines plongent dans le judaïsme, une religion qui peut être considérée comme la continuation et le perfectionnement de la religion mosaïque. Sans doute, il n'a pas établi le royaume temporel que les Juifs, avides de jouissances matérielles, avaient entrevu dans leurs rêves de grandeur terrestre, mais il a fondé le vrai royaume, celui où Dieu régnerait et étendrait sa domination spirituelle sur les âmes. Mais est-il vrai, se demandera-t-on peut-être, que celui-là même, le règne du vrai Dieu, se soit implanté de la ''manière ''que l'annonçaient les prophètes? Il semble bien qu'il ne soit pas difficile d'en faire la démonstration. — 1. Remarquons d'abord, que la diffusion du culte de Jahvé au milieu du monde, a eu ''Israël pour intermédiaire, ''comme il était prédit. Le christianisme n'a-t-il pas été propagé par douze fils d'Israël? Il est vrai que, pour accomplir leur œuvre, ils ont dû rompre avec de nombreuses exigences de l'Ancienne Loi. Pour rendre la religion chrétienne accessible à tous les peuples, ils ont dû se débarrasser des observances légales et attacher plus de prix au culte intérieur consistant dans le respect et surtout l'amour de Dieu. Mais précisément les prophètes leur avaient préparé la voie. Il en est, en effet, parmi eux, qui, dans leurs perspectives d'avenir, considèrent déjà comme secondaires les formes liturgiques du. judaïsme et qui renoncent aux objets les plus sacrés du culte israélite : c'est ainsi que Jérémie prévoit le jour où, non seulement il n'y aura plus d'arche d'alliance, mais où le temple de Jérusalem pourra disparaître comme celui de Silo ''(Jér., ''vii, 12, 15). — 2. Il est certain, d'autre part, que le monothéisme a depuis longtemps franchi les limites de la Judée, et il est permis de dire, sans exagération, que, si la religion chrétienne n'est pas devenue la religion de tout l'univers, elle est au moins ''répandue par tout l’univers ''et elle s'est implantée parmi les nations les plus civilisées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de conclure, nous avons à nous demander si ''les oracles ''qui annonçaient le Messie remplissent les ''conditions ''de la prophétie proprement dite (Nos 172 et 173). Étaient-ils la prévision certaine et l'annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles? Il est facile de démontrer que les oracles messianiques avaient les caractères requis pour être de véritables prophéties. — ''a) ''Ils étaient d'abord des ''prédictions certaines, ''et non conjecturales. La preuve en est que l'attente messianique était générale, comme en témoignent les Évangiles et même les auteurs profanes : juifs et païens. — ''b) ''Ils étaient l'annonce de ''choses futures. ''Il est certain que les livres prophétiques existaient plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, puisqu'ils se trouvent dans la version alexandrine des Septante commencée au IIIe siècle et terminée vers 130 avant Jésus Christ. Même les rationalistes qui contestent l'authenticité de la seconde partie d'Isaïe et reportent la prophétie de Daniel beaucoup plus tard, ne mettent pas en doute l'existence des livres prophétiques avant l'avènement de Jésus, et ils admettent que, du moins dans l'ensemble, ils ont été composés entre le IXe et le Ve siècle avant Notre-Seigneur. Les prophéties n'ont donc pas été forgées après coup. — 3. Ils étaient l'annonce de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles. ''Qu'il s'agisse du règne de Dieu lui-même ou du Roi qui devait en être le fondateur, aucune cause naturelle ne pouvait les faire entrevoir cinq siècles à l'avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Il est donc permis de conclure : — 1. qu'il y a dans l'Ancien Testament de ''véritables prophéties messianiques ; ''et — 2. que Jésus les a ''réalisées ''dans sa ''personne ''et dans son ''œuvre, ''si bien qu'on peut accepter cet adage connu de l'École :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Novum Testamentum in Veteri latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Vetus Testamentum in Novo latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bien vrai que le Nouveau Testament se trouve déjà en germe dans l'Ancien, et que l'Ancien à son tour ne s'explique que par le Nouveau.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn207 [207]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''252. — Objections'''. — 1° Certains rationalistes (Kuenen, Darmesteter, J. Réville, Loisy) font appel à la ''doctrine de l'évolution ''pour dépouiller les prophéties de tout ''caractère surnaturel. ''Dans leur hypothèse, les prédictions dont nous avons parlé, s'expliqueraient par une ''évolution de la pensée ''dont ils marquent les différentes phases, à peu près comme il suit. A la première étape, ils signalent l’''apparition soudaine du prophétisme, ''sortant d'une cause inconsciente, et se manifestant comme Un phénomène nouveau dans l'histoire d'Israël. Hommes transcendants, les prophètes parvinrent, par la supériorité de leur esprit, à la conception du monothéisme le plus pur, c'est-à-dire à la notion d'un Dieu unique, créateur et maître du monde. De là à reporter ces attributs sur leur Dieu à eux, sur Jéhovah, il n'y avait qu'un pas. Concevant donc leur Dieu comme le Dieu unique, créateur et maître du monde, ils passèrent facilement à cette idée que Jéhovah triompherait un jour partout, et qu'il serait adoré, non plus seulement dans le temple de Jérusalem, mais dans tout l'univers. Et puisque c'était leur Dieu qui devait triompher, il ne faut pas s'étonner que, par un développement normal de leur pensée, ils aient prédit que le soin d'établir le règne universel de Jéhovah reviendrait à Israël, et que, plus particulièrement, un descendant de la race de David serait chargé de cette mission. C'est ainsi, en flattant les vœux et les rêves de domination de leurs compatriotes, en leur montrant dans l'avenir le jour où ils seraient délivrés de leurs ennemis et domineraient eux-mêmes les autres nations, qu'ils exercèrent un si grand ascendant sur leurs contemporains. La pensée des prophètes a donc travaillé l'âme des Juifs ; elle y a fait naître cette grande ''espérance ''qu'on appelle l’idée ''messianique. ''Et comme les idées ont une tendance à se traduire dans les faits, il est arrivé qu'un jour il s'est trouvé un personnage qui s'est cru le Messie, et qui s'est attribué les titres et la mission indiqués par les oracles prophétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— La thèse rationaliste qui prétend trouver dans l'évolution une explication très simple des prophéties messianiques, est fausse à son ''point de départ ''et à son ''point d'arrivée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''AU POINT DE DÉPART, ''elle suppose que l'origine du monothéisme s'explique par des ''causes naturelles. ''Or ceci est ''en contradiction avec les faits. ''— 1) Notons tout d'abord que les prophètes sont les premiers à avouer qu'ils n'exposent pas leur propre doctrine, mais ce qu'ils ont appris par révélation. Ainsi Amos déclare qu'il a été envoyé par le Seigneur « comme prophète vers le peuple d'Israël » ''(Amos, ''vii'', ''15) ; Jérémie dit que ses paroles sont celles de Dieu ( ''Jér., ''i, 2). Du reste, il suffit de les lire pour se convaincre aussitôt qu'ils n'argumentent pas comme des philosophes, mais qu'ils parlent en ''voyants ''et décrivent ce que Dieu leur manifeste. — 2) En dehors du propre témoignage des prophètes, le principe de l'évolution, c'est-à-dire la loi du déterminisme qui veut que les mêmes causes placées dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, n'explique pas pourquoi le peuple d'Israël seul a eu des prophètes, tandis que les peuples voisins, de même race, de même origine, de même climat comme les Iduméens, n'en ont pas eu, ou n'ont eu que des devins, qui n'avaient pas de plus grande importance que nos somnambules modernes. Le monothéisme des prophètes n'est donc pas explicable par une cause naturelle (V. N° 213).— 3) IL n'est pas plus juste de prétendre que les prophètes prirent un grand ascendant sur leurs contemporains parce qu'ils surent entrer dans leurs idées et flatter leurs rêves. En prêchant le monothéisme, ils allaient au contraire, contre leurs instincts charnels et leurs passions qui les entraînaient si souvent vers l'idolâtrie. En annonçant que le culte du vrai Dieu, de leur Dieu à eux, s'étendrait un jour à toutes les nations de l'univers, ils ne leur étaient pas plus agréables, tant il répugnait à ce peuple si particulariste et si exclusif, de partager ses privilèges avec les Gentils qu'il détestait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''LE POINT D'ARRIVÉE ''de la thèse rationaliste n'est pas plus solide. L'on soutient que l'idée messianique, une fois jetée dans la circulation par les prophètes, y a travaillé à la manière d'une ''idée-force ''qui s'est emparée des esprits, les a échauffés et y a produit une telle effervescence que l'idée a fini par se résoudre en fait. Or tout ceci est encore ''contraire à l'histoire. ''Le règne des prophètes n'a duré qu'un peu plus de quatre siècles ; leur voix qui annonçait l'établissement du royaume messianique s'est fait entendre du IXe au Ve siècle avant Jésus-Christ ; puis tout d'un coup elle s'est tue et, pendant quatre siècles, elle est restée muette. Il n'y a donc pas eu progrès, développement de l'idée, comme le voudrait la loi de l'évolution. Les rationalistes devraient donc nous expliquer comment le mouvement d'opinion, la marche de l'idée, le prophétisme, en un mot, s'arrête tout d'un coup pendant quatre cents ans, et ne reprend son évolution qu'à l'avènement de Jésus. Et non seulement l’''idée ne progresse pas ; ''au lieu de se développer et de se préciser, elle ''dévie de la pensée des prophètes. ''Ceux-ci avaient parlé d'une religion de l'avenir plus spirituelle et plus élevée, d'un culte du cœur où l'amour de Dieu et de la justice tiendraient une plus large place, et pendant quatre siècles, les Juifs se cantonnent dans un ritualisme étroit, dans une foule d'observances mesquines qui faussent les conceptions prophétiques. Les prophètes avaient annoncé le règne universel de Dieu, et les Juifs pratiquent, comme nous l'avons dit plus haut, un exclusivisme jaloux, ne traitant pas avec les autres peuples, les méprisant et en étant méprisés, s'attachant à la partie matérielle des prophéties, au point qu'ils ne surent jamais y renoncer, pas même lorsque l'espérance messianique se présenta devant eux comme un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons ''donc que la théorie de l'évolution ne rend pas compte de l'existence des prophéties messianiques, et que la seule explication qui reste valable c'est la ''révélation divine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
253. — 2° Mais si tant est, ''objectent ''encore les rationalistes, qu'il y a eu des prophéties messianiques, elles ne se sont pas réalisées. Les Juifs n'ont connu ni la félicité temporelle ni le rétablissement du royaume d'Israël que les prophètes leur avaient prédits. Tout au contraire, ils ont vu la destruction de leur temple, la ruine de Jérusalem et leur dispersion à travers le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Il convient de distinguer dans les prophéties un double élément : l'élément spirituel et l'élément matériel. — a) Que ''l'élément spirituel ''qui tenait la première place se soit réalisé, c'est ce que nous avons déjà démontré (N° 251). — ''b) ''Quant à l’''élément temporel, ''il apparaît au premier abord que les prophéties ont été mises en défaut ; il n'en est rien cependant. Car : — 1. les promesses de prospérité matérielle et nationale ne formaient qu'un ''élément secondaire ''dans l'espérance messianique et n'avaient d'autre but que de ''servir de cadre à l'élément spirituel. ''I1 fallait bien que Dieu accommodât ses révélations à la mentalité de ses destinataires. La part excessive que les Juifs firent dans leurs conceptions à l'élément temporel prouve bien qu'ils n'auraient jamais consenti à être les propagateurs du culte de Jahvé, s'ils n'avaient espéré en même temps la restauration de leur royaume temporel. — 2. De plus, il faut remarquer que les ''promesses ''de Dieu concernant la félicité terrestre et le rétablissement du royaume d'Israël, ont toujours été ''conditionnelles. ''Les prophètes n'ont jamais cessé de lier l'avenir temporel des Juifs à leur fidélité à Jahvé. Il n'y a plus dès lors à s'étonner si les Juifs, persévérant dans leur endurcissement et leur orgueil, s'obstinant à ne pas vouloir reconnaître le Messie, ont été privés du bénéfice des promesses matérielles dont le rôle était accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
254. — 3° Si les prophéties avaient été ''claires, ''les Juifs n'auraient pas refusé en si grand nombre de reconnaître le Messie qu'ils attendaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse- '''— Remarquons d'abord que, si Jésus n'avait pas été persécuté et rejeté par les siens, s'il n'avait pas été mis à mort par eux, — bref, s'il avait été reconnu par le peuple juif, — il ne serait pas le Messie, puisque les oracles messianiques qui annonçaient ces différents points, ne se seraient pas réalisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela, l'on a toujours le droit de se demander comment les Juifs ont pu se tromper en si grand nombre sur l'interprétation des prophéties, et comment il se fait que les uns se sont convertis au christianisme, tandis que les autres se sont obstinés dans le judaïsme. — « Les Israélites, dit l'abbé de Broglie, qui ont résisté à la lumière de l'Évangile, ceux qui n'ont pas voulu recevoir le Messie, s'étaient attachés d'avance à la conception d'un royaume temporel ; ils s'y étaient tellement attachés qu'ils ne voulaient point s'en déprendre. Ils tinrent à cette conception au point de tout sacrifier, et, dès qu'ils virent que le Sauveur s'écartait de leur pensée, ils le rejetèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres, au contraire, et les premiers disciples du Christ, avec cette même conception, avaient l'esprit plus simple, plus soumis et plus docile. Ils avaient reconnu en Jésus-Christ le caractère du Messie ; et saisis d'admiration par sa sainteté, par sa sagesse, par ses œuvres incomparables, certains qu'il était le Fils de Dieu, ils sacrifièrent leur propre pensée à son enseignement. Ils se dirent : « Voilà comment nous comprenions les prophéties, mais peut-être nous nous trompions. Et, avec répugnance, sans doute avec peine, en sacrifiant leur propre jugement, ils acceptèrent dans leur vrai sens les paroles de Notre-Seigneur. Ils avaient résisté d'abord : ils se soumirent et l'événement leur donna raison'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn208 [208]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Touzard, art. ''La religion juive ''(Dict. d'Alès) ; ''Sur l'étude des prophètes de l’Ancien Testament ''(Rev. pr. d'Ap. 1907-1908) ; ''L'argument prophétique ''(Bloud). — Abbé de Broglie, ''Questions bibliques ; Les prophéties messianiques ''(Bloud). — S. Protin, ''L'argument prophétique ''(Rev. Augustinienne, 15 octobre 1909). — Mgr Pelt, ''Histoire de l'Ancien Testament ''(Lecoffre). — Mgr Meignan, ''Les Prophètes d'Israël et le Messie. ''— Condamin, ''Le livre d'Isaïe ''(Lecoffre). — Lagrange, ''Le Messianisme chez les Juifs ''(Gabalda). — Le Hir, ''Les prophètes d'Israël. ''— Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Abbé Frémont, ''La divinité de Jésus-Christ et la libre-pensée ''(Bloud). —Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Bossuet, ''Discours sur l'Histoire universelle, ''2e partie, chap. iv. — Lacordaire, 41e conférence. — Monsabré, ''Introduction au dogme catholique, ''16e et 17e conférences. —A. Nicolas, ''Études philosophiques sur le christianisme, ''t. II (Vaton). — Tanquerey, ''Théologie fondamentale. ''— Valvekens, ''Foi et raison ''(de Meester).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre IV. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties, par ses miracles et par sa Résurrection. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== DÉVELOPPEMENT ==&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver qu'il disait vrai lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie (voir chapitre II), Jésus ne s'est pas borné à réaliser en sa personne et en son œuvre les prophéties de l'Ancien Testament ; il a voulu encore appuyer sa parole par des signes propres à authentiquer sa mission et à en démontrer l'origine divine. Ces signes sont : 1° les ''prophéties ; ''2° les ''miracles ; ''et 3° le miracle suprême de sa ''résurrection. ''Nous traiterons ces trois points dans les trois articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois choses sont nécessaires pour que les prophéties de Jésus aient la valeur d'un signe confirmatif de son affirmation. Il faut : 1° que les ''prédictions ''qu'il a faites se soient ''réalisées ; ''2° que ces prédictions remplissent les ''conditions de la vraie prophétie ; ''et 3° qu'elles aient été faites en ''confirmation ''de sa parole, ou si l'on veut, de la vérité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §   1. — Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
255. — Tous les Évangélistes sont d'accord pour attribuer à Jésus le don de prophétie, la faculté de deviner les secrets des cœurs et de lire dans l'avenir. D'après, leur commun témoignage, Jésus a fait des prophéties relatives : — 1° à ''lui-même ;. ''— 2° à ''ses disciples ; ''— 3° aux ''destinées de l'Église et des Juifs ; ''— 4° à la ''ruine de Jérusalem ''et du ''temple ''et à la ''fin du monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Relativement à lui-même.''' — Jésus a prédit sa ''passion, ''sa ''mort ''et sa ''résurrection. ''Un jour qu'il allait à Jérusalem avec ses douze Apôtres, « il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux Gentils ; et ils l'insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour (''Marc, ''x, 32, 34). Il est superflu de prouver, par le témoignage des Évangélistes qui rapportent la Passion, le crucifiement et la Résurrection de Jésus, que ces prédictions se sont réalisées à la lettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''256. — 2° Relativement à ses disciples'''. — Jésus a prédit la ''trahison de Judas, ''la ''fuite des Apôtres ''et le ''triple reniement de Pierre. ''Au cours de la célébration de la Cène, Jésus annonce ainsi ce qui doit arriver : « Et pendant qu'ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l'un de vous trahira ... Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront ''dispersées. ''Mais après que je serai ''ressuscité, ''je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ''(Mat., ''xxvi, 21, 31-34). — Jésus annonce aux Apôtres les ''persécutions ''qui les attendent, « Mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez traduits à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. ''» (Mat., ''x, 17, 18). — Jésus prédit à ''Pierre son futur martyre, ''et lui annonce « par quelle mort il devait glorifier Dieu. » ''(Jean, ''xxi, 18, 19). — Que l'avenir ait réalisé ces prédictions, les événements sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
257, — 3° '''Relativement aux destinées de l'Église et des Juifs. '''— a) ''DESTINÉE DE L'ÉGLISE. ''— Jésus annonce : — 1. La ''descente du Saint-Esprit sur les Apôtres ''et l'admirable ''propagation de l'Église. ''Avant son Ascension, il leur dit : « Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. ''» (Actes'', i, 8). Ainsi Jésus prédit que le Royaume de Dieu qui a des débuts si humbles, ira grandissant, tel l'imperceptible grain de sénevé qui peu à peu devient un grand arbre ''(Mat., ''xiii, 32). — 2. Il promet à son Église l’''indéfectibilité. ''Il dit, en effet, à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » ''(Mat''., xvi, 18). L'histoire en main, il serait facile d'établir que l'Église a eu jusqu'ici les destinées que Jésus lui avait prédites. — b) ''DESTINÉE DES JUIFS. ''Jésus prédit le ''rejet de la synagogue ''et le ''châtiment des Juifs. ''A cause de leur endurcissement dans le mal, les Juifs seront exclus du royaume ; leurs places seront prises par les Gentils : tel est bien le sens des deux paraboles des vignerons rebelles et des noces royales (''Mat., ''xxi, 33 et suiv. ; xxii, 2, 14). Aucun doute encore sur la réalisation de ces prophéties.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
258. — 4° '''Relativement à la ruine de Jérusalem et du temple, et à la fin du monde. '''— Les trois premiers Évangélistes nous rapportent une double prédiction de Jésus à propos de la ruine de Jérusalem et de la destruction de son temple, et à propos de la fin du monde ''(Mat, ''xxiv ; ''Marc, ''xiii ; ''Luc, ''xxi) ; et quand ses disciples lui demandent « quand ces choses arriveront et quels signes il y aura » de son « avènement », « et de la consommation des siècles » (''Mat, ''xxiv, 3), Jésus répond en indiquant un certain nombre de signes auxquels on pourra reconnaître la proximité de ces événements, — Or si nous ne pouvons rien dire encore sur la réalisation des signes indiqués pour la fin du monde, il est certain que la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du temple s'est vérifiée au moment de la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2 — Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. =====&lt;br /&gt;
'''Objection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
259. — 1° '''Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. '''— Les prédictions dont nous venons de parler remplissent toutes les ''conditions ''de la prophétie. Elles sont, en effet : — ''a) ''des prédictions ''certaines, ''et non conjecturales. Elles annoncent des événements d'une façon claire, et non ambiguë : ainsi, Jésus prédit, non seulement sa mort prochaine, mais les circonstances qui doivent la précéder ; — b) des prédictions de ''choses futures. ''Pour dire le contraire, il faudrait prétendre que les Evangélistes auraient fabriqué les prophéties après coup, qu'ils seraient des imposteurs et que leur témoignage n'est pas digne de foi. Or nous avons établi précédemment qu'ils sont des historiens sincères et que leur témoignage, considéré du seul point de vue humain, est recevable ; — c) des prédictions de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles: ''il s'agissait d'événements qui dépendaient de la liberté humaine, de futurs contingents que Dieu seul pouvait connaître. Les rationalistes ''objectent, ''il est vrai, que Jésus, connaissant, d'une part, la haine et la jalousie des Pharisiens, et de l'autre, la timidité de ses Apôtres, pouvait parfaitement prévoir qu'il serait mis à mort par ses adversaires et abandonné par les siens. Dans une certaine mesure, l'hypothèse est admissible, mais si, à la rigueur, Jésus pouvait prévoir sa condamnation et la lâcheté de ses disciples, il ne pouvait pas connaître les ''détails ''de sa passion et de sa mort. En dehors de là, comment Jésus aurait-il pu conjecturer les admirables destinées de son Église et la ruine de Jérusalem et du temple?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''260. — 2°''' '''Objection. '''— A cette dernière prédiction les rationalistes et les modernistes objectent deux choses. — ''a) D'un côté, ''ils prétendent que la ''prophétie ''sur la ruine de Jérusalem est l’''œuvre des Évangélistes ''qui, écrivant après l'événement, attribuèrent à Jésus une prédiction qu'il n'avait jamais faite. — b) ''De l’autre, ''s'appuyant sur ce passage : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent» (''Mat., ''xxiv, 34), et soutenant qu'il s'applique à la fin du monde dont il venait d'être question, ils déclarent que ''Jésus a commis une erreur ''manifeste, puisqu'il a donné la fin du monde, ainsi que son glorieux avènement ou parousie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn209 [209]], comme des faits imminents et dont la génération à laquelle il s'adressait devait être témoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Ne dissimulons pas que les passages qui rapportent la double prédiction de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde sont de ceux dont l'exégèse est loin d'être facile. — ''a) ''Quant à la première attaque qui porte sur l’''ensemble du passage ''et qui accuse les Evangélistes d'avoir ''forgé eux-mêmes la prophétie, ''elle ne résiste pas à l'examen. On ne saurait prétendre que nous sommes on présence de prédictions faites après coup, car il y a dans les récits un tel enchevêtrement de faits, une confusion de choses qui ne se comprendrait pas si la rédaction avait été faite après l'événement. Si les Évangélistes avaient écrit après la ruine de Jérusalem, ils auraient distingué mieux entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, et ils auraient indiqué avec plus de clarté l'événement dont ils donnaient les signes précurseurs. — Par ailleurs, l'historien Eusèbe ''(Hist. eccl''., iii, 5, 3) nous apprend que les chrétiens de la Judée se ''souvinrent de la prédiction de Jésus, ''lorsqu'ils virent les Romains s'approcher, qu'ils s'enfuirent en grand nombre à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et qu'ils échappèrent ainsi aux horreurs de l'invasion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant à la seconde attaque des rationalistes et des modernistes qui prétendent que Jésus a donné ''la fin du monde ''comme ''imminente, ''et que par conséquent ''il a commis une erreur, ''elle n'a pas plus sa raison d'être. Sans doute il y aurait erreur si les paroles de Jésus « ''cette génération ne passera pas que ces choses n'arrivent», ''s'appliquaient à la fin du monde, mais il n'en est pas ainsi. C'est en effet une règle élémentaire d'exégèse que les passages obscurs doivent être interprétés d'après les autres plus intelligibles. Or, dans le même discours, Jésus déclare que le jour du jugement n'est connu de personne, sauf de Dieu (''Mat., ''xxiv, 36) ; il déclare, en outre, qu'avant la fin du monde l'Évangile doit être prêché dans le monde entier, et à toutes les nations ''(Mat., ''xxiv, 14). Voilà donc deux passages qui, dans l'hypothèse rationaliste, seraient en contradiction flagrante avec la première prédiction. Est-il admissible que, d'un côté, Jésus affirme que la fin du monde est proche, quand, de l'autre côté, il déclare qu'il n'en connaît pas l'époque et qu'elle n'aura pas lieu avant que l'Évangile soit prêché dans le monde entier c'est-à-dire avant un laps de temps forcément de grande étendue. Il s'ensuit que ces paroles « ''Cette génération ne passera pas... ''» doivent s'entendre de la ''destruction de Jérusalem, ''et non de la fin du monde et de son glorieux avènement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Concluons avec le P. Lemonnyer que : « ni Jésus n'a annoncé, ni les Synoptiques ne lui font dire que son avènement glorieux et la fin du monde se produiront du vivant de ceux qui l'écoutaient ou même dans un avenir prochain. Peut-être cependant quelques-unes de ses paroles, mal comprises des premiers chrétiens, ont-elles contribué, sous l'action d'idées et de sentiments où Jésus n'était pour rien, à former l'état d'esprit que les écrits apostoliques nous révèlent touchant la parousie... Il reste simplement ceci, que Jésus n'a pas cru nécessaire de mettre au point, par des déclarations précises et tout à fait claires, les préoccupations eschatologiques de ses disciples immédiats... L'on dirait qu'il s'est appliqué à les mettre dans une complète et vive incertitude touchant la date, lointaine ou toute proche, de son retour, multipliant à la fois les appels à la vigilance et à la fidélité. » (Art. ''Fin du monde. ''Dict. d'Alès.)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn210 [210]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les prédictions de Jésus ont été faites pour confirmer sa parole. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261. — Les prophéties faites par Jésus sont en ''connexion étroite avec sa mission. ''C'est pour prouver l'origine divine de celle-ci, et par conséquent, la vérité de son affirmation, que Jésus prophétise. Plusieurs fois il en fait la déclaration formelle à ses Apôtres. Ainsi, après avoir prédit la trahison de Judas, il déclare : « Dès maintenant, je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous ''croyiez à ce que je suis. »''(''Jean, ''xiii, 19). de même, après leur avoir annoncé les persécutions qui les attendent, il ajoute : « Je vous ai dit ces choses, afin que. lorsque l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. » . (''Jean, ''xvi, 4). Comme on le voit, Jésus indique clairement le but qu'il se propose par ses prophéties: il veut que les Apôtres croient plus fermement à sa parole et à son origine divine, lorsqu'ils verront ses prédictions se réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion.''— Il est donc permis de conclure que Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées, que ces prédictions avaient tous les caractères de la vraie prophétie et qu'il les a faites dans le but de prouver sa mission divine. Donc il est un ''Envoyé divin.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus a confirmé son affirmation par ses miracles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons ici la même marche que dans l'article précédent. Trois choses sont nécessaires pour que les miracles attribués à Jésus-Christ aient la valeur d'un signe divin. Il faut : 1° qu'ils soient ''historiquement certains ; ''2° qu'ils soient de ''vrais miracles ; ''3° qu'ils aient été accomplis en ''confirmation de sa mission.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les miracles attribués a Jésus-Christ sont historiquement certains. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262. — La certitude des miracles attribués à Jésus ressort de la valeur historique des Évangiles qui les rapportent. Il a été établi précédemment (Nos 223 et suiv.) que les Évangélistes sont ''dignes de foi ''et que leur autorité humaine est indiscutable : les écrivains sacrés étaient à la fois bien informés et sincères ; bien informés, puisque deux d'entre eux, saint Matthieu et saint Jean étaient des Apôtres, et partant, des témoins oculaires ; sincères, la chose ne prête plus à discussion à notre époque, aucun critique ne prenant les Évangélistes pour des imposteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on ne prétende pas que les miracles soient des ''interpolations ''qu'on aurait introduites après coup dans les récits évangéliques. Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour être convaincu du contraire. Que les miracles appartiennent à la ''substance ''même ''de l’histoire évangélique, ''cela résulte : — a) de la ''place considérable ''qu'ils tiennent dans les Évangiles. S'il ne s'agissait que de deux ou trois miracles, on pourrait, à la rigueur, admettre qu'ils auraient été ajoutés par la suite, mais comme ils dépassent la quarantaine, l'hypothèse de l'interpolation est absolument invraisemblable ; — ''b) du rôle qui leur est attribué ''dans l'histoire évangélique. Retrancher les miracles des Évangiles, c'est rejeter l'histoire du Christ Les miracles sont une partie si essentielle des Évangiles que ceux-ci, sans eux, deviennent incompréhensibles. Ce sont les miracles qui expliquent la ''foi des Apôtres ''et de beaucoup de Juifs : ainsi, il est dit, que, après le miracle de Cana, « ses disciples crurent en lui» (''Jean, ''ii, 11),que «pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » ''(Jean'', ii, 23). Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, s'adressant au peuple, rappelle les miracles accomplis par Jésus ''(Actes, ''ii, 22). Or comment saint Pierre aurait-il osé en appeler aux miracles de Jésus, s'ils avaient pu être mis en doute par ses auditeurs? Au reste, ni les Juifs contemporains du Christ, ou postérieurs, qui ont écrit dans le Talmud[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn211 [211]], ni les païens adversaires de la religion chrétienne : Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien et autres, n'ont rejeté la réalité des miracles de Jésus. Ces derniers se sont contentés de les attribuer à la magie et à un commerce avec les démons ; ils ont repris à leur compte l'accusation des Pharisiens, à savoir que, si Jésus chassait les démons, c'était par Belzébuth, prince des démons ''(Mat., ''xii, 24). Devant la notoriété publique des miracles et la non-protestation des Juifs, ils n'ont pas osé dire que c'étaient là des fables inventées par l'imagination fertile des Évangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les miracles opérés par Jésus-Christ sont de vrais miracles, =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''263. — 1° Les miracles.''' — Nous laisserons de côté les miracles opérés par Dieu en faveur de Jésus : apparition des Anges aux bergers, apparition d'une étoile aux Mages lors de sa naissance ; témoignage rendu à l'occasion de son baptême et de sa transfiguration, etc. Nous ne parlerons que des miracles que Jésus-Christ a accomplis lui-même pour prouver la divinité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les miracles qui font partie de la matière évangélique, — plus de quarante, comme il a été dit plus haut, — peuvent être divisés en trois classes. Il y a : — ''a) ''les ''miracles opérés sur les substances spirituelles ; ''autrement dit, la ''délivrance des possédés. ''Jésus a chassé les démons ; les Évangiles nous rapportent sept miracles de ce genre ; — ''b) ''les ''miracles opérés sur les éléments ''et les ''êtres privés de raison. ''Dans cette catégorie, il faut ranger : — 1. le miracle du changement de l'eau en vin aux noces de Cana ''(Jean, ''ii, 1-11) ; — 2. la tempête du lac apaisée ''(Mat., ''viii, 24, 26) ; — 3. deux pêches miraculeuses ''(Luc, ''v, 1, 11 ; ''Jean, ''xxi, 3, 11) ; — 4. la multiplication des pains (''Mat., ''xiv, 15, 21 ; ''Marc, ''vi, 30, 44 ; ''Luc., ''ix, 10, 17 ; ''Jean, ''vi, 1, 15) ; — 5. le figuier desséché ''(Lue, ''xiii, 6-9) ; — 6. la marche de Jésus sur les flots ''(Mat., ''xiv, 25) ; — ''c) les miracles opérés sur les hommes. ''Les Évangélistes ne relèvent pas moins de quinze guérisons de maladies corporelles : guérisons de lépreux, de paralytiques, du serviteur du centurion qui a la main desséchée, d'hydropiques, de sourds-muets et d'aveugles. Outre ces guérisons de maladies, Jésus a ressuscité trois morts : le fils de la veuve de Naïm, la fille de Jaïre et Lazare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''264. — 2°''' '''Ce sont de vrais miracles- '''— Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur les miracles rapportés dans les Evangiles, il nous faut établir que ces faits sont bien des miracles proprement dits, c'est-à-dire des faits ''surnaturels ''et ''divins.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CE SONT DES FAITS SURNATURELS. — ''Rappelons d'abord ce que nous avons dit plus haut, à savoir que les contemporains du Christ et ses premiers adversaires païens n'ont pas contesté l'apparence surnaturelle des miracles. — Sans doute, disent nos ''modernes rationalistes, ''mais leur méprise n'a pas d'autre cause que leur ignorance totale des lois de la nature Au dire de ces derniers, les prodiges en question s'expliquent donc par des causes naturelles: — ''a) ''soit par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge : ''« La présence d'un homme supérieur traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dire que, dans beaucoup de cas et en dehors des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie ? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain. » Ainsi parle Renan dans la ''Vie de Jésus ''(2e ''éd''., p. 260); — b) soit par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme ; ''— c) soit par la « ''foi qui guérit ''» ''the faith-healing, ''comme disent les Anglais. Cette dernière hypothèse est celle à laquelle se rallient de préférence beaucoup de nos adversaires actuels, et en particulier les ''modernistes ''(Ed. Le Roy, Fogazzaro...), du moins pour les faits dont ils reconnaissent la réalité. Comprenant bien, en effet, que tous les miracles ne sont pas explicables par la foi, ils n'admettent la réalité historique que des faits qui peuvent s'expliquer par cette hypothèse. Pour prouver le bien-fondé de leur théorie, ils s'appuient surtout sur ce fait qu'avant de guérir les maladies, Jésus requiert la foi : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit ''(Marc, ''ix, 22), dit Jésus au père d'un jeune épileptique qui lui demande la guérison de son fils. « Ma fille, ta foi t'a guérie » ''(Marc, ''v, 34), dit-il à l'hémorroïsse. « Va, ta foi t'a sauvé » ''(Marc, ''x, 52), dit-il encore à l'aveugle de Jéricho.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune des explications qui précèdent ne suffit à rendre compte de ''l'ensemble des miracles ''contenus dans l'Évangile. ''Nous disons de l'ensemble des miracles, ''car, ou bien l’on admet la valeur historique des Evangiles, ou bien on la rejette. Si on la rejette, si l'on considère la partie miraculeuse comme mythique ou légendaire, toute discussion devient inutile. Mais si on l'admet, il n'y a aucune raison qui permette de faire un choix entre les miracles et de retenir tel miracle plutôt que tel autre. Ceci posé, nous prétendons que les miracles ne s'expliquent : — a) ni par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge. ''Tout d'abord on ne saurait prendra Jésus pour un adroit metteur en scène : tout ce que nous savons de son caractère s'y oppose. Et puis, quoique habile que soit une personne, quelque influence morale qu'elle ait sur une autre, il va de soi qu'elle ne pour rendre la vue à un aveugle, l'ouïe à un sourd et la parole à un muet ; — ''b) ''ni par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme. ''Nous avons vu déjà (N° 168) que la suggestion a des limites très étroites par rapport aux sujets et aux affections qu'elle peut guérir. Elle est sans efficacité sur les maladies organiques, telles que la lèpre, l'atrophie, la cécité, l'hémorragie habituelle. On ne voit pas bien non plus l'influence que la suggestion pourrait avoir sui les vents déchaînés ni comment elle pourrait calmer soudain une tempête. Ajoutons on outre que le Christ opère ses miracles ''instantanément ; ''ce qui n'arrive jamais dans les guérisons dues à l'hypnotisme et à la suggestion qui exigent et le temps et l'emploi des moyens ;, — ''c) ''ni par ''la foi qui guérit. ''Il est faux de prétendre que Jésus requiert toujours la foi : il l'exige, il est vrai, de ceux qui viennent lui demander la guérison, et ce n'est que trop juste ; mais il ne l'exige pas, dans toutes les circonstances, du malade lui-même ; la preuve en est que plusieurs fois il accomplit ses miracles à distance, comme il arriva pour la Cananéenne. On ne peut donc soutenir que la foi des malades fut toujours la cause de leur guérison. En outre, l'hypothèse de ''la foi qui guérit ''ne pour s'appliquer qu'à un nombre très restreint de cas ; elle est sans valeur pour tous les miracles opérés sur la nature : elle ne rend compte ni des tempêtes apaisées, ni des pains multipliés, ni des morts ressuscités. Aussi les partisans de cotte théorie se voient-ils contraints, comme nous l'avons dit plus haut, de faire un choix arbitraire dans les matériaux fournis par l'histoire évangélique, et de rejeter, contrairement aux règles de la méthode historique, tous les faits qui sont on opposition avec leurs préjugés philosophiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CE SONT DES FAITS DIVINS. ''— a) Nous venons de prouver que les miracles attribués à Notre-Seigneur sont au-dessus de la nature ; il n'est pas nécessaire d'insister longuement pour montrer qu'ils ne sauraient être l'œuvre du démon. Car il est. évident que la plupart dépassent la puissance de tout être créé ; toiles sont, par exemple, les trois résurrections que Jésus a opérées, sans parler de la sienne. — b) Si Jésus avait usé de la puissance du démon, il ne l'aurait pas utilisée assurément à chasser les démons ; il n'est pas admissible que Satan se mette en opposition lui-même. — c'') ''Mais comment admettre que Jésus-Christ dont la sainteté est au-dessus de tout soupçon, ait pu servir d'agent au démon? D'ailleurs tous ses miracles ont un caractère moral ; ils sont des œuvres de bonté et de miséricorde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn212 [212]], ils ont souvent pour fin dernière la sanctification de l'âme plutôt que la guérison du corps : autant de propriétés que ne pourraient pas avoir les œuvres de Jésus, si elles dérivaient de la puissance diabolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède nous avons le droit de conclure que les prodiges attribués à Notre-Seigneur sont de vrais miracles. D'où il suit qu'il faut reconnaître en Jésus l'existence d'une force surhumaine, transcendante, surnaturelle. Ceux qui n'acceptent pas la conclusion sont obligés de rejeter les faits eux-mêmes et de contester la valeur historique des Évangiles : c'est là une nécessité à laquelle ils se trouvent acculés mais dont ils ont à fournir l'explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les miracles ont été faits par Jésus pour confirmer sa mission. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265. — A. Jésus ne se contente pas d'affirmer qu'il est le Messie ; il entend le prouver par ses œuvres et particulièrement par ses miracles. — ''a) ''Aux ''envoyés de Jean-Baptiste ''qui lui demandent s'il est le Messie, il renvoie à ses miracles (''Mat., ''xi, 5). — ''b) ''Aux ''Juifs ''qui lui posent la même question, il répond : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi» (''Jean, ''x, 25). — c) ''Avant la résurrection de Lazare, ''il déclare que le miracle qu'il va accomplir, c'est pour que le peuple qui l'entoure croie à sa mission ''(Jean, ''xi, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Les miracles de Jésus ne furent d'ailleurs pas interprétés autrement par tous ceux qui en ont été les témoins. — ''a) Par ses disciples. ''Nous avons dit précédemment qu'ils crurent en lui à partir et à cause du miracle de Cana ; — b) ''par Nicodème, ''qui le confesse on ces termes : « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur ; car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est pas avec lui» ''(Jean'', iii, 2) ; — c) ''par l'aveugle-né ''qui croit en Jésus après sa guérison ''(Jean, ''ix, 38) ; — ''d) par les foules ''en général « qui étaient dans l'admiration et disaient : N'est-ce point là le fils de David? » ''(Mat., ''xii, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Les miracles évangéliques sont donc des miracles historiquement certains ; ils sont de vrais miracles et ils ont été faits pour démontrer que Jésus était un ''Envoyé de Dieu. ''Si par conséquent cet Envoyé de Dieu nous dit qu'il est le ''Messie, ''et plus, qu'il est le ''Fils de Dieu, ''dans le sens propre du mot, sa parole est digne de foi, car il est inadmissible que Dieu ait consacré par sa puissance la parole d'un imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Jésus a confirmé son affirmation par sa Résurrection. ====&lt;br /&gt;
'''266.''' — '''1° Importance de la question. '''— Au moment où nous en sommes de la démonstration chrétienne, et après avoir établi la réalité historique des miracles de Jésus, il pourrait sembler que le miracle de la Résurrection ne soit plus désormais nécessaire pour attester sa mission divine et que ce soit chose faite. Il est vrai. Cependant il importe au plus haut point que l'apologiste démontre la Résurrection par les preuves les plus solides et qu'il ne laisse point les attaques des adversaires sans réponses, car, outre qu'elle est bien le miracle des miracles, et qu'elle est un ''miracle prophétisé ''par Notre-Seigneur lui-même, — donc ''miracle ''et ''prophétie ''à la fois, — elle a toujours été comme la base et la clef de voûte de la prédication chrétienne. Les Apôtres ont cru et prêché que le Christ était ressuscité des morts. Saint Pierre a affirmé la résurrection du Christ en termes formels dans ses deux premiers discours ''(Act., ''ii, 24 ; iii, 15). Saint Paul, qui est revenu souvent sur le sujet, n'hésitait pas à dire aux Corinthiens que leur foi était vaine si le Christ n'était pas ressuscité (I ''Cor., ''xv, 17). L'on peut juger par là de l'importance de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Position de la question. '''— IL convient d'abord de bien déterminer comment se pose la question du miracle de la Résurrection en face de la critique moderne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux choses sont nécessaires pour que la Résurrection de Jésus ait toute sa valeur apologétique et puisse être regardée comme un ''signe divin ''IL faut : 1° que le ''fait soit historiquement certain, ''et 2° qu'il se soit accompli pour ''confirmer la mission divine de Jésus. ''Il n'y a pas lieu en effet de démontrer le caractère miraculeux du fait, que personne ne conteste. D'où deux paragraphes seulement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Résurrection est un fait historiquement certain. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''267. — 1°''' '''Adversaires. '''— Le miracle de la Résurrection a rencontré à toutes les époques de nombreux adversaires. Seuls, ceux de l'heure présente doivent retenir notre attention. D'une manière générale, l'on pourrait poser en principe que l'opinion des ennemis du christianisme fut toujours commandée par leurs passions et leurs préjugés, Celle de nos rationalistes modernes dérive de leur ''philosophie qui repousse a priori tout miracle, ''à supposer même qu'il fût attesté par les témoignages les plus forts et les plus dignes de foi. « Aujourd'hui, dit M. Stapfer, pour l'homme moderne, une résurrection véritable, le retour à la vie organique d'un corps réellement mort est l'impossibilité des impossibilités. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn213 [213]] Le siège de ces critiques est donc fait d'avance, et la seule question qui se pose pour eux c'est de découvrir le meilleur terrain sur lequel ils puissent donner l'assaut à l'apologétique catholique. Ce terrain, ils ont cru le trouver dans la ''critique littéraire et historique. ''L'on ne dit donc plus aujourd'hui : nous ne croyons pas à la Résurrection, parce que le fait est impossible, parce qu'il est en dehors des lois de la nature ; l'on se contente de dire : Tout fait historique doit être prouvé par le témoignage de ceux qui ont pu le connaître. Or « la Résurrection, si on veut la prendre pour une réalité historique, de même ordre que la mort, n'est attestée que par des témoignages discordants... la mort, fait naturel et réel, a eu des témoins et pouvait être racontée ; la Résurrection, matière de foi, n'a jamais été vérifiée... On ne parle que de visions et les récits qu'on en donne sont contradictoires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn214 [214]] La Résurrection est « une croyance chrétienne, non un fait de l'histoire évangélique. Et s'il fallait y voir un l'ait d'ordre historique, on serait obligé de reconnaître que ce fait n'est pas garanti par des témoignages suffisamment sûrs, concordants, clairs et précis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn215 [215]] Comme il est permis d'en juger par ces deux brèves citations, c'est bien au nom de la ''critique historique ''qu'on entend nier le fait de la Résurrection: c'est en s'appuyant sur les témoignages qui le rapportent, en les opposant entre eux, que l'on espère ruiner l'un des points principaux de la croyance chrétienne. C'est ainsi que l'on met le témoignage de saint Paul en parallèle avec le témoignage des Évangélistes, et comme le premier est moins circonstancié et qu'il est de date antérieure, l'on prétend qu'il représente la tradition primitive, laquelle n'aurait cru d'abord qu'à l'immortalité du Christ et ne serait arrivée à la foi à la Résurrection corporelle de Notre-Seigneur que peu à peu et par des étapes successives dont les récits évangéliques portent les traces. Nous allons voir si toutes ces prétentions sont justifiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
268. — '''2°''' '''Preuves de la Résurrection. '''— Les deux principaux témoignages qui nous rapportent le fait de la Résurrection sont, d'après l'ordre chronologique : — a) le ''témoignage de saint Paul, ''consigné dans la première Épître aux Corinthiens, dont la date de composition peut être fixée, de l'avis de tous les critiques, entre 52 et 57[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn216 [216]] ; et — ''b) ''le ''témoignage des Évangiles, ''composés entre 67 et la fin du 1er siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''TÉMOIGNAGE DE SAINT PAUL. ''— Saint Paul, avons-nous dit plus haut, a souvent prêché la Résurrection du Christ. Mais le passage le plus important où il en rende témoignage, se trouve dans son ''Épître aux Corinthiens ''(xv, 11-14). Voici d'ailleurs les points principaux de ce passage ; « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé... je vous ai enseigné avant tout, ''comme je l'ai appris ''moi-même, que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures ; qu'il a été ''enseveli ''et qu'il est ''ressuscité ''le troisième jour, conformément aux Ecritures ; et qu'il est ''apparu ''à Képhas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est ''apparu ''à Jacques, puis à tous les Apôtres. Après eux tous, il m'est ''apparu ''aussi à moi, comme à l'avorton... Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts? S'il n'y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l'analyse impartiale de ce texte, il ressort que saint Paul affirme la mort, l'ensevelissement et la résurrection de Jésus : — a) la ''mort ''de Jésus « Je vous ai enseigné que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn217 [217]] La mort de Jésus, — la mort rédemptrice, Jésus s'immolant volontairement sur la croix pour le rachat de l'humanité coupable, — voilà bien le thème ordinaire de la prédication de saint Paul. Or le fait et la doctrine qui s'y rattache, il déclare les avoir reçus de la tradition apostolique ; -— ''b) ''la ''sépulture ''de Jésus : « Je vous ai enseigné... qu'il (le Christ) a été ''enseveli. ''» Le mot grec « ''etaphê» ''dont saint Paul se sert, et que l'on a traduit par: « a été enseveli», désigne généralement, chez les écrivains sacrés du Nouveau Testament, une sépulture honorable : c'est le mot que saint Luc emploie quand il parle de la sépulture du riche dans la parabole de Lazare ''(Luc, ''xvi, 22), et c'est encore le mot que nous trouvons dans les ''Actes des Apôtres ''(ii, 29), à propos de la sépulture de David. Il ne peut donc être question d'un enfouissement, comme M. Loisy en a fait l'hypothèse dans un fragment de lettre reproduit par 1'''Univers ''du 3 juin 1907[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn218 [218]], où il ne craint pas de dire que « l'ensevelissement par Joseph d'Arimathie et la découverte du tombeau vide, le surlendemain de la passion, n'offrant aucune garantie d'authenticité, l'on est en droit de conjecturer que, sur le soir de la passion, le corps de Jésus fut détaché de la croix par les soldats et jeté dans quelque ''fosse commune, ''où l'on ne pourrait avoir l'idée de l'aller chercher et reconnaître au bout d'un certain temps. » On ne voit pas bien sur quels textes une telle hypothèse petit s'appuyer ; en tout cas ce n'est pas sur le mot ''etaphê ''employé par saint Paul et qui désigne à tout le moins une sépulture ordinaire. Conjecturer après cela que Jésus fut jeté dans une fosse commune n'est plus de la critique historique, c'est de la critique fantaisiste ; — ''c) le fait même de la Résurrection. ''Ce troisième point est, à vrai dire, celui qui importe le plus à l'Apôtre, le seul qui aille à la thèse qu'il soutient. Toutefois, il convient de le remarquer aussitôt, il ne s'agit pas tant pour saint Paul de prouver la résurrection de Jésus qui n'est pas en cause, que de la rappeler comme une vérité admise et de s'en servir comme de point d'appui pour la démonstration d'un autre dogme mis en discussion. Quel est en effet le ''but ''de la première lettre aux Corinthiens1! C'est de prouver aux fidèles de cette Église, précédemment évangélisée par saint Paul, que ceux d'entre eux qui nient la résurrection des morts sont dans l'erreur et ''l'illogisme, ''puisqu'ils admettent bien la résurrection de Jésus-Christ. Car, dans la pensée de l'Apôtre, les deux choses s'enchaînent, l'une est impliquée dans l'autre. L'on ne peut nier la résurrection des morts sans nier la Résurrection du Christ; et nier la Résurrection du Christ c'est donner un démenti au témoignage des Apôtres, c'est dire qu'ils ont enseigné une chose fausse, et que dès lors le christianisme est sans valeur. « Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi.» (1 ''Cor., ''xv, 16, 17). Étant donné le ''but ''de l'Apôtre, il est assez naturel qu'il n'insiste pas autrement sur les ''preuves ''de la Résurrection du Christ. Il lui suffit de faire un choix et de retenir celles qui sont le plus aptes à faire impression sur ses lecteurs. Or des deux arguments employés par les Évangélistes : le tombeau vide et les apparitions, il est indiscutable que le premier a une moindre portée que le second, vu que le tombeau vide peut s'expliquer par d'autres hypothèses que la résurrection. Saint Paul laisse donc de côté ce premier argument, ou tout au moins, n'en parle-t-il que d'une manière indirecte. Nous disons cependant qu'il ''en parle d'une manière indirecte, ''car lorsqu'il déclare que « le Christ est ''mort», ''« qu'il a été ''enseveli ''» « et qu'il est ''ressuscité ''», c'est bien celui qui est mort et a été enseveli, qui ressuscite, et comment la chose pourrait-elle se faire si le corps était resté au tombeau? Toutefois, si le tombeau vide est dans la pensée de saint Paul, il faut reconnaître que l'Apôtre ne cherche pas à en tirer un argument et qu'il se contente d'insister sur le fait des apparitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver, ou mieux, pour rappeler aux Corinthiens que ''Jésus est ressuscité, ''saint Paul invoque donc six apparitions qu'il divise en trois groupes : — 1. Dans le premier groupe, deux apparitions, l'une à Pierre, l'autre aux Douze ; — 2. dans le second, trois apparitions, la première à cinq cents frères, la seconde à Jacques, la troisième à tous les Apôtres ; — 3. dans le troisième, une seule apparition, celle dont il fut lui-même gratifié. Toutes les apparitions d'ailleurs sont ''mises sur le même pied, ''mais il y a tout lieu de présumer que, aux yeux de saint Paul, l'apparition aux cinq cents frères avait une importance particulière, car, au moment où il écrivait, quelque vingt-cinq ans après l'événement, la plupart de ces témoins étaient encore vivants, et c'est une sorte d'appel à leur témoignage commun que l'Apôtre ne craint pas de leur adresser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''269. —''' '''Objection. '''— Les apparitions, objectent les rationalistes, sont mises par saint Paul sur le même pied ; toutes furent du même genre, puisque l'apôtre les décrit de la même manière, et qu'il emploie partout le même mot, le verbe ''ôphtê ''qu'on peut traduire par les expressions françaises, « il a été vu» ou « il est apparu». Telle fut l'apparition de Jésus à Saul sur le chemin de Damas ; telles furent donc les autres apparitions. La question revient dès lors à déterminer ce que l'Apôtre a voulu signifier en disant qu'il avait vu le Christ ressuscité. Or saint Paul n'a pas pu entendre par là qu'il avait vu le Christ revenu en vie dans le corps qui avait été déposé dans le tombeau ; il n'a vu qu'une lumière, « un corps de gloire» ''(Phil., ''iii, 21). Et la lumière même qu'il a vue n'était pas une lumière réelle et objective. « IL a eu la sensation de voir, sans qu'il y ait rien à la portée de son regard. Il était halluciné.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn219 [219]] Et comment cette ''hallucination ''se produisit-elle? C'est que, d'après M. Meyer, saint Paul, homme de génie mais atteint d'une maladie nerveuse, et coutumier de semblables visions, se trouvait corporellement et intellectuellement prédisposé à l'événement du chemin de Damas. Les idées de Jésus Messie, de Jésus principe de vie, de Jésus vivant et immortel s'étaient formées peu à peu à son insu dans sa ''subconscience. ''Sur la route de Damas, ces idées firent soudain irruption de sa subconscience à sa conscience, et il vit alors le Christ dans un corps de gloire, un corps spiritualisé ou pneumatique, qui projeta sur lui une lumière aveuglante, mais ce corps n'était pas le cadavre de Jésus revenu à la vie. Toutes les apparitions mentionnées par saint Paul, concluent alors les rationalistes, étant de la même nature que la sienne, n'ont été que des ''visions subjectives.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous admettons avec les rationalistes, comme nous l'avons du reste dit précédemment, que les apparitions décrites par saint Paul, sont mises sur le même pied. Mais est-il vrai que l'Apôtre, en rappelant l'apparition dont il fut témoin sur le chemin de Damas, veut parler d'une « ''vision subjective» ''Le contexte indique tout le contraire. La pensée intime de l'Apôtre peut on effet se déduire du but qu'il poursuivait dans sa lettre. Voulant combattre l'opinion de certains fidèles de Corinthe qui niaient la ''résurrection corporelle ''des morts, saint Paul entend en démontrer l'existence et la nature en s'appuyant sur la Résurrection de Jésus. Son raisonnement eût donc tombé à faux, si, pour prouver que les morts reprendront leurs corps, leurs ''vrais corps, ''quoique glorieux et doués de propriétés nouvelles, il eût commencé par dire, que la Résurrection du Christ, qui en était le principe et le modèle, n'avait pas été corporelle. Quand il déclare que le Christ ressuscité lui est apparu, il veut donc dire qu'il l'a vu dans le même corps qui était mort et avait été enseveli, identique à ce qu'il avait été durant sa vie terrestre, sauf la qualité de gloire en plus. Telle est, à ne pas en douter, le fond de la pensée de l'Apôtre. — Cela est juste, répliquent les rationalistes, « les Évangélistes et saint Paul n'entendent point raconter des impressions subjective? ; ils parlent d'une présence objective, extérieure, sensible, non d'une présence idéale, bien moins encore d'une présence imaginaire. Les conditions d'existence de ce corps étaient différentes, mais c'était le même qui avait été mis dans le tombeau, et que l'on croyait n'y être point demeuré »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn220 [220]]. Oui, mais c'était là, d'après M. Loisy toujours, ''pure hallucination ''ou ''simple illusion, ''de la part des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Pour ce qui concerne le propre cas de saint Paul, ''peut-on dire qu'il fut ''halluciné? ''Il est vrai que plusieurs fois dans sa vie, il eut des visions, mais il a toujours pris soin de distinguer entre celle-ci et les autres. La vision du chemin de Damas était, à ses yeux, le fondement de sa vocation. C'est parce qu'il avait vu le Christ glorieux, qu'il s'était rencontré avec lui et avait entendu son appel, qu'il revendiquait le titre d'apôtre. Jamais il n'aurait osé se prévaloir de ce titre s'il n'avait eu la conviction d'avoir vu le Christ aussi réellement que les autres Apôtres, et d'avoir ouï sa voix qui l'appelait à l'apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, poursuivent nos adversaires, saint Paul fut ''sincère, ''mais cela n'empêche pas qu'il fut ''victime de l'hallucination. ''Tout en poursuivant les chrétiens, il se fit au fond de son être un travail inconscient ; il eut des doutes sur la vérité de la doctrine de Jésus, sur la légitimité de ses persécutions, bref, il eut des remords. Ces impressions restées d'abord latentes, à l'intérieur de son être, jaillirent subitement de sa subconscience à sa conscience, provoquant les hallucinations de la vue et de l'ouïe, et produisant dans son esprit des convictions nouvelles et causant sa conversion. — ''Or rien de tout cela n'est historique. ''Ce prétendu travail préparatoire à la conversion, qui se serait passé dans la conscience subliminale de saint Paul, n'apparaît nulle part. C'est toujours de bonne foi que Paul persécuta les chrétiens, et parce qu'il croyait bien faire en défendant les « traditions» de ses « pères», comme il L'a déclaré lui-même ''(Gal., ''i, 14 ; ''Act., ''xxvi, 9). Ce qu'il a fait, il l'a fait « par ignorance» (I ''Tim., ''i, 13). L'hypothèse du remords n'a aucune base dans les textes. C'est en un instant que Saul se trouva converti et qu'il crut en Celui dont il persécutait les disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Mais supposons, si on le veut, que saint Paul fut halluciné. Dira-t-on que les ''autres témoins, ''dont parlent saint Paul et les Évangélistes, ''furent tous hallucinés? ''Tout repousse cotte supposition : les conditions de nombre, de temps et de circonstances ne comportent pas une telle hypothèse. — ''1. Le nombre. ''Il n'est pas raisonnable de supposer que tant de témoins d'un caractère si différent aient été victimes d'une illusion de leurs sens. Ce n'est pas une fois que Notre-Seigneur se montre ressuscité, mais de nombreuses fois ; ce n'est pas à une personne, ce n'est pas même à ses soûls Apôtres qu'il apparaît, mais à cinq cents frères à la fois. — 2. ''Le temps. ''Les apparitions ont ou lieu après la mort de Jésus, c'est-à-dire à un moment où les disciples étaient désemparés et songeaient à se cacher. Dans un pareil état d'esprit, ils ne pouvaient s'imaginer que le Crucifié leur apparaissait dans la gloire. Les apparitions ont donc dû s'imposer du dehors et dans des conditions d'objectivité telles qu'elles ont entraîné une foi irrésistible à la Résurrection. — 3 ''Les circonstances. ''Saint Paul il est vrai, ne mentionne aucune circonstance, mais si nous nous reportons aux récits des Évangélistes, nous voyons que les Apôtres sont d'abord incrédules et croient voir un esprit. Jésus leur fait alors toucher ses plaies (''Luc, ''xxiv, 37, 40 ; ''Jean, ''xx, 27) ; il mange devant eux ''(Luc, ''xxiv, 43) ; il leur fait remarquer « qu'un esprit n'a ni chair ni os » ''(Luc, ''xxiv, 39) ; il permet aux saintes femmes d'embrasser ses pieds ''(Mat., ''xxviii, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que les hallucinations, telles qu'on les entend, ont été des ''hallucinations vraies, ''des hallucinations ''objectives, ''produites directement par Dieu pour obtenir la foi des Apôtres à Jésus vivant et triomphant? Cette hypothèse n'est pas plus historique que les autres ; elle est de plus blasphématoire, vu qu'elle regarde Dieu comme la cause directe de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Les attaques des adversaires manquent donc de base sérieuse, et nous avons le droit de conclure que, suivant le ''témoignage de saint Paul, ''la Résurrection est un ''fait historiquement certain, ''démontré par ''six apparitions. ''De ces apparitions saint Paul peut rendre témoignage d'une, puisqu'il a conscience d'en avoir été l'heureux témoin. Quant aux outres, il affirme qu'elles sont venues à sa connaissance par le récit qui lui en a été fait lors de sa première rencontre à Jérusalem avec les Apôtres, an particulier avec saint Pierre et saint Jacques, trois ans après sa conversion ''(Gal., ''I, 18), c'est-à-dire environ quatre ans après l'événement lui-même, si l'on suit la chronologie adoptée par M. Harnack qui reporte la conversion de saint Paul à l'année même de la mort de Jésus. Ainsi, à une époque aussi rapprochée des faits, les Apôtres croyaient déjà à la Résurrection corporelle de leur Maître. Il n'est donc pas possible d'admettre, avec l'école mythique, que la Résurrection est une légende qui s'est formée au milieu du IIe siècle, ni, avec certains critiques contemporains (Loisy), que les Apôtres et les disciples n'ont ni cru ni prêché que le corps de leur Maître était sorti vivant du tombeau au troisième jour après sa mort, et que les chrétiens ne seraient arrivés à cette foi qu'en défigurant les croyances primitives et les impressions des premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
270. — B. ''TÉMOIGNAGE DES ÉVANGILES. ''— D'après le témoignage des quatre Évangiles, la foi à la Résurrection de Jésus est née d'une double cause : — a) de la découverte du tombeau vide, et — b) des apparitions du Ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Argument tiré de la découverte du tombeau vide. ''— Suivant les récits des quatre Évangélistes, les femmes et les disciples qui se rendirent au sépulcre pour embaumer Jésus, trouvèrent le tombeau vide. La pierre qui fermait l'entrée du sépulcre était rejetée sur le côté ''(Marc, ''xvi, 4). A l'intérieur du sépulcre, les linges gisaient à terre, les linceuls et le suaire séparément ''(Jean, ''xx, 7) ; le corps de Jésus n'était plus là ''(Luc, ''xxiv, 3). Un Ange leur annonça la Résurrection. Les gardes effrayés avaient fui et étaient allés annoncer la nouvelle aux princes des prêtres qui leur donnèrent une forte somme d'argent pour publier que les disciples avaient enlevé le corps pondant qu'ils dormaient ''(Mat, ''xxviii, 11, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le premier argument invoqué par les Évangélistes en faveur de la Résurrection est tiré de ce fait que le lendemain du sabbat, le dimanche matin, le corps de Jésus avait disparu du tombeau où il avait été enseveli l'avant-veille par Joseph d'Arimathie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
271. — '''Objection. '''— L'argument tiré de la découverte du tombeau vide a été, de tout temps, l'objet des plus vives attaques de la part des adversaires dix christianisme. — 1. ''Ou bien ils ont admis la matérialité du fait, ''et ils se sont ingéniés a en fournir des explications naturelles : — 1) Les ''Juifs, ''au 1er siècle, recoururent à ''l'hypothèse de l’enlèvement. ''Ils accusèrent les disciples d'avoir dérobé le corps de leur Maître, la nuit, pendant que les gardes dormaient[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn221 [221]]. — 2) Parmi les critiques modernes. ''les uns ''ont complètement abandonné l'hypothèse de l'enlèvement par les disciples de Jésus. C'est ainsi que ''l'école naturaliste ''allemande (Bret-schneider, Paulus, Hase) supposa que Jésus n'était pas mort sur la croix et qu'il était seulement tombé en léthargie. La fraîcheur du tombeau, la vertu des baumes et la forte odeur des aromates l'ayant rappelé à la vie, il se débarrassa de ses linceuls et du suaire qui lui couvrait la tête, et il put sortir du sépulcre grâce à un tremblement de terre qui fit rouler la pierre qui on scellait l'entrée. Il apparut alors à ses disciples qui le crurent ressuscité. ''Les autres, ''au contraire, ont repris l'hypothèse de l'enlèvement en la modifiant. Comme le découragement dans lequel étaient tombés les Apôtres, écarte d'eux tout soupçon d'imposture, ils ont supposé que l'enlèvement avait été fait soit par les Juifs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn222 [222]] qui voulaient empêcher l'affluence des visiteurs, soit par le propriétaire du jardin qui voulait débarrasser son caveau du cadavre qui en avait pris possession[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn223 [223]], soit par Joseph d'Arimathie lui-même qui, n'étant pas un disciple de Jésus, et n'ayant prêté son caveau que par charité, se serait empressé, le sabbat passé, de faire transporter le corps dans un autre endroit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn224 [224]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ou bien ils ont nié la matérialité du fait ''et ont prétendu que le récit de la découverte du tombeau vide est une ''légende ''inventée par la seconde ou la troisième génération chrétienne, et ils en veulent voir la preuve dans le silence de saint Paul. Si saint Paul, disent-ils, dont le témoignage est antérieur à celui des Évangiles, ne mentionne pas l'argument du tombeau vide, c'est qu'il ne le connaissait pas et que la légende n'était pas encore formée au moment où il écrivait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous ne nous attarderons pas à répondre longuement à ceux qui, prenant les Apôtres pour des ''imposteurs, ''soutiennent qu'ils ont été les auteurs du rapt. Quel intérêt pouvaient-ils avoir à inventer la fable de la Résurrection et à faire adorer comme un Dieu, un séducteur dont ils auraient été les premières victimes? Un tel plan n'était-il pas d'ailleurs irréalisable? Comment auraient-ils enlevé le corps? Par violence, par corruption ou par ruse? Aucune des trois hypothèses n'est sérieuse. La ''violence ''n'est pas admissible, de la part de gens qui avaient montré si peu de courage au cours de la Passion. La ''corruption ''n'est possible qu'avec de l'argent, et les Apôtres étaient plutôt pauvres. Reste le troisième moyen : enlever le corps par ''ruse. ''Il s'agissait alors de surprendre les gardes par un chemin détourné, ou la nuit, alors qu'ils auraient été endormis, de pousser la pierre sans le moindre bruit, puis d'enlever le corps sans éveiller personne, et de le cacher dans une retraite assez sûre pour qu'on ne pût le découvrir : une telle entreprise ne dépasse-t-elle pas les limites de la vraisemblance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'hypothèse de la ''mort apparente ''de Jésus est tombée aujourd'hui ''dans le plus complet discrédit. ''Il faut choisir en effet. Ou l'on accepte les récits des Évangélistes tels qu'ils sont, et alors rien n'autorise à croire que la mort de Jésus ne fut qu'apparente. Si les souffrances de la croix et le coup de lance ne l'avaient pas fait mourir, il aurait sûrement été asphyxié par les cent livres d'aromates et par le séjour au tombeau. Ou bien l'on regarde les récits évangéliques comme des légendes, et alors l'on tombe dans l'objection qui nie la matérialité du fait et à laquelle nous répondrons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que le ''rapt a été commis par les Juifs, ''est une hypothèse plus absurde encore et contredite par les faits. Il faut se souvenir en effet que les Apôtres prêchèrent la Résurrection, non seulement devant le peuple, mais devant les chefs de la nation. Pierre et Jean furent emprisonnés pour cela, et ils comparurent devant le tribunal juif ''(Actes, ''iv, 1, 12). Conçoit-on alors le silence des Sanhédrites ? « La pièce à conviction était entre leurs mains ; ils pouvaient ébranler d'un seul geste, d'une parole, la foi nouvelle dont les progrès rapides les inquiétaient... Si les Sanhédrintes se sont tus, s'ils n'ont pas opposé ce démenti éclatant, c'est parce qu'ils n'étaient pas en état de le fournir. A Jour insu et sans eux le sépulcre avait été dépouillé de son cadavre. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn225 [225]] Et qui donc l'avait enlevé? « Ce n'est pas un ami. Ce n'est pas un ennemi. Ce n'est pas un étranger. Depuis plus de dix-neuf siècles ''(Mat., ''xxviii, 12-15) on a épuisé toutes les hypothèses pour échapper au miracle ; à aucune on n'a pu donner quelque vraisemblance. Il ne reste qu'une réponse possible. Le Christ est sorti de lui-même de son sépulcre. Il est ressuscité corporellement » [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn226 [226]]!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Est-on mieux fondé à prétendre que la découverte du tombeau vide est une ''légende inventée par la seconde ou la troisième génération chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn227 [227]] ''? Comment expliquer alors la foi des Apôtres, la transformation totale, qui s'est faite en eux quelque temps après le grand drame de la croix qui les avait laissés si découragés et si abattus? Si rien n'est venu les remettre de leur déception, si la foi à la Résurrection ne s'est formée que peu à peu, comment se fait-il que, de lâches et timides qu'ils étaient au cours de la Passion, ils soient devenus, après, intrépides, audacieux et qu'ils prêchèrent la Résurrection jusqu'au sacrifice de leur vie? Faut-il croire « ces témoins qui se font égorger » ou les prendre pour des exaltés et des fous?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
272. — b) ''Argument tiré des apparitions. ''— Tandis que l'argument tiré du tombeau vide n'est qu'une preuve indirecte, vu que le fait peut être expliqué par d'autres hypothèses que la Résurrection, les ''apparitions ''constituent une ''preuve directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on compare les deux témoignages de saint Paul et des Évangélistes, l'on peut compter ''onze apparitions, ''celle du chemin de Damas à saint Paul non comprise. Deux apparitions mentionnées par saint Paul ne figurent pas chez les Évangélistes, à savoir l'apparition aux cinq cents disciples et l'apparition à Jacques. Le total des apparitions relatées par les Evangélistes s'élève donc à neuf, dont ''sept ''eurent lieu à ''Jérusalem ''ou aux environs, et ''deux ''en ''Galilée. ''Dans le premier groupe, — les ''apparitions hiérosolymitaines, ''— l'on compte les apparitions : — 1. à Marie-Madeleine ''(Marc, ''xvi, 9 ; ''Jean, ''xx, 14, 15) ; — 2. aux femmes qui revenaient du sépulcre ( ''Mat., ''xxviii, 9) ; — 3. à Simon Pierre ''(Luc, ''xxiv, 34) ; — 4. aux deux disciples qui allaient à Emmaüs ''(Marc, ''xvi, 12 ; ''Luc, ''xxiv, 13 et suiv.) ; et — 5. aux Apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas absent ''(Marc, ''xvi, 14; ''Luc, ''xxiv, 36 et suiv. ; ''Jean, ''xx, 19-25). Ces cinq premières apparitions eurent lieu le jour de Pâques. — 6. Huit jours plus tard, à Jérusalem encore, Jésus apparut aux onze Apôtres, Thomas présent et invité par le Seigneur à toucher les plaies de ses mains et de son côté ''(Jean, ''xx, 26-29). — 7. En ''Galilée, ''il apparut à sept disciples sur le lac de Tibériade (''Jean, ''xxi, 1, 14) ; puis — 8. aux onze Apôtres sur une montagne de (ralliée ''(Mat., ''xxviii, 16, 17). — 9. Enfin, une dernière apparition qui précéda l'Ascension et qui eut lieu sur le Mont des Oliviers devant tous les Apôtres assemblés ''(Luc, ''xxiv, 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''273. —''' '''Objection. '''— On objecte contre l'argument tiré des apparitions les ''divergences ''que l'on trouve dans les narrations évangéliques. — 1. L'on fait remarquer que les Évangélistes ne s'entendent pas sur le ''nombre ''des femmes qui se rendirent au tombeau, ni sur le nombre des Anges qu'elles virent. — 2. Mais l'on invoque surtout la soi-disant opposition entre les auteurs sacrés à propos du ''théâtre ''des apparitions. D'après les critiques libéraux et rationalistes, il y aurait dans les récits évangéliques comme ''deux traditions ''superposées et d'ailleurs inconciliables : l'une représentée par saint Matthieu et saint Marc, plaçant les apparitions en Galilée, conformément au message que l'ange donne aux saintes femmes pour les Apôtres au matin de la résurrection ; l'autre représentée par saint Luc et saint Jean et mettant le théâtre des apparitions exclusivement en Judée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— 1. Loin d'infirmer leurs récits, les ''divergences ''prouvent au contraire l'indépendance des historiens. Les divergences portent d'ailleurs sur des points secondaires, tels que le ''nombre des femmes ''et le ''nombre des anges ; ''elles laissent intact le ''fait ''lui-même de la Résurrection. Il apparaît avec évidence que les ''variantes de détails ''n'empêchent nullement ''l'identité du fond. ''— 2. L'opposition qu'on signale entre les Évangélistes à propos du ''théâtre ''des apparitions, n'est pas aussi évidente qu'on l'affirme, et il est loin d'être démontré qu'il y eut deux traditions distinctes, l'une hiérosolymitaine, l'autre galiléenne, et encore moins, que chaque évangéliste ne connut que l'une des deux traditions. Comment peut-on prétendre, en effet, que saint Matthieu qui, avec saint Marc, représente la tradition galiléenne, ignore la tradition judéenne, alors qu'il rapporte une apparition de Jésus aux saintes femmes, au moment où elles sortaient du sépulcre? (''Mat., ''xxviiî, 8, 9). La finale de saint Marc rapporte également des apparitions hiérosolymitaines, mais n'insistons pas sur ce fait, vu que nos adversaires considèrent cette finale comme apocryphe. De même, l'Évangile de saint Jean, si on le prend en son entier et avec son appendice, raconte des apparitions judéennes et des apparitions galiléennes. Saint Luc ne rapporte que les apparitions judéennes. Donc, en définitive, si l'on excepte saint Luc, les Evangélistes connaissent les deux théâtres des apparitions du Christ, et l'exclusivisme qu'on voudrait trouver dans leurs narrations, n'existe en réalité que dans l'esprit des critiques rationalistes. Trois Évangélistes au moins sur quatre ont recueilli la double tradition : hiérosolymitaine et galiléenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, par ailleurs, que la plupart des divergences s'expliquent très bien par le ''but différent ''que les Évangélistes poursuivaient. Ainsi saint Matthieu, écrivant pour le milieu juif où le bruit courait que les disciples avaient enlevé le corps du Christ montre l’invraisemblance d’une telle accusation par ''le récit de la garde mise au tombeau ''et de ''l'apposition des scellés sur la pierre du sépulcre. Saint Marc ''écrivant pour le ''milieu romain, ''très attaché aux formes juridiques, rapporte d'abord que la mort de Jésus a été ''constatée officiellement ''par une enquête de Pilate auprès du Centurion chargé de l'exécution de la sentence, puis il insiste sur ''l'incrédulité des disciples ''qui refusent d'ajouter foi au récit de Marie-Madeleine. — Saint Luc, écrivant pour le ''milieu grec, ''où le témoignage des femmes n'était pas reçu en justice et où la résurrection des morts était regardée comme une absurdité, ne mentionne que les ''apparitions aux hommes ''(aux deux disciples d'Emmaüs, à Pierre, aux Onze et à leurs compagnons) et apporte des détails matériels afin de démontrer que le corps ressuscité du Christ n'était pas un fantôme, mais bien un ''corps réel, ''puisqu'il se laissait toucher et qu'on pouvait le voir manger et boire. Ne suivant pas la même marche, les Évangélistes se sont donc approprié ce qui rentrait dans leur plan et convenait le mieux à leurs lecteurs : ce serait dès lors une erreur de conclure qu'ils aient ignoré ''les faits qu'ils passent sous silence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, de l'examen des documents, il résulte que, dès les premiers jours, les Apôtres, tant par la découverte du tombeau vide que par les apparitions, crurent que leur Maître était ressuscité, qu'ils se le représentèrent survivant, non seulement dans son âme immortelle, mais ''dans son corps. ''Ils crurent que son corps n'était pas resté au tombeau, mais qu'il vivait à nouveau et pour toujours, transformé et glorifié[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn228 [228]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le miracle de la Résurrection fut accompli pour confirmer la mission divine de jésus. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
274. — La ''connexion ''entre la Résurrection de Jésus et sa mission divine est chose si manifeste qu'elle n'a jamais été l'objet de controverse. Entre les adversaires du christianisme et les apologistes chrétiens le débat n'a jamais porté que sur le ''fait ''même de la. Résurrection. Il a toujours été admis que, si Jésus était ressuscité, sa mission était divine ; il était le Messie, le Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne sera donc pas nécessaire d'insister longuement sur ce point. La pensée de Jésus de lier sa mission au miracle de la Résurrection, ressort : — 1. de ce fait qu'il ''prédit l'événement ''à plusieurs reprises, comme étant une marque révélatrice du Messie : « Alors (après la confession de Pierre) il commença à leur (aux Apôtres) enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup... qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât trois jours après. ''» (Marc, ''vii, 31). A trois autres reprises, Jésus prédit encore sa mort et sa résurrection ''(Marc, ''ix, 8'', ''9 ; 30 ; x, 32-34) ; — 2. de cet autre fait qu'on doux circonstances Jésus ''fit appel à sa Résurrection future ''comme au ''seul signe ''qui serait donné pour prouver sa mission. — 1. Dans une première circonstance, un groupe de Pharisiens lui demande un ''signe de sa mission : ''« Maître, nous voudrions voir un signe de vous. » Il leur répondit : « Cette race méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » ''(Mat., ''xii, 38-40). — 2. Dans une seconde circonstance, alors qu'il venait de chasser les vendeurs du Temple, les Juifs, s'étonnant de le voir agir ainsi, lui demandent un signe qui l'autorise a user d'une telle autorité ; Jésus répond en ces termes : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs repartirent : « C'est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours, vous le relèverez ! » Mais lui, il parlait du temple de son corps. Lors donc qu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela. » ''(Jean, ''ii, 18-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi le seul signe que Jésus consente à donner à ses ennemis en faveur de sa mission divine, c'est sa Résurrection. Et comme celle-ci est ''un fait historiquement certain, ''nous pouvons conclure que Jésus nous a laissé le témoignage le plus authentique et le plus grand de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — '''Sur les prophéties et les miracles.''' — ''Les Vies de Jésus-Christ ''par l'abbé Fouard, Mgr Le Camus, le P. DIDON. le P. Berthe.— Lemonnyer, art. ''Fin du monde ''(Dict. d'Alès). — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu. ''— Batiffol, ''Six leçons sur l'Évangile ''(Blond). — Fillion, ''Les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''— De Bonniot, ''Les miracles de l'Évangile ''(Étude 1888) — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques ''(Gabalda). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''— Couget, ''La divinité de Jésus-Christ.''— Frayssinous, ''Défense du Christianisme, Des miracles ''(Le Clère). — Lacordaire, 38e conférence. — Monsabré, 28e , 29e , 36e conférences, ''Introduction au Dogme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Résurrection'''. — Mangenot, ''La Résurrection de Jésus ''(Beauchesne) — Ladeuze, ''La Résurrection du Christ devait la critique contemporaine ''(Bloud). — Chauvin, ''Jésus est-il ressuscité? ''(Bloud). — Lepin, ''Christologie ''(Beauchesne).— Lebreton, art. ''Sur la Résurrection, ''Rev pr. d'Ap., mai 1907. — Lesêtre, ''Jésus ressuscité, ''Rev. du Clergé français, 1907. ''L'Ami du Clergé, ''Année 1923, Nos 36, 44, 49. — Bourdaloue, ''Sermon sur la Résurrection...''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre V. — La Doctrine chrétienne, Sa rapide diffusion. Le Martyre. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275. — Maintenant que nous avons vérifié les titres du fondateur du christianisme et que nous avons démontré que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, il semble superflu de mettre en lumière ''la qualité de la doctrine. ''Il y a tout lieu, en effet, de préjuger qu'elle est ''transcendante, ''puisqu'elle est l'œuvre d'un Envoyé divin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme nous aurons l'occasion, dans le second article, de parler de l’''excellence ''de la doctrine chrétienne (V. N° 285), nous laisserons de côté la question pour le moment. De toute façon, il n'est pas possible, dans un Manuel d'Apologétique, de donner à cette preuve de la divinité du christianisme ''(critère intrinsèque) ''les développements qu'elle comporte. Ce travail nous entraînerait trop loin, et nous prenons la liberté de renvoyer à notre « ''Doctrine catholique ».''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous plaçant sur le seul terrain de ''l'apologétique défensive, ''nous nous bornerons ici à répondre à une objection que les rationalistes tirent de l'histoire comparée des religions. Lorsque nous avons parlé des ''fausses religions, ''à dessein nous avons mis en relief les ''ressemblances ''qui existent entre elles et le christianisme. Nous tenons à y revenir, afin d'écarter définitivement l'objection rationaliste qui voudrait représenter la doctrine chrétienne comme une ''doctrine d'emprunt ''et sans individualité propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela, nous envisagerons les ''circonstances historiques ''du christianisme, ses destinées dans l'espace et dans le temps, autrement dit, sa rapide diffusion parmi le monde, et sa merveilleuse vitalité à travers les siècles, en dépit des obstacles nombreux qu'il a rencontrés, en particulier, des violentes persécutions qui ont essayé de l'étouffer à ses origines. Ce dernier point nous amènera à la question du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Dans le premier, nous établirons ''le caractère original ''de la doctrine du Christ. 2° Dans le second, nous parlerons de sa ''merveilleuse propagation. ''3° Enfin nous traiterons du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La doctrine chrétienne n'est pas une synthèse de doctrines étrangères. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''276. — 1° Objection rationaliste. '''— Nous avons vu précédemment (N° 142) que les ''rationalistes, ''s'appuyant sur la ''doctrine de l'évolution, ''assignent au sentiment religieux une origine tout humaine, où il n'y a place ni pour le surnaturel ni pour la révélation. Partant de ce principe qu'ils érigent en dogme, ils étudient les religions comme des institutions humaines, ils en relèvent avec soin les ''points de ressemblance, ''et n'hésitent pas à tirer les conclusions suivantes : à savoir que toutes les religions sont de la même essence, qu'elles se sont influencées réciproquement, que le judaïsme et le christianisme ne sont pas des religions plus originales que les autres, et qu'en particulier, le christianisme est une ''religion d'emprunt, ''qu'il a puisé son dogme, sa morale et son culte soit au judaïsme, soit aux doctrines philosophiques de la Grèce et de Rome, soit surtout aux religions de plus vieille date, telles que le zoroastrisme, le bouddhisme et le mithriacisme, bref, qu'il est une ''synthèse de doctrines étrangères.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277. — '''Réfutation. '''— Ainsi, les historiens rationalistes des religions, après avoir noté les points de contact qu'il y a entre le christianisme et les autres religions, se croient en droit de conclure que le christianisme est coupable de ''plagiat, ''et que, de ce fait, il ne saurait revendiquer une ''origine divine, ''puisqu'il aurait emprunté sa doctrine à des religions que lui-même déclare d'origine humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour répondre à ces allégations, de distinguer deux choses : la ''question de fait, ''et la question de ''l'interprétation du fait, ''ou si l'on veut, la matérialité du fait, et les conclusions qu'on en tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA QUESTION DE FAIT. ''— Dans le but de prouver que le christianisme n'a pas d'individualité propre, qu'il n'est pas une religion originale, les rationalistes relèvent donc les ressemblances qui existent entre sa doctrine et les autres doctrines antérieures, soit philosophiques, — soit religieuses. Voici les principales ''analogies ''qu'ils signalent sur le triple terrain du ''dogme, ''de la ''morale ''et du ''culte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— D'après les rationalistes, qu'il s'agisse des vérités ''naturelles ''ou des vérités ''surnaturelles, ''il n'y a rien dans le christianisme qui ne se trouve déjà ailleurs. — 1. Ainsi, les philosophes de l'antiquité grecque et latine, tels que Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, etc., ont enseigné, plus ou moins clairement, l'existence d'un Dieu unique, d'une Providence qui gouverne le monde, d'une âme spirituelle et libre destinée à une survie où elle recevra soit la récompense de ses bonnes actions, soit le châtiment de ses fautes. D'une façon plus précise encore, ces vérités sont enseignées par les livres sacrés des Juifs. — 2. Passons maintenant aux dogmes qui paraissent former le ''fond original ''de la religion chrétienne, c'est-à-dire aux trois grands mystères de la ''Trinité, ''de l'''Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''celle-ci avec son corollaire obligé, le ''sacrifice. ''Eh bien, disent les rationalistes, non seulement ces dogmes ne sont pas nouveaux et appartiennent tous, plus ou moins, aux religions de l'Inde, mais même les circonstances historiques, ce que l'on pourrait appeler les ''alentours ''des ''dogmes, ''sont comme une réédition de ce qui se lit dans les Livres sacrés de religions d'origine plus ancienne. Nous avons signalé ces différents points au chapitre des fausses religions (V. Nos 191 et suiv.) Nous les rappelons ici brièvement. Dans le mithriacisme, le jeune dieu Mithra naît dans une grotte comme Jésus. Mais c'est surtout avec lès religions de l'Inde que la parenté du christianisme est étroite. Krishna, dieu incarné de. l'hindouisme, est adoré, à sa naissance, par des bergers et quelque temps après, il doit, comme Jésus, fuir en exil. Le Bouddha, à son tour, nous rappelle maints traits de la vie de Jésus. Avant d'entreprendre sa prédication et de commencer son rôle de libérateur, il passe quatre semaines dans la solitude où il subit les assauts du démon tentateur, Mâra. Les livres sacres de la Perse racontent également une tentation de Zoroastre. Ajoutons enfin que la résurrection de Jésus elle-même n'est pas un fait unique dans l'histoire des religions : elle a comme parallèles la mort et la résurrection de trois jeunes dieux, Osiris, Adonis et Atys.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Morale. ''— La morale chrétienne ne présenterait pas, d'après les rationalistes, de caractère plus original. Elle serait, en grande partie, une adaptation de la morale stoïcienne et de la morale de Zoroastre. Bien plus, le christianisme ne serait même pas neuf sur le terrain de l’''ascétisme. ''Les conseils évangéliques, — le célibat volontaire, la pauvreté volontaire et la vie commune, — auraient été mis en pratique avant l'Évangile : nous avons vu en effet que le bouddhisme a ou ses moines longtemps avant le christianisme (V. N° 195).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Culte. ''— 1. L'on prétend retrouver les ''sept sacrements ''dans le mithriacisme. Le bouddhisme et le brahmanisme ont également la confession des fautes. La communion qui fait partie intégrante du sacrifice eucharistique a pour pendant dans les cultes païens l'usage de participer aux victimes immolées à la divinité. — 2. Le ''culte des saints et des images ''correspond, dit-on, au culte des dieux et des idoles. — 3. Le christianisme a emprunté au paganisme tous ses ''rites ''et toutes ses ''cérémonies ; ''il adore et implore la divinité de la môme façon, par les mêmes signes extérieurs, par les mêmes gestes, voire par les mêmes formules. Les ''ex-voto ''qui recouvrent les murs des églises célèbres, et qui sont des marques de faveurs obtenues, ont leurs analogues dans le paganisme : les monuments d'actions de grâces abondaient près du temple d'Esculape à Épidaure et près du temple de Jupiter à Dodone. Donc, concluent les rationalistes, sur ce point comme sur les autres, la religion chrétienne n'a rien innové ; elle est une copie évidente des autres cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278. — B ''L'INTERPRÉTATION DU FAIT. ''— Des ressemblances qui existent entre le christianisme et les autres religions, les rationalistes s'empressent de tirer la conclusion que le premier est l'emprunteur. Mais c'est précisément ce qu'il s'agirait de démontrer, car il va de soi que le plagiat ne se présume pas, il faut en faire la preuve. Or c'est chose facile de noter les ''ressemblances ; ''ce qui est plus difficile c'est d'établir la ''filiation. ''En reprenant les trois divisions : dogme, morale et culte, nous allons voir que cette filiation n'existe pas ou qu'elle s'explique par des raisons valables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— 1. Que les vérités ''naturelles, ''telles que l'unité et l'immortalité de l'âme aient été enseignées par des philosophes antérieurs au christianisme, cela se conçoit, puisque la raison peut, par ses seules forces, découvrir ces vérités. L'on pourrait cependant remarquer qu'elles ont été rarement connues sans mélange d'erreur. Ainsi Platon, tout en reconnaissant une Divinité suprême, est dualiste. Aristote rejette la Providence, Sénèque paraît plutôt panthéiste, et presque tous ont représenté la Divinité comme soumise à l'aveugle Destin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on objecte aussi que le monothéisme, l'immortalité de l'âme, la croyance à une vie future, étaient déjà les ''éléments essentiels de la religion juive. ''Assurément, et ce serait un contresens de vouloir en tirer parti contre le catholicisme, puisque celui-ci est le premier, non seulement à admettre sa parenté, mais à affirmer cotte filiation comme un de ses dogmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ressemblances d'ailleurs s'arrêtent là. Et si nous voulions relever les divergences entre les deux religions, établir le contraste entre le rigorisme, l'orgueil et la justice austère des Pharisiens, d'une part, et d'autre part, la bonté, l'humilité la charité inépuisable de Jésus, nous forcerions nos adversaires à confesser que la religion chrétienne, tout en étant une évolution de la religion juive, a accompli un tel progrès qu'elle peut être considérée comme une religion tout à fait neuve et originale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''point important ''de l'objection rationaliste concerne évidemment les trois dogmes de la ''Trinité, ''de ''l’Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''c'est-à-dire ce qui paraît être le fond propre de la religion chrétienne. Remarquons tout d'abord que ces trois dogmes ''ont leur fondement ''dans les Livres sacrés du Nouveau Testament et en particulier dans les Evangiles. Pour démontrer que 1p christianisme a emprunté des dogmes, il faudrait donc faire la preuve que les documents de la révélation chrétienne n'ont pas de caractère original, qu'ils portent des traces d'importation étrangère. Or si l'on rapproche nos Livres sacrés de ceux de l'Inde et de la Perse, on constate aisément, par la critique interne, que les premiers n'ont pas été influencés par les seconds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, les ressemblances signalées sont-elles si complètes que l'on puisse dire que les dogmes du christianisme sont empruntés? « Ne consistent-elles pas fort souvent en de simples analogies très éloignées, de telle sorte qu'il y ait entre les éléments correspondants du christianisme et des autres cultes autant de différence que de ressemblance?... Nous voyons dans plusieurs religions l'idée d'une trinité divine, mais entre les triades païennes, vagues et changeantes, composées généralement d'un père, d'une mère et d'un fils, et la conception de la Trinité chrétienne, il y a un abîme. Sur un grand nombre de points il est possible de constater, à côté des ressemblances, des différences aussi grandes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn229 [229]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait s'étonner encore que l’''idée d'un libérateur ''se retrouve en dehors du christianisme, que Çakya-Muni, par exemple, se soit donné, avant Jésus, pour le .sauveur de l'humanité. Mais il convient de se rappeler que l'attente messianique avait dépassé les bornes du territoire juif. Cette idée, dont les prophètes avaient été les ardents propagateurs, avait pénétré partout. Elle faisait écho du reste aux sentiments du cœur humain. A la vue de ses misères et de ses fautes, devant la crainte des châtiments futurs, l'homme ne conçoit-il pas, comme d'instinct, le désir et l'espoir de la délivrance? « Or qu'arrive-t-il, dit l'abbé de Broglie, lorsque les hommes animés de ces sentiments se trouvent privés du bienfait de la révélation véritable et de la religion divine? Il arrive naturellement qu'ils cherchent ce qui leur manque, qu'ils le créent, qu'ils l'imaginent selon leurs lumières et leurs forces Sentant le besoin d'une révélation, ces hommes écouteront le premier prophète venu, sans vérifier ses titres ; sentant le besoin d'un libérateur ils écouteront celui qui dira qu'il peut, qu'il veut les sauver. Sentant le besoin d'émotions religieuses, ils organiseront des cérémonies, des chants capables de les leur inspirer. Croyant au surnaturel, ils s'adresseront à des êtres invisibles pour obtenir d'eux la santé et la richesse... Ainsi se développeront les fausses religions où il y aura toujours une part d'imposture, et où le bien sera mêlé au mal.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn230 [230]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux ''circonstances historiques des dogmes. ''c'est-à-dire à tout ce qui porte sur la vie et les actes des fondateurs, les rapprochements signalés plus haut sont loin d'être défavorables au christianisme. Sans parler du mithriacisme qui s'est propagé dans l'Empire romain à la même époque que le christianisme et que les apologistes chrétiens ont pu accuser de plagiat sans recevoir de démenti (V. N° 191), l'on ne saurait regarder la vie du Bouddha comme un modèle sur lequel les Évangélistes auraient calqué la vie du Christ. Au contraire, la biographie de Çakya-Muni est relativement moderne dans la littérature de l'Inde, la rédaction définitive n'en ayant pas été faite avant le XIIe siècle de notre ère. Pour démontrer que le christianisme est tributaire du bouddhisme, il faudrait donc prouver que les livres actuels qui contiennent la vie du Bouddha sont identiques aux originaux ; et c'est ce qui n'a pas été fait. Il n'y a pas lieu davantage de nous arrêter au parallélisme qu'on a voulu établir entre la résurrection de Jésus dont nous avons apporté précédemment les preuves indiscutables, et la mort et la résurrection des dieux mythologiques, Osiris, Adonis et Atys, lesquelles ne sont autre chose que des symboles, destinés à figurer la succession des saisons, la mort apparente de la nature en hiver et sa résurrection au printemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Morale. ''— La morale chrétienne n'a aucunement la prétention d'être en tous points une morale nouvelle. Les préceptes fondés sur la nature des choses et imposés par la raison ne sont pas sa propriété exclusive. Il ne faut donc pas s'étonne des rapports qu'elle peut avoir avec d'autres morales, comme celle des stoïciens et celle de Zoroastre. Au surplus, la morale chrétienne les dépasse, tant dans ''l'ensemble de ses préceptes ''et de ses ''conseils ''que dans les ''motifs ''qui l'inspirent. Ainsi les stoïciens, tout en recommandant la pratique du bien comme la condition unique du bonheur, ne poursuivent que leur propre félicité ; ils ne connaissent pas la pitié à l'égard du prochain. D'autre part, en nous imposant comme premier devoir de supprimer le sentiment et de n'écouter que la raison, ils vont à l'encontre de la nature humaine et nous proposent une morale impraticable. Combien la morale du Christ, basée sur l'amour de Dieu et du prochain, compatissante à la faiblesse et indulgente aux défaillances, toujours guérissables par le repentir, est plus humaine et meilleure, on ne saurait le mettre en doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on dit encore qu'il y a eu dans l'Inde des ''moines ''qui ont pratiqué les conseils évangéliques avant et tout aussi bien que les ascètes chrétiens. Nous voulons bien l'admettre, mais tout au plus peut-on en conclure que la nature humaine a été la même dans tous les temps et sous tous les cieux, qu'il y a toujours eu des âmes d'élite qui ont aspiré à un idéal de perfection, et que leurs instincts religieux leur ont découvert les mêmes moyens d'y parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Culte. ''1. Nous n'avons pas à répondre à l'objection qu'on tire des ressemblances qu'il peut y avoir entre les ''sept sacrements chrétiens ''et les ''sept degrés de l'initiation mithriaque, ''puisque le mithriacisme n'est pas antérieur au christianisme, et que, s'étant répandu à Rome, il a pu entrer facilement en contact avec la religion de Jésus et lui emprunter ses rites. — 2. Quant au ''culte des saints ''et des ''images ''que l'on rapproche du ''culte des dieux ''et des ''idoles, ''les deux s'expliquent par la tendance de la nature humaine « à multiplier les objets de culte et à choisir des objets visibles de vénération religieuse : cette tendance, abandonnée à elle-même, a produit dans l'antiquité païenne le polythéisme et l'idolâtrie. Dans l'histoire du christianisme, ces mêmes aspirations, gouvernées et dirigées pari Esprit-Saint et par l'Église, ont trouvé leur satisfaction dans un culte de vénération envers les saints, distinct du culte d'adoration qui est réservé à Dieu seul, et dans l'usage légitime d'images qui ne sont nullement des idoles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn231 [231]]. S’il est arrivé parfois que la distinction entre le culte de Dieu et celui des saints n'a pas été suffisamment établie et que le culte d'un saint a remplacé purement et simplement le culte d'un dieu local sans qu'il y eût de différence dans la manière de vénérer l'un et d'adorer l'autre, ce sont là des abus qui sont imputables à l'ignorance des nouveaux convertis, et non à la religion elle-même. — 3. On allègue enfin ''l'identité des cérémonies ''du culte chrétien et du culte païen pour accuser le premier de plagiat. A supposer que la liturgie chrétienne ait emprunté tous ses rites secondaires soit au culte juif, soit au culte païen, c'est-à-dire en somme, au milieu dans lequel elle pénétrait, et qu'elle les ait adaptés à ses besoins, il n'y aurait pas là de quoi l'accuser de plagiat. Les cérémonies, en tant que formes extérieures par lesquelles l'homme se propose d'adresser ses hommages à la divinité, sont du domaine public. Pourquoi voudrait-on refuser à la vraie religion le droit de faire usage, par exemple, des encensements, des processions, des chants, des vêtements sacerdotaux, sous prétexte que d'autres cultes les auraient employés avant elle ? La nature humaine étant la même partout, comme nous le disions plus haut, comment trouver étrange qu'elle traduise ses sentiments d'une manière identique ? « L'homme qui se sent coupable et malheureux se tourne naturellement vers son Créateur, vers une puissance invisible capable de le délivrer. A quelque race qu'il appartienne, il risque fort d'imploré! la miséricorde divine dans les mêmes sentiments et presque dans les mêmes termes. L'attitude de la prière, les manifestations extérieures du respect et de l'humilité sont à peu près les mêmes partout : on lève les bras au ciel, on se prosterne ; plus est grand le désir d'obtenir une grâce, plus on insiste en répétant la même formule dans une sorte de litanie... Il est assez naturel de porter solennellement en procession les images de ceux qu'on veut présenter à la vénération publique. La purification, réelle ou symbolique, au moyen d'ablutions, la transmission d'un pouvoir ou d'une influence par l'imposition des mains et bien d'autres pratiques religieuses sont autant de choses très conformes aux dispositions de la nature humaine. Il est puéril de s'étonner des similitudes en pareille matière et de les noter avec empressement comme une découverte ; ou de se laisser prendre à quelques traits extérieurs de ressemblance entre certaines images, et de vite conclure à une imitation. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn232 [232]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Tout ceci nous amène à la double conclusion suivante : — l. que les ''points de ressemblance ''entre le christianisme et les autres religions antérieures ne sont pas aussi caractéristiques que le voudraient les historiens rationalistes des religions, que les ''divergences ''qui se mêlent aux ressemblances sont souvent plus importantes ; et — 2. que les ''conclusions ''adoptées par les rationalistes dépassent les prémisses, et que par conséquent, le christianisme ne peut être accusé de plagiat sur aucun point, sauf, si l'on veut, sur les questions telles que les vérités naturelles et les accessoires du culte, qui font partie du domaine commun de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La rapide diffusion du Christianisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
279. — '''État de la question. '''— La ''rapide diffusion ''du christianisme a toujours été considérée par les apologistes comme un solide argument en faveur de son ''origine divine. ''Cependant, la question n'a pas toujours été vue par eux sous le même angle. Dans le rapide essor du christianisme tous ont reconnu la main de la Providence, mais comme celle-ci a deux modes d'action, et qu'elle mène le monde, soit ''par le moyen des causes secondes, ''soit ''en dehors ''et ''au-dessus d'elles, ''l'on comprend qu'il y ait eu divergence de vue sur l'interprétation des faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes qui adoptent la ''première hypothèse, ''font une part très large aux ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme. De l'admirable enchaînement des causes secondes qui ont permis à la religion nouvelle de faire une pénétration si rapide, ils remontent à la Cause suprême « qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn233 [233]], de la même façon que de l'ordre du monde l'on peut conclure à un sage ordonnateur. Une telle hypothèse, bien que supposant l'action continue de Dieu, est exclusive du miracle. Elle est du reste parfaitement soutenable, mais elle a, à notre époque, le grave inconvénient de prêter des armes à nos adversaires, qui, partant de là, exagèrent, d'un côté, les circonstances favorables à la rapide diffusion du christianisme, 3t de l'autre, affaiblissent les obstacles qui s'opposaient à ses progrès, pour pouvoir aboutir à cette conclusion que la propagation du christianisme s'explique très bien par des ''causes naturelles ''et en dehors de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''seconde hypothèse, ''qui est celle que nous exposerons, tout en laissant aux causes humaines la part qui leur revient, les regarde comme impuissantes à produire de tels effets et suppose par conséquent qu'il a dû s'y ajouter un ''élément divin ; ''en d'autres termes, elle prétend qu'il y a eu disproportion entre les moyens employés et les résultats obtenus, donc, ''miracle d'ordre moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que faut-il entendre par ''miracle d'ordre moral ? ''Pour bien saisir le sens de cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés obéissent à des lois propres à leur nature : les êtres sans raison à des lois nécessaires, les êtres raisonnables à des lois morales où la liberté joue son rôle. Ainsi, des leçons que l'histoire tire de la marche des événements, il résulte que l'on peut considérer comme une loi morale qu'une masse d'hommes ne changent pas d'opinion ni de mœurs, lorsque leurs passions, leurs intérêts et surtout leur vie sont en jeu. Si le changement se produit, il faut donc l'attribuer à une intervention spéciale de Dieu, et non aux causes secondes, et de ce fait, recourir à l'hypothèse du miracle moral. D'où il suit que le ''miracle moral, ''c'est tout fait qui, ne s'expliquant pas par les lois ordinaires de l'histoire, suppose, comme condition nécessaire, l'intervention spéciale de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour démontrer le bien-fondé de cette hypothèse, nous avons dès lors à établir: 1° le ''fait ''même de la rapide diffusion du christianisme, et 2° le ''caractère surnaturel ''de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
280 — La diffusion du christianisme peut être envisagée au point de vue du développement ''numérique ''et ''géographique, ''et au point de vue de ''l'expansion sociale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Développement numérique et géographique'''. — Le christianisme se donnant comme une religion universelle, il importe de distinguer entre le ''nombre ''des nouveaux convertis et l'importance du ''territoire ''conquis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE NOMBRE. ''— Notre enquête sur l'expansion numérique du christianisme s'arrêtera au début du IVe siècle. A cette époque, en effet, les conquêtes de la nouvelle religion sont, non pas certes définitives, mais elles ont pris une importance telle, qu'elles ont forcé le pouvoir impérial, représenté par Constantin, à la tolérance d'abord par l'édit de Milan (313), puis à la bienveillance, et enfin au patronage officiel. Il devient dès lors difficile de faire le départ, dans le développement du christianisme qui s'intensifie chaque jour, entre ce qui peut être attribué aux causes secondes, c'est-à-dire aux auxiliaires humains, et ce qui semble impliquer une intervention spéciale de Dieu. En d'autres termes, le miracle moral n'est discernable que dans les trois premiers siècles où le christianisme, laissé à ses seules ressources, rencontre devant lui des obstacles humainement insurmontables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Au 1er siècle — ''Nous avons, pour nous renseigner sur la marche de l'Évangile, le témoignage des auteurs sacrés et celui des auteurs profanes. — 1. ''Témoignage des auteurs sacrés. ''C'est aussitôt après la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, que se place le berceau du christianisme. Les Actes des Apôtres rapportent que les deux premiers discours de Pierre font cinq mille convertis ''(Act'', ii, 41 ; iv, 4). Ailleurs, ils parlent « de milliers de Juifs convertis » ''(Act., ''xxi, 20). Dans l'Apocalypse (I, 11) il est fait mention de sept Églises. Les progrès de la nouvelle doctrine sont si rapides que la ''finale de saint Marc ''constate que, selon l'ordre donné par Jésus, d'annoncer dans le monde entier l'Évangile du royaume ''(Mat., ''xxiv, 14), « les disciples partirent et prêchèrent en tous lieux» (''Marc, ''xvi, 20). Saint Paul, à son tour, entre 53 et 57, c'est-à-dire vingt ans environ après l'Ascension de Notre-Seigneur, ne craint pas d'écrire aux Romains que « leur foi est annoncée dans le monde entier» ''(Rom., ''i, 8). — 2. ''Témoignage des auteurs profanes. ''Tacite et Suétone parlent de nombreux chrétiens qui périrent par la persécution de Néron, en l'an 64.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2) ''Au IIe'' ''siècle, ''— 1. Nous avons, tout au début du IIe siècle, vers 112, l'important ''témoignage de Pline le jeune. ''Api es avoir parcouru, en vertu de ses fonctions de légat impérial, les vastes provinces de Bithynie et du Pont, il écrit une lettre-rapport à Trajan, dans laquelle il lui exprime sa surprise d'avoir rencontré « de nombreux chrétiens de tout âge, de tout sexe et même de tout rang, et d'avoir constaté que les temples des dieux étaient presque abandonnés, les sacrifices depuis longtemps interrompus, les victimes destinées aux dieux ne trouvant plus que de rares acheteurs ». — 2. ''Témoignage des Pères. ''Saint Justin, philosophe célèbre de l'école de Platon, converti au christianisme, déclare dans son ''Dialogue avec Tryphon, ''qu'« il n'y a pas une seule race d'hommes, soit barbares, soit grecs, ou de quelque nom qu'ils s'appellent, Scythes qui vivent sur les chars ou nomades qui habitent sous la tente, chez qui ne soit invoqué le nom de Jésus-Christ ». Saint Irénée, vers 170, voulant prouver l'unité de l'Église, la montre répandue par tout l'univers : « Les langues sont diverses dans le monde, écrit-il, mais la tradition de la foi est partout la même. Ni les Églises qui s'élèvent en Germanie n'ont une autre foi ou une autre tradition, ni celles qui sont en Ibérie ou chez les Celtes, ni celles qui sont vers le Levant, ni celles qui sont en Egypte, ou en Libye, ni celles qui sont vers le centre du monde (c'est-à-dire vers la Palestine)». A la fin du IIe siècle, vers 197, Tertullien écrit dans son ''Apologétique, ''c. xxxvii, n° 124 : Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les assemblées, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum, nous ne vous laissons que vos temples. » Et Tertullien ajoute même, plus loin : « Il est évident que si les chrétiens voulaient se révolter, ils seraient plus redoutables que les Maures, les Parthes ou les Marcomans ; ou si seulement ils venaient à se retirer de l'Empire, les païens seraient effrayés de leur solitude ; il y aurait un silence et une sorte de stupeur comme si le monde était mort. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans les paroles de Pline le Jeune, aussi bien que dans celles de saint Justin, de saint Irénée et de Tertullien, il y ait une part à faire à l'exagération et à l'emphase oratoire, la chose ne semble pas contestable, mais l'amplification n'équivaut pas à la falsification de la vérité. La preuve c'est que plus tard, vers 212, le même Tertullien, écrivant au proconsul d'Afrique Scapula pour protester contre une reprise de persécution, parle de « l'immense multitude » des chrétiens formant déjà « presque la majeure partie de chaque cité », paroles qui ne s'expliqueraient pas, et qui, en de telles circonstances, seraient bien maladroites si elles allaient ouvertement contre la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Au IIIe'' ''siècle. ''Un des plus précieux témoignages du me siècle est celui d'Oui gène qui, après avoir écrit, dans sa ''IXe homélie sur la Genèse, ''qu'il n'y avait « presque aucun lieu qui n'eût reçu la semence de la parole divine», avouait, avec une loyauté digne d'un historien moderne, que «la fin du monde était encore loin, puisque l'Évangile n'avait pas encore été prêché partout». Un autre témoignage de la même époque doit être rappelé, quoique moins précis et moins mesuré que le précédent ; c'est celui de saint Cyprien qui compare l'Église de son temps au soleil dont les rayons éclairent tout le monde, à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terré, à un fleuve qui répand ses eaux de tous côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivons ainsi au début du IVe siècle où nous entendons, d'un côté, le païen Porphyre qui se plaint de trouver des chrétiens partout, et de l'autre, l'historien Eusèbe, évêque de Césarée, qui proclame que le Christ est adoré dans le monde entier. D'ailleurs les nombreux conciles, — on en compte plus de cinquante avant le concile œcuménique de Nicée en 325, — qui se sont tenus de toutes parts, à Rome, en Afrique, dans les Gaules, en Espagne, en Grèce, dans la Palestine, etc., sont une preuve évidente que le christianisme était déjà en pleine floraison ayant la conversion de l'empereur Constantin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
281.— B. ''LE TERRITOIRE CONQU1S. ''—Les documents qui contiennent l'histoire du christianisme aux trois premiers siècles, nous le montrent répandu partout dans le vaste Empire romain, qui comprenait presque l'Europe tout entière et une grande fraction de l'Afrique et de l'Asie. Si l'on classe les provinces par rapport au nombre de leurs chrétiens, M. Harnack pense qu'on peut les partager dans les quatre groupes suivants : — a) Le premier groupe, où le christianisme comptait presque la moitié des habitants et formait la religion dominante, comprend l’Asie Mineure actuelle, la partie sud de la Thrace, l'île de Chypre, l'Arménie, la ville et le territoire d'Edesse. — ''b) ''Le deuxième groupe se compose des provinces où le christianisme a gagné une partie notable de la population et peut rivaliser avec les autres religions : ce sont Antioche et la Célé-Syrie, l'Egypte et la Thébaïde, surtout Alexandrie, Rome avec des parties de l'Italie centrale et méridionale, l'Afrique proconsulaire et la Numidie, l'Espagne, les principales parties de la Grèce et la côte méridionale de la Gaule. — c) Le troisième groupe formé des provinces où le christianisme était peu répandu, comprend la Palestine, la Phénicie, l'Arabie, quelques districts de la Mésopotamie, l'intérieur de la Péninsule grecque avec les provinces danubiennes, le nord et l'est de l'Italie, la Mauritanie et la Tripolitaine. — ''d) ''Le quatrième groupe, composé des provinces où le christianisme est tout à fait clairsemé et pour ainsi dire inexistant, embrasse les villes de l'ancienne Philistin, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire, l'ouest de la haute Italie, le contre et le nord de la Gaule, la Belgique, la Germanie et la Rhétie, peut-être aussi la Bretagne et la Norique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
282. — 2° '''Diffusion sociale. '''— Après avoir établi l'expansion numérique et géographique du christianisme, il importe de savoir quelle était la ''qualité ''ou la ''valeur sociale ''de ses adeptes, car il va de soi que si le nom-Tire est une force, la qualité en est une autre. En principe, le christianisme, étant une religion universelle, s'adresse à toutes les classes de la société. — 1. Or il est indéniable que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite, à l'origine, surtout parmi ce qu'on peut appeler la classe ''des petites gens. ''Saint Paul écrit en effet aux ''Corinthiens ''qu'il n'y a parmi eux « ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles» (I ''Cor., ''i, 26). Il s'en glorifie d'ailleurs, puisqu'il ajoute que « Dieu a choisi ce qui était faible pour confondre les forts », c'est-à-dire l'orgueil et la fausse science du monde. Malgré cela, ce serait une erreur de croire que le premier noyau chrétien ne se composait que de gens de basse condition. — 2. Il y eut, au contraire, et dès la première heure, quelques ''personnages de marque : ''à Chypre, le proconsul Sergius Paulus ''(Act., ''xiii, 7, 12) ; à Athènes Denis l'aréopagite (''Act., ''xvii, 34), convertis tous ceux par saint Paul ; à Thessalonique plusieurs fermes de haut rang ''(Act., ''xvii, 4, 12). À Rome, on peut citer Pomfonia Graecina dont Tacite raconte qu'elle fut accusée de superstition étrangère ''(Ann., ''xiii, 32), Agilius Glabrion, sénateur et personnage consulaire, que Domitien fit mettre à mort. En Bithynie, il y avait, suivant la lettre de Pline dont il a été question précédemment, des chrétiens appartenant à tous les rangs de la société. La un du IIe siècle marque surtout un accroissement notable du christianisme dans les rangs de l'aristocratie romaine ; les épitaphes que l'on a retrouvées dans un des plus anciens hypogées de Rome, et qui portent les noms des Caecilii, des Attici, des Annii, des Pomponii, des Aurelii, illustres familles de l'époque, en font foi. — 3. A côté des représentants de la richesse, nous trouvons ceux de la ''science. ''Dès les temps apostoliques, les Actes signalent « un Juif nommé Apollos, originaire d'Alexandrie, homme éloquent et versé dans les Écritures» (''Act., ''xviii, 24). Plus tard, les apologistes étaient tous des hommes de grande culture ; il suffit de nommer Tertullien, juriste distingué, et Origène, esprit d'une rare puissance. — 4. ''A la cour, ''la doctrine chrétienne eut aussi ses partisans. Saint Paul parle des chrétiens « de la maison de César» ''(Phil., ''iv, 22), de ceux « de la maison d'Aristobule et de Narcisse» ''(Rom., ''xvi, 10, 11). A la fin du Ier siècle, Flavius Clemens, le cousin de l'empereur Domitien, est chrétien ainsi que ses enfants qui sont les héritiers» présomptifs du trône. Le nombre des chrétiens augmente surtout dans l'entourage des empereurs plus libéraux, Constance Chlore et Licinius. — 5. ''Dans l'armée, ''le recrutement était difficile, la douceur évangélique paraissant sans doute incompatible avec la profession des armes. Cependant, sous Marc Aurèle, la douzième légion ''(fulminata) ''comptait un grand nombre de chrétiens ; c'est de ses rangs que sortirent plus tard les quarante martyrs de Sébaste. Au iv siècle, la christianisation de l'armée était suffisamment accomplie pour que Constantin pût arborer la croix sur ses étendards. — 6. Après avoir parlé des chrétiens en général et sans distinction de sexe, il est juste d'accorder une mention spéciale aux ''femmes, ''en raison du rôle important qu'elles jouèrent dans la primitive Église. De nombreux noms de femmes sont rapportés par les Actes des Apôtres, entre autres celui d'une personnalité importante, Priscille, femme d'Aquila ''(Act., ''xviii, 2 et 26). Les salutations qui terminent les ''Épîtres de saint Paul ''comprennent généralement des noms de femmes : l'Epître aux Romains spécialement en contient huit contre dix-huit noms d'hommes. Saint Paul se préoccupe des mariages mixtes (I ''Cor., ''vu, 12) et de la tenue des femmes dans les assemblées (I ''Cor., ''xi, 5), et l'on sait que, de bonne heure, il fut institué un corps de vierges chrétiennes et de diaconesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce bref aperçu, il est permis de conclure que le christianisme a fait une pénétration rapide presque dans le monde entier, et que, s'il a trouvé plus d'adeptes dans la classe ordinaire, il n'a jamais été la religion d'une caste ni d'un parti. Il a été, dès les premiers jours, une religion universelle et une véritable puissance morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2, — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
283. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme à travers le monde s'explique-t-il par des ''causes naturelles, ''tant extrinsèques qu'intrinsèques, c'est-à-dire tirées soit du ''milieu ''où le christianisme pénétrait, soit de la ''doctrine ''elle-même? Ou bien suppose-t-il une intervention spéciale de Dieu et faut-il conclure qu'il y a eu miracle d'ordre moral?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résoudre le problème, il suffit de savoir s'il y a, oui ou non, juste proportion entre les moyens employés et les résultats obtenus. Comme on le devine bien, tous les rationalistes répondent par l'affirmative, quoi qu’ils se divisent sur le caractère et sur le nombre des causes qu’ont produit la rapidité du développement chrétien. Les apologistes catholiques soutiennent la thèse contraire. Avant d'exposer les arguments que font valoir ces derniers, il convient, en toute justice, que nous passions en revue les ''circonstances favorables ''invoquées par nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''284. — 1°''' '''Thèse rationaliste. Explication naturelle des faits. '''— D'après M. Harnack[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn234 [234]], le succès de la nouvelle religion était normal, tant il y avait adaptation et harmonie entre le ''milieu ''et la ''doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE MILIEU. ''— Le christianisme s'est propagé dans deux sortes de milieux : le milieu juif et le milieu païen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Le milieu juif. — ''Sous ce nom il faut entendre non seulement les Juifs qui habitaient la Palestine, ou Juifs ''palestiniens, ''dont la langue était le dialecte araméen, mais les Juifs ''helléniques, ''c'est-à-dire tous ceux qui, à partir de l'exil de Babylone, avaient essaimé dans le monde gréco-romain et qui ne parlaient que le grec. Ces derniers, au début de l'ère chrétienne, formaient une population importante dans les centres principaux de l'Empire romain ; on trouvait des communautés juives ou ''juiveries ''à Antioche, à Damas, à Smyrne, à Éphèse, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, à Alexandrie, à Rome. L'ensemble des communautés constituait ce qu'on a appelé la ''Diaspora, ''d'un mot grec qui veut dire ''dispersion. ''Chaque juiverie avait sa synagogue ; elle y menait sa vie religieuse comme dans la mère-patrie, restant inviolablement attachée à ses institutions, à son culte et à ses espérances Toutefois, bien que gardant leur individualité de race et évitant tout contact avec les païens sur le terrain religieux, les Juifs avaient, par l'élévation de leur doctrine monothéiste, exercé une assez forte influence autour d'eux. Ils avaient même détaché des cultes païens bon nombre d'âmes droites qui, désabusées des erreurs idolâtriques, avaient reconnu le vrai Dieu et s'étaient affiliées au Judaïsme par la circoncision et l'observance des prescriptions mosaïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn235 [235]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc incontestable, concluent les rationalistes, que la Diaspora favorisa les débuts du christianisme en lui fournissant les cléments des premières chrétientés. — Contentons-nous de remarquer ici que les apologistes chrétiens reconnaissent le fait de cette première circonstance favorable à l'éclosion du christianisme, mais toute la question revient à savoir si la chose doit être regardée comme l'effet du hasard ou comme une heureuse disposition de la Providence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Le milieu païen. ''— Le monde païen, de beaucoup plus considérable que le monde juif, constituait l'ensemble de l'Empire romain. Nous allons voir quels avantages il offrait à la pénétration chrétienne, tant au point de vue politique et général, qu'au point de vue religieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Au point de vue ''politique, ''on peut regarder comme circonstances favorables : — 1) ''l'unité ''politique de l'Empire romain embrassant la presque totalité du monde civilisé : ainsi le terrain semblait préparé pour une Eglise catholique ; — 2) la ''paix universelle ''indispensable à la propagation religieuse ; — 3) L’''usage général de la langue grecque. ''L'hellénisme, regardé comme la plus haute forme de civilisation, avait créé l'unité de langue et d'idées ; — 4) la ''facilité des communications ''qu'assuraient les multiples voies romaines et la navigation méditerranéenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Au point de vue ''religieux, ''le paganisme se trouvait en pleine décadence. Personne ne croyait plus à son absurde et grossière mythologie, et le seul culte qui eût gardé quelque faveur était celui de Borne et de l'empereur, c'est-à-dire le culte de la force. Cependant, toute préoccupation religieuse n'avait pas disparu. Depuis les conquêtes de l'Asie et de l'Egypte, les religions orientales avaient au contraire provoqué un réveil des âmes, et les cultes de Cybèle, Isis, Adonis, Astarté, Mithra avaient « empêché », dit Mgr Duchesne, « le sentiment religieux de mourir» et lui avaient « permis d'attendre la renaissance évangélique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn236 [236]]. Tous ces cultes, du reste, vivaient côte à côte, en bonne harmonie, et il était admis qu'on pouvait les pratiquer tous à la fois, si bien qu'il s'était produit entre toutes ces croyances diverses une sorte de fusion qu'on désigne généralement sous le nom de ''syncrétisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn237 [237]] ''gréco-romain. ''Au contact de ces religions étrangères, le monde païen avait fait plus que de garder sa foi en la divinité ; ses idées sur Dieu, sur le monde et sur l'âme, s'étaient épurées. Les esprits étaient donc prêts, disent les rationalistes, à accepter une religion plus spirituelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
285. — B. ''LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. ''— Tel était le milieu où la semence chrétienne allait être jetée Voyons si celle-ci avait toutes les qualités voulues pour y germer, croître et se développer. D'après les rationalistes, la doctrine chrétienne était tout ce qu'il y a de plus adapté au milieu qui devait la recevoir — ''a) ''Si on la considère dans son ''dogme, ''elle était à la fois simple et complexe, claire et mystérieuse, pouvant se résumer en quelques brèves formules on s'épanouir en riches aperçus, présentant une telle variété d'aspects qu'elle était apte à satisfaire les besoins religieux de toutes les âmes. Au lion des froides divinités païennes, elle montrait un Dieu unique, créateur et maître tout-puissant, un Dieu qui n'était lié à aucune race ni à aucun peuple, Dieu et Père en même temps Fère dont la bonté était allée jusqu'à donner son Fils unique, lequel après voir passé sur la terre en taisant le bien, s'était offert en sacrifice pour le rachat des péchés de l'humanité. — b) Si on le considère dans sa ''morale, ''le christianisme, en professant que tous les hommes sont frères dans le Christ, apportait l’''Évangile de l’amour. ''Il proclamait la grande loi inouïe jusque-là, de la fraternité universelle qui n'exclut personne pas même les ennemis ; loi d'où découlent tous les devoirs sociaux : la charité, la solidarité, le dévouement la miséricorde et le pardon des injures. — c) Si nous la considérons dans son ''culte, ''la doctrine chrétienne n'est pas moins salutaire. Le Christ ne s'est pas contenté de prêcher l’Évangile du salut et de la guérison, il l'a réalisé. Il a guéri les malades, i1 a consolé les affligés et relevé les pécheurs. Il a été vraiment le Sauveur et il le reste toujours par les Sacrements qu'il a institués : c'est ainsi que le Baptême est un bain salutaire qui donne une vie nouvelle et engage les âmes dans la voie de l'immortalité bienheureuse. Or, pour atteindre une si radieuse perspective, les âmes comprirent aisément qu'elles devaient être pures et saintes, et par conséquent, qu'elles devaient pratiquer la continence, et renoncer au monde, aux plaisirs, aux richesses. Appliquant ces principes à la lettre, les chrétientés primitives ne souffrirent dans leur sein aucun membre impur ; luttant contre tous les désordres sociaux, elles défendirent le luxe, les théâtres et les spectacles. — ''d) ''Si l'on considère la religion chrétienne, non plus dans sa substance, mais dans son ''mode d'enseignement, ''elle est tout ensemble la religion de l'autorité et de la raison. D'une part, elle s'impose par la foi, par une foi absolue qui ne souffre pas la discussion. Or ce dogmatisme intransigeant devait lui gagner bien des âmes, trop heureuses d'être délivrées de leur doute, et de rencontrer une doctrine qui leur apportait la lumière complète sur Dieu, sur le monde et sur leur destinée. D'autre part, la raison n'était pas sacrifiée ; il lui revenait de montrer l'harmonie des mystères et leur conformité avec la nature humaine. Ainsi, concluent les rationalistes, l'on peut voir avec quelle richesse et quelle complexité la doctrine chrétienne apparut dès l'abord au monde païen. Renfermant en soi tout ce qui peut être demandé à une religion, elle a capté toutes les forces et toutes les idées pour les mettre à son service.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces conclusions, nous nous garderons d'autant plus de les contredire que nous sommes les premiers à proclamer l'excellence de la doctrine chrétienne et à regarder la transcendance de l'enseignement du Christ comme une présomption en faveur de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''286. — 2'''° '''Réfutation de la thèse rationaliste. Explication vraie. '''—&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme ne sauraient être mises en doute, encore que les rationalistes en ''exagèrent l'importance ''et en tirent des ''conclusions fausses. ''Car toute là question, avons-nous dit revient à savoir si les circonstances favorables ci-dessus mentionnées ne sont pas l'œuvre de la Providence, si elles n'ont pas été préparées par elle comme autant de moyens propres à ouvrir les voies à la nouvelle religion. Ce que nous voudrions démontrer maintenant, c'est que toutes les causes signalées comme éléments de succès n'auraient pas suffi à produire de tels effets, contrebalancées qu'elles étaient par la ''grandeur des obstacles ''et la ''petitesse des moyens employés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
287. — A. ''OBSTACLES.''— La diffusion du christianisme rencontrai-deux sortes d'obstacles : les uns inhérents à la doctrine elle-même ''(obstacles intrinsèques) ''  les autres venant du dehors ''(obstacles extrinsèques).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Obstacles intrinsèques. ''— Tout excellente qu'elle fût, la ''doctrine chrétienne ''ne s'adaptait pas plus à l'esprit des Juifs qu'à celui des païens — 1. Les ''mystères, ''qui composaient son dogme, étaient une rude humiliation pour la raison humaine. Plus spécialement, le ''mystère de la Rédemption ''devait choquer les esprits : il était « ''scandale ''pour les Juifs » (1 ''Cor., ''I, 23) qui attendaient un Messie glorieux et conquérant, et il était « ''folie ''pour les Gentils » qui regardaient la croix comme un objet infâme, comme une ignominie réservée à de vils esclaves. — 2. Les ''exigences de la morale ''n'étaient pas un moindre obstacle. Habitués qu'ils étaient à adorer des dieux pleins d'indulgence pour leurs vices, les païens devaient, en embrassant la religion chrétienne, renoncer aux plaisirs, aux théâtres, aux jeux, même à leurs relations de société, puisque les réunions étaient mêlées presque toujours de superstitions idolâtriques. En outre, la vie chrétienne demandait des vertus, — douceur, humilité, pitié, chasteté, — qui semblaient dépasser les forces humaines. Se convertir au christianisme, c'était donc pour tout païen rompre avec son passé, c'était sortir de son milieu, se priver de multiples jouissances, alors que les autres cultes syncrétistes n'avaient aucune exigence et n'imposaient aucun sacrifice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Obstacles extrinsèques. — ''La nouvelle religion eut à lutter contre deux sortes d'ennemis, contre la calomnie et contre la persécution. — l.- ''La calomnie, ''Les adversaires du christianisme, mal intentionnés, allaient répétant les pires calomnies sur les croyances et les mœurs des chrétiens. Ils les accusèrent par exemple, d'adorer un dieu à tête d'âne, de se livrer, dans leurs réunions nocturnes, à des orgies sans nom. Interprétant faussement le sacrifice eucharistique, ils prétendirent que les chrétiens égorgeaient un enfant et se nourrissaient de sa chair, si bien que Tertullien fut obligé de rappeler que les chrétiens n'étaient ni des ogres ni des monstres inhumains. On les fit passer pour des athées et on les accusa d'être, par leurs impiétés et leurs sortilèges, la cause de tous les maux. — 2. ''La persécution. ''Pendant deux siècles et demi, de Néron à Constantin, les chrétiens furent en butte aux plus atroces persécutions (au nombre de dix), et ce n'est rien exagérer que de dire avec Tertullien que tout païen converti était « un candidat au martyre». M. Harnack le reconnaît d'ailleurs : « Ce serait, écrit-il, une illusion de se représenter la situation des chrétiens comme tout à fait supportable : l'épée de Damoclès restait suspendue sur la tête de chaque chrétien, et celui-ci restait toujours en face de la terrible tentation d'apostasier : car l'apostasie le rendait libre... Aussi n'a-t-on pas le droit de méconnaître le courage qu'il y avait à se faire chrétien et à vivre en chrétien ; il faut surtout glorifier la fidélité de ces martyrs qui n'avaient qu'un mot à dire ou un geste à faire pour être délivrés du châtiment et qui préférèrent la mort à cette délivrance. Dans cette interdiction légale il y avait, à n'en pas douter, un fort obstacle pour la propagande chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn238 [238]] Il est vrai que M Harnack se reprend un peu plus loin et déclare, sans se laisser arrêter par une évidente contradiction, que « l'histoire nous apprend, qu'une religion opprimée s'accroît et grandit sans cesse et qu'ainsi la persécution est un bon moyen de propagande ». Il faudrait pourtant choisir : une mémo chose ne saurait être à la fois ''obstacle ''et ''circonstance favorable. ''Loin d'être un bon moyen de propagande, la persécution est assurément le plus rude obstacle qu'une doctrine puisse rencontrer sur son chemin. L'histoire en témoigne, contrairement à ce que prétend M. Harnack: « I1 y a des persécutions qui ont réussi, dit G. Boissier, et le sang a quelquefois étouffé des doctrines qui avaient toutes sortes de raisons de vivre et de se propager... Ne disons donc pas d'un ton si assuré que la force est toujours impuissante quand elle s'en prend à une opinion religieuse ou philosophique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn239 [239]] Les albigeois, les vaudois, les hussites ont succombé sous les coups de la répression. Le protestantisme a disparu, là où il a rencontré l'opposition des pouvoirs publics. Le catholicisme lui-même, quand il était déchu de sa première ferveur, a été balayé par la persécution, comme il est arrivé au xvie siècle sous le règne d'Elisabeth. « Mais une fois au moins, dit encore Boissiek, en parlant du christianisme naissant, la force a été vaincue ; une croyance a résisté à l'effort du plus vaste empire qu'on ait vu ; de pauvres gens ont défendu leur foi et l'ont sauvée en mourant pour elle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn240 [240]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
288. — B. ''MOYENS EMPLOYÉS. ''— Autant les ''obstacles ''étaient grands, autant les ''moyens ''employés étaient faibles. Nous venons de voir précédemment que la religion chrétienne n'avait à son service, comme moyens de propagande, ni les ''séductions de sa morale, ''ni la ''protection du pouvoir civil. ''Au lieu d'allécher les peuples par les séductions de la volupté et de subjuguer les esprits par la force des armes, comme le fit Mahomet, elle déclara la guerre aux passions et aux vices, et pendant trois siècles elle fut impitoyablement traquée par ses adversaires. Aussi pouvons-nous dire avec Pascal que « si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ devait périr. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn241 [241]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pour elle ni les attraits séducteurs de sa morale, ni la force des armes, la nouvelle religion avait-elle au moins à sa disposition ''l’éloquence de ses prédicateurs? ''Douze hommes, appartenant à une race mal vue, douze Juifs, sans crédit, sans argent et sans puissance, presque tous illettrée, parlant mal la langue grecque, comme leurs écrits le prouvent ; même saint Paul, saint Jean et saint Luc qui sont des esprits de plus grande envergure, sont, sur ce point, inférieurs aux philosophes-grecs ou latins de l'époque. Voilà les seuls instruments que le Christ a choisis pour faire la conquête du monde. Da reste, les apôtres de la nouvelle religion ne se targuent pas de gagner les esprits par la logique et la force des arguments, et saint Paul ne se fait pas scrupule de dire que « Dieu a choisi ce qui était insensé aux yeux du monde pour confondre les sages, la bassesse et l'opprobre du monde, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (I ''Cor''., i, 27, 29). Ils ne s'appuient que sur une chose, sur l'autorité divine, sur les miracles du Christ et en particulier sur sa résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La rapide diffusion du christianisme, pénétrant dans des milieux si différents et s'adaptant à toutes les intelligences, les plus raffinées comme les plus frustes, en dépit d'obstacles apparemment insurmontables, peut donc être considérée comme « l'un des faits de l'histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn242 [242]]. Aussi pouvons-nous poser à nos adversaires le fameux dilemme de saint Augus­tin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn243 [243]] : Ou bien des miracles évidents ont été opérés pour la conversion du monde, et alors le christianisme est divin et approuvé de Dieu, ou bien il n'y a pas eu de miracle et alors la conversion du monde sans miracle est le plus grand des miracles, parce que contraire aux lois de l'ordre moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''289. — Remarque. — La merveilleuse conservation du christianisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes ont coutume de compléter l'argument tiré du fait de la rapide diffusion du christianisme par celui tiré du fait de son ''étonnante vitalité ''à travers les siècles. Nous nous contenterons de le signaler, car c'est toute l'histoire de l’Église qu'il y aurait lieu de faire pour présenter l'argument dans toute sa force, ''l'intervention divine ''n'apparaît pas moins évidente dans le ''fait de la conservation de la religion chrétienne ''que dans son admirable propagation. Si, par suite des obstacles qui se dressaient devant elle, il était humainement impossible à la doctrine du Christ de conquérir le monde, il lui était peut-être plus difficile encore de continuer à vivre et de résister à l'éprouve du temps. C'est qu'on effet le temps est un impitoyable démolisseur. L'attrait du nouveau, l'expérience qui montre la faiblesse des doctrines, le danger de corruption qui les menace sans cesse, l'opposition qu'elles rencontrent de toutes parts, voilà autant de causes qui font que leur succès est toujours éphémère. Or toutes ces cause» de mort, le christianisme les a trouvées sur son chemin. Dans la longue suite des siècles, il eut à lutter contre les assauts répétés des sectes hérétiques et contre la domination du pouvoir civil. A peine était-il sorti de l'ère des persécutions, qu'il fut menacé d'asservissement en passant sous la protection des empereurs et que sa victoire faillit tourner en défaite. Puis il assista à la ruine de l'Empire romain auquel son sort semblait lié. Plus tard, au Moyen Age, il connut l'ingérence despotique des pouvoirs civils, la grave querelle des investitures, le schisme d'Occident, le relâchement de l'esprit chrétien jusque chez les pasteurs de l'Église, les excès de l'humanisme, la crise protestante, la crise plus grave de l'esprit moderne avec ses conséquences sociales et politiques...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, tandis que dans le monde tout disparaît avec le temps, tandis que les empires s'écroulent les uns après les autres, que les écoles philosophiques ne gardent la faveur du public que peu de temps, en un mot, tandis que toutes les institutions humaines, quelles qu'elles soient, naissent et meurent tour à tour, seul le Christianisme demeure, gardant toute sa vitalité et ne donnant aucun signe de déclin : ''Stat crux, dum volvitur orbis. ''Aussi le concile du Vatican a-t-il, avec raison, présenté le fait de l'Église comme « un grand et perpétuel motif de crédibilité.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Le Martyre. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
290. — '''État de la question. '''— La diffusion du christianisme a rencontré, avons-nous dit (N° 287), comme principal obstacle, les violentes persécutions que les empereurs romains ont déchaînées contre lui durant les trois premiers siècles. Le martyre fait donc, en réalité, partie intégrante de l'article qui précède. Mais les apologistes ont coutume de détacher cette question pour en faire un argument spécial on faveur de la divinité du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce but, ils considèrent le ''martyre chrétien ''sous un double jour : à un point de vue psychologique et à un point de vue historique. — 1. ''Au point de vue psychologique, ''ils prennent comme point de départ le fait de cette phalange innombrable de chrétiens qui bravent les pires tourments et la mort, avec un héroïsme et un courage qui ne se démentent pas un instant, et ils concluent que pareil fait dépasse les forces humaines et ne s'explique pas sans l'intervention divine. — 2. ''Au point de vue historique, ''les martyrs, du moins les premiers, ceux qui ont été les contemporains du Christ, ont ''rendu témoignage ''des miracles de Jésus, et plus spécialement de sa Résurrection : miracles qui servent de fondement à la doctrine chrétienne et prouvent la divinité du christianisme. En ne reculant pas devant le sacrifice de leur vie, pour affirmer ce qu'ils avaient vu, ils ont donné à leur témoignage une valeur sans égale, et l'on peut dire avec Pascal qu'il y a tout lieu de croire « les histoires dont les témoins se font égorger ». ''(Voir supra)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne considérerons la question que ''du seul point de vue psychologique. ''Le second point de vue, outre qu'il nous paraît très discutable (V. N° 297),se rattache à une autre question ; il appartient entièrement à la preuve historique des miracles du Christ, qu'il s'agisse de ses miracles en général, ou du miracle de la Résurrection (V. N° 271).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au point de vue psychologique, nous aurons à établir deux points : — 1° le ''fait du grand nombre ''des martyrs et 2° le ''caractère surnaturel ''du fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait du martyre chrétien. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
291. — Nous allons voir : 1° ce qu'il faut entendre par ''martyrs ; ''2° quel fut le ''nombre ''de chrétiens martyrisés ; et 3° s'ils furent martyrisés ''parce que chrétiens''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Définition. '''— Étymologiquement, ''martyr ''(du grec ''martus, marturos) ''veut dire témoin. Ce mot a donc été choisi pour désigner les Apôtres et les premiers disciples qui, ayant vu les miracles et la Résurrection du Christ, versèrent leur sang pour en rendre témoignage. Le mot a été employé depuis dans un sens plus large. Il désigne tous les chrétiens qui ont souffert la mort plutôt que de renier leur foi. Peu importe donc que les chrétiens aient sacrifié leur vie pour attester un fait dont ils avaient été les témoins, ou pour confesser leur foi à une doctrine ; les uns comme les autres sont des martyrs du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''292. — 2'''° Le '''nombre. '''— « Aucune donnée statistique, dit M. P. Allard ne permet de retrouver, même approximativement, le nombre des martyrs ; on ne saurait douter qu'il n'ait été très grand. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn244 [244]] Ainsi, d'après le célèbre historien des persécutions, il n'est pas possible, faute de documents, d'évaluer par un chiffre quelconque, même approximatif, le nombre des victimes des persécutions. La raison en est que les listes dressées par les Églises et composant leurs Martyrologes, sont loin d'être complètes et ne mentionnent que les noms des martyrs dont l'anniversaire était célébré. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le nombre en fut très grand. Cette opinion repose sur le témoignage des auteurs profanes et des auteurs chrétiens : — ''a) Témoignage des auteurs profanes- ''— 1. Tacite dit que, sous Néron, il périt une immense multitude de chrétiens, « ''multitudo ingens ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn245 [245]]. — 2. Dion Cassius rapporte que « Domitien mit à mort, avec beaucoup d'autres, son cousin Flavius Clemens, alors consul, et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, sa parente »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn246 [246]]. — b) ''Témoignage des écrivains chrétiens. ''Lactance écrit dans son ouvrage ''De la mort des persécuteurs ''(ch. xv) : « Toute la terre était cruellement tourmentée, et, à l'exception des Gaules, l'Orient et l'Occident étaient ravagés, dévorés par trois monstres. » L'historien Eusèbe écrit à son tour dans son ''Histoire ecclésiastique ''(liv. VII, ch. ix) : « II est impossible de dire quelle ''multitude ''de martyrs la persécution fit en tout lieu. En Phrygie, une ville chrétienne fut livrée aux flammes avec tous ses habitants, sans en excepter les femmes et les enfants. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La tradition sur le grand nombre des martyrs ''fut d'ailleurs acceptée sans conteste jusqu'à la fin du xviie siècle. Elle fut mise en doute en 1684 par le protestant Dodwell qui, tout en réduisant le nombre des victimes des persécutions, admet cependant qu'il fut assez considérable pour être une preuve en faveur du christianisme. Après le critique anglais, la même thèse fut soutenue, au xviiie siècle, par Voltaire naturellement, et tout récemment par certains rationalistes: Hochard ''(Études au sujet de la persécution de Néron), ''Havet ''(Le Christianisme et ses origines), ''Aube ''(Histoire des persécutions de l’Église jusqu'à la fin des Antonins), ''M. Harnack ''(op. cit.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la thèse du grand nombre des martyrs a été suffisamment prouvée par d'autres historiens tels que Tillemont dans ses ''Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, ''par Ruinart, dans ses ''Acta sincera Martyrum, ''par Le Blanc dans son ''Supplément aux ''« ''Acta sincera» ''de Dom Ruinart, par P. Allard, dans son ''Histoire des persécutions du ''Ier ''au ''IVe ''siècle, ''par G. Boissiek dans ''La fin du Paganisme, ''et même par Renan dans son ''Histoire des Origines du Christianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au demeurant, alors même qu'il faudrait diminuer le nombre des martyrs, le chiffre en resterait toujours imposant, et il ne faut pas oublier que l'atmosphère de crainte et de péril dans laquelle vivaient tous ceux qui faisaient profession d'être chrétiens, équivalait pour ainsi dire à la mort. , Dans le passage que nous avons cité (N° 287), M. Harnack n'hésite pas à le reconnaître, et il confesse sans détour que là situation des chrétiens était intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si nous n'arrêtions pas notre enquête aux trois premiers siècles, nous pourrions ajouter qu'à travers sa longue histoire- l'Église a toujours eu des martyrs, et que le témoignage du sang ne lui a jamais fait défaut. Qu'on consulte les ''Annales de la Propagation de la Foi ''des cinquante dernières années, et l'on pourra lire le récit du martyre de nombreux chrétiens, missionnaires et laïques, qui sont tombés pour la foi du Christ, au Japon, en Chine, en Cochinchine, au Tonkin, en Mongolie, dans l'Ouganda, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''293. — 3° Ils ont été martyrisés parce que chrétiens.''' — Il n'est pas besoin d'insister longuement pour démontrer que les chrétiens ont été martyrisés pour le seul crime d'être chrétiens. Il est vrai que le premier édit de persécution porté par Néron paraît avoir ou pour prétexte l'incendie de Rome, mensongèrement imputé aux chrétiens. Mais, outre que ce cas est exceptionnel dans l'histoire des persécutions, l'accusation portée par l'empereur n'a jamais été prise au sérieux, comme en témoignent les historiens de l'époque, Tacite et Suétone. Toutes les persécutions ont pour point de départ la promulgation d'un ''édit ''ou ''rescrit ''qui défend de se convertir à la nouvelle religion. Aussi l'interrogatoire des juges est-il très simple. On pose une première question pour savoir si l'accusé fait profession de christianisme, et, dans l'affirmative, s'il veut renier sa foi et sacrifier aux dieux du paganisme, s'il veut être renégat ou martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
294. — Le ''caractère surnaturel ''du fait découle des ''circonstances ''du martyre, de la ''grandeur des supplices, ''d'une part, et du ''courage héroïque ''des chrétiens, d'autre part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° La grandeur des supplices. — Comment dépeindre les affreuses tortures morales et physiques qui guettaient les nouveaux convertis. — ''a) Les tortures morales. ''Lorsque la persécution sévissait, la vie des chrétiens était dans un danger continuel ; « l'épée de Damoclès, comme dit M. Harnack, restait suspendue sur leur tête. » Surtout s'ils appartenaient aux classes riches, leur situation était intolérable. Non seulement ils ne pouvaient briguer les honneurs et les dignités de l'Empire, mais ils étaient dans la nécessité de les refuser, si on les leur offrait, parce que toute charge impliquait l'obligation de sacrifier aux dieux païens[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn247 [247]]. Il est même arrivé parfois que dans l'armée les officiers furent dégradés et chassés des rangs Une autre peine plus grave que la précédente consistait dans la ''confiscation des biens, ''c'est-à-dire, en fait, dans la misère pour toute la famille, et la déchéance, puisque la perte de la fortune entraînait comme conséquence de rejeter les gens de haute condition dans la classe des plébéiens. A côté de ces tortures qui concernaient surtout les hommes de condition élevée, il y avait un ignoble supplice que l'on infligeait parfois à la femme chrétienne. Nous ne le mentionnerons qu'en passant, tant il répugne de penser que, dans une société soi-disant civilisée, il ait pu se trouver des persécuteurs assez bas pour imposer à des jeunes filles la honte de la ''prostitution.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Tortures physiques. ''Les tortures physiques n'étaient pas moindres que les tortures morales. Depuis l'arrestation jusqu'à l'exécution, il arrivait fréquemment que les malheureux accusés devaient passer par les plus rudes épreuves. Jetés dans d'affreuses geôles où ils étaient chargés de lourdes ''chaînes, ''ayant parfois les jambes emboîtées dans des blocs de bois munis de trous ''(neivus) ''et tenues dans un écart douloureux, comme il arriva à Paul et à Silas, lors de leur séjour à Philippes ''(Act., ''xvi, 24), ils avaient presque toujours à '''y '''endurer tous les tourments de la ''faim ''et de la ''soif ''et ils attendaient parfois plus de deux ans le moment où ils devaient comparaître devant le juge. Et quand l'interrogatoire était venu, pour obtenir d'eux le désaveu de leur foi, on leur faisait subir différentes tortures : la ''flagellation, ''la ''tension de leur corps ''sur le chevalet, la ''lacération ''de leurs membres avec des ongles de fer, l'application du fer rouge ou des torches enflammées. Enfin la peine était prononcée : c'était, soit le ''bannissement, ''soit la ''déportation, ''soit les ''travaux forcés ''dans les carrières de pierre, de marbre, dans les mines d'or, d'argent, de plomb, de cuivre, soit la ''peine de mort. ''La peine de mort comportait à son tour des degrés dans les supplices suivant la gravité des cas et la condition des personnes. La peine la plus cruelle et la plus ignominieuse était le ''supplice de la croix ''puis venaient la ''peine du feu, ''la mort sur un ''bûcher, l'exposition aux bêtes, ''le supplice le plus dramatique, celui qui servait de jeu et de réjouissance publique à la société païenne . il y avait enfin la ''décapitation, ''la peine la plus douce appliquée aux condamnés de haut rang[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn248 [248]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''295. — 2°''' '''Le courage des martyrs devant les supplices '''— A voir la somme de souffrances qui étaient réservées aux nouveaux convertis, il semble bien que le christianisme n'ait pu recruter d'adeptes que parmi les hommes dans la force de l'âge, et encore parmi les âmes douées d'une trempe exceptionnelle. Or, il n'en est rien : la religion du Christ compte des martyrs de tout âge, de tout sexe, et de toute condition Il y a donc tout lieu de croire qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire et qu'un secours d'en haut soutenait les martyrs dans leurs épreuves Il est clair qu'une telle opinion ne saurait s'établir par des preuves rigoureuses, mais au moins elle s'appuie sur le ''témoignage des victimes ''elles-mêmes et sur ''celui des païens ''qui assistaient au spectacle de leurs souffrances.— l. Que les ''chrétiens ''aient été convaincus de recevoir un secours surhumain, cela ressort de leur ''témoignage. ''Citons, entre autres, celui de la martyre Félicité. Ses historiens racontent que, étant encore en prison et ayant été prise un jour des douleurs de l'enfantement, elle ne put retenir ses cris. Un des assistants lui dit alors : « Si tu ne peux supporter en ce moment la souffrance, que feras-tu donc en face des bêtes féroces ? » Elle répondit : « C'est moi, en ce moment, qui souffre mes douleurs : mais alors un autre sera en moi, qui souffrira pour moi, parce que je souffrirai pour lui. » — 2. Le fait n'était pas jugé moins étrange par les ''païens ''qui ne comprenaient pas comment des femmes, des enfants, des vieillards pussent supporter de telles douleurs, alors qu'un mot, un simple geste auraient suffi à les sauver. Leur étonnement était pour beaucoup d'ailleurs le principe de leur conversion. « Bien des hommes, dit Tertullien, frappés de notre courageuse constance, ont recherché les causes d'une patience si admirable ; dès qu'ils ont connu la vérité, ils sont devenus des nôtres et ont marché avec nous.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn249 [249]] Le « sang des martyrs» devenait ainsi selon la parole du même auteur, « une semence de chrétiens ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''296. —''' '''Objections. '''— 1° La constance des martyrs, objectent les rationalistes, s'explique — ''a) ''soit par l’''amour de la gloire, ''— b) soit par la ''perspective des biens futurs, ''— c) soit par le ''fanatisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— C'est en vain que les rationalistes cherchent, en dehors dé l'intervention divine, des causes qui puissent expliquer la constance des martyrs. — ''a) ''Invoquer ''Y amour de la gloire, ''c'est se mettre en ''contradiction avec les faits. ''La plupart des martyrs se distinguent par leur humilité. Un certain nombre furent envoyés au supplice loin de la foule, et partant, sans qu'il y eût possibilité pour eux de faire admirer leur courage. Qu'on ne dise pas non plus que ce qu'ont fait les martyrs, les soldats le font tous les jours sur les champs de bataille. Car le soldat se bat pour le butin ou pour la gloire, et, s'il a conscience d'aller au danger, il garde toujours 1’espoir d'y échapper — b) ''La perspective des biens futurs ''a été un motif de courage, c'est indéniable, mais cela ne suffit pas à rendre raison de la constance de si nombreux martyrs, car ne savons-nous pas, par expérience que, malgré l'attente des biens futurs, nous sommes souvent très faibles, non seulement vis-à-vis de la douleur, mais même en face de nos passions — ''c) ''Ce serait une autre erreur de prendre le courage des martyrs pour du ''fanatisme. ''Le fanatisme est un zèle aveugle et extravagant qui emploie tous les moyens, même les plus mauvais, pour la défense d'une opinion. Le fanatique ne discute pas, il s'obstine dans ses idées et veut les faire triompher à n'importe quel prix. Loin d'être fanatiques, nos martyrs sont calmes et réfléchis. Certes, ils ont une foi invincible, mais ils sont prêts à en discuter le bien-fondé, et s'ils y restent inviolablement attaché, jamais ils ne cherchent à l'implanter chez les autres par des moyens violents. Du reste, le fanatisme ne s'expliquerait qu'aux origines de la religion et pendant un laps de temps restreint, mais non pendant trois siècles, ou plutôt, dix-neuf siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
297. — 2° Mais, répliquent encore les rationalistes, ''toutes les religions ont leurs martyrs. ''L'hindou, le musulman, le protestant peuvent donc, tout aussi bien et pour les mêmes motifs que le catholique, se réclamer de leurs martyrs en faveur de la divinité de leur religion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn250 [250]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Si toute mauvaise cause peut avoir des partisans capables de mourir pour elle, si l'on a vu des pétroleurs tomber bravement en criant : ''Vive la Commune'', des nihilistes et des anarchistes se faire tuer pour leurs idées révolutionnaires, à plus forte raison toute religion, même fausse, peut avoir ses martyrs. Sur ce point comme sur bien d'autres, rien n'empêche qu'il y ait ressemblance entre la vraie et les fausses religions. Tout n'est pas erreur dans les religions fausses, et tout n'est pas mauvais on dehors du christianisme. Pourquoi voudrait-on alors que le christianisme ait le monopole de la vertu et du courage?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces concessions une fois faites, qui oserait prétendre qu'il y ait ''équivalence ''entre l'histoire du martyre chrétien et celle des autres religions! Qu'on compare, non pas seulement quelques martyrs entre eux, mais qu'on regarde ''l'ensemble, ''et l'on verra que jamais, à nulle époque de l'histoire, aucune religion n'a donné tant d'exemples de constance et de courage devant la souffrance et la mort. Le ''fait du miracle moral, ''ce n'est donc pas dans quelques cas isolés que nous le voyons ; c'est dans cette multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards qui vont au devant des plus affreuses tortures et que l'on doit même parfois retenir, qui supportent la douleur sans pousser une plainte et sans prononcer une parole de désaveu. Non, jamais aucune religion n'a donné autant de marques de virilité, n'a manifesté un héroïsme aussi pur, aussi universel, aussi persévérant. Et cela nous suffit pour ne pas douter que Dieu était avec la religion chrétienne et ses martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — 1er Art. — Abbé de Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions. ''— Huby, ''Christus. ''— Bricout, ''Où en est l’histoire des religions. ''— Condamin, art. ''Babylone et la Bible ''(Dict. d'Alès). — Chollet, ''La Morale stoïcienne en face de la Morale chrétienne ''(Lethielleux). — Poulin et Loutil, ''Les religions diverses ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2e et 3e Art. — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l'Église ''(Fontemoing). — Pau' Allard. ''Histoire des persécutions ; Dix leçons sur le Martyre ''(Lecoffre). — J. Rivière, ''La propagation du christianisme dans les trois premiers siècles ''(Bloud) : ''Autour de la question du martyre ''(Rev. pr. d'Ap., 15 août 1907). — Batiffol, ''Ancienne littérature chrétienne ''(Gabalda). — Boissier, ''La fin du paganisme ''(Hachette). — G. Sortais, ''Valeur apologétique du martyre ''(Bloud).— De Poulpiquet, ''L'argument des martyrs ''(Rev. pr. d'Ap., 15 mars 1909). — Dubois, Rev. du Clergé français, 15 mars, 15 avril 1907. — Valvekens, ''Foi et raison ''— Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Didiot, ''Logique surnaturelle objective, ''th. 43, 44. — Fouard, ''Saint Pierre et les premières années du Christianisme. ''— Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle. ''— Frayssinous, Conférences. — Lacordaire, 29e-36e Conférences.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Manuel d'apologétique - 2ème partie : Recherche de la vraie Religion</title>
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				<updated>2011-04-07T10:31:39Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Apologétique  | auteur                        = Abbé A. BOULENGER  | source                        = Manuel d’Apologé... »&lt;/p&gt;
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 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Deuxième partie : Recherche de la vraie religion =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Aperçu général de la seconde Partie.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
177. — Deux points ont été établis dans la ''première Partie ''de l'Apologétique. Le premier, c'est que l'homme, en tant que créature douée d'une âme raisonnable et libre, est obligé, à tout le moins, de ''professer la religion naturelle. ''Le second c'est que, selon toute vraisemblance. Dieu, Créateur et Providence, est intervenu dans la marche de l'humanité -pour guider l'homme dans sa recherche de la vérité religieuse, et peut-être même, pour l'élever à une dignité plus grande et à une destinée plus haute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s'agit maintenant, dans cette ''seconde Partie, ''de soumettre à l'examen cette dernière hypothèse. Pour cela, il nous faut interroger l'histoire et lui demander si, en fait, elle nous apporte le témoignage d'une Révélation divine. Or, comment instituer cette enquête religieuse? La chose serait simple, s'il n'existait par le monde qu'une seule religion : il suffirait alors de vérifier ses titres à notre créance. Mais il n'en est pas ainsi, et les religions sont nombreuses, soit dans le passé, soit dans le présent, qui ont revendiqué ou revendiquent une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux voies sont dès lors ouvertes à l'apologiste chrétien qui prétend que sa religion est, à l'heure actuelle, la ''seule Religion révélée, ''— 1. Ou bien, laissant de côté toutes les autres religions, il peut aller droit au christianisme et lui faire l'application des critères dont nous avons parlé précédemment (N° 156). Et si, de cet examen, il résulte que la religion chrétienne est, sans doute aucun, une religion révélée, toute enquête ultérieure devient superflue. Car, comme d'une part, il est manifeste que, en beaucoup de points de son dogme et de sa morale, elle est en opposition avec les autres religions, et comme d'autre part, il n'est pas moins évident que Dieu n'a pu révéler des vérités successives et contradictoires, la vérité de l'une implique la fausseté des autres. L'étude de ces dernières ne pourrait, dans ce cas, se faire qu'à titre de contre-épreuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une seconde ''méthode ''consiste à suivre l'ordre inverse. L’apologiste chrétien se tourne d'abord vers les religions, autres que la sienne, et dont il veut démontrer la fausseté. A vrai dire, cette première enquête pourrait paraître un chemin bien long s'il s'agissait d'exposer en détail toutes les formes de religion qui ont existé et existent encore sur la terre ; mais une telle nécessité ne s'impose pas, car il va de soi que, si l'on peut prouver que les religions qui se recommandent le plus à notre attention, soit par le nombre de leurs adeptes soit par la valeur de leur doctrine, doivent être rejetées comme fausses, plus n'est besoin de s'occuper des autres religions dont l'infériorité est incontestable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce premier travail terminé, et, comme on dit, le terrain une fois déblayé, il n'y a plus qu'à aborder la seule religion qui n'ait pas été éliminée, c'est-à-dire, dans l'espèce, la ''religion chrétienne. ''Cependant il n'est pas permis de dire, comme tout à l'heure dans la première méthode, que la fausseté de toutes les religions, passées en revue, implique la vérité de la religion chrétienne : celle-ci pourrait être fausse comme les autres. Pour être en droit de tirer une telle conclusion, il faudrait démontrer auparavant qu'il y a ''certitude de l'existence d'une religion révélée. ''Que la chose puisse être présumée, cela ne fait pas de doute. Mais un fait d'histoire s'établit par l'histoire, et non par le raisonnement. C'est, dès lors, par l'histoire qu'il faudra prouver l'existence et la vérité de la Religion chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est cette ''seconde méthode que nous suivrons ici. ''Cette partie comprendra donc ''deux sections.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA PREMIÈRE SECTION, ''beaucoup moins étendue, sera un exposé très rapide et très succinct des principales religions non chrétiennes, où il apparaîtra, par la seule application des ''critères négatifs, ''qu'elles ne portent pas les marques d'une origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B ''LA SECONDE SECTION ''sera la démonstration proprement dite du christianisme. En nous appuyant sur le témoignage des Évangiles, dont nous aurons préalablement à établir la valeur historique, il nous faudra vérifier les ''titres du fondateur ''et contrôler la ''qualité de sa doctrine. ''Si de cette étude il ressort que Jésus est « ''Envoyé de Dieu ''», il ne restera qu'à conclure que le christianisme dont la diffusion s'est faite à travers le monde d'une façon si extraordinaire, est une religion d'origine divine, qu'il est ''la vraie religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION I : Les fausses Religions. ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre unique : les principales religions non-chrétiennes ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L'enquête religieuse.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
178. — Il convient, avant de commencer notre enquête religieuse, de déterminer les ''conditions ''dans lesquelles elle doit se faire et sur ''quelles religions ''elle doit porter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Conditions. — Nous avons vu (N° 156) qu'il y a deux sortes de critères auxquels on peut reconnaître la valeur objective d'une religion. — a) Les uns sont tirés de la ''doctrine ''(critères ''intrinsèques). ''Ainsi toute religion qui a sur Dieu et sur l'homme des conceptions opposées aux conclusions que la raison seule nous a permis d'établir dans la première Partie, ne peut être la vraie religion. — ''b) ''Les autres sont tirés du ''fondateur ''( critères ''extrinsèques). ''L'on pense bien qu'il ne suffit pas a un homme de se présenter comme chargé d'une mission divine, il faut qu'il la prouve et qu'il garantisse son enseignement par des signes authentiques qui soient comme le sceau de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour savoir ce que vaut une religion, nous la soumettrons donc à une double épreuve. Nous nous tournerons d'abord vers le fondateur et nous lui demanderons ses ''litres. ''Puis nous étudierons sa ''doctrine ''et nous verrons ce qu'elle vaut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Religions sur lesquelles portera notre enquête. — Notre enquête portera d'abord sur les religions auxquelles nous ne reconnaissons pas les marques d'origine divine. Nous parlerons ; — 1° du ''paganisme ; ''— 2° des ''religions de la Chine ; -— ''3° de la ''religion de la Perse ; ''— 4° du ''Mithriacisme ; ''— 5° des ''religions de l’Inde ; ''— 6° de ''L’Islamisme ; ''et — 7° du ''Judaïsme actuel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Le Paganisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
179. — Sous ce titre il faut entendre les diverses religions qui ont professé ou professent encore le ''polythéisme. ''Aussi loin que remonte l'histoire, nous constatons que le paganisme fut la religion de tous les peuples de l'antiquité, exception faite des Juifs : les Chaldéens, les Egyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs et les Romains, tous furent polythéistes. De nos jours, le paganisme est encore la religion des peuplades fétichistes de l'Asie et de l'Afrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur'''. — Non seulement il est superflu de rechercher les ''fondateurs ''du paganisme, mais il n'est même pas possible de savoir ''comment les mythologies ont pu se former. ''— a) D'après Evhémère, philosophe grec du ive siècle avant Jésus-Christ, les mythes auraient été des ''récits légendaires, ''et les dieux, des héros divinisés. — ''b) ''Selon Plotin et Porphyre (IIIe siècle de notre ère), les mythes païens seraient des ''symboles ''cachant des dogmes philosophiques et des notions morales : ainsi l'aventure d'Ulysse et des Sirènes serait une allégorie destinée à mettre en garde contre les séductions du mal. — ''c) l’école traditionaliste ''a voulu voir dans les mythes des ''déformations de la tradition primitive ''qui n'aurait été conservée intacte que chez les Juifs : ainsi s'expliqueraient sans difficulté bien des parallélismes que l'on peut remarquer entre les croyances païennes et les récits de la Bible : par exemple, la boîte de Pandore d'où sortirent tous les maux correspondrait à la chute d'Eve. — ''d) ''D'après une école plus récente (Max Muller, en Angleterre, Michel Bréal en France), les mythes auraient leur origine dans le ''langage. ''Les dieux ayant été considérés à l'origine comme les agents mystérieux des phénomènes de la nature, leurs noms ne seraient autres que les épithètes qui désignent ces phénomènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
180. — '''2°''' '''Doctrine. '''— La ''doctrine ''du paganisme se trouve consignée dans les mythologies dont nous trouvons des descriptions chez des poètes comme Homère ou des historiens comme Hésiode. Or, les mythologies sont un ensemble de fables plus ou moins ridicules, de mythes bizarres sur la vie des dieux et leurs rapports avec les hommes. Pour souligner l'infériorité des doctrines païennes, il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails : nous n'avons qu'à montrer la ''multiplicité de leurs dieux ''et les ''imperfections de leur nature ''où se mêlent la grandeur et la faiblesse, la vertu et le vice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pas de valeur au point de vue doctrinal, comment le paganisme en aurait-il eu au point de vue ''moral? ''Comment les dieux, qui avaient les mêmes passions et les mêmes défauts que l'homme auraient-ils prêché la vertu à celui-ci? L'homme échappe d'autant plus facilement aux devoirs de la morale qu'il trouve des excuses dans ses croyances. ,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''181.''' — '''3°''' '''Critique. '''— Religion imparfaite et n'ayant aucune trace d'origine divine, faut-il conclure que le paganisme était une religion absolument mauvaise et inutile ? Gardons-nous de le croire. Malgré ses inconcevables lacunes, le paganisme avait au moins l'énorme avantage d'entretenir chez l'homme le ''sentiment religieux, ''de lui faire lever les yeux vers le ciel, de le faire penser à sa destinée future. Le païen qui vivait en rapport constant avec des puissances cachées, qui craignait de leur déplaire, qui sollicitait leur appui et s'humiliait devant elles, pouvait trouver là des moyens efficaces de lutter contre les mauvaises tendances de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout compte fait, par conséquent, et « si l'on veut comparer le polythéisme antique à un état de l'humanité où il n'y aurait aucune religion, à l'état où voudraient nous amener les matérialistes modernes, peut-être la conclusion sera-t-elle que le paganisme est préférable et que mieux vaut une croyance quelconque, même superstitieuse, à un monde invisible, qu'un état où l'homme serait entièrement renfermé dans le monde terrestre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quel était maintenant l'état des âmes sincères et droites qui cherchaient la vérité dans ces longs siècles d'erreur ?... Nous pouvons nous en tenir à ce que la foi nous enseigne au sujet de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde, et à ce que saint Paul nous dit au sujet des païens, qui, n'ayant pas de loi écrite, seront jugés d'après la loi naturelle gravée dans leur conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Quoi qu'il en soit de ce problème, il est de toute évidence que le polythéisme antique ne saurait entrer en comparaison, en tant que solution des problèmes de la destinée humaine, avec le christianisme, ni même avec les religions fondées sur l'idée d'une révélation positive'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn151 [151]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Les Religions de la Chine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
182. — La Chine compte trois religions officielles : deux indigènes, le ''Taoïsme ''et le ''Confucianisme, ''la troisième importée de l'Inde, le ''Bouddhisme ''dont nous parlerons plus loin. (Nos 194 et suiv.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
I. '''Le Taoïsme. 1°''' '''Fondateur. '''— La religion connue sous le nom de Taoïsme, est attribuée à Lao-tseu, philosophe contemporain et rival de Confucius. On. sait peu de chose de sa vie. Certains pensent même que la religion fondée sous son nom ne serait nullement son œuvre, et qu'elle serait seulement une collection de vieilles superstitions de la Chine repoussées par Confucius, et que, dans le but de faire opposition au Confucianisme, on aurait recueillies et groupées sous le nom d'un sage, Lao-tseu, afin de leur donner plus d'autorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
183. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Le ''Taoïsme ''est un amalgame de superstitions grossières, de sorcellerie et de magie, avec les doctrines philosophiques de Lao-tseu dénaturées par ses disciples. C'est du reste une ''religion polythéiste ''et, pour cette raison, il est inutile que nous insistions davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
184. — II. '''Le Confucianisme- — 1° Fondateur. '''— ''Confucius ''naquit en 551 avant notre ère dans le royaume de Lou, d'une ancienne famille du nom de Khoung. Il se distingua de bonne heure par la vivacité de son intelligence et par la droiture de son caractère, si bien que le roi de Lou n'hésita pas à lui confier, malgré sa jeunesse, des fonctions importantes dans son gouvernement. Il les abandonna du reste bientôt pour suivre sa vocation. Il se mit alors à l'étude ''des Kings ''ou Livres sacrés de la Chine, et voulut se consacrer à la direction des peuples. Dans ce dessein il parcourut les principautés féodales qui composaient l'Empire chinois, puis, fatigué de cette vie errante, il revint à Lou où il ouvrit une école et professa jusqu'à la fin de sa vie. Parmi ses nombreux élèves, il en distingua soixante-douze, pris parmi les meilleurs, qu'il appela ses disciples. Telle fut l'origine des ''Lettrés, ''qui, depuis cette époque, ont joué un si grand rôle en Chine, en formant une sorte de caste fermée à qui allaient toutes les faveurs du pouvoir. Cet état de choses a duré jusqu'au commencement de notre siècle. « Maintenant, sous la République chinoise, tout est changé. La caste des Lettrés est défunte. La doctrine de Confucius a cessé d'être classique. Les auteurs de la Chine nouvelle n'ont pas encore attenté aux temples désertés du Sage. Mais ils ont éliminé ses œuvres de l'enseignement primaire comme surannées, et les ont reléguées, à titre de philosophie antique, dans les accessoires de l'enseignement secondaire... Ainsi disparaît, sans secousse, sans bruit, une chose qui paraissait un roc inébranlable et qui n'était qu'un bois vermoulu.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn152 [152]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''185. — 2° Doctrine.''' — Le confucianisme est plutôt une ''philosophie morale ''qu'une religion. Les dieux, c'est-à-dire le ''Ciel ''(Châng-Tï), la ''Terre ''et les ''Esprits supérieurs ''sont considérés, non comme des personnes réelles mais comme des abstractions. Aussi le seul culte qui soit en grand honneur est celui des ''ancêtres ; ''c'est par là que le confucianisme est une religion bien nationale ; il semble du reste que, aux yeux de Confucius et de ses adeptes, le Chang-Ti ou Seigneur du Ciel, et les autres dieux ne soient que les esprits des premiers ancêtres de la nation. Mais, chose étrange, tout en affirmant la survivance des esprits, Confucius ne parle pas de la vie future et ne tranche pas la question de l'immortalité de l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''de Confucius ne manque pas d'élévation et se distingue par un réel amour de l'humanité ; toutefois, elle ne dépasse pas les limites ''d'une morale humaine. ''Elle proclame bien qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas que les autres vous fassent à vous-même, mais elle ne va pas au delà de cette simple règle de justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''186. — 3° Critique''' — Si la doctrine de Confucius ne contient pas d'erreurs très graves, c'est une religion « incomplète, insuffisante pour le besoin des âmes ; un ensemble de conseils sages et sensés, mais sans rien qui inspire l'enthousiasme. On comprend qu'elle n'ait pas suffi au peuple chinois et qu'il ait préféré l'idolâtrie et là magie du Taoïsme et du Bouddhisme ... Nous pouvons donc considérer cette doctrine comme une assez belle œuvre humaine, un code religieux et moral à peu près pur, péchant par défaut plutôt que par excès. Mais nous n'avons pas besoin d'ajouter, tant cela est évident, qu'il n'y a eu ni dans la vie du fondateur, ni dans sa doctrine, aucun signe d'une révélation divine. Confucius n'a jamais prétendu au titre de prophète et n'a réclamé pour sa doctrine d'autre preuve que celles de la raison et de la tradition immémoriale. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn153 [153]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Religion de la Perse. Le Zoroastrisme ou Mazdéisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
187. —L'ancienne religion de la Perse, autrement dit, de l'Iran, s'appelle ''Zoroastrisme, ''du nom de son fondateur, ou ''Mazdéisme ''du nom du dieu ''Ahura- Mazdâ ''que Zoroastre met au-dessus de tous les autres dieux, même au-dessus de ''Mithra, ''le dieu de la lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur.''' — On ne sait si le prophète à qui l'on attribue la fondation de la religion des mages[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn154 [154]], appartient à l'histoire ou à la légende. Selon l'une ou l'autre, Zoroastre; vécut au vie siècle avant Jésus-Christ. Révolté des abus de l'idolâtrie et du culte des ''Dêvas ''ou mauvais génies, il se retira dans une grotte solitaire et se livra, sept années durant, à la méditation. Là, il eut des ''révélations ''d'Ahura-Mazdâ, le seigneur tout-puissant, qui ''confirma sa mission, ''en faisant de nombreux prodiges en sa faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''188. — 2° Doctrine'''. — Le ''Zend-Avesta ''est le livre sacré du Zoroastrisme. La date de composition en est incertaine. Il renferme du reste des morceaux d'âge différent, et dont certains paraissent être de composition relativement récente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ''métaphysique, ''le zoroastrisme admet la doctrine du ''dualisme. ''Il est vrai que le Dieu suprême, ''Ormazd, ''est créateur, Dieu du ciel. Mais à Ormazd est opposé un principe mauvais, appelé ''Ahriman, ''qui lui dispute l'empire. Les deux principes du bien et du mal sont éternels sinon égaux. Entourés, chacun d'une armée, ils doivent lutter pendant 9.000 ans ; Ormazd sera alors vainqueur et précipitera Ahriman et les Dévas, ses acolytes, dans l'enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du mazdéisme est pure et élevée. Elle impose le respect de la femme et de l'enfant, elle recommande les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions. Malheureusement, le ''culte ''n'est pas à la hauteur de la morale, car il est entaché de pratiques de superstition et de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''189.''' — '''3°''' '''Critique- '''— « Nous n'avons pas besoin de discuter le ''caractère ''purement humain de cette religion. Elle est sans doute, par certains côtés, supérieure au paganisme, elle combat l'idolâtrie ; elle enseigne un spiritualisme élevé. Mais le principe du dualisme est une erreur funeste... Le dualisme ébranle la morale du zoroastrisme et la rend irrationnelle... La révélation faite à Zoroastre est dénuée de preuves sérieuses. On ne comprendrait pas que Dieu eût fait une révélation à un homme et n'eût pas donné, pour preuves de la vérité de sa parole, des témoignages plus certains que les récits légendaires des livres sacrés d'un petit peuple. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn155 [155]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
190. — ''REMARQUE. ''— On a constaté entre la ''religion des Perses ''et celle ''des Juifs ''un certain nombre de ''ressemblances ''qui semblent indiquer que l'une des deux a influencé l'autre. Ainsi toutes deux attendent le ''royaume de Dieu ''et admettent la ''résurrection des morts. ''Naturellement, les rationalistes prétendent que les Juifs sont les emprunteurs. Sans doute, ces derniers, ayant été sous la domination des Perses, auraient pu adopter une partie des croyances de leurs vainqueurs. Cependant cette hypothèse n'est guère vraisemblable, car les convictions des Juifs étaient trop fortes, elles remontaient trop loin dans le passé pour subir aussi facilement les influences étrangères. Et pour ce qui concerne l'idée du royaume de Dieu, il ne fait aucun doute, dit le P. Lagrange, que « le règne attendu qui est celui de Dieu et celui du bien, dont les justes procurent l'avènement et qui aura son Messie, c'est le royaume de Dieu, des prophètes et ensuite de l'Évangile. Or s'il est une idée dont il soit possible de suivre le développement chez le peuple juif, c'est celle du royaume de Dieu et de son Messie... Cette première conception eschatologique est pour nous certainement d'origine juive.» De même, à propos de la ''résurrection des morts, ''« il est difficile de faire remonter très haut la croyance des Perses... Dans Israël, elle fait partie, d'après les Pharisiens contemporains de Jésus, de la foi nationale et elle s'appuie sur des textes qu'on ne peut pas, en tout cas, faire descendre aussi bas que 150 avant Jésus-Christ. D'une façon générale, on constate que les Perses ont été bien plus entraînés par les Sémites qu'ils n'ont eux-mêmes agi sur leurs sujets conquis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn156 [156]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — Le Mithriacisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
191. — Le ''Mithriacisme ''est une religion dérivée du ''Mazdéisme. ''Il y avait peu de temps qu'il avait pénétré à Rome et en Occident, lorsque les apôtres du christianisme vinrent pour y prêcher la foi du Christ. Nous ne nous attarderions pas à parler de cette religion d'importance secondaire, si nos adversaires, profitant, ici encore, des nombreuses analogies ~qui existent entre le Mithriacisme et le Christianisme, n'accusaient ce dernier de plagiat. Voici du reste les principales ''ressemblances ''qu'ils se plaisent à relever. Mithra est un jeune dieu qui a vécu parmi les hommes. Il naquit, lui aussi, dans une grotte ou une étable. Quand il fut devenu grand, il terrassa les animaux malfaisants, et en particulier, un taureau, puis il remonta au ciel, d'où il continue à veiller sur ceux qui se font initier à ses mystères et le prient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale mithriaque ''impose aux initiés le respect de la vérité, la fidélité au serment, la fraternité, le culte de la pureté physique et morale. C'est sur l'accomplissement de ces préceptes que Mithra juge l'âme après la mort : si elle est trouvée juste, il l'emmène au ciel avec Ormazd : si elle est coupable, elle est livrée au feu et consumée avec Ahriman.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''culte ''de Mithra offre avec le culte chrétien des analogies non moins perceptibles. L'initiation mithriaque comprenait sept degrés qu’on a comparés à nos sept sacrements : elle comportait, entre autres choses, des ablutions symboliques, l'impression d'un signe sur le front, l'oblation de pain et d'eau, des onctions de miel...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rapproche également certains détails des deux ''liturgies, ''mithriaque et chrétienne. Par exemple, la fête de la Nativité du Christ aurait été fixée le 25 décembre, jour où l'on célébrait déjà la naissance de Mithra. Telles sont entre les deux religions les ressemblances les plus frappantes. Les historiens rationalistes des religions en concluent que le mithriacisme est un ancêtre du christianisme. Ne serait-ce pas le contraire qu'il faudrait dire ? Les points de contact que nous venons de signaler entre les deux religions ne sont-ils pas de date postérieure dans la tradition romaine sur Mithra? Les premiers apologistes chrétiens, saint Justin et Tertullien le pensaient et dénonçaient déjà le plagiat mithriaque des rites chrétiens. S'ils avaient eu tort, s'il en était autrement, comment expliquer que l’empereur Julien qui aurait été trop heureux de prendre le christianisme ''et ''ses apologistes en défaut, n'ait pas accusé ces derniers d'avoir emprunté leur doctrine à la religion de Mithra ? L'hypothèse d'une influence mithriaque sur les dogmes et sur le culte chrétien n'a donc pas de fondement historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. V. Religions de l'Inde. ====&lt;br /&gt;
192. — Les religions principales qui se sont succédé dans l'Inde sont : le ''Védisme, ''le ''Brahmanisme, ''le ''Bouddhisme ''et ''l'Hindouisme ''ou ''Néo-brahmanisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''I. Le Védisme. '''— Le ''Védisme ''est, parmi les diverses religions des Hindous, la première qui ait laissé des traces dans l'histoire. La religion védique est contenue dans les livres sacrés appelés ''Védas, ''et particulièrement dans le plus ancien d'outre eux, le ''Rig-Véda. ''C'est une ''religion naturaliste ''où les phénomènes et les forces de la nature sont divinisés, et par là, le Védisme peut être rapproché du Paganisme dont nous avons parlé précédemment, ce qui nous dispense d'insister pour en démontrer la fausseté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
193. — '''II. Le Brahmanisme. — 1° Fondateur. '''— Aucun document ne nous permet de fixer, d'une manière certaine, l'origine du brahmanisme encore moins par conséquent, de dire le nom du fondateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2°''' '''Doctrine. '''— Celle-ci se trouve bien dans les ''Védas, ''mais l'interprétation des Livres sacrés est laissée entièrement aux brahmanes, c'est-à-dire aux prêtres de Brahmâ. Or les Védas contiennent comme deux religions superposées : l'une qui faisait le fond de la vieille religion védique et qui est un ''polythéisme naturaliste ; ''l'autre qui est un ''panthéisme idéaliste ''joint à l'idée de la ''métempsycose, ''et c'est le brahmanisme proprement dit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dieu ''Brahmâ ''est l'être unique : de lui procède le monde par émanation. Tous les êtres sortent donc de lui et y retournent pour en sortir de nouveau, et ainsi un certain nombre de fois, jusqu'à ce que l'âme, purifiée de toute souillure, puisse s'absorber définitivement en Brahmâ et entrer pour toujours dans le ''Nirvana.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''morale ''du brahmanisme dérive de cette doctrine de la ''métempsycose. ''Étant donné que, à la mort, l'âme passe dans un autre corps, dans le corps d'un animal ou d'un monstre, suivant qu'elle a été jugée plus ou moins coupable, il faut considérer la vie comme le mal suprême. I1 importe donc de mettre un terme à ces morts et à ces renaissances continuelles. Or, pour arriver à ce résultat, il faut pratiquer le ''renoncement, ''anéantir la concupiscence, bref, éteindre on soi la soif de l'existence, cause de tout le mal. Et voilà comment la doctrine brahmaniste a conduit à la pratique ''de l'ascétisme, ''à ces mortifications exagérées des fakirs qui habitent les forêts, ne se nourrissant que d'herbes et de fruits sauvages, restant de longs mois dans la même posture ou s'exposant aux ardeurs du soleil des tropiques des journées entières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° '''Critique. '''— Nous avons vu que les Védas contiennent un mélange de ''polythéisme ''et de ''panthéisme. ''Il n'est donc pas possible de leur reconnaître une origine divine. Bien que la partie morale contienne de sages préceptes sur la lutte contre les passions, et d'excellentes prescriptions sur la chasteté, la véracité, la fidélité aux promesses, elle est muette sur les devoirs de la bienfaisance et de la charité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''194. '''— '''III. Le Bouddhisme. '''— Le brahmanisme ancien, avec sa morale austère et son culte froid, sans temples et sans idoles, ne pouvait être une religion populaire. Il n'est donc pas étonnant que l'Inde accueillit avec faveur la religion du Bouddha.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Fondateur. '''— La vie du ''Bouddha ''fut écrite longtemps après sa mort : ses biographes furent donc à leur aise pour y introduire autant de légendes que bon leur sembla. C'est seulement après l'ère chrétienne, — qu'on remarque bien ce point, — que l'on mit en œuvre les documents qu'on possédait en y ajoutant de nombreuses interpolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Bouddha naquit au vie ou au Ve siècle avant l'ère chrétienne. Il appartenait à la famille des Çakyas et s'appelait Siddartha. Le titre de ''Çakya-Muni ''sous lequel il est connu, veut dire ''moine ''de la famille des Çakyas. De nombreuses légendes entourent son berceau et sa jeunesse : il serait trop long de les raconter. Un certain temps après s'être marié, il quitta sa femme et sa famille pour devenir moine et travailler à son salut. Pendant plusieurs années, Use livra à des austérités effrayantes. Un jour qu'il méditait sous un figuier, il sentit qu'il était ''Bouddha ''(racine ''budh, ''comprendre) c'est-à-dire sage, éclairé, celui qui a compris. Il-avait trouvé le secret pour ne plus renaître. De ce bonheur il voulut faire profiter l'humanité en lui prêchant sa doctrine. Mais auparavant il décida de passer quatre semaines dans la solitude. C'est durant cette retraite que ''Mâra, ''l'Esprit tentateur, lui proposa de le faire entrer immédiatement dans le ''Nirvana ''pour lui épargner les peines et les déceptions de la vie. Le Bouddha rejeta l'offre, jugeant qu'il se devait au salut de ses frères et à la propagation de la vérité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''parallélisme ''qui existe entre la retraite et la tentation du Bouddha, d'une part, et celles de Notre-Seigneur, au désert, d'autre part, n'échappera à personne. Mais il est superflu de défendre les traditions chrétiennes contre l'accusation de plagiât, vu que les Évangiles sont antérieurs à la rédaction définitive des documents bouddhistes. (V. n° 278).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus de quarante ans, le Bouddha prêcha sa doctrine de la délivrance. De toutes parts on venait le consulter. Lui-même allait de pays en pays, vivant d’aumônes et instruisant les peuples. Il avait quatre-vingts ans lorsqu'il mourut à la suite dune indigestion. Ses biographes racontent qu'une musique céleste se fit alors entendre et que Brahmâ en personne vint chercher Je Bouddha pour l'introduire dans le Nirvana. Ainsi, visiblement, la légende se mêle à l'histoire dans des proportions telles que celle-ci disparaît et que des savants ont pu se demander si le Bouddha avait réellement existé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
195. — '''2°''' '''Doctrine. '''— Les points principaux qui caractérisent la ''doctrine bouddhiste ''sont : — ''a) l'athéisme, ''ou, si l'on préfère, ''l'agnosticisme. ''S'il y a une Cause première, un Etre suprême, le Bouddha ne le recherche pas, estimant qu'une telle question est insoluble et oiseuse ; — ''b) ''la ''croyance à la métempsycose-: ''doctrine qui lui est commune avec le brahmanisme. A sa mort l'homme est transporté au tribunal de Yama qui le juge et le remet entre les mains de ses bourreaux. Quand la peine est expiée, car l'enfer n'est pas éternel, l'âme est rejetée dans le monde pour recommencer une nouvelle existence ; elle reprend dans l'échelle des êtres la place qu'elle a pu mériter par sa vie antérieure. Seuls ceux qui sont proclamés Bouddhas sont affranchis de la renaissance et entrent dans la béatitude parfaite du Nirvana ; — ''c) ''le ''pessimisme. ''Dans la doctrine du Bouddha, l'existence est un mal, et le bonheur suprême consiste précisément à en être délivré et à parvenir au Nirvana. Mais qu'est-ce que le bonheur du Nirvana ? Il serait bien difficile de le dire. Le Nirvana n'est pas le néant, mais c'est la non-existence individuelle, c'est la délivrance de la transmigration, et par conséquent, de la douleur, c'est une sorte de béatitude passive et négative d'où l'amour et la vie sont absents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La morale bouddhiste ''ressemble bien à celle du brahmanisme. Partant de ce principe que l'existence est un mal, elle professe, elle aussi, qu'il n'y a d'autre remède que la ''pratique du renoncement. ''Or la pratique du renoncement comporte une série d'exercices assez semblables à ceux qui sont en usage dans nos Ordres religieux. Ainsi la méditation, la confession des fautes, la direction de conscience, la chasteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn157 [157]], la pauvreté sont des règles strictes pour les ''Bhikchous, ''ou moines bouddhistes. C'est, comme on le voit, tout le ''côté négatif ''de la perfection chrétienne, c'est le renoncement absolu qui doit aboutir à la mort et au Nirvana ; ce n'est pas, comme dans la mystique chrétienne, le détachement des biens de ce monde pour aller plus sûrement à Dieu et pour trouver en Lui un jour la ''vie pleine et l'amour parfait. Le culte bouddhiste ''était à l'origine réduit à son strict minimum. Et à quoi ce culte eût-il bien pu se rapporter, puisque la doctrine bouddhiste était athée et que dès lors il était inutile de prier un dieu dont on ignorait l'existence? Mais, à la mort de Çakya-Muni, il s'établit un culte de vénération en son honneur. Pour conserver ses reliques, on construisit d'abord des monuments très simples, puis des temples magnifiques, généralement au centre d'un monastère. Par la suite, on rendit un culte, non seulement au grand Bouddha Çakya-Muni, mais à tous les autres Bouddhas, semblables à lui, c'est-à-dire qui étaient entrés dans le Nirvana On y joignit le ''culte des images ''et des statues ; et ce fut ainsi un véritable polythéisme, en même temps qu'une- idolâtrie mêlée de magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
196'''. — ''NOTA.''''' — Le bouddhisme se ''propagea ''surtout en Chine, dans l'Indochine, au Cambodge, au Siam, en Birmanie, au Japon et au Tibet. Sa ''diffusion si étendue ''s'explique par l'insuffisance du culte brahmanique sans idoles et sans temples, par l'apostolat de ses moines et aussi par la ''protection du pouvoir civil : ''protection qui était accordée d'autant plus facilement que, les moines bouddhistes étaient des auxiliaires précieux pour développer l'influence des rois en dehors de leur pays. De plus, si la morale recommandait avant tout la pratique du renoncement, elle ne défendait aux laïques ni la polygamie ni le divorce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''197— 3° Critique'''. — Nous n'avons pas à insister pour prouver que la religion bouddhiste n'est pas d'origine divine, car Çakya-Muni n'a jamais voulu se faire passer ni pour Dieu ni pour envoyé de Dieu ; il n'a jamais prétendu qu'au titre de ''sage. ''Si nous considérons maintenant sa ''doctrine, ''il faut bien reconnaître que, au point de vue moral, elle a une valeur incontestable. En prêchant le renoncement, le détachement des biens de là terre, la chasteté et l'esprit d'apostolat, en inspirant aux hommes une grande crainte des châtiments futurs, elle a pu atteindre de sérieux résultats. Mais malheureusement sa doctrine métaphysique n'est pas à la hauteur de la morale. Elle encourt d'abord le grave reproche l’''athéisme, ''quoique, en pratique, ses partisans soient polythéistes et idolâtres. En outre, les doctrines de la ''transmigration ''et du ''Nirvana ''ont également pour conséquence fâcheuse de placer l'idéal de la vie monastique dans la ''contemplation pure ''et la ''mendicité sans travail. ''Autant la vie monastique, animée par le sentiment chrétien, réglée de manière à donner sa part au travail, a été en Occident une force civilisatrice, autant les couvents bouddhistes sont devenus des causes de torpeur et de léthargie chez les peuples où cette institution a fleuri. C'est une religion sans action sociale... Çakya-Muni a prescrit le célibat aux religieux, mais il ne s'est pas occupé des laïques... Aussi les hommes impartiaux, même dans le camp rationaliste, renoncent à comparer le bouddhisme au christianisme et professent hautement que le christianisme est supérieur... Nous ne trouvons donc pas dans le bouddhisme, plus qu'ailleurs, cette parole divine que nous cherchons. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn158 [158]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''198. — IV. L'Hindouisme ou Néo-brahmanisme. 1° Fondateur.''' — Le bouddhisme, tel que nous venons de l'exposer, ne vécut dans l'Inde que les quelques siècles. Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, d'autres sectes naquirent, auxquelles on donna le nom générique ''d'hindouisme ''ou ''néo-brahmanisme. ''La nouvelle religion était le produit de plusieurs écoles, et aucun nom ne s'attache à sa fondation : elle est d'ailleurs une sorte de fusion entre le brahmanisme et les vieux cultes idolâtriques de l'Inde. Les deux principales sectes sont le ''Vishnouisme ''et le ''Civaïsme, ''noms qui lui viennent de ce qu'elles regardent soit ''Vishnou, ''soit ''Civa ''comme Dieu suprême. Le ''Vishnouisme ''seul nous intéresse à cause des ressemblances que sa doctrine offre avec le christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''199. — 2°''' '''Doctrine. '''— Ce qui caractérise le Vishnouisme, ou du moins, ce qui lui donne à nos yeux le plus vif intérêt, c'est la présence dans sa doctrine des deux dogmes de la ''Trinité ''et de ''V Incarnation,''— ''a) ''La Trinité hindoue ou ''Trimurti ''se compose de Brahmâ, le dieu créateur, de Vishnou, le dieu conservateur, et de Civa, le dieu destructeur. — ''b) ''Les ''incarnations ''ou ''avatars ''de Vishnou tiennent une place capitale dans l'hindouisme. Vishnou s'incarne un certain nombre de foie : il prend successivement les formes de poisson, de tortue, de sanglier, de lion, et il apparaît surtout dans la personne de deux héros fameux ''Bâma ''et ''Krishna. ''Ce dernier est particulièrement célèbre : il a une naissance miraculeuse, il est adoré par des bergers, persécuté par le roi Kamsa qui le redoute comme un compétiteur et ordonne le massacre des enfants. Il y a là, on le devine, matière à rapprochement entre le bouddhisme et le christianisme, et les adversaires de celui-ci ne se sont pas fait faute de l'accuser de plagiat. Mais accuser n'est pas prouver et il faudrait avant tout montrer que les légendes du Vishnouisme existaient avant leur rédaction définitive qui n'eut lieu que vers le XIIe ou le XIIIe siècle de notre ère — ce qui jusqu'ici n'a pas été fait. (V. N°s 194 et 278.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''200. — 3°''' '''Critique. '''— Pas plus dans l'hindouisme que dans le bouddhisme nous ne trouvons des traces de l'action divine. Le culte néo­brahmanique se signale, au contraire, par des rites grossiers et cruels ; il va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme exagéré à la débauche ; il est un mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale. Pour en donner une idée il n'y a qu'à rappeler que le gouvernement anglais qui a pourtant pour principe de respecter les croyances des peuples qui sont sous son autorité, s'est vu forcé de défendre un grand nombre de cérémonies religieuses et de coutumes barbares, on particulier, les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, le suicide des veuves sur la tombe de leurs maris, les immolations volontaires des fanatiques qui se faisaient écraser sous le char du dieu Vishnou.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VI. — L'Islamisme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
201. — Avant la fondation du Mahométisme, les ''Arabes, ''sémites comme les Hébreux, se disant descendants d'Ismaël, fils d’Abraham et d'Agar, étaient divisés en tribus indépendantes, les unes nomades, et les autres sédentaires. Un lien rapprochait ces tribus : c'était la ''Kaaba, ''leur sanctuaire commun, qui s'élevait dans une gorge de l'Hedjaz, à environ 90 kilomètres de la mer Rouge. Là, ils adoraient le Dieu d'Abraham, mais ce culte n'excluait pas celui des idoles particulières à chaque tribu. Les Arabes y venaient chaque année en pèlerinage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notons encore, pour mieux faire connaître les influences qui purent s'exercer sur l'esprit de Mahomet, que la Mecque qui fut construite vers le VIe siècle après Jésus-Christ, était peuplée en partie de Juifs et de chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Fondateur. '''— Mahomet (Mohammed, en arabe) naquit à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Pauvre, et orphelin de bonne heure, il fut. mis au commerce par son oncle Abu-Talib. C'est justement dans un voyage commercial qu'il fit pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, qu'il épousa par la suite, qu'il eut, dit-on, l'occasion de rencontre! un moine chrétien avec qui il put s'entretenir. Il eut aussi des relations avec Zeïd, un judéo-chrétien, qui voulait restaurer la religion d'Abraham. Faut-il chercher là l'origine de sa vocation ? On peut en douter ; mais ce qui est certain, c'est que vers l'âge de 40 ans il commença à se préoccuper des questions religieuses et se livra dans la solitude à de longues méditations. Un jour qu'il était en contemplation au mont Hira, il eut deux visions au cours desquelles l'Archange Gabriel lui apparut et lui ordonna de prêcher qu'il n'y avait d'autre Dieu qu'Allah, et que Mahomet était son prophète. Conformément à cet ordre, Mahomet prêcha d'abord à la Mecque, mais il fut accueilli par les railleries des Koreischites, ses parents, et il eut à subir les objections des Juifs. Il dut même, à la suite d'une persécution plus violente, quitter la ville. Il partit alors avec quelques fidèles à Médine, ville rivale, de la Mecque : c'est de cette fuite, appelée ''Y-hégire, ''que date l'ère musulmane (16 juillet 622). Reçu en prophète à Médine, il s'y installa ; et, à partir de cette date, il prêcha la ''guerre sainte. ''Il dit à ses partisans : « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni en son prophète. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut et qu'ils soient humiliés. » Alors, de son vivant, et après sa mort, les Arabes entreprirent la ''guerre sainte. ''C'est ainsi, par les armes, qu'ils imposèrent la religion nouvelle chez les peuples de l'Asie (Syrie, Egypte, Perse) et de l'Afrique (Tripoli, Tunisie, Algérie, Maroc). Au début du viii6 siècle, ils attaquèrent l'Europe ; ils pénétrèrent en Espagne, où la victoire de Xérès leur livra le pays ; ils entrèrent en Gaule par la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, puis ils conquirent la vallée de la Garonne et ils s'avançaient déjà dans la vallée de la Loire lorsque les Francs commandés par Charles Martel vinrent les arrêter et les battre à Poitiers (732). Cette victoire brisa l'élan musulman sur le front d'Occident, comme, quinze ans plus tôt, l'empereur LÉON III et les ''Byzantins ''l'avaient brisé sur le front d'Orient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''202. — 2°''' '''Doctrine. '''—Le ''Coran ''est le livre sacré de l'Islam, il contient les révélations de l'archange Gabriel au prophète. Mais le livre n'a pas été écrit par le prophète lui-même ; il est le recueil de fragments de discours que ses disciples avaient retenus ou recueillis sur des tablettes. Le Coran est pour le mahométan Le livre par excellence, celui qui remplace tous les autres : il renferme la loi civile aussi bien que la loi religieuse, le Code du juge et l'Évangile du prêtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En voici les ''points principaux. ''— ''a) ''Sur la ''question de Dieu, ''Mahomet enseigne ''l’unité divine. ''Il rejette la Trinité et l'Incarnation, et considère les chrétiens qui adorent Jésus-Christ comme des polythéistes. Parmi les ''attributs ''de Dieu il insiste surtout sur sa puissance, laquelle se manifeste bien plus par l’ordre et la beauté du monde que par les miracles ; il parle aussi du « Dieu clément et miséricordieux ». Mahomet admet les anciens prophètes dont les principaux sont Abraham, Moïse, Jean-Baptiste et Jésus. Mahomet, lui, est le dernier et le plus parfait ; il est le «Paraclet promis par Jésus à ses Apôtres » ''(Jean, ''XV, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Sur la question de ''l’homme. ''D'après le Coran, il semble bien que la destinée humaine, ici-bas et là-haut, dépende absolument de la volonté arbitraire et souveraine de Dieu. Il est vrai que les docteurs musulmans n'admettent pas que leur religion soit fataliste ; elle en a au moins toutes les apparences, et si en théorie elle ne l'est pas, elle y aboutit certainement en pratique. L'on sait que les populations musulmanes se plient sans peine aux coups du sort, au Destin, comme on disait dans l'antiquité. Le mot ''islam ''signifie du reste ''résignation, ''abandon à la volonté de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort est suivie du jugement particulier : l'âme est destinée alors au Paradis ou à l'Enfer, mais, jusqu'à la résurrection, elle reste dans la tombe, heureuse -ou malheureuse suivant la sentence prononcée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) La ''morale ''et le ''culte ''de la religion de Mahomet prescrivent cinq devoirs principaux : — 1. la ''foi : ''« I1 n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son prophète », telle est la brève profession de foi imposée à celui qui veut appartenir à l'Islam ; — 2. la ''prière. ''Le mahométan doit prier cinq fois par jour : à l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la tombée de la nuit. Il peut prier, soit en particulier, soit à la mosquée ; pour les mosquées, l'heure de la prière est annoncée par le muezzin du haut des minarets. La prière est précédée des ablutions : le musulman se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jusqu’'aux chevilles ; il se déchausse avant d'entrer dans la mosquée. Les attitudes sont prescrites ; en même temps qu'il récite les formules de prières, tirées pour la plupart du Coran, le musulman fait des génuflexions, des prosternations, il élève les mains de chaque côté de la tête, les abaisse le long du corps ou sur les genoux. Il prie sur des tapis spéciaux, et tourné vers la Mecque, comme le chrétien vers Jérusalem ; — 3. ''Aumône. ''Celle-ci affecte une double forme : l'une obligatoire et à un taux fixé d'après la fortune individuelle, l'autre non officielle, en argent ou en nature, et pratiquée surtout à la fin du mois de jeûne ; —4. le ''jeûne. ''Le Coran impose un mois entier de jeûne : le mois de ''Ramadan. ''Deux heures avant le lever du jour, les fidèles sont avertis d'avoir à préparer leur repas du matin ; puis, à partir de ce moment jusqu'au coucher du soleil, le musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni même avaler exprès sa salive ; — 5. un ''pèlerinage ''à la Mecque que tout musulman qui en a les moyens, doit accomplir au moins une fois dans sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''203. — 3°''' '''Critique. '''— On s'est demandé si Mahomet qui se donnait pour un prophète inspiré, était réellement convaincu de sa mission. Le ton enthousiaste de ses prédications, la conviction profonde qu'il sut inspirer à ses compatriotes, pourtant si fiers, sa ténacité devant l'indifférence, et même l'hostilité des siens, tout cela peut nous autoriser à croire qu'il fut sincère au début de sa mission, mais il n'en reste pas moins vrai que, dans la seconde phase de sa carrière, il n'a plus rien du messager divin. Non seulement il ne recule devant aucun moyen pour propager ses idées, mais il prétexte même de fausses révélations pour excuser son immoralité et ses brigandages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Si l'on voulait, dit l’abbé de Broglie, attribuer à l'islamisme une origine divine, on pourrait poser ce dilemme : ou le christianisme directement opposé à l'islamisme est divin de son côté, ou c'est une œuvre humaine. S'il est divin, il y aurait donc deux religions divines opposées, l'une prêchant la chasteté, la patience, la douceur de ses martyrs, l'autre permettant les mœurs dissolues, la propagation de la vérité par le sabre. Si, d'autre part, on considérait l'islamisme comme divin et le christianisme comme uns œuvre humaine, ce serait alors l'homme qui prêcherait la chasteté, l'indissolubilité du mariage, la patience, le mépris des richesses, et ce serait Dieu qui, par son prophète, autoriserait les hommes à se livrer à leurs passions sensuelles et à leur cupidité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc conclure que l'islamisme « présente le plus singulier mélange d'erreur et de vérité que l'on puisse imaginer. Son dogme fondamental, l'unité de Dieu, est une grande et salutaire vérité. Il en est de même du principe dé l'exclusion de l'idolâtrie, qui en est la conséquence... La sanction de la morale se trouve également dans l'idée de la vie future, du jugement, du ciel et de l'enfer.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn159 [159]] Les prières précédées d'ablutions qui ont lieu cinq fois par jour, le jeûne rigoureux du Ramadan, sont des pratiques excellentes. On peut supposer que les musulmans qui « croient que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui l'approchent», selon la parole de saint Paul (Héb., XI, 6), qui sont de bonne foi dans leur religion et suivent leur conscience, y trouvent les éléments nécessaires pour leur salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. VII. — Le Judaïsme actuel. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
204. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur le ''judaïsme actuel. ''La preuve qu'il n'est pas la vraie religion découle, en effet, de la démonstration' que nous ferons plus loin de la divinité du christianisme. Nous verrons plus loin (N° 213) que la ''religion mosaïque ''était une ''religion préparatoire, ''et qu'un des dogmes principaux de sa doctrine c'était l'idée messianique, c'est-à-dire L'attente d'un Envoyé divin qui transformerait la religion particulariste et nationale des Juifs en une religion universelle. Or, si nous apportons la preuve que cette espérance s'est réalisée dans le Christ, le judaïsme actuel est dans l'erreur lorsqu'il prétend, soit que le Messie n'est pas venu et qu'il viendra un jour comme un roi temporel à qui toutes les nations seront soumises, soit qu'il est venu, mais qu'il est resté inconnu à cause des péchés de son peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''205. — Conclusion générale''' — 1° De l'examen rapide que nous venons de faire des principales religions de l'humanité, il ressort qu'aucune ne porte les signes d’une origine ''surhumaine. ''— ''a) ''D'une part, leurs ''fondateurs ''ne sont pas, et généralement, ne prétendent pas être, des envoyés de Dieu; il arrive même parfois que leur existence, comme celle de Zoroastre, est problématique, ou que les récits qu'on fait de leur vie, comme c'est le cas pour Çakya-Muni, s'ont plutôt du domaine de la légende que de celui de l'histoire. — b) D'autre part, leur ''doctrine ''est mêlée d'imperfections, et les ''miracles ''qu'on leur attribue sont des faits, dont la réalité n'est pas suffisamment établie, ou qui sont explicables par une^ cause naturelle : tels sont, par exemple, les oracles de Delphes et de Memphis, ie8 faits miraculeux mis sur le compte de l'empereur Vespasien, et les faits de magie qui se produisent encore fréquemment de nos jours dans l'Extrême-Orient. 2° De ce que les religions que nous venons de passer en revue sont fausses, nous n'avons garde de conclure que le christianisme est vrai. Ce serait évidemment tirer une conséquence que ne renferment pas les prémisses. Mais n'est-ce pas un semblable ''illogisme ''que commettent les historiens rationalistes des religions, lorsqu'ils prétendent que, les religions ci-dessus mentionnées étant fausses, le christianisme l'est aussi. Il est vrai qu'ils cachent le vice de leur raisonnement sous une forme plus habile. Ou bien, en effet, ils accordent que la religion chrétienne est une religion supérieure, que sa doctrine est la plus belle, et son fondateur, l'homme idéal; en un mot, ils veulent bien concéder qu'elle est ''transcendante[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn160 [160]], ''mais pour mieux lui dénier toute origine divine. Ou bien ils exaltent les fausses religions et rabaissent la religion chrétienne pour pouvoir plus facilement conclure que toutes se valent, qu'il y a équivalence de doctrines et de fondateurs, et dès lors, que toutes les religions sont fausses. La seule réponse à de telles attaques c'est la démonstration de l'origine divine du christianisme, comme nous nous proposons de le faire dans la section suivante, en justifiant les titres du fondateur et en faisant ressortir la qualité de la doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Quand nous disons que la religion chrétienne est la seule vraie, et que toutes les autres formes religieuses sont fausses, cela ne veut pas dire qu'il y ait ''opposition totale ''entre l'une et les autres, ni que tout soit à condamner dans les fausses religions. Elles sont, au contraire, vraies et bonnes dans tous les points où elles sont d'accord avec la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE- '''- De Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions ''(Tricon) ; ''Religion et critique ''(Lecoffre). — Dufourcq, ''Histoire comparée des religions païennes et de la religion juive ''(Bloud). — Poulin et Loutil, ''La Religion ''(Bonne Presse). — Du Dictionnaire d'Alès : Condamin, art. ''Babylone et la Bible ; ''J. Huby, art. ''Religion des Grecs ; ''Mallon, art. ''Egypte ; ''Lagrange, ''Religion de l'Iran ; ''d'Alès, ''La Religion de Mithra ; ''Roussel, ''Religions de l'Inde ; ''Carra de Vaux, ''L'Islamisme et ses sectes ; ''Power, art. ''Mahomet ; ''Touzard, ''Le peuple juif dans l'Ancien Testament. ''— Bricout, ''Où en est l'histoire des religions ''(Letouzey). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION II : LA DIVINITÉ DU CHRISTIANISME ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Les Documents de la Révélation. Valeur historique du Pentateuque et des Évangiles. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
206. — ''Deux méthodes ''s'offrent à l'apologiste chrétien pour démontrer ''l'origine divine ''du christianisme. — 1° Ou bien, procédant comme il vient d'être fait à propos des fausses religions, il va directement au ''fondateur ''et lui demande ses ''titres. ''Si celui-ci peut lui apporter le témoignage de nombreux miracles, dûment constatés et consignés dans des ''documents authentiques, ''dont la valeur et l'autorité ne sauraient être contestées, il &amp;quot;n'y a pas de doute : il est ''un envoyé divin, ''et nous n'avons plus qu'à écouter sa parole et accepter sa doctrine. — 2° Si cette première méthode paraît très logique, elle n'en a pas moins le défaut de ne pas être totalement ''conforme à l'histoire. ''Car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, ne s'est pas donné comme ''un ''simple envoyé de Dieu, mais comme ''l'Envoyé attendu par les Juifs, ''comme ''le Messie promis ''par Dieu au peuple qu'il s'était choisi et chez lequel il avait gardé le trésor de la vraie religion. La démonstration chrétienne ne doit pas être, par conséquent, une démonstration indépendante : le christianisme se présentant comme la troisième phase de la Révélation divine, et se rattachant plus particulièrement à la Religion mosaïque dont il se dit le couronnement, c'est, en réalité, la démonstration de cette triple Révélation qu'il s'agirait de faire. Pour cela, il est indispensable, avant tout, de ''vérifier les documents ''qui rapportent le ''fait ''de cette triple Révélation. Il faut donc établir la ''valeur historique : ''— ''a) ''du ''Pentateuque ''qui contient les deux premières Révélations : la Révélation primitive[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn161 [161]] et la Révélation mosaïque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn162 [162]] ; et — b) celle ''des Évangiles ''où est consignée la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons cette seconde méthode, de préférence à la première qui nous paraît incomplète et dangereuse[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn163 [163]], sans cependant nous croire obligé à faire la démonstration complète de l'origine divine des deux premières Révélations : leur vérité est en effet impliquée dans la démonstration chrétienne. Nous nous contenterons d'établir rapidement l'autorité humaine du Pentateuque, et d'indiquer la marche de la démonstration mosaïque (N° 213). Ce chapitre comprendra donc deux articles. 1° Le premier traitera de la ''valeur historique du Pentateuque. ''2° Le second, de la ''valeur historique des Évangiles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= REMARQUE PREMMINAIRE AUX DEUX ARTICLES =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
207. — Il s'agit de savoir si les ''documents ''qui contiennent le ''fait ''de la Révélation méritent notre confiance tout aussi bien que les autres documents de l'histoire profane, tels que les Annales de Tacite et les Commentaires de César. Or, pour se rendre compte de la valeur historique d'un document, il faut le soumettre à un triple examen. La première chose à vérifier c'est le document lui-même : le possédons-nous dans sa teneur originelle et -tel qu'il est sorti des mains de son auteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn164 [164]] ? Le second point c'est de rechercher l'auteur. Le troisième c'est de s'assurer si cet, auteur est digne de foi. Ces trois conditions de la valeur historique d'un livre : ''intégrité, authenticité, véracité, ''nous allons voir si les deux documents de la triple Révélation, c'est-à-dire le Pentateuque et les Evangiles, les remplissent ; et, comme nous avons surtout besoin, dans cette seconde Partie, des documents de la Révélation chrétienne, nous insisterons davantage sur la valeur des Évangiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I — Valeur historique du Pentateuque. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons démontrer dans trois-paragraphes : 1° ''l'intégrité ; ''2° ''l'authenticité, ''et 3° la ''véracité ''du Pentateuque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le Pentateuque. Son intégrité. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''208. — 1° Le Pentateuque. — Division'''. — Le Pentateuque (du grec « ''pente ''» cinq et « ''teuchos ''» livre) est ainsi nommé parce qu'il contient cinq,, livres, à savoir : — ''a) ''lav ''Genèse ''(gr. « ''genesis ''» origine), qui raconte la &amp;quot;création et l'origine des choses ; — b) ''l’Exode ''(gr. « ''excodos» ''sortie), qui raconte la sortie des Israélites de la terre d'Egypte ; — c) le ''Lévitique, ''c'est-à-dire la loi des prêtres ou lévites, ainsi appelé parce qu'il est comme le rituel du culte et des sacrifices ; — d) les ''Nombres : ''appellation qui vient de ce que le livre commence par un dénombrement du peuple et des lévites; — e) le ''Deutéronome ''ou seconde loi ; livre qui contient une récapitulation de la loi déjà donnée. Le Pentateuque était désigné par les Juifs sous le nom de ''Torah, ''ou la ''Loi, ''parce qu'il contient la législation mosaïque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''209. — 2° Intégrité.''' — Avant de se servir d'un document, il est nécessaire, avons-nous dit, d'en contrôler le contenu, et de s'assurer si le texte qu'on a entre les mains est conforme au manuscrit autographe de l'auteur. La chose serait très simple si l'on possédait l'original, l'autographe même de l'auteur. Mais il n'en va pas ainsi quand il s'agit des ouvrages de l'antiquité. Les originaux en sont perdus depuis longtemps, et nous ne pouvons les connaître qu'à travers les copies plus ou moins fidèles qui en ont été faites. Il y a donc lieu de distinguer deux sortes d'intégrités : — ''a) l'intégrité absolue, ''quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive, et — b) ''l'intégrité substantielle, ''lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l'essence de l'ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'intégrité du Pentateuque actuel est une intégrité substantielle ''L'on comprend aisément que, dans un si long cours de siècles, quelques modifications se soient produites. La ''Commission biblique, ''dans son décret du 27 juin 1906, signale plus spécialement quatre sources de modifications : — 1. des ''additions ''postérieures à la mort de Moïse, même faites par un auteur inspiré : il est de la plus grande évidence que le récit de la mort de Moïse, à la fin du Deutéronome, est une addition ; —2. des ''gloses ''et des ''explications ''insérées dans le texte primitif[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn165 [165]] et qui avaient pour but d'expliquer les passages qui ne se comprenaient plus ; — 3. des termes et des expressions tombés en désuétude, et traduits en langage plus moderne; —4. enfin des leçons fautives attribuables à l'incorrection des copistes. Ceux-ci ont pu se tromper, soit involontairement en transcrivant un mot pour un autre, soit volontairement en croyant bien faire en corrigeant le texte qu'ils avaient sous les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, comme l'admet la ''Commission biblique, ''le Pentateuque a subi dans la suite des temps un certain nombre de modifications portant sur des points accessoires et n'atteignant pas le fond de l'ouvrage. Quelles furent ces modifications, c'est à la critique de le déterminer : la Commission biblique lui en reconnaît le droit, mais à une condition, c'est qu'elle justifie ses suppositions et qu'elle laisse le dernier mot à l'Église, celle-ci devant toujours juger, en dernier ressort, et dire si les critiques ont raison ou si leurs conclusions manquent de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''210. — 1°''' '''Définition. '''— On dit qu'un livre est ''authentique, ''quand il est bien de l'auteur auquel la tradition l'attribue. Ainsi, le Pentateuque est authentique s'il a été vraiment écrit par Moïse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''211. — 2° Authenticité.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''L'origine mosaïque du Pentateuque a été révoquée en doute par les critiques rationalistes. Mais, bien qu'ils affirment tous que le Pentateuque n'est pas l'œuvre de Moïse, ils sont incapables de se mettre d'accord sur l'auteur et le mode de composition de l'ouvrage. Parmi les hypothèses qu'ils ont faites, les trois principales sont : l'hypothèse ''documentaire, ''l'hypothèse ''fragmentaire si ''l'hypothèse complémentaire, — a) ''Hypothèse documentaire. ''Le Français Jean Astruc (en mort 1766), l'Allemand Eichhorn (mort en 1827) ont vu, le premier dans la Genèse seulement, le second dans tout le Pentateuque, une réunion de ''documents, ''dont les deux principaux sont :1e document ''élohiste ''et le document ''jahviste, ''ainsi dénommés parce que Dieu est appelé dans l'un ''Elohim, ''et dans l'autre, ''Jahweh. ''Cette opinion est restée en vogue, mais a subi des modifications ; de nos jours, les rationalistes considèrent généralement le Pentateuque comme la fusion de quatre documents : l’''Elohiste, ''le ''Jahviste, le Deutéronome ''et le ''Code Sacerdotal, ''rédigés tous à des dates diverses, allant du IXe au VIe siècle, de beaucoup postérieurs, par conséquent aux événements qu'ils rapportent et ne -pouvant être attribués à Moïse. — b) ''Hypothèse fragmentaire. ''Cette opinion, professée par l'Ecossais Geddbs (mort en 1802) et par l'Allemand Vater (mort en 1826), regarde le Pentateuque comme une réunion de nombreux fragments, d'ailleurs assez mal assemblés. — c) ''Hypothèse complémentaire. ''Cette hypothèse, dont l'Allemand Ewald (mort en 1875) fut le premier représentant, admet un ''écrit primitif, ''composé par des prêtres au XIe ou Xe siècle, ''l’Elohiste, ''auquel un auteur plus récent, qui appelait Dieu ''Jahweh, ''ajouta de nombreux ''suppléments[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn166 [166]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''repose sur quatre preuves traditionnelles, rappelées par la Commission biblique le 27 juin 1906 : — ''a) sur le témoignage de nombreux passages de l’Ancien Testament. ''D'abord le Pentateuque se présente à nous comme ayant été écrit par Moïse ''(Exode, ''xvii, 14 ; XXIV, 4 ; ''Deut., ''XXIX, XXX). Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment l'origine mosaïque : le livre de ''Josué ''en fait mention ; les ''Psaumes ''et les ''Prophètes ''sont tout imprégnés de la loi de Moïse. Supprimer Moïse et la Législation mosaïque contenus dans le Pentateuque, c'est rendre inintelligible toute l'Histoire sainte ; — &amp;amp;) ''sur la tradition juive, ''qui attribue le Pentateuque à Moïse : ainsi les écrivains Josèphe et Philon ne laissent aucun doute à cet égard ; — c) ''sur le témoignage du Nouveau Testament. ''Notre-Seigneur et les auteurs du Nouveau Testament parlent très souvent de Moïse : ils sont unanimes à le ''regarder comme l'auteur du Pentateuque (Mat., ''viii, 4 ; xix, 7, 8 ; ''Marc, ''VII, 10; XII, 26; ''Luc, ''xvi, 29, 31 ; xxiv, 44; ''Act., ''xxi, 21 ; xxvi, 22 ; Rom., x, 5) ; — d) ''sur les critères internes ''qui se tirent du livre lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire, cette quatrième preuve de ''l'origine mosaïque ''du Pentateuque est utilisée, en sens contraire, par les rationalistes dont nous avons signalé plus haut les principales hypothèses. C'est, en effet, sur la ''critique interne ''du livre qu'ils s'appuient pour prétendre que le Pentateuque est un ensemble d'écrits, — ''documents, fragments ''ou ''suppléments, ''— d'époques diverses et ne saurait être attribué à Moïse. Pour démontrer leur thèse, ils allèguent : — 1. les ''diversités de langue, ''de ''style, d'idées ''qui trahissent une époque et des auteurs différents ; — 2. ''l'emploi de deux noms, Elohim ''et ''Jahweh, ''pour désigner Dieu, — 3. les ''doublets, ''c'est-à-dire les faits racontés deux fois : il y a, par exemple, un double récit de la création, du déluge, de l'enlèvement de Sara, de l'expulsion d'Agar ; Joseph est vendu à des Ismaélites et à des Madianites : la chose leur paraît inexplicable dans l'hypothèse de l'unité de composition et d'auteur ; -— 4. ''les passages ''relatant des ''faits ''ou des ''institutions ''manifestement ''postérieurs à Moise, ''par exemple, les endroits où il est question de la terre au-delà du Jourdain que Moïse n'habita jamais, de la mort de Moïse, et de lois concernant le royaume ''(Deut, ''xvii, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces difficultés soulevées par les rationalistes, nous répondrons, en nous inspirant des conclusions de la ''Commission Biblique : ''— 1. que de nombreux ''mots égyptiens ''témoignent que l'auteur a vécu en Egypte, ce qui est le cas de Moïse, que les ''diversités de langue et de style ''s'expliquent non seulement par la diversité des sujets, mais par ce fait que Moïse a pu se servir de ''secrétaires qui, ''sous sa direction et d'après son plan ont rédigé, chacun, des œuvres complètes par elles-mêmes et souvent parallèles, qu'il a pu utiliser, lui-même ou par ses collaborateurs, des ''sources, ''antérieures ou contemporaines, écrites ou orales, sources qui ont été insérées, ''mot à mot, ''ou quant aux ''idées, ''tantôt abrégées, tantôt développées comme certains épisodes de l'histoire d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Ajoutons, d'autre part, que rien, dans le ''décret de la C. B. du ''27 ''juin ''1906 ne nous oblige à supposer que ces œuvres de Moïse et de ses scribes auraient été fusionnées en un seul tout de leur vivant. Il nous suffit de croire que ces documents remontent à Moïse, qu'ils en dépendent, qu'ils lui sont imputables et n'ont subi aucune altération substantielle. — 2. L'emploi des deux mots, ''Elohim ''et ''Jahweh ''pour nommer Dieu, n'implique nullement qu'il y ait eu deux sources ou deux auteurs différents : les deux mots, en effet, n'ont pas le même sens ; le premier désigne Dieu en tant que Créateur et Providence, le second désigne le Dieu d'Israël, le Dieu qui a contracté une alliance solennelle avec son peuple d'élection. — 4. Pour ce qui concerne les ''passages d'origine certainement postérieure à Moïse, ''la chose s'explique par des modifications qui ont pu se produire au cours des siècles sans détruire, pour cela l'intégrité substantielle (V. N° 209).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des quatre preuves qui précèdent il résulte que ''l'authenticité mosaïque du Pentateuque reste incontestable.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Véracité du Pentateuque. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
212. — De ce que le Pentateuque est substantiellement intègre et qu'il est l'œuvre de Moïse, pouvons-nous conclure qu'il est ''digne de foi ? ''Ou mieux, le témoignage de Moïse que nous trouvons dans le Pentateuque, réunit-il les conditions de la véracité ? Un témoignage est véridique, il mérite d'être cru, lorsque le témoin n'a pas pu se tromper et n'a pas voulu tromper[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn167 [167]]. Or en est-il ainsi pour ce qui concerne le témoignage de Moïse? Que Moïse n'ait pas pu se tromper, cela paraît bien évident, car il racontait les faits dont lui-même avait été le principal acteur. Pas davantage il n'a voulu tromper ; quel intérêt aurait-il eu à le faire ? Mais, même s'il en avait conçu le dessein, la chose lui aurait été impossible, car il écrivait pour son peuple qui, lui aussi, avait été témoin et acteur des événements que Moïse racontait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
213. — '''Remarque. '''— La valeur historique du Pentateuque une fois admise, il faudrait démontrer ici ''l'origine divine ''de la Révélation ''primitive, ''et surtout de la Révélation ''mosaïque, ''à laquelle la Révélation chrétienne se rattache si étroitement. Nous indiquerons seulement la marche à suivre pouf la Révélation mosaïque. Deux points sont à discuter, comme nous l'avons fait pour les fausses religions : les ''titres du fondateur ''et la ''valeur de la doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE FONDATEUR. ''— La mission divine du fondateur, ressort de ce fait que, par son intermédiaire, Dieu a opéré de nombreux prodiges, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Rappelons seulement les Dix plaies d'Egypte, le passage de la Mer Rouge, la manne qui nourrit les Israélites durant quarante jours dans le désert, l'apparition de Dieu sur le Sinaï, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOCTRINE. ''— Pour faire apparaître la transcendance de la religion juive, il suffirait d'en signaler les deux traits essentiels : le monothéisme et l'idée messianique : — ''a) ''Et d'abord le ''monothéisme, ''c'est-à-dire la croyance à un Dieu unique et créateur et l'adoration exclusive de ce Dieu. Or ce monothéisme est un fait unique dans l'histoire des religions : à lui seul, il suffit à classer la religion juive hors de pair. Aucune cause naturelle ne peut en donner une explication suffisante : ni la race, ni le climat, ni la langue, ni les circonstances ne sont des causes acceptables ; le peuple juif, en effet, n'était-il pas entouré de peuples de même race, sémites comme lui, de même langue, Assyriens, Arabes, Araméens qui tous étaient polythéistes ? Mieux que cela : les Juifs eux-mêmes n'étaient-ils pas enclins à l'idolâtrie, ne s'y sont-ils pas laissé entraîner maintes fois au point que les rationalistes ont pu prétendre que la nation juive a commencé comme toutes les autres, par le polythéisme ? ''Le monothéisme hébreu n'est donc explicable que par l'intervention surnaturelle de'' ''Dieu. ''Si le peuple juif ne reconnaît d'autre Dieu que Jahvé, s'il bannit du camp ou de la ville toute idole qui rappellerait le souvenir d'un dieu étranger, c'est parce qu'il a reçu l'enseignement de Moïse qui l'a instruit au nom de Dieu, enseignement que les prophètes devront plus tard lui rappeler tant de fois pour le retenir dans la voie tracée par Dieu et le garder de l'idolâtrie. — b) Le second caractère de la religion juive c'est ''l'espérance messianique. ''Si, d'une part, Moïse et les prophètes ont proclamé que le monothéisme était le dogme essentiel de leur religion, ils ont, d'autre part, annoncé que leur ''religion n'était pas définitive ''et qu'à sa forme imparfaite et restreinte succéderait une autre forme religieuse destinée à devenir la religion universelle. Et de cette future religion ils ont prédit qu'un Envoyé de Dieu, un Messie, serait l'apôtre et le fondateur. L'espérance messianique c'est donc l'attente du royaume de Dieu qui s'étendra à tout l'univers et l'attente d'un Roi, d'un Oint, — Christ ou Messie, — qui conquerra le monde au vrai Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question qui maintenant va se poser, c'est par conséquent de savoir si cette espérance est réalisée, si elle est désormais un fait accompli. Les apologistes chrétiens qui répondent affirmativement, ont donc pour tâche de montrer que Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, est bien le Messie attendu, fit qu'il l'est parce qu'il réalise en sa personne tous les caractères annoncés par les Prophètes : de la tribu de Juda et de la race de David, et parce qu'il a prouvé son origine divine par ses œuvres. C'est le travail que nous ferons quand nous aurons vérifié tes documents de la Révélation chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — Valeur historique des Évangiles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
214. — Les quatre Évangiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn168 [168]] selon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn169 [169]] saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont les ''principaux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn170 [170]] documents qui contiennent le ''fait ''de la Révélation chrétienne. Il y a donc lieu, comme pour le Pentateuque, d'en rechercher la valeur historique. Dans trois paragraphes nous établirons : 1° leur ''intégrité ; ''2° leur ''authenticité ; ''et 3° leur ''véracité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Intégrité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
215. — ''Les textes actuels des Évangiles sont-ils tels qu'ils sont sortis des mains de leurs auteurs? ''Telle est la première question qui se pose. Que la solution en soit difficile, on le devine aisément, si l'on remarque, d'un côté, que les originaux, écrits sans doute sur du papyrus, matière friable et de peu de durée, ont disparu depuis longtemps, et de l'autre, que les critiques ont relevé plus de 150.000 ''variantes ''dans les nombreuses copies qui en ont été faites. Variantes qui n'ont du reste rien d'étonnant, car il était impossible que le texte primitif passât entre tant de mains sans être altéré, au moins dans ses détails. Parfois les copistes ont oublié des mots, passé une ligne, écrit un mot pour un autre ; parfois aussi les variantes n'étaient pas accidentelles, et il est arrivé que les copistes ont, de propos délibéré, substitué à un passage obscur des expressions qu'ils jugeaient meilleures ou même remplacé des idées par d'autres plus conformes à leurs opinions personnelles et à leurs préoccupations doctrinales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier travail de la ''critique historique ''a donc été de reconstituer, aussi fidèlement que possible, les textes originaux, au moyen des manuscrits [171] qui ont été retrouvés, des versions anciennes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn172 [172]] et des citations des Pères[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn173 [173]]. La chose n'allait pas sans difficultés, vu le grand nombre de variantes. Toutefois, comme la plupart de ces dernières sont sans importance et que les corrections tendancieuses sont plutôt ''rares[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn174 [174]] et assez facilement reconnaissables, il n'y a pas à douter que le ''texte critique actuel ''soit identique dans sa substance, au texte original.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
216. — Voici, du reste, pour chaque Évangile, les ''endroits dont l'authenticité est mise en doute. ''— ''a) Saint Matthieu. ''La question d'authenticité du premier Évangile est plus complexe que celle des autres: la raison en est que cet Évangile a été très vraisemblablement écrit d'abord dans l'idiome araméen, la langue courante des Juifs de Palestine, puis traduit en grec. Quel rapport exact y a-t-il entre le texte grec que nous possédons et le texte primitif araméen? A cette question la Commission biblique a répondu, dans son décret de juin 1911, que l'Évangile grec est en substance identique à l'Évangile écrit par l'Apôtre dans la langue de son pays. — ''b)'' ''Saint Marc. ''Seule l'authenticité de la finale (xvi, 9-20) a été rejetée par un certain nombre de critiques sous le prétexte qu'elle manque dans beaucoup de manuscrits anciens et qu'elle n'est pas conforme au style de saint Marc. La Commission biblique (26 juin 1912) a déclaré qu'il fallait tenir Marc pour l'auteur des douze derniers versets. — ''c)'' ''Saint Luc. ''Il n'y a discussion que sur quelques points de détail, spécialement sur les versets 43 et 44 du chapitre xxii La Commission biblique a décrété (26 juin 1912) qu'il n'est pas permis de douter de la canonicité des récits de saint Luc sur l'Enfance du Christ, sur l'Apparition de l'Ange qui réconforta Jésus et la sueur de sang. — ''d) Saint Jean. ''Les difficultés à propos du IVe Évangile se bornent à trois passages : 'au récit relatif à l'ange de la piscine probatique (v, 3, 4), à l'épisode de la femme adultère (VII, 53 ; VIII, 11) et enfin à l'appendice (xxi). Mais n'insistons pas. Ces différents passages que nous venons de mentionner, — les seuls dont l'authenticité soit sérieusement contestée, — sont de peu d'intérêt pour l'apologétique et ne doivent guère être utilisés dans les arguments qui serviront à la démonstration de la divinité du christianisme. Qu'ils aient été interpolés ou non, c'est donc ici une question secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Authenticité des Évangiles. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
217. — Les Évangiles une fois reconstitués dans leur texte primitif, il faut rechercher de qui ils viennent, quels en sont les ''auteurs ''et quelle en est la ''date de composition. ''Un document n'a en effet de valeur, que dans la mesure où l'auteur a pu connaître les faits qu'il rapporte et a voulu les rapporter fidèlement. Les Évangiles ont-ils été écrits par saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, comme l'apologiste chrétien le prétend, conformément à la doctrine de l'Église? Ce n'est pas par les écrits eux-mêmes que nous pouvons l'apprendre, car, outre que les anciens et spécialement les Orientaux, ne mettaient pas leur nom-en tête de leurs ouvrages, nous avons dit plus haut qu'il y a beau temps que les originaux ont disparu. L'authenticité des Évangiles ne peut donc être établie que par deux sortes d'arguments : — ''a) ''des ''arguments extrinsèques, ''tirés du témoignage de l'histoire, et — b) des ''arguments intrinsèques ''tirés de la critique interne, c'est-à-dire de l'examen du livre lui-même, de son style, de sa méthode, de ses idées, des idées surtout, car il va de soi que les idées d'une époque ne peuvent être fidèlement rendues que par un contemporain. C'est en nous appuyant sur ces deux arguments que nous allons démontrer l'authenticité de chaque Évangile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Authenticité de l'Évangile de saint Matthieu. '''— A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, la tradition commune dans toutes les Églises chrétiennes admet que l'apôtre saint Matthieu est l'auteur de notre premier Évangile : ainsi en témoignent Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Irénée. Ce dernier disait vers 185 : « Ainsi, Matthieu publia par écrit l'Évangile chez les Hébreux, dans leur langue, tandis que Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l'Église.» Déjà, au milieu du ne siècle, Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie, et qui fut l'ami de Polycarpe, disciple de saint Jean, parlait de l'Évangile hébreu composé par saint Matthieu : « Matthieu, disait-il, écrivit les ''Logia ''en langue hébraïque, et chacun les a traduits comme il a pu. » Et les critiques les plus en vue pensent que le terme de ''logia ''ne doit pas être restreint aux discours du Seigneur, mais qu'il peut s'appliquer à des récits et désigner par conséquent notre Évangile actuel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit par les témoignages qui précèdent, les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles attribuent unanimement la composition du premier Évangile à l'apôtre saint Matthieu. La chose ne peut s'expliquer que par la vérité du fait, car s'il s'était agi de mettre un ouvrage anonyme sous l'autorité d'un nom célèbre, on aurait choisi un nom plus en relief, celui de Pierre, par exemple, et non pas celui de saint Matthieu, tard venu dans l'apostolat et qui n'avait joué dans le collège apostolique qu'un rôle accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— Le témoignage de la tradition est confirmé par la ''critique interne ''du livre. Celle-ci établit, en effet, que l'auteur était à la fois, ''juif palestinien, publicain, ''et qu'il ''écrivait pour les Juifs convertis : ''trois caractères qui conviennent parfaitement à l'apôtre saint Matthieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‘‘A) ''L'auteur du premier Évangile était ''juif palestinien. ''Les hébraïsmes abondent dans son œuvre. On sent qu'il est au courant de toutes les coutumes juives ; il connaît la loi de Moïse et les prophètes mieux qu'aucun autre. En outre, il décrit la Palestine avec une stricte fidélité ; il sait la topographie des lieux : Capharnaüm est désigné comme une ville maritime sise sur les confins de Zabulon et de Nephtali, il parle des lis qui couvrent les champs, des rudes tempêtes qui s'élèvent sur le lac de Génésareth, etc. L'auteur était donc palestinien ou tenait ses renseignements d'un palestinien. — b) L'auteur était ''publicain, ''du moins si l'on s'en rapporte à la compétence spéciale qu'il témoigne en matière d'impôts. Seul des évangélistes, il note que l'apôtre saint Matthieu était publicain à Capharnaüm et, dans son énumération des Apôtres, il nomme Thomas avant lui, tandis que saint Marc et saint Luc font le contraire. Il est à supposer dès lors que par humilité il a laissé la première place à son compagnon. — c) L'auteur écrivait ''pour des Juifs convertis : ''la preuve en est qu'il emploie de nombreuses locutions d'origine araméenne, telles que rabbi, raca, mammona, gehenna, corbona, sans éprouver le besoin de les expliquer. Mais ce qui indique encore mieux qu'il s'adresse à des Juifs, c'est le dessein de son ouvrage. Partout il apparaît qu'il veut prouver que Jésus était le Messie. Pour cela il place en tête de son Évangile l'arbre généalogique qui montre dans le Sauveur un descendant de David et d'Abraham ; puis, à chaque instant il rappelle que Jésus accomplit les prophéties anciennes. Un tel but et une telle méthode n'auraient pas de raison d'être avec d'autres lecteurs que des Juifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons donc ''conclure ''que l'authenticité du premier Évangile repose sur un ensemble de preuves, d'ordre externe et interne de la plus grande valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— La majorité des critiques catholiques placent la composition du premier Évangile entre 36 et 70, et croient que saint Matthieu l'a écrit en Palestine, peut-être à Jérusalem. De toute façon, il n'est pas possible de reculer la date après 70, comme l'ont fait les rationaliste» en général, encore moins de la rejeter jusqu'à 130, selon le système de l'école de Tubingue. (Baur.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''218. — 2° Authenticité de l'Evangile de saint Marc.''' — A. ''ARGU­MENT EXTRINSÈQUE. ''— L'on possède, à partir du ne siècle, de nombreux témoignages qui attribuent le second Évangile à saint Marc, disciple de saint Pierre à Rome : les principaux sont ceux de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, du ''Canon de Muratori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn175 [175]], de saint Justin, de Papias. Ce dernier rapporte, vers 150, que « Marc, l'interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, non pas cependant dans leur ordre chronologique, tout ce dont il se souvenait, des choses dites ou faites par Jésus. Car il n'avait pas vu le Seigneur et ne l'avait pas accompagné, mais il avait accompagné Pierre qui donnait ses enseignements selon les besoins de ceux qui l'écoutaient... De la sorte, Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il se les rappelait. Sa seule préoccupation était de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de ne rien altérer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le témoignage de la tradition représente une valeur de premier ordre, car il est incontestable que, le second Évangile contenant les souvenirs de saint Pierre, on n'aurait pas manqué de le lui attribuer si par ailleurs on avait eu des doutes sur le véritable auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'étude du livre lui-même il résulte que l'auteur était juif, disciple de saint Pierre et qu'il a écrit pour des Romains : — ''a) Il était juif, ''comme le témoignent les nombreux hébraïsmes qu'on y rencontre et les citations syro-chaldaïques ou araméennes telles que « Ephpheta» (ouvre-toi) VII, 34 ; « Eloï, Eloï, lamma sabachtani» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?), xv, 34. La manière dont il décrit les usages, les mœurs, et la géographie de la Palestine, indiquent même qu'il était juif palestinien, et qu'il s'était trouvé à Jérusalem lors de la mort de Jésus, car le jeune homme, dont il est parlé dans la scène de l'arrestation à Gethsémani, qui suivait Jésus « n'ayant sur le corps qu'un drap », semble bien ne pas être autre que lui-même. — b) Il était ''disciple de saint Pierre. ''Cela ressort de la place prépondérante que saint Pierre occupe dans cet Évangile : tous les faits et gestes du premier des apôtres y sont rapportés avec la plus grande précision. L'auteur s'étend même avec plus de complaisance sur les défauts, les faiblesses et les fautes du chef de l'Église que sur ce qu'il y a de glorieux dans sa vie : ce qui ne s'explique que si l'auteur reproduit la prédication de saint Pierre. — c'') ''Le second Évangile a été ''écrit pour des Romains. ''Les multiples détails qu'il fournit à ses lecteurs sur la langue, les mœurs, les coutumes juives, le soin qu'il prend de traduire les termes araméens qu'il cite, les expressions et tournures latines qui abondent dans sa langue grecque, en sont une preuve très nette.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or tous les caractères que nous venons d'indiquer conviennent bien à Marc, disciple de saint Pierre, et dont la mère, nommée Marie, possédait à Jérusalem une maison où Pierre s'abrita lorsqu'il sortit de la prison d'Hérode ''Actes, ''xii, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— D'après les critiques catholiques, le second Évangile a été écrit au plus tard de 67 à 70, et fort probablement à Rome, vu que l'ouvrage était destiné aux Romains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''219. — 3° Authenticité de l'Évangile de saint Luc'''. — A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''Dès la fin du IIe siècle, la ''tradition commune ''attribue le troisième Évangile à saint ''Luc, ''disciple et compagnon de saint Paul, « le médecin bien aimé», comme l'apôtre des Gentils l'appelle dans son ''Épître aux Colossiens ''(iv, 14). Parmi les principaux témoignages, il faut citer ceux de Clément d'Alexandrie, de saint Irénée, de Tertullien, du ''Canon de Muratori. ''Or, saint Luc était dans la communauté chrétienne un personnage trop obscur pour qu'on mît sous son nom une œuvre qui représentait en partie la prédication de saint Paul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE, -r ''L'analyse interne du livre confirme le témoignage de la tradition. Elle montre, en effet, que l'auteur était médecin, grec d'origine et esprit cultivé, et disciple de Paul. — ''a) IL était médecin, ''comme le prouve la précision avec laquelle il décrit les maladies ; — ''b) grec d'origine et esprit cultivé : ''un style plus pur et plus élégant que celui des deux premiers Évangiles, une plus grande richesse de vocabulaire, un art plus grand dans la composition, sont un indice certain que le grec était la langue maternelle de l'auteur ; — c) ''disciple de saint Paul. ''Il y a, en effet, entre le troisième Évangile et les écrits de saint Paul, des affinités remarquables, tant au point de vue du ''fond ''que de la ''forme. ''Le récit de la Cène dans le troisième Évangile (xxii, 17, 20) est presque identique à celui de la première Épître aux Corinthiens (xi, 23, 25). Le troisième Évangile, plus que les autres, met en relief les thèses favorites de saint Paul : la nécessité de la foi, la gratuité de la justification et le caractère universel du christianisme. Et quant à ce qui concerne la forme, on a pu relever 175 mots particuliers aux deux écrivains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— L'opinion de la plupart des catholiques et même des protestants, c'est que le troisième Évangile a été composé avant l'an 70, soit à Borne, soit en Asie-Mineure, soit à Corinthe ou à Césarée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''220.— 4° Authenticité de l'Évangile de saint Jean'''. — L'authenticité du quatrième Évangile est niée par un certain nombre de ''critiques protestants ''et ''rationalistes ''(Baur, Strauss, J. Réville, Loisy). Beaucoup de ''critiques libéraux, ''parmi lesquels Renan, Harnack, Julicher, lui reconnaissent une authenticité partielle : le quatrième Évangile contiendrait un fond traditionnel, plus ou moins important, qui aurait l'apôtre saint Jean pour auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'authenticité de l'Évangile de saint Jean, admise par tous les critiques catholiques, repose sur les mêmes arguments que celle des trois premiers Évangiles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT EXTRINSÈQUE. — ''A la fin du IIe siècle, nombreux sont déjà les témoignages qui attribuent le quatrième Évangile à l'apôtre saint Jean. Outre ceux de Tertullien, du ''Canon de Muratori, ''de Théophile d'Antioche, voici deux témoignages importants : — 1. ''celui de saint Irénée, ''évêque de Lyon, disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean. Il écrit vers 185 : « Jean, disciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, a écrit lui-même aussi son Évangile, tandis qu'il vivait a Éphèse, en Asie»; —2. ''celui de Clément d'Alexandrie ''qui écrit, quelques années après saint Irénée, que « d'après la tradition des Anciens, Jean, le dernier des Évangélistes, a écrit l'Evangile spirituel, sous l'inspiration du Saint-Esprit et à la prière de ses familiers. » — 3. La tradition chrétienne est elle-même corroborée par les témoignages de la ''tradition hétérodoxe. ''Celse, les ''judaïsants, ''les gnostiques Basilide et Valentin sont formels en faveur de l'origine johannique du quatrième Évangile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le quatrième Évangile était déjà répandu dans tout l'univers chrétien, au milieu du ne siècle, ce qui suppose qu'il remonte au Ier siècle, et des témoins orthodoxes et hétérodoxes autorisés l'attribuent à l'apôtre saint Jean. Il est invraisemblable qu'ils se soient trompés sur le véritable auteur et qu'ils aient confondu Jean l'apôtre avec Jean l'Ancien, dont parle Papias ; il est du reste assez probable que les deux noms désignent la même personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT INTRINSÈQUE. ''— De l'examen intrinsèque du livre il résulte que l'auteur du quatrième Évangile était juif d'origine, apôtre, plus que cela, qu'il était « l'apôtre que Jésus aimait ». — ''a) ''IL était ''juif d'origine. ''Les nombreux hébraïsmes que l'on rencontre dans sa langue grecque, les termes araméens qu'il cite et qu'il interprète très correctement à ses lecteurs, les usages juifs qu'il décrit fidèlement, les détails topographiques qu'il donne sur la Palestine et sur Jérusalem, tout cela prouve bien que nous avons affaire à un auteur familiarisé avec les idées juives, avec la langue et les traditions religieuses des Juifs. — b) L'auteur était un ''apôtre. ''Les récits des faits sont si vivants, si précis et si intimes qu'ils supposent un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu. — c) L'auteur était « ''l'apôtre que Jésus aimait». ''Si nous en croyons le dernier chapitre dont l'authenticité ne paraît pas douteuse, le quatrième Évangile a pour auteur « le disciple que Jésus aimait » (xxi, 20, 24). Or des trois apôtres : Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qui étaient dans une familiarité plus grande avec Notre-Seigneur, les deux premiers doivent être éliminés, car ils étaient morts bien avant la composition du livre. Il faut remarquer en outre que l'Apôtre Jean et les membres de sa famille ne sont jamais nommés explicitement dans le quatrième Evangile, tandis que les autres apôtres le sont fréquemment. Ce silence est tout naturel dans l'hypothèse où l'auteur du livre tairait son nom par discrétion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Date et lieu de composition. ''— Le quatrième Évangile a été composé à ''Éphèse, ''vers la fin du Ier siècle, entre 80 et 100, du moins d'après l'opinion des critiques catholiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn176 [176]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3.   —   Véracité des Évangiles =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
221. — Les Évangiles nous sont parvenus dans leur ''intégrité substantielle, ''et ils ont bien pour ''auteurs ''deux apôtres : saint Matthieu et saint Jean, et deux disciples d'apôtres : saint Marc et saint Luc. Troisième question à résoudre : quelle est la ''valeur historique ''de ces documents?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Deux conditions ''sont requises pour qu'un historien soit digne de foi, Il faut 1° qu'il soit ''bien informé ''et 2° qu'il soit ''sincère ''(V. Nos 166 et 169). Connaître les événements tels qu'ils se sont déroulés, savoir la vérité et vouloir la dire, tout est là. Nous allons donc rechercher si les Évangélistes ont rempli ces deux conditions, en nous posant la question séparément, pour les Synoptiques, c'est-à-dire les trois premiers Évangiles, et pour le quatrième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''222. — I. Valeur historique des Synoptiques. '''— Le mot « ''Synoptiques ''» attaché aux trois premiers Évangiles vient de ce que, si l'on dispose les textes de ces trois Évangiles sur trois colonnes, en prenant soin de faire correspondre les parties communes, l'on obtient une ''synapse ''(gr. « ''sunopsis» ''vue simultanée), c'est-à-dire une vue d'ensemble du contenu évangélique, concordante en de nombreux points.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour déterminer la ''valeur historique ''des Synoptiques, nous allons donc répondre à cette double question : 1° Les trois premiers Évangélistes étaient-ils bien informés? 2° Étaient-ils sincères?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''223. — 1°''' '''Les trois premiers Évangélistes étaient bien informés. '''— Pour établir ce premier point, un travail préliminaire s'impose : il faut étudier les documents eux-mêmes pour savoir comment ils ont été composés. Sont-ils des récits de témoins oculaires et auriculaires qui se bornent à rapporter exactement ce qu'ils ont vu et entendu? Ou bien ont-ils été écrits par des historiens qui ont puisé à des, sources et utilisé d'autres documents? Autrement dit, sont-ils œuvres de première main ou œuvres de seconde main? Et s'ils sont œuvres de seconde main, quelle est la valeur de leurs sources? Ceux de qui ils tiennent leurs renseignements sont-ils dignes de foi? Cette question, nous sommes d'autant plus amenés à la poser, que les trois premiers Évangiles présentent entre eux des ''ressemblances ''frappantes, tandis qu'ils diffèrent entièrement du quatrième. Comment expliquer leurs rapports? Problème délicat qui n'a reçu jusqu’'ici d'autre solution que celle d'hypothèses plus ou moins acceptables. Nous allons dire un mot et du ''problème ''et des ''solutions ''qui ont été proposées pour le résoudre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
224. — A. ''LE PROBLÈME SYNOPTIQUE. ''— Si l'on compare les trois premiers Évangiles entre eux, on n'est pas longtemps à discerner de nombreux passages identiques, à côté d'autres absolument divergents. — ''a) Ressemblances. ''1. Tout d'abord ''même plan général. ''Alors que le quatrième Évangile ne reproduit que le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, les trois premiers adoptent une division quadripartite et encadrent les événements de la vie publique de Notre-Seigneur dans ces quatre points : le baptême de Jésus, le ministère en Galilée, le voyage à Jérusalem et la dernière semaine dans la Ville Sainte (passion, mort et résurrection). — 2. ''Récits des mêmes faits. ''Les trois premiers Évangiles rapportent souvent les mêmes miracles et, qui plus est, dans le même style et les mêmes expressions ; mêmes discours aussi, surtout dans saint Matthieu et dans saint Luc, introduits par les mêmes procédés et se dénouant par les mêmes conclusions. — b) ''Divergences. ''A côté de ces ressemblances, des divergences curieuses. C'est ainsi qu'on trouve dans saint Matthieu et saint Luc des récits de l'enfance de Jésus, différant de l'un à l'autre, tandis qu'ils font complètement défaut dans saint Marc. En outre, la partie ''narrative ''est plus développée dans saint Marc, les discours moins abondants. Des parties sont spéciales à chacun des Evangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
225. — B. ''SOLUTIONS PROPOSÉES. ''— Les trois principales solutions proposées pour résoudre le problème synoptique sont les hypothèses de la dépendance mutuelle, de la tradition orale et des documents — 1. ''Hypothèse de la dépendance mutuelle. ''D'après les partisans de ce système, les Évangiles se seraient utilisés réciproquement, ou plus exactement, ceux de date postérieure, auraient utilisé l'œuvre de leurs devanciers. Mais qui écrivit le premier ? Ici, désaccord entre les critiques ; l'hypothèse la plus généralement suivie, suppose que Marc, qui est le plus bref, est antérieur à saint Luc et à saint Matthieu ''(version grecque), ''et leur a servi de source. — 2. ''Hypothèse de la tradition orale. ''D'après ce système (Meignan, Cornély, Fillion, Fouard, Le Camus, Levesque...) les Evangiles n'auraient pas d'autre source ou du moins, auraient pour source principale, la ''tradition orale ; ''ils seraient la reproduction de la catéchèse ou prédication primitive. Les Apôtres et les missionnaires de la nouvelle religion, voulant donner un enseignement unique, auraient été amenés à faire un choix dans les actes et les paroles du Seigneur : voilà comment nous retrouvons ''le ''même ''fond ''dans les trois Evangiles. Bien plus, les Apôtres, hommes simples et sans culture, ne se préoccupaient pas de varier la forme sous laquelle ils présentaient ce fond identique : à force d'être répété, ce qui faisait la matière de la catéchèse, finit donc par prendre une ''forme unique, ''et pour ainsi dire, stéréotypée. Cependant la tradition orale étant appelée, sinon à se perdre, du moins à s'altérer- peu à peu avec la disparition des témoins de la vie du Christ, les chrétiens voulurent la fixer dans des écrits autorisés : d'où l'origine des Synoptiques. Ainsi les ''ressemblances ''s'expliqueraient par un fond unique qui était l'objet principal de la catéchèse primitive. Les ''divergences ''ne s'expliqueraient pas moins bien par ce fait que la catéchèse devait être adaptée aux milieux différents auxquels s'adressaient les premiers prédicateurs de la foi. Il est clair que le point de vue juif n'était pas le même que le point de vue grec ou romain. Devant les Juifs il s'agissait de montrer que Jésus était le vrai Messie, annoncé par les prophètes, et qu'il avait fondé le royaume attendu. A Rome ou dans les villes grecques, l'argument prophétique étant sans portée, les Apôtres présentaient Jésus comme un envoyé divin à qui Dieu avait donné tous ses pouvoirs. — 3. ''Hypothèse des documents. ''D'après cette hypothèse, les rapports des Synoptiques seraient dus à l'emploi de documents écrits ; les uns (Eichhorn...) supposent un seul document primitif plus ou moins retouché ; d'autres (Schleiermacher, Renan, Schmiedel, Loisy) admettent à la base des synoptiques plusieurs documents araméens et grecs que les auteurs sacrés auraient utilisés et adaptés à leur but ; d'autres enfin (Weiss, Wendt, Stapfer, A. Rêville...) distinguent dans les Évangiles deux sources principales : un Proto-Marc en grec ou recueil des principaux faits et discours du Seigneur et un Proto-Matthieu en hébreu ou recueil de discoure. Une hypothèse plus récente (Batiffol, Ermoni, Lagrange, Gigot, Camerlynck) suppose, au lieu d'un Proto-Marc, le Marc actuel lequel aurait été utilisé par les deux autres Synoptiques qui se seraient servis en même temps des ''Logia ''ou discours du Proto-Matthieu et d'autres sources particulières, comme le témoigne saint ''Luc ''(i, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que valent ces trois hypothèses? ''— L'hypothèse 1 de la ''dépendance commune ''n'explique pas les divergences qui existent entre les trois documents Saint Marc, en effet, n'a pu servir de source que pour les faits. D'autre part, si l'on suppose que saint Luc a utilisé saint Matthieu, comment se fait-il que leurs récits de l'enfance de Jésus ne concordent pas, et que des discours et des paraboles de saint Matthieu manquent chez Luc, alors que tous deux attachent tant de prix à l'enseignement de Jésus? — L'hypothèse 2 de la ''tradition orale ''rend bien compte de la ressemblance générale au point de vue du fond : il est assez vraisemblable que la catéchèse primitive ait eu le même objet : mêmes faits, mêmes miracles, 'mêmes discours. Mais ce que cette hypothèse n'explique pas, c'est 1) que les mêmes faits soient groupés dans le même ordre et par des liaisons artificielles identiques, et 2) que les auteurs sacrés s'accordent dans des détails secondaires, tandis qu'ils diffèrent dans des parties plus importantes telles que la formule de l'oraison dominicale et le récit de l'institution de l'Eucharistie. Incontestablement, ces particularités supposent une dépendance à l'égard de documents écrits. — L'hypothèse 3 d'un ''document primitif unique ''est inadmissible, car on ne comprend pas dans ce cas pourquoi saint Marc aurait éliminé les discours. L'hypothèse de ''plusieurs documents ''rend bien compte des divergences, mais non de l'accord des écrivains sacrés, soit dans leur plan général, soit dans le choix des matériaux, soit dans l'ordre où ils les ont disposés. Aussi l'hypothèse des deux sources a-t-elle été rejetée par la Corn. Biblique le 26 juin 1912.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusions. ''— 1. Aucune des trois hypothèses : dépendance mutuelle, tradition orale, documents, n'est donc satisfaisante. On ne peut dès lors résoudre le problème synoptique par l'une de ces trois hypothèses, à l'exclusion des autres. L'explication la plus vraisemblable consiste sans doute à les combiner toutes les trois et à prendre ce qu'il y a de bien dans chacune. Tout d'abord il convient de faire une part très large à l'influence de la tradition orale. Puis il est à supposer que chaque Évangéliste a utilisé ses souvenirs personnels et ses sources particulières. Enfin rien n'empêche de croire, pour expliquer le plan général, que les Synoptiques se soient servis d'un ou de deux documents primitifs : l'un contenant une sélection des actes du Seigneur, l'autre étant un choix de ses discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quoi qu'il en soit du ''mode de composition ''des Synoptiques, il ressort de ce qui vient d'être dit, - et telle est l'unique question qui nous intéresse ici, — que nous pouvons considérer le témoignage des trois premiers Évangiles comme venant d'historiens ''bien informés, ''car, ou bien les Synoptiques racontent ce dont eux-mêmes ont été les témoins, ou ils rapportent ce que beaucoup d'autres avaient vu et entendu, ce qui faisait l'objet de la prédication courante, ce que les premiers missionnaires de la religion chrétienne annonçaient partout, sans que leurs adversaires aient pu les convaincre d'erreur. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous sommes en présence de témoins qui connaissaient exactement les choses qu'ils rapportaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
226. — 2° Les trois premiers Évangélistes étaient sincères. — Non seulement les Synoptiques étaient ''bien informés, ''mais ils étaient ''sincères. ''Leur sincérité ressort avec évidence : — a) ''de la critique interne des Evangiles. ''Les récits que nous y trouvons donnent l'impression que nous avons affaire à des gens qui rapportent les faits tels qu'ils se sont passés, et qui disent les choses telles qu'elles sont : c'est ainsi qu'ils font d'eux-mêmes un portrait peu flatteur ; ils n'hésitent pas à confesser leur basse extraction, à dévoiler leur intelligence étroite et bornée, leurs faiblesses, leur lâcheté au cours de la Passion de leur Maître, leur découragement après sa mort, leur incrédulité ; — b) ''du manque d'intérêt qu'ils avaient à mentir. ''Les hommes ne mentent pas, généralement, si le mensonge ne doit pas leur profiter. Mais ils songent encore bien moins à mentir s'ils risquent de payer leur imposture de leur vie. Il est vrai qu'on peut mourir par fanatisme et pour défendre une idée fausse. Encore faut-il cependant qu'on la croie vraie, car à moins d'être fou, on ne ment pas pour soutenir ce qu'on croit être une erreur, ce qui ne vous est d'aucune utilité, ce qui vous coûte et vous demande des sacrifices, et s'il n'est pas absolument juste de conclure, avec Pascal, qu'il faut croire « les histoires dont les témoins se font égorger »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn177 [177]], tout au moins pouvons-nous dire qu'il n'y a pas lieu de douter de la ''sincérité ''de semblables témoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais à quoi bon insister sur la sincérité des Évangélistes ? A notre époque, elle n'est plus mise en doute par les critiques sérieux. Sans doute « il fut un temps, dit M. Harnack, où l'on se croyait obligé de regarder la littérature chrétienne primitive, y compris le Nouveau Testament, comme un tissu de mensonges et de fraudes. Ce temps est passé. » Oui, le temps où les adversaires du christianisme accusaient les Evangélistes d'imposture et de fraude, est bien passé, mais les attaques n'ont fait que changer de terrain, comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''227. — Objection. — Théorie de l'idéalisation'''. — Les rationalistes modernes admettent donc la sincérité des Evangélistes. Mais ils prétendent qu'il y a lieu de distinguer dans les récits évangéliques deux éléments : ''l’élément naturel ''et ''l'élément surnaturel. ''Partant de ce principe a priori, que le miracle n'existe pas et n'est même pas possible, ils ne reconnaissent de valeur historique qu'à l'élément naturel. Comment expliquer alors la présence de l'élément surnaturel dans les Évangiles? Un ancien système, — ''école naturaliste ''de Paulus, — prétendait que les miracles étaient des faits ordinaires, qui avaient pris un caractère de merveilleux en passant par l'imagination des Orientaux, et que la critique pouvait ramener à de justes proportions et expliquer suivant les lois de la nature. Un autre système, le seul dont nous ayons à tenir compte à l'heure actuelle, entend éliminer l'élément surnaturel en l'attribuant à un long travail ''d'idéalisation progressive ''accompli autour de la vie et de la personne du Christ. Les Évangiles ne seraient pas des livres purement historiques, mais « avant tout, des livres d'édification » où le critique doit démêler « ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn178 [178]] Les récits des cures merveilleuses opérées par le Christ ne seraient nullement « des procès-verbaux authentiques de ce qui advint en telle ou telle occasion. Ils ont été transposés, corrigés, amplifiés selon le goût des Evangélistes, l'intérêt de l'édification, les besoins de l'apologétique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn179 [179]] En d'autres termes, les miracles seraient des ''mythes ''ou ''légendes, ''qui se seraient greffées sur l'histoire réelle du Sauveur. Et combien de temps ces légendes ont-elles mis à se former? A peine un siècle, d'après ''l'école mythique de Strauss. ''Beaucoup moins, d'après une école nouvelle (Brandt, Schmiedel, Loisy), qui estime que le travail d'idéalisation a pu se faire en moins d'un demi-siècle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn180 [180]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. — 1. Le ''point de départ ''du système de l'idéalisation, à savoir la ''négation du surnaturel, ''est un ''préjugé rationaliste ''dont il n'est pas possible d'établir le bien-fondé. — 2. Le ''système ''lui-même, appliqué aux Synoptiques, est en ''contradiction avec les faits. ''Tout d'abord il ne s'accorde pas avec la ''date de composition des Évangiles. ''La rédaction de ceux-ci a suivi de très près les événements. Or l'idéalisation, la légende requiert, pour se former, un long espace de temps : c'est du reste ce qui déterminait le rationaliste allemand Strauss à rejeter la composition des Évangiles vers 150. Lorsque la critique impartiale dut reconnaître que les Synoptiques avaient été composés avant la fin du 1er siècle, il fallut bien apporter quelques modifications à la théorie de l'idéalisation. On prétendit alors que le travail d'idéalisation peut se faire beaucoup plus rapidement, puis on mit sur le compte de la ''foi ''ce qui autrefois était attribué à la ''légende, ''et l'on eut la fameuse distinction entre le ''Christ de la foi ''et le ''Christ de l'histoire. ''Mais comment la foi aurait-elle pu se mettre en contradiction si flagrante avec les faits de l'histoire, lorsque ceux-ci étaient encore si récents que tout le monde pouvait en contrôler l'exactitude ? — 3. Il serait facile par ailleurs de démontrer que les Evangélistes s'attachent, ''avant tout, ''à faire un récit fidèle de la carrière de leur Maître. Ce n'est qu'''incidemment ''qu'ils décrivent la foi chrétienne de leur temps ; à ce point de vue, il est incontestable qu' ils sont en retard sur saint Paul dont les Épîtres étaient pourtant antérieures. Saint Paul, en effet, n'affirme-t-il pas déjà clairement la divinité du Christ et la valeur satisfactoire de sa mort, alors que ces deux dogmes ne sont ''qu'insinués ''dans les Synoptiques, à ce point même que les rationalistes ont pu prétendre qu'ils ne l'étaient pas du tout?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''théorie de l'idéalisation ''manque donc de base, et la conclusion qui s'impose de l'examen des Synoptiques, c'est que leurs ''récits ''sont indépendants de la foi nouvelle de l'Eglise, qu'ils n'ont pas subi l'influence des idées ambiantes, en un mot, qu'ils sont ''purement historiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''228. — II. Valeur historique du IVe Évangile.''' — A. ''ADVERSAIRES. ''La plupart des critiques rationalistes ont dénié au quatrième Évangile toute valeur historique, ou ne lui ont accordé qu'une historicité relative. — a) Les uns (Strauss) ont prétendu que l'auteur du quatrième Évangile avait peint un Christ historique d'après l'idéal qu'il s'en était forgé. — ''b) ''D'autres, comme Renan et certains critiques indépendants de notre époque (Harnack), reconnaissent dans cet ouvrage un fond de tradition historique, mais considèrent les ''discours ''comme des ''fictions. — c) ''D'autres enfin, comme J. Réville, Loisy[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn181 [181]], Guignebert, regardent le quatrième Évangile, — tant dans sa partie narrative que dans ses discours, — comme une ''composition artificielle ''destinée à exposer, sous le voile de ''l'allégorie, ''les idées propres de l'auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES DE L'HISTORICITÉ. ''— Le quatrième Évangile n'est nullement une composition artificielle : il est facile, en effet, de montrer le caractère historique des ''faits ''et des ''discours ''qui y sont contenus. — a) ''Caractère historique des faits. ''Que les faits miraculeux rapportée par le quatrième Évangile ne soient pas de simples allégories, mais des faits bien réels, cela ressort : — 1. du ''but de l'ouvrage. ''L'auteur déclare lui-même, à la fin de son œuvre (xx, 31), qu'il veut amener ses lecteurs à croire « que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu'en croyant ils aient la vie en son nom ». A moins de le prendre pour un imposteur, — ce que ne font pas les rationalistes, — il faut admettre qu'il a entendu démontrer sa thèse en s'appuyant, non sur des récits allégoriques, mais sur des faits empruntés à l'histoire de Jésus. Que de cette histoire il détache un petit nombre de faits, qu'il choisisse les plus typiques, ceux qui vont le mieux à son but[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn182 [182]], qu'il omette les gestes et les paroles du Seigneur qui ne lui importent pas, et plus particulièrement ce qui a déjà été raconté par les Synoptiques, cela n'est que trop naturel. Mais ce qui ne reste pas moins certain, c'est qu'il est un ''témoin ''qui raconte « ce qu'il a vu de ses yeux, ce qu'il a entendu de ses oreilles, ce que ses mains ont touché du Verbe de vie» (I ''Jean, ''I, 1, 3) ; — 2. ''de l'examen interne du livre. ''On ne saurait prétendre tout d'abord que l'Évangile johannique n'est pas historique parce qu'il n'a pas le même fond que les Synoptiques, car ni les Synoptiques ni Jean n'ont la prétention d'être complets, et si saint Jean a voulu compléter ses devanciers, comme nous l'avons insinué plus haut, les divergences de fond s'expliquent très bien. Du reste, tout n'est pas divergences ; les Synoptiques et le quatrième Évangile ont des ''points communs. ''Qu'on veuille bien les comparer, et l'on constatera que, parmi des variantes de peu d'importance, les faits sont rapportés de part et d'autre avec la même exactitude : tels sont, par exemple, les récits de la multiplication des pains, de la marche de Jésus sur les flots, de son entrée triomphale a Jérusalem et de sa Passion. Or si, sur ces différents points, l'on concède aux Synoptiques une valeur historique, de quel droit la refuserait-on au quatrième Évangile ? — Quant aux récits qui sont ''propres ''à ce dernier, l'on peut remarquer encore que les événements y sont rapportés avec une foule de détails qui seraient bien superflus dans l'hypothèse de récits symboliques. Le quatrième Évangile note les circonstances de personne, de temps et de lieu avec plus de soin que saint Luc lui-même : il signale, par exemple, que Nicodème est venu à Jésus ''la nuit ''(III, 2), que la rencontre de Jésus avec la Samaritaine eut lieu à la sixième heure (iv, 7) ; il dit que la piscine probatique se trouve à Jérusalem, près de là porte des Brebis (V, 2). Il décrit non moins minutieusement les usages et les traditions des Juifs, leurs fêtes, les divisions intestines entre Juifs et Samaritains, entre Pharisiens et Sadducéens ; l'état politique de la Palestine ; les détails topographiques touchant la Galilée, le lac de Génésareth, Jérusalem. Tout cela indique bien un historien exact qui raconte les faits tels qu'ils se sont passés, et non un mystique qui invente des histoires adaptées à la thèse qu'il a en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Caractère historique des discours. ''— Si les faits rapportés dans le quatrième Évangile sont historiques, l'on ne voit pas la raison pour laquelle les ''discours ''ne le seraient pas. L'on fait remarquer, il est vrai, que, plus encore que les faits, ils diffèrent, soit au point de vue du ''fond, ''soit au point de vue de la ''forme, ''de ceux que nous trouvons chez les Synoptiques. Mais, encore qu'il ne faudrait pas exagérer l'étendue de ces divergences, celles-ci s'expliquent très bien par le ''caractère ''et le ''but ''différents que poursuivent les écrivains sacrés. Tandis que les sujets traites dans les Synoptiques sont très variés et portent surtout sur des préceptes de morale : humilité, charité, aumône, mépris des richesses et des honneurs, le quatrième Évangile insiste sur la doctrine christologique, sur le caractère suréminent et la mission du Christ. 'Voulant prouver plus particulièrement la divinité du Sauveur, sans doute parce qu'elle était alors attaquée par le gnostique Cerinthe, il relève dans l'enseignement de Jésus, et qui pouvait servir son but. En cela, il ne contredit pas les Synoptiques, il les complète. Les critiques rationalistes objectent encore que l'auteur du quatrième Évangile a emprunté sa doctrine du ''Logos, ''ou Verbe de Dieu incarné, à l'école grecque d'Alexandrie et au Juif Philon. Il serait difficile de dire quelle fut la genèse des idées de saint Jean mais ce qui est certain c'est que l'identification du Christ avec le Verbe de Dieu n'a pu germer dans l'esprit de l'apôtre saint Jean, pas plus que chez les chrétiens de l'époque, — car il est reconnu que la doctrine était chose reçue au dernier quart du Ier siècle en Asie-Mineure et dans la plupart des Églises, — sans que la croyance eût été déterminée par la réalité historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— IL est donc permis de conclure que l'Évangile selon saint Jean a une valeur historique, comme les Synoptiques. « Sans doute l’Apôtre a pu imprimer son cachet propre dans la manière de raconter les miracles du Sauveur, dans le choix qu'il a fait de scènes évangéliques. Il est même incontestable que ses comptes rendus de discours ne prétendent pas reproduire la pleine réalité, étant donné l'éloignement où l'auteur était des faits. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn183 [183]] Cependant « ses narrations ont beau avoir leur cachet propre, elles n'en correspondent pas moins aux faits. Ses discours peuvent porter la marque de son esprit, ils n'en reproduisent pas moins la pensée authentique du Sauveur. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn184 [184]] Nous avons donc le droit, dans la démonstration de la divinité du christianisme, de nous appuyer sur le quatrième-Évangile comme sur les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Mangenot, ''L'authenticité mosaïque du Pentateuque ; Les Évangiles synoptiques ''— Méchineau, ''L'origine mosaïque du Pentateuque ''(Bloud). — Vigouroux, ''Manuel biblique, t. ''I (Roger et Chernoviz). — Lesêtre, ''L'authenticité du Pentateuque ''(Rev. pr. d'Ap. 15 mai, 15 juin 1910). — Dom Hoepfl, art. ''Pentateuque et Hexateuque ''(Dict. d'Alès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brassac, ''Manuel biblique ''(à l'index), t. III. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu; L'origine du quatrième Évangile; La valeur historique du quatrième Évangile; Évangiles canoniques, Évangiles apocryphes ''(Dict. d'Alès) ; Les ''théories de Loisy ''(Beauohesne).—Méchineau, ''L'origine du Nouveau Testament ''(Bloud). — Jacquier, ''Histoire des livres du Nouveau Testament ''(Gabalda). — Rosé, ''Les évangiles, traduction et commentaires ''(Bloud). —Fouard, ''Vie de Jésus-Christ'' (Lecoffre). — Batiffol, ''Six leçons sur l’Évangile ''(Bloud). — Calmes, ''Comment se sont formés les Evangiles ''(Lethielleux). — Levesque, ''Nos quatre Evangiles. Leur composition et leur position respective ''(Beauchesne). — Fillion, ''Introduction générale aux Évangiles ''(Lethielleux). — Camerlynck, ''De quatro Evangelii auctore ''(Bruges). — Durand, ''A propos des décrets ''de 1912 ''sur les Évangiles ''(Rev. pr. d'Ap., 1er fév. 1914). — Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale ''(Desclée). — Langlois et Seignobos, ''Introduction aux. Études historiques ''(Hachette).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : La divinité du Christianisme. Le Fondateur. L'Affirmation de Jésus. ===&lt;br /&gt;
== DÉVELOPPEMENT ==&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229. — Pour connaître ''l’origine, ''et par conséquent, la ''valeur ''d'une religion, il faut, avant tout, se tourner du côté du ''fondateur, ''et lui demander qui il est.^ Personne, mieux que lui, n'est à même de le savoir et de le dire. S'il est un Envoyé de Dieu, c'est à lui de nous le faire connaître et de nous en apporter la preuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, l'apologiste chrétien veut démontrer : — 1° que Jésus est ''l’ Envoyé de Dieu, ''l'Oint ''ou Messie, ''annoncé par la voix des prophètes ; — 2° que ce Messie n'est pas un Envoyé ordinaire, qu'il est le ''Fils unique de Dieu, ''Dieu lui-même. Il est clair que, s'il arrive à faire cette démonstration, il aura le droit de conclure que la Révélation chrétienne est d'origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc à rechercher tout d'abord[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn185 [185]] si Jésus s'est bien donné pour le ''Messie attendu des Juifs ''et pour un Messie d'une nature tout à fait transcendante, pour le ''Fils de Dieu, ''ayant la même essence que Dieu le Père. À cette double question quelle a été la ''réponse de Jésus ''et quelle foi devons-nous y ajouter? D'où trois articles: — 1° L'affirmation de Jésus sur sa messianité. 2° L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. 3° La valeur de ce double témoignage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''230. — Nota''' — A vrai dire, la première question, seule, importe à l'apologiste, IL lui suffit, en effet, de montrer que Jésus a ''déclaré ''et ''prouvé ''qu'il était un Envoyé de Dieu, qu'il était le Messie attendu et qu'il a fondé une Église infaillible, chargée d'enseigner, jusqu'à la fin des siècles, ce qui doit être cru et pratiqué. Ce résultat une fois acquis, il ne reste plus qu'à écouter cette Église et à accepter les dogmes qu'elle propose à notre foi, parmi lesquels se détache au premier rang la divinité du Christ. La seconde question sort donc du domaine de l'apologétique ; tout au moins de ''l'apologétique constructive ''(V. N° 2). Car s'il s'agit de ''l'apologétique défensive ''c’est une autre affaire. Les rationalistes modernes prétendent, comme nous le verrons plus loin, non seulement que Jésus n'est pas Dieu, mais qu'il n'a jamais revendiqué ce titre, qu'il n'a jamais eu conscience d'être Dieu, et que dès lors ''le dogme n'a aucune base historique : ''c'est à ce point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'apologétique défensive, ou si l'on préfère, sur le terrain de ''l'apologie des dogmes, ''que nous aurons à traiter la question dans l'article II[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn186 [186]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — L'affirmation de Jésus sur sa messianité. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
231. — ''Jésus s'est-il donné pour le Messie prédit par les Prophètes? ''Que croyait-il être et qu'a-t-il dit qu'il était1! Le seul moyen de nous éclairer sur ce point, c'est de consulter les Évangiles et d'y recueillir son témoignage. Avant de le faire, remarquons que les Évangiles ne sont pas considérés ici comme des écrits divinement inspirés, mais comme de simples documents humains dont nous avons établi précédemment la valeur historique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires'''. — Certains ''protestants libéraux ''et les ''rationalistes ''n'admettent pas l'affirmation de Jésus sur sa messianité. — ''a) ''Leur tactique consistait autrefois (Strauss, Baur) à considérer les Évangiles comme un recueil de ''mythes ''ou ''légendes ''formées après coup par les Apôtres ; les déclarations de Jésus sur sa messianité seraient donc pure invention de la part des écrivains sacrés. — ''b) ''Les ''rationalistes ''et ''modernistes contemporains ''(Wellhausen, Wrede, Weiss, Loisy) prétendent, ou que Jésus n'a jamais eu conscience d'être le Messie, ou en tout cas, qu'il n'a pensé l'être qu'à la fin de sa vie, ou encore qu'il pensait que son rôle de Messie « était essentiellement eschatologique », c'est-à-dire ne devant se réaliser qu'à la fin du monde dans le royaume céleste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''232. — 2° Thèse.''' — ''Du début à la fin de sa vie publique, Jésus a manifesté, soit implicitement, soit explicitement, sa qualité de Messie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour remarquer qu'il y a eu dans les déclarations de Jésus comme une marche ascendante, et que son affirmation comporte des degrés. Mais, qu'elle se soit traduite, soit d'une manière implicite, en raison des circonstances de temps et de personnes, soit d'une manière explicite, il n'en est pas moins certain qu'elle n'a jamais varié dans sa substance et que Jésus a toujours eu conscience de sa messianité. Nous distinguerons donc entre ses ''affirmations implicites ''et ses ''affirmations explicites, ''en insistant davantage sur les premières parce qu'il est plus facile d'en contester le sens et la portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AFFIRMATIONS IMPLICITES. ''— Au début de sa vie publique, Jésus ne manifeste sa qualité de Messie que d'une ''manière implicite ''et avec une extrême réserve. Si nous voulons avoir le secret de sa conduite, de ses réticences, de ce que, à première vue, on pourrait prendre pour les hésitations d'une conscience imparfaitement éclairée, il est nécessaire que nous envisagions un instant la situation politique et religieuse de la Judée contemporaine de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l'heure où commença la carrière publique du Sauveur, la nation juive était tombée sous le joug romain ; le sceptre était sorti de Juda et, plus que jamais, l’espérance messianique travaillait les âmes. Deux grands partis rivaux les ''Saducéens ''et les ''Pharisiens, ''se disputaient l'influence. Les premiers, amis du pouvoir, occupaient les hautes charges du sacerdoce mosaïque, et ils avaient surtout l'insigne privilège de choisir dans leurs rangs celui qui devait exercer les fonctions de grand-prêtre. Les seconds, moins favorisés, étaient un parti religieux avant tout, et se distinguaient par leur zèle outré pour l'observation de la Loi et par leur répugnance à entrer en contact avec les païens : d'où leur nom de ''Pharisiens ''(du grec ''pharisaioi, ''séparés). Parmi eux, un petit groupe de fanatiques, appelés ''Zélotes, ''parce qu'ils étaient plus étroits et plus formalistes que les autres, interprétaient la Loi avec un rigorisme insupportable. C'est de ces derniers que Notre-Seigneur eut surtout à subir les contradictions et dont il se plut du reste à dénoncer l'hypocrisie et l'orgueil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on devine aisément que dans des sectes où les intérêts étaient si opposés, ''l'espérance messianique ''ne se présentait pas sous le même aspect. S'accommodant assez bien-de leur situation, les ''Sadducéens ''n'attachaient qu'un prix très minime à la venue du nouveau royaume, et si, par orgueil national, ils souhaitaient l'indépendance de leur pays, la sujétion leur rapportait assez de bénéfices pour ne pas courir au devant d'un bouleversement qui pouvait ne pas tourner à leur profit. Les ''Pharisiens, ''au contraire, supportant mal un régime qui humiliait leur orgueil et les laissait sans privilèges, appelaient de tous leurs vœux l'avènement du Royaume attendu qui ferait de Jéhovah, leur Dieu, le Maître de l'univers, qui mettrait surtout la nation juive à sa place, c'est-à-dire au premier plan, et qui ferait succéder aux humiliations et aux injustices du jour les triomphes et les réparations du lendemain. Telles étaient les aspirations de la plupart des Juifs, mais lorsqu'il s'agissait de déterminer le ''caractère du futur royaume, ''les esprits se divisaient. Les uns, insistant sur le côté moral et religieux, considéraient ''l'avènement messianique ''comme le ''triomphe des justes, ''comme le grand jour où chacun recevrait selon son mérite. Les autres, — c'était la masse, et les Apôtres partageaient cette mentalité, — faisaient des rêves de ''grandeur ''et de ''prospérité matérielle, ''et voyaient déjà dans le Messie un ''grand conquérant, ''un guerrier fameux qui apparaîtrait soudain sur les nuées du ciel et ferait son entrée triomphale à Jérusalem. Jamais il n'était question d'un Messie souffrant, libérateur des âmes, et non des corps, rachetant les fautes des hommes et réconciliant l'humanité coupable avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans de telles conditions, Jésus ne se soit pas révélé brusquement le Messie, et le Messie, tel, qu'il devait être, il n'est que trop naturel. Il ne pouvait le faire sans éveiller les appréhensions des Sadducéens, et sans provoquer les enthousiasmes des Pharisiens et déchaîner des manifestations et des troubles qui auraient entravé son œuvre, s'il ne rentrait pas dans les desseins de Dieu de briser les oppositions à coup de miracles. Le premier travail qui s'imposait, était donc de préparer les esprits à la réalité et de faire pressentir la vérité avant de la dévoiler sans ambages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses étant telles, comme du reste l'indiquent les récits évangéliques, nous n'avons plus à nous étonner que Jésus, au début de sa carrière, ne manifeste pas ouvertement sa qualité de Messie, qu'il l'insinue seulement par des déclarations indirectes, par ses œuvres et par toute son attitude. — ''a) Par des déclarations indirectes. ''C'est ainsi que, sans prononcer le nom de Messie, il dit qu'il ''est ''« ''venu ''», qu'il ''a été ''« ''envoyé», ''pour prêcher l'Évangile du royaume ''(Marc, ''i, 38), pour appeler les pécheurs ''(Marc, ''II, 17), pour prêcher l'Évangile aux pauvres ''(Luc, ''iv, 18). Puis il commence déjà son enseignement, mais craignant de faire briller tout d'un coup une lumière trop vive, il enveloppe sa pensée sous les dehors énigmatiques de la parabole, dans le but d'intriguer les esprits, de les pousser à la recherche de la vérité, se réservant d'ailleurs d'aller plus loin avec les disciples qu'il s'est attachés, et de les instruire, en dehors de la foule. — b'') Par ses œuvres. ''Jésus multiplie ses miracles ; mais, pour ne pas précipiter les événements, il impose la consigne rigoureuse de n'en point parler. Cependant il n'hésite pas à répondre aux envoyés de saint Jean-Baptiste qui lui demandent s'il est « celui qui doit venir », que les œuvres qu'il opère doivent être pour eux un signe évident que l'œuvre messianique annoncée par ''Isaïe ''(xxxv, 5, b) se réalise ''(Luc, ''vii, 18, 23). — ''c) Par son attitude. ''Jésus s'arroge des pouvoirs que n'ont jamais revendiqués les plus illustres prophètes. Il se met au-dessus de la Loi. Il supprime le divorce toléré dans certains cas par Moïse. Il déclare que « le Fils de l'homme»,— c'est ainsi qu'il se désignait, — était « maître du Sabbat » ''(Marc, ''il, 28), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
233. — B. ''DÉCLARATIONS EXPLICITES. ''— IL faut arriver à la dernière année du ministère de Jésus pour trouver une affirmation explicite de sa messianité. Voici, du reste, les trois grandes circonstances où Jésus se révèle publiquement ce qu'il est. — ''a) Confession de Pierre. ''A Césarée de Philippe, le Maître, se trouvant au milieu de ses disciples, leur pose enfin sans détour l'importante question : « Qui dit-on que je suis? » Jusque-là, il avait laissé sa personnalité au second plan, il avait eu pour unique préoccupation de prêcher le royaume de Dieu ; mais il est temps que ses intimes sachent qui il est. Il les interroge donc successivement, et quand saint Pierre confesse qu'il est le Christ, il ne manque pas de l'approuver ''(Mat., ''xvi, 13-17). — b) ''Entrée triomphale à Jérusalem. ''La confession de saint Pierre n'avait pas dépassé le petit cercle des Apôtres, et même avec ceux-ci, Jésus n'avait pas sitôt avoué qu'il était le Christ qu'il leur défendait sévèrement de le publier ''(Mat., ''xvi, 20). La manifestation de sa messianité était réservée pour un autre jour et un autre théâtre. C'est, peu de jours avant sa mort, à Jérusalem, la capitale de la Judée, que Jésus revendiqua son titre de Messie, à la face d'une foule de pèlerins venus pour la fête de Pâques, de tout un poupin qui l'acclama comme « celui qui vient an nom du Seigneur» ''(Mat., ''XXI, 1-9). — c'') Le procès devant le Sanhédrin. ''Enfin la grande affirmation de Jésus eut lieu devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre lui pose la question suprême qui doit décider de son sort. Le Sauveur le sait, mais, maintenant que sa mission est terminée, il dédaigne les réticences et les réponses évasives : il proclame hautement qu'il est « le Christ » ( ''Mat., ''xxvi, 63, 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc, soit d'une ''manière implicite, ''soit d'une ''manière explicite, ''Jésus a bien affirmé qu'il était le ''Messie attendu, ''et les prétentions des rationalistes qui le nient, ne reposent sur aucun fondement. On ne peut plus soutenir sérieusement que les Évangiles sont une collection de légendes, maintenant qu'il est admis par les meilleurs critiques, qu'ils datent du 1er siècle. Il est bien évident par ailleurs que la vie de Jésus et la propagation du christianisme ne sauraient s'expliquer par des légendes (Voir N° 229) ''. ''Quant à la seconde thèse rationaliste qui affirme que Jésus n'a pas eu conscience d'être, de son vivant, le Messie, et qu'il a considéré son rôle comme eschatologique et ne concernant que le royaume des cieux à venir, il faut, pour arriver à une telle conclusion, qu'elle laisse de côté ou interprète à sa façon et d'une manière fantaisiste, les déclarations que nous avons rapportées plus haut. Il est vrai que certaines paroles de Jésus visent le futur royaume, le royaume des élus dont le Christ doit être le chef suprême : il est vrai que le titre de Messie lui conviendra, d'une manière spéciale, à la fin des temps, et quand le royaume messianique aura reçu son achèvement définitif. Sans doute aussi, sa Résurrection et son Ascension le manifesteront déjà comme un Messie glorieux. Mais quel que soit le moment de la carrière messianique qu'on envisage, qu'on la prenne à ses origines, au moment où Jésus prépare le royaume messianique, ou à la fin des temps qui sera le couronnement de son œuvre, Jésus ne s'en présente pas moins dans les Évangiles, non pas seulement comme celui qui doit être le Messie, mais comme celui qui l'est déjà, comme le ''Messie en personne et en fonction.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — L'affirmation de Jésus sur sa filiation divine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
234. — Nous savons que Jésus s'est donné pour le Messie. Mais de quelle ''nature ''ce Messie prétendait-il être? Simple créature, quoique dépassant le commun des mortels par sa mission, ou être divin ; ''homme ''ou ''Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn187 [187]]. La réponse à cette nouvelle question ne peut se trouver ailleurs que dans le témoignage de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — ''a) ''D'après les ''Protestants libéraux ''(Sabatier, Harnack, Julicher, Bousset, Weixhausen) Jésus dépasse la commune mesure de l'humanité, il est une personnalité transcendante, il y a même, si l'on veut, quelque chose de divin en lui, mais il n'est pas Dieu, il est seulement le médiateur entre Dieu et les hommes, il est l'homme qui a eu l'union la plus étroite avec Dieu, l'homme, comme dit A. Sabatier, « dans lequel s'est révélé le plus complètement le cœur paternel de Dieu »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn188 [188]]. — b) Les ''rationalistes ''admettent encore moins la divinité de Jésus. « Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, dit Renan, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l'esprit juif ; il n'y en a nulle trace dans les trois premiers Évangiles ; on ne la trouve indiquée que dans certaines parties de l'Évangile de Jean, lesquelles ne peuvent être acceptées comme un écho de la pensée de Jésus. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn189 [189]] Comment expliquer alors le ''fait chrétien? ''Tout simplement par un malentendu de la première génération chrétienne qui a mal interprété le témoignage de Jésus et le titre qu'il se donnait de « Fils de Dieu». Jésus du reste ne serait arrivé à s'attribuer ce titre qu'après être passé par une série d'états d'âme, et comme par un travail progressif de sa pensée qui se serait adaptée aux circonstances. « L'admiration de ses disciples, dit encore Renan, le débordait et l'entraînait. Il est évident que le titre de ''rabbi, ''dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus ; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain, et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres hommes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn190 [190]] Ainsi, d'après, les rationalistes, Jésus a été divinisé par ses disciples qui l'ont entraîné et poussé à prendre un titre qu'au début de sa carrière il eût jugé blasphématoire de s'arroger. — c) Les ''modernistes, ''avec leur distinction subtile entre « le Christ de la foi et le Christ de l'histoire », aboutissent, en fait, aux mêmes conclusions. Ils enseignent en effet que, pour la foi, Jésus est bien le Fils éternel de Dieu, consubstantiel à son Père et incarné dans le temps, pour racheter l'humanité et enseigner la vraie religion ; mais ils s'empressent d'ajouter que le Christ de la foi n'est pas celui de l'histoire. Il est vrai que Jésus se donne le titre de « Fils de Dieu », mais, dit M. Loisy, « en tant que le titre de Fils de Dieu appartient exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie ; il appartient à Jésus... comme à l'unique agent du royaume céleste.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn191 [191]] « La divinité de Jésus est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie Fils de Dieu. » Et suivant M. Loisy toujours, le passage de l'idée de Jésus-Messie à celle de Jésus vrai Dieu, serait l'œuvre de saint Paul, de saint Jean et des conciles de Nicée, d'Éphèse et de Chalcédoine. Ainsi, dans la théorie moderniste comme dans la théorie rationaliste, ce sont les disciples du Christ, c'est l'Église qui a regardé Jésus comme Dieu, sans qu'il se fût jamais déclaré tel, et sans qu'il eût jamais élevé la prétention d'être autre chose que le Messie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''235. — 2° Thèse'''. — ''Jésus s'est donné four le Fils de Dieu, dans le sens strict du mot, soit explicitement par ses paroles, soit implicitement par sa manière d'agir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarques préliminaires. ''— 1. Il importe, avant tout, de bien comprendre le sens du problème que nous avons à résoudre. Nos adversaires prétendent que Jésus n'est pas Dieu, qu'il n'a jamais énoncé l'idée sacrilège qu'il fût Dieu, et que le titre de Fils de Dieu qu'il se donne, est l'équivalent de celui de Messie. La question qui se pose donc est de savoir si Jésus s'est vraiment déclaré Fils de Dieu dans un sens qui ne se confond pas avec le titre de Messie. En d'autres termes, le ''dogme catholique ''qui enseigne que Notre -Seigneur est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, a-t-il sa ''racine ''et ''son fondement dans l’affirmation de Jésus ; ''découle-t-il de ce que Jésus a dit de sa personne et de sa nature, ou bien n'est-il que l'expression de ce que Jésus était, depuis le commencement, pour la conscience chrétienne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les limites de la question étant ainsi tracées, il apparaît avec évidence que notre proposition ne peut être démontrée que par ''l'affirmation personnelle de Jésus. ''Invoquer le ''témoignage des Apôtres ''ou de l'Église, comme le font certains apologistes, c'est ''prêter des armes à l'adversaire, ''— rationalistes et modernistes, — dont la tactique consiste précisément à dire que Jésus n'a jamais voulu se faire passer pour Dieu, qu'il n'a été Dieu que vis-à-vis de la conscience chrétienne, autrement dit, qu'il n'a été Dieu que parce que ses disciples et les premiers chrétiens se sont figuré qu'il l'était, sans que lui-même l'eût dit. Encore une fois, la seule preuve de la divinité de Jésus, c'est son ''affirmation personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Comme les adversaires refusent, en général, toute valeur historique, à l'Évangile de saint Jean, nous distinguerons les témoignages tirés de saint Jean de ceux qui se trouvent dans les Synoptiques, et nous appuierons plus particulièrement sur ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Évidemment nous ne prétendons pas que le dogme de la divinité du Christ se retrouve dans l'enseignement de Jésus, formulé dans les termes mêmes par lesquels l'Église l'a défini. Ce que nous soutenons seulement, c'est que le dogme est ''en germe ''et ''quant à la substance, ''dans les Évangiles, que nous pouvons en reconnaître les linéaments, non seulement dans l'Évangile de saint Jean dont le but était de mettre en lumière la divinité de Jésus-Christ, mais même chez les Synoptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
236. — A. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DE SAINT JEAN. ''— Laissant de côté les passages, tels que le Prologue, où l'Évangéliste expose ses idées personnelles sur la nature du Messie, nous citerons rapidement les textes principaux qui contiennent un enseignement de Jésus sur sa personne et sur ses rapports avec Dieu le Père. — ''a) ''Dans ''sa rencontre avec Nicodème, ''Jésus déclare que « Dieu a aimé le monde au point de donner son ''Fils unique ''» (''Jean, ''iii, 16). — ''b) ''Au chapitre v (16, 18) il est rapporté que Jésus, ayant guéri un paralytique le jour du sabbat, fut poursuivi par les Juifs, et que « ceux-ci cherchaient à le faire mourir, parce que, non seulement il profanait le sabbat, mais il appelait Dieu ''son propre père, ''se faisant ''l'égal ''de Dieu». — c'') ''Discutant un jour avec les Pharisiens, il pose en principe que les hommes ne peuvent avoir la ''connaissance du Père que par l'intermédiaire du Fils : ''« Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, leur dit-il ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père» ''(Jean, ''viii, 19). Si le Père et le Fils sont seuls à se connaître réciproquement, c'est qu'ils sont de même nature et de même dignité. — ''d) ''Jésus va plus loin : il ne craint pas de ''s'identifier avec son Père : ''aux Juifs qui lui posaient cette question : « Si tu es le Christ, dis-nous-le ouvertement, Jésus répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne me croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent pour moi... ''Moi et le Père nous sommes un. ''» Et les Juifs comprirent si bien quel titre Jésus revendiquait par là, qu'ils prirent des pierres pour le lapider ''(Jean, ''x, 23-31). — ''e) ''Ces deux idées, — que la connaissance du Père ne s'acquiert que par le Fils, et que le Fils se confond avec le Père, — reviennent dans la bouche de Jésus, lors de son dernier entretien avec ses Apôtres. Saint Thomas lui demandait d'indiquer le chemin qui conduit au séjour où est le Père. Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va au Père, si ce n'est par moi. Si vous m'aviez connu, vous connaîtriez aussi le Père. » Et comme Philippe interrompt Jésus pour le prier de leur montrer le Père, Jésus répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu, a vu le Père, comment dis-tu : montre-nous le Père? Tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » ''(Jean, ''xiv, 5,10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les déclarations de Jésus sur sa nature, sur son union substantielle avec le Père sont donc bien claires dans le quatrième Évangile, mais il n'est pas besoin d'insister, puisque aussi bien nos adversaires ne discutent pas le sens de ces textes et ne rejettent que l'autorité historique du livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
237. — B. ''TÉMOIGNAGES TIRÉS DES SYNOPTIQUES. — ''L'affirmation de Jésus sur sa qualité divine ne se présente pas dans les Synoptiques avec le même caractère de netteté que dans l'Évangile de saint Jean ; mais il est possible cependant d'en retrouver ''l'équivalent ''dans les ''paroles ''et dans les ''actes ''du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Dans ses paroles. ''— 1. Il est incontestable que le titre de « Fils de Dieu » est un de ceux que Jésus se donne parfois ou qu'il accepte de la part de ses interlocuteurs et de ses adversaires. Nous avons vu précédemment que Pierre le proclame le « Christ, le ''Fils du Dieu vivant « ''( ''Mat., ''xvi, 16), et que devant le Sanhédrin, lorsque le grand-prêtre l'adjure de dire s'il est « le Christ, le ''Fils de Dieu», ''il répond affirmativement. La question revient dès lors à savoir quel sens cette appellation a dans la bouche de Jésus. Sans nul doute, le titre de Fils de Dieu est une expression courante dans la Sainte Écriture. C'est de ce nom que Dieu lui-même désigne le peuple d'Israël : « Ainsi parle Jéhovah : Israël est ''mon fils, ''mon premier né» ''(Exode, ''iv, 22). « Le juste est fils de Dieu» est-il dit dans la ''Sagesse ''(II, 18). L'on peut même aller plus loin et prétendre que, à un certain point de vue et sous le rapport de la création, tout homme est fils de Dieu. Que Jésus ne se soit pas donné ce titre dans un sens aussi large, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. Mais faut-il admettre, avec les rationalistes et les modernistes, que le titre de Fils de Dieu ne dépasse pas celui de Messie? Il De semble pas, car, même en laissant de côté la confession de Pierre et son affirmation solennelle devant le Sanhédrin où il marque nettement que sa filiation divine lui confère les mêmes droits que son Père, entre autres, celui d'être un jour le grand juge de l'humanité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn192 [192]], il y a d autres manières de dire de Notre-Seigneur qui indiquent bien que ses relations avec le Père sont d'un ordre unique. Ainsi, qu'il parle de Dieu avec ses disciples, il dit : « ''mon ''Père », « ''votre ''Père », jamais il ne dit « ''notre ''Père ». Le Notre Père qu'il enseigne à ses disciples ne fait même pas exception, car la prière est censée sortir de la bouche de ses disciples et non de la sienne ; ainsi il dit encore à propos du jugement dernier : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de ''mon ''Père ; prenez possession du royaume qui ''vous ''a été préparé dès la fondation du monde... ''(Mat., ''xxv, 34); et à l'institution de l'Eucharistie, il fait ses adieux à ses disciples par ces mots : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec ''vous ''dans le royaume de ''mon ''Père » ( ''Mat., ''xxvi, 29). Ce soin que met Jésus, d'ailleurs si humble, à ne pas se confondre avec ses disciples, à se séparer d'eux sur la question des rapports avec Dieu, n'est-il pas une preuve suffisante que sa filiation est transcendante et d'un ordre unique? — 2. Dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, Jésus déclare, comme nous l'avons déjà vu dans saint Jean, que la ''connaissance du Père ''ne se fait que par ''l'intermédiaire du Fils : ''« Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils» (''Mat., ''xi, 27). — 3. Le témoignage le plus suggestif de Jésus sur sa filiation divine est assurément la parabole des ''vignerons homicides. ''La voici, telle que la rapporte ''saint Matthieu ''(xxi, 33, 39) : « Un père de famille planta une vigne, il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour de garde et il la loua à des vignerons et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Mais les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et lapidèrent un troisième. Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; et ils leur firent de même. Finalement il leur envoya son fils, en disant : Ils respecteront ''mon ''fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici ''l'héritier ; ''venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent... » Le sens de cette parabole est transparent. Elle contient en raccourci l'histoire des relations d'Israël avec son Dieu. Les serviteurs qui viennent percevoir le fruit de la vigne, ce sont les prophètes que Jéhovah envoie à son peuple élu et que celui-ci reçoit mal. Le ''Fils unique ''que le Père envoie en dernier lieu, l'héritier qui subit le même sort, c'est évidemment Jésus. — 4. Nous avons encore comme dernier témoignage, — celui-là, il est vrai, après sa résurrection, — la ''formule solennelle du Baptême ''où le Fils apparaît entre les noms du Père et du Saint-Esprit, associé à eux dans une Trinité mystérieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Dans ses actes. ''— Plus encore que ses paroles, la manière d'agir de Jésus rend témoignage de sa divinité. — 1. Jésus ''s'attribue les perfections, divines : ''impeccabilité, .éternité, ubiquité... — 2. Il ''revendique les droits divins : ''il demande de ses disciples la foi, l'obéissance et l'amour, même jusqu'au sacrifice de la vie : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi» ''(Mat., ''x, 32, 37). Il accepte des hommages qui ne sont rendus qu'à la divinité, il souffre qu'on se prosterne devant lui et qu'on l'adore : c'est dans cette humble attitude que le lépreux au pied du mont des Béatitudes ''(Mat., ''VIII, 2), que le possédé de Gérasa ''(Marc, ''V, 6) implorent leur guérison ; Jaïre, un chef de la Synagogue, se prosterne également devant Jésus pour le prier de rendre la vie à sa fille qui vient de mourir ''(Mat, ''ix, 18). Nous voyons, au contraire, les Apôtres agir tout différemment dans les mêmes circonstances. Lorsque saint Pierre se rend auprès de Corneille, celui-ci « tombant à ses pieds se prosterne. Mais Pierre le releva en disant : « Lève--toi, moi aussi je suis un homme» ''(Actes, ''x, 25, 26). De même, Paul et Barnabé, après avoir guéri un boiteux, se dérobent aux honneurs qu'on veut leur rendre ''(Actes, ''xiv, 10-17). L'attitude de Notre-Seigneur est donc- d'autant plus significative qu'elle contraste avec celle de ses Apôtres. — 3. Il ''s'arroge les pouvoirs divins. ''Nous avons vu déjà qu'il se ''met au-dessus de la Loi, ''qu'il traite sur le pied d'égalité avec le divin Législateur du Sinaï. Il interprète et modifie, comme il l'entend, les préceptes du Décalogue, et il le fait avec une autorité souveraine : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... ''Et moi je vous dis...», ''répète-t-il plusieurs fois ''(Mat., ''v, 22, 28, 32, 34, 39, 44). Nous avons vu encore qu'il ''remet les péchés : ''privilège exclusivement réservé à Dieu, et pour montrer qu'il n'usurpe pas un pouvoir qui ne lui appartient pas, il opère aussitôt un miracle. Il annonce qu'il sera un jour le ''juge suprême de l'humanité, ''qu'il ''enverra à ses Apôtres l'Esprit Saint. ''Il ''accomplit ''surtout de ''nombreux prodiges, ''si bien qu'on croit qu'une vertu divine sort de lui : il commande en maître à la nature, il chasse les démons, il guérit les malades, ressuscite les morts, et le tout sans faire appel à une puissance étrangère. Il ''agit en son propre nom, ''et qui plus est, il confère à ses disciples la puissance qu'il détient sans limites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Qu'il s'agisse donc de ses déclarations ou de ses actes, Jésus se présente uni à Dieu d'une manière si étroite ; il revendique une telle participation aux pouvoirs et aux privilèges de Dieu que ses prétentions seraient vraiment incompréhensibles, s'il était étranger à la nature divine. Pour ''parler ainsi, ''pour ''agir ainsi, ''il fallait qu'il eût pleine conscience que Dieu était en lui, non pas seulement par sa puissance et sa vertu, mais par sa nature et son essence ; en un mot, ''il fallait qu'il fût Dieu. ''Nous pouvons conclure par conséquent, même à n'écouter que le témoignage des Synoptiques, que la Divinité de Jésus-Christ repose sur une base solide, et qu'il n'y a pas solution de continuité entre le fait historique et son interprétation, entre l'affirmation de Jésus et le dogme défini par l'Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Valeur du double témoignage de Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
238. — Dans les deux articles qui précèdent, nous avons recueilli le témoignage de Jésus sur sa personne. Nous avons vu qu'il s'était affirmé Messie, Fils de Dieu. Cela ne suffit pas, car il est évident qu'un ''témoignage ne vaut que ce que vaut le témoin. ''Or trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s'illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. Donc, ou imposteur, ou illusionné, ou véridique, telles sont les trois alternatives entre lesquelles il faut choisir. Nous prouverons qu'il faut écarter les deux premières et retenir la troisième.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Jésus n'était pas un imposteur'''. — Jésus a-t-il trompé? Lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie, File de Dieu, Jésus avait-il conscience de ne pas être ce qu'il disait être? Mentait-il? Les critiques contemporains sont trop pénétrés de la grandeur morale du Christ pour s'arrêter à une hypothèse aussi injurieuse. Tous reconnaissent que la ''loyauté ''et ''l'humilité ''de Jésus le mettent au-dessus de tout soupçon. — ''a) Sa loyauté. ''S'il est, en effet, une qualité à laquelle Jésus attache le plus grand prix, c'est bien la franchise, au point qu'on a pu le trouver dur pour ceux qui ne l'ont pas, pour ceux dont l'extérieur est en désaccord avec l'intérieur, dont les paroles ne traduisent pas les sentiments de l'âme, disons le mot, pour les hypocrites. Personne n'a flagellé ce vice plus que lui, et n'a dénoncé avec tant de véhémence la souillure du dedans qui se cache sous la propreté du dehors : « Malheur à vous ! dit-il aux scribes et aux pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de mort et de toute espèce d'impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. » ''(Mat., ''xxiii, 27, 28). Et Jésus professe un amour tel de la droiture, il veut l'inculquer si profondément dans l'âme de ses disciples qu'il leur défend le serment, devenu désormais inutile, en raison de la confiance réciproque que chacun doit avoir dans la parole de son semblable. « Moi je vous dis de ne point jurer du tout... Que votre parole soit oui, oui, non, non» ''(Mat., ''v, 34, 37). — b) ''Son humilité. ''Supposer que Jésus voulut se faire passer pour le Messie et le Fils de Dieu, alors qu'il aurait eu conscience de ne pas l'être, c'est l'accuser d'un orgueil extravagant, dont il doit être facile de retrouver d'autres traces dans les Évangiles. Or qu'on lise ceux-ci avec attention, et l'on sera frappé, au contraire, de l'insistance que Jésus met à prêcher l'humilité par le discours et par l'exemple. Il n'est pas moins dur pour l'orgueil que pour l'hypocrisie,: il cingle de ses traits acérés qui recherchent partout les premières places, qui se laissent guider dans leurs actes par l'ostentation et le désir de paraître. Les Scribes et les Pharisiens, dit-il à ses disciples, « font toutes leurs actions pour être vus des hommes... Ils aiment la première place dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations dans les places publiques, et à s'entendre appeler par les hommes Rabbi. » (''Mat., ''xxiii, 6-7). « Gardez-vous, dit-il ailleurs à ceux qui veulent être ses disciples, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux... Quand vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes.» ''(Mat., ''vi, 1, 2). Une autre fois il présente le modèle du publicain contrit et humilié devant Dieu ''(Luc, ''xviii, 9, 14). Lui-même déclare qu'il est venu pour servir et non pour être servi. I1 se dérobe à l'enthousiasme des foules qui veulent le proclamer roi. Or une telle conduite est incompatible avec l'excès d'orgueil qui l'aurait poussé à se dire le Messie, le Fils de Dieu, le futur Juge de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne faisons appel ici qu'à deux vertus du Christ qui s'opposent plus directement à l'hypocrisie et à l'orgueil présupposés nécessairement par l'hypothèse qui veut faire passer Jésus pour un imposteur. Nous pourrions invoquer toutes ses autres vertus, sa personne morale tout entière, sa sainteté[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn193 [193]] incomparable qui ne connaît pas la moindre défaillance, mais à quoi bon insister, puisque aussi bien on ne prend plus au sérieux les railleries de Voltaire et des ''Encyclopédistes ''qui regardaient Jésus comme un fourbe et les Apôtres, comme des faussaires qui auraient inventé les miracles de l'Évangile dans le but de faire adorer leur Maître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''239. — 2° Jésus n'est pas un illusionné'''. — Jésus n'a pas voulu tromper mais il a ''pu se tromper. ''Il a pu se faire illusion sur sa personne et tromper sans le vouloir. C'est à cette seconde hypothèse que se rallient, de nos jours, les adversaires de la divinité du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partant de ce principe a priori que le surnaturel n'existe pas et qu'il n'y a pas d'Envoyé divin, les ''rationalistes ''modernes concluent que Jésus a été victime de l'illusion et qu'il est une sorte d'halluciné. Nous avons eu l'occasion déjà (N° 234) de signaler comment le plus habile d'entre eux décrit les états d'âme par lesquels le Sauveur serait soi-disant passé pour arriver à la conscience de sa messianité. Au point de départ, il suppose « la conviction profonde» que Jésus avait « de son union intime avec Dieu », union telle qu'il « se croyait avec Dieu dans les relations d'un fils avec son père, bien plus, qu'il se croyait, à un degré unique et incomparablement au-dessus des autres hommes, le Fils de Dieu. » « Dieu est en lui, il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père... Il se croit en rapport direct avec Dieu, il se croit Fils de Dieu. » Et alors convaincu qu'il était le « Fils de Dieu, Jésus se sentit aussitôt la mission de faire participer tous les hommes à sa filiation divine, en leur apprenant à connaître Dieu comme leur Père et à recourir à lui comme des fils. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn194 [194]] A partir de ce jour, où il « se proposa de créer un état nouveau de l'humanité», où son « idée fondamentale» fut « l'établissement du royaume de Dieu», Jésus accepte le rôle de Messie. Et comme tout aussitôt il se heurta à l'opposition violente des pharisiens, il comprit qu'avant d'être le Messie triomphant et d'être appelé à la fonction glorieuse de Juge suprême de l'humanité, il devait passer par la souffrance et la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Assurément cette psychologie de l'âme de Jésus ne manque pas de savoir-faire, mais les conceptions de Renan sont plus ingénieuses que solides. Nulle part, en effet, dans les Évangiles, on ne découvre les traces d'une pareille évolution dans les idées de Jésus. C'est à partir du premier instant de sa vie publique, qu'il a conscience d'être le Messie, et ''s'il y a évolution, ''ce n'est pas dans la ''pensée ''de Jésus, mais dans la ''manière de l'exprimer, ''ou plutôt, la foi de Jésus en sa mission reste à chaque instant la même ; c qui se développe et progresse, c'est la conviction qui se fait dans l'âme de ses disciples et de ses auditeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais écoutons, pour répondre à Renan, un des représentants les plus fameux du protestantisme libéral en France : « Jésus, écrit M. Stapfer, s'est dit Messie. Cela est prouvé, cela est certain. Comment en est-il arrivé là? Y a-t-il eu folie, oui ou non? Telle est, nous semble-t-il, la seule alternative qui se pose désormais entre les croyants et les non-croyants. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn195 [195]] « Renan a dit : Jésus, enivré par le succès, s'est cru le Messie. Il était sain d'esprit au commencement de son ministère, il ne l'était plus à la fin, et son histoire, telle que la raconte Renan, est, malgré les ménagements qu'il y apporte, l'histoire de la surexcitation croissante d'un homme qui a commencé par le bon sens, la clairvoyance, la santé morale d'un noble et beau génie, et qui a fini par une exaltation maladive voisine de la démence. Le mot folie n'a pas été écrit par Renan, mais la pensée se trouve exprimée à chaque page. Eh bien, les faits s'opposent à cette explication. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn196 [196]] « Ce qui frappe au contraire» en Jésus, « plus on l'étudié de près, c'est sa possession de lui-même, sa clairvoyance, son absence complète d'illusion . » IL est extrêmement remarquable que la foi de Jésus en lui-même et en son œuvre reste absolument identique à elle-même Cette confiance inébranlable de Jésus en son œuvre, en son Père et en lui-même est certainement surnaturelle... Il y a dans cette assurance qu'aucun événement extérieur ne trouble, une preuve d'une force énorme de la nature divine de Jésus . » (E. Stapfer).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, de l'aveu de ceux-là mêmes qui rejettent le dogme catholique de la divinité de Jésus-Christ, l'on ne saurait prétendre que Jésus se soit illusionné à ce point sur son propre compte, sans recourir à l'hypothèse de la folie, qu'on prononce le mot, ou qu'on le remplace par d'autres équivalents tels que l'exaltation mystique, l'hallucination ou le déséquilibre Mais alors comment expliquer ce désordre mental avec l'élévation d'esprit, avec l'intelligence profonde et lucide qui se manifestent partout dans les discours et les entretiens de Jésus? Comment ce déséquilibré peut-il être l'auteur d'une doctrine religieuse qui dépasse les plus hautes conceptions des philosophes anciens, et d'une morale qui est devenue l'idéal de l'humanité? Non, vraiment, ''un fou n'a pas tant de sagesse. ''Jamais un déséquilibré n'aurait accompli une œuvre aussi grandiose, créé un mouvement d'âmes aussi intense, et exercé une influence aussi considérable sur le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Dès lors, la conclusion s'impose, Jésus n'est ni un imposteur ni un dément. Il n'a pas trompé et il ne s'est pas trompé. Son affirmation doit donc être retenue. S'il a dit qu'il était le Messie, Fils de Dieu, c'est qu'il l'était.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Letouzey) ; ''Christologie ; Les théories de M. Loisy ''(Beauchesne). — Batiffol, ''L'enseignement de Jésus ''(Bloud). — De Grandmaison, art. ''Jésus-Christ ''(Dict. d'Alès). — Rosé, ''Études sur les Évangiles ''(Bloud). — Frémont, ''Lettres à l'abbé Loisy ''(Bloud). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Mangenot, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu ''(Bloud). — F. Prat, ''La théologie de saint Paul ''(Beauchesne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Réalisation en Jésus des prophéties messianiques. ===&lt;br /&gt;
=== DÉVELOPPEMENT ===&lt;br /&gt;
'''L'argument prophétique.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
240.— ''Préliminaire. — ''Dans le chapitre précédent, nous avons vu que Jésus s'était donné pour ''le Messie prédit par les prophètes. ''Quelque de foi que puisse être la parole d'un homme que recommandent par ailleurs la sainteté de sa vie et la sublimité de sa doctrine, il n'en reste pas moins qu'une telle affirmation demande à être contrôlée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Jésus est ''un ''Envoyé divin, il doit nous apporter des marques non équivoques de sa mission divine, telles que prophéties et miracles. Mais, avant tout, si Jésus est ''l'Envoyé divin annoncé par les prophètes, ''il doit réaliser dans sa personne et dans son œuvre les prophéties faites à son sujet ; il faut qu'il y ait relation étroite entre l'Ancien et le Nouveau Testament, que l'un s'explique par l'autre, que le second confirme le premier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''241. — 1° Adversaires'''. — L'argument tiré des prophéties a deux sortes d'adversaires. Les uns nient ''l'existence ''même des prophéties. Les autres en contestent la ''réalisation en Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. A LA PREMIÈRE CATÉGORIE ''appartiennent les ''rationalistes ''et les ''protestants libéraux ''qui prétendent que le Messie n'a pas été prédit et que les prophéties alléguées ne sont ni des ''prophéties, ''ni des prophéties ''messianiques. ''D'après M. J. Réville, les passages de l'Ancien Testament « où l'on se plaisait à voir des prédictions surnaturelles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn197 [197]] ont été mal interprétés par les prédicateurs et les théologiens. Pas plus que les sibylles et les devins, les prophètes n'ont eu le privilège de connaître et d'annoncer les secrets de l'avenir. Ce qui ne les empêche pas, suivant Sabatier, d'avoir été des hommes d'une valeur incomparable ; et si leurs ''prédictions ''sont inexistantes ou sans valeur, leur ''prédication ''les place bien au-dessus de leurs contemporains, et à ce titre, ils sont des hommes providentiels qui ont eu une idée plus pure et plus haute de Dieu et de la loi morale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn198 [198]]. Comme on le voit, les rationalistes et les protestants libéraux veulent bien reconnaître la grandeur morale des prophètes, ils veulent bien les mettre au premier rang parmi leurs contemporains, mais c'est pour mieux refuser tout caractère surnaturel à leur œuvre et à leur parole. Donc, prédicateurs hors de pair, mais non prophètes au sens strict du mot, voilà tout ce que l'on peut dire d'eux. D'où il suit que l'argument prophétique, tel qu'il nous a été transmis par l'apologétique traditionnelle, est dénué de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''DANS LA SECONDE CATÉGORIE ''d'adversaires il faut ranger les ''Juifs ''qui, tout en reconnaissant l'existence des prophéties messianiques, n'admettent pas qu'elles se soient réalisées en Jésus. Pour prétendre le contraire, il faudrait, selon eux, détourner les prophéties de leur sens naturel et les interpréter en dehors de leur contexte. C'est pourquoi — et c'est encore Sabatier qui nous le dit — « les Juifs, d'après leur exégèse, ont bien pu ne pas voir dans Jésus de Nazareth le Messie qu'ils attendaient, puisqu'ils n'auraient pu croire eu lui qu'en renonçant aux espérances politiques et nationales que leurs livres leur avaient données. Il est permis de dire que les prophéties messianiques, en tant qu'elles ont un sens historique et grammatical, n'ont jamais été accomplies, et qu'elles n'ont paru l'être dans la vie, l'enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que certainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient prononcées tout d'abord. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn199 [199]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''242. — 2° Argument'''. — L’''argument prophétique ''peut se formuler dans le syllogisme suivant : IL existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent, qui décrivent à l'avance la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie. Or ces prophéties se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et l'''œuvre de Jésus. ''Donc Jésus est le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’argument comprend donc deux points à établir : — 1. ''l'existence ''des prophéties messianiques ; — 2. leur ''réalisation en Jésus. ''Si nous parvenons à démontrer ces deux points qui forment la majeure et la mineure du syllogisme, nous aurons répondu, par le fait, aux deux classes d'adversaires que nous avons devant nous. Nous tâcherons de le faire dans les deux articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''REMARQUES. ''— 1. Auparavant, il convient de rappeler, — comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — que, à la rigueur, la démonstration chrétienne peut se faire en dehors de l'argument prophétique. N'y eût-il eu aucune prophétie, Jésus n'en apparaîtrait pas moins « ''Envoyé de Dieu ''», du moment qu'on peut établir qu'il a fait de nombreux et incontestables miracles, qu'il a réuni dans sa personne toutes les qualités qui conviennent à un envoyé céleste et que sa doctrine et sa morale portent bien les marques d'une origine surnaturelle. Moïse, le fondateur de la religion qui porte son nom, n'a été annoncé par aucune prophétie ; et cependant sa mission divine ressort très clairement des multiples prodiges qu'il accomplit et de la transcendance de sa doctrine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Néanmoins, l'argument prophétique a une valeur de premier ordre pour une double raison : — 1) Tout d'abord il est indiscutable que ''le fait d'avoir été prédit ''d'une manière claire et formelle, ajoute un nouveau poids aux autres preuves qui attestent que Jésus est un Envoyé de Dieu. — 2) D'autre part, l'argument prophétique ''remonte aux origines du christianisme. ''L'on peut même dire que, aux yeux des Juifs, il était l'argument capital. Jésus, le premier, s'appuie très souvent sur cet argument pour prouver sa mission. Il y revient d'autant plus, que les Juifs, — les Apôtres y compris, — s'étaient surtout arrêtés aux prophéties de l'Ancien Testament qui concernaient la gloire du Messie saris prendre garde à celles qui prédisaient ses humiliations et ses souffrances. Il lui fallait donc redresser les fausses conceptions de ses contemporains : travail souvent infructueux et long, si long que nous l'entendons, au matin de sa Résurrection, reprocher aux deux disciples qui allaient à Emmaüs, de ne pas saisir encore le sens des prophéties : « O insensés, leur dit-il, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. » ''(Luc, ''xxiv, 25, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I- — Existence des prophéties messianiques. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de démontrer qu'il y a eu des prophéties et des prophéties messianiques, il convient de donner quelques notions générales sur les prophètes. Cet article comprendra donc deux paragraphes : 1° ''Notions générales sur les Prophètes. ''2° ''Le fait des prophéties messianiques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Notions générales sur les Prophètes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn200 [200]]. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''243. — 1°''' '''Définition. '''— Étymologiquement, le mot prophète (du grec « ''prophètes''» interprète; celui qui prévoit l'avenir) désigne en grec soit un interprète des dieux, soit celui qui prédit l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dans le premier sens, ou ''sens large, ''le prophète, appelé ''nabi ''en hébreu, est donc un ''interprète. ''C'est ainsi que Moïse qui alléguait sa difficulté de parole pour se dérober à la charge redoutable que le Soigneur lui imposait, entendit Dieu lui répondre : « Aaron, ton frère, sera ton nabi» ''(Ex., ''iv, 16) ; autrement dit : Aaron parlera à ta place. — Dans la Bible, le mot ''prophète ''est encore employé pour désigner un homme qui chante les louanges de Dieu : il est dit, par exemple, de Saul, que dans ses accès de mélancolie, il prophétisait (c'est-à-dire ''chantait) ''dans sa maison, pendant que David jouait des instruments (I ''Sam., ''xviii, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Au ''sens strict, ''le prophète était un homme à qui Dieu révélait l'avenir, et donnait la mission de le communiquer aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, dans quelque sens qu'on entende le mot, le prophète était « l'interprète de Dieu, l'intermédiaire entre Dieu et son peuple ; il recevait les ordres du Seigneur et communiquait à la race d'Abraham le plan divin... Sa mission était double, l'une se rapportant au temps présent, l'autre à l'avenir »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn201 [201]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''244. — 2°''' '''Le mode de la révélation prophétique. '''— Interprète de Dieu, le prophète recevait les communications divines de triple façon : par la parole, par des visions et par des songes : — ''a) par la parole. ''Il faut entendre par là, du moins ordinairement, non pas un langage articulé et sensible qui aurait frappé l'oreille du prophète, mais une voix qui résonnait au fond de son âme ; — b) ''par des visions. ''Dieu faisait-il passer devant les yeux du prophète des imagos matérielles et physiques, ou les faisait-il percevoir par son imagination, sans qu'elles fussent produites par aucune réalité extérieure, les deux hypothèses sont admissibles, quoique la seconde paraisse plus vraisemblable ; — ''c) par des songes. ''Cette sorte de manifestation divine, beaucoup plus rare que les autres, diffère de la seconde, en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe ne se produisait que pendant le sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« IL faut remarquer d'ailleurs que, de quelque manière que fût communiquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de ''délire, ''à plus forte raison, de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux. Il savait donc toujours ce qu'il prophétisait »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn202 [202]], alors même qu'il ne saisissait pas entièrement la portée de ses prédictions et la manière dont elles se réalisaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''245. — 3°''' '''Les particularités du langage prophétique. '''— Les événements de l'avenir se présentent d'ordinaire à l'esprit des prophètes comme des faits présents, déjà réalisés : c'est là ce qui explique les particularités du langage prophétique. D'abord ''l'emploi très fréquent du prétérit ''au lieu du futur ; puis, tout au moins d'une manière générale, ''l'absence de toute chronologie : ''les faits ne sont pas annoncés nécessairement dans l'ordre de leur réalisation future ; les intervalles qui doivent les séparer ne sont pas indiqués. Le tableau de l'avenir s'offre à eux sans perspective : tout y est mis sur le même plan. Il a fallu généralement l'accomplissement des divins oracles pour que la séparation ait pu être opérée. Toutefois, quoique, d'une manière générale, Dieu ait jugé suffisant d'annoncer la fondation de son royaume sans en fixer la date et le mode de réalisation, il arrive parfois que les prophètes indiquent clairement l'époque des événements qu'ils prédisent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''246 — 4° Les prophètes de l'Ancien Testament.''' — A prendre comme points de comparaison l'étendue et l'importance de leur œuvre, les prophètes se divisent en deux classes : les ''grands ''et les ''petits ''prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Les premiers, au nombre de quatre, sont : Isaïe, Jérémie avec Baruch pour appendice, Ézéchiel et Daniel. — ''b) ''Les seconds, au ombre de douze, sont : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'ère prophétique s'ouvrit avec Abdias[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn203 [203]] au début du ixe siècle avant Jésus-Christ et fut close avec Malachie, vers l'an 435 : c'est donc une période de quatre siècles et demi qu'elle embrasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre les grands et les petits prophètes dont nous venons de citer les noms, il y eut dans l'Ancien Testament une longue suite d'hommes illustres qui méritent le nom de prophètes, entendu dans le sens large du mot, c'est-à-dire qui ont été soit auprès du peuple d'Israël, soit auprès de ses chefs, les représentants et les interprètes des volontés divines. Tels sont Moïse, le libérateur et le législateur du peuple hébreu ; Samuel qui détourna Israël des cultes de Baal et d'Astaroth ; Nathan sous le règne de David, et David lui-même ; Élie et Elisée qui, après le schisme d'Israël, furent chargés par Dieu de restaurer le vrai culte de Jahvé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §  2.   —   Le fait des prophéties messianiques =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
247. — Est-il vrai, comme l'affirme la ''majeure ''de l'argument prophétique, qu'il existe dans l'Ancien Testament une série de prophéties qui prédisent la ''personne ''et ''l'œuvre ''du Messie? Telle est la première question qui se pose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'est pas besoin d'étudier longuement les livres de l'Ancien Testament, et en particulier, les écrits des prophètes, pour constater qu'il règne dans toute l'histoire juive une grande pensée, une idée-maîtresse, ou comme on Fa dit, une idée-force, laquelle revient partout comme un invariable leitmotiv et tient une si grande place dans la vie et l'âme de la nation : cette idée c'est l’idée ''messianique. ''Mais que faut-il entendre par là? L'idée messianique comprend deux choses : — ''a) ''Elle est d'abord ''l'attente d'un royaume ''qui doit s'établir un jour, — par l'intermédiaire et sous la domination d'Israël, — groupant tous les peuples dans le culte du vrai Dieu, reconnu désormais et adoré partout comme le Maître de l'univers. — b) Elle est, en second lieu, ''l'attente d'un roi, ''— « Oint ou Messie » — chargé d'établir ce royaume universel, d'en être le roi terrestre et d'être un jour au ciel le roi des élus, le juge qui récompense les bons et précipite les méchants dans la géhenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, les prophéties ont un ''double objet. ''Elles concernent soit le ''royaume futur, ''soit le ''Roi ''qui instaurera et régira le royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''248. — 1° Prophéties concernant le royaume.''' — ''L'attente messianique ''concernant le ''futur royaume ''peut être envisagée au triple point de vue de son ''origine, ''de sa ''nature ''et du ''rôle joué far les prophètes ''dans la genèse de cette idée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ORIGINE DE L'ESPÉRANCE MESSIANIQUE. ''— Le moindre examen des Livres sacrés indique qu'il ne faut pas en chercher d'autre que les ''révélations ''et les ''promesses divines. ''Celles-ci remontent aux origines de l'humanité. Adam et Eve avaient à peine commis leur péché de désobéissance que Dieu leur promettait un rédempteur ''(Gen., ''iii, 14, 15), Maintes fois Dieu renouvela ses promesses de bénédictions : plus spécialement il les adressa à Noé, à Abraham, à Isaac et à Jacob. Voici, du reste, parmi ces promesses prophétiques, les deux plus solennelles et les plus précises : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans votre race, dit le Seigneur à ''Abraham, ''parce que vous avez obéi à ma voix. ''»(Gen., ''xxii, 18). « Le sceptre ne sortira pas de Juda, dit le prophète ''Jacob ''à son quatrième fils Juda, jusqu'à ce que vienne un chef de sa race, jusqu'à ce que vienne ''l'Envoyé qui rassemblera les peuples. »(Gen., ''xlix, 8 et suiv.). Ainsi, des les premières heures de l'humanité, Dieu annonce déjà son ''plan, ''non pas certes en formules expresses qui marquent tous les détails de l'œuvre future, mais en paroles suffisamment claires pour faire comprendre au peuple juif qu'il a un grand rôle à jouer dans l'œuvre annoncée, pour découvrir à son regard de brillantes perspectives, des horizons lumineux et pour éveiller dans son âme de grandes espérances. A la lumière de ces promesses, il devient facile d'apercevoir dans les multiples péripéties de l'histoire juive, à la fois ''l'unité ''et la ''continuité du plan divin. ''Celui qui y regarde de près, constate sans difficulté que, si l'œuvre se prépare et se développe avec une mystérieuse lenteur, avec des moments d'interruption, ou tout au moins, de ralentissement, elle n'en poursuit pas moins la route avec un progrès indéfini. A travers les vicissitudes de fidélité, et de défection du peuple juif, l'on discerne toujours la volonté de Dieu de garder au sein d'une nation élue le ''monothéisme, ''appelé à devenir un jour la religion de toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''NATURE DE L'ATTENTE MESSIANIQUE. ''— On ne saurait contester qu'il se mêle dans l'idée messianique deux éléments tout à divers. L'établissement du futur royaume, du règne universel de Dieu, est lié dans la pensée juive au ''rétablissement de leur royaume terrestre. ''Cette espérance d'une restauration nationale est tellement ancrée dans tous les cœurs que, au moment de l'Ascension de leur Maître, les Apôtres lui posaient encore cette question ; « Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël? » ''(Actes, ''i, 6). Il y a cependant des oracles où le côté temporel de l'espérance messianique ne tient aucune, ou presque aucune place ''(Is., ''ii, 2, 5 ; xi, 1, 8 ; xlii, 1, 4 ; l, 4, ii ; lii, 13 ; liii, 12). De nombreuses prophéties décrivent la nature du futur royaume sous les traits d'une union intime entre Dieu et l'âme de chaque fidèle ''(Osée, ''ii, 19). D'autre part, le fait que les prophéties annoncent que tous les peuples participeront au royaume messianique, indique bien que tout ce qui constitue le particularisme juif dans le domaine religieux et politique, sera un jour abrogé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ROLE DES PBOPHÈTES[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn204 [204]]. Le rôle des prophètes, dans la genèse et le développement de l'espérance messianique, fut certainement dé tout premier plan. — 1. Ils ont d'abord été les ''défenseurs du monothéisme. ''A toutes les époques de l'histoire, et avant les prophètes proprement dits, Dieu suscite des hommes qui doivent être les interprètes de ses volontés et de ses desseins. C'est Moïse, le législateur d'Israël qui prêche le culte exclusif de Jahvé, Maître souverain, Seigneur juste et bon, miséricordieux à ceux qui l'aiment et gardent sa loi. C'est Samuel qui détourne les Hébreux des cultes idolâtriques de Baal et d'Astaroth. Ce sont, après le schisme d'Israël, Élie et Elisée qui chassent les fausses divinités et rétablissent le vrai culte. — 2. Ils ont annoncé que le monothéisme, qui constituait le dogme principal de la religion juive, ''s'étendrait à toutes les nations de l’univers. ''C'est Isaïe qui prédit que Jérusalem deviendra un jour le centre du vrai culte où « toutes les nations afflueront » ''(Is., ''ii, 2). C'est Jérémie qui ne craint pas de déclarer aux Juifs que la religion n'est pas seulement un pacte social entre Jahvé et Israël, mais encore une union intime entre Dieu et l'âme de chaque croyant, union intime qui convient aux étrangers, aux Gentils comme aux Juifs. C'est Ézéchiel, le plus grand des prophètes de la captivité, qui soutient la foi et l'espérance des Juifs malheureux et châtiés pour leurs crimes, mais non pas abandonnés de Dieu, et qui leur prédit la résurrection d'Israël. Ce sont les trois prophètes postexiliens : Aggée, Zamier et Malachie qui annoncent le futur royaume messianique ; c'est Malachie, en particulier, qui entrevoit un ordre de choses nouveau, et un nouveau sacrifice ( ''Mal. ''i, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, le ''rôle des prophètes ''au sujet du royaume à venir fut ''double. ''— Leur première mission fut de garder intacte chez le peuple juif la ''foi en un Dieu unique, ''et de maintenir l'adoration exclusive de Jahvé. — La seconde mission qui fut réservée, d'une manière plus spéciale, aux prophètes proprement dits, fut ''d'annoncer, ''pour un avenir plus ou moins rapproché, un ''ordre nouveau, ''une ''religion spirituelle ''qui ferait une plus large part au culte intérieur, une religion non plus nationale et restreinte au peuple juif, mais ''universelle, ''à laquelle tous les hommes seraient appelés, et qui serait ainsi comme le complément de l'antique religion juive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''249. — 2° Prophéties concernant la personne et l'œuvre du Messie. '''— Pour établir le royaume en question, Dieu enverra son représentant. Or les prophètes ne se contentent pas d'annoncer cet ''Envoyé ''ou ''Messie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn205 [205]] ; longtemps à l'avance ils en déterminent ''l'origine, ''la ''naissance, ''les ''fonctions ''et le ''mode ''dont il accomplira son œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Le Messie sera de la race d'Abraham ''(Gen. ''xii) et de la famille de David (II ''Sam., ''vii).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''SA NAISSANCE. ''— 1. La ''date. ''Le Messie ne viendra pas avant que le sceptre soit sorti de Juda ''(Gen., ''xlix, 10) : voilà déjà une indication très précieuse ; mais la célèbre prophétie de Daniel est autrement précise, puisqu'elle fixe l'époque de la venue du Christ, cinq siècles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn206 [206]] avant l'événement : « Depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, dit le prophète Daniel, jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort» ''(Dan., ''ix, 25-26). Suivant les paroles du prophète Daniel qui tient son inspiration de l'ange Gabriel, le Messie sera mis à mort dans la semaine qui viendra lorsque sept semaines et soixante-deux semaines, c'est-à-dire soixante-neuf semaines (d'années), seront écoulées après le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem : ce qui nous donne le chiffre approximatif de 486 ans. Or en retranchant 33 ans, — âge probable du Christ à sa mort, — de 486, on obtient l'année 453 qui nous conduit en plein règne d'Artaxerxés Longuemain, auteur de l'édit permettant de rebâtir Jérusalem. — 2. ''Le lieu. ''Le Messie doit naître à ''Bethléem, ''d'après le prophète Michée : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petite entre les mille de Juda ; de toi sortira celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine est dès le commencement; dès les jours de l'éternité. » ''(Michée, ''v, 2). — 3. ''Le caractère miraculeux de sa naissance : ''« Une vierge concevra, est-il dit dans Isaïe (vii, 14), et elle enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''SES FONCTIONS. — ''Le Messie exercera la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. Le Messie sera ''roi ; ''comme les autres rois, il sera appelé et sera, d'une manière plus éminente, le Fils de Dieu ''(Ps., ''ii, 7) ; mais sa royauté sera toute spirituelle ''(Is., ''xlix, 6) et pacifique ; il sera le « Prince de la paix » ''(Is., ''ix, 5). — 2. Le Messie sera ''prêtre. ''Ainsi le dépeint David dans un de ses psaumes (cx, 1-5). « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse ramper vos ennemis à vos pieds... Le Seigneur l'a juré, il ne se rétractera point : vous êtes ''prêtre ''pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Les anciens docteurs juifs ont reconnu dans ces paroles du Roi-prophète les traits du Messie. — 3. Le Messie sera ''prophète (Deut., ''xviii, 15 ; ''Is.,'' lxi, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''LE MODE DONT IL ACCOMPLIRA SON ŒUVRE. — ''Nous le trouvons décrit en entier dans la ''seconde partie d'Isaïe, ''dans ''quelques passages de Zacharie ''et dans ''quelques psaumes, ''en particulier le psaume xxi. Dans Isaïe, le Messie est représenté comme le ''serviteur de Dieu ''qui sauvera son peuple, non pas en écrasant ses ennemis, mais par son humble obéissance, par sa passion et sa mort ignominieuse : le chemin de la croix sera donc le chemin du salut. Avant de remporter la victoire et de consommer son œuvre de rédemption, le Messie subira toutes les humiliations : il sera trahi par l'un des siens ''(Ps., ''xl, 10), vendu pour trente pièces d'argent ''(Zach., ''xi, 12-13) ; il sera flagellé, rendu semblable à un lépreux, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple ''(Ps., ''xxi) ; on lui donnera le fiel en nourriture et le vinaigre en breuvage ''(Ps., ''lxviii). Il aura les pieds et les mains percés ; les soldats tireront ses habits au sort ''(Ps., ''xxi, 17,19); son cœur sera percé d'une lance ''(Zach., ''xii, 10). Mais les humiliations du Christ seront suivies de sa glorieuse ''résurrection ''et de son ''ascension ; ''son corps ne sera pas livré à la corruption ''(Ps., ''xv, 10) ; il ressuscitera le troisième jour ''(Osée, ''vi, 3). Puis triomphant il s'élèvera de la montagne des Oliviers ''(Zach., ''xiv, 4) et ira s'asseoir à la droite de Dieu (Ps., cix, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, la vie de Jésus est déjà écrite, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Les circonstances en sont si bien marquées qu'il sera facile de constater si le Messie attendu en réalise toutes les conditions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Réalisation des prophéties messianiques en Jésus. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
250. — Or les ''prophéties messianiques, ''dit la mineure de l'argument prophétique, se sont ''réalisées ''dans la ''personne ''et dans ''l’œuvre de Jésus.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La personne de Jésus a réalisé les prophéties messianiques'''. — Jésus est-il bien l’''Envoyé ''annoncé par les prophètes pour fonder le royaume attendu ? A-t-il réalisé dans sa ''personne ''tous les traits marqués par les prophètes au point de vue de ''l'origine, ''de la ''naissance, ''des ''fonctions ''et de la ''manière ''dont l'œuvre messianique devait être accomplie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''SON ORIGINE. ''— Jésus est de la race d'Abraham ; il appartient à la famille de David, comme le prouvent les tableaux généalogiques de saint Matthieu et dé saint Luc, les exclamations des infirmes qui implorent son assistance : « Ayez pitié de nous, ''fils de David ''»( ''Mat., ''ix, 27), et les acclamations de la foule le jour des Rameaux : « Hosanna au fils de David» ''(Mat., ''xxi, 9, 15). — B. ''SA NAISSANCE. — ''Jésus est né : — 1. au ''temps ''marqué par les prophètes, alors que la Judée était tombée sous la domination romaine et que le sceptre était par conséquent sorti de Juda ; — 2. au ''lieu ''indiqué et de la ''manière ''prédite ''(Luc, ''i, 34 ; ii, 1, 7). — C. ''SES FONCTIONS. ''— Jésus a exercé la triple fonction de roi, de prêtre et de prophète : — 1. de ''roi. ''Devant Pilate, il a affirmé qu'il était roi, mais que sa royauté n'était pas de ce monde ''(Jean, ''xviii, 37), qu'elle était spirituelle et devait s'établir, non par la force des armes, mais par la persuasion des cœurs ''(Mat., ''xviii, 18) ; — 2. de ''prêtre. ''Jésus s'offrit lui-même volontairement en sacrifice sur l'arbre de la croix, et il a voulu que ce sacrifice de son corps et de son sang se renouvelât jusqu'à la fin des siècles ; — 3. de ''prophète. ''Jésus a prédit l'avenir, comme nous aurons l'occasion de le dire plus loin (Nos 255 et suiv.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''MANIÈRE DONT JÉSUS ACCOMPLIT L'ŒUVRE MES­SIANIQUE. ''— L'on connaît trop bien tous les détails de l'histoire de Jésus, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter : inutile donc de montrer que Jésus, par les humiliations de sa vie, par sa passion ignominieuse, par sa mort infâme sur la croix, a réalisé le programme tracé par les prophètes, en particulier par Isaïe et le Roi-prophète au psaume xxi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
251. — '''2° L'œuvre de Jésus a réalisé les prophéties messianiques.''' — Est-il vrai que Jésus a établi le ''royaume attendu ''et qu'il a ainsi réalisé l'espérance messianique? L'histoire est là pour nous attester que Jésus-Christ a vraiment fondé une religion dont les racines plongent dans le judaïsme, une religion qui peut être considérée comme la continuation et le perfectionnement de la religion mosaïque. Sans doute, il n'a pas établi le royaume temporel que les Juifs, avides de jouissances matérielles, avaient entrevu dans leurs rêves de grandeur terrestre, mais il a fondé le vrai royaume, celui où Dieu régnerait et étendrait sa domination spirituelle sur les âmes. Mais est-il vrai, se demandera-t-on peut-être, que celui-là même, le règne du vrai Dieu, se soit implanté de la ''manière ''que l'annonçaient les prophètes? Il semble bien qu'il ne soit pas difficile d'en faire la démonstration. — 1. Remarquons d'abord, que la diffusion du culte de Jahvé au milieu du monde, a eu ''Israël pour intermédiaire, ''comme il était prédit. Le christianisme n'a-t-il pas été propagé par douze fils d'Israël? Il est vrai que, pour accomplir leur œuvre, ils ont dû rompre avec de nombreuses exigences de l'Ancienne Loi. Pour rendre la religion chrétienne accessible à tous les peuples, ils ont dû se débarrasser des observances légales et attacher plus de prix au culte intérieur consistant dans le respect et surtout l'amour de Dieu. Mais précisément les prophètes leur avaient préparé la voie. Il en est, en effet, parmi eux, qui, dans leurs perspectives d'avenir, considèrent déjà comme secondaires les formes liturgiques du. judaïsme et qui renoncent aux objets les plus sacrés du culte israélite : c'est ainsi que Jérémie prévoit le jour où, non seulement il n'y aura plus d'arche d'alliance, mais où le temple de Jérusalem pourra disparaître comme celui de Silo ''(Jér., ''vii, 12, 15). — 2. Il est certain, d'autre part, que le monothéisme a depuis longtemps franchi les limites de la Judée, et il est permis de dire, sans exagération, que, si la religion chrétienne n'est pas devenue la religion de tout l'univers, elle est au moins ''répandue par tout l’univers ''et elle s'est implantée parmi les nations les plus civilisées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de conclure, nous avons à nous demander si ''les oracles ''qui annonçaient le Messie remplissent les ''conditions ''de la prophétie proprement dite (Nos 172 et 173). Étaient-ils la prévision certaine et l'annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles? Il est facile de démontrer que les oracles messianiques avaient les caractères requis pour être de véritables prophéties. — ''a) ''Ils étaient d'abord des ''prédictions certaines, ''et non conjecturales. La preuve en est que l'attente messianique était générale, comme en témoignent les Évangiles et même les auteurs profanes : juifs et païens. — ''b) ''Ils étaient l'annonce de ''choses futures. ''Il est certain que les livres prophétiques existaient plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, puisqu'ils se trouvent dans la version alexandrine des Septante commencée au IIIe siècle et terminée vers 130 avant Jésus Christ. Même les rationalistes qui contestent l'authenticité de la seconde partie d'Isaïe et reportent la prophétie de Daniel beaucoup plus tard, ne mettent pas en doute l'existence des livres prophétiques avant l'avènement de Jésus, et ils admettent que, du moins dans l'ensemble, ils ont été composés entre le IXe et le Ve siècle avant Notre-Seigneur. Les prophéties n'ont donc pas été forgées après coup. — 3. Ils étaient l'annonce de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles. ''Qu'il s'agisse du règne de Dieu lui-même ou du Roi qui devait en être le fondateur, aucune cause naturelle ne pouvait les faire entrevoir cinq siècles à l'avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Il est donc permis de conclure : — 1. qu'il y a dans l'Ancien Testament de ''véritables prophéties messianiques ; ''et — 2. que Jésus les a ''réalisées ''dans sa ''personne ''et dans son ''œuvre, ''si bien qu'on peut accepter cet adage connu de l'École :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Novum Testamentum in Veteri latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Vetus Testamentum in Novo latet.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bien vrai que le Nouveau Testament se trouve déjà en germe dans l'Ancien, et que l'Ancien à son tour ne s'explique que par le Nouveau.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn207 [207]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''252. — Objections'''. — 1° Certains rationalistes (Kuenen, Darmesteter, J. Réville, Loisy) font appel à la ''doctrine de l'évolution ''pour dépouiller les prophéties de tout ''caractère surnaturel. ''Dans leur hypothèse, les prédictions dont nous avons parlé, s'expliqueraient par une ''évolution de la pensée ''dont ils marquent les différentes phases, à peu près comme il suit. A la première étape, ils signalent l’''apparition soudaine du prophétisme, ''sortant d'une cause inconsciente, et se manifestant comme Un phénomène nouveau dans l'histoire d'Israël. Hommes transcendants, les prophètes parvinrent, par la supériorité de leur esprit, à la conception du monothéisme le plus pur, c'est-à-dire à la notion d'un Dieu unique, créateur et maître du monde. De là à reporter ces attributs sur leur Dieu à eux, sur Jéhovah, il n'y avait qu'un pas. Concevant donc leur Dieu comme le Dieu unique, créateur et maître du monde, ils passèrent facilement à cette idée que Jéhovah triompherait un jour partout, et qu'il serait adoré, non plus seulement dans le temple de Jérusalem, mais dans tout l'univers. Et puisque c'était leur Dieu qui devait triompher, il ne faut pas s'étonner que, par un développement normal de leur pensée, ils aient prédit que le soin d'établir le règne universel de Jéhovah reviendrait à Israël, et que, plus particulièrement, un descendant de la race de David serait chargé de cette mission. C'est ainsi, en flattant les vœux et les rêves de domination de leurs compatriotes, en leur montrant dans l'avenir le jour où ils seraient délivrés de leurs ennemis et domineraient eux-mêmes les autres nations, qu'ils exercèrent un si grand ascendant sur leurs contemporains. La pensée des prophètes a donc travaillé l'âme des Juifs ; elle y a fait naître cette grande ''espérance ''qu'on appelle l’idée ''messianique. ''Et comme les idées ont une tendance à se traduire dans les faits, il est arrivé qu'un jour il s'est trouvé un personnage qui s'est cru le Messie, et qui s'est attribué les titres et la mission indiqués par les oracles prophétiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— La thèse rationaliste qui prétend trouver dans l'évolution une explication très simple des prophéties messianiques, est fausse à son ''point de départ ''et à son ''point d'arrivée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''AU POINT DE DÉPART, ''elle suppose que l'origine du monothéisme s'explique par des ''causes naturelles. ''Or ceci est ''en contradiction avec les faits. ''— 1) Notons tout d'abord que les prophètes sont les premiers à avouer qu'ils n'exposent pas leur propre doctrine, mais ce qu'ils ont appris par révélation. Ainsi Amos déclare qu'il a été envoyé par le Seigneur « comme prophète vers le peuple d'Israël » ''(Amos, ''vii'', ''15) ; Jérémie dit que ses paroles sont celles de Dieu ( ''Jér., ''i, 2). Du reste, il suffit de les lire pour se convaincre aussitôt qu'ils n'argumentent pas comme des philosophes, mais qu'ils parlent en ''voyants ''et décrivent ce que Dieu leur manifeste. — 2) En dehors du propre témoignage des prophètes, le principe de l'évolution, c'est-à-dire la loi du déterminisme qui veut que les mêmes causes placées dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, n'explique pas pourquoi le peuple d'Israël seul a eu des prophètes, tandis que les peuples voisins, de même race, de même origine, de même climat comme les Iduméens, n'en ont pas eu, ou n'ont eu que des devins, qui n'avaient pas de plus grande importance que nos somnambules modernes. Le monothéisme des prophètes n'est donc pas explicable par une cause naturelle (V. N° 213).— 3) IL n'est pas plus juste de prétendre que les prophètes prirent un grand ascendant sur leurs contemporains parce qu'ils surent entrer dans leurs idées et flatter leurs rêves. En prêchant le monothéisme, ils allaient au contraire, contre leurs instincts charnels et leurs passions qui les entraînaient si souvent vers l'idolâtrie. En annonçant que le culte du vrai Dieu, de leur Dieu à eux, s'étendrait un jour à toutes les nations de l'univers, ils ne leur étaient pas plus agréables, tant il répugnait à ce peuple si particulariste et si exclusif, de partager ses privilèges avec les Gentils qu'il détestait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''LE POINT D'ARRIVÉE ''de la thèse rationaliste n'est pas plus solide. L'on soutient que l'idée messianique, une fois jetée dans la circulation par les prophètes, y a travaillé à la manière d'une ''idée-force ''qui s'est emparée des esprits, les a échauffés et y a produit une telle effervescence que l'idée a fini par se résoudre en fait. Or tout ceci est encore ''contraire à l'histoire. ''Le règne des prophètes n'a duré qu'un peu plus de quatre siècles ; leur voix qui annonçait l'établissement du royaume messianique s'est fait entendre du IXe au Ve siècle avant Jésus-Christ ; puis tout d'un coup elle s'est tue et, pendant quatre siècles, elle est restée muette. Il n'y a donc pas eu progrès, développement de l'idée, comme le voudrait la loi de l'évolution. Les rationalistes devraient donc nous expliquer comment le mouvement d'opinion, la marche de l'idée, le prophétisme, en un mot, s'arrête tout d'un coup pendant quatre cents ans, et ne reprend son évolution qu'à l'avènement de Jésus. Et non seulement l’''idée ne progresse pas ; ''au lieu de se développer et de se préciser, elle ''dévie de la pensée des prophètes. ''Ceux-ci avaient parlé d'une religion de l'avenir plus spirituelle et plus élevée, d'un culte du cœur où l'amour de Dieu et de la justice tiendraient une plus large place, et pendant quatre siècles, les Juifs se cantonnent dans un ritualisme étroit, dans une foule d'observances mesquines qui faussent les conceptions prophétiques. Les prophètes avaient annoncé le règne universel de Dieu, et les Juifs pratiquent, comme nous l'avons dit plus haut, un exclusivisme jaloux, ne traitant pas avec les autres peuples, les méprisant et en étant méprisés, s'attachant à la partie matérielle des prophéties, au point qu'ils ne surent jamais y renoncer, pas même lorsque l'espérance messianique se présenta devant eux comme un fait accompli.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons ''donc que la théorie de l'évolution ne rend pas compte de l'existence des prophéties messianiques, et que la seule explication qui reste valable c'est la ''révélation divine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
253. — 2° Mais si tant est, ''objectent ''encore les rationalistes, qu'il y a eu des prophéties messianiques, elles ne se sont pas réalisées. Les Juifs n'ont connu ni la félicité temporelle ni le rétablissement du royaume d'Israël que les prophètes leur avaient prédits. Tout au contraire, ils ont vu la destruction de leur temple, la ruine de Jérusalem et leur dispersion à travers le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Il convient de distinguer dans les prophéties un double élément : l'élément spirituel et l'élément matériel. — a) Que ''l'élément spirituel ''qui tenait la première place se soit réalisé, c'est ce que nous avons déjà démontré (N° 251). — ''b) ''Quant à l’''élément temporel, ''il apparaît au premier abord que les prophéties ont été mises en défaut ; il n'en est rien cependant. Car : — 1. les promesses de prospérité matérielle et nationale ne formaient qu'un ''élément secondaire ''dans l'espérance messianique et n'avaient d'autre but que de ''servir de cadre à l'élément spirituel. ''I1 fallait bien que Dieu accommodât ses révélations à la mentalité de ses destinataires. La part excessive que les Juifs firent dans leurs conceptions à l'élément temporel prouve bien qu'ils n'auraient jamais consenti à être les propagateurs du culte de Jahvé, s'ils n'avaient espéré en même temps la restauration de leur royaume temporel. — 2. De plus, il faut remarquer que les ''promesses ''de Dieu concernant la félicité terrestre et le rétablissement du royaume d'Israël, ont toujours été ''conditionnelles. ''Les prophètes n'ont jamais cessé de lier l'avenir temporel des Juifs à leur fidélité à Jahvé. Il n'y a plus dès lors à s'étonner si les Juifs, persévérant dans leur endurcissement et leur orgueil, s'obstinant à ne pas vouloir reconnaître le Messie, ont été privés du bénéfice des promesses matérielles dont le rôle était accessoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
254. — 3° Si les prophéties avaient été ''claires, ''les Juifs n'auraient pas refusé en si grand nombre de reconnaître le Messie qu'ils attendaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse- '''— Remarquons d'abord que, si Jésus n'avait pas été persécuté et rejeté par les siens, s'il n'avait pas été mis à mort par eux, — bref, s'il avait été reconnu par le peuple juif, — il ne serait pas le Messie, puisque les oracles messianiques qui annonçaient ces différents points, ne se seraient pas réalisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela, l'on a toujours le droit de se demander comment les Juifs ont pu se tromper en si grand nombre sur l'interprétation des prophéties, et comment il se fait que les uns se sont convertis au christianisme, tandis que les autres se sont obstinés dans le judaïsme. — « Les Israélites, dit l'abbé de Broglie, qui ont résisté à la lumière de l'Évangile, ceux qui n'ont pas voulu recevoir le Messie, s'étaient attachés d'avance à la conception d'un royaume temporel ; ils s'y étaient tellement attachés qu'ils ne voulaient point s'en déprendre. Ils tinrent à cette conception au point de tout sacrifier, et, dès qu'ils virent que le Sauveur s'écartait de leur pensée, ils le rejetèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres, au contraire, et les premiers disciples du Christ, avec cette même conception, avaient l'esprit plus simple, plus soumis et plus docile. Ils avaient reconnu en Jésus-Christ le caractère du Messie ; et saisis d'admiration par sa sainteté, par sa sagesse, par ses œuvres incomparables, certains qu'il était le Fils de Dieu, ils sacrifièrent leur propre pensée à son enseignement. Ils se dirent : « Voilà comment nous comprenions les prophéties, mais peut-être nous nous trompions. Et, avec répugnance, sans doute avec peine, en sacrifiant leur propre jugement, ils acceptèrent dans leur vrai sens les paroles de Notre-Seigneur. Ils avaient résisté d'abord : ils se soumirent et l'événement leur donna raison'''. '''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn208 [208]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Touzard, art. ''La religion juive ''(Dict. d'Alès) ; ''Sur l'étude des prophètes de l’Ancien Testament ''(Rev. pr. d'Ap. 1907-1908) ; ''L'argument prophétique ''(Bloud). — Abbé de Broglie, ''Questions bibliques ; Les prophéties messianiques ''(Bloud). — S. Protin, ''L'argument prophétique ''(Rev. Augustinienne, 15 octobre 1909). — Mgr Pelt, ''Histoire de l'Ancien Testament ''(Lecoffre). — Mgr Meignan, ''Les Prophètes d'Israël et le Messie. ''— Condamin, ''Le livre d'Isaïe ''(Lecoffre). — Lagrange, ''Le Messianisme chez les Juifs ''(Gabalda). — Le Hir, ''Les prophètes d'Israël. ''— Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''(Palmé). — Abbé Frémont, ''La divinité de Jésus-Christ et la libre-pensée ''(Bloud). —Hugueny, ''Critique et catholique ''(Letouzey). — Bossuet, ''Discours sur l'Histoire universelle, ''2e partie, chap. iv. — Lacordaire, 41e conférence. — Monsabré, ''Introduction au dogme catholique, ''16e et 17e conférences. —A. Nicolas, ''Études philosophiques sur le christianisme, ''t. II (Vaton). — Tanquerey, ''Théologie fondamentale. ''— Valvekens, ''Foi et raison ''(de Meester).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre IV. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties, par ses miracles et par sa Résurrection. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== DÉVELOPPEMENT ==&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver qu'il disait vrai lorsqu'il affirmait qu'il était le Messie (voir chapitre II), Jésus ne s'est pas borné à réaliser en sa personne et en son œuvre les prophéties de l'Ancien Testament ; il a voulu encore appuyer sa parole par des signes propres à authentiquer sa mission et à en démontrer l'origine divine. Ces signes sont : 1° les ''prophéties ; ''2° les ''miracles ; ''et 3° le miracle suprême de sa ''résurrection. ''Nous traiterons ces trois points dans les trois articles qui suivent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Jésus a confirmé son affirmation par ses prophéties. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois choses sont nécessaires pour que les prophéties de Jésus aient la valeur d'un signe confirmatif de son affirmation. Il faut : 1° que les ''prédictions ''qu'il a faites se soient ''réalisées ; ''2° que ces prédictions remplissent les ''conditions de la vraie prophétie ; ''et 3° qu'elles aient été faites en ''confirmation ''de sa parole, ou si l'on veut, de la vérité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §   1. — Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
255. — Tous les Évangélistes sont d'accord pour attribuer à Jésus le don de prophétie, la faculté de deviner les secrets des cœurs et de lire dans l'avenir. D'après, leur commun témoignage, Jésus a fait des prophéties relatives : — 1° à ''lui-même ;. ''— 2° à ''ses disciples ; ''— 3° aux ''destinées de l'Église et des Juifs ; ''— 4° à la ''ruine de Jérusalem ''et du ''temple ''et à la ''fin du monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Relativement à lui-même.''' — Jésus a prédit sa ''passion, ''sa ''mort ''et sa ''résurrection. ''Un jour qu'il allait à Jérusalem avec ses douze Apôtres, « il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres, et aux scribes, et aux anciens ; ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux Gentils ; et ils l'insulteront, et cracheront sur lui, et le flagelleront, et le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour (''Marc, ''x, 32, 34). Il est superflu de prouver, par le témoignage des Évangélistes qui rapportent la Passion, le crucifiement et la Résurrection de Jésus, que ces prédictions se sont réalisées à la lettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''256. — 2° Relativement à ses disciples'''. — Jésus a prédit la ''trahison de Judas, ''la ''fuite des Apôtres ''et le ''triple reniement de Pierre. ''Au cours de la célébration de la Cène, Jésus annonce ainsi ce qui doit arriver : « Et pendant qu'ils mangeaient, il dit : En vérité, je vous le dis, l'un de vous trahira ... Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront ''dispersées. ''Mais après que je serai ''ressuscité, ''je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la parole, lui dit : Quand même tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne serai jamais scandalisé. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ''(Mat., ''xxvi, 21, 31-34). — Jésus annonce aux Apôtres les ''persécutions ''qui les attendent, « Mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez traduits à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. ''» (Mat., ''x, 17, 18). — Jésus prédit à ''Pierre son futur martyre, ''et lui annonce « par quelle mort il devait glorifier Dieu. » ''(Jean, ''xxi, 18, 19). — Que l'avenir ait réalisé ces prédictions, les événements sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'insister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
257, — 3° '''Relativement aux destinées de l'Église et des Juifs. '''— a) ''DESTINÉE DE L'ÉGLISE. ''— Jésus annonce : — 1. La ''descente du Saint-Esprit sur les Apôtres ''et l'admirable ''propagation de l'Église. ''Avant son Ascension, il leur dit : « Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. ''» (Actes'', i, 8). Ainsi Jésus prédit que le Royaume de Dieu qui a des débuts si humbles, ira grandissant, tel l'imperceptible grain de sénevé qui peu à peu devient un grand arbre ''(Mat., ''xiii, 32). — 2. Il promet à son Église l’''indéfectibilité. ''Il dit, en effet, à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » ''(Mat''., xvi, 18). L'histoire en main, il serait facile d'établir que l'Église a eu jusqu'ici les destinées que Jésus lui avait prédites. — b) ''DESTINÉE DES JUIFS. ''Jésus prédit le ''rejet de la synagogue ''et le ''châtiment des Juifs. ''A cause de leur endurcissement dans le mal, les Juifs seront exclus du royaume ; leurs places seront prises par les Gentils : tel est bien le sens des deux paraboles des vignerons rebelles et des noces royales (''Mat., ''xxi, 33 et suiv. ; xxii, 2, 14). Aucun doute encore sur la réalisation de ces prophéties.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
258. — 4° '''Relativement à la ruine de Jérusalem et du temple, et à la fin du monde. '''— Les trois premiers Évangélistes nous rapportent une double prédiction de Jésus à propos de la ruine de Jérusalem et de la destruction de son temple, et à propos de la fin du monde ''(Mat, ''xxiv ; ''Marc, ''xiii ; ''Luc, ''xxi) ; et quand ses disciples lui demandent « quand ces choses arriveront et quels signes il y aura » de son « avènement », « et de la consommation des siècles » (''Mat, ''xxiv, 3), Jésus répond en indiquant un certain nombre de signes auxquels on pourra reconnaître la proximité de ces événements, — Or si nous ne pouvons rien dire encore sur la réalisation des signes indiqués pour la fin du monde, il est certain que la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du temple s'est vérifiée au moment de la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2 — Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. =====&lt;br /&gt;
'''Objection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
259. — 1° '''Les prédictions de Jésus sont de vraies prophéties. '''— Les prédictions dont nous venons de parler remplissent toutes les ''conditions ''de la prophétie. Elles sont, en effet : — ''a) ''des prédictions ''certaines, ''et non conjecturales. Elles annoncent des événements d'une façon claire, et non ambiguë : ainsi, Jésus prédit, non seulement sa mort prochaine, mais les circonstances qui doivent la précéder ; — b) des prédictions de ''choses futures. ''Pour dire le contraire, il faudrait prétendre que les Evangélistes auraient fabriqué les prophéties après coup, qu'ils seraient des imposteurs et que leur témoignage n'est pas digne de foi. Or nous avons établi précédemment qu'ils sont des historiens sincères et que leur témoignage, considéré du seul point de vue humain, est recevable ; — c) des prédictions de choses futures qui ''ne pouvaient être connues par des causes naturelles: ''il s'agissait d'événements qui dépendaient de la liberté humaine, de futurs contingents que Dieu seul pouvait connaître. Les rationalistes ''objectent, ''il est vrai, que Jésus, connaissant, d'une part, la haine et la jalousie des Pharisiens, et de l'autre, la timidité de ses Apôtres, pouvait parfaitement prévoir qu'il serait mis à mort par ses adversaires et abandonné par les siens. Dans une certaine mesure, l'hypothèse est admissible, mais si, à la rigueur, Jésus pouvait prévoir sa condamnation et la lâcheté de ses disciples, il ne pouvait pas connaître les ''détails ''de sa passion et de sa mort. En dehors de là, comment Jésus aurait-il pu conjecturer les admirables destinées de son Église et la ruine de Jérusalem et du temple?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''260. — 2°''' '''Objection. '''— A cette dernière prédiction les rationalistes et les modernistes objectent deux choses. — ''a) D'un côté, ''ils prétendent que la ''prophétie ''sur la ruine de Jérusalem est l’''œuvre des Évangélistes ''qui, écrivant après l'événement, attribuèrent à Jésus une prédiction qu'il n'avait jamais faite. — b) ''De l’autre, ''s'appuyant sur ce passage : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent» (''Mat., ''xxiv, 34), et soutenant qu'il s'applique à la fin du monde dont il venait d'être question, ils déclarent que ''Jésus a commis une erreur ''manifeste, puisqu'il a donné la fin du monde, ainsi que son glorieux avènement ou parousie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn209 [209]], comme des faits imminents et dont la génération à laquelle il s'adressait devait être témoin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Ne dissimulons pas que les passages qui rapportent la double prédiction de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde sont de ceux dont l'exégèse est loin d'être facile. — ''a) ''Quant à la première attaque qui porte sur l’''ensemble du passage ''et qui accuse les Evangélistes d'avoir ''forgé eux-mêmes la prophétie, ''elle ne résiste pas à l'examen. On ne saurait prétendre que nous sommes on présence de prédictions faites après coup, car il y a dans les récits un tel enchevêtrement de faits, une confusion de choses qui ne se comprendrait pas si la rédaction avait été faite après l'événement. Si les Évangélistes avaient écrit après la ruine de Jérusalem, ils auraient distingué mieux entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde, et ils auraient indiqué avec plus de clarté l'événement dont ils donnaient les signes précurseurs. — Par ailleurs, l'historien Eusèbe ''(Hist. eccl''., iii, 5, 3) nous apprend que les chrétiens de la Judée se ''souvinrent de la prédiction de Jésus, ''lorsqu'ils virent les Romains s'approcher, qu'ils s'enfuirent en grand nombre à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et qu'ils échappèrent ainsi aux horreurs de l'invasion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Quant à la seconde attaque des rationalistes et des modernistes qui prétendent que Jésus a donné ''la fin du monde ''comme ''imminente, ''et que par conséquent ''il a commis une erreur, ''elle n'a pas plus sa raison d'être. Sans doute il y aurait erreur si les paroles de Jésus « ''cette génération ne passera pas que ces choses n'arrivent», ''s'appliquaient à la fin du monde, mais il n'en est pas ainsi. C'est en effet une règle élémentaire d'exégèse que les passages obscurs doivent être interprétés d'après les autres plus intelligibles. Or, dans le même discours, Jésus déclare que le jour du jugement n'est connu de personne, sauf de Dieu (''Mat., ''xxiv, 36) ; il déclare, en outre, qu'avant la fin du monde l'Évangile doit être prêché dans le monde entier, et à toutes les nations ''(Mat., ''xxiv, 14). Voilà donc deux passages qui, dans l'hypothèse rationaliste, seraient en contradiction flagrante avec la première prédiction. Est-il admissible que, d'un côté, Jésus affirme que la fin du monde est proche, quand, de l'autre côté, il déclare qu'il n'en connaît pas l'époque et qu'elle n'aura pas lieu avant que l'Évangile soit prêché dans le monde entier c'est-à-dire avant un laps de temps forcément de grande étendue. Il s'ensuit que ces paroles « ''Cette génération ne passera pas... ''» doivent s'entendre de la ''destruction de Jérusalem, ''et non de la fin du monde et de son glorieux avènement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Concluons avec le P. Lemonnyer que : « ni Jésus n'a annoncé, ni les Synoptiques ne lui font dire que son avènement glorieux et la fin du monde se produiront du vivant de ceux qui l'écoutaient ou même dans un avenir prochain. Peut-être cependant quelques-unes de ses paroles, mal comprises des premiers chrétiens, ont-elles contribué, sous l'action d'idées et de sentiments où Jésus n'était pour rien, à former l'état d'esprit que les écrits apostoliques nous révèlent touchant la parousie... Il reste simplement ceci, que Jésus n'a pas cru nécessaire de mettre au point, par des déclarations précises et tout à fait claires, les préoccupations eschatologiques de ses disciples immédiats... L'on dirait qu'il s'est appliqué à les mettre dans une complète et vive incertitude touchant la date, lointaine ou toute proche, de son retour, multipliant à la fois les appels à la vigilance et à la fidélité. » (Art. ''Fin du monde. ''Dict. d'Alès.)[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn210 [210]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les prédictions de Jésus ont été faites pour confirmer sa parole. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261. — Les prophéties faites par Jésus sont en ''connexion étroite avec sa mission. ''C'est pour prouver l'origine divine de celle-ci, et par conséquent, la vérité de son affirmation, que Jésus prophétise. Plusieurs fois il en fait la déclaration formelle à ses Apôtres. Ainsi, après avoir prédit la trahison de Judas, il déclare : « Dès maintenant, je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous ''croyiez à ce que je suis. »''(''Jean, ''xiii, 19). de même, après leur avoir annoncé les persécutions qui les attendent, il ajoute : « Je vous ai dit ces choses, afin que. lorsque l'heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. » . (''Jean, ''xvi, 4). Comme on le voit, Jésus indique clairement le but qu'il se propose par ses prophéties: il veut que les Apôtres croient plus fermement à sa parole et à son origine divine, lorsqu'ils verront ses prédictions se réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion.''— Il est donc permis de conclure que Jésus a fait des prédictions qui se sont réalisées, que ces prédictions avaient tous les caractères de la vraie prophétie et qu'il les a faites dans le but de prouver sa mission divine. Donc il est un ''Envoyé divin.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Jésus a confirmé son affirmation par ses miracles. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous suivrons ici la même marche que dans l'article précédent. Trois choses sont nécessaires pour que les miracles attribués à Jésus-Christ aient la valeur d'un signe divin. Il faut : 1° qu'ils soient ''historiquement certains ; ''2° qu'ils soient de ''vrais miracles ; ''3° qu'ils aient été accomplis en ''confirmation de sa mission.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les miracles attribués a Jésus-Christ sont historiquement certains. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262. — La certitude des miracles attribués à Jésus ressort de la valeur historique des Évangiles qui les rapportent. Il a été établi précédemment (Nos 223 et suiv.) que les Évangélistes sont ''dignes de foi ''et que leur autorité humaine est indiscutable : les écrivains sacrés étaient à la fois bien informés et sincères ; bien informés, puisque deux d'entre eux, saint Matthieu et saint Jean étaient des Apôtres, et partant, des témoins oculaires ; sincères, la chose ne prête plus à discussion à notre époque, aucun critique ne prenant les Évangélistes pour des imposteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on ne prétende pas que les miracles soient des ''interpolations ''qu'on aurait introduites après coup dans les récits évangéliques. Il ne faut pas lire longtemps les Évangiles pour être convaincu du contraire. Que les miracles appartiennent à la ''substance ''même ''de l’histoire évangélique, ''cela résulte : — a) de la ''place considérable ''qu'ils tiennent dans les Évangiles. S'il ne s'agissait que de deux ou trois miracles, on pourrait, à la rigueur, admettre qu'ils auraient été ajoutés par la suite, mais comme ils dépassent la quarantaine, l'hypothèse de l'interpolation est absolument invraisemblable ; — ''b) du rôle qui leur est attribué ''dans l'histoire évangélique. Retrancher les miracles des Évangiles, c'est rejeter l'histoire du Christ Les miracles sont une partie si essentielle des Évangiles que ceux-ci, sans eux, deviennent incompréhensibles. Ce sont les miracles qui expliquent la ''foi des Apôtres ''et de beaucoup de Juifs : ainsi, il est dit, que, après le miracle de Cana, « ses disciples crurent en lui» (''Jean, ''ii, 11),que «pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » ''(Jean'', ii, 23). Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, s'adressant au peuple, rappelle les miracles accomplis par Jésus ''(Actes, ''ii, 22). Or comment saint Pierre aurait-il osé en appeler aux miracles de Jésus, s'ils avaient pu être mis en doute par ses auditeurs? Au reste, ni les Juifs contemporains du Christ, ou postérieurs, qui ont écrit dans le Talmud[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn211 [211]], ni les païens adversaires de la religion chrétienne : Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien et autres, n'ont rejeté la réalité des miracles de Jésus. Ces derniers se sont contentés de les attribuer à la magie et à un commerce avec les démons ; ils ont repris à leur compte l'accusation des Pharisiens, à savoir que, si Jésus chassait les démons, c'était par Belzébuth, prince des démons ''(Mat., ''xii, 24). Devant la notoriété publique des miracles et la non-protestation des Juifs, ils n'ont pas osé dire que c'étaient là des fables inventées par l'imagination fertile des Évangélistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les miracles opérés par Jésus-Christ sont de vrais miracles, =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''263. — 1° Les miracles.''' — Nous laisserons de côté les miracles opérés par Dieu en faveur de Jésus : apparition des Anges aux bergers, apparition d'une étoile aux Mages lors de sa naissance ; témoignage rendu à l'occasion de son baptême et de sa transfiguration, etc. Nous ne parlerons que des miracles que Jésus-Christ a accomplis lui-même pour prouver la divinité de sa mission.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les miracles qui font partie de la matière évangélique, — plus de quarante, comme il a été dit plus haut, — peuvent être divisés en trois classes. Il y a : — ''a) ''les ''miracles opérés sur les substances spirituelles ; ''autrement dit, la ''délivrance des possédés. ''Jésus a chassé les démons ; les Évangiles nous rapportent sept miracles de ce genre ; — ''b) ''les ''miracles opérés sur les éléments ''et les ''êtres privés de raison. ''Dans cette catégorie, il faut ranger : — 1. le miracle du changement de l'eau en vin aux noces de Cana ''(Jean, ''ii, 1-11) ; — 2. la tempête du lac apaisée ''(Mat., ''viii, 24, 26) ; — 3. deux pêches miraculeuses ''(Luc, ''v, 1, 11 ; ''Jean, ''xxi, 3, 11) ; — 4. la multiplication des pains (''Mat., ''xiv, 15, 21 ; ''Marc, ''vi, 30, 44 ; ''Luc., ''ix, 10, 17 ; ''Jean, ''vi, 1, 15) ; — 5. le figuier desséché ''(Lue, ''xiii, 6-9) ; — 6. la marche de Jésus sur les flots ''(Mat., ''xiv, 25) ; — ''c) les miracles opérés sur les hommes. ''Les Évangélistes ne relèvent pas moins de quinze guérisons de maladies corporelles : guérisons de lépreux, de paralytiques, du serviteur du centurion qui a la main desséchée, d'hydropiques, de sourds-muets et d'aveugles. Outre ces guérisons de maladies, Jésus a ressuscité trois morts : le fils de la veuve de Naïm, la fille de Jaïre et Lazare.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''264. — 2°''' '''Ce sont de vrais miracles- '''— Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur les miracles rapportés dans les Evangiles, il nous faut établir que ces faits sont bien des miracles proprement dits, c'est-à-dire des faits ''surnaturels ''et ''divins.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''CE SONT DES FAITS SURNATURELS. — ''Rappelons d'abord ce que nous avons dit plus haut, à savoir que les contemporains du Christ et ses premiers adversaires païens n'ont pas contesté l'apparence surnaturelle des miracles. — Sans doute, disent nos ''modernes rationalistes, ''mais leur méprise n'a pas d'autre cause que leur ignorance totale des lois de la nature Au dire de ces derniers, les prodiges en question s'expliquent donc par des causes naturelles: — ''a) ''soit par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge : ''« La présence d'un homme supérieur traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dire que, dans beaucoup de cas et en dehors des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie ? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela n'est pas vain. » Ainsi parle Renan dans la ''Vie de Jésus ''(2e ''éd''., p. 260); — b) soit par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme ; ''— c) soit par la « ''foi qui guérit ''» ''the faith-healing, ''comme disent les Anglais. Cette dernière hypothèse est celle à laquelle se rallient de préférence beaucoup de nos adversaires actuels, et en particulier les ''modernistes ''(Ed. Le Roy, Fogazzaro...), du moins pour les faits dont ils reconnaissent la réalité. Comprenant bien, en effet, que tous les miracles ne sont pas explicables par la foi, ils n'admettent la réalité historique que des faits qui peuvent s'expliquer par cette hypothèse. Pour prouver le bien-fondé de leur théorie, ils s'appuient surtout sur ce fait qu'avant de guérir les maladies, Jésus requiert la foi : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit ''(Marc, ''ix, 22), dit Jésus au père d'un jeune épileptique qui lui demande la guérison de son fils. « Ma fille, ta foi t'a guérie » ''(Marc, ''v, 34), dit-il à l'hémorroïsse. « Va, ta foi t'a sauvé » ''(Marc, ''x, 52), dit-il encore à l'aveugle de Jéricho.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune des explications qui précèdent ne suffit à rendre compte de ''l'ensemble des miracles ''contenus dans l'Évangile. ''Nous disons de l'ensemble des miracles, ''car, ou bien l’on admet la valeur historique des Evangiles, ou bien on la rejette. Si on la rejette, si l'on considère la partie miraculeuse comme mythique ou légendaire, toute discussion devient inutile. Mais si on l'admet, il n'y a aucune raison qui permette de faire un choix entre les miracles et de retenir tel miracle plutôt que tel autre. Ceci posé, nous prétendons que les miracles ne s'expliquent : — a) ni par ''l'habileté ''et ''l'influence morale du thaumaturge. ''Tout d'abord on ne saurait prendra Jésus pour un adroit metteur en scène : tout ce que nous savons de son caractère s'y oppose. Et puis, quoique habile que soit une personne, quelque influence morale qu'elle ait sur une autre, il va de soi qu'elle ne pour rendre la vue à un aveugle, l'ouïe à un sourd et la parole à un muet ; — ''b) ''ni par la ''suggestion ''et ''l'hypnotisme. ''Nous avons vu déjà (N° 168) que la suggestion a des limites très étroites par rapport aux sujets et aux affections qu'elle peut guérir. Elle est sans efficacité sur les maladies organiques, telles que la lèpre, l'atrophie, la cécité, l'hémorragie habituelle. On ne voit pas bien non plus l'influence que la suggestion pourrait avoir sui les vents déchaînés ni comment elle pourrait calmer soudain une tempête. Ajoutons on outre que le Christ opère ses miracles ''instantanément ; ''ce qui n'arrive jamais dans les guérisons dues à l'hypnotisme et à la suggestion qui exigent et le temps et l'emploi des moyens ;, — ''c) ''ni par ''la foi qui guérit. ''Il est faux de prétendre que Jésus requiert toujours la foi : il l'exige, il est vrai, de ceux qui viennent lui demander la guérison, et ce n'est que trop juste ; mais il ne l'exige pas, dans toutes les circonstances, du malade lui-même ; la preuve en est que plusieurs fois il accomplit ses miracles à distance, comme il arriva pour la Cananéenne. On ne peut donc soutenir que la foi des malades fut toujours la cause de leur guérison. En outre, l'hypothèse de ''la foi qui guérit ''ne pour s'appliquer qu'à un nombre très restreint de cas ; elle est sans valeur pour tous les miracles opérés sur la nature : elle ne rend compte ni des tempêtes apaisées, ni des pains multipliés, ni des morts ressuscités. Aussi les partisans de cotte théorie se voient-ils contraints, comme nous l'avons dit plus haut, de faire un choix arbitraire dans les matériaux fournis par l'histoire évangélique, et de rejeter, contrairement aux règles de la méthode historique, tous les faits qui sont on opposition avec leurs préjugés philosophiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CE SONT DES FAITS DIVINS. ''— a) Nous venons de prouver que les miracles attribués à Notre-Seigneur sont au-dessus de la nature ; il n'est pas nécessaire d'insister longuement pour montrer qu'ils ne sauraient être l'œuvre du démon. Car il est. évident que la plupart dépassent la puissance de tout être créé ; toiles sont, par exemple, les trois résurrections que Jésus a opérées, sans parler de la sienne. — b) Si Jésus avait usé de la puissance du démon, il ne l'aurait pas utilisée assurément à chasser les démons ; il n'est pas admissible que Satan se mette en opposition lui-même. — c'') ''Mais comment admettre que Jésus-Christ dont la sainteté est au-dessus de tout soupçon, ait pu servir d'agent au démon? D'ailleurs tous ses miracles ont un caractère moral ; ils sont des œuvres de bonté et de miséricorde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn212 [212]], ils ont souvent pour fin dernière la sanctification de l'âme plutôt que la guérison du corps : autant de propriétés que ne pourraient pas avoir les œuvres de Jésus, si elles dérivaient de la puissance diabolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède nous avons le droit de conclure que les prodiges attribués à Notre-Seigneur sont de vrais miracles. D'où il suit qu'il faut reconnaître en Jésus l'existence d'une force surhumaine, transcendante, surnaturelle. Ceux qui n'acceptent pas la conclusion sont obligés de rejeter les faits eux-mêmes et de contester la valeur historique des Évangiles : c'est là une nécessité à laquelle ils se trouvent acculés mais dont ils ont à fournir l'explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Les miracles ont été faits par Jésus pour confirmer sa mission. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265. — A. Jésus ne se contente pas d'affirmer qu'il est le Messie ; il entend le prouver par ses œuvres et particulièrement par ses miracles. — ''a) ''Aux ''envoyés de Jean-Baptiste ''qui lui demandent s'il est le Messie, il renvoie à ses miracles (''Mat., ''xi, 5). — ''b) ''Aux ''Juifs ''qui lui posent la même question, il répond : « Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi» (''Jean, ''x, 25). — c) ''Avant la résurrection de Lazare, ''il déclare que le miracle qu'il va accomplir, c'est pour que le peuple qui l'entoure croie à sa mission ''(Jean, ''xi, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Les miracles de Jésus ne furent d'ailleurs pas interprétés autrement par tous ceux qui en ont été les témoins. — ''a) Par ses disciples. ''Nous avons dit précédemment qu'ils crurent en lui à partir et à cause du miracle de Cana ; — b) ''par Nicodème, ''qui le confesse on ces termes : « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur ; car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est pas avec lui» ''(Jean'', iii, 2) ; — c) ''par l'aveugle-né ''qui croit en Jésus après sa guérison ''(Jean, ''ix, 38) ; — ''d) par les foules ''en général « qui étaient dans l'admiration et disaient : N'est-ce point là le fils de David? » ''(Mat., ''xii, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Les miracles évangéliques sont donc des miracles historiquement certains ; ils sont de vrais miracles et ils ont été faits pour démontrer que Jésus était un ''Envoyé de Dieu. ''Si par conséquent cet Envoyé de Dieu nous dit qu'il est le ''Messie, ''et plus, qu'il est le ''Fils de Dieu, ''dans le sens propre du mot, sa parole est digne de foi, car il est inadmissible que Dieu ait consacré par sa puissance la parole d'un imposteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Jésus a confirmé son affirmation par sa Résurrection. ====&lt;br /&gt;
'''266.''' — '''1° Importance de la question. '''— Au moment où nous en sommes de la démonstration chrétienne, et après avoir établi la réalité historique des miracles de Jésus, il pourrait sembler que le miracle de la Résurrection ne soit plus désormais nécessaire pour attester sa mission divine et que ce soit chose faite. Il est vrai. Cependant il importe au plus haut point que l'apologiste démontre la Résurrection par les preuves les plus solides et qu'il ne laisse point les attaques des adversaires sans réponses, car, outre qu'elle est bien le miracle des miracles, et qu'elle est un ''miracle prophétisé ''par Notre-Seigneur lui-même, — donc ''miracle ''et ''prophétie ''à la fois, — elle a toujours été comme la base et la clef de voûte de la prédication chrétienne. Les Apôtres ont cru et prêché que le Christ était ressuscité des morts. Saint Pierre a affirmé la résurrection du Christ en termes formels dans ses deux premiers discours ''(Act., ''ii, 24 ; iii, 15). Saint Paul, qui est revenu souvent sur le sujet, n'hésitait pas à dire aux Corinthiens que leur foi était vaine si le Christ n'était pas ressuscité (I ''Cor., ''xv, 17). L'on peut juger par là de l'importance de la question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Position de la question. '''— IL convient d'abord de bien déterminer comment se pose la question du miracle de la Résurrection en face de la critique moderne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux choses sont nécessaires pour que la Résurrection de Jésus ait toute sa valeur apologétique et puisse être regardée comme un ''signe divin ''IL faut : 1° que le ''fait soit historiquement certain, ''et 2° qu'il se soit accompli pour ''confirmer la mission divine de Jésus. ''Il n'y a pas lieu en effet de démontrer le caractère miraculeux du fait, que personne ne conteste. D'où deux paragraphes seulement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Résurrection est un fait historiquement certain. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''267. — 1°''' '''Adversaires. '''— Le miracle de la Résurrection a rencontré à toutes les époques de nombreux adversaires. Seuls, ceux de l'heure présente doivent retenir notre attention. D'une manière générale, l'on pourrait poser en principe que l'opinion des ennemis du christianisme fut toujours commandée par leurs passions et leurs préjugés, Celle de nos rationalistes modernes dérive de leur ''philosophie qui repousse a priori tout miracle, ''à supposer même qu'il fût attesté par les témoignages les plus forts et les plus dignes de foi. « Aujourd'hui, dit M. Stapfer, pour l'homme moderne, une résurrection véritable, le retour à la vie organique d'un corps réellement mort est l'impossibilité des impossibilités. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn213 [213]] Le siège de ces critiques est donc fait d'avance, et la seule question qui se pose pour eux c'est de découvrir le meilleur terrain sur lequel ils puissent donner l'assaut à l'apologétique catholique. Ce terrain, ils ont cru le trouver dans la ''critique littéraire et historique. ''L'on ne dit donc plus aujourd'hui : nous ne croyons pas à la Résurrection, parce que le fait est impossible, parce qu'il est en dehors des lois de la nature ; l'on se contente de dire : Tout fait historique doit être prouvé par le témoignage de ceux qui ont pu le connaître. Or « la Résurrection, si on veut la prendre pour une réalité historique, de même ordre que la mort, n'est attestée que par des témoignages discordants... la mort, fait naturel et réel, a eu des témoins et pouvait être racontée ; la Résurrection, matière de foi, n'a jamais été vérifiée... On ne parle que de visions et les récits qu'on en donne sont contradictoires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn214 [214]] La Résurrection est « une croyance chrétienne, non un fait de l'histoire évangélique. Et s'il fallait y voir un l'ait d'ordre historique, on serait obligé de reconnaître que ce fait n'est pas garanti par des témoignages suffisamment sûrs, concordants, clairs et précis. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn215 [215]] Comme il est permis d'en juger par ces deux brèves citations, c'est bien au nom de la ''critique historique ''qu'on entend nier le fait de la Résurrection: c'est en s'appuyant sur les témoignages qui le rapportent, en les opposant entre eux, que l'on espère ruiner l'un des points principaux de la croyance chrétienne. C'est ainsi que l'on met le témoignage de saint Paul en parallèle avec le témoignage des Évangélistes, et comme le premier est moins circonstancié et qu'il est de date antérieure, l'on prétend qu'il représente la tradition primitive, laquelle n'aurait cru d'abord qu'à l'immortalité du Christ et ne serait arrivée à la foi à la Résurrection corporelle de Notre-Seigneur que peu à peu et par des étapes successives dont les récits évangéliques portent les traces. Nous allons voir si toutes ces prétentions sont justifiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
268. — '''2°''' '''Preuves de la Résurrection. '''— Les deux principaux témoignages qui nous rapportent le fait de la Résurrection sont, d'après l'ordre chronologique : — a) le ''témoignage de saint Paul, ''consigné dans la première Épître aux Corinthiens, dont la date de composition peut être fixée, de l'avis de tous les critiques, entre 52 et 57[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn216 [216]] ; et — ''b) ''le ''témoignage des Évangiles, ''composés entre 67 et la fin du 1er siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''TÉMOIGNAGE DE SAINT PAUL. ''— Saint Paul, avons-nous dit plus haut, a souvent prêché la Résurrection du Christ. Mais le passage le plus important où il en rende témoignage, se trouve dans son ''Épître aux Corinthiens ''(xv, 11-14). Voici d'ailleurs les points principaux de ce passage ; « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé... je vous ai enseigné avant tout, ''comme je l'ai appris ''moi-même, que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures ; qu'il a été ''enseveli ''et qu'il est ''ressuscité ''le troisième jour, conformément aux Ecritures ; et qu'il est ''apparu ''à Képhas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est ''apparu ''à Jacques, puis à tous les Apôtres. Après eux tous, il m'est ''apparu ''aussi à moi, comme à l'avorton... Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts? S'il n'y a point de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De l'analyse impartiale de ce texte, il ressort que saint Paul affirme la mort, l'ensevelissement et la résurrection de Jésus : — a) la ''mort ''de Jésus « Je vous ai enseigné que le Christ est ''mort ''pour nos péchés, conformément aux Écritures. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn217 [217]] La mort de Jésus, — la mort rédemptrice, Jésus s'immolant volontairement sur la croix pour le rachat de l'humanité coupable, — voilà bien le thème ordinaire de la prédication de saint Paul. Or le fait et la doctrine qui s'y rattache, il déclare les avoir reçus de la tradition apostolique ; -— ''b) ''la ''sépulture ''de Jésus : « Je vous ai enseigné... qu'il (le Christ) a été ''enseveli. ''» Le mot grec « ''etaphê» ''dont saint Paul se sert, et que l'on a traduit par: « a été enseveli», désigne généralement, chez les écrivains sacrés du Nouveau Testament, une sépulture honorable : c'est le mot que saint Luc emploie quand il parle de la sépulture du riche dans la parabole de Lazare ''(Luc, ''xvi, 22), et c'est encore le mot que nous trouvons dans les ''Actes des Apôtres ''(ii, 29), à propos de la sépulture de David. Il ne peut donc être question d'un enfouissement, comme M. Loisy en a fait l'hypothèse dans un fragment de lettre reproduit par 1'''Univers ''du 3 juin 1907[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn218 [218]], où il ne craint pas de dire que « l'ensevelissement par Joseph d'Arimathie et la découverte du tombeau vide, le surlendemain de la passion, n'offrant aucune garantie d'authenticité, l'on est en droit de conjecturer que, sur le soir de la passion, le corps de Jésus fut détaché de la croix par les soldats et jeté dans quelque ''fosse commune, ''où l'on ne pourrait avoir l'idée de l'aller chercher et reconnaître au bout d'un certain temps. » On ne voit pas bien sur quels textes une telle hypothèse petit s'appuyer ; en tout cas ce n'est pas sur le mot ''etaphê ''employé par saint Paul et qui désigne à tout le moins une sépulture ordinaire. Conjecturer après cela que Jésus fut jeté dans une fosse commune n'est plus de la critique historique, c'est de la critique fantaisiste ; — ''c) le fait même de la Résurrection. ''Ce troisième point est, à vrai dire, celui qui importe le plus à l'Apôtre, le seul qui aille à la thèse qu'il soutient. Toutefois, il convient de le remarquer aussitôt, il ne s'agit pas tant pour saint Paul de prouver la résurrection de Jésus qui n'est pas en cause, que de la rappeler comme une vérité admise et de s'en servir comme de point d'appui pour la démonstration d'un autre dogme mis en discussion. Quel est en effet le ''but ''de la première lettre aux Corinthiens1! C'est de prouver aux fidèles de cette Église, précédemment évangélisée par saint Paul, que ceux d'entre eux qui nient la résurrection des morts sont dans l'erreur et ''l'illogisme, ''puisqu'ils admettent bien la résurrection de Jésus-Christ. Car, dans la pensée de l'Apôtre, les deux choses s'enchaînent, l'une est impliquée dans l'autre. L'on ne peut nier la résurrection des morts sans nier la Résurrection du Christ; et nier la Résurrection du Christ c'est donner un démenti au témoignage des Apôtres, c'est dire qu'ils ont enseigné une chose fausse, et que dès lors le christianisme est sans valeur. « Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi.» (1 ''Cor., ''xv, 16, 17). Étant donné le ''but ''de l'Apôtre, il est assez naturel qu'il n'insiste pas autrement sur les ''preuves ''de la Résurrection du Christ. Il lui suffit de faire un choix et de retenir celles qui sont le plus aptes à faire impression sur ses lecteurs. Or des deux arguments employés par les Évangélistes : le tombeau vide et les apparitions, il est indiscutable que le premier a une moindre portée que le second, vu que le tombeau vide peut s'expliquer par d'autres hypothèses que la résurrection. Saint Paul laisse donc de côté ce premier argument, ou tout au moins, n'en parle-t-il que d'une manière indirecte. Nous disons cependant qu'il ''en parle d'une manière indirecte, ''car lorsqu'il déclare que « le Christ est ''mort», ''« qu'il a été ''enseveli ''» « et qu'il est ''ressuscité ''», c'est bien celui qui est mort et a été enseveli, qui ressuscite, et comment la chose pourrait-elle se faire si le corps était resté au tombeau? Toutefois, si le tombeau vide est dans la pensée de saint Paul, il faut reconnaître que l'Apôtre ne cherche pas à en tirer un argument et qu'il se contente d'insister sur le fait des apparitions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour prouver, ou mieux, pour rappeler aux Corinthiens que ''Jésus est ressuscité, ''saint Paul invoque donc six apparitions qu'il divise en trois groupes : — 1. Dans le premier groupe, deux apparitions, l'une à Pierre, l'autre aux Douze ; — 2. dans le second, trois apparitions, la première à cinq cents frères, la seconde à Jacques, la troisième à tous les Apôtres ; — 3. dans le troisième, une seule apparition, celle dont il fut lui-même gratifié. Toutes les apparitions d'ailleurs sont ''mises sur le même pied, ''mais il y a tout lieu de présumer que, aux yeux de saint Paul, l'apparition aux cinq cents frères avait une importance particulière, car, au moment où il écrivait, quelque vingt-cinq ans après l'événement, la plupart de ces témoins étaient encore vivants, et c'est une sorte d'appel à leur témoignage commun que l'Apôtre ne craint pas de leur adresser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''269. —''' '''Objection. '''— Les apparitions, objectent les rationalistes, sont mises par saint Paul sur le même pied ; toutes furent du même genre, puisque l'apôtre les décrit de la même manière, et qu'il emploie partout le même mot, le verbe ''ôphtê ''qu'on peut traduire par les expressions françaises, « il a été vu» ou « il est apparu». Telle fut l'apparition de Jésus à Saul sur le chemin de Damas ; telles furent donc les autres apparitions. La question revient dès lors à déterminer ce que l'Apôtre a voulu signifier en disant qu'il avait vu le Christ ressuscité. Or saint Paul n'a pas pu entendre par là qu'il avait vu le Christ revenu en vie dans le corps qui avait été déposé dans le tombeau ; il n'a vu qu'une lumière, « un corps de gloire» ''(Phil., ''iii, 21). Et la lumière même qu'il a vue n'était pas une lumière réelle et objective. « IL a eu la sensation de voir, sans qu'il y ait rien à la portée de son regard. Il était halluciné.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn219 [219]] Et comment cette ''hallucination ''se produisit-elle? C'est que, d'après M. Meyer, saint Paul, homme de génie mais atteint d'une maladie nerveuse, et coutumier de semblables visions, se trouvait corporellement et intellectuellement prédisposé à l'événement du chemin de Damas. Les idées de Jésus Messie, de Jésus principe de vie, de Jésus vivant et immortel s'étaient formées peu à peu à son insu dans sa ''subconscience. ''Sur la route de Damas, ces idées firent soudain irruption de sa subconscience à sa conscience, et il vit alors le Christ dans un corps de gloire, un corps spiritualisé ou pneumatique, qui projeta sur lui une lumière aveuglante, mais ce corps n'était pas le cadavre de Jésus revenu à la vie. Toutes les apparitions mentionnées par saint Paul, concluent alors les rationalistes, étant de la même nature que la sienne, n'ont été que des ''visions subjectives.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous admettons avec les rationalistes, comme nous l'avons du reste dit précédemment, que les apparitions décrites par saint Paul, sont mises sur le même pied. Mais est-il vrai que l'Apôtre, en rappelant l'apparition dont il fut témoin sur le chemin de Damas, veut parler d'une « ''vision subjective» ''Le contexte indique tout le contraire. La pensée intime de l'Apôtre peut on effet se déduire du but qu'il poursuivait dans sa lettre. Voulant combattre l'opinion de certains fidèles de Corinthe qui niaient la ''résurrection corporelle ''des morts, saint Paul entend en démontrer l'existence et la nature en s'appuyant sur la Résurrection de Jésus. Son raisonnement eût donc tombé à faux, si, pour prouver que les morts reprendront leurs corps, leurs ''vrais corps, ''quoique glorieux et doués de propriétés nouvelles, il eût commencé par dire, que la Résurrection du Christ, qui en était le principe et le modèle, n'avait pas été corporelle. Quand il déclare que le Christ ressuscité lui est apparu, il veut donc dire qu'il l'a vu dans le même corps qui était mort et avait été enseveli, identique à ce qu'il avait été durant sa vie terrestre, sauf la qualité de gloire en plus. Telle est, à ne pas en douter, le fond de la pensée de l'Apôtre. — Cela est juste, répliquent les rationalistes, « les Évangélistes et saint Paul n'entendent point raconter des impressions subjective? ; ils parlent d'une présence objective, extérieure, sensible, non d'une présence idéale, bien moins encore d'une présence imaginaire. Les conditions d'existence de ce corps étaient différentes, mais c'était le même qui avait été mis dans le tombeau, et que l'on croyait n'y être point demeuré »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn220 [220]]. Oui, mais c'était là, d'après M. Loisy toujours, ''pure hallucination ''ou ''simple illusion, ''de la part des Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''Pour ce qui concerne le propre cas de saint Paul, ''peut-on dire qu'il fut ''halluciné? ''Il est vrai que plusieurs fois dans sa vie, il eut des visions, mais il a toujours pris soin de distinguer entre celle-ci et les autres. La vision du chemin de Damas était, à ses yeux, le fondement de sa vocation. C'est parce qu'il avait vu le Christ glorieux, qu'il s'était rencontré avec lui et avait entendu son appel, qu'il revendiquait le titre d'apôtre. Jamais il n'aurait osé se prévaloir de ce titre s'il n'avait eu la conviction d'avoir vu le Christ aussi réellement que les autres Apôtres, et d'avoir ouï sa voix qui l'appelait à l'apostolat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, poursuivent nos adversaires, saint Paul fut ''sincère, ''mais cela n'empêche pas qu'il fut ''victime de l'hallucination. ''Tout en poursuivant les chrétiens, il se fit au fond de son être un travail inconscient ; il eut des doutes sur la vérité de la doctrine de Jésus, sur la légitimité de ses persécutions, bref, il eut des remords. Ces impressions restées d'abord latentes, à l'intérieur de son être, jaillirent subitement de sa subconscience à sa conscience, provoquant les hallucinations de la vue et de l'ouïe, et produisant dans son esprit des convictions nouvelles et causant sa conversion. — ''Or rien de tout cela n'est historique. ''Ce prétendu travail préparatoire à la conversion, qui se serait passé dans la conscience subliminale de saint Paul, n'apparaît nulle part. C'est toujours de bonne foi que Paul persécuta les chrétiens, et parce qu'il croyait bien faire en défendant les « traditions» de ses « pères», comme il L'a déclaré lui-même ''(Gal., ''i, 14 ; ''Act., ''xxvi, 9). Ce qu'il a fait, il l'a fait « par ignorance» (I ''Tim., ''i, 13). L'hypothèse du remords n'a aucune base dans les textes. C'est en un instant que Saul se trouva converti et qu'il crut en Celui dont il persécutait les disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Mais supposons, si on le veut, que saint Paul fut halluciné. Dira-t-on que les ''autres témoins, ''dont parlent saint Paul et les Évangélistes, ''furent tous hallucinés? ''Tout repousse cotte supposition : les conditions de nombre, de temps et de circonstances ne comportent pas une telle hypothèse. — ''1. Le nombre. ''Il n'est pas raisonnable de supposer que tant de témoins d'un caractère si différent aient été victimes d'une illusion de leurs sens. Ce n'est pas une fois que Notre-Seigneur se montre ressuscité, mais de nombreuses fois ; ce n'est pas à une personne, ce n'est pas même à ses soûls Apôtres qu'il apparaît, mais à cinq cents frères à la fois. — 2. ''Le temps. ''Les apparitions ont ou lieu après la mort de Jésus, c'est-à-dire à un moment où les disciples étaient désemparés et songeaient à se cacher. Dans un pareil état d'esprit, ils ne pouvaient s'imaginer que le Crucifié leur apparaissait dans la gloire. Les apparitions ont donc dû s'imposer du dehors et dans des conditions d'objectivité telles qu'elles ont entraîné une foi irrésistible à la Résurrection. — 3 ''Les circonstances. ''Saint Paul il est vrai, ne mentionne aucune circonstance, mais si nous nous reportons aux récits des Évangélistes, nous voyons que les Apôtres sont d'abord incrédules et croient voir un esprit. Jésus leur fait alors toucher ses plaies (''Luc, ''xxiv, 37, 40 ; ''Jean, ''xx, 27) ; il mange devant eux ''(Luc, ''xxiv, 43) ; il leur fait remarquer « qu'un esprit n'a ni chair ni os » ''(Luc, ''xxiv, 39) ; il permet aux saintes femmes d'embrasser ses pieds ''(Mat., ''xxviii, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que les hallucinations, telles qu'on les entend, ont été des ''hallucinations vraies, ''des hallucinations ''objectives, ''produites directement par Dieu pour obtenir la foi des Apôtres à Jésus vivant et triomphant? Cette hypothèse n'est pas plus historique que les autres ; elle est de plus blasphématoire, vu qu'elle regarde Dieu comme la cause directe de l'erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Les attaques des adversaires manquent donc de base sérieuse, et nous avons le droit de conclure que, suivant le ''témoignage de saint Paul, ''la Résurrection est un ''fait historiquement certain, ''démontré par ''six apparitions. ''De ces apparitions saint Paul peut rendre témoignage d'une, puisqu'il a conscience d'en avoir été l'heureux témoin. Quant aux outres, il affirme qu'elles sont venues à sa connaissance par le récit qui lui en a été fait lors de sa première rencontre à Jérusalem avec les Apôtres, an particulier avec saint Pierre et saint Jacques, trois ans après sa conversion ''(Gal., ''I, 18), c'est-à-dire environ quatre ans après l'événement lui-même, si l'on suit la chronologie adoptée par M. Harnack qui reporte la conversion de saint Paul à l'année même de la mort de Jésus. Ainsi, à une époque aussi rapprochée des faits, les Apôtres croyaient déjà à la Résurrection corporelle de leur Maître. Il n'est donc pas possible d'admettre, avec l'école mythique, que la Résurrection est une légende qui s'est formée au milieu du IIe siècle, ni, avec certains critiques contemporains (Loisy), que les Apôtres et les disciples n'ont ni cru ni prêché que le corps de leur Maître était sorti vivant du tombeau au troisième jour après sa mort, et que les chrétiens ne seraient arrivés à cette foi qu'en défigurant les croyances primitives et les impressions des premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
270. — B. ''TÉMOIGNAGE DES ÉVANGILES. ''— D'après le témoignage des quatre Évangiles, la foi à la Résurrection de Jésus est née d'une double cause : — a) de la découverte du tombeau vide, et — b) des apparitions du Ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Argument tiré de la découverte du tombeau vide. ''— Suivant les récits des quatre Évangélistes, les femmes et les disciples qui se rendirent au sépulcre pour embaumer Jésus, trouvèrent le tombeau vide. La pierre qui fermait l'entrée du sépulcre était rejetée sur le côté ''(Marc, ''xvi, 4). A l'intérieur du sépulcre, les linges gisaient à terre, les linceuls et le suaire séparément ''(Jean, ''xx, 7) ; le corps de Jésus n'était plus là ''(Luc, ''xxiv, 3). Un Ange leur annonça la Résurrection. Les gardes effrayés avaient fui et étaient allés annoncer la nouvelle aux princes des prêtres qui leur donnèrent une forte somme d'argent pour publier que les disciples avaient enlevé le corps pondant qu'ils dormaient ''(Mat, ''xxviii, 11, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le premier argument invoqué par les Évangélistes en faveur de la Résurrection est tiré de ce fait que le lendemain du sabbat, le dimanche matin, le corps de Jésus avait disparu du tombeau où il avait été enseveli l'avant-veille par Joseph d'Arimathie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
271. — '''Objection. '''— L'argument tiré de la découverte du tombeau vide a été, de tout temps, l'objet des plus vives attaques de la part des adversaires dix christianisme. — 1. ''Ou bien ils ont admis la matérialité du fait, ''et ils se sont ingéniés a en fournir des explications naturelles : — 1) Les ''Juifs, ''au 1er siècle, recoururent à ''l'hypothèse de l’enlèvement. ''Ils accusèrent les disciples d'avoir dérobé le corps de leur Maître, la nuit, pendant que les gardes dormaient[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn221 [221]]. — 2) Parmi les critiques modernes. ''les uns ''ont complètement abandonné l'hypothèse de l'enlèvement par les disciples de Jésus. C'est ainsi que ''l'école naturaliste ''allemande (Bret-schneider, Paulus, Hase) supposa que Jésus n'était pas mort sur la croix et qu'il était seulement tombé en léthargie. La fraîcheur du tombeau, la vertu des baumes et la forte odeur des aromates l'ayant rappelé à la vie, il se débarrassa de ses linceuls et du suaire qui lui couvrait la tête, et il put sortir du sépulcre grâce à un tremblement de terre qui fit rouler la pierre qui on scellait l'entrée. Il apparut alors à ses disciples qui le crurent ressuscité. ''Les autres, ''au contraire, ont repris l'hypothèse de l'enlèvement en la modifiant. Comme le découragement dans lequel étaient tombés les Apôtres, écarte d'eux tout soupçon d'imposture, ils ont supposé que l'enlèvement avait été fait soit par les Juifs[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn222 [222]] qui voulaient empêcher l'affluence des visiteurs, soit par le propriétaire du jardin qui voulait débarrasser son caveau du cadavre qui en avait pris possession[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn223 [223]], soit par Joseph d'Arimathie lui-même qui, n'étant pas un disciple de Jésus, et n'ayant prêté son caveau que par charité, se serait empressé, le sabbat passé, de faire transporter le corps dans un autre endroit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn224 [224]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Ou bien ils ont nié la matérialité du fait ''et ont prétendu que le récit de la découverte du tombeau vide est une ''légende ''inventée par la seconde ou la troisième génération chrétienne, et ils en veulent voir la preuve dans le silence de saint Paul. Si saint Paul, disent-ils, dont le témoignage est antérieur à celui des Évangiles, ne mentionne pas l'argument du tombeau vide, c'est qu'il ne le connaissait pas et que la légende n'était pas encore formée au moment où il écrivait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Nous ne nous attarderons pas à répondre longuement à ceux qui, prenant les Apôtres pour des ''imposteurs, ''soutiennent qu'ils ont été les auteurs du rapt. Quel intérêt pouvaient-ils avoir à inventer la fable de la Résurrection et à faire adorer comme un Dieu, un séducteur dont ils auraient été les premières victimes? Un tel plan n'était-il pas d'ailleurs irréalisable? Comment auraient-ils enlevé le corps? Par violence, par corruption ou par ruse? Aucune des trois hypothèses n'est sérieuse. La ''violence ''n'est pas admissible, de la part de gens qui avaient montré si peu de courage au cours de la Passion. La ''corruption ''n'est possible qu'avec de l'argent, et les Apôtres étaient plutôt pauvres. Reste le troisième moyen : enlever le corps par ''ruse. ''Il s'agissait alors de surprendre les gardes par un chemin détourné, ou la nuit, alors qu'ils auraient été endormis, de pousser la pierre sans le moindre bruit, puis d'enlever le corps sans éveiller personne, et de le cacher dans une retraite assez sûre pour qu'on ne pût le découvrir : une telle entreprise ne dépasse-t-elle pas les limites de la vraisemblance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. L'hypothèse de la ''mort apparente ''de Jésus est tombée aujourd'hui ''dans le plus complet discrédit. ''Il faut choisir en effet. Ou l'on accepte les récits des Évangélistes tels qu'ils sont, et alors rien n'autorise à croire que la mort de Jésus ne fut qu'apparente. Si les souffrances de la croix et le coup de lance ne l'avaient pas fait mourir, il aurait sûrement été asphyxié par les cent livres d'aromates et par le séjour au tombeau. Ou bien l'on regarde les récits évangéliques comme des légendes, et alors l'on tombe dans l'objection qui nie la matérialité du fait et à laquelle nous répondrons plus loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Dire que le ''rapt a été commis par les Juifs, ''est une hypothèse plus absurde encore et contredite par les faits. Il faut se souvenir en effet que les Apôtres prêchèrent la Résurrection, non seulement devant le peuple, mais devant les chefs de la nation. Pierre et Jean furent emprisonnés pour cela, et ils comparurent devant le tribunal juif ''(Actes, ''iv, 1, 12). Conçoit-on alors le silence des Sanhédrites ? « La pièce à conviction était entre leurs mains ; ils pouvaient ébranler d'un seul geste, d'une parole, la foi nouvelle dont les progrès rapides les inquiétaient... Si les Sanhédrintes se sont tus, s'ils n'ont pas opposé ce démenti éclatant, c'est parce qu'ils n'étaient pas en état de le fournir. A Jour insu et sans eux le sépulcre avait été dépouillé de son cadavre. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn225 [225]] Et qui donc l'avait enlevé? « Ce n'est pas un ami. Ce n'est pas un ennemi. Ce n'est pas un étranger. Depuis plus de dix-neuf siècles ''(Mat., ''xxviii, 12-15) on a épuisé toutes les hypothèses pour échapper au miracle ; à aucune on n'a pu donner quelque vraisemblance. Il ne reste qu'une réponse possible. Le Christ est sorti de lui-même de son sépulcre. Il est ressuscité corporellement » [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn226 [226]]!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Est-on mieux fondé à prétendre que la découverte du tombeau vide est une ''légende inventée par la seconde ou la troisième génération chré­tienne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn227 [227]] ''? Comment expliquer alors la foi des Apôtres, la transformation totale, qui s'est faite en eux quelque temps après le grand drame de la croix qui les avait laissés si découragés et si abattus? Si rien n'est venu les remettre de leur déception, si la foi à la Résurrection ne s'est formée que peu à peu, comment se fait-il que, de lâches et timides qu'ils étaient au cours de la Passion, ils soient devenus, après, intrépides, audacieux et qu'ils prêchèrent la Résurrection jusqu'au sacrifice de leur vie? Faut-il croire « ces témoins qui se font égorger » ou les prendre pour des exaltés et des fous?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
272. — b) ''Argument tiré des apparitions. ''— Tandis que l'argument tiré du tombeau vide n'est qu'une preuve indirecte, vu que le fait peut être expliqué par d'autres hypothèses que la Résurrection, les ''apparitions ''constituent une ''preuve directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on compare les deux témoignages de saint Paul et des Évangélistes, l'on peut compter ''onze apparitions, ''celle du chemin de Damas à saint Paul non comprise. Deux apparitions mentionnées par saint Paul ne figurent pas chez les Évangélistes, à savoir l'apparition aux cinq cents disciples et l'apparition à Jacques. Le total des apparitions relatées par les Evangélistes s'élève donc à neuf, dont ''sept ''eurent lieu à ''Jérusalem ''ou aux environs, et ''deux ''en ''Galilée. ''Dans le premier groupe, — les ''apparitions hiérosolymitaines, ''— l'on compte les apparitions : — 1. à Marie-Madeleine ''(Marc, ''xvi, 9 ; ''Jean, ''xx, 14, 15) ; — 2. aux femmes qui revenaient du sépulcre ( ''Mat., ''xxviii, 9) ; — 3. à Simon Pierre ''(Luc, ''xxiv, 34) ; — 4. aux deux disciples qui allaient à Emmaüs ''(Marc, ''xvi, 12 ; ''Luc, ''xxiv, 13 et suiv.) ; et — 5. aux Apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas absent ''(Marc, ''xvi, 14; ''Luc, ''xxiv, 36 et suiv. ; ''Jean, ''xx, 19-25). Ces cinq premières apparitions eurent lieu le jour de Pâques. — 6. Huit jours plus tard, à Jérusalem encore, Jésus apparut aux onze Apôtres, Thomas présent et invité par le Seigneur à toucher les plaies de ses mains et de son côté ''(Jean, ''xx, 26-29). — 7. En ''Galilée, ''il apparut à sept disciples sur le lac de Tibériade (''Jean, ''xxi, 1, 14) ; puis — 8. aux onze Apôtres sur une montagne de (ralliée ''(Mat., ''xxviii, 16, 17). — 9. Enfin, une dernière apparition qui précéda l'Ascension et qui eut lieu sur le Mont des Oliviers devant tous les Apôtres assemblés ''(Luc, ''xxiv, 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''273. —''' '''Objection. '''— On objecte contre l'argument tiré des apparitions les ''divergences ''que l'on trouve dans les narrations évangéliques. — 1. L'on fait remarquer que les Évangélistes ne s'entendent pas sur le ''nombre ''des femmes qui se rendirent au tombeau, ni sur le nombre des Anges qu'elles virent. — 2. Mais l'on invoque surtout la soi-disant opposition entre les auteurs sacrés à propos du ''théâtre ''des apparitions. D'après les critiques libéraux et rationalistes, il y aurait dans les récits évangéliques comme ''deux traditions ''superposées et d'ailleurs inconciliables : l'une représentée par saint Matthieu et saint Marc, plaçant les apparitions en Galilée, conformément au message que l'ange donne aux saintes femmes pour les Apôtres au matin de la résurrection ; l'autre représentée par saint Luc et saint Jean et mettant le théâtre des apparitions exclusivement en Judée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— 1. Loin d'infirmer leurs récits, les ''divergences ''prouvent au contraire l'indépendance des historiens. Les divergences portent d'ailleurs sur des points secondaires, tels que le ''nombre des femmes ''et le ''nombre des anges ; ''elles laissent intact le ''fait ''lui-même de la Résurrection. Il apparaît avec évidence que les ''variantes de détails ''n'empêchent nullement ''l'identité du fond. ''— 2. L'opposition qu'on signale entre les Évangélistes à propos du ''théâtre ''des apparitions, n'est pas aussi évidente qu'on l'affirme, et il est loin d'être démontré qu'il y eut deux traditions distinctes, l'une hiérosolymitaine, l'autre galiléenne, et encore moins, que chaque évangéliste ne connut que l'une des deux traditions. Comment peut-on prétendre, en effet, que saint Matthieu qui, avec saint Marc, représente la tradition galiléenne, ignore la tradition judéenne, alors qu'il rapporte une apparition de Jésus aux saintes femmes, au moment où elles sortaient du sépulcre? (''Mat., ''xxviiî, 8, 9). La finale de saint Marc rapporte également des apparitions hiérosolymitaines, mais n'insistons pas sur ce fait, vu que nos adversaires considèrent cette finale comme apocryphe. De même, l'Évangile de saint Jean, si on le prend en son entier et avec son appendice, raconte des apparitions judéennes et des apparitions galiléennes. Saint Luc ne rapporte que les apparitions judéennes. Donc, en définitive, si l'on excepte saint Luc, les Evangélistes connaissent les deux théâtres des apparitions du Christ, et l'exclusivisme qu'on voudrait trouver dans leurs narrations, n'existe en réalité que dans l'esprit des critiques rationalistes. Trois Évangélistes au moins sur quatre ont recueilli la double tradition : hiérosolymitaine et galiléenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, par ailleurs, que la plupart des divergences s'expliquent très bien par le ''but différent ''que les Évangélistes poursuivaient. Ainsi saint Matthieu, écrivant pour le milieu juif où le bruit courait que les disciples avaient enlevé le corps du Christ montre l’invraisemblance d’une telle accusation par ''le récit de la garde mise au tombeau ''et de ''l'apposition des scellés sur la pierre du sépulcre. Saint Marc ''écrivant pour le ''milieu romain, ''très attaché aux formes juridiques, rapporte d'abord que la mort de Jésus a été ''constatée officiellement ''par une enquête de Pilate auprès du Centurion chargé de l'exécution de la sentence, puis il insiste sur ''l'incrédulité des disciples ''qui refusent d'ajouter foi au récit de Marie-Madeleine. — Saint Luc, écrivant pour le ''milieu grec, ''où le témoignage des femmes n'était pas reçu en justice et où la résurrection des morts était regardée comme une absurdité, ne mentionne que les ''apparitions aux hommes ''(aux deux disciples d'Emmaüs, à Pierre, aux Onze et à leurs compagnons) et apporte des détails matériels afin de démontrer que le corps ressuscité du Christ n'était pas un fantôme, mais bien un ''corps réel, ''puisqu'il se laissait toucher et qu'on pouvait le voir manger et boire. Ne suivant pas la même marche, les Évangélistes se sont donc approprié ce qui rentrait dans leur plan et convenait le mieux à leurs lecteurs : ce serait dès lors une erreur de conclure qu'ils aient ignoré ''les faits qu'ils passent sous silence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, de l'examen des documents, il résulte que, dès les premiers jours, les Apôtres, tant par la découverte du tombeau vide que par les apparitions, crurent que leur Maître était ressuscité, qu'ils se le représentèrent survivant, non seulement dans son âme immortelle, mais ''dans son corps. ''Ils crurent que son corps n'était pas resté au tombeau, mais qu'il vivait à nouveau et pour toujours, transformé et glorifié[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn228 [228]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le miracle de la Résurrection fut accompli pour confirmer la mission divine de jésus. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
274. — La ''connexion ''entre la Résurrection de Jésus et sa mission divine est chose si manifeste qu'elle n'a jamais été l'objet de controverse. Entre les adversaires du christianisme et les apologistes chrétiens le débat n'a jamais porté que sur le ''fait ''même de la. Résurrection. Il a toujours été admis que, si Jésus était ressuscité, sa mission était divine ; il était le Messie, le Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne sera donc pas nécessaire d'insister longuement sur ce point. La pensée de Jésus de lier sa mission au miracle de la Résurrection, ressort : — 1. de ce fait qu'il ''prédit l'événement ''à plusieurs reprises, comme étant une marque révélatrice du Messie : « Alors (après la confession de Pierre) il commença à leur (aux Apôtres) enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup... qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât trois jours après. ''» (Marc, ''vii, 31). A trois autres reprises, Jésus prédit encore sa mort et sa résurrection ''(Marc, ''ix, 8'', ''9 ; 30 ; x, 32-34) ; — 2. de cet autre fait qu'on doux circonstances Jésus ''fit appel à sa Résurrection future ''comme au ''seul signe ''qui serait donné pour prouver sa mission. — 1. Dans une première circonstance, un groupe de Pharisiens lui demande un ''signe de sa mission : ''« Maître, nous voudrions voir un signe de vous. » Il leur répondit : « Cette race méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » ''(Mat., ''xii, 38-40). — 2. Dans une seconde circonstance, alors qu'il venait de chasser les vendeurs du Temple, les Juifs, s'étonnant de le voir agir ainsi, lui demandent un signe qui l'autorise a user d'une telle autorité ; Jésus répond en ces termes : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs repartirent : « C'est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours, vous le relèverez ! » Mais lui, il parlait du temple de son corps. Lors donc qu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela. » ''(Jean, ''ii, 18-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi le seul signe que Jésus consente à donner à ses ennemis en faveur de sa mission divine, c'est sa Résurrection. Et comme celle-ci est ''un fait historiquement certain, ''nous pouvons conclure que Jésus nous a laissé le témoignage le plus authentique et le plus grand de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — '''Sur les prophéties et les miracles.''' — ''Les Vies de Jésus-Christ ''par l'abbé Fouard, Mgr Le Camus, le P. DIDON. le P. Berthe.— Lemonnyer, art. ''Fin du monde ''(Dict. d'Alès). — Lepin, ''Jésus, Messie et Fils de Dieu. ''— Batiffol, ''Six leçons sur l'Évangile ''(Blond). — Fillion, ''Les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''— De Bonniot, ''Les miracles de l'Évangile ''(Étude 1888) — Bourchany, Périer, Tixeront, ''Conférences apologétiques ''(Gabalda). — Mgr Freppel, ''La divinité de Jésus-Christ ''— Couget, ''La divinité de Jésus-Christ.''— Frayssinous, ''Défense du Christianisme, Des miracles ''(Le Clère). — Lacordaire, 38e conférence. — Monsabré, 28e , 29e , 36e conférences, ''Introduction au Dogme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Résurrection'''. — Mangenot, ''La Résurrection de Jésus ''(Beauchesne) — Ladeuze, ''La Résurrection du Christ devait la critique contemporaine ''(Bloud). — Chauvin, ''Jésus est-il ressuscité? ''(Bloud). — Lepin, ''Christologie ''(Beauchesne).— Lebreton, art. ''Sur la Résurrection, ''Rev pr. d'Ap., mai 1907. — Lesêtre, ''Jésus ressuscité, ''Rev. du Clergé français, 1907. ''L'Ami du Clergé, ''Année 1923, Nos 36, 44, 49. — Bourdaloue, ''Sermon sur la Résurrection...''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre V. — La Doctrine chrétienne, Sa rapide diffusion. Le Martyre. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275. — Maintenant que nous avons vérifié les titres du fondateur du christianisme et que nous avons démontré que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, il semble superflu de mettre en lumière ''la qualité de la doctrine. ''Il y a tout lieu, en effet, de préjuger qu'elle est ''transcendante, ''puisqu'elle est l'œuvre d'un Envoyé divin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme nous aurons l'occasion, dans le second article, de parler de l’''excellence ''de la doctrine chrétienne (V. N° 285), nous laisserons de côté la question pour le moment. De toute façon, il n'est pas possible, dans un Manuel d'Apologétique, de donner à cette preuve de la divinité du christianisme ''(critère intrinsèque) ''les développements qu'elle comporte. Ce travail nous entraînerait trop loin, et nous prenons la liberté de renvoyer à notre « ''Doctrine catholique ».''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous plaçant sur le seul terrain de ''l'apologétique défensive, ''nous nous bornerons ici à répondre à une objection que les rationalistes tirent de l'histoire comparée des religions. Lorsque nous avons parlé des ''fausses religions, ''à dessein nous avons mis en relief les ''ressemblances ''qui existent entre elles et le christianisme. Nous tenons à y revenir, afin d'écarter définitivement l'objection rationaliste qui voudrait représenter la doctrine chrétienne comme une ''doctrine d'emprunt ''et sans individualité propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela, nous envisagerons les ''circonstances historiques ''du christianisme, ses destinées dans l'espace et dans le temps, autrement dit, sa rapide diffusion parmi le monde, et sa merveilleuse vitalité à travers les siècles, en dépit des obstacles nombreux qu'il a rencontrés, en particulier, des violentes persécutions qui ont essayé de l'étouffer à ses origines. Ce dernier point nous amènera à la question du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Dans le premier, nous établirons ''le caractère original ''de la doctrine du Christ. 2° Dans le second, nous parlerons de sa ''merveilleuse propagation. ''3° Enfin nous traiterons du ''martyre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — La doctrine chrétienne n'est pas une synthèse de doctrines étrangères. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''276. — 1° Objection rationaliste. '''— Nous avons vu précédemment (N° 142) que les ''rationalistes, ''s'appuyant sur la ''doctrine de l'évolution, ''assignent au sentiment religieux une origine tout humaine, où il n'y a place ni pour le surnaturel ni pour la révélation. Partant de ce principe qu'ils érigent en dogme, ils étudient les religions comme des institutions humaines, ils en relèvent avec soin les ''points de ressemblance, ''et n'hésitent pas à tirer les conclusions suivantes : à savoir que toutes les religions sont de la même essence, qu'elles se sont influencées réciproquement, que le judaïsme et le christianisme ne sont pas des religions plus originales que les autres, et qu'en particulier, le christianisme est une ''religion d'emprunt, ''qu'il a puisé son dogme, sa morale et son culte soit au judaïsme, soit aux doctrines philosophiques de la Grèce et de Rome, soit surtout aux religions de plus vieille date, telles que le zoroastrisme, le bouddhisme et le mithriacisme, bref, qu'il est une ''synthèse de doctrines étrangères.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277. — '''Réfutation. '''— Ainsi, les historiens rationalistes des religions, après avoir noté les points de contact qu'il y a entre le christianisme et les autres religions, se croient en droit de conclure que le christianisme est coupable de ''plagiat, ''et que, de ce fait, il ne saurait revendiquer une ''origine divine, ''puisqu'il aurait emprunté sa doctrine à des religions que lui-même déclare d'origine humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient, pour répondre à ces allégations, de distinguer deux choses : la ''question de fait, ''et la question de ''l'interprétation du fait, ''ou si l'on veut, la matérialité du fait, et les conclusions qu'on en tire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA QUESTION DE FAIT. ''— Dans le but de prouver que le christianisme n'a pas d'individualité propre, qu'il n'est pas une religion originale, les rationalistes relèvent donc les ressemblances qui existent entre sa doctrine et les autres doctrines antérieures, soit philosophiques, — soit religieuses. Voici les principales ''analogies ''qu'ils signalent sur le triple terrain du ''dogme, ''de la ''morale ''et du ''culte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— D'après les rationalistes, qu'il s'agisse des vérités ''naturelles ''ou des vérités ''surnaturelles, ''il n'y a rien dans le christianisme qui ne se trouve déjà ailleurs. — 1. Ainsi, les philosophes de l'antiquité grecque et latine, tels que Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, etc., ont enseigné, plus ou moins clairement, l'existence d'un Dieu unique, d'une Providence qui gouverne le monde, d'une âme spirituelle et libre destinée à une survie où elle recevra soit la récompense de ses bonnes actions, soit le châtiment de ses fautes. D'une façon plus précise encore, ces vérités sont enseignées par les livres sacrés des Juifs. — 2. Passons maintenant aux dogmes qui paraissent former le ''fond original ''de la religion chrétienne, c'est-à-dire aux trois grands mystères de la ''Trinité, ''de l'''Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''celle-ci avec son corollaire obligé, le ''sacrifice. ''Eh bien, disent les rationalistes, non seulement ces dogmes ne sont pas nouveaux et appartiennent tous, plus ou moins, aux religions de l'Inde, mais même les circonstances historiques, ce que l'on pourrait appeler les ''alentours ''des ''dogmes, ''sont comme une réédition de ce qui se lit dans les Livres sacrés de religions d'origine plus ancienne. Nous avons signalé ces différents points au chapitre des fausses religions (V. Nos 191 et suiv.) Nous les rappelons ici brièvement. Dans le mithriacisme, le jeune dieu Mithra naît dans une grotte comme Jésus. Mais c'est surtout avec lès religions de l'Inde que la parenté du christianisme est étroite. Krishna, dieu incarné de. l'hindouisme, est adoré, à sa naissance, par des bergers et quelque temps après, il doit, comme Jésus, fuir en exil. Le Bouddha, à son tour, nous rappelle maints traits de la vie de Jésus. Avant d'entreprendre sa prédication et de commencer son rôle de libérateur, il passe quatre semaines dans la solitude où il subit les assauts du démon tentateur, Mâra. Les livres sacres de la Perse racontent également une tentation de Zoroastre. Ajoutons enfin que la résurrection de Jésus elle-même n'est pas un fait unique dans l'histoire des religions : elle a comme parallèles la mort et la résurrection de trois jeunes dieux, Osiris, Adonis et Atys.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Morale. ''— La morale chrétienne ne présenterait pas, d'après les rationalistes, de caractère plus original. Elle serait, en grande partie, une adaptation de la morale stoïcienne et de la morale de Zoroastre. Bien plus, le christianisme ne serait même pas neuf sur le terrain de l’''ascétisme. ''Les conseils évangéliques, — le célibat volontaire, la pauvreté volontaire et la vie commune, — auraient été mis en pratique avant l'Évangile : nous avons vu en effet que le bouddhisme a ou ses moines longtemps avant le christianisme (V. N° 195).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Culte. ''— 1. L'on prétend retrouver les ''sept sacrements ''dans le mithriacisme. Le bouddhisme et le brahmanisme ont également la confession des fautes. La communion qui fait partie intégrante du sacrifice eucharistique a pour pendant dans les cultes païens l'usage de participer aux victimes immolées à la divinité. — 2. Le ''culte des saints et des images ''correspond, dit-on, au culte des dieux et des idoles. — 3. Le christianisme a emprunté au paganisme tous ses ''rites ''et toutes ses ''cérémonies ; ''il adore et implore la divinité de la môme façon, par les mêmes signes extérieurs, par les mêmes gestes, voire par les mêmes formules. Les ''ex-voto ''qui recouvrent les murs des églises célèbres, et qui sont des marques de faveurs obtenues, ont leurs analogues dans le paganisme : les monuments d'actions de grâces abondaient près du temple d'Esculape à Épidaure et près du temple de Jupiter à Dodone. Donc, concluent les rationalistes, sur ce point comme sur les autres, la religion chrétienne n'a rien innové ; elle est une copie évidente des autres cultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278. — B ''L'INTERPRÉTATION DU FAIT. ''— Des ressemblances qui existent entre le christianisme et les autres religions, les rationalistes s'empressent de tirer la conclusion que le premier est l'emprunteur. Mais c'est précisément ce qu'il s'agirait de démontrer, car il va de soi que le plagiat ne se présume pas, il faut en faire la preuve. Or c'est chose facile de noter les ''ressemblances ; ''ce qui est plus difficile c'est d'établir la ''filiation. ''En reprenant les trois divisions : dogme, morale et culte, nous allons voir que cette filiation n'existe pas ou qu'elle s'explique par des raisons valables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Dogme. ''— 1. Que les vérités ''naturelles, ''telles que l'unité et l'immortalité de l'âme aient été enseignées par des philosophes antérieurs au christianisme, cela se conçoit, puisque la raison peut, par ses seules forces, découvrir ces vérités. L'on pourrait cependant remarquer qu'elles ont été rarement connues sans mélange d'erreur. Ainsi Platon, tout en reconnaissant une Divinité suprême, est dualiste. Aristote rejette la Providence, Sénèque paraît plutôt panthéiste, et presque tous ont représenté la Divinité comme soumise à l'aveugle Destin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on objecte aussi que le monothéisme, l'immortalité de l'âme, la croyance à une vie future, étaient déjà les ''éléments essentiels de la religion juive. ''Assurément, et ce serait un contresens de vouloir en tirer parti contre le catholicisme, puisque celui-ci est le premier, non seulement à admettre sa parenté, mais à affirmer cotte filiation comme un de ses dogmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ressemblances d'ailleurs s'arrêtent là. Et si nous voulions relever les divergences entre les deux religions, établir le contraste entre le rigorisme, l'orgueil et la justice austère des Pharisiens, d'une part, et d'autre part, la bonté, l'humilité la charité inépuisable de Jésus, nous forcerions nos adversaires à confesser que la religion chrétienne, tout en étant une évolution de la religion juive, a accompli un tel progrès qu'elle peut être considérée comme une religion tout à fait neuve et originale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le ''point important ''de l'objection rationaliste concerne évidemment les trois dogmes de la ''Trinité, ''de ''l’Incarnation ''et de la ''Rédemption, ''c'est-à-dire ce qui paraît être le fond propre de la religion chrétienne. Remarquons tout d'abord que ces trois dogmes ''ont leur fondement ''dans les Livres sacrés du Nouveau Testament et en particulier dans les Evangiles. Pour démontrer que 1p christianisme a emprunté des dogmes, il faudrait donc faire la preuve que les documents de la révélation chrétienne n'ont pas de caractère original, qu'ils portent des traces d'importation étrangère. Or si l'on rapproche nos Livres sacrés de ceux de l'Inde et de la Perse, on constate aisément, par la critique interne, que les premiers n'ont pas été influencés par les seconds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, les ressemblances signalées sont-elles si complètes que l'on puisse dire que les dogmes du christianisme sont empruntés? « Ne consistent-elles pas fort souvent en de simples analogies très éloignées, de telle sorte qu'il y ait entre les éléments correspondants du christianisme et des autres cultes autant de différence que de ressemblance?... Nous voyons dans plusieurs religions l'idée d'une trinité divine, mais entre les triades païennes, vagues et changeantes, composées généralement d'un père, d'une mère et d'un fils, et la conception de la Trinité chrétienne, il y a un abîme. Sur un grand nombre de points il est possible de constater, à côté des ressemblances, des différences aussi grandes. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn229 [229]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'on pourrait s'étonner encore que l’''idée d'un libérateur ''se retrouve en dehors du christianisme, que Çakya-Muni, par exemple, se soit donné, avant Jésus, pour le .sauveur de l'humanité. Mais il convient de se rappeler que l'attente messianique avait dépassé les bornes du territoire juif. Cette idée, dont les prophètes avaient été les ardents propagateurs, avait pénétré partout. Elle faisait écho du reste aux sentiments du cœur humain. A la vue de ses misères et de ses fautes, devant la crainte des châtiments futurs, l'homme ne conçoit-il pas, comme d'instinct, le désir et l'espoir de la délivrance? « Or qu'arrive-t-il, dit l'abbé de Broglie, lorsque les hommes animés de ces sentiments se trouvent privés du bienfait de la révélation véritable et de la religion divine? Il arrive naturellement qu'ils cherchent ce qui leur manque, qu'ils le créent, qu'ils l'imaginent selon leurs lumières et leurs forces Sentant le besoin d'une révélation, ces hommes écouteront le premier prophète venu, sans vérifier ses titres ; sentant le besoin d'un libérateur ils écouteront celui qui dira qu'il peut, qu'il veut les sauver. Sentant le besoin d'émotions religieuses, ils organiseront des cérémonies, des chants capables de les leur inspirer. Croyant au surnaturel, ils s'adresseront à des êtres invisibles pour obtenir d'eux la santé et la richesse... Ainsi se développeront les fausses religions où il y aura toujours une part d'imposture, et où le bien sera mêlé au mal.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn230 [230]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux ''circonstances historiques des dogmes. ''c'est-à-dire à tout ce qui porte sur la vie et les actes des fondateurs, les rapprochements signalés plus haut sont loin d'être défavorables au christianisme. Sans parler du mithriacisme qui s'est propagé dans l'Empire romain à la même époque que le christianisme et que les apologistes chrétiens ont pu accuser de plagiat sans recevoir de démenti (V. N° 191), l'on ne saurait regarder la vie du Bouddha comme un modèle sur lequel les Évangélistes auraient calqué la vie du Christ. Au contraire, la biographie de Çakya-Muni est relativement moderne dans la littérature de l'Inde, la rédaction définitive n'en ayant pas été faite avant le XIIe siècle de notre ère. Pour démontrer que le christianisme est tributaire du bouddhisme, il faudrait donc prouver que les livres actuels qui contiennent la vie du Bouddha sont identiques aux originaux ; et c'est ce qui n'a pas été fait. Il n'y a pas lieu davantage de nous arrêter au parallélisme qu'on a voulu établir entre la résurrection de Jésus dont nous avons apporté précédemment les preuves indiscutables, et la mort et la résurrection des dieux mythologiques, Osiris, Adonis et Atys, lesquelles ne sont autre chose que des symboles, destinés à figurer la succession des saisons, la mort apparente de la nature en hiver et sa résurrection au printemps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Morale. ''— La morale chrétienne n'a aucunement la prétention d'être en tous points une morale nouvelle. Les préceptes fondés sur la nature des choses et imposés par la raison ne sont pas sa propriété exclusive. Il ne faut donc pas s'étonne des rapports qu'elle peut avoir avec d'autres morales, comme celle des stoïciens et celle de Zoroastre. Au surplus, la morale chrétienne les dépasse, tant dans ''l'ensemble de ses préceptes ''et de ses ''conseils ''que dans les ''motifs ''qui l'inspirent. Ainsi les stoïciens, tout en recommandant la pratique du bien comme la condition unique du bonheur, ne poursuivent que leur propre félicité ; ils ne connaissent pas la pitié à l'égard du prochain. D'autre part, en nous imposant comme premier devoir de supprimer le sentiment et de n'écouter que la raison, ils vont à l'encontre de la nature humaine et nous proposent une morale impraticable. Combien la morale du Christ, basée sur l'amour de Dieu et du prochain, compatissante à la faiblesse et indulgente aux défaillances, toujours guérissables par le repentir, est plus humaine et meilleure, on ne saurait le mettre en doute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais on dit encore qu'il y a eu dans l'Inde des ''moines ''qui ont pratiqué les conseils évangéliques avant et tout aussi bien que les ascètes chrétiens. Nous voulons bien l'admettre, mais tout au plus peut-on en conclure que la nature humaine a été la même dans tous les temps et sous tous les cieux, qu'il y a toujours eu des âmes d'élite qui ont aspiré à un idéal de perfection, et que leurs instincts religieux leur ont découvert les mêmes moyens d'y parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Culte. ''1. Nous n'avons pas à répondre à l'objection qu'on tire des ressemblances qu'il peut y avoir entre les ''sept sacrements chrétiens ''et les ''sept degrés de l'initiation mithriaque, ''puisque le mithriacisme n'est pas antérieur au christianisme, et que, s'étant répandu à Rome, il a pu entrer facilement en contact avec la religion de Jésus et lui emprunter ses rites. — 2. Quant au ''culte des saints ''et des ''images ''que l'on rapproche du ''culte des dieux ''et des ''idoles, ''les deux s'expliquent par la tendance de la nature humaine « à multiplier les objets de culte et à choisir des objets visibles de vénération religieuse : cette tendance, abandonnée à elle-même, a produit dans l'antiquité païenne le polythéisme et l'idolâtrie. Dans l'histoire du christianisme, ces mêmes aspirations, gouvernées et dirigées pari Esprit-Saint et par l'Église, ont trouvé leur satisfaction dans un culte de vénération envers les saints, distinct du culte d'adoration qui est réservé à Dieu seul, et dans l'usage légitime d'images qui ne sont nullement des idoles »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn231 [231]]. S’il est arrivé parfois que la distinction entre le culte de Dieu et celui des saints n'a pas été suffisamment établie et que le culte d'un saint a remplacé purement et simplement le culte d'un dieu local sans qu'il y eût de différence dans la manière de vénérer l'un et d'adorer l'autre, ce sont là des abus qui sont imputables à l'ignorance des nouveaux convertis, et non à la religion elle-même. — 3. On allègue enfin ''l'identité des cérémonies ''du culte chrétien et du culte païen pour accuser le premier de plagiat. A supposer que la liturgie chrétienne ait emprunté tous ses rites secondaires soit au culte juif, soit au culte païen, c'est-à-dire en somme, au milieu dans lequel elle pénétrait, et qu'elle les ait adaptés à ses besoins, il n'y aurait pas là de quoi l'accuser de plagiat. Les cérémonies, en tant que formes extérieures par lesquelles l'homme se propose d'adresser ses hommages à la divinité, sont du domaine public. Pourquoi voudrait-on refuser à la vraie religion le droit de faire usage, par exemple, des encensements, des processions, des chants, des vêtements sacerdotaux, sous prétexte que d'autres cultes les auraient employés avant elle ? La nature humaine étant la même partout, comme nous le disions plus haut, comment trouver étrange qu'elle traduise ses sentiments d'une manière identique ? « L'homme qui se sent coupable et malheureux se tourne naturellement vers son Créateur, vers une puissance invisible capable de le délivrer. A quelque race qu'il appartienne, il risque fort d'imploré! la miséricorde divine dans les mêmes sentiments et presque dans les mêmes termes. L'attitude de la prière, les manifestations extérieures du respect et de l'humilité sont à peu près les mêmes partout : on lève les bras au ciel, on se prosterne ; plus est grand le désir d'obtenir une grâce, plus on insiste en répétant la même formule dans une sorte de litanie... Il est assez naturel de porter solennellement en procession les images de ceux qu'on veut présenter à la vénération publique. La purification, réelle ou symbolique, au moyen d'ablutions, la transmission d'un pouvoir ou d'une influence par l'imposition des mains et bien d'autres pratiques religieuses sont autant de choses très conformes aux dispositions de la nature humaine. Il est puéril de s'étonner des similitudes en pareille matière et de les noter avec empressement comme une découverte ; ou de se laisser prendre à quelques traits extérieurs de ressemblance entre certaines images, et de vite conclure à une imitation. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn232 [232]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''CONCLUSION. ''— Tout ceci nous amène à la double conclusion suivante : — l. que les ''points de ressemblance ''entre le christianisme et les autres religions antérieures ne sont pas aussi caractéristiques que le voudraient les historiens rationalistes des religions, que les ''divergences ''qui se mêlent aux ressemblances sont souvent plus importantes ; et — 2. que les ''conclusions ''adoptées par les rationalistes dépassent les prémisses, et que par conséquent, le christianisme ne peut être accusé de plagiat sur aucun point, sauf, si l'on veut, sur les questions telles que les vérités naturelles et les accessoires du culte, qui font partie du domaine commun de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La rapide diffusion du Christianisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
279. — '''État de la question. '''— La ''rapide diffusion ''du christianisme a toujours été considérée par les apologistes comme un solide argument en faveur de son ''origine divine. ''Cependant, la question n'a pas toujours été vue par eux sous le même angle. Dans le rapide essor du christianisme tous ont reconnu la main de la Providence, mais comme celle-ci a deux modes d'action, et qu'elle mène le monde, soit ''par le moyen des causes secondes, ''soit ''en dehors ''et ''au-dessus d'elles, ''l'on comprend qu'il y ait eu divergence de vue sur l'interprétation des faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes qui adoptent la ''première hypothèse, ''font une part très large aux ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme. De l'admirable enchaînement des causes secondes qui ont permis à la religion nouvelle de faire une pénétration si rapide, ils remontent à la Cause suprême « qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn233 [233]], de la même façon que de l'ordre du monde l'on peut conclure à un sage ordonnateur. Une telle hypothèse, bien que supposant l'action continue de Dieu, est exclusive du miracle. Elle est du reste parfaitement soutenable, mais elle a, à notre époque, le grave inconvénient de prêter des armes à nos adversaires, qui, partant de là, exagèrent, d'un côté, les circonstances favorables à la rapide diffusion du christianisme, 3t de l'autre, affaiblissent les obstacles qui s'opposaient à ses progrès, pour pouvoir aboutir à cette conclusion que la propagation du christianisme s'explique très bien par des ''causes naturelles ''et en dehors de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''seconde hypothèse, ''qui est celle que nous exposerons, tout en laissant aux causes humaines la part qui leur revient, les regarde comme impuissantes à produire de tels effets et suppose par conséquent qu'il a dû s'y ajouter un ''élément divin ; ''en d'autres termes, elle prétend qu'il y a eu disproportion entre les moyens employés et les résultats obtenus, donc, ''miracle d'ordre moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que faut-il entendre par ''miracle d'ordre moral ? ''Pour bien saisir le sens de cette expression, il faut se rappeler que tous les êtres créés obéissent à des lois propres à leur nature : les êtres sans raison à des lois nécessaires, les êtres raisonnables à des lois morales où la liberté joue son rôle. Ainsi, des leçons que l'histoire tire de la marche des événements, il résulte que l'on peut considérer comme une loi morale qu'une masse d'hommes ne changent pas d'opinion ni de mœurs, lorsque leurs passions, leurs intérêts et surtout leur vie sont en jeu. Si le changement se produit, il faut donc l'attribuer à une intervention spéciale de Dieu, et non aux causes secondes, et de ce fait, recourir à l'hypothèse du miracle moral. D'où il suit que le ''miracle moral, ''c'est tout fait qui, ne s'expliquant pas par les lois ordinaires de l'histoire, suppose, comme condition nécessaire, l'intervention spéciale de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour démontrer le bien-fondé de cette hypothèse, nous avons dès lors à établir: 1° le ''fait ''même de la rapide diffusion du christianisme, et 2° le ''caractère surnaturel ''de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
280 — La diffusion du christianisme peut être envisagée au point de vue du développement ''numérique ''et ''géographique, ''et au point de vue de ''l'expansion sociale.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Développement numérique et géographique'''. — Le christianisme se donnant comme une religion universelle, il importe de distinguer entre le ''nombre ''des nouveaux convertis et l'importance du ''territoire ''conquis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE NOMBRE. ''— Notre enquête sur l'expansion numérique du christianisme s'arrêtera au début du IVe siècle. A cette époque, en effet, les conquêtes de la nouvelle religion sont, non pas certes définitives, mais elles ont pris une importance telle, qu'elles ont forcé le pouvoir impérial, représenté par Constantin, à la tolérance d'abord par l'édit de Milan (313), puis à la bienveillance, et enfin au patronage officiel. Il devient dès lors difficile de faire le départ, dans le développement du christianisme qui s'intensifie chaque jour, entre ce qui peut être attribué aux causes secondes, c'est-à-dire aux auxiliaires humains, et ce qui semble impliquer une intervention spéciale de Dieu. En d'autres termes, le miracle moral n'est discernable que dans les trois premiers siècles où le christianisme, laissé à ses seules ressources, rencontre devant lui des obstacles humainement insurmontables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Au 1er siècle — ''Nous avons, pour nous renseigner sur la marche de l'Évangile, le témoignage des auteurs sacrés et celui des auteurs profanes. — 1. ''Témoignage des auteurs sacrés. ''C'est aussitôt après la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, que se place le berceau du christianisme. Les Actes des Apôtres rapportent que les deux premiers discours de Pierre font cinq mille convertis ''(Act'', ii, 41 ; iv, 4). Ailleurs, ils parlent « de milliers de Juifs convertis » ''(Act., ''xxi, 20). Dans l'Apocalypse (I, 11) il est fait mention de sept Églises. Les progrès de la nouvelle doctrine sont si rapides que la ''finale de saint Marc ''constate que, selon l'ordre donné par Jésus, d'annoncer dans le monde entier l'Évangile du royaume ''(Mat., ''xxiv, 14), « les disciples partirent et prêchèrent en tous lieux» (''Marc, ''xvi, 20). Saint Paul, à son tour, entre 53 et 57, c'est-à-dire vingt ans environ après l'Ascension de Notre-Seigneur, ne craint pas d'écrire aux Romains que « leur foi est annoncée dans le monde entier» ''(Rom., ''i, 8). — 2. ''Témoignage des auteurs profanes. ''Tacite et Suétone parlent de nombreux chrétiens qui périrent par la persécution de Néron, en l'an 64.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2) ''Au IIe'' ''siècle, ''— 1. Nous avons, tout au début du IIe siècle, vers 112, l'important ''témoignage de Pline le jeune. ''Api es avoir parcouru, en vertu de ses fonctions de légat impérial, les vastes provinces de Bithynie et du Pont, il écrit une lettre-rapport à Trajan, dans laquelle il lui exprime sa surprise d'avoir rencontré « de nombreux chrétiens de tout âge, de tout sexe et même de tout rang, et d'avoir constaté que les temples des dieux étaient presque abandonnés, les sacrifices depuis longtemps interrompus, les victimes destinées aux dieux ne trouvant plus que de rares acheteurs ». — 2. ''Témoignage des Pères. ''Saint Justin, philosophe célèbre de l'école de Platon, converti au christianisme, déclare dans son ''Dialogue avec Tryphon, ''qu'« il n'y a pas une seule race d'hommes, soit barbares, soit grecs, ou de quelque nom qu'ils s'appellent, Scythes qui vivent sur les chars ou nomades qui habitent sous la tente, chez qui ne soit invoqué le nom de Jésus-Christ ». Saint Irénée, vers 170, voulant prouver l'unité de l'Église, la montre répandue par tout l'univers : « Les langues sont diverses dans le monde, écrit-il, mais la tradition de la foi est partout la même. Ni les Églises qui s'élèvent en Germanie n'ont une autre foi ou une autre tradition, ni celles qui sont en Ibérie ou chez les Celtes, ni celles qui sont vers le Levant, ni celles qui sont en Egypte, ou en Libye, ni celles qui sont vers le centre du monde (c'est-à-dire vers la Palestine)». A la fin du IIe siècle, vers 197, Tertullien écrit dans son ''Apologétique, ''c. xxxvii, n° 124 : Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les assemblées, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum, nous ne vous laissons que vos temples. » Et Tertullien ajoute même, plus loin : « Il est évident que si les chrétiens voulaient se révolter, ils seraient plus redoutables que les Maures, les Parthes ou les Marcomans ; ou si seulement ils venaient à se retirer de l'Empire, les païens seraient effrayés de leur solitude ; il y aurait un silence et une sorte de stupeur comme si le monde était mort. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que, dans les paroles de Pline le Jeune, aussi bien que dans celles de saint Justin, de saint Irénée et de Tertullien, il y ait une part à faire à l'exagération et à l'emphase oratoire, la chose ne semble pas contestable, mais l'amplification n'équivaut pas à la falsification de la vérité. La preuve c'est que plus tard, vers 212, le même Tertullien, écrivant au proconsul d'Afrique Scapula pour protester contre une reprise de persécution, parle de « l'immense multitude » des chrétiens formant déjà « presque la majeure partie de chaque cité », paroles qui ne s'expliqueraient pas, et qui, en de telles circonstances, seraient bien maladroites si elles allaient ouvertement contre la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Au IIIe'' ''siècle. ''Un des plus précieux témoignages du me siècle est celui d'Oui gène qui, après avoir écrit, dans sa ''IXe homélie sur la Genèse, ''qu'il n'y avait « presque aucun lieu qui n'eût reçu la semence de la parole divine», avouait, avec une loyauté digne d'un historien moderne, que «la fin du monde était encore loin, puisque l'Évangile n'avait pas encore été prêché partout». Un autre témoignage de la même époque doit être rappelé, quoique moins précis et moins mesuré que le précédent ; c'est celui de saint Cyprien qui compare l'Église de son temps au soleil dont les rayons éclairent tout le monde, à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terré, à un fleuve qui répand ses eaux de tous côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous arrivons ainsi au début du IVe siècle où nous entendons, d'un côté, le païen Porphyre qui se plaint de trouver des chrétiens partout, et de l'autre, l'historien Eusèbe, évêque de Césarée, qui proclame que le Christ est adoré dans le monde entier. D'ailleurs les nombreux conciles, — on en compte plus de cinquante avant le concile œcuménique de Nicée en 325, — qui se sont tenus de toutes parts, à Rome, en Afrique, dans les Gaules, en Espagne, en Grèce, dans la Palestine, etc., sont une preuve évidente que le christianisme était déjà en pleine floraison ayant la conversion de l'empereur Constantin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
281.— B. ''LE TERRITOIRE CONQU1S. ''—Les documents qui contiennent l'histoire du christianisme aux trois premiers siècles, nous le montrent répandu partout dans le vaste Empire romain, qui comprenait presque l'Europe tout entière et une grande fraction de l'Afrique et de l'Asie. Si l'on classe les provinces par rapport au nombre de leurs chrétiens, M. Harnack pense qu'on peut les partager dans les quatre groupes suivants : — a) Le premier groupe, où le christianisme comptait presque la moitié des habitants et formait la religion dominante, comprend l’Asie Mineure actuelle, la partie sud de la Thrace, l'île de Chypre, l'Arménie, la ville et le territoire d'Edesse. — ''b) ''Le deuxième groupe se compose des provinces où le christianisme a gagné une partie notable de la population et peut rivaliser avec les autres religions : ce sont Antioche et la Célé-Syrie, l'Egypte et la Thébaïde, surtout Alexandrie, Rome avec des parties de l'Italie centrale et méridionale, l'Afrique proconsulaire et la Numidie, l'Espagne, les principales parties de la Grèce et la côte méridionale de la Gaule. — c) Le troisième groupe formé des provinces où le christianisme était peu répandu, comprend la Palestine, la Phénicie, l'Arabie, quelques districts de la Mésopotamie, l'intérieur de la Péninsule grecque avec les provinces danubiennes, le nord et l'est de l'Italie, la Mauritanie et la Tripolitaine. — ''d) ''Le quatrième groupe, composé des provinces où le christianisme est tout à fait clairsemé et pour ainsi dire inexistant, embrasse les villes de l'ancienne Philistin, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire, l'ouest de la haute Italie, le contre et le nord de la Gaule, la Belgique, la Germanie et la Rhétie, peut-être aussi la Bretagne et la Norique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
282. — 2° '''Diffusion sociale. '''— Après avoir établi l'expansion numérique et géographique du christianisme, il importe de savoir quelle était la ''qualité ''ou la ''valeur sociale ''de ses adeptes, car il va de soi que si le nom-Tire est une force, la qualité en est une autre. En principe, le christianisme, étant une religion universelle, s'adresse à toutes les classes de la société. — 1. Or il est indéniable que la diffusion de la religion chrétienne s'est faite, à l'origine, surtout parmi ce qu'on peut appeler la classe ''des petites gens. ''Saint Paul écrit en effet aux ''Corinthiens ''qu'il n'y a parmi eux « ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles» (I ''Cor., ''i, 26). Il s'en glorifie d'ailleurs, puisqu'il ajoute que « Dieu a choisi ce qui était faible pour confondre les forts », c'est-à-dire l'orgueil et la fausse science du monde. Malgré cela, ce serait une erreur de croire que le premier noyau chrétien ne se composait que de gens de basse condition. — 2. Il y eut, au contraire, et dès la première heure, quelques ''personnages de marque : ''à Chypre, le proconsul Sergius Paulus ''(Act., ''xiii, 7, 12) ; à Athènes Denis l'aréopagite (''Act., ''xvii, 34), convertis tous ceux par saint Paul ; à Thessalonique plusieurs fermes de haut rang ''(Act., ''xvii, 4, 12). À Rome, on peut citer Pomfonia Graecina dont Tacite raconte qu'elle fut accusée de superstition étrangère ''(Ann., ''xiii, 32), Agilius Glabrion, sénateur et personnage consulaire, que Domitien fit mettre à mort. En Bithynie, il y avait, suivant la lettre de Pline dont il a été question précédemment, des chrétiens appartenant à tous les rangs de la société. La un du IIe siècle marque surtout un accroissement notable du christianisme dans les rangs de l'aristocratie romaine ; les épitaphes que l'on a retrouvées dans un des plus anciens hypogées de Rome, et qui portent les noms des Caecilii, des Attici, des Annii, des Pomponii, des Aurelii, illustres familles de l'époque, en font foi. — 3. A côté des représentants de la richesse, nous trouvons ceux de la ''science. ''Dès les temps apostoliques, les Actes signalent « un Juif nommé Apollos, originaire d'Alexandrie, homme éloquent et versé dans les Écritures» (''Act., ''xviii, 24). Plus tard, les apologistes étaient tous des hommes de grande culture ; il suffit de nommer Tertullien, juriste distingué, et Origène, esprit d'une rare puissance. — 4. ''A la cour, ''la doctrine chrétienne eut aussi ses partisans. Saint Paul parle des chrétiens « de la maison de César» ''(Phil., ''iv, 22), de ceux « de la maison d'Aristobule et de Narcisse» ''(Rom., ''xvi, 10, 11). A la fin du Ier siècle, Flavius Clemens, le cousin de l'empereur Domitien, est chrétien ainsi que ses enfants qui sont les héritiers» présomptifs du trône. Le nombre des chrétiens augmente surtout dans l'entourage des empereurs plus libéraux, Constance Chlore et Licinius. — 5. ''Dans l'armée, ''le recrutement était difficile, la douceur évangélique paraissant sans doute incompatible avec la profession des armes. Cependant, sous Marc Aurèle, la douzième légion ''(fulminata) ''comptait un grand nombre de chrétiens ; c'est de ses rangs que sortirent plus tard les quarante martyrs de Sébaste. Au iv siècle, la christianisation de l'armée était suffisamment accomplie pour que Constantin pût arborer la croix sur ses étendards. — 6. Après avoir parlé des chrétiens en général et sans distinction de sexe, il est juste d'accorder une mention spéciale aux ''femmes, ''en raison du rôle important qu'elles jouèrent dans la primitive Église. De nombreux noms de femmes sont rapportés par les Actes des Apôtres, entre autres celui d'une personnalité importante, Priscille, femme d'Aquila ''(Act., ''xviii, 2 et 26). Les salutations qui terminent les ''Épîtres de saint Paul ''comprennent généralement des noms de femmes : l'Epître aux Romains spécialement en contient huit contre dix-huit noms d'hommes. Saint Paul se préoccupe des mariages mixtes (I ''Cor., ''vu, 12) et de la tenue des femmes dans les assemblées (I ''Cor., ''xi, 5), et l'on sait que, de bonne heure, il fut institué un corps de vierges chrétiennes et de diaconesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce bref aperçu, il est permis de conclure que le christianisme a fait une pénétration rapide presque dans le monde entier, et que, s'il a trouvé plus d'adeptes dans la classe ordinaire, il n'a jamais été la religion d'une caste ni d'un parti. Il a été, dès les premiers jours, une religion universelle et une véritable puissance morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2, — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
283. — Le fait de la rapide diffusion du christianisme à travers le monde s'explique-t-il par des ''causes naturelles, ''tant extrinsèques qu'intrinsèques, c'est-à-dire tirées soit du ''milieu ''où le christianisme pénétrait, soit de la ''doctrine ''elle-même? Ou bien suppose-t-il une intervention spéciale de Dieu et faut-il conclure qu'il y a eu miracle d'ordre moral?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour résoudre le problème, il suffit de savoir s'il y a, oui ou non, juste proportion entre les moyens employés et les résultats obtenus. Comme on le devine bien, tous les rationalistes répondent par l'affirmative, quoi qu’ils se divisent sur le caractère et sur le nombre des causes qu’ont produit la rapidité du développement chrétien. Les apologistes catholiques soutiennent la thèse contraire. Avant d'exposer les arguments que font valoir ces derniers, il convient, en toute justice, que nous passions en revue les ''circonstances favorables ''invoquées par nos adversaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''284. — 1°''' '''Thèse rationaliste. Explication naturelle des faits. '''— D'après M. Harnack[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn234 [234]], le succès de la nouvelle religion était normal, tant il y avait adaptation et harmonie entre le ''milieu ''et la ''doctrine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LE MILIEU. ''— Le christianisme s'est propagé dans deux sortes de milieux : le milieu juif et le milieu païen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Le milieu juif. — ''Sous ce nom il faut entendre non seulement les Juifs qui habitaient la Palestine, ou Juifs ''palestiniens, ''dont la langue était le dialecte araméen, mais les Juifs ''helléniques, ''c'est-à-dire tous ceux qui, à partir de l'exil de Babylone, avaient essaimé dans le monde gréco-romain et qui ne parlaient que le grec. Ces derniers, au début de l'ère chrétienne, formaient une population importante dans les centres principaux de l'Empire romain ; on trouvait des communautés juives ou ''juiveries ''à Antioche, à Damas, à Smyrne, à Éphèse, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, à Alexandrie, à Rome. L'ensemble des communautés constituait ce qu'on a appelé la ''Diaspora, ''d'un mot grec qui veut dire ''dispersion. ''Chaque juiverie avait sa synagogue ; elle y menait sa vie religieuse comme dans la mère-patrie, restant inviolablement attachée à ses institutions, à son culte et à ses espérances Toutefois, bien que gardant leur individualité de race et évitant tout contact avec les païens sur le terrain religieux, les Juifs avaient, par l'élévation de leur doctrine monothéiste, exercé une assez forte influence autour d'eux. Ils avaient même détaché des cultes païens bon nombre d'âmes droites qui, désabusées des erreurs idolâtriques, avaient reconnu le vrai Dieu et s'étaient affiliées au Judaïsme par la circoncision et l'observance des prescriptions mosaïques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn235 [235]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc incontestable, concluent les rationalistes, que la Diaspora favorisa les débuts du christianisme en lui fournissant les cléments des premières chrétientés. — Contentons-nous de remarquer ici que les apologistes chrétiens reconnaissent le fait de cette première circonstance favorable à l'éclosion du christianisme, mais toute la question revient à savoir si la chose doit être regardée comme l'effet du hasard ou comme une heureuse disposition de la Providence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Le milieu païen. ''— Le monde païen, de beaucoup plus considérable que le monde juif, constituait l'ensemble de l'Empire romain. Nous allons voir quels avantages il offrait à la pénétration chrétienne, tant au point de vue politique et général, qu'au point de vue religieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Au point de vue ''politique, ''on peut regarder comme circonstances favorables : — 1) ''l'unité ''politique de l'Empire romain embrassant la presque totalité du monde civilisé : ainsi le terrain semblait préparé pour une Eglise catholique ; — 2) la ''paix universelle ''indispensable à la propagation religieuse ; — 3) L’''usage général de la langue grecque. ''L'hellénisme, regardé comme la plus haute forme de civilisation, avait créé l'unité de langue et d'idées ; — 4) la ''facilité des communications ''qu'assuraient les multiples voies romaines et la navigation méditerranéenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Au point de vue ''religieux, ''le paganisme se trouvait en pleine décadence. Personne ne croyait plus à son absurde et grossière mythologie, et le seul culte qui eût gardé quelque faveur était celui de Borne et de l'empereur, c'est-à-dire le culte de la force. Cependant, toute préoccupation religieuse n'avait pas disparu. Depuis les conquêtes de l'Asie et de l'Egypte, les religions orientales avaient au contraire provoqué un réveil des âmes, et les cultes de Cybèle, Isis, Adonis, Astarté, Mithra avaient « empêché », dit Mgr Duchesne, « le sentiment religieux de mourir» et lui avaient « permis d'attendre la renaissance évangélique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn236 [236]]. Tous ces cultes, du reste, vivaient côte à côte, en bonne harmonie, et il était admis qu'on pouvait les pratiquer tous à la fois, si bien qu'il s'était produit entre toutes ces croyances diverses une sorte de fusion qu'on désigne généralement sous le nom de ''syncrétisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn237 [237]] ''gréco-romain. ''Au contact de ces religions étrangères, le monde païen avait fait plus que de garder sa foi en la divinité ; ses idées sur Dieu, sur le monde et sur l'âme, s'étaient épurées. Les esprits étaient donc prêts, disent les rationalistes, à accepter une religion plus spirituelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
285. — B. ''LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. ''— Tel était le milieu où la semence chrétienne allait être jetée Voyons si celle-ci avait toutes les qualités voulues pour y germer, croître et se développer. D'après les rationalistes, la doctrine chrétienne était tout ce qu'il y a de plus adapté au milieu qui devait la recevoir — ''a) ''Si on la considère dans son ''dogme, ''elle était à la fois simple et complexe, claire et mystérieuse, pouvant se résumer en quelques brèves formules on s'épanouir en riches aperçus, présentant une telle variété d'aspects qu'elle était apte à satisfaire les besoins religieux de toutes les âmes. Au lion des froides divinités païennes, elle montrait un Dieu unique, créateur et maître tout-puissant, un Dieu qui n'était lié à aucune race ni à aucun peuple, Dieu et Père en même temps Fère dont la bonté était allée jusqu'à donner son Fils unique, lequel après voir passé sur la terre en taisant le bien, s'était offert en sacrifice pour le rachat des péchés de l'humanité. — b) Si on le considère dans sa ''morale, ''le christianisme, en professant que tous les hommes sont frères dans le Christ, apportait l’''Évangile de l’amour. ''Il proclamait la grande loi inouïe jusque-là, de la fraternité universelle qui n'exclut personne pas même les ennemis ; loi d'où découlent tous les devoirs sociaux : la charité, la solidarité, le dévouement la miséricorde et le pardon des injures. — c) Si nous la considérons dans son ''culte, ''la doctrine chrétienne n'est pas moins salutaire. Le Christ ne s'est pas contenté de prêcher l’Évangile du salut et de la guérison, il l'a réalisé. Il a guéri les malades, i1 a consolé les affligés et relevé les pécheurs. Il a été vraiment le Sauveur et il le reste toujours par les Sacrements qu'il a institués : c'est ainsi que le Baptême est un bain salutaire qui donne une vie nouvelle et engage les âmes dans la voie de l'immortalité bienheureuse. Or, pour atteindre une si radieuse perspective, les âmes comprirent aisément qu'elles devaient être pures et saintes, et par conséquent, qu'elles devaient pratiquer la continence, et renoncer au monde, aux plaisirs, aux richesses. Appliquant ces principes à la lettre, les chrétientés primitives ne souffrirent dans leur sein aucun membre impur ; luttant contre tous les désordres sociaux, elles défendirent le luxe, les théâtres et les spectacles. — ''d) ''Si l'on considère la religion chrétienne, non plus dans sa substance, mais dans son ''mode d'enseignement, ''elle est tout ensemble la religion de l'autorité et de la raison. D'une part, elle s'impose par la foi, par une foi absolue qui ne souffre pas la discussion. Or ce dogmatisme intransigeant devait lui gagner bien des âmes, trop heureuses d'être délivrées de leur doute, et de rencontrer une doctrine qui leur apportait la lumière complète sur Dieu, sur le monde et sur leur destinée. D'autre part, la raison n'était pas sacrifiée ; il lui revenait de montrer l'harmonie des mystères et leur conformité avec la nature humaine. Ainsi, concluent les rationalistes, l'on peut voir avec quelle richesse et quelle complexité la doctrine chrétienne apparut dès l'abord au monde païen. Renfermant en soi tout ce qui peut être demandé à une religion, elle a capté toutes les forces et toutes les idées pour les mettre à son service.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces conclusions, nous nous garderons d'autant plus de les contredire que nous sommes les premiers à proclamer l'excellence de la doctrine chrétienne et à regarder la transcendance de l'enseignement du Christ comme une présomption en faveur de son origine divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''286. — 2'''° '''Réfutation de la thèse rationaliste. Explication vraie. '''—&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ''circonstances favorables ''à la propagation du christianisme ne sauraient être mises en doute, encore que les rationalistes en ''exagèrent l'importance ''et en tirent des ''conclusions fausses. ''Car toute là question, avons-nous dit revient à savoir si les circonstances favorables ci-dessus mentionnées ne sont pas l'œuvre de la Providence, si elles n'ont pas été préparées par elle comme autant de moyens propres à ouvrir les voies à la nouvelle religion. Ce que nous voudrions démontrer maintenant, c'est que toutes les causes signalées comme éléments de succès n'auraient pas suffi à produire de tels effets, contrebalancées qu'elles étaient par la ''grandeur des obstacles ''et la ''petitesse des moyens employés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
287. — A. ''OBSTACLES.''— La diffusion du christianisme rencontrai-deux sortes d'obstacles : les uns inhérents à la doctrine elle-même ''(obstacles intrinsèques) ''  les autres venant du dehors ''(obstacles extrinsèques).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Obstacles intrinsèques. ''— Tout excellente qu'elle fût, la ''doctrine chrétienne ''ne s'adaptait pas plus à l'esprit des Juifs qu'à celui des païens — 1. Les ''mystères, ''qui composaient son dogme, étaient une rude humiliation pour la raison humaine. Plus spécialement, le ''mystère de la Rédemption ''devait choquer les esprits : il était « ''scandale ''pour les Juifs » (1 ''Cor., ''I, 23) qui attendaient un Messie glorieux et conquérant, et il était « ''folie ''pour les Gentils » qui regardaient la croix comme un objet infâme, comme une ignominie réservée à de vils esclaves. — 2. Les ''exigences de la morale ''n'étaient pas un moindre obstacle. Habitués qu'ils étaient à adorer des dieux pleins d'indulgence pour leurs vices, les païens devaient, en embrassant la religion chrétienne, renoncer aux plaisirs, aux théâtres, aux jeux, même à leurs relations de société, puisque les réunions étaient mêlées presque toujours de superstitions idolâtriques. En outre, la vie chrétienne demandait des vertus, — douceur, humilité, pitié, chasteté, — qui semblaient dépasser les forces humaines. Se convertir au christianisme, c'était donc pour tout païen rompre avec son passé, c'était sortir de son milieu, se priver de multiples jouissances, alors que les autres cultes syncrétistes n'avaient aucune exigence et n'imposaient aucun sacrifice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Obstacles extrinsèques. — ''La nouvelle religion eut à lutter contre deux sortes d'ennemis, contre la calomnie et contre la persécution. — l.- ''La calomnie, ''Les adversaires du christianisme, mal intentionnés, allaient répétant les pires calomnies sur les croyances et les mœurs des chrétiens. Ils les accusèrent par exemple, d'adorer un dieu à tête d'âne, de se livrer, dans leurs réunions nocturnes, à des orgies sans nom. Interprétant faussement le sacrifice eucharistique, ils prétendirent que les chrétiens égorgeaient un enfant et se nourrissaient de sa chair, si bien que Tertullien fut obligé de rappeler que les chrétiens n'étaient ni des ogres ni des monstres inhumains. On les fit passer pour des athées et on les accusa d'être, par leurs impiétés et leurs sortilèges, la cause de tous les maux. — 2. ''La persécution. ''Pendant deux siècles et demi, de Néron à Constantin, les chrétiens furent en butte aux plus atroces persécutions (au nombre de dix), et ce n'est rien exagérer que de dire avec Tertullien que tout païen converti était « un candidat au martyre». M. Harnack le reconnaît d'ailleurs : « Ce serait, écrit-il, une illusion de se représenter la situation des chrétiens comme tout à fait supportable : l'épée de Damoclès restait suspendue sur la tête de chaque chrétien, et celui-ci restait toujours en face de la terrible tentation d'apostasier : car l'apostasie le rendait libre... Aussi n'a-t-on pas le droit de méconnaître le courage qu'il y avait à se faire chrétien et à vivre en chrétien ; il faut surtout glorifier la fidélité de ces martyrs qui n'avaient qu'un mot à dire ou un geste à faire pour être délivrés du châtiment et qui préférèrent la mort à cette délivrance. Dans cette interdiction légale il y avait, à n'en pas douter, un fort obstacle pour la propagande chrétienne. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn238 [238]] Il est vrai que M Harnack se reprend un peu plus loin et déclare, sans se laisser arrêter par une évidente contradiction, que « l'histoire nous apprend, qu'une religion opprimée s'accroît et grandit sans cesse et qu'ainsi la persécution est un bon moyen de propagande ». Il faudrait pourtant choisir : une mémo chose ne saurait être à la fois ''obstacle ''et ''circonstance favorable. ''Loin d'être un bon moyen de propagande, la persécution est assurément le plus rude obstacle qu'une doctrine puisse rencontrer sur son chemin. L'histoire en témoigne, contrairement à ce que prétend M. Harnack: « I1 y a des persécutions qui ont réussi, dit G. Boissier, et le sang a quelquefois étouffé des doctrines qui avaient toutes sortes de raisons de vivre et de se propager... Ne disons donc pas d'un ton si assuré que la force est toujours impuissante quand elle s'en prend à une opinion religieuse ou philosophique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn239 [239]] Les albigeois, les vaudois, les hussites ont succombé sous les coups de la répression. Le protestantisme a disparu, là où il a rencontré l'opposition des pouvoirs publics. Le catholicisme lui-même, quand il était déchu de sa première ferveur, a été balayé par la persécution, comme il est arrivé au xvie siècle sous le règne d'Elisabeth. « Mais une fois au moins, dit encore Boissiek, en parlant du christianisme naissant, la force a été vaincue ; une croyance a résisté à l'effort du plus vaste empire qu'on ait vu ; de pauvres gens ont défendu leur foi et l'ont sauvée en mourant pour elle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn240 [240]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
288. — B. ''MOYENS EMPLOYÉS. ''— Autant les ''obstacles ''étaient grands, autant les ''moyens ''employés étaient faibles. Nous venons de voir précédemment que la religion chrétienne n'avait à son service, comme moyens de propagande, ni les ''séductions de sa morale, ''ni la ''protection du pouvoir civil. ''Au lieu d'allécher les peuples par les séductions de la volupté et de subjuguer les esprits par la force des armes, comme le fit Mahomet, elle déclara la guerre aux passions et aux vices, et pendant trois siècles elle fut impitoyablement traquée par ses adversaires. Aussi pouvons-nous dire avec Pascal que « si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ devait périr. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn241 [241]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N'ayant pour elle ni les attraits séducteurs de sa morale, ni la force des armes, la nouvelle religion avait-elle au moins à sa disposition ''l’éloquence de ses prédicateurs? ''Douze hommes, appartenant à une race mal vue, douze Juifs, sans crédit, sans argent et sans puissance, presque tous illettrée, parlant mal la langue grecque, comme leurs écrits le prouvent ; même saint Paul, saint Jean et saint Luc qui sont des esprits de plus grande envergure, sont, sur ce point, inférieurs aux philosophes-grecs ou latins de l'époque. Voilà les seuls instruments que le Christ a choisis pour faire la conquête du monde. Da reste, les apôtres de la nouvelle religion ne se targuent pas de gagner les esprits par la logique et la force des arguments, et saint Paul ne se fait pas scrupule de dire que « Dieu a choisi ce qui était insensé aux yeux du monde pour confondre les sages, la bassesse et l'opprobre du monde, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (I ''Cor''., i, 27, 29). Ils ne s'appuient que sur une chose, sur l'autorité divine, sur les miracles du Christ et en particulier sur sa résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— La rapide diffusion du christianisme, pénétrant dans des milieux si différents et s'adaptant à toutes les intelligences, les plus raffinées comme les plus frustes, en dépit d'obstacles apparemment insurmontables, peut donc être considérée comme « l'un des faits de l'histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn242 [242]]. Aussi pouvons-nous poser à nos adversaires le fameux dilemme de saint Augus­tin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn243 [243]] : Ou bien des miracles évidents ont été opérés pour la conversion du monde, et alors le christianisme est divin et approuvé de Dieu, ou bien il n'y a pas eu de miracle et alors la conversion du monde sans miracle est le plus grand des miracles, parce que contraire aux lois de l'ordre moral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''289. — Remarque. — La merveilleuse conservation du christianisme.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes ont coutume de compléter l'argument tiré du fait de la rapide diffusion du christianisme par celui tiré du fait de son ''étonnante vitalité ''à travers les siècles. Nous nous contenterons de le signaler, car c'est toute l'histoire de l’Église qu'il y aurait lieu de faire pour présenter l'argument dans toute sa force, ''l'intervention divine ''n'apparaît pas moins évidente dans le ''fait de la conservation de la religion chrétienne ''que dans son admirable propagation. Si, par suite des obstacles qui se dressaient devant elle, il était humainement impossible à la doctrine du Christ de conquérir le monde, il lui était peut-être plus difficile encore de continuer à vivre et de résister à l'éprouve du temps. C'est qu'on effet le temps est un impitoyable démolisseur. L'attrait du nouveau, l'expérience qui montre la faiblesse des doctrines, le danger de corruption qui les menace sans cesse, l'opposition qu'elles rencontrent de toutes parts, voilà autant de causes qui font que leur succès est toujours éphémère. Or toutes ces cause» de mort, le christianisme les a trouvées sur son chemin. Dans la longue suite des siècles, il eut à lutter contre les assauts répétés des sectes hérétiques et contre la domination du pouvoir civil. A peine était-il sorti de l'ère des persécutions, qu'il fut menacé d'asservissement en passant sous la protection des empereurs et que sa victoire faillit tourner en défaite. Puis il assista à la ruine de l'Empire romain auquel son sort semblait lié. Plus tard, au Moyen Age, il connut l'ingérence despotique des pouvoirs civils, la grave querelle des investitures, le schisme d'Occident, le relâchement de l'esprit chrétien jusque chez les pasteurs de l'Église, les excès de l'humanisme, la crise protestante, la crise plus grave de l'esprit moderne avec ses conséquences sociales et politiques...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, tandis que dans le monde tout disparaît avec le temps, tandis que les empires s'écroulent les uns après les autres, que les écoles philosophiques ne gardent la faveur du public que peu de temps, en un mot, tandis que toutes les institutions humaines, quelles qu'elles soient, naissent et meurent tour à tour, seul le Christianisme demeure, gardant toute sa vitalité et ne donnant aucun signe de déclin : ''Stat crux, dum volvitur orbis. ''Aussi le concile du Vatican a-t-il, avec raison, présenté le fait de l'Église comme « un grand et perpétuel motif de crédibilité.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Le Martyre. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
290. — '''État de la question. '''— La diffusion du christianisme a rencontré, avons-nous dit (N° 287), comme principal obstacle, les violentes persécutions que les empereurs romains ont déchaînées contre lui durant les trois premiers siècles. Le martyre fait donc, en réalité, partie intégrante de l'article qui précède. Mais les apologistes ont coutume de détacher cette question pour en faire un argument spécial on faveur de la divinité du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce but, ils considèrent le ''martyre chrétien ''sous un double jour : à un point de vue psychologique et à un point de vue historique. — 1. ''Au point de vue psychologique, ''ils prennent comme point de départ le fait de cette phalange innombrable de chrétiens qui bravent les pires tourments et la mort, avec un héroïsme et un courage qui ne se démentent pas un instant, et ils concluent que pareil fait dépasse les forces humaines et ne s'explique pas sans l'intervention divine. — 2. ''Au point de vue historique, ''les martyrs, du moins les premiers, ceux qui ont été les contemporains du Christ, ont ''rendu témoignage ''des miracles de Jésus, et plus spécialement de sa Résurrection : miracles qui servent de fondement à la doctrine chrétienne et prouvent la divinité du christianisme. En ne reculant pas devant le sacrifice de leur vie, pour affirmer ce qu'ils avaient vu, ils ont donné à leur témoignage une valeur sans égale, et l'on peut dire avec Pascal qu'il y a tout lieu de croire « les histoires dont les témoins se font égorger ». ''(Voir supra)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne considérerons la question que ''du seul point de vue psychologique. ''Le second point de vue, outre qu'il nous paraît très discutable (V. N° 297),se rattache à une autre question ; il appartient entièrement à la preuve historique des miracles du Christ, qu'il s'agisse de ses miracles en général, ou du miracle de la Résurrection (V. N° 271).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au point de vue psychologique, nous aurons à établir deux points : — 1° le ''fait du grand nombre ''des martyrs et 2° le ''caractère surnaturel ''du fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Le fait du martyre chrétien. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
291. — Nous allons voir : 1° ce qu'il faut entendre par ''martyrs ; ''2° quel fut le ''nombre ''de chrétiens martyrisés ; et 3° s'ils furent martyrisés ''parce que chrétiens''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Définition. '''— Étymologiquement, ''martyr ''(du grec ''martus, marturos) ''veut dire témoin. Ce mot a donc été choisi pour désigner les Apôtres et les premiers disciples qui, ayant vu les miracles et la Résurrection du Christ, versèrent leur sang pour en rendre témoignage. Le mot a été employé depuis dans un sens plus large. Il désigne tous les chrétiens qui ont souffert la mort plutôt que de renier leur foi. Peu importe donc que les chrétiens aient sacrifié leur vie pour attester un fait dont ils avaient été les témoins, ou pour confesser leur foi à une doctrine ; les uns comme les autres sont des martyrs du christianisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''292. — 2'''° Le '''nombre. '''— « Aucune donnée statistique, dit M. P. Allard ne permet de retrouver, même approximativement, le nombre des martyrs ; on ne saurait douter qu'il n'ait été très grand. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn244 [244]] Ainsi, d'après le célèbre historien des persécutions, il n'est pas possible, faute de documents, d'évaluer par un chiffre quelconque, même approximatif, le nombre des victimes des persécutions. La raison en est que les listes dressées par les Églises et composant leurs Martyrologes, sont loin d'être complètes et ne mentionnent que les noms des martyrs dont l'anniversaire était célébré. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le nombre en fut très grand. Cette opinion repose sur le témoignage des auteurs profanes et des auteurs chrétiens : — ''a) Témoignage des auteurs profanes- ''— 1. Tacite dit que, sous Néron, il périt une immense multitude de chrétiens, « ''multitudo ingens ''»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn245 [245]]. — 2. Dion Cassius rapporte que « Domitien mit à mort, avec beaucoup d'autres, son cousin Flavius Clemens, alors consul, et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, sa parente »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn246 [246]]. — b) ''Témoignage des écrivains chrétiens. ''Lactance écrit dans son ouvrage ''De la mort des persécuteurs ''(ch. xv) : « Toute la terre était cruellement tourmentée, et, à l'exception des Gaules, l'Orient et l'Occident étaient ravagés, dévorés par trois monstres. » L'historien Eusèbe écrit à son tour dans son ''Histoire ecclésiastique ''(liv. VII, ch. ix) : « II est impossible de dire quelle ''multitude ''de martyrs la persécution fit en tout lieu. En Phrygie, une ville chrétienne fut livrée aux flammes avec tous ses habitants, sans en excepter les femmes et les enfants. ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La tradition sur le grand nombre des martyrs ''fut d'ailleurs acceptée sans conteste jusqu'à la fin du xviie siècle. Elle fut mise en doute en 1684 par le protestant Dodwell qui, tout en réduisant le nombre des victimes des persécutions, admet cependant qu'il fut assez considérable pour être une preuve en faveur du christianisme. Après le critique anglais, la même thèse fut soutenue, au xviiie siècle, par Voltaire naturellement, et tout récemment par certains rationalistes: Hochard ''(Études au sujet de la persécution de Néron), ''Havet ''(Le Christianisme et ses origines), ''Aube ''(Histoire des persécutions de l’Église jusqu'à la fin des Antonins), ''M. Harnack ''(op. cit.).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la thèse du grand nombre des martyrs a été suffisamment prouvée par d'autres historiens tels que Tillemont dans ses ''Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, ''par Ruinart, dans ses ''Acta sincera Martyrum, ''par Le Blanc dans son ''Supplément aux ''« ''Acta sincera» ''de Dom Ruinart, par P. Allard, dans son ''Histoire des persécutions du ''Ier ''au ''IVe ''siècle, ''par G. Boissiek dans ''La fin du Paganisme, ''et même par Renan dans son ''Histoire des Origines du Christianisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au demeurant, alors même qu'il faudrait diminuer le nombre des martyrs, le chiffre en resterait toujours imposant, et il ne faut pas oublier que l'atmosphère de crainte et de péril dans laquelle vivaient tous ceux qui faisaient profession d'être chrétiens, équivalait pour ainsi dire à la mort. , Dans le passage que nous avons cité (N° 287), M. Harnack n'hésite pas à le reconnaître, et il confesse sans détour que là situation des chrétiens était intolérable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si nous n'arrêtions pas notre enquête aux trois premiers siècles, nous pourrions ajouter qu'à travers sa longue histoire- l'Église a toujours eu des martyrs, et que le témoignage du sang ne lui a jamais fait défaut. Qu'on consulte les ''Annales de la Propagation de la Foi ''des cinquante dernières années, et l'on pourra lire le récit du martyre de nombreux chrétiens, missionnaires et laïques, qui sont tombés pour la foi du Christ, au Japon, en Chine, en Cochinchine, au Tonkin, en Mongolie, dans l'Ouganda, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''293. — 3° Ils ont été martyrisés parce que chrétiens.''' — Il n'est pas besoin d'insister longuement pour démontrer que les chrétiens ont été martyrisés pour le seul crime d'être chrétiens. Il est vrai que le premier édit de persécution porté par Néron paraît avoir ou pour prétexte l'incendie de Rome, mensongèrement imputé aux chrétiens. Mais, outre que ce cas est exceptionnel dans l'histoire des persécutions, l'accusation portée par l'empereur n'a jamais été prise au sérieux, comme en témoignent les historiens de l'époque, Tacite et Suétone. Toutes les persécutions ont pour point de départ la promulgation d'un ''édit ''ou ''rescrit ''qui défend de se convertir à la nouvelle religion. Aussi l'interrogatoire des juges est-il très simple. On pose une première question pour savoir si l'accusé fait profession de christianisme, et, dans l'affirmative, s'il veut renier sa foi et sacrifier aux dieux du paganisme, s'il veut être renégat ou martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Le caractère surnaturel du fait. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
294. — Le ''caractère surnaturel ''du fait découle des ''circonstances ''du martyre, de la ''grandeur des supplices, ''d'une part, et du ''courage héroïque ''des chrétiens, d'autre part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° La grandeur des supplices. — Comment dépeindre les affreuses tortures morales et physiques qui guettaient les nouveaux convertis. — ''a) Les tortures morales. ''Lorsque la persécution sévissait, la vie des chrétiens était dans un danger continuel ; « l'épée de Damoclès, comme dit M. Harnack, restait suspendue sur leur tête. » Surtout s'ils appartenaient aux classes riches, leur situation était intolérable. Non seulement ils ne pouvaient briguer les honneurs et les dignités de l'Empire, mais ils étaient dans la nécessité de les refuser, si on les leur offrait, parce que toute charge impliquait l'obligation de sacrifier aux dieux païens[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn247 [247]]. Il est même arrivé parfois que dans l'armée les officiers furent dégradés et chassés des rangs Une autre peine plus grave que la précédente consistait dans la ''confiscation des biens, ''c'est-à-dire, en fait, dans la misère pour toute la famille, et la déchéance, puisque la perte de la fortune entraînait comme conséquence de rejeter les gens de haute condition dans la classe des plébéiens. A côté de ces tortures qui concernaient surtout les hommes de condition élevée, il y avait un ignoble supplice que l'on infligeait parfois à la femme chrétienne. Nous ne le mentionnerons qu'en passant, tant il répugne de penser que, dans une société soi-disant civilisée, il ait pu se trouver des persécuteurs assez bas pour imposer à des jeunes filles la honte de la ''prostitution.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Tortures physiques. ''Les tortures physiques n'étaient pas moindres que les tortures morales. Depuis l'arrestation jusqu'à l'exécution, il arrivait fréquemment que les malheureux accusés devaient passer par les plus rudes épreuves. Jetés dans d'affreuses geôles où ils étaient chargés de lourdes ''chaînes, ''ayant parfois les jambes emboîtées dans des blocs de bois munis de trous ''(neivus) ''et tenues dans un écart douloureux, comme il arriva à Paul et à Silas, lors de leur séjour à Philippes ''(Act., ''xvi, 24), ils avaient presque toujours à '''y '''endurer tous les tourments de la ''faim ''et de la ''soif ''et ils attendaient parfois plus de deux ans le moment où ils devaient comparaître devant le juge. Et quand l'interrogatoire était venu, pour obtenir d'eux le désaveu de leur foi, on leur faisait subir différentes tortures : la ''flagellation, ''la ''tension de leur corps ''sur le chevalet, la ''lacération ''de leurs membres avec des ongles de fer, l'application du fer rouge ou des torches enflammées. Enfin la peine était prononcée : c'était, soit le ''bannissement, ''soit la ''déportation, ''soit les ''travaux forcés ''dans les carrières de pierre, de marbre, dans les mines d'or, d'argent, de plomb, de cuivre, soit la ''peine de mort. ''La peine de mort comportait à son tour des degrés dans les supplices suivant la gravité des cas et la condition des personnes. La peine la plus cruelle et la plus ignominieuse était le ''supplice de la croix ''puis venaient la ''peine du feu, ''la mort sur un ''bûcher, l'exposition aux bêtes, ''le supplice le plus dramatique, celui qui servait de jeu et de réjouissance publique à la société païenne . il y avait enfin la ''décapitation, ''la peine la plus douce appliquée aux condamnés de haut rang[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn248 [248]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''295. — 2°''' '''Le courage des martyrs devant les supplices '''— A voir la somme de souffrances qui étaient réservées aux nouveaux convertis, il semble bien que le christianisme n'ait pu recruter d'adeptes que parmi les hommes dans la force de l'âge, et encore parmi les âmes douées d'une trempe exceptionnelle. Or, il n'en est rien : la religion du Christ compte des martyrs de tout âge, de tout sexe, et de toute condition Il y a donc tout lieu de croire qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire et qu'un secours d'en haut soutenait les martyrs dans leurs épreuves Il est clair qu'une telle opinion ne saurait s'établir par des preuves rigoureuses, mais au moins elle s'appuie sur le ''témoignage des victimes ''elles-mêmes et sur ''celui des païens ''qui assistaient au spectacle de leurs souffrances.— l. Que les ''chrétiens ''aient été convaincus de recevoir un secours surhumain, cela ressort de leur ''témoignage. ''Citons, entre autres, celui de la martyre Félicité. Ses historiens racontent que, étant encore en prison et ayant été prise un jour des douleurs de l'enfantement, elle ne put retenir ses cris. Un des assistants lui dit alors : « Si tu ne peux supporter en ce moment la souffrance, que feras-tu donc en face des bêtes féroces ? » Elle répondit : « C'est moi, en ce moment, qui souffre mes douleurs : mais alors un autre sera en moi, qui souffrira pour moi, parce que je souffrirai pour lui. » — 2. Le fait n'était pas jugé moins étrange par les ''païens ''qui ne comprenaient pas comment des femmes, des enfants, des vieillards pussent supporter de telles douleurs, alors qu'un mot, un simple geste auraient suffi à les sauver. Leur étonnement était pour beaucoup d'ailleurs le principe de leur conversion. « Bien des hommes, dit Tertullien, frappés de notre courageuse constance, ont recherché les causes d'une patience si admirable ; dès qu'ils ont connu la vérité, ils sont devenus des nôtres et ont marché avec nous.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn249 [249]] Le « sang des martyrs» devenait ainsi selon la parole du même auteur, « une semence de chrétiens ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''296. —''' '''Objections. '''— 1° La constance des martyrs, objectent les rationalistes, s'explique — ''a) ''soit par l’''amour de la gloire, ''— b) soit par la ''perspective des biens futurs, ''— c) soit par le ''fanatisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— C'est en vain que les rationalistes cherchent, en dehors dé l'intervention divine, des causes qui puissent expliquer la constance des martyrs. — ''a) ''Invoquer ''Y amour de la gloire, ''c'est se mettre en ''contradiction avec les faits. ''La plupart des martyrs se distinguent par leur humilité. Un certain nombre furent envoyés au supplice loin de la foule, et partant, sans qu'il y eût possibilité pour eux de faire admirer leur courage. Qu'on ne dise pas non plus que ce qu'ont fait les martyrs, les soldats le font tous les jours sur les champs de bataille. Car le soldat se bat pour le butin ou pour la gloire, et, s'il a conscience d'aller au danger, il garde toujours 1’espoir d'y échapper — b) ''La perspective des biens futurs ''a été un motif de courage, c'est indéniable, mais cela ne suffit pas à rendre raison de la constance de si nombreux martyrs, car ne savons-nous pas, par expérience que, malgré l'attente des biens futurs, nous sommes souvent très faibles, non seulement vis-à-vis de la douleur, mais même en face de nos passions — ''c) ''Ce serait une autre erreur de prendre le courage des martyrs pour du ''fanatisme. ''Le fanatisme est un zèle aveugle et extravagant qui emploie tous les moyens, même les plus mauvais, pour la défense d'une opinion. Le fanatique ne discute pas, il s'obstine dans ses idées et veut les faire triompher à n'importe quel prix. Loin d'être fanatiques, nos martyrs sont calmes et réfléchis. Certes, ils ont une foi invincible, mais ils sont prêts à en discuter le bien-fondé, et s'ils y restent inviolablement attaché, jamais ils ne cherchent à l'implanter chez les autres par des moyens violents. Du reste, le fanatisme ne s'expliquerait qu'aux origines de la religion et pendant un laps de temps restreint, mais non pendant trois siècles, ou plutôt, dix-neuf siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
297. — 2° Mais, répliquent encore les rationalistes, ''toutes les religions ont leurs martyrs. ''L'hindou, le musulman, le protestant peuvent donc, tout aussi bien et pour les mêmes motifs que le catholique, se réclamer de leurs martyrs en faveur de la divinité de leur religion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn250 [250]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — Si toute mauvaise cause peut avoir des partisans capables de mourir pour elle, si l'on a vu des pétroleurs tomber bravement en criant : ''Vive la Commune'', des nihilistes et des anarchistes se faire tuer pour leurs idées révolutionnaires, à plus forte raison toute religion, même fausse, peut avoir ses martyrs. Sur ce point comme sur bien d'autres, rien n'empêche qu'il y ait ressemblance entre la vraie et les fausses religions. Tout n'est pas erreur dans les religions fausses, et tout n'est pas mauvais on dehors du christianisme. Pourquoi voudrait-on alors que le christianisme ait le monopole de la vertu et du courage?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces concessions une fois faites, qui oserait prétendre qu'il y ait ''équivalence ''entre l'histoire du martyre chrétien et celle des autres religions! Qu'on compare, non pas seulement quelques martyrs entre eux, mais qu'on regarde ''l'ensemble, ''et l'on verra que jamais, à nulle époque de l'histoire, aucune religion n'a donné tant d'exemples de constance et de courage devant la souffrance et la mort. Le ''fait du miracle moral, ''ce n'est donc pas dans quelques cas isolés que nous le voyons ; c'est dans cette multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards qui vont au devant des plus affreuses tortures et que l'on doit même parfois retenir, qui supportent la douleur sans pousser une plainte et sans prononcer une parole de désaveu. Non, jamais aucune religion n'a donné autant de marques de virilité, n'a manifesté un héroïsme aussi pur, aussi universel, aussi persévérant. Et cela nous suffit pour ne pas douter que Dieu était avec la religion chrétienne et ses martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — 1er Art. — Abbé de Broglie, ''Problèmes et conclusions de l'histoire des religions. ''— Huby, ''Christus. ''— Bricout, ''Où en est l’histoire des religions. ''— Condamin, art. ''Babylone et la Bible ''(Dict. d'Alès). — Chollet, ''La Morale stoïcienne en face de la Morale chrétienne ''(Lethielleux). — Poulin et Loutil, ''Les religions diverses ''(Bonne Presse).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2e et 3e Art. — Mgr Duchesne, ''Histoire ancienne de l'Église ''(Fontemoing). — Pau' Allard. ''Histoire des persécutions ; Dix leçons sur le Martyre ''(Lecoffre). — J. Rivière, ''La propagation du christianisme dans les trois premiers siècles ''(Bloud) : ''Autour de la question du martyre ''(Rev. pr. d'Ap., 15 août 1907). — Batiffol, ''Ancienne littérature chrétienne ''(Gabalda). — Boissier, ''La fin du paganisme ''(Hachette). — G. Sortais, ''Valeur apologétique du martyre ''(Bloud).— De Poulpiquet, ''L'argument des martyrs ''(Rev. pr. d'Ap., 15 mars 1909). — Dubois, Rev. du Clergé français, 15 mars, 15 avril 1907. — Valvekens, ''Foi et raison ''— Tanquerey, ''Théologie dogmatique fondamentale. ''— Didiot, ''Logique surnaturelle objective, ''th. 43, 44. — Fouard, ''Saint Pierre et les premières années du Christianisme. ''— Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle. ''— Frayssinous, Conférences. — Lacordaire, 29e-36e Conférences.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1736</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-07T10:30:29Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* SECTION  II : L'HOMME */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn1 [1]].» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn2 [2]]. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn3 [3]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn4 [4]]. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn5 [5]]. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn6 [6]].» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DEPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn7 [7]], pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn8 [8]]. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn9 [9]], mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn10 [10]]. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn11 [11]], le découvre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn12 [12]] au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section I : Dieu ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre préliminaire : Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn13 [13]]. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn14 [14]], il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn15 [15]] correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn16 [16]], et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn17 [17]] . Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Valeur et limites de la raison.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn18 [18]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn19 [19]], - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn20 [20]] déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn21 [21]].»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn22 [22]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn23 [23]]. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn24 [24]] selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn25 [25]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn26 [26]] suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn27 [27]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn28 [28]], si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn29 [29]]. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn30 [30]], il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn31 [31]] (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn32 [32]]. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn33 [33]] (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn34 [34]]. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn35 [35]]. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn36 [36]], elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn37 [37]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn38 [38]], la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn39 [39]]. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn40 [40]]. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn41 [41]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn42 [42]], saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn43 [43]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn44 [44]] (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn45 [45]]. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn46 [46]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn47 [47]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn48 [48]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn49 [49]]. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn50 [50]]. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn51 [51]] tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn52 [52]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn53 [53]], constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn54 [54]]. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn55 [55]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn56 [56]] - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn57 [57]]) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn58 [58]] — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn59 [59]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu qu « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn60 [60]]. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn61 [61]]. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn62 [62]] seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn63 [63]] et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn64 [64]]. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn65 [65]] ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn66 [66]] (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn67 [67]]. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn68 [68]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn69 [69]]''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn70 [70]] ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn71 [71]]. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn72 [72]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn73 [73]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn74 [74]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn75 [75]] Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn76 [76]], c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn77 [77]] retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn78 [78]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn79 [79]]. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn80 [80]] qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn81 [81]]. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn82 [82]] ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn83 [83]] ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn84 [84]] ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn85 [85]]? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn86 [86]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section II : L'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn87 [87]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn88 [88]], de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn89 [89]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn90 [90]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn91 [91]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn92 [92]]. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn93 [93]] En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn94 [94]], et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn95 [95]], l'existence de deux mains seulement, l'angle facial[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn96 [96]], qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn97 [97]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn98 [98]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn99 [99]]? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn100 [100]].— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn101 [101]] — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn102 [102]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn103 [103]], taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn104 [104]], de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn105 [105]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section III : Rapports entre Dieu et l'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn106 [106]] Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn107 [107]], l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn108 [108]], comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn109 [109]]. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn110 [110]]. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn111 [111]] « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn112 [112]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn113 [113]]. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn114 [114]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn115 [115]] En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn116 [116]] ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn117 [117]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn118 [118]] et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn119 [119]] Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn120 [120]] Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn121 [121]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn122 [122]], qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn123 [123]] de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn124 [124]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn125 [125]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn126 [126]] et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn127 [127]]. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn128 [128]]. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn129 [129]], en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn130 [130]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn131 [131]] Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn132 [132]], un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn133 [133]] Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn134 [134]] C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn135 [135]], comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn136 [136]] ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn137 [137]] — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn138 [138]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn139 [139]]. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn140 [140]] Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn141 [141]], comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn142 [142]] ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux 1? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn143 [143]] ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn144 [144]] du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn145 [145]]'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn146 [146]], les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn147 [147]]. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn148 [148]] et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn149 [149]] — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn150 [150]], comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1735</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-07T10:29:28Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* SECTION III RAPPORTS ENTRE DIEU ET L'HOMME */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn1 [1]].» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn2 [2]]. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn3 [3]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn4 [4]]. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn5 [5]]. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn6 [6]].» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DEPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn7 [7]], pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn8 [8]]. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn9 [9]], mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn10 [10]]. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn11 [11]], le découvre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn12 [12]] au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section I : Dieu ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre préliminaire : Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn13 [13]]. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn14 [14]], il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn15 [15]] correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn16 [16]], et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn17 [17]] . Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Valeur et limites de la raison.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn18 [18]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn19 [19]], - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn20 [20]] déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn21 [21]].»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn22 [22]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn23 [23]]. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn24 [24]] selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn25 [25]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn26 [26]] suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn27 [27]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn28 [28]], si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn29 [29]]. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn30 [30]], il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn31 [31]] (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn32 [32]]. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn33 [33]] (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn34 [34]]. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn35 [35]]. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn36 [36]], elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn37 [37]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn38 [38]], la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn39 [39]]. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn40 [40]]. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn41 [41]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn42 [42]], saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn43 [43]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn44 [44]] (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn45 [45]]. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn46 [46]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn47 [47]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn48 [48]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn49 [49]]. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn50 [50]]. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn51 [51]] tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn52 [52]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn53 [53]], constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn54 [54]]. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn55 [55]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn56 [56]] - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn57 [57]]) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn58 [58]] — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn59 [59]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu qu « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn60 [60]]. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn61 [61]]. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn62 [62]] seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn63 [63]] et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn64 [64]]. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn65 [65]] ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn66 [66]] (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn67 [67]]. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn68 [68]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn69 [69]]''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn70 [70]] ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn71 [71]]. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn72 [72]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn73 [73]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn74 [74]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn75 [75]] Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn76 [76]], c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn77 [77]] retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn78 [78]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn79 [79]]. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn80 [80]] qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn81 [81]]. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn82 [82]] ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn83 [83]] ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn84 [84]] ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn85 [85]]? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn86 [86]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION  II : L'HOMME ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn87 [87]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn88 [88]], de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn89 [89]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn90 [90]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn91 [91]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn92 [92]]. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn93 [93]] En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn94 [94]], et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn95 [95]], l'existence de deux mains seulement, l'angle facial[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn96 [96]], qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn97 [97]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn98 [98]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn99 [99]]? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn100 [100]].— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn101 [101]] — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn102 [102]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn103 [103]], taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn104 [104]], de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn105 [105]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section III : Rapports entre Dieu et l'homme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn106 [106]] Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn107 [107]], l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn108 [108]], comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn109 [109]]. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn110 [110]]. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn111 [111]] « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn112 [112]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn113 [113]]. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn114 [114]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn115 [115]] En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn116 [116]] ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn117 [117]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn118 [118]] et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn119 [119]] Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn120 [120]] Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn121 [121]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn122 [122]], qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn123 [123]] de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn124 [124]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn125 [125]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn126 [126]] et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn127 [127]]. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn128 [128]]. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn129 [129]], en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn130 [130]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn131 [131]] Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn132 [132]], un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn133 [133]] Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn134 [134]] C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn135 [135]], comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn136 [136]] ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn137 [137]] — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn138 [138]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn139 [139]]. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn140 [140]] Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn141 [141]], comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn142 [142]] ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux 1? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn143 [143]] ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn144 [144]] du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn145 [145]]'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn146 [146]], les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn147 [147]]. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn148 [148]] et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn149 [149]] — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn150 [150]], comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1734</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-07T10:28:19Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* DÉVELOPPEMENT */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn1 [1]].» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn2 [2]]. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn3 [3]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn4 [4]]. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn5 [5]]. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn6 [6]].» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DEPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn7 [7]], pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn8 [8]]. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn9 [9]], mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn10 [10]]. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn11 [11]], le découvre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn12 [12]] au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section I : Dieu ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre préliminaire : Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn13 [13]]. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn14 [14]], il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn15 [15]] correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn16 [16]], et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn17 [17]] . Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Valeur et limites de la raison.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn18 [18]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn19 [19]], - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn20 [20]] déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn21 [21]].»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn22 [22]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn23 [23]]. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn24 [24]] selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn25 [25]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn26 [26]] suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn27 [27]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn28 [28]], si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn29 [29]]. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn30 [30]], il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn31 [31]] (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn32 [32]]. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn33 [33]] (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn34 [34]]. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn35 [35]]. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn36 [36]], elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn37 [37]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn38 [38]], la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn39 [39]]. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn40 [40]]. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn41 [41]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn42 [42]], saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn43 [43]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn44 [44]] (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn45 [45]]. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn46 [46]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn47 [47]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn48 [48]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn49 [49]]. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn50 [50]]. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn51 [51]] tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn52 [52]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn53 [53]], constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn54 [54]]. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn55 [55]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn56 [56]] - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn57 [57]]) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn58 [58]] — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn59 [59]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu qu « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn60 [60]]. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn61 [61]]. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn62 [62]] seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn63 [63]] et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn64 [64]]. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn65 [65]] ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn66 [66]] (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn67 [67]]. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn68 [68]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn69 [69]]''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn70 [70]] ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn71 [71]]. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn72 [72]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn73 [73]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn74 [74]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn75 [75]] Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn76 [76]], c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn77 [77]] retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn78 [78]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn79 [79]]. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn80 [80]] qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn81 [81]]. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn82 [82]] ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn83 [83]] ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn84 [84]] ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn85 [85]]? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn86 [86]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION  II : L'HOMME ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn87 [87]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn88 [88]], de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn89 [89]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn90 [90]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn91 [91]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn92 [92]]. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn93 [93]] En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn94 [94]], et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn95 [95]], l'existence de deux mains seulement, l'angle facial[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn96 [96]], qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn97 [97]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn98 [98]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn99 [99]]? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn100 [100]].— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn101 [101]] — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn102 [102]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn103 [103]], taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn104 [104]], de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn105 [105]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION III RAPPORTS ENTRE DIEU ET L'HOMME ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn106 [106]] Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn107 [107]], l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn108 [108]], comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn109 [109]]. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn110 [110]]. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn111 [111]] « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn112 [112]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn113 [113]]. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn114 [114]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn115 [115]] En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn116 [116]] ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn117 [117]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn118 [118]] et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn119 [119]] Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn120 [120]] Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn121 [121]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn122 [122]], qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn123 [123]] de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn124 [124]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn125 [125]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn126 [126]] et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn127 [127]]. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn128 [128]]. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn129 [129]], en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn130 [130]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn131 [131]] Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn132 [132]], un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn133 [133]] Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn134 [134]] C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn135 [135]], comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn136 [136]] ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn137 [137]] — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn138 [138]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn139 [139]]. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn140 [140]] Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn141 [141]], comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn142 [142]] ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux 1? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn143 [143]] ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn144 [144]] du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn145 [145]]'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn146 [146]], les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn147 [147]]. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn148 [148]] et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn149 [149]] — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn150 [150]], comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1733</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-07T10:27:24Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Le Problème de la Certitude. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn1 [1]].» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn2 [2]]. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn3 [3]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn4 [4]]. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn5 [5]]. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn6 [6]].» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DEPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn7 [7]], pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn8 [8]]. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn9 [9]], mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn10 [10]]. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn11 [11]], le découvre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn12 [12]] au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Section I : Dieu ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre préliminaire : Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn13 [13]]. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn14 [14]], il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn15 [15]] correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn16 [16]], et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn17 [17]] . Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Valeur et limites de la raison.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn18 [18]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn19 [19]], - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn20 [20]] déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn21 [21]].»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn22 [22]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn23 [23]]. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn24 [24]] selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn25 [25]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn26 [26]] suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn27 [27]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn28 [28]], si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn29 [29]]. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn30 [30]], il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn31 [31]] (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn32 [32]]. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn33 [33]] (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn34 [34]]. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn35 [35]]. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn36 [36]], elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn37 [37]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn38 [38]], la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn39 [39]]. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn40 [40]]. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn41 [41]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn42 [42]], saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn43 [43]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn44 [44]] (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn45 [45]]. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn46 [46]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn47 [47]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn48 [48]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn49 [49]]. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn50 [50]]. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn51 [51]] tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn52 [52]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn53 [53]], constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn54 [54]]. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn55 [55]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn56 [56]] - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn57 [57]]) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn58 [58]] — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn59 [59]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu qu « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn60 [60]]. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn61 [61]]. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn62 [62]] seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn63 [63]] et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn64 [64]]. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn65 [65]] ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn66 [66]] (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn67 [67]]. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn68 [68]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn69 [69]]''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn70 [70]] ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn71 [71]]. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn72 [72]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn73 [73]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn74 [74]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn75 [75]] Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn76 [76]], c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn77 [77]] retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn78 [78]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn79 [79]]. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn80 [80]] qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn81 [81]]. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn82 [82]] ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn83 [83]] ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn84 [84]] ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn85 [85]]? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn86 [86]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION  II : L'HOMME ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn87 [87]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn88 [88]], de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn89 [89]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn90 [90]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= DÉVELOPPEMENT =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn91 [91]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn92 [92]]. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn93 [93]] En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn94 [94]], et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn95 [95]], l'existence de deux mains seulement, l'angle facial[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn96 [96]], qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn97 [97]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn98 [98]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn99 [99]]? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn100 [100]].— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn101 [101]] — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn102 [102]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn103 [103]], taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn104 [104]], de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn105 [105]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION III RAPPORTS ENTRE DIEU ET L'HOMME ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn106 [106]] Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn107 [107]], l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn108 [108]], comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn109 [109]]. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn110 [110]]. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn111 [111]] « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn112 [112]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn113 [113]]. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn114 [114]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn115 [115]] En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn116 [116]] ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn117 [117]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn118 [118]] et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn119 [119]] Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn120 [120]] Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn121 [121]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn122 [122]], qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn123 [123]] de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn124 [124]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn125 [125]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn126 [126]] et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn127 [127]]. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn128 [128]]. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn129 [129]], en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn130 [130]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn131 [131]] Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn132 [132]], un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn133 [133]] Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn134 [134]] C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn135 [135]], comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn136 [136]] ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn137 [137]] — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn138 [138]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn139 [139]]. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn140 [140]] Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn141 [141]], comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn142 [142]] ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux 1? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn143 [143]] ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn144 [144]] du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn145 [145]]'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn146 [146]], les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn147 [147]]. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn148 [148]] et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn149 [149]] — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn150 [150]], comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Manuel_d%27apolog%C3%A9tique_-_1%C3%A8re_partie_:_Les_pr%C3%A9ambules_rationnels_de_la_Foi&amp;diff=1732</id>
		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-07T10:26:07Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger.» */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Apologétique&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. BOULENGER&lt;br /&gt;
 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn1 [1]].» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn2 [2]]. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn3 [3]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn4 [4]]. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn5 [5]]. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn6 [6]].» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DEPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn7 [7]], pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn8 [8]]. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn9 [9]], mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn10 [10]]. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn11 [11]], le découvre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn12 [12]] au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn13 [13]]. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn14 [14]], il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn15 [15]] correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn16 [16]], et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn17 [17]] . Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Valeur et limites de la raison.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn18 [18]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn19 [19]], - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn20 [20]] déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn21 [21]].»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn22 [22]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn23 [23]]. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn24 [24]] selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn25 [25]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn26 [26]] suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn27 [27]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn28 [28]], si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn29 [29]]. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn30 [30]], il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn31 [31]] (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn32 [32]]. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn33 [33]] (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn34 [34]]. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn35 [35]]. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn36 [36]], elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn37 [37]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn38 [38]], la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn39 [39]]. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn40 [40]]. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn41 [41]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn42 [42]], saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn43 [43]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn44 [44]] (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn45 [45]]. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn46 [46]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn47 [47]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn48 [48]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn49 [49]]. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn50 [50]]. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn51 [51]] tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn52 [52]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn53 [53]], constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn54 [54]]. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn55 [55]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn56 [56]] - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn57 [57]]) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn58 [58]] — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn59 [59]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu qu « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn60 [60]]. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn61 [61]]. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn62 [62]] seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn63 [63]] et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn64 [64]]. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn65 [65]] ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn66 [66]] (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn67 [67]]. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn68 [68]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn69 [69]]''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn70 [70]] ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn71 [71]]. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn72 [72]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn73 [73]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn74 [74]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn75 [75]] Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn76 [76]], c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn77 [77]] retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn78 [78]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn79 [79]]. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn80 [80]] qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn81 [81]]. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn82 [82]] ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn83 [83]] ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn84 [84]] ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn85 [85]]? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn86 [86]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION  II : L'HOMME ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn87 [87]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn88 [88]], de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn89 [89]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn90 [90]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= DÉVELOPPEMENT =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn91 [91]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn92 [92]]. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn93 [93]] En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn94 [94]], et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn95 [95]], l'existence de deux mains seulement, l'angle facial[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn96 [96]], qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn97 [97]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn98 [98]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn99 [99]]? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn100 [100]].— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn101 [101]] — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn102 [102]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn103 [103]], taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn104 [104]], de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn105 [105]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION III RAPPORTS ENTRE DIEU ET L'HOMME ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn106 [106]] Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn107 [107]], l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn108 [108]], comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn109 [109]]. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn110 [110]]. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn111 [111]] « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn112 [112]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn113 [113]]. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn114 [114]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn115 [115]] En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn116 [116]] ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn117 [117]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn118 [118]] et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn119 [119]] Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn120 [120]] Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn121 [121]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn122 [122]], qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn123 [123]] de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn124 [124]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn125 [125]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn126 [126]] et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn127 [127]]. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn128 [128]]. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn129 [129]], en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn130 [130]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn131 [131]] Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn132 [132]], un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn133 [133]] Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn134 [134]] C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn135 [135]], comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn136 [136]] ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn137 [137]] — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn138 [138]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn139 [139]]. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn140 [140]] Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn141 [141]], comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn142 [142]] ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux 1? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn143 [143]] ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn144 [144]] du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn145 [145]]'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn146 [146]], les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn147 [147]]. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn148 [148]] et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn149 [149]] — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn150 [150]], comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Manuel d'apologétique - 1ère partie : Les préambules rationnels de la Foi</title>
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				<updated>2011-04-07T10:25:34Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Apologétique  | auteur                        = Abbé A. BOULENGER  | source                        = Manuel d’Apologé... »&lt;/p&gt;
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 | source                        = Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937, 8e éd., 490 p. &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1920&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = IMPRIMATUR : C. Guillemant, Vic. gen. , Atrebati, die 30 Aprilis 1920.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Lettre d’approbation =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cher Monsieur l'Aumônier,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Succès oblige. Votre premier ouvrage : La Doctrine catholique, vous a conduit et presque contraint à lui donner un complément : Le Manuel d'Apologétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne vous en prenez qu'à vos qualités de méthode, de précision, de probité scientifique. Ce sont elles qui vous ont conquis tant de lecteurs et de disciples, et qui les ont autorisés à attendre de vous ce nouvel effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un manuel d'apologétique, en effet, n'est pas chose facile. L'objet en est complexe, ardu et, du moins en sa partie négative ou défensive, en voie de perpétuelle transformation. La tâche exige une intelligence toujours en éveil, et autant de souplesse que de fermeté dans l'esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, l'Apologétique n'est-elle point, par son but, un art aussi bien qu'une science? Si elle prétend convaincre et toucher, ne lui faudra-t-il pas compter avec les circonstances de temps, de pays, de personnes? Le choix des arguments, leur importance respective, la manière de les faire valoir : c'est en cela que précisément consistera le talent de l'apologiste, son mérite et son succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre « Manuel», Monsieur l'Aumônier, trahit de vastes lectures et un long travail de mise en œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez eu raison de donner, pour point de départ à la recherche de la vraie Religion et de la véritable Église, dés notions rationnelles sur la certitude, sur la nature de l'homme, sur les rapports qui existent entre l'âme humaine et son Créateur. Rien n'est plus opportun à l'heure actuelle. Le plus difficile aujourd'hui, c'est d'amener les indif­férents à reconnaître la nécessité d'une religion. Dès qu'ils sont ar­rivés là, leur choix est vite fait. La religion chrétienne et catholique défie toute comparaison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, là encore, vous aviez à combattre de redoutables adver­saires. Formés aux disciplines scientifiques, habitués à passer au crible tous les textes et tous les raisonnements, les savants modernes sont aussi habiles à l'attaque qu'à la riposte. Vous avez exploré, avec beaucoup de sagacité et de conscience, ce qu'on peut appeler leurs positions de combat. Je ne crois pas que vous ayez éludé aucune des questions agitées naguère dans les divers domaines où se rencontrent la foi et le rationalisme : exégèse, histoire des religions, évolution des dogmes, histoire de l'Église primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré des imperfections inévitables en une matière qui touche à des problèmes si délicats, vous avez réalisé une œuvre de valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous excellez à mettre les idées dans un ordre lumineux et serré. Vous êtes plus touché par la solidité des arguments que par la renom­mée de leurs auteurs. Vous savez puiser les informations aux bonnes sources, sans abdiquer la légitime indépendance de votre jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je souhaite donc à votre livre, cher Monsieur l'Aumônier, le même succès qu'à ses devanciers. Je suis heureux de vous encourager à poursuivre les travaux que vous avez entrepris, depuis quelques années, pour la diffusion de la science qui est la plus nécessaire, je pourrais dire, la plus passionnante de toutes : celle de la Religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je bénis, cher Monsieur l'Aumônier, votre vaillante initiative, et je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments paternellement dévoués en Notre-Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eugène LOUIS, évêque d’Arras&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arras, le 23 mai 1920, en la fête de la Pentecôte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Première partie : Introduction et préambules rationnels de la Foi =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== INTRODUCTION NOTIONS GÉNÉRALES ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1. Définition.''' Étymologiquement, le mot apologétique (grec ''apologêtikos, apologia)'' veut dire justification, défense. Conformément à l’étymologie, l'apologétique est la justification et la défense de la foi catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2. Objet.''' Comme on peut le voir par la définition, l'apologétique a un double objet. Elle est : a) ''la justification de la foi catholique''. Considérant la religion dans son fondement, c'est-à-dire dans le fait de la révélation chrétienne, dont l'Église catholique se dit la seule dépositaire fidèle, elle expose les motifs de crédibilité qui en démontrent l'existence. Le problème qu'elle doit résoudre est donc celui-ci: Étant donné qu'un certain nombre de religions se partagent l'humanité, il s'agit de trouver la vraie. Or l'apologiste catholique prétend que sa foi est la seule vraie, qu'elle est objectivement vraie: il doit donc en faire la preuve. Ce premier travail constitue l'apologétique démonstrative ou constructive,. - b) ''la défense de la foi catholique''. Non seulement l'apologétique présente les titres de la Religion catholique à notre adhésion, mais elle fait front à ses adversaires et répond aux attaques qu'elle rencontre, chemin faisant. Et comme les attaques varient avec les époques, il s'ensuit qu'elle aussi doit évoluer et se renouveler sans cesse: laissant de côté les objections anciennes et démodées, elle doit se porter sur le terrain de combat choisi par les adversaires de l'heure présente. Envisagée sous ce second aspect, l'apologétique a un caractère négatif et porte le nom d'apologétique défensive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3. - Corollaire.''' - APOLOGÉTIQUE ET APOLOGIE. - L'on a coutume de distinguer l'apologétique de l'apologie. « Apologétique signifie proprement: science de l'apologie, de même que dogmatique signifie science des dogmes. L'apologétique est la défense savante du christianisme par l'exposé des raisons qui l'appuient ... Une apologie est une défense opposée à une attaque[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn1 [1]].» L'objet de l'apologétique est donc plus général. L'apologie, au contraire, se meut dans une sphère restreinte: elle se borne à défendre un point de la doctrine catholique, qu'il s'agisse du dogme, de la morale ou de la discipline[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn2 [2]]. Elle prouve, par exemple, que le mystère de la Trinité n'est pas absurde, qu'il est injuste d'accuser la morale chrétienne d'être une morale intéressée, que le célibat, loin d'être une institution blâmable, offre de précieux avantages ; elle réhabilite, s'il le faut, la mémoire d'un saint. L'apologie remonte au premier âge du christianisme; l'apologétique, étant une science, n'est venue que plus tard, et elle est toujours en voie de formation, ou du moins, de perfectionnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== But et Importance de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
'''4. - But. -''' L'objet de l'apologétique (N° 2) fait ressortir clairement le but qu'elle poursuit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. EN TANT QUE DÉMONSTRATIVE'', elle vise le croyant, d'une part, et d'autre part, l'indifférent et l'athée: - a) le croyant, pour le soutenir dans ses convictions en lui permettant d'établir le bien-fondé de sa foi, en éclairant son intelligence et en affermissant sa volonté; - b) l'indifférent et l'athée, le premier pour le convaincre que la question religieuse s'impose, et que l'indifférence, en matière aussi grave, est déraisonnable, le second pour le tirer de son incrédulité. Elle veut les amener tous les deux à réfléchir, à étudier et à se convertir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn3 [3]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. - EN TANT QUE DÉFENSIVE,'' l'apologétique ne vise que les anti-croyants et elle a pour but de réfuter leurs préjugés et leurs objections. Nous disons anti-croyants, et non incroyants, car tandis que souvent les incroyants se contentent de ne pas croire, les anti-croyants ont leur religion à eux, qu'ils dressent contre la religion catholique: religion de la science, de l'humanité, de la démocratie, de la solidarité, etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5. - Importance.''' - L'importance de l'apologétique se déduit des deux raisons suivantes: - a) Elle est à la base de la foi. Rappelons-nous, en effet, que la foi implique un triple concours: le concours de l'intelligence, de la volonté et de la grâce. Or, le rôle de l'apologétique est de conduire au seuil de la foi, de la rendre possible en démontrant qu'elle est raison­nable[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn4 [4]]. Sans doute, à consulter les faits, la question ne se pose pas tout d'abord pour nous. Elle est résolue, avant même que notre esprit s'attache à la discuter; car, quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, nous la recevons tous de notre milieu et de notre éducation: elle nous vient de nos parents et de nos maîtres. Beaucoup s'en contentent toujours d'ailleurs et l'acceptent ainsi, toute faite, d'autorité, sans discussion et sans contrôle. Mais il peut arriver un moment oille doute envahisse notre esprit et où il soit nécessaire d'armer notre foi contre. les attaques de nos ennemis. Saint Pierre ne recommandait-il pas déjà aux premiers chrétiens de se tenir prêts à répondre quand on leur demanderait compte de leur croyance (1 ''Pierre,'' III, 15). Autant et plus que jamais, tout catholique doit être en état de se raisonner sa foi et d'en rendre raison aux autres[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn5 [5]]. - b) L'apologétique est la condition nécessaire de la théologie. En effet, l'exposition de la Doctrine catholique suppose la foi déjà admise et ne concerne que les croyants. Il suit de là que, si toutes deux ont des points de contact et s'occupent également de la révélation, elles diffèrent quant au point de départ et quant à la marche. Ainsi l'apologiste, sans autre instrument que la raison, part des créatures pour s'élever au créateur, à un Dieu révélateur et aboutit au fait de l'Église enseignante, au lieu que la théologie suit un ordre inverse: partant du point d'arrivée de l'apologétique, à savoir, du magistère infaillible de l'Église, elle expose les enseignements de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Division de l'Apologétique. ===&lt;br /&gt;
6. - La religion catholique ayant pour fondement le lien, les rapports qui existent entre Dieu et l'homme, ou plutôt l'âme humaine, il s'ensuit que l'apologétique doit traiter de Dieu, de l'homme et de leurs rapports. Or la solution des problèmes qui concernent ce triple objet est du domaine de la philosophie et de l'histoire. D'où deux grandes divisions: la partie philosophique et la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''7. – 1° Partie philosophique.''' - Les principales questions, qui sont du ressort de la philosophie, sont les suivantes. - ''A. SUR DIEU.'' Cette première section traite de l'existence de Dieu, de sa nature et de son action (Création et Providence). - ''B. SUR L'HOMME''. La seconde section doit démontrer l'existence de l'âme humaine, d'une âme qui a pour propriétés d'être spirituelle, libre et immortelle. - ''C. SUR LEURS RAPPORTS''. La troisième section forme comme la conclusion des deux premières. En partant de la nature de Dieu et de l'homme, elle a pour but d'établir les rapports qui s'ensuivent nécessairement et ceux dont il est possible de présumer l'existence. Les trois sections de la première Partie forment ce qu'on appelle les préambules rationnels de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8. - 2° Partie historique.''' - Avec la seconde partie, nous abordons la question de fait. Or tout fait relève de l'histoire. C'est donc par les documents historiques que l'apologiste doit prouver l'existence des révélations primitive et mosaïque, puis de la révélation chrétienne faite par Jésus-­Christ et dont l'Eglise catholique garde le dépôt. La partie historique se subdivise donc en deux sections: la démonstration chrétienne et la démonstration catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DÉMONSTRATION CHRÉTIENNE. ''- Dans cette 'première section, il s'agit de prouver l'origine divine de la religion chrétienne par des signes ou critères qui emportent notre assentiment. Ces signes sont de deux sortes. Il y a : - a) les critères externes ou extrinsèques, c'est-à­-dire tous les faits, miracles et prophéties, qui, ne pouvant avoir d'autre auteur que Dieu, ont été fournis par lui en vue de la révélation pour déterminer et confirmer notre foi, et - b) les critères internes ou intrinsèques c'est-à-dire ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée (voir N° 156): &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE.'' - Après avoir, prouvé l'origine divine de la religion chrétienne, l'apologiste doit montrer que l'Eglise catholique seule possède les marques de la vraie Église fondée par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. - AUTRE FORME DE DÉMONSTRATION.'' - Ces deux sections de la partie historique peuvent être fondues en une seule, et l'on peut faire immédiatement la démonstration catholique sans passer par l'intermédiaire de la démonstration chrétienne. L'apologiste qui adopte cette méthode à un degré va droit à l'Église catholique qu'il montre « illustrée de tels caractères, que tout le monde peut aisément la voir et la reconnaître pour la gardienne et la maîtresse unique du dépôt de la révélation », possédant elle seule « le trésor immense et merveilleux des faits divins qui portent jusqu'à l'évidence la crédibilité de la foi chrétienne », et étant elle-même un fait divin, « un grand et perpétuel motif de crédibilité, par son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, son unité catholique et son invincible stabilité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn6 [6]].» La crédibilité du magistère divin de l'Église une fois admise il ne reste plus qu'à écouter ses enseignements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les grandes lignes de l'apologétique démonstrative. Elle marche, du reste, de pair avec l'apologétique défensive qui lui déblaie le terrain en réfutant les objections que lui opposent ses adversaires, soit dans la partie philosophique, soit dans la partie historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les méthodes de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''10. - 1° Définition. -''' On entend par méthode apologétique l'ensemble des procédés que les apologistes emploient pour démontrer la vérité de la religion chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''11 – 2° Espèces. -''' Comme la méthode de l'apologétique doit ,varier nécessairement avec la nature du sujet qu'elle traite, il y a lieu de distinguer: - a) la méthode philosophique ou rationnelle dans la partie philosophique où il s'agit de démontrer par la raison l'existence et la nature de Dieu et de l'âme humaine, et d'établir leurs rapports; - b) la méthode historique dans la seconde partie où il faut prouver par l'histoire le fait de la révélation. La méthode historique, à son tour, prend différents noms, selon la manière de procéder de l'apologiste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1. SELON LE POINT DE DEPART'' qu'il adopte, nous avons la méthode descendante et la méthode ascendante. - 1) Dans la méthode descendante, l'apologiste suit la marche que nous avons tracée au N° 8 : il va de la cause à l'effet, de Dieu à son œuvre. Remontant aux origines du monde, il apporte successivement les preuves de la triple Révélation divine, primitive, mosaïque et chrétienne. - 2) Dans la méthode ascendante, il suit l'ordre inverse dont nous avons parlé au N° 9 : il va de l'effet à la cause, de l'œuvre à l'auteur. Partant du fait actuel de l'Église, il établit ses titres à notre croyance; après quoi, il ne reste plus qu'à écouter son témoignage sur la révélation elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2. SELON LA NATURE DES ARGUMENTS'' et l'importance que l'apologiste leur attribue dans la démonstration, nous avons: la méthode extrinsèque ou externe, et la méthode intrinsèque ou interne. - 1) La méthode extrinsèque est ainsi appelée parce que son point de départ est extrinsèque, c'est-à-dire pris en dehors de l'homme, et parce qu'elle fait un usage presque exclusif des critères extrinsèques ou externes (voir N° 156). - 2) La méthode intrinsèque, au contraire, part de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu, et attache plus d'importance aux critères intrinsèques (voir N° 156). Considérant l'homme au point de vue individuel et au point de vue social, elle montre combien la religion surnaturelle répond aux appels et aux besoins de son âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12. Nota.'' ''LA MÉTHODE D'IMMANENCE''. A la méthode intrinsèque se rattache la méthode de l'immanence. Les partisans de la méthode d'immanence prennent leur point de départ dans la pensée et l'action de l'homme. L'homme, disent-ils, sent en lui un besoin inassouvissable de béatitude; il a faim et soif d'idéal, d'infini, de divin. A certaines heures de mélancolie et de tristesse, il éprouve, selon le mot de saint AUGUSTIN, une inquiétude qui ne lui laisse aucun repos. Ces états d'âme, qui sont l'œuvre de la grâce, doivent disposer l'homme de bonne volonté à accepter la révélation chrétienne qui seule peut combler le vide de son cœur. Ainsi les aspirations internes et immanentes (du lat. in ''maniere, immanens'', qui réside dans), c'est-à-dire, d'après l'étymologie du mot, qui sont au fond de notre être, démontrent que notre nature a besoin d'un surcroît, et qu'elle postule[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn7 [7]], pour ainsi dire, le surnaturel, le transcendant, le divin que nous offre la révélation chrétienne .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''13. - Valeur des différentes méthodes.'' -1. Nous n'avons pas à apprécier ici les deux méthodes, descendante et ascendante. Qu'il nous suffise de remarquer que la démonstration à un degré, méthode ascendante, ­a l'avantage d'être moins longue, mais aussi l'inconvénient d'être moins complète. - 2. Que faut-il penser des méthodes extrinsèque, intrinsèque et d'immanence? Il est bien évident que leur efficacité, et par conséquent leur valeur, varie avec les époques et l'état des esprits auxquels elles s'adressent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn8 [8]]. Aucune n'est d'ailleurs sans dangers si elle ne reste dans de justes limites. - 1) ''La méthode extrinsèque'', poussée trop loin, tombe dans l'intellectualisme. En exagérant la part de l'esprit et la force de la raison, elle paraît détruire la liberté de la foi et risque de manquer son but. Car elle aura beau démontrer comme un théorème qu'il y a une révélation divine et que l'Église catholique en garde le dépôt, nous ne consentirons à y adhérer que si elle correspond à nos aspirations. - 2'') ''De même, ''la méthode intrinsèque,'' si elle rabaisse trop la raison et accorde trop de place à la volonté et au sentiment dans la genèse de l'acte de foi, aboutit au subjectivisme et au fidéisme, et manque également son but. Il ne suffit pas, en effet, dé montrer la conformité de la révélation chrétienne avec les aspirations du cœur humain; si l'on passe sous silence les preuves historiques qui attestent son origine divine, les adversaires pourront toujours objecter que la religion catholique n'a pas plus de valeur que les autres religions. - 3) Ce que nous venons de dire de la méthode interne s'applique ''à la méthode d'immanence''. Celle-ci peut être une excellente préparation d'âme, mais elle ne saurait être irréprochable que dans la mesure où elle n'est pas exclusive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''14.-.Apologétique intégrale. ''- L'apologétique intégrale doit donc réunir les trois méthodes, extrinsèque, intrinsèque et d'immanence. - a) Pour aboutir plus sûrement à l'acte de foi, il est bon de faire d'abord la préparation d'âme, soit par la méthode intrinsèque, soit par la méthode d'immanence. « C'est seulement dans le vide du cœur, dit M. BLONDEL, c'est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu'une révélation se fait utilement écouter du dehors. Le sens des paroles et l'éclat des signes ne seraient rien sans doute, s'il n'y avait intérieurement le dessein d'accepter la clarté divine.» - b) Ce travail préliminaire une fois achevé, la méthode intrinsèque et la méthode d'immanence doivent rejoindre la méthode extrinsèque et commencer avec elle l'enquête historique pour faire la preuve du fait de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Historique de l’Apologétique ===&lt;br /&gt;
Que les méthodes de l'apologétique aient varié avec les temps, qu'elles aient dû s'adapter aux idées et aux besoins des milieux, cela va de soi. Il est permis cependant, parmi les tendances diverses, de distinguer trois courants principaux, et par conséquent, trois sortes d'apologétiques : l'apologétique traditionnelle, l'apologétique moderne et l'apologétique moderniste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''15. - Apologétique traditionnelle.''' - L'apologétique traditionnelle est celle qui a toujours été et qui est encore en usage dans l'Église, et qui forme ainsi comme une tradition ininterrompue. Elle se caractérise par l'importance qu'elle. donne aux critères externes. Elle s'adresse surtout à l'intelligence, mais il ne faut pas croire toutefois qu'elle se désintéresse des dispositions morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux apologistes, pour se con­vair1cre qu'elle a su faire une heureuse alliance des méthodes extrinsèque et intrinsèque. - 1. A commencer par Notre-Seigneur lui-même, n'est-il pas évident qu'il attache le plus grand prix à la préparation morale? (Paraboles de la semence, Marc, IV, 1, 20 ; des invités aux noces, Mat., XXII, Luc, XIV). Il ne consent généralement à donner des signes de sa mission divine qu'à ceux qui ont la foi, la confiance et l'humilité. - 2. Les Apôtres ne procèdent pas autrement que leur Maître. - 3. Plus tard, au temps des persécutions, l'apologétique est avant tout, défensive. Les chrétiens sont accusés de complot contre la sûreté de l' Etat, d'athéisme et d'immoralité. Pour les défendre de ces calomnies, les apologistes instituent un parallèle entre le paganisme et le christianisme, ils font ressortir la transcendance de celui-ci (critères internes), puis ils invoquent les miracles d'ordre moral: la conversion du monde, la sainteté de vie des chrétiens, leur constance héroïque au milieu des supplices, leur nombre croissant (saint JUSTIN, TERTULLIEN). - 4. Saint THOMAS D'AQUIN, le grand apologiste du moyen âge, après avoir exposé les préambules de la foi et réfuté les objections des adversaires (''Somme contre les Gentils''), montre, dans sa Somme théologique, l'harmonie et l'accord des vérités chrétiennes, avec les aspirations de notre âme (critères intrinsèques). - 5. L'on comprendra mieux le modernisme quand on aura étudié le chapitre suivant et en particulier le système intuitionniste de M. BERGSON. Au XVIIe siècle, BOSSUET fait, il est vrai, un usage exclusif des critères externes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn9 [9]], mais PASCAL, en revanche, s'attache surtout aux critères internes, au point qu'il a pu être regardé comme l'initiateur de la méthode d'immanence dont il a été question plus haut (N ° 12.) Débutant par les critères internes d'ordre subjectif, il considère la nature humaine dans sa grandeur et sa misère. Il veut ainsi amener l'homme à reconnaître que la religion lui est nécessaire comme explication et comme remède à son indigence; elle seule nous fait comprendre, en effet, notre misère en nous en découvrant la cause dans le péché originel, et elle nous indique le remède dans la Rédemption du Christ. Pascal fait donc la préparation du cœur avant de prouver la vérité du christianisme par les critères externes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''16. - 2° Apologétique moderne. '''- La caractéristique de l'apologétique moderne c'est la prépondérance accordée aux critères internes. Sous prétexte que les preuves historiques et les critères externes: miracles et prophéties, ont peu de force pour convaincre les esprits imbus des idées philosophiques et scientifiques modernes, les apologistes s'attachent surtout à la préparation morale. Ils exposent les merveilles du christianisme, la parfaite harmonie du culte catholique avec le sens esthétique (CHATEAUBRIAND), sa valeur et sa vertu intrinsèque (OLLÉ-LAPRUNE, Yves LE QUERDEC), sa transcendance (Abbé DE BROGLIE), ses beautés intimes, ses admirables effets, par exemple, en apportant la consolation à ceux qui souffrent (méthode intime de Mgr BOUGAUD). Ou bien ils voient dans la religion et l'autorité de l'Eglise le fondement de l'ordre moral et social (LACORDAIRE, BALFOUR, BRUNETIÈRE), etc. Nous avons déjà dit que cette méthode, excellente en soi, serait incomplète, si elle supprimait totalement les critères externes: miracles et prophéties (N° 13). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''17. - 3° Apologétique moderniste'''. - L'apologétique moderniste, dont les représentants les plus connus sont: en France, LOISY (''L'Évangile et l'Église, Autour d'un petit livre)'', LE ROY (''Dogme et Critique'') ; en Angleterre, TYRREL (''De Charybde à Scylla''), en Italie, FOGAZZARO (''Le Saint''), a été condamnée par le Décret ''Lamentabili (''3 juillet 1907) et l'Encyclique ''Pascendi'' (8 sept. 1907). En voici les traits principaux: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. DANS LA PARTIE PHILOSOPHIQUE''. - Deux points caractérisent la philosophie moderniste: - a) Dans son côté négatif elle est agnostique. Nourri des philosophies modernes: subjectivisme de Kant, positivisme d'A. Comte, intuitionnisme de M. Bergson, le modernisme professe que la raison pure est impuissante à franchir le cercle de l'expérience et dés phénomènes et, de ce fait, inapte à démontrer l'existence de Dieu, même par le moyen des créatures. - b) Dans son côté positif, la philosophie moderniste est constituée par la doctrine de l'immanence vitale ou religieuse (immanentisme). D'après cette théorie, rien ne se manifeste à l'homme qui ne soit préalablement contenu en lui. « Dieu n'est pas un phénomène qu'on puisse observer hors de soi, ou une vérité démontrable par un raisonnement logique. Qui ne le sent pas en son cœur ne le trouvera jamais au dehors. L'objet de la connaissance religieuse ne se révèle que dans le sujet par le phénomène religieux lui-même[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn10 [10]]. » Ainsi la raison ne démontre pas Dieu, mais l'intuition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn11 [11]], le découvre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn12 [12]] au fond de l'âme, ou plutôt, comme ils disent, dans les profondeurs de la subconscience où nous le trouvons vivant et agissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. DANS LA PARTIE HISTORIQUE.'' - L'historien moderniste est, quoiqu'il s'en défende, tributaire de ses principes philosophiques. Agnostique, il prétend que l'histoire n'a pour objet que les phénomènes. Dieu, étant au-dessus des phénomènes, ne peut donc être l'objet de l'histoire, mais affaire de foi: d'où la grande distinction entre le Christ de l'histoire et le Christ de la foi, le premier, réel, le second, transfiguré et défiguré par la foi. Deux autres principes, l'immanence vitale et la loi de l'évolution expliquent le reste: l'origine de la religion, née du sentiment religieux du Christ et des premiers chrétiens, sa transformation successive que l'on constate dans le développement du dogme. Les Livres Saints, en général, et les Évangiles, en particulier, n'ont du reste aucune valeur historique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, l'apologiste moderniste rejette toutes les preuves traditionnelles. Dans la partie philosophique, partant de la théorie kantiste, que la raison pure ne démontre pas Dieu, il substitue les preuves de sentiment aux preuves rationnelles. Dans la partie historique, n'admettant pas que Dieu puisse être un personnage de l'histoire, il supprime les critères extrinsèques: miracles et prophéties qui sont les grands signes de la révélation divine. Au reste, il estime superflu de demander à l'histoire ce que le témoignage de la conscience lui révèle. Pourquoi chercher Dieu en dehors de nous lorsqu'il est en nous et qu'on le sent en son cœur ? La tâche de l'apologiste se borne donc à descendre dans les profondeurs de notre âme et à y provoquer l'expérience religieuse. Le sentiment religieux, c'est-à-dire la conscience individuelle qui nous fait constater que le christianisme vit en nous et satisfait les profondes exigences de notre nature: telle est l'unique raison de croire, la seule révélation et la source de toute religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce bref aperçu suffit à nous montrer que le modernisme détruit toute idée de vraie religion et va à l'encontre de l'apologétique catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== PLAN DE L'OUVRAGE ===&lt;br /&gt;
18. - Nous suivrons, dans notre démonstration de. la foi catholique, l'ordre que nous avons indiqué plus haut (Nos 6, 7 et 8). Cet ouvrage comprendra. donc trois parties: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1ere Partie.''' '''- Les Préambules rationnels de la foi. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2e Partie.''' '''- La vraie Religion. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3e Partie'''. '''- La vraie Église'''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ferons précéder chaque partie d'un tableau synoptique qui en marquera les points principaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Bibliographie'''. - MAISONNEUVE, Art. ''Apologétique'', Dict. de théologie Vacant-Mangenot (Letouzey). - X. M. LE BACHELET, ''Art. Apologétique'', Dict. de La foi catholique d'Alès (Beauchesne). - A. DE POULPIQUET, ''L'objet intégral de l’Apologétique'' (Bloud). - X. M. LE BACHELET, ''De l'Apologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne ''(Lethielleux). - BAINVEL, ''De vera Religione et Apologetica'' (Beauchesne). - GARDEIL, ''La crédibilité et l'apologétique'' (Gabalda). - BAINVEL, ''La Foi et l'acte de Foi'' (Lethielleux). - WILMERS, ''De religione revelata libri quinque''. _ MARTIN'', L'apologétique traditionnelle''. - VALENSIN, Art. ''Immanence,'' Dict. d'Alès. - Dans la Revue pratique d'apologétique: BAINVEL, ''Un essai de systématisation apologétique'', 1er mai et 1er juin 1908; LEBRETON, Art''. Le Moderniste,'' PETI­TOT, ''L'Apologétique moderniste'', 1er sept. 1911 ; PACAUD, ''L'œuvre apologétique'' de M. Brugère, 1er fév.1906; GUIBERT, ''L'apologétique vivante'', 15 janv.1906; CARTIER, ''Brunetière apologiste'', 15 mars 1907 ; X. DE MAU, ''Une méthode apologétique'', 15 fév. 1906; LIGEARD, ''Le fait catholique, Une question de méthode'', 15 mars 1906. - Mgr MI­GNOT, ''Lettre sur l'apologétique contemporaine'' (Albi). - Dans la Revue « Les Annales de la philosophie chrétienne» : M. BLONDEL, ''Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique'' janv.-juill. 1896 ; articles de LABERTHON­NIÈRE 1898, 1900, 1901. - M. BLONDEL, ''L. Ollé-Laprune, L'Achèvement et l'Avenir de son œuvre''. - H. PINARD'', L'Apologétique, ses problèmes, sa définition'' (Beauchesne). Revue du Clergé français; Revue thomiste. - Encyclique ''Pascendi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Aperçu général de la Première Partie ===&lt;br /&gt;
19. - Comme on peut le voir par le tableau synoptique qui précède, l'apologiste, dans la première Partie, se propose de démontrer que l'homme est obligé, à tout le moins, de professer la religion naturelle. Il suit de là que son étude doit porter sur deux objets: Dieu et l'homme, car la religion naturelle a pour fondement le lien qui rattache l'homme, en tant que créature, à Dieu, en tant que créateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. L'APOLOGÉTIQUE DÉMONSTRATIVE''' doit donc fixer sur ces deux objets les points principaux que présuppose toute religion. A l'aide de la raison, qui est son unique instrument, et dont par conséquent il convient de montrer d'abord la valeur, l'apologiste doit prouver l'existence de Dieu, d'un Dieu personnel qui a créé le monde et qui le gouverne, qui se distingue de son œuvre, mais ne s'en désintéresse pas. Puis il doit démontrer l'existence de l'âme, d'une âme qui différencie l'homme de l'animal, d'une âme qui ne se confond pas avec la matière, qui est un esprit libre et immortel,. libre, sans quoi elle n'aurait aucun devoir envers son créateur; immortel, autrement l'homme se désintéresserait de sa destinée,. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand l'apologiste a établi l'existence et la nature de Dieu, d'un côté, de l'âme humaine, de l'autre, il lui est facile de déterminer les obligations qui découlent pour l'homme de ce fait qu'il est la créature de Dieu: obligations qui constituent la religion naturelle. Telle est la première conclusion à laquelle l'apologiste doit aboutir dans la première Partie. Ce premier résultat obtenu, il fait un pas en avant. Restant toujours sur le terrain philosophique, il se demande si la religion naturelle, basée ,sur la raison, suffit « pour que les vérités, même naturelles, prises dans leur ensemble, puissent, dans la condition présente du genre humain, être connues de tous facilement, et sans mélange d’erreurs, s'il y a lieu de présumer que Dieu ait voulu instruire l'humanité par une révélation, si cette révélation est possible, et même nécessaire dans le cas où Dieu aurait voulu manifester à l'homme des vérités qui dépassent sa raison et l'élever à une fin supérieure aux exigences de sa nature, et dans cette hypothèse, quels sont les signes qui peuvent en attester l'existence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'APOLOGÉTIQUE DÉFENSIVE''' a pour principaux adversaires dans cette première Partie, les positivistes ou agnostiques, et les matérialistes sur les questions de Dieu et de l'âme; et les rationalistes sur la question de la révélation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Problème de la Certitude. ===&lt;br /&gt;
20. Au seuil de l'apologétique, un grave problème se pose. L'esprit de l'homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective Et puisque la raison doit être l'instrument principal de l'apologiste, que vaut cet instrument pour la recherche de la vérité ? Pouvons· nous avoir confiance en lui et peut-il nous mener à la certitude ? Telle est la première question qui s’impose à l’apologiste et à laquelle nous nous proposons de répondre brièvement. Nous disons brièvement, car il ne saurait rentrer dans notre plan d'établir ex professo la valeur de notre raison et l'objectivité de notre connaissance. Outre que le sujet est trop complexe et dépasse les limites d'un simple Manuel, il appartient au domaine de la philosophie; et s'il y a de nos lecteurs qui désirent étudier la question dans toute son ampleur, nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer aux Traités de philosophie que nous signalons à la Bibliographie. Notre unique but est donc de donner une idée du problème et des systèmes qui le solutionnent en sens divers, et par là, de faire prendre contact déjà avec les adversaires que nous allons bientôt rencontrer sur notre route. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre comprendra quatre articles: 1° Notion, espèces et critérium de la certitude. 2° Les fausses solutions du problème de la certitude. 3° La vraie solution. 4° Ce qu'il faut entendre par certitude religieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I.  La Certitude. Notion. Espèces. Critérium. ====&lt;br /&gt;
'''21. - 1° Notion. -''' On entend par certitude l'état de l'esprit qui a l'in· time persuasion de se trouver d'accord avec la vérité. Etre certain, c'est par conséquent porter un jugement qui exclut le doute et toute crainte d'erreur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Espèces. -''' La certitude n'admet pas de degrés: elle est ou elle n'est pas. Car, pour peu qu'il y ait dans l'esprit crainte d'erreur, la certitude s'évanouit et fait place à l'opinion ou au doute. Cependant l'on peut distinguer divers ordres de certitude selon les aspects sous lesquels on la considère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. SELON LA NATURE DES VÉRITÉS'' qu'elle atteint, nous avons : - a) ''la certitude métaphysique ''fondée sur la relation nécessaire des termes du jugement. Ainsi quand je dis que « le tout est plus grand que la partie », l'attribut convient tellement au sujet que le contraire ne peut se concevoir. En émettant un semblable jugement, non seulement mon esprit n'admet pas la possibilité du doute, mais il affirme que la contradictoire est absurde et ne peut être pensée; - b) ''la certitude physique'' fondée sur la constance des lois de l'univers. Seule l'expérience peut me donner cette sorte de certitude. Ainsi quand je dis que « les corps tendent à tomber vers le centre de la terre, mon esprit juge que la proposition contraire est fausse parce que, en contradiction avec tous les faits constatés, mais non pas absurde, car les lois qui sont ainsi pourraient tout aussi bien être autrement; - c'') la certitude morale'', fondée sur le témoignage des hommes; quand celui-ci présente toutes les garanties de vérité. Les vérités historiques et, par conséquent, les vérités religieuses sont objet de la certitude morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. SELON LE MODE DE CONNAISSANCE'', la certitude est : a) ''immédiate ou directe'' ou intuitive quand la vérité apparaît à notre esprit sans l'intermédiaire d'une autre vérité; ex. : le tout est plus grand que la partie; - b) ''médiate ou indirecte'' ''ou discursive'' quand nous la connaissons indirectement et à l'aide d'un raisonnement; ex.: la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. SOUS LE RAPPORT DE L'ÉVIDENCE,'' la certitude est: ­a) ''intrinsèque,'' si l'évidence est perçue dans l'objet lui-même, directement ou indirectement; - b) ''extrinsèque,'' si elle découle de l'autorité de celui qui l'affirme. Dans le premier cas, il y a science proprement dite; dans le second, il y a croyance ou foi morale, comme il arrive pour les vérités historiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''22. - 3° Critérium'''. - On entend par critérium en général la marque ou le signe par où l'on distingue une chose d'une autre. Le critérium de la certitude c'est donc le signe auquel on peut reconnaître qu'une chose est vraie et qu'on peut en être certain. D'où il suit que le problème de la certitude consiste à dire à quel signe l'on peut reconnaître que c'est la vérité que l'on a atteinte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Divers critères ont été proposés: la révélation divine (HUET, DE BONALD), le consentement universel (LAMENNAIS), le sens commun (REID, HAMILTON), le sentiment (JACOBI). Tous ces critères doivent être rejetés parce qu'ils sont insuffisants et procèdent d'une défiance injustifiée. Vis-à-vis de la raison humaine prise en général, ou vis-à-vis de la raison individuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le critérium qui est la marque infaillible de toute vérité et le motif de toute certitude, c'est l'évidence. Mais qu'est-ce que l'évidence ? Le mot évident, conformément à l'étymologie, indique que la vérité apporte avec elle une clarté qui la fait briller à nos yeux. L'évidence exerce donc sur notre esprit une sorte de contrainte; elle le met dans l'impossibilité de ne pas voir. Je suis certain parce que je vois que la chose est ainsi et qu'elle ne peut .pas être autrement; et je vois que la chose est ainsi soit par une intuition directe, soit par une démonstration, soit par un témoignage incontestable qui ne permettent pas à mon esprit de croire le contraire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Les fausses solutions du problème de la Certitude. ====&lt;br /&gt;
La possibilité de connaître la vérité et de se reposer dans la certitude est contestée par plusieurs écoles philosophiques. Nous n'envisagerons ici la question qu'au seul point de vue du rôle qui revient à la raison dans la découverte de la vérité. Or les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes ou rabaissent la valeur de ln raison. Nous allons passer très rapidement en revue ces différents systèmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''23. – 1° Le Scepticisme.''' - Les sceptiques prétendent que l'homme est incapable de discerner le vrai du faux, et partant, qu'il doit suspendre son jugement. Pour prouver leur thèse, ils invoquent quatre motifs: l'ignorance, l'erreur, la contradiction et le diallèle. - a) ''L'ignorance,'' L'ignorance humaine est manifeste sur une foule de sujets; de plus, comme les choses s'enchaînent, l'ignorance sur un point, fait qu'une chose ne peut être connue à fond et telle qu'elle est; nous ne savons « le tout de rien », comme dit PASCAL. - b) ''L'erreur.'' L'homme se trompe souvent, et, qui est pis, quand il se trompe, il croit être dans le vrai. Comment savoir alors quand il est dans le vrai ? - c) ''La contradiction.'' Les hommes ne sont pas d'accord entre eux. La vérité change: - 1. avec les pays. « Plaisante justice, qu'une montagne ou une rivière bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» dit encore PASCAL - 2. avec les siècles, telles actions, licites aujourd'hui, étaient défendues autrefois, ou réciproquement ; ­3. avec les individus. Ce que l'un juge bien, l'autre le trouve mal. Bien plus, le même individu n'est pas stable dans sa manière de voir et de juger. d) Le ''diallèle''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn13 [13]]. Cet argument, le plus spécieux du scepticisme, peut ,se formuler ainsi : Il n'y a pas d'autre moyen de prouver la puissance de la raison que par la raison elle-même. Or c'est là, de toute évidence, un cercle vicieux. Donc pour ce motif, comme pour ceux qui précèdent, le scepticisme a le droit de soutenir que le doute est le seul état légitime de l'esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''24. – 2° Le criticisme ou relativisme kantien.''' D'après KANT, tous nos jugements se conforment aux lois de notre esprit. Notre connaissance ne se règle pas sur les objets; elle ne vient pas du dehors par l'intermédiaire de l'expérience. Nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être: ils se moulent, pour ainsi dire, sur les formes de notre entendement et ils seraient autres à nos yeux si notre esprit était constitué autrement. Ainsi, notre connaissance est toute relative, elle n'a de valeur que relativement à nous, puisque ce sont nos facultés qui imposent leurs formes subjectives aux objets qui viennent à leur connaissance: d'où les noms de relativisme et de subjectivisme donnés encore parfois à la doctrine de Kant. Mais, si nous n'atteignons que nos idées[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn14 [14]], il importe que nous fassions la critique de nos facultés de connaître (''de la Raison pure, de la Raison pratique et du jugement''), en déterminant la part de l'influence subjective dans l'objet connu: d'où le nom de criticisme par lequel on désigne généralement la théorie kantienne. D'autre part, l'esprit est poussé par son organisation à concevoir trois idées transcendantales: l'âme, le monde et Dieu. Ces trois idées paraissent avoir trois êtres, objets ou, noumènes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn15 [15]] correspondants. Mais ces idées correspondent-elles à des existences réelles ? Par delà les phénomènes y a-t-il réellement des noumènes? L'esprit humain ne saurait le dire, La raison est impuissante à résoudre le problème; elle ne peut avoir aucune connaissance de l'être en soi, c'est-à-dire de l'âme, du monde et de Dieu. Il est vrai que, par un procédé ingénieux, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn16 [16]], et rétablit par la seconde ce que la première avait supprimé. La raison théorique ignore les choses en soi, mais la raison pratique, découvrant l'existence de l'obligation au fond de la conscience, en déduit l'existence des choses en soi, c'est-à-dire de la loi morale qui postule la liberté, la responsabilité, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu nécessaire pour expliquer l'existence de la loi morale et la possibilité de la sanction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''25. – 3° Le positivisme. -''' Le positivisme (A. COMTE, LITTRÉ, en France; HAMILTON, H. SPENCER, STUART-MILL, en Angleterre) professe que l'esprit humain peut atteindre les vérités de l'ordre expérimental ou vérités positives, mais qu'il est incapable de résoudre tout ce qui ne peut pas être vérifié expérimentalement. Nous pouvons donc connaître les phénomènes, le relatif, mais non pas la substance, ni l'absolu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn17 [17]] . Ainsi l'esprit humain peut constater des faits, en tirer des lois: c'est là le connaissable et l'objet de la science. Au delà des faits et de leurs lois s'étend le domaine inaccessible des choses en soi et des causes: c'est l'inconnaissable. D'où le nom d'agnosticisme par lequel on désigne quelquefois le positivisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''26. - 4° L'intuitionnisme. - '''L'intuitionnisme, - nom sous lequel nous désignons ici les théories de M. BERGSON sur la connaissance,-procède du relativisme de Kant et de l'évolutionnisme de H. Spencer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour M. BEGSON, nous avons deux manières de connaître : par l'intelligence et par l'intuition. - a) ''Par l'intelligence, ''Comme Kant, il admet que la raison pour arriver à la connaissance objective des choses, mais à cette impuissance il assigne des causes différentes Tandis que, dans la théorie kantienne, la connaissance est toujours subjective, du fait que nous imposons aux objets les formes immuables de notre esprit, M. BERGSON prétend qu'une première cause d'erreur vient, au contraire, de l’activité de l'esprit, qui, loin d'avoir des formes invariables, travaille sur les objets avec lesquels il est en contact, les modifie en se les assimilant, tout comme notre organisme transforme la nourriture qui lui est confiée. Une seconde cause d’erreur, c'est que les objets eux-mêmes sont soumis à un perpétuel changement et qu'on ne peut les saisir qu'à un moment de leur existence mobile. Une troisième cause d'erreur vient de ce que les changements s'opèrent par d'insensibles liaisons: il y a évolution des choses plutôt que transformation. Or, la raison étant obligée de procéder par concepts stables, il s'ensuit qu'elle ne peut, ni exprimer le mouvement des, choses, ni marquer ce qu'il y a de continu dans leur évolution ; elle doit isoler les états successifs des objets, substituer le discontinu et le morcelage de la réflexion au continu et à l'unité de leur devenir. b) Par l’intuition. Mais et c’est ici que M. Bergson entend dépasser Kant, si la raison n’arrive pas à une connaissance objective des choses, il y a. un autre moyen pour atteindre la réalité. Ce moyen, c'est l'intuition qui perçoit le réel vivant et mobile par une vue immédiate et directe de l'objet. Seule la connaissance intuitive est donc objective &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le système bergsonien pense échapper à la Critique kantienne en ajoutant un nouvel élément de connaissance. Il suit de là que si la connaissance de Dieu par la raison est sans valeur, rien ne nous empêche de l'atteindre par l'intuition, par la conscience et par le cœur. Voilà pourquoi les modernistes, adeptes de la philosophie bergsonienne ont substitué l'apologétique rationnelle une apologétique de l’intuition ou de l’immanence (voir N° 17). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. - La vraie solution du problème. Le Dogmatisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Valeur et limites de la raison.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''27. – 1° Le Dogmatisme'''. - On appelle dogmatisme (grec ''dogmatizô, ''j'affirme) le système philosophique qui soutient que l'esprit humain peut atteindre à la certitude et que la certitude correspond. a la réalité .des choses, c'est-à-dire qu'il y a accord entre nos représentations et les objets de notre connaissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dogmatisme invoque en sa faveur les raisons suivantes: - a) la fausseté des systèmes opposés; - b) l'intuition immédiate de la vérité objective des principes premiers; et - c) les exigences du sens commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. FAUSSETÉ DES SYSTÈMES OPPOSÉS''. - a) Aux septiques le dogmatisme répond que l'ignorance et l'erreur sur certains points ne prouvent pas que la certitude ne peut exister sur d'autres. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit pas que nous ne sachions rien. Le fait que nous découvrons parfois nos erreurs n'est-il pas, au contraire, une preuve que notre esprit n'est pas frappé d'impuissance totale ? La contradiction ne prouve pas davantage en faveur du scepticisme, car elle est loin d'être universelle; elle ne s'étend pas à tous les domaines et ne porte pas sur toutes les propositions. Quant à l'argument du diallèle, il vaut tout aussi bien contre ceux qui l'invoquent. Qu'on veuille démontrer, par la raison, la légitimité ou l'illégitimité de la raison, le cercle vicieux est le même. - b) Aux empiristes et aux positivistes le dogmatisme fait observer que la distinction établie par eux entre le phénomène et le noumène ne saurait être absolue et qu'elle ne peut s'appliquer aux faits de conscience. Nous atteignons en effet dans la même intuition notre être et la représentation que nous en avons. C'est une autre erreur de prétendre que notre science s'arrête aux phénomènes, qu'il n'y a de certain que ce qui peut être vérifié expérimentalement et qu'on ne peut conclure de ce qui paraît à ce qui est. Il est incontestable au contraire que la raison peut, à l'aide des données fournies par les sens et la conscience, déduire les principes de causalité et de substance. Des effets elle peut remonter aux causes, et des causes secondes, relatives, à la cause première et absolue.­ c) Le dogmatisme admet, avec M. BERGSON, qu'il y a bien deux modes de connaissance, mais il estime que la raison est un procédé aussi légitime que l'intuition. La différence entre les deux n'est du reste pas aussi grande qu'on pourrait le croire. La connaissance rationnelle suppose, en effet, une intuition à son point de départ et à son point d'arrivée. Prenons, par exemple, la démonstration d'un théorème de géométrie. La raison doit s'appuyer d'abord sur les axiomes dont l'esprit perçoit directement la vérité, c'est-à-dire sur une intuition; et, par une suite de déductions, elle aboutit à une autre intuition, en mettant en lumière une autre vérité, qui, jusque-là, était cachée et dont l'évidence apparaît à la fin de la démonstration. Il n'est pas exact non plus de dire que l'activité de l'esprit transforme la nature des objets. Par l'abstraction l'esprit dégage ce qui est au fond des choses, car si les êtres sont soumis à une évolution dont la marche est continue, s'ils sont dans un perpétuel devenir, ils ne deviennent Pas tout entiers. Quelque chose reste en eux qui ne change pas, et c'est ce que nous appelons la substance: à travers les multiples changements de mon existence, j'ai conscience d'être le même homme. Dans la mesure où elle atteint la substance, la raison peut donc arriver à une connaissance objective, tout aussi bien que l'intuition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. L'INTUITION IMMEDIATE DE LA VÉRITÉ OBJECTIVE DES PRINCIPES PREMIERS''. - Il y a un certain nombre de principes premiers que nous découvrons par une intuition immédiate et dont la vérité nous apparaît avec une telle évidence qu'elle s'impose à notre esprit: tels sont, par exemple, le principe d'identité et le principe de raison suffisante. Qui oserait prétendre que A n'est pas A ou qu'une chose peut commencer d'exister sans raison suffisante ? Nous avons l’intime conviction que ces axiomes ne sont pas seulement des représentations de notre esprit mais des lois de l'être. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. LE SENS COMMUN''. - Il est bien certain que le sens commun est en faveur du dogmatisme. Tous les hommes croient, - et même les philosophes qui font profession de ne pas y croire, - que leur pensée a plus qu'une valeur subjective et qu'elle est conforme à la réalité des choses. «Quel est le savant qui ne se mettrait à rire si on lui soutenait sérieusement que les propositions de physique ou de chimie qu'il a découvertes après tant de pénibles tâtonnements, ne correspondent à rien, que l'oxygène ou le carbone, par exemple, ne sont en dehors de sa pensée et que les éclipses de la lune ou de. Vénus ne, sont que de pures, «représentations » de sa conscience ? Or il n’est guère admissible que l’instinct naturel et universel du genre humain le fasse ainsi se tromper sur une chose de cette importance. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn18 [18]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''28. – 2° Valeur et limites de la raison. '''De ce qui précède il résulte: - a) que l'esprit humain peut, en un certain nombre de matières, arriver soit par l'intuition soit par le, raisonnement, à, une certitude objective. Nous serions les êtres les plus déshérités de la création, Si, avec un esprit fait pour connaître, nous nous trompions toujours, ou même si nous n'étions jamais sûrs de ne pas nous tromper; - b) que la Science ne se borne pas à la connaissance des phénomènes et qu'elle peut, dans une certaine mesure, atteindre l'être en soi; - c) Nous disons: dans une certaine mesure, car, même quand nous arrivons à la certitude, notre connaissance n'est jamais absolue et adéquate; elle ne peut pénétrer l'essence intime des choses. La raison a des limites infranchissables, et plus l'objet à atteindre dépasse l'esprit, plus la connaissance est imparfaite. Ainsi elle peut démontrer l'existence de Dieu et savoir quelque chose de sa nature· mais plus loin elle veut avancer, plus incomplète est sa science, plus la connaissance s'enveloppe de mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. - ''Ce que nous affirmons des choses est donc vrai, bien que ce ne soit pas l'exacte et adéquate reproduction de la chose même. Etant hommes, il serait insensé de désirer l'impossible et de vouloir posséder une science surhumaine. Retenons par conséquent le conseil de LACTANCE qui nous apprend que «la sagesse consiste à ne pas croire qu'on sait tout, ce qui n'appartient qu'à Dieu, ni qu'on ne sait rien, ce qui est le propre de la brute. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. - La certitude religieuse. Rôle de la raison et de la volonté. ====&lt;br /&gt;
'''29. - Certitude religieuse. -''' De quel ordre est la Certitude qu'engendre l'apologétique ? Assurément la certitude religieuse est une certitude d'ordre moral. - a) Il est vrai que, dans la partie philosophique, les vérités sont métaphysiques de leur nature; mais les questions qu'on y aborde: existence de Dieu et de l'auteur leur nature, les rapports de Dieu avec le monde, sont si complexes et en· dehors de toute expérimentation directe; que la solution de ces problèmes ne peut s'imposer à nous avec une évidence mathématique et qu'elle requiert par conséquent des dispositions morales. - b) Dans la partie historique, les preuves du fait de la révélation reposent sur la valeur du témoignage: le motif de notre certitude est donc tiré des signes qui nous attestent l'existence et la crédibilité du témoignage. Mais, d'un côté comme de l'autre, dans la partie philosophique comme dans la partie historique, la raison et la volonté doivent jouer, chacune, leur rôle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la raison.''' - C'est la raison qui doit reconnaître le vrai. Or le critérium de la vérité c'est, comme nous l'avons dit précédemment (N° 28), l'évidence, et non le sentiment. On ne croit pas qu'une chose est vraie parce qu'on veut qu'elle le soit, mais on y· croit parce qu'on voit qu'elle est vraie. Le sentiment et la volonté ne peuvent suppléer la raison, car, pour aimer et vouloir une chose, il faut d'abord la connaître. Nous n'arrivons donc à la certitude religieuse que parce que la Révélation se présente à nous avec des caractères d'évidence manifeste et des motifs de crédibilité qui emportent notre assentiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Rôle de la volonté.''' Toutefois, la raison serait ici insuffisante si la volonté se tenait à l'écart. Une double besogne lui est assignée. - a) Avant le jugement, il faut qu'elle prépare l'esprit à voir la lumière. C'est elle qui choisit l'objet à étudier; c'est elle qui y porte l'attention, et l'y fixe De plus, pour que l'intelligence soit mieux à même de juger, elle doit refouler de l'âme les préjugés et les passions. - b) Au moment de prononcer le jugement, l'intervention de la volonté n'est pas moins nécessaire pour déterminer l'intelligence à adhérer au vrai, car cette adhésion ne va pas sans sacrifices; les vérités morales, telles que l'existence de Dieu, d'un souverain juge, de l'immortalité de l'âme, de la loi morale et de la vie future, imposent des devoirs qui coûtent à notre nature et que d'instinct nous serions souvent tentés de repousser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans exagérer le rôle de la volonté, il est donc permis de dire que la vérité religieuse ne peut en tirer dans l'esprit par la simple vertu d'un syllogisme. Faut-il ajouter, avec BRUNETIÈRE, qu' « on ne croit pas pour des raisons d'ordre intellectuel.» Mal interprétées, ces paroles prêteraient le flanc à la critique; mais, dans l'esprit de leur auteur, elles signifiaient sans doute que la foi ne naît pas de la force des arguments si, préalablement, on ne prend pas soin de préparer l'âme par l'humilité, la mortification des passions et surtout par la prière. Les grandes conversions, les transformations morales opérées par le christianisme à travers les siècles, ont été l'œuvre de la volonté et de la grâce, autant et plus, que le fruit du raisonnement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Concluons'' donc qu'il faut savoir faire à la raison et à la volonté la part qui leur revient. Selon le mot de PLATON, il faut « aller au vrai de toute son âme». Raison, volonté et cœur doivent s'unir pour la conquête de la vérité .. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Biographie.''' - Les Traités de philosophie; en particulier ceux de FONSE­GRIVE, du P. LAHR et de G. SORTAIS. - Saint THOMAS, ''Somme théologique, De la vérité.'' - KLEUTGEN, ''La philosophie scolastique'' (Gaume). - GÉNY, Art. ''Certitude,'' Dict. d'Alès. - CHOLLET, Art. Certitude, Dict. Vacant-Mangenot. - OLLÉ-LAPRUNE, ''La certitude morale'' (Belin). - FARGES, ''La crise de la certitude'' (Berche et Tralin). ­MICHELET, ''Dieu et l'agnosticisme contemporain'' (Gabalda). - DE PASCAL, ''Le christianisme, 1re partie, La Vérité de la religion'' (Lethielleux). - NEWMAN, ''Grammaire de l'assentiment'' (Bloud). - PACAUD, Art. ''La certitude religieuse d'après la philosophie d'Ollé-Laprune,'' Rev. pr. d'Apol., 1 mai 1907. - L. Ruy, ''Le Procès de l'Intelligence Chap. Le rôle de l'intelligence dans la connaissance de Dieu'' (Bloud). - Abbé JULIEN WERQUIN, ''L'Évidence et la Science;'' ''Connaître'', 1933. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== CHAPITRE I. - De l'Existence de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. - La question de l'existence de Dieu comporte une triple étude: 1° Une question préliminaire: est-il possible de démontrer l'existence de Dieu'? - 2° Seconde étude: exposé des preuves qui établissent l'existence de Dieu.- 3° Enfin une question subsidiaire: si la raison démontre Dieu d'une façon péremptoire, comment expliquer qu'il y ait des athées ? Quelles sont les causes de l'athéisme et quelles en sont les conséquences ? D'où trois articles:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I - L'existence de Dieu est-elle démontrable ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question de la démonstrabilité de l'existence de Dieu se subdivise à son tour en deux autres: 1° Est-il possible de démontrer l'existence de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on faire cette démonstration?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - EST-IL POSSIBLE DE DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ? ERREURS DU MATÉRIALISME ET DE L'AGNOSTICISME. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. – Devant le problème de l'existence de Dieu, trois attitudes sont possibles: on peut répondre par l'affirmation, par la négation, ou par une fin de non-recevoir. Au premier groupe appartiennent les théistes ou croyants, au second, les matérialistes ou athées, au troisième, les agnostiques ou indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Théisme''' (du grec théos, Dieu). - Les théistes affirment qu'il est possible de démontrer l'existence de Dieu. Dans l'article suivant, nous exposerons les preuves sur lesquelles ils appuient leur croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Matérialisme.''' - L'athée, de quelque nom qu'il s'appelle, - matérialiste, naturaliste, ou moniste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn19 [19]], - prétend qu'on ne peut démontrer l'existence de Dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il estime qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un créateur pour expliquer le monde, et que Dieu est une hypothèse inutile. La matière est la seule réalité qui soit: éternelle et douée d’énergie, elle suffit, seule, à résoudre les énigmes de l'univers. Le arguments du matérialisme seront du reste exposés dans l'article 2 sous le titre d'objections.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Agnosticisme.''' - D'une manière générale, le positiviste ou agnos­tique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn20 [20]] déclare que l'existence de Dieu est du domaine de l'inconnaissable. La raison théorique ne peut en effet dépasser les phénomènes; l'être en soi, les substances et les causes, ce qui est au fond intime des apparences, tout cela lui échappe. « Le problème de la cause dernière de l'existence, écrivait HUXLEY, en 1874, me paraît définitivement hors de l’étreinte de mes pauvres facultés.» Pour LITTRÉ (1801-1881), l'infini est « comme un océan qui vient battre notre rive », et, pour l'explorer, « nous n'avons ni barque ni voile ». ( Auguste Comte et la philosophie positive). D'où conclusion toute naturelle : puisque la recherche des causes en général et, a fortiori, de la cause dernière, est vouée à l'insuccès, ne perdons pas notre temps à l'entreprendre. Et c'est bien le conseil que LITTRÉ nous donne encore: « Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez, s'il y a un créateur intelligent, libre et bon! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Laissez donc là ces chimères... La perfection de l'homme et de l'ordre social est de n'en tenir aucun compte... Ces problèmes sont une maladie; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn21 [21]].»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, là où le matérialiste prend position contre Dieu, l'agnostique observe une sage réserve: il « ne nie rien, n'affirme rien, car nier ou affirmer ce serait déclarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin» (LITTRÉ). Il consent même à admettre la distinction entre le phénomène et la substance, entre le relatif et l'absolu, pourvu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qu'on lui concède que l'absolu est inaccessible. Ignorance et désintéressement de la question, telle pourrait donc être la formule agnostique. Il est vrai que cette neutralité n'est souvent qu'apparente, car il est évident que de l'attitude d'abstention à la négation il n'y a qu'un pas, et la plupart des agnostiques le franchissent. Après avoir dit: « Au delà des données de l'expérience nous ne savons rien », ils ajoutent: «Au delà des objets de notre expérience il n'existe rien.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, tous les agnostiques ne vont pas aussi loin. Certains, comme KANT, LOCKE, HAMILTON, MANSEL, H. SPENCER, distinguant entre existence et nature de Dieu, proclament que l'être en soi existe mais que nous ne pouvons rien savoir de ce qu'il est. Si, dans ce système, Dieu devient, selon le mot de H. SPENCER, une « Réalité inconnue», il reste cependant une réalité et un objet de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. PAR QUELLES VOIES DÉMONTRER L'EXISTENCE DE DIEU ERREURS. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''32. – 1° Par quelles voies démontrer l'existence de Dieu ?''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les preuves de l'existence de Dieu nous sont fournies par l'âme tout entière: par la raison, par le sentiment et la conscience. Cependant, il est bon de noter aussitôt que si la raison n'est pas l'unique instrument, elle en est certainement l'essentiel. L'on peut aller à Dieu par d'autres voies, mais à condition de ne pas rejeter celle-là, ni même de la rabaisser, comme si elle était désormais une voie défectueuse et cadrant mal avec la pensée moderne. Le concile du Vatican a déclaré, en effet, que « la sainte Église notre Mère, tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connue avec certitude, au moyen des êtres créés, car depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes au moyen des êtres qu'il a faits» ''(Rom''., I ,20). - A son tour, l'Encyclique Pascendi a rappelé la décision du concile du Vatican. - Et plus récemment, le serment antimoderniste, prescrit par le Motu proprio du 1er sept. 1910, a confirmé et complété le texte du concile: « Et d'abord, je professe, y est-il dit, que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu, et par conséquent aussi, démontré avec certitude par la lumière naturelle de la raison au moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par ses effets. » Il convient de remarquer les deux additions très importantes, faites par le serment antimoderniste, au texte du concile du Vatican. Ce dernier affirmait bien que Dieu peut être connu, mais comme on pouvait épiloguer sur les voies qui mènent à la connaissance, le serment antimoderniste a précisé ce qu'il fallait entendre par là : Dieu peut être connu et par conséquent aussi démontré,. donc connaissable et démontrable. Démontrable, comment? Par les lumières naturelles de la raison, qui, prenant son point de départ dans les êtres créés et s'appuyant sur le principe de causalité, remonte des effets à la cause[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn22 [22]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''33. - 2° Erreurs.''' - Par ces différentes décisions l'Église entendait condamner: - a) les ontologistes, comme MALEBRANCHE, et les intuitionnistes, comme BERGSON, qui soutiennent que Dieu n'est pas démontrable par la raison. Il est vrai que dans leurs systèmes cette démonstration n'est pas nécessaire parce que nous avons, soit l'idée innée, soit l'intuition directe de Dieu; - b) les fidéistes et les traditionalistes (J. DE MAISTRE, DE BONALD, LAMENNAIS) qui, affirmant ou exagérant l'impuissance de la raison, prétendent que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par le raisonnement et qu'elle n'est venue à notre connaissance que par la loi ou par suite d'une révélation primitive transmise d'âge en âge par la voie de la tradition: erreur condamnée par le Concile du Vatican, sess. III ch. II, can. 1[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn23 [23]]. - c) les criticistes qui, avec KANT, distinguant entre la raison théorique et la raison pratique, nient la valeur de la première et regardent la croyance en Dieu comme un postulat de la loi morale (voir N° 24) ; - d) les modernistes qui ne retiennent que l'expérience individuelle comme l'unique preuve de l'existence de Dieu, jugeant que les autres sont sans valeur, ou tout au moins incompatibles avec la philosophie contemporaine. A leur point de vue, Dieu n'est pas démontrable par la raison, mais le cœur le découvre: l'expérience religieuse tient lieu de tout; elle résout le problème de la connaissance de Dieu, l'origine de la révélation et de la religion (voir N° 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de remarquer que l'Église a condamné la théorie moderniste de l'immanence, non parce qu'elle use de cette preuve de sentiment, mais parce qu'elle réduit toutes nos raisons de croire à la seule présence de Dieu dans l'âme. L’Eglise admet en effet que, chez les âmes de bonne volonté, Dieu peut faire sentir sa présence et son action, qu'il peut devenir, d'une certaine manière, immanent, mais elle ne pense pas que l'immanence de Dieu soit toujours perçue directement par la conscience et le sentiment. Ce sont là des états mystiques plutôt rares, des faveurs qui ne constituent pas pour nous un droit, et qui, par conséquent, ne peuvent être considérées comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. - Exposé des preuves de l'existence de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''CLASSIFICATION DES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34. - Il y a bien des manières d'exposer les preuves de l'existence de Dieu. 1° Les uns ne font pas de classification et se contentent de présenter un certain nombre de preuves. Ainsi, Saint THOMAS distingue cinq preuves qu'il donne à la suite. Partant des choses que l'on peut observer dans le monde, il aboutit à cinq attributs qui impliquent l'existence de Dieu. Il est certain, et les sens le constatent, que dans ce monde il y a des choses qui sont mues, des êtres qui sont causés par d'autres, des choses qui peuvent être et ne pas être, qui sont plus ou moins parfaites, des êtres dépourvus d'intelligence qui agissent d'une manière conforme à leur fin. Or tout être mû ne s'explique que par l'immobile (argument du premier moteur), tout être causé par une cause première (argument des causes efficientes ou de la cause première), l'être contingent par l'être nécessaire (argument de la contingence), les êtres imparfaits par l'Etre parfait (argument par les degrés des êtres), les choses ordonnées par un ordonnateur (argument tiré de l'ordre du monde). Donc il est nécessaire de remonter à un premier moteur, une cause première, etc., que nous appelons Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° Les autres classent les preuves en groupes distincts. - a) KANT distingue les arguments théoriques et les arguments moraux, les premiers tendant à donner une démonstration rationnelle et les seconds n'étant que de simples raisons de croire. Il subdivise en outre les arguments théoriques en arguments a priori et a posteriori[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn24 [24]] selon que l'on prend comme point de départ une idée que nous trouvons dans notre esprit ou un fait, soit indéterminé, soit déterminé. - b) La classification la plus courante consiste à diviser les preuves selon la nature du fait qui leur sert de point de départ. On obtient alors trois classes de preuves: les preuves physiques, les preuves métaphysiques et les preuves morales, selon que le point de départ est un fait physique, ou une idée rationnelle, ou un fait moral. Malheureusement, cette classification prête à équivoque, car les subdivisions des trois classes rie sont pas nettement délimitées; par exemple, l'argument de la contingence, appelé physique par les uns, est regardé comme métaphysique par les autres.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn25 [25]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Nous prendrons comme guides les paroles du Concile du Vatican et du serment antimoderniste : nous partirons des choses que nous pouvons observer dans le monde, et nous aurons ainsi une double classe d'arguments. En effet, si je considère les ouvrages visibles de l'univers; .mon étude ne peut avoir que deux objets; ce qui est en dehors de moi et ce qui est en moi. Or cette double connaissance, du monde extérieur et du monde intérieur, doit nous conduire à la connaissance de Dieu. D'où deux sortes de preuves: les preuves cosmologiques fournies par l'étude du cosmos et les preuves psychologiques et morales fournies par l'étude de l'âme humaine. A ces deux classes de preuves il y aura lieu d'ajouter comme confirmation le fait de la croyance universelle des peuples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. - LE MONDE EXTÉRIEUR. PREUVES COSMOLOGIQUES. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35. - Si nous observons le monde extérieur, tel qu'il est, du moins dans la mesure où nous pouvons le connaître, nous y constatons trois choses: - a) son existence d'abord; - b) le mouvement dont il est animé, et - c) l'ordre qui y règne. Or ces trois faits supposent qu'il y a quelqu'un, en dehors du monde, qui est. la cause de son existence, la source de son activité et le principe de l'ordre que nous y découvrons. Ce quelqu'un nous le nommons Dieu. D'où trois preuves tirées: - 1. de l'existence du monde; - 2. du mouvement du monde; et - 3. de l'ordre du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'existence du monde. Argument dit de la cause première ou de la contingence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''36. - Argument -''' Cet argument peut être présenté de diverses façons. On peut dire très simplement : l'existence d'un monde contingent ne s'explique pas sans un être nécessaire que nous appelons Dieu. BOSSUET l'a formulé ainsi: « Qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera.» Ce qui revient à dire: L'existence d'un monde, qui n'est ni éternel ni nécessaire, ne s'explique que par l'existence d'un être éternel et nécessaire, appelé Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous développerons l'argument dans le syllogisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn26 [26]] suivant: Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire. Or il n'y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents. Donc le monde suppose une cause première et un être nécessaire: cet être c'est Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn27 [27]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par cause seconde une cause qui est à la fois cause et effet, qui doit sa propre existence à une autre cause (ex: le père), et être contingent celui qui n'a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être, Au contraire, la cause première est celle qui ne doit son existence à aucune autre, et l'être nécessaire est celui qui porte en soi la raison de son existence et qui ne peut pas ne pas être. Comme on le voit, toute cause seconde est contingente puisqu'elle n'a pas en soi la raison de son existence, et réciproquement, tout être contingent est cause seconde puisqu'il tient son existence d'un autre. La différence entre les deux dénominations c'est que, d'un côté, nous considérons le monde dans le fait de son existence, c'est-à-dire en tant que cause seconde, et de l'autre, nous l'envisageons dans sa nature, c'est-à-dire en tant que contingent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les causes secondes supposent une cause première, cela découle, à la fois du principe de causalité et du principe de raison suffisante, car l'on ne peut pas alléguer que les causes secondes s'expliquent les unes par es autres. Qu'on remonte, en effet, la série des causes secondes, qu'on aille du fils au père, du père à l'aïeul, et ainsi de suite, aussi loin qu'on le voudra; qu'on suppose même une série infinie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn28 [28]], si la chose le peut, on ne fera que reculer la difficulté, et il faudra bien recourir à une cause première, car il va de soi que, si chaque cause subordonnée est insuffisante par elle-même à produire son existence, ce n'est pas le nombre de semblables Muses qui en changera la nature. Prenez dix, vingt, cent, une multitude infinie d'ignorants, vous n'aurez pas obtenu un homme savant. Incomplètes et insuffisantes par nature, les causes secondes requièrent donc une cause première, distincte d'elles, et qui leur ait donné l'existence, Le raisonnement est le même, si l'on considère les êtres, non plus comme causes secondes mais comme êtres contingents, n'ayant pas en eux-mêmes la raison de leur existence, ils demandent un être nécessaire qui soit leur raison d'être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. PREUVE DE LA MINEURE. -''' Or le monde est composé de causes secondes et d'êtres contingents. Pour le démontrer, considérons dans le monde la matière brute et les êtres vivants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''a) Matière brute.''' - Si nous examinons la matière qui s'offre à nos regards, nous en concevons très bien la non-existence, Nous ne pensons pas que les minéraux, que les cailloux du chemin que nous foulons aux pieds, devaient nécessairement exister et existent par eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b)''' '''Etres vivants.''' - Mais où la chose apparaît, non pas plus certaine, mais plus facilement démontrable, c'est quand il s'agit des êtres vivants. A commencer par nous-mêmes, n'est-il pas évident que nous avons le sentiment de notre contingence[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn29 [29]]. L'être que nous avons, nous le tenons de nos parents; à aucun moment, nous ne sommes les maîtres de notre vie; nous aurions pu ne pas naître et nous devrons mourir, Et ce qui est vrai de nous, ne l'est pas moins des autres hommes, et, a fortiori, des êtres inférieurs, des animaux et des végétaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons du reste aller plus loin. Non seulement nous pensons que les êtres vivants que nous voyons, ne tiennent pas d'eux-mêmes leur propre vie, qu’ils auraient pu ne pas exister et n'existeront pas toujours, mais la science positive établit que la vie a commencé sur la terre, qu'il fut un temps où il n'y avait dans le monde aucun être vivant, où la vie n'était même pas possible. C'est la géologie qui nous l'apprend. Elle a étudié, en effet, le globe terrestre et lui a demandé les secrets de son passé. Dans les couches supérieures, dans les terrains quaternaires, elle a rencontré la trace des races humaines; au-dessous, dans les couches tertiaires, elle n'a vu que des traces de plantes et d'animaux supérieurs; puis, plus profondément, dans les terrains secondaires, elle a découvert les restes des mollusques qui peuplaient les mers et des grands reptiles qui régnaient sur les continents humides; plus bas encore, dans les étages primaires, la vie revêtait les formes les plus simples. Enfin plus loin encore, dans les roches cristallines primitives, aucun vestige de vivants; non point que le temps en ait fait disparaître les traces, mais parce qu'alors aucun être n'existait et que l'écorce terrestre, étant à l'état de fusion ignée, à 3000°, offrait des conditions incompatibles avec la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Considéré au point de vue de la matière brute et des êtres vivants qu'il renferme, le monde ne porte donc pas en soi l'explication de son existence; n'ayant pu se faire seul, il suppose l'intervention d'un être souverain qui lui a communiqué l'être et la vie (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''37. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE.-''' A. Le principe de causalité sur lequel s'appuie l'argument de la, cause première et de la contingence, est rejeté par KANT et les positivistes, « Nous ne nous occupons pas des causes, dit A. COMTE, nous étudions seulement les relations de succession et de similitude dans les phénomènes.» D'après HUME, la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est que dans notre esprit. Le feu fait bouillir l'eau, et l'eau transformée en vapeur met en branle la locomotive. Allez-vous conclure que le premier phénomène est cause du second? C'est une déduction qui n'a pas de caractère scientifique. Tout ce qu'il vous est permis d'affirmer c'est que le premier est l'antécédent invariable et la condition nécessaire du second. - De toute façon, la science ne connaît que les phénomènes, et jamais elle ne peut passer du phénomène au noumène, c'est-à-dire à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' Les positivistes entendent n'étudier que les phénomènes et leurs relations de succession et de similitude. Mais qu’est-ce que cet antécédent invariable et cette condition nécessaire, sinon ce à quoi nous donnons le nom de cause - Quand ils prétendent en outre que la science ne dépasse pas les phénomènes, nous sommes d'accord avec eux. Ce n'est pas la science expérimentale qui doit nous mener à Dieu. Dieu ne s'aperçoit ni au bout d'un télescope ni au fond d'une éprouvette. Aussi n'est-ce pas à la science positive de rechercher Dieu, mais à la métaphysique. Or celle-ci n'outrepasse pas ses droits en s'appuyant sur le principe de causalité, qui s'impose à la raison comme évident, bien que l'expérience ne parvienne pas toujours à en faire la vérification. Personne ne met en doute, sauf les positivistes, du moins en théorie, que tout ce qui n'a pas en soi sa raison d'être, a une cause, et que la cause n'est pas seulement suivie de son effet, mais qu'elle le produit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''38. -B. La causalité, '''dit-on encore, implique le passage de l'inactivité à l'activité, donc changement. En effet, concevoir Dieu comme créateur d'un monde qui n'est pas éternel, c'est dire qu'il a posé dans le temps un acte qui n'est pas éternel, c'est admettre qu'en devenant cause, Dieu a changé et que, par conséquent, il n'est ni immuable ni nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - C'est une erreur de concevoir la cause première comme les causes secondes que nous observons par l'expérience. Tandis que celles-ci sont soumises à la loi du temps, celle-là est en dehors. C'est de toute éternité que Dieu est cause première et qu'il conçoit et décrète la création du monde. Que cet effet se produise dans le temps, cela n'est pas évidemment sans mystère, mais ne modifie en rien la nature de Dieu , qui reste immuable et nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''39. - CONTRE LA MINEURE.''' - A. Si le monde a commencé, objectent. les matérialistes, sans nul doute il faut admettre un créateur. Mais le monde n'a pas commencé, il est éternel. Rien ne nous empêche de remonter indéfiniment la série des causes secondes. L'impossibilité que nous croyons y voir n'est pas dans les choses, mais dans notre esprit, qui est incapable de concevoir l'infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - A supposer que nous puissions remonter indéfiniment dans le passé l'échelle des causes secondes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn30 [30]], il faudra toujours dire qui leur a donné l'être, et, si chaque cause seconde a besoin d'une autre cause pour exister, la chose ne sera pas moins vraie de la série infinie, comme nous l'avons déjà dit dans la preuve de la majeure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''40. - B. Forme moderne de l'objection matérialiste'''. - La nouvelle école matérialiste[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn31 [31]] (Karl VOGT, BUCHNER, MOLESCHOTT, HAECKEL...), qui remonte au milieu du XIXe siècle, a tenté de donner une explication scientifique de l'origine du monde, dans le but de supprimer Dieu. Pour cela, elle s'est appuyée sur la philosophie de l'immanence, qui suppose que le monde contient le principe de son activité. D'après ce système, le monde, autrement dit, l'universelle substance, a deux attributs qui lui sont essentiels: la matière et la force. La matière est donc la seule réalité apparente; et comme elle est éternelle et douée d'énergie, elle suffit à tout expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) Mais comment prouver que le monde est éternel - Par trois faits soi-disant vérifiés par la science : à savoir l'indestructibilité de la matière, la conservation de l'énergie et la nécessité des lois de la nature: ­1. Indestructibilité de la matière. C'est un principe admis, disent-ils, depuis les expériences de Lavoisier, que la masse des corps n'est pas altérée au milieu des transformations qu'ils peuvent subir: rien ne se crée, rien ne se perd[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn32 [32]]. - 2. Conservation de l'énergie. De même que la matière est indestructible, ainsi la quantité d'énergie que possède l'univers, reste constante. - 3. Nécessité des lois de la nature: la matière obéit à des lois qui sont invariables. Si la matière et l'énergie se conservent toujours et qu'elles obéissent à des lois immuables, nous pouvons conclure, disent les matérialistes, que le monde n'aura pas de fin, et s'il ne doit pas avoir de fin, il n'a pas eu de commencement : il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) La matière, une fois supposée éternelle, les matérialistes font appel à la théorie de l'évolution pour expliquer la formation du monde et des êtres vivants. Les atomes éternels forment à l'origine une immense nébuleuse qui, peu à peu, et sous l'action des forces inhérentes à la matière, donne naissance aux astres semés dans l'espace infini. Et si nous voulons considérer spécialement le monde qui est le nôtre, nous le voyons passer par une série de changements nécessaires. La terre, comme tous les astres, se façonne elle-même, allant de la période gazeuse à la période solide, se recouvrant avec le temps d'une écorce qui bientôt devient habitable. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Quand les conditions requises pour la vie sont remplies, on voit éclore les premiers êtres vivants par génération spontanée, par une sorte d'évolution créatrice[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn33 [33]] (BERGSON), et sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention d'un Dieu créateur. Contenus en germe dans la matière éternelle, les êtres particuliers sont donc comme les cellules de cet immense organisme qu'on appelle le monde: s'ils nous apparaissent contingents, c'est parce que nous avons le tort de les « abstraire de tout continu» (Leroy) et que nous ne les regardons pas dans leur collectivité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, éternité de la matière, formation du monde par l'évolution, apparition des premiers êtres vivants par génération spontanée et leur transformation en espèces: telles sont les trois grandes formules avec lesquelles les matérialistes prétendent expliquer tout sans recourir à un Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. -''' '''a) Éternité de la matière.''' Remarquons d'abord que les deux premiers principes invoqués par les matérialistes pour prouver l'éternité de la matière, à savoir: son indestructibilité et la conservation de l'énergie, ne sont que des hypothèses, autorisées sans doute par l'expérimentation scientifique, mais rien de plus. Les principes ne sont ni évidents par eux-mêmes ni susceptibles d'une démonstration purement expérimentale, Mais à supposer qu'ils fussent absolument certains, que prouveraient-ils? Tout simplement que la nature de la matière est d'être indestructible et douée d'une somme d'énergie inaltérable, mais non pas pour cela, qu'elle est éternelle. Que la matière ait été créée par Dieu indestructible, cela ne nous permet pas de conclure qu'elle existe de toute éternité. - Quant au troisième principe, la nécessité des lois, il est aisé de voir qu'il ne prouve rien en faveur de l'éternité; car les lois expriment uniquement la manière d'être constante de la matière, sans rien dire de son origine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais accordons que la matière soit éternelle. Dira-t-on aussi qu'elle est nécessaire? Il faudrait prouver alors qu'elle a en soi sa raison d'être, qu'elle ne peut pas ne pas être, ni être autrement qu'elle n'est. Mais qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est sujet du devenir, qui se transforme indéfiniment, qui suit une incessante évolution créatrice? Qu'est-ce qu'un être nécessaire qui est borné par deux termes, la naissance et la mort? – Sans doute, les matérialistes répondent que ce n'est pas ainsi qu'ils l'entendent., et que, dans leur conception, le monde n'est un être nécessaire, qu'autant qu'on l'envisage dans son ensemble, et non dans les parties qui le composent. Mais il ne faut qu'un peu de bon sens pour voir que, si toutes les parties sont contingentes, l'ensemble ne peut pas être nécessaire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn34 [34]]. Ainsi, qu'on le suppose éternel ou non, qu'on le considère soit dans son ensemble, soit dans ses parties, le monde est contingent. Il suppose donc un être nécessaire qui l'ait appelé à l'existence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''b) Formation du monde -''' Après avoir posé en principe que la matière ne requiert pas de créateur parce qu'elle est éternelle, les matérialistes se mettent en mesure d'expliquer la formation du monde en dehors de Dieu. Adoptant l'hypothèse cosmogonique de LAPLACE, d'ailleurs généralement admise, quoique avec des modifications, ils supposent que l'univers était, à l'origine, une poussière d'atomes, et qu'un jour, sous l'influence d'un fluide quelconque, appelé indifféremment force, énergie ou électron, la matière s'est mise à évoluer et a formé successivement les mondes que nous voyons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de deux: choses l'une: ou bien la matière et l’énergie sont toutes deux éternelles, ou elles ne le sont pas, - 1. Si elles sont éternelles, elles ont dû évoluer de toute éternité. Or cette supposition contredit l'hypothèse de LAPLACE qui admet un commencement et une fin au mouvement de la matière et à l'évolution. Il est clair par ailleurs, que si l'évolution doit avoir une fin, ce serait chose déjà faite, du moment qu'on suppose qu'elle a lieu de toute éternité. - 2. Il faut donc admettre la seconde alternative qui pose en principe que la matière et l'énergie ont eu un commencement, ou tout au moins l'une des deux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn35 [35]]. Mais si l'énergie, par exemple, n'est pas éternelle, qui l'a donnée à la matière ? Ne la possédant pas de toute éternité, elle n'a pu se l'attribuer par la suite: on ne se donne pas ce qu'on n'a pas. Elle l'a donc reçue de quelqu'un, en dehors d'elle et au-dessus d'elle, et ainsi, de toute nécessité, il faut arriver à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Génération spontanée et Transformisme.'' - Pour expliquer l'origine des êtres vivants, les matérialistes invoquent deux hypothèses: la génération spontanée et le transformisme. - 1. Malheureusement, la première hypothèse (génération spontanée) est antiscientifique et se heurte aux conclusions de la science positive. Comme nous le dirons plus loin (N° 86), aucun savant n'a pu apporter la preuve du passage, réel ou possible, de la matière inorganique à la vie: le plus ne sort pas du moins. Les expériences de PASTEUR ont démontré, au contraire, que le vivant ne sort que d'un vivant: ''omne vivum ex vivo''. - 2. L'hypothèse transformiste, qui explique la formation des espèces par voie d'évolution, n’est qu'une hypothèse assez vraisemblable (N° 89), mais quand bien même elle serait une certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn36 [36]], elle n'a de valeur pour la théorie matérialiste qu'autant qu'elle serait une suite de la génération spontanée. Si en effet il faut recourir à un Créateur pour le premier être vivant, on pense bien que les matérialistes n'ont plus que faire de l'hypothèse transformiste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, la théorie matérialiste, loin de pouvoir s'appuyer sur la science expérimentale, est en opposition avec elle. Son explication du monde sans Dieu n'est pas plus conforme à la science qu'à la raison. Elle doit donc être rejetée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2eme Preuve tirée du mouvement constaté dans le monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''41. - Argument.''' - Sous sa forme la plus simple, cet argument peut-être ainsi présenté: le mouvement que nous constatons dans le monde ne s'explique pas sans Dieu. Nous développerons cette preuve dans le syllogisme suivant: Tout ce qui est en mouvement, tous les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Or nous constatons du mouvement dans le monde. Donc le mouvement du monde suppose un premier moteur[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn37 [37]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MAJEURE.'' - Les moteurs seconds supposent un moteur premier immobile. Les moteurs seconds sont des moteurs qui n'ont pas en soi la raison d'être de leur mouvement et qui ont dû le recevoir d'une impulsion étrangère. Il est clair que, pour les moteurs seconds comme pour les causes secondes, il nous faut toujours aboutir à un moteur premier. Qu'on suppose autant de moteurs qu'on veut et même une série infinie; du moment que chacun reçoit le mouvement dont il est animé, nécessairement il faut supposer un premier moteur qui soit immobile. Si, en effet, on n'admet pas un premier moteur qui donne sans recevoir, le mouvement n'aura jamais lieu car il n'aura jamais de cause. La majeure s'appuie donc, comme l'argument de la contingence, sur le principe de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''PREUVE DE LA MINEURE''. - Qu'il y ait du mouvement dans le monde, la chose est incontestable. Et si nous voulons seulement nous borner au mouvement local de la matière, nous constatons que toutes les planètes tournent à la fois sur elles-mêmes et autour du soleil. Le soleil exécute lui aussi un mouvement de rotation autour de son axe, et se dirige avec l'ensemble de son système planétaire vers un point fixe du ciel appelé l'apex. La terre elle-même que nous habitons et qui nous parait immobile est animée de ce double mouvement de rotation autour de son axe et de translation autour du soleil. Bien plus, tout ce qui est à sa surface est doué de mouvement: les eaux descendent des montagnes et courent, lentes ou rapides, formant les rivières et les fleuves, qui s'en vont vers la mer: la mer a ses flux et reflux, ses vagues et ses courants... (V. la valeur de cette preuve plus loin).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''42. - Objections 1° CONTRE LA MAJEURE -''' Un premier moteur immobile c'est, dit-on, une contradiction dans les termes. Tout moteur, en effet, doit passer de la puissance à l'acte... il ne peut donc rester immobile. De plus, s'il a commencé à mouvoir, il n'est plus immuable. Cette objection est la quatrième antinomie de Kant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - Définissons d'abord les termes. On entend par puissance la possibilité de recevoir ou d'acquérir une qualité, et acte[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn38 [38]], la possession même de cette qualité. Par exemple, l'eau froide est en puissance par rapport à la chaleur; elle peut devenir chaude mais elle ne l'est pas. Quand elle est chaude, on dit qu'elle est en acte. Mais pour passer du froid au chaud, il faut l'action du feu qui possède la chaleur et qui est lui-même en acte. - Cette distinction établie, il est facile de voir que la contradiction qu'on a cru trouver dans le fait d'un moteur immobile, n'existe pas en réalité et provient d'une fausse conception du premier moteur immobile. Il ne faut pas confondre immobilité avec inactivité. Quand nous disons que Dieu, moteur premier, est immobile, cela ne signifie pas qu'il est inactif, mais au contraire qu'il ne passe pas de la puissance à l'acte, qu'étant acte pur par définition, il est activité même. Il ressemble à un foyer de chaleur qui chauffe par le fait même qu'il est foyer. Et si ce foyer est éternel, il chauffe éternellement. La difficulté est évidemment de comprendre comment les effets n'en sont pas éternels et se produisent dans le temps. Nous avons déjà répondu à cette objection à propos de la cause première (N° 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''43. – 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Nous ne songeons pas, disent nos adversaires, à nier le mouvement qui est dans le monde, mais nous pouvons l'expliquer sans Dieu. Deux hypothèses peuvent rendre compte du mouvement de la matière: l'hypothèse mécaniste et l'hypothèse dynamiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Hypothèse mécaniste'''. Cette hypothèse met en avant la loi d'inertie. D'après ce principe, admis par la science, les corps sont indifférents au repos ou au mouvement: ils sont donc incapables de modifier l'état dans lequel ils se trouvent, sans l'intervention d'une cause étrangère. Mais si un corps persiste dans l'état où il est, repos ou mouvement, il suffit pour expliquer le mouvement du monde, de supposer qu'il est éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation''' - Remarquons d'abord que le principe d'inertie, invoqué par l'hypothèse mécaniste, en tant qu'il affirme qu'un mouvement continue indéfiniment si aucune cause n'y met obstacle, ne peut être vérifié par l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«On n'a jamais pu l'expérimenter, déclare H. POINCARÉ, sur des corps soustraits à l'action de toute force et ce n'est qu'une hypothèse suggérée par quelques faits particuliers (projectiles) et étendue sans crainte aux cas les plus généraux (en astronomie, par exemple), parce que nous savons que, dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer ni la contredire. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais admettons le principe d'inertie. Si les corps sont indifférents au repos! comme au mouvement, pour expliquer qu'ils sont en mouvement plutôt qu'en repos, il faut une cause autre que les corps, il faut supposer une cause étrangère qui les ait fait sortir de cet état d'indifférence. Il ne suffit pas de dire que le mouvement est éternel, il faut dire qui l'a imprimé. Du reste, nous avons vu précédemment que, selon l'hypothèse de Laplace, le mouvement a commencé un jour et qu'il est antiscientifique de le supposer éternel (voir la note sur la loi de la dégradation de l'énergie (N° 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. Hypothèse dynamiste.''' - Cette hypothèse explique le mouvement du monde d'une autre manière. Il est vrai, disent les dynamistes, que les corps sont inertes, mais ils ont aussi une autre propriété, celle de s'attirer mutuellement selon une loi qu'on appelle l'attraction universelle. Or si les corps ont le pouvoir de s'attirer, plus n'est besoin d'un moteur pour les mettre en branle: la formation des mondes, le mouvement qui les anime, n'ont pas d'autre principe que les forces mêmes de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''Si nous admettons que les corps sont en mouvement en vertu de la loi d'attraction universelle, c'est-à-dire parce qu'ils sont doués d'une force qui les pousse les uns vers les autres, comment se fait-il que les atomes ne se sont pas rencontrés en une masse unique? Pour rendre compte de la formation des mondes, les dynamistes sont donc obligés d'admettre deux forces en présence. La force attractive ou centripète est, selon eux, contrebalancée par une autre force, la force tangentielle ou centrifuge, qui produit des mouvements giratoires et donne naissance à ces astres innombrables qui remplissent l'espace. Mais comment expliquer que la matière soit animée de deux mouvements, celui d'attraction et celui de rotation, dont les effets se contrarient et s'opposent? Il y aurait alors dans la matière deux forces contraires. En outre, l'hypothèse dynamiste supposant que la matière est éternelle. il s'ensuit que les atomes doivent s'attirer de toute éternité et que l'évolution des mondes n'aurait pas eu de commencement; et ainsi, encore une fois, nous nous trouvons en contradiction avec le système de Laplace. Il faut donc toujours, qu'on le veuille ou non, recourir à la chiquenaude initiale, au premier moteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3eme Preuve tirée de l'Ordre du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Argument dit des Causes finales.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''44. - Argument. '''- L'ordre du monde ne s'explique pas sans Dieu. Sous la forme poétique, c'est le même argument que nous retrouvons dans ces deux vers souvent cités de Voltaire:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;«''L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Que cette horloge marche et n'ait point d'horloger.» =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous exposerons l'argument dans le syllogisme suivant: Tout ordre requiert une intelligence ordonnatrice. Or il y a de l'ordre dans le monde. Donc l'ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette preuve très populaire, présentée déjà par SOCRATE (Mémorables), par CICÉRON (''De natura deorum''), par SÉNÈQUE (''de Beneficiis''), exposée avec beaucoup d'ampleur par FÉNELON (''Traité de l'existence de Dieu''), et pour laquelle KANT lui-même professait de l'admiration, est connue sous le nom de preuve téléologique (de ''telos,'' fin) ou des causes finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut entendre par causes finales. - Pour comprendre cette expression causes finales, il faut dire auparavant ce que l'on entend par fin et par moyen. La fin d'une chose est le but, ce à quoi cette chose est destinée: une horloge a pour fin d'indiquer l'heure, l'œil a pour fin de voir. Le moyen est ce par quoi l'on atteint une fin. Il va de soi qu'à chaque fin correspondent des moyens différents. D'où il suit que la fin poursuivie inspire le travail de l'ouvrier, elle est la cause qui le détermine dans le choix des moyens. La finalité ou cause finale, c'est-à-dire cette recherche des moyens pour atteindre la fin, cette appropriation des moyens à la fin, qui constitue l'ordre, suppose donc une intelligence qui ait conscience, à la fois, du but à atteindre et de l'aptitude des moyens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand il s'agit du monde, l'on peut distinguer deux sortes de finalités: la finalité interne et la finalité externe. Si l'on prend chaque individu en particulier, nous voyons qu'il a des organes parfaitement disposés pour la fin qu'il poursuit : le poisson a des nageoires pour nager, l'oiseau a des ailes pour voler, etc.: c'est la finalité interne. La finalité externe, c'est la fin qui est assignée à chaque être dans l'ensemble de la création: le minéral a pour fin de nourrir la plante, la plante est utilisée par l'animal, lequel est utilisé pour l'homme. La finalité externe étant plutôt difficile à déterminer, nous ne parlerons, dans l'argument, que de la finalité interne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° PREUVE DE LA MAJEURE.''' - Tout ordre suppose une intelligence ordonnatrice. Le principe invoqué par la majeure est, comme on le voit, le même que pour les deux arguments précédents : il s'agit toujours du principe de causalité. L'ordre, avons-nous dit, consiste dans l'adaptation des moyens à une fin. Il est donc un effet et suppose une cause, un ouvrier intelligent qui ait choisi les moyens capables d'arriver à la fin qu'il avait en vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° PREUVE DE LA MINEURE.''' - Or il y a de l'ordre dans le monde. Considéré dans son ensemble, le monde nous apparaît comme un vaste système parfaitement ordonné, où tout est à sa place, selon un plan aussi bien conçu que réalisé. Les savants, chacun dans sa sphère, pourraient, d'ailleurs, nous dépeindre les merveilles qui éclatent dans tous les détails de ce plan. Si, guidé par l'astronome, vous scrutez l'immense profondeur des cieux, vous restez muet devant le spectacle grandiose qui s'offre à votre regard. Mais votre étonnement grandit, quand vous apprenez que ces astres innombrables qui sont à d'énormes distances de notre planète, et de dimensions bien plus grandes, se déplacent à des vitesses vertigineuses suivant un cours déterminé et avec une telle régularité qu'on peut prédire quand l'astre se lèvera et se couchera à l'horizon, quand il en rencontrera un autre...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant du monde céleste, descendez sur la terre que vous habitez, vous ne trouverez pas moins d'ordre et d'harmonie. Le physicien vous dira les lois auxquelles les corps obéissent d'une manière inflexible (lois de la chute des corps, de la chaleur, de la propagation de la lumière). Le botaniste vous fera admirer la fleur des champs: la symétrie des parties qui la composent, sa forme élégante, la richesse et la variété de ses couleurs, tout vous dira qu'elle est l'œuvre d'un artiste consommé. A son tour, le physiologiste peut vous décrire tout ce qu'il y a de beauté dans les organes du corps humain, et spécialement, dans ces deux organes si délicats que sont l'œil et l'oreille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si vous voulez même descendre l'échelle des êtres, vous y trouverez encore les choses les plus étonnantes. Vous aurez à admirer l'instinct de l'abeille qui façonne si ingénieusement sa ruche, de l'araignée qui tisse sa toile d'une manière si parfaite, de l'oiseau qui bâtit impeccablement son nid; vous verrez comment tous adaptent les moyens à la fin qu'ils veulent atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le monde actuel, pouvons-nous conclure avec KANT, nous offre un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que toute langue est impuissante à traduire son impression devant tant et de si grandes merveilles.» (V. la valeur de cette preuve p. 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''45. - Objections. 1° CONTRE LA MAJEURE. -''' C'est surtout contre la majeure que les athées ont dirigé leurs attaques. Ils ont reconnu généralement l'ordre qui règne dans le monde; mais ils ont essayé de l'expliquer autrement. Tout ordre suppose un ordonnateur, ont-ils dit, soit; mais cet ordonnateur ce n'est pas Dieu, c'est le hasard, ou plutôt, selon la formule nouvelle, c'est l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. Le Hasard.''' - C'est le hasard, disait-on dans l'antiquité. Selon DÉMOCRITE, ÉPICURE et LUCRÈCE, le monde actuel est une des innombrables combinaisons par lesquelles l'univers est passé. Obéissant à des forces aveugles, inconscientes et fatales, les atomes dispersés dans l'espace infini et animés d'un mouvement oblique qui les poussait les uns vers les autres, se sont rencontrés et se sont accrochés mutuellement. Ces rencontres fortuites ont donné naissance à des agglomérations instables qui ont plus ou moins duré, mais un jour une combinaison plus harmonique et plus heureuse s'est produite et s'est perpétuée, précisément parce que, en raison de son ordre et de son harmonie, elle était née plus viable que les autres. L'ordre aurait donc été, non l'effet d'une cause intelligente, mais le résultat du hasard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - L'explication de l'ordre du monde par l'hypothèse du hasard n'est, en somme, que l'absence de toute explication. Quand on ne sait pas comment une chose s'est faite, l'on peut bien alléguer que c'est le hasard qui en est l'auteur, mais personne ne s'y trompe et ne met en doute votre ignorance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn39 [39]]. Et puis le hasard a justement pour caractéristique l'inconstance et l'irrégularité, c'est-à-dire juste le contraire de l'ordre « On ne tire pas le même numéro vingt fois de suite, dit LEGOUVÉ (''Fleurs d'hier''). On ne fait pas tomber un dé sur le même numéro vingt fois de suite. Or la nature tire le même numéro et amène le même dé depuis des milliers de siècles.» Si nous ne comprenons pas qu'une horloge soit l'effet du hasard, comment pourrions-nous supposer que le monde qui est une machine autrement compliquée, n'ait pas d'autre cause? Le hasard peut bien expliquer un ordre partiel, un heureux coup de chance mais non un ordre qui s'étend à des cas innombrables. Prétendre que le hasard produit l'ordre universel, c'est donc dire qu'il y a des effets sans cause, que l'ordre peut sortir du désordre; c'est supposer l'absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B. L'évolution'''. - Au hasard on a substitué de nos jours un mot qui sonne mieux : l'évolution. L'ordre du monde, dit-on maintenant, n'est pas l'œuvre de Dieu, mais le travail de l'évolution. Ce que nous appelons finalité n'est qu'une illusion de notre esprit. Les ailes n'ont pas été données à l'oiseau pour voler, mais l'oiseau vole parce qu'il a des ailes; l'homme n'a pas des yeux pour voir, mais il voit parce qu'il a des yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, la formation des organes s'explique par un long travail d'évolution. « Considérons l'exemple sur lequel ont toujours insisté les avocats de la finalité: la structure d'un œil tel que l'œil humain... Tout paraît merveilleux, en effet, si l'on considère un œil tel que le nôtre, où des milliers d'éléments sont coordonnés à l'unité de fonction. Mais il faudrait prendre la fonction à son origine, chez l'infusoire, alors qu'elle se réduit à la simple impressionnabilité (presque purement chimique) d'une tache de pigment à la lumière. Cette fonction, qui n'était qu'un fait accidentel au début, a pu, soit directement par un mécanisme inconnu, soit indirectement, par le seul effet des avantages qu'elle procurait à l'être vivant et de la prise qu'elle offrait ainsi à la sélection naturelle, amener une complication légère de l'organe, laquelle aura entraîné avec elle un perfectionnement de la fonction. Ainsi, par une série indéfinie d'actions et de réactions entre la fonction et l'organe, et sans faire intervenir une cause extra-mécanique, on expliquerait la formation progressive d'un œil aussi bien combiné que le nôtre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn40 [40]]. » Il serait le résultat d'une série d'adaptations à des circonstances accidentelles, et non la réalisation d'un plan. - Ainsi l'ordre du monde se serait formé peu à peu par suite d'une évolution lente et par un concours de lois qui régissent la matière et les forces qui lui sont inhérentes. Mais de finalité, point, si l'on entend par là l'œuvre d'une intelligence qui aurait dirigé selon un plan l'organisation de la nature: il ne peut s'agir dans la thèse évolutionniste que d'une finalité inconsciente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation'''. - La finalité est une illusion de notre esprit, nous disent les évolutionnistes, ou en tout cas, elle n'est pas l'œuvre d'une cause intelligente, elle est le résultat des forces inconscientes propres à la nature, qui adaptent les organe_ aux besoins suivant la loi de l'évolution. Ainsi, il ne faut pas dire que l'oiseau a des ailes pour voler, il faut dire: l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. - Mais que les ailes aient été faites pour voler, ou que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, il n'en reste pas moins qu'il y a une merveilleuse adaptation entre l'organe et sa fonction, et la conclusion est toujours la même: c’est que l'adaptation des moyens à la fin suppose un plan, et que le plan, selon lequel le monde a été conçu, suppose un ouvrier très habile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, nous réplique-t-on alors, cet ouvrier très habile qui a fait l'aile de l'oiseau et l'œil de l'homme, c'est l'évolution: c'est le milieu qui a créé l'organe. - C'est là une affirmation toute gratuite et que les évolutionnistes sont bien incapables de démontrer expérimentalement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne voyons pas bien, en effet, comment l'air a pu créer l'aile de l'oiseau, comment la lumière a pu produire par son action l'organe qui lui est approprié, ce merveilleux appareil qui faisait dire à Newton: « Celui qui a fait l'œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l'optique ? » Admettons néanmoins que l'évolution soit la grande loi qui gouverne le monde. Nous pourrons toujours demander qui l'a faite, cette loi. Elle suppose d'abord l'existence de la matière et nous avons vu que la matière n'a pas en soi la raison de son existence. De toute façon, l'évolution peut être un procédé de formation comme un autre, elle peut être une loi, mais non une cause. Si par conséquent la théorie évolutionniste accepte de laisser Dieu à la base, pour créer les atomes, pour leur donner l'énergie et tracer le plan suivant lequel la matière doit faire son développement dans la suite du temps, nous n'avons pas à combattre cette hypothèse. Dieu reste alors à sa place et n'est pas diminué parce qu'il n'interviendrait pas il chaque instant dans l'organisation incessante de l'univers. Si c'est cela ce qu'on appelle l'évolution créatrice, elle ne rabaisse pas la grandeur de Dieu. «Il y a plus de gloire encore, dit saint THOMAS, à créer des causes que des effets. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l'ordre du monde soit le résultat, non d'un acte immédiat de Dieu, mais le produit de causes secondes et de lois qu'il a établies de toute éternité, nous aimons autant cette hypothèse qu'une autre[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn41 [41]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''46. - 2° CONTRE LA MINEURE'''. - Il n'est pas vrai, disent les pessimistes, que l'ordre règne dans le monde. Les preuves du désordre sont, au contraire, nombreuses. Le monde est plein de monstruosités, d'êtres mal faits ou inutiles; les catastrophes y sont fréquentes. Il y a donc du désordre, donc pas d'ordonnateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Nous répondrons à cette objection quand il sera question de la Providence. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il ne s'agit pas de savoir s'il y a du mal dans le monde, s'il y a des tares et du désordre, à titre exceptionnel, mais seulement s'il y a un plan, si l'harmonie existe dans la nature, d'une manière générale, et si alors il y a lieu d'en rechercher la cause. L'objection porte donc sur des exceptions, sur des cas isolés qui ne diminuent pas la beauté de l'ensemble. Semblables aux dissonances d'une symphonie qui aboutissent aux accords les plus harmonieux, les désordres du monde. n'en font que mieux ressortir l'ordre général. Si l'athée veut invoquer les désordres partiels du monde, il est donc tenu, d'autre part, à convenir aussi de l'ordre qui y règne, et s'il objecte qu'il y a une déchirure dans la trame, il lui faut bien avouer qu'il y a une trame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II - PREUVES TIRÉES DE L'ÂME HUMAINE. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47. - Après avoir observé le monde extérieur, nous devons interroger l'âme humaine. L'étude de ce monde intime qui fait le fond de notre être, nous conduira également à Dieu. Nous trouvons, en effet, dans notre intelligence l'idée de parfait, dans notre cœur les aspirations d'infini et dans notre conscience, l'existence de la loi morale. Or, l'idée de parfait, le besoin d'infini et le fait de l'obligation morale impliquent l'existence de l'être parfait et infini et du souverain législateur. D'où trois preuves tirées: 1° de l'idée de parfait; 2° des aspirations de l'âme et 3° de l'existence du devoir.­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois preuves sont toutes trois des preuves psychologiques, dans ce sens qu'elles sont tirées de l'analyse de notre âme. Toutefois, la première, qu'on appelle ontologique, est considérée comme une preuve métaphysique. La troisième est connue sous le titre de preuve morale, de sorte que la seconde seule garde le nom de preuve psychologique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 1ère Preuve tirée de l'idée de parfait. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve ontologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''48. - Exposé. ''- Si nous interrogeons notre pensée, elle nous dit que tout ce que nous voyons est incomplet, borné, dépendant, en un mot, imparfait. Or pour reconnaître que les choses sont imparfaites, il faut que nous ayons l'idée du parfait, car nous ne pouvons juger de l'imparfait qu'autant que nous le comparons avec le parfait. Donc l'être parfait existe, car s'il n'existait pas, il ne serait plus parfait. Cet argument a été exposé différemment par saint ANSELME, DES­CARTES et BOSSUET.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''49. - Argument de saint Anselme.'' - Après avoir cité les mots de l'Écriture: «''Dixit insipiens in corde suo : non est Deus'' »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn42 [42]], saint AN­SELME se propose de convaincre l'impie que c'est une folie de nier Dieu. L’homme, dit-il, a l'idée d'un être tel qu'il n'en peut concevoir de plus grand. Donc cet être parfait existe en réalité. Si en effet il n'existait que dans l'intelligence, je pourrais le concevoir plus grand, en lui attribuant l'existence réelle: ce qui ne peut se faire sans contradiction, vu que je le conçois comme le plus grand. Donc Dieu existe dans l'intelligence et dans la réalité. (V. la critique de la preuve ontologique p. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''50. - Argument de Descartes'''. - Je trouve en moi l'idée d'un être parfait. Or cette idée ne peut me venir du néant, incapable de rien donner, ni de moi, puisque je trouve partout dans mon être des bornes et des imperfections. Donc cette idée doit me venir d'un être infini et parfait qui l'a mise en moi comme « la marque de l'ouvrier sur son ouvrage».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
51. - Argument de Bossuet. - « L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds: Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison de l'être. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? » (1ère Elévation sur les mystères.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 2ème Preuve tirée des aspirations de l'âme humaine. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Preuve psychologique.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''52. - Argument. -''' C'est un principe admis par la philosophie et par la science qu'un désir de la nature ne saurait être vain. Or l'homme appelle Dieu de tous ses désirs. Donc Dieu doit exister.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Un désir de la nature ne saurait être vain: en d'autres termes, il faut que les tendances naturelles d'un être soient satisfaites. Les philosophes les plus célèbres: PLATON, ARIS­TOTE, CICÉRON l'ont proclamé. Les sciences sont unanimes à le reconnaître. Que la nature ne fait jamais rien en vain et que les instincts sont toujours en rapport avec des objets réels, il serait facile d'en apporter de nombreuses preuves: les ailes de l'oiseau attestent l'existence de l'air; la nageoire du poisson, l'existence de l'eau; l'œil prouve la lumière, et la faim suppose une nourriture. Si, par conséquent, il y a chez l'homme un désir irrésistible d'idéal et de bonheur, c'est qu'il doit exister un Dieu capable de l'assouvir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Les désirs de l'homme appellent Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn43 [43]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, l'''homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux» (LAMARTINE)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
disait le poète. L'homme, en effet, tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. Il a une intelligence qui veut arriver au vrai, une volonté qui, malgré sa faiblesse et ses écarts, aspire au bien; il a surtout un cœur qui a une soif insatiable de bonheur. Or, non seulement la terre ne nous donne pas ce que nous voulons, mais elle nous apporte souvent ce que nous ne voulons pas. Notre intelligence se sent enveloppée de toutes parts par l'inconnu, notre volonté est poussée vers le mal et notre cœur est souvent torturé par le chagrin. Alors même que la vie nous est douce et que la fortune paraît nous sourire, nous ne trouvons nulle part le bonheur rêvé: ni la richesse, ni la gloire, ni la science, ni l'amour n'épuisent les immenses désirs de notre cœur. Et plus nos désirs sont grands, mieux ils nous font sentir notre misère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que notre intelligence, notre volonté et notre cœur, qui sont pourtant des puissances finies et bornées, nous poussent ainsi :ers le Vrai, le Bien et le Beau, vers le « souverainement désirable», comme dit ARISTOTE, s'il n'y avait rien pour répondre à notre appel? Le besoin d'infini, d'une vie indéfectible et heureuse, suppose donc l'existence d'un objet infini et d'une source de bonheur qui puisse combler l'insuffisance de notre âme. Cet infini, c'est Dieu.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn44 [44]] (V. N° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== 3ème Preuve tirée de la loi morale. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''53. - Argument.''' - La conscience nous témoigne qu'il existe une loi morale qui nous commande le bien et défend le mal, et que cette loi morale doit être appuyée par une sanction. Or la loi morale et la sanction supposent un législateur et un juge qui ne peuvent être autres que Dieu. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° La loi morale'''. - A. L'existence de la loi morale est hors de conteste. Il y a une règle absolue, universelle, antérieure et supérieure à toute législation humaine, qui s'impose à notre volonté, qui nous prescrit certains actes et nous en défend certains autres. Peu importe du reste que les hommes se trompent parfois sur les conceptions du bien et du mal, le principe reste intact: ce qui est estimé bien par la conscience, est commandé; ce qui est jugé mal est défendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''B.''' '''Or l'existence de cette loi morale suppose un législateur.''' Et ce législateur, il faut le chercher en dehors de nous et de nos semblables a ) En dehors de nous. On ne peut être à la fois maître et sujet. Et si nous étions les législateurs, rien ne nous empêcherait d'abroger une loi faite par nous: la conscience nous dit, au contraire, que si nous avons la liberté physique de violer la loi morale, nous n'avons pas le pouvoir de la supprimer. ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) En dehors de nos semblables. La loi morale s'impose à, tous les hommes, elle ne représente donc pas la supériorité d'un homme sur ses semblables. Mais si le législateur est hors de nous et hors de nos semblables, il faut le chercher plus haut. Dieu seul peut commander; seul il est la raison d'être du devoir, de l'impératif catégorique[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn45 [45]]. (V. la Critique de la preuve morale n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''54. - Objection'''. - On a voulu expliquer l'existence de la loi morale en dehors de Dieu. Des nombreux systèmes qui l'ont tenté, nous ne mentionnerons que les deux principaux: la morale évolutionniste et la morale rationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A. - Morale évolutionniste'''. - Les positivistes et les matérialistes expliquent ainsi la formation de la morale. A l'origine, les hommes suivaient leurs appétits et leurs instincts: était bien ce qui plaisait, mal ce qui répugnait: c'était la morale du plaisir. Cependant, peu à peu l'expérience leur enseigna que des actions, même agréables aux sens, avaient de fâcheuses conséquences, tandis que d'autres, pénibles à la nature, avaient de bons résultats: ce fut la morale de l'intérêt. Plus tard, une sorte d'instinct les détermina à la sympathie et à la bienveillance réciproques: ce fut la morale de la sympathie et de la solidarité. Ainsi, tour à tour, le plaisir, l'intérêt individuel, l'intérêt général, la sympathie et l'altruisme furent les principes qui servirent à classer les actions en bonnes ou mauvaises. Dans les différents cas, les parents et les chefs de la société intervinrent pour commander les unes et défendre les autres. La morale, en tant qu'elle établit le caractère absolu du bien et du mal, est donc, dans l'hypothèse matérialiste, un fruit de l'évolution et ne suppose pas Dieu comme législateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation de la morale évolutionniste.''' - De l'exposé de la morale évolutionniste, il ressort qu'elle n'est pas, à vrai dire, une morale, mais une prétendue histoire de la morale dont les différentes phases auraient été la morale du plaisir, la morale de l'intérêt et la morale de la sympathie. Or tous ces principes d'action sont impuissants à fonder la morale. Ni le plaisir ni l'intérêt individuel ne peuvent être des règles obligatoires de conduite: rien ne m'oblige à rechercher mon plaisir ni même mon intérêt; l'intérêt d'autrui et la sympathie sont assurément des motifs plus nobles; mais s'ils commandent seuls et indépendamment d'un législateur suprême, ils se heurteront à l'égoïsme individuel et seront incapables de créer l'obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
­'''B. - Morale rationnelle'''. - La raison, disent les partisans de cette morale, suffit à fonder la morale. L'homme est son propre maître et il a la raison pour lui dicter ses devoirs envers lui-même (morale individuelle), envers la famille, la patrie et l'humanité (morale sociale). Le devoir, la loi morale, c'est donc l'obligation que la raison impose, et le bien c'est le respect de cette loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - La morale rationnelle serait irréprochable si elle laissait Dieu à la base. Si la raison est seule à dicter l'obligation, la volonté est libre de l'accepter ou de la refuser. - Mais, dit-on, c'est l'ordre de la nature. Nous demanderons alors qui est l'auteur de la nature, qui a créé l'ordre. Et si l'on nous répond que c'est Dieu, nous sommes d'accord, et nous concluons que c'est en celui qui a créé l'ordre et la nature, c'est en Dieu que, en définitive, il faut chercher la source de l'obligation. Nous pouvons donc conclure qu'aucune morale n'a de base et ne se soutient qu'autant qu'elle fait appel à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''55. - 2° La sanction'''. - Avant nos actes, la conscience nous fait connaître l'existence d'une loi morale qui commande les actions bonnes et défend les mauvaises. Après nos actes, la conscience intervient à nouveau pour poser la double question de responsabilité et de sanction. Et quand elle a porté un jugement sur la valeur intrinsèque de l'acte, elle proclame que le bien a droit à la récompense et que le mal mérite le châtiment. Or Dieu seul peut appliquer à nos actes une sanction équitable et proportionnée à leur valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''56. - Objection.''' - Mais, dit-on, la sanction n'est pas nécessaire pour fonder la morale; et si elle l'est, l'on peut trouver des sanctions sans recourir à Dieu. - a) La sanction, disent les partisans de la morale rationnelle, n' est pas nécessaire pour fonder la morale. Il faut faire le bien pour le bien, et non pour l'amour de la récompense. Moins il y a de calcul intéressé dans l'accomplissement du bien, plus notre action gagne en grandeur et en mérite.- b) Mais, la sanction fût-elle nécessaire, ne peut-on pas trouver de nombreuses sanctions, sociales et même naturelles, en dehors de Dieu? Il y a, par exemple: - 1. l'opinion publique, - 2. les répressions sociales, - 3. la justice immanente des choses, et - 4. par-dessus tout, le témoignage d'une bonne conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. - '''a) Toute sanction, dit-on, est inutile, parce que la vertu doit être désintéressée.- Que le bien doive être fait pour de bien d'abord, et non pour l'amour de la récompense, nous ne le contesterons pas, puisque c'est la un des principes essentiels de la morale chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne pas prendre la récompense pour motif d'action, c'est assurément très bien; mais la mépriser est une marque d'orgueil, ce n'est plus la vertu; la rejeter c'est aller contre l'ordre des choses et la justice. Car s'il n'y a pas de sanctions, s'il n'y a pas de récompense pour la vertu, il n'y a pas non plus de châtiment pour le crime; le bien et le mal sont dès lors mis sur le même pied: ce qui est contraire à toute idée de morale. La sanction est donc nécessaire, non pour fonder la morale, mais pour la couronner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) D'autres qui admettent la nécessité de la. sanction pour couronner la morale, allèguent comme sanctions suffisantes: - 1. l'opinion publique. Or tout le monde sait que l'opinion publique, loin de pouvoir servir de sanction, est parfois injuste dans ses jugements; la popularité n'est pas nécessairement un brevet d'honnêteté et de vertu, et les faveurs officielles ne vont pas toujours au mérite; - 2. les répressions sociales. Combien de crimes restent impunis et combien de malfaiteurs courent les rues, malgré la bonne volonté des gendarmes! - 3. la justice immanente des choses. Le mal et le vice portent souvent en soi le germe de souffrances qui en doivent être, tôt ou tard, la punition. Quelque juste et fréquente que soit cette sanction, on ne peut la considérer comme une loi inflexible; ­&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. le témoignage de la conscience. Il faut bien admettre que voilà enfin une sanction, à première vue, acceptable. La conscience, toutefois, en tant que justicière, n'est pas à l'abri de tout reproche. Il y a des âmes vertueuses qui connaissent le trouble et le scrupule, et il y a des criminels qui ignorent le remords et vivent dans la plus douce quiétude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, d'une part, la sanction doit être le complément de la loi morale et si, d'autre part, rien ne nous garantit la justice des sanctions terrestres, n'avons-nous pas tout lieu de croire qu'il y a ailleurs un Rémunérateur équitable qui, après avoir établi la loi morale, appréciera les actes à, leur vraie valeur et leur appliquera les sanctions qu'ils méritent?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § III. - PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''57. - Argument.''' - Le témoignage de l'histoire nous atteste que, dans tous les temps et dans tous les pays, les hommes ont cru à l'existence de Dieu. Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement pour vrai, dit ARISTOTE, est une vérité de nature. Donc Dieu existe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MAJEURE'''. - Toujours et partout les hommes ont cru à une divinité. Il est à peine besoin d'établir ce fait d'histoire « Un peuple sans Dieu, sans prières, sans serments; sans rites religieux, sans sacrifices, dit PLUTARQUE, nul n'en vit jamais» « Aucune nation, dit CICERON n'est si grossière et si sauvage, qu'elle ne croie à l'existence des dieux, encore qu'elle se trompe sur leur nature» (''De natura deorum'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucune époque n'a poussé plus loin que la nôtre l'étude des religions. Or l'inventaire des documents fournis par l'histoire et la préhistoire n'a pu signaler le moindre cas d'un peuple sans croyances religieuses. Telle est la constatation faite par des érudits comme Max MULLER et de QUATREFAGES: « Obligé par mon enseignement même, dit ce dernier, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures, comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique.» Ainsi l'histoire des religions nous conduit à cette conclusion qu'aucun peuple, considéré dans sa masse, n'a jamais été athée, et que l'athéisme a toujours été le fait de quelques individus ou de quelques écoles. Il importe peu de savoir si leurs conceptions de la divinité furent plus ou moins justes, et elles furent d'ailleurs moins grossières qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Quelque impression bizarre que puissent nous donner certaines mythologies, elles contenaient sans doute une part importante de vérité[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn46 [46]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De quelque nom que s'appelât la divinité, que ce fût le Zeus des Grecs, le Jupiter des Romains, le Mardouk des Babyloniens, le Baal des Phéniciens, le Brahmâ des Indiens ou encore le Grand Esprit des savanes du Nouveau-Monde, c'est toujours au fond le même Dieu que tous les peuples adorèrent sous des noms divers[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn47 [47]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''PREUVE DE LA MINEURE'''. - Or ce que tous les hommes tiennent instinctivement comme vrai « est une vérité de nature», « Ce qui est affirmé par tous d'un commun accord, dit saint THOMAS, ne saurait être entièrement faux. Une fausse opinion, en effet, est une infirmité de l'esprit, elle est donc accidentelle à sa nature. Or ce qui est accidentel à la nature ne peut se retrouver partout et toujours» (''Contra gentes'', l. II, c. XXXIV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''58. – 1èreObjection'''. - Le suffrage universel est une mauvaise marque de vérité. Dire: tous les hommes croient en Dieu, donc Dieu existe, c'est tirer une conclusion que ne renferment pas les prémisses. Il y a eu des erreurs universelles ; telle fut, par exemple, la croyance à l'immobilité de la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - Le consentement des foules n'est pas une preuve infaillible de vérité, il faut bien en convenir. Toutefois, il constitue déjà une présomption sérieuse. «Avant de croire que tout le monde se trompe, dit le P. MONSABRÉ, on est tenté de croire que tout le monde a raison. 1) La croyance collective acquiert surtout une très haute valeur lorsqu'elle s'appuie sûr des raisons sérieuses. - Il y a eu cependant, dit-on, des erreurs universelles. Ce n'est pas contestable, mais il faut ajouter aussi que ces erreurs avaient une cause et qu'elles ont fini par être découvertes et redressées. Ainsi la croyance à l'immobilité de la terre, qui s'explique par l'illusion des sens, ceux-ci ayant pris l'apparence pour la réalité, a cessé avec le progrès des sciences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''59. – 2eme Objection. '''- Précisément, la croyance universelle à la divinité s'explique par une des causes d'erreur: - a) soit par l'ignorance et la peur. - b) soit par les préjugés de l’éducation . - c) soit par l'influence des législateurs et des prêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' - a) l’ignorance et la peur ne sauraient rendre compte de la croyance universelle en Dieu. Lorsque l'homme primitif entendit le vent mugir, la foudre gronder, lorsqu'il vit l'éclair sillonner la nue, il demeura, dit-on, épouvanté, et ne sachant quelle était la cause de ces phénomènes, il trouva tout simple de les attribuer à des agents surnaturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il crut alors qu'il y avait un dieu derrière le nuage pour le mouvoir, un autre pour lancer la foudre, un autre encore dans l'immensité des mers pour pousser les flots sur le rivage... C'est donc à la fois l'ignorance et la peur qui ont enfanté les dieux, selon le mot du poète latin STACE: «''Primus in orbe deos fecit timor'' ». Mais la science a expliqué ces phénomènes, elle a montré qu'ils étaient le résultat des forces de la nature, elle a donc supprimé du même coup les dieux comme des agents inutiles et inexis­tants. - Il est vrai que la science a trouvé la cause immédiate des phénomènes, et pour ne citer qu'un exemple, il ne faut plus dire: Jupiter lance la foudre, mais la foudre a pour cause l'électricité. Tout cela est juste, mais l'on n'a découvert encore que les causes immédiates et les causes secondes, cela ne supprime en rien la cause des causes. Pour l'homme primitif comme pour le scientifique, le point de départ est le même: ce sont les effets et les phénomènes qu'il faut expliquer. Et si le primitif avait tort de s'arrêter trop vite dans la recherche des causes, au moins sa conclusion était juste, tandis que le scientifique, en ayant raison de remonter plus haut, tire, en fin de compte, une conclusion qui est fausse. Si d'ailleurs le progrès des sciences avait pu résoudre, en dehors de Dieu, l'énigme de l'univers, la divinité n'aurait plus d'adeptes parmi les hommes de science. Or si nous devions nommer tous les hommes illustres qui ont cru en Dieu, la liste en serait longue. Citons seulement, parmi les mathématiciens et astronomes célèbres: COPERNIC, GALILÉE, KEPLER, NEWTON, CAUCHY,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HERSCHELL, LE VERRIER, LAPLACE, FAYE...; parmi les physiciens : AMPÈRE, VOLTA, MAYER, LIEBIG, BIOT, DALTON, BRANLY... ; parmi les naturalistes: CUVIER, AGASSIZ, LATREII,LE, MILNE-EDWARDS, G. SAINT-­HILAIRE, WURTZ, CHEVREUL, PASTEUR, DE LAPPARENT, LAMARCK le père du transformisme, et DARWIN eux-mêmes rendent hommage au Créateur. Citons enfin le créateur de la cristallographie HAUY,DE QUATREFAGES, VAN BENEDEN, une des gloires de la Belgique. F. BACON disait: « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.» N'est-ce pas la conclusion qu'on est en droit de tirer devant tant de noms illustres 7 La croyance en Dieu n'est donc pas issue de la peur ni de l'ignorance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Le consentement universel ne vient pas davantage des préjugés de l’éducation. Sans contredit, l'éducation joue un rôle considérable sur les idées et les croyances, mais il faut bien remarquer que les préjugés varient de pays à pays, de génération à génération, qu'ils ne résistent pas à l'instruction et au progrès, et qu'il n'y a pas d'exemple qu'un préjugé qui va contre les passions, n'ait été vite supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Enfin l'influence des législateurs et des prêtres ne saurait être invoqué pour expliquer la croyance des peuples. - 1. Les législateurs ont pu se servir de la croyance en Dieu pour mieux gouverner leurs peuples, mais ils n'ont pas pu la créer. L'on ne cite pas, du reste, le nom de l'inventeur; et l'on pense bien qu'on devrait le connaître s'il existait, en raison des difficultés qu'il aurait rencontrés pour imposer un dogme contraire aux inclinations et aux mauvais instincts du cœur humain. - 2. La supercherie des prêtres est une explication encore plus mauvaise, car les prêtres n'existant que par la religion, ils ne peuvent être antérieurs à elle, et ils n'ont leur raison d'être qu'autant qu'il y a déjà un culte. Considérer les prêtres comme les inventeurs de la Divinité et les fondateurs des religions, c'est donc commettre, d'après S. REINACH lui-même (Orpheus) « un anachro­nisme ridicule ».[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn48 [48]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''CONCLUSION.''' - La croyance universelle ne s'explique donc par aucune cause d'erreur. Si elle provenait d'une cause d'erreur: crainte, éducation, influence des législateurs et des prêtres, elle n'aurait pas manqué de disparaître avec la cause qui l'aurait fait naître. Or elle s'est maintenue partout, en dépit des obstacles qu'elle a rencontrés. Il faut dès lors admettre qu'elle a une autre origine, et qu'elle découle soit du sentiment religieux déposé par Dieu au fond de notre âme, soit de la force du raisonnement qui nous permet de déduire son existence. Dans les deux hypothèses, la conclusion est identique. Si Dieu s'est manifesté lui-même dans une révélation primitive transmise d'âge en âge, et si, moyennant certaines dispositions, les hommes le sentent vivant et agissant dans leur âme, rien de mieux. Si l'idée de Dieu est le fruit du raisonnement, la croyance universelle s'explique non moins bien, vu que la raison est un patrimoine du genre humain[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn49 [49]]. (V. la valeur de cette preuve, n° 60).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Conclusion générale des preuves de l'existence de Dieu.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
60. - Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur les preuves de l'existence de Dieu, il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est la valeur et la portée de chaque preuve, considérée isolément. Nous l'établirons brièvement en reprenant chaque groupe de preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Valeur des preuves cosmologiques'''. - Des trois preuves qui nous sont fournies par l'observation du monde extérieur, les deux premières, - argument de la contingence et du premier moteur, - nous permettent de conclure qu'il y a un Etre nécessaire, et, par le fait, éternel, puisqu'un Etre nécessaire ne peut pas ne pas être ; distinct du monde, puisque le monde est sujet du devenir, puisqu'il se transforme et que l'Etre nécessaire, la cause première et le premier moteur ne peuvent être sujets au changement. La troisième preuve par l'ordre du monde a moins de portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'ordre et la beauté qui y règnent, le monde a ses imperfections; il n'implique pas dès lors un art infini, il requiert seulement un ou plusieurs architectes assez habiles pour réaliser l'unité de plan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn50 [50]]. Et puis, l'organisateur du monde n'en est pas nécessairement le créateur. L'ordre du monde suppose donc une intelligence supérieure, mais non un Etre infini, unique et créateur. La preuve des causes finales ne doit pas, par conséquent, être isolée des deux premières preuves. Il n'en est pas moins vrai que celui qui admettrait déjà un Architecte du monde, sortirait au moins de son athéisme, et il aurait peu de peine à passer de l'Architecte au Dieu créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Valeur des preuves tirées de l'âme humaine.''' '''- A. La preuve onto­logique'''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn51 [51]] tirée de l'idée d'être parfait contient un sophisme, et partant, ne peut être retenue comme une preuve valable. On ne peut dire d'un être qu'il possède telles ou telles qualités que s'il existe. L'existence n'est donc pas un attribut. Mais, à supposer qu'elle en soit un, d'après les règles du syllogisme, l'attribut doit être de même nature que le sujet. Or quand j'affirme que l'idée d'être parfait implique l'existence de tel être, il s'agit de l'être parfait conçu par mon intelligence; l'attribut que je lui donne, à savoir, l'existence, appartient donc à l'être idéal conçu par moi, non à un être réel. La proposition rigoureusement vraie, en tant que hypothétique, reste une proposition hypothétique, et les lois du raisonnement nous demandent de transformer l'hypothèse en réalité, de passer de l'existence idéale à l'existence réelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B'''. La preuve par les aspirations de l'âme''' n'a pas une valeur absolue. Il n'est pas possible, en effet, de démontrer rigoureusement qu'un bonheur fini ne pourrait satisfaire les désirs de l'homme, et pas davantage, que le désir, même naturel, implique nécessairement l'existence de l'objet désiré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''C. La preuve par la loi morale''' et la sanction avait, aux yeux de Kant, une très grande force; elle lui arrachait cet aveu significatif: « Deux choses me remplissent l'âme d'un respect et d'une admiration sans cesse renaissants: le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, la loi morale au-dedans de nous-mêmes. » Toutefois, il est bon de remarquer que, dans l'exposé de cette preuve, nous ne suivons pas la même voie que le philosophe allemand. D'après Kant, l'existence de la loi morale suppose Dieu non comme législateur, mais comme rémunérateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'accomplissement du devoir nous confère, en effet, un droit au bonheur. Or, si nous sommes libres de bien agir et de nous rendre dignes du bonheur, il ne dépend pas de nous que le bonheur vienne toujours récompenser nos bonnes actions. En conséquence, pour que la loi morale ne soit pas une chimère, il faut qu'il y ait une volonté souverainement juste et puissante qui réalise l'harmonie du bonheur et de la vertu, il faut qu'il y ait un Dieu: ainsi l'existence de Dieu devient un simple postulat de la loi morale. Au contraire, dans l'argument tel que nous.1'avons exposé (p. 51), l'existence de la loi morale suppose Dieu comme législateur, de même que le monde contingent l'exige comme être nécessaire: dans les deux cas, nous nous appuyons sur le principe de causalité et nous remontons d'un effet à sa cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, même ainsi présentée, la preuve tirée de la loi morale peut être attaquée dans sa majeure. En effet, la connaissance claire et distincte d'une loi morale, de caractère universel et obligatoire, présuppose la connaissance de l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un législateur suprême qui, seul, a le pouvoir de lier la conscience; de lui intimer une obligation absolue, (impératif catégorique). Mais si la connaissance de la loi morale exige au préalable la connaissance de l'existence de Dieu, c'est que la notion de Dieu est antérieure à la loi morale et, par conséquent, n'en découle pas; L'argument est donc vicieux de ce fait qu'il contient dans ses prémisses ce qui ne doit venir que dans la conclusion[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn52 [52]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° Valeur de la preuve par le consentement universel - La croyance universelle est un confirmation de l'ensemble des preuves. L'unanimité de la croyance ne l'explique, en effet, que par la valeur intrinsèque des raisons qui l'ont produite: d'où il suit que le consentement universel, sans être à proprement parler un nouvel argument ni un critérium de certi­tude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn53 [53]], constitue pourtant une démonstration indirecte de l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, l'ensemble des preuves qui se complètent l'une par l'autre et nous présentent Dieu sous un aspect différent, forme un bloc intangible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun reste libre d'ailleurs de choisir l'argument qui convient le mieux à sa mentalité, à sa tournure d'esprit, et le plus apte à étayer ses convictions,.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III - De l'Athéisme. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Y a-t-il des athées? Causes et conséquences de l'athéisme.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
61. - Après l'exposé des preuves de l'existence de Dieu, une question subsidiaire, avons-nous dit, se pose à nos investigations. Si Dieu est nécessaire pour expliquer le monde, comment se fait-il qu'il y ait des athées? Mais est-il vrai tout d'abord qu'il y ait des athées? Et s'il y en a, quelles sont les causes et les conséquences de l'athéisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Y a-t-il des athées?''' - L'athée (du grec ''a'' privatif et ''theos,'' dieu) est celui qui ne croit pas à l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette définition il ressort qu'il ne faut pas ranger parmi les athées: - a) les indifférents qui laissent de côté la question des origines du monde et de l'âme, et vivent sans se préoccuper de leur destinée. Bien que cette manière d'être aboutisse pratiquement à l'athéisme, les indifférents ne sont pas des athées proprement dits. - b) Les agnostiques qui proclament que Dieu est du domaine de l'inconnaissable, ne sont pas non plus des athées. Aussi longtemps qu'ils s'en tiennent à cette affirmation, leur état d'esprit équivaut à un scepticisme religieux. - c) Encore moins faut-il compter parmi les athées ceux qui, ignorant le tout, ou à peu près, de la question religieuse, font profession extérieure d'athéisme, soit parce qu'ils jugent que cette attitude convient à des esprits forts qui ne veulent pas suivre le vulgaire troupeau, soit parce qu'ils ont intérêt à aller du côté où souffle le vent des faveurs officielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de ne considérer comme athées, que les scientifiques et les philosophes qui, après mûr examen des raisons pour et contre l'existence de Dieu, se prononcent pour ces dernières. De ces athées, qui seuls méritent de retenir notre attention, l'on peut bien dire que le nombre est fort restreint. Il suffirait, pour le prouver, de nous en référer au témoignage d'un des leurs. « A notre époque, écrit M. LE DANTEC (''L'athéisme''), quoi qu'on dise, il existe une infime minorité d'athées. » Mais il faut ajouter, pour être juste, qu'en revanche le nombre des agnostiques qui veulent que la question soit insoluble, a augmenté dans une sérieuse proportion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''62. - 2° Causes de l'athéisme''', - L'on explique généralement l'athéisme par des raisons intellectuelles, des raisons morales et des raisons sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. RAISONS INTELLECTUELLES.'' - a) L'incrédulité des scientifiques: physiciens, chimistes, biologistes, médecins, etc., doit être attribuée souvent à leurs préjugés et à l'application d'une fausse méthode. Il est clair, en effet, que s'ils prétendent employer ici la méthode expérimentale, qui n'admet que ce qui peut être vérifié par l'expérience, que ce qui tombe sous les sens, ils ne pourront pas dépasser les phénomènes et atteindre les substances[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn54 [54]]. Notons, en outre, que certaines formules, dont ils abusent dans l'intérêt de leurs négations, ne sont pas vraies, au moins dans le sens où ils s'en servent. Quand, par exemple, ils allèguent que la matière est nécessaire et non contingente, ils invoquent, pour le démontrer, la nécessité de l'énergie et des lois (N° 40). Or il apparaît tout de suite que le mot nécessaire renferme ici une équivoque. La nécessité d'une chose est en effet absolue ou relative. Elle est absolue si sa non-existence implique contradiction, relative lorsque la chose en question, dans l'hypothèse de son existence, doit avoir telle ou telle essence, telle ou telle qualité: ainsi un oiseau doit avoir des ailes, autrement il ne serait plus un oiseau. De ce que l'énergie et les lois sont nécessaires, au sens relatif, les matérialistes ont donc le tort de conclure que la matière elle-­même est l'Etre nécessaire au sens absolu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) L'athéisme des philosophes contemporains dérive du criticisme de Kant et du positivisme d'A. Comte. Nous avons vu, dans le chapitre préliminaire, que, d'après les criticistes et les positivistes, la raison ne peut arriver à une certitude objective ni atteindre les substances derrière les phénomènes. En rabaissant ainsi la raison, on ruine du même coup toutes les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu. L'on peut donc dire que, chez la plupart des philosophes contemporains, la crise de la foi est, en fait, une crise de la raison: les négateurs de Dieu sont, à notre époque, les négateurs de la raison. Mais celle-ci, comme il arrive toujours pour les arrêts injustes, sera un jour réhabilitée et reprendra ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. RAISONS MORALES.-'' Nous citerons parmi les raisons morales: - a) le manque de bonne volonté. Si l'on étudiait les preuves de l'existence de Dieu avec plus de simplicité, et moins d'esprit critique, on serait sans doute moins rebelle à la force des arguments. Il ne faut pas non plus demander aux preuves plus qu'elles ne peuvent donner: leur force démonstrative, bien que réelle et absolue, n'entraîne pas une évidence mathématique; - b) les passions. Il est bien évident que la foi se dresse devant les passions comme un obstacle. Or, quand une chose gêne, on trouve toujours de bonnes raisons pour la supprimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y a toujours dans un cœur égaré par les passions, dit Mgr FRAYSSINOUS, des raisons secrètes de trouver faux ce qui est vrai... On se persuade aisément ce qu'on aime et, quand le cœur se livre au plaisir qui séduit, l'esprit s'abandonne volontiers à l'erreur qui justifie »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn55 [55]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''­''Et Paul BOURGET, dans une analyse très pénétrante de l'incrédulité, écrit les lignes suivantes: «l’homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs... je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la précoce impiété des libres penseurs en tunique a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement - quel raisonnement ! - arrive ensuite et fournit des preuves (!!!) à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn56 [56]] - c) Les mauvais livres et les mauvais journaux. Sous cette dénomination nous n'entendons pas les livres et les journaux qui sont immoraux, mais ceux qui, sous des formes parfois dissimulées, s'attaquent à tout ce qui est à la base de la moralité, et veulent faire croire, au nom du soi-disant Progrès et d'une prétendue Science, que Dieu, l'âme, la liberté ne sont plus que des mots qui recouvrent des chimères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C. RAISONS SOCIALES''. - Signalons seulement: - a) l'éducation. Il n'est pas exagéré de dire que les écoles neutres ont été pour l'athéisme un terrain de culture exceptionnel. Prise en masse, notre société va donc à l'athéisme parce qu'elle le veut; - b) le respect humain. Beaucoup ont peur de paraître religieux parce que la religion n'est plus en faveur et qu'ils pourraient être tournés en dérision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''63. - 3° Conséquences de l'athéisme.''' - L'athéisme, en supprimant Dieu, enlève toute base à la morale. De là les plus graves conséquences pour l'individu et pour la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. POUR L'INDIVIDU.'' - a) L'athéisme le livre sans frein à ses passions. Si l'homme ne reconnaît pas un maître suprême qui ait le pouvoir de lui commander le bien et de le châtier s'il fait mal, pourquoi ne se laisserait-il pas aller au gré de ses désirs, et ne courrait-il pas après le bonheur terrestre, ou du moins ce qu'il croit tel, par quelque voie qu'il pense l'obtenir? - b) Mais, par réciproque, l'athéisme enlève à l'homme toute consolation parmi les épreuves de la vie. Celui qui ne croit pas en Dieu doit abandonner tout espoir de réconfort, lorsque la vie lui devient amère et que la terre lui refuse les joies qu'il lui demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. POUR LA SOCIÉTÉ.'' - Les conséquences de l'athéisme sont plus ruineuses encore pour la société. En supprimant les idées de justice et de responsabilité, il conduit au despotisme et à l'anarchie, la force remplace le droit. Si les gouvernants ne sentent pas au-dessus d'eux un maître qui leur demandera compte de leur gestion, ils sont libres de gouverner la société suivant leurs caprices: « Je ne voudrais pas, disait VOLTAIRE, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier: je serais bien sûr d'être pilé. » D'autre part, il y a dans toute société de grandes distances entre chaque membre au point de vue du rang, des honneurs, des dignités, de la situation et des richesses. S'il n'y a pas de Dieu pour récompenser un jour ceux qui, moins bien partagés, acceptent leur destinée avec courage et font leur devoir, pourquoi ne pas se révolter contre une société mal faite et lui réclamer sa part de bonheur et de jouissances?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' - Dictionnaire de la foi cath. : CHOSSAT, Art. Agnosticisme.. GARRIGOU-LAGRANGE, Art. Dieu.. GRIVET, Art. Évolution créatrice.. DARIO, Art. Matérialisme. MOISANT, Art. Athéisme. - CHOSSAT, Art. Dieu. Dict. de théol. ­SERTILLANGES, ''Les Sources de la croyance en Dieu''. - MICHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain. - FARGES, Nouvelle Apologétique.. ''L'idée de Dieu d'après la Raison et la Science ''(Berche et Tralin). - GUIBERT, ''Les Origines'' (Letouzey) ; ''Le Conflit des croyances religieuses et des sciences de la nature ''(Beauchesne). - DUILBIÉ DE SAINT-PROJET et SANDERENS, ''Apologie scientifique de la foi chrétienne'' (Poussielgue). - Mgr GOURAUD, ''Notions élémentaires d'apologétique ''(Belin). - PRUNEL, ''Les Fondements de la doctrine catholique ''(Beauchesne). - Mgr D'HULST, 1re Conf. car. 1892 (Poussielgue). - POU LIN et LOUTIL, Dieu (Bonne-Presse). - Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs''. - C. PIAT, ''De la croyance en Dieu'' (Alcan). - VILLARD, ''Dieu devant la science et la raison'' (Oudin). - DE LAPPARENT, ''Science et Apologétique'' (Bloud), ''Traité de géologie''. - P. JANET, ''Les causes finales; Le matérialisme contemporain'' (Baillère). - Saint THOMAS, ''Contra gentes, Somme théologique''. - KLEUTGEN, ''Philosophie scolastique. - Traités de philosophie'' de G. SORTAIS, du P. LAHR, de FONSEGRIVE, de l'abbé DOMECQ, etc. - DE MARGERIE''. Théodicée''. - Abbé DE BROGLIE, ''Le Positivisme et la Science expérimentale'' (Victor Palmé). - L'Ami du Clergé, 10 mai 1923.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II : LA NATURE DE DIEU ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
64. — La ''nature ''de Dieu, — comme l'existence, — comporte une triple étude : — 1° Une question préliminaire : La raison qui démontre l'existence de Dieu peut-elle aussi connaître sa nature ? — 2° Si oui, quelle est-elle t Quels sont ses attributs.— 3° La connaissance que nous avons de sa nature, nous permet-elle d'affirmer, contre les ''panthéistes, ''que Dieu est une ''personne distincte du monde?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'où trois articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. Pouvons-nous connaître la nature de Dieu ? ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette première question peut se subdiviser en deux autres : 1° Est-il possible de connaître la nature de Dieu? 2° Par quelles voies peut-on arriver à cette connaissance ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. L'erreur agnostique. — Dieu n'est pas inconnaissable. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
65. — Dieu est, mais pouvons-nous savoir ''ce qu'il est? ''Pouvons-nous avoir de sa nature une connaissance, sinon parfaite, au moins initiale et confuse?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° L'erreur agnostique''' — A cette question les ''agnostiques dogma­tiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn57 [57]]) répondent par la négative. Les ''philosophes, ''comme Kant et H. Spencer, déclarent qu'il ne convient pas de laisser à la base de la vie religieuse des vérités métaphysiques que la raison pure ne peut pas prouver. Les ''protestants libéraux, ''comme Ritschl, Sabatier ; les ''modernistes, ''comme Le Roy et Tierel; les ''pragmatistes, ''comme W. James, supposant l'existence de Dieu démontrée par le sentiment et 1,'expérience religieuse, prétendent qu'il est impossible, et dès lors inutile, de se faire une représentation quelconque de l'essence divine, et ils reprochent aux théologiens leur ''intellectualisme, ''c'est-à-dire leurs affirmations catégoriques et définies sur la nature intrinsèque de Dieu. A quoi bon, disent les pragmatistes, se représenter Dieu ? Une religion n'a de valeur que par ses résultats et le degré de piété qu'elle produit, et non par ses formules dogmatiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn58 [58]] — Sans doute, c'est la piété qui importe, mais est-il vrai, comme l'affirment les pragmatistes, que la pratique religieuse soit indépendante des idées de l'esprit ? Si l'on conçoit Dieu comme l'âme de la nature, ou comme un idéal abstrait, selon la doctrine panthéiste, peut-on encore le prier et lui rendre un culte? Il est bien évident que non. Pour commencer la vie religieuse, il est nécessaire que nous ayons d'abord de Dieu une connaissance rationnelle, et la prière ne sortira du cœur qu'autant que nous connaissons Dieu comme un Etre personnel, distinct du monde, bon et miséricordieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''66. — 2° Dieu incompréhensible, mais non inconnaissable. '''— Quand on parle de la nature de Dieu, il importe, si l'on veut éviter tout malentendu, de faire la distinction entre la connaissance et la compréhension de la nature divine. Dieu est incompréhensible mais non inconnaissable : — ''a) Incompréhensible. ''Sous quelque aspect que nous le considérions, Dieu c'est ''l'Etre infini. ''Or il est bien évident qu'une intelligence finie comme celle de l'homme est incapable de comprendre l'infini ; Dieu dépasse notre conception et notre langage : il est ''ineffable, ''comme disent les théologiens. — ''b) Mais non inconnaissable. ''Là où les agnostiques disent : nous ne pouvons absolument rien savoir, les apologistes catholiques répondent : nous savons assurément peu de choses, mais nous savons quelque chose. En nous révélant son existence, la ''raison ''nous a appris que Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, éternel, le Premier Moteur, l'Organisateur du monde en même temps que l'Etre parfait, le Souverain Bien et le Législateur Suprême. Savoir tout cela, c'est avoir déjà une connaissance, qui permet de pousser plus loin notre recherche[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn59 [59]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Naturellement, la connaissance à laquelle nous parvenons, n'est pas une connaissance adéquate et entière de l'objet. Faut-il s'en étonner ? S'il est vrai que nous ne « savons le tout de rien » combien plus Dieu reste enveloppé d'obscurité ! Alors que la science ne peut nous expliquer les nombreux mystères de la nature, et qu'elle ne sait nous dire, par exemple, ce qu'est l'électricité, la lumière, la gravitation, la germination, etc., pourquoi voudrait-on nous enfermer dans ce dilemme inacceptable : Ou vous connaissez entièrement la nature de Dieu, ou vous n'en savez absolument rien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Par quelles voies peut-on connaître la nature de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
67. — En partant des êtres créés, nous avons vu qu « la raison prouvait l'existence d'une Cause première, d'un Etre nécessaire et d'un premier Moteur. Si nous nous bornons à cette seule preuve indiquée par le Concile du Vatican, nous arrivons à déduire la nature de Dieu par une double méthode : ''a priori ''et ''a posteriori.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''A PR1ORI, ''c'est-à-dire en déduisant ce qui est contenu dans les notions de Cause première, d'Etre nécessaire et de premier Moteur, nous pouvons tirer cette triple conclusion : — ''a) ''Dieu est l’''Être parfait. ''En effet, un être imparfait est un être limité et contingent, puisqu'il pourrait changer pour devenir meilleur et acquérir la perfection qui lui fait défaut. Or, s'il pouvait recevoir cette qualité d'un autre, il ne serait plus la Cause première de tout, ni l'Être nécessaire, vu qu'il pourrait être autrement qu'il n'est. La Cause première, l'Être nécessaire est donc en même temps l'Être parfait. — ''b) ''Dieu est ''infini. ''La notion d'infini découle de celle d'Être parfait. Dire que Dieu n'est pas infini, c'est dire qu'il n'a pas la ''plénitude absolue de l'être, ''et, par conséquent, qu'il n'est pas parfait, qu'on pourrait concevoir un être plus grand, à savoir, celui qui aurait cette plénitude de l'être. — ''c) ''Dieu est ''unique. ''L'unicité de Dieu se déduit de la notion d'infini. La raison ne peut admettre l'existence de deux êtres infinis. Car, ou bien ils sont indépendants l'un de l'autre, ou l'un dépend de l'autre. Dans le premier cas, la puissance de l'un étant limitée par la puissance de l'autre, aucun n'est infini. Dans le second cas, celui qui dépend de l'autre ne saurait être infini. Le ''dualisme, ''qui admet l'existence de deux dieux, le ''polythéisme ''qui en admet plusieurs, sont donc des erreurs : la raison nous dit ''qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''A POSTERIORI, ''c'est-à-dire en prenant pour point de départ les êtres créés, nous déduisons les perfections divines. Si nous examinons l'œuvre de Dieu, et en particulier l'homme, nous y trouvons des qualités mêlées à des imperfections. Or, étant donné que Dieu est l'Etre parfait, comme nous venons de l'établir a priori, il s'ensuit que nous devons retrancher de sa nature toutes les imperfections des êtres créés et lui attribuer toutes leurs qualités[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn60 [60]]. D'où deux procédés : — a) la ''voie de négation ''ou ''d'élimination ''qui supprime on Dieu tous les défauts des créatures, et — ''b) ''la ''voie d'éminence ''qui lui attribue, en les élevant à l'infini, toutes les perfections des êtres créés. La ''méthode a posteriori ''n'est pas de l'''anthropomorphisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn61 [61]]. Nous nous servons des qualités des créatures pour nous représenter Dieu, mais nous ne concevons pas la nature de Dieu sur notre modèle, nous ne le faisons pas à notre ressemblance. Nous attribuons à Dieu les qualités des créatures par ''analogie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn62 [62]] seulement, et nous pensons bien que l'intelligence divine par exemple n'est pas seulement supérieure à l'intelligence humaine, mais ''d'un autre ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II — La Nature de Dieu. Les Attributs de Dieu. Notion. Espèces. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''68. — 1° Notion'''. — L''''attribut ''en général, c'est toute qualité essentielle à un être. Les attributs de Dieu ce sont donc ses perfections, c'est-à-dire ce qui constitue son essence. En réalité, ''attributs '' et ''essence ''désignent une seule et même chose. Il n'y a pas plusieurs perfections divines, il n'y a que l'essence divine qui est parfaite et indécomposable. La distinction que nous établissons n'est donc qu'une distinction de raison, nécessitée parla faiblesse de notre intelligence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''69. — 2° Espèces''' — Par le double procédé indiqué plus haut, nous obtenons deux sortes d'attributs : — ''a) ''les attributs ''négatifs ''ou ''métaphysiques, ''par la voie de négation, et — b) les attributs ''positifs ''ou ''moraux ''par la voie d'éminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Les  attributs négatifs ou métaphysiques. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
70. — Les ''attributs négatifs ''s'obtiennent, avons-nous dit, en retranchant de la nature divine, toutes les imperfections des êtres créés. Or ceux-ci sont contingents, composés de parties, sujets au changement, limités par le temps et l'espace. Les attributs négatifs de Dieu seront donc ; ''l'aséité, ''la ''simplicité, l’immutabilité, l'éternité ''et ''l'immensité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Aséité.''' — Sous ce vocable emprunté à la langue scolastique ''(aseitas), ''on désigne la propriété qui appartient à Dieu seul d'exister ''par soi (ens a se) ''et non par un autre, d'avoir la ''plénitude de l'être, ''contrairement aux créatures qui tiennent leur existence de Dieu et sont des êtres imparfaits et contingents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Simplicité.''' — Dieu ''n'est pas composé de parties. ''S'il était composé de parties, celles-ci seraient finies ou infinies. Si elles étaient finies, Dieu ne serait plus l'infini, car l'addition du fini avec le fini ne donne pas l'infini. Dire, d'autre part, que les parties sont infinies est une chose contradictoire : nous venons de voir plus haut que la notion d'infini implique l'unité. Mais si Dieu est ''simple ''c'est qu'il est ''esprit, ''vu que le propre de la matière est d'être composée de parties et divisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''3° Immutabilité.''' — Dieu est ''immuable. ''On ne change que pour acquérir les perfections qu'on n'a pas ou pour perdre celles que l'on a. Dans Ie8 deux hypothèses, Dieu ne serait plus ni l'Etre nécessaire ni l'Etre parfait puisqu'il ne serait pas toujours le même et qu'il passerait d'un état moins parfait à un plus parfait, ou réciproquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''4° Éternité''' — ''Etre nécessaire, ''ne pouvant pas ne pas être, Dieu est donc ''éternel. ''Toutefois, n'expliquons pas cette perfection en disant que Dieu n'a ni commencement ni fin. Cette manière de parler serait impropre, car elle ne s'applique qu'au temps. Et précisément l'éternité est opposée au temps. Quand nous disons que Dieu est éternel, nous entendons par là, si difficile que la chose soit à concevoir, que Dieu est en dehors du temps, en dehors du commencement et de la fin. Et pourquoi Dieu est-il en dehors du temps? C'est que le temps est divisible, qu'il implique le changement, la succession, le devenir, c'est qu'il est fait d'un passé qui n'est plus, d'un avenir qui n'est pas encore, et d'un présent qui fuit entre le passé et le futur ; en un mot, qu'il est imparfait. Il répugne donc à la perfection et à l'immutabilité de Dieu : d'où il suit qu'il faut concevoir l'éternité divine comme un ''éternel présent ''où il n'est question ni de passé ni de futur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''5° Immensité.''' — Ce que nous venons de dire de l'éternité, s'applique à ''l'immensité ''de Dieu. De même que l'éternité est en dehors du temps,. l'immensité est en dehors de ''l'espace. ''Dieu est donc partout, non pas à la manière des corps qui sont limités par leur propre étendue, mais comme un ''esprit ''qui pénètre tout, même les corps matériels, sans cependant se confondre avec eux (exemple : l'âme humaine). S'il est vrai que Dieu est en tout et partout, il n'est pas moins juste d'ajouter que tout est en lui et par lui, selon la parole de saint Paul aux Athéniens : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » ''(Actes, ''XVIII, 28.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Les attributs positifs ou moraux de Dieu. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
71. — Les ''attributs positifs ''s'induisent en prenant comme point de départ les facultés de l'homme et en les élevant à un degré infini. Or les facultés de l'homme sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité. Les attributs de Dieu seront donc : ''l'intelligence, ''la ''volonté ''et ''l'amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Intelligence'''. — L'intelligence de l'homme est bornée dans son ''mode de connaissance ''et dans son ''objet. ''D'une manière générale, elle n'arrive à connaître que lentement, péniblement et par le raisonnement. De plus, elle est sujette à l'erreur, au doute, à l'oubli, et son savoir est toujours limité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'intelligence divine, au contraire, est parfaite : — ''a) ''dans son ''mode de connaissance. ''Elle voit tout, d'une seule ''intuition, ''et sans recourir au raisonnement ; — ''b) ''dans son ''objet. ''La science divine embrasse tout : Dieu se connaît lui-même et il connaît ses œuvres d'une manière parfaite. Le passé et l'avenir n'existent pas devant lui : ils sont un éternel présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''72. — Objection. Prescience divine et liberté humaine.''' — Si Dieu connaît l'avenir, que devient la ''liberté ''de l'homme, puisqu'il est entendu que tout ce que Dieu ''prévoit ''arrive ''nécessairement?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. —''' La conciliation de la ''prescience divine ''et de la ''liberté humaine ''est une difficulté plus apparente que réelle. -— ''a) ''II importe, avant tout, de s'entendre sur les mots : — 1. Et d'abord, le mot ''prescience ''ou ''prévision ''est un terme impropre, appliqué à Dieu. Nous avons vu, en effet, au N° 70, au sujet de l'éternité, qu'il n'y a en Dieu ni passé, ni futur, mais seul, un éternel présent. Par conséquent, Dieu ne ''prévoit ''pas, il ''voit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2. Dire, d'autre part, que ce que Dieu a prévu arrive ''nécessairement ''n'est pas une expression plus juste. Sans doute, la science de Dieu est ''infaillible ; ''et ce que Dieu voit de toute éternité, arrivera ''certainement ''dans le temps. Mais ne nous y trompons pas. La chose arrivera : — 1 ) d'une ''manière nécessaire, s'il ''s'agit des êtres privés de raison et qui obéissent aux lois physiques de leur nature ou aux impulsions de leur instinct ;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 2) d'une ''manière libre, ''s'il s'agit des êtres raisonnables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Mais, à supposer que le terme « ''prescience» ''soit juste et puisse être retenu, à propos de la science divine, n'est-il pas évident que le fait de prévoir un événement n'est nullement la ''cause ''de cet événement? Je prévois qu'un aveugle, qui marche dans la direction d'un précipice, va tomber dans l'abîme et se tuer. Dira-t-on que ma prévision a été cause de sa chute et de sa mort? Donc la prescience de Dieu, tout éternelle et infaillible qu'elle est, ''n'est pas la cause de nos actions, ''elle n'en est que la ''conséquence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) I1 est vrai que notre imagination se représente mal ces choses, mais, quand on ne peut pénétrer tous les secrets d'un mystère, il faut écouter le conseil de Bossuet, qui nous dit de tenir fermement les deux bouts de la chaîne, — ''science de Dieu ''et ''liberté de l'homme, ''— bien que nous ne voyions pas les anneaux intermédiaires par ou ils se relient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''73. — 2° La volonté de Dieu.''' — La volonté de l'homme est limitée dans son ''mode d'opération ''et dans son ''objet. ''Elle n'arrive souvent à ses ' fins qu'au prix de laborieux efforts et elle ne fait pas ''tout ''ce qu'elle veut, En Dieu, la volonté est ''toute-puissante : ''elle ne connaît ni l'effort ni la limite. Dieu peut tout Ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir que ce qui est conforme aux lumières de son intelligence, c'est-à-dire le bien. Quant au mal, s'il s'agit du ''mal physique, ''Dieu peut le vouloir, comme moyen d'obtenir un bien supérieur (V. N° 101) ; s'il s'agit du ''mal moral, ''il ne peut jamais le vouloir, il ne peut que le tolérer pour laisser à l'homme le libre choix de ses actes, et conséquemment, le mérite ou le démérite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''74. — Objection'''. — Mais, dira-t-on, Dieu n'est pas ''libre, ''s'il ne peut choisir entre le bien et le mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Réponse. ''— Ne confondons pas la liberté divine avec la liberté humaine. L'homme peut hésiter entre le bien et le mal et se déterminer pour le mal. C'est là une imperfection de la liberté humaine, car la ''vraie liberté ''consiste dans le ''choix entre deux biens : ''telle est la liberté divine. Or, comme Dieu est l'Etre infiniment parfait, le souverain Bien, il se veut et s'aime lui-même nécessairement. La liberté divine ne concerne donc que ses ''actes extérieurs, ''ceux qui sont relatifs aux créatures : Dieu a créé le monde ''librement, ''il a créé celui qui existe, comme il en aurait pu créer un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''75. — 3° L'amour de Dieu.''' — L'amour c'est le mouvement de la sensibilité vers le bien. Or, l'homme se trompe souvent sur ce qui en doit être l'objet, et alors qu'il ne se trompe pas, le bien qu'il atteint n'est jamais complet, soit qu'il s'y mêle la crainte de le perdre, où la déception de ne pas le trouver aussi grand qu'il l'avait rêvé. Il faut donc supprimer en Dieu ces imperfections et ces souffrances qui accompagnent même la possession du bonheur. Dieu aime les choses en proportion de leur valeur : il s'aime donc infiniment et il aime le bien qu'il trouve dans ses couvres dans la mesure où il reflète ses propres perfections. Et comme l'amour engendre la ''bonté, ''Dieu répand ses bienfaits parmi ses créatures « ''bonum diffusivum sui ''». C'est en le considérant sous cet aspect que saint Jean a dit de Dieu qu'il était la charité. « ''Deus caritas est ''» ( I ''Jean, IV'', 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les attributs ''moraux ''de Dieu, on cite parfois la ''sainteté, ''la ''justice ''et la ''miséricorde. ''Infiniment pariait, Dieu est évidemment saint, juste et miséricordieux dans une mesure infinie ; mais, en réalité, ce sont là des perfections de sa volonté plutôt que des attributs distincts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Personnalité de Dieu. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Dieu est une personnalité distincte du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
76. — Les attributs que nous venons d'étudier forment ce qu'on appelle la ''personnalité divine. ''Or, dire que Dieu est un être ''personnel ''c'est affirmer qu'il est une substance individuelle, distincte des créatures. Dieu est : — ''a) ''une ''substance, ''c'est-à-dire un être qui demeure, et non un mode ou un phénomène qui passe : il n'est pas un perpétuel devenir ; — b) une substance ''individuelle ; ''en d'autres termes, Dieu est capable d'agir par lui-même, et ses actes lui sont imputables, comme les effets le sont à leur cause ; — c) une substance ''distincte des créatures ; ''sinon, le monde et Dieu ne seraient plus qu'un seul et même être, comme le prétendent les ''panthéistes, ''dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''personnalité ''de Dieu découle de sa perfection infinie. Si Dieu, en effet, n'était pas un ''être personnel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn63 [63]] et distinct du monde, il ne serait pas indépendant. Or s'il n'était pas indépendant, il ne serait plus ''l'Être parfait.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §2. — Le Panthéisme. Réfutation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''77. — 1° Exposé du Panthéisme'''. — Pour les ''panthéistes, ''Dieu n'est pas une personnalité ''transcendante ''et distincte II ne fait qu'un avec le monde : il lui est ''immanent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn64 [64]]. Et voici la raison principale qu'ils invoquent pour appuyer leur thèse. Dieu, disent-ils, est l'infini. Or rien ne peut exister en dehors de l'infini. Donc le monde doit en faire partie intégrante : Dieu est tout et tout est Dieu. D'où l'origine de leur nom (du grec « ''pan ''» tout, et « ''theos» ''Dieu).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
78. — ''FORMES DU PANTHÉISME. ''— Nous venons de voir le principe général du panthéisme. Tout en gardant ce fonds commun, la doctrine panthéiste a revêtu de nombreuses formes, dont les deux principales sont : le panthéisme naturaliste ou matérialiste, et le panthéisme idéaliste ou évolutionniste. — ''a) ''D'après le ''panthéisme naturaliste, ''Dieu et le monde sont deux substances incomplètes qui s'unissent comme le corps et l'âme pour former le même individu. Dans ce système, Dieu est l'âme du monde, une force inhérente à la nature, le principe de la vie. Cette doctrine se confond d'ailleurs avec le matérialisme dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (N° 40), elle ne s'en distingue guère que par le nom de Dieu qu'elle retient, c'est, si l'on veut, un athéisme déguisé, ou, selon le mot du P. Gratry « c'est l'athéisme, plus un mensonge». — ''b) ''Le ''panthéisme idéaliste ''de Spinoza (1632-1677) et de Hegel (1754-1831) est devenu très à la mode par les idées de progrès et d'évolution qui ont été introduites dans le système. Il a été popularisé en France par Renan, Taine et Vacherot. Dans le panthéisme évolutionniste, Dieu s'appelle la « ''catégorie de l'idéal ''». Ce qui revient à dire qu'il n'a de réel que le nom ; c'est un idéal qui évolue, qui se réalise un peu chaque jour, qui est en marche vers un progrès indéfini ; on ne peut donc pas dire que Dieu est, mais il se fait, il se crée de jour en jour. Le monde est ainsi l'évolution nécessaire de la substance divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''79. — 2° Réfutation.''' — La doctrine panthéiste qui confond Dieu avec le monde est contredite par les principes de la raison ''(argument métaphysique), ''par le témoignage de la conscience ''(argument psychologique), ''et elle est inadmissible à cause des conséquences désastreuses qui en résultent pour la morale et la société ''{argument moral).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le panthéisme va contre le principe de contradiction qui dit qu'il est impossible qu'une même chose soit et ne soit pas, en même temps, et sous le même rapport : la même ligne ne peut pas être à la fois droite et oblique. Or le panthéisme, en faisant de Dieu et du monde la même substance, suppose que le nécessaire et le contingent, l'infini et le fini, l'esprit et la matière, le moi et le non-moi, le vrai et le faux, le blanc et le noir ne sont qu'une seule et même chose. Il proclame donc l'identité des contraires : ce qui est absurde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— Le panthéisme contredit le témoignage de la conscience. Nous avons tous le sentiment d'être des êtres individuels, des personnes distinctes les unes des autres, et non des manières d'être, des modes de la même substance : le moi ne se confond pas avec le non-moi Au surplus, nous n'avons pas l'impression d'être des parcelles de la divinité : nos imperfections, nos misères et nos maladies nous rappellent trop bien à la réalité des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''ARGUMENT MORAL. ''— Le panthéisme a des conséquences désastreuses pour la morale et la société. Si nous sommes des parcelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
do la substance divine, de l'Etre nécessaire et parfait, il n'y a plus place ni pour la liberté, ni pour la responsabilité ; la morale s'écroule et la société est impuissante à la fonder. En effet, si tout est Dieu, tout est bien ; tout ce qui arrive est l'évolution de la substance divine. Dès lors il n'y a plus ni vertu ni vice, ni droit ni violence, ni mérite ni démérite : tout se vaut, tout est respectable et sacré, comme le reconnaissait Vacherot lui-même : « Diviniser tout, disait-il, c'est tout justifier, tout consacrer. Quelle affreuse nécessité ! Quelle amère dérision[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn65 [65]] ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''80. — Objection-''' — Le monde, disent les panthéistes, doit faire partie intégrante de l'infini, sinon l'infini aurait des limites, ce qui est contradictoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — ''a) ''Notons d'abord que le panthéisme ne supprime, en aucune façon, la difficulté, car si les êtres particuliers et finis font partie de la divinité, s'ils sont des modes de la substance divine, Dieu n'est plus l'Etre infini, vu que les êtres finis sont imparfaits et contingents et dès lors ne peuvent, aussi nombreux qu'ils soient, former l'infini. — ''b) ''Mais, par ailleurs, l'objection panthéiste repose sur une conception fausse de l'infini. Il ne faut pas confondre ''infini ''avec ''totalité. ''L'infini n'est pas une collection infinie d'êtres, c'est la ''plénitude de l'être, ''ce n'est pas une somme, un total, mais une perfection infinie, une substance transcendante. Peu importent les perfections qui se trouvent dans les êtres, elles ne diminuent en rien la perfection de l'Etre infini, de même que la science d'un maître n'est ni augmentée ni amoindrie, au fur et à mesure que ses élèves y participent : après, comme avant, il n'y a pas plus de science, mais seulement plus de savants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''création, ''par conséquent, que les panthéistes considèrent comme impossible parce qu'elle aurait limité l'infini, n'a rien ajouté à la perfection de Dieu. Il y a eu, en plus, des êtres seconds, limités, imparfaits, bref, des êtres finis ; l'Etre infini est resté le même. La coexistence de l'infini et du fini n'est donc pas contradictoire, parce que les deux ''ne sont pas du même ordre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — Les mêmes auteurs qu'au chapitre précédent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre III. — Action de Dieu. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
81 — Après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, nous devons rechercher quelle est son ''action, ''ou, si l'on préfère, quels sont ses ''rapports avec le monde. ''Dieu est la Cause première de tout, nous l'avons vu en démontrant son existence. Nous devons poursuivre plus loin et faire sur ce sujet une double enquête. Nous nous demanderons : 1° Comment Dieu, qui est le seul Etre nécessaire, a produit le monde, s'il l'a ''créé, ''ou s'il l'a ''tiré de sa substance, ''et 2° comment il le ''gouverne. ''D'où deux articles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Création. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet article se subdivisera en trois paragraphes : 1° Origine du monde. 2° Origine de la vie. 3° Origine des espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== §1. Origine du monde. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
82. — 1° Erreurs sur ce point- — On ne peut expliquer l'origine du monde que de trois manières : — ''a) ''Ou bien l'on peut dire que la matière est éternelle, nécessaire, indépendante comme Dieu qui n'en serait alors que l'organisateur : c'est la réponse du ''dualisme. ''— ''b) ''Ou bien le monde est une ''émanation ''de la substance divine, Dieu l'aurait tiré de sa propre substance : c'est la réponse du ''panthéisme. ''Une forme de panthéisme, plus à la mode de nos jours, le ''panthéisme évolutionniste ''(N° 78), dit plutôt que Dieu, c'est le monde qui évolue. — c) Ou bien le monde a été produit de rien par la toute-puissance de Dieu, il a été créé : c'est la réponse des ''théistes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seule, la dernière réponse est acceptable. Les deux premières constituent des erreurs. — ''a) ''Le ''dualisme, ''qui fait de la matière un être nécessaire et indépendant, suppose par le fait qu'il y a deux dieux. Or nous avons vu (N° 70) que, Dieu étant l'être infini, il ne saurait exister, à côté de lui, un autre être indépendant, puisque ce dernier limiterait sa puis­sance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn66 [66]] (1). — ''b) ''Le ''panthéisme ''a été également réfuté dans la leçon précédente (N° 79). La théorie de l'émanation est, du reste, une hypothèse contradictoire. Comment expliquer qu'une substance, qui tirerait son origine de l'infini, n'aurait plus les attributs de la substance d'où elle émane? Comment la substance nécessaire et infinie deviendrait-elle contingente et finie? II faudrait donc supposer qu'une partie de la substance divine perdrait ses propriétés en se détachant de la substance commune : ce qui est contradictoire dans un être immuable et simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''83. — 2° La Création'''. — A. ''DÉFINITION. — créer ''c'est tirer du néant. La ''création du. monde, ''c'est donc Dieu qui tire le monde du néant, et non de sa substance, ni d'aucune matière préexistante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''POSSIBILITÉ. ''— Mais ''la création est-elle possible? ''On objecte que du néant il ne sort rien. « ''Ex nihilo nihil fit». ''Et cela est juste si l'on entend par là que le néant ne peut être une cause, que, n'existant pas, il ne peut rien produire ; cola est encore vrai si l'on suppose un néant absolu et que Dieu n'existe pas ; mais cola est faux si l'on prétend que là où il n'y avait rien, il n'est pas possible que quelque chose soit[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn67 [67]]. Il n'y a dans ce fait ni contradiction ni impossibilité. D'ailleurs le concept de création peut trouver des analogies parmi les causes secondes. Si aucune substance créée n'a le pouvoir de créer d'autres substances, elle peut cependant donner naissance à des accidents nouveaux ou produire de nouvelles substances. C'est ainsi que notre esprit produit nos pensées ; notre volonté, nos volitions. Par la synthèse et l'analyse le chimiste produit de nouvelles substances (ex : l'eau avec l'oxygène et l'hydrogène). Il ne faut donc pas refuser à Dieu, dont la puissance est infinie, ce que l'homme peut faire dans une certaine mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''NÉCESSITÉ. ''— La création est non seulement possible, mais elle est ''nécessaire. ''Nous avons vu en effet que les systèmes, dualiste et panthéiste, étaient inadmissibles. La création est donc la seule explication valable de l'origine du monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn68 [68]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le ''fait ''de la création peut être affirmé avec certitude, le problème se complique quand il s'agit d'en déterminer le ''mode. Comment ''le monde a-t-il été formé ? Nous renvoyons, pour les réponses que la Foi et la Science font à cette question, à notre ''Doctrine catholique ''(Nos 55-57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. — Origine de la vie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
84. — Les êtres vivants n'ont pas toujours existé sur la terre: tous les savants sont unanimes à le reconnaître. L’''hypothèse de Laplace ''qui explique la formation du monde, suppose que la terre a passé par une période d'incandescence incompatible avec la vie. Mais si la vie n'a pas toujours existé, comment a-t-elle commencé ? I1 n'y a sur ce point que deux hypothèses possibles : il y a eu ''création ''ou ''génération spontanée''[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn69 [69]]''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''85. — 1° Création.''' — Selon cette hypothèse, les premiers êtres vivants ont été créés par Dieu. Toutefois, cette création a pu se faire de deux façons. — ''a) ''Ou bien Dieu, par un acte de sa toute-puissance, a fait apparaître les premiers êtres vivants lorsque les conditions nécessaires à la vie furent réalisées sur la terre : il y aurait eu, dans ce cas, ''création directe. ''— ''b) ''Ou bien Dieu a déposé, à l'origine, au sein de la matière, soit des germes, soit des forces capables de produire les premiers organismes, au moment propice à leur éclosion : dans ce second cas, il y aurait eu ''création indirecte. ''La supposition de germes, créés par Dieu en même temps que la matière, est du reste peu vraisemblable, car il serait difficile d'expliquer, dans cette hypothèse, comment ces germes auraient pu résister aux températures extrêmement élevées que la terre a connues dans sa période d'incandescence&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''86. — 2° Génération spontanée.''' — On appelle ''génération spontanée ''ou ''hétérogénie ''(du grec, ''heteros, ''autre et ''genos, ''race) la naissance d'un être vivant, sans germes préexistants, et par le simple jeu des activités physico-chimiques de la matière. Autrement dit, le premier être vivant serait sorti de la matière ; le minéral aurait produit le végétal, le corps brut aurait donné naissance à un être doué de vie. Que, penser de cette hypothèse? Que vaut-elle au ''point de vue scientifique? ''Et quelle importance aurait-elle au ''point de vue philosophique, ''si elle était vérifiée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. — ''AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE, ''l'hypothèse de la génération spontanée est loin d'être nouvelle. Elle remonte, au contraire, à la plus haute antiquité. Aristote croyait que le monde était plein d'âmes et de vies, qu'il portait en lui les semences des êtres. On connaît le passage des ''Géorgiques ''(liv. IV) où Virgile décrit la naissance d'un essaim d'abeilles qui sort des flancs d'un taureau mort. D'après Lucrèce ''(De rerum natura, ''liv. V, v. 794-795), « l'on voit sortir de terre des animaux qui sont produits par la pluie et par les chaudes vapeurs du soleil ». Ovide ''(Métamorphoses, ''I, 416-438) fait sortir les animaux du dépôt limoneux laissé par le déluge. Van Helmont, au XVIe siècle, enseignait encore le moyen de produire spontanément des souris ; d'autres auteurs donnaient des recettes pour les grenouilles et les anguilles. L'hypothèse de l'hétérogénie resta en vogue jusqu'au XVIIIe siècle, mais il convient d'ajouter de suite qu'elle n'était pas exploitée, du moins d'une manière générale, dans un sens athée ; et la preuve en est que des ''Pères de l'Église ''comme saint Augustin, et plus tard, des scolastiques comme Albert le Grand et saint Thomas, pensaient que tous les êtres vivants avaient été créés, en puissance et dans leurs germes, au premier instant de la Création, et que la matière avait reçu de Dieu le pouvoir de s'organiser sous l'action de forces terrestres ou d'influences astrales. ''Entendue dans ce sens, la génération spontanée était donc une création indirecte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'hypothèse de la génération spontanée prit un autre aspect. Elle fut considérée désormais par l'école ''matérialiste ''ou ''moniste ''(Vogt, Buchner, Haeckel) comme le ''seul moyen de se passer de Dieu. ''Si l'on pose, en effet, comme principe, que la matière est éternelle, qu'elle est douée de force et capable de produire la vie, et que les premiers être vivants purent se développer et s'organiser peu à peu en espèces, si, selon la formule d'Haeckel, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la pensée de l'homme tout se réduit dans l'univers à du mouvement dans les atomes », il sera permis de dire, avec Karl Vogt, que « Dieu est une borne qui recule à mesure que la science avance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier problème ''que les adversaires de Dieu avaient donc à résoudre, c'était de prouver que la ''vie peut sortir de la matière''. A maintes reprises, les hétérogénistes crurent qu'ils tenaient la solution. Mais les ''expériences de Pasteur ''( 1859-1865) renversèrent leurs espérances. Un savant de marque, Pouchet, avait prétendu qu'il n'y a pas de germes dans l'air et qu'il avait obtenu la génération spontanée d'infusoires dans une matière putrescible. Pasteur démontra au contraire par une triple expérience : — 1. que l'air contient en suspens des corpuscules organisés semblables à des germes ; — 2. que, si l'on prend soin d'éliminer ces germes, on n'obtient jamais de production d'infusoires ; — 3. qu'on peut obtenir ou supprimer les productions d'infusoires selon qu'on introduit ou qu'on supprime les germes obtenus par la première méthode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant les conclusions de Pasteur, les partisans de la génération spontanée ne s'avouèrent pas cependant vaincus. Changeant de tactique, ils objectèrent que les êtres unicellulaires, que nous révèle le microscope, ne représentent pas la première ébauche de la vie, qu'ils sont déjà l'aboutissement d'une longue période d'évolution et de perfectionnement, que la vie est apparue à l'origine sous la forme d'organismes beaucoup plus rudimentaires que les microbes, et que les premiers êtres vivants étaient intermédiaires entre ces derniers et les molécules chimiques. En 1868, on crut avoir découvert la fameuse ''monère[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn70 [70]] ''primitive. ''On, avait retiré du fond de la mer une matière gélatineuse semblable à un informe ''proto­plasme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn71 [71]]. Haeckel pensa que l'on se trouvait en présence d'un type élémentaire d'être vivant sorti de la matière inerte. Huxley le baptisa alors du nom de ''Bathybius ''(c'est-à-dire qui vit dans les profondeurs). Cependant le bonheur du camp matérialiste fut éphémère, car la critique scientifique ne tarda pas à montrer que le ''Bathybius ''n'était pas un vrai protoplasme doué de vie, mais « un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs ''tissus ''sont froissés par le contact des engins de pêche» (Milne-Edwards). Au surplus, en admettant que le ''Bathybius ''eût été une monère douée de toutes les propriétés vitales, il aurait encore fallu prouver qu'il était le résultat de la génération spontanée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, se dirent alors les matérialistes, si la nature nous refuse des exemples, de génération spontanée, pourquoi n'essaierions-nous pas de produire ''chimiquement ''des organismes élémentaires tels que la monère? La science a établi que la matière de l'être vivant ne lui est pas spéciale, que tout être vivant se compose en grande partie d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de carbone et, en petite proportion, de phosphore, de fer, de soufre, etc. Par ailleurs, Berthelot est arrivé â reconstruire artificiellement les sucres, les éthers, les alcools, reliant ainsi la chimie organique à la chimie minérale. Mais si la matière vivante est réductible à la matière inorganique, pourquoi ne pourrait-on pas, par de simples procédés de laboratoire, créer des matières que l'on considérait autrefois comme l'œuvre de la force vitale ? Les ''forces physico-chimiques ''ne sont-elles pas suffisantes à rendre compte de la vie végétative t Des tentatives furent faites dans ce sens. Il y eut surtout, dans ces derniers temps, deux expériences qui firent grand bruit et qui aboutirent d'ailleurs à un piteux échec. Nous les rappellerons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''Les radiobes de Burke. ''— En 1905, un jeune physicien anglais, J. Burke, crut qu'il avait réussi à produire, par le ''radium, ''des organismes tout à fait primitifs qu'il appela ''radiobes, ''c'est-à-dire vivants par la toute-puissante vertu du radium. Voici comment il fit ses expériences. Il prit trois ballons dans lesquels il introduisit un bouillon de culture, c'est-à-dire un mélange de substances organiques destinées à servir au développement des microbes. Après avoir soigneusement stérilisé ce bouillon de culture, il introduisit du bromure de radium dans le premier ballon, du chlorure de radium dans le second et rien dans le troisième qui devait être le ballon témoin. Après quelques jours, Burke constata que les deux premiers ballons dans lesquels il avait mis un composé de radium, présentaient à la surface de leur bouillon un recouvrement qui avait toutes les apparences d'une culture de microbes, tandis que rien n'apparaissait dans le ballon témoin. Ces fruits du radium, ou radiobes, étaient, aux yeux de Burke, les microorganismes, tels qu'ils durent apparaître à l'origine. Mais, quelque temps après, Burke fut obligé de reconnaître qu'il s'était trompé, qu'il avait pris pour des vivants des apparences de vivants et que ses radiobes n'étaient que des bulles gazeuses formées par la décomposition de l'eau de la gélatine sous l'influence du radium.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Vers la fin de 1906, un professeur à l'École de médecine de Nantes, M. Stéphane Leduc, communiqua à l'Académie des Sciences la découverte qu'il venait de faire de « cellules artificielles réalisant la plupart des fonctions de la vie ». L'expérience consistait à semer des granules de sulfate de cuivre sur une gélatine formée de ferro-cyanure de potassium, de sucre, de sel et d'eau. Bientôt les granules se gonflaient comme des graines et se développaient comme des plantes. M. Leduc concluait qu'il avait ainsi réalisé la vie sans germes. Conclusion encore prématurée, car on lui démontra bientôt que ce qui s'était produit sous ses yeux, ce n'était nullement la génération spontanée d'un être vivant, et qu'on se trouvait en présence d'un cas du phénomène connu en physique sous le nom d'osmose. Quand deux liquides sont séparés par une membrane ou une cloison poreuse, l'un d'eux peut se transporter vers l'autre et l'augmenter indéfiniment, ce qui donne à ce dernier l'apparence de grossir et de croître comme la pousse d'une végétation. M. Leduc n'avait donc produit qu'une contrefaçon de la vie, « un calembour de la vie » comme l'appelèrent d'Arsonval et Bonnier, membres de l'Institut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La science expérimentale en est toujours là. Les expériences de Pasteur restent intactes : ''l'être vivant vient d'un autre être vivant. ''Si les laboratoires ont été impuissants à créer la vie, c'est qu'entre la matière inorganique et la matière vivante, il y a ''apparemment ''une barrière infranchissable. Le principe vital dépasse les forces de la matière ; en d'autres termes, la vie ne peut être le produit de la matière. Jusqu'à preuve du contraire, nous avons donc le droit dé conclure que la ''vie a dû être créée en dehors des forces de la nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE, ''que devons-nous penser de la génération spontanée ? Dans l'état actuel de la science, toutes les expériences ont démontré qu'elle n'existe pas. Avons-nous le droit d'en conclure qu'elle n'a jamais existé et qu'elle n'est pas possible ,? Ces deux conclusions seraient téméraires. Car, si nous prétendons qu'eue ''n'a jamais existé ''parce qu'autrement elle existerait encore, vu que les lois de la nature sont immuables et que la matière n'a pas dû perdre sa puissance, on pourra nous répondre que les ''conditions ''voulues font défaut pour le moment et qu'il n'en a pas été ainsi par le passé. Et si nous estimons ''qu'elle ''n'est ''pas possible ''parce que nos adversaires sont incapables d'en faire la preuve, on pourra nous répondre que la création est également impossible, puisque nous ne sommes pas non plus en état d'en apporter des exemples[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn72 [72]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apologistes catholiques n'ont donc pas à prendre parti dans le débat. Ils affirment seulement que, si la vie a commencé par génération spontanée, c'est que Dieu avait doué la matière de forces capables de produire la vie. ''Directement ou indirectement, il faut toujours recourir à la création. ''Ainsi nous pouvons conclure, avec le matérialiste Viechow, que la création spontanée « ce ne sont pas les théologiens qui la repoussent, ce sont les savants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine des espèces. Fixisme ou Évolutionnisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
87. — Quelle que soit ''l'origine de la vie, ''elle nous apparaît actuellement sous beaucoup de formes qui vont des plus simples aux plus compliquées. Si nous considérons les deux grands règnes, végétal et animal, dans lesquels on classe tous les êtres vivants, nous constatons que, depuis l'algue unicellulaire jusqu'au chêne, et depuis l'infusoire jusqu'au mammifère, il y a de multiples variétés, de nombreuses espèces, dont les ressemblances et les divergences sont en proportion de la distance qui les sépare. ''D'où viennent ces espèces? ''Ont-elles été créées par Dieu, par autant d'actes créateurs qu'il y a d'espèces ? Ont-elles, au contraire, une origine commune et sortent-elles d'un même tronc, d'un même protoplasme qui aurait évolué peu à peu? Telles sont les deux hypothèses que comporte ''l'origine des espèces. ''Elles s'appellent : 1° le ''fixisme, ''et 2° l’''évolutionnisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''88. — 1° Fixisme.''' — Dans l'hypothèse ''fixiste, ''les espèces ont été créées par Dieu, telles que nous les voyons. Ou tout au moins, elles proviennent de germes créés directement par Dieu, en aussi grand nombre qu'il y a d'espèces différentes, et qui auraient éclos lorsqu'ils auraient été dans les conditions voulues. Quelle que soit, du reste, la manière dont elles ont été créées, les espèces ont pour ''caractéristique ''d'être ''fixes, ''de ne pouvoir subir aucune modification essentielle, et partant, d'être inaptes à produire de nouvelles espèces par voie d'évolution. Cette hypothèse que, pour cette raison, on appelle ''fixisme, ''a eu pour partisans la plupart des anciens apologistes, et des naturalistes de première valeur : Cuvier, de QUATREFAGES, FLOUKENS, AGASSIZ, FAIVRE, HÉBERT, BLANOCHIARD, DE NADAILLAC, etc. Nous verrons plus loin les arguments qu'elle oppose à l'évolutionnisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''89. — 2° Évolutionnisme.''' — Considéré à un ''point de vue général, ''l'évolutionnisme est un vaste système qui explique l'origine des choses par l’''évolution. ''Suivant cette théorie, tout ici-bas évolue : matière, vie, pensée. L'évolution de la matière a fait passer celle-ci de l'état de masse confuse, chaotique, à l'état de monde organisé et habitable ''(théorie de Lapidée). ''L'évolution de la vie a donné naissance aux espèces, et l'évolution de la pensée explique tous les progrès que les hommes ont faits dans le domaine des lettres, des sciences et des arts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn73 [73]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''90. — Transformisme. '''— ''Appliqué aux espèces, ''l'évolutionnisme porte le nom de ''transformisme: ''Comme le mot l'indique, le ''transformisme ''enseigne que les espèces sont issues les unes des autres par une série de transformations successives, qu'elles ont une descendance commune et sont ainsi comme les rameaux d'un grand arbre. Mai» ''comment ''ces transformations se sont-elles opérées? Le problème est résolu différemment par les deux ''systèmes ''qui s'appellent le ''lamarckisme ''et le ''darwinisme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn74 [74]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
91. — A. ''LE LAMARCKISME. — ''D'après Lamarck (1744-1829) qui peut être regardé comme le père du transformisme, trois facteurs expliquent le passage d'une espèce à l'autre : le milieu, l'hérédité et le temps. Le ''milieu, ''et il faut entendre par là le climat, la lumière, la température, la nourriture, etc., est le facteur principal. Le milieu force l'organisme à s'adapter aux conditions qui lui sont faites, il crée donc de nouveaux besoins, et les besoins créent les organes, lesquels se transmettent par ''l'hérédité. ''Toutefois, les transformations ne se faisant que lentement et progressivement, le ''temps ''est un facteur indispensable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
92. — B. ''LE DARWINISME. ''— D'après Darwin (1809-1882), un autre facteur plus important explique le fait des transformations. Ce facteur c'est la ''sélection naturelle. ''Puisque l'homme peut bien améliorer les espèces, végétales ou animales, par la ''sélection artificielle, ''pourquoi la nature, se dit Darwin, ne serait-elle pas capable d'en faire autant? Partant de cette idée, le naturaliste anglais avait à rechercher la raison d'être de la sélection naturelle. Il crut la trouver dans le fait de la ''concurrence vitale. ''La nature produisant dans les mêmes milieux plus d'individus qu'elle n'en peut nourrir, il s'établit entre eux une ''lutte pour la vie ''(''struggle for life),'' dans laquelle les plus faibles succombent. Seuls les plus forts survivent et transmettent leurs qualités à leurs descendants.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn75 [75]] Ainsi, Darwin ajoute à l'influence du milieu et à l'hérédité la ''sélection naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn76 [76]], c'est-à-dire la ''survivance du plus fort dans la lutte pour la vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''93. — Arguments des transformistes.''' — Que les espèces ne sont pas ''fixes ''et n'ont pas été créées telles qu'elles sont, qu'elles ont une ''descendance commune, ''qu'elles proviennent, sinon du même ancêtre, tout au moins d'un nombre d'ascendants très restreint, les évolutionnistes prétendent pouvoir en faire la ''preuve scientifique par la double étude du passé et du présent.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'HISTOIRE DU PASSÉ est, à vrai dire, l'argument le plus décisif en faveur de leur thèse, vu que l'un des facteurs essentiels de l'évolution des espèces, c'est le ''temps. ''D'après les transformistes, les ''paléontologistes, ''en étudiant les ''fossiles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn77 [77]] retrouvés dans les couches de la terre, ont constaté : 1) qu'il y a une ''grande différence entre les espèces actuelles et les espèces anciennes, ''que ces dernières ont subi, dans le cours des temps, de nombreuses modifications, attestant par là qu'elles ne sont pas fixes et n'ont pas été créées telles qu'elles sont actuellement ; 2) que les ''espèces ont apparu les unes après les autres, ''que leur ''nombre ''augmente au fur et à mesure qu'on remonte les terrains. Cette apparition successive des espèces, leur nombre toujours croissant, indiquent bien qu'elles descendent les unes des autres ; autrement il faudrait supposer que Dieu retouche sans cesse son œuvre, changeant les espèces anciennes, leur ajoutant des traits insignifiants pour en faire des espèces nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, les évolutionnistes font appel surtout aux données de deux sciences : ''l’anatomie ''et la ''biologie. ''— a) ''En anatomie, ''disent-ils, nous voyons qu'il y a ''similitude ''entre les organes et les os des différentes espèces : ainsi, la patte d'un lion, celle d'une tortue, la nageoire d'une baleine, l'aile d'une chauve-souris et le bras d'un homme comportent les mêmes os semblablement disposés et ne différant que par leurs dimensions relatives ; or, une telle similitude n'est-elle pas la preuve évidente d'une ''descendance commune? ''— b) De son côté, la ''biologie ''peut, de nos jours encore, nous montrer des ''êtres en voie d'évolution, ''de vraies créations d'espèces par la culture&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évolutionnistes allèguent encore que deux faits sont inexplicables dans l'hypothèse fixiste : — 1. la ''présence, ''chez un grand nombre d'animaux, d'organes ''rudimentaires ''si peu développés qu'ils sont impropres à tout usage : tels sont, par exemple, les dents fœtales de la baleine, les ailes de l'autruche qui ne lui servent pas à voler, les lobes des poumons chez les serpents, etc. Dans la théorie fixiste, il faut dire que Dieu a fait œuvre inutile en créant des tronçons d'organes. Les évolutionnistes y. voient, au contraire, une preuve de la descendance commune : ces organes atrophiés par suite du manque d'usage, rappellent l'ancêtre commun et sont comme sa signature ; — 2. ''L'histoire du développement individuel ''que nous révèle l'embryologie. D'après Haeckel et l'école transformiste, ''['ontogenèse ''(développement de l'individu) serait la reproduction à grands traits de la ''phylogénèse ''(développement de l'espèce) ; en d'autres termes, chaque individu répéterait brièvement, au cours de sa formation, les phases par lesquelles a dû passer son espèce. Les transformistes objectent aux fixistes que le passage d'un être par des formes inférieures à son espèce, est incompréhensible dans leur hypothèse, tandis que pouf eux, la chose paraît toute simple, l'évolution individuelle étant comme la reproduction abrégée de l'évolution de l'espèce&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''94. Arguments des fixistes.''' —Les ''fixistes ''pensent, au contraire, que la théorie des évolutionnistes n'a aucune ''base scientifique, ni dans le passé, ni dans le présent, ''et que les transformations invoquées par eux n'ont jamais été assez grandes pour former des espèces nouvelles, qu'elles n'ont abouti qu'à constituer des ''races ''parmi les espèces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. L'Histoire DU PASSÉ, loin d'appuyer la thèse transformiste, l'infirme. Non seulement les paléontologistes ont été, jusqu'ici, incapables de retrouver les ''formes de transition, ''et pour la bonne raison que ces formes n'existent pas, mais ils ont dû reconnaître que souvent, dans les terrains géologiques, de ''nouvelles espèces apparaissent brusquement et sans formes transitoires. ''Le savant Déperet a montré en ''systématique ''(science qui traite de la classification des êtres) que les séries des mammifères fossiles se présentaient comme des rameaux parallèles, absolument séparés les uns des autres, sans lien qui puisse les rattacher à leur base, ''ce qui ne permet pas de leur attribuer un ancêtre ''commun. D'autre part, les paléontologistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que l'évolution réelle qu'ils ont pu établir d'après les pièces qu'ils avaient recueillies, ne s'était pas effectuée suivant la théorie transformiste, c'est-à-dire du simple au compliqué. La fameuse ''sélection naturelle, ''invoquée par Darwin, est contredite par les faits : plus d'une fois, les animaux les plus faibles ont survécu, tandis que les plus forts ont disparu (ex. : les reptiles géants des couches secondaires).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. POUR LE PRÉSENT, ni ''l’anatomie, ''ni la ''biologie, ''n'apportent d'arguments sérieux en faveur du transformisme. — ''a) En anatomie, ''la conclusion tirée de la ''ressemblance entre les organes des différentes espèces, ''dérive d'une vue superficielle des choses. D'après l'éminent professeur d'histologie de Montpellier, M. Vialleton, qui en a fait la démonstration dans un récent ouvrage très remarqué ''(Membres et ceintures des vertébrés tétrapodes, critique morphologique du transformisme), ''si l'on examine attentivement chaque os, on voit qu'il revêt dans chaque cas une structure particulière, qu'il a sa nature propre, adaptée à ses conditions d'existence et qu'en fait, les organismes, une fois formés, sont comme des systèmes clos ne comportant pas de modification profonde, ce qui est une preuve manifeste que ''les passages d'une espèce à l’autre sont impossibles. ''— b) ''En biologie, ''les fixistes croient trouver leur meilleur argument dans le fait de ''l'infécondité ''qui existe ''entre les espèces; ''même les plus voisines. Est-il compréhensible que les espèces qui, d'après les transformistes, doivent être douées de la plus grande plasticité ou aptitude à évoluer, soient ainsi frappées de stérilité quand on les rapproche, ou n'aient qu'une fécondité extrêmement limitée? L'on est donc en droit de conclure, disent les fixistes, que les espèces sont ''permanentes, ''qu'elles constituent des essences différentes qui répugnent à se mélanger entre elles, puisque les efforts qu'on tente pour les transformer ne sont pas couronnés de succès. La permanence des formes organiques à travers de longues périodes est d'ailleurs attestée par l'histoire. C'est ainsi qu'on peut constater que des espèces décrites par Aristote n'ont pas varié depuis plus de vingt siècles et .qu'un grand nombre d'espèces actuelles sont absolument semblables à celles qu'on retrouve dans les terrains tertiaires[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn78 [78]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Les ''organes rudimentaires ''ne prouvent pas plus en faveur de la thèse transformiste que contre. « L'apparence morphologique, dit le professeur Rabaud ''(Rev. générale des Sciences, ''1923) ne suffit pas pour nous permettre de dire si des parties que nous tenons pour ''rudimentaires, ''n'ont d'autre raison d'être qu'un état ancestral ». — 2. L'argument tiré du ''développement individuel ''n'a pas plus de valeur. « En réalité, écrit le professeur Brachet de Bruxelles ''(Rev. gén. des Sc. ''1915), pourtant transformiste convaincu, l'ontogenèse n'est jamais une récapitulation de la phylogenèse. » Et ailleurs : «On a fait de l'embryologie historique un très mauvais usage... Il est bien démontré qu'elle est incapable d'atteindre le but que ses fondateurs lui avaient assigné ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''95. Conclusion'''. — 1. A notre époque, dans tous les pays, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, etc., on s'accorde à proclamer que le transformisme passe par une crise grave et que sa prétention de vouloir expliquer la ''formation des espèces par l'évolution ''lente et graduelle d'un seul ou d'un nombre très restreint de types, ''ne repose sur aucun fondement solide.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Remarquons, par ailleurs, que ''seuls sont condamnés par l'Eglise ''les ''évolutionnistes matérialistes, ''c'est-à-dire ceux qui se servent de l'évolution comme d'une machine de guerre contre la religion, ceux qui, pour supprimer Dieu, se font fort de tout expliquer par cette triple formule : éternité de la matière (V. N° 40), génération spontanée sans intervention surnaturelle (N° 86), formation des espèces par les lois de l'évolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'en est pas de même des ''évolutionnistes spiritualistes. ''Ces derniers observent, en effet, à juste titre, que le fixisme n'est nullement un dogme de la religion catholique, et qu'on ''peut être à la fois évolutionniste ''et ''créationniste. ''Pourvu qu'on suppose Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie et à l'origine de l'âme humaine, la formation des espèces par suite d'un développement dont le Créateur aurait posé lés lois, n'est pas moins glorieuse pour Dieu. Elle l'est même plus, puisque l'évolution est une merveille d'ordre et d'harmonie, tandis que l'hypothèse de créations successives semble rabaisser le Créateur, en le montrant sous les traits d'un artiste maladroit, qui retouche son œuvre à mesure qu'il en aperçoit les défauts[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn79 [79]]. Au surplus, nous avons vu que l'évolutionnisme en général (N° 89), que le transformisme en particulier et même la génération spontanée (N° 86) avaient déjà des partisans parmi les Pères de l'Église et les théologiens scolastiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — De la Providence. ====&lt;br /&gt;
===== § 1.  —  La Providence. Notion. Existence. Mode. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''96. — 1° Notion'''. — La ''Providence ''(lat. ''providere, ''prévoir et pourvoir) c'est l'action par laquelle Dieu ''conserve ''et ''gouverne ''le monde qu'il a créé, dirigeant tous les êtres à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''97.— 2° Existence'''.—''A. Adversaires.''—La Providence a été niée: — ''a) ''par Aristote qui n'admet pas que l'Etre parfait puisse sans déchoir s'occuper des êtres imparfaits ; — ''b) ''par les ''fatalistes ''(latin, ''fatum, ''destin), qui regardent le monde comme soumis à un Destin inexorable qui aurait réglé irrévocablement la suite des événements sans laisser de place à la liberté (voir N° 114) ; — c) par les ''déistes ''et les ''rationalistes[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn80 [80]] qui soutiennent que le monde, une fois créé, se conserve de lui-même par ses propres lois et indépendamment de Dieu ; — ''d) ''par les ''pessimistes, ''qui prétendent que tout est mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVES. ''— ''a) A priori. ''— L'existence de la Providence découle de la nature des êtres créés et des attributs de Dieu ; — 1. ''de la nature des êtres créés. ''A quelque moment qu'on les considère, les créatures sont contingentes : n'ayant jamais en soi leur raison d'être, elles restent dépendantes de leur Créateur. Il faut donc que celui qui les a créées, veuille bien les maintenir dans l'existence ; — 2. des ''attributs de Dieu, ''et en particulier de sa ''sagesse ''qui, après avoir créé le monde, doit le conserver dans l'ordre, de sa ''puissance ''qui peut exécuter tous les plans que sa sagesse a conçus, et de sa ''bonté ''qui serait on défaut s'il se désintéressait de ses créatures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) A posteriori. — ''L'existence de la Providence nous est révélée par l'ordre qui règne dans le monde. — 1. ''Ordre physique. ''L'ordre et l'harmonie que nous constatons partout, nous prouvent que la cause intelligente qui a créé et organisé le monde, continue de le conserver et de le diriger. — 2. ''Ordre moral. ''Non seulement Dieu gouverne le monde physique, mais il règle la volonté de l'homme en lui faisant connaître la loi morale par la voix de la conscience. — 3. ''Ordre social. ''L'histoire de l'humanité nous atteste l'action providentielle. Malgré les passions et les égoïsmes qui font et défont les empires, les sociétés n'en suivent pas moins une loi de progrès dans tous les domaines : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral. Or ce fait s'expliquerait difficilement s'il n' y avait pas intervention d'une intelligence supérieure qui coordonne les efforts, tire le bien du mal et poursuit la réalisation de son plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) ''Consentement universel. ''— Dans tous les temps, les peuples ont cru à la Providence. Les prières et les sacrifices, en usage dans tous les pays en sont une preuve évidente : ces appels à la divinité, ces actes de dépendance et de soumission pour obtenir les faveurs et écarter les maux, n'auraient pas, de sens sans la foi à un être souverain qui ''peut intervenir ''dans la marche des événements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''98. — 3° Mode.''' — La Providence existe ; mais ''comment ''gouverne-t-elle le monde ? Quel est l’''objet ''et le ''mode ''du gouvernement divin ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) SON OBJET. ''— Celui-ci comprend l'ensemble des êtres et chaque être en particulier. Il y a donc une Providence ''générale ''qui veille à l'harmonie de l'univers et une providence ''spéciale ''qui s'occupe de chaque être en particulier, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Que l'homme soit parmi les créatures, l'objet d'une sollicitude plus vigilante, parce qu'il est un être moral et appelé à une plus haute destinée, c'est ce qu'il serait aisé de démontrer par l'histoire et ce qui apparaîtra quand nous étudierons la révélation chrétienne. (Voir Bossuet, ''Discours sur l’Histoire universelle.) b) SON MODE. ''— Quant à la ''manière ''dont gouverne la Providence, nous pouvons dire que son action s'exerce de double façon : par l'établissement de lois générales et par des interventions particulières. — 1. ''Par des lois générales : ''lois ''physiques ''selon lesquelles les mêmes causes secondes amènent les mêmes effets avec cette régularité inflexible qui fait l'ordre du monde ; lois ''morales ''qui s'adressent aux êtres doués dé liberté pour leur prescrire le bien et leur défendre le mal. — 2. ''Par des interventions particulières. ''Si les lois générales sont le mode ordinaire du gouvernement divin, il va de soi que Celui qui a fait les lois, peut y déroger et y déroge quand il le juge bon. Ainsi la grâce, le miracle et la prophétie sont autant d'interventions qui dépassent les forces et l'ordre de la nature. Elles ne sont pas pour cela un bouleversement dans le plan providentiel : qu'il s'agisse des exceptions ou des lois, il n'y a rien qui ne soit prévu de toute éternité. Seulement, les dérogations aux lois sont pour Dieu une manière plus éclatante de nous révéler son action et de nous faire entendre sa parole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Objections contre la Providence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99. — On fait contre la ''Providence ''trois sortes d'objections. La première est tirée de la nature de Dieu ; la seconde, de la difficulté de concilier le gouvernement divin avec la liberté de l'homme ; la troisième, de l'existence du mal dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Objection tirée delà nature divine'''. — D'après Aristote, Dieu ne peut s'occuper des créatures, parce qu'elles sont imparfaites. Le gouvernement du monde détournerait Dieu de la contemplation de son être et de ses infinies perfections. Il ne serait plus alors souverainement heureux : ce qui est inadmissible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' -— Dieu n'a pas à se détourner de la contemplation de son être pour voir tous les êtres créés : c'est à travers son essence qu'il connaît toutes choses. Du reste, le fait de connaître une chose imparfaite et d'en prendre soin, ne constitue nullement une imperfection&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''100. — 2me Objection. La Providence et la liberté humaine-''' — Si Dieu concourt à nos actes, comment concevoir que notre liberté reste intacte1?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse.''' — Cette objection revient à celle qui a déjà été faite contre la science divine (N° 72). Le ''concours divin ''ne modifie pas la nature des êtres. « Dieu meut les créatures, dit saint Thomas, selon le mode de leur nature, si bien que l'acte de l'agent nécessité est nécessaire, et que celui de l'agent libre est libre.» La coopération divine accompagne donc et affermit la volonté mais ne la violente pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''101. — 3me Objection. Existence du mal. —''' Voici la grande objection contre la Providence. S'il existe du mal dans le monde, il est ''incompatible ''avec les ''attributs ''de Dieu : il s'élève contre sa ''toute-puissance ''s'il n'a pu l'empêcher, et contre sa ''bonté ''s'il ne l'a pas voulu. Or, dit-on, le mal existé dans le monde, et il se présente sous une triple forme : le mal ''métaphysique, ''le mal ''physique ''et le mal ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''MAL MÉTAPHYSIQUE. ''— On entend par mal ''métaphysique ''l'imperfection des êtres. Le monde, dit-on, n'a pas la perfection qu'il devrait avoir. Le monde, disent les ''pessimistes, ''est essentiellement mauvais, et si l'on fait le bilan des biens et des maux, la vie est pire que le néant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réponse. — II paraît certain, en effet, que le monde n'a pas toute la perfection qu'il pourrait avoir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn81 [81]]. Mais, fût-il plus parfait, il aurait toujours des limites, car qui dit créature, dit être contingent et limité. Dès lors, reprocher à Dieu d'avoir créé un monde imparfait c'est tout simplement lui reprocher d'avoir créé. Toute la question est donc de savoir si le monde, malgré ses imperfections, est bon ou mauvais, s'il vaut mieux être que ne pas être. Or il ne fait pas de doute que l'être vaut mieux que le non-être, que la vie présente est bonne et qu'il dépend de nous, créatures libres, qu'elle suive une ascension continue vers le mieux et qu'elle se rapproche de plus en plus de la perfection. La vie vaut donc ce que nous la faisons et, si elle devient mauvaise, qui avons-nous le droit d'accuser, sinon nous-mêmes et notre action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''MAL PHYSIQUE. ''— Tandis que le mal métaphysique est purement négatif, qu'il est le défaut d'être ou de perfection, le mal ''physique ''a un caractère positif : il est la privation d'un bien qui devait appartenir à la nature. Comment concilier alors le mal physique avec la ''puissance ''et la ''bonté ''de Dieu? Pourquoi tant de ''désordres ''dans la nature ? Pourquoi les tremblements de terre, les inondations, les incendies? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi les fléaux, la peste, la famine, la guerre? En un mot, pourquoi ''la douleur? ''Comment justifier Dieu d'avoir refusé à la nature et à certains êtres la perfection à laquelle il semble qu'ils avaient droit î&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse'''. — A. ''LES DÉSORDRES DE LA NATURE. ''— A vrai dire, les ''désordres ''de la nature, c'est-à-dire l'existence de choses ou d'êtres qui paraissent nuisibles, comme les tremblements de terre, les inondations, les fléaux, les animaux malfaisants, rentrent dans le mal métaphysique : ils sont l'inévitable conséquence des imperfections du monde. Considéré à ce point de vue, le ''pourquoi du mal ''nous échappe, pour la bonne raison que notre science est trop courte, et que, pour juger une œuvre, il nous faudrait la connaître dans son ensemble et dans ses détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''LA DOULEUR. ''— Au surplus, si le mal qui est dans la nature nous révolte, c'est que nous en souffrons. Tout se ramène donc à cette unique question : ''pourquoi la douleur? ''Incontestablement, la douleur est un mal, mais si elle se doit tourner en bien, si elle est, non une fin, mais un moyen, la bonté de Dieu n'est plus en défaut. Pour ''justifier la Providence, ''il suffit donc d'établir que le bien peut sortir du mal, et partant, que le but pour suivi par Dieu est bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d'abord de ne pas rendre Dieu responsable des maux qui sont ''le fait de l'homme. ''Que d'accidents viennent de sa témérité ou de son incurie[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn82 [82]] ! Que de maladies ont leur cause dans l'inconduite des indi­vidus[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn83 [83]] ! Que de familles, que de sociétés sont malheureuses par leur faute ! Quant aux ''cas ''où la douleur ne saurait être imputée à l'homme, elle est toujours une conséquence de sa nature et la condition d'un plus grand bien. — a) Elle est la ''conséquence de sa nature. ''Doué de sensibilité, l'homme doit accepter les peines aussi bien que les joies qui découlent des facultés de son âme. — b'') ''La douleur est surtout la ''condition d'un plus grand bien, ''soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. —, 1. Dans l'ordre ''physique, ''elle est la ''source du progrès ''en stimulant l'activité et en poussant à la recherche des remèdes qui peuvent guérir le mal. — 2. Dans l'ordre ''moral, ''elle est l'école des plus belles vertus et un excellent moyen d'expiation.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn84 [84]] ''École des plus belles vertus. ''La douleur est un merveilleux instrument de perfectionnement moral : elle développe dans l'homme les plus hautes vertus : la patience, la maîtrise de soi, l'héroïsme. Rien ne trempe les âmes comme la douleur ; rien ne leur donne cette grandeur morale, cette énergie surhumaine, cette délicatesse, « ce je ne sais quoi d'achevé», selon le mot de Bossuet, qui distingue les âmes qui ont connu la souffrance de celles qui ne l'ont pas connue ou mal supportée. Le poète avait raison quand il disait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert» (A. de Musset). 2) Enfin la douleur est un excellent ''moyen d'expiation. ''Elle est le creuset où l'homme pécheur purifie son âme Elle devient alors « ''la bonne souffrance» ''qui arrache l'homme aux choses de la terre et tourne son regard vers le ciel. « Les épreuves n'ont-elles pas pour effet de faire rentrer l'homme en lui-même, de l'attacher à la réalité éternelle, au mépris des plaisirs? Que- d'âmes, qui se perdaient parce que tout leur souriait ici-bas, ont été ramenées à Dieu par les déceptions, les mécomptes, les chagrins ! Qui n'a entendu la sagesse antique nous dire que la vertu languit, si elle n'éprouve pas de contradictions, qu'elle s'épure dans l'adversité comme l'or s'épure dans la fournaise ? qu'on la reconnaît à sa force au milieu des épreuves, que l» plus beau spectacle est celui du juste aux prises avec l'infortune, et se montrant supérieur à elle? .. Si Dieu, lors qu’il nous châtie, agit comme un père, qui retient ses enfants sous une discipline sévère, afin de les rendre vertueux, comme un médecin qui donne un breuvage amer pour rétablir la santé ou la fortifier, loin de se plaindre et de maudire à l'occasion des épreuves du juste, n'y a-t-il pas lieu, au contraire, de remercier et de bénir[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn85 [85]]? »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° ''LE MAL MORAL ''— Sous ce titre nous comprendrons : — ''a) ''toutes les ''infractions ''à la loi du devoir, et — b) secondairement toutes les ''injustices morales ''qui sont dans le monde. Comment admettre que Dieu, qui est la ''sainteté ''même, permette le péché ? Et comment expliquer qu'un Etre souverainement ''juste ''ait réparti les biens de ce monde d'une manière si inégale? Pourquoi, trop souvent, la fortune sourit-elle aux méchants tandis que les justes connaissent les insuccès et les revers ? Pourquoi ce ''mal social?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse-''' — «) II en est du ''mal moral ''comme du mal physique. Se demander pourquoi Dieu permet le péché alors qu'il aurait pu l'empêcher, c'est rechercher de quel autre bien il est la ''condition. ''Or il est facile d'apercevoir que le péché est une conséquence de la liberté. Pour supprimer le péché, il fallait donc supprimer la liberté. Mais alors il n'y avait plus de place pour le ''bien moral, ''plus de ''mérite ''ni de ''vertu. ''Qui oserait prétendre qu'un monde sans liberté ni moralité eût été meilleur qu'un monde avec la vertu et le péché?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L'inégale répartition des biens ''est un fait incontestable. La plainte ne doit pas cependant être exagérée : il s'en faut de beaucoup que la vertu soit toujours malheureuse et le vice toujours prospère. D'autre part, il est un bien qui n'abandonne pas le juste, même au sein de la misère, et qui n'appartient qu'à lui : c'est la pais, de l'âme que seul peut donner le témoignage d'une bonne conscience. Mais surtout il né faut pas perdre de vue que les biens de la terre peuvent, être nuisibles, qu'ils sont toujours éphémères et que la vie présente n'est pas un terme, qu'il y a une autre vie où se feront les compensations nécessaires. Peu importent donc des privations passagères si elles sont le gage d'une récompense plus élevée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''La vie est un combat dont la palme est aux cieux.''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l'existence du ma] moral comme du mal physique, loin d'être un argument contre la Providence, démontre la ''nécessité ''d'un Dieu infiniment ''juste ''pour rétablir un jour l'équilibre que nous ne trouvons pas ici-bas, d'un Dieu ''sage ''qui se sert de la souffrance passagère comme d'un moyen pour nous conduire à une gloire éternelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn86 [86]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE.''' — '''Sur la Création'''. — Pinard, Art. ''Création, ''Dict. de la foi cath. — Mgr Farges, ''La Vie et l'Évolution des Espèces ''(Berche et Tralin). — Guibert, ''Les Origines ''(Letouzey) ; ''Les Croyances religieuses et les Sciences de la Nature ''(Beauchesne). — Duilhé de Saint-Projet et Sanderens, ''Apologie scientifique du christianisme ''(Poussielgue). — De Lapparent, ''Science et Apologétique ''(Bloud). Fantom, ''Les Radiobes de M. Burke ''(Rev. prat. d'Apol. 15 fév. 1906). — Wintrebert, Rev. prat. d'Apol., 15 janv. 1907. — Colin, ''Les théories récentes de l'évolution. ''Rev. prat. d'Apol., 19 mai 1910. — ''L'Ami du Clergé ''année 1925, N° 20. — ''La Presse médicale, ''3 mai 1924. — Le Dantec, ''La crise du transformisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la Providence'''. — Moisant. ''Pour discuter le problème du mal. ''Rev. prat. d'Apol., 15 avril 1910. ''Traités de philosophie ''du P. LAHR, de G. Sortais, etc. — Prunel., ''Les Fondements de la Doctrine catholique. ''— De Lapparent, ''La Providence créatrice ''(Bloud).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION  II : L'HOMME ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Nature de l'Homme. ===&lt;br /&gt;
DÉVELOPPEMENT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nature de l'homme. L'erreur matérialiste. Division du Chapitre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
102. — La religion consiste, avons-nous dit (N° 6), dans l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. L'homme est donc le second objet qui s'impose à notre étude. Or, dans cette étude de l'homme, la première question qui intéressé l'apologiste, c'est celle de sa ''nature, ''car seule la nature d'un être permet d'en déduire ''l'origine ''et la ''destinée, ''et conséquemment, les ''relations ''qui en découlent entre lui et son créateur. A cette question capitale, deux réponses peuvent être faites : celle du ''matérialisme ''et celle du ''spiritualisme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Le matérialisme. '''— La doctrine du matérialisme sur l'homme est une suite de sa doctrine sur Dieu, sur l'origine de la vie et des espèces, que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Partant de ce principe, qu'il n'y a rien, en dehors de ce qui peut être expérimentalement vérifié, les matérialistes n'admettent qu'une seule substance : la matière éternelle qui a produit un jour la vie par génération spontanée, puis, grâce à des transformations successives, tous les êtres vivants, y compris l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici, du reste, les quelques points fondamentaux qui résument la théorie matérialiste sur l'homme : — ''a) ''L'homme est formé d'une ''seule substance : ''le corps. L'âme est une hypothèse inventée pour rendre compte de certains phénomènes que la matière paraît, à première vue, incapable d'expliquer. — ''b) ''Entre l'homme et l'animal il n'y a pas de différence essentielle. L'homme est un ''animal perfectionné ''qui doit sa supériorité au développement de son cerveau. — ''c) ''La ''pensée ''est un ''produit de la matière cérébrale, ''et le ''libre arbitre ''est une ''pure illusion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A quelles ''conséquences graves ''aboutit le matérialisme, il est facile de le conclure de ces trois points de sa doctrine. Si l'homme est composé d'une ''seule substance, ''le corps, s'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature, entre l'homme et la brute, si la pensée n'est qu'un produit du cerveau ; en un mot, si l'homme n'a pas une ''âme spirituelle et libre, ''plus de religion, puisque les deux termes, Dieu et l'âme, sont supprimés ; plus de morale, plus de devoir, puisque, à supposer qu'il y ait lieu de faire une distinction entre certains actes, les uns bons, les autres mauvais, l'homme serait privé du libre arbitre et soumis au déterminisme de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
103. — 2° '''Le spiritualisme. '''— Contre une doctrine aussi pernicieuse, nous allons démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'homme est ''formé d'une double substance : ''le corps et ''l'âme ; ''que, entre lui et l'animal, il y a une ''différente essentielle ''qui fait que les deux êtres sont irréductibles et que l'un n'a pu sortir de l'autre par voie d'évolution ; que ''l'homme seul a une âme spirituelle et libre. ''En même temps nous exposerons et réfuterons les objections matérialistes. Ce chapitre comprendra donc trois articles : — 1. ''Existence ; ''— 2. ''Nature ; ''et — 3. ''Liberté ''de l'âme. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Existence de l'âme humaine. Objection. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''104. — 1° Existence de l'âme humaine- '''— ''L'existence de l'âme, ''c'est-à-dire d'une substance qui se distingue du corps, qui est le principe de la connaissance et de la pensée, nous est attestée à la fois par ''Y expérience, ''par la ''conscience ''et par ''l'intuition.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Expérience. ''— ''L'observation ''nous montre qu'il y a en nous deux sortes de phénomènes : les phénomènes ''physiologiques, ''comme la nutrition, la digestion, la circulation du sang ; et les phénomènes ''psychologiques, ''comme la pensée, le jugement, le souvenir, etc. Or le plus simple raisonnement nous dit que des phénomènes de nature différente ne peuvent provenir du même principe : tel effet, telle cause. Nous devons donc admettre dans l'homme deux principes, qui expliquent, l'un, les faits physiologiques, et l'autre, les faits psychologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CONSCIENCE. ''— La ''conscience ''perçoit dans notre être un principe qui, à travers les vicissitudes de l'existence, reste toujours le même. Quelque lointain que soit mon passé, j'en garde le souvenir ; je me rappelle ce que j'étais dans ma prime enfance, quels étaient mes goûts, mes inclinations, mes idées. Aussi me faut-il admettre qu'il y a eu, dans la marche de ma vie, autre chose qu'une suite plus ou moins longue de faits sans lien qui les rattache, car, de toute évidence, un phénomène ne porte pas en soi la mémoire de ceux qui l'ont précédé. Bien plus, je me sens responsable des fautes que j'ai commises, il y a de nombreuses années ; cela ne se comprendrait pas si la cause qui a posé ces actes avait changé depuis. I] faut donc conclure qu'il y a en nous un principe qui reste toujours identique, qui fait que je suis le même être, la même personne, aux différentes étapes de ma vie; en un mot, un ''principe permanent, ''qui constitue mon ''identité personnelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce principe ''ne peut être le corps, ''car il est scientifiquement démontré qu'il est soumis au ''tourbillon vital, ''qu'il évolue et se transforme sans cesse, à tel point qu'en quelques mois, selon certains physiologistes (Flourens), en un mois seulement, d'après d'autres (Moleschott), le renouvellement est total, et qu'il y a un changement complet de toutes les molécules qui le composent. Donc la substance identique que nous révèle la conscience, ne doit pas être confondue avec le corps : ce principe c'est ''l'âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''INTUITION. ''— En dehors des ''raisonnements ''qui précèdent et qui démontrent l'existence d'une substance immuable, ''l'intuition ''découvre au fond de notre être un principe qui produit notre pensée et notre action et qui ne peut être le corps. C'est ce principe distinct du corps que nous appelons l’''âme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— L'homme est donc composé de deux substances distinctes, différant totalement de nature : l'une, étendue, composée, changeante, autrement dit, matérielle : c'est le ''corps ; ''l'autre, inétendue, simple, identique, en d'autres termes, immatérielle : c'est ''l'âme.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn87 [87]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
105. — 2° '''Objection. '''— Personne, disent les matérialistes, n'a jamais vu l'âme. Or la science expérimentale nous interdit de croire à ce qui ne peut être vérifié. « Un homme raisonnable, dit Broussais, ne peut admettre l'existence d'une chose qui n'est démontrée par aucun sens. » II faut donc considérer l'existence de l'âme comme une hypothèse sans fondement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Assurément, l'âme ne tombe pas sous les sons. Mais est-il vrai que les sens, c'est-à-dire la perception extérieure, soient le seul moyen de connaître? Nous pensons, au contraire, que la ''conscience ''est un procédé tout aussi légitime, et nous venons d'établir qu'elle perçoit directement le moi, ses actes et ses modifications en même temps que sa permanence. Au reste, alléguer que l'âme n'existe pas, parce qu'on ne la voit pas, est un argument qu'on peut tout aussi bien retourner contre ceux qui vous l'opposent. Car si la pensée était un produit de la matière, une fonction du cerveau, comment se fait-il qu'ils n'en peuvent faire la preuve expérimentale ? Nous pouvons donc conclure que l'âme ne se voit pas, non parce qu'elle n'existe pas, mais parce qu'elle est ''spirituelle ''(voir N° 108).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Nature de l'âme humaine. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. L'ÂME HUMAINE ET L'ÂME DES BÊTES. =====&lt;br /&gt;
106. — L'homme a une ''âme, ''c'est-à-dire un principe qui est la cause des phénomènes psychologiques qu'on ne peut expliquer par les simples forces physico-chimiques. — Mais, dira-t-on, dans ce sens, les animaux aussi ont une âme. — La question qui se pose est donc de savoir s'il y a entre les deux des ''différences essentielles, ''telles qu'on ne puisse concevoir la transition de l'une à l'autre. Or deux facultés caractérisent l'âme humaine et la séparent totalement de l'âme des bêtes : ces deux facultés sont la ''raison ''et la ''liberté.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''LA RAISON. ''— Sous le titre de ''raison, ''il ne faut pas entendre ici l'intelligence en général, c'est-à-dire la simple faculté de connaître. Car, à ce point d^ vue, il y a des traits communs entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal. Tous deux ont des ''connaissances sensibles ''qui embrassent des objets particuliers et déterminés ; ils ont la mémoire des choses sensibles, la faculté de se rappeler et d'associer les sensations, les impressions extérieures ; l'on admet même que les animaux ont la faculté imaginative. — La raison, dont il est ici question, c'est la ''faculté de penser ''et de ''raisonner ''qui appartient en propre à l'homme et qui met un abîme entre lui et l'animal. Par sa raison, l'homme a le pouvoir ''d'abstraire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn88 [88]], de dégager du particulier des idées générales : il aura, par exemple, la notion du triangle en général, sans envisager tel triangle pris en particulier ; il atteint les ''réalités immatérielles, ''comme le vrai, le bien, le beau, l'être, la substance, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De cette faculté de penser, de raisonner et d'abstraire découlent des ''conséquences ''d'une extrême importance et qui dressent une barrière entre l'homme et l'animal. Tels sont : — ''1. le langage. ''Sans doute, les animaux ont un ''langage naturel ''composé de signes extérieurs par lesquels ils manifestent les impressions de leur âme, mais ce qu'ils n'ont pu et ne pourront jamais créer, c'est le ''langage artificiel, conventionnel, ''qui sert à traduire la pensée ; et si leur impuissance est définitive, ce n'est pas que l'organe de la parole leur manque, — le singe a tous les organes requis, la luette y comprise, les perroquets répètent les mots qu'on leur apprend sans les comprendre, — c'est que la pensée leur fait défaut et que justement le langage conventionnel a pour but d'exprimer la pensée. — 2. Le ''jugement et le raisonnement. ''L'homme a le pouvoir de comparer les idées entre elles, d'étudier leurs rapports et de prononcer des ''jugements ; ''puis il peut rapprocher ces jugements, et ,par le ''raisonnement, ''en tirer des conclusions nouvelles. L'animal, lui, n'ayant pas la faculté de penser, est incapable, par le fait, de juger et de raisonner. — 3. ''Le progrès. ''Grâce au raisonnement et au langage, c'est-à-dire au pouvoir de se communiquer leurs pensées, les hommes développent sans cesse leurs connaissances, si bien que l'humanité suit une marche continue dans la voie du progrès et de la civilisation. L'animal a, pour le servir, d'admirables instincts, mais il n'invente ni ne progresse. L'art merveilleux avec lequel l'abeille construit sa ruche ne s'est pas modifié depuis le premier jour où il y a eu des abeilles : c'est toujours la même perfection, mais, pour ainsi dire, la perfection d'une machine, qui, de la première minute où elle marche, accomplit parfaitement sa tâche, mais ne peut en accomplir une autre. ''l'instinct ''est donc pour l'animal une précieuse faculté qui supplée la raison ; toutefois, il faut convenir qu'entre l'instinct et la raison il n'y a rien de commun : l'un ne peut pas conduire à l'autre. — 4. ''La moralité. ''Grâce à sa raison, l'homme perçoit les notions de bien et de mal, et sa conscience lui dit que les actions bonnes lui sont commandées tandis que les mauvaises lui sont défendues. L'animal ne fait point de semblable distinction ; s'il évite le mal, c'est par crainte du châtiment dont il garde le souvenir. — 5. ''La religiosité. ''Si l'homme est un être religieux, c'est que sa raison lui démontre l'existence d'un Créateur, tandis que l'animal, privé du pouvoir de penser et de raisonner, ne peut s'élever jusqu'à Dieu. «Seule, dit Bossuet, la nature humaine connaît Dieu, et voilà, par ce seul mot, les animaux au-dessous d'elle jusqu'à l'infini .»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn89 [89]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
107. — B. ''LA LIBERTÉ. ''— La seconde faculté par laquelle l'homme se distingue de l'animal, c'est la ''liberté. ''La liberté est du reste une conséquence de la raison. Pour choisir entre deux alternatives, il faut connaître par la raison lès motifs qui inclinent plutôt d'un côté que de l'autre. L'animal ne peut se laisser guider que par ses sensations, ses appétits et son instinct. Chaque impression reçue par ses organes des sens, en se transmettant au cerveau, provoque une action réflexe, c'est-à-dire une réaction en rapport avec l'impression reçue. Si les sensations aboutissent aussi chez l'homme à des vibrations cérébrales, au moins il a le pouvoir d'en modifier les effets, de diriger les forces mises on jeu et de les transformer. Nous prouverons d'ailleurs plus loin que l'homme a ce pouvoir (N° 111).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc permis de conclure que, grâce à ces deux facultés, ''raison ''et ''liberté, ''l'homme est séparé de l'animal par une distance infranchissable, que l'évolution ne peut expliquer le passage de l'âme animale à l'âme humaine, et que seule l'action divine a pu créer l'âme humaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn90 [90]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Spiritualité de l'âme humaine. Objection matérialiste. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
108. — La raison et la liberté sont lés deux facultés par lesquelles l'âme humaine se différencie de l'âme des bêtes. Nous devons faire un pas plus loin, et nous demander ''de quelle nature ''est ce principe qui produit la pensée : il nous faut donc démontrer, avec le spiritualisme chrétien, que l'âme humaine est une ''substance spirituelle, ''et non pas matérielle, comme le prétendent les matérialistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Spiritualité de l'âme humaine.''' — A. CONCEPT. — Une substance ''spirituelle ''ou ''immatérielle ''est une substance indépendante de la matière dans son être et ses opérations. Une substance ''matérielle, ''au contraire, est celle qui, pour être et agir, dépend intrinsèquement de la matière : v. g. les âmes végétatives et animales qui n'ont d'être et d'action que par la matière et les organes auxquels elles sont liées. — L'on voit tout de suite combien grave est cette question de la spiritualité de l'âme. Car, si l'âme de l'homme n'était pas spirituelle, si elle dépendait du corps pour agir, elle ne pourrait pas lui ''survivre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. PREUVES. — De la définition qui précède il suit que, pour prouver la spiritualité de l'âme humaine, il faut établir qu'elle possède une existence et une action ''propres, ''au moins dans sa ''vie intellective.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) Preuve tirée de la nature des opérations de l'âme. ''— C'est un principe admis en philosophie que l'opération suit l'être, en d'autres termes, que la nature des effets indique la nature des causes. L'on peut donc juger de l'essence d'un être par ses opérations ou encore par les objets de ses opérations. Or, nous concevons certains objets qui n'ont rien de commun avec la matière : telles sont les idées de vrai, de bien, de beau, d'idéal, de devoir, de vertu ; telles sont aussi toutes les idées abstraites. Il faut donc conclure que ces idées ont pour principe un agent de la même nature, c'est-à-dire un agent immatériel. Or, comme le corps est matériel, il faut admettre, en dehors de lui, un ''principe spirituel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) Preuve tirée de la nature de la volonté. ''— La liberté que nous avons de choisir entre deux objets, entre le bien et le mal, la faculté que nous avons d'agir ou de ne pas agir, prouve également que nous avons un principe d'action qui n'est pas la matière. Car la matière est inerte, indifférente au repos ou au mouvement et, de ce fait, incapable de modifier l'état où elle se trouve. Par conséquent, si l'âme est libre, si elle peut se mouvoir à son gré, c'est qu'elle n'est pas, comme le corps, soumise aux lois de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''La ''spiritualité de l'âme ''apparaît encore dans ce fait, que l'intelligence, loin de s'affaiblir avec l'âge, se développe souvent et profite de l'expérience acquise. Tandis que les sens faiblissent avec le temps, que la vue, l’ouïe, le goût baissent avec leurs organes, il y a des vieillards qui gardent leur intelligence plus vigoureuse et plus lucide que jamais. Ce phénomène serait inexplicable dans l'hypothèse où l'âme, même dans ses facultés supérieures, serait dépendante du corps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
109. — 2° '''Objection matérialiste. — Le cerveau et la pensée. '''— A. Le grand argument des matérialistes contre l'existence de l'âme, ou du moins contre une âme spirituelle et distincte de la matière, est tirée des ''RAP­PORTS DU CERVEAU ET DE LA PENSÉE. ''— Le cerveau, disent les matérialistes, est la ''cause ''unique qui produit la pensée. « Le cerveau, dit K. Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile et les reins sécrètent l'urine. » Et Buchner, dans une formule plus habile et moins manifestement fausse, déclare « qu'il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie, l'urine et les reins. » Et la preuve que le cerveau est la cause de la pensée, les matérialistes croient la trouver dans la ''corrélation ''étroite entre l'un et l'autre : dans ce fait que, plus le cerveau est développé ,plus l'intelligence est grande, et dans cet autre fait, que les accidents, — lésions, altérations morbides, — qui affectent le cerveau, ont leur contrecoup sur la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Veut-on savoir maintenant le ''PROCESSUS ''de la pensée? — Pour montrer comment le cerveau produit la pensée, les matérialistes font appel à la loi physique de la ''transformation des forces. ''« La pensée, dit Moles-chott, est un mouvement de la matière. » Elle est une forme de mouvement propre à la substance des centres nerveux, et il est permis de dire que le cerveau pense comme le muscle se contracte : des deux côtés, les faits s'expliquent par une transformation des forces. Ainsi, la vibration nerveuse devient sensation, émotion, pensée ; et inversement, la pensée se transforme en émotion, détermination volontaire, vibration nerveuse, puis mouvement musculaire et mécanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— A. ''LES RAPPORTS ÉTROITS ENTRE LE CER­VEAU ET LA PENSÉE ''ne sont pas contestables. Mais l'unique question est de savoir si le cerveau est ''cause ''ou ''condition.''— ''a) ''S'il est ''cause, ''il doit toujours y avoir ''équation entre le cerveau et l’intelligence, ''car c'est un principe général que la même cause, dans les mêmes conditions, produit toujours les mêmes effets. Il faudrait donc nous dire comment on peut établir cette ''corrélation. ''La valeur de l'intelligence dépend-elle du ''poids ''ou du ''volume ''du cerveau, ou du nombre et de la ''finesse de ses circonvolutions, ''ou encore de la ''qualité ''de la substance qui le compose, de sa richesse en phosphore ''1 ''Les matérialistes seraient bien embarrassés de le dire. Si en effet ils invoquent le ''poids, ''on leur objecte aussitôt que, à côté de cerveaux comme ceux de Cuvier dont le poids était de 1830 grammes, de lord Byron, 1795 grammes, on peut leur en citer d'autres comme celui de Gambetta, qui ne pesait que 1160 grammes. Allèguent-ils le ''volume? ''La ''cérébrologie, ''ou science des fonctions du cerveau, leur démontrera alors que le cubage des crânes oscille dans toutes les races dans d'étroites limites, entre 1477 et 1588 ce; et pourtant il faut bien admettre qu'il y a des races qui sont supérieures par le degré d'intelligence. Les rapprochements entre la pensée et le ''nombre, ''la ''finesse, ''la richesse en phosphore des circonvolutions n'ont guère plus de fondement. La corrélation entre le cerveau et la pensée est donc loin d'être une loi rigoureuse, et voilà, du même coup, la thèse matérialiste qui part d'un faux supposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, la cérébrologie est parvenue à établir la parfaite ''ressemblance morphologique ''des cerveaux humain et simien. Comment se fait-il alors que, si les cerveaux sont identiques, l'homme seul pense et raisonne ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, deux autres faits s'élèvent contre la doctrine matérialiste : la folie et les localisations cérébrales. — 1. ''La folie. ''Il a été reconnu que la folie peut exister sans lésion cérébrale. Comment expliquer qu'un instrument, qui est l'unique cause de la pensée, fonctionne mal alors qu'il est intact? — 2. ''Les localisations cérébrales. ''Il fut un temps où les matérialistes fondaient grand espoir sur la théorie des ''localisations cérébrales : ''ils avaient déterminé la place des centres sensitifs et moteurs, de la mémoire, etc., ils croyaient même pouvoir loger la pensée dans les lobes frontaux. Or, leur théorie, déjà insuffisamment démontrée par l'expérimentation, a été complètement mise en échec par les constatations que les médecins ont faites au cours de la guerre 1914-1918. On a pu observer, en effet, de nombreux cas de ''lésions du cerveau, ''— perte considérable de substance cérébrale, ablation des prétendus centres sensitifs et moteurs, réduction en bouillie des lobes frontaux, — sans que les blessés s'en soient ressentis gravement et sans qu'ils aient cessé de jouir de leurs facultés, de sentir, de marcher, de penser et de parler, comme par le passé. Il faut donc conclure, à l'inverse de la théorie des localisations, qu'il n'y a dans le cerveau ''aucune région qui soit le siège et l'organe de la pensée.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''En second lieu, si le cerveau est la ''cause ''de la pensée, il doit y avoir une ''similitude de nature entre la cause et l'effet. ''Si par conséquent la cause est matérielle, l'effet doit l'être aussi. La parole de K. Vogt retourne donc contre la thèse matérialiste. Il est bien vrai que le foie sécrète la bile, mais précisément l'effet est matériel comme sa cause. Pour que la comparaison fût vraie, il faudrait dès lors que le cerveau qui est matériel, composé ''et ''multiple, produisît un effet du même ordre. Or l'intelligence est une, et simple, elle a des idées qui n'ont rien de commun avec la matière. Elle ne peut donc procéder d'une cause matérielle ; elle suppose une ''activité immatérielle, ''qui est l'âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Enfin, comment concilier ''l'identité personnelle du moi, ''dont nous avons parlé plus haut (N° 104) avec les changements continuels du corps, et particulièrement, du cerveau ? Comment l'identique pourrait-il résulter du changement ''1 ''Et comment les molécules nouvelles qui se sont substituées aux anciennes dans le cerveau, peuvent-elles garder le souvenir d'événements ou d'impressions qui ont affecté les molécules dont elles ont pris la place ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''II faut donc conclure, avec le spiritualisme, que le cerveau ''n'est pas la cause de la pensée ; ''il n'en est que la ''condition. ''Il n'est pas l'organe de l'intelligence ; il est tout simplement un ''instrument ''à son service, semblable à la harpe qui ne peut rendre de sons que sous les doigts du harpiste. ''L'âme seule est la cause de la pensée ; ''absolument parlant, elle n'a pas besoin d'organe, mais dans l'état actuel des choses, étant donné que nous ne pensons pas sans images et que les images sont transmises au cerveau par les organes des sens, le cerveau est un ''instrument nécessaire ''à l'exercice de la pensée. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les accidents, les lésions qui surviennent dans les centres nerveux, paralysent les fonctions qu'ils ont à remplir. D'une harpe brisée le harpiste ne sait plus tirer de sons ; il n'en reste pas moins harpiste, après comme avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''QUANT AU PROCESSUS DE LA PENSÉE, ''rien n'empêche qu'il soit le même dans les deux hypothèses. Que le cerveau soit ''cause, ''ou simplement ''condition, ''la manière dont il fonctionne ne varie pas. Par le fait que l'âme se sert, du cerveau comme ''instrument, ''la production de la pensée doit être accompagnée de phénomènes matériels qui relèvent de la physique. Rien donc d'étonnant qu'il entre en vibration, qu'il dégage de la chaleur et donne naissance à de nouvelles substances chimiques. L'erreur des matérialistes est de s'arrêter là et de conclure que la pensée n'est que mouvement, parce qu'elle est liée au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce qui précède, nous pouvons conclure que le cerveau seul n'explique pas la pensée, que par conséquent, ''il n'en est pas la cause. ''Il n'en est que la ''condition nécessaire, ''au moins dans l'état présent de la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Liberté de l'âme. ====&lt;br /&gt;
===== § 1. Le libre arbitre. Notion. Existence. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
110. — 1° '''Notion. '''— Étymologiquement, être ''libre ''(latin ''liber) ''c'est être affranchi de tout lien. Et comme il y a des liens physiques et matériels (chaînes), et des liens moraux (lois), il y a aussi deux sortes de libertés : la liberté ''physique ''et la liberté ''morale. ''Il est clair que nous ne jouissons pas de ces deux libertés, toujours et d'une façon complète. Ainsi le prisonnier qui est enchaîné, n'a pas la liberté physique ; aucun de nous n'a une liberté morale absolue, car la loi morale la restreint dans la mesure ou elle nous impose ses commandements. Nous n'avons donc de liberté sur ce point qu'en tout ce qui n'est pas défendu par notre conscience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''liberté ''dont il est ici question, ou plutôt le ''libre arbitre, ''c'est le pouvoir que la volonté a de choisir entre deux alternatives, d'agir ou de ne pas agir, de se déterminer pour une chose ou pour une autre sans qu'elle y soit contrainte par une force extérieure ou intérieure. Tandis que la matière obéit ''nécessairement ''aux lois qui la régissent et que les animaux suivent irrésistiblement les impulsions de leur instinct, l'homme est maître de ses décisions et peut prendre le parti qu'il lui plaît. C'est donc la liberté qui fait de l'homme seul un être ''moral, responsable, ''capable de ''mérite ''et de ''démérite. ''L'on peut juger par là combien il importe de prouver l'existence du libre arbitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''111. — 2° Existence. '''— A. ''PREUVE DIRECTE. Témoignage de la conscience. ''— « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale, dit Descartes, qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement.» Avant d'agir, nous délibérons ; au moment d'agir, nous fixons notre choix. Or, délibérer et choisir sont deux actes qui témoignent que nous sommes libres. Encore que ''théoriquement ''certains nient la liberté, ''pratiquement ''personne n'en doute. Et nous nous croyons d'autant plus libre et responsables que nous avons mieux réfléchi, pesé d'avance le pour et le contre, et que nous n'avons pas suivi notre premier mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE INDIRECTE. ''— a) ''Preuves morales. ''— 1. L'existence de la ''loi morale ''implique la liberté. Nous admettons tous qu'il y a des règles de conduite qui s'imposent à notre volonté, que certains actes nous sont défendus tandis que d'autres nous sont commandés. Or cet état de choses serait absurde si nous n'avions pas la liberté d'accomplir les devoirs qui nous sont prescrits. — 2. l'''éducation ''postule également la liberté. Quel est en effet le but de l'éducateur ? C'est de diriger la volonté de celui qu'il éduque, de la pousser à certains actes, et de la détourner de certains autres. Chose qui serait tout à fait irréalisable s'il n'y avait pas possibilité d'opter entre deux alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ''Preuves sociales. ''— 1. Maintes ''institutions sociales ''supposent la liberté : tels sont, par exemple, les contrats, les engagements, les promesses, qui n'auraient pas de valeur si ceux qui les font n'étaient pas libres de les tenir. —- 2. Les ''défenses ''édictées par les lois civiles ne se comprendraient pas davantage si les individus n'avaient pas la possibilité d'agir de plusieurs manières dans une circonstance donnée. — 3. Les ''pénalités, ''qui sanctionnent les lois, n'auraient pas de fondement moral en dehors du libre arbitre. Il y aurait cruauté et tyrannie à châtier des actes que la nécessité aurait imposés. A cela les adversaires de la liberté objectent que, dans toute hypothèse, les punitions sont utiles parce qu'elles sont pour la société le seul moyen de garantir l'ordre et d'assurer la protection réciproque des citoyens. La remarque est juste, mais si le châtiment des coupables ne laisse pas d'être utile, même si les hommes ne sont pas libres, il n'en est pas moins vrai qu'il perd alors tout caractère de moralité. Les faits parlent, du reste, contre cette manière de voir ; car les juges, avant de prononcer leur sentence, recherchent toujours s'il y a des raisons, — ignorance, faiblesse d'esprit, manque de préméditation, — qui diminuent la responsabilité et constituent autant de circonstances atténuantes : ce qui serait superflu si la peine n'avait d'autre but que de corriger et de guérir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''« Non seulement, dit J. Simon ''(Le devoir), ''tous les hommes, depuis que le monde est monde, croient à la liberté ; mais cette croyance est naturelle et invincible... Le sauvage croit à sa liberté, comme le citoyen d'une société civilisée, l'enfant comme le vieillard... Celui qui, à force de méditer, s'est créé un système où la liberté ne trouve pas de place, parle, sent et vit comme s'il croyait à la liberté. Il ne doute pas, il s'efforce de douter, et c'est tout le résultat de sa science. Trouvez un fataliste qui n'ait ni orgueil ni remords... Ou il faut dire que l'homme est libre, ou il faut dire qu'il a été créé pour croire invariablement à l'erreur. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Le Déterminisme. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''112. — 1° Définition'''. — Par ''déterminisme ''il faut entendre tout système qui nie le libre arbitre, et qui prétend que la volonté de l'homme est toujours déterminée à tel parti plutôt qu'à tel autre par des ''influences nécessitantes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''113. — 2° Formes.''' — Selon la nature des influences, le déterminisme revêt différentes ''formes. ''Il s'appelle : — ''a) ''déterminisme ''théologique ''ou ''fatalisme, ''lorsqu'on suppose la volonté subissant l'influence divine d'une manière nécessaire ; — b) déterminisme ''scientifique ''si on considère l'homme comme soumis aux lois nécessaires de la matière ; — c) déterminisme soit ''physiologique, ''soit — ''d) psychologique, ''si l'on regarde l'homme comme entraîné nécessairement par les conditions de sa nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''114. — A. Déterminisme théologique. '''— Cette première forme de déterminisme se subdivise en plusieurs espèces. Il y a : — 1. le ''fatalisme ''que nous trouvons à la base de certaines religions, qui fut comme le dogme fondamental de la religion grecque, et qui l'est encore aujourd'hui chez les Musulmans. Dans ce système, les hommes sont menés par une force aveugle, inexorable, appelée le Destin (lat. ''fatum, ''d'où le nom de fataliste) dont ils ne peuvent prévoir ni changer les effets. On n'échappe pas à sa destinée, tout ce qui doit arriver arrivera. « C'était écrit», disent les disciples de Mahomet ; d'où il suit que tout effort devient inutile, et que le parti le plus sage c'est de s'abandonner à son sort ; — 2. le ''fatalisme panthéistique. ''Toute doctrine panthéiste doit nécessairement aboutir au fatalisme. Il est clair, en effet, que si Dieu est l'unique substance, si tout est Dieu, il n'y a plus de place pour le libre arbitre, car Dieu est l'être nécessaire et il ne peut y avoir en lui rien de contingent ; — 3. le ''fatalisme théologique ''ou ''prédestinatianisme. ''La destinée de tous les hommes, des méchants comme des bons, est fixée d'avance par le choix »de la volonté divine qu'aucun moyen ne saurait changer. D'autre part, l'homme est incapable de faire le bien sans la grâce, et la grâce est un don purement gratuit. Nous ne sommes donc pas libres de faire notre destinée comme nous voudrions ; nous devons l'accepter, comme Dieu l'a décrété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.''' — 1. Il apparaît tout de suite que le ''fatalisme mahométan ,en ''détachant les effets des causes, en proclamant que les effets arrivent nécessairement, même en dehors des causes qui les produisent, et qu'il n'y a pas d'intérêt à fuir le danger, s'il est écrit qu'on doit en être victime, est un système absurde et tout à fait irrationnel. — 2. Le ''fatalisme panthéistique ''n'est pas plus soutenable. Il ne faut pas observer longtemps le monde pour y découvrir partout des choses qui commencent, qui se transforment et évoluent sans cesse : c'est donc que le monde est contingent, puisque tout changement est incompatible avec l'idée d'être nécessaire. — 3. Les difficultés soulevées par les ''prédestinations ''(Luther, Calvin), ont déjà été réfutées à propos de la prescience divine (N° 72). Il est vrai que nos actes sont prévus et prédéterminés par Dieu, mais ils le sont avec leur nature, c'est-à-dire que nos actes libres sont prévus et déterminés comme libres ; il est vrai encore que l'homme ne peut rien sans la grâce et que la grâce est un don purement gratuit, mais Dieu ne refuse sa grâce à personne et il appartient à la volonté de l'homme d'accepter ou de rejeter ce secours que Dieu met à sa disposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''115. — B. Déterminisme scientifique'''. — Le déterminisme scientifique est le déterminisme à la mode. Il invoque deux principes de la science (fui, d'après lui, ne peuvent être contestés : le déterminisme universel et le principe de la conservation de l'énergie. — 1. ''Déterminisme universel. ''Tout dans le monde obéit au déterminisme, c'est-à-dire à une loi d'après laquelle tous les phénomènes seraient reliés entre eux par des rapports nécessaires, tous les événements, tous nos actes dérivant d'autres faits, comme des effets sortent de leurs causes. Le déterminisme est d'ailleurs une ''condition ''de ''la science : ''celle-ci, en effet, dans l'hypothèse du libre arbitre, ne pourrait plus établir ses lois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''Conservation de l'énergie. ''D'après ce principe, la quantité d'énergie qui est dans le monde, reste constante; elle se transforme, mais elle n'augmente ni ne diminue. Il s'ensuit que nos déterminations, qui nous semblent libres, ne sont, en réalité, qu'un nouvel état des forces qui sont en nous et qui se transforment selon une loi nécessaire et absolue. — Le déterminisme scientifique fait partie de la doctrine matérialiste qui, ne voyant dans le monde qu'une soûle substance, la matière, prétend que tous les phénomènes sont régis par les lois de la mécanique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation.'''— '''1. '''Dire que lé ''déterminisme, ''que nous constatons dans le monde, est une ''règle universelle, ''c'est affirmer une chose qu'on aurait bien de la peine à démontrer. De ce que le déterminisme des lois paraît régir tous les phénomènes d'ordre physique, est-on en droit de conclure qu'il s'applique également au monde de l'esprit? Il est d'autant moins permis de le faire que les deux ordres de faits n'ont rien de commun entre eux et que ce qui est vrai pour l'un, peut ne pas l'être pour l'autre. — D'autre part, est-il vrai que le libre arbitre s'oppose à la science, c'est-à-dire à la détermination des lois ? En aucune manière. La loi dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mômes circonstances. Or, que ma volonté modifie les circonstances, qu'elle fasse par exemple, dévier un mouvement de sa direction normale, il est clair que, en dépit de mon intervention, la loi reste la même, bien que dans la circonstance elle n'ait pas son application et que la cause ne soit pas suivie de son effet. La science n'a donc rien à craindre du libre arbitre et peut continuer d'établir les lois qui régissent le monde matériel. — 2. Ce qui vient d'être dit du déterminisme des lois, vaut pour le principe de la ''conservation de l'énergie. ''Les déterministes ne peuvent pas démontrer que ce principe, qui s'applique aux forces de la nature, est également valable pour la volonté. Du reste, à supposer que nos déterminations soient des transformations des forces qui sont en nous, notre volonté n'en est pas moins libre de diriger ces forces dans un sens ou dans l'autre, et cela suffit à constituer la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
116. — '''C.''' '''Déterminisme physiologique. '''— D'après le ''physiologique, ''nos actes que nous croyons libres, sont, en réalité, la résultante de causes physiques telles que le milieu, le climat, le tempérament, et tout ce qui fait le caractère de chaque individu. La chose est si vraie que, si nous connaissions le caractère d'un homme et les circonstances dans lesquelles il se trouve, nous pourrions toujours prévoir le parti qu'il prendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— Sans doute, le tempérament, le caractère, les circonstances de temps et de lieu sont des facteurs très importants qui ont une grande influence sur nos déterminations, mais ils ne rendent pas compte de tous nos actes. La preuve en est qu'il nous arrive assez souvent d'agir différemment dans des circonstances identiques. La pré visibilité ne saurait jamais être que relative, car le caractère change et c'est justement à la volonté qu'il appartient de le modifier. Dans l'hypothèse du déterminisme physiologique, la vertu se confondrait avec un heureux tempérament. N'est-il pas vrai, au contraire, et d'expérience quotidienne, que l'éducation redresse le caractère et que, selon le mot de Bossuet, une âme généreuse est maîtresse du corps qu'elle anime?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
117. — '''D.''' '''Déterminisme psychologique. '''— Le ''déterminisme psychologique ''prétend que nos décisions sont toujours déterminées par le motif le plus fort, non pas évidemment par le motif qui a la plus grande valeur morale, par le devoir, par le plus grand bien en soi, mais par le motif qui exerce le plus d'attrait sur nous, sur notre intelligence et surtout sur notre sensibilité. C'est ainsi que l'égoïste se laisse guider par son intérêt, l'avare par l'amour de son trésor, l'ambitieux par ses rêves de gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation. '''— II n'est pas vrai que nos déterminations soient toujours prises par le motif qui exerce sur nous l'attrait le plus puissant. Bien souvent, au contraire, l'homme résiste à ses tendances, préfère le sacrifice au plaisir: l'égoïste n'agit pas toujours en égoïste, l'avare en avare... Naturellement, le motif qui entraîne notre volonté est le plus fort, mais il s'agit de savoir si c'est le plus fort qui a été choisi ou s'il est le plus fort parce que la volonté l'a choisi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Aucun des systèmes que nous venons d'exposer rapidement, n'infirme les preuves de l'existence du libre arbitre. Nous pouvons donc conclure que Dieu a doté l'âme humaine de la noble prérogative de pouvoir choisir entre le bien et le mal et d'être la maîtresse de sa destinée. Mais, écrit Paul Janet ''(La Morale), ''« l'homme n'est vraiment libre que lorsqu'il s'est affranchi non seulement du joug des choses extérieures, mais encore du joug de ses passions. Tout le monde reconnaît que celui qui obéit à ses désirs d'une manière aveugle n'est pas maître de lui-même, qu'il est l'esclave de son corps, de ses sens, de ses désirs et de ses craintes... Dans ce sens n'est pas comprise la puissance de faire le bien ou le mal et de choisir entre l'un, et l'autre. Au contraire, faire le mal, c'est cesser d'être libre, et faire le bien, c'est l'être en effet. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir chap. suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Origine et Destinée de l'homme. — Unité de l'Espèce humaine. — Antiquité de l'homme. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= DÉVELOPPEMENT =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
118. — Après avoir établi la nature de l'homme» l'apologiste doit en rechercher l’''origine ''et la ''destinée : ''deux questions, la seconde surtout, qui sont d'un intérêt capital pour la morale et la religion. Il y a lieu également de se demander si tous les hommes appartiennent à la même famille et sortent d'un tronc unique, et à quelle date il faut reporter l'apparition du premier homme. D'où quatre articles : 1° ''Origine '' 2° ''Destinée de l'homme ; ''3° ''Unité de l'espèce humaine ; ''4° ''Antiquité de l'homme.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Origine de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
119. — ''État de la question. ''— En étudiant sa nature, nous avons vu que l'homme est composé d'une double substance : l'une, spirituelle, qui s'appelle l'âme ; l'autre, matérielle, qui s'appelle le corps. Il en résulte que la question de l'origine de l'homme se subdivise en deux points : 1° l’''origine de l’âme ; ''2° l’''origine du corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, pour le matérialiste, le problème ne se présente pas sous le même aspect. N'admettant dans l'homme qu'une substance, faisant de l'homme un animal perfectionné, il n'a pas à se poser la question de l'origine de l'âme, puisque, pour lui, l'âme n'existe pas, tout au moins comme principe distinct : il lui suffit de rechercher l'origine du corps. Pour prouver sa thèse, il doit donc nous présenter les êtres de transition, intermédiaires entre l'animal et l'homme, et nous démontrer, documents en main, que le corps de l'animal a évolué, qu'il s'est transformé peu à peu pour aboutir à la forme humaine. Il l'a tenté en effet ; nous verrons plus loin si ses efforts ont été couronnés de succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
120. — 1° '''Origine de l'âme. '''— L'âme, avons-nous dit, est un principe spirituel, distinct du corps, n'en dépendant que d'une manière toute relative et accidentelle, et pouvant subsister sans lui. Or l'origine d'une substance doit répondre à sa nature. Étant ''simple ''et ''immatérielle, ''elle ne peut être produite par le corps, qui est une substance composée et matérielle, car il n'y aurait pas proportion entre la cause et l'effet. L'âme ne peut pas sortir davantage de l'âme des parents, car celle-ci, du fait qu'elle est également simple et spirituelle, ne saurait se diviser : ce qui est simple ne se fractionne pas. Reste donc que l'âme soit directement l'œuvre de Dieu et vienne à l'existence par ''création. ''Il n'en va pas ainsi de l'âme de l'animal. Celle-ci en effet dépend totalement du corps et par conséquent, doit être produite comme lui, c'est-à-dire par voie de génération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
121. — 2° '''Origine du corps. '''— A propos de ''l'origine du corps, ''la question qui se pose est la suivante. Le corps du premier homme, considéré indépendamment de son âme, a-t-il été créé ''directement ''par Dieu, ou est-il le ''fruit de l’évolution, ''auquel cas le corps de l'animal se serait élevé, par étapes successives, à la forme humaine?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons, avant d'aller plus loin, que cette question ''n'est 'pas définie ''par l'Église, et que, de ce fait, une certaine latitude est laissée aux apologistes catholiques. Sans doute, il est dit au chapitre II de la ''Genèse ''que « Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui souffla dans ses narines un souffle de vie » et qu'il forma la femme d'une des côtes d'Adam (v. 7, 21, 22). Il est vrai encore que la plupart des ''Pères de l'Église ''ont interprété ces paroles dans le sens obvie d'une création directe de Dieu, et que, conformément à cette ''opinion traditionnelle, ''l'Eglise réprouve comme ''téméraire ''la théorie des ''évolutionnistes catholiques, ''selon laquelle Dieu se serait borné à prendre le corps de l'animal le plus perfectionné et à lui infuser une âme humaine. Mais il y a une autre ''doctrine évolutionniste plus mitigée, ''qui ne semble pas inconciliable avec l'opinion traditionnelle de l'Eglise et avec les idées de saint Augustin ''(Traité sur la Genèse, l. VII, ''c. XXIV) et de saint Thomas (II-Ia q. 91, 2, ad 4) : c'est celle qui professe que Dieu, pour créer l'homme, se serait servi d'un corps déjà organisé auquel il aurait fait un certain nombre de retouches et ajouté quelques perfections avant d'y introduire l'âme. Le ''limon ''dont parle la Genèse aurait donc été, dans cette hypothèse, un organisme préparé peu à peu par un long travail d'évolution, et mis au point par une ''nouvelle intervention directe de Dieu[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn91 [91]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette remarque faite, voyons, en nous plaçant sur le seul ''terrain scientifique-, ''ce que valent les ''arguments de la thèse matérialiste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''122.— Théorie matérialiste.—'''A. '''Ses arguments. '''— Pour prouver que l'homme sort de l'animal par voie d'évolution, qu'il n'est pas un être à part, qu'il est tout simplement un animal perfectionné, les matérialistes invoquent un triple argument : — ''a) l'évolution ''disent-ils, est la ''loi générale ''qui gouverne le monde. Le système de Laplace la suppose comme une hypothèse nécessaire pour expliquer la formation du monde physique. L'évolution est également admise, du moins d'une manière générale, pour rendre compte des espèces végétales et animales. Mais, s'il en est ainsi pourquoi l'homme seul ferait-il exception et échapperait-il à la loi générale ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''Les ''ressemblances ''qu'il y a ''entre l'homme et l'animal ''indiquent leur parenté et leur origine commune. En examinant l'homme, au point de vue de son organisation corporelle (anatomie) et au point de vue de ses fonctions vitales (physiologie), les naturalistes le rangent parmi les mammifères, dans l'ordre supérieur des Primates. Même au-dessus des autres animaux par la perfection de ses organes et de leurs fonctions, il reste cependant par tous ses caractères généraux l'un d'entre eux. « Dans cotte hiérarchie des êtres, dit M. Charles Richet, l'homme est au premier rang, mais il n'est pas hors rang. Mêmes organes, mêmes appareils, mêmes fonctions, même naissance, même vie, même mort. » II serait donc assez étrange, concluent les matérialistes, que Dieu aurait fait de l'homme l'objet d'une création à part, pour le former sur le même plan et le même modèle que les animaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) Les matérialistes veulent en outre prouver la ''descendance animale de l'homme ''par ''l'histoire, ''ou plutôt, la ''préhistoire[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn92 [92]]. Si l'homme a pour ancêtre un animal quelconque, le singe ou le kangourou, la paléontologie doit retrouver, parmi les fossiles, les êtres de transition qui, conformément à la loi de l'évolution, auraient marqué le passage entre le point de départ et le point d'arrivée. Ces formes transitoires existent-elles? A plusieurs reprises, les matérialistes l'ont pensé. Voici, du reste, en suivant, l'ordre de leur découverte, les ''principaux fossiles ''dans lesquels ils ont cru retrouver le précurseur de l'homme : — 1. le ''crâne de Neandertal, ''en Prusse Rhénane (1856), le ''crâne de Gibraltar ''(1866), les deux ''squelettes de Spy, ''en Belgique (1886) ; les fameux ossements (fragments de crâne, fémur et quelques dents) retrouvés dans l'île de ''Java ''par le docteur Dubois et baptisés par lui du nom de ''Pithécanthrope de Java ''(1895) ; dix à douze ''crânes ''et ''squelettes ''humains, de l'abri de ''Krapina, ''en Croatie (1899) ; -2. plus récemment, la ''mâchoire de Mauer, ''près de Heidelberg, et celle de ''Piltdown, ''en Angleterre (1907) ; les squelettes de la ''chapelle-aux- Saints, ''en Corrèze, de ''Moustier, ''en Dordogne (1908) ; les deux squelettes de la ''Ferrassie, ''en Dordogne, l'un d'homme, l'autre de femme (1909) ; le ''crâne de la Rhodésie, ''dans l'Afrique du Sud (1921). Tous ces fossiles sont des représentants des deux plus anciennes races connues : la race ''chelléenne ''et la race ''moustérienne ''dont les types les plus caractéristiques sont, pour la première, le Pithécanthrope de Java et le crâne de la Rhodésie, et pour la seconde, le crâne de Neandertal et l'homme de la Chapelle-aux-Saints. Or, les fossiles paraissent, aux yeux des transformistes, ''présenter les caractères réclamés par leur théorie : ''le crâne fuyant, prolongé en avant par des arcades sourcilières très saillantes, extrême petitesse de l'angle facial (V. note 4, p. 117), grand développement de la face qui se termine en museau, nez large et profondément enfoncé, réduction ou même inexistence du menton, bref, tout un ensemble qui rapproche de la forme pithécoïde (singe) ; d'autre part, des bras, des jambes, des mains, des doigts qui tiennent de l'homme par leurs dimensions. Tel est, disent les transformistes, ''l'être intermédiaire ; ''en tout cas, si ce n'est pas lui, rien ne nous empêche de conjecturer qu'il peut avoir existé à ''l'époque tertiaire ''et que les paléontologistes l'y retrouveront un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'ailleurs, ajoutent-ils, il n'est même pas besoin de recourir au passé pour découvrir les échelons intermédiaires entre l'homme et l'animal. D'une part, le ''sauvage ''actuel est un témoin vivant de ce type primitif: il lui ressemble par sa structure physique et il n'est guère supérieur à l'animal, ni par son intelligence ni par sa moralité. D'autre part, ''l'enfant, ''dans sa lente évolution, reproduit toutes les phases de transition qu'a dû traverser l'intelligence humaine avant de sortir complètement de l'animalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
123. — '''B.''' '''Ce que valent les arguments matérialistes. '''— Reprenons les arguments matérialistes et voyons ce qu'ils valent. — ''a) l'évolution, ''disent les matérialistes, ''est partout ou elle n'est nulle part. ''Or il est difficile de contester qu'elle existe, au moins dans le monde physique. Donc elle s'étend à tous les êtres, sans qu'il y ait lieu de faire d'exception pour l'homme. C'est là un argument que les fixistes n'ont pas de peine à rétorquer. « Si l'évolution, disent-ils, est la loi qui régit la vie dans la plus large acception du mot, la vie végétale comme la vie animale, elle ne peut être qu'une1 loi générale embrassant fous les êtres qui ont habité ou qui habitent le globe, s'étendant à tous les temps et à toutes les régions. Or, dans les temps actuels comme dans les temps préhistoriques, aussi haut que nous puissions remonter, nous ne voyons aucune trace de l'évolution, aucune espèce, aucun genre, aucun ordre en voie de formation, et nous pouvons dire que les espèces quaternaires, qui ont encore des représentants parmi nous, n'ont pas éprouvé de modification organique qui autorise l'idée d'une transformation du type spécifique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn93 [93]] En d'autres termes, si l'évolution est une loi générale qui s'applique à tous les temps et à tous les êtres, les transformistes devraient être en mesure de nous fournir des exemples actuels d'animaux en train d'évoluer, de singes, — si les singes sont nos ancêtres, — en voie de devenir hommes. On ne peut donc pas dire que l'évolution est la loi générale qui gouverne le monde[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn94 [94]], et pas davantage, que la théorie du transformisme soit ''établie scientifiquement ''(V. N° 94 et 95).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Les ''ressemblances entre l'homme et l'animal, ''dont les matérialistes font grand état, sont singulièrement contrebalancées par les ''divergences ''sur lesquelles ils insistent moins. Si l'on compare le corps de l'homme, avec celui du singe, par exemple, il y a des ''différences essentielles : ''l'attitude verticale propre à l'homme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn95 [95]], l'existence de deux mains seulement, l'angle facial[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn96 [96]], qui, dans la race humaine, flotte entre 70 et 90°, tandis qu'il n'atteint chez le singe qu'un maximum de 50° — sans parler des facultés de l'âme, raison et liberté, qui mettent un abîme entre les deux. Par ailleurs, comment expliquer, dans l'hypothèse de la descendance animale de l'homme, que l'animal soit supérieur à l'homme par ses organes des sens (ex : odorat du chien), quand la sélection naturelle aurait dû développer chez l'homme les qualités qui existaient déjà chez l'animal? Pourquoi l'homme a-t-il été jeté nu sur la terre nue, ''nudus in nuda humo, ''comme dit Pline l'Ancien? Si les poils étaient pour l'animal un précieux avantage pour le garantir du froid, n'auraient-ils pas pu rendre le même service à l'homme? Ainsi, tandis que l'animal porte en soi des armes de défense qui lui permettent de lutter contre ses adversaires, l'homme en est réduit à les chercher dans les forces de la nature. Donc, même à ne considérer que le ''corps, ''la '''parenté directe entre l'homme et l'animal n'existe pas.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Quant aux ''formes de transition, ''invoquées par les évolutionnistes matérialistes, il est permis de dire que la paléontologie n'a pas encore fait jusqu'ici de découvertes bien concluantes. Huxley, dont le témoignage ne saurait être suspect, n'a-t-il pas dit, à propos des ossements trouvés à Neandertal, qu'ils « ne peuvent être considérés comme ceux d'un intermédiaire entre l'homme et le singe ?» Les autres documents paléontologiques qui nous restent, ont souvent d'ailleurs une valeur douteuse : ainsi il est bien difficile de dire si les ossements qu'on a attribués au pithécanthrope de Java, ont réellement appartenu au même individu. « Au surplus, les squelettes, nous dit M. Bonnier ''(L'enchaînement des organismes), ''ainsi que plusieurs crânes humains des dépôts quaternaires les plus anciens, indiquent des races humaines évidemment supérieures aux plus dégradées de celles qui sont actuellement vivantes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela nous amène à envisager le cas du ''sauvage ''qui, dans l'hypothèse matérialiste, serait aujourd'hui encore, un représentant de la forme intermédiaire entre l'animal et l'homme. Les évolutionnistes prétendent qu'il y a moins de distance entre l'animal et le sauvage? qu'entre-le sauvage et l'homme civilisé. C'est là une assertion dont l'absurdité est manifeste, car il est incontestable qu'entre le sauvage et le civilisé il n'y a ''aucune différence de nature, ''et que seul le développement diffère. Le sauvage, tout sauvage qu'il est, reste homme dans toute la force du terme, c'est-à-dire doué d'une âme raisonnable qui le rend apte au progrès, alors que l'animal, même dressé, ne devient jamais capable de penser, de raisonner, d'inventer, etc. Sans doute, l'intelligence des sauvages est inférieure parce qu'elle n'est pas cultivée, mais elle ne représente pas un moyen terme entre l'intelligence du civilisé et l'instinct de l'animal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons en dire autant de ''l'enfant. ''L'évolution, par laquelle il passe, avant de devenir homme, ne répète nullement les phases qu'aurait traversées l'humanité ; il ne faut pas considérer l'enfant comme s'il était simple animal d'abord, et s'élevait peu à peu à la forme humaine. L'enfant obéit seulement aux lois du développement qui régissent la nature de l'homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— De ce qui précède il ressort que, dans l'état actuel de la science, les matérialistes ne peuvent apporter aucune preuve de la descendance animale de l'homme. — 1. ''Au point de vue de l'âme, ''il y a une démarcation radicale entre l'homme et la brute ; le passage de l'un à l'autre n'a pu se faire, car l'évolution développe bien ce qui existe déjà, mais ne crée pas ce qui n'est pas en germe. — 2. ''Au point de vue du corps, ''l'hypothèse évolutionniste n'est aucunement vérifiée. Tous les squelettes humains que renferment nos musées appartiennent à la même humanité que la nôtre ; l'homme a fait son apparition sur la terre avec tous les caractères qui le distinguent aujourd'hui et le séparent de l'animal. Que si les recherches scientifiques démontrent un jour le contraire, l'Église sera la première à adopter une solution qu'elle n'a jamais combattue officiellement[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn97 [97]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Destinée de l'homme. Immortalité de l'âme ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''124. — 1° Importance de la question'''. — La question de la ''destinée ''de l'homme n'offre pas moins d'intérêt pour l'apologiste que celle de son origine, car, plus encore que celle-ci, elle est grosse de conséquences. « Toutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet... Notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite... Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic, mais ceci ! Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » ''(Pensées, ''art. IX et art. XXIV, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''125. — 2° Définition de l'immortalité.''' — Que faut-il entendre d'abord par l’''immortalité? ''Évidemment il faut écarter : — 1. la ''conception des positivistes ''pour qui « l'immortalité réside tout entière dans les suites que peuvent avoir nos actes pour l'avenir et le bonheur de l'espèce » (H. Spencer), ou encore dans le long souvenir que nous laisserons dans la postérité ; — 2. la ''conception panthéiste ''qui considère l'âme comme une parcelle de la divinité, appelée à rentrer un jour dans le Grand Tout dont elle a été momentanément détachée, et à se confondre avec lui en perdant sa propre personnalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L'immortalité, ''comme les spiritualistes chrétiens l'entendent, c'est la ''survivance de l'âme ''qui, à sa séparation d'avec le corps, continue de vivre de sa vie propre, gardant ses facultés supérieures, son identité, le souvenir de son passé et le sentiment de sa responsabilité. D'une immortalité ainsi comprise, nous allons voir quelles sont les preuves.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''126. — 3° Preuves de l'immortalité de l'âme.''' — Trois arguments nous démontrent l'immortalité de l'âme : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''moral.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— ''L'immortalité ''de l'âme découle de sa ''nature, ''c'est-à-dire de la double propriété qu'elle a d'être une substance ''simple ''et ''spirituelle ''— 1. Etant ''simple, ''—non composée de parties, — elle ne peut pas périr par ''décomposition, ''à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent. — 2. Etant ''spirituelle, ''— ne dépendant pas ''essentiellement ''du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu'elle a tout ce qu'il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l'âme humaine, comme toutes les créatures, est ''contingente : ''de même qu'elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu'urne ''telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, ''en particulier à sa ''bonté ''et à sa ''justice, ''comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn98 [98]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. ''— II doit y avoir équation entre les ''penchants naturels ''d'un être ci les ''moyens de les satisfaire, ''autrement, cet être serait mal fait, et la «sagesse et la ''bonté ''de Dieu seraient en défaut. Or les ''aspirations ''de l'homme réclament l'''immortalité de son âme. ''Son cœur en effet est plein d'un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu'il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une ''autre vie ''où l'âme étanche sa soif de bonheur, et une vie ''sauf fin, ''car on ne peut jouir pleinement d'un bien qu'autant qu'il n'y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d'infini, en même temps que le sentiment de ne l'atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l'homme, qui est l'être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l'animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT MORAL. ''— ''L'immortalité ''de l'âme est une ''condition de la morale. ''Il est conforme, en effet, à la ''justice ''de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n'est pas toujours observé ; il n'est pas rare que la force prime le droit et que le vice l'emporte sur la vertu. C'est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu'il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l'âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D. ''CONSENTEMENT UNIVERSEL. ''— Aux preuves qui précèdent, la ''croyance de tous les peuples ''peut être ajoutée comme un confirmatur. Nous trouvons des traces de la croyance à l'immortalité de l'âme dans tous les temps et dans tous les pays. Que le séjour des bons s'appelle Ciel ou Elysée ; le séjour des méchants, Enfer ou Tartare, c'est toujours de la même foi à une survie des âmes qu'il est question. Les cérémonies funèbres, le culte des morts, les prières en leur faveur, n'auraient guère de sens en dehors de la croyance à l'immortalité de l'âme. Ajoutons enfin que cette croyance n'est pas un fruit de la civilisation, car elle se retrouve aussi bien chez les peuples sauvages : « Quelle que soit la dégradation de certaines peuplades sauvages, dit Livingstone, il est deux choses qu'on n'a pas besoin de leur enseigner, c'est l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — Unité de l'espèce humaine. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
127. — ''État de la question. ''— Tous les hommes qui composent l'humanité ont-ils une descendance commune et appartiennent-ils à la même espèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn99 [99]]? Voilà bien une question qu'il importe de résoudre, car le monogénisme, c'est-à-dire la provenance de tous les hommes d'un couple unique, est impliqué dans les dogmes du péché originel et de la rédemption, qui sont à la base de la religion chrétienne. Il s'agit donc de savoir si la science est en opposition ou s'accorde avec la foi qui, s'appuyant sur l'Écriture, affirme que le genre humain tout entier est issu d'un seul homme, Adam, et d'une seule femme, Eve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ''monogénisme ''a été nié, au XVIIe siècle, par un gentilhomme protestant, delà Peyrère, qui, se figurant que les hommes dont la ''Genèse ''rapporte la création au VIe jour ''(Gen., ''i, 26 et suiv.), n'étaient pas les mêmes qu'Adam et Eve dont il n'est parlé qu'au chapitre n, crut qu'il y avait eu deux créations, et partant, deux espèces : la première, les ''Préadamites ''d'où seraient venus les Gentils, la seconde, les ''Adamites ''d'où seraient issus les Juifs. Cette opinion qui s'appuie uniquement sur une fausse interprétation de la Bible, et qui fut rétractée par son auteur, lorsqu'il passa au catholicisme, fut reprise par les philosophes du XVIIe siècle, au nom de la science et de la raison. Mais depuis que de Quatrefages a accumulé, dans son ouvrage ''l’Espèce humaine, ''les faits et les preuves qui démontrent lé monogénisme, la question est résolue dans ce sens. Nous allons, du reste, passer rapidement en revue les arguments des polygénistes, et nous verrons comment les monogénistes y répondent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
128. — '''1°''' '''Arguments des polygénistes. '''— Si l'on compare les différents groupes humains et que l'on considère les principaux caractères morpho­logiques qui les distinguent, tels que la couleur de la peau, la nature des cheveux, la conformation du crâne et de la face, l'angle facial, l'on peut partager l'humanité en trois types fondamentaux : le type ''blanc ''ou ''caucasien, ''le type ''jaune ''ou ''mongolique, ''le type ''nègre ''ou ''éthiopique. ''— a) La ''race blanche ''se caractérise par la couleur blanche de la peau, par les cheveux soyeux, lisses ou bouclés», par un crâne bien développé, un front large et élevé, par des arcades sourcilières peu saillantes, par l'ouverture des yeux horizontale, le nez droit, le menton non fuyant et par un angle facial voisin de 90°. Cette race que nous trouvons en Europe, au nord de l'Afrique et de l'Amérique et dans une partie du sud-ouest de l'Asie, comprend 42 % de la population totale du globe. — ''b) ''La ''race jaune ''se distingue par la couleur jaune, les cheveux raides, le crâne brachycéphale c'est-à-dire court d'avant en arrière, la face large, les pommettes saillantes, les yeux obliques et étroits, le nez plus large que chez le blanc, mais non aplati, comme chez le nègre, un angle facial un peu plus petit que chez le blanc. La race jaune qui occupe presque toute l'Asie, sauf le sud-ouest, représente 44 % de l'humanité. — ''c) ''La ''race nègre ''se caractérise par la couleur, qui va du brun foncé jusqu'au noir le plus pur, les cheveux laineux, le crâne dolichocéphale c'est-à-dire allongé d'avant en arrière, le front étroit et fuyant, les arcades sourcilières saillantes, les yeux grands et noirs, le nez court et aplati, lés mâchoires prognathes (du grec ''pro, ''en avant et ''gnathos, ''mâchoires) c'est-à-dire projetées en avant et terminées par des lèvres épaisses, ce qui rend le menton fuyant, par un angle facial qui descend quelquefois à 70°. La race nègre qui peuple l'Afrique, sauf le Nord, les îles africaines méridionales, Madagascar, quelques îlots asiatiques, l'Australie et la Mélanésie, et qui se trouve disséminée en Amérique, compte 12 % de l'espèce humaine. — L'on pourrait ajouter à ces trois types principaux les ''races mixtes, ''comprenant des groupes aux caractères mélangés, tels que les Peaux-rouges qui sont dispersés dans toute l'Amérique et forment 1 ou 2 % de l'humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les polygénistes, insistant sur les différences qui caractérisent les trois types que nous venons de passer en revue, concluent que l'humanité n'a pas une descendance commune et se rattache à plusieurs ancêtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
129. — '''2° Preuves du monogénisme. '''— Les partisans du monogénisme prouvent l'unité de l'espèce humaine par un double argument. — ''a) ''Ils montrent d'abord que les ''différences ''invoquées par les polygénistes ne sont pas telles qu'elles constituent des espèces différentes, mais seulement des races distinctes : c'est la preuve ''indirecte ''ou ''négative. ''— ''b) ''Puis ils établissent que les ''ressemblances ''entre les races appellent l'unité de l'espèce : c'est la preuve ''directe ''et ''positive.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE. — ''Aucun des traits qui différencient les trois types ci-dessus mentionnés, ne peut être considéré comme constituant une divergence essentielle entre eux, d'autant plus qu'il y a des différences plus grandes entre certaines races d'animaux dont on ne conteste pas l'unité d'espèce.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes invoquent : — ''1. la couleur. ''Or tout le monde sait que la coloration de la peau résulte de l'influence du milieu et du régime, et qu'elle dépend de la couche de pigment qui se trouve entre le derme et l'épiderme, couche qui s'épaissit et brunit au soleil ; — 2. ''la nature des cheveux. ''Quelle que soit leur couleur ou leur forme, leur nature est la môme dans toutes les races ; les cheveux restent toujours des cheveux. Les variations sont plus grandes chez certains animaux, par exemple, chez les moutons qui perdent leur toison en Afrique pour se couvrir d'un poil court et lisse ; — 3. ''les différences anatomiques, ''en ce qui concerne surtout là conformation du crâne et de la tête. Or il y a pou de différence entre les races sous le rapport de la capacité crânienne : le poids moyen du cerveau des hommes blancs dépasse un peu 1400 grammes tandis qu'il atteint à peine 1250 grammes chez les nègres ; encore faut-il ajouter que bien des cerveaux de blancs dont l'intelligence est incontestée, comme celui de Gambetta, s'abaisse au-dessous de celui des nègres. Combien moins grandes sont ces différences si on les compare à celles qui existent dans certaines races animales telles que le bouledogue, le lévrier et le barbet! La différence dans la conformation de la tête, —crâne brachycéphale (court et large) chez les blancs; dolichocéphale (allongé d'avant en arrière) chez les nègres, l'allongement de la face qui distingue les orthognathes des prognathes,— n'a pas davantage une valeur absolue, car il est facile de constater qu'il existe des dolichocéphales et des prognathes dans toutes les races. L'on pourrait encore alléguer la différence dans la taille : il y a des Patagons qui mesurent environ deux mètres tandis que des Bochimans ont à peine un mètre ; mais combien cet écart est moins grand que parmi certaines races d'animaux! le chien épagneul n'a que les 2/10 de la taille du Saint-Bernard. — 4. ''l'angle facial ''varie à peine de 20° parmi les races humaines tandis qu'il descend brusquement à 40° chez les singes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les polygénistes objectent encore la diversité des langues dont certaines paraissent n'avoir aucune racine commune. S'il en était ainsi, -— et plusieurs philologues distingués comme Max Muller le contestent, — l'on pourrait seulement en conclure que la langue primitive unique aurait disparu sans laisser partout de traces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE. ''— Les différences entre les races ne dressent pas entre elles une barrière infranchissable. Il y a plus. Leur communauté d'origine ressort de leurs ressemblances : — 1. ''Ressemblances anatomiques. ''« Plus on étudie, dit de Quatrefages, et plus on s'assure que chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître ». — 2. '''Ressemblances physiologiques. ''Tant au point de vue de la vie de l'individu que de la conservation de l'espèce, les races sont identiques et diffèrent notablement des animaux. De plus, l'interfécondité des races est le signe le plus évident de l'unité de l'es­pèce[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn100 [100]].— 3. ''Ressemblances psychologiques. ''Si nous considérons les races, du point de vue intellectuel et moral, il y a sans contredit de notoires différences dans leur degré de culture et de moralité, mais elles sont loin d'être irréductibles et les distances peuvent être comblées, plus ou moins vite, par l'éducation : aussi bien ne peut-on pas observer de pareils écarts entre individus de même race et de même pays? N'y a-t-il pas, à Paris même, des individus à demi-sauvages à côté de gens de la plus haute culture? Quoi qu'il en soit du degré de civilisation propre à certains individus et à certaines races, il est bien certain que tous les hommes sont doués d'intelligence, capables, par le fait, de penser, de raisonner, de progresser et d'inventer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on encore, si les hommes actuels paraissent descendre du même couple, peut-on affirmer la môme chose des hommes qui ont appartenu aux temps préhistoriques? « Quand on visite les collections préhistoriques, répond à cela le marquis de Napaillac, il est impossible de se défendre d'un véritable étonnement en voyant partout les mêmes formes, les mêmes procédés de travail, et cela chez des populations sans communication entre elles, séparées par des océans ou par des déserts arides. » ''Conclusion. ''— De ce qui précède nous pouvons tirer une double conclusion : — a) Si l'on se place sur le seul ''terrain scientifique, ''l'on constate que tous les hommes sont morphologiquement et physiologiquement semblables : leur descendance commune est donc vraisemblable. « En a-t-il été réellement ainsi? ajoute de Quatrefarges. N'y a-t-il eu, en effet, au début, pour chaque espèce animale, qu'une seule et unique paire? Ou bien plusieurs paires entièrement semblables morphologiquement et physiologiquement, ont-elles apparu simultanément et successivement? Ce sont là des questions de fait que la science ne peut ni ne doit aborder, car ni l'expérience ni l'observation ne lui apportent la moindre donnée pour les résoudre. Mais ce que la science peut affirmer, c'est que les choses sont comme si chaque espèce (et par conséquent l'espèce humaine) avait eu pour point de départ une paire primitive unique. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn101 [101]] — b) La science ne fait donc pas opposition à la doctrine de l'Église qui enseigne que ''tous les hommes descendent d'un seul couple, ''qu'ils sont tous frères par l’origine et la ''nature.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. IV. — De l'Antiquité de l'homme. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
130. — La foi nous enseigne, — et la science n'y contredit pas, — que l'humanité tout entière descend d'un couple unique. Une dernière question intéresse l'apologiste : c'est celle de savoir quand ce couple primitif fit son apparition sur la terre. Quel est sur ce point l'enseignement de l'Église? Est-il en opposition avec les données de la science?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° '''Antiquité de l'homme d'après la Foi. '''— Pour fixer l'âge de l'humanité, l'Église ne peut trouver d'autres renseignements que ceux de la Bible qui raconte la création du premier homme. Malheureusement, « la Bible, dit François Lenormant, ne donne aucun chiffre positif au sujet de la naissance du genre humain. Elle n'a pas, en réalité, de chronologie pour les époques initiales de l'existence de l'homme, ni pour celle qui s'étend de la création au déluge, ni pour celle qui va du déluge à la vocation d'Abraham. Les dates que les commentateurs ont prétendu en tirer sont purement arbitraires et n'ont aucune autorité dogmatique ; elles rentrent dans le domaine de l'hypothèse historique. La chronologie de la Bible, dont on ne connaît pas le vrai texte, ne se présente à nous que profondément corrompue... On est forcément amené à refuser tout caractère historique aux chiffres de durée énoncés dans la Genèse, à l'occasion des patriarches antédiluviens... les nombres sont aujourd'hui tellement incertains que l'étude vraiment scientifique on est presque impossible. Les trois recensions du texte canonique : hébreu ou de la Vulgate, des Septante, Samaritain, offrent entre elles des divergences énormes ; et saint Augustin n'hésitait pas à reconnaître, comme le fait aujourd'hui la critique, les traces de remaniements artificiels et systématiques.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn102 [102]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, notons ces deux points importants : — ''a) ''La Bible ne fournit aucun chiffre sur la date d'apparition du premier homme ; — ''b) ''on ne connaît pas le texte original de la Bible, et les dates données pour la vie des patriarches antédiluviens varient avec les différentes versions : il y a donc eu de la part des copistes altération des chiffres. Pour ce double motif les calculs des exégètes qui ont voulu établir l'âge de l'humanité, présentent de grands écarts, si bien que la création du premier homme remonterait, selon les uns, à 3.500 ans environ avant Jésus-Christ, à 7.000 ans, selon les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en admettant même que le texte original de la Bible fût connu, il resterait à démontrer que l'autour inspiré entendait nous donner une chronologie authentique et une histoire complète du peuple hébreu. Il apparaît, au contraire, que son but essentiel était d'inculquer aux Juifs des vérités morales et religieuses. Qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches, la chose paraît vraisemblable, évidente même, si l'on prend soin de remarquer que les écrivains sacrés comme tous les Orientaux, se laissèrent guider généralement dans leurs chronologies par une ''raison mnémotechnique. ''Il ne faut pas oublier en effet que les Livres sacrés étaient destinés à être appris par cœur. Alors pour faciliter le travail de la mémoire, leurs autours n'hésitaient pas, dans les listes généalogiques, à supprimer des intermédiaires et à grouper les noms dans des nombres plus commodes à retenir. C'est pour cette raison sans doute que les patriarches d'avant et d'après le déluge, sont partagés en deux groupes de dix. L'on peut trouver, d'ailleurs, des exemples analogues, dans des livres où les omissions sont faciles à contrôler : telle, par exemple, la généalogie de Jésus par saint Matthieu, où trois noms d'ancêtres les plus connus, Ochozias, Joas et Amazias, sont passés sous silence, sans doute parce que l'Évangéliste voulait diviser sa liste en trois groupes symétriques de quelques noms chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc conclure que la Bible ne fixe aucune date pour l'apparition du premier homme. Mais, objectent les adversaires mal intentionnés ou mal informés, comme Gabriel de Mortillet, est-ce que Bossuet lui-même dans son ''Discours sur l'Histoire universelle ''n'a pas fait remonter la création du monde à 4.000 ans avant Jésus-Christ, date que certains catéchismes ont répétée et répètent encore? Sans doute, mais ni Bossuet, ni les catéchismes n'ont jamais émis la prétention de donner cette chronologie comme un enseignement officiel de l'Église. Et la preuve en est bien que ceux qui font profession d'exégèse ne se croient nullement liés par une date quelconque, et que l'un des plus illustres d'entre eux, Le Hie, a pu écrire les paroles suivantes que nous adoptons comme conclusion. « La chronologie biblique flotte indécise ; c'est aux sciences humaines qu'il appartient de trouver la date de la création de notre es­pèce. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''131. — 2°''' '''Antiquité de l'homme d'après la Science. '''— La question de l'antiquité de l'homme, que l'Église n'a jamais eu la prétention de trancher, est-elle résolue par la ''Science? ''Celle-ci est-elle en mesure de déterminer, au moins d'une manière approximative, la date à laquelle il faut reporter les débuts de l'humanité ? Avant de répondre à cette question, demandons-nous de quels éléments d'information la science dispose pour résoudre le problème. Évidemment ''l'histoire ''ne saurait lui apporter sur ce point aucun renseignement ; celle-ci, remonte en effet, à peine à 2.000 ans avant Jésus-Christ. Il y a bien encore les ''monuments ''et les ''traditions populaires ''que l'on rencontre dans les pays réputés les plus anciens comme la Chine, l'Inde, l'Egypte, la Chaldée. Mais les monuments datent d'une époque où les nations étaient déjà constituées et ne peuvent avoir dès lors qu'une antiquité très restreinte, et quant aux traditions populaires, elles appartiennent plutôt au domaine de la légende qu'à celui de l'histoire ; par exemple, le chiffre de plus de deux millions que certains lettrés chinois assignent à l'existence de leur pays ne repose sur aucun fondement, L''''histoire ''n'est donc d'aucune utilité dans la solution du problème ; tout au plus, peut-elle fixer un minimum au delà duquel la science doit porter son enquête. ''L'antiquité de l'homme ''ne saurait dès lors être déterminée que par la ''préhistoire, ''si tant est qu'elle puisse l'être. Or la science préhistorique est elle-même très imparfaite pour la bonne raison qu'elle doit faire appel à d'autres sciences telles que la géologie, la paléontologie, l'archéologie, qui sont incapables de marquer des dates précises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, il s'agit pour la préhistoire de retrouver les premières traces de l'espèce humaine et de calculer combien d'années ont pu s'écouler depuis. Or, comme on peut le voir aisément, le problème une double difficulté. La première c'est que la géologie n'est jamais sûre d'atteindre les traces du premier homme, et la seconde c'est qu'il n'est guère possible d'établir de chronologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant comment les savants procèdent pour solutionner le problème. Le premier travail est celui de la ''géologie. ''Étudiant les différentes phases par lesquelles la terre a passé, depuis la formation de son écorce, les géologues distinguent cinq périodes, de durée plus ou moins longue, désignées, suivant la nature des terrains et leur ordre de superposition, sous les noms de primitive, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. La vie commence à partir de la période primaire, mais c'est seulement dans les terrains quaternaires que l'on trouve des traces certaines de l'homme ; l'hypothèse de son apparition à l'époque tertiaire n'a pu être démontrée jusqu'ici. Et il faut entendre par traces certaines, non seulement les ''ossements ''qui sont un témoignage irrécusable de son existence, mais encore les ''objets ''dont on peut garantir qu'ils furent travaillés ou utilisés par lui : tels sont les silex taillés, les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons, les colliers et les pendeloques qui lui servaient d'ornements. Tous les préhistoriens s'accordent à dire que les silex de la forme chelléenne[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn103 [103]], taillés en amande aplatie, représentent pour le moment les traces les plus anciennes de l'existence de l'homme. En 1867, l'abbé Bourgeois, supérieur du petit séminaire de Pontlevoy, découvrira Thenay (Loir-et-Cher),dans des couches marneuses du mio­cène[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn104 [104]], de nombreux éolithes ou silex éclatés qui lui paraissaient indiquer les traces du travail humain. Mais, en 1878, au congrès du Trocadéro, la majorité d'une commission scientifique fut d'avis contraire. Il a été reconnu, depuis, que ces éolithes pouvaient tout aussi bien être le résultat d'agents naturels et que, par exemple, des silex entraînés par un torrent pouvaient, en s'entrechoquant, produire les éclatements que l'abbé Bourgeois avait pris pour l'œuvre de l'homme. Il n'y a donc pas de preuve que les débuts de l'humanité doivent être reportés au tertiaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chronologie doit, par conséquent, jusqu'à preuve du contraire, s'établir à partir de l'époque quaternaire. Or celle-ci se divise en deux parties : l'époque ''glaciaire ''et l'époque ''moderne. ''L'époque glaciaire se subdivise elle-même en trois phases principales d'avancement suivies d'une période intermédiaire de recul des glaciers. Les restes de squelettes humains font défaut au commencement de l'ère quaternaire ; par contre, les plus anciens silex travaillés par l'homme, qu'on a retrouvés, sont considérés par les géologues comme de l'époque qui a précédé la seconde invasion glaciaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute tentative de chronologie doit dès lors prendre là son point de départ. Mais comment apprécier l'âge de l'époque quaternaire? On l'a essayé en se basant sur la marche des glaciers. Les uns, comme de Mortillet, ont évalué l'âge de l'humanité à plus de deux cent mille ans ; d'autres, à dix mille ans. L'écart des deux chiffres suffit à montrer combien les résultats de la science manquent de précision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Ainsi, comme on peut le voir, d'une part, la Foi ne peut être en contradiction avec la Science, vu qu'elle ne fixe aucun chiffre ; d'autre part, la Science manque encore de données suffisantes pour résoudre un problème qui doit rester bien son domaine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn105 [105]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE'''. — ''L'Ami du Clergé, ''1er mars 1923 (N° 9). — Mgr Farges, ''Le Cerveau, l'Ame et les Facultés ''(Berche et Tralin). — P. Janet, ''Le Matérialisme contemporain. ''— Mgr Duilhé de Saint-Projet, ''Apologie scientifique de la Foi. ''— Guibert, ''Le conflit des croyances religieuses et les sciences de la nature ; Les Origines. ''— Poulin et Loutil, ''Dieu ''(Bonne-Presse). — Dans le Dictionnaire ap. de la Foi ; DaRIO, Art. ''Matérialisme ; ''Coconnier, Art. ''Ame ''Dr Surbled, Art. ''Cérébrologie ; ''P. de Monnynck., Art. ''Déterminisme ; ''abbés Breuil et Bouyssonie, Art. ''L'Homme préhistorique d'après les documents paléontologiques ; ''Guilbert, ''Unité de l'Espèce humaine. ''— Daumoijt, ''Le problème de l'évolution de l'homme ''(Se. et Foi). — De Nadaillac, ''L'homme et le singe ''(Bloud), ''Le problème de la vie ''(Masson). — De Quatrefages, ''L'Espèce humaine ''(Alcan). — De Lapparent, ''L'ancienneté de l'homme et les silex taillés ''(Bloud). — M. Boule, ''Les Hommes fossiles, Éléments de Paléontologie humaine. ''Voir sur ce livre le compte rendu des ''Études ''(5-20 mars 1921) et la Chronique de Préhistoire dans la ''Rev. d'Ap. (1er ''et l5 avrill921).—Vialleton, ''L'Origine des êtres vivants, L'Illusion transformiste, ''Paris, 1929.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== SECTION III RAPPORTS ENTRE DIEU ET L'HOMME ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre I. — Religion et Révélation. ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''DÉVELOPPEMENT'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;'''Les Rapports entre Dieu et l'homme. Division du Chapitre.'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
132. — Les Rapports entre Dieu et l'homme. — Entre ''Dieu, ''créateur et Providence, et ''l'homme ''doté d'une âme raisonnable, libre et immortelle, il importe de savoir quels sont les ''rapports. ''Que le lien de dépendance qui rattache la créature à son créateur, impose à l'homme des devoirs envers Dieu, cela va de soi. Ce qui est certain encore, c'est qu'à l'aide de sa raison seule, l'homme peut déterminer, plus ou moins bien sans doute, l'ensemble de ses obligations qui constituent ce qu'on appelle la ''religion.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la raison ne saurait aller plus loin. Ce qu'elle ne peut pas dire a priori c'est si les rapports qui doivent exister ''en droit, ''sont ceux qui existent ''en fait. ''Car les relations, qui se forment entre deux personnes, ne dépendent pas, toujours et uniquement, de l'ordre naturel des choses, mais encore et surtout, de leur ''libre volonté. ''Or, sur ce point, seule, ''l'histoire ''peut nous renseigner. C'est donc elle qu'il faut consulter pour apprendre si, en dehors du lien naturel qui unit la créature à son créateur, il a plu à Dieu d'établir d'autres rapports avec l'humanité, s'il n'a pas élevé l'homme à une destinée plus haute que celle à laquelle il avait droit, et conséquemment, s'il ne lui a pas imposé des devoirs nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si cette dernière hypothèse est la vraie, comment pouvons-nous en acquérir la certitude1! A supposer que Dieu soit intervenu dans la marche de l'humanité, qu'il soit entré en communication avec elle, nous ne pouvons pas refuser créance à sa parole, mais à une condition toutefois» c'est que son intervention soit entourée de ''signes ''qui ne laissent aucun doute dans notre esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''133. — Division du chapitre'''. — La recherche historique de la ''vraie religion ''suppose donc trois questions préliminaires. Il nous faut savoir : -— 1° ce qu'est la ''religion en général; ''— 2° ce qu'est la ''Religion révélée ; ''et — 3°œ ''quels signes on peut reconnaître la &amp;quot;Révélation. ''Nous traiterons les deux premières questions dans ce chapitre et la troisième dans le chapitre suivant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — De la Religion en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134. — Si nous considérons la religion au point de vue général, nous pouvons nous demander : 1° quel ''concept ''nous devons nous en faire ; 2° quelle en est la ''nécessité ; ''et 3° quelle en est ''l’origine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1.— La Religion en général. Ses éléments. Définition. Objection. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135. — ''Étymologiquement, ''le mot religion vient : — a) selon ''les uns ''Cicéron), de « ''relegere» ''recueillir, ramasser, considérer avec soin, et s'oppose à ''negligere, ''faire peu de cas, négliger ; la religion serait alors l'observation fidèle des rites ; — b) selon ''les autres ''(LaCtance, saint Jérôme, saint Augustin), de ''religare, ''relier, la religion ayant pour fondement le lien qui rattache l'homme à Dieu. Si la première étymologie paraît plus probable, la seconde est plus simple et indique mieux la raison d'être de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''136. — 1° Éléments qui constituent la Religion'''. — II y a deux façons de déterminer les ''éléments ''qui constituent la religion considérée en général : par la méthode a priori et par la méthode a posteriori. — ''a) A PRIORI. ''Si l'on prend comme point de départ ce que nous savons déjà sur la nature de Dieu et de l'homme, il est possible de déduire les rapports qui naissent de ce fait que le premier est Créateur et Maître, et le second, créature et serviteur. —''b) A POSTERIORI. ''Si, au lieu de considérer la religion d'une manière abstraite, nous interrogeons les faits, si, à la lumière de l'histoire, nous étudions ce que l'on appelle le ''phénomène religieux, ''tel qu'il nous apparaît dans le passé comme dans le présent, il est assez facile de découvrir ce qui fait le fond de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ce double procédé nous aboutissons au même résultat, et nous voyons que la religion comporte un ''triple élément ; ''des croyances, des préceptes et un culte : — 1. Des ''croyances ''ou ''dogmes. ''Il est clair, en effet, qu'aucune religion ne peut subsister sans un certain nombre de croyances, tant sur l'existence même et la nature de la divinité, que sur l'existence et la survivance de l'âme humaine. « Sans doute, dit de Quatrefages, cette religion pourra être rudimentaire, souvent puérile ou bizarre... maie elle « ne perd pas pour cela son caractère essentiel... Toute religion repose sur la croyance à certaines divinités. Les idées que les divers peuples se sont faites de ces êtres qu'ils vénèrent ou qu'ils redoutent ne pouvaient évidemment être les mêmes. Pour le sauvage comme pour le mahométan, le juif ou, le chrétien, l'être auquel il s'adresse est le maître de ses destinées, et il le prie, comme eux, dans l'espoir d'obtenir le bien ou d'écarter le mal. » Ainsi, à la base de la religion, nous trouvons la foi en une divinité supérieure, de laquelle dépend notre destinée et que dès lors il importe de se rendre favorable. — 2. ''Des préceptes ''fondés sur la distinction entre le bien et le mal. Toute religion entraîne avec soi des obligations morales dont l'accomplissement ou l'infraction implique récompense ou punition, II est assez évident que si l'on admet une divinité souveraine, l'impiété et l'injustice ne doivent pas avoir le même sort que la piété et la justice. — 3. ''Un culte, ''c'est-à-dire des ''rites, ''— cérémonies extérieures, prières, sacrifices, — par lesquels l'homme traduit son respect et sa reconnaissance vis-à-vis de son Maître et Bienfaiteur, fait l'aveu de sa dépendance, implore les faveurs de la divinité et s'efforce de calmer son courroux, dans le cas de faute. Le culte est donc une suite et une conséquence de la croyance à un, ou plusieurs Etres supérieurs : aussi le retrouvons-nous, d'une manière plus ou moins parfaite, au centre de toutes les religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''137. — 2° Définition.''' — La religion, dont nous venons de déterminer les éléments constitutifs, peut donc se définir : l'ensemble des ''croyances, ''des ''devoirs ''et des ''pratiques ''par lesquels l'homme confesse la divinité, lui adresse ses hommages et implore son assistance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— La définition qui précède s'applique à la religion en général, mais, en fait, il y a lieu de distinguer la religion naturelle et la religion surnaturelle. — ''a) ''La ''religion naturelle ''est l'ensemble des obligations qui découlent pour l'homme du fait de sa création, et qu'il peut discerner à l'aide de sa raison. — b) La ''religion surnaturelle ''ou ''positive ''est l'ensemble des obligations qui sont imposées à l'homme par suite d'une révélation divine et qui ne découlent pas nécessairement de la nature des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''138. — 3° Objection.''' — II n'est pas vrai, nous objecte-t-on, que toutes les religions comprennent les trois éléments que nous venons de signaler comme formant l'essence de la religion en général. Il est possible de découvrir partout une sorte de culte, si l'on appelle de ce nom les innombrables pratiques de superstition et de magie. Mais il n'en va pas de même des croyances et des préceptes. — ''a) ''Pour ce qui concerne d'abord les ''croyances, ''il y a des religions qui n'admettent aucune divinité. Telle est par exemple la religion des sauvages dont les seuls éléments, sont, d'après M. Salomon Reinach ''(Orpheus), ''l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme. — ''b) ''Quant à la ''morale, ''elle n'a, d'après Tylor, « aucun rapport avec la religion ou n'a tout au plus que des rapports rudimentaires. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn106 [106]] Et les principaux facteurs du développement de la morale auraient été, selon G. Le Bon[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn107 [107]], l'utilité, l'opinion, le milieu, les sentiments affectifs, l'hérédité, mais non la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réfutation..''' — A. ''CROYANCES. ''Ainsi, d'après M. S. Reinach, la religion des sauvages ou Primitifs, désignée souvent sous le nom de ''Fétichisme[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn108 [108]], comprend bien un certain nombre de superstitions et de pratiques, telles que l'animisme, la magie, les tabous et le totémisme, mais non la croyance à une divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Définissons d'abord les mots. — 1. L'''animisme ''est la croyance à l'existence d'êtres spirituels, les uns attachés à des corps dont ils sont l'âme, les autres indépendants des corps, mais pouvant entrer en communication avec eux. L'animiste peuple donc le mondé d'âmes et d'esprits avec lesquels il peut entrer en relations[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn109 [109]]. — 2. La ''magie, ''c'est précisément l'art d'entrer en communication avec les esprits qui sont supposés être derrière les corps, de capter leur influence, de se les associer par un pacte pour des œuvres occultes. — 3. Le ''tabou ''est une interdiction de caractère sacré. Ce mot « s'applique à tout ce qui a été désigné par l'autorité compétente, — personnes, animaux, plantes, lieux, mots, actions, etc. — comme ''sacré ''et ''interdit, ''sous peine, en cas d'infraction, de souillure ou de péché, entraînant la mort ou un autre dommage, à moins qu'on n'ait été absous à temps, et qu'on n'ait satisfait par une pénitence appropriée, ordinairement une offrande ou un sacrifice»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn110 [110]]. — 4. Le ''totémisme ''est difficile à définir. D'après M. S. Reinach, le ''totémisme ''est « une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux considérés comme alliés et apparentés à l'homme » ; le nom de ''totem, ''d'origine indienne ''(otam ''= marque ou enseigne) désigne « l'animal, le végétal, ou plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un ancêtre, un protecteur et un signe de ralliement ». Le totémisme » n'a pas créé le tabou, dont la raison d'être part d'un autre principe, mais il a été l'occasion de nombreux tabous : c'est ainsi qu'il est généralement interdit aux membres de la famille qui porte le nom d'un totem ou qui se réclame de lui, de le tuer ou de le manger, — si ce n'est en sacrifice et par manière de communion, — de le toucher ou même de le regarder. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn111 [111]] « L'animal ou le végétal dont il est convenu qu'on doit s'abstenir est tantôt considéré comme sacré, tantôt comme immonde ; en réalité il n' est ni l'un ni l'autre : il est tabou. La vache est tabou chez les Hindous, le porc est tabou chez les Musulmans et les Juifs, le chien est tabou dans presque toute l'Europe. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn112 [112]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il vrai que la Religion des Primitifs consiste uniquement dans quelques croyances et pratiques superstitieuses dont nous venons de signaler brièvement les principales ? Sans doute, « il y a, dit Mgr Le Roy, du Fétichisme chez les Noirs, mais il y a autre chose : le Fétichisme n'est pas tout leur culte, et encore moins toute leur Religion... Quand on a longtemps vécu avec nos Primitifs... on arrive bientôt à cette constatation que, derrière ce qu'on appelle leur Naturisme, leur Animisme, leur Fétichisme, surgit partout, réelle et vivante, quoique souvent plus ou moins voilée, la notion d'un Dieu supérieur — supérieur aux hommes, aux mânes, aux esprits et à toutes les forces de la Nature. Les autres croyances, en fait, sont variables comme les cérémonies qui s'y rattachent ; celle-ci est universelle et fondamentale »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn113 [113]]. La Religion des Primitifs n'est donc pas, comme on l'a prétendu, un Fétichisme pur et simple. Là, comme ailleurs, il importe de distinguer ce qui constitue les vrais éléments de la Religion, de ceux qui n'en sont que la contrefaçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''MORALE. ''— Quant au second élément de toute religion, la ''Morale, ''peut-on dire que la connaissance de Dieu soit sans influence sur la vie du Primitif ?... Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la réponse à M. S. Reinach lui-même. « L'humanité, écrit-il, croit d'instinct qu'il existe une relation intime entre la morale et la religion, malgré les philosophes qui voudraient constituer la morale comme une simple création de la raison... Une restriction (morale) rentre dans la classe des ''tabous ''dont les prohibitions ayant un caractère de moralité permanente, ne sont qu'un cas particulier. Or un trait caractéristique des anciennes législations religieuses... c'est de ne pas distinguer nettement les interdictions morales des autres qui sont de nature superstitieuse ou rituelle. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn114 [114]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Pour les ''préceptes, ''comme pour les ''croyances, ''il faut donc savoir faire la distinction entre les défenses de nature religieuse et celles de nature superstitieuse. Mais il reste incontestable que les Religions, même les plus rudimentaires comme celle des Primitifs, comportent une ''croyance à un être supérieur ''et des ''obligations ''qui découlent de cette connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. NÉCESSITÉ  DE LA RELIGION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139. — Le lien de dépendance qui rattache l'homme à Dieu est le fondement de la Religion. Il s'agit maintenant de savoir si l'homme est libre de s'affranchir de ce lien et de rejeter les obligations qu'il lui impose. La religion est-elle pour l'homme un ''devoir auquel il n'a pas le droit de se dérober?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires.''' — Cette ''nécessité ''est niée : — ''a) ''par les ''athées. ''Que la religion n'ait pas sa raison d'être pour ceux qui n'admettent pas l'existence de Dieu, comme les athées, ni même pour ceux qui le déclarent inconnaissable, comme les ''positivistes ''et les ''agnostiques, ''c'est là une conséquence toute naturelle ; — b) par les ''indifférentistes ''qui, sans être athées, pensent que Dieu n'a que faire de nos hommages ; — c) par certains ''déistes, ''qui ne croient pas à l'utilité de la prière ou qui estiment que Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, et non par un culte extérieur et public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''140. — 2° Thèse.''' — Il y a ''obligation morale ''pour tout homme de professer la religion, c'est-à-dire de reconnaître Dieu comme son Seigneur et Maître et de lui rendre un culte. Cette proposition s'appuie sur trois arguments : un argument ''métaphysique, ''un argument ''psychologique ''et un argument ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. ''— Le fait que Dieu est notre Créateur, notre Providence et notre Législateur, — ce qui a été démontré dans la première section, — impose à l'homme des devoirs auxquels il ne peut se soustraire. En tant que ''Créateur, ''Dieu a droit à nos hommages et à nos adorations : il faut que, par des actes de culte, nous reconnaissions, d'une part, son souverain domaine et, de l'autre, notre absolue dépendance. En tant que ''Providence, ''Dieu nous conserve la vie, il continue ses bienfaits : il a droit dès lors à notre reconnaissance. En tant que ''Législateur, ''et à ne considérer que la Religion naturelle, il nous a donné la raison qui nous permet de distinguer entre le bien et le mal. Nous devons donc obéir à cette loi que la conscience nous fait connaître et, quand il y a lieu, réparer nos fautes par la pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Si nous interrogeons les facultés de notre âme, la religion nous apparaît nécessaire, dans ce sens qu'elle seule peut satisfaire leurs ''aspirations. ''— 1. Notre ''intelligence ''cherche irrésistiblement le ''vrai, ''mais elle ne peut le trouver qu'en Dieu, la Vérité infinie. Or la religion a pour but de l'y conduire et de l'arracher déjà aux angoisses du doute : « Comment vivre en paix, dit Jouffroy, quand on ne sait ni d'où l'on vient ni où. l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn115 [115]] En nous donnant précisément la solution de ces problèmes, la religion fixe et tranquillise notre esprit. — 2. Notre ''volonté ''tend au ''bien ; ''mais pour l'accomplir, elle se sent faible, incertaine, et réclame un secours qu'elle ne trouve pas en dehors de la religion. — 3. Notre ''cœur ''enfin a soif de ''bonheur. ''Mais il a beau le demander aux richesses, à la gloire, aux plaisirs de ce monde. Celui qu'il rencontre par hasard se flétrit et se décolore aussitôt ; jamais il ne tient ses promesses : il n'est pas ce qu'il paraissait ni surtout ce que l'on voudrait qu'il soit. Semblable à une ombre, à un rêve trompeur, le bonheur vient dans la mesure où il existe ici-bas : illusoire et fugitif. La religion seule peut combler le vide de notre âme en y mettant Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous témoigne que la religion est un ''fait universel, ''à tel point que des anthropologistes ont défini l'homme « un ''animal religieux». ''Or ce fait serait incompréhensible, si la croyance au surnaturel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn116 [116]] ne répondait pas à un besoin intime d« l'homme et ne s'imposait pas à lui comme une ''nécessité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la religion soit un ''fait universel, ''c'est là un point d'histoire que l'on ne conteste plus à notre époque.— 1. Sans doute, certains paléontologistes, comme Gabriel de Mortillet, l'ont nié de ''l'homme primitif ''et ont prétendu que la préhistoire ne pouvait apporter aucune preuve que la religion aurait existé à l'âge de la pierre taillée. Les choses seraient telles que nous ne pourrions rien conclure plutôt dans un sens que dans l'autre, vu que des générations aussi éloignées de nous ont pu disparaître sans laisser de traces de leurs manifestations religieuses. Mais il n'en est pas ainsi, et l'on a retrouvé dans plusieurs stations paléolithiques de nombreux objets que les paléontologistes s'accordent à regarder comme des instruments de culte, des talismans ou amulettes. — 2. Nos adversaires ont encore allégué l'exemple des ''sauvages actuels ; ''et certains voyageurs, comme Lubbock, ont cherché à établir qu'ils n'avaient rencontré parmi eux aucune croyance religieuse. Nous avons vu précédemment (N° 138) ce qu'il fallait penser de cette opinion. Elle s'appuie sur des recherches superficielles, ainsi que le constate le célèbre professeur hollandais Tiele, dans son ''Manuel de l'histoire des religions : ''« L'assertion, dit-il, d'après laquelle il y aurait des peuples ou des tribus sans religion, repose, soit sur des observations inexactes, soit sur une confusion d'idées... On a donc le droit d'appeler la religion prise dans son sens le plus large un phénomène propre à l'ensemble de l'humanité. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Il est vrai que des ''positivistes, ''tels que A. Comte, tout en reconnaissant le ''fait, ''essaient d'en contester la ''valeur ''en faisant entrevoir la disparition des dogmes dans un avenir plus ou moins prochain, en montrant la science succédant à la religion, et ''l'ère théologique ''faisant place à la ''religion de l'Humanité, ''laquelle doit répondre, d'une façon définitive, à l'irréductible instinct religieux de la nature humaine. C'est là une pure hypothèse qui ne repose sur aucun fondement et qui, en tout cas, sort du domaine des faits. Nous n'avons pas à percer le voile de l'avenir, ni à rechercher ce que l'humanité sera un jour ; il s'agit de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est. Sur ce double terrain des faits, — le seul sur lequel puisse se placer tout positiviste conséquent avec lui-même, — nous pouvons dire que les hommes de tous les temps, non seulement ont affirmé l'existence du surnaturel, mais même ont cru à la possibilité d'entrer en relations avec des êtres supérieurs, de se les rendre propices soit par la prière, soit par d'autres moyens. Toutes les religions se sont proposé de mettre l'homme en rapport avec la divinité, et la ''Religion naturelle, ''quelque séduisante qu'elle puisse paraître dans les descriptions de Jean-Jacques Rousseau ''(Profession de foi d'un Vicaire Savoyard), ''de V. Cousin et de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''a toujours paru insuffisante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc le droit de conclure que la ''nécessité de la Religion ''nous est démontrée par la ''raison, ''par les ''aspirations de l'âme ''humaine et par ''l'histoire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Remarque. ''— Nous pourrions nous demander si la nécessité d'une Religion en général implique le devoir d'accomplir ''certains actes de religion ''en particulier, et ''quels actes ''plus spécialement doivent nous concilier la divinité. Ces différents points rentrent mieux dans l'exposition de la Doctrine catholique, où il est question de la prière, des actes de culte et du sacrifice. Nous y renvoyons[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn117 [117]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Origine de la Religion. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141. — ''Position du problème. ''— Rechercher l'origine de la Religion, c'est se demander si la Religion vient de l'homme ou de Dieu, si elle est une invention humaine ou si elle est de provenance divine. Or la question peut être envisagée à un double point de vue : au ''point de vue historique ''et au ''point de vue dogmatique. ''Evidemment l'apologiste n'a le droit de traiter la question que du seul point de vue historique, mais il a en même temps le devoir de montrer qu'il n'y a pas opposition entre les deux points de vue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux hypothèses principales ont été proposées pour expliquer l'origine de la religion : la première, soutenue par les ''rationalistes, ''suppose que la religion primitive est le produit de l'homme et que la première forme en fut le polythéisme ; la seconde pense, au contraire, que l'espèce humaine fut instruite, d'abord, par Dieu lui-même, et que la religion primitive fut le monothéisme. Nous allons exposer rapidement ces deux opinions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
142. — '''I. Hypothèse rationaliste. — 1° Préliminaires. '''Remarquons, avant d'aborder le système rationaliste, que beaucoup d'historiens des religions, à tendances matérialistes et positivistes, attachent le plus vif intérêt à la question qui nous occupe, moins par une curiosité philosophique, assurément très légitime, que par l'arrière-pensée de trouver un terrain où ils puissent battre en brèche le catholicisme. Ils étudient donc ''les'' ''faits religieux ''comme le physicien et le chimiste étudieront les faits de la nature. Appliquant la méthode positive, ils décrivent, analysent, classent les phénomènes religieux avec une précision rigoureuse ; puis, comme dans toute science positive, ils recherchent les ''lois ''qui président à l'éclosion et au développement du sentiment religieux. Passant ainsi en revue les croyances, pratiques, cultes, superstitions et magies des peuples, tant anciens que modernes, ils prétendent aboutir à cette conclusion : que toutes les religions ont une origine naturelle qui ne suppose aucune intervention supérieure. L'on voit tout de suite les conséquences d'une telle hypothèse, si elle était démontrée historiquement vraie. Ce ne serait rien moins que la ruine du dogme catholique qui enseigne qu'Adam et Eve furent éclairés au sujet de leurs devoirs par une révélation divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° '''Exposé du système rationaliste. '''— L'hypothèse rationaliste s'appuie sur un double argument : ''philosophique ''et ''historique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT PHILOSOPHIQUE.— ''Les rationalistes qui adoptent la ''thèse de l'évolution, ''— et c'est la majeure partie, — raisonnent de la manière suivante. L'homme, disent-ils, étant sorti de l'animal par une longue série de lentes transformations, ne fut pas religieux à l'origine, il ne le devint que peu à peu. Sa religion fut d'abord vague et grossière, comme nous Je constatons encore aujourd'hui chez les sauvages qui représentent à nos yeux les mœurs et les croyances des hommes primitifs. Elle se perfectionna, s'idéalisa petit à petit : le primitif fut d'abord animiste, fétichiste, puis idolâtre, puis polythéiste, et enfin monothéiste. Les différentes croyances religieuses marquent donc les étapes qui vont de l'état sauvage à la civilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ''l'évolution ''n'est qu'une partie du système rationaliste, car il va de soi que, si elle suffit à expliquer, dans une certaine mesure, le ''développement ''des religions, elle ne dit pas ''comment est né le sentiment religieux. ''La question de l'origine de la religion n'est donc pas résolue par la doctrine de l'évolution. Si l'homme n'a pas toujours été religieux, ou même s'il l'a toujours été, ''d'où lui est venu ce besoin du surnaturel? ''Les rationalistes ont proposé, pour solutionner le problème, de multiples théories dont les trois principales sont : la théorie naturiste, la théorie sociologique et la théorie psychologique. — 1. ''Théorie naturiste. ''A mesure qu'il se dégagea de l'animalité, l'homme voulut se rendre compte des phénomènes merveilleux de la nature qui frappaient son imagination. Incapable d'en découvrir la cause réelle, il supposa qu'il y avait derrière eux des agents qui les produisaient à leur gré ; c'est ainsi qu'il peupla le monde d'êtres invisible, d'âmes, de génies, de dieux, etc. L'origine de la religion serait donc à chercher dans l'étonnement devant la grandeur des phénomènes atmosphériques, dans l'ignorance et la crainte physique ou morale, dans les troubles de conscience nés de la peur du châtiment. Cette théorie est adoptée, au moins dans son fond, par les positivistes A. Comte, Littre, H. Spencer, Lubbeck, et plus récemment, par A. Réville. — 2. ''Théorie sociologique. ''D'après les partisans de cette théorie (Durkheim, Mauss, Lévy, Hubert...) la religion serait l'œuvre de la ''société ; ''elle aurait été d'abord un ensemble de croyances et d'interdictions (tabous) imposées par la collectivité à ses membres : croyances et interdictions sans lesquelles aucune société ne saurait ni exister ni se développer. Et la preuve que telle est bien l'origine de la religion, disent les sociologistes, c'est que le culte et toutes les manifestations religieuses ont toujours fait partie de la vie sociale. — 3. ''Théorie psychologique. ''Bien que-différant dans leurs explications, tous les psychologistes s'accordent sur ce point général que la religion serait issue de la nature de l'homme, que les croyances, la morale, le culte, bref, toute l'organisation religieuse serait le produit du cœur humain. Et le principal argument sur lequel ils s'appuient, est tiré de la permanence et de l'identité du phénomène religieux. Les mêmes effets supposant les mêmes causes, il faut, disent-ils, rejeter l'hypothèse d'une simple coïncidence ou du hasard, et admettre comme seule cause possible l'identité de la nature humaine. « II faut donc, dit M. Salomon Reinach ''(Culte, Mythes et Religions), ''chercher l'origine des religions dans la psychologie de l'homme, non pas de l'homme civilisé, mais de celui qui s'en éloigne le plus, dans la psychologie des sauvages actuels. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la théorie psychologique l'on pourrait rattacher la ''théorie moderniste ''qui attribue l'origine de la religion à ''l'action de Dieu ''ou ''du divin dans la subconscience. ''D'après les partisans de ce système, les relations entre Dieu et l'homme s'établiraient d'abord au fond de l'âme, dans cette partie qui constitue le domaine de l'inconscient. La religion naîtrait le jour où ces rapports intimes entre Dieu et l'homme sortiraient de la subconscience et seraient perçus par la conscience qui ferait, alors seulement, l'expérience individuelle de ses relations avec l'invisible ; le subconscient serait, dans cette ' hypothèse, le trait d'union entre les deux mondes : le surnaturel et la nature (voir W. James, ''L'Expérience religieuse).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''Quels que soient les services que la philosophie puisse rendre dans la recherche de l'origine de la religion, il est clair que la question est, avant tout, ''historique. ''Les rationalistes, d'ailleurs, ne l'ont pas compris autrement, et ils ont demandé à l'histoire des preuves que celle-ci était bien incapable de leur donner. Ils ont donc prétendu que ''l'animisme ''(voir Î7° 138) faisait le fond des religions des peuples les plus anciens, des Sumir et des Acead, races primitives de la Chaldée, des Égyptiens et des Chinois, et que c'est de cette forme primitive, de cette simple croyance aux esprits invisibles et aux génies que seraient sorties les formes les plus parfaites et les religions les plus élevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''143. — II. Hypothèse catholique'''. — Nous appelons de ce nom l'hypothèse des historiens des religions qui, sans s'appuyer Sur le dogme catholique prétendent que, du seul point de vue historique, il est tout aussi admissible et même plus vraisemblable, d'attribuer ''l’ origine de la religion ''à une ''révélation primitive ''et de croire que la première forme religieuse fut le ''monothéisme. ''L'hypothèse catholique s’appuie sur un double argument : un argument ''négatif ''et un argument ''positif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A. ARGUMENT NÉGATIF. — ''L'un des meilleurs arguments en faveur de la thèse catholique, c'est précisément la faiblesse et l'insuffisance du système rationaliste. Les historiens catholiques n'ont pas de peine à montrer que les raisons apportées par les rationalistes à l'appui de leur thèse ne sont pas convaincantes. — a) Tout d'abord pour ce qui concerne ''l'argument philosophique, ''ils font remarquer que la doctrine de l'évolution, en dépit de la vogue dont elle jouit, est loin d'être une certitude[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn118 [118]] et qu'elle ne semble pas applicable à tous les domaines. Or, disent-ils, baser une théorie religieuse sur une hypothèse non vérifiée, n'est pas un procédé scientifique. Quant aux trois systèmes qui se font fort d'expliquer l'origine du phénomène religieux, s'ils contiennent des parcelles de vérité, ils n'en sont pas moins incomplets. — 1. La ''théorie naturiste ''qui met l'origine de la religion dans l'ignorance ou la peur, ne rend pas compte de la permanence du culte, si, à la rigueur, elle en peut expliquer l'origine ; car l'ignorance et la peur sont des causes passagères qui doivent disparaître avec l'explication des phénomènes merveilleux de la nature. — 2. La ''théorie sociologique ''est-elle plus soutenable quand elle donne pour cause au sentiment religieux ''l'influence de la société? ''II est permis d'en douter. Il est vrai que l'un des ''caractères ''du phénomène religieux, c'est d'être ''collectif ''et ce trait a paru si essentiel à certains apologistes qu'ils en ont parfois exagéré l'importance, comme en témoignent les paroles suivantes : « II n'y a pas, dit Brunetière, de religion individuelle, on ne peut pas plus être seul de sa religion, qu'on ne le pourrait être de sa famille et de sa patrie : patrie, famille, religion, sont des expressions collectives s'il en fut jamais.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn119 [119]] Mais de ce que la religion est ordinairement sociale, — et cela n'est pas étonnant, puisque le lien qui nous rattache à Dieu est le même pour tous les hommes, — il n'en faut pas conclure que l'homme ne peut être religieux qu'autant qu'il fait partie de la société ; ni davantage, que l'origine de la religion se trouve dans la collectivité. On peut être religieux tout en vivant dans les déserts, témoin les ermites et les anachorètes. Tout au plus peut-on dire que la forme sociale accompagne généralement le phénomène religieux, mais il ost faux de prétendre qu'elle le crée. Donc le ''sociologisme ne résout pas le'' ''problème. ''— 3. La ''théorie psychologique ''et la ''théorie moderniste ''n'ont pas tort quand elles font une large place soit au sentiment religieux, soit à l'influence de Dieu sur l'âme humaine, mais elles sont insuffisantes en laissant de côté le rôle de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) L’argument historique ''invoqué par les rationalistes n'a pas plus de valeur. L'histoire ne prouve pas que l'animisme soit la plus ancienne forme religieuse. « En effet, dit l'abbé de Broglie, il est une conception religieuse, toute différente de la conception animiste, tout aussi ancienne que celle-ci et qui semble lui être irréductible, et ne pouvoir nullement en sortir. C'est la conception de la divinité que nous trouvons dans les Védas dé l'Inde et dans la religion officielle de l'Egypte et qui paraît aussi être l'antique religion de la Syrie. Ce qui caractérise ces religions c'est une conception de la divinité très élevée, mais vague.» [http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn120 [120]] Mais à supposer que l’histoire fût en faveur de la thèse rationaliste, la question de l’origine de la religion ne serait pas encore résolue, car de l’histoire il faudrait remonter à la préhistoire, et celle-ci, nous l'avons déjà vu, ne peut nous donner que des éléments très incomplets de solution (voir N° 140, ''Argument historique).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT POSITIF. ''— Si nous considérons comment se fait l'éclosion du sentiment religieux dans chaque individu, nous constatons que l'enfant reçoit sa religion de ses parents et de son milieu. Sans doute l'homme apporte en naissant des facultés et des dispositions religieuses. Non seulement son cœur a des aspirations qui le poussent vers l'Infini, vers le Divin, mais sa raison, consciente de sa faiblesse et de son insuffisance, s'élève de la contingence du monde à l'idée d'une Cause première, de l'Etre suprême. Assurément ce sentiment de dépendance est une des sources principales de la croyance en Dieu. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours ordinaire des choses, ces dispositions ne se développent pas spontanément, et que l'initiation religieuse se fait par la tradition. Pourquoi ne pourrait-on pas alors supposer que ce qui se passe tous les&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
jours pour l'individu, a eu lieu à l'origine pour l'espèce humaine? Pourquoi le premier homme n'aurait-il pas pu être instruit directement par Dieu? Pour trouver cette hypothèse inadmissible, il faudrait dire, ou que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il se désintéresse de son œuvre. L'idée d'une révélation primitive est donc vraisemblable. Elle a de plus l'avantage de rendre compte de ce fond identique que nous retrouvons dans les conceptions religieuses de tous les temps et de tous les pays.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn121 [121]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Comme on le voit, l'hypothèse catholique est une interprétation des faits aussi simple et aussi logique que l'hypothèse rationaliste. Du seul point de vue ''historique, ''rien ne nous empêche donc d'admettre : — 1. que la religion a son origine dans un ''enseignement primordial ''donné par le Créateur à sa créature, enseignement qui trouva dans les ''aspirations religieuses ''de l'homme un terrain tout préparé ; et — 2. que peu à peu, au contact des passions humaines, cette religion spiritualiste est allée se dégradant, et a pris les formes les plus grossières, sauf chez un peuple (peuple ''juif), ''qui est resté monothéiste et a gardé seul le dépôt de la tradition primitive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — La Révélation. ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''religion naturelle ''est pour l'homme un devoir autant qu'un besoin, voilà ce dont l'article précédent nous a donné la certitude (N° 139). Autre question maintenant : la religion naturelle ''suffit-elle? ''Certainement ''oui, ''s'il n'existe entre Dieu et la créature que les rapports qui découlent de la création. ''Non, ''au contraire, si Dieu a établi un nouvel ordre de choses, s'il lui a plu, par un don purement gratuit, d'appeler l'homme à une vie supérieure, à une vie ''surnaturelle ''entraînant la connaissance d'autres vérités et d'autres devoirs. Mais il est clair, d'autre part, que, si cette hypothèse s'est réalisée, les hommes n'ont pu l'apprendre que par ''révélation divine. ''D'où le travail préliminaire, qui s'impose à notre étude, de rechercher : 1° ce qu'il faut entendre par la ''révélation ; ''2° si elle est ''possible, ''et 3° si elle est ''nécessaire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — La Révélation. Notion. Espèces. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''144.''' — '''1°''' '''Notion. '''— Étymologiquement, révéler (lat. ''revelare} ''signifie écarter le voile qui recouvre un objet et nous empêche de le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a) ''Dans le ''sens général ''du mot, la révélation c'est la manifestation d'une chose cachée ou inconnue. Elle est ''humaine ''ou ''divine, ''selon que la chose est révélée par l'homme ou par Dieu. — ''b) ''Dans le ''sens spécial ''et ''théologique, ''la révélation c'est la manifestation, faite par Dieu, de vérités ou de devoirs que l'homme ne connaît pas. La révélation est donc toujours un fait ''surnaturel, ''vu qu'elle implique l'intervention de Dieu. Mais elle peut l'être de double façon, soit quant à la substance, soit quant au mode : — 1. Quant à la ''substance, ''si la vérité révélée (mystères) dépasse les forées dé la raison : c'est alors la révélation ''proprement dite. ''— 2. Quant au ''mode, ''si la vérité révélée est une vérité naturelle et que la raison peut, à la rigueur, la découvrir (existence de Dieu) : c'est, dans ce cas, la révélation ''improprement dite.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
145. — ''FAUSSES CONCEPTIONS DE LA RÉVÉLATION. ''—De quelque nature qu'elle soit, la révélation ne doit pas être entendue : — 1. à la manière des ''rationalistes ''ou des ''protestants libéraux ''qui, à la suite de Kant, Schleiermacher, Ritschl, Sabatier, appliquent le mot révélation à un certain commerce avec l'Être suprême, qui s'établit surtout par la prière; — 2. ni à la manière des ''modernistes, ''pour qui la révélation n'est pas la manifestation d'une doctrine ayant pour objet, comme ils disent, « des vérités tombées du Ciel » (Loisy), mais uniquement « ''la conscience acquise par l'homme de ses rapports avec Dieux. ''Dans cette théorie, la révélation est toute subjective, et se produit dans la conscience de chaque individu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''146 — 2°''' '''Espèces. '''— A. Selon la ''MANIÈRE ''dont elle est faite, la révélation est immédiate ou médiate : — ''a) immédiate, ''lorsqu'elle vient directement de Dieu lui-même ; — ''b) médiate, ''lorsqu'elle est portée à notre connaissance par l'intermédiaire d'un autre homme, comme par exemple, la révélation qui nous a été transmise par les Apôtres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révélation ''immédiate ''se subdivise elle-même en : — 1. révélation ''interne, ''si Dieu manifeste la vérité sans l'accompagner de signes visibles et par une simple action directe sur les facultés de l'âme ; et — 2. révélation ''externe, ''lorsque la lumière qui se fait dans l'âme est accompagnée de signes sensibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Selon le ''BUT ''qu'elle poursuit, la révélation est : — a) ''privée, ''lors qu’elle s'adresse à une ou plusieurs personnes particulières ; — ''b) publique, ''si elle s'adresse à une collectivité (ex : révélation mosaïque pour le peuple juif) ou à tout le genre humain (révélation chrétienne).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2.   —  Possibilité de la révélation. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
147. — La ''révélation, ''entendue dans le sens d'une communication, faite par Dieu, soit de vérités inaccessibles ou non à la raison, soit de préceptes qui obligent la conscience humaine, est-elle ''possible?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1° Adversaires. '''— La ''possibilité ''de la révélation est niée : — ''a) ''par les ''athées, ''matérialistes, panthéistes, etc. Il est évident que pour ceux qui n'admettent pas l'existence ou la personnalité de Dieu, il n'y a pas d'intervention divine possible ; — ''b) ''par les ''déistes ''et les ''rationalistes ''qui, pour la plupart, rejettent la révélation en général, et plus spécialement, la révélation médiate et celle des mystères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
148. — 2° Thèse. — La révélation, quels qu'en soient la ''substance ''et le ''mode, ''n'implique aucune impossibilité. La proposition s'appuie sur une double preuve : ''indirecte ''et ''directe.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE INDIRECTE TIRÉE DE LA CROYANCE UNI­VERSELLE. ''— Si l'on jette un coup d'œil sur les religions, du passé comme du présent, on constate que tous les peuples ont cru à l'existence et, par le fait, à la ''possibilité ''d'un commerce surnaturel avec Dieu. La religion des Primitifs elle-même comporte des relations avec les Etres supérieurs (N° 138). Tous les cultes n'ont-ils pas leurs Livres saints où sont consignées les vérités révélées1? Nous trouvons le Zend Avesta chez les Perses, le Véda chez les Hindous, le Coran chez les Musulmans, la Bible (Ancien Testament) chez les Juifs, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) chez les Chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE DIRECTE TIRÉE DE LA RAISON. — ''La raison ne voit rien qui s'oppose à la révélation, ni du côté de Dieu, ni du côté de l'homme, ni du côté de l'objet révélé. — ''a) Du côté de Dieu, ''La révélation ne répugne pas aux attributs de Dieu ; elle ne répugne ni à sa majesté, ni à sa sagesse. — 1. Pourquoi Dieu, qui a créé l'homme, ne pourrait-il lui parler pour l'instruire et lui donner une règle de vie ? Il n'y a rien dans cette hypothèse qui soit contraire à sa ''majesté. ''— 2. La ''sagesse ''divine n'est pas non plus mise en défaut, du fait de la révélation, car celle-ci n'est pas, comme l'a prétendu le rationaliste allemand Strauss, une retouche de l'œuvre divine. La révélation, aussi bien que la création, ont été prévues de toute éternité ; bien qu'elles se soient réalisées dans le temps et qu'elles nous apparaissent ainsi comme deux moments de l'action divine, elles n'en sont pas moins éternelles dans la pensée de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b)'' ''Du côté de l'homme, ''la révélation ne blesse en rien ''l'autonomie ''de la raison. Elle respecte son indépendance sur le terrain des recherches scientifiques. Si parfois les vérités qu'elle contient sont au-dessus de la raison, elles ne sont jamais contre : loin de la contredire, la révélation '''a '''généralement pour but de la confirmer et de la compléter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) Du côté de l'objet révélé.''— 1. Que Dieu puisse nous révéler des ''vérités accessibles à la raison, ''mais que l'intelligence humaine, réduite à ses seules forces, découvrirait difficilement, cela est évident. — 2 Qu'il révèle des ''préceptes positifs ''qui ne découlent pas de la nature des choses et qui dépendent de sa libre volonté, cela se comprend encore, car, en tant que créateur. Dieu est notre maître, et en tant que maître, il est législateur. Il a donc le droit de faire des lois soit pour préciser les commandements de la loi naturelle, soit pour réclamer de nous la soumission que toute créature lui doit mais que trop souvent nous perdons de vue. — 3. La difficulté commence lorsqu'il s'agit de ''mystères, ''c'est-à-dire de vérités qui dépassent la raison, au point que celle-ci, non seulement ne peut les ''découvrir, ''mais ne peut ni les ''démontrer ''ni même les ''comprendre, ''lorsqu'elle en connaît l'existence. La révélation de semblables vérités est-elle chose possible?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
149.— ''POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION DES MYSTÈRES. ''— La révélation des mystères n'implique aucune répugnance, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme. — 1) ''De la part de Dieu. ''Dieu est omniscient. S'il lui plaît de communiquer à l'homme des vérités de l'ordre surna­turel[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn122 [122]], qui sont inaccessibles à la raison humaine, quels motifs pourraient bien l'en empêcher? Mais, dira-t-on, le mystère c'est le mystère. Dieu ne peut le révéler sans qu'il cesse d'être un mystère. La révélation d'un mystère qui reste mystère implique donc une contradiction dans les termes. — La contradiction n'est qu'apparente, car, quand nous disons que Dieu révèle un mystère, nous n'entendons pas par là qu'il nous fait pénétrer dans la nature intime de la chose révélée. La révélation nous apprend seulement qu'une chose est ; elle nous fait savoir par exemple que trois personnes distinctes subsistent dans une seule nature divine, mais elle s'arrête là, elle ne nous fait pas comprendre comment la chose est, ni comment elle peut être. Le mystère reste donc ''incompréhensible. ''Mais ne confondons pas incompréhensible avec ''inintelligible. ''Le mystère serait inintelligible s'il était dépourvu de sens. Or il n'en est pas ainsi. Lorsque nous affirmons que le Christ est présent sous les espèces sacramentelles, nous savons ce que nous disons et nous comprenons qu'il n'y a pas contradiction entre les deux termes de notre jugement ; le mystère commence lorsque nous voulons aller plus loin et rechercher comment la chose se fait et peut se faire. — 2) ''De la part de l'homme. ''L'homme aurait le droit de rejeter le mystère si celui-ci était absurde et répugnait à sa raison. Mais le mystère ne contient aucune absurdité. Les contradictions apparentes que les incrédules y croient rencontrer, proviennent soit d'une explication défectueuse, — ce qui est la faute de théologiens inhabiles, — soit d'une fausse interprétation de la vérité proposée, — ce qui leur est imputable. Loin de répugner à la raison, le mystère peut lui être de grande utilité. Outre qu'il abaisse son orgueil et lui rappelle sa faiblesse et son insuffisance, il n'y a peut-être pas de thème plus propice à la piété affective que la méditation des grands mystères d'amour tels que la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''— Nous pouvons donc conclure que la révélation, considérée au point de vue de sa ''substance, ''ne répugne pas, et même, qu'elle ''convient. ''La même conclusion s'impose si l'on envisage le ''mode ''par lequel elle nous est connue, et en particulier la révélation ''médiate. ''Si la révélation immédiate nous paraît un procédé plus commode pour nous, la révélation médiate se recommande pour une double raison : — 1. D'abord elle rentre dans ''l'ordre choisi par Dieu dans ses œuvres. ''L'expérience ne nous montre-t-elle pas à chaque instant que Dieu se sert des causes secondes pour réaliser ses desseins ? — 2) De plus, ce mode de révélation est en harmonie avec la ''nature sociale de l'homme. ''Au lieu que la révélation immédiate isolerait les hommes sur la question religieuse, la révélation médiate les unit par les liens les plus étroits de la charité et de l'obéissance&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — NÉCESSITÉ DE LA RÉVÉLATION. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
150. — La révélation est possible ; bien plus, elle convient ; faut-il aller plus loin et dire qu'elle est ''nécessaire?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1°''' '''Ce qu'il faut entendre par nécessité. '''— D'une manière générale, on dit qu'une chose est nécessaire, quand elle est le seul moyen d'atteindre la fin que l'on poursuit. Or le moyen est : — a) ''physiquement nécessaire ''lorsque aucun autre ne peut le suppléer ; — b) ''moralement nécessaire, ''lorsque, sans lui, la fin ne saurait être atteinte qu'avec beaucoup de peine ou imparfaitement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
151. — '''2°''' '''Nécessité de la Révélation. '''— Quand on se demande si la révélation est nécessaire, il importe avant tout de dédoubler la question et d'envisager les doux hypothèses d'une religion naturelle et d'une religion surnaturelle. La doctrine de l'Église peut se formuler dans les deux propositions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''1re Proposition. '''— ''HYPOTHÈSE DE LA RELIGION NATURELLE. ''Dans la ''condition présente ''de l'humanité, la révélation est ''moralement nécessaire, ''pour que ''tous ''les hommes puissent arriver à une connaissance, certaine et exempte d'erreurs, de ''l'ensemble ''des vérités et des devoirs de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nota. ''— Remarquons, avant de prouver la thèse catholique, qu'il s'agit : — ''a) ''d'une nécessité relative et morale ; ''relative, ''en tant qu'elle résulte des conditions actuelles[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn123 [123]] de l'humanité ; ''morale'', c’est-à-dire provenant d'une difficulté très grande de connaître les vérités de la religion naturelle. — b'') ''II s'agit, en outre, de ''l'ensemble du genre humain ''et de ''l'ensemble des vérités religieuses, ''et non pas d'un individu prie en particulier ou d'une vérité considérée isolément. L'Église ne prétend donc pas que la raison soit radicalement impuissante. Elle tient un juste milieu entre : — 1. l'opinion des ''traditionalistes ''et des ''fidéistes ''(Huet, de Bonald, Bautain), d'après laquelle la raison est tellement faible que, réduite à elle seule, elle ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ; et — 2. l'opinion des ''rationalistes ''(Jean-Jacques Rousseau, Cousin, Jouffroy, J. Simon), qui soutiennent que la révélation est superflue, et que la raison peut arriver par ses propres forces à la connaissance de la religion naturelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse catholique s'appuie sur un argument ''historique ''et sur un argument ''psychologique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''ARGUMENT HISTORIQUE. ''— L'histoire nous montre que tous les peuples, même les plus civilisés, comme les Grecs et les Romains, tombèrent dans les plus graves erreurs sur la religion. Nous voyons par leurs mythologies, que, non seulement ils étaient polythéistes idolâtres, mais qu'ils concevaient leurs dieux à leur image : vicieux et criminels comme eux, afin de trouver un encouragement ou une excuse à leurs pires excès, car il est tout à fait logique que d'une notion fausse de la divinité découlent les conséquences les plus fâcheuses pour la morale. Le culte lui-même ne fut-il pas chez eux un prétexte à la débauche ? Qui n'a entendu parler, par exemple, des bacchanales, des lupercales et des saturnales, de ces fêtes en l'honneur des dieux où le désordre et la licence se donnaient libre cours ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, les philosophes illustres de l'antiquité, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Cicéron, les Sénèque, les Marc-Aurèle ne pouvaient-ils pas instruire le peuple ? — Sans compter qu'ils avaient pour lui le mépris le plus profond, témoin ce vers du poète latin :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;« ''Odi profanum vulgus et arceo'' » (Horace, l. III, Ode 1.)&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ils auraient dû auparavant se mettre eux-mêmes d'accord sur les questions les plus vitales de la religion : sur la nature de Dieu et du monde, sur l'origine et la destinée de l'âme humaine, etc.[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn124 [124]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dira-t-on encore que ce que le passé n'a pu faire, les philosophes modernes l'ont réalisé, et que, s'il se rencontre parmi ces derniers un certain nombre de matérialistes, de positivistes ou d'agnostiques, il y a eu aussi des spiritualistes comme J. Simon, qui, sans autre secours que la raison, ont pu tracer tous les devoirs de la ''religion naturelle? ''Sans doute, mais à supposer que les philosophes en question n'aient subi aucunement l'influence de la révélation chrétienne, — ce qui serait difficile à prouver, car les traces du contraire apparaissent avec évidence dans le livre de J. Simon ''(La Religion naturelle), ''où l'auteur promet par exemple la vision béatifique à ses adeptes, — à supposer donc que la raison soit assez puissante pour établir les grandes lignes de la religion naturelle, cela démontrerait justement les deux points de notre thèse : à savoir que la raison, considérée individuellement, n'est pas radicalement impuissante, mais qu'elle l'est si on l'envisage dans l'ensemble du genre humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — ''Cette preuve est une conséquence de la précédente. Si l'expérience de tous les âges nous démontre que le genre humain s'est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il faut bien supposer qu'il doit y avoir une ''cause permanente d'erreur. ''Or cette cause ne peut être autre que la ''faiblesse relative de la raison. ''C'est que les hommes, pris dans leur ensemble, sont incapables, soit par défaut d'intelligence, soit par faute de temps ou d'application, soit par suite des préjugés et des passions, d'atteindre la vérité et de solutionner les problèmes essentiels qui forment,1a base de la religion naturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn125 [125]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Conclusion. ''—De cette ''insuffisance ''de la raison humaine, nous pouvons donc déjà ''présumer l'existence de la révélation, ''ou tout au moins, d'un secoure spécial. Car nous avons peine à croire que la Providence ait pu nous faire défaut dans des choses aussi nécessaires, et nous ne comprendrions pas que là bonté et la sagesse de Dieu n'aient pas répondu aux besoins de notre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
152. — '''2eme Proposition. '''— ''DANS L'HYPOTHÈSE D'UNE RELI­GION SURNATURELLE, ''c'est-à-dire dans le cas où Dieu aurait voulu établir avec l'homme d'autres rapports que ceux qui découlent du fait de la création, la révélation se présente alors comme une ''nécessité absolue. ''Il est clair en effet que, si Dieu, par un don tout gratuit, a daigné assigner à l'homme une ''fin surnaturelle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn126 [126]] et lui fournir en même temps les moyens adaptés à cette fin, l'homme ne peut en avoir la connaissance que par une révélation spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l'on peut présumer qu'une telle révélation existe, de ce double fait : — 1. que toutes les religions se donnent comme surnaturelles et supposent l'intervention divine, et — 2. que le genre humain est incapable, par ses seules forces et en dehors d'un secours de Dieu, d'acquérir la somme de vérités religieuses nécessaires pour accomplir sa destinée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
153. — '''Corollaire. '''— De ce que la révélation est possible, qu'elle est ''moralement nécessaire ''dans l'hypothèse de la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle, devons-nous conclure qu'il y a ''obligation ''pour nous de rechercher ''si elle existe?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette obligation a été niée : — ''a) ''par les ''rationalistes ''qui pensent que la raison suffit à établir la religion naturelle ; — ''b) ''par les ''indifférentistes ''qui affirment que toutes les religions sont bonnes ; et — ''c) ''par les ''modernistes ''qui, plaçant la révélation et la religion dans la conscience que nous avons de nos rapports avec Dieu, en font une ''affaire individuelle : ''ce qui signifie en d'autres termes que toutes les religions sont vraies, dans la mesure où nous en faisons l'expérience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré les prétentions des rationalistes, des indifférentistes et des modernistes, ''l’obligation ''s'impose pour nous de ''rechercher ''et ''d'embrasser la vraie religion. ''Si Dieu nous offre un don, nous ne sommes pas libres de l'accepter ou de le refuser. Nous l'admettons bien lorsqu'il s'agit de la ''vie du corps. ''Pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour la ''vie surnaturelle ''de l'âme, s'il est établi que Dieu a daigné nous combler de ce nouveau bienfait?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas prétexter davantage que toutes les religions sont bonnes et que Dieu est indifférent à la ''manière ''dont on l'honore. Cela ne peut pas être, car il est inadmissible que Dieu mette sur le même pied le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Il importe donc de rechercher quelle est la ''vraie religion, ''mais l'enquête ne se peut mener à bien que si l'on dépose auparavant tout préjugé, toute idée préconçue, et si l'on va à la lumière de toute son âme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Voir à la fin du chapitre suivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre II. — Les Critères de la Révélation. Le Miracle et la Prophétie. ===&lt;br /&gt;
'''DÉVELOPPEMENT'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Division du Chapitre.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
154. — Nous avons vu dans le chapitre précédent que la révélation est ''moralement nécessaire ''pour constituer la religion naturelle, et ''absolument nécessaire ''dans l'hypothèse d'une religion surnaturelle. Mais si la révélation existe, comment pouvons-nous le savoir ? Par l'histoire sans doute. Il nous faut cependant des ''signes ''auxquels nous puissions la reconnaître. Il va de soi, en effet, qu'avant de croire à la parole de Dieu, il faut être sûr que Dieu a réellement parlé[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn127 [127]]. L'assentiment de foi n'est raisonnable que s'il s'appuie sur des motifs moralement certains, disons plus, sur des motifs d'autant plus certains et plus forts que la vérité révélée est plus obscure, et ne porte pas en soi une évidence intrinsèque (mystères). Nous allons traiter de ces signes ou critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie. Ce chapitre comprendra donc trois articles : 1° Des ''critères en général ; ''2° Du ''miracle ; ''3° De la ''prophétie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. I. — Des Critères en général. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
155. — 1° '''Définition. '''—Les critères (grec « ''kritêrion ''» qui sert à juger) sont les signes qui permettent de discerner la ''vraie ''révélation de celles qui sont ''fausses.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
156. — '''2°''' '''Espèces. '''— Les critères sont intrinsèques ou extrinsèques. A. ''CRITÈRES INTRINSÈQUES. ''— Les critères ''intrinsèques ''ou ''internes ''sont ceux qui sont inhérents à la doctrine révélée elle-même. Ils sont de deux sortes : négatifs ou positifs. — 1. Les critères ''négatifs ''ont un double aspect : — 1) Ou bien ils sont des signes qui dénotent la fausseté d'une doctrine ; ils sont alors ''éliminatoires. ''Par exemple, si une doctrine soi-disant révélée va contre la raison, — nous ne disons pas, si elle dépasse la raison, ce qui est le cas du mystère, — mais si elle va contre, si elle est contradictoire, nous pouvons conclure aussitôt qu'elle ne vient pas de Dieu : tel est le cas de toute religion qui enseigne l'existence de plusieurs dieux, qui nie la liberté humaine et l'immortalité de l'âme. Les critères négatifs nous serviront, au début de la seconde partie, à exclure les diverses religions autres que le judaïsme et le christianisme, de leur prétention à être la vraie religion. — 2) Ou bien ils sont des signes qui indiquent qu'une révélation peut être vraie sans prouver cependant qu'elle le soit. Ainsi, qu'une religion soit exempte d'erreur, cela est déjà une marque qu'elle peut être d'origine divine, mais non une preuve qu'elle le soit effectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Les critères ''positifs ''sont des signes qui démontrent, dans une certaine mesure, que la révélation qui les possède, est divine. Qu'on suppose, par exemple, une religion qui, non seulement soit en conformité avec la raison et les aspirations du cœur humain, mais qui produise, dans l'ordre moral, des ''effets ''qui paraissent dépasser la puissance de toute autre doctrine philosophique ou religieuse : il y a tout lieu de croire qu'elle est ''d'origine divine[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn128 [128]]. Les critères internes positifs apparaissent donc dans toute leur valeur lorsque, à l'aide de l'analyse et de la comparaison, l'on peut faire ressortir la ''transcendance ''d'une religion sur toutes les autres ''(méthode de l’abbé de Broglie).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''CRITÈRES EXTRINSÈQUES. — ''Les critères ''extrinsèques ''ou ''externes ''sont des faits surnaturels, distincts de la révélation elle-même, mais fournis par Dieu en vue de la révélation, pour en attester l'origine divine. Ces critères peuvent être également de caractère négatif ou positif, — 1. De caractère ''négatif : ''par exemple, si l'intermédiaire qui proposé une révélation, est malhonnête et indigne, on peut conclure à la fausseté de son affirmation. — 2. De caractère ''positif. ''Ces critères sont : — 1) les vertus surhumaines, la sainteté du messager qui communique, de la part de Dieu, la doctrine révélée : — 2) les ''miracles ''et les ''prophéties ''(voir articles suivants).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. II. — Le Miracle. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous diviserons la question en quatre points. Nous étudierons : 1° la ''nature, ''2° la ''possibilité, ''3° la ''constatation ''et 4° la ''valeur probante ''du miracle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
157. — '''1°''' '''Définition. '''— ''Étymologiquement, ''le miracle (lat. ''miraculum, mirari, ''être surpris), désigne tout ce qui est merveilleux et excite la sur­prise. Or un phénomène est de caractère merveilleux quand il se présente comme un effet inattendu, inexplicable par une cause ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''DANS UN SENS LARGE, ''le miracle est un phénomène dont la cause est un agent surhumain, un phénomène ''insolite ''qui semble l'effet d'êtres intelligents autres que l'homme. Si l'agent surhumain n'est pas Dieu, mais simplement une créature supérieure à l'homme, ange ou démon, c'est le miracle ''improprement dit. ''Ces sortes de miracles s'appellent plutôt ''prodiges ''ou ''prestiges.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''AU SENS STRICT, ''le miracle est un fait ''sensible ''et ''extraordinaire produit par Dieu, ''autrement dit, un ''effet qui ne peut avoir pour cause aucune nature créée. ''Seuls ces faits, ou effets, constituent le miracle ''proprement dit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
158. — '''2°''' '''Conditions du miracle proprement dit. '''— De la définition qui précède, il ressort que trois ''conditions ''sont requises pour constituer un miracle proprement dit. — a) II faut que le fait soit ''sensible. ''Le miracle ayant pour but de fournir une preuve irrécusable de l'intervention divine, il s'ensuit que le phénomène doit être perçu par les sens, faute de quoi il ne saurait être un signe. Par conséquent, toute œuvre surnaturelle, toute opération divine qui ne tombe pas sous les sens, comme la justification de l'homme par la grâce, n'est pas un miracle. — b) II faut que le fait soit ''extraordinaire. ''Tout phénomène insolite et rare, dont on ne découvre pas la cause, n'est pas nécessairement un miracle ; il faut qu'il soit ''en dehors des lois générales, ''tant ''naturelles ''que ''surnaturelles, ''qu'il soit inexplicable par une ''cause créée[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn129 [129]], en un mot, qu'il soit ''extraordinaire. ''Il suit de là que la création, par exemple, n'est pas un miracle, car, précédant, au moins logiquement, l'existence des lois, elle ne peut être en dehors. De même, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, produite par les paroles de la consécration, n'est pas davantage un miracle, car non seulement elle n'est pas un fait sensible, mais elle rentre dans l'ordre surnaturel établi par Notre-Seigneur ; si un jour cette présence se manifestait aux sens, elle serait un miracle, parce que, fait sensible et extraordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
159. — ''LES DEUX MANIÈRES DE CONCEVOIR LE FAIT EXTRAORDINAIRE. ''— Nous avons dit que le fait doit être ''extraordinaire, ''c'est-à-dire ''en dehors ''des lois établies. Mais il est bon de remarquer ici, qu'on peut concevoir le fait miraculeux de deux façons : — 1. Ou bien l'on peut dire que le miracle est une ''dérogation ''aux lois, qu'il est ''contre ''les lois. — 2. Ou bien on peut le concevoir, — et c'est ainsi que nous venons de l'expliquer, — comme « une chose qui arrive ''en dehors ''de l'ordre» (saint Thomas), comme un fait qui est ''à côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais qui ne la viole pas, et encore moins la détruit. Ainsi conçu, le miracle apparaît comme l'action d'une force surnaturelle qui s'oppose à ''l'application ''d'une loi. Prenons un exemple. Supposons qu'un caillou détaché d'une montagne roule dans le ravin qui borde la route, et que l'apercevant, j'arrête sa chute en lui opposant la résistance de ma main, dira-t-on que j'ai violé la loi de la pesanteur? Évidemment non, je l'ai seulement empêchée d'avoir son application. Supposons maintenant qu'au lieu d'un caillou, un énorme bloc de granit qu'aucune force naturelle ne pourrait retenir, se précipite du sommet de la montagne, et s'arrête soudain, soutenu par une force surnaturelle ; c'est le même cas que le précédent : il n'y aura eu ni violation ni même suspension momentanée d'une loi de la nature, il y aura eu seulement ''non application. ''L'ordre des choses établi est resté ce qu'il était, mais ''l'intervention de Dieu ''qui a superposé à la nature une force qui la dépasse, qui a agi ''non contre ''l'ordre des choses, ''mais en dehors ''de cet ordre, constitue ce qu'on appelle un ''miracle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''Pour qu'il y ait miracle proprement dit, il faut en troisième lieu que le fait ''soit produit par Dieu. ''Mais comment le reconnaître? La chose est difficile s'il s'agit d'un ange ou d'une autre créature prise par Dieu comme intermédiaire; peu importe du reste, puisque, dans ce cas, le thaumaturge n'est que l'instrument de la volonté divine. Quant aux œuvres accomplies par le démon, on les distingue de celles qui ont Dieu pour auteur par certains signes que nous signalerons plus loin (N° 166).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
160. — '''Conception fausse du miracle'''. — Les modernistes regardent le miracle comme une ''disposition subjective ''du croyant, non comme une réalité ''objective ''ni comme un ''fait divin. ''Selon les uns, le miracle ''présuppose ''la foi, pour être constaté et cru tel. Selon les autres (Le Roy, ''Dogme et Critique), ''c'est la foi qui ''cause ''le miracle : agissant à la façon « d'une force de la nature », elle produit comme une secousse physiologique, et, sous son influence, l'esprit triomphe de la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
161. — '''3° Espèces.''' — On peut distinguer trois sortes de miracles. Le miracle est : — ''a) d'ordre physique, ''quand il est en dehors des lois ordinaires de la nature physique : ex. multiplication des pains, guérison d'un lépreux, résurrection d'un mort ; — ''b) d'ordre intellectuel, ''quand l'intelligence découvre des choses qui sont au-dessus de ses moyens : ex. prophétie, connaissance des secrets ; — c) d'ordre ''moral, ''lorsque les faits sont inexplicables par les règles ordinaires qui gouvernent les actes humains : ex. propagation de l'Évangile en dépit de» obstacles, la constance de» martyrs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2. — Possibilité du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''162. — 1° Adversaires'''. — A. Parmi les adversaires du miracle il faut signaler : — ''a) ''les ''athées ''et les ''panthéistes. ''Il va de soi que ceux qui ne croient pas à l'existence de Dieu ou qui ne le conçoivent pas comme un être personnel, ne peuvent admettre la possibilité d'une intervention divine ; — ''b) ''les ''déistes ''du XVIIIe et du XIXe siècles qui prétendent que le miracle répugne à la sagesse et à l'immutabilité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''A notre époque, ''l'idée du miracle est rejetée surtout par deux systèmes philosophiques, qui se placent, pour le faire, à deux points de vue tout à fait différents et même opposés l'un à l'autre. — ''a) ''D'un côté, les ''rationalistes ''et les ''déterministes ''disent : L'univers obéit à des lois inflexibles. S'il n'en était pas ainsi, toute science serait impossible, car la science consiste dans la détermination des lois qui régissent les corps : ce qu'elle ne pourrait faire si les mêmes causes ne produisaient pas ''toujours ''les mêmes effets. Or la science existe. Donc le miracle n'existe pas, puisqu'il est une exception à la loi et s'oppose au déterminisme. — ''b) ''A l'opposite, les théoriciens de la ''contingence ''et de la ''continuité, ''comme Ed. Lé Roy, disent : Loin d'être soumis au déterminisme, l'univers est une réalité, qui évolue, qui change sans cesse, et ne se répète jamais exactement. Donc impossibilité d'établir des lois immuables : il ne peut y avoir que des lois qui se modifient sans cesse avec la marche des choses. En outre, en vertu du principe de continuité, tout se tient dans le monde ; un phénomène ne doit donc pas être isolé de l'ensemble des phénomènes auxquels il se rattache et qui l'expliquent. Mais, si dans le monde tout est imprévu et continu, s'il n'y a pas de lois absolues, comment pourrait-il y avoir miracle ? ''Il n'y a d'exception que là où il y a une règle[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn130 [130]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''2° Thèse'''. — Rien ne s'oppose à la possibilité du miracle, ni du côté des ''lois de la nature, ''ni du côté de ''Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
163. — A. ''DU COTÉ DES LOIS DE LA NATURE. ''— Plaçons-nous successivement dans les deux conceptions du miracle (N° 159). — ''a) ''Considérons-le d'abord comme une ''dérogation ''à la loi, comme un fait qui n'est pas seulement en dehors ou au-dessus du cours ordinaire des choses, mais qui va ''contre. ''Le miracle, ainsi conçu, est-il impossible ? Oui, disent les déterministes, parce que les lois sont ''nécessaires. ''Mais précisément il faudrait prouver que les lois sont nécessaires. — 1. Or si l'on envisage la question du point de vue ''philosophique, ''du moment que l'on admet Dieu, on ne voit pas bien comment celui qui a fait le monde, qui l'a assujetti à des lois, n'aurait plus aucun pouvoir sur son œuvre et ne pourrait rien modifier à l'ordre qu'il a établi? — 2. Du point de vue ''scientifique, ''la nécessité des lois ost loin d'être un fait acquis et la preuve en ost bien que les théoriciens de la contingence soutiennent, au contraire, que, le monde ''évoluant, ''il ne peut être gouverné par des lois ''immuables. ''Sans prétendre avec ces derniers que les lois scientifiques ne sont que des constructions arbitraires, ne reposant sur aucun fondement objectif, nous voulons bien concéder aux déterministes que les lois sont nécessaires s'ils entendent par nécessité la ''manière constante ''dont les causes produisent leurs effets. Mais, tout nécessaires qu'elles sont, par rapport au monde, les lois de la nature n'en restent pas moins contingentes par rapport à Dieu ; en d'autres termes, celui qui a fait les lois reste au-dessus et peut y déroger s'il lui semble bon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Si nous considérons maintenant le miracle comme une œuvre extraordinaire, à ''côté ''ou ''au-dessus ''de la loi, mais non pas contre, toute objection tombe, car le miracle n'est pas alors, comme nous l'avons dit plus haut (N° 159), la violation d'une loi, mais sa ''non-application. ''Or il est évident qu'au point de vue de leur application, les lois sont contingentes, et n'ont qu'une ''nécessité conditionnelle. ''La loi porte seulement que, dans telles conditions, telle cause produira tel effet. Que la volonté de l'homme vienne à changer les conditions, la cause ne produira plus son effet : le caillou qui se détache de la montagne doit tomber par terre, oui, mais à une condition, c'est qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa chute. Les exemples abondent, du reste, des cas où l'homme empêche l'application des lois : il dresse des digues qui arrêtent ou détournent les fleuves de leur cours, il assainit les marais, sa vie se passe à mettre en œuvre les forces dont il dispose pour lutter contre les éléments. Oserions-nous dès lors refuser à Dieu le pouvoir de faire, dans une mesure supérieure, ce que l'homme accomplit dans la sphère de ses forces? Ne semble-t-il pas évident que, de même qu'il pouvait établir un autre ordre de choses, de même il peut agir ''en dehors ''de l'ordre établi, vu qu'il lui reste supérieur!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
164. — B. ''DU COTÉ DE DIEU. ''— Le miracle ne répugne ni à l'immutabilité ni à la sagesse de Dieu. — a) II ne répugne pas à son ''immutabilité. ''Le miracle ne doit pas être regardé comme une mutation de la volonté divine, car il a été prévu de toute éternité. « Autre chose, dit saint Thomas, est changer sa volonté, et autre chose vouloir le changement du cours ordinaire des événements. » — ''b) ''Le miracle ne répugne pas davantage à sa ''sagesse. ''Car il ne faut pas croire, comme l'ont écrit Voltaire et A. France, que le but poursuivi par Dieu est de faire des ''retouches ''à son œuvre. S'il en était ainsi, l'on pourrait dire avec M. Séailles que le miracle «est un procédé enfantin indigne d'une haute intelligence, à laquelle il ne saurait convenir de troubler les lois qu'elle a établies. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn131 [131]] Mais les choses ne sont pas telles. Si Dieu opère des prodiges, c'est pour des motifs dignes de lui : — 1. ''Pour la manifestation de sa puissance. ''Non pas que la puissance de Dieu n'éclate pas partout dans le spectacle de l'univers, mais l'homme ost ainsi fait que les merveilles qu'il a constamment sous les yeux ne le frappent plus, ''«assueta vilescunt ''». « Gouverner le monde entier, c'est assurément, dit saint Augustin[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn132 [132]], un plus grand miracle que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains ; le premier, pourtant, personne ne l'admire, tandis que les hommes admirent le second, non parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il est plus rare » ; — 2. ''pour la manifestation de sa bonté. ''Dieu pourrait-il mieux montrer sa miséricorde et sa bonté qu'en accordant, par exemple, la guérison à un malade, à cause de sa foi et de ses prières ? — 3. et surtout pour la ''confirmation de sa doctrine. ''N'est-il pas évident, comme nous l'avons déjà dit, que si la révélation est moralement nécessaire, le miracle s'impose, du même coup, comme le meilleur moyen de nous en faire connaître l'existence ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation du miracle. =====&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miracle est possible. Mais s'il existe, comment le ''constater? ''En d'autres termes, comment discerner le ''caractère miraculeux ''d'un fait ''t''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
165. — 1° Adversaires. — La possibilité de constater le miracle est niée par certains ''rationalistes ''et surtout parles ''positivistes ''(Littré, Renan, Charcot, Séailles). « Nous ne croyons pas, dit M. Seaules, qu'on ait jamais constaté dans la suite des faits l'intervention d'une puissance surnaturelle.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn133 [133]] Dans le même courant d'idées, Renan avait déjà écrit, à la suite de Littré : « Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, n'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : « Le miracle ost impossible » ; nous disons : « II n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn134 [134]] C'est toujours, comme on voit, la même formule positiviste : on ne nie pas, on déclare ne pas connaître. Nous verrons plus loin quelles raisons on invoque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
166. — '''2° Thèse. '''— ''La constatation du miracle est possible.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux cas sont à envisager : — a) le cas du ''fait actuel ''rapporté par un témoin oculaire, et — ''b) ''le cas du ''fait passé ''rapporté par l'histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A'''. '''Cas du fait actuel. '''— Que faut-il pour qu'un témoin oculaire qui rapporte un fait de caractère miraculeux soit digne de foi? Deux choses : qu'il soit ''bien informé ''et ''sincère, ''autrement dit, qu'il ait la ''compétence ''voulue pour être à même de constater le miracle, et la ''probité, ''pour raconter les faits tels qu'il les a vus et ne pas en dénaturer le caractère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) ''LA COMPÉTENCE. ''—Étant donné que le miracle est un fait sensible, extraordinaire, produit par Dieu, il s'ensuit que le témoin doit constater l'existence de ces trois conditions : la réalité du fait sensible, son caractère merveilleux et la causalité divine. Or ces trois conditions n'impliquent pas une compétence spéciale[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn135 [135]], comme nous allons le voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Pour ''l'existence du fait sensible, ''la question ne fait pas de doute. Bien que le miracle soit en dehors des lois de la nature, il reste un fait comme tous les autres faits : tombant sous les sens, il est donc observable. Tout le monde peut constater la guérison d'un aveugle-né : il suffit de savoir que l'individu en question était aveugle de naissance et qu'il a recouvré la vue ; de même, pour la résurrection d'un mort, il suffit de constater deux moments différents : l'état de vie qui succède à l'état de mort. — 2. Peut-on connaître également si le fait est de ''caractère surnaturel ? ''Certainement oui. Et la chose est même facile dans un bon nombre de cas. Il suffit de constater qu'il n'y a pas de proportion entre les moyens employés et les effets produits, si bien que les effets ne sont attribuables qu'à une cause surnaturelle. Il est évident, par exemple, — et personne ne pourrait le contester, — qu'un homme qui est mort depuis quatre jours, ne revient pas à la vie, sur l'injonction d'un autre homme, ce dernier fût-il le médecin le plus réputé du monde ; un peu de poussière humectée de salive n'est pas un moyen suffisant à rendre la vue. Si par conséquent de semblables faits sont constatés, ils dépassent sans nul doute les forces de la nature. Il n'y a donc lieu de requérir l'attestation de spécialistes, que pour les cas pathologiques dont le diagnostic exige des connaissances spéciales. — 3. Constater la ''causalité divine- ''constitue une difficulté plus grande. La chose n'est pourtant pas impossible, car il y a des signes qui distinguent les œuvres de Dieu de celles des démons. Ces signes sont: — 1) la ''nature ''et ''l'éclat ''de l'œuvre. Les démons n'ont pas une puissance ''illimitée : ''ils ne peuvent pas, par exemple, ressusciter un mort, car ressusciter c'est, en réalité, créer, et le pouvoir de créer n'appartient qu'à Dieu ; — 2) les ''caractères moraux ''de l'œuvre. Toute œuvre divine étant nécessairement morale et bonne, il faut donc considérer les circonstances dans lesquelles s'accomplit le miracle. ''Circonstance de personne. ''Le thaumaturge ne peut être l'intermédiaire choisi par Dieu que s'il est vertueux et de bonnes mœurs. ''Circonstance de mode. ''Si les moyens employés pour l'accomplissement du miracle ne sont ni honnêtes ni décents, ils décèlent une origine qui n'est certainement pas divine. Le ''but de l'œuvre. ''L'action de Dieu ne peut poursuivre d'autre but que la bienfaisance ou l'enseignement d'une doctrine. Si les miracles sont faits en confirmation d'une doctrine révélée, c'est la valeur de celle-ci qui nous permet de juger de la valeur de ceux-là. Si la doctrine est certainement fausse et contraire à Dieu, Dieu ne saurait la confirmer par de vrais miracles. « Les miracles, dit Pascal, discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn136 [136]] ''b) LA PROBITÉ. ''— A la compétence le témoin doit joindre la ''probité ''pour que son témoignage soit recevable. Mais comment savoir qu'un témoin est ''sincère? ''Nous n'avons d'autre moyen d'en juger qu'en recherchant son état d'âme, ses tendances naturelles et ses dispositions, et en nous demandant si son témoignage a pu être inspiré parla passion ou par l'intérêt. Il est clair encore que, plus le témoin est crédule, impressionnable, exalté, amoureux de l'extraordinaire, moins de créance nous devons lui accorder. Au contraire, s'il est défavorable au merveilleux, s'il a des préjugés contre lui, s'il est sceptique, à plus forte raison, s'il est athée, plus son témoignage aura de force. Ajoutons enfin que la valeur d'un témoignage s'accroît avec le nombre de témoins compétents et probes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''167. — Objection. —''' 1. Les ''rationalistes ''et les ''positivistes ''objectent que le miracle est ''scientifiquement indémontrable, ''car, disent-ils, la seconde condition requise pour la constatation du miracle, ne pourrait être remplie que si l'on connaissait préalablement ''toutes les forces de ta nature. ''« Puisqu'un miracle, écrit Jean-Jacques Rousseau, est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn137 [137]] — 2. Renan et Charcot sont moins exigeants : ils se contenteraient, si Dieu voulait bien accomplir ses miracles « devant une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn138 [138]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— 1. Le miracle, assure-t-on, n'est pas ''scientifiquement démontrable. ''Entendons-nous. Si l'on veut dire par là que la science est incapable de prouver le caractère miraculeux d'un fait, nous n'avons garde de le contester. On ne le lui demande pas, du reste. Car n'oublions pas que la constatation du miracle se passe sur le triple domaine de l'histoire, de la science et de la philosophie. L'histoire doit démontrer l'existence du fait, en montrant que les témoins sont dignes de foi. La science doit déclarer ensuite si le fait est conforme ou non aux lois de la nature, et son rôle se borne là. C'est alors à la philosophie et à elle seule, qu'il revient de dire si le fait est explicable par une autre cause que Dieu. Or, pour cela, il n'est nullement nécessaire de connaître toutes les forces de la nature. Il suffit, comme nous l'avons dit plus haut (N° 166), que l'on soit certain qu'il n'y a pas proportion entre la cause et l'effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Quant à la ''prétention ''émise par Renan et Charcot, que Dieu ait à opérer ses prodiges « devant une commission de savants », c'est une amusante plaisanterie. Prennent-ils donc les miracles pour des tours de force destinés à amuser le public ou à provoquer les recherches des savants ? Les miracles ne sont pas cela. Ils viennent à leur heure ; et quand Dieu juge à propos de manifester sa puissance ou de faire entendre sa parole, il choisit les témoins qu'il lui plaît, les humbles et les ignorants tout aussi bien que les superbes et les savants. Le témoignage des non-professionnels a la même valeur que celui des professionnels, puisqu'il ne s;'agit, dans la plupart des cas, que d'avoir les organes des sens en bon état, de constater les faits tels qu'ils sont et de les rapporter tels qu'ils se sont passés. Au surplus, si les commissions scientifiques tiennent à être témoins de miracles, au lieu de sommer Dieu de comparaître devant elles et d'accomplir ses merveilles en leur présence, pourquoi ne vont-elles pas là où ces merveilles ont lieu, à ''Lourdes, ''par exemple ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
168. — '''Instance[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn139 [139]]. Le fait de Lourdes '''— Mais précisément, répliquent les adversaires du miracle, le ''fait de Lourdes, ''comme tous les autres faits du même genre, peut s'expliquer sans recourir à une intervention surnaturelle. Les nombreux prodiges qui s'y opèrent et que nous ne contestons pas, sont dus soit à la ''vertu curative de Veau de la grotte, ''soit à la ''suggestion, ''soit à ''toute autre force ''inconnue de la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Réponse. '''— Examinons successivement ces trois solutions proposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— 1. On allègue tout d'abord la ''vertu curative de l'eau de la grotte. ''Pour les besoins de la cause, on lui attribue, soit des propriétés chimiques spéciales, soit une puissance radioactive, ou bien l'on invoque les effets thérapeutiques des bains froids que les malades prennent dans la piscine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Or il a été reconnu, par l'analyse de cette eau, qu'elle ne diffère en rien de celle de la fontaine publique qui se trouve dans la ville et qu'elle « ne renferme aucune substance active, capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn140 [140]] Quant à ''l'hydrothérapie ''et à la ''radioactivité ''de l'eau, —à supposer que l'eau de la grotte eût ces propriétés,— jamais elles n'ont produit des cures aussi merveilleuses que celles qui sont constatées à Lourdes. Mais il y a plus ; dans cette première hypothèse qu'on nous propose comme une solution vraisemblable, comment se fait-il que des guérisons se soient produites en dehors de tout usage de cette eau? Et pour ne citer qu'un cas, celui du Belge ''Pierre de Rudder[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn141 [141]], comment expliquer que les fragments de ses os brisés se soudèrent brusquement à Oostacher, près de Gand, dans une chapelle de Notre-Dame de Lourdes, bien loin des piscines de la Grotte pyrénéenne?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. La ''suggestion ''semble, à notre époque, une solution plus heureuse. D'après les suggestionneurs « toute cellule cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée »[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn142 [142]] ; en d'autres termes, il suffirait d'être persuadé que l'on va guérir, que l'on est guéri, pour l'être en effet. — Est-il donc vrai que la suggestion produise des résultats si merveilleux 1? Disons d'abord que les médecins ont coutume de distinguer deux ordres de maladies : les ''maladies organiques ''où il y a ''lésion ''de l'organe, et les maladies ''fonctionnelles ''ou ''nerveuses ''où l'organe est intact et sans lésion, mais fonctionne mal. Or tout le monde admet aujourd'hui que la suggestion ne guérit que les maladies fonctionnelles et jamais les maladies organiques, qu'elle n'a que des résultats éphémères et que, pour obtenir ces résultats, encore faut-il qu'elle s'exerce fréquemment et pendant un certain temps. Au contraire, les guérisons de Lourdes portent tout aussi bien sur les maladies organiques que sur les maladies nerveuses[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn143 [143]] ; elles sont radicales et durables et se font instantanément. Donc la suggestion ne solutionne pas le problème de Lourdes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. -Obligés d'abandonner ces deux premières hypothèses, les incrédules n'ont plus d'autre ressource que d'en appeler aux ''forées inconnues de la nature ''dont il a été parlé dans l'objection précédente. Nous sommes loin, disent-ils, de connaître toutes les forces de la nature. La science, depuis un siècle, a multiplié ses découvertes : vapeur, électricité, téléphone, radiographie, télégraphie sans fil, etc. Ne sommes-nous pas en droit alors de supposer que les miracles sont dus à des forces ignorées, et non à l'intervention divine1? — II est certain que nous ne connaissons pas toutes les ''lois ''des corps, mais il importe peu, car, que nous connaissions les lois ou non, les corps n'en gardent pas moins leurs propriétés et produisent quand même leurs ''effets. ''Ainsi, les corps n'ont pas attendu que Newton découvrît sa fameuse loi, pour s'attirer en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Si par conséquent, les guérisons de Lourdes sont le fait d'une force inconnue, elles doivent se produire toujours de la même façon, les conditions étant les mêmes. Or c'est justement le contraire qui arrive. La force mystérieuse agit dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, aussi bien en plein soleil sur le passage du Saint-Sacrement que dans l'eau, au milieu des piscines, le soir comme dans le jour, et, ce qui paraît plus étrange encore, sur certaines personnes seulement, et non sur d'autres, d'ailleurs aussi croyantes et aussi vertueuses et qui ont peut-être prié plus que les premières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, bien qu'on ne connaisse pas toutes les forces ''physiques ''et ''psychiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn144 [144]] du monde, l'on sait bien que, pour ce qui concerne la guérison des maladies organiques, qui suppose la restauration du tissu malade soit par la rénovation des cellules anciennes, soit par la création de nouvelles, il n'y a pas de forces naturelles qui soient capables de se passer du concours du temps pour accomplir cette œuvre de régénération. Les trois explications données par nos adversaires au fait de Lourdes ne peuvent donc pas être sérieusement soutenues ; et décidément, si l'on tient, malgré tout, à écarter l'hypothèse du surnaturel, de l'intervention divine, il faudra trouver mieux[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn145 [145]]'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
169. — '''B'''. '''Cas du fait ancien rapporté par l'histoire. '''— S'il s'agit d'un fait de date ancienne, avant de procéder à la critique du ''témoignage, ''il faut commencer par la critique du ''document ''qui le contient. Donc deux points à établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''a)'' ''CRITIQUE DU DOCUMENT. ''— Pour juger de la valeur d'un ''document écrit, ''— car c'est celui-ci qui nous intéresse surtout, — il faut d'abord s'assurer si nous le possédons dans son intégrité ; il faut ensuite en rechercher l'auteur, la date de composition[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn146 [146]], les sources ; enfin, dernier travail, il faut l'interpréter en essayant de pénétrer la pensée intime de l'auteur, le but qu'il poursuit, les raisons qui ont pu déterminer sa manière de voir. Toutes ces questions, nous aurons à nous les poser lorsque nous étudierons les Livres Sacrés qui contiennent le dépôt de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE. — ''Lorsque l'étude du document nous a révélé le nom de l'auteur et la date de composition, il n'y a plus, pour la critique du témoignage,'qu'à appliquer les mêmes règles que nous avons signalées précédemment à propos du témoin d'un fait actuel, c'est-à-dire établir sa ''compétence ''et sa ''probité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
170. — '''Objections. '''— Nos adversaires rejettent le miracle rapporté par l'histoire pour différents motifs. — ''a) ''Les uns, comme MM. Seignobos et Langlois, et les ''positivistes, ''en général, écartent le miracle historique parce qu'il est en ''contradiction avec les lois scientifiques[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn147 [147]]. — ''Réponse. ''— Que cette assertion soit fausse, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité du miracle (voir N°8163 et 164).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''b) ''D'autres (Stuart Mill, Hume) sont d'avis qu'il faut toujours, dans l'interprétation des faits, chercher les explications les plus simples et les plus vraisemblables, ou, en d'autres termes, celles qui ne recourent pas à ''l'intervention du surnaturel. ''— ''Réponse. ''— Cette opinion n'est pas plus admissible que la précédente. Dans un tel système, en effet, il faudrait retrancher de l'histoire tous les faits qui sont rares, singuliers, anormaux, tout ce qui n'a pas encore été vu. L'application d'une pareille théorie conduirait fatalement aux résultats les plus regrettables : c'est ainsi qu'il est arrivé d'ailleurs que des faits exclus jadis de l'histoire (aérolithes, stigmates) parce que, apparemment invraisemblables, ont dû par la suite être reconnus authentiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''c) ''D'autres encore disent, avec Jean-Jacques Rousseau, que « le miracle qui n'est connu que par le ''témoignage humain ''ne saurait garantir avec certitude une révélation ». — ''Réponse. ''C'est là rejeter l'histoire, qui n'a d'autre fondement que ''l’autorité du témoignage. ''S'il n'y avait de sûr que ce que l'on peut expérimenter soi-même, non seulement il n'y aurait plus de certitude historique, mais la somme de nos connaissances serait bien restreinte puisque la plupart des choses que nous savons, nous les tenons du témoignage d'autrui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''d) ''A la suite de Jean-Jacques Rousseau, Renan[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn148 [148]] et Loisy font remarquer que jadis l'humanité voyait le miracle partout. Mais, avec les progrès de la critique, le merveilleux a perdu du terrain, et il est, selon eux, appelé à disparaître. Des causes naturelles ont déjà expliqué beaucoup de phénomènes regardés autrefois comme des miracles et rien n'empêche de croire qu'un jour on pourra expliquer de la même manière tout ce qui est resté jusqu'ici inconnu. — ''Réponse. ''Cette objection est à peu près identique à celle que nous avons déjà exposée (N°167). Ce qui la différencie, c'est qu'au lieu de se placer uniquement sur le terrain scientifique, elle invoque les ''erreurs historiques. ''Il est vrai qu'autrefois, beaucoup de forces de la nature étant inconnues, bien des phénomènes passèrent pour merveilleux, qui ne l'étaient pas. A ce point de vue, il est juste de dire que la science, en découvrant certaines lois ignorées, a fait reculer le domaine du merveilleux. Mais il est bon cependant de ne pas exagérer. Les anciens n'ignoraient pas toutes les lois de la nature ; tout aussi bien que nous, ils pouvaient dire, par exemple, que la résurrection d'un mort est un fait qui est en dehors et au-dessus du cours normal des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''e) ''Dans le même ordre d'idées, Renan dit que les miracles rapportés par Tite-Live et Pausanias sont ''controversés. ''Donc, conclut-il, il en est de même des ''miracles évangéliques. ''— ''Réponse. ''De ce qu'il y a eu dans tous les temps, et, dans le passé plus que de nos jours, des historiens dont les récits étaient fantaisistes, on n'a pas le droit de conclure que tous doivent être mis sur le même pied. On ne passe pas ainsi du particulier au général : à Tite-Live et à Pausanias l'on peut opposer du reste des historiens consciencieux, comme Thucydide et Tacite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante du miracle. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''171. — Thèse.''' — Les miracles, opérés en faveur d'une doctrine, sont une marque certaine de son origine divine. Cette proposition s'appuie sur la ''raison ''et le ''consentement universel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''PREUVE DE RAISON. ''— Le miracle proprement dit apparaît comme une œuvre qui ne peut avoir d'autre auteur que Dieu (N° 158). Sans doute, considéré en soi, il signifie uniquement qu'il y a eu intervention divine. Mais s'il est associé à un autre fait, si le thaumaturge l'opère en confirmation de la doctrine qu'il enseigne, il est évident que cette doctrine doit venir de Dieu, ou tout au moins, avoir son approbation. Sinon, il faudrait dire que Dieu ratifie le mensonge et l'imposture, qu'il est « un témoin de fausseté » (S. Thomas), ce qui répugne à ses attributs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''PREUVE TIRÉE DU CONSENTEMENT UNIVERSEL. — ''Chez tous les peuples nous retrouvons cette croyance que les miracles sont une preuve incontestable de l'intervention divine. Aussi toutes les fausses religions attribuent-elles à leurs fondateurs la puissance de faire des miracles. -&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, ''objecte-t-on, ''la croyance universelle témoigne contre la valeur des miracles allégués par le christianisme, puisque chaque religion' prétend avoir les siens. — Cette objection porte à faux. Car il ne s'agit pas pour le moment d'instituer une comparaison entre la valeur respective des miracles allégués par les différentes religions. Nous invoquons la preuve du consentement universel dans le seul but de montrer que tous les peuples ont cru à l'existence de miracles opérés par Dieu en faveur d'une doctrine. Quant à ce qui est de savoir si les prodiges de telle ou telle religion sont des miracles proprement dits ou non, des œuvres de Dieu ou du démon, c'est une question &amp;quot;qui appartient à la critique historique et dont nous nous occuperons lorsque nous serons à la recherche de la vraie religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Art. III. — La Prophétie. ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question de la prophétie ne comporte pas de long développement. La prophétie est, en effet, un miracle d'ordre ''intellectuel ''(N°161). Ce qui a été dit du miracle en général, convient par conséquent à la prophétie. Nous ne ferons ici qu'indiquer rapidement ce qu'elle a de particulier en suivant le même ordre que pour le miracle. Donc 1° ''nature ; ''2° ''possibilité ; ''3° ''constatation, ''et 4° ''valeur probante ''de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 1. — Nature de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
172. — 1° '''Définition. '''— Étymologiquement le mot prophétie (gr. ''prophètes ; pro, ''avant, ''phêmi, ''je dis) signifie prédiction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''AU SENS LARGE, ''et conformément à l'étymologie, la prophétie, c'est la prédiction d'un événement futur. Dans ce sens, la prédiction d'une éclipse est une prophétie.168&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''B. AU SENS STRICT ''du mot, et comme on l'entend généralement, la prophétie peut être définie, d'après saint Thomas, « la prévision certaine et l'annonce de choses futures gui ne peuvent être connues par les causes naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
173. — 2° '''Conditions de la prophétie. '''— De la définition qui précède il ressort que ''deux conditions ''sont requises pour qu'il y ait prophétie au sens strict du mot. — ''a) ''II faut que la prévision soit ''certaine, ''et non de caractère ambigu, comme c'était souvent le cas pour les oracles païens, dont Cicéron disait qu'ils « étaient si adroitement composés que tout ce qui arrivait paraissait toujours prédit, et si obscurs que les mêmes vers pouvaient en d'autres circonstances, s'appliquer à d'autres choses.»[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn149 [149]] — b) II faut que la prévision ne puisse être fournie au moyen des ''causes naturelles. ''Que l'astronome annonce une éclipse, le marin une tempête, et le médecin, la mort de son malade, ce ne sont pas là des prophéties proprement dites, car la prédiction de ces événements futurs peut se déduire facilement de la connaissance des lois de la nature. Il n'y a de véritable prophétie que si l'événement à venir ne peut être connu par ses causes naturelles parce que celles-ci n'existent pas encore et dépendent de la volonté humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 2  — Possibilité de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
174. — La ''possibilité ''de la prophétie est démontrée par une double preuve : indirecte et directe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. ''Preuve indirecte tirée de la croyance universelle. ''— L'histoire nous atteste que tous les peuples ont eu leurs devins à qui ils demandaient les secrets de l'avenir. Que les oracles rendus par eux aient été de vraies prophéties ou non, ce n'est pas ici la question, il s'agit seulement de montrer la croyance de tous les peuples comme une présomption en faveur de la possibilité de la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. ''Preuve directe tirée de la raison.''— Pour que la prophétie soit possible, deux conditions sont requises. Il faut : —''a) ''que Dieu ''connaisse l'avenir, ''et — b) qu'il ''puisse nous le révéler. ''Or ces deux conditions sont certainement réalisables. Car, d'une part, Dieu est ''omniscient. ''Aucun des secrets de l'avenir ne lui échappe. Il connaît tous les événements futurs, non seulement ceux qu'on appelle les ''futurs nécessaires, ''c'est-à-dire ceux qu'on peut prévoir par la connaissance de leurs causes, mais même les ''futurs libres, ''c'est-à-dire ceux qui dépendent de la libre détermination de la volonté. La chose ne doit pas étonner du reste, puisque, comme nous l'avons déjà vu, le mot prescience appliqué à Dieu, est un terme impropre. Dieu ne prévoit pas, il voit. Pour lui tous les événements qui, selon notre manière de parler, seront un jour, ''sont ''déjà. — D'autre part, Dieu ''peut ''nous révéler l'avenir, cela ressort des preuves qui démontrent la possibilité de la révélation en général. S'il est établi en effet que Dieu peut faire connaître à l'homme des vérités que celui-ci ignore, l'on ne voit pas ce qui l'empêcherait de lui révéler l'avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 3. — Constatation de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
175. — Constater une prophétie revient à vérifier les deux points suivants : 1° la ''réalité ''de la prophétie, et 2° son ''accomplissement.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° ''Réalité de la prophétie. ''— Ce premier point n'est pas difficile à établir : il suffit de se rendre compte que les deux conditions nécessaires pour constituer une prophétie sont remplies. C'est là un travail qui appartient à la critique historique : celle-ci doit contrôler les documents où se. trouvent consignées les paroles qui annoncent les événements de l'avenir, juger si la prévision a été faite en termes clairs et précis, et si le fait prédit ne pouvait être connu par la science des lois naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° ''Accomplissement de la prophétie. ''— Ce second point ne présente pas de difficulté plus grande. Il suffit en effet de rapprocher l'événement en question des paroles qui l'annoncent et de constater si le fait correspond bien et dans tous ses détails à la prédiction qui l'a précédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'objecte pas, avec Jean-Jacques Rousseau, que la constatation de la prophétie exigerait que le même homme fût témoin de la prophétie et de l'événement. — I1 semble bien plutôt que plus la prédiction est éloignée de l'accomplissement, plus elle acquiert de valeur, car s'il est. déjà difficile d'annoncer quelques jours à l'avance un événement qui dépend de la liberté humaine, la difficulté ne fera que croître avec l'intervalle qui sépare la prophétie de sa réalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu'on n'allègue pas davantage les ''prédictions des somnambules. ''Tout le monde sait qu'elles sont d'une valeur très relative, et que, semblables aux oracles antiques, elles ne brillent pas généralement par leur clarté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== § 4. — Valeur probante de la prophétie. =====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
176. — La prophétie est un miracle proprement dit, vu que Dieu seul connaît les événements qui dépendent des déterminations libres de l'homme. D'où il suit que tout ce qui a été dit de la valeur démonstrative du miracle s'applique aussi bien à la prophétie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conclusion. '''— Ainsi, de ce qui a été dit des critères en général, et en particulier, du miracle et de la prophétie, il ressort que la ''vraie ''doit être celle qui réunit on soi l'ensemble de ces signes: d'abord les critères ''internes : ''excellence, transcendance de la doctrine ; puis les critères ''externes ''qui sont, à vrai dire, le principal argument[http://salve-regina.nuxit.net/Catechisme/Manuel_apologetique_Boulenger.htm#_ftn150 [150]], comme le Concile du Vatican l'a parfaitement-indiqué dans la décision dogmatique suivante : « Pour que la soumission de notre foi fût on accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l'Esprit Saint des preuves extérieures de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes très certains de la révélation divine et sont approprias à l'intelligence de tous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''BIBLIOGRAPHIE. '''— Saint Thomas, ''Contra Gentiles. ''— Tanquerey, ''Théologie fondamentale ''(Desclée). — Bainvel, ''De vera Religione et Apologetica ; Nature et Surnaturel ''(Beauchesne). — Valvekens, ''Foi et Raison ''(de Meester, Bruxelles). — De Pascal, ''Le Christianisme, La Vérité de la Religion. ''(Lethielleux). — Michelet, ''Dieu et l’Agnosticisme contemporain. ''— Mgr Le Roy, ''La Religion des Primitifs ''(Beauchesne). — De Broglie, ''Critique et Religion ''(Lecoffre) ; ''Problèmes et conclusions de l'histoire des Religions ''(Putois-Cretté).— Gondal, ''La Religion, Le Surnaturel ''(Roger et Chernovitz). — Huby, ''Christus ''(Beauchesne). —- Bricout, ''L'Histoire des Religions et la Foi chrétienne ''(Bloud). — Brunetière, ''Sur les Chemins de la croyance ''(Perrin); Emile Boutroux, ''Science et religion'' (Flammarion), Ligeard, ''Vers le catholicisme ''(Vitte), Alfaric, ''Valeur apologétique de l’Histoire des religions'', Rev. Prat. d’Apol., 15 juill. 1907.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur le miracle'''. — Dans le Dict. de la Foi cat. : J. de Tonquédec, Art. ''Miracle ; ''G. Bertin, ''Lourdes ''(Le fait de). — Leroy, ''La Constatation du miracle et l'Objection positiviste ; La Constatation du miracle ''(Bloud). — De Bonniot, ''Le Miracle et ses contrefaçons ''(Rétaux). — Monsabré, ''Introduction au Dogme ''(tome III). — Méric, ''Le Merveilleux et la Science. ''— Dr Lavrand, ''La suggestion et les guérisons de Lourdes ''(Bloud). — Vourch, ''Quelques cas de guérisons de Lourdes et la Foi qui guérit ''(Lethielleux). — Coste, ''Le Miracle ''(Sc. et Rel.). — Gondal, ''Le Miracle. ''— De la Barre, ''Faits surnaturels ''(Bloud). — J. de Tonquédec, ''Introduction à l'étude du Merveilleux et du Miracle ''(Beauchesne). — G. Sortais, ''La Providence et le Miracle ''(Beauchesne) — B. Rabier, ''Leçons de philosophie. ''— Boutroux, ''De la contingence des lois de la nature.''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_de_l%27Eglise_Catholique_:_Premi%C3%A8re_Partie&amp;diff=1573</id>
		<title>Catéchisme de l'Eglise Catholique : Première Partie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_de_l%27Eglise_Catholique_:_Premi%C3%A8re_Partie&amp;diff=1573"/>
				<updated>2011-03-29T08:42:18Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Liste des sigles */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Liste des sigles ==&lt;br /&gt;
AA Apostolicam actuositatem&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG Ad gentes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AHMA Analecta hymnica Medii Aevi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ben De Benedictionibus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CA Centesimus annus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Catech. R. Catechismus Romanus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CCEO Corpus Canonum Ecclesiarum Orientalium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD Christus Dominus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CDF Congrégation pour la doctrine de la foi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CJC Codex Iuris Canonici&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CL Christifideles laici&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
COD Conciliorum oecumenicorum decreta&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CT Catechesi tradendae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DCG Directorium Catecheticum Generale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DeV Dominum et Vivificantem&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH Dignitatis humanae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DM Dives in misericordia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS Denzinger-Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, definitionum et declarationum de &lt;br /&gt;
rebus fidei et morum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DV Dei Verbum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EN Evangelii nuntiandi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
FC Familiaris consortio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GB Gravissimum educationis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS Gaudium et spes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HV Humanae vitae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IGLH Introductio generalis LH&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IGMR Institutio generalis MR&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IM Inter mirifica&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE Laborem exercens&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG Lumen gentium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH Liturgia Horarum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MC Marialis cultus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MD Mulieris dignitatem&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MF Mysterium fidei&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MM Mater et magistra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR Missale Romanum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
NA Nostra aetate&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OBA Ordo baptismi adultorum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OBP Ordo baptismi parvulorum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OCf Ordo confirmationis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OcM Ordo celebrandi Matrimonium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OCV Ordo consecrationis virginum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OE Orientalium ecclesiarum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OEx Ordo exsequiarumoff. lect. office des lectures&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OICA Ordo initiationis christianae adultorum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OP Ordo poenitentiae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT Optatam totius&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PC Perfectae caritatis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PO Presbyterorum Ordinis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PP Populorum progressio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PT Pacem in terris&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RH Redemptor hominis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RM Redemptoris Mater&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RP Reconciliatio et poenitentia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SC Sacrosanctum concilium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPF Credo du Peuple de Dieu: profession de foi solennelle&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SRS Sollicitudo rei socialis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
UR Unitatis redintegratio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Prologue ==&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, (...) la vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul véritable Dieu, et Ton envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu notre Sauveur (...) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 3-4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12) que le nom de JÉSUS.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I. La vie de l’homme – connaître et aimer Dieu ===&lt;br /&gt;
''1 ''Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux en Lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l’homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C’est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, Il se fait proche de l’homme. Il l’appelle, l’aide à Le chercher, à Le connaître et à L’aimer de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes que le péché a dispersés dans l’unité de sa famille, l’Église. Pour ce faire, Il a envoyé son Fils comme Rédempteur et Sauveur lorsque les temps furent accomplis. En Lui et par Lui, Il appelle les hommes à devenir, dans l’Esprit Saint, ses enfants d’adoption, et donc les héritiers de sa vie bienheureuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2 ''Pour que cet appel retentisse par toute la terre, le Christ a envoyé les apôtres qu’Il avait choisis en leur donnant mandat d’annoncer l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20). Forts de cette mission, les apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''3 ''Ceux qui à l’aide de Dieu ont accueilli l’appel du Christ et y ont librement répondu, ont été à leur tour pressés par l’amour du Christ d’annoncer partout dans le monde la Bonne Nouvelle. Ce trésor reçu des apôtres a été gardé fidèlement par leurs successeurs. Tous les fidèles du Christ sont appelés à le transmettre de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière (cf. Ac 2, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== II. Transmettre la foi – la catéchèse ===&lt;br /&gt;
''4 ''Très tôt on a appelé ''catéchèse'' l’ensemble des efforts entrepris dans l’Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ (cf. CT 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''5 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est une ''éducation de la foi'' des enfants, des jeunes et des adultes, qui comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné en général de façon organique et systématique, en vue d’initier à la plénitude de la vie chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''6 ''Sans se confondre avec eux, la catéchèse s’articule sur un certain nombre d’éléments de la mission pastorale de l’Église, qui ont un aspect catéchétique, qui préparent la catéchèse ou qui en découlent&amp;amp;nbsp;: première annonce de l’Évangile ou prédication missionnaire pour susciter la foi&amp;amp;nbsp;; recherche des raisons de croire&amp;amp;nbsp;; expérience de vie chrétienne&amp;amp;nbsp;; célébration des sacrements&amp;amp;nbsp;; intégration dans la communauté ecclésiale&amp;amp;nbsp;; témoignage apostolique et missionnaire (cf. CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''7 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est liée intimement à toute la vie de l’Église. Non seulement l’extension géographique et l’augmentation numérique mais aussi, et davantage encore, la croissance intérieure de l’Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d’elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''8 ''Les périodes de renouveau de l’Église sont aussi des temps forts de la catéchèse. Ainsi voit-on à la grande époque des Pères de l’Église de saints évêques y consacrer une part importante de leur ministère. Tels sont S. Cyrille de Jérusalem et S. Jean Chrysostome, S. Ambroise et S. Augustin, et bien d’autres Pères dont les œuvres catéchétiques demeurent des modèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''9 ''Le ministère de la catéchèse puise des énergies toujours nouvelles dans les Conciles. Le Concile de Trente constitue à cet égard un exemple à souligner&amp;amp;nbsp;: il a donné à la catéchèse une priorité dans ses constitutions et ses décrets&amp;amp;nbsp;; il est à l’origine du Catéchisme Romain qui porte aussi son nom et constitue une œuvre de premier ordre comme abrégé de la doctrine chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a suscité dans l’Église une organisation remarquable de la catéchèse&amp;amp;nbsp;; il a entraîné, grâce à de saints évêques et théologiens tels S. Pierre Canisius, S. Charles Borromée, S. Toribio de Mogrovejo, S. Robert Bellarmin, la publication de nombreux catéchismes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''10 ''Il n’est pas étonnant, dès lors, que, dans le mouvement à la suite du deuxième Concile du Vatican (considéré par le Pape Paul VI comme le grand catéchisme des temps modernes), la catéchèse de l’Église ait de nouveau attiré l’attention. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Directoire général de la Catéchèse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de 1971, les sessions du Synode des évêques consacrées à l’évangélisation (1974) et à la catéchèse (1977), les exhortations apostoliques qui leur correspondent, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Evangelii nuntiandi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1975) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catechesi tradendæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1979), en témoignent. La session extraordinaire du Synode des évêques de 1985 demanda &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que soit rédigé un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rapport final II B a 4). Le Saint-Père, Jean Paul II, a fait sien ce vœu émis par le Synode des évêques en reconnaissant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce désir répond tout à fait à un vrai besoin de l’Église universelle et des Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Discours 7 décembre 1985). Il mit tout en œuvre pour la réalisation de ce vœu des pères du Synode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== III. Le but et les destinataires de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''11 ''Ce Catéchisme a pour but de présenter un exposé organique et synthétique des contenus essentiels et fondamentaux de la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale, à la lumière du Concile Vatican II et de l’ensemble de la Tradition de l’Église. Ses sources principales sont l’Écriture Sainte, les saints Pères, la liturgie et le Magistère de l’Église. Il est destiné à servir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme un point de référence pour les catéchismes ou ''compendia'' qui sont composés dans les divers pays&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Synode des Évêques 1985, rapport final II B a 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12 ''Ce Catéchisme est destiné principalement aux responsables de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: en premier lieu aux évêques, en tant que docteurs de la foi et pasteurs de l’Église. Il leur est offert comme instrument dans l’accomplissement de leur charge d’enseigner le Peuple de Dieu. A travers les évêques, il s’adresse aux rédacteurs de catéchismes, aux prêtres et aux catéchistes. Il sera aussi d’utile lecture pour tous les autres fidèles chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== IV. La structure de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''13 ''Le plan de ce Catéchisme s’inspire de la grande tradition des catéchismes qui articulent la catéchèse autour de quatre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;piliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la profession de la foi baptismale (''le Symbole''), les sacrements de la foi, la vie de la foi (''les Commandements''), la prière du croyant (''le Notre Père'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Première partie : La profession de la foi ====&lt;br /&gt;
''14 ''Ceux qui par la foi et le Baptême appartiennent au Christ doivent confesser leur foi baptismale devant les hommes (cf. Mt 10, 32&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 9). Pour cela, le Catéchisme expose d’abord en quoi consiste la Révélation par laquelle Dieu s’adresse et se donne à l’homme, et la foi, par laquelle l’homme répond à Dieu (''première section''). Le symbole de la foi résume les dons que Dieu fait à l’homme comme Auteur de tout bien, comme Rédempteur, comme Sanctificateur et les articule autour des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;trois chapitres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Baptême – la foi en un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: le Père Tout-puissant, le Créateur&amp;amp;nbsp;; et Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur et Sauveur&amp;amp;nbsp;; et l’Esprit Saint, dans la Sainte Église (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième partie : Les sacrements de la foi ====&lt;br /&gt;
''15 ''La deuxième partie du Catéchisme expose comment le salut de Dieu, réalisé une fois pour toutes par le Christ Jésus et par l’Esprit Saint, est rendu présent dans les actions sacrées de la liturgie de l’Église (''première section''), particulièrement dans les sept sacrements (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième partie : La vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''16 ''La troisième partie du Catéchisme présente la fin ultime de l’homme, créé à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;: la béatitude, et les chemins pour y parvenir&amp;amp;nbsp;: par un agir droit et libre, avec l’aide de la loi et de la grâce de Dieu (''première section'')&amp;amp;nbsp;; par un agir qui réalise le double commandement de la charité, déployé dans les dix Commandements de Dieu (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Quatrième partie : La prière dans la vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''17 ''La dernière partie du Catéchisme traite du sens et de l’importance de la prière dans la vie des croyants (''première section''). Elle s’achève sur un bref commentaire des sept demandes de la prière du Seigneur (''deuxième section''). En elles, en effet, nous trouvons la somme des biens que nous devons espérer et que notre Père céleste veut nous accorder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== V. Indications pratiques pour l’usage de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''18 ''Ce Catéchisme est conçu comme un ''exposé organique'' de toute la foi catholique. Il faut donc le lire comme une unité. De nombreux renvois en marge du texte (numéros en italique se référant à d’autres paragraphes traitant du même sujet) et l’index thématique à la fin du volume permettent de voir chaque thème dans son lien avec l’ensemble de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''19 ''Souvent, les textes de l’Écriture Sainte ne sont pas cités littéralement mais avec la seule indication de leur référence (par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''cf'''.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) en note. Pour une intelligence approfondie de tels passages il convient de se reporter aux textes eux-mêmes. Ces références bibliques sont un instrument de travail pour la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''20 ''L’emploi des '''petits caractères''' pour certains passages indique qu’il s’agit de remarques de type historique, apologétique ou d’exposés doctrinaux complémentaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''21 '''''Les citations''', en petits caractères, de sources patristiques, liturgiques, magistérielles ou hagiographiques sont destinées à enrichir l’exposé doctrinal. Souvent ces textes ont été choisis en vue d’un usage directement catéchétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
22 A la fin de chaque unité thématique, une série de textes brefs résument en des formules ramassées l’essentiel de l’enseignement. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''En bref'''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ont pour but de donner des suggestions à la catéchèse locale pour des formules synthétiques et mémorisables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== VI. Les adaptations nécessaires ===&lt;br /&gt;
''23 ''L’accent de ce Catéchisme porte sur l’exposé doctrinal. En effet, il veut aider à approfondir la connaissance de la foi. Par là même il est orienté vers la maturation de cette foi, son enracinement dans la vie et son rayonnement dans le témoignage (cf. CT 20-22&amp;amp;nbsp;; 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''24 ''Par sa finalité même, ce Catéchisme ne se propose pas de réaliser les adaptations de l’exposé et des méthodes catéchétiques exigées par les différences de cultures, d’âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s’adresse la catéchèse. Ces adaptations indispensables relèvent des catéchismes appropriés, et plus encore de ceux qui instruisent les fidèles&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui enseigne doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se faire tout à tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 9, 22), pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. (...) Surtout qu’il ne s’imagine pas qu’une seule sorte d’âmes lui soit confiée, et que par conséquent il lui est loisible d’enseigner et de former également tous les fidèles à la vraie piété, avec une seule et même méthode et toujours la même&amp;amp;nbsp;! Qu’il sache bien que les uns sont en Jésus-Christ comme des enfants nouvellement nés, d’autres comme des adolescents, quelques-uns enfin, comme en possession de toutes leurs forces. (...) Ceux qui sont appelés au ministère de la prédication doivent, en transmettant l’enseignement des mystères, de la foi et des règles des mœurs, proportionner leurs paroles à l’esprit et à l’intelligence de leurs auditeurs (Catech. R. préface 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Par dessus tout – la Charité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''25 ''Pour conclure cette présentation, il est opportun de rappeler ce principe pastoral qu’énonce le Catéchisme Romain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Toute la finalité de la doctrine et de l’enseignement doit être placée dans l’amour qui ne finit pas. Car on peut bien exposer ce qu’il faut croire, espérer ou faire&amp;amp;nbsp;; mais surtout on doit toujours faire apparaître l’Amour de Notre Seigneur afin que chacun comprenne que tout acte de vertu parfaitement chrétien n’a pas d’autre origine que l’Amour et pas d’autre terme que l’Amour (Catech. R. préface 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première Partie : La profession de la foi ==&lt;br /&gt;
=== Première section : &amp;quot; JE crois &amp;quot; – &amp;quot; Nous croyons &amp;quot; ===&lt;br /&gt;
''26 ''Lorsque nous professons notre foi, nous commençons par dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Avant d’exposer la foi de l’Église telle qu’elle est confessée dans le Credo, célébrée dans la liturgie, vécue dans la pratique des Commandements et dans la prière, demandons-nous donc ce que signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La foi est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en même temps une lumière surabondante à l’homme en quête du sens ultime de sa vie. Nous considérons dès lors d’abord cette quête de l’homme (''chapitre premier''), ensuite la Révélation divine, par laquelle Dieu vient au devant de l’homme (''chapitre deuxième''), enfin la réponse de la foi (''chapitre troisième'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : L’homme est &amp;quot; capable &amp;quot; de Dieu ====&lt;br /&gt;
===== I. Le désir de Dieu =====&lt;br /&gt;
''27 ''Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu&amp;amp;nbsp;; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l’être&amp;amp;nbsp;; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet Amour et s’abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''28 ''De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si universelles que l’on peut appeler l’homme ''un être religieux''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d’un seul&amp;amp;nbsp;; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver&amp;amp;nbsp;; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''29 ''Mais ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21)&amp;amp;nbsp;: la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''30 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 105, 3). Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un cœur droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu es grand, Seigneur, et louable hautement&amp;amp;nbsp;: grand est ton pouvoir et ta sagesse n’a point de mesure. Et l’homme, petite partie de ta création, prétend Te louer, précisément l’homme qui, revêtu de sa condition mortelle, porte en lui le témoignage de son péché et le témoignage que Tu résistes aux superbes. Malgré tout, l’homme, petite partie de ta création, veut Te louer. Toi-même Tu l’y incites, en faisant qu’il trouve ses délices dans ta louange, parce que Tu nous a fait pour Toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi (S. Augustin, conf. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les voies d’accès à la connaissance de Dieu =====&lt;br /&gt;
''31 ''Créé à l’image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l’homme qui cherche Dieu découvre certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;preuves de l’existence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;arguments convergents et convaincants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour approcher Dieu ont pour point de départ la création&amp;amp;nbsp;: le monde matériel et la personne humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''32 ''Le ''monde''&amp;amp;nbsp;: A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l’ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l’univers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Paul affirme au sujet des païens&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste&amp;amp;nbsp;: Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 19-20&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 14, 15. 17&amp;amp;nbsp;; 17, 27-28&amp;amp;nbsp;; Sg 13, 1-9).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Augustin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent&amp;amp;nbsp;: Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (''confessio''). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (''Pulcher''), non sujet au changement&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Serm. 241, 2&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1134).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''33 ''L’''homme''&amp;amp;nbsp;: avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur, l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Germe d’éternité qu’il porte en lui-même, irréductible à la seule matière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18, § 1&amp;amp;nbsp;; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''34 ''Le monde et l’homme attestent qu’ils n’ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l’Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’homme peut accéder à la connaissance de l’existence d’une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et que tous appellent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 2, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''35 ''Les facultés de l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel. Mais pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La connaissance de Dieu selon l’Église =====&lt;br /&gt;
''36 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3004&amp;amp;nbsp;; cf. 3026&amp;amp;nbsp;; DV 6). Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L’homme a cette capacité parce qu’il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''37 ''Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l’homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien que la raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d’un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d’une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d’user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent absolument l’ordre des choses sensibles, et lorsqu’elles doivent se traduire en action et informer la vie, elles demandent qu’on se donne et qu’on se renonce. L’esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l’imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu’en de telles matières les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l’incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu’elles soient vraies (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani Generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''38 ''C’est pourquoi l’homme a besoin d’être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce qui dépasse son entendement, mais aussi sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu’elles puissent être, dans l’état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''ibid''., DS 3876&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; DV 6&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment parler de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
''39 ''En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''40 ''Puisque notre connaissance de Dieu est limitée, notre langage sur Dieu l’est également. Nous ne pouvons nommer Dieu qu’à partir des créatures, et selon notre mode humain limité de connaître et de penser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''41 ''Les créatures portent toutes une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Les multiples perfections des créatures (leur vérité, leur bonté, leur beauté) reflètent donc la perfection infinie de Dieu. Dès lors, nous pouvons nommer Dieu à partir des perfections de ses créatures, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 13, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''42 ''Dieu transcende toute créature. Il faut donc sans cesse purifier notre langage de ce qu’il a de limité, d’imagé, d’imparfait pour ne pas confondre le Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore) avec nos représentations humaines. Nos paroles humaines restent toujours en deçà du mystère de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''43 ''En parlant ainsi de Dieu, notre langage s’exprime, certes, de façon humaine, mais il atteint réellement Dieu lui-même, sans pourtant pouvoir l’exprimer dans son infinie simplicité. En effet, il faut se rappeler qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;entre le Créateur et la créature on ne peut marquer tellement de ressemblance que la dissemblance entre eux ne soit pas plus grande encore&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 806), et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous ne pouvons saisir de Dieu ce qu’Il est, mais seulement ce qu’Il n’est pas, et comment les autres êtres se situent par rapport à Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. gent. 1, 30)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== En bref =====&lt;br /&gt;
44 L’homme est par nature et par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l’homme ne vit une vie pleinement humaine que s’il vit librement son lien avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
45 L’homme est fait pour vivre en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand tout entier je serai en Toi, il n’y aura plus jamais de chagrin et d’épreuve&amp;amp;nbsp;; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, conf. 10, 28, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
46 Quand il écoute le message des créatures et la voix de sa conscience, l’homme peut atteindre la certitude de l’existence de Dieu, cause et fin de tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47 L’Église enseigne que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, peut être connu avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière naturelle de la raison humaine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3026).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 Nous pouvons réellement nommer Dieu en partant des multiples perfections des créatures, similitudes du Dieu infiniment parfait, même si notre langage limité n’en épuise pas le mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
49 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36). Voilà pourquoi les croyants se savent pressés par l’amour du Christ d’apporter la lumière du Dieu vivant à ceux qui l’ignorent ou le refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre deuxième : Dieu à la rencontre de l’homme ====&lt;br /&gt;
''50 ''Par la raison naturelle, l’homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses œuvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l’homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l’homme. Il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant qu’Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur de tous les hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : La Révélation de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Dieu révèle son &amp;quot; dessein bienveillant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''51 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''52 ''Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite une lumière inaccessible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 6, 16) veut communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs (cf. Ep 1, 4-5). En se révélant Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L’aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d’eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''53 ''Le dessein divin de la Révélation se réalise à la fois &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par des actions et par des paroles, intimement liées entre elles et s’éclairant mutuellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). Il comporte une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; particulière&amp;amp;nbsp;: Dieu se communique graduellement à l’homme, Il le prépare par étapes à accueillir la Révélation surnaturelle qu’Il fait de lui-même et qui va culminer dans la Personne et la mission du Verbe incarné, Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Irénée de Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l’image de l’accoutumance mutuelle entre Dieu et l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe de Dieu a habité dans l’homme et s’est fait Fils de l’homme pour accoutumer l’homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l’homme, selon le bon plaisir du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 20, 2&amp;amp;nbsp;; cf. par exemple 3, 17, 1&amp;amp;nbsp;; 4, 12, 4&amp;amp;nbsp;; 4, 21, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les étapes de la Révélation =====&lt;br /&gt;
'''Dès l’origine, Dieu se fait connaître'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''54 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui a créé et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même&amp;amp;nbsp;; voulant de plus ouvrir la voie d’un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès l’origine, à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3) Il les a invités à une communion intime avec Lui-même en les revêtant d’une grâce et d’une justice resplendissantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''55 ''Cette Révélation n’a pas été interrompue par le péché de nos premiers parents. Dieu, en effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en les faisant espérer le salut&amp;amp;nbsp;; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort. (...) Tu as multiplié les alliances avec eux (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’alliance avec Noé'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''56 ''Une fois l’unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d’abord à sauver l’humanité en passant par chacune de ses parties. L’alliance avec Noé d’après le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l’Économie divine envers les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire envers les hommes regroupés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 10, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 20-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''57 ''Cet ordre à la fois cosmique, social et religieux de la pluralité des nations (cf. Ac 17, 26-27) est destiné à limiter l’orgueil d’une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel (cf. Gn 11, 4-6). Mais, à cause du péché (cf. Rm 1, 18-25), le polythéisme ainsi que l’idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans cesse d’une perversion païenne cette économie provisoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''58 ''L’alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu’à la proclamation universelle de l’Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tels qu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abel le juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le roi-prêtre Melchisédech (cf. Gn 14, 18), figure du Christ (cf. He 7, 3) ou les justes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Noé, Daniel et Job&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ez 14, 14). Ainsi, l’Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l’alliance de Noé dans l’attente que le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rassemble dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 52) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu élit Abraham'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''59 ''Pour rassembler l’humanité dispersée, Dieu élit Abram en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hors de son pays, de sa parenté et de sa maison&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 1), pour faire de lui Abraham, c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père d’une multitude de nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 17, 5)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toi seront bénies toutes les nations de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 3 LXX&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''60 ''Le peuple issu d’Abraham sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de l’élection (cf. Rm 11, 28), appelé à préparer le rassemblement, un jour, de tous les enfants de Dieu dans l’unité de l’Église (cf. Jn 11, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 16)&amp;amp;nbsp;; il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus croyants (cf. Rm 11, 17-18. 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''61 ''Les patriarches et les prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu forme son peuple Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''62 ''Après les patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l’esclavage de l’Égypte. Il conclut avec lui l’Alliance du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa Loi, pour qu’il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis (cf. DV 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''63 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Israël est le Peuple sacerdotal de Dieu (cf. Ex 19, 6), celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porte le nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 28, 10). C’est le peuple de ceux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI), le peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères aînés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la foi d’Abraham (cf. Jean-Paul II, allocution dans la synagogue de Rome [13 avril 1986], 4).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''64 ''Par les prophètes, Dieu forme son peuple dans l’espérance du salut, dans l’attente d’une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera inscrite dans les cœurs (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; He 10, 16). Les prophètes annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui incluera toutes les nations (cf. Is 49, 5-6&amp;amp;nbsp;; 53, 11). Ce seront surtout les pauvres et les humbles du Seigneur (cf. So 2, 3) qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l’espérance du salut d’Israël. La figure la plus pure en est Marie (cf. Lc 1, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III Le Christ Jésus &amp;quot; Médiateur et Plénitude de toute la Révélation &amp;quot; (DV 2) =====&lt;br /&gt;
'''Dieu a tout dit en son Verbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''65 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là. S. Jean de la Croix, après tant d’autres, l’exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire&amp;amp;nbsp;; car ce qu’Il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il n’y aura plus d’autre Révélation'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''66 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée&amp;amp;nbsp;; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''67 ''Au fil des siècles il y a eu des révélations dites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;améliorer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;compléter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi chrétienne ne peut pas accepter des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement. C’est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''68 Par amour, Dieu s’est révélé et s’est donné à l’homme. Il apporte ainsi une réponse définitive et surabondante aux questions que l’homme se pose sur le sens et le but de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''69 Dieu s’est révélé à l’homme en lui communiquant'' ''graduellement son propre mystère par des actions et par des paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''70 Au delà du témoignage que Dieu donne de Lui-même dans les choses créées, Il s’est manifesté Lui-même à nos premiers parents. Il leur a parlé et, après la chute, leur a promis le salut (cf. Gn 3, 15) et leur a offert son alliance.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''71 Dieu conclut avec Noé une alliance éternelle entre Lui et tous les êtres vivants (cf. Gn 9, 16). Elle durera tant que dure le monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''72 Dieu a élu Abraham et a conclu une alliance avec lui et sa descendance. Il en a formé son peuple auquel il a révélé sa loi par Moïse. Il l’a préparé par les prophètes à accueillir le salut destiné à toute l’humanité. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''73 Dieu s’est révélé pleinement en envoyant son propre Fils en qui Il a établi son Alliance pour toujours. Celui-ci est la Parole définitive du Père, de sorte qu’il n’y aura plus d’autre Révélation après Lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : La transmission de la Révélation divine =====&lt;br /&gt;
''74 ''Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4), c’est-à-dire du Christ Jésus (cf. Jn 14, 6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu’ainsi la Révélation parvienne jusqu’aux extrémités du monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu’elle demeurât toujours en son intégrité et qu’elle fût transmise à toutes les générations (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La Tradition apostolique =====&lt;br /&gt;
''75 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur en qui s’achève toute la Révélation du Dieu très haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédication apostolique...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''76 ''La transmission de l’Évangile, selon l’ordre du Seigneur, s’est faite de deux manières&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Oralement ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par écrit'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... continuée dans la succession apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''77 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils ‘transmirent leur propre charge d’enseignement’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''78 ''Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l’Église qui croit et qui prie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''79 ''Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le rapport entre la Tradition et l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
'''Une source commune...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''80 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elles sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux jaillissent d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9). L’une et l’autre rendent présent et fécond dans l’Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer avec les siens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... deux modes distincts de transmission'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''81 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''La Sainte Écriture'' est la parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ''la sainte Tradition'', elle porte la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''82 ''Il en résulte que l’Église à laquelle est confiée la transmission et l’interprétation de la Révélation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C’est pourquoi l’une et l’autre doivent être reçues et vénérées avec égal sentiment d’amour et de respect&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tradition apostolique et traditions ecclésiales'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''83 ''La Tradition dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l’enseignement et de l’exemple de Jésus et ce qu’ils ont appris par l’Esprit Saint. En effet, la première génération de chrétiens n’avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut en distinguer les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C’est à sa lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées sous la conduite du Magistère de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’interprétation de l’héritage de la foi =====&lt;br /&gt;
'''L’héritage de la foi confié à la totalité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''84 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’héritage sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Tm 6, 20&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 1, 12-14) de la foi (''depositum fidei''), contenu dans la Sainte Tradition et dans l’Écriture Sainte a été confié par les apôtres à l’ensemble de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En s’attachant à lui le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, une singulière unité d’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Magistère de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''85 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10), c’est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l’évêque de Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''86 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourtant, ce Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n’enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''87 ''Les fidèles, se souvenant de la parole du Christ à ses apôtres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous écoute, m’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 10, 16&amp;amp;nbsp;; cf. LG 20), reçoivent avec docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous différentes formes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les dogmes de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''88 ''Le Magistère de l’Église engage pleinement l’autorité reçue du Christ quand il définit des dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou bien quand il propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''89 ''Il existe un lien organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi (cf. Jn 8, 31-32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''90 ''Les liens mutuels et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l’ensemble de la Révélation du mystère du Christ (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3016&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nexus mysteriorum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; LG 25). Il faut, en effet, se rappeler que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la diversité de leurs rapports avec les fondements de la foi chrétienne marque un ordre ou une ‘hiérarchie’ des vérités de la doctrine catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens surnaturel de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''91 ''Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l’onction de l’Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20. 27) et les conduit vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''92 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’ensemble des fidèles (...) ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, ‘des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs’, il apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''93 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du Magistère sacré, (...) le Peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en œuvre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La croissance dans l’intelligence de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''94 ''Grâce à l’assistance du Saint-Esprit, l’intelligence tant des réalités que des paroles de l’héritage de la foi peut croître dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; c’est en particulier &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 62, § 7&amp;amp;nbsp;; cf. 44, § 2&amp;amp;nbsp;; DV 23&amp;amp;nbsp;; 24&amp;amp;nbsp;; UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire le Grand, hom. Ez. 1, 7, 8&amp;amp;nbsp;: PL 76, 843D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''95 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu’aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l’action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
96 Ce que le Christ a confié aux apôtres, ceux-ci l’ont transmis par leur prédication et par écrit, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, à toutes les générations, jusqu’au retour glorieux du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
97 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) en lequel, comme dans un miroir, l’Église pérégrinante contemple Dieu, source de toutes ses richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
98 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans sa doctrine, sa vie et son culte, l’Église perpétue et transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99 Grâce à son sens surnaturel de la foi, le Peuple de Dieu tout entier ne cesse d’accueillir le don de la Révélation divine, de le pénétrer plus profondément et d’en vivre plus pleinement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
100 La charge d’interpréter authentiquement la Parole de Dieu a été confiée au seul Magistère de l’Église, au Pape et aux évêques en communion avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : La Sainte ÉCRITURE =====&lt;br /&gt;
===== I. Le Christ – Parole unique de l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
''101 ''Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''102 ''A travers toutes les paroles de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Rappelez-vous que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n’y a pas besoin de syllabes parce qu’il n’y est pas soumis au temps (S. Augustin, Psal. 103, 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 37, 1378).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''103 ''Pour cette raison, l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ (cf. DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''104 ''Dans l’Écriture Sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24), car en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement&amp;amp;nbsp;: la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Inspiration et vérité de la Sainte Écriture =====&lt;br /&gt;
''105 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''106 Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''107 Les livres inspirés enseignent la vérité. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''108 ''Cependant, la foi chrétienne n’est pas une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;religion du Livre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le christianisme est la religion de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Bernard, hom. miss. 4, 11&amp;amp;nbsp;: ''Opera,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; ed. J. Leclercq-H. Rochais, v. 4 [Romae 1966] p. 57). Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 45).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit Saint, interprète de l’Écriture =====&lt;br /&gt;
''109 ''Dans l’Écriture Sainte, Dieu parle à l’homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l’Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''110 ''Pour découvrir ''l’intention des auteurs sacrés'', il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;genres littéraires&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''111 ''Mais puisque l’Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l’interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l’Écriture demeurerait lettre morte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Concile Vatican II indique ''trois critères'' pour une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée (cf. DV 12, § 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''112 ''1.&amp;amp;nbsp;''Porter une grande attention &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au contenu et à l’unité de toute l’Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24, 25-27. 44-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le cœur (cf. Ps 22, 15) du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le cœur du Christ. Ce cœur était fermé avant la passion car l’Écriture était obscure. Mais l’Écriture a été ouverte après la passion, car ceux qui désormais en ont l’intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (cf. S. Thomas d’A., Psal. 21, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''113 ''2.&amp;amp;nbsp;''Lire ensuite l’Écriture dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tradition vivante de toute l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cœur de l’Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, l’Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c’est l’Esprit Saint qui lui donne l’interprétation spirituelle de l’Écriture (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;... selon le sens spirituel dont l’Esprit gratifie l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Origène, hom. in Lev. 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''114 ''3.&amp;amp;nbsp;''Être attentif &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'' (cf. Rm 12, 6). Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sens de l’Écriture'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''115 ''Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux ''sens'' de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''116 ''Le ''sens littéral. ''C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 10, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''117 ''Le ''sens spirituel. ''Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Le sens ''allégorique. ''Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ&amp;amp;nbsp;; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le sens ''moral''. Les événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre instruction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 10, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 3 – 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le sens ''anagogique''. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec&amp;amp;nbsp;: ''anagoge'') vers notre Patrie. Ainsi, l’Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 – 22, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;118 Un distique médiéval résume la signification des quatre sens&amp;amp;nbsp;: Le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire, le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie vers quoi il faut tendre (Augustin de Dace, Rotulus pugillaris, I&amp;amp;nbsp;: ed. A. Walz, Angelicum 6 [1929] 256).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''119 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l’interpréter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne croirais pas à l’Evangile, si l’autorité de l’Eglise catholique ne m’y poussait (S. Augustin, fund. 5, 6&amp;amp;nbsp;: PL 42, 176).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le Canon des Écritures =====&lt;br /&gt;
''120 ''C’est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l’Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres Saints (cf. DV 8, 3). Cette liste intégrale est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Canon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des Écritures. Elle comporte pour l’Ancien Testament 46 (45, si l’on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau (cf. DS 179&amp;amp;nbsp;; 1334-1336&amp;amp;nbsp;; 1501-1504)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, Esdras et Néhémie, Tobie, Judith, Esther, les deux livres des Maccabées, Job, les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie, les Lamentations, Baruch, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Agée, Zacharie, Malachie pour l’Ancien Testament&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, les Actes des Apôtres, les Épîtres de S. Paul aux Romains, la première et la deuxième aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, la première et la deuxième aux Thessaloniciens, la première et la deuxième à Timothée, à Tite, à Philémon, l’Épître aux Hébreux, l’Épître de Jacques, la première et la deuxième de Pierre, les trois Épîtres de Jean, l’Épître de Jude et l’Apocalypse pour le Nouveau Testament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Ancien Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''121 ''L’Ancien Testament est une partie inamissible de l’Écriture Sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente (cf. DV 14) car l’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''122 ''En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Économie de l’Ancien Testament avait pour principale raison d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du provisoire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, les livres de l’Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l’amour salvifique de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d’admirables trésors de prière&amp;amp;nbsp;; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''123 ''Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L’Église a toujours vigoureusement repoussé l’idée de rejeter l’Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l’aurait rendu caduc (Marcionisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''124 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Parole de Dieu qui est une force divine pour le salut de tout croyant, se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 17). Ces écrits nous livrent la vérité définitive de la Révélation divine. Leur objet central est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l’action de l’Esprit Saint (cf. DV 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''125 ''Les ''Évangiles'' sont le cœur de toutes les Écritures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l’enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''126 ''Dans la formation des Évangiles on peut distinguer trois étapes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''La vie et l’enseignement de Jésus''. L’Église tient fermement que les quatre Évangiles, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dont elle affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La tradition orale. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par l’Esprit de vérité, jouissaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Les Évangiles écrits.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''127 ''L’Évangile quadriforme occupe dans l’Église une place unique, témoins la vénération dont l’entoure la liturgie et l’attrait incomparable qu’il a exercé de tout temps sur les saints&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il n’y a aucune doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de l’Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes (Ste Césarie la Jeune, Rich.&amp;amp;nbsp;: SC 345, 480).&amp;lt;br/&amp;gt; C’est par-dessus tout l’''Évangile'' qui m’entretient pendant mes oraisons&amp;amp;nbsp;; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''128 ''L’Église, déjà aux temps apostoliques (cf. 1 Co 10, 6. 11&amp;amp;nbsp;; He 10, 1&amp;amp;nbsp;; 1 P 3, 21), et puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l’unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la ''typologie''. Celle-ci discerne dans les œuvres de Dieu dans l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''129 ''Les chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Cette lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l’Ancien Testament. Elle ne doit pas faire oublier qu’il garde sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). Par ailleurs, le Nouveau Testament demande d’être lu aussi à la lumière de l’Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (cf. 1 Co 5, 6-8&amp;amp;nbsp;; 10, 1-11). Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, alors que l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Nouveau se cache dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Hept. 2, 73&amp;amp;nbsp;: PL 34, 623&amp;amp;nbsp;; cf. DV 16). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''130 ''La typologie signifie le dynamisme vers l’accomplissement du plan divin quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28). Aussi la vocation des patriarches et l’Exode de l’Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur propre dans le plan de Dieu, du fait qu’ils en sont en même temps des étapes intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. La Sainte Écriture dans la vie de l’Église =====&lt;br /&gt;
''131 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21). Il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''132 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que l’étude de la Sainte Écriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l’instruction chrétienne, où l’homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l’Écriture, une saine nourriture et une saine vigueur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''133 ''L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (...) à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, ‘la science éminente de Jésus-Christ’ (Ph 3, 8). ‘En effet, ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ’ (S. Jérôme, Is. prol.&amp;amp;nbsp;: PL 24, 17B)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134 Toute l’Écriture divine n’est qu’un seul livre, et ce seul livre c’est le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car toute l’Écriture divine parle du Christ, et toute l’Écriture divine s’accomplit dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hugues de Saint Victor, De arca Noe 2, 8&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642&amp;amp;nbsp;; cf. ibid. 2, 9&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642-643: PL 176, 642C). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et, puisqu’elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
136 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte en inspirant ses auteurs humains&amp;amp;nbsp;; Il agit en eux et par eux. Il donne ainsi l’assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire (cf. DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
137 L’interprétation des Écritures inspirées doit être avant tout attentive à ce que Dieu veut révéler par les auteurs sacrés pour notre salut. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui vient de l’Esprit, n’est pleinement entendu que par l’action de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Origène, hom. in Ex. 4, 5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
138 L’Église reçoit et vénère comme inspirés les 46 livres de l’Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139 Les quatre Évangiles tiennent une place centrale puisque le Christ Jésus en est le centre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
140 L’unité des deux Testaments découle de l’unité du dessein de Dieu et de sa Révélation.. L’Ancien Testament prépare le Nouveau, alors que celui-ci accomplit l’Ancien&amp;amp;nbsp;; les deux s’éclairent mutuellement&amp;amp;nbsp;; les deux sont vraie Parole de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a fait pour le Corps même du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21)&amp;amp;nbsp;: ces deux nourrissent et régissent toute la vie chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 105&amp;amp;nbsp;; cf. Is 50, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : La réponse de l’homme à Dieu ====&lt;br /&gt;
''142 Par sa révélation'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible s’adresse aux hommes comme à ses amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). La réponse adéquate à cette invitation est la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''143 Par la foi ''l’homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l’homme donne son assentiment à Dieu révélateur (cf. DV 5). L’Écriture Sainte appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette réponse de l’homme au Dieu qui révèle (cf. Rm 1, 5&amp;amp;nbsp;; 16, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : Je crois =====&lt;br /&gt;
===== I. L’obéissance de la foi =====&lt;br /&gt;
''144 ''Obéir (''ob-audire'') dans la foi, c’est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même. De cette obéissance, Abraham est le modèle que nous propose l’Écriture Sainte. La Vierge Marie en est la réalisation la plus parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Abraham – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''145 ''L’Épître aux Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement sur la foi d’Abraham&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, Abraham ''obéit'' à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 8&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 12, 1-4). Par la foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans la Terre promise (cf. Gn 23, 4). Par la foi, Sara reçut de concevoir le fils de la promesse. Par la foi enfin, Abraham offrit son fils unique en sacrifice (cf. He 11, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''146 ''Abraham réalise ainsi la définition de la foi donnée par l’épître aux Hébreux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fut compté comme justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 3&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 6). Grâce à cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;foi puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 20), Abraham est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous ceux qui croiraient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 11. 18&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''147 ''De cette foi, l’Ancien Testament est riche en témoignages. L’Épître aux Hébreux proclame l’éloge de la foi exemplaire des anciens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui leur a valu un bon témoignage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 2. 39). Pourtant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la grâce de croire en son Fils Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef de notre foi, qui la mène à la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 40&amp;amp;nbsp;; 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''148 ''La Vierge Marie réalise de la façon la plus parfaite l’obéissance de la foi. Dans la foi, Marie accueillit l’annonce et la promesse apportées par l’ange Gabriel, croyant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14), et donnant son assentiment&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38). Élisabeth la salua&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 45). C’est pour cette foi que toutes les générations la proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''149 ''Pendant toute sa vie, et jusqu’à sa dernière épreuve (cf. Lc 2, 35), lorsque Jésus, son fils, mourut sur la croix, sa foi n’a pas vacillé. Marie n’a pas cessé de croire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en l’accomplissement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la parole de Dieu. Aussi bien, l’Église vénère-t-elle en Marie la réalisation la plus pure de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Je sais en qui j’ai mis ma foi &amp;quot; (2 Tm 1, 12) =====&lt;br /&gt;
'''Croire en Dieu seul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''150 ''La foi est d’abord une ''adhésion personnelle'' de l’homme ''à Dieu''&amp;amp;nbsp;; elle est en même temps, et inséparablement, ''l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé''. En tant qu’adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la vérité qu’il a révélé, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu’Il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une créature (cf. Jr 17, 5-6&amp;amp;nbsp;; Ps 40, 5&amp;amp;nbsp;; 146, 3-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en Jésus-Christ, le Fils de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''151 ''Pour le chrétien, croire en Dieu, c’est inséparablement croire en Celui qu’Il a envoyé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;son Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en qui Il a mis toute sa complaisance (cf. Mc 1, 11)&amp;amp;nbsp;; Dieu nous a dit de L’écouter (cf. Mc 9, 7). Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croyez en Dieu, croyez aussi en moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 1). Nous pouvons croire en Jésus-Christ parce qu’Il est Lui-même Dieu, le Verbe fait chair&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul n’a jamais vu Dieu&amp;amp;nbsp;; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, L’a fait connaître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 18). Parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a vu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 46), Il est seul à Le connaître et à pouvoir Le révéler (cf. Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''152 ''On ne peut pas croire en Jésus-Christ sans avoir part à son Esprit. C’est l’Esprit Saint qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul ne peut dire&amp;amp;nbsp;: ‘Jésus est Seigneur’, que sous l’action de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu (...) Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 10-11). Dieu seul connaît Dieu tout entier. Nous croyons ''en'' l’Esprit Saint parce qu’il est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église ne cesse de confesser sa foi en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Les caractéristiques de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La foi est une grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''153 ''Lorsque S. Pierre confesse que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare que cette révélation ne lui est pas venue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 1, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 25). La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour prêter cette foi, l’homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne ‘à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un acte humain'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''154 ''Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme de faire confiance à Dieu et d’adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations humaines il n’est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que d’autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de faire confiance à leurs promesses (comme, par exemple, lorsqu’un homme et une femme se marient), pour entrer ainsi en communion mutuelle. Dès lors, il est encore moins contraire à notre dignité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui révèle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008) et d’entrer ainsi en communion intime avec Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''155 ''Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 2, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi et l’intelligence'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''156 ''Le ''motif'' de croire n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Néanmoins, pour que l’hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., DS 3009). C’est ainsi que les miracles du Christ et des saints (cf. Mc 16, 20&amp;amp;nbsp;; He 2, 4), les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;motifs de crédibilité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui montrent que l’assentiment de la foi n’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nullement un mouvement aveugle de l’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008-3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''157 ''La foi est ''certaine, ''plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu’elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. Certes, les vérités révélées peuvent paraître obscures à la raison et à l’expérience humaines, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 171, 5, obj. 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dix mille difficultés ne font pas un seul doute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Newman, apol.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''158 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi ''cherche à comprendre''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Anselme, prosl. proœm.&amp;amp;nbsp;: PL 153, 225A)&amp;amp;nbsp;: il est inhérent à la foi que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu’Il a révélé&amp;amp;nbsp;; une connaissance plus pénétrante appellera à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d’amour. La grâce de la foi ouvre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les yeux du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 18) pour une intelligence vive des contenus de la Révélation, c’est-à-dire de l’ensemble du dessein de Dieu et des mystères de la foi, de leur lien entre eux et avec le Christ, centre du mystère révélé. Or, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre toujours plus profonde l’intelligence de la Révélation, l’Esprit Saint ne cesse, par ses dons, de rendre la foi plus parfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5). Ainsi, selon l’adage de S. Augustin (serm. 43, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 258), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;je crois pour comprendre et je comprends pour mieux croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''159 Foi et science. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3017). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi&amp;amp;nbsp;: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s’efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La liberté de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''160 ''Pour être humaine, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réponse de la foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire&amp;amp;nbsp;; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi. Par sa nature même, en effet, l’acte de foi a un caractère volontaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 10&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 748, § 2). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, certes, appelle l’homme à le servir en esprit et vérité&amp;amp;nbsp;; si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas. (...) Cela est apparu au plus haut point dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11). En effet, le Christ a invité à la foi et à la conversion, il n’y a nullement contraint. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume (...) s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La nécessité de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''161 ''Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut (cf. Mc 16, 16&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 36&amp;amp;nbsp;; 6, 40 e.a.). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parce que ‘sans la foi (...) il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) et d’arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu’il n’ait ‘persévéré en elle jusqu’à la fin’ (Mt 10, 22&amp;amp;nbsp;; 24, 13), n’obtiendra la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3012&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1532).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La persévérance dans la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''162 ''La foi est un don gratuit que Dieu fait à l’homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre&amp;amp;nbsp;; S. Paul en avertit Timothée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience&amp;amp;nbsp;; pour s’en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre, croître et persévérer jusqu’à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; nous devons implorer le Seigneur de l’augmenter (cf. Mc 9, 24&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 5&amp;amp;nbsp;; 22, 32)&amp;amp;nbsp;; elle doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;agir par la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 6&amp;amp;nbsp;; cf. Jc 2, 14-26), être portée par l’espérance (cf. Rm 15, 13) et être enracinée dans la foi de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi – commencement de la vie éternelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''163 ''La foi nous fait goûter comme à l’avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tandis que dès maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un miroir, c’est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre foi nous assure qu’un jour nous en jouirons (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132&amp;amp;nbsp;; cf. S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''164 ''Maintenant, cependant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme dans un miroir, d’une manière confuse, (...), imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12). Lumineuse par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l’obscurité. La foi peut être mise à l’épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure&amp;amp;nbsp;; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle, elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''165 ''C’est alors que nous devons nous tourner vers les ''témoins de la foi''&amp;amp;nbsp;: Abraham, qui crut, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;espérant contre toute espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 18)&amp;amp;nbsp;; la Vierge Marie qui, dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 58), est allée jusque dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nuit de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 18) en communiant à la souffrance de son Fils et à la nuit de son tombeau&amp;amp;nbsp;; et tant d’autres témoins de la foi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enveloppés d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 12, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : Nous croyons =====&lt;br /&gt;
''166 ''La foi est un acte personnel&amp;amp;nbsp;: la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''167 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole des Apôtres)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople, dans l’original grec)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église confessée par les évêques assemblés en Concile ou, plus généralement, par l’assemblée liturgique des croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: c’est aussi l’Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Regarde, Seigneur, la foi de ton Église &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''168 ''C’est d’abord l’Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C’est d’abord l’Église qui, partout, confesse le Seigneur (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est toi que par tout l’univers la Sainte Église proclame son Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chantons-nous dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Te Deum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est par l’Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. Dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rituale Romanum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le ministre du baptême demande au catéchumène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que demandes-tu à l’Église de Dieu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Et la réponse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que te donne la foi&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OICA 75 et 247).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''169 ''Le salut vient de Dieu seul&amp;amp;nbsp;; mais parce que nous recevons la vie de la foi à travers l’Église, celle-ci est notre mère&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons l’Église comme la mère de notre nouvelle naissance, et non pas en l’Église comme si elle était l’auteur de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Faustus de Riez, Spir. 1, 2&amp;amp;nbsp;: CSEL 21, 104). Parce qu’elle est notre mère, elle est aussi l’éducatrice de notre foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le langage de la foi =====&lt;br /&gt;
''170 ''Nous ne croyons pas en des formules, mais dans les réalités qu’elles expriment et que la foi nous permet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toucher&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’acte (de foi) du croyant ne s’arrête pas à l’énoncé, mais à la réalité (énoncée)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 1, 2, ad 2). Cependant, ces réalités, nous les approchons à l’aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d’exprimer et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l’assimiler et d’en vivre de plus en plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''171 ''L’Église qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la colonne et le soutien de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 15), garde fidèlement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jude 3). C’est elle qui garde la mémoire des Paroles du Christ, c’est elle qui transmet de génération en génération la confession de foi des apôtres. Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là même à comprendre et à communiquer, l’Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l’intelligence et la vie de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Une seule foi =====&lt;br /&gt;
''172 ''Depuis des siècles, à travers tant de langues, cultures, peuples et nations, l’Église ne cesse de confesser sa foi unique, reçue d’un seul Seigneur, transmise par un seul baptême, enracinée dans la conviction que tous les hommes n’ont qu’un seul Dieu et Père (cf. Ep 4, 4-6). S. Irénée de Lyon, témoin de cette foi, déclare&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''173 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, l’Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu’aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (...) garde [cette prédication et cette foi] avec soin, comme n’habitant qu’une seule maison, elle y croit d’une manière identique, comme n’ayant qu’une seule âme et qu’un seul cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d’une voix unanime, comme ne possédant qu’une seule bouche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (hær. 1, 10, 1-2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''174 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique. Et ni les Églises établies en Germanie n’ont d’autre foi ou d’autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l’Orient, de l’Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid. 1, 10, 1-2) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le message de l’Église est donc véridique et solide, puisque c’est chez elle qu’un seul chemin de salut apparaît à travers le monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 5, 20, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''175 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette foi que nous avons reçue de l’Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l’action de l’Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''176 La foi est une adhésion personnelle de l’homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une adhésion de l’intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par ses actions et ses paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''177 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a donc une double référence&amp;amp;nbsp;: à la personne et à la vérité&amp;amp;nbsp;; à la vérité par confiance en la personne qui l’atteste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''178 Nous ne devons croire en nul autre que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''179 La foi est un don surnaturel de Dieu. Pour croire, l’homme a besoin des secours intérieurs du Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''180 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte humain, conscient et libre, qui correspond à la dignité de la personne humaine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''181 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte ecclésial. La foi de l’Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L’Église est la mère de tous les croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n’a pas l’Église pour mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Cyprien, unit. eccl.&amp;amp;nbsp;: PL 4, 503A).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''182 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 20).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''183 La foi est nécessaire au salut. Le Seigneur lui-même l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;; celui qui ne croira pas, sera condamné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 16).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''184 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est un avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., comp. 1, 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Credo ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Symbole des Apôtres (DS 30)&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Credo de Nicée-Constantinople (DS 150)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en Dieu,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de l’univers visible et invisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Et en Jésus-Christ, son Fils unique&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| notre Seigneur,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Fils unique de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| né du Père avant tous les siècles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est Dieu, né de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Lumière, né de la Lumière,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| vrai Dieu, né du vrai Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| engendré, non pas créé,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de même nature que le Père,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et par Lui tout a été fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Pour nous les hommes, et pour notre salut,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui a été conçu du Saint-Esprit,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| par l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est né de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il a pris chair de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et S’est fait homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a souffert sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a été crucifié, est mort&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et a été enseveli,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est descendu aux enfers.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Le troisième jour est ressuscité des morts,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II ressuscita le troisième jour,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| conformément aux Ecritures,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est monté aux cieux,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et Il monta au ciel;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est assis à la droite de Dieu le Père&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est assis à la droite du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| d’où Il viendra juger les vivants et les morts.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reviendra dans la gloire,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour juger les vivants et les morts;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et son règne n’aura pas de fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui est Seigneur et qui donne la vie;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il procède du Père et du Fils;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| avec le Père et le Fils,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reçoit même adoration et même gloire;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II a parlé par les prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la sainte Eglise catholique,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Eglise,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la communion des saints,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| une, sainte, catholique et apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je reconnais un seul baptême&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la rémission des péchés,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour le pardon des péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la résurrection de la chair,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| J’attends la résurrection des morts,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la vie éternelle,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et la vie du monde à venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
=== Deuxième section : La profession de la foi chrétienne ===&lt;br /&gt;
'''Les symboles de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''185 ''Qui dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’adhère à ce que ''nous'' croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La communion dans la foi a besoin d’un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant dans la même confession de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''186 ''Dès l’origine, l’Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 3-5&amp;amp;nbsp;; etc.). Mais très tôt déjà, l’Église a aussi voulu recueillir l’essentiel de sa foi en des résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette synthèse de la foi n’a pas été faite selon les opinions humaines&amp;amp;nbsp;; mais de toute l’Écriture a été recueilli ce qu’il y a de plus important, pour donner au complet l’unique enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12&amp;amp;nbsp;: PG 33, 521-524).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''187 ''On appelle ces synthèses de la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;professions de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en raison de ce qui en est normalement la première parole&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On les appelle également &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Symboles de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''188 ''Le mot grec ''symbolon'' signifiait la moitié d’un objet brisé (par exemple un sceau) que l’on présentait comme un signe de reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier l’identité du porteur. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. ''Symbolon'' signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le recueil des principales vérités de la foi. D’où le fait qu’il sert de point de référence premier et fondamental de la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''189 ''La première &amp;quot;&amp;amp;nbsp;profession de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se fait lors du Baptême. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est d’abord le symbole ''baptismal''. Puisque le Baptême est donné &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19), les vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''190 ''Le Symbole est donc divisé en trois parties&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’abord il est question de la première Personne divine et de l’œuvre admirable de la création&amp;amp;nbsp;; ensuite, de la seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes&amp;amp;nbsp;; enfin de la troisième Personne divine, source et principe de notre sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les trois chapitres de notre sceau (baptismal)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 100).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''191 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D’après une comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons ''articles.'' De même, en effet, que dans nos membres, il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison le nom d’articles aux vérités que nous devons croire en particulier et d’une manière distincte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 4). Selon une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi coutume de compter ''douze'' articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres l’ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''192 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins des différentes époques, les professions ou symboles de la foi&amp;amp;nbsp;: les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS 1-64), le Symbole &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit de S. Athanase (cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède&amp;amp;nbsp;: DS 525-541&amp;amp;nbsp;; Latran&amp;amp;nbsp;: DS 800-802&amp;amp;nbsp;; Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 851-861&amp;amp;nbsp;; Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fides Damasi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 71-72) ou le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [SPF] de Paul VI (1968).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''193 ''Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l’Église ne peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à atteindre et à approfondir aujourd’hui la foi de toujours à travers les divers résumés qui en ont été faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute particulière dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''194 ''Le ''Symbole des apôtres'', appelé ainsi parce qu’il est considéré à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l’ancien symbole baptismal de l’Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est le symbole que garde l’Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, symb. 7&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''195 ''Le ''Symbole dit de Nicée-Constantinople'' tient sa grande autorité du fait qu’il est issu des deux premiers Conciles œcuméniques (325 et 381). Il demeure commun, aujourd’hui encore, à toutes les grandes Églises de l’Orient et de l’Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''196 ''Notre exposé de la foi suivra le ''Symbole des apôtres'' qui constitue, pour ainsi dire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le plus ancien catéchisme romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’exposé sera cependant complété par des références constantes au ''Symbole de Nicée-Constantinople'', souvent plus explicite et plus détaillé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''197 ''Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la règle de doctrine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 17), accueillons le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo, c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, c’est entrer aussi en communion avec l’Église toute entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre cœur et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de notre âme (S. Ambroise, symb. 1&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1155C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : Je crois en Dieu le Père ====&lt;br /&gt;
''198 ''Notre profession de foi commence par ''Dieu,'' car Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier et Le dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 44, 6), le Commencement et la Fin de tout. Le Credo commence par Dieu ''le Père'', parce que le Père est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;; notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce que la création est le commencement et le fondement de toutes les œuvres de Dieu .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : &amp;quot; Je crois en Dieu le Père Tout-puissant Créateur du ciel et de la terre &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Je crois en Dieu =====&lt;br /&gt;
''199 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est révélé progressivement aux hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles font d’abord profession de croire en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Je crois en un seul Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''200 ''C’est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople. La confession de l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation Divine dans l’Ancienne Alliance, est inséparable de celle de l’existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique&amp;amp;nbsp;: il n’y a qu’un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi chrétienne confesse qu’il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''201 ''A Israël, son élu, Dieu S’est révélé comme l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4-5). Par les prophètes, Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui, l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre (...). Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera toute langue en disant&amp;amp;nbsp;: en Dieu seul sont la justice et la force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 22-24&amp;amp;nbsp;; cf. Ph 2, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''202 ''Jésus Lui-même confirme que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’il faut L’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 29-30). Il laisse en même temps entendre qu’Il est Lui-même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 35-37). Confesser que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le propre de la foi chrétienne. Cela n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique. Croire en l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est Seigneur et qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; n’introduit aucune division dans le Dieu unique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous croyons fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint Esprit&amp;amp;nbsp;: Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Dieu révèle son nom =====&lt;br /&gt;
''203 ''A son peuple Israël Dieu s’est révélé en lui faisant connaître son nom. Le nom exprime l’essence, l’identité de la personne et le sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n’est pas une force anonyme. Livrer son nom, c’est se faire connaître aux autres&amp;amp;nbsp;; c’est en quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être connu plus intimement et d’être appelé, personnellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''204 ''Dieu s’est révélé progressivement et sous divers noms à son peuple, mais c’est la révélation du nom divin faite à Moïse dans la théophanie du buisson ardent, au seuil de l’Exode et de l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Dieu vivant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''205 ''Dieu appelle Moïse du milieu d’un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses&amp;amp;nbsp;; Il vient pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute Puissance en œuvre pour ce dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis Celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Moïse dit à Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis&amp;amp;nbsp;: ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous’. Mais s’ils me disent&amp;amp;nbsp;: ‘quel est son nom&amp;amp;nbsp;?’, que leur dirai-je&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Et il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici ce que tu diras aux Israélites&amp;amp;nbsp;: ‘Je suis’ m’a envoyé vers vous. (...) C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 13-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''206 ''En révélant Son nom mystérieux de YHWH, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis qui Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Dieu dit Qui Il est et de quel nom on doit L’appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime le mieux Dieu comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre ou dire&amp;amp;nbsp;: Il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu caché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu qui Se fait proche des hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''207 ''En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui est de toujours et pour toujours, valable pour le passé (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3, 6), comme pour l’avenir&amp;amp;nbsp;: (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai avec toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3,12). Dieu qui révèle son nom comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se révèle comme le Dieu qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''208 ''Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu, l’homme découvre sa petitesse. Devant le buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se voile le visage (cf. Ex 3, 5-6) face à la Sainteté Divine. Devant la gloire du Dieu trois fois saint, Isaïe s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Malheur à moi, je suis perdu&amp;amp;nbsp;! Car je suis un homme aux lèvres impures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 6, 5). Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 8). Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l’homme qui se découvre pécheur devant lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère (...) car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Os 10, 9). L’apôtre Jean dira de même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devant Lui nous apaiseront notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur, et Il connaît tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''209 ''Par respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne prononce pas le nom de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé est remplacé par le titre divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Adonaï'', en grec ''Kyrios''). C’est sous ce titre que sera acclamée la Divinité de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de tendresse et de pitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''210 ''Après le péché d’Israël, qui s’est détourné de Dieu pour adorer le veau d’or (cf. Ex 32), Dieu &amp;lt;nowiki&amp;gt;écoute l’intercession de Moïse et accepte de marcher au milieu d’un peuple infidèle, manifestant ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande de voir Sa gloire, Dieu répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ferai passer devant toi toute ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 5-6). Moïse confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''211 ''Le nom divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché des hommes et du châtiment qu’il mérite, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garde sa grâce à des milliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 7). Dieu révèle qu’Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en miséricorde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 4) en allant jusqu’à donner son propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera qu’Il porte Lui-même le nom divin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je suis’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu seul EST'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''212 ''Au cours des siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est unique, hormis Lui pas de dieux (cf. Is 44, 6). Il transcende le monde et l’histoire. C’est Lui qui a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Eux périssent, Toi tu restes&amp;amp;nbsp;; tous, comme un vêtement ils s’usent (...) mais Toi, le même, sans fin sont tes années&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 102, 27-28). En Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 1, 17). Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi qu’Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''213 ''La révélation du nom ineffable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; contient donc la vérité que Dieu seul EST. C’est en ce sens que déjà la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l’Église, ont compris le nom divin&amp;amp;nbsp;: Dieu est la plénitude de l’Être et de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même et Il est de Lui-même tout ce qu’Il est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Dieu , &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, est Vérité et Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''214 ''Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, s’est révélé à Israël comme Celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses du nom divin. Dans toutes ses œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa bonté, sa grâce, son amour&amp;amp;nbsp;; mais aussi sa fiabilité, sa constance, sa fidélité, sa vérité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 138, 2&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 85, 11). Il est la Vérité, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 1, 5)&amp;amp;nbsp;; Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, comme l’apôtre Jean l’enseigne (1 Jn 4, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Vérité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''215 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vérité, le principe de ta parole&amp;amp;nbsp;! Pour l’éternité, tes justes jugements&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 160). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Seigneur Dieu, c’est Toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 S 7, 28)&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi les promesses de Dieu se réalisent toujours (cf. Dt 7, 9). Dieu est la Vérité même, ses paroles ne peuvent tromper. C’est pourquoi on peut se livrer en toute confiance à la vérité et à la fidélité de sa parole en toutes choses. Le commencement du péché et de la chute de l’homme fut un mensonge du tentateur qui induit à douter de la parole de Dieu, de sa bienveillance et de sa fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''216 ''La vérité de Dieu est sa sagesse qui commande tout l’ordre de la création et du gouvernement du monde (cf. Sg 13, 1-9). Dieu qui, seul, a créé le ciel et la terre (cf. Ps 115, 15), peut seul donner la connaissance véritable de toute chose créée dans sa relation à Lui (cf. Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''217 ''Dieu est vrai aussi quand Il se révèle&amp;amp;nbsp;: l’enseignement qui vient de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une doctrine de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ml 2, 6). Quand Il enverra son Fils dans le monde ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour rendre témoignage à la Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 37)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''218 ''Au cours de son histoire, Israël a pu découvrir que Dieu n’avait qu’une raison de s’être révélé à lui et de l’avoir choisi parmi tous les peuples pour être à lui&amp;amp;nbsp;: son amour gratuit (cf. Dt 4, 37&amp;amp;nbsp;; 7, 8&amp;amp;nbsp;; 10, 15). Et Israël de comprendre, grâce à ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a cessé de le sauver (cf. Is 43, 1-7) et de lui pardonner son infidélité et ses péchés (cf. Os 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''219 ''L’amour de Dieu pour Israël est comparé à l’amour d’un père pour son fils (Os 11, 1). Cet amour est plus fort que l’amour d’une mère pour ses enfants (cf. Is 49, 14-15). Dieu aime son Peuple plus qu’un époux sa bien-aimée (cf. Is 62, 4-5)&amp;amp;nbsp;; cet amour sera vainqueur même des pires infidélités (cf. Ez 16&amp;amp;nbsp;; Os 11)&amp;amp;nbsp;; il ira jusqu’au don le plus précieux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''220 ''L’amour de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 8)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler, mais mon amour pour toi ne s’en ira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’un amour éternel, je t’ai aimé&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi je t’ai conservé ma faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''221 ''S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16)&amp;amp;nbsp;: l’Être même de Dieu est Amour. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co 2, 7-16&amp;amp;nbsp;; Ep 3, 9-12)&amp;amp;nbsp;: Il est Lui-même éternellement échange d’amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. La portée de la foi en Dieu Unique =====&lt;br /&gt;
''222 ''Croire en Dieu, l’Unique, et L’aimer de tout son être a des conséquences immenses pour toute notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''223 C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse notre science&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 36, 26). C’est pour cela que Dieu doit être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier servi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ste Jeanne d’Arc, dictum).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''224 C’est vivre en action de grâce&amp;amp;nbsp;:'' si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons vient de Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’as-tu que tu n’aies reçu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’Il m’a fait&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 116, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''225 C’est connaître l’unité et la vraie dignité de tous les hommes''&amp;amp;nbsp;: tous, ils sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image et à la ressemblance de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''226 C’est bien user des choses créées&amp;amp;nbsp;: ''la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher dans la mesure où cela nous détourne de Lui (cf. Mt 5, 29-30&amp;amp;nbsp;; 16, 24&amp;amp;nbsp;; 19, 23-24)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi (S. Nicolas de Flüe, prière).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''227 C’est faire confiance à Dieu en toute circonstance,'' même dans l’adversité. Une prière de Ste. Thérèse de Jésus l’exprime admirablement&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie&amp;lt;br/&amp;gt; Tout passe / Dieu ne change pas&amp;lt;br/&amp;gt; La patience obtient tout / Celui qui a Dieu&amp;lt;br/&amp;gt; Ne manque de rien / Dieu seul suffit.&amp;lt;br/&amp;gt; (Poes. 9)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
228 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4&amp;amp;nbsp;; Mc 12, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut nécessairement que l’Être suprême soit unique, c’est-à-dire sans égal. (...) Si Dieu n’est pas unique, il n’est pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, Marc. 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229 La foi en Dieu nous amène à nous tourner vers Lui seul comme vers notre première origine et notre fin ultime, et ne rien Lui préférer ou Lui substituer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''230 Dieu, en se révélant, demeure mystère ineffable&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 52, 6, 16&amp;amp;nbsp;'': PL 38, 360'').''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''231 Le Dieu de notre foi s’est révélé comme ''Celui qui est&amp;amp;nbsp;; ''Il s’est fait connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Son Être même est Vérité et Amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2 : Le Père =====&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''232 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la triple interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Césaire d’Arles, symb.&amp;amp;nbsp;: CCL 103, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''233 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Père et du Fils et du Saint-Esprit et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aux noms&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552&amp;amp;nbsp;: DS 415) car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: la Très Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''234 ''Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi&amp;amp;nbsp;; il est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hiérarchie des vérités de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 43). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute l’histoire du salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''235 ''Dans ce paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé le mystère de la Bienheureuse Trinité (I), comment l’Église a formulé la doctrine de la foi sur ce mystère (II), et enfin, comment, par les missions divines du Fils et de l’Esprit Saint, Dieu le Père réalise son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de création, de rédemption et de sanctification (III).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''236 ''Les Pères de l’Église distinguent entre la ''Theologia'' et l’''Oikonomia'', désignant par le premier terme le mystère de la vie intime du Dieu-Trinité, par le second toutes les œuvres de Dieu par lesquelles Il Se révèle et communique Sa vie. C’est par l’''Oikonomia'' que nous est révélée la ''Theologia''&amp;amp;nbsp;; mais inversement, c’est la ''Theologia'' qui éclaire toute l’''Oikonomia''. Les œuvres de Dieu révèlent qui Il est en Lui-même&amp;amp;nbsp;; et inversement, le mystère de Son Être intime illumine l’intelligence de toutes Ses œuvres. Il en est ainsi, analogiquement, entre les personnes humaines. La personne se montre dans son agir, et mieux nous connaissons une personne, mieux nous comprenons son agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''237 ''La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Dieu certes a laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu et la mission du Saint Esprit .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La révélation de Dieu comme Trinité =====&lt;br /&gt;
'''Le Père révélé par le Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''238 ''L’invocation de Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est connue dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père des dieux et des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. En Israël, Dieu est appelé Père en tant que Créateur du monde (cf. Dt 32, 6&amp;amp;nbsp;; Ml 2, 10). Dieu est Père plus encore en raison de l’alliance et du don de la Loi à Israël son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils premier-né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 4, 22). Il est aussi appelé Père du roi d’Israël (cf. 2 S 7, 14). Il est tout spécialement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Père des pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de l’orphelin et de la veuve qui sont sous sa protection aimante (cf. Ps 68, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''239 ''En désignant Dieu du nom de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le langage de la foi indique principalement deux aspects&amp;amp;nbsp;: que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 131, 2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14&amp;amp;nbsp;; Is 49, 15)&amp;amp;nbsp;: Personne n’est père comme l’est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''240 ''Jésus a révélé que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans un sens inouï&amp;amp;nbsp;: Il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, Il est éternellement Père en relation à son Fils unique, qui éternellement n’est Fils qu’en relation au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le révéler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''241 ''C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''242 ''A leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé en 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consubstantiel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa formulation du Credo de Nicée et a confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Père et le Fils révélés par l’Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''243 ''Avant sa Pâque, Jésus annonce l’envoi d’un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;autre Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Défenseur), l’Esprit Saint. A l’œuvre depuis la création (cf. Gn 1, 2), ayant jadis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des disciples et en eux (cf. Jn 14, 17), pour les enseigner (cf. Jn 14, 26) et les conduire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vers la vérité tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). L’Esprit Saint est ainsi révélé comme une autre personne divine par rapport à Jésus et au Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''244 ''L’origine éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission temporelle. L’Esprit Saint est envoyé aux apôtres et à l’Église aussi bien par le Père au nom du Fils, que par le Fils en personne, une fois retourné auprès du Père (cf. Jn 14, 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 14). L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de Jésus (cf. Jn 7, 39) révèle en plénitude le mystère de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''245 ''La foi apostolique concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième Concile œcuménique en 381 à Constantinople&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons dans l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie&amp;amp;nbsp;; il procède du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150). L’Église reconnaît par là le Père comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la source et l’origine de toute la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède VI en 638&amp;amp;nbsp;: DS 490). L’origine éternelle de l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui est la Troisième Personne de la Trinité, est Dieu, un et égale au Père et au Fils, de même substance et aussi de même nature. (...) Cependant, on ne dit pas qu’il est seulement l’Esprit du Père, mais à la fois l’Esprit du Père et du Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 527). Le Credo du Concile de Constantinople de l’Église confesse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''246 ''La tradition latine du Credo confesse que l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;procède du Père ''et du Fils'' (''filioque'')&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Concile de Florence, en 1438, explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint Esprit tient son essence et son être à la fois du Père et du Fils et Il procède éternellement de l’Un comme de l’Autre comme d’un seul Principe et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui est au Père, le Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint Esprit à partir du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui L’a engendré éternellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1300-1301).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''247 ''L’affirmation du ''filioque'' ne figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais sur la base d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape S. Léon l’avait déjà confessée dogmatiquement en 447 (cf. DS 284) avant même que Rome ne connût et ne reçût, en 451, au Concile de Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de cette formule dans le Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine (entre le VIIIe et le XIe siècle). L’introduction du ''filioque'' dans le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''248'' La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;issu du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est ''issu'' du Père ''par'' le Fils (cf. AG 2). La tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (''filioque''). Elle le dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de manière légitime et raisonnable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1439&amp;amp;nbsp;: DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de l’Esprit en tant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe sans principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1331), mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Lyon II en 1274&amp;amp;nbsp;: DS 850). Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La Sainte Trinité dans la doctrine de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La formation du dogme trinitaire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''249 ''La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 13, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 4-6&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 4-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''250 ''Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir sa propre intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient. Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''251 ''Pour la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à signifier désormais aussi un mystère ineffable, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''252 ''L’Église utilise le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rendu aussi parfois par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) pour désigner l’être divin dans son unité, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence des uns aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le dogme de la Sainte Trinité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''253 La Trinité est Une''. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Trinité consubstantielle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). Les personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''254 Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles''. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est unique mais non pas solitaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Fides Damasi&amp;amp;nbsp;: DS 71). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est le Fils n’est pas le Père, et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit n’est celui qui est le Père ou le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). Ils sont distincts entre eux par leurs relations d’origine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804). ''L’Unité divine est Trine''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''255 Les personnes divines sont relatives les unes aux autres''&amp;lt;nowiki&amp;gt;. Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les réfèrent les unes aux autres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les noms relatifs des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit aux deux&amp;amp;nbsp;; quand on parle de ces trois personnes en considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 528). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1330). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''256 ''Aux Catéchumènes de Constantinople, S. Grégoire de Nazianze, que l’on appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, confie ce résumé de la foi trinitaire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les maux et mépriser tous les plaisirs&amp;amp;nbsp;: je veux dire la profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois infinis l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en soi-même (...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me ressaisit ... (or. 40, 41&amp;amp;nbsp;: PG 36, 417)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires =====&lt;br /&gt;
''257 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Trinité lumière bienheureuse, O primordiale unité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LH, hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O lux beata Trinitas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de vêpres)&amp;amp;nbsp;! Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin. Dieu est amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 9) qu’il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 4-5), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à reproduire l’image de Son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 29) grâce à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit d’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 15). Ce dessein est une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grâce donnée avant tous les siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire. Il se déploie dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la mission de l’Église (cf. AG 2-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''258 ''Toute l’économie divine est l’œuvre commune des trois personnes divines. Car de même qu’elle n’a qu’une seule et même nature, la Trinité n’a qu’une seule et même opération (cf. Cc Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois principes des créatures mais un seul principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331). Cependant, chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété personnelle. Ainsi l’Église confesse à la suite du Nouveau Testament (cf. 1 Co 8, 6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un Dieu et Père de qui sont toutes choses, un Seigneur Jésus-Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit Saint en qui sont toutes choses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II&amp;amp;nbsp;: DS 421). Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes divines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''259 ''Œuvre à la fois commune et personnelle, toute l’économie divine fait connaître et la propriété des personnes divines et leur unique nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père le fait par le Fils dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; celui qui suit le Christ, le fait parce que le Père l’attire (cf. Jn 6, 44) et que l’Esprit le meut (cf. Rm 8, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''260 ''La fin ultime de toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (cf. Jn 17, 21-23). Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si quelqu’un m’aime, dit le Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 23)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité&amp;amp;nbsp;; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère&amp;amp;nbsp;! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice (Prière de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261 Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Dieu seul peut nous en donner la connaissance en Se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262 L’Incarnation du Fils de Dieu révèle que Dieu est le Père éternel, et que le Fils est consubstantiel au Père, c’est-à-dire qu’il est en lui et avec lui le même Dieu unique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
263 La mission du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf. Jn 14, 26) et par le Fils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux le même Dieu unique. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
264 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint-Esprit procède du Père en tant que source première et, par le don éternel de celui-ci au Fils, du Père et du Fils en communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Trin. 15, 26, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265 Par la grâce du baptême &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes appelés à partager la vie de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle (cf. SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
266 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi catholique consiste en ceci&amp;amp;nbsp;: vénérer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance&amp;amp;nbsp;: car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; mais du Père, du Fils et de l’Esprit Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbolum &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 75).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
267 Inséparables dans ce qu’elles sont, les personnes divines sont aussi inséparables dans ce qu’elles font. Mais dans l’unique opération divine chacune manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité, surtout dans les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3 : Le Tout-Puissant =====&lt;br /&gt;
''268 ''De tous les attributs divins, seule la Toute-Puissance de Dieu est nommée dans le Symbole&amp;amp;nbsp;: la confesser est d’une grande portée pour notre vie. Nous croyons qu’elle est ''universelle,'' car Dieu qui a tout créé (cf. Gn 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 3), régit tout et peut tout&amp;amp;nbsp;; ''aimante,'' car Dieu est notre Père (cf. Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; ''mystérieuse,'' car seule la foi peut la discerner lorsqu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle se déploie dans la faiblesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 1, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce qu’Il veut, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ps 115, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''269 ''Les Saintes Écritures confessent à maintes reprises la puissance ''universelle'' de Dieu. Il est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 49, 24&amp;amp;nbsp;; Is 1, 24 e.a.), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur des armées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fort, le Vaillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 8-10). Si Dieu est Tout-Puissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au ciel et sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 135, 6), c’est qu’il les a faits. Rien ne lui est donc impossible (cf. Jr 32, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 37) et il dispose à son gré de son œuvre (cf. Jr 27, 5)&amp;amp;nbsp;; il est le Seigneur de l’univers dont il a établi l’ordre qui lui demeure entièrement soumis et disponible&amp;amp;nbsp;; il est le Maître de l’histoire&amp;amp;nbsp;: il gouverne les cœurs et les événements selon son gré (cf. Est 4, 17b&amp;amp;nbsp;; Pr 21, 1&amp;amp;nbsp;; Tb 13, 2)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as pitié de tous, parce que Tu peux tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Sg 11, 23)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''270 ''Dieu est le ''Père ''Tout-Puissant. Sa paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En effet, il montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend soin de nos besoins (cf. Mt 6, 32)&amp;amp;nbsp;; par l’adoption filiale qu’il nous donne (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: 2 Co 6, 18)&amp;amp;nbsp;; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre sa puissance au plus haut point en pardonnant librement les péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''271 ''La Toute-Puissance divine n’est nullement arbitraire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Dieu la puissance et l’essence, la volonté et l’intelligence, la sagesse et la justice sont une seule et même chose, de sorte que rien ne peut être dans la puissance divine qui ne puisse être dans la juste volonté de Dieu ou dans sa sage intelligence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 5, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de l’apparente impuissance de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''272 ''La foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut-être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or, Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus ''mystérieuse'' dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 1, 24-25). C’est dans la Résurrection et dans l’exaltation du Christ que le Père a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;déployé la vigueur de sa force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et manifesté &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quelle extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 19-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''273 ''Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses afin d’attirer sur elle la puissance du Christ (cf. 2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13). De cette foi, la Vierge Marie est le suprême modèle, elle qui a cru que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37) et qui a pu magnifier le Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''274 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien n’est donc plus propre à affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction profondément gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura seulement l’idée de la Toute-Puissance divine, elle les admettra facilement et sans hésitation aucune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 13).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275 Avec Job, le juste, nous confessons&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je sais que Tu es Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;: ce que Tu conçois, Tu peux le réaliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 42, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
276 Fidèle au témoignage de l’Écriture, l’Église adresse souvent sa prière au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu Tout-Puissant et éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;omnipotens sempiterne Deus...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), croyant fermement que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14&amp;amp;nbsp;; Mt 19, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277 Dieu manifeste sa Toute-Puissance en nous convertissant de nos péchés et en nous rétablissant dans son amitié par la grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;(MR, collecte du 26e dimanche).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278 A moins de croire que l’amour de Dieu est Tout-Puissant, comment croire que le Père a pu nous créer, le Fils nous racheter, l’Esprit Saint nous sanctifier&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4 : Le Créateur =====&lt;br /&gt;
''279 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1). C’est avec ces paroles solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Nous parlerons donc d’abord du Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché dont Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu nous relever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''280 ''La création est le ''fondement ''de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les desseins salvifiques de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le commencement de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 51) qui culmine dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive sur le mystère de la création&amp;amp;nbsp;; il révèle la fin en vue de laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la nouvelle création dans le Christ (cf. Rm 8, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''281 ''C’est pour cela que les lectures de la Nuit Pascale, célébration de la création nouvelle dans le Christ, commencent par le récit de la création&amp;amp;nbsp;; de même, dans la liturgie byzantine, le récit de la création constitue toujours la première lecture des vigiles des grandes fêtes du Seigneur. Selon le témoignage des anciens, l’instruction des catéchumènes pour le baptême suit le même chemin (cf. Ethérie, pereg. 46&amp;amp;nbsp;: PLS 1, 1089-1090&amp;amp;nbsp;; S. Augustin, catech. 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La catéchèse sur la Création =====&lt;br /&gt;
''282 ''La catéchèse sur la Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne&amp;amp;nbsp;: car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où venons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Où allons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre origine&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre fin&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où vient et où va tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''283 ''La question des origines du monde et de l’homme fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont magnifiquement enrichi nos connaissances sur l’âge et les dimensions du cosmos, le devenir des formes vivantes, l’apparition de l’homme. Ces découvertes nous invitent à admirer d’autant plus la grandeur du Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses œuvres et pour l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Lui qui m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait connaître la structure du monde et les propriétés des éléments (...) car c’est l’ouvrière de toutes choses qui m’a instruit, la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''284 ''Le grand intérêt réservé à ces recherches est fortement stimulé par une question d’un autre ordre, et qui dépasse le domaine propre des sciences naturelles. Il ne s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir quel est le sens d’une telle origine&amp;amp;nbsp;: si elle est gouvernée par le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient de la sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal&amp;amp;nbsp;? D’où vient-il&amp;amp;nbsp;? Qui en est responsable&amp;amp;nbsp;? Et y en a-t-il une libération&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''285 ''Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été confrontée à des réponses différentes de la sienne sur la question des origines. Ainsi, on trouve dans les religions et les cultures anciennes de nombreux mythes concernant les origines. Certains philosophes ont dit que tout est Dieu, que le monde est Dieu, ou que le devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres ont dit que le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant de cette source et retournant vers elle&amp;amp;nbsp;; d’autres encore ont affirmé l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres, en lutte permanente (dualisme, manichéisme)&amp;amp;nbsp;; selon certaines de ces conceptions, le monde (au moins le monde matériel) serait mauvais, produit d’une déchéance, et donc à rejeter ou à dépasser (gnose)&amp;amp;nbsp;; d’autres admettent que le monde ait été fait par Dieu, mais à la manière d’un horloger qui l’aurait, une fois fait, abandonné à lui-même (déisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin n’acceptent aucune origine transcendante du monde, mais y voient le pur jeu d’une matière qui aurait toujours existé (matérialisme). Toutes ces tentatives témoignent de la permanence et de l’universalité de la question des origines. Cette quête est propre à l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''286 ''L’intelligence humaine peut, certes, déjà trouver une réponse à la question des origines. En effet, l’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine (cf. DS 3026), même si cette connaissance est souvent obscurcie et défigurée par l’erreur. C’est pourquoi la foi vient confirmer et éclairer la raison dans la juste intelligence de cette vérité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''287 ''La vérité de la création est si importante pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa tendresse, a voulu révéler à son Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à ce sujet. Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur (cf. Ac 17, 24-29&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 19-20), Dieu a progressivement révélé à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant Israël, l’a créé et formé (cf. Is 43, 1), il se révèle comme celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre entière, comme celui qui, seul, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 15&amp;amp;nbsp;; 124, 8&amp;amp;nbsp;; 134, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''288 ''Ainsi, la révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l’amour Tout-Puissant de Dieu (cf. Gn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Jr 33, 19-26). Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur croissante dans le message des prophètes (cf. Is 44, 24), dans la prière des psaumes (cf. Ps 104) et de la liturgie, dans la réflexion de la sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple élu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''289 ''Parmi toutes les paroles de l’Écriture Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de la Genèse tiennent une place unique. Du point de vue littéraire ces textes peuvent avoir diverses sources. Les auteurs inspirés les ont placés au commencement de l’Écriture de sorte qu’ils expriment, dans leur langage solennel, les vérités de la création, de son origine et de sa fin en Dieu, de son ordre et de sa bonté, de la vocation de l’homme, enfin du drame du péché et de l’espérance du salut. Lues à la lumière du Christ, dans l’unité de l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église, ces paroles demeurent la source principale pour la catéchèse des mystères du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commencement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: création, chute, promesse du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La création – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''290 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: trois choses sont affirmées dans ces premières paroles de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le Dieu éternel a posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul est créateur (le verbe &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – en hébreu ''bara'' – a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) dépend de Celui qui lui donne d’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''291 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement était le Verbe (...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1-3). Le Nouveau Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé. C’est en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16-17). La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donateur de vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Source de tout bien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''292 ''Insinuée dans l’Ancien Testament (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2-3), révélée dans la Nouvelle Alliance, l’action créatrice du Fils et de l’Esprit, inséparablement une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’existe qu’un seul Dieu (...)&amp;amp;nbsp;: il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l’Auteur, il est l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses ''par lui-même,'' c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 2, 30, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le Fils et l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui sont comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ses mains&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 4, 20, 1). La création est l’œuvre commune de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Le monde a été créé pour la gloire de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''293 ''C’est une vérité fondamentale que l’Écriture et la Tradition ne cessent d’enseigner et de célébrer&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde a été créé pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3025). Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pour accroître la Gloire, mais pour manifester et communiquer cette gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (sent. 2, 1, 2, 2, 1). Car Dieu n’a pas d’autre raison pour créer que son amour et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est la clef de l’amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., sent. 2, prol.) Et le premier Concile du Vatican explique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans sa bonté et par sa force toute-puissante, non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses créatures, ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle (DS 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''294 ''La gloire de Dieu c’est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue desquelles le monde a été créé. Faire de nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fils adoptifs par Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté ''à la louange de gloire ''de sa grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 5-6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu&amp;amp;nbsp;: si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 4, 20, 7). La fin ultime de la création, c’est que Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ‘tout en tous’ (1 Co 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le mystère de la création =====&lt;br /&gt;
'''Dieu crée par sagesse et par amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''295 ''Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse (cf. Sg 9, 9). Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, sa sagesse et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est toi qui créas toutes choses&amp;amp;nbsp;; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 4, 11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur&amp;amp;nbsp;! Toutes avec sagesse tu les fis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 104, 24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''296 ''Nous croyons que Dieu n’a besoin de rien de préexistant ni d’aucune aide pour créer (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3022). La création n’est pas non plus une émanation nécessaire de la substance divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3023-3024). Dieu crée librement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; 3025)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quoi d’extraordinaire si Dieu avait tiré le monde d’une matière préexistante&amp;amp;nbsp;? Un artisan humain, quand on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut. Tandis que la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant pour faire tout ce qu’il veut (S. Théophile d’Antioche, Autol. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 6, 1052).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''297 ''La foi en la création &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est attestée dans l’Écriture comme une vérité pleine de promesse et d’espérance. Ainsi la mère des sept fils les encourage au martyre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes entrailles&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de l’esprit et de la vie&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui ai organisé les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois (...). Mon enfant, regarde le ciel et la terre et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de rien et que la race des hommes est faite de la même manière (2 M 7, 22-23. 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''298 ''Puisque Dieu peut créer de rien, il peut, par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des pécheurs en créant en eux un cœur pur (cf. Ps 51, 12), et la vie du corps aux défunts par la Résurrection, Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 17). Et puisque, par sa Parole, il a pu faire resplendir la lumière des ténèbres (cf. Gn 1, 3), il peut aussi donner la lumière de la foi à ceux qui l’ignorent (cf. 2 Co 4, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée un monde ordonné et bon'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''299 ''Puisque Dieu crée avec sagesse, la création est ordonnée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 20). Créée dans et par le Verbe éternel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), elle est destinée, adressée à l’homme, image de Dieu (cf. Gn 1, 26), appelé à une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant à la lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa création (cf. Ps 19, 2-5), certes non sans grand effort et dans un esprit d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre (cf. Jb 42, 3). Issue de la bonté divine, la création participe à cette bonté (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon (...) très bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Gn 1, 4. 10. 12. 18. 21. 31). Car la création est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme, comme un héritage qui lui est destiné et confié . L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel (cf. DS 286&amp;amp;nbsp;; 455-463&amp;amp;nbsp;; 800&amp;amp;nbsp;; 1333&amp;amp;nbsp;; 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu transcende la création et lui est présent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''300 ''Dieu est infiniment plus grand que toutes ses œuvres (cf. Si 43, 28)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa majesté est plus haute que les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 8, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à sa grandeur point de mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 3). Mais parce qu’Il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent au plus intime de ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 28). Selon les paroles de S. Augustin, Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus haut que le plus haut de moi, plus intime que le plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Conf. 3, 6, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu maintient et porte la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''301 ''Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait&amp;amp;nbsp;; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue&amp;amp;nbsp;? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé&amp;amp;nbsp;? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie (Sg 11, 24-26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Dieu réalise son dessein : la divine providence =====&lt;br /&gt;
''302 ''La création a sa bonté et sa perfection propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''in statu viæ&amp;amp;nbsp;''&amp;quot;) vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu’Il a créé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 8, 1). Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 13), même celles que l’action libre des créatures produira (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3003).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''303 ''Le témoignage de l’Écriture est unanime&amp;amp;nbsp;: la sollicitude de la divine providence est ''concrète'' et ''immédiate'', elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 3)&amp;amp;nbsp;; et du Christ il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul n’ouvrira&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 7)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il y a beaucoup de pensées dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pr 19, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''304 ''Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur principal de l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à Dieu, sans mentionner des causes secondes. Ce n’est pas là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une façon de parler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; primitive, mais une manière profonde de rappeler la primauté de Dieu et sa Seigneurie absolue sur l’histoire et le monde (cf. Is 10, 5-15&amp;amp;nbsp;; 45, 5-7&amp;amp;nbsp;; Dt 32, 39&amp;amp;nbsp;; Si 11, 14) et d’éduquer ainsi à la confiance en Lui. La prière des Psaumes est la grande école de cette confiance (cf. Ps 22&amp;amp;nbsp;; 32&amp;amp;nbsp;; 35&amp;amp;nbsp;; 103&amp;amp;nbsp;; 138&amp;amp;nbsp;; e.a.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''305 ''Jésus demande un abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de sens enfants&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne vous inquiétez donc pas en disant&amp;amp;nbsp;: qu’allons-nous manger&amp;amp;nbsp;? qu’allons-nous boire&amp;amp;nbsp;? (...) Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 31-33&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 29-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et les causes secondes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''306 ''Dieu est le Maître souverain de son dessein. Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures. Ceci n’est pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes, d’être causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à l’accomplissement de son dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''307 ''Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre et de la dominer (cf. Gn 1, 26-28). Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et libres pour compléter l’œuvre de la Création, en parfaire l’harmonie pour leur bien et celui de leur prochains. Coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi par leurs souffrances (cf. Col 1, 24). Ils deviennent alors pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;collaborateurs de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 3, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Th 3, 2) et de son Royaume (cf. Col 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''308 ''C’est une vérité inséparable de la foi en Dieu le Créateur&amp;amp;nbsp;: Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes secondes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 6). Loin de diminuer la dignité de la créature, cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien si elle est coupée de son origine, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 3)&amp;amp;nbsp;; encore moins peut-elle atteindre sa fin ultime sans l’aide de la grâce (cf. Mt 19, 26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et le scandale du mal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''309 ''Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le mal existe-t-il&amp;amp;nbsp;? A cette question aussi pressante qu’inévitable, aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à cette question&amp;amp;nbsp;: la bonté de la création, le drame du péché, l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. ''Il n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part une réponse à la question du mal''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''310 ''Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister&amp;amp;nbsp;? Selon sa puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en état de voie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe donc aussi ''le mal physique'', aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S. Thomas d’A., s. gent. 3, 71).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''311 ''Les anges et les hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En fait, ils ont péché. C’est ainsi que ''le mal moral'' est entré dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral (cf. S. Augustin, lib. 1, 1, 1&amp;amp;nbsp;: PL 32, 1221-1223&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1). Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car le Dieu Tout-puissant (...), puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''312 ''Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causé par ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu&amp;amp;nbsp;; (...) le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un peuple nombreux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 45, 8&amp;amp;nbsp;; 50, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 2, 12-18 vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré le plus grand des biens&amp;amp;nbsp;: la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''313 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (dial. 4, 138).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Margarita Roper, ''Epistula ad Aliciam Alington'' (mense augusti 1534).&amp;lt;br/&amp;gt; Et Lady Julian of Norwich&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall be well''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rev. 13, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''314 ''Nous croyons fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce ''Sabbat'' (cf. Gn 2, 2) définitif, en vue duquel Il a créé le ciel et la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315 Dans la création du monde et de l’homme, Dieu a posé le premier et universel témoignage de son amour tout-puissant et de sa sagesse, la première annonce de son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui trouve sa fin dans la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316 Bien que l’œuvre de la création soit particulièrement attribuée au Père, c’est également vérité de foi que le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont l’unique et indivisible principe de la création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317 Dieu seul a créé l’univers librement, directement, sans aucune aide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 Aucune créature n’a le pouvoir infini qui est nécessaire pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au sens propre du mot, c’est-à-dire de produire et de donner l’être à ce qui ne l’avait aucunement (appeler à l’existence ex nihilo) (cf. DS 3624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319 Dieu a créé le monde pour manifester et pour communiquer sa gloire. Que ses créatures aient part à Sa vérité, à Sa bonté et à Sa beauté, voilà la gloire pour laquelle Dieu les a créées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
320 Dieu qui a créé l’univers le maintient dans l’existence par son Verbe, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3) et par son Esprit Créateur qui donne la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321 La divine Providence, ce sont les dispositions par lesquelles Dieu conduit avec sagesse et amour toutes les créatures jusqu’à leur fin ultime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
322 Le Christ nous invite à l’abandon filial à la Providence de notre Père céleste (cf. Mt 6, 26-34), et l’apôtre S. Pierre reprend&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il prend soin de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 55, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323 La providence divine agit aussi par l’agir des créatures. Aux êtres humains, Dieu donne de coopérer librement à ses desseins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324 La permission divine du mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5 : Le ciel et la terre =====&lt;br /&gt;
''325 ''Le Symbole des apôtres professe que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et le Symbole de Nicée-Constantinople explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''326 ''Dans l’Écriture Sainte, l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel et terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie&amp;amp;nbsp;: tout ce qui existe, la création toute entière. Elle indique aussi le lien, à l’intérieur de la création, qui à la fois unit et distingue ciel et terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le monde des hommes (cf. Ps 115, 16) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; propre de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 115, 16) et, par conséquent, aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui est la gloire eschatologique. Enfin, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; indique le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''327 ''La profession de foi du quatrième Concile du Latran affirme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre&amp;amp;nbsp;; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3002 et SPF 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Les Anges =====&lt;br /&gt;
'''L’existence des anges – une vérité de foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''328 ''L’existence des êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui sont-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''329 ''S. Augustin dit à leur sujet&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;‘Ange’ désigne la fonction, non pas la nature. Tu demandes comment s’appelle cette nature&amp;amp;nbsp;? – Esprit. Tu demandes la fonction&amp;amp;nbsp;? – Ange&amp;amp;nbsp;; d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il fait, c’est un ange&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Psal. 103, 1, 15). De tout leur être, les anges sont ''serviteurs'' et messagers de Dieu. Parce qu’ils contemplent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;constamment la face de mon Père qui est aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 10), ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 103, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''330 ''En tant que créatures purement ''spirituelles,'' ils ont intelligence et volonté&amp;amp;nbsp;: ils sont des créatures personnelles (cf. Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3801) et immortelles (cf. Lc 20, 36). Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L’éclat de leur gloire en témoigne (cf. Dn 10, 9-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec tous ses anges&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''331 ''Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31). Ils sont à Lui parce que créés ''par'' et ''pour'' lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles&amp;amp;nbsp;: trônes, seigneuries, principautés, puissances&amp;amp;nbsp;; tout a été créé par lui et pour lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16). Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''332 ''Ils sont là, dès la création (cf. Jb 38, 7, où les anges sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation&amp;amp;nbsp;: ils ferment le paradis terrestre (cf. Gn 3, 24), protègent Lot (cf. Gn 19), sauvent Agar et son enfant (cf. Gn 21, 17), arrêtent la main d’Abraham (cf. Gn 22, 11), la loi est communiquée par leur ministère (cf. Ac 7, 53), ils conduisent le Peuple de Dieu (cf. Ex 23, 20-23), ils annoncent naissances (cf. Jg 13) et vocations (cf. Jg 6, 11-24&amp;amp;nbsp;; Is 6, 6), ils assistent les prophètes (cf. 1 R 19, 5), pour ne citer que quelques exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui annonce la naissance du Précurseur et celle de Jésus lui-même (cf. Lc 1, 11. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''333 ''De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges. Lorsque Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;introduit le Premier-né dans le monde, il dit&amp;amp;nbsp;: ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 6). Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Gloire à Dieu ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 14). Ils protègent l’enfance de Jésus (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; 2, 13. 19), servent Jésus au désert (cf. Mc 1, 12&amp;amp;nbsp;; Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc 22, 43), alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf. Mt 26, 53) comme jadis Israël (cf. 2 M 10, 29-30&amp;amp;nbsp;; 11, 8). Ce sont encore les anges qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangélisent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 10) en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation (cf. Lc 2, 8-14), et de la Résurrection (cf. Mc 16, 5-7) du Christ. Ils seront là au retour du Christ qu’ils annoncent (cf. Ac 1, 10-11), au service de son jugement (cf. Mt 13, 41&amp;amp;nbsp;; 24, 31&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 8-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les anges dans la vie de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''334 ''D’ici là toute la vie de l’Église bénéficie de l’aide mystérieuse et puissante des anges (cf. Ac 5, 18-20&amp;amp;nbsp;; 8, 26-29&amp;amp;nbsp;; 10, 3-8&amp;amp;nbsp;; 12, 6-11&amp;amp;nbsp;; 27, 23-25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''335 ''Dans sa liturgie, l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint&amp;amp;nbsp;; elle invoque leur assistance (ainsi dans ''In Paradisum deducant te angeli''&amp;lt;nowiki&amp;gt;... de la Liturgie des défunts [OEx 50], ou encore dans l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hymne chérubinique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Liturgie byzantine [(Liturgie de S. Jean Chrysostome]), elle fête plus particulièrement la mémoire de certains anges (S. Michel, S. Gabriel, S. Raphaël, les anges gardiens).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''336 ''Du début (de l’existence) (cf. Mt 18, 10) au trépas (cf. Lc 16, 22), la vie humaine est entourée de leur garde (cf. Ps 34, 8&amp;amp;nbsp;; 91, 10-13) et de leur intercession (cf. Jb 33, 23-24&amp;amp;nbsp;; Za 1, 12&amp;amp;nbsp;; Tb 12, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Basile, Eun. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 29, 656B)''. ''Dès ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Monde visible =====&lt;br /&gt;
''337 ''C’est Dieu lui-même qui a créé le monde visible dans toute sa richesse, sa diversité et son ordre. L’Écriture présente l’œuvre du Créateur symboliquement comme une suite de six jours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de travail&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divin qui s’achèvent sur le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;repos&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du septième jour (Gn 1, 1 – 2, 4). Le texte sacré enseigne, au sujet de la création, des vérités révélées par Dieu pour notre salut (cf. DV 11) qui permettent de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reconnaître la nature profonde de la création, sa valeur et sa finalité qui est la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''338 Il n’existe rien qui ne doive son existence à Dieu créateur. ''Le monde a commencé quand il a été tiré du néant par la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; tous les êtres existants, toute la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent en cet événement primordial&amp;amp;nbsp;: c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le temps commencé (cf. S. Augustin, Gen. Man. 1, 2, 4&amp;amp;nbsp;: PL 35, 175).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''339 Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres. ''Pour chacune des œuvres des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en vertu de la création même que toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité, leur excellence propre avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2). Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses, qui méprise le Créateur et entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour leur ambiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''340 ''L’''interdépendance des créatures'' est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau&amp;amp;nbsp;: les innombrables diversités et inégalités signifient qu’aucune créature ne se suffit à elle-même, qu’elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''341 ''La ''beauté de l’univers&amp;amp;nbsp;: ''L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres et des relations qui existent entre eux. L’homme les découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''342 ''La ''hiérarchie des créatures ''est exprimée par l’ordre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui va du moins parfait au plus parfait. Dieu aime toutes ses créatures (cf. Ps 145, 9), il prend soin de chacune, même des passereaux. Néanmoins, Jésus dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous valez mieux qu’une multitude de passereaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 6-7), ou encore&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un homme vaut plus qu’une brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''343 L’homme est le sommet ''de l’œuvre de la création. Le récit inspiré l’exprime en distinguant nettement la création de l’homme de celle des autres créatures (cf. Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''344 ''Il existe une ''solidarité entre toutes les créatures ''du fait qu’elles ont toutes le même Créateur, et que toutes sont ordonnées à sa gloire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Loué sois-tu, Seigneur, dans toutes tes créatures,&amp;lt;br/&amp;gt; spécialement messire le frère Soleil,&amp;lt;br/&amp;gt; par qui tu nous donnes le jour la lumière&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,&amp;lt;br/&amp;gt; et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,&amp;lt;br/&amp;gt; qui est très utile et très humble,&amp;lt;br/&amp;gt; précieuse et chaste. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre&amp;lt;br/&amp;gt; qui nous porte et nous nourrit,&amp;lt;br/&amp;gt; qui produit la diversité des fruits&amp;lt;br/&amp;gt; avec les fleurs diaprées et les herbes. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Louez et bénissez mon Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; rendez-lui grâce et servez-le&amp;lt;br/&amp;gt; en toute humilité.&amp;lt;br/&amp;gt; (S. François d’Assise, cant.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''345 Le Sabbat – fin de l’œuvre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. ''Le texte sacré dit que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’Il avait fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre furent achevés&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et que Dieu, au septième jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chôma&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’Il sanctifia et bénit ce jour (Gn 2, 1-3). Ces paroles inspirées sont riches en enseignements salutaires&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''346 ''Dans la création Dieu a posé un fondement et des lois qui demeurent stables (cf. He 4, 3-4), sur lesquels le croyant pourra s’appuyer avec confiance, et qui lui seront le signe et le gage de la fidélité inébranlable de l’alliance de Dieu (cf. Jr 31, 35-37&amp;amp;nbsp;; 33, 19-26). De son côté, l’homme devra rester fidèle à ce fondement et respecter les lois que le Créateur y a inscrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''347 ''La création est faite en vue du Sabbat et donc du culte et de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans l’ordre de la création (cf. Gn 1, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne rien préférer au culte de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit la règle de S. Benoît (reg. 43, 3), indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''348 ''Le Sabbat est au cœur de la loi d’Israël. Garder les commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la volonté de Dieu exprimées dans son œuvre de création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''349 ''Le ''huitième jour''. Mais pour nous, un jour nouveau s’est levé&amp;amp;nbsp;: le jour de la Résurrection du Christ. Le septième jour achève la première création. Le huitième jour commence la nouvelle création. Ainsi, l’œuvre de la création culmine en l’œuvre plus grande de la rédemption. La première création trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première (cf. MR, Vigile Pascale 24&amp;amp;nbsp;: prière après la première lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
350 Les anges sont des créatures spirituelles qui glorifient Dieu sans cesse et qui servent ses desseins salvifiques envers les autres créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les anges concourent à tout ce qui est bon pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 114, 3, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
351 Les anges entourent le Christ, leur Seigneur. Ils le servent particulièrement dans l’accomplissement de sa mission salvifique envers les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
352 L’Église vénère les anges qui l’aident dans son pèlerinage terrestre. et qui protègent tout être humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353 Dieu a voulu la diversité de ses créatures et leur bonté propre, leur interdépendance et leur ordre. Il a destiné toutes les créatures matérielles au bien du genre humain. L’homme, et toute la création à travers lui, est destiné à la gloire de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
354 Respecter les lois inscrites dans la création et les rapports qui dérivent de la nature des choses, est un principe de sagesse et un fondement de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6 L’homme =====&lt;br /&gt;
''355 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27). L’homme tient une place unique dans la création&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (I)&amp;amp;nbsp;; dans sa propre nature il unit le monde spirituel et le monde matériel (II)&amp;amp;nbsp;; il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;homme et femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (III)&amp;amp;nbsp;; Dieu l’a établi dans son amitié (IV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; A l’image de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''356 ''De toutes les créatures visibles, seul l’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;capable de connaître et d’aimer son Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 3)&amp;amp;nbsp;; il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 24, § 3)&amp;amp;nbsp;;lui seul est appelé à partager, par la connaissance et l’amour, la vie de Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé, et c’est là la raison fondamentale de sa dignité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Quelle raison T’a fait constituer l’homme en si grande dignité&amp;amp;nbsp;? L’amour inestimable par lequel Tu as regardé en Toi-même Ta créature, et Tu T’es épris d’elle&amp;amp;nbsp;; car c’est par amour que Tu l’as créée, c’est par amour que Tu lui as donné un être capable de goûter Ton Bien éternel (Ste. Catherine de Sienne, dial. 4, 13&amp;amp;nbsp;: ed. G. Cavallini [Roma 1995] p. 43).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''357 ''Parce qu’il est à l’image de Dieu l’individu humain a la dignité de ''personne&amp;amp;nbsp;:'' il n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''358 ''Dieu a tout créé pour l’homme (cf. GS 12, § 1&amp;amp;nbsp;; 24, § 3&amp;amp;nbsp;; 39, § 1), mais l’homme a été créé pour servir et aimer Dieu et pour Lui offrir toute la création&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel est donc l’être qui va venir à l’existence entouré d’une telle considération&amp;amp;nbsp;? C’est l’homme, grande et admirable figure vivante, plus précieux aux yeux de Dieu que la création toute entière&amp;amp;nbsp;: c’est l’homme, c’est pour lui qu’existent le ciel et la terre et la mer et la totalité de la création, et c’est à son salut que Dieu a attaché tant d’importance qu’il n’a même pas épargné son Fils unique pour lui. Car Dieu n’a pas eu de cesse de tout mettre en œuvre pour faire monter l’homme jusqu’à lui et le faire asseoir à sa droite (S. Jean Chrysostome, serm. in Gen. 2, 1&amp;amp;nbsp;: PG 54, 587D-588A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''359 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En réalité, c’est seulement dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire véritablement le mystère de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain&amp;amp;nbsp;: Adam et le Christ ... Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie&amp;amp;nbsp;; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le premier a été créé par le dernier, de qui il a reçu l’âme qui le fait vivre ... Le second Adam a établi son image dans le premier Adam alors qu’il le modelait. De là vient qu’il en a endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre ce qu’il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam&amp;amp;nbsp;: le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le premier, comme il l’a dit lui-même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Premier et le Dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Pierre Chrysologue, serm. 117, 1-2&amp;amp;nbsp;: PL 52, 520B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''360 ''Grâce à la communauté d’origine ''le'' ''genre humain'' ''forme une unité''. Car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait sortir d’une souche unique toute la descendance des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 8, 6)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Merveilleuse vision qui nous fait contempler le genre humain dans l’unité de son origine en Dieu (...)&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa nature, composée pareillement chez tous d’un corps matériel et d’une âme spirituelle&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa fin immédiate et de sa mission dans le monde&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de son habitation&amp;amp;nbsp;: la terre, des biens de laquelle tous les hommes, par droit de nature, peuvent user pour soutenir et développer la vie&amp;amp;nbsp;; unité de sa fin surnaturelle&amp;amp;nbsp;: Dieu même, à qui tous doivent tendre&amp;amp;nbsp;; dans l’unité des moyens pour atteindre cette fin&amp;amp;nbsp;; (...) dans l’unité de son rachat opéré pour tous par le Christ (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Summi pontificatus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''361 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette loi de solidarité humaine et de charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid''.), sans exclure la riche variété des personnes, des cultures et des peuples, nous assure que tous les hommes sont vraiment frères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Un de corps et d’âme &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''362 ''La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel. Le récit biblique exprime cette réalité avec un langage symbolique, lorsqu’il affirme que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu modela l’homme avec la glaise du sol&amp;amp;nbsp;; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 7). L’homme tout entier est donc ''voulu'' par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''363 ''Souvent, le terme ''âme'' désigne dans l’Écriture Sainte la ''vie ''humaine (cf. Mt 16, 25-26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 13) ou toute la ''personne'' humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38&amp;amp;nbsp;; Jn 12, 27) et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28&amp;amp;nbsp;; 2 M 6, 30), ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie le ''principe spirituel'' en l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''364 ''Le ''corps'' de l’homme participe à la dignité de l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: il est corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit (cf. 1 Co 6, 19-20&amp;amp;nbsp;; 15, 44-45)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Corps et âme, mais vraiment un, l’homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour (GS 14, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''365 ''L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du corps (cf. Cc. Vienne en 1312&amp;amp;nbsp;: DS 902)&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant&amp;amp;nbsp;; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''366 ''L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3896&amp;amp;nbsp;; SPF 8) – elle n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par les parents – ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513&amp;amp;nbsp;: DS 1440)&amp;amp;nbsp;: elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''367 ''Parfois il se trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit. Ainsi S. Paul prie pour que notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être tout entier, l’esprit, l’âme et le corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; soit gardé sans reproche à l’Avènement du Seigneur (1 Th 5, 23). L’Église enseigne que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme (Cc. Constantinople IV en 870&amp;amp;nbsp;: DS 657). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; cf. GS 22, § 5), et que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu (cf. Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3891).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''368 ''La tradition spirituelle de l’Église insiste aussi sur le ''cœur'', au sens biblique de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fond de l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non pour Dieu (cf. Dt 6, 5&amp;amp;nbsp;; 29, 3&amp;amp;nbsp;; Is 29, 13&amp;amp;nbsp;; Ez 36, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 6, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 8, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Homme et femme il les créa &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
'''Égalité et différence voulues par Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''369 ''L’homme et la femme sont ''créés,'' c’est-à-dire ils sont ''voulus par Dieu&amp;amp;nbsp;:'' dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Être homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est une réalité bonne et voulue par Dieu&amp;amp;nbsp;: l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn 2, 7. 22). L’homme et la femme sont, avec une même dignité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils reflètent la sagesse et la bonté du Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''370 ''Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel il n’y a pas place pour la différence des sexes. Mais les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;perfections&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu&amp;amp;nbsp;: celles d’une mère (cf. Is 49, 14-15&amp;amp;nbsp;; 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 130, 2-3) et celles d’un père et époux (cf. Os 11, 1-4&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 4-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une unité à deux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''371 ''Créés ''ensemble,'' l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un ''pour'' l’autre. La Parole de Dieu nous le fait entendre par divers traits du texte sacré. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 18). Aucun des animaux ne peut être ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vis-à-vis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme (Gn 2, 19-20). La femme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la côte tirée de l’homme et qu’il amène à l’homme, provoque de la part de l’homme un cri d’admiration, une exclamation d’amour et de communion&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est l’os de mes os et la chair de ma chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 23). L’homme découvre la femme comme un autre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de la même humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''372 ''L’homme et la femme sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: non pas que Dieu ne les aurait faits qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;à moitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;incomplets&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aide&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;os de mes os...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et complémentaires en tant que masculin et féminin (MD 7). Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, en formant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 24), ils puissent transmettre la vie humaine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 28). En transmettant à leur descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur (cf. GS 50, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''373 ''Dans le dessein de Dieu, l’homme et la femme ont la vocation de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre (cf. Gn 1, 28) comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intendants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu. Cette souveraineté ne doit pas être une domination arbitraire et destructrice. A l’image du Créateur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui aime tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 24), l’homme et la femme sont appelés à participer à la Providence divine envers les autres créatures. De là, leur responsabilité pour le monde que Dieu leur a confié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’homme au Paradis =====&lt;br /&gt;
''374 ''Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''375 ''L’Église, en interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et Eve ont été constitué dans un état &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sainteté et de justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511). Cette grâce de la sainteté originelle était une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participation à la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''376 ''Par le rayonnement de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn 2, 25), enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''377 ''La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;maîtrise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme ''maîtrise de soi''. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''378 ''Le signe de la familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il y vit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour cultiver le sol et le garder&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 15)&amp;amp;nbsp;: le travail n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''379 ''C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
380 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, Tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en Te servant, toi, son Créateur, il règne sur la création&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
381 L’homme est prédestiné à reproduire l’image du Fils de Dieu fait homme – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15) – afin que le Christ soit le premier-né d’une multitude de frères et de sœurs (cf. Ep 1, 3-6&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
382 L’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un de corps et d’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 14, § 1). La doctrine de la foi affirme que l’âme spirituelle et immortelle est créée immédiatement par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas créé l’homme solitaire&amp;amp;nbsp;: dès l’origine, ‘il les créa homme et femme’ (Gn 1, 27)&amp;amp;nbsp;; leur société réalise la première forme de communion entre personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
384 La révélation nous fait connaître l’état de sainteté et de justice originelles de l’homme et de la femme avant le péché&amp;amp;nbsp;: de leur amitié avec Dieu découlait la félicité de leur existence au paradis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 7 : La Chute =====&lt;br /&gt;
''385 ''Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la souffrance, des maux dans la nature – qui apparaissent comme liés aux limites propres des créatures –, et surtout à la question du mal moral. D’où vient le mal&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je cherchais d’où vient le mal et je ne trouvais pas de solution&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit S. Augustin (conf. 7, 7, 11), et sa propre quête douloureuse ne trouvera d’issue que dans sa conversion au Dieu vivant. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le mystère de l’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 2, 7) ne s’éclaire qu’à la lumière du mystère de la piété (cf. 1 Tm 3, 16). La révélation de l’amour divin dans le Christ a manifesté à la fois l’étendue du mal et la surabondance de la grâce (cf. Rm 5, 20). Nous devons donc considérer la question de l’origine du mal en fixant le regard de notre foi sur Celui qui, seul, en est le Vainqueur (cf. Lc 11, 21-22&amp;amp;nbsp;; Jn 16, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La où le péché a abondé, la grâce a surabondé =====&lt;br /&gt;
'''La réalité du péché'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''386 ''Le péché est présent dans l’histoire de l’homme&amp;amp;nbsp;: il serait vain de tenter de l’ignorer ou de donner à cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre ce qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître le ''lien profond de l’homme avec Dieu, ''car en dehors de ce rapport, le mal du péché n’est pas démasqué dans sa véritable identité de refus et d’opposition face à Dieu, tout en continuant à peser sur la vie de l’homme et sur l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''387 ''La réalité du péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s’éclaire qu’à la lumière de la Révélation divine. Sans la connaissance qu’elle nous donne de Dieu on ne peut clairement reconnaître le péché, et on est tenté de l’expliquer uniquement comme un défaut de croissance, comme une faiblesse psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d’une structure sociale inadéquate, etc. C’est seulement dans la connaissance du dessein de Dieu sur l’homme que l’on comprend que le péché est un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent l’aimer et s’aimer mutuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le péché originel – une vérité essentielle de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''388 ''Avec la progression de la Révélation est éclairée aussi la réalité du péché. Bien que le Peuple de Dieu de l’Ancien Testament ait connu d’une certaine manière la condition humaine à la lumière de l’histoire de la chute narrée dans la Genèse, il ne pouvait pas atteindre la signification ultime de cette histoire, qui se manifeste seulement à la lumière de la Mort et de la Résurrection de Jésus-Christ (cf. Rm 5, 12-21). Il faut connaître le Christ comme source de la grâce pour connaître Adam comme source du péché. C’est l’Esprit-Paraclet, envoyé par le Christ ressuscité, qui est venu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;confondre le monde en matière de péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 8) en révélant Celui qui en est le Rédempteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''389 ''La doctrine du péché originel est pour ainsi dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le revers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du salut et que le salut est offert à tous grâce au Christ. L’Église qui a le sens du Christ (cf. 1 Co 2, 16) sait bien qu’on ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Pour lire le récit de la chute'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''390 ''Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu ''au commencement de l’histoire de l’homme'' (cf. GS 13, § 1). La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513&amp;amp;nbsp;; Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3897&amp;amp;nbsp;; Paul VI, discours 11 juillet 1966).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La chute des anges =====&lt;br /&gt;
''391 ''Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn 3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24). L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 9). L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''392 ''L’Écriture parle d’un ''péché'' de ces anges (cf. 2 P 2, 4). Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement ''refusé ''Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous deviendrez comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 5). Le diable est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pécheur dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père du mensonge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''393 ''C’est le caractère ''irrévocable ''de leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 94, 877C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''394 ''L’Écriture atteste l’influence néfaste de celui que Jésus appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homicide dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44), et qui a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue du Père (cf. Mt 4, 1-11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8). La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l’homme à désobéir à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''395 ''La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature&amp;amp;nbsp;: il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le péché originel =====&lt;br /&gt;
'''L’épreuve de la liberté'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''396 ''Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car du jour où tu en mangeras, tu mourras&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’arbre de la connaissance du bien et du mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le premier péché de l’homme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''397 ''L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a ''désobéi'' au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''398 ''Dans ce péché, l’homme s’est ''préféré'' lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu&amp;amp;nbsp;: il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;divinisé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Gn 3, 5), mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, ambig.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 1156C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''399 ''L’Écriture montre les conséquences dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Eve perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle (cf. Rm 3, 23). Ils ont peur de ce Dieu (cf. Gn 3, 9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un Dieu jaloux de ses prérogatives (cf. Gn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''400 ''L’harmonie dans laquelle ils étaient, établie grâce à la justice originelle, est détruite&amp;amp;nbsp;; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée (cf. Gn 3, 7)&amp;amp;nbsp;; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des tensions (cf. Gn 3, 11-13)&amp;amp;nbsp;; leurs rapports seront marqués par la convoitise et la domination (cf. Gn 3, 16). L’harmonie avec la création est rompue&amp;amp;nbsp;: la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile (cf. Gn 3, 17. 19). A cause de l’homme, la création est soumise &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la servitude de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 20). Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (cf. Gn 2, 17) se réalisera&amp;amp;nbsp;: l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retournera à la poussière de laquelle il est formé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 19). ''La mort fait son entrée dans l’histoire de l’humanité ''(cf. Rm 5, 12)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''401 ''Depuis ce premier péché, une véritable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;invasion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du péché inonde le monde&amp;amp;nbsp;: le fratricide commis par Caïn sur Abel (cf. Gn 4, 3-15)&amp;amp;nbsp;; la corruption universelle à la suite du péché (cf. Gn 6, 5. 12&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 18-32)&amp;amp;nbsp;; de même, dans l’histoire d’Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de l’alliance et comme transgression de la Loi de Moïse&amp;amp;nbsp;; après la Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se manifeste de nombreuses manières (cf. 1 Co 1-6&amp;amp;nbsp;; Ap 2-3). L’Écriture et la Tradition de l’Église ne cessent de rappeler la présence et ''l’universalité du péché dans l’histoire ''de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conséquences du péché d’Adam pour l’humanité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''402 ''Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. S. Paul l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 12). A l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose l’universalité du salut dans le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''403 ''A la suite de S. Paul l’Église a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort de l’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1512). En raison de cette certitude de foi, l’Église donne le Baptême pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1514)'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''404 ''Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants&amp;amp;nbsp;? Tout le genre humain est en Adam &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme l’unique corps d’un homme unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., mal. 4, 1) Par cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;unité du genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;: en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un ''péché personnel, ''mais ce péché affecte la ''nature humaine ''qu’ils vont transmettre ''dans un état déchu'' (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511-1512). C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de façon analogique&amp;amp;nbsp;: c’est un péché &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contracté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, un état et non pas un acte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''405 ''Quoique propre à chacun (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513), le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement corrompue&amp;amp;nbsp;: elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''406 ''La doctrine de l’Église sur la transmission du péché originel s’est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous l’impulsion de la réflexion de S. Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition à la Réforme protestante. Pélage tenait que l’homme pouvait, par la force naturelle de sa volonté libre, sans l’aide nécessaire de la grâce de Dieu, mener une vie moralement bonne&amp;amp;nbsp;; il réduisait ainsi l’influence de la faute d’Adam à celle d’un mauvais exemple. Les premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que l’homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché des origines&amp;amp;nbsp;; ils identifiaient le péché hérité par chaque homme avec la tendance au mal (''concupiscentia''), qui serait insurmontable. L’Église s’est spécialement prononcée sur le sens du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile d’Orange en 529 (cf. DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 (cf. DS 1510-1516).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dur combat...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''407 ''La doctrine sur le péché originel – liée à celle de la Rédemption par le Christ – donne un regard de discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511&amp;amp;nbsp;; cf. He 2, 14). Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale (cf. CA 25) et des mœurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''408 ''Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l’expression de Saint Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Par cette expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''409 ''Cette situation dramatique du monde qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout entier gît au pouvoir du mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 19&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 5, 8) fait de la vie de l’homme un combat&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes&amp;amp;nbsp;; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien&amp;amp;nbsp;; et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure (GS 37, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. &amp;quot; Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''410 ''Après sa chute, l’homme n’a pas été abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l’appelle (cf. Gn 3, 9) et lui annonce de façon mystérieuse la victoire sur le mal et le relèvement de sa chute (cf. Gn 3, 15). Ce passage de la Genèse a été appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, étant la première annonce du Messie rédempteur, celle d’un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d’un descendant de celle-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''411 ''La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvel Adam&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 21-22. 45) qui, par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance jusqu’à la mort de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8) répare en surabondance la désobéissance d’Adam (cf. Rm 5, 19-20). Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l’Église voient dans la femme annoncée dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère du Christ, Marie, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle Eve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Elle a été celle qui, la première et d’une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ&amp;amp;nbsp;: elle a été préservée de toute souillure du péché originel (cf. Pie IX&amp;amp;nbsp;: DS 2803) et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n’a commis aucune sorte de péché (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''412 ''Mais ''pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché le premier homme de pécher&amp;amp;nbsp;? ''S. Léon le Grand répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (serm. 73, 4&amp;amp;nbsp;: PL 54, 396). Et S. Thomas d’Aquin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un plus grand bien. D’où le mot de S. Paul&amp;amp;nbsp;: ‘Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé’ (Rm 5, 20). Et le chant de l’‘Exultet’&amp;amp;nbsp;: ‘O heureuse faute qui a mérité un tel et un si grand Rédempteur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 1, 3, ad 3&amp;amp;nbsp;; l’''Exsultet'' chante ces paroles de saint Thomas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
413 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants (...). C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
414 Satan ou le diable et les autres démons sont des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu et son dessein. Leur choix contre Dieu est définitif. Ils tentent d’associer l’homme à leur révolte contre Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Établi par Dieu dans un état de sainteté, l’homme séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
416 Par son péché, Adam, en tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417 A leur descendance, Adam et Eve ont transmis la nature humaine blessée par leur premier péché, donc privée de la sainteté et la justice originelles. Cette privation est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché originel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
418 En conséquence du péché originel, la nature humaine est affaiblie dans ses forces, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au péché (inclination appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
419 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, ‘non par imitation, mais par propagation’, et qu’il est ainsi ‘propre à chacun’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420 La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La où le péché a abondé, la grâce a surabondé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du créateur&amp;amp;nbsp;; il est tombé, certes, sous l’esclavage du péché, mais le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l’a libéré...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 2, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre Deuxième : Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu ====&lt;br /&gt;
'''La Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''422 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4-5). Voici &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Bonne Nouvelle touchant Jésus-Christ, Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 1)&amp;amp;nbsp;: Dieu a visité son peuple (cf. Lc 1, 68), il a accompli les promesses faites à Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1, 55)&amp;amp;nbsp;; il l’a fait au-delà de toute attente&amp;amp;nbsp;: Il a envoyé son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''423 ''Nous croyons et confessons que Jésus de Nazareth, né juif d’une fille d’Israël, à Bethléem, au temps du roi Hérode le Grand et de l’empereur César Auguste&amp;amp;nbsp;; de son métier charpentier, mort crucifié à Jérusalem, sous le procureur Ponce Pilate, pendant le règne de l’empereur Tibère, est le Fils éternel de Dieu fait homme, qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; 6, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2), car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (...). Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''424 ''Mûs par la grâce de l’Esprit Saint et attirés par le Père nous croyons et nous confessons au sujet de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16). C’est sur le roc de cette foi, confessée par S. Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18&amp;amp;nbsp;; S. Léon le Grand, serm. 4, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 151&amp;amp;nbsp;; 51, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 309B&amp;amp;nbsp;; 62, 2&amp;amp;nbsp;: PL 350C-351A&amp;amp;nbsp;; 83, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 432A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Annoncer l’insondable richesse du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ep 3, 8)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''425 ''La transmission de la foi chrétienne, c’est d’abord l’annonce de Jésus-Christ, pour conduire à la foi en Lui. Dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé du désir d’annoncer le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 20). Et ils invitent les hommes de tous les temps à entrer dans la joie de leur communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie&amp;amp;nbsp;; – car la vie s’est manifestée&amp;amp;nbsp;: nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue&amp;amp;nbsp;; – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète (1 Jn 1, 1-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Au cœur de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''426 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au cœur de la catéchèse nous trouvons essentiellement une Personne, celle de Jésus de Nazareth, Fils unique du Père (...), qui a souffert et qui est mort pour nous et qui maintenant, ressuscité, vit avec nous pour toujours (...). Catéchiser (...), c’est dévoiler dans la Personne du Christ tout le dessein éternel de Dieu. C’est chercher à comprendre la signification des gestes et des paroles du Christ, des signes réalisés par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 5). Le but de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mettre en communion avec Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: lui seul peut conduire à l’amour du Père dans l’Esprit et nous faire participer à la vie de la Trinité Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''427 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la catéchèse, c’est le Christ, Verbe incarné et Fils de Dieu, qui est enseigné – tout le reste l’est en référence à lui&amp;amp;nbsp;; et seul le Christ enseigne, tout autre le fait dans la mesure où il est son porte-parole, permettant au Christ d’enseigner par sa bouche (...). Tout catéchiste devrait pouvoir s’appliquer à lui-même la mystérieuse parole de Jésus&amp;amp;nbsp;: ‘Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé’ (Jn 7, 16)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''428 ''Celui qui est appelé à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enseigner le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, doit donc d’abord chercher &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce gain suréminent qu’est la connaissance du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accepter de tout perdre (...) afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 8-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''429 ''C’est de cette connaissance amoureuse du Christ que jaillit le désir de L’annoncer, d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de conduire d’autres au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi en Jésus-Christ. Mais en même temps se fait sentir le besoin de toujours mieux connaître cette foi. A cette fin, en suivant l’ordre du Symbole de la foi, seront d’abord présentés les principaux titres de Jésus&amp;amp;nbsp;: le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur (''article 2''). Le Symbole confesse ensuite les principaux mystères de la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: ceux de son Incarnation (''article 3''), ceux de sa Pâque (''articles 4 et 5''), enfin ceux de sa glorification (''articles 6 et 7'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : &amp;quot; Et en Jésus-Christ, son Fils Unique, Notre Seigneur &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Jésus =====&lt;br /&gt;
''430 Jésus'' veut dire en hébreu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel lui donne comme nom propre le nom de Jésus qui exprime à la fois son identité et sa mission (cf. Lc 1, 31). Puisque &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut remettre les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7), c’est lui qui, en Jésus, son Fils éternel fait homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21). En Jésus, Dieu récapitule ainsi toute son histoire de salut en faveur des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''431 ''Dans l’histoire du salut, Dieu ne s’est pas contenté de délivrer Israël de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la maison de servitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 5, 6) en le faisant sortir d’Égypte. Il le sauve encore de son péché. Parce que le péché est toujours une offense faite à Dieu (cf. Ps 51, 6), c’est Lui seul qui peut l’absoudre (cf. Ps 51, 12). C’est pourquoi Israël, en prenant de plus en plus conscience de l’universalité du péché, ne pourra plus chercher le salut que dans l’invocation du nom du Dieu Rédempteur (cf. Ps 79, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''432 ''Le nom de Jésus signifie que le nom même de Dieu est présent en la personne de son Fils (cf. Ac 5, 41&amp;amp;nbsp;; 3 Jn 7) fait homme pour la rédemption universelle et définitive des péchés. Il est le nom divin qui seul apporte le salut (cf. Jn 3, 5&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 21) et il peut désormais être invoqué de tous car il s’est uni à tous les hommes par l’Incarnation (cf. Rm 10, 6-13) de telle sorte qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 9, 14&amp;amp;nbsp;; Jc 2, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''433 ''Le nom du Dieu Sauveur était invoqué une seule fois par an par le grand prêtre pour l’expiation des péchés d’Israël, quand il avait aspergé le propitiatoire du Saint des Saints avec le sang du sacrifice (cf. Lv 16, 15-16&amp;amp;nbsp;; Si 50, 20&amp;amp;nbsp;; He 9, 7). Le propitiatoire était le lieu de la présence de Dieu (cf. Ex 25, 22&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 2&amp;amp;nbsp;; Nb 7, 89&amp;amp;nbsp;; He 9, 5). Quand S. Paul dit de Jésus que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a destiné à être propitiatoire par son propre sang&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 25), il signifie que dans l’humanité de celui-ci, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''434 ''La Résurrection de Jésus glorifie le nom du Dieu Sauveur (cf. Jn 12, 28) car désormais, c’est le nom de Jésus qui manifeste en plénitude la puissance suprême du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nom au-dessus de tout nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 9-10). Les esprits mauvais craignent son nom (cf. Ac 16, 16-18&amp;amp;nbsp;; 19, 13-16) et c’est en son nom que les disciples de Jésus font des miracles (cf. Mc 16, 17), car tout ce qu’ils demandent au Père en son nom, celui-ci le leur accorde (Jn 15, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''435 ''Le nom de Jésus est au cœur de la prière chrétienne. Toutes les oraisons liturgiques se concluent par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous salue, Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; culmine dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La prière du cœur orientale appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prière à Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur prend pitié de moi pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. De nombreux chrétiens meurent en ayant, comme Ste Jeanne d’Arc, le seul mot de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux lèvres (cf. P. Doncoeur et Y. Lanhers, ''La réhabilitation de Jeanne la Pucelle'', p. 39. 45. 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Christ =====&lt;br /&gt;
''436 Christ'' vient de la traduction grecque du terme hébreu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il ne devient le nom propre de Jésus que parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu’il signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C’était le cas des rois (cf. 1 S 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1. 12-13&amp;amp;nbsp;; 1 R 1, 39), des prêtres (cf. Ex 29, 7&amp;amp;nbsp;; Lv 8, 12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume (cf. Ps 2, 2&amp;amp;nbsp;; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par l’Esprit du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4, 14&amp;amp;nbsp;; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 4, 16-21). Jésus a accompli l’espérance messianique d’Israël dans sa triple fonction de prêtre, de prophète et de roi .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''437 ''L’ange a annoncé aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aujourd’hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 11). Dès l’origine il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 36), conçu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35) dans le sein virginal de Marie. Joseph a été appelé par Dieu à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre chez lui Marie son épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enceinte de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce qui a été engendré en elle par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21) afin que Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’on appelle Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; naisse de l’épouse de Joseph dans la descendance messianique de David (Mt 1, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 1, 3&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 2, 8&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''438 ''La consécration messianique de Jésus manifeste sa mission divine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est d’ailleurs ce qu’indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l’Onction même dont il a été oint&amp;amp;nbsp;: Celui qui a oint, c’est le Père, Celui qui a été oint, c’est le Fils, et il l’a été dans l’Esprit qui est l’Onction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s’est révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’il fût manifesté à Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 31) comme son Messie. Ses œuvres et ses paroles le feront connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 24&amp;amp;nbsp;; Jn 6, 69&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''439 ''De nombreux juifs et même certains païens qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits fondamentaux du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de David&amp;amp;nbsp;&amp;quot; messianique promis par Dieu à Israël (cf. Mt 2, 2&amp;amp;nbsp;; 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; 20, 30&amp;amp;nbsp;; 21, 9. 15). Jésus a accepté le titre de Messie auquel il avait droit (cf. Jn 4, 25-26&amp;amp;nbsp;; 11, 27), mais non sans réserve parce que celui-ci était compris par une partie de ses contemporains selon une conception trop humaine (cf. Mt 22, 41-46), essentiellement politique (cf. Jn 6, 15&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''440 ''Jésus a accueilli la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion prochaine du Fils de l’Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l’identité transcendante du Fils de l’Homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 6, 62&amp;amp;nbsp;; Dn 7, 13) et dans sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 10-12). C’est pourquoi le vrai sens de sa royauté n’est manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19, 19-22&amp;amp;nbsp;; Lc 23, 39-43). C’est seulement après sa Résurrection que sa royauté messianique pourra être proclamée par Pierre devant le Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude&amp;amp;nbsp;: Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Fils unique de Dieu =====&lt;br /&gt;
''441 Fils de Dieu'', dans l’Ancien Testament, est un titre donné aux anges (cf. Dt 32, 8&amp;amp;nbsp;; Jb 1, 6), au peuple de l’Élection (cf. Ex 4, 22&amp;amp;nbsp;; Os 11, 1&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 19&amp;amp;nbsp;; Si 36, 11&amp;amp;nbsp;; Sg 18, 13), aux enfants d’Israël (cf. Dt 14, 1&amp;amp;nbsp;; Os 2, 1) et à leurs rois (cf. 2 S 7, 14&amp;amp;nbsp;; Ps 82, 6). Il signifie alors une filiation adoptive qui établit entre Dieu et sa créature des relations d’une intimité particulière. Quand le Roi-Messie promis est dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Ch 17, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 2, 7), cela n’implique pas nécessairement, selon le sens littéral de ces textes, qu’il soit plus qu’humain. Ceux qui ont désigné ainsi Jésus en tant que Messie d’Israël (cf. Mt 27, 54) n’ont peut-être pas voulu dire davantage (cf. Lc 23, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''442 ''Il n’en va pas de même pour Pierre quand il confesse Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16) car celui-ci lui répond avec solennité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette ''révélation'' ne t’est pas venue de la chair et du sang mais ''de mon Père ''qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17). Parallèlement Paul dira à propos de sa conversion sur le chemin de Damas&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 1, 15-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 9, 20). Ce sera dès le début (cf. 1 Th 1, 10) le centre de la foi apostolique (cf. Jn 20, 31) professée d’abord par Pierre comme fondement de l’Église (cf. Mt 16, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''443 ''Si Pierre a pu reconnaître le caractère transcendant de la filiation divine de Jésus Messie, c’est que celui-ci l’a nettement laissé entendre. Devant le Sanhédrin, à la demande de ses accusateurs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es donc le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus a répondu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous le dites bien, je le suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 70&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 26, 64&amp;amp;nbsp;; Mc 14, 61). Bien avant déjà, Il s’est désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui connaît le Père (cf. Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; 21, 37-38), qui est distinct des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que Dieu a auparavant envoyés à son peuple (cf. Mt 21, 34-36), supérieur aux anges eux-mêmes (cf. Mt 24, 36). Il a distingué sa filiation de celle de ses disciples en ne disant jamais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 48&amp;amp;nbsp;; 6, 8&amp;amp;nbsp;; 7, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 13) sauf pour leur ordonner &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''vous'' donc priez ainsi&amp;amp;nbsp;: Notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; et il a souligné cette distinction&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père et votre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''444 ''Les Évangiles rapportent en deux moments solennels, le Baptême et la transfiguration du Christ, la voix du Père qui Le désigne comme son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; 17, 5). Jésus se désigne Lui-même comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils Unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16) et affirme par ce titre sa préexistence éternelle (cf. Jn 10, 36). Il demande la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Fils unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 18). Cette confession chrétienne apparaît déjà dans l’exclamation du centurion face à Jésus en croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vraiment cet homme était Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 39). Dans le mystère pascal seulement le croyant peut donner sa portée ultime au titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''445 ''C’est après sa Résurrection que sa filiation divine apparaît dans la puissance de son humanité glorifiée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon l’Esprit qui sanctifie, par sa Résurrection d’entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu dans sa puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 13, 33). Les apôtres pourront confesser&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Seigneur =====&lt;br /&gt;
''446 ''Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s’est révélé à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, est rendu par ''Kyrios'' (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). ''Seigneur'' devient dès lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. C’est dans ce sens fort que le Nouveau Testament utilise le titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la fois pour le Père, mais aussi, et c’est là la nouveauté, pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu lui-même (cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''447 ''Jésus lui-même s’attribue de façon voilée ce titre lorsqu’il discute avec les Pharisiens sur le sens du Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 2, 34-36&amp;amp;nbsp;; He 1, 13), mais aussi de manière explicite en s’adressant à ses apôtres (cf. Jn 13, 13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de domination sur la nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort et le péché, démontraient sa souveraineté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''448 ''Très souvent, dans les Évangiles, des personnes s’adressent à Jésus en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Ce titre exprime le respect et la confiance de ceux qui s’approchent de Jésus et qui attendent de lui secours et guérison (cf. Mt 8, 2&amp;amp;nbsp;; 14, 30&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; e.a.). Sous la motion de l’Esprit Saint, il exprime la reconnaissance du mystère divin de Jésus (cf. Lc 1, 43&amp;amp;nbsp;; 2, 11). Dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Seigneur et mon Dieu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 28). Il prend alors une connotation d’amour et d’affection qui va rester le propre de la tradition chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''449 ''En attribuant à Jésus le titre divin de Seigneur, les premières confessions de foi de l’Église affirment, dès l’origine (cf. Ac 2, 34-36), que le pouvoir, l’honneur et la gloire dus à Dieu le Père conviennent aussi à Jésus (cf. Rm 9, 5&amp;amp;nbsp;; Tt 2, 13&amp;amp;nbsp;; Ap 5, 13) parce qu’il est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 6) et que le Père a manifesté cette souveraineté de Jésus en le ressuscitant des morts et en l’exaltant dans sa gloire (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''450 ''Dès le commencement de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l’histoire (cf. Ap 11, 15) signifie aussi la reconnaissance que l’homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: César n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 17&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église croit (...) que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 10, § 2&amp;amp;nbsp;; cf. 45, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''451 ''La prière chrétienne est marquée par le titre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que ce soit l’invitation à la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur soit avec vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ou la conclusion de la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Jésus-Christ notre Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou encore le cri plein de confiance et d’espérance&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Maran atha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur vient&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Marana tha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) (1 Co 16, 22)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen, viens, Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
452 Le nom de Jésus signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’enfant né de la Vierge Marie est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
453 Le nom de Christ signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est le Christ car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu L’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38). Il était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 19), l’objet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
454 Le nom de Fils de Dieu signifie la relation unique et éternelle de Jésus-Christ à Dieu son Père&amp;amp;nbsp;: Il est le Fils unique du Père (cf. Jn 1, 14. 18&amp;amp;nbsp;; 3, 16. 18) et Dieu lui-même (cf. Jn 1, 1). Croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu est nécessaire pour être chrétien (cf. Ac 8, 37&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
455 Le nom de Seigneur signifie la souveraineté divine. Confesser ou invoquer Jésus comme Seigneur, c’est croire en sa divinité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut dire ‘Jésus est Seigneur’ s’il n’est avec l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : &amp;quot; Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, Il est né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Fils de Dieu s’est fait homme =====&lt;br /&gt;
===== I. Pourquoi le Verbe s’est-il fait chair =====&lt;br /&gt;
''456 ''Avec le Credo de Nicée-Constantinople, nous répondons en confessant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Pour nous les hommes et pour notre salut'' Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;; par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''457 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père a envoyé son Fils, le sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-là a paru pour ôter les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Malade, notre nature demandait à être guérie&amp;amp;nbsp;; déchue, à être relevée&amp;amp;nbsp;; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière&amp;amp;nbsp;; captifs, nous attendions un sauveur&amp;amp;nbsp;; prisonniers, un secours&amp;amp;nbsp;; esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance&amp;amp;nbsp;? Ne méritaient-elles pas d’émouvoir Dieu au point de le faire descendre jusqu’à notre nature humaine pour la visiter, puisque l’humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux&amp;amp;nbsp;? (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 15&amp;amp;nbsp;: PG 45, 48B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''458 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour que nous connaissions ainsi l’amour de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''459 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour être notre modèle de sainteté''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la voie, la vérité et la vie&amp;amp;nbsp;; nul ne vient au Père sans passer par moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 6). Et le Père, sur la montagne de la Transfiguration, ordonne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 9, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Dt 6, 4-5). Il est en effet le modèle des Béatitudes et la norme de la Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 12). Cet amour implique l’offrande effective de soi-même à sa suite (cf. Mc 8, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''460 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous rendre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(2 P 1, 4)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 19, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Athanase, inc. 54, 3&amp;amp;nbsp;: PG 25, 192B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., opusc. 57 in festo Corp. Chr. 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Incarnation =====&lt;br /&gt;
''461 ''Reprenant l’expression de S. Jean (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe s’est fait chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Jn 1, 14), l’Église appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Incarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le fait que le Fils de Dieu ait assumé une nature humaine pour accomplir en elle notre salut. Dans une hymne attestée par S. Paul, l’Église chante le mystère de l’Incarnation&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;: Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la Croix&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 5-8&amp;amp;nbsp;; cf. LH, cantique des Vêpres du samedi).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''462 ''L’épître aux Hébreux parle du même mystère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit&amp;amp;nbsp;: Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation&amp;amp;nbsp;; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocauste ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit&amp;amp;nbsp;: Voici, je viens (...) pour faire ta volonté (He 10, 5-7, citant Ps 40, 7-9 LXX).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''463 ''La foi en l’Incarnation véritable du Fils de Dieu est le signe distinctif de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A ceci reconnaissez l’esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;: Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2). C’est là la joyeuse conviction de l’Église dès son commencement, lorsqu’elle chante &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le grand mystère de la piété&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été manifesté dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Vrai Dieu et vrai homme =====&lt;br /&gt;
''464 ''L’événement unique et tout à fait singulier de l’Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu’il soit le résultat du mélange confus entre le divin et l’humain. Il s’est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l’Église a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''465 ''Les premières hérésies ont moins nié la divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme gnostique). Dès les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie incarnation du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l’Église a dû affirmer contre Paul de Samosate, dans un Concile réuni à Antioche, que Jésus-Christ est Fils de Dieu par nature et non par adoption. Le premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, confessa dans son Credo que le Fils de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;engendré, non pas créé, de la même substance (''homousios'' – DS 125) que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et condamna Arius qui affirmait que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils de Dieu est sorti du néant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 130) et qu’il serait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’une autre substance que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 126).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''466 ''L’hérésie nestorienne voyait dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de Dieu. Face à elle S. Cyrille d’Alexandrie et le troisième Concile œcuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe, en s’unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est devenu homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 250). L’humanité du Christ n’a d’autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée et faite sienne dès sa conception. Pour cela le Concile d’Ephèse a proclamé en 431 que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu dans son sein&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''467 ''Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d’exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à cette hérésie, le quatrième Concile œcuménique, à Chalcédoine, a confessé en 451&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* A la suite des saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d’une âme rationnelle et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l’humanité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;semblable à nous en tout, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15)&amp;amp;nbsp;; engendré du Père avant tout les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous et pour notre salut, né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l’humanité.&amp;lt;br/&amp;gt; Un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n’est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase (DS 301-302).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''468 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après le Concile de Chalcédoine, certains firent de la nature humaine du Christ une sorte de sujet personnel. Contre eux, le cinquième Concile œcuménique, à Constantinople en 553, a confessé à propos du Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a qu’une seule hypostase [ou personne], qui est notre Seigneur Jésus-Christ, &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''un de la Trinité''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 424). Tout dans l’humanité du Christ doit donc être attribué à sa personne divine comme à son sujet propre (cf. déjà Cc. Ephèse&amp;amp;nbsp;: DS 255), non seulement les miracles mais aussi les souffrances (cf. DS 424) et même la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui a été crucifié dans la chair, notre Seigneur Jésus-Christ, est vrai Dieu, Seigneur de la gloire et Un de la sainte Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 432).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''469 ''L’Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s’est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d’être Dieu, notre Seigneur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il resta ce qu’Il était, Il assuma ce qu’il n’était pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chante la liturgie romaine (LH, In Solemnitate Sanctae Dei Genetricis Mariae, antiphona ad &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Benedictus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. S. Léon le Grand, serm. 21, 2&amp;amp;nbsp;: PL 54, 192A). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome proclame et chante&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Fils unique et Verbe de Dieu, étant immortel, tu as daigné pour notre salut t’incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui sans changement es devenu homme, et qui as été crucifié, O Christ Dieu, qui, par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de la Sainte Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit, sauve-nous&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tropaire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O monoghenis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment le Fils de Dieu est-il homme ? =====&lt;br /&gt;
''470 ''Parce que dans l’union mystérieuse de l’Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nature humaine a été assumée, non absorbée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), l’Église a été amenée au cours des siècles à confesser la pleine réalité de l’âme humaine, avec ses opérations d’intelligence et de volonté, et du corps humain du Christ. Mais parallèlement, elle a eu à rappeler à chaque fois que la nature humaine du Christ appartient en propre à la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée. Tout ce qu’il est et ce qu’il fait en elle relève &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’Un de la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Fils de Dieu communique donc à son humanité son propre mode d’exister personnel dans la Trinité. Ainsi, dans son âme comme dans son corps, le Christ exprime humainement les mœurs divines de la Trinité (cf. Jn 14, 9-10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Fils de Dieu a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (GS 22, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’âme et la connaissance humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''471 ''Apollinaire de Laodicée affirmait que dans le Christ le Verbe avait remplacé l’âme ou l’esprit. Contre cette erreur l’Église a confessé que le Fils éternel a assumé aussi une âme raisonnable humaine (cf. DS 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''472 ''Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée&amp;amp;nbsp;: elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croître en sagesse, en taille et en grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38&amp;amp;nbsp;; Mc 8, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 11, 34&amp;amp;nbsp;; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2,7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''473 ''Mais en même temps, cette connaissance vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie divine de sa personne (cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39&amp;amp;nbsp;: DS 475&amp;amp;nbsp;: PL 77, 1097B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine du Fils de Dieu, ''non par elle-même mais par son union au Verbe'', connaissait et manifestait en elle tout ce qui convient à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, qu. dub. 66&amp;amp;nbsp;: PG 90, 840A). C’est en premier le cas de la connaissance intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père (cf. Mc 14, 36&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 18&amp;amp;nbsp;; 8, 55&amp;amp;nbsp;; etc.). Le Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine qu’il avait des pensées secrètes du cœur des hommes (cf. Mc 2, 8&amp;amp;nbsp;; Jn 2, 25&amp;amp;nbsp;; 6, 61&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''474 ''De par son union à la Sagesse divine en la personne du Verbe incarné, la connaissance humaine du Christ jouissait en plénitude de la science des desseins éternels qu’il était venu révéler (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 31&amp;amp;nbsp;; 10, 33-34&amp;amp;nbsp;; 14, 18-20. 26-30). Ce qu’il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32), il déclare ailleurs n’avoir pas mission de le révéler (cf. Ac 1, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La volonté humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''475 ''De manière parallèle, l’Église a confessé au sixième Concile œcuménique (Cc. Constantinople III en 681) que le Christ possède deux volontés et deux opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes, de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l’obéissance à son Père tout ce qu’il a décidé divinement avec le Père et le Saint-Esprit pour notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;suit sa volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d’elle, mais bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 556).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le vrai corps du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''476 ''Puisque le Verbe s’est fait chair en assumant une vraie humanité, le corps du Christ était délimité (cf. Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 504). A cause de cela, le visage humain de Jésus peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dépeint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 2). Au sixième Concile œcuménique (Cc. Nicée II en 787&amp;amp;nbsp;: DS 600-603) l’Église a reconnu comme légitime qu’il soit représenté sur des images saintes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''477 ''En même temps l’Église a toujours reconnu que, dans le corps de Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui est par nature invisible est devenu visible à nos yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de Noël). En effet, les particularités individuelles du corps du Christ expriment la personne divine du Fils de Dieu. Celui-ci a fait siens les traits de son corps humain au point que, dépeints sur une image sainte, ils peuvent être vénérés car le croyant qui vénère son image, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vénère en elle la personne qui y est dépeinte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Nicée II&amp;amp;nbsp;: DS 601).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Cœur du Verbe incarné'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''478 ''Jésus nous a tous et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa passion et il s’est livré pour chacun de nous&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d’un cœur humain. Pour cette raison, le Cœur sacré de Jésus, transpercé par nos péchés et pour notre salut (cf. Jn 19, 34), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est considéré comme le signe et le symbole éminents... de cet amour que le divin Rédempteur porte sans cesse au père éternel et à tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Haurietis aquas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3924&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3812).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
479 Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, c’est-à-dire le Verbe et l’Image substantielle du Père, s’est incarné&amp;amp;nbsp;: sans perdre la nature divine il a assumé la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480 Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, dans l’unité de sa Personne divine&amp;amp;nbsp;; pour cette raison il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
481 Jésus-Christ possède deux natures, la divine et l’humaine, non confondues, mais unies dans l’unique Personne du Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
482 Le Christ, étant vrai Dieu et vrai homme, a une intelligence et une volonté humaines, parfaitement accordées et soumises à son intelligence et sa volonté divines, qu’il a en commun avec le Père et le Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
483 L’Incarnation est donc le mystère de l’admirable union de la nature divine et de la nature humaine dans l’unique Personne du Verbe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. &amp;quot; ... Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Conçu du Saint-Esprit... =====&lt;br /&gt;
''484 ''L’Annonciation à Marie inaugure la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plénitude des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), c’est-à-dire l’accomplissement des promesses et des préparations. Marie est invitée à concevoir Celui en qui habitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corporellement la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). La réponse divine à son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34) est donnée par la puissance de l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint viendra sur toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''485 ''La mission de l’Esprit Saint est toujours conjointe et ordonnée à celle du Fils (cf. Jn 16, 14-15). L’Esprit Saint est envoyé pour sanctifier le sein de la Vierge Marie et la féconder divinement, lui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en faisant qu’elle conçoive le Fils éternel du Père dans une humanité tirée de la sienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''486 ''Le Fils unique du Père en étant conçu comme homme dans le sein de la Vierge Marie est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire oint par l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 35), dès le début de son existence humaine, même si sa manifestation n’a lieu que progressivement&amp;amp;nbsp;: aux bergers (cf. Lc 2, 8-20), aux mages (cf. Mt 2, 1-12), à Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 31-34), aux disciples (cf. Jn 2, 11). Toute la vie de Jésus-Christ manifestera donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment Dieu l’a oint d’Esprit et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. ... Né de la Vierge Marie =====&lt;br /&gt;
''487 ''Ce que la foi catholique croit au sujet de Marie se fonde sur ce qu’elle croit au sujet du Christ, mais ce qu’elle enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédestination de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''488 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), mais pour lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonner un corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. He 10, 5) il a voulu la libre coopération d’une créature. Pour cela, de toute éternité, Dieu a choisi, pour être la Mère de Son Fils, une fille d’Israël, une jeune juive de Nazareth en Galilée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 26-27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père des miséricordes a voulu que l’Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l’œuvre de mort, de même une femme contribuât aussi à la vie (LG 56&amp;amp;nbsp;; cf. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''489 ''Tout au long de l’Ancienne Alliance, la mission de Marie a été ''préparée'' par celle de saintes femmes. Tout au commencement, il y a Eve&amp;amp;nbsp;: malgré sa désobéissance, elle reçoit la promesse d’une descendance qui sera victorieuse du Malin (cf. Gn 3, 15) et celle d’être la mère de tous les vivants (cf. Gn 3, 20). En vertu de cette promesse, Sara conçoit un fils malgré son grand âge (cf. Gn 18, 10-14&amp;amp;nbsp;; 21, 1-2). Contre toute attente humaine, Dieu choisit ce qui était tenu pour impuissant et faible (cf. 1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité à sa promesse&amp;amp;nbsp;: Anne, la mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith et Esther, et beaucoup d’autres femmes. Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s’accomplissent les temps et s’instaure l’économie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 55).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Immaculée Conception'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''490 ''Pour être la Mère du Sauveur, Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). L’ange Gabriel, au moment de l’Annonciation la salue comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 28). En effet, pour pouvoir donner l’assentiment libre de sa foi à l’annonce de sa vocation, il fallait qu’elle soit toute portée par la grâce de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''491 ''Au long des siècles l’Église a pris conscience que Marie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel (DS 2803).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''492 ''Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sainteté éclatante absolument unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dont elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enrichie dès le premier instant de sa conception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56) lui vient tout entière du Christ&amp;amp;nbsp;: elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). Plus que toute autre personne créée, le Père l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 3). Il l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;élue en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et immaculée en sa présence, dans l’amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''493 ''Les Pères de la tradition orientale appellent la Mère de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Toute Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Panaghia''), ils la célèbrent comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’il me soit fait selon ta parole...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''494 ''A l’annonce qu’elle enfantera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils du Très Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sans connaître d’homme, par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 28-37), Marie a répondu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 5), certaine que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;; qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37-38). Ainsi, donnant à la parole de Dieu son consentement, Marie devint Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement à la personne et à l’œuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce de Dieu, au mystère de la Rédemption (cf. LG 56)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme dit S. Irénée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 22, 4). Aussi, avec lui, bon nombre d’anciens Pères disent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le nœud dû à la désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance de Marie&amp;amp;nbsp;; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. ''ibid.'')&amp;amp;nbsp;; comparant Marie avec Eve, ils appellent Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et déclarent souvent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Eve la mort, par Marie la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité divine de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''495 ''Appelée dans les Évangiles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 1&amp;amp;nbsp;; 19, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 13, 55), Marie est acclamée, sous l’impulsion de l’Esprit, dès avant la naissance de son fils, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de mon Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 43). En effet, Celui qu’elle a conçu comme homme du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n’est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité. L’Église confesse que Marie est vraiment ''Mère de Dieu'' (''Theotokos'') (cf. DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La virginité de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''496 ''Dès les premières formulations de la foi (cf. DS 10-64), l’Église a confessé que Jésus a été conçu par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, affirmant aussi l’aspect corporel de cet événement&amp;amp;nbsp;: Jésus a été conçu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’Esprit Saint sans semence virile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 503). Les Pères voient dans la conception virginale le signe que c’est vraiment le Fils de Dieu qui est venu dans une humanité comme la nôtre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Ignace d’Antioche (début IIe siècle)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes fermement convaincus au sujet de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon la chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu (cf. Jn 1, 13), véritablement né d’une vierge, (...) il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate (...) il a véritablement souffert, comme il est aussi véritablement ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Smyrn. 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''497 ''Les récits évangéliques (cf. Mt 1, 18-25&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38) comprennent la conception virginale comme une œuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute possibilité humaines (cf. Lc 1, 34)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit l’ange à Joseph au sujet de Marie, sa fiancée (Mt 1, 20). L’Église y voit l’accomplissement de la promesse divine donnée par le prophète Isaïe&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que la vierge concevra et enfantera un fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 7, 14, d’après la traduction grecque de Mt 1, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''498 ''On a été parfois troublé par le silence de l’Évangile de S. Marc et des Épîtres du Nouveau Testament sur la conception virginale de Marie. On a aussi pu se demander s’il ne s’agissait pas ici de légendes ou de constructions théologiques sans prétentions historiques. A quoi il faut répondre&amp;amp;nbsp;: La foi en la conception virginale de Jésus a rencontré vive opposition, moqueries ou incompréhension de la part des non-croyants, juifs et païens (cf. S. Justin, dial. 66, 67&amp;amp;nbsp;; Origène, Cels. 1, 32. 69&amp;amp;nbsp;; e.a.)&amp;amp;nbsp;: elle n’était pas motivée par la mythologie païenne ou par quelque adaptation aux idées du temps. Le sens de cet événement n’est accessible qu’à la foi qui le voit dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lien qui relie les mystères entre eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3016), dans l’ensemble des mystères du Christ, de son Incarnation à sa Pâque. S. Ignace d’Antioche témoigne déjà de ce lien&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le prince de ce monde a ignoré la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort du Seigneur&amp;amp;nbsp;: trois mystères retentissants qui furent accomplis dans le silence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Eph. 19, 1&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours Vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''499 ''L’approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l’Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie (cf. DS 427) même dans l’enfantement du Fils de Dieu fait homme (cf. DS 291&amp;amp;nbsp;; 294&amp;amp;nbsp;; 442&amp;amp;nbsp;; 503&amp;amp;nbsp;; 571&amp;amp;nbsp;; 1880). En effet la naissance du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas diminué, mais consacré l’intégrité virginale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mère (LG 57). La liturgie de l’Église célèbre Marie comme la ''Aeiparthenos'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''500 ''A cela on objecte parfois que l’Écriture mentionne des frères et sœurs de Jésus (cf. Mc 3, 31-35&amp;amp;nbsp;; 6, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 5&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 19). L’Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d’autres enfants de la Vierge Marie&amp;amp;nbsp;: en effet Jacques et Joseph, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 55), sont les fils d’une Marie disciple du Christ (cf. Mt 27, 56) qui est désignée de manière significative comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’autre Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 1). Il s’agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l’Ancien Testament (cf. Gn 13, 8&amp;amp;nbsp;; 14, 16&amp;amp;nbsp;; 29, 15&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''501 ''Jésus est le Fils unique de Marie. Mais la maternité spirituelle de Marie (cf. Jn 19, 26-27&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 17) s’étend à tous les hommes qu’il est venu sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait ‘l’aîné d’une multitude de frères’ (Rm 8, 29), c’est-à-dire de croyants, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour maternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité virginale de Marie dans le dessein de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''502 ''Le regard de la foi peut découvrir, en lien avec l’ensemble de la Révélation, les raisons mystérieuses pour lesquelles Dieu, dans son dessein salvifique, a voulu que son Fils naisse d’une vierge. Ces raisons touchent aussi bien la personne et la mission rédemptrice du Christ que l’accueil de cette mission par Marie pour tous les hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''503 ''La virginité de Marie manifeste l’initiative absolue de Dieu dans l’Incarnation. Jésus n’a que Dieu comme Père (cf. Lc 2, 48-49). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine qu’il a prise ne l’a jamais éloigné du Père (...)&amp;amp;nbsp;; naturellement Fils de son Père par sa divinité, naturellement fils de sa mère par son humanité, mais proprement Fils de Dieu dans ses deux natures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Frioul en 796&amp;amp;nbsp;: DS 619).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''504 ''Jésus est conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie parce qu’il est ''le Nouvel Adam'' (cf. 1 Co 15, 45) qui inaugure la création nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier homme, issu du sol, est terrestre&amp;amp;nbsp;; le second homme, lui, vient du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 47). L’humanité du Christ est, dès sa conception, remplie de l’Esprit Saint car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui donne l’Esprit sans mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 34). C’est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sa plénitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à lui, tête de l’humanité rachetée (cf. Col 1, 18), que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous avons reçu grâce sur grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''505 ''Jésus, le Nouvel Adam, inaugure par sa conception virginale ''la nouvelle naissance ''des enfants d’adoption dans l’Esprit Saint par la foi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment cela se fera-t-il&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 3, 9). La participation à la vie divine ne vient pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;du sang, ni du vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13). L’accueil de cette vie est virginal car celle-ci est entièrement donnée par l’Esprit à l’homme. Le sens sponsal de la vocation humaine par rapport à Dieu (cf. 2 Co 11, 2) est accompli parfaitement dans la maternité virginale de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''506 ''Marie est vierge parce que sa virginité est ''le signe de sa foi'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que nul doute n’altère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63) et de sa donation sans partage à la volonté de Dieu (cf. 1 Co 7, 34-35). C’est sa foi qui lui donne de devenir la mère du Sauveur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse Marie, plus encore parce qu’elle a reçu la foi du Christ que parce qu’Elle a conçu la chair du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, virg. 3&amp;amp;nbsp;: PL 40, 398).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''507 ''Marie est à la fois vierge et mère car elle est la figure et la plus parfaite réalisation de l’Église (cf. LG 63)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi&amp;amp;nbsp;: par la prédication en effet, et par le Baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle est aussi vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu’elle garde intègre et pure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''508 Dans la descendance d’Eve, Dieu a choisi la Vierge Marie pour être la Mère de son Fils. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit le plus excellent de la Rédemption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 103)&amp;amp;nbsp;: dès le premier instant de sa conception, elle est totalement préservée de la tache du péché originel et elle est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''509 Marie est vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elle est la mère du Fils éternel de Dieu fait homme, qui est Dieu lui-même.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''510 Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant, Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 186, 1&amp;amp;nbsp;: PL 38, 999)&amp;amp;nbsp;: de tout son être elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''511 La Vierge Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;coopéré au salut des hommes avec sa foi et son obéissance libres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Elle a prononcé son oui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 30, 1)&amp;amp;nbsp;: Par son obéissance, elle est devenue la nouvelle Eve, mère des vivants.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Les mystères de la Vie du Christ =====&lt;br /&gt;
''512 ''Le Symbole de la foi ne parle, concernant la vie du Christ, que des mystères de l’Incarnation (conception et naissance) et de la Pâque (passion, crucifixion, mort, sépulture, descente aux enfers, résurrection, ascension). Il ne dit rien, explicitement, des mystères de la vie cachée et publique de Jésus, mais les articles de la foi concernant l’Incarnation et la Pâque de Jésus éclairent ''toute'' la vie terrestre du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement jusqu’au jour où (...) Il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 1-2) est à voir à la lumière des mystères de Noël et de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''513 ''La Catéchèse, selon les circonstances, déploiera toute la richesse des mystères de Jésus. Ici il suffit d’indiquer quelques éléments communs à tous les mystères de la vie du Christ (I), pour esquisser ensuite les principaux mystères de la vie cachée (II) et publique (III) de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Toute la vie du Christ est mystère =====&lt;br /&gt;
''514 ''Beaucoup de choses qui intéressent la curiosité humaine au sujet de Jésus ne figurent pas dans les Évangiles. Presque rien n’est dit sur sa vie à Nazareth, et même une grande part de sa vie publique n’est pas relatée (cf. Jn 20, 30). Ce qui a été écrit dans les Évangiles, l’a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''515 ''Les Évangiles sont écrits par des hommes qui ont été parmi les premiers à avoir la foi (cf. Mc 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 24) et qui veulent la faire partager à d’autres. Ayant connu dans la foi qui est Jésus, ils ont pu voir et faire voir les traces de son mystère dans toute sa vie terrestre. Des langes de sa nativité (cf. Lc 2, 7) jusqu’au vinaigre de sa passion (cf. Mt 27, 48) et au suaire de sa Résurrection (cf. Jn 20, 7), tout dans la vie de Jésus est signe de son mystère. A travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Son humanité apparaît ainsi comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le signe et l’instrument de sa divinité et du salut qu’il apporte&amp;amp;nbsp;: ce qu’il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les traits communs des mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''516 ''Toute la vie du Christ est ''Révélation'' du Père&amp;amp;nbsp;: ses paroles et ses actes, ses silences et ses souffrances, sa manière d’être et de parler. Jésus peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui me voit, voit le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 9), et le Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35). Notre Seigneur s’étant fait homme pour accomplir la volonté du Père (cf. He 10, 5-7), les moindres traits de ses mystères nous manifestent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''517 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Rédemption''. La Rédemption nous vient avant tout par le sang de la Croix (cf. Ep 1, 7&amp;amp;nbsp;; Col 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 18-19), mais ce mystère est à l’œuvre dans toute la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: dans son Incarnation déjà, par laquelle, en se faisant pauvre, il nous enrichit par sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9)&amp;amp;nbsp;; dans sa vie cachée qui, par sa soumission (cf. Lc 2, 51), répare notre insoumission&amp;amp;nbsp;; dans sa parole qui purifie ses auditeurs (cf. Jn 15, 3)&amp;amp;nbsp;; dans ses guérisons et ses exorcismes, par lesquels &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 8, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 4)&amp;amp;nbsp;; dans sa Résurrection, par laquelle il nous justifie (cf. Rm 4, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''518 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Récapitulation''. Tout ce que Jésus a fait, dit et souffert, avait pour but de rétablir l’homme déchu dans sa vocation première&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Lorsqu’il s’est incarné et s’est fait homme, il a récapitulé en lui-même la longue histoire des hommes et nous a procuré le salut en raccourci, de sorte que ce que nous avions perdu en Adam, c’est-à-dire d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous le recouvrions dans le Christ Jésus (S. Irénée, hær. 3, 18, 1). C’est d’ailleurs pourquoi le Christ est passé par tous les âges de la vie, rendant par là à tous les hommes la communion avec Dieu (ibid. 3, 18, 7&amp;amp;nbsp;; cf. 2, 22, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre communion aux mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''519 ''Toute la richesse du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est destinée à tout homme et constitue le bien de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RH 11). Le Christ n’a pas vécu sa vie pour lui-même, mais ''pour nous,'' de son Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nous les hommes et pour notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; jusqu’à sa mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) et à sa Résurrection &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 25). Maintenant encore, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre avocat auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 1), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 25). Avec tout ce qu’il a vécu et souffert pour nous une fois pour toutes, il reste présent pour toujours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devant la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''520 ''En toute sa vie, Jésus se montre comme ''notre modèle'' (cf. Rm 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 5)&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme parfait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 38) qui nous invite à devenir ses disciples et à le suivre&amp;amp;nbsp;: par son abaissement, il nous a donné un exemple à imiter (cf. Jn 13, 15), par sa prière, il attire à la prière (cf. Lc 11, 1), par sa pauvreté, il appelle à accepter librement le dénuement et les persécutions (cf. Mt 5, 11-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''521 ''Tout ce que le Christ a vécu, il fait que nous puissions ''le vivre en Lui'' et qu’il ''le vive en nous.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2). Nous sommes appelés à ne faire plus qu’un avec lui&amp;amp;nbsp;; ce qu’il a vécu dans sa chair pour nous et comme notre modèle, il nous y fait communier comme les membres de son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu’il les consomme et accomplisse en nous et en toute son Église (...). Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église, par les grâces qu’il veut nous communiquer, et par les effets qu’il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous (S. Jean Eudes, ''Le royaume de Jésus'', 3, 4&amp;amp;nbsp;: ''Oeuvres complètes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, v. 1 [Vannes 1905] p. 310-311).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les mystères de l’enfance et de la vie cachée de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Les préparations'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''522 ''La venue du Fils de Dieu sur la terre est un événement si immense que Dieu a voulu le préparer pendant des siècles. Rites et sacrifices, figures et symboles de la Première alliance (cf. He 9, 15), Il fait tout converger vers le Christ&amp;amp;nbsp;; Il l’annonce par la bouche des prophètes qui se succèdent en Israël. Il éveille par ailleurs dans le cœur des païens l’obscure attente de cette venue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''523 Saint Jean le Baptiste'' est le précurseur (cf. Ac 13, 24) immédiat du Seigneur, envoyé pour Lui préparer le chemin (cf. Mt 3, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prophète du Très-Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 76), il dépasse tous les prophètes (cf. Lc 7, 26), il en est le dernier (cf. Mt 11,13), il inaugure l’Évangile (cf. Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; Lc 16, 16)&amp;amp;nbsp;; il salue la venue du Christ dès le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41) et il trouve sa joie à être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ami de l’époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 29) qu’il désigne comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Précédant Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec l’esprit et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17), il lui rend témoignage par sa prédication, son baptême de conversion et finalement son martyre (cf. Mc 6, 17-29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''524 ''En célébrant chaque année la ''liturgie de l’Avent, ''l’Église actualise cette attente du Messie&amp;amp;nbsp;: en communiant à la longue préparation de la première venue du Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second Avènement (cf. Ap 22, 17). Par la célébration de la nativité et du martyre du Précurseur, l’Église s’unit à son désir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que Lui grandisse et que moi je décroisse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de Noël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''525 ''Jésus est né dans l’humilité d’une étable, dans une famille pauvre (cf. Lc 2, 6-7)&amp;amp;nbsp;; de simples bergers sont les premiers témoins de l’événement. C’est dans cette pauvreté que se manifeste la gloire du ciel (cf. Lc 2, 8-20). L’Église ne se lasse pas de chanter la gloire de cette nuit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel&amp;lt;br/&amp;gt; Et la terre offre une grotte à l’Inaccessible.&amp;lt;br/&amp;gt; Les anges et les pasteurs le louent&amp;lt;br/&amp;gt; Et les mages avec l’étoile s’avancent,&amp;lt;br/&amp;gt; Car Tu es né pour nous,&amp;lt;br/&amp;gt; Petit Enfant, Dieu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;br/&amp;gt; (Kontakion de Romanos le Mélode)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''526 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devenir enfant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par rapport à Dieu est la condition pour entrer dans le Royaume (cf. Mt 18, 3-4)&amp;amp;nbsp;; pour cela il faut s’abaisser (cf. Mt 23, 12), devenir petit&amp;amp;nbsp;; plus encore&amp;amp;nbsp;: il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13) pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devenir enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 12). Le mystère de Noël s’accomplit en nous lorsque le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prend forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en nous (Ga 4, 19). Noël est le mystère de cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;admirable échange&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O admirable échange&amp;amp;nbsp;! Le créateur du genre humain, assumant un corps et une âme, a daigné naître d’une vierge et, devenu homme sans l’intervention de l’homme, Il nous a fait don de sa divinité (LH, antienne de l’octave de Noël).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de l’enfance de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''527 ''La ''circoncision'' de Jésus, le huitième jour après sa naissance (cf. Lc 2, 21), est signe de son insertion dans la descendance d’Abraham, dans le peuple de l’alliance, de sa soumission à la loi (cf. Ga 4, 4), et de sa députation au culte d’Israël auquel Il participera pendant toute sa vie. Ce signe préfigure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la circoncision du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’est le Baptême (cf. Col 2, 11-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''528 ''L’''Épiphanie ''est la manifestation de Jésus comme Messie d’Israël, Fils de Dieu et Sauveur du monde. Avec le Baptême de Jésus au Jourdain et les noces de Cana (cf. LH, antienne du Magnificat des secondes vêpres de l’Épiphanie), elle célèbre l’adoration de Jésus par des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot; venus d’Orient (Mt 2, 1). Dans ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, représentants des religions païennes environnantes, l’Évangile voit les prémices des nations qui accueillent la Bonne Nouvelle du salut par l’Incarnation. La venue des mages à Jérusalem pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre hommage au roi des Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 2, 2) montre qu’ils cherchent en Israël, à la lumière messianique de l’étoile de David (cf. Nb 24, 17&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16), celui qui sera le roi des nations (cf. Nb 24, 17-19). Leur venue signifie que les païens ne peuvent découvrir Jésus et l’adorer comme Fils de Dieu et Sauveur du monde qu’en se tournant vers les juifs (cf. Jn 4, 22) et en recevant d’eux leur promesse messianique telle qu’elle est contenue dans l’Ancien Testament (cf. Mt 2, 4-6). L’Épiphanie manifeste que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens entre dans la famille des patriarches&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Léon le Grand, serm. 33, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 242) et acquiert la ''Israelitica dignitas'' (MR, Vigile Pascale 26&amp;amp;nbsp;: prière après la troisième lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''529 ''La ''présentation de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 22-39) Le montre comme le Premier-Né appartenant au Seigneur (cf. Ex 13, 12-13). Avec Siméon et Anne c’est toute l’attente d’Israël qui vient à la ''rencontre'' de son Sauveur (la tradition byzantine appelle ainsi cet événement). Jésus est reconnu comme le Messie tant attendu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lumière des nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gloire d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le glaive de douleur prédit à Marie annonce cette autre oblation, parfaite et unique, de la Croix qui donnera le salut que Dieu a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparé à la face de tous les peuples&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''530 ''La ''fuite en Égypte'' et le massacre des innocents (cf. Mt 2, 13-18) manifestent l’opposition des ténèbres à la lumière&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 11). Toute la vie du Christ sera sous le signe de la persécution. Les siens la partagent avec lui (cf. Jn 15, 20). Sa montée d’Égypte (cf. Mt 2, 15) rappelle l’Exode (cf. Os 11, 1) et présente Jésus comme le libérateur définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de la vie cachée de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''531 ''Pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l’immense majorité des hommes&amp;amp;nbsp;: une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail manuel, vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu (cf. Ga 4, 4), vie dans la communauté. De toute cette période il nous est révélé que Jésus était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à ses parents et qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 51-52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''532 ''La soumission de Jésus à sa mère et son père légal accomplit parfaitement le quatrième commandement. Elle est l’image temporelle de son obéissance filiale à son Père céleste. La soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie annonçait et anticipait la soumission du Jeudi Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non pas ma volonté...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 42). L’obéissance du Christ dans le quotidien de la vie cachée inaugurait déjà l’œuvre de rétablissement de ce que la désobéissance d’Adam avait détruit (cf. Rm 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''533 ''La vie cachée de Nazareth permet à tout homme de communier à Jésus par les voies les plus quotidiennes de la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus&amp;amp;nbsp;: l’école de l’Évangile (...). Une leçon de ''silence'' d’abord. Que naisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit (...). Une leçon de ''vie familiale''. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable (...). Une leçon de ''travail.'' Nazareth, ô maison du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils du Charpentier&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain (...)&amp;amp;nbsp;; comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin (Paul VI, discours 5 janvier 1964 à Nazareth&amp;amp;nbsp;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''534 ''Le ''recouvrement de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 41-52) est le seul événement qui rompt le silence des Évangiles sur les années cachées de Jésus. Jésus y laisse entrevoir le mystère de sa consécration totale à une mission découlant de sa filiation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Marie et Joseph &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne comprirent pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette parole, mais ils l’accueillirent dans la foi, et Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tout au long des années où Jésus restait enfoui dans le silence d’une vie ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Les mystères de la vie publique de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Baptême de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''535 ''Le commencement (cf. Lc 3, 23) de la vie publique de Jésus est son Baptême par Jean dans le Jourdain (cf. Ac 1, 22). Jean proclamait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême de repentir pour la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 3). Une foule de pécheurs, publicains et soldats (cf. Lc 3, 10-14), Pharisiens et Sadducéens (cf. Mt 3, 7) et prostituées (cf. Mt 21, 32) vient se faire baptiser par lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Alors paraît Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Baptiste hésite, Jésus insiste&amp;amp;nbsp;: il reçoit le Baptême. Alors l’Esprit Saint, sous forme de colombe, vient sur Jésus, et la voix du ciel proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 13-17). C’est la manifestation (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épiphanie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) de Jésus comme Messie d’Israël et Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''536 ''Le Baptême de Jésus, c’est, de sa part, l’acceptation et l’inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12)&amp;amp;nbsp;; il est déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29)&amp;amp;nbsp;; déjà, il anticipe le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mort sanglante (cf. Mc 10, 38&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 50). Il vient déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accomplir toute justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père&amp;amp;nbsp;: il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt 26, 39). A cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance en son Fils (cf. Lc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Is 42, 1). L’Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reposer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur lui (Jn 1, 32-33&amp;amp;nbsp;; cf. Is 11, 2). Il en sera la source pour toute l’humanité. A son Baptême, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux s’ouvrirent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 16) que le péché d’Adam avait fermés&amp;amp;nbsp;; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création nouvelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''537 ''Par le Baptême, le chrétien est sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa mort et sa résurrection&amp;amp;nbsp;; il doit entrer dans ce mystère d’abaissement humble et de repentance, descendre dans l’eau avec Jésus, pour remonter avec lui, renaître de l’eau et de l’Esprit pour devenir, dans le Fils, fils bien-aimé du Père et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vivre dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelissons-nous avec le Christ par le Baptême, pour ressusciter avec lui&amp;amp;nbsp;; descendons avec lui, pour être élevés avec lui&amp;amp;nbsp;; remontons avec lui, pour être glorifiés en lui (S. Grégoire de Naz., or. 40, 9&amp;amp;nbsp;: PG 36, 369B).&amp;lt;br/&amp;gt; Tout ce qui s’est passé dans le Christ nous fait connaître qu’après le bain d’eau, l’Esprit Saint vole sur nous du haut du ciel et qu’adoptés par la Voix du Père, nous devenons fils de Dieu (S. Hilaire, Mat. 2&amp;amp;nbsp;: PL 9, 927).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Tentation de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''538 ''Les Évangiles parlent d’un temps de solitude de Jésus au désert immédiatement après son baptême par Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Poussé par l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au désert, Jésus y demeure quarante jours sans manger&amp;amp;nbsp;; il vit avec les bêtes sauvages et les anges le servent (cf. Mc 1, 12-13). A la fin de ce temps, Satan le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers Dieu. Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d’Adam au Paradis et d’Israël au désert, et le diable s’éloigne de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour revenir au temps marqué&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''539 ''Les Évangélistes indiquent le sens salvifique de cet événement mystérieux. Jésus est le nouvel Adam, resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation. Jésus accomplit parfaitement la vocation d’Israël&amp;amp;nbsp;: contrairement à ceux qui provoquèrent jadis Dieu pendant quarante ans au désert (cf. Ps 95, 10), le Christ se révèle comme le Serviteur de Dieu totalement obéissant à la volonté divine. En cela, Jésus est vainqueur du diable&amp;amp;nbsp;: il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ligoté l’homme fort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour lui reprendre son butin (Mc 3, 27). La victoire de Jésus sur le tentateur au désert anticipe la victoire de la passion, obéissance suprême de son amour filial du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''540 ''La tentation de Jésus manifeste la manière qu’a le Fils de Dieu d’être Messie, à l’opposé de celle que lui propose Satan et que les hommes (cf. Mt 16, 21-23) désirent lui attribuer. C’est pourquoi le Christ a vaincu le Tentateur ''pour nous&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15). L’Église s’unit chaque année par les quarante jours du ''Grand Carême'' au mystère de Jésus au désert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''541 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après que Jean eut été livré, Jésus se rendit en Galilée. Il y proclamait en ces termes la Bonne Nouvelle venue de Dieu&amp;amp;nbsp;: ‘Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;: repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). Or, la volonté du Père, c’est d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;élever les hommes à la communion de la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2). Il le fait en rassemblant les hommes autour de son Fils, Jésus-Christ. Ce rassemblement est l’Église, qui est sur terre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le germe et le commencement du Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''542 ''Le Christ est au cœur de ce rassemblement des hommes dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il les convoque autour de lui par sa parole, par ses signes qui manifestent le règne de Dieu, par l’envoi de ses disciples. Il réalisera la venue de son Royaume surtout par le grand mystère de sa Pâque&amp;amp;nbsp;: sa mort sur la Croix et sa Résurrection. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). A cette union avec le Christ tous les hommes sont appelés (cf. LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’annonce du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''543 Tous les hommes'' sont appelés à entrer dans le Royaume. Annoncé d’abord aux enfants d’Israël (cf. Mt 10, 5-7), ce Royaume messianique est destiné à accueillir les hommes de toutes les nations (cf. Mt 8, 11&amp;amp;nbsp;; 28, 19). Pour y accéder, il faut accueillir la parole de Jésus&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La parole du Seigneur est en effet comparée à une semence qu’on sème dans un champ&amp;amp;nbsp;: ceux qui l’écoutent avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ ont accueilli son royaume lui-même&amp;amp;nbsp;; puis, par sa propre vertu, la semence croît jusqu’au temps de la moisson (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''544 ''Le Royaume appartient ''aux pauvres et aux petits'', c’est-à-dire à ceux qui l’ont accueilli avec un cœur humble. Jésus est envoyé pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter la bonne nouvelle aux pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 22). Il les déclare bienheureux car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux est à eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 3)&amp;amp;nbsp;; c’est aux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que le Père a daigné révéler ce qui reste caché aux sages et aux habiles (cf. Mt 11, 25). Jésus partage la vie des pauvres, de la crèche à la croix&amp;amp;nbsp;; il connaît la faim (cf. Mc 2, 23-26&amp;amp;nbsp;; Mt 21, 18), la soif (cf. Jn 4, 6-7&amp;amp;nbsp;; 19, 28) et le dénuement (cf. Lc 9, 58). Plus encore&amp;amp;nbsp;: il s’identifie aux pauvres de toutes sortes et fait de l’amour actif envers eux la condition de l’entrée dans son Royaume (cf. Mt 25, 31-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''545 ''Jésus invite ''les pécheurs'' à la table du Royaume&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 17&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Tm 1, 15). Il les invite à la conversion sans laquelle on ne peut entrer dans le Royaume, mais il leur montre en parole et en acte la miséricorde sans bornes de son Père pour eux (cf. Lc 15, 11-32) et l’immense &amp;quot;&amp;amp;nbsp;joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 15, 7). La preuve suprême de cet amour sera le sacrifice de sa propre vie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''546 ''Jésus appelle à entrer dans le Royaume à travers les ''paraboles,'' trait typique de son enseignement (cf. Mc 4, 33-34). Par elles, il invite au festin du Royaume (cf. Mt 22, 1-14), mais il demande aussi un choix radical&amp;amp;nbsp;: pour acquérir le Royaume, il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45)&amp;amp;nbsp;; les paroles ne suffisent pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32). Les paraboles sont comme des miroirs pour l’homme&amp;amp;nbsp;: accueille-t-il la parole comme un sol dur ou comme une bonne terre (cf. Mt 13, 3-9)&amp;amp;nbsp;? Que fait-il des talents reçus (cf. Mt 25, 14-30)&amp;amp;nbsp;? Jésus et la présence du Royaume en ce monde sont secrètement au cœur des paraboles. Il faut entrer dans le Royaume, c’est-à-dire devenir disciple du Christ pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître les mystères du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 11). Pour ceux qui restent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dehors&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 4, 11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13, 10-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les signes du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''547 ''Jésus accompagne ses paroles par de nombreux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;miracles, prodiges et signes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 22) qui manifestent que le Royaume est présent en Lui. Ils attestent que Jésus est le Messie annoncé (cf. Lc 7, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''548 ''Les signes accomplis par Jésus témoignent que le Père l’a envoyé (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25). Ils invitent à croire en lui (cf. Jn 10, 38). A ceux qui s’adressent à lui avec foi, il accorde ce qu’ils demandent (cf. Mc 5, 25-34&amp;amp;nbsp;; 10, 52&amp;amp;nbsp;; etc.). Alors les miracles fortifient la foi en Celui qui fait les œuvres de son Père&amp;amp;nbsp;: ils témoignent qu’il est le Fils de Dieu (cf. Jn 10, 31-38). Mais ils peuvent aussi être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occasion de chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 6). Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. Malgré ses miracles si évidents, Jésus est rejeté par certains (cf. Jn 11, 47-48)&amp;amp;nbsp;; on l’accuse même d’agir par les démons (cf. Mc 3, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''549 ''En libérant certains hommes des maux terrestres de la faim (cf. Jn 6, 5-15), de l’injustice (cf. Lc 19, 8), de la maladie et de la mort (cf. Mt 11, 5), Jésus a posé des signes messianiques&amp;amp;nbsp;; il n’est cependant pas venu pour abolir tous les maux ici-bas (cf. Lc 12, 13. 14&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36), mais pour libérer les hommes de l’esclavage le plus grave, celui du péché (cf. Jn 8, 34-36), qui les entrave dans leur vocation de fils de Dieu et cause tous leurs asservissements humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''550 ''La venue du Royaume de Dieu est la défaite du royaume de Satan (cf. Mt 12, 26)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est qu’alors le Royaume de Dieu est arrivé pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 28). Les ''exorcismes'' de Jésus libèrent des hommes de l’emprise des démons (cf. Lc 8, 26-39). Ils anticipent la grande victoire de Jésus sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le prince de ce monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 31). C’est par la Croix du Christ que le Royaume de Dieu sera définitivement établi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a régné du haut du bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les clefs du Royaume&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''551 ''Dès le début de sa vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour participer à sa mission (cf. Mc 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur donne part à son autorité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et guérir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 2). Ils restent pour toujours associés au Royaume du Christ car celui-ci dirige par eux l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi&amp;amp;nbsp;; vous mangerez et boirez à la table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël (Lc 22, 29-30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''552 ''Dans le collège des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16&amp;amp;nbsp;; 9, 2&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Notre Seigneur lui avait alors déclaré&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 18). Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pierre vivante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 4), assure à son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''553 ''Jésus a confié à Pierre une autorité spécifique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux&amp;amp;nbsp;: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 19). Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir des clefs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église. Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Bon Pasteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 11) a confirmé cette charge après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pais mes brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 15-17). Le pouvoir de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lier et délier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église. Jésus a confié cette autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt 18, 18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs du Royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un avant-goût du Royaume&amp;amp;nbsp;: La Transfiguration'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''554 ''A partir du jour où Pierre a confessé que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Maître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir (...) être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 21)&amp;amp;nbsp;: Pierre refuse cette annonce (cf. Mt 16, 22-23), les autres ne la comprennent pas davantage (cf. Mt 17, 23&amp;amp;nbsp;; Lc 9, 45). C’est dans ce contexte que se situe l’épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-8 par.&amp;amp;nbsp;; 2 P 1, 16-18), sur une haute montagne, devant trois témoins choisis par lui&amp;amp;nbsp;: Pierre, Jacques et Jean. Le visage et les vêtements de Jésus deviennent fulgurants de lumière, Moïse et Elie apparaissent, lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlant de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 31). Une nuée les couvre et une voix du ciel dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils, mon Élu&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''555 ''Pour un instant, Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Il montre aussi que, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26), il doit passer par la Croix à Jérusalem. Moïse et Elie avaient vu la gloire de Dieu sur la Montagne&amp;amp;nbsp;; la Loi et les prophètes avaient annoncé les souffrances du Messie (cf. Lc 24, 27). La passion de Jésus est bien la volonté du Père&amp;amp;nbsp;: le Fils agit en Serviteur de Dieu (cf. Is 42, 1). La nuée indique la présence de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la Trinité apparut&amp;amp;nbsp;: le Père dans la voix, le Fils dans l’homme, l’Esprit dans la nuée lumineuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu t’es transfiguré sur la montagne, et, autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire et qu’ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père (Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''556 ''Au seuil de la vie publique&amp;amp;nbsp;: le Baptême&amp;amp;nbsp;; au seuil de la Pâque&amp;amp;nbsp;: la Transfiguration. Par le Baptême de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut manifesté le mystère de notre première régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre Baptême&amp;amp;nbsp;; la Transfiguration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le sacrement de la seconde régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre propre résurrection (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). Dès maintenant nous participons à la Résurrection du Seigneur par l’Esprit Saint qui agit dans les sacrements du Corps du Christ. La Transfiguration nous donne un avant-goût de la glorieuse venue du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21). Mais elle nous rappelle aussi qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 14, 22)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cela Pierre ne l’avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne (cf. Lc 9, 33). Il t’a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais maintenant il dit lui-même&amp;amp;nbsp;: Descend pour peiner sur la terre, pour servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre. La Vie descend pour se faire tuer&amp;amp;nbsp;; le Pain descend pour avoir faim&amp;amp;nbsp;; la Voie descend, pour se fatiguer en chemin&amp;amp;nbsp;; la Source descend, pour avoir soif&amp;amp;nbsp;; et tu refuses de peiner&amp;amp;nbsp;? (S. Augustin, serm. 78, 6&amp;amp;nbsp;: PL 38, 492-493).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La montée de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''557 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or, comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 51&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 13, 1). Par cette décision, il signifiait qu’il montait à Jérusalem prêt à mourir. A trois reprises il avait annoncé sa passion et sa Résurrection (cf. Mc 8, 31-33&amp;amp;nbsp;; 9, 31-32&amp;amp;nbsp;; 10, 32-34). En se dirigeant vers Jérusalem, il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 13, 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''558 ''Jésus rappelle le martyre des prophètes qui avaient été mis à mort à Jérusalem (cf. Mt 23, 37a). Néanmoins, il persiste à appeler Jérusalem à se rassembler autour de lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes (...) et vous n’avez pas voulu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 23, 37b). Quand Jérusalem est en vue, il pleure sur elle et exprime encore une fois le désir de son cœur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ah&amp;amp;nbsp;! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix&amp;amp;nbsp;! Mais, hélas, il est demeuré caché à tes yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 19, 41-42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’entrée messianique de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''559 ''Comment Jérusalem va-t-elle accueillir son Messie&amp;amp;nbsp;? Alors qu’il s’était toujours dérobé aux tentatives populaires de le faire roi (cf. Jn 6, 15), Jésus choisit le temps et prépare les détails de son entrée messianique dans la ville de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;David, son père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 32&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 21, 1-11) Il est acclamé comme le fils de David, celui qui apporte le salut (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Hosanna&amp;amp;nbsp;&amp;quot; veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauve donc&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donne le salut&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Or &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Roi de Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 7-10) entre dans sa Ville &amp;quot;&amp;amp;nbsp;monté sur un ânon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Za 9, 9)&amp;amp;nbsp;: il ne conquiert pas la Fille de Sion, figure de son Église, par la ruse ni par la violence, mais par l’humilité qui témoigne de la Vérité (cf. Jn 18, 37). C’est pourquoi les sujets de son Royaume, ce jour-là, sont les enfants (cf. Mt 21, 15-16&amp;amp;nbsp;; Ps 8, 3) et les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui l’acclament comme les anges l’annonçaient aux bergers (cf. Lc 19, 38&amp;amp;nbsp;; 2, 14). Leur acclamation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 118, 26), est reprise par l’Église dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sanctus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie eucharistique pour ouvrir le mémorial de la Pâque du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''560 ''L’''entrée de Jésus à Jérusalem ''manifeste la Venue du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection. C’est par sa célébration, le dimanche des Rameaux, que la liturgie de l’Église ouvre la grande Semaine Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''561 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la vie du Christ fut un continuel enseignement&amp;amp;nbsp;: ses silences, ses miracles, ses gestes, sa prière, son amour de l’homme, sa prédilection pour les petits et les pauvres, l’acceptation du sacrifice total sur la Croix pour la rédemption du monde, sa Résurrection sont l’actuation de sa parole et l’accomplissement de la Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''562 Les disciples du Christ doivent se conformer à Lui jusqu’à ce qu’il soit formé en eux (cf. Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi nous sommes assumés dans les mystères de sa vie, configurés à lui, associés à sa mort et à sa Résurrection, en attendant de l’être à son Règne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''563 Berger ou Mage, on ne peut atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''564 Par sa soumission à Marie et Joseph, ainsi que par son humble travail pendant de longues années à Nazareth, Jésus nous donne l’exemple de la sainteté dans la vie quotidienne de la famille et du travail.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''565 Dès le début de sa vie publique, à son baptême, Jésus est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, entièrement consacré à l’œuvre rédemptrice qui s’accomplira par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa passion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''566 La tentation au désert montre Jésus, Messie humble qui triomphe de Satan par sa totale adhésion au dessein de salut voulu par le Père.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''567 Le Royaume des cieux a été inauguré sur la terre par le Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). L’Église est le germe et le commencement de ce Royaume. Ses clefs sont confiées à Pierre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''568 La Transfiguration du Christ a pour but de fortifier la foi des apôtres en vue de la passion&amp;amp;nbsp;: la montée sur la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;haute montagne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; prépare la montée au Calvaire. Le Christ, Tête de l’Église, manifeste ce que son Corps contient et rayonne dans les sacrements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27) (cf. S. Léon le Grand, serm. 51, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 310C).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''569 Jésus est monté volontairement à Jérusalem tout en sachant qu’il y mourrait de mort violente à cause de la contradiction de la part des pécheurs (cf. He 12, 3)..''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''570 L’entrée de Jésus à Jérusalem manifeste la venue du Royaume que le Roi-Messie, accueilli dans sa ville par les enfants et les humbles de cœur, va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 4 : &amp;quot; Jésus-Christ a souffert sous PONCE PILATE, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''571 ''Le mystère pascal de la Croix et de la Résurrection du Christ est au centre de la Bonne Nouvelle que les apôtres, et l’Église à leur suite, doivent annoncer au monde. Le dessein sauveur de Dieu s’est accompli &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 26) par la mort rédemptrice de son Fils Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''572 ''L’Église reste fidèle à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’interprétation de toutes les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; donnée par Jésus lui-même avant comme après sa Pâque&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26-27. 44-45). Les souffrances de Jésus ont pris leur forme historique concrète du fait qu’il a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 8, 31) qui l’ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''573 ''La foi peut donc essayer de scruter les circonstances de la mort de Jésus, transmises fidèlement par les Évangiles (cf. DV 19) et éclairées par d’autres sources historiques, pour mieux comprendre le sens de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Jésus et Israël =====&lt;br /&gt;
''574 ''Dès les débuts du ministère public de Jésus, des Pharisiens et des partisans d’Hérode, avec des prêtres et des scribes, se sont mis d’accord pour le perdre (cf. Mc 3, 6). Par certains de ses actes (expulsions de démons, cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; pardon des péchés, cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; guérisons le jour du sabbat, cf. Mc 3, 1-6&amp;amp;nbsp;; interprétation originale des préceptes de pureté de la Loi, cf. Mc 7, 14-23&amp;amp;nbsp;; familiarité avec les publicains et les pécheurs publics, cf. Mc 2, 14-17) Jésus a semblé à certains, mal intentionnés, suspect de possession (cf. Mc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 48&amp;amp;nbsp;; 10, 20). On l’accuse de blasphème (cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33) et de faux prophétisme (cf. Jn 7, 12&amp;amp;nbsp;; 7, 52), crimes religieux que la Loi châtiait par la peine de mort sous forme de lapidation (cf. Jn 8, 59&amp;amp;nbsp;; 10, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''575 ''Bien des actes et des paroles de Jésus ont donc été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 34) pour les autorités religieuses de Jérusalem, celles que l’Évangile de S. Jean appelle souvent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 19&amp;amp;nbsp;; 2, 18&amp;amp;nbsp;; 5, 10&amp;amp;nbsp;; 7, 13&amp;amp;nbsp;; 9, 22&amp;amp;nbsp;; 18, 12&amp;amp;nbsp;; 19, 38&amp;amp;nbsp;; 20, 19), plus encore que pour le commun du Peuple de Dieu (cf. Jn 7, 48-49). Certes, ses rapports avec les Pharisiens ne furent pas uniquement polémiques. Ce sont des Pharisiens qui le préviennent du danger qu’il court (cf. Lc 13, 31). Jésus loue certains d’entre eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange à plusieurs reprises chez des Pharisiens (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Jésus confirme des doctrines partagées par cette élite religieuse du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts (cf. Mt 22, 23-34&amp;amp;nbsp;; Lc 20, 39), les formes de piété (aumône, jeûne et prière, cf. Mt 6, 18) et l’habitude de s’adresser à Dieu comme Père, le caractère central du commandement de l’amour de Dieu et du prochain (cf. Mc 12, 28-34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''576 ''Aux yeux de beaucoup en Israël, Jésus semble agir contre les institutions essentielles du Peuple élu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La soumission à la Loi dans l’intégralité de ses préceptes écrits et, pour les Pharisiens, dans l’interprétation de la tradition orale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La centralité du Temple de Jérusalem comme lieu saint où Dieu habite d’une manière privilégiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La foi dans le Dieu unique dont aucun homme ne peut partager la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Jésus et la Loi =====&lt;br /&gt;
''577 ''Jésus a fait une mise en garde solennelle au début du Sermon sur la Montagne où Il a présenté la Loi donnée par Dieu au Sinaï lors de la Première alliance à la lumière de la grâce de la Nouvelle Alliance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes&amp;amp;nbsp;: je ne suis pas venu abolir mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un ''i'', pas un point sur l’''i'' ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, sera tenu pour moindre dans le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume de cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 17-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''578 ''Jésus, le Messie d’Israël, le plus grand donc dans le Royaume des cieux, se devait d’accomplir la Loi en l’exécutant dans son intégralité jusque dans ses moindres préceptes selon ses propres paroles. Il est même le seul à avoir pu le faire parfaitement (cf. Jn 8, 46). Les Juifs, de leur propre aveu, n’ont jamais pu accomplir la Loi dans son intégralité sans en violer le moindre précepte (cf. Jn 7, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 13, 38-41&amp;amp;nbsp;; 15, 10). C’est pourquoi à chaque fête annuelle de l’Expiation, les enfants d’Israël demandent à Dieu pardon pour leurs transgressions de la Loi. En effet, la Loi constitue un tout et, comme le rappelle S. Jacques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aurait-on observé la Loi tout entière, si l’on commet un écart sur un seul point, c’est du tout que l’on devient justiciable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 2, 10&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''579 ''Ce principe de l’intégralité de l’observance de la Loi, non seulement dans sa lettre mais dans son esprit, était cher aux Pharisiens. En le dégageant pour Israël, ils ont conduit beaucoup de Juifs du temps de Jésus à un zèle religieux extrême (cf. Rm 10, 2). Celui-ci, s’il ne voulait pas se résoudre en une casuistique &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypocrite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 15, 3-7&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 39-54), ne pouvait que préparer le Peuple à cette intervention de Dieu inouïe que sera l’exécution parfaite de la Loi par le seul Juste à la place de tous les pécheurs (cf. Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''580 ''L’accomplissement parfait de la Loi ne pouvait être l’œuvre que du divin Législateur né sujet de la Loi en la personne du Fils (cf. Ga 4, 4). En Jésus, la Loi n’apparaît plus gravée sur des tables de pierre mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au fond du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) du Serviteur qui, parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apporte fidèlement le droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 3) est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’alliance du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 6). Jésus accomplit la Loi jusqu’à prendre sur Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la malédiction de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 13) encourue par ceux qui ne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pratiquent pas tous les préceptes de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 10) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort du Christ a eu lieu pour racheter les transgressions de la Première alliance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''581 ''Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de leurs chefs spirituels comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rabbi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 38&amp;amp;nbsp;; 3, 2&amp;amp;nbsp;; Mt 22, 23-24. 34-36). Il a souvent argumenté dans le cadre de l’interprétation rabbinique de la Loi (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; 9, 12&amp;amp;nbsp;; Mc 2, 23– 27&amp;amp;nbsp;; Lc 6, 6-9&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-23). Mais en même temps, Jésus ne pouvait que heurter les docteurs de la Loi car il ne se contentait pas de proposer son interprétation parmi les leurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et non pas comme les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 28-29). En lui, c’est la même Parole de Dieu qui avait retenti au Sinaï pour donner à Moïse la Loi écrite qui se fait entendre de nouveau sur la Montagne des Béatitudes (cf. Mt 5, 1). Elle n’abolit pas la Loi mais l’accomplit en fournissant de manière divine son interprétation ultime&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres (...) moi je vous dis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 33-34). Avec cette même autorité divine, il désavoue certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 8) des Pharisiens qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annulent la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''582 ''Allant plus loin, Jésus accomplit la Loi sur la pureté des aliments, si importante dans la vie quotidienne juive, en dévoilant son sens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ga 3, 24) par une interprétation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller (...) – ainsi il déclarait purs tous les aliments. Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 18-21). En délivrant avec autorité divine l’interprétation définitive de la Loi, Jésus s’est trouvé affronté à certains docteurs de la Loi qui ne recevaient pas son interprétation de la Loi garantie pourtant par les signes divins qui l’accompagnaient (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25. 37-38&amp;amp;nbsp;; 12, 37). Ceci vaut particulièrement pour la question du sabbat&amp;amp;nbsp;: Jésus rappelle, souvent avec des arguments rabbiniques (cf. Mc 2, 25-27&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-24), que le repos du sabbat n’est pas troublé par le service de Dieu (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; Nb 28, 9) ou du prochain (cf. Lc 13, 15-16&amp;amp;nbsp;; 14, 3-4) qu’accomplissent ses guérisons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Jésus et le Temple =====&lt;br /&gt;
''583 ''Jésus, comme les prophètes avant lui, a professé pour le Temple de Jérusalem le plus profond respect. Il y a été présenté par Joseph et Marie quarante jours après sa naissance (cf. Lc 2, 22-39). A l’âge de douze ans, il décide de rester dans le Temple pour rappeler à ses parents qu’il se doit aux affaires de son Père (cf. Lc 2, 46-49). Il y est monté chaque année au moins pour la Pâque pendant sa vie cachée (cf. Lc 2, 41)&amp;amp;nbsp;; son ministère public lui-même a été rythmé par ses pèlerinages à Jérusalem pour les grandes fêtes juives (cf. Jn 2, 13-14&amp;amp;nbsp;; 5, 1. 14&amp;amp;nbsp;; 7, 1. 10. 14&amp;amp;nbsp;; 8, 2&amp;amp;nbsp;; 10, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''584 ''Jésus est monté au Temple comme au lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Le Temple est pour lui la demeure de son Père, une maison de prière, et il s’indigne de ce que son parvis extérieur soit devenu un lieu de trafic (cf. Mt 21, 13). S’il chasse les marchands du Temple, c’est par amour jaloux pour son Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit&amp;amp;nbsp;: ‘Le zèle pour ta maison me dévorera’ (Ps 69, 10)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 16-17). Après sa Résurrection, les apôtres ont gardé un respect religieux pour le Temple (cf. Ac 2, 46&amp;amp;nbsp;; 3, 1&amp;amp;nbsp;; 5, 20. 21&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''585 ''Au seuil de sa passion, Jésus a cependant annoncé la ruine de ce splendide édifice dont il ne restera plus pierre sur pierre (cf. Mt 24, 1-2). Il y a ici annonce d’un signe des derniers temps qui vont s’ouvrir avec sa propre Pâque (cf. Mt 24, 3&amp;amp;nbsp;; Lc 13, 35). Mais cette prophétie a pu être rapportée de manière déformée par de faux témoins lors de son interrogatoire chez le grand prêtre (cf. Mc 14, 57-58) et lui être renvoyée comme injure lorsqu’il était cloué sur la croix (cf. Mt 27, 39-40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''586 ''Loin d’avoir été hostile au Temple (cf. Mt 8, 4&amp;amp;nbsp;; 23, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 14&amp;amp;nbsp;; Jn 4, 22) où il a donné l’essentiel de son enseignement (cf. Jn 18, 20), Jésus a voulu payer l’impôt du Temple en s’associant Pierre (cf. Mt 17, 24-27) qu’il venait de poser comme fondement pour son Église à venir (cf. Mt 16, 18). Plus encore, il s’est identifié au Temple en se présentant comme la demeure définitive de Dieu parmi les hommes (cf. Jn 2, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 12, 6). C’est pourquoi sa mise à mort corporelle (cf. Jn 2, 18-22) annonce la destruction du Temple qui manifestera l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 4, 23-24&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 51&amp;amp;nbsp;; He 9, 11&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 22). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Jésus et la foi d’Israël au Dieu Unique et Sauveur =====&lt;br /&gt;
''587 ''Si la Loi et le Temple de Jérusalem ont pu être occasion de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 34) de la part de Jésus pour les autorités religieuses d’Israël, c’est son rôle dans la rédemption des péchés, œuvre divine par excellence, qui a été pour elles la véritable pierre d’achoppement (cf. Lc 20, 17-18&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''588 ''Jésus a scandalisé les Pharisiens en mangeant avec les publicains et les pécheurs (cf. Lc 5, 30) aussi familièrement qu’avec eux-mêmes (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 11, 37&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Contre ceux d’entre eux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 18, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 7, 49&amp;amp;nbsp;; 9, 34), Jésus a affirmé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 32). Il est allé plus loin en proclamant face aux Pharisiens que, le péché étant universel (cf. Jn 8, 33-36), ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de salut s’aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jn 9, 40-41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''589 ''Jésus a surtout scandalisé parce qu’Il a identifié sa conduite miséricordieuse envers les pécheurs avec l’attitude de Dieu Lui-même à leur égard (cf. Mt 9, 13&amp;amp;nbsp;; Os 6, 6). Il est allé jusqu’à laisser entendre qu’en partageant la table des pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), Il les admettait au banquet messianique (cf. Lc 15, 23-32). Mais c’est tout particulièrement en pardonnant les péchés que Jésus a mis les autorités religieuses d’Israël devant un dilemme. Ne diraient-elles pas avec justesse dans leur effroi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7)&amp;amp;nbsp;? En pardonnant les péchés, ou bien Jésus blasphème car c’est un homme qui se fait l’égal de Dieu (cf. Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33), ou bien Il dit vrai et sa personne rend présent et révèle le nom de Dieu (cf. Jn 17, 6. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''590 ''Seule l’identité divine de la personne de Jésus peut justifier une exigence aussi absolue que celle-ci&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’est pas avec moi est contre moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 30)&amp;amp;nbsp;; de même quand Il dit qu’il y a en Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que Jonas, (...) plus que Salomon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 41-42), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que le Temple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 6)&amp;amp;nbsp;; quand Il rappelle à son sujet que David a appelé le Messie son Seigneur (cf. Mt 12, 36. 37), quand Il affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avant qu’Abraham fut, Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 58)&amp;amp;nbsp;; et même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père et moi nous sommes un&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''591 ''Jésus a demandé aux autorités religieuses de Jérusalem de croire en Lui à cause des œuvres de son Père qu’Il accomplit (cf. Jn 10, 36-38). Mais un tel acte de foi devait passer par une mystérieuse mort à soi-même pour une nouvelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7) dans l’attirance de la grâce divine (cf. Jn 6, 44). Une telle exigence de conversion face à un accomplissement si surprenant des promesses (cf. Is 53, 1) permet de comprendre la tragique méprise du Sanhédrin estimant que Jésus méritait la mort comme blasphémateur (cf. Mc 3, 6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 64-66). Ses membres agissaient ainsi à la fois par ignorance (cf. Lc 23, 34&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 17-18) et par l’endurcissement (cf. Mc 3, 5&amp;amp;nbsp;; Rm 11, 25) de l’incrédulité (cf. Rm 11, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''592 Jésus n’a pas aboli la Loi du Sinaï, mais Il l’a accomplie (cf. Mt 5, 17-19) avec une telle perfection (cf. Jn 8, 46) qu’Il en révèle le sens ultime (cf. Mt 5, 33) et qu’Il rachète les transgressions contre elle (cf. He 9, 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''593 Jésus a vénéré le Temple en y montant aux fêtes juives de pèlerinage et Il a aimé d’un amour jaloux cette demeure de Dieu parmi les hommes. Le Temple préfigure son mystère. S’Il annonce sa destruction, c’est comme manifestation de sa propre mise à mort et de l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut, où son Corps sera le Temple définitif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''594 Jésus a posé des actes, tel le pardon des péchés, qui L’ont manifesté comme étant le Dieu Sauveur lui-même (cf. Jn 5, 16-18). Certains Juifs, qui, ne reconnaissant pas le Dieu fait homme (cf. Jn 1, 14), voyaient en Lui un homme qui se fait Dieu (cf. Jn 10, 33), L’ont jugé comme un blasphémateur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Jésus est mort crucifié =====&lt;br /&gt;
===== I. Le procès de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Divisions des autorités juives à l’égard de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''595 ''Parmi les autorités religieuses de Jérusalem, non seulement il s’est trouvé le pharisien Nicodème (cf. Jn 7, 52) ou le notable Joseph d’Arimathie pour être en secret disciples de Jésus (cf. Jn 19, 38-39), mais il s’est produit pendant longtemps des dissensions au sujet de Celui-ci (cf. Jn 9, 16-17&amp;amp;nbsp;; 10, 19-21) au point qu’à la veille même de sa passion, S. Jean peut dire d’eux qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;un bon nombre crut en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, quoique d’une manière très imparfaite (Jn 12, 42). Cela n’a rien d’étonnant si l’on tient compte qu’au lendemain de la Pentecôte &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une multitude de prêtres obéissait à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 6, 7) et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains du parti des Pharisiens étaient devenus croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 15, 5) au point que S. Jacques peut dire à S. Paul que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plusieurs milliers de Juifs ont embrassé la foi et ce sont tous d’ardents partisans de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 21, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''596 ''Les autorités religieuses de Jérusalem n’ont pas été unanimes dans la conduite à tenir vis-à-vis de Jésus (cf. Jn 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 19). Les pharisiens ont menacé d’excommunication ceux qui le suivraient (cf. Jn 9, 22). A ceux qui craignaient que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous croient en Jésus et que les Romains viennent détruire notre Lieu Saint et notre nation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 48), le grand prêtre Caïphe proposa en prophétisant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 49-50). Le Sanhédrin, ayant déclaré Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;passible de mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 66) en tant que blasphémateur, mais ayant perdu le droit de mise à mort (cf. Jn 18, 31), livre Jésus aux Romains en l’accusant de révolte politique (cf. Lc 23, 2) ce qui mettra celui-ci en parallèle avec Barrabas accusé de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sédition&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 23, 19). Ce sont aussi des menaces politiques que les grands prêtres exercent sur Pilate pour qu’il condamne Jésus à mort (cf. Jn 19, 12. 15. 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''597 ''En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule manipulée (cf. Mc 15, 11) et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte (cf. Ac 2, 23. 36&amp;amp;nbsp;; 3, 13-14&amp;amp;nbsp;; 4, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 30&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 39&amp;amp;nbsp;; 13, 27-28&amp;amp;nbsp;; 1 Th 2, 14-15). Jésus lui-même en pardonnant sur la croix (cf. Lc 23, 34) et Pierre à sa suite ont fait droit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ignorance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 17) des Juifs de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir du cri du peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que son sang soit sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 27, 25) qui signifie une formule de ratification (cf. Ac 5, 28&amp;amp;nbsp;; 18, 6), étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l’espace et dans le temps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Aussi bien l’Église a-t-elle déclaré au Concile Vatican II&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (NA 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tous les pécheurs furent les auteurs de la passion du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''598 ''L’Église, dans le Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 5, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45&amp;amp;nbsp;; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la croix, à coup sûr ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés et le couvrent de confusion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 6). Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’apôtre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne l’auraient jamais crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 8). Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains meurtrières (Catech. R. 1, 5, 11).&amp;lt;br/&amp;gt; Et les démons, ce ne sont pas eux qui L’ont crucifié&amp;amp;nbsp;; c’est toi qui avec eux L’as crucifié et Le crucifies encore, en te délectant dans les vices et les péchés (S. François d’Assise, admon. 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La mort rédemptrice du Christ dans le dessein divin de salut =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus livré selon le dessein bien arrêté de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''599 ''La mort violente de Jésus n’a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu, comme S. Pierre l’explique aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 23). Ce langage biblique ne signifie pas que ceux qui ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 13) n’ont été que les exécutants passifs d’un scénario écrit d’avance par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''600 ''A Dieu tous les moments du temps sont présents dans leur actualité. Il établit donc son dessein éternel de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prédestination&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en y incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël (cf. Ps 2, 1-2), de telle sorte qu’ils ont accompli tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais prédestiné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 27-28). Dieu a permis les actes issus de leur aveuglement (cf. Mt 26, 54&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36&amp;amp;nbsp;; 19, 11) en vue d’accomplir son dessein de salut (cf. Ac 3, 17-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''601 ''Ce dessein divin de salut par la mise à mort du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur, le Juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 3, 14) avait été annoncé par avance dans l’Écriture comme un mystère de rédemption universelle, c’est-à-dire de rachat qui libère les hommes de l’esclavage du péché (cf. Is 53, 11-12&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36). S. Paul professe, dans une confession de foi qu’il dit avoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ est mort pour nos péchés ''selon les Écritures''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibidem&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 3, 18&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 13, 29&amp;amp;nbsp;; 26, 22-23). La mort rédemptrice de Jésus accomplit en particulier la prophétie du Serviteur souffrant (cf. Is 53, 7-8 et Ac 8, 32-35). Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur souffrant (cf. Mt 20, 28). Après sa Résurrection, il a donné cette interprétation des Écritures aux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 44-45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''602 ''S. Pierre peut en conséquence formuler ainsi la foi apostolique dans le dessein divin de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18-20). Les péchés des hommes, consécutifs au péché originel, sont sanctionnés par la mort (cf. Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 56). En envoyant son propre Fils dans la condition d’esclave (cf. Ph 2, 7), celle d’une humanité déchue et vouée à la mort à cause du péché (cf. Rm 8, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous, lui qui n’avait pas connu le péché, afin qu’en lui nous devenions justice pour Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''603 ''Jésus n’a pas connu la réprobation comme s’il avait lui-même péché (cf. Jn 8, 46). Mais dans l’amour rédempteur qui l’unissait toujours au Père (cf. Jn 8, 29), il nous a assumé dans l’égarement de notre péché par rapport à Dieu au point de pouvoir dire en notre nom sur la croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 34&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 1). L’ayant rendu ainsi solidaire de nous pécheurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 32) pour que nous soyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réconciliés avec Lui par la mort de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu a l’initiative de l’amour rédempteur universel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''604 ''En livrant son Fils pour nos péchés, Dieu manifeste que son dessein sur nous est un dessein d’amour bienveillant qui précède tout mérite de notre part&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci consiste l’amour&amp;amp;nbsp;: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''605 ''Cet amour est sans exclusion Jésus l’a rappelé en conclusion de la parabole de la brebis perdue&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ses petits ne se perde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 14). Il affirme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner sa vie en rançon ''pour la multitude''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28)&amp;amp;nbsp;; ce dernier terme n’est pas restrictif&amp;amp;nbsp;: il oppose l’ensemble de l’humanité à l’unique personne du Rédempteur qui se livre pour la sauver (cf. Rm 5, 18-19). L’Église, à la suite des apôtres (cf. 2 Co 5, 15&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 2), enseigne que le Christ est mort pour tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a, il n’y a eu et il n’y aura aucun homme pour qui le Christ n’ait pas souffert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Quiercy en 853&amp;amp;nbsp;: DS 624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le Christ s’est offert lui-même à son Père pour nos péchés =====&lt;br /&gt;
'''Toute la vie du Christ est offrande au Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''606 ''Le Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel non pour faire sa volonté mais celle de son Père qui l’a envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 38), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dit en entrant dans le monde&amp;amp;nbsp;: (...) Voici je viens (...) pour faire ô Dieu ta volonté. (...) C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 10, 5-10). Dès le premier instant de son Incarnation, le Fils épouse le dessein de salut divin dans sa mission rédemptrice&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 34). Le sacrifice de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour les péchés du monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 2) est l’expression de sa communion d’amour au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père m’aime parce que je donne ma vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''607 ''Ce désir d’épouser le dessein d’amour rédempteur de son Père anime toute la vie de Jésus (cf. Lc 12, 50&amp;amp;nbsp;; 22, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 16, 21-23) car sa passion rédemptrice est la raison d’être de son Incarnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, sauve-moi de cette heure&amp;amp;nbsp;! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La coupe que m’a donnée le Père ne la boirai-je pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 11). Et encore sur la croix avant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout soit accompli&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 30), il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai soif&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Agneau qui enlève le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''608 ''Après avoir accepté de Lui donner le Baptême à la suite des pécheurs (cf. Lc 3, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 3, 14-15), Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1, 29. 36). Il manifeste ainsi que Jésus est à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener à l’abattoir (cf. Is 53, 7&amp;amp;nbsp;; Jr 11, 19) et porte le péché des multitudes (cf. Is 53, 12), et l’agneau Pascal symbole de la rédemption d’Israël lors de la première Pâque (cf. Ex 12, 3-14&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 36&amp;amp;nbsp;; 1 Co 5, 7). Toute la vie du Christ exprime sa mission&amp;amp;nbsp;: servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Mc 10, 45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus épouse librement l’amour rédempteur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''609 ''En épousant dans son cœur humain l’amour du Père pour les hommes, Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les a aimés jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 13). Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes (cf. He 2, 10. 17-18&amp;amp;nbsp;; 4, 15&amp;amp;nbsp;; 5, 7-9). En effet, il a librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de moi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 18). D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort (cf. Jn 18, 4-6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A la Cène Jésus a anticipé l’offrande libre de sa vie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''610 ''Jésus a exprimé suprêmement l’offrande libre de Lui-même dans le repas pris avec les douze apôtres (cf. Mt 26, 20), dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nuit où Il fut livré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 23). La veille de sa passion, alors qu’Il était encore libre, Jésus a fait de cette dernière Cène avec ses apôtres le mémorial de son offrande volontaire au Père (cf. 1 Co 5, 7) pour le salut des hommes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps ''donné'' pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui ''va être répandu'' pour une multitude en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''611 ''L’Eucharistie qu’il institue à ce moment sera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mémorial&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 25) de son sacrifice. Jésus inclut les apôtres dans sa propre offrande et leur demande de la perpétuer (cf. Lc 22, 19). Par là, Jésus institue ses apôtres prêtres de l’Alliance Nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour eux Je me consacre afin qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1752&amp;amp;nbsp;; 1764).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’agonie à Gethsémani'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''612 ''La coupe de la Nouvelle Alliance, que Jésus a anticipée à la Cène en s’offrant lui-même (cf. Lc 22, 20), il l’accepte ensuite des mains du Père dans son agonie à Gethsémani (cf. Mt 26, 42) en se faisant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissant jusqu’à la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8&amp;amp;nbsp;; cf. He 5, 7-8). Jésus prie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 39). Il exprime ainsi l’horreur que représente la mort pour sa nature humaine. En effet celle-ci, comme la nôtre, est destinée à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;; en plus, à la différence de la nôtre, elle est parfaitement exempte du péché (cf. He 4, 15) qui cause la mort (cf. Rm 5, 12)&amp;amp;nbsp;; mais surtout elle est assumée par la personne divine du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 26). En acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite (cf. Mt 26, 42), il accepte sa mort en tant que rédemptrice pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort du Christ est le sacrifice unique et définitif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''613 ''La mort du Christ est à la fois le ''sacrifice Pascal'' qui accomplit la rédemption définitive des hommes (cf. 1 Co 5, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36) par l’Agneau qui porte le péché du monde (cf. Jn 1, 29&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 19) et le ''sacrifice de la Nouvelle Alliance'' (cf. 1 Co 11, 25) qui remet l’homme en communion avec Dieu (cf. Ex 24, 8) en le réconciliant avec Lui par le sang répandu pour la multitude en rémission des péchés (cf. Mt 26, 28&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 15-16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''614 ''Ce sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10, 10). Il est d’abord un don de Dieu le Père lui-même&amp;amp;nbsp;: c’est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui (cf. 1 Jn 4, 10). Il est en même temps offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour (cf. Jn 15, 13), offre sa vie (cf. Jn 10, 17-18) à son Père par l’Esprit Saint (cf. He 9, 14), pour réparer notre désobéissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus substitue son obéissance à notre désobéissance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''615 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme par la désobéissance d’un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19). Par son obéissance jusqu’à la mort, Jésus a accompli la substitution du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre sa vie en ''sacrifice expiatoire''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;alors qu’il portait le péché des multitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il justifie en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 10-12). Jésus a réparé pour nos fautes et satisfait au Père pour nos péchés (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1529).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la croix, Jésus consomme son sacrifice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''616 ''C’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d’expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. Il nous a tous connus et aimés dans l’offrande de sa vie (cf. Ga 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 2. 25). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14). Aucun homme, fût-il le plus saint, n’était en mesure de prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s’offrir en sacrifice pour tous. L’existence dans le Christ de la Personne divine du Fils, qui dépasse et, en même temps, embrasse toutes les personnes humaines, et qui le constitue Tête de toute l’humanité, rend possible son sacrifice rédempteur ''pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''617 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa sainte passion, sur le bois de la Croix, Il nous a mérité la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enseigne le Concile de Trente (DS 1529)&amp;amp;nbsp;: soulignant le caractère unique du sacrifice du Christ comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe de salut éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 5, 9). Et l’Église vénère la Croix en chantant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Salut, O Croix, notre unique espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre participation au sacrifice du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''618 ''La Croix est l’unique sacrifice du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;seul médiateur entre Dieu et les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 5). Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 5). Il appelle ses disciples à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre leur croix et à le suivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 24) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 18-19&amp;amp;nbsp;; Col 1, 24). Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle par où monter au ciel (Ste. Rose de Lima, vita).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''619 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''620 Notre salut découle de l’initiative d’amour de Dieu envers nous car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''621 Jésus s’est offert librement pour notre salut. Ce don, il le signifie et le réalise à l’avance pendant la dernière cène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps, qui va être donné pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''622 En ceci consiste la rédemption du Christ&amp;amp;nbsp;: il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est venu donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aimer les siens jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) pour qu’ils soient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;affranchis de la vaine conduite héritée de leurs pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''623 Par son obéissance aimante au Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à la mort de la croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8), Jésus accomplit la mission expiatrice (cf. Is 53, 10) du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justifie les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Jésus-Christ a été enseveli =====&lt;br /&gt;
''624 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il a goûté la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 9). Dans son dessein de salut, Dieu a disposé que son Fils non seulement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourrait pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) mais aussi qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûterait la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire connaîtrait l’état de mort, l’état de séparation entre son âme et son corps, durant le temps compris entre le moment où il a expiré sur la croix et le moment où il est ressuscité. Cet état du Christ mort est le mystère du sépulcre et de la descente aux enfers. C’est le mystère du Samedi Saint où le Christ déposé au tombeau (cf. Jn 19, 42) manifeste le grand repos sabbatique de Dieu (cf. He 4, 7-9) après l’accomplissement (cf. Jn 19, 30) du salut des hommes qui met en paix l’univers entier (cf. Col 1, 18-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ au sépulcre dans son corps'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''625 ''Le séjour du Christ au tombeau constitue le lien réel entre l’état passible du Christ avant Pâque et son actuel état glorieux de Ressuscité. C’est la même personne du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai été mort et me voici vivant pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dieu [le Fils] n’a pas empêché la mort de séparer l’âme du corps, selon l’ordre nécessaire à la nature, mais il les a de nouveau réunis l’un à l’autre par la Résurrection, afin d’&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''être lui-même dans sa personne le point de rencontre de la mort et de la vie ''en arrêtant en lui la décomposition de la nature produite par la mort et en devenant lui-même principe de réunion pour les parties séparées (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 16&amp;amp;nbsp;: PG 45, 52B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''626 ''Puisque le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’on a mis à mort (Ac 3, 15) est bien le même que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Vivant qui est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6), il faut que la personne divine du Fils de Dieu ait continué à assumer son âme et son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Du fait qu’à la mort du Christ l’âme a été séparée de la chair, la personne unique ne s’est pas trouvée divisée en deux personnes&amp;amp;nbsp;; car le corps et l’âme du Christ ont existé au même titre dès le début dans la personne du Verbe&amp;amp;nbsp;; et dans la mort, quoique séparés l’un de l’autre, ils sont restés chacun avec la même et unique personne du Verbe (S. Jean Damascène, f. o. 3, 27&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1098A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''627 ''La mort du Christ a été une vraie mort en tant qu’elle a mis fin à son existence humaine terrestre. Mais à cause de l’union que la Personne du Fils a gardé avec son Corps, il n’est pas devenu une dépouille mortelle comme les autres car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’était pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir (de la mort)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 24). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vertu divine a préservé le corps du Christ de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 51, 3). Du Christ on peut dire à la fois&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été retranché de la terre des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 8)&amp;amp;nbsp;; et&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma chair reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme aux enfers et ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 26-27&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 16, 9-10). La Résurrection de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le troisième jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 4&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 46&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 40&amp;amp;nbsp;; Jon 2, 1&amp;amp;nbsp;; Os 6, 2) en était la preuve car la corruption était censée se manifester à partir du quatrième jour (cf. Jn 11, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ensevelis avec le Christ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''628 ''Le Baptême, dont le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''629 Au bénéfice de tout homme Jésus a goûté la mort (cf. He 2, 9). C’est vraiment le Fils de Dieu fait homme qui est mort et qui a été enseveli.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''630 Pendant le séjour du Christ au tombeau sa Personne divine a continué à assumer tant son âme que son corps séparés pourtant entre eux par la mort. C’est pourquoi le corps du Christ mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas vu la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 12, 37).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 5 : &amp;quot; Jésus-Christ est descendu aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''631 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu dans les régions inférieures de la terre. Celui qui est descendu est le même que celui qui est aussi monté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 9-10). Le Symbole des apôtres confesse en un même article de foi la descente du Christ aux enfers et sa Résurrection des morts le troisième jour, parce que dans sa Pâque c’est du fond de la mort qu’il a fait jaillir la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, ton Fils&amp;lt;br/&amp;gt; qui, remonté des Enfers,&amp;lt;br/&amp;gt; répandit sur le genre humain sa sereine clarté,&amp;lt;br/&amp;gt; et vit et règne pour les siècles des siècles. Amen&amp;lt;br/&amp;gt; (MR, Vigile Pascale 18&amp;amp;nbsp;: Exsultet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Christ est descendu aux enfers =====&lt;br /&gt;
''632 ''Les fréquentes affirmations du Nouveau Testament selon lesquelles Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est ressuscité d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 20) présupposent, préalablement à la résurrection, que celui-ci soit demeuré dans le séjour des morts (cf. He 13, 20). C’est le sens premier que la prédication apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers&amp;amp;nbsp;: Jésus a connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour des morts. Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (cf. 1 P 3, 18-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''633 ''Le séjour des morts où le Christ mort est descendu, l’Écriture l’appelle les enfers, le Shéol ou l’Hadès (cf. Ph 2, 10&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 24&amp;amp;nbsp;; Ap 1, 18&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) parce que ceux qui s’y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cf. Ps 6, 6&amp;amp;nbsp;; 88, 11-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de tous les morts, méchants ou justes (cf. Ps 89, 49&amp;amp;nbsp;; 1 S 28, 19&amp;amp;nbsp;; Ez 32, 17-32) ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme le montre Jésus dans la parabole du pauvre Lazare reçu dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sein d’Abraham&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 16, 22-26). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce sont précisément ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu’il descendit aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 6, 3). Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cf. Cc. Rome de 745&amp;amp;nbsp;: DS 587) ni pour détruire l’enfer de la damnation (cf. DS 1011&amp;amp;nbsp;; 1077) mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé (cf. Cc. Tolède IV en 625&amp;amp;nbsp;: DS 485&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''634 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 4, 6). La descente aux enfers est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''635 ''Le Christ est donc descendu dans la profondeur de la mort (cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 7&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l’auront entendue vivent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 25). Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réduit à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14-15). Désormais le Christ ressuscité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détient la clef de la mort et de l’Hadès&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ (Ancienne homélie pour le Samedi Saint&amp;amp;nbsp;: PG 43, 440A. 452C. 461).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''636 Dans l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le symbole confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort et le diable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''637 Le Christ mort, dans son âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Le troisième jour il est ressuscité des morts =====&lt;br /&gt;
''638 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: la promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur à nous, leurs enfants&amp;amp;nbsp;: Il a ressuscité Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32-33). La Résurrection de Jésus est la vérité culminante de notre foi dans le Christ, crue et vécue comme vérité centrale par la première communauté chrétienne, transmise comme fondamentale par la Tradition, établie par les documents du Nouveau Testament, prêchée comme partie essentielle du mystère pascal en même temps que la Croix&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ est ressuscité des morts.&amp;lt;br/&amp;gt; Par sa mort Il a vaincu la mort,&amp;lt;br/&amp;gt; Aux morts Il a donné la vie.&amp;lt;br/&amp;gt; (Liturgie byzantine, Tropaire de Pâques)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’événement historique et transcendant =====&lt;br /&gt;
''639 ''Le mystère de la résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées comme l’atteste le Nouveau Testament. Déjà S. Paul peut écrire aux Corinthiens vers l’an 56&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous ai donc transmis ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3-4). L’apôtre parle ici de la ''vivante tradition de la Résurrection'' qu’il avait apprise après sa conversion aux portes de Damas (cf. Ac 9, 3-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le tombeau vide'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''640 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts&amp;amp;nbsp;? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6). Dans le cadre des événements de Pâques, le premier élément que l’on rencontre est le sépulcre vide. Il n’est pas en soi une preuve directe. L’absence du corps du Christ dans le tombeau pourrait s’expliquer autrement (cf. Jn 20, 13&amp;amp;nbsp;; Mt 28, 11-15). Malgré cela, le sépulcre vide a constitué pour tous un signe essentiel. Sa découverte par les disciples a été le premier pas vers la reconnaissance du fait de la Résurrection. C’est le cas des saintes femmes d’abord (cf. Lc 24, 3. 22-23), puis de Pierre (cf. Lc 24, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le disciple que Jésus aimait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 2) affirme qu’en entrant dans le tombeau vide et en découvrant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les linges gisant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 6) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vit et il crut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 8). Cela suppose qu’il ait constaté dans l’état du sépulcre vide (cf. Jn 20, 5-7) que l’absence du corps de Jésus n’a pas pu être une œuvre humaine et que Jésus n’était pas simplement revenu à une vie terrestre comme cela avait été le cas de Lazare (cf. Jn 11, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les apparitions du Ressuscité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''641 ''Marie de Magdala et les saintes femmes, qui venaient achever d’embaumer le corps de Jésus (cf. Mc 16, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 1) enseveli à la hâte à cause de l’arrivée du Sabbat le soir du Vendredi Saint (cf. Jn 19, 31. 42), ont été les premières à rencontrer le Ressuscité (cf. Mt 28, 9-10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 11-18). Ainsi les femmes furent les premières messagères de la Résurrection du Christ pour les apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 9-10). C’est à eux que Jésus apparaît ensuite, d’abord à Pierre, puis aux Douze (cf. 1 Co 15, 5). Pierre, appelé à confirmer la foi de ses frères (cf. Lc 22, 31-32), voit donc le Ressuscité avant eux et c’est sur son témoignage que la communauté s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est bien vrai&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 34. 36). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''642 ''Tout ce qui est arrivé dans ces journées Pascales engage chacun des apôtres – et Pierre tout particulièrement – dans la construction de l’ère nouvelle qui a débuté au matin de Pâques. Comme témoins du Ressuscité ils demeurent les pierres de fondation de son Église. La foi de la première communauté des croyants est fondée sur le témoignage d’hommes concrets, connus des chrétiens et, pour la plupart, vivant encore parmi eux. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoins de la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 1, 22) sont avant tout Pierre et les Douze, mais pas seulement eux&amp;amp;nbsp;: Paul parle clairement de plus de cinq cents personnes auxquelles Jésus est apparu en une seule fois, en plus de Jacques et de tous les apôtres (cf. 1 Co 15, 4-8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''643 ''Devant ces témoignages il est impossible d’interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l’ordre physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique. Il résulte des faits que la foi des disciples a été soumise à l’épreuve radicale de la passion et de la mort en croix de leur maître annoncée par celui-ci à l’avance (cf. Lc 22, 31-32). La secousse provoquée par la passion fut si grande que les disciples (tout au moins certains d’entre eux) ne crurent pas aussitôt à la nouvelle de la résurrection. Loin de nous montrer une communauté saisie par une exaltation mystique, les Évangiles nous présentent les disciples abattus (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;le visage sombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Lc 24, 17) et effrayés (cf. Jn 20, 19). C’est pourquoi ils n’ont pas cru les saintes femmes de retour du tombeau et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leurs propos leur ont semblé du radotage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 16, 11. 13). Quand Jésus se manifeste aux onze au soir de Pâques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il leur reproche leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''644 ''Même mis devant la réalité de Jésus ressuscité, les disciples doutent encore (cf. Lc 24, 38), tellement la chose leur paraît impossible&amp;amp;nbsp;: ils croient voir un esprit (cf. Lc 24, 39). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans leur joie ils ne croient pas encore et demeurent saisis d’étonnement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 41). Thomas connaîtra la même épreuve du doute (cf. Jn 20, 24-27) et, lors de la dernière apparition en Galilée rapportée par Matthieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains cependant doutèrent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 17). C’est pourquoi l’hypothèse selon laquelle la résurrection aurait été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi (ou de la crédulité) des apôtres est sans consistance. Bien au contraire, leur foi dans la Résurrection est née – sous l’action de la grâce divine – de l’expérience directe de la réalité de Jésus ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’état de l’humanité ressuscitée du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''645 ''Jésus ressuscité établit avec ses disciples des rapports directs, à travers le toucher (cf. Lc 24, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 27) et le partage du repas (cf. Lc 24, 30. 41-43&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 9. 13-15). Il les invite par là à reconnaître qu’il n’est pas un esprit (cf. Lc 24, 39) mais surtout à constater que le corps ressuscité avec lequel il se présente à eux est le même qui a été martyrisé et crucifié puisqu’il porte encore les traces de sa passion (cf. Lc 24, 40&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 20. 27). Ce corps authentique et réel possède pourtant en même temps les propriétés nouvelles d’un corps glorieux&amp;amp;nbsp;: il n’est plus situé dans l’espace et le temps, mais peut se rendre présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28, 9. 16-17&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15. 36&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14. 19. 26&amp;amp;nbsp;; 21, 4) car son humanité ne peut plus être retenue sur terre et n’appartient plus qu’au domaine divin du Père (cf. Jn 20, 17). Pour cette raison aussi Jésus ressuscité est souverainement libre d’apparaître comme il veut&amp;amp;nbsp;: sous l’apparence d’un jardinier (cf. Jn 20, 14-15) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous d’autres traits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 12) que ceux qui étaient familiers aux disciples, et cela pour susciter leur foi (cf. Jn 20, 14. 16&amp;amp;nbsp;; 21, 4. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''646 ''La Résurrection du Christ ne fut pas un retour à la vie terrestre, comme ce fut le cas pour les résurrections qu’il avait accomplies avant Pâques&amp;amp;nbsp;: la fille de Jaïre, le jeune de Naïm, Lazare. Ces faits étaient des événements miraculeux, mais les personnes miraculées retrouvaient, par le pouvoir de Jésus, une vie terrestre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ordinaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. A un certain moment, ils mourront de nouveau. La Résurrection du Christ est essentiellement différente. Dans son corps ressuscité, il passe de l’état de mort à une autre vie au-delà du temps et de l’espace. Le corps de Jésus est, dans la Résurrection, rempli de la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; il participe à la vie divine dans l’état de sa gloire, si bien que S. Paul peut dire du Christ qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 35-50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Résurrection comme événement transcendant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''647 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O nuit, chante l’‘Exsultet’ de Pâques, toi seule as pu connaître le moment où le Christ est sorti vivant du séjour des morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vigile Pascale). En effet, personne n’a été le témoin oculaire de l’événement même de la Résurrection et aucun évangéliste ne le décrit. Personne n’a pu dire comment elle s’était faite physiquement. Moins encore son essence la plus intime, le passage à une autre vie, fut perceptible aux sens. Événement historique constatable par le signe du tombeau vide et par la réalité des rencontres des apôtres avec le Christ ressuscité, la Résurrection n’en demeure pas moins, en ce qu’elle transcende et dépasse l’histoire, au cœur du mystère de la foi. C’est pourquoi le Christ ressuscité ne se manifeste pas au monde (cf. Jn 14, 22) mais à ses disciples, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, ceux-là mêmes qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La Résurrection – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''648 ''La Résurrection du Christ est objet de foi en tant qu’elle est une intervention transcendante de Dieu lui-même dans la création et dans l’histoire. En elle, les trois Personnes divines à la fois agissent ensemble et manifestent leur originalité propre. Elle s’est fait par la puissance du Père qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 2, 24) le Christ, son Fils, et a de cette façon introduit de manière parfaite son humanité – avec son corps – dans la Trinité. Jésus est définitivement révélé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit, par sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 3-4). S. Paul insiste sur la manifestation de la puissance de Dieu (cf. Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; 2 Co 13, 4&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 19-22&amp;amp;nbsp;; He 7, 16) par l’œuvre de l’Esprit qui a vivifié l’humanité morte de Jésus et l’a appelée à l’état glorieux de Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''649 ''Quant au Fils, il opère sa propre Résurrection en vertu de sa puissance divine. Jésus annonce que le Fils de l’homme devra beaucoup souffrir, mourir, et ensuite ressusciter (sens actif du mot) (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 9-31&amp;amp;nbsp;; 10, 34). Ailleurs, il affirme explicitement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je donne ma vie pour la reprendre. (...) J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17-18). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons (...) que Jésus est mort, puis est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''650 ''Les Pères contemplent la Résurrection à partir de la personne divine du Christ qui est restée unie à son âme et à son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’unité de la nature divine qui demeure présente dans chacune des deux parties de l’homme, celles-ci s’unissent à nouveau. Ainsi la mort se produit par la séparation du composé humain, et la Résurrection par l’union des deux parties séparées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Nysse, res. 1&amp;amp;nbsp;: PG 46, 617B)&amp;amp;nbsp;; cf. aussi DS 325&amp;amp;nbsp;; 359&amp;amp;nbsp;; 369&amp;amp;nbsp;; 539).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Sens et portée salvifique de la Résurrection =====&lt;br /&gt;
''651 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi notre foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 14). La Résurrection constitue avant tout la confirmation de tout ce que le Christ lui-même a fait et enseigné. Toutes les vérités, même les plus inaccessibles à l’esprit humain, trouvent leur justification si en ressuscitant le Christ a donné la preuve définitive qu’il avait promise, de son autorité divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''652 ''La Résurrection du Christ est ''accomplissement des promesses'' de l’Ancien Testament (cf. Lc 24, 26-27. 44-48) et de Jésus lui-même durant sa vie terrestre (cf. Mt 28, 6&amp;amp;nbsp;; Mc 16, 7&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 6-7). L’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 3-4 et le Symbole de Nicée-Constantinople) indique que la Résurrection du Christ accomplit ces prédictions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''653 ''La vérité de ''la divinité de Jésus'' est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous saurez que Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28). La Résurrection du Crucifié démontra qu’il était vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Fils de Dieu et Dieu Lui-même. S. Paul a pu déclarer aux Juifs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur (...)&amp;amp;nbsp;; il a ressuscité Jésus, ainsi qu’il était écrit au Psaume premier&amp;amp;nbsp;: Tu es mon Fils, moi-même aujourd’hui je t’ai engendré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32. 34&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 2, 7). La Résurrection du Christ est étroitement liée au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu. Elle en est l’accomplissement selon le dessein éternel de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''654 ''Il y a un double aspect dans le mystère Pascal&amp;amp;nbsp;: par sa mort il nous libère du péché, par sa Résurrection il nous ouvre l’accès à une nouvelle vie. Celle-ci est d’abord ''la justification'' qui nous remet dans la grâce de Dieu (cf. Rm 4, 25) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4). Elle consiste en la victoire sur la mort du péché et dans la nouvelle participation à la grâce (cf. Ep 2, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 3). Elle accomplit ''l’adoption filiale'' car les hommes deviennent frères du Christ, comme Jésus lui-même appelle ses disciples après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez annoncer à mes frères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 17). Frères non par nature, mais par don de la grâce, parce que cette filiation adoptive procure une participation réelle à la vie du Fils unique, qui s’est pleinement révélée dans sa Résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''655 ''Enfin, la Résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de ''notre résurrection future''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (...), de même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 20-22). Dans l’attente de cet accomplissement, le Christ ressuscité vit dans le cœur de ses fidèles. En Lui les chrétiens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûtent aux forces du monde à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 5) et leur vie est entraînée par le Christ au sein de la vie divine (cf. Col 3, 1-3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin qu’ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''656 La foi en la Résurrection a pour objet un événement à la fois historiquement attesté par les disciples qui ont réellement rencontré le Ressuscité, et mystérieusement transcendant en tant qu’entrée de l’humanité du Christ dans la gloire de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''657 Le tombeau vide et les linges gisants signifient par eux-mêmes que le corps'' ''du Christ a échappé aux liens de la mort et de la corruption par la puissance de Dieu. Ils préparent les disciples à la rencontre du Ressuscité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''658 Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier né d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), est le principe de notre propre résurrection, dès maintenant par la justification de notre âme (cf. Rm 6, 4), plus tard par la vivification de notre corps (cf. Rm 8, 11).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 6 : &amp;quot; Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''659 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 19). Le Corps du Christ a été glorifiée dès l’instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence (cf. Lc 24, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 19. 26). Mais pendant les quarante jours où il va manger et boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10, 41) et les instruire sur le Royaume (cf. Ac 1, 3), sa gloire reste encore voilée sous les traits d’une humanité ordinaire (cf. Mc 16, 12&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14-15&amp;amp;nbsp;; 21, 4). La dernière apparition de Jésus se termine par l’entrée irréversible de son humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1, 9&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Lc 9, 34-35&amp;amp;nbsp;; Ex 13, 22) et par le ciel (cf. Lc 24, 51) où il siège désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33&amp;amp;nbsp;; 7, 56&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ps 110, 1). Ce n’est que de manière tout à fait exceptionnelle et unique qu’il se montrera à Paul &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme à l’avorton&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 8) en une dernière apparition qui le constitue apôtre (cf. 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''660 ''Le caractère voilé de la gloire du Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole mystérieuse à Marie-Madeleine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur&amp;amp;nbsp;: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17). Ceci indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ ressuscité et celle du Christ exalté à la droite du Père. L’événement à la fois historique et transcendant de l’Ascension marque la transition de l’une à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''661 ''Cette dernière étape demeure étroitement unie à la première, c’est-à-dire à la descente du ciel réalisée dans l’Incarnation. Seul celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retourner au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: le Christ (cf. Jn 16, 28). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ep 4, 8-10). Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a pas accès à la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Maison du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 2), à la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l’homme, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sorte que nous, ses membres, nous ayons l’espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête et notre Principe, nous a précédés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de l’Ascension)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''662 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). L’élévation sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel. Elle en est le début. Jésus-Christ, l’unique Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle, n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entré dans un sanctuaire fait de mains d’hommes (...) mais dans le ciel, afin de paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 24). Au ciel le Christ exerce en permanence son sacerdoce, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui s’avancent vers Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 25). Comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand prêtre des biens à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 11), il est le centre et l’acteur principal de la liturgie qui honore le Père dans les cieux (cf. Ap 4, 6-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''663 ''Le Christ, désormais, ''siège à la droite du Père''&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par droite du Père nous entendons la gloire et l’honneur de la divinité, où celui qui existait comme Fils de Dieu avant tous les siècles comme Dieu et consubstantiel au Père, s’est assis corporellement après qu’il s’est incarné et que sa chair a été glorifiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 4, 2&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1104C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''664 ''La session à la droite du Père signifie l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de la vision du prophète Daniel concernant le Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dn 7, 14). A partir de ce moment, les apôtres sont devenus les témoins du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Règne qui n’aura pas de fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''665 L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''666 Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''667 Jésus-Christ, étant entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de l’Esprit Saint .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 7 : &amp;quot; D’où il viendra juger les vivants et les morts &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Il reviendra dans la gloire =====&lt;br /&gt;
'''Le Christ règne déjà par l’Église...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''668 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 9). L’Ascension du Christ au Ciel signifie sa participation, dans son humanité, à la puissance et à l’autorité de Dieu lui-même. Jésus-Christ est Seigneur&amp;amp;nbsp;: il possède tout pouvoir dans les cieux et sur la terre. Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au-dessus de toute autorité, pouvoir, puissance et souveraineté&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, car le Père &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout mis sous ses pieds&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur du cosmos (cf. Ep 4, 10&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 24. 27-28) et de l’histoire. En lui, l’histoire de l’homme et même toute la création trouvent leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapitulation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10), leur achèvement transcendant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''669 ''Comme Seigneur, le Christ est aussi la tête de l’Église qui est son Corps (cf. Ep 1, 22). Élevé au ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la terre dans son Église. La Rédemption est la source de l’autorité que le Christ, en vertu de l’Esprit Saint, exerce sur l’Église (cf. Ep 4, 11-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;germe et commencement de ce Royaume sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3&amp;amp;nbsp;; 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''670 ''Depuis l’Ascension, le dessein de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dernière heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous. Le renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité, anticipé dès maintenant&amp;amp;nbsp;: en effet, déjà sur la terre l’Église est parée d’une sainteté imparfaite mais véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Le Royaume du Christ manifeste déjà sa présence par les signes miraculeux (cf. Mc 16, 17-18) qui accompagnent son annonce par l’Église (cf. Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... en attendant que tout Lui soit soumis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''671 ''Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec puissance et grande gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 21, 27&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 31) par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué par les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu’à ce que tout lui ai été soumis (cf. 1 Co 15, 28), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à l’heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite, l’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe&amp;amp;nbsp;; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Pour cette raison les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 26), pour hâter le retour du Christ (cf. 2 P 3, 11-12) en lui disant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 16, 22&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 17. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''672 ''Le Christ a affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; 4, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Tm 4, 1). C’est un temps d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13&amp;amp;nbsp;; Mc 13, 33-37).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’avènement glorieux du Christ, espérance d’Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''673 ''Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20) même s’il ne nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment (cf. Mt 24, 44&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2) même s’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retenu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''674 ''La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31) à sa reconnaissance par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 23, 39) dont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une partie s’est endurcie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25) dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’incrédulité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 19-21). Et S. Paul lui fait écho&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant des morts&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 15). L’entrée de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 21, 24), donnera au Peuple de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réaliser la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13) dans laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Épreuve ultime de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''675 ''Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8&amp;amp;nbsp;; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 19-20) dévoilera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystère d’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 18. 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''676 ''Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique&amp;amp;nbsp;: même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intrinsèquement perverse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Pie XI, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Divini Redemptoris&amp;amp;nbsp;&amp;quot; condamnant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;faux mysticisme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contrefaçon de la rédemption des humbles&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; GS 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''677 ''L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Pour juger les vivants et les morts =====&lt;br /&gt;
''678 ''A la suite des prophètes (cf. Dn 7, 10&amp;amp;nbsp;; Jl 3-4&amp;amp;nbsp;; Ml 3, 19) et de Jean-Baptiste (cf. Mt 3, 7-12), Jésus a annoncé dans sa prédication le Jugement du dernier Jour. Alors seront mis en lumière la conduite de chacun (cf. Mc 12, 38-40) et le secret des cœurs (cf. Lc 12, 1-3&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Rm 2, 16&amp;amp;nbsp;; 1 Co 4, 5). Alors sera condamnée l’incrédulité coupable qui a tenu pour rien la grâce offerte par Dieu (cf. Mt 11, 20-24&amp;amp;nbsp;; 12, 41-42). L’attitude par rapport au prochain révélera l’accueil ou le refus de la grâce et de l’amour divin (cf. Mt 5, 22&amp;amp;nbsp;; 7, 1-5). Jésus dira au dernier jour&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''679 ''Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le jugement tout entier au Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 5, 27&amp;amp;nbsp;; Mt 25, 31&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 42&amp;amp;nbsp;; 17, 31&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 4, 1). Or, le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3, 18&amp;amp;nbsp;; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12, 32&amp;amp;nbsp;; He 6, 4-6&amp;amp;nbsp;; 10, 26-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''680 Le Christ Seigneur règne déjà par l’Église, mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore soumises. Le triomphe du Royaume du Christ ne se fera pas sans un dernier assaut des puissances du mal.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''681 Au Jour du Jugement, lors de la fin du monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi ensemble au cours de l’histoire .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''682 En venant à la fin des temps juger les vivants et les morts, le Christ glorieux révélera la disposition secrète des cœurs et rendra à chaque homme selon ses œuvres et selon son accueil ou son refus de la grâce.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : Je crois en l’Esprit Saint ====&lt;br /&gt;
''683 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut appeler Jésus Seigneur sinon dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6). Cette connaissance de foi n’est possible que dans l’Esprit Saint. Pour être en contact avec le Christ, il faut d’abord avoir été touché par l’Esprit Saint. C’est lui qui vient au devant de nous, et suscite en nous la foi. De par notre Baptême, premier sacrement de la foi, la Vie, qui a sa source dans le Père et nous est offerte dans le Fils, nous est communiquée intimement et personnellement par l’Esprit Saint dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Baptême nous accorde la grâce de la nouvelle naissance en Dieu le Père par le moyen de son Fils dans l’Esprit Saint. Car ceux qui portent l’Esprit de Dieu sont conduits au Verbe, c’est-à-dire au Fils&amp;amp;nbsp;; mais le Fils les présente au Père, et le Père leur procure l’incorruptibilité. Donc, sans l’Esprit, il n’est pas possible de voir le Fils de Dieu, et, sans le Fils, personne ne peut approcher du Père, car la connaissance du Père, c’est le Fils, et la connaissance du Fils de Dieu se fait par l’Esprit Saint (S. Irénée, dem. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''684 ''L’Esprit Saint par sa grâce, est premier dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître le Père et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). Cependant il est dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte. S. Grégoire de Nazianze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, explique cette progression par la pédagogie de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condescendance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Ancien Testament proclamait manifestement le Père, le Fils plus obscurément. Le Nouveau a manifesté le Fils, a fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant l’Esprit a droit de cité parmi nous et nous accorde une vision plus claire de lui-même. En effet il n’était pas prudent, quand on ne confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer ouvertement le Fils et, quand la divinité du Fils n’était pas encore admise, d’ajouter l’Esprit Saint comme un fardeau supplémentaire, pour employer une expression un peu hardie... C’est par des avances et des progressions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de gloire en gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que la lumière de la Trinité éclatera en plus brillantes clartés (S. Grégoire de Naz., or. theol. 5, 26&amp;amp;nbsp;: PG 36, 161C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''685 ''Croire en l’Esprit Saint c’est donc professer que l’Esprit Saint est l’une des Personnes de la Trinité Sainte, consubstantielle au Père et au Fils, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;adoré et glorifié avec le Père et le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople). C’est pourquoi il a été question du mystère divin de l’Esprit Saint dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;théologie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; trinitaire. Ici il ne s’agira donc de l’Esprit Saint que dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’économie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''686 ''L’Esprit Saint est à l’œuvre avec le Père et le Fils du commencement à la consommation du dessein de notre salut. Mais c’est dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, inaugurés avec l’Incarnation rédemptrice du Fils, qu’Il est révélé et donné, reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Premier-Né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et Tête de la nouvelle création, pourra prendre corps dans l’humanité par l’Esprit répandu&amp;amp;nbsp;: l’Église, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 8 : &amp;quot; Je crois en l’Esprit Saint &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''687 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 11). Or, son Esprit qui le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole vivante, mais ne se dit pas lui-même. Celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous fait entendre la Parole du Père. Mais lui, nous ne l’entendons pas. Nous ne le connaissons que dans le mouvement où il nous révèle le Verbe et nous dispose à L’accueillir dans la foi. L’Esprit de Vérité qui nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne parle pas de lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). Un tel effacement, proprement divin, explique pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde ne peut pas le recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le connaît&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tandis que ceux qui croient au Christ le connaissent parce qu’il demeure avec eux (Jn 14, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''688 ''L’Église, communion vivante dans la foi des apôtres qu’elle transmet, est le lieu de notre connaissance de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les Écritures qu’Il a inspirées&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la Tradition, dont les Pères de l’Église sont les témoins toujours actuels&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le Magistère de l’Église qu’Il assiste&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la liturgie sacramentelle, à travers ses paroles et ses symboles, où l’Esprit Saint nous met en communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la prière dans laquelle Il intercède pour nous&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les charismes et les ministères par lesquels l’Église est édifiée&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les signes de vie apostolique et missionnaire&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le témoignage des saints où Il manifeste sa sainteté et continue l’œuvre du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La mission conjointe du Fils et de l’Esprit =====&lt;br /&gt;
''689 ''Celui que le Père a envoyé dans nos cœurs, l’Esprit de son Fils (cf. Ga 4, 6) est réellement Dieu. Consubstantiel au Père et au Fils, il en est inséparable, tant dans la Vie intime de la Trinité que dans son don d’amour pour le monde. Mais en adorant la Trinité Sainte, vivifiante, consubstantielle et indivisible, la foi de l’Église professe aussi la distinction des Personnes. Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son Souffle&amp;amp;nbsp;: mission conjointe où le Fils et l’Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Certes, c’est le Christ qui paraît, Lui, l’Image visible du Dieu invisible, mais c’est l’Esprit Saint qui Le révèle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''690 ''Jésus est Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, parce que l’Esprit en est l’Onction et tout ce qui advient à partir de l’Incarnation découle de cette plénitude (cf. Jn 3, 34). Quand enfin le Christ est glorifié (cf. Jn 7, 39), il peut à son tour, d’auprès du Père, envoyer l’Esprit à ceux qui croient en lui&amp;amp;nbsp;: il leur communique sa Gloire (cf. Jn 17, 22), c’est-à-dire l’Esprit Saint qui le glorifie (cf. Jn 16, 14). La mission conjointe se déploiera dès lors dans les enfants adoptés par le Père dans le Corps de son Fils&amp;amp;nbsp;: la mission de l’Esprit d’adoption sera de les unir au Christ et de les faire vivre en lui&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La notion de l’onction suggère (...) qu’il n’y a aucune distance entre le Fils et l’Esprit. En effet de même qu’entre la surface du corps et l’onction de l’huile ni la raison ni la sensation ne connaissent aucun intermédiaire, ainsi est immédiat le contact du Fils avec l’Esprit, si bien que pour celui qui va prendre contact avec le Fils par la foi, il est nécessaire de rencontrer d’abord l’huile par le contact. En effet il n’y a aucune partie qui soit nue de l’Esprit Saint. C’est pourquoi la confession de la Seigneurie du Fils se fait dans l’Esprit Saint pour ceux qui la reçoivent, l’Esprit venant de toutes parts au devant de ceux qui s’approchent par la foi (S. Grégoire de Nysse, Spir. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 45, 1321A-B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le nom, les appellations et les symboles de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
'''Le nom propre de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''691 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tel est le nom propre de Celui que nous adorons et glorifions avec le Père et le Fils. L’Église l’a reçu du Seigneur et le professe dans le Baptême de ses nouveaux enfants (cf. Mt 28, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; traduit le terme hébreu ''Ruah'' qui, dans son sens premier, signifie souffle, air, vent. Jésus utilise justement l’image sensible du vent pour suggérer à Nicodème la nouveauté transcendante de Celui qui est personnellement le Souffle de Dieu, l’Esprit divin (Jn 3, 5-8). D’autre part, Esprit et Saint sont des attributs divins communs aux Trois Personnes divines. Mais en joignant les deux termes, l’Écriture, la liturgie et le langage théologique désignent la Personne ineffable de l’Esprit Saint, sans équivoque possible avec les autres emplois des termes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les appellations de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''692 ''Jésus, lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui est appelé auprès&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''ad-vocatus'' (Jn 14, 16. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est traduit habituellement par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Consolateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus étant le premier consolateur (cf. 1 Jn 2, 1). Le Seigneur lui-même appelle l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''693 ''Outre son nom propre, qui est le plus employé dans les Actes des apôtres et les Épîtres, on trouve chez S. Paul les appellations&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de la promesse (Ga 3, 14&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13), l’Esprit d’adoption (Rm 8, 15&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 6), l’Esprit du Christ (Rm 8, 11), l’Esprit du Seigneur (2 Co 3, 17), l’Esprit de Dieu (Rm 8, 9. 14&amp;amp;nbsp;; 15, 19&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 11&amp;amp;nbsp;; 7, 40), et chez S. Pierre, l’Esprit de gloire (1 P 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''694 L’eau. ''Le symbolisme de l’eau est significatif de l’action de l’Esprit Saint dans le Baptême, puisque, après l’invocation de l’Esprit Saint, elle devient le signe sacramentel efficace de la nouvelle naissance&amp;amp;nbsp;: de même que la gestation de notre première naissance s’est opérée dans l’eau, de même l’eau baptismale signifie réellement que notre naissance à la vie divine nous est donnée dans l’Esprit Saint. Mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisés dans un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abreuvés d’un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit est donc aussi personnellement l’Eau vive qui jaillit du Christ crucifié (cf. Jn 19, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 5, 8) comme de sa source et qui en nous jaillit en Vie éternelle (cf. Jn 4, 10-14&amp;amp;nbsp;; 7, 38&amp;amp;nbsp;; Ex 17, 1-6&amp;amp;nbsp;; Is 55, 1&amp;amp;nbsp;; Za 14, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 4&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 6&amp;amp;nbsp;; 22, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''695 L’onction.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; Le symbolisme de l’onction d’huile est aussi significatif de l’Esprit Saint, jusqu’à en devenir le synonyme (cf. 1 Jn 2, 20. 27&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21). Dans l’initiation chrétienne, elle est le signe sacramentel de la Confirmation, appelée justement dans les Églises d’Orient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chrismation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Mais pour en saisir toute la force, il faut revenir à l’Onction première accomplie par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: celle de Jésus. Christ [&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à partir de l’hébreu] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit de Dieu. Il y a eu des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Seigneur dans l’Ancienne Alliance (cf. Ex 30, 22-32), le roi David éminemment (cf. 1 S 16, 13). Mais Jésus est l’Oint de Dieu d’une manière unique&amp;amp;nbsp;: l’humanité que le Fils assume est totalement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ointe de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par l’Esprit Saint (cf. Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; Is 61, 1). La Vierge Marie conçoit le Christ de l’Esprit Saint qui par l’ange l’annonce comme Christ lors de sa naissance (cf. Lc 2, 11) et pousse Siméon à venir au Temple voir le Christ du Seigneur (cf. Lc 2, 26-27)&amp;amp;nbsp;; c’est lui qui emplit le Christ (cf. Lc 4, 1) et dont la puissance sort du Christ dans ses actes de guérison et de salut (cf. Lc 6, 19&amp;amp;nbsp;; 8, 46). C’est lui enfin qui ressuscite Jésus d’entre les morts (cf. Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; 8, 11). Alors, constitué pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans son Humanité victorieuse de la mort (cf. Ac 2, 36), Jésus répand à profusion l’Esprit Saint jusqu’à ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; constituent, dans leur union à l’Humanité du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cet Homme parfait (...) qui réalise la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon l’expression de S. Augustin (serm. 341, 1, 1&amp;amp;nbsp;; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ibid''., 9, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''696 Le feu.'' Alors que l’eau signifiait la naissance et la fécondité de la Vie donnée dans l’Esprit Saint, le feu symbolise l’énergie transformante des actes de l’Esprit Saint. Le prophète Elie, qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se leva comme un feu et dont la parole brûlait comme une torche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Si 48, 1), par sa prière attire le feu du ciel sur le sacrifice du mont Carmel (cf. 1 R 18, 38-39), figure du feu de l’Esprit Saint qui transforme ce qu’il touche. Jean-Baptiste, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui marche devant le Seigneur avec ‘l’esprit’ et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17) annonce le Christ comme celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisera dans l’Esprit Saint et le feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 16), cet Esprit dont Jésus dira&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis venu jeter un feu sur la terre et combien je voudrais qu’il fût déjà allumé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 49). C’est sous la forme de langues &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’on eût dites de feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit Saint se pose sur les disciples au matin de la Pentecôte et les remplit de lui (Ac 2, 3-4). La tradition spirituelle retiendra ce symbolisme du feu comme l’un des plus expressifs de l’action de l’Esprit Saint (cf. S. Jean de la Croix, llama). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;N’éteignez pas l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''697 La nuée ''et ''la lumière.'' Ces deux symboles sont inséparables dans les manifestations de l’Esprit Saint. Dès les théophanies de l’Ancien Testament, la Nuée, tantôt obscure, tantôt lumineuse, révèle le Dieu vivant et sauveur, en voilant la transcendance de sa Gloire&amp;amp;nbsp;: avec Moïse sur la montagne du Sinaï (cf. Ex 24, 15-18), à la Tente de Réunion (cf. Ex 33, 9-10) et durant la marche au désert (cf. Ex 40, 36-38&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 1-2)&amp;amp;nbsp;; avec Salomon lors de la dédicace du Temple (cf. 1 R 8, 10-12). Or ces figures sont accomplies par le Christ dans l’Esprit Saint. C’est Celui-ci qui vient sur la Vierge Marie et la prend &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour qu’elle conçoive et enfante Jésus (Lc 1, 35). Sur la montagne de la Transfiguration, c’est lui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;survient dans la nuée qui prend sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Jésus, Moïse et Elie, Pierre, Jacques et Jean, et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la nuée sort une voix qui dit&amp;amp;nbsp;: ‘Celui-ci est mon Fils, mon Élu, écoutez-le’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 34-35). C’est enfin la même Nuée qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dérobe Jésus aux yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des disciples le jour de l’Ascension (Ac 1, 9) et qui le révélera Fils de l’homme dans sa Gloire au Jour de son Avènement (cf. Lc 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''698 Le sceau'' est un symbole proche de celui de l’Onction. C’est en effet le Christ que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a marqué de son sceau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 27) et c’est en lui que le Père nous marque aussi de son sceau (2 Co 1, 22&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13&amp;amp;nbsp;; 4, 30). Parce qu’elle indique l’effet indélébile de l’Onction de l’Esprit Saint dans les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Ordre, l’image du sceau (''sphragis'') a été utilisée dans certaines traditions théologiques pour exprimer le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;caractère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ineffaçable imprimé par ces trois sacrements qui ne peuvent être réitérés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''699 La main ''. C’est en imposant les mains que Jésus guérit les malades (cf. Mc 6, 5&amp;amp;nbsp;; 8, 23) et bénit les petits enfants (cf. Mc 10, 16). En son nom, les apôtres feront de même (cf. Mc 16, 18&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 12&amp;amp;nbsp;; 14, 3). Mieux encore, c’est par l’imposition des mains des apôtres que l’Esprit Saint est donné (cf. Ac 8, 17-19&amp;amp;nbsp;; 13, 3&amp;amp;nbsp;; 19, 6). L’Épître aux Hébreux met l’imposition des mains au nombre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;articles fondamentaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de son enseignement (cf. He 6, 2). Ce signe de l’effusion toute-puissante de l’Esprit Saint, l’Église l’a gardé dans ses épiclèses sacramentelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''700 Le doigt.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est par le doigt de Dieu que [Jésus] expulse les démons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 11, 20). Si la Loi de Dieu a été écrite sur des tables de pierre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le doigt de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 31, 18), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la lettre du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, remise aux soins des apôtres, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est écrite avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 3). L’hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; invoque l’Esprit Saint comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''le doigt de la droite du Père''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''In Dominica Pentecostes'', Hymnus ad I et II Vesperas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''701 La colombe''. A la fin du déluge (dont le symbolisme concerne le Baptême), la colombe lâchée par Noé revient, un rameau tout frais d’olivier dans le bec, signe que la terre est de nouveau habitable (cf. Gn 8, 8-12). Quand le Christ remonte de l’eau de son baptême, l’Esprit Saint, sous forme d’une colombe, descend sur lui et y demeure (cf. Mt 3, 16 par.). L’Esprit descend et repose dans le cœur purifié des baptisés. Dans certaines églises, la sainte Réserve eucharistique est conservée dans un réceptacle métallique en forme de colombe (le ''columbarium'') suspendu au-dessus de l’autel. Le symbole de la colombe pour suggérer l’Esprit Saint est traditionnel dans l’iconographie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit et la Parole de Dieu dans le temps des promesses =====&lt;br /&gt;
''702 ''Du commencement jusqu’à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Plénitude du temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), la mission conjointe du Verbe et de l’Esprit du Père demeure ''cachée,'' mais elle est à l’œuvre. L’Esprit de Dieu y prépare le temps du Messie, et l’un et l’autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis afin d’être attendus et accueillis lors de leur manifestation. C’est pourquoi lorsque l’Église lit l’Ancien Testament (cf. 2 Co 3, 14), elle y scrute (cf. Jn 5, 39. 46) ce que l’Esprit, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, veut nous dire du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la foi de l’Église entend ici tous ceux que l’Esprit Saint a inspirés dans la vivante annonce et dans la rédaction des livres saints, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament. La tradition juive distingue la Loi (les cinq premiers livres ou Pentateuque), les Prophètes (nos livres dits historiques et prophétiques) et les Écrits (surtout sapientiels, en particulier les Psaumes) (cf. Lc 24, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''703 ''La Parole de Dieu et son Souffle sont à l’origine de l’être et de la vie de toute créature (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2&amp;amp;nbsp;; 2, 7&amp;amp;nbsp;; Qo 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Ez 37, 10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au Saint-Esprit il convient de régner, de sanctifier et d’animer la création, car il est Dieu consubstantiel au Père et au Fils (...). A Lui revient le pouvoir sur la vie, car étant Dieu il garde la création dans le Père par le Fils (Liturgie byzantine, Tropaire des matines des dimanches du second mode).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''704 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à l’homme, c’est de ses propres mains [c’est-à-dire le Fils et l’Esprit Saint] que Dieu le façonna (...) et Il dessina sur la chair façonnée sa propre forme, de façon que même ce qui serait visible portât la forme divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 11).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit de la promesse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''705 ''Défiguré par le péché et par la mort, l’homme demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à l’image du Fils, mais il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privé de la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 23), privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La promesse faite à Abraham inaugure l’économie du salut au terme de laquelle le Fils lui-même assumera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 7) et la restaurera dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec le Père en lui redonnant la Gloire, l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''706 ''Contre toute espérance humaine, Dieu promet à Abraham une descendance, comme fruit de la foi et de la puissance de l’Esprit Saint (cf. Gn 18, 1-15&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38. 54-55&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 12-13&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 16-21). En elle seront bénies toutes les nations de la terre (cf. Gn 12, 3). Cette descendance sera le Christ (cf. Ga 3, 16) en qui l’effusion de l’Esprit Saint fera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité des enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 52). En s’engageant par serment (cf. Lc 1, 73), Dieu s’engage déjà au don de son Fils Bien-aimé (cf. Gn 22, 17-19&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 32&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 16) et au don de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de la Promesse (...) qui (...) prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans les Théophanies et la Loi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''707 ''Les Théophanies (manifestations de Dieu) illuminent le chemin de la promesse, des patriarches à Moïse et de Josué jusqu’aux visions qui inaugurent la mission des grands prophètes. La tradition chrétienne a toujours reconnu que dans ces Théophanies le Verbe de Dieu se laissait voir et entendre, à la fois révélé et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ombré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la Nuée de l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''708 ''Cette pédagogie de Dieu apparaît spécialement dans le don de la Loi (cf. Ex 19-20&amp;amp;nbsp;; Dt 1-11&amp;amp;nbsp;; 29-30). La Loi a été donnée comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour conduire le Peuple vers le Christ (Ga 3, 24). Mais son impuissance à sauver l’homme privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine et la connaissance accrue qu’elle donne du péché (cf. Rm 3, 20) suscitent le désir de l’Esprit Saint. Les gémissements des Psaumes en témoignent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans le Royaume et l’Exil'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''709 ''La Loi, signe de la promesse et de l’alliance, aurait dû régir le cœur et les institutions du Peuple issu de la foi d’Abraham. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, pour une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 2, 9). Mais, après David, Israël succombe à la tentation de devenir un royaume comme les autres nations. Or le Royaume, objet de la promesse faite à David (cf. 2 S 7&amp;amp;nbsp;; Ps 89&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 32-33) sera l’œuvre de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il appartiendra aux pauvres selon l’Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''710 ''L’oubli de la Loi et l’infidélité à l’alliance aboutissent à la mort&amp;amp;nbsp;: c’est l’Exil, apparemment échec des promesses, en fait fidélité mystérieuse du Dieu sauveur et début d’une restauration promise, mais selon l’Esprit. Il fallait que le Peuple de Dieu souffrît cette purification (cf. Lc 24, 26)&amp;amp;nbsp;; l’Exil porte déjà l’ombre de la Croix dans le dessein de Dieu, et le Reste des pauvres qui en revient est l’une des figures les plus transparentes de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’attente du Messie et de son Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''711 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que je vais faire du nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 43, 19)&amp;amp;nbsp;: Deux lignes prophétiques vont se dessiner, portant l’une sur l’attente du Messie, l’autre sur l’annonce d’un Esprit nouveau, et elles convergent dans le petit Reste, le peuple des Pauvres (cf. So 2, 3), qui attend dans l’espérance la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consolation d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la délivrance de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 25. 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a vu plus haut comment Jésus accomplit les prophéties qui le concernent. On se limite ici à celles où apparaît davantage la relation du Messie et de son Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''712 ''Les traits du visage du ''Messie'' attendu commencent à apparaître dans le Livre de l’Emmanuel (cf. Is 6-12) (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand Isaïe eut la vision de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Christ&amp;amp;nbsp;: Jn 12, 41), en particulier en Is 11, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un rejeton sort de la souche de Jessé,&amp;lt;br/&amp;gt; un surgeon pousse de ses racines&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;br/&amp;gt; sur lui repose l’Esprit du Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de sagesse et d’intelligence,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de conseil et de force,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de science et de crainte du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''713 ''Les traits du Messie sont révélés surtout dans les chants du Serviteur (cf. Is 42, 1-9&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 18-21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 32-34, puis Is 49, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 2, 32, enfin Is 50, 4-10 et 52, 13 – 53, 12). Ces chants annoncent le sens de la passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra l’Esprit Saint pour vivifier la multitude&amp;amp;nbsp;: non pas de l’extérieur, mais en épousant notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Prenant sur lui notre mort, il peut nous communiquer son propre Esprit de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''714 ''C’est pourquoi le Christ inaugure l’annonce de la bonne Nouvelle en faisant sien ce passage d’Isaïe (Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; cf. Is 61, 1-2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Esprit du Seigneur est sur moi,&amp;lt;br/&amp;gt; car le Seigneur m’a oint.&amp;lt;br/&amp;gt; Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,&amp;lt;br/&amp;gt; panser les cœurs meurtris&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer aux captifs l’amnistie&amp;lt;br/&amp;gt; et aux prisonniers la liberté,&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer une année de grâce de la part du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''715 ''Les textes prophétiques concernant directement l’envoi de l’Esprit Saint sont des oracles où Dieu parle au cœur de son Peuple dans le langage de la promesse, avec les accents de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour et de la fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ez 11, 19&amp;amp;nbsp;; 36, 25-28&amp;amp;nbsp;; 37, 1-14&amp;amp;nbsp;; Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; et Jl 3, 1-5) dont S. Pierre proclamera l’accomplissement le matin de la Pentecôte (cf. Ac 2, 17-21). Selon ces promesses, dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Esprit du Seigneur renouvellera le cœur des hommes en gravant en eux une Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;; il rassemblera et réconciliera les peuples dispersés et divisés&amp;amp;nbsp;; il transformera la création première et Dieu y habitera avec les hommes dans la paix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''716 ''Le Peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 2, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 27&amp;amp;nbsp;; 34, 3&amp;amp;nbsp;; Is 49, 13&amp;amp;nbsp;; 61, 1&amp;amp;nbsp;; etc.), les humbles et les doux, tout abandonnés aux desseins mystérieux de leur Dieu, ceux qui attendent la justice, non des hommes mais du Messie, est finalement la grande œuvre de la mission cachée de l’Esprit Saint durant le temps des promesses pour préparer la venue du Christ. C’est leur qualité de cœur, purifié et éclairé par l’Esprit, qui s’exprime dans les Psaumes. En ces pauvres, l’Esprit prépare au Seigneur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 1, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Esprit du Christ dans la plénitude du temps =====&lt;br /&gt;
'''Jean, Précurseur, Prophète et Baptiste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''717 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parut un homme envoyé de Dieu. Il se nommait Jean&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 6). Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rempli de l’Esprit Saint, dès le sein de sa mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 15. 41) par le Christ lui-même que la Vierge Marie venait de concevoir de l’Esprit Saint. La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visitation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Marie à Élisabeth est ainsi devenue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visite de Dieu à son peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''718 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elie qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 17, 10-13)&amp;amp;nbsp;: Le Feu de l’Esprit l’habite et le fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;courir devant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;précurseur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] le Seigneur qui vient. En Jean le Précurseur, l’Esprit Saint achève de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparer au Seigneur un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''719 ''Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus qu’un prophète&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 26). En lui l’Esprit Saint accomplit de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parler par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jean achève le cycle des prophètes inauguré par Elie (cf. Mt 11, 13-14). Il annonce l’imminence de la Consolation d’Israël, il est la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du consolateur qui vient (Jn 1, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Is 40, 1-3). Comme le fera l’Esprit de Vérité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vient comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 15, 26&amp;amp;nbsp;; 5, 33). Au regard de Jean, l’Esprit accomplit ainsi les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;recherches des prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoitise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des anges (1 P 1, 10-12)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit (...). Oui, j’ai vu et j’atteste que c’est Lui, le Fils de Dieu. (...) Voici l’Agneau de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''720 ''Enfin, avec Jean le Baptiste, l’Esprit Saint inaugure, en le préfigurant, ce qu’il réalisera avec et dans le Christ&amp;amp;nbsp;: redonner à l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine. Le baptême de Jean était pour le repentir, celui dans l’eau et dans l’Esprit sera une nouvelle naissance (cf. Jn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Réjouis-toi, comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''721 ''Marie, la Toute Sainte Mère de Dieu, toujours Vierge est le chef-d’œuvre de la mission du Fils et de l’Esprit dans la plénitude du temps. Pour la première fois dans le dessein du salut et parce que son Esprit l’a préparée, le Père trouve la ''Demeure ''où son Fils et son Esprit peuvent habiter parmi les hommes. C’est en ce sens que la Tradition de l’Église a souvent lu en relation à Marie les plus beaux textes sur la Sagesse (cf. Pr 8, 1 – 9, 6&amp;amp;nbsp;; Si 24)&amp;amp;nbsp;: Marie est chantée et représentée dans la liturgie comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Trône de la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En elle commencent à se manifester les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que l’Esprit va accomplir dans le Christ et dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''722 ''L’Esprit Saint a ''préparé'' Marie par sa grâce. Il convenait que fût &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère de Celui en qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite corporellement la Plénitude de la Divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Elle a été, par pure grâce, conçue sans péché comme la plus humble des créatures, la plus capable d’accueil au Don ineffable du Tout-Puissant. C’est à juste titre que l’ange Gabriel la salue comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fille de Sion&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Réjouis-toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 3, 14&amp;amp;nbsp;; Za 2, 14). C’est l’action de grâce de tout le Peuple de Dieu, et donc de l’Église, qu’elle fait monter vers le Père dans l’Esprit Saint en son cantique (cf. Lc 1, 46-55) alors qu’elle porte en elle le Fils éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''723 ''En Marie, l’Esprit Saint ''réalise'' le dessein bienveillant du Père. C’est par l’Esprit Saint que la Vierge conçoit et enfante le Fils de Dieu. Sa virginité devient fécondité unique par la puissance de l’Esprit et de la foi (cf. Lc 1, 26-38&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 18-21&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''724 ''En Marie, l’Esprit Saint ''manifeste'' le Fils du Père devenu Fils de la Vierge. Elle est le Buisson ardent de la Théophanie définitive&amp;amp;nbsp;: comblée de l’Esprit Saint, elle montre le Verbe dans l’humilité de sa chair et c’est aux Pauvres (cf. Lc 1, 15-19) et aux prémices des nations (cf. Mt 2, 11) qu’elle Le fait connaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''725 ''Enfin, par Marie, l’Esprit Saint commence à ''mettre en communion'' avec le Christ les hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;objets de l’amour bienveillant de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 14), et les humbles sont toujours les premiers à le recevoir&amp;amp;nbsp;: les bergers, les mages, Siméon et Anne, les époux de Cana et les premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''726 ''Au terme de cette mission de l’Esprit, Marie devient la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nouvelle Eve &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Mère du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 19, 25-27). C’est comme telle qu’elle est présente avec les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’un même cœur, assidus à la prière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 14), à l’aube des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit va inaugurer le matin de la Pentecôte avec la manifestation de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''727 ''Toute la Mission du Fils et de l’Esprit Saint dans la plénitude du temps est contenue en ce que le Fils est l’oint de l’Esprit du Père depuis son Incarnation&amp;amp;nbsp;: Jésus est Christ, le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le deuxième chapitre du Symbole de la foi est à lire à cette lumière. Toute l’œuvre du Christ est mission conjointe du Fils et de l’Esprit Saint. Ici, on mentionnera seulement ce qui concerne la promesse de l’Esprit Saint par Jésus et son don par le Seigneur glorifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''728 ''Jésus ne révèle pas pleinement l’Esprit Saint tant que lui-même n’a pas été glorifié par sa Mort et sa Résurrection. Pourtant, Il le suggère peu à peu, même dans son enseignement aux foules, lorsqu’Il révèle que sa Chair sera nourriture pour la vie du monde (cf. Jn 6, 27. 51. 62-63). Il le suggère aussi à Nicodème (cf. Jn 3, 5-8), à la Samaritaine (cf. Jn 4, 10. 14. 23-24) et à ceux qui participent à la fête des Tabernacles (cf. Jn 7, 37-39). A ses disciples, Il en parle ouvertement à propos de la prière (cf. Lc 11, 13) et du témoignage qu’ils auront à rendre (cf. Mt 10, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''729 ''C’est seulement quand l’Heure est venue où Il va être glorifié que Jésus ''promet'' la venue de l’Esprit Saint, puisque sa Mort et sa Résurrection seront l’accomplissement de la promesse faite aux Pères (cf. Jn 14, 16-17. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7-15&amp;amp;nbsp;; 17, 26)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de Vérité, l’autre Paraclet, sera donné par le Père à la prière de Jésus&amp;amp;nbsp;; il sera envoyé par le Père au nom de Jésus&amp;amp;nbsp;; Jésus l’enverra d’auprès du Père car il est issu du Père. L’Esprit Saint viendra, nous le connaîtrons, Il sera avec nous à jamais, Il demeurera avec nous&amp;amp;nbsp;; Il nous enseignera tout et nous rappellera tout ce que le Christ nous a dit et lui rendra témoignage&amp;amp;nbsp;; Il nous conduira vers la vérité tout entière et glorifiera le Christ. Quant au monde, Il le confondra en matière de péché, de justice et de jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''730 ''Enfin vient l’Heure de Jésus (cf. Jn 13, 1&amp;amp;nbsp;; 17, 1)&amp;amp;nbsp;: Jésus remet son esprit entre les mains du Père (cf. Lc 23, 46&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 30) au moment où par sa Mort il est vainqueur de la mort, de sorte que, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressuscité des morts par la Gloire du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4), il ''donne'' aussitôt l’Esprit Saint en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soufflant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur ses disciples (cf. Jn 20, 22). A partir de cette Heure, la mission du Christ et de l’Esprit devient la mission de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 28, 19&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 47-48&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. L’Esprit et l’Église dans les derniers temps =====&lt;br /&gt;
'''La Pentecôte'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''731 ''Le jour de la Pentecôte (au terme des sept semaines Pascales), la Pâque du Christ s’accomplit dans l’effusion de l’Esprit Saint qui est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine&amp;amp;nbsp;: de sa Plénitude, le Christ, Seigneur, répand à profusion l’Esprit (cf. Ac 2, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''732 ''En ce jour est pleinement révélée la Trinité Sainte. Depuis ce jour, le Royaume annoncé par le Christ est ouvert à ceux qui croient en Lui&amp;amp;nbsp;: dans l’humilité de la chair et dans la foi, ils participent déjà à la communion de la Trinité Sainte. Par sa venue, et elle ne cesse pas, l’Esprit Saint fait entrer le monde dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le temps de l’Église, le Royaume déjà hérité, mais pas encore consommé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi&amp;amp;nbsp;: nous adorons la Trinité indivisible car c’est elle qui nous a sauvés (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte&amp;amp;nbsp;; il est repris dans les liturgies eucharistiques après la communion).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint – le Don de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''733 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16) et l’Amour est le premier don, il contient tous les autres. Cet amour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui nous fut donné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''734 ''Parce que nous sommes morts, ou, au moins, blessés par le péché, le premier effet du don de l’Amour est la rémission de nos péchés. C’est la communion de l’Esprit Saint (2 Co 13, 13) qui, dans l’Église, redonne aux baptisés la ressemblance divine perdue par le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''735 ''Il donne alors les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;arrhes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prémices&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Héritage (cf. Rm 8, 23&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21)&amp;amp;nbsp;: la Vie même de la Trinité Sainte qui est d’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme il nous a aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 11-12). Cet amour (la charité de 1 Co 13) est le principe de la vie nouvelle dans le Christ, rendue possible puisque nous avons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçu une force, celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''736 ''C’est par cette puissance de l’Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruit. Celui qui nous a greffés sur la vraie Vigne, nous fera porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit de l’Esprit qui est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 22-23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit est notre Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: plus nous renonçons à nous-mêmes (cf. Mt 16, 24-26), plus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit nous fait aussi agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 25)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par communion avec lui, l’Esprit Saint rend spirituels, rétablit au Paradis, ramène au Royaume des cieux et à l’adoption filiale, donne la confiance d’appeler Dieu Père et de participer à la grâce du Christ, d’être appelé enfant de lumière et d’avoir part à la gloire éternelle (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint et l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''737 ''La mission du Christ et de l’Esprit Saint s’accomplit dans l’Église, Corps du Christ et Temple de l’Esprit Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles du Christ à sa communion avec le Père dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: L’Esprit ''prépare'' les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le Christ. Il leur ''manifeste'' le Seigneur ressuscité, Il leur rappelle sa parole et leur ouvre l’esprit à l’intelligence de sa Mort et de sa Résurrection. Il leur ''rend présent'' le mystère du Christ, éminemment dans l’Eucharistie, afin de les réconcilier, de les ''mettre en communion'' avec Dieu, afin de leur faire porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup de fruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 5. 8. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''738 ''Ainsi la mission de l’Église ne s’ajoute pas à celle du Christ et de l’Esprit Saint, mais elle en est le sacrement&amp;amp;nbsp;: par tout sont être et dans tous ses membres elle est envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de la communion de la Sainte Trinité (ce sera l’objet du prochain article)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous tous qui avons reçu l’unique et même esprit, à savoir, l’Esprit Saint, nous nous sommes fondus entre nous et avec Dieu. Car bien que nous soyons nombreux séparément et que le Christ fasse que l’Esprit du Père et le sien habite en chacun de nous, cet Esprit unique et indivisible ramène par lui-même à l’unité ceux qui sont distincts entre eux (...) et fait que tous apparaissent comme une seule chose en lui-même. Et de même que la puissance de la sainte humanité du Christ fait que tous ceux-là en qui elle se trouve forment un seul corps, je pense que de la même manière l’Esprit de Dieu qui habite en tous, unique et indivisible, les ramène tous à l’unité spirituelle (S. Cyrille d’Alexandrie, Jo. 12&amp;amp;nbsp;: PG 74, 560-561).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''739 ''Parce que l’Esprit Saint est l’Onction du Christ, c’est le Christ, la Tête du Corps, qui le répand dans ses membres pour les nourrir, les guérir, les organiser dans leurs fonctions mutuelles, les vivifier, les envoyer témoigner, les associer à son offrande au Père et à son intercession pour le monde entier. C’est par les sacrements de l’Église que le Christ communique aux membres de son Corps son Esprit Saint et Sanctificateur (ce sera l’objet de la deuxième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''740 ''Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, offertes aux croyants dans les sacrements de l’Église, portent leurs fruits dans la vie nouvelle, dans le Christ, selon l’Esprit (ce sera l’objet de la troisième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''741 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut&amp;amp;nbsp;; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 26). L’Esprit Saint, artisan des œuvres de Dieu, est le Maître de la prière (ce sera l’objet de la quatrième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''En bref'''&amp;lt;br/&amp;gt; ''742 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''743 Du commencement à la consommation du temps, quand Dieu envoie son Fils, il envoie toujours son Esprit&amp;amp;nbsp;: leur mission est conjointe et inséparable.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''744 Dans la plénitude du temps, l’Esprit Saint accomplit en Marie toutes les préparations à la venue du Christ dans le Peuple de Dieu. Par l’action de l’Esprit Saint en elle, le Père donne au monde l’Emmanuel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu-avec-nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 23).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''745 Le Fils de Dieu est consacré Christ (Messie) par l’Onction de l’Esprit Saint dans son Incarnation (cf. Ps 2, 6-7).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''746 Par sa Mort et sa Résurrection, Jésus est constitué Seigneur et Christ dans la gloire (Ac 2, 36). De sa Plénitude, Il répand l’Esprit Saint sur les apôtres et l’Église.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''747 L’Esprit Saint que le Christ, Tête, répand dans ses membres, bâtit, anime et sanctifie l’Église. Elle est le sacrement de la communion de la Trinité Sainte et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 9 : &amp;quot; Je crois à la Sainte ÉGLISE catholique &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''748 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est la lumière des peuples&amp;amp;nbsp;: réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 1). C’est sur ces paroles que s’ouvre la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Constitution dogmatique sur l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du deuxième Concile du Vatican. Par là, le Concile montre que l’article de foi sur l’Église dépend entièrement des articles concernant le Christ Jésus. L’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ&amp;amp;nbsp;; elle est, selon une image chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''749 ''L’article sur l’Église dépend aussi entièrement de celui sur le Saint-Esprit qui le précède. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, après avoir montré que l’Esprit Saint est la source et le donateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que c’est Lui qui a doté l’Église de sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 1). L’Église est, selon l’expression des Pères, le lieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;où fleurit l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Hippolyte, trad. ap. 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''750 ''Croire que l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (comme l’ajoute le Symbole de Nicée-Constantinople) est inséparable de la foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dans le Symbole des apôtres, nous faisons profession de croire une Église Sainte (''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo [...] Ecclesiam&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''), et non pas ''en'' l’Église, pour ne pas confondre Dieu et ses œuvres et pour attribuer clairement à la bonté de Dieu ''tous'' les dons qu’Il a mis dans son Église (cf. Catech. R. 1, 10, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. L’Église dans le dessein de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Les noms et les images de l’Église =====&lt;br /&gt;
''751 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ekklèsia'', du grec ''ek-kalein'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appeler hors&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne des assemblées du peuple (cf. Ac 19, 39), en général de caractère religieux. C’est le terme fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament grec pour l’assemblée du peuple élu devant Dieu, surtout pour l’assemblée du Sinaï où Israël reçut la Loi et fut constitué par Dieu comme son peuple saint (cf. Ex 19). En s’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la première communauté de ceux qui croyaient au Christ se reconnaît héritière de cette assemblée. En elle, Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son Peuple de tous les confins de la terre. Le terme ''Kyriakè'' dont sont dérivés ''church'', ''Kirche'', signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celle qui appartient au Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''752 ''Dans le langage chrétien, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’assemblée liturgique (cf. 1 Co 11, 18&amp;amp;nbsp;; 14, 19. 28. 34. 35), mais aussi la communauté locale (cf. 1 Co 1, 2&amp;amp;nbsp;; 16, 1) ou toute la communauté universelle des croyants (cf. 1 Co 15, 9&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 13&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 6). Ces trois significations sont en fait inséparables. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le Peuple que Dieu rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés locales et se réalise comme assemblée liturgique, surtout eucharistique. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient ainsi elle-même Corps du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''753 ''Dans l’Écriture Sainte, nous trouvons une foule d’images et de figures liées entre elles, par lesquelles la révélation parle du mystère inépuisable de l’Église. Les images prises de l’Ancien Testament constituent des variations d’une idée de fond, celle du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans le Nouveau Testament (cf. Ep 1, 22&amp;amp;nbsp;; Col 1, 18), toutes ces images trouvent un nouveau centre par le fait que le Christ devient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ce peuple (cf. LG 9) qui est dès lors son Corps. Autour de ce centre se sont groupés des images &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tirées soit de la vie pastorale ou de la vie des champs, soit du travail de construction ou de la famille et des épousailles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''754 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, en effet, est le ''bercail'' dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire (cf. Jn 10, 1-10). Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé lui-même à l’avance qu’il serait le pasteur (cf. Is 40, 11&amp;amp;nbsp;; Ez 34, 11-31), et dont les brebis, quoiqu’elles aient à leur tête des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ même, Bon Pasteur et Prince des pasteurs (cf. Jn 10, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 5, 4), qui a donné sa vie pour ses brebis (cf. LG 6&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 11-15)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''755 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est le ''terrain de culture'', le champ de Dieu (1 Co 3, 9). Dans ce champ croît l’antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en lequel s’opère et s’opérera la réconciliation entre Juifs et Gentils (cf. Rm 11, 13-26). Elle fut plantée par le Vigneron céleste comme une vigne choisie (cf. Mt 21, 33-43 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Is 5, 1-7). La Vigne véritable, c’est le Christ&amp;amp;nbsp;: c’est lui qui donne vie et fécondité aux rameaux que nous sommes&amp;amp;nbsp;: par l’Église nous demeurons en lui, sans qui nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 1-5)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''756 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien souvent aussi, l’Église est dite la ''construction'' de Dieu (cf. 1 Co 3, 9). Le Seigneur lui-même s’est comparé à la pierre rejetée par les bâtisseurs et devenue pierre angulaire (Mt 21, 42 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 4, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 2, 7&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22). Sur ce fondement, l’Église est construite par les apôtres (cf. 1 Co 3, 11), et de ce fondement elle reçoit fermeté et cohésion. Cette construction est décorée d’appellations diverses&amp;amp;nbsp;: la maison de Dieu (cf. 1 Tm 3, 15), dans laquelle habite sa ''famille'', l’habitation de Dieu dans l’Esprit (cf. Ep 2, 19-22), la demeure de Dieu chez les hommes (cf. Ap 21, 3), et surtout le ''temple'' saint, lequel, représenté par les sanctuaires de pierres, est l’objet de la louange des saints Pères et comparé à juste titre dans la liturgie à la Cité sainte, la nouvelle Jérusalem. En effet, nous sommes en elle sur la terre comme les pierres vivantes qui entrent dans la construction (cf. 1 P 2, 5). Cette Cité sainte, Jean la contemple descendant du ciel d’auprès de Dieu à l’heure où se renouvellera le monde, prête comme une fiancée parée pour son époux (cf. Ap 21, 1-2)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''757 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église s’appelle encore &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Jérusalem d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 12, 17)&amp;amp;nbsp;; elle est décrite comme l’épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 19, 7&amp;amp;nbsp;; 21, 2. 9&amp;amp;nbsp;; 22, 17) que le Christ ‘a aimée, pour laquelle il s’est livré afin de la sanctifier’ (Ep 5, 26), qu’il s’est associée par un pacte indissoluble, qu’il ne cesse de ‘nourrir et d’entourer de soins’ (Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Origine, fondation et mission de l’Église =====&lt;br /&gt;
''758 ''Pour scruter le mystère de l’Église, il convient de méditer d’abord son origine dans le dessein de la Très Sainte Trinité et sa réalisation progressive dans l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dessein né dans le cœur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''759 '''''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers&amp;amp;nbsp;; il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à laquelle il appelle tous les hommes dans son Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous ceux qui croient au Christ, le Père a voulu les appeler à former la sainte Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se constitue et se réalise graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les dispositions du Père&amp;amp;nbsp;: en effet, l’Église a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préfigurée dès l’origine du monde&amp;amp;nbsp;; elle a été merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance&amp;amp;nbsp;; elle a été instituée enfin en ces temps qui sont les derniers&amp;amp;nbsp;; elle est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préfigurée dès l’origine du monde'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''760 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde fut créé en vue de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, disaient les chrétiens des premiers temps (Hermas, vis. 2, 4, 1&amp;amp;nbsp;; cf. Aristide, apol. 16, 6&amp;amp;nbsp;; Justin, apol. 2, 7). Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des hommes dans le Christ, et cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est l’Église. L’Église est la fin de toutes choses (cf. S. Epiphane, hær. 1, 1, 5&amp;amp;nbsp;: PG 41, 181C), et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des Anges et le péché de l’homme, ne furent permises par Dieu que comme occasion et moyen pour déployer toute la force de son bras, toute la mesure d’amour qu’il voulait donner au monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que la volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention est le salut des hommes, et elle s’appelle l’Église (Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préparée dans l’Ancienne Alliance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''761 ''Le rassemblement du Peuple de Dieu commence à l’instant où le péché détruit la communion des hommes avec Dieu et celle des hommes entre eux. Le rassemblement de l’Église est pour ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. Cette réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le craint et pratique la justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 35&amp;amp;nbsp;; cf. LG 9&amp;amp;nbsp;; 13&amp;amp;nbsp;; 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''762 ''La ''préparation'' lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation d’Abraham, à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple (cf. Gn 12, 2&amp;amp;nbsp;; 15, 5-6). La préparation immédiate commence avec l’élection d’Israël comme Peuple de Dieu (cf. Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; Dt 7, 6). Par son élection, Israël doit être le signe du rassemblement futur de toutes les nations (cf. Is 2, 2-5&amp;amp;nbsp;; Mi 4, 1-4). Mais déjà les prophètes accusent Israël d’avoir rompu l’alliance et de s’être comporté comme une prostituée (cf. Os 1&amp;amp;nbsp;; Is 1, 2-4&amp;amp;nbsp;; Jr 2&amp;amp;nbsp;; etc.). Ils annoncent une alliance nouvelle et éternelle (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; Is 55, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette Alliance Nouvelle, le Christ l’a instituée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – instituée par le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''763 ''Il appartient au Fils de réaliser, dans la plénitude des temps, le plan de salut de son Père&amp;amp;nbsp;; c’est là le motif de sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mission&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 3&amp;amp;nbsp;; AG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur Jésus posa le commencement de son Église en prêchant l’heureuse nouvelle, l’avènement du Règne de Dieu promis dans les Écritures depuis des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre. L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le Règne du Christ déjà mystérieusement présent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''764 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce Royaume brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Accueillir la parole de Jésus, c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accueillir le Royaume lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.). Le germe et le commencement du Royaume sont le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petit troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 32) de ceux que Jésus est venu convoquer autour de lui et dont il est lui-même le pasteur (cf. Mt 10, 16&amp;amp;nbsp;; 26, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 1-21). Ils constituent la vraie famille de Jésus (cf. Mt 12, 49). A ceux qu’il a ainsi rassemblés autour de lui, il a enseigné une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière d’agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nouvelle, mais aussi une prière propre (cf. Mt 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''765 ''Le Seigneur Jésus a doté sa communauté d’une structure qui demeurera jusqu’au plein achèvement du Royaume. Il y a avant tout le choix des Douze avec Pierre comme leur chef (cf. Mc 3, 14-15). Représentant les douze tribus d’Israël (cf. Mt 19, 28&amp;amp;nbsp;; Lc 22, 30) ils sont les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 12-14). Les Douze (cf. Mc 6, 7) et les autres disciples (cf. Lc 10, 1-2) participent à la mission du Christ, à son pouvoir, mais aussi à son sort (cf. Mt 10, 25&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 20). Par tous ces actes, le Christ prépare et bâtit son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''766 ''Mais l’Église est née principalement du don total du Christ pour notre salut, anticipé dans l’institution de l’Eucharistie et réalisé sur la Croix. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le commencement et la croissance de l’Église sont signifiés par le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est du côté du Christ endormi sur la Croix qu’est né l’admirable sacrement de l’Église toute entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 5). De même qu’Eve a été formée du côté d’Adam endormi, ainsi l’Église est née du cœur transpercé du Christ mort sur la Croix (cf. S. Ambroise, Luc. 2, 85-89&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1583-1586).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – manifestée par l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''767 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l’Église en permanence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). C’est alors que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église se manifesta publiquement devant la multitude et que commença la diffusion de l’Évangile avec la prédication&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 4). Parce qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de tous les hommes au salut, l’Église est, par sa nature même, missionnaire envoyée par le Christ à toutes les nations pour en faire des disciples (cf. Mt 28, 19-20&amp;amp;nbsp;; AG 2&amp;amp;nbsp;; 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''768 ''Pour réaliser sa mission, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;équipe et dirige l’Église grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi l’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans toutes les nations&amp;amp;nbsp;; elle constitue de ce royaume le germe et le commencement sur terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – consommée dans la gloire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''769 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) n’aura sa consommation que dans la gloire céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), lors du retour glorieux du Christ. Jusqu’à ce jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, civ. 18, 51&amp;amp;nbsp;; cf. LG 8). Ici-bas, elle se sait en exil, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6&amp;amp;nbsp;; LG 6), et elle aspire à l’avènement plénier du Royaume, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). La consommation de l’Église, et à travers elle, celle du monde, dans la gloire ne se fera pas sans de grandes épreuves. Alors seulement, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les justes depuis Adam, depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu se trouveront rassemblés dans l’Église universelle auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le mystère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''770 ''L’Église est dans l’histoire, mais elle la transcende en même temps. C’est uniquement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec les yeux de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 20) que l’on peut voir en sa réalité visible en même temps une réalité spirituelle, porteuse de vie divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – à la fois visible et spirituelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''771 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ, unique médiateur, constitue et continuellement soutient son Église sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, ici-bas, sur terre, comme un tout visible par lequel il répand, à l’intention de tous, la vérité et la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est à la fois&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;société dotée d’organes hiérarchiques et Corps Mystique du Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– assemblée visible et communauté spirituelle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Église terrestre et Église parée de dons célestes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dimensions constituent ensemble &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il appartient en propre à l’Église d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin&amp;amp;nbsp;; ce qui est visible, à l’invisible&amp;amp;nbsp;; ce qui relève de l’action, à la contemplation&amp;amp;nbsp;; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons (SC 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Humilité&amp;amp;nbsp;! Sublimité&amp;amp;nbsp;! Tente de Cédar et sanctuaire de Dieu&amp;amp;nbsp;; habitation terrestre et céleste palais&amp;amp;nbsp;; maison d’argile et cour royale&amp;amp;nbsp;; corps mortel et temple de lumière&amp;amp;nbsp;; objet de mépris enfin pour les orgueilleux et épouse du Christ&amp;amp;nbsp;! Elle est noire mais belle, filles de Jérusalem, celle qui, pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil, a cependant pour ornement la parure céleste (S. Bernard, Cant. 27, 7, 14&amp;amp;nbsp;: PL 183, 920D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – mystère de l’union des hommes avec Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''772 ''C’est dans l’Église que le Christ accomplit et révèle son propre mystère comme le but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapituler tout en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10). S. Paul appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand mystère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 32) l’union sponsale du Christ et de l’Église. Parce qu’elle est unie au Christ comme à son Époux (cf. Ep 5, 25-27), l’Église devient elle-même à son tour mystère (cf. Ep 3, 9-11). Contemplant en elle le mystère, S. Paul s’écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ en vous, l’espérance de la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''773 ''Dans l’Église cette communion des hommes avec Dieu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la charité qui ne passe jamais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 8) est la fin qui commande tout ce qui en elle est moyen sacramentel lié à ce monde qui passe (cf. LG 48). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa structure est complètement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et la sainteté s’apprécie en fonction du ‘grand mystère’ dans lequel l’Épouse répond par le don de l’amour au don de l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27). Marie nous précède tous dans la sainteté qui est le mystère de l’Église comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse sans tâche ni ride&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 27). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dimension mariale de l’Église précède sa dimension pétrinienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – sacrement universel du salut'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''774 ''Le mot grec ''mysterion'' a été traduit en latin par deux termes&amp;amp;nbsp;: ''mysterium'' et ''sacramentum. ''Dans l’interprétation ultérieure, le terme ''sacramentum'' exprime davantage le signe visible de la réalité cachée du salut, indiquée par le terme ''mysterium''. En ce sens, le Christ est Lui-même le mystère du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non est enim aliud Dei mysterium, nisi Christus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas d’autre mystère que le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, S. Augustin, ep. 187, 11, 34&amp;amp;nbsp;: PL 33, 845). L’œuvre salvifique de son humanité sainte et sanctifiante est le sacrement du salut qui se manifeste et agit dans les sacrements de l’Église (que les Églises d’Orient appellent aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints mystères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Les sept sacrements sont les signes et les instruments par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du Christ, qui est la Tête, dans l’Église qui est son Corps. L’Église contient donc et communique la grâce invisible qu’elle signifie. C’est en ce sens analogique qu’elle est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''775 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1)&amp;amp;nbsp;: Être le sacrement de l’''union intime des hommes avec Dieu&amp;amp;nbsp;:'' c’est là le premier but de l’Église. Parce que la communion entre les hommes s’enracine dans l’union avec Dieu, l’Église est aussi le sacrement de l’''unité du genre humain. ''En elle, cette unité est déjà commencée puisqu’elle rassemble des hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de toute nation, race, peuple et langue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 7, 9)&amp;amp;nbsp;; en même temps, l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe et instrument&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la pleine réalisation de cette unité qui doit encore venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''776 ''Comme sacrement, l’Église est instrument du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre ses mains elle est l’instrument de la Rédemption de tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sacrement universel du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), par lequel le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifeste et actualise l’amour de Dieu pour les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 45, § 1). Elle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le projet visible de l’amour de Dieu pour l’humanité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 22 juin 1973) qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple de Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7&amp;amp;nbsp;; cf. LG 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''777 Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne l’assemblée de ceux que la Parole de Dieu convoque pour former le Peuple de Dieu et qui, nourris du Corps du Christ, deviennent eux-mêmes Corps du Christ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''778 L’Église est à la fois chemin et but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: préfigurée dans la création, préparée dans l’Ancienne Alliance, fondée par les paroles et les actions de Jésus-Christ, réalisée par sa Croix rédemptrice et sa Résurrection, elle est manifestée comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint. Elle sera consommée dans la gloire du ciel comme assemblée de tous les rachetés de la terre (cf. Ap 14, 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''779 L’Église est à la fois visible et spirituelle, société hiérarchique et Corps Mystique du Christ. Elle est une, formée d’un double élément humain et divin. C’est là son mystère que seule la foi peut accueillir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''780 L’Église est dans ce monde-ci le sacrement du salut, le signe et l’instrument de la communion de Dieu et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. : L’Église – Peuple de Dieu, Corps du Christ, temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
===== I. L’Église – Peuple de Dieu =====&lt;br /&gt;
''781 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice. Cependant, il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel&amp;amp;nbsp;; il a voulu au contraire en faire un Peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté. C’est pourquoi il s’est choisi le Peuple d’Israël pour être son Peuple avec qui il a fait alliance et qu’il a progressivement instruit (...). Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ (...). C’est la Nouvelle Alliance dans son sang, appelant un Peuple, venu des Juifs et des païens, à se rassembler dans l’unité, non pas selon la chair, mais dans l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les caractéristiques du Peuple de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''782 ''Le Peuple de Dieu a des caractéristiques qui le distinguent nettement de tous les groupements religieux, ethniques, politiques ou culturels de l’histoire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Il est le Peuple ''de Dieu''&amp;amp;nbsp;: Dieu n’appartient en propre à aucun peuple. Mais Il s’est acquis un peuple de ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– On devient ''membre'' de ce Peuple non par la naissance physique, mais par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’eau et de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 3-5), c’est-à-dire par la foi au Christ et le Baptême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Ce Peuple a pour ''Chef''&amp;lt;nowiki&amp;gt; [Tête] Jésus le Christ [Oint, Messie]&amp;amp;nbsp;: parce que la même Onction, l’Esprit Saint, découle de la Tête dans le Corps, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple messianique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La ''condition'' de ce Peuple, c’est la dignité de la liberté des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;: dans leurs cœurs, comme dans un temple, réside l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa ''loi'', c’est le commandement nouveau d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est la loi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit Saint (Rm 8, 2&amp;amp;nbsp;; Ga 5, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''mission'', c’est d’être le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il constitue pour tout le genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''destinée'', enfin, c’est le Royaume de Dieu, commencé sur la terre par Dieu lui-même, Royaume qui doit se dilater de plus en plus, jusqu’à ce que, à la fin des temps, il soit achevé par Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un Peuple sacerdotal, prophétique et royal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''783 ''Jésus-Christ est celui que le Père a oint de l’Esprit Saint et qu’il a constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prêtre, Prophète et Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces trois fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de service qui en découlent (cf. RH 18-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''784 ''En entrant dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême, on reçoit part à la vocation unique de ce Peuple&amp;amp;nbsp;: à sa vocation ''sacerdotale&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur, grand prêtre pris d’entre les hommes a fait du Peuple nouveau ‘un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père’. Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont ''consacrés'' pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''785 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction ''prophétique'' du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il l’est surtout&amp;amp;nbsp;:par le sens surnaturel de la foi qui est celui du Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12) et en approfondit l’intelligence et devient témoin du Christ au milieu de ce monde&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''786 ''Le Peuple de Dieu participe enfin à la fonction ''royale'' du Christ. Le Christ exerce sa royauté en attirant à soi tous les hommes par sa mort et sa Résurrection (cf. Jn 12, 32). Le Christ, Roi et Seigneur de l’univers, s’est fait le serviteur de tous, n’étant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28). Pour le chrétien, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;régner, c’est le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36), particulièrement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans les pauvres et les souffrants, dans lesquels l’Église reconnaît l’image de son Fondateur pauvre et souffrant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Le Peuple de Dieu réalise sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dignité royale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en vivant conformément à cette vocation de servir avec le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De tous les régénérés dans le Christ le signe de la Croix fait des rois, l’onction du Saint-Esprit les consacre comme prêtres, afin que, mis à part le service particulier de notre ministère, tous les chrétiens spirituels et usant de leur raison se reconnaissent membres de cette race royale et participants de la fonction sacerdotale. Qu’y a-t-il, en effet, d’aussi royal pour une âme que de gouverner son corps dans la soumission à Dieu&amp;amp;nbsp;? Et qu’y a-t-il d’aussi sacerdotal que de vouer au Seigneur une conscience pure et d’offrir sur l’autel de son cœur les victimes sans taches de la piété&amp;amp;nbsp;? (S. Léon le Grand, serm. 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Église – Corps du Christ =====&lt;br /&gt;
'''L’Église est communion avec Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''787 ''Dès le début, Jésus a associés ses disciples à sa vie (cf. Mc 1, 16-20&amp;amp;nbsp;; 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur a révélé le mystère du Royaume (cf. Mt 13, 10-17)&amp;amp;nbsp;; il leur a donné part à sa mission, à sa joie (cf. Lc 10, 17-20) et à ses souffrances (cf. Lc 22, 28-30). Jésus parle d’une communion encore plus intime entre Lui et ceux qui le suivraient&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Demeurez en moi, comme moi en vous (...). Je suis le cep, vous êtes les sarments&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 4-5). Et Il annonce une communion mystérieuse et réelle entre son propre corps et le nôtre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''788 ''Lorsque sa présence visible leur a été enlevée, Jésus n’a pas laissé orphelins ses disciples (cf. Jn 14, 18). Il leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), il leur a envoyé son Esprit (cf. Jn 20, 22&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33). La communion avec Jésus en est devenue, d’une certaine façon, plus intense&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En communiquant son Esprit à ses frères, qu’il rassemble de toutes les nations, Il les a constitués mystiquement comme son corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''789 ''La comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée ''autour de lui&amp;amp;nbsp;;'' elle est unifiée ''en lui,'' dans son Corps. Trois aspects de l’Église – Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever&amp;amp;nbsp;: l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ&amp;amp;nbsp;; le Christ Tête du Corps&amp;amp;nbsp;; l’Église, Épouse du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un seul corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''790 ''Les croyants qui répondent à la Parole de Dieu et deviennent membres du Corps du Christ, deviennent étroitement unis au Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans ce corps la vie du Christ se répand à travers les croyants que les sacrements, d’une manière mystérieuse et réelle, unissent au Christ souffrant et glorifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Ceci est particulièrement vrai du Baptême par lequel nous sommes unis à la mort et à la Résurrection du Christ (cf. Rm 6, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 13), et de l’Eucharistie, par laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participant réellement au corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous sommes élevés à la communion avec Lui et entre nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''791 ''L’unité du corps n’abolit pas la diversité des membres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans l’édification du corps du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services &amp;quot;&amp;amp;nbsp;. L’unité du Corps mystique produit et stimule entre les fidèles la charité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi un membre ne peut souffrir, que tous les membres ne souffrent, un membre ne peut être à l’honneur, que tous les membres ne se réjouissent avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Enfin, l’unité du Corps mystique est victorieuse de toutes les divisions humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ&amp;amp;nbsp;; il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme&amp;amp;nbsp;; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 27-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce Corps, le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''792 ''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est la Tête du Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18). Il est le Principe de la création et de la rédemption. Élevé dans la gloire du Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a en tout la primauté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), principalement sur l’Église par laquelle il étend son règne sur toute chose&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''793 Il nous unit à sa Pâque''&amp;amp;nbsp;: Tous les membres doivent s’efforcer de lui ressembler &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est dans ce but que nous sommes introduits dans les mystères de sa vie, (...) associés à ses souffrances comme le corps à la tête, unis à sa passion pour être unis à sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''794 Il pourvoit à notre croissance'' (cf. Col 2, 19)&amp;amp;nbsp;: Pour nous faire grandir vers lui, notre Tête (cf. Ep 4, 11-16), le Christ dispose dans son corps, l’Église, les dons et les services par lesquels nous nous aidons mutuellement sur le chemin du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''795 ''Le Christ et l’Église, c’est donc ''le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Christus totus)''. L’Église est une avec le Christ. Les saints ont une conscience très vive de cette unité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Félicitons-nous donc et rendons grâces de ce que nous sommes devenus, non seulement des chrétiens, mais le Christ lui-même. Comprenez-vous, frères, la grâce que Dieu nous a faite en nous donnant le Christ comme Tête&amp;amp;nbsp;? Soyez dans l’admiration et réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ. En effet, puisqu’il est la Tête et que nous sommes les membres, l’homme tout entier, c’est lui et nous (...). La plénitude du Christ, c’est donc la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;; qu’est-ce à dire&amp;amp;nbsp;: la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;? Le Christ et l’Église (S. Augustin, ev. Jo. 21, 8).&amp;lt;br/&amp;gt; Notre Rédempteur s’est montré comme une seule et même personne que l’Église qu’il a assumée (S. Grégoire le Grand, mor. præf. 1, 6, 4&amp;amp;nbsp;: PL 75, 525A).&amp;lt;br/&amp;gt; Tête et membres, une seule et même personne mystique pour ainsi dire (S. Thomas d’A., s. th. 3, 48, 2, ad 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Un mot de Ste Jeanne d’Arc à ses juges résume la foi des saints Docteurs et exprime le bon sens du croyant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jeanne d’Arc, proc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église est l’Épouse du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''796 ''L’unité du Christ et de l’Église, Tête et membres du Corps, implique aussi la distinction des deux dans une relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l’image de l’époux et de l’épouse. Le thème du Christ Époux de l’Église a été préparé par les prophètes et annoncé par Jean-Baptiste (cf. Jn 3, 29). Le Seigneur s’est lui-même désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 22, 1-14&amp;amp;nbsp;; 25, 1-13). L’apôtre présente l’Église et chaque fidèle, membre de son Corps, comme une Épouse &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiancée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Christ Seigneur, pour n’être avec Lui qu’un seul Esprit (cf. 1 Co 6, 15-16&amp;amp;nbsp;; 2 Co 11, 2). Elle est l’Épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 22, 17&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 27) que le Christ a aimée, pour laquelle Il s’est livré &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin de la sanctifier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 26), qu’Il s’est associée par une alliance éternelle, et dont Il ne cesse de prendre soin comme de son propre Corps (cf. Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le rôle de la Tête (''ex persona capitis'') ou bien en tenant le rôle du Corps (''ex persona corporis''). Selon ce qui est écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non plus deux, mais une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale. (...) ''En tant que Tête il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en tant que Corps il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(S. Augustin, Psal. 74, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église – Temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
''797 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que notre esprit, je veux dire notre âme, est à nos membres, l’Esprit Saint l’est aux membres du Christ, au Corps du Christ, je veux dire l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 267, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1231D). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). L’Esprit Saint fait de l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Temple du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 16&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 3, 16-17&amp;amp;nbsp;; Ep 2, 21)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce (S. Irénée, hær. 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''798 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;L’Esprit Saint est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). Il opère de multiples manières l’édification du Corps tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16)&amp;amp;nbsp;: par la Parole de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de construire l’édifice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 20, 32), par le Baptême par lequel il forme le Corps du Christ (cf. 1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;; par les sacrements qui donnent croissance et guérison aux membres du Christ&amp;amp;nbsp;; par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la grâce accordée aux apôtres qui tient la première place parmi ses dons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7), par les vertus qui font agir selon le bien, enfin par les multiples grâces spéciales [appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;charismes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] par lesquels il rend les fidèles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aptes et disponibles pour assumer les diverses charges et offices qui servent à renouveler et à édifier davantage l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12&amp;amp;nbsp;; cf. AA 3).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les charismes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''799 ''Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''800 ''Les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;; pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes (cf. 1 Co 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''801 ''C’est dans ce sens qu’apparaît toujours nécessaire le discernement des charismes. Aucun charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à eux qu’il convient spécialement, non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), afin que tous les charismes coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7) (cf. LG 30&amp;amp;nbsp;; CL 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''802 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Jésus s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier'' ''un Peuple qui lui appartienne en propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''803 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes donc une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un Peuple acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''804 On entre dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13), afin que, dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''805 L’Église est le Corps du Christ. Par l’Esprit et son action dans les sacrements, surtout l’Eucharistie, le Christ mort et ressuscité constitue la communauté des croyants comme son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''806 Dans l’unité de ce Corps, il y a diversité de membres et des fonctions. Tous les membres sont liés les uns aux autres, particulièrement à ceux qui souffrent, sont pauvres et persécutés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''807 L’Église est ce Corps dont le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;: elle vit de Lui, en Lui et pour Lui&amp;amp;nbsp;; Il vit avec elle et en elle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''808 L’Église est l’Épouse du Christ&amp;amp;nbsp;: Il l’a aimée et s’est livré pour elle. Il l’a purifiée par son sang. Il a fait d’elle la Mère féconde de tous les fils de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''809 L’Église est le Temple de l’Esprit Saint. L’Esprit est comme l’âme du Corps Mystique, principe de sa vie, de l’unité dans la diversité et de la richesse de ses dons et charismes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''810 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi l’Église universelle apparaît comme ‘un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint’ (S. Cyprien, Dom. orat. 23&amp;amp;nbsp;: PL 4, 535C-536A)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. L’Église est une, sainte, catholique et apostolique =====&lt;br /&gt;
''811 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Ces quatre attributs, inséparablement liés entre eux (cf. DS 2888), indiquent des traits essentiels de l’Église et de sa mission. L’Église ne les tient pas d’elle-même&amp;amp;nbsp;; c’est le Christ qui, par l’Esprit Saint, donne à son Église, d’être une, sainte, catholique et apostolique, et c’est Lui encore qui l’appelle à réaliser chacune de ces qualités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''812 ''Seule la foi peut reconnaître que l’Église tient ces propriétés de sa source divine. Mais leurs manifestations historiques sont des signes qui parlent aussi clairement à la raison humaine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, rappelle le premier Concile du Vatican, en raison de sa sainteté, de son unité catholique, de sa constance invaincue, est elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et une preuve irréfragable de sa mission divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3013).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’Église est une =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le mystère sacré de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(UR 2)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''813 L’Église est une de par sa source&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et Fils, en ‘l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). L’Église est une ''de par son Fondateur&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils incarné en personne a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant l’unité de tous en un seul Peuple et un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 78, §3). L’Église est une ''de par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit toute l’Église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est le principe de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). Il est donc de l’essence même de l’Église d’être une&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel étonnant mystère&amp;amp;nbsp;! Il y a un seul Père de l’univers, un seul Logos de l’univers et aussi un seul Esprit Saint, partout identique&amp;amp;nbsp;; il y a aussi une seule vierge devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église (S. Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''814 ''Dès l’origine, cette Église une se présente cependant avec une grande ''diversité'' qui provient à la fois de la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des personnes qui les reçoivent. Dans l’unité du Peuple de Dieu se rassemblent les diversités des peuples et des cultures. Entre les membres de l’Église existe une diversité de dons, de charges, de conditions et de modes de vie&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au sein de la communion de l’Église il existe légitimement des Églises particulières, jouissant de leurs traditions propres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13). La grande richesse de cette diversité ne s’oppose pas à l’unité de l’Église. Cependant, le péché et le poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité. Aussi l’apôtre doit-il exhorter à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''815 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Quels sont ces liens de l’unité&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par-dessus tout [c’est] la charité, qui est le lien de la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 14). Mais l’unité de l’Église pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la profession d’une seule foi reçue des apôtres&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la célébration commune du culte divin, surtout des sacrements&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la succession apostolique par le sacrement de l’ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu (cf. UR 2&amp;amp;nbsp;; LG 14&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 205).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''816 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, (...) est celle que notre Sauveur, après sa Résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur, qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (...). Cette Église comme société constituée et organisée dans le monde est réalisée dans (''subsistit in'') l’Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Décret sur l’Œcuménisme du deuxième Concile du Vatican explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est ‘moyen général de salut’, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. Car c’est au seul collège apostolique, dont Pierre est le chef, que le Seigneur confia, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance, afin de constituer sur la terre un seul Corps du Christ auquel il faut que soient pleinement incorporés tous ceux qui, d’une certaine façon, appartiennent déjà au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les blessures de l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''817 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;De fait, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans cette seule et unique Église de Dieu apparurent dès l’origine certaines scissions, que l’apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables&amp;amp;nbsp;; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus amples, et des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de l’Église catholique, parfois de par la faute des personnes de l’une et de l’autre partie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). Les ruptures qui blessent l’unité du Corps du Christ (on distingue l’hérésie, l’apostasie et le schisme [cf. CIC, can. 751]) ne se font pas sans les péchés des hommes&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Où se trouve le péché, là aussi la multiplicité, là le schisme, là l’hérésie, là le conflit&amp;amp;nbsp;; mais où se trouve la vertu, là aussi l’unité, là l’union qui faisait que tous les croyants n’avaient qu’un corps et une âme (Origène, hom. in Ezech. 9, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''818 ''Ceux qui naissent aujourd’hui dans des communautés issues de telles ruptures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et qui vivent la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l’Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité (...). Justifiés par la foi reçue au Baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''819 ''Au surplus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8) existent en dehors des limites visibles de l’Église catholique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et la charité, d’autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d’autres éléments visibles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 15). L’Esprit du Christ se sert de ces Églises et communautés ecclésiales comme moyens de salut dont la force vient de la plénitude de grâce et de vérité que le Christ a confié à l’Église catholique. Tous ces biens proviennent du Christ et conduisent à lui (cf. UR 3) et appellent par eux-mêmes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Vers l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''820 ''L’unité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ l’a accordée à son Église dès le commencement. Nous croyons qu’elle subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4). Le Christ donne toujours à son Église le don de l’unité, mais l’Église doit toujours prier et travailler pour maintenir, renforcer et parfaire l’unité que le Christ veut pour elle. C’est pourquoi Jésus lui-même a prié à l’heure de sa passion, et Il ne cesse de prier le Père pour l’unité de ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Que tous soient un. Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous, afin que le monde croie que Tu M’as envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 21). Le désir de retrouver l’unité de tous les chrétiens est un don du Christ et un appel de l’Esprit Saint (cf. UR 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''821 ''Pour y répondre adéquatement sont exigés&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– un ''renouveau'' permanent de l’Église dans une fidélité plus grande à sa vocation. Cette rénovation est le ressort du mouvement vers l’unité (cf. UR 6)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''conversion du cœur'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en vue de vivre plus purement selon l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. UR 7), car c’est l’infidélité des membres au don du Christ qui cause les divisions&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''prière en commun'', car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la conversion du cœur et la sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout œcuménisme et peuvent être à bon droit appelées œcuménisme spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 8)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''connaissance réciproque fraternelle ''(cf. UR 9)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''formation œcuménique ''des fidèles et spécialement des prêtres (cf. UR 10)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– le ''dialogue'' entre les théologiens et les rencontres entre les chrétiens des différentes Églises et communautés (cf. UR 4&amp;amp;nbsp;; 9&amp;amp;nbsp;; 11)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''collaboration ''entre chrétiens dans les divers domaines du service des hommes (cf. UR 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''822 ''Le souci de réaliser l’union &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concerne toute l’Église, fidèles et pasteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 5). Mais il faut aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir conscience que ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité d’une seule et unique Église du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; C’est pourquoi nous mettons tout notre espoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la prière du Christ pour l’Église, dans l’amour du Père à notre égard, et dans la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;II. '''L’Église est sainte'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''823 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu, qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé ‘seul Saint’, a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 39). L’Église est donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), et ses membres sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 9, 13&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''824 ''L’Église, unie au Christ, est sanctifiée par Lui&amp;amp;nbsp;; par Lui et en Lui elle devient aussi ''sanctifiante.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les œuvres de l’Église tendent comme à leur fin, à la sanctification des hommes dans le Christ et à la glorification de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 10). C’est dans l’Église qu’est déposée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). C’est en elle que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''825 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur terre, l’Église est parée d’une sainteté véritable, bien qu’imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En ses membres, la sainteté parfaite est encore à acquérir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourvue de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''826 ''La ''charité'' est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église ''avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour.'' Je compris que l’''Amour seul ''faisait agir les membres de l’Église, que si l’''Amour'' venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang (...). Je compris que l’''Amour'' ''renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux (...) en un mot, qu’il est éternel&amp;amp;nbsp;! ''(Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. B 3v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''827 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui ''renferme des pécheurs'' dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. UR 3&amp;amp;nbsp;; 6). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce&amp;amp;nbsp;: c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient&amp;amp;nbsp;; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint (SPF 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''828 ''En ''canonisant'' certains fidèles, c’est-à-dire en proclamant solennellement que ces fidèles ont pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu, l’Église reconnaît la puissance de l’Esprit de sainteté qui est en elle et elle soutient l’espérance des fidèles en les leur donnant comme modèles et intercesseurs (cf. LG 40&amp;amp;nbsp;; 48-51). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les saints et les saintes ont toujours été source et origine de renouvellement dans les moments les plus difficiles de l’histoire de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 16, 3). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainteté est la source secrète et la mesure infaillible de son activité apostolique et de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''829 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En la personne de la bienheureuse Vierge l’Église atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride. Les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché&amp;amp;nbsp;: c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 65)&amp;amp;nbsp;: en elle, l’Église est déjà la toute sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église est Catholique =====&lt;br /&gt;
'''Que veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''830 ''Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le sens de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon la totalité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon l’intégralité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est catholique dans un double sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est catholique parce qu’en elle le Christ est présent. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où est le Christ Jésus, là est l’Église Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 2). En elle subsiste la plénitude du Corps du Christ uni à sa Tête (cf. Ep 1, 22-23), ce qui implique qu’elle reçoive de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6) qu’Il a voulus&amp;amp;nbsp;: confession de foi droite et complète, vie sacramentelle intégrale et ministère ordonné dans la succession apostolique. L’Église était, en ce sens fondamental, catholique au jour de la Pentecôte (cf. AG 4) et elle le sera toujours jusqu’au jour de la Parousie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''831 ''Elle est catholique parce qu’elle est envoyée en mission par le Christ à l’universalité du genre humain (cf. Mt 28, 19)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu. C’est pourquoi ce Peuple, demeurant un et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés (...). Ce caractère d’universalité qui brille sur le Peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-même, grâce auquel l’Église catholique, efficacement et perpétuellement, tend à récapituler l’humanité entière avec tout ce qu’elle comporte de biens sous le Christ chef, dans l’unité de son Esprit (LG 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Chaque Église particulière est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''832 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église du Christ est vraiment présente en tous les légitimes groupements locaux de fidèles qui, unis à leurs pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux aussi, le nom d’Églises (...). En elles, les fidèles sont rassemblés par la prédication de l’Évangile du Christ, le mystère de la Cène du Seigneur est célébré (...). Dans ces communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent ou dispersées, le Christ est présent par la vertu de qui se constitue l’Église une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''833 ''On entend par Église particulière, qui est d’abord le diocèse (ou l’éparchie), une communauté de fidèles chrétiens en communion dans la foi et les sacrements avec leur évêque ordonné dans la succession apostolique (cf. CD 11&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 368-369&amp;amp;nbsp;; CCEO 177, 1&amp;amp;nbsp;; 178&amp;amp;nbsp;; 311, 1&amp;amp;nbsp;; 312). Ces Églises particulières &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont formées à l’image de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;; c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Église catholique une et unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''834 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les Églises particulières sont pleinement catholiques par la communion avec l’une d’entre elles&amp;amp;nbsp;: l’Église de Rome &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui préside à la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 1, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 3, 2&amp;amp;nbsp;: repris par Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3057). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, dès la descente vers nous du Verbe incarné, toutes les Églises chrétiennes de partout ont tenu et tiennent la grande Église qui est ici [à Rome] pour unique base et fondement parce que, selon les promesses mêmes du Sauveur, les portes de l’enfer n’ont jamais prévalu sur elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, opusc.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 137-140).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''835 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église universelle ne doit pas être comprise comme une simple somme ou fédération d’églises particulières. Mais c’est bien plus l’Église, universelle par vocation et mission, qui prend racine dans une variété de terrains culturels, sociaux et humains, prenant dans chaque partie du monde des aspects et des formes d’expression diverses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 62). La riche variété de disciplines ecclésiastiques, de rites liturgiques, de patrimoines théologiques et spirituels propres aux Églises locales &amp;quot;&amp;amp;nbsp;montre avec plus d’éclat, par leur convergence dans l’unité, la catholicité de l’Église indivise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui appartient à l’Église catholique&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''836 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A l’unité catholique du Peuple de Dieu (...) tous les hommes sont appelés&amp;amp;nbsp;; à cette unité appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés, et les fidèles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''837 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et tous les moyens de salut institués en elle, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. L’incorporation à l’Église, cependant, n’assure pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien ‘de corps’ au sein de l’Église, mais non ‘de cœur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''838 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ou sans garder l’unité de communion avec le successeur de Pierre, l’Église se sait unie pour de multiples raisons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le Baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). ''Avec les Églises orthodoxes'', cette communion est si profonde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il lui manque bien peu pour qu’elle atteigne la plénitude autorisant une célébration commune de l’Eucharistie du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 14 décembre 1975&amp;amp;nbsp;; cf. UR 13-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église et les non-chrétiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''839 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le'' ''rapport de l’Église avec le Peuple Juif. ''L’Église, Peuple de Dieu dans la Nouvelle Alliance, découvre, en scrutant son propre mystère, son lien avec le Peuple Juif (cf. NA 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI). A la différence des autres religions non-chrétiennes la foi juive est déjà réponse à la révélation de Dieu dans l’Ancienne Alliance. C’est au Peuple Juif qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, lui de qui est né, selon la chair le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 9, 4-5) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''840 ''Par ailleurs, lorsque l’on considère l’avenir, le Peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance et le nouveau Peuple de Dieu tendent vers des buts analogues&amp;amp;nbsp;: l’attente de la venue (ou du retour) du Messie. Mais l’attente est d’un côté du retour du Messie, mort et ressuscité, reconnu comme Seigneur et Fils de Dieu, de l’autre de la venue du Messie, dont les traits restent voilés, à la fin des temps, attente accompagnée du drame de l’ignorance ou de la méconnaissance du Christ Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''841 Les relations de l’Église avec les musulmans. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, en déclarant qu’ils gardent la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, juge des hommes au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''842 Le lien de l’Église avec les religions non-chrétiennes'' est d’abord celui de l’origine et de la fin communes du genre humain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, tous les peuples forment une seule communauté&amp;amp;nbsp;; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre&amp;amp;nbsp;; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la cité sainte (NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''843 ''L’Église reconnaît dans les autres religions la recherche, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;encore dans les ombres et sous des images&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, du Dieu inconnu mais proche puisque c’est Lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses et puisqu’il veut que tous les hommes soient sauvés. Ainsi, l’Église considère tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 2&amp;amp;nbsp;; EN 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''844 ''Mais dans leur comportement religieux, les hommes montrent aussi des limites et des erreurs qui défigurent en eux l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien souvent, trompés par le malin, ils se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, en servant la créature de préférence au Créateur ou bien vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils sont exposés à l’extrême désespoir (LG 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''845 ''C’est pour réunir de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils. L’Église est le lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde réconcilié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 96, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 588). Elle est ce navire qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;navigue bien en ce monde au souffle du Saint-Esprit sous la pleine voile de la Croix du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, virg. 18, 118&amp;amp;nbsp;: PL 16, 297B)&amp;amp;nbsp;; selon une autre image chère aux Pères de l’Église, elle est figurée par l’Arche de Noé qui seule sauve du déluge (cf. déjà 1 P 3, 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hors de l’Église point de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''846 ''Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l’Église&amp;amp;nbsp;? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l’Église qui est son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut&amp;amp;nbsp;: or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du Baptême, c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du Baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient être sauvés (LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''847 ''Cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3866-3872).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''848 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui seul amener à la foi ‘sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, l’Église a le devoir en même temps que le droit sacré d’évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7) tous les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission – une exigence de la catholicité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''849 Le mandat missionnaire. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Envoyée par Dieu aux nations pour être le sacrement universel du salut, l’Église, en vertu des exigences intimes de sa propre catholicité et obéissant au commandement de son fondateur est tendue de tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''850 L’origine et le but de la mission. ''Le mandat missionnaire du Seigneur a sa source ultime dans l’amour éternel de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De par sa nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2). Et but dernier de la mission n’est autre que de faire participer les hommes à la communion qui existe entre le Père et le Fils dans leur Esprit d’amour (cf. Jean-Paul II, RM 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''851 Le motif de la mission.. ''C’est de ''l’amour'' de Dieu pour tous les hommes que l’Église a de tout temps tiré l’obligation et la force de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car l’amour du Christ nous presse...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14&amp;amp;nbsp;; cf. AA 6&amp;amp;nbsp;; RM 11). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance de ''la vérité''. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l’Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut&amp;amp;nbsp;; mais l’Église à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C’est parce qu’elle croit au dessin universel de salut qu’elle doit être missionnaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''852 Les chemins de la mission. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint est le protagoniste de toute la mission ecclésiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RM 21). C’est lui qui conduit l’Église sur les chemins de la mission. Celle-ci &amp;quot;&amp;amp;nbsp;continue et développe au cours de l’histoire la mission du Christ lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;; c’est donc par la même route qu’a suivi le Christ lui-même que, sous la poussée de l’Esprit du Christ, l’Église doit marcher, c’est-à-dire par la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). C’est ainsi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sang des martyrs est une semence de chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, apol. 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''853 ''Mais dans son pèlerinage l’Église fait aussi l’expérience de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distance qui sépare le message qu’elle révèle et la faiblesse humaine de ceux auxquels cet Évangile est confié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 6). Ce n’est qu’en avançant sur le chemin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la pénitence et du renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. 15) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par la porte étroite de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1) que le Peuple de Dieu peut étendre le règne du Christ (cf. RM 12-20). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la Rédemption, l’Église elle aussi est appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''854'' Par sa mission même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église fait route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde&amp;amp;nbsp;; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 40, § 2). L’effort missionnaire exige donc ''la patience''. Il commence par l’annonce de l’Évangile aux peuples et aux groupes qui ne croient pas encore au Christ (cf. RM 42-47)&amp;amp;nbsp;; il se poursuit dans l’établissement de communautés chrétiennes qui soient des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signes de la présence de Dieu dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 15), et dans la fondation d’Églises locales (cf. RM 48-49)&amp;amp;nbsp;; il engage un processus d’inculturation pour incarner l’Évangile dans les cultures des peuples (cf. RM 52-54)&amp;amp;nbsp;; il ne manquera pas de connaître aussi des échecs. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ce qui concerne les hommes, les groupes humains et les peuples, l’Église ne les atteint et ne les pénètre que progressivement, et les assume ainsi dans la plénitude catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''855 ''La mission de l’Église appelle l’effort ''vers l’unité des chrétiens'' (cf. RM 50). En effet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divisions entre chrétiens empêchent l’Église de réaliser la plénitude de catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le Baptême, mais se trouvent séparés de sa pleine communion. Bien plus, pour l’Église elle-même, il devient plus difficile d’exprimer sous tous ses aspects la plénitude de la catholicité dans la réalité même de sa vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''856 ''La tâche missionnaire implique ''un dialogue'' ''respectueux'' avec ceux qui n’acceptent pas encore l’Évangile (cf. RM 55). Les croyants peuvent tirer profit pour eux-mêmes de ce dialogue en apprenant à mieux connaître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout ce qui se trouvait déjà de vérité et de grâce chez les nations comme par une secrète présence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9). S’ils annoncent la Bonne Nouvelle à ceux qui l’ignorent, c’est pour consolider, compléter et élever la vérité et le bien que Dieu a répandus parmi les hommes et les peuples, et pour les purifier de l’erreur et du mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Église est apostolique =====&lt;br /&gt;
''857 ''L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur les apôtres, et ceci en un triple sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle a été et demeure bâtie sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fondement des apôtres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 14), témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même (cf. Mt 28, 16-20&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; 15, 7-8&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 1&amp;amp;nbsp;; etc.)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui habite en elle, l’enseignement (cf. Ac 2, 42), le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres (cf. 2 Tm 1, 13-14)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leurs succèdent dans leur charge pastorale&amp;amp;nbsp;: le collège des évêques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Père éternel, tu n’abandonnes pas ton troupeau, mais tu le gardes par tes bienheureux apôtres sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui continuent aujourd’hui l’œuvre de ton Fils (MR, Préface des apôtres).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''858 ''Jésus est l’Envoyé du Père. Dès le début de son ministère, il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appela à lui ceux qu’il voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 3, 13-14). Dès lors, ils seront ses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ce que signifie le mot grec ''apostoloi''). En eux continue sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. 13, 20&amp;amp;nbsp;; 17, 18). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous accueille, M’accueille&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit-il aux Douze (Mt 10, 40&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 10, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''859 ''Jésus les unit à sa mission reçue du Père&amp;amp;nbsp;: comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils ne peut rien faire de Lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 19. 30), mais reçoit tout du Père qui l’a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans Lui (cf. Jn 15, 5) de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les apôtres du Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres d’une alliance nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 6), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 4), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en ambassade pour le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 20), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''860 ''Dans la charge des apôtres, il y a un aspect intransmissible&amp;amp;nbsp;: être les témoins choisis de la Résurrection du Seigneur et les fondements de l’Église. Mais il y a aussi un aspect permanent de leur charge. Le Christ leur a promis de rester ''avec eux'' jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mission divine confiée par Jésus aux apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles, étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les apôtres prirent soin d’instituer (...) des successeurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les évêques successeurs des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''861 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, les apôtres donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux, leur recommandant de prendre garde au troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués pour paître l’Église de Dieu. Ils instituèrent donc des hommes de ce genre, et disposèrent par la suite qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés recueilleraient leur ministère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20&amp;amp;nbsp;; cf. S. Clément de Rome, Cor. 42&amp;amp;nbsp;; 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''862 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge dont l’ordre sacré des évêques doit assurer la pérennité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est pourquoi l’Église enseigne que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux apôtres, comme pasteurs de l’Église, en sorte que, qui les écoute, écoute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’apostolat'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''863 ''Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le monde entier&amp;amp;nbsp;; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toute activité du Corps mystique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui tend à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étendre le règne du Christ à toute la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''864 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est évident que la fécondité de l’apostolat, celui des ministres ordonnés comme celui des laïcs, dépend de leur union vitale avec le Christ (cf. Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; AA 5). Selon les vocations, les appels du temps, les dons variés du Saint-Esprit, l’apostolat prend les formes les plus diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’Eucharistie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est comme l’âme de tout apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''865 ''L’Église est ''une, sainte, catholique et apostolique'' dans son identité profonde et ultime, parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Règne de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ap 19, 6), advenu dans la Personne du Christ et grandissant mystérieusement au cœur de ceux qui Lui sont incorporés, jusqu’à sa pleine manifestation eschatologique. Alors ''tous'' les hommes rachetés par Lui, rendus en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''saints ''et immaculés en présence de Dieu dans l’Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4), seront rassemblés comme ''l’unique'' Peuple de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Cité Sainte descendant du Ciel, de chez Dieu, avec en elle la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 10-11)&amp;amp;nbsp;; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le rempart de la ville repose sur les douze assises portant chacune le nom de l’un des ''douze apôtres de l’Agneau''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''866 L’Église est ''une&amp;amp;nbsp;: ''Elle a un seul Seigneur, elle confesse une seule foi, elle naît d’un seul Baptême, elle ne forme qu’un Corps, vivifié par un seul Esprit, en vue d’une unique espérance (cf. Ep 4, 3-5) au terme de laquelle seront surmontées toutes les divisions.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''867 L’Église est ''sainte&amp;amp;nbsp;: ''Le Dieu très saint est son auteur&amp;amp;nbsp;; le Christ, son Époux, s’est livré pour elle pour la sanctifier&amp;amp;nbsp;; l’Esprit de sainteté la vivifie. Encore qu’elle comprenne des pécheurs, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sans-péché faite de pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans les saints brille sa sainteté&amp;amp;nbsp;; en Marie elle est déjà la toute sainte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''868 L’Église est ''catholique&amp;amp;nbsp;: ''Elle annonce la totalité de la foi&amp;amp;nbsp;; elle porte en elle et administre la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;; elle est envoyée à tous les peuples&amp;amp;nbsp;; elle s’adresse à tous les hommes&amp;amp;nbsp;; elle embrasse tous les temps&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle est, de par sa nature même, missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''869 L’Église est ''apostolique&amp;amp;nbsp;: ''Elle est bâtie sur des assises durables&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les douze apôtres de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14)&amp;amp;nbsp;; elle est indestructible (cf. Mt 16, 18)&amp;amp;nbsp;; elle est infailliblement tenue dans la vérité&amp;amp;nbsp;: le Christ la gouverne par Pierre et les autres apôtres, présents en leurs successeurs, le Pape et le collège des évêques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''870 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, dont nous professons dans le Symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique, (...) c’est dans l’Église catholique qu’elle existe, gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques qui sont en communion avec lui, encore que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4. Les fideles du Christ – Hiérarchie, laïcs, vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''871 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le Baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, participant à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l’Église pour qu’elle l’accomplisse dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 204, §1&amp;amp;nbsp;; cf. LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''872 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre tous les fidèles du Christ, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe, quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propre de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 208&amp;amp;nbsp;; cf. LG 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''873 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les différences mêmes que le Seigneur a voulu mettre entre les membres de son Corps servent son unité et sa mission. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il y a dans l’Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2). Enfin il y a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie [hiérarchie et laïcs] et qui, par la profession des conseils évangéliques (...) sont consacrés à Dieu et concourent à la mission salvatrice de l’Église à leur manière propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 207, § 2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La constitution hiérarchique de l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Pourquoi le ministère ecclésial&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''874 ''Le Christ est lui-même la source du ministère dans l’Église. Il l’a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ Seigneur, pour assurer au Peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Église des ministères variés qui tendent au bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacré, sont au service de leurs frères, pour que tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu (...) parviennent au salut (LG 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''875 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment croire sans d’abord entendre&amp;amp;nbsp;? Et comment entendre sans prédicateur&amp;amp;nbsp;? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 14-15). Personne, aucun individu ni aucune communauté, ne peut s’annoncer à lui-même l’Évangile. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi vient de l’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 17). Personne ne peut se donner lui-même le mandat et la mission d’annoncer l’Évangile. L’envoyé du Seigneur parle et agit non pas par autorité propre, mais en vertu de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;; non pas comme membre de la communauté, mais parlant à elle au nom du Christ. Personne ne peut se conférer à lui-même la grâce, elle doit être donnée et offerte. Cela suppose des ministres de la grâce, autorisés et habilités de la part du Christ. De Lui, les évêques et les prêtres reçoivent la mission et la faculté (le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) d’agir ''in persona Christi Capitis'', les Diacres, la force de servir le peuple de Dieu dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;diaconie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbytérium. Ce ministère, dans lequel les envoyés du Christ font et donnent par don de Dieu ce qu’ils ne peuvent faire et donner d’eux-mêmes, la tradition de l’Église l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ministère de l’Église est conféré par un sacrement propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''876 ''Intrinsèquement lié à la nature sacramentelle du ministère ecclésial est ''son caractère de service''. En effet, entièrement dépendant du Christ qui donne mission et autorité, les ministres sont vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esclaves du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 1), à l’image du Christ qui a pris librement pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la forme d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Parce que la parole et la grâce dont ils sont les ministres ne sont pas les leurs, mais celles du Christ qui les leurs a confiées pour les autres, ils se feront librement esclaves de tous (cf. 1 Co 9, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''877 ''De même, il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère collégial''. En effet, dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus institua les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les germes du Nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). Choisis ensemble, ils sont aussi envoyés ensemble, et leur unité fraternelle sera au service de la communion fraternelle de tous les fidèles&amp;amp;nbsp;; elle sera comme un reflet et un témoignage de la communion des personnes divines (cf. Jn 17, 21-23). Pour cela, tout évêque exerce son ministère au sein du collège épiscopal, en communion avec l’évêque de Rome, successeur de S. Pierre et chef du collège&amp;amp;nbsp;; les prêtres exercent leur ministère au sein du presbyterium du diocèse, sous la direction de leur évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''878 ''Enfin il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère personnel.'' Si les ministres du Christ agissent en communion, ils agissent toujours aussi de façon personnelle. Chacun est appelé personnellement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toi, suis-moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 4, 19. 21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 43) pour être, dans la mission commune, témoin personnel, portant personnellement responsabilité devant Celui qui donne la mission, agissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Sa personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et pour des personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te baptise au nom du Père...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te pardonne...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''879 ''Le ministère sacramentel dans l’Église est donc un service exercé au nom du Christ. Il a un caractère personnel et une forme collégiale. Cela se vérifie dans les liens entre le collège épiscopal et son chef, le successeur de S. Pierre, et dans le rapport entre la responsabilité pastorale de l’évêque pour son Église particulière et la sollicitude commune du collège épiscopal pour l’Église Universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le collège épiscopal et son chef, le Pape'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''880 ''Le Christ, en instituant les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leur donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que S. Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 330).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''881 ''Le Seigneur a fait du seul Simon, auquel Il donna le nom de Pierre, la pierre de son Église. Il lui en a remis les clefs (cf. Mt 16, 18-19)&amp;amp;nbsp;; Il l’a institué pasteur de tout le troupeau (cf. Jn 21, 15-17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais cette charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée, sans aucun doute, au collège des apôtres unis à leur chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22). Cette charge pastorale de Pierre et des autres apôtres appartient aux fondements de l’Église. Elle est continuée par les évêques sous la primauté du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''882 ''Le ''Pape'', évêque de Rome et successeur de S. Pierre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est principe perpétuel et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours librement exercer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CD 2&amp;amp;nbsp;; 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''883 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ''collège ou corps épiscopal'' n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife romain, comme à son chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Comme tel, ce collège est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui aussi le sujet d’un pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 336).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''884 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Collège des Évêques exerce le pouvoir sur l’Église tout entière de manière solennelle dans le Concile Œcuménique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 337, §1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de Concile Œcuménique s’il n’est comme tel confirmé ou tout au moins accepté par le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''885 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa composition multiple, ce collège exprime la variété et l’universalité du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;; il exprime, par son rassemblement sous un seul chef, l’unité du troupeau du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''886 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les ''évêques'' sont, chacun pour sa part, principe et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Comme tels ils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exercent leur autorité pastorale sur la portion du Peuple de Dieu qui leur a été confiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23), assistés des prêtres et des diacres. Mais, comme membres du collège épiscopal chacun d’entre eux a part à la sollicitude pour toutes les Églises (cf. CD 3), qu’ils exercent d’abord &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en gouvernant bien leur propre Église comme une portion de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, contribuant ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au bien de tout le Corps mystique qui est aussi le Corps des Églises&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Cette sollicitude s’étendra particulièrement aux pauvres (cf. Ga 2, 10), aux persécutés pour la foi, ainsi qu’aux missionnaires qui œuvrent sur toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''887 ''Les Églises particulières voisines et de culture homogène forment des provinces ecclésiastiques ou des ensembles plus vastes appelés patriarcats ou régions (cf. Canon des Apôtres 34). Les évêques de ces ensembles peuvent se réunir en synodes ou en conciles provinciaux. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même, les Conférences épiscopales peuvent, aujourd’hui, contribuer de façon multiple et féconde à ce que l’esprit collégial se réalise concrètement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge d’enseigner'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''888 ''Les évêques, avec les prêtres, leurs coopérateurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ont pour première tâche d’annoncer l’Évangile de Dieu à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PO 4), selon l’ordre du Seigneur (cf. Mc 16, 15). Ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hérauts de la foi, qui amènent au Christ de nouveaux disciples, les docteurs authentiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi apostolique, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pourvus de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''889 ''Pour maintenir l’Église dans la pureté de la foi transmise par les apôtres, le Christ a voulu conférer à son Église une participation à sa propre infaillibilité, Lui qui est la Vérité. Par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sens surnaturel de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Peuple de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, sous la conduite du Magistère vivant de l’Église (cf. LG 12&amp;amp;nbsp;; DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''890 ''La mission du Magistère est liée au caractère définitif de l’alliance instaurée par Dieu dans le Christ avec son Peuple&amp;amp;nbsp;; il doit le protéger des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique. La charge pastorale du Magistère est ainsi ordonnée à veiller à ce que le Peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Pour accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme d’infaillibilité en matière de foi et de mœurs. L’exercice de ce charisme peut revêtir plusieurs modalités&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''891 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs (...). L’infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, surtout dans un Concile Œcuménique (LG 25&amp;amp;nbsp;; cf. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3074). Lorsque par son Magistère suprême, l’Église propose quelque chose &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) et comme enseignement du Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il faut adhérer dans l’obéissance de la foi à de telles définitions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25). Cette infaillibilité s’étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine (cf. LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''892 ''L’assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de Pierre, et, d’une manière particulière, à l’évêque de Rome, Pasteur de toute l’Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d’une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière définitive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de mœurs. A cet enseignement ordinaire les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner l’assentiment religieux de leur esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25) qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de sanctifier'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''893 ''L’évêque porte aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la responsabilité de dispenser la grâce du suprême sacerdoce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26), en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre lui-même ou dont il assure l’oblation par les prêtres, ses coopérateurs. Car l’Eucharistie est le centre de la vie de l’Église particulière. L’évêque et les prêtres sanctifient l’Église par leur prière et leur travail, par le ministère de la parole et des sacrements. Ils la sanctifient par leur exemple, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 3). C’est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ils parviennent, avec le troupeau qui leur est confié, à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de régir'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''894 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les évêques dirigent leurs Églises particulières comme vicaires et légats du Christ par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice de leur pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27), qu’ils doivent cependant exercer pour édifier, dans l’esprit de service qui est celui de leur Maître (cf. Lc 22, 26-27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''895 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce pouvoir qu’ils exercent personnellement au nom du Christ est un pouvoir propre, ordinaire et immédiat&amp;amp;nbsp;: il est soumis cependant dans son exercice à la régulation dernière de l’autorité suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27). Mais on ne doit pas considérer les évêques comme des vicaires du Pape dont l’autorité ordinaire et immédiate sur toute l’Église n’annule pas, mais au contraire confirme et défend la leur. Celle-ci doit s’exercer en communion avec toute l’Église sous la conduite du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''896 ''Le Bon Pasteur sera le modèle et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la charge pastorale de l’évêque. Conscient de ses faiblesses, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’évêque peut se montrer indulgent envers les ignorants et les égarés. Qu’il ne répugne pas à écouter ceux qui dépendent de lui, les entourant comme de vrais fils (...). Quant aux fidèles, ils doivent s’attacher à leur évêque comme l’Église à Jésus-Christ et comme Jésus-Christ à son Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ [suit] son Père, et le presbytérium comme les apôtres&amp;amp;nbsp;; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu. Que personne ne fasse en dehors de l’évêque rien de ce qui regarde l’Église (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 1).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les fidèles laïcs =====&lt;br /&gt;
''897 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sous le nom de laïcs, on entend ici l’ensemble des chrétiens excepté les membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu par l’Église, c’est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vocation des laïcs'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''898 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu (...). C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''899 ''L’initiative des chrétiens laïcs est particulièrement nécessaire lorsqu’il s’agit de découvrir, d’inventer des moyens pour imprégner les réalités sociales, politiques, économiques, les exigences de la doctrine et de la vie chrétiennes. Cette initiative est un élément normal de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les fidèles laïcs se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;; par eux, l’Église est le principe vital de la société. C’est pourquoi eux surtout doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Église, mais d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre sous la conduite du Chef commun, le Pape, et des Évêques en communion avec lui. Ils sont l’Église (Pie XII, discours 20 février 1946&amp;amp;nbsp;: cité par Jean-Paul II, CL 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''900 ''Parce que, comme tous les fidèles, ils sont chargés par Dieu de l’apostolat en vertu du baptême et de la confirmation, les laïcs sont tenus par l’obligation et jouissent du droit, individuellement ou groupés en associations, de travailler à ce que le message divin du salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre&amp;amp;nbsp;; cette obligation est encore plus pressante lorsque ce n’est que par eux que les hommes peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ. Dans les communautés ecclésiales, leur action est si nécessaire que, sans elle, l’apostolat des pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein effet (cf. LG 33)..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La participation des laïcs à la charge sacerdotale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''901 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs, en vertu de leur consécration au Christ et de l’onction de l’Esprit Saint, reçoivent la vocation admirable et les moyens qui permettent à l’Esprit de produire en eux des fruits toujours plus abondants. En effet, toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient ‘offrande spirituelle, agréable à Dieu par Jésus-Christ’ (1 P 2, 5)&amp;amp;nbsp;; et dans la célébration eucharistique, ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 34&amp;amp;nbsp;; cf. LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''902 ''De façon particulière, les parents participent de la charge de sanctification &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lorsqu’ils mènent une vie conjugale selon l’esprit chrétien et procurent à leurs enfants une éducation chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 835, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''903 ''Les laïcs, s’ils ont les qualités requises, peuvent être admis de manière stable aux ministères de lecteurs et d’acolyte (cf. CIC, can. 230, § 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où le besoin de l’Église le demande par défaut de ministres, les laïcs peuvent aussi, même s’ils ne sont ni lecteurs ni acolytes, suppléer à certaines de leurs fonctions, à savoir exercer le ministère de la parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la sainte communion, selon les dispositions du droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 230, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge prophétique du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''904 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ (...) accomplit sa fonction prophétique non seulement par la hiérarchie (...) mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Enseigner quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque prédicateur et même de chaque croyant (S. Thomas d’A., s. th. 3 71, 4, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''905 ''Leur mission prophétique, les laïcs l’accomplissent aussi par l’évangélisation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est-à-dire l’annonce du Christ faite par le témoignage de la vie et par la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Chez les laïcs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cette action évangélisatrice (...) prend un caractère spécifique et une particulière efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du siècle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cet apostolat ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie&amp;amp;nbsp;: le véritable apôtre cherche les occasions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants (...), soit aux fidèles (AA 6&amp;amp;nbsp;; cf. AG 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''906 ''Ceux d’entre les fidèles laïcs qui en sont capables et qui s’y forment peuvent aussi prêter leur concours à la formation catéchétique (cf. CIC, can. 774&amp;amp;nbsp;; 776&amp;amp;nbsp;; 780), à l’enseignement des sciences sacrées (cf. CIC, can. 229), aux moyens de communication sociale (cf. CIC, can. 823, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''907 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon le devoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 212, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge royale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''908 ''Par son obéissance jusqu’à la mort (cf. Ph 2, 8-9), le Christ a communiqué à ses disciples le don de la liberté royale, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’ils arrachent au péché son empire en eux-mêmes par leur abnégation et la sainteté de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui soumet son propre corps et régit son âme, sans se laisser submerger par les passions est son propre maître&amp;amp;nbsp;: il peut être appelé roi parce qu’il est capable de régir sa propre personne&amp;amp;nbsp;; il est libre et indépendant et ne se laisse captiver par un esclavage coupable (S. Ambroise, Psal. 118, 14, 30&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1403A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''909 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que les laïcs, en outre, unissant leurs forces, apportent aux institutions et aux conditions de vie dans le monde, quand elles provoquent au péché, les assainissements convenables, pour qu’elles deviennent toutes conformes aux règles de la justice et favorisent l’exercice de la vertu au lieu d’y faire obstacle. En agissant ainsi ils imprègnent de valeur morale la culture et les œuvres humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''910 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs peuvent aussi se sentir appelés ou être appelés à collaborer avec les pasteurs au service de la communauté ecclésiale, pour la croissance et la vie de celle-ci, exerçant des ministères très diversifiés, selon la grâce et les charismes que le Seigneur voudra bien déposer en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 73).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''911 ''Dans l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les fidèles laïcs peuvent coopérer selon le droit à l’exercice du pouvoir de gouvernement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 129, § 2). Ainsi de leur présence dans les Conseils particuliers (can. 443, § 4), les Synodes diocésains (can. 463, §§ 1. 2), les Conseils pastoraux (can. 511&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; dans l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse (can. 517, § 2)&amp;amp;nbsp;; la collaboration aux Conseils des affaires économiques (can. 492, § 1&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; la participation aux tribunaux ecclésiastiques (can. 1421, § 2), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''912 ''Les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distinguer avec soin entre les droits et devoirs qui leur incombent en tant que membres de l’Église et ceux qui leur reviennent comme membres de la société humaine. Qu’ils s’efforcent d’accorder harmonieusement les uns et les autres entre eux, se souvenant que la conscience chrétienne doit être leur guide en tous domaines temporels, car aucune activité humaine, fut-elle d’ordre temporel, ne peut être soustraite à l’empire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''913 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même ‘à la mesure du don du Christ’ (Ep 4, 7)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''914 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant sans conteste à sa vie et à sa sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conseils évangéliques, vie consacrée'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''915 ''Les conseils évangéliques sont, dans leur multiplicité, proposés à tout disciple du Christ. La perfection de la charité à laquelle tous les fidèles sont appelés comporte pour ceux qui assument librement l’appel à la vie consacrée, l’obligation de pratiquer la chasteté dans le célibat pour le Royaume, la pauvreté et l’obéissance. C’est la ''profession'' de ces conseils dans un état de vie stable reconnu par l’Église, qui caractérise la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à Dieu (cf. LG 42-43&amp;amp;nbsp;; PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''916 ''L’état de la vie consacrée apparaît dès lors comme l’une des manières de connaître une consécration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui s’enracine dans le Baptême et dédie totalement à Dieu (cf. PC 5). Dans la vie consacrée, les fidèles du Christ se proposent, sous la motion de l’Esprit Saint, de suivre le Christ de plus près, de se donner à Dieu aimé par-dessus tout et, poursuivant la perfection de la charité au service du Royaume, de signifier et d’annoncer dans l’Église la gloire du monde à venir (cf. CIC, can. 573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un grand arbre, de multiples rameaux'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''917 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme un arbre qui se ramifie de façons admirables et multiples dans le champ du Seigneur, à partir d’un germe semé par Dieu, ainsi se développèrent des formes variées de vie solitaire ou commune, des familles diverses dont le capital spirituel profite à la fois aux membres de ces familles et au bien de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 43).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''918 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion du Saint-Esprit, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Église accueillit volontiers et approuva de son autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''919 ''Les évêques s’efforceront toujours de discerner les nouveaux dons de vie consacrée confiés par l’Esprit Saint à son Église&amp;amp;nbsp;; l’approbation de nouvelles formes de vie consacrée est réservée au Siège Apostolique (cf. CIC, can. 605).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie érémitique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''920 ''Sans toujours professer publiquement les trois conseils évangéliques, les ermites, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de solitude, dans la prière assidue et la pénitence, vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 603, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''921 ''Ils montrent à chacun cet aspect intérieur du mystère de l’Église qu’est l’intimité personnelle avec le Christ. Cachée aux yeux des hommes, la vie de l’ermite est prédication silencieuse de Celui auquel il a livré sa vie, parce qu’Il est tout pour lui. C’est là un appel particulier à trouver au désert, dans le combat spirituel même, la gloire du Crucifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les vierges et les veuves consacrées'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''922 ''Dès les temps apostoliques, des vierges (cf. 1 Co 7, 34-36) et des veuves chrétiennes (cf. Jean-Paul II, exh. ap. ''Vita Consecrata'', 7), appelées par le Seigneur à s’attacher à Lui sans partage dans une plus grande liberté de cœur, de corps et d’esprit, ont pris la décision, approuvée par l’Église, de vivre, respectivement, dans l’état de la virginité ou de la chasteté perpétuelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''923 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, [des vierges] sont consacrées à Dieu par l’évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, sont épousées mystiquement par le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1). Par ce rite solennel (&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Consecratio virginum''), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vierge est constituée personne consacrée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe transcendant de l’amour de l’Église envers le Christ, image eschatologique de cette Épouse du Ciel et de la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OCV prænotanda 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''924 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Proche des autres formes de vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1), l’ordre des vierges établit la femme vivant dans le monde (ou la moniale) dans la prière, la pénitence, le service de ses frères et le travail apostolique, selon l’état et les charismes respectifs offerts à chacune (OCV prænotanda 2). Les vierges consacrées peuvent s’associer pour garder plus fidèlement leur propos (cf. CIC, can. 604, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie religieuse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''925 ''Née en Orient dans les premiers siècles du christianisme (cf. UR 15) et vécue dans les instituts canoniquement érigés par l’Église (cf. CIC, can. 573), la vie religieuse se distingue des autres formes de la vie consacrée par l’aspect cultuel, la profession publique des conseils évangéliques, la vie fraternelle menée en commun, le témoignage rendu à l’union du Christ et de l’Église (cf. CIC, can. 607).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''926 ''La vie religieuse relève du mystère de l’Église. Elle est un don que l’Église reçoit de son Seigneur et qu’elle offre comme un état de vie stable au fidèle appelé par Dieu dans la profession des conseils. Ainsi l’Église peut-elle à la fois manifester le Christ et se reconnaître Épouse du Sauveur. La vie religieuse est invitée à signifier, sous ses formes variées, la charité même de Dieu, dans le langage de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''927 ''Tous les religieux, exempts ou non (cf. CIC, can. 591), prennent place parmi les coopérateurs de l’évêque diocésain dans sa charge pastorale (cf. CD 33-35). L’implantation et l’expansion missionnaire de l’Église requièrent la présence de la vie religieuse sous toutes ses formes dès les débuts de l’évangélisation (cf. AG 18&amp;amp;nbsp;; 40). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’histoire atteste les grands mérites des familles religieuses dans la propagation de la foi et dans la formation de nouvelles Églises, depuis les antiques Institutions monastiques et les Ordres médiévaux jusqu’aux Congrégations modernes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les instituts séculiers'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''928 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’institut séculier est un institut de vie consacrée où les fidèles vivant dans le monde tendent à la perfection de la charité et s’efforcent de contribuer surtout de l’intérieur à la sanctification du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 710).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''929 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Par une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie parfaitement et entièrement consacrée à [cette] sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, const. ap. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Provida Mater&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), les membres de ces instituts participent à la tâche d’évangélisation de l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans le monde et à partir du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, où leur présence agit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la manière d’un ferment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 11). &amp;lt;/nowiki&amp;gt;Leur témoignage de vie chrétienne vise à ordonner selon Dieu les réalités temporelles et pénétrer le monde de la force de l’Évangile. Ils assument par des liens sacrés les conseils évangéliques et gardent entre eux la communion et la fraternité propres à leur mode de vie séculier (cf. CIC, can. 713).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sociétés de vie apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''930 ''Au côté des formes diverses de vie consacrée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prennent place les sociétés de vie apostolique dont les membres, sans les vœux religieux, poursuivent la fin apostolique propre de leur société et, menant la vie fraternelle en commun, tendent, selon leur mode de vie propre, à la perfection de la charité par l’observation des constitutions. Il y a parmi elles des sociétés dont les membres assument les conseils évangéliques&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon leurs constitutions (CIC, can. 731, §§ 1. 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Consécration et mission&amp;amp;nbsp;: annoncer le Roi qui vient'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''931 ''Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà voué à Lui se trouve ainsi consacré plus intimement au service divin et dédié au bien de l’Église. Par l’état de consécration à Dieu, l’Église manifeste le Christ et montre comment l’Esprit Saint agit en elle de façon admirable. Ceux qui professent les conseils évangéliques ont donc d’abord pour mission de vivre leur consécration. Mais puisqu’ils se vouent au service de l’Église en vertu même de leur consécration, ils sont tenus par obligation de travailler de manière spéciale à l’œuvre missionnaire, selon le mode propre à leur Institut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 783&amp;amp;nbsp;; cf. RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''932 ''Dans l’Église qui est comme le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de la vie de Dieu, la vie consacrée apparaît comme un signe particulier du mystère de la Rédemption. Suivre et imiter le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de plus près&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, manifester &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus clairement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son anéantissement, c’est se trouver &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus profondément&amp;amp;nbsp;&amp;quot; présent, dans le cœur du Christ, à ses contemporains. Car ceux qui sont dans cette voie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus étroite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; stimulent leurs frères par leur exemple, ils rendent ce témoignage éclatant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le monde ne peut être transfiguré et offert à Dieu sans l’esprit des béatitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''933 ''Que ce témoignage soit public, comme dans l’état religieux, ou plus discret, ou même secret, la venue du Christ demeure pour tous les consacrés l’origine et l’orient de leur vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Comme le Peuple de Dieu n’a pas ici-bas de cité permanente, [cet état] (...) manifeste pour tous les croyants la présence, déjà dans ce siècle, des biens célestes&amp;amp;nbsp;; il témoigne de la vie nouvelle et éternelle acquise par la Rédemption du Christ, il annonce la résurrection future et la gloire céleste (LG 44).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''934 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’institution divine, il y a dans l’Église parmi les fidèles des ministres sacrés, qui en droit sont aussi appelés clercs&amp;amp;nbsp;; quant aux autres, ils sont nommés laïcs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il y a enfin des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie et qui, par la profession des conseils évangéliques, se sont consacrés à Dieu et servent ainsi la mission de l’Église (CIC, can. 207, § 1. 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''935 Pour annoncer la foi et pour implanter son Règne, le Christ envoie ses apôtres et leurs successeurs. Il leur donne part à sa mission. De lui ils reçoivent le pouvoir d’agir en sa personne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''936 Le Seigneur a fait de S. Pierre le fondement visible de son Église. Il lui en a remis les clefs. L’évêque de l’Église de Rome, successeur de S. Pierre, est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église toute entière sur cette terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 331).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''937 Le Pape &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jouit, par institution divine, du pouvoir suprême, plénier, immédiat, universel pour la charge des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CD 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''938 Les évêques, établis par l’Esprit Saint, succèdent aux apôtres. Ils sont, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chacun pour sa part, principe visible et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''939 Aidés des prêtres, leurs coopérateurs, et des diacres, les évêques ont la charge d’enseigner authentiquement la foi, de célébrer le culte divin, surtout l’Eucharistie, et de diriger leur Église en vrais pasteurs. A leur charge appartient aussi le souci de toutes les Églises, avec et sous le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''940 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''941 Les laïcs participent au sacerdoce du Christ&amp;amp;nbsp;: de plus en plus unis à Lui, ils déploient la grâce du Baptême et de la Confirmation dans toutes les dimensions de la vie personnelle, familiale, sociale et ecclésiale, et réalisent ainsi l’appel à la sainteté adressé à tous les baptisés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''942 Grâce à leur mission prophétique les laïcs &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont aussi appelés à être, en toute circonstance et au cœur même de la communauté humaine, les témoins du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''943 Grâce à leur mission royale, les laïcs ont le pouvoir d’arracher au péché son empire en eux-mêmes et dans le monde par leur abnégation et la sainteté de leur vie (cf. LG 36)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''944 La vie consacrée à Dieu se caractérise par la profession publique des conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans un état de vie stable reconnu par l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''945 Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà destiné à Lui se trouve, dans l’état de vie consacrée, voué plus intimement au service divin et dédié au bien de toute l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5. La communion des saints =====&lt;br /&gt;
''946 ''Après avoir confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainte Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Symbole des apôtres ajoute &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cet article est, d’une certaine façon, une explicitation du précédent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’est-ce que l’Église sinon l’assemblée de tous les saints&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Nicétas, symb. 10&amp;amp;nbsp;: PL 52, 871B). La communion des saints est précisément l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''947 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Puisque tous les croyants forment un seul corps, le bien des uns est communiqué aux autres (...) Il faut de la sorte croire qu’il existe une communion des biens dans l’Église. Mais le membre le plus important est le Christ, puisqu’Il est la tête (...) Ainsi, le bien du Christ est communiqué à tous les membres, et cette communication se fait par les sacrements de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., symb. 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme cette Église est gouvernée par un seul et même Esprit, tous les biens qu’elle a reçus deviennent nécessairement un fonds commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''948 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a dès lors deux significations, étroitement liées&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion aux choses saintes, ''sancta''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion entre les personnes saintes, ''sancti''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Sancta sanctis&amp;amp;nbsp;''! (Ce qui est saint pour ceux qui sont saints)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est proclamé par le célébrant dans la plupart des liturgies orientales lors de l’élévation des saints Dons avant le service de la communion. Les fidèles (''sancti'') sont nourris du Corps et du Sang du Christ (''sancta'') afin de croître dans la communion de l’Esprit Saint (''Koinônia'') et de la communiquer au monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La communion des biens spirituels  =====&lt;br /&gt;
''949 ''Dans la communauté primitive de Jérusalem, les disciples &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''communion dans la foi''. La foi des fidèles est la foi ''de l’Église ''reçue des apôtres, trésor de vie qui s’enrichit en étant partagé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''950 ''La ''communion des sacrements. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le fruit de tous les sacrements appartient à tous. Car les sacrements, et surtout le Baptême qui est comme la porte par laquelle les hommes entrent dans l’Église, sont autant de liens sacrés qui les unissent tous et les attachent à Jésus-Christ. La communion des saints, c’est la communion des sacrements (...). Le nom de communion peut s’appliquer à chacun d’eux, car chacun d’eux nous unit à Dieu (...). Mais ce nom convient mieux à l’Eucharistie qu’à tout autre, parce que c’est elle principalement qui consomme cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''951 ''La ''communion des charismes''&amp;amp;nbsp;''': '''Dans la communion de l’Église, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres (...) les grâces spéciales&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’édification de l’Église (LG 12). Or, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''952 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils mettaient tout en commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Ac 4, 32)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que le vrai chrétien possède, il doit le regarder comme un bien qui lui est commun avec tous, et toujours il doit être prêt et empressé à venir au secours de l’indigent et de la misère du prochain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 27). Le chrétien est un administrateur des biens du Seigneur (cf. Lc 16, 1. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''953 ''La ''communion de la charité''&amp;amp;nbsp;: dans la ''sanctorum communio'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un membre souffre-t-il&amp;amp;nbsp;? tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur&amp;amp;nbsp;? tous les membres prennent part à sa joie. Or vous êtes le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 26-27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charité ne cherche pas ce qui est à elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 24). Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au profit de tous, dans cette solidarité avec tous les hommes, vivants ou morts, qui se fonde sur la communion des saints. Tout péché nuit à cette communion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La communion de l’Église du ciel et de la terre =====&lt;br /&gt;
''954 Les trois états de l’Église. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté accompagné de tous les anges et que la mort détruite, tout lui soit soumis, les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage&amp;amp;nbsp;; d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin sont dans la gloire contemplant ‘dans la pleine lumière, tel qu’il est, le Dieu un en trois Personnes’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous cependant, à des degrés divers et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain, chantant à notre Dieu le même hymne de gloire. En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''955 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence&amp;amp;nbsp;; au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''956 L’intercession des saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (...). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (...). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie (S. Dominique, mourant, à ses frères, cf. Jourdain de Saxe, lib. 93).&amp;lt;br/&amp;gt; Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''957 La communion avec les saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne vénérons pas seulement au titre de leur exemple la mémoire des habitants du ciel&amp;amp;nbsp;; nous cherchons bien davantage par là à renforcer l’union de toute l’Église dans l’Esprit grâce à l’exercice de la charité fraternelle. Car tout comme la communion entre les chrétiens de la terre nous approche de plus près du Christ, ainsi la communauté avec les saints nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur chef, toute grâce et la vie du Peuple de Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, nous l’adorons, parce qu’il est le fils de Dieu&amp;amp;nbsp;; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c’est juste, à cause de leur dévotion incomparable envers leur roi et maître&amp;amp;nbsp;; puissions-nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples (S. Polycarpe, mart. 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''958 La communion avec les défunts. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages&amp;amp;nbsp;; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''959 Dans l’unique famille de Dieu. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu’une seule famille, nous répondons à la vocation profonde de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 51).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''960 L’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette expression désigne d’abord les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;choses saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancta), ''et avant tout l’Eucharistie, par laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''961 Ce terme désigne aussi la communion des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personnes saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancti) ''dans le Christ qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort pour tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de sorte que ce que chacun fait ou souffre dans et pour le Christ porte du fruit pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''962 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 30).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6. Marie – Mère du Christ, Mère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''963 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après avoir parlé du rôle de la Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l’Esprit, il convient de considérer maintenant sa place dans le mystère de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, la Vierge Marie (...) est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur (...). Elle est aussi vraiment ‘Mère des membres [du Christ] (...) ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont les membres de ce Chef’ (S. Augustin, virg. 6&amp;amp;nbsp;: PL 40, 399)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Marie Mère du Christ, Mère de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 21 novembre 1964).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La maternité de Marie envers l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Toute unie à son Fils...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''964 ''Le rôle de Marie envers l’Église est inséparable de son union au Christ, elle en découle directement. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette union de Marie avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ, jusqu’à sa mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 57). Elle est particulièrement manifeste à l’heure de sa passion&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la Croix où, non sans un dessein divin, elle était debout, souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la Croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme, voici ton fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 26-27) (LG 58).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''965 ''Après l’Ascension de son Fils, Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté de ses prières l’Église naissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69). Réunie avec les apôtres et quelques femmes, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... aussi dans son Assomption...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''966 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59&amp;amp;nbsp;; cf. la proclamation du dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie par le Pape Pie XII en 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3903). L’Assomption de la Sainte Vierge est une participation singulière à la Résurrection de son Fils et une anticipation de la résurrection des autres chrétiens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dans ton enfantement tu as gardé la virginité, dans ta dormition tu n’as pas quitté le monde, ô Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;: tu as rejoint la source de la Vie, toi qui conçus le Dieu vivant et qui, par tes prières, délivreras nos âmes de la mort (Liturgie byzantine, Tropaire de la fête de la Dormition [15 août]).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... elle est notre Mère dans l’ordre de la grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''967 ''Par son adhésion entière à la volonté du Père, à l’œuvre rédemptrice de son Fils, à toute motion de l’Esprit Saint, la Vierge Marie est pour l’Église le modèle de la foi et de la charité. Par là elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;membre suréminent et absolument unique de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53), elle constitue même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réalisation exemplaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''typus'', de l’Église (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''968 ''Mais son rôle par rapport à l’Église et à toute l’humanité va encore plus loin. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle a apporté à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareil par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''969 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour de l’Annonciation et qu’elle maintint dans sa fermeté sous la Croix, cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce se continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En effet, après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas&amp;amp;nbsp;: par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. (...) C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secourable, de médiatrice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''970 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque cependant et ne diminue en rien l’unique médiation du Christ&amp;amp;nbsp;: il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge (...) découle de la surabondance des mérites du Christ&amp;amp;nbsp;; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 60). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même plan que le Verbe incarné et rédempteur. Mais tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous formes diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le culte de la Sainte Vierge =====&lt;br /&gt;
''971 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les générations me diront bienheureuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Lc 1, 48)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La piété de l’Église envers la Saint Vierge est intrinsèque au culte chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MC 56). La sainte Vierge &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est légitimement honorée par l’Église d’un culte spécial. Et de fait, depuis les temps les plus reculés, la bienheureuse Vierge est honorée sous le titre de ‘Mère de Dieu’&amp;amp;nbsp;; les fidèles se réfugient sous sa protection, l’implorant dans tous leurs dangers et leurs besoins (...). Ce culte (...) bien que présentant un caractère absolument unique (...) n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il est éminemment apte à le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 66)&amp;amp;nbsp;; il trouve son expression dans les fêtes liturgiques dédiées à la Mère de Dieu (cf. SC 103) et dans la prière mariale, telle le Saint Rosaire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abrégé de tout l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. MC 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Marie – Icône eschatologique de l’Église =====&lt;br /&gt;
''972 ''Après avoir parlé de l’Église, de son origine, de sa mission et de sa destinée, nous ne saurions mieux conclure qu’en tournant le regard vers Marie pour contempler en elle ce qu’est l’Église dans son mystère, dans son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et ce qu’elle sera dans la patrie au terme de sa marche, où l’attend, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la communion de tous les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69), celle que l’Église vénère comme la Mère de son Seigneur et comme sa propre Mère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même sur terre, en attendant la venue du jour du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le Peuple de Dieu en pèlerinage (LG 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''973 En prononçant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Annonciation et en donnant son consentement au mystère de l’Incarnation, Marie collabore déjà à toute l’œuvre que doit accomplir son Fils. Elle est mère partout où Il est Sauveur et Tête du Corps mystique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''974 La Très Sainte Vierge Marie, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut enlevée corps et âme à la gloire du ciel, où elle participe déjà à la gloire de la résurrection de son Fils, anticipant la résurrection de tous les membres de son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''975 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Eve, Mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 10 : &amp;quot; Je crois au pardon des péchés &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''976 ''Le Symbole des apôtres lie la foi au pardon des péchés à la foi en l’Esprit Saint, mais aussi à la foi en l’Église et en la communion des saints. C’est en donnant l’Esprit Saint à ses apôtres que le Christ ressuscité leur a conféré son propre pouvoir divin de pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis&amp;amp;nbsp;; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(La deuxième partie du Catéchisme traitera explicitement du pardon des péchés par le Baptême, le sacrement de Pénitence et les autres sacrements, surtout l’Eucharistie. Il suffit donc d’évoquer ici brièvement quelques données de base).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Un seul baptême pour le pardon des péchés =====&lt;br /&gt;
''977 ''Notre Seigneur a lié le pardon des péchés à la foi et au Baptême&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 15-16). Le Baptême est le premier et principal sacrement du pardon des péchés parce qu’il nous unit au Christ mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification (cf. Rm 4, 25), afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''978 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier (...). Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''979 ''En ce combat avec l’inclination au mal, qui serait assez vaillant et vigilant pour éviter toute blessure du péché&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si donc il était nécessaire que l’Église eût le pouvoir de remettre les péchés, il fallait aussi que le Baptême ne fût pas pour elle l’unique moyen de se servir de ces clefs du Royaume des cieux qu’elle avait reçues de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; il fallait qu’elle fût capable de pardonner leurs fautes à tous les pénitents, quand même ils auraient péché jusqu’au dernier moment de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''980 ''C’est par le sacrement de Pénitence que le baptisé peut être réconcilié avec Dieu et avec l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les pères ont eu raison d’appeler la pénitence &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême laborieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Naz., or. 39, 17&amp;amp;nbsp;: PG 36, 356A). Ce sacrement de Pénitence est, pour ceux qui sont tombés après le Baptême, nécessaire au salut, comme l’est le Baptême lui-même pour ceux qui ne sont pas encore régénérés (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1672).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le pouvoir des clefs =====&lt;br /&gt;
''981 ''Le Christ après sa résurrection a envoyé ses apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annoncer à toutes les nations le repentir en son nom en vue de la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 47). Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministère de la réconciliation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 18), les apôtres et leurs successeurs ne l’accomplissent pas seulement en annonçant aux hommes le pardon de Dieu mérité pour nous par le Christ et en les appelant à la conversion et à la foi, mais aussi en leur communicant la rémission des péchés par le Baptême et en les réconciliant avec Dieu et avec l’Église grâce au pouvoir des clefs reçu du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église a reçu les clés du Royaume des cieux, afin que se fasse en elle la rémission des péchés par le sang du Christ et l’action du Saint-Esprit. C’est dans cette Église que l’âme revit, elle qui était morte par les péchés, afin de vivre avec le Christ, dont la grâce nous a sauvés (S. Augustin, serm. 214, 11&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1071-1072).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''982 ''Il n’y a aucune faute, aussi grave soit-elle, que la Sainte Église ne puisse remettre. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est personne, si méchant et si coupable qu’il soit, qui ne doive espérer avec assurance son pardon, pourvu que son repentir soit sincère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 5). Le Christ qui est mort pour tous les hommes, veut que, dans son Église, les portes du pardon soient toujours ouvertes à quiconque revient du péché (cf. Mt 18, 21-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''983 ''La catéchèse s’efforcera d’éveiller et de nourrir chez les fidèles la foi en la grandeur incomparable du don que le Christ ressuscité a fait à son Église&amp;amp;nbsp;: la mission et le pouvoir de pardonner véritablement les péchés, par le ministère des apôtres et de leurs successeurs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Seigneur veut que ses disciples aient un pouvoir immense&amp;amp;nbsp;: il veut que ses pauvres serviteurs accomplissent en son nom tout ce qu’il avait fait quand il était sur la terre (S. Ambroise, pœnit. 1, 34&amp;amp;nbsp;: PL 16, 477A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prêtres ont reçu un pouvoir que Dieu n’a donné ni aux anges ni aux archanges. (...) Dieu sanctionne là-haut tout ce que les prêtres font ici-bas (S. Jean Chrysostome, sac. 3, 5&amp;amp;nbsp;: PG 48, 643A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si dans l’Église il n’y avait pas la rémission des péchés, nul espoir existerait, nulle espérance d’une vie éternelle et d’une libération éternelle. Rendons grâce à Dieu qui a donné à son Église un tel don (S. Augustin, serm. 213, 8&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1064).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''984 Le Credo met en relation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec la profession de foi en l’Esprit Saint. En effet, le Christ ressuscité a confié aux apôtres le pouvoir de pardonner les péchés lorsqu’il leur a donné l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''985 Le Baptême est le premier et principal sacrement pour le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;: il nous unit au Christ mort et ressuscité et nous donne l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''986 De par la volonté du Christ, l’Église possède le pouvoir de pardonner les péchés des baptisés et elle l’exerce par les évêques et les prêtres de façon habituelle dans le sacrement de pénitence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''987 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la rémission des péchés, les prêtres et les sacrements sont de purs instruments dont notre Seigneur Jésus-Christ, unique auteur et dispensateur de notre salut, veut bien se servir pour effacer nos iniquités et nous donner la grâce de la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 6).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 11 : &amp;quot; Je crois à la résurrection de la chair &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''988 ''Le Credo chrétien – profession de notre foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, et dans son action créatrice, salvatrice et sanctificatrice – culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''989 ''Nous croyons fermement, et ainsi nous espérons, que de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu’il vit pour toujours, de même après leur mort les justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les ressuscitera au dernier jour (cf. Jn 6, 39-40). Comme la sienne, notre résurrection sera l’œuvre de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous (Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Th 4, 14&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 14&amp;amp;nbsp;; 2 Co 4, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''990 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité (cf. Gn 6, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 56, 5&amp;amp;nbsp;; Is 40, 6). La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie qu’il n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que même nos &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps mortels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 11) reprendront vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''991 ''Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une conviction des chrétiens&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts&amp;amp;nbsp;; cette croyance nous fait vivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien res. 1, 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comment certains d’entre vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts&amp;amp;nbsp;? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi votre foi. (...) Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (1 Co 15, 12-14. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La résurrection du Christ et la nôtre =====&lt;br /&gt;
'''Révélation progressive de la Résurrection'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''992 ''La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. L’espérance en la résurrection corporelle des morts s’est imposée comme une conséquence intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l’homme tout entier, âme et corps. Le créateur du ciel et de la terre est aussi Celui qui maintient fidèlement son alliance avec Abraham et sa descendance. C’est dans cette double perspective que commencera à s’exprimer la foi en la résurrection. Dans leurs épreuves, les martyrs Maccabées confessent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois (2 M 7, 9). Mieux vaut mourir de la main des hommes en tenant de Dieu l’espoir d’être ressuscité par lui (2 M 7, 14&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 29&amp;amp;nbsp;; Dn 12, 1-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''993 ''Les Pharisiens (cf. Ac 23, 6) et bien des contemporains du Seigneur (cf. Jn 11, 24) espéraient la résurrection. Jésus l’enseigne fermement. Aux Sadducéens qui la nient il répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu, vous êtes dans l’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 24). La foi en la résurrection repose sur la foi en Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''994 ''Mais il y a plus&amp;amp;nbsp;: Jésus lie la foi en la résurrection à sa propre personne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la Résurrection et la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 25). C’est Jésus lui-même qui ressuscitera au dernier jour ceux qui auront cru en lui (cf. Jn 5, 24-25&amp;amp;nbsp;; 6, 40) et qui auront mangé son corps et bu son sang (cf. Jn 6, 54). Il en donne dès maintenant un signe et un gage en rendant la vie à certains morts (cf. Mc 5, 21-42&amp;amp;nbsp;; Lc 7, 11-17&amp;amp;nbsp;; Jn 11), annonçant par là sa propre Résurrection qui sera cependant d’un autre ordre. De cet événement unique Il parle comme du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de Jonas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 40), du signe du Temple (cf. Jn 2, 19-22)&amp;amp;nbsp;: il annonce sa Résurrection le troisième jour après sa mise à mort (cf. Mc 10, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''995 ''Être témoin du Christ, c’est être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoin de sa Résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir mangé et bu avec lui après sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 41). L’espérance chrétienne en la résurrection est toute marquée par les rencontres avec le Christ ressuscité. Nous ressusciterons comme Lui, avec Lui, par Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''996 ''Dès le début, la foi chrétienne en la résurrection a rencontré incompréhensions et oppositions (cf. Ac 17, 32&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 12-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur aucun point la foi chrétienne ne rencontre plus de contradiction que sur la résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Psal. 88, 2, 5). Il est très communément accepté qu’après la mort la vie de la personne humaine continue d’une façon spirituelle. Mais comment croire que ce corps si manifestement mortel puisse ressusciter à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''997 Qu’est-ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? ''Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''998 Qui ressuscitera&amp;amp;nbsp;?'' Tous les hommes qui sont morts&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 29&amp;amp;nbsp;; cf. Dn 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''999 Comment&amp;amp;nbsp;?'' Le Christ est ressuscité avec son propre corps&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Regardez mes mains et mes pieds&amp;amp;nbsp;: c’est bien moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 39)&amp;amp;nbsp;; mais Il n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en Lui, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous ressusciteront avec leur propre corps, qu’ils ont maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 801), mais ce corps sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;transfiguré en corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21), en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;? Avec quel corps reviennent-ils&amp;amp;nbsp;? Insensé&amp;amp;nbsp;! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie, s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un grain tout nu (...). On sème de la corruption, il ressuscite de l’incorruption&amp;amp;nbsp;; (...) les morts ressusciteront incorruptibles (...). Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité (1 Co 15, 35-37. 42. 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1000 ''Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dépasse notre imagination et notre entendement&amp;amp;nbsp;; il n’est accessible que dans la foi. Mais notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection (S. Irénée, hær. 4, 18, 4-5)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1001 Quand&amp;amp;nbsp;? ''Définitivement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 39-40. 44. 54&amp;amp;nbsp;; 11, 24)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En effet, la résurrection des morts est intimement associée à la Parousie du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu (1 Th 4, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Ressuscités avec le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1002 ''S’il est vrai que le Christ nous ressuscitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est vrai aussi que, d’une certaine façon, nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. En effet, grâce à l’Esprit Saint, la vie chrétienne est, dès maintenant sur terre, une participation à la mort et à la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui L’a ressuscité des morts (...). Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu (Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; 3, 1) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1003 ''Unis au Christ par le Baptême, les croyants participent déjà réellement à la vie céleste du Christ ressuscité (cf. Ph 3, 20), mais cette vie demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cachée avec le Christ en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir au cieux, dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 6). Nourris de son Corps dans l’Eucharistie, nous appartenons déjà au Corps du Christ. Lorsque nous ressusciterons au dernier jour nous serons aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifestés avec lui pleins de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1004 ''Dans l’attente de ce jour, le corps et l’âme du croyant participent déjà à la dignité d’être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; d’où l’exigence de respect envers son propre corps, mais aussi envers celui d’autrui, particulièrement lorsqu’il souffre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ&amp;amp;nbsp;? (...) Vous ne vous appartenez pas (...) Glorifiez donc Dieu dans votre corps (1 Co 6, 13-15. 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Mourir dans le Christ Jésus =====&lt;br /&gt;
''1005 ''Pour ressusciter avec le Christ, il faut mourir avec le Christ, il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 8). Dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;départ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23) qu’est la mort, l’âme est séparée du corps. Elle sera réunie à son corps le jour de la résurrection des morts (cf. SPF 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1006 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18). En un sens, la mort corporelle est naturelle, mais pour la foi elle est en fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;salaire du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 2, 17). Et pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, elle est une participation à la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer aussi à sa Résurrection (cf. Rm 6, 3-9&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1007 La mort est le'' ''terme de la vie terrestre.'' Nos vies sont mesurées par le temps, au cours duquel nous changeons, nous vieillissons et, comme chez tous les êtres vivants de la terre, la mort apparaît comme la fin normale de la vie. Cet aspect de la mort donne une urgence à nos vies&amp;amp;nbsp;: le souvenir de notre mortalité sert aussi à nous rappeler que nous n’avons qu’un temps limité pour réaliser notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, (...) avant que la poussière ne retourne à la terre, selon qu’elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’avait donné (Qo 12, 1. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1008 La mort est conséquence du péché. ''Interprète authentique des affirmations de la Sainte Écriture (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 3&amp;amp;nbsp;; 3, 19&amp;amp;nbsp;; Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 6, 23) et de la Tradition, le Magistère de l’Église enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme (cf. DS 1511). Bien que l’homme possédât une nature mortelle, Dieu le destinait à ne pas mourir. La mort fut donc contraire aux desseins de Dieu Créateur, et elle entra dans le monde comme conséquence du péché (cf. Sg 2, 23-24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mort corporelle, à laquelle l’homme aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18), est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le dernier ennemi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme à devoir être vaincu (cf. 1 Co 15, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1009 La mort est'' ''transformée par le Christ. ''Jésus, le Fils de Dieu, a souffert lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle (cf. Mc 14, 33-34&amp;amp;nbsp;; He 5, 7-8), il l’assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction (cf. Rm 5, 19-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens de la mort chrétienne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1010 ''Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour moi, la vie c’est le Christ et mourir un gain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 21). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là une parole certaine&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, nous vivrons avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 2, 11). La nouveauté essentielle de la mort chrétienne est là&amp;amp;nbsp;: par le Baptême, le chrétien est déjà sacramentellement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, pour vivre d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique consomme ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourir avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il est bon pour moi de mourir dans (''eis'') le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous&amp;amp;nbsp;; lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche (...). Laissez-moi recevoir la pure lumière&amp;amp;nbsp;; quand je serai arrivé là, je serai un homme (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1011 ''Dans la mort, Dieu appelle l’homme vers Lui. C’est pourquoi le chrétien peut éprouver envers la mort un désir semblable à celui de S. Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23)&amp;amp;nbsp;; et il peut transformer sa propre mort en un acte d’obéissance et d’amour envers le Père, à l’exemple du Christ (cf. Lc 23, 46)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon désir terrestre a été crucifié&amp;amp;nbsp;; (...) il y a en moi une eau vive qui murmure et qui dit au dedans de moi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens vers le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 7, 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Je veux voir Dieu, et pour le voir il faut mourir (Ste. Thérèse de Jésus, vida 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Je ne meurs pas, j’entre dans la vie (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1012 ''La vision chrétienne de la mort (cf. 1 Th 4, 13-14) est exprimée de façon privilégiée dans la liturgie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée&amp;amp;nbsp;; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux (MR, Préface des défunts).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1013 ''La mort est la fin du pèlerinage terrestre de l’homme, du temps de grâce et de miséricorde que Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le dessein divin et pour décider son destin ultime. Quand a pris fin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique cours de notre vie terrestre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), nous ne reviendrons plus à d’autres vies terrestres. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les hommes ne meurent qu’une fois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 27). Il n’y a pas de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réincarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; après la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1014 ''L’Église nous encourage à nous préparer pour l’heure de notre mort (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Délivre-nous, Seigneur, d’une mort subite et imprévue&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: ancienne Litanie des saints), à demander à la Mère de Dieu d’intercéder pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’heure de notre mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Prière Ave Maria), et à nous confier à saint Joseph, patron de la bonne mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans toutes tes actions, dans toutes tes pensées tu devrais te comporter comme si tu devais mourir aujourd’hui. Si ta conscience était en bon état, tu ne craindrais pas beaucoup la mort. Il vaudrait mieux se garder de pécher que de fuir la mort. Si aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain&amp;amp;nbsp;? (Imitation du Christ 1, 23, 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels, heureux ceux qu’elle trouvera dans ses très saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera pas mal (S. François d’Assise, cant.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1015 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La chair est le pivot du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Tertullien, res. 8, 2). Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et de la rédemption de la chair.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1016 Par la mort l’âme est séparée du corps, mais dans la résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé en le réunissant à notre âme. De même que le Christ est ressuscité et vit pour toujours, tous nous ressusciterons au dernier jour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1017 9; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons en la vraie résurrection de cette chair que nous possédons maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 854). Cependant, on sème dans le tombeau un corps corruptible, il ressuscite un corps incorruptible (cf. 1 Co 15, 42), un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1018 En conséquence du péché originel, l’homme doit subir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort corporelle, à laquelle il aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1019 Jésus, le Fils de Dieu, a librement souffert la mort pour nous dans une soumission totale et libre à la volonté de Dieu, son Père. Par sa mort il a vaincu la mort, ouvrant ainsi à tous les hommes la possibilité du salut.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 12 : &amp;quot; Je crois à la vie éternelle &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''1020 ''Le chrétien qui unit sa propre mort à celle de Jésus voit la mort comme une venue vers Lui et une entrée dans la vie éternelle. Lorsque l’Église a, pour la dernière fois, dit les paroles de pardon de l’absolution du Christ sur le chrétien mourant, l’a scellé pour la dernière fois d’une onction fortifiante et lui a donné le Christ dans le viatique comme nourriture pour le voyage, elle lui parle avec une douce assurance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quitte ce monde, âme chrétienne, au nom du Père Tout-Puissant qui t’a créé, au nom de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour toi, au nom du Saint-Esprit qui a été répandu en toi. Prends ta place aujourd’hui dans la paix, et fixe ta demeure avec Dieu dans la sainte Sion, avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu, avec saint Joseph, les anges et tous les saints de Dieu (...). Retourne auprès de ton Créateur qui t’a formé de la poussière du sol. Qu’à l’heure où ton âme sortira de ton corps, Marie, les anges et tous les saints se hâtent à ta rencontre (...). Que tu puisses voir ton Rédempteur face à face ... (OEx &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Commendatio animæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Le jugement particulier =====&lt;br /&gt;
''1021 ''La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ (cf. 2 Tm 1, 9-10). Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; He 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1022 ''Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Cc. Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 857-858&amp;amp;nbsp;; Cc. Florence&amp;amp;nbsp;: DS 1304-1306&amp;amp;nbsp;; Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000-1001&amp;amp;nbsp;; Jean XXII&amp;amp;nbsp;: DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour (S. Jean de la Croix, dichos 64)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Ciel =====&lt;br /&gt;
''1023 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2), face à face (cf. 1 Co 13, 12&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De notre autorité apostolique nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints (...) et de tous les autres fidèles morts après avoir reçu le saint Baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts, (...) ou encore, s’il y a eu ou qu’il y a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire, (...) avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au ciel, ont été, sont et seront au ciel, au Royaume des cieux et au Paradis céleste avec le Christ, admis dans la société des saints anges. Depuis la passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu et voient l’essence divine d’une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d’aucune créature (Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000&amp;amp;nbsp;; cf. LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1024 ''Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1025 ''Vivre au ciel c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 14, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; 1 Th 4, 17). Les élus vivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom (cf. Ap 2, 17)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la vie c’est d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;: là où est le Christ, là est la vie, là est le royaume. (S. Ambroise, Luc. 10, 121: PL 15, 1834A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1026 ''Par sa mort et sa Résurrection Jésus-Christ nous a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1027 ''Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images&amp;amp;nbsp;: vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1028 ''A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’Il est que lorsqu’il ouvre lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vision béatifique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quelle ne sera pas ta gloire et ton bonheur&amp;amp;nbsp;: être admis à voir Dieu, avoir l’honneur de participer aux joies du salut et de la lumière éternelle dans la compagnie du Christ le Seigneur ton Dieu, (...) jouir au Royaume des cieux dans la compagnie des justes et des amis de Dieu, les joies de l’immortalité acquise (S. Cyprien, ep. 56, 10, 1&amp;amp;nbsp;: PL 4, 357B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1029 ''Dans la gloire du ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par rapport aux autres hommes et à la création toute entière. Déjà ils règnent avec le Christ&amp;amp;nbsp;; avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ils régneront pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 5&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 21. 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La purification finale ou Purgatoire =====&lt;br /&gt;
''1030 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1031 ''L’Église appelle ''Purgatoire'' cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820&amp;amp;nbsp;; 1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Co 3, 15&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 7), parle d’un feu purificateur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Mt 12, 31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur (S. Grégoire le Grand, dial. 4, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1032 ''Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 M 12, 46). Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique (cf. DS 856&amp;amp;nbsp;;), afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation&amp;amp;nbsp;? N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux (S. Jean Chrysostome, hom. in 1 Cor. 41, 5&amp;amp;nbsp;: PG 61, 361C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’enfer =====&lt;br /&gt;
''1033 ''Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide&amp;amp;nbsp;; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 15). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1034 ''Jésus parle souvent de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;géhenne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;feu qui ne s’éteint pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 22. 29&amp;amp;nbsp;; 13, 42. 50&amp;amp;nbsp;; Mc 9, 43-48), réservé à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir , et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (cf. Mt 10, 28). Jésus annonce en termes graves qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (...), et les jetteront dans la fournaise ardente&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 41-42), et qu’il prononcera la condamnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1035 ''L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le feu éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 76&amp;amp;nbsp;; 409&amp;amp;nbsp;; 411&amp;amp;nbsp;; 801&amp;amp;nbsp;; 858&amp;amp;nbsp;; 1002&amp;amp;nbsp;; 1351&amp;amp;nbsp;; 1575&amp;amp;nbsp;; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1036 ''Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l’Église au sujet de l’enfer sont un ''appel à la responsabilité'' avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un ''appel pressant à la conversion''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent&amp;amp;nbsp;; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 13-14)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ignorants du jour et de l’heure, il faut que, suivant l’avertissement du Seigneur, nous restions constamment vigilants pour mériter, quand s’achèvera le cours unique de notre vie terrestre, d’être admis avec lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu, au lieu d’être, comme de mauvais et paresseux serviteurs, écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel, vers ces ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grincements de dents (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1037 ''Dieu ne prédestine personne à aller en enfer (cf. DS 397&amp;amp;nbsp;; 1567)&amp;amp;nbsp;; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 9)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voici l’offrande que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière&amp;amp;nbsp;: dans ta bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus (MR, Canon Romain 88).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Le Jugement dernier =====&lt;br /&gt;
''1038 ''La résurrection de tous les morts, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des justes et des pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 24, 15), précédera le Jugement dernier. Ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme&amp;amp;nbsp;; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 28-29). Alors le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31. 32. 46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1039 ''C’est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jn 12, 49). Le jugement dernier révélera jusque dans ses ultimes conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire durant sa vie terrestre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tout le mal que font les méchants est enregistré – et ils ne le savent pas. Le Jour où &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu ne se taira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 50, 3) (...) Il se tournera vers les mauvais&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’avais, leur dira-t-il, placé sur terre mes petits pauvres, pour vous. Moi, leur chef, je trônais dans le ciel à la droite de mon Père – mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la tête. Quand j’ai placé mes petits pauvres sur la terre, je les ai institués vos commissionnaires pour porter vos bonnes œuvres dans mon trésor&amp;amp;nbsp;: vous n’avez rien déposé dans leurs mains, c’est pourquoi vous ne possédez rien auprès de moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 18, 4, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 130-131).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1040 ''Le jugement dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le Père seul en connaît l’heure et le jour, Lui seul décide de son avènement. Par son Fils Jésus-Christ Il prononcera alors sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1041 ''Le message du Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le temps favorable, le temps du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du Royaume de Dieu. Il annonce la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bienheureuse espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 13) du retour du Seigneur qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 1, 10). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== VI. L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle =====&lt;br /&gt;
''1042 ''A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Alors l’Église sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1043 ''Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Écriture l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux nouveaux et la terre nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 21, 1). Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1044 ''Dans cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;univers nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 5), la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il essuiera toute larme de leurs yeux&amp;amp;nbsp;; de mort, il n’y en aura plus&amp;amp;nbsp;; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 4&amp;amp;nbsp;; cf. 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1045 Pour l’homme'', cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme le sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1). Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (Ap 21, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9). Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures (cf. Ap 21, 27), l’amour propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1046 Quant au cosmos'', la Révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule&amp;amp;nbsp;; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps (Rm 8, 19-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1047 ''L’univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, participant à leur glorification en Jésus-Christ ressuscité (S. Irénée, hær. 5, 32, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1048 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Nous ignorons le temps'' ''de l’achèvement'' de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la figure de ce monde déformée par le péché&amp;amp;nbsp;; mais nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1049 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller&amp;amp;nbsp;: le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 2). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1050 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car tous les fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le royaume éternel et universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 2). Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la ''vie éternelle''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La vie subsistante et vraie, c’est le Père qui, par le Fils et en l’Esprit Saint, déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 18, 29&amp;amp;nbsp;: PG 33, 1049).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1051 Chaque homme dans son âme immortelle reçoit sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier par le Christ, juge des vivants et des morts.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1052 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ (...) sont le Peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leurs corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 28).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1053 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au Paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 29).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1054 Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1055 En vertu de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Église recommande les défunts à la miséricorde de Dieu et offre en leur faveur des suffrages, en particulier le saint sacrifice eucharistique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1056 Suivant l’exemple du Christ, l’Église avertit les fidèles de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;triste et lamentable réalité de la mort éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 69), appelée aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1057 La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1058 L’Église prie pour que personne ne se perde&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur, ne permets pas que je sois jamais séparé de toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. S’il est vrai que personne ne peut se sauver lui-même, il est vrai aussi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous soient sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4) et que pour Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est possible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 26).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1059 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La très sainte Église romaine croit et confesse fermement qu’au jour du Jugement tous les hommes comparaîtront avec leur propre corps devant le tribunal du Christ pour rendre compte de leurs propres actes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 859&amp;amp;nbsp;; cf. DS 1549).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1060 A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude''. ''Alors les justes régneront avec le Christ pour toujours, glorifiés en corps et en âme, et l’univers matériel lui-même sera transformé. Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la vie éternelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== &amp;quot; Amen &amp;quot; ====&lt;br /&gt;
''1061 ''Le Credo, comme aussi le dernier livre de l’Écriture Sainte (cf. Ap 22, 21), se termine avec le mot hébreu ''Amen. ''On le trouve fréquemment à la fin des prières du Nouveau Testament. De même, l’Église termine ses prières par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1062 ''En hébreux, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se rattache à la même racine que le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette racine exprime la solidité, la fiabilité, la fidélité. Ainsi on comprend pourquoi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut être dit de la fidélité de Dieu envers nous et de notre confiance en Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1063 ''Dans le prophète Isaïe on trouve l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le Dieu fidèle à ses promesses&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quiconque voudra être béni sur terre voudra être béni par le Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 65, 16). Notre Seigneur emploie souvent le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 6, 2. 5. 16), parfois sous forme redoublée (cf. Jn 5, 19), pour souligner la fiabilité de son enseignement, son Autorité fondée sur la Vérité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1064 ''L’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; final du Credo reprend et confirme donc ses deux premiers mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Croire, c’est dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux paroles, aux promesses, aux commandements de Dieu, c’est se fier totalement en Celui qui est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; d’infini amour et de parfaite fidélité. La vie chrétienne de chaque jour sera alors l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Profession de foi de notre Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que ton Symbole soit pour toi comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi (S. Augustin, serm. 58, 11, 13&amp;amp;nbsp;: PL 38, 399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1065 ''Jésus-Christ lui-même est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 14). Il est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; définitif de l’amour du Père pour nous&amp;amp;nbsp;; il assume et achève notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur ‘oui’ en lui&amp;amp;nbsp;; aussi bien est-ce par lui que nous disons notre ‘Amen’ à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 1, 20)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par Lui, avec Lui et en Lui,&amp;lt;br/&amp;gt; à toi, Dieu le Père Tout-Puissant,&amp;lt;br/&amp;gt; dans l’unité du Saint-Esprit,&amp;lt;br/&amp;gt; tout honneur et toute gloire,&amp;lt;br/&amp;gt; pour les siècles des siècles.&amp;lt;br/&amp;gt; AMEN.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_de_l%27Eglise_Catholique_:_Premi%C3%A8re_Partie&amp;diff=1572</id>
		<title>Catéchisme de l'Eglise Catholique : Première Partie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_de_l%27Eglise_Catholique_:_Premi%C3%A8re_Partie&amp;diff=1572"/>
				<updated>2011-03-29T08:41:12Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Liste des sigles */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Liste des sigles ==&lt;br /&gt;
AA Apostolicam actuositatem&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AG Ad gentes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AHMA Analecta hymnica Medii Aevi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ben De Benedictionibus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CA Centesimus annus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Catech. R. Catechismus Romanus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CCEO Corpus Canonum Ecclesiarum Orientalium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CD Christus Dominus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CDF Congrégation pour la doctrine de la foi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CJC Codex Iuris Canonici&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CL Christifideles laici&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
COD Conciliorum oecumenicorum decreta&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
CT Catechesi tradendae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DCG Directorium Catecheticum Generale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DeV Dominum et Vivificantem&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DH Dignitatis humanae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DM Dives in misericordia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
DS Denzinger-Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, definitionum et declarationum de &lt;br /&gt;
rebus fidei et morumDV Dei Verbum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
EN Evangelii nuntiandi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
FC Familiaris consortio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GB Gravissimum educationis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GS Gaudium et spes&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
HV Humanae vitae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IGLH Introductio generalis LH&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IGMR Institutio generalis MR&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IM Inter mirifica&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LE Laborem exercens&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LG Lumen gentium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LH Liturgia Horarum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MC Marialis cultus&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MD Mulieris dignitatem&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MF Mysterium fidei&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MM Mater et magistra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MR Missale Romanum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
NA Nostra aetate&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OBA Ordo baptismi adultorum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OBP Ordo baptismi parvulorum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OCf Ordo confirmationis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OcM Ordo celebrandi Matrimonium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OCV Ordo consecrationis virginum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OE Orientalium ecclesiarum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OEx Ordo exsequiarumoff. lect. office des lectures&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OICA Ordo initiationis christianae adultorum&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OP Ordo poenitentiae&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
OT Optatam totius&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PC Perfectae caritatis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PO Presbyterorum Ordinis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PP Populorum progressio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PT Pacem in terris&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RH Redemptor hominis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RM Redemptoris Mater&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
RP Reconciliatio et poenitentia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SC Sacrosanctum concilium&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SPF Credo du Peuple de Dieu: profession de foi solennelle&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SRS Sollicitudo rei socialis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
UR Unitatis redintegratio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Prologue ==&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, (...) la vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul véritable Dieu, et Ton envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu notre Sauveur (...) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 3-4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12) que le nom de JÉSUS.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I. La vie de l’homme – connaître et aimer Dieu ===&lt;br /&gt;
''1 ''Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux en Lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l’homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C’est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, Il se fait proche de l’homme. Il l’appelle, l’aide à Le chercher, à Le connaître et à L’aimer de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes que le péché a dispersés dans l’unité de sa famille, l’Église. Pour ce faire, Il a envoyé son Fils comme Rédempteur et Sauveur lorsque les temps furent accomplis. En Lui et par Lui, Il appelle les hommes à devenir, dans l’Esprit Saint, ses enfants d’adoption, et donc les héritiers de sa vie bienheureuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2 ''Pour que cet appel retentisse par toute la terre, le Christ a envoyé les apôtres qu’Il avait choisis en leur donnant mandat d’annoncer l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20). Forts de cette mission, les apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''3 ''Ceux qui à l’aide de Dieu ont accueilli l’appel du Christ et y ont librement répondu, ont été à leur tour pressés par l’amour du Christ d’annoncer partout dans le monde la Bonne Nouvelle. Ce trésor reçu des apôtres a été gardé fidèlement par leurs successeurs. Tous les fidèles du Christ sont appelés à le transmettre de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière (cf. Ac 2, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== II. Transmettre la foi – la catéchèse ===&lt;br /&gt;
''4 ''Très tôt on a appelé ''catéchèse'' l’ensemble des efforts entrepris dans l’Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ (cf. CT 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''5 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est une ''éducation de la foi'' des enfants, des jeunes et des adultes, qui comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné en général de façon organique et systématique, en vue d’initier à la plénitude de la vie chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''6 ''Sans se confondre avec eux, la catéchèse s’articule sur un certain nombre d’éléments de la mission pastorale de l’Église, qui ont un aspect catéchétique, qui préparent la catéchèse ou qui en découlent&amp;amp;nbsp;: première annonce de l’Évangile ou prédication missionnaire pour susciter la foi&amp;amp;nbsp;; recherche des raisons de croire&amp;amp;nbsp;; expérience de vie chrétienne&amp;amp;nbsp;; célébration des sacrements&amp;amp;nbsp;; intégration dans la communauté ecclésiale&amp;amp;nbsp;; témoignage apostolique et missionnaire (cf. CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''7 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est liée intimement à toute la vie de l’Église. Non seulement l’extension géographique et l’augmentation numérique mais aussi, et davantage encore, la croissance intérieure de l’Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d’elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''8 ''Les périodes de renouveau de l’Église sont aussi des temps forts de la catéchèse. Ainsi voit-on à la grande époque des Pères de l’Église de saints évêques y consacrer une part importante de leur ministère. Tels sont S. Cyrille de Jérusalem et S. Jean Chrysostome, S. Ambroise et S. Augustin, et bien d’autres Pères dont les œuvres catéchétiques demeurent des modèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''9 ''Le ministère de la catéchèse puise des énergies toujours nouvelles dans les Conciles. Le Concile de Trente constitue à cet égard un exemple à souligner&amp;amp;nbsp;: il a donné à la catéchèse une priorité dans ses constitutions et ses décrets&amp;amp;nbsp;; il est à l’origine du Catéchisme Romain qui porte aussi son nom et constitue une œuvre de premier ordre comme abrégé de la doctrine chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a suscité dans l’Église une organisation remarquable de la catéchèse&amp;amp;nbsp;; il a entraîné, grâce à de saints évêques et théologiens tels S. Pierre Canisius, S. Charles Borromée, S. Toribio de Mogrovejo, S. Robert Bellarmin, la publication de nombreux catéchismes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''10 ''Il n’est pas étonnant, dès lors, que, dans le mouvement à la suite du deuxième Concile du Vatican (considéré par le Pape Paul VI comme le grand catéchisme des temps modernes), la catéchèse de l’Église ait de nouveau attiré l’attention. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Directoire général de la Catéchèse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de 1971, les sessions du Synode des évêques consacrées à l’évangélisation (1974) et à la catéchèse (1977), les exhortations apostoliques qui leur correspondent, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Evangelii nuntiandi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1975) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catechesi tradendæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1979), en témoignent. La session extraordinaire du Synode des évêques de 1985 demanda &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que soit rédigé un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rapport final II B a 4). Le Saint-Père, Jean Paul II, a fait sien ce vœu émis par le Synode des évêques en reconnaissant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce désir répond tout à fait à un vrai besoin de l’Église universelle et des Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Discours 7 décembre 1985). Il mit tout en œuvre pour la réalisation de ce vœu des pères du Synode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== III. Le but et les destinataires de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''11 ''Ce Catéchisme a pour but de présenter un exposé organique et synthétique des contenus essentiels et fondamentaux de la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale, à la lumière du Concile Vatican II et de l’ensemble de la Tradition de l’Église. Ses sources principales sont l’Écriture Sainte, les saints Pères, la liturgie et le Magistère de l’Église. Il est destiné à servir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme un point de référence pour les catéchismes ou ''compendia'' qui sont composés dans les divers pays&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Synode des Évêques 1985, rapport final II B a 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12 ''Ce Catéchisme est destiné principalement aux responsables de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: en premier lieu aux évêques, en tant que docteurs de la foi et pasteurs de l’Église. Il leur est offert comme instrument dans l’accomplissement de leur charge d’enseigner le Peuple de Dieu. A travers les évêques, il s’adresse aux rédacteurs de catéchismes, aux prêtres et aux catéchistes. Il sera aussi d’utile lecture pour tous les autres fidèles chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== IV. La structure de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''13 ''Le plan de ce Catéchisme s’inspire de la grande tradition des catéchismes qui articulent la catéchèse autour de quatre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;piliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la profession de la foi baptismale (''le Symbole''), les sacrements de la foi, la vie de la foi (''les Commandements''), la prière du croyant (''le Notre Père'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Première partie : La profession de la foi ====&lt;br /&gt;
''14 ''Ceux qui par la foi et le Baptême appartiennent au Christ doivent confesser leur foi baptismale devant les hommes (cf. Mt 10, 32&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 9). Pour cela, le Catéchisme expose d’abord en quoi consiste la Révélation par laquelle Dieu s’adresse et se donne à l’homme, et la foi, par laquelle l’homme répond à Dieu (''première section''). Le symbole de la foi résume les dons que Dieu fait à l’homme comme Auteur de tout bien, comme Rédempteur, comme Sanctificateur et les articule autour des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;trois chapitres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Baptême – la foi en un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: le Père Tout-puissant, le Créateur&amp;amp;nbsp;; et Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur et Sauveur&amp;amp;nbsp;; et l’Esprit Saint, dans la Sainte Église (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième partie : Les sacrements de la foi ====&lt;br /&gt;
''15 ''La deuxième partie du Catéchisme expose comment le salut de Dieu, réalisé une fois pour toutes par le Christ Jésus et par l’Esprit Saint, est rendu présent dans les actions sacrées de la liturgie de l’Église (''première section''), particulièrement dans les sept sacrements (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième partie : La vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''16 ''La troisième partie du Catéchisme présente la fin ultime de l’homme, créé à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;: la béatitude, et les chemins pour y parvenir&amp;amp;nbsp;: par un agir droit et libre, avec l’aide de la loi et de la grâce de Dieu (''première section'')&amp;amp;nbsp;; par un agir qui réalise le double commandement de la charité, déployé dans les dix Commandements de Dieu (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Quatrième partie : La prière dans la vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''17 ''La dernière partie du Catéchisme traite du sens et de l’importance de la prière dans la vie des croyants (''première section''). Elle s’achève sur un bref commentaire des sept demandes de la prière du Seigneur (''deuxième section''). En elles, en effet, nous trouvons la somme des biens que nous devons espérer et que notre Père céleste veut nous accorder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== V. Indications pratiques pour l’usage de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''18 ''Ce Catéchisme est conçu comme un ''exposé organique'' de toute la foi catholique. Il faut donc le lire comme une unité. De nombreux renvois en marge du texte (numéros en italique se référant à d’autres paragraphes traitant du même sujet) et l’index thématique à la fin du volume permettent de voir chaque thème dans son lien avec l’ensemble de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''19 ''Souvent, les textes de l’Écriture Sainte ne sont pas cités littéralement mais avec la seule indication de leur référence (par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''cf'''.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) en note. Pour une intelligence approfondie de tels passages il convient de se reporter aux textes eux-mêmes. Ces références bibliques sont un instrument de travail pour la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''20 ''L’emploi des '''petits caractères''' pour certains passages indique qu’il s’agit de remarques de type historique, apologétique ou d’exposés doctrinaux complémentaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''21 '''''Les citations''', en petits caractères, de sources patristiques, liturgiques, magistérielles ou hagiographiques sont destinées à enrichir l’exposé doctrinal. Souvent ces textes ont été choisis en vue d’un usage directement catéchétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
22 A la fin de chaque unité thématique, une série de textes brefs résument en des formules ramassées l’essentiel de l’enseignement. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''En bref'''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ont pour but de donner des suggestions à la catéchèse locale pour des formules synthétiques et mémorisables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== VI. Les adaptations nécessaires ===&lt;br /&gt;
''23 ''L’accent de ce Catéchisme porte sur l’exposé doctrinal. En effet, il veut aider à approfondir la connaissance de la foi. Par là même il est orienté vers la maturation de cette foi, son enracinement dans la vie et son rayonnement dans le témoignage (cf. CT 20-22&amp;amp;nbsp;; 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''24 ''Par sa finalité même, ce Catéchisme ne se propose pas de réaliser les adaptations de l’exposé et des méthodes catéchétiques exigées par les différences de cultures, d’âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s’adresse la catéchèse. Ces adaptations indispensables relèvent des catéchismes appropriés, et plus encore de ceux qui instruisent les fidèles&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui enseigne doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se faire tout à tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 9, 22), pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. (...) Surtout qu’il ne s’imagine pas qu’une seule sorte d’âmes lui soit confiée, et que par conséquent il lui est loisible d’enseigner et de former également tous les fidèles à la vraie piété, avec une seule et même méthode et toujours la même&amp;amp;nbsp;! Qu’il sache bien que les uns sont en Jésus-Christ comme des enfants nouvellement nés, d’autres comme des adolescents, quelques-uns enfin, comme en possession de toutes leurs forces. (...) Ceux qui sont appelés au ministère de la prédication doivent, en transmettant l’enseignement des mystères, de la foi et des règles des mœurs, proportionner leurs paroles à l’esprit et à l’intelligence de leurs auditeurs (Catech. R. préface 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Par dessus tout – la Charité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''25 ''Pour conclure cette présentation, il est opportun de rappeler ce principe pastoral qu’énonce le Catéchisme Romain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Toute la finalité de la doctrine et de l’enseignement doit être placée dans l’amour qui ne finit pas. Car on peut bien exposer ce qu’il faut croire, espérer ou faire&amp;amp;nbsp;; mais surtout on doit toujours faire apparaître l’Amour de Notre Seigneur afin que chacun comprenne que tout acte de vertu parfaitement chrétien n’a pas d’autre origine que l’Amour et pas d’autre terme que l’Amour (Catech. R. préface 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première Partie : La profession de la foi ==&lt;br /&gt;
=== Première section : &amp;quot; JE crois &amp;quot; – &amp;quot; Nous croyons &amp;quot; ===&lt;br /&gt;
''26 ''Lorsque nous professons notre foi, nous commençons par dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Avant d’exposer la foi de l’Église telle qu’elle est confessée dans le Credo, célébrée dans la liturgie, vécue dans la pratique des Commandements et dans la prière, demandons-nous donc ce que signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La foi est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en même temps une lumière surabondante à l’homme en quête du sens ultime de sa vie. Nous considérons dès lors d’abord cette quête de l’homme (''chapitre premier''), ensuite la Révélation divine, par laquelle Dieu vient au devant de l’homme (''chapitre deuxième''), enfin la réponse de la foi (''chapitre troisième'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : L’homme est &amp;quot; capable &amp;quot; de Dieu ====&lt;br /&gt;
===== I. Le désir de Dieu =====&lt;br /&gt;
''27 ''Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu&amp;amp;nbsp;; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l’être&amp;amp;nbsp;; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet Amour et s’abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''28 ''De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si universelles que l’on peut appeler l’homme ''un être religieux''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d’un seul&amp;amp;nbsp;; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver&amp;amp;nbsp;; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''29 ''Mais ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21)&amp;amp;nbsp;: la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''30 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 105, 3). Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un cœur droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu es grand, Seigneur, et louable hautement&amp;amp;nbsp;: grand est ton pouvoir et ta sagesse n’a point de mesure. Et l’homme, petite partie de ta création, prétend Te louer, précisément l’homme qui, revêtu de sa condition mortelle, porte en lui le témoignage de son péché et le témoignage que Tu résistes aux superbes. Malgré tout, l’homme, petite partie de ta création, veut Te louer. Toi-même Tu l’y incites, en faisant qu’il trouve ses délices dans ta louange, parce que Tu nous a fait pour Toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi (S. Augustin, conf. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les voies d’accès à la connaissance de Dieu =====&lt;br /&gt;
''31 ''Créé à l’image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l’homme qui cherche Dieu découvre certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;preuves de l’existence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;arguments convergents et convaincants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour approcher Dieu ont pour point de départ la création&amp;amp;nbsp;: le monde matériel et la personne humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''32 ''Le ''monde''&amp;amp;nbsp;: A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l’ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l’univers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Paul affirme au sujet des païens&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste&amp;amp;nbsp;: Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 19-20&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 14, 15. 17&amp;amp;nbsp;; 17, 27-28&amp;amp;nbsp;; Sg 13, 1-9).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Augustin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent&amp;amp;nbsp;: Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (''confessio''). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (''Pulcher''), non sujet au changement&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Serm. 241, 2&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1134).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''33 ''L’''homme''&amp;amp;nbsp;: avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur, l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Germe d’éternité qu’il porte en lui-même, irréductible à la seule matière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18, § 1&amp;amp;nbsp;; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''34 ''Le monde et l’homme attestent qu’ils n’ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l’Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’homme peut accéder à la connaissance de l’existence d’une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et que tous appellent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 2, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''35 ''Les facultés de l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel. Mais pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La connaissance de Dieu selon l’Église =====&lt;br /&gt;
''36 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3004&amp;amp;nbsp;; cf. 3026&amp;amp;nbsp;; DV 6). Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L’homme a cette capacité parce qu’il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''37 ''Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l’homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien que la raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d’un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d’une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d’user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent absolument l’ordre des choses sensibles, et lorsqu’elles doivent se traduire en action et informer la vie, elles demandent qu’on se donne et qu’on se renonce. L’esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l’imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu’en de telles matières les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l’incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu’elles soient vraies (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani Generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''38 ''C’est pourquoi l’homme a besoin d’être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce qui dépasse son entendement, mais aussi sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu’elles puissent être, dans l’état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''ibid''., DS 3876&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; DV 6&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment parler de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
''39 ''En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''40 ''Puisque notre connaissance de Dieu est limitée, notre langage sur Dieu l’est également. Nous ne pouvons nommer Dieu qu’à partir des créatures, et selon notre mode humain limité de connaître et de penser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''41 ''Les créatures portent toutes une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Les multiples perfections des créatures (leur vérité, leur bonté, leur beauté) reflètent donc la perfection infinie de Dieu. Dès lors, nous pouvons nommer Dieu à partir des perfections de ses créatures, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 13, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''42 ''Dieu transcende toute créature. Il faut donc sans cesse purifier notre langage de ce qu’il a de limité, d’imagé, d’imparfait pour ne pas confondre le Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore) avec nos représentations humaines. Nos paroles humaines restent toujours en deçà du mystère de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''43 ''En parlant ainsi de Dieu, notre langage s’exprime, certes, de façon humaine, mais il atteint réellement Dieu lui-même, sans pourtant pouvoir l’exprimer dans son infinie simplicité. En effet, il faut se rappeler qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;entre le Créateur et la créature on ne peut marquer tellement de ressemblance que la dissemblance entre eux ne soit pas plus grande encore&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 806), et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous ne pouvons saisir de Dieu ce qu’Il est, mais seulement ce qu’Il n’est pas, et comment les autres êtres se situent par rapport à Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. gent. 1, 30)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== En bref =====&lt;br /&gt;
44 L’homme est par nature et par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l’homme ne vit une vie pleinement humaine que s’il vit librement son lien avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
45 L’homme est fait pour vivre en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand tout entier je serai en Toi, il n’y aura plus jamais de chagrin et d’épreuve&amp;amp;nbsp;; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, conf. 10, 28, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
46 Quand il écoute le message des créatures et la voix de sa conscience, l’homme peut atteindre la certitude de l’existence de Dieu, cause et fin de tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47 L’Église enseigne que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, peut être connu avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière naturelle de la raison humaine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3026).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 Nous pouvons réellement nommer Dieu en partant des multiples perfections des créatures, similitudes du Dieu infiniment parfait, même si notre langage limité n’en épuise pas le mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
49 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36). Voilà pourquoi les croyants se savent pressés par l’amour du Christ d’apporter la lumière du Dieu vivant à ceux qui l’ignorent ou le refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre deuxième : Dieu à la rencontre de l’homme ====&lt;br /&gt;
''50 ''Par la raison naturelle, l’homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses œuvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l’homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l’homme. Il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant qu’Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur de tous les hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : La Révélation de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Dieu révèle son &amp;quot; dessein bienveillant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''51 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''52 ''Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite une lumière inaccessible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 6, 16) veut communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs (cf. Ep 1, 4-5). En se révélant Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L’aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d’eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''53 ''Le dessein divin de la Révélation se réalise à la fois &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par des actions et par des paroles, intimement liées entre elles et s’éclairant mutuellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). Il comporte une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; particulière&amp;amp;nbsp;: Dieu se communique graduellement à l’homme, Il le prépare par étapes à accueillir la Révélation surnaturelle qu’Il fait de lui-même et qui va culminer dans la Personne et la mission du Verbe incarné, Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Irénée de Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l’image de l’accoutumance mutuelle entre Dieu et l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe de Dieu a habité dans l’homme et s’est fait Fils de l’homme pour accoutumer l’homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l’homme, selon le bon plaisir du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 20, 2&amp;amp;nbsp;; cf. par exemple 3, 17, 1&amp;amp;nbsp;; 4, 12, 4&amp;amp;nbsp;; 4, 21, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les étapes de la Révélation =====&lt;br /&gt;
'''Dès l’origine, Dieu se fait connaître'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''54 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui a créé et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même&amp;amp;nbsp;; voulant de plus ouvrir la voie d’un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès l’origine, à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3) Il les a invités à une communion intime avec Lui-même en les revêtant d’une grâce et d’une justice resplendissantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''55 ''Cette Révélation n’a pas été interrompue par le péché de nos premiers parents. Dieu, en effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en les faisant espérer le salut&amp;amp;nbsp;; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort. (...) Tu as multiplié les alliances avec eux (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’alliance avec Noé'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''56 ''Une fois l’unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d’abord à sauver l’humanité en passant par chacune de ses parties. L’alliance avec Noé d’après le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l’Économie divine envers les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire envers les hommes regroupés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 10, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 20-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''57 ''Cet ordre à la fois cosmique, social et religieux de la pluralité des nations (cf. Ac 17, 26-27) est destiné à limiter l’orgueil d’une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel (cf. Gn 11, 4-6). Mais, à cause du péché (cf. Rm 1, 18-25), le polythéisme ainsi que l’idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans cesse d’une perversion païenne cette économie provisoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''58 ''L’alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu’à la proclamation universelle de l’Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tels qu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abel le juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le roi-prêtre Melchisédech (cf. Gn 14, 18), figure du Christ (cf. He 7, 3) ou les justes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Noé, Daniel et Job&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ez 14, 14). Ainsi, l’Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l’alliance de Noé dans l’attente que le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rassemble dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 52) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu élit Abraham'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''59 ''Pour rassembler l’humanité dispersée, Dieu élit Abram en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hors de son pays, de sa parenté et de sa maison&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 1), pour faire de lui Abraham, c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père d’une multitude de nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 17, 5)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toi seront bénies toutes les nations de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 3 LXX&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''60 ''Le peuple issu d’Abraham sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de l’élection (cf. Rm 11, 28), appelé à préparer le rassemblement, un jour, de tous les enfants de Dieu dans l’unité de l’Église (cf. Jn 11, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 16)&amp;amp;nbsp;; il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus croyants (cf. Rm 11, 17-18. 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''61 ''Les patriarches et les prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu forme son peuple Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''62 ''Après les patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l’esclavage de l’Égypte. Il conclut avec lui l’Alliance du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa Loi, pour qu’il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis (cf. DV 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''63 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Israël est le Peuple sacerdotal de Dieu (cf. Ex 19, 6), celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porte le nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 28, 10). C’est le peuple de ceux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI), le peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères aînés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la foi d’Abraham (cf. Jean-Paul II, allocution dans la synagogue de Rome [13 avril 1986], 4).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''64 ''Par les prophètes, Dieu forme son peuple dans l’espérance du salut, dans l’attente d’une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera inscrite dans les cœurs (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; He 10, 16). Les prophètes annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui incluera toutes les nations (cf. Is 49, 5-6&amp;amp;nbsp;; 53, 11). Ce seront surtout les pauvres et les humbles du Seigneur (cf. So 2, 3) qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l’espérance du salut d’Israël. La figure la plus pure en est Marie (cf. Lc 1, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III Le Christ Jésus &amp;quot; Médiateur et Plénitude de toute la Révélation &amp;quot; (DV 2) =====&lt;br /&gt;
'''Dieu a tout dit en son Verbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''65 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là. S. Jean de la Croix, après tant d’autres, l’exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire&amp;amp;nbsp;; car ce qu’Il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il n’y aura plus d’autre Révélation'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''66 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée&amp;amp;nbsp;; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''67 ''Au fil des siècles il y a eu des révélations dites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;améliorer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;compléter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi chrétienne ne peut pas accepter des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement. C’est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''68 Par amour, Dieu s’est révélé et s’est donné à l’homme. Il apporte ainsi une réponse définitive et surabondante aux questions que l’homme se pose sur le sens et le but de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''69 Dieu s’est révélé à l’homme en lui communiquant'' ''graduellement son propre mystère par des actions et par des paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''70 Au delà du témoignage que Dieu donne de Lui-même dans les choses créées, Il s’est manifesté Lui-même à nos premiers parents. Il leur a parlé et, après la chute, leur a promis le salut (cf. Gn 3, 15) et leur a offert son alliance.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''71 Dieu conclut avec Noé une alliance éternelle entre Lui et tous les êtres vivants (cf. Gn 9, 16). Elle durera tant que dure le monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''72 Dieu a élu Abraham et a conclu une alliance avec lui et sa descendance. Il en a formé son peuple auquel il a révélé sa loi par Moïse. Il l’a préparé par les prophètes à accueillir le salut destiné à toute l’humanité. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''73 Dieu s’est révélé pleinement en envoyant son propre Fils en qui Il a établi son Alliance pour toujours. Celui-ci est la Parole définitive du Père, de sorte qu’il n’y aura plus d’autre Révélation après Lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : La transmission de la Révélation divine =====&lt;br /&gt;
''74 ''Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4), c’est-à-dire du Christ Jésus (cf. Jn 14, 6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu’ainsi la Révélation parvienne jusqu’aux extrémités du monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu’elle demeurât toujours en son intégrité et qu’elle fût transmise à toutes les générations (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La Tradition apostolique =====&lt;br /&gt;
''75 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur en qui s’achève toute la Révélation du Dieu très haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédication apostolique...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''76 ''La transmission de l’Évangile, selon l’ordre du Seigneur, s’est faite de deux manières&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Oralement ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par écrit'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... continuée dans la succession apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''77 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils ‘transmirent leur propre charge d’enseignement’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''78 ''Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l’Église qui croit et qui prie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''79 ''Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le rapport entre la Tradition et l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
'''Une source commune...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''80 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elles sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux jaillissent d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9). L’une et l’autre rendent présent et fécond dans l’Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer avec les siens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... deux modes distincts de transmission'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''81 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''La Sainte Écriture'' est la parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ''la sainte Tradition'', elle porte la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''82 ''Il en résulte que l’Église à laquelle est confiée la transmission et l’interprétation de la Révélation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C’est pourquoi l’une et l’autre doivent être reçues et vénérées avec égal sentiment d’amour et de respect&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tradition apostolique et traditions ecclésiales'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''83 ''La Tradition dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l’enseignement et de l’exemple de Jésus et ce qu’ils ont appris par l’Esprit Saint. En effet, la première génération de chrétiens n’avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut en distinguer les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C’est à sa lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées sous la conduite du Magistère de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’interprétation de l’héritage de la foi =====&lt;br /&gt;
'''L’héritage de la foi confié à la totalité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''84 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’héritage sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Tm 6, 20&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 1, 12-14) de la foi (''depositum fidei''), contenu dans la Sainte Tradition et dans l’Écriture Sainte a été confié par les apôtres à l’ensemble de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En s’attachant à lui le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, une singulière unité d’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Magistère de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''85 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10), c’est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l’évêque de Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''86 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourtant, ce Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n’enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''87 ''Les fidèles, se souvenant de la parole du Christ à ses apôtres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous écoute, m’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 10, 16&amp;amp;nbsp;; cf. LG 20), reçoivent avec docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous différentes formes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les dogmes de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''88 ''Le Magistère de l’Église engage pleinement l’autorité reçue du Christ quand il définit des dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou bien quand il propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''89 ''Il existe un lien organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi (cf. Jn 8, 31-32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''90 ''Les liens mutuels et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l’ensemble de la Révélation du mystère du Christ (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3016&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nexus mysteriorum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; LG 25). Il faut, en effet, se rappeler que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la diversité de leurs rapports avec les fondements de la foi chrétienne marque un ordre ou une ‘hiérarchie’ des vérités de la doctrine catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens surnaturel de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''91 ''Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l’onction de l’Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20. 27) et les conduit vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''92 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’ensemble des fidèles (...) ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, ‘des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs’, il apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''93 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du Magistère sacré, (...) le Peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en œuvre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La croissance dans l’intelligence de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''94 ''Grâce à l’assistance du Saint-Esprit, l’intelligence tant des réalités que des paroles de l’héritage de la foi peut croître dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; c’est en particulier &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 62, § 7&amp;amp;nbsp;; cf. 44, § 2&amp;amp;nbsp;; DV 23&amp;amp;nbsp;; 24&amp;amp;nbsp;; UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire le Grand, hom. Ez. 1, 7, 8&amp;amp;nbsp;: PL 76, 843D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''95 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu’aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l’action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
96 Ce que le Christ a confié aux apôtres, ceux-ci l’ont transmis par leur prédication et par écrit, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, à toutes les générations, jusqu’au retour glorieux du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
97 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) en lequel, comme dans un miroir, l’Église pérégrinante contemple Dieu, source de toutes ses richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
98 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans sa doctrine, sa vie et son culte, l’Église perpétue et transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99 Grâce à son sens surnaturel de la foi, le Peuple de Dieu tout entier ne cesse d’accueillir le don de la Révélation divine, de le pénétrer plus profondément et d’en vivre plus pleinement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
100 La charge d’interpréter authentiquement la Parole de Dieu a été confiée au seul Magistère de l’Église, au Pape et aux évêques en communion avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : La Sainte ÉCRITURE =====&lt;br /&gt;
===== I. Le Christ – Parole unique de l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
''101 ''Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''102 ''A travers toutes les paroles de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Rappelez-vous que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n’y a pas besoin de syllabes parce qu’il n’y est pas soumis au temps (S. Augustin, Psal. 103, 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 37, 1378).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''103 ''Pour cette raison, l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ (cf. DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''104 ''Dans l’Écriture Sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24), car en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement&amp;amp;nbsp;: la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Inspiration et vérité de la Sainte Écriture =====&lt;br /&gt;
''105 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''106 Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''107 Les livres inspirés enseignent la vérité. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''108 ''Cependant, la foi chrétienne n’est pas une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;religion du Livre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le christianisme est la religion de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Bernard, hom. miss. 4, 11&amp;amp;nbsp;: ''Opera,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; ed. J. Leclercq-H. Rochais, v. 4 [Romae 1966] p. 57). Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 45).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit Saint, interprète de l’Écriture =====&lt;br /&gt;
''109 ''Dans l’Écriture Sainte, Dieu parle à l’homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l’Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''110 ''Pour découvrir ''l’intention des auteurs sacrés'', il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;genres littéraires&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''111 ''Mais puisque l’Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l’interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l’Écriture demeurerait lettre morte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Concile Vatican II indique ''trois critères'' pour une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée (cf. DV 12, § 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''112 ''1.&amp;amp;nbsp;''Porter une grande attention &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au contenu et à l’unité de toute l’Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24, 25-27. 44-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le cœur (cf. Ps 22, 15) du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le cœur du Christ. Ce cœur était fermé avant la passion car l’Écriture était obscure. Mais l’Écriture a été ouverte après la passion, car ceux qui désormais en ont l’intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (cf. S. Thomas d’A., Psal. 21, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''113 ''2.&amp;amp;nbsp;''Lire ensuite l’Écriture dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tradition vivante de toute l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cœur de l’Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, l’Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c’est l’Esprit Saint qui lui donne l’interprétation spirituelle de l’Écriture (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;... selon le sens spirituel dont l’Esprit gratifie l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Origène, hom. in Lev. 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''114 ''3.&amp;amp;nbsp;''Être attentif &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'' (cf. Rm 12, 6). Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sens de l’Écriture'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''115 ''Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux ''sens'' de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''116 ''Le ''sens littéral. ''C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 10, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''117 ''Le ''sens spirituel. ''Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Le sens ''allégorique. ''Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ&amp;amp;nbsp;; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le sens ''moral''. Les événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre instruction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 10, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 3 – 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le sens ''anagogique''. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec&amp;amp;nbsp;: ''anagoge'') vers notre Patrie. Ainsi, l’Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 – 22, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;118 Un distique médiéval résume la signification des quatre sens&amp;amp;nbsp;: Le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire, le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie vers quoi il faut tendre (Augustin de Dace, Rotulus pugillaris, I&amp;amp;nbsp;: ed. A. Walz, Angelicum 6 [1929] 256).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''119 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l’interpréter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne croirais pas à l’Evangile, si l’autorité de l’Eglise catholique ne m’y poussait (S. Augustin, fund. 5, 6&amp;amp;nbsp;: PL 42, 176).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le Canon des Écritures =====&lt;br /&gt;
''120 ''C’est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l’Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres Saints (cf. DV 8, 3). Cette liste intégrale est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Canon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des Écritures. Elle comporte pour l’Ancien Testament 46 (45, si l’on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau (cf. DS 179&amp;amp;nbsp;; 1334-1336&amp;amp;nbsp;; 1501-1504)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, Esdras et Néhémie, Tobie, Judith, Esther, les deux livres des Maccabées, Job, les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie, les Lamentations, Baruch, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Agée, Zacharie, Malachie pour l’Ancien Testament&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, les Actes des Apôtres, les Épîtres de S. Paul aux Romains, la première et la deuxième aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, la première et la deuxième aux Thessaloniciens, la première et la deuxième à Timothée, à Tite, à Philémon, l’Épître aux Hébreux, l’Épître de Jacques, la première et la deuxième de Pierre, les trois Épîtres de Jean, l’Épître de Jude et l’Apocalypse pour le Nouveau Testament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Ancien Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''121 ''L’Ancien Testament est une partie inamissible de l’Écriture Sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente (cf. DV 14) car l’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''122 ''En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Économie de l’Ancien Testament avait pour principale raison d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du provisoire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, les livres de l’Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l’amour salvifique de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d’admirables trésors de prière&amp;amp;nbsp;; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''123 ''Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L’Église a toujours vigoureusement repoussé l’idée de rejeter l’Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l’aurait rendu caduc (Marcionisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''124 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Parole de Dieu qui est une force divine pour le salut de tout croyant, se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 17). Ces écrits nous livrent la vérité définitive de la Révélation divine. Leur objet central est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l’action de l’Esprit Saint (cf. DV 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''125 ''Les ''Évangiles'' sont le cœur de toutes les Écritures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l’enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''126 ''Dans la formation des Évangiles on peut distinguer trois étapes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''La vie et l’enseignement de Jésus''. L’Église tient fermement que les quatre Évangiles, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dont elle affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La tradition orale. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par l’Esprit de vérité, jouissaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Les Évangiles écrits.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''127 ''L’Évangile quadriforme occupe dans l’Église une place unique, témoins la vénération dont l’entoure la liturgie et l’attrait incomparable qu’il a exercé de tout temps sur les saints&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il n’y a aucune doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de l’Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes (Ste Césarie la Jeune, Rich.&amp;amp;nbsp;: SC 345, 480).&amp;lt;br/&amp;gt; C’est par-dessus tout l’''Évangile'' qui m’entretient pendant mes oraisons&amp;amp;nbsp;; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''128 ''L’Église, déjà aux temps apostoliques (cf. 1 Co 10, 6. 11&amp;amp;nbsp;; He 10, 1&amp;amp;nbsp;; 1 P 3, 21), et puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l’unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la ''typologie''. Celle-ci discerne dans les œuvres de Dieu dans l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''129 ''Les chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Cette lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l’Ancien Testament. Elle ne doit pas faire oublier qu’il garde sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). Par ailleurs, le Nouveau Testament demande d’être lu aussi à la lumière de l’Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (cf. 1 Co 5, 6-8&amp;amp;nbsp;; 10, 1-11). Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, alors que l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Nouveau se cache dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Hept. 2, 73&amp;amp;nbsp;: PL 34, 623&amp;amp;nbsp;; cf. DV 16). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''130 ''La typologie signifie le dynamisme vers l’accomplissement du plan divin quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28). Aussi la vocation des patriarches et l’Exode de l’Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur propre dans le plan de Dieu, du fait qu’ils en sont en même temps des étapes intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. La Sainte Écriture dans la vie de l’Église =====&lt;br /&gt;
''131 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21). Il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''132 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que l’étude de la Sainte Écriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l’instruction chrétienne, où l’homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l’Écriture, une saine nourriture et une saine vigueur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''133 ''L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (...) à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, ‘la science éminente de Jésus-Christ’ (Ph 3, 8). ‘En effet, ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ’ (S. Jérôme, Is. prol.&amp;amp;nbsp;: PL 24, 17B)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134 Toute l’Écriture divine n’est qu’un seul livre, et ce seul livre c’est le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car toute l’Écriture divine parle du Christ, et toute l’Écriture divine s’accomplit dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hugues de Saint Victor, De arca Noe 2, 8&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642&amp;amp;nbsp;; cf. ibid. 2, 9&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642-643: PL 176, 642C). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et, puisqu’elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
136 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte en inspirant ses auteurs humains&amp;amp;nbsp;; Il agit en eux et par eux. Il donne ainsi l’assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire (cf. DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
137 L’interprétation des Écritures inspirées doit être avant tout attentive à ce que Dieu veut révéler par les auteurs sacrés pour notre salut. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui vient de l’Esprit, n’est pleinement entendu que par l’action de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Origène, hom. in Ex. 4, 5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
138 L’Église reçoit et vénère comme inspirés les 46 livres de l’Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139 Les quatre Évangiles tiennent une place centrale puisque le Christ Jésus en est le centre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
140 L’unité des deux Testaments découle de l’unité du dessein de Dieu et de sa Révélation.. L’Ancien Testament prépare le Nouveau, alors que celui-ci accomplit l’Ancien&amp;amp;nbsp;; les deux s’éclairent mutuellement&amp;amp;nbsp;; les deux sont vraie Parole de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a fait pour le Corps même du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21)&amp;amp;nbsp;: ces deux nourrissent et régissent toute la vie chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 105&amp;amp;nbsp;; cf. Is 50, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : La réponse de l’homme à Dieu ====&lt;br /&gt;
''142 Par sa révélation'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible s’adresse aux hommes comme à ses amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). La réponse adéquate à cette invitation est la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''143 Par la foi ''l’homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l’homme donne son assentiment à Dieu révélateur (cf. DV 5). L’Écriture Sainte appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette réponse de l’homme au Dieu qui révèle (cf. Rm 1, 5&amp;amp;nbsp;; 16, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : Je crois =====&lt;br /&gt;
===== I. L’obéissance de la foi =====&lt;br /&gt;
''144 ''Obéir (''ob-audire'') dans la foi, c’est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même. De cette obéissance, Abraham est le modèle que nous propose l’Écriture Sainte. La Vierge Marie en est la réalisation la plus parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Abraham – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''145 ''L’Épître aux Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement sur la foi d’Abraham&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, Abraham ''obéit'' à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 8&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 12, 1-4). Par la foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans la Terre promise (cf. Gn 23, 4). Par la foi, Sara reçut de concevoir le fils de la promesse. Par la foi enfin, Abraham offrit son fils unique en sacrifice (cf. He 11, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''146 ''Abraham réalise ainsi la définition de la foi donnée par l’épître aux Hébreux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fut compté comme justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 3&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 6). Grâce à cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;foi puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 20), Abraham est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous ceux qui croiraient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 11. 18&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''147 ''De cette foi, l’Ancien Testament est riche en témoignages. L’Épître aux Hébreux proclame l’éloge de la foi exemplaire des anciens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui leur a valu un bon témoignage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 2. 39). Pourtant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la grâce de croire en son Fils Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef de notre foi, qui la mène à la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 40&amp;amp;nbsp;; 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''148 ''La Vierge Marie réalise de la façon la plus parfaite l’obéissance de la foi. Dans la foi, Marie accueillit l’annonce et la promesse apportées par l’ange Gabriel, croyant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14), et donnant son assentiment&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38). Élisabeth la salua&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 45). C’est pour cette foi que toutes les générations la proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''149 ''Pendant toute sa vie, et jusqu’à sa dernière épreuve (cf. Lc 2, 35), lorsque Jésus, son fils, mourut sur la croix, sa foi n’a pas vacillé. Marie n’a pas cessé de croire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en l’accomplissement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la parole de Dieu. Aussi bien, l’Église vénère-t-elle en Marie la réalisation la plus pure de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Je sais en qui j’ai mis ma foi &amp;quot; (2 Tm 1, 12) =====&lt;br /&gt;
'''Croire en Dieu seul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''150 ''La foi est d’abord une ''adhésion personnelle'' de l’homme ''à Dieu''&amp;amp;nbsp;; elle est en même temps, et inséparablement, ''l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé''. En tant qu’adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la vérité qu’il a révélé, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu’Il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une créature (cf. Jr 17, 5-6&amp;amp;nbsp;; Ps 40, 5&amp;amp;nbsp;; 146, 3-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en Jésus-Christ, le Fils de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''151 ''Pour le chrétien, croire en Dieu, c’est inséparablement croire en Celui qu’Il a envoyé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;son Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en qui Il a mis toute sa complaisance (cf. Mc 1, 11)&amp;amp;nbsp;; Dieu nous a dit de L’écouter (cf. Mc 9, 7). Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croyez en Dieu, croyez aussi en moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 1). Nous pouvons croire en Jésus-Christ parce qu’Il est Lui-même Dieu, le Verbe fait chair&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul n’a jamais vu Dieu&amp;amp;nbsp;; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, L’a fait connaître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 18). Parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a vu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 46), Il est seul à Le connaître et à pouvoir Le révéler (cf. Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''152 ''On ne peut pas croire en Jésus-Christ sans avoir part à son Esprit. C’est l’Esprit Saint qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul ne peut dire&amp;amp;nbsp;: ‘Jésus est Seigneur’, que sous l’action de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu (...) Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 10-11). Dieu seul connaît Dieu tout entier. Nous croyons ''en'' l’Esprit Saint parce qu’il est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église ne cesse de confesser sa foi en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Les caractéristiques de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La foi est une grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''153 ''Lorsque S. Pierre confesse que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare que cette révélation ne lui est pas venue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 1, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 25). La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour prêter cette foi, l’homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne ‘à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un acte humain'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''154 ''Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme de faire confiance à Dieu et d’adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations humaines il n’est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que d’autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de faire confiance à leurs promesses (comme, par exemple, lorsqu’un homme et une femme se marient), pour entrer ainsi en communion mutuelle. Dès lors, il est encore moins contraire à notre dignité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui révèle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008) et d’entrer ainsi en communion intime avec Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''155 ''Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 2, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi et l’intelligence'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''156 ''Le ''motif'' de croire n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Néanmoins, pour que l’hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., DS 3009). C’est ainsi que les miracles du Christ et des saints (cf. Mc 16, 20&amp;amp;nbsp;; He 2, 4), les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;motifs de crédibilité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui montrent que l’assentiment de la foi n’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nullement un mouvement aveugle de l’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008-3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''157 ''La foi est ''certaine, ''plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu’elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. Certes, les vérités révélées peuvent paraître obscures à la raison et à l’expérience humaines, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 171, 5, obj. 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dix mille difficultés ne font pas un seul doute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Newman, apol.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''158 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi ''cherche à comprendre''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Anselme, prosl. proœm.&amp;amp;nbsp;: PL 153, 225A)&amp;amp;nbsp;: il est inhérent à la foi que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu’Il a révélé&amp;amp;nbsp;; une connaissance plus pénétrante appellera à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d’amour. La grâce de la foi ouvre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les yeux du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 18) pour une intelligence vive des contenus de la Révélation, c’est-à-dire de l’ensemble du dessein de Dieu et des mystères de la foi, de leur lien entre eux et avec le Christ, centre du mystère révélé. Or, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre toujours plus profonde l’intelligence de la Révélation, l’Esprit Saint ne cesse, par ses dons, de rendre la foi plus parfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5). Ainsi, selon l’adage de S. Augustin (serm. 43, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 258), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;je crois pour comprendre et je comprends pour mieux croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''159 Foi et science. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3017). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi&amp;amp;nbsp;: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s’efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La liberté de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''160 ''Pour être humaine, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réponse de la foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire&amp;amp;nbsp;; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi. Par sa nature même, en effet, l’acte de foi a un caractère volontaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 10&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 748, § 2). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, certes, appelle l’homme à le servir en esprit et vérité&amp;amp;nbsp;; si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas. (...) Cela est apparu au plus haut point dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11). En effet, le Christ a invité à la foi et à la conversion, il n’y a nullement contraint. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume (...) s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La nécessité de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''161 ''Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut (cf. Mc 16, 16&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 36&amp;amp;nbsp;; 6, 40 e.a.). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parce que ‘sans la foi (...) il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) et d’arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu’il n’ait ‘persévéré en elle jusqu’à la fin’ (Mt 10, 22&amp;amp;nbsp;; 24, 13), n’obtiendra la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3012&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1532).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La persévérance dans la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''162 ''La foi est un don gratuit que Dieu fait à l’homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre&amp;amp;nbsp;; S. Paul en avertit Timothée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience&amp;amp;nbsp;; pour s’en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre, croître et persévérer jusqu’à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; nous devons implorer le Seigneur de l’augmenter (cf. Mc 9, 24&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 5&amp;amp;nbsp;; 22, 32)&amp;amp;nbsp;; elle doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;agir par la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 6&amp;amp;nbsp;; cf. Jc 2, 14-26), être portée par l’espérance (cf. Rm 15, 13) et être enracinée dans la foi de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi – commencement de la vie éternelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''163 ''La foi nous fait goûter comme à l’avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tandis que dès maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un miroir, c’est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre foi nous assure qu’un jour nous en jouirons (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132&amp;amp;nbsp;; cf. S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''164 ''Maintenant, cependant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme dans un miroir, d’une manière confuse, (...), imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12). Lumineuse par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l’obscurité. La foi peut être mise à l’épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure&amp;amp;nbsp;; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle, elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''165 ''C’est alors que nous devons nous tourner vers les ''témoins de la foi''&amp;amp;nbsp;: Abraham, qui crut, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;espérant contre toute espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 18)&amp;amp;nbsp;; la Vierge Marie qui, dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 58), est allée jusque dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nuit de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 18) en communiant à la souffrance de son Fils et à la nuit de son tombeau&amp;amp;nbsp;; et tant d’autres témoins de la foi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enveloppés d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 12, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : Nous croyons =====&lt;br /&gt;
''166 ''La foi est un acte personnel&amp;amp;nbsp;: la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''167 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole des Apôtres)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople, dans l’original grec)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église confessée par les évêques assemblés en Concile ou, plus généralement, par l’assemblée liturgique des croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: c’est aussi l’Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Regarde, Seigneur, la foi de ton Église &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''168 ''C’est d’abord l’Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C’est d’abord l’Église qui, partout, confesse le Seigneur (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est toi que par tout l’univers la Sainte Église proclame son Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chantons-nous dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Te Deum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est par l’Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. Dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rituale Romanum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le ministre du baptême demande au catéchumène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que demandes-tu à l’Église de Dieu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Et la réponse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que te donne la foi&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OICA 75 et 247).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''169 ''Le salut vient de Dieu seul&amp;amp;nbsp;; mais parce que nous recevons la vie de la foi à travers l’Église, celle-ci est notre mère&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons l’Église comme la mère de notre nouvelle naissance, et non pas en l’Église comme si elle était l’auteur de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Faustus de Riez, Spir. 1, 2&amp;amp;nbsp;: CSEL 21, 104). Parce qu’elle est notre mère, elle est aussi l’éducatrice de notre foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le langage de la foi =====&lt;br /&gt;
''170 ''Nous ne croyons pas en des formules, mais dans les réalités qu’elles expriment et que la foi nous permet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toucher&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’acte (de foi) du croyant ne s’arrête pas à l’énoncé, mais à la réalité (énoncée)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 1, 2, ad 2). Cependant, ces réalités, nous les approchons à l’aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d’exprimer et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l’assimiler et d’en vivre de plus en plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''171 ''L’Église qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la colonne et le soutien de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 15), garde fidèlement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jude 3). C’est elle qui garde la mémoire des Paroles du Christ, c’est elle qui transmet de génération en génération la confession de foi des apôtres. Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là même à comprendre et à communiquer, l’Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l’intelligence et la vie de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Une seule foi =====&lt;br /&gt;
''172 ''Depuis des siècles, à travers tant de langues, cultures, peuples et nations, l’Église ne cesse de confesser sa foi unique, reçue d’un seul Seigneur, transmise par un seul baptême, enracinée dans la conviction que tous les hommes n’ont qu’un seul Dieu et Père (cf. Ep 4, 4-6). S. Irénée de Lyon, témoin de cette foi, déclare&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''173 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, l’Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu’aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (...) garde [cette prédication et cette foi] avec soin, comme n’habitant qu’une seule maison, elle y croit d’une manière identique, comme n’ayant qu’une seule âme et qu’un seul cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d’une voix unanime, comme ne possédant qu’une seule bouche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (hær. 1, 10, 1-2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''174 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique. Et ni les Églises établies en Germanie n’ont d’autre foi ou d’autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l’Orient, de l’Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid. 1, 10, 1-2) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le message de l’Église est donc véridique et solide, puisque c’est chez elle qu’un seul chemin de salut apparaît à travers le monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 5, 20, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''175 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette foi que nous avons reçue de l’Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l’action de l’Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''176 La foi est une adhésion personnelle de l’homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une adhésion de l’intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par ses actions et ses paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''177 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a donc une double référence&amp;amp;nbsp;: à la personne et à la vérité&amp;amp;nbsp;; à la vérité par confiance en la personne qui l’atteste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''178 Nous ne devons croire en nul autre que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''179 La foi est un don surnaturel de Dieu. Pour croire, l’homme a besoin des secours intérieurs du Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''180 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte humain, conscient et libre, qui correspond à la dignité de la personne humaine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''181 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte ecclésial. La foi de l’Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L’Église est la mère de tous les croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n’a pas l’Église pour mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Cyprien, unit. eccl.&amp;amp;nbsp;: PL 4, 503A).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''182 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 20).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''183 La foi est nécessaire au salut. Le Seigneur lui-même l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;; celui qui ne croira pas, sera condamné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 16).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''184 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est un avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., comp. 1, 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Credo ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Symbole des Apôtres (DS 30)&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Credo de Nicée-Constantinople (DS 150)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en Dieu,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de l’univers visible et invisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Et en Jésus-Christ, son Fils unique&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| notre Seigneur,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Fils unique de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| né du Père avant tous les siècles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est Dieu, né de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Lumière, né de la Lumière,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| vrai Dieu, né du vrai Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| engendré, non pas créé,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de même nature que le Père,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et par Lui tout a été fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Pour nous les hommes, et pour notre salut,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui a été conçu du Saint-Esprit,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| par l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est né de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il a pris chair de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et S’est fait homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a souffert sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a été crucifié, est mort&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et a été enseveli,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est descendu aux enfers.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Le troisième jour est ressuscité des morts,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II ressuscita le troisième jour,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| conformément aux Ecritures,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est monté aux cieux,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et Il monta au ciel;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est assis à la droite de Dieu le Père&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est assis à la droite du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| d’où Il viendra juger les vivants et les morts.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reviendra dans la gloire,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour juger les vivants et les morts;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et son règne n’aura pas de fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui est Seigneur et qui donne la vie;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il procède du Père et du Fils;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| avec le Père et le Fils,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reçoit même adoration et même gloire;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II a parlé par les prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la sainte Eglise catholique,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Eglise,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la communion des saints,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| une, sainte, catholique et apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je reconnais un seul baptême&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la rémission des péchés,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour le pardon des péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la résurrection de la chair,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| J’attends la résurrection des morts,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la vie éternelle,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et la vie du monde à venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
=== Deuxième section : La profession de la foi chrétienne ===&lt;br /&gt;
'''Les symboles de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''185 ''Qui dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’adhère à ce que ''nous'' croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La communion dans la foi a besoin d’un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant dans la même confession de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''186 ''Dès l’origine, l’Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 3-5&amp;amp;nbsp;; etc.). Mais très tôt déjà, l’Église a aussi voulu recueillir l’essentiel de sa foi en des résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette synthèse de la foi n’a pas été faite selon les opinions humaines&amp;amp;nbsp;; mais de toute l’Écriture a été recueilli ce qu’il y a de plus important, pour donner au complet l’unique enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12&amp;amp;nbsp;: PG 33, 521-524).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''187 ''On appelle ces synthèses de la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;professions de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en raison de ce qui en est normalement la première parole&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On les appelle également &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Symboles de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''188 ''Le mot grec ''symbolon'' signifiait la moitié d’un objet brisé (par exemple un sceau) que l’on présentait comme un signe de reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier l’identité du porteur. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. ''Symbolon'' signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le recueil des principales vérités de la foi. D’où le fait qu’il sert de point de référence premier et fondamental de la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''189 ''La première &amp;quot;&amp;amp;nbsp;profession de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se fait lors du Baptême. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est d’abord le symbole ''baptismal''. Puisque le Baptême est donné &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19), les vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''190 ''Le Symbole est donc divisé en trois parties&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’abord il est question de la première Personne divine et de l’œuvre admirable de la création&amp;amp;nbsp;; ensuite, de la seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes&amp;amp;nbsp;; enfin de la troisième Personne divine, source et principe de notre sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les trois chapitres de notre sceau (baptismal)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 100).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''191 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D’après une comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons ''articles.'' De même, en effet, que dans nos membres, il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison le nom d’articles aux vérités que nous devons croire en particulier et d’une manière distincte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 4). Selon une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi coutume de compter ''douze'' articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres l’ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''192 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins des différentes époques, les professions ou symboles de la foi&amp;amp;nbsp;: les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS 1-64), le Symbole &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit de S. Athanase (cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède&amp;amp;nbsp;: DS 525-541&amp;amp;nbsp;; Latran&amp;amp;nbsp;: DS 800-802&amp;amp;nbsp;; Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 851-861&amp;amp;nbsp;; Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fides Damasi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 71-72) ou le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [SPF] de Paul VI (1968).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''193 ''Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l’Église ne peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à atteindre et à approfondir aujourd’hui la foi de toujours à travers les divers résumés qui en ont été faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute particulière dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''194 ''Le ''Symbole des apôtres'', appelé ainsi parce qu’il est considéré à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l’ancien symbole baptismal de l’Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est le symbole que garde l’Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, symb. 7&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''195 ''Le ''Symbole dit de Nicée-Constantinople'' tient sa grande autorité du fait qu’il est issu des deux premiers Conciles œcuméniques (325 et 381). Il demeure commun, aujourd’hui encore, à toutes les grandes Églises de l’Orient et de l’Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''196 ''Notre exposé de la foi suivra le ''Symbole des apôtres'' qui constitue, pour ainsi dire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le plus ancien catéchisme romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’exposé sera cependant complété par des références constantes au ''Symbole de Nicée-Constantinople'', souvent plus explicite et plus détaillé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''197 ''Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la règle de doctrine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 17), accueillons le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo, c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, c’est entrer aussi en communion avec l’Église toute entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre cœur et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de notre âme (S. Ambroise, symb. 1&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1155C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : Je crois en Dieu le Père ====&lt;br /&gt;
''198 ''Notre profession de foi commence par ''Dieu,'' car Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier et Le dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 44, 6), le Commencement et la Fin de tout. Le Credo commence par Dieu ''le Père'', parce que le Père est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;; notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce que la création est le commencement et le fondement de toutes les œuvres de Dieu .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : &amp;quot; Je crois en Dieu le Père Tout-puissant Créateur du ciel et de la terre &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Je crois en Dieu =====&lt;br /&gt;
''199 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est révélé progressivement aux hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles font d’abord profession de croire en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Je crois en un seul Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''200 ''C’est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople. La confession de l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation Divine dans l’Ancienne Alliance, est inséparable de celle de l’existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique&amp;amp;nbsp;: il n’y a qu’un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi chrétienne confesse qu’il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''201 ''A Israël, son élu, Dieu S’est révélé comme l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4-5). Par les prophètes, Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui, l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre (...). Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera toute langue en disant&amp;amp;nbsp;: en Dieu seul sont la justice et la force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 22-24&amp;amp;nbsp;; cf. Ph 2, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''202 ''Jésus Lui-même confirme que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’il faut L’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 29-30). Il laisse en même temps entendre qu’Il est Lui-même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 35-37). Confesser que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le propre de la foi chrétienne. Cela n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique. Croire en l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est Seigneur et qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; n’introduit aucune division dans le Dieu unique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous croyons fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint Esprit&amp;amp;nbsp;: Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Dieu révèle son nom =====&lt;br /&gt;
''203 ''A son peuple Israël Dieu s’est révélé en lui faisant connaître son nom. Le nom exprime l’essence, l’identité de la personne et le sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n’est pas une force anonyme. Livrer son nom, c’est se faire connaître aux autres&amp;amp;nbsp;; c’est en quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être connu plus intimement et d’être appelé, personnellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''204 ''Dieu s’est révélé progressivement et sous divers noms à son peuple, mais c’est la révélation du nom divin faite à Moïse dans la théophanie du buisson ardent, au seuil de l’Exode et de l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Dieu vivant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''205 ''Dieu appelle Moïse du milieu d’un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses&amp;amp;nbsp;; Il vient pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute Puissance en œuvre pour ce dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis Celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Moïse dit à Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis&amp;amp;nbsp;: ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous’. Mais s’ils me disent&amp;amp;nbsp;: ‘quel est son nom&amp;amp;nbsp;?’, que leur dirai-je&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Et il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici ce que tu diras aux Israélites&amp;amp;nbsp;: ‘Je suis’ m’a envoyé vers vous. (...) C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 13-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''206 ''En révélant Son nom mystérieux de YHWH, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis qui Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Dieu dit Qui Il est et de quel nom on doit L’appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime le mieux Dieu comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre ou dire&amp;amp;nbsp;: Il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu caché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu qui Se fait proche des hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''207 ''En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui est de toujours et pour toujours, valable pour le passé (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3, 6), comme pour l’avenir&amp;amp;nbsp;: (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai avec toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3,12). Dieu qui révèle son nom comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se révèle comme le Dieu qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''208 ''Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu, l’homme découvre sa petitesse. Devant le buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se voile le visage (cf. Ex 3, 5-6) face à la Sainteté Divine. Devant la gloire du Dieu trois fois saint, Isaïe s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Malheur à moi, je suis perdu&amp;amp;nbsp;! Car je suis un homme aux lèvres impures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 6, 5). Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 8). Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l’homme qui se découvre pécheur devant lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère (...) car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Os 10, 9). L’apôtre Jean dira de même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devant Lui nous apaiseront notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur, et Il connaît tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''209 ''Par respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne prononce pas le nom de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé est remplacé par le titre divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Adonaï'', en grec ''Kyrios''). C’est sous ce titre que sera acclamée la Divinité de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de tendresse et de pitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''210 ''Après le péché d’Israël, qui s’est détourné de Dieu pour adorer le veau d’or (cf. Ex 32), Dieu &amp;lt;nowiki&amp;gt;écoute l’intercession de Moïse et accepte de marcher au milieu d’un peuple infidèle, manifestant ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande de voir Sa gloire, Dieu répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ferai passer devant toi toute ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 5-6). Moïse confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''211 ''Le nom divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché des hommes et du châtiment qu’il mérite, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garde sa grâce à des milliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 7). Dieu révèle qu’Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en miséricorde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 4) en allant jusqu’à donner son propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera qu’Il porte Lui-même le nom divin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je suis’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu seul EST'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''212 ''Au cours des siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est unique, hormis Lui pas de dieux (cf. Is 44, 6). Il transcende le monde et l’histoire. C’est Lui qui a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Eux périssent, Toi tu restes&amp;amp;nbsp;; tous, comme un vêtement ils s’usent (...) mais Toi, le même, sans fin sont tes années&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 102, 27-28). En Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 1, 17). Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi qu’Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''213 ''La révélation du nom ineffable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; contient donc la vérité que Dieu seul EST. C’est en ce sens que déjà la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l’Église, ont compris le nom divin&amp;amp;nbsp;: Dieu est la plénitude de l’Être et de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même et Il est de Lui-même tout ce qu’Il est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Dieu , &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, est Vérité et Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''214 ''Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, s’est révélé à Israël comme Celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses du nom divin. Dans toutes ses œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa bonté, sa grâce, son amour&amp;amp;nbsp;; mais aussi sa fiabilité, sa constance, sa fidélité, sa vérité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 138, 2&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 85, 11). Il est la Vérité, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 1, 5)&amp;amp;nbsp;; Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, comme l’apôtre Jean l’enseigne (1 Jn 4, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Vérité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''215 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vérité, le principe de ta parole&amp;amp;nbsp;! Pour l’éternité, tes justes jugements&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 160). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Seigneur Dieu, c’est Toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 S 7, 28)&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi les promesses de Dieu se réalisent toujours (cf. Dt 7, 9). Dieu est la Vérité même, ses paroles ne peuvent tromper. C’est pourquoi on peut se livrer en toute confiance à la vérité et à la fidélité de sa parole en toutes choses. Le commencement du péché et de la chute de l’homme fut un mensonge du tentateur qui induit à douter de la parole de Dieu, de sa bienveillance et de sa fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''216 ''La vérité de Dieu est sa sagesse qui commande tout l’ordre de la création et du gouvernement du monde (cf. Sg 13, 1-9). Dieu qui, seul, a créé le ciel et la terre (cf. Ps 115, 15), peut seul donner la connaissance véritable de toute chose créée dans sa relation à Lui (cf. Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''217 ''Dieu est vrai aussi quand Il se révèle&amp;amp;nbsp;: l’enseignement qui vient de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une doctrine de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ml 2, 6). Quand Il enverra son Fils dans le monde ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour rendre témoignage à la Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 37)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''218 ''Au cours de son histoire, Israël a pu découvrir que Dieu n’avait qu’une raison de s’être révélé à lui et de l’avoir choisi parmi tous les peuples pour être à lui&amp;amp;nbsp;: son amour gratuit (cf. Dt 4, 37&amp;amp;nbsp;; 7, 8&amp;amp;nbsp;; 10, 15). Et Israël de comprendre, grâce à ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a cessé de le sauver (cf. Is 43, 1-7) et de lui pardonner son infidélité et ses péchés (cf. Os 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''219 ''L’amour de Dieu pour Israël est comparé à l’amour d’un père pour son fils (Os 11, 1). Cet amour est plus fort que l’amour d’une mère pour ses enfants (cf. Is 49, 14-15). Dieu aime son Peuple plus qu’un époux sa bien-aimée (cf. Is 62, 4-5)&amp;amp;nbsp;; cet amour sera vainqueur même des pires infidélités (cf. Ez 16&amp;amp;nbsp;; Os 11)&amp;amp;nbsp;; il ira jusqu’au don le plus précieux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''220 ''L’amour de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 8)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler, mais mon amour pour toi ne s’en ira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’un amour éternel, je t’ai aimé&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi je t’ai conservé ma faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''221 ''S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16)&amp;amp;nbsp;: l’Être même de Dieu est Amour. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co 2, 7-16&amp;amp;nbsp;; Ep 3, 9-12)&amp;amp;nbsp;: Il est Lui-même éternellement échange d’amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. La portée de la foi en Dieu Unique =====&lt;br /&gt;
''222 ''Croire en Dieu, l’Unique, et L’aimer de tout son être a des conséquences immenses pour toute notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''223 C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse notre science&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 36, 26). C’est pour cela que Dieu doit être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier servi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ste Jeanne d’Arc, dictum).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''224 C’est vivre en action de grâce&amp;amp;nbsp;:'' si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons vient de Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’as-tu que tu n’aies reçu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’Il m’a fait&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 116, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''225 C’est connaître l’unité et la vraie dignité de tous les hommes''&amp;amp;nbsp;: tous, ils sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image et à la ressemblance de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''226 C’est bien user des choses créées&amp;amp;nbsp;: ''la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher dans la mesure où cela nous détourne de Lui (cf. Mt 5, 29-30&amp;amp;nbsp;; 16, 24&amp;amp;nbsp;; 19, 23-24)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi (S. Nicolas de Flüe, prière).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''227 C’est faire confiance à Dieu en toute circonstance,'' même dans l’adversité. Une prière de Ste. Thérèse de Jésus l’exprime admirablement&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie&amp;lt;br/&amp;gt; Tout passe / Dieu ne change pas&amp;lt;br/&amp;gt; La patience obtient tout / Celui qui a Dieu&amp;lt;br/&amp;gt; Ne manque de rien / Dieu seul suffit.&amp;lt;br/&amp;gt; (Poes. 9)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
228 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4&amp;amp;nbsp;; Mc 12, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut nécessairement que l’Être suprême soit unique, c’est-à-dire sans égal. (...) Si Dieu n’est pas unique, il n’est pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, Marc. 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229 La foi en Dieu nous amène à nous tourner vers Lui seul comme vers notre première origine et notre fin ultime, et ne rien Lui préférer ou Lui substituer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''230 Dieu, en se révélant, demeure mystère ineffable&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 52, 6, 16&amp;amp;nbsp;'': PL 38, 360'').''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''231 Le Dieu de notre foi s’est révélé comme ''Celui qui est&amp;amp;nbsp;; ''Il s’est fait connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Son Être même est Vérité et Amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2 : Le Père =====&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''232 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la triple interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Césaire d’Arles, symb.&amp;amp;nbsp;: CCL 103, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''233 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Père et du Fils et du Saint-Esprit et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aux noms&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552&amp;amp;nbsp;: DS 415) car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: la Très Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''234 ''Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi&amp;amp;nbsp;; il est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hiérarchie des vérités de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 43). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute l’histoire du salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''235 ''Dans ce paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé le mystère de la Bienheureuse Trinité (I), comment l’Église a formulé la doctrine de la foi sur ce mystère (II), et enfin, comment, par les missions divines du Fils et de l’Esprit Saint, Dieu le Père réalise son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de création, de rédemption et de sanctification (III).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''236 ''Les Pères de l’Église distinguent entre la ''Theologia'' et l’''Oikonomia'', désignant par le premier terme le mystère de la vie intime du Dieu-Trinité, par le second toutes les œuvres de Dieu par lesquelles Il Se révèle et communique Sa vie. C’est par l’''Oikonomia'' que nous est révélée la ''Theologia''&amp;amp;nbsp;; mais inversement, c’est la ''Theologia'' qui éclaire toute l’''Oikonomia''. Les œuvres de Dieu révèlent qui Il est en Lui-même&amp;amp;nbsp;; et inversement, le mystère de Son Être intime illumine l’intelligence de toutes Ses œuvres. Il en est ainsi, analogiquement, entre les personnes humaines. La personne se montre dans son agir, et mieux nous connaissons une personne, mieux nous comprenons son agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''237 ''La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Dieu certes a laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu et la mission du Saint Esprit .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La révélation de Dieu comme Trinité =====&lt;br /&gt;
'''Le Père révélé par le Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''238 ''L’invocation de Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est connue dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père des dieux et des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. En Israël, Dieu est appelé Père en tant que Créateur du monde (cf. Dt 32, 6&amp;amp;nbsp;; Ml 2, 10). Dieu est Père plus encore en raison de l’alliance et du don de la Loi à Israël son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils premier-né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 4, 22). Il est aussi appelé Père du roi d’Israël (cf. 2 S 7, 14). Il est tout spécialement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Père des pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de l’orphelin et de la veuve qui sont sous sa protection aimante (cf. Ps 68, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''239 ''En désignant Dieu du nom de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le langage de la foi indique principalement deux aspects&amp;amp;nbsp;: que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 131, 2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14&amp;amp;nbsp;; Is 49, 15)&amp;amp;nbsp;: Personne n’est père comme l’est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''240 ''Jésus a révélé que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans un sens inouï&amp;amp;nbsp;: Il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, Il est éternellement Père en relation à son Fils unique, qui éternellement n’est Fils qu’en relation au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le révéler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''241 ''C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''242 ''A leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé en 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consubstantiel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa formulation du Credo de Nicée et a confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Père et le Fils révélés par l’Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''243 ''Avant sa Pâque, Jésus annonce l’envoi d’un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;autre Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Défenseur), l’Esprit Saint. A l’œuvre depuis la création (cf. Gn 1, 2), ayant jadis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des disciples et en eux (cf. Jn 14, 17), pour les enseigner (cf. Jn 14, 26) et les conduire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vers la vérité tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). L’Esprit Saint est ainsi révélé comme une autre personne divine par rapport à Jésus et au Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''244 ''L’origine éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission temporelle. L’Esprit Saint est envoyé aux apôtres et à l’Église aussi bien par le Père au nom du Fils, que par le Fils en personne, une fois retourné auprès du Père (cf. Jn 14, 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 14). L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de Jésus (cf. Jn 7, 39) révèle en plénitude le mystère de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''245 ''La foi apostolique concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième Concile œcuménique en 381 à Constantinople&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons dans l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie&amp;amp;nbsp;; il procède du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150). L’Église reconnaît par là le Père comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la source et l’origine de toute la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède VI en 638&amp;amp;nbsp;: DS 490). L’origine éternelle de l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui est la Troisième Personne de la Trinité, est Dieu, un et égale au Père et au Fils, de même substance et aussi de même nature. (...) Cependant, on ne dit pas qu’il est seulement l’Esprit du Père, mais à la fois l’Esprit du Père et du Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 527). Le Credo du Concile de Constantinople de l’Église confesse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''246 ''La tradition latine du Credo confesse que l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;procède du Père ''et du Fils'' (''filioque'')&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Concile de Florence, en 1438, explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint Esprit tient son essence et son être à la fois du Père et du Fils et Il procède éternellement de l’Un comme de l’Autre comme d’un seul Principe et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui est au Père, le Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint Esprit à partir du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui L’a engendré éternellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1300-1301).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''247 ''L’affirmation du ''filioque'' ne figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais sur la base d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape S. Léon l’avait déjà confessée dogmatiquement en 447 (cf. DS 284) avant même que Rome ne connût et ne reçût, en 451, au Concile de Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de cette formule dans le Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine (entre le VIIIe et le XIe siècle). L’introduction du ''filioque'' dans le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''248'' La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;issu du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est ''issu'' du Père ''par'' le Fils (cf. AG 2). La tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (''filioque''). Elle le dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de manière légitime et raisonnable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1439&amp;amp;nbsp;: DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de l’Esprit en tant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe sans principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1331), mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Lyon II en 1274&amp;amp;nbsp;: DS 850). Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La Sainte Trinité dans la doctrine de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La formation du dogme trinitaire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''249 ''La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 13, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 4-6&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 4-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''250 ''Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir sa propre intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient. Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''251 ''Pour la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à signifier désormais aussi un mystère ineffable, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''252 ''L’Église utilise le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rendu aussi parfois par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) pour désigner l’être divin dans son unité, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence des uns aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le dogme de la Sainte Trinité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''253 La Trinité est Une''. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Trinité consubstantielle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). Les personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''254 Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles''. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est unique mais non pas solitaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Fides Damasi&amp;amp;nbsp;: DS 71). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est le Fils n’est pas le Père, et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit n’est celui qui est le Père ou le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). Ils sont distincts entre eux par leurs relations d’origine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804). ''L’Unité divine est Trine''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''255 Les personnes divines sont relatives les unes aux autres''&amp;lt;nowiki&amp;gt;. Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les réfèrent les unes aux autres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les noms relatifs des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit aux deux&amp;amp;nbsp;; quand on parle de ces trois personnes en considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 528). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1330). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''256 ''Aux Catéchumènes de Constantinople, S. Grégoire de Nazianze, que l’on appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, confie ce résumé de la foi trinitaire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les maux et mépriser tous les plaisirs&amp;amp;nbsp;: je veux dire la profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois infinis l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en soi-même (...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me ressaisit ... (or. 40, 41&amp;amp;nbsp;: PG 36, 417)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires =====&lt;br /&gt;
''257 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Trinité lumière bienheureuse, O primordiale unité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LH, hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O lux beata Trinitas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de vêpres)&amp;amp;nbsp;! Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin. Dieu est amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 9) qu’il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 4-5), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à reproduire l’image de Son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 29) grâce à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit d’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 15). Ce dessein est une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grâce donnée avant tous les siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire. Il se déploie dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la mission de l’Église (cf. AG 2-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''258 ''Toute l’économie divine est l’œuvre commune des trois personnes divines. Car de même qu’elle n’a qu’une seule et même nature, la Trinité n’a qu’une seule et même opération (cf. Cc Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois principes des créatures mais un seul principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331). Cependant, chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété personnelle. Ainsi l’Église confesse à la suite du Nouveau Testament (cf. 1 Co 8, 6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un Dieu et Père de qui sont toutes choses, un Seigneur Jésus-Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit Saint en qui sont toutes choses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II&amp;amp;nbsp;: DS 421). Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes divines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''259 ''Œuvre à la fois commune et personnelle, toute l’économie divine fait connaître et la propriété des personnes divines et leur unique nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père le fait par le Fils dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; celui qui suit le Christ, le fait parce que le Père l’attire (cf. Jn 6, 44) et que l’Esprit le meut (cf. Rm 8, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''260 ''La fin ultime de toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (cf. Jn 17, 21-23). Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si quelqu’un m’aime, dit le Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 23)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité&amp;amp;nbsp;; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère&amp;amp;nbsp;! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice (Prière de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261 Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Dieu seul peut nous en donner la connaissance en Se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262 L’Incarnation du Fils de Dieu révèle que Dieu est le Père éternel, et que le Fils est consubstantiel au Père, c’est-à-dire qu’il est en lui et avec lui le même Dieu unique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
263 La mission du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf. Jn 14, 26) et par le Fils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux le même Dieu unique. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
264 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint-Esprit procède du Père en tant que source première et, par le don éternel de celui-ci au Fils, du Père et du Fils en communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Trin. 15, 26, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265 Par la grâce du baptême &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes appelés à partager la vie de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle (cf. SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
266 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi catholique consiste en ceci&amp;amp;nbsp;: vénérer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance&amp;amp;nbsp;: car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; mais du Père, du Fils et de l’Esprit Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbolum &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 75).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
267 Inséparables dans ce qu’elles sont, les personnes divines sont aussi inséparables dans ce qu’elles font. Mais dans l’unique opération divine chacune manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité, surtout dans les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3 : Le Tout-Puissant =====&lt;br /&gt;
''268 ''De tous les attributs divins, seule la Toute-Puissance de Dieu est nommée dans le Symbole&amp;amp;nbsp;: la confesser est d’une grande portée pour notre vie. Nous croyons qu’elle est ''universelle,'' car Dieu qui a tout créé (cf. Gn 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 3), régit tout et peut tout&amp;amp;nbsp;; ''aimante,'' car Dieu est notre Père (cf. Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; ''mystérieuse,'' car seule la foi peut la discerner lorsqu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle se déploie dans la faiblesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 1, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce qu’Il veut, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ps 115, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''269 ''Les Saintes Écritures confessent à maintes reprises la puissance ''universelle'' de Dieu. Il est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 49, 24&amp;amp;nbsp;; Is 1, 24 e.a.), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur des armées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fort, le Vaillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 8-10). Si Dieu est Tout-Puissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au ciel et sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 135, 6), c’est qu’il les a faits. Rien ne lui est donc impossible (cf. Jr 32, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 37) et il dispose à son gré de son œuvre (cf. Jr 27, 5)&amp;amp;nbsp;; il est le Seigneur de l’univers dont il a établi l’ordre qui lui demeure entièrement soumis et disponible&amp;amp;nbsp;; il est le Maître de l’histoire&amp;amp;nbsp;: il gouverne les cœurs et les événements selon son gré (cf. Est 4, 17b&amp;amp;nbsp;; Pr 21, 1&amp;amp;nbsp;; Tb 13, 2)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as pitié de tous, parce que Tu peux tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Sg 11, 23)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''270 ''Dieu est le ''Père ''Tout-Puissant. Sa paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En effet, il montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend soin de nos besoins (cf. Mt 6, 32)&amp;amp;nbsp;; par l’adoption filiale qu’il nous donne (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: 2 Co 6, 18)&amp;amp;nbsp;; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre sa puissance au plus haut point en pardonnant librement les péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''271 ''La Toute-Puissance divine n’est nullement arbitraire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Dieu la puissance et l’essence, la volonté et l’intelligence, la sagesse et la justice sont une seule et même chose, de sorte que rien ne peut être dans la puissance divine qui ne puisse être dans la juste volonté de Dieu ou dans sa sage intelligence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 5, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de l’apparente impuissance de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''272 ''La foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut-être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or, Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus ''mystérieuse'' dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 1, 24-25). C’est dans la Résurrection et dans l’exaltation du Christ que le Père a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;déployé la vigueur de sa force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et manifesté &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quelle extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 19-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''273 ''Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses afin d’attirer sur elle la puissance du Christ (cf. 2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13). De cette foi, la Vierge Marie est le suprême modèle, elle qui a cru que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37) et qui a pu magnifier le Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''274 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien n’est donc plus propre à affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction profondément gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura seulement l’idée de la Toute-Puissance divine, elle les admettra facilement et sans hésitation aucune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 13).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275 Avec Job, le juste, nous confessons&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je sais que Tu es Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;: ce que Tu conçois, Tu peux le réaliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 42, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
276 Fidèle au témoignage de l’Écriture, l’Église adresse souvent sa prière au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu Tout-Puissant et éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;omnipotens sempiterne Deus...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), croyant fermement que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14&amp;amp;nbsp;; Mt 19, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277 Dieu manifeste sa Toute-Puissance en nous convertissant de nos péchés et en nous rétablissant dans son amitié par la grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;(MR, collecte du 26e dimanche).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278 A moins de croire que l’amour de Dieu est Tout-Puissant, comment croire que le Père a pu nous créer, le Fils nous racheter, l’Esprit Saint nous sanctifier&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4 : Le Créateur =====&lt;br /&gt;
''279 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1). C’est avec ces paroles solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Nous parlerons donc d’abord du Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché dont Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu nous relever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''280 ''La création est le ''fondement ''de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les desseins salvifiques de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le commencement de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 51) qui culmine dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive sur le mystère de la création&amp;amp;nbsp;; il révèle la fin en vue de laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la nouvelle création dans le Christ (cf. Rm 8, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''281 ''C’est pour cela que les lectures de la Nuit Pascale, célébration de la création nouvelle dans le Christ, commencent par le récit de la création&amp;amp;nbsp;; de même, dans la liturgie byzantine, le récit de la création constitue toujours la première lecture des vigiles des grandes fêtes du Seigneur. Selon le témoignage des anciens, l’instruction des catéchumènes pour le baptême suit le même chemin (cf. Ethérie, pereg. 46&amp;amp;nbsp;: PLS 1, 1089-1090&amp;amp;nbsp;; S. Augustin, catech. 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La catéchèse sur la Création =====&lt;br /&gt;
''282 ''La catéchèse sur la Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne&amp;amp;nbsp;: car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où venons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Où allons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre origine&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre fin&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où vient et où va tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''283 ''La question des origines du monde et de l’homme fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont magnifiquement enrichi nos connaissances sur l’âge et les dimensions du cosmos, le devenir des formes vivantes, l’apparition de l’homme. Ces découvertes nous invitent à admirer d’autant plus la grandeur du Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses œuvres et pour l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Lui qui m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait connaître la structure du monde et les propriétés des éléments (...) car c’est l’ouvrière de toutes choses qui m’a instruit, la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''284 ''Le grand intérêt réservé à ces recherches est fortement stimulé par une question d’un autre ordre, et qui dépasse le domaine propre des sciences naturelles. Il ne s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir quel est le sens d’une telle origine&amp;amp;nbsp;: si elle est gouvernée par le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient de la sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal&amp;amp;nbsp;? D’où vient-il&amp;amp;nbsp;? Qui en est responsable&amp;amp;nbsp;? Et y en a-t-il une libération&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''285 ''Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été confrontée à des réponses différentes de la sienne sur la question des origines. Ainsi, on trouve dans les religions et les cultures anciennes de nombreux mythes concernant les origines. Certains philosophes ont dit que tout est Dieu, que le monde est Dieu, ou que le devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres ont dit que le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant de cette source et retournant vers elle&amp;amp;nbsp;; d’autres encore ont affirmé l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres, en lutte permanente (dualisme, manichéisme)&amp;amp;nbsp;; selon certaines de ces conceptions, le monde (au moins le monde matériel) serait mauvais, produit d’une déchéance, et donc à rejeter ou à dépasser (gnose)&amp;amp;nbsp;; d’autres admettent que le monde ait été fait par Dieu, mais à la manière d’un horloger qui l’aurait, une fois fait, abandonné à lui-même (déisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin n’acceptent aucune origine transcendante du monde, mais y voient le pur jeu d’une matière qui aurait toujours existé (matérialisme). Toutes ces tentatives témoignent de la permanence et de l’universalité de la question des origines. Cette quête est propre à l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''286 ''L’intelligence humaine peut, certes, déjà trouver une réponse à la question des origines. En effet, l’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine (cf. DS 3026), même si cette connaissance est souvent obscurcie et défigurée par l’erreur. C’est pourquoi la foi vient confirmer et éclairer la raison dans la juste intelligence de cette vérité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''287 ''La vérité de la création est si importante pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa tendresse, a voulu révéler à son Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à ce sujet. Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur (cf. Ac 17, 24-29&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 19-20), Dieu a progressivement révélé à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant Israël, l’a créé et formé (cf. Is 43, 1), il se révèle comme celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre entière, comme celui qui, seul, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 15&amp;amp;nbsp;; 124, 8&amp;amp;nbsp;; 134, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''288 ''Ainsi, la révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l’amour Tout-Puissant de Dieu (cf. Gn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Jr 33, 19-26). Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur croissante dans le message des prophètes (cf. Is 44, 24), dans la prière des psaumes (cf. Ps 104) et de la liturgie, dans la réflexion de la sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple élu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''289 ''Parmi toutes les paroles de l’Écriture Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de la Genèse tiennent une place unique. Du point de vue littéraire ces textes peuvent avoir diverses sources. Les auteurs inspirés les ont placés au commencement de l’Écriture de sorte qu’ils expriment, dans leur langage solennel, les vérités de la création, de son origine et de sa fin en Dieu, de son ordre et de sa bonté, de la vocation de l’homme, enfin du drame du péché et de l’espérance du salut. Lues à la lumière du Christ, dans l’unité de l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église, ces paroles demeurent la source principale pour la catéchèse des mystères du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commencement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: création, chute, promesse du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La création – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''290 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: trois choses sont affirmées dans ces premières paroles de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le Dieu éternel a posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul est créateur (le verbe &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – en hébreu ''bara'' – a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) dépend de Celui qui lui donne d’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''291 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement était le Verbe (...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1-3). Le Nouveau Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé. C’est en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16-17). La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donateur de vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Source de tout bien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''292 ''Insinuée dans l’Ancien Testament (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2-3), révélée dans la Nouvelle Alliance, l’action créatrice du Fils et de l’Esprit, inséparablement une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’existe qu’un seul Dieu (...)&amp;amp;nbsp;: il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l’Auteur, il est l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses ''par lui-même,'' c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 2, 30, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le Fils et l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui sont comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ses mains&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 4, 20, 1). La création est l’œuvre commune de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Le monde a été créé pour la gloire de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''293 ''C’est une vérité fondamentale que l’Écriture et la Tradition ne cessent d’enseigner et de célébrer&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde a été créé pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3025). Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pour accroître la Gloire, mais pour manifester et communiquer cette gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (sent. 2, 1, 2, 2, 1). Car Dieu n’a pas d’autre raison pour créer que son amour et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est la clef de l’amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., sent. 2, prol.) Et le premier Concile du Vatican explique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans sa bonté et par sa force toute-puissante, non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses créatures, ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle (DS 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''294 ''La gloire de Dieu c’est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue desquelles le monde a été créé. Faire de nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fils adoptifs par Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté ''à la louange de gloire ''de sa grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 5-6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu&amp;amp;nbsp;: si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 4, 20, 7). La fin ultime de la création, c’est que Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ‘tout en tous’ (1 Co 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le mystère de la création =====&lt;br /&gt;
'''Dieu crée par sagesse et par amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''295 ''Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse (cf. Sg 9, 9). Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, sa sagesse et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est toi qui créas toutes choses&amp;amp;nbsp;; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 4, 11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur&amp;amp;nbsp;! Toutes avec sagesse tu les fis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 104, 24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''296 ''Nous croyons que Dieu n’a besoin de rien de préexistant ni d’aucune aide pour créer (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3022). La création n’est pas non plus une émanation nécessaire de la substance divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3023-3024). Dieu crée librement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; 3025)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quoi d’extraordinaire si Dieu avait tiré le monde d’une matière préexistante&amp;amp;nbsp;? Un artisan humain, quand on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut. Tandis que la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant pour faire tout ce qu’il veut (S. Théophile d’Antioche, Autol. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 6, 1052).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''297 ''La foi en la création &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est attestée dans l’Écriture comme une vérité pleine de promesse et d’espérance. Ainsi la mère des sept fils les encourage au martyre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes entrailles&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de l’esprit et de la vie&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui ai organisé les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois (...). Mon enfant, regarde le ciel et la terre et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de rien et que la race des hommes est faite de la même manière (2 M 7, 22-23. 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''298 ''Puisque Dieu peut créer de rien, il peut, par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des pécheurs en créant en eux un cœur pur (cf. Ps 51, 12), et la vie du corps aux défunts par la Résurrection, Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 17). Et puisque, par sa Parole, il a pu faire resplendir la lumière des ténèbres (cf. Gn 1, 3), il peut aussi donner la lumière de la foi à ceux qui l’ignorent (cf. 2 Co 4, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée un monde ordonné et bon'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''299 ''Puisque Dieu crée avec sagesse, la création est ordonnée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 20). Créée dans et par le Verbe éternel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), elle est destinée, adressée à l’homme, image de Dieu (cf. Gn 1, 26), appelé à une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant à la lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa création (cf. Ps 19, 2-5), certes non sans grand effort et dans un esprit d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre (cf. Jb 42, 3). Issue de la bonté divine, la création participe à cette bonté (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon (...) très bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Gn 1, 4. 10. 12. 18. 21. 31). Car la création est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme, comme un héritage qui lui est destiné et confié . L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel (cf. DS 286&amp;amp;nbsp;; 455-463&amp;amp;nbsp;; 800&amp;amp;nbsp;; 1333&amp;amp;nbsp;; 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu transcende la création et lui est présent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''300 ''Dieu est infiniment plus grand que toutes ses œuvres (cf. Si 43, 28)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa majesté est plus haute que les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 8, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à sa grandeur point de mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 3). Mais parce qu’Il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent au plus intime de ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 28). Selon les paroles de S. Augustin, Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus haut que le plus haut de moi, plus intime que le plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Conf. 3, 6, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu maintient et porte la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''301 ''Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait&amp;amp;nbsp;; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue&amp;amp;nbsp;? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé&amp;amp;nbsp;? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie (Sg 11, 24-26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Dieu réalise son dessein : la divine providence =====&lt;br /&gt;
''302 ''La création a sa bonté et sa perfection propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''in statu viæ&amp;amp;nbsp;''&amp;quot;) vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu’Il a créé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 8, 1). Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 13), même celles que l’action libre des créatures produira (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3003).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''303 ''Le témoignage de l’Écriture est unanime&amp;amp;nbsp;: la sollicitude de la divine providence est ''concrète'' et ''immédiate'', elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 3)&amp;amp;nbsp;; et du Christ il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul n’ouvrira&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 7)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il y a beaucoup de pensées dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pr 19, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''304 ''Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur principal de l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à Dieu, sans mentionner des causes secondes. Ce n’est pas là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une façon de parler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; primitive, mais une manière profonde de rappeler la primauté de Dieu et sa Seigneurie absolue sur l’histoire et le monde (cf. Is 10, 5-15&amp;amp;nbsp;; 45, 5-7&amp;amp;nbsp;; Dt 32, 39&amp;amp;nbsp;; Si 11, 14) et d’éduquer ainsi à la confiance en Lui. La prière des Psaumes est la grande école de cette confiance (cf. Ps 22&amp;amp;nbsp;; 32&amp;amp;nbsp;; 35&amp;amp;nbsp;; 103&amp;amp;nbsp;; 138&amp;amp;nbsp;; e.a.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''305 ''Jésus demande un abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de sens enfants&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne vous inquiétez donc pas en disant&amp;amp;nbsp;: qu’allons-nous manger&amp;amp;nbsp;? qu’allons-nous boire&amp;amp;nbsp;? (...) Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 31-33&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 29-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et les causes secondes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''306 ''Dieu est le Maître souverain de son dessein. Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures. Ceci n’est pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes, d’être causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à l’accomplissement de son dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''307 ''Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre et de la dominer (cf. Gn 1, 26-28). Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et libres pour compléter l’œuvre de la Création, en parfaire l’harmonie pour leur bien et celui de leur prochains. Coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi par leurs souffrances (cf. Col 1, 24). Ils deviennent alors pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;collaborateurs de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 3, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Th 3, 2) et de son Royaume (cf. Col 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''308 ''C’est une vérité inséparable de la foi en Dieu le Créateur&amp;amp;nbsp;: Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes secondes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 6). Loin de diminuer la dignité de la créature, cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien si elle est coupée de son origine, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 3)&amp;amp;nbsp;; encore moins peut-elle atteindre sa fin ultime sans l’aide de la grâce (cf. Mt 19, 26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et le scandale du mal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''309 ''Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le mal existe-t-il&amp;amp;nbsp;? A cette question aussi pressante qu’inévitable, aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à cette question&amp;amp;nbsp;: la bonté de la création, le drame du péché, l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. ''Il n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part une réponse à la question du mal''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''310 ''Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister&amp;amp;nbsp;? Selon sa puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en état de voie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe donc aussi ''le mal physique'', aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S. Thomas d’A., s. gent. 3, 71).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''311 ''Les anges et les hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En fait, ils ont péché. C’est ainsi que ''le mal moral'' est entré dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral (cf. S. Augustin, lib. 1, 1, 1&amp;amp;nbsp;: PL 32, 1221-1223&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1). Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car le Dieu Tout-puissant (...), puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''312 ''Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causé par ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu&amp;amp;nbsp;; (...) le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un peuple nombreux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 45, 8&amp;amp;nbsp;; 50, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 2, 12-18 vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré le plus grand des biens&amp;amp;nbsp;: la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''313 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (dial. 4, 138).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Margarita Roper, ''Epistula ad Aliciam Alington'' (mense augusti 1534).&amp;lt;br/&amp;gt; Et Lady Julian of Norwich&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall be well''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rev. 13, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''314 ''Nous croyons fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce ''Sabbat'' (cf. Gn 2, 2) définitif, en vue duquel Il a créé le ciel et la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315 Dans la création du monde et de l’homme, Dieu a posé le premier et universel témoignage de son amour tout-puissant et de sa sagesse, la première annonce de son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui trouve sa fin dans la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316 Bien que l’œuvre de la création soit particulièrement attribuée au Père, c’est également vérité de foi que le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont l’unique et indivisible principe de la création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317 Dieu seul a créé l’univers librement, directement, sans aucune aide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 Aucune créature n’a le pouvoir infini qui est nécessaire pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au sens propre du mot, c’est-à-dire de produire et de donner l’être à ce qui ne l’avait aucunement (appeler à l’existence ex nihilo) (cf. DS 3624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319 Dieu a créé le monde pour manifester et pour communiquer sa gloire. Que ses créatures aient part à Sa vérité, à Sa bonté et à Sa beauté, voilà la gloire pour laquelle Dieu les a créées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
320 Dieu qui a créé l’univers le maintient dans l’existence par son Verbe, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3) et par son Esprit Créateur qui donne la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321 La divine Providence, ce sont les dispositions par lesquelles Dieu conduit avec sagesse et amour toutes les créatures jusqu’à leur fin ultime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
322 Le Christ nous invite à l’abandon filial à la Providence de notre Père céleste (cf. Mt 6, 26-34), et l’apôtre S. Pierre reprend&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il prend soin de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 55, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323 La providence divine agit aussi par l’agir des créatures. Aux êtres humains, Dieu donne de coopérer librement à ses desseins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324 La permission divine du mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5 : Le ciel et la terre =====&lt;br /&gt;
''325 ''Le Symbole des apôtres professe que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et le Symbole de Nicée-Constantinople explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''326 ''Dans l’Écriture Sainte, l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel et terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie&amp;amp;nbsp;: tout ce qui existe, la création toute entière. Elle indique aussi le lien, à l’intérieur de la création, qui à la fois unit et distingue ciel et terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le monde des hommes (cf. Ps 115, 16) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; propre de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 115, 16) et, par conséquent, aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui est la gloire eschatologique. Enfin, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; indique le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''327 ''La profession de foi du quatrième Concile du Latran affirme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre&amp;amp;nbsp;; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3002 et SPF 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Les Anges =====&lt;br /&gt;
'''L’existence des anges – une vérité de foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''328 ''L’existence des êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui sont-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''329 ''S. Augustin dit à leur sujet&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;‘Ange’ désigne la fonction, non pas la nature. Tu demandes comment s’appelle cette nature&amp;amp;nbsp;? – Esprit. Tu demandes la fonction&amp;amp;nbsp;? – Ange&amp;amp;nbsp;; d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il fait, c’est un ange&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Psal. 103, 1, 15). De tout leur être, les anges sont ''serviteurs'' et messagers de Dieu. Parce qu’ils contemplent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;constamment la face de mon Père qui est aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 10), ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 103, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''330 ''En tant que créatures purement ''spirituelles,'' ils ont intelligence et volonté&amp;amp;nbsp;: ils sont des créatures personnelles (cf. Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3801) et immortelles (cf. Lc 20, 36). Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L’éclat de leur gloire en témoigne (cf. Dn 10, 9-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec tous ses anges&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''331 ''Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31). Ils sont à Lui parce que créés ''par'' et ''pour'' lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles&amp;amp;nbsp;: trônes, seigneuries, principautés, puissances&amp;amp;nbsp;; tout a été créé par lui et pour lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16). Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''332 ''Ils sont là, dès la création (cf. Jb 38, 7, où les anges sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation&amp;amp;nbsp;: ils ferment le paradis terrestre (cf. Gn 3, 24), protègent Lot (cf. Gn 19), sauvent Agar et son enfant (cf. Gn 21, 17), arrêtent la main d’Abraham (cf. Gn 22, 11), la loi est communiquée par leur ministère (cf. Ac 7, 53), ils conduisent le Peuple de Dieu (cf. Ex 23, 20-23), ils annoncent naissances (cf. Jg 13) et vocations (cf. Jg 6, 11-24&amp;amp;nbsp;; Is 6, 6), ils assistent les prophètes (cf. 1 R 19, 5), pour ne citer que quelques exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui annonce la naissance du Précurseur et celle de Jésus lui-même (cf. Lc 1, 11. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''333 ''De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges. Lorsque Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;introduit le Premier-né dans le monde, il dit&amp;amp;nbsp;: ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 6). Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Gloire à Dieu ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 14). Ils protègent l’enfance de Jésus (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; 2, 13. 19), servent Jésus au désert (cf. Mc 1, 12&amp;amp;nbsp;; Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc 22, 43), alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf. Mt 26, 53) comme jadis Israël (cf. 2 M 10, 29-30&amp;amp;nbsp;; 11, 8). Ce sont encore les anges qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangélisent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 10) en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation (cf. Lc 2, 8-14), et de la Résurrection (cf. Mc 16, 5-7) du Christ. Ils seront là au retour du Christ qu’ils annoncent (cf. Ac 1, 10-11), au service de son jugement (cf. Mt 13, 41&amp;amp;nbsp;; 24, 31&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 8-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les anges dans la vie de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''334 ''D’ici là toute la vie de l’Église bénéficie de l’aide mystérieuse et puissante des anges (cf. Ac 5, 18-20&amp;amp;nbsp;; 8, 26-29&amp;amp;nbsp;; 10, 3-8&amp;amp;nbsp;; 12, 6-11&amp;amp;nbsp;; 27, 23-25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''335 ''Dans sa liturgie, l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint&amp;amp;nbsp;; elle invoque leur assistance (ainsi dans ''In Paradisum deducant te angeli''&amp;lt;nowiki&amp;gt;... de la Liturgie des défunts [OEx 50], ou encore dans l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hymne chérubinique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Liturgie byzantine [(Liturgie de S. Jean Chrysostome]), elle fête plus particulièrement la mémoire de certains anges (S. Michel, S. Gabriel, S. Raphaël, les anges gardiens).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''336 ''Du début (de l’existence) (cf. Mt 18, 10) au trépas (cf. Lc 16, 22), la vie humaine est entourée de leur garde (cf. Ps 34, 8&amp;amp;nbsp;; 91, 10-13) et de leur intercession (cf. Jb 33, 23-24&amp;amp;nbsp;; Za 1, 12&amp;amp;nbsp;; Tb 12, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Basile, Eun. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 29, 656B)''. ''Dès ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Monde visible =====&lt;br /&gt;
''337 ''C’est Dieu lui-même qui a créé le monde visible dans toute sa richesse, sa diversité et son ordre. L’Écriture présente l’œuvre du Créateur symboliquement comme une suite de six jours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de travail&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divin qui s’achèvent sur le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;repos&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du septième jour (Gn 1, 1 – 2, 4). Le texte sacré enseigne, au sujet de la création, des vérités révélées par Dieu pour notre salut (cf. DV 11) qui permettent de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reconnaître la nature profonde de la création, sa valeur et sa finalité qui est la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''338 Il n’existe rien qui ne doive son existence à Dieu créateur. ''Le monde a commencé quand il a été tiré du néant par la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; tous les êtres existants, toute la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent en cet événement primordial&amp;amp;nbsp;: c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le temps commencé (cf. S. Augustin, Gen. Man. 1, 2, 4&amp;amp;nbsp;: PL 35, 175).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''339 Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres. ''Pour chacune des œuvres des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en vertu de la création même que toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité, leur excellence propre avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2). Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses, qui méprise le Créateur et entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour leur ambiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''340 ''L’''interdépendance des créatures'' est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau&amp;amp;nbsp;: les innombrables diversités et inégalités signifient qu’aucune créature ne se suffit à elle-même, qu’elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''341 ''La ''beauté de l’univers&amp;amp;nbsp;: ''L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres et des relations qui existent entre eux. L’homme les découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''342 ''La ''hiérarchie des créatures ''est exprimée par l’ordre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui va du moins parfait au plus parfait. Dieu aime toutes ses créatures (cf. Ps 145, 9), il prend soin de chacune, même des passereaux. Néanmoins, Jésus dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous valez mieux qu’une multitude de passereaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 6-7), ou encore&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un homme vaut plus qu’une brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''343 L’homme est le sommet ''de l’œuvre de la création. Le récit inspiré l’exprime en distinguant nettement la création de l’homme de celle des autres créatures (cf. Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''344 ''Il existe une ''solidarité entre toutes les créatures ''du fait qu’elles ont toutes le même Créateur, et que toutes sont ordonnées à sa gloire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Loué sois-tu, Seigneur, dans toutes tes créatures,&amp;lt;br/&amp;gt; spécialement messire le frère Soleil,&amp;lt;br/&amp;gt; par qui tu nous donnes le jour la lumière&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,&amp;lt;br/&amp;gt; et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,&amp;lt;br/&amp;gt; qui est très utile et très humble,&amp;lt;br/&amp;gt; précieuse et chaste. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre&amp;lt;br/&amp;gt; qui nous porte et nous nourrit,&amp;lt;br/&amp;gt; qui produit la diversité des fruits&amp;lt;br/&amp;gt; avec les fleurs diaprées et les herbes. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Louez et bénissez mon Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; rendez-lui grâce et servez-le&amp;lt;br/&amp;gt; en toute humilité.&amp;lt;br/&amp;gt; (S. François d’Assise, cant.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''345 Le Sabbat – fin de l’œuvre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. ''Le texte sacré dit que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’Il avait fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre furent achevés&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et que Dieu, au septième jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chôma&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’Il sanctifia et bénit ce jour (Gn 2, 1-3). Ces paroles inspirées sont riches en enseignements salutaires&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''346 ''Dans la création Dieu a posé un fondement et des lois qui demeurent stables (cf. He 4, 3-4), sur lesquels le croyant pourra s’appuyer avec confiance, et qui lui seront le signe et le gage de la fidélité inébranlable de l’alliance de Dieu (cf. Jr 31, 35-37&amp;amp;nbsp;; 33, 19-26). De son côté, l’homme devra rester fidèle à ce fondement et respecter les lois que le Créateur y a inscrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''347 ''La création est faite en vue du Sabbat et donc du culte et de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans l’ordre de la création (cf. Gn 1, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne rien préférer au culte de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit la règle de S. Benoît (reg. 43, 3), indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''348 ''Le Sabbat est au cœur de la loi d’Israël. Garder les commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la volonté de Dieu exprimées dans son œuvre de création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''349 ''Le ''huitième jour''. Mais pour nous, un jour nouveau s’est levé&amp;amp;nbsp;: le jour de la Résurrection du Christ. Le septième jour achève la première création. Le huitième jour commence la nouvelle création. Ainsi, l’œuvre de la création culmine en l’œuvre plus grande de la rédemption. La première création trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première (cf. MR, Vigile Pascale 24&amp;amp;nbsp;: prière après la première lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
350 Les anges sont des créatures spirituelles qui glorifient Dieu sans cesse et qui servent ses desseins salvifiques envers les autres créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les anges concourent à tout ce qui est bon pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 114, 3, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
351 Les anges entourent le Christ, leur Seigneur. Ils le servent particulièrement dans l’accomplissement de sa mission salvifique envers les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
352 L’Église vénère les anges qui l’aident dans son pèlerinage terrestre. et qui protègent tout être humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353 Dieu a voulu la diversité de ses créatures et leur bonté propre, leur interdépendance et leur ordre. Il a destiné toutes les créatures matérielles au bien du genre humain. L’homme, et toute la création à travers lui, est destiné à la gloire de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
354 Respecter les lois inscrites dans la création et les rapports qui dérivent de la nature des choses, est un principe de sagesse et un fondement de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6 L’homme =====&lt;br /&gt;
''355 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27). L’homme tient une place unique dans la création&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (I)&amp;amp;nbsp;; dans sa propre nature il unit le monde spirituel et le monde matériel (II)&amp;amp;nbsp;; il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;homme et femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (III)&amp;amp;nbsp;; Dieu l’a établi dans son amitié (IV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; A l’image de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''356 ''De toutes les créatures visibles, seul l’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;capable de connaître et d’aimer son Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 3)&amp;amp;nbsp;; il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 24, § 3)&amp;amp;nbsp;;lui seul est appelé à partager, par la connaissance et l’amour, la vie de Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé, et c’est là la raison fondamentale de sa dignité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Quelle raison T’a fait constituer l’homme en si grande dignité&amp;amp;nbsp;? L’amour inestimable par lequel Tu as regardé en Toi-même Ta créature, et Tu T’es épris d’elle&amp;amp;nbsp;; car c’est par amour que Tu l’as créée, c’est par amour que Tu lui as donné un être capable de goûter Ton Bien éternel (Ste. Catherine de Sienne, dial. 4, 13&amp;amp;nbsp;: ed. G. Cavallini [Roma 1995] p. 43).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''357 ''Parce qu’il est à l’image de Dieu l’individu humain a la dignité de ''personne&amp;amp;nbsp;:'' il n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''358 ''Dieu a tout créé pour l’homme (cf. GS 12, § 1&amp;amp;nbsp;; 24, § 3&amp;amp;nbsp;; 39, § 1), mais l’homme a été créé pour servir et aimer Dieu et pour Lui offrir toute la création&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel est donc l’être qui va venir à l’existence entouré d’une telle considération&amp;amp;nbsp;? C’est l’homme, grande et admirable figure vivante, plus précieux aux yeux de Dieu que la création toute entière&amp;amp;nbsp;: c’est l’homme, c’est pour lui qu’existent le ciel et la terre et la mer et la totalité de la création, et c’est à son salut que Dieu a attaché tant d’importance qu’il n’a même pas épargné son Fils unique pour lui. Car Dieu n’a pas eu de cesse de tout mettre en œuvre pour faire monter l’homme jusqu’à lui et le faire asseoir à sa droite (S. Jean Chrysostome, serm. in Gen. 2, 1&amp;amp;nbsp;: PG 54, 587D-588A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''359 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En réalité, c’est seulement dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire véritablement le mystère de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain&amp;amp;nbsp;: Adam et le Christ ... Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie&amp;amp;nbsp;; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le premier a été créé par le dernier, de qui il a reçu l’âme qui le fait vivre ... Le second Adam a établi son image dans le premier Adam alors qu’il le modelait. De là vient qu’il en a endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre ce qu’il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam&amp;amp;nbsp;: le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le premier, comme il l’a dit lui-même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Premier et le Dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Pierre Chrysologue, serm. 117, 1-2&amp;amp;nbsp;: PL 52, 520B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''360 ''Grâce à la communauté d’origine ''le'' ''genre humain'' ''forme une unité''. Car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait sortir d’une souche unique toute la descendance des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 8, 6)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Merveilleuse vision qui nous fait contempler le genre humain dans l’unité de son origine en Dieu (...)&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa nature, composée pareillement chez tous d’un corps matériel et d’une âme spirituelle&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa fin immédiate et de sa mission dans le monde&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de son habitation&amp;amp;nbsp;: la terre, des biens de laquelle tous les hommes, par droit de nature, peuvent user pour soutenir et développer la vie&amp;amp;nbsp;; unité de sa fin surnaturelle&amp;amp;nbsp;: Dieu même, à qui tous doivent tendre&amp;amp;nbsp;; dans l’unité des moyens pour atteindre cette fin&amp;amp;nbsp;; (...) dans l’unité de son rachat opéré pour tous par le Christ (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Summi pontificatus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''361 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette loi de solidarité humaine et de charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid''.), sans exclure la riche variété des personnes, des cultures et des peuples, nous assure que tous les hommes sont vraiment frères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Un de corps et d’âme &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''362 ''La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel. Le récit biblique exprime cette réalité avec un langage symbolique, lorsqu’il affirme que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu modela l’homme avec la glaise du sol&amp;amp;nbsp;; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 7). L’homme tout entier est donc ''voulu'' par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''363 ''Souvent, le terme ''âme'' désigne dans l’Écriture Sainte la ''vie ''humaine (cf. Mt 16, 25-26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 13) ou toute la ''personne'' humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38&amp;amp;nbsp;; Jn 12, 27) et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28&amp;amp;nbsp;; 2 M 6, 30), ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie le ''principe spirituel'' en l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''364 ''Le ''corps'' de l’homme participe à la dignité de l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: il est corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit (cf. 1 Co 6, 19-20&amp;amp;nbsp;; 15, 44-45)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Corps et âme, mais vraiment un, l’homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour (GS 14, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''365 ''L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du corps (cf. Cc. Vienne en 1312&amp;amp;nbsp;: DS 902)&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant&amp;amp;nbsp;; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''366 ''L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3896&amp;amp;nbsp;; SPF 8) – elle n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par les parents – ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513&amp;amp;nbsp;: DS 1440)&amp;amp;nbsp;: elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''367 ''Parfois il se trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit. Ainsi S. Paul prie pour que notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être tout entier, l’esprit, l’âme et le corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; soit gardé sans reproche à l’Avènement du Seigneur (1 Th 5, 23). L’Église enseigne que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme (Cc. Constantinople IV en 870&amp;amp;nbsp;: DS 657). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; cf. GS 22, § 5), et que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu (cf. Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3891).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''368 ''La tradition spirituelle de l’Église insiste aussi sur le ''cœur'', au sens biblique de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fond de l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non pour Dieu (cf. Dt 6, 5&amp;amp;nbsp;; 29, 3&amp;amp;nbsp;; Is 29, 13&amp;amp;nbsp;; Ez 36, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 6, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 8, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Homme et femme il les créa &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
'''Égalité et différence voulues par Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''369 ''L’homme et la femme sont ''créés,'' c’est-à-dire ils sont ''voulus par Dieu&amp;amp;nbsp;:'' dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Être homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est une réalité bonne et voulue par Dieu&amp;amp;nbsp;: l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn 2, 7. 22). L’homme et la femme sont, avec une même dignité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils reflètent la sagesse et la bonté du Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''370 ''Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel il n’y a pas place pour la différence des sexes. Mais les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;perfections&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu&amp;amp;nbsp;: celles d’une mère (cf. Is 49, 14-15&amp;amp;nbsp;; 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 130, 2-3) et celles d’un père et époux (cf. Os 11, 1-4&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 4-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une unité à deux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''371 ''Créés ''ensemble,'' l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un ''pour'' l’autre. La Parole de Dieu nous le fait entendre par divers traits du texte sacré. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 18). Aucun des animaux ne peut être ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vis-à-vis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme (Gn 2, 19-20). La femme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la côte tirée de l’homme et qu’il amène à l’homme, provoque de la part de l’homme un cri d’admiration, une exclamation d’amour et de communion&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est l’os de mes os et la chair de ma chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 23). L’homme découvre la femme comme un autre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de la même humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''372 ''L’homme et la femme sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: non pas que Dieu ne les aurait faits qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;à moitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;incomplets&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aide&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;os de mes os...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et complémentaires en tant que masculin et féminin (MD 7). Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, en formant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 24), ils puissent transmettre la vie humaine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 28). En transmettant à leur descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur (cf. GS 50, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''373 ''Dans le dessein de Dieu, l’homme et la femme ont la vocation de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre (cf. Gn 1, 28) comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intendants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu. Cette souveraineté ne doit pas être une domination arbitraire et destructrice. A l’image du Créateur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui aime tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 24), l’homme et la femme sont appelés à participer à la Providence divine envers les autres créatures. De là, leur responsabilité pour le monde que Dieu leur a confié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’homme au Paradis =====&lt;br /&gt;
''374 ''Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''375 ''L’Église, en interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et Eve ont été constitué dans un état &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sainteté et de justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511). Cette grâce de la sainteté originelle était une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participation à la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''376 ''Par le rayonnement de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn 2, 25), enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''377 ''La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;maîtrise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme ''maîtrise de soi''. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''378 ''Le signe de la familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il y vit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour cultiver le sol et le garder&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 15)&amp;amp;nbsp;: le travail n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''379 ''C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
380 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, Tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en Te servant, toi, son Créateur, il règne sur la création&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
381 L’homme est prédestiné à reproduire l’image du Fils de Dieu fait homme – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15) – afin que le Christ soit le premier-né d’une multitude de frères et de sœurs (cf. Ep 1, 3-6&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
382 L’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un de corps et d’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 14, § 1). La doctrine de la foi affirme que l’âme spirituelle et immortelle est créée immédiatement par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas créé l’homme solitaire&amp;amp;nbsp;: dès l’origine, ‘il les créa homme et femme’ (Gn 1, 27)&amp;amp;nbsp;; leur société réalise la première forme de communion entre personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
384 La révélation nous fait connaître l’état de sainteté et de justice originelles de l’homme et de la femme avant le péché&amp;amp;nbsp;: de leur amitié avec Dieu découlait la félicité de leur existence au paradis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 7 : La Chute =====&lt;br /&gt;
''385 ''Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la souffrance, des maux dans la nature – qui apparaissent comme liés aux limites propres des créatures –, et surtout à la question du mal moral. D’où vient le mal&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je cherchais d’où vient le mal et je ne trouvais pas de solution&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit S. Augustin (conf. 7, 7, 11), et sa propre quête douloureuse ne trouvera d’issue que dans sa conversion au Dieu vivant. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le mystère de l’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 2, 7) ne s’éclaire qu’à la lumière du mystère de la piété (cf. 1 Tm 3, 16). La révélation de l’amour divin dans le Christ a manifesté à la fois l’étendue du mal et la surabondance de la grâce (cf. Rm 5, 20). Nous devons donc considérer la question de l’origine du mal en fixant le regard de notre foi sur Celui qui, seul, en est le Vainqueur (cf. Lc 11, 21-22&amp;amp;nbsp;; Jn 16, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La où le péché a abondé, la grâce a surabondé =====&lt;br /&gt;
'''La réalité du péché'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''386 ''Le péché est présent dans l’histoire de l’homme&amp;amp;nbsp;: il serait vain de tenter de l’ignorer ou de donner à cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre ce qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître le ''lien profond de l’homme avec Dieu, ''car en dehors de ce rapport, le mal du péché n’est pas démasqué dans sa véritable identité de refus et d’opposition face à Dieu, tout en continuant à peser sur la vie de l’homme et sur l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''387 ''La réalité du péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s’éclaire qu’à la lumière de la Révélation divine. Sans la connaissance qu’elle nous donne de Dieu on ne peut clairement reconnaître le péché, et on est tenté de l’expliquer uniquement comme un défaut de croissance, comme une faiblesse psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d’une structure sociale inadéquate, etc. C’est seulement dans la connaissance du dessein de Dieu sur l’homme que l’on comprend que le péché est un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent l’aimer et s’aimer mutuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le péché originel – une vérité essentielle de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''388 ''Avec la progression de la Révélation est éclairée aussi la réalité du péché. Bien que le Peuple de Dieu de l’Ancien Testament ait connu d’une certaine manière la condition humaine à la lumière de l’histoire de la chute narrée dans la Genèse, il ne pouvait pas atteindre la signification ultime de cette histoire, qui se manifeste seulement à la lumière de la Mort et de la Résurrection de Jésus-Christ (cf. Rm 5, 12-21). Il faut connaître le Christ comme source de la grâce pour connaître Adam comme source du péché. C’est l’Esprit-Paraclet, envoyé par le Christ ressuscité, qui est venu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;confondre le monde en matière de péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 8) en révélant Celui qui en est le Rédempteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''389 ''La doctrine du péché originel est pour ainsi dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le revers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du salut et que le salut est offert à tous grâce au Christ. L’Église qui a le sens du Christ (cf. 1 Co 2, 16) sait bien qu’on ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Pour lire le récit de la chute'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''390 ''Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu ''au commencement de l’histoire de l’homme'' (cf. GS 13, § 1). La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513&amp;amp;nbsp;; Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3897&amp;amp;nbsp;; Paul VI, discours 11 juillet 1966).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La chute des anges =====&lt;br /&gt;
''391 ''Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn 3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24). L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 9). L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''392 ''L’Écriture parle d’un ''péché'' de ces anges (cf. 2 P 2, 4). Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement ''refusé ''Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous deviendrez comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 5). Le diable est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pécheur dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père du mensonge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''393 ''C’est le caractère ''irrévocable ''de leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 94, 877C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''394 ''L’Écriture atteste l’influence néfaste de celui que Jésus appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homicide dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44), et qui a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue du Père (cf. Mt 4, 1-11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8). La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l’homme à désobéir à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''395 ''La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature&amp;amp;nbsp;: il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le péché originel =====&lt;br /&gt;
'''L’épreuve de la liberté'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''396 ''Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car du jour où tu en mangeras, tu mourras&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’arbre de la connaissance du bien et du mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le premier péché de l’homme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''397 ''L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a ''désobéi'' au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''398 ''Dans ce péché, l’homme s’est ''préféré'' lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu&amp;amp;nbsp;: il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;divinisé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Gn 3, 5), mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, ambig.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 1156C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''399 ''L’Écriture montre les conséquences dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Eve perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle (cf. Rm 3, 23). Ils ont peur de ce Dieu (cf. Gn 3, 9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un Dieu jaloux de ses prérogatives (cf. Gn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''400 ''L’harmonie dans laquelle ils étaient, établie grâce à la justice originelle, est détruite&amp;amp;nbsp;; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée (cf. Gn 3, 7)&amp;amp;nbsp;; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des tensions (cf. Gn 3, 11-13)&amp;amp;nbsp;; leurs rapports seront marqués par la convoitise et la domination (cf. Gn 3, 16). L’harmonie avec la création est rompue&amp;amp;nbsp;: la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile (cf. Gn 3, 17. 19). A cause de l’homme, la création est soumise &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la servitude de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 20). Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (cf. Gn 2, 17) se réalisera&amp;amp;nbsp;: l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retournera à la poussière de laquelle il est formé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 19). ''La mort fait son entrée dans l’histoire de l’humanité ''(cf. Rm 5, 12)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''401 ''Depuis ce premier péché, une véritable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;invasion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du péché inonde le monde&amp;amp;nbsp;: le fratricide commis par Caïn sur Abel (cf. Gn 4, 3-15)&amp;amp;nbsp;; la corruption universelle à la suite du péché (cf. Gn 6, 5. 12&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 18-32)&amp;amp;nbsp;; de même, dans l’histoire d’Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de l’alliance et comme transgression de la Loi de Moïse&amp;amp;nbsp;; après la Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se manifeste de nombreuses manières (cf. 1 Co 1-6&amp;amp;nbsp;; Ap 2-3). L’Écriture et la Tradition de l’Église ne cessent de rappeler la présence et ''l’universalité du péché dans l’histoire ''de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conséquences du péché d’Adam pour l’humanité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''402 ''Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. S. Paul l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 12). A l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose l’universalité du salut dans le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''403 ''A la suite de S. Paul l’Église a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort de l’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1512). En raison de cette certitude de foi, l’Église donne le Baptême pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1514)'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''404 ''Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants&amp;amp;nbsp;? Tout le genre humain est en Adam &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme l’unique corps d’un homme unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., mal. 4, 1) Par cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;unité du genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;: en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un ''péché personnel, ''mais ce péché affecte la ''nature humaine ''qu’ils vont transmettre ''dans un état déchu'' (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511-1512). C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de façon analogique&amp;amp;nbsp;: c’est un péché &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contracté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, un état et non pas un acte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''405 ''Quoique propre à chacun (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513), le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement corrompue&amp;amp;nbsp;: elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''406 ''La doctrine de l’Église sur la transmission du péché originel s’est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous l’impulsion de la réflexion de S. Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition à la Réforme protestante. Pélage tenait que l’homme pouvait, par la force naturelle de sa volonté libre, sans l’aide nécessaire de la grâce de Dieu, mener une vie moralement bonne&amp;amp;nbsp;; il réduisait ainsi l’influence de la faute d’Adam à celle d’un mauvais exemple. Les premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que l’homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché des origines&amp;amp;nbsp;; ils identifiaient le péché hérité par chaque homme avec la tendance au mal (''concupiscentia''), qui serait insurmontable. L’Église s’est spécialement prononcée sur le sens du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile d’Orange en 529 (cf. DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 (cf. DS 1510-1516).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dur combat...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''407 ''La doctrine sur le péché originel – liée à celle de la Rédemption par le Christ – donne un regard de discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511&amp;amp;nbsp;; cf. He 2, 14). Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale (cf. CA 25) et des mœurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''408 ''Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l’expression de Saint Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Par cette expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''409 ''Cette situation dramatique du monde qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout entier gît au pouvoir du mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 19&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 5, 8) fait de la vie de l’homme un combat&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes&amp;amp;nbsp;; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien&amp;amp;nbsp;; et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure (GS 37, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. &amp;quot; Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''410 ''Après sa chute, l’homme n’a pas été abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l’appelle (cf. Gn 3, 9) et lui annonce de façon mystérieuse la victoire sur le mal et le relèvement de sa chute (cf. Gn 3, 15). Ce passage de la Genèse a été appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, étant la première annonce du Messie rédempteur, celle d’un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d’un descendant de celle-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''411 ''La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvel Adam&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 21-22. 45) qui, par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance jusqu’à la mort de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8) répare en surabondance la désobéissance d’Adam (cf. Rm 5, 19-20). Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l’Église voient dans la femme annoncée dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère du Christ, Marie, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle Eve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Elle a été celle qui, la première et d’une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ&amp;amp;nbsp;: elle a été préservée de toute souillure du péché originel (cf. Pie IX&amp;amp;nbsp;: DS 2803) et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n’a commis aucune sorte de péché (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''412 ''Mais ''pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché le premier homme de pécher&amp;amp;nbsp;? ''S. Léon le Grand répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (serm. 73, 4&amp;amp;nbsp;: PL 54, 396). Et S. Thomas d’Aquin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un plus grand bien. D’où le mot de S. Paul&amp;amp;nbsp;: ‘Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé’ (Rm 5, 20). Et le chant de l’‘Exultet’&amp;amp;nbsp;: ‘O heureuse faute qui a mérité un tel et un si grand Rédempteur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 1, 3, ad 3&amp;amp;nbsp;; l’''Exsultet'' chante ces paroles de saint Thomas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
413 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants (...). C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
414 Satan ou le diable et les autres démons sont des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu et son dessein. Leur choix contre Dieu est définitif. Ils tentent d’associer l’homme à leur révolte contre Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Établi par Dieu dans un état de sainteté, l’homme séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
416 Par son péché, Adam, en tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417 A leur descendance, Adam et Eve ont transmis la nature humaine blessée par leur premier péché, donc privée de la sainteté et la justice originelles. Cette privation est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché originel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
418 En conséquence du péché originel, la nature humaine est affaiblie dans ses forces, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au péché (inclination appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
419 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, ‘non par imitation, mais par propagation’, et qu’il est ainsi ‘propre à chacun’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420 La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La où le péché a abondé, la grâce a surabondé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du créateur&amp;amp;nbsp;; il est tombé, certes, sous l’esclavage du péché, mais le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l’a libéré...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 2, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre Deuxième : Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu ====&lt;br /&gt;
'''La Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''422 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4-5). Voici &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Bonne Nouvelle touchant Jésus-Christ, Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 1)&amp;amp;nbsp;: Dieu a visité son peuple (cf. Lc 1, 68), il a accompli les promesses faites à Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1, 55)&amp;amp;nbsp;; il l’a fait au-delà de toute attente&amp;amp;nbsp;: Il a envoyé son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''423 ''Nous croyons et confessons que Jésus de Nazareth, né juif d’une fille d’Israël, à Bethléem, au temps du roi Hérode le Grand et de l’empereur César Auguste&amp;amp;nbsp;; de son métier charpentier, mort crucifié à Jérusalem, sous le procureur Ponce Pilate, pendant le règne de l’empereur Tibère, est le Fils éternel de Dieu fait homme, qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; 6, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2), car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (...). Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''424 ''Mûs par la grâce de l’Esprit Saint et attirés par le Père nous croyons et nous confessons au sujet de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16). C’est sur le roc de cette foi, confessée par S. Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18&amp;amp;nbsp;; S. Léon le Grand, serm. 4, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 151&amp;amp;nbsp;; 51, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 309B&amp;amp;nbsp;; 62, 2&amp;amp;nbsp;: PL 350C-351A&amp;amp;nbsp;; 83, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 432A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Annoncer l’insondable richesse du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ep 3, 8)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''425 ''La transmission de la foi chrétienne, c’est d’abord l’annonce de Jésus-Christ, pour conduire à la foi en Lui. Dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé du désir d’annoncer le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 20). Et ils invitent les hommes de tous les temps à entrer dans la joie de leur communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie&amp;amp;nbsp;; – car la vie s’est manifestée&amp;amp;nbsp;: nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue&amp;amp;nbsp;; – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète (1 Jn 1, 1-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Au cœur de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''426 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au cœur de la catéchèse nous trouvons essentiellement une Personne, celle de Jésus de Nazareth, Fils unique du Père (...), qui a souffert et qui est mort pour nous et qui maintenant, ressuscité, vit avec nous pour toujours (...). Catéchiser (...), c’est dévoiler dans la Personne du Christ tout le dessein éternel de Dieu. C’est chercher à comprendre la signification des gestes et des paroles du Christ, des signes réalisés par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 5). Le but de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mettre en communion avec Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: lui seul peut conduire à l’amour du Père dans l’Esprit et nous faire participer à la vie de la Trinité Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''427 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la catéchèse, c’est le Christ, Verbe incarné et Fils de Dieu, qui est enseigné – tout le reste l’est en référence à lui&amp;amp;nbsp;; et seul le Christ enseigne, tout autre le fait dans la mesure où il est son porte-parole, permettant au Christ d’enseigner par sa bouche (...). Tout catéchiste devrait pouvoir s’appliquer à lui-même la mystérieuse parole de Jésus&amp;amp;nbsp;: ‘Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé’ (Jn 7, 16)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''428 ''Celui qui est appelé à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enseigner le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, doit donc d’abord chercher &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce gain suréminent qu’est la connaissance du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accepter de tout perdre (...) afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 8-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''429 ''C’est de cette connaissance amoureuse du Christ que jaillit le désir de L’annoncer, d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de conduire d’autres au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi en Jésus-Christ. Mais en même temps se fait sentir le besoin de toujours mieux connaître cette foi. A cette fin, en suivant l’ordre du Symbole de la foi, seront d’abord présentés les principaux titres de Jésus&amp;amp;nbsp;: le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur (''article 2''). Le Symbole confesse ensuite les principaux mystères de la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: ceux de son Incarnation (''article 3''), ceux de sa Pâque (''articles 4 et 5''), enfin ceux de sa glorification (''articles 6 et 7'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : &amp;quot; Et en Jésus-Christ, son Fils Unique, Notre Seigneur &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Jésus =====&lt;br /&gt;
''430 Jésus'' veut dire en hébreu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel lui donne comme nom propre le nom de Jésus qui exprime à la fois son identité et sa mission (cf. Lc 1, 31). Puisque &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut remettre les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7), c’est lui qui, en Jésus, son Fils éternel fait homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21). En Jésus, Dieu récapitule ainsi toute son histoire de salut en faveur des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''431 ''Dans l’histoire du salut, Dieu ne s’est pas contenté de délivrer Israël de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la maison de servitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 5, 6) en le faisant sortir d’Égypte. Il le sauve encore de son péché. Parce que le péché est toujours une offense faite à Dieu (cf. Ps 51, 6), c’est Lui seul qui peut l’absoudre (cf. Ps 51, 12). C’est pourquoi Israël, en prenant de plus en plus conscience de l’universalité du péché, ne pourra plus chercher le salut que dans l’invocation du nom du Dieu Rédempteur (cf. Ps 79, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''432 ''Le nom de Jésus signifie que le nom même de Dieu est présent en la personne de son Fils (cf. Ac 5, 41&amp;amp;nbsp;; 3 Jn 7) fait homme pour la rédemption universelle et définitive des péchés. Il est le nom divin qui seul apporte le salut (cf. Jn 3, 5&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 21) et il peut désormais être invoqué de tous car il s’est uni à tous les hommes par l’Incarnation (cf. Rm 10, 6-13) de telle sorte qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 9, 14&amp;amp;nbsp;; Jc 2, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''433 ''Le nom du Dieu Sauveur était invoqué une seule fois par an par le grand prêtre pour l’expiation des péchés d’Israël, quand il avait aspergé le propitiatoire du Saint des Saints avec le sang du sacrifice (cf. Lv 16, 15-16&amp;amp;nbsp;; Si 50, 20&amp;amp;nbsp;; He 9, 7). Le propitiatoire était le lieu de la présence de Dieu (cf. Ex 25, 22&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 2&amp;amp;nbsp;; Nb 7, 89&amp;amp;nbsp;; He 9, 5). Quand S. Paul dit de Jésus que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a destiné à être propitiatoire par son propre sang&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 25), il signifie que dans l’humanité de celui-ci, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''434 ''La Résurrection de Jésus glorifie le nom du Dieu Sauveur (cf. Jn 12, 28) car désormais, c’est le nom de Jésus qui manifeste en plénitude la puissance suprême du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nom au-dessus de tout nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 9-10). Les esprits mauvais craignent son nom (cf. Ac 16, 16-18&amp;amp;nbsp;; 19, 13-16) et c’est en son nom que les disciples de Jésus font des miracles (cf. Mc 16, 17), car tout ce qu’ils demandent au Père en son nom, celui-ci le leur accorde (Jn 15, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''435 ''Le nom de Jésus est au cœur de la prière chrétienne. Toutes les oraisons liturgiques se concluent par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous salue, Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; culmine dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La prière du cœur orientale appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prière à Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur prend pitié de moi pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. De nombreux chrétiens meurent en ayant, comme Ste Jeanne d’Arc, le seul mot de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux lèvres (cf. P. Doncoeur et Y. Lanhers, ''La réhabilitation de Jeanne la Pucelle'', p. 39. 45. 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Christ =====&lt;br /&gt;
''436 Christ'' vient de la traduction grecque du terme hébreu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il ne devient le nom propre de Jésus que parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu’il signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C’était le cas des rois (cf. 1 S 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1. 12-13&amp;amp;nbsp;; 1 R 1, 39), des prêtres (cf. Ex 29, 7&amp;amp;nbsp;; Lv 8, 12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume (cf. Ps 2, 2&amp;amp;nbsp;; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par l’Esprit du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4, 14&amp;amp;nbsp;; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 4, 16-21). Jésus a accompli l’espérance messianique d’Israël dans sa triple fonction de prêtre, de prophète et de roi .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''437 ''L’ange a annoncé aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aujourd’hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 11). Dès l’origine il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 36), conçu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35) dans le sein virginal de Marie. Joseph a été appelé par Dieu à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre chez lui Marie son épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enceinte de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce qui a été engendré en elle par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21) afin que Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’on appelle Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; naisse de l’épouse de Joseph dans la descendance messianique de David (Mt 1, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 1, 3&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 2, 8&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''438 ''La consécration messianique de Jésus manifeste sa mission divine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est d’ailleurs ce qu’indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l’Onction même dont il a été oint&amp;amp;nbsp;: Celui qui a oint, c’est le Père, Celui qui a été oint, c’est le Fils, et il l’a été dans l’Esprit qui est l’Onction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s’est révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’il fût manifesté à Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 31) comme son Messie. Ses œuvres et ses paroles le feront connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 24&amp;amp;nbsp;; Jn 6, 69&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''439 ''De nombreux juifs et même certains païens qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits fondamentaux du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de David&amp;amp;nbsp;&amp;quot; messianique promis par Dieu à Israël (cf. Mt 2, 2&amp;amp;nbsp;; 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; 20, 30&amp;amp;nbsp;; 21, 9. 15). Jésus a accepté le titre de Messie auquel il avait droit (cf. Jn 4, 25-26&amp;amp;nbsp;; 11, 27), mais non sans réserve parce que celui-ci était compris par une partie de ses contemporains selon une conception trop humaine (cf. Mt 22, 41-46), essentiellement politique (cf. Jn 6, 15&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''440 ''Jésus a accueilli la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion prochaine du Fils de l’Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l’identité transcendante du Fils de l’Homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 6, 62&amp;amp;nbsp;; Dn 7, 13) et dans sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 10-12). C’est pourquoi le vrai sens de sa royauté n’est manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19, 19-22&amp;amp;nbsp;; Lc 23, 39-43). C’est seulement après sa Résurrection que sa royauté messianique pourra être proclamée par Pierre devant le Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude&amp;amp;nbsp;: Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Fils unique de Dieu =====&lt;br /&gt;
''441 Fils de Dieu'', dans l’Ancien Testament, est un titre donné aux anges (cf. Dt 32, 8&amp;amp;nbsp;; Jb 1, 6), au peuple de l’Élection (cf. Ex 4, 22&amp;amp;nbsp;; Os 11, 1&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 19&amp;amp;nbsp;; Si 36, 11&amp;amp;nbsp;; Sg 18, 13), aux enfants d’Israël (cf. Dt 14, 1&amp;amp;nbsp;; Os 2, 1) et à leurs rois (cf. 2 S 7, 14&amp;amp;nbsp;; Ps 82, 6). Il signifie alors une filiation adoptive qui établit entre Dieu et sa créature des relations d’une intimité particulière. Quand le Roi-Messie promis est dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Ch 17, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 2, 7), cela n’implique pas nécessairement, selon le sens littéral de ces textes, qu’il soit plus qu’humain. Ceux qui ont désigné ainsi Jésus en tant que Messie d’Israël (cf. Mt 27, 54) n’ont peut-être pas voulu dire davantage (cf. Lc 23, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''442 ''Il n’en va pas de même pour Pierre quand il confesse Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16) car celui-ci lui répond avec solennité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette ''révélation'' ne t’est pas venue de la chair et du sang mais ''de mon Père ''qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17). Parallèlement Paul dira à propos de sa conversion sur le chemin de Damas&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 1, 15-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 9, 20). Ce sera dès le début (cf. 1 Th 1, 10) le centre de la foi apostolique (cf. Jn 20, 31) professée d’abord par Pierre comme fondement de l’Église (cf. Mt 16, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''443 ''Si Pierre a pu reconnaître le caractère transcendant de la filiation divine de Jésus Messie, c’est que celui-ci l’a nettement laissé entendre. Devant le Sanhédrin, à la demande de ses accusateurs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es donc le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus a répondu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous le dites bien, je le suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 70&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 26, 64&amp;amp;nbsp;; Mc 14, 61). Bien avant déjà, Il s’est désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui connaît le Père (cf. Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; 21, 37-38), qui est distinct des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que Dieu a auparavant envoyés à son peuple (cf. Mt 21, 34-36), supérieur aux anges eux-mêmes (cf. Mt 24, 36). Il a distingué sa filiation de celle de ses disciples en ne disant jamais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 48&amp;amp;nbsp;; 6, 8&amp;amp;nbsp;; 7, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 13) sauf pour leur ordonner &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''vous'' donc priez ainsi&amp;amp;nbsp;: Notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; et il a souligné cette distinction&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père et votre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''444 ''Les Évangiles rapportent en deux moments solennels, le Baptême et la transfiguration du Christ, la voix du Père qui Le désigne comme son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; 17, 5). Jésus se désigne Lui-même comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils Unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16) et affirme par ce titre sa préexistence éternelle (cf. Jn 10, 36). Il demande la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Fils unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 18). Cette confession chrétienne apparaît déjà dans l’exclamation du centurion face à Jésus en croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vraiment cet homme était Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 39). Dans le mystère pascal seulement le croyant peut donner sa portée ultime au titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''445 ''C’est après sa Résurrection que sa filiation divine apparaît dans la puissance de son humanité glorifiée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon l’Esprit qui sanctifie, par sa Résurrection d’entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu dans sa puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 13, 33). Les apôtres pourront confesser&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Seigneur =====&lt;br /&gt;
''446 ''Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s’est révélé à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, est rendu par ''Kyrios'' (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). ''Seigneur'' devient dès lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. C’est dans ce sens fort que le Nouveau Testament utilise le titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la fois pour le Père, mais aussi, et c’est là la nouveauté, pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu lui-même (cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''447 ''Jésus lui-même s’attribue de façon voilée ce titre lorsqu’il discute avec les Pharisiens sur le sens du Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 2, 34-36&amp;amp;nbsp;; He 1, 13), mais aussi de manière explicite en s’adressant à ses apôtres (cf. Jn 13, 13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de domination sur la nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort et le péché, démontraient sa souveraineté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''448 ''Très souvent, dans les Évangiles, des personnes s’adressent à Jésus en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Ce titre exprime le respect et la confiance de ceux qui s’approchent de Jésus et qui attendent de lui secours et guérison (cf. Mt 8, 2&amp;amp;nbsp;; 14, 30&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; e.a.). Sous la motion de l’Esprit Saint, il exprime la reconnaissance du mystère divin de Jésus (cf. Lc 1, 43&amp;amp;nbsp;; 2, 11). Dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Seigneur et mon Dieu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 28). Il prend alors une connotation d’amour et d’affection qui va rester le propre de la tradition chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''449 ''En attribuant à Jésus le titre divin de Seigneur, les premières confessions de foi de l’Église affirment, dès l’origine (cf. Ac 2, 34-36), que le pouvoir, l’honneur et la gloire dus à Dieu le Père conviennent aussi à Jésus (cf. Rm 9, 5&amp;amp;nbsp;; Tt 2, 13&amp;amp;nbsp;; Ap 5, 13) parce qu’il est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 6) et que le Père a manifesté cette souveraineté de Jésus en le ressuscitant des morts et en l’exaltant dans sa gloire (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''450 ''Dès le commencement de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l’histoire (cf. Ap 11, 15) signifie aussi la reconnaissance que l’homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: César n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 17&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église croit (...) que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 10, § 2&amp;amp;nbsp;; cf. 45, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''451 ''La prière chrétienne est marquée par le titre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que ce soit l’invitation à la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur soit avec vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ou la conclusion de la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Jésus-Christ notre Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou encore le cri plein de confiance et d’espérance&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Maran atha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur vient&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Marana tha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) (1 Co 16, 22)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen, viens, Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
452 Le nom de Jésus signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’enfant né de la Vierge Marie est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
453 Le nom de Christ signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est le Christ car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu L’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38). Il était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 19), l’objet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
454 Le nom de Fils de Dieu signifie la relation unique et éternelle de Jésus-Christ à Dieu son Père&amp;amp;nbsp;: Il est le Fils unique du Père (cf. Jn 1, 14. 18&amp;amp;nbsp;; 3, 16. 18) et Dieu lui-même (cf. Jn 1, 1). Croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu est nécessaire pour être chrétien (cf. Ac 8, 37&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
455 Le nom de Seigneur signifie la souveraineté divine. Confesser ou invoquer Jésus comme Seigneur, c’est croire en sa divinité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut dire ‘Jésus est Seigneur’ s’il n’est avec l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : &amp;quot; Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, Il est né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Fils de Dieu s’est fait homme =====&lt;br /&gt;
===== I. Pourquoi le Verbe s’est-il fait chair =====&lt;br /&gt;
''456 ''Avec le Credo de Nicée-Constantinople, nous répondons en confessant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Pour nous les hommes et pour notre salut'' Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;; par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''457 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père a envoyé son Fils, le sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-là a paru pour ôter les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Malade, notre nature demandait à être guérie&amp;amp;nbsp;; déchue, à être relevée&amp;amp;nbsp;; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière&amp;amp;nbsp;; captifs, nous attendions un sauveur&amp;amp;nbsp;; prisonniers, un secours&amp;amp;nbsp;; esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance&amp;amp;nbsp;? Ne méritaient-elles pas d’émouvoir Dieu au point de le faire descendre jusqu’à notre nature humaine pour la visiter, puisque l’humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux&amp;amp;nbsp;? (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 15&amp;amp;nbsp;: PG 45, 48B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''458 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour que nous connaissions ainsi l’amour de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''459 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour être notre modèle de sainteté''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la voie, la vérité et la vie&amp;amp;nbsp;; nul ne vient au Père sans passer par moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 6). Et le Père, sur la montagne de la Transfiguration, ordonne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 9, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Dt 6, 4-5). Il est en effet le modèle des Béatitudes et la norme de la Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 12). Cet amour implique l’offrande effective de soi-même à sa suite (cf. Mc 8, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''460 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous rendre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(2 P 1, 4)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 19, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Athanase, inc. 54, 3&amp;amp;nbsp;: PG 25, 192B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., opusc. 57 in festo Corp. Chr. 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Incarnation =====&lt;br /&gt;
''461 ''Reprenant l’expression de S. Jean (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe s’est fait chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Jn 1, 14), l’Église appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Incarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le fait que le Fils de Dieu ait assumé une nature humaine pour accomplir en elle notre salut. Dans une hymne attestée par S. Paul, l’Église chante le mystère de l’Incarnation&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;: Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la Croix&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 5-8&amp;amp;nbsp;; cf. LH, cantique des Vêpres du samedi).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''462 ''L’épître aux Hébreux parle du même mystère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit&amp;amp;nbsp;: Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation&amp;amp;nbsp;; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocauste ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit&amp;amp;nbsp;: Voici, je viens (...) pour faire ta volonté (He 10, 5-7, citant Ps 40, 7-9 LXX).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''463 ''La foi en l’Incarnation véritable du Fils de Dieu est le signe distinctif de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A ceci reconnaissez l’esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;: Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2). C’est là la joyeuse conviction de l’Église dès son commencement, lorsqu’elle chante &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le grand mystère de la piété&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été manifesté dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Vrai Dieu et vrai homme =====&lt;br /&gt;
''464 ''L’événement unique et tout à fait singulier de l’Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu’il soit le résultat du mélange confus entre le divin et l’humain. Il s’est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l’Église a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''465 ''Les premières hérésies ont moins nié la divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme gnostique). Dès les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie incarnation du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l’Église a dû affirmer contre Paul de Samosate, dans un Concile réuni à Antioche, que Jésus-Christ est Fils de Dieu par nature et non par adoption. Le premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, confessa dans son Credo que le Fils de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;engendré, non pas créé, de la même substance (''homousios'' – DS 125) que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et condamna Arius qui affirmait que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils de Dieu est sorti du néant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 130) et qu’il serait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’une autre substance que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 126).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''466 ''L’hérésie nestorienne voyait dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de Dieu. Face à elle S. Cyrille d’Alexandrie et le troisième Concile œcuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe, en s’unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est devenu homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 250). L’humanité du Christ n’a d’autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée et faite sienne dès sa conception. Pour cela le Concile d’Ephèse a proclamé en 431 que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu dans son sein&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''467 ''Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d’exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à cette hérésie, le quatrième Concile œcuménique, à Chalcédoine, a confessé en 451&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* A la suite des saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d’une âme rationnelle et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l’humanité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;semblable à nous en tout, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15)&amp;amp;nbsp;; engendré du Père avant tout les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous et pour notre salut, né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l’humanité.&amp;lt;br/&amp;gt; Un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n’est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase (DS 301-302).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''468 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après le Concile de Chalcédoine, certains firent de la nature humaine du Christ une sorte de sujet personnel. Contre eux, le cinquième Concile œcuménique, à Constantinople en 553, a confessé à propos du Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a qu’une seule hypostase [ou personne], qui est notre Seigneur Jésus-Christ, &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''un de la Trinité''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 424). Tout dans l’humanité du Christ doit donc être attribué à sa personne divine comme à son sujet propre (cf. déjà Cc. Ephèse&amp;amp;nbsp;: DS 255), non seulement les miracles mais aussi les souffrances (cf. DS 424) et même la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui a été crucifié dans la chair, notre Seigneur Jésus-Christ, est vrai Dieu, Seigneur de la gloire et Un de la sainte Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 432).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''469 ''L’Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s’est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d’être Dieu, notre Seigneur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il resta ce qu’Il était, Il assuma ce qu’il n’était pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chante la liturgie romaine (LH, In Solemnitate Sanctae Dei Genetricis Mariae, antiphona ad &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Benedictus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. S. Léon le Grand, serm. 21, 2&amp;amp;nbsp;: PL 54, 192A). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome proclame et chante&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Fils unique et Verbe de Dieu, étant immortel, tu as daigné pour notre salut t’incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui sans changement es devenu homme, et qui as été crucifié, O Christ Dieu, qui, par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de la Sainte Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit, sauve-nous&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tropaire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O monoghenis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment le Fils de Dieu est-il homme ? =====&lt;br /&gt;
''470 ''Parce que dans l’union mystérieuse de l’Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nature humaine a été assumée, non absorbée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), l’Église a été amenée au cours des siècles à confesser la pleine réalité de l’âme humaine, avec ses opérations d’intelligence et de volonté, et du corps humain du Christ. Mais parallèlement, elle a eu à rappeler à chaque fois que la nature humaine du Christ appartient en propre à la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée. Tout ce qu’il est et ce qu’il fait en elle relève &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’Un de la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Fils de Dieu communique donc à son humanité son propre mode d’exister personnel dans la Trinité. Ainsi, dans son âme comme dans son corps, le Christ exprime humainement les mœurs divines de la Trinité (cf. Jn 14, 9-10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Fils de Dieu a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (GS 22, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’âme et la connaissance humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''471 ''Apollinaire de Laodicée affirmait que dans le Christ le Verbe avait remplacé l’âme ou l’esprit. Contre cette erreur l’Église a confessé que le Fils éternel a assumé aussi une âme raisonnable humaine (cf. DS 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''472 ''Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée&amp;amp;nbsp;: elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croître en sagesse, en taille et en grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38&amp;amp;nbsp;; Mc 8, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 11, 34&amp;amp;nbsp;; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2,7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''473 ''Mais en même temps, cette connaissance vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie divine de sa personne (cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39&amp;amp;nbsp;: DS 475&amp;amp;nbsp;: PL 77, 1097B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine du Fils de Dieu, ''non par elle-même mais par son union au Verbe'', connaissait et manifestait en elle tout ce qui convient à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, qu. dub. 66&amp;amp;nbsp;: PG 90, 840A). C’est en premier le cas de la connaissance intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père (cf. Mc 14, 36&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 18&amp;amp;nbsp;; 8, 55&amp;amp;nbsp;; etc.). Le Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine qu’il avait des pensées secrètes du cœur des hommes (cf. Mc 2, 8&amp;amp;nbsp;; Jn 2, 25&amp;amp;nbsp;; 6, 61&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''474 ''De par son union à la Sagesse divine en la personne du Verbe incarné, la connaissance humaine du Christ jouissait en plénitude de la science des desseins éternels qu’il était venu révéler (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 31&amp;amp;nbsp;; 10, 33-34&amp;amp;nbsp;; 14, 18-20. 26-30). Ce qu’il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32), il déclare ailleurs n’avoir pas mission de le révéler (cf. Ac 1, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La volonté humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''475 ''De manière parallèle, l’Église a confessé au sixième Concile œcuménique (Cc. Constantinople III en 681) que le Christ possède deux volontés et deux opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes, de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l’obéissance à son Père tout ce qu’il a décidé divinement avec le Père et le Saint-Esprit pour notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;suit sa volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d’elle, mais bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 556).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le vrai corps du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''476 ''Puisque le Verbe s’est fait chair en assumant une vraie humanité, le corps du Christ était délimité (cf. Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 504). A cause de cela, le visage humain de Jésus peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dépeint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 2). Au sixième Concile œcuménique (Cc. Nicée II en 787&amp;amp;nbsp;: DS 600-603) l’Église a reconnu comme légitime qu’il soit représenté sur des images saintes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''477 ''En même temps l’Église a toujours reconnu que, dans le corps de Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui est par nature invisible est devenu visible à nos yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de Noël). En effet, les particularités individuelles du corps du Christ expriment la personne divine du Fils de Dieu. Celui-ci a fait siens les traits de son corps humain au point que, dépeints sur une image sainte, ils peuvent être vénérés car le croyant qui vénère son image, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vénère en elle la personne qui y est dépeinte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Nicée II&amp;amp;nbsp;: DS 601).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Cœur du Verbe incarné'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''478 ''Jésus nous a tous et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa passion et il s’est livré pour chacun de nous&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d’un cœur humain. Pour cette raison, le Cœur sacré de Jésus, transpercé par nos péchés et pour notre salut (cf. Jn 19, 34), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est considéré comme le signe et le symbole éminents... de cet amour que le divin Rédempteur porte sans cesse au père éternel et à tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Haurietis aquas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3924&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3812).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
479 Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, c’est-à-dire le Verbe et l’Image substantielle du Père, s’est incarné&amp;amp;nbsp;: sans perdre la nature divine il a assumé la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480 Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, dans l’unité de sa Personne divine&amp;amp;nbsp;; pour cette raison il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
481 Jésus-Christ possède deux natures, la divine et l’humaine, non confondues, mais unies dans l’unique Personne du Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
482 Le Christ, étant vrai Dieu et vrai homme, a une intelligence et une volonté humaines, parfaitement accordées et soumises à son intelligence et sa volonté divines, qu’il a en commun avec le Père et le Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
483 L’Incarnation est donc le mystère de l’admirable union de la nature divine et de la nature humaine dans l’unique Personne du Verbe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. &amp;quot; ... Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Conçu du Saint-Esprit... =====&lt;br /&gt;
''484 ''L’Annonciation à Marie inaugure la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plénitude des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), c’est-à-dire l’accomplissement des promesses et des préparations. Marie est invitée à concevoir Celui en qui habitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corporellement la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). La réponse divine à son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34) est donnée par la puissance de l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint viendra sur toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''485 ''La mission de l’Esprit Saint est toujours conjointe et ordonnée à celle du Fils (cf. Jn 16, 14-15). L’Esprit Saint est envoyé pour sanctifier le sein de la Vierge Marie et la féconder divinement, lui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en faisant qu’elle conçoive le Fils éternel du Père dans une humanité tirée de la sienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''486 ''Le Fils unique du Père en étant conçu comme homme dans le sein de la Vierge Marie est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire oint par l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 35), dès le début de son existence humaine, même si sa manifestation n’a lieu que progressivement&amp;amp;nbsp;: aux bergers (cf. Lc 2, 8-20), aux mages (cf. Mt 2, 1-12), à Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 31-34), aux disciples (cf. Jn 2, 11). Toute la vie de Jésus-Christ manifestera donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment Dieu l’a oint d’Esprit et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. ... Né de la Vierge Marie =====&lt;br /&gt;
''487 ''Ce que la foi catholique croit au sujet de Marie se fonde sur ce qu’elle croit au sujet du Christ, mais ce qu’elle enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédestination de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''488 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), mais pour lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonner un corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. He 10, 5) il a voulu la libre coopération d’une créature. Pour cela, de toute éternité, Dieu a choisi, pour être la Mère de Son Fils, une fille d’Israël, une jeune juive de Nazareth en Galilée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 26-27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père des miséricordes a voulu que l’Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l’œuvre de mort, de même une femme contribuât aussi à la vie (LG 56&amp;amp;nbsp;; cf. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''489 ''Tout au long de l’Ancienne Alliance, la mission de Marie a été ''préparée'' par celle de saintes femmes. Tout au commencement, il y a Eve&amp;amp;nbsp;: malgré sa désobéissance, elle reçoit la promesse d’une descendance qui sera victorieuse du Malin (cf. Gn 3, 15) et celle d’être la mère de tous les vivants (cf. Gn 3, 20). En vertu de cette promesse, Sara conçoit un fils malgré son grand âge (cf. Gn 18, 10-14&amp;amp;nbsp;; 21, 1-2). Contre toute attente humaine, Dieu choisit ce qui était tenu pour impuissant et faible (cf. 1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité à sa promesse&amp;amp;nbsp;: Anne, la mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith et Esther, et beaucoup d’autres femmes. Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s’accomplissent les temps et s’instaure l’économie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 55).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Immaculée Conception'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''490 ''Pour être la Mère du Sauveur, Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). L’ange Gabriel, au moment de l’Annonciation la salue comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 28). En effet, pour pouvoir donner l’assentiment libre de sa foi à l’annonce de sa vocation, il fallait qu’elle soit toute portée par la grâce de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''491 ''Au long des siècles l’Église a pris conscience que Marie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel (DS 2803).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''492 ''Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sainteté éclatante absolument unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dont elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enrichie dès le premier instant de sa conception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56) lui vient tout entière du Christ&amp;amp;nbsp;: elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). Plus que toute autre personne créée, le Père l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 3). Il l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;élue en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et immaculée en sa présence, dans l’amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''493 ''Les Pères de la tradition orientale appellent la Mère de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Toute Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Panaghia''), ils la célèbrent comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’il me soit fait selon ta parole...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''494 ''A l’annonce qu’elle enfantera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils du Très Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sans connaître d’homme, par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 28-37), Marie a répondu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 5), certaine que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;; qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37-38). Ainsi, donnant à la parole de Dieu son consentement, Marie devint Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement à la personne et à l’œuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce de Dieu, au mystère de la Rédemption (cf. LG 56)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme dit S. Irénée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 22, 4). Aussi, avec lui, bon nombre d’anciens Pères disent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le nœud dû à la désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance de Marie&amp;amp;nbsp;; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. ''ibid.'')&amp;amp;nbsp;; comparant Marie avec Eve, ils appellent Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et déclarent souvent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Eve la mort, par Marie la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité divine de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''495 ''Appelée dans les Évangiles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 1&amp;amp;nbsp;; 19, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 13, 55), Marie est acclamée, sous l’impulsion de l’Esprit, dès avant la naissance de son fils, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de mon Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 43). En effet, Celui qu’elle a conçu comme homme du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n’est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité. L’Église confesse que Marie est vraiment ''Mère de Dieu'' (''Theotokos'') (cf. DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La virginité de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''496 ''Dès les premières formulations de la foi (cf. DS 10-64), l’Église a confessé que Jésus a été conçu par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, affirmant aussi l’aspect corporel de cet événement&amp;amp;nbsp;: Jésus a été conçu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’Esprit Saint sans semence virile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 503). Les Pères voient dans la conception virginale le signe que c’est vraiment le Fils de Dieu qui est venu dans une humanité comme la nôtre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Ignace d’Antioche (début IIe siècle)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes fermement convaincus au sujet de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon la chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu (cf. Jn 1, 13), véritablement né d’une vierge, (...) il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate (...) il a véritablement souffert, comme il est aussi véritablement ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Smyrn. 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''497 ''Les récits évangéliques (cf. Mt 1, 18-25&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38) comprennent la conception virginale comme une œuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute possibilité humaines (cf. Lc 1, 34)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit l’ange à Joseph au sujet de Marie, sa fiancée (Mt 1, 20). L’Église y voit l’accomplissement de la promesse divine donnée par le prophète Isaïe&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que la vierge concevra et enfantera un fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 7, 14, d’après la traduction grecque de Mt 1, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''498 ''On a été parfois troublé par le silence de l’Évangile de S. Marc et des Épîtres du Nouveau Testament sur la conception virginale de Marie. On a aussi pu se demander s’il ne s’agissait pas ici de légendes ou de constructions théologiques sans prétentions historiques. A quoi il faut répondre&amp;amp;nbsp;: La foi en la conception virginale de Jésus a rencontré vive opposition, moqueries ou incompréhension de la part des non-croyants, juifs et païens (cf. S. Justin, dial. 66, 67&amp;amp;nbsp;; Origène, Cels. 1, 32. 69&amp;amp;nbsp;; e.a.)&amp;amp;nbsp;: elle n’était pas motivée par la mythologie païenne ou par quelque adaptation aux idées du temps. Le sens de cet événement n’est accessible qu’à la foi qui le voit dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lien qui relie les mystères entre eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3016), dans l’ensemble des mystères du Christ, de son Incarnation à sa Pâque. S. Ignace d’Antioche témoigne déjà de ce lien&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le prince de ce monde a ignoré la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort du Seigneur&amp;amp;nbsp;: trois mystères retentissants qui furent accomplis dans le silence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Eph. 19, 1&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours Vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''499 ''L’approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l’Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie (cf. DS 427) même dans l’enfantement du Fils de Dieu fait homme (cf. DS 291&amp;amp;nbsp;; 294&amp;amp;nbsp;; 442&amp;amp;nbsp;; 503&amp;amp;nbsp;; 571&amp;amp;nbsp;; 1880). En effet la naissance du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas diminué, mais consacré l’intégrité virginale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mère (LG 57). La liturgie de l’Église célèbre Marie comme la ''Aeiparthenos'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''500 ''A cela on objecte parfois que l’Écriture mentionne des frères et sœurs de Jésus (cf. Mc 3, 31-35&amp;amp;nbsp;; 6, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 5&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 19). L’Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d’autres enfants de la Vierge Marie&amp;amp;nbsp;: en effet Jacques et Joseph, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 55), sont les fils d’une Marie disciple du Christ (cf. Mt 27, 56) qui est désignée de manière significative comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’autre Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 1). Il s’agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l’Ancien Testament (cf. Gn 13, 8&amp;amp;nbsp;; 14, 16&amp;amp;nbsp;; 29, 15&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''501 ''Jésus est le Fils unique de Marie. Mais la maternité spirituelle de Marie (cf. Jn 19, 26-27&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 17) s’étend à tous les hommes qu’il est venu sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait ‘l’aîné d’une multitude de frères’ (Rm 8, 29), c’est-à-dire de croyants, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour maternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité virginale de Marie dans le dessein de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''502 ''Le regard de la foi peut découvrir, en lien avec l’ensemble de la Révélation, les raisons mystérieuses pour lesquelles Dieu, dans son dessein salvifique, a voulu que son Fils naisse d’une vierge. Ces raisons touchent aussi bien la personne et la mission rédemptrice du Christ que l’accueil de cette mission par Marie pour tous les hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''503 ''La virginité de Marie manifeste l’initiative absolue de Dieu dans l’Incarnation. Jésus n’a que Dieu comme Père (cf. Lc 2, 48-49). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine qu’il a prise ne l’a jamais éloigné du Père (...)&amp;amp;nbsp;; naturellement Fils de son Père par sa divinité, naturellement fils de sa mère par son humanité, mais proprement Fils de Dieu dans ses deux natures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Frioul en 796&amp;amp;nbsp;: DS 619).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''504 ''Jésus est conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie parce qu’il est ''le Nouvel Adam'' (cf. 1 Co 15, 45) qui inaugure la création nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier homme, issu du sol, est terrestre&amp;amp;nbsp;; le second homme, lui, vient du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 47). L’humanité du Christ est, dès sa conception, remplie de l’Esprit Saint car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui donne l’Esprit sans mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 34). C’est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sa plénitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à lui, tête de l’humanité rachetée (cf. Col 1, 18), que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous avons reçu grâce sur grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''505 ''Jésus, le Nouvel Adam, inaugure par sa conception virginale ''la nouvelle naissance ''des enfants d’adoption dans l’Esprit Saint par la foi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment cela se fera-t-il&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 3, 9). La participation à la vie divine ne vient pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;du sang, ni du vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13). L’accueil de cette vie est virginal car celle-ci est entièrement donnée par l’Esprit à l’homme. Le sens sponsal de la vocation humaine par rapport à Dieu (cf. 2 Co 11, 2) est accompli parfaitement dans la maternité virginale de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''506 ''Marie est vierge parce que sa virginité est ''le signe de sa foi'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que nul doute n’altère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63) et de sa donation sans partage à la volonté de Dieu (cf. 1 Co 7, 34-35). C’est sa foi qui lui donne de devenir la mère du Sauveur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse Marie, plus encore parce qu’elle a reçu la foi du Christ que parce qu’Elle a conçu la chair du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, virg. 3&amp;amp;nbsp;: PL 40, 398).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''507 ''Marie est à la fois vierge et mère car elle est la figure et la plus parfaite réalisation de l’Église (cf. LG 63)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi&amp;amp;nbsp;: par la prédication en effet, et par le Baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle est aussi vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu’elle garde intègre et pure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''508 Dans la descendance d’Eve, Dieu a choisi la Vierge Marie pour être la Mère de son Fils. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit le plus excellent de la Rédemption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 103)&amp;amp;nbsp;: dès le premier instant de sa conception, elle est totalement préservée de la tache du péché originel et elle est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''509 Marie est vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elle est la mère du Fils éternel de Dieu fait homme, qui est Dieu lui-même.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''510 Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant, Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 186, 1&amp;amp;nbsp;: PL 38, 999)&amp;amp;nbsp;: de tout son être elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''511 La Vierge Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;coopéré au salut des hommes avec sa foi et son obéissance libres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Elle a prononcé son oui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 30, 1)&amp;amp;nbsp;: Par son obéissance, elle est devenue la nouvelle Eve, mère des vivants.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Les mystères de la Vie du Christ =====&lt;br /&gt;
''512 ''Le Symbole de la foi ne parle, concernant la vie du Christ, que des mystères de l’Incarnation (conception et naissance) et de la Pâque (passion, crucifixion, mort, sépulture, descente aux enfers, résurrection, ascension). Il ne dit rien, explicitement, des mystères de la vie cachée et publique de Jésus, mais les articles de la foi concernant l’Incarnation et la Pâque de Jésus éclairent ''toute'' la vie terrestre du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement jusqu’au jour où (...) Il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 1-2) est à voir à la lumière des mystères de Noël et de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''513 ''La Catéchèse, selon les circonstances, déploiera toute la richesse des mystères de Jésus. Ici il suffit d’indiquer quelques éléments communs à tous les mystères de la vie du Christ (I), pour esquisser ensuite les principaux mystères de la vie cachée (II) et publique (III) de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Toute la vie du Christ est mystère =====&lt;br /&gt;
''514 ''Beaucoup de choses qui intéressent la curiosité humaine au sujet de Jésus ne figurent pas dans les Évangiles. Presque rien n’est dit sur sa vie à Nazareth, et même une grande part de sa vie publique n’est pas relatée (cf. Jn 20, 30). Ce qui a été écrit dans les Évangiles, l’a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''515 ''Les Évangiles sont écrits par des hommes qui ont été parmi les premiers à avoir la foi (cf. Mc 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 24) et qui veulent la faire partager à d’autres. Ayant connu dans la foi qui est Jésus, ils ont pu voir et faire voir les traces de son mystère dans toute sa vie terrestre. Des langes de sa nativité (cf. Lc 2, 7) jusqu’au vinaigre de sa passion (cf. Mt 27, 48) et au suaire de sa Résurrection (cf. Jn 20, 7), tout dans la vie de Jésus est signe de son mystère. A travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Son humanité apparaît ainsi comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le signe et l’instrument de sa divinité et du salut qu’il apporte&amp;amp;nbsp;: ce qu’il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les traits communs des mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''516 ''Toute la vie du Christ est ''Révélation'' du Père&amp;amp;nbsp;: ses paroles et ses actes, ses silences et ses souffrances, sa manière d’être et de parler. Jésus peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui me voit, voit le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 9), et le Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35). Notre Seigneur s’étant fait homme pour accomplir la volonté du Père (cf. He 10, 5-7), les moindres traits de ses mystères nous manifestent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''517 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Rédemption''. La Rédemption nous vient avant tout par le sang de la Croix (cf. Ep 1, 7&amp;amp;nbsp;; Col 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 18-19), mais ce mystère est à l’œuvre dans toute la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: dans son Incarnation déjà, par laquelle, en se faisant pauvre, il nous enrichit par sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9)&amp;amp;nbsp;; dans sa vie cachée qui, par sa soumission (cf. Lc 2, 51), répare notre insoumission&amp;amp;nbsp;; dans sa parole qui purifie ses auditeurs (cf. Jn 15, 3)&amp;amp;nbsp;; dans ses guérisons et ses exorcismes, par lesquels &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 8, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 4)&amp;amp;nbsp;; dans sa Résurrection, par laquelle il nous justifie (cf. Rm 4, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''518 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Récapitulation''. Tout ce que Jésus a fait, dit et souffert, avait pour but de rétablir l’homme déchu dans sa vocation première&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Lorsqu’il s’est incarné et s’est fait homme, il a récapitulé en lui-même la longue histoire des hommes et nous a procuré le salut en raccourci, de sorte que ce que nous avions perdu en Adam, c’est-à-dire d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous le recouvrions dans le Christ Jésus (S. Irénée, hær. 3, 18, 1). C’est d’ailleurs pourquoi le Christ est passé par tous les âges de la vie, rendant par là à tous les hommes la communion avec Dieu (ibid. 3, 18, 7&amp;amp;nbsp;; cf. 2, 22, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre communion aux mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''519 ''Toute la richesse du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est destinée à tout homme et constitue le bien de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RH 11). Le Christ n’a pas vécu sa vie pour lui-même, mais ''pour nous,'' de son Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nous les hommes et pour notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; jusqu’à sa mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) et à sa Résurrection &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 25). Maintenant encore, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre avocat auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 1), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 25). Avec tout ce qu’il a vécu et souffert pour nous une fois pour toutes, il reste présent pour toujours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devant la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''520 ''En toute sa vie, Jésus se montre comme ''notre modèle'' (cf. Rm 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 5)&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme parfait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 38) qui nous invite à devenir ses disciples et à le suivre&amp;amp;nbsp;: par son abaissement, il nous a donné un exemple à imiter (cf. Jn 13, 15), par sa prière, il attire à la prière (cf. Lc 11, 1), par sa pauvreté, il appelle à accepter librement le dénuement et les persécutions (cf. Mt 5, 11-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''521 ''Tout ce que le Christ a vécu, il fait que nous puissions ''le vivre en Lui'' et qu’il ''le vive en nous.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2). Nous sommes appelés à ne faire plus qu’un avec lui&amp;amp;nbsp;; ce qu’il a vécu dans sa chair pour nous et comme notre modèle, il nous y fait communier comme les membres de son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu’il les consomme et accomplisse en nous et en toute son Église (...). Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église, par les grâces qu’il veut nous communiquer, et par les effets qu’il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous (S. Jean Eudes, ''Le royaume de Jésus'', 3, 4&amp;amp;nbsp;: ''Oeuvres complètes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, v. 1 [Vannes 1905] p. 310-311).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les mystères de l’enfance et de la vie cachée de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Les préparations'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''522 ''La venue du Fils de Dieu sur la terre est un événement si immense que Dieu a voulu le préparer pendant des siècles. Rites et sacrifices, figures et symboles de la Première alliance (cf. He 9, 15), Il fait tout converger vers le Christ&amp;amp;nbsp;; Il l’annonce par la bouche des prophètes qui se succèdent en Israël. Il éveille par ailleurs dans le cœur des païens l’obscure attente de cette venue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''523 Saint Jean le Baptiste'' est le précurseur (cf. Ac 13, 24) immédiat du Seigneur, envoyé pour Lui préparer le chemin (cf. Mt 3, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prophète du Très-Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 76), il dépasse tous les prophètes (cf. Lc 7, 26), il en est le dernier (cf. Mt 11,13), il inaugure l’Évangile (cf. Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; Lc 16, 16)&amp;amp;nbsp;; il salue la venue du Christ dès le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41) et il trouve sa joie à être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ami de l’époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 29) qu’il désigne comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Précédant Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec l’esprit et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17), il lui rend témoignage par sa prédication, son baptême de conversion et finalement son martyre (cf. Mc 6, 17-29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''524 ''En célébrant chaque année la ''liturgie de l’Avent, ''l’Église actualise cette attente du Messie&amp;amp;nbsp;: en communiant à la longue préparation de la première venue du Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second Avènement (cf. Ap 22, 17). Par la célébration de la nativité et du martyre du Précurseur, l’Église s’unit à son désir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que Lui grandisse et que moi je décroisse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de Noël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''525 ''Jésus est né dans l’humilité d’une étable, dans une famille pauvre (cf. Lc 2, 6-7)&amp;amp;nbsp;; de simples bergers sont les premiers témoins de l’événement. C’est dans cette pauvreté que se manifeste la gloire du ciel (cf. Lc 2, 8-20). L’Église ne se lasse pas de chanter la gloire de cette nuit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel&amp;lt;br/&amp;gt; Et la terre offre une grotte à l’Inaccessible.&amp;lt;br/&amp;gt; Les anges et les pasteurs le louent&amp;lt;br/&amp;gt; Et les mages avec l’étoile s’avancent,&amp;lt;br/&amp;gt; Car Tu es né pour nous,&amp;lt;br/&amp;gt; Petit Enfant, Dieu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;br/&amp;gt; (Kontakion de Romanos le Mélode)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''526 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devenir enfant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par rapport à Dieu est la condition pour entrer dans le Royaume (cf. Mt 18, 3-4)&amp;amp;nbsp;; pour cela il faut s’abaisser (cf. Mt 23, 12), devenir petit&amp;amp;nbsp;; plus encore&amp;amp;nbsp;: il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13) pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devenir enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 12). Le mystère de Noël s’accomplit en nous lorsque le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prend forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en nous (Ga 4, 19). Noël est le mystère de cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;admirable échange&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O admirable échange&amp;amp;nbsp;! Le créateur du genre humain, assumant un corps et une âme, a daigné naître d’une vierge et, devenu homme sans l’intervention de l’homme, Il nous a fait don de sa divinité (LH, antienne de l’octave de Noël).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de l’enfance de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''527 ''La ''circoncision'' de Jésus, le huitième jour après sa naissance (cf. Lc 2, 21), est signe de son insertion dans la descendance d’Abraham, dans le peuple de l’alliance, de sa soumission à la loi (cf. Ga 4, 4), et de sa députation au culte d’Israël auquel Il participera pendant toute sa vie. Ce signe préfigure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la circoncision du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’est le Baptême (cf. Col 2, 11-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''528 ''L’''Épiphanie ''est la manifestation de Jésus comme Messie d’Israël, Fils de Dieu et Sauveur du monde. Avec le Baptême de Jésus au Jourdain et les noces de Cana (cf. LH, antienne du Magnificat des secondes vêpres de l’Épiphanie), elle célèbre l’adoration de Jésus par des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot; venus d’Orient (Mt 2, 1). Dans ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, représentants des religions païennes environnantes, l’Évangile voit les prémices des nations qui accueillent la Bonne Nouvelle du salut par l’Incarnation. La venue des mages à Jérusalem pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre hommage au roi des Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 2, 2) montre qu’ils cherchent en Israël, à la lumière messianique de l’étoile de David (cf. Nb 24, 17&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16), celui qui sera le roi des nations (cf. Nb 24, 17-19). Leur venue signifie que les païens ne peuvent découvrir Jésus et l’adorer comme Fils de Dieu et Sauveur du monde qu’en se tournant vers les juifs (cf. Jn 4, 22) et en recevant d’eux leur promesse messianique telle qu’elle est contenue dans l’Ancien Testament (cf. Mt 2, 4-6). L’Épiphanie manifeste que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens entre dans la famille des patriarches&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Léon le Grand, serm. 33, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 242) et acquiert la ''Israelitica dignitas'' (MR, Vigile Pascale 26&amp;amp;nbsp;: prière après la troisième lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''529 ''La ''présentation de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 22-39) Le montre comme le Premier-Né appartenant au Seigneur (cf. Ex 13, 12-13). Avec Siméon et Anne c’est toute l’attente d’Israël qui vient à la ''rencontre'' de son Sauveur (la tradition byzantine appelle ainsi cet événement). Jésus est reconnu comme le Messie tant attendu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lumière des nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gloire d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le glaive de douleur prédit à Marie annonce cette autre oblation, parfaite et unique, de la Croix qui donnera le salut que Dieu a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparé à la face de tous les peuples&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''530 ''La ''fuite en Égypte'' et le massacre des innocents (cf. Mt 2, 13-18) manifestent l’opposition des ténèbres à la lumière&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 11). Toute la vie du Christ sera sous le signe de la persécution. Les siens la partagent avec lui (cf. Jn 15, 20). Sa montée d’Égypte (cf. Mt 2, 15) rappelle l’Exode (cf. Os 11, 1) et présente Jésus comme le libérateur définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de la vie cachée de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''531 ''Pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l’immense majorité des hommes&amp;amp;nbsp;: une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail manuel, vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu (cf. Ga 4, 4), vie dans la communauté. De toute cette période il nous est révélé que Jésus était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à ses parents et qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 51-52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''532 ''La soumission de Jésus à sa mère et son père légal accomplit parfaitement le quatrième commandement. Elle est l’image temporelle de son obéissance filiale à son Père céleste. La soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie annonçait et anticipait la soumission du Jeudi Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non pas ma volonté...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 42). L’obéissance du Christ dans le quotidien de la vie cachée inaugurait déjà l’œuvre de rétablissement de ce que la désobéissance d’Adam avait détruit (cf. Rm 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''533 ''La vie cachée de Nazareth permet à tout homme de communier à Jésus par les voies les plus quotidiennes de la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus&amp;amp;nbsp;: l’école de l’Évangile (...). Une leçon de ''silence'' d’abord. Que naisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit (...). Une leçon de ''vie familiale''. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable (...). Une leçon de ''travail.'' Nazareth, ô maison du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils du Charpentier&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain (...)&amp;amp;nbsp;; comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin (Paul VI, discours 5 janvier 1964 à Nazareth&amp;amp;nbsp;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''534 ''Le ''recouvrement de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 41-52) est le seul événement qui rompt le silence des Évangiles sur les années cachées de Jésus. Jésus y laisse entrevoir le mystère de sa consécration totale à une mission découlant de sa filiation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Marie et Joseph &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne comprirent pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette parole, mais ils l’accueillirent dans la foi, et Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tout au long des années où Jésus restait enfoui dans le silence d’une vie ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Les mystères de la vie publique de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Baptême de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''535 ''Le commencement (cf. Lc 3, 23) de la vie publique de Jésus est son Baptême par Jean dans le Jourdain (cf. Ac 1, 22). Jean proclamait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême de repentir pour la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 3). Une foule de pécheurs, publicains et soldats (cf. Lc 3, 10-14), Pharisiens et Sadducéens (cf. Mt 3, 7) et prostituées (cf. Mt 21, 32) vient se faire baptiser par lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Alors paraît Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Baptiste hésite, Jésus insiste&amp;amp;nbsp;: il reçoit le Baptême. Alors l’Esprit Saint, sous forme de colombe, vient sur Jésus, et la voix du ciel proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 13-17). C’est la manifestation (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épiphanie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) de Jésus comme Messie d’Israël et Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''536 ''Le Baptême de Jésus, c’est, de sa part, l’acceptation et l’inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12)&amp;amp;nbsp;; il est déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29)&amp;amp;nbsp;; déjà, il anticipe le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mort sanglante (cf. Mc 10, 38&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 50). Il vient déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accomplir toute justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père&amp;amp;nbsp;: il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt 26, 39). A cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance en son Fils (cf. Lc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Is 42, 1). L’Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reposer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur lui (Jn 1, 32-33&amp;amp;nbsp;; cf. Is 11, 2). Il en sera la source pour toute l’humanité. A son Baptême, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux s’ouvrirent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 16) que le péché d’Adam avait fermés&amp;amp;nbsp;; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création nouvelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''537 ''Par le Baptême, le chrétien est sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa mort et sa résurrection&amp;amp;nbsp;; il doit entrer dans ce mystère d’abaissement humble et de repentance, descendre dans l’eau avec Jésus, pour remonter avec lui, renaître de l’eau et de l’Esprit pour devenir, dans le Fils, fils bien-aimé du Père et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vivre dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelissons-nous avec le Christ par le Baptême, pour ressusciter avec lui&amp;amp;nbsp;; descendons avec lui, pour être élevés avec lui&amp;amp;nbsp;; remontons avec lui, pour être glorifiés en lui (S. Grégoire de Naz., or. 40, 9&amp;amp;nbsp;: PG 36, 369B).&amp;lt;br/&amp;gt; Tout ce qui s’est passé dans le Christ nous fait connaître qu’après le bain d’eau, l’Esprit Saint vole sur nous du haut du ciel et qu’adoptés par la Voix du Père, nous devenons fils de Dieu (S. Hilaire, Mat. 2&amp;amp;nbsp;: PL 9, 927).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Tentation de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''538 ''Les Évangiles parlent d’un temps de solitude de Jésus au désert immédiatement après son baptême par Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Poussé par l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au désert, Jésus y demeure quarante jours sans manger&amp;amp;nbsp;; il vit avec les bêtes sauvages et les anges le servent (cf. Mc 1, 12-13). A la fin de ce temps, Satan le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers Dieu. Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d’Adam au Paradis et d’Israël au désert, et le diable s’éloigne de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour revenir au temps marqué&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''539 ''Les Évangélistes indiquent le sens salvifique de cet événement mystérieux. Jésus est le nouvel Adam, resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation. Jésus accomplit parfaitement la vocation d’Israël&amp;amp;nbsp;: contrairement à ceux qui provoquèrent jadis Dieu pendant quarante ans au désert (cf. Ps 95, 10), le Christ se révèle comme le Serviteur de Dieu totalement obéissant à la volonté divine. En cela, Jésus est vainqueur du diable&amp;amp;nbsp;: il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ligoté l’homme fort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour lui reprendre son butin (Mc 3, 27). La victoire de Jésus sur le tentateur au désert anticipe la victoire de la passion, obéissance suprême de son amour filial du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''540 ''La tentation de Jésus manifeste la manière qu’a le Fils de Dieu d’être Messie, à l’opposé de celle que lui propose Satan et que les hommes (cf. Mt 16, 21-23) désirent lui attribuer. C’est pourquoi le Christ a vaincu le Tentateur ''pour nous&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15). L’Église s’unit chaque année par les quarante jours du ''Grand Carême'' au mystère de Jésus au désert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''541 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après que Jean eut été livré, Jésus se rendit en Galilée. Il y proclamait en ces termes la Bonne Nouvelle venue de Dieu&amp;amp;nbsp;: ‘Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;: repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). Or, la volonté du Père, c’est d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;élever les hommes à la communion de la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2). Il le fait en rassemblant les hommes autour de son Fils, Jésus-Christ. Ce rassemblement est l’Église, qui est sur terre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le germe et le commencement du Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''542 ''Le Christ est au cœur de ce rassemblement des hommes dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il les convoque autour de lui par sa parole, par ses signes qui manifestent le règne de Dieu, par l’envoi de ses disciples. Il réalisera la venue de son Royaume surtout par le grand mystère de sa Pâque&amp;amp;nbsp;: sa mort sur la Croix et sa Résurrection. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). A cette union avec le Christ tous les hommes sont appelés (cf. LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’annonce du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''543 Tous les hommes'' sont appelés à entrer dans le Royaume. Annoncé d’abord aux enfants d’Israël (cf. Mt 10, 5-7), ce Royaume messianique est destiné à accueillir les hommes de toutes les nations (cf. Mt 8, 11&amp;amp;nbsp;; 28, 19). Pour y accéder, il faut accueillir la parole de Jésus&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La parole du Seigneur est en effet comparée à une semence qu’on sème dans un champ&amp;amp;nbsp;: ceux qui l’écoutent avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ ont accueilli son royaume lui-même&amp;amp;nbsp;; puis, par sa propre vertu, la semence croît jusqu’au temps de la moisson (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''544 ''Le Royaume appartient ''aux pauvres et aux petits'', c’est-à-dire à ceux qui l’ont accueilli avec un cœur humble. Jésus est envoyé pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter la bonne nouvelle aux pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 22). Il les déclare bienheureux car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux est à eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 3)&amp;amp;nbsp;; c’est aux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que le Père a daigné révéler ce qui reste caché aux sages et aux habiles (cf. Mt 11, 25). Jésus partage la vie des pauvres, de la crèche à la croix&amp;amp;nbsp;; il connaît la faim (cf. Mc 2, 23-26&amp;amp;nbsp;; Mt 21, 18), la soif (cf. Jn 4, 6-7&amp;amp;nbsp;; 19, 28) et le dénuement (cf. Lc 9, 58). Plus encore&amp;amp;nbsp;: il s’identifie aux pauvres de toutes sortes et fait de l’amour actif envers eux la condition de l’entrée dans son Royaume (cf. Mt 25, 31-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''545 ''Jésus invite ''les pécheurs'' à la table du Royaume&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 17&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Tm 1, 15). Il les invite à la conversion sans laquelle on ne peut entrer dans le Royaume, mais il leur montre en parole et en acte la miséricorde sans bornes de son Père pour eux (cf. Lc 15, 11-32) et l’immense &amp;quot;&amp;amp;nbsp;joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 15, 7). La preuve suprême de cet amour sera le sacrifice de sa propre vie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''546 ''Jésus appelle à entrer dans le Royaume à travers les ''paraboles,'' trait typique de son enseignement (cf. Mc 4, 33-34). Par elles, il invite au festin du Royaume (cf. Mt 22, 1-14), mais il demande aussi un choix radical&amp;amp;nbsp;: pour acquérir le Royaume, il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45)&amp;amp;nbsp;; les paroles ne suffisent pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32). Les paraboles sont comme des miroirs pour l’homme&amp;amp;nbsp;: accueille-t-il la parole comme un sol dur ou comme une bonne terre (cf. Mt 13, 3-9)&amp;amp;nbsp;? Que fait-il des talents reçus (cf. Mt 25, 14-30)&amp;amp;nbsp;? Jésus et la présence du Royaume en ce monde sont secrètement au cœur des paraboles. Il faut entrer dans le Royaume, c’est-à-dire devenir disciple du Christ pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître les mystères du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 11). Pour ceux qui restent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dehors&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 4, 11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13, 10-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les signes du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''547 ''Jésus accompagne ses paroles par de nombreux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;miracles, prodiges et signes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 22) qui manifestent que le Royaume est présent en Lui. Ils attestent que Jésus est le Messie annoncé (cf. Lc 7, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''548 ''Les signes accomplis par Jésus témoignent que le Père l’a envoyé (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25). Ils invitent à croire en lui (cf. Jn 10, 38). A ceux qui s’adressent à lui avec foi, il accorde ce qu’ils demandent (cf. Mc 5, 25-34&amp;amp;nbsp;; 10, 52&amp;amp;nbsp;; etc.). Alors les miracles fortifient la foi en Celui qui fait les œuvres de son Père&amp;amp;nbsp;: ils témoignent qu’il est le Fils de Dieu (cf. Jn 10, 31-38). Mais ils peuvent aussi être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occasion de chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 6). Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. Malgré ses miracles si évidents, Jésus est rejeté par certains (cf. Jn 11, 47-48)&amp;amp;nbsp;; on l’accuse même d’agir par les démons (cf. Mc 3, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''549 ''En libérant certains hommes des maux terrestres de la faim (cf. Jn 6, 5-15), de l’injustice (cf. Lc 19, 8), de la maladie et de la mort (cf. Mt 11, 5), Jésus a posé des signes messianiques&amp;amp;nbsp;; il n’est cependant pas venu pour abolir tous les maux ici-bas (cf. Lc 12, 13. 14&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36), mais pour libérer les hommes de l’esclavage le plus grave, celui du péché (cf. Jn 8, 34-36), qui les entrave dans leur vocation de fils de Dieu et cause tous leurs asservissements humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''550 ''La venue du Royaume de Dieu est la défaite du royaume de Satan (cf. Mt 12, 26)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est qu’alors le Royaume de Dieu est arrivé pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 28). Les ''exorcismes'' de Jésus libèrent des hommes de l’emprise des démons (cf. Lc 8, 26-39). Ils anticipent la grande victoire de Jésus sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le prince de ce monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 31). C’est par la Croix du Christ que le Royaume de Dieu sera définitivement établi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a régné du haut du bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les clefs du Royaume&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''551 ''Dès le début de sa vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour participer à sa mission (cf. Mc 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur donne part à son autorité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et guérir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 2). Ils restent pour toujours associés au Royaume du Christ car celui-ci dirige par eux l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi&amp;amp;nbsp;; vous mangerez et boirez à la table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël (Lc 22, 29-30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''552 ''Dans le collège des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16&amp;amp;nbsp;; 9, 2&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Notre Seigneur lui avait alors déclaré&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 18). Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pierre vivante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 4), assure à son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''553 ''Jésus a confié à Pierre une autorité spécifique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux&amp;amp;nbsp;: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 19). Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir des clefs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église. Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Bon Pasteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 11) a confirmé cette charge après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pais mes brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 15-17). Le pouvoir de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lier et délier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église. Jésus a confié cette autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt 18, 18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs du Royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un avant-goût du Royaume&amp;amp;nbsp;: La Transfiguration'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''554 ''A partir du jour où Pierre a confessé que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Maître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir (...) être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 21)&amp;amp;nbsp;: Pierre refuse cette annonce (cf. Mt 16, 22-23), les autres ne la comprennent pas davantage (cf. Mt 17, 23&amp;amp;nbsp;; Lc 9, 45). C’est dans ce contexte que se situe l’épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-8 par.&amp;amp;nbsp;; 2 P 1, 16-18), sur une haute montagne, devant trois témoins choisis par lui&amp;amp;nbsp;: Pierre, Jacques et Jean. Le visage et les vêtements de Jésus deviennent fulgurants de lumière, Moïse et Elie apparaissent, lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlant de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 31). Une nuée les couvre et une voix du ciel dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils, mon Élu&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''555 ''Pour un instant, Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Il montre aussi que, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26), il doit passer par la Croix à Jérusalem. Moïse et Elie avaient vu la gloire de Dieu sur la Montagne&amp;amp;nbsp;; la Loi et les prophètes avaient annoncé les souffrances du Messie (cf. Lc 24, 27). La passion de Jésus est bien la volonté du Père&amp;amp;nbsp;: le Fils agit en Serviteur de Dieu (cf. Is 42, 1). La nuée indique la présence de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la Trinité apparut&amp;amp;nbsp;: le Père dans la voix, le Fils dans l’homme, l’Esprit dans la nuée lumineuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu t’es transfiguré sur la montagne, et, autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire et qu’ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père (Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''556 ''Au seuil de la vie publique&amp;amp;nbsp;: le Baptême&amp;amp;nbsp;; au seuil de la Pâque&amp;amp;nbsp;: la Transfiguration. Par le Baptême de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut manifesté le mystère de notre première régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre Baptême&amp;amp;nbsp;; la Transfiguration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le sacrement de la seconde régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre propre résurrection (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). Dès maintenant nous participons à la Résurrection du Seigneur par l’Esprit Saint qui agit dans les sacrements du Corps du Christ. La Transfiguration nous donne un avant-goût de la glorieuse venue du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21). Mais elle nous rappelle aussi qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 14, 22)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cela Pierre ne l’avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne (cf. Lc 9, 33). Il t’a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais maintenant il dit lui-même&amp;amp;nbsp;: Descend pour peiner sur la terre, pour servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre. La Vie descend pour se faire tuer&amp;amp;nbsp;; le Pain descend pour avoir faim&amp;amp;nbsp;; la Voie descend, pour se fatiguer en chemin&amp;amp;nbsp;; la Source descend, pour avoir soif&amp;amp;nbsp;; et tu refuses de peiner&amp;amp;nbsp;? (S. Augustin, serm. 78, 6&amp;amp;nbsp;: PL 38, 492-493).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La montée de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''557 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or, comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 51&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 13, 1). Par cette décision, il signifiait qu’il montait à Jérusalem prêt à mourir. A trois reprises il avait annoncé sa passion et sa Résurrection (cf. Mc 8, 31-33&amp;amp;nbsp;; 9, 31-32&amp;amp;nbsp;; 10, 32-34). En se dirigeant vers Jérusalem, il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 13, 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''558 ''Jésus rappelle le martyre des prophètes qui avaient été mis à mort à Jérusalem (cf. Mt 23, 37a). Néanmoins, il persiste à appeler Jérusalem à se rassembler autour de lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes (...) et vous n’avez pas voulu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 23, 37b). Quand Jérusalem est en vue, il pleure sur elle et exprime encore une fois le désir de son cœur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ah&amp;amp;nbsp;! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix&amp;amp;nbsp;! Mais, hélas, il est demeuré caché à tes yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 19, 41-42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’entrée messianique de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''559 ''Comment Jérusalem va-t-elle accueillir son Messie&amp;amp;nbsp;? Alors qu’il s’était toujours dérobé aux tentatives populaires de le faire roi (cf. Jn 6, 15), Jésus choisit le temps et prépare les détails de son entrée messianique dans la ville de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;David, son père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 32&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 21, 1-11) Il est acclamé comme le fils de David, celui qui apporte le salut (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Hosanna&amp;amp;nbsp;&amp;quot; veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauve donc&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donne le salut&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Or &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Roi de Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 7-10) entre dans sa Ville &amp;quot;&amp;amp;nbsp;monté sur un ânon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Za 9, 9)&amp;amp;nbsp;: il ne conquiert pas la Fille de Sion, figure de son Église, par la ruse ni par la violence, mais par l’humilité qui témoigne de la Vérité (cf. Jn 18, 37). C’est pourquoi les sujets de son Royaume, ce jour-là, sont les enfants (cf. Mt 21, 15-16&amp;amp;nbsp;; Ps 8, 3) et les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui l’acclament comme les anges l’annonçaient aux bergers (cf. Lc 19, 38&amp;amp;nbsp;; 2, 14). Leur acclamation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 118, 26), est reprise par l’Église dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sanctus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie eucharistique pour ouvrir le mémorial de la Pâque du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''560 ''L’''entrée de Jésus à Jérusalem ''manifeste la Venue du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection. C’est par sa célébration, le dimanche des Rameaux, que la liturgie de l’Église ouvre la grande Semaine Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''561 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la vie du Christ fut un continuel enseignement&amp;amp;nbsp;: ses silences, ses miracles, ses gestes, sa prière, son amour de l’homme, sa prédilection pour les petits et les pauvres, l’acceptation du sacrifice total sur la Croix pour la rédemption du monde, sa Résurrection sont l’actuation de sa parole et l’accomplissement de la Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''562 Les disciples du Christ doivent se conformer à Lui jusqu’à ce qu’il soit formé en eux (cf. Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi nous sommes assumés dans les mystères de sa vie, configurés à lui, associés à sa mort et à sa Résurrection, en attendant de l’être à son Règne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''563 Berger ou Mage, on ne peut atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''564 Par sa soumission à Marie et Joseph, ainsi que par son humble travail pendant de longues années à Nazareth, Jésus nous donne l’exemple de la sainteté dans la vie quotidienne de la famille et du travail.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''565 Dès le début de sa vie publique, à son baptême, Jésus est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, entièrement consacré à l’œuvre rédemptrice qui s’accomplira par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa passion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''566 La tentation au désert montre Jésus, Messie humble qui triomphe de Satan par sa totale adhésion au dessein de salut voulu par le Père.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''567 Le Royaume des cieux a été inauguré sur la terre par le Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). L’Église est le germe et le commencement de ce Royaume. Ses clefs sont confiées à Pierre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''568 La Transfiguration du Christ a pour but de fortifier la foi des apôtres en vue de la passion&amp;amp;nbsp;: la montée sur la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;haute montagne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; prépare la montée au Calvaire. Le Christ, Tête de l’Église, manifeste ce que son Corps contient et rayonne dans les sacrements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27) (cf. S. Léon le Grand, serm. 51, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 310C).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''569 Jésus est monté volontairement à Jérusalem tout en sachant qu’il y mourrait de mort violente à cause de la contradiction de la part des pécheurs (cf. He 12, 3)..''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''570 L’entrée de Jésus à Jérusalem manifeste la venue du Royaume que le Roi-Messie, accueilli dans sa ville par les enfants et les humbles de cœur, va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 4 : &amp;quot; Jésus-Christ a souffert sous PONCE PILATE, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''571 ''Le mystère pascal de la Croix et de la Résurrection du Christ est au centre de la Bonne Nouvelle que les apôtres, et l’Église à leur suite, doivent annoncer au monde. Le dessein sauveur de Dieu s’est accompli &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 26) par la mort rédemptrice de son Fils Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''572 ''L’Église reste fidèle à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’interprétation de toutes les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; donnée par Jésus lui-même avant comme après sa Pâque&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26-27. 44-45). Les souffrances de Jésus ont pris leur forme historique concrète du fait qu’il a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 8, 31) qui l’ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''573 ''La foi peut donc essayer de scruter les circonstances de la mort de Jésus, transmises fidèlement par les Évangiles (cf. DV 19) et éclairées par d’autres sources historiques, pour mieux comprendre le sens de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Jésus et Israël =====&lt;br /&gt;
''574 ''Dès les débuts du ministère public de Jésus, des Pharisiens et des partisans d’Hérode, avec des prêtres et des scribes, se sont mis d’accord pour le perdre (cf. Mc 3, 6). Par certains de ses actes (expulsions de démons, cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; pardon des péchés, cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; guérisons le jour du sabbat, cf. Mc 3, 1-6&amp;amp;nbsp;; interprétation originale des préceptes de pureté de la Loi, cf. Mc 7, 14-23&amp;amp;nbsp;; familiarité avec les publicains et les pécheurs publics, cf. Mc 2, 14-17) Jésus a semblé à certains, mal intentionnés, suspect de possession (cf. Mc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 48&amp;amp;nbsp;; 10, 20). On l’accuse de blasphème (cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33) et de faux prophétisme (cf. Jn 7, 12&amp;amp;nbsp;; 7, 52), crimes religieux que la Loi châtiait par la peine de mort sous forme de lapidation (cf. Jn 8, 59&amp;amp;nbsp;; 10, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''575 ''Bien des actes et des paroles de Jésus ont donc été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 34) pour les autorités religieuses de Jérusalem, celles que l’Évangile de S. Jean appelle souvent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 19&amp;amp;nbsp;; 2, 18&amp;amp;nbsp;; 5, 10&amp;amp;nbsp;; 7, 13&amp;amp;nbsp;; 9, 22&amp;amp;nbsp;; 18, 12&amp;amp;nbsp;; 19, 38&amp;amp;nbsp;; 20, 19), plus encore que pour le commun du Peuple de Dieu (cf. Jn 7, 48-49). Certes, ses rapports avec les Pharisiens ne furent pas uniquement polémiques. Ce sont des Pharisiens qui le préviennent du danger qu’il court (cf. Lc 13, 31). Jésus loue certains d’entre eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange à plusieurs reprises chez des Pharisiens (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Jésus confirme des doctrines partagées par cette élite religieuse du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts (cf. Mt 22, 23-34&amp;amp;nbsp;; Lc 20, 39), les formes de piété (aumône, jeûne et prière, cf. Mt 6, 18) et l’habitude de s’adresser à Dieu comme Père, le caractère central du commandement de l’amour de Dieu et du prochain (cf. Mc 12, 28-34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''576 ''Aux yeux de beaucoup en Israël, Jésus semble agir contre les institutions essentielles du Peuple élu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La soumission à la Loi dans l’intégralité de ses préceptes écrits et, pour les Pharisiens, dans l’interprétation de la tradition orale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La centralité du Temple de Jérusalem comme lieu saint où Dieu habite d’une manière privilégiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La foi dans le Dieu unique dont aucun homme ne peut partager la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Jésus et la Loi =====&lt;br /&gt;
''577 ''Jésus a fait une mise en garde solennelle au début du Sermon sur la Montagne où Il a présenté la Loi donnée par Dieu au Sinaï lors de la Première alliance à la lumière de la grâce de la Nouvelle Alliance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes&amp;amp;nbsp;: je ne suis pas venu abolir mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un ''i'', pas un point sur l’''i'' ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, sera tenu pour moindre dans le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume de cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 17-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''578 ''Jésus, le Messie d’Israël, le plus grand donc dans le Royaume des cieux, se devait d’accomplir la Loi en l’exécutant dans son intégralité jusque dans ses moindres préceptes selon ses propres paroles. Il est même le seul à avoir pu le faire parfaitement (cf. Jn 8, 46). Les Juifs, de leur propre aveu, n’ont jamais pu accomplir la Loi dans son intégralité sans en violer le moindre précepte (cf. Jn 7, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 13, 38-41&amp;amp;nbsp;; 15, 10). C’est pourquoi à chaque fête annuelle de l’Expiation, les enfants d’Israël demandent à Dieu pardon pour leurs transgressions de la Loi. En effet, la Loi constitue un tout et, comme le rappelle S. Jacques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aurait-on observé la Loi tout entière, si l’on commet un écart sur un seul point, c’est du tout que l’on devient justiciable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 2, 10&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''579 ''Ce principe de l’intégralité de l’observance de la Loi, non seulement dans sa lettre mais dans son esprit, était cher aux Pharisiens. En le dégageant pour Israël, ils ont conduit beaucoup de Juifs du temps de Jésus à un zèle religieux extrême (cf. Rm 10, 2). Celui-ci, s’il ne voulait pas se résoudre en une casuistique &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypocrite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 15, 3-7&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 39-54), ne pouvait que préparer le Peuple à cette intervention de Dieu inouïe que sera l’exécution parfaite de la Loi par le seul Juste à la place de tous les pécheurs (cf. Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''580 ''L’accomplissement parfait de la Loi ne pouvait être l’œuvre que du divin Législateur né sujet de la Loi en la personne du Fils (cf. Ga 4, 4). En Jésus, la Loi n’apparaît plus gravée sur des tables de pierre mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au fond du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) du Serviteur qui, parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apporte fidèlement le droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 3) est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’alliance du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 6). Jésus accomplit la Loi jusqu’à prendre sur Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la malédiction de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 13) encourue par ceux qui ne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pratiquent pas tous les préceptes de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 10) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort du Christ a eu lieu pour racheter les transgressions de la Première alliance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''581 ''Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de leurs chefs spirituels comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rabbi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 38&amp;amp;nbsp;; 3, 2&amp;amp;nbsp;; Mt 22, 23-24. 34-36). Il a souvent argumenté dans le cadre de l’interprétation rabbinique de la Loi (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; 9, 12&amp;amp;nbsp;; Mc 2, 23– 27&amp;amp;nbsp;; Lc 6, 6-9&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-23). Mais en même temps, Jésus ne pouvait que heurter les docteurs de la Loi car il ne se contentait pas de proposer son interprétation parmi les leurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et non pas comme les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 28-29). En lui, c’est la même Parole de Dieu qui avait retenti au Sinaï pour donner à Moïse la Loi écrite qui se fait entendre de nouveau sur la Montagne des Béatitudes (cf. Mt 5, 1). Elle n’abolit pas la Loi mais l’accomplit en fournissant de manière divine son interprétation ultime&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres (...) moi je vous dis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 33-34). Avec cette même autorité divine, il désavoue certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 8) des Pharisiens qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annulent la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''582 ''Allant plus loin, Jésus accomplit la Loi sur la pureté des aliments, si importante dans la vie quotidienne juive, en dévoilant son sens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ga 3, 24) par une interprétation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller (...) – ainsi il déclarait purs tous les aliments. Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 18-21). En délivrant avec autorité divine l’interprétation définitive de la Loi, Jésus s’est trouvé affronté à certains docteurs de la Loi qui ne recevaient pas son interprétation de la Loi garantie pourtant par les signes divins qui l’accompagnaient (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25. 37-38&amp;amp;nbsp;; 12, 37). Ceci vaut particulièrement pour la question du sabbat&amp;amp;nbsp;: Jésus rappelle, souvent avec des arguments rabbiniques (cf. Mc 2, 25-27&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-24), que le repos du sabbat n’est pas troublé par le service de Dieu (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; Nb 28, 9) ou du prochain (cf. Lc 13, 15-16&amp;amp;nbsp;; 14, 3-4) qu’accomplissent ses guérisons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Jésus et le Temple =====&lt;br /&gt;
''583 ''Jésus, comme les prophètes avant lui, a professé pour le Temple de Jérusalem le plus profond respect. Il y a été présenté par Joseph et Marie quarante jours après sa naissance (cf. Lc 2, 22-39). A l’âge de douze ans, il décide de rester dans le Temple pour rappeler à ses parents qu’il se doit aux affaires de son Père (cf. Lc 2, 46-49). Il y est monté chaque année au moins pour la Pâque pendant sa vie cachée (cf. Lc 2, 41)&amp;amp;nbsp;; son ministère public lui-même a été rythmé par ses pèlerinages à Jérusalem pour les grandes fêtes juives (cf. Jn 2, 13-14&amp;amp;nbsp;; 5, 1. 14&amp;amp;nbsp;; 7, 1. 10. 14&amp;amp;nbsp;; 8, 2&amp;amp;nbsp;; 10, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''584 ''Jésus est monté au Temple comme au lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Le Temple est pour lui la demeure de son Père, une maison de prière, et il s’indigne de ce que son parvis extérieur soit devenu un lieu de trafic (cf. Mt 21, 13). S’il chasse les marchands du Temple, c’est par amour jaloux pour son Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit&amp;amp;nbsp;: ‘Le zèle pour ta maison me dévorera’ (Ps 69, 10)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 16-17). Après sa Résurrection, les apôtres ont gardé un respect religieux pour le Temple (cf. Ac 2, 46&amp;amp;nbsp;; 3, 1&amp;amp;nbsp;; 5, 20. 21&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''585 ''Au seuil de sa passion, Jésus a cependant annoncé la ruine de ce splendide édifice dont il ne restera plus pierre sur pierre (cf. Mt 24, 1-2). Il y a ici annonce d’un signe des derniers temps qui vont s’ouvrir avec sa propre Pâque (cf. Mt 24, 3&amp;amp;nbsp;; Lc 13, 35). Mais cette prophétie a pu être rapportée de manière déformée par de faux témoins lors de son interrogatoire chez le grand prêtre (cf. Mc 14, 57-58) et lui être renvoyée comme injure lorsqu’il était cloué sur la croix (cf. Mt 27, 39-40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''586 ''Loin d’avoir été hostile au Temple (cf. Mt 8, 4&amp;amp;nbsp;; 23, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 14&amp;amp;nbsp;; Jn 4, 22) où il a donné l’essentiel de son enseignement (cf. Jn 18, 20), Jésus a voulu payer l’impôt du Temple en s’associant Pierre (cf. Mt 17, 24-27) qu’il venait de poser comme fondement pour son Église à venir (cf. Mt 16, 18). Plus encore, il s’est identifié au Temple en se présentant comme la demeure définitive de Dieu parmi les hommes (cf. Jn 2, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 12, 6). C’est pourquoi sa mise à mort corporelle (cf. Jn 2, 18-22) annonce la destruction du Temple qui manifestera l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 4, 23-24&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 51&amp;amp;nbsp;; He 9, 11&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 22). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Jésus et la foi d’Israël au Dieu Unique et Sauveur =====&lt;br /&gt;
''587 ''Si la Loi et le Temple de Jérusalem ont pu être occasion de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 34) de la part de Jésus pour les autorités religieuses d’Israël, c’est son rôle dans la rédemption des péchés, œuvre divine par excellence, qui a été pour elles la véritable pierre d’achoppement (cf. Lc 20, 17-18&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''588 ''Jésus a scandalisé les Pharisiens en mangeant avec les publicains et les pécheurs (cf. Lc 5, 30) aussi familièrement qu’avec eux-mêmes (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 11, 37&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Contre ceux d’entre eux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 18, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 7, 49&amp;amp;nbsp;; 9, 34), Jésus a affirmé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 32). Il est allé plus loin en proclamant face aux Pharisiens que, le péché étant universel (cf. Jn 8, 33-36), ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de salut s’aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jn 9, 40-41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''589 ''Jésus a surtout scandalisé parce qu’Il a identifié sa conduite miséricordieuse envers les pécheurs avec l’attitude de Dieu Lui-même à leur égard (cf. Mt 9, 13&amp;amp;nbsp;; Os 6, 6). Il est allé jusqu’à laisser entendre qu’en partageant la table des pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), Il les admettait au banquet messianique (cf. Lc 15, 23-32). Mais c’est tout particulièrement en pardonnant les péchés que Jésus a mis les autorités religieuses d’Israël devant un dilemme. Ne diraient-elles pas avec justesse dans leur effroi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7)&amp;amp;nbsp;? En pardonnant les péchés, ou bien Jésus blasphème car c’est un homme qui se fait l’égal de Dieu (cf. Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33), ou bien Il dit vrai et sa personne rend présent et révèle le nom de Dieu (cf. Jn 17, 6. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''590 ''Seule l’identité divine de la personne de Jésus peut justifier une exigence aussi absolue que celle-ci&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’est pas avec moi est contre moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 30)&amp;amp;nbsp;; de même quand Il dit qu’il y a en Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que Jonas, (...) plus que Salomon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 41-42), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que le Temple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 6)&amp;amp;nbsp;; quand Il rappelle à son sujet que David a appelé le Messie son Seigneur (cf. Mt 12, 36. 37), quand Il affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avant qu’Abraham fut, Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 58)&amp;amp;nbsp;; et même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père et moi nous sommes un&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''591 ''Jésus a demandé aux autorités religieuses de Jérusalem de croire en Lui à cause des œuvres de son Père qu’Il accomplit (cf. Jn 10, 36-38). Mais un tel acte de foi devait passer par une mystérieuse mort à soi-même pour une nouvelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7) dans l’attirance de la grâce divine (cf. Jn 6, 44). Une telle exigence de conversion face à un accomplissement si surprenant des promesses (cf. Is 53, 1) permet de comprendre la tragique méprise du Sanhédrin estimant que Jésus méritait la mort comme blasphémateur (cf. Mc 3, 6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 64-66). Ses membres agissaient ainsi à la fois par ignorance (cf. Lc 23, 34&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 17-18) et par l’endurcissement (cf. Mc 3, 5&amp;amp;nbsp;; Rm 11, 25) de l’incrédulité (cf. Rm 11, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''592 Jésus n’a pas aboli la Loi du Sinaï, mais Il l’a accomplie (cf. Mt 5, 17-19) avec une telle perfection (cf. Jn 8, 46) qu’Il en révèle le sens ultime (cf. Mt 5, 33) et qu’Il rachète les transgressions contre elle (cf. He 9, 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''593 Jésus a vénéré le Temple en y montant aux fêtes juives de pèlerinage et Il a aimé d’un amour jaloux cette demeure de Dieu parmi les hommes. Le Temple préfigure son mystère. S’Il annonce sa destruction, c’est comme manifestation de sa propre mise à mort et de l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut, où son Corps sera le Temple définitif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''594 Jésus a posé des actes, tel le pardon des péchés, qui L’ont manifesté comme étant le Dieu Sauveur lui-même (cf. Jn 5, 16-18). Certains Juifs, qui, ne reconnaissant pas le Dieu fait homme (cf. Jn 1, 14), voyaient en Lui un homme qui se fait Dieu (cf. Jn 10, 33), L’ont jugé comme un blasphémateur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Jésus est mort crucifié =====&lt;br /&gt;
===== I. Le procès de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Divisions des autorités juives à l’égard de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''595 ''Parmi les autorités religieuses de Jérusalem, non seulement il s’est trouvé le pharisien Nicodème (cf. Jn 7, 52) ou le notable Joseph d’Arimathie pour être en secret disciples de Jésus (cf. Jn 19, 38-39), mais il s’est produit pendant longtemps des dissensions au sujet de Celui-ci (cf. Jn 9, 16-17&amp;amp;nbsp;; 10, 19-21) au point qu’à la veille même de sa passion, S. Jean peut dire d’eux qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;un bon nombre crut en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, quoique d’une manière très imparfaite (Jn 12, 42). Cela n’a rien d’étonnant si l’on tient compte qu’au lendemain de la Pentecôte &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une multitude de prêtres obéissait à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 6, 7) et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains du parti des Pharisiens étaient devenus croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 15, 5) au point que S. Jacques peut dire à S. Paul que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plusieurs milliers de Juifs ont embrassé la foi et ce sont tous d’ardents partisans de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 21, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''596 ''Les autorités religieuses de Jérusalem n’ont pas été unanimes dans la conduite à tenir vis-à-vis de Jésus (cf. Jn 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 19). Les pharisiens ont menacé d’excommunication ceux qui le suivraient (cf. Jn 9, 22). A ceux qui craignaient que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous croient en Jésus et que les Romains viennent détruire notre Lieu Saint et notre nation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 48), le grand prêtre Caïphe proposa en prophétisant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 49-50). Le Sanhédrin, ayant déclaré Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;passible de mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 66) en tant que blasphémateur, mais ayant perdu le droit de mise à mort (cf. Jn 18, 31), livre Jésus aux Romains en l’accusant de révolte politique (cf. Lc 23, 2) ce qui mettra celui-ci en parallèle avec Barrabas accusé de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sédition&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 23, 19). Ce sont aussi des menaces politiques que les grands prêtres exercent sur Pilate pour qu’il condamne Jésus à mort (cf. Jn 19, 12. 15. 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''597 ''En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule manipulée (cf. Mc 15, 11) et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte (cf. Ac 2, 23. 36&amp;amp;nbsp;; 3, 13-14&amp;amp;nbsp;; 4, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 30&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 39&amp;amp;nbsp;; 13, 27-28&amp;amp;nbsp;; 1 Th 2, 14-15). Jésus lui-même en pardonnant sur la croix (cf. Lc 23, 34) et Pierre à sa suite ont fait droit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ignorance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 17) des Juifs de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir du cri du peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que son sang soit sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 27, 25) qui signifie une formule de ratification (cf. Ac 5, 28&amp;amp;nbsp;; 18, 6), étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l’espace et dans le temps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Aussi bien l’Église a-t-elle déclaré au Concile Vatican II&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (NA 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tous les pécheurs furent les auteurs de la passion du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''598 ''L’Église, dans le Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 5, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45&amp;amp;nbsp;; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la croix, à coup sûr ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés et le couvrent de confusion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 6). Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’apôtre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne l’auraient jamais crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 8). Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains meurtrières (Catech. R. 1, 5, 11).&amp;lt;br/&amp;gt; Et les démons, ce ne sont pas eux qui L’ont crucifié&amp;amp;nbsp;; c’est toi qui avec eux L’as crucifié et Le crucifies encore, en te délectant dans les vices et les péchés (S. François d’Assise, admon. 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La mort rédemptrice du Christ dans le dessein divin de salut =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus livré selon le dessein bien arrêté de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''599 ''La mort violente de Jésus n’a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu, comme S. Pierre l’explique aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 23). Ce langage biblique ne signifie pas que ceux qui ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 13) n’ont été que les exécutants passifs d’un scénario écrit d’avance par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''600 ''A Dieu tous les moments du temps sont présents dans leur actualité. Il établit donc son dessein éternel de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prédestination&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en y incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël (cf. Ps 2, 1-2), de telle sorte qu’ils ont accompli tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais prédestiné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 27-28). Dieu a permis les actes issus de leur aveuglement (cf. Mt 26, 54&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36&amp;amp;nbsp;; 19, 11) en vue d’accomplir son dessein de salut (cf. Ac 3, 17-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''601 ''Ce dessein divin de salut par la mise à mort du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur, le Juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 3, 14) avait été annoncé par avance dans l’Écriture comme un mystère de rédemption universelle, c’est-à-dire de rachat qui libère les hommes de l’esclavage du péché (cf. Is 53, 11-12&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36). S. Paul professe, dans une confession de foi qu’il dit avoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ est mort pour nos péchés ''selon les Écritures''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibidem&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 3, 18&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 13, 29&amp;amp;nbsp;; 26, 22-23). La mort rédemptrice de Jésus accomplit en particulier la prophétie du Serviteur souffrant (cf. Is 53, 7-8 et Ac 8, 32-35). Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur souffrant (cf. Mt 20, 28). Après sa Résurrection, il a donné cette interprétation des Écritures aux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 44-45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''602 ''S. Pierre peut en conséquence formuler ainsi la foi apostolique dans le dessein divin de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18-20). Les péchés des hommes, consécutifs au péché originel, sont sanctionnés par la mort (cf. Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 56). En envoyant son propre Fils dans la condition d’esclave (cf. Ph 2, 7), celle d’une humanité déchue et vouée à la mort à cause du péché (cf. Rm 8, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous, lui qui n’avait pas connu le péché, afin qu’en lui nous devenions justice pour Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''603 ''Jésus n’a pas connu la réprobation comme s’il avait lui-même péché (cf. Jn 8, 46). Mais dans l’amour rédempteur qui l’unissait toujours au Père (cf. Jn 8, 29), il nous a assumé dans l’égarement de notre péché par rapport à Dieu au point de pouvoir dire en notre nom sur la croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 34&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 1). L’ayant rendu ainsi solidaire de nous pécheurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 32) pour que nous soyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réconciliés avec Lui par la mort de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu a l’initiative de l’amour rédempteur universel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''604 ''En livrant son Fils pour nos péchés, Dieu manifeste que son dessein sur nous est un dessein d’amour bienveillant qui précède tout mérite de notre part&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci consiste l’amour&amp;amp;nbsp;: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''605 ''Cet amour est sans exclusion Jésus l’a rappelé en conclusion de la parabole de la brebis perdue&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ses petits ne se perde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 14). Il affirme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner sa vie en rançon ''pour la multitude''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28)&amp;amp;nbsp;; ce dernier terme n’est pas restrictif&amp;amp;nbsp;: il oppose l’ensemble de l’humanité à l’unique personne du Rédempteur qui se livre pour la sauver (cf. Rm 5, 18-19). L’Église, à la suite des apôtres (cf. 2 Co 5, 15&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 2), enseigne que le Christ est mort pour tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a, il n’y a eu et il n’y aura aucun homme pour qui le Christ n’ait pas souffert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Quiercy en 853&amp;amp;nbsp;: DS 624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le Christ s’est offert lui-même à son Père pour nos péchés =====&lt;br /&gt;
'''Toute la vie du Christ est offrande au Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''606 ''Le Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel non pour faire sa volonté mais celle de son Père qui l’a envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 38), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dit en entrant dans le monde&amp;amp;nbsp;: (...) Voici je viens (...) pour faire ô Dieu ta volonté. (...) C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 10, 5-10). Dès le premier instant de son Incarnation, le Fils épouse le dessein de salut divin dans sa mission rédemptrice&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 34). Le sacrifice de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour les péchés du monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 2) est l’expression de sa communion d’amour au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père m’aime parce que je donne ma vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''607 ''Ce désir d’épouser le dessein d’amour rédempteur de son Père anime toute la vie de Jésus (cf. Lc 12, 50&amp;amp;nbsp;; 22, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 16, 21-23) car sa passion rédemptrice est la raison d’être de son Incarnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, sauve-moi de cette heure&amp;amp;nbsp;! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La coupe que m’a donnée le Père ne la boirai-je pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 11). Et encore sur la croix avant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout soit accompli&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 30), il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai soif&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Agneau qui enlève le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''608 ''Après avoir accepté de Lui donner le Baptême à la suite des pécheurs (cf. Lc 3, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 3, 14-15), Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1, 29. 36). Il manifeste ainsi que Jésus est à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener à l’abattoir (cf. Is 53, 7&amp;amp;nbsp;; Jr 11, 19) et porte le péché des multitudes (cf. Is 53, 12), et l’agneau Pascal symbole de la rédemption d’Israël lors de la première Pâque (cf. Ex 12, 3-14&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 36&amp;amp;nbsp;; 1 Co 5, 7). Toute la vie du Christ exprime sa mission&amp;amp;nbsp;: servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Mc 10, 45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus épouse librement l’amour rédempteur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''609 ''En épousant dans son cœur humain l’amour du Père pour les hommes, Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les a aimés jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 13). Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes (cf. He 2, 10. 17-18&amp;amp;nbsp;; 4, 15&amp;amp;nbsp;; 5, 7-9). En effet, il a librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de moi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 18). D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort (cf. Jn 18, 4-6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A la Cène Jésus a anticipé l’offrande libre de sa vie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''610 ''Jésus a exprimé suprêmement l’offrande libre de Lui-même dans le repas pris avec les douze apôtres (cf. Mt 26, 20), dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nuit où Il fut livré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 23). La veille de sa passion, alors qu’Il était encore libre, Jésus a fait de cette dernière Cène avec ses apôtres le mémorial de son offrande volontaire au Père (cf. 1 Co 5, 7) pour le salut des hommes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps ''donné'' pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui ''va être répandu'' pour une multitude en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''611 ''L’Eucharistie qu’il institue à ce moment sera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mémorial&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 25) de son sacrifice. Jésus inclut les apôtres dans sa propre offrande et leur demande de la perpétuer (cf. Lc 22, 19). Par là, Jésus institue ses apôtres prêtres de l’Alliance Nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour eux Je me consacre afin qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1752&amp;amp;nbsp;; 1764).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’agonie à Gethsémani'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''612 ''La coupe de la Nouvelle Alliance, que Jésus a anticipée à la Cène en s’offrant lui-même (cf. Lc 22, 20), il l’accepte ensuite des mains du Père dans son agonie à Gethsémani (cf. Mt 26, 42) en se faisant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissant jusqu’à la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8&amp;amp;nbsp;; cf. He 5, 7-8). Jésus prie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 39). Il exprime ainsi l’horreur que représente la mort pour sa nature humaine. En effet celle-ci, comme la nôtre, est destinée à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;; en plus, à la différence de la nôtre, elle est parfaitement exempte du péché (cf. He 4, 15) qui cause la mort (cf. Rm 5, 12)&amp;amp;nbsp;; mais surtout elle est assumée par la personne divine du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 26). En acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite (cf. Mt 26, 42), il accepte sa mort en tant que rédemptrice pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort du Christ est le sacrifice unique et définitif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''613 ''La mort du Christ est à la fois le ''sacrifice Pascal'' qui accomplit la rédemption définitive des hommes (cf. 1 Co 5, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36) par l’Agneau qui porte le péché du monde (cf. Jn 1, 29&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 19) et le ''sacrifice de la Nouvelle Alliance'' (cf. 1 Co 11, 25) qui remet l’homme en communion avec Dieu (cf. Ex 24, 8) en le réconciliant avec Lui par le sang répandu pour la multitude en rémission des péchés (cf. Mt 26, 28&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 15-16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''614 ''Ce sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10, 10). Il est d’abord un don de Dieu le Père lui-même&amp;amp;nbsp;: c’est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui (cf. 1 Jn 4, 10). Il est en même temps offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour (cf. Jn 15, 13), offre sa vie (cf. Jn 10, 17-18) à son Père par l’Esprit Saint (cf. He 9, 14), pour réparer notre désobéissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus substitue son obéissance à notre désobéissance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''615 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme par la désobéissance d’un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19). Par son obéissance jusqu’à la mort, Jésus a accompli la substitution du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre sa vie en ''sacrifice expiatoire''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;alors qu’il portait le péché des multitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il justifie en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 10-12). Jésus a réparé pour nos fautes et satisfait au Père pour nos péchés (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1529).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la croix, Jésus consomme son sacrifice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''616 ''C’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d’expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. Il nous a tous connus et aimés dans l’offrande de sa vie (cf. Ga 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 2. 25). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14). Aucun homme, fût-il le plus saint, n’était en mesure de prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s’offrir en sacrifice pour tous. L’existence dans le Christ de la Personne divine du Fils, qui dépasse et, en même temps, embrasse toutes les personnes humaines, et qui le constitue Tête de toute l’humanité, rend possible son sacrifice rédempteur ''pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''617 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa sainte passion, sur le bois de la Croix, Il nous a mérité la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enseigne le Concile de Trente (DS 1529)&amp;amp;nbsp;: soulignant le caractère unique du sacrifice du Christ comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe de salut éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 5, 9). Et l’Église vénère la Croix en chantant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Salut, O Croix, notre unique espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre participation au sacrifice du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''618 ''La Croix est l’unique sacrifice du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;seul médiateur entre Dieu et les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 5). Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 5). Il appelle ses disciples à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre leur croix et à le suivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 24) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 18-19&amp;amp;nbsp;; Col 1, 24). Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle par où monter au ciel (Ste. Rose de Lima, vita).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''619 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''620 Notre salut découle de l’initiative d’amour de Dieu envers nous car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''621 Jésus s’est offert librement pour notre salut. Ce don, il le signifie et le réalise à l’avance pendant la dernière cène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps, qui va être donné pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''622 En ceci consiste la rédemption du Christ&amp;amp;nbsp;: il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est venu donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aimer les siens jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) pour qu’ils soient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;affranchis de la vaine conduite héritée de leurs pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''623 Par son obéissance aimante au Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à la mort de la croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8), Jésus accomplit la mission expiatrice (cf. Is 53, 10) du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justifie les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Jésus-Christ a été enseveli =====&lt;br /&gt;
''624 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il a goûté la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 9). Dans son dessein de salut, Dieu a disposé que son Fils non seulement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourrait pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) mais aussi qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûterait la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire connaîtrait l’état de mort, l’état de séparation entre son âme et son corps, durant le temps compris entre le moment où il a expiré sur la croix et le moment où il est ressuscité. Cet état du Christ mort est le mystère du sépulcre et de la descente aux enfers. C’est le mystère du Samedi Saint où le Christ déposé au tombeau (cf. Jn 19, 42) manifeste le grand repos sabbatique de Dieu (cf. He 4, 7-9) après l’accomplissement (cf. Jn 19, 30) du salut des hommes qui met en paix l’univers entier (cf. Col 1, 18-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ au sépulcre dans son corps'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''625 ''Le séjour du Christ au tombeau constitue le lien réel entre l’état passible du Christ avant Pâque et son actuel état glorieux de Ressuscité. C’est la même personne du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai été mort et me voici vivant pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dieu [le Fils] n’a pas empêché la mort de séparer l’âme du corps, selon l’ordre nécessaire à la nature, mais il les a de nouveau réunis l’un à l’autre par la Résurrection, afin d’&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''être lui-même dans sa personne le point de rencontre de la mort et de la vie ''en arrêtant en lui la décomposition de la nature produite par la mort et en devenant lui-même principe de réunion pour les parties séparées (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 16&amp;amp;nbsp;: PG 45, 52B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''626 ''Puisque le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’on a mis à mort (Ac 3, 15) est bien le même que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Vivant qui est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6), il faut que la personne divine du Fils de Dieu ait continué à assumer son âme et son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Du fait qu’à la mort du Christ l’âme a été séparée de la chair, la personne unique ne s’est pas trouvée divisée en deux personnes&amp;amp;nbsp;; car le corps et l’âme du Christ ont existé au même titre dès le début dans la personne du Verbe&amp;amp;nbsp;; et dans la mort, quoique séparés l’un de l’autre, ils sont restés chacun avec la même et unique personne du Verbe (S. Jean Damascène, f. o. 3, 27&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1098A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''627 ''La mort du Christ a été une vraie mort en tant qu’elle a mis fin à son existence humaine terrestre. Mais à cause de l’union que la Personne du Fils a gardé avec son Corps, il n’est pas devenu une dépouille mortelle comme les autres car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’était pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir (de la mort)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 24). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vertu divine a préservé le corps du Christ de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 51, 3). Du Christ on peut dire à la fois&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été retranché de la terre des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 8)&amp;amp;nbsp;; et&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma chair reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme aux enfers et ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 26-27&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 16, 9-10). La Résurrection de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le troisième jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 4&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 46&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 40&amp;amp;nbsp;; Jon 2, 1&amp;amp;nbsp;; Os 6, 2) en était la preuve car la corruption était censée se manifester à partir du quatrième jour (cf. Jn 11, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ensevelis avec le Christ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''628 ''Le Baptême, dont le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''629 Au bénéfice de tout homme Jésus a goûté la mort (cf. He 2, 9). C’est vraiment le Fils de Dieu fait homme qui est mort et qui a été enseveli.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''630 Pendant le séjour du Christ au tombeau sa Personne divine a continué à assumer tant son âme que son corps séparés pourtant entre eux par la mort. C’est pourquoi le corps du Christ mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas vu la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 12, 37).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 5 : &amp;quot; Jésus-Christ est descendu aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''631 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu dans les régions inférieures de la terre. Celui qui est descendu est le même que celui qui est aussi monté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 9-10). Le Symbole des apôtres confesse en un même article de foi la descente du Christ aux enfers et sa Résurrection des morts le troisième jour, parce que dans sa Pâque c’est du fond de la mort qu’il a fait jaillir la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, ton Fils&amp;lt;br/&amp;gt; qui, remonté des Enfers,&amp;lt;br/&amp;gt; répandit sur le genre humain sa sereine clarté,&amp;lt;br/&amp;gt; et vit et règne pour les siècles des siècles. Amen&amp;lt;br/&amp;gt; (MR, Vigile Pascale 18&amp;amp;nbsp;: Exsultet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Christ est descendu aux enfers =====&lt;br /&gt;
''632 ''Les fréquentes affirmations du Nouveau Testament selon lesquelles Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est ressuscité d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 20) présupposent, préalablement à la résurrection, que celui-ci soit demeuré dans le séjour des morts (cf. He 13, 20). C’est le sens premier que la prédication apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers&amp;amp;nbsp;: Jésus a connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour des morts. Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (cf. 1 P 3, 18-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''633 ''Le séjour des morts où le Christ mort est descendu, l’Écriture l’appelle les enfers, le Shéol ou l’Hadès (cf. Ph 2, 10&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 24&amp;amp;nbsp;; Ap 1, 18&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) parce que ceux qui s’y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cf. Ps 6, 6&amp;amp;nbsp;; 88, 11-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de tous les morts, méchants ou justes (cf. Ps 89, 49&amp;amp;nbsp;; 1 S 28, 19&amp;amp;nbsp;; Ez 32, 17-32) ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme le montre Jésus dans la parabole du pauvre Lazare reçu dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sein d’Abraham&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 16, 22-26). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce sont précisément ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu’il descendit aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 6, 3). Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cf. Cc. Rome de 745&amp;amp;nbsp;: DS 587) ni pour détruire l’enfer de la damnation (cf. DS 1011&amp;amp;nbsp;; 1077) mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé (cf. Cc. Tolède IV en 625&amp;amp;nbsp;: DS 485&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''634 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 4, 6). La descente aux enfers est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''635 ''Le Christ est donc descendu dans la profondeur de la mort (cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 7&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l’auront entendue vivent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 25). Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réduit à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14-15). Désormais le Christ ressuscité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détient la clef de la mort et de l’Hadès&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ (Ancienne homélie pour le Samedi Saint&amp;amp;nbsp;: PG 43, 440A. 452C. 461).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''636 Dans l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le symbole confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort et le diable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''637 Le Christ mort, dans son âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Le troisième jour il est ressuscité des morts =====&lt;br /&gt;
''638 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: la promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur à nous, leurs enfants&amp;amp;nbsp;: Il a ressuscité Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32-33). La Résurrection de Jésus est la vérité culminante de notre foi dans le Christ, crue et vécue comme vérité centrale par la première communauté chrétienne, transmise comme fondamentale par la Tradition, établie par les documents du Nouveau Testament, prêchée comme partie essentielle du mystère pascal en même temps que la Croix&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ est ressuscité des morts.&amp;lt;br/&amp;gt; Par sa mort Il a vaincu la mort,&amp;lt;br/&amp;gt; Aux morts Il a donné la vie.&amp;lt;br/&amp;gt; (Liturgie byzantine, Tropaire de Pâques)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’événement historique et transcendant =====&lt;br /&gt;
''639 ''Le mystère de la résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées comme l’atteste le Nouveau Testament. Déjà S. Paul peut écrire aux Corinthiens vers l’an 56&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous ai donc transmis ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3-4). L’apôtre parle ici de la ''vivante tradition de la Résurrection'' qu’il avait apprise après sa conversion aux portes de Damas (cf. Ac 9, 3-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le tombeau vide'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''640 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts&amp;amp;nbsp;? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6). Dans le cadre des événements de Pâques, le premier élément que l’on rencontre est le sépulcre vide. Il n’est pas en soi une preuve directe. L’absence du corps du Christ dans le tombeau pourrait s’expliquer autrement (cf. Jn 20, 13&amp;amp;nbsp;; Mt 28, 11-15). Malgré cela, le sépulcre vide a constitué pour tous un signe essentiel. Sa découverte par les disciples a été le premier pas vers la reconnaissance du fait de la Résurrection. C’est le cas des saintes femmes d’abord (cf. Lc 24, 3. 22-23), puis de Pierre (cf. Lc 24, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le disciple que Jésus aimait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 2) affirme qu’en entrant dans le tombeau vide et en découvrant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les linges gisant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 6) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vit et il crut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 8). Cela suppose qu’il ait constaté dans l’état du sépulcre vide (cf. Jn 20, 5-7) que l’absence du corps de Jésus n’a pas pu être une œuvre humaine et que Jésus n’était pas simplement revenu à une vie terrestre comme cela avait été le cas de Lazare (cf. Jn 11, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les apparitions du Ressuscité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''641 ''Marie de Magdala et les saintes femmes, qui venaient achever d’embaumer le corps de Jésus (cf. Mc 16, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 1) enseveli à la hâte à cause de l’arrivée du Sabbat le soir du Vendredi Saint (cf. Jn 19, 31. 42), ont été les premières à rencontrer le Ressuscité (cf. Mt 28, 9-10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 11-18). Ainsi les femmes furent les premières messagères de la Résurrection du Christ pour les apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 9-10). C’est à eux que Jésus apparaît ensuite, d’abord à Pierre, puis aux Douze (cf. 1 Co 15, 5). Pierre, appelé à confirmer la foi de ses frères (cf. Lc 22, 31-32), voit donc le Ressuscité avant eux et c’est sur son témoignage que la communauté s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est bien vrai&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 34. 36). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''642 ''Tout ce qui est arrivé dans ces journées Pascales engage chacun des apôtres – et Pierre tout particulièrement – dans la construction de l’ère nouvelle qui a débuté au matin de Pâques. Comme témoins du Ressuscité ils demeurent les pierres de fondation de son Église. La foi de la première communauté des croyants est fondée sur le témoignage d’hommes concrets, connus des chrétiens et, pour la plupart, vivant encore parmi eux. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoins de la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 1, 22) sont avant tout Pierre et les Douze, mais pas seulement eux&amp;amp;nbsp;: Paul parle clairement de plus de cinq cents personnes auxquelles Jésus est apparu en une seule fois, en plus de Jacques et de tous les apôtres (cf. 1 Co 15, 4-8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''643 ''Devant ces témoignages il est impossible d’interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l’ordre physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique. Il résulte des faits que la foi des disciples a été soumise à l’épreuve radicale de la passion et de la mort en croix de leur maître annoncée par celui-ci à l’avance (cf. Lc 22, 31-32). La secousse provoquée par la passion fut si grande que les disciples (tout au moins certains d’entre eux) ne crurent pas aussitôt à la nouvelle de la résurrection. Loin de nous montrer une communauté saisie par une exaltation mystique, les Évangiles nous présentent les disciples abattus (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;le visage sombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Lc 24, 17) et effrayés (cf. Jn 20, 19). C’est pourquoi ils n’ont pas cru les saintes femmes de retour du tombeau et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leurs propos leur ont semblé du radotage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 16, 11. 13). Quand Jésus se manifeste aux onze au soir de Pâques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il leur reproche leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''644 ''Même mis devant la réalité de Jésus ressuscité, les disciples doutent encore (cf. Lc 24, 38), tellement la chose leur paraît impossible&amp;amp;nbsp;: ils croient voir un esprit (cf. Lc 24, 39). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans leur joie ils ne croient pas encore et demeurent saisis d’étonnement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 41). Thomas connaîtra la même épreuve du doute (cf. Jn 20, 24-27) et, lors de la dernière apparition en Galilée rapportée par Matthieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains cependant doutèrent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 17). C’est pourquoi l’hypothèse selon laquelle la résurrection aurait été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi (ou de la crédulité) des apôtres est sans consistance. Bien au contraire, leur foi dans la Résurrection est née – sous l’action de la grâce divine – de l’expérience directe de la réalité de Jésus ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’état de l’humanité ressuscitée du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''645 ''Jésus ressuscité établit avec ses disciples des rapports directs, à travers le toucher (cf. Lc 24, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 27) et le partage du repas (cf. Lc 24, 30. 41-43&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 9. 13-15). Il les invite par là à reconnaître qu’il n’est pas un esprit (cf. Lc 24, 39) mais surtout à constater que le corps ressuscité avec lequel il se présente à eux est le même qui a été martyrisé et crucifié puisqu’il porte encore les traces de sa passion (cf. Lc 24, 40&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 20. 27). Ce corps authentique et réel possède pourtant en même temps les propriétés nouvelles d’un corps glorieux&amp;amp;nbsp;: il n’est plus situé dans l’espace et le temps, mais peut se rendre présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28, 9. 16-17&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15. 36&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14. 19. 26&amp;amp;nbsp;; 21, 4) car son humanité ne peut plus être retenue sur terre et n’appartient plus qu’au domaine divin du Père (cf. Jn 20, 17). Pour cette raison aussi Jésus ressuscité est souverainement libre d’apparaître comme il veut&amp;amp;nbsp;: sous l’apparence d’un jardinier (cf. Jn 20, 14-15) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous d’autres traits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 12) que ceux qui étaient familiers aux disciples, et cela pour susciter leur foi (cf. Jn 20, 14. 16&amp;amp;nbsp;; 21, 4. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''646 ''La Résurrection du Christ ne fut pas un retour à la vie terrestre, comme ce fut le cas pour les résurrections qu’il avait accomplies avant Pâques&amp;amp;nbsp;: la fille de Jaïre, le jeune de Naïm, Lazare. Ces faits étaient des événements miraculeux, mais les personnes miraculées retrouvaient, par le pouvoir de Jésus, une vie terrestre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ordinaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. A un certain moment, ils mourront de nouveau. La Résurrection du Christ est essentiellement différente. Dans son corps ressuscité, il passe de l’état de mort à une autre vie au-delà du temps et de l’espace. Le corps de Jésus est, dans la Résurrection, rempli de la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; il participe à la vie divine dans l’état de sa gloire, si bien que S. Paul peut dire du Christ qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 35-50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Résurrection comme événement transcendant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''647 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O nuit, chante l’‘Exsultet’ de Pâques, toi seule as pu connaître le moment où le Christ est sorti vivant du séjour des morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vigile Pascale). En effet, personne n’a été le témoin oculaire de l’événement même de la Résurrection et aucun évangéliste ne le décrit. Personne n’a pu dire comment elle s’était faite physiquement. Moins encore son essence la plus intime, le passage à une autre vie, fut perceptible aux sens. Événement historique constatable par le signe du tombeau vide et par la réalité des rencontres des apôtres avec le Christ ressuscité, la Résurrection n’en demeure pas moins, en ce qu’elle transcende et dépasse l’histoire, au cœur du mystère de la foi. C’est pourquoi le Christ ressuscité ne se manifeste pas au monde (cf. Jn 14, 22) mais à ses disciples, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, ceux-là mêmes qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La Résurrection – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''648 ''La Résurrection du Christ est objet de foi en tant qu’elle est une intervention transcendante de Dieu lui-même dans la création et dans l’histoire. En elle, les trois Personnes divines à la fois agissent ensemble et manifestent leur originalité propre. Elle s’est fait par la puissance du Père qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 2, 24) le Christ, son Fils, et a de cette façon introduit de manière parfaite son humanité – avec son corps – dans la Trinité. Jésus est définitivement révélé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit, par sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 3-4). S. Paul insiste sur la manifestation de la puissance de Dieu (cf. Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; 2 Co 13, 4&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 19-22&amp;amp;nbsp;; He 7, 16) par l’œuvre de l’Esprit qui a vivifié l’humanité morte de Jésus et l’a appelée à l’état glorieux de Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''649 ''Quant au Fils, il opère sa propre Résurrection en vertu de sa puissance divine. Jésus annonce que le Fils de l’homme devra beaucoup souffrir, mourir, et ensuite ressusciter (sens actif du mot) (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 9-31&amp;amp;nbsp;; 10, 34). Ailleurs, il affirme explicitement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je donne ma vie pour la reprendre. (...) J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17-18). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons (...) que Jésus est mort, puis est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''650 ''Les Pères contemplent la Résurrection à partir de la personne divine du Christ qui est restée unie à son âme et à son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’unité de la nature divine qui demeure présente dans chacune des deux parties de l’homme, celles-ci s’unissent à nouveau. Ainsi la mort se produit par la séparation du composé humain, et la Résurrection par l’union des deux parties séparées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Nysse, res. 1&amp;amp;nbsp;: PG 46, 617B)&amp;amp;nbsp;; cf. aussi DS 325&amp;amp;nbsp;; 359&amp;amp;nbsp;; 369&amp;amp;nbsp;; 539).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Sens et portée salvifique de la Résurrection =====&lt;br /&gt;
''651 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi notre foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 14). La Résurrection constitue avant tout la confirmation de tout ce que le Christ lui-même a fait et enseigné. Toutes les vérités, même les plus inaccessibles à l’esprit humain, trouvent leur justification si en ressuscitant le Christ a donné la preuve définitive qu’il avait promise, de son autorité divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''652 ''La Résurrection du Christ est ''accomplissement des promesses'' de l’Ancien Testament (cf. Lc 24, 26-27. 44-48) et de Jésus lui-même durant sa vie terrestre (cf. Mt 28, 6&amp;amp;nbsp;; Mc 16, 7&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 6-7). L’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 3-4 et le Symbole de Nicée-Constantinople) indique que la Résurrection du Christ accomplit ces prédictions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''653 ''La vérité de ''la divinité de Jésus'' est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous saurez que Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28). La Résurrection du Crucifié démontra qu’il était vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Fils de Dieu et Dieu Lui-même. S. Paul a pu déclarer aux Juifs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur (...)&amp;amp;nbsp;; il a ressuscité Jésus, ainsi qu’il était écrit au Psaume premier&amp;amp;nbsp;: Tu es mon Fils, moi-même aujourd’hui je t’ai engendré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32. 34&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 2, 7). La Résurrection du Christ est étroitement liée au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu. Elle en est l’accomplissement selon le dessein éternel de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''654 ''Il y a un double aspect dans le mystère Pascal&amp;amp;nbsp;: par sa mort il nous libère du péché, par sa Résurrection il nous ouvre l’accès à une nouvelle vie. Celle-ci est d’abord ''la justification'' qui nous remet dans la grâce de Dieu (cf. Rm 4, 25) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4). Elle consiste en la victoire sur la mort du péché et dans la nouvelle participation à la grâce (cf. Ep 2, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 3). Elle accomplit ''l’adoption filiale'' car les hommes deviennent frères du Christ, comme Jésus lui-même appelle ses disciples après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez annoncer à mes frères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 17). Frères non par nature, mais par don de la grâce, parce que cette filiation adoptive procure une participation réelle à la vie du Fils unique, qui s’est pleinement révélée dans sa Résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''655 ''Enfin, la Résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de ''notre résurrection future''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (...), de même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 20-22). Dans l’attente de cet accomplissement, le Christ ressuscité vit dans le cœur de ses fidèles. En Lui les chrétiens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûtent aux forces du monde à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 5) et leur vie est entraînée par le Christ au sein de la vie divine (cf. Col 3, 1-3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin qu’ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''656 La foi en la Résurrection a pour objet un événement à la fois historiquement attesté par les disciples qui ont réellement rencontré le Ressuscité, et mystérieusement transcendant en tant qu’entrée de l’humanité du Christ dans la gloire de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''657 Le tombeau vide et les linges gisants signifient par eux-mêmes que le corps'' ''du Christ a échappé aux liens de la mort et de la corruption par la puissance de Dieu. Ils préparent les disciples à la rencontre du Ressuscité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''658 Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier né d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), est le principe de notre propre résurrection, dès maintenant par la justification de notre âme (cf. Rm 6, 4), plus tard par la vivification de notre corps (cf. Rm 8, 11).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 6 : &amp;quot; Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''659 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 19). Le Corps du Christ a été glorifiée dès l’instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence (cf. Lc 24, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 19. 26). Mais pendant les quarante jours où il va manger et boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10, 41) et les instruire sur le Royaume (cf. Ac 1, 3), sa gloire reste encore voilée sous les traits d’une humanité ordinaire (cf. Mc 16, 12&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14-15&amp;amp;nbsp;; 21, 4). La dernière apparition de Jésus se termine par l’entrée irréversible de son humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1, 9&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Lc 9, 34-35&amp;amp;nbsp;; Ex 13, 22) et par le ciel (cf. Lc 24, 51) où il siège désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33&amp;amp;nbsp;; 7, 56&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ps 110, 1). Ce n’est que de manière tout à fait exceptionnelle et unique qu’il se montrera à Paul &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme à l’avorton&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 8) en une dernière apparition qui le constitue apôtre (cf. 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''660 ''Le caractère voilé de la gloire du Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole mystérieuse à Marie-Madeleine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur&amp;amp;nbsp;: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17). Ceci indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ ressuscité et celle du Christ exalté à la droite du Père. L’événement à la fois historique et transcendant de l’Ascension marque la transition de l’une à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''661 ''Cette dernière étape demeure étroitement unie à la première, c’est-à-dire à la descente du ciel réalisée dans l’Incarnation. Seul celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retourner au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: le Christ (cf. Jn 16, 28). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ep 4, 8-10). Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a pas accès à la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Maison du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 2), à la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l’homme, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sorte que nous, ses membres, nous ayons l’espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête et notre Principe, nous a précédés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de l’Ascension)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''662 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). L’élévation sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel. Elle en est le début. Jésus-Christ, l’unique Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle, n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entré dans un sanctuaire fait de mains d’hommes (...) mais dans le ciel, afin de paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 24). Au ciel le Christ exerce en permanence son sacerdoce, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui s’avancent vers Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 25). Comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand prêtre des biens à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 11), il est le centre et l’acteur principal de la liturgie qui honore le Père dans les cieux (cf. Ap 4, 6-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''663 ''Le Christ, désormais, ''siège à la droite du Père''&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par droite du Père nous entendons la gloire et l’honneur de la divinité, où celui qui existait comme Fils de Dieu avant tous les siècles comme Dieu et consubstantiel au Père, s’est assis corporellement après qu’il s’est incarné et que sa chair a été glorifiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 4, 2&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1104C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''664 ''La session à la droite du Père signifie l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de la vision du prophète Daniel concernant le Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dn 7, 14). A partir de ce moment, les apôtres sont devenus les témoins du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Règne qui n’aura pas de fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''665 L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''666 Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''667 Jésus-Christ, étant entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de l’Esprit Saint .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 7 : &amp;quot; D’où il viendra juger les vivants et les morts &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Il reviendra dans la gloire =====&lt;br /&gt;
'''Le Christ règne déjà par l’Église...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''668 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 9). L’Ascension du Christ au Ciel signifie sa participation, dans son humanité, à la puissance et à l’autorité de Dieu lui-même. Jésus-Christ est Seigneur&amp;amp;nbsp;: il possède tout pouvoir dans les cieux et sur la terre. Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au-dessus de toute autorité, pouvoir, puissance et souveraineté&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, car le Père &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout mis sous ses pieds&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur du cosmos (cf. Ep 4, 10&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 24. 27-28) et de l’histoire. En lui, l’histoire de l’homme et même toute la création trouvent leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapitulation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10), leur achèvement transcendant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''669 ''Comme Seigneur, le Christ est aussi la tête de l’Église qui est son Corps (cf. Ep 1, 22). Élevé au ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la terre dans son Église. La Rédemption est la source de l’autorité que le Christ, en vertu de l’Esprit Saint, exerce sur l’Église (cf. Ep 4, 11-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;germe et commencement de ce Royaume sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3&amp;amp;nbsp;; 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''670 ''Depuis l’Ascension, le dessein de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dernière heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous. Le renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité, anticipé dès maintenant&amp;amp;nbsp;: en effet, déjà sur la terre l’Église est parée d’une sainteté imparfaite mais véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Le Royaume du Christ manifeste déjà sa présence par les signes miraculeux (cf. Mc 16, 17-18) qui accompagnent son annonce par l’Église (cf. Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... en attendant que tout Lui soit soumis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''671 ''Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec puissance et grande gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 21, 27&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 31) par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué par les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu’à ce que tout lui ai été soumis (cf. 1 Co 15, 28), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à l’heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite, l’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe&amp;amp;nbsp;; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Pour cette raison les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 26), pour hâter le retour du Christ (cf. 2 P 3, 11-12) en lui disant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 16, 22&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 17. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''672 ''Le Christ a affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; 4, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Tm 4, 1). C’est un temps d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13&amp;amp;nbsp;; Mc 13, 33-37).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’avènement glorieux du Christ, espérance d’Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''673 ''Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20) même s’il ne nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment (cf. Mt 24, 44&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2) même s’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retenu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''674 ''La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31) à sa reconnaissance par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 23, 39) dont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une partie s’est endurcie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25) dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’incrédulité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 19-21). Et S. Paul lui fait écho&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant des morts&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 15). L’entrée de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 21, 24), donnera au Peuple de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réaliser la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13) dans laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Épreuve ultime de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''675 ''Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8&amp;amp;nbsp;; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 19-20) dévoilera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystère d’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 18. 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''676 ''Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique&amp;amp;nbsp;: même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intrinsèquement perverse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Pie XI, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Divini Redemptoris&amp;amp;nbsp;&amp;quot; condamnant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;faux mysticisme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contrefaçon de la rédemption des humbles&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; GS 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''677 ''L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Pour juger les vivants et les morts =====&lt;br /&gt;
''678 ''A la suite des prophètes (cf. Dn 7, 10&amp;amp;nbsp;; Jl 3-4&amp;amp;nbsp;; Ml 3, 19) et de Jean-Baptiste (cf. Mt 3, 7-12), Jésus a annoncé dans sa prédication le Jugement du dernier Jour. Alors seront mis en lumière la conduite de chacun (cf. Mc 12, 38-40) et le secret des cœurs (cf. Lc 12, 1-3&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Rm 2, 16&amp;amp;nbsp;; 1 Co 4, 5). Alors sera condamnée l’incrédulité coupable qui a tenu pour rien la grâce offerte par Dieu (cf. Mt 11, 20-24&amp;amp;nbsp;; 12, 41-42). L’attitude par rapport au prochain révélera l’accueil ou le refus de la grâce et de l’amour divin (cf. Mt 5, 22&amp;amp;nbsp;; 7, 1-5). Jésus dira au dernier jour&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''679 ''Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le jugement tout entier au Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 5, 27&amp;amp;nbsp;; Mt 25, 31&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 42&amp;amp;nbsp;; 17, 31&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 4, 1). Or, le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3, 18&amp;amp;nbsp;; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12, 32&amp;amp;nbsp;; He 6, 4-6&amp;amp;nbsp;; 10, 26-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''680 Le Christ Seigneur règne déjà par l’Église, mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore soumises. Le triomphe du Royaume du Christ ne se fera pas sans un dernier assaut des puissances du mal.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''681 Au Jour du Jugement, lors de la fin du monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi ensemble au cours de l’histoire .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''682 En venant à la fin des temps juger les vivants et les morts, le Christ glorieux révélera la disposition secrète des cœurs et rendra à chaque homme selon ses œuvres et selon son accueil ou son refus de la grâce.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : Je crois en l’Esprit Saint ====&lt;br /&gt;
''683 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut appeler Jésus Seigneur sinon dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6). Cette connaissance de foi n’est possible que dans l’Esprit Saint. Pour être en contact avec le Christ, il faut d’abord avoir été touché par l’Esprit Saint. C’est lui qui vient au devant de nous, et suscite en nous la foi. De par notre Baptême, premier sacrement de la foi, la Vie, qui a sa source dans le Père et nous est offerte dans le Fils, nous est communiquée intimement et personnellement par l’Esprit Saint dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Baptême nous accorde la grâce de la nouvelle naissance en Dieu le Père par le moyen de son Fils dans l’Esprit Saint. Car ceux qui portent l’Esprit de Dieu sont conduits au Verbe, c’est-à-dire au Fils&amp;amp;nbsp;; mais le Fils les présente au Père, et le Père leur procure l’incorruptibilité. Donc, sans l’Esprit, il n’est pas possible de voir le Fils de Dieu, et, sans le Fils, personne ne peut approcher du Père, car la connaissance du Père, c’est le Fils, et la connaissance du Fils de Dieu se fait par l’Esprit Saint (S. Irénée, dem. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''684 ''L’Esprit Saint par sa grâce, est premier dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître le Père et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). Cependant il est dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte. S. Grégoire de Nazianze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, explique cette progression par la pédagogie de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condescendance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Ancien Testament proclamait manifestement le Père, le Fils plus obscurément. Le Nouveau a manifesté le Fils, a fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant l’Esprit a droit de cité parmi nous et nous accorde une vision plus claire de lui-même. En effet il n’était pas prudent, quand on ne confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer ouvertement le Fils et, quand la divinité du Fils n’était pas encore admise, d’ajouter l’Esprit Saint comme un fardeau supplémentaire, pour employer une expression un peu hardie... C’est par des avances et des progressions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de gloire en gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que la lumière de la Trinité éclatera en plus brillantes clartés (S. Grégoire de Naz., or. theol. 5, 26&amp;amp;nbsp;: PG 36, 161C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''685 ''Croire en l’Esprit Saint c’est donc professer que l’Esprit Saint est l’une des Personnes de la Trinité Sainte, consubstantielle au Père et au Fils, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;adoré et glorifié avec le Père et le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople). C’est pourquoi il a été question du mystère divin de l’Esprit Saint dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;théologie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; trinitaire. Ici il ne s’agira donc de l’Esprit Saint que dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’économie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''686 ''L’Esprit Saint est à l’œuvre avec le Père et le Fils du commencement à la consommation du dessein de notre salut. Mais c’est dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, inaugurés avec l’Incarnation rédemptrice du Fils, qu’Il est révélé et donné, reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Premier-Né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et Tête de la nouvelle création, pourra prendre corps dans l’humanité par l’Esprit répandu&amp;amp;nbsp;: l’Église, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 8 : &amp;quot; Je crois en l’Esprit Saint &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''687 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 11). Or, son Esprit qui le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole vivante, mais ne se dit pas lui-même. Celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous fait entendre la Parole du Père. Mais lui, nous ne l’entendons pas. Nous ne le connaissons que dans le mouvement où il nous révèle le Verbe et nous dispose à L’accueillir dans la foi. L’Esprit de Vérité qui nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne parle pas de lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). Un tel effacement, proprement divin, explique pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde ne peut pas le recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le connaît&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tandis que ceux qui croient au Christ le connaissent parce qu’il demeure avec eux (Jn 14, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''688 ''L’Église, communion vivante dans la foi des apôtres qu’elle transmet, est le lieu de notre connaissance de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les Écritures qu’Il a inspirées&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la Tradition, dont les Pères de l’Église sont les témoins toujours actuels&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le Magistère de l’Église qu’Il assiste&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la liturgie sacramentelle, à travers ses paroles et ses symboles, où l’Esprit Saint nous met en communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la prière dans laquelle Il intercède pour nous&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les charismes et les ministères par lesquels l’Église est édifiée&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les signes de vie apostolique et missionnaire&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le témoignage des saints où Il manifeste sa sainteté et continue l’œuvre du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La mission conjointe du Fils et de l’Esprit =====&lt;br /&gt;
''689 ''Celui que le Père a envoyé dans nos cœurs, l’Esprit de son Fils (cf. Ga 4, 6) est réellement Dieu. Consubstantiel au Père et au Fils, il en est inséparable, tant dans la Vie intime de la Trinité que dans son don d’amour pour le monde. Mais en adorant la Trinité Sainte, vivifiante, consubstantielle et indivisible, la foi de l’Église professe aussi la distinction des Personnes. Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son Souffle&amp;amp;nbsp;: mission conjointe où le Fils et l’Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Certes, c’est le Christ qui paraît, Lui, l’Image visible du Dieu invisible, mais c’est l’Esprit Saint qui Le révèle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''690 ''Jésus est Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, parce que l’Esprit en est l’Onction et tout ce qui advient à partir de l’Incarnation découle de cette plénitude (cf. Jn 3, 34). Quand enfin le Christ est glorifié (cf. Jn 7, 39), il peut à son tour, d’auprès du Père, envoyer l’Esprit à ceux qui croient en lui&amp;amp;nbsp;: il leur communique sa Gloire (cf. Jn 17, 22), c’est-à-dire l’Esprit Saint qui le glorifie (cf. Jn 16, 14). La mission conjointe se déploiera dès lors dans les enfants adoptés par le Père dans le Corps de son Fils&amp;amp;nbsp;: la mission de l’Esprit d’adoption sera de les unir au Christ et de les faire vivre en lui&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La notion de l’onction suggère (...) qu’il n’y a aucune distance entre le Fils et l’Esprit. En effet de même qu’entre la surface du corps et l’onction de l’huile ni la raison ni la sensation ne connaissent aucun intermédiaire, ainsi est immédiat le contact du Fils avec l’Esprit, si bien que pour celui qui va prendre contact avec le Fils par la foi, il est nécessaire de rencontrer d’abord l’huile par le contact. En effet il n’y a aucune partie qui soit nue de l’Esprit Saint. C’est pourquoi la confession de la Seigneurie du Fils se fait dans l’Esprit Saint pour ceux qui la reçoivent, l’Esprit venant de toutes parts au devant de ceux qui s’approchent par la foi (S. Grégoire de Nysse, Spir. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 45, 1321A-B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le nom, les appellations et les symboles de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
'''Le nom propre de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''691 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tel est le nom propre de Celui que nous adorons et glorifions avec le Père et le Fils. L’Église l’a reçu du Seigneur et le professe dans le Baptême de ses nouveaux enfants (cf. Mt 28, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; traduit le terme hébreu ''Ruah'' qui, dans son sens premier, signifie souffle, air, vent. Jésus utilise justement l’image sensible du vent pour suggérer à Nicodème la nouveauté transcendante de Celui qui est personnellement le Souffle de Dieu, l’Esprit divin (Jn 3, 5-8). D’autre part, Esprit et Saint sont des attributs divins communs aux Trois Personnes divines. Mais en joignant les deux termes, l’Écriture, la liturgie et le langage théologique désignent la Personne ineffable de l’Esprit Saint, sans équivoque possible avec les autres emplois des termes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les appellations de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''692 ''Jésus, lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui est appelé auprès&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''ad-vocatus'' (Jn 14, 16. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est traduit habituellement par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Consolateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus étant le premier consolateur (cf. 1 Jn 2, 1). Le Seigneur lui-même appelle l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''693 ''Outre son nom propre, qui est le plus employé dans les Actes des apôtres et les Épîtres, on trouve chez S. Paul les appellations&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de la promesse (Ga 3, 14&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13), l’Esprit d’adoption (Rm 8, 15&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 6), l’Esprit du Christ (Rm 8, 11), l’Esprit du Seigneur (2 Co 3, 17), l’Esprit de Dieu (Rm 8, 9. 14&amp;amp;nbsp;; 15, 19&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 11&amp;amp;nbsp;; 7, 40), et chez S. Pierre, l’Esprit de gloire (1 P 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''694 L’eau. ''Le symbolisme de l’eau est significatif de l’action de l’Esprit Saint dans le Baptême, puisque, après l’invocation de l’Esprit Saint, elle devient le signe sacramentel efficace de la nouvelle naissance&amp;amp;nbsp;: de même que la gestation de notre première naissance s’est opérée dans l’eau, de même l’eau baptismale signifie réellement que notre naissance à la vie divine nous est donnée dans l’Esprit Saint. Mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisés dans un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abreuvés d’un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit est donc aussi personnellement l’Eau vive qui jaillit du Christ crucifié (cf. Jn 19, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 5, 8) comme de sa source et qui en nous jaillit en Vie éternelle (cf. Jn 4, 10-14&amp;amp;nbsp;; 7, 38&amp;amp;nbsp;; Ex 17, 1-6&amp;amp;nbsp;; Is 55, 1&amp;amp;nbsp;; Za 14, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 4&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 6&amp;amp;nbsp;; 22, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''695 L’onction.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; Le symbolisme de l’onction d’huile est aussi significatif de l’Esprit Saint, jusqu’à en devenir le synonyme (cf. 1 Jn 2, 20. 27&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21). Dans l’initiation chrétienne, elle est le signe sacramentel de la Confirmation, appelée justement dans les Églises d’Orient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chrismation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Mais pour en saisir toute la force, il faut revenir à l’Onction première accomplie par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: celle de Jésus. Christ [&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à partir de l’hébreu] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit de Dieu. Il y a eu des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Seigneur dans l’Ancienne Alliance (cf. Ex 30, 22-32), le roi David éminemment (cf. 1 S 16, 13). Mais Jésus est l’Oint de Dieu d’une manière unique&amp;amp;nbsp;: l’humanité que le Fils assume est totalement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ointe de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par l’Esprit Saint (cf. Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; Is 61, 1). La Vierge Marie conçoit le Christ de l’Esprit Saint qui par l’ange l’annonce comme Christ lors de sa naissance (cf. Lc 2, 11) et pousse Siméon à venir au Temple voir le Christ du Seigneur (cf. Lc 2, 26-27)&amp;amp;nbsp;; c’est lui qui emplit le Christ (cf. Lc 4, 1) et dont la puissance sort du Christ dans ses actes de guérison et de salut (cf. Lc 6, 19&amp;amp;nbsp;; 8, 46). C’est lui enfin qui ressuscite Jésus d’entre les morts (cf. Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; 8, 11). Alors, constitué pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans son Humanité victorieuse de la mort (cf. Ac 2, 36), Jésus répand à profusion l’Esprit Saint jusqu’à ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; constituent, dans leur union à l’Humanité du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cet Homme parfait (...) qui réalise la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon l’expression de S. Augustin (serm. 341, 1, 1&amp;amp;nbsp;; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ibid''., 9, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''696 Le feu.'' Alors que l’eau signifiait la naissance et la fécondité de la Vie donnée dans l’Esprit Saint, le feu symbolise l’énergie transformante des actes de l’Esprit Saint. Le prophète Elie, qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se leva comme un feu et dont la parole brûlait comme une torche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Si 48, 1), par sa prière attire le feu du ciel sur le sacrifice du mont Carmel (cf. 1 R 18, 38-39), figure du feu de l’Esprit Saint qui transforme ce qu’il touche. Jean-Baptiste, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui marche devant le Seigneur avec ‘l’esprit’ et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17) annonce le Christ comme celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisera dans l’Esprit Saint et le feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 16), cet Esprit dont Jésus dira&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis venu jeter un feu sur la terre et combien je voudrais qu’il fût déjà allumé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 49). C’est sous la forme de langues &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’on eût dites de feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit Saint se pose sur les disciples au matin de la Pentecôte et les remplit de lui (Ac 2, 3-4). La tradition spirituelle retiendra ce symbolisme du feu comme l’un des plus expressifs de l’action de l’Esprit Saint (cf. S. Jean de la Croix, llama). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;N’éteignez pas l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''697 La nuée ''et ''la lumière.'' Ces deux symboles sont inséparables dans les manifestations de l’Esprit Saint. Dès les théophanies de l’Ancien Testament, la Nuée, tantôt obscure, tantôt lumineuse, révèle le Dieu vivant et sauveur, en voilant la transcendance de sa Gloire&amp;amp;nbsp;: avec Moïse sur la montagne du Sinaï (cf. Ex 24, 15-18), à la Tente de Réunion (cf. Ex 33, 9-10) et durant la marche au désert (cf. Ex 40, 36-38&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 1-2)&amp;amp;nbsp;; avec Salomon lors de la dédicace du Temple (cf. 1 R 8, 10-12). Or ces figures sont accomplies par le Christ dans l’Esprit Saint. C’est Celui-ci qui vient sur la Vierge Marie et la prend &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour qu’elle conçoive et enfante Jésus (Lc 1, 35). Sur la montagne de la Transfiguration, c’est lui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;survient dans la nuée qui prend sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Jésus, Moïse et Elie, Pierre, Jacques et Jean, et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la nuée sort une voix qui dit&amp;amp;nbsp;: ‘Celui-ci est mon Fils, mon Élu, écoutez-le’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 34-35). C’est enfin la même Nuée qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dérobe Jésus aux yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des disciples le jour de l’Ascension (Ac 1, 9) et qui le révélera Fils de l’homme dans sa Gloire au Jour de son Avènement (cf. Lc 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''698 Le sceau'' est un symbole proche de celui de l’Onction. C’est en effet le Christ que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a marqué de son sceau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 27) et c’est en lui que le Père nous marque aussi de son sceau (2 Co 1, 22&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13&amp;amp;nbsp;; 4, 30). Parce qu’elle indique l’effet indélébile de l’Onction de l’Esprit Saint dans les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Ordre, l’image du sceau (''sphragis'') a été utilisée dans certaines traditions théologiques pour exprimer le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;caractère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ineffaçable imprimé par ces trois sacrements qui ne peuvent être réitérés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''699 La main ''. C’est en imposant les mains que Jésus guérit les malades (cf. Mc 6, 5&amp;amp;nbsp;; 8, 23) et bénit les petits enfants (cf. Mc 10, 16). En son nom, les apôtres feront de même (cf. Mc 16, 18&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 12&amp;amp;nbsp;; 14, 3). Mieux encore, c’est par l’imposition des mains des apôtres que l’Esprit Saint est donné (cf. Ac 8, 17-19&amp;amp;nbsp;; 13, 3&amp;amp;nbsp;; 19, 6). L’Épître aux Hébreux met l’imposition des mains au nombre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;articles fondamentaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de son enseignement (cf. He 6, 2). Ce signe de l’effusion toute-puissante de l’Esprit Saint, l’Église l’a gardé dans ses épiclèses sacramentelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''700 Le doigt.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est par le doigt de Dieu que [Jésus] expulse les démons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 11, 20). Si la Loi de Dieu a été écrite sur des tables de pierre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le doigt de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 31, 18), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la lettre du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, remise aux soins des apôtres, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est écrite avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 3). L’hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; invoque l’Esprit Saint comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''le doigt de la droite du Père''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''In Dominica Pentecostes'', Hymnus ad I et II Vesperas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''701 La colombe''. A la fin du déluge (dont le symbolisme concerne le Baptême), la colombe lâchée par Noé revient, un rameau tout frais d’olivier dans le bec, signe que la terre est de nouveau habitable (cf. Gn 8, 8-12). Quand le Christ remonte de l’eau de son baptême, l’Esprit Saint, sous forme d’une colombe, descend sur lui et y demeure (cf. Mt 3, 16 par.). L’Esprit descend et repose dans le cœur purifié des baptisés. Dans certaines églises, la sainte Réserve eucharistique est conservée dans un réceptacle métallique en forme de colombe (le ''columbarium'') suspendu au-dessus de l’autel. Le symbole de la colombe pour suggérer l’Esprit Saint est traditionnel dans l’iconographie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit et la Parole de Dieu dans le temps des promesses =====&lt;br /&gt;
''702 ''Du commencement jusqu’à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Plénitude du temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), la mission conjointe du Verbe et de l’Esprit du Père demeure ''cachée,'' mais elle est à l’œuvre. L’Esprit de Dieu y prépare le temps du Messie, et l’un et l’autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis afin d’être attendus et accueillis lors de leur manifestation. C’est pourquoi lorsque l’Église lit l’Ancien Testament (cf. 2 Co 3, 14), elle y scrute (cf. Jn 5, 39. 46) ce que l’Esprit, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, veut nous dire du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la foi de l’Église entend ici tous ceux que l’Esprit Saint a inspirés dans la vivante annonce et dans la rédaction des livres saints, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament. La tradition juive distingue la Loi (les cinq premiers livres ou Pentateuque), les Prophètes (nos livres dits historiques et prophétiques) et les Écrits (surtout sapientiels, en particulier les Psaumes) (cf. Lc 24, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''703 ''La Parole de Dieu et son Souffle sont à l’origine de l’être et de la vie de toute créature (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2&amp;amp;nbsp;; 2, 7&amp;amp;nbsp;; Qo 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Ez 37, 10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au Saint-Esprit il convient de régner, de sanctifier et d’animer la création, car il est Dieu consubstantiel au Père et au Fils (...). A Lui revient le pouvoir sur la vie, car étant Dieu il garde la création dans le Père par le Fils (Liturgie byzantine, Tropaire des matines des dimanches du second mode).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''704 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à l’homme, c’est de ses propres mains [c’est-à-dire le Fils et l’Esprit Saint] que Dieu le façonna (...) et Il dessina sur la chair façonnée sa propre forme, de façon que même ce qui serait visible portât la forme divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 11).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit de la promesse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''705 ''Défiguré par le péché et par la mort, l’homme demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à l’image du Fils, mais il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privé de la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 23), privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La promesse faite à Abraham inaugure l’économie du salut au terme de laquelle le Fils lui-même assumera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 7) et la restaurera dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec le Père en lui redonnant la Gloire, l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''706 ''Contre toute espérance humaine, Dieu promet à Abraham une descendance, comme fruit de la foi et de la puissance de l’Esprit Saint (cf. Gn 18, 1-15&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38. 54-55&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 12-13&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 16-21). En elle seront bénies toutes les nations de la terre (cf. Gn 12, 3). Cette descendance sera le Christ (cf. Ga 3, 16) en qui l’effusion de l’Esprit Saint fera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité des enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 52). En s’engageant par serment (cf. Lc 1, 73), Dieu s’engage déjà au don de son Fils Bien-aimé (cf. Gn 22, 17-19&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 32&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 16) et au don de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de la Promesse (...) qui (...) prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans les Théophanies et la Loi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''707 ''Les Théophanies (manifestations de Dieu) illuminent le chemin de la promesse, des patriarches à Moïse et de Josué jusqu’aux visions qui inaugurent la mission des grands prophètes. La tradition chrétienne a toujours reconnu que dans ces Théophanies le Verbe de Dieu se laissait voir et entendre, à la fois révélé et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ombré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la Nuée de l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''708 ''Cette pédagogie de Dieu apparaît spécialement dans le don de la Loi (cf. Ex 19-20&amp;amp;nbsp;; Dt 1-11&amp;amp;nbsp;; 29-30). La Loi a été donnée comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour conduire le Peuple vers le Christ (Ga 3, 24). Mais son impuissance à sauver l’homme privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine et la connaissance accrue qu’elle donne du péché (cf. Rm 3, 20) suscitent le désir de l’Esprit Saint. Les gémissements des Psaumes en témoignent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans le Royaume et l’Exil'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''709 ''La Loi, signe de la promesse et de l’alliance, aurait dû régir le cœur et les institutions du Peuple issu de la foi d’Abraham. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, pour une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 2, 9). Mais, après David, Israël succombe à la tentation de devenir un royaume comme les autres nations. Or le Royaume, objet de la promesse faite à David (cf. 2 S 7&amp;amp;nbsp;; Ps 89&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 32-33) sera l’œuvre de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il appartiendra aux pauvres selon l’Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''710 ''L’oubli de la Loi et l’infidélité à l’alliance aboutissent à la mort&amp;amp;nbsp;: c’est l’Exil, apparemment échec des promesses, en fait fidélité mystérieuse du Dieu sauveur et début d’une restauration promise, mais selon l’Esprit. Il fallait que le Peuple de Dieu souffrît cette purification (cf. Lc 24, 26)&amp;amp;nbsp;; l’Exil porte déjà l’ombre de la Croix dans le dessein de Dieu, et le Reste des pauvres qui en revient est l’une des figures les plus transparentes de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’attente du Messie et de son Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''711 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que je vais faire du nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 43, 19)&amp;amp;nbsp;: Deux lignes prophétiques vont se dessiner, portant l’une sur l’attente du Messie, l’autre sur l’annonce d’un Esprit nouveau, et elles convergent dans le petit Reste, le peuple des Pauvres (cf. So 2, 3), qui attend dans l’espérance la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consolation d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la délivrance de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 25. 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a vu plus haut comment Jésus accomplit les prophéties qui le concernent. On se limite ici à celles où apparaît davantage la relation du Messie et de son Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''712 ''Les traits du visage du ''Messie'' attendu commencent à apparaître dans le Livre de l’Emmanuel (cf. Is 6-12) (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand Isaïe eut la vision de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Christ&amp;amp;nbsp;: Jn 12, 41), en particulier en Is 11, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un rejeton sort de la souche de Jessé,&amp;lt;br/&amp;gt; un surgeon pousse de ses racines&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;br/&amp;gt; sur lui repose l’Esprit du Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de sagesse et d’intelligence,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de conseil et de force,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de science et de crainte du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''713 ''Les traits du Messie sont révélés surtout dans les chants du Serviteur (cf. Is 42, 1-9&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 18-21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 32-34, puis Is 49, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 2, 32, enfin Is 50, 4-10 et 52, 13 – 53, 12). Ces chants annoncent le sens de la passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra l’Esprit Saint pour vivifier la multitude&amp;amp;nbsp;: non pas de l’extérieur, mais en épousant notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Prenant sur lui notre mort, il peut nous communiquer son propre Esprit de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''714 ''C’est pourquoi le Christ inaugure l’annonce de la bonne Nouvelle en faisant sien ce passage d’Isaïe (Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; cf. Is 61, 1-2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Esprit du Seigneur est sur moi,&amp;lt;br/&amp;gt; car le Seigneur m’a oint.&amp;lt;br/&amp;gt; Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,&amp;lt;br/&amp;gt; panser les cœurs meurtris&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer aux captifs l’amnistie&amp;lt;br/&amp;gt; et aux prisonniers la liberté,&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer une année de grâce de la part du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''715 ''Les textes prophétiques concernant directement l’envoi de l’Esprit Saint sont des oracles où Dieu parle au cœur de son Peuple dans le langage de la promesse, avec les accents de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour et de la fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ez 11, 19&amp;amp;nbsp;; 36, 25-28&amp;amp;nbsp;; 37, 1-14&amp;amp;nbsp;; Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; et Jl 3, 1-5) dont S. Pierre proclamera l’accomplissement le matin de la Pentecôte (cf. Ac 2, 17-21). Selon ces promesses, dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Esprit du Seigneur renouvellera le cœur des hommes en gravant en eux une Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;; il rassemblera et réconciliera les peuples dispersés et divisés&amp;amp;nbsp;; il transformera la création première et Dieu y habitera avec les hommes dans la paix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''716 ''Le Peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 2, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 27&amp;amp;nbsp;; 34, 3&amp;amp;nbsp;; Is 49, 13&amp;amp;nbsp;; 61, 1&amp;amp;nbsp;; etc.), les humbles et les doux, tout abandonnés aux desseins mystérieux de leur Dieu, ceux qui attendent la justice, non des hommes mais du Messie, est finalement la grande œuvre de la mission cachée de l’Esprit Saint durant le temps des promesses pour préparer la venue du Christ. C’est leur qualité de cœur, purifié et éclairé par l’Esprit, qui s’exprime dans les Psaumes. En ces pauvres, l’Esprit prépare au Seigneur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 1, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Esprit du Christ dans la plénitude du temps =====&lt;br /&gt;
'''Jean, Précurseur, Prophète et Baptiste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''717 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parut un homme envoyé de Dieu. Il se nommait Jean&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 6). Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rempli de l’Esprit Saint, dès le sein de sa mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 15. 41) par le Christ lui-même que la Vierge Marie venait de concevoir de l’Esprit Saint. La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visitation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Marie à Élisabeth est ainsi devenue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visite de Dieu à son peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''718 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elie qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 17, 10-13)&amp;amp;nbsp;: Le Feu de l’Esprit l’habite et le fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;courir devant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;précurseur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] le Seigneur qui vient. En Jean le Précurseur, l’Esprit Saint achève de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparer au Seigneur un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''719 ''Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus qu’un prophète&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 26). En lui l’Esprit Saint accomplit de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parler par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jean achève le cycle des prophètes inauguré par Elie (cf. Mt 11, 13-14). Il annonce l’imminence de la Consolation d’Israël, il est la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du consolateur qui vient (Jn 1, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Is 40, 1-3). Comme le fera l’Esprit de Vérité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vient comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 15, 26&amp;amp;nbsp;; 5, 33). Au regard de Jean, l’Esprit accomplit ainsi les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;recherches des prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoitise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des anges (1 P 1, 10-12)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit (...). Oui, j’ai vu et j’atteste que c’est Lui, le Fils de Dieu. (...) Voici l’Agneau de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''720 ''Enfin, avec Jean le Baptiste, l’Esprit Saint inaugure, en le préfigurant, ce qu’il réalisera avec et dans le Christ&amp;amp;nbsp;: redonner à l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine. Le baptême de Jean était pour le repentir, celui dans l’eau et dans l’Esprit sera une nouvelle naissance (cf. Jn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Réjouis-toi, comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''721 ''Marie, la Toute Sainte Mère de Dieu, toujours Vierge est le chef-d’œuvre de la mission du Fils et de l’Esprit dans la plénitude du temps. Pour la première fois dans le dessein du salut et parce que son Esprit l’a préparée, le Père trouve la ''Demeure ''où son Fils et son Esprit peuvent habiter parmi les hommes. C’est en ce sens que la Tradition de l’Église a souvent lu en relation à Marie les plus beaux textes sur la Sagesse (cf. Pr 8, 1 – 9, 6&amp;amp;nbsp;; Si 24)&amp;amp;nbsp;: Marie est chantée et représentée dans la liturgie comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Trône de la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En elle commencent à se manifester les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que l’Esprit va accomplir dans le Christ et dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''722 ''L’Esprit Saint a ''préparé'' Marie par sa grâce. Il convenait que fût &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère de Celui en qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite corporellement la Plénitude de la Divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Elle a été, par pure grâce, conçue sans péché comme la plus humble des créatures, la plus capable d’accueil au Don ineffable du Tout-Puissant. C’est à juste titre que l’ange Gabriel la salue comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fille de Sion&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Réjouis-toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 3, 14&amp;amp;nbsp;; Za 2, 14). C’est l’action de grâce de tout le Peuple de Dieu, et donc de l’Église, qu’elle fait monter vers le Père dans l’Esprit Saint en son cantique (cf. Lc 1, 46-55) alors qu’elle porte en elle le Fils éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''723 ''En Marie, l’Esprit Saint ''réalise'' le dessein bienveillant du Père. C’est par l’Esprit Saint que la Vierge conçoit et enfante le Fils de Dieu. Sa virginité devient fécondité unique par la puissance de l’Esprit et de la foi (cf. Lc 1, 26-38&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 18-21&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''724 ''En Marie, l’Esprit Saint ''manifeste'' le Fils du Père devenu Fils de la Vierge. Elle est le Buisson ardent de la Théophanie définitive&amp;amp;nbsp;: comblée de l’Esprit Saint, elle montre le Verbe dans l’humilité de sa chair et c’est aux Pauvres (cf. Lc 1, 15-19) et aux prémices des nations (cf. Mt 2, 11) qu’elle Le fait connaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''725 ''Enfin, par Marie, l’Esprit Saint commence à ''mettre en communion'' avec le Christ les hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;objets de l’amour bienveillant de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 14), et les humbles sont toujours les premiers à le recevoir&amp;amp;nbsp;: les bergers, les mages, Siméon et Anne, les époux de Cana et les premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''726 ''Au terme de cette mission de l’Esprit, Marie devient la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nouvelle Eve &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Mère du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 19, 25-27). C’est comme telle qu’elle est présente avec les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’un même cœur, assidus à la prière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 14), à l’aube des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit va inaugurer le matin de la Pentecôte avec la manifestation de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''727 ''Toute la Mission du Fils et de l’Esprit Saint dans la plénitude du temps est contenue en ce que le Fils est l’oint de l’Esprit du Père depuis son Incarnation&amp;amp;nbsp;: Jésus est Christ, le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le deuxième chapitre du Symbole de la foi est à lire à cette lumière. Toute l’œuvre du Christ est mission conjointe du Fils et de l’Esprit Saint. Ici, on mentionnera seulement ce qui concerne la promesse de l’Esprit Saint par Jésus et son don par le Seigneur glorifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''728 ''Jésus ne révèle pas pleinement l’Esprit Saint tant que lui-même n’a pas été glorifié par sa Mort et sa Résurrection. Pourtant, Il le suggère peu à peu, même dans son enseignement aux foules, lorsqu’Il révèle que sa Chair sera nourriture pour la vie du monde (cf. Jn 6, 27. 51. 62-63). Il le suggère aussi à Nicodème (cf. Jn 3, 5-8), à la Samaritaine (cf. Jn 4, 10. 14. 23-24) et à ceux qui participent à la fête des Tabernacles (cf. Jn 7, 37-39). A ses disciples, Il en parle ouvertement à propos de la prière (cf. Lc 11, 13) et du témoignage qu’ils auront à rendre (cf. Mt 10, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''729 ''C’est seulement quand l’Heure est venue où Il va être glorifié que Jésus ''promet'' la venue de l’Esprit Saint, puisque sa Mort et sa Résurrection seront l’accomplissement de la promesse faite aux Pères (cf. Jn 14, 16-17. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7-15&amp;amp;nbsp;; 17, 26)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de Vérité, l’autre Paraclet, sera donné par le Père à la prière de Jésus&amp;amp;nbsp;; il sera envoyé par le Père au nom de Jésus&amp;amp;nbsp;; Jésus l’enverra d’auprès du Père car il est issu du Père. L’Esprit Saint viendra, nous le connaîtrons, Il sera avec nous à jamais, Il demeurera avec nous&amp;amp;nbsp;; Il nous enseignera tout et nous rappellera tout ce que le Christ nous a dit et lui rendra témoignage&amp;amp;nbsp;; Il nous conduira vers la vérité tout entière et glorifiera le Christ. Quant au monde, Il le confondra en matière de péché, de justice et de jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''730 ''Enfin vient l’Heure de Jésus (cf. Jn 13, 1&amp;amp;nbsp;; 17, 1)&amp;amp;nbsp;: Jésus remet son esprit entre les mains du Père (cf. Lc 23, 46&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 30) au moment où par sa Mort il est vainqueur de la mort, de sorte que, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressuscité des morts par la Gloire du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4), il ''donne'' aussitôt l’Esprit Saint en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soufflant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur ses disciples (cf. Jn 20, 22). A partir de cette Heure, la mission du Christ et de l’Esprit devient la mission de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 28, 19&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 47-48&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. L’Esprit et l’Église dans les derniers temps =====&lt;br /&gt;
'''La Pentecôte'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''731 ''Le jour de la Pentecôte (au terme des sept semaines Pascales), la Pâque du Christ s’accomplit dans l’effusion de l’Esprit Saint qui est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine&amp;amp;nbsp;: de sa Plénitude, le Christ, Seigneur, répand à profusion l’Esprit (cf. Ac 2, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''732 ''En ce jour est pleinement révélée la Trinité Sainte. Depuis ce jour, le Royaume annoncé par le Christ est ouvert à ceux qui croient en Lui&amp;amp;nbsp;: dans l’humilité de la chair et dans la foi, ils participent déjà à la communion de la Trinité Sainte. Par sa venue, et elle ne cesse pas, l’Esprit Saint fait entrer le monde dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le temps de l’Église, le Royaume déjà hérité, mais pas encore consommé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi&amp;amp;nbsp;: nous adorons la Trinité indivisible car c’est elle qui nous a sauvés (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte&amp;amp;nbsp;; il est repris dans les liturgies eucharistiques après la communion).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint – le Don de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''733 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16) et l’Amour est le premier don, il contient tous les autres. Cet amour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui nous fut donné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''734 ''Parce que nous sommes morts, ou, au moins, blessés par le péché, le premier effet du don de l’Amour est la rémission de nos péchés. C’est la communion de l’Esprit Saint (2 Co 13, 13) qui, dans l’Église, redonne aux baptisés la ressemblance divine perdue par le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''735 ''Il donne alors les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;arrhes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prémices&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Héritage (cf. Rm 8, 23&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21)&amp;amp;nbsp;: la Vie même de la Trinité Sainte qui est d’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme il nous a aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 11-12). Cet amour (la charité de 1 Co 13) est le principe de la vie nouvelle dans le Christ, rendue possible puisque nous avons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçu une force, celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''736 ''C’est par cette puissance de l’Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruit. Celui qui nous a greffés sur la vraie Vigne, nous fera porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit de l’Esprit qui est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 22-23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit est notre Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: plus nous renonçons à nous-mêmes (cf. Mt 16, 24-26), plus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit nous fait aussi agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 25)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par communion avec lui, l’Esprit Saint rend spirituels, rétablit au Paradis, ramène au Royaume des cieux et à l’adoption filiale, donne la confiance d’appeler Dieu Père et de participer à la grâce du Christ, d’être appelé enfant de lumière et d’avoir part à la gloire éternelle (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint et l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''737 ''La mission du Christ et de l’Esprit Saint s’accomplit dans l’Église, Corps du Christ et Temple de l’Esprit Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles du Christ à sa communion avec le Père dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: L’Esprit ''prépare'' les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le Christ. Il leur ''manifeste'' le Seigneur ressuscité, Il leur rappelle sa parole et leur ouvre l’esprit à l’intelligence de sa Mort et de sa Résurrection. Il leur ''rend présent'' le mystère du Christ, éminemment dans l’Eucharistie, afin de les réconcilier, de les ''mettre en communion'' avec Dieu, afin de leur faire porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup de fruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 5. 8. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''738 ''Ainsi la mission de l’Église ne s’ajoute pas à celle du Christ et de l’Esprit Saint, mais elle en est le sacrement&amp;amp;nbsp;: par tout sont être et dans tous ses membres elle est envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de la communion de la Sainte Trinité (ce sera l’objet du prochain article)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous tous qui avons reçu l’unique et même esprit, à savoir, l’Esprit Saint, nous nous sommes fondus entre nous et avec Dieu. Car bien que nous soyons nombreux séparément et que le Christ fasse que l’Esprit du Père et le sien habite en chacun de nous, cet Esprit unique et indivisible ramène par lui-même à l’unité ceux qui sont distincts entre eux (...) et fait que tous apparaissent comme une seule chose en lui-même. Et de même que la puissance de la sainte humanité du Christ fait que tous ceux-là en qui elle se trouve forment un seul corps, je pense que de la même manière l’Esprit de Dieu qui habite en tous, unique et indivisible, les ramène tous à l’unité spirituelle (S. Cyrille d’Alexandrie, Jo. 12&amp;amp;nbsp;: PG 74, 560-561).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''739 ''Parce que l’Esprit Saint est l’Onction du Christ, c’est le Christ, la Tête du Corps, qui le répand dans ses membres pour les nourrir, les guérir, les organiser dans leurs fonctions mutuelles, les vivifier, les envoyer témoigner, les associer à son offrande au Père et à son intercession pour le monde entier. C’est par les sacrements de l’Église que le Christ communique aux membres de son Corps son Esprit Saint et Sanctificateur (ce sera l’objet de la deuxième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''740 ''Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, offertes aux croyants dans les sacrements de l’Église, portent leurs fruits dans la vie nouvelle, dans le Christ, selon l’Esprit (ce sera l’objet de la troisième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''741 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut&amp;amp;nbsp;; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 26). L’Esprit Saint, artisan des œuvres de Dieu, est le Maître de la prière (ce sera l’objet de la quatrième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''En bref'''&amp;lt;br/&amp;gt; ''742 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''743 Du commencement à la consommation du temps, quand Dieu envoie son Fils, il envoie toujours son Esprit&amp;amp;nbsp;: leur mission est conjointe et inséparable.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''744 Dans la plénitude du temps, l’Esprit Saint accomplit en Marie toutes les préparations à la venue du Christ dans le Peuple de Dieu. Par l’action de l’Esprit Saint en elle, le Père donne au monde l’Emmanuel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu-avec-nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 23).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''745 Le Fils de Dieu est consacré Christ (Messie) par l’Onction de l’Esprit Saint dans son Incarnation (cf. Ps 2, 6-7).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''746 Par sa Mort et sa Résurrection, Jésus est constitué Seigneur et Christ dans la gloire (Ac 2, 36). De sa Plénitude, Il répand l’Esprit Saint sur les apôtres et l’Église.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''747 L’Esprit Saint que le Christ, Tête, répand dans ses membres, bâtit, anime et sanctifie l’Église. Elle est le sacrement de la communion de la Trinité Sainte et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 9 : &amp;quot; Je crois à la Sainte ÉGLISE catholique &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''748 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est la lumière des peuples&amp;amp;nbsp;: réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 1). C’est sur ces paroles que s’ouvre la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Constitution dogmatique sur l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du deuxième Concile du Vatican. Par là, le Concile montre que l’article de foi sur l’Église dépend entièrement des articles concernant le Christ Jésus. L’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ&amp;amp;nbsp;; elle est, selon une image chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''749 ''L’article sur l’Église dépend aussi entièrement de celui sur le Saint-Esprit qui le précède. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, après avoir montré que l’Esprit Saint est la source et le donateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que c’est Lui qui a doté l’Église de sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 1). L’Église est, selon l’expression des Pères, le lieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;où fleurit l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Hippolyte, trad. ap. 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''750 ''Croire que l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (comme l’ajoute le Symbole de Nicée-Constantinople) est inséparable de la foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dans le Symbole des apôtres, nous faisons profession de croire une Église Sainte (''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo [...] Ecclesiam&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''), et non pas ''en'' l’Église, pour ne pas confondre Dieu et ses œuvres et pour attribuer clairement à la bonté de Dieu ''tous'' les dons qu’Il a mis dans son Église (cf. Catech. R. 1, 10, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. L’Église dans le dessein de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Les noms et les images de l’Église =====&lt;br /&gt;
''751 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ekklèsia'', du grec ''ek-kalein'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appeler hors&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne des assemblées du peuple (cf. Ac 19, 39), en général de caractère religieux. C’est le terme fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament grec pour l’assemblée du peuple élu devant Dieu, surtout pour l’assemblée du Sinaï où Israël reçut la Loi et fut constitué par Dieu comme son peuple saint (cf. Ex 19). En s’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la première communauté de ceux qui croyaient au Christ se reconnaît héritière de cette assemblée. En elle, Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son Peuple de tous les confins de la terre. Le terme ''Kyriakè'' dont sont dérivés ''church'', ''Kirche'', signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celle qui appartient au Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''752 ''Dans le langage chrétien, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’assemblée liturgique (cf. 1 Co 11, 18&amp;amp;nbsp;; 14, 19. 28. 34. 35), mais aussi la communauté locale (cf. 1 Co 1, 2&amp;amp;nbsp;; 16, 1) ou toute la communauté universelle des croyants (cf. 1 Co 15, 9&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 13&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 6). Ces trois significations sont en fait inséparables. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le Peuple que Dieu rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés locales et se réalise comme assemblée liturgique, surtout eucharistique. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient ainsi elle-même Corps du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''753 ''Dans l’Écriture Sainte, nous trouvons une foule d’images et de figures liées entre elles, par lesquelles la révélation parle du mystère inépuisable de l’Église. Les images prises de l’Ancien Testament constituent des variations d’une idée de fond, celle du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans le Nouveau Testament (cf. Ep 1, 22&amp;amp;nbsp;; Col 1, 18), toutes ces images trouvent un nouveau centre par le fait que le Christ devient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ce peuple (cf. LG 9) qui est dès lors son Corps. Autour de ce centre se sont groupés des images &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tirées soit de la vie pastorale ou de la vie des champs, soit du travail de construction ou de la famille et des épousailles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''754 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, en effet, est le ''bercail'' dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire (cf. Jn 10, 1-10). Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé lui-même à l’avance qu’il serait le pasteur (cf. Is 40, 11&amp;amp;nbsp;; Ez 34, 11-31), et dont les brebis, quoiqu’elles aient à leur tête des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ même, Bon Pasteur et Prince des pasteurs (cf. Jn 10, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 5, 4), qui a donné sa vie pour ses brebis (cf. LG 6&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 11-15)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''755 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est le ''terrain de culture'', le champ de Dieu (1 Co 3, 9). Dans ce champ croît l’antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en lequel s’opère et s’opérera la réconciliation entre Juifs et Gentils (cf. Rm 11, 13-26). Elle fut plantée par le Vigneron céleste comme une vigne choisie (cf. Mt 21, 33-43 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Is 5, 1-7). La Vigne véritable, c’est le Christ&amp;amp;nbsp;: c’est lui qui donne vie et fécondité aux rameaux que nous sommes&amp;amp;nbsp;: par l’Église nous demeurons en lui, sans qui nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 1-5)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''756 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien souvent aussi, l’Église est dite la ''construction'' de Dieu (cf. 1 Co 3, 9). Le Seigneur lui-même s’est comparé à la pierre rejetée par les bâtisseurs et devenue pierre angulaire (Mt 21, 42 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 4, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 2, 7&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22). Sur ce fondement, l’Église est construite par les apôtres (cf. 1 Co 3, 11), et de ce fondement elle reçoit fermeté et cohésion. Cette construction est décorée d’appellations diverses&amp;amp;nbsp;: la maison de Dieu (cf. 1 Tm 3, 15), dans laquelle habite sa ''famille'', l’habitation de Dieu dans l’Esprit (cf. Ep 2, 19-22), la demeure de Dieu chez les hommes (cf. Ap 21, 3), et surtout le ''temple'' saint, lequel, représenté par les sanctuaires de pierres, est l’objet de la louange des saints Pères et comparé à juste titre dans la liturgie à la Cité sainte, la nouvelle Jérusalem. En effet, nous sommes en elle sur la terre comme les pierres vivantes qui entrent dans la construction (cf. 1 P 2, 5). Cette Cité sainte, Jean la contemple descendant du ciel d’auprès de Dieu à l’heure où se renouvellera le monde, prête comme une fiancée parée pour son époux (cf. Ap 21, 1-2)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''757 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église s’appelle encore &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Jérusalem d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 12, 17)&amp;amp;nbsp;; elle est décrite comme l’épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 19, 7&amp;amp;nbsp;; 21, 2. 9&amp;amp;nbsp;; 22, 17) que le Christ ‘a aimée, pour laquelle il s’est livré afin de la sanctifier’ (Ep 5, 26), qu’il s’est associée par un pacte indissoluble, qu’il ne cesse de ‘nourrir et d’entourer de soins’ (Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Origine, fondation et mission de l’Église =====&lt;br /&gt;
''758 ''Pour scruter le mystère de l’Église, il convient de méditer d’abord son origine dans le dessein de la Très Sainte Trinité et sa réalisation progressive dans l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dessein né dans le cœur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''759 '''''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers&amp;amp;nbsp;; il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à laquelle il appelle tous les hommes dans son Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous ceux qui croient au Christ, le Père a voulu les appeler à former la sainte Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se constitue et se réalise graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les dispositions du Père&amp;amp;nbsp;: en effet, l’Église a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préfigurée dès l’origine du monde&amp;amp;nbsp;; elle a été merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance&amp;amp;nbsp;; elle a été instituée enfin en ces temps qui sont les derniers&amp;amp;nbsp;; elle est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préfigurée dès l’origine du monde'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''760 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde fut créé en vue de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, disaient les chrétiens des premiers temps (Hermas, vis. 2, 4, 1&amp;amp;nbsp;; cf. Aristide, apol. 16, 6&amp;amp;nbsp;; Justin, apol. 2, 7). Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des hommes dans le Christ, et cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est l’Église. L’Église est la fin de toutes choses (cf. S. Epiphane, hær. 1, 1, 5&amp;amp;nbsp;: PG 41, 181C), et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des Anges et le péché de l’homme, ne furent permises par Dieu que comme occasion et moyen pour déployer toute la force de son bras, toute la mesure d’amour qu’il voulait donner au monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que la volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention est le salut des hommes, et elle s’appelle l’Église (Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préparée dans l’Ancienne Alliance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''761 ''Le rassemblement du Peuple de Dieu commence à l’instant où le péché détruit la communion des hommes avec Dieu et celle des hommes entre eux. Le rassemblement de l’Église est pour ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. Cette réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le craint et pratique la justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 35&amp;amp;nbsp;; cf. LG 9&amp;amp;nbsp;; 13&amp;amp;nbsp;; 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''762 ''La ''préparation'' lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation d’Abraham, à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple (cf. Gn 12, 2&amp;amp;nbsp;; 15, 5-6). La préparation immédiate commence avec l’élection d’Israël comme Peuple de Dieu (cf. Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; Dt 7, 6). Par son élection, Israël doit être le signe du rassemblement futur de toutes les nations (cf. Is 2, 2-5&amp;amp;nbsp;; Mi 4, 1-4). Mais déjà les prophètes accusent Israël d’avoir rompu l’alliance et de s’être comporté comme une prostituée (cf. Os 1&amp;amp;nbsp;; Is 1, 2-4&amp;amp;nbsp;; Jr 2&amp;amp;nbsp;; etc.). Ils annoncent une alliance nouvelle et éternelle (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; Is 55, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette Alliance Nouvelle, le Christ l’a instituée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – instituée par le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''763 ''Il appartient au Fils de réaliser, dans la plénitude des temps, le plan de salut de son Père&amp;amp;nbsp;; c’est là le motif de sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mission&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 3&amp;amp;nbsp;; AG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur Jésus posa le commencement de son Église en prêchant l’heureuse nouvelle, l’avènement du Règne de Dieu promis dans les Écritures depuis des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre. L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le Règne du Christ déjà mystérieusement présent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''764 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce Royaume brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Accueillir la parole de Jésus, c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accueillir le Royaume lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.). Le germe et le commencement du Royaume sont le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petit troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 32) de ceux que Jésus est venu convoquer autour de lui et dont il est lui-même le pasteur (cf. Mt 10, 16&amp;amp;nbsp;; 26, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 1-21). Ils constituent la vraie famille de Jésus (cf. Mt 12, 49). A ceux qu’il a ainsi rassemblés autour de lui, il a enseigné une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière d’agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nouvelle, mais aussi une prière propre (cf. Mt 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''765 ''Le Seigneur Jésus a doté sa communauté d’une structure qui demeurera jusqu’au plein achèvement du Royaume. Il y a avant tout le choix des Douze avec Pierre comme leur chef (cf. Mc 3, 14-15). Représentant les douze tribus d’Israël (cf. Mt 19, 28&amp;amp;nbsp;; Lc 22, 30) ils sont les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 12-14). Les Douze (cf. Mc 6, 7) et les autres disciples (cf. Lc 10, 1-2) participent à la mission du Christ, à son pouvoir, mais aussi à son sort (cf. Mt 10, 25&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 20). Par tous ces actes, le Christ prépare et bâtit son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''766 ''Mais l’Église est née principalement du don total du Christ pour notre salut, anticipé dans l’institution de l’Eucharistie et réalisé sur la Croix. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le commencement et la croissance de l’Église sont signifiés par le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est du côté du Christ endormi sur la Croix qu’est né l’admirable sacrement de l’Église toute entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 5). De même qu’Eve a été formée du côté d’Adam endormi, ainsi l’Église est née du cœur transpercé du Christ mort sur la Croix (cf. S. Ambroise, Luc. 2, 85-89&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1583-1586).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – manifestée par l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''767 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l’Église en permanence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). C’est alors que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église se manifesta publiquement devant la multitude et que commença la diffusion de l’Évangile avec la prédication&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 4). Parce qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de tous les hommes au salut, l’Église est, par sa nature même, missionnaire envoyée par le Christ à toutes les nations pour en faire des disciples (cf. Mt 28, 19-20&amp;amp;nbsp;; AG 2&amp;amp;nbsp;; 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''768 ''Pour réaliser sa mission, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;équipe et dirige l’Église grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi l’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans toutes les nations&amp;amp;nbsp;; elle constitue de ce royaume le germe et le commencement sur terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – consommée dans la gloire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''769 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) n’aura sa consommation que dans la gloire céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), lors du retour glorieux du Christ. Jusqu’à ce jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, civ. 18, 51&amp;amp;nbsp;; cf. LG 8). Ici-bas, elle se sait en exil, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6&amp;amp;nbsp;; LG 6), et elle aspire à l’avènement plénier du Royaume, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). La consommation de l’Église, et à travers elle, celle du monde, dans la gloire ne se fera pas sans de grandes épreuves. Alors seulement, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les justes depuis Adam, depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu se trouveront rassemblés dans l’Église universelle auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le mystère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''770 ''L’Église est dans l’histoire, mais elle la transcende en même temps. C’est uniquement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec les yeux de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 20) que l’on peut voir en sa réalité visible en même temps une réalité spirituelle, porteuse de vie divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – à la fois visible et spirituelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''771 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ, unique médiateur, constitue et continuellement soutient son Église sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, ici-bas, sur terre, comme un tout visible par lequel il répand, à l’intention de tous, la vérité et la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est à la fois&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;société dotée d’organes hiérarchiques et Corps Mystique du Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– assemblée visible et communauté spirituelle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Église terrestre et Église parée de dons célestes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dimensions constituent ensemble &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il appartient en propre à l’Église d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin&amp;amp;nbsp;; ce qui est visible, à l’invisible&amp;amp;nbsp;; ce qui relève de l’action, à la contemplation&amp;amp;nbsp;; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons (SC 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Humilité&amp;amp;nbsp;! Sublimité&amp;amp;nbsp;! Tente de Cédar et sanctuaire de Dieu&amp;amp;nbsp;; habitation terrestre et céleste palais&amp;amp;nbsp;; maison d’argile et cour royale&amp;amp;nbsp;; corps mortel et temple de lumière&amp;amp;nbsp;; objet de mépris enfin pour les orgueilleux et épouse du Christ&amp;amp;nbsp;! Elle est noire mais belle, filles de Jérusalem, celle qui, pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil, a cependant pour ornement la parure céleste (S. Bernard, Cant. 27, 7, 14&amp;amp;nbsp;: PL 183, 920D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – mystère de l’union des hommes avec Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''772 ''C’est dans l’Église que le Christ accomplit et révèle son propre mystère comme le but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapituler tout en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10). S. Paul appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand mystère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 32) l’union sponsale du Christ et de l’Église. Parce qu’elle est unie au Christ comme à son Époux (cf. Ep 5, 25-27), l’Église devient elle-même à son tour mystère (cf. Ep 3, 9-11). Contemplant en elle le mystère, S. Paul s’écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ en vous, l’espérance de la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''773 ''Dans l’Église cette communion des hommes avec Dieu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la charité qui ne passe jamais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 8) est la fin qui commande tout ce qui en elle est moyen sacramentel lié à ce monde qui passe (cf. LG 48). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa structure est complètement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et la sainteté s’apprécie en fonction du ‘grand mystère’ dans lequel l’Épouse répond par le don de l’amour au don de l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27). Marie nous précède tous dans la sainteté qui est le mystère de l’Église comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse sans tâche ni ride&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 27). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dimension mariale de l’Église précède sa dimension pétrinienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – sacrement universel du salut'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''774 ''Le mot grec ''mysterion'' a été traduit en latin par deux termes&amp;amp;nbsp;: ''mysterium'' et ''sacramentum. ''Dans l’interprétation ultérieure, le terme ''sacramentum'' exprime davantage le signe visible de la réalité cachée du salut, indiquée par le terme ''mysterium''. En ce sens, le Christ est Lui-même le mystère du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non est enim aliud Dei mysterium, nisi Christus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas d’autre mystère que le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, S. Augustin, ep. 187, 11, 34&amp;amp;nbsp;: PL 33, 845). L’œuvre salvifique de son humanité sainte et sanctifiante est le sacrement du salut qui se manifeste et agit dans les sacrements de l’Église (que les Églises d’Orient appellent aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints mystères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Les sept sacrements sont les signes et les instruments par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du Christ, qui est la Tête, dans l’Église qui est son Corps. L’Église contient donc et communique la grâce invisible qu’elle signifie. C’est en ce sens analogique qu’elle est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''775 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1)&amp;amp;nbsp;: Être le sacrement de l’''union intime des hommes avec Dieu&amp;amp;nbsp;:'' c’est là le premier but de l’Église. Parce que la communion entre les hommes s’enracine dans l’union avec Dieu, l’Église est aussi le sacrement de l’''unité du genre humain. ''En elle, cette unité est déjà commencée puisqu’elle rassemble des hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de toute nation, race, peuple et langue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 7, 9)&amp;amp;nbsp;; en même temps, l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe et instrument&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la pleine réalisation de cette unité qui doit encore venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''776 ''Comme sacrement, l’Église est instrument du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre ses mains elle est l’instrument de la Rédemption de tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sacrement universel du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), par lequel le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifeste et actualise l’amour de Dieu pour les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 45, § 1). Elle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le projet visible de l’amour de Dieu pour l’humanité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 22 juin 1973) qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple de Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7&amp;amp;nbsp;; cf. LG 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''777 Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne l’assemblée de ceux que la Parole de Dieu convoque pour former le Peuple de Dieu et qui, nourris du Corps du Christ, deviennent eux-mêmes Corps du Christ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''778 L’Église est à la fois chemin et but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: préfigurée dans la création, préparée dans l’Ancienne Alliance, fondée par les paroles et les actions de Jésus-Christ, réalisée par sa Croix rédemptrice et sa Résurrection, elle est manifestée comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint. Elle sera consommée dans la gloire du ciel comme assemblée de tous les rachetés de la terre (cf. Ap 14, 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''779 L’Église est à la fois visible et spirituelle, société hiérarchique et Corps Mystique du Christ. Elle est une, formée d’un double élément humain et divin. C’est là son mystère que seule la foi peut accueillir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''780 L’Église est dans ce monde-ci le sacrement du salut, le signe et l’instrument de la communion de Dieu et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. : L’Église – Peuple de Dieu, Corps du Christ, temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
===== I. L’Église – Peuple de Dieu =====&lt;br /&gt;
''781 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice. Cependant, il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel&amp;amp;nbsp;; il a voulu au contraire en faire un Peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté. C’est pourquoi il s’est choisi le Peuple d’Israël pour être son Peuple avec qui il a fait alliance et qu’il a progressivement instruit (...). Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ (...). C’est la Nouvelle Alliance dans son sang, appelant un Peuple, venu des Juifs et des païens, à se rassembler dans l’unité, non pas selon la chair, mais dans l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les caractéristiques du Peuple de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''782 ''Le Peuple de Dieu a des caractéristiques qui le distinguent nettement de tous les groupements religieux, ethniques, politiques ou culturels de l’histoire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Il est le Peuple ''de Dieu''&amp;amp;nbsp;: Dieu n’appartient en propre à aucun peuple. Mais Il s’est acquis un peuple de ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– On devient ''membre'' de ce Peuple non par la naissance physique, mais par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’eau et de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 3-5), c’est-à-dire par la foi au Christ et le Baptême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Ce Peuple a pour ''Chef''&amp;lt;nowiki&amp;gt; [Tête] Jésus le Christ [Oint, Messie]&amp;amp;nbsp;: parce que la même Onction, l’Esprit Saint, découle de la Tête dans le Corps, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple messianique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La ''condition'' de ce Peuple, c’est la dignité de la liberté des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;: dans leurs cœurs, comme dans un temple, réside l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa ''loi'', c’est le commandement nouveau d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est la loi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit Saint (Rm 8, 2&amp;amp;nbsp;; Ga 5, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''mission'', c’est d’être le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il constitue pour tout le genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''destinée'', enfin, c’est le Royaume de Dieu, commencé sur la terre par Dieu lui-même, Royaume qui doit se dilater de plus en plus, jusqu’à ce que, à la fin des temps, il soit achevé par Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un Peuple sacerdotal, prophétique et royal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''783 ''Jésus-Christ est celui que le Père a oint de l’Esprit Saint et qu’il a constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prêtre, Prophète et Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces trois fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de service qui en découlent (cf. RH 18-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''784 ''En entrant dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême, on reçoit part à la vocation unique de ce Peuple&amp;amp;nbsp;: à sa vocation ''sacerdotale&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur, grand prêtre pris d’entre les hommes a fait du Peuple nouveau ‘un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père’. Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont ''consacrés'' pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''785 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction ''prophétique'' du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il l’est surtout&amp;amp;nbsp;:par le sens surnaturel de la foi qui est celui du Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12) et en approfondit l’intelligence et devient témoin du Christ au milieu de ce monde&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''786 ''Le Peuple de Dieu participe enfin à la fonction ''royale'' du Christ. Le Christ exerce sa royauté en attirant à soi tous les hommes par sa mort et sa Résurrection (cf. Jn 12, 32). Le Christ, Roi et Seigneur de l’univers, s’est fait le serviteur de tous, n’étant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28). Pour le chrétien, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;régner, c’est le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36), particulièrement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans les pauvres et les souffrants, dans lesquels l’Église reconnaît l’image de son Fondateur pauvre et souffrant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Le Peuple de Dieu réalise sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dignité royale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en vivant conformément à cette vocation de servir avec le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De tous les régénérés dans le Christ le signe de la Croix fait des rois, l’onction du Saint-Esprit les consacre comme prêtres, afin que, mis à part le service particulier de notre ministère, tous les chrétiens spirituels et usant de leur raison se reconnaissent membres de cette race royale et participants de la fonction sacerdotale. Qu’y a-t-il, en effet, d’aussi royal pour une âme que de gouverner son corps dans la soumission à Dieu&amp;amp;nbsp;? Et qu’y a-t-il d’aussi sacerdotal que de vouer au Seigneur une conscience pure et d’offrir sur l’autel de son cœur les victimes sans taches de la piété&amp;amp;nbsp;? (S. Léon le Grand, serm. 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Église – Corps du Christ =====&lt;br /&gt;
'''L’Église est communion avec Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''787 ''Dès le début, Jésus a associés ses disciples à sa vie (cf. Mc 1, 16-20&amp;amp;nbsp;; 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur a révélé le mystère du Royaume (cf. Mt 13, 10-17)&amp;amp;nbsp;; il leur a donné part à sa mission, à sa joie (cf. Lc 10, 17-20) et à ses souffrances (cf. Lc 22, 28-30). Jésus parle d’une communion encore plus intime entre Lui et ceux qui le suivraient&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Demeurez en moi, comme moi en vous (...). Je suis le cep, vous êtes les sarments&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 4-5). Et Il annonce une communion mystérieuse et réelle entre son propre corps et le nôtre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''788 ''Lorsque sa présence visible leur a été enlevée, Jésus n’a pas laissé orphelins ses disciples (cf. Jn 14, 18). Il leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), il leur a envoyé son Esprit (cf. Jn 20, 22&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33). La communion avec Jésus en est devenue, d’une certaine façon, plus intense&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En communiquant son Esprit à ses frères, qu’il rassemble de toutes les nations, Il les a constitués mystiquement comme son corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''789 ''La comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée ''autour de lui&amp;amp;nbsp;;'' elle est unifiée ''en lui,'' dans son Corps. Trois aspects de l’Église – Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever&amp;amp;nbsp;: l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ&amp;amp;nbsp;; le Christ Tête du Corps&amp;amp;nbsp;; l’Église, Épouse du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un seul corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''790 ''Les croyants qui répondent à la Parole de Dieu et deviennent membres du Corps du Christ, deviennent étroitement unis au Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans ce corps la vie du Christ se répand à travers les croyants que les sacrements, d’une manière mystérieuse et réelle, unissent au Christ souffrant et glorifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Ceci est particulièrement vrai du Baptême par lequel nous sommes unis à la mort et à la Résurrection du Christ (cf. Rm 6, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 13), et de l’Eucharistie, par laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participant réellement au corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous sommes élevés à la communion avec Lui et entre nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''791 ''L’unité du corps n’abolit pas la diversité des membres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans l’édification du corps du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services &amp;quot;&amp;amp;nbsp;. L’unité du Corps mystique produit et stimule entre les fidèles la charité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi un membre ne peut souffrir, que tous les membres ne souffrent, un membre ne peut être à l’honneur, que tous les membres ne se réjouissent avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Enfin, l’unité du Corps mystique est victorieuse de toutes les divisions humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ&amp;amp;nbsp;; il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme&amp;amp;nbsp;; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 27-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce Corps, le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''792 ''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est la Tête du Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18). Il est le Principe de la création et de la rédemption. Élevé dans la gloire du Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a en tout la primauté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), principalement sur l’Église par laquelle il étend son règne sur toute chose&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''793 Il nous unit à sa Pâque''&amp;amp;nbsp;: Tous les membres doivent s’efforcer de lui ressembler &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est dans ce but que nous sommes introduits dans les mystères de sa vie, (...) associés à ses souffrances comme le corps à la tête, unis à sa passion pour être unis à sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''794 Il pourvoit à notre croissance'' (cf. Col 2, 19)&amp;amp;nbsp;: Pour nous faire grandir vers lui, notre Tête (cf. Ep 4, 11-16), le Christ dispose dans son corps, l’Église, les dons et les services par lesquels nous nous aidons mutuellement sur le chemin du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''795 ''Le Christ et l’Église, c’est donc ''le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Christus totus)''. L’Église est une avec le Christ. Les saints ont une conscience très vive de cette unité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Félicitons-nous donc et rendons grâces de ce que nous sommes devenus, non seulement des chrétiens, mais le Christ lui-même. Comprenez-vous, frères, la grâce que Dieu nous a faite en nous donnant le Christ comme Tête&amp;amp;nbsp;? Soyez dans l’admiration et réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ. En effet, puisqu’il est la Tête et que nous sommes les membres, l’homme tout entier, c’est lui et nous (...). La plénitude du Christ, c’est donc la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;; qu’est-ce à dire&amp;amp;nbsp;: la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;? Le Christ et l’Église (S. Augustin, ev. Jo. 21, 8).&amp;lt;br/&amp;gt; Notre Rédempteur s’est montré comme une seule et même personne que l’Église qu’il a assumée (S. Grégoire le Grand, mor. præf. 1, 6, 4&amp;amp;nbsp;: PL 75, 525A).&amp;lt;br/&amp;gt; Tête et membres, une seule et même personne mystique pour ainsi dire (S. Thomas d’A., s. th. 3, 48, 2, ad 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Un mot de Ste Jeanne d’Arc à ses juges résume la foi des saints Docteurs et exprime le bon sens du croyant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jeanne d’Arc, proc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église est l’Épouse du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''796 ''L’unité du Christ et de l’Église, Tête et membres du Corps, implique aussi la distinction des deux dans une relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l’image de l’époux et de l’épouse. Le thème du Christ Époux de l’Église a été préparé par les prophètes et annoncé par Jean-Baptiste (cf. Jn 3, 29). Le Seigneur s’est lui-même désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 22, 1-14&amp;amp;nbsp;; 25, 1-13). L’apôtre présente l’Église et chaque fidèle, membre de son Corps, comme une Épouse &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiancée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Christ Seigneur, pour n’être avec Lui qu’un seul Esprit (cf. 1 Co 6, 15-16&amp;amp;nbsp;; 2 Co 11, 2). Elle est l’Épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 22, 17&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 27) que le Christ a aimée, pour laquelle Il s’est livré &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin de la sanctifier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 26), qu’Il s’est associée par une alliance éternelle, et dont Il ne cesse de prendre soin comme de son propre Corps (cf. Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le rôle de la Tête (''ex persona capitis'') ou bien en tenant le rôle du Corps (''ex persona corporis''). Selon ce qui est écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non plus deux, mais une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale. (...) ''En tant que Tête il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en tant que Corps il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(S. Augustin, Psal. 74, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église – Temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
''797 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que notre esprit, je veux dire notre âme, est à nos membres, l’Esprit Saint l’est aux membres du Christ, au Corps du Christ, je veux dire l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 267, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1231D). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). L’Esprit Saint fait de l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Temple du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 16&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 3, 16-17&amp;amp;nbsp;; Ep 2, 21)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce (S. Irénée, hær. 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''798 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;L’Esprit Saint est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). Il opère de multiples manières l’édification du Corps tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16)&amp;amp;nbsp;: par la Parole de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de construire l’édifice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 20, 32), par le Baptême par lequel il forme le Corps du Christ (cf. 1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;; par les sacrements qui donnent croissance et guérison aux membres du Christ&amp;amp;nbsp;; par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la grâce accordée aux apôtres qui tient la première place parmi ses dons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7), par les vertus qui font agir selon le bien, enfin par les multiples grâces spéciales [appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;charismes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] par lesquels il rend les fidèles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aptes et disponibles pour assumer les diverses charges et offices qui servent à renouveler et à édifier davantage l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12&amp;amp;nbsp;; cf. AA 3).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les charismes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''799 ''Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''800 ''Les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;; pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes (cf. 1 Co 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''801 ''C’est dans ce sens qu’apparaît toujours nécessaire le discernement des charismes. Aucun charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à eux qu’il convient spécialement, non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), afin que tous les charismes coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7) (cf. LG 30&amp;amp;nbsp;; CL 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''802 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Jésus s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier'' ''un Peuple qui lui appartienne en propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''803 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes donc une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un Peuple acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''804 On entre dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13), afin que, dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''805 L’Église est le Corps du Christ. Par l’Esprit et son action dans les sacrements, surtout l’Eucharistie, le Christ mort et ressuscité constitue la communauté des croyants comme son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''806 Dans l’unité de ce Corps, il y a diversité de membres et des fonctions. Tous les membres sont liés les uns aux autres, particulièrement à ceux qui souffrent, sont pauvres et persécutés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''807 L’Église est ce Corps dont le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;: elle vit de Lui, en Lui et pour Lui&amp;amp;nbsp;; Il vit avec elle et en elle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''808 L’Église est l’Épouse du Christ&amp;amp;nbsp;: Il l’a aimée et s’est livré pour elle. Il l’a purifiée par son sang. Il a fait d’elle la Mère féconde de tous les fils de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''809 L’Église est le Temple de l’Esprit Saint. L’Esprit est comme l’âme du Corps Mystique, principe de sa vie, de l’unité dans la diversité et de la richesse de ses dons et charismes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''810 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi l’Église universelle apparaît comme ‘un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint’ (S. Cyprien, Dom. orat. 23&amp;amp;nbsp;: PL 4, 535C-536A)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. L’Église est une, sainte, catholique et apostolique =====&lt;br /&gt;
''811 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Ces quatre attributs, inséparablement liés entre eux (cf. DS 2888), indiquent des traits essentiels de l’Église et de sa mission. L’Église ne les tient pas d’elle-même&amp;amp;nbsp;; c’est le Christ qui, par l’Esprit Saint, donne à son Église, d’être une, sainte, catholique et apostolique, et c’est Lui encore qui l’appelle à réaliser chacune de ces qualités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''812 ''Seule la foi peut reconnaître que l’Église tient ces propriétés de sa source divine. Mais leurs manifestations historiques sont des signes qui parlent aussi clairement à la raison humaine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, rappelle le premier Concile du Vatican, en raison de sa sainteté, de son unité catholique, de sa constance invaincue, est elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et une preuve irréfragable de sa mission divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3013).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’Église est une =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le mystère sacré de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(UR 2)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''813 L’Église est une de par sa source&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et Fils, en ‘l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). L’Église est une ''de par son Fondateur&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils incarné en personne a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant l’unité de tous en un seul Peuple et un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 78, §3). L’Église est une ''de par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit toute l’Église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est le principe de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). Il est donc de l’essence même de l’Église d’être une&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel étonnant mystère&amp;amp;nbsp;! Il y a un seul Père de l’univers, un seul Logos de l’univers et aussi un seul Esprit Saint, partout identique&amp;amp;nbsp;; il y a aussi une seule vierge devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église (S. Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''814 ''Dès l’origine, cette Église une se présente cependant avec une grande ''diversité'' qui provient à la fois de la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des personnes qui les reçoivent. Dans l’unité du Peuple de Dieu se rassemblent les diversités des peuples et des cultures. Entre les membres de l’Église existe une diversité de dons, de charges, de conditions et de modes de vie&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au sein de la communion de l’Église il existe légitimement des Églises particulières, jouissant de leurs traditions propres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13). La grande richesse de cette diversité ne s’oppose pas à l’unité de l’Église. Cependant, le péché et le poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité. Aussi l’apôtre doit-il exhorter à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''815 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Quels sont ces liens de l’unité&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par-dessus tout [c’est] la charité, qui est le lien de la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 14). Mais l’unité de l’Église pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la profession d’une seule foi reçue des apôtres&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la célébration commune du culte divin, surtout des sacrements&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la succession apostolique par le sacrement de l’ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu (cf. UR 2&amp;amp;nbsp;; LG 14&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 205).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''816 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, (...) est celle que notre Sauveur, après sa Résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur, qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (...). Cette Église comme société constituée et organisée dans le monde est réalisée dans (''subsistit in'') l’Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Décret sur l’Œcuménisme du deuxième Concile du Vatican explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est ‘moyen général de salut’, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. Car c’est au seul collège apostolique, dont Pierre est le chef, que le Seigneur confia, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance, afin de constituer sur la terre un seul Corps du Christ auquel il faut que soient pleinement incorporés tous ceux qui, d’une certaine façon, appartiennent déjà au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les blessures de l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''817 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;De fait, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans cette seule et unique Église de Dieu apparurent dès l’origine certaines scissions, que l’apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables&amp;amp;nbsp;; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus amples, et des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de l’Église catholique, parfois de par la faute des personnes de l’une et de l’autre partie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). Les ruptures qui blessent l’unité du Corps du Christ (on distingue l’hérésie, l’apostasie et le schisme [cf. CIC, can. 751]) ne se font pas sans les péchés des hommes&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Où se trouve le péché, là aussi la multiplicité, là le schisme, là l’hérésie, là le conflit&amp;amp;nbsp;; mais où se trouve la vertu, là aussi l’unité, là l’union qui faisait que tous les croyants n’avaient qu’un corps et une âme (Origène, hom. in Ezech. 9, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''818 ''Ceux qui naissent aujourd’hui dans des communautés issues de telles ruptures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et qui vivent la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l’Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité (...). Justifiés par la foi reçue au Baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''819 ''Au surplus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8) existent en dehors des limites visibles de l’Église catholique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et la charité, d’autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d’autres éléments visibles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 15). L’Esprit du Christ se sert de ces Églises et communautés ecclésiales comme moyens de salut dont la force vient de la plénitude de grâce et de vérité que le Christ a confié à l’Église catholique. Tous ces biens proviennent du Christ et conduisent à lui (cf. UR 3) et appellent par eux-mêmes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Vers l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''820 ''L’unité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ l’a accordée à son Église dès le commencement. Nous croyons qu’elle subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4). Le Christ donne toujours à son Église le don de l’unité, mais l’Église doit toujours prier et travailler pour maintenir, renforcer et parfaire l’unité que le Christ veut pour elle. C’est pourquoi Jésus lui-même a prié à l’heure de sa passion, et Il ne cesse de prier le Père pour l’unité de ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Que tous soient un. Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous, afin que le monde croie que Tu M’as envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 21). Le désir de retrouver l’unité de tous les chrétiens est un don du Christ et un appel de l’Esprit Saint (cf. UR 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''821 ''Pour y répondre adéquatement sont exigés&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– un ''renouveau'' permanent de l’Église dans une fidélité plus grande à sa vocation. Cette rénovation est le ressort du mouvement vers l’unité (cf. UR 6)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''conversion du cœur'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en vue de vivre plus purement selon l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. UR 7), car c’est l’infidélité des membres au don du Christ qui cause les divisions&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''prière en commun'', car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la conversion du cœur et la sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout œcuménisme et peuvent être à bon droit appelées œcuménisme spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 8)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''connaissance réciproque fraternelle ''(cf. UR 9)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''formation œcuménique ''des fidèles et spécialement des prêtres (cf. UR 10)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– le ''dialogue'' entre les théologiens et les rencontres entre les chrétiens des différentes Églises et communautés (cf. UR 4&amp;amp;nbsp;; 9&amp;amp;nbsp;; 11)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''collaboration ''entre chrétiens dans les divers domaines du service des hommes (cf. UR 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''822 ''Le souci de réaliser l’union &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concerne toute l’Église, fidèles et pasteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 5). Mais il faut aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir conscience que ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité d’une seule et unique Église du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; C’est pourquoi nous mettons tout notre espoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la prière du Christ pour l’Église, dans l’amour du Père à notre égard, et dans la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;II. '''L’Église est sainte'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''823 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu, qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé ‘seul Saint’, a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 39). L’Église est donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), et ses membres sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 9, 13&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''824 ''L’Église, unie au Christ, est sanctifiée par Lui&amp;amp;nbsp;; par Lui et en Lui elle devient aussi ''sanctifiante.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les œuvres de l’Église tendent comme à leur fin, à la sanctification des hommes dans le Christ et à la glorification de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 10). C’est dans l’Église qu’est déposée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). C’est en elle que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''825 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur terre, l’Église est parée d’une sainteté véritable, bien qu’imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En ses membres, la sainteté parfaite est encore à acquérir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourvue de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''826 ''La ''charité'' est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église ''avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour.'' Je compris que l’''Amour seul ''faisait agir les membres de l’Église, que si l’''Amour'' venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang (...). Je compris que l’''Amour'' ''renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux (...) en un mot, qu’il est éternel&amp;amp;nbsp;! ''(Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. B 3v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''827 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui ''renferme des pécheurs'' dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. UR 3&amp;amp;nbsp;; 6). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce&amp;amp;nbsp;: c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient&amp;amp;nbsp;; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint (SPF 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''828 ''En ''canonisant'' certains fidèles, c’est-à-dire en proclamant solennellement que ces fidèles ont pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu, l’Église reconnaît la puissance de l’Esprit de sainteté qui est en elle et elle soutient l’espérance des fidèles en les leur donnant comme modèles et intercesseurs (cf. LG 40&amp;amp;nbsp;; 48-51). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les saints et les saintes ont toujours été source et origine de renouvellement dans les moments les plus difficiles de l’histoire de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 16, 3). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainteté est la source secrète et la mesure infaillible de son activité apostolique et de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''829 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En la personne de la bienheureuse Vierge l’Église atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride. Les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché&amp;amp;nbsp;: c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 65)&amp;amp;nbsp;: en elle, l’Église est déjà la toute sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église est Catholique =====&lt;br /&gt;
'''Que veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''830 ''Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le sens de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon la totalité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon l’intégralité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est catholique dans un double sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est catholique parce qu’en elle le Christ est présent. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où est le Christ Jésus, là est l’Église Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 2). En elle subsiste la plénitude du Corps du Christ uni à sa Tête (cf. Ep 1, 22-23), ce qui implique qu’elle reçoive de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6) qu’Il a voulus&amp;amp;nbsp;: confession de foi droite et complète, vie sacramentelle intégrale et ministère ordonné dans la succession apostolique. L’Église était, en ce sens fondamental, catholique au jour de la Pentecôte (cf. AG 4) et elle le sera toujours jusqu’au jour de la Parousie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''831 ''Elle est catholique parce qu’elle est envoyée en mission par le Christ à l’universalité du genre humain (cf. Mt 28, 19)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu. C’est pourquoi ce Peuple, demeurant un et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés (...). Ce caractère d’universalité qui brille sur le Peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-même, grâce auquel l’Église catholique, efficacement et perpétuellement, tend à récapituler l’humanité entière avec tout ce qu’elle comporte de biens sous le Christ chef, dans l’unité de son Esprit (LG 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Chaque Église particulière est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''832 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église du Christ est vraiment présente en tous les légitimes groupements locaux de fidèles qui, unis à leurs pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux aussi, le nom d’Églises (...). En elles, les fidèles sont rassemblés par la prédication de l’Évangile du Christ, le mystère de la Cène du Seigneur est célébré (...). Dans ces communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent ou dispersées, le Christ est présent par la vertu de qui se constitue l’Église une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''833 ''On entend par Église particulière, qui est d’abord le diocèse (ou l’éparchie), une communauté de fidèles chrétiens en communion dans la foi et les sacrements avec leur évêque ordonné dans la succession apostolique (cf. CD 11&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 368-369&amp;amp;nbsp;; CCEO 177, 1&amp;amp;nbsp;; 178&amp;amp;nbsp;; 311, 1&amp;amp;nbsp;; 312). Ces Églises particulières &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont formées à l’image de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;; c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Église catholique une et unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''834 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les Églises particulières sont pleinement catholiques par la communion avec l’une d’entre elles&amp;amp;nbsp;: l’Église de Rome &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui préside à la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 1, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 3, 2&amp;amp;nbsp;: repris par Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3057). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, dès la descente vers nous du Verbe incarné, toutes les Églises chrétiennes de partout ont tenu et tiennent la grande Église qui est ici [à Rome] pour unique base et fondement parce que, selon les promesses mêmes du Sauveur, les portes de l’enfer n’ont jamais prévalu sur elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, opusc.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 137-140).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''835 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église universelle ne doit pas être comprise comme une simple somme ou fédération d’églises particulières. Mais c’est bien plus l’Église, universelle par vocation et mission, qui prend racine dans une variété de terrains culturels, sociaux et humains, prenant dans chaque partie du monde des aspects et des formes d’expression diverses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 62). La riche variété de disciplines ecclésiastiques, de rites liturgiques, de patrimoines théologiques et spirituels propres aux Églises locales &amp;quot;&amp;amp;nbsp;montre avec plus d’éclat, par leur convergence dans l’unité, la catholicité de l’Église indivise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui appartient à l’Église catholique&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''836 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A l’unité catholique du Peuple de Dieu (...) tous les hommes sont appelés&amp;amp;nbsp;; à cette unité appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés, et les fidèles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''837 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et tous les moyens de salut institués en elle, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. L’incorporation à l’Église, cependant, n’assure pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien ‘de corps’ au sein de l’Église, mais non ‘de cœur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''838 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ou sans garder l’unité de communion avec le successeur de Pierre, l’Église se sait unie pour de multiples raisons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le Baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). ''Avec les Églises orthodoxes'', cette communion est si profonde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il lui manque bien peu pour qu’elle atteigne la plénitude autorisant une célébration commune de l’Eucharistie du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 14 décembre 1975&amp;amp;nbsp;; cf. UR 13-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église et les non-chrétiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''839 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le'' ''rapport de l’Église avec le Peuple Juif. ''L’Église, Peuple de Dieu dans la Nouvelle Alliance, découvre, en scrutant son propre mystère, son lien avec le Peuple Juif (cf. NA 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI). A la différence des autres religions non-chrétiennes la foi juive est déjà réponse à la révélation de Dieu dans l’Ancienne Alliance. C’est au Peuple Juif qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, lui de qui est né, selon la chair le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 9, 4-5) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''840 ''Par ailleurs, lorsque l’on considère l’avenir, le Peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance et le nouveau Peuple de Dieu tendent vers des buts analogues&amp;amp;nbsp;: l’attente de la venue (ou du retour) du Messie. Mais l’attente est d’un côté du retour du Messie, mort et ressuscité, reconnu comme Seigneur et Fils de Dieu, de l’autre de la venue du Messie, dont les traits restent voilés, à la fin des temps, attente accompagnée du drame de l’ignorance ou de la méconnaissance du Christ Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''841 Les relations de l’Église avec les musulmans. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, en déclarant qu’ils gardent la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, juge des hommes au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''842 Le lien de l’Église avec les religions non-chrétiennes'' est d’abord celui de l’origine et de la fin communes du genre humain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, tous les peuples forment une seule communauté&amp;amp;nbsp;; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre&amp;amp;nbsp;; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la cité sainte (NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''843 ''L’Église reconnaît dans les autres religions la recherche, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;encore dans les ombres et sous des images&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, du Dieu inconnu mais proche puisque c’est Lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses et puisqu’il veut que tous les hommes soient sauvés. Ainsi, l’Église considère tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 2&amp;amp;nbsp;; EN 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''844 ''Mais dans leur comportement religieux, les hommes montrent aussi des limites et des erreurs qui défigurent en eux l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien souvent, trompés par le malin, ils se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, en servant la créature de préférence au Créateur ou bien vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils sont exposés à l’extrême désespoir (LG 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''845 ''C’est pour réunir de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils. L’Église est le lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde réconcilié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 96, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 588). Elle est ce navire qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;navigue bien en ce monde au souffle du Saint-Esprit sous la pleine voile de la Croix du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, virg. 18, 118&amp;amp;nbsp;: PL 16, 297B)&amp;amp;nbsp;; selon une autre image chère aux Pères de l’Église, elle est figurée par l’Arche de Noé qui seule sauve du déluge (cf. déjà 1 P 3, 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hors de l’Église point de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''846 ''Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l’Église&amp;amp;nbsp;? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l’Église qui est son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut&amp;amp;nbsp;: or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du Baptême, c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du Baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient être sauvés (LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''847 ''Cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3866-3872).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''848 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui seul amener à la foi ‘sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, l’Église a le devoir en même temps que le droit sacré d’évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7) tous les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission – une exigence de la catholicité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''849 Le mandat missionnaire. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Envoyée par Dieu aux nations pour être le sacrement universel du salut, l’Église, en vertu des exigences intimes de sa propre catholicité et obéissant au commandement de son fondateur est tendue de tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''850 L’origine et le but de la mission. ''Le mandat missionnaire du Seigneur a sa source ultime dans l’amour éternel de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De par sa nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2). Et but dernier de la mission n’est autre que de faire participer les hommes à la communion qui existe entre le Père et le Fils dans leur Esprit d’amour (cf. Jean-Paul II, RM 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''851 Le motif de la mission.. ''C’est de ''l’amour'' de Dieu pour tous les hommes que l’Église a de tout temps tiré l’obligation et la force de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car l’amour du Christ nous presse...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14&amp;amp;nbsp;; cf. AA 6&amp;amp;nbsp;; RM 11). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance de ''la vérité''. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l’Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut&amp;amp;nbsp;; mais l’Église à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C’est parce qu’elle croit au dessin universel de salut qu’elle doit être missionnaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''852 Les chemins de la mission. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint est le protagoniste de toute la mission ecclésiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RM 21). C’est lui qui conduit l’Église sur les chemins de la mission. Celle-ci &amp;quot;&amp;amp;nbsp;continue et développe au cours de l’histoire la mission du Christ lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;; c’est donc par la même route qu’a suivi le Christ lui-même que, sous la poussée de l’Esprit du Christ, l’Église doit marcher, c’est-à-dire par la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). C’est ainsi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sang des martyrs est une semence de chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, apol. 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''853 ''Mais dans son pèlerinage l’Église fait aussi l’expérience de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distance qui sépare le message qu’elle révèle et la faiblesse humaine de ceux auxquels cet Évangile est confié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 6). Ce n’est qu’en avançant sur le chemin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la pénitence et du renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. 15) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par la porte étroite de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1) que le Peuple de Dieu peut étendre le règne du Christ (cf. RM 12-20). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la Rédemption, l’Église elle aussi est appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''854'' Par sa mission même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église fait route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde&amp;amp;nbsp;; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 40, § 2). L’effort missionnaire exige donc ''la patience''. Il commence par l’annonce de l’Évangile aux peuples et aux groupes qui ne croient pas encore au Christ (cf. RM 42-47)&amp;amp;nbsp;; il se poursuit dans l’établissement de communautés chrétiennes qui soient des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signes de la présence de Dieu dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 15), et dans la fondation d’Églises locales (cf. RM 48-49)&amp;amp;nbsp;; il engage un processus d’inculturation pour incarner l’Évangile dans les cultures des peuples (cf. RM 52-54)&amp;amp;nbsp;; il ne manquera pas de connaître aussi des échecs. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ce qui concerne les hommes, les groupes humains et les peuples, l’Église ne les atteint et ne les pénètre que progressivement, et les assume ainsi dans la plénitude catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''855 ''La mission de l’Église appelle l’effort ''vers l’unité des chrétiens'' (cf. RM 50). En effet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divisions entre chrétiens empêchent l’Église de réaliser la plénitude de catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le Baptême, mais se trouvent séparés de sa pleine communion. Bien plus, pour l’Église elle-même, il devient plus difficile d’exprimer sous tous ses aspects la plénitude de la catholicité dans la réalité même de sa vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''856 ''La tâche missionnaire implique ''un dialogue'' ''respectueux'' avec ceux qui n’acceptent pas encore l’Évangile (cf. RM 55). Les croyants peuvent tirer profit pour eux-mêmes de ce dialogue en apprenant à mieux connaître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout ce qui se trouvait déjà de vérité et de grâce chez les nations comme par une secrète présence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9). S’ils annoncent la Bonne Nouvelle à ceux qui l’ignorent, c’est pour consolider, compléter et élever la vérité et le bien que Dieu a répandus parmi les hommes et les peuples, et pour les purifier de l’erreur et du mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Église est apostolique =====&lt;br /&gt;
''857 ''L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur les apôtres, et ceci en un triple sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle a été et demeure bâtie sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fondement des apôtres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 14), témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même (cf. Mt 28, 16-20&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; 15, 7-8&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 1&amp;amp;nbsp;; etc.)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui habite en elle, l’enseignement (cf. Ac 2, 42), le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres (cf. 2 Tm 1, 13-14)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leurs succèdent dans leur charge pastorale&amp;amp;nbsp;: le collège des évêques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Père éternel, tu n’abandonnes pas ton troupeau, mais tu le gardes par tes bienheureux apôtres sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui continuent aujourd’hui l’œuvre de ton Fils (MR, Préface des apôtres).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''858 ''Jésus est l’Envoyé du Père. Dès le début de son ministère, il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appela à lui ceux qu’il voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 3, 13-14). Dès lors, ils seront ses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ce que signifie le mot grec ''apostoloi''). En eux continue sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. 13, 20&amp;amp;nbsp;; 17, 18). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous accueille, M’accueille&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit-il aux Douze (Mt 10, 40&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 10, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''859 ''Jésus les unit à sa mission reçue du Père&amp;amp;nbsp;: comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils ne peut rien faire de Lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 19. 30), mais reçoit tout du Père qui l’a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans Lui (cf. Jn 15, 5) de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les apôtres du Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres d’une alliance nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 6), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 4), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en ambassade pour le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 20), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''860 ''Dans la charge des apôtres, il y a un aspect intransmissible&amp;amp;nbsp;: être les témoins choisis de la Résurrection du Seigneur et les fondements de l’Église. Mais il y a aussi un aspect permanent de leur charge. Le Christ leur a promis de rester ''avec eux'' jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mission divine confiée par Jésus aux apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles, étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les apôtres prirent soin d’instituer (...) des successeurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les évêques successeurs des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''861 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, les apôtres donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux, leur recommandant de prendre garde au troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués pour paître l’Église de Dieu. Ils instituèrent donc des hommes de ce genre, et disposèrent par la suite qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés recueilleraient leur ministère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20&amp;amp;nbsp;; cf. S. Clément de Rome, Cor. 42&amp;amp;nbsp;; 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''862 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge dont l’ordre sacré des évêques doit assurer la pérennité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est pourquoi l’Église enseigne que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux apôtres, comme pasteurs de l’Église, en sorte que, qui les écoute, écoute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’apostolat'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''863 ''Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le monde entier&amp;amp;nbsp;; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toute activité du Corps mystique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui tend à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étendre le règne du Christ à toute la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''864 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est évident que la fécondité de l’apostolat, celui des ministres ordonnés comme celui des laïcs, dépend de leur union vitale avec le Christ (cf. Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; AA 5). Selon les vocations, les appels du temps, les dons variés du Saint-Esprit, l’apostolat prend les formes les plus diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’Eucharistie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est comme l’âme de tout apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''865 ''L’Église est ''une, sainte, catholique et apostolique'' dans son identité profonde et ultime, parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Règne de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ap 19, 6), advenu dans la Personne du Christ et grandissant mystérieusement au cœur de ceux qui Lui sont incorporés, jusqu’à sa pleine manifestation eschatologique. Alors ''tous'' les hommes rachetés par Lui, rendus en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''saints ''et immaculés en présence de Dieu dans l’Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4), seront rassemblés comme ''l’unique'' Peuple de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Cité Sainte descendant du Ciel, de chez Dieu, avec en elle la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 10-11)&amp;amp;nbsp;; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le rempart de la ville repose sur les douze assises portant chacune le nom de l’un des ''douze apôtres de l’Agneau''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''866 L’Église est ''une&amp;amp;nbsp;: ''Elle a un seul Seigneur, elle confesse une seule foi, elle naît d’un seul Baptême, elle ne forme qu’un Corps, vivifié par un seul Esprit, en vue d’une unique espérance (cf. Ep 4, 3-5) au terme de laquelle seront surmontées toutes les divisions.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''867 L’Église est ''sainte&amp;amp;nbsp;: ''Le Dieu très saint est son auteur&amp;amp;nbsp;; le Christ, son Époux, s’est livré pour elle pour la sanctifier&amp;amp;nbsp;; l’Esprit de sainteté la vivifie. Encore qu’elle comprenne des pécheurs, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sans-péché faite de pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans les saints brille sa sainteté&amp;amp;nbsp;; en Marie elle est déjà la toute sainte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''868 L’Église est ''catholique&amp;amp;nbsp;: ''Elle annonce la totalité de la foi&amp;amp;nbsp;; elle porte en elle et administre la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;; elle est envoyée à tous les peuples&amp;amp;nbsp;; elle s’adresse à tous les hommes&amp;amp;nbsp;; elle embrasse tous les temps&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle est, de par sa nature même, missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''869 L’Église est ''apostolique&amp;amp;nbsp;: ''Elle est bâtie sur des assises durables&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les douze apôtres de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14)&amp;amp;nbsp;; elle est indestructible (cf. Mt 16, 18)&amp;amp;nbsp;; elle est infailliblement tenue dans la vérité&amp;amp;nbsp;: le Christ la gouverne par Pierre et les autres apôtres, présents en leurs successeurs, le Pape et le collège des évêques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''870 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, dont nous professons dans le Symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique, (...) c’est dans l’Église catholique qu’elle existe, gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques qui sont en communion avec lui, encore que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4. Les fideles du Christ – Hiérarchie, laïcs, vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''871 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le Baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, participant à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l’Église pour qu’elle l’accomplisse dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 204, §1&amp;amp;nbsp;; cf. LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''872 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre tous les fidèles du Christ, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe, quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propre de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 208&amp;amp;nbsp;; cf. LG 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''873 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les différences mêmes que le Seigneur a voulu mettre entre les membres de son Corps servent son unité et sa mission. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il y a dans l’Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2). Enfin il y a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie [hiérarchie et laïcs] et qui, par la profession des conseils évangéliques (...) sont consacrés à Dieu et concourent à la mission salvatrice de l’Église à leur manière propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 207, § 2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La constitution hiérarchique de l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Pourquoi le ministère ecclésial&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''874 ''Le Christ est lui-même la source du ministère dans l’Église. Il l’a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ Seigneur, pour assurer au Peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Église des ministères variés qui tendent au bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacré, sont au service de leurs frères, pour que tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu (...) parviennent au salut (LG 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''875 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment croire sans d’abord entendre&amp;amp;nbsp;? Et comment entendre sans prédicateur&amp;amp;nbsp;? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 14-15). Personne, aucun individu ni aucune communauté, ne peut s’annoncer à lui-même l’Évangile. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi vient de l’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 17). Personne ne peut se donner lui-même le mandat et la mission d’annoncer l’Évangile. L’envoyé du Seigneur parle et agit non pas par autorité propre, mais en vertu de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;; non pas comme membre de la communauté, mais parlant à elle au nom du Christ. Personne ne peut se conférer à lui-même la grâce, elle doit être donnée et offerte. Cela suppose des ministres de la grâce, autorisés et habilités de la part du Christ. De Lui, les évêques et les prêtres reçoivent la mission et la faculté (le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) d’agir ''in persona Christi Capitis'', les Diacres, la force de servir le peuple de Dieu dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;diaconie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbytérium. Ce ministère, dans lequel les envoyés du Christ font et donnent par don de Dieu ce qu’ils ne peuvent faire et donner d’eux-mêmes, la tradition de l’Église l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ministère de l’Église est conféré par un sacrement propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''876 ''Intrinsèquement lié à la nature sacramentelle du ministère ecclésial est ''son caractère de service''. En effet, entièrement dépendant du Christ qui donne mission et autorité, les ministres sont vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esclaves du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 1), à l’image du Christ qui a pris librement pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la forme d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Parce que la parole et la grâce dont ils sont les ministres ne sont pas les leurs, mais celles du Christ qui les leurs a confiées pour les autres, ils se feront librement esclaves de tous (cf. 1 Co 9, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''877 ''De même, il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère collégial''. En effet, dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus institua les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les germes du Nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). Choisis ensemble, ils sont aussi envoyés ensemble, et leur unité fraternelle sera au service de la communion fraternelle de tous les fidèles&amp;amp;nbsp;; elle sera comme un reflet et un témoignage de la communion des personnes divines (cf. Jn 17, 21-23). Pour cela, tout évêque exerce son ministère au sein du collège épiscopal, en communion avec l’évêque de Rome, successeur de S. Pierre et chef du collège&amp;amp;nbsp;; les prêtres exercent leur ministère au sein du presbyterium du diocèse, sous la direction de leur évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''878 ''Enfin il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère personnel.'' Si les ministres du Christ agissent en communion, ils agissent toujours aussi de façon personnelle. Chacun est appelé personnellement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toi, suis-moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 4, 19. 21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 43) pour être, dans la mission commune, témoin personnel, portant personnellement responsabilité devant Celui qui donne la mission, agissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Sa personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et pour des personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te baptise au nom du Père...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te pardonne...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''879 ''Le ministère sacramentel dans l’Église est donc un service exercé au nom du Christ. Il a un caractère personnel et une forme collégiale. Cela se vérifie dans les liens entre le collège épiscopal et son chef, le successeur de S. Pierre, et dans le rapport entre la responsabilité pastorale de l’évêque pour son Église particulière et la sollicitude commune du collège épiscopal pour l’Église Universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le collège épiscopal et son chef, le Pape'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''880 ''Le Christ, en instituant les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leur donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que S. Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 330).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''881 ''Le Seigneur a fait du seul Simon, auquel Il donna le nom de Pierre, la pierre de son Église. Il lui en a remis les clefs (cf. Mt 16, 18-19)&amp;amp;nbsp;; Il l’a institué pasteur de tout le troupeau (cf. Jn 21, 15-17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais cette charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée, sans aucun doute, au collège des apôtres unis à leur chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22). Cette charge pastorale de Pierre et des autres apôtres appartient aux fondements de l’Église. Elle est continuée par les évêques sous la primauté du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''882 ''Le ''Pape'', évêque de Rome et successeur de S. Pierre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est principe perpétuel et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours librement exercer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CD 2&amp;amp;nbsp;; 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''883 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ''collège ou corps épiscopal'' n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife romain, comme à son chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Comme tel, ce collège est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui aussi le sujet d’un pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 336).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''884 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Collège des Évêques exerce le pouvoir sur l’Église tout entière de manière solennelle dans le Concile Œcuménique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 337, §1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de Concile Œcuménique s’il n’est comme tel confirmé ou tout au moins accepté par le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''885 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa composition multiple, ce collège exprime la variété et l’universalité du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;; il exprime, par son rassemblement sous un seul chef, l’unité du troupeau du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''886 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les ''évêques'' sont, chacun pour sa part, principe et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Comme tels ils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exercent leur autorité pastorale sur la portion du Peuple de Dieu qui leur a été confiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23), assistés des prêtres et des diacres. Mais, comme membres du collège épiscopal chacun d’entre eux a part à la sollicitude pour toutes les Églises (cf. CD 3), qu’ils exercent d’abord &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en gouvernant bien leur propre Église comme une portion de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, contribuant ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au bien de tout le Corps mystique qui est aussi le Corps des Églises&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Cette sollicitude s’étendra particulièrement aux pauvres (cf. Ga 2, 10), aux persécutés pour la foi, ainsi qu’aux missionnaires qui œuvrent sur toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''887 ''Les Églises particulières voisines et de culture homogène forment des provinces ecclésiastiques ou des ensembles plus vastes appelés patriarcats ou régions (cf. Canon des Apôtres 34). Les évêques de ces ensembles peuvent se réunir en synodes ou en conciles provinciaux. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même, les Conférences épiscopales peuvent, aujourd’hui, contribuer de façon multiple et féconde à ce que l’esprit collégial se réalise concrètement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge d’enseigner'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''888 ''Les évêques, avec les prêtres, leurs coopérateurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ont pour première tâche d’annoncer l’Évangile de Dieu à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PO 4), selon l’ordre du Seigneur (cf. Mc 16, 15). Ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hérauts de la foi, qui amènent au Christ de nouveaux disciples, les docteurs authentiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi apostolique, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pourvus de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''889 ''Pour maintenir l’Église dans la pureté de la foi transmise par les apôtres, le Christ a voulu conférer à son Église une participation à sa propre infaillibilité, Lui qui est la Vérité. Par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sens surnaturel de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Peuple de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, sous la conduite du Magistère vivant de l’Église (cf. LG 12&amp;amp;nbsp;; DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''890 ''La mission du Magistère est liée au caractère définitif de l’alliance instaurée par Dieu dans le Christ avec son Peuple&amp;amp;nbsp;; il doit le protéger des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique. La charge pastorale du Magistère est ainsi ordonnée à veiller à ce que le Peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Pour accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme d’infaillibilité en matière de foi et de mœurs. L’exercice de ce charisme peut revêtir plusieurs modalités&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''891 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs (...). L’infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, surtout dans un Concile Œcuménique (LG 25&amp;amp;nbsp;; cf. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3074). Lorsque par son Magistère suprême, l’Église propose quelque chose &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) et comme enseignement du Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il faut adhérer dans l’obéissance de la foi à de telles définitions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25). Cette infaillibilité s’étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine (cf. LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''892 ''L’assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de Pierre, et, d’une manière particulière, à l’évêque de Rome, Pasteur de toute l’Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d’une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière définitive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de mœurs. A cet enseignement ordinaire les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner l’assentiment religieux de leur esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25) qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de sanctifier'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''893 ''L’évêque porte aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la responsabilité de dispenser la grâce du suprême sacerdoce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26), en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre lui-même ou dont il assure l’oblation par les prêtres, ses coopérateurs. Car l’Eucharistie est le centre de la vie de l’Église particulière. L’évêque et les prêtres sanctifient l’Église par leur prière et leur travail, par le ministère de la parole et des sacrements. Ils la sanctifient par leur exemple, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 3). C’est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ils parviennent, avec le troupeau qui leur est confié, à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de régir'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''894 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les évêques dirigent leurs Églises particulières comme vicaires et légats du Christ par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice de leur pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27), qu’ils doivent cependant exercer pour édifier, dans l’esprit de service qui est celui de leur Maître (cf. Lc 22, 26-27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''895 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce pouvoir qu’ils exercent personnellement au nom du Christ est un pouvoir propre, ordinaire et immédiat&amp;amp;nbsp;: il est soumis cependant dans son exercice à la régulation dernière de l’autorité suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27). Mais on ne doit pas considérer les évêques comme des vicaires du Pape dont l’autorité ordinaire et immédiate sur toute l’Église n’annule pas, mais au contraire confirme et défend la leur. Celle-ci doit s’exercer en communion avec toute l’Église sous la conduite du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''896 ''Le Bon Pasteur sera le modèle et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la charge pastorale de l’évêque. Conscient de ses faiblesses, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’évêque peut se montrer indulgent envers les ignorants et les égarés. Qu’il ne répugne pas à écouter ceux qui dépendent de lui, les entourant comme de vrais fils (...). Quant aux fidèles, ils doivent s’attacher à leur évêque comme l’Église à Jésus-Christ et comme Jésus-Christ à son Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ [suit] son Père, et le presbytérium comme les apôtres&amp;amp;nbsp;; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu. Que personne ne fasse en dehors de l’évêque rien de ce qui regarde l’Église (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 1).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les fidèles laïcs =====&lt;br /&gt;
''897 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sous le nom de laïcs, on entend ici l’ensemble des chrétiens excepté les membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu par l’Église, c’est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vocation des laïcs'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''898 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu (...). C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''899 ''L’initiative des chrétiens laïcs est particulièrement nécessaire lorsqu’il s’agit de découvrir, d’inventer des moyens pour imprégner les réalités sociales, politiques, économiques, les exigences de la doctrine et de la vie chrétiennes. Cette initiative est un élément normal de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les fidèles laïcs se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;; par eux, l’Église est le principe vital de la société. C’est pourquoi eux surtout doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Église, mais d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre sous la conduite du Chef commun, le Pape, et des Évêques en communion avec lui. Ils sont l’Église (Pie XII, discours 20 février 1946&amp;amp;nbsp;: cité par Jean-Paul II, CL 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''900 ''Parce que, comme tous les fidèles, ils sont chargés par Dieu de l’apostolat en vertu du baptême et de la confirmation, les laïcs sont tenus par l’obligation et jouissent du droit, individuellement ou groupés en associations, de travailler à ce que le message divin du salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre&amp;amp;nbsp;; cette obligation est encore plus pressante lorsque ce n’est que par eux que les hommes peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ. Dans les communautés ecclésiales, leur action est si nécessaire que, sans elle, l’apostolat des pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein effet (cf. LG 33)..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La participation des laïcs à la charge sacerdotale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''901 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs, en vertu de leur consécration au Christ et de l’onction de l’Esprit Saint, reçoivent la vocation admirable et les moyens qui permettent à l’Esprit de produire en eux des fruits toujours plus abondants. En effet, toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient ‘offrande spirituelle, agréable à Dieu par Jésus-Christ’ (1 P 2, 5)&amp;amp;nbsp;; et dans la célébration eucharistique, ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 34&amp;amp;nbsp;; cf. LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''902 ''De façon particulière, les parents participent de la charge de sanctification &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lorsqu’ils mènent une vie conjugale selon l’esprit chrétien et procurent à leurs enfants une éducation chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 835, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''903 ''Les laïcs, s’ils ont les qualités requises, peuvent être admis de manière stable aux ministères de lecteurs et d’acolyte (cf. CIC, can. 230, § 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où le besoin de l’Église le demande par défaut de ministres, les laïcs peuvent aussi, même s’ils ne sont ni lecteurs ni acolytes, suppléer à certaines de leurs fonctions, à savoir exercer le ministère de la parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la sainte communion, selon les dispositions du droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 230, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge prophétique du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''904 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ (...) accomplit sa fonction prophétique non seulement par la hiérarchie (...) mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Enseigner quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque prédicateur et même de chaque croyant (S. Thomas d’A., s. th. 3 71, 4, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''905 ''Leur mission prophétique, les laïcs l’accomplissent aussi par l’évangélisation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est-à-dire l’annonce du Christ faite par le témoignage de la vie et par la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Chez les laïcs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cette action évangélisatrice (...) prend un caractère spécifique et une particulière efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du siècle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cet apostolat ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie&amp;amp;nbsp;: le véritable apôtre cherche les occasions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants (...), soit aux fidèles (AA 6&amp;amp;nbsp;; cf. AG 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''906 ''Ceux d’entre les fidèles laïcs qui en sont capables et qui s’y forment peuvent aussi prêter leur concours à la formation catéchétique (cf. CIC, can. 774&amp;amp;nbsp;; 776&amp;amp;nbsp;; 780), à l’enseignement des sciences sacrées (cf. CIC, can. 229), aux moyens de communication sociale (cf. CIC, can. 823, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''907 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon le devoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 212, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge royale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''908 ''Par son obéissance jusqu’à la mort (cf. Ph 2, 8-9), le Christ a communiqué à ses disciples le don de la liberté royale, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’ils arrachent au péché son empire en eux-mêmes par leur abnégation et la sainteté de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui soumet son propre corps et régit son âme, sans se laisser submerger par les passions est son propre maître&amp;amp;nbsp;: il peut être appelé roi parce qu’il est capable de régir sa propre personne&amp;amp;nbsp;; il est libre et indépendant et ne se laisse captiver par un esclavage coupable (S. Ambroise, Psal. 118, 14, 30&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1403A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''909 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que les laïcs, en outre, unissant leurs forces, apportent aux institutions et aux conditions de vie dans le monde, quand elles provoquent au péché, les assainissements convenables, pour qu’elles deviennent toutes conformes aux règles de la justice et favorisent l’exercice de la vertu au lieu d’y faire obstacle. En agissant ainsi ils imprègnent de valeur morale la culture et les œuvres humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''910 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs peuvent aussi se sentir appelés ou être appelés à collaborer avec les pasteurs au service de la communauté ecclésiale, pour la croissance et la vie de celle-ci, exerçant des ministères très diversifiés, selon la grâce et les charismes que le Seigneur voudra bien déposer en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 73).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''911 ''Dans l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les fidèles laïcs peuvent coopérer selon le droit à l’exercice du pouvoir de gouvernement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 129, § 2). Ainsi de leur présence dans les Conseils particuliers (can. 443, § 4), les Synodes diocésains (can. 463, §§ 1. 2), les Conseils pastoraux (can. 511&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; dans l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse (can. 517, § 2)&amp;amp;nbsp;; la collaboration aux Conseils des affaires économiques (can. 492, § 1&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; la participation aux tribunaux ecclésiastiques (can. 1421, § 2), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''912 ''Les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distinguer avec soin entre les droits et devoirs qui leur incombent en tant que membres de l’Église et ceux qui leur reviennent comme membres de la société humaine. Qu’ils s’efforcent d’accorder harmonieusement les uns et les autres entre eux, se souvenant que la conscience chrétienne doit être leur guide en tous domaines temporels, car aucune activité humaine, fut-elle d’ordre temporel, ne peut être soustraite à l’empire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''913 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même ‘à la mesure du don du Christ’ (Ep 4, 7)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''914 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant sans conteste à sa vie et à sa sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conseils évangéliques, vie consacrée'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''915 ''Les conseils évangéliques sont, dans leur multiplicité, proposés à tout disciple du Christ. La perfection de la charité à laquelle tous les fidèles sont appelés comporte pour ceux qui assument librement l’appel à la vie consacrée, l’obligation de pratiquer la chasteté dans le célibat pour le Royaume, la pauvreté et l’obéissance. C’est la ''profession'' de ces conseils dans un état de vie stable reconnu par l’Église, qui caractérise la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à Dieu (cf. LG 42-43&amp;amp;nbsp;; PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''916 ''L’état de la vie consacrée apparaît dès lors comme l’une des manières de connaître une consécration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui s’enracine dans le Baptême et dédie totalement à Dieu (cf. PC 5). Dans la vie consacrée, les fidèles du Christ se proposent, sous la motion de l’Esprit Saint, de suivre le Christ de plus près, de se donner à Dieu aimé par-dessus tout et, poursuivant la perfection de la charité au service du Royaume, de signifier et d’annoncer dans l’Église la gloire du monde à venir (cf. CIC, can. 573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un grand arbre, de multiples rameaux'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''917 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme un arbre qui se ramifie de façons admirables et multiples dans le champ du Seigneur, à partir d’un germe semé par Dieu, ainsi se développèrent des formes variées de vie solitaire ou commune, des familles diverses dont le capital spirituel profite à la fois aux membres de ces familles et au bien de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 43).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''918 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion du Saint-Esprit, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Église accueillit volontiers et approuva de son autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''919 ''Les évêques s’efforceront toujours de discerner les nouveaux dons de vie consacrée confiés par l’Esprit Saint à son Église&amp;amp;nbsp;; l’approbation de nouvelles formes de vie consacrée est réservée au Siège Apostolique (cf. CIC, can. 605).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie érémitique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''920 ''Sans toujours professer publiquement les trois conseils évangéliques, les ermites, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de solitude, dans la prière assidue et la pénitence, vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 603, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''921 ''Ils montrent à chacun cet aspect intérieur du mystère de l’Église qu’est l’intimité personnelle avec le Christ. Cachée aux yeux des hommes, la vie de l’ermite est prédication silencieuse de Celui auquel il a livré sa vie, parce qu’Il est tout pour lui. C’est là un appel particulier à trouver au désert, dans le combat spirituel même, la gloire du Crucifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les vierges et les veuves consacrées'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''922 ''Dès les temps apostoliques, des vierges (cf. 1 Co 7, 34-36) et des veuves chrétiennes (cf. Jean-Paul II, exh. ap. ''Vita Consecrata'', 7), appelées par le Seigneur à s’attacher à Lui sans partage dans une plus grande liberté de cœur, de corps et d’esprit, ont pris la décision, approuvée par l’Église, de vivre, respectivement, dans l’état de la virginité ou de la chasteté perpétuelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''923 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, [des vierges] sont consacrées à Dieu par l’évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, sont épousées mystiquement par le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1). Par ce rite solennel (&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Consecratio virginum''), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vierge est constituée personne consacrée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe transcendant de l’amour de l’Église envers le Christ, image eschatologique de cette Épouse du Ciel et de la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OCV prænotanda 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''924 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Proche des autres formes de vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1), l’ordre des vierges établit la femme vivant dans le monde (ou la moniale) dans la prière, la pénitence, le service de ses frères et le travail apostolique, selon l’état et les charismes respectifs offerts à chacune (OCV prænotanda 2). Les vierges consacrées peuvent s’associer pour garder plus fidèlement leur propos (cf. CIC, can. 604, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie religieuse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''925 ''Née en Orient dans les premiers siècles du christianisme (cf. UR 15) et vécue dans les instituts canoniquement érigés par l’Église (cf. CIC, can. 573), la vie religieuse se distingue des autres formes de la vie consacrée par l’aspect cultuel, la profession publique des conseils évangéliques, la vie fraternelle menée en commun, le témoignage rendu à l’union du Christ et de l’Église (cf. CIC, can. 607).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''926 ''La vie religieuse relève du mystère de l’Église. Elle est un don que l’Église reçoit de son Seigneur et qu’elle offre comme un état de vie stable au fidèle appelé par Dieu dans la profession des conseils. Ainsi l’Église peut-elle à la fois manifester le Christ et se reconnaître Épouse du Sauveur. La vie religieuse est invitée à signifier, sous ses formes variées, la charité même de Dieu, dans le langage de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''927 ''Tous les religieux, exempts ou non (cf. CIC, can. 591), prennent place parmi les coopérateurs de l’évêque diocésain dans sa charge pastorale (cf. CD 33-35). L’implantation et l’expansion missionnaire de l’Église requièrent la présence de la vie religieuse sous toutes ses formes dès les débuts de l’évangélisation (cf. AG 18&amp;amp;nbsp;; 40). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’histoire atteste les grands mérites des familles religieuses dans la propagation de la foi et dans la formation de nouvelles Églises, depuis les antiques Institutions monastiques et les Ordres médiévaux jusqu’aux Congrégations modernes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les instituts séculiers'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''928 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’institut séculier est un institut de vie consacrée où les fidèles vivant dans le monde tendent à la perfection de la charité et s’efforcent de contribuer surtout de l’intérieur à la sanctification du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 710).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''929 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Par une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie parfaitement et entièrement consacrée à [cette] sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, const. ap. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Provida Mater&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), les membres de ces instituts participent à la tâche d’évangélisation de l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans le monde et à partir du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, où leur présence agit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la manière d’un ferment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 11). &amp;lt;/nowiki&amp;gt;Leur témoignage de vie chrétienne vise à ordonner selon Dieu les réalités temporelles et pénétrer le monde de la force de l’Évangile. Ils assument par des liens sacrés les conseils évangéliques et gardent entre eux la communion et la fraternité propres à leur mode de vie séculier (cf. CIC, can. 713).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sociétés de vie apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''930 ''Au côté des formes diverses de vie consacrée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prennent place les sociétés de vie apostolique dont les membres, sans les vœux religieux, poursuivent la fin apostolique propre de leur société et, menant la vie fraternelle en commun, tendent, selon leur mode de vie propre, à la perfection de la charité par l’observation des constitutions. Il y a parmi elles des sociétés dont les membres assument les conseils évangéliques&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon leurs constitutions (CIC, can. 731, §§ 1. 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Consécration et mission&amp;amp;nbsp;: annoncer le Roi qui vient'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''931 ''Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà voué à Lui se trouve ainsi consacré plus intimement au service divin et dédié au bien de l’Église. Par l’état de consécration à Dieu, l’Église manifeste le Christ et montre comment l’Esprit Saint agit en elle de façon admirable. Ceux qui professent les conseils évangéliques ont donc d’abord pour mission de vivre leur consécration. Mais puisqu’ils se vouent au service de l’Église en vertu même de leur consécration, ils sont tenus par obligation de travailler de manière spéciale à l’œuvre missionnaire, selon le mode propre à leur Institut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 783&amp;amp;nbsp;; cf. RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''932 ''Dans l’Église qui est comme le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de la vie de Dieu, la vie consacrée apparaît comme un signe particulier du mystère de la Rédemption. Suivre et imiter le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de plus près&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, manifester &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus clairement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son anéantissement, c’est se trouver &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus profondément&amp;amp;nbsp;&amp;quot; présent, dans le cœur du Christ, à ses contemporains. Car ceux qui sont dans cette voie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus étroite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; stimulent leurs frères par leur exemple, ils rendent ce témoignage éclatant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le monde ne peut être transfiguré et offert à Dieu sans l’esprit des béatitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''933 ''Que ce témoignage soit public, comme dans l’état religieux, ou plus discret, ou même secret, la venue du Christ demeure pour tous les consacrés l’origine et l’orient de leur vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Comme le Peuple de Dieu n’a pas ici-bas de cité permanente, [cet état] (...) manifeste pour tous les croyants la présence, déjà dans ce siècle, des biens célestes&amp;amp;nbsp;; il témoigne de la vie nouvelle et éternelle acquise par la Rédemption du Christ, il annonce la résurrection future et la gloire céleste (LG 44).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''934 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’institution divine, il y a dans l’Église parmi les fidèles des ministres sacrés, qui en droit sont aussi appelés clercs&amp;amp;nbsp;; quant aux autres, ils sont nommés laïcs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il y a enfin des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie et qui, par la profession des conseils évangéliques, se sont consacrés à Dieu et servent ainsi la mission de l’Église (CIC, can. 207, § 1. 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''935 Pour annoncer la foi et pour implanter son Règne, le Christ envoie ses apôtres et leurs successeurs. Il leur donne part à sa mission. De lui ils reçoivent le pouvoir d’agir en sa personne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''936 Le Seigneur a fait de S. Pierre le fondement visible de son Église. Il lui en a remis les clefs. L’évêque de l’Église de Rome, successeur de S. Pierre, est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église toute entière sur cette terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 331).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''937 Le Pape &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jouit, par institution divine, du pouvoir suprême, plénier, immédiat, universel pour la charge des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CD 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''938 Les évêques, établis par l’Esprit Saint, succèdent aux apôtres. Ils sont, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chacun pour sa part, principe visible et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''939 Aidés des prêtres, leurs coopérateurs, et des diacres, les évêques ont la charge d’enseigner authentiquement la foi, de célébrer le culte divin, surtout l’Eucharistie, et de diriger leur Église en vrais pasteurs. A leur charge appartient aussi le souci de toutes les Églises, avec et sous le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''940 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''941 Les laïcs participent au sacerdoce du Christ&amp;amp;nbsp;: de plus en plus unis à Lui, ils déploient la grâce du Baptême et de la Confirmation dans toutes les dimensions de la vie personnelle, familiale, sociale et ecclésiale, et réalisent ainsi l’appel à la sainteté adressé à tous les baptisés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''942 Grâce à leur mission prophétique les laïcs &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont aussi appelés à être, en toute circonstance et au cœur même de la communauté humaine, les témoins du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''943 Grâce à leur mission royale, les laïcs ont le pouvoir d’arracher au péché son empire en eux-mêmes et dans le monde par leur abnégation et la sainteté de leur vie (cf. LG 36)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''944 La vie consacrée à Dieu se caractérise par la profession publique des conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans un état de vie stable reconnu par l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''945 Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà destiné à Lui se trouve, dans l’état de vie consacrée, voué plus intimement au service divin et dédié au bien de toute l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5. La communion des saints =====&lt;br /&gt;
''946 ''Après avoir confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainte Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Symbole des apôtres ajoute &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cet article est, d’une certaine façon, une explicitation du précédent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’est-ce que l’Église sinon l’assemblée de tous les saints&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Nicétas, symb. 10&amp;amp;nbsp;: PL 52, 871B). La communion des saints est précisément l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''947 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Puisque tous les croyants forment un seul corps, le bien des uns est communiqué aux autres (...) Il faut de la sorte croire qu’il existe une communion des biens dans l’Église. Mais le membre le plus important est le Christ, puisqu’Il est la tête (...) Ainsi, le bien du Christ est communiqué à tous les membres, et cette communication se fait par les sacrements de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., symb. 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme cette Église est gouvernée par un seul et même Esprit, tous les biens qu’elle a reçus deviennent nécessairement un fonds commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''948 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a dès lors deux significations, étroitement liées&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion aux choses saintes, ''sancta''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion entre les personnes saintes, ''sancti''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Sancta sanctis&amp;amp;nbsp;''! (Ce qui est saint pour ceux qui sont saints)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est proclamé par le célébrant dans la plupart des liturgies orientales lors de l’élévation des saints Dons avant le service de la communion. Les fidèles (''sancti'') sont nourris du Corps et du Sang du Christ (''sancta'') afin de croître dans la communion de l’Esprit Saint (''Koinônia'') et de la communiquer au monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La communion des biens spirituels  =====&lt;br /&gt;
''949 ''Dans la communauté primitive de Jérusalem, les disciples &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''communion dans la foi''. La foi des fidèles est la foi ''de l’Église ''reçue des apôtres, trésor de vie qui s’enrichit en étant partagé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''950 ''La ''communion des sacrements. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le fruit de tous les sacrements appartient à tous. Car les sacrements, et surtout le Baptême qui est comme la porte par laquelle les hommes entrent dans l’Église, sont autant de liens sacrés qui les unissent tous et les attachent à Jésus-Christ. La communion des saints, c’est la communion des sacrements (...). Le nom de communion peut s’appliquer à chacun d’eux, car chacun d’eux nous unit à Dieu (...). Mais ce nom convient mieux à l’Eucharistie qu’à tout autre, parce que c’est elle principalement qui consomme cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''951 ''La ''communion des charismes''&amp;amp;nbsp;''': '''Dans la communion de l’Église, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres (...) les grâces spéciales&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’édification de l’Église (LG 12). Or, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''952 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils mettaient tout en commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Ac 4, 32)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que le vrai chrétien possède, il doit le regarder comme un bien qui lui est commun avec tous, et toujours il doit être prêt et empressé à venir au secours de l’indigent et de la misère du prochain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 27). Le chrétien est un administrateur des biens du Seigneur (cf. Lc 16, 1. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''953 ''La ''communion de la charité''&amp;amp;nbsp;: dans la ''sanctorum communio'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un membre souffre-t-il&amp;amp;nbsp;? tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur&amp;amp;nbsp;? tous les membres prennent part à sa joie. Or vous êtes le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 26-27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charité ne cherche pas ce qui est à elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 24). Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au profit de tous, dans cette solidarité avec tous les hommes, vivants ou morts, qui se fonde sur la communion des saints. Tout péché nuit à cette communion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La communion de l’Église du ciel et de la terre =====&lt;br /&gt;
''954 Les trois états de l’Église. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté accompagné de tous les anges et que la mort détruite, tout lui soit soumis, les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage&amp;amp;nbsp;; d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin sont dans la gloire contemplant ‘dans la pleine lumière, tel qu’il est, le Dieu un en trois Personnes’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous cependant, à des degrés divers et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain, chantant à notre Dieu le même hymne de gloire. En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''955 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence&amp;amp;nbsp;; au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''956 L’intercession des saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (...). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (...). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie (S. Dominique, mourant, à ses frères, cf. Jourdain de Saxe, lib. 93).&amp;lt;br/&amp;gt; Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''957 La communion avec les saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne vénérons pas seulement au titre de leur exemple la mémoire des habitants du ciel&amp;amp;nbsp;; nous cherchons bien davantage par là à renforcer l’union de toute l’Église dans l’Esprit grâce à l’exercice de la charité fraternelle. Car tout comme la communion entre les chrétiens de la terre nous approche de plus près du Christ, ainsi la communauté avec les saints nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur chef, toute grâce et la vie du Peuple de Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, nous l’adorons, parce qu’il est le fils de Dieu&amp;amp;nbsp;; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c’est juste, à cause de leur dévotion incomparable envers leur roi et maître&amp;amp;nbsp;; puissions-nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples (S. Polycarpe, mart. 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''958 La communion avec les défunts. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages&amp;amp;nbsp;; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''959 Dans l’unique famille de Dieu. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu’une seule famille, nous répondons à la vocation profonde de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 51).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''960 L’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette expression désigne d’abord les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;choses saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancta), ''et avant tout l’Eucharistie, par laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''961 Ce terme désigne aussi la communion des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personnes saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancti) ''dans le Christ qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort pour tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de sorte que ce que chacun fait ou souffre dans et pour le Christ porte du fruit pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''962 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 30).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6. Marie – Mère du Christ, Mère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''963 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après avoir parlé du rôle de la Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l’Esprit, il convient de considérer maintenant sa place dans le mystère de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, la Vierge Marie (...) est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur (...). Elle est aussi vraiment ‘Mère des membres [du Christ] (...) ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont les membres de ce Chef’ (S. Augustin, virg. 6&amp;amp;nbsp;: PL 40, 399)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Marie Mère du Christ, Mère de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 21 novembre 1964).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La maternité de Marie envers l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Toute unie à son Fils...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''964 ''Le rôle de Marie envers l’Église est inséparable de son union au Christ, elle en découle directement. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette union de Marie avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ, jusqu’à sa mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 57). Elle est particulièrement manifeste à l’heure de sa passion&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la Croix où, non sans un dessein divin, elle était debout, souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la Croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme, voici ton fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 26-27) (LG 58).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''965 ''Après l’Ascension de son Fils, Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté de ses prières l’Église naissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69). Réunie avec les apôtres et quelques femmes, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... aussi dans son Assomption...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''966 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59&amp;amp;nbsp;; cf. la proclamation du dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie par le Pape Pie XII en 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3903). L’Assomption de la Sainte Vierge est une participation singulière à la Résurrection de son Fils et une anticipation de la résurrection des autres chrétiens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dans ton enfantement tu as gardé la virginité, dans ta dormition tu n’as pas quitté le monde, ô Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;: tu as rejoint la source de la Vie, toi qui conçus le Dieu vivant et qui, par tes prières, délivreras nos âmes de la mort (Liturgie byzantine, Tropaire de la fête de la Dormition [15 août]).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... elle est notre Mère dans l’ordre de la grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''967 ''Par son adhésion entière à la volonté du Père, à l’œuvre rédemptrice de son Fils, à toute motion de l’Esprit Saint, la Vierge Marie est pour l’Église le modèle de la foi et de la charité. Par là elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;membre suréminent et absolument unique de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53), elle constitue même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réalisation exemplaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''typus'', de l’Église (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''968 ''Mais son rôle par rapport à l’Église et à toute l’humanité va encore plus loin. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle a apporté à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareil par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''969 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour de l’Annonciation et qu’elle maintint dans sa fermeté sous la Croix, cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce se continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En effet, après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas&amp;amp;nbsp;: par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. (...) C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secourable, de médiatrice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''970 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque cependant et ne diminue en rien l’unique médiation du Christ&amp;amp;nbsp;: il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge (...) découle de la surabondance des mérites du Christ&amp;amp;nbsp;; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 60). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même plan que le Verbe incarné et rédempteur. Mais tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous formes diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le culte de la Sainte Vierge =====&lt;br /&gt;
''971 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les générations me diront bienheureuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Lc 1, 48)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La piété de l’Église envers la Saint Vierge est intrinsèque au culte chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MC 56). La sainte Vierge &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est légitimement honorée par l’Église d’un culte spécial. Et de fait, depuis les temps les plus reculés, la bienheureuse Vierge est honorée sous le titre de ‘Mère de Dieu’&amp;amp;nbsp;; les fidèles se réfugient sous sa protection, l’implorant dans tous leurs dangers et leurs besoins (...). Ce culte (...) bien que présentant un caractère absolument unique (...) n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il est éminemment apte à le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 66)&amp;amp;nbsp;; il trouve son expression dans les fêtes liturgiques dédiées à la Mère de Dieu (cf. SC 103) et dans la prière mariale, telle le Saint Rosaire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abrégé de tout l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. MC 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Marie – Icône eschatologique de l’Église =====&lt;br /&gt;
''972 ''Après avoir parlé de l’Église, de son origine, de sa mission et de sa destinée, nous ne saurions mieux conclure qu’en tournant le regard vers Marie pour contempler en elle ce qu’est l’Église dans son mystère, dans son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et ce qu’elle sera dans la patrie au terme de sa marche, où l’attend, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la communion de tous les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69), celle que l’Église vénère comme la Mère de son Seigneur et comme sa propre Mère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même sur terre, en attendant la venue du jour du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le Peuple de Dieu en pèlerinage (LG 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''973 En prononçant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Annonciation et en donnant son consentement au mystère de l’Incarnation, Marie collabore déjà à toute l’œuvre que doit accomplir son Fils. Elle est mère partout où Il est Sauveur et Tête du Corps mystique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''974 La Très Sainte Vierge Marie, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut enlevée corps et âme à la gloire du ciel, où elle participe déjà à la gloire de la résurrection de son Fils, anticipant la résurrection de tous les membres de son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''975 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Eve, Mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 10 : &amp;quot; Je crois au pardon des péchés &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''976 ''Le Symbole des apôtres lie la foi au pardon des péchés à la foi en l’Esprit Saint, mais aussi à la foi en l’Église et en la communion des saints. C’est en donnant l’Esprit Saint à ses apôtres que le Christ ressuscité leur a conféré son propre pouvoir divin de pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis&amp;amp;nbsp;; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(La deuxième partie du Catéchisme traitera explicitement du pardon des péchés par le Baptême, le sacrement de Pénitence et les autres sacrements, surtout l’Eucharistie. Il suffit donc d’évoquer ici brièvement quelques données de base).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Un seul baptême pour le pardon des péchés =====&lt;br /&gt;
''977 ''Notre Seigneur a lié le pardon des péchés à la foi et au Baptême&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 15-16). Le Baptême est le premier et principal sacrement du pardon des péchés parce qu’il nous unit au Christ mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification (cf. Rm 4, 25), afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''978 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier (...). Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''979 ''En ce combat avec l’inclination au mal, qui serait assez vaillant et vigilant pour éviter toute blessure du péché&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si donc il était nécessaire que l’Église eût le pouvoir de remettre les péchés, il fallait aussi que le Baptême ne fût pas pour elle l’unique moyen de se servir de ces clefs du Royaume des cieux qu’elle avait reçues de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; il fallait qu’elle fût capable de pardonner leurs fautes à tous les pénitents, quand même ils auraient péché jusqu’au dernier moment de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''980 ''C’est par le sacrement de Pénitence que le baptisé peut être réconcilié avec Dieu et avec l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les pères ont eu raison d’appeler la pénitence &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême laborieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Naz., or. 39, 17&amp;amp;nbsp;: PG 36, 356A). Ce sacrement de Pénitence est, pour ceux qui sont tombés après le Baptême, nécessaire au salut, comme l’est le Baptême lui-même pour ceux qui ne sont pas encore régénérés (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1672).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le pouvoir des clefs =====&lt;br /&gt;
''981 ''Le Christ après sa résurrection a envoyé ses apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annoncer à toutes les nations le repentir en son nom en vue de la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 47). Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministère de la réconciliation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 18), les apôtres et leurs successeurs ne l’accomplissent pas seulement en annonçant aux hommes le pardon de Dieu mérité pour nous par le Christ et en les appelant à la conversion et à la foi, mais aussi en leur communicant la rémission des péchés par le Baptême et en les réconciliant avec Dieu et avec l’Église grâce au pouvoir des clefs reçu du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église a reçu les clés du Royaume des cieux, afin que se fasse en elle la rémission des péchés par le sang du Christ et l’action du Saint-Esprit. C’est dans cette Église que l’âme revit, elle qui était morte par les péchés, afin de vivre avec le Christ, dont la grâce nous a sauvés (S. Augustin, serm. 214, 11&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1071-1072).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''982 ''Il n’y a aucune faute, aussi grave soit-elle, que la Sainte Église ne puisse remettre. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est personne, si méchant et si coupable qu’il soit, qui ne doive espérer avec assurance son pardon, pourvu que son repentir soit sincère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 5). Le Christ qui est mort pour tous les hommes, veut que, dans son Église, les portes du pardon soient toujours ouvertes à quiconque revient du péché (cf. Mt 18, 21-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''983 ''La catéchèse s’efforcera d’éveiller et de nourrir chez les fidèles la foi en la grandeur incomparable du don que le Christ ressuscité a fait à son Église&amp;amp;nbsp;: la mission et le pouvoir de pardonner véritablement les péchés, par le ministère des apôtres et de leurs successeurs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Seigneur veut que ses disciples aient un pouvoir immense&amp;amp;nbsp;: il veut que ses pauvres serviteurs accomplissent en son nom tout ce qu’il avait fait quand il était sur la terre (S. Ambroise, pœnit. 1, 34&amp;amp;nbsp;: PL 16, 477A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prêtres ont reçu un pouvoir que Dieu n’a donné ni aux anges ni aux archanges. (...) Dieu sanctionne là-haut tout ce que les prêtres font ici-bas (S. Jean Chrysostome, sac. 3, 5&amp;amp;nbsp;: PG 48, 643A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si dans l’Église il n’y avait pas la rémission des péchés, nul espoir existerait, nulle espérance d’une vie éternelle et d’une libération éternelle. Rendons grâce à Dieu qui a donné à son Église un tel don (S. Augustin, serm. 213, 8&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1064).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''984 Le Credo met en relation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec la profession de foi en l’Esprit Saint. En effet, le Christ ressuscité a confié aux apôtres le pouvoir de pardonner les péchés lorsqu’il leur a donné l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''985 Le Baptême est le premier et principal sacrement pour le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;: il nous unit au Christ mort et ressuscité et nous donne l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''986 De par la volonté du Christ, l’Église possède le pouvoir de pardonner les péchés des baptisés et elle l’exerce par les évêques et les prêtres de façon habituelle dans le sacrement de pénitence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''987 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la rémission des péchés, les prêtres et les sacrements sont de purs instruments dont notre Seigneur Jésus-Christ, unique auteur et dispensateur de notre salut, veut bien se servir pour effacer nos iniquités et nous donner la grâce de la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 6).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 11 : &amp;quot; Je crois à la résurrection de la chair &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''988 ''Le Credo chrétien – profession de notre foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, et dans son action créatrice, salvatrice et sanctificatrice – culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''989 ''Nous croyons fermement, et ainsi nous espérons, que de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu’il vit pour toujours, de même après leur mort les justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les ressuscitera au dernier jour (cf. Jn 6, 39-40). Comme la sienne, notre résurrection sera l’œuvre de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous (Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Th 4, 14&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 14&amp;amp;nbsp;; 2 Co 4, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''990 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité (cf. Gn 6, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 56, 5&amp;amp;nbsp;; Is 40, 6). La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie qu’il n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que même nos &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps mortels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 11) reprendront vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''991 ''Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une conviction des chrétiens&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts&amp;amp;nbsp;; cette croyance nous fait vivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien res. 1, 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comment certains d’entre vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts&amp;amp;nbsp;? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi votre foi. (...) Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (1 Co 15, 12-14. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La résurrection du Christ et la nôtre =====&lt;br /&gt;
'''Révélation progressive de la Résurrection'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''992 ''La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. L’espérance en la résurrection corporelle des morts s’est imposée comme une conséquence intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l’homme tout entier, âme et corps. Le créateur du ciel et de la terre est aussi Celui qui maintient fidèlement son alliance avec Abraham et sa descendance. C’est dans cette double perspective que commencera à s’exprimer la foi en la résurrection. Dans leurs épreuves, les martyrs Maccabées confessent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois (2 M 7, 9). Mieux vaut mourir de la main des hommes en tenant de Dieu l’espoir d’être ressuscité par lui (2 M 7, 14&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 29&amp;amp;nbsp;; Dn 12, 1-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''993 ''Les Pharisiens (cf. Ac 23, 6) et bien des contemporains du Seigneur (cf. Jn 11, 24) espéraient la résurrection. Jésus l’enseigne fermement. Aux Sadducéens qui la nient il répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu, vous êtes dans l’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 24). La foi en la résurrection repose sur la foi en Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''994 ''Mais il y a plus&amp;amp;nbsp;: Jésus lie la foi en la résurrection à sa propre personne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la Résurrection et la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 25). C’est Jésus lui-même qui ressuscitera au dernier jour ceux qui auront cru en lui (cf. Jn 5, 24-25&amp;amp;nbsp;; 6, 40) et qui auront mangé son corps et bu son sang (cf. Jn 6, 54). Il en donne dès maintenant un signe et un gage en rendant la vie à certains morts (cf. Mc 5, 21-42&amp;amp;nbsp;; Lc 7, 11-17&amp;amp;nbsp;; Jn 11), annonçant par là sa propre Résurrection qui sera cependant d’un autre ordre. De cet événement unique Il parle comme du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de Jonas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 40), du signe du Temple (cf. Jn 2, 19-22)&amp;amp;nbsp;: il annonce sa Résurrection le troisième jour après sa mise à mort (cf. Mc 10, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''995 ''Être témoin du Christ, c’est être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoin de sa Résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir mangé et bu avec lui après sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 41). L’espérance chrétienne en la résurrection est toute marquée par les rencontres avec le Christ ressuscité. Nous ressusciterons comme Lui, avec Lui, par Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''996 ''Dès le début, la foi chrétienne en la résurrection a rencontré incompréhensions et oppositions (cf. Ac 17, 32&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 12-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur aucun point la foi chrétienne ne rencontre plus de contradiction que sur la résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Psal. 88, 2, 5). Il est très communément accepté qu’après la mort la vie de la personne humaine continue d’une façon spirituelle. Mais comment croire que ce corps si manifestement mortel puisse ressusciter à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''997 Qu’est-ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? ''Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''998 Qui ressuscitera&amp;amp;nbsp;?'' Tous les hommes qui sont morts&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 29&amp;amp;nbsp;; cf. Dn 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''999 Comment&amp;amp;nbsp;?'' Le Christ est ressuscité avec son propre corps&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Regardez mes mains et mes pieds&amp;amp;nbsp;: c’est bien moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 39)&amp;amp;nbsp;; mais Il n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en Lui, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous ressusciteront avec leur propre corps, qu’ils ont maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 801), mais ce corps sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;transfiguré en corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21), en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;? Avec quel corps reviennent-ils&amp;amp;nbsp;? Insensé&amp;amp;nbsp;! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie, s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un grain tout nu (...). On sème de la corruption, il ressuscite de l’incorruption&amp;amp;nbsp;; (...) les morts ressusciteront incorruptibles (...). Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité (1 Co 15, 35-37. 42. 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1000 ''Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dépasse notre imagination et notre entendement&amp;amp;nbsp;; il n’est accessible que dans la foi. Mais notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection (S. Irénée, hær. 4, 18, 4-5)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1001 Quand&amp;amp;nbsp;? ''Définitivement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 39-40. 44. 54&amp;amp;nbsp;; 11, 24)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En effet, la résurrection des morts est intimement associée à la Parousie du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu (1 Th 4, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Ressuscités avec le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1002 ''S’il est vrai que le Christ nous ressuscitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est vrai aussi que, d’une certaine façon, nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. En effet, grâce à l’Esprit Saint, la vie chrétienne est, dès maintenant sur terre, une participation à la mort et à la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui L’a ressuscité des morts (...). Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu (Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; 3, 1) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1003 ''Unis au Christ par le Baptême, les croyants participent déjà réellement à la vie céleste du Christ ressuscité (cf. Ph 3, 20), mais cette vie demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cachée avec le Christ en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir au cieux, dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 6). Nourris de son Corps dans l’Eucharistie, nous appartenons déjà au Corps du Christ. Lorsque nous ressusciterons au dernier jour nous serons aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifestés avec lui pleins de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1004 ''Dans l’attente de ce jour, le corps et l’âme du croyant participent déjà à la dignité d’être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; d’où l’exigence de respect envers son propre corps, mais aussi envers celui d’autrui, particulièrement lorsqu’il souffre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ&amp;amp;nbsp;? (...) Vous ne vous appartenez pas (...) Glorifiez donc Dieu dans votre corps (1 Co 6, 13-15. 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Mourir dans le Christ Jésus =====&lt;br /&gt;
''1005 ''Pour ressusciter avec le Christ, il faut mourir avec le Christ, il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 8). Dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;départ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23) qu’est la mort, l’âme est séparée du corps. Elle sera réunie à son corps le jour de la résurrection des morts (cf. SPF 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1006 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18). En un sens, la mort corporelle est naturelle, mais pour la foi elle est en fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;salaire du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 2, 17). Et pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, elle est une participation à la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer aussi à sa Résurrection (cf. Rm 6, 3-9&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1007 La mort est le'' ''terme de la vie terrestre.'' Nos vies sont mesurées par le temps, au cours duquel nous changeons, nous vieillissons et, comme chez tous les êtres vivants de la terre, la mort apparaît comme la fin normale de la vie. Cet aspect de la mort donne une urgence à nos vies&amp;amp;nbsp;: le souvenir de notre mortalité sert aussi à nous rappeler que nous n’avons qu’un temps limité pour réaliser notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, (...) avant que la poussière ne retourne à la terre, selon qu’elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’avait donné (Qo 12, 1. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1008 La mort est conséquence du péché. ''Interprète authentique des affirmations de la Sainte Écriture (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 3&amp;amp;nbsp;; 3, 19&amp;amp;nbsp;; Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 6, 23) et de la Tradition, le Magistère de l’Église enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme (cf. DS 1511). Bien que l’homme possédât une nature mortelle, Dieu le destinait à ne pas mourir. La mort fut donc contraire aux desseins de Dieu Créateur, et elle entra dans le monde comme conséquence du péché (cf. Sg 2, 23-24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mort corporelle, à laquelle l’homme aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18), est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le dernier ennemi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme à devoir être vaincu (cf. 1 Co 15, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1009 La mort est'' ''transformée par le Christ. ''Jésus, le Fils de Dieu, a souffert lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle (cf. Mc 14, 33-34&amp;amp;nbsp;; He 5, 7-8), il l’assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction (cf. Rm 5, 19-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens de la mort chrétienne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1010 ''Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour moi, la vie c’est le Christ et mourir un gain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 21). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là une parole certaine&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, nous vivrons avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 2, 11). La nouveauté essentielle de la mort chrétienne est là&amp;amp;nbsp;: par le Baptême, le chrétien est déjà sacramentellement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, pour vivre d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique consomme ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourir avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il est bon pour moi de mourir dans (''eis'') le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous&amp;amp;nbsp;; lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche (...). Laissez-moi recevoir la pure lumière&amp;amp;nbsp;; quand je serai arrivé là, je serai un homme (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1011 ''Dans la mort, Dieu appelle l’homme vers Lui. C’est pourquoi le chrétien peut éprouver envers la mort un désir semblable à celui de S. Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23)&amp;amp;nbsp;; et il peut transformer sa propre mort en un acte d’obéissance et d’amour envers le Père, à l’exemple du Christ (cf. Lc 23, 46)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon désir terrestre a été crucifié&amp;amp;nbsp;; (...) il y a en moi une eau vive qui murmure et qui dit au dedans de moi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens vers le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 7, 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Je veux voir Dieu, et pour le voir il faut mourir (Ste. Thérèse de Jésus, vida 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Je ne meurs pas, j’entre dans la vie (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1012 ''La vision chrétienne de la mort (cf. 1 Th 4, 13-14) est exprimée de façon privilégiée dans la liturgie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée&amp;amp;nbsp;; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux (MR, Préface des défunts).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1013 ''La mort est la fin du pèlerinage terrestre de l’homme, du temps de grâce et de miséricorde que Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le dessein divin et pour décider son destin ultime. Quand a pris fin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique cours de notre vie terrestre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), nous ne reviendrons plus à d’autres vies terrestres. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les hommes ne meurent qu’une fois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 27). Il n’y a pas de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réincarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; après la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1014 ''L’Église nous encourage à nous préparer pour l’heure de notre mort (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Délivre-nous, Seigneur, d’une mort subite et imprévue&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: ancienne Litanie des saints), à demander à la Mère de Dieu d’intercéder pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’heure de notre mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Prière Ave Maria), et à nous confier à saint Joseph, patron de la bonne mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans toutes tes actions, dans toutes tes pensées tu devrais te comporter comme si tu devais mourir aujourd’hui. Si ta conscience était en bon état, tu ne craindrais pas beaucoup la mort. Il vaudrait mieux se garder de pécher que de fuir la mort. Si aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain&amp;amp;nbsp;? (Imitation du Christ 1, 23, 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels, heureux ceux qu’elle trouvera dans ses très saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera pas mal (S. François d’Assise, cant.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1015 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La chair est le pivot du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Tertullien, res. 8, 2). Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et de la rédemption de la chair.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1016 Par la mort l’âme est séparée du corps, mais dans la résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé en le réunissant à notre âme. De même que le Christ est ressuscité et vit pour toujours, tous nous ressusciterons au dernier jour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1017 9; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons en la vraie résurrection de cette chair que nous possédons maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 854). Cependant, on sème dans le tombeau un corps corruptible, il ressuscite un corps incorruptible (cf. 1 Co 15, 42), un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1018 En conséquence du péché originel, l’homme doit subir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort corporelle, à laquelle il aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1019 Jésus, le Fils de Dieu, a librement souffert la mort pour nous dans une soumission totale et libre à la volonté de Dieu, son Père. Par sa mort il a vaincu la mort, ouvrant ainsi à tous les hommes la possibilité du salut.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 12 : &amp;quot; Je crois à la vie éternelle &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''1020 ''Le chrétien qui unit sa propre mort à celle de Jésus voit la mort comme une venue vers Lui et une entrée dans la vie éternelle. Lorsque l’Église a, pour la dernière fois, dit les paroles de pardon de l’absolution du Christ sur le chrétien mourant, l’a scellé pour la dernière fois d’une onction fortifiante et lui a donné le Christ dans le viatique comme nourriture pour le voyage, elle lui parle avec une douce assurance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quitte ce monde, âme chrétienne, au nom du Père Tout-Puissant qui t’a créé, au nom de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour toi, au nom du Saint-Esprit qui a été répandu en toi. Prends ta place aujourd’hui dans la paix, et fixe ta demeure avec Dieu dans la sainte Sion, avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu, avec saint Joseph, les anges et tous les saints de Dieu (...). Retourne auprès de ton Créateur qui t’a formé de la poussière du sol. Qu’à l’heure où ton âme sortira de ton corps, Marie, les anges et tous les saints se hâtent à ta rencontre (...). Que tu puisses voir ton Rédempteur face à face ... (OEx &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Commendatio animæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Le jugement particulier =====&lt;br /&gt;
''1021 ''La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ (cf. 2 Tm 1, 9-10). Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; He 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1022 ''Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Cc. Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 857-858&amp;amp;nbsp;; Cc. Florence&amp;amp;nbsp;: DS 1304-1306&amp;amp;nbsp;; Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000-1001&amp;amp;nbsp;; Jean XXII&amp;amp;nbsp;: DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour (S. Jean de la Croix, dichos 64)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Ciel =====&lt;br /&gt;
''1023 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2), face à face (cf. 1 Co 13, 12&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De notre autorité apostolique nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints (...) et de tous les autres fidèles morts après avoir reçu le saint Baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts, (...) ou encore, s’il y a eu ou qu’il y a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire, (...) avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au ciel, ont été, sont et seront au ciel, au Royaume des cieux et au Paradis céleste avec le Christ, admis dans la société des saints anges. Depuis la passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu et voient l’essence divine d’une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d’aucune créature (Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000&amp;amp;nbsp;; cf. LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1024 ''Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1025 ''Vivre au ciel c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 14, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; 1 Th 4, 17). Les élus vivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom (cf. Ap 2, 17)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la vie c’est d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;: là où est le Christ, là est la vie, là est le royaume. (S. Ambroise, Luc. 10, 121: PL 15, 1834A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1026 ''Par sa mort et sa Résurrection Jésus-Christ nous a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1027 ''Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images&amp;amp;nbsp;: vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1028 ''A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’Il est que lorsqu’il ouvre lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vision béatifique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quelle ne sera pas ta gloire et ton bonheur&amp;amp;nbsp;: être admis à voir Dieu, avoir l’honneur de participer aux joies du salut et de la lumière éternelle dans la compagnie du Christ le Seigneur ton Dieu, (...) jouir au Royaume des cieux dans la compagnie des justes et des amis de Dieu, les joies de l’immortalité acquise (S. Cyprien, ep. 56, 10, 1&amp;amp;nbsp;: PL 4, 357B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1029 ''Dans la gloire du ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par rapport aux autres hommes et à la création toute entière. Déjà ils règnent avec le Christ&amp;amp;nbsp;; avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ils régneront pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 5&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 21. 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La purification finale ou Purgatoire =====&lt;br /&gt;
''1030 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1031 ''L’Église appelle ''Purgatoire'' cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820&amp;amp;nbsp;; 1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Co 3, 15&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 7), parle d’un feu purificateur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Mt 12, 31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur (S. Grégoire le Grand, dial. 4, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1032 ''Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 M 12, 46). Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique (cf. DS 856&amp;amp;nbsp;;), afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation&amp;amp;nbsp;? N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux (S. Jean Chrysostome, hom. in 1 Cor. 41, 5&amp;amp;nbsp;: PG 61, 361C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’enfer =====&lt;br /&gt;
''1033 ''Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide&amp;amp;nbsp;; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 15). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1034 ''Jésus parle souvent de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;géhenne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;feu qui ne s’éteint pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 22. 29&amp;amp;nbsp;; 13, 42. 50&amp;amp;nbsp;; Mc 9, 43-48), réservé à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir , et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (cf. Mt 10, 28). Jésus annonce en termes graves qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (...), et les jetteront dans la fournaise ardente&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 41-42), et qu’il prononcera la condamnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1035 ''L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le feu éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 76&amp;amp;nbsp;; 409&amp;amp;nbsp;; 411&amp;amp;nbsp;; 801&amp;amp;nbsp;; 858&amp;amp;nbsp;; 1002&amp;amp;nbsp;; 1351&amp;amp;nbsp;; 1575&amp;amp;nbsp;; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1036 ''Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l’Église au sujet de l’enfer sont un ''appel à la responsabilité'' avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un ''appel pressant à la conversion''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent&amp;amp;nbsp;; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 13-14)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ignorants du jour et de l’heure, il faut que, suivant l’avertissement du Seigneur, nous restions constamment vigilants pour mériter, quand s’achèvera le cours unique de notre vie terrestre, d’être admis avec lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu, au lieu d’être, comme de mauvais et paresseux serviteurs, écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel, vers ces ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grincements de dents (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1037 ''Dieu ne prédestine personne à aller en enfer (cf. DS 397&amp;amp;nbsp;; 1567)&amp;amp;nbsp;; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 9)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voici l’offrande que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière&amp;amp;nbsp;: dans ta bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus (MR, Canon Romain 88).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Le Jugement dernier =====&lt;br /&gt;
''1038 ''La résurrection de tous les morts, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des justes et des pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 24, 15), précédera le Jugement dernier. Ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme&amp;amp;nbsp;; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 28-29). Alors le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31. 32. 46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1039 ''C’est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jn 12, 49). Le jugement dernier révélera jusque dans ses ultimes conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire durant sa vie terrestre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tout le mal que font les méchants est enregistré – et ils ne le savent pas. Le Jour où &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu ne se taira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 50, 3) (...) Il se tournera vers les mauvais&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’avais, leur dira-t-il, placé sur terre mes petits pauvres, pour vous. Moi, leur chef, je trônais dans le ciel à la droite de mon Père – mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la tête. Quand j’ai placé mes petits pauvres sur la terre, je les ai institués vos commissionnaires pour porter vos bonnes œuvres dans mon trésor&amp;amp;nbsp;: vous n’avez rien déposé dans leurs mains, c’est pourquoi vous ne possédez rien auprès de moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 18, 4, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 130-131).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1040 ''Le jugement dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le Père seul en connaît l’heure et le jour, Lui seul décide de son avènement. Par son Fils Jésus-Christ Il prononcera alors sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1041 ''Le message du Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le temps favorable, le temps du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du Royaume de Dieu. Il annonce la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bienheureuse espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 13) du retour du Seigneur qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 1, 10). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== VI. L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle =====&lt;br /&gt;
''1042 ''A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Alors l’Église sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1043 ''Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Écriture l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux nouveaux et la terre nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 21, 1). Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1044 ''Dans cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;univers nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 5), la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il essuiera toute larme de leurs yeux&amp;amp;nbsp;; de mort, il n’y en aura plus&amp;amp;nbsp;; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 4&amp;amp;nbsp;; cf. 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1045 Pour l’homme'', cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme le sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1). Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (Ap 21, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9). Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures (cf. Ap 21, 27), l’amour propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1046 Quant au cosmos'', la Révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule&amp;amp;nbsp;; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps (Rm 8, 19-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1047 ''L’univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, participant à leur glorification en Jésus-Christ ressuscité (S. Irénée, hær. 5, 32, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1048 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Nous ignorons le temps'' ''de l’achèvement'' de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la figure de ce monde déformée par le péché&amp;amp;nbsp;; mais nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1049 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller&amp;amp;nbsp;: le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 2). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1050 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car tous les fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le royaume éternel et universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 2). Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la ''vie éternelle''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La vie subsistante et vraie, c’est le Père qui, par le Fils et en l’Esprit Saint, déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 18, 29&amp;amp;nbsp;: PG 33, 1049).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1051 Chaque homme dans son âme immortelle reçoit sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier par le Christ, juge des vivants et des morts.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1052 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ (...) sont le Peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leurs corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 28).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1053 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au Paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 29).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1054 Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1055 En vertu de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Église recommande les défunts à la miséricorde de Dieu et offre en leur faveur des suffrages, en particulier le saint sacrifice eucharistique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1056 Suivant l’exemple du Christ, l’Église avertit les fidèles de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;triste et lamentable réalité de la mort éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 69), appelée aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1057 La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1058 L’Église prie pour que personne ne se perde&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur, ne permets pas que je sois jamais séparé de toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. S’il est vrai que personne ne peut se sauver lui-même, il est vrai aussi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous soient sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4) et que pour Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est possible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 26).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1059 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La très sainte Église romaine croit et confesse fermement qu’au jour du Jugement tous les hommes comparaîtront avec leur propre corps devant le tribunal du Christ pour rendre compte de leurs propres actes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 859&amp;amp;nbsp;; cf. DS 1549).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1060 A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude''. ''Alors les justes régneront avec le Christ pour toujours, glorifiés en corps et en âme, et l’univers matériel lui-même sera transformé. Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la vie éternelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== &amp;quot; Amen &amp;quot; ====&lt;br /&gt;
''1061 ''Le Credo, comme aussi le dernier livre de l’Écriture Sainte (cf. Ap 22, 21), se termine avec le mot hébreu ''Amen. ''On le trouve fréquemment à la fin des prières du Nouveau Testament. De même, l’Église termine ses prières par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1062 ''En hébreux, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se rattache à la même racine que le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette racine exprime la solidité, la fiabilité, la fidélité. Ainsi on comprend pourquoi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut être dit de la fidélité de Dieu envers nous et de notre confiance en Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1063 ''Dans le prophète Isaïe on trouve l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le Dieu fidèle à ses promesses&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quiconque voudra être béni sur terre voudra être béni par le Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 65, 16). Notre Seigneur emploie souvent le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 6, 2. 5. 16), parfois sous forme redoublée (cf. Jn 5, 19), pour souligner la fiabilité de son enseignement, son Autorité fondée sur la Vérité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1064 ''L’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; final du Credo reprend et confirme donc ses deux premiers mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Croire, c’est dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux paroles, aux promesses, aux commandements de Dieu, c’est se fier totalement en Celui qui est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; d’infini amour et de parfaite fidélité. La vie chrétienne de chaque jour sera alors l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Profession de foi de notre Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que ton Symbole soit pour toi comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi (S. Augustin, serm. 58, 11, 13&amp;amp;nbsp;: PL 38, 399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1065 ''Jésus-Christ lui-même est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 14). Il est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; définitif de l’amour du Père pour nous&amp;amp;nbsp;; il assume et achève notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur ‘oui’ en lui&amp;amp;nbsp;; aussi bien est-ce par lui que nous disons notre ‘Amen’ à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 1, 20)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par Lui, avec Lui et en Lui,&amp;lt;br/&amp;gt; à toi, Dieu le Père Tout-Puissant,&amp;lt;br/&amp;gt; dans l’unité du Saint-Esprit,&amp;lt;br/&amp;gt; tout honneur et toute gloire,&amp;lt;br/&amp;gt; pour les siècles des siècles.&amp;lt;br/&amp;gt; AMEN.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_de_l%27Eglise_Catholique_:_Premi%C3%A8re_Partie&amp;diff=1571</id>
		<title>Catéchisme de l'Eglise Catholique : Première Partie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_de_l%27Eglise_Catholique_:_Premi%C3%A8re_Partie&amp;diff=1571"/>
				<updated>2011-03-29T08:39:18Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Liste des sigles */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Liste des sigles ==&lt;br /&gt;
AA Apostolicam actuositatem&lt;br /&gt;
AG Ad gentes&lt;br /&gt;
AHMA Analecta hymnica Medii Aevi&lt;br /&gt;
Ben De Benedictionibus&lt;br /&gt;
CA Centesimus annus&lt;br /&gt;
Catech. R. Catechismus Romanus&lt;br /&gt;
CCEO Corpus Canonum Ecclesiarum Orientalium&lt;br /&gt;
CD Christus Dominus&lt;br /&gt;
CDF Congrégation pour la doctrine de la foi&lt;br /&gt;
CJC Codex Iuris Canonici&lt;br /&gt;
CL Christifideles laici&lt;br /&gt;
COD Conciliorum oecumenicorum decreta&lt;br /&gt;
CT Catechesi tradendae&lt;br /&gt;
DCG Directorium Catecheticum Generale&lt;br /&gt;
DeV Dominum et Vivificantem&lt;br /&gt;
DH Dignitatis humanae&lt;br /&gt;
DM Dives in misericordia&lt;br /&gt;
DS Denzinger-Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morumDV Dei Verbum&lt;br /&gt;
EN Evangelii nuntiandi&lt;br /&gt;
FC Familiaris consortio&lt;br /&gt;
GB Gravissimum educationis&lt;br /&gt;
GS Gaudium et spes&lt;br /&gt;
HV Humanae vitae&lt;br /&gt;
IGLH Introductio generalis LH&lt;br /&gt;
IGMR Institutio generalis MR&lt;br /&gt;
IM Inter mirifica&lt;br /&gt;
LE Laborem exercens&lt;br /&gt;
LG Lumen gentium&lt;br /&gt;
LH Liturgia Horarum&lt;br /&gt;
MC Marialis cultus&lt;br /&gt;
MD Mulieris dignitatem&lt;br /&gt;
MF Mysterium fidei&lt;br /&gt;
MM Mater et magistra&lt;br /&gt;
MR Missale Romanum&lt;br /&gt;
NA Nostra aetate&lt;br /&gt;
OBA Ordo baptismi adultorum&lt;br /&gt;
OBP Ordo baptismi parvulorum&lt;br /&gt;
OCf Ordo confirmationis&lt;br /&gt;
OcM Ordo celebrandi Matrimonium&lt;br /&gt;
OCV Ordo consecrationis virginum&lt;br /&gt;
OE Orientalium ecclesiarum&lt;br /&gt;
OEx Ordo exsequiarumoff. lect. office des lectures&lt;br /&gt;
OICA Ordo initiationis christianae adultorum&lt;br /&gt;
OP Ordo poenitentiae&lt;br /&gt;
OT Optatam totius&lt;br /&gt;
PC Perfectae caritatis&lt;br /&gt;
PO Presbyterorum Ordinis&lt;br /&gt;
PP Populorum progressio&lt;br /&gt;
PT Pacem in terris&lt;br /&gt;
RH Redemptor hominis&lt;br /&gt;
RM Redemptoris Mater&lt;br /&gt;
RP Reconciliatio et poenitentia&lt;br /&gt;
SC Sacrosanctum concilium&lt;br /&gt;
SPF Credo du Peuple de Dieu: profession de foi solennelle&lt;br /&gt;
SRS Sollicitudo rei socialis&lt;br /&gt;
UR Unitatis redintegratio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Prologue ==&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, (...) la vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul véritable Dieu, et Ton envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu notre Sauveur (...) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 3-4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12) que le nom de JÉSUS.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I. La vie de l’homme – connaître et aimer Dieu ===&lt;br /&gt;
''1 ''Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux en Lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l’homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C’est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, Il se fait proche de l’homme. Il l’appelle, l’aide à Le chercher, à Le connaître et à L’aimer de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes que le péché a dispersés dans l’unité de sa famille, l’Église. Pour ce faire, Il a envoyé son Fils comme Rédempteur et Sauveur lorsque les temps furent accomplis. En Lui et par Lui, Il appelle les hommes à devenir, dans l’Esprit Saint, ses enfants d’adoption, et donc les héritiers de sa vie bienheureuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2 ''Pour que cet appel retentisse par toute la terre, le Christ a envoyé les apôtres qu’Il avait choisis en leur donnant mandat d’annoncer l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20). Forts de cette mission, les apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''3 ''Ceux qui à l’aide de Dieu ont accueilli l’appel du Christ et y ont librement répondu, ont été à leur tour pressés par l’amour du Christ d’annoncer partout dans le monde la Bonne Nouvelle. Ce trésor reçu des apôtres a été gardé fidèlement par leurs successeurs. Tous les fidèles du Christ sont appelés à le transmettre de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière (cf. Ac 2, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== II. Transmettre la foi – la catéchèse ===&lt;br /&gt;
''4 ''Très tôt on a appelé ''catéchèse'' l’ensemble des efforts entrepris dans l’Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ (cf. CT 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''5 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est une ''éducation de la foi'' des enfants, des jeunes et des adultes, qui comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné en général de façon organique et systématique, en vue d’initier à la plénitude de la vie chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''6 ''Sans se confondre avec eux, la catéchèse s’articule sur un certain nombre d’éléments de la mission pastorale de l’Église, qui ont un aspect catéchétique, qui préparent la catéchèse ou qui en découlent&amp;amp;nbsp;: première annonce de l’Évangile ou prédication missionnaire pour susciter la foi&amp;amp;nbsp;; recherche des raisons de croire&amp;amp;nbsp;; expérience de vie chrétienne&amp;amp;nbsp;; célébration des sacrements&amp;amp;nbsp;; intégration dans la communauté ecclésiale&amp;amp;nbsp;; témoignage apostolique et missionnaire (cf. CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''7 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est liée intimement à toute la vie de l’Église. Non seulement l’extension géographique et l’augmentation numérique mais aussi, et davantage encore, la croissance intérieure de l’Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d’elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''8 ''Les périodes de renouveau de l’Église sont aussi des temps forts de la catéchèse. Ainsi voit-on à la grande époque des Pères de l’Église de saints évêques y consacrer une part importante de leur ministère. Tels sont S. Cyrille de Jérusalem et S. Jean Chrysostome, S. Ambroise et S. Augustin, et bien d’autres Pères dont les œuvres catéchétiques demeurent des modèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''9 ''Le ministère de la catéchèse puise des énergies toujours nouvelles dans les Conciles. Le Concile de Trente constitue à cet égard un exemple à souligner&amp;amp;nbsp;: il a donné à la catéchèse une priorité dans ses constitutions et ses décrets&amp;amp;nbsp;; il est à l’origine du Catéchisme Romain qui porte aussi son nom et constitue une œuvre de premier ordre comme abrégé de la doctrine chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a suscité dans l’Église une organisation remarquable de la catéchèse&amp;amp;nbsp;; il a entraîné, grâce à de saints évêques et théologiens tels S. Pierre Canisius, S. Charles Borromée, S. Toribio de Mogrovejo, S. Robert Bellarmin, la publication de nombreux catéchismes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''10 ''Il n’est pas étonnant, dès lors, que, dans le mouvement à la suite du deuxième Concile du Vatican (considéré par le Pape Paul VI comme le grand catéchisme des temps modernes), la catéchèse de l’Église ait de nouveau attiré l’attention. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Directoire général de la Catéchèse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de 1971, les sessions du Synode des évêques consacrées à l’évangélisation (1974) et à la catéchèse (1977), les exhortations apostoliques qui leur correspondent, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Evangelii nuntiandi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1975) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catechesi tradendæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1979), en témoignent. La session extraordinaire du Synode des évêques de 1985 demanda &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que soit rédigé un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rapport final II B a 4). Le Saint-Père, Jean Paul II, a fait sien ce vœu émis par le Synode des évêques en reconnaissant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce désir répond tout à fait à un vrai besoin de l’Église universelle et des Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Discours 7 décembre 1985). Il mit tout en œuvre pour la réalisation de ce vœu des pères du Synode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== III. Le but et les destinataires de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''11 ''Ce Catéchisme a pour but de présenter un exposé organique et synthétique des contenus essentiels et fondamentaux de la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale, à la lumière du Concile Vatican II et de l’ensemble de la Tradition de l’Église. Ses sources principales sont l’Écriture Sainte, les saints Pères, la liturgie et le Magistère de l’Église. Il est destiné à servir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme un point de référence pour les catéchismes ou ''compendia'' qui sont composés dans les divers pays&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Synode des Évêques 1985, rapport final II B a 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12 ''Ce Catéchisme est destiné principalement aux responsables de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: en premier lieu aux évêques, en tant que docteurs de la foi et pasteurs de l’Église. Il leur est offert comme instrument dans l’accomplissement de leur charge d’enseigner le Peuple de Dieu. A travers les évêques, il s’adresse aux rédacteurs de catéchismes, aux prêtres et aux catéchistes. Il sera aussi d’utile lecture pour tous les autres fidèles chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== IV. La structure de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''13 ''Le plan de ce Catéchisme s’inspire de la grande tradition des catéchismes qui articulent la catéchèse autour de quatre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;piliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la profession de la foi baptismale (''le Symbole''), les sacrements de la foi, la vie de la foi (''les Commandements''), la prière du croyant (''le Notre Père'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Première partie : La profession de la foi ====&lt;br /&gt;
''14 ''Ceux qui par la foi et le Baptême appartiennent au Christ doivent confesser leur foi baptismale devant les hommes (cf. Mt 10, 32&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 9). Pour cela, le Catéchisme expose d’abord en quoi consiste la Révélation par laquelle Dieu s’adresse et se donne à l’homme, et la foi, par laquelle l’homme répond à Dieu (''première section''). Le symbole de la foi résume les dons que Dieu fait à l’homme comme Auteur de tout bien, comme Rédempteur, comme Sanctificateur et les articule autour des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;trois chapitres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Baptême – la foi en un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: le Père Tout-puissant, le Créateur&amp;amp;nbsp;; et Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur et Sauveur&amp;amp;nbsp;; et l’Esprit Saint, dans la Sainte Église (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième partie : Les sacrements de la foi ====&lt;br /&gt;
''15 ''La deuxième partie du Catéchisme expose comment le salut de Dieu, réalisé une fois pour toutes par le Christ Jésus et par l’Esprit Saint, est rendu présent dans les actions sacrées de la liturgie de l’Église (''première section''), particulièrement dans les sept sacrements (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième partie : La vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''16 ''La troisième partie du Catéchisme présente la fin ultime de l’homme, créé à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;: la béatitude, et les chemins pour y parvenir&amp;amp;nbsp;: par un agir droit et libre, avec l’aide de la loi et de la grâce de Dieu (''première section'')&amp;amp;nbsp;; par un agir qui réalise le double commandement de la charité, déployé dans les dix Commandements de Dieu (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Quatrième partie : La prière dans la vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''17 ''La dernière partie du Catéchisme traite du sens et de l’importance de la prière dans la vie des croyants (''première section''). Elle s’achève sur un bref commentaire des sept demandes de la prière du Seigneur (''deuxième section''). En elles, en effet, nous trouvons la somme des biens que nous devons espérer et que notre Père céleste veut nous accorder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== V. Indications pratiques pour l’usage de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''18 ''Ce Catéchisme est conçu comme un ''exposé organique'' de toute la foi catholique. Il faut donc le lire comme une unité. De nombreux renvois en marge du texte (numéros en italique se référant à d’autres paragraphes traitant du même sujet) et l’index thématique à la fin du volume permettent de voir chaque thème dans son lien avec l’ensemble de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''19 ''Souvent, les textes de l’Écriture Sainte ne sont pas cités littéralement mais avec la seule indication de leur référence (par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''cf'''.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) en note. Pour une intelligence approfondie de tels passages il convient de se reporter aux textes eux-mêmes. Ces références bibliques sont un instrument de travail pour la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''20 ''L’emploi des '''petits caractères''' pour certains passages indique qu’il s’agit de remarques de type historique, apologétique ou d’exposés doctrinaux complémentaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''21 '''''Les citations''', en petits caractères, de sources patristiques, liturgiques, magistérielles ou hagiographiques sont destinées à enrichir l’exposé doctrinal. Souvent ces textes ont été choisis en vue d’un usage directement catéchétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
22 A la fin de chaque unité thématique, une série de textes brefs résument en des formules ramassées l’essentiel de l’enseignement. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''En bref'''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ont pour but de donner des suggestions à la catéchèse locale pour des formules synthétiques et mémorisables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== VI. Les adaptations nécessaires ===&lt;br /&gt;
''23 ''L’accent de ce Catéchisme porte sur l’exposé doctrinal. En effet, il veut aider à approfondir la connaissance de la foi. Par là même il est orienté vers la maturation de cette foi, son enracinement dans la vie et son rayonnement dans le témoignage (cf. CT 20-22&amp;amp;nbsp;; 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''24 ''Par sa finalité même, ce Catéchisme ne se propose pas de réaliser les adaptations de l’exposé et des méthodes catéchétiques exigées par les différences de cultures, d’âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s’adresse la catéchèse. Ces adaptations indispensables relèvent des catéchismes appropriés, et plus encore de ceux qui instruisent les fidèles&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui enseigne doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se faire tout à tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 9, 22), pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. (...) Surtout qu’il ne s’imagine pas qu’une seule sorte d’âmes lui soit confiée, et que par conséquent il lui est loisible d’enseigner et de former également tous les fidèles à la vraie piété, avec une seule et même méthode et toujours la même&amp;amp;nbsp;! Qu’il sache bien que les uns sont en Jésus-Christ comme des enfants nouvellement nés, d’autres comme des adolescents, quelques-uns enfin, comme en possession de toutes leurs forces. (...) Ceux qui sont appelés au ministère de la prédication doivent, en transmettant l’enseignement des mystères, de la foi et des règles des mœurs, proportionner leurs paroles à l’esprit et à l’intelligence de leurs auditeurs (Catech. R. préface 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Par dessus tout – la Charité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''25 ''Pour conclure cette présentation, il est opportun de rappeler ce principe pastoral qu’énonce le Catéchisme Romain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Toute la finalité de la doctrine et de l’enseignement doit être placée dans l’amour qui ne finit pas. Car on peut bien exposer ce qu’il faut croire, espérer ou faire&amp;amp;nbsp;; mais surtout on doit toujours faire apparaître l’Amour de Notre Seigneur afin que chacun comprenne que tout acte de vertu parfaitement chrétien n’a pas d’autre origine que l’Amour et pas d’autre terme que l’Amour (Catech. R. préface 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première Partie : La profession de la foi ==&lt;br /&gt;
=== Première section : &amp;quot; JE crois &amp;quot; – &amp;quot; Nous croyons &amp;quot; ===&lt;br /&gt;
''26 ''Lorsque nous professons notre foi, nous commençons par dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Avant d’exposer la foi de l’Église telle qu’elle est confessée dans le Credo, célébrée dans la liturgie, vécue dans la pratique des Commandements et dans la prière, demandons-nous donc ce que signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La foi est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en même temps une lumière surabondante à l’homme en quête du sens ultime de sa vie. Nous considérons dès lors d’abord cette quête de l’homme (''chapitre premier''), ensuite la Révélation divine, par laquelle Dieu vient au devant de l’homme (''chapitre deuxième''), enfin la réponse de la foi (''chapitre troisième'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : L’homme est &amp;quot; capable &amp;quot; de Dieu ====&lt;br /&gt;
===== I. Le désir de Dieu =====&lt;br /&gt;
''27 ''Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu&amp;amp;nbsp;; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l’être&amp;amp;nbsp;; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet Amour et s’abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''28 ''De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si universelles que l’on peut appeler l’homme ''un être religieux''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d’un seul&amp;amp;nbsp;; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver&amp;amp;nbsp;; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''29 ''Mais ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21)&amp;amp;nbsp;: la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''30 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 105, 3). Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un cœur droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu es grand, Seigneur, et louable hautement&amp;amp;nbsp;: grand est ton pouvoir et ta sagesse n’a point de mesure. Et l’homme, petite partie de ta création, prétend Te louer, précisément l’homme qui, revêtu de sa condition mortelle, porte en lui le témoignage de son péché et le témoignage que Tu résistes aux superbes. Malgré tout, l’homme, petite partie de ta création, veut Te louer. Toi-même Tu l’y incites, en faisant qu’il trouve ses délices dans ta louange, parce que Tu nous a fait pour Toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi (S. Augustin, conf. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les voies d’accès à la connaissance de Dieu =====&lt;br /&gt;
''31 ''Créé à l’image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l’homme qui cherche Dieu découvre certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;preuves de l’existence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;arguments convergents et convaincants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour approcher Dieu ont pour point de départ la création&amp;amp;nbsp;: le monde matériel et la personne humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''32 ''Le ''monde''&amp;amp;nbsp;: A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l’ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l’univers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Paul affirme au sujet des païens&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste&amp;amp;nbsp;: Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 19-20&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 14, 15. 17&amp;amp;nbsp;; 17, 27-28&amp;amp;nbsp;; Sg 13, 1-9).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Augustin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent&amp;amp;nbsp;: Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (''confessio''). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (''Pulcher''), non sujet au changement&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Serm. 241, 2&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1134).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''33 ''L’''homme''&amp;amp;nbsp;: avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur, l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Germe d’éternité qu’il porte en lui-même, irréductible à la seule matière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18, § 1&amp;amp;nbsp;; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''34 ''Le monde et l’homme attestent qu’ils n’ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l’Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’homme peut accéder à la connaissance de l’existence d’une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et que tous appellent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 2, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''35 ''Les facultés de l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel. Mais pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La connaissance de Dieu selon l’Église =====&lt;br /&gt;
''36 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3004&amp;amp;nbsp;; cf. 3026&amp;amp;nbsp;; DV 6). Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L’homme a cette capacité parce qu’il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''37 ''Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l’homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien que la raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d’un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d’une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d’user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent absolument l’ordre des choses sensibles, et lorsqu’elles doivent se traduire en action et informer la vie, elles demandent qu’on se donne et qu’on se renonce. L’esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l’imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu’en de telles matières les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l’incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu’elles soient vraies (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani Generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''38 ''C’est pourquoi l’homme a besoin d’être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce qui dépasse son entendement, mais aussi sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu’elles puissent être, dans l’état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''ibid''., DS 3876&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; DV 6&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment parler de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
''39 ''En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''40 ''Puisque notre connaissance de Dieu est limitée, notre langage sur Dieu l’est également. Nous ne pouvons nommer Dieu qu’à partir des créatures, et selon notre mode humain limité de connaître et de penser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''41 ''Les créatures portent toutes une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Les multiples perfections des créatures (leur vérité, leur bonté, leur beauté) reflètent donc la perfection infinie de Dieu. Dès lors, nous pouvons nommer Dieu à partir des perfections de ses créatures, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 13, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''42 ''Dieu transcende toute créature. Il faut donc sans cesse purifier notre langage de ce qu’il a de limité, d’imagé, d’imparfait pour ne pas confondre le Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore) avec nos représentations humaines. Nos paroles humaines restent toujours en deçà du mystère de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''43 ''En parlant ainsi de Dieu, notre langage s’exprime, certes, de façon humaine, mais il atteint réellement Dieu lui-même, sans pourtant pouvoir l’exprimer dans son infinie simplicité. En effet, il faut se rappeler qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;entre le Créateur et la créature on ne peut marquer tellement de ressemblance que la dissemblance entre eux ne soit pas plus grande encore&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 806), et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous ne pouvons saisir de Dieu ce qu’Il est, mais seulement ce qu’Il n’est pas, et comment les autres êtres se situent par rapport à Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. gent. 1, 30)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== En bref =====&lt;br /&gt;
44 L’homme est par nature et par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l’homme ne vit une vie pleinement humaine que s’il vit librement son lien avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
45 L’homme est fait pour vivre en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand tout entier je serai en Toi, il n’y aura plus jamais de chagrin et d’épreuve&amp;amp;nbsp;; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, conf. 10, 28, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
46 Quand il écoute le message des créatures et la voix de sa conscience, l’homme peut atteindre la certitude de l’existence de Dieu, cause et fin de tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47 L’Église enseigne que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, peut être connu avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière naturelle de la raison humaine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3026).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 Nous pouvons réellement nommer Dieu en partant des multiples perfections des créatures, similitudes du Dieu infiniment parfait, même si notre langage limité n’en épuise pas le mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
49 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36). Voilà pourquoi les croyants se savent pressés par l’amour du Christ d’apporter la lumière du Dieu vivant à ceux qui l’ignorent ou le refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre deuxième : Dieu à la rencontre de l’homme ====&lt;br /&gt;
''50 ''Par la raison naturelle, l’homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses œuvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l’homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l’homme. Il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant qu’Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur de tous les hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : La Révélation de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Dieu révèle son &amp;quot; dessein bienveillant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''51 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''52 ''Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite une lumière inaccessible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 6, 16) veut communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs (cf. Ep 1, 4-5). En se révélant Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L’aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d’eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''53 ''Le dessein divin de la Révélation se réalise à la fois &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par des actions et par des paroles, intimement liées entre elles et s’éclairant mutuellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). Il comporte une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; particulière&amp;amp;nbsp;: Dieu se communique graduellement à l’homme, Il le prépare par étapes à accueillir la Révélation surnaturelle qu’Il fait de lui-même et qui va culminer dans la Personne et la mission du Verbe incarné, Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Irénée de Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l’image de l’accoutumance mutuelle entre Dieu et l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe de Dieu a habité dans l’homme et s’est fait Fils de l’homme pour accoutumer l’homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l’homme, selon le bon plaisir du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 20, 2&amp;amp;nbsp;; cf. par exemple 3, 17, 1&amp;amp;nbsp;; 4, 12, 4&amp;amp;nbsp;; 4, 21, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les étapes de la Révélation =====&lt;br /&gt;
'''Dès l’origine, Dieu se fait connaître'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''54 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui a créé et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même&amp;amp;nbsp;; voulant de plus ouvrir la voie d’un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès l’origine, à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3) Il les a invités à une communion intime avec Lui-même en les revêtant d’une grâce et d’une justice resplendissantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''55 ''Cette Révélation n’a pas été interrompue par le péché de nos premiers parents. Dieu, en effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en les faisant espérer le salut&amp;amp;nbsp;; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort. (...) Tu as multiplié les alliances avec eux (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’alliance avec Noé'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''56 ''Une fois l’unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d’abord à sauver l’humanité en passant par chacune de ses parties. L’alliance avec Noé d’après le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l’Économie divine envers les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire envers les hommes regroupés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 10, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 20-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''57 ''Cet ordre à la fois cosmique, social et religieux de la pluralité des nations (cf. Ac 17, 26-27) est destiné à limiter l’orgueil d’une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel (cf. Gn 11, 4-6). Mais, à cause du péché (cf. Rm 1, 18-25), le polythéisme ainsi que l’idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans cesse d’une perversion païenne cette économie provisoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''58 ''L’alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu’à la proclamation universelle de l’Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tels qu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abel le juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le roi-prêtre Melchisédech (cf. Gn 14, 18), figure du Christ (cf. He 7, 3) ou les justes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Noé, Daniel et Job&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ez 14, 14). Ainsi, l’Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l’alliance de Noé dans l’attente que le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rassemble dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 52) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu élit Abraham'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''59 ''Pour rassembler l’humanité dispersée, Dieu élit Abram en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hors de son pays, de sa parenté et de sa maison&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 1), pour faire de lui Abraham, c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père d’une multitude de nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 17, 5)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toi seront bénies toutes les nations de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 3 LXX&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''60 ''Le peuple issu d’Abraham sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de l’élection (cf. Rm 11, 28), appelé à préparer le rassemblement, un jour, de tous les enfants de Dieu dans l’unité de l’Église (cf. Jn 11, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 16)&amp;amp;nbsp;; il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus croyants (cf. Rm 11, 17-18. 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''61 ''Les patriarches et les prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu forme son peuple Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''62 ''Après les patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l’esclavage de l’Égypte. Il conclut avec lui l’Alliance du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa Loi, pour qu’il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis (cf. DV 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''63 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Israël est le Peuple sacerdotal de Dieu (cf. Ex 19, 6), celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porte le nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 28, 10). C’est le peuple de ceux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI), le peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères aînés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la foi d’Abraham (cf. Jean-Paul II, allocution dans la synagogue de Rome [13 avril 1986], 4).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''64 ''Par les prophètes, Dieu forme son peuple dans l’espérance du salut, dans l’attente d’une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera inscrite dans les cœurs (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; He 10, 16). Les prophètes annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui incluera toutes les nations (cf. Is 49, 5-6&amp;amp;nbsp;; 53, 11). Ce seront surtout les pauvres et les humbles du Seigneur (cf. So 2, 3) qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l’espérance du salut d’Israël. La figure la plus pure en est Marie (cf. Lc 1, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III Le Christ Jésus &amp;quot; Médiateur et Plénitude de toute la Révélation &amp;quot; (DV 2) =====&lt;br /&gt;
'''Dieu a tout dit en son Verbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''65 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là. S. Jean de la Croix, après tant d’autres, l’exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire&amp;amp;nbsp;; car ce qu’Il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il n’y aura plus d’autre Révélation'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''66 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée&amp;amp;nbsp;; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''67 ''Au fil des siècles il y a eu des révélations dites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;améliorer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;compléter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi chrétienne ne peut pas accepter des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement. C’est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''68 Par amour, Dieu s’est révélé et s’est donné à l’homme. Il apporte ainsi une réponse définitive et surabondante aux questions que l’homme se pose sur le sens et le but de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''69 Dieu s’est révélé à l’homme en lui communiquant'' ''graduellement son propre mystère par des actions et par des paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''70 Au delà du témoignage que Dieu donne de Lui-même dans les choses créées, Il s’est manifesté Lui-même à nos premiers parents. Il leur a parlé et, après la chute, leur a promis le salut (cf. Gn 3, 15) et leur a offert son alliance.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''71 Dieu conclut avec Noé une alliance éternelle entre Lui et tous les êtres vivants (cf. Gn 9, 16). Elle durera tant que dure le monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''72 Dieu a élu Abraham et a conclu une alliance avec lui et sa descendance. Il en a formé son peuple auquel il a révélé sa loi par Moïse. Il l’a préparé par les prophètes à accueillir le salut destiné à toute l’humanité. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''73 Dieu s’est révélé pleinement en envoyant son propre Fils en qui Il a établi son Alliance pour toujours. Celui-ci est la Parole définitive du Père, de sorte qu’il n’y aura plus d’autre Révélation après Lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : La transmission de la Révélation divine =====&lt;br /&gt;
''74 ''Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4), c’est-à-dire du Christ Jésus (cf. Jn 14, 6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu’ainsi la Révélation parvienne jusqu’aux extrémités du monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu’elle demeurât toujours en son intégrité et qu’elle fût transmise à toutes les générations (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La Tradition apostolique =====&lt;br /&gt;
''75 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur en qui s’achève toute la Révélation du Dieu très haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédication apostolique...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''76 ''La transmission de l’Évangile, selon l’ordre du Seigneur, s’est faite de deux manières&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Oralement ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par écrit'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... continuée dans la succession apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''77 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils ‘transmirent leur propre charge d’enseignement’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''78 ''Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l’Église qui croit et qui prie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''79 ''Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le rapport entre la Tradition et l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
'''Une source commune...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''80 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elles sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux jaillissent d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9). L’une et l’autre rendent présent et fécond dans l’Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer avec les siens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... deux modes distincts de transmission'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''81 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''La Sainte Écriture'' est la parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ''la sainte Tradition'', elle porte la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''82 ''Il en résulte que l’Église à laquelle est confiée la transmission et l’interprétation de la Révélation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C’est pourquoi l’une et l’autre doivent être reçues et vénérées avec égal sentiment d’amour et de respect&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tradition apostolique et traditions ecclésiales'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''83 ''La Tradition dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l’enseignement et de l’exemple de Jésus et ce qu’ils ont appris par l’Esprit Saint. En effet, la première génération de chrétiens n’avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut en distinguer les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C’est à sa lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées sous la conduite du Magistère de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’interprétation de l’héritage de la foi =====&lt;br /&gt;
'''L’héritage de la foi confié à la totalité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''84 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’héritage sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Tm 6, 20&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 1, 12-14) de la foi (''depositum fidei''), contenu dans la Sainte Tradition et dans l’Écriture Sainte a été confié par les apôtres à l’ensemble de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En s’attachant à lui le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, une singulière unité d’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Magistère de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''85 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10), c’est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l’évêque de Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''86 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourtant, ce Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n’enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''87 ''Les fidèles, se souvenant de la parole du Christ à ses apôtres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous écoute, m’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 10, 16&amp;amp;nbsp;; cf. LG 20), reçoivent avec docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous différentes formes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les dogmes de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''88 ''Le Magistère de l’Église engage pleinement l’autorité reçue du Christ quand il définit des dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou bien quand il propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''89 ''Il existe un lien organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi (cf. Jn 8, 31-32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''90 ''Les liens mutuels et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l’ensemble de la Révélation du mystère du Christ (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3016&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nexus mysteriorum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; LG 25). Il faut, en effet, se rappeler que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la diversité de leurs rapports avec les fondements de la foi chrétienne marque un ordre ou une ‘hiérarchie’ des vérités de la doctrine catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens surnaturel de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''91 ''Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l’onction de l’Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20. 27) et les conduit vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''92 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’ensemble des fidèles (...) ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, ‘des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs’, il apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''93 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du Magistère sacré, (...) le Peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en œuvre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La croissance dans l’intelligence de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''94 ''Grâce à l’assistance du Saint-Esprit, l’intelligence tant des réalités que des paroles de l’héritage de la foi peut croître dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; c’est en particulier &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 62, § 7&amp;amp;nbsp;; cf. 44, § 2&amp;amp;nbsp;; DV 23&amp;amp;nbsp;; 24&amp;amp;nbsp;; UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire le Grand, hom. Ez. 1, 7, 8&amp;amp;nbsp;: PL 76, 843D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''95 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu’aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l’action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
96 Ce que le Christ a confié aux apôtres, ceux-ci l’ont transmis par leur prédication et par écrit, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, à toutes les générations, jusqu’au retour glorieux du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
97 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) en lequel, comme dans un miroir, l’Église pérégrinante contemple Dieu, source de toutes ses richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
98 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans sa doctrine, sa vie et son culte, l’Église perpétue et transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99 Grâce à son sens surnaturel de la foi, le Peuple de Dieu tout entier ne cesse d’accueillir le don de la Révélation divine, de le pénétrer plus profondément et d’en vivre plus pleinement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
100 La charge d’interpréter authentiquement la Parole de Dieu a été confiée au seul Magistère de l’Église, au Pape et aux évêques en communion avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : La Sainte ÉCRITURE =====&lt;br /&gt;
===== I. Le Christ – Parole unique de l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
''101 ''Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''102 ''A travers toutes les paroles de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Rappelez-vous que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n’y a pas besoin de syllabes parce qu’il n’y est pas soumis au temps (S. Augustin, Psal. 103, 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 37, 1378).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''103 ''Pour cette raison, l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ (cf. DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''104 ''Dans l’Écriture Sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24), car en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement&amp;amp;nbsp;: la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Inspiration et vérité de la Sainte Écriture =====&lt;br /&gt;
''105 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''106 Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''107 Les livres inspirés enseignent la vérité. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''108 ''Cependant, la foi chrétienne n’est pas une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;religion du Livre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le christianisme est la religion de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Bernard, hom. miss. 4, 11&amp;amp;nbsp;: ''Opera,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; ed. J. Leclercq-H. Rochais, v. 4 [Romae 1966] p. 57). Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 45).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit Saint, interprète de l’Écriture =====&lt;br /&gt;
''109 ''Dans l’Écriture Sainte, Dieu parle à l’homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l’Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''110 ''Pour découvrir ''l’intention des auteurs sacrés'', il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;genres littéraires&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''111 ''Mais puisque l’Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l’interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l’Écriture demeurerait lettre morte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Concile Vatican II indique ''trois critères'' pour une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée (cf. DV 12, § 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''112 ''1.&amp;amp;nbsp;''Porter une grande attention &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au contenu et à l’unité de toute l’Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24, 25-27. 44-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le cœur (cf. Ps 22, 15) du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le cœur du Christ. Ce cœur était fermé avant la passion car l’Écriture était obscure. Mais l’Écriture a été ouverte après la passion, car ceux qui désormais en ont l’intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (cf. S. Thomas d’A., Psal. 21, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''113 ''2.&amp;amp;nbsp;''Lire ensuite l’Écriture dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tradition vivante de toute l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cœur de l’Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, l’Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c’est l’Esprit Saint qui lui donne l’interprétation spirituelle de l’Écriture (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;... selon le sens spirituel dont l’Esprit gratifie l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Origène, hom. in Lev. 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''114 ''3.&amp;amp;nbsp;''Être attentif &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'' (cf. Rm 12, 6). Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sens de l’Écriture'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''115 ''Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux ''sens'' de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''116 ''Le ''sens littéral. ''C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 10, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''117 ''Le ''sens spirituel. ''Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Le sens ''allégorique. ''Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ&amp;amp;nbsp;; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le sens ''moral''. Les événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre instruction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 10, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 3 – 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le sens ''anagogique''. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec&amp;amp;nbsp;: ''anagoge'') vers notre Patrie. Ainsi, l’Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 – 22, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;118 Un distique médiéval résume la signification des quatre sens&amp;amp;nbsp;: Le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire, le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie vers quoi il faut tendre (Augustin de Dace, Rotulus pugillaris, I&amp;amp;nbsp;: ed. A. Walz, Angelicum 6 [1929] 256).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''119 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l’interpréter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne croirais pas à l’Evangile, si l’autorité de l’Eglise catholique ne m’y poussait (S. Augustin, fund. 5, 6&amp;amp;nbsp;: PL 42, 176).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le Canon des Écritures =====&lt;br /&gt;
''120 ''C’est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l’Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres Saints (cf. DV 8, 3). Cette liste intégrale est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Canon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des Écritures. Elle comporte pour l’Ancien Testament 46 (45, si l’on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau (cf. DS 179&amp;amp;nbsp;; 1334-1336&amp;amp;nbsp;; 1501-1504)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, Esdras et Néhémie, Tobie, Judith, Esther, les deux livres des Maccabées, Job, les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie, les Lamentations, Baruch, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Agée, Zacharie, Malachie pour l’Ancien Testament&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, les Actes des Apôtres, les Épîtres de S. Paul aux Romains, la première et la deuxième aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, la première et la deuxième aux Thessaloniciens, la première et la deuxième à Timothée, à Tite, à Philémon, l’Épître aux Hébreux, l’Épître de Jacques, la première et la deuxième de Pierre, les trois Épîtres de Jean, l’Épître de Jude et l’Apocalypse pour le Nouveau Testament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Ancien Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''121 ''L’Ancien Testament est une partie inamissible de l’Écriture Sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente (cf. DV 14) car l’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''122 ''En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Économie de l’Ancien Testament avait pour principale raison d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du provisoire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, les livres de l’Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l’amour salvifique de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d’admirables trésors de prière&amp;amp;nbsp;; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''123 ''Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L’Église a toujours vigoureusement repoussé l’idée de rejeter l’Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l’aurait rendu caduc (Marcionisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''124 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Parole de Dieu qui est une force divine pour le salut de tout croyant, se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 17). Ces écrits nous livrent la vérité définitive de la Révélation divine. Leur objet central est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l’action de l’Esprit Saint (cf. DV 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''125 ''Les ''Évangiles'' sont le cœur de toutes les Écritures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l’enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''126 ''Dans la formation des Évangiles on peut distinguer trois étapes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''La vie et l’enseignement de Jésus''. L’Église tient fermement que les quatre Évangiles, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dont elle affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La tradition orale. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par l’Esprit de vérité, jouissaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Les Évangiles écrits.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''127 ''L’Évangile quadriforme occupe dans l’Église une place unique, témoins la vénération dont l’entoure la liturgie et l’attrait incomparable qu’il a exercé de tout temps sur les saints&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il n’y a aucune doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de l’Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes (Ste Césarie la Jeune, Rich.&amp;amp;nbsp;: SC 345, 480).&amp;lt;br/&amp;gt; C’est par-dessus tout l’''Évangile'' qui m’entretient pendant mes oraisons&amp;amp;nbsp;; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''128 ''L’Église, déjà aux temps apostoliques (cf. 1 Co 10, 6. 11&amp;amp;nbsp;; He 10, 1&amp;amp;nbsp;; 1 P 3, 21), et puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l’unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la ''typologie''. Celle-ci discerne dans les œuvres de Dieu dans l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''129 ''Les chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Cette lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l’Ancien Testament. Elle ne doit pas faire oublier qu’il garde sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). Par ailleurs, le Nouveau Testament demande d’être lu aussi à la lumière de l’Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (cf. 1 Co 5, 6-8&amp;amp;nbsp;; 10, 1-11). Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, alors que l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Nouveau se cache dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Hept. 2, 73&amp;amp;nbsp;: PL 34, 623&amp;amp;nbsp;; cf. DV 16). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''130 ''La typologie signifie le dynamisme vers l’accomplissement du plan divin quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28). Aussi la vocation des patriarches et l’Exode de l’Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur propre dans le plan de Dieu, du fait qu’ils en sont en même temps des étapes intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. La Sainte Écriture dans la vie de l’Église =====&lt;br /&gt;
''131 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21). Il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''132 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que l’étude de la Sainte Écriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l’instruction chrétienne, où l’homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l’Écriture, une saine nourriture et une saine vigueur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''133 ''L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (...) à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, ‘la science éminente de Jésus-Christ’ (Ph 3, 8). ‘En effet, ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ’ (S. Jérôme, Is. prol.&amp;amp;nbsp;: PL 24, 17B)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134 Toute l’Écriture divine n’est qu’un seul livre, et ce seul livre c’est le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car toute l’Écriture divine parle du Christ, et toute l’Écriture divine s’accomplit dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hugues de Saint Victor, De arca Noe 2, 8&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642&amp;amp;nbsp;; cf. ibid. 2, 9&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642-643: PL 176, 642C). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et, puisqu’elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
136 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte en inspirant ses auteurs humains&amp;amp;nbsp;; Il agit en eux et par eux. Il donne ainsi l’assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire (cf. DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
137 L’interprétation des Écritures inspirées doit être avant tout attentive à ce que Dieu veut révéler par les auteurs sacrés pour notre salut. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui vient de l’Esprit, n’est pleinement entendu que par l’action de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Origène, hom. in Ex. 4, 5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
138 L’Église reçoit et vénère comme inspirés les 46 livres de l’Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139 Les quatre Évangiles tiennent une place centrale puisque le Christ Jésus en est le centre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
140 L’unité des deux Testaments découle de l’unité du dessein de Dieu et de sa Révélation.. L’Ancien Testament prépare le Nouveau, alors que celui-ci accomplit l’Ancien&amp;amp;nbsp;; les deux s’éclairent mutuellement&amp;amp;nbsp;; les deux sont vraie Parole de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a fait pour le Corps même du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21)&amp;amp;nbsp;: ces deux nourrissent et régissent toute la vie chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 105&amp;amp;nbsp;; cf. Is 50, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : La réponse de l’homme à Dieu ====&lt;br /&gt;
''142 Par sa révélation'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible s’adresse aux hommes comme à ses amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). La réponse adéquate à cette invitation est la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''143 Par la foi ''l’homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l’homme donne son assentiment à Dieu révélateur (cf. DV 5). L’Écriture Sainte appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette réponse de l’homme au Dieu qui révèle (cf. Rm 1, 5&amp;amp;nbsp;; 16, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : Je crois =====&lt;br /&gt;
===== I. L’obéissance de la foi =====&lt;br /&gt;
''144 ''Obéir (''ob-audire'') dans la foi, c’est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même. De cette obéissance, Abraham est le modèle que nous propose l’Écriture Sainte. La Vierge Marie en est la réalisation la plus parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Abraham – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''145 ''L’Épître aux Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement sur la foi d’Abraham&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, Abraham ''obéit'' à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 8&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 12, 1-4). Par la foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans la Terre promise (cf. Gn 23, 4). Par la foi, Sara reçut de concevoir le fils de la promesse. Par la foi enfin, Abraham offrit son fils unique en sacrifice (cf. He 11, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''146 ''Abraham réalise ainsi la définition de la foi donnée par l’épître aux Hébreux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fut compté comme justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 3&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 6). Grâce à cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;foi puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 20), Abraham est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous ceux qui croiraient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 11. 18&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''147 ''De cette foi, l’Ancien Testament est riche en témoignages. L’Épître aux Hébreux proclame l’éloge de la foi exemplaire des anciens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui leur a valu un bon témoignage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 2. 39). Pourtant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la grâce de croire en son Fils Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef de notre foi, qui la mène à la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 40&amp;amp;nbsp;; 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''148 ''La Vierge Marie réalise de la façon la plus parfaite l’obéissance de la foi. Dans la foi, Marie accueillit l’annonce et la promesse apportées par l’ange Gabriel, croyant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14), et donnant son assentiment&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38). Élisabeth la salua&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 45). C’est pour cette foi que toutes les générations la proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''149 ''Pendant toute sa vie, et jusqu’à sa dernière épreuve (cf. Lc 2, 35), lorsque Jésus, son fils, mourut sur la croix, sa foi n’a pas vacillé. Marie n’a pas cessé de croire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en l’accomplissement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la parole de Dieu. Aussi bien, l’Église vénère-t-elle en Marie la réalisation la plus pure de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Je sais en qui j’ai mis ma foi &amp;quot; (2 Tm 1, 12) =====&lt;br /&gt;
'''Croire en Dieu seul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''150 ''La foi est d’abord une ''adhésion personnelle'' de l’homme ''à Dieu''&amp;amp;nbsp;; elle est en même temps, et inséparablement, ''l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé''. En tant qu’adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la vérité qu’il a révélé, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu’Il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une créature (cf. Jr 17, 5-6&amp;amp;nbsp;; Ps 40, 5&amp;amp;nbsp;; 146, 3-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en Jésus-Christ, le Fils de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''151 ''Pour le chrétien, croire en Dieu, c’est inséparablement croire en Celui qu’Il a envoyé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;son Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en qui Il a mis toute sa complaisance (cf. Mc 1, 11)&amp;amp;nbsp;; Dieu nous a dit de L’écouter (cf. Mc 9, 7). Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croyez en Dieu, croyez aussi en moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 1). Nous pouvons croire en Jésus-Christ parce qu’Il est Lui-même Dieu, le Verbe fait chair&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul n’a jamais vu Dieu&amp;amp;nbsp;; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, L’a fait connaître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 18). Parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a vu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 46), Il est seul à Le connaître et à pouvoir Le révéler (cf. Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''152 ''On ne peut pas croire en Jésus-Christ sans avoir part à son Esprit. C’est l’Esprit Saint qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul ne peut dire&amp;amp;nbsp;: ‘Jésus est Seigneur’, que sous l’action de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu (...) Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 10-11). Dieu seul connaît Dieu tout entier. Nous croyons ''en'' l’Esprit Saint parce qu’il est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église ne cesse de confesser sa foi en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Les caractéristiques de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La foi est une grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''153 ''Lorsque S. Pierre confesse que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare que cette révélation ne lui est pas venue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 1, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 25). La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour prêter cette foi, l’homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne ‘à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un acte humain'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''154 ''Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme de faire confiance à Dieu et d’adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations humaines il n’est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que d’autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de faire confiance à leurs promesses (comme, par exemple, lorsqu’un homme et une femme se marient), pour entrer ainsi en communion mutuelle. Dès lors, il est encore moins contraire à notre dignité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui révèle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008) et d’entrer ainsi en communion intime avec Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''155 ''Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 2, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi et l’intelligence'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''156 ''Le ''motif'' de croire n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Néanmoins, pour que l’hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., DS 3009). C’est ainsi que les miracles du Christ et des saints (cf. Mc 16, 20&amp;amp;nbsp;; He 2, 4), les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;motifs de crédibilité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui montrent que l’assentiment de la foi n’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nullement un mouvement aveugle de l’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008-3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''157 ''La foi est ''certaine, ''plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu’elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. Certes, les vérités révélées peuvent paraître obscures à la raison et à l’expérience humaines, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 171, 5, obj. 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dix mille difficultés ne font pas un seul doute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Newman, apol.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''158 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi ''cherche à comprendre''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Anselme, prosl. proœm.&amp;amp;nbsp;: PL 153, 225A)&amp;amp;nbsp;: il est inhérent à la foi que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu’Il a révélé&amp;amp;nbsp;; une connaissance plus pénétrante appellera à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d’amour. La grâce de la foi ouvre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les yeux du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 18) pour une intelligence vive des contenus de la Révélation, c’est-à-dire de l’ensemble du dessein de Dieu et des mystères de la foi, de leur lien entre eux et avec le Christ, centre du mystère révélé. Or, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre toujours plus profonde l’intelligence de la Révélation, l’Esprit Saint ne cesse, par ses dons, de rendre la foi plus parfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5). Ainsi, selon l’adage de S. Augustin (serm. 43, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 258), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;je crois pour comprendre et je comprends pour mieux croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''159 Foi et science. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3017). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi&amp;amp;nbsp;: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s’efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La liberté de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''160 ''Pour être humaine, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réponse de la foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire&amp;amp;nbsp;; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi. Par sa nature même, en effet, l’acte de foi a un caractère volontaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 10&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 748, § 2). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, certes, appelle l’homme à le servir en esprit et vérité&amp;amp;nbsp;; si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas. (...) Cela est apparu au plus haut point dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11). En effet, le Christ a invité à la foi et à la conversion, il n’y a nullement contraint. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume (...) s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La nécessité de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''161 ''Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut (cf. Mc 16, 16&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 36&amp;amp;nbsp;; 6, 40 e.a.). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parce que ‘sans la foi (...) il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) et d’arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu’il n’ait ‘persévéré en elle jusqu’à la fin’ (Mt 10, 22&amp;amp;nbsp;; 24, 13), n’obtiendra la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3012&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1532).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La persévérance dans la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''162 ''La foi est un don gratuit que Dieu fait à l’homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre&amp;amp;nbsp;; S. Paul en avertit Timothée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience&amp;amp;nbsp;; pour s’en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre, croître et persévérer jusqu’à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; nous devons implorer le Seigneur de l’augmenter (cf. Mc 9, 24&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 5&amp;amp;nbsp;; 22, 32)&amp;amp;nbsp;; elle doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;agir par la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 6&amp;amp;nbsp;; cf. Jc 2, 14-26), être portée par l’espérance (cf. Rm 15, 13) et être enracinée dans la foi de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi – commencement de la vie éternelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''163 ''La foi nous fait goûter comme à l’avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tandis que dès maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un miroir, c’est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre foi nous assure qu’un jour nous en jouirons (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132&amp;amp;nbsp;; cf. S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''164 ''Maintenant, cependant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme dans un miroir, d’une manière confuse, (...), imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12). Lumineuse par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l’obscurité. La foi peut être mise à l’épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure&amp;amp;nbsp;; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle, elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''165 ''C’est alors que nous devons nous tourner vers les ''témoins de la foi''&amp;amp;nbsp;: Abraham, qui crut, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;espérant contre toute espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 18)&amp;amp;nbsp;; la Vierge Marie qui, dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 58), est allée jusque dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nuit de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 18) en communiant à la souffrance de son Fils et à la nuit de son tombeau&amp;amp;nbsp;; et tant d’autres témoins de la foi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enveloppés d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 12, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : Nous croyons =====&lt;br /&gt;
''166 ''La foi est un acte personnel&amp;amp;nbsp;: la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''167 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole des Apôtres)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople, dans l’original grec)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église confessée par les évêques assemblés en Concile ou, plus généralement, par l’assemblée liturgique des croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: c’est aussi l’Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Regarde, Seigneur, la foi de ton Église &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''168 ''C’est d’abord l’Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C’est d’abord l’Église qui, partout, confesse le Seigneur (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est toi que par tout l’univers la Sainte Église proclame son Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chantons-nous dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Te Deum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est par l’Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. Dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rituale Romanum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le ministre du baptême demande au catéchumène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que demandes-tu à l’Église de Dieu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Et la réponse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que te donne la foi&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OICA 75 et 247).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''169 ''Le salut vient de Dieu seul&amp;amp;nbsp;; mais parce que nous recevons la vie de la foi à travers l’Église, celle-ci est notre mère&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons l’Église comme la mère de notre nouvelle naissance, et non pas en l’Église comme si elle était l’auteur de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Faustus de Riez, Spir. 1, 2&amp;amp;nbsp;: CSEL 21, 104). Parce qu’elle est notre mère, elle est aussi l’éducatrice de notre foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le langage de la foi =====&lt;br /&gt;
''170 ''Nous ne croyons pas en des formules, mais dans les réalités qu’elles expriment et que la foi nous permet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toucher&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’acte (de foi) du croyant ne s’arrête pas à l’énoncé, mais à la réalité (énoncée)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 1, 2, ad 2). Cependant, ces réalités, nous les approchons à l’aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d’exprimer et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l’assimiler et d’en vivre de plus en plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''171 ''L’Église qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la colonne et le soutien de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 15), garde fidèlement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jude 3). C’est elle qui garde la mémoire des Paroles du Christ, c’est elle qui transmet de génération en génération la confession de foi des apôtres. Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là même à comprendre et à communiquer, l’Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l’intelligence et la vie de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Une seule foi =====&lt;br /&gt;
''172 ''Depuis des siècles, à travers tant de langues, cultures, peuples et nations, l’Église ne cesse de confesser sa foi unique, reçue d’un seul Seigneur, transmise par un seul baptême, enracinée dans la conviction que tous les hommes n’ont qu’un seul Dieu et Père (cf. Ep 4, 4-6). S. Irénée de Lyon, témoin de cette foi, déclare&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''173 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, l’Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu’aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (...) garde [cette prédication et cette foi] avec soin, comme n’habitant qu’une seule maison, elle y croit d’une manière identique, comme n’ayant qu’une seule âme et qu’un seul cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d’une voix unanime, comme ne possédant qu’une seule bouche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (hær. 1, 10, 1-2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''174 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique. Et ni les Églises établies en Germanie n’ont d’autre foi ou d’autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l’Orient, de l’Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid. 1, 10, 1-2) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le message de l’Église est donc véridique et solide, puisque c’est chez elle qu’un seul chemin de salut apparaît à travers le monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 5, 20, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''175 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette foi que nous avons reçue de l’Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l’action de l’Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''176 La foi est une adhésion personnelle de l’homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une adhésion de l’intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par ses actions et ses paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''177 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a donc une double référence&amp;amp;nbsp;: à la personne et à la vérité&amp;amp;nbsp;; à la vérité par confiance en la personne qui l’atteste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''178 Nous ne devons croire en nul autre que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''179 La foi est un don surnaturel de Dieu. Pour croire, l’homme a besoin des secours intérieurs du Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''180 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte humain, conscient et libre, qui correspond à la dignité de la personne humaine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''181 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte ecclésial. La foi de l’Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L’Église est la mère de tous les croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n’a pas l’Église pour mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Cyprien, unit. eccl.&amp;amp;nbsp;: PL 4, 503A).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''182 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 20).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''183 La foi est nécessaire au salut. Le Seigneur lui-même l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;; celui qui ne croira pas, sera condamné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 16).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''184 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est un avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., comp. 1, 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Credo ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Symbole des Apôtres (DS 30)&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Credo de Nicée-Constantinople (DS 150)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en Dieu,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de l’univers visible et invisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Et en Jésus-Christ, son Fils unique&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| notre Seigneur,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Fils unique de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| né du Père avant tous les siècles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est Dieu, né de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Lumière, né de la Lumière,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| vrai Dieu, né du vrai Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| engendré, non pas créé,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de même nature que le Père,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et par Lui tout a été fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Pour nous les hommes, et pour notre salut,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui a été conçu du Saint-Esprit,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| par l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est né de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il a pris chair de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et S’est fait homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a souffert sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a été crucifié, est mort&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et a été enseveli,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est descendu aux enfers.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Le troisième jour est ressuscité des morts,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II ressuscita le troisième jour,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| conformément aux Ecritures,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est monté aux cieux,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et Il monta au ciel;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est assis à la droite de Dieu le Père&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est assis à la droite du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| d’où Il viendra juger les vivants et les morts.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reviendra dans la gloire,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour juger les vivants et les morts;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et son règne n’aura pas de fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui est Seigneur et qui donne la vie;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il procède du Père et du Fils;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| avec le Père et le Fils,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reçoit même adoration et même gloire;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II a parlé par les prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la sainte Eglise catholique,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Eglise,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la communion des saints,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| une, sainte, catholique et apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je reconnais un seul baptême&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la rémission des péchés,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour le pardon des péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la résurrection de la chair,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| J’attends la résurrection des morts,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la vie éternelle,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et la vie du monde à venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
=== Deuxième section : La profession de la foi chrétienne ===&lt;br /&gt;
'''Les symboles de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''185 ''Qui dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’adhère à ce que ''nous'' croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La communion dans la foi a besoin d’un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant dans la même confession de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''186 ''Dès l’origine, l’Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 3-5&amp;amp;nbsp;; etc.). Mais très tôt déjà, l’Église a aussi voulu recueillir l’essentiel de sa foi en des résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette synthèse de la foi n’a pas été faite selon les opinions humaines&amp;amp;nbsp;; mais de toute l’Écriture a été recueilli ce qu’il y a de plus important, pour donner au complet l’unique enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12&amp;amp;nbsp;: PG 33, 521-524).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''187 ''On appelle ces synthèses de la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;professions de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en raison de ce qui en est normalement la première parole&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On les appelle également &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Symboles de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''188 ''Le mot grec ''symbolon'' signifiait la moitié d’un objet brisé (par exemple un sceau) que l’on présentait comme un signe de reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier l’identité du porteur. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. ''Symbolon'' signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le recueil des principales vérités de la foi. D’où le fait qu’il sert de point de référence premier et fondamental de la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''189 ''La première &amp;quot;&amp;amp;nbsp;profession de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se fait lors du Baptême. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est d’abord le symbole ''baptismal''. Puisque le Baptême est donné &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19), les vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''190 ''Le Symbole est donc divisé en trois parties&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’abord il est question de la première Personne divine et de l’œuvre admirable de la création&amp;amp;nbsp;; ensuite, de la seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes&amp;amp;nbsp;; enfin de la troisième Personne divine, source et principe de notre sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les trois chapitres de notre sceau (baptismal)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 100).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''191 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D’après une comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons ''articles.'' De même, en effet, que dans nos membres, il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison le nom d’articles aux vérités que nous devons croire en particulier et d’une manière distincte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 4). Selon une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi coutume de compter ''douze'' articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres l’ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''192 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins des différentes époques, les professions ou symboles de la foi&amp;amp;nbsp;: les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS 1-64), le Symbole &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit de S. Athanase (cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède&amp;amp;nbsp;: DS 525-541&amp;amp;nbsp;; Latran&amp;amp;nbsp;: DS 800-802&amp;amp;nbsp;; Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 851-861&amp;amp;nbsp;; Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fides Damasi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 71-72) ou le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [SPF] de Paul VI (1968).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''193 ''Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l’Église ne peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à atteindre et à approfondir aujourd’hui la foi de toujours à travers les divers résumés qui en ont été faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute particulière dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''194 ''Le ''Symbole des apôtres'', appelé ainsi parce qu’il est considéré à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l’ancien symbole baptismal de l’Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est le symbole que garde l’Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, symb. 7&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''195 ''Le ''Symbole dit de Nicée-Constantinople'' tient sa grande autorité du fait qu’il est issu des deux premiers Conciles œcuméniques (325 et 381). Il demeure commun, aujourd’hui encore, à toutes les grandes Églises de l’Orient et de l’Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''196 ''Notre exposé de la foi suivra le ''Symbole des apôtres'' qui constitue, pour ainsi dire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le plus ancien catéchisme romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’exposé sera cependant complété par des références constantes au ''Symbole de Nicée-Constantinople'', souvent plus explicite et plus détaillé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''197 ''Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la règle de doctrine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 17), accueillons le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo, c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, c’est entrer aussi en communion avec l’Église toute entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre cœur et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de notre âme (S. Ambroise, symb. 1&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1155C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : Je crois en Dieu le Père ====&lt;br /&gt;
''198 ''Notre profession de foi commence par ''Dieu,'' car Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier et Le dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 44, 6), le Commencement et la Fin de tout. Le Credo commence par Dieu ''le Père'', parce que le Père est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;; notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce que la création est le commencement et le fondement de toutes les œuvres de Dieu .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : &amp;quot; Je crois en Dieu le Père Tout-puissant Créateur du ciel et de la terre &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Je crois en Dieu =====&lt;br /&gt;
''199 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est révélé progressivement aux hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles font d’abord profession de croire en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Je crois en un seul Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''200 ''C’est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople. La confession de l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation Divine dans l’Ancienne Alliance, est inséparable de celle de l’existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique&amp;amp;nbsp;: il n’y a qu’un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi chrétienne confesse qu’il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''201 ''A Israël, son élu, Dieu S’est révélé comme l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4-5). Par les prophètes, Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui, l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre (...). Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera toute langue en disant&amp;amp;nbsp;: en Dieu seul sont la justice et la force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 22-24&amp;amp;nbsp;; cf. Ph 2, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''202 ''Jésus Lui-même confirme que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’il faut L’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 29-30). Il laisse en même temps entendre qu’Il est Lui-même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 35-37). Confesser que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le propre de la foi chrétienne. Cela n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique. Croire en l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est Seigneur et qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; n’introduit aucune division dans le Dieu unique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous croyons fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint Esprit&amp;amp;nbsp;: Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Dieu révèle son nom =====&lt;br /&gt;
''203 ''A son peuple Israël Dieu s’est révélé en lui faisant connaître son nom. Le nom exprime l’essence, l’identité de la personne et le sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n’est pas une force anonyme. Livrer son nom, c’est se faire connaître aux autres&amp;amp;nbsp;; c’est en quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être connu plus intimement et d’être appelé, personnellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''204 ''Dieu s’est révélé progressivement et sous divers noms à son peuple, mais c’est la révélation du nom divin faite à Moïse dans la théophanie du buisson ardent, au seuil de l’Exode et de l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Dieu vivant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''205 ''Dieu appelle Moïse du milieu d’un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses&amp;amp;nbsp;; Il vient pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute Puissance en œuvre pour ce dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis Celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Moïse dit à Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis&amp;amp;nbsp;: ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous’. Mais s’ils me disent&amp;amp;nbsp;: ‘quel est son nom&amp;amp;nbsp;?’, que leur dirai-je&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Et il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici ce que tu diras aux Israélites&amp;amp;nbsp;: ‘Je suis’ m’a envoyé vers vous. (...) C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 13-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''206 ''En révélant Son nom mystérieux de YHWH, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis qui Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Dieu dit Qui Il est et de quel nom on doit L’appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime le mieux Dieu comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre ou dire&amp;amp;nbsp;: Il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu caché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu qui Se fait proche des hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''207 ''En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui est de toujours et pour toujours, valable pour le passé (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3, 6), comme pour l’avenir&amp;amp;nbsp;: (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai avec toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3,12). Dieu qui révèle son nom comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se révèle comme le Dieu qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''208 ''Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu, l’homme découvre sa petitesse. Devant le buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se voile le visage (cf. Ex 3, 5-6) face à la Sainteté Divine. Devant la gloire du Dieu trois fois saint, Isaïe s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Malheur à moi, je suis perdu&amp;amp;nbsp;! Car je suis un homme aux lèvres impures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 6, 5). Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 8). Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l’homme qui se découvre pécheur devant lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère (...) car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Os 10, 9). L’apôtre Jean dira de même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devant Lui nous apaiseront notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur, et Il connaît tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''209 ''Par respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne prononce pas le nom de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé est remplacé par le titre divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Adonaï'', en grec ''Kyrios''). C’est sous ce titre que sera acclamée la Divinité de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de tendresse et de pitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''210 ''Après le péché d’Israël, qui s’est détourné de Dieu pour adorer le veau d’or (cf. Ex 32), Dieu &amp;lt;nowiki&amp;gt;écoute l’intercession de Moïse et accepte de marcher au milieu d’un peuple infidèle, manifestant ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande de voir Sa gloire, Dieu répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ferai passer devant toi toute ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 5-6). Moïse confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''211 ''Le nom divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché des hommes et du châtiment qu’il mérite, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garde sa grâce à des milliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 7). Dieu révèle qu’Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en miséricorde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 4) en allant jusqu’à donner son propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera qu’Il porte Lui-même le nom divin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je suis’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu seul EST'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''212 ''Au cours des siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est unique, hormis Lui pas de dieux (cf. Is 44, 6). Il transcende le monde et l’histoire. C’est Lui qui a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Eux périssent, Toi tu restes&amp;amp;nbsp;; tous, comme un vêtement ils s’usent (...) mais Toi, le même, sans fin sont tes années&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 102, 27-28). En Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 1, 17). Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi qu’Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''213 ''La révélation du nom ineffable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; contient donc la vérité que Dieu seul EST. C’est en ce sens que déjà la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l’Église, ont compris le nom divin&amp;amp;nbsp;: Dieu est la plénitude de l’Être et de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même et Il est de Lui-même tout ce qu’Il est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Dieu , &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, est Vérité et Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''214 ''Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, s’est révélé à Israël comme Celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses du nom divin. Dans toutes ses œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa bonté, sa grâce, son amour&amp;amp;nbsp;; mais aussi sa fiabilité, sa constance, sa fidélité, sa vérité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 138, 2&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 85, 11). Il est la Vérité, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 1, 5)&amp;amp;nbsp;; Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, comme l’apôtre Jean l’enseigne (1 Jn 4, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Vérité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''215 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vérité, le principe de ta parole&amp;amp;nbsp;! Pour l’éternité, tes justes jugements&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 160). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Seigneur Dieu, c’est Toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 S 7, 28)&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi les promesses de Dieu se réalisent toujours (cf. Dt 7, 9). Dieu est la Vérité même, ses paroles ne peuvent tromper. C’est pourquoi on peut se livrer en toute confiance à la vérité et à la fidélité de sa parole en toutes choses. Le commencement du péché et de la chute de l’homme fut un mensonge du tentateur qui induit à douter de la parole de Dieu, de sa bienveillance et de sa fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''216 ''La vérité de Dieu est sa sagesse qui commande tout l’ordre de la création et du gouvernement du monde (cf. Sg 13, 1-9). Dieu qui, seul, a créé le ciel et la terre (cf. Ps 115, 15), peut seul donner la connaissance véritable de toute chose créée dans sa relation à Lui (cf. Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''217 ''Dieu est vrai aussi quand Il se révèle&amp;amp;nbsp;: l’enseignement qui vient de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une doctrine de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ml 2, 6). Quand Il enverra son Fils dans le monde ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour rendre témoignage à la Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 37)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''218 ''Au cours de son histoire, Israël a pu découvrir que Dieu n’avait qu’une raison de s’être révélé à lui et de l’avoir choisi parmi tous les peuples pour être à lui&amp;amp;nbsp;: son amour gratuit (cf. Dt 4, 37&amp;amp;nbsp;; 7, 8&amp;amp;nbsp;; 10, 15). Et Israël de comprendre, grâce à ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a cessé de le sauver (cf. Is 43, 1-7) et de lui pardonner son infidélité et ses péchés (cf. Os 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''219 ''L’amour de Dieu pour Israël est comparé à l’amour d’un père pour son fils (Os 11, 1). Cet amour est plus fort que l’amour d’une mère pour ses enfants (cf. Is 49, 14-15). Dieu aime son Peuple plus qu’un époux sa bien-aimée (cf. Is 62, 4-5)&amp;amp;nbsp;; cet amour sera vainqueur même des pires infidélités (cf. Ez 16&amp;amp;nbsp;; Os 11)&amp;amp;nbsp;; il ira jusqu’au don le plus précieux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''220 ''L’amour de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 8)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler, mais mon amour pour toi ne s’en ira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’un amour éternel, je t’ai aimé&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi je t’ai conservé ma faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''221 ''S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16)&amp;amp;nbsp;: l’Être même de Dieu est Amour. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co 2, 7-16&amp;amp;nbsp;; Ep 3, 9-12)&amp;amp;nbsp;: Il est Lui-même éternellement échange d’amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. La portée de la foi en Dieu Unique =====&lt;br /&gt;
''222 ''Croire en Dieu, l’Unique, et L’aimer de tout son être a des conséquences immenses pour toute notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''223 C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse notre science&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 36, 26). C’est pour cela que Dieu doit être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier servi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ste Jeanne d’Arc, dictum).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''224 C’est vivre en action de grâce&amp;amp;nbsp;:'' si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons vient de Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’as-tu que tu n’aies reçu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’Il m’a fait&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 116, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''225 C’est connaître l’unité et la vraie dignité de tous les hommes''&amp;amp;nbsp;: tous, ils sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image et à la ressemblance de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''226 C’est bien user des choses créées&amp;amp;nbsp;: ''la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher dans la mesure où cela nous détourne de Lui (cf. Mt 5, 29-30&amp;amp;nbsp;; 16, 24&amp;amp;nbsp;; 19, 23-24)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi (S. Nicolas de Flüe, prière).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''227 C’est faire confiance à Dieu en toute circonstance,'' même dans l’adversité. Une prière de Ste. Thérèse de Jésus l’exprime admirablement&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie&amp;lt;br/&amp;gt; Tout passe / Dieu ne change pas&amp;lt;br/&amp;gt; La patience obtient tout / Celui qui a Dieu&amp;lt;br/&amp;gt; Ne manque de rien / Dieu seul suffit.&amp;lt;br/&amp;gt; (Poes. 9)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
228 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4&amp;amp;nbsp;; Mc 12, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut nécessairement que l’Être suprême soit unique, c’est-à-dire sans égal. (...) Si Dieu n’est pas unique, il n’est pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, Marc. 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229 La foi en Dieu nous amène à nous tourner vers Lui seul comme vers notre première origine et notre fin ultime, et ne rien Lui préférer ou Lui substituer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''230 Dieu, en se révélant, demeure mystère ineffable&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 52, 6, 16&amp;amp;nbsp;'': PL 38, 360'').''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''231 Le Dieu de notre foi s’est révélé comme ''Celui qui est&amp;amp;nbsp;; ''Il s’est fait connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Son Être même est Vérité et Amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2 : Le Père =====&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''232 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la triple interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Césaire d’Arles, symb.&amp;amp;nbsp;: CCL 103, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''233 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Père et du Fils et du Saint-Esprit et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aux noms&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552&amp;amp;nbsp;: DS 415) car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: la Très Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''234 ''Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi&amp;amp;nbsp;; il est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hiérarchie des vérités de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 43). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute l’histoire du salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''235 ''Dans ce paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé le mystère de la Bienheureuse Trinité (I), comment l’Église a formulé la doctrine de la foi sur ce mystère (II), et enfin, comment, par les missions divines du Fils et de l’Esprit Saint, Dieu le Père réalise son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de création, de rédemption et de sanctification (III).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''236 ''Les Pères de l’Église distinguent entre la ''Theologia'' et l’''Oikonomia'', désignant par le premier terme le mystère de la vie intime du Dieu-Trinité, par le second toutes les œuvres de Dieu par lesquelles Il Se révèle et communique Sa vie. C’est par l’''Oikonomia'' que nous est révélée la ''Theologia''&amp;amp;nbsp;; mais inversement, c’est la ''Theologia'' qui éclaire toute l’''Oikonomia''. Les œuvres de Dieu révèlent qui Il est en Lui-même&amp;amp;nbsp;; et inversement, le mystère de Son Être intime illumine l’intelligence de toutes Ses œuvres. Il en est ainsi, analogiquement, entre les personnes humaines. La personne se montre dans son agir, et mieux nous connaissons une personne, mieux nous comprenons son agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''237 ''La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Dieu certes a laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu et la mission du Saint Esprit .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La révélation de Dieu comme Trinité =====&lt;br /&gt;
'''Le Père révélé par le Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''238 ''L’invocation de Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est connue dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père des dieux et des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. En Israël, Dieu est appelé Père en tant que Créateur du monde (cf. Dt 32, 6&amp;amp;nbsp;; Ml 2, 10). Dieu est Père plus encore en raison de l’alliance et du don de la Loi à Israël son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils premier-né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 4, 22). Il est aussi appelé Père du roi d’Israël (cf. 2 S 7, 14). Il est tout spécialement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Père des pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de l’orphelin et de la veuve qui sont sous sa protection aimante (cf. Ps 68, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''239 ''En désignant Dieu du nom de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le langage de la foi indique principalement deux aspects&amp;amp;nbsp;: que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 131, 2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14&amp;amp;nbsp;; Is 49, 15)&amp;amp;nbsp;: Personne n’est père comme l’est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''240 ''Jésus a révélé que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans un sens inouï&amp;amp;nbsp;: Il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, Il est éternellement Père en relation à son Fils unique, qui éternellement n’est Fils qu’en relation au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le révéler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''241 ''C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''242 ''A leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé en 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consubstantiel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa formulation du Credo de Nicée et a confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Père et le Fils révélés par l’Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''243 ''Avant sa Pâque, Jésus annonce l’envoi d’un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;autre Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Défenseur), l’Esprit Saint. A l’œuvre depuis la création (cf. Gn 1, 2), ayant jadis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des disciples et en eux (cf. Jn 14, 17), pour les enseigner (cf. Jn 14, 26) et les conduire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vers la vérité tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). L’Esprit Saint est ainsi révélé comme une autre personne divine par rapport à Jésus et au Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''244 ''L’origine éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission temporelle. L’Esprit Saint est envoyé aux apôtres et à l’Église aussi bien par le Père au nom du Fils, que par le Fils en personne, une fois retourné auprès du Père (cf. Jn 14, 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 14). L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de Jésus (cf. Jn 7, 39) révèle en plénitude le mystère de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''245 ''La foi apostolique concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième Concile œcuménique en 381 à Constantinople&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons dans l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie&amp;amp;nbsp;; il procède du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150). L’Église reconnaît par là le Père comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la source et l’origine de toute la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède VI en 638&amp;amp;nbsp;: DS 490). L’origine éternelle de l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui est la Troisième Personne de la Trinité, est Dieu, un et égale au Père et au Fils, de même substance et aussi de même nature. (...) Cependant, on ne dit pas qu’il est seulement l’Esprit du Père, mais à la fois l’Esprit du Père et du Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 527). Le Credo du Concile de Constantinople de l’Église confesse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''246 ''La tradition latine du Credo confesse que l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;procède du Père ''et du Fils'' (''filioque'')&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Concile de Florence, en 1438, explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint Esprit tient son essence et son être à la fois du Père et du Fils et Il procède éternellement de l’Un comme de l’Autre comme d’un seul Principe et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui est au Père, le Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint Esprit à partir du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui L’a engendré éternellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1300-1301).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''247 ''L’affirmation du ''filioque'' ne figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais sur la base d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape S. Léon l’avait déjà confessée dogmatiquement en 447 (cf. DS 284) avant même que Rome ne connût et ne reçût, en 451, au Concile de Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de cette formule dans le Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine (entre le VIIIe et le XIe siècle). L’introduction du ''filioque'' dans le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''248'' La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;issu du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est ''issu'' du Père ''par'' le Fils (cf. AG 2). La tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (''filioque''). Elle le dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de manière légitime et raisonnable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1439&amp;amp;nbsp;: DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de l’Esprit en tant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe sans principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1331), mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Lyon II en 1274&amp;amp;nbsp;: DS 850). Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La Sainte Trinité dans la doctrine de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La formation du dogme trinitaire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''249 ''La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 13, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 4-6&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 4-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''250 ''Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir sa propre intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient. Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''251 ''Pour la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à signifier désormais aussi un mystère ineffable, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''252 ''L’Église utilise le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rendu aussi parfois par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) pour désigner l’être divin dans son unité, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence des uns aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le dogme de la Sainte Trinité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''253 La Trinité est Une''. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Trinité consubstantielle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). Les personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''254 Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles''. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est unique mais non pas solitaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Fides Damasi&amp;amp;nbsp;: DS 71). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est le Fils n’est pas le Père, et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit n’est celui qui est le Père ou le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). Ils sont distincts entre eux par leurs relations d’origine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804). ''L’Unité divine est Trine''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''255 Les personnes divines sont relatives les unes aux autres''&amp;lt;nowiki&amp;gt;. Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les réfèrent les unes aux autres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les noms relatifs des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit aux deux&amp;amp;nbsp;; quand on parle de ces trois personnes en considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 528). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1330). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''256 ''Aux Catéchumènes de Constantinople, S. Grégoire de Nazianze, que l’on appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, confie ce résumé de la foi trinitaire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les maux et mépriser tous les plaisirs&amp;amp;nbsp;: je veux dire la profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois infinis l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en soi-même (...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me ressaisit ... (or. 40, 41&amp;amp;nbsp;: PG 36, 417)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires =====&lt;br /&gt;
''257 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Trinité lumière bienheureuse, O primordiale unité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LH, hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O lux beata Trinitas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de vêpres)&amp;amp;nbsp;! Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin. Dieu est amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 9) qu’il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 4-5), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à reproduire l’image de Son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 29) grâce à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit d’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 15). Ce dessein est une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grâce donnée avant tous les siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire. Il se déploie dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la mission de l’Église (cf. AG 2-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''258 ''Toute l’économie divine est l’œuvre commune des trois personnes divines. Car de même qu’elle n’a qu’une seule et même nature, la Trinité n’a qu’une seule et même opération (cf. Cc Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois principes des créatures mais un seul principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331). Cependant, chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété personnelle. Ainsi l’Église confesse à la suite du Nouveau Testament (cf. 1 Co 8, 6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un Dieu et Père de qui sont toutes choses, un Seigneur Jésus-Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit Saint en qui sont toutes choses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II&amp;amp;nbsp;: DS 421). Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes divines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''259 ''Œuvre à la fois commune et personnelle, toute l’économie divine fait connaître et la propriété des personnes divines et leur unique nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père le fait par le Fils dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; celui qui suit le Christ, le fait parce que le Père l’attire (cf. Jn 6, 44) et que l’Esprit le meut (cf. Rm 8, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''260 ''La fin ultime de toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (cf. Jn 17, 21-23). Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si quelqu’un m’aime, dit le Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 23)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité&amp;amp;nbsp;; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère&amp;amp;nbsp;! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice (Prière de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261 Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Dieu seul peut nous en donner la connaissance en Se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262 L’Incarnation du Fils de Dieu révèle que Dieu est le Père éternel, et que le Fils est consubstantiel au Père, c’est-à-dire qu’il est en lui et avec lui le même Dieu unique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
263 La mission du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf. Jn 14, 26) et par le Fils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux le même Dieu unique. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
264 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint-Esprit procède du Père en tant que source première et, par le don éternel de celui-ci au Fils, du Père et du Fils en communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Trin. 15, 26, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265 Par la grâce du baptême &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes appelés à partager la vie de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle (cf. SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
266 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi catholique consiste en ceci&amp;amp;nbsp;: vénérer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance&amp;amp;nbsp;: car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; mais du Père, du Fils et de l’Esprit Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbolum &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 75).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
267 Inséparables dans ce qu’elles sont, les personnes divines sont aussi inséparables dans ce qu’elles font. Mais dans l’unique opération divine chacune manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité, surtout dans les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3 : Le Tout-Puissant =====&lt;br /&gt;
''268 ''De tous les attributs divins, seule la Toute-Puissance de Dieu est nommée dans le Symbole&amp;amp;nbsp;: la confesser est d’une grande portée pour notre vie. Nous croyons qu’elle est ''universelle,'' car Dieu qui a tout créé (cf. Gn 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 3), régit tout et peut tout&amp;amp;nbsp;; ''aimante,'' car Dieu est notre Père (cf. Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; ''mystérieuse,'' car seule la foi peut la discerner lorsqu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle se déploie dans la faiblesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 1, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce qu’Il veut, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ps 115, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''269 ''Les Saintes Écritures confessent à maintes reprises la puissance ''universelle'' de Dieu. Il est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 49, 24&amp;amp;nbsp;; Is 1, 24 e.a.), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur des armées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fort, le Vaillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 8-10). Si Dieu est Tout-Puissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au ciel et sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 135, 6), c’est qu’il les a faits. Rien ne lui est donc impossible (cf. Jr 32, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 37) et il dispose à son gré de son œuvre (cf. Jr 27, 5)&amp;amp;nbsp;; il est le Seigneur de l’univers dont il a établi l’ordre qui lui demeure entièrement soumis et disponible&amp;amp;nbsp;; il est le Maître de l’histoire&amp;amp;nbsp;: il gouverne les cœurs et les événements selon son gré (cf. Est 4, 17b&amp;amp;nbsp;; Pr 21, 1&amp;amp;nbsp;; Tb 13, 2)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as pitié de tous, parce que Tu peux tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Sg 11, 23)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''270 ''Dieu est le ''Père ''Tout-Puissant. Sa paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En effet, il montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend soin de nos besoins (cf. Mt 6, 32)&amp;amp;nbsp;; par l’adoption filiale qu’il nous donne (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: 2 Co 6, 18)&amp;amp;nbsp;; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre sa puissance au plus haut point en pardonnant librement les péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''271 ''La Toute-Puissance divine n’est nullement arbitraire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Dieu la puissance et l’essence, la volonté et l’intelligence, la sagesse et la justice sont une seule et même chose, de sorte que rien ne peut être dans la puissance divine qui ne puisse être dans la juste volonté de Dieu ou dans sa sage intelligence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 5, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de l’apparente impuissance de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''272 ''La foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut-être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or, Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus ''mystérieuse'' dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 1, 24-25). C’est dans la Résurrection et dans l’exaltation du Christ que le Père a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;déployé la vigueur de sa force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et manifesté &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quelle extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 19-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''273 ''Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses afin d’attirer sur elle la puissance du Christ (cf. 2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13). De cette foi, la Vierge Marie est le suprême modèle, elle qui a cru que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37) et qui a pu magnifier le Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''274 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien n’est donc plus propre à affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction profondément gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura seulement l’idée de la Toute-Puissance divine, elle les admettra facilement et sans hésitation aucune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 13).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275 Avec Job, le juste, nous confessons&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je sais que Tu es Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;: ce que Tu conçois, Tu peux le réaliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 42, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
276 Fidèle au témoignage de l’Écriture, l’Église adresse souvent sa prière au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu Tout-Puissant et éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;omnipotens sempiterne Deus...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), croyant fermement que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14&amp;amp;nbsp;; Mt 19, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277 Dieu manifeste sa Toute-Puissance en nous convertissant de nos péchés et en nous rétablissant dans son amitié par la grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;(MR, collecte du 26e dimanche).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278 A moins de croire que l’amour de Dieu est Tout-Puissant, comment croire que le Père a pu nous créer, le Fils nous racheter, l’Esprit Saint nous sanctifier&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4 : Le Créateur =====&lt;br /&gt;
''279 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1). C’est avec ces paroles solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Nous parlerons donc d’abord du Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché dont Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu nous relever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''280 ''La création est le ''fondement ''de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les desseins salvifiques de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le commencement de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 51) qui culmine dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive sur le mystère de la création&amp;amp;nbsp;; il révèle la fin en vue de laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la nouvelle création dans le Christ (cf. Rm 8, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''281 ''C’est pour cela que les lectures de la Nuit Pascale, célébration de la création nouvelle dans le Christ, commencent par le récit de la création&amp;amp;nbsp;; de même, dans la liturgie byzantine, le récit de la création constitue toujours la première lecture des vigiles des grandes fêtes du Seigneur. Selon le témoignage des anciens, l’instruction des catéchumènes pour le baptême suit le même chemin (cf. Ethérie, pereg. 46&amp;amp;nbsp;: PLS 1, 1089-1090&amp;amp;nbsp;; S. Augustin, catech. 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La catéchèse sur la Création =====&lt;br /&gt;
''282 ''La catéchèse sur la Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne&amp;amp;nbsp;: car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où venons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Où allons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre origine&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre fin&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où vient et où va tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''283 ''La question des origines du monde et de l’homme fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont magnifiquement enrichi nos connaissances sur l’âge et les dimensions du cosmos, le devenir des formes vivantes, l’apparition de l’homme. Ces découvertes nous invitent à admirer d’autant plus la grandeur du Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses œuvres et pour l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Lui qui m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait connaître la structure du monde et les propriétés des éléments (...) car c’est l’ouvrière de toutes choses qui m’a instruit, la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''284 ''Le grand intérêt réservé à ces recherches est fortement stimulé par une question d’un autre ordre, et qui dépasse le domaine propre des sciences naturelles. Il ne s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir quel est le sens d’une telle origine&amp;amp;nbsp;: si elle est gouvernée par le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient de la sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal&amp;amp;nbsp;? D’où vient-il&amp;amp;nbsp;? Qui en est responsable&amp;amp;nbsp;? Et y en a-t-il une libération&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''285 ''Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été confrontée à des réponses différentes de la sienne sur la question des origines. Ainsi, on trouve dans les religions et les cultures anciennes de nombreux mythes concernant les origines. Certains philosophes ont dit que tout est Dieu, que le monde est Dieu, ou que le devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres ont dit que le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant de cette source et retournant vers elle&amp;amp;nbsp;; d’autres encore ont affirmé l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres, en lutte permanente (dualisme, manichéisme)&amp;amp;nbsp;; selon certaines de ces conceptions, le monde (au moins le monde matériel) serait mauvais, produit d’une déchéance, et donc à rejeter ou à dépasser (gnose)&amp;amp;nbsp;; d’autres admettent que le monde ait été fait par Dieu, mais à la manière d’un horloger qui l’aurait, une fois fait, abandonné à lui-même (déisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin n’acceptent aucune origine transcendante du monde, mais y voient le pur jeu d’une matière qui aurait toujours existé (matérialisme). Toutes ces tentatives témoignent de la permanence et de l’universalité de la question des origines. Cette quête est propre à l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''286 ''L’intelligence humaine peut, certes, déjà trouver une réponse à la question des origines. En effet, l’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine (cf. DS 3026), même si cette connaissance est souvent obscurcie et défigurée par l’erreur. C’est pourquoi la foi vient confirmer et éclairer la raison dans la juste intelligence de cette vérité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''287 ''La vérité de la création est si importante pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa tendresse, a voulu révéler à son Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à ce sujet. Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur (cf. Ac 17, 24-29&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 19-20), Dieu a progressivement révélé à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant Israël, l’a créé et formé (cf. Is 43, 1), il se révèle comme celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre entière, comme celui qui, seul, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 15&amp;amp;nbsp;; 124, 8&amp;amp;nbsp;; 134, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''288 ''Ainsi, la révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l’amour Tout-Puissant de Dieu (cf. Gn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Jr 33, 19-26). Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur croissante dans le message des prophètes (cf. Is 44, 24), dans la prière des psaumes (cf. Ps 104) et de la liturgie, dans la réflexion de la sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple élu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''289 ''Parmi toutes les paroles de l’Écriture Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de la Genèse tiennent une place unique. Du point de vue littéraire ces textes peuvent avoir diverses sources. Les auteurs inspirés les ont placés au commencement de l’Écriture de sorte qu’ils expriment, dans leur langage solennel, les vérités de la création, de son origine et de sa fin en Dieu, de son ordre et de sa bonté, de la vocation de l’homme, enfin du drame du péché et de l’espérance du salut. Lues à la lumière du Christ, dans l’unité de l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église, ces paroles demeurent la source principale pour la catéchèse des mystères du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commencement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: création, chute, promesse du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La création – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''290 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: trois choses sont affirmées dans ces premières paroles de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le Dieu éternel a posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul est créateur (le verbe &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – en hébreu ''bara'' – a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) dépend de Celui qui lui donne d’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''291 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement était le Verbe (...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1-3). Le Nouveau Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé. C’est en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16-17). La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donateur de vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Source de tout bien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''292 ''Insinuée dans l’Ancien Testament (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2-3), révélée dans la Nouvelle Alliance, l’action créatrice du Fils et de l’Esprit, inséparablement une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’existe qu’un seul Dieu (...)&amp;amp;nbsp;: il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l’Auteur, il est l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses ''par lui-même,'' c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 2, 30, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le Fils et l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui sont comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ses mains&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 4, 20, 1). La création est l’œuvre commune de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Le monde a été créé pour la gloire de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''293 ''C’est une vérité fondamentale que l’Écriture et la Tradition ne cessent d’enseigner et de célébrer&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde a été créé pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3025). Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pour accroître la Gloire, mais pour manifester et communiquer cette gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (sent. 2, 1, 2, 2, 1). Car Dieu n’a pas d’autre raison pour créer que son amour et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est la clef de l’amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., sent. 2, prol.) Et le premier Concile du Vatican explique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans sa bonté et par sa force toute-puissante, non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses créatures, ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle (DS 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''294 ''La gloire de Dieu c’est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue desquelles le monde a été créé. Faire de nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fils adoptifs par Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté ''à la louange de gloire ''de sa grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 5-6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu&amp;amp;nbsp;: si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 4, 20, 7). La fin ultime de la création, c’est que Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ‘tout en tous’ (1 Co 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le mystère de la création =====&lt;br /&gt;
'''Dieu crée par sagesse et par amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''295 ''Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse (cf. Sg 9, 9). Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, sa sagesse et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est toi qui créas toutes choses&amp;amp;nbsp;; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 4, 11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur&amp;amp;nbsp;! Toutes avec sagesse tu les fis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 104, 24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''296 ''Nous croyons que Dieu n’a besoin de rien de préexistant ni d’aucune aide pour créer (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3022). La création n’est pas non plus une émanation nécessaire de la substance divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3023-3024). Dieu crée librement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; 3025)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quoi d’extraordinaire si Dieu avait tiré le monde d’une matière préexistante&amp;amp;nbsp;? Un artisan humain, quand on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut. Tandis que la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant pour faire tout ce qu’il veut (S. Théophile d’Antioche, Autol. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 6, 1052).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''297 ''La foi en la création &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est attestée dans l’Écriture comme une vérité pleine de promesse et d’espérance. Ainsi la mère des sept fils les encourage au martyre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes entrailles&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de l’esprit et de la vie&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui ai organisé les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois (...). Mon enfant, regarde le ciel et la terre et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de rien et que la race des hommes est faite de la même manière (2 M 7, 22-23. 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''298 ''Puisque Dieu peut créer de rien, il peut, par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des pécheurs en créant en eux un cœur pur (cf. Ps 51, 12), et la vie du corps aux défunts par la Résurrection, Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 17). Et puisque, par sa Parole, il a pu faire resplendir la lumière des ténèbres (cf. Gn 1, 3), il peut aussi donner la lumière de la foi à ceux qui l’ignorent (cf. 2 Co 4, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée un monde ordonné et bon'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''299 ''Puisque Dieu crée avec sagesse, la création est ordonnée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 20). Créée dans et par le Verbe éternel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), elle est destinée, adressée à l’homme, image de Dieu (cf. Gn 1, 26), appelé à une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant à la lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa création (cf. Ps 19, 2-5), certes non sans grand effort et dans un esprit d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre (cf. Jb 42, 3). Issue de la bonté divine, la création participe à cette bonté (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon (...) très bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Gn 1, 4. 10. 12. 18. 21. 31). Car la création est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme, comme un héritage qui lui est destiné et confié . L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel (cf. DS 286&amp;amp;nbsp;; 455-463&amp;amp;nbsp;; 800&amp;amp;nbsp;; 1333&amp;amp;nbsp;; 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu transcende la création et lui est présent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''300 ''Dieu est infiniment plus grand que toutes ses œuvres (cf. Si 43, 28)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa majesté est plus haute que les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 8, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à sa grandeur point de mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 3). Mais parce qu’Il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent au plus intime de ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 28). Selon les paroles de S. Augustin, Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus haut que le plus haut de moi, plus intime que le plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Conf. 3, 6, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu maintient et porte la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''301 ''Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait&amp;amp;nbsp;; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue&amp;amp;nbsp;? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé&amp;amp;nbsp;? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie (Sg 11, 24-26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Dieu réalise son dessein : la divine providence =====&lt;br /&gt;
''302 ''La création a sa bonté et sa perfection propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''in statu viæ&amp;amp;nbsp;''&amp;quot;) vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu’Il a créé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 8, 1). Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 13), même celles que l’action libre des créatures produira (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3003).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''303 ''Le témoignage de l’Écriture est unanime&amp;amp;nbsp;: la sollicitude de la divine providence est ''concrète'' et ''immédiate'', elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 3)&amp;amp;nbsp;; et du Christ il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul n’ouvrira&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 7)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il y a beaucoup de pensées dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pr 19, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''304 ''Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur principal de l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à Dieu, sans mentionner des causes secondes. Ce n’est pas là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une façon de parler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; primitive, mais une manière profonde de rappeler la primauté de Dieu et sa Seigneurie absolue sur l’histoire et le monde (cf. Is 10, 5-15&amp;amp;nbsp;; 45, 5-7&amp;amp;nbsp;; Dt 32, 39&amp;amp;nbsp;; Si 11, 14) et d’éduquer ainsi à la confiance en Lui. La prière des Psaumes est la grande école de cette confiance (cf. Ps 22&amp;amp;nbsp;; 32&amp;amp;nbsp;; 35&amp;amp;nbsp;; 103&amp;amp;nbsp;; 138&amp;amp;nbsp;; e.a.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''305 ''Jésus demande un abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de sens enfants&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne vous inquiétez donc pas en disant&amp;amp;nbsp;: qu’allons-nous manger&amp;amp;nbsp;? qu’allons-nous boire&amp;amp;nbsp;? (...) Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 31-33&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 29-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et les causes secondes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''306 ''Dieu est le Maître souverain de son dessein. Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures. Ceci n’est pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes, d’être causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à l’accomplissement de son dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''307 ''Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre et de la dominer (cf. Gn 1, 26-28). Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et libres pour compléter l’œuvre de la Création, en parfaire l’harmonie pour leur bien et celui de leur prochains. Coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi par leurs souffrances (cf. Col 1, 24). Ils deviennent alors pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;collaborateurs de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 3, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Th 3, 2) et de son Royaume (cf. Col 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''308 ''C’est une vérité inséparable de la foi en Dieu le Créateur&amp;amp;nbsp;: Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes secondes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 6). Loin de diminuer la dignité de la créature, cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien si elle est coupée de son origine, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 3)&amp;amp;nbsp;; encore moins peut-elle atteindre sa fin ultime sans l’aide de la grâce (cf. Mt 19, 26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et le scandale du mal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''309 ''Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le mal existe-t-il&amp;amp;nbsp;? A cette question aussi pressante qu’inévitable, aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à cette question&amp;amp;nbsp;: la bonté de la création, le drame du péché, l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. ''Il n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part une réponse à la question du mal''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''310 ''Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister&amp;amp;nbsp;? Selon sa puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en état de voie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe donc aussi ''le mal physique'', aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S. Thomas d’A., s. gent. 3, 71).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''311 ''Les anges et les hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En fait, ils ont péché. C’est ainsi que ''le mal moral'' est entré dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral (cf. S. Augustin, lib. 1, 1, 1&amp;amp;nbsp;: PL 32, 1221-1223&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1). Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car le Dieu Tout-puissant (...), puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''312 ''Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causé par ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu&amp;amp;nbsp;; (...) le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un peuple nombreux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 45, 8&amp;amp;nbsp;; 50, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 2, 12-18 vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré le plus grand des biens&amp;amp;nbsp;: la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''313 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (dial. 4, 138).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Margarita Roper, ''Epistula ad Aliciam Alington'' (mense augusti 1534).&amp;lt;br/&amp;gt; Et Lady Julian of Norwich&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall be well''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rev. 13, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''314 ''Nous croyons fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce ''Sabbat'' (cf. Gn 2, 2) définitif, en vue duquel Il a créé le ciel et la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315 Dans la création du monde et de l’homme, Dieu a posé le premier et universel témoignage de son amour tout-puissant et de sa sagesse, la première annonce de son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui trouve sa fin dans la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316 Bien que l’œuvre de la création soit particulièrement attribuée au Père, c’est également vérité de foi que le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont l’unique et indivisible principe de la création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317 Dieu seul a créé l’univers librement, directement, sans aucune aide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 Aucune créature n’a le pouvoir infini qui est nécessaire pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au sens propre du mot, c’est-à-dire de produire et de donner l’être à ce qui ne l’avait aucunement (appeler à l’existence ex nihilo) (cf. DS 3624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319 Dieu a créé le monde pour manifester et pour communiquer sa gloire. Que ses créatures aient part à Sa vérité, à Sa bonté et à Sa beauté, voilà la gloire pour laquelle Dieu les a créées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
320 Dieu qui a créé l’univers le maintient dans l’existence par son Verbe, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3) et par son Esprit Créateur qui donne la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321 La divine Providence, ce sont les dispositions par lesquelles Dieu conduit avec sagesse et amour toutes les créatures jusqu’à leur fin ultime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
322 Le Christ nous invite à l’abandon filial à la Providence de notre Père céleste (cf. Mt 6, 26-34), et l’apôtre S. Pierre reprend&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il prend soin de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 55, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323 La providence divine agit aussi par l’agir des créatures. Aux êtres humains, Dieu donne de coopérer librement à ses desseins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324 La permission divine du mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5 : Le ciel et la terre =====&lt;br /&gt;
''325 ''Le Symbole des apôtres professe que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et le Symbole de Nicée-Constantinople explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''326 ''Dans l’Écriture Sainte, l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel et terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie&amp;amp;nbsp;: tout ce qui existe, la création toute entière. Elle indique aussi le lien, à l’intérieur de la création, qui à la fois unit et distingue ciel et terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le monde des hommes (cf. Ps 115, 16) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; propre de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 115, 16) et, par conséquent, aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui est la gloire eschatologique. Enfin, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; indique le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''327 ''La profession de foi du quatrième Concile du Latran affirme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre&amp;amp;nbsp;; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3002 et SPF 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Les Anges =====&lt;br /&gt;
'''L’existence des anges – une vérité de foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''328 ''L’existence des êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui sont-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''329 ''S. Augustin dit à leur sujet&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;‘Ange’ désigne la fonction, non pas la nature. Tu demandes comment s’appelle cette nature&amp;amp;nbsp;? – Esprit. Tu demandes la fonction&amp;amp;nbsp;? – Ange&amp;amp;nbsp;; d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il fait, c’est un ange&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Psal. 103, 1, 15). De tout leur être, les anges sont ''serviteurs'' et messagers de Dieu. Parce qu’ils contemplent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;constamment la face de mon Père qui est aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 10), ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 103, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''330 ''En tant que créatures purement ''spirituelles,'' ils ont intelligence et volonté&amp;amp;nbsp;: ils sont des créatures personnelles (cf. Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3801) et immortelles (cf. Lc 20, 36). Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L’éclat de leur gloire en témoigne (cf. Dn 10, 9-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec tous ses anges&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''331 ''Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31). Ils sont à Lui parce que créés ''par'' et ''pour'' lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles&amp;amp;nbsp;: trônes, seigneuries, principautés, puissances&amp;amp;nbsp;; tout a été créé par lui et pour lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16). Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''332 ''Ils sont là, dès la création (cf. Jb 38, 7, où les anges sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation&amp;amp;nbsp;: ils ferment le paradis terrestre (cf. Gn 3, 24), protègent Lot (cf. Gn 19), sauvent Agar et son enfant (cf. Gn 21, 17), arrêtent la main d’Abraham (cf. Gn 22, 11), la loi est communiquée par leur ministère (cf. Ac 7, 53), ils conduisent le Peuple de Dieu (cf. Ex 23, 20-23), ils annoncent naissances (cf. Jg 13) et vocations (cf. Jg 6, 11-24&amp;amp;nbsp;; Is 6, 6), ils assistent les prophètes (cf. 1 R 19, 5), pour ne citer que quelques exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui annonce la naissance du Précurseur et celle de Jésus lui-même (cf. Lc 1, 11. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''333 ''De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges. Lorsque Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;introduit le Premier-né dans le monde, il dit&amp;amp;nbsp;: ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 6). Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Gloire à Dieu ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 14). Ils protègent l’enfance de Jésus (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; 2, 13. 19), servent Jésus au désert (cf. Mc 1, 12&amp;amp;nbsp;; Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc 22, 43), alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf. Mt 26, 53) comme jadis Israël (cf. 2 M 10, 29-30&amp;amp;nbsp;; 11, 8). Ce sont encore les anges qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangélisent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 10) en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation (cf. Lc 2, 8-14), et de la Résurrection (cf. Mc 16, 5-7) du Christ. Ils seront là au retour du Christ qu’ils annoncent (cf. Ac 1, 10-11), au service de son jugement (cf. Mt 13, 41&amp;amp;nbsp;; 24, 31&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 8-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les anges dans la vie de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''334 ''D’ici là toute la vie de l’Église bénéficie de l’aide mystérieuse et puissante des anges (cf. Ac 5, 18-20&amp;amp;nbsp;; 8, 26-29&amp;amp;nbsp;; 10, 3-8&amp;amp;nbsp;; 12, 6-11&amp;amp;nbsp;; 27, 23-25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''335 ''Dans sa liturgie, l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint&amp;amp;nbsp;; elle invoque leur assistance (ainsi dans ''In Paradisum deducant te angeli''&amp;lt;nowiki&amp;gt;... de la Liturgie des défunts [OEx 50], ou encore dans l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hymne chérubinique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Liturgie byzantine [(Liturgie de S. Jean Chrysostome]), elle fête plus particulièrement la mémoire de certains anges (S. Michel, S. Gabriel, S. Raphaël, les anges gardiens).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''336 ''Du début (de l’existence) (cf. Mt 18, 10) au trépas (cf. Lc 16, 22), la vie humaine est entourée de leur garde (cf. Ps 34, 8&amp;amp;nbsp;; 91, 10-13) et de leur intercession (cf. Jb 33, 23-24&amp;amp;nbsp;; Za 1, 12&amp;amp;nbsp;; Tb 12, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Basile, Eun. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 29, 656B)''. ''Dès ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Monde visible =====&lt;br /&gt;
''337 ''C’est Dieu lui-même qui a créé le monde visible dans toute sa richesse, sa diversité et son ordre. L’Écriture présente l’œuvre du Créateur symboliquement comme une suite de six jours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de travail&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divin qui s’achèvent sur le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;repos&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du septième jour (Gn 1, 1 – 2, 4). Le texte sacré enseigne, au sujet de la création, des vérités révélées par Dieu pour notre salut (cf. DV 11) qui permettent de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reconnaître la nature profonde de la création, sa valeur et sa finalité qui est la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''338 Il n’existe rien qui ne doive son existence à Dieu créateur. ''Le monde a commencé quand il a été tiré du néant par la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; tous les êtres existants, toute la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent en cet événement primordial&amp;amp;nbsp;: c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le temps commencé (cf. S. Augustin, Gen. Man. 1, 2, 4&amp;amp;nbsp;: PL 35, 175).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''339 Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres. ''Pour chacune des œuvres des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en vertu de la création même que toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité, leur excellence propre avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2). Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses, qui méprise le Créateur et entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour leur ambiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''340 ''L’''interdépendance des créatures'' est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau&amp;amp;nbsp;: les innombrables diversités et inégalités signifient qu’aucune créature ne se suffit à elle-même, qu’elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''341 ''La ''beauté de l’univers&amp;amp;nbsp;: ''L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres et des relations qui existent entre eux. L’homme les découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''342 ''La ''hiérarchie des créatures ''est exprimée par l’ordre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui va du moins parfait au plus parfait. Dieu aime toutes ses créatures (cf. Ps 145, 9), il prend soin de chacune, même des passereaux. Néanmoins, Jésus dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous valez mieux qu’une multitude de passereaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 6-7), ou encore&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un homme vaut plus qu’une brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''343 L’homme est le sommet ''de l’œuvre de la création. Le récit inspiré l’exprime en distinguant nettement la création de l’homme de celle des autres créatures (cf. Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''344 ''Il existe une ''solidarité entre toutes les créatures ''du fait qu’elles ont toutes le même Créateur, et que toutes sont ordonnées à sa gloire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Loué sois-tu, Seigneur, dans toutes tes créatures,&amp;lt;br/&amp;gt; spécialement messire le frère Soleil,&amp;lt;br/&amp;gt; par qui tu nous donnes le jour la lumière&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,&amp;lt;br/&amp;gt; et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,&amp;lt;br/&amp;gt; qui est très utile et très humble,&amp;lt;br/&amp;gt; précieuse et chaste. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre&amp;lt;br/&amp;gt; qui nous porte et nous nourrit,&amp;lt;br/&amp;gt; qui produit la diversité des fruits&amp;lt;br/&amp;gt; avec les fleurs diaprées et les herbes. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Louez et bénissez mon Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; rendez-lui grâce et servez-le&amp;lt;br/&amp;gt; en toute humilité.&amp;lt;br/&amp;gt; (S. François d’Assise, cant.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''345 Le Sabbat – fin de l’œuvre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. ''Le texte sacré dit que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’Il avait fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre furent achevés&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et que Dieu, au septième jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chôma&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’Il sanctifia et bénit ce jour (Gn 2, 1-3). Ces paroles inspirées sont riches en enseignements salutaires&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''346 ''Dans la création Dieu a posé un fondement et des lois qui demeurent stables (cf. He 4, 3-4), sur lesquels le croyant pourra s’appuyer avec confiance, et qui lui seront le signe et le gage de la fidélité inébranlable de l’alliance de Dieu (cf. Jr 31, 35-37&amp;amp;nbsp;; 33, 19-26). De son côté, l’homme devra rester fidèle à ce fondement et respecter les lois que le Créateur y a inscrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''347 ''La création est faite en vue du Sabbat et donc du culte et de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans l’ordre de la création (cf. Gn 1, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne rien préférer au culte de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit la règle de S. Benoît (reg. 43, 3), indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''348 ''Le Sabbat est au cœur de la loi d’Israël. Garder les commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la volonté de Dieu exprimées dans son œuvre de création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''349 ''Le ''huitième jour''. Mais pour nous, un jour nouveau s’est levé&amp;amp;nbsp;: le jour de la Résurrection du Christ. Le septième jour achève la première création. Le huitième jour commence la nouvelle création. Ainsi, l’œuvre de la création culmine en l’œuvre plus grande de la rédemption. La première création trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première (cf. MR, Vigile Pascale 24&amp;amp;nbsp;: prière après la première lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
350 Les anges sont des créatures spirituelles qui glorifient Dieu sans cesse et qui servent ses desseins salvifiques envers les autres créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les anges concourent à tout ce qui est bon pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 114, 3, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
351 Les anges entourent le Christ, leur Seigneur. Ils le servent particulièrement dans l’accomplissement de sa mission salvifique envers les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
352 L’Église vénère les anges qui l’aident dans son pèlerinage terrestre. et qui protègent tout être humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353 Dieu a voulu la diversité de ses créatures et leur bonté propre, leur interdépendance et leur ordre. Il a destiné toutes les créatures matérielles au bien du genre humain. L’homme, et toute la création à travers lui, est destiné à la gloire de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
354 Respecter les lois inscrites dans la création et les rapports qui dérivent de la nature des choses, est un principe de sagesse et un fondement de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6 L’homme =====&lt;br /&gt;
''355 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27). L’homme tient une place unique dans la création&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (I)&amp;amp;nbsp;; dans sa propre nature il unit le monde spirituel et le monde matériel (II)&amp;amp;nbsp;; il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;homme et femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (III)&amp;amp;nbsp;; Dieu l’a établi dans son amitié (IV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; A l’image de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''356 ''De toutes les créatures visibles, seul l’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;capable de connaître et d’aimer son Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 3)&amp;amp;nbsp;; il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 24, § 3)&amp;amp;nbsp;;lui seul est appelé à partager, par la connaissance et l’amour, la vie de Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé, et c’est là la raison fondamentale de sa dignité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Quelle raison T’a fait constituer l’homme en si grande dignité&amp;amp;nbsp;? L’amour inestimable par lequel Tu as regardé en Toi-même Ta créature, et Tu T’es épris d’elle&amp;amp;nbsp;; car c’est par amour que Tu l’as créée, c’est par amour que Tu lui as donné un être capable de goûter Ton Bien éternel (Ste. Catherine de Sienne, dial. 4, 13&amp;amp;nbsp;: ed. G. Cavallini [Roma 1995] p. 43).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''357 ''Parce qu’il est à l’image de Dieu l’individu humain a la dignité de ''personne&amp;amp;nbsp;:'' il n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''358 ''Dieu a tout créé pour l’homme (cf. GS 12, § 1&amp;amp;nbsp;; 24, § 3&amp;amp;nbsp;; 39, § 1), mais l’homme a été créé pour servir et aimer Dieu et pour Lui offrir toute la création&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel est donc l’être qui va venir à l’existence entouré d’une telle considération&amp;amp;nbsp;? C’est l’homme, grande et admirable figure vivante, plus précieux aux yeux de Dieu que la création toute entière&amp;amp;nbsp;: c’est l’homme, c’est pour lui qu’existent le ciel et la terre et la mer et la totalité de la création, et c’est à son salut que Dieu a attaché tant d’importance qu’il n’a même pas épargné son Fils unique pour lui. Car Dieu n’a pas eu de cesse de tout mettre en œuvre pour faire monter l’homme jusqu’à lui et le faire asseoir à sa droite (S. Jean Chrysostome, serm. in Gen. 2, 1&amp;amp;nbsp;: PG 54, 587D-588A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''359 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En réalité, c’est seulement dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire véritablement le mystère de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain&amp;amp;nbsp;: Adam et le Christ ... Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie&amp;amp;nbsp;; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le premier a été créé par le dernier, de qui il a reçu l’âme qui le fait vivre ... Le second Adam a établi son image dans le premier Adam alors qu’il le modelait. De là vient qu’il en a endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre ce qu’il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam&amp;amp;nbsp;: le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le premier, comme il l’a dit lui-même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Premier et le Dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Pierre Chrysologue, serm. 117, 1-2&amp;amp;nbsp;: PL 52, 520B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''360 ''Grâce à la communauté d’origine ''le'' ''genre humain'' ''forme une unité''. Car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait sortir d’une souche unique toute la descendance des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 8, 6)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Merveilleuse vision qui nous fait contempler le genre humain dans l’unité de son origine en Dieu (...)&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa nature, composée pareillement chez tous d’un corps matériel et d’une âme spirituelle&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa fin immédiate et de sa mission dans le monde&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de son habitation&amp;amp;nbsp;: la terre, des biens de laquelle tous les hommes, par droit de nature, peuvent user pour soutenir et développer la vie&amp;amp;nbsp;; unité de sa fin surnaturelle&amp;amp;nbsp;: Dieu même, à qui tous doivent tendre&amp;amp;nbsp;; dans l’unité des moyens pour atteindre cette fin&amp;amp;nbsp;; (...) dans l’unité de son rachat opéré pour tous par le Christ (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Summi pontificatus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''361 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette loi de solidarité humaine et de charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid''.), sans exclure la riche variété des personnes, des cultures et des peuples, nous assure que tous les hommes sont vraiment frères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Un de corps et d’âme &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''362 ''La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel. Le récit biblique exprime cette réalité avec un langage symbolique, lorsqu’il affirme que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu modela l’homme avec la glaise du sol&amp;amp;nbsp;; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 7). L’homme tout entier est donc ''voulu'' par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''363 ''Souvent, le terme ''âme'' désigne dans l’Écriture Sainte la ''vie ''humaine (cf. Mt 16, 25-26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 13) ou toute la ''personne'' humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38&amp;amp;nbsp;; Jn 12, 27) et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28&amp;amp;nbsp;; 2 M 6, 30), ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie le ''principe spirituel'' en l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''364 ''Le ''corps'' de l’homme participe à la dignité de l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: il est corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit (cf. 1 Co 6, 19-20&amp;amp;nbsp;; 15, 44-45)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Corps et âme, mais vraiment un, l’homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour (GS 14, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''365 ''L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du corps (cf. Cc. Vienne en 1312&amp;amp;nbsp;: DS 902)&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant&amp;amp;nbsp;; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''366 ''L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3896&amp;amp;nbsp;; SPF 8) – elle n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par les parents – ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513&amp;amp;nbsp;: DS 1440)&amp;amp;nbsp;: elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''367 ''Parfois il se trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit. Ainsi S. Paul prie pour que notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être tout entier, l’esprit, l’âme et le corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; soit gardé sans reproche à l’Avènement du Seigneur (1 Th 5, 23). L’Église enseigne que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme (Cc. Constantinople IV en 870&amp;amp;nbsp;: DS 657). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; cf. GS 22, § 5), et que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu (cf. Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3891).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''368 ''La tradition spirituelle de l’Église insiste aussi sur le ''cœur'', au sens biblique de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fond de l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non pour Dieu (cf. Dt 6, 5&amp;amp;nbsp;; 29, 3&amp;amp;nbsp;; Is 29, 13&amp;amp;nbsp;; Ez 36, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 6, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 8, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Homme et femme il les créa &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
'''Égalité et différence voulues par Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''369 ''L’homme et la femme sont ''créés,'' c’est-à-dire ils sont ''voulus par Dieu&amp;amp;nbsp;:'' dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Être homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est une réalité bonne et voulue par Dieu&amp;amp;nbsp;: l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn 2, 7. 22). L’homme et la femme sont, avec une même dignité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils reflètent la sagesse et la bonté du Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''370 ''Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel il n’y a pas place pour la différence des sexes. Mais les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;perfections&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu&amp;amp;nbsp;: celles d’une mère (cf. Is 49, 14-15&amp;amp;nbsp;; 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 130, 2-3) et celles d’un père et époux (cf. Os 11, 1-4&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 4-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une unité à deux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''371 ''Créés ''ensemble,'' l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un ''pour'' l’autre. La Parole de Dieu nous le fait entendre par divers traits du texte sacré. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 18). Aucun des animaux ne peut être ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vis-à-vis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme (Gn 2, 19-20). La femme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la côte tirée de l’homme et qu’il amène à l’homme, provoque de la part de l’homme un cri d’admiration, une exclamation d’amour et de communion&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est l’os de mes os et la chair de ma chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 23). L’homme découvre la femme comme un autre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de la même humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''372 ''L’homme et la femme sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: non pas que Dieu ne les aurait faits qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;à moitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;incomplets&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aide&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;os de mes os...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et complémentaires en tant que masculin et féminin (MD 7). Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, en formant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 24), ils puissent transmettre la vie humaine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 28). En transmettant à leur descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur (cf. GS 50, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''373 ''Dans le dessein de Dieu, l’homme et la femme ont la vocation de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre (cf. Gn 1, 28) comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intendants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu. Cette souveraineté ne doit pas être une domination arbitraire et destructrice. A l’image du Créateur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui aime tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 24), l’homme et la femme sont appelés à participer à la Providence divine envers les autres créatures. De là, leur responsabilité pour le monde que Dieu leur a confié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’homme au Paradis =====&lt;br /&gt;
''374 ''Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''375 ''L’Église, en interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et Eve ont été constitué dans un état &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sainteté et de justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511). Cette grâce de la sainteté originelle était une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participation à la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''376 ''Par le rayonnement de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn 2, 25), enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''377 ''La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;maîtrise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme ''maîtrise de soi''. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''378 ''Le signe de la familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il y vit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour cultiver le sol et le garder&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 15)&amp;amp;nbsp;: le travail n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''379 ''C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
380 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, Tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en Te servant, toi, son Créateur, il règne sur la création&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
381 L’homme est prédestiné à reproduire l’image du Fils de Dieu fait homme – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15) – afin que le Christ soit le premier-né d’une multitude de frères et de sœurs (cf. Ep 1, 3-6&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
382 L’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un de corps et d’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 14, § 1). La doctrine de la foi affirme que l’âme spirituelle et immortelle est créée immédiatement par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas créé l’homme solitaire&amp;amp;nbsp;: dès l’origine, ‘il les créa homme et femme’ (Gn 1, 27)&amp;amp;nbsp;; leur société réalise la première forme de communion entre personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
384 La révélation nous fait connaître l’état de sainteté et de justice originelles de l’homme et de la femme avant le péché&amp;amp;nbsp;: de leur amitié avec Dieu découlait la félicité de leur existence au paradis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 7 : La Chute =====&lt;br /&gt;
''385 ''Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la souffrance, des maux dans la nature – qui apparaissent comme liés aux limites propres des créatures –, et surtout à la question du mal moral. D’où vient le mal&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je cherchais d’où vient le mal et je ne trouvais pas de solution&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit S. Augustin (conf. 7, 7, 11), et sa propre quête douloureuse ne trouvera d’issue que dans sa conversion au Dieu vivant. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le mystère de l’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 2, 7) ne s’éclaire qu’à la lumière du mystère de la piété (cf. 1 Tm 3, 16). La révélation de l’amour divin dans le Christ a manifesté à la fois l’étendue du mal et la surabondance de la grâce (cf. Rm 5, 20). Nous devons donc considérer la question de l’origine du mal en fixant le regard de notre foi sur Celui qui, seul, en est le Vainqueur (cf. Lc 11, 21-22&amp;amp;nbsp;; Jn 16, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La où le péché a abondé, la grâce a surabondé =====&lt;br /&gt;
'''La réalité du péché'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''386 ''Le péché est présent dans l’histoire de l’homme&amp;amp;nbsp;: il serait vain de tenter de l’ignorer ou de donner à cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre ce qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître le ''lien profond de l’homme avec Dieu, ''car en dehors de ce rapport, le mal du péché n’est pas démasqué dans sa véritable identité de refus et d’opposition face à Dieu, tout en continuant à peser sur la vie de l’homme et sur l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''387 ''La réalité du péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s’éclaire qu’à la lumière de la Révélation divine. Sans la connaissance qu’elle nous donne de Dieu on ne peut clairement reconnaître le péché, et on est tenté de l’expliquer uniquement comme un défaut de croissance, comme une faiblesse psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d’une structure sociale inadéquate, etc. C’est seulement dans la connaissance du dessein de Dieu sur l’homme que l’on comprend que le péché est un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent l’aimer et s’aimer mutuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le péché originel – une vérité essentielle de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''388 ''Avec la progression de la Révélation est éclairée aussi la réalité du péché. Bien que le Peuple de Dieu de l’Ancien Testament ait connu d’une certaine manière la condition humaine à la lumière de l’histoire de la chute narrée dans la Genèse, il ne pouvait pas atteindre la signification ultime de cette histoire, qui se manifeste seulement à la lumière de la Mort et de la Résurrection de Jésus-Christ (cf. Rm 5, 12-21). Il faut connaître le Christ comme source de la grâce pour connaître Adam comme source du péché. C’est l’Esprit-Paraclet, envoyé par le Christ ressuscité, qui est venu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;confondre le monde en matière de péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 8) en révélant Celui qui en est le Rédempteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''389 ''La doctrine du péché originel est pour ainsi dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le revers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du salut et que le salut est offert à tous grâce au Christ. L’Église qui a le sens du Christ (cf. 1 Co 2, 16) sait bien qu’on ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Pour lire le récit de la chute'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''390 ''Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu ''au commencement de l’histoire de l’homme'' (cf. GS 13, § 1). La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513&amp;amp;nbsp;; Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3897&amp;amp;nbsp;; Paul VI, discours 11 juillet 1966).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La chute des anges =====&lt;br /&gt;
''391 ''Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn 3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24). L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 9). L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''392 ''L’Écriture parle d’un ''péché'' de ces anges (cf. 2 P 2, 4). Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement ''refusé ''Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous deviendrez comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 5). Le diable est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pécheur dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père du mensonge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''393 ''C’est le caractère ''irrévocable ''de leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 94, 877C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''394 ''L’Écriture atteste l’influence néfaste de celui que Jésus appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homicide dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44), et qui a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue du Père (cf. Mt 4, 1-11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8). La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l’homme à désobéir à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''395 ''La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature&amp;amp;nbsp;: il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le péché originel =====&lt;br /&gt;
'''L’épreuve de la liberté'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''396 ''Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car du jour où tu en mangeras, tu mourras&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’arbre de la connaissance du bien et du mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le premier péché de l’homme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''397 ''L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a ''désobéi'' au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''398 ''Dans ce péché, l’homme s’est ''préféré'' lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu&amp;amp;nbsp;: il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;divinisé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Gn 3, 5), mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, ambig.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 1156C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''399 ''L’Écriture montre les conséquences dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Eve perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle (cf. Rm 3, 23). Ils ont peur de ce Dieu (cf. Gn 3, 9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un Dieu jaloux de ses prérogatives (cf. Gn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''400 ''L’harmonie dans laquelle ils étaient, établie grâce à la justice originelle, est détruite&amp;amp;nbsp;; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée (cf. Gn 3, 7)&amp;amp;nbsp;; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des tensions (cf. Gn 3, 11-13)&amp;amp;nbsp;; leurs rapports seront marqués par la convoitise et la domination (cf. Gn 3, 16). L’harmonie avec la création est rompue&amp;amp;nbsp;: la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile (cf. Gn 3, 17. 19). A cause de l’homme, la création est soumise &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la servitude de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 20). Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (cf. Gn 2, 17) se réalisera&amp;amp;nbsp;: l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retournera à la poussière de laquelle il est formé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 19). ''La mort fait son entrée dans l’histoire de l’humanité ''(cf. Rm 5, 12)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''401 ''Depuis ce premier péché, une véritable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;invasion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du péché inonde le monde&amp;amp;nbsp;: le fratricide commis par Caïn sur Abel (cf. Gn 4, 3-15)&amp;amp;nbsp;; la corruption universelle à la suite du péché (cf. Gn 6, 5. 12&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 18-32)&amp;amp;nbsp;; de même, dans l’histoire d’Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de l’alliance et comme transgression de la Loi de Moïse&amp;amp;nbsp;; après la Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se manifeste de nombreuses manières (cf. 1 Co 1-6&amp;amp;nbsp;; Ap 2-3). L’Écriture et la Tradition de l’Église ne cessent de rappeler la présence et ''l’universalité du péché dans l’histoire ''de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conséquences du péché d’Adam pour l’humanité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''402 ''Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. S. Paul l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 12). A l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose l’universalité du salut dans le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''403 ''A la suite de S. Paul l’Église a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort de l’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1512). En raison de cette certitude de foi, l’Église donne le Baptême pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1514)'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''404 ''Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants&amp;amp;nbsp;? Tout le genre humain est en Adam &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme l’unique corps d’un homme unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., mal. 4, 1) Par cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;unité du genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;: en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un ''péché personnel, ''mais ce péché affecte la ''nature humaine ''qu’ils vont transmettre ''dans un état déchu'' (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511-1512). C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de façon analogique&amp;amp;nbsp;: c’est un péché &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contracté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, un état et non pas un acte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''405 ''Quoique propre à chacun (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513), le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement corrompue&amp;amp;nbsp;: elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''406 ''La doctrine de l’Église sur la transmission du péché originel s’est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous l’impulsion de la réflexion de S. Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition à la Réforme protestante. Pélage tenait que l’homme pouvait, par la force naturelle de sa volonté libre, sans l’aide nécessaire de la grâce de Dieu, mener une vie moralement bonne&amp;amp;nbsp;; il réduisait ainsi l’influence de la faute d’Adam à celle d’un mauvais exemple. Les premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que l’homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché des origines&amp;amp;nbsp;; ils identifiaient le péché hérité par chaque homme avec la tendance au mal (''concupiscentia''), qui serait insurmontable. L’Église s’est spécialement prononcée sur le sens du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile d’Orange en 529 (cf. DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 (cf. DS 1510-1516).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dur combat...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''407 ''La doctrine sur le péché originel – liée à celle de la Rédemption par le Christ – donne un regard de discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511&amp;amp;nbsp;; cf. He 2, 14). Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale (cf. CA 25) et des mœurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''408 ''Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l’expression de Saint Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Par cette expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''409 ''Cette situation dramatique du monde qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout entier gît au pouvoir du mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 19&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 5, 8) fait de la vie de l’homme un combat&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes&amp;amp;nbsp;; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien&amp;amp;nbsp;; et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure (GS 37, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. &amp;quot; Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''410 ''Après sa chute, l’homme n’a pas été abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l’appelle (cf. Gn 3, 9) et lui annonce de façon mystérieuse la victoire sur le mal et le relèvement de sa chute (cf. Gn 3, 15). Ce passage de la Genèse a été appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, étant la première annonce du Messie rédempteur, celle d’un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d’un descendant de celle-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''411 ''La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvel Adam&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 21-22. 45) qui, par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance jusqu’à la mort de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8) répare en surabondance la désobéissance d’Adam (cf. Rm 5, 19-20). Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l’Église voient dans la femme annoncée dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère du Christ, Marie, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle Eve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Elle a été celle qui, la première et d’une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ&amp;amp;nbsp;: elle a été préservée de toute souillure du péché originel (cf. Pie IX&amp;amp;nbsp;: DS 2803) et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n’a commis aucune sorte de péché (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''412 ''Mais ''pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché le premier homme de pécher&amp;amp;nbsp;? ''S. Léon le Grand répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (serm. 73, 4&amp;amp;nbsp;: PL 54, 396). Et S. Thomas d’Aquin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un plus grand bien. D’où le mot de S. Paul&amp;amp;nbsp;: ‘Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé’ (Rm 5, 20). Et le chant de l’‘Exultet’&amp;amp;nbsp;: ‘O heureuse faute qui a mérité un tel et un si grand Rédempteur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 1, 3, ad 3&amp;amp;nbsp;; l’''Exsultet'' chante ces paroles de saint Thomas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
413 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants (...). C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
414 Satan ou le diable et les autres démons sont des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu et son dessein. Leur choix contre Dieu est définitif. Ils tentent d’associer l’homme à leur révolte contre Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Établi par Dieu dans un état de sainteté, l’homme séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
416 Par son péché, Adam, en tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417 A leur descendance, Adam et Eve ont transmis la nature humaine blessée par leur premier péché, donc privée de la sainteté et la justice originelles. Cette privation est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché originel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
418 En conséquence du péché originel, la nature humaine est affaiblie dans ses forces, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au péché (inclination appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
419 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, ‘non par imitation, mais par propagation’, et qu’il est ainsi ‘propre à chacun’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420 La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La où le péché a abondé, la grâce a surabondé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du créateur&amp;amp;nbsp;; il est tombé, certes, sous l’esclavage du péché, mais le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l’a libéré...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 2, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre Deuxième : Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu ====&lt;br /&gt;
'''La Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''422 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4-5). Voici &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Bonne Nouvelle touchant Jésus-Christ, Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 1)&amp;amp;nbsp;: Dieu a visité son peuple (cf. Lc 1, 68), il a accompli les promesses faites à Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1, 55)&amp;amp;nbsp;; il l’a fait au-delà de toute attente&amp;amp;nbsp;: Il a envoyé son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''423 ''Nous croyons et confessons que Jésus de Nazareth, né juif d’une fille d’Israël, à Bethléem, au temps du roi Hérode le Grand et de l’empereur César Auguste&amp;amp;nbsp;; de son métier charpentier, mort crucifié à Jérusalem, sous le procureur Ponce Pilate, pendant le règne de l’empereur Tibère, est le Fils éternel de Dieu fait homme, qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; 6, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2), car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (...). Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''424 ''Mûs par la grâce de l’Esprit Saint et attirés par le Père nous croyons et nous confessons au sujet de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16). C’est sur le roc de cette foi, confessée par S. Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18&amp;amp;nbsp;; S. Léon le Grand, serm. 4, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 151&amp;amp;nbsp;; 51, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 309B&amp;amp;nbsp;; 62, 2&amp;amp;nbsp;: PL 350C-351A&amp;amp;nbsp;; 83, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 432A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Annoncer l’insondable richesse du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ep 3, 8)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''425 ''La transmission de la foi chrétienne, c’est d’abord l’annonce de Jésus-Christ, pour conduire à la foi en Lui. Dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé du désir d’annoncer le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 20). Et ils invitent les hommes de tous les temps à entrer dans la joie de leur communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie&amp;amp;nbsp;; – car la vie s’est manifestée&amp;amp;nbsp;: nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue&amp;amp;nbsp;; – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète (1 Jn 1, 1-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Au cœur de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''426 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au cœur de la catéchèse nous trouvons essentiellement une Personne, celle de Jésus de Nazareth, Fils unique du Père (...), qui a souffert et qui est mort pour nous et qui maintenant, ressuscité, vit avec nous pour toujours (...). Catéchiser (...), c’est dévoiler dans la Personne du Christ tout le dessein éternel de Dieu. C’est chercher à comprendre la signification des gestes et des paroles du Christ, des signes réalisés par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 5). Le but de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mettre en communion avec Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: lui seul peut conduire à l’amour du Père dans l’Esprit et nous faire participer à la vie de la Trinité Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''427 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la catéchèse, c’est le Christ, Verbe incarné et Fils de Dieu, qui est enseigné – tout le reste l’est en référence à lui&amp;amp;nbsp;; et seul le Christ enseigne, tout autre le fait dans la mesure où il est son porte-parole, permettant au Christ d’enseigner par sa bouche (...). Tout catéchiste devrait pouvoir s’appliquer à lui-même la mystérieuse parole de Jésus&amp;amp;nbsp;: ‘Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé’ (Jn 7, 16)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''428 ''Celui qui est appelé à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enseigner le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, doit donc d’abord chercher &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce gain suréminent qu’est la connaissance du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accepter de tout perdre (...) afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 8-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''429 ''C’est de cette connaissance amoureuse du Christ que jaillit le désir de L’annoncer, d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de conduire d’autres au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi en Jésus-Christ. Mais en même temps se fait sentir le besoin de toujours mieux connaître cette foi. A cette fin, en suivant l’ordre du Symbole de la foi, seront d’abord présentés les principaux titres de Jésus&amp;amp;nbsp;: le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur (''article 2''). Le Symbole confesse ensuite les principaux mystères de la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: ceux de son Incarnation (''article 3''), ceux de sa Pâque (''articles 4 et 5''), enfin ceux de sa glorification (''articles 6 et 7'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : &amp;quot; Et en Jésus-Christ, son Fils Unique, Notre Seigneur &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Jésus =====&lt;br /&gt;
''430 Jésus'' veut dire en hébreu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel lui donne comme nom propre le nom de Jésus qui exprime à la fois son identité et sa mission (cf. Lc 1, 31). Puisque &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut remettre les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7), c’est lui qui, en Jésus, son Fils éternel fait homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21). En Jésus, Dieu récapitule ainsi toute son histoire de salut en faveur des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''431 ''Dans l’histoire du salut, Dieu ne s’est pas contenté de délivrer Israël de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la maison de servitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 5, 6) en le faisant sortir d’Égypte. Il le sauve encore de son péché. Parce que le péché est toujours une offense faite à Dieu (cf. Ps 51, 6), c’est Lui seul qui peut l’absoudre (cf. Ps 51, 12). C’est pourquoi Israël, en prenant de plus en plus conscience de l’universalité du péché, ne pourra plus chercher le salut que dans l’invocation du nom du Dieu Rédempteur (cf. Ps 79, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''432 ''Le nom de Jésus signifie que le nom même de Dieu est présent en la personne de son Fils (cf. Ac 5, 41&amp;amp;nbsp;; 3 Jn 7) fait homme pour la rédemption universelle et définitive des péchés. Il est le nom divin qui seul apporte le salut (cf. Jn 3, 5&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 21) et il peut désormais être invoqué de tous car il s’est uni à tous les hommes par l’Incarnation (cf. Rm 10, 6-13) de telle sorte qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 9, 14&amp;amp;nbsp;; Jc 2, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''433 ''Le nom du Dieu Sauveur était invoqué une seule fois par an par le grand prêtre pour l’expiation des péchés d’Israël, quand il avait aspergé le propitiatoire du Saint des Saints avec le sang du sacrifice (cf. Lv 16, 15-16&amp;amp;nbsp;; Si 50, 20&amp;amp;nbsp;; He 9, 7). Le propitiatoire était le lieu de la présence de Dieu (cf. Ex 25, 22&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 2&amp;amp;nbsp;; Nb 7, 89&amp;amp;nbsp;; He 9, 5). Quand S. Paul dit de Jésus que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a destiné à être propitiatoire par son propre sang&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 25), il signifie que dans l’humanité de celui-ci, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''434 ''La Résurrection de Jésus glorifie le nom du Dieu Sauveur (cf. Jn 12, 28) car désormais, c’est le nom de Jésus qui manifeste en plénitude la puissance suprême du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nom au-dessus de tout nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 9-10). Les esprits mauvais craignent son nom (cf. Ac 16, 16-18&amp;amp;nbsp;; 19, 13-16) et c’est en son nom que les disciples de Jésus font des miracles (cf. Mc 16, 17), car tout ce qu’ils demandent au Père en son nom, celui-ci le leur accorde (Jn 15, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''435 ''Le nom de Jésus est au cœur de la prière chrétienne. Toutes les oraisons liturgiques se concluent par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous salue, Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; culmine dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La prière du cœur orientale appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prière à Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur prend pitié de moi pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. De nombreux chrétiens meurent en ayant, comme Ste Jeanne d’Arc, le seul mot de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux lèvres (cf. P. Doncoeur et Y. Lanhers, ''La réhabilitation de Jeanne la Pucelle'', p. 39. 45. 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Christ =====&lt;br /&gt;
''436 Christ'' vient de la traduction grecque du terme hébreu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il ne devient le nom propre de Jésus que parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu’il signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C’était le cas des rois (cf. 1 S 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1. 12-13&amp;amp;nbsp;; 1 R 1, 39), des prêtres (cf. Ex 29, 7&amp;amp;nbsp;; Lv 8, 12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume (cf. Ps 2, 2&amp;amp;nbsp;; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par l’Esprit du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4, 14&amp;amp;nbsp;; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 4, 16-21). Jésus a accompli l’espérance messianique d’Israël dans sa triple fonction de prêtre, de prophète et de roi .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''437 ''L’ange a annoncé aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aujourd’hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 11). Dès l’origine il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 36), conçu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35) dans le sein virginal de Marie. Joseph a été appelé par Dieu à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre chez lui Marie son épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enceinte de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce qui a été engendré en elle par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21) afin que Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’on appelle Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; naisse de l’épouse de Joseph dans la descendance messianique de David (Mt 1, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 1, 3&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 2, 8&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''438 ''La consécration messianique de Jésus manifeste sa mission divine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est d’ailleurs ce qu’indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l’Onction même dont il a été oint&amp;amp;nbsp;: Celui qui a oint, c’est le Père, Celui qui a été oint, c’est le Fils, et il l’a été dans l’Esprit qui est l’Onction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s’est révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’il fût manifesté à Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 31) comme son Messie. Ses œuvres et ses paroles le feront connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 24&amp;amp;nbsp;; Jn 6, 69&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''439 ''De nombreux juifs et même certains païens qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits fondamentaux du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de David&amp;amp;nbsp;&amp;quot; messianique promis par Dieu à Israël (cf. Mt 2, 2&amp;amp;nbsp;; 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; 20, 30&amp;amp;nbsp;; 21, 9. 15). Jésus a accepté le titre de Messie auquel il avait droit (cf. Jn 4, 25-26&amp;amp;nbsp;; 11, 27), mais non sans réserve parce que celui-ci était compris par une partie de ses contemporains selon une conception trop humaine (cf. Mt 22, 41-46), essentiellement politique (cf. Jn 6, 15&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''440 ''Jésus a accueilli la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion prochaine du Fils de l’Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l’identité transcendante du Fils de l’Homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 6, 62&amp;amp;nbsp;; Dn 7, 13) et dans sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 10-12). C’est pourquoi le vrai sens de sa royauté n’est manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19, 19-22&amp;amp;nbsp;; Lc 23, 39-43). C’est seulement après sa Résurrection que sa royauté messianique pourra être proclamée par Pierre devant le Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude&amp;amp;nbsp;: Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Fils unique de Dieu =====&lt;br /&gt;
''441 Fils de Dieu'', dans l’Ancien Testament, est un titre donné aux anges (cf. Dt 32, 8&amp;amp;nbsp;; Jb 1, 6), au peuple de l’Élection (cf. Ex 4, 22&amp;amp;nbsp;; Os 11, 1&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 19&amp;amp;nbsp;; Si 36, 11&amp;amp;nbsp;; Sg 18, 13), aux enfants d’Israël (cf. Dt 14, 1&amp;amp;nbsp;; Os 2, 1) et à leurs rois (cf. 2 S 7, 14&amp;amp;nbsp;; Ps 82, 6). Il signifie alors une filiation adoptive qui établit entre Dieu et sa créature des relations d’une intimité particulière. Quand le Roi-Messie promis est dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Ch 17, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 2, 7), cela n’implique pas nécessairement, selon le sens littéral de ces textes, qu’il soit plus qu’humain. Ceux qui ont désigné ainsi Jésus en tant que Messie d’Israël (cf. Mt 27, 54) n’ont peut-être pas voulu dire davantage (cf. Lc 23, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''442 ''Il n’en va pas de même pour Pierre quand il confesse Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16) car celui-ci lui répond avec solennité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette ''révélation'' ne t’est pas venue de la chair et du sang mais ''de mon Père ''qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17). Parallèlement Paul dira à propos de sa conversion sur le chemin de Damas&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 1, 15-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 9, 20). Ce sera dès le début (cf. 1 Th 1, 10) le centre de la foi apostolique (cf. Jn 20, 31) professée d’abord par Pierre comme fondement de l’Église (cf. Mt 16, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''443 ''Si Pierre a pu reconnaître le caractère transcendant de la filiation divine de Jésus Messie, c’est que celui-ci l’a nettement laissé entendre. Devant le Sanhédrin, à la demande de ses accusateurs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es donc le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus a répondu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous le dites bien, je le suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 70&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 26, 64&amp;amp;nbsp;; Mc 14, 61). Bien avant déjà, Il s’est désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui connaît le Père (cf. Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; 21, 37-38), qui est distinct des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que Dieu a auparavant envoyés à son peuple (cf. Mt 21, 34-36), supérieur aux anges eux-mêmes (cf. Mt 24, 36). Il a distingué sa filiation de celle de ses disciples en ne disant jamais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 48&amp;amp;nbsp;; 6, 8&amp;amp;nbsp;; 7, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 13) sauf pour leur ordonner &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''vous'' donc priez ainsi&amp;amp;nbsp;: Notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; et il a souligné cette distinction&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père et votre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''444 ''Les Évangiles rapportent en deux moments solennels, le Baptême et la transfiguration du Christ, la voix du Père qui Le désigne comme son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; 17, 5). Jésus se désigne Lui-même comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils Unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16) et affirme par ce titre sa préexistence éternelle (cf. Jn 10, 36). Il demande la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Fils unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 18). Cette confession chrétienne apparaît déjà dans l’exclamation du centurion face à Jésus en croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vraiment cet homme était Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 39). Dans le mystère pascal seulement le croyant peut donner sa portée ultime au titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''445 ''C’est après sa Résurrection que sa filiation divine apparaît dans la puissance de son humanité glorifiée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon l’Esprit qui sanctifie, par sa Résurrection d’entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu dans sa puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 13, 33). Les apôtres pourront confesser&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Seigneur =====&lt;br /&gt;
''446 ''Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s’est révélé à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, est rendu par ''Kyrios'' (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). ''Seigneur'' devient dès lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. C’est dans ce sens fort que le Nouveau Testament utilise le titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la fois pour le Père, mais aussi, et c’est là la nouveauté, pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu lui-même (cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''447 ''Jésus lui-même s’attribue de façon voilée ce titre lorsqu’il discute avec les Pharisiens sur le sens du Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 2, 34-36&amp;amp;nbsp;; He 1, 13), mais aussi de manière explicite en s’adressant à ses apôtres (cf. Jn 13, 13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de domination sur la nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort et le péché, démontraient sa souveraineté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''448 ''Très souvent, dans les Évangiles, des personnes s’adressent à Jésus en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Ce titre exprime le respect et la confiance de ceux qui s’approchent de Jésus et qui attendent de lui secours et guérison (cf. Mt 8, 2&amp;amp;nbsp;; 14, 30&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; e.a.). Sous la motion de l’Esprit Saint, il exprime la reconnaissance du mystère divin de Jésus (cf. Lc 1, 43&amp;amp;nbsp;; 2, 11). Dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Seigneur et mon Dieu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 28). Il prend alors une connotation d’amour et d’affection qui va rester le propre de la tradition chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''449 ''En attribuant à Jésus le titre divin de Seigneur, les premières confessions de foi de l’Église affirment, dès l’origine (cf. Ac 2, 34-36), que le pouvoir, l’honneur et la gloire dus à Dieu le Père conviennent aussi à Jésus (cf. Rm 9, 5&amp;amp;nbsp;; Tt 2, 13&amp;amp;nbsp;; Ap 5, 13) parce qu’il est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 6) et que le Père a manifesté cette souveraineté de Jésus en le ressuscitant des morts et en l’exaltant dans sa gloire (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''450 ''Dès le commencement de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l’histoire (cf. Ap 11, 15) signifie aussi la reconnaissance que l’homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: César n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 17&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église croit (...) que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 10, § 2&amp;amp;nbsp;; cf. 45, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''451 ''La prière chrétienne est marquée par le titre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que ce soit l’invitation à la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur soit avec vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ou la conclusion de la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Jésus-Christ notre Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou encore le cri plein de confiance et d’espérance&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Maran atha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur vient&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Marana tha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) (1 Co 16, 22)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen, viens, Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
452 Le nom de Jésus signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’enfant né de la Vierge Marie est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
453 Le nom de Christ signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est le Christ car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu L’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38). Il était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 19), l’objet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
454 Le nom de Fils de Dieu signifie la relation unique et éternelle de Jésus-Christ à Dieu son Père&amp;amp;nbsp;: Il est le Fils unique du Père (cf. Jn 1, 14. 18&amp;amp;nbsp;; 3, 16. 18) et Dieu lui-même (cf. Jn 1, 1). Croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu est nécessaire pour être chrétien (cf. Ac 8, 37&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
455 Le nom de Seigneur signifie la souveraineté divine. Confesser ou invoquer Jésus comme Seigneur, c’est croire en sa divinité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut dire ‘Jésus est Seigneur’ s’il n’est avec l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : &amp;quot; Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, Il est né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Fils de Dieu s’est fait homme =====&lt;br /&gt;
===== I. Pourquoi le Verbe s’est-il fait chair =====&lt;br /&gt;
''456 ''Avec le Credo de Nicée-Constantinople, nous répondons en confessant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Pour nous les hommes et pour notre salut'' Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;; par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''457 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père a envoyé son Fils, le sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-là a paru pour ôter les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Malade, notre nature demandait à être guérie&amp;amp;nbsp;; déchue, à être relevée&amp;amp;nbsp;; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière&amp;amp;nbsp;; captifs, nous attendions un sauveur&amp;amp;nbsp;; prisonniers, un secours&amp;amp;nbsp;; esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance&amp;amp;nbsp;? Ne méritaient-elles pas d’émouvoir Dieu au point de le faire descendre jusqu’à notre nature humaine pour la visiter, puisque l’humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux&amp;amp;nbsp;? (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 15&amp;amp;nbsp;: PG 45, 48B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''458 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour que nous connaissions ainsi l’amour de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''459 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour être notre modèle de sainteté''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la voie, la vérité et la vie&amp;amp;nbsp;; nul ne vient au Père sans passer par moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 6). Et le Père, sur la montagne de la Transfiguration, ordonne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 9, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Dt 6, 4-5). Il est en effet le modèle des Béatitudes et la norme de la Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 12). Cet amour implique l’offrande effective de soi-même à sa suite (cf. Mc 8, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''460 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous rendre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(2 P 1, 4)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 19, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Athanase, inc. 54, 3&amp;amp;nbsp;: PG 25, 192B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., opusc. 57 in festo Corp. Chr. 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Incarnation =====&lt;br /&gt;
''461 ''Reprenant l’expression de S. Jean (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe s’est fait chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Jn 1, 14), l’Église appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Incarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le fait que le Fils de Dieu ait assumé une nature humaine pour accomplir en elle notre salut. Dans une hymne attestée par S. Paul, l’Église chante le mystère de l’Incarnation&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;: Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la Croix&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 5-8&amp;amp;nbsp;; cf. LH, cantique des Vêpres du samedi).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''462 ''L’épître aux Hébreux parle du même mystère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit&amp;amp;nbsp;: Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation&amp;amp;nbsp;; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocauste ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit&amp;amp;nbsp;: Voici, je viens (...) pour faire ta volonté (He 10, 5-7, citant Ps 40, 7-9 LXX).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''463 ''La foi en l’Incarnation véritable du Fils de Dieu est le signe distinctif de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A ceci reconnaissez l’esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;: Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2). C’est là la joyeuse conviction de l’Église dès son commencement, lorsqu’elle chante &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le grand mystère de la piété&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été manifesté dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Vrai Dieu et vrai homme =====&lt;br /&gt;
''464 ''L’événement unique et tout à fait singulier de l’Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu’il soit le résultat du mélange confus entre le divin et l’humain. Il s’est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l’Église a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''465 ''Les premières hérésies ont moins nié la divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme gnostique). Dès les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie incarnation du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l’Église a dû affirmer contre Paul de Samosate, dans un Concile réuni à Antioche, que Jésus-Christ est Fils de Dieu par nature et non par adoption. Le premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, confessa dans son Credo que le Fils de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;engendré, non pas créé, de la même substance (''homousios'' – DS 125) que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et condamna Arius qui affirmait que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils de Dieu est sorti du néant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 130) et qu’il serait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’une autre substance que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 126).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''466 ''L’hérésie nestorienne voyait dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de Dieu. Face à elle S. Cyrille d’Alexandrie et le troisième Concile œcuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe, en s’unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est devenu homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 250). L’humanité du Christ n’a d’autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée et faite sienne dès sa conception. Pour cela le Concile d’Ephèse a proclamé en 431 que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu dans son sein&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''467 ''Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d’exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à cette hérésie, le quatrième Concile œcuménique, à Chalcédoine, a confessé en 451&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* A la suite des saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d’une âme rationnelle et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l’humanité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;semblable à nous en tout, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15)&amp;amp;nbsp;; engendré du Père avant tout les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous et pour notre salut, né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l’humanité.&amp;lt;br/&amp;gt; Un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n’est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase (DS 301-302).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''468 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après le Concile de Chalcédoine, certains firent de la nature humaine du Christ une sorte de sujet personnel. Contre eux, le cinquième Concile œcuménique, à Constantinople en 553, a confessé à propos du Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a qu’une seule hypostase [ou personne], qui est notre Seigneur Jésus-Christ, &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''un de la Trinité''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 424). Tout dans l’humanité du Christ doit donc être attribué à sa personne divine comme à son sujet propre (cf. déjà Cc. Ephèse&amp;amp;nbsp;: DS 255), non seulement les miracles mais aussi les souffrances (cf. DS 424) et même la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui a été crucifié dans la chair, notre Seigneur Jésus-Christ, est vrai Dieu, Seigneur de la gloire et Un de la sainte Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 432).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''469 ''L’Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s’est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d’être Dieu, notre Seigneur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il resta ce qu’Il était, Il assuma ce qu’il n’était pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chante la liturgie romaine (LH, In Solemnitate Sanctae Dei Genetricis Mariae, antiphona ad &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Benedictus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. S. Léon le Grand, serm. 21, 2&amp;amp;nbsp;: PL 54, 192A). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome proclame et chante&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Fils unique et Verbe de Dieu, étant immortel, tu as daigné pour notre salut t’incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui sans changement es devenu homme, et qui as été crucifié, O Christ Dieu, qui, par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de la Sainte Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit, sauve-nous&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tropaire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O monoghenis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment le Fils de Dieu est-il homme ? =====&lt;br /&gt;
''470 ''Parce que dans l’union mystérieuse de l’Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nature humaine a été assumée, non absorbée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), l’Église a été amenée au cours des siècles à confesser la pleine réalité de l’âme humaine, avec ses opérations d’intelligence et de volonté, et du corps humain du Christ. Mais parallèlement, elle a eu à rappeler à chaque fois que la nature humaine du Christ appartient en propre à la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée. Tout ce qu’il est et ce qu’il fait en elle relève &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’Un de la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Fils de Dieu communique donc à son humanité son propre mode d’exister personnel dans la Trinité. Ainsi, dans son âme comme dans son corps, le Christ exprime humainement les mœurs divines de la Trinité (cf. Jn 14, 9-10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Fils de Dieu a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (GS 22, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’âme et la connaissance humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''471 ''Apollinaire de Laodicée affirmait que dans le Christ le Verbe avait remplacé l’âme ou l’esprit. Contre cette erreur l’Église a confessé que le Fils éternel a assumé aussi une âme raisonnable humaine (cf. DS 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''472 ''Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée&amp;amp;nbsp;: elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croître en sagesse, en taille et en grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38&amp;amp;nbsp;; Mc 8, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 11, 34&amp;amp;nbsp;; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2,7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''473 ''Mais en même temps, cette connaissance vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie divine de sa personne (cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39&amp;amp;nbsp;: DS 475&amp;amp;nbsp;: PL 77, 1097B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine du Fils de Dieu, ''non par elle-même mais par son union au Verbe'', connaissait et manifestait en elle tout ce qui convient à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, qu. dub. 66&amp;amp;nbsp;: PG 90, 840A). C’est en premier le cas de la connaissance intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père (cf. Mc 14, 36&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 18&amp;amp;nbsp;; 8, 55&amp;amp;nbsp;; etc.). Le Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine qu’il avait des pensées secrètes du cœur des hommes (cf. Mc 2, 8&amp;amp;nbsp;; Jn 2, 25&amp;amp;nbsp;; 6, 61&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''474 ''De par son union à la Sagesse divine en la personne du Verbe incarné, la connaissance humaine du Christ jouissait en plénitude de la science des desseins éternels qu’il était venu révéler (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 31&amp;amp;nbsp;; 10, 33-34&amp;amp;nbsp;; 14, 18-20. 26-30). Ce qu’il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32), il déclare ailleurs n’avoir pas mission de le révéler (cf. Ac 1, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La volonté humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''475 ''De manière parallèle, l’Église a confessé au sixième Concile œcuménique (Cc. Constantinople III en 681) que le Christ possède deux volontés et deux opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes, de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l’obéissance à son Père tout ce qu’il a décidé divinement avec le Père et le Saint-Esprit pour notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;suit sa volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d’elle, mais bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 556).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le vrai corps du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''476 ''Puisque le Verbe s’est fait chair en assumant une vraie humanité, le corps du Christ était délimité (cf. Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 504). A cause de cela, le visage humain de Jésus peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dépeint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 2). Au sixième Concile œcuménique (Cc. Nicée II en 787&amp;amp;nbsp;: DS 600-603) l’Église a reconnu comme légitime qu’il soit représenté sur des images saintes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''477 ''En même temps l’Église a toujours reconnu que, dans le corps de Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui est par nature invisible est devenu visible à nos yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de Noël). En effet, les particularités individuelles du corps du Christ expriment la personne divine du Fils de Dieu. Celui-ci a fait siens les traits de son corps humain au point que, dépeints sur une image sainte, ils peuvent être vénérés car le croyant qui vénère son image, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vénère en elle la personne qui y est dépeinte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Nicée II&amp;amp;nbsp;: DS 601).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Cœur du Verbe incarné'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''478 ''Jésus nous a tous et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa passion et il s’est livré pour chacun de nous&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d’un cœur humain. Pour cette raison, le Cœur sacré de Jésus, transpercé par nos péchés et pour notre salut (cf. Jn 19, 34), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est considéré comme le signe et le symbole éminents... de cet amour que le divin Rédempteur porte sans cesse au père éternel et à tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Haurietis aquas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3924&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3812).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
479 Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, c’est-à-dire le Verbe et l’Image substantielle du Père, s’est incarné&amp;amp;nbsp;: sans perdre la nature divine il a assumé la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480 Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, dans l’unité de sa Personne divine&amp;amp;nbsp;; pour cette raison il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
481 Jésus-Christ possède deux natures, la divine et l’humaine, non confondues, mais unies dans l’unique Personne du Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
482 Le Christ, étant vrai Dieu et vrai homme, a une intelligence et une volonté humaines, parfaitement accordées et soumises à son intelligence et sa volonté divines, qu’il a en commun avec le Père et le Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
483 L’Incarnation est donc le mystère de l’admirable union de la nature divine et de la nature humaine dans l’unique Personne du Verbe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. &amp;quot; ... Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Conçu du Saint-Esprit... =====&lt;br /&gt;
''484 ''L’Annonciation à Marie inaugure la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plénitude des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), c’est-à-dire l’accomplissement des promesses et des préparations. Marie est invitée à concevoir Celui en qui habitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corporellement la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). La réponse divine à son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34) est donnée par la puissance de l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint viendra sur toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''485 ''La mission de l’Esprit Saint est toujours conjointe et ordonnée à celle du Fils (cf. Jn 16, 14-15). L’Esprit Saint est envoyé pour sanctifier le sein de la Vierge Marie et la féconder divinement, lui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en faisant qu’elle conçoive le Fils éternel du Père dans une humanité tirée de la sienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''486 ''Le Fils unique du Père en étant conçu comme homme dans le sein de la Vierge Marie est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire oint par l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 35), dès le début de son existence humaine, même si sa manifestation n’a lieu que progressivement&amp;amp;nbsp;: aux bergers (cf. Lc 2, 8-20), aux mages (cf. Mt 2, 1-12), à Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 31-34), aux disciples (cf. Jn 2, 11). Toute la vie de Jésus-Christ manifestera donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment Dieu l’a oint d’Esprit et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. ... Né de la Vierge Marie =====&lt;br /&gt;
''487 ''Ce que la foi catholique croit au sujet de Marie se fonde sur ce qu’elle croit au sujet du Christ, mais ce qu’elle enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédestination de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''488 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), mais pour lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonner un corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. He 10, 5) il a voulu la libre coopération d’une créature. Pour cela, de toute éternité, Dieu a choisi, pour être la Mère de Son Fils, une fille d’Israël, une jeune juive de Nazareth en Galilée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 26-27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père des miséricordes a voulu que l’Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l’œuvre de mort, de même une femme contribuât aussi à la vie (LG 56&amp;amp;nbsp;; cf. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''489 ''Tout au long de l’Ancienne Alliance, la mission de Marie a été ''préparée'' par celle de saintes femmes. Tout au commencement, il y a Eve&amp;amp;nbsp;: malgré sa désobéissance, elle reçoit la promesse d’une descendance qui sera victorieuse du Malin (cf. Gn 3, 15) et celle d’être la mère de tous les vivants (cf. Gn 3, 20). En vertu de cette promesse, Sara conçoit un fils malgré son grand âge (cf. Gn 18, 10-14&amp;amp;nbsp;; 21, 1-2). Contre toute attente humaine, Dieu choisit ce qui était tenu pour impuissant et faible (cf. 1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité à sa promesse&amp;amp;nbsp;: Anne, la mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith et Esther, et beaucoup d’autres femmes. Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s’accomplissent les temps et s’instaure l’économie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 55).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Immaculée Conception'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''490 ''Pour être la Mère du Sauveur, Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). L’ange Gabriel, au moment de l’Annonciation la salue comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 28). En effet, pour pouvoir donner l’assentiment libre de sa foi à l’annonce de sa vocation, il fallait qu’elle soit toute portée par la grâce de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''491 ''Au long des siècles l’Église a pris conscience que Marie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel (DS 2803).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''492 ''Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sainteté éclatante absolument unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dont elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enrichie dès le premier instant de sa conception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56) lui vient tout entière du Christ&amp;amp;nbsp;: elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). Plus que toute autre personne créée, le Père l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 3). Il l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;élue en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et immaculée en sa présence, dans l’amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''493 ''Les Pères de la tradition orientale appellent la Mère de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Toute Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Panaghia''), ils la célèbrent comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’il me soit fait selon ta parole...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''494 ''A l’annonce qu’elle enfantera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils du Très Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sans connaître d’homme, par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 28-37), Marie a répondu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 5), certaine que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;; qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37-38). Ainsi, donnant à la parole de Dieu son consentement, Marie devint Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement à la personne et à l’œuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce de Dieu, au mystère de la Rédemption (cf. LG 56)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme dit S. Irénée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 22, 4). Aussi, avec lui, bon nombre d’anciens Pères disent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le nœud dû à la désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance de Marie&amp;amp;nbsp;; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. ''ibid.'')&amp;amp;nbsp;; comparant Marie avec Eve, ils appellent Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et déclarent souvent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Eve la mort, par Marie la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité divine de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''495 ''Appelée dans les Évangiles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 1&amp;amp;nbsp;; 19, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 13, 55), Marie est acclamée, sous l’impulsion de l’Esprit, dès avant la naissance de son fils, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de mon Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 43). En effet, Celui qu’elle a conçu comme homme du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n’est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité. L’Église confesse que Marie est vraiment ''Mère de Dieu'' (''Theotokos'') (cf. DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La virginité de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''496 ''Dès les premières formulations de la foi (cf. DS 10-64), l’Église a confessé que Jésus a été conçu par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, affirmant aussi l’aspect corporel de cet événement&amp;amp;nbsp;: Jésus a été conçu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’Esprit Saint sans semence virile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 503). Les Pères voient dans la conception virginale le signe que c’est vraiment le Fils de Dieu qui est venu dans une humanité comme la nôtre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Ignace d’Antioche (début IIe siècle)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes fermement convaincus au sujet de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon la chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu (cf. Jn 1, 13), véritablement né d’une vierge, (...) il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate (...) il a véritablement souffert, comme il est aussi véritablement ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Smyrn. 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''497 ''Les récits évangéliques (cf. Mt 1, 18-25&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38) comprennent la conception virginale comme une œuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute possibilité humaines (cf. Lc 1, 34)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit l’ange à Joseph au sujet de Marie, sa fiancée (Mt 1, 20). L’Église y voit l’accomplissement de la promesse divine donnée par le prophète Isaïe&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que la vierge concevra et enfantera un fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 7, 14, d’après la traduction grecque de Mt 1, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''498 ''On a été parfois troublé par le silence de l’Évangile de S. Marc et des Épîtres du Nouveau Testament sur la conception virginale de Marie. On a aussi pu se demander s’il ne s’agissait pas ici de légendes ou de constructions théologiques sans prétentions historiques. A quoi il faut répondre&amp;amp;nbsp;: La foi en la conception virginale de Jésus a rencontré vive opposition, moqueries ou incompréhension de la part des non-croyants, juifs et païens (cf. S. Justin, dial. 66, 67&amp;amp;nbsp;; Origène, Cels. 1, 32. 69&amp;amp;nbsp;; e.a.)&amp;amp;nbsp;: elle n’était pas motivée par la mythologie païenne ou par quelque adaptation aux idées du temps. Le sens de cet événement n’est accessible qu’à la foi qui le voit dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lien qui relie les mystères entre eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3016), dans l’ensemble des mystères du Christ, de son Incarnation à sa Pâque. S. Ignace d’Antioche témoigne déjà de ce lien&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le prince de ce monde a ignoré la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort du Seigneur&amp;amp;nbsp;: trois mystères retentissants qui furent accomplis dans le silence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Eph. 19, 1&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours Vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''499 ''L’approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l’Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie (cf. DS 427) même dans l’enfantement du Fils de Dieu fait homme (cf. DS 291&amp;amp;nbsp;; 294&amp;amp;nbsp;; 442&amp;amp;nbsp;; 503&amp;amp;nbsp;; 571&amp;amp;nbsp;; 1880). En effet la naissance du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas diminué, mais consacré l’intégrité virginale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mère (LG 57). La liturgie de l’Église célèbre Marie comme la ''Aeiparthenos'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''500 ''A cela on objecte parfois que l’Écriture mentionne des frères et sœurs de Jésus (cf. Mc 3, 31-35&amp;amp;nbsp;; 6, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 5&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 19). L’Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d’autres enfants de la Vierge Marie&amp;amp;nbsp;: en effet Jacques et Joseph, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 55), sont les fils d’une Marie disciple du Christ (cf. Mt 27, 56) qui est désignée de manière significative comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’autre Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 1). Il s’agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l’Ancien Testament (cf. Gn 13, 8&amp;amp;nbsp;; 14, 16&amp;amp;nbsp;; 29, 15&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''501 ''Jésus est le Fils unique de Marie. Mais la maternité spirituelle de Marie (cf. Jn 19, 26-27&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 17) s’étend à tous les hommes qu’il est venu sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait ‘l’aîné d’une multitude de frères’ (Rm 8, 29), c’est-à-dire de croyants, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour maternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité virginale de Marie dans le dessein de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''502 ''Le regard de la foi peut découvrir, en lien avec l’ensemble de la Révélation, les raisons mystérieuses pour lesquelles Dieu, dans son dessein salvifique, a voulu que son Fils naisse d’une vierge. Ces raisons touchent aussi bien la personne et la mission rédemptrice du Christ que l’accueil de cette mission par Marie pour tous les hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''503 ''La virginité de Marie manifeste l’initiative absolue de Dieu dans l’Incarnation. Jésus n’a que Dieu comme Père (cf. Lc 2, 48-49). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine qu’il a prise ne l’a jamais éloigné du Père (...)&amp;amp;nbsp;; naturellement Fils de son Père par sa divinité, naturellement fils de sa mère par son humanité, mais proprement Fils de Dieu dans ses deux natures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Frioul en 796&amp;amp;nbsp;: DS 619).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''504 ''Jésus est conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie parce qu’il est ''le Nouvel Adam'' (cf. 1 Co 15, 45) qui inaugure la création nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier homme, issu du sol, est terrestre&amp;amp;nbsp;; le second homme, lui, vient du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 47). L’humanité du Christ est, dès sa conception, remplie de l’Esprit Saint car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui donne l’Esprit sans mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 34). C’est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sa plénitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à lui, tête de l’humanité rachetée (cf. Col 1, 18), que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous avons reçu grâce sur grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''505 ''Jésus, le Nouvel Adam, inaugure par sa conception virginale ''la nouvelle naissance ''des enfants d’adoption dans l’Esprit Saint par la foi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment cela se fera-t-il&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 3, 9). La participation à la vie divine ne vient pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;du sang, ni du vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13). L’accueil de cette vie est virginal car celle-ci est entièrement donnée par l’Esprit à l’homme. Le sens sponsal de la vocation humaine par rapport à Dieu (cf. 2 Co 11, 2) est accompli parfaitement dans la maternité virginale de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''506 ''Marie est vierge parce que sa virginité est ''le signe de sa foi'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que nul doute n’altère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63) et de sa donation sans partage à la volonté de Dieu (cf. 1 Co 7, 34-35). C’est sa foi qui lui donne de devenir la mère du Sauveur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse Marie, plus encore parce qu’elle a reçu la foi du Christ que parce qu’Elle a conçu la chair du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, virg. 3&amp;amp;nbsp;: PL 40, 398).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''507 ''Marie est à la fois vierge et mère car elle est la figure et la plus parfaite réalisation de l’Église (cf. LG 63)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi&amp;amp;nbsp;: par la prédication en effet, et par le Baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle est aussi vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu’elle garde intègre et pure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''508 Dans la descendance d’Eve, Dieu a choisi la Vierge Marie pour être la Mère de son Fils. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit le plus excellent de la Rédemption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 103)&amp;amp;nbsp;: dès le premier instant de sa conception, elle est totalement préservée de la tache du péché originel et elle est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''509 Marie est vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elle est la mère du Fils éternel de Dieu fait homme, qui est Dieu lui-même.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''510 Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant, Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 186, 1&amp;amp;nbsp;: PL 38, 999)&amp;amp;nbsp;: de tout son être elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''511 La Vierge Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;coopéré au salut des hommes avec sa foi et son obéissance libres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Elle a prononcé son oui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 30, 1)&amp;amp;nbsp;: Par son obéissance, elle est devenue la nouvelle Eve, mère des vivants.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Les mystères de la Vie du Christ =====&lt;br /&gt;
''512 ''Le Symbole de la foi ne parle, concernant la vie du Christ, que des mystères de l’Incarnation (conception et naissance) et de la Pâque (passion, crucifixion, mort, sépulture, descente aux enfers, résurrection, ascension). Il ne dit rien, explicitement, des mystères de la vie cachée et publique de Jésus, mais les articles de la foi concernant l’Incarnation et la Pâque de Jésus éclairent ''toute'' la vie terrestre du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement jusqu’au jour où (...) Il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 1-2) est à voir à la lumière des mystères de Noël et de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''513 ''La Catéchèse, selon les circonstances, déploiera toute la richesse des mystères de Jésus. Ici il suffit d’indiquer quelques éléments communs à tous les mystères de la vie du Christ (I), pour esquisser ensuite les principaux mystères de la vie cachée (II) et publique (III) de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Toute la vie du Christ est mystère =====&lt;br /&gt;
''514 ''Beaucoup de choses qui intéressent la curiosité humaine au sujet de Jésus ne figurent pas dans les Évangiles. Presque rien n’est dit sur sa vie à Nazareth, et même une grande part de sa vie publique n’est pas relatée (cf. Jn 20, 30). Ce qui a été écrit dans les Évangiles, l’a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''515 ''Les Évangiles sont écrits par des hommes qui ont été parmi les premiers à avoir la foi (cf. Mc 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 24) et qui veulent la faire partager à d’autres. Ayant connu dans la foi qui est Jésus, ils ont pu voir et faire voir les traces de son mystère dans toute sa vie terrestre. Des langes de sa nativité (cf. Lc 2, 7) jusqu’au vinaigre de sa passion (cf. Mt 27, 48) et au suaire de sa Résurrection (cf. Jn 20, 7), tout dans la vie de Jésus est signe de son mystère. A travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Son humanité apparaît ainsi comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le signe et l’instrument de sa divinité et du salut qu’il apporte&amp;amp;nbsp;: ce qu’il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les traits communs des mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''516 ''Toute la vie du Christ est ''Révélation'' du Père&amp;amp;nbsp;: ses paroles et ses actes, ses silences et ses souffrances, sa manière d’être et de parler. Jésus peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui me voit, voit le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 9), et le Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35). Notre Seigneur s’étant fait homme pour accomplir la volonté du Père (cf. He 10, 5-7), les moindres traits de ses mystères nous manifestent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''517 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Rédemption''. La Rédemption nous vient avant tout par le sang de la Croix (cf. Ep 1, 7&amp;amp;nbsp;; Col 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 18-19), mais ce mystère est à l’œuvre dans toute la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: dans son Incarnation déjà, par laquelle, en se faisant pauvre, il nous enrichit par sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9)&amp;amp;nbsp;; dans sa vie cachée qui, par sa soumission (cf. Lc 2, 51), répare notre insoumission&amp;amp;nbsp;; dans sa parole qui purifie ses auditeurs (cf. Jn 15, 3)&amp;amp;nbsp;; dans ses guérisons et ses exorcismes, par lesquels &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 8, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 4)&amp;amp;nbsp;; dans sa Résurrection, par laquelle il nous justifie (cf. Rm 4, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''518 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Récapitulation''. Tout ce que Jésus a fait, dit et souffert, avait pour but de rétablir l’homme déchu dans sa vocation première&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Lorsqu’il s’est incarné et s’est fait homme, il a récapitulé en lui-même la longue histoire des hommes et nous a procuré le salut en raccourci, de sorte que ce que nous avions perdu en Adam, c’est-à-dire d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous le recouvrions dans le Christ Jésus (S. Irénée, hær. 3, 18, 1). C’est d’ailleurs pourquoi le Christ est passé par tous les âges de la vie, rendant par là à tous les hommes la communion avec Dieu (ibid. 3, 18, 7&amp;amp;nbsp;; cf. 2, 22, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre communion aux mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''519 ''Toute la richesse du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est destinée à tout homme et constitue le bien de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RH 11). Le Christ n’a pas vécu sa vie pour lui-même, mais ''pour nous,'' de son Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nous les hommes et pour notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; jusqu’à sa mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) et à sa Résurrection &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 25). Maintenant encore, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre avocat auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 1), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 25). Avec tout ce qu’il a vécu et souffert pour nous une fois pour toutes, il reste présent pour toujours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devant la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''520 ''En toute sa vie, Jésus se montre comme ''notre modèle'' (cf. Rm 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 5)&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme parfait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 38) qui nous invite à devenir ses disciples et à le suivre&amp;amp;nbsp;: par son abaissement, il nous a donné un exemple à imiter (cf. Jn 13, 15), par sa prière, il attire à la prière (cf. Lc 11, 1), par sa pauvreté, il appelle à accepter librement le dénuement et les persécutions (cf. Mt 5, 11-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''521 ''Tout ce que le Christ a vécu, il fait que nous puissions ''le vivre en Lui'' et qu’il ''le vive en nous.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2). Nous sommes appelés à ne faire plus qu’un avec lui&amp;amp;nbsp;; ce qu’il a vécu dans sa chair pour nous et comme notre modèle, il nous y fait communier comme les membres de son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu’il les consomme et accomplisse en nous et en toute son Église (...). Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église, par les grâces qu’il veut nous communiquer, et par les effets qu’il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous (S. Jean Eudes, ''Le royaume de Jésus'', 3, 4&amp;amp;nbsp;: ''Oeuvres complètes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, v. 1 [Vannes 1905] p. 310-311).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les mystères de l’enfance et de la vie cachée de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Les préparations'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''522 ''La venue du Fils de Dieu sur la terre est un événement si immense que Dieu a voulu le préparer pendant des siècles. Rites et sacrifices, figures et symboles de la Première alliance (cf. He 9, 15), Il fait tout converger vers le Christ&amp;amp;nbsp;; Il l’annonce par la bouche des prophètes qui se succèdent en Israël. Il éveille par ailleurs dans le cœur des païens l’obscure attente de cette venue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''523 Saint Jean le Baptiste'' est le précurseur (cf. Ac 13, 24) immédiat du Seigneur, envoyé pour Lui préparer le chemin (cf. Mt 3, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prophète du Très-Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 76), il dépasse tous les prophètes (cf. Lc 7, 26), il en est le dernier (cf. Mt 11,13), il inaugure l’Évangile (cf. Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; Lc 16, 16)&amp;amp;nbsp;; il salue la venue du Christ dès le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41) et il trouve sa joie à être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ami de l’époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 29) qu’il désigne comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Précédant Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec l’esprit et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17), il lui rend témoignage par sa prédication, son baptême de conversion et finalement son martyre (cf. Mc 6, 17-29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''524 ''En célébrant chaque année la ''liturgie de l’Avent, ''l’Église actualise cette attente du Messie&amp;amp;nbsp;: en communiant à la longue préparation de la première venue du Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second Avènement (cf. Ap 22, 17). Par la célébration de la nativité et du martyre du Précurseur, l’Église s’unit à son désir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que Lui grandisse et que moi je décroisse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de Noël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''525 ''Jésus est né dans l’humilité d’une étable, dans une famille pauvre (cf. Lc 2, 6-7)&amp;amp;nbsp;; de simples bergers sont les premiers témoins de l’événement. C’est dans cette pauvreté que se manifeste la gloire du ciel (cf. Lc 2, 8-20). L’Église ne se lasse pas de chanter la gloire de cette nuit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel&amp;lt;br/&amp;gt; Et la terre offre une grotte à l’Inaccessible.&amp;lt;br/&amp;gt; Les anges et les pasteurs le louent&amp;lt;br/&amp;gt; Et les mages avec l’étoile s’avancent,&amp;lt;br/&amp;gt; Car Tu es né pour nous,&amp;lt;br/&amp;gt; Petit Enfant, Dieu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;br/&amp;gt; (Kontakion de Romanos le Mélode)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''526 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devenir enfant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par rapport à Dieu est la condition pour entrer dans le Royaume (cf. Mt 18, 3-4)&amp;amp;nbsp;; pour cela il faut s’abaisser (cf. Mt 23, 12), devenir petit&amp;amp;nbsp;; plus encore&amp;amp;nbsp;: il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13) pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devenir enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 12). Le mystère de Noël s’accomplit en nous lorsque le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prend forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en nous (Ga 4, 19). Noël est le mystère de cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;admirable échange&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O admirable échange&amp;amp;nbsp;! Le créateur du genre humain, assumant un corps et une âme, a daigné naître d’une vierge et, devenu homme sans l’intervention de l’homme, Il nous a fait don de sa divinité (LH, antienne de l’octave de Noël).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de l’enfance de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''527 ''La ''circoncision'' de Jésus, le huitième jour après sa naissance (cf. Lc 2, 21), est signe de son insertion dans la descendance d’Abraham, dans le peuple de l’alliance, de sa soumission à la loi (cf. Ga 4, 4), et de sa députation au culte d’Israël auquel Il participera pendant toute sa vie. Ce signe préfigure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la circoncision du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’est le Baptême (cf. Col 2, 11-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''528 ''L’''Épiphanie ''est la manifestation de Jésus comme Messie d’Israël, Fils de Dieu et Sauveur du monde. Avec le Baptême de Jésus au Jourdain et les noces de Cana (cf. LH, antienne du Magnificat des secondes vêpres de l’Épiphanie), elle célèbre l’adoration de Jésus par des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot; venus d’Orient (Mt 2, 1). Dans ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, représentants des religions païennes environnantes, l’Évangile voit les prémices des nations qui accueillent la Bonne Nouvelle du salut par l’Incarnation. La venue des mages à Jérusalem pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre hommage au roi des Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 2, 2) montre qu’ils cherchent en Israël, à la lumière messianique de l’étoile de David (cf. Nb 24, 17&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16), celui qui sera le roi des nations (cf. Nb 24, 17-19). Leur venue signifie que les païens ne peuvent découvrir Jésus et l’adorer comme Fils de Dieu et Sauveur du monde qu’en se tournant vers les juifs (cf. Jn 4, 22) et en recevant d’eux leur promesse messianique telle qu’elle est contenue dans l’Ancien Testament (cf. Mt 2, 4-6). L’Épiphanie manifeste que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens entre dans la famille des patriarches&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Léon le Grand, serm. 33, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 242) et acquiert la ''Israelitica dignitas'' (MR, Vigile Pascale 26&amp;amp;nbsp;: prière après la troisième lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''529 ''La ''présentation de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 22-39) Le montre comme le Premier-Né appartenant au Seigneur (cf. Ex 13, 12-13). Avec Siméon et Anne c’est toute l’attente d’Israël qui vient à la ''rencontre'' de son Sauveur (la tradition byzantine appelle ainsi cet événement). Jésus est reconnu comme le Messie tant attendu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lumière des nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gloire d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le glaive de douleur prédit à Marie annonce cette autre oblation, parfaite et unique, de la Croix qui donnera le salut que Dieu a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparé à la face de tous les peuples&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''530 ''La ''fuite en Égypte'' et le massacre des innocents (cf. Mt 2, 13-18) manifestent l’opposition des ténèbres à la lumière&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 11). Toute la vie du Christ sera sous le signe de la persécution. Les siens la partagent avec lui (cf. Jn 15, 20). Sa montée d’Égypte (cf. Mt 2, 15) rappelle l’Exode (cf. Os 11, 1) et présente Jésus comme le libérateur définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de la vie cachée de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''531 ''Pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l’immense majorité des hommes&amp;amp;nbsp;: une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail manuel, vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu (cf. Ga 4, 4), vie dans la communauté. De toute cette période il nous est révélé que Jésus était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à ses parents et qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 51-52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''532 ''La soumission de Jésus à sa mère et son père légal accomplit parfaitement le quatrième commandement. Elle est l’image temporelle de son obéissance filiale à son Père céleste. La soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie annonçait et anticipait la soumission du Jeudi Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non pas ma volonté...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 42). L’obéissance du Christ dans le quotidien de la vie cachée inaugurait déjà l’œuvre de rétablissement de ce que la désobéissance d’Adam avait détruit (cf. Rm 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''533 ''La vie cachée de Nazareth permet à tout homme de communier à Jésus par les voies les plus quotidiennes de la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus&amp;amp;nbsp;: l’école de l’Évangile (...). Une leçon de ''silence'' d’abord. Que naisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit (...). Une leçon de ''vie familiale''. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable (...). Une leçon de ''travail.'' Nazareth, ô maison du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils du Charpentier&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain (...)&amp;amp;nbsp;; comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin (Paul VI, discours 5 janvier 1964 à Nazareth&amp;amp;nbsp;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''534 ''Le ''recouvrement de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 41-52) est le seul événement qui rompt le silence des Évangiles sur les années cachées de Jésus. Jésus y laisse entrevoir le mystère de sa consécration totale à une mission découlant de sa filiation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Marie et Joseph &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne comprirent pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette parole, mais ils l’accueillirent dans la foi, et Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tout au long des années où Jésus restait enfoui dans le silence d’une vie ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Les mystères de la vie publique de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Baptême de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''535 ''Le commencement (cf. Lc 3, 23) de la vie publique de Jésus est son Baptême par Jean dans le Jourdain (cf. Ac 1, 22). Jean proclamait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême de repentir pour la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 3). Une foule de pécheurs, publicains et soldats (cf. Lc 3, 10-14), Pharisiens et Sadducéens (cf. Mt 3, 7) et prostituées (cf. Mt 21, 32) vient se faire baptiser par lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Alors paraît Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Baptiste hésite, Jésus insiste&amp;amp;nbsp;: il reçoit le Baptême. Alors l’Esprit Saint, sous forme de colombe, vient sur Jésus, et la voix du ciel proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 13-17). C’est la manifestation (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épiphanie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) de Jésus comme Messie d’Israël et Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''536 ''Le Baptême de Jésus, c’est, de sa part, l’acceptation et l’inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12)&amp;amp;nbsp;; il est déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29)&amp;amp;nbsp;; déjà, il anticipe le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mort sanglante (cf. Mc 10, 38&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 50). Il vient déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accomplir toute justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père&amp;amp;nbsp;: il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt 26, 39). A cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance en son Fils (cf. Lc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Is 42, 1). L’Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reposer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur lui (Jn 1, 32-33&amp;amp;nbsp;; cf. Is 11, 2). Il en sera la source pour toute l’humanité. A son Baptême, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux s’ouvrirent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 16) que le péché d’Adam avait fermés&amp;amp;nbsp;; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création nouvelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''537 ''Par le Baptême, le chrétien est sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa mort et sa résurrection&amp;amp;nbsp;; il doit entrer dans ce mystère d’abaissement humble et de repentance, descendre dans l’eau avec Jésus, pour remonter avec lui, renaître de l’eau et de l’Esprit pour devenir, dans le Fils, fils bien-aimé du Père et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vivre dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelissons-nous avec le Christ par le Baptême, pour ressusciter avec lui&amp;amp;nbsp;; descendons avec lui, pour être élevés avec lui&amp;amp;nbsp;; remontons avec lui, pour être glorifiés en lui (S. Grégoire de Naz., or. 40, 9&amp;amp;nbsp;: PG 36, 369B).&amp;lt;br/&amp;gt; Tout ce qui s’est passé dans le Christ nous fait connaître qu’après le bain d’eau, l’Esprit Saint vole sur nous du haut du ciel et qu’adoptés par la Voix du Père, nous devenons fils de Dieu (S. Hilaire, Mat. 2&amp;amp;nbsp;: PL 9, 927).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Tentation de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''538 ''Les Évangiles parlent d’un temps de solitude de Jésus au désert immédiatement après son baptême par Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Poussé par l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au désert, Jésus y demeure quarante jours sans manger&amp;amp;nbsp;; il vit avec les bêtes sauvages et les anges le servent (cf. Mc 1, 12-13). A la fin de ce temps, Satan le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers Dieu. Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d’Adam au Paradis et d’Israël au désert, et le diable s’éloigne de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour revenir au temps marqué&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''539 ''Les Évangélistes indiquent le sens salvifique de cet événement mystérieux. Jésus est le nouvel Adam, resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation. Jésus accomplit parfaitement la vocation d’Israël&amp;amp;nbsp;: contrairement à ceux qui provoquèrent jadis Dieu pendant quarante ans au désert (cf. Ps 95, 10), le Christ se révèle comme le Serviteur de Dieu totalement obéissant à la volonté divine. En cela, Jésus est vainqueur du diable&amp;amp;nbsp;: il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ligoté l’homme fort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour lui reprendre son butin (Mc 3, 27). La victoire de Jésus sur le tentateur au désert anticipe la victoire de la passion, obéissance suprême de son amour filial du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''540 ''La tentation de Jésus manifeste la manière qu’a le Fils de Dieu d’être Messie, à l’opposé de celle que lui propose Satan et que les hommes (cf. Mt 16, 21-23) désirent lui attribuer. C’est pourquoi le Christ a vaincu le Tentateur ''pour nous&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15). L’Église s’unit chaque année par les quarante jours du ''Grand Carême'' au mystère de Jésus au désert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''541 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après que Jean eut été livré, Jésus se rendit en Galilée. Il y proclamait en ces termes la Bonne Nouvelle venue de Dieu&amp;amp;nbsp;: ‘Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;: repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). Or, la volonté du Père, c’est d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;élever les hommes à la communion de la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2). Il le fait en rassemblant les hommes autour de son Fils, Jésus-Christ. Ce rassemblement est l’Église, qui est sur terre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le germe et le commencement du Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''542 ''Le Christ est au cœur de ce rassemblement des hommes dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il les convoque autour de lui par sa parole, par ses signes qui manifestent le règne de Dieu, par l’envoi de ses disciples. Il réalisera la venue de son Royaume surtout par le grand mystère de sa Pâque&amp;amp;nbsp;: sa mort sur la Croix et sa Résurrection. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). A cette union avec le Christ tous les hommes sont appelés (cf. LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’annonce du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''543 Tous les hommes'' sont appelés à entrer dans le Royaume. Annoncé d’abord aux enfants d’Israël (cf. Mt 10, 5-7), ce Royaume messianique est destiné à accueillir les hommes de toutes les nations (cf. Mt 8, 11&amp;amp;nbsp;; 28, 19). Pour y accéder, il faut accueillir la parole de Jésus&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La parole du Seigneur est en effet comparée à une semence qu’on sème dans un champ&amp;amp;nbsp;: ceux qui l’écoutent avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ ont accueilli son royaume lui-même&amp;amp;nbsp;; puis, par sa propre vertu, la semence croît jusqu’au temps de la moisson (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''544 ''Le Royaume appartient ''aux pauvres et aux petits'', c’est-à-dire à ceux qui l’ont accueilli avec un cœur humble. Jésus est envoyé pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter la bonne nouvelle aux pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 22). Il les déclare bienheureux car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux est à eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 3)&amp;amp;nbsp;; c’est aux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que le Père a daigné révéler ce qui reste caché aux sages et aux habiles (cf. Mt 11, 25). Jésus partage la vie des pauvres, de la crèche à la croix&amp;amp;nbsp;; il connaît la faim (cf. Mc 2, 23-26&amp;amp;nbsp;; Mt 21, 18), la soif (cf. Jn 4, 6-7&amp;amp;nbsp;; 19, 28) et le dénuement (cf. Lc 9, 58). Plus encore&amp;amp;nbsp;: il s’identifie aux pauvres de toutes sortes et fait de l’amour actif envers eux la condition de l’entrée dans son Royaume (cf. Mt 25, 31-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''545 ''Jésus invite ''les pécheurs'' à la table du Royaume&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 17&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Tm 1, 15). Il les invite à la conversion sans laquelle on ne peut entrer dans le Royaume, mais il leur montre en parole et en acte la miséricorde sans bornes de son Père pour eux (cf. Lc 15, 11-32) et l’immense &amp;quot;&amp;amp;nbsp;joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 15, 7). La preuve suprême de cet amour sera le sacrifice de sa propre vie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''546 ''Jésus appelle à entrer dans le Royaume à travers les ''paraboles,'' trait typique de son enseignement (cf. Mc 4, 33-34). Par elles, il invite au festin du Royaume (cf. Mt 22, 1-14), mais il demande aussi un choix radical&amp;amp;nbsp;: pour acquérir le Royaume, il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45)&amp;amp;nbsp;; les paroles ne suffisent pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32). Les paraboles sont comme des miroirs pour l’homme&amp;amp;nbsp;: accueille-t-il la parole comme un sol dur ou comme une bonne terre (cf. Mt 13, 3-9)&amp;amp;nbsp;? Que fait-il des talents reçus (cf. Mt 25, 14-30)&amp;amp;nbsp;? Jésus et la présence du Royaume en ce monde sont secrètement au cœur des paraboles. Il faut entrer dans le Royaume, c’est-à-dire devenir disciple du Christ pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître les mystères du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 11). Pour ceux qui restent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dehors&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 4, 11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13, 10-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les signes du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''547 ''Jésus accompagne ses paroles par de nombreux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;miracles, prodiges et signes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 22) qui manifestent que le Royaume est présent en Lui. Ils attestent que Jésus est le Messie annoncé (cf. Lc 7, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''548 ''Les signes accomplis par Jésus témoignent que le Père l’a envoyé (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25). Ils invitent à croire en lui (cf. Jn 10, 38). A ceux qui s’adressent à lui avec foi, il accorde ce qu’ils demandent (cf. Mc 5, 25-34&amp;amp;nbsp;; 10, 52&amp;amp;nbsp;; etc.). Alors les miracles fortifient la foi en Celui qui fait les œuvres de son Père&amp;amp;nbsp;: ils témoignent qu’il est le Fils de Dieu (cf. Jn 10, 31-38). Mais ils peuvent aussi être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occasion de chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 6). Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. Malgré ses miracles si évidents, Jésus est rejeté par certains (cf. Jn 11, 47-48)&amp;amp;nbsp;; on l’accuse même d’agir par les démons (cf. Mc 3, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''549 ''En libérant certains hommes des maux terrestres de la faim (cf. Jn 6, 5-15), de l’injustice (cf. Lc 19, 8), de la maladie et de la mort (cf. Mt 11, 5), Jésus a posé des signes messianiques&amp;amp;nbsp;; il n’est cependant pas venu pour abolir tous les maux ici-bas (cf. Lc 12, 13. 14&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36), mais pour libérer les hommes de l’esclavage le plus grave, celui du péché (cf. Jn 8, 34-36), qui les entrave dans leur vocation de fils de Dieu et cause tous leurs asservissements humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''550 ''La venue du Royaume de Dieu est la défaite du royaume de Satan (cf. Mt 12, 26)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est qu’alors le Royaume de Dieu est arrivé pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 28). Les ''exorcismes'' de Jésus libèrent des hommes de l’emprise des démons (cf. Lc 8, 26-39). Ils anticipent la grande victoire de Jésus sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le prince de ce monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 31). C’est par la Croix du Christ que le Royaume de Dieu sera définitivement établi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a régné du haut du bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les clefs du Royaume&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''551 ''Dès le début de sa vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour participer à sa mission (cf. Mc 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur donne part à son autorité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et guérir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 2). Ils restent pour toujours associés au Royaume du Christ car celui-ci dirige par eux l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi&amp;amp;nbsp;; vous mangerez et boirez à la table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël (Lc 22, 29-30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''552 ''Dans le collège des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16&amp;amp;nbsp;; 9, 2&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Notre Seigneur lui avait alors déclaré&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 18). Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pierre vivante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 4), assure à son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''553 ''Jésus a confié à Pierre une autorité spécifique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux&amp;amp;nbsp;: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 19). Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir des clefs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église. Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Bon Pasteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 11) a confirmé cette charge après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pais mes brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 15-17). Le pouvoir de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lier et délier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église. Jésus a confié cette autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt 18, 18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs du Royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un avant-goût du Royaume&amp;amp;nbsp;: La Transfiguration'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''554 ''A partir du jour où Pierre a confessé que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Maître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir (...) être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 21)&amp;amp;nbsp;: Pierre refuse cette annonce (cf. Mt 16, 22-23), les autres ne la comprennent pas davantage (cf. Mt 17, 23&amp;amp;nbsp;; Lc 9, 45). C’est dans ce contexte que se situe l’épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-8 par.&amp;amp;nbsp;; 2 P 1, 16-18), sur une haute montagne, devant trois témoins choisis par lui&amp;amp;nbsp;: Pierre, Jacques et Jean. Le visage et les vêtements de Jésus deviennent fulgurants de lumière, Moïse et Elie apparaissent, lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlant de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 31). Une nuée les couvre et une voix du ciel dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils, mon Élu&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''555 ''Pour un instant, Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Il montre aussi que, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26), il doit passer par la Croix à Jérusalem. Moïse et Elie avaient vu la gloire de Dieu sur la Montagne&amp;amp;nbsp;; la Loi et les prophètes avaient annoncé les souffrances du Messie (cf. Lc 24, 27). La passion de Jésus est bien la volonté du Père&amp;amp;nbsp;: le Fils agit en Serviteur de Dieu (cf. Is 42, 1). La nuée indique la présence de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la Trinité apparut&amp;amp;nbsp;: le Père dans la voix, le Fils dans l’homme, l’Esprit dans la nuée lumineuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu t’es transfiguré sur la montagne, et, autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire et qu’ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père (Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''556 ''Au seuil de la vie publique&amp;amp;nbsp;: le Baptême&amp;amp;nbsp;; au seuil de la Pâque&amp;amp;nbsp;: la Transfiguration. Par le Baptême de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut manifesté le mystère de notre première régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre Baptême&amp;amp;nbsp;; la Transfiguration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le sacrement de la seconde régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre propre résurrection (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). Dès maintenant nous participons à la Résurrection du Seigneur par l’Esprit Saint qui agit dans les sacrements du Corps du Christ. La Transfiguration nous donne un avant-goût de la glorieuse venue du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21). Mais elle nous rappelle aussi qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 14, 22)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cela Pierre ne l’avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne (cf. Lc 9, 33). Il t’a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais maintenant il dit lui-même&amp;amp;nbsp;: Descend pour peiner sur la terre, pour servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre. La Vie descend pour se faire tuer&amp;amp;nbsp;; le Pain descend pour avoir faim&amp;amp;nbsp;; la Voie descend, pour se fatiguer en chemin&amp;amp;nbsp;; la Source descend, pour avoir soif&amp;amp;nbsp;; et tu refuses de peiner&amp;amp;nbsp;? (S. Augustin, serm. 78, 6&amp;amp;nbsp;: PL 38, 492-493).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La montée de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''557 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or, comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 51&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 13, 1). Par cette décision, il signifiait qu’il montait à Jérusalem prêt à mourir. A trois reprises il avait annoncé sa passion et sa Résurrection (cf. Mc 8, 31-33&amp;amp;nbsp;; 9, 31-32&amp;amp;nbsp;; 10, 32-34). En se dirigeant vers Jérusalem, il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 13, 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''558 ''Jésus rappelle le martyre des prophètes qui avaient été mis à mort à Jérusalem (cf. Mt 23, 37a). Néanmoins, il persiste à appeler Jérusalem à se rassembler autour de lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes (...) et vous n’avez pas voulu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 23, 37b). Quand Jérusalem est en vue, il pleure sur elle et exprime encore une fois le désir de son cœur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ah&amp;amp;nbsp;! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix&amp;amp;nbsp;! Mais, hélas, il est demeuré caché à tes yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 19, 41-42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’entrée messianique de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''559 ''Comment Jérusalem va-t-elle accueillir son Messie&amp;amp;nbsp;? Alors qu’il s’était toujours dérobé aux tentatives populaires de le faire roi (cf. Jn 6, 15), Jésus choisit le temps et prépare les détails de son entrée messianique dans la ville de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;David, son père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 32&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 21, 1-11) Il est acclamé comme le fils de David, celui qui apporte le salut (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Hosanna&amp;amp;nbsp;&amp;quot; veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauve donc&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donne le salut&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Or &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Roi de Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 7-10) entre dans sa Ville &amp;quot;&amp;amp;nbsp;monté sur un ânon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Za 9, 9)&amp;amp;nbsp;: il ne conquiert pas la Fille de Sion, figure de son Église, par la ruse ni par la violence, mais par l’humilité qui témoigne de la Vérité (cf. Jn 18, 37). C’est pourquoi les sujets de son Royaume, ce jour-là, sont les enfants (cf. Mt 21, 15-16&amp;amp;nbsp;; Ps 8, 3) et les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui l’acclament comme les anges l’annonçaient aux bergers (cf. Lc 19, 38&amp;amp;nbsp;; 2, 14). Leur acclamation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 118, 26), est reprise par l’Église dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sanctus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie eucharistique pour ouvrir le mémorial de la Pâque du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''560 ''L’''entrée de Jésus à Jérusalem ''manifeste la Venue du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection. C’est par sa célébration, le dimanche des Rameaux, que la liturgie de l’Église ouvre la grande Semaine Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''561 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la vie du Christ fut un continuel enseignement&amp;amp;nbsp;: ses silences, ses miracles, ses gestes, sa prière, son amour de l’homme, sa prédilection pour les petits et les pauvres, l’acceptation du sacrifice total sur la Croix pour la rédemption du monde, sa Résurrection sont l’actuation de sa parole et l’accomplissement de la Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''562 Les disciples du Christ doivent se conformer à Lui jusqu’à ce qu’il soit formé en eux (cf. Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi nous sommes assumés dans les mystères de sa vie, configurés à lui, associés à sa mort et à sa Résurrection, en attendant de l’être à son Règne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''563 Berger ou Mage, on ne peut atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''564 Par sa soumission à Marie et Joseph, ainsi que par son humble travail pendant de longues années à Nazareth, Jésus nous donne l’exemple de la sainteté dans la vie quotidienne de la famille et du travail.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''565 Dès le début de sa vie publique, à son baptême, Jésus est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, entièrement consacré à l’œuvre rédemptrice qui s’accomplira par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa passion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''566 La tentation au désert montre Jésus, Messie humble qui triomphe de Satan par sa totale adhésion au dessein de salut voulu par le Père.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''567 Le Royaume des cieux a été inauguré sur la terre par le Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). L’Église est le germe et le commencement de ce Royaume. Ses clefs sont confiées à Pierre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''568 La Transfiguration du Christ a pour but de fortifier la foi des apôtres en vue de la passion&amp;amp;nbsp;: la montée sur la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;haute montagne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; prépare la montée au Calvaire. Le Christ, Tête de l’Église, manifeste ce que son Corps contient et rayonne dans les sacrements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27) (cf. S. Léon le Grand, serm. 51, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 310C).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''569 Jésus est monté volontairement à Jérusalem tout en sachant qu’il y mourrait de mort violente à cause de la contradiction de la part des pécheurs (cf. He 12, 3)..''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''570 L’entrée de Jésus à Jérusalem manifeste la venue du Royaume que le Roi-Messie, accueilli dans sa ville par les enfants et les humbles de cœur, va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 4 : &amp;quot; Jésus-Christ a souffert sous PONCE PILATE, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''571 ''Le mystère pascal de la Croix et de la Résurrection du Christ est au centre de la Bonne Nouvelle que les apôtres, et l’Église à leur suite, doivent annoncer au monde. Le dessein sauveur de Dieu s’est accompli &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 26) par la mort rédemptrice de son Fils Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''572 ''L’Église reste fidèle à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’interprétation de toutes les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; donnée par Jésus lui-même avant comme après sa Pâque&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26-27. 44-45). Les souffrances de Jésus ont pris leur forme historique concrète du fait qu’il a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 8, 31) qui l’ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''573 ''La foi peut donc essayer de scruter les circonstances de la mort de Jésus, transmises fidèlement par les Évangiles (cf. DV 19) et éclairées par d’autres sources historiques, pour mieux comprendre le sens de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Jésus et Israël =====&lt;br /&gt;
''574 ''Dès les débuts du ministère public de Jésus, des Pharisiens et des partisans d’Hérode, avec des prêtres et des scribes, se sont mis d’accord pour le perdre (cf. Mc 3, 6). Par certains de ses actes (expulsions de démons, cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; pardon des péchés, cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; guérisons le jour du sabbat, cf. Mc 3, 1-6&amp;amp;nbsp;; interprétation originale des préceptes de pureté de la Loi, cf. Mc 7, 14-23&amp;amp;nbsp;; familiarité avec les publicains et les pécheurs publics, cf. Mc 2, 14-17) Jésus a semblé à certains, mal intentionnés, suspect de possession (cf. Mc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 48&amp;amp;nbsp;; 10, 20). On l’accuse de blasphème (cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33) et de faux prophétisme (cf. Jn 7, 12&amp;amp;nbsp;; 7, 52), crimes religieux que la Loi châtiait par la peine de mort sous forme de lapidation (cf. Jn 8, 59&amp;amp;nbsp;; 10, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''575 ''Bien des actes et des paroles de Jésus ont donc été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 34) pour les autorités religieuses de Jérusalem, celles que l’Évangile de S. Jean appelle souvent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 19&amp;amp;nbsp;; 2, 18&amp;amp;nbsp;; 5, 10&amp;amp;nbsp;; 7, 13&amp;amp;nbsp;; 9, 22&amp;amp;nbsp;; 18, 12&amp;amp;nbsp;; 19, 38&amp;amp;nbsp;; 20, 19), plus encore que pour le commun du Peuple de Dieu (cf. Jn 7, 48-49). Certes, ses rapports avec les Pharisiens ne furent pas uniquement polémiques. Ce sont des Pharisiens qui le préviennent du danger qu’il court (cf. Lc 13, 31). Jésus loue certains d’entre eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange à plusieurs reprises chez des Pharisiens (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Jésus confirme des doctrines partagées par cette élite religieuse du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts (cf. Mt 22, 23-34&amp;amp;nbsp;; Lc 20, 39), les formes de piété (aumône, jeûne et prière, cf. Mt 6, 18) et l’habitude de s’adresser à Dieu comme Père, le caractère central du commandement de l’amour de Dieu et du prochain (cf. Mc 12, 28-34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''576 ''Aux yeux de beaucoup en Israël, Jésus semble agir contre les institutions essentielles du Peuple élu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La soumission à la Loi dans l’intégralité de ses préceptes écrits et, pour les Pharisiens, dans l’interprétation de la tradition orale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La centralité du Temple de Jérusalem comme lieu saint où Dieu habite d’une manière privilégiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La foi dans le Dieu unique dont aucun homme ne peut partager la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Jésus et la Loi =====&lt;br /&gt;
''577 ''Jésus a fait une mise en garde solennelle au début du Sermon sur la Montagne où Il a présenté la Loi donnée par Dieu au Sinaï lors de la Première alliance à la lumière de la grâce de la Nouvelle Alliance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes&amp;amp;nbsp;: je ne suis pas venu abolir mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un ''i'', pas un point sur l’''i'' ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, sera tenu pour moindre dans le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume de cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 17-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''578 ''Jésus, le Messie d’Israël, le plus grand donc dans le Royaume des cieux, se devait d’accomplir la Loi en l’exécutant dans son intégralité jusque dans ses moindres préceptes selon ses propres paroles. Il est même le seul à avoir pu le faire parfaitement (cf. Jn 8, 46). Les Juifs, de leur propre aveu, n’ont jamais pu accomplir la Loi dans son intégralité sans en violer le moindre précepte (cf. Jn 7, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 13, 38-41&amp;amp;nbsp;; 15, 10). C’est pourquoi à chaque fête annuelle de l’Expiation, les enfants d’Israël demandent à Dieu pardon pour leurs transgressions de la Loi. En effet, la Loi constitue un tout et, comme le rappelle S. Jacques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aurait-on observé la Loi tout entière, si l’on commet un écart sur un seul point, c’est du tout que l’on devient justiciable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 2, 10&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''579 ''Ce principe de l’intégralité de l’observance de la Loi, non seulement dans sa lettre mais dans son esprit, était cher aux Pharisiens. En le dégageant pour Israël, ils ont conduit beaucoup de Juifs du temps de Jésus à un zèle religieux extrême (cf. Rm 10, 2). Celui-ci, s’il ne voulait pas se résoudre en une casuistique &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypocrite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 15, 3-7&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 39-54), ne pouvait que préparer le Peuple à cette intervention de Dieu inouïe que sera l’exécution parfaite de la Loi par le seul Juste à la place de tous les pécheurs (cf. Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''580 ''L’accomplissement parfait de la Loi ne pouvait être l’œuvre que du divin Législateur né sujet de la Loi en la personne du Fils (cf. Ga 4, 4). En Jésus, la Loi n’apparaît plus gravée sur des tables de pierre mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au fond du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) du Serviteur qui, parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apporte fidèlement le droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 3) est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’alliance du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 6). Jésus accomplit la Loi jusqu’à prendre sur Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la malédiction de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 13) encourue par ceux qui ne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pratiquent pas tous les préceptes de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 10) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort du Christ a eu lieu pour racheter les transgressions de la Première alliance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''581 ''Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de leurs chefs spirituels comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rabbi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 38&amp;amp;nbsp;; 3, 2&amp;amp;nbsp;; Mt 22, 23-24. 34-36). Il a souvent argumenté dans le cadre de l’interprétation rabbinique de la Loi (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; 9, 12&amp;amp;nbsp;; Mc 2, 23– 27&amp;amp;nbsp;; Lc 6, 6-9&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-23). Mais en même temps, Jésus ne pouvait que heurter les docteurs de la Loi car il ne se contentait pas de proposer son interprétation parmi les leurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et non pas comme les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 28-29). En lui, c’est la même Parole de Dieu qui avait retenti au Sinaï pour donner à Moïse la Loi écrite qui se fait entendre de nouveau sur la Montagne des Béatitudes (cf. Mt 5, 1). Elle n’abolit pas la Loi mais l’accomplit en fournissant de manière divine son interprétation ultime&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres (...) moi je vous dis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 33-34). Avec cette même autorité divine, il désavoue certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 8) des Pharisiens qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annulent la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''582 ''Allant plus loin, Jésus accomplit la Loi sur la pureté des aliments, si importante dans la vie quotidienne juive, en dévoilant son sens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ga 3, 24) par une interprétation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller (...) – ainsi il déclarait purs tous les aliments. Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 18-21). En délivrant avec autorité divine l’interprétation définitive de la Loi, Jésus s’est trouvé affronté à certains docteurs de la Loi qui ne recevaient pas son interprétation de la Loi garantie pourtant par les signes divins qui l’accompagnaient (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25. 37-38&amp;amp;nbsp;; 12, 37). Ceci vaut particulièrement pour la question du sabbat&amp;amp;nbsp;: Jésus rappelle, souvent avec des arguments rabbiniques (cf. Mc 2, 25-27&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-24), que le repos du sabbat n’est pas troublé par le service de Dieu (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; Nb 28, 9) ou du prochain (cf. Lc 13, 15-16&amp;amp;nbsp;; 14, 3-4) qu’accomplissent ses guérisons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Jésus et le Temple =====&lt;br /&gt;
''583 ''Jésus, comme les prophètes avant lui, a professé pour le Temple de Jérusalem le plus profond respect. Il y a été présenté par Joseph et Marie quarante jours après sa naissance (cf. Lc 2, 22-39). A l’âge de douze ans, il décide de rester dans le Temple pour rappeler à ses parents qu’il se doit aux affaires de son Père (cf. Lc 2, 46-49). Il y est monté chaque année au moins pour la Pâque pendant sa vie cachée (cf. Lc 2, 41)&amp;amp;nbsp;; son ministère public lui-même a été rythmé par ses pèlerinages à Jérusalem pour les grandes fêtes juives (cf. Jn 2, 13-14&amp;amp;nbsp;; 5, 1. 14&amp;amp;nbsp;; 7, 1. 10. 14&amp;amp;nbsp;; 8, 2&amp;amp;nbsp;; 10, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''584 ''Jésus est monté au Temple comme au lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Le Temple est pour lui la demeure de son Père, une maison de prière, et il s’indigne de ce que son parvis extérieur soit devenu un lieu de trafic (cf. Mt 21, 13). S’il chasse les marchands du Temple, c’est par amour jaloux pour son Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit&amp;amp;nbsp;: ‘Le zèle pour ta maison me dévorera’ (Ps 69, 10)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 16-17). Après sa Résurrection, les apôtres ont gardé un respect religieux pour le Temple (cf. Ac 2, 46&amp;amp;nbsp;; 3, 1&amp;amp;nbsp;; 5, 20. 21&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''585 ''Au seuil de sa passion, Jésus a cependant annoncé la ruine de ce splendide édifice dont il ne restera plus pierre sur pierre (cf. Mt 24, 1-2). Il y a ici annonce d’un signe des derniers temps qui vont s’ouvrir avec sa propre Pâque (cf. Mt 24, 3&amp;amp;nbsp;; Lc 13, 35). Mais cette prophétie a pu être rapportée de manière déformée par de faux témoins lors de son interrogatoire chez le grand prêtre (cf. Mc 14, 57-58) et lui être renvoyée comme injure lorsqu’il était cloué sur la croix (cf. Mt 27, 39-40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''586 ''Loin d’avoir été hostile au Temple (cf. Mt 8, 4&amp;amp;nbsp;; 23, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 14&amp;amp;nbsp;; Jn 4, 22) où il a donné l’essentiel de son enseignement (cf. Jn 18, 20), Jésus a voulu payer l’impôt du Temple en s’associant Pierre (cf. Mt 17, 24-27) qu’il venait de poser comme fondement pour son Église à venir (cf. Mt 16, 18). Plus encore, il s’est identifié au Temple en se présentant comme la demeure définitive de Dieu parmi les hommes (cf. Jn 2, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 12, 6). C’est pourquoi sa mise à mort corporelle (cf. Jn 2, 18-22) annonce la destruction du Temple qui manifestera l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 4, 23-24&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 51&amp;amp;nbsp;; He 9, 11&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 22). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Jésus et la foi d’Israël au Dieu Unique et Sauveur =====&lt;br /&gt;
''587 ''Si la Loi et le Temple de Jérusalem ont pu être occasion de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 34) de la part de Jésus pour les autorités religieuses d’Israël, c’est son rôle dans la rédemption des péchés, œuvre divine par excellence, qui a été pour elles la véritable pierre d’achoppement (cf. Lc 20, 17-18&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''588 ''Jésus a scandalisé les Pharisiens en mangeant avec les publicains et les pécheurs (cf. Lc 5, 30) aussi familièrement qu’avec eux-mêmes (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 11, 37&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Contre ceux d’entre eux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 18, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 7, 49&amp;amp;nbsp;; 9, 34), Jésus a affirmé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 32). Il est allé plus loin en proclamant face aux Pharisiens que, le péché étant universel (cf. Jn 8, 33-36), ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de salut s’aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jn 9, 40-41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''589 ''Jésus a surtout scandalisé parce qu’Il a identifié sa conduite miséricordieuse envers les pécheurs avec l’attitude de Dieu Lui-même à leur égard (cf. Mt 9, 13&amp;amp;nbsp;; Os 6, 6). Il est allé jusqu’à laisser entendre qu’en partageant la table des pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), Il les admettait au banquet messianique (cf. Lc 15, 23-32). Mais c’est tout particulièrement en pardonnant les péchés que Jésus a mis les autorités religieuses d’Israël devant un dilemme. Ne diraient-elles pas avec justesse dans leur effroi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7)&amp;amp;nbsp;? En pardonnant les péchés, ou bien Jésus blasphème car c’est un homme qui se fait l’égal de Dieu (cf. Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33), ou bien Il dit vrai et sa personne rend présent et révèle le nom de Dieu (cf. Jn 17, 6. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''590 ''Seule l’identité divine de la personne de Jésus peut justifier une exigence aussi absolue que celle-ci&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’est pas avec moi est contre moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 30)&amp;amp;nbsp;; de même quand Il dit qu’il y a en Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que Jonas, (...) plus que Salomon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 41-42), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que le Temple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 6)&amp;amp;nbsp;; quand Il rappelle à son sujet que David a appelé le Messie son Seigneur (cf. Mt 12, 36. 37), quand Il affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avant qu’Abraham fut, Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 58)&amp;amp;nbsp;; et même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père et moi nous sommes un&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''591 ''Jésus a demandé aux autorités religieuses de Jérusalem de croire en Lui à cause des œuvres de son Père qu’Il accomplit (cf. Jn 10, 36-38). Mais un tel acte de foi devait passer par une mystérieuse mort à soi-même pour une nouvelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7) dans l’attirance de la grâce divine (cf. Jn 6, 44). Une telle exigence de conversion face à un accomplissement si surprenant des promesses (cf. Is 53, 1) permet de comprendre la tragique méprise du Sanhédrin estimant que Jésus méritait la mort comme blasphémateur (cf. Mc 3, 6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 64-66). Ses membres agissaient ainsi à la fois par ignorance (cf. Lc 23, 34&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 17-18) et par l’endurcissement (cf. Mc 3, 5&amp;amp;nbsp;; Rm 11, 25) de l’incrédulité (cf. Rm 11, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''592 Jésus n’a pas aboli la Loi du Sinaï, mais Il l’a accomplie (cf. Mt 5, 17-19) avec une telle perfection (cf. Jn 8, 46) qu’Il en révèle le sens ultime (cf. Mt 5, 33) et qu’Il rachète les transgressions contre elle (cf. He 9, 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''593 Jésus a vénéré le Temple en y montant aux fêtes juives de pèlerinage et Il a aimé d’un amour jaloux cette demeure de Dieu parmi les hommes. Le Temple préfigure son mystère. S’Il annonce sa destruction, c’est comme manifestation de sa propre mise à mort et de l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut, où son Corps sera le Temple définitif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''594 Jésus a posé des actes, tel le pardon des péchés, qui L’ont manifesté comme étant le Dieu Sauveur lui-même (cf. Jn 5, 16-18). Certains Juifs, qui, ne reconnaissant pas le Dieu fait homme (cf. Jn 1, 14), voyaient en Lui un homme qui se fait Dieu (cf. Jn 10, 33), L’ont jugé comme un blasphémateur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Jésus est mort crucifié =====&lt;br /&gt;
===== I. Le procès de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Divisions des autorités juives à l’égard de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''595 ''Parmi les autorités religieuses de Jérusalem, non seulement il s’est trouvé le pharisien Nicodème (cf. Jn 7, 52) ou le notable Joseph d’Arimathie pour être en secret disciples de Jésus (cf. Jn 19, 38-39), mais il s’est produit pendant longtemps des dissensions au sujet de Celui-ci (cf. Jn 9, 16-17&amp;amp;nbsp;; 10, 19-21) au point qu’à la veille même de sa passion, S. Jean peut dire d’eux qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;un bon nombre crut en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, quoique d’une manière très imparfaite (Jn 12, 42). Cela n’a rien d’étonnant si l’on tient compte qu’au lendemain de la Pentecôte &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une multitude de prêtres obéissait à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 6, 7) et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains du parti des Pharisiens étaient devenus croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 15, 5) au point que S. Jacques peut dire à S. Paul que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plusieurs milliers de Juifs ont embrassé la foi et ce sont tous d’ardents partisans de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 21, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''596 ''Les autorités religieuses de Jérusalem n’ont pas été unanimes dans la conduite à tenir vis-à-vis de Jésus (cf. Jn 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 19). Les pharisiens ont menacé d’excommunication ceux qui le suivraient (cf. Jn 9, 22). A ceux qui craignaient que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous croient en Jésus et que les Romains viennent détruire notre Lieu Saint et notre nation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 48), le grand prêtre Caïphe proposa en prophétisant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 49-50). Le Sanhédrin, ayant déclaré Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;passible de mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 66) en tant que blasphémateur, mais ayant perdu le droit de mise à mort (cf. Jn 18, 31), livre Jésus aux Romains en l’accusant de révolte politique (cf. Lc 23, 2) ce qui mettra celui-ci en parallèle avec Barrabas accusé de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sédition&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 23, 19). Ce sont aussi des menaces politiques que les grands prêtres exercent sur Pilate pour qu’il condamne Jésus à mort (cf. Jn 19, 12. 15. 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''597 ''En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule manipulée (cf. Mc 15, 11) et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte (cf. Ac 2, 23. 36&amp;amp;nbsp;; 3, 13-14&amp;amp;nbsp;; 4, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 30&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 39&amp;amp;nbsp;; 13, 27-28&amp;amp;nbsp;; 1 Th 2, 14-15). Jésus lui-même en pardonnant sur la croix (cf. Lc 23, 34) et Pierre à sa suite ont fait droit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ignorance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 17) des Juifs de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir du cri du peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que son sang soit sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 27, 25) qui signifie une formule de ratification (cf. Ac 5, 28&amp;amp;nbsp;; 18, 6), étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l’espace et dans le temps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Aussi bien l’Église a-t-elle déclaré au Concile Vatican II&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (NA 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tous les pécheurs furent les auteurs de la passion du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''598 ''L’Église, dans le Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 5, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45&amp;amp;nbsp;; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la croix, à coup sûr ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés et le couvrent de confusion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 6). Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’apôtre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne l’auraient jamais crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 8). Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains meurtrières (Catech. R. 1, 5, 11).&amp;lt;br/&amp;gt; Et les démons, ce ne sont pas eux qui L’ont crucifié&amp;amp;nbsp;; c’est toi qui avec eux L’as crucifié et Le crucifies encore, en te délectant dans les vices et les péchés (S. François d’Assise, admon. 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La mort rédemptrice du Christ dans le dessein divin de salut =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus livré selon le dessein bien arrêté de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''599 ''La mort violente de Jésus n’a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu, comme S. Pierre l’explique aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 23). Ce langage biblique ne signifie pas que ceux qui ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 13) n’ont été que les exécutants passifs d’un scénario écrit d’avance par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''600 ''A Dieu tous les moments du temps sont présents dans leur actualité. Il établit donc son dessein éternel de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prédestination&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en y incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël (cf. Ps 2, 1-2), de telle sorte qu’ils ont accompli tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais prédestiné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 27-28). Dieu a permis les actes issus de leur aveuglement (cf. Mt 26, 54&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36&amp;amp;nbsp;; 19, 11) en vue d’accomplir son dessein de salut (cf. Ac 3, 17-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''601 ''Ce dessein divin de salut par la mise à mort du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur, le Juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 3, 14) avait été annoncé par avance dans l’Écriture comme un mystère de rédemption universelle, c’est-à-dire de rachat qui libère les hommes de l’esclavage du péché (cf. Is 53, 11-12&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36). S. Paul professe, dans une confession de foi qu’il dit avoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ est mort pour nos péchés ''selon les Écritures''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibidem&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 3, 18&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 13, 29&amp;amp;nbsp;; 26, 22-23). La mort rédemptrice de Jésus accomplit en particulier la prophétie du Serviteur souffrant (cf. Is 53, 7-8 et Ac 8, 32-35). Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur souffrant (cf. Mt 20, 28). Après sa Résurrection, il a donné cette interprétation des Écritures aux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 44-45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''602 ''S. Pierre peut en conséquence formuler ainsi la foi apostolique dans le dessein divin de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18-20). Les péchés des hommes, consécutifs au péché originel, sont sanctionnés par la mort (cf. Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 56). En envoyant son propre Fils dans la condition d’esclave (cf. Ph 2, 7), celle d’une humanité déchue et vouée à la mort à cause du péché (cf. Rm 8, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous, lui qui n’avait pas connu le péché, afin qu’en lui nous devenions justice pour Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''603 ''Jésus n’a pas connu la réprobation comme s’il avait lui-même péché (cf. Jn 8, 46). Mais dans l’amour rédempteur qui l’unissait toujours au Père (cf. Jn 8, 29), il nous a assumé dans l’égarement de notre péché par rapport à Dieu au point de pouvoir dire en notre nom sur la croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 34&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 1). L’ayant rendu ainsi solidaire de nous pécheurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 32) pour que nous soyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réconciliés avec Lui par la mort de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu a l’initiative de l’amour rédempteur universel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''604 ''En livrant son Fils pour nos péchés, Dieu manifeste que son dessein sur nous est un dessein d’amour bienveillant qui précède tout mérite de notre part&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci consiste l’amour&amp;amp;nbsp;: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''605 ''Cet amour est sans exclusion Jésus l’a rappelé en conclusion de la parabole de la brebis perdue&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ses petits ne se perde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 14). Il affirme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner sa vie en rançon ''pour la multitude''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28)&amp;amp;nbsp;; ce dernier terme n’est pas restrictif&amp;amp;nbsp;: il oppose l’ensemble de l’humanité à l’unique personne du Rédempteur qui se livre pour la sauver (cf. Rm 5, 18-19). L’Église, à la suite des apôtres (cf. 2 Co 5, 15&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 2), enseigne que le Christ est mort pour tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a, il n’y a eu et il n’y aura aucun homme pour qui le Christ n’ait pas souffert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Quiercy en 853&amp;amp;nbsp;: DS 624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le Christ s’est offert lui-même à son Père pour nos péchés =====&lt;br /&gt;
'''Toute la vie du Christ est offrande au Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''606 ''Le Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel non pour faire sa volonté mais celle de son Père qui l’a envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 38), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dit en entrant dans le monde&amp;amp;nbsp;: (...) Voici je viens (...) pour faire ô Dieu ta volonté. (...) C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 10, 5-10). Dès le premier instant de son Incarnation, le Fils épouse le dessein de salut divin dans sa mission rédemptrice&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 34). Le sacrifice de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour les péchés du monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 2) est l’expression de sa communion d’amour au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père m’aime parce que je donne ma vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''607 ''Ce désir d’épouser le dessein d’amour rédempteur de son Père anime toute la vie de Jésus (cf. Lc 12, 50&amp;amp;nbsp;; 22, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 16, 21-23) car sa passion rédemptrice est la raison d’être de son Incarnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, sauve-moi de cette heure&amp;amp;nbsp;! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La coupe que m’a donnée le Père ne la boirai-je pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 11). Et encore sur la croix avant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout soit accompli&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 30), il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai soif&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Agneau qui enlève le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''608 ''Après avoir accepté de Lui donner le Baptême à la suite des pécheurs (cf. Lc 3, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 3, 14-15), Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1, 29. 36). Il manifeste ainsi que Jésus est à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener à l’abattoir (cf. Is 53, 7&amp;amp;nbsp;; Jr 11, 19) et porte le péché des multitudes (cf. Is 53, 12), et l’agneau Pascal symbole de la rédemption d’Israël lors de la première Pâque (cf. Ex 12, 3-14&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 36&amp;amp;nbsp;; 1 Co 5, 7). Toute la vie du Christ exprime sa mission&amp;amp;nbsp;: servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Mc 10, 45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus épouse librement l’amour rédempteur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''609 ''En épousant dans son cœur humain l’amour du Père pour les hommes, Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les a aimés jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 13). Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes (cf. He 2, 10. 17-18&amp;amp;nbsp;; 4, 15&amp;amp;nbsp;; 5, 7-9). En effet, il a librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de moi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 18). D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort (cf. Jn 18, 4-6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A la Cène Jésus a anticipé l’offrande libre de sa vie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''610 ''Jésus a exprimé suprêmement l’offrande libre de Lui-même dans le repas pris avec les douze apôtres (cf. Mt 26, 20), dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nuit où Il fut livré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 23). La veille de sa passion, alors qu’Il était encore libre, Jésus a fait de cette dernière Cène avec ses apôtres le mémorial de son offrande volontaire au Père (cf. 1 Co 5, 7) pour le salut des hommes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps ''donné'' pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui ''va être répandu'' pour une multitude en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''611 ''L’Eucharistie qu’il institue à ce moment sera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mémorial&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 25) de son sacrifice. Jésus inclut les apôtres dans sa propre offrande et leur demande de la perpétuer (cf. Lc 22, 19). Par là, Jésus institue ses apôtres prêtres de l’Alliance Nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour eux Je me consacre afin qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1752&amp;amp;nbsp;; 1764).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’agonie à Gethsémani'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''612 ''La coupe de la Nouvelle Alliance, que Jésus a anticipée à la Cène en s’offrant lui-même (cf. Lc 22, 20), il l’accepte ensuite des mains du Père dans son agonie à Gethsémani (cf. Mt 26, 42) en se faisant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissant jusqu’à la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8&amp;amp;nbsp;; cf. He 5, 7-8). Jésus prie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 39). Il exprime ainsi l’horreur que représente la mort pour sa nature humaine. En effet celle-ci, comme la nôtre, est destinée à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;; en plus, à la différence de la nôtre, elle est parfaitement exempte du péché (cf. He 4, 15) qui cause la mort (cf. Rm 5, 12)&amp;amp;nbsp;; mais surtout elle est assumée par la personne divine du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 26). En acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite (cf. Mt 26, 42), il accepte sa mort en tant que rédemptrice pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort du Christ est le sacrifice unique et définitif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''613 ''La mort du Christ est à la fois le ''sacrifice Pascal'' qui accomplit la rédemption définitive des hommes (cf. 1 Co 5, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36) par l’Agneau qui porte le péché du monde (cf. Jn 1, 29&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 19) et le ''sacrifice de la Nouvelle Alliance'' (cf. 1 Co 11, 25) qui remet l’homme en communion avec Dieu (cf. Ex 24, 8) en le réconciliant avec Lui par le sang répandu pour la multitude en rémission des péchés (cf. Mt 26, 28&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 15-16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''614 ''Ce sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10, 10). Il est d’abord un don de Dieu le Père lui-même&amp;amp;nbsp;: c’est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui (cf. 1 Jn 4, 10). Il est en même temps offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour (cf. Jn 15, 13), offre sa vie (cf. Jn 10, 17-18) à son Père par l’Esprit Saint (cf. He 9, 14), pour réparer notre désobéissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus substitue son obéissance à notre désobéissance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''615 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme par la désobéissance d’un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19). Par son obéissance jusqu’à la mort, Jésus a accompli la substitution du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre sa vie en ''sacrifice expiatoire''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;alors qu’il portait le péché des multitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il justifie en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 10-12). Jésus a réparé pour nos fautes et satisfait au Père pour nos péchés (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1529).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la croix, Jésus consomme son sacrifice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''616 ''C’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d’expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. Il nous a tous connus et aimés dans l’offrande de sa vie (cf. Ga 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 2. 25). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14). Aucun homme, fût-il le plus saint, n’était en mesure de prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s’offrir en sacrifice pour tous. L’existence dans le Christ de la Personne divine du Fils, qui dépasse et, en même temps, embrasse toutes les personnes humaines, et qui le constitue Tête de toute l’humanité, rend possible son sacrifice rédempteur ''pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''617 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa sainte passion, sur le bois de la Croix, Il nous a mérité la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enseigne le Concile de Trente (DS 1529)&amp;amp;nbsp;: soulignant le caractère unique du sacrifice du Christ comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe de salut éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 5, 9). Et l’Église vénère la Croix en chantant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Salut, O Croix, notre unique espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre participation au sacrifice du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''618 ''La Croix est l’unique sacrifice du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;seul médiateur entre Dieu et les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 5). Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 5). Il appelle ses disciples à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre leur croix et à le suivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 24) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 18-19&amp;amp;nbsp;; Col 1, 24). Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle par où monter au ciel (Ste. Rose de Lima, vita).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''619 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''620 Notre salut découle de l’initiative d’amour de Dieu envers nous car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''621 Jésus s’est offert librement pour notre salut. Ce don, il le signifie et le réalise à l’avance pendant la dernière cène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps, qui va être donné pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''622 En ceci consiste la rédemption du Christ&amp;amp;nbsp;: il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est venu donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aimer les siens jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) pour qu’ils soient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;affranchis de la vaine conduite héritée de leurs pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''623 Par son obéissance aimante au Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à la mort de la croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8), Jésus accomplit la mission expiatrice (cf. Is 53, 10) du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justifie les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Jésus-Christ a été enseveli =====&lt;br /&gt;
''624 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il a goûté la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 9). Dans son dessein de salut, Dieu a disposé que son Fils non seulement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourrait pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) mais aussi qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûterait la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire connaîtrait l’état de mort, l’état de séparation entre son âme et son corps, durant le temps compris entre le moment où il a expiré sur la croix et le moment où il est ressuscité. Cet état du Christ mort est le mystère du sépulcre et de la descente aux enfers. C’est le mystère du Samedi Saint où le Christ déposé au tombeau (cf. Jn 19, 42) manifeste le grand repos sabbatique de Dieu (cf. He 4, 7-9) après l’accomplissement (cf. Jn 19, 30) du salut des hommes qui met en paix l’univers entier (cf. Col 1, 18-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ au sépulcre dans son corps'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''625 ''Le séjour du Christ au tombeau constitue le lien réel entre l’état passible du Christ avant Pâque et son actuel état glorieux de Ressuscité. C’est la même personne du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai été mort et me voici vivant pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dieu [le Fils] n’a pas empêché la mort de séparer l’âme du corps, selon l’ordre nécessaire à la nature, mais il les a de nouveau réunis l’un à l’autre par la Résurrection, afin d’&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''être lui-même dans sa personne le point de rencontre de la mort et de la vie ''en arrêtant en lui la décomposition de la nature produite par la mort et en devenant lui-même principe de réunion pour les parties séparées (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 16&amp;amp;nbsp;: PG 45, 52B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''626 ''Puisque le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’on a mis à mort (Ac 3, 15) est bien le même que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Vivant qui est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6), il faut que la personne divine du Fils de Dieu ait continué à assumer son âme et son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Du fait qu’à la mort du Christ l’âme a été séparée de la chair, la personne unique ne s’est pas trouvée divisée en deux personnes&amp;amp;nbsp;; car le corps et l’âme du Christ ont existé au même titre dès le début dans la personne du Verbe&amp;amp;nbsp;; et dans la mort, quoique séparés l’un de l’autre, ils sont restés chacun avec la même et unique personne du Verbe (S. Jean Damascène, f. o. 3, 27&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1098A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''627 ''La mort du Christ a été une vraie mort en tant qu’elle a mis fin à son existence humaine terrestre. Mais à cause de l’union que la Personne du Fils a gardé avec son Corps, il n’est pas devenu une dépouille mortelle comme les autres car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’était pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir (de la mort)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 24). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vertu divine a préservé le corps du Christ de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 51, 3). Du Christ on peut dire à la fois&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été retranché de la terre des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 8)&amp;amp;nbsp;; et&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma chair reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme aux enfers et ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 26-27&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 16, 9-10). La Résurrection de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le troisième jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 4&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 46&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 40&amp;amp;nbsp;; Jon 2, 1&amp;amp;nbsp;; Os 6, 2) en était la preuve car la corruption était censée se manifester à partir du quatrième jour (cf. Jn 11, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ensevelis avec le Christ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''628 ''Le Baptême, dont le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''629 Au bénéfice de tout homme Jésus a goûté la mort (cf. He 2, 9). C’est vraiment le Fils de Dieu fait homme qui est mort et qui a été enseveli.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''630 Pendant le séjour du Christ au tombeau sa Personne divine a continué à assumer tant son âme que son corps séparés pourtant entre eux par la mort. C’est pourquoi le corps du Christ mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas vu la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 12, 37).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 5 : &amp;quot; Jésus-Christ est descendu aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''631 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu dans les régions inférieures de la terre. Celui qui est descendu est le même que celui qui est aussi monté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 9-10). Le Symbole des apôtres confesse en un même article de foi la descente du Christ aux enfers et sa Résurrection des morts le troisième jour, parce que dans sa Pâque c’est du fond de la mort qu’il a fait jaillir la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, ton Fils&amp;lt;br/&amp;gt; qui, remonté des Enfers,&amp;lt;br/&amp;gt; répandit sur le genre humain sa sereine clarté,&amp;lt;br/&amp;gt; et vit et règne pour les siècles des siècles. Amen&amp;lt;br/&amp;gt; (MR, Vigile Pascale 18&amp;amp;nbsp;: Exsultet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Christ est descendu aux enfers =====&lt;br /&gt;
''632 ''Les fréquentes affirmations du Nouveau Testament selon lesquelles Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est ressuscité d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 20) présupposent, préalablement à la résurrection, que celui-ci soit demeuré dans le séjour des morts (cf. He 13, 20). C’est le sens premier que la prédication apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers&amp;amp;nbsp;: Jésus a connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour des morts. Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (cf. 1 P 3, 18-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''633 ''Le séjour des morts où le Christ mort est descendu, l’Écriture l’appelle les enfers, le Shéol ou l’Hadès (cf. Ph 2, 10&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 24&amp;amp;nbsp;; Ap 1, 18&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) parce que ceux qui s’y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cf. Ps 6, 6&amp;amp;nbsp;; 88, 11-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de tous les morts, méchants ou justes (cf. Ps 89, 49&amp;amp;nbsp;; 1 S 28, 19&amp;amp;nbsp;; Ez 32, 17-32) ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme le montre Jésus dans la parabole du pauvre Lazare reçu dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sein d’Abraham&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 16, 22-26). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce sont précisément ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu’il descendit aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 6, 3). Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cf. Cc. Rome de 745&amp;amp;nbsp;: DS 587) ni pour détruire l’enfer de la damnation (cf. DS 1011&amp;amp;nbsp;; 1077) mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé (cf. Cc. Tolède IV en 625&amp;amp;nbsp;: DS 485&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''634 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 4, 6). La descente aux enfers est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''635 ''Le Christ est donc descendu dans la profondeur de la mort (cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 7&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l’auront entendue vivent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 25). Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réduit à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14-15). Désormais le Christ ressuscité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détient la clef de la mort et de l’Hadès&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ (Ancienne homélie pour le Samedi Saint&amp;amp;nbsp;: PG 43, 440A. 452C. 461).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''636 Dans l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le symbole confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort et le diable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''637 Le Christ mort, dans son âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Le troisième jour il est ressuscité des morts =====&lt;br /&gt;
''638 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: la promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur à nous, leurs enfants&amp;amp;nbsp;: Il a ressuscité Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32-33). La Résurrection de Jésus est la vérité culminante de notre foi dans le Christ, crue et vécue comme vérité centrale par la première communauté chrétienne, transmise comme fondamentale par la Tradition, établie par les documents du Nouveau Testament, prêchée comme partie essentielle du mystère pascal en même temps que la Croix&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ est ressuscité des morts.&amp;lt;br/&amp;gt; Par sa mort Il a vaincu la mort,&amp;lt;br/&amp;gt; Aux morts Il a donné la vie.&amp;lt;br/&amp;gt; (Liturgie byzantine, Tropaire de Pâques)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’événement historique et transcendant =====&lt;br /&gt;
''639 ''Le mystère de la résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées comme l’atteste le Nouveau Testament. Déjà S. Paul peut écrire aux Corinthiens vers l’an 56&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous ai donc transmis ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3-4). L’apôtre parle ici de la ''vivante tradition de la Résurrection'' qu’il avait apprise après sa conversion aux portes de Damas (cf. Ac 9, 3-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le tombeau vide'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''640 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts&amp;amp;nbsp;? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6). Dans le cadre des événements de Pâques, le premier élément que l’on rencontre est le sépulcre vide. Il n’est pas en soi une preuve directe. L’absence du corps du Christ dans le tombeau pourrait s’expliquer autrement (cf. Jn 20, 13&amp;amp;nbsp;; Mt 28, 11-15). Malgré cela, le sépulcre vide a constitué pour tous un signe essentiel. Sa découverte par les disciples a été le premier pas vers la reconnaissance du fait de la Résurrection. C’est le cas des saintes femmes d’abord (cf. Lc 24, 3. 22-23), puis de Pierre (cf. Lc 24, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le disciple que Jésus aimait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 2) affirme qu’en entrant dans le tombeau vide et en découvrant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les linges gisant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 6) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vit et il crut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 8). Cela suppose qu’il ait constaté dans l’état du sépulcre vide (cf. Jn 20, 5-7) que l’absence du corps de Jésus n’a pas pu être une œuvre humaine et que Jésus n’était pas simplement revenu à une vie terrestre comme cela avait été le cas de Lazare (cf. Jn 11, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les apparitions du Ressuscité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''641 ''Marie de Magdala et les saintes femmes, qui venaient achever d’embaumer le corps de Jésus (cf. Mc 16, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 1) enseveli à la hâte à cause de l’arrivée du Sabbat le soir du Vendredi Saint (cf. Jn 19, 31. 42), ont été les premières à rencontrer le Ressuscité (cf. Mt 28, 9-10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 11-18). Ainsi les femmes furent les premières messagères de la Résurrection du Christ pour les apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 9-10). C’est à eux que Jésus apparaît ensuite, d’abord à Pierre, puis aux Douze (cf. 1 Co 15, 5). Pierre, appelé à confirmer la foi de ses frères (cf. Lc 22, 31-32), voit donc le Ressuscité avant eux et c’est sur son témoignage que la communauté s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est bien vrai&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 34. 36). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''642 ''Tout ce qui est arrivé dans ces journées Pascales engage chacun des apôtres – et Pierre tout particulièrement – dans la construction de l’ère nouvelle qui a débuté au matin de Pâques. Comme témoins du Ressuscité ils demeurent les pierres de fondation de son Église. La foi de la première communauté des croyants est fondée sur le témoignage d’hommes concrets, connus des chrétiens et, pour la plupart, vivant encore parmi eux. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoins de la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 1, 22) sont avant tout Pierre et les Douze, mais pas seulement eux&amp;amp;nbsp;: Paul parle clairement de plus de cinq cents personnes auxquelles Jésus est apparu en une seule fois, en plus de Jacques et de tous les apôtres (cf. 1 Co 15, 4-8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''643 ''Devant ces témoignages il est impossible d’interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l’ordre physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique. Il résulte des faits que la foi des disciples a été soumise à l’épreuve radicale de la passion et de la mort en croix de leur maître annoncée par celui-ci à l’avance (cf. Lc 22, 31-32). La secousse provoquée par la passion fut si grande que les disciples (tout au moins certains d’entre eux) ne crurent pas aussitôt à la nouvelle de la résurrection. Loin de nous montrer une communauté saisie par une exaltation mystique, les Évangiles nous présentent les disciples abattus (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;le visage sombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Lc 24, 17) et effrayés (cf. Jn 20, 19). C’est pourquoi ils n’ont pas cru les saintes femmes de retour du tombeau et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leurs propos leur ont semblé du radotage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 16, 11. 13). Quand Jésus se manifeste aux onze au soir de Pâques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il leur reproche leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''644 ''Même mis devant la réalité de Jésus ressuscité, les disciples doutent encore (cf. Lc 24, 38), tellement la chose leur paraît impossible&amp;amp;nbsp;: ils croient voir un esprit (cf. Lc 24, 39). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans leur joie ils ne croient pas encore et demeurent saisis d’étonnement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 41). Thomas connaîtra la même épreuve du doute (cf. Jn 20, 24-27) et, lors de la dernière apparition en Galilée rapportée par Matthieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains cependant doutèrent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 17). C’est pourquoi l’hypothèse selon laquelle la résurrection aurait été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi (ou de la crédulité) des apôtres est sans consistance. Bien au contraire, leur foi dans la Résurrection est née – sous l’action de la grâce divine – de l’expérience directe de la réalité de Jésus ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’état de l’humanité ressuscitée du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''645 ''Jésus ressuscité établit avec ses disciples des rapports directs, à travers le toucher (cf. Lc 24, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 27) et le partage du repas (cf. Lc 24, 30. 41-43&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 9. 13-15). Il les invite par là à reconnaître qu’il n’est pas un esprit (cf. Lc 24, 39) mais surtout à constater que le corps ressuscité avec lequel il se présente à eux est le même qui a été martyrisé et crucifié puisqu’il porte encore les traces de sa passion (cf. Lc 24, 40&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 20. 27). Ce corps authentique et réel possède pourtant en même temps les propriétés nouvelles d’un corps glorieux&amp;amp;nbsp;: il n’est plus situé dans l’espace et le temps, mais peut se rendre présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28, 9. 16-17&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15. 36&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14. 19. 26&amp;amp;nbsp;; 21, 4) car son humanité ne peut plus être retenue sur terre et n’appartient plus qu’au domaine divin du Père (cf. Jn 20, 17). Pour cette raison aussi Jésus ressuscité est souverainement libre d’apparaître comme il veut&amp;amp;nbsp;: sous l’apparence d’un jardinier (cf. Jn 20, 14-15) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous d’autres traits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 12) que ceux qui étaient familiers aux disciples, et cela pour susciter leur foi (cf. Jn 20, 14. 16&amp;amp;nbsp;; 21, 4. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''646 ''La Résurrection du Christ ne fut pas un retour à la vie terrestre, comme ce fut le cas pour les résurrections qu’il avait accomplies avant Pâques&amp;amp;nbsp;: la fille de Jaïre, le jeune de Naïm, Lazare. Ces faits étaient des événements miraculeux, mais les personnes miraculées retrouvaient, par le pouvoir de Jésus, une vie terrestre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ordinaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. A un certain moment, ils mourront de nouveau. La Résurrection du Christ est essentiellement différente. Dans son corps ressuscité, il passe de l’état de mort à une autre vie au-delà du temps et de l’espace. Le corps de Jésus est, dans la Résurrection, rempli de la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; il participe à la vie divine dans l’état de sa gloire, si bien que S. Paul peut dire du Christ qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 35-50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Résurrection comme événement transcendant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''647 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O nuit, chante l’‘Exsultet’ de Pâques, toi seule as pu connaître le moment où le Christ est sorti vivant du séjour des morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vigile Pascale). En effet, personne n’a été le témoin oculaire de l’événement même de la Résurrection et aucun évangéliste ne le décrit. Personne n’a pu dire comment elle s’était faite physiquement. Moins encore son essence la plus intime, le passage à une autre vie, fut perceptible aux sens. Événement historique constatable par le signe du tombeau vide et par la réalité des rencontres des apôtres avec le Christ ressuscité, la Résurrection n’en demeure pas moins, en ce qu’elle transcende et dépasse l’histoire, au cœur du mystère de la foi. C’est pourquoi le Christ ressuscité ne se manifeste pas au monde (cf. Jn 14, 22) mais à ses disciples, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, ceux-là mêmes qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La Résurrection – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''648 ''La Résurrection du Christ est objet de foi en tant qu’elle est une intervention transcendante de Dieu lui-même dans la création et dans l’histoire. En elle, les trois Personnes divines à la fois agissent ensemble et manifestent leur originalité propre. Elle s’est fait par la puissance du Père qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 2, 24) le Christ, son Fils, et a de cette façon introduit de manière parfaite son humanité – avec son corps – dans la Trinité. Jésus est définitivement révélé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit, par sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 3-4). S. Paul insiste sur la manifestation de la puissance de Dieu (cf. Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; 2 Co 13, 4&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 19-22&amp;amp;nbsp;; He 7, 16) par l’œuvre de l’Esprit qui a vivifié l’humanité morte de Jésus et l’a appelée à l’état glorieux de Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''649 ''Quant au Fils, il opère sa propre Résurrection en vertu de sa puissance divine. Jésus annonce que le Fils de l’homme devra beaucoup souffrir, mourir, et ensuite ressusciter (sens actif du mot) (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 9-31&amp;amp;nbsp;; 10, 34). Ailleurs, il affirme explicitement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je donne ma vie pour la reprendre. (...) J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17-18). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons (...) que Jésus est mort, puis est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''650 ''Les Pères contemplent la Résurrection à partir de la personne divine du Christ qui est restée unie à son âme et à son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’unité de la nature divine qui demeure présente dans chacune des deux parties de l’homme, celles-ci s’unissent à nouveau. Ainsi la mort se produit par la séparation du composé humain, et la Résurrection par l’union des deux parties séparées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Nysse, res. 1&amp;amp;nbsp;: PG 46, 617B)&amp;amp;nbsp;; cf. aussi DS 325&amp;amp;nbsp;; 359&amp;amp;nbsp;; 369&amp;amp;nbsp;; 539).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Sens et portée salvifique de la Résurrection =====&lt;br /&gt;
''651 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi notre foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 14). La Résurrection constitue avant tout la confirmation de tout ce que le Christ lui-même a fait et enseigné. Toutes les vérités, même les plus inaccessibles à l’esprit humain, trouvent leur justification si en ressuscitant le Christ a donné la preuve définitive qu’il avait promise, de son autorité divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''652 ''La Résurrection du Christ est ''accomplissement des promesses'' de l’Ancien Testament (cf. Lc 24, 26-27. 44-48) et de Jésus lui-même durant sa vie terrestre (cf. Mt 28, 6&amp;amp;nbsp;; Mc 16, 7&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 6-7). L’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 3-4 et le Symbole de Nicée-Constantinople) indique que la Résurrection du Christ accomplit ces prédictions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''653 ''La vérité de ''la divinité de Jésus'' est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous saurez que Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28). La Résurrection du Crucifié démontra qu’il était vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Fils de Dieu et Dieu Lui-même. S. Paul a pu déclarer aux Juifs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur (...)&amp;amp;nbsp;; il a ressuscité Jésus, ainsi qu’il était écrit au Psaume premier&amp;amp;nbsp;: Tu es mon Fils, moi-même aujourd’hui je t’ai engendré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32. 34&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 2, 7). La Résurrection du Christ est étroitement liée au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu. Elle en est l’accomplissement selon le dessein éternel de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''654 ''Il y a un double aspect dans le mystère Pascal&amp;amp;nbsp;: par sa mort il nous libère du péché, par sa Résurrection il nous ouvre l’accès à une nouvelle vie. Celle-ci est d’abord ''la justification'' qui nous remet dans la grâce de Dieu (cf. Rm 4, 25) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4). Elle consiste en la victoire sur la mort du péché et dans la nouvelle participation à la grâce (cf. Ep 2, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 3). Elle accomplit ''l’adoption filiale'' car les hommes deviennent frères du Christ, comme Jésus lui-même appelle ses disciples après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez annoncer à mes frères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 17). Frères non par nature, mais par don de la grâce, parce que cette filiation adoptive procure une participation réelle à la vie du Fils unique, qui s’est pleinement révélée dans sa Résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''655 ''Enfin, la Résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de ''notre résurrection future''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (...), de même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 20-22). Dans l’attente de cet accomplissement, le Christ ressuscité vit dans le cœur de ses fidèles. En Lui les chrétiens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûtent aux forces du monde à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 5) et leur vie est entraînée par le Christ au sein de la vie divine (cf. Col 3, 1-3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin qu’ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''656 La foi en la Résurrection a pour objet un événement à la fois historiquement attesté par les disciples qui ont réellement rencontré le Ressuscité, et mystérieusement transcendant en tant qu’entrée de l’humanité du Christ dans la gloire de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''657 Le tombeau vide et les linges gisants signifient par eux-mêmes que le corps'' ''du Christ a échappé aux liens de la mort et de la corruption par la puissance de Dieu. Ils préparent les disciples à la rencontre du Ressuscité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''658 Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier né d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), est le principe de notre propre résurrection, dès maintenant par la justification de notre âme (cf. Rm 6, 4), plus tard par la vivification de notre corps (cf. Rm 8, 11).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 6 : &amp;quot; Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''659 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 19). Le Corps du Christ a été glorifiée dès l’instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence (cf. Lc 24, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 19. 26). Mais pendant les quarante jours où il va manger et boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10, 41) et les instruire sur le Royaume (cf. Ac 1, 3), sa gloire reste encore voilée sous les traits d’une humanité ordinaire (cf. Mc 16, 12&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14-15&amp;amp;nbsp;; 21, 4). La dernière apparition de Jésus se termine par l’entrée irréversible de son humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1, 9&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Lc 9, 34-35&amp;amp;nbsp;; Ex 13, 22) et par le ciel (cf. Lc 24, 51) où il siège désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33&amp;amp;nbsp;; 7, 56&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ps 110, 1). Ce n’est que de manière tout à fait exceptionnelle et unique qu’il se montrera à Paul &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme à l’avorton&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 8) en une dernière apparition qui le constitue apôtre (cf. 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''660 ''Le caractère voilé de la gloire du Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole mystérieuse à Marie-Madeleine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur&amp;amp;nbsp;: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17). Ceci indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ ressuscité et celle du Christ exalté à la droite du Père. L’événement à la fois historique et transcendant de l’Ascension marque la transition de l’une à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''661 ''Cette dernière étape demeure étroitement unie à la première, c’est-à-dire à la descente du ciel réalisée dans l’Incarnation. Seul celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retourner au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: le Christ (cf. Jn 16, 28). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ep 4, 8-10). Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a pas accès à la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Maison du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 2), à la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l’homme, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sorte que nous, ses membres, nous ayons l’espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête et notre Principe, nous a précédés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de l’Ascension)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''662 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). L’élévation sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel. Elle en est le début. Jésus-Christ, l’unique Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle, n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entré dans un sanctuaire fait de mains d’hommes (...) mais dans le ciel, afin de paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 24). Au ciel le Christ exerce en permanence son sacerdoce, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui s’avancent vers Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 25). Comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand prêtre des biens à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 11), il est le centre et l’acteur principal de la liturgie qui honore le Père dans les cieux (cf. Ap 4, 6-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''663 ''Le Christ, désormais, ''siège à la droite du Père''&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par droite du Père nous entendons la gloire et l’honneur de la divinité, où celui qui existait comme Fils de Dieu avant tous les siècles comme Dieu et consubstantiel au Père, s’est assis corporellement après qu’il s’est incarné et que sa chair a été glorifiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 4, 2&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1104C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''664 ''La session à la droite du Père signifie l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de la vision du prophète Daniel concernant le Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dn 7, 14). A partir de ce moment, les apôtres sont devenus les témoins du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Règne qui n’aura pas de fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''665 L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''666 Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''667 Jésus-Christ, étant entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de l’Esprit Saint .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 7 : &amp;quot; D’où il viendra juger les vivants et les morts &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Il reviendra dans la gloire =====&lt;br /&gt;
'''Le Christ règne déjà par l’Église...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''668 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 9). L’Ascension du Christ au Ciel signifie sa participation, dans son humanité, à la puissance et à l’autorité de Dieu lui-même. Jésus-Christ est Seigneur&amp;amp;nbsp;: il possède tout pouvoir dans les cieux et sur la terre. Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au-dessus de toute autorité, pouvoir, puissance et souveraineté&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, car le Père &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout mis sous ses pieds&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur du cosmos (cf. Ep 4, 10&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 24. 27-28) et de l’histoire. En lui, l’histoire de l’homme et même toute la création trouvent leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapitulation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10), leur achèvement transcendant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''669 ''Comme Seigneur, le Christ est aussi la tête de l’Église qui est son Corps (cf. Ep 1, 22). Élevé au ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la terre dans son Église. La Rédemption est la source de l’autorité que le Christ, en vertu de l’Esprit Saint, exerce sur l’Église (cf. Ep 4, 11-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;germe et commencement de ce Royaume sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3&amp;amp;nbsp;; 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''670 ''Depuis l’Ascension, le dessein de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dernière heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous. Le renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité, anticipé dès maintenant&amp;amp;nbsp;: en effet, déjà sur la terre l’Église est parée d’une sainteté imparfaite mais véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Le Royaume du Christ manifeste déjà sa présence par les signes miraculeux (cf. Mc 16, 17-18) qui accompagnent son annonce par l’Église (cf. Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... en attendant que tout Lui soit soumis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''671 ''Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec puissance et grande gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 21, 27&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 31) par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué par les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu’à ce que tout lui ai été soumis (cf. 1 Co 15, 28), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à l’heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite, l’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe&amp;amp;nbsp;; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Pour cette raison les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 26), pour hâter le retour du Christ (cf. 2 P 3, 11-12) en lui disant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 16, 22&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 17. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''672 ''Le Christ a affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; 4, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Tm 4, 1). C’est un temps d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13&amp;amp;nbsp;; Mc 13, 33-37).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’avènement glorieux du Christ, espérance d’Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''673 ''Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20) même s’il ne nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment (cf. Mt 24, 44&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2) même s’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retenu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''674 ''La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31) à sa reconnaissance par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 23, 39) dont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une partie s’est endurcie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25) dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’incrédulité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 19-21). Et S. Paul lui fait écho&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant des morts&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 15). L’entrée de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 21, 24), donnera au Peuple de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réaliser la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13) dans laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Épreuve ultime de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''675 ''Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8&amp;amp;nbsp;; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 19-20) dévoilera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystère d’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 18. 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''676 ''Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique&amp;amp;nbsp;: même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intrinsèquement perverse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Pie XI, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Divini Redemptoris&amp;amp;nbsp;&amp;quot; condamnant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;faux mysticisme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contrefaçon de la rédemption des humbles&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; GS 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''677 ''L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Pour juger les vivants et les morts =====&lt;br /&gt;
''678 ''A la suite des prophètes (cf. Dn 7, 10&amp;amp;nbsp;; Jl 3-4&amp;amp;nbsp;; Ml 3, 19) et de Jean-Baptiste (cf. Mt 3, 7-12), Jésus a annoncé dans sa prédication le Jugement du dernier Jour. Alors seront mis en lumière la conduite de chacun (cf. Mc 12, 38-40) et le secret des cœurs (cf. Lc 12, 1-3&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Rm 2, 16&amp;amp;nbsp;; 1 Co 4, 5). Alors sera condamnée l’incrédulité coupable qui a tenu pour rien la grâce offerte par Dieu (cf. Mt 11, 20-24&amp;amp;nbsp;; 12, 41-42). L’attitude par rapport au prochain révélera l’accueil ou le refus de la grâce et de l’amour divin (cf. Mt 5, 22&amp;amp;nbsp;; 7, 1-5). Jésus dira au dernier jour&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''679 ''Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le jugement tout entier au Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 5, 27&amp;amp;nbsp;; Mt 25, 31&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 42&amp;amp;nbsp;; 17, 31&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 4, 1). Or, le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3, 18&amp;amp;nbsp;; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12, 32&amp;amp;nbsp;; He 6, 4-6&amp;amp;nbsp;; 10, 26-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''680 Le Christ Seigneur règne déjà par l’Église, mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore soumises. Le triomphe du Royaume du Christ ne se fera pas sans un dernier assaut des puissances du mal.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''681 Au Jour du Jugement, lors de la fin du monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi ensemble au cours de l’histoire .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''682 En venant à la fin des temps juger les vivants et les morts, le Christ glorieux révélera la disposition secrète des cœurs et rendra à chaque homme selon ses œuvres et selon son accueil ou son refus de la grâce.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : Je crois en l’Esprit Saint ====&lt;br /&gt;
''683 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut appeler Jésus Seigneur sinon dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6). Cette connaissance de foi n’est possible que dans l’Esprit Saint. Pour être en contact avec le Christ, il faut d’abord avoir été touché par l’Esprit Saint. C’est lui qui vient au devant de nous, et suscite en nous la foi. De par notre Baptême, premier sacrement de la foi, la Vie, qui a sa source dans le Père et nous est offerte dans le Fils, nous est communiquée intimement et personnellement par l’Esprit Saint dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Baptême nous accorde la grâce de la nouvelle naissance en Dieu le Père par le moyen de son Fils dans l’Esprit Saint. Car ceux qui portent l’Esprit de Dieu sont conduits au Verbe, c’est-à-dire au Fils&amp;amp;nbsp;; mais le Fils les présente au Père, et le Père leur procure l’incorruptibilité. Donc, sans l’Esprit, il n’est pas possible de voir le Fils de Dieu, et, sans le Fils, personne ne peut approcher du Père, car la connaissance du Père, c’est le Fils, et la connaissance du Fils de Dieu se fait par l’Esprit Saint (S. Irénée, dem. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''684 ''L’Esprit Saint par sa grâce, est premier dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître le Père et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). Cependant il est dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte. S. Grégoire de Nazianze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, explique cette progression par la pédagogie de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condescendance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Ancien Testament proclamait manifestement le Père, le Fils plus obscurément. Le Nouveau a manifesté le Fils, a fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant l’Esprit a droit de cité parmi nous et nous accorde une vision plus claire de lui-même. En effet il n’était pas prudent, quand on ne confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer ouvertement le Fils et, quand la divinité du Fils n’était pas encore admise, d’ajouter l’Esprit Saint comme un fardeau supplémentaire, pour employer une expression un peu hardie... C’est par des avances et des progressions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de gloire en gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que la lumière de la Trinité éclatera en plus brillantes clartés (S. Grégoire de Naz., or. theol. 5, 26&amp;amp;nbsp;: PG 36, 161C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''685 ''Croire en l’Esprit Saint c’est donc professer que l’Esprit Saint est l’une des Personnes de la Trinité Sainte, consubstantielle au Père et au Fils, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;adoré et glorifié avec le Père et le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople). C’est pourquoi il a été question du mystère divin de l’Esprit Saint dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;théologie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; trinitaire. Ici il ne s’agira donc de l’Esprit Saint que dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’économie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''686 ''L’Esprit Saint est à l’œuvre avec le Père et le Fils du commencement à la consommation du dessein de notre salut. Mais c’est dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, inaugurés avec l’Incarnation rédemptrice du Fils, qu’Il est révélé et donné, reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Premier-Né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et Tête de la nouvelle création, pourra prendre corps dans l’humanité par l’Esprit répandu&amp;amp;nbsp;: l’Église, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 8 : &amp;quot; Je crois en l’Esprit Saint &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''687 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 11). Or, son Esprit qui le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole vivante, mais ne se dit pas lui-même. Celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous fait entendre la Parole du Père. Mais lui, nous ne l’entendons pas. Nous ne le connaissons que dans le mouvement où il nous révèle le Verbe et nous dispose à L’accueillir dans la foi. L’Esprit de Vérité qui nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne parle pas de lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). Un tel effacement, proprement divin, explique pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde ne peut pas le recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le connaît&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tandis que ceux qui croient au Christ le connaissent parce qu’il demeure avec eux (Jn 14, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''688 ''L’Église, communion vivante dans la foi des apôtres qu’elle transmet, est le lieu de notre connaissance de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les Écritures qu’Il a inspirées&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la Tradition, dont les Pères de l’Église sont les témoins toujours actuels&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le Magistère de l’Église qu’Il assiste&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la liturgie sacramentelle, à travers ses paroles et ses symboles, où l’Esprit Saint nous met en communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la prière dans laquelle Il intercède pour nous&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les charismes et les ministères par lesquels l’Église est édifiée&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les signes de vie apostolique et missionnaire&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le témoignage des saints où Il manifeste sa sainteté et continue l’œuvre du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La mission conjointe du Fils et de l’Esprit =====&lt;br /&gt;
''689 ''Celui que le Père a envoyé dans nos cœurs, l’Esprit de son Fils (cf. Ga 4, 6) est réellement Dieu. Consubstantiel au Père et au Fils, il en est inséparable, tant dans la Vie intime de la Trinité que dans son don d’amour pour le monde. Mais en adorant la Trinité Sainte, vivifiante, consubstantielle et indivisible, la foi de l’Église professe aussi la distinction des Personnes. Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son Souffle&amp;amp;nbsp;: mission conjointe où le Fils et l’Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Certes, c’est le Christ qui paraît, Lui, l’Image visible du Dieu invisible, mais c’est l’Esprit Saint qui Le révèle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''690 ''Jésus est Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, parce que l’Esprit en est l’Onction et tout ce qui advient à partir de l’Incarnation découle de cette plénitude (cf. Jn 3, 34). Quand enfin le Christ est glorifié (cf. Jn 7, 39), il peut à son tour, d’auprès du Père, envoyer l’Esprit à ceux qui croient en lui&amp;amp;nbsp;: il leur communique sa Gloire (cf. Jn 17, 22), c’est-à-dire l’Esprit Saint qui le glorifie (cf. Jn 16, 14). La mission conjointe se déploiera dès lors dans les enfants adoptés par le Père dans le Corps de son Fils&amp;amp;nbsp;: la mission de l’Esprit d’adoption sera de les unir au Christ et de les faire vivre en lui&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La notion de l’onction suggère (...) qu’il n’y a aucune distance entre le Fils et l’Esprit. En effet de même qu’entre la surface du corps et l’onction de l’huile ni la raison ni la sensation ne connaissent aucun intermédiaire, ainsi est immédiat le contact du Fils avec l’Esprit, si bien que pour celui qui va prendre contact avec le Fils par la foi, il est nécessaire de rencontrer d’abord l’huile par le contact. En effet il n’y a aucune partie qui soit nue de l’Esprit Saint. C’est pourquoi la confession de la Seigneurie du Fils se fait dans l’Esprit Saint pour ceux qui la reçoivent, l’Esprit venant de toutes parts au devant de ceux qui s’approchent par la foi (S. Grégoire de Nysse, Spir. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 45, 1321A-B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le nom, les appellations et les symboles de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
'''Le nom propre de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''691 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tel est le nom propre de Celui que nous adorons et glorifions avec le Père et le Fils. L’Église l’a reçu du Seigneur et le professe dans le Baptême de ses nouveaux enfants (cf. Mt 28, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; traduit le terme hébreu ''Ruah'' qui, dans son sens premier, signifie souffle, air, vent. Jésus utilise justement l’image sensible du vent pour suggérer à Nicodème la nouveauté transcendante de Celui qui est personnellement le Souffle de Dieu, l’Esprit divin (Jn 3, 5-8). D’autre part, Esprit et Saint sont des attributs divins communs aux Trois Personnes divines. Mais en joignant les deux termes, l’Écriture, la liturgie et le langage théologique désignent la Personne ineffable de l’Esprit Saint, sans équivoque possible avec les autres emplois des termes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les appellations de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''692 ''Jésus, lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui est appelé auprès&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''ad-vocatus'' (Jn 14, 16. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est traduit habituellement par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Consolateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus étant le premier consolateur (cf. 1 Jn 2, 1). Le Seigneur lui-même appelle l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''693 ''Outre son nom propre, qui est le plus employé dans les Actes des apôtres et les Épîtres, on trouve chez S. Paul les appellations&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de la promesse (Ga 3, 14&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13), l’Esprit d’adoption (Rm 8, 15&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 6), l’Esprit du Christ (Rm 8, 11), l’Esprit du Seigneur (2 Co 3, 17), l’Esprit de Dieu (Rm 8, 9. 14&amp;amp;nbsp;; 15, 19&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 11&amp;amp;nbsp;; 7, 40), et chez S. Pierre, l’Esprit de gloire (1 P 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''694 L’eau. ''Le symbolisme de l’eau est significatif de l’action de l’Esprit Saint dans le Baptême, puisque, après l’invocation de l’Esprit Saint, elle devient le signe sacramentel efficace de la nouvelle naissance&amp;amp;nbsp;: de même que la gestation de notre première naissance s’est opérée dans l’eau, de même l’eau baptismale signifie réellement que notre naissance à la vie divine nous est donnée dans l’Esprit Saint. Mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisés dans un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abreuvés d’un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit est donc aussi personnellement l’Eau vive qui jaillit du Christ crucifié (cf. Jn 19, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 5, 8) comme de sa source et qui en nous jaillit en Vie éternelle (cf. Jn 4, 10-14&amp;amp;nbsp;; 7, 38&amp;amp;nbsp;; Ex 17, 1-6&amp;amp;nbsp;; Is 55, 1&amp;amp;nbsp;; Za 14, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 4&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 6&amp;amp;nbsp;; 22, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''695 L’onction.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; Le symbolisme de l’onction d’huile est aussi significatif de l’Esprit Saint, jusqu’à en devenir le synonyme (cf. 1 Jn 2, 20. 27&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21). Dans l’initiation chrétienne, elle est le signe sacramentel de la Confirmation, appelée justement dans les Églises d’Orient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chrismation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Mais pour en saisir toute la force, il faut revenir à l’Onction première accomplie par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: celle de Jésus. Christ [&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à partir de l’hébreu] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit de Dieu. Il y a eu des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Seigneur dans l’Ancienne Alliance (cf. Ex 30, 22-32), le roi David éminemment (cf. 1 S 16, 13). Mais Jésus est l’Oint de Dieu d’une manière unique&amp;amp;nbsp;: l’humanité que le Fils assume est totalement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ointe de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par l’Esprit Saint (cf. Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; Is 61, 1). La Vierge Marie conçoit le Christ de l’Esprit Saint qui par l’ange l’annonce comme Christ lors de sa naissance (cf. Lc 2, 11) et pousse Siméon à venir au Temple voir le Christ du Seigneur (cf. Lc 2, 26-27)&amp;amp;nbsp;; c’est lui qui emplit le Christ (cf. Lc 4, 1) et dont la puissance sort du Christ dans ses actes de guérison et de salut (cf. Lc 6, 19&amp;amp;nbsp;; 8, 46). C’est lui enfin qui ressuscite Jésus d’entre les morts (cf. Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; 8, 11). Alors, constitué pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans son Humanité victorieuse de la mort (cf. Ac 2, 36), Jésus répand à profusion l’Esprit Saint jusqu’à ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; constituent, dans leur union à l’Humanité du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cet Homme parfait (...) qui réalise la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon l’expression de S. Augustin (serm. 341, 1, 1&amp;amp;nbsp;; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ibid''., 9, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''696 Le feu.'' Alors que l’eau signifiait la naissance et la fécondité de la Vie donnée dans l’Esprit Saint, le feu symbolise l’énergie transformante des actes de l’Esprit Saint. Le prophète Elie, qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se leva comme un feu et dont la parole brûlait comme une torche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Si 48, 1), par sa prière attire le feu du ciel sur le sacrifice du mont Carmel (cf. 1 R 18, 38-39), figure du feu de l’Esprit Saint qui transforme ce qu’il touche. Jean-Baptiste, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui marche devant le Seigneur avec ‘l’esprit’ et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17) annonce le Christ comme celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisera dans l’Esprit Saint et le feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 16), cet Esprit dont Jésus dira&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis venu jeter un feu sur la terre et combien je voudrais qu’il fût déjà allumé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 49). C’est sous la forme de langues &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’on eût dites de feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit Saint se pose sur les disciples au matin de la Pentecôte et les remplit de lui (Ac 2, 3-4). La tradition spirituelle retiendra ce symbolisme du feu comme l’un des plus expressifs de l’action de l’Esprit Saint (cf. S. Jean de la Croix, llama). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;N’éteignez pas l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''697 La nuée ''et ''la lumière.'' Ces deux symboles sont inséparables dans les manifestations de l’Esprit Saint. Dès les théophanies de l’Ancien Testament, la Nuée, tantôt obscure, tantôt lumineuse, révèle le Dieu vivant et sauveur, en voilant la transcendance de sa Gloire&amp;amp;nbsp;: avec Moïse sur la montagne du Sinaï (cf. Ex 24, 15-18), à la Tente de Réunion (cf. Ex 33, 9-10) et durant la marche au désert (cf. Ex 40, 36-38&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 1-2)&amp;amp;nbsp;; avec Salomon lors de la dédicace du Temple (cf. 1 R 8, 10-12). Or ces figures sont accomplies par le Christ dans l’Esprit Saint. C’est Celui-ci qui vient sur la Vierge Marie et la prend &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour qu’elle conçoive et enfante Jésus (Lc 1, 35). Sur la montagne de la Transfiguration, c’est lui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;survient dans la nuée qui prend sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Jésus, Moïse et Elie, Pierre, Jacques et Jean, et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la nuée sort une voix qui dit&amp;amp;nbsp;: ‘Celui-ci est mon Fils, mon Élu, écoutez-le’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 34-35). C’est enfin la même Nuée qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dérobe Jésus aux yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des disciples le jour de l’Ascension (Ac 1, 9) et qui le révélera Fils de l’homme dans sa Gloire au Jour de son Avènement (cf. Lc 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''698 Le sceau'' est un symbole proche de celui de l’Onction. C’est en effet le Christ que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a marqué de son sceau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 27) et c’est en lui que le Père nous marque aussi de son sceau (2 Co 1, 22&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13&amp;amp;nbsp;; 4, 30). Parce qu’elle indique l’effet indélébile de l’Onction de l’Esprit Saint dans les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Ordre, l’image du sceau (''sphragis'') a été utilisée dans certaines traditions théologiques pour exprimer le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;caractère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ineffaçable imprimé par ces trois sacrements qui ne peuvent être réitérés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''699 La main ''. C’est en imposant les mains que Jésus guérit les malades (cf. Mc 6, 5&amp;amp;nbsp;; 8, 23) et bénit les petits enfants (cf. Mc 10, 16). En son nom, les apôtres feront de même (cf. Mc 16, 18&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 12&amp;amp;nbsp;; 14, 3). Mieux encore, c’est par l’imposition des mains des apôtres que l’Esprit Saint est donné (cf. Ac 8, 17-19&amp;amp;nbsp;; 13, 3&amp;amp;nbsp;; 19, 6). L’Épître aux Hébreux met l’imposition des mains au nombre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;articles fondamentaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de son enseignement (cf. He 6, 2). Ce signe de l’effusion toute-puissante de l’Esprit Saint, l’Église l’a gardé dans ses épiclèses sacramentelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''700 Le doigt.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est par le doigt de Dieu que [Jésus] expulse les démons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 11, 20). Si la Loi de Dieu a été écrite sur des tables de pierre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le doigt de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 31, 18), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la lettre du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, remise aux soins des apôtres, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est écrite avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 3). L’hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; invoque l’Esprit Saint comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''le doigt de la droite du Père''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''In Dominica Pentecostes'', Hymnus ad I et II Vesperas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''701 La colombe''. A la fin du déluge (dont le symbolisme concerne le Baptême), la colombe lâchée par Noé revient, un rameau tout frais d’olivier dans le bec, signe que la terre est de nouveau habitable (cf. Gn 8, 8-12). Quand le Christ remonte de l’eau de son baptême, l’Esprit Saint, sous forme d’une colombe, descend sur lui et y demeure (cf. Mt 3, 16 par.). L’Esprit descend et repose dans le cœur purifié des baptisés. Dans certaines églises, la sainte Réserve eucharistique est conservée dans un réceptacle métallique en forme de colombe (le ''columbarium'') suspendu au-dessus de l’autel. Le symbole de la colombe pour suggérer l’Esprit Saint est traditionnel dans l’iconographie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit et la Parole de Dieu dans le temps des promesses =====&lt;br /&gt;
''702 ''Du commencement jusqu’à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Plénitude du temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), la mission conjointe du Verbe et de l’Esprit du Père demeure ''cachée,'' mais elle est à l’œuvre. L’Esprit de Dieu y prépare le temps du Messie, et l’un et l’autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis afin d’être attendus et accueillis lors de leur manifestation. C’est pourquoi lorsque l’Église lit l’Ancien Testament (cf. 2 Co 3, 14), elle y scrute (cf. Jn 5, 39. 46) ce que l’Esprit, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, veut nous dire du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la foi de l’Église entend ici tous ceux que l’Esprit Saint a inspirés dans la vivante annonce et dans la rédaction des livres saints, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament. La tradition juive distingue la Loi (les cinq premiers livres ou Pentateuque), les Prophètes (nos livres dits historiques et prophétiques) et les Écrits (surtout sapientiels, en particulier les Psaumes) (cf. Lc 24, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''703 ''La Parole de Dieu et son Souffle sont à l’origine de l’être et de la vie de toute créature (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2&amp;amp;nbsp;; 2, 7&amp;amp;nbsp;; Qo 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Ez 37, 10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au Saint-Esprit il convient de régner, de sanctifier et d’animer la création, car il est Dieu consubstantiel au Père et au Fils (...). A Lui revient le pouvoir sur la vie, car étant Dieu il garde la création dans le Père par le Fils (Liturgie byzantine, Tropaire des matines des dimanches du second mode).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''704 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à l’homme, c’est de ses propres mains [c’est-à-dire le Fils et l’Esprit Saint] que Dieu le façonna (...) et Il dessina sur la chair façonnée sa propre forme, de façon que même ce qui serait visible portât la forme divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 11).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit de la promesse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''705 ''Défiguré par le péché et par la mort, l’homme demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à l’image du Fils, mais il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privé de la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 23), privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La promesse faite à Abraham inaugure l’économie du salut au terme de laquelle le Fils lui-même assumera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 7) et la restaurera dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec le Père en lui redonnant la Gloire, l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''706 ''Contre toute espérance humaine, Dieu promet à Abraham une descendance, comme fruit de la foi et de la puissance de l’Esprit Saint (cf. Gn 18, 1-15&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38. 54-55&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 12-13&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 16-21). En elle seront bénies toutes les nations de la terre (cf. Gn 12, 3). Cette descendance sera le Christ (cf. Ga 3, 16) en qui l’effusion de l’Esprit Saint fera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité des enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 52). En s’engageant par serment (cf. Lc 1, 73), Dieu s’engage déjà au don de son Fils Bien-aimé (cf. Gn 22, 17-19&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 32&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 16) et au don de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de la Promesse (...) qui (...) prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans les Théophanies et la Loi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''707 ''Les Théophanies (manifestations de Dieu) illuminent le chemin de la promesse, des patriarches à Moïse et de Josué jusqu’aux visions qui inaugurent la mission des grands prophètes. La tradition chrétienne a toujours reconnu que dans ces Théophanies le Verbe de Dieu se laissait voir et entendre, à la fois révélé et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ombré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la Nuée de l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''708 ''Cette pédagogie de Dieu apparaît spécialement dans le don de la Loi (cf. Ex 19-20&amp;amp;nbsp;; Dt 1-11&amp;amp;nbsp;; 29-30). La Loi a été donnée comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour conduire le Peuple vers le Christ (Ga 3, 24). Mais son impuissance à sauver l’homme privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine et la connaissance accrue qu’elle donne du péché (cf. Rm 3, 20) suscitent le désir de l’Esprit Saint. Les gémissements des Psaumes en témoignent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans le Royaume et l’Exil'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''709 ''La Loi, signe de la promesse et de l’alliance, aurait dû régir le cœur et les institutions du Peuple issu de la foi d’Abraham. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, pour une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 2, 9). Mais, après David, Israël succombe à la tentation de devenir un royaume comme les autres nations. Or le Royaume, objet de la promesse faite à David (cf. 2 S 7&amp;amp;nbsp;; Ps 89&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 32-33) sera l’œuvre de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il appartiendra aux pauvres selon l’Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''710 ''L’oubli de la Loi et l’infidélité à l’alliance aboutissent à la mort&amp;amp;nbsp;: c’est l’Exil, apparemment échec des promesses, en fait fidélité mystérieuse du Dieu sauveur et début d’une restauration promise, mais selon l’Esprit. Il fallait que le Peuple de Dieu souffrît cette purification (cf. Lc 24, 26)&amp;amp;nbsp;; l’Exil porte déjà l’ombre de la Croix dans le dessein de Dieu, et le Reste des pauvres qui en revient est l’une des figures les plus transparentes de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’attente du Messie et de son Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''711 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que je vais faire du nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 43, 19)&amp;amp;nbsp;: Deux lignes prophétiques vont se dessiner, portant l’une sur l’attente du Messie, l’autre sur l’annonce d’un Esprit nouveau, et elles convergent dans le petit Reste, le peuple des Pauvres (cf. So 2, 3), qui attend dans l’espérance la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consolation d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la délivrance de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 25. 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a vu plus haut comment Jésus accomplit les prophéties qui le concernent. On se limite ici à celles où apparaît davantage la relation du Messie et de son Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''712 ''Les traits du visage du ''Messie'' attendu commencent à apparaître dans le Livre de l’Emmanuel (cf. Is 6-12) (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand Isaïe eut la vision de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Christ&amp;amp;nbsp;: Jn 12, 41), en particulier en Is 11, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un rejeton sort de la souche de Jessé,&amp;lt;br/&amp;gt; un surgeon pousse de ses racines&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;br/&amp;gt; sur lui repose l’Esprit du Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de sagesse et d’intelligence,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de conseil et de force,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de science et de crainte du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''713 ''Les traits du Messie sont révélés surtout dans les chants du Serviteur (cf. Is 42, 1-9&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 18-21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 32-34, puis Is 49, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 2, 32, enfin Is 50, 4-10 et 52, 13 – 53, 12). Ces chants annoncent le sens de la passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra l’Esprit Saint pour vivifier la multitude&amp;amp;nbsp;: non pas de l’extérieur, mais en épousant notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Prenant sur lui notre mort, il peut nous communiquer son propre Esprit de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''714 ''C’est pourquoi le Christ inaugure l’annonce de la bonne Nouvelle en faisant sien ce passage d’Isaïe (Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; cf. Is 61, 1-2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Esprit du Seigneur est sur moi,&amp;lt;br/&amp;gt; car le Seigneur m’a oint.&amp;lt;br/&amp;gt; Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,&amp;lt;br/&amp;gt; panser les cœurs meurtris&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer aux captifs l’amnistie&amp;lt;br/&amp;gt; et aux prisonniers la liberté,&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer une année de grâce de la part du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''715 ''Les textes prophétiques concernant directement l’envoi de l’Esprit Saint sont des oracles où Dieu parle au cœur de son Peuple dans le langage de la promesse, avec les accents de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour et de la fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ez 11, 19&amp;amp;nbsp;; 36, 25-28&amp;amp;nbsp;; 37, 1-14&amp;amp;nbsp;; Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; et Jl 3, 1-5) dont S. Pierre proclamera l’accomplissement le matin de la Pentecôte (cf. Ac 2, 17-21). Selon ces promesses, dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Esprit du Seigneur renouvellera le cœur des hommes en gravant en eux une Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;; il rassemblera et réconciliera les peuples dispersés et divisés&amp;amp;nbsp;; il transformera la création première et Dieu y habitera avec les hommes dans la paix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''716 ''Le Peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 2, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 27&amp;amp;nbsp;; 34, 3&amp;amp;nbsp;; Is 49, 13&amp;amp;nbsp;; 61, 1&amp;amp;nbsp;; etc.), les humbles et les doux, tout abandonnés aux desseins mystérieux de leur Dieu, ceux qui attendent la justice, non des hommes mais du Messie, est finalement la grande œuvre de la mission cachée de l’Esprit Saint durant le temps des promesses pour préparer la venue du Christ. C’est leur qualité de cœur, purifié et éclairé par l’Esprit, qui s’exprime dans les Psaumes. En ces pauvres, l’Esprit prépare au Seigneur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 1, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Esprit du Christ dans la plénitude du temps =====&lt;br /&gt;
'''Jean, Précurseur, Prophète et Baptiste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''717 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parut un homme envoyé de Dieu. Il se nommait Jean&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 6). Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rempli de l’Esprit Saint, dès le sein de sa mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 15. 41) par le Christ lui-même que la Vierge Marie venait de concevoir de l’Esprit Saint. La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visitation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Marie à Élisabeth est ainsi devenue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visite de Dieu à son peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''718 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elie qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 17, 10-13)&amp;amp;nbsp;: Le Feu de l’Esprit l’habite et le fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;courir devant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;précurseur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] le Seigneur qui vient. En Jean le Précurseur, l’Esprit Saint achève de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparer au Seigneur un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''719 ''Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus qu’un prophète&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 26). En lui l’Esprit Saint accomplit de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parler par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jean achève le cycle des prophètes inauguré par Elie (cf. Mt 11, 13-14). Il annonce l’imminence de la Consolation d’Israël, il est la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du consolateur qui vient (Jn 1, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Is 40, 1-3). Comme le fera l’Esprit de Vérité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vient comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 15, 26&amp;amp;nbsp;; 5, 33). Au regard de Jean, l’Esprit accomplit ainsi les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;recherches des prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoitise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des anges (1 P 1, 10-12)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit (...). Oui, j’ai vu et j’atteste que c’est Lui, le Fils de Dieu. (...) Voici l’Agneau de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''720 ''Enfin, avec Jean le Baptiste, l’Esprit Saint inaugure, en le préfigurant, ce qu’il réalisera avec et dans le Christ&amp;amp;nbsp;: redonner à l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine. Le baptême de Jean était pour le repentir, celui dans l’eau et dans l’Esprit sera une nouvelle naissance (cf. Jn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Réjouis-toi, comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''721 ''Marie, la Toute Sainte Mère de Dieu, toujours Vierge est le chef-d’œuvre de la mission du Fils et de l’Esprit dans la plénitude du temps. Pour la première fois dans le dessein du salut et parce que son Esprit l’a préparée, le Père trouve la ''Demeure ''où son Fils et son Esprit peuvent habiter parmi les hommes. C’est en ce sens que la Tradition de l’Église a souvent lu en relation à Marie les plus beaux textes sur la Sagesse (cf. Pr 8, 1 – 9, 6&amp;amp;nbsp;; Si 24)&amp;amp;nbsp;: Marie est chantée et représentée dans la liturgie comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Trône de la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En elle commencent à se manifester les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que l’Esprit va accomplir dans le Christ et dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''722 ''L’Esprit Saint a ''préparé'' Marie par sa grâce. Il convenait que fût &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère de Celui en qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite corporellement la Plénitude de la Divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Elle a été, par pure grâce, conçue sans péché comme la plus humble des créatures, la plus capable d’accueil au Don ineffable du Tout-Puissant. C’est à juste titre que l’ange Gabriel la salue comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fille de Sion&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Réjouis-toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 3, 14&amp;amp;nbsp;; Za 2, 14). C’est l’action de grâce de tout le Peuple de Dieu, et donc de l’Église, qu’elle fait monter vers le Père dans l’Esprit Saint en son cantique (cf. Lc 1, 46-55) alors qu’elle porte en elle le Fils éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''723 ''En Marie, l’Esprit Saint ''réalise'' le dessein bienveillant du Père. C’est par l’Esprit Saint que la Vierge conçoit et enfante le Fils de Dieu. Sa virginité devient fécondité unique par la puissance de l’Esprit et de la foi (cf. Lc 1, 26-38&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 18-21&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''724 ''En Marie, l’Esprit Saint ''manifeste'' le Fils du Père devenu Fils de la Vierge. Elle est le Buisson ardent de la Théophanie définitive&amp;amp;nbsp;: comblée de l’Esprit Saint, elle montre le Verbe dans l’humilité de sa chair et c’est aux Pauvres (cf. Lc 1, 15-19) et aux prémices des nations (cf. Mt 2, 11) qu’elle Le fait connaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''725 ''Enfin, par Marie, l’Esprit Saint commence à ''mettre en communion'' avec le Christ les hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;objets de l’amour bienveillant de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 14), et les humbles sont toujours les premiers à le recevoir&amp;amp;nbsp;: les bergers, les mages, Siméon et Anne, les époux de Cana et les premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''726 ''Au terme de cette mission de l’Esprit, Marie devient la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nouvelle Eve &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Mère du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 19, 25-27). C’est comme telle qu’elle est présente avec les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’un même cœur, assidus à la prière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 14), à l’aube des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit va inaugurer le matin de la Pentecôte avec la manifestation de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''727 ''Toute la Mission du Fils et de l’Esprit Saint dans la plénitude du temps est contenue en ce que le Fils est l’oint de l’Esprit du Père depuis son Incarnation&amp;amp;nbsp;: Jésus est Christ, le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le deuxième chapitre du Symbole de la foi est à lire à cette lumière. Toute l’œuvre du Christ est mission conjointe du Fils et de l’Esprit Saint. Ici, on mentionnera seulement ce qui concerne la promesse de l’Esprit Saint par Jésus et son don par le Seigneur glorifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''728 ''Jésus ne révèle pas pleinement l’Esprit Saint tant que lui-même n’a pas été glorifié par sa Mort et sa Résurrection. Pourtant, Il le suggère peu à peu, même dans son enseignement aux foules, lorsqu’Il révèle que sa Chair sera nourriture pour la vie du monde (cf. Jn 6, 27. 51. 62-63). Il le suggère aussi à Nicodème (cf. Jn 3, 5-8), à la Samaritaine (cf. Jn 4, 10. 14. 23-24) et à ceux qui participent à la fête des Tabernacles (cf. Jn 7, 37-39). A ses disciples, Il en parle ouvertement à propos de la prière (cf. Lc 11, 13) et du témoignage qu’ils auront à rendre (cf. Mt 10, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''729 ''C’est seulement quand l’Heure est venue où Il va être glorifié que Jésus ''promet'' la venue de l’Esprit Saint, puisque sa Mort et sa Résurrection seront l’accomplissement de la promesse faite aux Pères (cf. Jn 14, 16-17. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7-15&amp;amp;nbsp;; 17, 26)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de Vérité, l’autre Paraclet, sera donné par le Père à la prière de Jésus&amp;amp;nbsp;; il sera envoyé par le Père au nom de Jésus&amp;amp;nbsp;; Jésus l’enverra d’auprès du Père car il est issu du Père. L’Esprit Saint viendra, nous le connaîtrons, Il sera avec nous à jamais, Il demeurera avec nous&amp;amp;nbsp;; Il nous enseignera tout et nous rappellera tout ce que le Christ nous a dit et lui rendra témoignage&amp;amp;nbsp;; Il nous conduira vers la vérité tout entière et glorifiera le Christ. Quant au monde, Il le confondra en matière de péché, de justice et de jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''730 ''Enfin vient l’Heure de Jésus (cf. Jn 13, 1&amp;amp;nbsp;; 17, 1)&amp;amp;nbsp;: Jésus remet son esprit entre les mains du Père (cf. Lc 23, 46&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 30) au moment où par sa Mort il est vainqueur de la mort, de sorte que, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressuscité des morts par la Gloire du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4), il ''donne'' aussitôt l’Esprit Saint en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soufflant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur ses disciples (cf. Jn 20, 22). A partir de cette Heure, la mission du Christ et de l’Esprit devient la mission de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 28, 19&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 47-48&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. L’Esprit et l’Église dans les derniers temps =====&lt;br /&gt;
'''La Pentecôte'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''731 ''Le jour de la Pentecôte (au terme des sept semaines Pascales), la Pâque du Christ s’accomplit dans l’effusion de l’Esprit Saint qui est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine&amp;amp;nbsp;: de sa Plénitude, le Christ, Seigneur, répand à profusion l’Esprit (cf. Ac 2, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''732 ''En ce jour est pleinement révélée la Trinité Sainte. Depuis ce jour, le Royaume annoncé par le Christ est ouvert à ceux qui croient en Lui&amp;amp;nbsp;: dans l’humilité de la chair et dans la foi, ils participent déjà à la communion de la Trinité Sainte. Par sa venue, et elle ne cesse pas, l’Esprit Saint fait entrer le monde dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le temps de l’Église, le Royaume déjà hérité, mais pas encore consommé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi&amp;amp;nbsp;: nous adorons la Trinité indivisible car c’est elle qui nous a sauvés (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte&amp;amp;nbsp;; il est repris dans les liturgies eucharistiques après la communion).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint – le Don de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''733 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16) et l’Amour est le premier don, il contient tous les autres. Cet amour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui nous fut donné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''734 ''Parce que nous sommes morts, ou, au moins, blessés par le péché, le premier effet du don de l’Amour est la rémission de nos péchés. C’est la communion de l’Esprit Saint (2 Co 13, 13) qui, dans l’Église, redonne aux baptisés la ressemblance divine perdue par le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''735 ''Il donne alors les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;arrhes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prémices&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Héritage (cf. Rm 8, 23&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21)&amp;amp;nbsp;: la Vie même de la Trinité Sainte qui est d’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme il nous a aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 11-12). Cet amour (la charité de 1 Co 13) est le principe de la vie nouvelle dans le Christ, rendue possible puisque nous avons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçu une force, celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''736 ''C’est par cette puissance de l’Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruit. Celui qui nous a greffés sur la vraie Vigne, nous fera porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit de l’Esprit qui est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 22-23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit est notre Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: plus nous renonçons à nous-mêmes (cf. Mt 16, 24-26), plus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit nous fait aussi agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 25)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par communion avec lui, l’Esprit Saint rend spirituels, rétablit au Paradis, ramène au Royaume des cieux et à l’adoption filiale, donne la confiance d’appeler Dieu Père et de participer à la grâce du Christ, d’être appelé enfant de lumière et d’avoir part à la gloire éternelle (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint et l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''737 ''La mission du Christ et de l’Esprit Saint s’accomplit dans l’Église, Corps du Christ et Temple de l’Esprit Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles du Christ à sa communion avec le Père dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: L’Esprit ''prépare'' les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le Christ. Il leur ''manifeste'' le Seigneur ressuscité, Il leur rappelle sa parole et leur ouvre l’esprit à l’intelligence de sa Mort et de sa Résurrection. Il leur ''rend présent'' le mystère du Christ, éminemment dans l’Eucharistie, afin de les réconcilier, de les ''mettre en communion'' avec Dieu, afin de leur faire porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup de fruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 5. 8. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''738 ''Ainsi la mission de l’Église ne s’ajoute pas à celle du Christ et de l’Esprit Saint, mais elle en est le sacrement&amp;amp;nbsp;: par tout sont être et dans tous ses membres elle est envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de la communion de la Sainte Trinité (ce sera l’objet du prochain article)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous tous qui avons reçu l’unique et même esprit, à savoir, l’Esprit Saint, nous nous sommes fondus entre nous et avec Dieu. Car bien que nous soyons nombreux séparément et que le Christ fasse que l’Esprit du Père et le sien habite en chacun de nous, cet Esprit unique et indivisible ramène par lui-même à l’unité ceux qui sont distincts entre eux (...) et fait que tous apparaissent comme une seule chose en lui-même. Et de même que la puissance de la sainte humanité du Christ fait que tous ceux-là en qui elle se trouve forment un seul corps, je pense que de la même manière l’Esprit de Dieu qui habite en tous, unique et indivisible, les ramène tous à l’unité spirituelle (S. Cyrille d’Alexandrie, Jo. 12&amp;amp;nbsp;: PG 74, 560-561).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''739 ''Parce que l’Esprit Saint est l’Onction du Christ, c’est le Christ, la Tête du Corps, qui le répand dans ses membres pour les nourrir, les guérir, les organiser dans leurs fonctions mutuelles, les vivifier, les envoyer témoigner, les associer à son offrande au Père et à son intercession pour le monde entier. C’est par les sacrements de l’Église que le Christ communique aux membres de son Corps son Esprit Saint et Sanctificateur (ce sera l’objet de la deuxième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''740 ''Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, offertes aux croyants dans les sacrements de l’Église, portent leurs fruits dans la vie nouvelle, dans le Christ, selon l’Esprit (ce sera l’objet de la troisième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''741 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut&amp;amp;nbsp;; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 26). L’Esprit Saint, artisan des œuvres de Dieu, est le Maître de la prière (ce sera l’objet de la quatrième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''En bref'''&amp;lt;br/&amp;gt; ''742 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''743 Du commencement à la consommation du temps, quand Dieu envoie son Fils, il envoie toujours son Esprit&amp;amp;nbsp;: leur mission est conjointe et inséparable.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''744 Dans la plénitude du temps, l’Esprit Saint accomplit en Marie toutes les préparations à la venue du Christ dans le Peuple de Dieu. Par l’action de l’Esprit Saint en elle, le Père donne au monde l’Emmanuel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu-avec-nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 23).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''745 Le Fils de Dieu est consacré Christ (Messie) par l’Onction de l’Esprit Saint dans son Incarnation (cf. Ps 2, 6-7).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''746 Par sa Mort et sa Résurrection, Jésus est constitué Seigneur et Christ dans la gloire (Ac 2, 36). De sa Plénitude, Il répand l’Esprit Saint sur les apôtres et l’Église.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''747 L’Esprit Saint que le Christ, Tête, répand dans ses membres, bâtit, anime et sanctifie l’Église. Elle est le sacrement de la communion de la Trinité Sainte et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 9 : &amp;quot; Je crois à la Sainte ÉGLISE catholique &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''748 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est la lumière des peuples&amp;amp;nbsp;: réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 1). C’est sur ces paroles que s’ouvre la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Constitution dogmatique sur l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du deuxième Concile du Vatican. Par là, le Concile montre que l’article de foi sur l’Église dépend entièrement des articles concernant le Christ Jésus. L’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ&amp;amp;nbsp;; elle est, selon une image chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''749 ''L’article sur l’Église dépend aussi entièrement de celui sur le Saint-Esprit qui le précède. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, après avoir montré que l’Esprit Saint est la source et le donateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que c’est Lui qui a doté l’Église de sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 1). L’Église est, selon l’expression des Pères, le lieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;où fleurit l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Hippolyte, trad. ap. 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''750 ''Croire que l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (comme l’ajoute le Symbole de Nicée-Constantinople) est inséparable de la foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dans le Symbole des apôtres, nous faisons profession de croire une Église Sainte (''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo [...] Ecclesiam&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''), et non pas ''en'' l’Église, pour ne pas confondre Dieu et ses œuvres et pour attribuer clairement à la bonté de Dieu ''tous'' les dons qu’Il a mis dans son Église (cf. Catech. R. 1, 10, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. L’Église dans le dessein de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Les noms et les images de l’Église =====&lt;br /&gt;
''751 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ekklèsia'', du grec ''ek-kalein'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appeler hors&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne des assemblées du peuple (cf. Ac 19, 39), en général de caractère religieux. C’est le terme fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament grec pour l’assemblée du peuple élu devant Dieu, surtout pour l’assemblée du Sinaï où Israël reçut la Loi et fut constitué par Dieu comme son peuple saint (cf. Ex 19). En s’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la première communauté de ceux qui croyaient au Christ se reconnaît héritière de cette assemblée. En elle, Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son Peuple de tous les confins de la terre. Le terme ''Kyriakè'' dont sont dérivés ''church'', ''Kirche'', signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celle qui appartient au Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''752 ''Dans le langage chrétien, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’assemblée liturgique (cf. 1 Co 11, 18&amp;amp;nbsp;; 14, 19. 28. 34. 35), mais aussi la communauté locale (cf. 1 Co 1, 2&amp;amp;nbsp;; 16, 1) ou toute la communauté universelle des croyants (cf. 1 Co 15, 9&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 13&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 6). Ces trois significations sont en fait inséparables. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le Peuple que Dieu rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés locales et se réalise comme assemblée liturgique, surtout eucharistique. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient ainsi elle-même Corps du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''753 ''Dans l’Écriture Sainte, nous trouvons une foule d’images et de figures liées entre elles, par lesquelles la révélation parle du mystère inépuisable de l’Église. Les images prises de l’Ancien Testament constituent des variations d’une idée de fond, celle du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans le Nouveau Testament (cf. Ep 1, 22&amp;amp;nbsp;; Col 1, 18), toutes ces images trouvent un nouveau centre par le fait que le Christ devient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ce peuple (cf. LG 9) qui est dès lors son Corps. Autour de ce centre se sont groupés des images &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tirées soit de la vie pastorale ou de la vie des champs, soit du travail de construction ou de la famille et des épousailles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''754 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, en effet, est le ''bercail'' dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire (cf. Jn 10, 1-10). Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé lui-même à l’avance qu’il serait le pasteur (cf. Is 40, 11&amp;amp;nbsp;; Ez 34, 11-31), et dont les brebis, quoiqu’elles aient à leur tête des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ même, Bon Pasteur et Prince des pasteurs (cf. Jn 10, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 5, 4), qui a donné sa vie pour ses brebis (cf. LG 6&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 11-15)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''755 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est le ''terrain de culture'', le champ de Dieu (1 Co 3, 9). Dans ce champ croît l’antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en lequel s’opère et s’opérera la réconciliation entre Juifs et Gentils (cf. Rm 11, 13-26). Elle fut plantée par le Vigneron céleste comme une vigne choisie (cf. Mt 21, 33-43 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Is 5, 1-7). La Vigne véritable, c’est le Christ&amp;amp;nbsp;: c’est lui qui donne vie et fécondité aux rameaux que nous sommes&amp;amp;nbsp;: par l’Église nous demeurons en lui, sans qui nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 1-5)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''756 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien souvent aussi, l’Église est dite la ''construction'' de Dieu (cf. 1 Co 3, 9). Le Seigneur lui-même s’est comparé à la pierre rejetée par les bâtisseurs et devenue pierre angulaire (Mt 21, 42 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 4, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 2, 7&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22). Sur ce fondement, l’Église est construite par les apôtres (cf. 1 Co 3, 11), et de ce fondement elle reçoit fermeté et cohésion. Cette construction est décorée d’appellations diverses&amp;amp;nbsp;: la maison de Dieu (cf. 1 Tm 3, 15), dans laquelle habite sa ''famille'', l’habitation de Dieu dans l’Esprit (cf. Ep 2, 19-22), la demeure de Dieu chez les hommes (cf. Ap 21, 3), et surtout le ''temple'' saint, lequel, représenté par les sanctuaires de pierres, est l’objet de la louange des saints Pères et comparé à juste titre dans la liturgie à la Cité sainte, la nouvelle Jérusalem. En effet, nous sommes en elle sur la terre comme les pierres vivantes qui entrent dans la construction (cf. 1 P 2, 5). Cette Cité sainte, Jean la contemple descendant du ciel d’auprès de Dieu à l’heure où se renouvellera le monde, prête comme une fiancée parée pour son époux (cf. Ap 21, 1-2)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''757 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église s’appelle encore &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Jérusalem d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 12, 17)&amp;amp;nbsp;; elle est décrite comme l’épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 19, 7&amp;amp;nbsp;; 21, 2. 9&amp;amp;nbsp;; 22, 17) que le Christ ‘a aimée, pour laquelle il s’est livré afin de la sanctifier’ (Ep 5, 26), qu’il s’est associée par un pacte indissoluble, qu’il ne cesse de ‘nourrir et d’entourer de soins’ (Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Origine, fondation et mission de l’Église =====&lt;br /&gt;
''758 ''Pour scruter le mystère de l’Église, il convient de méditer d’abord son origine dans le dessein de la Très Sainte Trinité et sa réalisation progressive dans l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dessein né dans le cœur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''759 '''''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers&amp;amp;nbsp;; il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à laquelle il appelle tous les hommes dans son Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous ceux qui croient au Christ, le Père a voulu les appeler à former la sainte Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se constitue et se réalise graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les dispositions du Père&amp;amp;nbsp;: en effet, l’Église a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préfigurée dès l’origine du monde&amp;amp;nbsp;; elle a été merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance&amp;amp;nbsp;; elle a été instituée enfin en ces temps qui sont les derniers&amp;amp;nbsp;; elle est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préfigurée dès l’origine du monde'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''760 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde fut créé en vue de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, disaient les chrétiens des premiers temps (Hermas, vis. 2, 4, 1&amp;amp;nbsp;; cf. Aristide, apol. 16, 6&amp;amp;nbsp;; Justin, apol. 2, 7). Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des hommes dans le Christ, et cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est l’Église. L’Église est la fin de toutes choses (cf. S. Epiphane, hær. 1, 1, 5&amp;amp;nbsp;: PG 41, 181C), et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des Anges et le péché de l’homme, ne furent permises par Dieu que comme occasion et moyen pour déployer toute la force de son bras, toute la mesure d’amour qu’il voulait donner au monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que la volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention est le salut des hommes, et elle s’appelle l’Église (Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préparée dans l’Ancienne Alliance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''761 ''Le rassemblement du Peuple de Dieu commence à l’instant où le péché détruit la communion des hommes avec Dieu et celle des hommes entre eux. Le rassemblement de l’Église est pour ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. Cette réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le craint et pratique la justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 35&amp;amp;nbsp;; cf. LG 9&amp;amp;nbsp;; 13&amp;amp;nbsp;; 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''762 ''La ''préparation'' lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation d’Abraham, à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple (cf. Gn 12, 2&amp;amp;nbsp;; 15, 5-6). La préparation immédiate commence avec l’élection d’Israël comme Peuple de Dieu (cf. Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; Dt 7, 6). Par son élection, Israël doit être le signe du rassemblement futur de toutes les nations (cf. Is 2, 2-5&amp;amp;nbsp;; Mi 4, 1-4). Mais déjà les prophètes accusent Israël d’avoir rompu l’alliance et de s’être comporté comme une prostituée (cf. Os 1&amp;amp;nbsp;; Is 1, 2-4&amp;amp;nbsp;; Jr 2&amp;amp;nbsp;; etc.). Ils annoncent une alliance nouvelle et éternelle (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; Is 55, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette Alliance Nouvelle, le Christ l’a instituée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – instituée par le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''763 ''Il appartient au Fils de réaliser, dans la plénitude des temps, le plan de salut de son Père&amp;amp;nbsp;; c’est là le motif de sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mission&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 3&amp;amp;nbsp;; AG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur Jésus posa le commencement de son Église en prêchant l’heureuse nouvelle, l’avènement du Règne de Dieu promis dans les Écritures depuis des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre. L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le Règne du Christ déjà mystérieusement présent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''764 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce Royaume brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Accueillir la parole de Jésus, c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accueillir le Royaume lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.). Le germe et le commencement du Royaume sont le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petit troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 32) de ceux que Jésus est venu convoquer autour de lui et dont il est lui-même le pasteur (cf. Mt 10, 16&amp;amp;nbsp;; 26, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 1-21). Ils constituent la vraie famille de Jésus (cf. Mt 12, 49). A ceux qu’il a ainsi rassemblés autour de lui, il a enseigné une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière d’agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nouvelle, mais aussi une prière propre (cf. Mt 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''765 ''Le Seigneur Jésus a doté sa communauté d’une structure qui demeurera jusqu’au plein achèvement du Royaume. Il y a avant tout le choix des Douze avec Pierre comme leur chef (cf. Mc 3, 14-15). Représentant les douze tribus d’Israël (cf. Mt 19, 28&amp;amp;nbsp;; Lc 22, 30) ils sont les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 12-14). Les Douze (cf. Mc 6, 7) et les autres disciples (cf. Lc 10, 1-2) participent à la mission du Christ, à son pouvoir, mais aussi à son sort (cf. Mt 10, 25&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 20). Par tous ces actes, le Christ prépare et bâtit son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''766 ''Mais l’Église est née principalement du don total du Christ pour notre salut, anticipé dans l’institution de l’Eucharistie et réalisé sur la Croix. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le commencement et la croissance de l’Église sont signifiés par le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est du côté du Christ endormi sur la Croix qu’est né l’admirable sacrement de l’Église toute entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 5). De même qu’Eve a été formée du côté d’Adam endormi, ainsi l’Église est née du cœur transpercé du Christ mort sur la Croix (cf. S. Ambroise, Luc. 2, 85-89&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1583-1586).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – manifestée par l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''767 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l’Église en permanence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). C’est alors que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église se manifesta publiquement devant la multitude et que commença la diffusion de l’Évangile avec la prédication&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 4). Parce qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de tous les hommes au salut, l’Église est, par sa nature même, missionnaire envoyée par le Christ à toutes les nations pour en faire des disciples (cf. Mt 28, 19-20&amp;amp;nbsp;; AG 2&amp;amp;nbsp;; 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''768 ''Pour réaliser sa mission, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;équipe et dirige l’Église grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi l’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans toutes les nations&amp;amp;nbsp;; elle constitue de ce royaume le germe et le commencement sur terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – consommée dans la gloire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''769 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) n’aura sa consommation que dans la gloire céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), lors du retour glorieux du Christ. Jusqu’à ce jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, civ. 18, 51&amp;amp;nbsp;; cf. LG 8). Ici-bas, elle se sait en exil, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6&amp;amp;nbsp;; LG 6), et elle aspire à l’avènement plénier du Royaume, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). La consommation de l’Église, et à travers elle, celle du monde, dans la gloire ne se fera pas sans de grandes épreuves. Alors seulement, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les justes depuis Adam, depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu se trouveront rassemblés dans l’Église universelle auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le mystère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''770 ''L’Église est dans l’histoire, mais elle la transcende en même temps. C’est uniquement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec les yeux de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 20) que l’on peut voir en sa réalité visible en même temps une réalité spirituelle, porteuse de vie divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – à la fois visible et spirituelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''771 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ, unique médiateur, constitue et continuellement soutient son Église sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, ici-bas, sur terre, comme un tout visible par lequel il répand, à l’intention de tous, la vérité et la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est à la fois&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;société dotée d’organes hiérarchiques et Corps Mystique du Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– assemblée visible et communauté spirituelle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Église terrestre et Église parée de dons célestes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dimensions constituent ensemble &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il appartient en propre à l’Église d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin&amp;amp;nbsp;; ce qui est visible, à l’invisible&amp;amp;nbsp;; ce qui relève de l’action, à la contemplation&amp;amp;nbsp;; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons (SC 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Humilité&amp;amp;nbsp;! Sublimité&amp;amp;nbsp;! Tente de Cédar et sanctuaire de Dieu&amp;amp;nbsp;; habitation terrestre et céleste palais&amp;amp;nbsp;; maison d’argile et cour royale&amp;amp;nbsp;; corps mortel et temple de lumière&amp;amp;nbsp;; objet de mépris enfin pour les orgueilleux et épouse du Christ&amp;amp;nbsp;! Elle est noire mais belle, filles de Jérusalem, celle qui, pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil, a cependant pour ornement la parure céleste (S. Bernard, Cant. 27, 7, 14&amp;amp;nbsp;: PL 183, 920D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – mystère de l’union des hommes avec Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''772 ''C’est dans l’Église que le Christ accomplit et révèle son propre mystère comme le but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapituler tout en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10). S. Paul appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand mystère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 32) l’union sponsale du Christ et de l’Église. Parce qu’elle est unie au Christ comme à son Époux (cf. Ep 5, 25-27), l’Église devient elle-même à son tour mystère (cf. Ep 3, 9-11). Contemplant en elle le mystère, S. Paul s’écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ en vous, l’espérance de la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''773 ''Dans l’Église cette communion des hommes avec Dieu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la charité qui ne passe jamais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 8) est la fin qui commande tout ce qui en elle est moyen sacramentel lié à ce monde qui passe (cf. LG 48). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa structure est complètement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et la sainteté s’apprécie en fonction du ‘grand mystère’ dans lequel l’Épouse répond par le don de l’amour au don de l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27). Marie nous précède tous dans la sainteté qui est le mystère de l’Église comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse sans tâche ni ride&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 27). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dimension mariale de l’Église précède sa dimension pétrinienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – sacrement universel du salut'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''774 ''Le mot grec ''mysterion'' a été traduit en latin par deux termes&amp;amp;nbsp;: ''mysterium'' et ''sacramentum. ''Dans l’interprétation ultérieure, le terme ''sacramentum'' exprime davantage le signe visible de la réalité cachée du salut, indiquée par le terme ''mysterium''. En ce sens, le Christ est Lui-même le mystère du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non est enim aliud Dei mysterium, nisi Christus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas d’autre mystère que le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, S. Augustin, ep. 187, 11, 34&amp;amp;nbsp;: PL 33, 845). L’œuvre salvifique de son humanité sainte et sanctifiante est le sacrement du salut qui se manifeste et agit dans les sacrements de l’Église (que les Églises d’Orient appellent aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints mystères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Les sept sacrements sont les signes et les instruments par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du Christ, qui est la Tête, dans l’Église qui est son Corps. L’Église contient donc et communique la grâce invisible qu’elle signifie. C’est en ce sens analogique qu’elle est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''775 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1)&amp;amp;nbsp;: Être le sacrement de l’''union intime des hommes avec Dieu&amp;amp;nbsp;:'' c’est là le premier but de l’Église. Parce que la communion entre les hommes s’enracine dans l’union avec Dieu, l’Église est aussi le sacrement de l’''unité du genre humain. ''En elle, cette unité est déjà commencée puisqu’elle rassemble des hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de toute nation, race, peuple et langue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 7, 9)&amp;amp;nbsp;; en même temps, l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe et instrument&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la pleine réalisation de cette unité qui doit encore venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''776 ''Comme sacrement, l’Église est instrument du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre ses mains elle est l’instrument de la Rédemption de tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sacrement universel du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), par lequel le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifeste et actualise l’amour de Dieu pour les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 45, § 1). Elle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le projet visible de l’amour de Dieu pour l’humanité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 22 juin 1973) qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple de Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7&amp;amp;nbsp;; cf. LG 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''777 Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne l’assemblée de ceux que la Parole de Dieu convoque pour former le Peuple de Dieu et qui, nourris du Corps du Christ, deviennent eux-mêmes Corps du Christ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''778 L’Église est à la fois chemin et but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: préfigurée dans la création, préparée dans l’Ancienne Alliance, fondée par les paroles et les actions de Jésus-Christ, réalisée par sa Croix rédemptrice et sa Résurrection, elle est manifestée comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint. Elle sera consommée dans la gloire du ciel comme assemblée de tous les rachetés de la terre (cf. Ap 14, 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''779 L’Église est à la fois visible et spirituelle, société hiérarchique et Corps Mystique du Christ. Elle est une, formée d’un double élément humain et divin. C’est là son mystère que seule la foi peut accueillir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''780 L’Église est dans ce monde-ci le sacrement du salut, le signe et l’instrument de la communion de Dieu et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. : L’Église – Peuple de Dieu, Corps du Christ, temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
===== I. L’Église – Peuple de Dieu =====&lt;br /&gt;
''781 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice. Cependant, il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel&amp;amp;nbsp;; il a voulu au contraire en faire un Peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté. C’est pourquoi il s’est choisi le Peuple d’Israël pour être son Peuple avec qui il a fait alliance et qu’il a progressivement instruit (...). Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ (...). C’est la Nouvelle Alliance dans son sang, appelant un Peuple, venu des Juifs et des païens, à se rassembler dans l’unité, non pas selon la chair, mais dans l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les caractéristiques du Peuple de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''782 ''Le Peuple de Dieu a des caractéristiques qui le distinguent nettement de tous les groupements religieux, ethniques, politiques ou culturels de l’histoire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Il est le Peuple ''de Dieu''&amp;amp;nbsp;: Dieu n’appartient en propre à aucun peuple. Mais Il s’est acquis un peuple de ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– On devient ''membre'' de ce Peuple non par la naissance physique, mais par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’eau et de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 3-5), c’est-à-dire par la foi au Christ et le Baptême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Ce Peuple a pour ''Chef''&amp;lt;nowiki&amp;gt; [Tête] Jésus le Christ [Oint, Messie]&amp;amp;nbsp;: parce que la même Onction, l’Esprit Saint, découle de la Tête dans le Corps, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple messianique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La ''condition'' de ce Peuple, c’est la dignité de la liberté des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;: dans leurs cœurs, comme dans un temple, réside l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa ''loi'', c’est le commandement nouveau d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est la loi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit Saint (Rm 8, 2&amp;amp;nbsp;; Ga 5, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''mission'', c’est d’être le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il constitue pour tout le genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''destinée'', enfin, c’est le Royaume de Dieu, commencé sur la terre par Dieu lui-même, Royaume qui doit se dilater de plus en plus, jusqu’à ce que, à la fin des temps, il soit achevé par Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un Peuple sacerdotal, prophétique et royal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''783 ''Jésus-Christ est celui que le Père a oint de l’Esprit Saint et qu’il a constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prêtre, Prophète et Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces trois fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de service qui en découlent (cf. RH 18-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''784 ''En entrant dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême, on reçoit part à la vocation unique de ce Peuple&amp;amp;nbsp;: à sa vocation ''sacerdotale&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur, grand prêtre pris d’entre les hommes a fait du Peuple nouveau ‘un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père’. Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont ''consacrés'' pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''785 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction ''prophétique'' du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il l’est surtout&amp;amp;nbsp;:par le sens surnaturel de la foi qui est celui du Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12) et en approfondit l’intelligence et devient témoin du Christ au milieu de ce monde&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''786 ''Le Peuple de Dieu participe enfin à la fonction ''royale'' du Christ. Le Christ exerce sa royauté en attirant à soi tous les hommes par sa mort et sa Résurrection (cf. Jn 12, 32). Le Christ, Roi et Seigneur de l’univers, s’est fait le serviteur de tous, n’étant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28). Pour le chrétien, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;régner, c’est le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36), particulièrement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans les pauvres et les souffrants, dans lesquels l’Église reconnaît l’image de son Fondateur pauvre et souffrant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Le Peuple de Dieu réalise sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dignité royale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en vivant conformément à cette vocation de servir avec le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De tous les régénérés dans le Christ le signe de la Croix fait des rois, l’onction du Saint-Esprit les consacre comme prêtres, afin que, mis à part le service particulier de notre ministère, tous les chrétiens spirituels et usant de leur raison se reconnaissent membres de cette race royale et participants de la fonction sacerdotale. Qu’y a-t-il, en effet, d’aussi royal pour une âme que de gouverner son corps dans la soumission à Dieu&amp;amp;nbsp;? Et qu’y a-t-il d’aussi sacerdotal que de vouer au Seigneur une conscience pure et d’offrir sur l’autel de son cœur les victimes sans taches de la piété&amp;amp;nbsp;? (S. Léon le Grand, serm. 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Église – Corps du Christ =====&lt;br /&gt;
'''L’Église est communion avec Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''787 ''Dès le début, Jésus a associés ses disciples à sa vie (cf. Mc 1, 16-20&amp;amp;nbsp;; 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur a révélé le mystère du Royaume (cf. Mt 13, 10-17)&amp;amp;nbsp;; il leur a donné part à sa mission, à sa joie (cf. Lc 10, 17-20) et à ses souffrances (cf. Lc 22, 28-30). Jésus parle d’une communion encore plus intime entre Lui et ceux qui le suivraient&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Demeurez en moi, comme moi en vous (...). Je suis le cep, vous êtes les sarments&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 4-5). Et Il annonce une communion mystérieuse et réelle entre son propre corps et le nôtre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''788 ''Lorsque sa présence visible leur a été enlevée, Jésus n’a pas laissé orphelins ses disciples (cf. Jn 14, 18). Il leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), il leur a envoyé son Esprit (cf. Jn 20, 22&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33). La communion avec Jésus en est devenue, d’une certaine façon, plus intense&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En communiquant son Esprit à ses frères, qu’il rassemble de toutes les nations, Il les a constitués mystiquement comme son corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''789 ''La comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée ''autour de lui&amp;amp;nbsp;;'' elle est unifiée ''en lui,'' dans son Corps. Trois aspects de l’Église – Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever&amp;amp;nbsp;: l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ&amp;amp;nbsp;; le Christ Tête du Corps&amp;amp;nbsp;; l’Église, Épouse du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un seul corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''790 ''Les croyants qui répondent à la Parole de Dieu et deviennent membres du Corps du Christ, deviennent étroitement unis au Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans ce corps la vie du Christ se répand à travers les croyants que les sacrements, d’une manière mystérieuse et réelle, unissent au Christ souffrant et glorifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Ceci est particulièrement vrai du Baptême par lequel nous sommes unis à la mort et à la Résurrection du Christ (cf. Rm 6, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 13), et de l’Eucharistie, par laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participant réellement au corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous sommes élevés à la communion avec Lui et entre nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''791 ''L’unité du corps n’abolit pas la diversité des membres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans l’édification du corps du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services &amp;quot;&amp;amp;nbsp;. L’unité du Corps mystique produit et stimule entre les fidèles la charité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi un membre ne peut souffrir, que tous les membres ne souffrent, un membre ne peut être à l’honneur, que tous les membres ne se réjouissent avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Enfin, l’unité du Corps mystique est victorieuse de toutes les divisions humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ&amp;amp;nbsp;; il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme&amp;amp;nbsp;; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 27-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce Corps, le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''792 ''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est la Tête du Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18). Il est le Principe de la création et de la rédemption. Élevé dans la gloire du Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a en tout la primauté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), principalement sur l’Église par laquelle il étend son règne sur toute chose&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''793 Il nous unit à sa Pâque''&amp;amp;nbsp;: Tous les membres doivent s’efforcer de lui ressembler &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est dans ce but que nous sommes introduits dans les mystères de sa vie, (...) associés à ses souffrances comme le corps à la tête, unis à sa passion pour être unis à sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''794 Il pourvoit à notre croissance'' (cf. Col 2, 19)&amp;amp;nbsp;: Pour nous faire grandir vers lui, notre Tête (cf. Ep 4, 11-16), le Christ dispose dans son corps, l’Église, les dons et les services par lesquels nous nous aidons mutuellement sur le chemin du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''795 ''Le Christ et l’Église, c’est donc ''le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Christus totus)''. L’Église est une avec le Christ. Les saints ont une conscience très vive de cette unité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Félicitons-nous donc et rendons grâces de ce que nous sommes devenus, non seulement des chrétiens, mais le Christ lui-même. Comprenez-vous, frères, la grâce que Dieu nous a faite en nous donnant le Christ comme Tête&amp;amp;nbsp;? Soyez dans l’admiration et réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ. En effet, puisqu’il est la Tête et que nous sommes les membres, l’homme tout entier, c’est lui et nous (...). La plénitude du Christ, c’est donc la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;; qu’est-ce à dire&amp;amp;nbsp;: la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;? Le Christ et l’Église (S. Augustin, ev. Jo. 21, 8).&amp;lt;br/&amp;gt; Notre Rédempteur s’est montré comme une seule et même personne que l’Église qu’il a assumée (S. Grégoire le Grand, mor. præf. 1, 6, 4&amp;amp;nbsp;: PL 75, 525A).&amp;lt;br/&amp;gt; Tête et membres, une seule et même personne mystique pour ainsi dire (S. Thomas d’A., s. th. 3, 48, 2, ad 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Un mot de Ste Jeanne d’Arc à ses juges résume la foi des saints Docteurs et exprime le bon sens du croyant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jeanne d’Arc, proc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église est l’Épouse du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''796 ''L’unité du Christ et de l’Église, Tête et membres du Corps, implique aussi la distinction des deux dans une relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l’image de l’époux et de l’épouse. Le thème du Christ Époux de l’Église a été préparé par les prophètes et annoncé par Jean-Baptiste (cf. Jn 3, 29). Le Seigneur s’est lui-même désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 22, 1-14&amp;amp;nbsp;; 25, 1-13). L’apôtre présente l’Église et chaque fidèle, membre de son Corps, comme une Épouse &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiancée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Christ Seigneur, pour n’être avec Lui qu’un seul Esprit (cf. 1 Co 6, 15-16&amp;amp;nbsp;; 2 Co 11, 2). Elle est l’Épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 22, 17&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 27) que le Christ a aimée, pour laquelle Il s’est livré &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin de la sanctifier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 26), qu’Il s’est associée par une alliance éternelle, et dont Il ne cesse de prendre soin comme de son propre Corps (cf. Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le rôle de la Tête (''ex persona capitis'') ou bien en tenant le rôle du Corps (''ex persona corporis''). Selon ce qui est écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non plus deux, mais une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale. (...) ''En tant que Tête il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en tant que Corps il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(S. Augustin, Psal. 74, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église – Temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
''797 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que notre esprit, je veux dire notre âme, est à nos membres, l’Esprit Saint l’est aux membres du Christ, au Corps du Christ, je veux dire l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 267, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1231D). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). L’Esprit Saint fait de l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Temple du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 16&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 3, 16-17&amp;amp;nbsp;; Ep 2, 21)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce (S. Irénée, hær. 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''798 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;L’Esprit Saint est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). Il opère de multiples manières l’édification du Corps tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16)&amp;amp;nbsp;: par la Parole de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de construire l’édifice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 20, 32), par le Baptême par lequel il forme le Corps du Christ (cf. 1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;; par les sacrements qui donnent croissance et guérison aux membres du Christ&amp;amp;nbsp;; par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la grâce accordée aux apôtres qui tient la première place parmi ses dons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7), par les vertus qui font agir selon le bien, enfin par les multiples grâces spéciales [appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;charismes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] par lesquels il rend les fidèles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aptes et disponibles pour assumer les diverses charges et offices qui servent à renouveler et à édifier davantage l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12&amp;amp;nbsp;; cf. AA 3).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les charismes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''799 ''Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''800 ''Les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;; pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes (cf. 1 Co 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''801 ''C’est dans ce sens qu’apparaît toujours nécessaire le discernement des charismes. Aucun charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à eux qu’il convient spécialement, non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), afin que tous les charismes coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7) (cf. LG 30&amp;amp;nbsp;; CL 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''802 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Jésus s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier'' ''un Peuple qui lui appartienne en propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''803 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes donc une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un Peuple acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''804 On entre dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13), afin que, dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''805 L’Église est le Corps du Christ. Par l’Esprit et son action dans les sacrements, surtout l’Eucharistie, le Christ mort et ressuscité constitue la communauté des croyants comme son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''806 Dans l’unité de ce Corps, il y a diversité de membres et des fonctions. Tous les membres sont liés les uns aux autres, particulièrement à ceux qui souffrent, sont pauvres et persécutés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''807 L’Église est ce Corps dont le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;: elle vit de Lui, en Lui et pour Lui&amp;amp;nbsp;; Il vit avec elle et en elle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''808 L’Église est l’Épouse du Christ&amp;amp;nbsp;: Il l’a aimée et s’est livré pour elle. Il l’a purifiée par son sang. Il a fait d’elle la Mère féconde de tous les fils de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''809 L’Église est le Temple de l’Esprit Saint. L’Esprit est comme l’âme du Corps Mystique, principe de sa vie, de l’unité dans la diversité et de la richesse de ses dons et charismes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''810 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi l’Église universelle apparaît comme ‘un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint’ (S. Cyprien, Dom. orat. 23&amp;amp;nbsp;: PL 4, 535C-536A)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. L’Église est une, sainte, catholique et apostolique =====&lt;br /&gt;
''811 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Ces quatre attributs, inséparablement liés entre eux (cf. DS 2888), indiquent des traits essentiels de l’Église et de sa mission. L’Église ne les tient pas d’elle-même&amp;amp;nbsp;; c’est le Christ qui, par l’Esprit Saint, donne à son Église, d’être une, sainte, catholique et apostolique, et c’est Lui encore qui l’appelle à réaliser chacune de ces qualités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''812 ''Seule la foi peut reconnaître que l’Église tient ces propriétés de sa source divine. Mais leurs manifestations historiques sont des signes qui parlent aussi clairement à la raison humaine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, rappelle le premier Concile du Vatican, en raison de sa sainteté, de son unité catholique, de sa constance invaincue, est elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et une preuve irréfragable de sa mission divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3013).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’Église est une =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le mystère sacré de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(UR 2)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''813 L’Église est une de par sa source&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et Fils, en ‘l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). L’Église est une ''de par son Fondateur&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils incarné en personne a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant l’unité de tous en un seul Peuple et un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 78, §3). L’Église est une ''de par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit toute l’Église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est le principe de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). Il est donc de l’essence même de l’Église d’être une&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel étonnant mystère&amp;amp;nbsp;! Il y a un seul Père de l’univers, un seul Logos de l’univers et aussi un seul Esprit Saint, partout identique&amp;amp;nbsp;; il y a aussi une seule vierge devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église (S. Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''814 ''Dès l’origine, cette Église une se présente cependant avec une grande ''diversité'' qui provient à la fois de la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des personnes qui les reçoivent. Dans l’unité du Peuple de Dieu se rassemblent les diversités des peuples et des cultures. Entre les membres de l’Église existe une diversité de dons, de charges, de conditions et de modes de vie&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au sein de la communion de l’Église il existe légitimement des Églises particulières, jouissant de leurs traditions propres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13). La grande richesse de cette diversité ne s’oppose pas à l’unité de l’Église. Cependant, le péché et le poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité. Aussi l’apôtre doit-il exhorter à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''815 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Quels sont ces liens de l’unité&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par-dessus tout [c’est] la charité, qui est le lien de la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 14). Mais l’unité de l’Église pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la profession d’une seule foi reçue des apôtres&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la célébration commune du culte divin, surtout des sacrements&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la succession apostolique par le sacrement de l’ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu (cf. UR 2&amp;amp;nbsp;; LG 14&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 205).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''816 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, (...) est celle que notre Sauveur, après sa Résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur, qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (...). Cette Église comme société constituée et organisée dans le monde est réalisée dans (''subsistit in'') l’Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Décret sur l’Œcuménisme du deuxième Concile du Vatican explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est ‘moyen général de salut’, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. Car c’est au seul collège apostolique, dont Pierre est le chef, que le Seigneur confia, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance, afin de constituer sur la terre un seul Corps du Christ auquel il faut que soient pleinement incorporés tous ceux qui, d’une certaine façon, appartiennent déjà au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les blessures de l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''817 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;De fait, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans cette seule et unique Église de Dieu apparurent dès l’origine certaines scissions, que l’apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables&amp;amp;nbsp;; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus amples, et des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de l’Église catholique, parfois de par la faute des personnes de l’une et de l’autre partie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). Les ruptures qui blessent l’unité du Corps du Christ (on distingue l’hérésie, l’apostasie et le schisme [cf. CIC, can. 751]) ne se font pas sans les péchés des hommes&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Où se trouve le péché, là aussi la multiplicité, là le schisme, là l’hérésie, là le conflit&amp;amp;nbsp;; mais où se trouve la vertu, là aussi l’unité, là l’union qui faisait que tous les croyants n’avaient qu’un corps et une âme (Origène, hom. in Ezech. 9, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''818 ''Ceux qui naissent aujourd’hui dans des communautés issues de telles ruptures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et qui vivent la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l’Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité (...). Justifiés par la foi reçue au Baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''819 ''Au surplus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8) existent en dehors des limites visibles de l’Église catholique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et la charité, d’autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d’autres éléments visibles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 15). L’Esprit du Christ se sert de ces Églises et communautés ecclésiales comme moyens de salut dont la force vient de la plénitude de grâce et de vérité que le Christ a confié à l’Église catholique. Tous ces biens proviennent du Christ et conduisent à lui (cf. UR 3) et appellent par eux-mêmes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Vers l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''820 ''L’unité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ l’a accordée à son Église dès le commencement. Nous croyons qu’elle subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4). Le Christ donne toujours à son Église le don de l’unité, mais l’Église doit toujours prier et travailler pour maintenir, renforcer et parfaire l’unité que le Christ veut pour elle. C’est pourquoi Jésus lui-même a prié à l’heure de sa passion, et Il ne cesse de prier le Père pour l’unité de ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Que tous soient un. Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous, afin que le monde croie que Tu M’as envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 21). Le désir de retrouver l’unité de tous les chrétiens est un don du Christ et un appel de l’Esprit Saint (cf. UR 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''821 ''Pour y répondre adéquatement sont exigés&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– un ''renouveau'' permanent de l’Église dans une fidélité plus grande à sa vocation. Cette rénovation est le ressort du mouvement vers l’unité (cf. UR 6)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''conversion du cœur'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en vue de vivre plus purement selon l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. UR 7), car c’est l’infidélité des membres au don du Christ qui cause les divisions&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''prière en commun'', car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la conversion du cœur et la sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout œcuménisme et peuvent être à bon droit appelées œcuménisme spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 8)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''connaissance réciproque fraternelle ''(cf. UR 9)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''formation œcuménique ''des fidèles et spécialement des prêtres (cf. UR 10)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– le ''dialogue'' entre les théologiens et les rencontres entre les chrétiens des différentes Églises et communautés (cf. UR 4&amp;amp;nbsp;; 9&amp;amp;nbsp;; 11)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''collaboration ''entre chrétiens dans les divers domaines du service des hommes (cf. UR 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''822 ''Le souci de réaliser l’union &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concerne toute l’Église, fidèles et pasteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 5). Mais il faut aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir conscience que ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité d’une seule et unique Église du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; C’est pourquoi nous mettons tout notre espoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la prière du Christ pour l’Église, dans l’amour du Père à notre égard, et dans la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;II. '''L’Église est sainte'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''823 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu, qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé ‘seul Saint’, a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 39). L’Église est donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), et ses membres sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 9, 13&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''824 ''L’Église, unie au Christ, est sanctifiée par Lui&amp;amp;nbsp;; par Lui et en Lui elle devient aussi ''sanctifiante.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les œuvres de l’Église tendent comme à leur fin, à la sanctification des hommes dans le Christ et à la glorification de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 10). C’est dans l’Église qu’est déposée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). C’est en elle que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''825 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur terre, l’Église est parée d’une sainteté véritable, bien qu’imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En ses membres, la sainteté parfaite est encore à acquérir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourvue de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''826 ''La ''charité'' est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église ''avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour.'' Je compris que l’''Amour seul ''faisait agir les membres de l’Église, que si l’''Amour'' venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang (...). Je compris que l’''Amour'' ''renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux (...) en un mot, qu’il est éternel&amp;amp;nbsp;! ''(Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. B 3v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''827 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui ''renferme des pécheurs'' dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. UR 3&amp;amp;nbsp;; 6). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce&amp;amp;nbsp;: c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient&amp;amp;nbsp;; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint (SPF 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''828 ''En ''canonisant'' certains fidèles, c’est-à-dire en proclamant solennellement que ces fidèles ont pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu, l’Église reconnaît la puissance de l’Esprit de sainteté qui est en elle et elle soutient l’espérance des fidèles en les leur donnant comme modèles et intercesseurs (cf. LG 40&amp;amp;nbsp;; 48-51). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les saints et les saintes ont toujours été source et origine de renouvellement dans les moments les plus difficiles de l’histoire de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 16, 3). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainteté est la source secrète et la mesure infaillible de son activité apostolique et de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''829 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En la personne de la bienheureuse Vierge l’Église atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride. Les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché&amp;amp;nbsp;: c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 65)&amp;amp;nbsp;: en elle, l’Église est déjà la toute sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église est Catholique =====&lt;br /&gt;
'''Que veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''830 ''Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le sens de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon la totalité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon l’intégralité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est catholique dans un double sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est catholique parce qu’en elle le Christ est présent. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où est le Christ Jésus, là est l’Église Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 2). En elle subsiste la plénitude du Corps du Christ uni à sa Tête (cf. Ep 1, 22-23), ce qui implique qu’elle reçoive de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6) qu’Il a voulus&amp;amp;nbsp;: confession de foi droite et complète, vie sacramentelle intégrale et ministère ordonné dans la succession apostolique. L’Église était, en ce sens fondamental, catholique au jour de la Pentecôte (cf. AG 4) et elle le sera toujours jusqu’au jour de la Parousie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''831 ''Elle est catholique parce qu’elle est envoyée en mission par le Christ à l’universalité du genre humain (cf. Mt 28, 19)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu. C’est pourquoi ce Peuple, demeurant un et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés (...). Ce caractère d’universalité qui brille sur le Peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-même, grâce auquel l’Église catholique, efficacement et perpétuellement, tend à récapituler l’humanité entière avec tout ce qu’elle comporte de biens sous le Christ chef, dans l’unité de son Esprit (LG 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Chaque Église particulière est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''832 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église du Christ est vraiment présente en tous les légitimes groupements locaux de fidèles qui, unis à leurs pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux aussi, le nom d’Églises (...). En elles, les fidèles sont rassemblés par la prédication de l’Évangile du Christ, le mystère de la Cène du Seigneur est célébré (...). Dans ces communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent ou dispersées, le Christ est présent par la vertu de qui se constitue l’Église une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''833 ''On entend par Église particulière, qui est d’abord le diocèse (ou l’éparchie), une communauté de fidèles chrétiens en communion dans la foi et les sacrements avec leur évêque ordonné dans la succession apostolique (cf. CD 11&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 368-369&amp;amp;nbsp;; CCEO 177, 1&amp;amp;nbsp;; 178&amp;amp;nbsp;; 311, 1&amp;amp;nbsp;; 312). Ces Églises particulières &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont formées à l’image de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;; c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Église catholique une et unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''834 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les Églises particulières sont pleinement catholiques par la communion avec l’une d’entre elles&amp;amp;nbsp;: l’Église de Rome &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui préside à la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 1, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 3, 2&amp;amp;nbsp;: repris par Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3057). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, dès la descente vers nous du Verbe incarné, toutes les Églises chrétiennes de partout ont tenu et tiennent la grande Église qui est ici [à Rome] pour unique base et fondement parce que, selon les promesses mêmes du Sauveur, les portes de l’enfer n’ont jamais prévalu sur elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, opusc.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 137-140).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''835 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église universelle ne doit pas être comprise comme une simple somme ou fédération d’églises particulières. Mais c’est bien plus l’Église, universelle par vocation et mission, qui prend racine dans une variété de terrains culturels, sociaux et humains, prenant dans chaque partie du monde des aspects et des formes d’expression diverses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 62). La riche variété de disciplines ecclésiastiques, de rites liturgiques, de patrimoines théologiques et spirituels propres aux Églises locales &amp;quot;&amp;amp;nbsp;montre avec plus d’éclat, par leur convergence dans l’unité, la catholicité de l’Église indivise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui appartient à l’Église catholique&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''836 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A l’unité catholique du Peuple de Dieu (...) tous les hommes sont appelés&amp;amp;nbsp;; à cette unité appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés, et les fidèles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''837 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et tous les moyens de salut institués en elle, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. L’incorporation à l’Église, cependant, n’assure pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien ‘de corps’ au sein de l’Église, mais non ‘de cœur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''838 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ou sans garder l’unité de communion avec le successeur de Pierre, l’Église se sait unie pour de multiples raisons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le Baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). ''Avec les Églises orthodoxes'', cette communion est si profonde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il lui manque bien peu pour qu’elle atteigne la plénitude autorisant une célébration commune de l’Eucharistie du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 14 décembre 1975&amp;amp;nbsp;; cf. UR 13-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église et les non-chrétiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''839 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le'' ''rapport de l’Église avec le Peuple Juif. ''L’Église, Peuple de Dieu dans la Nouvelle Alliance, découvre, en scrutant son propre mystère, son lien avec le Peuple Juif (cf. NA 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI). A la différence des autres religions non-chrétiennes la foi juive est déjà réponse à la révélation de Dieu dans l’Ancienne Alliance. C’est au Peuple Juif qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, lui de qui est né, selon la chair le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 9, 4-5) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''840 ''Par ailleurs, lorsque l’on considère l’avenir, le Peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance et le nouveau Peuple de Dieu tendent vers des buts analogues&amp;amp;nbsp;: l’attente de la venue (ou du retour) du Messie. Mais l’attente est d’un côté du retour du Messie, mort et ressuscité, reconnu comme Seigneur et Fils de Dieu, de l’autre de la venue du Messie, dont les traits restent voilés, à la fin des temps, attente accompagnée du drame de l’ignorance ou de la méconnaissance du Christ Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''841 Les relations de l’Église avec les musulmans. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, en déclarant qu’ils gardent la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, juge des hommes au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''842 Le lien de l’Église avec les religions non-chrétiennes'' est d’abord celui de l’origine et de la fin communes du genre humain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, tous les peuples forment une seule communauté&amp;amp;nbsp;; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre&amp;amp;nbsp;; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la cité sainte (NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''843 ''L’Église reconnaît dans les autres religions la recherche, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;encore dans les ombres et sous des images&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, du Dieu inconnu mais proche puisque c’est Lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses et puisqu’il veut que tous les hommes soient sauvés. Ainsi, l’Église considère tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 2&amp;amp;nbsp;; EN 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''844 ''Mais dans leur comportement religieux, les hommes montrent aussi des limites et des erreurs qui défigurent en eux l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien souvent, trompés par le malin, ils se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, en servant la créature de préférence au Créateur ou bien vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils sont exposés à l’extrême désespoir (LG 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''845 ''C’est pour réunir de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils. L’Église est le lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde réconcilié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 96, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 588). Elle est ce navire qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;navigue bien en ce monde au souffle du Saint-Esprit sous la pleine voile de la Croix du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, virg. 18, 118&amp;amp;nbsp;: PL 16, 297B)&amp;amp;nbsp;; selon une autre image chère aux Pères de l’Église, elle est figurée par l’Arche de Noé qui seule sauve du déluge (cf. déjà 1 P 3, 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hors de l’Église point de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''846 ''Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l’Église&amp;amp;nbsp;? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l’Église qui est son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut&amp;amp;nbsp;: or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du Baptême, c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du Baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient être sauvés (LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''847 ''Cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3866-3872).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''848 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui seul amener à la foi ‘sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, l’Église a le devoir en même temps que le droit sacré d’évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7) tous les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission – une exigence de la catholicité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''849 Le mandat missionnaire. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Envoyée par Dieu aux nations pour être le sacrement universel du salut, l’Église, en vertu des exigences intimes de sa propre catholicité et obéissant au commandement de son fondateur est tendue de tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''850 L’origine et le but de la mission. ''Le mandat missionnaire du Seigneur a sa source ultime dans l’amour éternel de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De par sa nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2). Et but dernier de la mission n’est autre que de faire participer les hommes à la communion qui existe entre le Père et le Fils dans leur Esprit d’amour (cf. Jean-Paul II, RM 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''851 Le motif de la mission.. ''C’est de ''l’amour'' de Dieu pour tous les hommes que l’Église a de tout temps tiré l’obligation et la force de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car l’amour du Christ nous presse...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14&amp;amp;nbsp;; cf. AA 6&amp;amp;nbsp;; RM 11). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance de ''la vérité''. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l’Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut&amp;amp;nbsp;; mais l’Église à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C’est parce qu’elle croit au dessin universel de salut qu’elle doit être missionnaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''852 Les chemins de la mission. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint est le protagoniste de toute la mission ecclésiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RM 21). C’est lui qui conduit l’Église sur les chemins de la mission. Celle-ci &amp;quot;&amp;amp;nbsp;continue et développe au cours de l’histoire la mission du Christ lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;; c’est donc par la même route qu’a suivi le Christ lui-même que, sous la poussée de l’Esprit du Christ, l’Église doit marcher, c’est-à-dire par la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). C’est ainsi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sang des martyrs est une semence de chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, apol. 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''853 ''Mais dans son pèlerinage l’Église fait aussi l’expérience de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distance qui sépare le message qu’elle révèle et la faiblesse humaine de ceux auxquels cet Évangile est confié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 6). Ce n’est qu’en avançant sur le chemin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la pénitence et du renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. 15) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par la porte étroite de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1) que le Peuple de Dieu peut étendre le règne du Christ (cf. RM 12-20). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la Rédemption, l’Église elle aussi est appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''854'' Par sa mission même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église fait route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde&amp;amp;nbsp;; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 40, § 2). L’effort missionnaire exige donc ''la patience''. Il commence par l’annonce de l’Évangile aux peuples et aux groupes qui ne croient pas encore au Christ (cf. RM 42-47)&amp;amp;nbsp;; il se poursuit dans l’établissement de communautés chrétiennes qui soient des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signes de la présence de Dieu dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 15), et dans la fondation d’Églises locales (cf. RM 48-49)&amp;amp;nbsp;; il engage un processus d’inculturation pour incarner l’Évangile dans les cultures des peuples (cf. RM 52-54)&amp;amp;nbsp;; il ne manquera pas de connaître aussi des échecs. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ce qui concerne les hommes, les groupes humains et les peuples, l’Église ne les atteint et ne les pénètre que progressivement, et les assume ainsi dans la plénitude catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''855 ''La mission de l’Église appelle l’effort ''vers l’unité des chrétiens'' (cf. RM 50). En effet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divisions entre chrétiens empêchent l’Église de réaliser la plénitude de catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le Baptême, mais se trouvent séparés de sa pleine communion. Bien plus, pour l’Église elle-même, il devient plus difficile d’exprimer sous tous ses aspects la plénitude de la catholicité dans la réalité même de sa vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''856 ''La tâche missionnaire implique ''un dialogue'' ''respectueux'' avec ceux qui n’acceptent pas encore l’Évangile (cf. RM 55). Les croyants peuvent tirer profit pour eux-mêmes de ce dialogue en apprenant à mieux connaître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout ce qui se trouvait déjà de vérité et de grâce chez les nations comme par une secrète présence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9). S’ils annoncent la Bonne Nouvelle à ceux qui l’ignorent, c’est pour consolider, compléter et élever la vérité et le bien que Dieu a répandus parmi les hommes et les peuples, et pour les purifier de l’erreur et du mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Église est apostolique =====&lt;br /&gt;
''857 ''L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur les apôtres, et ceci en un triple sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle a été et demeure bâtie sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fondement des apôtres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 14), témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même (cf. Mt 28, 16-20&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; 15, 7-8&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 1&amp;amp;nbsp;; etc.)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui habite en elle, l’enseignement (cf. Ac 2, 42), le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres (cf. 2 Tm 1, 13-14)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leurs succèdent dans leur charge pastorale&amp;amp;nbsp;: le collège des évêques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Père éternel, tu n’abandonnes pas ton troupeau, mais tu le gardes par tes bienheureux apôtres sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui continuent aujourd’hui l’œuvre de ton Fils (MR, Préface des apôtres).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''858 ''Jésus est l’Envoyé du Père. Dès le début de son ministère, il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appela à lui ceux qu’il voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 3, 13-14). Dès lors, ils seront ses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ce que signifie le mot grec ''apostoloi''). En eux continue sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. 13, 20&amp;amp;nbsp;; 17, 18). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous accueille, M’accueille&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit-il aux Douze (Mt 10, 40&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 10, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''859 ''Jésus les unit à sa mission reçue du Père&amp;amp;nbsp;: comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils ne peut rien faire de Lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 19. 30), mais reçoit tout du Père qui l’a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans Lui (cf. Jn 15, 5) de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les apôtres du Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres d’une alliance nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 6), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 4), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en ambassade pour le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 20), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''860 ''Dans la charge des apôtres, il y a un aspect intransmissible&amp;amp;nbsp;: être les témoins choisis de la Résurrection du Seigneur et les fondements de l’Église. Mais il y a aussi un aspect permanent de leur charge. Le Christ leur a promis de rester ''avec eux'' jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mission divine confiée par Jésus aux apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles, étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les apôtres prirent soin d’instituer (...) des successeurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les évêques successeurs des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''861 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, les apôtres donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux, leur recommandant de prendre garde au troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués pour paître l’Église de Dieu. Ils instituèrent donc des hommes de ce genre, et disposèrent par la suite qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés recueilleraient leur ministère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20&amp;amp;nbsp;; cf. S. Clément de Rome, Cor. 42&amp;amp;nbsp;; 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''862 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge dont l’ordre sacré des évêques doit assurer la pérennité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est pourquoi l’Église enseigne que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux apôtres, comme pasteurs de l’Église, en sorte que, qui les écoute, écoute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’apostolat'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''863 ''Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le monde entier&amp;amp;nbsp;; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toute activité du Corps mystique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui tend à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étendre le règne du Christ à toute la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''864 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est évident que la fécondité de l’apostolat, celui des ministres ordonnés comme celui des laïcs, dépend de leur union vitale avec le Christ (cf. Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; AA 5). Selon les vocations, les appels du temps, les dons variés du Saint-Esprit, l’apostolat prend les formes les plus diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’Eucharistie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est comme l’âme de tout apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''865 ''L’Église est ''une, sainte, catholique et apostolique'' dans son identité profonde et ultime, parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Règne de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ap 19, 6), advenu dans la Personne du Christ et grandissant mystérieusement au cœur de ceux qui Lui sont incorporés, jusqu’à sa pleine manifestation eschatologique. Alors ''tous'' les hommes rachetés par Lui, rendus en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''saints ''et immaculés en présence de Dieu dans l’Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4), seront rassemblés comme ''l’unique'' Peuple de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Cité Sainte descendant du Ciel, de chez Dieu, avec en elle la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 10-11)&amp;amp;nbsp;; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le rempart de la ville repose sur les douze assises portant chacune le nom de l’un des ''douze apôtres de l’Agneau''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''866 L’Église est ''une&amp;amp;nbsp;: ''Elle a un seul Seigneur, elle confesse une seule foi, elle naît d’un seul Baptême, elle ne forme qu’un Corps, vivifié par un seul Esprit, en vue d’une unique espérance (cf. Ep 4, 3-5) au terme de laquelle seront surmontées toutes les divisions.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''867 L’Église est ''sainte&amp;amp;nbsp;: ''Le Dieu très saint est son auteur&amp;amp;nbsp;; le Christ, son Époux, s’est livré pour elle pour la sanctifier&amp;amp;nbsp;; l’Esprit de sainteté la vivifie. Encore qu’elle comprenne des pécheurs, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sans-péché faite de pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans les saints brille sa sainteté&amp;amp;nbsp;; en Marie elle est déjà la toute sainte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''868 L’Église est ''catholique&amp;amp;nbsp;: ''Elle annonce la totalité de la foi&amp;amp;nbsp;; elle porte en elle et administre la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;; elle est envoyée à tous les peuples&amp;amp;nbsp;; elle s’adresse à tous les hommes&amp;amp;nbsp;; elle embrasse tous les temps&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle est, de par sa nature même, missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''869 L’Église est ''apostolique&amp;amp;nbsp;: ''Elle est bâtie sur des assises durables&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les douze apôtres de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14)&amp;amp;nbsp;; elle est indestructible (cf. Mt 16, 18)&amp;amp;nbsp;; elle est infailliblement tenue dans la vérité&amp;amp;nbsp;: le Christ la gouverne par Pierre et les autres apôtres, présents en leurs successeurs, le Pape et le collège des évêques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''870 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, dont nous professons dans le Symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique, (...) c’est dans l’Église catholique qu’elle existe, gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques qui sont en communion avec lui, encore que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4. Les fideles du Christ – Hiérarchie, laïcs, vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''871 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le Baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, participant à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l’Église pour qu’elle l’accomplisse dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 204, §1&amp;amp;nbsp;; cf. LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''872 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre tous les fidèles du Christ, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe, quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propre de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 208&amp;amp;nbsp;; cf. LG 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''873 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les différences mêmes que le Seigneur a voulu mettre entre les membres de son Corps servent son unité et sa mission. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il y a dans l’Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2). Enfin il y a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie [hiérarchie et laïcs] et qui, par la profession des conseils évangéliques (...) sont consacrés à Dieu et concourent à la mission salvatrice de l’Église à leur manière propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 207, § 2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La constitution hiérarchique de l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Pourquoi le ministère ecclésial&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''874 ''Le Christ est lui-même la source du ministère dans l’Église. Il l’a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ Seigneur, pour assurer au Peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Église des ministères variés qui tendent au bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacré, sont au service de leurs frères, pour que tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu (...) parviennent au salut (LG 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''875 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment croire sans d’abord entendre&amp;amp;nbsp;? Et comment entendre sans prédicateur&amp;amp;nbsp;? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 14-15). Personne, aucun individu ni aucune communauté, ne peut s’annoncer à lui-même l’Évangile. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi vient de l’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 17). Personne ne peut se donner lui-même le mandat et la mission d’annoncer l’Évangile. L’envoyé du Seigneur parle et agit non pas par autorité propre, mais en vertu de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;; non pas comme membre de la communauté, mais parlant à elle au nom du Christ. Personne ne peut se conférer à lui-même la grâce, elle doit être donnée et offerte. Cela suppose des ministres de la grâce, autorisés et habilités de la part du Christ. De Lui, les évêques et les prêtres reçoivent la mission et la faculté (le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) d’agir ''in persona Christi Capitis'', les Diacres, la force de servir le peuple de Dieu dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;diaconie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbytérium. Ce ministère, dans lequel les envoyés du Christ font et donnent par don de Dieu ce qu’ils ne peuvent faire et donner d’eux-mêmes, la tradition de l’Église l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ministère de l’Église est conféré par un sacrement propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''876 ''Intrinsèquement lié à la nature sacramentelle du ministère ecclésial est ''son caractère de service''. En effet, entièrement dépendant du Christ qui donne mission et autorité, les ministres sont vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esclaves du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 1), à l’image du Christ qui a pris librement pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la forme d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Parce que la parole et la grâce dont ils sont les ministres ne sont pas les leurs, mais celles du Christ qui les leurs a confiées pour les autres, ils se feront librement esclaves de tous (cf. 1 Co 9, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''877 ''De même, il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère collégial''. En effet, dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus institua les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les germes du Nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). Choisis ensemble, ils sont aussi envoyés ensemble, et leur unité fraternelle sera au service de la communion fraternelle de tous les fidèles&amp;amp;nbsp;; elle sera comme un reflet et un témoignage de la communion des personnes divines (cf. Jn 17, 21-23). Pour cela, tout évêque exerce son ministère au sein du collège épiscopal, en communion avec l’évêque de Rome, successeur de S. Pierre et chef du collège&amp;amp;nbsp;; les prêtres exercent leur ministère au sein du presbyterium du diocèse, sous la direction de leur évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''878 ''Enfin il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère personnel.'' Si les ministres du Christ agissent en communion, ils agissent toujours aussi de façon personnelle. Chacun est appelé personnellement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toi, suis-moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 4, 19. 21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 43) pour être, dans la mission commune, témoin personnel, portant personnellement responsabilité devant Celui qui donne la mission, agissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Sa personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et pour des personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te baptise au nom du Père...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te pardonne...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''879 ''Le ministère sacramentel dans l’Église est donc un service exercé au nom du Christ. Il a un caractère personnel et une forme collégiale. Cela se vérifie dans les liens entre le collège épiscopal et son chef, le successeur de S. Pierre, et dans le rapport entre la responsabilité pastorale de l’évêque pour son Église particulière et la sollicitude commune du collège épiscopal pour l’Église Universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le collège épiscopal et son chef, le Pape'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''880 ''Le Christ, en instituant les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leur donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que S. Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 330).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''881 ''Le Seigneur a fait du seul Simon, auquel Il donna le nom de Pierre, la pierre de son Église. Il lui en a remis les clefs (cf. Mt 16, 18-19)&amp;amp;nbsp;; Il l’a institué pasteur de tout le troupeau (cf. Jn 21, 15-17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais cette charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée, sans aucun doute, au collège des apôtres unis à leur chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22). Cette charge pastorale de Pierre et des autres apôtres appartient aux fondements de l’Église. Elle est continuée par les évêques sous la primauté du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''882 ''Le ''Pape'', évêque de Rome et successeur de S. Pierre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est principe perpétuel et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours librement exercer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CD 2&amp;amp;nbsp;; 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''883 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ''collège ou corps épiscopal'' n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife romain, comme à son chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Comme tel, ce collège est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui aussi le sujet d’un pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 336).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''884 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Collège des Évêques exerce le pouvoir sur l’Église tout entière de manière solennelle dans le Concile Œcuménique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 337, §1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de Concile Œcuménique s’il n’est comme tel confirmé ou tout au moins accepté par le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''885 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa composition multiple, ce collège exprime la variété et l’universalité du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;; il exprime, par son rassemblement sous un seul chef, l’unité du troupeau du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''886 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les ''évêques'' sont, chacun pour sa part, principe et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Comme tels ils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exercent leur autorité pastorale sur la portion du Peuple de Dieu qui leur a été confiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23), assistés des prêtres et des diacres. Mais, comme membres du collège épiscopal chacun d’entre eux a part à la sollicitude pour toutes les Églises (cf. CD 3), qu’ils exercent d’abord &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en gouvernant bien leur propre Église comme une portion de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, contribuant ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au bien de tout le Corps mystique qui est aussi le Corps des Églises&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Cette sollicitude s’étendra particulièrement aux pauvres (cf. Ga 2, 10), aux persécutés pour la foi, ainsi qu’aux missionnaires qui œuvrent sur toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''887 ''Les Églises particulières voisines et de culture homogène forment des provinces ecclésiastiques ou des ensembles plus vastes appelés patriarcats ou régions (cf. Canon des Apôtres 34). Les évêques de ces ensembles peuvent se réunir en synodes ou en conciles provinciaux. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même, les Conférences épiscopales peuvent, aujourd’hui, contribuer de façon multiple et féconde à ce que l’esprit collégial se réalise concrètement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge d’enseigner'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''888 ''Les évêques, avec les prêtres, leurs coopérateurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ont pour première tâche d’annoncer l’Évangile de Dieu à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PO 4), selon l’ordre du Seigneur (cf. Mc 16, 15). Ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hérauts de la foi, qui amènent au Christ de nouveaux disciples, les docteurs authentiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi apostolique, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pourvus de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''889 ''Pour maintenir l’Église dans la pureté de la foi transmise par les apôtres, le Christ a voulu conférer à son Église une participation à sa propre infaillibilité, Lui qui est la Vérité. Par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sens surnaturel de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Peuple de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, sous la conduite du Magistère vivant de l’Église (cf. LG 12&amp;amp;nbsp;; DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''890 ''La mission du Magistère est liée au caractère définitif de l’alliance instaurée par Dieu dans le Christ avec son Peuple&amp;amp;nbsp;; il doit le protéger des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique. La charge pastorale du Magistère est ainsi ordonnée à veiller à ce que le Peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Pour accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme d’infaillibilité en matière de foi et de mœurs. L’exercice de ce charisme peut revêtir plusieurs modalités&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''891 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs (...). L’infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, surtout dans un Concile Œcuménique (LG 25&amp;amp;nbsp;; cf. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3074). Lorsque par son Magistère suprême, l’Église propose quelque chose &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) et comme enseignement du Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il faut adhérer dans l’obéissance de la foi à de telles définitions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25). Cette infaillibilité s’étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine (cf. LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''892 ''L’assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de Pierre, et, d’une manière particulière, à l’évêque de Rome, Pasteur de toute l’Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d’une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière définitive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de mœurs. A cet enseignement ordinaire les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner l’assentiment religieux de leur esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25) qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de sanctifier'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''893 ''L’évêque porte aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la responsabilité de dispenser la grâce du suprême sacerdoce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26), en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre lui-même ou dont il assure l’oblation par les prêtres, ses coopérateurs. Car l’Eucharistie est le centre de la vie de l’Église particulière. L’évêque et les prêtres sanctifient l’Église par leur prière et leur travail, par le ministère de la parole et des sacrements. Ils la sanctifient par leur exemple, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 3). C’est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ils parviennent, avec le troupeau qui leur est confié, à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de régir'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''894 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les évêques dirigent leurs Églises particulières comme vicaires et légats du Christ par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice de leur pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27), qu’ils doivent cependant exercer pour édifier, dans l’esprit de service qui est celui de leur Maître (cf. Lc 22, 26-27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''895 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce pouvoir qu’ils exercent personnellement au nom du Christ est un pouvoir propre, ordinaire et immédiat&amp;amp;nbsp;: il est soumis cependant dans son exercice à la régulation dernière de l’autorité suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27). Mais on ne doit pas considérer les évêques comme des vicaires du Pape dont l’autorité ordinaire et immédiate sur toute l’Église n’annule pas, mais au contraire confirme et défend la leur. Celle-ci doit s’exercer en communion avec toute l’Église sous la conduite du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''896 ''Le Bon Pasteur sera le modèle et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la charge pastorale de l’évêque. Conscient de ses faiblesses, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’évêque peut se montrer indulgent envers les ignorants et les égarés. Qu’il ne répugne pas à écouter ceux qui dépendent de lui, les entourant comme de vrais fils (...). Quant aux fidèles, ils doivent s’attacher à leur évêque comme l’Église à Jésus-Christ et comme Jésus-Christ à son Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ [suit] son Père, et le presbytérium comme les apôtres&amp;amp;nbsp;; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu. Que personne ne fasse en dehors de l’évêque rien de ce qui regarde l’Église (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 1).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les fidèles laïcs =====&lt;br /&gt;
''897 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sous le nom de laïcs, on entend ici l’ensemble des chrétiens excepté les membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu par l’Église, c’est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vocation des laïcs'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''898 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu (...). C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''899 ''L’initiative des chrétiens laïcs est particulièrement nécessaire lorsqu’il s’agit de découvrir, d’inventer des moyens pour imprégner les réalités sociales, politiques, économiques, les exigences de la doctrine et de la vie chrétiennes. Cette initiative est un élément normal de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les fidèles laïcs se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;; par eux, l’Église est le principe vital de la société. C’est pourquoi eux surtout doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Église, mais d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre sous la conduite du Chef commun, le Pape, et des Évêques en communion avec lui. Ils sont l’Église (Pie XII, discours 20 février 1946&amp;amp;nbsp;: cité par Jean-Paul II, CL 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''900 ''Parce que, comme tous les fidèles, ils sont chargés par Dieu de l’apostolat en vertu du baptême et de la confirmation, les laïcs sont tenus par l’obligation et jouissent du droit, individuellement ou groupés en associations, de travailler à ce que le message divin du salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre&amp;amp;nbsp;; cette obligation est encore plus pressante lorsque ce n’est que par eux que les hommes peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ. Dans les communautés ecclésiales, leur action est si nécessaire que, sans elle, l’apostolat des pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein effet (cf. LG 33)..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La participation des laïcs à la charge sacerdotale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''901 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs, en vertu de leur consécration au Christ et de l’onction de l’Esprit Saint, reçoivent la vocation admirable et les moyens qui permettent à l’Esprit de produire en eux des fruits toujours plus abondants. En effet, toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient ‘offrande spirituelle, agréable à Dieu par Jésus-Christ’ (1 P 2, 5)&amp;amp;nbsp;; et dans la célébration eucharistique, ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 34&amp;amp;nbsp;; cf. LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''902 ''De façon particulière, les parents participent de la charge de sanctification &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lorsqu’ils mènent une vie conjugale selon l’esprit chrétien et procurent à leurs enfants une éducation chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 835, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''903 ''Les laïcs, s’ils ont les qualités requises, peuvent être admis de manière stable aux ministères de lecteurs et d’acolyte (cf. CIC, can. 230, § 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où le besoin de l’Église le demande par défaut de ministres, les laïcs peuvent aussi, même s’ils ne sont ni lecteurs ni acolytes, suppléer à certaines de leurs fonctions, à savoir exercer le ministère de la parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la sainte communion, selon les dispositions du droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 230, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge prophétique du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''904 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ (...) accomplit sa fonction prophétique non seulement par la hiérarchie (...) mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Enseigner quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque prédicateur et même de chaque croyant (S. Thomas d’A., s. th. 3 71, 4, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''905 ''Leur mission prophétique, les laïcs l’accomplissent aussi par l’évangélisation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est-à-dire l’annonce du Christ faite par le témoignage de la vie et par la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Chez les laïcs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cette action évangélisatrice (...) prend un caractère spécifique et une particulière efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du siècle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cet apostolat ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie&amp;amp;nbsp;: le véritable apôtre cherche les occasions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants (...), soit aux fidèles (AA 6&amp;amp;nbsp;; cf. AG 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''906 ''Ceux d’entre les fidèles laïcs qui en sont capables et qui s’y forment peuvent aussi prêter leur concours à la formation catéchétique (cf. CIC, can. 774&amp;amp;nbsp;; 776&amp;amp;nbsp;; 780), à l’enseignement des sciences sacrées (cf. CIC, can. 229), aux moyens de communication sociale (cf. CIC, can. 823, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''907 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon le devoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 212, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge royale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''908 ''Par son obéissance jusqu’à la mort (cf. Ph 2, 8-9), le Christ a communiqué à ses disciples le don de la liberté royale, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’ils arrachent au péché son empire en eux-mêmes par leur abnégation et la sainteté de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui soumet son propre corps et régit son âme, sans se laisser submerger par les passions est son propre maître&amp;amp;nbsp;: il peut être appelé roi parce qu’il est capable de régir sa propre personne&amp;amp;nbsp;; il est libre et indépendant et ne se laisse captiver par un esclavage coupable (S. Ambroise, Psal. 118, 14, 30&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1403A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''909 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que les laïcs, en outre, unissant leurs forces, apportent aux institutions et aux conditions de vie dans le monde, quand elles provoquent au péché, les assainissements convenables, pour qu’elles deviennent toutes conformes aux règles de la justice et favorisent l’exercice de la vertu au lieu d’y faire obstacle. En agissant ainsi ils imprègnent de valeur morale la culture et les œuvres humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''910 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs peuvent aussi se sentir appelés ou être appelés à collaborer avec les pasteurs au service de la communauté ecclésiale, pour la croissance et la vie de celle-ci, exerçant des ministères très diversifiés, selon la grâce et les charismes que le Seigneur voudra bien déposer en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 73).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''911 ''Dans l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les fidèles laïcs peuvent coopérer selon le droit à l’exercice du pouvoir de gouvernement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 129, § 2). Ainsi de leur présence dans les Conseils particuliers (can. 443, § 4), les Synodes diocésains (can. 463, §§ 1. 2), les Conseils pastoraux (can. 511&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; dans l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse (can. 517, § 2)&amp;amp;nbsp;; la collaboration aux Conseils des affaires économiques (can. 492, § 1&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; la participation aux tribunaux ecclésiastiques (can. 1421, § 2), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''912 ''Les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distinguer avec soin entre les droits et devoirs qui leur incombent en tant que membres de l’Église et ceux qui leur reviennent comme membres de la société humaine. Qu’ils s’efforcent d’accorder harmonieusement les uns et les autres entre eux, se souvenant que la conscience chrétienne doit être leur guide en tous domaines temporels, car aucune activité humaine, fut-elle d’ordre temporel, ne peut être soustraite à l’empire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''913 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même ‘à la mesure du don du Christ’ (Ep 4, 7)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''914 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant sans conteste à sa vie et à sa sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conseils évangéliques, vie consacrée'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''915 ''Les conseils évangéliques sont, dans leur multiplicité, proposés à tout disciple du Christ. La perfection de la charité à laquelle tous les fidèles sont appelés comporte pour ceux qui assument librement l’appel à la vie consacrée, l’obligation de pratiquer la chasteté dans le célibat pour le Royaume, la pauvreté et l’obéissance. C’est la ''profession'' de ces conseils dans un état de vie stable reconnu par l’Église, qui caractérise la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à Dieu (cf. LG 42-43&amp;amp;nbsp;; PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''916 ''L’état de la vie consacrée apparaît dès lors comme l’une des manières de connaître une consécration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui s’enracine dans le Baptême et dédie totalement à Dieu (cf. PC 5). Dans la vie consacrée, les fidèles du Christ se proposent, sous la motion de l’Esprit Saint, de suivre le Christ de plus près, de se donner à Dieu aimé par-dessus tout et, poursuivant la perfection de la charité au service du Royaume, de signifier et d’annoncer dans l’Église la gloire du monde à venir (cf. CIC, can. 573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un grand arbre, de multiples rameaux'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''917 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme un arbre qui se ramifie de façons admirables et multiples dans le champ du Seigneur, à partir d’un germe semé par Dieu, ainsi se développèrent des formes variées de vie solitaire ou commune, des familles diverses dont le capital spirituel profite à la fois aux membres de ces familles et au bien de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 43).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''918 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion du Saint-Esprit, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Église accueillit volontiers et approuva de son autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''919 ''Les évêques s’efforceront toujours de discerner les nouveaux dons de vie consacrée confiés par l’Esprit Saint à son Église&amp;amp;nbsp;; l’approbation de nouvelles formes de vie consacrée est réservée au Siège Apostolique (cf. CIC, can. 605).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie érémitique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''920 ''Sans toujours professer publiquement les trois conseils évangéliques, les ermites, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de solitude, dans la prière assidue et la pénitence, vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 603, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''921 ''Ils montrent à chacun cet aspect intérieur du mystère de l’Église qu’est l’intimité personnelle avec le Christ. Cachée aux yeux des hommes, la vie de l’ermite est prédication silencieuse de Celui auquel il a livré sa vie, parce qu’Il est tout pour lui. C’est là un appel particulier à trouver au désert, dans le combat spirituel même, la gloire du Crucifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les vierges et les veuves consacrées'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''922 ''Dès les temps apostoliques, des vierges (cf. 1 Co 7, 34-36) et des veuves chrétiennes (cf. Jean-Paul II, exh. ap. ''Vita Consecrata'', 7), appelées par le Seigneur à s’attacher à Lui sans partage dans une plus grande liberté de cœur, de corps et d’esprit, ont pris la décision, approuvée par l’Église, de vivre, respectivement, dans l’état de la virginité ou de la chasteté perpétuelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''923 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, [des vierges] sont consacrées à Dieu par l’évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, sont épousées mystiquement par le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1). Par ce rite solennel (&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Consecratio virginum''), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vierge est constituée personne consacrée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe transcendant de l’amour de l’Église envers le Christ, image eschatologique de cette Épouse du Ciel et de la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OCV prænotanda 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''924 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Proche des autres formes de vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1), l’ordre des vierges établit la femme vivant dans le monde (ou la moniale) dans la prière, la pénitence, le service de ses frères et le travail apostolique, selon l’état et les charismes respectifs offerts à chacune (OCV prænotanda 2). Les vierges consacrées peuvent s’associer pour garder plus fidèlement leur propos (cf. CIC, can. 604, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie religieuse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''925 ''Née en Orient dans les premiers siècles du christianisme (cf. UR 15) et vécue dans les instituts canoniquement érigés par l’Église (cf. CIC, can. 573), la vie religieuse se distingue des autres formes de la vie consacrée par l’aspect cultuel, la profession publique des conseils évangéliques, la vie fraternelle menée en commun, le témoignage rendu à l’union du Christ et de l’Église (cf. CIC, can. 607).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''926 ''La vie religieuse relève du mystère de l’Église. Elle est un don que l’Église reçoit de son Seigneur et qu’elle offre comme un état de vie stable au fidèle appelé par Dieu dans la profession des conseils. Ainsi l’Église peut-elle à la fois manifester le Christ et se reconnaître Épouse du Sauveur. La vie religieuse est invitée à signifier, sous ses formes variées, la charité même de Dieu, dans le langage de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''927 ''Tous les religieux, exempts ou non (cf. CIC, can. 591), prennent place parmi les coopérateurs de l’évêque diocésain dans sa charge pastorale (cf. CD 33-35). L’implantation et l’expansion missionnaire de l’Église requièrent la présence de la vie religieuse sous toutes ses formes dès les débuts de l’évangélisation (cf. AG 18&amp;amp;nbsp;; 40). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’histoire atteste les grands mérites des familles religieuses dans la propagation de la foi et dans la formation de nouvelles Églises, depuis les antiques Institutions monastiques et les Ordres médiévaux jusqu’aux Congrégations modernes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les instituts séculiers'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''928 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’institut séculier est un institut de vie consacrée où les fidèles vivant dans le monde tendent à la perfection de la charité et s’efforcent de contribuer surtout de l’intérieur à la sanctification du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 710).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''929 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Par une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie parfaitement et entièrement consacrée à [cette] sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, const. ap. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Provida Mater&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), les membres de ces instituts participent à la tâche d’évangélisation de l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans le monde et à partir du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, où leur présence agit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la manière d’un ferment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 11). &amp;lt;/nowiki&amp;gt;Leur témoignage de vie chrétienne vise à ordonner selon Dieu les réalités temporelles et pénétrer le monde de la force de l’Évangile. Ils assument par des liens sacrés les conseils évangéliques et gardent entre eux la communion et la fraternité propres à leur mode de vie séculier (cf. CIC, can. 713).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sociétés de vie apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''930 ''Au côté des formes diverses de vie consacrée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prennent place les sociétés de vie apostolique dont les membres, sans les vœux religieux, poursuivent la fin apostolique propre de leur société et, menant la vie fraternelle en commun, tendent, selon leur mode de vie propre, à la perfection de la charité par l’observation des constitutions. Il y a parmi elles des sociétés dont les membres assument les conseils évangéliques&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon leurs constitutions (CIC, can. 731, §§ 1. 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Consécration et mission&amp;amp;nbsp;: annoncer le Roi qui vient'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''931 ''Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà voué à Lui se trouve ainsi consacré plus intimement au service divin et dédié au bien de l’Église. Par l’état de consécration à Dieu, l’Église manifeste le Christ et montre comment l’Esprit Saint agit en elle de façon admirable. Ceux qui professent les conseils évangéliques ont donc d’abord pour mission de vivre leur consécration. Mais puisqu’ils se vouent au service de l’Église en vertu même de leur consécration, ils sont tenus par obligation de travailler de manière spéciale à l’œuvre missionnaire, selon le mode propre à leur Institut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 783&amp;amp;nbsp;; cf. RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''932 ''Dans l’Église qui est comme le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de la vie de Dieu, la vie consacrée apparaît comme un signe particulier du mystère de la Rédemption. Suivre et imiter le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de plus près&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, manifester &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus clairement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son anéantissement, c’est se trouver &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus profondément&amp;amp;nbsp;&amp;quot; présent, dans le cœur du Christ, à ses contemporains. Car ceux qui sont dans cette voie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus étroite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; stimulent leurs frères par leur exemple, ils rendent ce témoignage éclatant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le monde ne peut être transfiguré et offert à Dieu sans l’esprit des béatitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''933 ''Que ce témoignage soit public, comme dans l’état religieux, ou plus discret, ou même secret, la venue du Christ demeure pour tous les consacrés l’origine et l’orient de leur vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Comme le Peuple de Dieu n’a pas ici-bas de cité permanente, [cet état] (...) manifeste pour tous les croyants la présence, déjà dans ce siècle, des biens célestes&amp;amp;nbsp;; il témoigne de la vie nouvelle et éternelle acquise par la Rédemption du Christ, il annonce la résurrection future et la gloire céleste (LG 44).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''934 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’institution divine, il y a dans l’Église parmi les fidèles des ministres sacrés, qui en droit sont aussi appelés clercs&amp;amp;nbsp;; quant aux autres, ils sont nommés laïcs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il y a enfin des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie et qui, par la profession des conseils évangéliques, se sont consacrés à Dieu et servent ainsi la mission de l’Église (CIC, can. 207, § 1. 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''935 Pour annoncer la foi et pour implanter son Règne, le Christ envoie ses apôtres et leurs successeurs. Il leur donne part à sa mission. De lui ils reçoivent le pouvoir d’agir en sa personne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''936 Le Seigneur a fait de S. Pierre le fondement visible de son Église. Il lui en a remis les clefs. L’évêque de l’Église de Rome, successeur de S. Pierre, est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église toute entière sur cette terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 331).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''937 Le Pape &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jouit, par institution divine, du pouvoir suprême, plénier, immédiat, universel pour la charge des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CD 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''938 Les évêques, établis par l’Esprit Saint, succèdent aux apôtres. Ils sont, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chacun pour sa part, principe visible et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''939 Aidés des prêtres, leurs coopérateurs, et des diacres, les évêques ont la charge d’enseigner authentiquement la foi, de célébrer le culte divin, surtout l’Eucharistie, et de diriger leur Église en vrais pasteurs. A leur charge appartient aussi le souci de toutes les Églises, avec et sous le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''940 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''941 Les laïcs participent au sacerdoce du Christ&amp;amp;nbsp;: de plus en plus unis à Lui, ils déploient la grâce du Baptême et de la Confirmation dans toutes les dimensions de la vie personnelle, familiale, sociale et ecclésiale, et réalisent ainsi l’appel à la sainteté adressé à tous les baptisés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''942 Grâce à leur mission prophétique les laïcs &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont aussi appelés à être, en toute circonstance et au cœur même de la communauté humaine, les témoins du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''943 Grâce à leur mission royale, les laïcs ont le pouvoir d’arracher au péché son empire en eux-mêmes et dans le monde par leur abnégation et la sainteté de leur vie (cf. LG 36)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''944 La vie consacrée à Dieu se caractérise par la profession publique des conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans un état de vie stable reconnu par l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''945 Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà destiné à Lui se trouve, dans l’état de vie consacrée, voué plus intimement au service divin et dédié au bien de toute l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5. La communion des saints =====&lt;br /&gt;
''946 ''Après avoir confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainte Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Symbole des apôtres ajoute &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cet article est, d’une certaine façon, une explicitation du précédent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’est-ce que l’Église sinon l’assemblée de tous les saints&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Nicétas, symb. 10&amp;amp;nbsp;: PL 52, 871B). La communion des saints est précisément l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''947 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Puisque tous les croyants forment un seul corps, le bien des uns est communiqué aux autres (...) Il faut de la sorte croire qu’il existe une communion des biens dans l’Église. Mais le membre le plus important est le Christ, puisqu’Il est la tête (...) Ainsi, le bien du Christ est communiqué à tous les membres, et cette communication se fait par les sacrements de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., symb. 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme cette Église est gouvernée par un seul et même Esprit, tous les biens qu’elle a reçus deviennent nécessairement un fonds commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''948 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a dès lors deux significations, étroitement liées&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion aux choses saintes, ''sancta''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion entre les personnes saintes, ''sancti''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Sancta sanctis&amp;amp;nbsp;''! (Ce qui est saint pour ceux qui sont saints)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est proclamé par le célébrant dans la plupart des liturgies orientales lors de l’élévation des saints Dons avant le service de la communion. Les fidèles (''sancti'') sont nourris du Corps et du Sang du Christ (''sancta'') afin de croître dans la communion de l’Esprit Saint (''Koinônia'') et de la communiquer au monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La communion des biens spirituels  =====&lt;br /&gt;
''949 ''Dans la communauté primitive de Jérusalem, les disciples &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''communion dans la foi''. La foi des fidèles est la foi ''de l’Église ''reçue des apôtres, trésor de vie qui s’enrichit en étant partagé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''950 ''La ''communion des sacrements. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le fruit de tous les sacrements appartient à tous. Car les sacrements, et surtout le Baptême qui est comme la porte par laquelle les hommes entrent dans l’Église, sont autant de liens sacrés qui les unissent tous et les attachent à Jésus-Christ. La communion des saints, c’est la communion des sacrements (...). Le nom de communion peut s’appliquer à chacun d’eux, car chacun d’eux nous unit à Dieu (...). Mais ce nom convient mieux à l’Eucharistie qu’à tout autre, parce que c’est elle principalement qui consomme cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''951 ''La ''communion des charismes''&amp;amp;nbsp;''': '''Dans la communion de l’Église, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres (...) les grâces spéciales&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’édification de l’Église (LG 12). Or, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''952 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils mettaient tout en commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Ac 4, 32)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que le vrai chrétien possède, il doit le regarder comme un bien qui lui est commun avec tous, et toujours il doit être prêt et empressé à venir au secours de l’indigent et de la misère du prochain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 27). Le chrétien est un administrateur des biens du Seigneur (cf. Lc 16, 1. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''953 ''La ''communion de la charité''&amp;amp;nbsp;: dans la ''sanctorum communio'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un membre souffre-t-il&amp;amp;nbsp;? tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur&amp;amp;nbsp;? tous les membres prennent part à sa joie. Or vous êtes le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 26-27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charité ne cherche pas ce qui est à elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 24). Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au profit de tous, dans cette solidarité avec tous les hommes, vivants ou morts, qui se fonde sur la communion des saints. Tout péché nuit à cette communion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La communion de l’Église du ciel et de la terre =====&lt;br /&gt;
''954 Les trois états de l’Église. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté accompagné de tous les anges et que la mort détruite, tout lui soit soumis, les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage&amp;amp;nbsp;; d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin sont dans la gloire contemplant ‘dans la pleine lumière, tel qu’il est, le Dieu un en trois Personnes’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous cependant, à des degrés divers et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain, chantant à notre Dieu le même hymne de gloire. En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''955 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence&amp;amp;nbsp;; au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''956 L’intercession des saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (...). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (...). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie (S. Dominique, mourant, à ses frères, cf. Jourdain de Saxe, lib. 93).&amp;lt;br/&amp;gt; Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''957 La communion avec les saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne vénérons pas seulement au titre de leur exemple la mémoire des habitants du ciel&amp;amp;nbsp;; nous cherchons bien davantage par là à renforcer l’union de toute l’Église dans l’Esprit grâce à l’exercice de la charité fraternelle. Car tout comme la communion entre les chrétiens de la terre nous approche de plus près du Christ, ainsi la communauté avec les saints nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur chef, toute grâce et la vie du Peuple de Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, nous l’adorons, parce qu’il est le fils de Dieu&amp;amp;nbsp;; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c’est juste, à cause de leur dévotion incomparable envers leur roi et maître&amp;amp;nbsp;; puissions-nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples (S. Polycarpe, mart. 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''958 La communion avec les défunts. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages&amp;amp;nbsp;; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''959 Dans l’unique famille de Dieu. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu’une seule famille, nous répondons à la vocation profonde de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 51).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''960 L’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette expression désigne d’abord les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;choses saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancta), ''et avant tout l’Eucharistie, par laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''961 Ce terme désigne aussi la communion des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personnes saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancti) ''dans le Christ qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort pour tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de sorte que ce que chacun fait ou souffre dans et pour le Christ porte du fruit pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''962 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 30).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6. Marie – Mère du Christ, Mère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''963 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après avoir parlé du rôle de la Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l’Esprit, il convient de considérer maintenant sa place dans le mystère de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, la Vierge Marie (...) est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur (...). Elle est aussi vraiment ‘Mère des membres [du Christ] (...) ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont les membres de ce Chef’ (S. Augustin, virg. 6&amp;amp;nbsp;: PL 40, 399)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Marie Mère du Christ, Mère de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 21 novembre 1964).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La maternité de Marie envers l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Toute unie à son Fils...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''964 ''Le rôle de Marie envers l’Église est inséparable de son union au Christ, elle en découle directement. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette union de Marie avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ, jusqu’à sa mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 57). Elle est particulièrement manifeste à l’heure de sa passion&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la Croix où, non sans un dessein divin, elle était debout, souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la Croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme, voici ton fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 26-27) (LG 58).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''965 ''Après l’Ascension de son Fils, Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté de ses prières l’Église naissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69). Réunie avec les apôtres et quelques femmes, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... aussi dans son Assomption...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''966 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59&amp;amp;nbsp;; cf. la proclamation du dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie par le Pape Pie XII en 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3903). L’Assomption de la Sainte Vierge est une participation singulière à la Résurrection de son Fils et une anticipation de la résurrection des autres chrétiens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dans ton enfantement tu as gardé la virginité, dans ta dormition tu n’as pas quitté le monde, ô Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;: tu as rejoint la source de la Vie, toi qui conçus le Dieu vivant et qui, par tes prières, délivreras nos âmes de la mort (Liturgie byzantine, Tropaire de la fête de la Dormition [15 août]).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... elle est notre Mère dans l’ordre de la grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''967 ''Par son adhésion entière à la volonté du Père, à l’œuvre rédemptrice de son Fils, à toute motion de l’Esprit Saint, la Vierge Marie est pour l’Église le modèle de la foi et de la charité. Par là elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;membre suréminent et absolument unique de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53), elle constitue même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réalisation exemplaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''typus'', de l’Église (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''968 ''Mais son rôle par rapport à l’Église et à toute l’humanité va encore plus loin. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle a apporté à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareil par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''969 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour de l’Annonciation et qu’elle maintint dans sa fermeté sous la Croix, cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce se continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En effet, après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas&amp;amp;nbsp;: par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. (...) C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secourable, de médiatrice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''970 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque cependant et ne diminue en rien l’unique médiation du Christ&amp;amp;nbsp;: il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge (...) découle de la surabondance des mérites du Christ&amp;amp;nbsp;; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 60). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même plan que le Verbe incarné et rédempteur. Mais tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous formes diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le culte de la Sainte Vierge =====&lt;br /&gt;
''971 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les générations me diront bienheureuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Lc 1, 48)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La piété de l’Église envers la Saint Vierge est intrinsèque au culte chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MC 56). La sainte Vierge &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est légitimement honorée par l’Église d’un culte spécial. Et de fait, depuis les temps les plus reculés, la bienheureuse Vierge est honorée sous le titre de ‘Mère de Dieu’&amp;amp;nbsp;; les fidèles se réfugient sous sa protection, l’implorant dans tous leurs dangers et leurs besoins (...). Ce culte (...) bien que présentant un caractère absolument unique (...) n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il est éminemment apte à le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 66)&amp;amp;nbsp;; il trouve son expression dans les fêtes liturgiques dédiées à la Mère de Dieu (cf. SC 103) et dans la prière mariale, telle le Saint Rosaire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abrégé de tout l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. MC 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Marie – Icône eschatologique de l’Église =====&lt;br /&gt;
''972 ''Après avoir parlé de l’Église, de son origine, de sa mission et de sa destinée, nous ne saurions mieux conclure qu’en tournant le regard vers Marie pour contempler en elle ce qu’est l’Église dans son mystère, dans son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et ce qu’elle sera dans la patrie au terme de sa marche, où l’attend, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la communion de tous les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69), celle que l’Église vénère comme la Mère de son Seigneur et comme sa propre Mère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même sur terre, en attendant la venue du jour du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le Peuple de Dieu en pèlerinage (LG 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''973 En prononçant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Annonciation et en donnant son consentement au mystère de l’Incarnation, Marie collabore déjà à toute l’œuvre que doit accomplir son Fils. Elle est mère partout où Il est Sauveur et Tête du Corps mystique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''974 La Très Sainte Vierge Marie, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut enlevée corps et âme à la gloire du ciel, où elle participe déjà à la gloire de la résurrection de son Fils, anticipant la résurrection de tous les membres de son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''975 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Eve, Mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 10 : &amp;quot; Je crois au pardon des péchés &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''976 ''Le Symbole des apôtres lie la foi au pardon des péchés à la foi en l’Esprit Saint, mais aussi à la foi en l’Église et en la communion des saints. C’est en donnant l’Esprit Saint à ses apôtres que le Christ ressuscité leur a conféré son propre pouvoir divin de pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis&amp;amp;nbsp;; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(La deuxième partie du Catéchisme traitera explicitement du pardon des péchés par le Baptême, le sacrement de Pénitence et les autres sacrements, surtout l’Eucharistie. Il suffit donc d’évoquer ici brièvement quelques données de base).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Un seul baptême pour le pardon des péchés =====&lt;br /&gt;
''977 ''Notre Seigneur a lié le pardon des péchés à la foi et au Baptême&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 15-16). Le Baptême est le premier et principal sacrement du pardon des péchés parce qu’il nous unit au Christ mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification (cf. Rm 4, 25), afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''978 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier (...). Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''979 ''En ce combat avec l’inclination au mal, qui serait assez vaillant et vigilant pour éviter toute blessure du péché&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si donc il était nécessaire que l’Église eût le pouvoir de remettre les péchés, il fallait aussi que le Baptême ne fût pas pour elle l’unique moyen de se servir de ces clefs du Royaume des cieux qu’elle avait reçues de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; il fallait qu’elle fût capable de pardonner leurs fautes à tous les pénitents, quand même ils auraient péché jusqu’au dernier moment de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''980 ''C’est par le sacrement de Pénitence que le baptisé peut être réconcilié avec Dieu et avec l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les pères ont eu raison d’appeler la pénitence &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême laborieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Naz., or. 39, 17&amp;amp;nbsp;: PG 36, 356A). Ce sacrement de Pénitence est, pour ceux qui sont tombés après le Baptême, nécessaire au salut, comme l’est le Baptême lui-même pour ceux qui ne sont pas encore régénérés (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1672).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le pouvoir des clefs =====&lt;br /&gt;
''981 ''Le Christ après sa résurrection a envoyé ses apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annoncer à toutes les nations le repentir en son nom en vue de la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 47). Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministère de la réconciliation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 18), les apôtres et leurs successeurs ne l’accomplissent pas seulement en annonçant aux hommes le pardon de Dieu mérité pour nous par le Christ et en les appelant à la conversion et à la foi, mais aussi en leur communicant la rémission des péchés par le Baptême et en les réconciliant avec Dieu et avec l’Église grâce au pouvoir des clefs reçu du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église a reçu les clés du Royaume des cieux, afin que se fasse en elle la rémission des péchés par le sang du Christ et l’action du Saint-Esprit. C’est dans cette Église que l’âme revit, elle qui était morte par les péchés, afin de vivre avec le Christ, dont la grâce nous a sauvés (S. Augustin, serm. 214, 11&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1071-1072).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''982 ''Il n’y a aucune faute, aussi grave soit-elle, que la Sainte Église ne puisse remettre. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est personne, si méchant et si coupable qu’il soit, qui ne doive espérer avec assurance son pardon, pourvu que son repentir soit sincère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 5). Le Christ qui est mort pour tous les hommes, veut que, dans son Église, les portes du pardon soient toujours ouvertes à quiconque revient du péché (cf. Mt 18, 21-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''983 ''La catéchèse s’efforcera d’éveiller et de nourrir chez les fidèles la foi en la grandeur incomparable du don que le Christ ressuscité a fait à son Église&amp;amp;nbsp;: la mission et le pouvoir de pardonner véritablement les péchés, par le ministère des apôtres et de leurs successeurs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Seigneur veut que ses disciples aient un pouvoir immense&amp;amp;nbsp;: il veut que ses pauvres serviteurs accomplissent en son nom tout ce qu’il avait fait quand il était sur la terre (S. Ambroise, pœnit. 1, 34&amp;amp;nbsp;: PL 16, 477A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prêtres ont reçu un pouvoir que Dieu n’a donné ni aux anges ni aux archanges. (...) Dieu sanctionne là-haut tout ce que les prêtres font ici-bas (S. Jean Chrysostome, sac. 3, 5&amp;amp;nbsp;: PG 48, 643A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si dans l’Église il n’y avait pas la rémission des péchés, nul espoir existerait, nulle espérance d’une vie éternelle et d’une libération éternelle. Rendons grâce à Dieu qui a donné à son Église un tel don (S. Augustin, serm. 213, 8&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1064).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''984 Le Credo met en relation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec la profession de foi en l’Esprit Saint. En effet, le Christ ressuscité a confié aux apôtres le pouvoir de pardonner les péchés lorsqu’il leur a donné l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''985 Le Baptême est le premier et principal sacrement pour le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;: il nous unit au Christ mort et ressuscité et nous donne l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''986 De par la volonté du Christ, l’Église possède le pouvoir de pardonner les péchés des baptisés et elle l’exerce par les évêques et les prêtres de façon habituelle dans le sacrement de pénitence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''987 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la rémission des péchés, les prêtres et les sacrements sont de purs instruments dont notre Seigneur Jésus-Christ, unique auteur et dispensateur de notre salut, veut bien se servir pour effacer nos iniquités et nous donner la grâce de la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 6).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 11 : &amp;quot; Je crois à la résurrection de la chair &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''988 ''Le Credo chrétien – profession de notre foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, et dans son action créatrice, salvatrice et sanctificatrice – culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''989 ''Nous croyons fermement, et ainsi nous espérons, que de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu’il vit pour toujours, de même après leur mort les justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les ressuscitera au dernier jour (cf. Jn 6, 39-40). Comme la sienne, notre résurrection sera l’œuvre de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous (Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Th 4, 14&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 14&amp;amp;nbsp;; 2 Co 4, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''990 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité (cf. Gn 6, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 56, 5&amp;amp;nbsp;; Is 40, 6). La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie qu’il n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que même nos &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps mortels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 11) reprendront vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''991 ''Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une conviction des chrétiens&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts&amp;amp;nbsp;; cette croyance nous fait vivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien res. 1, 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comment certains d’entre vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts&amp;amp;nbsp;? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi votre foi. (...) Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (1 Co 15, 12-14. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La résurrection du Christ et la nôtre =====&lt;br /&gt;
'''Révélation progressive de la Résurrection'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''992 ''La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. L’espérance en la résurrection corporelle des morts s’est imposée comme une conséquence intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l’homme tout entier, âme et corps. Le créateur du ciel et de la terre est aussi Celui qui maintient fidèlement son alliance avec Abraham et sa descendance. C’est dans cette double perspective que commencera à s’exprimer la foi en la résurrection. Dans leurs épreuves, les martyrs Maccabées confessent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois (2 M 7, 9). Mieux vaut mourir de la main des hommes en tenant de Dieu l’espoir d’être ressuscité par lui (2 M 7, 14&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 29&amp;amp;nbsp;; Dn 12, 1-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''993 ''Les Pharisiens (cf. Ac 23, 6) et bien des contemporains du Seigneur (cf. Jn 11, 24) espéraient la résurrection. Jésus l’enseigne fermement. Aux Sadducéens qui la nient il répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu, vous êtes dans l’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 24). La foi en la résurrection repose sur la foi en Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''994 ''Mais il y a plus&amp;amp;nbsp;: Jésus lie la foi en la résurrection à sa propre personne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la Résurrection et la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 25). C’est Jésus lui-même qui ressuscitera au dernier jour ceux qui auront cru en lui (cf. Jn 5, 24-25&amp;amp;nbsp;; 6, 40) et qui auront mangé son corps et bu son sang (cf. Jn 6, 54). Il en donne dès maintenant un signe et un gage en rendant la vie à certains morts (cf. Mc 5, 21-42&amp;amp;nbsp;; Lc 7, 11-17&amp;amp;nbsp;; Jn 11), annonçant par là sa propre Résurrection qui sera cependant d’un autre ordre. De cet événement unique Il parle comme du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de Jonas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 40), du signe du Temple (cf. Jn 2, 19-22)&amp;amp;nbsp;: il annonce sa Résurrection le troisième jour après sa mise à mort (cf. Mc 10, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''995 ''Être témoin du Christ, c’est être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoin de sa Résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir mangé et bu avec lui après sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 41). L’espérance chrétienne en la résurrection est toute marquée par les rencontres avec le Christ ressuscité. Nous ressusciterons comme Lui, avec Lui, par Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''996 ''Dès le début, la foi chrétienne en la résurrection a rencontré incompréhensions et oppositions (cf. Ac 17, 32&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 12-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur aucun point la foi chrétienne ne rencontre plus de contradiction que sur la résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Psal. 88, 2, 5). Il est très communément accepté qu’après la mort la vie de la personne humaine continue d’une façon spirituelle. Mais comment croire que ce corps si manifestement mortel puisse ressusciter à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''997 Qu’est-ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? ''Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''998 Qui ressuscitera&amp;amp;nbsp;?'' Tous les hommes qui sont morts&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 29&amp;amp;nbsp;; cf. Dn 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''999 Comment&amp;amp;nbsp;?'' Le Christ est ressuscité avec son propre corps&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Regardez mes mains et mes pieds&amp;amp;nbsp;: c’est bien moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 39)&amp;amp;nbsp;; mais Il n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en Lui, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous ressusciteront avec leur propre corps, qu’ils ont maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 801), mais ce corps sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;transfiguré en corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21), en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;? Avec quel corps reviennent-ils&amp;amp;nbsp;? Insensé&amp;amp;nbsp;! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie, s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un grain tout nu (...). On sème de la corruption, il ressuscite de l’incorruption&amp;amp;nbsp;; (...) les morts ressusciteront incorruptibles (...). Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité (1 Co 15, 35-37. 42. 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1000 ''Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dépasse notre imagination et notre entendement&amp;amp;nbsp;; il n’est accessible que dans la foi. Mais notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection (S. Irénée, hær. 4, 18, 4-5)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1001 Quand&amp;amp;nbsp;? ''Définitivement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 39-40. 44. 54&amp;amp;nbsp;; 11, 24)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En effet, la résurrection des morts est intimement associée à la Parousie du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu (1 Th 4, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Ressuscités avec le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1002 ''S’il est vrai que le Christ nous ressuscitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est vrai aussi que, d’une certaine façon, nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. En effet, grâce à l’Esprit Saint, la vie chrétienne est, dès maintenant sur terre, une participation à la mort et à la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui L’a ressuscité des morts (...). Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu (Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; 3, 1) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1003 ''Unis au Christ par le Baptême, les croyants participent déjà réellement à la vie céleste du Christ ressuscité (cf. Ph 3, 20), mais cette vie demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cachée avec le Christ en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir au cieux, dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 6). Nourris de son Corps dans l’Eucharistie, nous appartenons déjà au Corps du Christ. Lorsque nous ressusciterons au dernier jour nous serons aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifestés avec lui pleins de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1004 ''Dans l’attente de ce jour, le corps et l’âme du croyant participent déjà à la dignité d’être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; d’où l’exigence de respect envers son propre corps, mais aussi envers celui d’autrui, particulièrement lorsqu’il souffre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ&amp;amp;nbsp;? (...) Vous ne vous appartenez pas (...) Glorifiez donc Dieu dans votre corps (1 Co 6, 13-15. 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Mourir dans le Christ Jésus =====&lt;br /&gt;
''1005 ''Pour ressusciter avec le Christ, il faut mourir avec le Christ, il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 8). Dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;départ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23) qu’est la mort, l’âme est séparée du corps. Elle sera réunie à son corps le jour de la résurrection des morts (cf. SPF 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1006 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18). En un sens, la mort corporelle est naturelle, mais pour la foi elle est en fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;salaire du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 2, 17). Et pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, elle est une participation à la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer aussi à sa Résurrection (cf. Rm 6, 3-9&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1007 La mort est le'' ''terme de la vie terrestre.'' Nos vies sont mesurées par le temps, au cours duquel nous changeons, nous vieillissons et, comme chez tous les êtres vivants de la terre, la mort apparaît comme la fin normale de la vie. Cet aspect de la mort donne une urgence à nos vies&amp;amp;nbsp;: le souvenir de notre mortalité sert aussi à nous rappeler que nous n’avons qu’un temps limité pour réaliser notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, (...) avant que la poussière ne retourne à la terre, selon qu’elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’avait donné (Qo 12, 1. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1008 La mort est conséquence du péché. ''Interprète authentique des affirmations de la Sainte Écriture (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 3&amp;amp;nbsp;; 3, 19&amp;amp;nbsp;; Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 6, 23) et de la Tradition, le Magistère de l’Église enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme (cf. DS 1511). Bien que l’homme possédât une nature mortelle, Dieu le destinait à ne pas mourir. La mort fut donc contraire aux desseins de Dieu Créateur, et elle entra dans le monde comme conséquence du péché (cf. Sg 2, 23-24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mort corporelle, à laquelle l’homme aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18), est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le dernier ennemi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme à devoir être vaincu (cf. 1 Co 15, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1009 La mort est'' ''transformée par le Christ. ''Jésus, le Fils de Dieu, a souffert lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle (cf. Mc 14, 33-34&amp;amp;nbsp;; He 5, 7-8), il l’assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction (cf. Rm 5, 19-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens de la mort chrétienne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1010 ''Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour moi, la vie c’est le Christ et mourir un gain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 21). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là une parole certaine&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, nous vivrons avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 2, 11). La nouveauté essentielle de la mort chrétienne est là&amp;amp;nbsp;: par le Baptême, le chrétien est déjà sacramentellement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, pour vivre d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique consomme ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourir avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il est bon pour moi de mourir dans (''eis'') le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous&amp;amp;nbsp;; lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche (...). Laissez-moi recevoir la pure lumière&amp;amp;nbsp;; quand je serai arrivé là, je serai un homme (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1011 ''Dans la mort, Dieu appelle l’homme vers Lui. C’est pourquoi le chrétien peut éprouver envers la mort un désir semblable à celui de S. Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23)&amp;amp;nbsp;; et il peut transformer sa propre mort en un acte d’obéissance et d’amour envers le Père, à l’exemple du Christ (cf. Lc 23, 46)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon désir terrestre a été crucifié&amp;amp;nbsp;; (...) il y a en moi une eau vive qui murmure et qui dit au dedans de moi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens vers le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 7, 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Je veux voir Dieu, et pour le voir il faut mourir (Ste. Thérèse de Jésus, vida 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Je ne meurs pas, j’entre dans la vie (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1012 ''La vision chrétienne de la mort (cf. 1 Th 4, 13-14) est exprimée de façon privilégiée dans la liturgie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée&amp;amp;nbsp;; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux (MR, Préface des défunts).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1013 ''La mort est la fin du pèlerinage terrestre de l’homme, du temps de grâce et de miséricorde que Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le dessein divin et pour décider son destin ultime. Quand a pris fin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique cours de notre vie terrestre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), nous ne reviendrons plus à d’autres vies terrestres. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les hommes ne meurent qu’une fois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 27). Il n’y a pas de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réincarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; après la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1014 ''L’Église nous encourage à nous préparer pour l’heure de notre mort (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Délivre-nous, Seigneur, d’une mort subite et imprévue&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: ancienne Litanie des saints), à demander à la Mère de Dieu d’intercéder pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’heure de notre mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Prière Ave Maria), et à nous confier à saint Joseph, patron de la bonne mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans toutes tes actions, dans toutes tes pensées tu devrais te comporter comme si tu devais mourir aujourd’hui. Si ta conscience était en bon état, tu ne craindrais pas beaucoup la mort. Il vaudrait mieux se garder de pécher que de fuir la mort. Si aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain&amp;amp;nbsp;? (Imitation du Christ 1, 23, 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels, heureux ceux qu’elle trouvera dans ses très saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera pas mal (S. François d’Assise, cant.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1015 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La chair est le pivot du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Tertullien, res. 8, 2). Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et de la rédemption de la chair.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1016 Par la mort l’âme est séparée du corps, mais dans la résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé en le réunissant à notre âme. De même que le Christ est ressuscité et vit pour toujours, tous nous ressusciterons au dernier jour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1017 9; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons en la vraie résurrection de cette chair que nous possédons maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 854). Cependant, on sème dans le tombeau un corps corruptible, il ressuscite un corps incorruptible (cf. 1 Co 15, 42), un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1018 En conséquence du péché originel, l’homme doit subir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort corporelle, à laquelle il aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1019 Jésus, le Fils de Dieu, a librement souffert la mort pour nous dans une soumission totale et libre à la volonté de Dieu, son Père. Par sa mort il a vaincu la mort, ouvrant ainsi à tous les hommes la possibilité du salut.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 12 : &amp;quot; Je crois à la vie éternelle &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''1020 ''Le chrétien qui unit sa propre mort à celle de Jésus voit la mort comme une venue vers Lui et une entrée dans la vie éternelle. Lorsque l’Église a, pour la dernière fois, dit les paroles de pardon de l’absolution du Christ sur le chrétien mourant, l’a scellé pour la dernière fois d’une onction fortifiante et lui a donné le Christ dans le viatique comme nourriture pour le voyage, elle lui parle avec une douce assurance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quitte ce monde, âme chrétienne, au nom du Père Tout-Puissant qui t’a créé, au nom de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour toi, au nom du Saint-Esprit qui a été répandu en toi. Prends ta place aujourd’hui dans la paix, et fixe ta demeure avec Dieu dans la sainte Sion, avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu, avec saint Joseph, les anges et tous les saints de Dieu (...). Retourne auprès de ton Créateur qui t’a formé de la poussière du sol. Qu’à l’heure où ton âme sortira de ton corps, Marie, les anges et tous les saints se hâtent à ta rencontre (...). Que tu puisses voir ton Rédempteur face à face ... (OEx &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Commendatio animæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Le jugement particulier =====&lt;br /&gt;
''1021 ''La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ (cf. 2 Tm 1, 9-10). Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; He 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1022 ''Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Cc. Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 857-858&amp;amp;nbsp;; Cc. Florence&amp;amp;nbsp;: DS 1304-1306&amp;amp;nbsp;; Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000-1001&amp;amp;nbsp;; Jean XXII&amp;amp;nbsp;: DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour (S. Jean de la Croix, dichos 64)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Ciel =====&lt;br /&gt;
''1023 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2), face à face (cf. 1 Co 13, 12&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De notre autorité apostolique nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints (...) et de tous les autres fidèles morts après avoir reçu le saint Baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts, (...) ou encore, s’il y a eu ou qu’il y a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire, (...) avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au ciel, ont été, sont et seront au ciel, au Royaume des cieux et au Paradis céleste avec le Christ, admis dans la société des saints anges. Depuis la passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu et voient l’essence divine d’une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d’aucune créature (Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000&amp;amp;nbsp;; cf. LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1024 ''Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1025 ''Vivre au ciel c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 14, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; 1 Th 4, 17). Les élus vivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom (cf. Ap 2, 17)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la vie c’est d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;: là où est le Christ, là est la vie, là est le royaume. (S. Ambroise, Luc. 10, 121: PL 15, 1834A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1026 ''Par sa mort et sa Résurrection Jésus-Christ nous a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1027 ''Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images&amp;amp;nbsp;: vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1028 ''A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’Il est que lorsqu’il ouvre lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vision béatifique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quelle ne sera pas ta gloire et ton bonheur&amp;amp;nbsp;: être admis à voir Dieu, avoir l’honneur de participer aux joies du salut et de la lumière éternelle dans la compagnie du Christ le Seigneur ton Dieu, (...) jouir au Royaume des cieux dans la compagnie des justes et des amis de Dieu, les joies de l’immortalité acquise (S. Cyprien, ep. 56, 10, 1&amp;amp;nbsp;: PL 4, 357B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1029 ''Dans la gloire du ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par rapport aux autres hommes et à la création toute entière. Déjà ils règnent avec le Christ&amp;amp;nbsp;; avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ils régneront pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 5&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 21. 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La purification finale ou Purgatoire =====&lt;br /&gt;
''1030 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1031 ''L’Église appelle ''Purgatoire'' cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820&amp;amp;nbsp;; 1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Co 3, 15&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 7), parle d’un feu purificateur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Mt 12, 31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur (S. Grégoire le Grand, dial. 4, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1032 ''Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 M 12, 46). Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique (cf. DS 856&amp;amp;nbsp;;), afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation&amp;amp;nbsp;? N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux (S. Jean Chrysostome, hom. in 1 Cor. 41, 5&amp;amp;nbsp;: PG 61, 361C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’enfer =====&lt;br /&gt;
''1033 ''Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide&amp;amp;nbsp;; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 15). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1034 ''Jésus parle souvent de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;géhenne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;feu qui ne s’éteint pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 22. 29&amp;amp;nbsp;; 13, 42. 50&amp;amp;nbsp;; Mc 9, 43-48), réservé à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir , et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (cf. Mt 10, 28). Jésus annonce en termes graves qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (...), et les jetteront dans la fournaise ardente&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 41-42), et qu’il prononcera la condamnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1035 ''L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le feu éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 76&amp;amp;nbsp;; 409&amp;amp;nbsp;; 411&amp;amp;nbsp;; 801&amp;amp;nbsp;; 858&amp;amp;nbsp;; 1002&amp;amp;nbsp;; 1351&amp;amp;nbsp;; 1575&amp;amp;nbsp;; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1036 ''Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l’Église au sujet de l’enfer sont un ''appel à la responsabilité'' avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un ''appel pressant à la conversion''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent&amp;amp;nbsp;; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 13-14)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ignorants du jour et de l’heure, il faut que, suivant l’avertissement du Seigneur, nous restions constamment vigilants pour mériter, quand s’achèvera le cours unique de notre vie terrestre, d’être admis avec lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu, au lieu d’être, comme de mauvais et paresseux serviteurs, écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel, vers ces ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grincements de dents (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1037 ''Dieu ne prédestine personne à aller en enfer (cf. DS 397&amp;amp;nbsp;; 1567)&amp;amp;nbsp;; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 9)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voici l’offrande que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière&amp;amp;nbsp;: dans ta bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus (MR, Canon Romain 88).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Le Jugement dernier =====&lt;br /&gt;
''1038 ''La résurrection de tous les morts, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des justes et des pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 24, 15), précédera le Jugement dernier. Ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme&amp;amp;nbsp;; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 28-29). Alors le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31. 32. 46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1039 ''C’est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jn 12, 49). Le jugement dernier révélera jusque dans ses ultimes conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire durant sa vie terrestre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tout le mal que font les méchants est enregistré – et ils ne le savent pas. Le Jour où &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu ne se taira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 50, 3) (...) Il se tournera vers les mauvais&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’avais, leur dira-t-il, placé sur terre mes petits pauvres, pour vous. Moi, leur chef, je trônais dans le ciel à la droite de mon Père – mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la tête. Quand j’ai placé mes petits pauvres sur la terre, je les ai institués vos commissionnaires pour porter vos bonnes œuvres dans mon trésor&amp;amp;nbsp;: vous n’avez rien déposé dans leurs mains, c’est pourquoi vous ne possédez rien auprès de moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 18, 4, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 130-131).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1040 ''Le jugement dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le Père seul en connaît l’heure et le jour, Lui seul décide de son avènement. Par son Fils Jésus-Christ Il prononcera alors sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1041 ''Le message du Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le temps favorable, le temps du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du Royaume de Dieu. Il annonce la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bienheureuse espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 13) du retour du Seigneur qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 1, 10). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== VI. L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle =====&lt;br /&gt;
''1042 ''A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Alors l’Église sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1043 ''Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Écriture l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux nouveaux et la terre nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 21, 1). Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1044 ''Dans cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;univers nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 5), la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il essuiera toute larme de leurs yeux&amp;amp;nbsp;; de mort, il n’y en aura plus&amp;amp;nbsp;; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 4&amp;amp;nbsp;; cf. 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1045 Pour l’homme'', cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme le sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1). Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (Ap 21, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9). Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures (cf. Ap 21, 27), l’amour propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1046 Quant au cosmos'', la Révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule&amp;amp;nbsp;; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps (Rm 8, 19-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1047 ''L’univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, participant à leur glorification en Jésus-Christ ressuscité (S. Irénée, hær. 5, 32, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1048 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Nous ignorons le temps'' ''de l’achèvement'' de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la figure de ce monde déformée par le péché&amp;amp;nbsp;; mais nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1049 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller&amp;amp;nbsp;: le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 2). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1050 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car tous les fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le royaume éternel et universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 2). Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la ''vie éternelle''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La vie subsistante et vraie, c’est le Père qui, par le Fils et en l’Esprit Saint, déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 18, 29&amp;amp;nbsp;: PG 33, 1049).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1051 Chaque homme dans son âme immortelle reçoit sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier par le Christ, juge des vivants et des morts.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1052 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ (...) sont le Peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leurs corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 28).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1053 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au Paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 29).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1054 Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1055 En vertu de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Église recommande les défunts à la miséricorde de Dieu et offre en leur faveur des suffrages, en particulier le saint sacrifice eucharistique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1056 Suivant l’exemple du Christ, l’Église avertit les fidèles de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;triste et lamentable réalité de la mort éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 69), appelée aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1057 La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1058 L’Église prie pour que personne ne se perde&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur, ne permets pas que je sois jamais séparé de toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. S’il est vrai que personne ne peut se sauver lui-même, il est vrai aussi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous soient sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4) et que pour Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est possible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 26).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1059 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La très sainte Église romaine croit et confesse fermement qu’au jour du Jugement tous les hommes comparaîtront avec leur propre corps devant le tribunal du Christ pour rendre compte de leurs propres actes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 859&amp;amp;nbsp;; cf. DS 1549).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1060 A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude''. ''Alors les justes régneront avec le Christ pour toujours, glorifiés en corps et en âme, et l’univers matériel lui-même sera transformé. Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la vie éternelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== &amp;quot; Amen &amp;quot; ====&lt;br /&gt;
''1061 ''Le Credo, comme aussi le dernier livre de l’Écriture Sainte (cf. Ap 22, 21), se termine avec le mot hébreu ''Amen. ''On le trouve fréquemment à la fin des prières du Nouveau Testament. De même, l’Église termine ses prières par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1062 ''En hébreux, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se rattache à la même racine que le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette racine exprime la solidité, la fiabilité, la fidélité. Ainsi on comprend pourquoi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut être dit de la fidélité de Dieu envers nous et de notre confiance en Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1063 ''Dans le prophète Isaïe on trouve l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le Dieu fidèle à ses promesses&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quiconque voudra être béni sur terre voudra être béni par le Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 65, 16). Notre Seigneur emploie souvent le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 6, 2. 5. 16), parfois sous forme redoublée (cf. Jn 5, 19), pour souligner la fiabilité de son enseignement, son Autorité fondée sur la Vérité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1064 ''L’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; final du Credo reprend et confirme donc ses deux premiers mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Croire, c’est dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux paroles, aux promesses, aux commandements de Dieu, c’est se fier totalement en Celui qui est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; d’infini amour et de parfaite fidélité. La vie chrétienne de chaque jour sera alors l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Profession de foi de notre Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que ton Symbole soit pour toi comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi (S. Augustin, serm. 58, 11, 13&amp;amp;nbsp;: PL 38, 399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1065 ''Jésus-Christ lui-même est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 14). Il est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; définitif de l’amour du Père pour nous&amp;amp;nbsp;; il assume et achève notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur ‘oui’ en lui&amp;amp;nbsp;; aussi bien est-ce par lui que nous disons notre ‘Amen’ à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 1, 20)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par Lui, avec Lui et en Lui,&amp;lt;br/&amp;gt; à toi, Dieu le Père Tout-Puissant,&amp;lt;br/&amp;gt; dans l’unité du Saint-Esprit,&amp;lt;br/&amp;gt; tout honneur et toute gloire,&amp;lt;br/&amp;gt; pour les siècles des siècles.&amp;lt;br/&amp;gt; AMEN.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
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		<title>Catéchisme de l'Eglise Catholique : Première Partie</title>
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				<updated>2011-03-29T08:35:00Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « == Liste des sigles == AA Apostolicam actuositatemAG Ad gentesAHMA Analecta hymnica Medii AeviBen De BenedictionibusCA Centesimus annusCatech. R. Catechismus RomanusCCEO Corp... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Liste des sigles ==&lt;br /&gt;
AA Apostolicam actuositatemAG Ad gentesAHMA Analecta hymnica Medii AeviBen De BenedictionibusCA Centesimus annusCatech. R. Catechismus RomanusCCEO Corpus Canonum Ecclesiarum OrientaliumCD Christus DominusCDF Congrégation pour la doctrine de la foiCJC Codex Iuris CanoniciCL Christifideles laiciCOD Conciliorum oecumenicorum decretaCT Catechesi tradendaeDCG Directorium Catecheticum GeneraleDeV Dominum et VivificantemDH Dignitatis humanaeDM Dives in misericordiaDS Denzinger-Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morumDV Dei VerbumEN Evangelii nuntiandiFC Familiaris consortioGB Gravissimum educationisGS Gaudium et spesHV Humanae vitaeIGLH Introductio generalis LHIGMR Institutio generalis MRIM Inter mirificaLE Laborem exercensLG Lumen gentiumLH Liturgia HorarumMC Marialis cultusMD Mulieris dignitatemMF Mysterium fideiMM Mater et magistraMR Missale RomanumNA Nostra aetateOBA Ordo baptismi adultorumOBP Ordo baptismi parvulorumOCf Ordo confirmationisOcM Ordo celebrandi MatrimoniumOCV Ordo consecrationis virginumOE Orientalium ecclesiarumOEx Ordo exsequiarumoff. lect. office des lecturesOICA Ordo initiationis christianae adultorumOP Ordo poenitentiaeOT Optatam totiusPC Perfectae caritatisPO Presbyterorum OrdinisPP Populorum progressioPT Pacem in terrisRH Redemptor hominisRM Redemptoris MaterRP Reconciliatio et poenitentiaSC Sacrosanctum conciliumSPF Credo du Peuple de Dieu: profession de foi solennelleSRS Sollicitudo rei socialisUR Unitatis redintegratio&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Prologue ==&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, (...) la vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul véritable Dieu, et Ton envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu notre Sauveur (...) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 3-4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12) que le nom de JÉSUS.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I. La vie de l’homme – connaître et aimer Dieu ===&lt;br /&gt;
''1 ''Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux en Lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l’homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C’est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, Il se fait proche de l’homme. Il l’appelle, l’aide à Le chercher, à Le connaître et à L’aimer de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes que le péché a dispersés dans l’unité de sa famille, l’Église. Pour ce faire, Il a envoyé son Fils comme Rédempteur et Sauveur lorsque les temps furent accomplis. En Lui et par Lui, Il appelle les hommes à devenir, dans l’Esprit Saint, ses enfants d’adoption, et donc les héritiers de sa vie bienheureuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''2 ''Pour que cet appel retentisse par toute la terre, le Christ a envoyé les apôtres qu’Il avait choisis en leur donnant mandat d’annoncer l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20). Forts de cette mission, les apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''3 ''Ceux qui à l’aide de Dieu ont accueilli l’appel du Christ et y ont librement répondu, ont été à leur tour pressés par l’amour du Christ d’annoncer partout dans le monde la Bonne Nouvelle. Ce trésor reçu des apôtres a été gardé fidèlement par leurs successeurs. Tous les fidèles du Christ sont appelés à le transmettre de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière (cf. Ac 2, 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== II. Transmettre la foi – la catéchèse ===&lt;br /&gt;
''4 ''Très tôt on a appelé ''catéchèse'' l’ensemble des efforts entrepris dans l’Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ (cf. CT 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''5 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est une ''éducation de la foi'' des enfants, des jeunes et des adultes, qui comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné en général de façon organique et systématique, en vue d’initier à la plénitude de la vie chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''6 ''Sans se confondre avec eux, la catéchèse s’articule sur un certain nombre d’éléments de la mission pastorale de l’Église, qui ont un aspect catéchétique, qui préparent la catéchèse ou qui en découlent&amp;amp;nbsp;: première annonce de l’Évangile ou prédication missionnaire pour susciter la foi&amp;amp;nbsp;; recherche des raisons de croire&amp;amp;nbsp;; expérience de vie chrétienne&amp;amp;nbsp;; célébration des sacrements&amp;amp;nbsp;; intégration dans la communauté ecclésiale&amp;amp;nbsp;; témoignage apostolique et missionnaire (cf. CT 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''7 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La catéchèse est liée intimement à toute la vie de l’Église. Non seulement l’extension géographique et l’augmentation numérique mais aussi, et davantage encore, la croissance intérieure de l’Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d’elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''8 ''Les périodes de renouveau de l’Église sont aussi des temps forts de la catéchèse. Ainsi voit-on à la grande époque des Pères de l’Église de saints évêques y consacrer une part importante de leur ministère. Tels sont S. Cyrille de Jérusalem et S. Jean Chrysostome, S. Ambroise et S. Augustin, et bien d’autres Pères dont les œuvres catéchétiques demeurent des modèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''9 ''Le ministère de la catéchèse puise des énergies toujours nouvelles dans les Conciles. Le Concile de Trente constitue à cet égard un exemple à souligner&amp;amp;nbsp;: il a donné à la catéchèse une priorité dans ses constitutions et ses décrets&amp;amp;nbsp;; il est à l’origine du Catéchisme Romain qui porte aussi son nom et constitue une œuvre de premier ordre comme abrégé de la doctrine chrétienne&amp;amp;nbsp;; il a suscité dans l’Église une organisation remarquable de la catéchèse&amp;amp;nbsp;; il a entraîné, grâce à de saints évêques et théologiens tels S. Pierre Canisius, S. Charles Borromée, S. Toribio de Mogrovejo, S. Robert Bellarmin, la publication de nombreux catéchismes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''10 ''Il n’est pas étonnant, dès lors, que, dans le mouvement à la suite du deuxième Concile du Vatican (considéré par le Pape Paul VI comme le grand catéchisme des temps modernes), la catéchèse de l’Église ait de nouveau attiré l’attention. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Directoire général de la Catéchèse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de 1971, les sessions du Synode des évêques consacrées à l’évangélisation (1974) et à la catéchèse (1977), les exhortations apostoliques qui leur correspondent, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Evangelii nuntiandi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1975) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catechesi tradendæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1979), en témoignent. La session extraordinaire du Synode des évêques de 1985 demanda &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que soit rédigé un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rapport final II B a 4). Le Saint-Père, Jean Paul II, a fait sien ce vœu émis par le Synode des évêques en reconnaissant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce désir répond tout à fait à un vrai besoin de l’Église universelle et des Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Discours 7 décembre 1985). Il mit tout en œuvre pour la réalisation de ce vœu des pères du Synode.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== III. Le but et les destinataires de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''11 ''Ce Catéchisme a pour but de présenter un exposé organique et synthétique des contenus essentiels et fondamentaux de la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale, à la lumière du Concile Vatican II et de l’ensemble de la Tradition de l’Église. Ses sources principales sont l’Écriture Sainte, les saints Pères, la liturgie et le Magistère de l’Église. Il est destiné à servir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme un point de référence pour les catéchismes ou ''compendia'' qui sont composés dans les divers pays&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Synode des Évêques 1985, rapport final II B a 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''12 ''Ce Catéchisme est destiné principalement aux responsables de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: en premier lieu aux évêques, en tant que docteurs de la foi et pasteurs de l’Église. Il leur est offert comme instrument dans l’accomplissement de leur charge d’enseigner le Peuple de Dieu. A travers les évêques, il s’adresse aux rédacteurs de catéchismes, aux prêtres et aux catéchistes. Il sera aussi d’utile lecture pour tous les autres fidèles chrétiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== IV. La structure de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''13 ''Le plan de ce Catéchisme s’inspire de la grande tradition des catéchismes qui articulent la catéchèse autour de quatre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;piliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la profession de la foi baptismale (''le Symbole''), les sacrements de la foi, la vie de la foi (''les Commandements''), la prière du croyant (''le Notre Père'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Première partie : La profession de la foi ====&lt;br /&gt;
''14 ''Ceux qui par la foi et le Baptême appartiennent au Christ doivent confesser leur foi baptismale devant les hommes (cf. Mt 10, 32&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 9). Pour cela, le Catéchisme expose d’abord en quoi consiste la Révélation par laquelle Dieu s’adresse et se donne à l’homme, et la foi, par laquelle l’homme répond à Dieu (''première section''). Le symbole de la foi résume les dons que Dieu fait à l’homme comme Auteur de tout bien, comme Rédempteur, comme Sanctificateur et les articule autour des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;trois chapitres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Baptême – la foi en un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: le Père Tout-puissant, le Créateur&amp;amp;nbsp;; et Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur et Sauveur&amp;amp;nbsp;; et l’Esprit Saint, dans la Sainte Église (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième partie : Les sacrements de la foi ====&lt;br /&gt;
''15 ''La deuxième partie du Catéchisme expose comment le salut de Dieu, réalisé une fois pour toutes par le Christ Jésus et par l’Esprit Saint, est rendu présent dans les actions sacrées de la liturgie de l’Église (''première section''), particulièrement dans les sept sacrements (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième partie : La vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''16 ''La troisième partie du Catéchisme présente la fin ultime de l’homme, créé à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;: la béatitude, et les chemins pour y parvenir&amp;amp;nbsp;: par un agir droit et libre, avec l’aide de la loi et de la grâce de Dieu (''première section'')&amp;amp;nbsp;; par un agir qui réalise le double commandement de la charité, déployé dans les dix Commandements de Dieu (''deuxième section'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Quatrième partie : La prière dans la vie de la foi ====&lt;br /&gt;
''17 ''La dernière partie du Catéchisme traite du sens et de l’importance de la prière dans la vie des croyants (''première section''). Elle s’achève sur un bref commentaire des sept demandes de la prière du Seigneur (''deuxième section''). En elles, en effet, nous trouvons la somme des biens que nous devons espérer et que notre Père céleste veut nous accorder.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== V. Indications pratiques pour l’usage de ce Catéchisme ===&lt;br /&gt;
''18 ''Ce Catéchisme est conçu comme un ''exposé organique'' de toute la foi catholique. Il faut donc le lire comme une unité. De nombreux renvois en marge du texte (numéros en italique se référant à d’autres paragraphes traitant du même sujet) et l’index thématique à la fin du volume permettent de voir chaque thème dans son lien avec l’ensemble de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''19 ''Souvent, les textes de l’Écriture Sainte ne sont pas cités littéralement mais avec la seule indication de leur référence (par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''cf'''.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) en note. Pour une intelligence approfondie de tels passages il convient de se reporter aux textes eux-mêmes. Ces références bibliques sont un instrument de travail pour la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''20 ''L’emploi des '''petits caractères''' pour certains passages indique qu’il s’agit de remarques de type historique, apologétique ou d’exposés doctrinaux complémentaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''21 '''''Les citations''', en petits caractères, de sources patristiques, liturgiques, magistérielles ou hagiographiques sont destinées à enrichir l’exposé doctrinal. Souvent ces textes ont été choisis en vue d’un usage directement catéchétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
22 A la fin de chaque unité thématique, une série de textes brefs résument en des formules ramassées l’essentiel de l’enseignement. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''En bref'''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ont pour but de donner des suggestions à la catéchèse locale pour des formules synthétiques et mémorisables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== VI. Les adaptations nécessaires ===&lt;br /&gt;
''23 ''L’accent de ce Catéchisme porte sur l’exposé doctrinal. En effet, il veut aider à approfondir la connaissance de la foi. Par là même il est orienté vers la maturation de cette foi, son enracinement dans la vie et son rayonnement dans le témoignage (cf. CT 20-22&amp;amp;nbsp;; 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''24 ''Par sa finalité même, ce Catéchisme ne se propose pas de réaliser les adaptations de l’exposé et des méthodes catéchétiques exigées par les différences de cultures, d’âges, de maturité spirituelle, de situations sociales et ecclésiales de ceux à qui s’adresse la catéchèse. Ces adaptations indispensables relèvent des catéchismes appropriés, et plus encore de ceux qui instruisent les fidèles&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui enseigne doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se faire tout à tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 9, 22), pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. (...) Surtout qu’il ne s’imagine pas qu’une seule sorte d’âmes lui soit confiée, et que par conséquent il lui est loisible d’enseigner et de former également tous les fidèles à la vraie piété, avec une seule et même méthode et toujours la même&amp;amp;nbsp;! Qu’il sache bien que les uns sont en Jésus-Christ comme des enfants nouvellement nés, d’autres comme des adolescents, quelques-uns enfin, comme en possession de toutes leurs forces. (...) Ceux qui sont appelés au ministère de la prédication doivent, en transmettant l’enseignement des mystères, de la foi et des règles des mœurs, proportionner leurs paroles à l’esprit et à l’intelligence de leurs auditeurs (Catech. R. préface 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Par dessus tout – la Charité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''25 ''Pour conclure cette présentation, il est opportun de rappeler ce principe pastoral qu’énonce le Catéchisme Romain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Toute la finalité de la doctrine et de l’enseignement doit être placée dans l’amour qui ne finit pas. Car on peut bien exposer ce qu’il faut croire, espérer ou faire&amp;amp;nbsp;; mais surtout on doit toujours faire apparaître l’Amour de Notre Seigneur afin que chacun comprenne que tout acte de vertu parfaitement chrétien n’a pas d’autre origine que l’Amour et pas d’autre terme que l’Amour (Catech. R. préface 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première Partie : La profession de la foi ==&lt;br /&gt;
=== Première section : &amp;quot; JE crois &amp;quot; – &amp;quot; Nous croyons &amp;quot; ===&lt;br /&gt;
''26 ''Lorsque nous professons notre foi, nous commençons par dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Avant d’exposer la foi de l’Église telle qu’elle est confessée dans le Credo, célébrée dans la liturgie, vécue dans la pratique des Commandements et dans la prière, demandons-nous donc ce que signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La foi est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui, en apportant en même temps une lumière surabondante à l’homme en quête du sens ultime de sa vie. Nous considérons dès lors d’abord cette quête de l’homme (''chapitre premier''), ensuite la Révélation divine, par laquelle Dieu vient au devant de l’homme (''chapitre deuxième''), enfin la réponse de la foi (''chapitre troisième'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : L’homme est &amp;quot; capable &amp;quot; de Dieu ====&lt;br /&gt;
===== I. Le désir de Dieu =====&lt;br /&gt;
''27 ''Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu&amp;amp;nbsp;; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l’être&amp;amp;nbsp;; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet Amour et s’abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''28 ''De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si universelles que l’on peut appeler l’homme ''un être religieux''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d’un seul&amp;amp;nbsp;; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver&amp;amp;nbsp;; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''29 ''Mais ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21)&amp;amp;nbsp;: la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''30 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 105, 3). Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un cœur droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu es grand, Seigneur, et louable hautement&amp;amp;nbsp;: grand est ton pouvoir et ta sagesse n’a point de mesure. Et l’homme, petite partie de ta création, prétend Te louer, précisément l’homme qui, revêtu de sa condition mortelle, porte en lui le témoignage de son péché et le témoignage que Tu résistes aux superbes. Malgré tout, l’homme, petite partie de ta création, veut Te louer. Toi-même Tu l’y incites, en faisant qu’il trouve ses délices dans ta louange, parce que Tu nous a fait pour Toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi (S. Augustin, conf. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les voies d’accès à la connaissance de Dieu =====&lt;br /&gt;
''31 ''Créé à l’image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l’homme qui cherche Dieu découvre certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;preuves de l’existence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;arguments convergents et convaincants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour approcher Dieu ont pour point de départ la création&amp;amp;nbsp;: le monde matériel et la personne humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''32 ''Le ''monde''&amp;amp;nbsp;: A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l’ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l’univers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Paul affirme au sujet des païens&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste&amp;amp;nbsp;: Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 19-20&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 14, 15. 17&amp;amp;nbsp;; 17, 27-28&amp;amp;nbsp;; Sg 13, 1-9).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Augustin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent&amp;amp;nbsp;: Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (''confessio''). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (''Pulcher''), non sujet au changement&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Serm. 241, 2&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1134).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''33 ''L’''homme''&amp;amp;nbsp;: avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur, l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Germe d’éternité qu’il porte en lui-même, irréductible à la seule matière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18, § 1&amp;amp;nbsp;; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''34 ''Le monde et l’homme attestent qu’ils n’ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l’Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voies&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’homme peut accéder à la connaissance de l’existence d’une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et que tous appellent Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 2, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''35 ''Les facultés de l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel. Mais pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La connaissance de Dieu selon l’Église =====&lt;br /&gt;
''36 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3004&amp;amp;nbsp;; cf. 3026&amp;amp;nbsp;; DV 6). Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L’homme a cette capacité parce qu’il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''37 ''Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l’homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien que la raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d’un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d’une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d’user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent absolument l’ordre des choses sensibles, et lorsqu’elles doivent se traduire en action et informer la vie, elles demandent qu’on se donne et qu’on se renonce. L’esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l’imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu’en de telles matières les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l’incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu’elles soient vraies (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani Generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3875).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''38 ''C’est pourquoi l’homme a besoin d’être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce qui dépasse son entendement, mais aussi sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu’elles puissent être, dans l’état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''ibid''., DS 3876&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; DV 6&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment parler de Dieu ? =====&lt;br /&gt;
''39 ''En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''40 ''Puisque notre connaissance de Dieu est limitée, notre langage sur Dieu l’est également. Nous ne pouvons nommer Dieu qu’à partir des créatures, et selon notre mode humain limité de connaître et de penser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''41 ''Les créatures portent toutes une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Les multiples perfections des créatures (leur vérité, leur bonté, leur beauté) reflètent donc la perfection infinie de Dieu. Dès lors, nous pouvons nommer Dieu à partir des perfections de ses créatures, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 13, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''42 ''Dieu transcende toute créature. Il faut donc sans cesse purifier notre langage de ce qu’il a de limité, d’imagé, d’imparfait pour ne pas confondre le Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore) avec nos représentations humaines. Nos paroles humaines restent toujours en deçà du mystère de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''43 ''En parlant ainsi de Dieu, notre langage s’exprime, certes, de façon humaine, mais il atteint réellement Dieu lui-même, sans pourtant pouvoir l’exprimer dans son infinie simplicité. En effet, il faut se rappeler qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;entre le Créateur et la créature on ne peut marquer tellement de ressemblance que la dissemblance entre eux ne soit pas plus grande encore&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 806), et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous ne pouvons saisir de Dieu ce qu’Il est, mais seulement ce qu’Il n’est pas, et comment les autres êtres se situent par rapport à Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. gent. 1, 30)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== En bref =====&lt;br /&gt;
44 L’homme est par nature et par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l’homme ne vit une vie pleinement humaine que s’il vit librement son lien avec Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
45 L’homme est fait pour vivre en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand tout entier je serai en Toi, il n’y aura plus jamais de chagrin et d’épreuve&amp;amp;nbsp;; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, conf. 10, 28, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
46 Quand il écoute le message des créatures et la voix de sa conscience, l’homme peut atteindre la certitude de l’existence de Dieu, cause et fin de tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
47 L’Église enseigne que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, peut être connu avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière naturelle de la raison humaine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3026).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
48 Nous pouvons réellement nommer Dieu en partant des multiples perfections des créatures, similitudes du Dieu infiniment parfait, même si notre langage limité n’en épuise pas le mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
49 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36). Voilà pourquoi les croyants se savent pressés par l’amour du Christ d’apporter la lumière du Dieu vivant à ceux qui l’ignorent ou le refusent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre deuxième : Dieu à la rencontre de l’homme ====&lt;br /&gt;
''50 ''Par la raison naturelle, l’homme peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses œuvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l’homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l’homme. Il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant qu’Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur de tous les hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : La Révélation de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Dieu révèle son &amp;quot; dessein bienveillant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''51 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''52 ''Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite une lumière inaccessible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 6, 16) veut communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs (cf. Ep 1, 4-5). En se révélant Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L’aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d’eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''53 ''Le dessein divin de la Révélation se réalise à la fois &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par des actions et par des paroles, intimement liées entre elles et s’éclairant mutuellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). Il comporte une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; particulière&amp;amp;nbsp;: Dieu se communique graduellement à l’homme, Il le prépare par étapes à accueillir la Révélation surnaturelle qu’Il fait de lui-même et qui va culminer dans la Personne et la mission du Verbe incarné, Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* S. Irénée de Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l’image de l’accoutumance mutuelle entre Dieu et l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe de Dieu a habité dans l’homme et s’est fait Fils de l’homme pour accoutumer l’homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l’homme, selon le bon plaisir du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 20, 2&amp;amp;nbsp;; cf. par exemple 3, 17, 1&amp;amp;nbsp;; 4, 12, 4&amp;amp;nbsp;; 4, 21, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les étapes de la Révélation =====&lt;br /&gt;
'''Dès l’origine, Dieu se fait connaître'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''54 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui a créé et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même&amp;amp;nbsp;; voulant de plus ouvrir la voie d’un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès l’origine, à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3) Il les a invités à une communion intime avec Lui-même en les revêtant d’une grâce et d’une justice resplendissantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''55 ''Cette Révélation n’a pas été interrompue par le péché de nos premiers parents. Dieu, en effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en les faisant espérer le salut&amp;amp;nbsp;; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 3). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort. (...) Tu as multiplié les alliances avec eux (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’alliance avec Noé'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''56 ''Une fois l’unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu cherche tout d’abord à sauver l’humanité en passant par chacune de ses parties. L’alliance avec Noé d’après le déluge (cf. Gn 9, 9) exprime le principe de l’Économie divine envers les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire envers les hommes regroupés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 10, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 20-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''57 ''Cet ordre à la fois cosmique, social et religieux de la pluralité des nations (cf. Ac 17, 26-27) est destiné à limiter l’orgueil d’une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité (cf. Sg 10, 5), voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel (cf. Gn 11, 4-6). Mais, à cause du péché (cf. Rm 1, 18-25), le polythéisme ainsi que l’idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans cesse d’une perversion païenne cette économie provisoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''58 ''L’alliance avec Noé est en vigueur tant que dure le temps des nations (cf. Lc 21, 24), jusqu’à la proclamation universelle de l’Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tels qu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abel le juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le roi-prêtre Melchisédech (cf. Gn 14, 18), figure du Christ (cf. He 7, 3) ou les justes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Noé, Daniel et Job&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ez 14, 14). Ainsi, l’Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l’alliance de Noé dans l’attente que le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rassemble dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 52) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu élit Abraham'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''59 ''Pour rassembler l’humanité dispersée, Dieu élit Abram en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hors de son pays, de sa parenté et de sa maison&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 1), pour faire de lui Abraham, c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père d’une multitude de nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 17, 5)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toi seront bénies toutes les nations de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 12, 3 LXX&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''60 ''Le peuple issu d’Abraham sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de l’élection (cf. Rm 11, 28), appelé à préparer le rassemblement, un jour, de tous les enfants de Dieu dans l’unité de l’Église (cf. Jn 11, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 16)&amp;amp;nbsp;; il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus croyants (cf. Rm 11, 17-18. 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''61 ''Les patriarches et les prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu forme son peuple Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''62 ''Après les patriarches, Dieu forma Israël comme son peuple en le sauvant de l’esclavage de l’Égypte. Il conclut avec lui l’Alliance du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa Loi, pour qu’il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis (cf. DV 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''63 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Israël est le Peuple sacerdotal de Dieu (cf. Ex 19, 6), celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porte le nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 28, 10). C’est le peuple de ceux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI), le peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères aînés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la foi d’Abraham (cf. Jean-Paul II, allocution dans la synagogue de Rome [13 avril 1986], 4).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''64 ''Par les prophètes, Dieu forme son peuple dans l’espérance du salut, dans l’attente d’une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2, 2-4), et qui sera inscrite dans les cœurs (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; He 10, 16). Les prophètes annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui incluera toutes les nations (cf. Is 49, 5-6&amp;amp;nbsp;; 53, 11). Ce seront surtout les pauvres et les humbles du Seigneur (cf. So 2, 3) qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l’espérance du salut d’Israël. La figure la plus pure en est Marie (cf. Lc 1, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III Le Christ Jésus &amp;quot; Médiateur et Plénitude de toute la Révélation &amp;quot; (DV 2) =====&lt;br /&gt;
'''Dieu a tout dit en son Verbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''65 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 1-2). Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là. S. Jean de la Croix, après tant d’autres, l’exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire&amp;amp;nbsp;; car ce qu’Il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté (Carm. 2, 22, 3-5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Il n’y aura plus d’autre Révélation'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''66 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 4). Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée&amp;amp;nbsp;; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''67 ''Au fil des siècles il y a eu des révélations dites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;améliorer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;compléter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foi chrétienne ne peut pas accepter des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement. C’est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;révélations&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''68 Par amour, Dieu s’est révélé et s’est donné à l’homme. Il apporte ainsi une réponse définitive et surabondante aux questions que l’homme se pose sur le sens et le but de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''69 Dieu s’est révélé à l’homme en lui communiquant'' ''graduellement son propre mystère par des actions et par des paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''70 Au delà du témoignage que Dieu donne de Lui-même dans les choses créées, Il s’est manifesté Lui-même à nos premiers parents. Il leur a parlé et, après la chute, leur a promis le salut (cf. Gn 3, 15) et leur a offert son alliance.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''71 Dieu conclut avec Noé une alliance éternelle entre Lui et tous les êtres vivants (cf. Gn 9, 16). Elle durera tant que dure le monde.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''72 Dieu a élu Abraham et a conclu une alliance avec lui et sa descendance. Il en a formé son peuple auquel il a révélé sa loi par Moïse. Il l’a préparé par les prophètes à accueillir le salut destiné à toute l’humanité. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''73 Dieu s’est révélé pleinement en envoyant son propre Fils en qui Il a établi son Alliance pour toujours. Celui-ci est la Parole définitive du Père, de sorte qu’il n’y aura plus d’autre Révélation après Lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : La transmission de la Révélation divine =====&lt;br /&gt;
''74 ''Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4), c’est-à-dire du Christ Jésus (cf. Jn 14, 6). Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu’ainsi la Révélation parvienne jusqu’aux extrémités du monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu’elle demeurât toujours en son intégrité et qu’elle fût transmise à toutes les générations (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La Tradition apostolique =====&lt;br /&gt;
''75 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur en qui s’achève toute la Révélation du Dieu très haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédication apostolique...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''76 ''La transmission de l’Évangile, selon l’ordre du Seigneur, s’est faite de deux manières&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Oralement ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par écrit'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... continuée dans la succession apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''77 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils ‘transmirent leur propre charge d’enseignement’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 7). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''78 ''Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l’Église qui croit et qui prie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''79 ''Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le rapport entre la Tradition et l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
'''Une source commune...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''80 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elles sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux jaillissent d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9). L’une et l’autre rendent présent et fécond dans l’Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer avec les siens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... deux modes distincts de transmission'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''81 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''La Sainte Écriture'' est la parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit.&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ''la sainte Tradition'', elle porte la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''82 ''Il en résulte que l’Église à laquelle est confiée la transmission et l’interprétation de la Révélation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C’est pourquoi l’une et l’autre doivent être reçues et vénérées avec égal sentiment d’amour et de respect&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tradition apostolique et traditions ecclésiales'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''83 ''La Tradition dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l’enseignement et de l’exemple de Jésus et ce qu’ils ont appris par l’Esprit Saint. En effet, la première génération de chrétiens n’avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut en distinguer les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. Elles constituent des formes particulières sous lesquelles la grande Tradition reçoit des expressions adaptées aux divers lieux et aux diverses époques. C’est à sa lumière que celles-ci peuvent être maintenues, modifiées ou aussi abandonnées sous la conduite du Magistère de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’interprétation de l’héritage de la foi =====&lt;br /&gt;
'''L’héritage de la foi confié à la totalité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''84 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’héritage sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Tm 6, 20&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 1, 12-14) de la foi (''depositum fidei''), contenu dans la Sainte Tradition et dans l’Écriture Sainte a été confié par les apôtres à l’ensemble de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En s’attachant à lui le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, une singulière unité d’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Magistère de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''85 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10), c’est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l’évêque de Rome.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''86 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourtant, ce Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n’enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''87 ''Les fidèles, se souvenant de la parole du Christ à ses apôtres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous écoute, m’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 10, 16&amp;amp;nbsp;; cf. LG 20), reçoivent avec docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous différentes formes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les dogmes de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''88 ''Le Magistère de l’Église engage pleinement l’autorité reçue du Christ quand il définit des dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou bien quand il propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''89 ''Il existe un lien organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi (cf. Jn 8, 31-32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''90 ''Les liens mutuels et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l’ensemble de la Révélation du mystère du Christ (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3016&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nexus mysteriorum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; LG 25). Il faut, en effet, se rappeler que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la diversité de leurs rapports avec les fondements de la foi chrétienne marque un ordre ou une ‘hiérarchie’ des vérités de la doctrine catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens surnaturel de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''91 ''Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l’onction de l’Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20. 27) et les conduit vers la vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''92 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’ensemble des fidèles (...) ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, ‘des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs’, il apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''93 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du Magistère sacré, (...) le Peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en œuvre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La croissance dans l’intelligence de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''94 ''Grâce à l’assistance du Saint-Esprit, l’intelligence tant des réalités que des paroles de l’héritage de la foi peut croître dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; c’est en particulier &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 62, § 7&amp;amp;nbsp;; cf. 44, § 2&amp;amp;nbsp;; DV 23&amp;amp;nbsp;; 24&amp;amp;nbsp;; UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire le Grand, hom. Ez. 1, 7, 8&amp;amp;nbsp;: PL 76, 843D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''95 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu’aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l’action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
96 Ce que le Christ a confié aux apôtres, ceux-ci l’ont transmis par leur prédication et par écrit, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, à toutes les générations, jusqu’au retour glorieux du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
97 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) en lequel, comme dans un miroir, l’Église pérégrinante contemple Dieu, source de toutes ses richesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
98 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans sa doctrine, sa vie et son culte, l’Église perpétue et transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
99 Grâce à son sens surnaturel de la foi, le Peuple de Dieu tout entier ne cesse d’accueillir le don de la Révélation divine, de le pénétrer plus profondément et d’en vivre plus pleinement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
100 La charge d’interpréter authentiquement la Parole de Dieu a été confiée au seul Magistère de l’Église, au Pape et aux évêques en communion avec lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : La Sainte ÉCRITURE =====&lt;br /&gt;
===== I. Le Christ – Parole unique de l’Écriture Sainte =====&lt;br /&gt;
''101 ''Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''102 ''A travers toutes les paroles de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Rappelez-vous que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n’y a pas besoin de syllabes parce qu’il n’y est pas soumis au temps (S. Augustin, Psal. 103, 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 37, 1378).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''103 ''Pour cette raison, l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ (cf. DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''104 ''Dans l’Écriture Sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24), car en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement&amp;amp;nbsp;: la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Inspiration et vérité de la Sainte Écriture =====&lt;br /&gt;
''105 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''106 Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''107 Les livres inspirés enseignent la vérité. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''108 ''Cependant, la foi chrétienne n’est pas une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;religion du Livre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le christianisme est la religion de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Bernard, hom. miss. 4, 11&amp;amp;nbsp;: ''Opera,''&amp;lt;nowiki&amp;gt; ed. J. Leclercq-H. Rochais, v. 4 [Romae 1966] p. 57). Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 45).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit Saint, interprète de l’Écriture =====&lt;br /&gt;
''109 ''Dans l’Écriture Sainte, Dieu parle à l’homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l’Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''110 ''Pour découvrir ''l’intention des auteurs sacrés'', il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;genres littéraires&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''111 ''Mais puisque l’Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l’interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l’Écriture demeurerait lettre morte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Concile Vatican II indique ''trois critères'' pour une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée (cf. DV 12, § 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''112 ''1.&amp;amp;nbsp;''Porter une grande attention &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au contenu et à l’unité de toute l’Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24, 25-27. 44-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le cœur (cf. Ps 22, 15) du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le cœur du Christ. Ce cœur était fermé avant la passion car l’Écriture était obscure. Mais l’Écriture a été ouverte après la passion, car ceux qui désormais en ont l’intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (cf. S. Thomas d’A., Psal. 21, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''113 ''2.&amp;amp;nbsp;''Lire ensuite l’Écriture dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tradition vivante de toute l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''. Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cœur de l’Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, l’Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c’est l’Esprit Saint qui lui donne l’interprétation spirituelle de l’Écriture (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;... selon le sens spirituel dont l’Esprit gratifie l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Origène, hom. in Lev. 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''114 ''3.&amp;amp;nbsp;''Être attentif &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'' (cf. Rm 12, 6). Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;analogie de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sens de l’Écriture'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''115 ''Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux ''sens'' de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''116 ''Le ''sens littéral. ''C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 10, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''117 ''Le ''sens spirituel. ''Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Le sens ''allégorique. ''Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ&amp;amp;nbsp;; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le sens ''moral''. Les événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre instruction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 10, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 3 – 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le sens ''anagogique''. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec&amp;amp;nbsp;: ''anagoge'') vers notre Patrie. Ainsi, l’Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 – 22, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;118 Un distique médiéval résume la signification des quatre sens&amp;amp;nbsp;: Le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire, le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie vers quoi il faut tendre (Augustin de Dace, Rotulus pugillaris, I&amp;amp;nbsp;: ed. A. Walz, Angelicum 6 [1929] 256).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''119 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l’interpréter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 12, 3)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne croirais pas à l’Evangile, si l’autorité de l’Eglise catholique ne m’y poussait (S. Augustin, fund. 5, 6&amp;amp;nbsp;: PL 42, 176).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le Canon des Écritures =====&lt;br /&gt;
''120 ''C’est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l’Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres Saints (cf. DV 8, 3). Cette liste intégrale est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Canon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des Écritures. Elle comporte pour l’Ancien Testament 46 (45, si l’on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau (cf. DS 179&amp;amp;nbsp;; 1334-1336&amp;amp;nbsp;; 1501-1504)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, Esdras et Néhémie, Tobie, Judith, Esther, les deux livres des Maccabées, Job, les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie, les Lamentations, Baruch, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Agée, Zacharie, Malachie pour l’Ancien Testament&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, les Actes des Apôtres, les Épîtres de S. Paul aux Romains, la première et la deuxième aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, la première et la deuxième aux Thessaloniciens, la première et la deuxième à Timothée, à Tite, à Philémon, l’Épître aux Hébreux, l’Épître de Jacques, la première et la deuxième de Pierre, les trois Épîtres de Jean, l’Épître de Jude et l’Apocalypse pour le Nouveau Testament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Ancien Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''121 ''L’Ancien Testament est une partie inamissible de l’Écriture Sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente (cf. DV 14) car l’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''122 ''En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Économie de l’Ancien Testament avait pour principale raison d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du provisoire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, les livres de l’Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l’amour salvifique de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d’admirables trésors de prière&amp;amp;nbsp;; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''123 ''Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L’Église a toujours vigoureusement repoussé l’idée de rejeter l’Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l’aurait rendu caduc (Marcionisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''124 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Parole de Dieu qui est une force divine pour le salut de tout croyant, se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 17). Ces écrits nous livrent la vérité définitive de la Révélation divine. Leur objet central est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l’action de l’Esprit Saint (cf. DV 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''125 ''Les ''Évangiles'' sont le cœur de toutes les Écritures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l’enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''126 ''Dans la formation des Évangiles on peut distinguer trois étapes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. ''La vie et l’enseignement de Jésus''. L’Église tient fermement que les quatre Évangiles, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dont elle affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. ''La tradition orale. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par l’Esprit de vérité, jouissaient&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. ''Les Évangiles écrits.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''127 ''L’Évangile quadriforme occupe dans l’Église une place unique, témoins la vénération dont l’entoure la liturgie et l’attrait incomparable qu’il a exercé de tout temps sur les saints&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il n’y a aucune doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de l’Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes (Ste Césarie la Jeune, Rich.&amp;amp;nbsp;: SC 345, 480).&amp;lt;br/&amp;gt; C’est par-dessus tout l’''Évangile'' qui m’entretient pendant mes oraisons&amp;amp;nbsp;; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''128 ''L’Église, déjà aux temps apostoliques (cf. 1 Co 10, 6. 11&amp;amp;nbsp;; He 10, 1&amp;amp;nbsp;; 1 P 3, 21), et puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l’unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la ''typologie''. Celle-ci discerne dans les œuvres de Dieu dans l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''129 ''Les chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière du Christ mort et ressuscité. Cette lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l’Ancien Testament. Elle ne doit pas faire oublier qu’il garde sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur lui-même a réaffirmée (cf. Mc 12, 29-31). Par ailleurs, le Nouveau Testament demande d’être lu aussi à la lumière de l’Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (cf. 1 Co 5, 6-8&amp;amp;nbsp;; 10, 1-11). Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, alors que l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Nouveau se cache dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Hept. 2, 73&amp;amp;nbsp;: PL 34, 623&amp;amp;nbsp;; cf. DV 16). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''130 ''La typologie signifie le dynamisme vers l’accomplissement du plan divin quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28). Aussi la vocation des patriarches et l’Exode de l’Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur propre dans le plan de Dieu, du fait qu’ils en sont en même temps des étapes intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. La Sainte Écriture dans la vie de l’Église =====&lt;br /&gt;
''131 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21). Il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''132 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que l’étude de la Sainte Écriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l’instruction chrétienne, où l’homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l’Écriture, une saine nourriture et une saine vigueur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''133 ''L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens (...) à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, ‘la science éminente de Jésus-Christ’ (Ph 3, 8). ‘En effet, ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ’ (S. Jérôme, Is. prol.&amp;amp;nbsp;: PL 24, 17B)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
134 Toute l’Écriture divine n’est qu’un seul livre, et ce seul livre c’est le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car toute l’Écriture divine parle du Christ, et toute l’Écriture divine s’accomplit dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hugues de Saint Victor, De arca Noe 2, 8&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642&amp;amp;nbsp;; cf. ibid. 2, 9&amp;amp;nbsp;: PL 176, 642-643: PL 176, 642C). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
135 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et, puisqu’elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
136 Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte en inspirant ses auteurs humains&amp;amp;nbsp;; Il agit en eux et par eux. Il donne ainsi l’assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire (cf. DV 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
137 L’interprétation des Écritures inspirées doit être avant tout attentive à ce que Dieu veut révéler par les auteurs sacrés pour notre salut. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui vient de l’Esprit, n’est pleinement entendu que par l’action de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Origène, hom. in Ex. 4, 5). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
138 L’Église reçoit et vénère comme inspirés les 46 livres de l’Ancien et les 27 livres du Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
139 Les quatre Évangiles tiennent une place centrale puisque le Christ Jésus en est le centre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
140 L’unité des deux Testaments découle de l’unité du dessein de Dieu et de sa Révélation.. L’Ancien Testament prépare le Nouveau, alors que celui-ci accomplit l’Ancien&amp;amp;nbsp;; les deux s’éclairent mutuellement&amp;amp;nbsp;; les deux sont vraie Parole de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
141 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a fait pour le Corps même du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 21)&amp;amp;nbsp;: ces deux nourrissent et régissent toute la vie chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 105&amp;amp;nbsp;; cf. Is 50, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : La réponse de l’homme à Dieu ====&lt;br /&gt;
''142 Par sa révélation'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible s’adresse aux hommes comme à ses amis et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 2). La réponse adéquate à cette invitation est la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''143 Par la foi ''l’homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l’homme donne son assentiment à Dieu révélateur (cf. DV 5). L’Écriture Sainte appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette réponse de l’homme au Dieu qui révèle (cf. Rm 1, 5&amp;amp;nbsp;; 16, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : Je crois =====&lt;br /&gt;
===== I. L’obéissance de la foi =====&lt;br /&gt;
''144 ''Obéir (''ob-audire'') dans la foi, c’est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même. De cette obéissance, Abraham est le modèle que nous propose l’Écriture Sainte. La Vierge Marie en est la réalisation la plus parfaite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Abraham – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''145 ''L’Épître aux Hébreux, dans le grand éloge de la foi des ancêtres, insiste particulièrement sur la foi d’Abraham&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, Abraham ''obéit'' à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 8&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 12, 1-4). Par la foi, il a vécu en étranger et en pèlerin dans la Terre promise (cf. Gn 23, 4). Par la foi, Sara reçut de concevoir le fils de la promesse. Par la foi enfin, Abraham offrit son fils unique en sacrifice (cf. He 11, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''146 ''Abraham réalise ainsi la définition de la foi donnée par l’épître aux Hébreux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fut compté comme justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 3&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 6). Grâce à cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;foi puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 20), Abraham est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le père de tous ceux qui croiraient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 11. 18&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 15, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''147 ''De cette foi, l’Ancien Testament est riche en témoignages. L’Épître aux Hébreux proclame l’éloge de la foi exemplaire des anciens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui leur a valu un bon témoignage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 2. 39). Pourtant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: la grâce de croire en son Fils Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef de notre foi, qui la mène à la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 40&amp;amp;nbsp;; 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''148 ''La Vierge Marie réalise de la façon la plus parfaite l’obéissance de la foi. Dans la foi, Marie accueillit l’annonce et la promesse apportées par l’ange Gabriel, croyant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14), et donnant son assentiment&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38). Élisabeth la salua&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 45). C’est pour cette foi que toutes les générations la proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''149 ''Pendant toute sa vie, et jusqu’à sa dernière épreuve (cf. Lc 2, 35), lorsque Jésus, son fils, mourut sur la croix, sa foi n’a pas vacillé. Marie n’a pas cessé de croire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en l’accomplissement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la parole de Dieu. Aussi bien, l’Église vénère-t-elle en Marie la réalisation la plus pure de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Je sais en qui j’ai mis ma foi &amp;quot; (2 Tm 1, 12) =====&lt;br /&gt;
'''Croire en Dieu seul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''150 ''La foi est d’abord une ''adhésion personnelle'' de l’homme ''à Dieu''&amp;amp;nbsp;; elle est en même temps, et inséparablement, ''l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé''. En tant qu’adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la vérité qu’il a révélé, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu’Il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une créature (cf. Jr 17, 5-6&amp;amp;nbsp;; Ps 40, 5&amp;amp;nbsp;; 146, 3-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en Jésus-Christ, le Fils de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''151 ''Pour le chrétien, croire en Dieu, c’est inséparablement croire en Celui qu’Il a envoyé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;son Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en qui Il a mis toute sa complaisance (cf. Mc 1, 11)&amp;amp;nbsp;; Dieu nous a dit de L’écouter (cf. Mc 9, 7). Le Seigneur Lui-même dit à ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croyez en Dieu, croyez aussi en moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 1). Nous pouvons croire en Jésus-Christ parce qu’Il est Lui-même Dieu, le Verbe fait chair&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul n’a jamais vu Dieu&amp;amp;nbsp;; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, L’a fait connaître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 18). Parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a vu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 46), Il est seul à Le connaître et à pouvoir Le révéler (cf. Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Croire en l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''152 ''On ne peut pas croire en Jésus-Christ sans avoir part à son Esprit. C’est l’Esprit Saint qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul ne peut dire&amp;amp;nbsp;: ‘Jésus est Seigneur’, que sous l’action de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu (...) Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 10-11). Dieu seul connaît Dieu tout entier. Nous croyons ''en'' l’Esprit Saint parce qu’il est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église ne cesse de confesser sa foi en un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Les caractéristiques de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La foi est une grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''153 ''Lorsque S. Pierre confesse que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare que cette révélation ne lui est pas venue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 1, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 25). La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour prêter cette foi, l’homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne ‘à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi est un acte humain'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''154 ''Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme de faire confiance à Dieu et d’adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations humaines il n’est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que d’autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de faire confiance à leurs promesses (comme, par exemple, lorsqu’un homme et une femme se marient), pour entrer ainsi en communion mutuelle. Dès lors, il est encore moins contraire à notre dignité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui révèle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008) et d’entrer ainsi en communion intime avec Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''155 ''Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 2, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi et l’intelligence'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''156 ''Le ''motif'' de croire n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Néanmoins, pour que l’hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., DS 3009). C’est ainsi que les miracles du Christ et des saints (cf. Mc 16, 20&amp;amp;nbsp;; He 2, 4), les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;motifs de crédibilité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui montrent que l’assentiment de la foi n’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nullement un mouvement aveugle de l’esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3008-3010).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''157 ''La foi est ''certaine, ''plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu’elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. Certes, les vérités révélées peuvent paraître obscures à la raison et à l’expérience humaines, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 171, 5, obj. 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dix mille difficultés ne font pas un seul doute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Newman, apol.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''158 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi ''cherche à comprendre''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Anselme, prosl. proœm.&amp;amp;nbsp;: PL 153, 225A)&amp;amp;nbsp;: il est inhérent à la foi que le croyant désire mieux connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu’Il a révélé&amp;amp;nbsp;; une connaissance plus pénétrante appellera à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d’amour. La grâce de la foi ouvre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les yeux du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 18) pour une intelligence vive des contenus de la Révélation, c’est-à-dire de l’ensemble du dessein de Dieu et des mystères de la foi, de leur lien entre eux et avec le Christ, centre du mystère révélé. Or, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre toujours plus profonde l’intelligence de la Révélation, l’Esprit Saint ne cesse, par ses dons, de rendre la foi plus parfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 5). Ainsi, selon l’adage de S. Augustin (serm. 43, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 258), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;je crois pour comprendre et je comprends pour mieux croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''159 Foi et science. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3017). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi&amp;amp;nbsp;: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s’efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La liberté de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''160 ''Pour être humaine, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réponse de la foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire&amp;amp;nbsp;; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi. Par sa nature même, en effet, l’acte de foi a un caractère volontaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 10&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 748, § 2). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, certes, appelle l’homme à le servir en esprit et vérité&amp;amp;nbsp;; si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas. (...) Cela est apparu au plus haut point dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11). En effet, le Christ a invité à la foi et à la conversion, il n’y a nullement contraint. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume (...) s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DH 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La nécessité de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''161 ''Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut (cf. Mc 16, 16&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 36&amp;amp;nbsp;; 6, 40 e.a.). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parce que ‘sans la foi (...) il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) et d’arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu’il n’ait ‘persévéré en elle jusqu’à la fin’ (Mt 10, 22&amp;amp;nbsp;; 24, 13), n’obtiendra la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3012&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1532).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La persévérance dans la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''162 ''La foi est un don gratuit que Dieu fait à l’homme. Ce don inestimable, nous pouvons le perdre&amp;amp;nbsp;; S. Paul en avertit Timothée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience&amp;amp;nbsp;; pour s’en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 1, 18-19). Pour vivre, croître et persévérer jusqu’à la fin dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; nous devons implorer le Seigneur de l’augmenter (cf. Mc 9, 24&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 5&amp;amp;nbsp;; 22, 32)&amp;amp;nbsp;; elle doit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;agir par la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 6&amp;amp;nbsp;; cf. Jc 2, 14-26), être portée par l’espérance (cf. Rm 15, 13) et être enracinée dans la foi de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La foi – commencement de la vie éternelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''163 ''La foi nous fait goûter comme à l’avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tandis que dès maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un miroir, c’est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre foi nous assure qu’un jour nous en jouirons (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132&amp;amp;nbsp;; cf. S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''164 ''Maintenant, cependant, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme dans un miroir, d’une manière confuse, (...), imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12). Lumineuse par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l’obscurité. La foi peut être mise à l’épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure&amp;amp;nbsp;; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle, elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''165 ''C’est alors que nous devons nous tourner vers les ''témoins de la foi''&amp;amp;nbsp;: Abraham, qui crut, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;espérant contre toute espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 18)&amp;amp;nbsp;; la Vierge Marie qui, dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 58), est allée jusque dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nuit de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 18) en communiant à la souffrance de son Fils et à la nuit de son tombeau&amp;amp;nbsp;; et tant d’autres témoins de la foi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enveloppés d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 12, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : Nous croyons =====&lt;br /&gt;
''166 ''La foi est un acte personnel&amp;amp;nbsp;: la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''167 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole des Apôtres)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église professée personnellement par chaque croyant, principalement lors du baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople, dans l’original grec)&amp;amp;nbsp;: c’est la foi de l’Église confessée par les évêques assemblés en Concile ou, plus généralement, par l’assemblée liturgique des croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: c’est aussi l’Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Regarde, Seigneur, la foi de ton Église &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''168 ''C’est d’abord l’Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C’est d’abord l’Église qui, partout, confesse le Seigneur (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est toi que par tout l’univers la Sainte Église proclame son Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chantons-nous dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Te Deum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est par l’Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. Dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rituale Romanum&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le ministre du baptême demande au catéchumène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que demandes-tu à l’Église de Dieu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Et la réponse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que te donne la foi&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OICA 75 et 247).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''169 ''Le salut vient de Dieu seul&amp;amp;nbsp;; mais parce que nous recevons la vie de la foi à travers l’Église, celle-ci est notre mère&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons l’Église comme la mère de notre nouvelle naissance, et non pas en l’Église comme si elle était l’auteur de notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Faustus de Riez, Spir. 1, 2&amp;amp;nbsp;: CSEL 21, 104). Parce qu’elle est notre mère, elle est aussi l’éducatrice de notre foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le langage de la foi =====&lt;br /&gt;
''170 ''Nous ne croyons pas en des formules, mais dans les réalités qu’elles expriment et que la foi nous permet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toucher&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’acte (de foi) du croyant ne s’arrête pas à l’énoncé, mais à la réalité (énoncée)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 1, 2, ad 2). Cependant, ces réalités, nous les approchons à l’aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d’exprimer et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l’assimiler et d’en vivre de plus en plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''171 ''L’Église qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la colonne et le soutien de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 15), garde fidèlement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jude 3). C’est elle qui garde la mémoire des Paroles du Christ, c’est elle qui transmet de génération en génération la confession de foi des apôtres. Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là même à comprendre et à communiquer, l’Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l’intelligence et la vie de la foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Une seule foi =====&lt;br /&gt;
''172 ''Depuis des siècles, à travers tant de langues, cultures, peuples et nations, l’Église ne cesse de confesser sa foi unique, reçue d’un seul Seigneur, transmise par un seul baptême, enracinée dans la conviction que tous les hommes n’ont qu’un seul Dieu et Père (cf. Ep 4, 4-6). S. Irénée de Lyon, témoin de cette foi, déclare&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''173 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, l’Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu’aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (...) garde [cette prédication et cette foi] avec soin, comme n’habitant qu’une seule maison, elle y croit d’une manière identique, comme n’ayant qu’une seule âme et qu’un seul cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d’une voix unanime, comme ne possédant qu’une seule bouche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (hær. 1, 10, 1-2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''174 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique. Et ni les Églises établies en Germanie n’ont d’autre foi ou d’autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l’Orient, de l’Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid. 1, 10, 1-2) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le message de l’Église est donc véridique et solide, puisque c’est chez elle qu’un seul chemin de salut apparaît à travers le monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 5, 20, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''175 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette foi que nous avons reçue de l’Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l’action de l’Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''176 La foi est une adhésion personnelle de l’homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une adhésion de l’intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par ses actions et ses paroles.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''177 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a donc une double référence&amp;amp;nbsp;: à la personne et à la vérité&amp;amp;nbsp;; à la vérité par confiance en la personne qui l’atteste.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''178 Nous ne devons croire en nul autre que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''179 La foi est un don surnaturel de Dieu. Pour croire, l’homme a besoin des secours intérieurs du Saint-Esprit.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''180 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte humain, conscient et libre, qui correspond à la dignité de la personne humaine.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''181 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est un acte ecclésial. La foi de l’Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L’Église est la mère de tous les croyants. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n’a pas l’Église pour mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Cyprien, unit. eccl.&amp;amp;nbsp;: PL 4, 503A).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''182 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 20).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''183 La foi est nécessaire au salut. Le Seigneur lui-même l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;; celui qui ne croira pas, sera condamné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 16).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''184 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi est un avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., comp. 1, 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;center&amp;gt;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Credo ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Symbole des Apôtres (DS 30)&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Credo de Nicée-Constantinople (DS 150)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en Dieu,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Père Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Créateur du ciel et de la terre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de l’univers visible et invisible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Et en Jésus-Christ, son Fils unique&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| notre Seigneur,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| le Fils unique de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| né du Père avant tous les siècles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est Dieu, né de Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Lumière, né de la Lumière,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| vrai Dieu, né du vrai Dieu,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| engendré, non pas créé,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| de même nature que le Père,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et par Lui tout a été fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Pour nous les hommes, et pour notre salut,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui a été conçu du Saint-Esprit,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| par l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est né de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il a pris chair de la Vierge Marie,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et S’est fait homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a souffert sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| a été crucifié, est mort&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et a été enseveli,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est descendu aux enfers.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Le troisième jour est ressuscité des morts,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II ressuscita le troisième jour,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| conformément aux Ecritures,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est monté aux cieux,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et Il monta au ciel;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| est assis à la droite de Dieu le Père&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il est assis à la droite du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Tout-Puissant,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| d’où Il viendra juger les vivants et les morts.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reviendra dans la gloire,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour juger les vivants et les morts;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et son règne n’aura pas de fin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Esprit Saint,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| qui est Seigneur et qui donne la vie;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il procède du Père et du Fils;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| avec le Père et le Fils,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Il reçoit même adoration et même gloire;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| II a parlé par les prophètes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la sainte Eglise catholique,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je crois en l’Eglise,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la communion des saints,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| une, sainte, catholique et apostolique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| &amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Je reconnais un seul baptême&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la rémission des péchés,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| pour le pardon des péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la résurrection de la chair,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| J’attends la résurrection des morts,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| à la vie éternelle,&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| et la vie du monde à venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;border:none;padding:0.106cm;&amp;quot;| Amen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
=== Deuxième section : La profession de la foi chrétienne ===&lt;br /&gt;
'''Les symboles de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''185 ''Qui dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’adhère à ce que ''nous'' croyons&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La communion dans la foi a besoin d’un langage commun de la foi, normatif pour tous et unissant dans la même confession de foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''186 ''Dès l’origine, l’Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 3-5&amp;amp;nbsp;; etc.). Mais très tôt déjà, l’Église a aussi voulu recueillir l’essentiel de sa foi en des résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cette synthèse de la foi n’a pas été faite selon les opinions humaines&amp;amp;nbsp;; mais de toute l’Écriture a été recueilli ce qu’il y a de plus important, pour donner au complet l’unique enseignement de la foi. Et comme la semence de sénevé contient dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5, 12&amp;amp;nbsp;: PG 33, 521-524).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''187 ''On appelle ces synthèses de la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;professions de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en raison de ce qui en est normalement la première parole&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On les appelle également &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Symboles de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''188 ''Le mot grec ''symbolon'' signifiait la moitié d’un objet brisé (par exemple un sceau) que l’on présentait comme un signe de reconnaissance. Les parties brisées étaient mises ensemble pour vérifier l’identité du porteur. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est donc un signe de reconnaissance et de communion entre les croyants. ''Symbolon'' signifie ensuite recueil, collection ou sommaire. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le recueil des principales vérités de la foi. D’où le fait qu’il sert de point de référence premier et fondamental de la catéchèse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''189 ''La première &amp;quot;&amp;amp;nbsp;profession de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se fait lors du Baptême. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;symbole de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est d’abord le symbole ''baptismal''. Puisque le Baptême est donné &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19), les vérités de foi professées lors du Baptême sont articulées selon leur référence aux trois personnes de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''190 ''Le Symbole est donc divisé en trois parties&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’abord il est question de la première Personne divine et de l’œuvre admirable de la création&amp;amp;nbsp;; ensuite, de la seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes&amp;amp;nbsp;; enfin de la troisième Personne divine, source et principe de notre sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 3). Ce sont là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les trois chapitres de notre sceau (baptismal)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 100).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''191 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D’après une comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons ''articles.'' De même, en effet, que dans nos membres, il y a certaines articulations qui les distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de foi, on a donné avec justesse et raison le nom d’articles aux vérités que nous devons croire en particulier et d’une manière distincte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 1, 4). Selon une antique tradition, attestée déjà par S. Ambroise, on a aussi coutume de compter ''douze'' articles du Credo, symbolisant par le nombre des apôtres l’ensemble de la foi apostolique (cf. symb. 8&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''192 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Nombreux ont été, tout au long des siècles, en réponse aux besoins des différentes époques, les professions ou symboles de la foi&amp;amp;nbsp;: les symboles des différentes Églises apostoliques et anciennes (cf. DS 1-64), le Symbole &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit de S. Athanase (cf. DS 75-76), les professions de foi de certains Conciles (Tolède&amp;amp;nbsp;: DS 525-541&amp;amp;nbsp;; Latran&amp;amp;nbsp;: DS 800-802&amp;amp;nbsp;; Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 851-861&amp;amp;nbsp;; Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1862-1870) ou de certains papes, tels la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fides Damasi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 71-72) ou le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [SPF] de Paul VI (1968).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''193 ''Aucun des symboles des différentes étapes de la vie de l’Église ne peut être considéré comme dépassé et inutile. Ils nous aident à atteindre et à approfondir aujourd’hui la foi de toujours à travers les divers résumés qui en ont été faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi tous les symboles de la foi, deux tiennent une place toute particulière dans la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''194 ''Le ''Symbole des apôtres'', appelé ainsi parce qu’il est considéré à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l’ancien symbole baptismal de l’Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est le symbole que garde l’Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, symb. 7&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1158D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''195 ''Le ''Symbole dit de Nicée-Constantinople'' tient sa grande autorité du fait qu’il est issu des deux premiers Conciles œcuméniques (325 et 381). Il demeure commun, aujourd’hui encore, à toutes les grandes Églises de l’Orient et de l’Occident.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''196 ''Notre exposé de la foi suivra le ''Symbole des apôtres'' qui constitue, pour ainsi dire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le plus ancien catéchisme romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’exposé sera cependant complété par des références constantes au ''Symbole de Nicée-Constantinople'', souvent plus explicite et plus détaillé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''197 ''Comme au jour de notre Baptême, lorsque toute notre vie a été confiée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la règle de doctrine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 17), accueillons le Symbole de notre foi qui donne la vie. Réciter avec foi le Credo, c’est entrer en communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, c’est entrer aussi en communion avec l’Église toute entière qui nous transmet la foi et au sein de laquelle nous croyons&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce Symbole est le sceau spirituel, il est la méditation de notre cœur et la garde toujours présente, il est, à coup sûr, le trésor de notre âme (S. Ambroise, symb. 1&amp;amp;nbsp;: PL 17, 1155C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre premier : Je crois en Dieu le Père ====&lt;br /&gt;
''198 ''Notre profession de foi commence par ''Dieu,'' car Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier et Le dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 44, 6), le Commencement et la Fin de tout. Le Credo commence par Dieu ''le Père'', parce que le Père est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;; notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce que la création est le commencement et le fondement de toutes les œuvres de Dieu .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 1 : &amp;quot; Je crois en Dieu le Père Tout-puissant Créateur du ciel et de la terre &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Je crois en Dieu =====&lt;br /&gt;
''199 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est révélé progressivement aux hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles font d’abord profession de croire en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Je crois en un seul Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''200 ''C’est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople. La confession de l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation Divine dans l’Ancienne Alliance, est inséparable de celle de l’existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique&amp;amp;nbsp;: il n’y a qu’un seul Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi chrétienne confesse qu’il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''201 ''A Israël, son élu, Dieu S’est révélé comme l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4-5). Par les prophètes, Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui, l’Unique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre (...). Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera toute langue en disant&amp;amp;nbsp;: en Dieu seul sont la justice et la force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 22-24&amp;amp;nbsp;; cf. Ph 2, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''202 ''Jésus Lui-même confirme que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’il faut L’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 29-30). Il laisse en même temps entendre qu’Il est Lui-même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 35-37). Confesser que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est le propre de la foi chrétienne. Cela n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique. Croire en l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est Seigneur et qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; n’introduit aucune division dans le Dieu unique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous croyons fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint Esprit&amp;amp;nbsp;: Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Dieu révèle son nom =====&lt;br /&gt;
''203 ''A son peuple Israël Dieu s’est révélé en lui faisant connaître son nom. Le nom exprime l’essence, l’identité de la personne et le sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n’est pas une force anonyme. Livrer son nom, c’est se faire connaître aux autres&amp;amp;nbsp;; c’est en quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être connu plus intimement et d’être appelé, personnellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''204 ''Dieu s’est révélé progressivement et sous divers noms à son peuple, mais c’est la révélation du nom divin faite à Moïse dans la théophanie du buisson ardent, au seuil de l’Exode et de l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Dieu vivant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''205 ''Dieu appelle Moïse du milieu d’un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 6). Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses&amp;amp;nbsp;; Il vient pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute Puissance en œuvre pour ce dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis Celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Moïse dit à Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis&amp;amp;nbsp;: ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous’. Mais s’ils me disent&amp;amp;nbsp;: ‘quel est son nom&amp;amp;nbsp;?’, que leur dirai-je&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Dieu dit à Moïse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Et il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici ce que tu diras aux Israélites&amp;amp;nbsp;: ‘Je suis’ m’a envoyé vers vous. (...) C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 3, 13-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''206 ''En révélant Son nom mystérieux de YHWH, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis Celui qui Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis qui Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Dieu dit Qui Il est et de quel nom on doit L’appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime le mieux Dieu comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre ou dire&amp;amp;nbsp;: Il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu caché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 45, 15), son nom est ineffable (cf. Jg 13, 18), et Il est le Dieu qui Se fait proche des hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''207 ''En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui est de toujours et pour toujours, valable pour le passé (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Dieu de tes pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3, 6), comme pour l’avenir&amp;amp;nbsp;: (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai avec toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Ex 3,12). Dieu qui révèle son nom comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se révèle comme le Dieu qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''208 ''Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu, l’homme découvre sa petitesse. Devant le buisson ardent, Moïse ôte ses sandales et se voile le visage (cf. Ex 3, 5-6) face à la Sainteté Divine. Devant la gloire du Dieu trois fois saint, Isaïe s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Malheur à moi, je suis perdu&amp;amp;nbsp;! Car je suis un homme aux lèvres impures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 6, 5). Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 8). Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l’homme qui se découvre pécheur devant lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère (...) car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Os 10, 9). L’apôtre Jean dira de même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devant Lui nous apaiseront notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur, et Il connaît tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''209 ''Par respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne prononce pas le nom de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé est remplacé par le titre divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Adonaï'', en grec ''Kyrios''). C’est sous ce titre que sera acclamée la Divinité de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de tendresse et de pitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''210 ''Après le péché d’Israël, qui s’est détourné de Dieu pour adorer le veau d’or (cf. Ex 32), Dieu &amp;lt;nowiki&amp;gt;écoute l’intercession de Moïse et accepte de marcher au milieu d’un peuple infidèle, manifestant ainsi son amour (cf. Ex 33, 12-17). A Moïse qui demande de voir Sa gloire, Dieu répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ferai passer devant toi toute ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 33, 18-19). Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 5-6). Moïse confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne (cf. Ex 34, 9).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''211 ''Le nom divin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché des hommes et du châtiment qu’il mérite, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garde sa grâce à des milliers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 7). Dieu révèle qu’Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en miséricorde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 4) en allant jusqu’à donner son propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera qu’Il porte Lui-même le nom divin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je suis’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu seul EST'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''212 ''Au cours des siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est unique, hormis Lui pas de dieux (cf. Is 44, 6). Il transcende le monde et l’histoire. C’est Lui qui a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Eux périssent, Toi tu restes&amp;amp;nbsp;; tous, comme un vêtement ils s’usent (...) mais Toi, le même, sans fin sont tes années&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 102, 27-28). En Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 1, 17). Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi qu’Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''213 ''La révélation du nom ineffable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis celui qui suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; contient donc la vérité que Dieu seul EST. C’est en ce sens que déjà la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l’Église, ont compris le nom divin&amp;amp;nbsp;: Dieu est la plénitude de l’Être et de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même et Il est de Lui-même tout ce qu’Il est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Dieu , &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, est Vérité et Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''214 ''Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, s’est révélé à Israël comme Celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses du nom divin. Dans toutes ses œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa bonté, sa grâce, son amour&amp;amp;nbsp;; mais aussi sa fiabilité, sa constance, sa fidélité, sa vérité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 138, 2&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 85, 11). Il est la Vérité, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 1, 5)&amp;amp;nbsp;; Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, comme l’apôtre Jean l’enseigne (1 Jn 4, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Vérité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''215 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vérité, le principe de ta parole&amp;amp;nbsp;! Pour l’éternité, tes justes jugements&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 119, 160). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Seigneur Dieu, c’est Toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 S 7, 28)&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi les promesses de Dieu se réalisent toujours (cf. Dt 7, 9). Dieu est la Vérité même, ses paroles ne peuvent tromper. C’est pourquoi on peut se livrer en toute confiance à la vérité et à la fidélité de sa parole en toutes choses. Le commencement du péché et de la chute de l’homme fut un mensonge du tentateur qui induit à douter de la parole de Dieu, de sa bienveillance et de sa fidélité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''216 ''La vérité de Dieu est sa sagesse qui commande tout l’ordre de la création et du gouvernement du monde (cf. Sg 13, 1-9). Dieu qui, seul, a créé le ciel et la terre (cf. Ps 115, 15), peut seul donner la connaissance véritable de toute chose créée dans sa relation à Lui (cf. Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''217 ''Dieu est vrai aussi quand Il se révèle&amp;amp;nbsp;: l’enseignement qui vient de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une doctrine de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ml 2, 6). Quand Il enverra son Fils dans le monde ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour rendre témoignage à la Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 37)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu est Amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''218 ''Au cours de son histoire, Israël a pu découvrir que Dieu n’avait qu’une raison de s’être révélé à lui et de l’avoir choisi parmi tous les peuples pour être à lui&amp;amp;nbsp;: son amour gratuit (cf. Dt 4, 37&amp;amp;nbsp;; 7, 8&amp;amp;nbsp;; 10, 15). Et Israël de comprendre, grâce à ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a cessé de le sauver (cf. Is 43, 1-7) et de lui pardonner son infidélité et ses péchés (cf. Os 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''219 ''L’amour de Dieu pour Israël est comparé à l’amour d’un père pour son fils (Os 11, 1). Cet amour est plus fort que l’amour d’une mère pour ses enfants (cf. Is 49, 14-15). Dieu aime son Peuple plus qu’un époux sa bien-aimée (cf. Is 62, 4-5)&amp;amp;nbsp;; cet amour sera vainqueur même des pires infidélités (cf. Ez 16&amp;amp;nbsp;; Os 11)&amp;amp;nbsp;; il ira jusqu’au don le plus précieux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''220 ''L’amour de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 8)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler, mais mon amour pour toi ne s’en ira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 54, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’un amour éternel, je t’ai aimé&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi je t’ai conservé ma faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''221 ''S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16)&amp;amp;nbsp;: l’Être même de Dieu est Amour. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co 2, 7-16&amp;amp;nbsp;; Ep 3, 9-12)&amp;amp;nbsp;: Il est Lui-même éternellement échange d’amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. La portée de la foi en Dieu Unique =====&lt;br /&gt;
''222 ''Croire en Dieu, l’Unique, et L’aimer de tout son être a des conséquences immenses pour toute notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''223 C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse notre science&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 36, 26). C’est pour cela que Dieu doit être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier servi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ste Jeanne d’Arc, dictum).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''224 C’est vivre en action de grâce&amp;amp;nbsp;:'' si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons vient de Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’as-tu que tu n’aies reçu&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’Il m’a fait&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 116, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''225 C’est connaître l’unité et la vraie dignité de tous les hommes''&amp;amp;nbsp;: tous, ils sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image et à la ressemblance de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''226 C’est bien user des choses créées&amp;amp;nbsp;: ''la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas Lui dans la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher dans la mesure où cela nous détourne de Lui (cf. Mt 5, 29-30&amp;amp;nbsp;; 16, 24&amp;amp;nbsp;; 19, 23-24)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi (S. Nicolas de Flüe, prière).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''227 C’est faire confiance à Dieu en toute circonstance,'' même dans l’adversité. Une prière de Ste. Thérèse de Jésus l’exprime admirablement&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie&amp;lt;br/&amp;gt; Tout passe / Dieu ne change pas&amp;lt;br/&amp;gt; La patience obtient tout / Celui qui a Dieu&amp;lt;br/&amp;gt; Ne manque de rien / Dieu seul suffit.&amp;lt;br/&amp;gt; (Poes. 9)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
228 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 6, 4&amp;amp;nbsp;; Mc 12, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut nécessairement que l’Être suprême soit unique, c’est-à-dire sans égal. (...) Si Dieu n’est pas unique, il n’est pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, Marc. 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
229 La foi en Dieu nous amène à nous tourner vers Lui seul comme vers notre première origine et notre fin ultime, et ne rien Lui préférer ou Lui substituer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''230 Dieu, en se révélant, demeure mystère ineffable&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 52, 6, 16&amp;amp;nbsp;'': PL 38, 360'').''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''231 Le Dieu de notre foi s’est révélé comme ''Celui qui est&amp;amp;nbsp;; ''Il s’est fait connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;riche en grâce et en fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 34, 6). Son Être même est Vérité et Amour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2 : Le Père =====&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''232 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la triple interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Césaire d’Arles, symb.&amp;amp;nbsp;: CCL 103, 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''233 ''Les chrétiens sont baptisés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Père et du Fils et du Saint-Esprit et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aux noms&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552&amp;amp;nbsp;: DS 415) car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: la Très Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''234 ''Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi&amp;amp;nbsp;; il est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hiérarchie des vérités de foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 43). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute l’histoire du salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''235 ''Dans ce paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé le mystère de la Bienheureuse Trinité (I), comment l’Église a formulé la doctrine de la foi sur ce mystère (II), et enfin, comment, par les missions divines du Fils et de l’Esprit Saint, Dieu le Père réalise son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de création, de rédemption et de sanctification (III).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''236 ''Les Pères de l’Église distinguent entre la ''Theologia'' et l’''Oikonomia'', désignant par le premier terme le mystère de la vie intime du Dieu-Trinité, par le second toutes les œuvres de Dieu par lesquelles Il Se révèle et communique Sa vie. C’est par l’''Oikonomia'' que nous est révélée la ''Theologia''&amp;amp;nbsp;; mais inversement, c’est la ''Theologia'' qui éclaire toute l’''Oikonomia''. Les œuvres de Dieu révèlent qui Il est en Lui-même&amp;amp;nbsp;; et inversement, le mystère de Son Être intime illumine l’intelligence de toutes Ses œuvres. Il en est ainsi, analogiquement, entre les personnes humaines. La personne se montre dans son agir, et mieux nous connaissons une personne, mieux nous comprenons son agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''237 ''La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3015). Dieu certes a laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu et la mission du Saint Esprit .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La révélation de Dieu comme Trinité =====&lt;br /&gt;
'''Le Père révélé par le Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''238 ''L’invocation de Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est connue dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père des dieux et des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. En Israël, Dieu est appelé Père en tant que Créateur du monde (cf. Dt 32, 6&amp;amp;nbsp;; Ml 2, 10). Dieu est Père plus encore en raison de l’alliance et du don de la Loi à Israël son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils premier-né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 4, 22). Il est aussi appelé Père du roi d’Israël (cf. 2 S 7, 14). Il est tout spécialement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Père des pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de l’orphelin et de la veuve qui sont sous sa protection aimante (cf. Ps 68, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''239 ''En désignant Dieu du nom de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le langage de la foi indique principalement deux aspects&amp;amp;nbsp;: que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 131, 2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14&amp;amp;nbsp;; Is 49, 15)&amp;amp;nbsp;: Personne n’est père comme l’est Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''240 ''Jésus a révélé que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans un sens inouï&amp;amp;nbsp;: Il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, Il est éternellement Père en relation à son Fils unique, qui éternellement n’est Fils qu’en relation au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le révéler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''241 ''C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''242 ''A leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé en 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consubstantiel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa formulation du Credo de Nicée et a confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Père et le Fils révélés par l’Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''243 ''Avant sa Pâque, Jésus annonce l’envoi d’un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;autre Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Défenseur), l’Esprit Saint. A l’œuvre depuis la création (cf. Gn 1, 2), ayant jadis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des disciples et en eux (cf. Jn 14, 17), pour les enseigner (cf. Jn 14, 26) et les conduire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vers la vérité tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). L’Esprit Saint est ainsi révélé comme une autre personne divine par rapport à Jésus et au Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''244 ''L’origine éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission temporelle. L’Esprit Saint est envoyé aux apôtres et à l’Église aussi bien par le Père au nom du Fils, que par le Fils en personne, une fois retourné auprès du Père (cf. Jn 14, 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 14). L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de Jésus (cf. Jn 7, 39) révèle en plénitude le mystère de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''245 ''La foi apostolique concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième Concile œcuménique en 381 à Constantinople&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons dans l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie&amp;amp;nbsp;; il procède du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150). L’Église reconnaît par là le Père comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la source et l’origine de toute la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède VI en 638&amp;amp;nbsp;: DS 490). L’origine éternelle de l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui est la Troisième Personne de la Trinité, est Dieu, un et égale au Père et au Fils, de même substance et aussi de même nature. (...) Cependant, on ne dit pas qu’il est seulement l’Esprit du Père, mais à la fois l’Esprit du Père et du Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 527). Le Credo du Concile de Constantinople de l’Église confesse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 150).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''246 ''La tradition latine du Credo confesse que l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;procède du Père ''et du Fils'' (''filioque'')&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Concile de Florence, en 1438, explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint Esprit tient son essence et son être à la fois du Père et du Fils et Il procède éternellement de l’Un comme de l’Autre comme d’un seul Principe et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui est au Père, le Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint Esprit à partir du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui L’a engendré éternellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1300-1301).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''247 ''L’affirmation du ''filioque'' ne figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais sur la base d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape S. Léon l’avait déjà confessée dogmatiquement en 447 (cf. DS 284) avant même que Rome ne connût et ne reçût, en 451, au Concile de Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de cette formule dans le Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine (entre le VIIIe et le XIe siècle). L’introduction du ''filioque'' dans le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises orthodoxes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''248'' La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;issu du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est ''issu'' du Père ''par'' le Fils (cf. AG 2). La tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (''filioque''). Elle le dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de manière légitime et raisonnable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1439&amp;amp;nbsp;: DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de l’Esprit en tant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe sans principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 1331), mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Lyon II en 1274&amp;amp;nbsp;: DS 850). Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La Sainte Trinité dans la doctrine de la foi =====&lt;br /&gt;
'''La formation du dogme trinitaire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''249 ''La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 13, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 4-6&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 4-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''250 ''Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir sa propre intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient. Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple chrétien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''251 ''Pour la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à signifier désormais aussi un mystère ineffable, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''252 ''L’Église utilise le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rendu aussi parfois par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;essence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) pour désigner l’être divin dans son unité, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypostase&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence des uns aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le dogme de la Sainte Trinité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''253 La Trinité est Une''. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Trinité consubstantielle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). Les personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''254 Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles''. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est unique mais non pas solitaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Fides Damasi&amp;amp;nbsp;: DS 71). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui est le Fils n’est pas le Père, et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit n’est celui qui est le Père ou le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 530). Ils sont distincts entre eux par leurs relations d’origine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 804). ''L’Unité divine est Trine''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''255 Les personnes divines sont relatives les unes aux autres''&amp;lt;nowiki&amp;gt;. Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les réfèrent les unes aux autres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans les noms relatifs des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit aux deux&amp;amp;nbsp;; quand on parle de ces trois personnes en considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou substance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Tolède XI en 675&amp;amp;nbsp;: DS 528). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de relation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1330). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''256 ''Aux Catéchumènes de Constantinople, S. Grégoire de Nazianze, que l’on appelle aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, confie ce résumé de la foi trinitaire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Avant toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les maux et mépriser tous les plaisirs&amp;amp;nbsp;: je veux dire la profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois infinis l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en soi-même (...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me ressaisit ... (or. 40, 41&amp;amp;nbsp;: PG 36, 417)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires =====&lt;br /&gt;
''257 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Trinité lumière bienheureuse, O primordiale unité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LH, hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O lux beata Trinitas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de vêpres)&amp;amp;nbsp;! Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin. Dieu est amour&amp;amp;nbsp;: Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 9) qu’il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 4-5), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à reproduire l’image de Son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 29) grâce à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit d’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 15). Ce dessein est une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grâce donnée avant tous les siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire. Il se déploie dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la mission de l’Église (cf. AG 2-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''258 ''Toute l’économie divine est l’œuvre commune des trois personnes divines. Car de même qu’elle n’a qu’une seule et même nature, la Trinité n’a qu’une seule et même opération (cf. Cc Constantinople II en 553&amp;amp;nbsp;: DS 421). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois principes des créatures mais un seul principe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Florence en 1442&amp;amp;nbsp;: DS 1331). Cependant, chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété personnelle. Ainsi l’Église confesse à la suite du Nouveau Testament (cf. 1 Co 8, 6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un Dieu et Père de qui sont toutes choses, un Seigneur Jésus-Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit Saint en qui sont toutes choses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Constantinople II&amp;amp;nbsp;: DS 421). Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes divines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''259 ''Œuvre à la fois commune et personnelle, toute l’économie divine fait connaître et la propriété des personnes divines et leur unique nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père le fait par le Fils dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; celui qui suit le Christ, le fait parce que le Père l’attire (cf. Jn 6, 44) et que l’Esprit le meut (cf. Rm 8, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''260 ''La fin ultime de toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (cf. Jn 17, 21-23). Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si quelqu’un m’aime, dit le Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 23)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité&amp;amp;nbsp;; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère&amp;amp;nbsp;! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice (Prière de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
261 Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Dieu seul peut nous en donner la connaissance en Se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
262 L’Incarnation du Fils de Dieu révèle que Dieu est le Père éternel, et que le Fils est consubstantiel au Père, c’est-à-dire qu’il est en lui et avec lui le même Dieu unique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
263 La mission du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf. Jn 14, 26) et par le Fils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux le même Dieu unique. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
264 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Saint-Esprit procède du Père en tant que source première et, par le don éternel de celui-ci au Fils, du Père et du Fils en communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Trin. 15, 26, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
265 Par la grâce du baptême &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes appelés à partager la vie de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle (cf. SPF 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
266 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi catholique consiste en ceci&amp;amp;nbsp;: vénérer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance&amp;amp;nbsp;: car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; mais du Père, du Fils et de l’Esprit Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbolum &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quicumque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 75).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
267 Inséparables dans ce qu’elles sont, les personnes divines sont aussi inséparables dans ce qu’elles font. Mais dans l’unique opération divine chacune manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité, surtout dans les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3 : Le Tout-Puissant =====&lt;br /&gt;
''268 ''De tous les attributs divins, seule la Toute-Puissance de Dieu est nommée dans le Symbole&amp;amp;nbsp;: la confesser est d’une grande portée pour notre vie. Nous croyons qu’elle est ''universelle,'' car Dieu qui a tout créé (cf. Gn 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 3), régit tout et peut tout&amp;amp;nbsp;; ''aimante,'' car Dieu est notre Père (cf. Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; ''mystérieuse,'' car seule la foi peut la discerner lorsqu’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle se déploie dans la faiblesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 1, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce qu’Il veut, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ps 115, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''269 ''Les Saintes Écritures confessent à maintes reprises la puissance ''universelle'' de Dieu. Il est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant de Jacob&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 49, 24&amp;amp;nbsp;; Is 1, 24 e.a.), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur des armées&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fort, le Vaillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 8-10). Si Dieu est Tout-Puissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au ciel et sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 135, 6), c’est qu’il les a faits. Rien ne lui est donc impossible (cf. Jr 32, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 37) et il dispose à son gré de son œuvre (cf. Jr 27, 5)&amp;amp;nbsp;; il est le Seigneur de l’univers dont il a établi l’ordre qui lui demeure entièrement soumis et disponible&amp;amp;nbsp;; il est le Maître de l’histoire&amp;amp;nbsp;: il gouverne les cœurs et les événements selon son gré (cf. Est 4, 17b&amp;amp;nbsp;; Pr 21, 1&amp;amp;nbsp;; Tb 13, 2)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ta grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as pitié de tous, parce que Tu peux tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Sg 11, 23)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''270 ''Dieu est le ''Père ''Tout-Puissant. Sa paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En effet, il montre sa Toute-Puissance paternelle par la manière dont Il prend soin de nos besoins (cf. Mt 6, 32)&amp;amp;nbsp;; par l’adoption filiale qu’il nous donne (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: 2 Co 6, 18)&amp;amp;nbsp;; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre sa puissance au plus haut point en pardonnant librement les péchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''271 ''La Toute-Puissance divine n’est nullement arbitraire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Dieu la puissance et l’essence, la volonté et l’intelligence, la sagesse et la justice sont une seule et même chose, de sorte que rien ne peut être dans la puissance divine qui ne puisse être dans la juste volonté de Dieu ou dans sa sage intelligence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 5, ad 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de l’apparente impuissance de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''272 ''La foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut-être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or, Dieu le Père a révélé sa Toute-Puissance de la façon la plus ''mystérieuse'' dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 1, 24-25). C’est dans la Résurrection et dans l’exaltation du Christ que le Père a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;déployé la vigueur de sa force&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et manifesté &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quelle extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 19-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''273 ''Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses afin d’attirer sur elle la puissance du Christ (cf. 2 Co 12, 9&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13). De cette foi, la Vierge Marie est le suprême modèle, elle qui a cru que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37) et qui a pu magnifier le Seigneur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''274 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien n’est donc plus propre à affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction profondément gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura seulement l’idée de la Toute-Puissance divine, elle les admettra facilement et sans hésitation aucune&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 2, 13).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
275 Avec Job, le juste, nous confessons&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je sais que Tu es Tout-Puissant&amp;amp;nbsp;: ce que Tu conçois, Tu peux le réaliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jb 42, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
276 Fidèle au témoignage de l’Écriture, l’Église adresse souvent sa prière au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu Tout-Puissant et éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;omnipotens sempiterne Deus...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), croyant fermement que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 18, 14&amp;amp;nbsp;; Mt 19, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
277 Dieu manifeste sa Toute-Puissance en nous convertissant de nos péchés et en nous rétablissant dans son amitié par la grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;(MR, collecte du 26e dimanche).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
278 A moins de croire que l’amour de Dieu est Tout-Puissant, comment croire que le Père a pu nous créer, le Fils nous racheter, l’Esprit Saint nous sanctifier&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4 : Le Créateur =====&lt;br /&gt;
''279 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1). C’est avec ces paroles solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Nous parlerons donc d’abord du Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché dont Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu nous relever.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''280 ''La création est le ''fondement ''de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les desseins salvifiques de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le commencement de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 51) qui culmine dans le Christ. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive sur le mystère de la création&amp;amp;nbsp;; il révèle la fin en vue de laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la nouvelle création dans le Christ (cf. Rm 8, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''281 ''C’est pour cela que les lectures de la Nuit Pascale, célébration de la création nouvelle dans le Christ, commencent par le récit de la création&amp;amp;nbsp;; de même, dans la liturgie byzantine, le récit de la création constitue toujours la première lecture des vigiles des grandes fêtes du Seigneur. Selon le témoignage des anciens, l’instruction des catéchumènes pour le baptême suit le même chemin (cf. Ethérie, pereg. 46&amp;amp;nbsp;: PLS 1, 1089-1090&amp;amp;nbsp;; S. Augustin, catech. 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La catéchèse sur la Création =====&lt;br /&gt;
''282 ''La catéchèse sur la Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne&amp;amp;nbsp;: car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où venons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Où allons-nous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre origine&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quelle est notre fin&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’où vient et où va tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''283 ''La question des origines du monde et de l’homme fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont magnifiquement enrichi nos connaissances sur l’âge et les dimensions du cosmos, le devenir des formes vivantes, l’apparition de l’homme. Ces découvertes nous invitent à admirer d’autant plus la grandeur du Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses œuvres et pour l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Lui qui m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait connaître la structure du monde et les propriétés des éléments (...) car c’est l’ouvrière de toutes choses qui m’a instruit, la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 7, 17-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''284 ''Le grand intérêt réservé à ces recherches est fortement stimulé par une question d’un autre ordre, et qui dépasse le domaine propre des sciences naturelles. Il ne s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir quel est le sens d’une telle origine&amp;amp;nbsp;: si elle est gouvernée par le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient de la sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal&amp;amp;nbsp;? D’où vient-il&amp;amp;nbsp;? Qui en est responsable&amp;amp;nbsp;? Et y en a-t-il une libération&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''285 ''Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été confrontée à des réponses différentes de la sienne sur la question des origines. Ainsi, on trouve dans les religions et les cultures anciennes de nombreux mythes concernant les origines. Certains philosophes ont dit que tout est Dieu, que le monde est Dieu, ou que le devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres ont dit que le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant de cette source et retournant vers elle&amp;amp;nbsp;; d’autres encore ont affirmé l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres, en lutte permanente (dualisme, manichéisme)&amp;amp;nbsp;; selon certaines de ces conceptions, le monde (au moins le monde matériel) serait mauvais, produit d’une déchéance, et donc à rejeter ou à dépasser (gnose)&amp;amp;nbsp;; d’autres admettent que le monde ait été fait par Dieu, mais à la manière d’un horloger qui l’aurait, une fois fait, abandonné à lui-même (déisme)&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin n’acceptent aucune origine transcendante du monde, mais y voient le pur jeu d’une matière qui aurait toujours existé (matérialisme). Toutes ces tentatives témoignent de la permanence et de l’universalité de la question des origines. Cette quête est propre à l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''286 ''L’intelligence humaine peut, certes, déjà trouver une réponse à la question des origines. En effet, l’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine (cf. DS 3026), même si cette connaissance est souvent obscurcie et défigurée par l’erreur. C’est pourquoi la foi vient confirmer et éclairer la raison dans la juste intelligence de cette vérité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''287 ''La vérité de la création est si importante pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa tendresse, a voulu révéler à son Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à ce sujet. Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur (cf. Ac 17, 24-29&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 19-20), Dieu a progressivement révélé à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant Israël, l’a créé et formé (cf. Is 43, 1), il se révèle comme celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre entière, comme celui qui, seul, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 15&amp;amp;nbsp;; 124, 8&amp;amp;nbsp;; 134, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''288 ''Ainsi, la révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de Dieu, l’Unique, avec son Peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l’amour Tout-Puissant de Dieu (cf. Gn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Jr 33, 19-26). Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur croissante dans le message des prophètes (cf. Is 44, 24), dans la prière des psaumes (cf. Ps 104) et de la liturgie, dans la réflexion de la sagesse (cf. Pr 8, 22-31) du Peuple élu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''289 ''Parmi toutes les paroles de l’Écriture Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de la Genèse tiennent une place unique. Du point de vue littéraire ces textes peuvent avoir diverses sources. Les auteurs inspirés les ont placés au commencement de l’Écriture de sorte qu’ils expriment, dans leur langage solennel, les vérités de la création, de son origine et de sa fin en Dieu, de son ordre et de sa bonté, de la vocation de l’homme, enfin du drame du péché et de l’espérance du salut. Lues à la lumière du Christ, dans l’unité de l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église, ces paroles demeurent la source principale pour la catéchèse des mystères du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commencement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: création, chute, promesse du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La création – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''290 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 1)&amp;amp;nbsp;: trois choses sont affirmées dans ces premières paroles de l’Écriture&amp;amp;nbsp;: le Dieu éternel a posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul est créateur (le verbe &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – en hébreu ''bara'' – a toujours pour sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) dépend de Celui qui lui donne d’être.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''291 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au commencement était le Verbe (...) et le Verbe était Dieu. (...) Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 1-3). Le Nouveau Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé. C’est en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre (...) tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16-17). La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: il est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donateur de vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Source de tout bien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''292 ''Insinuée dans l’Ancien Testament (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2-3), révélée dans la Nouvelle Alliance, l’action créatrice du Fils et de l’Esprit, inséparablement une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’existe qu’un seul Dieu (...)&amp;amp;nbsp;: il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l’Auteur, il est l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses ''par lui-même,'' c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 2, 30, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le Fils et l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui sont comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ses mains&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 4, 20, 1). La création est l’œuvre commune de la Sainte Trinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Le monde a été créé pour la gloire de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''293 ''C’est une vérité fondamentale que l’Écriture et la Tradition ne cessent d’enseigner et de célébrer&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde a été créé pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3025). Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pour accroître la Gloire, mais pour manifester et communiquer cette gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (sent. 2, 1, 2, 2, 1). Car Dieu n’a pas d’autre raison pour créer que son amour et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est la clef de l’amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., sent. 2, prol.) Et le premier Concile du Vatican explique&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans sa bonté et par sa force toute-puissante, non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses créatures, ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle (DS 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''294 ''La gloire de Dieu c’est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue desquelles le monde a été créé. Faire de nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fils adoptifs par Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté ''à la louange de gloire ''de sa grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 5-6)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu&amp;amp;nbsp;: si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 4, 20, 7). La fin ultime de la création, c’est que Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ‘tout en tous’ (1 Co 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Le mystère de la création =====&lt;br /&gt;
'''Dieu crée par sagesse et par amour'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''295 ''Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse (cf. Sg 9, 9). Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, sa sagesse et sa bonté&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est toi qui créas toutes choses&amp;amp;nbsp;; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 4, 11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur&amp;amp;nbsp;! Toutes avec sagesse tu les fis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 104, 24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''296 ''Nous croyons que Dieu n’a besoin de rien de préexistant ni d’aucune aide pour créer (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3022). La création n’est pas non plus une émanation nécessaire de la substance divine (cf. Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3023-3024). Dieu crée librement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; 3025)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quoi d’extraordinaire si Dieu avait tiré le monde d’une matière préexistante&amp;amp;nbsp;? Un artisan humain, quand on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut. Tandis que la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant pour faire tout ce qu’il veut (S. Théophile d’Antioche, Autol. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 6, 1052).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''297 ''La foi en la création &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de rien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est attestée dans l’Écriture comme une vérité pleine de promesse et d’espérance. Ainsi la mère des sept fils les encourage au martyre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes entrailles&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de l’esprit et de la vie&amp;amp;nbsp;; ce n’est pas moi qui ai organisé les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois (...). Mon enfant, regarde le ciel et la terre et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de rien et que la race des hommes est faite de la même manière (2 M 7, 22-23. 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''298 ''Puisque Dieu peut créer de rien, il peut, par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des pécheurs en créant en eux un cœur pur (cf. Ps 51, 12), et la vie du corps aux défunts par la Résurrection, Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 17). Et puisque, par sa Parole, il a pu faire resplendir la lumière des ténèbres (cf. Gn 1, 3), il peut aussi donner la lumière de la foi à ceux qui l’ignorent (cf. 2 Co 4, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu crée un monde ordonné et bon'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''299 ''Puisque Dieu crée avec sagesse, la création est ordonnée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 20). Créée dans et par le Verbe éternel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15), elle est destinée, adressée à l’homme, image de Dieu (cf. Gn 1, 26), appelé à une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant à la lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa création (cf. Ps 19, 2-5), certes non sans grand effort et dans un esprit d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre (cf. Jb 42, 3). Issue de la bonté divine, la création participe à cette bonté (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon (...) très bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Gn 1, 4. 10. 12. 18. 21. 31). Car la création est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme, comme un héritage qui lui est destiné et confié . L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel (cf. DS 286&amp;amp;nbsp;; 455-463&amp;amp;nbsp;; 800&amp;amp;nbsp;; 1333&amp;amp;nbsp;; 3002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu transcende la création et lui est présent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''300 ''Dieu est infiniment plus grand que toutes ses œuvres (cf. Si 43, 28)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa majesté est plus haute que les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 8, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à sa grandeur point de mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 145, 3). Mais parce qu’Il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent au plus intime de ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 28). Selon les paroles de S. Augustin, Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus haut que le plus haut de moi, plus intime que le plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Conf. 3, 6, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu maintient et porte la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''301 ''Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait&amp;amp;nbsp;; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue&amp;amp;nbsp;? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé&amp;amp;nbsp;? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie (Sg 11, 24-26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Dieu réalise son dessein : la divine providence =====&lt;br /&gt;
''302 ''La création a sa bonté et sa perfection propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''in statu viæ&amp;amp;nbsp;''&amp;quot;) vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu’Il a créé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 8, 1). Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 13), même celles que l’action libre des créatures produira (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3003).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''303 ''Le témoignage de l’Écriture est unanime&amp;amp;nbsp;: la sollicitude de la divine providence est ''concrète'' et ''immédiate'', elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît, Il le fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 115, 3)&amp;amp;nbsp;; et du Christ il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul n’ouvrira&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 7)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il y a beaucoup de pensées dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pr 19, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''304 ''Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur principal de l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à Dieu, sans mentionner des causes secondes. Ce n’est pas là &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une façon de parler&amp;amp;nbsp;&amp;quot; primitive, mais une manière profonde de rappeler la primauté de Dieu et sa Seigneurie absolue sur l’histoire et le monde (cf. Is 10, 5-15&amp;amp;nbsp;; 45, 5-7&amp;amp;nbsp;; Dt 32, 39&amp;amp;nbsp;; Si 11, 14) et d’éduquer ainsi à la confiance en Lui. La prière des Psaumes est la grande école de cette confiance (cf. Ps 22&amp;amp;nbsp;; 32&amp;amp;nbsp;; 35&amp;amp;nbsp;; 103&amp;amp;nbsp;; 138&amp;amp;nbsp;; e.a.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''305 ''Jésus demande un abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de sens enfants&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne vous inquiétez donc pas en disant&amp;amp;nbsp;: qu’allons-nous manger&amp;amp;nbsp;? qu’allons-nous boire&amp;amp;nbsp;? (...) Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 31-33&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 29-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et les causes secondes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''306 ''Dieu est le Maître souverain de son dessein. Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures. Ceci n’est pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes, d’être causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à l’accomplissement de son dessein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''307 ''Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre et de la dominer (cf. Gn 1, 26-28). Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et libres pour compléter l’œuvre de la Création, en parfaire l’harmonie pour leur bien et celui de leur prochains. Coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi par leurs souffrances (cf. Col 1, 24). Ils deviennent alors pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;collaborateurs de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 3, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Th 3, 2) et de son Royaume (cf. Col 4, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''308 ''C’est une vérité inséparable de la foi en Dieu le Créateur&amp;amp;nbsp;: Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes secondes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 13&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 12, 6). Loin de diminuer la dignité de la créature, cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien si elle est coupée de son origine, car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la créature sans le Créateur s’évanouit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 3)&amp;amp;nbsp;; encore moins peut-elle atteindre sa fin ultime sans l’aide de la grâce (cf. Mt 19, 26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La providence et le scandale du mal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''309 ''Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le mal existe-t-il&amp;amp;nbsp;? A cette question aussi pressante qu’inévitable, aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à cette question&amp;amp;nbsp;: la bonté de la création, le drame du péché, l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. ''Il n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part une réponse à la question du mal''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''310 ''Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister&amp;amp;nbsp;? Selon sa puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en état de voie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe donc aussi ''le mal physique'', aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S. Thomas d’A., s. gent. 3, 71).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''311 ''Les anges et les hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En fait, ils ont péché. C’est ainsi que ''le mal moral'' est entré dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral (cf. S. Augustin, lib. 1, 1, 1&amp;amp;nbsp;: PL 32, 1221-1223&amp;amp;nbsp;; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1). Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car le Dieu Tout-puissant (...), puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''312 ''Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causé par ses créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu&amp;amp;nbsp;; (...) le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un peuple nombreux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 45, 8&amp;amp;nbsp;; 50, 20&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 2, 12-18 vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré le plus grand des biens&amp;amp;nbsp;: la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''313 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (dial. 4, 138).&amp;lt;br/&amp;gt; Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Margarita Roper, ''Epistula ad Aliciam Alington'' (mense augusti 1534).&amp;lt;br/&amp;gt; Et Lady Julian of Norwich&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall be well''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (rev. 13, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''314 ''Nous croyons fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;face à face&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce ''Sabbat'' (cf. Gn 2, 2) définitif, en vue duquel Il a créé le ciel et la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
315 Dans la création du monde et de l’homme, Dieu a posé le premier et universel témoignage de son amour tout-puissant et de sa sagesse, la première annonce de son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dessein bienveillant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui trouve sa fin dans la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
316 Bien que l’œuvre de la création soit particulièrement attribuée au Père, c’est également vérité de foi que le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont l’unique et indivisible principe de la création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
317 Dieu seul a créé l’univers librement, directement, sans aucune aide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
318 Aucune créature n’a le pouvoir infini qui est nécessaire pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;créer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au sens propre du mot, c’est-à-dire de produire et de donner l’être à ce qui ne l’avait aucunement (appeler à l’existence ex nihilo) (cf. DS 3624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
319 Dieu a créé le monde pour manifester et pour communiquer sa gloire. Que ses créatures aient part à Sa vérité, à Sa bonté et à Sa beauté, voilà la gloire pour laquelle Dieu les a créées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
320 Dieu qui a créé l’univers le maintient dans l’existence par son Verbe, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 3) et par son Esprit Créateur qui donne la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
321 La divine Providence, ce sont les dispositions par lesquelles Dieu conduit avec sagesse et amour toutes les créatures jusqu’à leur fin ultime.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
322 Le Christ nous invite à l’abandon filial à la Providence de notre Père céleste (cf. Mt 6, 26-34), et l’apôtre S. Pierre reprend&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il prend soin de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 55, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
323 La providence divine agit aussi par l’agir des créatures. Aux êtres humains, Dieu donne de coopérer librement à ses desseins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
324 La permission divine du mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5 : Le ciel et la terre =====&lt;br /&gt;
''325 ''Le Symbole des apôtres professe que Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Créateur du ciel et de la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et le Symbole de Nicée-Constantinople explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... de l’univers visible et invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''326 ''Dans l’Écriture Sainte, l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel et terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie&amp;amp;nbsp;: tout ce qui existe, la création toute entière. Elle indique aussi le lien, à l’intérieur de la création, qui à la fois unit et distingue ciel et terre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le monde des hommes (cf. Ps 115, 16) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; propre de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 115, 16) et, par conséquent, aussi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui est la gloire eschatologique. Enfin, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; indique le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''327 ''La profession de foi du quatrième Concile du Latran affirme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre&amp;amp;nbsp;; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 800&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3002 et SPF 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Les Anges =====&lt;br /&gt;
'''L’existence des anges – une vérité de foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''328 ''L’existence des êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui sont-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''329 ''S. Augustin dit à leur sujet&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;‘Ange’ désigne la fonction, non pas la nature. Tu demandes comment s’appelle cette nature&amp;amp;nbsp;? – Esprit. Tu demandes la fonction&amp;amp;nbsp;? – Ange&amp;amp;nbsp;; d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il fait, c’est un ange&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Psal. 103, 1, 15). De tout leur être, les anges sont ''serviteurs'' et messagers de Dieu. Parce qu’ils contemplent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;constamment la face de mon Père qui est aux cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 10), ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 103, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''330 ''En tant que créatures purement ''spirituelles,'' ils ont intelligence et volonté&amp;amp;nbsp;: ils sont des créatures personnelles (cf. Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3801) et immortelles (cf. Lc 20, 36). Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L’éclat de leur gloire en témoigne (cf. Dn 10, 9-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec tous ses anges&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''331 ''Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31). Ils sont à Lui parce que créés ''par'' et ''pour'' lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles&amp;amp;nbsp;: trônes, seigneuries, principautés, puissances&amp;amp;nbsp;; tout a été créé par lui et pour lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 16). Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''332 ''Ils sont là, dès la création (cf. Jb 38, 7, où les anges sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation&amp;amp;nbsp;: ils ferment le paradis terrestre (cf. Gn 3, 24), protègent Lot (cf. Gn 19), sauvent Agar et son enfant (cf. Gn 21, 17), arrêtent la main d’Abraham (cf. Gn 22, 11), la loi est communiquée par leur ministère (cf. Ac 7, 53), ils conduisent le Peuple de Dieu (cf. Ex 23, 20-23), ils annoncent naissances (cf. Jg 13) et vocations (cf. Jg 6, 11-24&amp;amp;nbsp;; Is 6, 6), ils assistent les prophètes (cf. 1 R 19, 5), pour ne citer que quelques exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui annonce la naissance du Précurseur et celle de Jésus lui-même (cf. Lc 1, 11. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''333 ''De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges. Lorsque Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;introduit le Premier-né dans le monde, il dit&amp;amp;nbsp;: ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 1, 6). Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Gloire à Dieu ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 14). Ils protègent l’enfance de Jésus (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; 2, 13. 19), servent Jésus au désert (cf. Mc 1, 12&amp;amp;nbsp;; Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc 22, 43), alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf. Mt 26, 53) comme jadis Israël (cf. 2 M 10, 29-30&amp;amp;nbsp;; 11, 8). Ce sont encore les anges qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangélisent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 10) en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation (cf. Lc 2, 8-14), et de la Résurrection (cf. Mc 16, 5-7) du Christ. Ils seront là au retour du Christ qu’ils annoncent (cf. Ac 1, 10-11), au service de son jugement (cf. Mt 13, 41&amp;amp;nbsp;; 24, 31&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 8-9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les anges dans la vie de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''334 ''D’ici là toute la vie de l’Église bénéficie de l’aide mystérieuse et puissante des anges (cf. Ac 5, 18-20&amp;amp;nbsp;; 8, 26-29&amp;amp;nbsp;; 10, 3-8&amp;amp;nbsp;; 12, 6-11&amp;amp;nbsp;; 27, 23-25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''335 ''Dans sa liturgie, l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint&amp;amp;nbsp;; elle invoque leur assistance (ainsi dans ''In Paradisum deducant te angeli''&amp;lt;nowiki&amp;gt;... de la Liturgie des défunts [OEx 50], ou encore dans l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hymne chérubinique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Liturgie byzantine [(Liturgie de S. Jean Chrysostome]), elle fête plus particulièrement la mémoire de certains anges (S. Michel, S. Gabriel, S. Raphaël, les anges gardiens).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''336 ''Du début (de l’existence) (cf. Mt 18, 10) au trépas (cf. Lc 16, 22), la vie humaine est entourée de leur garde (cf. Ps 34, 8&amp;amp;nbsp;; 91, 10-13) et de leur intercession (cf. Jb 33, 23-24&amp;amp;nbsp;; Za 1, 12&amp;amp;nbsp;; Tb 12, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Basile, Eun. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 29, 656B)''. ''Dès ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Monde visible =====&lt;br /&gt;
''337 ''C’est Dieu lui-même qui a créé le monde visible dans toute sa richesse, sa diversité et son ordre. L’Écriture présente l’œuvre du Créateur symboliquement comme une suite de six jours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de travail&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divin qui s’achèvent sur le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;repos&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du septième jour (Gn 1, 1 – 2, 4). Le texte sacré enseigne, au sujet de la création, des vérités révélées par Dieu pour notre salut (cf. DV 11) qui permettent de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reconnaître la nature profonde de la création, sa valeur et sa finalité qui est la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''338 Il n’existe rien qui ne doive son existence à Dieu créateur. ''Le monde a commencé quand il a été tiré du néant par la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; tous les êtres existants, toute la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent en cet événement primordial&amp;amp;nbsp;: c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le temps commencé (cf. S. Augustin, Gen. Man. 1, 2, 4&amp;amp;nbsp;: PL 35, 175).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''339 Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres. ''Pour chacune des œuvres des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; il est dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et Dieu vit que cela était bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en vertu de la création même que toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité, leur excellence propre avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 36, § 2). Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses, qui méprise le Créateur et entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour leur ambiance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''340 ''L’''interdépendance des créatures'' est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau&amp;amp;nbsp;: les innombrables diversités et inégalités signifient qu’aucune créature ne se suffit à elle-même, qu’elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''341 ''La ''beauté de l’univers&amp;amp;nbsp;: ''L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres et des relations qui existent entre eux. L’homme les découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''342 ''La ''hiérarchie des créatures ''est exprimée par l’ordre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui va du moins parfait au plus parfait. Dieu aime toutes ses créatures (cf. Ps 145, 9), il prend soin de chacune, même des passereaux. Néanmoins, Jésus dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous valez mieux qu’une multitude de passereaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 6-7), ou encore&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un homme vaut plus qu’une brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''343 L’homme est le sommet ''de l’œuvre de la création. Le récit inspiré l’exprime en distinguant nettement la création de l’homme de celle des autres créatures (cf. Gn 1, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''344 ''Il existe une ''solidarité entre toutes les créatures ''du fait qu’elles ont toutes le même Créateur, et que toutes sont ordonnées à sa gloire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Loué sois-tu, Seigneur, dans toutes tes créatures,&amp;lt;br/&amp;gt; spécialement messire le frère Soleil,&amp;lt;br/&amp;gt; par qui tu nous donnes le jour la lumière&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,&amp;lt;br/&amp;gt; et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,&amp;lt;br/&amp;gt; qui est très utile et très humble,&amp;lt;br/&amp;gt; précieuse et chaste. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre&amp;lt;br/&amp;gt; qui nous porte et nous nourrit,&amp;lt;br/&amp;gt; qui produit la diversité des fruits&amp;lt;br/&amp;gt; avec les fleurs diaprées et les herbes. ...&amp;lt;br/&amp;gt; Louez et bénissez mon Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; rendez-lui grâce et servez-le&amp;lt;br/&amp;gt; en toute humilité.&amp;lt;br/&amp;gt; (S. François d’Assise, cant.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''345 Le Sabbat – fin de l’œuvre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;six jours&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. ''Le texte sacré dit que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’Il avait fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel et la terre furent achevés&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et que Dieu, au septième jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chôma&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et qu’Il sanctifia et bénit ce jour (Gn 2, 1-3). Ces paroles inspirées sont riches en enseignements salutaires&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''346 ''Dans la création Dieu a posé un fondement et des lois qui demeurent stables (cf. He 4, 3-4), sur lesquels le croyant pourra s’appuyer avec confiance, et qui lui seront le signe et le gage de la fidélité inébranlable de l’alliance de Dieu (cf. Jr 31, 35-37&amp;amp;nbsp;; 33, 19-26). De son côté, l’homme devra rester fidèle à ce fondement et respecter les lois que le Créateur y a inscrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''347 ''La création est faite en vue du Sabbat et donc du culte et de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans l’ordre de la création (cf. Gn 1, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne rien préférer au culte de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit la règle de S. Benoît (reg. 43, 3), indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations humaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''348 ''Le Sabbat est au cœur de la loi d’Israël. Garder les commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la volonté de Dieu exprimées dans son œuvre de création.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''349 ''Le ''huitième jour''. Mais pour nous, un jour nouveau s’est levé&amp;amp;nbsp;: le jour de la Résurrection du Christ. Le septième jour achève la première création. Le huitième jour commence la nouvelle création. Ainsi, l’œuvre de la création culmine en l’œuvre plus grande de la rédemption. La première création trouve son sens et son sommet dans la nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première (cf. MR, Vigile Pascale 24&amp;amp;nbsp;: prière après la première lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
350 Les anges sont des créatures spirituelles qui glorifient Dieu sans cesse et qui servent ses desseins salvifiques envers les autres créatures&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les anges concourent à tout ce qui est bon pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 1, 114, 3, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
351 Les anges entourent le Christ, leur Seigneur. Ils le servent particulièrement dans l’accomplissement de sa mission salvifique envers les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
352 L’Église vénère les anges qui l’aident dans son pèlerinage terrestre. et qui protègent tout être humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
353 Dieu a voulu la diversité de ses créatures et leur bonté propre, leur interdépendance et leur ordre. Il a destiné toutes les créatures matérielles au bien du genre humain. L’homme, et toute la création à travers lui, est destiné à la gloire de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
354 Respecter les lois inscrites dans la création et les rapports qui dérivent de la nature des choses, est un principe de sagesse et un fondement de la morale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6 L’homme =====&lt;br /&gt;
''355 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 27). L’homme tient une place unique dans la création&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (I)&amp;amp;nbsp;; dans sa propre nature il unit le monde spirituel et le monde matériel (II)&amp;amp;nbsp;; il est créé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;homme et femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (III)&amp;amp;nbsp;; Dieu l’a établi dans son amitié (IV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. &amp;quot; A l’image de Dieu &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''356 ''De toutes les créatures visibles, seul l’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;capable de connaître et d’aimer son Créateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 3)&amp;amp;nbsp;; il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 24, § 3)&amp;amp;nbsp;;lui seul est appelé à partager, par la connaissance et l’amour, la vie de Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé, et c’est là la raison fondamentale de sa dignité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Quelle raison T’a fait constituer l’homme en si grande dignité&amp;amp;nbsp;? L’amour inestimable par lequel Tu as regardé en Toi-même Ta créature, et Tu T’es épris d’elle&amp;amp;nbsp;; car c’est par amour que Tu l’as créée, c’est par amour que Tu lui as donné un être capable de goûter Ton Bien éternel (Ste. Catherine de Sienne, dial. 4, 13&amp;amp;nbsp;: ed. G. Cavallini [Roma 1995] p. 43).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''357 ''Parce qu’il est à l’image de Dieu l’individu humain a la dignité de ''personne&amp;amp;nbsp;:'' il n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''358 ''Dieu a tout créé pour l’homme (cf. GS 12, § 1&amp;amp;nbsp;; 24, § 3&amp;amp;nbsp;; 39, § 1), mais l’homme a été créé pour servir et aimer Dieu et pour Lui offrir toute la création&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel est donc l’être qui va venir à l’existence entouré d’une telle considération&amp;amp;nbsp;? C’est l’homme, grande et admirable figure vivante, plus précieux aux yeux de Dieu que la création toute entière&amp;amp;nbsp;: c’est l’homme, c’est pour lui qu’existent le ciel et la terre et la mer et la totalité de la création, et c’est à son salut que Dieu a attaché tant d’importance qu’il n’a même pas épargné son Fils unique pour lui. Car Dieu n’a pas eu de cesse de tout mettre en œuvre pour faire monter l’homme jusqu’à lui et le faire asseoir à sa droite (S. Jean Chrysostome, serm. in Gen. 2, 1&amp;amp;nbsp;: PG 54, 587D-588A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''359 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En réalité, c’est seulement dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire véritablement le mystère de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain&amp;amp;nbsp;: Adam et le Christ ... Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie&amp;amp;nbsp;; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le premier a été créé par le dernier, de qui il a reçu l’âme qui le fait vivre ... Le second Adam a établi son image dans le premier Adam alors qu’il le modelait. De là vient qu’il en a endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre ce qu’il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam&amp;amp;nbsp;: le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le premier, comme il l’a dit lui-même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis le Premier et le Dernier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Pierre Chrysologue, serm. 117, 1-2&amp;amp;nbsp;: PL 52, 520B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''360 ''Grâce à la communauté d’origine ''le'' ''genre humain'' ''forme une unité''. Car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a fait sortir d’une souche unique toute la descendance des hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 17, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Tb 8, 6)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Merveilleuse vision qui nous fait contempler le genre humain dans l’unité de son origine en Dieu (...)&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa nature, composée pareillement chez tous d’un corps matériel et d’une âme spirituelle&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de sa fin immédiate et de sa mission dans le monde&amp;amp;nbsp;; dans l’unité de son habitation&amp;amp;nbsp;: la terre, des biens de laquelle tous les hommes, par droit de nature, peuvent user pour soutenir et développer la vie&amp;amp;nbsp;; unité de sa fin surnaturelle&amp;amp;nbsp;: Dieu même, à qui tous doivent tendre&amp;amp;nbsp;; dans l’unité des moyens pour atteindre cette fin&amp;amp;nbsp;; (...) dans l’unité de son rachat opéré pour tous par le Christ (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Summi pontificatus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''361 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette loi de solidarité humaine et de charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Ibid''.), sans exclure la riche variété des personnes, des cultures et des peuples, nous assure que tous les hommes sont vraiment frères.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. &amp;quot; Un de corps et d’âme &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''362 ''La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel. Le récit biblique exprime cette réalité avec un langage symbolique, lorsqu’il affirme que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu modela l’homme avec la glaise du sol&amp;amp;nbsp;; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 7). L’homme tout entier est donc ''voulu'' par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''363 ''Souvent, le terme ''âme'' désigne dans l’Écriture Sainte la ''vie ''humaine (cf. Mt 16, 25-26&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 13) ou toute la ''personne'' humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38&amp;amp;nbsp;; Jn 12, 27) et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28&amp;amp;nbsp;; 2 M 6, 30), ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie le ''principe spirituel'' en l’homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''364 ''Le ''corps'' de l’homme participe à la dignité de l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: il est corps humain précisément parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit (cf. 1 Co 6, 19-20&amp;amp;nbsp;; 15, 44-45)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Corps et âme, mais vraiment un, l’homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour (GS 14, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''365 ''L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du corps (cf. Cc. Vienne en 1312&amp;amp;nbsp;: DS 902)&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant&amp;amp;nbsp;; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''366 ''L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3896&amp;amp;nbsp;; SPF 8) – elle n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par les parents – ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513&amp;amp;nbsp;: DS 1440)&amp;amp;nbsp;: elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''367 ''Parfois il se trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit. Ainsi S. Paul prie pour que notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être tout entier, l’esprit, l’âme et le corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; soit gardé sans reproche à l’Avènement du Seigneur (1 Th 5, 23). L’Église enseigne que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme (Cc. Constantinople IV en 870&amp;amp;nbsp;: DS 657). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle (Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3005&amp;amp;nbsp;; cf. GS 22, § 5), et que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu (cf. Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Humani generis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3891).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''368 ''La tradition spirituelle de l’Église insiste aussi sur le ''cœur'', au sens biblique de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fond de l’être&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non pour Dieu (cf. Dt 6, 5&amp;amp;nbsp;; 29, 3&amp;amp;nbsp;; Is 29, 13&amp;amp;nbsp;; Ez 36, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 6, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 8, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. &amp;quot; Homme et femme il les créa &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
'''Égalité et différence voulues par Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''369 ''L’homme et la femme sont ''créés,'' c’est-à-dire ils sont ''voulus par Dieu&amp;amp;nbsp;:'' dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Être homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est une réalité bonne et voulue par Dieu&amp;amp;nbsp;: l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn 2, 7. 22). L’homme et la femme sont, avec une même dignité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être-femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils reflètent la sagesse et la bonté du Créateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''370 ''Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel il n’y a pas place pour la différence des sexes. Mais les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;perfections&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu&amp;amp;nbsp;: celles d’une mère (cf. Is 49, 14-15&amp;amp;nbsp;; 66, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 130, 2-3) et celles d’un père et époux (cf. Os 11, 1-4&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 4-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une unité à deux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''371 ''Créés ''ensemble,'' l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un ''pour'' l’autre. La Parole de Dieu nous le fait entendre par divers traits du texte sacré. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 18). Aucun des animaux ne peut être ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vis-à-vis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme (Gn 2, 19-20). La femme que Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la côte tirée de l’homme et qu’il amène à l’homme, provoque de la part de l’homme un cri d’admiration, une exclamation d’amour et de communion&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est l’os de mes os et la chair de ma chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 23). L’homme découvre la femme comme un autre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de la même humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''372 ''L’homme et la femme sont faits &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’un pour l’autre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: non pas que Dieu ne les aurait faits qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;à moitié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;incomplets&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aide&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;os de mes os...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) et complémentaires en tant que masculin et féminin (MD 7). Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, en formant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 24), ils puissent transmettre la vie humaine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 1, 28). En transmettant à leur descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur (cf. GS 50, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''373 ''Dans le dessein de Dieu, l’homme et la femme ont la vocation de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumettre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la terre (cf. Gn 1, 28) comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intendants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Dieu. Cette souveraineté ne doit pas être une domination arbitraire et destructrice. A l’image du Créateur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui aime tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 11, 24), l’homme et la femme sont appelés à participer à la Providence divine envers les autres créatures. De là, leur responsabilité pour le monde que Dieu leur a confié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’homme au Paradis =====&lt;br /&gt;
''374 ''Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''375 ''L’Église, en interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et Eve ont été constitué dans un état &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sainteté et de justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511). Cette grâce de la sainteté originelle était une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participation à la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''376 ''Par le rayonnement de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn 2, 25), enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justice originelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''377 ''La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;maîtrise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme ''maîtrise de soi''. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''378 ''Le signe de la familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il y vit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour cultiver le sol et le garder&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 15)&amp;amp;nbsp;: le travail n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''379 ''C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
380 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu, Tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en Te servant, toi, son Créateur, il règne sur la création&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, prière eucharistique IV, 118).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
381 L’homme est prédestiné à reproduire l’image du Fils de Dieu fait homme – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;image du Dieu invisible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 15) – afin que le Christ soit le premier-né d’une multitude de frères et de sœurs (cf. Ep 1, 3-6&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
382 L’homme est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un de corps et d’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 14, § 1). La doctrine de la foi affirme que l’âme spirituelle et immortelle est créée immédiatement par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
383 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas créé l’homme solitaire&amp;amp;nbsp;: dès l’origine, ‘il les créa homme et femme’ (Gn 1, 27)&amp;amp;nbsp;; leur société réalise la première forme de communion entre personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 12, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
384 La révélation nous fait connaître l’état de sainteté et de justice originelles de l’homme et de la femme avant le péché&amp;amp;nbsp;: de leur amitié avec Dieu découlait la félicité de leur existence au paradis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 7 : La Chute =====&lt;br /&gt;
''385 ''Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la souffrance, des maux dans la nature – qui apparaissent comme liés aux limites propres des créatures –, et surtout à la question du mal moral. D’où vient le mal&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je cherchais d’où vient le mal et je ne trouvais pas de solution&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit S. Augustin (conf. 7, 7, 11), et sa propre quête douloureuse ne trouvera d’issue que dans sa conversion au Dieu vivant. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le mystère de l’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 2, 7) ne s’éclaire qu’à la lumière du mystère de la piété (cf. 1 Tm 3, 16). La révélation de l’amour divin dans le Christ a manifesté à la fois l’étendue du mal et la surabondance de la grâce (cf. Rm 5, 20). Nous devons donc considérer la question de l’origine du mal en fixant le regard de notre foi sur Celui qui, seul, en est le Vainqueur (cf. Lc 11, 21-22&amp;amp;nbsp;; Jn 16, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 3, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La où le péché a abondé, la grâce a surabondé =====&lt;br /&gt;
'''La réalité du péché'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''386 ''Le péché est présent dans l’histoire de l’homme&amp;amp;nbsp;: il serait vain de tenter de l’ignorer ou de donner à cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre ce qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître le ''lien profond de l’homme avec Dieu, ''car en dehors de ce rapport, le mal du péché n’est pas démasqué dans sa véritable identité de refus et d’opposition face à Dieu, tout en continuant à peser sur la vie de l’homme et sur l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''387 ''La réalité du péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s’éclaire qu’à la lumière de la Révélation divine. Sans la connaissance qu’elle nous donne de Dieu on ne peut clairement reconnaître le péché, et on est tenté de l’expliquer uniquement comme un défaut de croissance, comme une faiblesse psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d’une structure sociale inadéquate, etc. C’est seulement dans la connaissance du dessein de Dieu sur l’homme que l’on comprend que le péché est un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent l’aimer et s’aimer mutuellement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le péché originel – une vérité essentielle de la foi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''388 ''Avec la progression de la Révélation est éclairée aussi la réalité du péché. Bien que le Peuple de Dieu de l’Ancien Testament ait connu d’une certaine manière la condition humaine à la lumière de l’histoire de la chute narrée dans la Genèse, il ne pouvait pas atteindre la signification ultime de cette histoire, qui se manifeste seulement à la lumière de la Mort et de la Résurrection de Jésus-Christ (cf. Rm 5, 12-21). Il faut connaître le Christ comme source de la grâce pour connaître Adam comme source du péché. C’est l’Esprit-Paraclet, envoyé par le Christ ressuscité, qui est venu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;confondre le monde en matière de péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 8) en révélant Celui qui en est le Rédempteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''389 ''La doctrine du péché originel est pour ainsi dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le revers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du salut et que le salut est offert à tous grâce au Christ. L’Église qui a le sens du Christ (cf. 1 Co 2, 16) sait bien qu’on ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Pour lire le récit de la chute'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''390 ''Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu ''au commencement de l’histoire de l’homme'' (cf. GS 13, § 1). La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513&amp;amp;nbsp;; Pie XII&amp;amp;nbsp;: DS 3897&amp;amp;nbsp;; Paul VI, discours 11 juillet 1966).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La chute des anges =====&lt;br /&gt;
''391 ''Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn 3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24). L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 9). L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV en 1215&amp;amp;nbsp;: DS 800).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''392 ''L’Écriture parle d’un ''péché'' de ces anges (cf. 2 P 2, 4). Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement ''refusé ''Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous deviendrez comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 5). Le diable est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pécheur dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;père du mensonge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''393 ''C’est le caractère ''irrévocable ''de leur choix, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 2, 4&amp;amp;nbsp;: PG 94, 877C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''394 ''L’Écriture atteste l’influence néfaste de celui que Jésus appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homicide dès l’origine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 44), et qui a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue du Père (cf. Mt 4, 1-11). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 8). La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l’homme à désobéir à Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''395 ''La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature&amp;amp;nbsp;: il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le péché originel =====&lt;br /&gt;
'''L’épreuve de la liberté'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''396 ''Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car du jour où tu en mangeras, tu mourras&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’arbre de la connaissance du bien et du mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le premier péché de l’homme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''397 ''L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a ''désobéi'' au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''398 ''Dans ce péché, l’homme s’est ''préféré'' lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu&amp;amp;nbsp;: il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;divinisé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être comme Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Gn 3, 5), mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, ambig.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 1156C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''399 ''L’Écriture montre les conséquences dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Eve perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle (cf. Rm 3, 23). Ils ont peur de ce Dieu (cf. Gn 3, 9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un Dieu jaloux de ses prérogatives (cf. Gn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''400 ''L’harmonie dans laquelle ils étaient, établie grâce à la justice originelle, est détruite&amp;amp;nbsp;; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée (cf. Gn 3, 7)&amp;amp;nbsp;; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des tensions (cf. Gn 3, 11-13)&amp;amp;nbsp;; leurs rapports seront marqués par la convoitise et la domination (cf. Gn 3, 16). L’harmonie avec la création est rompue&amp;amp;nbsp;: la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile (cf. Gn 3, 17. 19). A cause de l’homme, la création est soumise &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la servitude de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 20). Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (cf. Gn 2, 17) se réalisera&amp;amp;nbsp;: l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retournera à la poussière de laquelle il est formé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Gn 3, 19). ''La mort fait son entrée dans l’histoire de l’humanité ''(cf. Rm 5, 12)''.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''401 ''Depuis ce premier péché, une véritable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;invasion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du péché inonde le monde&amp;amp;nbsp;: le fratricide commis par Caïn sur Abel (cf. Gn 4, 3-15)&amp;amp;nbsp;; la corruption universelle à la suite du péché (cf. Gn 6, 5. 12&amp;amp;nbsp;; Rm 1, 18-32)&amp;amp;nbsp;; de même, dans l’histoire d’Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de l’alliance et comme transgression de la Loi de Moïse&amp;amp;nbsp;; après la Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se manifeste de nombreuses manières (cf. 1 Co 1-6&amp;amp;nbsp;; Ap 2-3). L’Écriture et la Tradition de l’Église ne cessent de rappeler la présence et ''l’universalité du péché dans l’histoire ''de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conséquences du péché d’Adam pour l’humanité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''402 ''Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. S. Paul l’affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 12). A l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose l’universalité du salut dans le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''403 ''A la suite de S. Paul l’Église a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort de l’âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1512). En raison de cette certitude de foi, l’Église donne le Baptême pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1514)'''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''404 ''Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants&amp;amp;nbsp;? Tout le genre humain est en Adam &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme l’unique corps d’un homme unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., mal. 4, 1) Par cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;unité du genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;: en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un ''péché personnel, ''mais ce péché affecte la ''nature humaine ''qu’ils vont transmettre ''dans un état déchu'' (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511-1512). C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de façon analogique&amp;amp;nbsp;: c’est un péché &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contracté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et non pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, un état et non pas un acte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''405 ''Quoique propre à chacun (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1513), le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement corrompue&amp;amp;nbsp;: elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''406 ''La doctrine de l’Église sur la transmission du péché originel s’est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous l’impulsion de la réflexion de S. Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition à la Réforme protestante. Pélage tenait que l’homme pouvait, par la force naturelle de sa volonté libre, sans l’aide nécessaire de la grâce de Dieu, mener une vie moralement bonne&amp;amp;nbsp;; il réduisait ainsi l’influence de la faute d’Adam à celle d’un mauvais exemple. Les premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que l’homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché des origines&amp;amp;nbsp;; ils identifiaient le péché hérité par chaque homme avec la tendance au mal (''concupiscentia''), qui serait insurmontable. L’Église s’est spécialement prononcée sur le sens du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile d’Orange en 529 (cf. DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 (cf. DS 1510-1516).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dur combat...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''407 ''La doctrine sur le péché originel – liée à celle de la Rédemption par le Christ – donne un regard de discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1511&amp;amp;nbsp;; cf. He 2, 14). Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale (cf. CA 25) et des mœurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''408 ''Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l’expression de Saint Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Par cette expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''409 ''Cette situation dramatique du monde qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout entier gît au pouvoir du mauvais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 5, 19&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 5, 8) fait de la vie de l’homme un combat&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes&amp;amp;nbsp;; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien&amp;amp;nbsp;; et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure (GS 37, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. &amp;quot; Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''410 ''Après sa chute, l’homme n’a pas été abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l’appelle (cf. Gn 3, 9) et lui annonce de façon mystérieuse la victoire sur le mal et le relèvement de sa chute (cf. Gn 3, 15). Ce passage de la Genèse a été appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, étant la première annonce du Messie rédempteur, celle d’un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d’un descendant de celle-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''411 ''La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvel Adam&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 21-22. 45) qui, par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissance jusqu’à la mort de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8) répare en surabondance la désobéissance d’Adam (cf. Rm 5, 19-20). Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l’Église voient dans la femme annoncée dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;protévangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère du Christ, Marie, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle Eve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Elle a été celle qui, la première et d’une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ&amp;amp;nbsp;: elle a été préservée de toute souillure du péché originel (cf. Pie IX&amp;amp;nbsp;: DS 2803) et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n’a commis aucune sorte de péché (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''412 ''Mais ''pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché le premier homme de pécher&amp;amp;nbsp;? ''S. Léon le Grand répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La grâce ineffable du Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (serm. 73, 4&amp;amp;nbsp;: PL 54, 396). Et S. Thomas d’Aquin&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute après le péché. Dieu permet, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un plus grand bien. D’où le mot de S. Paul&amp;amp;nbsp;: ‘Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé’ (Rm 5, 20). Et le chant de l’‘Exultet’&amp;amp;nbsp;: ‘O heureuse faute qui a mérité un tel et un si grand Rédempteur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 1, 3, ad 3&amp;amp;nbsp;; l’''Exsultet'' chante ces paroles de saint Thomas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
413 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants (...). C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
414 Satan ou le diable et les autres démons sont des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu et son dessein. Leur choix contre Dieu est définitif. Ils tentent d’associer l’homme à leur révolte contre Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
415 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Établi par Dieu dans un état de sainteté, l’homme séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 13, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
416 Par son péché, Adam, en tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
417 A leur descendance, Adam et Eve ont transmis la nature humaine blessée par leur premier péché, donc privée de la sainteté et la justice originelles. Cette privation est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;péché originel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
418 En conséquence du péché originel, la nature humaine est affaiblie dans ses forces, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à la domination de la mort, et inclinée au péché (inclination appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concupiscence&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
419 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, ‘non par imitation, mais par propagation’, et qu’il est ainsi ‘propre à chacun’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
420 La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La où le péché a abondé, la grâce a surabondé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
421 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du créateur&amp;amp;nbsp;; il est tombé, certes, sous l’esclavage du péché, mais le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l’a libéré...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 2, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre Deuxième : Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu ====&lt;br /&gt;
'''La Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''422 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4-5). Voici &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Bonne Nouvelle touchant Jésus-Christ, Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 1)&amp;amp;nbsp;: Dieu a visité son peuple (cf. Lc 1, 68), il a accompli les promesses faites à Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1, 55)&amp;amp;nbsp;; il l’a fait au-delà de toute attente&amp;amp;nbsp;: Il a envoyé son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''423 ''Nous croyons et confessons que Jésus de Nazareth, né juif d’une fille d’Israël, à Bethléem, au temps du roi Hérode le Grand et de l’empereur César Auguste&amp;amp;nbsp;; de son métier charpentier, mort crucifié à Jérusalem, sous le procureur Ponce Pilate, pendant le règne de l’empereur Tibère, est le Fils éternel de Dieu fait homme, qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; 6, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2), car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (...). Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''424 ''Mûs par la grâce de l’Esprit Saint et attirés par le Père nous croyons et nous confessons au sujet de Jésus&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16). C’est sur le roc de cette foi, confessée par S. Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18&amp;amp;nbsp;; S. Léon le Grand, serm. 4, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 151&amp;amp;nbsp;; 51, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 309B&amp;amp;nbsp;; 62, 2&amp;amp;nbsp;: PL 350C-351A&amp;amp;nbsp;; 83, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 432A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Annoncer l’insondable richesse du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(Ep 3, 8)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''425 ''La transmission de la foi chrétienne, c’est d’abord l’annonce de Jésus-Christ, pour conduire à la foi en Lui. Dès le commencement, les premiers disciples ont brûlé du désir d’annoncer le Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 20). Et ils invitent les hommes de tous les temps à entrer dans la joie de leur communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie&amp;amp;nbsp;; – car la vie s’est manifestée&amp;amp;nbsp;: nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue&amp;amp;nbsp;; – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète (1 Jn 1, 1-4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Au cœur de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''426 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au cœur de la catéchèse nous trouvons essentiellement une Personne, celle de Jésus de Nazareth, Fils unique du Père (...), qui a souffert et qui est mort pour nous et qui maintenant, ressuscité, vit avec nous pour toujours (...). Catéchiser (...), c’est dévoiler dans la Personne du Christ tout le dessein éternel de Dieu. C’est chercher à comprendre la signification des gestes et des paroles du Christ, des signes réalisés par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 5). Le but de la catéchèse&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mettre en communion avec Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: lui seul peut conduire à l’amour du Père dans l’Esprit et nous faire participer à la vie de la Trinité Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''427 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la catéchèse, c’est le Christ, Verbe incarné et Fils de Dieu, qui est enseigné – tout le reste l’est en référence à lui&amp;amp;nbsp;; et seul le Christ enseigne, tout autre le fait dans la mesure où il est son porte-parole, permettant au Christ d’enseigner par sa bouche (...). Tout catéchiste devrait pouvoir s’appliquer à lui-même la mystérieuse parole de Jésus&amp;amp;nbsp;: ‘Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé’ (Jn 7, 16)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid., 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''428 ''Celui qui est appelé à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enseigner le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, doit donc d’abord chercher &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce gain suréminent qu’est la connaissance du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accepter de tout perdre (...) afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans la mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 8-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''429 ''C’est de cette connaissance amoureuse du Christ que jaillit le désir de L’annoncer, d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et de conduire d’autres au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi en Jésus-Christ. Mais en même temps se fait sentir le besoin de toujours mieux connaître cette foi. A cette fin, en suivant l’ordre du Symbole de la foi, seront d’abord présentés les principaux titres de Jésus&amp;amp;nbsp;: le Christ, le Fils de Dieu, le Seigneur (''article 2''). Le Symbole confesse ensuite les principaux mystères de la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: ceux de son Incarnation (''article 3''), ceux de sa Pâque (''articles 4 et 5''), enfin ceux de sa glorification (''articles 6 et 7'').&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 2 : &amp;quot; Et en Jésus-Christ, son Fils Unique, Notre Seigneur &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Jésus =====&lt;br /&gt;
''430 Jésus'' veut dire en hébreu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel lui donne comme nom propre le nom de Jésus qui exprime à la fois son identité et sa mission (cf. Lc 1, 31). Puisque &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut remettre les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7), c’est lui qui, en Jésus, son Fils éternel fait homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21). En Jésus, Dieu récapitule ainsi toute son histoire de salut en faveur des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''431 ''Dans l’histoire du salut, Dieu ne s’est pas contenté de délivrer Israël de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la maison de servitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dt 5, 6) en le faisant sortir d’Égypte. Il le sauve encore de son péché. Parce que le péché est toujours une offense faite à Dieu (cf. Ps 51, 6), c’est Lui seul qui peut l’absoudre (cf. Ps 51, 12). C’est pourquoi Israël, en prenant de plus en plus conscience de l’universalité du péché, ne pourra plus chercher le salut que dans l’invocation du nom du Dieu Rédempteur (cf. Ps 79, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''432 ''Le nom de Jésus signifie que le nom même de Dieu est présent en la personne de son Fils (cf. Ac 5, 41&amp;amp;nbsp;; 3 Jn 7) fait homme pour la rédemption universelle et définitive des péchés. Il est le nom divin qui seul apporte le salut (cf. Jn 3, 5&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 21) et il peut désormais être invoqué de tous car il s’est uni à tous les hommes par l’Incarnation (cf. Rm 10, 6-13) de telle sorte qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 9, 14&amp;amp;nbsp;; Jc 2, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''433 ''Le nom du Dieu Sauveur était invoqué une seule fois par an par le grand prêtre pour l’expiation des péchés d’Israël, quand il avait aspergé le propitiatoire du Saint des Saints avec le sang du sacrifice (cf. Lv 16, 15-16&amp;amp;nbsp;; Si 50, 20&amp;amp;nbsp;; He 9, 7). Le propitiatoire était le lieu de la présence de Dieu (cf. Ex 25, 22&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 2&amp;amp;nbsp;; Nb 7, 89&amp;amp;nbsp;; He 9, 5). Quand S. Paul dit de Jésus que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a destiné à être propitiatoire par son propre sang&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 25), il signifie que dans l’humanité de celui-ci, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''434 ''La Résurrection de Jésus glorifie le nom du Dieu Sauveur (cf. Jn 12, 28) car désormais, c’est le nom de Jésus qui manifeste en plénitude la puissance suprême du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nom au-dessus de tout nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 9-10). Les esprits mauvais craignent son nom (cf. Ac 16, 16-18&amp;amp;nbsp;; 19, 13-16) et c’est en son nom que les disciples de Jésus font des miracles (cf. Mc 16, 17), car tout ce qu’ils demandent au Père en son nom, celui-ci le leur accorde (Jn 15, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''435 ''Le nom de Jésus est au cœur de la prière chrétienne. Toutes les oraisons liturgiques se concluent par la formule &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous salue, Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; culmine dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La prière du cœur orientale appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prière à Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur prend pitié de moi pécheur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. De nombreux chrétiens meurent en ayant, comme Ste Jeanne d’Arc, le seul mot de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux lèvres (cf. P. Doncoeur et Y. Lanhers, ''La réhabilitation de Jeanne la Pucelle'', p. 39. 45. 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Christ =====&lt;br /&gt;
''436 Christ'' vient de la traduction grecque du terme hébreu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il ne devient le nom propre de Jésus que parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu’il signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C’était le cas des rois (cf. 1 S 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1. 12-13&amp;amp;nbsp;; 1 R 1, 39), des prêtres (cf. Ex 29, 7&amp;amp;nbsp;; Lv 8, 12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume (cf. Ps 2, 2&amp;amp;nbsp;; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par l’Esprit du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4, 14&amp;amp;nbsp;; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 4, 16-21). Jésus a accompli l’espérance messianique d’Israël dans sa triple fonction de prêtre, de prophète et de roi .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''437 ''L’ange a annoncé aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aujourd’hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 11). Dès l’origine il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 36), conçu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35) dans le sein virginal de Marie. Joseph a été appelé par Dieu à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre chez lui Marie son épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enceinte de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ce qui a été engendré en elle par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21) afin que Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que l’on appelle Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; naisse de l’épouse de Joseph dans la descendance messianique de David (Mt 1, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 1, 3&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 2, 8&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''438 ''La consécration messianique de Jésus manifeste sa mission divine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est d’ailleurs ce qu’indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l’Onction même dont il a été oint&amp;amp;nbsp;: Celui qui a oint, c’est le Père, Celui qui a été oint, c’est le Fils, et il l’a été dans l’Esprit qui est l’Onction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s’est révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’il fût manifesté à Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 31) comme son Messie. Ses œuvres et ses paroles le feront connaître comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 24&amp;amp;nbsp;; Jn 6, 69&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''439 ''De nombreux juifs et même certains païens qui partageaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits fondamentaux du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de David&amp;amp;nbsp;&amp;quot; messianique promis par Dieu à Israël (cf. Mt 2, 2&amp;amp;nbsp;; 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; 20, 30&amp;amp;nbsp;; 21, 9. 15). Jésus a accepté le titre de Messie auquel il avait droit (cf. Jn 4, 25-26&amp;amp;nbsp;; 11, 27), mais non sans réserve parce que celui-ci était compris par une partie de ses contemporains selon une conception trop humaine (cf. Mt 22, 41-46), essentiellement politique (cf. Jn 6, 15&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''440 ''Jésus a accueilli la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion prochaine du Fils de l’Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l’identité transcendante du Fils de l’Homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est descendu du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 6, 62&amp;amp;nbsp;; Dn 7, 13) et dans sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 10-12). C’est pourquoi le vrai sens de sa royauté n’est manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19, 19-22&amp;amp;nbsp;; Lc 23, 39-43). C’est seulement après sa Résurrection que sa royauté messianique pourra être proclamée par Pierre devant le Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude&amp;amp;nbsp;: Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Fils unique de Dieu =====&lt;br /&gt;
''441 Fils de Dieu'', dans l’Ancien Testament, est un titre donné aux anges (cf. Dt 32, 8&amp;amp;nbsp;; Jb 1, 6), au peuple de l’Élection (cf. Ex 4, 22&amp;amp;nbsp;; Os 11, 1&amp;amp;nbsp;; Jr 3, 19&amp;amp;nbsp;; Si 36, 11&amp;amp;nbsp;; Sg 18, 13), aux enfants d’Israël (cf. Dt 14, 1&amp;amp;nbsp;; Os 2, 1) et à leurs rois (cf. 2 S 7, 14&amp;amp;nbsp;; Ps 82, 6). Il signifie alors une filiation adoptive qui établit entre Dieu et sa créature des relations d’une intimité particulière. Quand le Roi-Messie promis est dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Ch 17, 13&amp;amp;nbsp;; Ps 2, 7), cela n’implique pas nécessairement, selon le sens littéral de ces textes, qu’il soit plus qu’humain. Ceux qui ont désigné ainsi Jésus en tant que Messie d’Israël (cf. Mt 27, 54) n’ont peut-être pas voulu dire davantage (cf. Lc 23, 47).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''442 ''Il n’en va pas de même pour Pierre quand il confesse Jésus comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 16) car celui-ci lui répond avec solennité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette ''révélation'' ne t’est pas venue de la chair et du sang mais ''de mon Père ''qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 17). Parallèlement Paul dira à propos de sa conversion sur le chemin de Damas&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 1, 15-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 9, 20). Ce sera dès le début (cf. 1 Th 1, 10) le centre de la foi apostolique (cf. Jn 20, 31) professée d’abord par Pierre comme fondement de l’Église (cf. Mt 16, 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''443 ''Si Pierre a pu reconnaître le caractère transcendant de la filiation divine de Jésus Messie, c’est que celui-ci l’a nettement laissé entendre. Devant le Sanhédrin, à la demande de ses accusateurs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es donc le Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus a répondu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous le dites bien, je le suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 70&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 26, 64&amp;amp;nbsp;; Mc 14, 61). Bien avant déjà, Il s’est désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui connaît le Père (cf. Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; 21, 37-38), qui est distinct des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que Dieu a auparavant envoyés à son peuple (cf. Mt 21, 34-36), supérieur aux anges eux-mêmes (cf. Mt 24, 36). Il a distingué sa filiation de celle de ses disciples en ne disant jamais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 48&amp;amp;nbsp;; 6, 8&amp;amp;nbsp;; 7, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 13) sauf pour leur ordonner &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''vous'' donc priez ainsi&amp;amp;nbsp;: Notre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 6, 9)&amp;amp;nbsp;; et il a souligné cette distinction&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père et votre Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''444 ''Les Évangiles rapportent en deux moments solennels, le Baptême et la transfiguration du Christ, la voix du Père qui Le désigne comme son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; 17, 5). Jésus se désigne Lui-même comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils Unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16) et affirme par ce titre sa préexistence éternelle (cf. Jn 10, 36). Il demande la foi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom du Fils unique de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 18). Cette confession chrétienne apparaît déjà dans l’exclamation du centurion face à Jésus en croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vraiment cet homme était Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 39). Dans le mystère pascal seulement le croyant peut donner sa portée ultime au titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''445 ''C’est après sa Résurrection que sa filiation divine apparaît dans la puissance de son humanité glorifiée&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon l’Esprit qui sanctifie, par sa Résurrection d’entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu dans sa puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 13, 33). Les apôtres pourront confesser&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Seigneur =====&lt;br /&gt;
''446 ''Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s’est révélé à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, est rendu par ''Kyrios'' (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). ''Seigneur'' devient dès lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. C’est dans ce sens fort que le Nouveau Testament utilise le titre de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à la fois pour le Père, mais aussi, et c’est là la nouveauté, pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu lui-même (cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''447 ''Jésus lui-même s’attribue de façon voilée ce titre lorsqu’il discute avec les Pharisiens sur le sens du Psaume 109 (cf. Mt 22, 41-46&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 2, 34-36&amp;amp;nbsp;; He 1, 13), mais aussi de manière explicite en s’adressant à ses apôtres (cf. Jn 13, 13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de domination sur la nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort et le péché, démontraient sa souveraineté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''448 ''Très souvent, dans les Évangiles, des personnes s’adressent à Jésus en l’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Ce titre exprime le respect et la confiance de ceux qui s’approchent de Jésus et qui attendent de lui secours et guérison (cf. Mt 8, 2&amp;amp;nbsp;; 14, 30&amp;amp;nbsp;; 15, 22&amp;amp;nbsp;; e.a.). Sous la motion de l’Esprit Saint, il exprime la reconnaissance du mystère divin de Jésus (cf. Lc 1, 43&amp;amp;nbsp;; 2, 11). Dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Seigneur et mon Dieu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 28). Il prend alors une connotation d’amour et d’affection qui va rester le propre de la tradition chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est le Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''449 ''En attribuant à Jésus le titre divin de Seigneur, les premières confessions de foi de l’Église affirment, dès l’origine (cf. Ac 2, 34-36), que le pouvoir, l’honneur et la gloire dus à Dieu le Père conviennent aussi à Jésus (cf. Rm 9, 5&amp;amp;nbsp;; Tt 2, 13&amp;amp;nbsp;; Ap 5, 13) parce qu’il est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 6) et que le Père a manifesté cette souveraineté de Jésus en le ressuscitant des morts et en l’exaltant dans sa gloire (cf. Rm 10, 9&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''450 ''Dès le commencement de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l’histoire (cf. Ap 11, 15) signifie aussi la reconnaissance que l’homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;: César n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mc 12, 17&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église croit (...) que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 10, § 2&amp;amp;nbsp;; cf. 45, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''451 ''La prière chrétienne est marquée par le titre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que ce soit l’invitation à la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur soit avec vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ou la conclusion de la prière &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Jésus-Christ notre Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou encore le cri plein de confiance et d’espérance&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Maran atha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur vient&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Marana tha&amp;amp;nbsp;''&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) (1 Co 16, 22)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen, viens, Seigneur Jésus&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
452 Le nom de Jésus signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui sauve&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’enfant né de la Vierge Marie est appelé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 21)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
453 Le nom de Christ signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est le Christ car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu L’a oint de l’Esprit Saint et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38). Il était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 19), l’objet de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 28, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
454 Le nom de Fils de Dieu signifie la relation unique et éternelle de Jésus-Christ à Dieu son Père&amp;amp;nbsp;: Il est le Fils unique du Père (cf. Jn 1, 14. 18&amp;amp;nbsp;; 3, 16. 18) et Dieu lui-même (cf. Jn 1, 1). Croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu est nécessaire pour être chrétien (cf. Ac 8, 37&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
455 Le nom de Seigneur signifie la souveraineté divine. Confesser ou invoquer Jésus comme Seigneur, c’est croire en sa divinité. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut dire ‘Jésus est Seigneur’ s’il n’est avec l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 3 : &amp;quot; Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, Il est né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Fils de Dieu s’est fait homme =====&lt;br /&gt;
===== I. Pourquoi le Verbe s’est-il fait chair =====&lt;br /&gt;
''456 ''Avec le Credo de Nicée-Constantinople, nous répondons en confessant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Pour nous les hommes et pour notre salut'' Il descendit du ciel&amp;amp;nbsp;; par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''457 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père a envoyé son Fils, le sauveur du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 14). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-là a paru pour ôter les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Malade, notre nature demandait à être guérie&amp;amp;nbsp;; déchue, à être relevée&amp;amp;nbsp;; morte, à être ressuscitée. Nous avions perdu la possession du bien, il fallait nous la rendre. Enfermés dans les ténèbres, il fallait nous porter la lumière&amp;amp;nbsp;; captifs, nous attendions un sauveur&amp;amp;nbsp;; prisonniers, un secours&amp;amp;nbsp;; esclaves, un libérateur. Ces raisons-là étaient-elles sans importance&amp;amp;nbsp;? Ne méritaient-elles pas d’émouvoir Dieu au point de le faire descendre jusqu’à notre nature humaine pour la visiter, puisque l’humanité se trouvait dans un état si misérable et si malheureux&amp;amp;nbsp;? (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 15&amp;amp;nbsp;: PG 45, 48B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''458 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour que nous connaissions ainsi l’amour de Dieu''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''459 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour être notre modèle de sainteté''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 29). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la voie, la vérité et la vie&amp;amp;nbsp;; nul ne vient au Père sans passer par moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 6). Et le Père, sur la montagne de la Transfiguration, ordonne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 9, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Dt 6, 4-5). Il est en effet le modèle des Béatitudes et la norme de la Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 12). Cet amour implique l’offrande effective de soi-même à sa suite (cf. Mc 8, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''460 ''Le Verbe s’est fait chair ''pour nous rendre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participants de la nature divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(2 P 1, 4)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 19, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Athanase, inc. 54, 3&amp;amp;nbsp;: PG 25, 192B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., opusc. 57 in festo Corp. Chr. 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Incarnation =====&lt;br /&gt;
''461 ''Reprenant l’expression de S. Jean (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Verbe s’est fait chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Jn 1, 14), l’Église appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Incarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le fait que le Fils de Dieu ait assumé une nature humaine pour accomplir en elle notre salut. Dans une hymne attestée par S. Paul, l’Église chante le mystère de l’Incarnation&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;: Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la Croix&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 5-8&amp;amp;nbsp;; cf. LH, cantique des Vêpres du samedi).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''462 ''L’épître aux Hébreux parle du même mystère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit&amp;amp;nbsp;: Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation&amp;amp;nbsp;; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocauste ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit&amp;amp;nbsp;: Voici, je viens (...) pour faire ta volonté (He 10, 5-7, citant Ps 40, 7-9 LXX).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''463 ''La foi en l’Incarnation véritable du Fils de Dieu est le signe distinctif de la foi chrétienne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A ceci reconnaissez l’esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;: Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 2). C’est là la joyeuse conviction de l’Église dès son commencement, lorsqu’elle chante &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le grand mystère de la piété&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été manifesté dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 3, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Vrai Dieu et vrai homme =====&lt;br /&gt;
''464 ''L’événement unique et tout à fait singulier de l’Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu’il soit le résultat du mélange confus entre le divin et l’humain. Il s’est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l’Église a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''465 ''Les premières hérésies ont moins nié la divinité du Christ que son humanité vraie (docétisme gnostique). Dès les temps apostolique la foi chrétienne a insisté sur la vraie incarnation du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;venu dans la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7). Mais dès le troisième siècle, l’Église a dû affirmer contre Paul de Samosate, dans un Concile réuni à Antioche, que Jésus-Christ est Fils de Dieu par nature et non par adoption. Le premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, confessa dans son Credo que le Fils de Dieu est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;engendré, non pas créé, de la même substance (''homousios'' – DS 125) que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et condamna Arius qui affirmait que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils de Dieu est sorti du néant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 130) et qu’il serait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’une autre substance que le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 126).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''466 ''L’hérésie nestorienne voyait dans le Christ une personne humaine conjointe à la personne divine du Fils de Dieu. Face à elle S. Cyrille d’Alexandrie et le troisième Concile œcuménique réuni à Ephèse en 431 ont confessé que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Verbe, en s’unissant dans sa personne une chair animée par une âme rationnelle, est devenu homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 250). L’humanité du Christ n’a d’autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée et faite sienne dès sa conception. Pour cela le Concile d’Ephèse a proclamé en 431 que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu par la conception humaine du Fils de Dieu dans son sein&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''467 ''Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d’exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. Confronté à cette hérésie, le quatrième Concile œcuménique, à Chalcédoine, a confessé en 451&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* A la suite des saints Pères, nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d’une âme rationnelle et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l’humanité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;semblable à nous en tout, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15)&amp;amp;nbsp;; engendré du Père avant tout les siècles selon la divinité, et en ces derniers jours, pour nous et pour notre salut, né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l’humanité.&amp;lt;br/&amp;gt; Un seul et même Christ, Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n’est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en une seule personne et une seule hypostase (DS 301-302).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''468 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après le Concile de Chalcédoine, certains firent de la nature humaine du Christ une sorte de sujet personnel. Contre eux, le cinquième Concile œcuménique, à Constantinople en 553, a confessé à propos du Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a qu’une seule hypostase [ou personne], qui est notre Seigneur Jésus-Christ, &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''un de la Trinité''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 424). Tout dans l’humanité du Christ doit donc être attribué à sa personne divine comme à son sujet propre (cf. déjà Cc. Ephèse&amp;amp;nbsp;: DS 255), non seulement les miracles mais aussi les souffrances (cf. DS 424) et même la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui a été crucifié dans la chair, notre Seigneur Jésus-Christ, est vrai Dieu, Seigneur de la gloire et Un de la sainte Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 432).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''469 ''L’Église confesse ainsi que Jésus est inséparablement vrai Dieu et vrai homme. Il est vraiment le Fils de Dieu qui s’est fait homme, notre frère, et cela sans cesser d’être Dieu, notre Seigneur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il resta ce qu’Il était, Il assuma ce qu’il n’était pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, chante la liturgie romaine (LH, In Solemnitate Sanctae Dei Genetricis Mariae, antiphona ad &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Benedictus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;; cf. S. Léon le Grand, serm. 21, 2&amp;amp;nbsp;: PL 54, 192A). Et la liturgie de S. Jean Chrysostome proclame et chante&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O Fils unique et Verbe de Dieu, étant immortel, tu as daigné pour notre salut t’incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, qui sans changement es devenu homme, et qui as été crucifié, O Christ Dieu, qui, par ta mort as écrasé la mort, qui es Un de la Sainte Trinité, glorifié avec le Père et le Saint-Esprit, sauve-nous&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tropaire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;O monoghenis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. Comment le Fils de Dieu est-il homme ? =====&lt;br /&gt;
''470 ''Parce que dans l’union mystérieuse de l’Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nature humaine a été assumée, non absorbée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), l’Église a été amenée au cours des siècles à confesser la pleine réalité de l’âme humaine, avec ses opérations d’intelligence et de volonté, et du corps humain du Christ. Mais parallèlement, elle a eu à rappeler à chaque fois que la nature humaine du Christ appartient en propre à la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée. Tout ce qu’il est et ce qu’il fait en elle relève &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’Un de la Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Fils de Dieu communique donc à son humanité son propre mode d’exister personnel dans la Trinité. Ainsi, dans son âme comme dans son corps, le Christ exprime humainement les mœurs divines de la Trinité (cf. Jn 14, 9-10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Fils de Dieu a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (GS 22, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’âme et la connaissance humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''471 ''Apollinaire de Laodicée affirmait que dans le Christ le Verbe avait remplacé l’âme ou l’esprit. Contre cette erreur l’Église a confessé que le Fils éternel a assumé aussi une âme raisonnable humaine (cf. DS 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''472 ''Cette âme humaine que le Fils de Dieu a assumée est douée d’une vraie connaissance humaine. En tant que telle celle-ci ne pouvait pas être de soi illimitée&amp;amp;nbsp;: elle était exercée dans les conditions historiques de son existence dans l’espace et le temps. C’est pourquoi le Fils de Dieu a pu vouloir en se faisant homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croître en sagesse, en taille et en grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 52) et de même avoir à s’enquérir sur ce que dans la condition humaine on doit apprendre de manière expérimentale (cf. Mc 6, 38&amp;amp;nbsp;; Mc 8, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 11, 34&amp;amp;nbsp;; etc.). Cela correspondait à la réalité de son abaissement volontaire dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2,7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''473 ''Mais en même temps, cette connaissance vraiment humaine du Fils de Dieu exprimait la vie divine de sa personne (cf. S. Grégoire le Grand, ep. 10, 39&amp;amp;nbsp;: DS 475&amp;amp;nbsp;: PL 77, 1097B). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine du Fils de Dieu, ''non par elle-même mais par son union au Verbe'', connaissait et manifestait en elle tout ce qui convient à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, qu. dub. 66&amp;amp;nbsp;: PG 90, 840A). C’est en premier le cas de la connaissance intime et immédiate que le Fils de Dieu fait homme a de son Père (cf. Mc 14, 36&amp;amp;nbsp;; Mt 11, 27&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 18&amp;amp;nbsp;; 8, 55&amp;amp;nbsp;; etc.). Le Fils montrait aussi dans sa connaissance humaine la pénétration divine qu’il avait des pensées secrètes du cœur des hommes (cf. Mc 2, 8&amp;amp;nbsp;; Jn 2, 25&amp;amp;nbsp;; 6, 61&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''474 ''De par son union à la Sagesse divine en la personne du Verbe incarné, la connaissance humaine du Christ jouissait en plénitude de la science des desseins éternels qu’il était venu révéler (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 31&amp;amp;nbsp;; 10, 33-34&amp;amp;nbsp;; 14, 18-20. 26-30). Ce qu’il reconnaît ignorer dans ce domaine (cf. Mc 13, 32), il déclare ailleurs n’avoir pas mission de le révéler (cf. Ac 1, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La volonté humaine du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''475 ''De manière parallèle, l’Église a confessé au sixième Concile œcuménique (Cc. Constantinople III en 681) que le Christ possède deux volontés et deux opérations naturelles, divines et humaines, non pas opposées, mais coopérantes, de sorte que le Verbe fait chair a voulu humainement dans l’obéissance à son Père tout ce qu’il a décidé divinement avec le Père et le Saint-Esprit pour notre salut (cf. DS 556-559). La volonté humaine du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;suit sa volonté divine, sans être en résistance ni en opposition vis-à-vis d’elle, mais bien plutôt en étant subordonnée à cette volonté toute-puissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 556).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le vrai corps du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''476 ''Puisque le Verbe s’est fait chair en assumant une vraie humanité, le corps du Christ était délimité (cf. Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 504). A cause de cela, le visage humain de Jésus peut être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dépeint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 2). Au sixième Concile œcuménique (Cc. Nicée II en 787&amp;amp;nbsp;: DS 600-603) l’Église a reconnu comme légitime qu’il soit représenté sur des images saintes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''477 ''En même temps l’Église a toujours reconnu que, dans le corps de Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu qui est par nature invisible est devenu visible à nos yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de Noël). En effet, les particularités individuelles du corps du Christ expriment la personne divine du Fils de Dieu. Celui-ci a fait siens les traits de son corps humain au point que, dépeints sur une image sainte, ils peuvent être vénérés car le croyant qui vénère son image, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vénère en elle la personne qui y est dépeinte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Nicée II&amp;amp;nbsp;: DS 601).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Cœur du Verbe incarné'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''478 ''Jésus nous a tous et chacun connus et aimés durant sa vie, son agonie et sa passion et il s’est livré pour chacun de nous&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 2, 20). Il nous a tous aimés d’un cœur humain. Pour cette raison, le Cœur sacré de Jésus, transpercé par nos péchés et pour notre salut (cf. Jn 19, 34), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est considéré comme le signe et le symbole éminents... de cet amour que le divin Rédempteur porte sans cesse au père éternel et à tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Haurietis aquas&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3924&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3812).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
479 Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, c’est-à-dire le Verbe et l’Image substantielle du Père, s’est incarné&amp;amp;nbsp;: sans perdre la nature divine il a assumé la nature humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
480 Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, dans l’unité de sa Personne divine&amp;amp;nbsp;; pour cette raison il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
481 Jésus-Christ possède deux natures, la divine et l’humaine, non confondues, mais unies dans l’unique Personne du Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
482 Le Christ, étant vrai Dieu et vrai homme, a une intelligence et une volonté humaines, parfaitement accordées et soumises à son intelligence et sa volonté divines, qu’il a en commun avec le Père et le Saint-Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
483 L’Incarnation est donc le mystère de l’admirable union de la nature divine et de la nature humaine dans l’unique Personne du Verbe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. &amp;quot; ... Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Conçu du Saint-Esprit... =====&lt;br /&gt;
''484 ''L’Annonciation à Marie inaugure la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plénitude des temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), c’est-à-dire l’accomplissement des promesses et des préparations. Marie est invitée à concevoir Celui en qui habitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corporellement la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). La réponse divine à son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34) est donnée par la puissance de l’Esprit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint viendra sur toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''485 ''La mission de l’Esprit Saint est toujours conjointe et ordonnée à celle du Fils (cf. Jn 16, 14-15). L’Esprit Saint est envoyé pour sanctifier le sein de la Vierge Marie et la féconder divinement, lui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Seigneur qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en faisant qu’elle conçoive le Fils éternel du Père dans une humanité tirée de la sienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''486 ''Le Fils unique du Père en étant conçu comme homme dans le sein de la Vierge Marie est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire oint par l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 20&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 35), dès le début de son existence humaine, même si sa manifestation n’a lieu que progressivement&amp;amp;nbsp;: aux bergers (cf. Lc 2, 8-20), aux mages (cf. Mt 2, 1-12), à Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 31-34), aux disciples (cf. Jn 2, 11). Toute la vie de Jésus-Christ manifestera donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment Dieu l’a oint d’Esprit et de puissance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. ... Né de la Vierge Marie =====&lt;br /&gt;
''487 ''Ce que la foi catholique croit au sujet de Marie se fonde sur ce qu’elle croit au sujet du Christ, mais ce qu’elle enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La prédestination de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''488 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), mais pour lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;façonner un corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. He 10, 5) il a voulu la libre coopération d’une créature. Pour cela, de toute éternité, Dieu a choisi, pour être la Mère de Son Fils, une fille d’Israël, une jeune juive de Nazareth en Galilée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 26-27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père des miséricordes a voulu que l’Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l’œuvre de mort, de même une femme contribuât aussi à la vie (LG 56&amp;amp;nbsp;; cf. 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''489 ''Tout au long de l’Ancienne Alliance, la mission de Marie a été ''préparée'' par celle de saintes femmes. Tout au commencement, il y a Eve&amp;amp;nbsp;: malgré sa désobéissance, elle reçoit la promesse d’une descendance qui sera victorieuse du Malin (cf. Gn 3, 15) et celle d’être la mère de tous les vivants (cf. Gn 3, 20). En vertu de cette promesse, Sara conçoit un fils malgré son grand âge (cf. Gn 18, 10-14&amp;amp;nbsp;; 21, 1-2). Contre toute attente humaine, Dieu choisit ce qui était tenu pour impuissant et faible (cf. 1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité à sa promesse&amp;amp;nbsp;: Anne, la mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith et Esther, et beaucoup d’autres femmes. Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s’accomplissent les temps et s’instaure l’économie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 55).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Immaculée Conception'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''490 ''Pour être la Mère du Sauveur, Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). L’ange Gabriel, au moment de l’Annonciation la salue comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 28). En effet, pour pouvoir donner l’assentiment libre de sa foi à l’annonce de sa vocation, il fallait qu’elle soit toute portée par la grâce de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''491 ''Au long des siècles l’Église a pris conscience que Marie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854 par le pape Pie IX&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel (DS 2803).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''492 ''Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sainteté éclatante absolument unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dont elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enrichie dès le premier instant de sa conception&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56) lui vient tout entière du Christ&amp;amp;nbsp;: elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). Plus que toute autre personne créée, le Père l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 3). Il l’a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;élue en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et immaculée en sa présence, dans l’amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''493 ''Les Pères de la tradition orientale appellent la Mère de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Toute Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''Panaghia''), ils la célèbrent comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’il me soit fait selon ta parole...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''494 ''A l’annonce qu’elle enfantera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils du Très Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sans connaître d’homme, par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 28-37), Marie a répondu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’obéissance de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 5), certaine que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rien n’est impossible à Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;; qu’il m’advienne selon ta parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 37-38). Ainsi, donnant à la parole de Dieu son consentement, Marie devint Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement à la personne et à l’œuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce de Dieu, au mystère de la Rédemption (cf. LG 56)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comme dit S. Irénée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hær. 3, 22, 4). Aussi, avec lui, bon nombre d’anciens Pères disent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le nœud dû à la désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance de Marie&amp;amp;nbsp;; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. ''ibid.'')&amp;amp;nbsp;; comparant Marie avec Eve, ils appellent Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et déclarent souvent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par Eve la mort, par Marie la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité divine de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''495 ''Appelée dans les Évangiles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 1&amp;amp;nbsp;; 19, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 13, 55), Marie est acclamée, sous l’impulsion de l’Esprit, dès avant la naissance de son fils, comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mère de mon Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 43). En effet, Celui qu’elle a conçu comme homme du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n’est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité. L’Église confesse que Marie est vraiment ''Mère de Dieu'' (''Theotokos'') (cf. DS 251).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La virginité de Marie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''496 ''Dès les premières formulations de la foi (cf. DS 10-64), l’Église a confessé que Jésus a été conçu par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, affirmant aussi l’aspect corporel de cet événement&amp;amp;nbsp;: Jésus a été conçu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’Esprit Saint sans semence virile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran en 649&amp;amp;nbsp;: DS 503). Les Pères voient dans la conception virginale le signe que c’est vraiment le Fils de Dieu qui est venu dans une humanité comme la nôtre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ainsi, S. Ignace d’Antioche (début IIe siècle)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes fermement convaincus au sujet de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon la chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu (cf. Jn 1, 13), véritablement né d’une vierge, (...) il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate (...) il a véritablement souffert, comme il est aussi véritablement ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Smyrn. 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''497 ''Les récits évangéliques (cf. Mt 1, 18-25&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38) comprennent la conception virginale comme une œuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute possibilité humaines (cf. Lc 1, 34)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit l’ange à Joseph au sujet de Marie, sa fiancée (Mt 1, 20). L’Église y voit l’accomplissement de la promesse divine donnée par le prophète Isaïe&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que la vierge concevra et enfantera un fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 7, 14, d’après la traduction grecque de Mt 1, 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''498 ''On a été parfois troublé par le silence de l’Évangile de S. Marc et des Épîtres du Nouveau Testament sur la conception virginale de Marie. On a aussi pu se demander s’il ne s’agissait pas ici de légendes ou de constructions théologiques sans prétentions historiques. A quoi il faut répondre&amp;amp;nbsp;: La foi en la conception virginale de Jésus a rencontré vive opposition, moqueries ou incompréhension de la part des non-croyants, juifs et païens (cf. S. Justin, dial. 66, 67&amp;amp;nbsp;; Origène, Cels. 1, 32. 69&amp;amp;nbsp;; e.a.)&amp;amp;nbsp;: elle n’était pas motivée par la mythologie païenne ou par quelque adaptation aux idées du temps. Le sens de cet événement n’est accessible qu’à la foi qui le voit dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lien qui relie les mystères entre eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3016), dans l’ensemble des mystères du Christ, de son Incarnation à sa Pâque. S. Ignace d’Antioche témoigne déjà de ce lien&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le prince de ce monde a ignoré la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort du Seigneur&amp;amp;nbsp;: trois mystères retentissants qui furent accomplis dans le silence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Eph. 19, 1&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 2, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Marie – &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours Vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''499 ''L’approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l’Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie (cf. DS 427) même dans l’enfantement du Fils de Dieu fait homme (cf. DS 291&amp;amp;nbsp;; 294&amp;amp;nbsp;; 442&amp;amp;nbsp;; 503&amp;amp;nbsp;; 571&amp;amp;nbsp;; 1880). En effet la naissance du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas diminué, mais consacré l’intégrité virginale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mère (LG 57). La liturgie de l’Église célèbre Marie comme la ''Aeiparthenos'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toujours vierge&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''500 ''A cela on objecte parfois que l’Écriture mentionne des frères et sœurs de Jésus (cf. Mc 3, 31-35&amp;amp;nbsp;; 6, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 5&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 19). L’Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d’autres enfants de la Vierge Marie&amp;amp;nbsp;: en effet Jacques et Joseph, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;frères de Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 55), sont les fils d’une Marie disciple du Christ (cf. Mt 27, 56) qui est désignée de manière significative comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’autre Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 1). Il s’agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l’Ancien Testament (cf. Gn 13, 8&amp;amp;nbsp;; 14, 16&amp;amp;nbsp;; 29, 15&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''501 ''Jésus est le Fils unique de Marie. Mais la maternité spirituelle de Marie (cf. Jn 19, 26-27&amp;amp;nbsp;; Ap 12, 17) s’étend à tous les hommes qu’il est venu sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait ‘l’aîné d’une multitude de frères’ (Rm 8, 29), c’est-à-dire de croyants, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour maternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La maternité virginale de Marie dans le dessein de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''502 ''Le regard de la foi peut découvrir, en lien avec l’ensemble de la Révélation, les raisons mystérieuses pour lesquelles Dieu, dans son dessein salvifique, a voulu que son Fils naisse d’une vierge. Ces raisons touchent aussi bien la personne et la mission rédemptrice du Christ que l’accueil de cette mission par Marie pour tous les hommes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''503 ''La virginité de Marie manifeste l’initiative absolue de Dieu dans l’Incarnation. Jésus n’a que Dieu comme Père (cf. Lc 2, 48-49). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La nature humaine qu’il a prise ne l’a jamais éloigné du Père (...)&amp;amp;nbsp;; naturellement Fils de son Père par sa divinité, naturellement fils de sa mère par son humanité, mais proprement Fils de Dieu dans ses deux natures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Frioul en 796&amp;amp;nbsp;: DS 619).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''504 ''Jésus est conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie parce qu’il est ''le Nouvel Adam'' (cf. 1 Co 15, 45) qui inaugure la création nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le premier homme, issu du sol, est terrestre&amp;amp;nbsp;; le second homme, lui, vient du ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 47). L’humanité du Christ est, dès sa conception, remplie de l’Esprit Saint car Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui donne l’Esprit sans mesure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 34). C’est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sa plénitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à lui, tête de l’humanité rachetée (cf. Col 1, 18), que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous avons reçu grâce sur grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''505 ''Jésus, le Nouvel Adam, inaugure par sa conception virginale ''la nouvelle naissance ''des enfants d’adoption dans l’Esprit Saint par la foi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment cela se fera-t-il&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 34&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 3, 9). La participation à la vie divine ne vient pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;du sang, ni du vouloir de chair, ni du vouloir d’homme, mais de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13). L’accueil de cette vie est virginal car celle-ci est entièrement donnée par l’Esprit à l’homme. Le sens sponsal de la vocation humaine par rapport à Dieu (cf. 2 Co 11, 2) est accompli parfaitement dans la maternité virginale de Marie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''506 ''Marie est vierge parce que sa virginité est ''le signe de sa foi'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que nul doute n’altère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 63) et de sa donation sans partage à la volonté de Dieu (cf. 1 Co 7, 34-35). C’est sa foi qui lui donne de devenir la mère du Sauveur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bienheureuse Marie, plus encore parce qu’elle a reçu la foi du Christ que parce qu’Elle a conçu la chair du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, virg. 3&amp;amp;nbsp;: PL 40, 398).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''507 ''Marie est à la fois vierge et mère car elle est la figure et la plus parfaite réalisation de l’Église (cf. LG 63)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi&amp;amp;nbsp;: par la prédication en effet, et par le Baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle est aussi vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu’elle garde intègre et pure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 64).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''508 Dans la descendance d’Eve, Dieu a choisi la Vierge Marie pour être la Mère de son Fils. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit le plus excellent de la Rédemption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 103)&amp;amp;nbsp;: dès le premier instant de sa conception, elle est totalement préservée de la tache du péché originel et elle est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''509 Marie est vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; puisqu’elle est la mère du Fils éternel de Dieu fait homme, qui est Dieu lui-même.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''510 Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l’enfantant, Vierge en le portant, Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 186, 1&amp;amp;nbsp;: PL 38, 999)&amp;amp;nbsp;: de tout son être elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la servante du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 38).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''511 La Vierge Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;coopéré au salut des hommes avec sa foi et son obéissance libres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 56). Elle a prononcé son oui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de toute la nature humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 30, 1)&amp;amp;nbsp;: Par son obéissance, elle est devenue la nouvelle Eve, mère des vivants.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Les mystères de la Vie du Christ =====&lt;br /&gt;
''512 ''Le Symbole de la foi ne parle, concernant la vie du Christ, que des mystères de l’Incarnation (conception et naissance) et de la Pâque (passion, crucifixion, mort, sépulture, descente aux enfers, résurrection, ascension). Il ne dit rien, explicitement, des mystères de la vie cachée et publique de Jésus, mais les articles de la foi concernant l’Incarnation et la Pâque de Jésus éclairent ''toute'' la vie terrestre du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement jusqu’au jour où (...) Il fut enlevé au ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 1-2) est à voir à la lumière des mystères de Noël et de Pâques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''513 ''La Catéchèse, selon les circonstances, déploiera toute la richesse des mystères de Jésus. Ici il suffit d’indiquer quelques éléments communs à tous les mystères de la vie du Christ (I), pour esquisser ensuite les principaux mystères de la vie cachée (II) et publique (III) de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Toute la vie du Christ est mystère =====&lt;br /&gt;
''514 ''Beaucoup de choses qui intéressent la curiosité humaine au sujet de Jésus ne figurent pas dans les Évangiles. Presque rien n’est dit sur sa vie à Nazareth, et même une grande part de sa vie publique n’est pas relatée (cf. Jn 20, 30). Ce qui a été écrit dans les Évangiles, l’a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''515 ''Les Évangiles sont écrits par des hommes qui ont été parmi les premiers à avoir la foi (cf. Mc 1, 1&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 24) et qui veulent la faire partager à d’autres. Ayant connu dans la foi qui est Jésus, ils ont pu voir et faire voir les traces de son mystère dans toute sa vie terrestre. Des langes de sa nativité (cf. Lc 2, 7) jusqu’au vinaigre de sa passion (cf. Mt 27, 48) et au suaire de sa Résurrection (cf. Jn 20, 7), tout dans la vie de Jésus est signe de son mystère. A travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Son humanité apparaît ainsi comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le signe et l’instrument de sa divinité et du salut qu’il apporte&amp;amp;nbsp;: ce qu’il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les traits communs des mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''516 ''Toute la vie du Christ est ''Révélation'' du Père&amp;amp;nbsp;: ses paroles et ses actes, ses silences et ses souffrances, sa manière d’être et de parler. Jésus peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui me voit, voit le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 9), et le Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35). Notre Seigneur s’étant fait homme pour accomplir la volonté du Père (cf. He 10, 5-7), les moindres traits de ses mystères nous manifestent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour de Dieu pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''517 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Rédemption''. La Rédemption nous vient avant tout par le sang de la Croix (cf. Ep 1, 7&amp;amp;nbsp;; Col 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 18-19), mais ce mystère est à l’œuvre dans toute la vie du Christ&amp;amp;nbsp;: dans son Incarnation déjà, par laquelle, en se faisant pauvre, il nous enrichit par sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9)&amp;amp;nbsp;; dans sa vie cachée qui, par sa soumission (cf. Lc 2, 51), répare notre insoumission&amp;amp;nbsp;; dans sa parole qui purifie ses auditeurs (cf. Jn 15, 3)&amp;amp;nbsp;; dans ses guérisons et ses exorcismes, par lesquels &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 8, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Is 53, 4)&amp;amp;nbsp;; dans sa Résurrection, par laquelle il nous justifie (cf. Rm 4, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''518 ''Toute la vie du Christ est mystère de ''Récapitulation''. Tout ce que Jésus a fait, dit et souffert, avait pour but de rétablir l’homme déchu dans sa vocation première&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Lorsqu’il s’est incarné et s’est fait homme, il a récapitulé en lui-même la longue histoire des hommes et nous a procuré le salut en raccourci, de sorte que ce que nous avions perdu en Adam, c’est-à-dire d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous le recouvrions dans le Christ Jésus (S. Irénée, hær. 3, 18, 1). C’est d’ailleurs pourquoi le Christ est passé par tous les âges de la vie, rendant par là à tous les hommes la communion avec Dieu (ibid. 3, 18, 7&amp;amp;nbsp;; cf. 2, 22, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre communion aux mystères de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''519 ''Toute la richesse du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est destinée à tout homme et constitue le bien de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RH 11). Le Christ n’a pas vécu sa vie pour lui-même, mais ''pour nous,'' de son Incarnation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nous les hommes et pour notre salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; jusqu’à sa mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) et à sa Résurrection &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour notre justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 4, 25). Maintenant encore, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre avocat auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 1), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 25). Avec tout ce qu’il a vécu et souffert pour nous une fois pour toutes, il reste présent pour toujours &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devant la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''520 ''En toute sa vie, Jésus se montre comme ''notre modèle'' (cf. Rm 15, 5&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 5)&amp;amp;nbsp;: il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme parfait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 38) qui nous invite à devenir ses disciples et à le suivre&amp;amp;nbsp;: par son abaissement, il nous a donné un exemple à imiter (cf. Jn 13, 15), par sa prière, il attire à la prière (cf. Lc 11, 1), par sa pauvreté, il appelle à accepter librement le dénuement et les persécutions (cf. Mt 5, 11-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''521 ''Tout ce que le Christ a vécu, il fait que nous puissions ''le vivre en Lui'' et qu’il ''le vive en nous.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2). Nous sommes appelés à ne faire plus qu’un avec lui&amp;amp;nbsp;; ce qu’il a vécu dans sa chair pour nous et comme notre modèle, il nous y fait communier comme les membres de son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu’il les consomme et accomplisse en nous et en toute son Église (...). Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église, par les grâces qu’il veut nous communiquer, et par les effets qu’il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous (S. Jean Eudes, ''Le royaume de Jésus'', 3, 4&amp;amp;nbsp;: ''Oeuvres complètes''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, v. 1 [Vannes 1905] p. 310-311).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les mystères de l’enfance et de la vie cachée de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Les préparations'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''522 ''La venue du Fils de Dieu sur la terre est un événement si immense que Dieu a voulu le préparer pendant des siècles. Rites et sacrifices, figures et symboles de la Première alliance (cf. He 9, 15), Il fait tout converger vers le Christ&amp;amp;nbsp;; Il l’annonce par la bouche des prophètes qui se succèdent en Israël. Il éveille par ailleurs dans le cœur des païens l’obscure attente de cette venue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''523 Saint Jean le Baptiste'' est le précurseur (cf. Ac 13, 24) immédiat du Seigneur, envoyé pour Lui préparer le chemin (cf. Mt 3, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prophète du Très-Haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 76), il dépasse tous les prophètes (cf. Lc 7, 26), il en est le dernier (cf. Mt 11,13), il inaugure l’Évangile (cf. Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; Lc 16, 16)&amp;amp;nbsp;; il salue la venue du Christ dès le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41) et il trouve sa joie à être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ami de l’époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 29) qu’il désigne comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29). Précédant Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec l’esprit et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17), il lui rend témoignage par sa prédication, son baptême de conversion et finalement son martyre (cf. Mc 6, 17-29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''524 ''En célébrant chaque année la ''liturgie de l’Avent, ''l’Église actualise cette attente du Messie&amp;amp;nbsp;: en communiant à la longue préparation de la première venue du Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second Avènement (cf. Ap 22, 17). Par la célébration de la nativité et du martyre du Précurseur, l’Église s’unit à son désir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que Lui grandisse et que moi je décroisse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le mystère de Noël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''525 ''Jésus est né dans l’humilité d’une étable, dans une famille pauvre (cf. Lc 2, 6-7)&amp;amp;nbsp;; de simples bergers sont les premiers témoins de l’événement. C’est dans cette pauvreté que se manifeste la gloire du ciel (cf. Lc 2, 8-20). L’Église ne se lasse pas de chanter la gloire de cette nuit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel&amp;lt;br/&amp;gt; Et la terre offre une grotte à l’Inaccessible.&amp;lt;br/&amp;gt; Les anges et les pasteurs le louent&amp;lt;br/&amp;gt; Et les mages avec l’étoile s’avancent,&amp;lt;br/&amp;gt; Car Tu es né pour nous,&amp;lt;br/&amp;gt; Petit Enfant, Dieu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;lt;br/&amp;gt; (Kontakion de Romanos le Mélode)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''526 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Devenir enfant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par rapport à Dieu est la condition pour entrer dans le Royaume (cf. Mt 18, 3-4)&amp;amp;nbsp;; pour cela il faut s’abaisser (cf. Mt 23, 12), devenir petit&amp;amp;nbsp;; plus encore&amp;amp;nbsp;: il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naître de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 13) pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;devenir enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 12). Le mystère de Noël s’accomplit en nous lorsque le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prend forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en nous (Ga 4, 19). Noël est le mystère de cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;admirable échange&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* O admirable échange&amp;amp;nbsp;! Le créateur du genre humain, assumant un corps et une âme, a daigné naître d’une vierge et, devenu homme sans l’intervention de l’homme, Il nous a fait don de sa divinité (LH, antienne de l’octave de Noël).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de l’enfance de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''527 ''La ''circoncision'' de Jésus, le huitième jour après sa naissance (cf. Lc 2, 21), est signe de son insertion dans la descendance d’Abraham, dans le peuple de l’alliance, de sa soumission à la loi (cf. Ga 4, 4), et de sa députation au culte d’Israël auquel Il participera pendant toute sa vie. Ce signe préfigure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la circoncision du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’est le Baptême (cf. Col 2, 11-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''528 ''L’''Épiphanie ''est la manifestation de Jésus comme Messie d’Israël, Fils de Dieu et Sauveur du monde. Avec le Baptême de Jésus au Jourdain et les noces de Cana (cf. LH, antienne du Magnificat des secondes vêpres de l’Épiphanie), elle célèbre l’adoration de Jésus par des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot; venus d’Orient (Mt 2, 1). Dans ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mages&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, représentants des religions païennes environnantes, l’Évangile voit les prémices des nations qui accueillent la Bonne Nouvelle du salut par l’Incarnation. La venue des mages à Jérusalem pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rendre hommage au roi des Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 2, 2) montre qu’ils cherchent en Israël, à la lumière messianique de l’étoile de David (cf. Nb 24, 17&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 16), celui qui sera le roi des nations (cf. Nb 24, 17-19). Leur venue signifie que les païens ne peuvent découvrir Jésus et l’adorer comme Fils de Dieu et Sauveur du monde qu’en se tournant vers les juifs (cf. Jn 4, 22) et en recevant d’eux leur promesse messianique telle qu’elle est contenue dans l’Ancien Testament (cf. Mt 2, 4-6). L’Épiphanie manifeste que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens entre dans la famille des patriarches&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Léon le Grand, serm. 33, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 242) et acquiert la ''Israelitica dignitas'' (MR, Vigile Pascale 26&amp;amp;nbsp;: prière après la troisième lecture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''529 ''La ''présentation de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 22-39) Le montre comme le Premier-Né appartenant au Seigneur (cf. Ex 13, 12-13). Avec Siméon et Anne c’est toute l’attente d’Israël qui vient à la ''rencontre'' de son Sauveur (la tradition byzantine appelle ainsi cet événement). Jésus est reconnu comme le Messie tant attendu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lumière des nations&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gloire d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le glaive de douleur prédit à Marie annonce cette autre oblation, parfaite et unique, de la Croix qui donnera le salut que Dieu a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparé à la face de tous les peuples&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''530 ''La ''fuite en Égypte'' et le massacre des innocents (cf. Mt 2, 13-18) manifestent l’opposition des ténèbres à la lumière&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 11). Toute la vie du Christ sera sous le signe de la persécution. Les siens la partagent avec lui (cf. Jn 15, 20). Sa montée d’Égypte (cf. Mt 2, 15) rappelle l’Exode (cf. Os 11, 1) et présente Jésus comme le libérateur définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les mystères de la vie cachée de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''531 ''Pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l’immense majorité des hommes&amp;amp;nbsp;: une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail manuel, vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu (cf. Ga 4, 4), vie dans la communauté. De toute cette période il nous est révélé que Jésus était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soumis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à ses parents et qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 51-52).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''532 ''La soumission de Jésus à sa mère et son père légal accomplit parfaitement le quatrième commandement. Elle est l’image temporelle de son obéissance filiale à son Père céleste. La soumission de tous les jours de Jésus à Joseph et à Marie annonçait et anticipait la soumission du Jeudi Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non pas ma volonté...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 42). L’obéissance du Christ dans le quotidien de la vie cachée inaugurait déjà l’œuvre de rétablissement de ce que la désobéissance d’Adam avait détruit (cf. Rm 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''533 ''La vie cachée de Nazareth permet à tout homme de communier à Jésus par les voies les plus quotidiennes de la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus&amp;amp;nbsp;: l’école de l’Évangile (...). Une leçon de ''silence'' d’abord. Que naisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit (...). Une leçon de ''vie familiale''. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable (...). Une leçon de ''travail.'' Nazareth, ô maison du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils du Charpentier&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain (...)&amp;amp;nbsp;; comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin (Paul VI, discours 5 janvier 1964 à Nazareth&amp;amp;nbsp;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''534 ''Le ''recouvrement de Jésus au Temple ''(cf. Lc 2, 41-52) est le seul événement qui rompt le silence des Évangiles sur les années cachées de Jésus. Jésus y laisse entrevoir le mystère de sa consécration totale à une mission découlant de sa filiation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Marie et Joseph &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne comprirent pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; cette parole, mais ils l’accueillirent dans la foi, et Marie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tout au long des années où Jésus restait enfoui dans le silence d’une vie ordinaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III. '''Les mystères de la vie publique de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Baptême de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''535 ''Le commencement (cf. Lc 3, 23) de la vie publique de Jésus est son Baptême par Jean dans le Jourdain (cf. Ac 1, 22). Jean proclamait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême de repentir pour la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 3). Une foule de pécheurs, publicains et soldats (cf. Lc 3, 10-14), Pharisiens et Sadducéens (cf. Mt 3, 7) et prostituées (cf. Mt 21, 32) vient se faire baptiser par lui. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Alors paraît Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Baptiste hésite, Jésus insiste&amp;amp;nbsp;: il reçoit le Baptême. Alors l’Esprit Saint, sous forme de colombe, vient sur Jésus, et la voix du ciel proclame&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils bien-aimé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 13-17). C’est la manifestation (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épiphanie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) de Jésus comme Messie d’Israël et Fils de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''536 ''Le Baptême de Jésus, c’est, de sa part, l’acceptation et l’inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12)&amp;amp;nbsp;; il est déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 29)&amp;amp;nbsp;; déjà, il anticipe le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa mort sanglante (cf. Mc 10, 38&amp;amp;nbsp;; Lc 12, 50). Il vient déjà &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accomplir toute justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père&amp;amp;nbsp;: il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt 26, 39). A cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance en son Fils (cf. Lc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Is 42, 1). L’Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reposer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur lui (Jn 1, 32-33&amp;amp;nbsp;; cf. Is 11, 2). Il en sera la source pour toute l’humanité. A son Baptême, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux s’ouvrirent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 3, 16) que le péché d’Adam avait fermés&amp;amp;nbsp;; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création nouvelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''537 ''Par le Baptême, le chrétien est sacramentellement assimilé à Jésus qui anticipe en son baptême sa mort et sa résurrection&amp;amp;nbsp;; il doit entrer dans ce mystère d’abaissement humble et de repentance, descendre dans l’eau avec Jésus, pour remonter avec lui, renaître de l’eau et de l’Esprit pour devenir, dans le Fils, fils bien-aimé du Père et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vivre dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelissons-nous avec le Christ par le Baptême, pour ressusciter avec lui&amp;amp;nbsp;; descendons avec lui, pour être élevés avec lui&amp;amp;nbsp;; remontons avec lui, pour être glorifiés en lui (S. Grégoire de Naz., or. 40, 9&amp;amp;nbsp;: PG 36, 369B).&amp;lt;br/&amp;gt; Tout ce qui s’est passé dans le Christ nous fait connaître qu’après le bain d’eau, l’Esprit Saint vole sur nous du haut du ciel et qu’adoptés par la Voix du Père, nous devenons fils de Dieu (S. Hilaire, Mat. 2&amp;amp;nbsp;: PL 9, 927).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Tentation de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''538 ''Les Évangiles parlent d’un temps de solitude de Jésus au désert immédiatement après son baptême par Jean&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Poussé par l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au désert, Jésus y demeure quarante jours sans manger&amp;amp;nbsp;; il vit avec les bêtes sauvages et les anges le servent (cf. Mc 1, 12-13). A la fin de ce temps, Satan le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers Dieu. Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d’Adam au Paradis et d’Israël au désert, et le diable s’éloigne de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour revenir au temps marqué&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''539 ''Les Évangélistes indiquent le sens salvifique de cet événement mystérieux. Jésus est le nouvel Adam, resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation. Jésus accomplit parfaitement la vocation d’Israël&amp;amp;nbsp;: contrairement à ceux qui provoquèrent jadis Dieu pendant quarante ans au désert (cf. Ps 95, 10), le Christ se révèle comme le Serviteur de Dieu totalement obéissant à la volonté divine. En cela, Jésus est vainqueur du diable&amp;amp;nbsp;: il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ligoté l’homme fort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour lui reprendre son butin (Mc 3, 27). La victoire de Jésus sur le tentateur au désert anticipe la victoire de la passion, obéissance suprême de son amour filial du Père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''540 ''La tentation de Jésus manifeste la manière qu’a le Fils de Dieu d’être Messie, à l’opposé de celle que lui propose Satan et que les hommes (cf. Mt 16, 21-23) désirent lui attribuer. C’est pourquoi le Christ a vaincu le Tentateur ''pour nous&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 4, 15). L’Église s’unit chaque année par les quarante jours du ''Grand Carême'' au mystère de Jésus au désert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''541 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Après que Jean eut été livré, Jésus se rendit en Galilée. Il y proclamait en ces termes la Bonne Nouvelle venue de Dieu&amp;amp;nbsp;: ‘Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche&amp;amp;nbsp;: repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 1, 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). Or, la volonté du Père, c’est d’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;élever les hommes à la communion de la vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2). Il le fait en rassemblant les hommes autour de son Fils, Jésus-Christ. Ce rassemblement est l’Église, qui est sur terre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le germe et le commencement du Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''542 ''Le Christ est au cœur de ce rassemblement des hommes dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il les convoque autour de lui par sa parole, par ses signes qui manifestent le règne de Dieu, par l’envoi de ses disciples. Il réalisera la venue de son Royaume surtout par le grand mystère de sa Pâque&amp;amp;nbsp;: sa mort sur la Croix et sa Résurrection. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). A cette union avec le Christ tous les hommes sont appelés (cf. LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’annonce du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''543 Tous les hommes'' sont appelés à entrer dans le Royaume. Annoncé d’abord aux enfants d’Israël (cf. Mt 10, 5-7), ce Royaume messianique est destiné à accueillir les hommes de toutes les nations (cf. Mt 8, 11&amp;amp;nbsp;; 28, 19). Pour y accéder, il faut accueillir la parole de Jésus&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La parole du Seigneur est en effet comparée à une semence qu’on sème dans un champ&amp;amp;nbsp;: ceux qui l’écoutent avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ ont accueilli son royaume lui-même&amp;amp;nbsp;; puis, par sa propre vertu, la semence croît jusqu’au temps de la moisson (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''544 ''Le Royaume appartient ''aux pauvres et aux petits'', c’est-à-dire à ceux qui l’ont accueilli avec un cœur humble. Jésus est envoyé pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter la bonne nouvelle aux pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 4, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 22). Il les déclare bienheureux car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux est à eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 3)&amp;amp;nbsp;; c’est aux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que le Père a daigné révéler ce qui reste caché aux sages et aux habiles (cf. Mt 11, 25). Jésus partage la vie des pauvres, de la crèche à la croix&amp;amp;nbsp;; il connaît la faim (cf. Mc 2, 23-26&amp;amp;nbsp;; Mt 21, 18), la soif (cf. Jn 4, 6-7&amp;amp;nbsp;; 19, 28) et le dénuement (cf. Lc 9, 58). Plus encore&amp;amp;nbsp;: il s’identifie aux pauvres de toutes sortes et fait de l’amour actif envers eux la condition de l’entrée dans son Royaume (cf. Mt 25, 31-46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''545 ''Jésus invite ''les pécheurs'' à la table du Royaume&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 17&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Tm 1, 15). Il les invite à la conversion sans laquelle on ne peut entrer dans le Royaume, mais il leur montre en parole et en acte la miséricorde sans bornes de son Père pour eux (cf. Lc 15, 11-32) et l’immense &amp;quot;&amp;amp;nbsp;joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 15, 7). La preuve suprême de cet amour sera le sacrifice de sa propre vie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''546 ''Jésus appelle à entrer dans le Royaume à travers les ''paraboles,'' trait typique de son enseignement (cf. Mc 4, 33-34). Par elles, il invite au festin du Royaume (cf. Mt 22, 1-14), mais il demande aussi un choix radical&amp;amp;nbsp;: pour acquérir le Royaume, il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45)&amp;amp;nbsp;; les paroles ne suffisent pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32). Les paraboles sont comme des miroirs pour l’homme&amp;amp;nbsp;: accueille-t-il la parole comme un sol dur ou comme une bonne terre (cf. Mt 13, 3-9)&amp;amp;nbsp;? Que fait-il des talents reçus (cf. Mt 25, 14-30)&amp;amp;nbsp;? Jésus et la présence du Royaume en ce monde sont secrètement au cœur des paraboles. Il faut entrer dans le Royaume, c’est-à-dire devenir disciple du Christ pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître les mystères du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 11). Pour ceux qui restent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dehors&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 4, 11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13, 10-15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les signes du Royaume de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''547 ''Jésus accompagne ses paroles par de nombreux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;miracles, prodiges et signes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 22) qui manifestent que le Royaume est présent en Lui. Ils attestent que Jésus est le Messie annoncé (cf. Lc 7, 18-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''548 ''Les signes accomplis par Jésus témoignent que le Père l’a envoyé (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25). Ils invitent à croire en lui (cf. Jn 10, 38). A ceux qui s’adressent à lui avec foi, il accorde ce qu’ils demandent (cf. Mc 5, 25-34&amp;amp;nbsp;; 10, 52&amp;amp;nbsp;; etc.). Alors les miracles fortifient la foi en Celui qui fait les œuvres de son Père&amp;amp;nbsp;: ils témoignent qu’il est le Fils de Dieu (cf. Jn 10, 31-38). Mais ils peuvent aussi être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;occasion de chute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 11, 6). Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. Malgré ses miracles si évidents, Jésus est rejeté par certains (cf. Jn 11, 47-48)&amp;amp;nbsp;; on l’accuse même d’agir par les démons (cf. Mc 3, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''549 ''En libérant certains hommes des maux terrestres de la faim (cf. Jn 6, 5-15), de l’injustice (cf. Lc 19, 8), de la maladie et de la mort (cf. Mt 11, 5), Jésus a posé des signes messianiques&amp;amp;nbsp;; il n’est cependant pas venu pour abolir tous les maux ici-bas (cf. Lc 12, 13. 14&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36), mais pour libérer les hommes de l’esclavage le plus grave, celui du péché (cf. Jn 8, 34-36), qui les entrave dans leur vocation de fils de Dieu et cause tous leurs asservissements humains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''550 ''La venue du Royaume de Dieu est la défaite du royaume de Satan (cf. Mt 12, 26)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est qu’alors le Royaume de Dieu est arrivé pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 28). Les ''exorcismes'' de Jésus libèrent des hommes de l’emprise des démons (cf. Lc 8, 26-39). Ils anticipent la grande victoire de Jésus sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le prince de ce monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 31). C’est par la Croix du Christ que le Royaume de Dieu sera définitivement établi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a régné du haut du bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les clefs du Royaume&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''551 ''Dès le début de sa vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour participer à sa mission (cf. Mc 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur donne part à son autorité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et guérir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 2). Ils restent pour toujours associés au Royaume du Christ car celui-ci dirige par eux l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi&amp;amp;nbsp;; vous mangerez et boirez à la table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël (Lc 22, 29-30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''552 ''Dans le collège des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16&amp;amp;nbsp;; 9, 2&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Notre Seigneur lui avait alors déclaré&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 18). Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pierre vivante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 4), assure à son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''553 ''Jésus a confié à Pierre une autorité spécifique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux&amp;amp;nbsp;: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 19). Le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir des clefs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église. Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Bon Pasteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 11) a confirmé cette charge après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pais mes brebis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 15-17). Le pouvoir de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lier et délier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église. Jésus a confié cette autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt 18, 18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs du Royaume.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un avant-goût du Royaume&amp;amp;nbsp;: La Transfiguration'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''554 ''A partir du jour où Pierre a confessé que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Maître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir (...) être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 21)&amp;amp;nbsp;: Pierre refuse cette annonce (cf. Mt 16, 22-23), les autres ne la comprennent pas davantage (cf. Mt 17, 23&amp;amp;nbsp;; Lc 9, 45). C’est dans ce contexte que se situe l’épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-8 par.&amp;amp;nbsp;; 2 P 1, 16-18), sur une haute montagne, devant trois témoins choisis par lui&amp;amp;nbsp;: Pierre, Jacques et Jean. Le visage et les vêtements de Jésus deviennent fulgurants de lumière, Moïse et Elie apparaissent, lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parlant de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 31). Une nuée les couvre et une voix du ciel dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui-ci est mon Fils, mon Élu&amp;amp;nbsp;; écoutez-le&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''555 ''Pour un instant, Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Il montre aussi que, pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26), il doit passer par la Croix à Jérusalem. Moïse et Elie avaient vu la gloire de Dieu sur la Montagne&amp;amp;nbsp;; la Loi et les prophètes avaient annoncé les souffrances du Messie (cf. Lc 24, 27). La passion de Jésus est bien la volonté du Père&amp;amp;nbsp;: le Fils agit en Serviteur de Dieu (cf. Is 42, 1). La nuée indique la présence de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la Trinité apparut&amp;amp;nbsp;: le Père dans la voix, le Fils dans l’homme, l’Esprit dans la nuée lumineuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tu t’es transfiguré sur la montagne, et, autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire et qu’ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père (Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''556 ''Au seuil de la vie publique&amp;amp;nbsp;: le Baptême&amp;amp;nbsp;; au seuil de la Pâque&amp;amp;nbsp;: la Transfiguration. Par le Baptême de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fut manifesté le mystère de notre première régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre Baptême&amp;amp;nbsp;; la Transfiguration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le sacrement de la seconde régénération&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: notre propre résurrection (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). Dès maintenant nous participons à la Résurrection du Seigneur par l’Esprit Saint qui agit dans les sacrements du Corps du Christ. La Transfiguration nous donne un avant-goût de la glorieuse venue du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21). Mais elle nous rappelle aussi qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 14, 22)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cela Pierre ne l’avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne (cf. Lc 9, 33). Il t’a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais maintenant il dit lui-même&amp;amp;nbsp;: Descend pour peiner sur la terre, pour servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre. La Vie descend pour se faire tuer&amp;amp;nbsp;; le Pain descend pour avoir faim&amp;amp;nbsp;; la Voie descend, pour se fatiguer en chemin&amp;amp;nbsp;; la Source descend, pour avoir soif&amp;amp;nbsp;; et tu refuses de peiner&amp;amp;nbsp;? (S. Augustin, serm. 78, 6&amp;amp;nbsp;: PL 38, 492-493).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La montée de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''557 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or, comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 51&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 13, 1). Par cette décision, il signifiait qu’il montait à Jérusalem prêt à mourir. A trois reprises il avait annoncé sa passion et sa Résurrection (cf. Mc 8, 31-33&amp;amp;nbsp;; 9, 31-32&amp;amp;nbsp;; 10, 32-34). En se dirigeant vers Jérusalem, il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 13, 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''558 ''Jésus rappelle le martyre des prophètes qui avaient été mis à mort à Jérusalem (cf. Mt 23, 37a). Néanmoins, il persiste à appeler Jérusalem à se rassembler autour de lui&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes (...) et vous n’avez pas voulu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 23, 37b). Quand Jérusalem est en vue, il pleure sur elle et exprime encore une fois le désir de son cœur&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ah&amp;amp;nbsp;! Si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix&amp;amp;nbsp;! Mais, hélas, il est demeuré caché à tes yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 19, 41-42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’entrée messianique de Jésus à Jérusalem'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''559 ''Comment Jérusalem va-t-elle accueillir son Messie&amp;amp;nbsp;? Alors qu’il s’était toujours dérobé aux tentatives populaires de le faire roi (cf. Jn 6, 15), Jésus choisit le temps et prépare les détails de son entrée messianique dans la ville de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;David, son père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 32&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 21, 1-11) Il est acclamé comme le fils de David, celui qui apporte le salut (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Hosanna&amp;amp;nbsp;&amp;quot; veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sauve donc&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donne le salut&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Or &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Roi de Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 24, 7-10) entre dans sa Ville &amp;quot;&amp;amp;nbsp;monté sur un ânon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Za 9, 9)&amp;amp;nbsp;: il ne conquiert pas la Fille de Sion, figure de son Église, par la ruse ni par la violence, mais par l’humilité qui témoigne de la Vérité (cf. Jn 18, 37). C’est pourquoi les sujets de son Royaume, ce jour-là, sont les enfants (cf. Mt 21, 15-16&amp;amp;nbsp;; Ps 8, 3) et les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui l’acclament comme les anges l’annonçaient aux bergers (cf. Lc 19, 38&amp;amp;nbsp;; 2, 14). Leur acclamation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 118, 26), est reprise par l’Église dans le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sanctus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie eucharistique pour ouvrir le mémorial de la Pâque du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''560 ''L’''entrée de Jésus à Jérusalem ''manifeste la Venue du Royaume que le Roi-Messie va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection. C’est par sa célébration, le dimanche des Rameaux, que la liturgie de l’Église ouvre la grande Semaine Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''561 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toute la vie du Christ fut un continuel enseignement&amp;amp;nbsp;: ses silences, ses miracles, ses gestes, sa prière, son amour de l’homme, sa prédilection pour les petits et les pauvres, l’acceptation du sacrifice total sur la Croix pour la rédemption du monde, sa Résurrection sont l’actuation de sa parole et l’accomplissement de la Révélation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CT 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''562 Les disciples du Christ doivent se conformer à Lui jusqu’à ce qu’il soit formé en eux (cf. Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est pourquoi nous sommes assumés dans les mystères de sa vie, configurés à lui, associés à sa mort et à sa Résurrection, en attendant de l’être à son Règne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''563 Berger ou Mage, on ne peut atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''564 Par sa soumission à Marie et Joseph, ainsi que par son humble travail pendant de longues années à Nazareth, Jésus nous donne l’exemple de la sainteté dans la vie quotidienne de la famille et du travail.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''565 Dès le début de sa vie publique, à son baptême, Jésus est le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, entièrement consacré à l’œuvre rédemptrice qui s’accomplira par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptême&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de sa passion.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''566 La tentation au désert montre Jésus, Messie humble qui triomphe de Satan par sa totale adhésion au dessein de salut voulu par le Père.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''567 Le Royaume des cieux a été inauguré sur la terre par le Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). L’Église est le germe et le commencement de ce Royaume. Ses clefs sont confiées à Pierre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''568 La Transfiguration du Christ a pour but de fortifier la foi des apôtres en vue de la passion&amp;amp;nbsp;: la montée sur la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;haute montagne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; prépare la montée au Calvaire. Le Christ, Tête de l’Église, manifeste ce que son Corps contient et rayonne dans les sacrements&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’espérance de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27) (cf. S. Léon le Grand, serm. 51, 3&amp;amp;nbsp;: PL 54, 310C).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''569 Jésus est monté volontairement à Jérusalem tout en sachant qu’il y mourrait de mort violente à cause de la contradiction de la part des pécheurs (cf. He 12, 3)..''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''570 L’entrée de Jésus à Jérusalem manifeste la venue du Royaume que le Roi-Messie, accueilli dans sa ville par les enfants et les humbles de cœur, va accomplir par la Pâque de sa Mort et de sa Résurrection.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 4 : &amp;quot; Jésus-Christ a souffert sous PONCE PILATE, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''571 ''Le mystère pascal de la Croix et de la Résurrection du Christ est au centre de la Bonne Nouvelle que les apôtres, et l’Église à leur suite, doivent annoncer au monde. Le dessein sauveur de Dieu s’est accompli &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 26) par la mort rédemptrice de son Fils Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''572 ''L’Église reste fidèle à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’interprétation de toutes les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; donnée par Jésus lui-même avant comme après sa Pâque&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 26-27. 44-45). Les souffrances de Jésus ont pris leur forme historique concrète du fait qu’il a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 8, 31) qui l’ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''573 ''La foi peut donc essayer de scruter les circonstances de la mort de Jésus, transmises fidèlement par les Évangiles (cf. DV 19) et éclairées par d’autres sources historiques, pour mieux comprendre le sens de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Jésus et Israël =====&lt;br /&gt;
''574 ''Dès les débuts du ministère public de Jésus, des Pharisiens et des partisans d’Hérode, avec des prêtres et des scribes, se sont mis d’accord pour le perdre (cf. Mc 3, 6). Par certains de ses actes (expulsions de démons, cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; pardon des péchés, cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; guérisons le jour du sabbat, cf. Mc 3, 1-6&amp;amp;nbsp;; interprétation originale des préceptes de pureté de la Loi, cf. Mc 7, 14-23&amp;amp;nbsp;; familiarité avec les publicains et les pécheurs publics, cf. Mc 2, 14-17) Jésus a semblé à certains, mal intentionnés, suspect de possession (cf. Mc 3, 22&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 48&amp;amp;nbsp;; 10, 20). On l’accuse de blasphème (cf. Mc 2, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33) et de faux prophétisme (cf. Jn 7, 12&amp;amp;nbsp;; 7, 52), crimes religieux que la Loi châtiait par la peine de mort sous forme de lapidation (cf. Jn 8, 59&amp;amp;nbsp;; 10, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''575 ''Bien des actes et des paroles de Jésus ont donc été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 2, 34) pour les autorités religieuses de Jérusalem, celles que l’Évangile de S. Jean appelle souvent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les Juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 19&amp;amp;nbsp;; 2, 18&amp;amp;nbsp;; 5, 10&amp;amp;nbsp;; 7, 13&amp;amp;nbsp;; 9, 22&amp;amp;nbsp;; 18, 12&amp;amp;nbsp;; 19, 38&amp;amp;nbsp;; 20, 19), plus encore que pour le commun du Peuple de Dieu (cf. Jn 7, 48-49). Certes, ses rapports avec les Pharisiens ne furent pas uniquement polémiques. Ce sont des Pharisiens qui le préviennent du danger qu’il court (cf. Lc 13, 31). Jésus loue certains d’entre eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange à plusieurs reprises chez des Pharisiens (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Jésus confirme des doctrines partagées par cette élite religieuse du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts (cf. Mt 22, 23-34&amp;amp;nbsp;; Lc 20, 39), les formes de piété (aumône, jeûne et prière, cf. Mt 6, 18) et l’habitude de s’adresser à Dieu comme Père, le caractère central du commandement de l’amour de Dieu et du prochain (cf. Mc 12, 28-34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''576 ''Aux yeux de beaucoup en Israël, Jésus semble agir contre les institutions essentielles du Peuple élu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La soumission à la Loi dans l’intégralité de ses préceptes écrits et, pour les Pharisiens, dans l’interprétation de la tradition orale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La centralité du Temple de Jérusalem comme lieu saint où Dieu habite d’une manière privilégiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– La foi dans le Dieu unique dont aucun homme ne peut partager la gloire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Jésus et la Loi =====&lt;br /&gt;
''577 ''Jésus a fait une mise en garde solennelle au début du Sermon sur la Montagne où Il a présenté la Loi donnée par Dieu au Sinaï lors de la Première alliance à la lumière de la grâce de la Nouvelle Alliance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes&amp;amp;nbsp;: je ne suis pas venu abolir mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un ''i'', pas un point sur l’''i'' ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, sera tenu pour moindre dans le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume de cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 17-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''578 ''Jésus, le Messie d’Israël, le plus grand donc dans le Royaume des cieux, se devait d’accomplir la Loi en l’exécutant dans son intégralité jusque dans ses moindres préceptes selon ses propres paroles. Il est même le seul à avoir pu le faire parfaitement (cf. Jn 8, 46). Les Juifs, de leur propre aveu, n’ont jamais pu accomplir la Loi dans son intégralité sans en violer le moindre précepte (cf. Jn 7, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 13, 38-41&amp;amp;nbsp;; 15, 10). C’est pourquoi à chaque fête annuelle de l’Expiation, les enfants d’Israël demandent à Dieu pardon pour leurs transgressions de la Loi. En effet, la Loi constitue un tout et, comme le rappelle S. Jacques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aurait-on observé la Loi tout entière, si l’on commet un écart sur un seul point, c’est du tout que l’on devient justiciable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jc 2, 10&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''579 ''Ce principe de l’intégralité de l’observance de la Loi, non seulement dans sa lettre mais dans son esprit, était cher aux Pharisiens. En le dégageant pour Israël, ils ont conduit beaucoup de Juifs du temps de Jésus à un zèle religieux extrême (cf. Rm 10, 2). Celui-ci, s’il ne voulait pas se résoudre en une casuistique &amp;quot;&amp;amp;nbsp;hypocrite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 15, 3-7&amp;amp;nbsp;; Lc 11, 39-54), ne pouvait que préparer le Peuple à cette intervention de Dieu inouïe que sera l’exécution parfaite de la Loi par le seul Juste à la place de tous les pécheurs (cf. Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''580 ''L’accomplissement parfait de la Loi ne pouvait être l’œuvre que du divin Législateur né sujet de la Loi en la personne du Fils (cf. Ga 4, 4). En Jésus, la Loi n’apparaît plus gravée sur des tables de pierre mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au fond du cœur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jr 31, 33) du Serviteur qui, parce qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apporte fidèlement le droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 3) est devenu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’alliance du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 42, 6). Jésus accomplit la Loi jusqu’à prendre sur Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la malédiction de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 13) encourue par ceux qui ne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pratiquent pas tous les préceptes de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 10) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort du Christ a eu lieu pour racheter les transgressions de la Première alliance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''581 ''Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de leurs chefs spirituels comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rabbi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 38&amp;amp;nbsp;; 3, 2&amp;amp;nbsp;; Mt 22, 23-24. 34-36). Il a souvent argumenté dans le cadre de l’interprétation rabbinique de la Loi (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; 9, 12&amp;amp;nbsp;; Mc 2, 23– 27&amp;amp;nbsp;; Lc 6, 6-9&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-23). Mais en même temps, Jésus ne pouvait que heurter les docteurs de la Loi car il ne se contentait pas de proposer son interprétation parmi les leurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et non pas comme les scribes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 28-29). En lui, c’est la même Parole de Dieu qui avait retenti au Sinaï pour donner à Moïse la Loi écrite qui se fait entendre de nouveau sur la Montagne des Béatitudes (cf. Mt 5, 1). Elle n’abolit pas la Loi mais l’accomplit en fournissant de manière divine son interprétation ultime&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres (...) moi je vous dis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 5, 33-34). Avec cette même autorité divine, il désavoue certaines &amp;quot;&amp;amp;nbsp;traditions humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 8) des Pharisiens qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annulent la Parole de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''582 ''Allant plus loin, Jésus accomplit la Loi sur la pureté des aliments, si importante dans la vie quotidienne juive, en dévoilant son sens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ga 3, 24) par une interprétation divine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller (...) – ainsi il déclarait purs tous les aliments. Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 7, 18-21). En délivrant avec autorité divine l’interprétation définitive de la Loi, Jésus s’est trouvé affronté à certains docteurs de la Loi qui ne recevaient pas son interprétation de la Loi garantie pourtant par les signes divins qui l’accompagnaient (cf. Jn 5, 36&amp;amp;nbsp;; 10, 25. 37-38&amp;amp;nbsp;; 12, 37). Ceci vaut particulièrement pour la question du sabbat&amp;amp;nbsp;: Jésus rappelle, souvent avec des arguments rabbiniques (cf. Mc 2, 25-27&amp;amp;nbsp;; Jn 7, 22-24), que le repos du sabbat n’est pas troublé par le service de Dieu (cf. Mt 12, 5&amp;amp;nbsp;; Nb 28, 9) ou du prochain (cf. Lc 13, 15-16&amp;amp;nbsp;; 14, 3-4) qu’accomplissent ses guérisons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Jésus et le Temple =====&lt;br /&gt;
''583 ''Jésus, comme les prophètes avant lui, a professé pour le Temple de Jérusalem le plus profond respect. Il y a été présenté par Joseph et Marie quarante jours après sa naissance (cf. Lc 2, 22-39). A l’âge de douze ans, il décide de rester dans le Temple pour rappeler à ses parents qu’il se doit aux affaires de son Père (cf. Lc 2, 46-49). Il y est monté chaque année au moins pour la Pâque pendant sa vie cachée (cf. Lc 2, 41)&amp;amp;nbsp;; son ministère public lui-même a été rythmé par ses pèlerinages à Jérusalem pour les grandes fêtes juives (cf. Jn 2, 13-14&amp;amp;nbsp;; 5, 1. 14&amp;amp;nbsp;; 7, 1. 10. 14&amp;amp;nbsp;; 8, 2&amp;amp;nbsp;; 10, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''584 ''Jésus est monté au Temple comme au lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Le Temple est pour lui la demeure de son Père, une maison de prière, et il s’indigne de ce que son parvis extérieur soit devenu un lieu de trafic (cf. Mt 21, 13). S’il chasse les marchands du Temple, c’est par amour jaloux pour son Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit&amp;amp;nbsp;: ‘Le zèle pour ta maison me dévorera’ (Ps 69, 10)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 2, 16-17). Après sa Résurrection, les apôtres ont gardé un respect religieux pour le Temple (cf. Ac 2, 46&amp;amp;nbsp;; 3, 1&amp;amp;nbsp;; 5, 20. 21&amp;amp;nbsp;; etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''585 ''Au seuil de sa passion, Jésus a cependant annoncé la ruine de ce splendide édifice dont il ne restera plus pierre sur pierre (cf. Mt 24, 1-2). Il y a ici annonce d’un signe des derniers temps qui vont s’ouvrir avec sa propre Pâque (cf. Mt 24, 3&amp;amp;nbsp;; Lc 13, 35). Mais cette prophétie a pu être rapportée de manière déformée par de faux témoins lors de son interrogatoire chez le grand prêtre (cf. Mc 14, 57-58) et lui être renvoyée comme injure lorsqu’il était cloué sur la croix (cf. Mt 27, 39-40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''586 ''Loin d’avoir été hostile au Temple (cf. Mt 8, 4&amp;amp;nbsp;; 23, 21&amp;amp;nbsp;; Lc 17, 14&amp;amp;nbsp;; Jn 4, 22) où il a donné l’essentiel de son enseignement (cf. Jn 18, 20), Jésus a voulu payer l’impôt du Temple en s’associant Pierre (cf. Mt 17, 24-27) qu’il venait de poser comme fondement pour son Église à venir (cf. Mt 16, 18). Plus encore, il s’est identifié au Temple en se présentant comme la demeure définitive de Dieu parmi les hommes (cf. Jn 2, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 12, 6). C’est pourquoi sa mise à mort corporelle (cf. Jn 2, 18-22) annonce la destruction du Temple qui manifestera l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 4, 23-24&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 51&amp;amp;nbsp;; He 9, 11&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 22). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Jésus et la foi d’Israël au Dieu Unique et Sauveur =====&lt;br /&gt;
''587 ''Si la Loi et le Temple de Jérusalem ont pu être occasion de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contradiction&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 34) de la part de Jésus pour les autorités religieuses d’Israël, c’est son rôle dans la rédemption des péchés, œuvre divine par excellence, qui a été pour elles la véritable pierre d’achoppement (cf. Lc 20, 17-18&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''588 ''Jésus a scandalisé les Pharisiens en mangeant avec les publicains et les pécheurs (cf. Lc 5, 30) aussi familièrement qu’avec eux-mêmes (cf. Lc 7, 36&amp;amp;nbsp;; 11, 37&amp;amp;nbsp;; 14, 1). Contre ceux d’entre eux &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 18, 9&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 7, 49&amp;amp;nbsp;; 9, 34), Jésus a affirmé&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 5, 32). Il est allé plus loin en proclamant face aux Pharisiens que, le péché étant universel (cf. Jn 8, 33-36), ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de salut s’aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jn 9, 40-41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''589 ''Jésus a surtout scandalisé parce qu’Il a identifié sa conduite miséricordieuse envers les pécheurs avec l’attitude de Dieu Lui-même à leur égard (cf. Mt 9, 13&amp;amp;nbsp;; Os 6, 6). Il est allé jusqu’à laisser entendre qu’en partageant la table des pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), Il les admettait au banquet messianique (cf. Lc 15, 23-32). Mais c’est tout particulièrement en pardonnant les péchés que Jésus a mis les autorités religieuses d’Israël devant un dilemme. Ne diraient-elles pas avec justesse dans leur effroi&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu seul peut pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 7)&amp;amp;nbsp;? En pardonnant les péchés, ou bien Jésus blasphème car c’est un homme qui se fait l’égal de Dieu (cf. Jn 5, 18&amp;amp;nbsp;; 10, 33), ou bien Il dit vrai et sa personne rend présent et révèle le nom de Dieu (cf. Jn 17, 6. 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''590 ''Seule l’identité divine de la personne de Jésus peut justifier une exigence aussi absolue que celle-ci&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’est pas avec moi est contre moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 30)&amp;amp;nbsp;; de même quand Il dit qu’il y a en Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que Jonas, (...) plus que Salomon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 41-42), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus que le Temple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 6)&amp;amp;nbsp;; quand Il rappelle à son sujet que David a appelé le Messie son Seigneur (cf. Mt 12, 36. 37), quand Il affirme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avant qu’Abraham fut, Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 58)&amp;amp;nbsp;; et même&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père et moi nous sommes un&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 30).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''591 ''Jésus a demandé aux autorités religieuses de Jérusalem de croire en Lui à cause des œuvres de son Père qu’Il accomplit (cf. Jn 10, 36-38). Mais un tel acte de foi devait passer par une mystérieuse mort à soi-même pour une nouvelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 7) dans l’attirance de la grâce divine (cf. Jn 6, 44). Une telle exigence de conversion face à un accomplissement si surprenant des promesses (cf. Is 53, 1) permet de comprendre la tragique méprise du Sanhédrin estimant que Jésus méritait la mort comme blasphémateur (cf. Mc 3, 6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 64-66). Ses membres agissaient ainsi à la fois par ignorance (cf. Lc 23, 34&amp;amp;nbsp;; Ac 3, 17-18) et par l’endurcissement (cf. Mc 3, 5&amp;amp;nbsp;; Rm 11, 25) de l’incrédulité (cf. Rm 11, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''592 Jésus n’a pas aboli la Loi du Sinaï, mais Il l’a accomplie (cf. Mt 5, 17-19) avec une telle perfection (cf. Jn 8, 46) qu’Il en révèle le sens ultime (cf. Mt 5, 33) et qu’Il rachète les transgressions contre elle (cf. He 9, 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''593 Jésus a vénéré le Temple en y montant aux fêtes juives de pèlerinage et Il a aimé d’un amour jaloux cette demeure de Dieu parmi les hommes. Le Temple préfigure son mystère. S’Il annonce sa destruction, c’est comme manifestation de sa propre mise à mort et de l’entrée dans un nouvel âge de l’histoire du salut, où son Corps sera le Temple définitif.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''594 Jésus a posé des actes, tel le pardon des péchés, qui L’ont manifesté comme étant le Dieu Sauveur lui-même (cf. Jn 5, 16-18). Certains Juifs, qui, ne reconnaissant pas le Dieu fait homme (cf. Jn 1, 14), voyaient en Lui un homme qui se fait Dieu (cf. Jn 10, 33), L’ont jugé comme un blasphémateur.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Jésus est mort crucifié =====&lt;br /&gt;
===== I. Le procès de Jésus =====&lt;br /&gt;
'''Divisions des autorités juives à l’égard de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''595 ''Parmi les autorités religieuses de Jérusalem, non seulement il s’est trouvé le pharisien Nicodème (cf. Jn 7, 52) ou le notable Joseph d’Arimathie pour être en secret disciples de Jésus (cf. Jn 19, 38-39), mais il s’est produit pendant longtemps des dissensions au sujet de Celui-ci (cf. Jn 9, 16-17&amp;amp;nbsp;; 10, 19-21) au point qu’à la veille même de sa passion, S. Jean peut dire d’eux qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;un bon nombre crut en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, quoique d’une manière très imparfaite (Jn 12, 42). Cela n’a rien d’étonnant si l’on tient compte qu’au lendemain de la Pentecôte &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une multitude de prêtres obéissait à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 6, 7) et que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains du parti des Pharisiens étaient devenus croyants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 15, 5) au point que S. Jacques peut dire à S. Paul que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plusieurs milliers de Juifs ont embrassé la foi et ce sont tous d’ardents partisans de la Loi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 21, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''596 ''Les autorités religieuses de Jérusalem n’ont pas été unanimes dans la conduite à tenir vis-à-vis de Jésus (cf. Jn 9, 16&amp;amp;nbsp;; 10, 19). Les pharisiens ont menacé d’excommunication ceux qui le suivraient (cf. Jn 9, 22). A ceux qui craignaient que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous croient en Jésus et que les Romains viennent détruire notre Lieu Saint et notre nation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 48), le grand prêtre Caïphe proposa en prophétisant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 49-50). Le Sanhédrin, ayant déclaré Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;passible de mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 66) en tant que blasphémateur, mais ayant perdu le droit de mise à mort (cf. Jn 18, 31), livre Jésus aux Romains en l’accusant de révolte politique (cf. Lc 23, 2) ce qui mettra celui-ci en parallèle avec Barrabas accusé de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sédition&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 23, 19). Ce sont aussi des menaces politiques que les grands prêtres exercent sur Pilate pour qu’il condamne Jésus à mort (cf. Jn 19, 12. 15. 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''597 ''En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule manipulée (cf. Mc 15, 11) et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte (cf. Ac 2, 23. 36&amp;amp;nbsp;; 3, 13-14&amp;amp;nbsp;; 4, 10&amp;amp;nbsp;; 5, 30&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 10, 39&amp;amp;nbsp;; 13, 27-28&amp;amp;nbsp;; 1 Th 2, 14-15). Jésus lui-même en pardonnant sur la croix (cf. Lc 23, 34) et Pierre à sa suite ont fait droit à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’ignorance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 17) des Juifs de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir du cri du peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que son sang soit sur nous et sur nos enfants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 27, 25) qui signifie une formule de ratification (cf. Ac 5, 28&amp;amp;nbsp;; 18, 6), étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l’espace et dans le temps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Aussi bien l’Église a-t-elle déclaré au Concile Vatican II&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (NA 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Tous les pécheurs furent les auteurs de la passion du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''598 ''L’Église, dans le Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 5, 11&amp;amp;nbsp;; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45&amp;amp;nbsp;; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous devons regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la croix, à coup sûr ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés et le couvrent de confusion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 6). Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’apôtre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne l’auraient jamais crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 8). Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains meurtrières (Catech. R. 1, 5, 11).&amp;lt;br/&amp;gt; Et les démons, ce ne sont pas eux qui L’ont crucifié&amp;amp;nbsp;; c’est toi qui avec eux L’as crucifié et Le crucifies encore, en te délectant dans les vices et les péchés (S. François d’Assise, admon. 5, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La mort rédemptrice du Christ dans le dessein divin de salut =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus livré selon le dessein bien arrêté de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''599 ''La mort violente de Jésus n’a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. Elle appartient au mystère du dessein de Dieu, comme S. Pierre l’explique aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 23). Ce langage biblique ne signifie pas que ceux qui ont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;livré Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 13) n’ont été que les exécutants passifs d’un scénario écrit d’avance par Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''600 ''A Dieu tous les moments du temps sont présents dans leur actualité. Il établit donc son dessein éternel de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prédestination&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en y incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oui, vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël (cf. Ps 2, 1-2), de telle sorte qu’ils ont accompli tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais prédestiné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 4, 27-28). Dieu a permis les actes issus de leur aveuglement (cf. Mt 26, 54&amp;amp;nbsp;; Jn 18, 36&amp;amp;nbsp;; 19, 11) en vue d’accomplir son dessein de salut (cf. Ac 3, 17-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''601 ''Ce dessein divin de salut par la mise à mort du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Serviteur, le Juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 3, 14) avait été annoncé par avance dans l’Écriture comme un mystère de rédemption universelle, c’est-à-dire de rachat qui libère les hommes de l’esclavage du péché (cf. Is 53, 11-12&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36). S. Paul professe, dans une confession de foi qu’il dit avoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ est mort pour nos péchés ''selon les Écritures''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibidem&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ac 3, 18&amp;amp;nbsp;; 7, 52&amp;amp;nbsp;; 13, 29&amp;amp;nbsp;; 26, 22-23). La mort rédemptrice de Jésus accomplit en particulier la prophétie du Serviteur souffrant (cf. Is 53, 7-8 et Ac 8, 32-35). Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur souffrant (cf. Mt 20, 28). Après sa Résurrection, il a donné cette interprétation des Écritures aux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 44-45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''602 ''S. Pierre peut en conséquence formuler ainsi la foi apostolique dans le dessein divin de salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18-20). Les péchés des hommes, consécutifs au péché originel, sont sanctionnés par la mort (cf. Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 56). En envoyant son propre Fils dans la condition d’esclave (cf. Ph 2, 7), celle d’une humanité déchue et vouée à la mort à cause du péché (cf. Rm 8, 3), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a fait péché pour nous, lui qui n’avait pas connu le péché, afin qu’en lui nous devenions justice pour Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''603 ''Jésus n’a pas connu la réprobation comme s’il avait lui-même péché (cf. Jn 8, 46). Mais dans l’amour rédempteur qui l’unissait toujours au Père (cf. Jn 8, 29), il nous a assumé dans l’égarement de notre péché par rapport à Dieu au point de pouvoir dire en notre nom sur la croix&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 15, 34&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 1). L’ayant rendu ainsi solidaire de nous pécheurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 32) pour que nous soyons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réconciliés avec Lui par la mort de son Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dieu a l’initiative de l’amour rédempteur universel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''604 ''En livrant son Fils pour nos péchés, Dieu manifeste que son dessein sur nous est un dessein d’amour bienveillant qui précède tout mérite de notre part&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ceci consiste l’amour&amp;amp;nbsp;: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''605 ''Cet amour est sans exclusion Jésus l’a rappelé en conclusion de la parabole de la brebis perdue&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ses petits ne se perde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 18, 14). Il affirme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner sa vie en rançon ''pour la multitude''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28)&amp;amp;nbsp;; ce dernier terme n’est pas restrictif&amp;amp;nbsp;: il oppose l’ensemble de l’humanité à l’unique personne du Rédempteur qui se livre pour la sauver (cf. Rm 5, 18-19). L’Église, à la suite des apôtres (cf. 2 Co 5, 15&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 2), enseigne que le Christ est mort pour tous les hommes sans exception&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a, il n’y a eu et il n’y aura aucun homme pour qui le Christ n’ait pas souffert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Quiercy en 853&amp;amp;nbsp;: DS 624).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le Christ s’est offert lui-même à son Père pour nos péchés =====&lt;br /&gt;
'''Toute la vie du Christ est offrande au Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''606 ''Le Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;descendu du ciel non pour faire sa volonté mais celle de son Père qui l’a envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 38), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dit en entrant dans le monde&amp;amp;nbsp;: (...) Voici je viens (...) pour faire ô Dieu ta volonté. (...) C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 10, 5-10). Dès le premier instant de son Incarnation, le Fils épouse le dessein de salut divin dans sa mission rédemptrice&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 4, 34). Le sacrifice de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour les péchés du monde entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 2) est l’expression de sa communion d’amour au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Père m’aime parce que je donne ma vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''607 ''Ce désir d’épouser le dessein d’amour rédempteur de son Père anime toute la vie de Jésus (cf. Lc 12, 50&amp;amp;nbsp;; 22, 15&amp;amp;nbsp;; Mt 16, 21-23) car sa passion rédemptrice est la raison d’être de son Incarnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Père, sauve-moi de cette heure&amp;amp;nbsp;! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La coupe que m’a donnée le Père ne la boirai-je pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 18, 11). Et encore sur la croix avant que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout soit accompli&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 30), il dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai soif&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Agneau qui enlève le péché du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''608 ''Après avoir accepté de Lui donner le Baptême à la suite des pécheurs (cf. Lc 3, 21&amp;amp;nbsp;; Mt 3, 14-15), Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1, 29. 36). Il manifeste ainsi que Jésus est à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener à l’abattoir (cf. Is 53, 7&amp;amp;nbsp;; Jr 11, 19) et porte le péché des multitudes (cf. Is 53, 12), et l’agneau Pascal symbole de la rédemption d’Israël lors de la première Pâque (cf. Ex 12, 3-14&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 36&amp;amp;nbsp;; 1 Co 5, 7). Toute la vie du Christ exprime sa mission&amp;amp;nbsp;: servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Mc 10, 45).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus épouse librement l’amour rédempteur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''609 ''En épousant dans son cœur humain l’amour du Père pour les hommes, Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les a aimés jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 13). Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes (cf. He 2, 10. 17-18&amp;amp;nbsp;; 4, 15&amp;amp;nbsp;; 5, 7-9). En effet, il a librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de moi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 18). D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort (cf. Jn 18, 4-6&amp;amp;nbsp;; Mt 26, 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''A la Cène Jésus a anticipé l’offrande libre de sa vie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''610 ''Jésus a exprimé suprêmement l’offrande libre de Lui-même dans le repas pris avec les douze apôtres (cf. Mt 26, 20), dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la nuit où Il fut livré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 23). La veille de sa passion, alors qu’Il était encore libre, Jésus a fait de cette dernière Cène avec ses apôtres le mémorial de son offrande volontaire au Père (cf. 1 Co 5, 7) pour le salut des hommes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps ''donné'' pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui ''va être répandu'' pour une multitude en rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''611 ''L’Eucharistie qu’il institue à ce moment sera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mémorial&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 11, 25) de son sacrifice. Jésus inclut les apôtres dans sa propre offrande et leur demande de la perpétuer (cf. Lc 22, 19). Par là, Jésus institue ses apôtres prêtres de l’Alliance Nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour eux Je me consacre afin qu’ils soient eux aussi consacrés dans la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1752&amp;amp;nbsp;; 1764).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’agonie à Gethsémani'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''612 ''La coupe de la Nouvelle Alliance, que Jésus a anticipée à la Cène en s’offrant lui-même (cf. Lc 22, 20), il l’accepte ensuite des mains du Père dans son agonie à Gethsémani (cf. Mt 26, 42) en se faisant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;obéissant jusqu’à la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8&amp;amp;nbsp;; cf. He 5, 7-8). Jésus prie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 26, 39). Il exprime ainsi l’horreur que représente la mort pour sa nature humaine. En effet celle-ci, comme la nôtre, est destinée à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;; en plus, à la différence de la nôtre, elle est parfaitement exempte du péché (cf. He 4, 15) qui cause la mort (cf. Rm 5, 12)&amp;amp;nbsp;; mais surtout elle est assumée par la personne divine du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 17&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 26). En acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite (cf. Mt 26, 42), il accepte sa mort en tant que rédemptrice pour &amp;quot;&amp;amp;nbsp;porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort du Christ est le sacrifice unique et définitif'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''613 ''La mort du Christ est à la fois le ''sacrifice Pascal'' qui accomplit la rédemption définitive des hommes (cf. 1 Co 5, 7&amp;amp;nbsp;; Jn 8, 34-36) par l’Agneau qui porte le péché du monde (cf. Jn 1, 29&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 19) et le ''sacrifice de la Nouvelle Alliance'' (cf. 1 Co 11, 25) qui remet l’homme en communion avec Dieu (cf. Ex 24, 8) en le réconciliant avec Lui par le sang répandu pour la multitude en rémission des péchés (cf. Mt 26, 28&amp;amp;nbsp;; Lv 16, 15-16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''614 ''Ce sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices (cf. He 10, 10). Il est d’abord un don de Dieu le Père lui-même&amp;amp;nbsp;: c’est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec lui (cf. 1 Jn 4, 10). Il est en même temps offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour (cf. Jn 15, 13), offre sa vie (cf. Jn 10, 17-18) à son Père par l’Esprit Saint (cf. He 9, 14), pour réparer notre désobéissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Jésus substitue son obéissance à notre désobéissance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''615 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme par la désobéissance d’un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 19). Par son obéissance jusqu’à la mort, Jésus a accompli la substitution du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre sa vie en ''sacrifice expiatoire''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;alors qu’il portait le péché des multitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il justifie en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 10-12). Jésus a réparé pour nos fautes et satisfait au Père pour nos péchés (cf. Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1529).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Sur la croix, Jésus consomme son sacrifice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''616 ''C’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d’expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. Il nous a tous connus et aimés dans l’offrande de sa vie (cf. Ga 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 2. 25). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14). Aucun homme, fût-il le plus saint, n’était en mesure de prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s’offrir en sacrifice pour tous. L’existence dans le Christ de la Personne divine du Fils, qui dépasse et, en même temps, embrasse toutes les personnes humaines, et qui le constitue Tête de toute l’humanité, rend possible son sacrifice rédempteur ''pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''617 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa sainte passion, sur le bois de la Croix, Il nous a mérité la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; enseigne le Concile de Trente (DS 1529)&amp;amp;nbsp;: soulignant le caractère unique du sacrifice du Christ comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;principe de salut éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 5, 9). Et l’Église vénère la Croix en chantant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Salut, O Croix, notre unique espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vexilla Regis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Notre participation au sacrifice du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''618 ''La Croix est l’unique sacrifice du Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;seul médiateur entre Dieu et les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 5). Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 2), il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 22, § 5). Il appelle ses disciples à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prendre leur croix et à le suivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 16, 24) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 18-19&amp;amp;nbsp;; Col 1, 24). Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle par où monter au ciel (Ste. Rose de Lima, vita).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''619 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''620 Notre salut découle de l’initiative d’amour de Dieu envers nous car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 10). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''621 Jésus s’est offert librement pour notre salut. Ce don, il le signifie et le réalise à l’avance pendant la dernière cène&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceci est mon corps, qui va être donné pour vous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 22, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''622 En ceci consiste la rédemption du Christ&amp;amp;nbsp;: il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est venu donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28), c’est-à-dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aimer les siens jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 13, 1) pour qu’ils soient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;affranchis de la vaine conduite héritée de leurs pères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 1, 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''623 Par son obéissance aimante au Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à la mort de la croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 8), Jésus accomplit la mission expiatrice (cf. Is 53, 10) du Serviteur souffrant qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;justifie les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Rm 5, 19).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. Jésus-Christ a été enseveli =====&lt;br /&gt;
''624 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il a goûté la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 9). Dans son dessein de salut, Dieu a disposé que son Fils non seulement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourrait pour nos péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3) mais aussi qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûterait la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire connaîtrait l’état de mort, l’état de séparation entre son âme et son corps, durant le temps compris entre le moment où il a expiré sur la croix et le moment où il est ressuscité. Cet état du Christ mort est le mystère du sépulcre et de la descente aux enfers. C’est le mystère du Samedi Saint où le Christ déposé au tombeau (cf. Jn 19, 42) manifeste le grand repos sabbatique de Dieu (cf. He 4, 7-9) après l’accomplissement (cf. Jn 19, 30) du salut des hommes qui met en paix l’univers entier (cf. Col 1, 18-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ au sépulcre dans son corps'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''625 ''Le séjour du Christ au tombeau constitue le lien réel entre l’état passible du Christ avant Pâque et son actuel état glorieux de Ressuscité. C’est la même personne du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui peut dire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai été mort et me voici vivant pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dieu [le Fils] n’a pas empêché la mort de séparer l’âme du corps, selon l’ordre nécessaire à la nature, mais il les a de nouveau réunis l’un à l’autre par la Résurrection, afin d’&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''être lui-même dans sa personne le point de rencontre de la mort et de la vie ''en arrêtant en lui la décomposition de la nature produite par la mort et en devenant lui-même principe de réunion pour les parties séparées (S. Grégoire de Nysse, or. catech. 16&amp;amp;nbsp;: PG 45, 52B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''626 ''Puisque le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qu’on a mis à mort (Ac 3, 15) est bien le même que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Vivant qui est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6), il faut que la personne divine du Fils de Dieu ait continué à assumer son âme et son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Du fait qu’à la mort du Christ l’âme a été séparée de la chair, la personne unique ne s’est pas trouvée divisée en deux personnes&amp;amp;nbsp;; car le corps et l’âme du Christ ont existé au même titre dès le début dans la personne du Verbe&amp;amp;nbsp;; et dans la mort, quoique séparés l’un de l’autre, ils sont restés chacun avec la même et unique personne du Verbe (S. Jean Damascène, f. o. 3, 27&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1098A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''627 ''La mort du Christ a été une vraie mort en tant qu’elle a mis fin à son existence humaine terrestre. Mais à cause de l’union que la Personne du Fils a gardé avec son Corps, il n’est pas devenu une dépouille mortelle comme les autres car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il n’était pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir (de la mort)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 24). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vertu divine a préservé le corps du Christ de la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., s. th. 3, 51, 3). Du Christ on peut dire à la fois&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a été retranché de la terre des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 53, 8)&amp;amp;nbsp;; et&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ma chair reposera dans l’espérance que tu n’abandonneras pas mon âme aux enfers et ne laisseras pas ton saint voir la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 26-27&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 16, 9-10). La Résurrection de Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le troisième jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 4&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 46&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 40&amp;amp;nbsp;; Jon 2, 1&amp;amp;nbsp;; Os 6, 2) en était la preuve car la corruption était censée se manifester à partir du quatrième jour (cf. Jn 11, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ensevelis avec le Christ...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''628 ''Le Baptême, dont le signe originel et plénier est l’immersion, signifie efficacement la descente au tombeau du chrétien qui meurt au péché avec le Christ en vue d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous avons été ensevelis avec le Christ par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; cf. Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; Ep 5, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''629 Au bénéfice de tout homme Jésus a goûté la mort (cf. He 2, 9). C’est vraiment le Fils de Dieu fait homme qui est mort et qui a été enseveli.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''630 Pendant le séjour du Christ au tombeau sa Personne divine a continué à assumer tant son âme que son corps séparés pourtant entre eux par la mort. C’est pourquoi le corps du Christ mort &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’a pas vu la corruption&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 12, 37).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 5 : &amp;quot; Jésus-Christ est descendu aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''631 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu dans les régions inférieures de la terre. Celui qui est descendu est le même que celui qui est aussi monté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 9-10). Le Symbole des apôtres confesse en un même article de foi la descente du Christ aux enfers et sa Résurrection des morts le troisième jour, parce que dans sa Pâque c’est du fond de la mort qu’il a fait jaillir la vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, ton Fils&amp;lt;br/&amp;gt; qui, remonté des Enfers,&amp;lt;br/&amp;gt; répandit sur le genre humain sa sereine clarté,&amp;lt;br/&amp;gt; et vit et règne pour les siècles des siècles. Amen&amp;lt;br/&amp;gt; (MR, Vigile Pascale 18&amp;amp;nbsp;: Exsultet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. Le Christ est descendu aux enfers =====&lt;br /&gt;
''632 ''Les fréquentes affirmations du Nouveau Testament selon lesquelles Jésus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est ressuscité d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 20) présupposent, préalablement à la résurrection, que celui-ci soit demeuré dans le séjour des morts (cf. He 13, 20). C’est le sens premier que la prédication apostolique a donné à la descente de Jésus aux enfers&amp;amp;nbsp;: Jésus a connu la mort comme tous les hommes et les a rejoints par son âme au séjour des morts. Mais il y est descendu en Sauveur, proclamant la bonne nouvelle aux esprits qui y étaient détenus (cf. 1 P 3, 18-19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''633 ''Le séjour des morts où le Christ mort est descendu, l’Écriture l’appelle les enfers, le Shéol ou l’Hadès (cf. Ph 2, 10&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 24&amp;amp;nbsp;; Ap 1, 18&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) parce que ceux qui s’y trouvent sont privés de la vision de Dieu (cf. Ps 6, 6&amp;amp;nbsp;; 88, 11-13). Tel est en effet, en attendant le Rédempteur, le cas de tous les morts, méchants ou justes (cf. Ps 89, 49&amp;amp;nbsp;; 1 S 28, 19&amp;amp;nbsp;; Ez 32, 17-32) ce qui ne veut pas dire que leur sort soit identique comme le montre Jésus dans la parabole du pauvre Lazare reçu dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sein d’Abraham&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 16, 22-26). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce sont précisément ces âmes saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu’il descendit aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 6, 3). Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cf. Cc. Rome de 745&amp;amp;nbsp;: DS 587) ni pour détruire l’enfer de la damnation (cf. DS 1011&amp;amp;nbsp;; 1077) mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé (cf. Cc. Tolède IV en 625&amp;amp;nbsp;: DS 485&amp;amp;nbsp;; Mt 27, 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''634 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 4, 6). La descente aux enfers est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''635 ''Le Christ est donc descendu dans la profondeur de la mort (cf. Mt 12, 24&amp;amp;nbsp;; Rm 10, 7&amp;amp;nbsp;; Ep 4, 9) afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les morts entendent la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l’auront entendue vivent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 25). Jésus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Prince de la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 15), a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réduit à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et a affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14-15). Désormais le Christ ressuscité &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détient la clef de la mort et de l’Hadès&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 1, 18) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ (Ancienne homélie pour le Samedi Saint&amp;amp;nbsp;: PG 43, 440A. 452C. 461).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''636 Dans l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Jésus est descendu aux enfers&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le symbole confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, il a vaincu la mort et le diable &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''637 Le Christ mort, dans son âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux justes qui l’avaient précédé les portes du ciel.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. Le troisième jour il est ressuscité des morts =====&lt;br /&gt;
''638 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;: la promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur à nous, leurs enfants&amp;amp;nbsp;: Il a ressuscité Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32-33). La Résurrection de Jésus est la vérité culminante de notre foi dans le Christ, crue et vécue comme vérité centrale par la première communauté chrétienne, transmise comme fondamentale par la Tradition, établie par les documents du Nouveau Testament, prêchée comme partie essentielle du mystère pascal en même temps que la Croix&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ est ressuscité des morts.&amp;lt;br/&amp;gt; Par sa mort Il a vaincu la mort,&amp;lt;br/&amp;gt; Aux morts Il a donné la vie.&amp;lt;br/&amp;gt; (Liturgie byzantine, Tropaire de Pâques)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’événement historique et transcendant =====&lt;br /&gt;
''639 ''Le mystère de la résurrection du Christ est un événement réel qui a eu des manifestations historiquement constatées comme l’atteste le Nouveau Testament. Déjà S. Paul peut écrire aux Corinthiens vers l’an 56&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je vous ai donc transmis ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 3-4). L’apôtre parle ici de la ''vivante tradition de la Résurrection'' qu’il avait apprise après sa conversion aux portes de Damas (cf. Ac 9, 3-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le tombeau vide'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''640 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts&amp;amp;nbsp;? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 5-6). Dans le cadre des événements de Pâques, le premier élément que l’on rencontre est le sépulcre vide. Il n’est pas en soi une preuve directe. L’absence du corps du Christ dans le tombeau pourrait s’expliquer autrement (cf. Jn 20, 13&amp;amp;nbsp;; Mt 28, 11-15). Malgré cela, le sépulcre vide a constitué pour tous un signe essentiel. Sa découverte par les disciples a été le premier pas vers la reconnaissance du fait de la Résurrection. C’est le cas des saintes femmes d’abord (cf. Lc 24, 3. 22-23), puis de Pierre (cf. Lc 24, 12). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le disciple que Jésus aimait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 2) affirme qu’en entrant dans le tombeau vide et en découvrant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les linges gisant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 6) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vit et il crut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 8). Cela suppose qu’il ait constaté dans l’état du sépulcre vide (cf. Jn 20, 5-7) que l’absence du corps de Jésus n’a pas pu être une œuvre humaine et que Jésus n’était pas simplement revenu à une vie terrestre comme cela avait été le cas de Lazare (cf. Jn 11, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les apparitions du Ressuscité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''641 ''Marie de Magdala et les saintes femmes, qui venaient achever d’embaumer le corps de Jésus (cf. Mc 16, 1&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 1) enseveli à la hâte à cause de l’arrivée du Sabbat le soir du Vendredi Saint (cf. Jn 19, 31. 42), ont été les premières à rencontrer le Ressuscité (cf. Mt 28, 9-10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 11-18). Ainsi les femmes furent les premières messagères de la Résurrection du Christ pour les apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24, 9-10). C’est à eux que Jésus apparaît ensuite, d’abord à Pierre, puis aux Douze (cf. 1 Co 15, 5). Pierre, appelé à confirmer la foi de ses frères (cf. Lc 22, 31-32), voit donc le Ressuscité avant eux et c’est sur son témoignage que la communauté s’écrie&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est bien vrai&amp;amp;nbsp;! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 34. 36). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''642 ''Tout ce qui est arrivé dans ces journées Pascales engage chacun des apôtres – et Pierre tout particulièrement – dans la construction de l’ère nouvelle qui a débuté au matin de Pâques. Comme témoins du Ressuscité ils demeurent les pierres de fondation de son Église. La foi de la première communauté des croyants est fondée sur le témoignage d’hommes concrets, connus des chrétiens et, pour la plupart, vivant encore parmi eux. Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoins de la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 1, 22) sont avant tout Pierre et les Douze, mais pas seulement eux&amp;amp;nbsp;: Paul parle clairement de plus de cinq cents personnes auxquelles Jésus est apparu en une seule fois, en plus de Jacques et de tous les apôtres (cf. 1 Co 15, 4-8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''643 ''Devant ces témoignages il est impossible d’interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l’ordre physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique. Il résulte des faits que la foi des disciples a été soumise à l’épreuve radicale de la passion et de la mort en croix de leur maître annoncée par celui-ci à l’avance (cf. Lc 22, 31-32). La secousse provoquée par la passion fut si grande que les disciples (tout au moins certains d’entre eux) ne crurent pas aussitôt à la nouvelle de la résurrection. Loin de nous montrer une communauté saisie par une exaltation mystique, les Évangiles nous présentent les disciples abattus (&amp;amp;nbsp;&amp;quot;le visage sombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Lc 24, 17) et effrayés (cf. Jn 20, 19). C’est pourquoi ils n’ont pas cru les saintes femmes de retour du tombeau et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leurs propos leur ont semblé du radotage&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 11&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 16, 11. 13). Quand Jésus se manifeste aux onze au soir de Pâques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il leur reproche leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''644 ''Même mis devant la réalité de Jésus ressuscité, les disciples doutent encore (cf. Lc 24, 38), tellement la chose leur paraît impossible&amp;amp;nbsp;: ils croient voir un esprit (cf. Lc 24, 39). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans leur joie ils ne croient pas encore et demeurent saisis d’étonnement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 41). Thomas connaîtra la même épreuve du doute (cf. Jn 20, 24-27) et, lors de la dernière apparition en Galilée rapportée par Matthieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;certains cependant doutèrent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 17). C’est pourquoi l’hypothèse selon laquelle la résurrection aurait été un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;produit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi (ou de la crédulité) des apôtres est sans consistance. Bien au contraire, leur foi dans la Résurrection est née – sous l’action de la grâce divine – de l’expérience directe de la réalité de Jésus ressuscité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’état de l’humanité ressuscitée du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''645 ''Jésus ressuscité établit avec ses disciples des rapports directs, à travers le toucher (cf. Lc 24, 39&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 27) et le partage du repas (cf. Lc 24, 30. 41-43&amp;amp;nbsp;; Jn 21, 9. 13-15). Il les invite par là à reconnaître qu’il n’est pas un esprit (cf. Lc 24, 39) mais surtout à constater que le corps ressuscité avec lequel il se présente à eux est le même qui a été martyrisé et crucifié puisqu’il porte encore les traces de sa passion (cf. Lc 24, 40&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 20. 27). Ce corps authentique et réel possède pourtant en même temps les propriétés nouvelles d’un corps glorieux&amp;amp;nbsp;: il n’est plus situé dans l’espace et le temps, mais peut se rendre présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28, 9. 16-17&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15. 36&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14. 19. 26&amp;amp;nbsp;; 21, 4) car son humanité ne peut plus être retenue sur terre et n’appartient plus qu’au domaine divin du Père (cf. Jn 20, 17). Pour cette raison aussi Jésus ressuscité est souverainement libre d’apparaître comme il veut&amp;amp;nbsp;: sous l’apparence d’un jardinier (cf. Jn 20, 14-15) ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous d’autres traits&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 12) que ceux qui étaient familiers aux disciples, et cela pour susciter leur foi (cf. Jn 20, 14. 16&amp;amp;nbsp;; 21, 4. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''646 ''La Résurrection du Christ ne fut pas un retour à la vie terrestre, comme ce fut le cas pour les résurrections qu’il avait accomplies avant Pâques&amp;amp;nbsp;: la fille de Jaïre, le jeune de Naïm, Lazare. Ces faits étaient des événements miraculeux, mais les personnes miraculées retrouvaient, par le pouvoir de Jésus, une vie terrestre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ordinaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. A un certain moment, ils mourront de nouveau. La Résurrection du Christ est essentiellement différente. Dans son corps ressuscité, il passe de l’état de mort à une autre vie au-delà du temps et de l’espace. Le corps de Jésus est, dans la Résurrection, rempli de la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; il participe à la vie divine dans l’état de sa gloire, si bien que S. Paul peut dire du Christ qu’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’homme céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 35-50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La Résurrection comme événement transcendant'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''647 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;O nuit, chante l’‘Exsultet’ de Pâques, toi seule as pu connaître le moment où le Christ est sorti vivant du séjour des morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vigile Pascale). En effet, personne n’a été le témoin oculaire de l’événement même de la Résurrection et aucun évangéliste ne le décrit. Personne n’a pu dire comment elle s’était faite physiquement. Moins encore son essence la plus intime, le passage à une autre vie, fut perceptible aux sens. Événement historique constatable par le signe du tombeau vide et par la réalité des rencontres des apôtres avec le Christ ressuscité, la Résurrection n’en demeure pas moins, en ce qu’elle transcende et dépasse l’histoire, au cœur du mystère de la foi. C’est pourquoi le Christ ressuscité ne se manifeste pas au monde (cf. Jn 14, 22) mais à ses disciples, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, ceux-là mêmes qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La Résurrection – œuvre de la Sainte Trinité =====&lt;br /&gt;
''648 ''La Résurrection du Christ est objet de foi en tant qu’elle est une intervention transcendante de Dieu lui-même dans la création et dans l’histoire. En elle, les trois Personnes divines à la fois agissent ensemble et manifestent leur originalité propre. Elle s’est fait par la puissance du Père qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 2, 24) le Christ, son Fils, et a de cette façon introduit de manière parfaite son humanité – avec son corps – dans la Trinité. Jésus est définitivement révélé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit, par sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 3-4). S. Paul insiste sur la manifestation de la puissance de Dieu (cf. Rm 6, 4&amp;amp;nbsp;; 2 Co 13, 4&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 19-22&amp;amp;nbsp;; He 7, 16) par l’œuvre de l’Esprit qui a vivifié l’humanité morte de Jésus et l’a appelée à l’état glorieux de Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''649 ''Quant au Fils, il opère sa propre Résurrection en vertu de sa puissance divine. Jésus annonce que le Fils de l’homme devra beaucoup souffrir, mourir, et ensuite ressusciter (sens actif du mot) (cf. Mc 8, 31&amp;amp;nbsp;; 9, 9-31&amp;amp;nbsp;; 10, 34). Ailleurs, il affirme explicitement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je donne ma vie pour la reprendre. (...) J’ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 10, 17-18). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons (...) que Jésus est mort, puis est ressuscité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''650 ''Les Pères contemplent la Résurrection à partir de la personne divine du Christ qui est restée unie à son âme et à son corps séparés entre eux par la mort&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par l’unité de la nature divine qui demeure présente dans chacune des deux parties de l’homme, celles-ci s’unissent à nouveau. Ainsi la mort se produit par la séparation du composé humain, et la Résurrection par l’union des deux parties séparées&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Nysse, res. 1&amp;amp;nbsp;: PG 46, 617B)&amp;amp;nbsp;; cf. aussi DS 325&amp;amp;nbsp;; 359&amp;amp;nbsp;; 369&amp;amp;nbsp;; 539).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Sens et portée salvifique de la Résurrection =====&lt;br /&gt;
''651 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi notre foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 14). La Résurrection constitue avant tout la confirmation de tout ce que le Christ lui-même a fait et enseigné. Toutes les vérités, même les plus inaccessibles à l’esprit humain, trouvent leur justification si en ressuscitant le Christ a donné la preuve définitive qu’il avait promise, de son autorité divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''652 ''La Résurrection du Christ est ''accomplissement des promesses'' de l’Ancien Testament (cf. Lc 24, 26-27. 44-48) et de Jésus lui-même durant sa vie terrestre (cf. Mt 28, 6&amp;amp;nbsp;; Mc 16, 7&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 6-7). L’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon les Écritures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Co 15, 3-4 et le Symbole de Nicée-Constantinople) indique que la Résurrection du Christ accomplit ces prédictions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''653 ''La vérité de ''la divinité de Jésus'' est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous saurez que Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 8, 28). La Résurrection du Crucifié démontra qu’il était vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je Suis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Fils de Dieu et Dieu Lui-même. S. Paul a pu déclarer aux Juifs&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur (...)&amp;amp;nbsp;; il a ressuscité Jésus, ainsi qu’il était écrit au Psaume premier&amp;amp;nbsp;: Tu es mon Fils, moi-même aujourd’hui je t’ai engendré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 13, 32. 34&amp;amp;nbsp;; cf. Ps 2, 7). La Résurrection du Christ est étroitement liée au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu. Elle en est l’accomplissement selon le dessein éternel de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''654 ''Il y a un double aspect dans le mystère Pascal&amp;amp;nbsp;: par sa mort il nous libère du péché, par sa Résurrection il nous ouvre l’accès à une nouvelle vie. Celle-ci est d’abord ''la justification'' qui nous remet dans la grâce de Dieu (cf. Rm 4, 25) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4). Elle consiste en la victoire sur la mort du péché et dans la nouvelle participation à la grâce (cf. Ep 2, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 3). Elle accomplit ''l’adoption filiale'' car les hommes deviennent frères du Christ, comme Jésus lui-même appelle ses disciples après sa Résurrection&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez annoncer à mes frères&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 10&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 17). Frères non par nature, mais par don de la grâce, parce que cette filiation adoptive procure une participation réelle à la vie du Fils unique, qui s’est pleinement révélée dans sa Résurrection.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''655 ''Enfin, la Résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de ''notre résurrection future''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (...), de même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 20-22). Dans l’attente de cet accomplissement, le Christ ressuscité vit dans le cœur de ses fidèles. En Lui les chrétiens &amp;quot;&amp;amp;nbsp;goûtent aux forces du monde à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 6, 5) et leur vie est entraînée par le Christ au sein de la vie divine (cf. Col 3, 1-3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin qu’ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''656 La foi en la Résurrection a pour objet un événement à la fois historiquement attesté par les disciples qui ont réellement rencontré le Ressuscité, et mystérieusement transcendant en tant qu’entrée de l’humanité du Christ dans la gloire de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''657 Le tombeau vide et les linges gisants signifient par eux-mêmes que le corps'' ''du Christ a échappé aux liens de la mort et de la corruption par la puissance de Dieu. Ils préparent les disciples à la rencontre du Ressuscité.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''658 Le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;premier né d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), est le principe de notre propre résurrection, dès maintenant par la justification de notre âme (cf. Rm 6, 4), plus tard par la vivification de notre corps (cf. Rm 8, 11).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 6 : &amp;quot; Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''659 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 19). Le Corps du Christ a été glorifiée dès l’instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence (cf. Lc 24, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 19. 26). Mais pendant les quarante jours où il va manger et boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10, 41) et les instruire sur le Royaume (cf. Ac 1, 3), sa gloire reste encore voilée sous les traits d’une humanité ordinaire (cf. Mc 16, 12&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 15&amp;amp;nbsp;; Jn 20, 14-15&amp;amp;nbsp;; 21, 4). La dernière apparition de Jésus se termine par l’entrée irréversible de son humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1, 9&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Lc 9, 34-35&amp;amp;nbsp;; Ex 13, 22) et par le ciel (cf. Lc 24, 51) où il siège désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33&amp;amp;nbsp;; 7, 56&amp;amp;nbsp;; cf. aussi Ps 110, 1). Ce n’est que de manière tout à fait exceptionnelle et unique qu’il se montrera à Paul &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme à l’avorton&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 8) en une dernière apparition qui le constitue apôtre (cf. 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''660 ''Le caractère voilé de la gloire du Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole mystérieuse à Marie-Madeleine&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur&amp;amp;nbsp;: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 17). Ceci indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ ressuscité et celle du Christ exalté à la droite du Père. L’événement à la fois historique et transcendant de l’Ascension marque la transition de l’une à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''661 ''Cette dernière étape demeure étroitement unie à la première, c’est-à-dire à la descente du ciel réalisée dans l’Incarnation. Seul celui qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sorti du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retourner au Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: le Christ (cf. Jn 16, 28). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Personne n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ep 4, 8-10). Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a pas accès à la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Maison du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 14, 2), à la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l’homme, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de sorte que nous, ses membres, nous ayons l’espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête et notre Principe, nous a précédés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Préface de l’Ascension)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''662 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 12, 32). L’élévation sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel. Elle en est le début. Jésus-Christ, l’unique Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle, n’est pas &amp;quot;&amp;amp;nbsp;entré dans un sanctuaire fait de mains d’hommes (...) mais dans le ciel, afin de paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 7, 24). Au ciel le Christ exerce en permanence son sacerdoce, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui s’avancent vers Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 25). Comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand prêtre des biens à venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 11), il est le centre et l’acteur principal de la liturgie qui honore le Père dans les cieux (cf. Ap 4, 6-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''663 ''Le Christ, désormais, ''siège à la droite du Père''&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par droite du Père nous entendons la gloire et l’honneur de la divinité, où celui qui existait comme Fils de Dieu avant tous les siècles comme Dieu et consubstantiel au Père, s’est assis corporellement après qu’il s’est incarné et que sa chair a été glorifiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Jean Damascène, f. o. 4, 2&amp;amp;nbsp;: PG 94, 1104C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''664 ''La session à la droite du Père signifie l’inauguration du règne du Messie, accomplissement de la vision du prophète Daniel concernant le Fils de l’homme&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;A lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire à jamais, qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Dn 7, 14). A partir de ce moment, les apôtres sont devenus les témoins du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Règne qui n’aura pas de fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''665 L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3, 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''666 Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''667 Jésus-Christ, étant entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, intercède sans cesse pour nous comme le médiateur qui nous assure en permanence l’effusion de l’Esprit Saint .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 7 : &amp;quot; D’où il viendra juger les vivants et les morts &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
===== I. Il reviendra dans la gloire =====&lt;br /&gt;
'''Le Christ règne déjà par l’Église...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''668 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 9). L’Ascension du Christ au Ciel signifie sa participation, dans son humanité, à la puissance et à l’autorité de Dieu lui-même. Jésus-Christ est Seigneur&amp;amp;nbsp;: il possède tout pouvoir dans les cieux et sur la terre. Il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au-dessus de toute autorité, pouvoir, puissance et souveraineté&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, car le Père &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a tout mis sous ses pieds&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur du cosmos (cf. Ep 4, 10&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 24. 27-28) et de l’histoire. En lui, l’histoire de l’homme et même toute la création trouvent leur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapitulation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10), leur achèvement transcendant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''669 ''Comme Seigneur, le Christ est aussi la tête de l’Église qui est son Corps (cf. Ep 1, 22). Élevé au ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la terre dans son Église. La Rédemption est la source de l’autorité que le Christ, en vertu de l’Esprit Saint, exerce sur l’Église (cf. Ep 4, 11-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;germe et commencement de ce Royaume sur la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3&amp;amp;nbsp;; 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''670 ''Depuis l’Ascension, le dessein de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dernière heure&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 4, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous. Le renouvellement du monde est irrévocablement acquis et, en toute réalité, anticipé dès maintenant&amp;amp;nbsp;: en effet, déjà sur la terre l’Église est parée d’une sainteté imparfaite mais véritable&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Le Royaume du Christ manifeste déjà sa présence par les signes miraculeux (cf. Mc 16, 17-18) qui accompagnent son annonce par l’Église (cf. Mc 16, 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... en attendant que tout Lui soit soumis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''671 ''Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec puissance et grande gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 21, 27&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 31) par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué par les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu’à ce que tout lui ai été soumis (cf. 1 Co 15, 28), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à l’heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite, l’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe&amp;amp;nbsp;; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). Pour cette raison les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 26), pour hâter le retour du Christ (cf. 2 P 3, 11-12) en lui disant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens, Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 16, 22&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 17. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''672 ''Le Christ a affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;détresse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18&amp;amp;nbsp;; 4, 3&amp;amp;nbsp;; 1 Tm 4, 1). C’est un temps d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13&amp;amp;nbsp;; Mc 13, 33-37).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’avènement glorieux du Christ, espérance d’Israël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''673 ''Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent (cf. Ap 22, 20) même s’il ne nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Mc 13, 32). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment (cf. Mt 24, 44&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2) même s’il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;retenu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, lui et l’épreuve finale qui le précédera (cf. 2 Th 2, 3-12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''674 ''La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire (cf. Rm 11, 31) à sa reconnaissance par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 26&amp;amp;nbsp;; Mt 23, 39) dont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une partie s’est endurcie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25) dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’incrédulité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 3, 19-21). Et S. Paul lui fait écho&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant des morts&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 15). L’entrée de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des juifs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des païens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 25&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 21, 24), donnera au Peuple de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réaliser la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13) dans laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu sera tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Épreuve ultime de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''675 ''Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8&amp;amp;nbsp;; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 19-20) dévoilera le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mystère d’iniquité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12&amp;amp;nbsp;; 1 Th 5, 2-3&amp;amp;nbsp;; 2 Jn 7&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 2, 18. 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''676 ''Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique&amp;amp;nbsp;: même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;intrinsèquement perverse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Pie XI, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Divini Redemptoris&amp;amp;nbsp;&amp;quot; condamnant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;faux mysticisme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;contrefaçon de la rédemption des humbles&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; GS 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''677 ''L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Pour juger les vivants et les morts =====&lt;br /&gt;
''678 ''A la suite des prophètes (cf. Dn 7, 10&amp;amp;nbsp;; Jl 3-4&amp;amp;nbsp;; Ml 3, 19) et de Jean-Baptiste (cf. Mt 3, 7-12), Jésus a annoncé dans sa prédication le Jugement du dernier Jour. Alors seront mis en lumière la conduite de chacun (cf. Mc 12, 38-40) et le secret des cœurs (cf. Lc 12, 1-3&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Rm 2, 16&amp;amp;nbsp;; 1 Co 4, 5). Alors sera condamnée l’incrédulité coupable qui a tenu pour rien la grâce offerte par Dieu (cf. Mt 11, 20-24&amp;amp;nbsp;; 12, 41-42). L’attitude par rapport au prochain révélera l’accueil ou le refus de la grâce et de l’amour divin (cf. Mt 5, 22&amp;amp;nbsp;; 7, 1-5). Jésus dira au dernier jour&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 40).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''679 ''Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le jugement tout entier au Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 5, 27&amp;amp;nbsp;; Mt 25, 31&amp;amp;nbsp;; Ac 10, 42&amp;amp;nbsp;; 17, 31&amp;amp;nbsp;; 2 Tm 4, 1). Or, le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3, 18&amp;amp;nbsp;; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12, 32&amp;amp;nbsp;; He 6, 4-6&amp;amp;nbsp;; 10, 26-31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''680 Le Christ Seigneur règne déjà par l’Église, mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore soumises. Le triomphe du Royaume du Christ ne se fera pas sans un dernier assaut des puissances du mal.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''681 Au Jour du Jugement, lors de la fin du monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif du bien sur le mal qui, comme le grain et l’ivraie, auront grandi ensemble au cours de l’histoire .''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''682 En venant à la fin des temps juger les vivants et les morts, le Christ glorieux révélera la disposition secrète des cœurs et rendra à chaque homme selon ses œuvres et selon son accueil ou son refus de la grâce.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Chapitre troisième : Je crois en l’Esprit Saint ====&lt;br /&gt;
''683 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne peut appeler Jésus Seigneur sinon dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6). Cette connaissance de foi n’est possible que dans l’Esprit Saint. Pour être en contact avec le Christ, il faut d’abord avoir été touché par l’Esprit Saint. C’est lui qui vient au devant de nous, et suscite en nous la foi. De par notre Baptême, premier sacrement de la foi, la Vie, qui a sa source dans le Père et nous est offerte dans le Fils, nous est communiquée intimement et personnellement par l’Esprit Saint dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Baptême nous accorde la grâce de la nouvelle naissance en Dieu le Père par le moyen de son Fils dans l’Esprit Saint. Car ceux qui portent l’Esprit de Dieu sont conduits au Verbe, c’est-à-dire au Fils&amp;amp;nbsp;; mais le Fils les présente au Père, et le Père leur procure l’incorruptibilité. Donc, sans l’Esprit, il n’est pas possible de voir le Fils de Dieu, et, sans le Fils, personne ne peut approcher du Père, car la connaissance du Père, c’est le Fils, et la connaissance du Fils de Dieu se fait par l’Esprit Saint (S. Irénée, dem. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''684 ''L’Esprit Saint par sa grâce, est premier dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;connaître le Père et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 3). Cependant il est dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte. S. Grégoire de Nazianze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Théologien&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, explique cette progression par la pédagogie de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condescendance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Ancien Testament proclamait manifestement le Père, le Fils plus obscurément. Le Nouveau a manifesté le Fils, a fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant l’Esprit a droit de cité parmi nous et nous accorde une vision plus claire de lui-même. En effet il n’était pas prudent, quand on ne confessait pas encore la divinité du Père, de proclamer ouvertement le Fils et, quand la divinité du Fils n’était pas encore admise, d’ajouter l’Esprit Saint comme un fardeau supplémentaire, pour employer une expression un peu hardie... C’est par des avances et des progressions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de gloire en gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que la lumière de la Trinité éclatera en plus brillantes clartés (S. Grégoire de Naz., or. theol. 5, 26&amp;amp;nbsp;: PG 36, 161C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''685 ''Croire en l’Esprit Saint c’est donc professer que l’Esprit Saint est l’une des Personnes de la Trinité Sainte, consubstantielle au Père et au Fils, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;adoré et glorifié avec le Père et le Fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Symbole de Nicée-Constantinople). C’est pourquoi il a été question du mystère divin de l’Esprit Saint dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;théologie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; trinitaire. Ici il ne s’agira donc de l’Esprit Saint que dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’économie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''686 ''L’Esprit Saint est à l’œuvre avec le Père et le Fils du commencement à la consommation du dessein de notre salut. Mais c’est dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, inaugurés avec l’Incarnation rédemptrice du Fils, qu’Il est révélé et donné, reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Premier-Né&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et Tête de la nouvelle création, pourra prendre corps dans l’humanité par l’Esprit répandu&amp;amp;nbsp;: l’Église, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 8 : &amp;quot; Je crois en l’Esprit Saint &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''687 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 11). Or, son Esprit qui le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole vivante, mais ne se dit pas lui-même. Celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nous fait entendre la Parole du Père. Mais lui, nous ne l’entendons pas. Nous ne le connaissons que dans le mouvement où il nous révèle le Verbe et nous dispose à L’accueillir dans la foi. L’Esprit de Vérité qui nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dévoile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ne parle pas de lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13). Un tel effacement, proprement divin, explique pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde ne peut pas le recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le connaît&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tandis que ceux qui croient au Christ le connaissent parce qu’il demeure avec eux (Jn 14, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''688 ''L’Église, communion vivante dans la foi des apôtres qu’elle transmet, est le lieu de notre connaissance de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les Écritures qu’Il a inspirées&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la Tradition, dont les Pères de l’Église sont les témoins toujours actuels&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le Magistère de l’Église qu’Il assiste&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la liturgie sacramentelle, à travers ses paroles et ses symboles, où l’Esprit Saint nous met en communion avec le Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans la prière dans laquelle Il intercède pour nous&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les charismes et les ministères par lesquels l’Église est édifiée&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans les signes de vie apostolique et missionnaire&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– dans le témoignage des saints où Il manifeste sa sainteté et continue l’œuvre du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La mission conjointe du Fils et de l’Esprit =====&lt;br /&gt;
''689 ''Celui que le Père a envoyé dans nos cœurs, l’Esprit de son Fils (cf. Ga 4, 6) est réellement Dieu. Consubstantiel au Père et au Fils, il en est inséparable, tant dans la Vie intime de la Trinité que dans son don d’amour pour le monde. Mais en adorant la Trinité Sainte, vivifiante, consubstantielle et indivisible, la foi de l’Église professe aussi la distinction des Personnes. Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son Souffle&amp;amp;nbsp;: mission conjointe où le Fils et l’Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Certes, c’est le Christ qui paraît, Lui, l’Image visible du Dieu invisible, mais c’est l’Esprit Saint qui Le révèle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''690 ''Jésus est Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, parce que l’Esprit en est l’Onction et tout ce qui advient à partir de l’Incarnation découle de cette plénitude (cf. Jn 3, 34). Quand enfin le Christ est glorifié (cf. Jn 7, 39), il peut à son tour, d’auprès du Père, envoyer l’Esprit à ceux qui croient en lui&amp;amp;nbsp;: il leur communique sa Gloire (cf. Jn 17, 22), c’est-à-dire l’Esprit Saint qui le glorifie (cf. Jn 16, 14). La mission conjointe se déploiera dès lors dans les enfants adoptés par le Père dans le Corps de son Fils&amp;amp;nbsp;: la mission de l’Esprit d’adoption sera de les unir au Christ et de les faire vivre en lui&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La notion de l’onction suggère (...) qu’il n’y a aucune distance entre le Fils et l’Esprit. En effet de même qu’entre la surface du corps et l’onction de l’huile ni la raison ni la sensation ne connaissent aucun intermédiaire, ainsi est immédiat le contact du Fils avec l’Esprit, si bien que pour celui qui va prendre contact avec le Fils par la foi, il est nécessaire de rencontrer d’abord l’huile par le contact. En effet il n’y a aucune partie qui soit nue de l’Esprit Saint. C’est pourquoi la confession de la Seigneurie du Fils se fait dans l’Esprit Saint pour ceux qui la reçoivent, l’Esprit venant de toutes parts au devant de ceux qui s’approchent par la foi (S. Grégoire de Nysse, Spir. 3, 1&amp;amp;nbsp;: PG 45, 1321A-B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le nom, les appellations et les symboles de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
'''Le nom propre de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''691 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, tel est le nom propre de Celui que nous adorons et glorifions avec le Père et le Fils. L’Église l’a reçu du Seigneur et le professe dans le Baptême de ses nouveaux enfants (cf. Mt 28, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; traduit le terme hébreu ''Ruah'' qui, dans son sens premier, signifie souffle, air, vent. Jésus utilise justement l’image sensible du vent pour suggérer à Nicodème la nouveauté transcendante de Celui qui est personnellement le Souffle de Dieu, l’Esprit divin (Jn 3, 5-8). D’autre part, Esprit et Saint sont des attributs divins communs aux Trois Personnes divines. Mais en joignant les deux termes, l’Écriture, la liturgie et le langage théologique désignent la Personne ineffable de l’Esprit Saint, sans équivoque possible avec les autres emplois des termes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les appellations de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''692 ''Jésus, lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celui qui est appelé auprès&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''ad-vocatus'' (Jn 14, 16. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Paraclet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est traduit habituellement par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Consolateur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Jésus étant le premier consolateur (cf. 1 Jn 2, 1). Le Seigneur lui-même appelle l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de Vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 16, 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''693 ''Outre son nom propre, qui est le plus employé dans les Actes des apôtres et les Épîtres, on trouve chez S. Paul les appellations&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de la promesse (Ga 3, 14&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13), l’Esprit d’adoption (Rm 8, 15&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 6), l’Esprit du Christ (Rm 8, 11), l’Esprit du Seigneur (2 Co 3, 17), l’Esprit de Dieu (Rm 8, 9. 14&amp;amp;nbsp;; 15, 19&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 11&amp;amp;nbsp;; 7, 40), et chez S. Pierre, l’Esprit de gloire (1 P 4, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''694 L’eau. ''Le symbolisme de l’eau est significatif de l’action de l’Esprit Saint dans le Baptême, puisque, après l’invocation de l’Esprit Saint, elle devient le signe sacramentel efficace de la nouvelle naissance&amp;amp;nbsp;: de même que la gestation de notre première naissance s’est opérée dans l’eau, de même l’eau baptismale signifie réellement que notre naissance à la vie divine nous est donnée dans l’Esprit Saint. Mais &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisés dans un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nous sommes aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abreuvés d’un seul Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit est donc aussi personnellement l’Eau vive qui jaillit du Christ crucifié (cf. Jn 19, 34&amp;amp;nbsp;; 1 Jn 5, 8) comme de sa source et qui en nous jaillit en Vie éternelle (cf. Jn 4, 10-14&amp;amp;nbsp;; 7, 38&amp;amp;nbsp;; Ex 17, 1-6&amp;amp;nbsp;; Is 55, 1&amp;amp;nbsp;; Za 14, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 4&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 6&amp;amp;nbsp;; 22, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''695 L’onction.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; Le symbolisme de l’onction d’huile est aussi significatif de l’Esprit Saint, jusqu’à en devenir le synonyme (cf. 1 Jn 2, 20. 27&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21). Dans l’initiation chrétienne, elle est le signe sacramentel de la Confirmation, appelée justement dans les Églises d’Orient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Chrismation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Mais pour en saisir toute la force, il faut revenir à l’Onction première accomplie par l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: celle de Jésus. Christ [&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Messie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à partir de l’hébreu] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Oint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit de Dieu. Il y a eu des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;oints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Seigneur dans l’Ancienne Alliance (cf. Ex 30, 22-32), le roi David éminemment (cf. 1 S 16, 13). Mais Jésus est l’Oint de Dieu d’une manière unique&amp;amp;nbsp;: l’humanité que le Fils assume est totalement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ointe de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jésus est constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; par l’Esprit Saint (cf. Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; Is 61, 1). La Vierge Marie conçoit le Christ de l’Esprit Saint qui par l’ange l’annonce comme Christ lors de sa naissance (cf. Lc 2, 11) et pousse Siméon à venir au Temple voir le Christ du Seigneur (cf. Lc 2, 26-27)&amp;amp;nbsp;; c’est lui qui emplit le Christ (cf. Lc 4, 1) et dont la puissance sort du Christ dans ses actes de guérison et de salut (cf. Lc 6, 19&amp;amp;nbsp;; 8, 46). C’est lui enfin qui ressuscite Jésus d’entre les morts (cf. Rm 1, 4&amp;amp;nbsp;; 8, 11). Alors, constitué pleinement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans son Humanité victorieuse de la mort (cf. Ac 2, 36), Jésus répand à profusion l’Esprit Saint jusqu’à ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; constituent, dans leur union à l’Humanité du Fils de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cet Homme parfait (...) qui réalise la plénitude du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 13)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon l’expression de S. Augustin (serm. 341, 1, 1&amp;amp;nbsp;; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ibid''., 9, 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''696 Le feu.'' Alors que l’eau signifiait la naissance et la fécondité de la Vie donnée dans l’Esprit Saint, le feu symbolise l’énergie transformante des actes de l’Esprit Saint. Le prophète Elie, qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se leva comme un feu et dont la parole brûlait comme une torche&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Si 48, 1), par sa prière attire le feu du ciel sur le sacrifice du mont Carmel (cf. 1 R 18, 38-39), figure du feu de l’Esprit Saint qui transforme ce qu’il touche. Jean-Baptiste, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui marche devant le Seigneur avec ‘l’esprit’ et la puissance d’Elie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17) annonce le Christ comme celui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;baptisera dans l’Esprit Saint et le feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 3, 16), cet Esprit dont Jésus dira&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis venu jeter un feu sur la terre et combien je voudrais qu’il fût déjà allumé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 49). C’est sous la forme de langues &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’on eût dites de feu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit Saint se pose sur les disciples au matin de la Pentecôte et les remplit de lui (Ac 2, 3-4). La tradition spirituelle retiendra ce symbolisme du feu comme l’un des plus expressifs de l’action de l’Esprit Saint (cf. S. Jean de la Croix, llama). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;N’éteignez pas l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Th 5, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''697 La nuée ''et ''la lumière.'' Ces deux symboles sont inséparables dans les manifestations de l’Esprit Saint. Dès les théophanies de l’Ancien Testament, la Nuée, tantôt obscure, tantôt lumineuse, révèle le Dieu vivant et sauveur, en voilant la transcendance de sa Gloire&amp;amp;nbsp;: avec Moïse sur la montagne du Sinaï (cf. Ex 24, 15-18), à la Tente de Réunion (cf. Ex 33, 9-10) et durant la marche au désert (cf. Ex 40, 36-38&amp;amp;nbsp;; 1 Co 10, 1-2)&amp;amp;nbsp;; avec Salomon lors de la dédicace du Temple (cf. 1 R 8, 10-12). Or ces figures sont accomplies par le Christ dans l’Esprit Saint. C’est Celui-ci qui vient sur la Vierge Marie et la prend &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour qu’elle conçoive et enfante Jésus (Lc 1, 35). Sur la montagne de la Transfiguration, c’est lui qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;survient dans la nuée qui prend sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; Jésus, Moïse et Elie, Pierre, Jacques et Jean, et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la nuée sort une voix qui dit&amp;amp;nbsp;: ‘Celui-ci est mon Fils, mon Élu, écoutez-le’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 9, 34-35). C’est enfin la même Nuée qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dérobe Jésus aux yeux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des disciples le jour de l’Ascension (Ac 1, 9) et qui le révélera Fils de l’homme dans sa Gloire au Jour de son Avènement (cf. Lc 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''698 Le sceau'' est un symbole proche de celui de l’Onction. C’est en effet le Christ que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu a marqué de son sceau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 27) et c’est en lui que le Père nous marque aussi de son sceau (2 Co 1, 22&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 13&amp;amp;nbsp;; 4, 30). Parce qu’elle indique l’effet indélébile de l’Onction de l’Esprit Saint dans les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Ordre, l’image du sceau (''sphragis'') a été utilisée dans certaines traditions théologiques pour exprimer le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;caractère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ineffaçable imprimé par ces trois sacrements qui ne peuvent être réitérés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''699 La main ''. C’est en imposant les mains que Jésus guérit les malades (cf. Mc 6, 5&amp;amp;nbsp;; 8, 23) et bénit les petits enfants (cf. Mc 10, 16). En son nom, les apôtres feront de même (cf. Mc 16, 18&amp;amp;nbsp;; Ac 5, 12&amp;amp;nbsp;; 14, 3). Mieux encore, c’est par l’imposition des mains des apôtres que l’Esprit Saint est donné (cf. Ac 8, 17-19&amp;amp;nbsp;; 13, 3&amp;amp;nbsp;; 19, 6). L’Épître aux Hébreux met l’imposition des mains au nombre des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;articles fondamentaux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de son enseignement (cf. He 6, 2). Ce signe de l’effusion toute-puissante de l’Esprit Saint, l’Église l’a gardé dans ses épiclèses sacramentelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''700 Le doigt.''&amp;lt;nowiki&amp;gt; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est par le doigt de Dieu que [Jésus] expulse les démons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 11, 20). Si la Loi de Dieu a été écrite sur des tables de pierre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par le doigt de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 31, 18), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la lettre du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, remise aux soins des apôtres, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est écrite avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 3). L’hymne &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Veni, Creator Spiritus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; invoque l’Esprit Saint comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''le doigt de la droite du Père''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (''In Dominica Pentecostes'', Hymnus ad I et II Vesperas).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''701 La colombe''. A la fin du déluge (dont le symbolisme concerne le Baptême), la colombe lâchée par Noé revient, un rameau tout frais d’olivier dans le bec, signe que la terre est de nouveau habitable (cf. Gn 8, 8-12). Quand le Christ remonte de l’eau de son baptême, l’Esprit Saint, sous forme d’une colombe, descend sur lui et y demeure (cf. Mt 3, 16 par.). L’Esprit descend et repose dans le cœur purifié des baptisés. Dans certaines églises, la sainte Réserve eucharistique est conservée dans un réceptacle métallique en forme de colombe (le ''columbarium'') suspendu au-dessus de l’autel. Le symbole de la colombe pour suggérer l’Esprit Saint est traditionnel dans l’iconographie chrétienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Esprit et la Parole de Dieu dans le temps des promesses =====&lt;br /&gt;
''702 ''Du commencement jusqu’à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Plénitude du temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 4), la mission conjointe du Verbe et de l’Esprit du Père demeure ''cachée,'' mais elle est à l’œuvre. L’Esprit de Dieu y prépare le temps du Messie, et l’un et l’autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis afin d’être attendus et accueillis lors de leur manifestation. C’est pourquoi lorsque l’Église lit l’Ancien Testament (cf. 2 Co 3, 14), elle y scrute (cf. Jn 5, 39. 46) ce que l’Esprit, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a parlé par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, veut nous dire du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la foi de l’Église entend ici tous ceux que l’Esprit Saint a inspirés dans la vivante annonce et dans la rédaction des livres saints, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament. La tradition juive distingue la Loi (les cinq premiers livres ou Pentateuque), les Prophètes (nos livres dits historiques et prophétiques) et les Écrits (surtout sapientiels, en particulier les Psaumes) (cf. Lc 24, 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans la création'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''703 ''La Parole de Dieu et son Souffle sont à l’origine de l’être et de la vie de toute créature (cf. Ps 33, 6&amp;amp;nbsp;; 104, 30&amp;amp;nbsp;; Gn 1, 2&amp;amp;nbsp;; 2, 7&amp;amp;nbsp;; Qo 3, 20-21&amp;amp;nbsp;; Ez 37, 10)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au Saint-Esprit il convient de régner, de sanctifier et d’animer la création, car il est Dieu consubstantiel au Père et au Fils (...). A Lui revient le pouvoir sur la vie, car étant Dieu il garde la création dans le Père par le Fils (Liturgie byzantine, Tropaire des matines des dimanches du second mode).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''704 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à l’homme, c’est de ses propres mains [c’est-à-dire le Fils et l’Esprit Saint] que Dieu le façonna (...) et Il dessina sur la chair façonnée sa propre forme, de façon que même ce qui serait visible portât la forme divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, dem. 11).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit de la promesse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''705 ''Défiguré par le péché et par la mort, l’homme demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à l’image du Fils, mais il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;privé de la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 3, 23), privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. La promesse faite à Abraham inaugure l’économie du salut au terme de laquelle le Fils lui-même assumera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’image&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 1, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 2, 7) et la restaurera dans &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec le Père en lui redonnant la Gloire, l’Esprit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui donne la Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''706 ''Contre toute espérance humaine, Dieu promet à Abraham une descendance, comme fruit de la foi et de la puissance de l’Esprit Saint (cf. Gn 18, 1-15&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 26-38. 54-55&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 12-13&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 16-21). En elle seront bénies toutes les nations de la terre (cf. Gn 12, 3). Cette descendance sera le Christ (cf. Ga 3, 16) en qui l’effusion de l’Esprit Saint fera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité des enfants de Dieu dispersés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 11, 52). En s’engageant par serment (cf. Lc 1, 73), Dieu s’engage déjà au don de son Fils Bien-aimé (cf. Gn 22, 17-19&amp;amp;nbsp;; Rm 8, 32&amp;amp;nbsp;; Jn 3, 16) et au don de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit de la Promesse (...) qui (...) prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 13-14&amp;amp;nbsp;; cf. Ga 3, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans les Théophanies et la Loi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''707 ''Les Théophanies (manifestations de Dieu) illuminent le chemin de la promesse, des patriarches à Moïse et de Josué jusqu’aux visions qui inaugurent la mission des grands prophètes. La tradition chrétienne a toujours reconnu que dans ces Théophanies le Verbe de Dieu se laissait voir et entendre, à la fois révélé et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ombré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans la Nuée de l’Esprit Saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''708 ''Cette pédagogie de Dieu apparaît spécialement dans le don de la Loi (cf. Ex 19-20&amp;amp;nbsp;; Dt 1-11&amp;amp;nbsp;; 29-30). La Loi a été donnée comme un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pédagogue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour conduire le Peuple vers le Christ (Ga 3, 24). Mais son impuissance à sauver l’homme privé de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine et la connaissance accrue qu’elle donne du péché (cf. Rm 3, 20) suscitent le désir de l’Esprit Saint. Les gémissements des Psaumes en témoignent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Dans le Royaume et l’Exil'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''709 ''La Loi, signe de la promesse et de l’alliance, aurait dû régir le cœur et les institutions du Peuple issu de la foi d’Abraham. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, pour une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; cf. 1 P 2, 9). Mais, après David, Israël succombe à la tentation de devenir un royaume comme les autres nations. Or le Royaume, objet de la promesse faite à David (cf. 2 S 7&amp;amp;nbsp;; Ps 89&amp;amp;nbsp;; Lc 1, 32-33) sera l’œuvre de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il appartiendra aux pauvres selon l’Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''710 ''L’oubli de la Loi et l’infidélité à l’alliance aboutissent à la mort&amp;amp;nbsp;: c’est l’Exil, apparemment échec des promesses, en fait fidélité mystérieuse du Dieu sauveur et début d’une restauration promise, mais selon l’Esprit. Il fallait que le Peuple de Dieu souffrît cette purification (cf. Lc 24, 26)&amp;amp;nbsp;; l’Exil porte déjà l’ombre de la Croix dans le dessein de Dieu, et le Reste des pauvres qui en revient est l’une des figures les plus transparentes de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’attente du Messie et de son Esprit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''711 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voici que je vais faire du nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 43, 19)&amp;amp;nbsp;: Deux lignes prophétiques vont se dessiner, portant l’une sur l’attente du Messie, l’autre sur l’annonce d’un Esprit nouveau, et elles convergent dans le petit Reste, le peuple des Pauvres (cf. So 2, 3), qui attend dans l’espérance la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consolation d’Israël&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la délivrance de Jérusalem&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 25. 38).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a vu plus haut comment Jésus accomplit les prophéties qui le concernent. On se limite ici à celles où apparaît davantage la relation du Messie et de son Esprit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''712 ''Les traits du visage du ''Messie'' attendu commencent à apparaître dans le Livre de l’Emmanuel (cf. Is 6-12) (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;quand Isaïe eut la vision de la Gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du Christ&amp;amp;nbsp;: Jn 12, 41), en particulier en Is 11, 1-2&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Un rejeton sort de la souche de Jessé,&amp;lt;br/&amp;gt; un surgeon pousse de ses racines&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;br/&amp;gt; sur lui repose l’Esprit du Seigneur,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de sagesse et d’intelligence,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de conseil et de force,&amp;lt;br/&amp;gt; esprit de science et de crainte du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''713 ''Les traits du Messie sont révélés surtout dans les chants du Serviteur (cf. Is 42, 1-9&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 12, 18-21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 32-34, puis Is 49, 16&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 3, 17&amp;amp;nbsp;; Lc 2, 32, enfin Is 50, 4-10 et 52, 13 – 53, 12). Ces chants annoncent le sens de la passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra l’Esprit Saint pour vivifier la multitude&amp;amp;nbsp;: non pas de l’extérieur, mais en épousant notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;condition d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Prenant sur lui notre mort, il peut nous communiquer son propre Esprit de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''714 ''C’est pourquoi le Christ inaugure l’annonce de la bonne Nouvelle en faisant sien ce passage d’Isaïe (Lc 4, 18-19&amp;amp;nbsp;; cf. Is 61, 1-2)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Esprit du Seigneur est sur moi,&amp;lt;br/&amp;gt; car le Seigneur m’a oint.&amp;lt;br/&amp;gt; Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,&amp;lt;br/&amp;gt; panser les cœurs meurtris&amp;amp;nbsp;;&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer aux captifs l’amnistie&amp;lt;br/&amp;gt; et aux prisonniers la liberté,&amp;lt;br/&amp;gt; annoncer une année de grâce de la part du Seigneur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''715 ''Les textes prophétiques concernant directement l’envoi de l’Esprit Saint sont des oracles où Dieu parle au cœur de son Peuple dans le langage de la promesse, avec les accents de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’amour et de la fidélité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ez 11, 19&amp;amp;nbsp;; 36, 25-28&amp;amp;nbsp;; 37, 1-14&amp;amp;nbsp;; Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; et Jl 3, 1-5) dont S. Pierre proclamera l’accomplissement le matin de la Pentecôte (cf. Ac 2, 17-21). Selon ces promesses, dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Esprit du Seigneur renouvellera le cœur des hommes en gravant en eux une Loi nouvelle&amp;amp;nbsp;; il rassemblera et réconciliera les peuples dispersés et divisés&amp;amp;nbsp;; il transformera la création première et Dieu y habitera avec les hommes dans la paix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''716 ''Le Peuple des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pauvres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 2, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 22, 27&amp;amp;nbsp;; 34, 3&amp;amp;nbsp;; Is 49, 13&amp;amp;nbsp;; 61, 1&amp;amp;nbsp;; etc.), les humbles et les doux, tout abandonnés aux desseins mystérieux de leur Dieu, ceux qui attendent la justice, non des hommes mais du Messie, est finalement la grande œuvre de la mission cachée de l’Esprit Saint durant le temps des promesses pour préparer la venue du Christ. C’est leur qualité de cœur, purifié et éclairé par l’Esprit, qui s’exprime dans les Psaumes. En ces pauvres, l’Esprit prépare au Seigneur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 1, 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Esprit du Christ dans la plénitude du temps =====&lt;br /&gt;
'''Jean, Précurseur, Prophète et Baptiste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''717 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Parut un homme envoyé de Dieu. Il se nommait Jean&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 6). Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;rempli de l’Esprit Saint, dès le sein de sa mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 15. 41) par le Christ lui-même que la Vierge Marie venait de concevoir de l’Esprit Saint. La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visitation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de Marie à Élisabeth est ainsi devenue &amp;quot;&amp;amp;nbsp;visite de Dieu à son peuple&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''718 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elie qui doit venir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 17, 10-13)&amp;amp;nbsp;: Le Feu de l’Esprit l’habite et le fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;courir devant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;précurseur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] le Seigneur qui vient. En Jean le Précurseur, l’Esprit Saint achève de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préparer au Seigneur un peuple bien disposé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 1, 17).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''719 ''Jean est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus qu’un prophète&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 7, 26). En lui l’Esprit Saint accomplit de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;parler par les prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Jean achève le cycle des prophètes inauguré par Elie (cf. Mt 11, 13-14). Il annonce l’imminence de la Consolation d’Israël, il est la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;voix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du consolateur qui vient (Jn 1, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Is 40, 1-3). Comme le fera l’Esprit de Vérité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il vient comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 7&amp;amp;nbsp;; cf. Jn 15, 26&amp;amp;nbsp;; 5, 33). Au regard de Jean, l’Esprit accomplit ainsi les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;recherches des prophètes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoitise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des anges (1 P 1, 10-12)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit (...). Oui, j’ai vu et j’atteste que c’est Lui, le Fils de Dieu. (...) Voici l’Agneau de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 1, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''720 ''Enfin, avec Jean le Baptiste, l’Esprit Saint inaugure, en le préfigurant, ce qu’il réalisera avec et dans le Christ&amp;amp;nbsp;: redonner à l’homme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la ressemblance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; divine. Le baptême de Jean était pour le repentir, celui dans l’eau et dans l’Esprit sera une nouvelle naissance (cf. Jn 3, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Réjouis-toi, comblée de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''721 ''Marie, la Toute Sainte Mère de Dieu, toujours Vierge est le chef-d’œuvre de la mission du Fils et de l’Esprit dans la plénitude du temps. Pour la première fois dans le dessein du salut et parce que son Esprit l’a préparée, le Père trouve la ''Demeure ''où son Fils et son Esprit peuvent habiter parmi les hommes. C’est en ce sens que la Tradition de l’Église a souvent lu en relation à Marie les plus beaux textes sur la Sagesse (cf. Pr 8, 1 – 9, 6&amp;amp;nbsp;; Si 24)&amp;amp;nbsp;: Marie est chantée et représentée dans la liturgie comme le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Trône de la Sagesse&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En elle commencent à se manifester les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, que l’Esprit va accomplir dans le Christ et dans l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''722 ''L’Esprit Saint a ''préparé'' Marie par sa grâce. Il convenait que fût &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pleine de grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; la mère de Celui en qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;habite corporellement la Plénitude de la Divinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 2, 9). Elle a été, par pure grâce, conçue sans péché comme la plus humble des créatures, la plus capable d’accueil au Don ineffable du Tout-Puissant. C’est à juste titre que l’ange Gabriel la salue comme la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Fille de Sion&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Réjouis-toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. So 3, 14&amp;amp;nbsp;; Za 2, 14). C’est l’action de grâce de tout le Peuple de Dieu, et donc de l’Église, qu’elle fait monter vers le Père dans l’Esprit Saint en son cantique (cf. Lc 1, 46-55) alors qu’elle porte en elle le Fils éternel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''723 ''En Marie, l’Esprit Saint ''réalise'' le dessein bienveillant du Père. C’est par l’Esprit Saint que la Vierge conçoit et enfante le Fils de Dieu. Sa virginité devient fécondité unique par la puissance de l’Esprit et de la foi (cf. Lc 1, 26-38&amp;amp;nbsp;; Rm 4, 18-21&amp;amp;nbsp;; Ga 4, 26-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''724 ''En Marie, l’Esprit Saint ''manifeste'' le Fils du Père devenu Fils de la Vierge. Elle est le Buisson ardent de la Théophanie définitive&amp;amp;nbsp;: comblée de l’Esprit Saint, elle montre le Verbe dans l’humilité de sa chair et c’est aux Pauvres (cf. Lc 1, 15-19) et aux prémices des nations (cf. Mt 2, 11) qu’elle Le fait connaître.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''725 ''Enfin, par Marie, l’Esprit Saint commence à ''mettre en communion'' avec le Christ les hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;objets de l’amour bienveillant de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Lc 2, 14), et les humbles sont toujours les premiers à le recevoir&amp;amp;nbsp;: les bergers, les mages, Siméon et Anne, les époux de Cana et les premiers disciples.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''726 ''Au terme de cette mission de l’Esprit, Marie devient la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, nouvelle Eve &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mère des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, Mère du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 19, 25-27). C’est comme telle qu’elle est présente avec les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;d’un même cœur, assidus à la prière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 14), à l’aube des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; que l’Esprit va inaugurer le matin de la Pentecôte avec la manifestation de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''727 ''Toute la Mission du Fils et de l’Esprit Saint dans la plénitude du temps est contenue en ce que le Fils est l’oint de l’Esprit du Père depuis son Incarnation&amp;amp;nbsp;: Jésus est Christ, le Messie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le deuxième chapitre du Symbole de la foi est à lire à cette lumière. Toute l’œuvre du Christ est mission conjointe du Fils et de l’Esprit Saint. Ici, on mentionnera seulement ce qui concerne la promesse de l’Esprit Saint par Jésus et son don par le Seigneur glorifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''728 ''Jésus ne révèle pas pleinement l’Esprit Saint tant que lui-même n’a pas été glorifié par sa Mort et sa Résurrection. Pourtant, Il le suggère peu à peu, même dans son enseignement aux foules, lorsqu’Il révèle que sa Chair sera nourriture pour la vie du monde (cf. Jn 6, 27. 51. 62-63). Il le suggère aussi à Nicodème (cf. Jn 3, 5-8), à la Samaritaine (cf. Jn 4, 10. 14. 23-24) et à ceux qui participent à la fête des Tabernacles (cf. Jn 7, 37-39). A ses disciples, Il en parle ouvertement à propos de la prière (cf. Lc 11, 13) et du témoignage qu’ils auront à rendre (cf. Mt 10, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''729 ''C’est seulement quand l’Heure est venue où Il va être glorifié que Jésus ''promet'' la venue de l’Esprit Saint, puisque sa Mort et sa Résurrection seront l’accomplissement de la promesse faite aux Pères (cf. Jn 14, 16-17. 26&amp;amp;nbsp;; 15, 26&amp;amp;nbsp;; 16, 7-15&amp;amp;nbsp;; 17, 26)&amp;amp;nbsp;: l’Esprit de Vérité, l’autre Paraclet, sera donné par le Père à la prière de Jésus&amp;amp;nbsp;; il sera envoyé par le Père au nom de Jésus&amp;amp;nbsp;; Jésus l’enverra d’auprès du Père car il est issu du Père. L’Esprit Saint viendra, nous le connaîtrons, Il sera avec nous à jamais, Il demeurera avec nous&amp;amp;nbsp;; Il nous enseignera tout et nous rappellera tout ce que le Christ nous a dit et lui rendra témoignage&amp;amp;nbsp;; Il nous conduira vers la vérité tout entière et glorifiera le Christ. Quant au monde, Il le confondra en matière de péché, de justice et de jugement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''730 ''Enfin vient l’Heure de Jésus (cf. Jn 13, 1&amp;amp;nbsp;; 17, 1)&amp;amp;nbsp;: Jésus remet son esprit entre les mains du Père (cf. Lc 23, 46&amp;amp;nbsp;; Jn 19, 30) au moment où par sa Mort il est vainqueur de la mort, de sorte que, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressuscité des morts par la Gloire du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4), il ''donne'' aussitôt l’Esprit Saint en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;soufflant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; sur ses disciples (cf. Jn 20, 22). A partir de cette Heure, la mission du Christ et de l’Esprit devient la mission de l’Église&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 28, 19&amp;amp;nbsp;; Lc 24, 47-48&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. L’Esprit et l’Église dans les derniers temps =====&lt;br /&gt;
'''La Pentecôte'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''731 ''Le jour de la Pentecôte (au terme des sept semaines Pascales), la Pâque du Christ s’accomplit dans l’effusion de l’Esprit Saint qui est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine&amp;amp;nbsp;: de sa Plénitude, le Christ, Seigneur, répand à profusion l’Esprit (cf. Ac 2, 33-36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''732 ''En ce jour est pleinement révélée la Trinité Sainte. Depuis ce jour, le Royaume annoncé par le Christ est ouvert à ceux qui croient en Lui&amp;amp;nbsp;: dans l’humilité de la chair et dans la foi, ils participent déjà à la communion de la Trinité Sainte. Par sa venue, et elle ne cesse pas, l’Esprit Saint fait entrer le monde dans les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;derniers temps&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le temps de l’Église, le Royaume déjà hérité, mais pas encore consommé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi&amp;amp;nbsp;: nous adorons la Trinité indivisible car c’est elle qui nous a sauvés (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte&amp;amp;nbsp;; il est repris dans les liturgies eucharistiques après la communion).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint – le Don de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''733 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu est Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 4, 8. 16) et l’Amour est le premier don, il contient tous les autres. Cet amour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu l’a répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui nous fut donné&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 5, 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''734 ''Parce que nous sommes morts, ou, au moins, blessés par le péché, le premier effet du don de l’Amour est la rémission de nos péchés. C’est la communion de l’Esprit Saint (2 Co 13, 13) qui, dans l’Église, redonne aux baptisés la ressemblance divine perdue par le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''735 ''Il donne alors les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;arrhes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prémices&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de notre Héritage (cf. Rm 8, 23&amp;amp;nbsp;; 2 Co 1, 21)&amp;amp;nbsp;: la Vie même de la Trinité Sainte qui est d’aimer &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme il nous a aimés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. 1 Jn 4, 11-12). Cet amour (la charité de 1 Co 13) est le principe de la vie nouvelle dans le Christ, rendue possible puisque nous avons &amp;quot;&amp;amp;nbsp;reçu une force, celle de l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''736 ''C’est par cette puissance de l’Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruit. Celui qui nous a greffés sur la vraie Vigne, nous fera porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fruit de l’Esprit qui est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 22-23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit est notre Vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: plus nous renonçons à nous-mêmes (cf. Mt 16, 24-26), plus &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Esprit nous fait aussi agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 5, 25)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par communion avec lui, l’Esprit Saint rend spirituels, rétablit au Paradis, ramène au Royaume des cieux et à l’adoption filiale, donne la confiance d’appeler Dieu Père et de participer à la grâce du Christ, d’être appelé enfant de lumière et d’avoir part à la gloire éternelle (S. Basile, Spir. 15, 36&amp;amp;nbsp;: PG 32, 132).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Esprit Saint et l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''737 ''La mission du Christ et de l’Esprit Saint s’accomplit dans l’Église, Corps du Christ et Temple de l’Esprit Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles du Christ à sa communion avec le Père dans l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;: L’Esprit ''prépare'' les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le Christ. Il leur ''manifeste'' le Seigneur ressuscité, Il leur rappelle sa parole et leur ouvre l’esprit à l’intelligence de sa Mort et de sa Résurrection. Il leur ''rend présent'' le mystère du Christ, éminemment dans l’Eucharistie, afin de les réconcilier, de les ''mettre en communion'' avec Dieu, afin de leur faire porter &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup de fruit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 5. 8. 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''738 ''Ainsi la mission de l’Église ne s’ajoute pas à celle du Christ et de l’Esprit Saint, mais elle en est le sacrement&amp;amp;nbsp;: par tout sont être et dans tous ses membres elle est envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de la communion de la Sainte Trinité (ce sera l’objet du prochain article)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Nous tous qui avons reçu l’unique et même esprit, à savoir, l’Esprit Saint, nous nous sommes fondus entre nous et avec Dieu. Car bien que nous soyons nombreux séparément et que le Christ fasse que l’Esprit du Père et le sien habite en chacun de nous, cet Esprit unique et indivisible ramène par lui-même à l’unité ceux qui sont distincts entre eux (...) et fait que tous apparaissent comme une seule chose en lui-même. Et de même que la puissance de la sainte humanité du Christ fait que tous ceux-là en qui elle se trouve forment un seul corps, je pense que de la même manière l’Esprit de Dieu qui habite en tous, unique et indivisible, les ramène tous à l’unité spirituelle (S. Cyrille d’Alexandrie, Jo. 12&amp;amp;nbsp;: PG 74, 560-561).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''739 ''Parce que l’Esprit Saint est l’Onction du Christ, c’est le Christ, la Tête du Corps, qui le répand dans ses membres pour les nourrir, les guérir, les organiser dans leurs fonctions mutuelles, les vivifier, les envoyer témoigner, les associer à son offrande au Père et à son intercession pour le monde entier. C’est par les sacrements de l’Église que le Christ communique aux membres de son Corps son Esprit Saint et Sanctificateur (ce sera l’objet de la deuxième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''740 ''Ces &amp;quot;&amp;amp;nbsp;merveilles de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, offertes aux croyants dans les sacrements de l’Église, portent leurs fruits dans la vie nouvelle, dans le Christ, selon l’Esprit (ce sera l’objet de la troisième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''741 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut&amp;amp;nbsp;; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 26). L’Esprit Saint, artisan des œuvres de Dieu, est le Maître de la prière (ce sera l’objet de la quatrième partie du Catéchisme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''En bref'''&amp;lt;br/&amp;gt; ''742 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie&amp;amp;nbsp;: Abba, Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 6).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''743 Du commencement à la consommation du temps, quand Dieu envoie son Fils, il envoie toujours son Esprit&amp;amp;nbsp;: leur mission est conjointe et inséparable.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''744 Dans la plénitude du temps, l’Esprit Saint accomplit en Marie toutes les préparations à la venue du Christ dans le Peuple de Dieu. Par l’action de l’Esprit Saint en elle, le Père donne au monde l’Emmanuel, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu-avec-nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 1, 23).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''745 Le Fils de Dieu est consacré Christ (Messie) par l’Onction de l’Esprit Saint dans son Incarnation (cf. Ps 2, 6-7).''&amp;lt;br/&amp;gt; ''746 Par sa Mort et sa Résurrection, Jésus est constitué Seigneur et Christ dans la gloire (Ac 2, 36). De sa Plénitude, Il répand l’Esprit Saint sur les apôtres et l’Église.''&amp;lt;br/&amp;gt; ''747 L’Esprit Saint que le Christ, Tête, répand dans ses membres, bâtit, anime et sanctifie l’Église. Elle est le sacrement de la communion de la Trinité Sainte et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 9 : &amp;quot; Je crois à la Sainte ÉGLISE catholique &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''748 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ est la lumière des peuples&amp;amp;nbsp;: réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 1). C’est sur ces paroles que s’ouvre la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Constitution dogmatique sur l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du deuxième Concile du Vatican. Par là, le Concile montre que l’article de foi sur l’Église dépend entièrement des articles concernant le Christ Jésus. L’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ&amp;amp;nbsp;; elle est, selon une image chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''749 ''L’article sur l’Église dépend aussi entièrement de celui sur le Saint-Esprit qui le précède. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, après avoir montré que l’Esprit Saint est la source et le donateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que c’est Lui qui a doté l’Église de sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 1). L’Église est, selon l’expression des Pères, le lieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;où fleurit l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Hippolyte, trad. ap. 35).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''750 ''Croire que l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (comme l’ajoute le Symbole de Nicée-Constantinople) est inséparable de la foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dans le Symbole des apôtres, nous faisons profession de croire une Église Sainte (''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Credo [...] Ecclesiam&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''), et non pas ''en'' l’Église, pour ne pas confondre Dieu et ses œuvres et pour attribuer clairement à la bonté de Dieu ''tous'' les dons qu’Il a mis dans son Église (cf. Catech. R. 1, 10, 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 1. L’Église dans le dessein de Dieu =====&lt;br /&gt;
===== I. Les noms et les images de l’Église =====&lt;br /&gt;
''751 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; [&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''ekklèsia'', du grec ''ek-kalein'', &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appeler hors&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne des assemblées du peuple (cf. Ac 19, 39), en général de caractère religieux. C’est le terme fréquemment utilisé dans l’Ancien Testament grec pour l’assemblée du peuple élu devant Dieu, surtout pour l’assemblée du Sinaï où Israël reçut la Loi et fut constitué par Dieu comme son peuple saint (cf. Ex 19). En s’appelant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, la première communauté de ceux qui croyaient au Christ se reconnaît héritière de cette assemblée. En elle, Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convoque&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son Peuple de tous les confins de la terre. Le terme ''Kyriakè'' dont sont dérivés ''church'', ''Kirche'', signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;celle qui appartient au Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''752 ''Dans le langage chrétien, le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’assemblée liturgique (cf. 1 Co 11, 18&amp;amp;nbsp;; 14, 19. 28. 34. 35), mais aussi la communauté locale (cf. 1 Co 1, 2&amp;amp;nbsp;; 16, 1) ou toute la communauté universelle des croyants (cf. 1 Co 15, 9&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 13&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 6). Ces trois significations sont en fait inséparables. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est le Peuple que Dieu rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés locales et se réalise comme assemblée liturgique, surtout eucharistique. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient ainsi elle-même Corps du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les symboles de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''753 ''Dans l’Écriture Sainte, nous trouvons une foule d’images et de figures liées entre elles, par lesquelles la révélation parle du mystère inépuisable de l’Église. Les images prises de l’Ancien Testament constituent des variations d’une idée de fond, celle du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans le Nouveau Testament (cf. Ep 1, 22&amp;amp;nbsp;; Col 1, 18), toutes ces images trouvent un nouveau centre par le fait que le Christ devient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de ce peuple (cf. LG 9) qui est dès lors son Corps. Autour de ce centre se sont groupés des images &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tirées soit de la vie pastorale ou de la vie des champs, soit du travail de construction ou de la famille et des épousailles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''754 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, en effet, est le ''bercail'' dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire (cf. Jn 10, 1-10). Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé lui-même à l’avance qu’il serait le pasteur (cf. Is 40, 11&amp;amp;nbsp;; Ez 34, 11-31), et dont les brebis, quoiqu’elles aient à leur tête des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ même, Bon Pasteur et Prince des pasteurs (cf. Jn 10, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 5, 4), qui a donné sa vie pour ses brebis (cf. LG 6&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 11-15)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''755 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est le ''terrain de culture'', le champ de Dieu (1 Co 3, 9). Dans ce champ croît l’antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en lequel s’opère et s’opérera la réconciliation entre Juifs et Gentils (cf. Rm 11, 13-26). Elle fut plantée par le Vigneron céleste comme une vigne choisie (cf. Mt 21, 33-43 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Is 5, 1-7). La Vigne véritable, c’est le Christ&amp;amp;nbsp;: c’est lui qui donne vie et fécondité aux rameaux que nous sommes&amp;amp;nbsp;: par l’Église nous demeurons en lui, sans qui nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 1-5)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''756 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien souvent aussi, l’Église est dite la ''construction'' de Dieu (cf. 1 Co 3, 9). Le Seigneur lui-même s’est comparé à la pierre rejetée par les bâtisseurs et devenue pierre angulaire (Mt 21, 42 par.&amp;amp;nbsp;; cf. Ac 4, 11&amp;amp;nbsp;; 1 P 2, 7&amp;amp;nbsp;; Ps 118, 22). Sur ce fondement, l’Église est construite par les apôtres (cf. 1 Co 3, 11), et de ce fondement elle reçoit fermeté et cohésion. Cette construction est décorée d’appellations diverses&amp;amp;nbsp;: la maison de Dieu (cf. 1 Tm 3, 15), dans laquelle habite sa ''famille'', l’habitation de Dieu dans l’Esprit (cf. Ep 2, 19-22), la demeure de Dieu chez les hommes (cf. Ap 21, 3), et surtout le ''temple'' saint, lequel, représenté par les sanctuaires de pierres, est l’objet de la louange des saints Pères et comparé à juste titre dans la liturgie à la Cité sainte, la nouvelle Jérusalem. En effet, nous sommes en elle sur la terre comme les pierres vivantes qui entrent dans la construction (cf. 1 P 2, 5). Cette Cité sainte, Jean la contemple descendant du ciel d’auprès de Dieu à l’heure où se renouvellera le monde, prête comme une fiancée parée pour son époux (cf. Ap 21, 1-2)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''757 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église s’appelle encore &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Jérusalem d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;notre mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 26&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 12, 17)&amp;amp;nbsp;; elle est décrite comme l’épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 19, 7&amp;amp;nbsp;; 21, 2. 9&amp;amp;nbsp;; 22, 17) que le Christ ‘a aimée, pour laquelle il s’est livré afin de la sanctifier’ (Ep 5, 26), qu’il s’est associée par un pacte indissoluble, qu’il ne cesse de ‘nourrir et d’entourer de soins’ (Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Origine, fondation et mission de l’Église =====&lt;br /&gt;
''758 ''Pour scruter le mystère de l’Église, il convient de méditer d’abord son origine dans le dessein de la Très Sainte Trinité et sa réalisation progressive dans l’histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un dessein né dans le cœur du Père'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''759 '''''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;'''Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers&amp;amp;nbsp;; il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, à laquelle il appelle tous les hommes dans son Fils&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous ceux qui croient au Christ, le Père a voulu les appeler à former la sainte Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se constitue et se réalise graduellement au long des étapes de l’histoire humaine, selon les dispositions du Père&amp;amp;nbsp;: en effet, l’Église a été &amp;quot;&amp;amp;nbsp;préfigurée dès l’origine du monde&amp;amp;nbsp;; elle a été merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance&amp;amp;nbsp;; elle a été instituée enfin en ces temps qui sont les derniers&amp;amp;nbsp;; elle est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, elle sera consommée dans la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préfigurée dès l’origine du monde'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''760 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le monde fut créé en vue de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, disaient les chrétiens des premiers temps (Hermas, vis. 2, 4, 1&amp;amp;nbsp;; cf. Aristide, apol. 16, 6&amp;amp;nbsp;; Justin, apol. 2, 7). Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; des hommes dans le Christ, et cette &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est l’Église. L’Église est la fin de toutes choses (cf. S. Epiphane, hær. 1, 1, 5&amp;amp;nbsp;: PG 41, 181C), et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des Anges et le péché de l’homme, ne furent permises par Dieu que comme occasion et moyen pour déployer toute la force de son bras, toute la mesure d’amour qu’il voulait donner au monde&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que la volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention est le salut des hommes, et elle s’appelle l’Église (Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – préparée dans l’Ancienne Alliance'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''761 ''Le rassemblement du Peuple de Dieu commence à l’instant où le péché détruit la communion des hommes avec Dieu et celle des hommes entre eux. Le rassemblement de l’Église est pour ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. Cette réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le craint et pratique la justice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 35&amp;amp;nbsp;; cf. LG 9&amp;amp;nbsp;; 13&amp;amp;nbsp;; 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''762 ''La ''préparation'' lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation d’Abraham, à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple (cf. Gn 12, 2&amp;amp;nbsp;; 15, 5-6). La préparation immédiate commence avec l’élection d’Israël comme Peuple de Dieu (cf. Ex 19, 5-6&amp;amp;nbsp;; Dt 7, 6). Par son élection, Israël doit être le signe du rassemblement futur de toutes les nations (cf. Is 2, 2-5&amp;amp;nbsp;; Mi 4, 1-4). Mais déjà les prophètes accusent Israël d’avoir rompu l’alliance et de s’être comporté comme une prostituée (cf. Os 1&amp;amp;nbsp;; Is 1, 2-4&amp;amp;nbsp;; Jr 2&amp;amp;nbsp;; etc.). Ils annoncent une alliance nouvelle et éternelle (cf. Jr 31, 31-34&amp;amp;nbsp;; Is 55, 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette Alliance Nouvelle, le Christ l’a instituée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – instituée par le Christ Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''763 ''Il appartient au Fils de réaliser, dans la plénitude des temps, le plan de salut de son Père&amp;amp;nbsp;; c’est là le motif de sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mission&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. LG 3&amp;amp;nbsp;; AG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Seigneur Jésus posa le commencement de son Église en prêchant l’heureuse nouvelle, l’avènement du Règne de Dieu promis dans les Écritures depuis des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Pour accomplir la volonté du Père, le Christ inaugura le Royaume des cieux sur la terre. L’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le Règne du Christ déjà mystérieusement présent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''764 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce Royaume brille aux yeux des hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). Accueillir la parole de Jésus, c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;accueillir le Royaume lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ibid.). Le germe et le commencement du Royaume sont le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;petit troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 12, 32) de ceux que Jésus est venu convoquer autour de lui et dont il est lui-même le pasteur (cf. Mt 10, 16&amp;amp;nbsp;; 26, 31&amp;amp;nbsp;; Jn 10, 1-21). Ils constituent la vraie famille de Jésus (cf. Mt 12, 49). A ceux qu’il a ainsi rassemblés autour de lui, il a enseigné une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière d’agir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; nouvelle, mais aussi une prière propre (cf. Mt 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''765 ''Le Seigneur Jésus a doté sa communauté d’une structure qui demeurera jusqu’au plein achèvement du Royaume. Il y a avant tout le choix des Douze avec Pierre comme leur chef (cf. Mc 3, 14-15). Représentant les douze tribus d’Israël (cf. Mt 19, 28&amp;amp;nbsp;; Lc 22, 30) ils sont les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 12-14). Les Douze (cf. Mc 6, 7) et les autres disciples (cf. Lc 10, 1-2) participent à la mission du Christ, à son pouvoir, mais aussi à son sort (cf. Mt 10, 25&amp;amp;nbsp;; Jn 15, 20). Par tous ces actes, le Christ prépare et bâtit son Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''766 ''Mais l’Église est née principalement du don total du Christ pour notre salut, anticipé dans l’institution de l’Eucharistie et réalisé sur la Croix. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le commencement et la croissance de l’Église sont signifiés par le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car c’est du côté du Christ endormi sur la Croix qu’est né l’admirable sacrement de l’Église toute entière&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 5). De même qu’Eve a été formée du côté d’Adam endormi, ainsi l’Église est née du cœur transpercé du Christ mort sur la Croix (cf. S. Ambroise, Luc. 2, 85-89&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1583-1586).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – manifestée par l’Esprit Saint'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''767 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l’Église en permanence&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). C’est alors que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église se manifesta publiquement devant la multitude et que commença la diffusion de l’Évangile avec la prédication&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 4). Parce qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de tous les hommes au salut, l’Église est, par sa nature même, missionnaire envoyée par le Christ à toutes les nations pour en faire des disciples (cf. Mt 28, 19-20&amp;amp;nbsp;; AG 2&amp;amp;nbsp;; 5-6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''768 ''Pour réaliser sa mission, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;équipe et dirige l’Église grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi l’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans toutes les nations&amp;amp;nbsp;; elle constitue de ce royaume le germe et le commencement sur terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – consommée dans la gloire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''769 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) n’aura sa consommation que dans la gloire céleste&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), lors du retour glorieux du Christ. Jusqu’à ce jour, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, civ. 18, 51&amp;amp;nbsp;; cf. LG 8). Ici-bas, elle se sait en exil, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5, 6&amp;amp;nbsp;; LG 6), et elle aspire à l’avènement plénier du Royaume, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 5). La consommation de l’Église, et à travers elle, celle du monde, dans la gloire ne se fera pas sans de grandes épreuves. Alors seulement, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous les justes depuis Adam, depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu se trouveront rassemblés dans l’Église universelle auprès du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Le mystère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''770 ''L’Église est dans l’histoire, mais elle la transcende en même temps. C’est uniquement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avec les yeux de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 20) que l’on peut voir en sa réalité visible en même temps une réalité spirituelle, porteuse de vie divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – à la fois visible et spirituelle'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''771 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ, unique médiateur, constitue et continuellement soutient son Église sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, ici-bas, sur terre, comme un tout visible par lequel il répand, à l’intention de tous, la vérité et la grâce&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est à la fois&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;société dotée d’organes hiérarchiques et Corps Mystique du Christ&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– assemblée visible et communauté spirituelle&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Église terrestre et Église parée de dons célestes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dimensions constituent ensemble &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il appartient en propre à l’Église d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin&amp;amp;nbsp;; ce qui est visible, à l’invisible&amp;amp;nbsp;; ce qui relève de l’action, à la contemplation&amp;amp;nbsp;; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons (SC 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Humilité&amp;amp;nbsp;! Sublimité&amp;amp;nbsp;! Tente de Cédar et sanctuaire de Dieu&amp;amp;nbsp;; habitation terrestre et céleste palais&amp;amp;nbsp;; maison d’argile et cour royale&amp;amp;nbsp;; corps mortel et temple de lumière&amp;amp;nbsp;; objet de mépris enfin pour les orgueilleux et épouse du Christ&amp;amp;nbsp;! Elle est noire mais belle, filles de Jérusalem, celle qui, pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil, a cependant pour ornement la parure céleste (S. Bernard, Cant. 27, 7, 14&amp;amp;nbsp;: PL 183, 920D).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – mystère de l’union des hommes avec Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''772 ''C’est dans l’Église que le Christ accomplit et révèle son propre mystère comme le but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;récapituler tout en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10). S. Paul appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;grand mystère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 32) l’union sponsale du Christ et de l’Église. Parce qu’elle est unie au Christ comme à son Époux (cf. Ep 5, 25-27), l’Église devient elle-même à son tour mystère (cf. Ep 3, 9-11). Contemplant en elle le mystère, S. Paul s’écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ en vous, l’espérance de la gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''773 ''Dans l’Église cette communion des hommes avec Dieu par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la charité qui ne passe jamais&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 8) est la fin qui commande tout ce qui en elle est moyen sacramentel lié à ce monde qui passe (cf. LG 48). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa structure est complètement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et la sainteté s’apprécie en fonction du ‘grand mystère’ dans lequel l’Épouse répond par le don de l’amour au don de l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27). Marie nous précède tous dans la sainteté qui est le mystère de l’Église comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse sans tâche ni ride&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 27). C’est pourquoi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la dimension mariale de l’Église précède sa dimension pétrinienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MD 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église – sacrement universel du salut'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''774 ''Le mot grec ''mysterion'' a été traduit en latin par deux termes&amp;amp;nbsp;: ''mysterium'' et ''sacramentum. ''Dans l’interprétation ultérieure, le terme ''sacramentum'' exprime davantage le signe visible de la réalité cachée du salut, indiquée par le terme ''mysterium''. En ce sens, le Christ est Lui-même le mystère du salut&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non est enim aliud Dei mysterium, nisi Christus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas d’autre mystère que le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, S. Augustin, ep. 187, 11, 34&amp;amp;nbsp;: PL 33, 845). L’œuvre salvifique de son humanité sainte et sanctifiante est le sacrement du salut qui se manifeste et agit dans les sacrements de l’Église (que les Églises d’Orient appellent aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les saints mystères&amp;amp;nbsp;&amp;quot;). Les sept sacrements sont les signes et les instruments par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du Christ, qui est la Tête, dans l’Église qui est son Corps. L’Église contient donc et communique la grâce invisible qu’elle signifie. C’est en ce sens analogique qu’elle est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''775 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1)&amp;amp;nbsp;: Être le sacrement de l’''union intime des hommes avec Dieu&amp;amp;nbsp;:'' c’est là le premier but de l’Église. Parce que la communion entre les hommes s’enracine dans l’union avec Dieu, l’Église est aussi le sacrement de l’''unité du genre humain. ''En elle, cette unité est déjà commencée puisqu’elle rassemble des hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de toute nation, race, peuple et langue&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 7, 9)&amp;amp;nbsp;; en même temps, l’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe et instrument&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la pleine réalisation de cette unité qui doit encore venir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''776 ''Comme sacrement, l’Église est instrument du Christ. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre ses mains elle est l’instrument de la Rédemption de tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sacrement universel du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), par lequel le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifeste et actualise l’amour de Dieu pour les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 45, § 1). Elle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est le projet visible de l’amour de Dieu pour l’humanité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 22 juin 1973) qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple de Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7&amp;amp;nbsp;; cf. LG 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''777 Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;convocation&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il désigne l’assemblée de ceux que la Parole de Dieu convoque pour former le Peuple de Dieu et qui, nourris du Corps du Christ, deviennent eux-mêmes Corps du Christ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''778 L’Église est à la fois chemin et but du dessein de Dieu&amp;amp;nbsp;: préfigurée dans la création, préparée dans l’Ancienne Alliance, fondée par les paroles et les actions de Jésus-Christ, réalisée par sa Croix rédemptrice et sa Résurrection, elle est manifestée comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint. Elle sera consommée dans la gloire du ciel comme assemblée de tous les rachetés de la terre (cf. Ap 14, 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''779 L’Église est à la fois visible et spirituelle, société hiérarchique et Corps Mystique du Christ. Elle est une, formée d’un double élément humain et divin. C’est là son mystère que seule la foi peut accueillir.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''780 L’Église est dans ce monde-ci le sacrement du salut, le signe et l’instrument de la communion de Dieu et des hommes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 2. : L’Église – Peuple de Dieu, Corps du Christ, temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
===== I. L’Église – Peuple de Dieu =====&lt;br /&gt;
''781 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice. Cependant, il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel&amp;amp;nbsp;; il a voulu au contraire en faire un Peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté. C’est pourquoi il s’est choisi le Peuple d’Israël pour être son Peuple avec qui il a fait alliance et qu’il a progressivement instruit (...). Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ (...). C’est la Nouvelle Alliance dans son sang, appelant un Peuple, venu des Juifs et des païens, à se rassembler dans l’unité, non pas selon la chair, mais dans l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les caractéristiques du Peuple de Dieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''782 ''Le Peuple de Dieu a des caractéristiques qui le distinguent nettement de tous les groupements religieux, ethniques, politiques ou culturels de l’histoire&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Il est le Peuple ''de Dieu''&amp;amp;nbsp;: Dieu n’appartient en propre à aucun peuple. Mais Il s’est acquis un peuple de ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– On devient ''membre'' de ce Peuple non par la naissance physique, mais par la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;naissance d’en haut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de l’eau et de l’Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 3, 3-5), c’est-à-dire par la foi au Christ et le Baptême.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Ce Peuple a pour ''Chef''&amp;lt;nowiki&amp;gt; [Tête] Jésus le Christ [Oint, Messie]&amp;amp;nbsp;: parce que la même Onction, l’Esprit Saint, découle de la Tête dans le Corps, il est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple messianique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La ''condition'' de ce Peuple, c’est la dignité de la liberté des fils de Dieu&amp;amp;nbsp;: dans leurs cœurs, comme dans un temple, réside l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sa ''loi'', c’est le commandement nouveau d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34)&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est la loi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Esprit Saint (Rm 8, 2&amp;amp;nbsp;; Ga 5, 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''mission'', c’est d’être le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-16). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il constitue pour tout le genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– Sa ''destinée'', enfin, c’est le Royaume de Dieu, commencé sur la terre par Dieu lui-même, Royaume qui doit se dilater de plus en plus, jusqu’à ce que, à la fin des temps, il soit achevé par Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un Peuple sacerdotal, prophétique et royal'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''783 ''Jésus-Christ est celui que le Père a oint de l’Esprit Saint et qu’il a constitué &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Prêtre, Prophète et Roi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces trois fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de service qui en découlent (cf. RH 18-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''784 ''En entrant dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême, on reçoit part à la vocation unique de ce Peuple&amp;amp;nbsp;: à sa vocation ''sacerdotale&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Seigneur, grand prêtre pris d’entre les hommes a fait du Peuple nouveau ‘un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père’. Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont ''consacrés'' pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''785 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction ''prophétique'' du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il l’est surtout&amp;amp;nbsp;:par le sens surnaturel de la foi qui est celui du Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12) et en approfondit l’intelligence et devient témoin du Christ au milieu de ce monde&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''786 ''Le Peuple de Dieu participe enfin à la fonction ''royale'' du Christ. Le Christ exerce sa royauté en attirant à soi tous les hommes par sa mort et sa Résurrection (cf. Jn 12, 32). Le Christ, Roi et Seigneur de l’univers, s’est fait le serviteur de tous, n’étant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 20, 28). Pour le chrétien, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;régner, c’est le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36), particulièrement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans les pauvres et les souffrants, dans lesquels l’Église reconnaît l’image de son Fondateur pauvre et souffrant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Le Peuple de Dieu réalise sa &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dignité royale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; en vivant conformément à cette vocation de servir avec le Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De tous les régénérés dans le Christ le signe de la Croix fait des rois, l’onction du Saint-Esprit les consacre comme prêtres, afin que, mis à part le service particulier de notre ministère, tous les chrétiens spirituels et usant de leur raison se reconnaissent membres de cette race royale et participants de la fonction sacerdotale. Qu’y a-t-il, en effet, d’aussi royal pour une âme que de gouverner son corps dans la soumission à Dieu&amp;amp;nbsp;? Et qu’y a-t-il d’aussi sacerdotal que de vouer au Seigneur une conscience pure et d’offrir sur l’autel de son cœur les victimes sans taches de la piété&amp;amp;nbsp;? (S. Léon le Grand, serm. 4, 1&amp;amp;nbsp;: PL 54, 149).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. L’Église – Corps du Christ =====&lt;br /&gt;
'''L’Église est communion avec Jésus'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''787 ''Dès le début, Jésus a associés ses disciples à sa vie (cf. Mc 1, 16-20&amp;amp;nbsp;; 3, 13-19)&amp;amp;nbsp;; il leur a révélé le mystère du Royaume (cf. Mt 13, 10-17)&amp;amp;nbsp;; il leur a donné part à sa mission, à sa joie (cf. Lc 10, 17-20) et à ses souffrances (cf. Lc 22, 28-30). Jésus parle d’une communion encore plus intime entre Lui et ceux qui le suivraient&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Demeurez en moi, comme moi en vous (...). Je suis le cep, vous êtes les sarments&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 15, 4-5). Et Il annonce une communion mystérieuse et réelle entre son propre corps et le nôtre&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 56).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''788 ''Lorsque sa présence visible leur a été enlevée, Jésus n’a pas laissé orphelins ses disciples (cf. Jn 14, 18). Il leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), il leur a envoyé son Esprit (cf. Jn 20, 22&amp;amp;nbsp;; Ac 2, 33). La communion avec Jésus en est devenue, d’une certaine façon, plus intense&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En communiquant son Esprit à ses frères, qu’il rassemble de toutes les nations, Il les a constitués mystiquement comme son corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''789 ''La comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée ''autour de lui&amp;amp;nbsp;;'' elle est unifiée ''en lui,'' dans son Corps. Trois aspects de l’Église – Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever&amp;amp;nbsp;: l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ&amp;amp;nbsp;; le Christ Tête du Corps&amp;amp;nbsp;; l’Église, Épouse du Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un seul corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''790 ''Les croyants qui répondent à la Parole de Dieu et deviennent membres du Corps du Christ, deviennent étroitement unis au Christ&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans ce corps la vie du Christ se répand à travers les croyants que les sacrements, d’une manière mystérieuse et réelle, unissent au Christ souffrant et glorifié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Ceci est particulièrement vrai du Baptême par lequel nous sommes unis à la mort et à la Résurrection du Christ (cf. Rm 6, 4-5&amp;amp;nbsp;; 1 Co 12, 13), et de l’Eucharistie, par laquelle, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;participant réellement au corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous sommes élevés à la communion avec Lui et entre nous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''791 ''L’unité du corps n’abolit pas la diversité des membres&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans l’édification du corps du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services &amp;quot;&amp;amp;nbsp;. L’unité du Corps mystique produit et stimule entre les fidèles la charité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aussi un membre ne peut souffrir, que tous les membres ne souffrent, un membre ne peut être à l’honneur, que tous les membres ne se réjouissent avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7). Enfin, l’unité du Corps mystique est victorieuse de toutes les divisions humaines&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ&amp;amp;nbsp;; il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme&amp;amp;nbsp;; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 3, 27-28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce Corps, le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''792 ''Le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est la Tête du Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18). Il est le Principe de la création et de la rédemption. Élevé dans la gloire du Père, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il a en tout la primauté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 1, 18), principalement sur l’Église par laquelle il étend son règne sur toute chose&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''793 Il nous unit à sa Pâque''&amp;amp;nbsp;: Tous les membres doivent s’efforcer de lui ressembler &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ga 4, 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est dans ce but que nous sommes introduits dans les mystères de sa vie, (...) associés à ses souffrances comme le corps à la tête, unis à sa passion pour être unis à sa gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''794 Il pourvoit à notre croissance'' (cf. Col 2, 19)&amp;amp;nbsp;: Pour nous faire grandir vers lui, notre Tête (cf. Ep 4, 11-16), le Christ dispose dans son corps, l’Église, les dons et les services par lesquels nous nous aidons mutuellement sur le chemin du salut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''795 ''Le Christ et l’Église, c’est donc ''le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Christ total&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Christus totus)''. L’Église est une avec le Christ. Les saints ont une conscience très vive de cette unité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Félicitons-nous donc et rendons grâces de ce que nous sommes devenus, non seulement des chrétiens, mais le Christ lui-même. Comprenez-vous, frères, la grâce que Dieu nous a faite en nous donnant le Christ comme Tête&amp;amp;nbsp;? Soyez dans l’admiration et réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ. En effet, puisqu’il est la Tête et que nous sommes les membres, l’homme tout entier, c’est lui et nous (...). La plénitude du Christ, c’est donc la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;; qu’est-ce à dire&amp;amp;nbsp;: la Tête et les membres&amp;amp;nbsp;? Le Christ et l’Église (S. Augustin, ev. Jo. 21, 8).&amp;lt;br/&amp;gt; Notre Rédempteur s’est montré comme une seule et même personne que l’Église qu’il a assumée (S. Grégoire le Grand, mor. præf. 1, 6, 4&amp;amp;nbsp;: PL 75, 525A).&amp;lt;br/&amp;gt; Tête et membres, une seule et même personne mystique pour ainsi dire (S. Thomas d’A., s. th. 3, 48, 2, ad 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Un mot de Ste Jeanne d’Arc à ses juges résume la foi des saints Docteurs et exprime le bon sens du croyant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jeanne d’Arc, proc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église est l’Épouse du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''796 ''L’unité du Christ et de l’Église, Tête et membres du Corps, implique aussi la distinction des deux dans une relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l’image de l’époux et de l’épouse. Le thème du Christ Époux de l’Église a été préparé par les prophètes et annoncé par Jean-Baptiste (cf. Jn 3, 29). Le Seigneur s’est lui-même désigné comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 2, 19&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 22, 1-14&amp;amp;nbsp;; 25, 1-13). L’apôtre présente l’Église et chaque fidèle, membre de son Corps, comme une Épouse &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiancée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Christ Seigneur, pour n’être avec Lui qu’un seul Esprit (cf. 1 Co 6, 15-16&amp;amp;nbsp;; 2 Co 11, 2). Elle est l’Épouse immaculée de l’Agneau immaculé (cf. Ap 22, 17&amp;amp;nbsp;; Ep 1, 4&amp;amp;nbsp;; 5, 27) que le Christ a aimée, pour laquelle Il s’est livré &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin de la sanctifier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 26), qu’Il s’est associée par une alliance éternelle, et dont Il ne cesse de prendre soin comme de son propre Corps (cf. Ep 5, 29)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le rôle de la Tête (''ex persona capitis'') ou bien en tenant le rôle du Corps (''ex persona corporis''). Selon ce qui est écrit&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Non plus deux, mais une seule chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale. (...) ''En tant que Tête il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Époux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, en tant que Corps il se dit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Épouse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(S. Augustin, Psal. 74, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église – Temple de l’Esprit Saint =====&lt;br /&gt;
''797 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que notre esprit, je veux dire notre âme, est à nos membres, l’Esprit Saint l’est aux membres du Christ, au Corps du Christ, je veux dire l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 267, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1231D). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, Enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). L’Esprit Saint fait de l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Temple du Dieu Vivant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 16&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Co 3, 16-17&amp;amp;nbsp;; Ep 2, 21)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu&amp;amp;nbsp;; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce (S. Irénée, hær. 3, 24, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''798 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;L’Esprit Saint est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, enc. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mystici Corporis&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: DS 3808). Il opère de multiples manières l’édification du Corps tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16)&amp;amp;nbsp;: par la Parole de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui a la puissance de construire l’édifice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 20, 32), par le Baptême par lequel il forme le Corps du Christ (cf. 1 Co 12, 13)&amp;amp;nbsp;; par les sacrements qui donnent croissance et guérison aux membres du Christ&amp;amp;nbsp;; par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la grâce accordée aux apôtres qui tient la première place parmi ses dons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 7), par les vertus qui font agir selon le bien, enfin par les multiples grâces spéciales [appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;charismes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;] par lesquels il rend les fidèles &amp;quot;&amp;amp;nbsp;aptes et disponibles pour assumer les diverses charges et offices qui servent à renouveler et à édifier davantage l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12&amp;amp;nbsp;; cf. AA 3).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les charismes'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''799 ''Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''800 ''Les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;; pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes (cf. 1 Co 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''801 ''C’est dans ce sens qu’apparaît toujours nécessaire le discernement des charismes. Aucun charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est à eux qu’il convient spécialement, non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), afin que tous les charismes coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7) (cf. LG 30&amp;amp;nbsp;; CL 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''802 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ Jésus s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier'' ''un Peuple qui lui appartienne en propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 14).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''803 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous êtes donc une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un Peuple acquis&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 2, 9).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''804 On entre dans le Peuple de Dieu par la foi et le Baptême. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13), afin que, dans le Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''805 L’Église est le Corps du Christ. Par l’Esprit et son action dans les sacrements, surtout l’Eucharistie, le Christ mort et ressuscité constitue la communauté des croyants comme son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''806 Dans l’unité de ce Corps, il y a diversité de membres et des fonctions. Tous les membres sont liés les uns aux autres, particulièrement à ceux qui souffrent, sont pauvres et persécutés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''807 L’Église est ce Corps dont le Christ est la Tête&amp;amp;nbsp;: elle vit de Lui, en Lui et pour Lui&amp;amp;nbsp;; Il vit avec elle et en elle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''808 L’Église est l’Épouse du Christ&amp;amp;nbsp;: Il l’a aimée et s’est livré pour elle. Il l’a purifiée par son sang. Il a fait d’elle la Mère féconde de tous les fils de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''809 L’Église est le Temple de l’Esprit Saint. L’Esprit est comme l’âme du Corps Mystique, principe de sa vie, de l’unité dans la diversité et de la richesse de ses dons et charismes.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''810 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi l’Église universelle apparaît comme ‘un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint’ (S. Cyprien, Dom. orat. 23&amp;amp;nbsp;: PL 4, 535C-536A)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 3. L’Église est une, sainte, catholique et apostolique =====&lt;br /&gt;
''811 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). Ces quatre attributs, inséparablement liés entre eux (cf. DS 2888), indiquent des traits essentiels de l’Église et de sa mission. L’Église ne les tient pas d’elle-même&amp;amp;nbsp;; c’est le Christ qui, par l’Esprit Saint, donne à son Église, d’être une, sainte, catholique et apostolique, et c’est Lui encore qui l’appelle à réaliser chacune de ces qualités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''812 ''Seule la foi peut reconnaître que l’Église tient ces propriétés de sa source divine. Mais leurs manifestations historiques sont des signes qui parlent aussi clairement à la raison humaine. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église, rappelle le premier Concile du Vatican, en raison de sa sainteté, de son unité catholique, de sa constance invaincue, est elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et une preuve irréfragable de sa mission divine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 3013).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. L’Église est une =====&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le mystère sacré de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; '''(UR 2)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''813 L’Église est une de par sa source&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et Fils, en ‘l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). L’Église est une ''de par son Fondateur&amp;amp;nbsp;:'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car le Fils incarné en personne a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant l’unité de tous en un seul Peuple et un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 78, §3). L’Église est une ''de par son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;âme&amp;amp;nbsp;&amp;quot;''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit toute l’Église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est le principe de l’Unité de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 2). Il est donc de l’essence même de l’Église d’être une&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quel étonnant mystère&amp;amp;nbsp;! Il y a un seul Père de l’univers, un seul Logos de l’univers et aussi un seul Esprit Saint, partout identique&amp;amp;nbsp;; il y a aussi une seule vierge devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église (S. Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''814 ''Dès l’origine, cette Église une se présente cependant avec une grande ''diversité'' qui provient à la fois de la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des personnes qui les reçoivent. Dans l’unité du Peuple de Dieu se rassemblent les diversités des peuples et des cultures. Entre les membres de l’Église existe une diversité de dons, de charges, de conditions et de modes de vie&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au sein de la communion de l’Église il existe légitimement des Églises particulières, jouissant de leurs traditions propres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13). La grande richesse de cette diversité ne s’oppose pas à l’unité de l’Église. Cependant, le péché et le poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité. Aussi l’apôtre doit-il exhorter à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 4, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''815 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Quels sont ces liens de l’unité&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par-dessus tout [c’est] la charité, qui est le lien de la perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 14). Mais l’unité de l’Église pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la profession d’une seule foi reçue des apôtres&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la célébration commune du culte divin, surtout des sacrements&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la succession apostolique par le sacrement de l’ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu (cf. UR 2&amp;amp;nbsp;; LG 14&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 205).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''816 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, (...) est celle que notre Sauveur, après sa Résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur, qu’il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (...). Cette Église comme société constituée et organisée dans le monde est réalisée dans (''subsistit in'') l’Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Décret sur l’Œcuménisme du deuxième Concile du Vatican explicite&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est ‘moyen général de salut’, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. Car c’est au seul collège apostolique, dont Pierre est le chef, que le Seigneur confia, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance, afin de constituer sur la terre un seul Corps du Christ auquel il faut que soient pleinement incorporés tous ceux qui, d’une certaine façon, appartiennent déjà au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les blessures de l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''817 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;De fait, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans cette seule et unique Église de Dieu apparurent dès l’origine certaines scissions, que l’apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables&amp;amp;nbsp;; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus amples, et des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de l’Église catholique, parfois de par la faute des personnes de l’une et de l’autre partie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). Les ruptures qui blessent l’unité du Corps du Christ (on distingue l’hérésie, l’apostasie et le schisme [cf. CIC, can. 751]) ne se font pas sans les péchés des hommes&amp;amp;nbsp;:&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Où se trouve le péché, là aussi la multiplicité, là le schisme, là l’hérésie, là le conflit&amp;amp;nbsp;; mais où se trouve la vertu, là aussi l’unité, là l’union qui faisait que tous les croyants n’avaient qu’un corps et une âme (Origène, hom. in Ezech. 9, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''818 ''Ceux qui naissent aujourd’hui dans des communautés issues de telles ruptures &amp;quot;&amp;amp;nbsp;et qui vivent la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l’Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité (...). Justifiés par la foi reçue au Baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''819 ''Au surplus, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8) existent en dehors des limites visibles de l’Église catholique&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et la charité, d’autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d’autres éléments visibles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 15). L’Esprit du Christ se sert de ces Églises et communautés ecclésiales comme moyens de salut dont la force vient de la plénitude de grâce et de vérité que le Christ a confié à l’Église catholique. Tous ces biens proviennent du Christ et conduisent à lui (cf. UR 3) et appellent par eux-mêmes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unité catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Vers l’unité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''820 ''L’unité, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Christ l’a accordée à son Église dès le commencement. Nous croyons qu’elle subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4). Le Christ donne toujours à son Église le don de l’unité, mais l’Église doit toujours prier et travailler pour maintenir, renforcer et parfaire l’unité que le Christ veut pour elle. C’est pourquoi Jésus lui-même a prié à l’heure de sa passion, et Il ne cesse de prier le Père pour l’unité de ses disciples&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Que tous soient un. Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous, afin que le monde croie que Tu M’as envoyé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 17, 21). Le désir de retrouver l’unité de tous les chrétiens est un don du Christ et un appel de l’Esprit Saint (cf. UR 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''821 ''Pour y répondre adéquatement sont exigés&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– un ''renouveau'' permanent de l’Église dans une fidélité plus grande à sa vocation. Cette rénovation est le ressort du mouvement vers l’unité (cf. UR 6)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''conversion du cœur'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en vue de vivre plus purement selon l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. UR 7), car c’est l’infidélité des membres au don du Christ qui cause les divisions&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''prière en commun'', car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la conversion du cœur et la sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout œcuménisme et peuvent être à bon droit appelées œcuménisme spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 8)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''connaissance réciproque fraternelle ''(cf. UR 9)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''formation œcuménique ''des fidèles et spécialement des prêtres (cf. UR 10)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– le ''dialogue'' entre les théologiens et les rencontres entre les chrétiens des différentes Églises et communautés (cf. UR 4&amp;amp;nbsp;; 9&amp;amp;nbsp;; 11)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– la ''collaboration ''entre chrétiens dans les divers domaines du service des hommes (cf. UR 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''822 ''Le souci de réaliser l’union &amp;quot;&amp;amp;nbsp;concerne toute l’Église, fidèles et pasteurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 5). Mais il faut aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir conscience que ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l’unité d’une seule et unique Église du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; C’est pourquoi nous mettons tout notre espoir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la prière du Christ pour l’Église, dans l’amour du Père à notre égard, et dans la puissance du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;II. '''L’Église est sainte'''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''823 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église (...) est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu, qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé ‘seul Saint’, a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 39). L’Église est donc &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Peuple saint de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 12), et ses membres sont appelés &amp;quot;&amp;amp;nbsp;saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ac 9, 13&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 1&amp;amp;nbsp;; 16, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''824 ''L’Église, unie au Christ, est sanctifiée par Lui&amp;amp;nbsp;; par Lui et en Lui elle devient aussi ''sanctifiante.'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les œuvres de l’Église tendent comme à leur fin, à la sanctification des hommes dans le Christ et à la glorification de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SC 10). C’est dans l’Église qu’est déposée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). C’est en elle que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''825 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur terre, l’Église est parée d’une sainteté véritable, bien qu’imparfaite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En ses membres, la sainteté parfaite est encore à acquérir&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pourvue de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''826 ''La ''charité'' est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église ''avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour.'' Je compris que l’''Amour seul ''faisait agir les membres de l’Église, que si l’''Amour'' venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang (...). Je compris que l’''Amour'' ''renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux (...) en un mot, qu’il est éternel&amp;amp;nbsp;! ''(Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. B 3v).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''827 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui ''renferme des pécheurs'' dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. UR 3&amp;amp;nbsp;; 6). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce&amp;amp;nbsp;: c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient&amp;amp;nbsp;; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint (SPF 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''828 ''En ''canonisant'' certains fidèles, c’est-à-dire en proclamant solennellement que ces fidèles ont pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu, l’Église reconnaît la puissance de l’Esprit de sainteté qui est en elle et elle soutient l’espérance des fidèles en les leur donnant comme modèles et intercesseurs (cf. LG 40&amp;amp;nbsp;; 48-51). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les saints et les saintes ont toujours été source et origine de renouvellement dans les moments les plus difficiles de l’histoire de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 16, 3). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainteté est la source secrète et la mesure infaillible de son activité apostolique et de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CL 17, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''829 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En la personne de la bienheureuse Vierge l’Église atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride. Les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché&amp;amp;nbsp;: c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 65)&amp;amp;nbsp;: en elle, l’Église est déjà la toute sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. L’Église est Catholique =====&lt;br /&gt;
'''Que veut dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''830 ''Le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le sens de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon la totalité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ou &amp;quot;&amp;amp;nbsp;selon l’intégralité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. L’Église est catholique dans un double sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est catholique parce qu’en elle le Christ est présent. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où est le Christ Jésus, là est l’Église Catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 2). En elle subsiste la plénitude du Corps du Christ uni à sa Tête (cf. Ep 1, 22-23), ce qui implique qu’elle reçoive de lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6) qu’Il a voulus&amp;amp;nbsp;: confession de foi droite et complète, vie sacramentelle intégrale et ministère ordonné dans la succession apostolique. L’Église était, en ce sens fondamental, catholique au jour de la Pentecôte (cf. AG 4) et elle le sera toujours jusqu’au jour de la Parousie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''831 ''Elle est catholique parce qu’elle est envoyée en mission par le Christ à l’universalité du genre humain (cf. Mt 28, 19)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous les hommes sont appelés à faire partie du Peuple de Dieu. C’est pourquoi ce Peuple, demeurant un et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés (...). Ce caractère d’universalité qui brille sur le Peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-même, grâce auquel l’Église catholique, efficacement et perpétuellement, tend à récapituler l’humanité entière avec tout ce qu’elle comporte de biens sous le Christ chef, dans l’unité de son Esprit (LG 13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Chaque Église particulière est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''832 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église du Christ est vraiment présente en tous les légitimes groupements locaux de fidèles qui, unis à leurs pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux aussi, le nom d’Églises (...). En elles, les fidèles sont rassemblés par la prédication de l’Évangile du Christ, le mystère de la Cène du Seigneur est célébré (...). Dans ces communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent ou dispersées, le Christ est présent par la vertu de qui se constitue l’Église une, sainte, catholique et apostolique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''833 ''On entend par Église particulière, qui est d’abord le diocèse (ou l’éparchie), une communauté de fidèles chrétiens en communion dans la foi et les sacrements avec leur évêque ordonné dans la succession apostolique (cf. CD 11&amp;amp;nbsp;; CIC, can. 368-369&amp;amp;nbsp;; CCEO 177, 1&amp;amp;nbsp;; 178&amp;amp;nbsp;; 311, 1&amp;amp;nbsp;; 312). Ces Églises particulières &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont formées à l’image de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;; c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Église catholique une et unique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''834 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les Églises particulières sont pleinement catholiques par la communion avec l’une d’entre elles&amp;amp;nbsp;: l’Église de Rome &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui préside à la charité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 1, 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Irénée, hær. 3, 3, 2&amp;amp;nbsp;: repris par Cc. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3057). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, dès la descente vers nous du Verbe incarné, toutes les Églises chrétiennes de partout ont tenu et tiennent la grande Église qui est ici [à Rome] pour unique base et fondement parce que, selon les promesses mêmes du Sauveur, les portes de l’enfer n’ont jamais prévalu sur elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Maxime le Confesseur, opusc.&amp;amp;nbsp;: PG 91, 137-140).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''835 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Église universelle ne doit pas être comprise comme une simple somme ou fédération d’églises particulières. Mais c’est bien plus l’Église, universelle par vocation et mission, qui prend racine dans une variété de terrains culturels, sociaux et humains, prenant dans chaque partie du monde des aspects et des formes d’expression diverses&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 62). La riche variété de disciplines ecclésiastiques, de rites liturgiques, de patrimoines théologiques et spirituels propres aux Églises locales &amp;quot;&amp;amp;nbsp;montre avec plus d’éclat, par leur convergence dans l’unité, la catholicité de l’Église indivise&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Qui appartient à l’Église catholique&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''836 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A l’unité catholique du Peuple de Dieu (...) tous les hommes sont appelés&amp;amp;nbsp;; à cette unité appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés, et les fidèles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 13)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''837 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et tous les moyens de salut institués en elle, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. L’incorporation à l’Église, cependant, n’assure pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien ‘de corps’ au sein de l’Église, mais non ‘de cœur’&amp;amp;nbsp;&amp;quot;(LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''838 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ou sans garder l’unité de communion avec le successeur de Pierre, l’Église se sait unie pour de multiples raisons&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 15). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le Baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 3). ''Avec les Églises orthodoxes'', cette communion est si profonde &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’il lui manque bien peu pour qu’elle atteigne la plénitude autorisant une célébration commune de l’Eucharistie du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 14 décembre 1975&amp;amp;nbsp;; cf. UR 13-18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’Église et les non-chrétiens'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''839 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quant à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le'' ''rapport de l’Église avec le Peuple Juif. ''L’Église, Peuple de Dieu dans la Nouvelle Alliance, découvre, en scrutant son propre mystère, son lien avec le Peuple Juif (cf. NA 4). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à qui Dieu a parlé en premier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MR, Vendredi Saint 13&amp;amp;nbsp;: oraison universelle VI). A la différence des autres religions non-chrétiennes la foi juive est déjà réponse à la révélation de Dieu dans l’Ancienne Alliance. C’est au Peuple Juif qu’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, lui de qui est né, selon la chair le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 9, 4-5) car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 11, 29).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''840 ''Par ailleurs, lorsque l’on considère l’avenir, le Peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance et le nouveau Peuple de Dieu tendent vers des buts analogues&amp;amp;nbsp;: l’attente de la venue (ou du retour) du Messie. Mais l’attente est d’un côté du retour du Messie, mort et ressuscité, reconnu comme Seigneur et Fils de Dieu, de l’autre de la venue du Messie, dont les traits restent voilés, à la fin des temps, attente accompagnée du drame de l’ignorance ou de la méconnaissance du Christ Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''841 Les relations de l’Église avec les musulmans. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, en déclarant qu’ils gardent la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, juge des hommes au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''842 Le lien de l’Église avec les religions non-chrétiennes'' est d’abord celui de l’origine et de la fin communes du genre humain&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, tous les peuples forment une seule communauté&amp;amp;nbsp;; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre&amp;amp;nbsp;; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la cité sainte (NA 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''843 ''L’Église reconnaît dans les autres religions la recherche, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;encore dans les ombres et sous des images&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, du Dieu inconnu mais proche puisque c’est Lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses et puisqu’il veut que tous les hommes soient sauvés. Ainsi, l’Église considère tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. NA 2&amp;amp;nbsp;; EN 53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''844 ''Mais dans leur comportement religieux, les hommes montrent aussi des limites et des erreurs qui défigurent en eux l’image de Dieu&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Bien souvent, trompés par le malin, ils se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, en servant la créature de préférence au Créateur ou bien vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils sont exposés à l’extrême désespoir (LG 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''845 ''C’est pour réunir de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils. L’Église est le lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le monde réconcilié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 96, 7, 9&amp;amp;nbsp;: PL 38, 588). Elle est ce navire qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;navigue bien en ce monde au souffle du Saint-Esprit sous la pleine voile de la Croix du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ambroise, virg. 18, 118&amp;amp;nbsp;: PL 16, 297B)&amp;amp;nbsp;; selon une autre image chère aux Pères de l’Église, elle est figurée par l’Arche de Noé qui seule sauve du déluge (cf. déjà 1 P 3, 20-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Hors de l’Église point de salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot;'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''846 ''Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l’Église&amp;amp;nbsp;? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l’Église qui est son Corps&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut&amp;amp;nbsp;: or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église&amp;amp;nbsp;; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du Baptême, c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du Baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient être sauvés (LG 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''847 ''Cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel (LG 16&amp;amp;nbsp;; cf. DS 3866-3872).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''848 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui seul amener à la foi ‘sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, l’Église a le devoir en même temps que le droit sacré d’évangéliser&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 7) tous les hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission – une exigence de la catholicité de l’Église'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''849 Le mandat missionnaire. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Envoyée par Dieu aux nations pour être le sacrement universel du salut, l’Église, en vertu des exigences intimes de sa propre catholicité et obéissant au commandement de son fondateur est tendue de tout son effort vers la prédication de l’Évangile à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 28, 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''850 L’origine et le but de la mission. ''Le mandat missionnaire du Seigneur a sa source ultime dans l’amour éternel de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De par sa nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2). Et but dernier de la mission n’est autre que de faire participer les hommes à la communion qui existe entre le Père et le Fils dans leur Esprit d’amour (cf. Jean-Paul II, RM 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''851 Le motif de la mission.. ''C’est de ''l’amour'' de Dieu pour tous les hommes que l’Église a de tout temps tiré l’obligation et la force de son élan missionnaire&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;car l’amour du Christ nous presse...&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 14&amp;amp;nbsp;; cf. AA 6&amp;amp;nbsp;; RM 11). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance de ''la vérité''. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l’Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut&amp;amp;nbsp;; mais l’Église à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C’est parce qu’elle croit au dessin universel de salut qu’elle doit être missionnaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''852 Les chemins de la mission. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’Esprit Saint est le protagoniste de toute la mission ecclésiale&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (RM 21). C’est lui qui conduit l’Église sur les chemins de la mission. Celle-ci &amp;quot;&amp;amp;nbsp;continue et développe au cours de l’histoire la mission du Christ lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle&amp;amp;nbsp;; c’est donc par la même route qu’a suivi le Christ lui-même que, sous la poussée de l’Esprit du Christ, l’Église doit marcher, c’est-à-dire par la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). C’est ainsi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le sang des martyrs est une semence de chrétiens&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien, apol. 50).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''853 ''Mais dans son pèlerinage l’Église fait aussi l’expérience de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distance qui sépare le message qu’elle révèle et la faiblesse humaine de ceux auxquels cet Évangile est confié&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 6). Ce n’est qu’en avançant sur le chemin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de la pénitence et du renouvellement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8&amp;amp;nbsp;; cf. 15) et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;par la porte étroite de la Croix&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 1) que le Peuple de Dieu peut étendre le règne du Christ (cf. RM 12-20). En effet, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la Rédemption, l’Église elle aussi est appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''854'' Par sa mission même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Église fait route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde&amp;amp;nbsp;; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 40, § 2). L’effort missionnaire exige donc ''la patience''. Il commence par l’annonce de l’Évangile aux peuples et aux groupes qui ne croient pas encore au Christ (cf. RM 42-47)&amp;amp;nbsp;; il se poursuit dans l’établissement de communautés chrétiennes qui soient des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signes de la présence de Dieu dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 15), et dans la fondation d’Églises locales (cf. RM 48-49)&amp;amp;nbsp;; il engage un processus d’inculturation pour incarner l’Évangile dans les cultures des peuples (cf. RM 52-54)&amp;amp;nbsp;; il ne manquera pas de connaître aussi des échecs. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En ce qui concerne les hommes, les groupes humains et les peuples, l’Église ne les atteint et ne les pénètre que progressivement, et les assume ainsi dans la plénitude catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''855 ''La mission de l’Église appelle l’effort ''vers l’unité des chrétiens'' (cf. RM 50). En effet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les divisions entre chrétiens empêchent l’Église de réaliser la plénitude de catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le Baptême, mais se trouvent séparés de sa pleine communion. Bien plus, pour l’Église elle-même, il devient plus difficile d’exprimer sous tous ses aspects la plénitude de la catholicité dans la réalité même de sa vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (UR 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''856 ''La tâche missionnaire implique ''un dialogue'' ''respectueux'' avec ceux qui n’acceptent pas encore l’Évangile (cf. RM 55). Les croyants peuvent tirer profit pour eux-mêmes de ce dialogue en apprenant à mieux connaître &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout ce qui se trouvait déjà de vérité et de grâce chez les nations comme par une secrète présence de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9). S’ils annoncent la Bonne Nouvelle à ceux qui l’ignorent, c’est pour consolider, compléter et élever la vérité et le bien que Dieu a répandus parmi les hommes et les peuples, et pour les purifier de l’erreur et du mal &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’Église est apostolique =====&lt;br /&gt;
''857 ''L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur les apôtres, et ceci en un triple sens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle a été et demeure bâtie sur &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le fondement des apôtres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 20&amp;amp;nbsp;; Ap 21, 14), témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même (cf. Mt 28, 16-20&amp;amp;nbsp;; Ac 1, 8&amp;amp;nbsp;; 1 Co 9, 1&amp;amp;nbsp;; 15, 7-8&amp;amp;nbsp;; Ga 1, 1&amp;amp;nbsp;; etc.)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui habite en elle, l’enseignement (cf. Ac 2, 42), le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres (cf. 2 Tm 1, 13-14)&amp;amp;nbsp;;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les apôtres jusqu’au retour du Christ grâce à ceux qui leurs succèdent dans leur charge pastorale&amp;amp;nbsp;: le collège des évêques, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Père éternel, tu n’abandonnes pas ton troupeau, mais tu le gardes par tes bienheureux apôtres sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui continuent aujourd’hui l’œuvre de ton Fils (MR, Préface des apôtres).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mission des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''858 ''Jésus est l’Envoyé du Père. Dès le début de son ministère, il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;appela à lui ceux qu’il voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 3, 13-14). Dès lors, ils seront ses &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (ce que signifie le mot grec ''apostoloi''). En eux continue sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 21&amp;amp;nbsp;; cf. 13, 20&amp;amp;nbsp;; 17, 18). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qui vous accueille, M’accueille&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, dit-il aux Douze (Mt 10, 40&amp;amp;nbsp;; cf. Lc 10, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''859 ''Jésus les unit à sa mission reçue du Père&amp;amp;nbsp;: comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Fils ne peut rien faire de Lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 19. 30), mais reçoit tout du Père qui l’a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans Lui (cf. Jn 15, 5) de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les apôtres du Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres d’une alliance nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 3, 6), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministres de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 4), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en ambassade pour le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 20), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;serviteurs du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 4, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''860 ''Dans la charge des apôtres, il y a un aspect intransmissible&amp;amp;nbsp;: être les témoins choisis de la Résurrection du Seigneur et les fondements de l’Église. Mais il y a aussi un aspect permanent de leur charge. Le Christ leur a promis de rester ''avec eux'' jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mission divine confiée par Jésus aux apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles, étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les apôtres prirent soin d’instituer (...) des successeurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les évêques successeurs des apôtres'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''861 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, les apôtres donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux, leur recommandant de prendre garde au troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués pour paître l’Église de Dieu. Ils instituèrent donc des hommes de ce genre, et disposèrent par la suite qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés recueilleraient leur ministère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20&amp;amp;nbsp;; cf. S. Clément de Rome, Cor. 42&amp;amp;nbsp;; 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''862 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge dont l’ordre sacré des évêques doit assurer la pérennité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. C’est pourquoi l’Église enseigne que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux apôtres, comme pasteurs de l’Église, en sorte que, qui les écoute, écoute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''L’apostolat'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''863 ''Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;envoyée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dans le monde entier&amp;amp;nbsp;; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. On appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;toute activité du Corps mystique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; qui tend à &amp;quot;&amp;amp;nbsp;étendre le règne du Christ à toute la terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''864 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est évident que la fécondité de l’apostolat, celui des ministres ordonnés comme celui des laïcs, dépend de leur union vitale avec le Christ (cf. Jn 15, 5&amp;amp;nbsp;; AA 5). Selon les vocations, les appels du temps, les dons variés du Saint-Esprit, l’apostolat prend les formes les plus diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’Eucharistie, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qui est comme l’âme de tout apostolat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''865 ''L’Église est ''une, sainte, catholique et apostolique'' dans son identité profonde et ultime, parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le Règne de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ap 19, 6), advenu dans la Personne du Christ et grandissant mystérieusement au cœur de ceux qui Lui sont incorporés, jusqu’à sa pleine manifestation eschatologique. Alors ''tous'' les hommes rachetés par Lui, rendus en lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;''saints ''et immaculés en présence de Dieu dans l’Amour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Ep 1, 4), seront rassemblés comme ''l’unique'' Peuple de Dieu, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la Cité Sainte descendant du Ciel, de chez Dieu, avec en elle la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 10-11)&amp;amp;nbsp;; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le rempart de la ville repose sur les douze assises portant chacune le nom de l’un des ''douze apôtres de l’Agneau''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''866 L’Église est ''une&amp;amp;nbsp;: ''Elle a un seul Seigneur, elle confesse une seule foi, elle naît d’un seul Baptême, elle ne forme qu’un Corps, vivifié par un seul Esprit, en vue d’une unique espérance (cf. Ep 4, 3-5) au terme de laquelle seront surmontées toutes les divisions.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''867 L’Église est ''sainte&amp;amp;nbsp;: ''Le Dieu très saint est son auteur&amp;amp;nbsp;; le Christ, son Époux, s’est livré pour elle pour la sanctifier&amp;amp;nbsp;; l’Esprit de sainteté la vivifie. Encore qu’elle comprenne des pécheurs, elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sans-péché faite de pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Dans les saints brille sa sainteté&amp;amp;nbsp;; en Marie elle est déjà la toute sainte.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''868 L’Église est ''catholique&amp;amp;nbsp;: ''Elle annonce la totalité de la foi&amp;amp;nbsp;; elle porte en elle et administre la plénitude des moyens de salut&amp;amp;nbsp;; elle est envoyée à tous les peuples&amp;amp;nbsp;; elle s’adresse à tous les hommes&amp;amp;nbsp;; elle embrasse tous les temps&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;elle est, de par sa nature même, missionnaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''869 L’Église est ''apostolique&amp;amp;nbsp;: ''Elle est bâtie sur des assises durables&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les douze apôtres de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 14)&amp;amp;nbsp;; elle est indestructible (cf. Mt 16, 18)&amp;amp;nbsp;; elle est infailliblement tenue dans la vérité&amp;amp;nbsp;: le Christ la gouverne par Pierre et les autres apôtres, présents en leurs successeurs, le Pape et le collège des évêques.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''870 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’unique Église du Christ, dont nous professons dans le Symbole qu’elle est une, sainte, catholique et apostolique, (...) c’est dans l’Église catholique qu’elle existe, gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques qui sont en communion avec lui, encore que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 8).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 4. Les fideles du Christ – Hiérarchie, laïcs, vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''871 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le Baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, participant à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l’Église pour qu’elle l’accomplisse dans le monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 204, §1&amp;amp;nbsp;; cf. LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''872 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entre tous les fidèles du Christ, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe, quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propre de chacun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 208&amp;amp;nbsp;; cf. LG 32).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''873 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Les différences mêmes que le Seigneur a voulu mettre entre les membres de son Corps servent son unité et sa mission. Car &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il y a dans l’Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2). Enfin il y a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie [hiérarchie et laïcs] et qui, par la profession des conseils évangéliques (...) sont consacrés à Dieu et concourent à la mission salvatrice de l’Église à leur manière propre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 207, § 2).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La constitution hiérarchique de l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Pourquoi le ministère ecclésial&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''874 ''Le Christ est lui-même la source du ministère dans l’Église. Il l’a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ Seigneur, pour assurer au Peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Église des ministères variés qui tendent au bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacré, sont au service de leurs frères, pour que tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu (...) parviennent au salut (LG 18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''875 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comment croire sans d’abord entendre&amp;amp;nbsp;? Et comment entendre sans prédicateur&amp;amp;nbsp;? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 14-15). Personne, aucun individu ni aucune communauté, ne peut s’annoncer à lui-même l’Évangile. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La foi vient de l’écoute&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 10, 17). Personne ne peut se donner lui-même le mandat et la mission d’annoncer l’Évangile. L’envoyé du Seigneur parle et agit non pas par autorité propre, mais en vertu de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;; non pas comme membre de la communauté, mais parlant à elle au nom du Christ. Personne ne peut se conférer à lui-même la grâce, elle doit être donnée et offerte. Cela suppose des ministres de la grâce, autorisés et habilités de la part du Christ. De Lui, les évêques et les prêtres reçoivent la mission et la faculté (le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot;) d’agir ''in persona Christi Capitis'', les Diacres, la force de servir le peuple de Dieu dans la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;diaconie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbytérium. Ce ministère, dans lequel les envoyés du Christ font et donnent par don de Dieu ce qu’ils ne peuvent faire et donner d’eux-mêmes, la tradition de l’Église l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ministère de l’Église est conféré par un sacrement propre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''876 ''Intrinsèquement lié à la nature sacramentelle du ministère ecclésial est ''son caractère de service''. En effet, entièrement dépendant du Christ qui donne mission et autorité, les ministres sont vraiment &amp;quot;&amp;amp;nbsp;esclaves du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 1, 1), à l’image du Christ qui a pris librement pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la forme d’esclave&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 2, 7). Parce que la parole et la grâce dont ils sont les ministres ne sont pas les leurs, mais celles du Christ qui les leurs a confiées pour les autres, ils se feront librement esclaves de tous (cf. 1 Co 9, 19).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''877 ''De même, il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère collégial''. En effet, dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus institua les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les germes du Nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AG 5). Choisis ensemble, ils sont aussi envoyés ensemble, et leur unité fraternelle sera au service de la communion fraternelle de tous les fidèles&amp;amp;nbsp;; elle sera comme un reflet et un témoignage de la communion des personnes divines (cf. Jn 17, 21-23). Pour cela, tout évêque exerce son ministère au sein du collège épiscopal, en communion avec l’évêque de Rome, successeur de S. Pierre et chef du collège&amp;amp;nbsp;; les prêtres exercent leur ministère au sein du presbyterium du diocèse, sous la direction de leur évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''878 ''Enfin il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un ''caractère personnel.'' Si les ministres du Christ agissent en communion, ils agissent toujours aussi de façon personnelle. Chacun est appelé personnellement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toi, suis-moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 21, 22&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 4, 19. 21&amp;amp;nbsp;; Jn 1, 43) pour être, dans la mission commune, témoin personnel, portant personnellement responsabilité devant Celui qui donne la mission, agissant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Sa personne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et pour des personnes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te baptise au nom du Père...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je te pardonne...&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''879 ''Le ministère sacramentel dans l’Église est donc un service exercé au nom du Christ. Il a un caractère personnel et une forme collégiale. Cela se vérifie dans les liens entre le collège épiscopal et son chef, le successeur de S. Pierre, et dans le rapport entre la responsabilité pastorale de l’évêque pour son Église particulière et la sollicitude commune du collège épiscopal pour l’Église Universelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le collège épiscopal et son chef, le Pape'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''880 ''Le Christ, en instituant les Douze, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;leur donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 19). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même que S. Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 330).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''881 ''Le Seigneur a fait du seul Simon, auquel Il donna le nom de Pierre, la pierre de son Église. Il lui en a remis les clefs (cf. Mt 16, 18-19)&amp;amp;nbsp;; Il l’a institué pasteur de tout le troupeau (cf. Jn 21, 15-17). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais cette charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée, sans aucun doute, au collège des apôtres unis à leur chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22). Cette charge pastorale de Pierre et des autres apôtres appartient aux fondements de l’Église. Elle est continuée par les évêques sous la primauté du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''882 ''Le ''Pape'', évêque de Rome et successeur de S. Pierre, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est principe perpétuel et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours librement exercer&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CD 2&amp;amp;nbsp;; 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''883 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le ''collège ou corps épiscopal'' n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife romain, comme à son chef&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Comme tel, ce collège est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lui aussi le sujet d’un pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22&amp;amp;nbsp;; cf. CIC, can. 336).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''884 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Collège des Évêques exerce le pouvoir sur l’Église tout entière de manière solennelle dans le Concile Œcuménique&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 337, §1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’y a pas de Concile Œcuménique s’il n’est comme tel confirmé ou tout au moins accepté par le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''885 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Par sa composition multiple, ce collège exprime la variété et l’universalité du Peuple de Dieu&amp;amp;nbsp;; il exprime, par son rassemblement sous un seul chef, l’unité du troupeau du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''886 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les ''évêques'' sont, chacun pour sa part, principe et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Comme tels ils &amp;quot;&amp;amp;nbsp;exercent leur autorité pastorale sur la portion du Peuple de Dieu qui leur a été confiée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23), assistés des prêtres et des diacres. Mais, comme membres du collège épiscopal chacun d’entre eux a part à la sollicitude pour toutes les Églises (cf. CD 3), qu’ils exercent d’abord &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en gouvernant bien leur propre Église comme une portion de l’Église universelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, contribuant ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au bien de tout le Corps mystique qui est aussi le Corps des Églises&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23). Cette sollicitude s’étendra particulièrement aux pauvres (cf. Ga 2, 10), aux persécutés pour la foi, ainsi qu’aux missionnaires qui œuvrent sur toute la terre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''887 ''Les Églises particulières voisines et de culture homogène forment des provinces ecclésiastiques ou des ensembles plus vastes appelés patriarcats ou régions (cf. Canon des Apôtres 34). Les évêques de ces ensembles peuvent se réunir en synodes ou en conciles provinciaux. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;De même, les Conférences épiscopales peuvent, aujourd’hui, contribuer de façon multiple et féconde à ce que l’esprit collégial se réalise concrètement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge d’enseigner'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''888 ''Les évêques, avec les prêtres, leurs coopérateurs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ont pour première tâche d’annoncer l’Évangile de Dieu à tous les hommes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PO 4), selon l’ordre du Seigneur (cf. Mc 16, 15). Ils sont &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les hérauts de la foi, qui amènent au Christ de nouveaux disciples, les docteurs authentiques&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la foi apostolique, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pourvus de l’autorité du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''889 ''Pour maintenir l’Église dans la pureté de la foi transmise par les apôtres, le Christ a voulu conférer à son Église une participation à sa propre infaillibilité, Lui qui est la Vérité. Par le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sens surnaturel de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Peuple de Dieu &amp;quot;&amp;amp;nbsp;s’attache indéfectiblement à la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, sous la conduite du Magistère vivant de l’Église (cf. LG 12&amp;amp;nbsp;; DV 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''890 ''La mission du Magistère est liée au caractère définitif de l’alliance instaurée par Dieu dans le Christ avec son Peuple&amp;amp;nbsp;; il doit le protéger des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique. La charge pastorale du Magistère est ainsi ordonnée à veiller à ce que le Peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Pour accomplir ce service, le Christ a doté les pasteurs du charisme d’infaillibilité en matière de foi et de mœurs. L’exercice de ce charisme peut revêtir plusieurs modalités&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''891 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi, il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs (...). L’infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son Magistère suprême en union avec le successeur de Pierre&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, surtout dans un Concile Œcuménique (LG 25&amp;amp;nbsp;; cf. Vatican I&amp;amp;nbsp;: DS 3074). Lorsque par son Magistère suprême, l’Église propose quelque chose &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à croire comme étant révélé par Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DV 10) et comme enseignement du Christ, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;il faut adhérer dans l’obéissance de la foi à de telles définitions&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25). Cette infaillibilité s’étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine (cf. LG 25).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''892 ''L’assistance divine est encore donnée aux successeurs des apôtres, enseignant en communion avec le successeur de Pierre, et, d’une manière particulière, à l’évêque de Rome, Pasteur de toute l’Église, lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d’une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manière définitive&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de mœurs. A cet enseignement ordinaire les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;donner l’assentiment religieux de leur esprit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 25) qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de sanctifier'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''893 ''L’évêque porte aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la responsabilité de dispenser la grâce du suprême sacerdoce&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26), en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre lui-même ou dont il assure l’oblation par les prêtres, ses coopérateurs. Car l’Eucharistie est le centre de la vie de l’Église particulière. L’évêque et les prêtres sanctifient l’Église par leur prière et leur travail, par le ministère de la parole et des sacrements. Ils la sanctifient par leur exemple, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 P 5, 3). C’est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;qu’ils parviennent, avec le troupeau qui leur est confié, à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La charge de régir'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''894 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les évêques dirigent leurs Églises particulières comme vicaires et légats du Christ par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice de leur pouvoir sacré&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27), qu’ils doivent cependant exercer pour édifier, dans l’esprit de service qui est celui de leur Maître (cf. Lc 22, 26-27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''895 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce pouvoir qu’ils exercent personnellement au nom du Christ est un pouvoir propre, ordinaire et immédiat&amp;amp;nbsp;: il est soumis cependant dans son exercice à la régulation dernière de l’autorité suprême de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27). Mais on ne doit pas considérer les évêques comme des vicaires du Pape dont l’autorité ordinaire et immédiate sur toute l’Église n’annule pas, mais au contraire confirme et défend la leur. Celle-ci doit s’exercer en communion avec toute l’Église sous la conduite du Pape.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''896 ''Le Bon Pasteur sera le modèle et la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;forme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la charge pastorale de l’évêque. Conscient de ses faiblesses, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’évêque peut se montrer indulgent envers les ignorants et les égarés. Qu’il ne répugne pas à écouter ceux qui dépendent de lui, les entourant comme de vrais fils (...). Quant aux fidèles, ils doivent s’attacher à leur évêque comme l’Église à Jésus-Christ et comme Jésus-Christ à son Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 27)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ [suit] son Père, et le presbytérium comme les apôtres&amp;amp;nbsp;; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu. Que personne ne fasse en dehors de l’évêque rien de ce qui regarde l’Église (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 1).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Les fidèles laïcs =====&lt;br /&gt;
''897 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sous le nom de laïcs, on entend ici l’ensemble des chrétiens excepté les membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu par l’Église, c’est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vocation des laïcs'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''898 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu (...). C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''899 ''L’initiative des chrétiens laïcs est particulièrement nécessaire lorsqu’il s’agit de découvrir, d’inventer des moyens pour imprégner les réalités sociales, politiques, économiques, les exigences de la doctrine et de la vie chrétiennes. Cette initiative est un élément normal de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les fidèles laïcs se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Église&amp;amp;nbsp;; par eux, l’Église est le principe vital de la société. C’est pourquoi eux surtout doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Église, mais d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre sous la conduite du Chef commun, le Pape, et des Évêques en communion avec lui. Ils sont l’Église (Pie XII, discours 20 février 1946&amp;amp;nbsp;: cité par Jean-Paul II, CL 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''900 ''Parce que, comme tous les fidèles, ils sont chargés par Dieu de l’apostolat en vertu du baptême et de la confirmation, les laïcs sont tenus par l’obligation et jouissent du droit, individuellement ou groupés en associations, de travailler à ce que le message divin du salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre&amp;amp;nbsp;; cette obligation est encore plus pressante lorsque ce n’est que par eux que les hommes peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ. Dans les communautés ecclésiales, leur action est si nécessaire que, sans elle, l’apostolat des pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein effet (cf. LG 33)..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La participation des laïcs à la charge sacerdotale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''901 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs, en vertu de leur consécration au Christ et de l’onction de l’Esprit Saint, reçoivent la vocation admirable et les moyens qui permettent à l’Esprit de produire en eux des fruits toujours plus abondants. En effet, toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient ‘offrande spirituelle, agréable à Dieu par Jésus-Christ’ (1 P 2, 5)&amp;amp;nbsp;; et dans la célébration eucharistique, ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 34&amp;amp;nbsp;; cf. LG 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''902 ''De façon particulière, les parents participent de la charge de sanctification &amp;quot;&amp;amp;nbsp;lorsqu’ils mènent une vie conjugale selon l’esprit chrétien et procurent à leurs enfants une éducation chrétienne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 835, § 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''903 ''Les laïcs, s’ils ont les qualités requises, peuvent être admis de manière stable aux ministères de lecteurs et d’acolyte (cf. CIC, can. 230, § 1). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Là où le besoin de l’Église le demande par défaut de ministres, les laïcs peuvent aussi, même s’ils ne sont ni lecteurs ni acolytes, suppléer à certaines de leurs fonctions, à savoir exercer le ministère de la parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la sainte communion, selon les dispositions du droit&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 230, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge prophétique du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''904 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le Christ (...) accomplit sa fonction prophétique non seulement par la hiérarchie (...) mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Enseigner quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque prédicateur et même de chaque croyant (S. Thomas d’A., s. th. 3 71, 4, ad 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''905 ''Leur mission prophétique, les laïcs l’accomplissent aussi par l’évangélisation, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;c’est-à-dire l’annonce du Christ faite par le témoignage de la vie et par la parole&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Chez les laïcs, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cette action évangélisatrice (...) prend un caractère spécifique et une particulière efficacité du fait qu’elle s’accomplit dans les conditions communes du siècle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 35)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Cet apostolat ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie&amp;amp;nbsp;: le véritable apôtre cherche les occasions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants (...), soit aux fidèles (AA 6&amp;amp;nbsp;; cf. AG 15).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''906 ''Ceux d’entre les fidèles laïcs qui en sont capables et qui s’y forment peuvent aussi prêter leur concours à la formation catéchétique (cf. CIC, can. 774&amp;amp;nbsp;; 776&amp;amp;nbsp;; 780), à l’enseignement des sciences sacrées (cf. CIC, can. 229), aux moyens de communication sociale (cf. CIC, can. 823, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''907 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Selon le devoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 212, § 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Leur participation à la charge royale du Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''908 ''Par son obéissance jusqu’à la mort (cf. Ph 2, 8-9), le Christ a communiqué à ses disciples le don de la liberté royale, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pour qu’ils arrachent au péché son empire en eux-mêmes par leur abnégation et la sainteté de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Celui qui soumet son propre corps et régit son âme, sans se laisser submerger par les passions est son propre maître&amp;amp;nbsp;: il peut être appelé roi parce qu’il est capable de régir sa propre personne&amp;amp;nbsp;; il est libre et indépendant et ne se laisse captiver par un esclavage coupable (S. Ambroise, Psal. 118, 14, 30&amp;amp;nbsp;: PL 15, 1403A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''909 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Que les laïcs, en outre, unissant leurs forces, apportent aux institutions et aux conditions de vie dans le monde, quand elles provoquent au péché, les assainissements convenables, pour qu’elles deviennent toutes conformes aux règles de la justice et favorisent l’exercice de la vertu au lieu d’y faire obstacle. En agissant ainsi ils imprègnent de valeur morale la culture et les œuvres humaines&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''910 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les laïcs peuvent aussi se sentir appelés ou être appelés à collaborer avec les pasteurs au service de la communauté ecclésiale, pour la croissance et la vie de celle-ci, exerçant des ministères très diversifiés, selon la grâce et les charismes que le Seigneur voudra bien déposer en eux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (EN 73).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''911 ''Dans l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les fidèles laïcs peuvent coopérer selon le droit à l’exercice du pouvoir de gouvernement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 129, § 2). Ainsi de leur présence dans les Conseils particuliers (can. 443, § 4), les Synodes diocésains (can. 463, §§ 1. 2), les Conseils pastoraux (can. 511&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; dans l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse (can. 517, § 2)&amp;amp;nbsp;; la collaboration aux Conseils des affaires économiques (can. 492, § 1&amp;amp;nbsp;; 536)&amp;amp;nbsp;; la participation aux tribunaux ecclésiastiques (can. 1421, § 2), etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''912 ''Les fidèles doivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distinguer avec soin entre les droits et devoirs qui leur incombent en tant que membres de l’Église et ceux qui leur reviennent comme membres de la société humaine. Qu’ils s’efforcent d’accorder harmonieusement les uns et les autres entre eux, se souvenant que la conscience chrétienne doit être leur guide en tous domaines temporels, car aucune activité humaine, fut-elle d’ordre temporel, ne peut être soustraite à l’empire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 36).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''913 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ainsi tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même ‘à la mesure du don du Christ’ (Ep 4, 7)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 33).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La vie consacrée =====&lt;br /&gt;
''914 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant sans conteste à sa vie et à sa sainteté&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 44).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Conseils évangéliques, vie consacrée'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''915 ''Les conseils évangéliques sont, dans leur multiplicité, proposés à tout disciple du Christ. La perfection de la charité à laquelle tous les fidèles sont appelés comporte pour ceux qui assument librement l’appel à la vie consacrée, l’obligation de pratiquer la chasteté dans le célibat pour le Royaume, la pauvreté et l’obéissance. C’est la ''profession'' de ces conseils dans un état de vie stable reconnu par l’Église, qui caractérise la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; à Dieu (cf. LG 42-43&amp;amp;nbsp;; PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''916 ''L’état de la vie consacrée apparaît dès lors comme l’une des manières de connaître une consécration &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus intime&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, qui s’enracine dans le Baptême et dédie totalement à Dieu (cf. PC 5). Dans la vie consacrée, les fidèles du Christ se proposent, sous la motion de l’Esprit Saint, de suivre le Christ de plus près, de se donner à Dieu aimé par-dessus tout et, poursuivant la perfection de la charité au service du Royaume, de signifier et d’annoncer dans l’Église la gloire du monde à venir (cf. CIC, can. 573).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Un grand arbre, de multiples rameaux'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''917 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme un arbre qui se ramifie de façons admirables et multiples dans le champ du Seigneur, à partir d’un germe semé par Dieu, ainsi se développèrent des formes variées de vie solitaire ou commune, des familles diverses dont le capital spirituel profite à la fois aux membres de ces familles et au bien de tout le Corps du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 43).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''918 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dès les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion du Saint-Esprit, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Église accueillit volontiers et approuva de son autorité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''919 ''Les évêques s’efforceront toujours de discerner les nouveaux dons de vie consacrée confiés par l’Esprit Saint à son Église&amp;amp;nbsp;; l’approbation de nouvelles formes de vie consacrée est réservée au Siège Apostolique (cf. CIC, can. 605).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie érémitique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''920 ''Sans toujours professer publiquement les trois conseils évangéliques, les ermites, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de solitude, dans la prière assidue et la pénitence, vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 603, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''921 ''Ils montrent à chacun cet aspect intérieur du mystère de l’Église qu’est l’intimité personnelle avec le Christ. Cachée aux yeux des hommes, la vie de l’ermite est prédication silencieuse de Celui auquel il a livré sa vie, parce qu’Il est tout pour lui. C’est là un appel particulier à trouver au désert, dans le combat spirituel même, la gloire du Crucifié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les vierges et les veuves consacrées'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''922 ''Dès les temps apostoliques, des vierges (cf. 1 Co 7, 34-36) et des veuves chrétiennes (cf. Jean-Paul II, exh. ap. ''Vita Consecrata'', 7), appelées par le Seigneur à s’attacher à Lui sans partage dans une plus grande liberté de cœur, de corps et d’esprit, ont pris la décision, approuvée par l’Église, de vivre, respectivement, dans l’état de la virginité ou de la chasteté perpétuelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à cause du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 12).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''923 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, [des vierges] sont consacrées à Dieu par l’évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, sont épousées mystiquement par le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1). Par ce rite solennel (&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Consecratio virginum''), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vierge est constituée personne consacrée, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe transcendant de l’amour de l’Église envers le Christ, image eschatologique de cette Épouse du Ciel et de la vie future&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (OCV prænotanda 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''924 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Proche des autres formes de vie consacrée&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 604, § 1), l’ordre des vierges établit la femme vivant dans le monde (ou la moniale) dans la prière, la pénitence, le service de ses frères et le travail apostolique, selon l’état et les charismes respectifs offerts à chacune (OCV prænotanda 2). Les vierges consacrées peuvent s’associer pour garder plus fidèlement leur propos (cf. CIC, can. 604, § 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La vie religieuse'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''925 ''Née en Orient dans les premiers siècles du christianisme (cf. UR 15) et vécue dans les instituts canoniquement érigés par l’Église (cf. CIC, can. 573), la vie religieuse se distingue des autres formes de la vie consacrée par l’aspect cultuel, la profession publique des conseils évangéliques, la vie fraternelle menée en commun, le témoignage rendu à l’union du Christ et de l’Église (cf. CIC, can. 607).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''926 ''La vie religieuse relève du mystère de l’Église. Elle est un don que l’Église reçoit de son Seigneur et qu’elle offre comme un état de vie stable au fidèle appelé par Dieu dans la profession des conseils. Ainsi l’Église peut-elle à la fois manifester le Christ et se reconnaître Épouse du Sauveur. La vie religieuse est invitée à signifier, sous ses formes variées, la charité même de Dieu, dans le langage de notre temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''927 ''Tous les religieux, exempts ou non (cf. CIC, can. 591), prennent place parmi les coopérateurs de l’évêque diocésain dans sa charge pastorale (cf. CD 33-35). L’implantation et l’expansion missionnaire de l’Église requièrent la présence de la vie religieuse sous toutes ses formes dès les débuts de l’évangélisation (cf. AG 18&amp;amp;nbsp;; 40). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’histoire atteste les grands mérites des familles religieuses dans la propagation de la foi et dans la formation de nouvelles Églises, depuis les antiques Institutions monastiques et les Ordres médiévaux jusqu’aux Congrégations modernes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jean-Paul II, RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les instituts séculiers'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''928 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’institut séculier est un institut de vie consacrée où les fidèles vivant dans le monde tendent à la perfection de la charité et s’efforcent de contribuer surtout de l’intérieur à la sanctification du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 710).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''929 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Par une &amp;quot;&amp;amp;nbsp;vie parfaitement et entièrement consacrée à [cette] sanctification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Pie XII, const. ap. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Provida Mater&amp;amp;nbsp;&amp;quot;), les membres de ces instituts participent à la tâche d’évangélisation de l’Église, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans le monde et à partir du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, où leur présence agit &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la manière d’un ferment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (PC 11). &amp;lt;/nowiki&amp;gt;Leur témoignage de vie chrétienne vise à ordonner selon Dieu les réalités temporelles et pénétrer le monde de la force de l’Évangile. Ils assument par des liens sacrés les conseils évangéliques et gardent entre eux la communion et la fraternité propres à leur mode de vie séculier (cf. CIC, can. 713).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Les sociétés de vie apostolique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''930 ''Au côté des formes diverses de vie consacrée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;prennent place les sociétés de vie apostolique dont les membres, sans les vœux religieux, poursuivent la fin apostolique propre de leur société et, menant la vie fraternelle en commun, tendent, selon leur mode de vie propre, à la perfection de la charité par l’observation des constitutions. Il y a parmi elles des sociétés dont les membres assument les conseils évangéliques&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, selon leurs constitutions (CIC, can. 731, §§ 1. 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Consécration et mission&amp;amp;nbsp;: annoncer le Roi qui vient'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''931 ''Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà voué à Lui se trouve ainsi consacré plus intimement au service divin et dédié au bien de l’Église. Par l’état de consécration à Dieu, l’Église manifeste le Christ et montre comment l’Esprit Saint agit en elle de façon admirable. Ceux qui professent les conseils évangéliques ont donc d’abord pour mission de vivre leur consécration. Mais puisqu’ils se vouent au service de l’Église en vertu même de leur consécration, ils sont tenus par obligation de travailler de manière spéciale à l’œuvre missionnaire, selon le mode propre à leur Institut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 783&amp;amp;nbsp;; cf. RM 69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''932 ''Dans l’Église qui est comme le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de la vie de Dieu, la vie consacrée apparaît comme un signe particulier du mystère de la Rédemption. Suivre et imiter le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;de plus près&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, manifester &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus clairement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; son anéantissement, c’est se trouver &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus profondément&amp;amp;nbsp;&amp;quot; présent, dans le cœur du Christ, à ses contemporains. Car ceux qui sont dans cette voie &amp;quot;&amp;amp;nbsp;plus étroite&amp;amp;nbsp;&amp;quot; stimulent leurs frères par leur exemple, ils rendent ce témoignage éclatant &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que le monde ne peut être transfiguré et offert à Dieu sans l’esprit des béatitudes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 31).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''933 ''Que ce témoignage soit public, comme dans l’état religieux, ou plus discret, ou même secret, la venue du Christ demeure pour tous les consacrés l’origine et l’orient de leur vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Comme le Peuple de Dieu n’a pas ici-bas de cité permanente, [cet état] (...) manifeste pour tous les croyants la présence, déjà dans ce siècle, des biens célestes&amp;amp;nbsp;; il témoigne de la vie nouvelle et éternelle acquise par la Rédemption du Christ, il annonce la résurrection future et la gloire céleste (LG 44).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''934 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;D’institution divine, il y a dans l’Église parmi les fidèles des ministres sacrés, qui en droit sont aussi appelés clercs&amp;amp;nbsp;; quant aux autres, ils sont nommés laïcs&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Il y a enfin des fidèles qui appartiennent à l’une et l’autre catégorie et qui, par la profession des conseils évangéliques, se sont consacrés à Dieu et servent ainsi la mission de l’Église (CIC, can. 207, § 1. 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''935 Pour annoncer la foi et pour implanter son Règne, le Christ envoie ses apôtres et leurs successeurs. Il leur donne part à sa mission. De lui ils reçoivent le pouvoir d’agir en sa personne.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''936 Le Seigneur a fait de S. Pierre le fondement visible de son Église. Il lui en a remis les clefs. L’évêque de l’Église de Rome, successeur de S. Pierre, est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église toute entière sur cette terre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CIC, can. 331).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''937 Le Pape &amp;quot;&amp;amp;nbsp;jouit, par institution divine, du pouvoir suprême, plénier, immédiat, universel pour la charge des âmes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (CD 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''938 Les évêques, établis par l’Esprit Saint, succèdent aux apôtres. Ils sont, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chacun pour sa part, principe visible et fondement de l’unité dans leurs Églises particulières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 23).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''939 Aidés des prêtres, leurs coopérateurs, et des diacres, les évêques ont la charge d’enseigner authentiquement la foi, de célébrer le culte divin, surtout l’Eucharistie, et de diriger leur Église en vrais pasteurs. A leur charge appartient aussi le souci de toutes les Églises, avec et sous le Pape.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''940 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (AA 2).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''941 Les laïcs participent au sacerdoce du Christ&amp;amp;nbsp;: de plus en plus unis à Lui, ils déploient la grâce du Baptême et de la Confirmation dans toutes les dimensions de la vie personnelle, familiale, sociale et ecclésiale, et réalisent ainsi l’appel à la sainteté adressé à tous les baptisés.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''942 Grâce à leur mission prophétique les laïcs &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sont aussi appelés à être, en toute circonstance et au cœur même de la communauté humaine, les témoins du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 43, § 4).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''943 Grâce à leur mission royale, les laïcs ont le pouvoir d’arracher au péché son empire en eux-mêmes et dans le monde par leur abnégation et la sainteté de leur vie (cf. LG 36)''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''944 La vie consacrée à Dieu se caractérise par la profession publique des conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans un état de vie stable reconnu par l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''945 Livré à Dieu suprêmement aimé, celui que le Baptême avait déjà destiné à Lui se trouve, dans l’état de vie consacrée, voué plus intimement au service divin et dédié au bien de toute l’Église.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 5. La communion des saints =====&lt;br /&gt;
''946 ''Après avoir confessé &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la sainte Église catholique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, le Symbole des apôtres ajoute &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cet article est, d’une certaine façon, une explicitation du précédent&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Qu’est-ce que l’Église sinon l’assemblée de tous les saints&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Nicétas, symb. 10&amp;amp;nbsp;: PL 52, 871B). La communion des saints est précisément l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''947 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Puisque tous les croyants forment un seul corps, le bien des uns est communiqué aux autres (...) Il faut de la sorte croire qu’il existe une communion des biens dans l’Église. Mais le membre le plus important est le Christ, puisqu’Il est la tête (...) Ainsi, le bien du Christ est communiqué à tous les membres, et cette communication se fait par les sacrements de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Thomas d’A., symb. 13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Comme cette Église est gouvernée par un seul et même Esprit, tous les biens qu’elle a reçus deviennent nécessairement un fonds commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''948 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; a dès lors deux significations, étroitement liées&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion aux choses saintes, ''sancta''&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion entre les personnes saintes, ''sancti''&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Sancta sanctis&amp;amp;nbsp;''! (Ce qui est saint pour ceux qui sont saints)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; est proclamé par le célébrant dans la plupart des liturgies orientales lors de l’élévation des saints Dons avant le service de la communion. Les fidèles (''sancti'') sont nourris du Corps et du Sang du Christ (''sancta'') afin de croître dans la communion de l’Esprit Saint (''Koinônia'') et de la communiquer au monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La communion des biens spirituels  =====&lt;br /&gt;
''949 ''Dans la communauté primitive de Jérusalem, les disciples &amp;quot;&amp;amp;nbsp;se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 2, 42)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ''communion dans la foi''. La foi des fidèles est la foi ''de l’Église ''reçue des apôtres, trésor de vie qui s’enrichit en étant partagé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''950 ''La ''communion des sacrements. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le fruit de tous les sacrements appartient à tous. Car les sacrements, et surtout le Baptême qui est comme la porte par laquelle les hommes entrent dans l’Église, sont autant de liens sacrés qui les unissent tous et les attachent à Jésus-Christ. La communion des saints, c’est la communion des sacrements (...). Le nom de communion peut s’appliquer à chacun d’eux, car chacun d’eux nous unit à Dieu (...). Mais ce nom convient mieux à l’Eucharistie qu’à tout autre, parce que c’est elle principalement qui consomme cette communion&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 24).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''951 ''La ''communion des charismes''&amp;amp;nbsp;''': '''Dans la communion de l’Église, l’Esprit Saint &amp;quot;&amp;amp;nbsp;distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres (...) les grâces spéciales&amp;amp;nbsp;&amp;quot; pour l’édification de l’Église (LG 12). Or, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''952 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ils mettaient tout en commun&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Ac 4, 32)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Tout ce que le vrai chrétien possède, il doit le regarder comme un bien qui lui est commun avec tous, et toujours il doit être prêt et empressé à venir au secours de l’indigent et de la misère du prochain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 10, 27). Le chrétien est un administrateur des biens du Seigneur (cf. Lc 16, 1. 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''953 ''La ''communion de la charité''&amp;amp;nbsp;: dans la ''sanctorum communio'' &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 14, 7). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Un membre souffre-t-il&amp;amp;nbsp;? tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur&amp;amp;nbsp;? tous les membres prennent part à sa joie. Or vous êtes le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 12, 26-27). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La charité ne cherche pas ce qui est à elle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 13, 5&amp;amp;nbsp;; cf. 10, 24). Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au profit de tous, dans cette solidarité avec tous les hommes, vivants ou morts, qui se fonde sur la communion des saints. Tout péché nuit à cette communion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. La communion de l’Église du ciel et de la terre =====&lt;br /&gt;
''954 Les trois états de l’Église. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;En attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté accompagné de tous les anges et que la mort détruite, tout lui soit soumis, les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage&amp;amp;nbsp;; d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore&amp;amp;nbsp;; d’autres enfin sont dans la gloire contemplant ‘dans la pleine lumière, tel qu’il est, le Dieu un en trois Personnes’&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tous cependant, à des degrés divers et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain, chantant à notre Dieu le même hymne de gloire. En effet, tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''955 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;L’union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence&amp;amp;nbsp;; au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''956 L’intercession des saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (...). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (...). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 49)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie (S. Dominique, mourant, à ses frères, cf. Jourdain de Saxe, lib. 93).&amp;lt;br/&amp;gt; Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''957 La communion avec les saints. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous ne vénérons pas seulement au titre de leur exemple la mémoire des habitants du ciel&amp;amp;nbsp;; nous cherchons bien davantage par là à renforcer l’union de toute l’Église dans l’Esprit grâce à l’exercice de la charité fraternelle. Car tout comme la communion entre les chrétiens de la terre nous approche de plus près du Christ, ainsi la communauté avec les saints nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur chef, toute grâce et la vie du Peuple de Dieu lui-même&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Christ, nous l’adorons, parce qu’il est le fils de Dieu&amp;amp;nbsp;; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c’est juste, à cause de leur dévotion incomparable envers leur roi et maître&amp;amp;nbsp;; puissions-nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples (S. Polycarpe, mart. 17).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''958 La communion avec les défunts. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages&amp;amp;nbsp;; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''959 Dans l’unique famille de Dieu. ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu’une seule famille, nous répondons à la vocation profonde de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 51).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''960 L’Église est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: cette expression désigne d’abord les &amp;quot;&amp;amp;nbsp;choses saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancta), ''et avant tout l’Eucharistie, par laquelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul Corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 3).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''961 Ce terme désigne aussi la communion des &amp;quot;&amp;amp;nbsp;personnes saintes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(sancti) ''dans le Christ qui est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort pour tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, de sorte que ce que chacun fait ou souffre dans et pour le Christ porte du fruit pour tous.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''962 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 30).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Paragraphe 6. Marie – Mère du Christ, Mère de l’Église =====&lt;br /&gt;
''963 ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;Après avoir parlé du rôle de la Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l’Esprit, il convient de considérer maintenant sa place dans le mystère de l’Église. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;En effet, la Vierge Marie (...) est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur (...). Elle est aussi vraiment ‘Mère des membres [du Christ] (...) ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont les membres de ce Chef’ (S. Augustin, virg. 6&amp;amp;nbsp;: PL 40, 399)&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;... Marie Mère du Christ, Mère de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Paul VI, discours 21 novembre 1964).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La maternité de Marie envers l’Église =====&lt;br /&gt;
'''Toute unie à son Fils...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''964 ''Le rôle de Marie envers l’Église est inséparable de son union au Christ, elle en découle directement. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Cette union de Marie avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ, jusqu’à sa mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 57). Elle est particulièrement manifeste à l’heure de sa passion&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la Croix où, non sans un dessein divin, elle était debout, souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la Croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Femme, voici ton fils&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 19, 26-27) (LG 58).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''965 ''Après l’Ascension de son Fils, Marie a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;assisté de ses prières l’Église naissante&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69). Réunie avec les apôtres et quelques femmes, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... aussi dans son Assomption...'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''966 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 59&amp;amp;nbsp;; cf. la proclamation du dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie par le Pape Pie XII en 1950&amp;amp;nbsp;: DS 3903). L’Assomption de la Sainte Vierge est une participation singulière à la Résurrection de son Fils et une anticipation de la résurrection des autres chrétiens&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* &amp;lt;nowiki&amp;gt;Dans ton enfantement tu as gardé la virginité, dans ta dormition tu n’as pas quitté le monde, ô Mère de Dieu&amp;amp;nbsp;: tu as rejoint la source de la Vie, toi qui conçus le Dieu vivant et qui, par tes prières, délivreras nos âmes de la mort (Liturgie byzantine, Tropaire de la fête de la Dormition [15 août]).&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''... elle est notre Mère dans l’ordre de la grâce'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''967 ''Par son adhésion entière à la volonté du Père, à l’œuvre rédemptrice de son Fils, à toute motion de l’Esprit Saint, la Vierge Marie est pour l’Église le modèle de la foi et de la charité. Par là elle est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;membre suréminent et absolument unique de l’Église&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 53), elle constitue même &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la réalisation exemplaire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, ''typus'', de l’Église (LG 63).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''968 ''Mais son rôle par rapport à l’Église et à toute l’humanité va encore plus loin. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Elle a apporté à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareil par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 61).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''969 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;A partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour de l’Annonciation et qu’elle maintint dans sa fermeté sous la Croix, cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce se continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En effet, après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas&amp;amp;nbsp;: par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. (...) C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secourable, de médiatrice&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''970 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque cependant et ne diminue en rien l’unique médiation du Christ&amp;amp;nbsp;: il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge (...) découle de la surabondance des mérites du Christ&amp;amp;nbsp;; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 60). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même plan que le Verbe incarné et rédempteur. Mais tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous formes diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 62).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le culte de la Sainte Vierge =====&lt;br /&gt;
''971 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les générations me diront bienheureuse&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Lc 1, 48)&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La piété de l’Église envers la Saint Vierge est intrinsèque au culte chrétien&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (MC 56). La sainte Vierge &amp;quot;&amp;amp;nbsp;est légitimement honorée par l’Église d’un culte spécial. Et de fait, depuis les temps les plus reculés, la bienheureuse Vierge est honorée sous le titre de ‘Mère de Dieu’&amp;amp;nbsp;; les fidèles se réfugient sous sa protection, l’implorant dans tous leurs dangers et leurs besoins (...). Ce culte (...) bien que présentant un caractère absolument unique (...) n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint&amp;amp;nbsp;; il est éminemment apte à le servir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 66)&amp;amp;nbsp;; il trouve son expression dans les fêtes liturgiques dédiées à la Mère de Dieu (cf. SC 103) et dans la prière mariale, telle le Saint Rosaire, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;abrégé de tout l’Évangile&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. MC 42).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. Marie – Icône eschatologique de l’Église =====&lt;br /&gt;
''972 ''Après avoir parlé de l’Église, de son origine, de sa mission et de sa destinée, nous ne saurions mieux conclure qu’en tournant le regard vers Marie pour contempler en elle ce qu’est l’Église dans son mystère, dans son &amp;quot;&amp;amp;nbsp;pèlerinage de la foi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, et ce qu’elle sera dans la patrie au terme de sa marche, où l’attend, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;dans la communion de tous les saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 69), celle que l’Église vénère comme la Mère de son Seigneur et comme sa propre Mère&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même sur terre, en attendant la venue du jour du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le Peuple de Dieu en pèlerinage (LG 68).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''973 En prononçant le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;fiat&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’Annonciation et en donnant son consentement au mystère de l’Incarnation, Marie collabore déjà à toute l’œuvre que doit accomplir son Fils. Elle est mère partout où Il est Sauveur et Tête du Corps mystique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''974 La Très Sainte Vierge Marie, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut enlevée corps et âme à la gloire du ciel, où elle participe déjà à la gloire de la résurrection de son Fils, anticipant la résurrection de tous les membres de son Corps.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''975 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Eve, Mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 15).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 10 : &amp;quot; Je crois au pardon des péchés &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''976 ''Le Symbole des apôtres lie la foi au pardon des péchés à la foi en l’Esprit Saint, mais aussi à la foi en l’Église et en la communion des saints. C’est en donnant l’Esprit Saint à ses apôtres que le Christ ressuscité leur a conféré son propre pouvoir divin de pardonner les péchés&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis&amp;amp;nbsp;; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 20, 22-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(La deuxième partie du Catéchisme traitera explicitement du pardon des péchés par le Baptême, le sacrement de Pénitence et les autres sacrements, surtout l’Eucharistie. Il suffit donc d’évoquer ici brièvement quelques données de base).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Un seul baptême pour le pardon des péchés =====&lt;br /&gt;
''977 ''Notre Seigneur a lié le pardon des péchés à la foi et au Baptême&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 16, 15-16). Le Baptême est le premier et principal sacrement du pardon des péchés parce qu’il nous unit au Christ mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification (cf. Rm 4, 25), afin que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''978 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier (...). Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''979 ''En ce combat avec l’inclination au mal, qui serait assez vaillant et vigilant pour éviter toute blessure du péché&amp;amp;nbsp;? &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Si donc il était nécessaire que l’Église eût le pouvoir de remettre les péchés, il fallait aussi que le Baptême ne fût pas pour elle l’unique moyen de se servir de ces clefs du Royaume des cieux qu’elle avait reçues de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; il fallait qu’elle fût capable de pardonner leurs fautes à tous les pénitents, quand même ils auraient péché jusqu’au dernier moment de leur vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 4).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''980 ''C’est par le sacrement de Pénitence que le baptisé peut être réconcilié avec Dieu et avec l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les pères ont eu raison d’appeler la pénitence &amp;quot;&amp;amp;nbsp;un baptême laborieux&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Grégoire de Naz., or. 39, 17&amp;amp;nbsp;: PG 36, 356A). Ce sacrement de Pénitence est, pour ceux qui sont tombés après le Baptême, nécessaire au salut, comme l’est le Baptême lui-même pour ceux qui ne sont pas encore régénérés (Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1672).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le pouvoir des clefs =====&lt;br /&gt;
''981 ''Le Christ après sa résurrection a envoyé ses apôtres &amp;quot;&amp;amp;nbsp;annoncer à toutes les nations le repentir en son nom en vue de la rémission des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 47). Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ministère de la réconciliation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 18), les apôtres et leurs successeurs ne l’accomplissent pas seulement en annonçant aux hommes le pardon de Dieu mérité pour nous par le Christ et en les appelant à la conversion et à la foi, mais aussi en leur communicant la rémission des péchés par le Baptême et en les réconciliant avec Dieu et avec l’Église grâce au pouvoir des clefs reçu du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* L’Église a reçu les clés du Royaume des cieux, afin que se fasse en elle la rémission des péchés par le sang du Christ et l’action du Saint-Esprit. C’est dans cette Église que l’âme revit, elle qui était morte par les péchés, afin de vivre avec le Christ, dont la grâce nous a sauvés (S. Augustin, serm. 214, 11&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1071-1072).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''982 ''Il n’y a aucune faute, aussi grave soit-elle, que la Sainte Église ne puisse remettre. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il n’est personne, si méchant et si coupable qu’il soit, qui ne doive espérer avec assurance son pardon, pourvu que son repentir soit sincère&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 5). Le Christ qui est mort pour tous les hommes, veut que, dans son Église, les portes du pardon soient toujours ouvertes à quiconque revient du péché (cf. Mt 18, 21-22).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''983 ''La catéchèse s’efforcera d’éveiller et de nourrir chez les fidèles la foi en la grandeur incomparable du don que le Christ ressuscité a fait à son Église&amp;amp;nbsp;: la mission et le pouvoir de pardonner véritablement les péchés, par le ministère des apôtres et de leurs successeurs&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Seigneur veut que ses disciples aient un pouvoir immense&amp;amp;nbsp;: il veut que ses pauvres serviteurs accomplissent en son nom tout ce qu’il avait fait quand il était sur la terre (S. Ambroise, pœnit. 1, 34&amp;amp;nbsp;: PL 16, 477A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les prêtres ont reçu un pouvoir que Dieu n’a donné ni aux anges ni aux archanges. (...) Dieu sanctionne là-haut tout ce que les prêtres font ici-bas (S. Jean Chrysostome, sac. 3, 5&amp;amp;nbsp;: PG 48, 643A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si dans l’Église il n’y avait pas la rémission des péchés, nul espoir existerait, nulle espérance d’une vie éternelle et d’une libération éternelle. Rendons grâce à Dieu qui a donné à son Église un tel don (S. Augustin, serm. 213, 8&amp;amp;nbsp;: PL 38, 1064).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''984 Le Credo met en relation &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; avec la profession de foi en l’Esprit Saint. En effet, le Christ ressuscité a confié aux apôtres le pouvoir de pardonner les péchés lorsqu’il leur a donné l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''985 Le Baptême est le premier et principal sacrement pour le pardon des péchés&amp;amp;nbsp;: il nous unit au Christ mort et ressuscité et nous donne l’Esprit Saint.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''986 De par la volonté du Christ, l’Église possède le pouvoir de pardonner les péchés des baptisés et elle l’exerce par les évêques et les prêtres de façon habituelle dans le sacrement de pénitence.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''987 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dans la rémission des péchés, les prêtres et les sacrements sont de purs instruments dont notre Seigneur Jésus-Christ, unique auteur et dispensateur de notre salut, veut bien se servir pour effacer nos iniquités et nous donner la grâce de la justification&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Catech. R. 1, 11, 6).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 11 : &amp;quot; Je crois à la résurrection de la chair &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''988 ''Le Credo chrétien – profession de notre foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, et dans son action créatrice, salvatrice et sanctificatrice – culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''989 ''Nous croyons fermement, et ainsi nous espérons, que de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu’il vit pour toujours, de même après leur mort les justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les ressuscitera au dernier jour (cf. Jn 6, 39-40). Comme la sienne, notre résurrection sera l’œuvre de la Très Sainte Trinité&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous (Rm 8, 11&amp;amp;nbsp;; cf. 1 Th 4, 14&amp;amp;nbsp;; 1 Co 6, 14&amp;amp;nbsp;; 2 Co 4, 14&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''990 ''Le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité (cf. Gn 6, 3&amp;amp;nbsp;; Ps 56, 5&amp;amp;nbsp;; Is 40, 6). La &amp;quot;&amp;amp;nbsp;résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; signifie qu’il n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que même nos &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps mortels&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 8, 11) reprendront vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''991 ''Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Une conviction des chrétiens&amp;amp;nbsp;: la résurrection des morts&amp;amp;nbsp;; cette croyance nous fait vivre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tertullien res. 1, 1)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Comment certains d’entre vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts&amp;amp;nbsp;? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi votre foi. (...) Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (1 Co 15, 12-14. 20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. La résurrection du Christ et la nôtre =====&lt;br /&gt;
'''Révélation progressive de la Résurrection'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''992 ''La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son Peuple. L’espérance en la résurrection corporelle des morts s’est imposée comme une conséquence intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l’homme tout entier, âme et corps. Le créateur du ciel et de la terre est aussi Celui qui maintient fidèlement son alliance avec Abraham et sa descendance. C’est dans cette double perspective que commencera à s’exprimer la foi en la résurrection. Dans leurs épreuves, les martyrs Maccabées confessent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois (2 M 7, 9). Mieux vaut mourir de la main des hommes en tenant de Dieu l’espoir d’être ressuscité par lui (2 M 7, 14&amp;amp;nbsp;; cf. 7, 29&amp;amp;nbsp;; Dn 12, 1-13).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''993 ''Les Pharisiens (cf. Ac 23, 6) et bien des contemporains du Seigneur (cf. Jn 11, 24) espéraient la résurrection. Jésus l’enseigne fermement. Aux Sadducéens qui la nient il répond&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu, vous êtes dans l’erreur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 24). La foi en la résurrection repose sur la foi en Dieu qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mc 12, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''994 ''Mais il y a plus&amp;amp;nbsp;: Jésus lie la foi en la résurrection à sa propre personne&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je suis la Résurrection et la vie&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 11, 25). C’est Jésus lui-même qui ressuscitera au dernier jour ceux qui auront cru en lui (cf. Jn 5, 24-25&amp;amp;nbsp;; 6, 40) et qui auront mangé son corps et bu son sang (cf. Jn 6, 54). Il en donne dès maintenant un signe et un gage en rendant la vie à certains morts (cf. Mc 5, 21-42&amp;amp;nbsp;; Lc 7, 11-17&amp;amp;nbsp;; Jn 11), annonçant par là sa propre Résurrection qui sera cependant d’un autre ordre. De cet événement unique Il parle comme du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;signe de Jonas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 12, 40), du signe du Temple (cf. Jn 2, 19-22)&amp;amp;nbsp;: il annonce sa Résurrection le troisième jour après sa mise à mort (cf. Mc 10, 34).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''995 ''Être témoin du Christ, c’est être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;témoin de sa Résurrection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 1, 22&amp;amp;nbsp;; cf. 4, 33), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;avoir mangé et bu avec lui après sa Résurrection d’entre les morts&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 10, 41). L’espérance chrétienne en la résurrection est toute marquée par les rencontres avec le Christ ressuscité. Nous ressusciterons comme Lui, avec Lui, par Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''996 ''Dès le début, la foi chrétienne en la résurrection a rencontré incompréhensions et oppositions (cf. Ac 17, 32&amp;amp;nbsp;; 1 Co 15, 12-13). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Sur aucun point la foi chrétienne ne rencontre plus de contradiction que sur la résurrection de la chair&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, Psal. 88, 2, 5). Il est très communément accepté qu’après la mort la vie de la personne humaine continue d’une façon spirituelle. Mais comment croire que ce corps si manifestement mortel puisse ressusciter à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''997 Qu’est-ce que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ressusciter&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;? ''Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''998 Qui ressuscitera&amp;amp;nbsp;?'' Tous les hommes qui sont morts&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 29&amp;amp;nbsp;; cf. Dn 12, 2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''999 Comment&amp;amp;nbsp;?'' Le Christ est ressuscité avec son propre corps&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Regardez mes mains et mes pieds&amp;amp;nbsp;: c’est bien moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Lc 24, 39)&amp;amp;nbsp;; mais Il n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en Lui, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tous ressusciteront avec leur propre corps, qu’ils ont maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Cc. Latran IV&amp;amp;nbsp;: DS 801), mais ce corps sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;transfiguré en corps de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 3, 21), en &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils&amp;amp;nbsp;? Avec quel corps reviennent-ils&amp;amp;nbsp;? Insensé&amp;amp;nbsp;! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie, s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un grain tout nu (...). On sème de la corruption, il ressuscite de l’incorruption&amp;amp;nbsp;; (...) les morts ressusciteront incorruptibles (...). Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité (1 Co 15, 35-37. 42. 52-53).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1000 ''Ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; dépasse notre imagination et notre entendement&amp;amp;nbsp;; il n’est accessible que dans la foi. Mais notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection (S. Irénée, hær. 4, 18, 4-5)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1001 Quand&amp;amp;nbsp;? ''Définitivement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 6, 39-40. 44. 54&amp;amp;nbsp;; 11, 24)&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à la fin du monde&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48). En effet, la résurrection des morts est intimement associée à la Parousie du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu (1 Th 4, 16).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Ressuscités avec le Christ'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1002 ''S’il est vrai que le Christ nous ressuscitera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au dernier jour&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, il est vrai aussi que, d’une certaine façon, nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. En effet, grâce à l’Esprit Saint, la vie chrétienne est, dès maintenant sur terre, une participation à la mort et à la Résurrection du Christ&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui L’a ressuscité des morts (...). Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu (Col 2, 12&amp;amp;nbsp;; 3, 1) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1003 ''Unis au Christ par le Baptême, les croyants participent déjà réellement à la vie céleste du Christ ressuscité (cf. Ph 3, 20), mais cette vie demeure &amp;quot;&amp;amp;nbsp;cachée avec le Christ en Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3) &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir au cieux, dans le Christ Jésus&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 2, 6). Nourris de son Corps dans l’Eucharistie, nous appartenons déjà au Corps du Christ. Lorsque nous ressusciterons au dernier jour nous serons aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;manifestés avec lui pleins de gloire&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Col 3, 3).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1004 ''Dans l’attente de ce jour, le corps et l’âme du croyant participent déjà à la dignité d’être &amp;quot;&amp;amp;nbsp;au Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; d’où l’exigence de respect envers son propre corps, mais aussi envers celui d’autrui, particulièrement lorsqu’il souffre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ&amp;amp;nbsp;? (...) Vous ne vous appartenez pas (...) Glorifiez donc Dieu dans votre corps (1 Co 6, 13-15. 19-20).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Mourir dans le Christ Jésus =====&lt;br /&gt;
''1005 ''Pour ressusciter avec le Christ, il faut mourir avec le Christ, il faut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 5, 8). Dans ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;départ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23) qu’est la mort, l’âme est séparée du corps. Elle sera réunie à son corps le jour de la résurrection des morts (cf. SPF 28).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La mort '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1006 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18). En un sens, la mort corporelle est naturelle, mais pour la foi elle est en fait &amp;quot;&amp;amp;nbsp;salaire du péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Rm 6, 23&amp;amp;nbsp;; cf. Gn 2, 17). Et pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, elle est une participation à la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer aussi à sa Résurrection (cf. Rm 6, 3-9&amp;amp;nbsp;; Ph 3, 10-11).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1007 La mort est le'' ''terme de la vie terrestre.'' Nos vies sont mesurées par le temps, au cours duquel nous changeons, nous vieillissons et, comme chez tous les êtres vivants de la terre, la mort apparaît comme la fin normale de la vie. Cet aspect de la mort donne une urgence à nos vies&amp;amp;nbsp;: le souvenir de notre mortalité sert aussi à nous rappeler que nous n’avons qu’un temps limité pour réaliser notre vie&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, (...) avant que la poussière ne retourne à la terre, selon qu’elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’avait donné (Qo 12, 1. 7).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1008 La mort est conséquence du péché. ''Interprète authentique des affirmations de la Sainte Écriture (cf. Gn 2, 17&amp;amp;nbsp;; 3, 3&amp;amp;nbsp;; 3, 19&amp;amp;nbsp;; Sg 1, 13&amp;amp;nbsp;; Rm 5, 12&amp;amp;nbsp;; 6, 23) et de la Tradition, le Magistère de l’Église enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme (cf. DS 1511). Bien que l’homme possédât une nature mortelle, Dieu le destinait à ne pas mourir. La mort fut donc contraire aux desseins de Dieu Créateur, et elle entra dans le monde comme conséquence du péché (cf. Sg 2, 23-24). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La mort corporelle, à laquelle l’homme aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18), est ainsi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le dernier ennemi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de l’homme à devoir être vaincu (cf. 1 Co 15, 26).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1009 La mort est'' ''transformée par le Christ. ''Jésus, le Fils de Dieu, a souffert lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle (cf. Mc 14, 33-34&amp;amp;nbsp;; He 5, 7-8), il l’assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction (cf. Rm 5, 19-21).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Le sens de la mort chrétienne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1010 ''Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Pour moi, la vie c’est le Christ et mourir un gain&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 21). &amp;quot;&amp;amp;nbsp;C’est là une parole certaine&amp;amp;nbsp;: si nous mourons avec lui, nous vivrons avec lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Tm 2, 11). La nouveauté essentielle de la mort chrétienne est là&amp;amp;nbsp;: par le Baptême, le chrétien est déjà sacramentellement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mort avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, pour vivre d’une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique consomme ce &amp;quot;&amp;amp;nbsp;mourir avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Il est bon pour moi de mourir dans (''eis'') le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous&amp;amp;nbsp;; lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche (...). Laissez-moi recevoir la pure lumière&amp;amp;nbsp;; quand je serai arrivé là, je serai un homme (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1011 ''Dans la mort, Dieu appelle l’homme vers Lui. C’est pourquoi le chrétien peut éprouver envers la mort un désir semblable à celui de S. Paul&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ph 1, 23)&amp;amp;nbsp;; et il peut transformer sa propre mort en un acte d’obéissance et d’amour envers le Père, à l’exemple du Christ (cf. Lc 23, 46)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mon désir terrestre a été crucifié&amp;amp;nbsp;; (...) il y a en moi une eau vive qui murmure et qui dit au dedans de moi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Viens vers le Père&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Ignace d’Antioche, Rom. 7, 2).&amp;lt;br/&amp;gt; Je veux voir Dieu, et pour le voir il faut mourir (Ste. Thérèse de Jésus, vida 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Je ne meurs pas, j’entre dans la vie (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, verba).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1012 ''La vision chrétienne de la mort (cf. 1 Th 4, 13-14) est exprimée de façon privilégiée dans la liturgie de l’Église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée&amp;amp;nbsp;; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux (MR, Préface des défunts).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1013 ''La mort est la fin du pèlerinage terrestre de l’homme, du temps de grâce et de miséricorde que Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le dessein divin et pour décider son destin ultime. Quand a pris fin &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’unique cours de notre vie terrestre&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48), nous ne reviendrons plus à d’autres vies terrestres. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Les hommes ne meurent qu’une fois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (He 9, 27). Il n’y a pas de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;réincarnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; après la mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1014 ''L’Église nous encourage à nous préparer pour l’heure de notre mort (&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Délivre-nous, Seigneur, d’une mort subite et imprévue&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: ancienne Litanie des saints), à demander à la Mère de Dieu d’intercéder pour nous &amp;quot;&amp;amp;nbsp;à l’heure de notre mort&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Prière Ave Maria), et à nous confier à saint Joseph, patron de la bonne mort&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Dans toutes tes actions, dans toutes tes pensées tu devrais te comporter comme si tu devais mourir aujourd’hui. Si ta conscience était en bon état, tu ne craindrais pas beaucoup la mort. Il vaudrait mieux se garder de pécher que de fuir la mort. Si aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain&amp;amp;nbsp;? (Imitation du Christ 1, 23, 1).&amp;lt;br/&amp;gt; Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels, heureux ceux qu’elle trouvera dans ses très saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera pas mal (S. François d’Assise, cant.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1015 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;La chair est le pivot du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; ''(Tertullien, res. 8, 2). Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair&amp;amp;nbsp;; nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et de la rédemption de la chair.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1016 Par la mort l’âme est séparée du corps, mais dans la résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé en le réunissant à notre âme. De même que le Christ est ressuscité et vit pour toujours, tous nous ressusciterons au dernier jour.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1017 9; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons en la vraie résurrection de cette chair que nous possédons maintenant&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 854). Cependant, on sème dans le tombeau un corps corruptible, il ressuscite un corps incorruptible (cf. 1 Co 15, 42), un &amp;quot;&amp;amp;nbsp;corps spirituel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 44).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1018 En conséquence du péché originel, l’homme doit subir &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la mort corporelle, à laquelle il aurait été soustrait s’il n’avait pas péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 18).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1019 Jésus, le Fils de Dieu, a librement souffert la mort pour nous dans une soumission totale et libre à la volonté de Dieu, son Père. Par sa mort il a vaincu la mort, ouvrant ainsi à tous les hommes la possibilité du salut.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== Article 12 : &amp;quot; Je crois à la vie éternelle &amp;quot; =====&lt;br /&gt;
''1020 ''Le chrétien qui unit sa propre mort à celle de Jésus voit la mort comme une venue vers Lui et une entrée dans la vie éternelle. Lorsque l’Église a, pour la dernière fois, dit les paroles de pardon de l’absolution du Christ sur le chrétien mourant, l’a scellé pour la dernière fois d’une onction fortifiante et lui a donné le Christ dans le viatique comme nourriture pour le voyage, elle lui parle avec une douce assurance&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quitte ce monde, âme chrétienne, au nom du Père Tout-Puissant qui t’a créé, au nom de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour toi, au nom du Saint-Esprit qui a été répandu en toi. Prends ta place aujourd’hui dans la paix, et fixe ta demeure avec Dieu dans la sainte Sion, avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu, avec saint Joseph, les anges et tous les saints de Dieu (...). Retourne auprès de ton Créateur qui t’a formé de la poussière du sol. Qu’à l’heure où ton âme sortira de ton corps, Marie, les anges et tous les saints se hâtent à ta rencontre (...). Que tu puisses voir ton Rédempteur face à face ... (OEx &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Commendatio animæ&amp;amp;nbsp;&amp;quot;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== I. Le jugement particulier =====&lt;br /&gt;
''1021 ''La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ (cf. 2 Tm 1, 9-10). Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; He 9, 27&amp;amp;nbsp;; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1022 ''Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Cc. Lyon&amp;amp;nbsp;: DS 857-858&amp;amp;nbsp;; Cc. Florence&amp;amp;nbsp;: DS 1304-1306&amp;amp;nbsp;; Cc. Trente&amp;amp;nbsp;: DS 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000-1001&amp;amp;nbsp;; Jean XXII&amp;amp;nbsp;: DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1002).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour (S. Jean de la Croix, dichos 64)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== II. Le Ciel =====&lt;br /&gt;
''1023 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tel qu’il est&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 2), face à face (cf. 1 Co 13, 12&amp;amp;nbsp;; Ap 22, 4)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* De notre autorité apostolique nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints (...) et de tous les autres fidèles morts après avoir reçu le saint Baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts, (...) ou encore, s’il y a eu ou qu’il y a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire, (...) avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au ciel, ont été, sont et seront au ciel, au Royaume des cieux et au Paradis céleste avec le Christ, admis dans la société des saints anges. Depuis la passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu et voient l’essence divine d’une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d’aucune créature (Benoît XII&amp;amp;nbsp;: DS 1000&amp;amp;nbsp;; cf. LG 49).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1024 ''Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le ciel&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1025 ''Vivre au ciel c’est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;être avec le Christ&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Jn 14, 3&amp;amp;nbsp;; Ph 1, 23&amp;amp;nbsp;; 1 Th 4, 17). Les élus vivent &amp;quot;&amp;amp;nbsp;en Lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom (cf. Ap 2, 17)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la vie c’est d’être avec le Christ&amp;amp;nbsp;: là où est le Christ, là est la vie, là est le royaume. (S. Ambroise, Luc. 10, 121: PL 15, 1834A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1026 ''Par sa mort et sa Résurrection Jésus-Christ nous a &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ouvert&amp;amp;nbsp;&amp;quot; le ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en Lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1027 ''Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images&amp;amp;nbsp;: vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 2, 9).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1028 ''A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’Il est que lorsqu’il ouvre lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Église &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la vision béatifique&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Quelle ne sera pas ta gloire et ton bonheur&amp;amp;nbsp;: être admis à voir Dieu, avoir l’honneur de participer aux joies du salut et de la lumière éternelle dans la compagnie du Christ le Seigneur ton Dieu, (...) jouir au Royaume des cieux dans la compagnie des justes et des amis de Dieu, les joies de l’immortalité acquise (S. Cyprien, ep. 56, 10, 1&amp;amp;nbsp;: PL 4, 357B).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1029 ''Dans la gloire du ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par rapport aux autres hommes et à la création toute entière. Déjà ils règnent avec le Christ&amp;amp;nbsp;; avec Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ils régneront pour les siècles des siècles&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 22, 5&amp;amp;nbsp;; cf. Mt 25, 21. 23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== III. La purification finale ou Purgatoire =====&lt;br /&gt;
''1030 ''Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1031 ''L’Église appelle ''Purgatoire'' cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820&amp;amp;nbsp;; 1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Co 3, 15&amp;amp;nbsp;; 1 P 1, 7), parle d’un feu purificateur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Mt 12, 31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur (S. Grégoire le Grand, dial. 4, 39).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1032 ''Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 M 12, 46). Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique (cf. DS 856&amp;amp;nbsp;;), afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation&amp;amp;nbsp;? N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux (S. Jean Chrysostome, hom. in 1 Cor. 41, 5&amp;amp;nbsp;: PG 61, 361C).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== IV. L’enfer =====&lt;br /&gt;
''1033 ''Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide&amp;amp;nbsp;; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Jn 3, 15). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1034 ''Jésus parle souvent de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;géhenne&amp;amp;nbsp;&amp;quot; du &amp;quot;&amp;amp;nbsp;feu qui ne s’éteint pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 5, 22. 29&amp;amp;nbsp;; 13, 42. 50&amp;amp;nbsp;; Mc 9, 43-48), réservé à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir , et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (cf. Mt 10, 28). Jésus annonce en termes graves qu’il &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (...), et les jetteront dans la fournaise ardente&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 13, 41-42), et qu’il prononcera la condamnation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 41).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1035 ''L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le feu éternel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. DS 76&amp;amp;nbsp;; 409&amp;amp;nbsp;; 411&amp;amp;nbsp;; 801&amp;amp;nbsp;; 858&amp;amp;nbsp;; 1002&amp;amp;nbsp;; 1351&amp;amp;nbsp;; 1575&amp;amp;nbsp;; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1036 ''Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l’Église au sujet de l’enfer sont un ''appel à la responsabilité'' avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un ''appel pressant à la conversion''&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent&amp;amp;nbsp;; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 7, 13-14)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Ignorants du jour et de l’heure, il faut que, suivant l’avertissement du Seigneur, nous restions constamment vigilants pour mériter, quand s’achèvera le cours unique de notre vie terrestre, d’être admis avec lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu, au lieu d’être, comme de mauvais et paresseux serviteurs, écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel, vers ces ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grincements de dents (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1037 ''Dieu ne prédestine personne à aller en enfer (cf. DS 397&amp;amp;nbsp;; 1567)&amp;amp;nbsp;; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut &amp;quot;&amp;amp;nbsp;que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 9)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Voici l’offrande que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière&amp;amp;nbsp;: dans ta bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus (MR, Canon Romain 88).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== V. Le Jugement dernier =====&lt;br /&gt;
''1038 ''La résurrection de tous les morts, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;des justes et des pécheurs&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ac 24, 15), précédera le Jugement dernier. Ce sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme&amp;amp;nbsp;; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Jn 5, 28-29). Alors le Christ &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 25, 31. 32. 46).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1039 ''C’est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jn 12, 49). Le jugement dernier révélera jusque dans ses ultimes conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire durant sa vie terrestre&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Tout le mal que font les méchants est enregistré – et ils ne le savent pas. Le Jour où &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu ne se taira pas&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ps 50, 3) (...) Il se tournera vers les mauvais&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;J’avais, leur dira-t-il, placé sur terre mes petits pauvres, pour vous. Moi, leur chef, je trônais dans le ciel à la droite de mon Père – mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la tête. Quand j’ai placé mes petits pauvres sur la terre, je les ai institués vos commissionnaires pour porter vos bonnes œuvres dans mon trésor&amp;amp;nbsp;: vous n’avez rien déposé dans leurs mains, c’est pourquoi vous ne possédez rien auprès de moi&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (S. Augustin, serm. 18, 4, 4&amp;amp;nbsp;: PL 38, 130-131).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1040 ''Le jugement dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le Père seul en connaît l’heure et le jour, Lui seul décide de son avènement. Par son Fils Jésus-Christ Il prononcera alors sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1041 ''Le message du Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes &amp;quot;&amp;amp;nbsp;le temps favorable, le temps du salut&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du Royaume de Dieu. Il annonce la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;bienheureuse espérance&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Tt 2, 13) du retour du Seigneur qui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Th 1, 10). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===== VI. L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle =====&lt;br /&gt;
''1042 ''A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Alors l’Église sera &amp;quot;&amp;amp;nbsp;consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 48).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1043 ''Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Écriture l’appelle &amp;quot;&amp;amp;nbsp;les cieux nouveaux et la terre nouvelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 P 3, 13&amp;amp;nbsp;; cf. Ap 21, 1). Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de &amp;quot;&amp;amp;nbsp;ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ep 1, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1044 ''Dans cet &amp;quot;&amp;amp;nbsp;univers nouveau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 5), la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes. &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Il essuiera toute larme de leurs yeux&amp;amp;nbsp;; de mort, il n’y en aura plus&amp;amp;nbsp;; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 4&amp;amp;nbsp;; cf. 21, 27).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1045 Pour l’homme'', cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était &amp;quot;&amp;amp;nbsp;comme le sacrement&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (LG 1). Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (Ap 21, 2), &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Épouse de l’Agneau&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 21, 9). Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures (cf. Ap 21, 27), l’amour propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1046 Quant au cosmos'', la Révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule&amp;amp;nbsp;; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps (Rm 8, 19-23).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1047 ''L’univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, participant à leur glorification en Jésus-Christ ressuscité (S. Irénée, hær. 5, 32, 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1048 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''Nous ignorons le temps'' ''de l’achèvement'' de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la figure de ce monde déformée par le péché&amp;amp;nbsp;; mais nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 1).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1049 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Mais l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller&amp;amp;nbsp;: le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 2). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1050 ''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Car tous les fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le royaume éternel et universel&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (GS 39, § 3&amp;amp;nbsp;; cf. LG 2). Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la ''vie éternelle''&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La vie subsistante et vraie, c’est le Père qui, par le Fils et en l’Esprit Saint, déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 18, 29&amp;amp;nbsp;: PG 33, 1049).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''En bref'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1051 Chaque homme dans son âme immortelle reçoit sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier par le Christ, juge des vivants et des morts.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1052 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ (...) sont le Peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leurs corps&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 28).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1053 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au Paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (SPF 29).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1054 Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie de Dieu.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1055 En vertu de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;communion des saints&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, l’Église recommande les défunts à la miséricorde de Dieu et offre en leur faveur des suffrages, en particulier le saint sacrifice eucharistique.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1056 Suivant l’exemple du Christ, l’Église avertit les fidèles de la &amp;quot;&amp;amp;nbsp;triste et lamentable réalité de la mort éternelle&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DCG 69), appelée aussi &amp;quot;&amp;amp;nbsp;enfer&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1057 La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1058 L’Église prie pour que personne ne se perde&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Seigneur, ne permets pas que je sois jamais séparé de toi&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. S’il est vrai que personne ne peut se sauver lui-même, il est vrai aussi que &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu veut que tous soient sauvés&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Tm 2, 4) et que pour Lui &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout est possible&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Mt 19, 26).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1059 &amp;quot;&amp;amp;nbsp;La très sainte Église romaine croit et confesse fermement qu’au jour du Jugement tous les hommes comparaîtront avec leur propre corps devant le tribunal du Christ pour rendre compte de leurs propres actes&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (DS 859&amp;amp;nbsp;; cf. DS 1549).''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1060 A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude''. ''Alors les justes régneront avec le Christ pour toujours, glorifiés en corps et en âme, et l’univers matériel lui-même sera transformé. Dieu sera alors &amp;quot;&amp;amp;nbsp;tout en tous&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (1 Co 15, 28), dans la vie éternelle.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== &amp;quot; Amen &amp;quot; ====&lt;br /&gt;
''1061 ''Le Credo, comme aussi le dernier livre de l’Écriture Sainte (cf. Ap 22, 21), se termine avec le mot hébreu ''Amen. ''On le trouve fréquemment à la fin des prières du Nouveau Testament. De même, l’Église termine ses prières par &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1062 ''En hébreux, &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; se rattache à la même racine que le mot &amp;quot;&amp;amp;nbsp;croire&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Cette racine exprime la solidité, la fiabilité, la fidélité. Ainsi on comprend pourquoi le &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; peut être dit de la fidélité de Dieu envers nous et de notre confiance en Lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1063 ''Dans le prophète Isaïe on trouve l’expression &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de vérité&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, littéralement &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot;, c’est-à-dire le Dieu fidèle à ses promesses&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Quiconque voudra être béni sur terre voudra être béni par le Dieu de l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Is 65, 16). Notre Seigneur emploie souvent le terme &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (cf. Mt 6, 2. 5. 16), parfois sous forme redoublée (cf. Jn 5, 19), pour souligner la fiabilité de son enseignement, son Autorité fondée sur la Vérité de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1064 ''L’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; final du Credo reprend et confirme donc ses deux premiers mots&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot;. Croire, c’est dire &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; aux paroles, aux promesses, aux commandements de Dieu, c’est se fier totalement en Celui qui est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; d’infini amour et de parfaite fidélité. La vie chrétienne de chaque jour sera alors l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Je crois&amp;amp;nbsp;&amp;quot; de la Profession de foi de notre Baptême&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Que ton Symbole soit pour toi comme un miroir. Regarde-toi en lui&amp;amp;nbsp;: pour voir si tu crois tout ce que tu déclares croire. Et réjouis-toi chaque jour en ta foi (S. Augustin, serm. 58, 11, 13&amp;amp;nbsp;: PL 38, 399).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''1065 ''Jésus-Christ lui-même est &amp;quot;&amp;amp;nbsp;l’Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (Ap 3, 14). Il est l’&amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; définitif de l’amour du Père pour nous&amp;amp;nbsp;; il assume et achève notre &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Amen&amp;amp;nbsp;&amp;quot; au Père&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur ‘oui’ en lui&amp;amp;nbsp;; aussi bien est-ce par lui que nous disons notre ‘Amen’ à la gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;&amp;quot; (2 Co 1, 20)&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Par Lui, avec Lui et en Lui,&amp;lt;br/&amp;gt; à toi, Dieu le Père Tout-Puissant,&amp;lt;br/&amp;gt; dans l’unité du Saint-Esprit,&amp;lt;br/&amp;gt; tout honneur et toute gloire,&amp;lt;br/&amp;gt; pour les siècles des siècles.&amp;lt;br/&amp;gt; AMEN.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Le_grand_cat%C3%A9chisme_de_St_Pie_X&amp;diff=1559</id>
		<title>Le grand catéchisme de St Pie X</title>
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				<updated>2011-03-28T08:58:22Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* CINQUIEME PARTIE : Les principales vertus et les autres choses qu’un chrétien doit savoir. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Leçon préliminaire : La doctrine chrétienne et ses parties principales. ==&lt;br /&gt;
''Etes-vous chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous : par la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis : par la grâce de Dieu, parce que être chrétien est un don tout gratuit de Dieu que nous n’avons pu mériter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le vrai chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vrai chrétien est celui qui est baptisé, qui croit et professe la doctrine chrétienne et obéit aux pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine chrétienne est la doctrine que Jésus-Christ Notre Seigneur nous a enseignée pour nous montrer la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certainement nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ, et ceux qui négligent de le faire pèchent gravement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents et les maîtres sont-ils obligés d’envoyer au catéchisme leurs enfants et ceux qui dépendent d’eux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents et les maîtres sont obligés d’assurer à leurs enfants et à ceux qui dépendent d’eux l’enseignement de la doctrine chrétienne et ils se rendent coupables devant Dieu s’ils ne s’acquittent pas de ce devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui devons-nous recevoir et apprendre la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons recevoir et apprendre la doctrine chrétienne de la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment sommes-nous certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de la sainte Église catholique est la vraie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de l’Église catholique est la vraie, parce que Jésus-Christ, auteur divin de cette doctrine, l’a confiée par ses Apôtres à l’Église qu’il fondait et constituait maîtresse infaillible de tous les hommes, lui promettant son assistance divine jusqu’à la fin des siècles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il d’autres preuves de la vérité de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité de la doctrine chrétienne est démontrée aussi par la sainteté éminente de tant d’hommes qui l’ont professée et qui la professent ; par la force héroïque des martyrs, par la rapidité merveilleuse de sa diffusion dans le monde et par sa pleine conservation à travers tant de siècles de luttes variées et continuelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne sont au nombre de quatre : le Credo, le Pater noster, les Commandements et les Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous enseigne les principaux articles de notre sainte foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster nous enseigne tout ce que nous devons espérer de Dieu et tout ce que nous devons lui demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Commandements nous enseignent tout ce que nous devons faire pour plaire à Dieu ; et tout cela se résume à aimer Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne la doctrine des Sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine des Sacrements nous fait connaître la nature et le bon usage de ces moyens que Jésus-Christ a institués pour nous remettre les péchés, nous communiquer sa grâce, infuser et accroître en nous les vertus de Foi, d’Espérance et de Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie : Le symbole des Apôtres ou Credo.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Le Credo en général ===&lt;br /&gt;
''Quelle est la première partie de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première partie de la doctrine chrétienne est le symbole des Apôtres, appelé communément le Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous le Credo symbole des Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo est appelé symbole des Apôtres parce qu’il est un abrégé des vérités de la foi enseignées par les Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’articles dans le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans le Credo douze articles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez-les.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre Seigneur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 D’où il viendra juger les vivants et les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Je crois au Saint-Esprit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 A la sainte Église catholique, à la communion des saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 A la rémission des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 A la résurrection de la chair &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12 A la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Credo, je crois, que vous dites au commencement du Symbole ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Credo, je crois, veut dire : je tiens pour absolument vrai tout ce qui est contenu dans ces douze articles, et je le crois plus fermement que si je le voyais de mes yeux ; parce que Dieu, qui ne peut ni se tromper ni tromper personne, a révélé ces vérités à la sainte Église catholique et par elle nous les révèle à nous-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contiennent les articles du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les articles du Credo contiennent les principales choses que nous devons croire sur Dieu, sur Jésus-Christ et sur l’Église son épouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bien utile de réciter souvent le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de réciter souvent le Credo pour imprimer toujours davantage dans notre cœur les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le premier article du Symbole.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Dieu le Père et la création. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le premier article : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier article du Credo nous enseigne qu’il y a un seul Dieu, qu’il est tout-puissant, et qu’il a créé le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous qu’il y a un Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons qu’il y a un Dieu parce que notre raison nous le démontre et que la foi nous le confirme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à Dieu le nom de Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à Dieu le nom de Père : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’il est par nature Père de la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, c’est-à-dire du Fils qu’il a engendré ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que Dieu est le Père de tous les hommes qu’il a créés, qu’il conserve et qu’il gouverne ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 enfin parce qu’il est le Père par la grâce de tous les bons chrétiens, appelés pour cela les fils adoptifs de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Père est-il la première Personne de la Très Sainte Trinité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père est la première Personne de la Très Sainte Trinité parce qu’il ne procède pas d’une autre Personne, mais qu’il est le principe des deux autres Personnes, c’est-à-dire du Fils et du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot : tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot tout-puissant veut dire que Dieu peut faire tout ce qu’il veut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu ne peut ni pécher ni mourir : comment dit-on alors qu’il peut tout faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que Dieu peut tout faire, bien qu’il ne puisse ni pécher ni mourir, parce que le pouvoir de pécher ou de mourir n’est pas un effet de puissance mais de faiblesse, et ne peut pas être en Dieu, qui est infiniment parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Créer veut dire faire de rien : aussi Dieu est appelé le Créateur du ciel et de la terre parce qu’il a fait de rien le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le monde a-t-il été créé seulement par le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde a été créé également par les trois Personnes divines, parce que tout ce que fait une Personne concernant les créatures, les autres le font aussi dans un même acte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc la création est-elle attribuée particulièrement au Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création est attribuée spécialement au Père parce que la création est un effet de la toute puissance divine et que la toute puissance est attribuée spécialement au Père, comme la Sagesse au Fils et la Bonté au Saint-Esprit, bien que les trois Personnes soient également puissantes, sages et bonnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu a-t-il soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu a soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ; il les conserve et les gouverne par sa bonté et sa sagesse infinies, et rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette, parce qu’il y a des choses que Dieu veut et commande, et d’autres qu’il n’empêche pas, comme le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu n’empêche-t-il pas le péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu n’empêche pas le péché, parce que même de l’abus que fait l’homme de la liberté qu’il lui a été concédée, il sait retirer un bien et faire toujours resplendir davantage ou sa miséricorde ou sa justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les Anges. ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les créatures les plus nobles que Dieu ait créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus nobles créatures créées par Dieu sont les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est ce que les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges sont des créatures intelligentes et purement spirituelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il créé les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé les Anges pour être honoré et servi par eux, et pour les rendre éternellement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle forme et quelle figure ont les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges n’ont ni figure ni forme sensible parce qu’ils sont de purs esprits, créés par Dieu pour subsister sans devoir être unis à un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc représente-t-on les Anges sous des formes sensibles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On représente les Anges sous des formes sensibles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour aider notre imagination à les concevoir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que c’est ainsi qu’ils ont apparu souvent aux hommes, comme nous le lisons dans la Sainte Écriture &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Anges furent-ils tous fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, les Anges ne furent pas tous fidèles à Dieu, mais beaucoup parmi eux prétendirent par orgueil lui être égaux et être indépendants de lui ; et, à cause de ce péché, ils furent exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer s’appellent démons et leur chef s’appelle Lucifer ou Satan. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les démons peuvent-ils nous faire quelque mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les démons, si Dieu leur en donne la permission, peuvent faire beaucoup de mal et à notre âme et à notre corps, surtout en nous portant au péché par la tentation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nous tentent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les démons nous tentent à cause de l’envie qu’il nous portent et qui leur fait désirer notre damnation éternelle, et à cause de leur haine contre Dieu dont l’image resplendit en nous. Et Dieu permet les tentations, afin que nous en triomphions avec le secours de la grâce, et qu’ainsi nous pratiquions les vertus et nous acquérions des mérites pour le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous triompher des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des tentations par la vigilance, par la prière et par la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges qui sont restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges qui sont restés fidèles à Dieu s’appellent les bons Anges, les Esprits célestes ou simplement les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devinrent les Anges restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges restés fidèles à Dieu furent confirmés en grâce. Ils jouissent pour toujours de la vue de Dieu ; ils l’aiment, le bénissent et le louent éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu se sert-il des Anges comme de ses ministres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu se sert des Anges comme de ses ministres, et, en particulier, il confie à beaucoup d’entre eux la charge d’être nos gardiens et nos protecteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous devons avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien, l’honorer, invoquer son appui, suivre ses inspirations, et lui être reconnaissants pour l’assistance continuelle qu’il nous prête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’homme. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre est l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est une créature raisonnable composée d’une âme et d’un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme est la partie la plus noble de l’homme, parce qu’elle est une substance spirituelle, douée d’intelligence et de volonté, capable de connaître Dieu et de le posséder éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on voir et toucher l’âme humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut ni voir notre âme ni la toucher parce que c’est un esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’âme humaine meurt-elle avec le corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme humaine ne meurt jamais : la foi et la raison elle-même prouvent qu’elle est immortelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’homme est-il libre dans ses actions ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’homme est libre dans ses actions et chacun sent en lui-même qu’il peut faire une chose ou ne pas la faire, faire une chose plutôt qu’une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple cette liberté humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je dis volontairement un mensonge, je sens que je pourrais ne pas le dire et me taire, et que je pourrais aussi parler différemment en disant la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que l’âme humaine est spirituelle et raisonnable, libre dans ses actes, capable de connaître et d’aimer Dieu et de jouir de lui éternellement ; et ces perfections sont en nous un reflet de l’infinie grandeur du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quel état Dieu a-t-il créé nos premiers parents Adam et Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé Adam et Eve dans l’état d’innocence et de grâce ; mais bientôt ils en déchurent par le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu ne fit-il pas d’autres dons à nos premiers parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu fit à nos premiers parents d’autres dons qu’ils devaient transmettre à leurs descendants avec la grâce sanctifiante. C’étaient : l’intégrité, c’est-à-dire la parfaite soumission des sens à la raison ; l’immortalité ; l’immunité de toute douleur et misère, et la science proportionnée à leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché d’Adam fut un péché d’orgueil et de grave désobéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le châtiment du péché d’Adam et d’Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Adam et Eve perdirent la grâce de Dieu et le droit qu’ils avaient au ciel ; ils furent chassés du paradis terrestre, soumis à beaucoup de misères de l’âme et du corps et condamnés à mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Adam et Eve n’avaient pas péché, auraient-ils été exempts de la mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Adam et Eve n’avaient pas péché et qu’ils fussent restés fidèles à Dieu, après un séjour heureux et tranquille sur cette terre, sans mourir ils auraient été transportés par Dieu dans le Ciel pour y jouir d’une vie éternelle et glorieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces dons étaient-ils dus à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dons n’étaient dus à l’homme en aucune façon ; mais ils étaient absolument gratuits et surnaturels. Aussi, quand Adam eût désobéi au commandement divin, Dieu put sans injustice priver de ces dons lui et sa postérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ce péché est-il propre seulement à Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce péché n’est pas seulement le péché d’Adam, il est aussi le nôtre, quoique différemment. Il est propre à Adam, parce que c’est lui qui le commit par un acte de sa volonté et par là il fut pour lui péché personnel. Il nous est propre, parce que, Adam ayant péché comme chef et souche de tout le genre humain, son péché est transmis par la génération naturelle à tous ses descendants, et par là il est pour nous péché originel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est-il possible que le péché originel passe dans tous les hommes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel passe dans tous les hommes parce que, Dieu ayant conféré au genre humain, en Adam, la grâce sanctifiante et tous les autres dons surnaturels, à condition qu’Adam ne désobéit pas, celui-ci désobéit en qualité de chef et de père du genre humain et rendit la nature humaine rebelle contre Dieu. Aussi la nature humaine est-elle transmise à tous les descendants d’Adam dans un état de rébellion contre Dieu et privée de la grâce divine et des autres dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tous les hommes contractent-ils le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous les hommes contractent le péché originel, excepté la Très Sainte Vierge qui en fut préservée par un privilège spécial de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le péché d’Adam les hommes n’auraient-ils pas pu se sauver ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le péché d’Adam, les hommes n’auraient pas pu se sauver, si Dieu n’avait pas été miséricordieux à leur égard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu fut-il miséricordieux envers le genre humain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu fut miséricordieux envers le genre humain en promettant tout de suite à Adam le Rédempteur divin ou Messie, et en envoyant ce Messie au temps marqué, pour délivrer les hommes de l’esclavage du démon et du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le Messie promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Messie promis est Jésus-Christ, comme nous l’enseigne le second article du Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Le second article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le second article : Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu est la seconde Personne de la très sainte Trinité ; qu’il est Dieu éternel, tout-puissant, Créateur et Seigneur, comme le Père ; qu’il s’est fait homme pour nous sauver et que le Fils de Dieu fait homme s’appelle Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la seconde Personne s’appelle-t-elle le Fils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde Personne s’appelle le Fils, parce que de toute éternité elle est engendrée du Père par voie d’intelligence : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi le Verbe éternel du Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nous sommes, nous aussi, fils de Dieu : pourquoi donc appelons-nous Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père, parce que lui seul est Fils de Dieu par nature, tandis que nous le sommes par création et par adoption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Jésus-Christ notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ notre Seigneur, parce que non seulement en tant que Dieu il nous a créés, de concert avec le Père et le Saint-Esprit, mais encore il nous a rachetés en tant que Dieu et homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il appelé Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est appelé Jésus, ce qui veut dire Sauveur, parce qu’il nous a sauvés de la mort éternelle méritée par nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné le nom de Jésus au Fils de Dieu fait homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le Père éternel lui-même qui a donné au Fils de Dieu fait homme le nom de Jésus par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, lorsque celui-ci annonça à la Vierge le mystère de l’Incarnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il aussi appelé Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est aussi appelé Christ, ce qui veut dire oint et sacré, parce qu’autrefois on consacrait par l’onction les rois, les prêtres et les prophètes, et que Jésus est le roi des rois, le souverain prêtre et le premier des prophètes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ fut-il oint et sacré d’une onction corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction de Jésus-Christ ne fut pas corporelle comme celle des anciens rois, prêtres et prophètes, mais toute spirituelle et divine, la plénitude de la divinité habitant en lui substantiellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes eurent-ils quelque connaissance de Jésus-Christ avant sa venue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les hommes eurent connaissance de Jésus-Christ avant sa venue, par la promesse du Messie que Dieu fit à nos premiers parents Adam et Eve, et qu’il renouvela aux saints Patriarches, et par les prophéties et les nombreuses figures qui le désignaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis, parce qu’en Lui s’est accompli tout ce qu’annonçaient les prophètes et tout ce que représentaient les figures de l’Ancien Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’annonçaient les prophéties au sujet du Rédempteur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet du Rédempteur les prophéties annonçaient la tribu et la famille d’où il devait sortir ; le lieu et le temps de sa naissance ; ses miracles et les plus petites circonstances de sa passion et de sa mort ; sa résurrection et son ascension au ciel ; son royaume spirituel, universel et perpétuel, qui est la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament sont l’innocent Abel, le grand prêtre Melchisédech, le sacrifice d’Isaac, Joseph vendu par ses frères, le prophète Jonas, l’agneau pascal et le serpent d’airain élevé par Moïse dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 par le témoignage du Père disant : &amp;quot; Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ; &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 par l’attestation de Jésus-Christ lui-même confirmée par les plus étonnants miracles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 par l’enseignement des Apôtres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 par la tradition constante de l’Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les principaux miracles opérés par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux miracles opérés par Jésus-Christ sont, outre sa propre résurrection, la santé rendue aux malades, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la vie aux morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Le troisième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le troisième article : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu a pris un corps et une âme comme les nôtres, dans le sein très pur de la Sainte Vierge Marie, par l’opération du Saint-Esprit, et qu’il est né de cette Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils concoururent-ils eux aussi à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines concoururent à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on seulement : a été conçu du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit seulement : a été conçu du Saint-Esprit, parce que l’incarnation du Fils de Dieu est une œuvre de bonté et d’amour, et que les œuvres de bonté et d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu en se faisant homme a-t-il cessé d’être Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le Fils de Dieu s’est fait homme sans cesser d’être Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est donc Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le Fils de Dieu incarné, c’est-à-dire Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble, Dieu parfait et homme parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il y a donc en Jésus-Christ deux natures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en Jésus-Christ, qui est Dieu et homme, il y a deux natures : la nature divine et la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il aussi en Jésus-Christ deux personnes : la personne divine et la personne humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le Fils de Dieu fait homme, il n’y a qu’une seule personne, la personne divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de volontés en Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Jésus-Christ il y a deux volontés, l’une divine et l’autre humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ avait-il une volonté libre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ avait une volonté libre, mais il ne pouvait pas faire le mal, parce que pouvoir faire le mal est un défaut, non une perfection de la liberté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont-ils la même personne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont la même personne, c’est-à-dire Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La Vierge Marie est-elle Mère de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la Vierge Marie est Mère de Dieu, parce qu’elle est la Mère de Jésus-Christ qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Marie devint-elle la Mère de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie devint la Mère de Jésus-Christ uniquement par l’opération et la vertu du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il de foi que Marie fut toujours Vierge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il est de foi que Marie fut toujours Vierge et elle est appelée la Sainte Vierge, la Vierge par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le quatrième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le quatrième article : A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, pour racheter le monde par son Sang précieux, souffrit sous Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, et mourut sur le bois de la croix d’où il fut descendu pour être enseveli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire les mots : a souffert ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots a souffert expriment toutes les peines souffertes par Jésus-Christ dans sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ a-t-il souffert comme Dieu ou comme homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a souffert comme homme seulement, parce que comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle sorte de supplice était celui de la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le supplice de la croix était alors le plus cruel et le plus ignominieux de tous les supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui condamna Jésus-Christ à être crucifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui condamna Jésus-Christ à être crucifié fut Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, qui avait reconnu son innocence, mais qui céda honteusement à l’insistance menaçante du peuple de Jérusalem. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ n’aurait-il pas pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ aurait pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ; mais, sachant que la volonté de son Père Éternel était qu’il souffrît et mourût pour notre salut, il s’y soumit volontairement, et même il alla Lui-même au-devant de ses ennemis et se laissa spontanément prendre et conduire à la mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut crucifié Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ fut crucifié sur le mont du Calvaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que fit Jésus-Christ sur la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ sur la croix pria pour ses ennemis ; donna pour mère au disciple saint Jean et, en sa personne, à nous tous sa propre Mère la Très Sainte Vierge ; off rit sa mort en sacrifice et satisfit à la justice de Dieu pour les péchés des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’aurait-il pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’aurait pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous, parce que l’offense faite à Dieu par le péché était, à un certain point de vue, infinie, et il fallait pour la réparer une personne d’un mérite infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour satisfaire à la divine Justice était-il nécessaire que Jésus-Christ fût Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il fallait que Jésus-Christ fût homme pour pouvoir souffrir et mourir, et il fallait qu’il fût Dieu pour que ses souffrances eussent une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi était-il nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie, parce que la majesté de Dieu, offensée par le péché, est infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Etait-il nécessaire que Jésus souffrît autant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’était pas absolument nécessaire que Jésus souffrît autant, parce que la moindre de ses souffrances aurait été suffisante pour notre Rédemption, chacun de ses actes ayant une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc Jésus voulut-il tant souffrir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus voulut tant souffrir pour satisfaire plus abondamment à la divine Justice, pour nous montrer encore plus son amour et pour nous inspirer une plus grande horreur du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Arriva-t-il des prodiges à la mort de Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, à la mort de Jésus le soleil s’obscurcit, la terre trembla, les sépulcres s’ouvrirent et beaucoup de morts ressuscitèrent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut enseveli le corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de Jésus-Christ fut enseveli dans un sépulcre nouveau, creusé dans le rocher non loin du lieu où il avait été crucifié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans la mort de Jésus-Christ, la divinité se sépare-t-elle de son corps et de son âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mort de Jésus-Christ la divinité ne se sépara ni du corps ni de l’âme ; il y eut seulement séparation de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui est mort Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes et il a satisfait pour tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Jésus-Christ est mort pour le salut de tous, pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous et tous ne sont pas sauvés parce que tous ne veulent pas le reconnaître, tous n’observent pas sa loi, tous ne se servent pas des moyens de sanctification qu’il nous a laissés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour être sauvés, suffit-il que Jésus-Christ soit mort pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être sauvés, il ne suffit pas que Jésus-Christ soit mort pour nous ; il est nécessaire qu’à chacun de nous soient appliqués le fruit et les mérites de sa passion et de sa mort, application qui se fait surtout par les sacrements que Jésus-Christ lui-même a institués dans ce but. Et comme beaucoup ou ne reçoivent pas les sacrements ou les reçoivent mal, ils rendent inutile pour eux la mort de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Le cinquième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le cinquième article : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième article du Credo nous enseigne que l’âme de Jésus-Christ, une fois séparée de son corps, alla dans les Limbes, et que, le troisième jour, elle s’unit de nouveau à son corps pour n’en être jamais plus séparée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par enfers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend ici par enfers les Limbes, c’est-à-dire le lieu où étaient les âmes des justes en attendant la Rédemption de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les âmes des justes ne furent-elles pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les âmes des justes ne furent pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ, parce que le paradis avait été fermé par le péché d’Adam et qu’il convenait que Jésus-Christ, dont la mort le rouvrait, fût le premier à y entrer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ voulut-il retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ voulut retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour pour manifester avec évidence qu’il était vraiment mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La résurrection de Jésus-Christ fut-elle semblable à celle des autres hommes ressuscités ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, la résurrection de Jésus-Christ ne fut pas semblable à celle des autres hommes ressuscités, parce que Jésus-Christ ressuscita par sa propre puissance, et que les autres furent ressuscités par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Le sixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le sixième article : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, quarante jours après sa résurrection, monta au ciel par sa propre puissance, en présence de ses disciples, et que, étant comme Dieu égal à son Père, il a été comme homme élevé au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints et établi le Seigneur de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection resta-t-il, quarante jours sur la terre avant de monter au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ après sa résurrection resta quarante jours sur la terre avant de monter au ciel, pour prouver par diverses apparitions qu’il était vraiment ressuscité, et pour instruire toujours davantage et confirmer les Apôtres dans les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ est-il monté au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est monté au ciel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour prendre possession du royaume qu’il avait mérité par sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour préparer notre place dans la gloire et être notre Médiateur et notre Avocat auprès de son Père ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour envoyer le Saint-Esprit à ses Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée, parce que Jésus-Christ, étant Homme-Dieu, monta au ciel par sa propre puissance, tandis que sa Mère qui était une créature, bien que la plus digne de toutes, monta au ciel par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez les mots : est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots : &amp;quot; est assis &amp;quot;, signifient la possession pacifique que Jésus-Christ a de la gloire, et les mots : &amp;quot; à la droite de Dieu le Père tout-puissant &amp;quot;, expriment qu’il a une place d’honneur au-dessus de toutes les créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Le septième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le septième article : D’où il viendra juger les vivants et les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième article du Credo nous enseigne qu’à la fin du monde Jésus-Christ, plein de gloire et de majesté, viendra du ciel pour juger tous les hommes, bons et mauvais, et pour donner à chacun la récompense ou le châtiment qu’il aura mérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si chacun, aussitôt après la mort, doit être jugé par Jésus-Christ dans le jugement particulier, pourquoi devons-nous tous être jugés dans le jugement général ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons tous être jugés dans le jugement général pour plusieurs raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour la gloire de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour la gloire de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour la gloire des Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour la confusion des méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 enfin pour que le corps ait avec l’âme la sentence de récompense ou de châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Dieu sera manifestée parce que tous connaîtront avec quelle justice Dieu gouverne le monde, bien que parfois maintenant on voie les bons dans l’affliction et les méchants dans la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Jésus-Christ sera manifestée parce qu’après avoir été injustement condamné par les hommes, il paraîtra alors à la face de tous comme le Juge suprême de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire des Saints sera manifestée parce que beaucoup d’entre eux qui moururent méprisés par les méchants seront glorifiés en présence de tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général quelle sera la confusion pour les méchants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la confusion des méchants sera très grande, surtout pour ceux qui opprimèrent les justes et pour ceux qui cherchèrent pendant leur vie à être estimés des hommes vertueux et bons, parce qu’ils verront manifestés à tout le monde les péchés qu’ils commirent, même les plus secrets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le huitième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le huitième article : Je crois au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième article du Credo nous enseigne qu’il y a un Esprit Saint, troisième Personne de la très sainte Trinité, qu’il est Dieu éternel, infini, tout-puissant, Créateur et Seigneur de toutes choses, comme le Père et le Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui procède le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul principe par voie de volonté et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si le Fils procède du Père et si le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, il semble que le Père et le Fils soient antérieurs au Saint-Esprit : comment dit-on alors que les trois Personnes sont éternelles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que les trois Personnes sont éternelles parce que le Père engendre le Fils ab æterno (de toute éternité) et que le Saint-Esprit procède aussi ab æterno du Père et du Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la troisième Personne de la très sainte Trinité est-elle appelée spécialement du nom de Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième Personne de la Très Sainte Trinité est appelée spécialement du nom de Saint-Esprit parce qu’elle procède du Père et du Fils par voie d’amour et de spiration ( Latin spiratio, de spirare, souffler, respirer : le Saint-Esprit est comme le souffle du Père et du Fils.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est l’œuvre attribuée spécialement au Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre attribuée spécialement au Saint-Esprit est la sanctification des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils nous sanctifient-ils comme le Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines nous sanctifient également. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il en est ainsi, Pourquoi la sanctification des âmes est-elle attribuée spécialement au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sanctification des âmes est attribuée spécialement au Saint-Esprit parce qu’elle est une œuvre d’amour et que les œuvres d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Saint-Esprit est-il descendu sur les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après la Résurrection de Jésus-Christ et dix jours après son Ascension. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où étaient les Apôtres pendant les dix jours qui précédèrent la Pentecôte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres étaient réunis dans le Cénacle en compagnie de la Sainte Vierge et des autres disciples, et ils persévéraient dans la prière, attendant l’Esprit Saint que Jésus-Christ leur avait promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produisit le Saint-Esprit dans les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit confirma les Apôtres dans la foi, les remplit de lumière, de force, de charité et de l’abondance de tous ses dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Saint-Esprit a-t-il été envoyé pour les seuls Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit a été envoyé pour toute l’Église et pour chaque âme fidèle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le Saint-Esprit dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit, comme l’âme dans le corps, vivifie l’Église par sa grâce et par ses dons ; il y établit le règne de la vérité et de l’amour ; il l’assiste pour qu’elle conduise sûrement ses fils dans la voie du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 10 : Le neuvième article.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article : La sainte Église catholique, la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième article du Credo nous enseigne, que Jésus-Christ a fondé sur la terre une société visible qui s’appelle l’Église catholique et que tous ceux qui font partie de cette Église sont en communion entre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après l’article qui traite du Saint-Esprit parle-t-on immédiatement de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après l’article qui traite du Saint-Esprit, on parle immédiatement de l’Église catholique pour indiquer que toute la sainteté de cette Église dérive de l’Esprit Saint qui est la source de toute sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire ce mot Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Église veut dire convocation ou réunion de personnes nombreuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui nous a convoqués ou appelés à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons été appelés à l’Église de Jésus-Christ par une grâce particulière de Dieu, afin qu’avec la lumière de la foi et par l’observation de la loi divine nous lui rendions le culte qui lui est dû et nous parvenions à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où se trouvent les membres de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’Église se trouvent partie au ciel, et ils forment l’Église triomphante ; partie au purgatoire et ils forment l’Église souffrante ; partie sur la terre, et ils forment l’Église militante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces diverses parties de l’Église constituent-elles une seule Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces diverses parties de l’Église constituent une seule Église et un seul corps, parce qu’elles ont le même chef qui est Jésus-Christ, le même esprit qui les anime et les unit, et la même fin qui est la félicité éternelle dont les uns jouissent déjà et que les autres attendent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quelle partie de l’Église se rapporte surtout ce neuvième article ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce neuvième article du Credo se rapporte surtout à &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Église militante, qui est l’Église dans laquelle nous sommes actuellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’Église en particulier. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites précisément ce qui est nécessaire pour être membre de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être membre de l’Église, il est nécessaire d’être baptisé, de croire et professer la doctrine de Jésus-Christ, de participer aux mêmes sacrements, de reconnaître le Pape et les autres Pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les Pasteurs légitimes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs légitimes de l’Église sont le Pontife Romain, c’est-à-dire le Pape, qui est le Pasteur universel, et les Évêques De plus, les autres prêtres et spécialement les curés ont, sous la dépendance des Évêques et du Pape, leur part de l’office de pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que le Pontife Romain est le Pasteur universel de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que Jésus-Christ dit à saint Pierre le premier Pape : &amp;quot; Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le ciel. &amp;quot; Et il lui dit encore : &amp;quot; Pais mes agneaux, pais mes brebis. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tant de sociétés d’hommes baptisés qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent donc pas à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, tous ceux qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent pas à l’Église de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on distinguer l’Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut distinguer la véritable Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes, à quatre marques : elle est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que l’Église est Une ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Une, parce que ses fils, à quelque temps et à quelque lieu qu’ils appartiennent, sont unis entre eux dans la même foi, le même culte, la même loi et la participation aux mêmes sacrements, sous un même chef visible, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne pourrait-il pas y avoir plusieurs Églises ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne peut y avoir plusieurs Églises parce que, de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, une seule Foi et un seul Baptême, il n’y a et il ne peut y avoir qu’une seule véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais n’appelle-t-on pas aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un. diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un diocèse, mais ce sont toujours des portions de l’Église universelle et elles forment avec elle une seule Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que la véritable Église est Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Sainte parce que Jésus-Christ, son chef invisible, est saint, que beaucoup de ses membres sont saints, que sa foi, sa loi, ses sacrements sont saints et qu’en dehors d’elle il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de véritable sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous l’Église Catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle la véritable Église Catholique, ce qui veut dire universelle, parce qu’elle embrasse les fidèles de tous les temps et de tous les lieux, de tout âge et de toute condition, et que tous les hommes du monde sont appelés à en faire partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelle-t-on encore l’Église Apostolique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église Apostolique, parce qu’elle remonte sans interruption jusqu’aux Apôtres ; et parce qu’elle croit et enseigne tout ce qu’ont cru et enseigné les Apôtres ; et parce qu’elle est dirigée et gouvernée par leurs légitimes successeurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et pourquoi appelle-t-on encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot;, parce que les quatre caractères de l’unité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité ne se rencontrent que dans l’Église qui reconnaît pour chef l’Évêque de Rome, successeur de saint Pierre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est constituée l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église de Jésus-Christ est constituée comme une société vraie et parfaite. En elle, comme dans une personne morale, on peut distinguer un corps et une âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’âme de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme de l’Église consiste en ce qu’elle a d’intérieur et de spirituel, c’est-à-dire la foi, l’espérance, la charité, les dons de la grâce et de l’Esprit Saint et tous les trésors célestes qui en sont dérivés par les mérites du Christ Rédempteur et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et le corps de l’Église, en quoi consiste-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de l’Église consiste en ce qu’elle a de visible et d’extérieur, comme l’association de ses fidèles, son culte, son ministère d’enseignement, son organisation extérieure et son gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique, il faut en être un membre vivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les membres vivants de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres vivants de l’Église sont tous les justes et eux seuls, c’est-à-dire ceux qui sont actuellement en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et quels en sont les membres morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres morts de l’Église sont les fidèles qui se trouvent en état de péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on se sauver en dehors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, hors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine, nul ne peut se sauver, comme nul ne put se sauver du déluge hors de l’Arche de Noé qui était la figure de cette Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment donc se sont sauvés les anciens Patriarches, les Prophètes et tous les autres justes de l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les justes de l’Ancien Testament se sont sauvés en vertu de la foi qu’ils avaient au Christ à venir et par cette foi ils appartenaient déjà spirituellement à l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais celui qui, sans qu’il y ait de sa faute, se trouverait hors de l’Église, pourrait-il être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, se trouvant hors de l’Église sans qu’il y ait de sa faute ou de bonne foi, aurait reçu le Baptême ou en aurait le désir au moins implicite ; qui chercherait en outre sincèrement la vérité et accomplirait de son mieux la volonté de Dieu, bien que séparé du corps de l’Église, serait uni à son âme et par suite dans la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait-il sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait un membre mort de l’Église et, par suite, ne serait pas sauvé, parce que pour le salut d’un adulte il faut non seulement le Baptême et la foi, mais encore les œuvres conformes à la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne, et Jésus-Christ a déclaré que celui qui ne croit pas est déjà condamné. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous aussi obligés de faire tout ce que l’Église nous commande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de faire tout ce que l’Église nous commande, car Jésus-Christ a dit aux pasteurs de l’Église : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle se tromper en ce qu’elle nous propose de croire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans ce qu’elle nous propose de croire, l’Église ne peut pas se tromper parce que, selon la promesse de Jésus-Christ, elle est toujours assistée par le Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique est donc infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église catholique est infaillible. Aussi, ceux qui rejettent ses définitions perdent la foi et deviennent hérétiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique peut-elle être détruite ou périr ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non ; l’Église catholique peut être persécutée, mais elle ne peut être détruite ni périr. Elle durera jusqu’à la fin du monde parce que, jusqu’à la fin du monde, Jésus-Christ sera avec elle, comme il l’a promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église catholique est-elle tant persécutée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est tant persécutée parce que son divin Fondateur fut aussi persécuté et parce qu’elle réprouve les vices, combat les passions et condamne toutes les injustices et toutes les erreurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les catholiques ont-ils encore d’autres devoirs envers l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout chrétien doit avoir pour l’Église un amour sans limites, se regarder comme heureux et infiniment honoré de lui appartenir, et travailler à sa gloire et à son accroissement par tous les moyens qui sont en son pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’Église enseignante et l’Église enseignée. ====&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune distinction entre les membres qui composent l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les membres qui composent l’Église, il y a une distinction très importante, car il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent, ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle la partie de l’Église qui enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui enseigne s’appelle Église enseignante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et la partie qui est enseignée, comment s’appelle-t-elle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui est enseignée s’appelle Église enseignée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a établi cette distinction dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette distinction dans l’Église a été établie par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église enseignante et l’Église enseignée sont donc deux Églises distinctes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante et l’Église enseignée sont deux parties distinctes d’une seule et même Église, comme dans le corps humain la tête est distincte des autres membres, et cependant forme avec eux un corps unique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui se compose l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante se compose de tous les Évêques, soit dispersés dans l’univers, soit réunis en concile, avec, à leur tête, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’Église enseignée de qui est-elle composée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignée est composée de tous les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont donc les personnes qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner sont le Pape et les Évêques, et, sous leur dépendance, les autres ministres sacrés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’écouter l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, sans aucun doute, nous sommes tous obligés d’écouter l’Église enseignante sous peine de damnation éternelle, car Jésus-Christ a dit aux Pasteurs de l’Église, en la personne des Apôtres : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a-t-elle quelque autre pouvoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a spécialement le pouvoir d’administrer les choses saintes, de faire les lois et d’en exiger l’observation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique vient-il du peuple ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique ne vient pas du peuple, et ce serait une hérésie de le dire : il vient uniquement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui appartient l’exercice de ces pouvoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’exercice de ces pouvoirs appartient uniquement au corps hiérarchique, c’est-à-dire au Pape et aux évêques qui lui sont soumis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Pape et Évêques ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape que nous appelons aussi le Souverain Pontife, ou encore le Pontife Romain, est le successeur de saint Pierre sur le siège de Rome, le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et le chef visible de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le successeur de saint pierre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le successeur de saint Pierre, parce que saint Pierre réunit en sa personne la dignité d’Évêque de Rome et de chef de l’Église, et que par un dessein de la Providence il établit son siège à Rome et y mourut Aussi celui qui est élu Évêque de Rome est aussi l’héritier de toute son autorité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le Vicaire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le Vicaire de Jésus-Christ parce qu’il le représente sur la terre et qu’il tient sa place dans le gouvernement de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le chef visible de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le chef visible de l’Église, parce qu’il la dirige visiblement avec l’autorité même de Jésus-Christ qui en est le chef invisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est donc la dignité du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Pape est la plus grande de toutes les dignités de la terre, et elle lui donne un pouvoir suprême et immédiat sur tous les Pasteurs et les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pape peut-il se tromper en enseignant l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape ne peut pas se tromper, il est infaillible dans les définitions qui regardent la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif le Pape est-il infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible à cause de la promesse de Jésus-Christ et de l’assistance continuelle du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Église, une doctrine concernant la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commettrait celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ou même simplement en douterait, pécherait contre la foi, et s’il s’obstinait dans cette incrédulité, il ne serait plus catholique, mais hérétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il concédé au Pape le don de l’infaillibilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a concédé au Pape le don de l’infaillibilité afin que nous soyons tous sûrs et certains de la vérité que l’Église enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand fut-il défini que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’infaillibilité du Pape fut définie par l’Église au Concile du Vatican, et si quelqu’un osait contredire cette définition, il serait hérétique et excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église en définissant l’infaillibilité du Pape, a-t-elle établi une nouveauté dans la foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, en définissant que le Pape est infaillible, l’Église n’a point établi une nouveauté dans la foi ; mais, pour s’opposer à de nouvelles erreurs, elle a défini que l’infaillibilité du Pape, contenue déjà dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition, est une vérité révélée de Dieu et que, par conséquent, il faut la croire comme un dogme ou un article de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment tout catholique doit-il se comporter à l’égard du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout catholique doit reconnaître le Pape comme le Père, le Pasteur et le Docteur universel, et lui demeurer uni d’esprit et de cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le Pape, quels sont, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pape, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église sont les Évêques &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que sont les Évêques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques sont les pasteurs des fidèles, établis par l’Esprit Saint pour gouverner l’Église de Dieu sur les sièges qui leur sont confiés, sous la dépendance du Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est l’Évêque dans son propre diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son propre diocèse, l’Évêque est le Pasteur légitime, le Père, le Docteur, le supérieur de tous les fidèles, ecclésiastiques et laïques, qui appartiennent à ce diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque est-il appelé le Pasteur légitime ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque est appelé le Pasteur légitime parce que la juridiction, c’est-à-dire le pouvoir qu’il a de gouverner les fidèles de son propre diocèse lui a été conféré selon les règles et les lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui le Pape et les Évêques sont-ils les successeurs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est le successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, et les évêques sont les successeurs des Apôtres, en ce qui regarde le gouvernement ordinaire de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le fidèle doit-il rester uni avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit rester uni de cœur et d’esprit avec son Évêque, en grâce et en communion avec le Siège Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le fidèle doit-il se comporter avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit respecter, aimer et honorer son Évêque et lui prêter obéissance en tout ce qui se rapporte au soin des âmes et au gouvernement spirituel du diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes sont les prêtres et principalement les curés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le curé est un prêtre délégué pour être à la tête d’une portion du diocèse appelée paroisse, et pour la diriger sous la dépendance de l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels devoirs ont les fidèles envers leur curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent se tenir unis à leur curé, l’écouter docilement et lui témoigner respect et soumission en tout ce qui regarde le soin de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La communion des saints. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article du Credo par ces mots : la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ces mots : la communion des saints, le neuvième article du Credo nous enseigne que dans l’Église, en vertu de l’union intime qui existe entre tous ses membres, tous les biens spirituels tant intérieurs qu’extérieurs qui leur appartiennent sont communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont dans l’Église les biens intérieurs communs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’Église, les biens intérieurs communs sont : la grâce reçue dans les sacrements, la foi, l’espérance, la charité, les mérites infinis de Jésus-Christ, les mérites surabondants de la Sainte Vierge et des Saints et le fruit de toutes les bonnes œuvres qui se font dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les biens extérieurs communs dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens extérieurs communs dans l’Église sont : les sacrements, le sacrifice de la sainte Messe, les prières publiques, les cérémonies religieuses et toutes les autres pratiques extérieures qui unissent ensemble les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce que tous les fils de l’Église entrent dans cette communion de biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la communion des biens intérieurs entrent seulement les chrétiens qui sont en état de grâce ; ceux qui sont en état de péché mortel ne participent pas à tous ces biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ceux qui sont en état de péché mortel ne participent-ils pas à tous ces biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que c’est la grâce de Dieu, vie surnaturelle de l’âme, qui unit les fidèles à Dieu et à Jésus-Christ comme ses membres vivants et qui les rend capables de faire des œuvres méritoires de la vie éternelle ; et parce que ceux qui se trouvent en état de péché mortel, n’ayant pas la grâce de Dieu, sont exclus de la communion parfaite des biens spirituels et ne peuvent faire des œuvres méritoires de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les chrétiens qui sont en état de péché mortel ne retirent donc aucun avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chrétiens qui sont en état de péché mortel retirent encore quelque avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église parce que, conservant le caractère du chrétien, qui est indélébile, et la vertu de la Foi qui est la racine de toute justification, ils sont aidés par les prières et les bonnes œuvres des fidèles à obtenir la grâce de la conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent-ils participer aux biens extérieurs de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent participer aux biens extérieurs de l’Église, pourvu qu’ils ne soient pas séparés de l’Église par l’excommunication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les membres de cette communion sont-ils, dans leur ensemble, appelés saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de cette communion sont appelés saints, parce que tous sont appelés à la sainteté, que tous ont été sanctifiés par le Baptême et que beaucoup parmi eux sont déjà parvenus à la parfaite sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La communion des saints s’étend-elle aussi au ciel et au purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la communion des Saints s’étend aussi au ciel et au purgatoire, parce que la charité unit les trois Églises : triomphante, souffrante et militante ; et les Saints prient Dieu pour nous et pour les âmes du purgatoire, et nous-mêmes nous rendons gloire et honneur aux Saints et nous pouvons soulager les âmes du purgatoire en appliquant en leur faveur messes, aumônes, indulgences et autres bonnes œuvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Ceux qui sont hommes d’Église ====&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui n’appartiennent pas à la Communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui n’appartiennent pas à la communion des saints sont dans l’autre vie les damnés, et en cette vie ceux qui n’appartiennent ni à l’âme ni au corps de l’Église, c’est-à-dire ceux qui sont en état de péché mortel et se trouvent hors de la véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui se trouvent hors de la véritable Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui se trouvent hors de la véritable Église sont les infidèles, les juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les infidèles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les infidèles sont ceux qui ne sont pas baptisés et qui ne croient pas en Jésus-Christ ; soit qu’ils croient à de fausses divinités et les adorent, comme les idolâtres ; soit que tout en admettant le seul vrai Dieu ils ne croient pas au Christ Messie, venu en la personne de Jésus-Christ ou encore à venir : tels sont les mahométans et autres semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les juifs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les juifs sont ceux qui professent la loi de Moise : ils n’ont pas reçu le Baptême et ne croient pas en Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les hérétiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hérétiques sont les baptisés qui refusent avec obstination de croire quelque vérité révélée de Dieu et enseignée comme de foi par l’Église catholique : par exemple, les ariens, les nestoriens et les diverses sectes du protestantisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les apostats ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apostats sont ceux qui abjurent ou renient par un acte extérieur la foi catholique qu’ils professaient auparavant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les schismatiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les schismatiques sont les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Église de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont ceux qui, pour des fautes graves, sont frappés d’excommunication par le Pape ou l’Évêque, et sont par suite, comme des indignes, séparés du corps de l’Église, qui attend et désire leur conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on craindre l’excommunication ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit craindre beaucoup l’excommunication, car c’est la peine la plus grave et la plus terrible que l’Église puisse infliger à ses fils rebelles et obstinés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels biens sont privés les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont privés des prières publiques, des sacrements, des indulgences, et exclus de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous être de quelque secours aux excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons être de quelque secours aux excommuniés et à tous les autres qui sont hors de la véritable &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Église, par des avis salutaires, par des prières et des bonnes œuvres, suppliant Dieu que, par sa miséricorde, il leur fasse la grâce de se convertir à la foi et d’entrer dans la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 11 : Le dixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dixième article : La rémission des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ a laissé à son Église le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle remettre toute sorte de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église peut remettre tous les péchés, si nombreux et si graves qu’ils soient, car Jésus-Christ lui a donné plein pouvoir de lier et de délier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés sont en premier lieu le Pape, qui seul possède la plénitude de ce pouvoir ; puis les Évêques, et sous la dépendance des Évêques, les prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église remet-elle les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église remet les péchés par les mérites de Jésus-Christ, en conférant les sacrements qu’il a institués à cette fin, principalement le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 12 : Le onzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le onzième article : La résurrection de la chair ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le onzième article du Credo nous enseigne que tous les hommes ressusciteront, chaque âme reprenant le corps qu’elle avait en cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection des morts se fera par la vertu de Dieu tout-puissant à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand arrivera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection de tous les morts arrivera à la fin du Inonde et ensuite aura lieu le jugement général. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu veut-il la résurrection des corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu veut la résurrection des corps afin que l’âme, ayant fait le bien et le mal quand elle était unie au corps, soit encore avec lui pour la récompense ou le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes ressusciteront-ils tous de la même manière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il y aura une très grande différence entre les corps des élus et les corps des damnés ; car, seuls, les corps des élus auront à la ressemblance de Jésus-Christ ressuscité, les propriétés des corps glorieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont ces propriétés qui orneront les corps des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les propriétés qui orneront les corps glorieux des élus sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’impassibilité, par laquelle ils ne pourront plus être sujets aux maux ni aux douleurs d’aucune sorte, ni au besoin de nourriture, de repos ou de quoi que ce soit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la clarté, par laquelle, ils resplendiront comme autant de soleils et d’étoiles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’agilité, par laquelle ils pourront se transporter en un moment et sans fatigue d’un lieu à un autre et de la terre au ciel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la subtilité, par laquelle, sans obstacle, ils pourront traverser tous les corps, comme fit Jésus-Christ ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment seront les corps des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les corps des damnés seront privés des propriétés glorieuses des corps des Bienheureux et porteront la marque horrible de leur éternelle réprobation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 13 : Le douzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dernier article : La vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier article du Credo nous enseigne qu’après la vie présente il y a une autre vie, ou éternellement heureuse pour les élus dans le paradis, ou éternellement malheureuse pour les damnés dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre le bonheur du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons comprendre le bonheur du paradis, parce qu’il surpasse les connaissances de notre esprit borné, et parce que les biens du ciel ne peuvent pas se comparer aux biens de ce monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bonheur des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bonheur des élus consiste à voir, à aimer et à posséder pour toujours Dieu, source de tout bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le malheur des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le malheur des damnés consiste à être toujours privés de la vue de Dieu et punis par d’éternels tourments dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis et les maux de l’enfer sont-ils seulement pour les âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis et les maux de l’enfer ne sont en ce moment que pour les âmes, parce qu’en ce moment il n’y a que les âmes qui soient au paradis ou en enfer ; mais après la résurrection de la chair, les hommes, dans la plénitude de leur nature, c’est-à-dire en corps et en âme, seront ou heureux ou tourmentés pour toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis seront-ils égaux pour les élus et les maux de l’enfer égaux pour les condamnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis pour les élus et les maux de l’enfer pour les damnés seront égaux dans leur substance et leur éternelle durée ; mais, dans la mesure ou le degré, ils seront plus grands ou moindres selon les mérites et les démérites de chacun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Amen à la fin du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Amen à la fin des prières signifie : &amp;quot; Ainsi soit-il &amp;quot;. A la fin du Credo il signifie &amp;quot; Il en est ainsi &amp;quot;, c’est-à-dire : je crois à la vérité absolue de tout ce que contiennent ces douze articles et j’en suis plus certain que si je le voyais de mes propres yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : La prière.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : La prière en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la seconde partie de la Doctrine Chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la seconde partie de la Doctrine chrétienne il est question de la prière en général et, en particulier, du Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière est une élévation de l’esprit vers Dieu pour l’adorer, pour le remercier et pour lui demander ce dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la prière en prière mentale et en prière vocale. La prière ou oraison mentale est celle qui ne se fait qu’avec l’esprit ; la prière vocale est celle qui se fait avec des paroles accompagnées de l’attention de l’esprit et de la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une autre façon de diviser la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut encore, à un autre point de vue, diviser la prière en prière privée et en prière publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière privée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière privée est celle que chacun fait en particulier pour soi-même ou pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière publique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière publique est celle qui est faite par les ministres sacrés, au nom de l’Église et pour le salut du peuple fidèle. On peut aussi appeler publique la prière faite en commun et publiquement par les fidèles, comme dans les processions dans les pèlerinages et dans l’église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avons-nous un espoir fondé d’obtenir par la prière les secours et les grâces dont nous avons besoin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’espoir d’obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin est fondé sur les promesses de Dieu, tout-puissant, très miséricordieux et très fidèle, et sur les mérites de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au nom de qui devons-nous demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires au nom de Jésus-Christ, comme lui-même nous l’a enseigné et selon la pratique de l’Église qui termine toujours ses prières par ces mots : per Dominum nostrum Jesum Christum, c’est-à-dire : par Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous demander à Dieu les grâces au nom de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander les grâces au nom de Jésus-Christ, parce qu’il est notre médiateur et que c’est seulement par lui que nous pouvons avoir accès au trône de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la prière a tant de vertu comment se fait-il que si souvent nos prières ne sont pas exaucées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien souvent nos prières ne sont pas exaucées, soit parce que nous demandons des choses qui ne conviennent pas à notre salut éternel, soit parce que nous ne prions pas comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les choses que nous devons principalement demander à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons principalement demander à Dieu sa gloire, notre salut éternel et les moyens pour y arriver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander aussi les biens temporels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander aussi à Dieu les biens temporels, mais toujours à la condition qu’ils soient conformes à sa très sainte volonté et qu’ils ne soient pas un empêchement pour notre salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Dieu sait tout ce qui nous est nécessaire pourquoi doit-on prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que Dieu sache tout ce qui nous est nécessaire, il veut cependant que nous le priions pour reconnaître que c’est lui qui donne tous les biens, pour lui témoigner notre humble soumission et pour mériter ses faveurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la première et la meilleure disposition pour rendre nos prières efficaces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première et la meilleure disposition pour rendre efficaces nos prières est d’être en état de grâce ou, si nous n’y sommes pas, de désirer au moins nous remettre dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres dispositions faut-il avoir pour bien prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien prier, les dispositions spécialement requises sont le recueillement, l’humilité, la confiance la persévérance et la résignation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est penser que nous parlons à Dieu, et, en conséquence, nous devons prier avec tout le respect et la dévotion possible, évitant de notre mieux les distractions, c’est-à-dire toute pensée étrangère à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les distractions diminuent-elles le mérite de la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quand c’est nous-mêmes qui les provoquons ou que nous ne les repoussons pas avec empressement. Mais si nous faisons tout notre possible pour être recueillis en Dieu, alors les distractions ne diminuent pas le mérite de notre prière, elles peuvent même l’accroître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons, avant la prière, éloigner toutes les occasions de distractions, et pendant la prière, nous devons penser que nous sommes en la présence de Dieu qui nous voit et nous écoute. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec humilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire reconnaître sincèrement notre indignité, notre impuissance et notre misère, accompagnant la prière de l’attitude modeste de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec confiance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons avoir la ferme espérance d’être exaucés, s’il doit en résulter la gloire de Dieu et notre vrai bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec persévérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous ne devons pas nous lasser de prier si Dieu ne nous exauce pas tout de suite, mais que nous devons continuer à prier avec encore plus de ferveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec résignation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons nous conformer à la volonté de Dieu, qui connaît mieux que nous ce qui est nécessaire à notre salut éternel, même dans le cas où nos prières ne seraient pas exaucées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu exauce-t-il toujours les prières bien faites ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu exauce toujours les prières bien faites, mais de la manière qu’il sait être la plus utile à notre salut éternel, et pas toujours selon notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière nous fait reconnaître notre dépendance en toutes choses à l’égard de Dieu, le suprême Seigneur, nous fait penser aux choses célestes, nous fait avancer dans la vertu, nous obtient de Dieu miséricorde, nous fortifie dans les tentations, nous réconforte dans les tribulations, nous aide dans nos besoins et nous obtient la grâce de la persévérance finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous devons spécialement prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier spécialement dans les périls, dans les tentations et au moment de la mort ; de plus, nous devons prier fréquemment, et il est bon de le faire matin et soir et au commencement des actions importantes de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui devons-nous prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier pour tous ; c’est-à-dire pour nous-mêmes, pour nos parents, supérieurs, bienfaiteurs, amis et ennemis ; pour la conversion des pauvres pécheurs, de ceux qui sont hors de la véritable Église, et pour les âmes saintes du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : L’oraison dominicale.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’oraison dominicale en général. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la prière vocale la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière vocale la plus excellente est celle que Jésus-Christ lui-même nous a enseignée, c’est-à-dire le Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il la prière la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est la prière la plus excellente, parce que c’est Jésus-Christ lui-même qui l’a composée et qui nous l’a enseignée ; parce qu’elle contient clairement en peu de paroles tout ce que nous pouvons espérer de Dieu, et parce qu’elle est la règle et le modèle de toutes les autres prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pater noster est-il aussi la prière la plus efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est aussi la prière la plus efficace parce qu’elle est la plus agréable à Dieu, étant composée des paroles mêmes que nous a dictées son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il appelé oraison dominicale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est appelé Oraison dominicale, ce qui veut dire prière du Seigneur, précisément parce que c’est Jésus-Christ qui nous l’a enseignée de sa propre bouche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de demandes dans le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Pater noster il y a sept demandes précédées d’un préambule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Père, qui êtes aux cieux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Que votre nom soit sanctifié, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Que votre règne arrive, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Et ne nous laissez pas succomber à la tentation, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Mais délivrez-nous du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi en invoquant Dieu au commencement de l’Oraison dominicale, l’appelons-nous notre Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au commencement de l’Oraison dominicale nous appelons Dieu notre Père pour réveiller notre confiance en son infinie bonté, puisque nous sommes ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous dire que nous sommes les enfants de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes les enfants de Dieu parce qu’il nous a créés à son image et qu’il nous conserve et nous gouverne par sa providence, et parce qu’il nous a, par une bienveillance spéciale, adoptés dans le Baptême comme les frères de Jésus-Christ et les cohéritiers avec lui de l’éternelle gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot;, parce que tous nous sommes ses enfants et que nous devons par suite nous regarder et nous aimer tous comme des frères et prier les uns pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu est partout ; pourquoi lui disons-nous donc : qui êtes aux cieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu est partout ; mais nous disons : &amp;quot; Notre Père qui êtes aux cieux &amp;quot; pour élever nos cœurs vers le ciel où Dieu se manifeste dans la gloire à ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La première demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la première demande : que votre nom soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première demande : que votre nom soit sanctifié, nous demandons que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde et par nous en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous en demandant que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous entendons demander que les infidèles arrivent à la connaissance du vrai Dieu, que les hérétiques reconnaissent leurs erreurs, que les schismatiques reviennent à l’unité de l’Église, que les pécheurs se corrigent et que les justes persévèrent dans le bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi, avant toute autre chose, demandons-nous que le nom de Dieu soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant toute autre chose nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié, parce que la gloire de Dieu doit nous tenir plus à cœur que tous nos biens et avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous procurer la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons procurer la gloire de Dieu par la prière, le bon exemple, et en dirigeant vers lui toutes nos pensées, nos sentiments et nos actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. La seconde demande. ====&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous par règne de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par règne de Dieu nous entendons un triple règne spirituel, c’est-à-dire le règne de Dieu en nous ou le règne de la grâce ; le règne de Dieu sur la terre, c’est-à-dire la sainte Église catholique, et le règne de Dieu dans les cieux, ou le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la grâce nous demandons que Dieu règne en nous par sa grâce sanctifiante, par laquelle il se complaît à résider en nous comme un roi dans son palais ; et de nous tenir unis à lui par les vertus de foi, d’espérance et de charité qui sont le règne de Dieu dans notre intelligence, notre cœur et notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à l’Église nous demandons qu’elle s’étende et se propage toujours davantage dans le monde entier pour le salut des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la gloire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la gloire nous demandons de pouvoir être un jour admis dans le saint Paradis pour lequel nous avons été créés et où nous serons pleinement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La troisième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, nous demandons la grâce de faire en toute chose la volonté de Dieu, en obéissant à ses saints commandements aussi promptement que les anges et les saints lui obéissent dans le ciel. Nous demandons encore la grâce de correspondre aux divines inspirations, et de vivre résignés à la volonté de Dieu quand il nous envoie des tribulations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est aussi nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu qu’il est nécessaire d’atteindre le salut éternel, car Jésus-Christ a dit que celui-là seul entrera dans le royaume des cieux qui aura fait la volonté de son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous connaître la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons connaître la volonté de Dieu spécialement par la voix de l’Église et de nos supérieurs spirituels établis par Dieu pour nous guider dans la voie du salut. Nous pouvons aussi connaître cette très sainte volonté par les divines inspirations et par les circonstances mêmes dans lesquelles le Seigneur nous a placés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous toujours reconnaître la volonté de Dieu dans les événements heureux et malheureux de notre vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les événements tant heureux que malheureux de notre vie nous devons toujours reconnaître la volonté de Dieu, qui dispose ou permet tout pour notre bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La quatrième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire chaque jour pour l’âme et pour le corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre âme nous demandons à Dieu qu’il entretienne sa vie spirituelle, c’est-à-dire que nous prions le Seigneur qu’il nous donne sa grâce dont nous avons continuellement besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se nourrit la vie de notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vie de l’âme se nourrit spécialement par l’aliment de la divine parole et par le très saint Sacrement de l’autel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre corps nous demandons ce qui est nécessaire à l’entretien de la vie temporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous aujourd’hui notre pain et ne disons-nous pas plutôt : donnez-nous aujourd’hui le pain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous aujourd’hui notre pain, et non : donnez-nous aujourd’hui le pain, pour exclure tout désir du bien d’autrui. Nous prions donc le Seigneur qu’il nous aide dans les gains justes et permis, pour que nous nous procurions notre nourriture par nos fatigues, sans larcin ni fraude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous notre pain, et non donnez-moi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous au lieu de donnez-moi pour nous rappeler que, les biens nous venant de Dieu, s’il nous en donne en abondance il le fait pour que nous en donnions le superflu aux pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ajoutons-nous quotidien'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ajoutons quotidien parce que nous devons désirer ce qui nous est nécessaire pour vivre et non pas l’abondance des aliments et des biens de la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifie de plus le mot aujourd’hui dans la quatrième demande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot aujourd’hui signifie que nous ne devons pas être trop préoccupés de l’avenir, mais demander ce qui nous est nécessaire pour le moment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. La cinquième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la cinquième demande : pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la cinquième demande : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés nous demandons à Dieu qu’il nous pardonne nos péchés, comme nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nos péchés sont-ils appelés des dettes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos péchés sont appelés des dettes parce qu’à cause d’eux, nous devons satisfaire à la divine Justice soit en cette vie le soit en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne pardonnent pas au prochain peuvent-ils espérer que Dieu leur pardonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne pardonnent pas au Prochain n’ont aucune raison d’espérer que Dieu leur pardonne, d’autant plus qu’ils se condamnent eux-mêmes en disant à Dieu de leur pardonner comme ils pardonnent au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La sixième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous demandons à Dieu de nous délivrer des tentations, soit en ne permettant pas que nous soyons tentés, soit en nous donnant la grâce de n’être pas vaincus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tentation est une excitation au péché qui nous vient soit du démon, soit des méchants, soit de nos passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché d’avoir des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ce n’est pas un péché d’avoir des tentations, mais c’est un péché d’y consentir ou de s’exposer volontairement au danger d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons tentés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu permet que nous soyons tentés pour éprouver notre fidélité, pour faire grandir nos vertus et pour accroître nos mérites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour éviter les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour éviter les tentations nous devons fuir les occasions dangereuses, garder nos sens, recevoir souvent les sacrements et recourir à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. La septième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la septième demande : mais délivrez nous du mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la septième demande : mais délivrez-nous du mal, nous demandons à Dieu qu’il nous délivre des maux passés, présents et futurs, et spécialement du plus grand de tous les maux qui est le péché et de la damnation éternelle qui en est le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : délivrez-nous du mal, et non des maux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : délivrez-nous du mal, et non des maux, parce que nous ne devons pas désirer être exempts de tous les maux de cette vie, mais seulement de ceux qui sont nuisibles à notre âme : aussi nous demandons d’être délivrés du mal en général, c’est-à-dire de tout ce que Dieu voit être un mal pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, par exemple d’une maladie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, mais toujours en nous en remettant à la volonté de Dieu qui peut aussi faire tourner cette tribulation à l’avantage de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi nous sont utiles les tribulations que Dieu nous envoie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tribulations que Dieu nous envoie nous sont utiles pour faire pénitence de nos fautes, pour éprouver nos vertus et surtout pour imiter Jésus-Christ notre chef, à qui il est juste que nous nous conformions dans les souffrances si nous voulons avoir part à sa gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire Amen à la fin du Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Amen veut dire : Ainsi soit-il, ainsi je le désire, ainsi je prie le Seigneur et ainsi j’espère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster suffit-il de le réciter d’une manière quelconque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster, il faut le réciter sans hâte, avec attention et avec la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous dire le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons dire le Pater chaque jour, parce que chaque jour nous avons besoin du secours de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : L’Ave maria. ===&lt;br /&gt;
''Quelle prière avons-nous coutume de dire après le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pater nous disons la Salutation angélique, c’est-à-dire l’Ave Maria par lequel nous recourons à la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Ave Maria est-il appelé Salutation angélique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ave Maria est appelé Salutation angélique parce qu’il commence par le salut que l’archange Gabriel adressa à la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’Ave Maria sont en partie de l’archange Gabriel, en partie de sainte Elisabeth, en partie de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de l’archange Gabriel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’archange Gabriel sont : Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que l’Ange dit à Marie ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ange adressa ces paroles à Marie quand il vint de la part de Dieu lui annoncer le mystère de l’Incarnation qui devait s’opérer en elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que pensons-nous faire en saluant la très sainte Vierge avec les paroles mêmes de l’Archange ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En saluant la Très Sainte Vierge avec les paroles de l’Archange nous nous réjouissons avec elle, rappelant les dons et les privilèges singuliers dont Dieu l’a favorisée de préférence à toutes les autres créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de sainte Elisabeth ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de sainte Elisabeth sont : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de votre sein est béni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que sainte Elisabeth dit ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sainte Elisabeth dit ces paroles par l’inspiration de Dieu, lorsque, trois mois avant de donner le jour à saint Jean-Baptiste, elle fut visitée par la Très Sainte Vierge qui déjà portait dans son sein son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faisons-nous en disant ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant les paroles de sainte Elisabeth, nous nous réjouissons avec la Très Sainte Vierge de son éminente dignité de Mère de Dieu, nous bénissons Dieu et le remercions de nous avoir donné Jésus-Christ par Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les autres paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les autres paroles de l’Ave Maria ont été ajoutées par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les dernières paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les dernières paroles de l’Ave Maria nous demandons la protection de la Très Sainte Vierge au cours de cette vie et spécialement à l’heure de la mort, où nous en aurons le plus grand besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après le Pater disons-nous l’Ave Maria plutôt que toute autre prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que la Très Sainte Vierge est notre Avocate la plus puissante auprès de Jésus-Christ. Aussi, après avoir dit la prière que nous a enseignée Jésus-Christ, nous prions la Très Sainte Vierge de nous obtenir les grâces que nous avons demandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif la très sainte Vierge est-elle si puissante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Très Sainte Vierge est si puissante parce qu’elle est la Mère de Dieu et qu’il est impossible qu’il ne l’exauce pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Saints sur la dévotion à Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de la dévotion à Marie, les Saints nous enseignent que ses vrais dévots sont aimés d’Elle, qu’elle les protège avec l’amour de la plus tendre des Mères et que par elle ils sont certains de trouver Jésus et d’obtenir le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle dévotion en l’honneur de Marie l’Église recommande-t-elle tout spécialement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dévotion que l’Église recommande d’une façon toute spéciale en l’honneur de la Très Sainte Vierge est la récitation du saint Rosaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’invocation des Saints. ===&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de recourir à l’intercession des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de prier les Saints et tout chrétien doit le faire. Nous devons prier particulièrement nos Anges Gardiens, saint Joseph, Patron de l’Église, les saints Apôtres, les Saints dont nous portons le nom et les Saints Protecteurs du diocèse et de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints, il y a cette différence que nous prions Dieu afin que, comme auteur des grâces, il nous donne les biens et nous délivre des maux, et nous prions les Saints afin qu’ils intercèdent pour nous comme nos avocats auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, que voulons-nous dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, nous voulons dire que ce Saint l’a obtenue de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Troisième partie : Les commandements de Dieu et de l’Église  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les commandements de Dieu en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne il est question des commandements de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de commandements dans la loi de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandement de la loi de Dieu sont au nombre de dix : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis le Seigneur ton Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Rappelle-toi de sanctifier les fêtes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Honore ton père et ta mère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Tu ne tueras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Tu ne feras pas d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Tu ne voleras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Tu ne diras pas de faux témoignage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 Tu ne désireras pas la femme d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 Tu ne désireras pas le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les commandements de Dieu ont-ils reçu ce nom ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de Dieu ont reçu ce nom parce que c’est Dieu lui-même qui les a imprimés dans l’âme de tout homme, qui les a promulgués sur le mont Sinaï dans la loi ancienne gravée sur deux tables de pierre, et c’est Jésus-Christ qui les a confirmés dans la loi nouvelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la première table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la première table sont les trois premiers, qui regardent directement Dieu et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la seconde table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la seconde table sont les sept derniers, qui regardent le prochain et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes tous obligés d’observer les commandements parce que tous nous devons vivre selon la volonté de Dieu qui nous a créés, et qu’il suffit d’en violer gravement un seul pour mériter l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons certainement observer les commandements de Dieu parce que Dieu ne nous commande rien d’impossible, et qu’il donne la grâce de les observer à qui la demande comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il considérer d’une manière générale en chaque commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans chaque commandement il faut considérer la partie positive et la partie négative, c’est-à-dire ce qu’il nous commande et ce qu’il nous défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les commandements qui regardent Dieu.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le premier commandement. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit au commencement : Je suis le Seigneur ton Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tête des commandements il est dit : Je suis le Seigneur ton Dieu pour que nous sachions que Dieu, étant notre Créateur et Seigneur, peut nous commander ce qu’il veut et que nous, ses créatures, nous sommes tenus de lui obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que Dieu nous ordonne par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence, Dieu nous ordonne de reconnaître, d’adorer, d’aimer et de servir Lui seul comme notre souverain Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment accomplit-on le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On accomplit le premier commandement par l’exercice du culte intérieur et du culte extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte intérieur est l’honneur que l’on rend à Dieu avec les seules facultés de l’esprit, c’est-à-dire avec l’intelligence et la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte extérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte extérieur est l’hommage que l’on rend à Dieu au moyen d’actes extérieurs et d’objets sensibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne suffit-il pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ; il faut l’adorer aussi extérieurement, avec son esprit comme avec son corps, parce qu’il est le Créateur et le Seigneur absolu de l’un et de l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le culte extérieur peut-il subsister sans le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le culte extérieur ne peut absolument pas subsister sans le culte intérieur, parce que s’il n’en est pas accompagné, il reste privé de vie, de mérite et d’efficacité, comme un corps sans âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend l’idolâtrie. la superstition, le sacrilège, l’hérésie et tout autre pêché contre la religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’idolâtrie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle idolâtrie le fait de rendre à quelque créature, par exemple à une statue, à une image, à un homme, le culte suprême d’adoration qui n’est dû qu’à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se trouve exprimée cette défense dans la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la Sainte Écriture, on trouve cette défense exprimée par les mots : &amp;quot; Tu ne feras pas de sculpture, ni aucune représentation de ce qui est là-haut dans le ciel et ici-bas sur la terre. Et tu n’adoreras pas ces choses, tu ne leur rendras aucun culte. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces paroles défendent-elles toutes sortes d’images ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non certainement : mais seulement celles des fausses divinités, faites dans un but d’adoration, comme faisaient les idolâtres. Cela est si vrai que Dieu lui-même commanda à Moïse d’en faire quelques-unes, comme les deux statues de chérubins qui étaient sur l’arche et le serpent d’airain dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la superstition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle superstition toute dévotion contraire à la doctrine et à l’usage de l’Église, comme aussi le fait d’attribuer à une action ou à une chose quelconque une vertu surnaturelle qu’elle n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrilège est la profanation d’un lieu, d’une personne ou d’une chose consacrée à Dieu et destinée à son culte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’hérésie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hérésie est une erreur coupable de l’intelligence par laquelle on nie avec obstination quelque vérité de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend encore d’avoir commerce avec le démon et de nous agréger aux sectes antichrétiennes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettra-t-il un grave péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettrait un péché énorme, parce que le démon est le plus pervers des ennemis de Dieu et de l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis d’interroger les tables qu’on appelle parlantes ou écrivantes, ou de consulter de quelque façon que ce soit les âmes des trépassés par le spiritisme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les pratiques du spiritisme sont défendues, parce qu’elles sont superstitieuses et que souvent elles ne sont pas exemptes d’intervention diabolique : aussi ont-elles été justement interdites par l’Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier commandement défend peut-être d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas défendu d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ; nous devons même le faire, parce que c’est une chose bonne, utile et hautement recommandée par l’Église, car ils sont les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Puisque Jésus-Christ est notre unique Médiateur auprès de Dieu pourquoi recourons-nous aussi à l’intercession de la très Sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est notre Médiateur auprès de Dieu, parce que, étant vrai Dieu et vrai homme, lui seul en vertu de ses propres mérites nous a réconciliés avec Dieu et nous obtient de lui toutes les grâces. Mais la Sainte Vierge et les Saints, en vertu des mérites de Jésus-Christ et par la charité qui les unit à Dieu et à nous, nous aident par leur intercession à obtenir les grâces que nous demandons. Et c’est là un des grands biens de la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous aussi honorer les saintes images de Jésus-Christ et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, parce que l’honneur que l’on rend aux saintes images de Jésus-Christ et des Saints est rapporté à leurs personnes mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et les reliques des Saints peut-on les honorer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, on doit aussi honorer les reliques des Saints, parce que leurs corps furent les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit, et qu’ils doivent ressusciter glorieux à une vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints il y a cette différence que Dieu, nous l’adorons pour son excellence infinie ; les Saints au contraire, nous ne les adorons pas, mais nous les honorons et nous les vénérons comme les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de Lui. Le culte que nous rendons à Dieu S’appelle culte de latrie c’est-à-dire l’adoration, et le culte que nous rendons aux Saints s’appelle culte de dulie c’est-à-dire de vénération pour les serviteurs de Dieu ; enfin le culte particulier que nous rendons à la Très Sainte Vierge s’appelle culte d’hyperdulie c’est-à-dire de vénération toute spéciale, comme pour la Mère de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le second commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le second commandement : Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement : &amp;quot; Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu &amp;quot; nous défend : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 d’employer le nom de Dieu sans respect ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 de blasphémer contre Dieu, contre la Très Sainte Vierge et contre les Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de faire des jurements faux et sans nécessité ou défendus à quelque titre que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que employer le nom de Dieu sans respect ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employer le nom de Dieu sans respect, c’est prononcer ce saint nom et tout ce qui se rapporte d’une manière spéciale à Dieu, comme le nom de Jésus, de Marie et des Saints, par colère, par plaisanterie ou de toute autre manière peu respectueuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le blasphème ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le blasphème est un horrible péché qui consiste en paroles ou actes de mépris ou de malédiction contre Dieu, la sainte Vierge, les Saints, ou contre les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une différence entre le blasphème et l’imprécation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une différence, parce que dans le blasphème on lance la malédiction ou on désire le mal à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints ; tandis que dans l’imprécation c’est à soi-même ou au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jurer, c’est prendre Dieu à témoin de la vérité de ce qu’on dit ou de ce qu’on promet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours défendu de jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas toujours défendu de jurer ; c’est permis et même un honneur rendu à Dieu quand il y a nécessité et que le jurement est fait avec vérité, discernement et justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec vérité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on affirme avec serment ce que l’on sait ou que l’on croit être faux, et quand on promet avec serment ce que l’on n’a pas l’intention d’accomplir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec discernement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure sans prudence et sans mûre réflexion ou pour des choses de peu d’importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure de faire une chose qui n’est pas juste ou permise, comme de se venger, de voler et autres choses semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir le serment de faire des choses injustes ou défendues ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement nous n’y sommes pas obligés, mais nous pécherions en les faisant parce qu’elles sont défendues par la loi de Dieu ou de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui jure à faux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui jure à faux commet un péché mortel parce qu’il déshonore gravement Dieu, vérité infinie, en le prenant à témoin d’une chose fausse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement nous ordonne d’honorer le saint nom de Dieu et d’accomplir non seulement les serments, mais encore les vœux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’un vœu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vœu est la promesse faite à Dieu d’une chose bonne, possible pour nous, et meilleure que son contraire, à laquelle nous nous obligeons comme si elle nous était commandée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’accomplissement d’un vœu devenait en tout ou en partie très difficile, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut demander la commutation ou la dispense du vœu à son Évêque ou au Souverain Pontife, selon l’importance du vœu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de manquer aux vœux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manquer aux vœux est un péché. Aussi nous ne devons pas faire de vœux sans une mûre réflexion et, ordinairement, sans le conseil du confesseur ou d’une autre personne prudente, afin de ne pas nous exposer au péril de pécher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on faire des vœux à la Sainte Vierge et aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait les vœux seulement à Dieu ; cependant on peut promettre à Dieu de faire quelque chose en l’honneur de la Sainte Vierge ou des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le troisième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes, nous ordonne d’honorer Dieu par les pratiques du culte les jours de fête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ancienne loi, c’étaient le jour du sabbat et les autres jours particulièrement solennels pour le peuple hébreu ; dans la loi nouvelle, ce sont les dimanches et autres solennités établies par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la loi nouvelle sanctifie-t-on le dimanche au lieu du samedi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dimanche, qui signifie jour du Seigneur a été substitué au samedi, parce que c’est à pareil jour que Jésus-Christ Notre Seigneur est ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la pratique du culte qui nous est commandée aux jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous est commandé d’assister dévotement au saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quelles autres pratiques un bon chrétien sanctifie-t-il les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien sanctifie les fêtes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en assistant à la Doctrine chrétienne, aux prédications et aux offices ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 en recevant souvent avec les dispositions convenables les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 en se livrant à la prière et aux œuvres de charité chrétienne envers le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le troisième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement nous défend les œuvres serviles et toute autre occupation qui nous détourne du culte divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres serviles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles défendues les jours de fête sont les travaux dits manuels, c’est-à-dire les travaux matériels auxquels le corps a plus de part que l’esprit, comme ceux que font ordinairement les serviteurs, les ouvriers et les artisans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet-on en travaillant les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En travaillant les jours de fête on commet un péché mortel ; cependant si le travail dure peu de temps, il n’y a pas de faute grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune œuvre servile qui soit permise les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête sont permis les travaux nécessaires à la vie ou au service de Dieu et ceux qu’on fait pour une cause grave, en demandant, s’il se peut, la permission à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les œuvres serviles sont-elles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles sont défendues, les jours de fête, pour que nous puissions mieux nous occuper au culte divin et au salut de notre âme, et pour que nous nous reposions de nos fatigues. Aussi il n’est pas défendu de se livrer à d’honnêtes amusements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses devons-nous éviter surtout les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête nous devons éviter par dessus tout le péché et tout ce qui peut nous porter au péché, comme les amusements et les réunions dangereuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les commandements qui concernent le prochain.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le quatrième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère, nous ordonne de respecter notre père et notre mère, de leur obéir en tout ce qui n’est pas péché et de les assister dans leurs besoins spirituels et temporels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le quatrième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement nous défend d’offenser nos parents en paroles, en actes et de toute autre manière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous le nom de père et mère quelles autres personnes comprend ce commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nom de père et de mère, ce commandement comprend encore tous nos supérieurs tant ecclésiastiques que laïques, auxquels nous devons donc obéissance et respect. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient aux parents l’autorité de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants de leur obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qu’ont les parents de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants d’obéir vient de Dieu qui a constitué et ordonné la famille, de telle sorte que l’homme y trouve les premiers moyens nécessaires à son perfectionnement matériel et spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents ont-ils des devoirs envers leurs enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents ont le devoir d’aimer, de soigner et nourrir leurs enfants, de pourvoir à leur éducation religieuse et civile, de leur donner le bon exemple, de les éloigner des occasions de péché, de les corriger de leurs fautes et de les aider à embrasser l’état auquel ils sont appelés de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu nous a-t-il donné le modèle de la famille parfaite ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous a donné le modèle de la famille parfaite dans la sainte Famille, où Jésus-Christ vécut soumis à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph jusqu’à trente ans, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il commençât à exercer la mission que lui avait confiée le Père éternel de prêcher l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, pourraient-elles pourvoir à tous leurs besoins matériels et moraux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, elles ne pourraient pourvoir à leurs besoins, et il est nécessaire qu’elles soient unies en société civile afin de s’aider mutuellement pour leur perfectionnement et leur bonheur communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la société civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société civile est la réunion de nombreuses familles, dépendant de l’autorité d’un chef, pour s’aider réciproquement à atteindre leur perfectionnement mutuel et le bonheur temporel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient à la société civile l’autorité qui la gouverne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qui gouverne la société civile vient de Dieu qui la veut constituée pour le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il obligation de respecter l’autorité qui gouverne la société civile et de lui obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous ceux qui appartiennent à la société civile ont le devoir de respecter l’autorité et de lui obéir parce que cette autorité vient de Dieu et qu’ainsi le veut le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on respecter toutes les lois qui sont imposées par l’autorité civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit respecter toutes les lois que l’autorité civile impose, pourvu qu’elles ne soient pas opposées à la loi de Dieu ; c’est le commandement et l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’obéissance et le respect aux lois imposées par l’autorité, ceux qui font partie de la société civile ont-ils d’autres devoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui font partie de la société civile, outre l’obligation du respect et de l’obéissance envers les lois, ont le devoir de vivre dans la concorde et de travailler de toutes leurs forces et de tous leurs moyens à y faire régner, pour l’avantage commun, la vertu, la paix, l’ordre et la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le cinquième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le cinquième commandement : Tu ne tueras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement : Tu ne tueras pas, défend de donner la mort au prochain, de le battre, de le frapper, ou de lui faire quelque autre mal dans son corps, soit par soi-même, soit par les autres. Il défend encore de l’offenser par des paroles injurieuses et de lui vouloir du mal. Dans ce commandement Dieu défend aussi de se donner la mort, ce qui est le suicide. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-ce un péché grave de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui tue usurpe témérairement le droit sur la vie de l’homme qui n’appartient qu’à Dieu seul, parce qu’il détruit la sécurité de la société humaine, et parce qu’il enlève au prochain la vie, qui est le plus grand bien naturel qu’il ait sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il des cas où il soit permis de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et enfin quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu dans le cinquième commandement défend-il aussi de nuire à la vie spirituelle du Prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu, dans le cinquième commandement, défend aussi de nuire à la vie spirituelle du prochain par le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le scandale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est toute parole, tout acte ou toute omission qui est pour les autres une occasion de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le scandale est-il un péché grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est un péché grave parce qu’il tend à détruire la plus grande œuvre de Dieu qui est la Rédemption, par la perte d’une âme ; parce qu’il donne au prochain la mort de l’âme en lui enlevant la vie de la grâce, qui est plus précieuse que la vie du corps ; parce qu’il est cause d’une multitude de péchés. Aussi Dieu menace-t-il des plus sévères châtiments ceux qui donnent le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le cinquième commandement Dieu défend-il de se donner la mort à soi-même ou de se suicider ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cinquième commandement, Dieu défend le suicide parce que l’homme n’est pas le maître de sa vie comme il ne l’est pas de celle d’autrui. Et l’Église punit le suicide par la privation de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le cinquième commandement défend-il aussi le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le cinquième commandement défend aussi le duel, parce que le duel participe de la malice du suicide et de celle de l’homicide ; et quiconque y assiste volontairement, même comme simple spectateur, est excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le duel est-il encore défendu quand il n’y a pas péril de mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le duel même est défendu, parce que non seulement nous ne pouvons pas tuer, mais nous ne pouvons pas même blesser volontairement nous-mêmes ni les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La défense de l’honneur peut-elle excuser le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, parce qu’il n’est pas vrai que par le duel on répare l’offense, et parce qu’on ne peut pas réparer l’honneur par une action injuste, déraisonnable et barbare, comme est le duel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le cinquième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement nous ordonne de pardonner à nos ennemis et de vouloir du bien à tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui a porté tort au prochain pour la vie du corps ou pour la vie de l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne suffit pas que celui qui a porté tort au prochain se confesse, il doit aussi réparer le mal qu’il a fait en compensant les torts qu’il a portés, en rétractant les erreurs qu’il a enseignées, en donnant le bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le sixième et le neuvième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés, nous défend tout acte, tout regard, toute parole contraire à la chasteté, et l’infidélité dans le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que défend le neuvième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième commandement défend expressément tout désir contraire à la fidélité que les époux se sont jurés en s’unissant par le mariage. Il défend aussi toute pensée coupable ou tout désir d’actes défendus par le sixième commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’impureté est-elle un grand péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave et abominable devant Dieu et devant les hommes ; il avilit l’homme à la condition des animaux sans raison, l’entraîne à beaucoup d’autres péchés et de vices, et provoque les plus terribles châtiments en cette vie et en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté sont-elles des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté ne sont pas par elles-mêmes des péchés, elles sont plutôt des tentations et des excitations au péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que les mauvaises pensées sont des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mauvaises pensées, même quand elles ne sont pas suivies d’effet, sont des péchés lorsque nous leur donnons occasion d’une manière coupable, ou que nous y consentons ou que nous nous exposons au péril prochain d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonnent le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement nous ordonne d’être chastes et modestes dans nos actes, nos regards, notre maintien et nos paroles. Le neuvième commandement nous ordonne d’être chastes et purs même intérieurement c’est-à-dire dans notre esprit et notre cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour observer le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien observer le sixième et le neuvième commandements, nous devons prier Dieu souvent et du fond du cœur, être dévots à la Vierge Marie, Mère de la pureté, nous rappeler que Dieu nous voit, penser à la mort, aux châtiments divins, à la passion de Jésus-Christ, garder nos sens, pratiquer la mortification chrétienne et fréquenter les sacrements avec les dispositions convenables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous fuir pour nous maintenir dans la pureté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous maintenir dans la pureté, il convient de fuir l’oisiveté, les mauvaises compagnies, l’intempérance, d’éviter les images indécentes, les spectacles licencieux, les conversations dangereuses et toutes les autres occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le septième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le septième commandement : Tu ne voleras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement : Tu ne voleras pas, nous défend de prendre ou de retenir le bien d’autrui injustement, et de faire tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voler, c’est prendre injustement le bien d’autrui contre la volonté de son maître, dans le cas où celui-ci a pleine raison et droit absolu de n’en vouloir pas être privé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le vol est-il défendu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, par le vol, on pèche contre la justice et en fait injure au prochain en prenant et retenant contre son droit et sa volonté ce qui lui appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bien d’autrui est tout ce qui appartient au prochain, qu’il en ait la propriété ou l’usage, ou qu’il l’ait simplement le dépôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien de manières prend-on injustement le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De deux manières : par le vol et par la rapine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet le vol ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vol se commet quand on prend le bien d’autrui en se cachant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapine se commet quand on prend avec violence et ouvertement le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quels cas peut-on prendre le bien d’autrui sans faire de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le maître n’est pas opposé ou que son opposition est injuste, ce qui arriverait si quelqu’un était dans l’extrême nécessité, pourvu qu’il prit seulement ce qui lui est strictement nécessaire pour subvenir à son besoin urgent et extrême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-on faire tort au prochain dans ses biens que par le vol et la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On lui fait tort encore par la fraude, par l’usure et par toute autre injustice que l’on commet contre ses biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la fraude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a fraude quand on trompe le prochain dans le commerce par de faux poids, de fausses mesures, de la fausse monnaie et de mauvaises marchandises ; quand on falsifie les écritures et les papiers ; en un mot toutes les fois qu’on induit en erreur dans les ventes, les achats et tout autre contrat, et aussi quand on ne veut pas donner le juste prix et le prix convenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’usure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’usure consiste à exiger, sans titre légitime, un intérêt illicite pour une somme prêtée, en abusant du besoin et de l’ignorance d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres injustices commet-on contre le bien du prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des injustices que de lui faire perdre injustement ce qu’il a, de lui faire tort dans ses possessions, de ne pas travailler comme on le doit, de ne pas payer par malice des dettes ou des marchandises achetées, de frapper ou de tuer les animaux qui lui appartiennent, d’endommager ou laisser endommager ce qu’on a en garde, d’empêcher quelqu’un de faire un juste bénéfice, de tenir la main aux voleurs, de recevoir, cacher ou acheter des choses volées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché grave que de voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché grave contre la justice quand il s’agit d’une matière grave, car il est très important que le droit de chacun sur son bien propre soit respecté, et cela pour le bien des individus, des familles et de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que la matière du vol est grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est grave lorsqu’on prend une chose importante et aussi lorsque, bien qu’on prenne une chose de peu de valeur, le prochain en souffre un grave dommage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le septième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement nous ordonne de respecter le bien d’autrui, de donner le juste salaire aux ouvriers, et d’observer la justice en tout ce qui concerne la propriété d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le septième commandement suffit-il qu’il se confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le septième commandement, la confession ne suffit pas ; il faut qu’il fasse son possible pour restituer le bien d’autrui et réparer les dommages causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la réparation des dommages causés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réparation des dommages causés est la compensation qu’on doit donner au prochain pour les fruits et les bénéfices perdus à cause du vol et des autres injustices commises à son détriment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui doit-on restituer le bien volé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A celui qui a été volé ; à ses héritiers, s’il est mort ; et si c’est vraiment impossible, on doit en donner la valeur au profit des pauvres et des œuvres pieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand on trouve une chose de grande valeur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit apporter un grand empressement à en trouver le maître et la lui restituer fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le huitième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage, nous défend de déposer faussement en justice. Il nous défend encore la diffamation ou médisance, la calomnie, la flatterie, le jugement et le soupçon téméraires et toute sorte de mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la diffamation ou médisance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La diffamation ou médisance est un péché qui consiste à manifester sans un juste motif les péchés et les défauts d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la calomnie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La calomnie est un péché qui consiste à attribuer méchamment au prochain des fautes et des défauts qu’il n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la flatterie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La flatterie est un péché qui consiste à tromper quelqu’un en disant faussement du bien de lui ou d’un autre, dans le but d’en retirer quelque avantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le jugement ou soupçon téméraire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jugement ou le soupçon téméraire est un péché qui consiste à mal juger ou à soupçonner de mal le prochain sans un juste motif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est un péché qui consiste à affirmer comme vrai ou comme faux, par des paroles ou par des actes, ce qu’on ne croit pas tel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien d’espèces est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est de trois espèces : le mensonge joyeux, le mensonge officieux et le mensonge pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge joyeux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge joyeux est celui dans lequel on ment par pure plaisanterie et sans faire tort à personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge officieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge officieux est l’affirmation d’une chose fausse pour sa propre utilité ou celle d’un autre, mais sans qu’il y ait de préjudice pour personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge pernicieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge pernicieux est l’affirmation d’une chose fausse qui fait tort au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis de mentir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est jamais permis de mentir ni par plaisanterie, ni pour son propre avantage ni pour celui d’autrui, car c’est une chose mauvaise par elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le mensonge est joyeux ou officieux, c’est un péché véniel ; mais s’il est pernicieux, c’est un péché mortel si le préjudice causé est grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours nécessaire de dire tout ce qu’on pense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, cela n’est pas toujours nécessaire, surtout quand celui qui vous interroge n’a pas le droit de savoir ce qu’il demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le huitième commandement suffit-il qu’il s’en confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le huitième commandement, il ne suffit pas qu’il s’en confesse ; il est obligé de rétracter ce qu’il a dit de calomnieux contre le prochain, et de réparer du mieux qu’il le peut les dommages qu’il lui a causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le huitième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement nous ordonne de dire quand il le faut la vérité, et d’interpréter en bien, autant que nous le pouvons, les actions de notre prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le dixième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui, nous défend le désir de priver autrui de son bien et le désir d’acquérir du bien par des moyens injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu nous défend-il aussi le désir du bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous défend les désirs déréglés du bien d’autrui, parce qu’il veut que nous soyons justes, même intérieurement, et que nous nous tenions toujours très éloignés des actes injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le dixième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement nous ordonne de nous contenter de l’état dans lequel Dieu nous a placés, et de souffrir avec patience la pauvreté quand Dieu nous veut dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment un chrétien peut-il être content dans la pauvreté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien peut être content même dans la pauvreté, en considérant que le plus grand des biens est une conscience pure et tranquille, que notre vraie patrie est le ciel, et que Jésus-Christ s’est fait pauvre par amour pour nous et a promis une récompense spéciale à tous ceux qui supportent avec patience la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les préceptes de l’Église  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les préceptes de l’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Outre les commandements de Dieu, que devons-nous encore observer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des commandements de Dieu, nous devons encore observer les préceptes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’obéir à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucun doute nous sommes obligés d’obéir à l’Église parce que Jésus-Christ lui-même nous l’ordonne, et parce que les préceptes de l’Église aident à observer les commandements de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand commence l’obligation d’observer les préceptes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obligation d’observer les préceptes de l’Église commence généralement quand on a l’usage de la raison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de transgresser un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Transgresser délibérément un précepte de l’Église en matière grave est un péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui peut dispenser d’un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que le Pape qui puisse dispenser des préceptes de l’Église, et ceux à qui il en a donné le pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de préceptes de l’Église, et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les préceptes de l’Église sont au nombre de cinq : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Jeûner pendant le Carême, aux quatre-temps et pour les Vigiles commandées ; ne pas manger de viande les jours défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Se confesser au moins une fois l’an et communier à Pâques, chacun dans sa paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Payer les dîmes dues à l’Église, selon les usages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Ne pas célébrer de mariages en temps prohibé, c’est-à-dire du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’octave de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le premier précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le premier précepte ou commandement de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier précepte de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches e t les autres fêtes commandées, nous ordonne d’assister avec dévotion à la sainte Messe tous les dimanches et autres fêtes de précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste les dimanches et autres fêtes d’obligation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste, autant que possible, les dimanches et autres fêtes d’obligation est la Messe paroissiale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église recommande-t-elle aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église recommande aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 afin que ceux qui appartiennent à la même paroisse s’unissent pour prier ensemble avec le curé qui est leur chef ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que les paroissiens participent davantage au saint Sacrifice qui est spécialement appliqué pour eux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 afin qu’ils entendent les vérités de l’Évangile que les curés ont l’obligation d’exposer à la Sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 afin qu’ils connaissent les prescriptions et les avis qui sont publiés à cette Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que veut dire le mot : dimanche ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot dimanche veut dire jour du Seigneur, c’est-à-dire jour spécialement consacré au service divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le premier commandement de l’Église est-il fait une mention spéciale du dimanche ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier commandement de l’Église il est fait une mention spéciale du dimanche, parce qu’il est la fête principale chez les chrétiens comme le sabbat (samedi) était fête principale chez les Juifs, par l’institution de Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres fêtes a instituées l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué aussi les fêtes de Notre Seigneur, de la très Sainte Vierge, des Anges et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle institué d’autres fêtes de Notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué d’autres fêtes de Notre Seigneur en souvenir de ses divins mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ont été instituées les fêtes de la très Sainte Vierge’ des Anges et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes de la Très Sainte Vierge, des Anges et des Saints ont été instituées : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en souvenir des grâces que Dieu leur a faites et pour en remercier la divine bonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que nous les honorions, que nous imitions leurs exemples et que nous obtenions le secours de leurs prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le second précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés nous ordonne de jeûner : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pendant le Carême ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 à certains jours de l’Avent, là où le jeûne est prescrit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 aux quatre-temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 à certaines Vigiles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas par jour et à s’abstenir des aliments défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Aux jours de jeûne, peut-on faire le soir une petite collation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une condescendance de l’Église on peut, les jours de jeûne, faire le soir une petite collation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne sert à mieux nous préparer à la prière, à faire pénitence des péchés commis, et à nous préserver d’en commettre de nouveaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est obligé au jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont obligés au jeûne tous les chrétiens qui ont vingt et un ans accomplis, et qui ne sont ni dispensés ni excusés par un empêchement légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne sont-ils absolument dispensés de toute mortification ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne ne sont pas absolument dispensés de toute mortification, parce que nous sommes tous obligés à faire pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Carême a été institué pour imiter en quelque façon le jeûne rigoureux de quarante jours que Jésus-Christ fit dans le désert, et pour nous préparer par la pénitence à célébrer saintement la fête de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne de l’Avent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne de l’Avent a été institué pour nous disposer à célébrer saintement la fête de Noël. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des quatre-temps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des quatre-temps a été institué : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour consacrer chaque saison de l’année par une pénitence de quelques jours ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour le remercier des fruits qu’il nous a déjà donnés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et pour le prier de donner à son Église de saints ministres, dont l’ordination est faite les samedis des quatre-temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des Vigiles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des Vigiles a été institué pour nous préparer à célébrer saintement les fêtes principales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui nous est défendu le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense, il nous est défendu de manger de la viande, sauf en cas de nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle voulu que nous nous abstenions ces jours-là de manger de la viande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que nous fassions pénitence chaque semaine. et surtout le vendredi en l’honneur de la Passion, et le samedi en souvenir de la sépulture de Jésus-Christ, et en l’honneur de la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le troisième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous commande l’Église par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’usage de la raison de l’approcher au moins une fois l’an du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle est le Carême, selon l’usage introduit et approuvé dans toute l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église dit-elle que nous nous confessions au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église dit : au moins, pour nous faire connaître son désir que nous nous approchions plus souvent des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C’est donc une chose utile de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une chose très utile de se confesser souvent, surtout parce qu’il est difficile de se bien confesser et de se tenir éloigné du péché mortel si l’on se confesse rarement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous prescrit l’Église par les autres paroles du troisième précepte Communier au moins à Pâques, chacun dans sa paroisse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les autres paroles du troisième précepte : communier au moins à Pâques chacun dans sa paroisse, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’âge de discrétion, à recevoir tous les ans la très sainte Eucharistie, dans leur paroisse, pendant le temps pascal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il un autre temps en dehors de Pâques, où nous soyons obligés de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de communier aussi quand nous Sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit que nous devons communier au moins à Pâques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église désire vivement que non seulement à Pâques, mais le plus souvent possible, nous nous approchions de la sainte Communion qui est la divine nourriture de nos âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Satisfait-on à ce précepte par une confession ou une communion sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne satisfait pas au troisième précepte de l’Église par une confession ou une communion sacrilège, parce que l’intention de l’Église est qu’on reçoive ces sacrements pour la fin qui a motivé leur institution, c’est-à-dire pour notre sanctification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le quatrième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Comment observe-t-on le quatrième précepte de l’Église : Payer les dîmes dues à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième précepte : Payer les dîmes dues à l’Église, s’observe en payant les offrandes ou prestations qui ont été établies pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toutes choses, et pour pourvoir à l’honnête subsistance de ses ministres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on payer les dîmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit payer les dîmes sur les choses et de la manière que comporte l’habitude des lieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le cinquième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend l’Église par le cinquième précepte : Ne pas célébrer de mariage en temps prohibé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le cinquième précepte l’Église ne défend pas la célébration du sacrement de Mariage, mais seulement la solennité des mariages, du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’Octave de pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste cette solennité des mariages ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solennité des mariages prohibée par ce précepte consiste dans la Messe propre pour les époux, dans la bénédiction nuptiale, et dans la pompe extraordinaire des mariages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mariages solennels ne conviennent-ils pas pendant l’Avent et le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mariages solennels ne conviennent pas pendant l’Avent et le Carême, parce que ce sont des temps spécialement consacrés à la pénitence et à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les devoirs particuliers de chaque état et les conseils évangéliques.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les devoirs d’état. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les devoirs d’état ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par devoir d’état on entend les obligations particulières que chacun a par suite de son état, de sa condition et de la situation qu’il occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Dieu qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers, parce que ces devoirs dérivent de ses divins commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les devoirs particuliers dérivent-ils des dix commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, dans le quatrième commandement, sous le nom de père et de mère, sont compris encore tous nos supérieurs, et ainsi de ce commandement dérivent tous les devoirs d’obéissance, d’amour et de respect des inférieurs envers leurs supérieurs, et tous les devoirs de vigilance qu’ont les supérieurs envers leurs inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels commandements dérivent les devoirs des ouvriers, des commerçants, de ceux qui administrent les biens d’autrui et autres semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs de fidélité, de sincérité, de justice, d’équité qu’ils ont, dérivent du septième, du huitième et du dixième commandements qui défendent toute fraude, injustice, négligence et duplicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel commandement dérivent les devoirs des personnes consacrées à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs des personnes consacrées à Dieu dérivent du second commandement qui ordonne d’accomplir les vœux et les promesses faites à Dieu : car c’est ainsi que ces personnes se sont obligées à l’observation de tous les conseils évangéliques ou de quelques-uns. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les conseils évangéliques. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont certains moyens suggérés par Jésus-Christ dans le saint Évangile pour atteindre la perfection chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont : la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l’obéissance en tout ce qui n’est pas péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques servent à faciliter l’observation des commandements et à mieux assurer le salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les conseils évangéliques facilitent-ils l’observation des commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques facilitent l’observation des commandements parce qu’ils aident à détacher le cœur de l’amour des richesses, des plaisirs et des honneurs, et qu’ainsi ils éloignent du péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie : Les sacrements.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les sacrements en général.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature des sacrements. ====&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne il est question des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par le mot sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le mot sacrement on entend un signe sensible et efficace de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple comment les sacrements sont des signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Baptême, l’acte par lequel on verse l’eau sur la tête de la personne, et les paroles &amp;quot; Je te baptise (c’est-à-dire je te lave), au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;, sont un signe sensible de ce que le Baptême opère dans l’âme : de même que l’eau lave le corps, ainsi la grâce donnée par le Baptême purifie l’âme du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien g a-t-il de sacrements et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept sacrements qui sont : le Baptême, la Confirmation, l’Eucharistie, la Pénitence, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire un sacrement, il faut la matière, la forme et un ministre qui ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la matière des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière des sacrements est la chose sensible qu’on emploie pour les faire ; comme, par exemple, l’eau naturelle dans le Baptême, l’huile et le baume dans la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la forme des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme des sacrements consiste dans les paroles qu’on prononce pour les faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le ministre des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre des sacrements est la personne qui fait ou confère le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’effet principal des sacrements : La Grâce. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce de Dieu est un don intérieur surnaturel, qui nous est donné sans aucun mérite de notre part, mais par les mérites de Jésus-Christ, en vue de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la grâce en grâce sanctifiante qu’on appelle aussi habituelle, et en grâce actuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante est un don surnaturel inhérent à notre âme, qui nous rend justes, enfants adoptifs de Dieu et héritiers du paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de grâce sanctifiante : la grâce première et la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce première ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce première est celle par laquelle l’homme passe de l’état de péché mortel à l’état de justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et qu’est-ce que la grâce seconde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce seconde est un accroissement de la grâce première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce actuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce actuelle est un don surnaturel qui illumine notre esprit, meut et fortifie notre volonté, pour que nous fassions le bien et évitions le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous résister à la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons résister à la grâce de Dieu, car elle ne détruit pas notre libre arbitre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par nos seules forces pouvons-nous faire quelque chose pour la vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans le secours de la grâce de Dieu, par nos seules forces, nous ne pouvons rien faire pour la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu nous communique-t-il la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous communique la grâce principalement par le moyen des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la grâce sanctifiante, les sacrements nous confèrent-ils une autre grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la grâce sanctifiante, les sacrements confèrent aussi la grâce sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sacramentelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sacramentelle consiste dans le droit qu’on acquiert en recevant un sacrement quelconque, d’avoir, en temps opportun, les grâces actuelles nécessaires pour remplir les obligations qui dérivent du sacrement reçu. Ainsi, lorsque nous avons été baptisés, nous avons reçu le droit d’avoir les grâces nécessaires pour vivre chrétiennement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les sacrements donnent-ils toujours la grâce à celui qui les reçoit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements donnent toujours la grâce pourvu qu’on les reçoive avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ qui, par sa passion et sa mort, a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante et, par là, nous rendent amis de Dieu, sont au nombre de deux : le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment, en conséquence, appelle-t-on ces deux sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux sacrements, c’est-à-dire le Baptême et la Pénitence, s’appellent sacrements des morts, parce qu’ils sont établis principalement pour rendre aux âmes mortes par le péché, la vie de la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède sont les cinq autres, donc la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, qui donnent la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent par suite ces cinq sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces cinq sacrements, à savoir : la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, s’appellent sacrements des vivants, parce que ceux qui les reçoivent doivent être exempts de péché mortel, c’est-à-dire déjà vivants par la grâce sanctifiante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce, commet un grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements les plus nécessaires pour notre salut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements les plus nécessaires pour notre salut sont le Baptême et la Pénitence. Le Baptême est nécessaire à tous absolument. Et la Pénitence est nécessaire à tous ceux qui ont péché mortellement après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le plus grand de tous les sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus grand de tous les sacrements est le sacrement de l’Eucharistie, parce qu’il contient non seulement la grâce, mais encore Jésus-Christ, auteur de la grâce et des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le caractère imprimé par certains sacrements ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois sont au nombre de trois : le Baptême, la Confirmation et l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, ne peuvent-ils être reçus qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre ne peuvent être reçus qu’une fois parce qu’ils impriment un caractère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements est un signe spirituel qui ne peut plus s’effacer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements Sert à nous marquer dans le Baptême comme membres de Jésus-Christ, dans la Confirmation comme ses soldats, dans l’Ordre comme ses ministres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le Baptême.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature et effets du baptême. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est le sacrement par lequel nous renaissons à la grâce de Dieu et nous devenons chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Baptême confère la première grâce sanctifiante qui efface le péché originel et aussi le péché actuel s’il existe. Il remet toute la peine due pour ces péchés, imprime le caractère de chrétien, nous fait enfants de Dieu, membres de l’Église et héritiers du paradis, et nous rend capables de recevoir les autres sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du Baptême est l’eau naturelle qu’on verse sur la tête de celui qu’on baptise, en assez grande quantité pour qu’elle coule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du Baptême est celle-ci : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministre du baptême. ====&lt;br /&gt;
''A qui appartient-il de donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donner le Baptême appartient de droit aux Évêques et curés, mais en cas de nécessité, toute personne peut le donner, que ce soit un homme ou une femme, même un hérétique ou un infidèle, pourvu qu’il accomplisse le rite du Baptême et qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes, laquelle devrait donner le baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes ; s’il y avait un prêtre, c’est lui qui devrait le baptiser ; en son absence un ecclésiastique d’ordre inférieur ; et en l’absence de celui-ci, un homme laïque de préférence à une femme, à moins que celle-ci ne sache mieux faire ou que la décence n’exige que ce soit elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui baptise doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église dans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Rite du Baptême et dispositions de celui qui le reçoit à l’âge de raison. ====&lt;br /&gt;
''Comment fait-on pour donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le Baptême en versant de l’eau sur la tête de celui qu’on baptise, et si on ne peut pas sur la tête, sur quelque autre partie principale du corps, et en disant en même temps : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne serait-elle baptisée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne ne serait pas baptisée : il est nécessaire que ce soit la même personne qui verse l’eau et prononce les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on a un doute que la personne soit morte, doit-on négliger de la baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on a un doute que la personne soit morte, on doit la baptiser sous condition en disant : &amp;quot; Si tu es en vie, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on porter les enfants à l’Église pour les faire baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit porter les enfants à l’église pour les faire baptiser le plus tôt possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi doit-on mettre tant d’empressement à faire recevoir le baptême aux enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit mettre tant d’empressement à faire baptiser les enfants parce que, à cause de la fragilité de leur âge, ils sont exposés à bien des dangers de mourir et qu’ils ne peuvent se sauver sans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ils pèchent donc les pères et les mères qui par leur négligence laissent mourir leurs enfants sans Baptême, ou même qui le diffèrent simplement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les pères et les mères qui, par leur négligence, laissent mourir leurs enfants sans Baptême pèchent gravement, parce qu’ils privent leurs enfants de la vie éternelle. Ils pèchent même gravement en différant longtemps le Baptême, parce qu’ils les exposent au danger de mourir sans l’avoir reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand celui qui est baptisé a atteint l’âge de raison, quelles dispositions doit-il avoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adulte qu’on baptise doit, outre la foi, avoir la douleur au moins imparfaite des péchés mortels qu’il aurait commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, que recevrait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, il recevrait le caractère du Baptême mais non la rémission des péchés ni la grâce sanctifiante. Et ces effets resteraient suspendus tant que l’empêchement n’aurait pas été levé par la douleur parfaite des péchés ou par le sacrement de Pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Nécessité du Baptême et devoirs du baptisé ====&lt;br /&gt;
''Le Baptême est-il nécessaire pour être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est absolument nécessaire pour être sauvé, car le Seigneur a dit expressément : &amp;quot; Celui qui ne renaîtra pas dans l’eau et le Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume des cieux &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on suppléer en quelque manière au défaut du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le défaut du sacrement de Baptême peut être suppléé par le martyre qu’on appelle Baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu ou de contrition joint au désir au moins implicite du Baptême, et ceci s’appelle Baptême de désir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi s’oblige celui qui reçoit le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit le Baptême s’oblige à professer toujours la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ et de son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi renonce-t-on en recevant le saint Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En recevant le saint Baptême, on renonce pour toujours au démon, à ses œuvres et à ses pompes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par les œuvres ou par les pompes du démon ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les œuvres et les pompes du démon, on entend les péchés et les maximes du monde contraires aux maximes du saint Évangile&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le nom et les parrains. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi impose-t-on le nom d’un Saint à celui qu’on baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On impose le nom d’un Saint à celui qu’on baptise pour le mettre sous la protection spéciale d’un patron céleste et pour l’animer à imiter ses exemples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les parrains et marraines du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines du Baptême sont les personnes qui, par une disposition de l’Église, tiennent les enfants sur les fonts baptismaux, répondent pour eux et se rendent garants devant Dieu de leur éducation chrétienne, spécialement si les parents y manquaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certainement obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous, parce que Dieu ne nous a reçus dans sa grâce qu’à cette condition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles personnes doit-on choisir pour parrains et marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit choisir pour parrains et marraines des personnes catholiques, de bonnes mœurs et qui obéissent aux lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les obligations des parrains et des marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines sont obligés d’avoir soin que leurs fils spirituels soient instruits des vérités de la foi et vivent en bons chrétiens, et de les édifier par leur bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel lien contractent les parrains dans le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains contractent une parenté spirituelle avec le baptisé et avec ses parents, d’où résulte un empêchement de mariage avec eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : La Confirmation. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation est un sacrement qui nous donne le Saint-Esprit, imprime dans notre âme le caractère de soldats du Christ et nous rend parfaits chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le sacrement de Confirmation nous rend-il parfaits chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation nous rend parfaits chrétiens parce qu’elle nous confirme dans la foi et perfectionne les autres vertus et les dons que nous avons reçus dans le saint Baptême et c’est de là que lui vient son nom de Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les dons du Saint-Esprit, qu’on reçoit dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit qu’on reçoit dans la Confirmation sont les sept suivants : la Sagesse, l’Intelligence, le Conseil, la Force, la Science, la Piété et la Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière de ce sacrement, outre l’imposition des mains de l’Évêque, est l’onction faite sur le front du baptisé avec le saint Chrême : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi Onction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le saint Chrême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le saint Chrême est de l’huile d’olive mêlée avec du baume et consacrée par l’Évêque le Jeudi-Saint. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient l’huile et le baume dans ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce sacrement l’huile qui s’étend et fortifie, signifie l’abondance de la grâce qui se répand dans l’âme du chrétien pour le confirmer dans la foi ; et le baume, qui est odorant et préserve de la corruption, signifie que le chrétien, fortifié par cette grâce, est capable de répandre la bonne odeur des vertus chrétiennes et de se préserver de la corruption des vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Confirmation est celle-ci : &amp;quot; Je te signe du signe de la Croix et te confirme avec le Chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre ordinaire du sacrement de Confirmation est l’Évêque seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles cérémonies l’Évêque administre-t-il la confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque, pour administrer le sacrement de Confirmation, étend d’abord les mains sur les confirmands en invoquant sur eux le Saint-Esprit ; puis il fait une onction en forme de croix avec le saint Chrême sur le front de chacun, en disant les paroles de la forme ; ensuite, de la main droite, il donne un léger soufflet sur la joue du confirmé en lui disant : &amp;quot; La paix soit avec toi &amp;quot; ; enfin il bénit solennellement tous les confirmés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’onction est-elle faite sur le front ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction est faite sur le front, où apparaissent les signes de la crainte et de la honte, afin que le confirmé comprenne qu’il ne doit pas rougir du nom et de la profession de chrétien, ni avoir peur des ennemis de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque donne-t-il un léger soufflet au confirmé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque donne un léger soufflet au confirmé pour qu’il sache qu’il doit être prêt à souffrir toute sorte d’affront et de peine pour la foi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tout le monde doit-il faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, chacun doit faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation et de le faire recevoir à ceux qui dépendent de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge est-il bon de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âge où il est bon de recevoir le sacrement de Confirmation est celui de sept ans environ ; parce qu’alors commencent habituellement les tentations et qu’on peut connaître suffisamment la grâce de ce sacrement et se rappeler qu’on l’a reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles dispositions faut-il pour recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour recevoir dignement le sacrement de Confirmation, il faut être en état de grâce, savoir les principaux mystères de notre sainte foi, et s’en approcher avec respect et dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recevrait la Confirmation une seconde fois pécherait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il commettrait un sacrilège, parce que la Confirmation est un de ces sacrements qui impriment un caractère dans l’âme et que, par suite, on ne peut recevoir qu’une fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le chrétien., pour conserver la grâce de la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour conserver la grâce de la Confirmation, le chrétien doit prier souvent, faire de bonnes œuvres, et vivre selon la loi de Jésus-Christ, sans respect humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi y a-t-il aussi des parrains et des marraines dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que, par leurs paroles et leurs exemples, ils guident le confirmé dans la voie du salut et qu’ils le soutiennent dans le combat spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles conditions sont requises dans le parrain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain doit être d’âge convenable, catholique, confirmé, instruit des choses les plus nécessaires de la religion et de bonnes mœurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le parrain de la Confirmation ne contracte-t-il aucune parenté avec le confirmé et ses parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain de la Confirmation contracte la même parenté spirituelle que celui du Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’Eucharistie.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La nature de l’Eucharistie et la présence réelle de Jésus-Christ dans ce sacrement. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie est un sacrement qui, par l’admirable changement de toute la substance du pain au Corps de Jésus-Christ et de celle du vin en son Sang précieux, contient vraiment, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ Notre Seigneur, sous les espèces du pain et du vin, pour être notre nourriture spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il dans l’Eucharistie le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la très Sainte Vierge sur cette terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, dans l’Eucharistie, il y a vraiment le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la Très Sainte Vierge sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi croyez-vous que dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois que, dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent, parce que Lui-même l’a dit et que la sainte Église me l’enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du sacrement de l’Eucharistie est celle qui fut employée par Jésus-Christ, c’est-à-dire le pain de froment et le vin de la vigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de l’Eucharistie consiste dans les paroles employées par Jésus-Christ : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que l’hostie avant la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hostie, avant la consécration, c’est du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration qu’est l’hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, l’hostie est le vrai Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le calice avant la consécration, qu’y a-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le calice, avant la consécration, il y a du vin avec quelques gouttes d’eau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration, qu’y a-t-il dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, dans le calice, il y a le vrai Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand se fait le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ se fait au moment même où le prêtre, pendant la sainte Messe, prononce les paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consécration est le renouvellement, par le ministère du prêtre, du miracle opéré par Jésus-Christ changeant à la dernière Cène le pain et le vin en son Corps et en son Sang adorables par ces mots : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église appelle-t-elle le miraculeux changement du pain et du vin au Corps et au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miraculeux changement qui s’opère chaque jour sur nos autels est appelé par l’Église transsubstantiation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, Dieu tout-puissant, qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration ne reste-t-il rien du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration il reste seulement les espèces du pain et du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’appelle-t-on espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle espèces la quantité et les qualités sensibles du pain et du vin comme : la forme, la couleur, la saveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les espèces du pain et du vin peuvent-elles rester sans leur substance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les espèces du pain et du vin restent merveilleusement sans leur substance par la vertu du Dieu tout-puissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous les espèces du pain n’y a-t-il que le Corps de Jésus-Christ, et sous les espèces du vin n’y a-t-il que son Sang ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant sous les espèces du pain que sous les espèces du vin, Jésus-Christ est vivant et tout entier dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sauriez-vous me dire pourquoi Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice parce que, dans l’Eucharistie, il est vivant et immortel comme dans le ciel. Par conséquent, là où est son Corps, il y a aussi son Sang, son Âme et sa Divinité ; et là où est son Sang, il y a aussi son Corps, son Âme et sa Divinité, car en Jésus-Christ tout cela est inséparable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, cesse-t-il d’être au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, il ne cesse pas d’être au ciel, mais il se trouve en même temps au ciel et dans le Très Saint Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ se trouve-t-il dans toutes les hosties consacrées du monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-il se faire que Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées par la toute-puissance de Dieu à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on divise l’hostie, divise-t-on le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on divise l’hostie on ne divise pas le Corps de Jésus-Christ, on divise seulement les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle partie de l’hostie reste le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Corps de Jésus-Christ reste tout entier dans toutes les parties en lesquelles l’hostie a été divisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est-il autant dans la parcelle d’une hostie que dans une grande hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une grande hostie comme dans la parcelle d’une hostie, c’est toujours le même Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif conserve-t-on dans les églises la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conserve dans les églises la très sainte Eucharistie pour qu’elle soit adorée par les fidèles et portée aux malades quand ils en ont besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on adorer l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie doit être adorée de tout le monde parce qu’elle contient vraiment, réellement et substantiellement Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’institution et les effets du sacrement de l’Eucharistie. ====&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie dans la dernière cène qu’il fit avec ses disciples, le soir qui précéda sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué la très sainte Eucharistie pour trois raisons principales : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour qu’elle soit le sacrifice de la nouvelle loi ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour qu’elle soit la nourriture de notre âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour qu’elle soit un mémorial perpétuel de sa passion et de sa mort, et un gage précieux de son amour envers nous et de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin, parce que l’Eucharistie devait être notre nourriture spirituelle et qu’il était par suite convenable qu’elle nous fût donnée sous forme d’aliment et de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici les principaux effets que produit la très sainte Eucharistie en celui qui la reçoit dignement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l elle conserve et accroît la vie de l’âme qui est la grâce, comme la nourriture matérielle soutient et accroît la vie du corps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle remet les péchés véniels et préserve des péchés mortels ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle produit la consolation spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La très sainte Eucharistie ne produit-elle pas en nous d’autres effets ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, la très sainte Eucharistie produit encore en nous trois autres effets, à savoir : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 elle affaiblit nos passions et, en particulier, elle amortit en nous le feu de la concupiscence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle accroît en nous la ferveur et nous aide à agir en conformité avec les désirs de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle nous donne un gage de la gloire future et de la résurrection de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les dispositions nécessaires pour bien communier. ====&lt;br /&gt;
''Le sacrement de l’Eucharistie produit-il toujours en .nous ses merveilleux effets ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de l’Eucharistie produit en nous ses merveilleux effets quand il est reçu avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour faire une bonne Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne Communion trois choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 être en état de grâce ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 être à jeun depuis minuit jusqu’au moment de la Communion ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 savoir ce qu’on va recevoir et s’approcher de la sainte Communion avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’être en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Être en état de grâce, c’est avoir la conscience pure de tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, avant de communier, celui qui sait être en état de péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui sait être en état de péché mortel, doit, avant de communier, faire une bonne confession ; car l’acte de contrition parfaite, sans la confession, ne suffit pas à celui qui est en état de péché mortel pour communier comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’acte de contrition parfaite ne suffit-il pas, quand on est en état de péché mortel, pour pouvoir communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église a établi, par respect pour ce sacrement, que celui qui est coupable de péché mortel n’aille pas faire la sainte Communion si, auparavant, il ne s’est pas confessé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait-il Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait Jésus-Christ, mais il ne recevrait pas sa grâce ; il commettrait même un sacrilège et encourrait la sentence de damnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le jeûne requis avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne requis avant la Communion est le jeûne naturel, qui est rompu par la moindre chose prise par manière d’aliment ou de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau entrée dans la bouche, peut-il encore communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau en faisant sa toilette, peut encore communier ; parce qu’alors, ou bien ces choses ne sont pas prises par manière d’aliment ou de breuvage, ou bien elles en ont perdu la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est-il jamais permis de communier sans être à jeun ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier sans être à jeun est permis aux malades qui sont en danger de mort, et à ceux qui ont obtenu une permission spéciale du Pape en raison d’une maladie qui se prolonge. La Communion faite par les malades en danger de mort s’appelle Viatique, parce qu’elle les soutient dans le voyage qu’ils font de cette vie à l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire ces mots : savoir ce qu’on va recevoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Savoir ce qu’on va recevoir, veut dire : connaître ce qu’enseigne la Doctrine chrétienne au sujet de ce sacrement et le croire fermement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : communier avec dévotion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier avec dévotion, c’est s’approcher de la sainte Communion avec humilité et modestie, dans sa personne comme dans ses habits, et faire la préparation avant la sainte Communion et l’action de grâces après. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la préparation avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La préparation avant la Communion consiste à s’arrêter quelques instants à considérer qui nous allons recevoir et qui nous sommes ; et à faire des actes de foi, d’espérance, de charité, de contrition, d’adoration, d’humilité et de désir de recevoir Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’action de grâces après la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’action de grâces après la Communion consiste à rester dans le recueillement, honorant la présence du Seigneur en nous et renouvelant les actes de foi, d’espérance, de charité, d’adoration, de remerciement, d’offrande et de demande, demandant surtout les grâces qui nous sont le plus nécessaires à nous et à ceux pour lesquels nous sommes obligés de prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire le jour de la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour de la Communion on doit se tenir le plus possible dans le recueillement, s’occuper à des œuvres de piété et remplir avec un plus grand soin les devoirs de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps Jésus-Christ reste-t-il en nous après la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la sainte Communion Jésus-Christ reste en nous par sa grâce aussi longtemps que nous ne péchons pas mortellement ; et par sa présence réelle il reste tant que les espèces sacramentelles ne sont pas consommées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La manière de communier. ====&lt;br /&gt;
''Comment faut-il se tenir au moment de recevoir la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment de recevoir la sainte Communion, il faut être à genoux, tenir la tête médiocrement levée, les yeux modestement tournés vers la sainte Hostie, la bouche suffisamment ouverte et la langue un peu avancée sur la lèvre inférieure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment faut-il tenir la nappe ou la tablette de Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut tenir la nappe ou la tablette de Communion de telle sorte qu’elle reçoive la sainte Hostie si elle venait à tomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on avaler la sainte Hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire en sorte d’avaler la sainte Hostie le plus tôt possible, et nous abstenir de cracher pendant quelque temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la sainte Hostie s’attachait au palais, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la sainte Hostie s’attachait au palais, il faudrait la détacher avec la langue, et jamais avec le doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le précepte de la communion. ====&lt;br /&gt;
''Quand y a-t-il obligation de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a obligation de communier tous les ans, à Pâques, chacun dans sa paroisse ; et de plus, quand on est en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge commence à obliger le commandement de la Communion pascale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le commandement de la Communion pascale commence à obliger à l’âge où l’enfant est capable de s’en approcher avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ont l’âge d’être admis à la Communion et qui ne communient pas pèchent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui, ayant l’âge d’être admis à la Communion, ne communient pas, ou parce qu’ils ne veulent pas ou parce que, par leur faute, ils ne sont pas instruits, pèchent certainement. Leurs parents ou ceux qui les remplacent pèchent de leur côté si le retard de la Communion arrive par leur faute et ils devront en rendre un grand compte à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de communier souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de communier souvent, et même chaque jour, selon le désir de l’Église, pourvu qu’on le fasse avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelle fréquence peut-on s’approcher de la sainte Table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut s’approcher de la sainte Table aussi souvent que le conseil en est donné par un pieux et docte confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le saint sacrifice de la Messe.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’essence, l’institution et les fins du saint sacrifice de la Messe. ====&lt;br /&gt;
''L’Eucharistie doit-elle être considérée seulement comme un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie n’est pas seulement un sacrement ; elle est aussi le sacrifice permanent de la nouvelle loi, que Jésus-Christ a laissé à son Église, afin de s’offrir à Dieu par les mains de ses prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste, en général, le sacrifice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice, en général, consiste à offrir à Dieu une chose sensible et à la détruire en quelque manière pour reconnaître son souverain domaine sur nous et sur toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle ce sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrifice de la nouvelle loi s’appelle la sainte Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sainte Messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrifice de la Messe est-il le même que celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Messe est substantiellement le même que celui de la Croix en ce que c’est le même Jésus-Christ qui s’est offert sur la Croix et qui s’offre par les mains des prêtres, ses ministres, sur nos autels ; mais dans la manière dont il est offert, le sacrifice de la Messe diffère du sacrifice de la Croix, tout en gardant avec celui-ci la plus intime et la plus essentielle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence et quelle relation y a-t-il entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix il y a cette différence et cette relation que, sur la Croix, Jésus-Christ s’est offert en répandant son Sang et en méritant pour nous ; tandis que sur les autels, il se sacrifie sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa Mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle autre relation le sacrifice de la Messe a-t-il avec celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre relation du sacrifice de la Messe avec celui de la Croix est que le sacrifice de la Messe représente d’une manière sensible l’effusion du sang de Jésus-Christ sur la Croix ; car en vertu des paroles de la consécration, le Corps seul de notre Sauveur devient présent sous l’espèce du pain et son Sang seul sous l’espèce du vin ; et ce n’est que par concomitance naturelle et à cause de l’union hypostatique que Jésus-Christ vivant et véritable est présent sous chacune des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-être le sacrifice de la Croix n’est il pas l’unique sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Croix est l’unique sacrifice de la loi nouvelle, car par lui Notre Seigneur a apaisé la justice Divine, acquis tous les mérites nécessaires pour nous sauver et accompli ainsi de son côté notre Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces mérites qu’il nous applique par les moyens qu’il a institués dans son Église, au nombre desquels est le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelles fins offre-t-on le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe pour quatre fins : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour lui rendre l’honneur qui lui est dû, et à ce point de vue le sacrifice est latreutique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour le remercier de ses bienfaits, et à ce point de vue le sacrifice est eucharistique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour l’apaiser, lui donner la satisfaction due pour nos péchés, soulager les âmes du purgatoire, et à ce point de vue le sacrifice est propitiatoire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour obtenir toutes les grâces qui nous sont nécessaires, et à ce point de vue le sacrifice est impétratoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier et le principal dans l’oblation du sacrifice de la sainte Messe est Jésus-Christ, et le prêtre est le ministre qui, au nom de Jésus-Christ, offre ce sacrifice au Père Éternel &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a institué le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ lui-même qui a institué le sacrifice de la sainte Messe quand il a institué le sacrement d’Eucharistie, et il dit qu’on le fit en souvenir de sa Passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui offre-t-on la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre la sainte Messe à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on offre la sainte Messe à Dieu seul, pourquoi célèbre-t-on tant de messes en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe célébrée en l’honneur de la sainte Vierge et des Saints est toujours un sacrifice offert à Dieu seul ; aussi, on dit qu’elle est célébrée en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints, pour remercier Dieu des dons qu’il leur a faits et obtenir de lui plus abondamment par leur intercession les grâces dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui participe aux fruits de la sainte Messe ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute l’Église participe aux fruits de la sainte Messe, mais particulièrement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l le prêtre et ceux qui assistent à la Messe et qui sont considérés comme unis au prêtre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux pour qui la Messe est appliquée et ils peuvent être des vivants ou des défunts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La manière d’assister à la Messe. ====&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe deux choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 la modestie extérieure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la dévotion du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la modestie extérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La modestie extérieure consiste spécialement à être modestement vêtu, à observer le silence et le recueillement, et à se tenir autant que possible à genoux, excepté pendant les deux évangiles qu’on entend debout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant la sainte Messe, quelle est la meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur en entendant la sainte Messe est la suivante : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 unir dès le commencement son intention à celle du prêtre, offrant à Dieu le saint sacrifice pour les fins pour lesquelles il a été institué ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 suivre le prêtre en chacune des prières et des actions du sacrifice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 méditer la passion et la mort de Jésus-Christ et détester de tout son cœur les péchés qui en ont été la cause ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 faire la Communion sacramentelle, ou au moins la Communion spirituelle pendant que le prêtre communie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Communion spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Communion spirituelle est un grand désir de s’unir sacramentellement à Jésus-Christ, en disant, par exemple : &amp;quot; Mon Seigneur Jésus-Christ, je désire de tout mon cœur de m’unir à Vous maintenant et pour toute l’éternité &amp;quot; et en faisant les mêmes actes qu’on fait avant et après la Communion sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La récitation du Rosaire ou d’autres prières pendant la sainte Messe empêche-t-elle de l’entendre avec fruit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La récitation de ces prières n’empêche pas d’entendre la Messe avec fruit, pourvu qu’on tâche le plus possible de suivre les cérémonies du saint sacrifice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fait-on bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe, et même le temps de la sainte Messe est le meilleur pour prier à l’intention des vivants et des morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faudrait-il faire quand la Messe est finie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la Messe est finie, il faudrait remercier Dieu de la grâce qu’il nous a faite en nous donnant d’assister à ce grand sacrifice, et lui demander pardon des fautes que nous avons commises en y assistant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : La pénitence.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La pénitence en général. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitence, appelée aussi Confession, est le sacrement institué par Jésus-Christ pour remettre les péchés commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à ce sacrement le nom de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à ce sacrement le nom de Pénitence, parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il est nécessaire de les détester avec repentir, et parce que celui qui a commis une faute doit se soumettre à la peine que le prêtre impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ce sacrement est-il aussi appelé Confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement est aussi appelé Confession parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il ne suffit pas de les détester, mais il est nécessaire de les accuser au prêtre, c’est-à-dire d’en faire la confession. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence le jour de sa Résurrection, quand, entré dans le cénacle, il donna solennellement à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Jésus-Christ donna-t-il à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ donna à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés en soufflant sur eux et en leur disant : &amp;quot; Recevez le Saint-Esprit : les péchés de ceux à qui vous les remettrez seront remis et les péchés de ceux à qui vous les retiendrez, seront retenus &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On distingue pour le sacrement de Pénitence la matière éloignée et la matière prochaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière éloignée est constituée par les péchés que le pénitent a commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière prochaine, ce sont les actes du pénitent, c’est-à-dire la contrition, l’accusation et la satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Pénitence est celle-ci : &amp;quot; Je t’absous de tes péchés &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre du sacrement de Pénitence est le prêtre approuvé par l’Évêque pour entendre les confessions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi avez-vous dit que le prêtre doit être approuvé par l’Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être approuvé et autorisé par l’Évêque pour entendre les confessions parce que, pour administrer validement ce sacrement, il ne suffit pas d’avoir le pouvoir d’ordre, mais il est nécessaire d’avoir aussi le pouvoir de juridiction, c’est-à-dire la puissance de juger, qui doit être donnée par l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de parties dans le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties du sacrement de Pénitence sont : la contrition, la confession et la satisfaction du pénitent, et l’absolution du prêtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la contrition ou douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La contrition on douleur des péchés est un déplaisir de l’âme, par lequel on déteste les péchés commis et on se propose de n’en plus commettre à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot contrition veut dire broiement, brisement, comme quand une pierre est écrasée et réduite en poussière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on le nom de contrition à la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de contrition à la douleur des péchés pour signifier que le cœur endurci du pécheur est en quel que sorte broyé par la douleur d’avoir offensé Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la confession des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La confession consiste en une accusation distincte de nos péchés, faite au confesseur pour en recevoir l’absolution et la pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que la confession est une accusation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que la confession est une accusation parce qu’elle ne doit pas être un récit indifférent, mais la manifestation vraie et douloureuse de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ou pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction ou pénitence est une prière au une autre bonne œuvre que le confesseur impose au pénitent en expiation de ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution est la sentence que le prêtre prononce au nom de Jésus-Christ pour remettre les péchés au pénitent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Des parties du sacrement de Pénitence, quelle est la plus nécessaire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des parties du sacrement de Pénitence, la plus nécessaire est la contrition, parce que sans elle on ne peut jamais obtenir le pardon des péchés, et avec elle seule, quand elle est parfaite, on peut obtenir le pardon pourvu qu’elle soit unie au désir, au moins implicite, de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les effets et la nécessité du sacrement de Pénitence et les dispositions pour le bien recevoir. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence confère la grâce sanctifiante par laquelle sont remis les péchés mortels et aussi les péchés véniels qu’on a confessés et dont on a le repentir ; il change la peine éternelle en peine temporelle dont une partie, plus ou moins grande selon les dispositions, est même remise ; il rend les mérites des bonnes œuvres faites avant de commettre le péché mortel ; il donne à l’âme des secours opportuns pour ne pas retomber dans le péché et remet la conscience en paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence est-il nécessaire à tous pour être sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence est nécessaire pour être sauvés à tous ceux qui, après le Baptême, ont commis quelque péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de se confesser souvent parce que le sacrement de Pénitence non seulement efface les péchés, mais encore donne les grâces nécessaires pour les éviter à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence a-t-il la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence a la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient, pourvu qu’on le reçoive avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne confession, il faut cinq choses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’examen de conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la douleur d’avoir offensé Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la résolution de ne plus pécher ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 l’accusation de ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la satisfaction ou pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire avant tout pour nous bien confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous bien confesser, nous devons, avant tout, prier de tout cœur le Seigneur de nous donner la lumière pour connaître tous nos péchés et la force de les détester. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’examen. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience est une recherche attentive des péchés qu’on a commis depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fait l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience se fait en cherchant soigneusement à se rappeler devant Dieu tous les péchés non encore confessés et qu’on a commis en pensées, paroles, actions et omissions, contre les commandements de Dieu et de l’Église et contre les obligations de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sur quelles autres choses devons-nous nous examiner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons encore nous examiner sur les mauvaises habitudes et les occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans l’examen devons-nous rechercher aussi le nombre des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’examen, nous devons aussi rechercher le nombre des péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour qu’un Péché soit mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu’un péché soit mortel, il faut trois choses : matière grave, pleine advertance et parfait consentement de la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a matière grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a matière grave quand il s’agit d’une chose notablement contraire à la loi de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance, quand on connaît parfaitement qu’on fait un mal grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que, dans le péché, il y a parfait consentement de la volonté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, dans le péché, parfait consentement de la volonté quand on veut délibérément faire une chose, bien qu’on sache qu’elle est coupable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel soin faut-il apporter à l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut apporter à l’examen de conscience le soin qu’on apporterait à une affaire de grande importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps doit-on employer à l’examen ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit employer à l’examen de conscience plus ou moins de temps selon le besoin, c’est-à-dire selon le nombre et la qualité des péchés qui chargent la conscience et selon le temps écoulé depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on rendre plus facile l’examen pour la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rend plus facile l’examen pour la confession en faisant chaque soir l’examen de conscience sur les actions de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La douleur. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur des péchés consiste en un déplaisir et une sincère détestation de l’offense faite à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de douleur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de douleur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur parfaite ou de contrition ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur imparfaite ou d’attrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur parfaite ou de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite est le déplaisir d’avoir offensé Dieu parce qu’il est infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous parfaite la douleur de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle parfaite la douleur de contrition pour deux raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’elle regarde exclusivement la bonté de Dieu et non pas notre avantage ou notre détriment ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce qu’elle nous fait obtenir immédiatement le pardon des péchés, tout en nous laissant l’obligation de nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La douleur parfaite nous obtient donc le pardon des péchés indépendamment de la confession'' ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ne nous obtient pas le pardon des péchés indépendamment de la confession, parce qu’elle implique toujours la volonté de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur parfaite ou contrition produit-elle cet effet de nous remettre en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ou contrition, produit cet effet, parce qu’elle naît de la charité qui ne peut se trouver dans l’âme en même temps que le péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur imparfaite ou d’attrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur imparfaite ou d’attrition est celle par laquelle nous nous repentons d’avoir offensé Dieu comme notre souverain Juge, c’est-à-dire par crainte des châtiments mérités en cette vie ou en l’autre, ou à cause de la laideur même du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir la douleur pour être bonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur, pour être bonne, doit avoir quatre qualités : elle doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être dans le cœur et dans la volonté, et non pas seulement dans les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être intérieure parce que la volonté qui s’est éloignée de Dieu par le péché doit revenir à Dieu en détestant le péché commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être excitée en nous par la grâce de Dieu et conçue pour des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être surnaturelle parce qu’elle tend vers un but surnaturel, c’est-à-dire le pardon de Dieu, l’acquisition de la grâce sanctifiante et le droit à la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez mieux la différence entre la douleur surnaturelle et la douleur naturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui se repent parce qu’il a offensé un Dieu infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé, parce qu’il a perdu le paradis et mérité l’enfer, ou à cause de la malice intrinsèque du péché, a une douleur surnaturelle, parce que ce sont là des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui, au contraire, qui se repentirait seulement à cause du déshonneur ou des châtiments qu’il s’est attirés de la part des hommes, ou à cause de quelque préjudice purement temporel, aurait une douleur naturelle, parce qu’il se repentirait seulement pour des motifs humains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être souveraine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être souveraine parce que nous devons regarder et haïr le péché comme le plus grand de tous les maux, puisqu’il offense Dieu, le souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il est peut-être nécessaire que la douleur des péchés se manifeste par des pleurs comme on le fait dans les malheurs de cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas nécessaire que matériellement on manifeste par des pleurs sa douleur des péchés, mais il suffit qu’en son cœur on fasse plus de cas d’avoir offensé Dieu que de tout autre malheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être universelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux dire qu’elle doit s’étendre à tous les péchés mortels commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle s’étendre à tous les péchés mortels commis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui garde même un seul péché mortel sans s’en repentir reste l’ennemi de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour avoir la douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour avoir la douleur de nos péchés, nous devons la demander à Dieu du fond du cœur et l’exciter en nous par la considération du grand mal que nous avons fait en péchant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment ferez-vous pour vous exciter à détester vos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour m’exciter à détester mes péchés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 je considérerai la rigueur de la justice infinie de Dieu, et la laideur du péché qui a souillé mon âme et m’a rendu digne des peines éternelles de l’enfer ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 je considérerai que j’ai perdu la grâce et l’amitié divine, mon titre d’enfant de Dieu et le droit au céleste héritage ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que j’ai offensé mon Rédempteur mort pour moi et que mes péchés ont été la cause de sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 que j’ai méprisé mon Créateur, mon Dieu ; que je me suis détourné de Lui, mon Souverain Bien, digne d’être aimé par dessus tout et servi fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir grand soin, quand nous allons nous confesser, d’avoir une vraie douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous allons nous confesser, nous devons certainement avoir grand soin d’avoir une vraie douleur de nos péchés, parce que c’est la chose la plus importante de toutes, et que, si la douleur manque, la confession est nulle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui ne confesse que des péchés véniels doit-il avoir la douleur de tous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on ne confesse que des péchés véniels, pour que la confession soit valide, il suffit qu’on ait le repentir de quelques uns ; mais pour obtenir le pardon de tous, il est nécessaire qu’on se repente de tous ceux qu’on reconnaît avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait-il une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait une confession nulle ; de plus, cette confession est sacrilège, si c’est avec advertance qu’il manque de douleur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels, il est prudent d’accuser en outre, avec une vraie douleur, quelque péché plus grave de la vie passée, bien qu’il ait été déjà accusé d’autres fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de faire souvent l’acte de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon et très utile de faire souvent l’acte de contrition, surtout avant de se coucher et quand on s’aperçoit qu’on est tombé dans un péché mortel ou qu’on en a un doute, afin de se remettre au plus vite en état de grâce. C’est surtout utile pour obtenir plus facilement de Dieu la grâce de faire le même acte quand on en aura le plus de besoin, c’est-à-dire quand on sera en danger de mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le bon propos. ====&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bon propos consiste en une volonté résolue de ne jamais plus commettre le péché et d’employer tous les moyens nécessaires pour le fuir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir cette résolution pour être un bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être un bon propos, cette résolution doit avoir principalement trois qualités ; elle doit être absolue, universelle et efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être absolu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends que le bon propos doit être sans aucune condition de temps, de lieu ou de personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être universel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être universel, j’entends que nous devons avoir la volonté de fuir tous les péchés mortels, autant ceux que nous avons déjà commis que tous les autres que nous pourrions commettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être efficace, j’entends qu’il faut avoir une volonté résolue à perdre tout plutôt que de commettre un nouveau péché, à fuir les occasions dangereuses de pécher, à détruire les mauvaises habitudes, et à accomplir toutes les obligations contractées en conséquence de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par mauvaise habitude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par mauvaise habitude, on entend la disposition acquise à tomber facilement dans les péchés auxquels nous nous sommes accoutumés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire pour corriger les mauvaises habitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour corriger les mauvaises habitudes, nous devons veiller sur nous, prier beaucoup, nous confesser fréquemment, avoir un bon directeur, n’en pas changer, et mettre en pratique les conseils et les remèdes qu’il nous propose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par occasions dangereuses de pécher ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par occasions dangereuses de pécher on entend toutes les circonstances de temps, de lieu, de personnes ou de choses qui, de leur nature ou à cause de notre fragilité, nous portent à commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous gravement obligés de fuir toutes les occasions dangereuses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes gravement obligés de fuir les occasions dangereuses qui, ordinairement, nous portent à commettre le péché mortel et qu’on appelle les occasions prochaines du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché doit le dire à son confesseur et s’en tenir à ses conseils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations aident à nous porter au bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce seront les mêmes considérations qui nous aident à nous exciter à la douleur, c’est-à-dire la crainte de la justice de Dieu et l’amour de son infinie bonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’accusation des péchés au confesseur. ====&lt;br /&gt;
''Après vous être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après m’être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, j’irai faire au confesseur l’accusation de mes péchés pour en avoir l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels péchés sommes-nous obligés de nous confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de nous confesser de tous les péchés mortels, mais il est bon de confesser aussi les véniels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir l’accusation des péchés ou confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales qualités que doit avoir l’accusation des péchés sont au nombre de cinq : elle doit être humble, entière, sincère, prudente et brève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être humble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que le pénitent doit s’accuser devant son confesseur sans arrogance dans l’esprit ou les paroles, mais avec le sentiment d’un coupable qui reconnaît sa faute et comparaît devant le juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’on doit manifester, avec leurs circonstances et leur nombre, tous les péchés mortels commis depuis la dernière confession bien faite, et dont on a conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles circonstances doit-on manifester pour que l’accusation soit entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que l’accusation soit entière, on doit manifester les circonstances qui changent l’espèce du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les circonstances qui changent l’espèce du péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les circonstances qui changent l’espèce du péché sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 celles par lesquelles une action coupable de vénielle devient mortelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 celles par lesquelles une action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi un exemple d’une circonstance qui fasse devenir mortel un péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, pour s’excuser, ferait un mensonge d’où résulterait un grave dommage pour le prochain devrait manifester cette circonstance qui, d’officieux rend le mensonge gravement pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi maintenant un exemple d’une circonstance par laquelle une même action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui aurait dérobé une chose sacrée devrait accuser cette circonstance qui ajoute au vol la malice du sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, devrait-on s’en accuser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, on ne serait pas obligé de s’en confesser : et si on voulait l’accuser, on devrait ajouter que l’on n’est pas certain de l’avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés, doit en accuser le nombre approximatif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, par oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a-t-il fait une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par pur oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a fait une bonne confession, pourvu qu’il ait apporté à s’en rappeler tout le soin qu’il devait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, sommes-nous obligés de nous en accuser dans une autre confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, nous sommes certainement obligés de l’accuser la première fois que nous allons nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle faute commet celui qui, par honte ou par quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par honte ou pour quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession, profane le sacrement et se rend par suite coupable d’un très grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, pour mettre ordre à sa conscience, celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession, doit faire connaître au confesseur le péché qu’il a caché, dire dans combien de confessions il l’a caché et refaire toutes les confessions depuis la dernière qui fut bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations doit faire celui qui serait tenté de cacher quelque péché en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui serait tenté de cacher quelque péché grave en confession doit considérer : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 qu’il n’a pas eu honte de pécher en présence de Dieu qui voit tout ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 qu’il vaut mieux manifester ses péchés en secret à un confesseur que de vivre toujours inquiet, dans le péché, de faire une mort malheureuse et d’être couvert de confusion devant tout le monde au jugement général ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que le confesseur est obligé au secret sacramentel, qu’il ne peut violer sans commettre un très grave péché et sans s’exposer aux peines temporelles et éternelles les plus sévères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être sincère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’il faut déclarer ses péchés tels qu’ils sont, sans les excuser, les diminuer ou les augmenter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être prudente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’en confessant nos péchés nous devons employer les termes les plus modestes, et que nous devons nous bien garder de découvrir les péchés des autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être brève ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que nous ne devons dire au confesseur rien d’inutile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas pénible de devoir confesser ses péchés à un autre, surtout si ces péchés sont très déshonorants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu’il puisse être pénible de confesser ses péchés à un autre, il faut le faire, parce que c’est de précepte divin et qu’on ne peut obtenir autrement le pardon des péchés commis ; et de plus parce que la difficulté qu’on éprouve à se confesser est compensée par de nombreux avantages et de grandes consolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La manière de se confesser. ====&lt;br /&gt;
''Comment vous présenterez-vous au confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’agenouillerai aux pieds du confesseur et je dirai : &amp;quot; Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous pendant que le confesseur vous donnera la bénédiction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’inclinerai humblement pour la recevoir, et je ferai le signe de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a fait le signe de la Croix, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a fait le signe de la Croix on doit dire : &amp;quot; Je me confesse à Dieu tout-puissant, à la Bienheureuse Vierge Marie, à tous les Saints et à vous, mon Père spirituel, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et ensuite, que faut-il dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il faut dire : &amp;quot; Je me suis confessé depuis tant de temps ; par la grâce de Dieu j’ai reçu l’absolution, j’ai fait la pénitence, et j’ai fait la sainte Communion &amp;quot;. Ensuite on accuse ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand vous avez fini l’accusation de vos péchés, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’aurai fini l’accusation de mes péchés, je dirai : &amp;quot; Je m’accuse encore de tous les péchés de la vie passée, spécialement contre telle ou telle vertu, ( par exemple contre la pureté, contre le quatrième commandement, etc.) &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après cette accusation, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit dire : &amp;quot; de tous ces péchés et de tous ceux que j’ai oubliés, je demande pardon à Dieu de tout mon cœur ; et à vous, mon Père spirituel, je demande la pénitence et l’absolution &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a ainsi terminé l’accusation des péchés, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a terminé l’accusation des péchés, il faut écouter avec respect ce que dira le confesseur ; recevoir la pénitence avec une volonté sincère de l’accomplir ; et, pendant qu’il donnera l’absolution, renouveler dans son cœur l’acte de contrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois l’absolution reçue, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution reçue, il faut remercier le Seigneur ; faire au plus tôt la pénitence ; et mettre en pratique les avis du confesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. L’absolution. ====&lt;br /&gt;
''Les confesseurs doivent-ils toujours donner l’absolution à ceux qui se confessent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les confesseurs ne doivent donner l’absolution qu’à ceux qu’ils jugent bien disposés à la recevoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les confesseurs peuvent-ils quelquefois différer ou refuser l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement les confesseurs peuvent, mais ils doivent différer ou refuser l’absolution dans certains cas, pour ne pas profaner le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés et à qui l’on doit ordinairement refuser ou différer l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés sont principalement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 ceux qui ne connaissent pas les principaux mystères de la foi, ou qui négligent de s’instruire des principaux points de la Doctrine chrétienne qu’ils sont obligés de savoir selon leur état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux qui sont gravement négligents à faire leur examen de conscience et qui ne donnent pas des signes de douleur et de repentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 ceux qui, le pouvant, ne veulent pas restituer le bien d’autrui qu’ils ont pris ou rétablir la réputation qu’ils ont enlevée ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 ceux qui ne pardonnent pas du fond du cœur à leurs ennemis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 ceux qui ne veulent pas employer les moyens nécessaires pour se corriger de leurs mauvaises habitudes ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 ceux qui ne veulent pas fuir les occasions prochaines de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’y a pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ; c’est au contraire de la charité : il agit comme un bon médecin qui essaie de tous les remèdes même désagréables et douloureux, pour sauver la vie du malade. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution devra-t-il se désespérer ou s’éloigner tout à fait de la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution ne doit pas se désespérer ni s’éloigner tout à fait de la confession ; mais il doit s’humilier, reconnaître son état déplorable, profiter des bons conseils que lui donne le confesseur, et ainsi se mettre le plus tôt possible en état de mériter l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le pénitent par rapport au choix du confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vrai pénitent doit se recommander beaucoup à Dieu pour le choix d’un confesseur pieux, instruit et prudent ; puis il doit se remettre entre ses mains et se soumettre à lui comme à son juge et son médecin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 9. La satisfaction ou pénitence. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction, qu’on appelle aussi pénitence sacramentelle, est un des actes du pénitent par lequel il donne une certaine compensation à la Justice divine pour les péchés commis, en accomplissant les œuvres que lui impose le confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pénitent est-il obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent est obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur, s’il peut la faire ; et s’il ne peut pas la faire, il doit le lui dire humblement et lui en demander une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le confesseur n’a pas prescrit un temps déterminé, on doit la faire au plus tôt et tâcher de la faire en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire la pénitence en son entier et avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la confession impose-t-on une pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
on impose une pénitence parce que, ordinairement, après l’absolution sacramentelle qui remet la faute et la peine éternelle, il reste une peine temporelle à payer en ce monde ou dans le purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle raison Notre Seigneur a-t-il voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés, et non dans le Sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur a voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés et non dans le sacrement de Pénitence, parce que les péchés après le Baptême sont beaucoup plus graves, étant commis avec plus de connaissance et d’ingratitude pour les bienfaits de Dieu ; et aussi afin que l’obligation de satisfaire pour ces péchés soit un frein qui empêche d’y retomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous par nous-mêmes satisfaire à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas satisfaire à Dieu ; mais nous le pouvons en nous unissant à Jésus-Christ qui, par le mérite de sa passion et de sa mort, donne de la valeur à nos actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La pénitence que donne le confesseur suffit-elle toujours à effacer la peine qui reste due pour les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que donne le confesseur ne suffit pas ordinairement à payer toute la peine due pour les péchés ; aussi il faut tâcher d’y suppléer par d’autres pénitences volontaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de pénitence peuvent se réduire à trois espèces : la prière, le jeûne, l’aumône. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends par prière toute sorte d’exercices de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par jeûne toute sorte de mortifications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par aumône ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par aumône toute œuvre de miséricorde spirituelle et corporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle pénitence est la plus méritoire, celle que donne le confesseur ou celle que nous nous imposons de nous-mêmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que nous donne le confesseur est la plus méritoire, parce que, faisant partie du sacrement, elle reçoit une plus grande efficacité des mérites de la passion de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui meurent après avoir reçu l’absolution mais avant d’avoir pleinement satisfait à la justice de Dieu, vont-ils tout droit en paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ils vont en purgatoire pour y satisfaire à la justice de Dieu et se purifier entièrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous soulager dans leurs peines les âmes en purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les âmes qui sont en purgatoire peuvent être soulagées par les prières, les aumônes, toutes les autres bonnes œuvres, par les indulgences, et surtout par le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la pénitence, que doit encore faire le pénitent après la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent, après la confession, outre la pénitence, s’il a injustement fait tort au prochain dans ses biens ou son honneur, ou s’il lui a donné du scandale, doit au plus tôt et autant qu’il est possible, lui restituer les biens, rétablir son honneur et réparer le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on réparer le scandale qu’on a causé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut réparer le scandale qu’on a causé en faisant cesser l’occasion, et en édifiant par ses paroles et ses bons exemples ceux qu’on a scandalisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quelle manière devra-t-on satisfaire au prochain si on l’a offensé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On devra satisfaire au prochain qu’on a offensé, en lui demandant pardon on en lui faisant quelque autre réparation convenable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels fruits produit en nous une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une bonne confession : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 nous remet les péchés commis et nous donne la grâce de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous rend la paix et le repos de la conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rouvre les portes du paradis et change la peine éternelle de l’enfer en peine temporelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 nous préserve des rechutes et nous rend capables de gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 10. Les indulgences. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence est la rémission de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés quant à la faute ; rémission que l’Église nous accorde en dehors du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui l’Église a-t-elle reçu le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d’accorder les indulgences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église nous remet-elle la peine temporelle par les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église nous remet la peine temporelle par les indulgences, en nous appliquant les satisfactions surabondantes de Jésus-Christ de la très sainte Vierge et des Saints qui forment ce qu’on appelle le trésor de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir d’accorder les indulgences appartient au Pape seul pour toute l’Église, et à l’Évêque dans son diocèse, dans la mesure où le Pape le lui a concédé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’espèces d’indulgences ?.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux espèces d’indulgences : l’indulgence plénière et l’indulgence partielle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence plénière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence plénière est celle qui remet toute la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc quelqu’un mourait après avoir reçu cette indulgence, il irait tout droit au paradis, échappant absolument aux peines du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence partielle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence partielle est celle qui ne remet qu’une partie de la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend faire l’Église en accordant les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En accordant les indulgences, l’Église entend venir en aide à notre incapacité d’expier en ce monde toute la peine temporelle en nous faisant obtenir par des œuvres de piété et de charité chrétienne ce que, dans les premiers siècles, elle faisait obtenir par la rigueur des canons pénitentiels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans, et autres expressions semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans et autres expressions semblables, on entend la rémission de la peine temporelle qu’on aurait obtenue par quarante jours, cent jours, sept ans, de la pénitence publique établie anciennement dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas devons-nous faire des indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire un très grand cas des indulgences parce que, par elles, on satisfait à la justice de Dieu et on obtient plus vite et plus facilement la possession du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions requises pour gagner les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions requises pour gagner les indulgences sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l l’état de grâce (au moins dans la dernière des œuvres qu’on accomplit) et l’exemption même des péchés, véniels, dont on veut effacer la peine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’accomplissement des œuvres que prescrit l’Église pour obtenir l’indulgence &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’intention de la gagner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les indulgences peuvent-elles aussi être appliquées aux âmes du purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les indulgences peuvent être appliquées aux âmes du purgatoire quand celui qui les accorde déclare qu’on peut les leur appliquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Jubilé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Jubilé, concédé ordinairement tous les vingt-cinq ans, est une indulgence plénière à laquelle sont joints beaucoup de privilèges et de concessions particulières, comme de pouvoir obtenir l’absolution de certains péchés réservés et des censures, et la commutation de certains vœux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : L’Extrême-onction ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Extrême-onction est le sacrement institué pour le soulagement spirituel et même corporel des malades en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement d’Extrême-onction produit les effets suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 il augmente la grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 il efface les péchés véniels et même les péchés mortels que le malade repentant ne pourrait plus confesser ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 il enlève cette faiblesse et cette langueur pour le bien qui restent même après avoir obtenu le pardon des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 il donne la force de supporter le mal avec patience, de résister aux tentations et de mourir saintement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 il aide à recouvrer la santé du corps, si c’est utile au salut de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel moment doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit recevoir l’Extrême-onction quand la maladie est dangereuse et que le malade a reçu, si c’est possible, les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; même il est bon de la recevoir quand on est encore en pleine connaissance et qu’on garde quelque espoir de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est encore en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie, parce que, en la recevant avec de meilleures dispositions on peut en retirer plus de fruits, et encore parce que si, pour le bien de l’âme, ce sacrement rend la santé du corps, c’est en secondant les forces de la nature et qu’il ne faut donc pas attendre que tout espoir soit perdu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles dispositions doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales dispositions pour recevoir l’Extrême-onction sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
être en état de grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
avoir confiance dans l’efficacité du sacrement et à la miséricorde divine, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et se résigner à la volonté de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sentiments doit éprouver le malade à la vue du prêtre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la vue du prêtre, le malade doit éprouver des sentiments de reconnaissance envers Dieu pour le lui avoir envoyé ; il doit le recevoir volontiers et demander de lui-même, s’il le peut, les secours de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : L’Ordre ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ordre est le sacrement qui donne le pouvoir d’exercer les fonctions sacrées qui regardent le culte de Dieu et le salut des âmes, et qui imprime dans l’âme de celui qui le reçoit le caractère de ministre de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle l’Ordre, parce qu’il comporte plusieurs degrés subordonnés les uns aux autres, d’où résulte la hiérarchie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ces degrés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus élevé d’entre eux est l’Épiscopat qui contient la plénitude du sacerdoce ; ensuite le Presbytérat ou le simple Sacerdoce ; puis le Diaconat et les Ordres qu’on appelle Ordres mineurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal dans la dernière Cène quand il conféra aux Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de consacrer la très sainte Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, le jour de sa résurrection, il leur conféra le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, les constituant ainsi les premiers prêtres de la nouvelle loi dans toute la plénitude de leur pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul ministre de ce sacrement est l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La dignité du Sacerdoce chrétien est donc bien grande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Sacerdoce chrétien est très grande en raison de la double puissance que lui a conférée Jésus-Christ sur son corps réel et sur son corps mystique qui est l’Église, et en raison de la divine mission confiée aux prêtres de conduire tous les hommes à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique est-il nécessaire dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique est nécessaire dans l’Église parce que, sans lui, les fidèles seraient privés du saint sacrifice de la Messe et de la plus grande partie des sacrements ; ils n’auraient personne pour les instruire dans la foi, ils resteraient comme des brebis sans pasteur à la merci des loups, en un mot l’Église n’existerait plus comme Jésus-Christ l’a instituée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique ne cessera donc jamais sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique, malgré la guerre que lui fait l’enfer, durera jusqu’à la fin des siècles, car Jésus-Christ a promis que les puissances de l’enfer ne prévaudraient jamais contre son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de mépriser les prêtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave, parce que le mépris et les injures qui s’adressent au prêtre, atteignent Jésus-Christ lui-même qui a dit à ses Apôtres : &amp;quot; Qui vous méprise me méprise &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel doit être le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique doit être uniquement la gloire de Dieu et le salut des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui est nécessaire pour entrer dans l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entrer dans l’état ecclésiastique, ce qui est nécessaire avant tout, c’est la vocation divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prier avec ferveur Notre Seigneur de manifester quelle est sa volonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prendre conseil de son Évêque ou d’un sage et prudent directeur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 examiner avec soin si on a les aptitudes nécessaires pour les études, les fonctions et les obligations de cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans la vocation divine ferait-il mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans y être appelé de Dieu ferait un mal très grave et se mettrait en danger de perdition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique font-ils mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique commettent eux aussi une faute très grave, parce que, en cela, ils usurpent le droit que Dieu s’est réservé à lui-même de choisir ses ministres, et qu’ils mettent leur fils en péril de damnation éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les devoirs des fidèles envers ceux qui sont appelés aux saints Ordres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 laisser à leurs fils et à ceux qui sont sous leur dépendance pleine liberté de suivre la vocation divine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prier Dieu qu’il daigne accorder à son Église de bons pasteurs et des ministres zélés ; et c’est aussi dans ce but qu’a été institué le jeûne des Quatre Temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 avoir un respect singulier pour tous ceux qui, par les Ordres, sont consacrés au service de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le Mariage. ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature du sacrement du Mariage. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage est un sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui établit une union sainte et indissoluble entre l’homme et la femme et leur donne la grâce de s’aimer l’un l’autre saintement et d’élever chrétiennement leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui le Mariage a-t-il été institué ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage a été institué par Dieu lui-même au paradis terrestre ; et dans le Nouveau Testament, il a été élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Mariage a-t-il quelque signification spéciale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage signifie l’union indissoluble de Jésus-Christ avec la sainte Église, son épouse et notre mère très aimante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que le lien du Mariage est indissoluble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que le lien du Mariage est indissoluble ou qu’il ne peut être brisé que par la mort d’un des époux, parce que Dieu l’a établi ainsi dès le commencement et que Jésus-Christ Notre Seigneur l’a à son tour solennellement proclamé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le mariage chrétien pourrait-on séparer le contrat du sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le mariage entre deux chrétiens on ne peut séparer le contrat du sacrement, parce que, pour eux, le mariage n’est pas autre chose que le contrat naturel lui-même élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Entre les chrétiens il ne peut donc y avoir de vrai mariage sans le sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les chrétiens il ne peut y avoir de vrai mariage sans le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 donne un accroissement de grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 confère la grâce spéciale pour remplir fidèlement tous les devoirs matrimoniaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministres, cérémonies et dispositions. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les ministres de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ministres de ce sacrement sont les époux eux-mêmes qui, réciproquement, se confèrent et reçoivent le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est administré ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement, conservant la nature du contrat, est administré par les époux eux-mêmes, déclarant, en présence de leur curé ou de son délégué et de deux témoins, qu’ils s’unissent par le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert donc la bénédiction que le curé donne aux époux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La bénédiction que le curé donne aux époux n’est pas nécessaire pour constituer le sacrement mais elle est donnée pour sanctionner au nom de l’Église leur union, et pour appeler toujours davantage sur eux la bénédiction de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui contracte mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui contracte mariage doit avoir l’intention : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 de faire la volonté de Dieu qui l’appelle à cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’opérer dans le mariage le salut de son âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 d’élever chrétiennement ses enfants, si Dieu lui donne d’en avoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les époux doivent-ils se disposer pour recevoir avec fruit le sacrement du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les époux, pour recevoir avec fruit le sacrement de Mariage, doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 se recommander à Dieu du fond du cœur pour connaître sa volonté et obtenir de lui les grâces qui sont nécessaires dans cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 avant de se fiancer, consulter leurs parents comme l’exigent l’obéissance et le respect qui leur sont dus ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 se préparer par une bonne confession et même, s’il le faut, par une confession générale de toute leur vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 éviter dans leurs rapports toute familiarité dangereuse d’actes ou de paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales obligations des personnes unies par le mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes unies par le mariage doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 garder inviolablement la fidélité conjugale et se comporter toujours chrétiennement en toute chose ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 s’aimer l’un l’autre en se supportant mutuellement, et vivre dans la paix et la concorde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 s’ils ont des enfants, penser sérieusement à les pourvoir selon le besoin, leur donner une éducation chrétienne et leur laisser la liberté de choisir l’état auquel ils sont appelés de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Conditions et empêchements. ====&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter validement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter validement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tout empêchement dirimant du mariage et donner librement son consentement au contrat du mariage devant son curé (ou un prêtre délégué par lui) et deux témoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter licitement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter licitement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tous les empêchements prohibant du mariage, être instruit des choses principales de la religion et être en état de grâce, car sans cela on commettrait un sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les empêchements de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les empêchements de mariage sont les diverses circonstances qui rendent le mariage invalide ou illicite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier cas on les appelle empêchements dirimants, dans le second, empêchements prohibant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnez-moi des exemples d’empêchements dirimants ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements dirimants, par exemple, la parenté naturelle jusqu’au quatrième degré, la parenté spirituelle, le vœu solennel de chasteté, la diversité de culte entre les baptisés et les non baptisés, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi des exemples d’empêchements prohibants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements prohibants, par exemple, le temps prohibé, le vœu simple de chasteté, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les fidèles sont-ils obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles sont obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ; et c’est pour cela que les curés publient les bans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’établir des empêchements de mariage, d’en dispenser et de juger de la validité du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage entre chrétiens, comme il n’y a qu’elle qui puisse dispenser des empêchements qu’elle a établis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi n’y a-t-il que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements, de juger de la validité du mariage et de dispenser des empêchements qu’elle a établis, parce que, dans le mariage chrétien, le contrat lui-même tombe sous le pouvoir de l’Église à laquelle seule Jésus-Christ a donné le droit de faire des lois et de porter des décisions dans les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’autorité civile peut-elle par le divorce briser le lien du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le lien du mariage chrétien ne peut être brisé par l’autorité civile, parce que celle-ci ne peut s’ingérer en matière de sacrement ni séparer ce que Dieu a uni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mariage civil n’est autre chose qu’une pure formalité prescrite par la loi pour donner et assurer les effets civils du mariage aux époux et à leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour un chrétien de ne faire que le mariage ou un contrat civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour un chrétien, il ne suffit pas de ne faire que le contrat civil, parce que ce n’est pas un sacrement ni, par suite, un vrai mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle condition seraient des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil seraient dans un état habituel de péché mortel, et leur union resterait toujours illégitime devant Dieu et l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on faire aussi le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire le mariage civil, parce que, bien qu’il ne soit pas un sacrement, il sert cependant à garantir aux contractants et à leurs enfants les effets civils de la société conjugale ; et c’est pour cela que, en règle générale, l’autorité ecclésiastique ne permet le mariage religieux que lorsqu’ont été accomplies les formalités prescrites par l’autorité civile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Cinquième partie : Les principales vertus et les autres choses qu’un chrétien doit savoir.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les principales vertus.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les vertus théologales. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la vertu surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vertu surnaturelle est une qualité que Dieu infuse dans l’âme et par laquelle on a de l’inclination, de la facilité et de la promptitude à connaître et à faire le bien par rapport à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de vertus surnaturelles principales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vertus surnaturelles principales, savoir : trois théologales et quatre cardinales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales sont : la Foi, l’Espérance et la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité sont-elles appelées vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi, l’Espérance et la Charité sont appelées vertus théologales parce qu’elles ont Dieu pour objet immédiat et principal, et que c’est Lui qui les met en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les vertus théologales ont-elles Dieu pour objet immédiat ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales ont Dieu pour objet immédiat parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Foi nous croyons en Dieu et nous croyons tout ce qu’il a révélé ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par l’Espérance nous espérons posséder Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Charité nous aimons Dieu et, en Lui, nous nous aimons nous-mêmes et nous aimons le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Dieu met en notre âme les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu, par sa bonté, répand en notre âme les vertus théologales quand il nous orne de la grâce sanctifiante ; ainsi quand nous avons reçu le Baptême, nous avons été enrichis de ces vertus en même temps que des dons du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé, d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a l’usage de la raison il ne suffit pas d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême, mais il est nécessaire d’en faire souvent les actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand sommes-nous obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l quand nous sommes arrivés à l’usage de la raison ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 souvent au cours de la vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 quand nous sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La Foi. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle, appuyés sur l’autorité de Dieu même, nous croyons tout ce qu’il a révélé et qu’il nous propose de croire par son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment connaissons-nous les vérités révélées de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous connaissons les vérités révélées de Dieu par l’intermédiaire de la sainte Église qui est infaillible ; c’est-à-dire par l’intermédiaire du Pape, successeur de saint Pierre, et par l’intermédiaire des Évêques, successeurs des Apôtres, qui furent instruits par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous sûrs des choses que la sainte Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes absolument certains des choses que la sainte Église nous enseigne, parce que Jésus-Christ a donné sa parole que l’Église ne se tromperait jamais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quel péché perd-on, la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Foi par la négation ou le doute volontaire, quand l’objet n’en serait même qu’un seul des articles proposés à notre croyance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Foi perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Foi perdue en se repentant du péché commis et en croyant de nouveau tout ce que croit la sainte Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les mystères. ====&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre toutes les vérités de la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons pas comprendre toutes les vérités de la Foi, parce que quelques-unes sont des mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont des vérités supérieures à la raison, que nous devons croire bien que nous ne puissions les comprendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous croire les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons croire les mystères parce qu’ils ont été révélés de Dieu, qui, étant la Vérité et la Bonté infinies, ne peut ni se tromper ni nous tromper. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les mystères sont-ils contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont supérieurs et non contraires à la raison ; et même la raison elle-même nous persuade de les admettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mystères ne peuvent-ils être contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères ne peuvent être contraires à la raison parce que c’est le même Dieu qui nous a donné la lumière de la raison et qui a révélé les mystères, et qu’il ne peut se contredire lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. L’Écriture Sainte. ====&lt;br /&gt;
''Où sont contenues les vérités que Dieu a révélées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vérités que Dieu a révélées sont contenues dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est la collection des livres écrits par les Prophètes et les Hagiographes, les Apôtres et les Évangélistes, sous l’inspiration du Saint-Esprit, et reçus par l’Église comme inspirés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En combien de parties se divise la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte se divise en deux parties, l’Ancien et le Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ancien Testament contient les livres inspirés écrits avant la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient le Nouveau Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Nouveau Testament contient les livres inspirés écrits après la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel nom appelle-t-on communément l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée communément la sainte Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Bible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Bible veut dire la collection des livres saints, le livre par excellence, le livre des livres, le livre inspiré de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Écriture Sainte est-elle appelée le livre par excellence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée le livre par excellence, à cause de l’excellence des matières qu’elle traite et de l’auteur qui l’a inspirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-il pas y avoir d’erreur dans l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut y avoir aucune erreur dans l’Écriture Sainte puisque, en effet, elle est inspirée de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’auteur de toutes ses parties est Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela n’empêche pas que dans les copies et les traductions qui en ont été faites, il ne puisse s’être glissé quelques fautes ou des copistes ou des traducteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans les éditions revues et approuvées par l’Église catholique, il ne peut y avoir d’erreur en ce qui regarde la foi ou la morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La lecture de la Bible est-elle nécessaire à tous les chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lecture de la Bible n’est pas nécessaire à tous les chrétiens, puisqu’ils sont instruits par l’Église ; cependant elle est très utile et recommandée à tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on lire quelque traduction que ce soit de la Bible en langue vulgaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut lire les traductions de la Bible en langue vulgaire qui sont reconnues fidèles par l’Église catholique, et qui sont accompagnées d’explications approuvées par elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ne peut-on lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église parce qu’elle seule est la légitime gardienne de la Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui pouvons-nous connaître le vrai sens des Saintes Écritures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne pouvons connaître le vrai sens des Saintes Écritures que par l’interprétation de l’Église, parce que seule elle est garantie d’erreur en cette interprétation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devrait faire un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants devrait la rejeter avec horreur, parce qu’elle est interdite par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’avait reçue sans y faire attention, il devrait au plus tôt la jeter au feu ou la remettre à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église interdit-elle les Bibles protestantes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église interdit les Bibles protestantes parce que, ou bien elles sont altérées et contiennent des erreurs, ou bien, manquant de son approbation et de notes qui expliquent les sens obscurs, elles peuvent nuire à la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison encore que l’Église interdit même les traductions de la Sainte Écriture qu’elle a déjà approuvées, mais qui ont été réimprimées sans des explications approuvées par elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La Tradition. ====&lt;br /&gt;
''Dites-moi ce que c’est que la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tradition est la parole de Dieu qui n’est pas écrite, mais qui, communiquée de vive voix par Jésus-Christ et par les Apôtres, est parvenue sans altération de siècle en siècle jusqu’à nous par le moyen de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où sont contenus les enseignements de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements de la Tradition sont contenus principalement dans les décrets des Conciles, les écrits des saints Pères, les actes du Saint-Siège, les paroles et les usages de la Liturgie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas faut-il faire de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut faire de la Tradition le même cas que de la parole de Dieu révélée que contient l’Écriture Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’Espérance. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Espérance est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous désirons et nous attendons la vie éternelle que Dieu a promise à ses serviteurs, et les secours nécessaires pour l’obtenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif devons-nous espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner, parce que Dieu très miséricordieux, par les mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’a promis à qui le sert de tout cœur ; et comme il est très fidèle et tout-puissant, il tient toujours ses promesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions nécessaires pour obtenir le paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions nécessaires pour obtenir le paradis sont la grâce de Dieu, l’exercice des bonnes œuvres, et la persévérance jusqu’à la mort dans son saint amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd l’Espérance toutes les fois qu’on perd la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On la perd encore par les péchés de désespoir ou de présomption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on l’Espérance perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre l’Espérance perdue en se repentant du péché commis et en s’excitant de nouveau à la confiance en la bonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La Charité. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quels motifs devons-nous aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer Dieu parce qu’il est le souverain bien, infiniment bon et parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aussi l’aimer à cause du commandement qu’il nous en fait et des grands bienfaits que nous recevons de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit aimer Dieu par dessus toutes choses, de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toutes ses forces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu par dessus toutes choses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu par dessus toutes choses, c’est le préférer à toutes les créatures les plus chères et les plus parfaites, et être disposé à perdre tout plutôt que de l’offenser et de cesser de l’aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre cœur, c’est lui consacrer tous nos sentiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre esprit, c’est diriger vers lui toutes nos pensées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toute notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toute notre âme, c’est lui consacrer l’usage de toutes les puissances de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toutes nos forces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toutes nos forces, c’est nous efforcer de grandir toujours davantage dans son amour, et faire en sorte que toutes nos actions aient pour motif et pour fin son amour et le désir de lui plaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous aimer le prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer le prochain pour l’amour de Dieu, parce qu’Il nous le commande et parce que tout homme est son image. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’aimer aussi nos ennemis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés d’aimer nos ennemis parce que, eux aussi, sont notre prochain et parce que Jésus-Christ nous en a fait un commandement formel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer le prochain comme soi-même ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous nous aimons comme il faut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous aimons comme il faut quand nous cherchons à servir Dieu et à mettre en Lui notre félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Charité par tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Charité en faisant des actes d’amour de Dieu, en se repentant et en se confessant comme il faut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. Les vertus cardinales ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus cardinales sont la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont-elles appelées vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont appelées vertus cardinales parce qu’elles sont le pivot ( latin cardo ) et le fondement des vertus morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Prudence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence est la vertu qui dirige toute action vers son but légitime et cherche, par suite, les moyens convenables pour que l’action soit bien faite de toutes façons et, par là, agréable au Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Justice est la vertu par laquelle nous rendons à chacun ce qui lui est dû. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est la vertu qui nous rend courageux au point de ne craindre aucun danger, pas même la mort, pour le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Tempérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tempérance est la vertu par laquelle nous refrénons les désirs désordonnés des jouissances sensibles et nous usons avec modération des biens temporels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les dons du saint-Esprit. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de dons du Saint-Esprit et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept dons du Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 le don de Sagesse ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’Intelligence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de Conseil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 de Force ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 de Science ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 de Piété ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 de Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les dons du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit servent à nous confirmer dans la Foi, l’Espérance et la Charité ; et à nous rendre prompts aux actes de vertu nécessaires pour acquérir la vie chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Sagesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Sagesse est un don par lequel, élevant notre esprit au-dessus des choses terrestres et fragiles, nous contemplons les choses éternelles, c’est-à-dire la Vérité qui est Dieu, en qui nous nous complaisons et que nous aimons comme notre souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Intelligence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Intelligence est un don par lequel nous est facilitée, autant que c’est possible pour un homme mortel, l’intelligence de la Foi et des divins mystères que nous ne pouvons connaître par les lumières naturelles de notre esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Conseil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Conseil est un don par lequel, dans les doutes et les incertitudes de la vie humaine, nous connaissons ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à notre salut et à celui du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est un don qui nous inspire de l’énergie et du courage pour observer fidèlement la sainte loi de Dieu et de l’Église, en surmontant tous les obstacles et toutes les attaques de nos ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Science ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Science est un don par lequel nous apprécions sainement les choses créées, et nous connaissons la manière d’en bien user et de les diriger vers leur fin dernière qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Piété ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Piété est un don par lequel nous vénérons et nous aimons Dieu et les Saints, et nous avons des sentiments de miséricorde et de bienveillance envers le prochain pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Crainte de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Crainte de Dieu est un don qui nous fait respecter Dieu et craindre d’offenser sa divine Majesté, et qui nous détourne du mal en nous portant au bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les Béatitudes évangéliques. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Béatitudes évangéliques et quelles sont-elles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a huit Béatitudes évangéliques : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Bienheureux les miséricordieux, car ils trouveront miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ nous a-t-il proposé les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ nous a proposé les Béatitudes pour nous faire détester les maximes du monde et pour nous inviter à aimer et pratiquer les maximes de son Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux que le monde appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde appelle bienheureux ceux qui ont en abondance les richesses et les honneurs, ceux qui vivent dans les délices et qui n’ont aucune occasion de souffrir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les pauvres en esprit que Jésus-Christ appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pauvres en esprit, selon l’Évangile, sont ceux qui ont le cœur détaché des richesses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en faisant un bon usage, s’ils les possèdent &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ne les recherchant pas avec sollicitude, s’ils en sont privés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en souffrant la perte avec résignation, si elles leur sont enlevées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les doux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les doux sont ceux qui traitent le prochain avec douceur, souffrent avec patience ses défauts et les torts qu’ils en éprouvent, sans querelle, ressentiment ou vengeance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux sont ceux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui souffrent avec résignation les tribulations, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui s’affligent à cause des péchés commis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
des maux, et des scandales qu’on voit dans le monde, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’éloignement du paradis et du danger de le perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui ont faim et soif de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont faim et soif de la justice sont ceux qui désirent ardemment de croître toujours davantage dans la grâce divine et l’exercice des œuvres bonnes et vertueuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les miséricordieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les miséricordieux sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
aiment leur prochain en Dieu et pour Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ont compassion de ses misères spirituelles et corporelles, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et tâchent de le soulager selon leurs forces et leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les cœurs purs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cœurs purs sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n’ont aucune affection au péché et s’en tiennent éloignés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui fuient surtout toute sorte d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les pacifiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pacifiques sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conservent la paix avec le prochain et avec eux-mêmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui tâchent de mettre la paix entre ceux qui sont divisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui souffrent persécution par amour de la justice sont ceux qui supportent avec patience les moqueries, les blâmes et les persécutions à cause de la foi et de la loi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes signifient toutes, sous divers noms, la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Béatitudes nous procurent-elles seulement la gloire éternelle du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Béatitudes ne nous procurent pas seulement la gloire éternelle du paradis, elles sont encore les moyens de rendre notre vie aussi heureuse qu’il est possible ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les Béatitudes n’en reçoivent-ils pas déjà quelque récompense en cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, certainement, ceux qui suivent les Béatitudes en reçoivent déjà quelque récompense même en cette vie, parce qu’ils jouissent déjà d’une paix et d’un contentement intimes qui sont le principe, bien qu’encore imparfait, de la félicité éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les maximes du monde peuvent-ils se dire heureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ceux qui suivent les maximes du monde ne sont pas heureux, parce qu’ils n’ont pas la vraie paix de l’âme et qu’ils courent le danger d’être damnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les œuvres de miséricorde. ===&lt;br /&gt;
''Quelles sont les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement sont les œuvres de miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par œuvre de miséricorde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre de miséricorde est celle par laquelle on secourt les besoins spirituels ou corporels du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde corporelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l donner à manger à ceux qui ont faim, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 donner à boire à ceux qui ont soif, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 vêtir ceux qui sont nus, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 abriter les étrangers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 visiter les infirmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 visiter les prisonniers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 ensevelir les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde spirituelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 conseiller ceux qui en ont besoin, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 instruire les ignorants, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 exhorter les pécheurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 consoler les affligés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 pardonner les offenses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 supporter patiemment les personnes ennuyeuses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 prier Dieu pour les vivants et pour les morts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les péchés et leurs espèces principales. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péchés : le péché originel et le péché actuel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est celui avec lequel nous naissons tous et que nous avons contracté par la désobéissance de notre premier père Adam. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous a causés le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les torts causés par le péché d’Adam sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la privation de la grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la perte du paradis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’ignorance, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’inclination au mal, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la mort &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et toutes les autres misères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est effacé le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est effacé par le saint Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché actuel est celui que l’homme, arrivé à l’usage de la raison, commet par sa libre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péché actuel : le péché mortel et le péché véniel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel est une désobéissance à la loi divine par laquelle on manque gravement à ses devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle mortel parce qu’il donne la mort à l’âme en lui faisant perdre la grâce sanctifiante qui est la vie de l’âme, comme l’âme est la vie du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts fait à l’âme le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prive l’âme de la grâce et de l’amitié de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 lui fait perdre le paradis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la prive des mérites acquis et la rend incapable d’en acquérir de nouveaux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la rend esclave du démon ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 lui fait mériter l’enfer et aussi les châtiments de cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la gravité de la matière que faut-il pour constituer un péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la gravité de la matière, pour constituer un péché mortel, il faut la connaissance de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel est une désobéissance légère à la loi divine par laquelle on ne manque que légèrement à quelque devoir envers Dieu, envers le prochain, et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il est léger comparé au péché mortel, qu’il ne nous fait pas perdre la grâce divine et parce que Dieu le pardonne facilement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il n’y a donc pas à faire grand cas du péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait une très grande erreur, soit parce que le péché véniel contient toujours une certaine offense de Dieu, soit parce qu’il cause des torts assez graves à l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous cause le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 affaiblit et refroidit en nous la charité ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous dispose au péché mortel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rend dignes de grandes peines temporelles en ce monde ou en l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Les vices et les autres péchés très graves. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vice est une mauvaise disposition de l’âme qui la porte à fuir le bien et à faire le mal, et qui est causée par la fréquente répétition d’actes mauvais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre un péché et un vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre un péché et un vice il y a cette différence que le péché est un acte qui passe, tandis que le vice est la mauvaise habitude qu’on a contractée de tomber en quelque péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les vices qu’on appelle capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vices qu’on appelle capitaux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’Orgueil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’Avarice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la Luxure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la Colère ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la Gourmandise ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 l’Envie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 la Paresse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment triomphe-t-on des vices capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des vices capitaux par l’exercice des vertus opposées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi on triomphe : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’orgueil par l’humilité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’avarice par la libéralité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la luxure par la chasteté, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la colère par la patience, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la gourmandise par l’abstinence, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’envie par l’amour fraternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la paresse par la diligence et l’ardeur dans le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces vices sont-ils appelés capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces vices sont appelés capitaux parce qu’ils sont la source et la cause de beaucoup d’autres vices et péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a six péchés contre le Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 désespérer de son salut ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 espérer par présomption se sauver sans mérite ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 combattre la vérité connue ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 envier les grâces d’autrui ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 s’obstiner dans ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 mourir dans l’impénitence finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit parce qu’ils sont commis par pure malice, ce qui est contraire à la bonté, attribuée au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quatre péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’homicide volontaire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 le péché impur contre l’ordre de la nature ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’oppression des pauvres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 le refus du salaire aux ouvriers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu, parce que l’Esprit Saint le dit, et parce que leur iniquité est si grave et si manifeste qu’elle provoque Dieu à les punir des plus sévères châtiments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Les Fins dernières et les autres moyens principaux pour éviter le péché. ===&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Livres appellent Fins dernières les dernières choses qui arriveront à l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Fins dernières pour l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a pour l’homme quatre Fins dernières : la Mort, le Jugement, l’Enfer et le Paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme, parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la Mort est la dernière chose qui lui arrivera en ce monde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Jugement de Dieu, le dernier des jugements que nous devons subir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Enfer, le mal extrême pour les méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Paradis, le souverain bien pour les bons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous penser aux Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de penser aux Fins dernières chaque jour et particulièrement en faisant sa prière le matin au réveil, le soir avant le repos, et toutes les fois que nous sommes tentés de faire le mal, parce que cette pensée est très efficace pour nous faire éviter le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Les exercices pieux conseillés au chrétien pour chaque jour. ===&lt;br /&gt;
''Que doit faire un bon chrétien le matin à son réveil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien, le matin en s’éveillant, doit faire le signe de la Croix et offrir son cœur à Dieu, en disant ces paroles ou autres semblables : &amp;quot; Mon Dieu, je vous donne mon cœur et mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi devrait-on penser en se levant et en s’habillant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se levant et en s’habillant on devrait penser que Dieu est présent, que ce jour peut être le dernier de notre vie, et l’on doit se lever et s’habiller avec toute la modestie possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois habillé, que doit faire un bon chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois habillé, un bon chrétien doit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
se mettre en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
s’agenouiller s’il le peut, devant quelque image pieuse en disant avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Je vous adore, ô mon Dieu, et je vous aime de tout mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous remercie de m’avoir créé, fait chrétien, et conservé pendant cette nuit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous offre toutes mes actions ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je vous prie de me préserver pendant ce jour du péché et de me délivrer de tout mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il récite ensuite le Pater noster, l’Ave Maria, le Credo et les actes de Foi, d’Espérance et de Charité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les accompagnant d’un vif élan du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles pratiques de piété devrait accomplir chaque jour le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chrétien, s’il le peut, devrait chaque jour : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 assister avec dévotion à la sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 faire une visite, si courte soit elle, au très Saint Sacrement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 réciter le Chapelet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire avant de travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de travailler, on doit offrir son travail à Dieu en disant de tout son cœur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous offre ce travail : donnez-moi votre bénédiction &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle fin doit-on travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit travailler pour la gloire de Dieu et pour faire sa volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire avant son repas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant son repas, il convient de faire, debout, le signe de la Croix et de dire avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur Dieu, donnez votre bénédiction à nous et à la nourriture que nous allons prendre pour nous soutenir dans votre service &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le repas que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le repas, il convient de faire le signe de la Croix et de dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous remercie de la nourriture que vous m*’avez donnée ; rendez-moi digne de participer au banquet céleste &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on se trouve en quelque tentation, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on se trouvait en quelque tentation, il faudrait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
invoquer avec foi le saint Nom de Jésus et de Marie, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou dire avec ferveur quelque oraison jaculatoire, comme par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Faites-moi la grâce, Seigneur, de ne jamais vous offenser &amp;quot;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou bien faire le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en évitant cependant que, par ces signes extérieurs, les autres s’aperçoivent de nos tentations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir commis quelque péché, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir péché, on doit faire aussitôt un acte de contrition et tâcher de se confesser au plus tôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand hors de l’Église, on entend la sonnerie de l’élévation de l’hostie à la Messe solennelle ou de la bénédiction du très Saint Sacrement, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire, au moins de cœur, un acte d’adoration, en disant par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Loué et remercié soit à tout instant le très saint et divin sacrement &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand sonne l’Angélus, à l’aube, à midi et le soir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au son de la cloche, un bon chrétien récite l’Angélus Domini avec trois fois Ave Maria. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le soir, avant d’aller se coucher, que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’aller se coucher, le soir, il convient : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de se mettre, comme le matin, en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de réciter dévotement les mêmes prières, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de faire un court examen de conscience &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et de demander pardon à Dieu des péchés commis dans la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous avant de vous endormir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de m’endormir, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je ferai le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je penserai que je puis mourir cette nuit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je donnerai mon cœur à Dieu en disant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Mon Seigneur et mon Dieu, je vous donne mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très Sainte Trinité, faites-moi la grâce de bien vivre et de bien mourir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus, Marie, Joseph, je vous recommande mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des prières du matin et du soir, de quelle autre manière peut-on recourir à Dieu au cours de la journée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de la journée, on peut prier Dieu fréquemment par d’autres courtes prières qu’on appelle oraisons jaculatoires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites quelques oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, secourez-moi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, que votre volonté soit faite ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, je veux être tout à vous ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, miséricorde ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Doux Cœur de mon Jésus, faites que je vous aime toujours de plus en plus ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires, et on peut en dire même simplement de cœur, sans proférer de paroles, en marchant, en travaillant, etc... . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des oraisons jaculatoires à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des oraisons jaculatoires le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que se mortifier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu, ce qui plaît et accepter ce qui déplaît au sens ou à l’amour-propre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, que faut-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tâcher, si on le peut, de l’accompagner avec modestie et recueillement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et, si on ne le peut pas, faire un acte d’adoration en quelque lieu qu’on se trouve et dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Consolez, Seigneur, ce malade et donnez-lui la grâce de se conformer à votre très sainte volonté et de faire son salut &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant sonner l’agonie d’un moribond, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En entendant sonner l’agonie d’un moribond, je me rendrai si je le puis, à l’église afin de prier pour lui ; et si je ne le puis pas, je recommanderai son âme au Seigneur, en pensant qu’avant longtemps je me trouverai moi-même dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous quand vous entendrez sonner la mort de quelqu’un ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’entendrai sonner la mort de quelqu’un, je tâcherai de dire un De profundis ou un Requiem pour l’âme de ce défunt, et je me renouvellerai dans la pensée de la mort.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Le_grand_cat%C3%A9chisme_de_St_Pie_X&amp;diff=1557</id>
		<title>Le grand catéchisme de St Pie X</title>
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				<updated>2011-03-28T08:57:45Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* 3e partie : Les commandements de Dieu et de l’Église */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Leçon préliminaire : La doctrine chrétienne et ses parties principales. ==&lt;br /&gt;
''Etes-vous chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous : par la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis : par la grâce de Dieu, parce que être chrétien est un don tout gratuit de Dieu que nous n’avons pu mériter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le vrai chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vrai chrétien est celui qui est baptisé, qui croit et professe la doctrine chrétienne et obéit aux pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine chrétienne est la doctrine que Jésus-Christ Notre Seigneur nous a enseignée pour nous montrer la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certainement nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ, et ceux qui négligent de le faire pèchent gravement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents et les maîtres sont-ils obligés d’envoyer au catéchisme leurs enfants et ceux qui dépendent d’eux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents et les maîtres sont obligés d’assurer à leurs enfants et à ceux qui dépendent d’eux l’enseignement de la doctrine chrétienne et ils se rendent coupables devant Dieu s’ils ne s’acquittent pas de ce devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui devons-nous recevoir et apprendre la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons recevoir et apprendre la doctrine chrétienne de la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment sommes-nous certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de la sainte Église catholique est la vraie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de l’Église catholique est la vraie, parce que Jésus-Christ, auteur divin de cette doctrine, l’a confiée par ses Apôtres à l’Église qu’il fondait et constituait maîtresse infaillible de tous les hommes, lui promettant son assistance divine jusqu’à la fin des siècles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il d’autres preuves de la vérité de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité de la doctrine chrétienne est démontrée aussi par la sainteté éminente de tant d’hommes qui l’ont professée et qui la professent ; par la force héroïque des martyrs, par la rapidité merveilleuse de sa diffusion dans le monde et par sa pleine conservation à travers tant de siècles de luttes variées et continuelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne sont au nombre de quatre : le Credo, le Pater noster, les Commandements et les Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous enseigne les principaux articles de notre sainte foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster nous enseigne tout ce que nous devons espérer de Dieu et tout ce que nous devons lui demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Commandements nous enseignent tout ce que nous devons faire pour plaire à Dieu ; et tout cela se résume à aimer Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne la doctrine des Sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine des Sacrements nous fait connaître la nature et le bon usage de ces moyens que Jésus-Christ a institués pour nous remettre les péchés, nous communiquer sa grâce, infuser et accroître en nous les vertus de Foi, d’Espérance et de Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie : Le symbole des Apôtres ou Credo.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Le Credo en général ===&lt;br /&gt;
''Quelle est la première partie de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première partie de la doctrine chrétienne est le symbole des Apôtres, appelé communément le Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous le Credo symbole des Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo est appelé symbole des Apôtres parce qu’il est un abrégé des vérités de la foi enseignées par les Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’articles dans le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans le Credo douze articles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez-les.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre Seigneur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 D’où il viendra juger les vivants et les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Je crois au Saint-Esprit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 A la sainte Église catholique, à la communion des saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 A la rémission des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 A la résurrection de la chair &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12 A la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Credo, je crois, que vous dites au commencement du Symbole ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Credo, je crois, veut dire : je tiens pour absolument vrai tout ce qui est contenu dans ces douze articles, et je le crois plus fermement que si je le voyais de mes yeux ; parce que Dieu, qui ne peut ni se tromper ni tromper personne, a révélé ces vérités à la sainte Église catholique et par elle nous les révèle à nous-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contiennent les articles du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les articles du Credo contiennent les principales choses que nous devons croire sur Dieu, sur Jésus-Christ et sur l’Église son épouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bien utile de réciter souvent le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de réciter souvent le Credo pour imprimer toujours davantage dans notre cœur les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le premier article du Symbole.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Dieu le Père et la création. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le premier article : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier article du Credo nous enseigne qu’il y a un seul Dieu, qu’il est tout-puissant, et qu’il a créé le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous qu’il y a un Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons qu’il y a un Dieu parce que notre raison nous le démontre et que la foi nous le confirme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à Dieu le nom de Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à Dieu le nom de Père : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’il est par nature Père de la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, c’est-à-dire du Fils qu’il a engendré ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que Dieu est le Père de tous les hommes qu’il a créés, qu’il conserve et qu’il gouverne ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 enfin parce qu’il est le Père par la grâce de tous les bons chrétiens, appelés pour cela les fils adoptifs de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Père est-il la première Personne de la Très Sainte Trinité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père est la première Personne de la Très Sainte Trinité parce qu’il ne procède pas d’une autre Personne, mais qu’il est le principe des deux autres Personnes, c’est-à-dire du Fils et du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot : tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot tout-puissant veut dire que Dieu peut faire tout ce qu’il veut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu ne peut ni pécher ni mourir : comment dit-on alors qu’il peut tout faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que Dieu peut tout faire, bien qu’il ne puisse ni pécher ni mourir, parce que le pouvoir de pécher ou de mourir n’est pas un effet de puissance mais de faiblesse, et ne peut pas être en Dieu, qui est infiniment parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Créer veut dire faire de rien : aussi Dieu est appelé le Créateur du ciel et de la terre parce qu’il a fait de rien le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le monde a-t-il été créé seulement par le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde a été créé également par les trois Personnes divines, parce que tout ce que fait une Personne concernant les créatures, les autres le font aussi dans un même acte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc la création est-elle attribuée particulièrement au Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création est attribuée spécialement au Père parce que la création est un effet de la toute puissance divine et que la toute puissance est attribuée spécialement au Père, comme la Sagesse au Fils et la Bonté au Saint-Esprit, bien que les trois Personnes soient également puissantes, sages et bonnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu a-t-il soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu a soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ; il les conserve et les gouverne par sa bonté et sa sagesse infinies, et rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette, parce qu’il y a des choses que Dieu veut et commande, et d’autres qu’il n’empêche pas, comme le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu n’empêche-t-il pas le péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu n’empêche pas le péché, parce que même de l’abus que fait l’homme de la liberté qu’il lui a été concédée, il sait retirer un bien et faire toujours resplendir davantage ou sa miséricorde ou sa justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les Anges. ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les créatures les plus nobles que Dieu ait créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus nobles créatures créées par Dieu sont les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est ce que les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges sont des créatures intelligentes et purement spirituelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il créé les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé les Anges pour être honoré et servi par eux, et pour les rendre éternellement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle forme et quelle figure ont les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges n’ont ni figure ni forme sensible parce qu’ils sont de purs esprits, créés par Dieu pour subsister sans devoir être unis à un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc représente-t-on les Anges sous des formes sensibles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On représente les Anges sous des formes sensibles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour aider notre imagination à les concevoir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que c’est ainsi qu’ils ont apparu souvent aux hommes, comme nous le lisons dans la Sainte Écriture &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Anges furent-ils tous fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, les Anges ne furent pas tous fidèles à Dieu, mais beaucoup parmi eux prétendirent par orgueil lui être égaux et être indépendants de lui ; et, à cause de ce péché, ils furent exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer s’appellent démons et leur chef s’appelle Lucifer ou Satan. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les démons peuvent-ils nous faire quelque mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les démons, si Dieu leur en donne la permission, peuvent faire beaucoup de mal et à notre âme et à notre corps, surtout en nous portant au péché par la tentation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nous tentent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les démons nous tentent à cause de l’envie qu’il nous portent et qui leur fait désirer notre damnation éternelle, et à cause de leur haine contre Dieu dont l’image resplendit en nous. Et Dieu permet les tentations, afin que nous en triomphions avec le secours de la grâce, et qu’ainsi nous pratiquions les vertus et nous acquérions des mérites pour le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous triompher des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des tentations par la vigilance, par la prière et par la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges qui sont restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges qui sont restés fidèles à Dieu s’appellent les bons Anges, les Esprits célestes ou simplement les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devinrent les Anges restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges restés fidèles à Dieu furent confirmés en grâce. Ils jouissent pour toujours de la vue de Dieu ; ils l’aiment, le bénissent et le louent éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu se sert-il des Anges comme de ses ministres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu se sert des Anges comme de ses ministres, et, en particulier, il confie à beaucoup d’entre eux la charge d’être nos gardiens et nos protecteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous devons avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien, l’honorer, invoquer son appui, suivre ses inspirations, et lui être reconnaissants pour l’assistance continuelle qu’il nous prête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’homme. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre est l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est une créature raisonnable composée d’une âme et d’un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme est la partie la plus noble de l’homme, parce qu’elle est une substance spirituelle, douée d’intelligence et de volonté, capable de connaître Dieu et de le posséder éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on voir et toucher l’âme humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut ni voir notre âme ni la toucher parce que c’est un esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’âme humaine meurt-elle avec le corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme humaine ne meurt jamais : la foi et la raison elle-même prouvent qu’elle est immortelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’homme est-il libre dans ses actions ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’homme est libre dans ses actions et chacun sent en lui-même qu’il peut faire une chose ou ne pas la faire, faire une chose plutôt qu’une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple cette liberté humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je dis volontairement un mensonge, je sens que je pourrais ne pas le dire et me taire, et que je pourrais aussi parler différemment en disant la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que l’âme humaine est spirituelle et raisonnable, libre dans ses actes, capable de connaître et d’aimer Dieu et de jouir de lui éternellement ; et ces perfections sont en nous un reflet de l’infinie grandeur du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quel état Dieu a-t-il créé nos premiers parents Adam et Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé Adam et Eve dans l’état d’innocence et de grâce ; mais bientôt ils en déchurent par le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu ne fit-il pas d’autres dons à nos premiers parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu fit à nos premiers parents d’autres dons qu’ils devaient transmettre à leurs descendants avec la grâce sanctifiante. C’étaient : l’intégrité, c’est-à-dire la parfaite soumission des sens à la raison ; l’immortalité ; l’immunité de toute douleur et misère, et la science proportionnée à leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché d’Adam fut un péché d’orgueil et de grave désobéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le châtiment du péché d’Adam et d’Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Adam et Eve perdirent la grâce de Dieu et le droit qu’ils avaient au ciel ; ils furent chassés du paradis terrestre, soumis à beaucoup de misères de l’âme et du corps et condamnés à mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Adam et Eve n’avaient pas péché, auraient-ils été exempts de la mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Adam et Eve n’avaient pas péché et qu’ils fussent restés fidèles à Dieu, après un séjour heureux et tranquille sur cette terre, sans mourir ils auraient été transportés par Dieu dans le Ciel pour y jouir d’une vie éternelle et glorieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces dons étaient-ils dus à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dons n’étaient dus à l’homme en aucune façon ; mais ils étaient absolument gratuits et surnaturels. Aussi, quand Adam eût désobéi au commandement divin, Dieu put sans injustice priver de ces dons lui et sa postérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ce péché est-il propre seulement à Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce péché n’est pas seulement le péché d’Adam, il est aussi le nôtre, quoique différemment. Il est propre à Adam, parce que c’est lui qui le commit par un acte de sa volonté et par là il fut pour lui péché personnel. Il nous est propre, parce que, Adam ayant péché comme chef et souche de tout le genre humain, son péché est transmis par la génération naturelle à tous ses descendants, et par là il est pour nous péché originel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est-il possible que le péché originel passe dans tous les hommes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel passe dans tous les hommes parce que, Dieu ayant conféré au genre humain, en Adam, la grâce sanctifiante et tous les autres dons surnaturels, à condition qu’Adam ne désobéit pas, celui-ci désobéit en qualité de chef et de père du genre humain et rendit la nature humaine rebelle contre Dieu. Aussi la nature humaine est-elle transmise à tous les descendants d’Adam dans un état de rébellion contre Dieu et privée de la grâce divine et des autres dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tous les hommes contractent-ils le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous les hommes contractent le péché originel, excepté la Très Sainte Vierge qui en fut préservée par un privilège spécial de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le péché d’Adam les hommes n’auraient-ils pas pu se sauver ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le péché d’Adam, les hommes n’auraient pas pu se sauver, si Dieu n’avait pas été miséricordieux à leur égard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu fut-il miséricordieux envers le genre humain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu fut miséricordieux envers le genre humain en promettant tout de suite à Adam le Rédempteur divin ou Messie, et en envoyant ce Messie au temps marqué, pour délivrer les hommes de l’esclavage du démon et du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le Messie promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Messie promis est Jésus-Christ, comme nous l’enseigne le second article du Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Le second article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le second article : Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu est la seconde Personne de la très sainte Trinité ; qu’il est Dieu éternel, tout-puissant, Créateur et Seigneur, comme le Père ; qu’il s’est fait homme pour nous sauver et que le Fils de Dieu fait homme s’appelle Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la seconde Personne s’appelle-t-elle le Fils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde Personne s’appelle le Fils, parce que de toute éternité elle est engendrée du Père par voie d’intelligence : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi le Verbe éternel du Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nous sommes, nous aussi, fils de Dieu : pourquoi donc appelons-nous Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père, parce que lui seul est Fils de Dieu par nature, tandis que nous le sommes par création et par adoption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Jésus-Christ notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ notre Seigneur, parce que non seulement en tant que Dieu il nous a créés, de concert avec le Père et le Saint-Esprit, mais encore il nous a rachetés en tant que Dieu et homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il appelé Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est appelé Jésus, ce qui veut dire Sauveur, parce qu’il nous a sauvés de la mort éternelle méritée par nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné le nom de Jésus au Fils de Dieu fait homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le Père éternel lui-même qui a donné au Fils de Dieu fait homme le nom de Jésus par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, lorsque celui-ci annonça à la Vierge le mystère de l’Incarnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il aussi appelé Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est aussi appelé Christ, ce qui veut dire oint et sacré, parce qu’autrefois on consacrait par l’onction les rois, les prêtres et les prophètes, et que Jésus est le roi des rois, le souverain prêtre et le premier des prophètes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ fut-il oint et sacré d’une onction corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction de Jésus-Christ ne fut pas corporelle comme celle des anciens rois, prêtres et prophètes, mais toute spirituelle et divine, la plénitude de la divinité habitant en lui substantiellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes eurent-ils quelque connaissance de Jésus-Christ avant sa venue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les hommes eurent connaissance de Jésus-Christ avant sa venue, par la promesse du Messie que Dieu fit à nos premiers parents Adam et Eve, et qu’il renouvela aux saints Patriarches, et par les prophéties et les nombreuses figures qui le désignaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis, parce qu’en Lui s’est accompli tout ce qu’annonçaient les prophètes et tout ce que représentaient les figures de l’Ancien Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’annonçaient les prophéties au sujet du Rédempteur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet du Rédempteur les prophéties annonçaient la tribu et la famille d’où il devait sortir ; le lieu et le temps de sa naissance ; ses miracles et les plus petites circonstances de sa passion et de sa mort ; sa résurrection et son ascension au ciel ; son royaume spirituel, universel et perpétuel, qui est la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament sont l’innocent Abel, le grand prêtre Melchisédech, le sacrifice d’Isaac, Joseph vendu par ses frères, le prophète Jonas, l’agneau pascal et le serpent d’airain élevé par Moïse dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 par le témoignage du Père disant : &amp;quot; Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ; &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 par l’attestation de Jésus-Christ lui-même confirmée par les plus étonnants miracles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 par l’enseignement des Apôtres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 par la tradition constante de l’Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les principaux miracles opérés par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux miracles opérés par Jésus-Christ sont, outre sa propre résurrection, la santé rendue aux malades, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la vie aux morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Le troisième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le troisième article : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu a pris un corps et une âme comme les nôtres, dans le sein très pur de la Sainte Vierge Marie, par l’opération du Saint-Esprit, et qu’il est né de cette Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils concoururent-ils eux aussi à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines concoururent à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on seulement : a été conçu du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit seulement : a été conçu du Saint-Esprit, parce que l’incarnation du Fils de Dieu est une œuvre de bonté et d’amour, et que les œuvres de bonté et d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu en se faisant homme a-t-il cessé d’être Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le Fils de Dieu s’est fait homme sans cesser d’être Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est donc Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le Fils de Dieu incarné, c’est-à-dire Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble, Dieu parfait et homme parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il y a donc en Jésus-Christ deux natures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en Jésus-Christ, qui est Dieu et homme, il y a deux natures : la nature divine et la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il aussi en Jésus-Christ deux personnes : la personne divine et la personne humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le Fils de Dieu fait homme, il n’y a qu’une seule personne, la personne divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de volontés en Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Jésus-Christ il y a deux volontés, l’une divine et l’autre humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ avait-il une volonté libre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ avait une volonté libre, mais il ne pouvait pas faire le mal, parce que pouvoir faire le mal est un défaut, non une perfection de la liberté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont-ils la même personne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont la même personne, c’est-à-dire Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La Vierge Marie est-elle Mère de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la Vierge Marie est Mère de Dieu, parce qu’elle est la Mère de Jésus-Christ qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Marie devint-elle la Mère de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie devint la Mère de Jésus-Christ uniquement par l’opération et la vertu du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il de foi que Marie fut toujours Vierge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il est de foi que Marie fut toujours Vierge et elle est appelée la Sainte Vierge, la Vierge par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le quatrième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le quatrième article : A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, pour racheter le monde par son Sang précieux, souffrit sous Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, et mourut sur le bois de la croix d’où il fut descendu pour être enseveli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire les mots : a souffert ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots a souffert expriment toutes les peines souffertes par Jésus-Christ dans sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ a-t-il souffert comme Dieu ou comme homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a souffert comme homme seulement, parce que comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle sorte de supplice était celui de la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le supplice de la croix était alors le plus cruel et le plus ignominieux de tous les supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui condamna Jésus-Christ à être crucifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui condamna Jésus-Christ à être crucifié fut Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, qui avait reconnu son innocence, mais qui céda honteusement à l’insistance menaçante du peuple de Jérusalem. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ n’aurait-il pas pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ aurait pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ; mais, sachant que la volonté de son Père Éternel était qu’il souffrît et mourût pour notre salut, il s’y soumit volontairement, et même il alla Lui-même au-devant de ses ennemis et se laissa spontanément prendre et conduire à la mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut crucifié Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ fut crucifié sur le mont du Calvaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que fit Jésus-Christ sur la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ sur la croix pria pour ses ennemis ; donna pour mère au disciple saint Jean et, en sa personne, à nous tous sa propre Mère la Très Sainte Vierge ; off rit sa mort en sacrifice et satisfit à la justice de Dieu pour les péchés des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’aurait-il pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’aurait pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous, parce que l’offense faite à Dieu par le péché était, à un certain point de vue, infinie, et il fallait pour la réparer une personne d’un mérite infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour satisfaire à la divine Justice était-il nécessaire que Jésus-Christ fût Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il fallait que Jésus-Christ fût homme pour pouvoir souffrir et mourir, et il fallait qu’il fût Dieu pour que ses souffrances eussent une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi était-il nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie, parce que la majesté de Dieu, offensée par le péché, est infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Etait-il nécessaire que Jésus souffrît autant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’était pas absolument nécessaire que Jésus souffrît autant, parce que la moindre de ses souffrances aurait été suffisante pour notre Rédemption, chacun de ses actes ayant une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc Jésus voulut-il tant souffrir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus voulut tant souffrir pour satisfaire plus abondamment à la divine Justice, pour nous montrer encore plus son amour et pour nous inspirer une plus grande horreur du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Arriva-t-il des prodiges à la mort de Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, à la mort de Jésus le soleil s’obscurcit, la terre trembla, les sépulcres s’ouvrirent et beaucoup de morts ressuscitèrent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut enseveli le corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de Jésus-Christ fut enseveli dans un sépulcre nouveau, creusé dans le rocher non loin du lieu où il avait été crucifié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans la mort de Jésus-Christ, la divinité se sépare-t-elle de son corps et de son âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mort de Jésus-Christ la divinité ne se sépara ni du corps ni de l’âme ; il y eut seulement séparation de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui est mort Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes et il a satisfait pour tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Jésus-Christ est mort pour le salut de tous, pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous et tous ne sont pas sauvés parce que tous ne veulent pas le reconnaître, tous n’observent pas sa loi, tous ne se servent pas des moyens de sanctification qu’il nous a laissés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour être sauvés, suffit-il que Jésus-Christ soit mort pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être sauvés, il ne suffit pas que Jésus-Christ soit mort pour nous ; il est nécessaire qu’à chacun de nous soient appliqués le fruit et les mérites de sa passion et de sa mort, application qui se fait surtout par les sacrements que Jésus-Christ lui-même a institués dans ce but. Et comme beaucoup ou ne reçoivent pas les sacrements ou les reçoivent mal, ils rendent inutile pour eux la mort de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Le cinquième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le cinquième article : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième article du Credo nous enseigne que l’âme de Jésus-Christ, une fois séparée de son corps, alla dans les Limbes, et que, le troisième jour, elle s’unit de nouveau à son corps pour n’en être jamais plus séparée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par enfers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend ici par enfers les Limbes, c’est-à-dire le lieu où étaient les âmes des justes en attendant la Rédemption de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les âmes des justes ne furent-elles pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les âmes des justes ne furent pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ, parce que le paradis avait été fermé par le péché d’Adam et qu’il convenait que Jésus-Christ, dont la mort le rouvrait, fût le premier à y entrer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ voulut-il retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ voulut retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour pour manifester avec évidence qu’il était vraiment mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La résurrection de Jésus-Christ fut-elle semblable à celle des autres hommes ressuscités ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, la résurrection de Jésus-Christ ne fut pas semblable à celle des autres hommes ressuscités, parce que Jésus-Christ ressuscita par sa propre puissance, et que les autres furent ressuscités par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Le sixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le sixième article : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, quarante jours après sa résurrection, monta au ciel par sa propre puissance, en présence de ses disciples, et que, étant comme Dieu égal à son Père, il a été comme homme élevé au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints et établi le Seigneur de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection resta-t-il, quarante jours sur la terre avant de monter au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ après sa résurrection resta quarante jours sur la terre avant de monter au ciel, pour prouver par diverses apparitions qu’il était vraiment ressuscité, et pour instruire toujours davantage et confirmer les Apôtres dans les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ est-il monté au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est monté au ciel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour prendre possession du royaume qu’il avait mérité par sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour préparer notre place dans la gloire et être notre Médiateur et notre Avocat auprès de son Père ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour envoyer le Saint-Esprit à ses Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée, parce que Jésus-Christ, étant Homme-Dieu, monta au ciel par sa propre puissance, tandis que sa Mère qui était une créature, bien que la plus digne de toutes, monta au ciel par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez les mots : est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots : &amp;quot; est assis &amp;quot;, signifient la possession pacifique que Jésus-Christ a de la gloire, et les mots : &amp;quot; à la droite de Dieu le Père tout-puissant &amp;quot;, expriment qu’il a une place d’honneur au-dessus de toutes les créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Le septième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le septième article : D’où il viendra juger les vivants et les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième article du Credo nous enseigne qu’à la fin du monde Jésus-Christ, plein de gloire et de majesté, viendra du ciel pour juger tous les hommes, bons et mauvais, et pour donner à chacun la récompense ou le châtiment qu’il aura mérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si chacun, aussitôt après la mort, doit être jugé par Jésus-Christ dans le jugement particulier, pourquoi devons-nous tous être jugés dans le jugement général ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons tous être jugés dans le jugement général pour plusieurs raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour la gloire de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour la gloire de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour la gloire des Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour la confusion des méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 enfin pour que le corps ait avec l’âme la sentence de récompense ou de châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Dieu sera manifestée parce que tous connaîtront avec quelle justice Dieu gouverne le monde, bien que parfois maintenant on voie les bons dans l’affliction et les méchants dans la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Jésus-Christ sera manifestée parce qu’après avoir été injustement condamné par les hommes, il paraîtra alors à la face de tous comme le Juge suprême de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire des Saints sera manifestée parce que beaucoup d’entre eux qui moururent méprisés par les méchants seront glorifiés en présence de tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général quelle sera la confusion pour les méchants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la confusion des méchants sera très grande, surtout pour ceux qui opprimèrent les justes et pour ceux qui cherchèrent pendant leur vie à être estimés des hommes vertueux et bons, parce qu’ils verront manifestés à tout le monde les péchés qu’ils commirent, même les plus secrets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le huitième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le huitième article : Je crois au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième article du Credo nous enseigne qu’il y a un Esprit Saint, troisième Personne de la très sainte Trinité, qu’il est Dieu éternel, infini, tout-puissant, Créateur et Seigneur de toutes choses, comme le Père et le Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui procède le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul principe par voie de volonté et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si le Fils procède du Père et si le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, il semble que le Père et le Fils soient antérieurs au Saint-Esprit : comment dit-on alors que les trois Personnes sont éternelles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que les trois Personnes sont éternelles parce que le Père engendre le Fils ab æterno (de toute éternité) et que le Saint-Esprit procède aussi ab æterno du Père et du Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la troisième Personne de la très sainte Trinité est-elle appelée spécialement du nom de Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième Personne de la Très Sainte Trinité est appelée spécialement du nom de Saint-Esprit parce qu’elle procède du Père et du Fils par voie d’amour et de spiration ( Latin spiratio, de spirare, souffler, respirer : le Saint-Esprit est comme le souffle du Père et du Fils.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est l’œuvre attribuée spécialement au Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre attribuée spécialement au Saint-Esprit est la sanctification des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils nous sanctifient-ils comme le Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines nous sanctifient également. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il en est ainsi, Pourquoi la sanctification des âmes est-elle attribuée spécialement au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sanctification des âmes est attribuée spécialement au Saint-Esprit parce qu’elle est une œuvre d’amour et que les œuvres d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Saint-Esprit est-il descendu sur les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après la Résurrection de Jésus-Christ et dix jours après son Ascension. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où étaient les Apôtres pendant les dix jours qui précédèrent la Pentecôte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres étaient réunis dans le Cénacle en compagnie de la Sainte Vierge et des autres disciples, et ils persévéraient dans la prière, attendant l’Esprit Saint que Jésus-Christ leur avait promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produisit le Saint-Esprit dans les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit confirma les Apôtres dans la foi, les remplit de lumière, de force, de charité et de l’abondance de tous ses dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Saint-Esprit a-t-il été envoyé pour les seuls Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit a été envoyé pour toute l’Église et pour chaque âme fidèle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le Saint-Esprit dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit, comme l’âme dans le corps, vivifie l’Église par sa grâce et par ses dons ; il y établit le règne de la vérité et de l’amour ; il l’assiste pour qu’elle conduise sûrement ses fils dans la voie du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 10 : Le neuvième article.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article : La sainte Église catholique, la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième article du Credo nous enseigne, que Jésus-Christ a fondé sur la terre une société visible qui s’appelle l’Église catholique et que tous ceux qui font partie de cette Église sont en communion entre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après l’article qui traite du Saint-Esprit parle-t-on immédiatement de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après l’article qui traite du Saint-Esprit, on parle immédiatement de l’Église catholique pour indiquer que toute la sainteté de cette Église dérive de l’Esprit Saint qui est la source de toute sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire ce mot Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Église veut dire convocation ou réunion de personnes nombreuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui nous a convoqués ou appelés à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons été appelés à l’Église de Jésus-Christ par une grâce particulière de Dieu, afin qu’avec la lumière de la foi et par l’observation de la loi divine nous lui rendions le culte qui lui est dû et nous parvenions à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où se trouvent les membres de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’Église se trouvent partie au ciel, et ils forment l’Église triomphante ; partie au purgatoire et ils forment l’Église souffrante ; partie sur la terre, et ils forment l’Église militante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces diverses parties de l’Église constituent-elles une seule Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces diverses parties de l’Église constituent une seule Église et un seul corps, parce qu’elles ont le même chef qui est Jésus-Christ, le même esprit qui les anime et les unit, et la même fin qui est la félicité éternelle dont les uns jouissent déjà et que les autres attendent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quelle partie de l’Église se rapporte surtout ce neuvième article ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce neuvième article du Credo se rapporte surtout à &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Église militante, qui est l’Église dans laquelle nous sommes actuellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’Église en particulier. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites précisément ce qui est nécessaire pour être membre de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être membre de l’Église, il est nécessaire d’être baptisé, de croire et professer la doctrine de Jésus-Christ, de participer aux mêmes sacrements, de reconnaître le Pape et les autres Pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les Pasteurs légitimes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs légitimes de l’Église sont le Pontife Romain, c’est-à-dire le Pape, qui est le Pasteur universel, et les Évêques De plus, les autres prêtres et spécialement les curés ont, sous la dépendance des Évêques et du Pape, leur part de l’office de pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que le Pontife Romain est le Pasteur universel de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que Jésus-Christ dit à saint Pierre le premier Pape : &amp;quot; Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le ciel. &amp;quot; Et il lui dit encore : &amp;quot; Pais mes agneaux, pais mes brebis. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tant de sociétés d’hommes baptisés qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent donc pas à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, tous ceux qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent pas à l’Église de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on distinguer l’Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut distinguer la véritable Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes, à quatre marques : elle est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que l’Église est Une ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Une, parce que ses fils, à quelque temps et à quelque lieu qu’ils appartiennent, sont unis entre eux dans la même foi, le même culte, la même loi et la participation aux mêmes sacrements, sous un même chef visible, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne pourrait-il pas y avoir plusieurs Églises ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne peut y avoir plusieurs Églises parce que, de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, une seule Foi et un seul Baptême, il n’y a et il ne peut y avoir qu’une seule véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais n’appelle-t-on pas aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un. diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un diocèse, mais ce sont toujours des portions de l’Église universelle et elles forment avec elle une seule Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que la véritable Église est Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Sainte parce que Jésus-Christ, son chef invisible, est saint, que beaucoup de ses membres sont saints, que sa foi, sa loi, ses sacrements sont saints et qu’en dehors d’elle il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de véritable sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous l’Église Catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle la véritable Église Catholique, ce qui veut dire universelle, parce qu’elle embrasse les fidèles de tous les temps et de tous les lieux, de tout âge et de toute condition, et que tous les hommes du monde sont appelés à en faire partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelle-t-on encore l’Église Apostolique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église Apostolique, parce qu’elle remonte sans interruption jusqu’aux Apôtres ; et parce qu’elle croit et enseigne tout ce qu’ont cru et enseigné les Apôtres ; et parce qu’elle est dirigée et gouvernée par leurs légitimes successeurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et pourquoi appelle-t-on encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot;, parce que les quatre caractères de l’unité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité ne se rencontrent que dans l’Église qui reconnaît pour chef l’Évêque de Rome, successeur de saint Pierre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est constituée l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église de Jésus-Christ est constituée comme une société vraie et parfaite. En elle, comme dans une personne morale, on peut distinguer un corps et une âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’âme de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme de l’Église consiste en ce qu’elle a d’intérieur et de spirituel, c’est-à-dire la foi, l’espérance, la charité, les dons de la grâce et de l’Esprit Saint et tous les trésors célestes qui en sont dérivés par les mérites du Christ Rédempteur et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et le corps de l’Église, en quoi consiste-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de l’Église consiste en ce qu’elle a de visible et d’extérieur, comme l’association de ses fidèles, son culte, son ministère d’enseignement, son organisation extérieure et son gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique, il faut en être un membre vivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les membres vivants de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres vivants de l’Église sont tous les justes et eux seuls, c’est-à-dire ceux qui sont actuellement en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et quels en sont les membres morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres morts de l’Église sont les fidèles qui se trouvent en état de péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on se sauver en dehors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, hors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine, nul ne peut se sauver, comme nul ne put se sauver du déluge hors de l’Arche de Noé qui était la figure de cette Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment donc se sont sauvés les anciens Patriarches, les Prophètes et tous les autres justes de l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les justes de l’Ancien Testament se sont sauvés en vertu de la foi qu’ils avaient au Christ à venir et par cette foi ils appartenaient déjà spirituellement à l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais celui qui, sans qu’il y ait de sa faute, se trouverait hors de l’Église, pourrait-il être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, se trouvant hors de l’Église sans qu’il y ait de sa faute ou de bonne foi, aurait reçu le Baptême ou en aurait le désir au moins implicite ; qui chercherait en outre sincèrement la vérité et accomplirait de son mieux la volonté de Dieu, bien que séparé du corps de l’Église, serait uni à son âme et par suite dans la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait-il sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait un membre mort de l’Église et, par suite, ne serait pas sauvé, parce que pour le salut d’un adulte il faut non seulement le Baptême et la foi, mais encore les œuvres conformes à la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne, et Jésus-Christ a déclaré que celui qui ne croit pas est déjà condamné. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous aussi obligés de faire tout ce que l’Église nous commande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de faire tout ce que l’Église nous commande, car Jésus-Christ a dit aux pasteurs de l’Église : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle se tromper en ce qu’elle nous propose de croire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans ce qu’elle nous propose de croire, l’Église ne peut pas se tromper parce que, selon la promesse de Jésus-Christ, elle est toujours assistée par le Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique est donc infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église catholique est infaillible. Aussi, ceux qui rejettent ses définitions perdent la foi et deviennent hérétiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique peut-elle être détruite ou périr ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non ; l’Église catholique peut être persécutée, mais elle ne peut être détruite ni périr. Elle durera jusqu’à la fin du monde parce que, jusqu’à la fin du monde, Jésus-Christ sera avec elle, comme il l’a promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église catholique est-elle tant persécutée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est tant persécutée parce que son divin Fondateur fut aussi persécuté et parce qu’elle réprouve les vices, combat les passions et condamne toutes les injustices et toutes les erreurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les catholiques ont-ils encore d’autres devoirs envers l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout chrétien doit avoir pour l’Église un amour sans limites, se regarder comme heureux et infiniment honoré de lui appartenir, et travailler à sa gloire et à son accroissement par tous les moyens qui sont en son pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’Église enseignante et l’Église enseignée. ====&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune distinction entre les membres qui composent l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les membres qui composent l’Église, il y a une distinction très importante, car il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent, ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle la partie de l’Église qui enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui enseigne s’appelle Église enseignante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et la partie qui est enseignée, comment s’appelle-t-elle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui est enseignée s’appelle Église enseignée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a établi cette distinction dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette distinction dans l’Église a été établie par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église enseignante et l’Église enseignée sont donc deux Églises distinctes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante et l’Église enseignée sont deux parties distinctes d’une seule et même Église, comme dans le corps humain la tête est distincte des autres membres, et cependant forme avec eux un corps unique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui se compose l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante se compose de tous les Évêques, soit dispersés dans l’univers, soit réunis en concile, avec, à leur tête, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’Église enseignée de qui est-elle composée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignée est composée de tous les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont donc les personnes qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner sont le Pape et les Évêques, et, sous leur dépendance, les autres ministres sacrés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’écouter l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, sans aucun doute, nous sommes tous obligés d’écouter l’Église enseignante sous peine de damnation éternelle, car Jésus-Christ a dit aux Pasteurs de l’Église, en la personne des Apôtres : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a-t-elle quelque autre pouvoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a spécialement le pouvoir d’administrer les choses saintes, de faire les lois et d’en exiger l’observation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique vient-il du peuple ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique ne vient pas du peuple, et ce serait une hérésie de le dire : il vient uniquement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui appartient l’exercice de ces pouvoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’exercice de ces pouvoirs appartient uniquement au corps hiérarchique, c’est-à-dire au Pape et aux évêques qui lui sont soumis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Pape et Évêques ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape que nous appelons aussi le Souverain Pontife, ou encore le Pontife Romain, est le successeur de saint Pierre sur le siège de Rome, le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et le chef visible de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le successeur de saint pierre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le successeur de saint Pierre, parce que saint Pierre réunit en sa personne la dignité d’Évêque de Rome et de chef de l’Église, et que par un dessein de la Providence il établit son siège à Rome et y mourut Aussi celui qui est élu Évêque de Rome est aussi l’héritier de toute son autorité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le Vicaire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le Vicaire de Jésus-Christ parce qu’il le représente sur la terre et qu’il tient sa place dans le gouvernement de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le chef visible de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le chef visible de l’Église, parce qu’il la dirige visiblement avec l’autorité même de Jésus-Christ qui en est le chef invisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est donc la dignité du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Pape est la plus grande de toutes les dignités de la terre, et elle lui donne un pouvoir suprême et immédiat sur tous les Pasteurs et les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pape peut-il se tromper en enseignant l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape ne peut pas se tromper, il est infaillible dans les définitions qui regardent la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif le Pape est-il infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible à cause de la promesse de Jésus-Christ et de l’assistance continuelle du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Église, une doctrine concernant la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commettrait celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ou même simplement en douterait, pécherait contre la foi, et s’il s’obstinait dans cette incrédulité, il ne serait plus catholique, mais hérétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il concédé au Pape le don de l’infaillibilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a concédé au Pape le don de l’infaillibilité afin que nous soyons tous sûrs et certains de la vérité que l’Église enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand fut-il défini que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’infaillibilité du Pape fut définie par l’Église au Concile du Vatican, et si quelqu’un osait contredire cette définition, il serait hérétique et excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église en définissant l’infaillibilité du Pape, a-t-elle établi une nouveauté dans la foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, en définissant que le Pape est infaillible, l’Église n’a point établi une nouveauté dans la foi ; mais, pour s’opposer à de nouvelles erreurs, elle a défini que l’infaillibilité du Pape, contenue déjà dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition, est une vérité révélée de Dieu et que, par conséquent, il faut la croire comme un dogme ou un article de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment tout catholique doit-il se comporter à l’égard du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout catholique doit reconnaître le Pape comme le Père, le Pasteur et le Docteur universel, et lui demeurer uni d’esprit et de cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le Pape, quels sont, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pape, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église sont les Évêques &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que sont les Évêques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques sont les pasteurs des fidèles, établis par l’Esprit Saint pour gouverner l’Église de Dieu sur les sièges qui leur sont confiés, sous la dépendance du Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est l’Évêque dans son propre diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son propre diocèse, l’Évêque est le Pasteur légitime, le Père, le Docteur, le supérieur de tous les fidèles, ecclésiastiques et laïques, qui appartiennent à ce diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque est-il appelé le Pasteur légitime ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque est appelé le Pasteur légitime parce que la juridiction, c’est-à-dire le pouvoir qu’il a de gouverner les fidèles de son propre diocèse lui a été conféré selon les règles et les lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui le Pape et les Évêques sont-ils les successeurs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est le successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, et les évêques sont les successeurs des Apôtres, en ce qui regarde le gouvernement ordinaire de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le fidèle doit-il rester uni avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit rester uni de cœur et d’esprit avec son Évêque, en grâce et en communion avec le Siège Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le fidèle doit-il se comporter avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit respecter, aimer et honorer son Évêque et lui prêter obéissance en tout ce qui se rapporte au soin des âmes et au gouvernement spirituel du diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes sont les prêtres et principalement les curés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le curé est un prêtre délégué pour être à la tête d’une portion du diocèse appelée paroisse, et pour la diriger sous la dépendance de l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels devoirs ont les fidèles envers leur curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent se tenir unis à leur curé, l’écouter docilement et lui témoigner respect et soumission en tout ce qui regarde le soin de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La communion des saints. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article du Credo par ces mots : la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ces mots : la communion des saints, le neuvième article du Credo nous enseigne que dans l’Église, en vertu de l’union intime qui existe entre tous ses membres, tous les biens spirituels tant intérieurs qu’extérieurs qui leur appartiennent sont communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont dans l’Église les biens intérieurs communs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’Église, les biens intérieurs communs sont : la grâce reçue dans les sacrements, la foi, l’espérance, la charité, les mérites infinis de Jésus-Christ, les mérites surabondants de la Sainte Vierge et des Saints et le fruit de toutes les bonnes œuvres qui se font dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les biens extérieurs communs dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens extérieurs communs dans l’Église sont : les sacrements, le sacrifice de la sainte Messe, les prières publiques, les cérémonies religieuses et toutes les autres pratiques extérieures qui unissent ensemble les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce que tous les fils de l’Église entrent dans cette communion de biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la communion des biens intérieurs entrent seulement les chrétiens qui sont en état de grâce ; ceux qui sont en état de péché mortel ne participent pas à tous ces biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ceux qui sont en état de péché mortel ne participent-ils pas à tous ces biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que c’est la grâce de Dieu, vie surnaturelle de l’âme, qui unit les fidèles à Dieu et à Jésus-Christ comme ses membres vivants et qui les rend capables de faire des œuvres méritoires de la vie éternelle ; et parce que ceux qui se trouvent en état de péché mortel, n’ayant pas la grâce de Dieu, sont exclus de la communion parfaite des biens spirituels et ne peuvent faire des œuvres méritoires de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les chrétiens qui sont en état de péché mortel ne retirent donc aucun avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chrétiens qui sont en état de péché mortel retirent encore quelque avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église parce que, conservant le caractère du chrétien, qui est indélébile, et la vertu de la Foi qui est la racine de toute justification, ils sont aidés par les prières et les bonnes œuvres des fidèles à obtenir la grâce de la conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent-ils participer aux biens extérieurs de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent participer aux biens extérieurs de l’Église, pourvu qu’ils ne soient pas séparés de l’Église par l’excommunication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les membres de cette communion sont-ils, dans leur ensemble, appelés saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de cette communion sont appelés saints, parce que tous sont appelés à la sainteté, que tous ont été sanctifiés par le Baptême et que beaucoup parmi eux sont déjà parvenus à la parfaite sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La communion des saints s’étend-elle aussi au ciel et au purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la communion des Saints s’étend aussi au ciel et au purgatoire, parce que la charité unit les trois Églises : triomphante, souffrante et militante ; et les Saints prient Dieu pour nous et pour les âmes du purgatoire, et nous-mêmes nous rendons gloire et honneur aux Saints et nous pouvons soulager les âmes du purgatoire en appliquant en leur faveur messes, aumônes, indulgences et autres bonnes œuvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Ceux qui sont hommes d’Église ====&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui n’appartiennent pas à la Communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui n’appartiennent pas à la communion des saints sont dans l’autre vie les damnés, et en cette vie ceux qui n’appartiennent ni à l’âme ni au corps de l’Église, c’est-à-dire ceux qui sont en état de péché mortel et se trouvent hors de la véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui se trouvent hors de la véritable Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui se trouvent hors de la véritable Église sont les infidèles, les juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les infidèles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les infidèles sont ceux qui ne sont pas baptisés et qui ne croient pas en Jésus-Christ ; soit qu’ils croient à de fausses divinités et les adorent, comme les idolâtres ; soit que tout en admettant le seul vrai Dieu ils ne croient pas au Christ Messie, venu en la personne de Jésus-Christ ou encore à venir : tels sont les mahométans et autres semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les juifs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les juifs sont ceux qui professent la loi de Moise : ils n’ont pas reçu le Baptême et ne croient pas en Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les hérétiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hérétiques sont les baptisés qui refusent avec obstination de croire quelque vérité révélée de Dieu et enseignée comme de foi par l’Église catholique : par exemple, les ariens, les nestoriens et les diverses sectes du protestantisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les apostats ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apostats sont ceux qui abjurent ou renient par un acte extérieur la foi catholique qu’ils professaient auparavant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les schismatiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les schismatiques sont les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Église de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont ceux qui, pour des fautes graves, sont frappés d’excommunication par le Pape ou l’Évêque, et sont par suite, comme des indignes, séparés du corps de l’Église, qui attend et désire leur conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on craindre l’excommunication ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit craindre beaucoup l’excommunication, car c’est la peine la plus grave et la plus terrible que l’Église puisse infliger à ses fils rebelles et obstinés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels biens sont privés les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont privés des prières publiques, des sacrements, des indulgences, et exclus de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous être de quelque secours aux excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons être de quelque secours aux excommuniés et à tous les autres qui sont hors de la véritable &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Église, par des avis salutaires, par des prières et des bonnes œuvres, suppliant Dieu que, par sa miséricorde, il leur fasse la grâce de se convertir à la foi et d’entrer dans la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 11 : Le dixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dixième article : La rémission des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ a laissé à son Église le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle remettre toute sorte de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église peut remettre tous les péchés, si nombreux et si graves qu’ils soient, car Jésus-Christ lui a donné plein pouvoir de lier et de délier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés sont en premier lieu le Pape, qui seul possède la plénitude de ce pouvoir ; puis les Évêques, et sous la dépendance des Évêques, les prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église remet-elle les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église remet les péchés par les mérites de Jésus-Christ, en conférant les sacrements qu’il a institués à cette fin, principalement le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 12 : Le onzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le onzième article : La résurrection de la chair ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le onzième article du Credo nous enseigne que tous les hommes ressusciteront, chaque âme reprenant le corps qu’elle avait en cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection des morts se fera par la vertu de Dieu tout-puissant à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand arrivera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection de tous les morts arrivera à la fin du Inonde et ensuite aura lieu le jugement général. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu veut-il la résurrection des corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu veut la résurrection des corps afin que l’âme, ayant fait le bien et le mal quand elle était unie au corps, soit encore avec lui pour la récompense ou le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes ressusciteront-ils tous de la même manière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il y aura une très grande différence entre les corps des élus et les corps des damnés ; car, seuls, les corps des élus auront à la ressemblance de Jésus-Christ ressuscité, les propriétés des corps glorieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont ces propriétés qui orneront les corps des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les propriétés qui orneront les corps glorieux des élus sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’impassibilité, par laquelle ils ne pourront plus être sujets aux maux ni aux douleurs d’aucune sorte, ni au besoin de nourriture, de repos ou de quoi que ce soit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la clarté, par laquelle, ils resplendiront comme autant de soleils et d’étoiles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’agilité, par laquelle ils pourront se transporter en un moment et sans fatigue d’un lieu à un autre et de la terre au ciel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la subtilité, par laquelle, sans obstacle, ils pourront traverser tous les corps, comme fit Jésus-Christ ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment seront les corps des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les corps des damnés seront privés des propriétés glorieuses des corps des Bienheureux et porteront la marque horrible de leur éternelle réprobation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 13 : Le douzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dernier article : La vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier article du Credo nous enseigne qu’après la vie présente il y a une autre vie, ou éternellement heureuse pour les élus dans le paradis, ou éternellement malheureuse pour les damnés dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre le bonheur du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons comprendre le bonheur du paradis, parce qu’il surpasse les connaissances de notre esprit borné, et parce que les biens du ciel ne peuvent pas se comparer aux biens de ce monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bonheur des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bonheur des élus consiste à voir, à aimer et à posséder pour toujours Dieu, source de tout bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le malheur des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le malheur des damnés consiste à être toujours privés de la vue de Dieu et punis par d’éternels tourments dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis et les maux de l’enfer sont-ils seulement pour les âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis et les maux de l’enfer ne sont en ce moment que pour les âmes, parce qu’en ce moment il n’y a que les âmes qui soient au paradis ou en enfer ; mais après la résurrection de la chair, les hommes, dans la plénitude de leur nature, c’est-à-dire en corps et en âme, seront ou heureux ou tourmentés pour toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis seront-ils égaux pour les élus et les maux de l’enfer égaux pour les condamnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis pour les élus et les maux de l’enfer pour les damnés seront égaux dans leur substance et leur éternelle durée ; mais, dans la mesure ou le degré, ils seront plus grands ou moindres selon les mérites et les démérites de chacun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Amen à la fin du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Amen à la fin des prières signifie : &amp;quot; Ainsi soit-il &amp;quot;. A la fin du Credo il signifie &amp;quot; Il en est ainsi &amp;quot;, c’est-à-dire : je crois à la vérité absolue de tout ce que contiennent ces douze articles et j’en suis plus certain que si je le voyais de mes propres yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : La prière.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : La prière en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la seconde partie de la Doctrine Chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la seconde partie de la Doctrine chrétienne il est question de la prière en général et, en particulier, du Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière est une élévation de l’esprit vers Dieu pour l’adorer, pour le remercier et pour lui demander ce dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la prière en prière mentale et en prière vocale. La prière ou oraison mentale est celle qui ne se fait qu’avec l’esprit ; la prière vocale est celle qui se fait avec des paroles accompagnées de l’attention de l’esprit et de la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une autre façon de diviser la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut encore, à un autre point de vue, diviser la prière en prière privée et en prière publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière privée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière privée est celle que chacun fait en particulier pour soi-même ou pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière publique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière publique est celle qui est faite par les ministres sacrés, au nom de l’Église et pour le salut du peuple fidèle. On peut aussi appeler publique la prière faite en commun et publiquement par les fidèles, comme dans les processions dans les pèlerinages et dans l’église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avons-nous un espoir fondé d’obtenir par la prière les secours et les grâces dont nous avons besoin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’espoir d’obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin est fondé sur les promesses de Dieu, tout-puissant, très miséricordieux et très fidèle, et sur les mérites de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au nom de qui devons-nous demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires au nom de Jésus-Christ, comme lui-même nous l’a enseigné et selon la pratique de l’Église qui termine toujours ses prières par ces mots : per Dominum nostrum Jesum Christum, c’est-à-dire : par Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous demander à Dieu les grâces au nom de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander les grâces au nom de Jésus-Christ, parce qu’il est notre médiateur et que c’est seulement par lui que nous pouvons avoir accès au trône de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la prière a tant de vertu comment se fait-il que si souvent nos prières ne sont pas exaucées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien souvent nos prières ne sont pas exaucées, soit parce que nous demandons des choses qui ne conviennent pas à notre salut éternel, soit parce que nous ne prions pas comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les choses que nous devons principalement demander à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons principalement demander à Dieu sa gloire, notre salut éternel et les moyens pour y arriver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander aussi les biens temporels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander aussi à Dieu les biens temporels, mais toujours à la condition qu’ils soient conformes à sa très sainte volonté et qu’ils ne soient pas un empêchement pour notre salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Dieu sait tout ce qui nous est nécessaire pourquoi doit-on prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que Dieu sache tout ce qui nous est nécessaire, il veut cependant que nous le priions pour reconnaître que c’est lui qui donne tous les biens, pour lui témoigner notre humble soumission et pour mériter ses faveurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la première et la meilleure disposition pour rendre nos prières efficaces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première et la meilleure disposition pour rendre efficaces nos prières est d’être en état de grâce ou, si nous n’y sommes pas, de désirer au moins nous remettre dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres dispositions faut-il avoir pour bien prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien prier, les dispositions spécialement requises sont le recueillement, l’humilité, la confiance la persévérance et la résignation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est penser que nous parlons à Dieu, et, en conséquence, nous devons prier avec tout le respect et la dévotion possible, évitant de notre mieux les distractions, c’est-à-dire toute pensée étrangère à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les distractions diminuent-elles le mérite de la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quand c’est nous-mêmes qui les provoquons ou que nous ne les repoussons pas avec empressement. Mais si nous faisons tout notre possible pour être recueillis en Dieu, alors les distractions ne diminuent pas le mérite de notre prière, elles peuvent même l’accroître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons, avant la prière, éloigner toutes les occasions de distractions, et pendant la prière, nous devons penser que nous sommes en la présence de Dieu qui nous voit et nous écoute. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec humilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire reconnaître sincèrement notre indignité, notre impuissance et notre misère, accompagnant la prière de l’attitude modeste de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec confiance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons avoir la ferme espérance d’être exaucés, s’il doit en résulter la gloire de Dieu et notre vrai bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec persévérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous ne devons pas nous lasser de prier si Dieu ne nous exauce pas tout de suite, mais que nous devons continuer à prier avec encore plus de ferveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec résignation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons nous conformer à la volonté de Dieu, qui connaît mieux que nous ce qui est nécessaire à notre salut éternel, même dans le cas où nos prières ne seraient pas exaucées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu exauce-t-il toujours les prières bien faites ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu exauce toujours les prières bien faites, mais de la manière qu’il sait être la plus utile à notre salut éternel, et pas toujours selon notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière nous fait reconnaître notre dépendance en toutes choses à l’égard de Dieu, le suprême Seigneur, nous fait penser aux choses célestes, nous fait avancer dans la vertu, nous obtient de Dieu miséricorde, nous fortifie dans les tentations, nous réconforte dans les tribulations, nous aide dans nos besoins et nous obtient la grâce de la persévérance finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous devons spécialement prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier spécialement dans les périls, dans les tentations et au moment de la mort ; de plus, nous devons prier fréquemment, et il est bon de le faire matin et soir et au commencement des actions importantes de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui devons-nous prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier pour tous ; c’est-à-dire pour nous-mêmes, pour nos parents, supérieurs, bienfaiteurs, amis et ennemis ; pour la conversion des pauvres pécheurs, de ceux qui sont hors de la véritable Église, et pour les âmes saintes du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : L’oraison dominicale.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’oraison dominicale en général. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la prière vocale la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière vocale la plus excellente est celle que Jésus-Christ lui-même nous a enseignée, c’est-à-dire le Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il la prière la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est la prière la plus excellente, parce que c’est Jésus-Christ lui-même qui l’a composée et qui nous l’a enseignée ; parce qu’elle contient clairement en peu de paroles tout ce que nous pouvons espérer de Dieu, et parce qu’elle est la règle et le modèle de toutes les autres prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pater noster est-il aussi la prière la plus efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est aussi la prière la plus efficace parce qu’elle est la plus agréable à Dieu, étant composée des paroles mêmes que nous a dictées son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il appelé oraison dominicale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est appelé Oraison dominicale, ce qui veut dire prière du Seigneur, précisément parce que c’est Jésus-Christ qui nous l’a enseignée de sa propre bouche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de demandes dans le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Pater noster il y a sept demandes précédées d’un préambule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Père, qui êtes aux cieux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Que votre nom soit sanctifié, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Que votre règne arrive, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Et ne nous laissez pas succomber à la tentation, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Mais délivrez-nous du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi en invoquant Dieu au commencement de l’Oraison dominicale, l’appelons-nous notre Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au commencement de l’Oraison dominicale nous appelons Dieu notre Père pour réveiller notre confiance en son infinie bonté, puisque nous sommes ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous dire que nous sommes les enfants de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes les enfants de Dieu parce qu’il nous a créés à son image et qu’il nous conserve et nous gouverne par sa providence, et parce qu’il nous a, par une bienveillance spéciale, adoptés dans le Baptême comme les frères de Jésus-Christ et les cohéritiers avec lui de l’éternelle gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot;, parce que tous nous sommes ses enfants et que nous devons par suite nous regarder et nous aimer tous comme des frères et prier les uns pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu est partout ; pourquoi lui disons-nous donc : qui êtes aux cieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu est partout ; mais nous disons : &amp;quot; Notre Père qui êtes aux cieux &amp;quot; pour élever nos cœurs vers le ciel où Dieu se manifeste dans la gloire à ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La première demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la première demande : que votre nom soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première demande : que votre nom soit sanctifié, nous demandons que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde et par nous en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous en demandant que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous entendons demander que les infidèles arrivent à la connaissance du vrai Dieu, que les hérétiques reconnaissent leurs erreurs, que les schismatiques reviennent à l’unité de l’Église, que les pécheurs se corrigent et que les justes persévèrent dans le bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi, avant toute autre chose, demandons-nous que le nom de Dieu soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant toute autre chose nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié, parce que la gloire de Dieu doit nous tenir plus à cœur que tous nos biens et avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous procurer la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons procurer la gloire de Dieu par la prière, le bon exemple, et en dirigeant vers lui toutes nos pensées, nos sentiments et nos actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. La seconde demande. ====&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous par règne de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par règne de Dieu nous entendons un triple règne spirituel, c’est-à-dire le règne de Dieu en nous ou le règne de la grâce ; le règne de Dieu sur la terre, c’est-à-dire la sainte Église catholique, et le règne de Dieu dans les cieux, ou le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la grâce nous demandons que Dieu règne en nous par sa grâce sanctifiante, par laquelle il se complaît à résider en nous comme un roi dans son palais ; et de nous tenir unis à lui par les vertus de foi, d’espérance et de charité qui sont le règne de Dieu dans notre intelligence, notre cœur et notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à l’Église nous demandons qu’elle s’étende et se propage toujours davantage dans le monde entier pour le salut des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la gloire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la gloire nous demandons de pouvoir être un jour admis dans le saint Paradis pour lequel nous avons été créés et où nous serons pleinement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La troisième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, nous demandons la grâce de faire en toute chose la volonté de Dieu, en obéissant à ses saints commandements aussi promptement que les anges et les saints lui obéissent dans le ciel. Nous demandons encore la grâce de correspondre aux divines inspirations, et de vivre résignés à la volonté de Dieu quand il nous envoie des tribulations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est aussi nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu qu’il est nécessaire d’atteindre le salut éternel, car Jésus-Christ a dit que celui-là seul entrera dans le royaume des cieux qui aura fait la volonté de son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous connaître la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons connaître la volonté de Dieu spécialement par la voix de l’Église et de nos supérieurs spirituels établis par Dieu pour nous guider dans la voie du salut. Nous pouvons aussi connaître cette très sainte volonté par les divines inspirations et par les circonstances mêmes dans lesquelles le Seigneur nous a placés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous toujours reconnaître la volonté de Dieu dans les événements heureux et malheureux de notre vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les événements tant heureux que malheureux de notre vie nous devons toujours reconnaître la volonté de Dieu, qui dispose ou permet tout pour notre bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La quatrième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire chaque jour pour l’âme et pour le corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre âme nous demandons à Dieu qu’il entretienne sa vie spirituelle, c’est-à-dire que nous prions le Seigneur qu’il nous donne sa grâce dont nous avons continuellement besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se nourrit la vie de notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vie de l’âme se nourrit spécialement par l’aliment de la divine parole et par le très saint Sacrement de l’autel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre corps nous demandons ce qui est nécessaire à l’entretien de la vie temporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous aujourd’hui notre pain et ne disons-nous pas plutôt : donnez-nous aujourd’hui le pain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous aujourd’hui notre pain, et non : donnez-nous aujourd’hui le pain, pour exclure tout désir du bien d’autrui. Nous prions donc le Seigneur qu’il nous aide dans les gains justes et permis, pour que nous nous procurions notre nourriture par nos fatigues, sans larcin ni fraude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous notre pain, et non donnez-moi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous au lieu de donnez-moi pour nous rappeler que, les biens nous venant de Dieu, s’il nous en donne en abondance il le fait pour que nous en donnions le superflu aux pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ajoutons-nous quotidien'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ajoutons quotidien parce que nous devons désirer ce qui nous est nécessaire pour vivre et non pas l’abondance des aliments et des biens de la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifie de plus le mot aujourd’hui dans la quatrième demande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot aujourd’hui signifie que nous ne devons pas être trop préoccupés de l’avenir, mais demander ce qui nous est nécessaire pour le moment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. La cinquième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la cinquième demande : pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la cinquième demande : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés nous demandons à Dieu qu’il nous pardonne nos péchés, comme nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nos péchés sont-ils appelés des dettes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos péchés sont appelés des dettes parce qu’à cause d’eux, nous devons satisfaire à la divine Justice soit en cette vie le soit en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne pardonnent pas au prochain peuvent-ils espérer que Dieu leur pardonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne pardonnent pas au Prochain n’ont aucune raison d’espérer que Dieu leur pardonne, d’autant plus qu’ils se condamnent eux-mêmes en disant à Dieu de leur pardonner comme ils pardonnent au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La sixième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous demandons à Dieu de nous délivrer des tentations, soit en ne permettant pas que nous soyons tentés, soit en nous donnant la grâce de n’être pas vaincus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tentation est une excitation au péché qui nous vient soit du démon, soit des méchants, soit de nos passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché d’avoir des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ce n’est pas un péché d’avoir des tentations, mais c’est un péché d’y consentir ou de s’exposer volontairement au danger d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons tentés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu permet que nous soyons tentés pour éprouver notre fidélité, pour faire grandir nos vertus et pour accroître nos mérites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour éviter les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour éviter les tentations nous devons fuir les occasions dangereuses, garder nos sens, recevoir souvent les sacrements et recourir à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. La septième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la septième demande : mais délivrez nous du mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la septième demande : mais délivrez-nous du mal, nous demandons à Dieu qu’il nous délivre des maux passés, présents et futurs, et spécialement du plus grand de tous les maux qui est le péché et de la damnation éternelle qui en est le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : délivrez-nous du mal, et non des maux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : délivrez-nous du mal, et non des maux, parce que nous ne devons pas désirer être exempts de tous les maux de cette vie, mais seulement de ceux qui sont nuisibles à notre âme : aussi nous demandons d’être délivrés du mal en général, c’est-à-dire de tout ce que Dieu voit être un mal pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, par exemple d’une maladie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, mais toujours en nous en remettant à la volonté de Dieu qui peut aussi faire tourner cette tribulation à l’avantage de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi nous sont utiles les tribulations que Dieu nous envoie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tribulations que Dieu nous envoie nous sont utiles pour faire pénitence de nos fautes, pour éprouver nos vertus et surtout pour imiter Jésus-Christ notre chef, à qui il est juste que nous nous conformions dans les souffrances si nous voulons avoir part à sa gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire Amen à la fin du Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Amen veut dire : Ainsi soit-il, ainsi je le désire, ainsi je prie le Seigneur et ainsi j’espère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster suffit-il de le réciter d’une manière quelconque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster, il faut le réciter sans hâte, avec attention et avec la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous dire le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons dire le Pater chaque jour, parce que chaque jour nous avons besoin du secours de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : L’Ave maria. ===&lt;br /&gt;
''Quelle prière avons-nous coutume de dire après le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pater nous disons la Salutation angélique, c’est-à-dire l’Ave Maria par lequel nous recourons à la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Ave Maria est-il appelé Salutation angélique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ave Maria est appelé Salutation angélique parce qu’il commence par le salut que l’archange Gabriel adressa à la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’Ave Maria sont en partie de l’archange Gabriel, en partie de sainte Elisabeth, en partie de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de l’archange Gabriel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’archange Gabriel sont : Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que l’Ange dit à Marie ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ange adressa ces paroles à Marie quand il vint de la part de Dieu lui annoncer le mystère de l’Incarnation qui devait s’opérer en elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que pensons-nous faire en saluant la très sainte Vierge avec les paroles mêmes de l’Archange ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En saluant la Très Sainte Vierge avec les paroles de l’Archange nous nous réjouissons avec elle, rappelant les dons et les privilèges singuliers dont Dieu l’a favorisée de préférence à toutes les autres créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de sainte Elisabeth ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de sainte Elisabeth sont : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de votre sein est béni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que sainte Elisabeth dit ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sainte Elisabeth dit ces paroles par l’inspiration de Dieu, lorsque, trois mois avant de donner le jour à saint Jean-Baptiste, elle fut visitée par la Très Sainte Vierge qui déjà portait dans son sein son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faisons-nous en disant ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant les paroles de sainte Elisabeth, nous nous réjouissons avec la Très Sainte Vierge de son éminente dignité de Mère de Dieu, nous bénissons Dieu et le remercions de nous avoir donné Jésus-Christ par Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les autres paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les autres paroles de l’Ave Maria ont été ajoutées par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les dernières paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les dernières paroles de l’Ave Maria nous demandons la protection de la Très Sainte Vierge au cours de cette vie et spécialement à l’heure de la mort, où nous en aurons le plus grand besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après le Pater disons-nous l’Ave Maria plutôt que toute autre prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que la Très Sainte Vierge est notre Avocate la plus puissante auprès de Jésus-Christ. Aussi, après avoir dit la prière que nous a enseignée Jésus-Christ, nous prions la Très Sainte Vierge de nous obtenir les grâces que nous avons demandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif la très sainte Vierge est-elle si puissante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Très Sainte Vierge est si puissante parce qu’elle est la Mère de Dieu et qu’il est impossible qu’il ne l’exauce pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Saints sur la dévotion à Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de la dévotion à Marie, les Saints nous enseignent que ses vrais dévots sont aimés d’Elle, qu’elle les protège avec l’amour de la plus tendre des Mères et que par elle ils sont certains de trouver Jésus et d’obtenir le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle dévotion en l’honneur de Marie l’Église recommande-t-elle tout spécialement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dévotion que l’Église recommande d’une façon toute spéciale en l’honneur de la Très Sainte Vierge est la récitation du saint Rosaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’invocation des Saints. ===&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de recourir à l’intercession des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de prier les Saints et tout chrétien doit le faire. Nous devons prier particulièrement nos Anges Gardiens, saint Joseph, Patron de l’Église, les saints Apôtres, les Saints dont nous portons le nom et les Saints Protecteurs du diocèse et de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints, il y a cette différence que nous prions Dieu afin que, comme auteur des grâces, il nous donne les biens et nous délivre des maux, et nous prions les Saints afin qu’ils intercèdent pour nous comme nos avocats auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, que voulons-nous dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, nous voulons dire que ce Saint l’a obtenue de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Troisième partie : Les commandements de Dieu et de l’Église  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les commandements de Dieu en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne il est question des commandements de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de commandements dans la loi de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandement de la loi de Dieu sont au nombre de dix : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis le Seigneur ton Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Rappelle-toi de sanctifier les fêtes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Honore ton père et ta mère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Tu ne tueras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Tu ne feras pas d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Tu ne voleras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Tu ne diras pas de faux témoignage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 Tu ne désireras pas la femme d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 Tu ne désireras pas le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les commandements de Dieu ont-ils reçu ce nom ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de Dieu ont reçu ce nom parce que c’est Dieu lui-même qui les a imprimés dans l’âme de tout homme, qui les a promulgués sur le mont Sinaï dans la loi ancienne gravée sur deux tables de pierre, et c’est Jésus-Christ qui les a confirmés dans la loi nouvelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la première table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la première table sont les trois premiers, qui regardent directement Dieu et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la seconde table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la seconde table sont les sept derniers, qui regardent le prochain et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes tous obligés d’observer les commandements parce que tous nous devons vivre selon la volonté de Dieu qui nous a créés, et qu’il suffit d’en violer gravement un seul pour mériter l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons certainement observer les commandements de Dieu parce que Dieu ne nous commande rien d’impossible, et qu’il donne la grâce de les observer à qui la demande comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il considérer d’une manière générale en chaque commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans chaque commandement il faut considérer la partie positive et la partie négative, c’est-à-dire ce qu’il nous commande et ce qu’il nous défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les commandements qui regardent Dieu.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le premier commandement. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit au commencement : Je suis le Seigneur ton Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tête des commandements il est dit : Je suis le Seigneur ton Dieu pour que nous sachions que Dieu, étant notre Créateur et Seigneur, peut nous commander ce qu’il veut et que nous, ses créatures, nous sommes tenus de lui obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que Dieu nous ordonne par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence, Dieu nous ordonne de reconnaître, d’adorer, d’aimer et de servir Lui seul comme notre souverain Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment accomplit-on le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On accomplit le premier commandement par l’exercice du culte intérieur et du culte extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte intérieur est l’honneur que l’on rend à Dieu avec les seules facultés de l’esprit, c’est-à-dire avec l’intelligence et la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte extérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte extérieur est l’hommage que l’on rend à Dieu au moyen d’actes extérieurs et d’objets sensibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne suffit-il pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ; il faut l’adorer aussi extérieurement, avec son esprit comme avec son corps, parce qu’il est le Créateur et le Seigneur absolu de l’un et de l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le culte extérieur peut-il subsister sans le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le culte extérieur ne peut absolument pas subsister sans le culte intérieur, parce que s’il n’en est pas accompagné, il reste privé de vie, de mérite et d’efficacité, comme un corps sans âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend l’idolâtrie. la superstition, le sacrilège, l’hérésie et tout autre pêché contre la religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’idolâtrie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle idolâtrie le fait de rendre à quelque créature, par exemple à une statue, à une image, à un homme, le culte suprême d’adoration qui n’est dû qu’à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se trouve exprimée cette défense dans la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la Sainte Écriture, on trouve cette défense exprimée par les mots : &amp;quot; Tu ne feras pas de sculpture, ni aucune représentation de ce qui est là-haut dans le ciel et ici-bas sur la terre. Et tu n’adoreras pas ces choses, tu ne leur rendras aucun culte. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces paroles défendent-elles toutes sortes d’images ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non certainement : mais seulement celles des fausses divinités, faites dans un but d’adoration, comme faisaient les idolâtres. Cela est si vrai que Dieu lui-même commanda à Moïse d’en faire quelques-unes, comme les deux statues de chérubins qui étaient sur l’arche et le serpent d’airain dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la superstition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle superstition toute dévotion contraire à la doctrine et à l’usage de l’Église, comme aussi le fait d’attribuer à une action ou à une chose quelconque une vertu surnaturelle qu’elle n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrilège est la profanation d’un lieu, d’une personne ou d’une chose consacrée à Dieu et destinée à son culte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’hérésie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hérésie est une erreur coupable de l’intelligence par laquelle on nie avec obstination quelque vérité de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend encore d’avoir commerce avec le démon et de nous agréger aux sectes antichrétiennes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettra-t-il un grave péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettrait un péché énorme, parce que le démon est le plus pervers des ennemis de Dieu et de l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis d’interroger les tables qu’on appelle parlantes ou écrivantes, ou de consulter de quelque façon que ce soit les âmes des trépassés par le spiritisme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les pratiques du spiritisme sont défendues, parce qu’elles sont superstitieuses et que souvent elles ne sont pas exemptes d’intervention diabolique : aussi ont-elles été justement interdites par l’Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier commandement défend peut-être d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas défendu d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ; nous devons même le faire, parce que c’est une chose bonne, utile et hautement recommandée par l’Église, car ils sont les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Puisque Jésus-Christ est notre unique Médiateur auprès de Dieu pourquoi recourons-nous aussi à l’intercession de la très Sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est notre Médiateur auprès de Dieu, parce que, étant vrai Dieu et vrai homme, lui seul en vertu de ses propres mérites nous a réconciliés avec Dieu et nous obtient de lui toutes les grâces. Mais la Sainte Vierge et les Saints, en vertu des mérites de Jésus-Christ et par la charité qui les unit à Dieu et à nous, nous aident par leur intercession à obtenir les grâces que nous demandons. Et c’est là un des grands biens de la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous aussi honorer les saintes images de Jésus-Christ et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, parce que l’honneur que l’on rend aux saintes images de Jésus-Christ et des Saints est rapporté à leurs personnes mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et les reliques des Saints peut-on les honorer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, on doit aussi honorer les reliques des Saints, parce que leurs corps furent les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit, et qu’ils doivent ressusciter glorieux à une vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints il y a cette différence que Dieu, nous l’adorons pour son excellence infinie ; les Saints au contraire, nous ne les adorons pas, mais nous les honorons et nous les vénérons comme les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de Lui. Le culte que nous rendons à Dieu S’appelle culte de latrie c’est-à-dire l’adoration, et le culte que nous rendons aux Saints s’appelle culte de dulie c’est-à-dire de vénération pour les serviteurs de Dieu ; enfin le culte particulier que nous rendons à la Très Sainte Vierge s’appelle culte d’hyperdulie c’est-à-dire de vénération toute spéciale, comme pour la Mère de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le second commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le second commandement : Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement : &amp;quot; Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu &amp;quot; nous défend : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 d’employer le nom de Dieu sans respect ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 de blasphémer contre Dieu, contre la Très Sainte Vierge et contre les Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de faire des jurements faux et sans nécessité ou défendus à quelque titre que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que employer le nom de Dieu sans respect ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employer le nom de Dieu sans respect, c’est prononcer ce saint nom et tout ce qui se rapporte d’une manière spéciale à Dieu, comme le nom de Jésus, de Marie et des Saints, par colère, par plaisanterie ou de toute autre manière peu respectueuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le blasphème ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le blasphème est un horrible péché qui consiste en paroles ou actes de mépris ou de malédiction contre Dieu, la sainte Vierge, les Saints, ou contre les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une différence entre le blasphème et l’imprécation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une différence, parce que dans le blasphème on lance la malédiction ou on désire le mal à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints ; tandis que dans l’imprécation c’est à soi-même ou au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jurer, c’est prendre Dieu à témoin de la vérité de ce qu’on dit ou de ce qu’on promet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours défendu de jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas toujours défendu de jurer ; c’est permis et même un honneur rendu à Dieu quand il y a nécessité et que le jurement est fait avec vérité, discernement et justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec vérité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on affirme avec serment ce que l’on sait ou que l’on croit être faux, et quand on promet avec serment ce que l’on n’a pas l’intention d’accomplir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec discernement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure sans prudence et sans mûre réflexion ou pour des choses de peu d’importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure de faire une chose qui n’est pas juste ou permise, comme de se venger, de voler et autres choses semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir le serment de faire des choses injustes ou défendues ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement nous n’y sommes pas obligés, mais nous pécherions en les faisant parce qu’elles sont défendues par la loi de Dieu ou de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui jure à faux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui jure à faux commet un péché mortel parce qu’il déshonore gravement Dieu, vérité infinie, en le prenant à témoin d’une chose fausse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement nous ordonne d’honorer le saint nom de Dieu et d’accomplir non seulement les serments, mais encore les vœux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’un vœu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vœu est la promesse faite à Dieu d’une chose bonne, possible pour nous, et meilleure que son contraire, à laquelle nous nous obligeons comme si elle nous était commandée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’accomplissement d’un vœu devenait en tout ou en partie très difficile, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut demander la commutation ou la dispense du vœu à son Évêque ou au Souverain Pontife, selon l’importance du vœu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de manquer aux vœux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manquer aux vœux est un péché. Aussi nous ne devons pas faire de vœux sans une mûre réflexion et, ordinairement, sans le conseil du confesseur ou d’une autre personne prudente, afin de ne pas nous exposer au péril de pécher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on faire des vœux à la Sainte Vierge et aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait les vœux seulement à Dieu ; cependant on peut promettre à Dieu de faire quelque chose en l’honneur de la Sainte Vierge ou des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le troisième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes, nous ordonne d’honorer Dieu par les pratiques du culte les jours de fête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ancienne loi, c’étaient le jour du sabbat et les autres jours particulièrement solennels pour le peuple hébreu ; dans la loi nouvelle, ce sont les dimanches et autres solennités établies par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la loi nouvelle sanctifie-t-on le dimanche au lieu du samedi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dimanche, qui signifie jour du Seigneur a été substitué au samedi, parce que c’est à pareil jour que Jésus-Christ Notre Seigneur est ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la pratique du culte qui nous est commandée aux jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous est commandé d’assister dévotement au saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quelles autres pratiques un bon chrétien sanctifie-t-il les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien sanctifie les fêtes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en assistant à la Doctrine chrétienne, aux prédications et aux offices ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 en recevant souvent avec les dispositions convenables les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 en se livrant à la prière et aux œuvres de charité chrétienne envers le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le troisième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement nous défend les œuvres serviles et toute autre occupation qui nous détourne du culte divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres serviles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles défendues les jours de fête sont les travaux dits manuels, c’est-à-dire les travaux matériels auxquels le corps a plus de part que l’esprit, comme ceux que font ordinairement les serviteurs, les ouvriers et les artisans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet-on en travaillant les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En travaillant les jours de fête on commet un péché mortel ; cependant si le travail dure peu de temps, il n’y a pas de faute grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune œuvre servile qui soit permise les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête sont permis les travaux nécessaires à la vie ou au service de Dieu et ceux qu’on fait pour une cause grave, en demandant, s’il se peut, la permission à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les œuvres serviles sont-elles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles sont défendues, les jours de fête, pour que nous puissions mieux nous occuper au culte divin et au salut de notre âme, et pour que nous nous reposions de nos fatigues. Aussi il n’est pas défendu de se livrer à d’honnêtes amusements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses devons-nous éviter surtout les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête nous devons éviter par dessus tout le péché et tout ce qui peut nous porter au péché, comme les amusements et les réunions dangereuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les commandements qui concernent le prochain.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le quatrième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère, nous ordonne de respecter notre père et notre mère, de leur obéir en tout ce qui n’est pas péché et de les assister dans leurs besoins spirituels et temporels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le quatrième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement nous défend d’offenser nos parents en paroles, en actes et de toute autre manière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous le nom de père et mère quelles autres personnes comprend ce commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nom de père et de mère, ce commandement comprend encore tous nos supérieurs tant ecclésiastiques que laïques, auxquels nous devons donc obéissance et respect. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient aux parents l’autorité de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants de leur obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qu’ont les parents de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants d’obéir vient de Dieu qui a constitué et ordonné la famille, de telle sorte que l’homme y trouve les premiers moyens nécessaires à son perfectionnement matériel et spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents ont-ils des devoirs envers leurs enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents ont le devoir d’aimer, de soigner et nourrir leurs enfants, de pourvoir à leur éducation religieuse et civile, de leur donner le bon exemple, de les éloigner des occasions de péché, de les corriger de leurs fautes et de les aider à embrasser l’état auquel ils sont appelés de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu nous a-t-il donné le modèle de la famille parfaite ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous a donné le modèle de la famille parfaite dans la sainte Famille, où Jésus-Christ vécut soumis à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph jusqu’à trente ans, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il commençât à exercer la mission que lui avait confiée le Père éternel de prêcher l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, pourraient-elles pourvoir à tous leurs besoins matériels et moraux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, elles ne pourraient pourvoir à leurs besoins, et il est nécessaire qu’elles soient unies en société civile afin de s’aider mutuellement pour leur perfectionnement et leur bonheur communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la société civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société civile est la réunion de nombreuses familles, dépendant de l’autorité d’un chef, pour s’aider réciproquement à atteindre leur perfectionnement mutuel et le bonheur temporel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient à la société civile l’autorité qui la gouverne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qui gouverne la société civile vient de Dieu qui la veut constituée pour le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il obligation de respecter l’autorité qui gouverne la société civile et de lui obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous ceux qui appartiennent à la société civile ont le devoir de respecter l’autorité et de lui obéir parce que cette autorité vient de Dieu et qu’ainsi le veut le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on respecter toutes les lois qui sont imposées par l’autorité civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit respecter toutes les lois que l’autorité civile impose, pourvu qu’elles ne soient pas opposées à la loi de Dieu ; c’est le commandement et l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’obéissance et le respect aux lois imposées par l’autorité, ceux qui font partie de la société civile ont-ils d’autres devoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui font partie de la société civile, outre l’obligation du respect et de l’obéissance envers les lois, ont le devoir de vivre dans la concorde et de travailler de toutes leurs forces et de tous leurs moyens à y faire régner, pour l’avantage commun, la vertu, la paix, l’ordre et la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le cinquième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le cinquième commandement : Tu ne tueras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement : Tu ne tueras pas, défend de donner la mort au prochain, de le battre, de le frapper, ou de lui faire quelque autre mal dans son corps, soit par soi-même, soit par les autres. Il défend encore de l’offenser par des paroles injurieuses et de lui vouloir du mal. Dans ce commandement Dieu défend aussi de se donner la mort, ce qui est le suicide. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-ce un péché grave de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui tue usurpe témérairement le droit sur la vie de l’homme qui n’appartient qu’à Dieu seul, parce qu’il détruit la sécurité de la société humaine, et parce qu’il enlève au prochain la vie, qui est le plus grand bien naturel qu’il ait sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il des cas où il soit permis de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et enfin quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu dans le cinquième commandement défend-il aussi de nuire à la vie spirituelle du Prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu, dans le cinquième commandement, défend aussi de nuire à la vie spirituelle du prochain par le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le scandale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est toute parole, tout acte ou toute omission qui est pour les autres une occasion de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le scandale est-il un péché grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est un péché grave parce qu’il tend à détruire la plus grande œuvre de Dieu qui est la Rédemption, par la perte d’une âme ; parce qu’il donne au prochain la mort de l’âme en lui enlevant la vie de la grâce, qui est plus précieuse que la vie du corps ; parce qu’il est cause d’une multitude de péchés. Aussi Dieu menace-t-il des plus sévères châtiments ceux qui donnent le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le cinquième commandement Dieu défend-il de se donner la mort à soi-même ou de se suicider ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cinquième commandement, Dieu défend le suicide parce que l’homme n’est pas le maître de sa vie comme il ne l’est pas de celle d’autrui. Et l’Église punit le suicide par la privation de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le cinquième commandement défend-il aussi le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le cinquième commandement défend aussi le duel, parce que le duel participe de la malice du suicide et de celle de l’homicide ; et quiconque y assiste volontairement, même comme simple spectateur, est excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le duel est-il encore défendu quand il n’y a pas péril de mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le duel même est défendu, parce que non seulement nous ne pouvons pas tuer, mais nous ne pouvons pas même blesser volontairement nous-mêmes ni les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La défense de l’honneur peut-elle excuser le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, parce qu’il n’est pas vrai que par le duel on répare l’offense, et parce qu’on ne peut pas réparer l’honneur par une action injuste, déraisonnable et barbare, comme est le duel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le cinquième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement nous ordonne de pardonner à nos ennemis et de vouloir du bien à tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui a porté tort au prochain pour la vie du corps ou pour la vie de l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne suffit pas que celui qui a porté tort au prochain se confesse, il doit aussi réparer le mal qu’il a fait en compensant les torts qu’il a portés, en rétractant les erreurs qu’il a enseignées, en donnant le bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le sixième et le neuvième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés, nous défend tout acte, tout regard, toute parole contraire à la chasteté, et l’infidélité dans le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que défend le neuvième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième commandement défend expressément tout désir contraire à la fidélité que les époux se sont jurés en s’unissant par le mariage. Il défend aussi toute pensée coupable ou tout désir d’actes défendus par le sixième commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’impureté est-elle un grand péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave et abominable devant Dieu et devant les hommes ; il avilit l’homme à la condition des animaux sans raison, l’entraîne à beaucoup d’autres péchés et de vices, et provoque les plus terribles châtiments en cette vie et en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté sont-elles des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté ne sont pas par elles-mêmes des péchés, elles sont plutôt des tentations et des excitations au péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que les mauvaises pensées sont des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mauvaises pensées, même quand elles ne sont pas suivies d’effet, sont des péchés lorsque nous leur donnons occasion d’une manière coupable, ou que nous y consentons ou que nous nous exposons au péril prochain d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonnent le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement nous ordonne d’être chastes et modestes dans nos actes, nos regards, notre maintien et nos paroles. Le neuvième commandement nous ordonne d’être chastes et purs même intérieurement c’est-à-dire dans notre esprit et notre cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour observer le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien observer le sixième et le neuvième commandements, nous devons prier Dieu souvent et du fond du cœur, être dévots à la Vierge Marie, Mère de la pureté, nous rappeler que Dieu nous voit, penser à la mort, aux châtiments divins, à la passion de Jésus-Christ, garder nos sens, pratiquer la mortification chrétienne et fréquenter les sacrements avec les dispositions convenables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous fuir pour nous maintenir dans la pureté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous maintenir dans la pureté, il convient de fuir l’oisiveté, les mauvaises compagnies, l’intempérance, d’éviter les images indécentes, les spectacles licencieux, les conversations dangereuses et toutes les autres occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le septième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le septième commandement : Tu ne voleras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement : Tu ne voleras pas, nous défend de prendre ou de retenir le bien d’autrui injustement, et de faire tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voler, c’est prendre injustement le bien d’autrui contre la volonté de son maître, dans le cas où celui-ci a pleine raison et droit absolu de n’en vouloir pas être privé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le vol est-il défendu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, par le vol, on pèche contre la justice et en fait injure au prochain en prenant et retenant contre son droit et sa volonté ce qui lui appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bien d’autrui est tout ce qui appartient au prochain, qu’il en ait la propriété ou l’usage, ou qu’il l’ait simplement le dépôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien de manières prend-on injustement le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De deux manières : par le vol et par la rapine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet le vol ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vol se commet quand on prend le bien d’autrui en se cachant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapine se commet quand on prend avec violence et ouvertement le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quels cas peut-on prendre le bien d’autrui sans faire de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le maître n’est pas opposé ou que son opposition est injuste, ce qui arriverait si quelqu’un était dans l’extrême nécessité, pourvu qu’il prit seulement ce qui lui est strictement nécessaire pour subvenir à son besoin urgent et extrême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-on faire tort au prochain dans ses biens que par le vol et la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On lui fait tort encore par la fraude, par l’usure et par toute autre injustice que l’on commet contre ses biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la fraude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a fraude quand on trompe le prochain dans le commerce par de faux poids, de fausses mesures, de la fausse monnaie et de mauvaises marchandises ; quand on falsifie les écritures et les papiers ; en un mot toutes les fois qu’on induit en erreur dans les ventes, les achats et tout autre contrat, et aussi quand on ne veut pas donner le juste prix et le prix convenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’usure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’usure consiste à exiger, sans titre légitime, un intérêt illicite pour une somme prêtée, en abusant du besoin et de l’ignorance d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres injustices commet-on contre le bien du prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des injustices que de lui faire perdre injustement ce qu’il a, de lui faire tort dans ses possessions, de ne pas travailler comme on le doit, de ne pas payer par malice des dettes ou des marchandises achetées, de frapper ou de tuer les animaux qui lui appartiennent, d’endommager ou laisser endommager ce qu’on a en garde, d’empêcher quelqu’un de faire un juste bénéfice, de tenir la main aux voleurs, de recevoir, cacher ou acheter des choses volées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché grave que de voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché grave contre la justice quand il s’agit d’une matière grave, car il est très important que le droit de chacun sur son bien propre soit respecté, et cela pour le bien des individus, des familles et de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que la matière du vol est grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est grave lorsqu’on prend une chose importante et aussi lorsque, bien qu’on prenne une chose de peu de valeur, le prochain en souffre un grave dommage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le septième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement nous ordonne de respecter le bien d’autrui, de donner le juste salaire aux ouvriers, et d’observer la justice en tout ce qui concerne la propriété d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le septième commandement suffit-il qu’il se confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le septième commandement, la confession ne suffit pas ; il faut qu’il fasse son possible pour restituer le bien d’autrui et réparer les dommages causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la réparation des dommages causés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réparation des dommages causés est la compensation qu’on doit donner au prochain pour les fruits et les bénéfices perdus à cause du vol et des autres injustices commises à son détriment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui doit-on restituer le bien volé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A celui qui a été volé ; à ses héritiers, s’il est mort ; et si c’est vraiment impossible, on doit en donner la valeur au profit des pauvres et des œuvres pieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand on trouve une chose de grande valeur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit apporter un grand empressement à en trouver le maître et la lui restituer fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le huitième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage, nous défend de déposer faussement en justice. Il nous défend encore la diffamation ou médisance, la calomnie, la flatterie, le jugement et le soupçon téméraires et toute sorte de mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la diffamation ou médisance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La diffamation ou médisance est un péché qui consiste à manifester sans un juste motif les péchés et les défauts d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la calomnie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La calomnie est un péché qui consiste à attribuer méchamment au prochain des fautes et des défauts qu’il n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la flatterie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La flatterie est un péché qui consiste à tromper quelqu’un en disant faussement du bien de lui ou d’un autre, dans le but d’en retirer quelque avantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le jugement ou soupçon téméraire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jugement ou le soupçon téméraire est un péché qui consiste à mal juger ou à soupçonner de mal le prochain sans un juste motif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est un péché qui consiste à affirmer comme vrai ou comme faux, par des paroles ou par des actes, ce qu’on ne croit pas tel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien d’espèces est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est de trois espèces : le mensonge joyeux, le mensonge officieux et le mensonge pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge joyeux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge joyeux est celui dans lequel on ment par pure plaisanterie et sans faire tort à personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge officieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge officieux est l’affirmation d’une chose fausse pour sa propre utilité ou celle d’un autre, mais sans qu’il y ait de préjudice pour personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge pernicieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge pernicieux est l’affirmation d’une chose fausse qui fait tort au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis de mentir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est jamais permis de mentir ni par plaisanterie, ni pour son propre avantage ni pour celui d’autrui, car c’est une chose mauvaise par elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le mensonge est joyeux ou officieux, c’est un péché véniel ; mais s’il est pernicieux, c’est un péché mortel si le préjudice causé est grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours nécessaire de dire tout ce qu’on pense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, cela n’est pas toujours nécessaire, surtout quand celui qui vous interroge n’a pas le droit de savoir ce qu’il demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le huitième commandement suffit-il qu’il s’en confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le huitième commandement, il ne suffit pas qu’il s’en confesse ; il est obligé de rétracter ce qu’il a dit de calomnieux contre le prochain, et de réparer du mieux qu’il le peut les dommages qu’il lui a causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le huitième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement nous ordonne de dire quand il le faut la vérité, et d’interpréter en bien, autant que nous le pouvons, les actions de notre prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le dixième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui, nous défend le désir de priver autrui de son bien et le désir d’acquérir du bien par des moyens injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu nous défend-il aussi le désir du bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous défend les désirs déréglés du bien d’autrui, parce qu’il veut que nous soyons justes, même intérieurement, et que nous nous tenions toujours très éloignés des actes injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le dixième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement nous ordonne de nous contenter de l’état dans lequel Dieu nous a placés, et de souffrir avec patience la pauvreté quand Dieu nous veut dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment un chrétien peut-il être content dans la pauvreté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien peut être content même dans la pauvreté, en considérant que le plus grand des biens est une conscience pure et tranquille, que notre vraie patrie est le ciel, et que Jésus-Christ s’est fait pauvre par amour pour nous et a promis une récompense spéciale à tous ceux qui supportent avec patience la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les préceptes de l’Église  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les préceptes de l’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Outre les commandements de Dieu, que devons-nous encore observer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des commandements de Dieu, nous devons encore observer les préceptes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’obéir à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucun doute nous sommes obligés d’obéir à l’Église parce que Jésus-Christ lui-même nous l’ordonne, et parce que les préceptes de l’Église aident à observer les commandements de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand commence l’obligation d’observer les préceptes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obligation d’observer les préceptes de l’Église commence généralement quand on a l’usage de la raison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de transgresser un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Transgresser délibérément un précepte de l’Église en matière grave est un péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui peut dispenser d’un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que le Pape qui puisse dispenser des préceptes de l’Église, et ceux à qui il en a donné le pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de préceptes de l’Église, et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les préceptes de l’Église sont au nombre de cinq : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Jeûner pendant le Carême, aux quatre-temps et pour les Vigiles commandées ; ne pas manger de viande les jours défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Se confesser au moins une fois l’an et communier à Pâques, chacun dans sa paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Payer les dîmes dues à l’Église, selon les usages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Ne pas célébrer de mariages en temps prohibé, c’est-à-dire du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’octave de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le premier précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le premier précepte ou commandement de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier précepte de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches e t les autres fêtes commandées, nous ordonne d’assister avec dévotion à la sainte Messe tous les dimanches et autres fêtes de précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste les dimanches et autres fêtes d’obligation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste, autant que possible, les dimanches et autres fêtes d’obligation est la Messe paroissiale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église recommande-t-elle aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église recommande aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 afin que ceux qui appartiennent à la même paroisse s’unissent pour prier ensemble avec le curé qui est leur chef ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que les paroissiens participent davantage au saint Sacrifice qui est spécialement appliqué pour eux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 afin qu’ils entendent les vérités de l’Évangile que les curés ont l’obligation d’exposer à la Sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 afin qu’ils connaissent les prescriptions et les avis qui sont publiés à cette Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que veut dire le mot : dimanche ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot dimanche veut dire jour du Seigneur, c’est-à-dire jour spécialement consacré au service divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le premier commandement de l’Église est-il fait une mention spéciale du dimanche ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier commandement de l’Église il est fait une mention spéciale du dimanche, parce qu’il est la fête principale chez les chrétiens comme le sabbat (samedi) était fête principale chez les Juifs, par l’institution de Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres fêtes a instituées l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué aussi les fêtes de Notre Seigneur, de la très Sainte Vierge, des Anges et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle institué d’autres fêtes de Notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué d’autres fêtes de Notre Seigneur en souvenir de ses divins mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ont été instituées les fêtes de la très Sainte Vierge’ des Anges et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes de la Très Sainte Vierge, des Anges et des Saints ont été instituées : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en souvenir des grâces que Dieu leur a faites et pour en remercier la divine bonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que nous les honorions, que nous imitions leurs exemples et que nous obtenions le secours de leurs prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le second précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés nous ordonne de jeûner : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pendant le Carême ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 à certains jours de l’Avent, là où le jeûne est prescrit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 aux quatre-temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 à certaines Vigiles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas par jour et à s’abstenir des aliments défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Aux jours de jeûne, peut-on faire le soir une petite collation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une condescendance de l’Église on peut, les jours de jeûne, faire le soir une petite collation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne sert à mieux nous préparer à la prière, à faire pénitence des péchés commis, et à nous préserver d’en commettre de nouveaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est obligé au jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont obligés au jeûne tous les chrétiens qui ont vingt et un ans accomplis, et qui ne sont ni dispensés ni excusés par un empêchement légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne sont-ils absolument dispensés de toute mortification ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne ne sont pas absolument dispensés de toute mortification, parce que nous sommes tous obligés à faire pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Carême a été institué pour imiter en quelque façon le jeûne rigoureux de quarante jours que Jésus-Christ fit dans le désert, et pour nous préparer par la pénitence à célébrer saintement la fête de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne de l’Avent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne de l’Avent a été institué pour nous disposer à célébrer saintement la fête de Noël. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des quatre-temps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des quatre-temps a été institué : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour consacrer chaque saison de l’année par une pénitence de quelques jours ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour le remercier des fruits qu’il nous a déjà donnés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et pour le prier de donner à son Église de saints ministres, dont l’ordination est faite les samedis des quatre-temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des Vigiles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des Vigiles a été institué pour nous préparer à célébrer saintement les fêtes principales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui nous est défendu le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense, il nous est défendu de manger de la viande, sauf en cas de nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle voulu que nous nous abstenions ces jours-là de manger de la viande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que nous fassions pénitence chaque semaine. et surtout le vendredi en l’honneur de la Passion, et le samedi en souvenir de la sépulture de Jésus-Christ, et en l’honneur de la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le troisième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous commande l’Église par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’usage de la raison de l’approcher au moins une fois l’an du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle est le Carême, selon l’usage introduit et approuvé dans toute l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église dit-elle que nous nous confessions au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église dit : au moins, pour nous faire connaître son désir que nous nous approchions plus souvent des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C’est donc une chose utile de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une chose très utile de se confesser souvent, surtout parce qu’il est difficile de se bien confesser et de se tenir éloigné du péché mortel si l’on se confesse rarement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous prescrit l’Église par les autres paroles du troisième précepte Communier au moins à Pâques, chacun dans sa paroisse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les autres paroles du troisième précepte : communier au moins à Pâques chacun dans sa paroisse, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’âge de discrétion, à recevoir tous les ans la très sainte Eucharistie, dans leur paroisse, pendant le temps pascal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il un autre temps en dehors de Pâques, où nous soyons obligés de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de communier aussi quand nous Sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit que nous devons communier au moins à Pâques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église désire vivement que non seulement à Pâques, mais le plus souvent possible, nous nous approchions de la sainte Communion qui est la divine nourriture de nos âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Satisfait-on à ce précepte par une confession ou une communion sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne satisfait pas au troisième précepte de l’Église par une confession ou une communion sacrilège, parce que l’intention de l’Église est qu’on reçoive ces sacrements pour la fin qui a motivé leur institution, c’est-à-dire pour notre sanctification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le quatrième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Comment observe-t-on le quatrième précepte de l’Église : Payer les dîmes dues à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième précepte : Payer les dîmes dues à l’Église, s’observe en payant les offrandes ou prestations qui ont été établies pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toutes choses, et pour pourvoir à l’honnête subsistance de ses ministres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on payer les dîmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit payer les dîmes sur les choses et de la manière que comporte l’habitude des lieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le cinquième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend l’Église par le cinquième précepte : Ne pas célébrer de mariage en temps prohibé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le cinquième précepte l’Église ne défend pas la célébration du sacrement de Mariage, mais seulement la solennité des mariages, du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’Octave de pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste cette solennité des mariages ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solennité des mariages prohibée par ce précepte consiste dans la Messe propre pour les époux, dans la bénédiction nuptiale, et dans la pompe extraordinaire des mariages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mariages solennels ne conviennent-ils pas pendant l’Avent et le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mariages solennels ne conviennent pas pendant l’Avent et le Carême, parce que ce sont des temps spécialement consacrés à la pénitence et à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les devoirs particuliers de chaque état et les conseils évangéliques.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les devoirs d’état. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les devoirs d’état ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par devoir d’état on entend les obligations particulières que chacun a par suite de son état, de sa condition et de la situation qu’il occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Dieu qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers, parce que ces devoirs dérivent de ses divins commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les devoirs particuliers dérivent-ils des dix commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, dans le quatrième commandement, sous le nom de père et de mère, sont compris encore tous nos supérieurs, et ainsi de ce commandement dérivent tous les devoirs d’obéissance, d’amour et de respect des inférieurs envers leurs supérieurs, et tous les devoirs de vigilance qu’ont les supérieurs envers leurs inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels commandements dérivent les devoirs des ouvriers, des commerçants, de ceux qui administrent les biens d’autrui et autres semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs de fidélité, de sincérité, de justice, d’équité qu’ils ont, dérivent du septième, du huitième et du dixième commandements qui défendent toute fraude, injustice, négligence et duplicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel commandement dérivent les devoirs des personnes consacrées à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs des personnes consacrées à Dieu dérivent du second commandement qui ordonne d’accomplir les vœux et les promesses faites à Dieu : car c’est ainsi que ces personnes se sont obligées à l’observation de tous les conseils évangéliques ou de quelques-uns. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les conseils évangéliques. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont certains moyens suggérés par Jésus-Christ dans le saint Évangile pour atteindre la perfection chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont : la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l’obéissance en tout ce qui n’est pas péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques servent à faciliter l’observation des commandements et à mieux assurer le salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les conseils évangéliques facilitent-ils l’observation des commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques facilitent l’observation des commandements parce qu’ils aident à détacher le cœur de l’amour des richesses, des plaisirs et des honneurs, et qu’ainsi ils éloignent du péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie : Les sacrements.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les sacrements en général.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature des sacrements. ====&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne il est question des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par le mot sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le mot sacrement on entend un signe sensible et efficace de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple comment les sacrements sont des signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Baptême, l’acte par lequel on verse l’eau sur la tête de la personne, et les paroles &amp;quot; Je te baptise (c’est-à-dire je te lave), au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;, sont un signe sensible de ce que le Baptême opère dans l’âme : de même que l’eau lave le corps, ainsi la grâce donnée par le Baptême purifie l’âme du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien g a-t-il de sacrements et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept sacrements qui sont : le Baptême, la Confirmation, l’Eucharistie, la Pénitence, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire un sacrement, il faut la matière, la forme et un ministre qui ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la matière des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière des sacrements est la chose sensible qu’on emploie pour les faire ; comme, par exemple, l’eau naturelle dans le Baptême, l’huile et le baume dans la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la forme des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme des sacrements consiste dans les paroles qu’on prononce pour les faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le ministre des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre des sacrements est la personne qui fait ou confère le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’effet principal des sacrements : La Grâce. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce de Dieu est un don intérieur surnaturel, qui nous est donné sans aucun mérite de notre part, mais par les mérites de Jésus-Christ, en vue de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la grâce en grâce sanctifiante qu’on appelle aussi habituelle, et en grâce actuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante est un don surnaturel inhérent à notre âme, qui nous rend justes, enfants adoptifs de Dieu et héritiers du paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de grâce sanctifiante : la grâce première et la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce première ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce première est celle par laquelle l’homme passe de l’état de péché mortel à l’état de justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et qu’est-ce que la grâce seconde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce seconde est un accroissement de la grâce première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce actuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce actuelle est un don surnaturel qui illumine notre esprit, meut et fortifie notre volonté, pour que nous fassions le bien et évitions le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous résister à la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons résister à la grâce de Dieu, car elle ne détruit pas notre libre arbitre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par nos seules forces pouvons-nous faire quelque chose pour la vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans le secours de la grâce de Dieu, par nos seules forces, nous ne pouvons rien faire pour la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu nous communique-t-il la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous communique la grâce principalement par le moyen des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la grâce sanctifiante, les sacrements nous confèrent-ils une autre grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la grâce sanctifiante, les sacrements confèrent aussi la grâce sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sacramentelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sacramentelle consiste dans le droit qu’on acquiert en recevant un sacrement quelconque, d’avoir, en temps opportun, les grâces actuelles nécessaires pour remplir les obligations qui dérivent du sacrement reçu. Ainsi, lorsque nous avons été baptisés, nous avons reçu le droit d’avoir les grâces nécessaires pour vivre chrétiennement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les sacrements donnent-ils toujours la grâce à celui qui les reçoit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements donnent toujours la grâce pourvu qu’on les reçoive avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ qui, par sa passion et sa mort, a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante et, par là, nous rendent amis de Dieu, sont au nombre de deux : le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment, en conséquence, appelle-t-on ces deux sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux sacrements, c’est-à-dire le Baptême et la Pénitence, s’appellent sacrements des morts, parce qu’ils sont établis principalement pour rendre aux âmes mortes par le péché, la vie de la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède sont les cinq autres, donc la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, qui donnent la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent par suite ces cinq sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces cinq sacrements, à savoir : la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, s’appellent sacrements des vivants, parce que ceux qui les reçoivent doivent être exempts de péché mortel, c’est-à-dire déjà vivants par la grâce sanctifiante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce, commet un grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements les plus nécessaires pour notre salut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements les plus nécessaires pour notre salut sont le Baptême et la Pénitence. Le Baptême est nécessaire à tous absolument. Et la Pénitence est nécessaire à tous ceux qui ont péché mortellement après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le plus grand de tous les sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus grand de tous les sacrements est le sacrement de l’Eucharistie, parce qu’il contient non seulement la grâce, mais encore Jésus-Christ, auteur de la grâce et des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le caractère imprimé par certains sacrements ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois sont au nombre de trois : le Baptême, la Confirmation et l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, ne peuvent-ils être reçus qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre ne peuvent être reçus qu’une fois parce qu’ils impriment un caractère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements est un signe spirituel qui ne peut plus s’effacer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements Sert à nous marquer dans le Baptême comme membres de Jésus-Christ, dans la Confirmation comme ses soldats, dans l’Ordre comme ses ministres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le Baptême.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature et effets du baptême. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est le sacrement par lequel nous renaissons à la grâce de Dieu et nous devenons chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Baptême confère la première grâce sanctifiante qui efface le péché originel et aussi le péché actuel s’il existe. Il remet toute la peine due pour ces péchés, imprime le caractère de chrétien, nous fait enfants de Dieu, membres de l’Église et héritiers du paradis, et nous rend capables de recevoir les autres sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du Baptême est l’eau naturelle qu’on verse sur la tête de celui qu’on baptise, en assez grande quantité pour qu’elle coule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du Baptême est celle-ci : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministre du baptême. ====&lt;br /&gt;
''A qui appartient-il de donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donner le Baptême appartient de droit aux Évêques et curés, mais en cas de nécessité, toute personne peut le donner, que ce soit un homme ou une femme, même un hérétique ou un infidèle, pourvu qu’il accomplisse le rite du Baptême et qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes, laquelle devrait donner le baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes ; s’il y avait un prêtre, c’est lui qui devrait le baptiser ; en son absence un ecclésiastique d’ordre inférieur ; et en l’absence de celui-ci, un homme laïque de préférence à une femme, à moins que celle-ci ne sache mieux faire ou que la décence n’exige que ce soit elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui baptise doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église dans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Rite du Baptême et dispositions de celui qui le reçoit à l’âge de raison. ====&lt;br /&gt;
''Comment fait-on pour donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le Baptême en versant de l’eau sur la tête de celui qu’on baptise, et si on ne peut pas sur la tête, sur quelque autre partie principale du corps, et en disant en même temps : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne serait-elle baptisée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne ne serait pas baptisée : il est nécessaire que ce soit la même personne qui verse l’eau et prononce les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on a un doute que la personne soit morte, doit-on négliger de la baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on a un doute que la personne soit morte, on doit la baptiser sous condition en disant : &amp;quot; Si tu es en vie, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on porter les enfants à l’Église pour les faire baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit porter les enfants à l’église pour les faire baptiser le plus tôt possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi doit-on mettre tant d’empressement à faire recevoir le baptême aux enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit mettre tant d’empressement à faire baptiser les enfants parce que, à cause de la fragilité de leur âge, ils sont exposés à bien des dangers de mourir et qu’ils ne peuvent se sauver sans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ils pèchent donc les pères et les mères qui par leur négligence laissent mourir leurs enfants sans Baptême, ou même qui le diffèrent simplement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les pères et les mères qui, par leur négligence, laissent mourir leurs enfants sans Baptême pèchent gravement, parce qu’ils privent leurs enfants de la vie éternelle. Ils pèchent même gravement en différant longtemps le Baptême, parce qu’ils les exposent au danger de mourir sans l’avoir reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand celui qui est baptisé a atteint l’âge de raison, quelles dispositions doit-il avoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adulte qu’on baptise doit, outre la foi, avoir la douleur au moins imparfaite des péchés mortels qu’il aurait commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, que recevrait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, il recevrait le caractère du Baptême mais non la rémission des péchés ni la grâce sanctifiante. Et ces effets resteraient suspendus tant que l’empêchement n’aurait pas été levé par la douleur parfaite des péchés ou par le sacrement de Pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Nécessité du Baptême et devoirs du baptisé ====&lt;br /&gt;
''Le Baptême est-il nécessaire pour être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est absolument nécessaire pour être sauvé, car le Seigneur a dit expressément : &amp;quot; Celui qui ne renaîtra pas dans l’eau et le Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume des cieux &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on suppléer en quelque manière au défaut du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le défaut du sacrement de Baptême peut être suppléé par le martyre qu’on appelle Baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu ou de contrition joint au désir au moins implicite du Baptême, et ceci s’appelle Baptême de désir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi s’oblige celui qui reçoit le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit le Baptême s’oblige à professer toujours la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ et de son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi renonce-t-on en recevant le saint Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En recevant le saint Baptême, on renonce pour toujours au démon, à ses œuvres et à ses pompes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par les œuvres ou par les pompes du démon ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les œuvres et les pompes du démon, on entend les péchés et les maximes du monde contraires aux maximes du saint Évangile&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le nom et les parrains. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi impose-t-on le nom d’un Saint à celui qu’on baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On impose le nom d’un Saint à celui qu’on baptise pour le mettre sous la protection spéciale d’un patron céleste et pour l’animer à imiter ses exemples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les parrains et marraines du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines du Baptême sont les personnes qui, par une disposition de l’Église, tiennent les enfants sur les fonts baptismaux, répondent pour eux et se rendent garants devant Dieu de leur éducation chrétienne, spécialement si les parents y manquaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certainement obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous, parce que Dieu ne nous a reçus dans sa grâce qu’à cette condition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles personnes doit-on choisir pour parrains et marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit choisir pour parrains et marraines des personnes catholiques, de bonnes mœurs et qui obéissent aux lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les obligations des parrains et des marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines sont obligés d’avoir soin que leurs fils spirituels soient instruits des vérités de la foi et vivent en bons chrétiens, et de les édifier par leur bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel lien contractent les parrains dans le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains contractent une parenté spirituelle avec le baptisé et avec ses parents, d’où résulte un empêchement de mariage avec eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : La Confirmation. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation est un sacrement qui nous donne le Saint-Esprit, imprime dans notre âme le caractère de soldats du Christ et nous rend parfaits chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le sacrement de Confirmation nous rend-il parfaits chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation nous rend parfaits chrétiens parce qu’elle nous confirme dans la foi et perfectionne les autres vertus et les dons que nous avons reçus dans le saint Baptême et c’est de là que lui vient son nom de Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les dons du Saint-Esprit, qu’on reçoit dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit qu’on reçoit dans la Confirmation sont les sept suivants : la Sagesse, l’Intelligence, le Conseil, la Force, la Science, la Piété et la Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière de ce sacrement, outre l’imposition des mains de l’Évêque, est l’onction faite sur le front du baptisé avec le saint Chrême : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi Onction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le saint Chrême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le saint Chrême est de l’huile d’olive mêlée avec du baume et consacrée par l’Évêque le Jeudi-Saint. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient l’huile et le baume dans ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce sacrement l’huile qui s’étend et fortifie, signifie l’abondance de la grâce qui se répand dans l’âme du chrétien pour le confirmer dans la foi ; et le baume, qui est odorant et préserve de la corruption, signifie que le chrétien, fortifié par cette grâce, est capable de répandre la bonne odeur des vertus chrétiennes et de se préserver de la corruption des vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Confirmation est celle-ci : &amp;quot; Je te signe du signe de la Croix et te confirme avec le Chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre ordinaire du sacrement de Confirmation est l’Évêque seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles cérémonies l’Évêque administre-t-il la confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque, pour administrer le sacrement de Confirmation, étend d’abord les mains sur les confirmands en invoquant sur eux le Saint-Esprit ; puis il fait une onction en forme de croix avec le saint Chrême sur le front de chacun, en disant les paroles de la forme ; ensuite, de la main droite, il donne un léger soufflet sur la joue du confirmé en lui disant : &amp;quot; La paix soit avec toi &amp;quot; ; enfin il bénit solennellement tous les confirmés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’onction est-elle faite sur le front ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction est faite sur le front, où apparaissent les signes de la crainte et de la honte, afin que le confirmé comprenne qu’il ne doit pas rougir du nom et de la profession de chrétien, ni avoir peur des ennemis de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque donne-t-il un léger soufflet au confirmé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque donne un léger soufflet au confirmé pour qu’il sache qu’il doit être prêt à souffrir toute sorte d’affront et de peine pour la foi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tout le monde doit-il faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, chacun doit faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation et de le faire recevoir à ceux qui dépendent de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge est-il bon de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âge où il est bon de recevoir le sacrement de Confirmation est celui de sept ans environ ; parce qu’alors commencent habituellement les tentations et qu’on peut connaître suffisamment la grâce de ce sacrement et se rappeler qu’on l’a reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles dispositions faut-il pour recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour recevoir dignement le sacrement de Confirmation, il faut être en état de grâce, savoir les principaux mystères de notre sainte foi, et s’en approcher avec respect et dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recevrait la Confirmation une seconde fois pécherait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il commettrait un sacrilège, parce que la Confirmation est un de ces sacrements qui impriment un caractère dans l’âme et que, par suite, on ne peut recevoir qu’une fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le chrétien., pour conserver la grâce de la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour conserver la grâce de la Confirmation, le chrétien doit prier souvent, faire de bonnes œuvres, et vivre selon la loi de Jésus-Christ, sans respect humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi y a-t-il aussi des parrains et des marraines dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que, par leurs paroles et leurs exemples, ils guident le confirmé dans la voie du salut et qu’ils le soutiennent dans le combat spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles conditions sont requises dans le parrain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain doit être d’âge convenable, catholique, confirmé, instruit des choses les plus nécessaires de la religion et de bonnes mœurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le parrain de la Confirmation ne contracte-t-il aucune parenté avec le confirmé et ses parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain de la Confirmation contracte la même parenté spirituelle que celui du Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’Eucharistie.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La nature de l’Eucharistie et la présence réelle de Jésus-Christ dans ce sacrement. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie est un sacrement qui, par l’admirable changement de toute la substance du pain au Corps de Jésus-Christ et de celle du vin en son Sang précieux, contient vraiment, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ Notre Seigneur, sous les espèces du pain et du vin, pour être notre nourriture spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il dans l’Eucharistie le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la très Sainte Vierge sur cette terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, dans l’Eucharistie, il y a vraiment le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la Très Sainte Vierge sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi croyez-vous que dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois que, dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent, parce que Lui-même l’a dit et que la sainte Église me l’enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du sacrement de l’Eucharistie est celle qui fut employée par Jésus-Christ, c’est-à-dire le pain de froment et le vin de la vigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de l’Eucharistie consiste dans les paroles employées par Jésus-Christ : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que l’hostie avant la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hostie, avant la consécration, c’est du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration qu’est l’hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, l’hostie est le vrai Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le calice avant la consécration, qu’y a-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le calice, avant la consécration, il y a du vin avec quelques gouttes d’eau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration, qu’y a-t-il dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, dans le calice, il y a le vrai Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand se fait le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ se fait au moment même où le prêtre, pendant la sainte Messe, prononce les paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consécration est le renouvellement, par le ministère du prêtre, du miracle opéré par Jésus-Christ changeant à la dernière Cène le pain et le vin en son Corps et en son Sang adorables par ces mots : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église appelle-t-elle le miraculeux changement du pain et du vin au Corps et au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miraculeux changement qui s’opère chaque jour sur nos autels est appelé par l’Église transsubstantiation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, Dieu tout-puissant, qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration ne reste-t-il rien du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration il reste seulement les espèces du pain et du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’appelle-t-on espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle espèces la quantité et les qualités sensibles du pain et du vin comme : la forme, la couleur, la saveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les espèces du pain et du vin peuvent-elles rester sans leur substance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les espèces du pain et du vin restent merveilleusement sans leur substance par la vertu du Dieu tout-puissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous les espèces du pain n’y a-t-il que le Corps de Jésus-Christ, et sous les espèces du vin n’y a-t-il que son Sang ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant sous les espèces du pain que sous les espèces du vin, Jésus-Christ est vivant et tout entier dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sauriez-vous me dire pourquoi Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice parce que, dans l’Eucharistie, il est vivant et immortel comme dans le ciel. Par conséquent, là où est son Corps, il y a aussi son Sang, son Âme et sa Divinité ; et là où est son Sang, il y a aussi son Corps, son Âme et sa Divinité, car en Jésus-Christ tout cela est inséparable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, cesse-t-il d’être au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, il ne cesse pas d’être au ciel, mais il se trouve en même temps au ciel et dans le Très Saint Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ se trouve-t-il dans toutes les hosties consacrées du monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-il se faire que Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées par la toute-puissance de Dieu à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on divise l’hostie, divise-t-on le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on divise l’hostie on ne divise pas le Corps de Jésus-Christ, on divise seulement les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle partie de l’hostie reste le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Corps de Jésus-Christ reste tout entier dans toutes les parties en lesquelles l’hostie a été divisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est-il autant dans la parcelle d’une hostie que dans une grande hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une grande hostie comme dans la parcelle d’une hostie, c’est toujours le même Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif conserve-t-on dans les églises la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conserve dans les églises la très sainte Eucharistie pour qu’elle soit adorée par les fidèles et portée aux malades quand ils en ont besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on adorer l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie doit être adorée de tout le monde parce qu’elle contient vraiment, réellement et substantiellement Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’institution et les effets du sacrement de l’Eucharistie. ====&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie dans la dernière cène qu’il fit avec ses disciples, le soir qui précéda sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué la très sainte Eucharistie pour trois raisons principales : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour qu’elle soit le sacrifice de la nouvelle loi ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour qu’elle soit la nourriture de notre âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour qu’elle soit un mémorial perpétuel de sa passion et de sa mort, et un gage précieux de son amour envers nous et de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin, parce que l’Eucharistie devait être notre nourriture spirituelle et qu’il était par suite convenable qu’elle nous fût donnée sous forme d’aliment et de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici les principaux effets que produit la très sainte Eucharistie en celui qui la reçoit dignement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l elle conserve et accroît la vie de l’âme qui est la grâce, comme la nourriture matérielle soutient et accroît la vie du corps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle remet les péchés véniels et préserve des péchés mortels ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle produit la consolation spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La très sainte Eucharistie ne produit-elle pas en nous d’autres effets ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, la très sainte Eucharistie produit encore en nous trois autres effets, à savoir : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 elle affaiblit nos passions et, en particulier, elle amortit en nous le feu de la concupiscence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle accroît en nous la ferveur et nous aide à agir en conformité avec les désirs de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle nous donne un gage de la gloire future et de la résurrection de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les dispositions nécessaires pour bien communier. ====&lt;br /&gt;
''Le sacrement de l’Eucharistie produit-il toujours en .nous ses merveilleux effets ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de l’Eucharistie produit en nous ses merveilleux effets quand il est reçu avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour faire une bonne Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne Communion trois choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 être en état de grâce ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 être à jeun depuis minuit jusqu’au moment de la Communion ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 savoir ce qu’on va recevoir et s’approcher de la sainte Communion avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’être en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Être en état de grâce, c’est avoir la conscience pure de tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, avant de communier, celui qui sait être en état de péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui sait être en état de péché mortel, doit, avant de communier, faire une bonne confession ; car l’acte de contrition parfaite, sans la confession, ne suffit pas à celui qui est en état de péché mortel pour communier comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’acte de contrition parfaite ne suffit-il pas, quand on est en état de péché mortel, pour pouvoir communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église a établi, par respect pour ce sacrement, que celui qui est coupable de péché mortel n’aille pas faire la sainte Communion si, auparavant, il ne s’est pas confessé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait-il Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait Jésus-Christ, mais il ne recevrait pas sa grâce ; il commettrait même un sacrilège et encourrait la sentence de damnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le jeûne requis avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne requis avant la Communion est le jeûne naturel, qui est rompu par la moindre chose prise par manière d’aliment ou de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau entrée dans la bouche, peut-il encore communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau en faisant sa toilette, peut encore communier ; parce qu’alors, ou bien ces choses ne sont pas prises par manière d’aliment ou de breuvage, ou bien elles en ont perdu la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est-il jamais permis de communier sans être à jeun ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier sans être à jeun est permis aux malades qui sont en danger de mort, et à ceux qui ont obtenu une permission spéciale du Pape en raison d’une maladie qui se prolonge. La Communion faite par les malades en danger de mort s’appelle Viatique, parce qu’elle les soutient dans le voyage qu’ils font de cette vie à l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire ces mots : savoir ce qu’on va recevoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Savoir ce qu’on va recevoir, veut dire : connaître ce qu’enseigne la Doctrine chrétienne au sujet de ce sacrement et le croire fermement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : communier avec dévotion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier avec dévotion, c’est s’approcher de la sainte Communion avec humilité et modestie, dans sa personne comme dans ses habits, et faire la préparation avant la sainte Communion et l’action de grâces après. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la préparation avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La préparation avant la Communion consiste à s’arrêter quelques instants à considérer qui nous allons recevoir et qui nous sommes ; et à faire des actes de foi, d’espérance, de charité, de contrition, d’adoration, d’humilité et de désir de recevoir Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’action de grâces après la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’action de grâces après la Communion consiste à rester dans le recueillement, honorant la présence du Seigneur en nous et renouvelant les actes de foi, d’espérance, de charité, d’adoration, de remerciement, d’offrande et de demande, demandant surtout les grâces qui nous sont le plus nécessaires à nous et à ceux pour lesquels nous sommes obligés de prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire le jour de la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour de la Communion on doit se tenir le plus possible dans le recueillement, s’occuper à des œuvres de piété et remplir avec un plus grand soin les devoirs de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps Jésus-Christ reste-t-il en nous après la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la sainte Communion Jésus-Christ reste en nous par sa grâce aussi longtemps que nous ne péchons pas mortellement ; et par sa présence réelle il reste tant que les espèces sacramentelles ne sont pas consommées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La manière de communier. ====&lt;br /&gt;
''Comment faut-il se tenir au moment de recevoir la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment de recevoir la sainte Communion, il faut être à genoux, tenir la tête médiocrement levée, les yeux modestement tournés vers la sainte Hostie, la bouche suffisamment ouverte et la langue un peu avancée sur la lèvre inférieure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment faut-il tenir la nappe ou la tablette de Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut tenir la nappe ou la tablette de Communion de telle sorte qu’elle reçoive la sainte Hostie si elle venait à tomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on avaler la sainte Hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire en sorte d’avaler la sainte Hostie le plus tôt possible, et nous abstenir de cracher pendant quelque temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la sainte Hostie s’attachait au palais, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la sainte Hostie s’attachait au palais, il faudrait la détacher avec la langue, et jamais avec le doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le précepte de la communion. ====&lt;br /&gt;
''Quand y a-t-il obligation de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a obligation de communier tous les ans, à Pâques, chacun dans sa paroisse ; et de plus, quand on est en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge commence à obliger le commandement de la Communion pascale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le commandement de la Communion pascale commence à obliger à l’âge où l’enfant est capable de s’en approcher avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ont l’âge d’être admis à la Communion et qui ne communient pas pèchent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui, ayant l’âge d’être admis à la Communion, ne communient pas, ou parce qu’ils ne veulent pas ou parce que, par leur faute, ils ne sont pas instruits, pèchent certainement. Leurs parents ou ceux qui les remplacent pèchent de leur côté si le retard de la Communion arrive par leur faute et ils devront en rendre un grand compte à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de communier souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de communier souvent, et même chaque jour, selon le désir de l’Église, pourvu qu’on le fasse avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelle fréquence peut-on s’approcher de la sainte Table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut s’approcher de la sainte Table aussi souvent que le conseil en est donné par un pieux et docte confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le saint sacrifice de la Messe.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’essence, l’institution et les fins du saint sacrifice de la Messe. ====&lt;br /&gt;
''L’Eucharistie doit-elle être considérée seulement comme un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie n’est pas seulement un sacrement ; elle est aussi le sacrifice permanent de la nouvelle loi, que Jésus-Christ a laissé à son Église, afin de s’offrir à Dieu par les mains de ses prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste, en général, le sacrifice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice, en général, consiste à offrir à Dieu une chose sensible et à la détruire en quelque manière pour reconnaître son souverain domaine sur nous et sur toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle ce sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrifice de la nouvelle loi s’appelle la sainte Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sainte Messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrifice de la Messe est-il le même que celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Messe est substantiellement le même que celui de la Croix en ce que c’est le même Jésus-Christ qui s’est offert sur la Croix et qui s’offre par les mains des prêtres, ses ministres, sur nos autels ; mais dans la manière dont il est offert, le sacrifice de la Messe diffère du sacrifice de la Croix, tout en gardant avec celui-ci la plus intime et la plus essentielle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence et quelle relation y a-t-il entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix il y a cette différence et cette relation que, sur la Croix, Jésus-Christ s’est offert en répandant son Sang et en méritant pour nous ; tandis que sur les autels, il se sacrifie sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa Mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle autre relation le sacrifice de la Messe a-t-il avec celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre relation du sacrifice de la Messe avec celui de la Croix est que le sacrifice de la Messe représente d’une manière sensible l’effusion du sang de Jésus-Christ sur la Croix ; car en vertu des paroles de la consécration, le Corps seul de notre Sauveur devient présent sous l’espèce du pain et son Sang seul sous l’espèce du vin ; et ce n’est que par concomitance naturelle et à cause de l’union hypostatique que Jésus-Christ vivant et véritable est présent sous chacune des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-être le sacrifice de la Croix n’est il pas l’unique sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Croix est l’unique sacrifice de la loi nouvelle, car par lui Notre Seigneur a apaisé la justice Divine, acquis tous les mérites nécessaires pour nous sauver et accompli ainsi de son côté notre Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces mérites qu’il nous applique par les moyens qu’il a institués dans son Église, au nombre desquels est le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelles fins offre-t-on le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe pour quatre fins : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour lui rendre l’honneur qui lui est dû, et à ce point de vue le sacrifice est latreutique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour le remercier de ses bienfaits, et à ce point de vue le sacrifice est eucharistique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour l’apaiser, lui donner la satisfaction due pour nos péchés, soulager les âmes du purgatoire, et à ce point de vue le sacrifice est propitiatoire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour obtenir toutes les grâces qui nous sont nécessaires, et à ce point de vue le sacrifice est impétratoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier et le principal dans l’oblation du sacrifice de la sainte Messe est Jésus-Christ, et le prêtre est le ministre qui, au nom de Jésus-Christ, offre ce sacrifice au Père Éternel &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a institué le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ lui-même qui a institué le sacrifice de la sainte Messe quand il a institué le sacrement d’Eucharistie, et il dit qu’on le fit en souvenir de sa Passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui offre-t-on la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre la sainte Messe à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on offre la sainte Messe à Dieu seul, pourquoi célèbre-t-on tant de messes en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe célébrée en l’honneur de la sainte Vierge et des Saints est toujours un sacrifice offert à Dieu seul ; aussi, on dit qu’elle est célébrée en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints, pour remercier Dieu des dons qu’il leur a faits et obtenir de lui plus abondamment par leur intercession les grâces dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui participe aux fruits de la sainte Messe ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute l’Église participe aux fruits de la sainte Messe, mais particulièrement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l le prêtre et ceux qui assistent à la Messe et qui sont considérés comme unis au prêtre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux pour qui la Messe est appliquée et ils peuvent être des vivants ou des défunts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La manière d’assister à la Messe. ====&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe deux choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 la modestie extérieure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la dévotion du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la modestie extérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La modestie extérieure consiste spécialement à être modestement vêtu, à observer le silence et le recueillement, et à se tenir autant que possible à genoux, excepté pendant les deux évangiles qu’on entend debout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant la sainte Messe, quelle est la meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur en entendant la sainte Messe est la suivante : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 unir dès le commencement son intention à celle du prêtre, offrant à Dieu le saint sacrifice pour les fins pour lesquelles il a été institué ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 suivre le prêtre en chacune des prières et des actions du sacrifice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 méditer la passion et la mort de Jésus-Christ et détester de tout son cœur les péchés qui en ont été la cause ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 faire la Communion sacramentelle, ou au moins la Communion spirituelle pendant que le prêtre communie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Communion spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Communion spirituelle est un grand désir de s’unir sacramentellement à Jésus-Christ, en disant, par exemple : &amp;quot; Mon Seigneur Jésus-Christ, je désire de tout mon cœur de m’unir à Vous maintenant et pour toute l’éternité &amp;quot; et en faisant les mêmes actes qu’on fait avant et après la Communion sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La récitation du Rosaire ou d’autres prières pendant la sainte Messe empêche-t-elle de l’entendre avec fruit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La récitation de ces prières n’empêche pas d’entendre la Messe avec fruit, pourvu qu’on tâche le plus possible de suivre les cérémonies du saint sacrifice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fait-on bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe, et même le temps de la sainte Messe est le meilleur pour prier à l’intention des vivants et des morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faudrait-il faire quand la Messe est finie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la Messe est finie, il faudrait remercier Dieu de la grâce qu’il nous a faite en nous donnant d’assister à ce grand sacrifice, et lui demander pardon des fautes que nous avons commises en y assistant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : La pénitence.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La pénitence en général. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitence, appelée aussi Confession, est le sacrement institué par Jésus-Christ pour remettre les péchés commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à ce sacrement le nom de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à ce sacrement le nom de Pénitence, parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il est nécessaire de les détester avec repentir, et parce que celui qui a commis une faute doit se soumettre à la peine que le prêtre impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ce sacrement est-il aussi appelé Confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement est aussi appelé Confession parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il ne suffit pas de les détester, mais il est nécessaire de les accuser au prêtre, c’est-à-dire d’en faire la confession. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence le jour de sa Résurrection, quand, entré dans le cénacle, il donna solennellement à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Jésus-Christ donna-t-il à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ donna à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés en soufflant sur eux et en leur disant : &amp;quot; Recevez le Saint-Esprit : les péchés de ceux à qui vous les remettrez seront remis et les péchés de ceux à qui vous les retiendrez, seront retenus &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On distingue pour le sacrement de Pénitence la matière éloignée et la matière prochaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière éloignée est constituée par les péchés que le pénitent a commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière prochaine, ce sont les actes du pénitent, c’est-à-dire la contrition, l’accusation et la satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Pénitence est celle-ci : &amp;quot; Je t’absous de tes péchés &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre du sacrement de Pénitence est le prêtre approuvé par l’Évêque pour entendre les confessions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi avez-vous dit que le prêtre doit être approuvé par l’Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être approuvé et autorisé par l’Évêque pour entendre les confessions parce que, pour administrer validement ce sacrement, il ne suffit pas d’avoir le pouvoir d’ordre, mais il est nécessaire d’avoir aussi le pouvoir de juridiction, c’est-à-dire la puissance de juger, qui doit être donnée par l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de parties dans le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties du sacrement de Pénitence sont : la contrition, la confession et la satisfaction du pénitent, et l’absolution du prêtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la contrition ou douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La contrition on douleur des péchés est un déplaisir de l’âme, par lequel on déteste les péchés commis et on se propose de n’en plus commettre à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot contrition veut dire broiement, brisement, comme quand une pierre est écrasée et réduite en poussière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on le nom de contrition à la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de contrition à la douleur des péchés pour signifier que le cœur endurci du pécheur est en quel que sorte broyé par la douleur d’avoir offensé Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la confession des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La confession consiste en une accusation distincte de nos péchés, faite au confesseur pour en recevoir l’absolution et la pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que la confession est une accusation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que la confession est une accusation parce qu’elle ne doit pas être un récit indifférent, mais la manifestation vraie et douloureuse de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ou pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction ou pénitence est une prière au une autre bonne œuvre que le confesseur impose au pénitent en expiation de ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution est la sentence que le prêtre prononce au nom de Jésus-Christ pour remettre les péchés au pénitent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Des parties du sacrement de Pénitence, quelle est la plus nécessaire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des parties du sacrement de Pénitence, la plus nécessaire est la contrition, parce que sans elle on ne peut jamais obtenir le pardon des péchés, et avec elle seule, quand elle est parfaite, on peut obtenir le pardon pourvu qu’elle soit unie au désir, au moins implicite, de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les effets et la nécessité du sacrement de Pénitence et les dispositions pour le bien recevoir. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence confère la grâce sanctifiante par laquelle sont remis les péchés mortels et aussi les péchés véniels qu’on a confessés et dont on a le repentir ; il change la peine éternelle en peine temporelle dont une partie, plus ou moins grande selon les dispositions, est même remise ; il rend les mérites des bonnes œuvres faites avant de commettre le péché mortel ; il donne à l’âme des secours opportuns pour ne pas retomber dans le péché et remet la conscience en paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence est-il nécessaire à tous pour être sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence est nécessaire pour être sauvés à tous ceux qui, après le Baptême, ont commis quelque péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de se confesser souvent parce que le sacrement de Pénitence non seulement efface les péchés, mais encore donne les grâces nécessaires pour les éviter à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence a-t-il la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence a la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient, pourvu qu’on le reçoive avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne confession, il faut cinq choses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’examen de conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la douleur d’avoir offensé Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la résolution de ne plus pécher ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 l’accusation de ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la satisfaction ou pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire avant tout pour nous bien confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous bien confesser, nous devons, avant tout, prier de tout cœur le Seigneur de nous donner la lumière pour connaître tous nos péchés et la force de les détester. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’examen. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience est une recherche attentive des péchés qu’on a commis depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fait l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience se fait en cherchant soigneusement à se rappeler devant Dieu tous les péchés non encore confessés et qu’on a commis en pensées, paroles, actions et omissions, contre les commandements de Dieu et de l’Église et contre les obligations de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sur quelles autres choses devons-nous nous examiner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons encore nous examiner sur les mauvaises habitudes et les occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans l’examen devons-nous rechercher aussi le nombre des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’examen, nous devons aussi rechercher le nombre des péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour qu’un Péché soit mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu’un péché soit mortel, il faut trois choses : matière grave, pleine advertance et parfait consentement de la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a matière grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a matière grave quand il s’agit d’une chose notablement contraire à la loi de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance, quand on connaît parfaitement qu’on fait un mal grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que, dans le péché, il y a parfait consentement de la volonté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, dans le péché, parfait consentement de la volonté quand on veut délibérément faire une chose, bien qu’on sache qu’elle est coupable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel soin faut-il apporter à l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut apporter à l’examen de conscience le soin qu’on apporterait à une affaire de grande importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps doit-on employer à l’examen ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit employer à l’examen de conscience plus ou moins de temps selon le besoin, c’est-à-dire selon le nombre et la qualité des péchés qui chargent la conscience et selon le temps écoulé depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on rendre plus facile l’examen pour la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rend plus facile l’examen pour la confession en faisant chaque soir l’examen de conscience sur les actions de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La douleur. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur des péchés consiste en un déplaisir et une sincère détestation de l’offense faite à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de douleur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de douleur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur parfaite ou de contrition ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur imparfaite ou d’attrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur parfaite ou de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite est le déplaisir d’avoir offensé Dieu parce qu’il est infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous parfaite la douleur de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle parfaite la douleur de contrition pour deux raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’elle regarde exclusivement la bonté de Dieu et non pas notre avantage ou notre détriment ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce qu’elle nous fait obtenir immédiatement le pardon des péchés, tout en nous laissant l’obligation de nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La douleur parfaite nous obtient donc le pardon des péchés indépendamment de la confession'' ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ne nous obtient pas le pardon des péchés indépendamment de la confession, parce qu’elle implique toujours la volonté de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur parfaite ou contrition produit-elle cet effet de nous remettre en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ou contrition, produit cet effet, parce qu’elle naît de la charité qui ne peut se trouver dans l’âme en même temps que le péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur imparfaite ou d’attrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur imparfaite ou d’attrition est celle par laquelle nous nous repentons d’avoir offensé Dieu comme notre souverain Juge, c’est-à-dire par crainte des châtiments mérités en cette vie ou en l’autre, ou à cause de la laideur même du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir la douleur pour être bonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur, pour être bonne, doit avoir quatre qualités : elle doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être dans le cœur et dans la volonté, et non pas seulement dans les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être intérieure parce que la volonté qui s’est éloignée de Dieu par le péché doit revenir à Dieu en détestant le péché commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être excitée en nous par la grâce de Dieu et conçue pour des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être surnaturelle parce qu’elle tend vers un but surnaturel, c’est-à-dire le pardon de Dieu, l’acquisition de la grâce sanctifiante et le droit à la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez mieux la différence entre la douleur surnaturelle et la douleur naturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui se repent parce qu’il a offensé un Dieu infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé, parce qu’il a perdu le paradis et mérité l’enfer, ou à cause de la malice intrinsèque du péché, a une douleur surnaturelle, parce que ce sont là des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui, au contraire, qui se repentirait seulement à cause du déshonneur ou des châtiments qu’il s’est attirés de la part des hommes, ou à cause de quelque préjudice purement temporel, aurait une douleur naturelle, parce qu’il se repentirait seulement pour des motifs humains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être souveraine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être souveraine parce que nous devons regarder et haïr le péché comme le plus grand de tous les maux, puisqu’il offense Dieu, le souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il est peut-être nécessaire que la douleur des péchés se manifeste par des pleurs comme on le fait dans les malheurs de cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas nécessaire que matériellement on manifeste par des pleurs sa douleur des péchés, mais il suffit qu’en son cœur on fasse plus de cas d’avoir offensé Dieu que de tout autre malheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être universelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux dire qu’elle doit s’étendre à tous les péchés mortels commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle s’étendre à tous les péchés mortels commis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui garde même un seul péché mortel sans s’en repentir reste l’ennemi de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour avoir la douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour avoir la douleur de nos péchés, nous devons la demander à Dieu du fond du cœur et l’exciter en nous par la considération du grand mal que nous avons fait en péchant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment ferez-vous pour vous exciter à détester vos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour m’exciter à détester mes péchés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 je considérerai la rigueur de la justice infinie de Dieu, et la laideur du péché qui a souillé mon âme et m’a rendu digne des peines éternelles de l’enfer ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 je considérerai que j’ai perdu la grâce et l’amitié divine, mon titre d’enfant de Dieu et le droit au céleste héritage ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que j’ai offensé mon Rédempteur mort pour moi et que mes péchés ont été la cause de sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 que j’ai méprisé mon Créateur, mon Dieu ; que je me suis détourné de Lui, mon Souverain Bien, digne d’être aimé par dessus tout et servi fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir grand soin, quand nous allons nous confesser, d’avoir une vraie douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous allons nous confesser, nous devons certainement avoir grand soin d’avoir une vraie douleur de nos péchés, parce que c’est la chose la plus importante de toutes, et que, si la douleur manque, la confession est nulle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui ne confesse que des péchés véniels doit-il avoir la douleur de tous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on ne confesse que des péchés véniels, pour que la confession soit valide, il suffit qu’on ait le repentir de quelques uns ; mais pour obtenir le pardon de tous, il est nécessaire qu’on se repente de tous ceux qu’on reconnaît avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait-il une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait une confession nulle ; de plus, cette confession est sacrilège, si c’est avec advertance qu’il manque de douleur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels, il est prudent d’accuser en outre, avec une vraie douleur, quelque péché plus grave de la vie passée, bien qu’il ait été déjà accusé d’autres fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de faire souvent l’acte de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon et très utile de faire souvent l’acte de contrition, surtout avant de se coucher et quand on s’aperçoit qu’on est tombé dans un péché mortel ou qu’on en a un doute, afin de se remettre au plus vite en état de grâce. C’est surtout utile pour obtenir plus facilement de Dieu la grâce de faire le même acte quand on en aura le plus de besoin, c’est-à-dire quand on sera en danger de mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le bon propos. ====&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bon propos consiste en une volonté résolue de ne jamais plus commettre le péché et d’employer tous les moyens nécessaires pour le fuir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir cette résolution pour être un bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être un bon propos, cette résolution doit avoir principalement trois qualités ; elle doit être absolue, universelle et efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être absolu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends que le bon propos doit être sans aucune condition de temps, de lieu ou de personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être universel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être universel, j’entends que nous devons avoir la volonté de fuir tous les péchés mortels, autant ceux que nous avons déjà commis que tous les autres que nous pourrions commettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être efficace, j’entends qu’il faut avoir une volonté résolue à perdre tout plutôt que de commettre un nouveau péché, à fuir les occasions dangereuses de pécher, à détruire les mauvaises habitudes, et à accomplir toutes les obligations contractées en conséquence de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par mauvaise habitude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par mauvaise habitude, on entend la disposition acquise à tomber facilement dans les péchés auxquels nous nous sommes accoutumés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire pour corriger les mauvaises habitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour corriger les mauvaises habitudes, nous devons veiller sur nous, prier beaucoup, nous confesser fréquemment, avoir un bon directeur, n’en pas changer, et mettre en pratique les conseils et les remèdes qu’il nous propose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par occasions dangereuses de pécher ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par occasions dangereuses de pécher on entend toutes les circonstances de temps, de lieu, de personnes ou de choses qui, de leur nature ou à cause de notre fragilité, nous portent à commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous gravement obligés de fuir toutes les occasions dangereuses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes gravement obligés de fuir les occasions dangereuses qui, ordinairement, nous portent à commettre le péché mortel et qu’on appelle les occasions prochaines du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché doit le dire à son confesseur et s’en tenir à ses conseils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations aident à nous porter au bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce seront les mêmes considérations qui nous aident à nous exciter à la douleur, c’est-à-dire la crainte de la justice de Dieu et l’amour de son infinie bonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’accusation des péchés au confesseur. ====&lt;br /&gt;
''Après vous être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après m’être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, j’irai faire au confesseur l’accusation de mes péchés pour en avoir l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels péchés sommes-nous obligés de nous confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de nous confesser de tous les péchés mortels, mais il est bon de confesser aussi les véniels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir l’accusation des péchés ou confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales qualités que doit avoir l’accusation des péchés sont au nombre de cinq : elle doit être humble, entière, sincère, prudente et brève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être humble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que le pénitent doit s’accuser devant son confesseur sans arrogance dans l’esprit ou les paroles, mais avec le sentiment d’un coupable qui reconnaît sa faute et comparaît devant le juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’on doit manifester, avec leurs circonstances et leur nombre, tous les péchés mortels commis depuis la dernière confession bien faite, et dont on a conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles circonstances doit-on manifester pour que l’accusation soit entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que l’accusation soit entière, on doit manifester les circonstances qui changent l’espèce du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les circonstances qui changent l’espèce du péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les circonstances qui changent l’espèce du péché sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 celles par lesquelles une action coupable de vénielle devient mortelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 celles par lesquelles une action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi un exemple d’une circonstance qui fasse devenir mortel un péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, pour s’excuser, ferait un mensonge d’où résulterait un grave dommage pour le prochain devrait manifester cette circonstance qui, d’officieux rend le mensonge gravement pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi maintenant un exemple d’une circonstance par laquelle une même action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui aurait dérobé une chose sacrée devrait accuser cette circonstance qui ajoute au vol la malice du sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, devrait-on s’en accuser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, on ne serait pas obligé de s’en confesser : et si on voulait l’accuser, on devrait ajouter que l’on n’est pas certain de l’avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés, doit en accuser le nombre approximatif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, par oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a-t-il fait une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par pur oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a fait une bonne confession, pourvu qu’il ait apporté à s’en rappeler tout le soin qu’il devait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, sommes-nous obligés de nous en accuser dans une autre confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, nous sommes certainement obligés de l’accuser la première fois que nous allons nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle faute commet celui qui, par honte ou par quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par honte ou pour quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession, profane le sacrement et se rend par suite coupable d’un très grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, pour mettre ordre à sa conscience, celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession, doit faire connaître au confesseur le péché qu’il a caché, dire dans combien de confessions il l’a caché et refaire toutes les confessions depuis la dernière qui fut bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations doit faire celui qui serait tenté de cacher quelque péché en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui serait tenté de cacher quelque péché grave en confession doit considérer : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 qu’il n’a pas eu honte de pécher en présence de Dieu qui voit tout ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 qu’il vaut mieux manifester ses péchés en secret à un confesseur que de vivre toujours inquiet, dans le péché, de faire une mort malheureuse et d’être couvert de confusion devant tout le monde au jugement général ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que le confesseur est obligé au secret sacramentel, qu’il ne peut violer sans commettre un très grave péché et sans s’exposer aux peines temporelles et éternelles les plus sévères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être sincère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’il faut déclarer ses péchés tels qu’ils sont, sans les excuser, les diminuer ou les augmenter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être prudente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’en confessant nos péchés nous devons employer les termes les plus modestes, et que nous devons nous bien garder de découvrir les péchés des autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être brève ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que nous ne devons dire au confesseur rien d’inutile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas pénible de devoir confesser ses péchés à un autre, surtout si ces péchés sont très déshonorants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu’il puisse être pénible de confesser ses péchés à un autre, il faut le faire, parce que c’est de précepte divin et qu’on ne peut obtenir autrement le pardon des péchés commis ; et de plus parce que la difficulté qu’on éprouve à se confesser est compensée par de nombreux avantages et de grandes consolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La manière de se confesser. ====&lt;br /&gt;
''Comment vous présenterez-vous au confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’agenouillerai aux pieds du confesseur et je dirai : &amp;quot; Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous pendant que le confesseur vous donnera la bénédiction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’inclinerai humblement pour la recevoir, et je ferai le signe de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a fait le signe de la Croix, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a fait le signe de la Croix on doit dire : &amp;quot; Je me confesse à Dieu tout-puissant, à la Bienheureuse Vierge Marie, à tous les Saints et à vous, mon Père spirituel, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et ensuite, que faut-il dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il faut dire : &amp;quot; Je me suis confessé depuis tant de temps ; par la grâce de Dieu j’ai reçu l’absolution, j’ai fait la pénitence, et j’ai fait la sainte Communion &amp;quot;. Ensuite on accuse ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand vous avez fini l’accusation de vos péchés, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’aurai fini l’accusation de mes péchés, je dirai : &amp;quot; Je m’accuse encore de tous les péchés de la vie passée, spécialement contre telle ou telle vertu, ( par exemple contre la pureté, contre le quatrième commandement, etc.) &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après cette accusation, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit dire : &amp;quot; de tous ces péchés et de tous ceux que j’ai oubliés, je demande pardon à Dieu de tout mon cœur ; et à vous, mon Père spirituel, je demande la pénitence et l’absolution &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a ainsi terminé l’accusation des péchés, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a terminé l’accusation des péchés, il faut écouter avec respect ce que dira le confesseur ; recevoir la pénitence avec une volonté sincère de l’accomplir ; et, pendant qu’il donnera l’absolution, renouveler dans son cœur l’acte de contrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois l’absolution reçue, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution reçue, il faut remercier le Seigneur ; faire au plus tôt la pénitence ; et mettre en pratique les avis du confesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. L’absolution. ====&lt;br /&gt;
''Les confesseurs doivent-ils toujours donner l’absolution à ceux qui se confessent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les confesseurs ne doivent donner l’absolution qu’à ceux qu’ils jugent bien disposés à la recevoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les confesseurs peuvent-ils quelquefois différer ou refuser l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement les confesseurs peuvent, mais ils doivent différer ou refuser l’absolution dans certains cas, pour ne pas profaner le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés et à qui l’on doit ordinairement refuser ou différer l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés sont principalement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 ceux qui ne connaissent pas les principaux mystères de la foi, ou qui négligent de s’instruire des principaux points de la Doctrine chrétienne qu’ils sont obligés de savoir selon leur état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux qui sont gravement négligents à faire leur examen de conscience et qui ne donnent pas des signes de douleur et de repentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 ceux qui, le pouvant, ne veulent pas restituer le bien d’autrui qu’ils ont pris ou rétablir la réputation qu’ils ont enlevée ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 ceux qui ne pardonnent pas du fond du cœur à leurs ennemis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 ceux qui ne veulent pas employer les moyens nécessaires pour se corriger de leurs mauvaises habitudes ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 ceux qui ne veulent pas fuir les occasions prochaines de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’y a pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ; c’est au contraire de la charité : il agit comme un bon médecin qui essaie de tous les remèdes même désagréables et douloureux, pour sauver la vie du malade. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution devra-t-il se désespérer ou s’éloigner tout à fait de la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution ne doit pas se désespérer ni s’éloigner tout à fait de la confession ; mais il doit s’humilier, reconnaître son état déplorable, profiter des bons conseils que lui donne le confesseur, et ainsi se mettre le plus tôt possible en état de mériter l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le pénitent par rapport au choix du confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vrai pénitent doit se recommander beaucoup à Dieu pour le choix d’un confesseur pieux, instruit et prudent ; puis il doit se remettre entre ses mains et se soumettre à lui comme à son juge et son médecin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 9. La satisfaction ou pénitence. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction, qu’on appelle aussi pénitence sacramentelle, est un des actes du pénitent par lequel il donne une certaine compensation à la Justice divine pour les péchés commis, en accomplissant les œuvres que lui impose le confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pénitent est-il obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent est obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur, s’il peut la faire ; et s’il ne peut pas la faire, il doit le lui dire humblement et lui en demander une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le confesseur n’a pas prescrit un temps déterminé, on doit la faire au plus tôt et tâcher de la faire en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire la pénitence en son entier et avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la confession impose-t-on une pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
on impose une pénitence parce que, ordinairement, après l’absolution sacramentelle qui remet la faute et la peine éternelle, il reste une peine temporelle à payer en ce monde ou dans le purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle raison Notre Seigneur a-t-il voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés, et non dans le Sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur a voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés et non dans le sacrement de Pénitence, parce que les péchés après le Baptême sont beaucoup plus graves, étant commis avec plus de connaissance et d’ingratitude pour les bienfaits de Dieu ; et aussi afin que l’obligation de satisfaire pour ces péchés soit un frein qui empêche d’y retomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous par nous-mêmes satisfaire à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas satisfaire à Dieu ; mais nous le pouvons en nous unissant à Jésus-Christ qui, par le mérite de sa passion et de sa mort, donne de la valeur à nos actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La pénitence que donne le confesseur suffit-elle toujours à effacer la peine qui reste due pour les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que donne le confesseur ne suffit pas ordinairement à payer toute la peine due pour les péchés ; aussi il faut tâcher d’y suppléer par d’autres pénitences volontaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de pénitence peuvent se réduire à trois espèces : la prière, le jeûne, l’aumône. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends par prière toute sorte d’exercices de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par jeûne toute sorte de mortifications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par aumône ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par aumône toute œuvre de miséricorde spirituelle et corporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle pénitence est la plus méritoire, celle que donne le confesseur ou celle que nous nous imposons de nous-mêmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que nous donne le confesseur est la plus méritoire, parce que, faisant partie du sacrement, elle reçoit une plus grande efficacité des mérites de la passion de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui meurent après avoir reçu l’absolution mais avant d’avoir pleinement satisfait à la justice de Dieu, vont-ils tout droit en paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ils vont en purgatoire pour y satisfaire à la justice de Dieu et se purifier entièrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous soulager dans leurs peines les âmes en purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les âmes qui sont en purgatoire peuvent être soulagées par les prières, les aumônes, toutes les autres bonnes œuvres, par les indulgences, et surtout par le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la pénitence, que doit encore faire le pénitent après la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent, après la confession, outre la pénitence, s’il a injustement fait tort au prochain dans ses biens ou son honneur, ou s’il lui a donné du scandale, doit au plus tôt et autant qu’il est possible, lui restituer les biens, rétablir son honneur et réparer le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on réparer le scandale qu’on a causé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut réparer le scandale qu’on a causé en faisant cesser l’occasion, et en édifiant par ses paroles et ses bons exemples ceux qu’on a scandalisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quelle manière devra-t-on satisfaire au prochain si on l’a offensé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On devra satisfaire au prochain qu’on a offensé, en lui demandant pardon on en lui faisant quelque autre réparation convenable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels fruits produit en nous une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une bonne confession : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 nous remet les péchés commis et nous donne la grâce de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous rend la paix et le repos de la conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rouvre les portes du paradis et change la peine éternelle de l’enfer en peine temporelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 nous préserve des rechutes et nous rend capables de gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 10. Les indulgences. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence est la rémission de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés quant à la faute ; rémission que l’Église nous accorde en dehors du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui l’Église a-t-elle reçu le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d’accorder les indulgences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église nous remet-elle la peine temporelle par les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église nous remet la peine temporelle par les indulgences, en nous appliquant les satisfactions surabondantes de Jésus-Christ de la très sainte Vierge et des Saints qui forment ce qu’on appelle le trésor de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir d’accorder les indulgences appartient au Pape seul pour toute l’Église, et à l’Évêque dans son diocèse, dans la mesure où le Pape le lui a concédé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’espèces d’indulgences ?.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux espèces d’indulgences : l’indulgence plénière et l’indulgence partielle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence plénière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence plénière est celle qui remet toute la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc quelqu’un mourait après avoir reçu cette indulgence, il irait tout droit au paradis, échappant absolument aux peines du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence partielle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence partielle est celle qui ne remet qu’une partie de la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend faire l’Église en accordant les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En accordant les indulgences, l’Église entend venir en aide à notre incapacité d’expier en ce monde toute la peine temporelle en nous faisant obtenir par des œuvres de piété et de charité chrétienne ce que, dans les premiers siècles, elle faisait obtenir par la rigueur des canons pénitentiels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans, et autres expressions semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans et autres expressions semblables, on entend la rémission de la peine temporelle qu’on aurait obtenue par quarante jours, cent jours, sept ans, de la pénitence publique établie anciennement dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas devons-nous faire des indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire un très grand cas des indulgences parce que, par elles, on satisfait à la justice de Dieu et on obtient plus vite et plus facilement la possession du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions requises pour gagner les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions requises pour gagner les indulgences sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l l’état de grâce (au moins dans la dernière des œuvres qu’on accomplit) et l’exemption même des péchés, véniels, dont on veut effacer la peine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’accomplissement des œuvres que prescrit l’Église pour obtenir l’indulgence &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’intention de la gagner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les indulgences peuvent-elles aussi être appliquées aux âmes du purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les indulgences peuvent être appliquées aux âmes du purgatoire quand celui qui les accorde déclare qu’on peut les leur appliquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Jubilé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Jubilé, concédé ordinairement tous les vingt-cinq ans, est une indulgence plénière à laquelle sont joints beaucoup de privilèges et de concessions particulières, comme de pouvoir obtenir l’absolution de certains péchés réservés et des censures, et la commutation de certains vœux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : L’Extrême-onction ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Extrême-onction est le sacrement institué pour le soulagement spirituel et même corporel des malades en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement d’Extrême-onction produit les effets suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 il augmente la grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 il efface les péchés véniels et même les péchés mortels que le malade repentant ne pourrait plus confesser ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 il enlève cette faiblesse et cette langueur pour le bien qui restent même après avoir obtenu le pardon des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 il donne la force de supporter le mal avec patience, de résister aux tentations et de mourir saintement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 il aide à recouvrer la santé du corps, si c’est utile au salut de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel moment doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit recevoir l’Extrême-onction quand la maladie est dangereuse et que le malade a reçu, si c’est possible, les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; même il est bon de la recevoir quand on est encore en pleine connaissance et qu’on garde quelque espoir de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est encore en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie, parce que, en la recevant avec de meilleures dispositions on peut en retirer plus de fruits, et encore parce que si, pour le bien de l’âme, ce sacrement rend la santé du corps, c’est en secondant les forces de la nature et qu’il ne faut donc pas attendre que tout espoir soit perdu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles dispositions doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales dispositions pour recevoir l’Extrême-onction sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
être en état de grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
avoir confiance dans l’efficacité du sacrement et à la miséricorde divine, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et se résigner à la volonté de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sentiments doit éprouver le malade à la vue du prêtre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la vue du prêtre, le malade doit éprouver des sentiments de reconnaissance envers Dieu pour le lui avoir envoyé ; il doit le recevoir volontiers et demander de lui-même, s’il le peut, les secours de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : L’Ordre ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ordre est le sacrement qui donne le pouvoir d’exercer les fonctions sacrées qui regardent le culte de Dieu et le salut des âmes, et qui imprime dans l’âme de celui qui le reçoit le caractère de ministre de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle l’Ordre, parce qu’il comporte plusieurs degrés subordonnés les uns aux autres, d’où résulte la hiérarchie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ces degrés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus élevé d’entre eux est l’Épiscopat qui contient la plénitude du sacerdoce ; ensuite le Presbytérat ou le simple Sacerdoce ; puis le Diaconat et les Ordres qu’on appelle Ordres mineurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal dans la dernière Cène quand il conféra aux Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de consacrer la très sainte Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, le jour de sa résurrection, il leur conféra le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, les constituant ainsi les premiers prêtres de la nouvelle loi dans toute la plénitude de leur pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul ministre de ce sacrement est l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La dignité du Sacerdoce chrétien est donc bien grande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Sacerdoce chrétien est très grande en raison de la double puissance que lui a conférée Jésus-Christ sur son corps réel et sur son corps mystique qui est l’Église, et en raison de la divine mission confiée aux prêtres de conduire tous les hommes à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique est-il nécessaire dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique est nécessaire dans l’Église parce que, sans lui, les fidèles seraient privés du saint sacrifice de la Messe et de la plus grande partie des sacrements ; ils n’auraient personne pour les instruire dans la foi, ils resteraient comme des brebis sans pasteur à la merci des loups, en un mot l’Église n’existerait plus comme Jésus-Christ l’a instituée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique ne cessera donc jamais sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique, malgré la guerre que lui fait l’enfer, durera jusqu’à la fin des siècles, car Jésus-Christ a promis que les puissances de l’enfer ne prévaudraient jamais contre son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de mépriser les prêtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave, parce que le mépris et les injures qui s’adressent au prêtre, atteignent Jésus-Christ lui-même qui a dit à ses Apôtres : &amp;quot; Qui vous méprise me méprise &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel doit être le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique doit être uniquement la gloire de Dieu et le salut des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui est nécessaire pour entrer dans l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entrer dans l’état ecclésiastique, ce qui est nécessaire avant tout, c’est la vocation divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prier avec ferveur Notre Seigneur de manifester quelle est sa volonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prendre conseil de son Évêque ou d’un sage et prudent directeur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 examiner avec soin si on a les aptitudes nécessaires pour les études, les fonctions et les obligations de cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans la vocation divine ferait-il mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans y être appelé de Dieu ferait un mal très grave et se mettrait en danger de perdition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique font-ils mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique commettent eux aussi une faute très grave, parce que, en cela, ils usurpent le droit que Dieu s’est réservé à lui-même de choisir ses ministres, et qu’ils mettent leur fils en péril de damnation éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les devoirs des fidèles envers ceux qui sont appelés aux saints Ordres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 laisser à leurs fils et à ceux qui sont sous leur dépendance pleine liberté de suivre la vocation divine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prier Dieu qu’il daigne accorder à son Église de bons pasteurs et des ministres zélés ; et c’est aussi dans ce but qu’a été institué le jeûne des Quatre Temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 avoir un respect singulier pour tous ceux qui, par les Ordres, sont consacrés au service de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le Mariage. ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature du sacrement du Mariage. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage est un sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui établit une union sainte et indissoluble entre l’homme et la femme et leur donne la grâce de s’aimer l’un l’autre saintement et d’élever chrétiennement leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui le Mariage a-t-il été institué ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage a été institué par Dieu lui-même au paradis terrestre ; et dans le Nouveau Testament, il a été élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Mariage a-t-il quelque signification spéciale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage signifie l’union indissoluble de Jésus-Christ avec la sainte Église, son épouse et notre mère très aimante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que le lien du Mariage est indissoluble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que le lien du Mariage est indissoluble ou qu’il ne peut être brisé que par la mort d’un des époux, parce que Dieu l’a établi ainsi dès le commencement et que Jésus-Christ Notre Seigneur l’a à son tour solennellement proclamé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le mariage chrétien pourrait-on séparer le contrat du sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le mariage entre deux chrétiens on ne peut séparer le contrat du sacrement, parce que, pour eux, le mariage n’est pas autre chose que le contrat naturel lui-même élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Entre les chrétiens il ne peut donc y avoir de vrai mariage sans le sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les chrétiens il ne peut y avoir de vrai mariage sans le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 donne un accroissement de grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 confère la grâce spéciale pour remplir fidèlement tous les devoirs matrimoniaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministres, cérémonies et dispositions. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les ministres de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ministres de ce sacrement sont les époux eux-mêmes qui, réciproquement, se confèrent et reçoivent le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est administré ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement, conservant la nature du contrat, est administré par les époux eux-mêmes, déclarant, en présence de leur curé ou de son délégué et de deux témoins, qu’ils s’unissent par le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert donc la bénédiction que le curé donne aux époux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La bénédiction que le curé donne aux époux n’est pas nécessaire pour constituer le sacrement mais elle est donnée pour sanctionner au nom de l’Église leur union, et pour appeler toujours davantage sur eux la bénédiction de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui contracte mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui contracte mariage doit avoir l’intention : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 de faire la volonté de Dieu qui l’appelle à cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’opérer dans le mariage le salut de son âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 d’élever chrétiennement ses enfants, si Dieu lui donne d’en avoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les époux doivent-ils se disposer pour recevoir avec fruit le sacrement du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les époux, pour recevoir avec fruit le sacrement de Mariage, doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 se recommander à Dieu du fond du cœur pour connaître sa volonté et obtenir de lui les grâces qui sont nécessaires dans cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 avant de se fiancer, consulter leurs parents comme l’exigent l’obéissance et le respect qui leur sont dus ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 se préparer par une bonne confession et même, s’il le faut, par une confession générale de toute leur vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 éviter dans leurs rapports toute familiarité dangereuse d’actes ou de paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales obligations des personnes unies par le mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes unies par le mariage doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 garder inviolablement la fidélité conjugale et se comporter toujours chrétiennement en toute chose ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 s’aimer l’un l’autre en se supportant mutuellement, et vivre dans la paix et la concorde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 s’ils ont des enfants, penser sérieusement à les pourvoir selon le besoin, leur donner une éducation chrétienne et leur laisser la liberté de choisir l’état auquel ils sont appelés de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Conditions et empêchements. ====&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter validement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter validement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tout empêchement dirimant du mariage et donner librement son consentement au contrat du mariage devant son curé (ou un prêtre délégué par lui) et deux témoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter licitement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter licitement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tous les empêchements prohibant du mariage, être instruit des choses principales de la religion et être en état de grâce, car sans cela on commettrait un sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les empêchements de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les empêchements de mariage sont les diverses circonstances qui rendent le mariage invalide ou illicite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier cas on les appelle empêchements dirimants, dans le second, empêchements prohibant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnez-moi des exemples d’empêchements dirimants ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements dirimants, par exemple, la parenté naturelle jusqu’au quatrième degré, la parenté spirituelle, le vœu solennel de chasteté, la diversité de culte entre les baptisés et les non baptisés, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi des exemples d’empêchements prohibants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements prohibants, par exemple, le temps prohibé, le vœu simple de chasteté, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les fidèles sont-ils obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles sont obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ; et c’est pour cela que les curés publient les bans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’établir des empêchements de mariage, d’en dispenser et de juger de la validité du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage entre chrétiens, comme il n’y a qu’elle qui puisse dispenser des empêchements qu’elle a établis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi n’y a-t-il que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements, de juger de la validité du mariage et de dispenser des empêchements qu’elle a établis, parce que, dans le mariage chrétien, le contrat lui-même tombe sous le pouvoir de l’Église à laquelle seule Jésus-Christ a donné le droit de faire des lois et de porter des décisions dans les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’autorité civile peut-elle par le divorce briser le lien du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le lien du mariage chrétien ne peut être brisé par l’autorité civile, parce que celle-ci ne peut s’ingérer en matière de sacrement ni séparer ce que Dieu a uni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mariage civil n’est autre chose qu’une pure formalité prescrite par la loi pour donner et assurer les effets civils du mariage aux époux et à leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour un chrétien de ne faire que le mariage ou un contrat civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour un chrétien, il ne suffit pas de ne faire que le contrat civil, parce que ce n’est pas un sacrement ni, par suite, un vrai mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle condition seraient des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil seraient dans un état habituel de péché mortel, et leur union resterait toujours illégitime devant Dieu et l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on faire aussi le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire le mariage civil, parce que, bien qu’il ne soit pas un sacrement, il sert cependant à garantir aux contractants et à leurs enfants les effets civils de la société conjugale ; et c’est pour cela que, en règle générale, l’autorité ecclésiastique ne permet le mariage religieux que lorsqu’ont été accomplies les formalités prescrites par l’autorité civile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== CINQUIEME PARTIE : Les principales vertus et les autres choses qu’un chrétien doit savoir.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les principales vertus.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les vertus théologales. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la vertu surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vertu surnaturelle est une qualité que Dieu infuse dans l’âme et par laquelle on a de l’inclination, de la facilité et de la promptitude à connaître et à faire le bien par rapport à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de vertus surnaturelles principales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vertus surnaturelles principales, savoir : trois théologales et quatre cardinales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales sont : la Foi, l’Espérance et la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité sont-elles appelées vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi, l’Espérance et la Charité sont appelées vertus théologales parce qu’elles ont Dieu pour objet immédiat et principal, et que c’est Lui qui les met en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les vertus théologales ont-elles Dieu pour objet immédiat ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales ont Dieu pour objet immédiat parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Foi nous croyons en Dieu et nous croyons tout ce qu’il a révélé ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par l’Espérance nous espérons posséder Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Charité nous aimons Dieu et, en Lui, nous nous aimons nous-mêmes et nous aimons le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Dieu met en notre âme les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu, par sa bonté, répand en notre âme les vertus théologales quand il nous orne de la grâce sanctifiante ; ainsi quand nous avons reçu le Baptême, nous avons été enrichis de ces vertus en même temps que des dons du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé, d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a l’usage de la raison il ne suffit pas d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême, mais il est nécessaire d’en faire souvent les actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand sommes-nous obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l quand nous sommes arrivés à l’usage de la raison ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 souvent au cours de la vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 quand nous sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La Foi. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle, appuyés sur l’autorité de Dieu même, nous croyons tout ce qu’il a révélé et qu’il nous propose de croire par son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment connaissons-nous les vérités révélées de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous connaissons les vérités révélées de Dieu par l’intermédiaire de la sainte Église qui est infaillible ; c’est-à-dire par l’intermédiaire du Pape, successeur de saint Pierre, et par l’intermédiaire des Évêques, successeurs des Apôtres, qui furent instruits par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous sûrs des choses que la sainte Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes absolument certains des choses que la sainte Église nous enseigne, parce que Jésus-Christ a donné sa parole que l’Église ne se tromperait jamais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quel péché perd-on, la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Foi par la négation ou le doute volontaire, quand l’objet n’en serait même qu’un seul des articles proposés à notre croyance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Foi perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Foi perdue en se repentant du péché commis et en croyant de nouveau tout ce que croit la sainte Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les mystères. ====&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre toutes les vérités de la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons pas comprendre toutes les vérités de la Foi, parce que quelques-unes sont des mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont des vérités supérieures à la raison, que nous devons croire bien que nous ne puissions les comprendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous croire les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons croire les mystères parce qu’ils ont été révélés de Dieu, qui, étant la Vérité et la Bonté infinies, ne peut ni se tromper ni nous tromper. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les mystères sont-ils contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont supérieurs et non contraires à la raison ; et même la raison elle-même nous persuade de les admettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mystères ne peuvent-ils être contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères ne peuvent être contraires à la raison parce que c’est le même Dieu qui nous a donné la lumière de la raison et qui a révélé les mystères, et qu’il ne peut se contredire lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. L’Écriture Sainte. ====&lt;br /&gt;
''Où sont contenues les vérités que Dieu a révélées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vérités que Dieu a révélées sont contenues dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est la collection des livres écrits par les Prophètes et les Hagiographes, les Apôtres et les Évangélistes, sous l’inspiration du Saint-Esprit, et reçus par l’Église comme inspirés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En combien de parties se divise la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte se divise en deux parties, l’Ancien et le Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ancien Testament contient les livres inspirés écrits avant la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient le Nouveau Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Nouveau Testament contient les livres inspirés écrits après la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel nom appelle-t-on communément l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée communément la sainte Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Bible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Bible veut dire la collection des livres saints, le livre par excellence, le livre des livres, le livre inspiré de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Écriture Sainte est-elle appelée le livre par excellence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée le livre par excellence, à cause de l’excellence des matières qu’elle traite et de l’auteur qui l’a inspirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-il pas y avoir d’erreur dans l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut y avoir aucune erreur dans l’Écriture Sainte puisque, en effet, elle est inspirée de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’auteur de toutes ses parties est Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela n’empêche pas que dans les copies et les traductions qui en ont été faites, il ne puisse s’être glissé quelques fautes ou des copistes ou des traducteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans les éditions revues et approuvées par l’Église catholique, il ne peut y avoir d’erreur en ce qui regarde la foi ou la morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La lecture de la Bible est-elle nécessaire à tous les chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lecture de la Bible n’est pas nécessaire à tous les chrétiens, puisqu’ils sont instruits par l’Église ; cependant elle est très utile et recommandée à tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on lire quelque traduction que ce soit de la Bible en langue vulgaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut lire les traductions de la Bible en langue vulgaire qui sont reconnues fidèles par l’Église catholique, et qui sont accompagnées d’explications approuvées par elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ne peut-on lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église parce qu’elle seule est la légitime gardienne de la Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui pouvons-nous connaître le vrai sens des Saintes Écritures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne pouvons connaître le vrai sens des Saintes Écritures que par l’interprétation de l’Église, parce que seule elle est garantie d’erreur en cette interprétation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devrait faire un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants devrait la rejeter avec horreur, parce qu’elle est interdite par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’avait reçue sans y faire attention, il devrait au plus tôt la jeter au feu ou la remettre à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église interdit-elle les Bibles protestantes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église interdit les Bibles protestantes parce que, ou bien elles sont altérées et contiennent des erreurs, ou bien, manquant de son approbation et de notes qui expliquent les sens obscurs, elles peuvent nuire à la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison encore que l’Église interdit même les traductions de la Sainte Écriture qu’elle a déjà approuvées, mais qui ont été réimprimées sans des explications approuvées par elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La Tradition. ====&lt;br /&gt;
''Dites-moi ce que c’est que la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tradition est la parole de Dieu qui n’est pas écrite, mais qui, communiquée de vive voix par Jésus-Christ et par les Apôtres, est parvenue sans altération de siècle en siècle jusqu’à nous par le moyen de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où sont contenus les enseignements de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements de la Tradition sont contenus principalement dans les décrets des Conciles, les écrits des saints Pères, les actes du Saint-Siège, les paroles et les usages de la Liturgie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas faut-il faire de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut faire de la Tradition le même cas que de la parole de Dieu révélée que contient l’Écriture Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’Espérance. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Espérance est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous désirons et nous attendons la vie éternelle que Dieu a promise à ses serviteurs, et les secours nécessaires pour l’obtenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif devons-nous espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner, parce que Dieu très miséricordieux, par les mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’a promis à qui le sert de tout cœur ; et comme il est très fidèle et tout-puissant, il tient toujours ses promesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions nécessaires pour obtenir le paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions nécessaires pour obtenir le paradis sont la grâce de Dieu, l’exercice des bonnes œuvres, et la persévérance jusqu’à la mort dans son saint amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd l’Espérance toutes les fois qu’on perd la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On la perd encore par les péchés de désespoir ou de présomption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on l’Espérance perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre l’Espérance perdue en se repentant du péché commis et en s’excitant de nouveau à la confiance en la bonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La Charité. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quels motifs devons-nous aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer Dieu parce qu’il est le souverain bien, infiniment bon et parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aussi l’aimer à cause du commandement qu’il nous en fait et des grands bienfaits que nous recevons de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit aimer Dieu par dessus toutes choses, de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toutes ses forces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu par dessus toutes choses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu par dessus toutes choses, c’est le préférer à toutes les créatures les plus chères et les plus parfaites, et être disposé à perdre tout plutôt que de l’offenser et de cesser de l’aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre cœur, c’est lui consacrer tous nos sentiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre esprit, c’est diriger vers lui toutes nos pensées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toute notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toute notre âme, c’est lui consacrer l’usage de toutes les puissances de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toutes nos forces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toutes nos forces, c’est nous efforcer de grandir toujours davantage dans son amour, et faire en sorte que toutes nos actions aient pour motif et pour fin son amour et le désir de lui plaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous aimer le prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer le prochain pour l’amour de Dieu, parce qu’Il nous le commande et parce que tout homme est son image. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’aimer aussi nos ennemis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés d’aimer nos ennemis parce que, eux aussi, sont notre prochain et parce que Jésus-Christ nous en a fait un commandement formel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer le prochain comme soi-même ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous nous aimons comme il faut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous aimons comme il faut quand nous cherchons à servir Dieu et à mettre en Lui notre félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Charité par tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Charité en faisant des actes d’amour de Dieu, en se repentant et en se confessant comme il faut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. Les vertus cardinales ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus cardinales sont la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont-elles appelées vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont appelées vertus cardinales parce qu’elles sont le pivot ( latin cardo ) et le fondement des vertus morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Prudence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence est la vertu qui dirige toute action vers son but légitime et cherche, par suite, les moyens convenables pour que l’action soit bien faite de toutes façons et, par là, agréable au Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Justice est la vertu par laquelle nous rendons à chacun ce qui lui est dû. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est la vertu qui nous rend courageux au point de ne craindre aucun danger, pas même la mort, pour le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Tempérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tempérance est la vertu par laquelle nous refrénons les désirs désordonnés des jouissances sensibles et nous usons avec modération des biens temporels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les dons du saint-Esprit. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de dons du Saint-Esprit et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept dons du Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 le don de Sagesse ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’Intelligence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de Conseil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 de Force ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 de Science ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 de Piété ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 de Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les dons du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit servent à nous confirmer dans la Foi, l’Espérance et la Charité ; et à nous rendre prompts aux actes de vertu nécessaires pour acquérir la vie chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Sagesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Sagesse est un don par lequel, élevant notre esprit au-dessus des choses terrestres et fragiles, nous contemplons les choses éternelles, c’est-à-dire la Vérité qui est Dieu, en qui nous nous complaisons et que nous aimons comme notre souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Intelligence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Intelligence est un don par lequel nous est facilitée, autant que c’est possible pour un homme mortel, l’intelligence de la Foi et des divins mystères que nous ne pouvons connaître par les lumières naturelles de notre esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Conseil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Conseil est un don par lequel, dans les doutes et les incertitudes de la vie humaine, nous connaissons ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à notre salut et à celui du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est un don qui nous inspire de l’énergie et du courage pour observer fidèlement la sainte loi de Dieu et de l’Église, en surmontant tous les obstacles et toutes les attaques de nos ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Science ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Science est un don par lequel nous apprécions sainement les choses créées, et nous connaissons la manière d’en bien user et de les diriger vers leur fin dernière qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Piété ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Piété est un don par lequel nous vénérons et nous aimons Dieu et les Saints, et nous avons des sentiments de miséricorde et de bienveillance envers le prochain pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Crainte de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Crainte de Dieu est un don qui nous fait respecter Dieu et craindre d’offenser sa divine Majesté, et qui nous détourne du mal en nous portant au bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les Béatitudes évangéliques. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Béatitudes évangéliques et quelles sont-elles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a huit Béatitudes évangéliques : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Bienheureux les miséricordieux, car ils trouveront miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ nous a-t-il proposé les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ nous a proposé les Béatitudes pour nous faire détester les maximes du monde et pour nous inviter à aimer et pratiquer les maximes de son Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux que le monde appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde appelle bienheureux ceux qui ont en abondance les richesses et les honneurs, ceux qui vivent dans les délices et qui n’ont aucune occasion de souffrir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les pauvres en esprit que Jésus-Christ appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pauvres en esprit, selon l’Évangile, sont ceux qui ont le cœur détaché des richesses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en faisant un bon usage, s’ils les possèdent &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ne les recherchant pas avec sollicitude, s’ils en sont privés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en souffrant la perte avec résignation, si elles leur sont enlevées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les doux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les doux sont ceux qui traitent le prochain avec douceur, souffrent avec patience ses défauts et les torts qu’ils en éprouvent, sans querelle, ressentiment ou vengeance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux sont ceux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui souffrent avec résignation les tribulations, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui s’affligent à cause des péchés commis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
des maux, et des scandales qu’on voit dans le monde, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’éloignement du paradis et du danger de le perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui ont faim et soif de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont faim et soif de la justice sont ceux qui désirent ardemment de croître toujours davantage dans la grâce divine et l’exercice des œuvres bonnes et vertueuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les miséricordieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les miséricordieux sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
aiment leur prochain en Dieu et pour Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ont compassion de ses misères spirituelles et corporelles, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et tâchent de le soulager selon leurs forces et leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les cœurs purs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cœurs purs sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n’ont aucune affection au péché et s’en tiennent éloignés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui fuient surtout toute sorte d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les pacifiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pacifiques sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conservent la paix avec le prochain et avec eux-mêmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui tâchent de mettre la paix entre ceux qui sont divisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui souffrent persécution par amour de la justice sont ceux qui supportent avec patience les moqueries, les blâmes et les persécutions à cause de la foi et de la loi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes signifient toutes, sous divers noms, la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Béatitudes nous procurent-elles seulement la gloire éternelle du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Béatitudes ne nous procurent pas seulement la gloire éternelle du paradis, elles sont encore les moyens de rendre notre vie aussi heureuse qu’il est possible ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les Béatitudes n’en reçoivent-ils pas déjà quelque récompense en cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, certainement, ceux qui suivent les Béatitudes en reçoivent déjà quelque récompense même en cette vie, parce qu’ils jouissent déjà d’une paix et d’un contentement intimes qui sont le principe, bien qu’encore imparfait, de la félicité éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les maximes du monde peuvent-ils se dire heureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ceux qui suivent les maximes du monde ne sont pas heureux, parce qu’ils n’ont pas la vraie paix de l’âme et qu’ils courent le danger d’être damnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les œuvres de miséricorde. ===&lt;br /&gt;
''Quelles sont les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement sont les œuvres de miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par œuvre de miséricorde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre de miséricorde est celle par laquelle on secourt les besoins spirituels ou corporels du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde corporelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l donner à manger à ceux qui ont faim, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 donner à boire à ceux qui ont soif, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 vêtir ceux qui sont nus, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 abriter les étrangers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 visiter les infirmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 visiter les prisonniers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 ensevelir les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde spirituelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 conseiller ceux qui en ont besoin, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 instruire les ignorants, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 exhorter les pécheurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 consoler les affligés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 pardonner les offenses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 supporter patiemment les personnes ennuyeuses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 prier Dieu pour les vivants et pour les morts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les péchés et leurs espèces principales. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péchés : le péché originel et le péché actuel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est celui avec lequel nous naissons tous et que nous avons contracté par la désobéissance de notre premier père Adam. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous a causés le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les torts causés par le péché d’Adam sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la privation de la grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la perte du paradis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’ignorance, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’inclination au mal, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la mort &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et toutes les autres misères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est effacé le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est effacé par le saint Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché actuel est celui que l’homme, arrivé à l’usage de la raison, commet par sa libre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péché actuel : le péché mortel et le péché véniel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel est une désobéissance à la loi divine par laquelle on manque gravement à ses devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle mortel parce qu’il donne la mort à l’âme en lui faisant perdre la grâce sanctifiante qui est la vie de l’âme, comme l’âme est la vie du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts fait à l’âme le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prive l’âme de la grâce et de l’amitié de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 lui fait perdre le paradis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la prive des mérites acquis et la rend incapable d’en acquérir de nouveaux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la rend esclave du démon ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 lui fait mériter l’enfer et aussi les châtiments de cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la gravité de la matière que faut-il pour constituer un péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la gravité de la matière, pour constituer un péché mortel, il faut la connaissance de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel est une désobéissance légère à la loi divine par laquelle on ne manque que légèrement à quelque devoir envers Dieu, envers le prochain, et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il est léger comparé au péché mortel, qu’il ne nous fait pas perdre la grâce divine et parce que Dieu le pardonne facilement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il n’y a donc pas à faire grand cas du péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait une très grande erreur, soit parce que le péché véniel contient toujours une certaine offense de Dieu, soit parce qu’il cause des torts assez graves à l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous cause le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 affaiblit et refroidit en nous la charité ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous dispose au péché mortel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rend dignes de grandes peines temporelles en ce monde ou en l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Les vices et les autres péchés très graves. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vice est une mauvaise disposition de l’âme qui la porte à fuir le bien et à faire le mal, et qui est causée par la fréquente répétition d’actes mauvais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre un péché et un vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre un péché et un vice il y a cette différence que le péché est un acte qui passe, tandis que le vice est la mauvaise habitude qu’on a contractée de tomber en quelque péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les vices qu’on appelle capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vices qu’on appelle capitaux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’Orgueil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’Avarice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la Luxure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la Colère ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la Gourmandise ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 l’Envie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 la Paresse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment triomphe-t-on des vices capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des vices capitaux par l’exercice des vertus opposées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi on triomphe : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’orgueil par l’humilité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’avarice par la libéralité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la luxure par la chasteté, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la colère par la patience, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la gourmandise par l’abstinence, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’envie par l’amour fraternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la paresse par la diligence et l’ardeur dans le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces vices sont-ils appelés capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces vices sont appelés capitaux parce qu’ils sont la source et la cause de beaucoup d’autres vices et péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a six péchés contre le Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 désespérer de son salut ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 espérer par présomption se sauver sans mérite ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 combattre la vérité connue ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 envier les grâces d’autrui ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 s’obstiner dans ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 mourir dans l’impénitence finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit parce qu’ils sont commis par pure malice, ce qui est contraire à la bonté, attribuée au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quatre péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’homicide volontaire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 le péché impur contre l’ordre de la nature ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’oppression des pauvres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 le refus du salaire aux ouvriers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu, parce que l’Esprit Saint le dit, et parce que leur iniquité est si grave et si manifeste qu’elle provoque Dieu à les punir des plus sévères châtiments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Les Fins dernières et les autres moyens principaux pour éviter le péché. ===&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Livres appellent Fins dernières les dernières choses qui arriveront à l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Fins dernières pour l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a pour l’homme quatre Fins dernières : la Mort, le Jugement, l’Enfer et le Paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme, parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la Mort est la dernière chose qui lui arrivera en ce monde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Jugement de Dieu, le dernier des jugements que nous devons subir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Enfer, le mal extrême pour les méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Paradis, le souverain bien pour les bons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous penser aux Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de penser aux Fins dernières chaque jour et particulièrement en faisant sa prière le matin au réveil, le soir avant le repos, et toutes les fois que nous sommes tentés de faire le mal, parce que cette pensée est très efficace pour nous faire éviter le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Les exercices pieux conseillés au chrétien pour chaque jour. ===&lt;br /&gt;
''Que doit faire un bon chrétien le matin à son réveil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien, le matin en s’éveillant, doit faire le signe de la Croix et offrir son cœur à Dieu, en disant ces paroles ou autres semblables : &amp;quot; Mon Dieu, je vous donne mon cœur et mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi devrait-on penser en se levant et en s’habillant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se levant et en s’habillant on devrait penser que Dieu est présent, que ce jour peut être le dernier de notre vie, et l’on doit se lever et s’habiller avec toute la modestie possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois habillé, que doit faire un bon chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois habillé, un bon chrétien doit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
se mettre en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
s’agenouiller s’il le peut, devant quelque image pieuse en disant avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Je vous adore, ô mon Dieu, et je vous aime de tout mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous remercie de m’avoir créé, fait chrétien, et conservé pendant cette nuit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous offre toutes mes actions ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je vous prie de me préserver pendant ce jour du péché et de me délivrer de tout mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il récite ensuite le Pater noster, l’Ave Maria, le Credo et les actes de Foi, d’Espérance et de Charité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les accompagnant d’un vif élan du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles pratiques de piété devrait accomplir chaque jour le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chrétien, s’il le peut, devrait chaque jour : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 assister avec dévotion à la sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 faire une visite, si courte soit elle, au très Saint Sacrement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 réciter le Chapelet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire avant de travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de travailler, on doit offrir son travail à Dieu en disant de tout son cœur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous offre ce travail : donnez-moi votre bénédiction &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle fin doit-on travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit travailler pour la gloire de Dieu et pour faire sa volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire avant son repas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant son repas, il convient de faire, debout, le signe de la Croix et de dire avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur Dieu, donnez votre bénédiction à nous et à la nourriture que nous allons prendre pour nous soutenir dans votre service &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le repas que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le repas, il convient de faire le signe de la Croix et de dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous remercie de la nourriture que vous m*’avez donnée ; rendez-moi digne de participer au banquet céleste &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on se trouve en quelque tentation, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on se trouvait en quelque tentation, il faudrait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
invoquer avec foi le saint Nom de Jésus et de Marie, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou dire avec ferveur quelque oraison jaculatoire, comme par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Faites-moi la grâce, Seigneur, de ne jamais vous offenser &amp;quot;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou bien faire le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en évitant cependant que, par ces signes extérieurs, les autres s’aperçoivent de nos tentations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir commis quelque péché, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir péché, on doit faire aussitôt un acte de contrition et tâcher de se confesser au plus tôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand hors de l’Église, on entend la sonnerie de l’élévation de l’hostie à la Messe solennelle ou de la bénédiction du très Saint Sacrement, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire, au moins de cœur, un acte d’adoration, en disant par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Loué et remercié soit à tout instant le très saint et divin sacrement &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand sonne l’Angélus, à l’aube, à midi et le soir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au son de la cloche, un bon chrétien récite l’Angélus Domini avec trois fois Ave Maria. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le soir, avant d’aller se coucher, que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’aller se coucher, le soir, il convient : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de se mettre, comme le matin, en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de réciter dévotement les mêmes prières, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de faire un court examen de conscience &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et de demander pardon à Dieu des péchés commis dans la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous avant de vous endormir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de m’endormir, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je ferai le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je penserai que je puis mourir cette nuit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je donnerai mon cœur à Dieu en disant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Mon Seigneur et mon Dieu, je vous donne mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très Sainte Trinité, faites-moi la grâce de bien vivre et de bien mourir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus, Marie, Joseph, je vous recommande mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des prières du matin et du soir, de quelle autre manière peut-on recourir à Dieu au cours de la journée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de la journée, on peut prier Dieu fréquemment par d’autres courtes prières qu’on appelle oraisons jaculatoires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites quelques oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, secourez-moi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, que votre volonté soit faite ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, je veux être tout à vous ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, miséricorde ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Doux Cœur de mon Jésus, faites que je vous aime toujours de plus en plus ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires, et on peut en dire même simplement de cœur, sans proférer de paroles, en marchant, en travaillant, etc... . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des oraisons jaculatoires à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des oraisons jaculatoires le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que se mortifier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu, ce qui plaît et accepter ce qui déplaît au sens ou à l’amour-propre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, que faut-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tâcher, si on le peut, de l’accompagner avec modestie et recueillement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et, si on ne le peut pas, faire un acte d’adoration en quelque lieu qu’on se trouve et dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Consolez, Seigneur, ce malade et donnez-lui la grâce de se conformer à votre très sainte volonté et de faire son salut &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant sonner l’agonie d’un moribond, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En entendant sonner l’agonie d’un moribond, je me rendrai si je le puis, à l’église afin de prier pour lui ; et si je ne le puis pas, je recommanderai son âme au Seigneur, en pensant qu’avant longtemps je me trouverai moi-même dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous quand vous entendrez sonner la mort de quelqu’un ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’entendrai sonner la mort de quelqu’un, je tâcherai de dire un De profundis ou un Requiem pour l’âme de ce défunt, et je me renouvellerai dans la pensée de la mort.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Le_grand_cat%C3%A9chisme_de_St_Pie_X&amp;diff=1556</id>
		<title>Le grand catéchisme de St Pie X</title>
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				<updated>2011-03-28T08:57:12Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* 2e partie : La prière. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Leçon préliminaire : La doctrine chrétienne et ses parties principales. ==&lt;br /&gt;
''Etes-vous chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous : par la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis : par la grâce de Dieu, parce que être chrétien est un don tout gratuit de Dieu que nous n’avons pu mériter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le vrai chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vrai chrétien est celui qui est baptisé, qui croit et professe la doctrine chrétienne et obéit aux pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine chrétienne est la doctrine que Jésus-Christ Notre Seigneur nous a enseignée pour nous montrer la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certainement nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ, et ceux qui négligent de le faire pèchent gravement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents et les maîtres sont-ils obligés d’envoyer au catéchisme leurs enfants et ceux qui dépendent d’eux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents et les maîtres sont obligés d’assurer à leurs enfants et à ceux qui dépendent d’eux l’enseignement de la doctrine chrétienne et ils se rendent coupables devant Dieu s’ils ne s’acquittent pas de ce devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui devons-nous recevoir et apprendre la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons recevoir et apprendre la doctrine chrétienne de la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment sommes-nous certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de la sainte Église catholique est la vraie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de l’Église catholique est la vraie, parce que Jésus-Christ, auteur divin de cette doctrine, l’a confiée par ses Apôtres à l’Église qu’il fondait et constituait maîtresse infaillible de tous les hommes, lui promettant son assistance divine jusqu’à la fin des siècles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il d’autres preuves de la vérité de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité de la doctrine chrétienne est démontrée aussi par la sainteté éminente de tant d’hommes qui l’ont professée et qui la professent ; par la force héroïque des martyrs, par la rapidité merveilleuse de sa diffusion dans le monde et par sa pleine conservation à travers tant de siècles de luttes variées et continuelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne sont au nombre de quatre : le Credo, le Pater noster, les Commandements et les Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous enseigne les principaux articles de notre sainte foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster nous enseigne tout ce que nous devons espérer de Dieu et tout ce que nous devons lui demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Commandements nous enseignent tout ce que nous devons faire pour plaire à Dieu ; et tout cela se résume à aimer Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne la doctrine des Sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine des Sacrements nous fait connaître la nature et le bon usage de ces moyens que Jésus-Christ a institués pour nous remettre les péchés, nous communiquer sa grâce, infuser et accroître en nous les vertus de Foi, d’Espérance et de Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie : Le symbole des Apôtres ou Credo.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Le Credo en général ===&lt;br /&gt;
''Quelle est la première partie de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première partie de la doctrine chrétienne est le symbole des Apôtres, appelé communément le Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous le Credo symbole des Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo est appelé symbole des Apôtres parce qu’il est un abrégé des vérités de la foi enseignées par les Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’articles dans le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans le Credo douze articles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez-les.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre Seigneur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 D’où il viendra juger les vivants et les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Je crois au Saint-Esprit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 A la sainte Église catholique, à la communion des saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 A la rémission des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 A la résurrection de la chair &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12 A la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Credo, je crois, que vous dites au commencement du Symbole ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Credo, je crois, veut dire : je tiens pour absolument vrai tout ce qui est contenu dans ces douze articles, et je le crois plus fermement que si je le voyais de mes yeux ; parce que Dieu, qui ne peut ni se tromper ni tromper personne, a révélé ces vérités à la sainte Église catholique et par elle nous les révèle à nous-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contiennent les articles du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les articles du Credo contiennent les principales choses que nous devons croire sur Dieu, sur Jésus-Christ et sur l’Église son épouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bien utile de réciter souvent le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de réciter souvent le Credo pour imprimer toujours davantage dans notre cœur les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le premier article du Symbole.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Dieu le Père et la création. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le premier article : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier article du Credo nous enseigne qu’il y a un seul Dieu, qu’il est tout-puissant, et qu’il a créé le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous qu’il y a un Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons qu’il y a un Dieu parce que notre raison nous le démontre et que la foi nous le confirme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à Dieu le nom de Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à Dieu le nom de Père : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’il est par nature Père de la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, c’est-à-dire du Fils qu’il a engendré ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que Dieu est le Père de tous les hommes qu’il a créés, qu’il conserve et qu’il gouverne ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 enfin parce qu’il est le Père par la grâce de tous les bons chrétiens, appelés pour cela les fils adoptifs de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Père est-il la première Personne de la Très Sainte Trinité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père est la première Personne de la Très Sainte Trinité parce qu’il ne procède pas d’une autre Personne, mais qu’il est le principe des deux autres Personnes, c’est-à-dire du Fils et du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot : tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot tout-puissant veut dire que Dieu peut faire tout ce qu’il veut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu ne peut ni pécher ni mourir : comment dit-on alors qu’il peut tout faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que Dieu peut tout faire, bien qu’il ne puisse ni pécher ni mourir, parce que le pouvoir de pécher ou de mourir n’est pas un effet de puissance mais de faiblesse, et ne peut pas être en Dieu, qui est infiniment parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Créer veut dire faire de rien : aussi Dieu est appelé le Créateur du ciel et de la terre parce qu’il a fait de rien le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le monde a-t-il été créé seulement par le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde a été créé également par les trois Personnes divines, parce que tout ce que fait une Personne concernant les créatures, les autres le font aussi dans un même acte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc la création est-elle attribuée particulièrement au Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création est attribuée spécialement au Père parce que la création est un effet de la toute puissance divine et que la toute puissance est attribuée spécialement au Père, comme la Sagesse au Fils et la Bonté au Saint-Esprit, bien que les trois Personnes soient également puissantes, sages et bonnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu a-t-il soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu a soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ; il les conserve et les gouverne par sa bonté et sa sagesse infinies, et rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette, parce qu’il y a des choses que Dieu veut et commande, et d’autres qu’il n’empêche pas, comme le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu n’empêche-t-il pas le péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu n’empêche pas le péché, parce que même de l’abus que fait l’homme de la liberté qu’il lui a été concédée, il sait retirer un bien et faire toujours resplendir davantage ou sa miséricorde ou sa justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les Anges. ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les créatures les plus nobles que Dieu ait créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus nobles créatures créées par Dieu sont les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est ce que les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges sont des créatures intelligentes et purement spirituelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il créé les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé les Anges pour être honoré et servi par eux, et pour les rendre éternellement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle forme et quelle figure ont les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges n’ont ni figure ni forme sensible parce qu’ils sont de purs esprits, créés par Dieu pour subsister sans devoir être unis à un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc représente-t-on les Anges sous des formes sensibles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On représente les Anges sous des formes sensibles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour aider notre imagination à les concevoir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que c’est ainsi qu’ils ont apparu souvent aux hommes, comme nous le lisons dans la Sainte Écriture &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Anges furent-ils tous fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, les Anges ne furent pas tous fidèles à Dieu, mais beaucoup parmi eux prétendirent par orgueil lui être égaux et être indépendants de lui ; et, à cause de ce péché, ils furent exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer s’appellent démons et leur chef s’appelle Lucifer ou Satan. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les démons peuvent-ils nous faire quelque mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les démons, si Dieu leur en donne la permission, peuvent faire beaucoup de mal et à notre âme et à notre corps, surtout en nous portant au péché par la tentation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nous tentent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les démons nous tentent à cause de l’envie qu’il nous portent et qui leur fait désirer notre damnation éternelle, et à cause de leur haine contre Dieu dont l’image resplendit en nous. Et Dieu permet les tentations, afin que nous en triomphions avec le secours de la grâce, et qu’ainsi nous pratiquions les vertus et nous acquérions des mérites pour le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous triompher des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des tentations par la vigilance, par la prière et par la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges qui sont restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges qui sont restés fidèles à Dieu s’appellent les bons Anges, les Esprits célestes ou simplement les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devinrent les Anges restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges restés fidèles à Dieu furent confirmés en grâce. Ils jouissent pour toujours de la vue de Dieu ; ils l’aiment, le bénissent et le louent éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu se sert-il des Anges comme de ses ministres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu se sert des Anges comme de ses ministres, et, en particulier, il confie à beaucoup d’entre eux la charge d’être nos gardiens et nos protecteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous devons avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien, l’honorer, invoquer son appui, suivre ses inspirations, et lui être reconnaissants pour l’assistance continuelle qu’il nous prête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’homme. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre est l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est une créature raisonnable composée d’une âme et d’un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme est la partie la plus noble de l’homme, parce qu’elle est une substance spirituelle, douée d’intelligence et de volonté, capable de connaître Dieu et de le posséder éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on voir et toucher l’âme humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut ni voir notre âme ni la toucher parce que c’est un esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’âme humaine meurt-elle avec le corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme humaine ne meurt jamais : la foi et la raison elle-même prouvent qu’elle est immortelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’homme est-il libre dans ses actions ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’homme est libre dans ses actions et chacun sent en lui-même qu’il peut faire une chose ou ne pas la faire, faire une chose plutôt qu’une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple cette liberté humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je dis volontairement un mensonge, je sens que je pourrais ne pas le dire et me taire, et que je pourrais aussi parler différemment en disant la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que l’âme humaine est spirituelle et raisonnable, libre dans ses actes, capable de connaître et d’aimer Dieu et de jouir de lui éternellement ; et ces perfections sont en nous un reflet de l’infinie grandeur du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quel état Dieu a-t-il créé nos premiers parents Adam et Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé Adam et Eve dans l’état d’innocence et de grâce ; mais bientôt ils en déchurent par le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu ne fit-il pas d’autres dons à nos premiers parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu fit à nos premiers parents d’autres dons qu’ils devaient transmettre à leurs descendants avec la grâce sanctifiante. C’étaient : l’intégrité, c’est-à-dire la parfaite soumission des sens à la raison ; l’immortalité ; l’immunité de toute douleur et misère, et la science proportionnée à leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché d’Adam fut un péché d’orgueil et de grave désobéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le châtiment du péché d’Adam et d’Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Adam et Eve perdirent la grâce de Dieu et le droit qu’ils avaient au ciel ; ils furent chassés du paradis terrestre, soumis à beaucoup de misères de l’âme et du corps et condamnés à mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Adam et Eve n’avaient pas péché, auraient-ils été exempts de la mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Adam et Eve n’avaient pas péché et qu’ils fussent restés fidèles à Dieu, après un séjour heureux et tranquille sur cette terre, sans mourir ils auraient été transportés par Dieu dans le Ciel pour y jouir d’une vie éternelle et glorieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces dons étaient-ils dus à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dons n’étaient dus à l’homme en aucune façon ; mais ils étaient absolument gratuits et surnaturels. Aussi, quand Adam eût désobéi au commandement divin, Dieu put sans injustice priver de ces dons lui et sa postérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ce péché est-il propre seulement à Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce péché n’est pas seulement le péché d’Adam, il est aussi le nôtre, quoique différemment. Il est propre à Adam, parce que c’est lui qui le commit par un acte de sa volonté et par là il fut pour lui péché personnel. Il nous est propre, parce que, Adam ayant péché comme chef et souche de tout le genre humain, son péché est transmis par la génération naturelle à tous ses descendants, et par là il est pour nous péché originel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est-il possible que le péché originel passe dans tous les hommes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel passe dans tous les hommes parce que, Dieu ayant conféré au genre humain, en Adam, la grâce sanctifiante et tous les autres dons surnaturels, à condition qu’Adam ne désobéit pas, celui-ci désobéit en qualité de chef et de père du genre humain et rendit la nature humaine rebelle contre Dieu. Aussi la nature humaine est-elle transmise à tous les descendants d’Adam dans un état de rébellion contre Dieu et privée de la grâce divine et des autres dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tous les hommes contractent-ils le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous les hommes contractent le péché originel, excepté la Très Sainte Vierge qui en fut préservée par un privilège spécial de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le péché d’Adam les hommes n’auraient-ils pas pu se sauver ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le péché d’Adam, les hommes n’auraient pas pu se sauver, si Dieu n’avait pas été miséricordieux à leur égard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu fut-il miséricordieux envers le genre humain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu fut miséricordieux envers le genre humain en promettant tout de suite à Adam le Rédempteur divin ou Messie, et en envoyant ce Messie au temps marqué, pour délivrer les hommes de l’esclavage du démon et du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le Messie promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Messie promis est Jésus-Christ, comme nous l’enseigne le second article du Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Le second article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le second article : Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu est la seconde Personne de la très sainte Trinité ; qu’il est Dieu éternel, tout-puissant, Créateur et Seigneur, comme le Père ; qu’il s’est fait homme pour nous sauver et que le Fils de Dieu fait homme s’appelle Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la seconde Personne s’appelle-t-elle le Fils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde Personne s’appelle le Fils, parce que de toute éternité elle est engendrée du Père par voie d’intelligence : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi le Verbe éternel du Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nous sommes, nous aussi, fils de Dieu : pourquoi donc appelons-nous Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père, parce que lui seul est Fils de Dieu par nature, tandis que nous le sommes par création et par adoption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Jésus-Christ notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ notre Seigneur, parce que non seulement en tant que Dieu il nous a créés, de concert avec le Père et le Saint-Esprit, mais encore il nous a rachetés en tant que Dieu et homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il appelé Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est appelé Jésus, ce qui veut dire Sauveur, parce qu’il nous a sauvés de la mort éternelle méritée par nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné le nom de Jésus au Fils de Dieu fait homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le Père éternel lui-même qui a donné au Fils de Dieu fait homme le nom de Jésus par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, lorsque celui-ci annonça à la Vierge le mystère de l’Incarnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il aussi appelé Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est aussi appelé Christ, ce qui veut dire oint et sacré, parce qu’autrefois on consacrait par l’onction les rois, les prêtres et les prophètes, et que Jésus est le roi des rois, le souverain prêtre et le premier des prophètes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ fut-il oint et sacré d’une onction corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction de Jésus-Christ ne fut pas corporelle comme celle des anciens rois, prêtres et prophètes, mais toute spirituelle et divine, la plénitude de la divinité habitant en lui substantiellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes eurent-ils quelque connaissance de Jésus-Christ avant sa venue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les hommes eurent connaissance de Jésus-Christ avant sa venue, par la promesse du Messie que Dieu fit à nos premiers parents Adam et Eve, et qu’il renouvela aux saints Patriarches, et par les prophéties et les nombreuses figures qui le désignaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis, parce qu’en Lui s’est accompli tout ce qu’annonçaient les prophètes et tout ce que représentaient les figures de l’Ancien Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’annonçaient les prophéties au sujet du Rédempteur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet du Rédempteur les prophéties annonçaient la tribu et la famille d’où il devait sortir ; le lieu et le temps de sa naissance ; ses miracles et les plus petites circonstances de sa passion et de sa mort ; sa résurrection et son ascension au ciel ; son royaume spirituel, universel et perpétuel, qui est la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament sont l’innocent Abel, le grand prêtre Melchisédech, le sacrifice d’Isaac, Joseph vendu par ses frères, le prophète Jonas, l’agneau pascal et le serpent d’airain élevé par Moïse dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 par le témoignage du Père disant : &amp;quot; Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ; &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 par l’attestation de Jésus-Christ lui-même confirmée par les plus étonnants miracles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 par l’enseignement des Apôtres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 par la tradition constante de l’Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les principaux miracles opérés par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux miracles opérés par Jésus-Christ sont, outre sa propre résurrection, la santé rendue aux malades, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la vie aux morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Le troisième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le troisième article : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu a pris un corps et une âme comme les nôtres, dans le sein très pur de la Sainte Vierge Marie, par l’opération du Saint-Esprit, et qu’il est né de cette Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils concoururent-ils eux aussi à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines concoururent à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on seulement : a été conçu du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit seulement : a été conçu du Saint-Esprit, parce que l’incarnation du Fils de Dieu est une œuvre de bonté et d’amour, et que les œuvres de bonté et d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu en se faisant homme a-t-il cessé d’être Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le Fils de Dieu s’est fait homme sans cesser d’être Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est donc Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le Fils de Dieu incarné, c’est-à-dire Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble, Dieu parfait et homme parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il y a donc en Jésus-Christ deux natures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en Jésus-Christ, qui est Dieu et homme, il y a deux natures : la nature divine et la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il aussi en Jésus-Christ deux personnes : la personne divine et la personne humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le Fils de Dieu fait homme, il n’y a qu’une seule personne, la personne divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de volontés en Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Jésus-Christ il y a deux volontés, l’une divine et l’autre humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ avait-il une volonté libre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ avait une volonté libre, mais il ne pouvait pas faire le mal, parce que pouvoir faire le mal est un défaut, non une perfection de la liberté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont-ils la même personne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont la même personne, c’est-à-dire Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La Vierge Marie est-elle Mère de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la Vierge Marie est Mère de Dieu, parce qu’elle est la Mère de Jésus-Christ qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Marie devint-elle la Mère de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie devint la Mère de Jésus-Christ uniquement par l’opération et la vertu du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il de foi que Marie fut toujours Vierge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il est de foi que Marie fut toujours Vierge et elle est appelée la Sainte Vierge, la Vierge par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le quatrième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le quatrième article : A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, pour racheter le monde par son Sang précieux, souffrit sous Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, et mourut sur le bois de la croix d’où il fut descendu pour être enseveli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire les mots : a souffert ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots a souffert expriment toutes les peines souffertes par Jésus-Christ dans sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ a-t-il souffert comme Dieu ou comme homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a souffert comme homme seulement, parce que comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle sorte de supplice était celui de la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le supplice de la croix était alors le plus cruel et le plus ignominieux de tous les supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui condamna Jésus-Christ à être crucifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui condamna Jésus-Christ à être crucifié fut Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, qui avait reconnu son innocence, mais qui céda honteusement à l’insistance menaçante du peuple de Jérusalem. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ n’aurait-il pas pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ aurait pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ; mais, sachant que la volonté de son Père Éternel était qu’il souffrît et mourût pour notre salut, il s’y soumit volontairement, et même il alla Lui-même au-devant de ses ennemis et se laissa spontanément prendre et conduire à la mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut crucifié Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ fut crucifié sur le mont du Calvaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que fit Jésus-Christ sur la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ sur la croix pria pour ses ennemis ; donna pour mère au disciple saint Jean et, en sa personne, à nous tous sa propre Mère la Très Sainte Vierge ; off rit sa mort en sacrifice et satisfit à la justice de Dieu pour les péchés des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’aurait-il pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’aurait pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous, parce que l’offense faite à Dieu par le péché était, à un certain point de vue, infinie, et il fallait pour la réparer une personne d’un mérite infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour satisfaire à la divine Justice était-il nécessaire que Jésus-Christ fût Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il fallait que Jésus-Christ fût homme pour pouvoir souffrir et mourir, et il fallait qu’il fût Dieu pour que ses souffrances eussent une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi était-il nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie, parce que la majesté de Dieu, offensée par le péché, est infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Etait-il nécessaire que Jésus souffrît autant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’était pas absolument nécessaire que Jésus souffrît autant, parce que la moindre de ses souffrances aurait été suffisante pour notre Rédemption, chacun de ses actes ayant une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc Jésus voulut-il tant souffrir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus voulut tant souffrir pour satisfaire plus abondamment à la divine Justice, pour nous montrer encore plus son amour et pour nous inspirer une plus grande horreur du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Arriva-t-il des prodiges à la mort de Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, à la mort de Jésus le soleil s’obscurcit, la terre trembla, les sépulcres s’ouvrirent et beaucoup de morts ressuscitèrent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut enseveli le corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de Jésus-Christ fut enseveli dans un sépulcre nouveau, creusé dans le rocher non loin du lieu où il avait été crucifié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans la mort de Jésus-Christ, la divinité se sépare-t-elle de son corps et de son âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mort de Jésus-Christ la divinité ne se sépara ni du corps ni de l’âme ; il y eut seulement séparation de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui est mort Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes et il a satisfait pour tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Jésus-Christ est mort pour le salut de tous, pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous et tous ne sont pas sauvés parce que tous ne veulent pas le reconnaître, tous n’observent pas sa loi, tous ne se servent pas des moyens de sanctification qu’il nous a laissés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour être sauvés, suffit-il que Jésus-Christ soit mort pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être sauvés, il ne suffit pas que Jésus-Christ soit mort pour nous ; il est nécessaire qu’à chacun de nous soient appliqués le fruit et les mérites de sa passion et de sa mort, application qui se fait surtout par les sacrements que Jésus-Christ lui-même a institués dans ce but. Et comme beaucoup ou ne reçoivent pas les sacrements ou les reçoivent mal, ils rendent inutile pour eux la mort de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Le cinquième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le cinquième article : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième article du Credo nous enseigne que l’âme de Jésus-Christ, une fois séparée de son corps, alla dans les Limbes, et que, le troisième jour, elle s’unit de nouveau à son corps pour n’en être jamais plus séparée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par enfers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend ici par enfers les Limbes, c’est-à-dire le lieu où étaient les âmes des justes en attendant la Rédemption de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les âmes des justes ne furent-elles pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les âmes des justes ne furent pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ, parce que le paradis avait été fermé par le péché d’Adam et qu’il convenait que Jésus-Christ, dont la mort le rouvrait, fût le premier à y entrer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ voulut-il retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ voulut retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour pour manifester avec évidence qu’il était vraiment mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La résurrection de Jésus-Christ fut-elle semblable à celle des autres hommes ressuscités ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, la résurrection de Jésus-Christ ne fut pas semblable à celle des autres hommes ressuscités, parce que Jésus-Christ ressuscita par sa propre puissance, et que les autres furent ressuscités par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Le sixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le sixième article : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, quarante jours après sa résurrection, monta au ciel par sa propre puissance, en présence de ses disciples, et que, étant comme Dieu égal à son Père, il a été comme homme élevé au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints et établi le Seigneur de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection resta-t-il, quarante jours sur la terre avant de monter au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ après sa résurrection resta quarante jours sur la terre avant de monter au ciel, pour prouver par diverses apparitions qu’il était vraiment ressuscité, et pour instruire toujours davantage et confirmer les Apôtres dans les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ est-il monté au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est monté au ciel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour prendre possession du royaume qu’il avait mérité par sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour préparer notre place dans la gloire et être notre Médiateur et notre Avocat auprès de son Père ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour envoyer le Saint-Esprit à ses Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée, parce que Jésus-Christ, étant Homme-Dieu, monta au ciel par sa propre puissance, tandis que sa Mère qui était une créature, bien que la plus digne de toutes, monta au ciel par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez les mots : est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots : &amp;quot; est assis &amp;quot;, signifient la possession pacifique que Jésus-Christ a de la gloire, et les mots : &amp;quot; à la droite de Dieu le Père tout-puissant &amp;quot;, expriment qu’il a une place d’honneur au-dessus de toutes les créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Le septième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le septième article : D’où il viendra juger les vivants et les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième article du Credo nous enseigne qu’à la fin du monde Jésus-Christ, plein de gloire et de majesté, viendra du ciel pour juger tous les hommes, bons et mauvais, et pour donner à chacun la récompense ou le châtiment qu’il aura mérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si chacun, aussitôt après la mort, doit être jugé par Jésus-Christ dans le jugement particulier, pourquoi devons-nous tous être jugés dans le jugement général ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons tous être jugés dans le jugement général pour plusieurs raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour la gloire de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour la gloire de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour la gloire des Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour la confusion des méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 enfin pour que le corps ait avec l’âme la sentence de récompense ou de châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Dieu sera manifestée parce que tous connaîtront avec quelle justice Dieu gouverne le monde, bien que parfois maintenant on voie les bons dans l’affliction et les méchants dans la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Jésus-Christ sera manifestée parce qu’après avoir été injustement condamné par les hommes, il paraîtra alors à la face de tous comme le Juge suprême de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire des Saints sera manifestée parce que beaucoup d’entre eux qui moururent méprisés par les méchants seront glorifiés en présence de tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général quelle sera la confusion pour les méchants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la confusion des méchants sera très grande, surtout pour ceux qui opprimèrent les justes et pour ceux qui cherchèrent pendant leur vie à être estimés des hommes vertueux et bons, parce qu’ils verront manifestés à tout le monde les péchés qu’ils commirent, même les plus secrets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le huitième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le huitième article : Je crois au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième article du Credo nous enseigne qu’il y a un Esprit Saint, troisième Personne de la très sainte Trinité, qu’il est Dieu éternel, infini, tout-puissant, Créateur et Seigneur de toutes choses, comme le Père et le Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui procède le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul principe par voie de volonté et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si le Fils procède du Père et si le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, il semble que le Père et le Fils soient antérieurs au Saint-Esprit : comment dit-on alors que les trois Personnes sont éternelles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que les trois Personnes sont éternelles parce que le Père engendre le Fils ab æterno (de toute éternité) et que le Saint-Esprit procède aussi ab æterno du Père et du Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la troisième Personne de la très sainte Trinité est-elle appelée spécialement du nom de Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième Personne de la Très Sainte Trinité est appelée spécialement du nom de Saint-Esprit parce qu’elle procède du Père et du Fils par voie d’amour et de spiration ( Latin spiratio, de spirare, souffler, respirer : le Saint-Esprit est comme le souffle du Père et du Fils.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est l’œuvre attribuée spécialement au Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre attribuée spécialement au Saint-Esprit est la sanctification des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils nous sanctifient-ils comme le Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines nous sanctifient également. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il en est ainsi, Pourquoi la sanctification des âmes est-elle attribuée spécialement au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sanctification des âmes est attribuée spécialement au Saint-Esprit parce qu’elle est une œuvre d’amour et que les œuvres d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Saint-Esprit est-il descendu sur les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après la Résurrection de Jésus-Christ et dix jours après son Ascension. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où étaient les Apôtres pendant les dix jours qui précédèrent la Pentecôte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres étaient réunis dans le Cénacle en compagnie de la Sainte Vierge et des autres disciples, et ils persévéraient dans la prière, attendant l’Esprit Saint que Jésus-Christ leur avait promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produisit le Saint-Esprit dans les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit confirma les Apôtres dans la foi, les remplit de lumière, de force, de charité et de l’abondance de tous ses dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Saint-Esprit a-t-il été envoyé pour les seuls Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit a été envoyé pour toute l’Église et pour chaque âme fidèle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le Saint-Esprit dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit, comme l’âme dans le corps, vivifie l’Église par sa grâce et par ses dons ; il y établit le règne de la vérité et de l’amour ; il l’assiste pour qu’elle conduise sûrement ses fils dans la voie du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 10 : Le neuvième article.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article : La sainte Église catholique, la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième article du Credo nous enseigne, que Jésus-Christ a fondé sur la terre une société visible qui s’appelle l’Église catholique et que tous ceux qui font partie de cette Église sont en communion entre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après l’article qui traite du Saint-Esprit parle-t-on immédiatement de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après l’article qui traite du Saint-Esprit, on parle immédiatement de l’Église catholique pour indiquer que toute la sainteté de cette Église dérive de l’Esprit Saint qui est la source de toute sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire ce mot Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Église veut dire convocation ou réunion de personnes nombreuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui nous a convoqués ou appelés à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons été appelés à l’Église de Jésus-Christ par une grâce particulière de Dieu, afin qu’avec la lumière de la foi et par l’observation de la loi divine nous lui rendions le culte qui lui est dû et nous parvenions à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où se trouvent les membres de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’Église se trouvent partie au ciel, et ils forment l’Église triomphante ; partie au purgatoire et ils forment l’Église souffrante ; partie sur la terre, et ils forment l’Église militante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces diverses parties de l’Église constituent-elles une seule Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces diverses parties de l’Église constituent une seule Église et un seul corps, parce qu’elles ont le même chef qui est Jésus-Christ, le même esprit qui les anime et les unit, et la même fin qui est la félicité éternelle dont les uns jouissent déjà et que les autres attendent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quelle partie de l’Église se rapporte surtout ce neuvième article ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce neuvième article du Credo se rapporte surtout à &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Église militante, qui est l’Église dans laquelle nous sommes actuellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’Église en particulier. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites précisément ce qui est nécessaire pour être membre de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être membre de l’Église, il est nécessaire d’être baptisé, de croire et professer la doctrine de Jésus-Christ, de participer aux mêmes sacrements, de reconnaître le Pape et les autres Pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les Pasteurs légitimes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs légitimes de l’Église sont le Pontife Romain, c’est-à-dire le Pape, qui est le Pasteur universel, et les Évêques De plus, les autres prêtres et spécialement les curés ont, sous la dépendance des Évêques et du Pape, leur part de l’office de pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que le Pontife Romain est le Pasteur universel de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que Jésus-Christ dit à saint Pierre le premier Pape : &amp;quot; Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le ciel. &amp;quot; Et il lui dit encore : &amp;quot; Pais mes agneaux, pais mes brebis. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tant de sociétés d’hommes baptisés qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent donc pas à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, tous ceux qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent pas à l’Église de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on distinguer l’Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut distinguer la véritable Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes, à quatre marques : elle est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que l’Église est Une ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Une, parce que ses fils, à quelque temps et à quelque lieu qu’ils appartiennent, sont unis entre eux dans la même foi, le même culte, la même loi et la participation aux mêmes sacrements, sous un même chef visible, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne pourrait-il pas y avoir plusieurs Églises ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne peut y avoir plusieurs Églises parce que, de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, une seule Foi et un seul Baptême, il n’y a et il ne peut y avoir qu’une seule véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais n’appelle-t-on pas aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un. diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un diocèse, mais ce sont toujours des portions de l’Église universelle et elles forment avec elle une seule Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que la véritable Église est Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Sainte parce que Jésus-Christ, son chef invisible, est saint, que beaucoup de ses membres sont saints, que sa foi, sa loi, ses sacrements sont saints et qu’en dehors d’elle il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de véritable sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous l’Église Catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle la véritable Église Catholique, ce qui veut dire universelle, parce qu’elle embrasse les fidèles de tous les temps et de tous les lieux, de tout âge et de toute condition, et que tous les hommes du monde sont appelés à en faire partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelle-t-on encore l’Église Apostolique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église Apostolique, parce qu’elle remonte sans interruption jusqu’aux Apôtres ; et parce qu’elle croit et enseigne tout ce qu’ont cru et enseigné les Apôtres ; et parce qu’elle est dirigée et gouvernée par leurs légitimes successeurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et pourquoi appelle-t-on encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot;, parce que les quatre caractères de l’unité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité ne se rencontrent que dans l’Église qui reconnaît pour chef l’Évêque de Rome, successeur de saint Pierre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est constituée l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église de Jésus-Christ est constituée comme une société vraie et parfaite. En elle, comme dans une personne morale, on peut distinguer un corps et une âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’âme de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme de l’Église consiste en ce qu’elle a d’intérieur et de spirituel, c’est-à-dire la foi, l’espérance, la charité, les dons de la grâce et de l’Esprit Saint et tous les trésors célestes qui en sont dérivés par les mérites du Christ Rédempteur et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et le corps de l’Église, en quoi consiste-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de l’Église consiste en ce qu’elle a de visible et d’extérieur, comme l’association de ses fidèles, son culte, son ministère d’enseignement, son organisation extérieure et son gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique, il faut en être un membre vivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les membres vivants de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres vivants de l’Église sont tous les justes et eux seuls, c’est-à-dire ceux qui sont actuellement en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et quels en sont les membres morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres morts de l’Église sont les fidèles qui se trouvent en état de péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on se sauver en dehors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, hors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine, nul ne peut se sauver, comme nul ne put se sauver du déluge hors de l’Arche de Noé qui était la figure de cette Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment donc se sont sauvés les anciens Patriarches, les Prophètes et tous les autres justes de l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les justes de l’Ancien Testament se sont sauvés en vertu de la foi qu’ils avaient au Christ à venir et par cette foi ils appartenaient déjà spirituellement à l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais celui qui, sans qu’il y ait de sa faute, se trouverait hors de l’Église, pourrait-il être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, se trouvant hors de l’Église sans qu’il y ait de sa faute ou de bonne foi, aurait reçu le Baptême ou en aurait le désir au moins implicite ; qui chercherait en outre sincèrement la vérité et accomplirait de son mieux la volonté de Dieu, bien que séparé du corps de l’Église, serait uni à son âme et par suite dans la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait-il sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait un membre mort de l’Église et, par suite, ne serait pas sauvé, parce que pour le salut d’un adulte il faut non seulement le Baptême et la foi, mais encore les œuvres conformes à la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne, et Jésus-Christ a déclaré que celui qui ne croit pas est déjà condamné. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous aussi obligés de faire tout ce que l’Église nous commande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de faire tout ce que l’Église nous commande, car Jésus-Christ a dit aux pasteurs de l’Église : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle se tromper en ce qu’elle nous propose de croire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans ce qu’elle nous propose de croire, l’Église ne peut pas se tromper parce que, selon la promesse de Jésus-Christ, elle est toujours assistée par le Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique est donc infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église catholique est infaillible. Aussi, ceux qui rejettent ses définitions perdent la foi et deviennent hérétiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique peut-elle être détruite ou périr ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non ; l’Église catholique peut être persécutée, mais elle ne peut être détruite ni périr. Elle durera jusqu’à la fin du monde parce que, jusqu’à la fin du monde, Jésus-Christ sera avec elle, comme il l’a promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église catholique est-elle tant persécutée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est tant persécutée parce que son divin Fondateur fut aussi persécuté et parce qu’elle réprouve les vices, combat les passions et condamne toutes les injustices et toutes les erreurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les catholiques ont-ils encore d’autres devoirs envers l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout chrétien doit avoir pour l’Église un amour sans limites, se regarder comme heureux et infiniment honoré de lui appartenir, et travailler à sa gloire et à son accroissement par tous les moyens qui sont en son pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’Église enseignante et l’Église enseignée. ====&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune distinction entre les membres qui composent l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les membres qui composent l’Église, il y a une distinction très importante, car il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent, ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle la partie de l’Église qui enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui enseigne s’appelle Église enseignante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et la partie qui est enseignée, comment s’appelle-t-elle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui est enseignée s’appelle Église enseignée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a établi cette distinction dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette distinction dans l’Église a été établie par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église enseignante et l’Église enseignée sont donc deux Églises distinctes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante et l’Église enseignée sont deux parties distinctes d’une seule et même Église, comme dans le corps humain la tête est distincte des autres membres, et cependant forme avec eux un corps unique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui se compose l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante se compose de tous les Évêques, soit dispersés dans l’univers, soit réunis en concile, avec, à leur tête, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’Église enseignée de qui est-elle composée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignée est composée de tous les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont donc les personnes qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner sont le Pape et les Évêques, et, sous leur dépendance, les autres ministres sacrés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’écouter l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, sans aucun doute, nous sommes tous obligés d’écouter l’Église enseignante sous peine de damnation éternelle, car Jésus-Christ a dit aux Pasteurs de l’Église, en la personne des Apôtres : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a-t-elle quelque autre pouvoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a spécialement le pouvoir d’administrer les choses saintes, de faire les lois et d’en exiger l’observation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique vient-il du peuple ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique ne vient pas du peuple, et ce serait une hérésie de le dire : il vient uniquement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui appartient l’exercice de ces pouvoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’exercice de ces pouvoirs appartient uniquement au corps hiérarchique, c’est-à-dire au Pape et aux évêques qui lui sont soumis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Pape et Évêques ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape que nous appelons aussi le Souverain Pontife, ou encore le Pontife Romain, est le successeur de saint Pierre sur le siège de Rome, le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et le chef visible de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le successeur de saint pierre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le successeur de saint Pierre, parce que saint Pierre réunit en sa personne la dignité d’Évêque de Rome et de chef de l’Église, et que par un dessein de la Providence il établit son siège à Rome et y mourut Aussi celui qui est élu Évêque de Rome est aussi l’héritier de toute son autorité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le Vicaire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le Vicaire de Jésus-Christ parce qu’il le représente sur la terre et qu’il tient sa place dans le gouvernement de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le chef visible de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le chef visible de l’Église, parce qu’il la dirige visiblement avec l’autorité même de Jésus-Christ qui en est le chef invisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est donc la dignité du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Pape est la plus grande de toutes les dignités de la terre, et elle lui donne un pouvoir suprême et immédiat sur tous les Pasteurs et les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pape peut-il se tromper en enseignant l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape ne peut pas se tromper, il est infaillible dans les définitions qui regardent la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif le Pape est-il infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible à cause de la promesse de Jésus-Christ et de l’assistance continuelle du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Église, une doctrine concernant la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commettrait celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ou même simplement en douterait, pécherait contre la foi, et s’il s’obstinait dans cette incrédulité, il ne serait plus catholique, mais hérétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il concédé au Pape le don de l’infaillibilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a concédé au Pape le don de l’infaillibilité afin que nous soyons tous sûrs et certains de la vérité que l’Église enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand fut-il défini que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’infaillibilité du Pape fut définie par l’Église au Concile du Vatican, et si quelqu’un osait contredire cette définition, il serait hérétique et excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église en définissant l’infaillibilité du Pape, a-t-elle établi une nouveauté dans la foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, en définissant que le Pape est infaillible, l’Église n’a point établi une nouveauté dans la foi ; mais, pour s’opposer à de nouvelles erreurs, elle a défini que l’infaillibilité du Pape, contenue déjà dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition, est une vérité révélée de Dieu et que, par conséquent, il faut la croire comme un dogme ou un article de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment tout catholique doit-il se comporter à l’égard du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout catholique doit reconnaître le Pape comme le Père, le Pasteur et le Docteur universel, et lui demeurer uni d’esprit et de cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le Pape, quels sont, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pape, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église sont les Évêques &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que sont les Évêques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques sont les pasteurs des fidèles, établis par l’Esprit Saint pour gouverner l’Église de Dieu sur les sièges qui leur sont confiés, sous la dépendance du Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est l’Évêque dans son propre diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son propre diocèse, l’Évêque est le Pasteur légitime, le Père, le Docteur, le supérieur de tous les fidèles, ecclésiastiques et laïques, qui appartiennent à ce diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque est-il appelé le Pasteur légitime ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque est appelé le Pasteur légitime parce que la juridiction, c’est-à-dire le pouvoir qu’il a de gouverner les fidèles de son propre diocèse lui a été conféré selon les règles et les lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui le Pape et les Évêques sont-ils les successeurs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est le successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, et les évêques sont les successeurs des Apôtres, en ce qui regarde le gouvernement ordinaire de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le fidèle doit-il rester uni avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit rester uni de cœur et d’esprit avec son Évêque, en grâce et en communion avec le Siège Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le fidèle doit-il se comporter avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit respecter, aimer et honorer son Évêque et lui prêter obéissance en tout ce qui se rapporte au soin des âmes et au gouvernement spirituel du diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes sont les prêtres et principalement les curés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le curé est un prêtre délégué pour être à la tête d’une portion du diocèse appelée paroisse, et pour la diriger sous la dépendance de l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels devoirs ont les fidèles envers leur curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent se tenir unis à leur curé, l’écouter docilement et lui témoigner respect et soumission en tout ce qui regarde le soin de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La communion des saints. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article du Credo par ces mots : la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ces mots : la communion des saints, le neuvième article du Credo nous enseigne que dans l’Église, en vertu de l’union intime qui existe entre tous ses membres, tous les biens spirituels tant intérieurs qu’extérieurs qui leur appartiennent sont communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont dans l’Église les biens intérieurs communs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’Église, les biens intérieurs communs sont : la grâce reçue dans les sacrements, la foi, l’espérance, la charité, les mérites infinis de Jésus-Christ, les mérites surabondants de la Sainte Vierge et des Saints et le fruit de toutes les bonnes œuvres qui se font dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les biens extérieurs communs dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens extérieurs communs dans l’Église sont : les sacrements, le sacrifice de la sainte Messe, les prières publiques, les cérémonies religieuses et toutes les autres pratiques extérieures qui unissent ensemble les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce que tous les fils de l’Église entrent dans cette communion de biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la communion des biens intérieurs entrent seulement les chrétiens qui sont en état de grâce ; ceux qui sont en état de péché mortel ne participent pas à tous ces biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ceux qui sont en état de péché mortel ne participent-ils pas à tous ces biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que c’est la grâce de Dieu, vie surnaturelle de l’âme, qui unit les fidèles à Dieu et à Jésus-Christ comme ses membres vivants et qui les rend capables de faire des œuvres méritoires de la vie éternelle ; et parce que ceux qui se trouvent en état de péché mortel, n’ayant pas la grâce de Dieu, sont exclus de la communion parfaite des biens spirituels et ne peuvent faire des œuvres méritoires de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les chrétiens qui sont en état de péché mortel ne retirent donc aucun avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chrétiens qui sont en état de péché mortel retirent encore quelque avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église parce que, conservant le caractère du chrétien, qui est indélébile, et la vertu de la Foi qui est la racine de toute justification, ils sont aidés par les prières et les bonnes œuvres des fidèles à obtenir la grâce de la conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent-ils participer aux biens extérieurs de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent participer aux biens extérieurs de l’Église, pourvu qu’ils ne soient pas séparés de l’Église par l’excommunication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les membres de cette communion sont-ils, dans leur ensemble, appelés saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de cette communion sont appelés saints, parce que tous sont appelés à la sainteté, que tous ont été sanctifiés par le Baptême et que beaucoup parmi eux sont déjà parvenus à la parfaite sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La communion des saints s’étend-elle aussi au ciel et au purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la communion des Saints s’étend aussi au ciel et au purgatoire, parce que la charité unit les trois Églises : triomphante, souffrante et militante ; et les Saints prient Dieu pour nous et pour les âmes du purgatoire, et nous-mêmes nous rendons gloire et honneur aux Saints et nous pouvons soulager les âmes du purgatoire en appliquant en leur faveur messes, aumônes, indulgences et autres bonnes œuvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Ceux qui sont hommes d’Église ====&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui n’appartiennent pas à la Communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui n’appartiennent pas à la communion des saints sont dans l’autre vie les damnés, et en cette vie ceux qui n’appartiennent ni à l’âme ni au corps de l’Église, c’est-à-dire ceux qui sont en état de péché mortel et se trouvent hors de la véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui se trouvent hors de la véritable Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui se trouvent hors de la véritable Église sont les infidèles, les juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les infidèles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les infidèles sont ceux qui ne sont pas baptisés et qui ne croient pas en Jésus-Christ ; soit qu’ils croient à de fausses divinités et les adorent, comme les idolâtres ; soit que tout en admettant le seul vrai Dieu ils ne croient pas au Christ Messie, venu en la personne de Jésus-Christ ou encore à venir : tels sont les mahométans et autres semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les juifs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les juifs sont ceux qui professent la loi de Moise : ils n’ont pas reçu le Baptême et ne croient pas en Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les hérétiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hérétiques sont les baptisés qui refusent avec obstination de croire quelque vérité révélée de Dieu et enseignée comme de foi par l’Église catholique : par exemple, les ariens, les nestoriens et les diverses sectes du protestantisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les apostats ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apostats sont ceux qui abjurent ou renient par un acte extérieur la foi catholique qu’ils professaient auparavant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les schismatiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les schismatiques sont les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Église de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont ceux qui, pour des fautes graves, sont frappés d’excommunication par le Pape ou l’Évêque, et sont par suite, comme des indignes, séparés du corps de l’Église, qui attend et désire leur conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on craindre l’excommunication ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit craindre beaucoup l’excommunication, car c’est la peine la plus grave et la plus terrible que l’Église puisse infliger à ses fils rebelles et obstinés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels biens sont privés les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont privés des prières publiques, des sacrements, des indulgences, et exclus de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous être de quelque secours aux excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons être de quelque secours aux excommuniés et à tous les autres qui sont hors de la véritable &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Église, par des avis salutaires, par des prières et des bonnes œuvres, suppliant Dieu que, par sa miséricorde, il leur fasse la grâce de se convertir à la foi et d’entrer dans la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 11 : Le dixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dixième article : La rémission des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ a laissé à son Église le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle remettre toute sorte de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église peut remettre tous les péchés, si nombreux et si graves qu’ils soient, car Jésus-Christ lui a donné plein pouvoir de lier et de délier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés sont en premier lieu le Pape, qui seul possède la plénitude de ce pouvoir ; puis les Évêques, et sous la dépendance des Évêques, les prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église remet-elle les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église remet les péchés par les mérites de Jésus-Christ, en conférant les sacrements qu’il a institués à cette fin, principalement le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 12 : Le onzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le onzième article : La résurrection de la chair ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le onzième article du Credo nous enseigne que tous les hommes ressusciteront, chaque âme reprenant le corps qu’elle avait en cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection des morts se fera par la vertu de Dieu tout-puissant à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand arrivera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection de tous les morts arrivera à la fin du Inonde et ensuite aura lieu le jugement général. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu veut-il la résurrection des corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu veut la résurrection des corps afin que l’âme, ayant fait le bien et le mal quand elle était unie au corps, soit encore avec lui pour la récompense ou le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes ressusciteront-ils tous de la même manière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il y aura une très grande différence entre les corps des élus et les corps des damnés ; car, seuls, les corps des élus auront à la ressemblance de Jésus-Christ ressuscité, les propriétés des corps glorieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont ces propriétés qui orneront les corps des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les propriétés qui orneront les corps glorieux des élus sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’impassibilité, par laquelle ils ne pourront plus être sujets aux maux ni aux douleurs d’aucune sorte, ni au besoin de nourriture, de repos ou de quoi que ce soit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la clarté, par laquelle, ils resplendiront comme autant de soleils et d’étoiles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’agilité, par laquelle ils pourront se transporter en un moment et sans fatigue d’un lieu à un autre et de la terre au ciel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la subtilité, par laquelle, sans obstacle, ils pourront traverser tous les corps, comme fit Jésus-Christ ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment seront les corps des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les corps des damnés seront privés des propriétés glorieuses des corps des Bienheureux et porteront la marque horrible de leur éternelle réprobation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 13 : Le douzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dernier article : La vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier article du Credo nous enseigne qu’après la vie présente il y a une autre vie, ou éternellement heureuse pour les élus dans le paradis, ou éternellement malheureuse pour les damnés dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre le bonheur du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons comprendre le bonheur du paradis, parce qu’il surpasse les connaissances de notre esprit borné, et parce que les biens du ciel ne peuvent pas se comparer aux biens de ce monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bonheur des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bonheur des élus consiste à voir, à aimer et à posséder pour toujours Dieu, source de tout bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le malheur des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le malheur des damnés consiste à être toujours privés de la vue de Dieu et punis par d’éternels tourments dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis et les maux de l’enfer sont-ils seulement pour les âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis et les maux de l’enfer ne sont en ce moment que pour les âmes, parce qu’en ce moment il n’y a que les âmes qui soient au paradis ou en enfer ; mais après la résurrection de la chair, les hommes, dans la plénitude de leur nature, c’est-à-dire en corps et en âme, seront ou heureux ou tourmentés pour toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis seront-ils égaux pour les élus et les maux de l’enfer égaux pour les condamnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis pour les élus et les maux de l’enfer pour les damnés seront égaux dans leur substance et leur éternelle durée ; mais, dans la mesure ou le degré, ils seront plus grands ou moindres selon les mérites et les démérites de chacun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Amen à la fin du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Amen à la fin des prières signifie : &amp;quot; Ainsi soit-il &amp;quot;. A la fin du Credo il signifie &amp;quot; Il en est ainsi &amp;quot;, c’est-à-dire : je crois à la vérité absolue de tout ce que contiennent ces douze articles et j’en suis plus certain que si je le voyais de mes propres yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie : La prière.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : La prière en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la seconde partie de la Doctrine Chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la seconde partie de la Doctrine chrétienne il est question de la prière en général et, en particulier, du Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière est une élévation de l’esprit vers Dieu pour l’adorer, pour le remercier et pour lui demander ce dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la prière en prière mentale et en prière vocale. La prière ou oraison mentale est celle qui ne se fait qu’avec l’esprit ; la prière vocale est celle qui se fait avec des paroles accompagnées de l’attention de l’esprit et de la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une autre façon de diviser la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut encore, à un autre point de vue, diviser la prière en prière privée et en prière publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière privée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière privée est celle que chacun fait en particulier pour soi-même ou pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière publique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière publique est celle qui est faite par les ministres sacrés, au nom de l’Église et pour le salut du peuple fidèle. On peut aussi appeler publique la prière faite en commun et publiquement par les fidèles, comme dans les processions dans les pèlerinages et dans l’église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avons-nous un espoir fondé d’obtenir par la prière les secours et les grâces dont nous avons besoin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’espoir d’obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin est fondé sur les promesses de Dieu, tout-puissant, très miséricordieux et très fidèle, et sur les mérites de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au nom de qui devons-nous demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires au nom de Jésus-Christ, comme lui-même nous l’a enseigné et selon la pratique de l’Église qui termine toujours ses prières par ces mots : per Dominum nostrum Jesum Christum, c’est-à-dire : par Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous demander à Dieu les grâces au nom de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander les grâces au nom de Jésus-Christ, parce qu’il est notre médiateur et que c’est seulement par lui que nous pouvons avoir accès au trône de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la prière a tant de vertu comment se fait-il que si souvent nos prières ne sont pas exaucées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien souvent nos prières ne sont pas exaucées, soit parce que nous demandons des choses qui ne conviennent pas à notre salut éternel, soit parce que nous ne prions pas comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les choses que nous devons principalement demander à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons principalement demander à Dieu sa gloire, notre salut éternel et les moyens pour y arriver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander aussi les biens temporels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander aussi à Dieu les biens temporels, mais toujours à la condition qu’ils soient conformes à sa très sainte volonté et qu’ils ne soient pas un empêchement pour notre salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Dieu sait tout ce qui nous est nécessaire pourquoi doit-on prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que Dieu sache tout ce qui nous est nécessaire, il veut cependant que nous le priions pour reconnaître que c’est lui qui donne tous les biens, pour lui témoigner notre humble soumission et pour mériter ses faveurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la première et la meilleure disposition pour rendre nos prières efficaces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première et la meilleure disposition pour rendre efficaces nos prières est d’être en état de grâce ou, si nous n’y sommes pas, de désirer au moins nous remettre dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres dispositions faut-il avoir pour bien prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien prier, les dispositions spécialement requises sont le recueillement, l’humilité, la confiance la persévérance et la résignation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est penser que nous parlons à Dieu, et, en conséquence, nous devons prier avec tout le respect et la dévotion possible, évitant de notre mieux les distractions, c’est-à-dire toute pensée étrangère à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les distractions diminuent-elles le mérite de la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quand c’est nous-mêmes qui les provoquons ou que nous ne les repoussons pas avec empressement. Mais si nous faisons tout notre possible pour être recueillis en Dieu, alors les distractions ne diminuent pas le mérite de notre prière, elles peuvent même l’accroître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons, avant la prière, éloigner toutes les occasions de distractions, et pendant la prière, nous devons penser que nous sommes en la présence de Dieu qui nous voit et nous écoute. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec humilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire reconnaître sincèrement notre indignité, notre impuissance et notre misère, accompagnant la prière de l’attitude modeste de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec confiance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons avoir la ferme espérance d’être exaucés, s’il doit en résulter la gloire de Dieu et notre vrai bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec persévérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous ne devons pas nous lasser de prier si Dieu ne nous exauce pas tout de suite, mais que nous devons continuer à prier avec encore plus de ferveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec résignation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons nous conformer à la volonté de Dieu, qui connaît mieux que nous ce qui est nécessaire à notre salut éternel, même dans le cas où nos prières ne seraient pas exaucées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu exauce-t-il toujours les prières bien faites ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu exauce toujours les prières bien faites, mais de la manière qu’il sait être la plus utile à notre salut éternel, et pas toujours selon notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière nous fait reconnaître notre dépendance en toutes choses à l’égard de Dieu, le suprême Seigneur, nous fait penser aux choses célestes, nous fait avancer dans la vertu, nous obtient de Dieu miséricorde, nous fortifie dans les tentations, nous réconforte dans les tribulations, nous aide dans nos besoins et nous obtient la grâce de la persévérance finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous devons spécialement prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier spécialement dans les périls, dans les tentations et au moment de la mort ; de plus, nous devons prier fréquemment, et il est bon de le faire matin et soir et au commencement des actions importantes de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui devons-nous prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier pour tous ; c’est-à-dire pour nous-mêmes, pour nos parents, supérieurs, bienfaiteurs, amis et ennemis ; pour la conversion des pauvres pécheurs, de ceux qui sont hors de la véritable Église, et pour les âmes saintes du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : L’oraison dominicale.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’oraison dominicale en général. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la prière vocale la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière vocale la plus excellente est celle que Jésus-Christ lui-même nous a enseignée, c’est-à-dire le Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il la prière la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est la prière la plus excellente, parce que c’est Jésus-Christ lui-même qui l’a composée et qui nous l’a enseignée ; parce qu’elle contient clairement en peu de paroles tout ce que nous pouvons espérer de Dieu, et parce qu’elle est la règle et le modèle de toutes les autres prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pater noster est-il aussi la prière la plus efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est aussi la prière la plus efficace parce qu’elle est la plus agréable à Dieu, étant composée des paroles mêmes que nous a dictées son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il appelé oraison dominicale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est appelé Oraison dominicale, ce qui veut dire prière du Seigneur, précisément parce que c’est Jésus-Christ qui nous l’a enseignée de sa propre bouche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de demandes dans le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Pater noster il y a sept demandes précédées d’un préambule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Père, qui êtes aux cieux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Que votre nom soit sanctifié, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Que votre règne arrive, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Et ne nous laissez pas succomber à la tentation, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Mais délivrez-nous du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi en invoquant Dieu au commencement de l’Oraison dominicale, l’appelons-nous notre Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au commencement de l’Oraison dominicale nous appelons Dieu notre Père pour réveiller notre confiance en son infinie bonté, puisque nous sommes ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous dire que nous sommes les enfants de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes les enfants de Dieu parce qu’il nous a créés à son image et qu’il nous conserve et nous gouverne par sa providence, et parce qu’il nous a, par une bienveillance spéciale, adoptés dans le Baptême comme les frères de Jésus-Christ et les cohéritiers avec lui de l’éternelle gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot;, parce que tous nous sommes ses enfants et que nous devons par suite nous regarder et nous aimer tous comme des frères et prier les uns pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu est partout ; pourquoi lui disons-nous donc : qui êtes aux cieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu est partout ; mais nous disons : &amp;quot; Notre Père qui êtes aux cieux &amp;quot; pour élever nos cœurs vers le ciel où Dieu se manifeste dans la gloire à ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La première demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la première demande : que votre nom soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première demande : que votre nom soit sanctifié, nous demandons que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde et par nous en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous en demandant que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous entendons demander que les infidèles arrivent à la connaissance du vrai Dieu, que les hérétiques reconnaissent leurs erreurs, que les schismatiques reviennent à l’unité de l’Église, que les pécheurs se corrigent et que les justes persévèrent dans le bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi, avant toute autre chose, demandons-nous que le nom de Dieu soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant toute autre chose nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié, parce que la gloire de Dieu doit nous tenir plus à cœur que tous nos biens et avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous procurer la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons procurer la gloire de Dieu par la prière, le bon exemple, et en dirigeant vers lui toutes nos pensées, nos sentiments et nos actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. La seconde demande. ====&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous par règne de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par règne de Dieu nous entendons un triple règne spirituel, c’est-à-dire le règne de Dieu en nous ou le règne de la grâce ; le règne de Dieu sur la terre, c’est-à-dire la sainte Église catholique, et le règne de Dieu dans les cieux, ou le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la grâce nous demandons que Dieu règne en nous par sa grâce sanctifiante, par laquelle il se complaît à résider en nous comme un roi dans son palais ; et de nous tenir unis à lui par les vertus de foi, d’espérance et de charité qui sont le règne de Dieu dans notre intelligence, notre cœur et notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à l’Église nous demandons qu’elle s’étende et se propage toujours davantage dans le monde entier pour le salut des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la gloire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la gloire nous demandons de pouvoir être un jour admis dans le saint Paradis pour lequel nous avons été créés et où nous serons pleinement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La troisième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, nous demandons la grâce de faire en toute chose la volonté de Dieu, en obéissant à ses saints commandements aussi promptement que les anges et les saints lui obéissent dans le ciel. Nous demandons encore la grâce de correspondre aux divines inspirations, et de vivre résignés à la volonté de Dieu quand il nous envoie des tribulations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est aussi nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu qu’il est nécessaire d’atteindre le salut éternel, car Jésus-Christ a dit que celui-là seul entrera dans le royaume des cieux qui aura fait la volonté de son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous connaître la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons connaître la volonté de Dieu spécialement par la voix de l’Église et de nos supérieurs spirituels établis par Dieu pour nous guider dans la voie du salut. Nous pouvons aussi connaître cette très sainte volonté par les divines inspirations et par les circonstances mêmes dans lesquelles le Seigneur nous a placés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous toujours reconnaître la volonté de Dieu dans les événements heureux et malheureux de notre vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les événements tant heureux que malheureux de notre vie nous devons toujours reconnaître la volonté de Dieu, qui dispose ou permet tout pour notre bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La quatrième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire chaque jour pour l’âme et pour le corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre âme nous demandons à Dieu qu’il entretienne sa vie spirituelle, c’est-à-dire que nous prions le Seigneur qu’il nous donne sa grâce dont nous avons continuellement besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se nourrit la vie de notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vie de l’âme se nourrit spécialement par l’aliment de la divine parole et par le très saint Sacrement de l’autel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre corps nous demandons ce qui est nécessaire à l’entretien de la vie temporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous aujourd’hui notre pain et ne disons-nous pas plutôt : donnez-nous aujourd’hui le pain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous aujourd’hui notre pain, et non : donnez-nous aujourd’hui le pain, pour exclure tout désir du bien d’autrui. Nous prions donc le Seigneur qu’il nous aide dans les gains justes et permis, pour que nous nous procurions notre nourriture par nos fatigues, sans larcin ni fraude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous notre pain, et non donnez-moi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous au lieu de donnez-moi pour nous rappeler que, les biens nous venant de Dieu, s’il nous en donne en abondance il le fait pour que nous en donnions le superflu aux pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ajoutons-nous quotidien'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ajoutons quotidien parce que nous devons désirer ce qui nous est nécessaire pour vivre et non pas l’abondance des aliments et des biens de la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifie de plus le mot aujourd’hui dans la quatrième demande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot aujourd’hui signifie que nous ne devons pas être trop préoccupés de l’avenir, mais demander ce qui nous est nécessaire pour le moment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. La cinquième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la cinquième demande : pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la cinquième demande : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés nous demandons à Dieu qu’il nous pardonne nos péchés, comme nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nos péchés sont-ils appelés des dettes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos péchés sont appelés des dettes parce qu’à cause d’eux, nous devons satisfaire à la divine Justice soit en cette vie le soit en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne pardonnent pas au prochain peuvent-ils espérer que Dieu leur pardonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne pardonnent pas au Prochain n’ont aucune raison d’espérer que Dieu leur pardonne, d’autant plus qu’ils se condamnent eux-mêmes en disant à Dieu de leur pardonner comme ils pardonnent au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La sixième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous demandons à Dieu de nous délivrer des tentations, soit en ne permettant pas que nous soyons tentés, soit en nous donnant la grâce de n’être pas vaincus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tentation est une excitation au péché qui nous vient soit du démon, soit des méchants, soit de nos passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché d’avoir des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ce n’est pas un péché d’avoir des tentations, mais c’est un péché d’y consentir ou de s’exposer volontairement au danger d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons tentés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu permet que nous soyons tentés pour éprouver notre fidélité, pour faire grandir nos vertus et pour accroître nos mérites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour éviter les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour éviter les tentations nous devons fuir les occasions dangereuses, garder nos sens, recevoir souvent les sacrements et recourir à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. La septième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la septième demande : mais délivrez nous du mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la septième demande : mais délivrez-nous du mal, nous demandons à Dieu qu’il nous délivre des maux passés, présents et futurs, et spécialement du plus grand de tous les maux qui est le péché et de la damnation éternelle qui en est le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : délivrez-nous du mal, et non des maux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : délivrez-nous du mal, et non des maux, parce que nous ne devons pas désirer être exempts de tous les maux de cette vie, mais seulement de ceux qui sont nuisibles à notre âme : aussi nous demandons d’être délivrés du mal en général, c’est-à-dire de tout ce que Dieu voit être un mal pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, par exemple d’une maladie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, mais toujours en nous en remettant à la volonté de Dieu qui peut aussi faire tourner cette tribulation à l’avantage de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi nous sont utiles les tribulations que Dieu nous envoie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tribulations que Dieu nous envoie nous sont utiles pour faire pénitence de nos fautes, pour éprouver nos vertus et surtout pour imiter Jésus-Christ notre chef, à qui il est juste que nous nous conformions dans les souffrances si nous voulons avoir part à sa gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire Amen à la fin du Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Amen veut dire : Ainsi soit-il, ainsi je le désire, ainsi je prie le Seigneur et ainsi j’espère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster suffit-il de le réciter d’une manière quelconque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster, il faut le réciter sans hâte, avec attention et avec la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous dire le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons dire le Pater chaque jour, parce que chaque jour nous avons besoin du secours de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : L’Ave maria. ===&lt;br /&gt;
''Quelle prière avons-nous coutume de dire après le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pater nous disons la Salutation angélique, c’est-à-dire l’Ave Maria par lequel nous recourons à la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Ave Maria est-il appelé Salutation angélique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ave Maria est appelé Salutation angélique parce qu’il commence par le salut que l’archange Gabriel adressa à la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’Ave Maria sont en partie de l’archange Gabriel, en partie de sainte Elisabeth, en partie de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de l’archange Gabriel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’archange Gabriel sont : Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que l’Ange dit à Marie ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ange adressa ces paroles à Marie quand il vint de la part de Dieu lui annoncer le mystère de l’Incarnation qui devait s’opérer en elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que pensons-nous faire en saluant la très sainte Vierge avec les paroles mêmes de l’Archange ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En saluant la Très Sainte Vierge avec les paroles de l’Archange nous nous réjouissons avec elle, rappelant les dons et les privilèges singuliers dont Dieu l’a favorisée de préférence à toutes les autres créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de sainte Elisabeth ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de sainte Elisabeth sont : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de votre sein est béni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que sainte Elisabeth dit ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sainte Elisabeth dit ces paroles par l’inspiration de Dieu, lorsque, trois mois avant de donner le jour à saint Jean-Baptiste, elle fut visitée par la Très Sainte Vierge qui déjà portait dans son sein son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faisons-nous en disant ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant les paroles de sainte Elisabeth, nous nous réjouissons avec la Très Sainte Vierge de son éminente dignité de Mère de Dieu, nous bénissons Dieu et le remercions de nous avoir donné Jésus-Christ par Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les autres paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les autres paroles de l’Ave Maria ont été ajoutées par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les dernières paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les dernières paroles de l’Ave Maria nous demandons la protection de la Très Sainte Vierge au cours de cette vie et spécialement à l’heure de la mort, où nous en aurons le plus grand besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après le Pater disons-nous l’Ave Maria plutôt que toute autre prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que la Très Sainte Vierge est notre Avocate la plus puissante auprès de Jésus-Christ. Aussi, après avoir dit la prière que nous a enseignée Jésus-Christ, nous prions la Très Sainte Vierge de nous obtenir les grâces que nous avons demandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif la très sainte Vierge est-elle si puissante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Très Sainte Vierge est si puissante parce qu’elle est la Mère de Dieu et qu’il est impossible qu’il ne l’exauce pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Saints sur la dévotion à Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de la dévotion à Marie, les Saints nous enseignent que ses vrais dévots sont aimés d’Elle, qu’elle les protège avec l’amour de la plus tendre des Mères et que par elle ils sont certains de trouver Jésus et d’obtenir le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle dévotion en l’honneur de Marie l’Église recommande-t-elle tout spécialement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dévotion que l’Église recommande d’une façon toute spéciale en l’honneur de la Très Sainte Vierge est la récitation du saint Rosaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’invocation des Saints. ===&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de recourir à l’intercession des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de prier les Saints et tout chrétien doit le faire. Nous devons prier particulièrement nos Anges Gardiens, saint Joseph, Patron de l’Église, les saints Apôtres, les Saints dont nous portons le nom et les Saints Protecteurs du diocèse et de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints, il y a cette différence que nous prions Dieu afin que, comme auteur des grâces, il nous donne les biens et nous délivre des maux, et nous prions les Saints afin qu’ils intercèdent pour nous comme nos avocats auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, que voulons-nous dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, nous voulons dire que ce Saint l’a obtenue de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== 3e partie : Les commandements de Dieu et de l’Église  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les commandements de Dieu en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne il est question des commandements de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de commandements dans la loi de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandement de la loi de Dieu sont au nombre de dix : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis le Seigneur ton Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Rappelle-toi de sanctifier les fêtes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Honore ton père et ta mère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Tu ne tueras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Tu ne feras pas d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Tu ne voleras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Tu ne diras pas de faux témoignage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 Tu ne désireras pas la femme d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 Tu ne désireras pas le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les commandements de Dieu ont-ils reçu ce nom ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de Dieu ont reçu ce nom parce que c’est Dieu lui-même qui les a imprimés dans l’âme de tout homme, qui les a promulgués sur le mont Sinaï dans la loi ancienne gravée sur deux tables de pierre, et c’est Jésus-Christ qui les a confirmés dans la loi nouvelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la première table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la première table sont les trois premiers, qui regardent directement Dieu et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la seconde table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la seconde table sont les sept derniers, qui regardent le prochain et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes tous obligés d’observer les commandements parce que tous nous devons vivre selon la volonté de Dieu qui nous a créés, et qu’il suffit d’en violer gravement un seul pour mériter l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons certainement observer les commandements de Dieu parce que Dieu ne nous commande rien d’impossible, et qu’il donne la grâce de les observer à qui la demande comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il considérer d’une manière générale en chaque commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans chaque commandement il faut considérer la partie positive et la partie négative, c’est-à-dire ce qu’il nous commande et ce qu’il nous défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les commandements qui regardent Dieu.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le premier commandement. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit au commencement : Je suis le Seigneur ton Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tête des commandements il est dit : Je suis le Seigneur ton Dieu pour que nous sachions que Dieu, étant notre Créateur et Seigneur, peut nous commander ce qu’il veut et que nous, ses créatures, nous sommes tenus de lui obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que Dieu nous ordonne par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence, Dieu nous ordonne de reconnaître, d’adorer, d’aimer et de servir Lui seul comme notre souverain Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment accomplit-on le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On accomplit le premier commandement par l’exercice du culte intérieur et du culte extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte intérieur est l’honneur que l’on rend à Dieu avec les seules facultés de l’esprit, c’est-à-dire avec l’intelligence et la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte extérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte extérieur est l’hommage que l’on rend à Dieu au moyen d’actes extérieurs et d’objets sensibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne suffit-il pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ; il faut l’adorer aussi extérieurement, avec son esprit comme avec son corps, parce qu’il est le Créateur et le Seigneur absolu de l’un et de l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le culte extérieur peut-il subsister sans le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le culte extérieur ne peut absolument pas subsister sans le culte intérieur, parce que s’il n’en est pas accompagné, il reste privé de vie, de mérite et d’efficacité, comme un corps sans âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend l’idolâtrie. la superstition, le sacrilège, l’hérésie et tout autre pêché contre la religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’idolâtrie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle idolâtrie le fait de rendre à quelque créature, par exemple à une statue, à une image, à un homme, le culte suprême d’adoration qui n’est dû qu’à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se trouve exprimée cette défense dans la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la Sainte Écriture, on trouve cette défense exprimée par les mots : &amp;quot; Tu ne feras pas de sculpture, ni aucune représentation de ce qui est là-haut dans le ciel et ici-bas sur la terre. Et tu n’adoreras pas ces choses, tu ne leur rendras aucun culte. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces paroles défendent-elles toutes sortes d’images ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non certainement : mais seulement celles des fausses divinités, faites dans un but d’adoration, comme faisaient les idolâtres. Cela est si vrai que Dieu lui-même commanda à Moïse d’en faire quelques-unes, comme les deux statues de chérubins qui étaient sur l’arche et le serpent d’airain dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la superstition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle superstition toute dévotion contraire à la doctrine et à l’usage de l’Église, comme aussi le fait d’attribuer à une action ou à une chose quelconque une vertu surnaturelle qu’elle n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrilège est la profanation d’un lieu, d’une personne ou d’une chose consacrée à Dieu et destinée à son culte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’hérésie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hérésie est une erreur coupable de l’intelligence par laquelle on nie avec obstination quelque vérité de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend encore d’avoir commerce avec le démon et de nous agréger aux sectes antichrétiennes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettra-t-il un grave péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettrait un péché énorme, parce que le démon est le plus pervers des ennemis de Dieu et de l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis d’interroger les tables qu’on appelle parlantes ou écrivantes, ou de consulter de quelque façon que ce soit les âmes des trépassés par le spiritisme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les pratiques du spiritisme sont défendues, parce qu’elles sont superstitieuses et que souvent elles ne sont pas exemptes d’intervention diabolique : aussi ont-elles été justement interdites par l’Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier commandement défend peut-être d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas défendu d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ; nous devons même le faire, parce que c’est une chose bonne, utile et hautement recommandée par l’Église, car ils sont les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Puisque Jésus-Christ est notre unique Médiateur auprès de Dieu pourquoi recourons-nous aussi à l’intercession de la très Sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est notre Médiateur auprès de Dieu, parce que, étant vrai Dieu et vrai homme, lui seul en vertu de ses propres mérites nous a réconciliés avec Dieu et nous obtient de lui toutes les grâces. Mais la Sainte Vierge et les Saints, en vertu des mérites de Jésus-Christ et par la charité qui les unit à Dieu et à nous, nous aident par leur intercession à obtenir les grâces que nous demandons. Et c’est là un des grands biens de la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous aussi honorer les saintes images de Jésus-Christ et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, parce que l’honneur que l’on rend aux saintes images de Jésus-Christ et des Saints est rapporté à leurs personnes mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et les reliques des Saints peut-on les honorer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, on doit aussi honorer les reliques des Saints, parce que leurs corps furent les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit, et qu’ils doivent ressusciter glorieux à une vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints il y a cette différence que Dieu, nous l’adorons pour son excellence infinie ; les Saints au contraire, nous ne les adorons pas, mais nous les honorons et nous les vénérons comme les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de Lui. Le culte que nous rendons à Dieu S’appelle culte de latrie c’est-à-dire l’adoration, et le culte que nous rendons aux Saints s’appelle culte de dulie c’est-à-dire de vénération pour les serviteurs de Dieu ; enfin le culte particulier que nous rendons à la Très Sainte Vierge s’appelle culte d’hyperdulie c’est-à-dire de vénération toute spéciale, comme pour la Mère de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le second commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le second commandement : Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement : &amp;quot; Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu &amp;quot; nous défend : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 d’employer le nom de Dieu sans respect ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 de blasphémer contre Dieu, contre la Très Sainte Vierge et contre les Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de faire des jurements faux et sans nécessité ou défendus à quelque titre que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que employer le nom de Dieu sans respect ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employer le nom de Dieu sans respect, c’est prononcer ce saint nom et tout ce qui se rapporte d’une manière spéciale à Dieu, comme le nom de Jésus, de Marie et des Saints, par colère, par plaisanterie ou de toute autre manière peu respectueuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le blasphème ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le blasphème est un horrible péché qui consiste en paroles ou actes de mépris ou de malédiction contre Dieu, la sainte Vierge, les Saints, ou contre les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une différence entre le blasphème et l’imprécation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une différence, parce que dans le blasphème on lance la malédiction ou on désire le mal à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints ; tandis que dans l’imprécation c’est à soi-même ou au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jurer, c’est prendre Dieu à témoin de la vérité de ce qu’on dit ou de ce qu’on promet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours défendu de jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas toujours défendu de jurer ; c’est permis et même un honneur rendu à Dieu quand il y a nécessité et que le jurement est fait avec vérité, discernement et justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec vérité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on affirme avec serment ce que l’on sait ou que l’on croit être faux, et quand on promet avec serment ce que l’on n’a pas l’intention d’accomplir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec discernement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure sans prudence et sans mûre réflexion ou pour des choses de peu d’importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure de faire une chose qui n’est pas juste ou permise, comme de se venger, de voler et autres choses semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir le serment de faire des choses injustes ou défendues ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement nous n’y sommes pas obligés, mais nous pécherions en les faisant parce qu’elles sont défendues par la loi de Dieu ou de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui jure à faux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui jure à faux commet un péché mortel parce qu’il déshonore gravement Dieu, vérité infinie, en le prenant à témoin d’une chose fausse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement nous ordonne d’honorer le saint nom de Dieu et d’accomplir non seulement les serments, mais encore les vœux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’un vœu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vœu est la promesse faite à Dieu d’une chose bonne, possible pour nous, et meilleure que son contraire, à laquelle nous nous obligeons comme si elle nous était commandée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’accomplissement d’un vœu devenait en tout ou en partie très difficile, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut demander la commutation ou la dispense du vœu à son Évêque ou au Souverain Pontife, selon l’importance du vœu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de manquer aux vœux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manquer aux vœux est un péché. Aussi nous ne devons pas faire de vœux sans une mûre réflexion et, ordinairement, sans le conseil du confesseur ou d’une autre personne prudente, afin de ne pas nous exposer au péril de pécher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on faire des vœux à la Sainte Vierge et aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait les vœux seulement à Dieu ; cependant on peut promettre à Dieu de faire quelque chose en l’honneur de la Sainte Vierge ou des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le troisième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes, nous ordonne d’honorer Dieu par les pratiques du culte les jours de fête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ancienne loi, c’étaient le jour du sabbat et les autres jours particulièrement solennels pour le peuple hébreu ; dans la loi nouvelle, ce sont les dimanches et autres solennités établies par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la loi nouvelle sanctifie-t-on le dimanche au lieu du samedi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dimanche, qui signifie jour du Seigneur a été substitué au samedi, parce que c’est à pareil jour que Jésus-Christ Notre Seigneur est ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la pratique du culte qui nous est commandée aux jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous est commandé d’assister dévotement au saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quelles autres pratiques un bon chrétien sanctifie-t-il les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien sanctifie les fêtes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en assistant à la Doctrine chrétienne, aux prédications et aux offices ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 en recevant souvent avec les dispositions convenables les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 en se livrant à la prière et aux œuvres de charité chrétienne envers le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le troisième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement nous défend les œuvres serviles et toute autre occupation qui nous détourne du culte divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres serviles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles défendues les jours de fête sont les travaux dits manuels, c’est-à-dire les travaux matériels auxquels le corps a plus de part que l’esprit, comme ceux que font ordinairement les serviteurs, les ouvriers et les artisans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet-on en travaillant les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En travaillant les jours de fête on commet un péché mortel ; cependant si le travail dure peu de temps, il n’y a pas de faute grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune œuvre servile qui soit permise les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête sont permis les travaux nécessaires à la vie ou au service de Dieu et ceux qu’on fait pour une cause grave, en demandant, s’il se peut, la permission à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les œuvres serviles sont-elles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles sont défendues, les jours de fête, pour que nous puissions mieux nous occuper au culte divin et au salut de notre âme, et pour que nous nous reposions de nos fatigues. Aussi il n’est pas défendu de se livrer à d’honnêtes amusements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses devons-nous éviter surtout les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête nous devons éviter par dessus tout le péché et tout ce qui peut nous porter au péché, comme les amusements et les réunions dangereuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les commandements qui concernent le prochain.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le quatrième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère, nous ordonne de respecter notre père et notre mère, de leur obéir en tout ce qui n’est pas péché et de les assister dans leurs besoins spirituels et temporels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le quatrième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement nous défend d’offenser nos parents en paroles, en actes et de toute autre manière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous le nom de père et mère quelles autres personnes comprend ce commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nom de père et de mère, ce commandement comprend encore tous nos supérieurs tant ecclésiastiques que laïques, auxquels nous devons donc obéissance et respect. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient aux parents l’autorité de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants de leur obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qu’ont les parents de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants d’obéir vient de Dieu qui a constitué et ordonné la famille, de telle sorte que l’homme y trouve les premiers moyens nécessaires à son perfectionnement matériel et spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents ont-ils des devoirs envers leurs enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents ont le devoir d’aimer, de soigner et nourrir leurs enfants, de pourvoir à leur éducation religieuse et civile, de leur donner le bon exemple, de les éloigner des occasions de péché, de les corriger de leurs fautes et de les aider à embrasser l’état auquel ils sont appelés de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu nous a-t-il donné le modèle de la famille parfaite ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous a donné le modèle de la famille parfaite dans la sainte Famille, où Jésus-Christ vécut soumis à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph jusqu’à trente ans, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il commençât à exercer la mission que lui avait confiée le Père éternel de prêcher l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, pourraient-elles pourvoir à tous leurs besoins matériels et moraux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, elles ne pourraient pourvoir à leurs besoins, et il est nécessaire qu’elles soient unies en société civile afin de s’aider mutuellement pour leur perfectionnement et leur bonheur communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la société civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société civile est la réunion de nombreuses familles, dépendant de l’autorité d’un chef, pour s’aider réciproquement à atteindre leur perfectionnement mutuel et le bonheur temporel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient à la société civile l’autorité qui la gouverne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qui gouverne la société civile vient de Dieu qui la veut constituée pour le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il obligation de respecter l’autorité qui gouverne la société civile et de lui obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous ceux qui appartiennent à la société civile ont le devoir de respecter l’autorité et de lui obéir parce que cette autorité vient de Dieu et qu’ainsi le veut le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on respecter toutes les lois qui sont imposées par l’autorité civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit respecter toutes les lois que l’autorité civile impose, pourvu qu’elles ne soient pas opposées à la loi de Dieu ; c’est le commandement et l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’obéissance et le respect aux lois imposées par l’autorité, ceux qui font partie de la société civile ont-ils d’autres devoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui font partie de la société civile, outre l’obligation du respect et de l’obéissance envers les lois, ont le devoir de vivre dans la concorde et de travailler de toutes leurs forces et de tous leurs moyens à y faire régner, pour l’avantage commun, la vertu, la paix, l’ordre et la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le cinquième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le cinquième commandement : Tu ne tueras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement : Tu ne tueras pas, défend de donner la mort au prochain, de le battre, de le frapper, ou de lui faire quelque autre mal dans son corps, soit par soi-même, soit par les autres. Il défend encore de l’offenser par des paroles injurieuses et de lui vouloir du mal. Dans ce commandement Dieu défend aussi de se donner la mort, ce qui est le suicide. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-ce un péché grave de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui tue usurpe témérairement le droit sur la vie de l’homme qui n’appartient qu’à Dieu seul, parce qu’il détruit la sécurité de la société humaine, et parce qu’il enlève au prochain la vie, qui est le plus grand bien naturel qu’il ait sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il des cas où il soit permis de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et enfin quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu dans le cinquième commandement défend-il aussi de nuire à la vie spirituelle du Prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu, dans le cinquième commandement, défend aussi de nuire à la vie spirituelle du prochain par le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le scandale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est toute parole, tout acte ou toute omission qui est pour les autres une occasion de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le scandale est-il un péché grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est un péché grave parce qu’il tend à détruire la plus grande œuvre de Dieu qui est la Rédemption, par la perte d’une âme ; parce qu’il donne au prochain la mort de l’âme en lui enlevant la vie de la grâce, qui est plus précieuse que la vie du corps ; parce qu’il est cause d’une multitude de péchés. Aussi Dieu menace-t-il des plus sévères châtiments ceux qui donnent le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le cinquième commandement Dieu défend-il de se donner la mort à soi-même ou de se suicider ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cinquième commandement, Dieu défend le suicide parce que l’homme n’est pas le maître de sa vie comme il ne l’est pas de celle d’autrui. Et l’Église punit le suicide par la privation de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le cinquième commandement défend-il aussi le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le cinquième commandement défend aussi le duel, parce que le duel participe de la malice du suicide et de celle de l’homicide ; et quiconque y assiste volontairement, même comme simple spectateur, est excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le duel est-il encore défendu quand il n’y a pas péril de mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le duel même est défendu, parce que non seulement nous ne pouvons pas tuer, mais nous ne pouvons pas même blesser volontairement nous-mêmes ni les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La défense de l’honneur peut-elle excuser le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, parce qu’il n’est pas vrai que par le duel on répare l’offense, et parce qu’on ne peut pas réparer l’honneur par une action injuste, déraisonnable et barbare, comme est le duel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le cinquième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement nous ordonne de pardonner à nos ennemis et de vouloir du bien à tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui a porté tort au prochain pour la vie du corps ou pour la vie de l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne suffit pas que celui qui a porté tort au prochain se confesse, il doit aussi réparer le mal qu’il a fait en compensant les torts qu’il a portés, en rétractant les erreurs qu’il a enseignées, en donnant le bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le sixième et le neuvième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés, nous défend tout acte, tout regard, toute parole contraire à la chasteté, et l’infidélité dans le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que défend le neuvième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième commandement défend expressément tout désir contraire à la fidélité que les époux se sont jurés en s’unissant par le mariage. Il défend aussi toute pensée coupable ou tout désir d’actes défendus par le sixième commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’impureté est-elle un grand péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave et abominable devant Dieu et devant les hommes ; il avilit l’homme à la condition des animaux sans raison, l’entraîne à beaucoup d’autres péchés et de vices, et provoque les plus terribles châtiments en cette vie et en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté sont-elles des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté ne sont pas par elles-mêmes des péchés, elles sont plutôt des tentations et des excitations au péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que les mauvaises pensées sont des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mauvaises pensées, même quand elles ne sont pas suivies d’effet, sont des péchés lorsque nous leur donnons occasion d’une manière coupable, ou que nous y consentons ou que nous nous exposons au péril prochain d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonnent le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement nous ordonne d’être chastes et modestes dans nos actes, nos regards, notre maintien et nos paroles. Le neuvième commandement nous ordonne d’être chastes et purs même intérieurement c’est-à-dire dans notre esprit et notre cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour observer le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien observer le sixième et le neuvième commandements, nous devons prier Dieu souvent et du fond du cœur, être dévots à la Vierge Marie, Mère de la pureté, nous rappeler que Dieu nous voit, penser à la mort, aux châtiments divins, à la passion de Jésus-Christ, garder nos sens, pratiquer la mortification chrétienne et fréquenter les sacrements avec les dispositions convenables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous fuir pour nous maintenir dans la pureté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous maintenir dans la pureté, il convient de fuir l’oisiveté, les mauvaises compagnies, l’intempérance, d’éviter les images indécentes, les spectacles licencieux, les conversations dangereuses et toutes les autres occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le septième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le septième commandement : Tu ne voleras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement : Tu ne voleras pas, nous défend de prendre ou de retenir le bien d’autrui injustement, et de faire tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voler, c’est prendre injustement le bien d’autrui contre la volonté de son maître, dans le cas où celui-ci a pleine raison et droit absolu de n’en vouloir pas être privé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le vol est-il défendu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, par le vol, on pèche contre la justice et en fait injure au prochain en prenant et retenant contre son droit et sa volonté ce qui lui appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bien d’autrui est tout ce qui appartient au prochain, qu’il en ait la propriété ou l’usage, ou qu’il l’ait simplement le dépôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien de manières prend-on injustement le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De deux manières : par le vol et par la rapine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet le vol ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vol se commet quand on prend le bien d’autrui en se cachant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapine se commet quand on prend avec violence et ouvertement le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quels cas peut-on prendre le bien d’autrui sans faire de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le maître n’est pas opposé ou que son opposition est injuste, ce qui arriverait si quelqu’un était dans l’extrême nécessité, pourvu qu’il prit seulement ce qui lui est strictement nécessaire pour subvenir à son besoin urgent et extrême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-on faire tort au prochain dans ses biens que par le vol et la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On lui fait tort encore par la fraude, par l’usure et par toute autre injustice que l’on commet contre ses biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la fraude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a fraude quand on trompe le prochain dans le commerce par de faux poids, de fausses mesures, de la fausse monnaie et de mauvaises marchandises ; quand on falsifie les écritures et les papiers ; en un mot toutes les fois qu’on induit en erreur dans les ventes, les achats et tout autre contrat, et aussi quand on ne veut pas donner le juste prix et le prix convenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’usure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’usure consiste à exiger, sans titre légitime, un intérêt illicite pour une somme prêtée, en abusant du besoin et de l’ignorance d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres injustices commet-on contre le bien du prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des injustices que de lui faire perdre injustement ce qu’il a, de lui faire tort dans ses possessions, de ne pas travailler comme on le doit, de ne pas payer par malice des dettes ou des marchandises achetées, de frapper ou de tuer les animaux qui lui appartiennent, d’endommager ou laisser endommager ce qu’on a en garde, d’empêcher quelqu’un de faire un juste bénéfice, de tenir la main aux voleurs, de recevoir, cacher ou acheter des choses volées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché grave que de voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché grave contre la justice quand il s’agit d’une matière grave, car il est très important que le droit de chacun sur son bien propre soit respecté, et cela pour le bien des individus, des familles et de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que la matière du vol est grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est grave lorsqu’on prend une chose importante et aussi lorsque, bien qu’on prenne une chose de peu de valeur, le prochain en souffre un grave dommage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le septième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement nous ordonne de respecter le bien d’autrui, de donner le juste salaire aux ouvriers, et d’observer la justice en tout ce qui concerne la propriété d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le septième commandement suffit-il qu’il se confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le septième commandement, la confession ne suffit pas ; il faut qu’il fasse son possible pour restituer le bien d’autrui et réparer les dommages causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la réparation des dommages causés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réparation des dommages causés est la compensation qu’on doit donner au prochain pour les fruits et les bénéfices perdus à cause du vol et des autres injustices commises à son détriment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui doit-on restituer le bien volé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A celui qui a été volé ; à ses héritiers, s’il est mort ; et si c’est vraiment impossible, on doit en donner la valeur au profit des pauvres et des œuvres pieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand on trouve une chose de grande valeur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit apporter un grand empressement à en trouver le maître et la lui restituer fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le huitième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage, nous défend de déposer faussement en justice. Il nous défend encore la diffamation ou médisance, la calomnie, la flatterie, le jugement et le soupçon téméraires et toute sorte de mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la diffamation ou médisance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La diffamation ou médisance est un péché qui consiste à manifester sans un juste motif les péchés et les défauts d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la calomnie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La calomnie est un péché qui consiste à attribuer méchamment au prochain des fautes et des défauts qu’il n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la flatterie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La flatterie est un péché qui consiste à tromper quelqu’un en disant faussement du bien de lui ou d’un autre, dans le but d’en retirer quelque avantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le jugement ou soupçon téméraire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jugement ou le soupçon téméraire est un péché qui consiste à mal juger ou à soupçonner de mal le prochain sans un juste motif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est un péché qui consiste à affirmer comme vrai ou comme faux, par des paroles ou par des actes, ce qu’on ne croit pas tel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien d’espèces est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est de trois espèces : le mensonge joyeux, le mensonge officieux et le mensonge pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge joyeux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge joyeux est celui dans lequel on ment par pure plaisanterie et sans faire tort à personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge officieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge officieux est l’affirmation d’une chose fausse pour sa propre utilité ou celle d’un autre, mais sans qu’il y ait de préjudice pour personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge pernicieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge pernicieux est l’affirmation d’une chose fausse qui fait tort au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis de mentir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est jamais permis de mentir ni par plaisanterie, ni pour son propre avantage ni pour celui d’autrui, car c’est une chose mauvaise par elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le mensonge est joyeux ou officieux, c’est un péché véniel ; mais s’il est pernicieux, c’est un péché mortel si le préjudice causé est grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours nécessaire de dire tout ce qu’on pense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, cela n’est pas toujours nécessaire, surtout quand celui qui vous interroge n’a pas le droit de savoir ce qu’il demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le huitième commandement suffit-il qu’il s’en confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le huitième commandement, il ne suffit pas qu’il s’en confesse ; il est obligé de rétracter ce qu’il a dit de calomnieux contre le prochain, et de réparer du mieux qu’il le peut les dommages qu’il lui a causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le huitième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement nous ordonne de dire quand il le faut la vérité, et d’interpréter en bien, autant que nous le pouvons, les actions de notre prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le dixième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui, nous défend le désir de priver autrui de son bien et le désir d’acquérir du bien par des moyens injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu nous défend-il aussi le désir du bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous défend les désirs déréglés du bien d’autrui, parce qu’il veut que nous soyons justes, même intérieurement, et que nous nous tenions toujours très éloignés des actes injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le dixième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement nous ordonne de nous contenter de l’état dans lequel Dieu nous a placés, et de souffrir avec patience la pauvreté quand Dieu nous veut dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment un chrétien peut-il être content dans la pauvreté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien peut être content même dans la pauvreté, en considérant que le plus grand des biens est une conscience pure et tranquille, que notre vraie patrie est le ciel, et que Jésus-Christ s’est fait pauvre par amour pour nous et a promis une récompense spéciale à tous ceux qui supportent avec patience la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les préceptes de l’Église  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les préceptes de l’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Outre les commandements de Dieu, que devons-nous encore observer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des commandements de Dieu, nous devons encore observer les préceptes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’obéir à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucun doute nous sommes obligés d’obéir à l’Église parce que Jésus-Christ lui-même nous l’ordonne, et parce que les préceptes de l’Église aident à observer les commandements de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand commence l’obligation d’observer les préceptes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obligation d’observer les préceptes de l’Église commence généralement quand on a l’usage de la raison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de transgresser un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Transgresser délibérément un précepte de l’Église en matière grave est un péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui peut dispenser d’un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que le Pape qui puisse dispenser des préceptes de l’Église, et ceux à qui il en a donné le pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de préceptes de l’Église, et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les préceptes de l’Église sont au nombre de cinq : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Jeûner pendant le Carême, aux quatre-temps et pour les Vigiles commandées ; ne pas manger de viande les jours défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Se confesser au moins une fois l’an et communier à Pâques, chacun dans sa paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Payer les dîmes dues à l’Église, selon les usages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Ne pas célébrer de mariages en temps prohibé, c’est-à-dire du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’octave de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le premier précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le premier précepte ou commandement de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier précepte de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches e t les autres fêtes commandées, nous ordonne d’assister avec dévotion à la sainte Messe tous les dimanches et autres fêtes de précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste les dimanches et autres fêtes d’obligation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste, autant que possible, les dimanches et autres fêtes d’obligation est la Messe paroissiale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église recommande-t-elle aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église recommande aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 afin que ceux qui appartiennent à la même paroisse s’unissent pour prier ensemble avec le curé qui est leur chef ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que les paroissiens participent davantage au saint Sacrifice qui est spécialement appliqué pour eux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 afin qu’ils entendent les vérités de l’Évangile que les curés ont l’obligation d’exposer à la Sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 afin qu’ils connaissent les prescriptions et les avis qui sont publiés à cette Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que veut dire le mot : dimanche ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot dimanche veut dire jour du Seigneur, c’est-à-dire jour spécialement consacré au service divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le premier commandement de l’Église est-il fait une mention spéciale du dimanche ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier commandement de l’Église il est fait une mention spéciale du dimanche, parce qu’il est la fête principale chez les chrétiens comme le sabbat (samedi) était fête principale chez les Juifs, par l’institution de Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres fêtes a instituées l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué aussi les fêtes de Notre Seigneur, de la très Sainte Vierge, des Anges et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle institué d’autres fêtes de Notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué d’autres fêtes de Notre Seigneur en souvenir de ses divins mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ont été instituées les fêtes de la très Sainte Vierge’ des Anges et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes de la Très Sainte Vierge, des Anges et des Saints ont été instituées : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en souvenir des grâces que Dieu leur a faites et pour en remercier la divine bonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que nous les honorions, que nous imitions leurs exemples et que nous obtenions le secours de leurs prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le second précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés nous ordonne de jeûner : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pendant le Carême ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 à certains jours de l’Avent, là où le jeûne est prescrit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 aux quatre-temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 à certaines Vigiles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas par jour et à s’abstenir des aliments défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Aux jours de jeûne, peut-on faire le soir une petite collation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une condescendance de l’Église on peut, les jours de jeûne, faire le soir une petite collation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne sert à mieux nous préparer à la prière, à faire pénitence des péchés commis, et à nous préserver d’en commettre de nouveaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est obligé au jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont obligés au jeûne tous les chrétiens qui ont vingt et un ans accomplis, et qui ne sont ni dispensés ni excusés par un empêchement légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne sont-ils absolument dispensés de toute mortification ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne ne sont pas absolument dispensés de toute mortification, parce que nous sommes tous obligés à faire pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Carême a été institué pour imiter en quelque façon le jeûne rigoureux de quarante jours que Jésus-Christ fit dans le désert, et pour nous préparer par la pénitence à célébrer saintement la fête de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne de l’Avent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne de l’Avent a été institué pour nous disposer à célébrer saintement la fête de Noël. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des quatre-temps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des quatre-temps a été institué : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour consacrer chaque saison de l’année par une pénitence de quelques jours ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour le remercier des fruits qu’il nous a déjà donnés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et pour le prier de donner à son Église de saints ministres, dont l’ordination est faite les samedis des quatre-temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des Vigiles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des Vigiles a été institué pour nous préparer à célébrer saintement les fêtes principales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui nous est défendu le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense, il nous est défendu de manger de la viande, sauf en cas de nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle voulu que nous nous abstenions ces jours-là de manger de la viande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que nous fassions pénitence chaque semaine. et surtout le vendredi en l’honneur de la Passion, et le samedi en souvenir de la sépulture de Jésus-Christ, et en l’honneur de la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le troisième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous commande l’Église par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’usage de la raison de l’approcher au moins une fois l’an du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle est le Carême, selon l’usage introduit et approuvé dans toute l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église dit-elle que nous nous confessions au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église dit : au moins, pour nous faire connaître son désir que nous nous approchions plus souvent des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C’est donc une chose utile de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une chose très utile de se confesser souvent, surtout parce qu’il est difficile de se bien confesser et de se tenir éloigné du péché mortel si l’on se confesse rarement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous prescrit l’Église par les autres paroles du troisième précepte Communier au moins à Pâques, chacun dans sa paroisse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les autres paroles du troisième précepte : communier au moins à Pâques chacun dans sa paroisse, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’âge de discrétion, à recevoir tous les ans la très sainte Eucharistie, dans leur paroisse, pendant le temps pascal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il un autre temps en dehors de Pâques, où nous soyons obligés de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de communier aussi quand nous Sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit que nous devons communier au moins à Pâques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église désire vivement que non seulement à Pâques, mais le plus souvent possible, nous nous approchions de la sainte Communion qui est la divine nourriture de nos âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Satisfait-on à ce précepte par une confession ou une communion sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne satisfait pas au troisième précepte de l’Église par une confession ou une communion sacrilège, parce que l’intention de l’Église est qu’on reçoive ces sacrements pour la fin qui a motivé leur institution, c’est-à-dire pour notre sanctification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le quatrième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Comment observe-t-on le quatrième précepte de l’Église : Payer les dîmes dues à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième précepte : Payer les dîmes dues à l’Église, s’observe en payant les offrandes ou prestations qui ont été établies pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toutes choses, et pour pourvoir à l’honnête subsistance de ses ministres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on payer les dîmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit payer les dîmes sur les choses et de la manière que comporte l’habitude des lieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le cinquième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend l’Église par le cinquième précepte : Ne pas célébrer de mariage en temps prohibé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le cinquième précepte l’Église ne défend pas la célébration du sacrement de Mariage, mais seulement la solennité des mariages, du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’Octave de pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste cette solennité des mariages ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solennité des mariages prohibée par ce précepte consiste dans la Messe propre pour les époux, dans la bénédiction nuptiale, et dans la pompe extraordinaire des mariages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mariages solennels ne conviennent-ils pas pendant l’Avent et le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mariages solennels ne conviennent pas pendant l’Avent et le Carême, parce que ce sont des temps spécialement consacrés à la pénitence et à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les devoirs particuliers de chaque état et les conseils évangéliques.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les devoirs d’état. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les devoirs d’état ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par devoir d’état on entend les obligations particulières que chacun a par suite de son état, de sa condition et de la situation qu’il occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Dieu qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers, parce que ces devoirs dérivent de ses divins commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les devoirs particuliers dérivent-ils des dix commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, dans le quatrième commandement, sous le nom de père et de mère, sont compris encore tous nos supérieurs, et ainsi de ce commandement dérivent tous les devoirs d’obéissance, d’amour et de respect des inférieurs envers leurs supérieurs, et tous les devoirs de vigilance qu’ont les supérieurs envers leurs inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels commandements dérivent les devoirs des ouvriers, des commerçants, de ceux qui administrent les biens d’autrui et autres semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs de fidélité, de sincérité, de justice, d’équité qu’ils ont, dérivent du septième, du huitième et du dixième commandements qui défendent toute fraude, injustice, négligence et duplicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel commandement dérivent les devoirs des personnes consacrées à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs des personnes consacrées à Dieu dérivent du second commandement qui ordonne d’accomplir les vœux et les promesses faites à Dieu : car c’est ainsi que ces personnes se sont obligées à l’observation de tous les conseils évangéliques ou de quelques-uns. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les conseils évangéliques. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont certains moyens suggérés par Jésus-Christ dans le saint Évangile pour atteindre la perfection chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont : la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l’obéissance en tout ce qui n’est pas péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques servent à faciliter l’observation des commandements et à mieux assurer le salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les conseils évangéliques facilitent-ils l’observation des commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques facilitent l’observation des commandements parce qu’ils aident à détacher le cœur de l’amour des richesses, des plaisirs et des honneurs, et qu’ainsi ils éloignent du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie : Les sacrements.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les sacrements en général.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature des sacrements. ====&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne il est question des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par le mot sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le mot sacrement on entend un signe sensible et efficace de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple comment les sacrements sont des signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Baptême, l’acte par lequel on verse l’eau sur la tête de la personne, et les paroles &amp;quot; Je te baptise (c’est-à-dire je te lave), au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;, sont un signe sensible de ce que le Baptême opère dans l’âme : de même que l’eau lave le corps, ainsi la grâce donnée par le Baptême purifie l’âme du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien g a-t-il de sacrements et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept sacrements qui sont : le Baptême, la Confirmation, l’Eucharistie, la Pénitence, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire un sacrement, il faut la matière, la forme et un ministre qui ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la matière des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière des sacrements est la chose sensible qu’on emploie pour les faire ; comme, par exemple, l’eau naturelle dans le Baptême, l’huile et le baume dans la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la forme des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme des sacrements consiste dans les paroles qu’on prononce pour les faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le ministre des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre des sacrements est la personne qui fait ou confère le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’effet principal des sacrements : La Grâce. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce de Dieu est un don intérieur surnaturel, qui nous est donné sans aucun mérite de notre part, mais par les mérites de Jésus-Christ, en vue de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la grâce en grâce sanctifiante qu’on appelle aussi habituelle, et en grâce actuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante est un don surnaturel inhérent à notre âme, qui nous rend justes, enfants adoptifs de Dieu et héritiers du paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de grâce sanctifiante : la grâce première et la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce première ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce première est celle par laquelle l’homme passe de l’état de péché mortel à l’état de justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et qu’est-ce que la grâce seconde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce seconde est un accroissement de la grâce première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce actuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce actuelle est un don surnaturel qui illumine notre esprit, meut et fortifie notre volonté, pour que nous fassions le bien et évitions le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous résister à la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons résister à la grâce de Dieu, car elle ne détruit pas notre libre arbitre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par nos seules forces pouvons-nous faire quelque chose pour la vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans le secours de la grâce de Dieu, par nos seules forces, nous ne pouvons rien faire pour la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu nous communique-t-il la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous communique la grâce principalement par le moyen des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la grâce sanctifiante, les sacrements nous confèrent-ils une autre grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la grâce sanctifiante, les sacrements confèrent aussi la grâce sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sacramentelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sacramentelle consiste dans le droit qu’on acquiert en recevant un sacrement quelconque, d’avoir, en temps opportun, les grâces actuelles nécessaires pour remplir les obligations qui dérivent du sacrement reçu. Ainsi, lorsque nous avons été baptisés, nous avons reçu le droit d’avoir les grâces nécessaires pour vivre chrétiennement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les sacrements donnent-ils toujours la grâce à celui qui les reçoit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements donnent toujours la grâce pourvu qu’on les reçoive avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ qui, par sa passion et sa mort, a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante et, par là, nous rendent amis de Dieu, sont au nombre de deux : le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment, en conséquence, appelle-t-on ces deux sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux sacrements, c’est-à-dire le Baptême et la Pénitence, s’appellent sacrements des morts, parce qu’ils sont établis principalement pour rendre aux âmes mortes par le péché, la vie de la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède sont les cinq autres, donc la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, qui donnent la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent par suite ces cinq sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces cinq sacrements, à savoir : la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, s’appellent sacrements des vivants, parce que ceux qui les reçoivent doivent être exempts de péché mortel, c’est-à-dire déjà vivants par la grâce sanctifiante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce, commet un grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements les plus nécessaires pour notre salut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements les plus nécessaires pour notre salut sont le Baptême et la Pénitence. Le Baptême est nécessaire à tous absolument. Et la Pénitence est nécessaire à tous ceux qui ont péché mortellement après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le plus grand de tous les sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus grand de tous les sacrements est le sacrement de l’Eucharistie, parce qu’il contient non seulement la grâce, mais encore Jésus-Christ, auteur de la grâce et des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le caractère imprimé par certains sacrements ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois sont au nombre de trois : le Baptême, la Confirmation et l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, ne peuvent-ils être reçus qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre ne peuvent être reçus qu’une fois parce qu’ils impriment un caractère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements est un signe spirituel qui ne peut plus s’effacer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements Sert à nous marquer dans le Baptême comme membres de Jésus-Christ, dans la Confirmation comme ses soldats, dans l’Ordre comme ses ministres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le Baptême.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature et effets du baptême. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est le sacrement par lequel nous renaissons à la grâce de Dieu et nous devenons chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Baptême confère la première grâce sanctifiante qui efface le péché originel et aussi le péché actuel s’il existe. Il remet toute la peine due pour ces péchés, imprime le caractère de chrétien, nous fait enfants de Dieu, membres de l’Église et héritiers du paradis, et nous rend capables de recevoir les autres sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du Baptême est l’eau naturelle qu’on verse sur la tête de celui qu’on baptise, en assez grande quantité pour qu’elle coule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du Baptême est celle-ci : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministre du baptême. ====&lt;br /&gt;
''A qui appartient-il de donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donner le Baptême appartient de droit aux Évêques et curés, mais en cas de nécessité, toute personne peut le donner, que ce soit un homme ou une femme, même un hérétique ou un infidèle, pourvu qu’il accomplisse le rite du Baptême et qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes, laquelle devrait donner le baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes ; s’il y avait un prêtre, c’est lui qui devrait le baptiser ; en son absence un ecclésiastique d’ordre inférieur ; et en l’absence de celui-ci, un homme laïque de préférence à une femme, à moins que celle-ci ne sache mieux faire ou que la décence n’exige que ce soit elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui baptise doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église dans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Rite du Baptême et dispositions de celui qui le reçoit à l’âge de raison. ====&lt;br /&gt;
''Comment fait-on pour donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le Baptême en versant de l’eau sur la tête de celui qu’on baptise, et si on ne peut pas sur la tête, sur quelque autre partie principale du corps, et en disant en même temps : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne serait-elle baptisée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne ne serait pas baptisée : il est nécessaire que ce soit la même personne qui verse l’eau et prononce les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on a un doute que la personne soit morte, doit-on négliger de la baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on a un doute que la personne soit morte, on doit la baptiser sous condition en disant : &amp;quot; Si tu es en vie, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on porter les enfants à l’Église pour les faire baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit porter les enfants à l’église pour les faire baptiser le plus tôt possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi doit-on mettre tant d’empressement à faire recevoir le baptême aux enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit mettre tant d’empressement à faire baptiser les enfants parce que, à cause de la fragilité de leur âge, ils sont exposés à bien des dangers de mourir et qu’ils ne peuvent se sauver sans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ils pèchent donc les pères et les mères qui par leur négligence laissent mourir leurs enfants sans Baptême, ou même qui le diffèrent simplement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les pères et les mères qui, par leur négligence, laissent mourir leurs enfants sans Baptême pèchent gravement, parce qu’ils privent leurs enfants de la vie éternelle. Ils pèchent même gravement en différant longtemps le Baptême, parce qu’ils les exposent au danger de mourir sans l’avoir reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand celui qui est baptisé a atteint l’âge de raison, quelles dispositions doit-il avoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adulte qu’on baptise doit, outre la foi, avoir la douleur au moins imparfaite des péchés mortels qu’il aurait commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, que recevrait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, il recevrait le caractère du Baptême mais non la rémission des péchés ni la grâce sanctifiante. Et ces effets resteraient suspendus tant que l’empêchement n’aurait pas été levé par la douleur parfaite des péchés ou par le sacrement de Pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Nécessité du Baptême et devoirs du baptisé ====&lt;br /&gt;
''Le Baptême est-il nécessaire pour être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est absolument nécessaire pour être sauvé, car le Seigneur a dit expressément : &amp;quot; Celui qui ne renaîtra pas dans l’eau et le Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume des cieux &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on suppléer en quelque manière au défaut du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le défaut du sacrement de Baptême peut être suppléé par le martyre qu’on appelle Baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu ou de contrition joint au désir au moins implicite du Baptême, et ceci s’appelle Baptême de désir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi s’oblige celui qui reçoit le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit le Baptême s’oblige à professer toujours la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ et de son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi renonce-t-on en recevant le saint Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En recevant le saint Baptême, on renonce pour toujours au démon, à ses œuvres et à ses pompes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par les œuvres ou par les pompes du démon ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les œuvres et les pompes du démon, on entend les péchés et les maximes du monde contraires aux maximes du saint Évangile&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le nom et les parrains. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi impose-t-on le nom d’un Saint à celui qu’on baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On impose le nom d’un Saint à celui qu’on baptise pour le mettre sous la protection spéciale d’un patron céleste et pour l’animer à imiter ses exemples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les parrains et marraines du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines du Baptême sont les personnes qui, par une disposition de l’Église, tiennent les enfants sur les fonts baptismaux, répondent pour eux et se rendent garants devant Dieu de leur éducation chrétienne, spécialement si les parents y manquaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certainement obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous, parce que Dieu ne nous a reçus dans sa grâce qu’à cette condition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles personnes doit-on choisir pour parrains et marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit choisir pour parrains et marraines des personnes catholiques, de bonnes mœurs et qui obéissent aux lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les obligations des parrains et des marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines sont obligés d’avoir soin que leurs fils spirituels soient instruits des vérités de la foi et vivent en bons chrétiens, et de les édifier par leur bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel lien contractent les parrains dans le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains contractent une parenté spirituelle avec le baptisé et avec ses parents, d’où résulte un empêchement de mariage avec eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : La Confirmation. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation est un sacrement qui nous donne le Saint-Esprit, imprime dans notre âme le caractère de soldats du Christ et nous rend parfaits chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le sacrement de Confirmation nous rend-il parfaits chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation nous rend parfaits chrétiens parce qu’elle nous confirme dans la foi et perfectionne les autres vertus et les dons que nous avons reçus dans le saint Baptême et c’est de là que lui vient son nom de Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les dons du Saint-Esprit, qu’on reçoit dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit qu’on reçoit dans la Confirmation sont les sept suivants : la Sagesse, l’Intelligence, le Conseil, la Force, la Science, la Piété et la Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière de ce sacrement, outre l’imposition des mains de l’Évêque, est l’onction faite sur le front du baptisé avec le saint Chrême : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi Onction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le saint Chrême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le saint Chrême est de l’huile d’olive mêlée avec du baume et consacrée par l’Évêque le Jeudi-Saint. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient l’huile et le baume dans ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce sacrement l’huile qui s’étend et fortifie, signifie l’abondance de la grâce qui se répand dans l’âme du chrétien pour le confirmer dans la foi ; et le baume, qui est odorant et préserve de la corruption, signifie que le chrétien, fortifié par cette grâce, est capable de répandre la bonne odeur des vertus chrétiennes et de se préserver de la corruption des vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Confirmation est celle-ci : &amp;quot; Je te signe du signe de la Croix et te confirme avec le Chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre ordinaire du sacrement de Confirmation est l’Évêque seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles cérémonies l’Évêque administre-t-il la confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque, pour administrer le sacrement de Confirmation, étend d’abord les mains sur les confirmands en invoquant sur eux le Saint-Esprit ; puis il fait une onction en forme de croix avec le saint Chrême sur le front de chacun, en disant les paroles de la forme ; ensuite, de la main droite, il donne un léger soufflet sur la joue du confirmé en lui disant : &amp;quot; La paix soit avec toi &amp;quot; ; enfin il bénit solennellement tous les confirmés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’onction est-elle faite sur le front ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction est faite sur le front, où apparaissent les signes de la crainte et de la honte, afin que le confirmé comprenne qu’il ne doit pas rougir du nom et de la profession de chrétien, ni avoir peur des ennemis de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque donne-t-il un léger soufflet au confirmé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque donne un léger soufflet au confirmé pour qu’il sache qu’il doit être prêt à souffrir toute sorte d’affront et de peine pour la foi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tout le monde doit-il faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, chacun doit faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation et de le faire recevoir à ceux qui dépendent de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge est-il bon de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âge où il est bon de recevoir le sacrement de Confirmation est celui de sept ans environ ; parce qu’alors commencent habituellement les tentations et qu’on peut connaître suffisamment la grâce de ce sacrement et se rappeler qu’on l’a reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles dispositions faut-il pour recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour recevoir dignement le sacrement de Confirmation, il faut être en état de grâce, savoir les principaux mystères de notre sainte foi, et s’en approcher avec respect et dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recevrait la Confirmation une seconde fois pécherait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il commettrait un sacrilège, parce que la Confirmation est un de ces sacrements qui impriment un caractère dans l’âme et que, par suite, on ne peut recevoir qu’une fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le chrétien., pour conserver la grâce de la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour conserver la grâce de la Confirmation, le chrétien doit prier souvent, faire de bonnes œuvres, et vivre selon la loi de Jésus-Christ, sans respect humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi y a-t-il aussi des parrains et des marraines dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que, par leurs paroles et leurs exemples, ils guident le confirmé dans la voie du salut et qu’ils le soutiennent dans le combat spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles conditions sont requises dans le parrain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain doit être d’âge convenable, catholique, confirmé, instruit des choses les plus nécessaires de la religion et de bonnes mœurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le parrain de la Confirmation ne contracte-t-il aucune parenté avec le confirmé et ses parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain de la Confirmation contracte la même parenté spirituelle que celui du Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’Eucharistie.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La nature de l’Eucharistie et la présence réelle de Jésus-Christ dans ce sacrement. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie est un sacrement qui, par l’admirable changement de toute la substance du pain au Corps de Jésus-Christ et de celle du vin en son Sang précieux, contient vraiment, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ Notre Seigneur, sous les espèces du pain et du vin, pour être notre nourriture spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il dans l’Eucharistie le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la très Sainte Vierge sur cette terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, dans l’Eucharistie, il y a vraiment le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la Très Sainte Vierge sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi croyez-vous que dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois que, dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent, parce que Lui-même l’a dit et que la sainte Église me l’enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du sacrement de l’Eucharistie est celle qui fut employée par Jésus-Christ, c’est-à-dire le pain de froment et le vin de la vigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de l’Eucharistie consiste dans les paroles employées par Jésus-Christ : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que l’hostie avant la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hostie, avant la consécration, c’est du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration qu’est l’hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, l’hostie est le vrai Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le calice avant la consécration, qu’y a-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le calice, avant la consécration, il y a du vin avec quelques gouttes d’eau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration, qu’y a-t-il dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, dans le calice, il y a le vrai Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand se fait le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ se fait au moment même où le prêtre, pendant la sainte Messe, prononce les paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consécration est le renouvellement, par le ministère du prêtre, du miracle opéré par Jésus-Christ changeant à la dernière Cène le pain et le vin en son Corps et en son Sang adorables par ces mots : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église appelle-t-elle le miraculeux changement du pain et du vin au Corps et au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miraculeux changement qui s’opère chaque jour sur nos autels est appelé par l’Église transsubstantiation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, Dieu tout-puissant, qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration ne reste-t-il rien du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration il reste seulement les espèces du pain et du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’appelle-t-on espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle espèces la quantité et les qualités sensibles du pain et du vin comme : la forme, la couleur, la saveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les espèces du pain et du vin peuvent-elles rester sans leur substance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les espèces du pain et du vin restent merveilleusement sans leur substance par la vertu du Dieu tout-puissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous les espèces du pain n’y a-t-il que le Corps de Jésus-Christ, et sous les espèces du vin n’y a-t-il que son Sang ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant sous les espèces du pain que sous les espèces du vin, Jésus-Christ est vivant et tout entier dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sauriez-vous me dire pourquoi Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice parce que, dans l’Eucharistie, il est vivant et immortel comme dans le ciel. Par conséquent, là où est son Corps, il y a aussi son Sang, son Âme et sa Divinité ; et là où est son Sang, il y a aussi son Corps, son Âme et sa Divinité, car en Jésus-Christ tout cela est inséparable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, cesse-t-il d’être au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, il ne cesse pas d’être au ciel, mais il se trouve en même temps au ciel et dans le Très Saint Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ se trouve-t-il dans toutes les hosties consacrées du monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-il se faire que Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées par la toute-puissance de Dieu à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on divise l’hostie, divise-t-on le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on divise l’hostie on ne divise pas le Corps de Jésus-Christ, on divise seulement les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle partie de l’hostie reste le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Corps de Jésus-Christ reste tout entier dans toutes les parties en lesquelles l’hostie a été divisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est-il autant dans la parcelle d’une hostie que dans une grande hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une grande hostie comme dans la parcelle d’une hostie, c’est toujours le même Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif conserve-t-on dans les églises la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conserve dans les églises la très sainte Eucharistie pour qu’elle soit adorée par les fidèles et portée aux malades quand ils en ont besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on adorer l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie doit être adorée de tout le monde parce qu’elle contient vraiment, réellement et substantiellement Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’institution et les effets du sacrement de l’Eucharistie. ====&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie dans la dernière cène qu’il fit avec ses disciples, le soir qui précéda sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué la très sainte Eucharistie pour trois raisons principales : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour qu’elle soit le sacrifice de la nouvelle loi ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour qu’elle soit la nourriture de notre âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour qu’elle soit un mémorial perpétuel de sa passion et de sa mort, et un gage précieux de son amour envers nous et de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin, parce que l’Eucharistie devait être notre nourriture spirituelle et qu’il était par suite convenable qu’elle nous fût donnée sous forme d’aliment et de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici les principaux effets que produit la très sainte Eucharistie en celui qui la reçoit dignement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l elle conserve et accroît la vie de l’âme qui est la grâce, comme la nourriture matérielle soutient et accroît la vie du corps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle remet les péchés véniels et préserve des péchés mortels ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle produit la consolation spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La très sainte Eucharistie ne produit-elle pas en nous d’autres effets ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, la très sainte Eucharistie produit encore en nous trois autres effets, à savoir : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 elle affaiblit nos passions et, en particulier, elle amortit en nous le feu de la concupiscence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle accroît en nous la ferveur et nous aide à agir en conformité avec les désirs de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle nous donne un gage de la gloire future et de la résurrection de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les dispositions nécessaires pour bien communier. ====&lt;br /&gt;
''Le sacrement de l’Eucharistie produit-il toujours en .nous ses merveilleux effets ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de l’Eucharistie produit en nous ses merveilleux effets quand il est reçu avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour faire une bonne Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne Communion trois choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 être en état de grâce ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 être à jeun depuis minuit jusqu’au moment de la Communion ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 savoir ce qu’on va recevoir et s’approcher de la sainte Communion avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’être en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Être en état de grâce, c’est avoir la conscience pure de tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, avant de communier, celui qui sait être en état de péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui sait être en état de péché mortel, doit, avant de communier, faire une bonne confession ; car l’acte de contrition parfaite, sans la confession, ne suffit pas à celui qui est en état de péché mortel pour communier comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’acte de contrition parfaite ne suffit-il pas, quand on est en état de péché mortel, pour pouvoir communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église a établi, par respect pour ce sacrement, que celui qui est coupable de péché mortel n’aille pas faire la sainte Communion si, auparavant, il ne s’est pas confessé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait-il Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait Jésus-Christ, mais il ne recevrait pas sa grâce ; il commettrait même un sacrilège et encourrait la sentence de damnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le jeûne requis avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne requis avant la Communion est le jeûne naturel, qui est rompu par la moindre chose prise par manière d’aliment ou de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau entrée dans la bouche, peut-il encore communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau en faisant sa toilette, peut encore communier ; parce qu’alors, ou bien ces choses ne sont pas prises par manière d’aliment ou de breuvage, ou bien elles en ont perdu la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est-il jamais permis de communier sans être à jeun ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier sans être à jeun est permis aux malades qui sont en danger de mort, et à ceux qui ont obtenu une permission spéciale du Pape en raison d’une maladie qui se prolonge. La Communion faite par les malades en danger de mort s’appelle Viatique, parce qu’elle les soutient dans le voyage qu’ils font de cette vie à l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire ces mots : savoir ce qu’on va recevoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Savoir ce qu’on va recevoir, veut dire : connaître ce qu’enseigne la Doctrine chrétienne au sujet de ce sacrement et le croire fermement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : communier avec dévotion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier avec dévotion, c’est s’approcher de la sainte Communion avec humilité et modestie, dans sa personne comme dans ses habits, et faire la préparation avant la sainte Communion et l’action de grâces après. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la préparation avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La préparation avant la Communion consiste à s’arrêter quelques instants à considérer qui nous allons recevoir et qui nous sommes ; et à faire des actes de foi, d’espérance, de charité, de contrition, d’adoration, d’humilité et de désir de recevoir Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’action de grâces après la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’action de grâces après la Communion consiste à rester dans le recueillement, honorant la présence du Seigneur en nous et renouvelant les actes de foi, d’espérance, de charité, d’adoration, de remerciement, d’offrande et de demande, demandant surtout les grâces qui nous sont le plus nécessaires à nous et à ceux pour lesquels nous sommes obligés de prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire le jour de la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour de la Communion on doit se tenir le plus possible dans le recueillement, s’occuper à des œuvres de piété et remplir avec un plus grand soin les devoirs de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps Jésus-Christ reste-t-il en nous après la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la sainte Communion Jésus-Christ reste en nous par sa grâce aussi longtemps que nous ne péchons pas mortellement ; et par sa présence réelle il reste tant que les espèces sacramentelles ne sont pas consommées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La manière de communier. ====&lt;br /&gt;
''Comment faut-il se tenir au moment de recevoir la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment de recevoir la sainte Communion, il faut être à genoux, tenir la tête médiocrement levée, les yeux modestement tournés vers la sainte Hostie, la bouche suffisamment ouverte et la langue un peu avancée sur la lèvre inférieure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment faut-il tenir la nappe ou la tablette de Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut tenir la nappe ou la tablette de Communion de telle sorte qu’elle reçoive la sainte Hostie si elle venait à tomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on avaler la sainte Hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire en sorte d’avaler la sainte Hostie le plus tôt possible, et nous abstenir de cracher pendant quelque temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la sainte Hostie s’attachait au palais, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la sainte Hostie s’attachait au palais, il faudrait la détacher avec la langue, et jamais avec le doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le précepte de la communion. ====&lt;br /&gt;
''Quand y a-t-il obligation de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a obligation de communier tous les ans, à Pâques, chacun dans sa paroisse ; et de plus, quand on est en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge commence à obliger le commandement de la Communion pascale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le commandement de la Communion pascale commence à obliger à l’âge où l’enfant est capable de s’en approcher avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ont l’âge d’être admis à la Communion et qui ne communient pas pèchent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui, ayant l’âge d’être admis à la Communion, ne communient pas, ou parce qu’ils ne veulent pas ou parce que, par leur faute, ils ne sont pas instruits, pèchent certainement. Leurs parents ou ceux qui les remplacent pèchent de leur côté si le retard de la Communion arrive par leur faute et ils devront en rendre un grand compte à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de communier souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de communier souvent, et même chaque jour, selon le désir de l’Église, pourvu qu’on le fasse avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelle fréquence peut-on s’approcher de la sainte Table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut s’approcher de la sainte Table aussi souvent que le conseil en est donné par un pieux et docte confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le saint sacrifice de la Messe.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’essence, l’institution et les fins du saint sacrifice de la Messe. ====&lt;br /&gt;
''L’Eucharistie doit-elle être considérée seulement comme un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie n’est pas seulement un sacrement ; elle est aussi le sacrifice permanent de la nouvelle loi, que Jésus-Christ a laissé à son Église, afin de s’offrir à Dieu par les mains de ses prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste, en général, le sacrifice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice, en général, consiste à offrir à Dieu une chose sensible et à la détruire en quelque manière pour reconnaître son souverain domaine sur nous et sur toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle ce sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrifice de la nouvelle loi s’appelle la sainte Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sainte Messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrifice de la Messe est-il le même que celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Messe est substantiellement le même que celui de la Croix en ce que c’est le même Jésus-Christ qui s’est offert sur la Croix et qui s’offre par les mains des prêtres, ses ministres, sur nos autels ; mais dans la manière dont il est offert, le sacrifice de la Messe diffère du sacrifice de la Croix, tout en gardant avec celui-ci la plus intime et la plus essentielle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence et quelle relation y a-t-il entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix il y a cette différence et cette relation que, sur la Croix, Jésus-Christ s’est offert en répandant son Sang et en méritant pour nous ; tandis que sur les autels, il se sacrifie sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa Mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle autre relation le sacrifice de la Messe a-t-il avec celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre relation du sacrifice de la Messe avec celui de la Croix est que le sacrifice de la Messe représente d’une manière sensible l’effusion du sang de Jésus-Christ sur la Croix ; car en vertu des paroles de la consécration, le Corps seul de notre Sauveur devient présent sous l’espèce du pain et son Sang seul sous l’espèce du vin ; et ce n’est que par concomitance naturelle et à cause de l’union hypostatique que Jésus-Christ vivant et véritable est présent sous chacune des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-être le sacrifice de la Croix n’est il pas l’unique sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Croix est l’unique sacrifice de la loi nouvelle, car par lui Notre Seigneur a apaisé la justice Divine, acquis tous les mérites nécessaires pour nous sauver et accompli ainsi de son côté notre Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces mérites qu’il nous applique par les moyens qu’il a institués dans son Église, au nombre desquels est le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelles fins offre-t-on le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe pour quatre fins : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour lui rendre l’honneur qui lui est dû, et à ce point de vue le sacrifice est latreutique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour le remercier de ses bienfaits, et à ce point de vue le sacrifice est eucharistique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour l’apaiser, lui donner la satisfaction due pour nos péchés, soulager les âmes du purgatoire, et à ce point de vue le sacrifice est propitiatoire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour obtenir toutes les grâces qui nous sont nécessaires, et à ce point de vue le sacrifice est impétratoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier et le principal dans l’oblation du sacrifice de la sainte Messe est Jésus-Christ, et le prêtre est le ministre qui, au nom de Jésus-Christ, offre ce sacrifice au Père Éternel &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a institué le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ lui-même qui a institué le sacrifice de la sainte Messe quand il a institué le sacrement d’Eucharistie, et il dit qu’on le fit en souvenir de sa Passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui offre-t-on la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre la sainte Messe à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on offre la sainte Messe à Dieu seul, pourquoi célèbre-t-on tant de messes en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe célébrée en l’honneur de la sainte Vierge et des Saints est toujours un sacrifice offert à Dieu seul ; aussi, on dit qu’elle est célébrée en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints, pour remercier Dieu des dons qu’il leur a faits et obtenir de lui plus abondamment par leur intercession les grâces dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui participe aux fruits de la sainte Messe ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute l’Église participe aux fruits de la sainte Messe, mais particulièrement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l le prêtre et ceux qui assistent à la Messe et qui sont considérés comme unis au prêtre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux pour qui la Messe est appliquée et ils peuvent être des vivants ou des défunts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La manière d’assister à la Messe. ====&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe deux choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 la modestie extérieure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la dévotion du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la modestie extérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La modestie extérieure consiste spécialement à être modestement vêtu, à observer le silence et le recueillement, et à se tenir autant que possible à genoux, excepté pendant les deux évangiles qu’on entend debout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant la sainte Messe, quelle est la meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur en entendant la sainte Messe est la suivante : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 unir dès le commencement son intention à celle du prêtre, offrant à Dieu le saint sacrifice pour les fins pour lesquelles il a été institué ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 suivre le prêtre en chacune des prières et des actions du sacrifice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 méditer la passion et la mort de Jésus-Christ et détester de tout son cœur les péchés qui en ont été la cause ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 faire la Communion sacramentelle, ou au moins la Communion spirituelle pendant que le prêtre communie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Communion spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Communion spirituelle est un grand désir de s’unir sacramentellement à Jésus-Christ, en disant, par exemple : &amp;quot; Mon Seigneur Jésus-Christ, je désire de tout mon cœur de m’unir à Vous maintenant et pour toute l’éternité &amp;quot; et en faisant les mêmes actes qu’on fait avant et après la Communion sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La récitation du Rosaire ou d’autres prières pendant la sainte Messe empêche-t-elle de l’entendre avec fruit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La récitation de ces prières n’empêche pas d’entendre la Messe avec fruit, pourvu qu’on tâche le plus possible de suivre les cérémonies du saint sacrifice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fait-on bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe, et même le temps de la sainte Messe est le meilleur pour prier à l’intention des vivants et des morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faudrait-il faire quand la Messe est finie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la Messe est finie, il faudrait remercier Dieu de la grâce qu’il nous a faite en nous donnant d’assister à ce grand sacrifice, et lui demander pardon des fautes que nous avons commises en y assistant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : La pénitence.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La pénitence en général. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitence, appelée aussi Confession, est le sacrement institué par Jésus-Christ pour remettre les péchés commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à ce sacrement le nom de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à ce sacrement le nom de Pénitence, parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il est nécessaire de les détester avec repentir, et parce que celui qui a commis une faute doit se soumettre à la peine que le prêtre impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ce sacrement est-il aussi appelé Confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement est aussi appelé Confession parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il ne suffit pas de les détester, mais il est nécessaire de les accuser au prêtre, c’est-à-dire d’en faire la confession. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence le jour de sa Résurrection, quand, entré dans le cénacle, il donna solennellement à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Jésus-Christ donna-t-il à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ donna à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés en soufflant sur eux et en leur disant : &amp;quot; Recevez le Saint-Esprit : les péchés de ceux à qui vous les remettrez seront remis et les péchés de ceux à qui vous les retiendrez, seront retenus &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On distingue pour le sacrement de Pénitence la matière éloignée et la matière prochaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière éloignée est constituée par les péchés que le pénitent a commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière prochaine, ce sont les actes du pénitent, c’est-à-dire la contrition, l’accusation et la satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Pénitence est celle-ci : &amp;quot; Je t’absous de tes péchés &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre du sacrement de Pénitence est le prêtre approuvé par l’Évêque pour entendre les confessions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi avez-vous dit que le prêtre doit être approuvé par l’Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être approuvé et autorisé par l’Évêque pour entendre les confessions parce que, pour administrer validement ce sacrement, il ne suffit pas d’avoir le pouvoir d’ordre, mais il est nécessaire d’avoir aussi le pouvoir de juridiction, c’est-à-dire la puissance de juger, qui doit être donnée par l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de parties dans le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties du sacrement de Pénitence sont : la contrition, la confession et la satisfaction du pénitent, et l’absolution du prêtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la contrition ou douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La contrition on douleur des péchés est un déplaisir de l’âme, par lequel on déteste les péchés commis et on se propose de n’en plus commettre à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot contrition veut dire broiement, brisement, comme quand une pierre est écrasée et réduite en poussière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on le nom de contrition à la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de contrition à la douleur des péchés pour signifier que le cœur endurci du pécheur est en quel que sorte broyé par la douleur d’avoir offensé Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la confession des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La confession consiste en une accusation distincte de nos péchés, faite au confesseur pour en recevoir l’absolution et la pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que la confession est une accusation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que la confession est une accusation parce qu’elle ne doit pas être un récit indifférent, mais la manifestation vraie et douloureuse de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ou pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction ou pénitence est une prière au une autre bonne œuvre que le confesseur impose au pénitent en expiation de ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution est la sentence que le prêtre prononce au nom de Jésus-Christ pour remettre les péchés au pénitent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Des parties du sacrement de Pénitence, quelle est la plus nécessaire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des parties du sacrement de Pénitence, la plus nécessaire est la contrition, parce que sans elle on ne peut jamais obtenir le pardon des péchés, et avec elle seule, quand elle est parfaite, on peut obtenir le pardon pourvu qu’elle soit unie au désir, au moins implicite, de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les effets et la nécessité du sacrement de Pénitence et les dispositions pour le bien recevoir. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence confère la grâce sanctifiante par laquelle sont remis les péchés mortels et aussi les péchés véniels qu’on a confessés et dont on a le repentir ; il change la peine éternelle en peine temporelle dont une partie, plus ou moins grande selon les dispositions, est même remise ; il rend les mérites des bonnes œuvres faites avant de commettre le péché mortel ; il donne à l’âme des secours opportuns pour ne pas retomber dans le péché et remet la conscience en paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence est-il nécessaire à tous pour être sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence est nécessaire pour être sauvés à tous ceux qui, après le Baptême, ont commis quelque péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de se confesser souvent parce que le sacrement de Pénitence non seulement efface les péchés, mais encore donne les grâces nécessaires pour les éviter à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence a-t-il la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence a la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient, pourvu qu’on le reçoive avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne confession, il faut cinq choses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’examen de conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la douleur d’avoir offensé Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la résolution de ne plus pécher ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 l’accusation de ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la satisfaction ou pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire avant tout pour nous bien confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous bien confesser, nous devons, avant tout, prier de tout cœur le Seigneur de nous donner la lumière pour connaître tous nos péchés et la force de les détester. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’examen. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience est une recherche attentive des péchés qu’on a commis depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fait l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience se fait en cherchant soigneusement à se rappeler devant Dieu tous les péchés non encore confessés et qu’on a commis en pensées, paroles, actions et omissions, contre les commandements de Dieu et de l’Église et contre les obligations de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sur quelles autres choses devons-nous nous examiner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons encore nous examiner sur les mauvaises habitudes et les occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans l’examen devons-nous rechercher aussi le nombre des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’examen, nous devons aussi rechercher le nombre des péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour qu’un Péché soit mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu’un péché soit mortel, il faut trois choses : matière grave, pleine advertance et parfait consentement de la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a matière grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a matière grave quand il s’agit d’une chose notablement contraire à la loi de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance, quand on connaît parfaitement qu’on fait un mal grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que, dans le péché, il y a parfait consentement de la volonté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, dans le péché, parfait consentement de la volonté quand on veut délibérément faire une chose, bien qu’on sache qu’elle est coupable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel soin faut-il apporter à l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut apporter à l’examen de conscience le soin qu’on apporterait à une affaire de grande importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps doit-on employer à l’examen ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit employer à l’examen de conscience plus ou moins de temps selon le besoin, c’est-à-dire selon le nombre et la qualité des péchés qui chargent la conscience et selon le temps écoulé depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on rendre plus facile l’examen pour la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rend plus facile l’examen pour la confession en faisant chaque soir l’examen de conscience sur les actions de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La douleur. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur des péchés consiste en un déplaisir et une sincère détestation de l’offense faite à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de douleur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de douleur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur parfaite ou de contrition ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur imparfaite ou d’attrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur parfaite ou de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite est le déplaisir d’avoir offensé Dieu parce qu’il est infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous parfaite la douleur de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle parfaite la douleur de contrition pour deux raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’elle regarde exclusivement la bonté de Dieu et non pas notre avantage ou notre détriment ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce qu’elle nous fait obtenir immédiatement le pardon des péchés, tout en nous laissant l’obligation de nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La douleur parfaite nous obtient donc le pardon des péchés indépendamment de la confession'' ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ne nous obtient pas le pardon des péchés indépendamment de la confession, parce qu’elle implique toujours la volonté de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur parfaite ou contrition produit-elle cet effet de nous remettre en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ou contrition, produit cet effet, parce qu’elle naît de la charité qui ne peut se trouver dans l’âme en même temps que le péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur imparfaite ou d’attrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur imparfaite ou d’attrition est celle par laquelle nous nous repentons d’avoir offensé Dieu comme notre souverain Juge, c’est-à-dire par crainte des châtiments mérités en cette vie ou en l’autre, ou à cause de la laideur même du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir la douleur pour être bonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur, pour être bonne, doit avoir quatre qualités : elle doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être dans le cœur et dans la volonté, et non pas seulement dans les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être intérieure parce que la volonté qui s’est éloignée de Dieu par le péché doit revenir à Dieu en détestant le péché commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être excitée en nous par la grâce de Dieu et conçue pour des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être surnaturelle parce qu’elle tend vers un but surnaturel, c’est-à-dire le pardon de Dieu, l’acquisition de la grâce sanctifiante et le droit à la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez mieux la différence entre la douleur surnaturelle et la douleur naturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui se repent parce qu’il a offensé un Dieu infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé, parce qu’il a perdu le paradis et mérité l’enfer, ou à cause de la malice intrinsèque du péché, a une douleur surnaturelle, parce que ce sont là des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui, au contraire, qui se repentirait seulement à cause du déshonneur ou des châtiments qu’il s’est attirés de la part des hommes, ou à cause de quelque préjudice purement temporel, aurait une douleur naturelle, parce qu’il se repentirait seulement pour des motifs humains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être souveraine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être souveraine parce que nous devons regarder et haïr le péché comme le plus grand de tous les maux, puisqu’il offense Dieu, le souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il est peut-être nécessaire que la douleur des péchés se manifeste par des pleurs comme on le fait dans les malheurs de cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas nécessaire que matériellement on manifeste par des pleurs sa douleur des péchés, mais il suffit qu’en son cœur on fasse plus de cas d’avoir offensé Dieu que de tout autre malheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être universelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux dire qu’elle doit s’étendre à tous les péchés mortels commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle s’étendre à tous les péchés mortels commis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui garde même un seul péché mortel sans s’en repentir reste l’ennemi de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour avoir la douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour avoir la douleur de nos péchés, nous devons la demander à Dieu du fond du cœur et l’exciter en nous par la considération du grand mal que nous avons fait en péchant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment ferez-vous pour vous exciter à détester vos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour m’exciter à détester mes péchés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 je considérerai la rigueur de la justice infinie de Dieu, et la laideur du péché qui a souillé mon âme et m’a rendu digne des peines éternelles de l’enfer ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 je considérerai que j’ai perdu la grâce et l’amitié divine, mon titre d’enfant de Dieu et le droit au céleste héritage ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que j’ai offensé mon Rédempteur mort pour moi et que mes péchés ont été la cause de sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 que j’ai méprisé mon Créateur, mon Dieu ; que je me suis détourné de Lui, mon Souverain Bien, digne d’être aimé par dessus tout et servi fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir grand soin, quand nous allons nous confesser, d’avoir une vraie douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous allons nous confesser, nous devons certainement avoir grand soin d’avoir une vraie douleur de nos péchés, parce que c’est la chose la plus importante de toutes, et que, si la douleur manque, la confession est nulle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui ne confesse que des péchés véniels doit-il avoir la douleur de tous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on ne confesse que des péchés véniels, pour que la confession soit valide, il suffit qu’on ait le repentir de quelques uns ; mais pour obtenir le pardon de tous, il est nécessaire qu’on se repente de tous ceux qu’on reconnaît avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait-il une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait une confession nulle ; de plus, cette confession est sacrilège, si c’est avec advertance qu’il manque de douleur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels, il est prudent d’accuser en outre, avec une vraie douleur, quelque péché plus grave de la vie passée, bien qu’il ait été déjà accusé d’autres fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de faire souvent l’acte de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon et très utile de faire souvent l’acte de contrition, surtout avant de se coucher et quand on s’aperçoit qu’on est tombé dans un péché mortel ou qu’on en a un doute, afin de se remettre au plus vite en état de grâce. C’est surtout utile pour obtenir plus facilement de Dieu la grâce de faire le même acte quand on en aura le plus de besoin, c’est-à-dire quand on sera en danger de mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le bon propos. ====&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bon propos consiste en une volonté résolue de ne jamais plus commettre le péché et d’employer tous les moyens nécessaires pour le fuir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir cette résolution pour être un bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être un bon propos, cette résolution doit avoir principalement trois qualités ; elle doit être absolue, universelle et efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être absolu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends que le bon propos doit être sans aucune condition de temps, de lieu ou de personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être universel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être universel, j’entends que nous devons avoir la volonté de fuir tous les péchés mortels, autant ceux que nous avons déjà commis que tous les autres que nous pourrions commettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être efficace, j’entends qu’il faut avoir une volonté résolue à perdre tout plutôt que de commettre un nouveau péché, à fuir les occasions dangereuses de pécher, à détruire les mauvaises habitudes, et à accomplir toutes les obligations contractées en conséquence de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par mauvaise habitude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par mauvaise habitude, on entend la disposition acquise à tomber facilement dans les péchés auxquels nous nous sommes accoutumés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire pour corriger les mauvaises habitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour corriger les mauvaises habitudes, nous devons veiller sur nous, prier beaucoup, nous confesser fréquemment, avoir un bon directeur, n’en pas changer, et mettre en pratique les conseils et les remèdes qu’il nous propose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par occasions dangereuses de pécher ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par occasions dangereuses de pécher on entend toutes les circonstances de temps, de lieu, de personnes ou de choses qui, de leur nature ou à cause de notre fragilité, nous portent à commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous gravement obligés de fuir toutes les occasions dangereuses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes gravement obligés de fuir les occasions dangereuses qui, ordinairement, nous portent à commettre le péché mortel et qu’on appelle les occasions prochaines du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché doit le dire à son confesseur et s’en tenir à ses conseils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations aident à nous porter au bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce seront les mêmes considérations qui nous aident à nous exciter à la douleur, c’est-à-dire la crainte de la justice de Dieu et l’amour de son infinie bonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’accusation des péchés au confesseur. ====&lt;br /&gt;
''Après vous être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après m’être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, j’irai faire au confesseur l’accusation de mes péchés pour en avoir l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels péchés sommes-nous obligés de nous confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de nous confesser de tous les péchés mortels, mais il est bon de confesser aussi les véniels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir l’accusation des péchés ou confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales qualités que doit avoir l’accusation des péchés sont au nombre de cinq : elle doit être humble, entière, sincère, prudente et brève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être humble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que le pénitent doit s’accuser devant son confesseur sans arrogance dans l’esprit ou les paroles, mais avec le sentiment d’un coupable qui reconnaît sa faute et comparaît devant le juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’on doit manifester, avec leurs circonstances et leur nombre, tous les péchés mortels commis depuis la dernière confession bien faite, et dont on a conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles circonstances doit-on manifester pour que l’accusation soit entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que l’accusation soit entière, on doit manifester les circonstances qui changent l’espèce du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les circonstances qui changent l’espèce du péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les circonstances qui changent l’espèce du péché sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 celles par lesquelles une action coupable de vénielle devient mortelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 celles par lesquelles une action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi un exemple d’une circonstance qui fasse devenir mortel un péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, pour s’excuser, ferait un mensonge d’où résulterait un grave dommage pour le prochain devrait manifester cette circonstance qui, d’officieux rend le mensonge gravement pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi maintenant un exemple d’une circonstance par laquelle une même action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui aurait dérobé une chose sacrée devrait accuser cette circonstance qui ajoute au vol la malice du sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, devrait-on s’en accuser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, on ne serait pas obligé de s’en confesser : et si on voulait l’accuser, on devrait ajouter que l’on n’est pas certain de l’avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés, doit en accuser le nombre approximatif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, par oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a-t-il fait une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par pur oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a fait une bonne confession, pourvu qu’il ait apporté à s’en rappeler tout le soin qu’il devait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, sommes-nous obligés de nous en accuser dans une autre confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, nous sommes certainement obligés de l’accuser la première fois que nous allons nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle faute commet celui qui, par honte ou par quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par honte ou pour quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession, profane le sacrement et se rend par suite coupable d’un très grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, pour mettre ordre à sa conscience, celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession, doit faire connaître au confesseur le péché qu’il a caché, dire dans combien de confessions il l’a caché et refaire toutes les confessions depuis la dernière qui fut bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations doit faire celui qui serait tenté de cacher quelque péché en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui serait tenté de cacher quelque péché grave en confession doit considérer : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 qu’il n’a pas eu honte de pécher en présence de Dieu qui voit tout ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 qu’il vaut mieux manifester ses péchés en secret à un confesseur que de vivre toujours inquiet, dans le péché, de faire une mort malheureuse et d’être couvert de confusion devant tout le monde au jugement général ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que le confesseur est obligé au secret sacramentel, qu’il ne peut violer sans commettre un très grave péché et sans s’exposer aux peines temporelles et éternelles les plus sévères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être sincère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’il faut déclarer ses péchés tels qu’ils sont, sans les excuser, les diminuer ou les augmenter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être prudente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’en confessant nos péchés nous devons employer les termes les plus modestes, et que nous devons nous bien garder de découvrir les péchés des autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être brève ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que nous ne devons dire au confesseur rien d’inutile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas pénible de devoir confesser ses péchés à un autre, surtout si ces péchés sont très déshonorants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu’il puisse être pénible de confesser ses péchés à un autre, il faut le faire, parce que c’est de précepte divin et qu’on ne peut obtenir autrement le pardon des péchés commis ; et de plus parce que la difficulté qu’on éprouve à se confesser est compensée par de nombreux avantages et de grandes consolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La manière de se confesser. ====&lt;br /&gt;
''Comment vous présenterez-vous au confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’agenouillerai aux pieds du confesseur et je dirai : &amp;quot; Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous pendant que le confesseur vous donnera la bénédiction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’inclinerai humblement pour la recevoir, et je ferai le signe de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a fait le signe de la Croix, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a fait le signe de la Croix on doit dire : &amp;quot; Je me confesse à Dieu tout-puissant, à la Bienheureuse Vierge Marie, à tous les Saints et à vous, mon Père spirituel, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et ensuite, que faut-il dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il faut dire : &amp;quot; Je me suis confessé depuis tant de temps ; par la grâce de Dieu j’ai reçu l’absolution, j’ai fait la pénitence, et j’ai fait la sainte Communion &amp;quot;. Ensuite on accuse ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand vous avez fini l’accusation de vos péchés, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’aurai fini l’accusation de mes péchés, je dirai : &amp;quot; Je m’accuse encore de tous les péchés de la vie passée, spécialement contre telle ou telle vertu, ( par exemple contre la pureté, contre le quatrième commandement, etc.) &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après cette accusation, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit dire : &amp;quot; de tous ces péchés et de tous ceux que j’ai oubliés, je demande pardon à Dieu de tout mon cœur ; et à vous, mon Père spirituel, je demande la pénitence et l’absolution &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a ainsi terminé l’accusation des péchés, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a terminé l’accusation des péchés, il faut écouter avec respect ce que dira le confesseur ; recevoir la pénitence avec une volonté sincère de l’accomplir ; et, pendant qu’il donnera l’absolution, renouveler dans son cœur l’acte de contrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois l’absolution reçue, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution reçue, il faut remercier le Seigneur ; faire au plus tôt la pénitence ; et mettre en pratique les avis du confesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. L’absolution. ====&lt;br /&gt;
''Les confesseurs doivent-ils toujours donner l’absolution à ceux qui se confessent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les confesseurs ne doivent donner l’absolution qu’à ceux qu’ils jugent bien disposés à la recevoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les confesseurs peuvent-ils quelquefois différer ou refuser l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement les confesseurs peuvent, mais ils doivent différer ou refuser l’absolution dans certains cas, pour ne pas profaner le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés et à qui l’on doit ordinairement refuser ou différer l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés sont principalement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 ceux qui ne connaissent pas les principaux mystères de la foi, ou qui négligent de s’instruire des principaux points de la Doctrine chrétienne qu’ils sont obligés de savoir selon leur état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux qui sont gravement négligents à faire leur examen de conscience et qui ne donnent pas des signes de douleur et de repentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 ceux qui, le pouvant, ne veulent pas restituer le bien d’autrui qu’ils ont pris ou rétablir la réputation qu’ils ont enlevée ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 ceux qui ne pardonnent pas du fond du cœur à leurs ennemis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 ceux qui ne veulent pas employer les moyens nécessaires pour se corriger de leurs mauvaises habitudes ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 ceux qui ne veulent pas fuir les occasions prochaines de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’y a pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ; c’est au contraire de la charité : il agit comme un bon médecin qui essaie de tous les remèdes même désagréables et douloureux, pour sauver la vie du malade. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution devra-t-il se désespérer ou s’éloigner tout à fait de la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution ne doit pas se désespérer ni s’éloigner tout à fait de la confession ; mais il doit s’humilier, reconnaître son état déplorable, profiter des bons conseils que lui donne le confesseur, et ainsi se mettre le plus tôt possible en état de mériter l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le pénitent par rapport au choix du confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vrai pénitent doit se recommander beaucoup à Dieu pour le choix d’un confesseur pieux, instruit et prudent ; puis il doit se remettre entre ses mains et se soumettre à lui comme à son juge et son médecin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 9. La satisfaction ou pénitence. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction, qu’on appelle aussi pénitence sacramentelle, est un des actes du pénitent par lequel il donne une certaine compensation à la Justice divine pour les péchés commis, en accomplissant les œuvres que lui impose le confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pénitent est-il obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent est obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur, s’il peut la faire ; et s’il ne peut pas la faire, il doit le lui dire humblement et lui en demander une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le confesseur n’a pas prescrit un temps déterminé, on doit la faire au plus tôt et tâcher de la faire en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire la pénitence en son entier et avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la confession impose-t-on une pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
on impose une pénitence parce que, ordinairement, après l’absolution sacramentelle qui remet la faute et la peine éternelle, il reste une peine temporelle à payer en ce monde ou dans le purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle raison Notre Seigneur a-t-il voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés, et non dans le Sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur a voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés et non dans le sacrement de Pénitence, parce que les péchés après le Baptême sont beaucoup plus graves, étant commis avec plus de connaissance et d’ingratitude pour les bienfaits de Dieu ; et aussi afin que l’obligation de satisfaire pour ces péchés soit un frein qui empêche d’y retomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous par nous-mêmes satisfaire à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas satisfaire à Dieu ; mais nous le pouvons en nous unissant à Jésus-Christ qui, par le mérite de sa passion et de sa mort, donne de la valeur à nos actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La pénitence que donne le confesseur suffit-elle toujours à effacer la peine qui reste due pour les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que donne le confesseur ne suffit pas ordinairement à payer toute la peine due pour les péchés ; aussi il faut tâcher d’y suppléer par d’autres pénitences volontaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de pénitence peuvent se réduire à trois espèces : la prière, le jeûne, l’aumône. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends par prière toute sorte d’exercices de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par jeûne toute sorte de mortifications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par aumône ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par aumône toute œuvre de miséricorde spirituelle et corporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle pénitence est la plus méritoire, celle que donne le confesseur ou celle que nous nous imposons de nous-mêmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que nous donne le confesseur est la plus méritoire, parce que, faisant partie du sacrement, elle reçoit une plus grande efficacité des mérites de la passion de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui meurent après avoir reçu l’absolution mais avant d’avoir pleinement satisfait à la justice de Dieu, vont-ils tout droit en paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ils vont en purgatoire pour y satisfaire à la justice de Dieu et se purifier entièrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous soulager dans leurs peines les âmes en purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les âmes qui sont en purgatoire peuvent être soulagées par les prières, les aumônes, toutes les autres bonnes œuvres, par les indulgences, et surtout par le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la pénitence, que doit encore faire le pénitent après la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent, après la confession, outre la pénitence, s’il a injustement fait tort au prochain dans ses biens ou son honneur, ou s’il lui a donné du scandale, doit au plus tôt et autant qu’il est possible, lui restituer les biens, rétablir son honneur et réparer le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on réparer le scandale qu’on a causé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut réparer le scandale qu’on a causé en faisant cesser l’occasion, et en édifiant par ses paroles et ses bons exemples ceux qu’on a scandalisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quelle manière devra-t-on satisfaire au prochain si on l’a offensé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On devra satisfaire au prochain qu’on a offensé, en lui demandant pardon on en lui faisant quelque autre réparation convenable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels fruits produit en nous une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une bonne confession : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 nous remet les péchés commis et nous donne la grâce de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous rend la paix et le repos de la conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rouvre les portes du paradis et change la peine éternelle de l’enfer en peine temporelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 nous préserve des rechutes et nous rend capables de gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 10. Les indulgences. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence est la rémission de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés quant à la faute ; rémission que l’Église nous accorde en dehors du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui l’Église a-t-elle reçu le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d’accorder les indulgences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église nous remet-elle la peine temporelle par les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église nous remet la peine temporelle par les indulgences, en nous appliquant les satisfactions surabondantes de Jésus-Christ de la très sainte Vierge et des Saints qui forment ce qu’on appelle le trésor de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir d’accorder les indulgences appartient au Pape seul pour toute l’Église, et à l’Évêque dans son diocèse, dans la mesure où le Pape le lui a concédé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’espèces d’indulgences ?.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux espèces d’indulgences : l’indulgence plénière et l’indulgence partielle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence plénière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence plénière est celle qui remet toute la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc quelqu’un mourait après avoir reçu cette indulgence, il irait tout droit au paradis, échappant absolument aux peines du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence partielle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence partielle est celle qui ne remet qu’une partie de la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend faire l’Église en accordant les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En accordant les indulgences, l’Église entend venir en aide à notre incapacité d’expier en ce monde toute la peine temporelle en nous faisant obtenir par des œuvres de piété et de charité chrétienne ce que, dans les premiers siècles, elle faisait obtenir par la rigueur des canons pénitentiels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans, et autres expressions semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans et autres expressions semblables, on entend la rémission de la peine temporelle qu’on aurait obtenue par quarante jours, cent jours, sept ans, de la pénitence publique établie anciennement dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas devons-nous faire des indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire un très grand cas des indulgences parce que, par elles, on satisfait à la justice de Dieu et on obtient plus vite et plus facilement la possession du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions requises pour gagner les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions requises pour gagner les indulgences sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l l’état de grâce (au moins dans la dernière des œuvres qu’on accomplit) et l’exemption même des péchés, véniels, dont on veut effacer la peine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’accomplissement des œuvres que prescrit l’Église pour obtenir l’indulgence &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’intention de la gagner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les indulgences peuvent-elles aussi être appliquées aux âmes du purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les indulgences peuvent être appliquées aux âmes du purgatoire quand celui qui les accorde déclare qu’on peut les leur appliquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Jubilé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Jubilé, concédé ordinairement tous les vingt-cinq ans, est une indulgence plénière à laquelle sont joints beaucoup de privilèges et de concessions particulières, comme de pouvoir obtenir l’absolution de certains péchés réservés et des censures, et la commutation de certains vœux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : L’Extrême-onction ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Extrême-onction est le sacrement institué pour le soulagement spirituel et même corporel des malades en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement d’Extrême-onction produit les effets suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 il augmente la grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 il efface les péchés véniels et même les péchés mortels que le malade repentant ne pourrait plus confesser ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 il enlève cette faiblesse et cette langueur pour le bien qui restent même après avoir obtenu le pardon des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 il donne la force de supporter le mal avec patience, de résister aux tentations et de mourir saintement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 il aide à recouvrer la santé du corps, si c’est utile au salut de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel moment doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit recevoir l’Extrême-onction quand la maladie est dangereuse et que le malade a reçu, si c’est possible, les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; même il est bon de la recevoir quand on est encore en pleine connaissance et qu’on garde quelque espoir de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est encore en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie, parce que, en la recevant avec de meilleures dispositions on peut en retirer plus de fruits, et encore parce que si, pour le bien de l’âme, ce sacrement rend la santé du corps, c’est en secondant les forces de la nature et qu’il ne faut donc pas attendre que tout espoir soit perdu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles dispositions doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales dispositions pour recevoir l’Extrême-onction sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
être en état de grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
avoir confiance dans l’efficacité du sacrement et à la miséricorde divine, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et se résigner à la volonté de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sentiments doit éprouver le malade à la vue du prêtre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la vue du prêtre, le malade doit éprouver des sentiments de reconnaissance envers Dieu pour le lui avoir envoyé ; il doit le recevoir volontiers et demander de lui-même, s’il le peut, les secours de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : L’Ordre ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ordre est le sacrement qui donne le pouvoir d’exercer les fonctions sacrées qui regardent le culte de Dieu et le salut des âmes, et qui imprime dans l’âme de celui qui le reçoit le caractère de ministre de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle l’Ordre, parce qu’il comporte plusieurs degrés subordonnés les uns aux autres, d’où résulte la hiérarchie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ces degrés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus élevé d’entre eux est l’Épiscopat qui contient la plénitude du sacerdoce ; ensuite le Presbytérat ou le simple Sacerdoce ; puis le Diaconat et les Ordres qu’on appelle Ordres mineurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal dans la dernière Cène quand il conféra aux Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de consacrer la très sainte Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, le jour de sa résurrection, il leur conféra le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, les constituant ainsi les premiers prêtres de la nouvelle loi dans toute la plénitude de leur pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul ministre de ce sacrement est l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La dignité du Sacerdoce chrétien est donc bien grande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Sacerdoce chrétien est très grande en raison de la double puissance que lui a conférée Jésus-Christ sur son corps réel et sur son corps mystique qui est l’Église, et en raison de la divine mission confiée aux prêtres de conduire tous les hommes à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique est-il nécessaire dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique est nécessaire dans l’Église parce que, sans lui, les fidèles seraient privés du saint sacrifice de la Messe et de la plus grande partie des sacrements ; ils n’auraient personne pour les instruire dans la foi, ils resteraient comme des brebis sans pasteur à la merci des loups, en un mot l’Église n’existerait plus comme Jésus-Christ l’a instituée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique ne cessera donc jamais sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique, malgré la guerre que lui fait l’enfer, durera jusqu’à la fin des siècles, car Jésus-Christ a promis que les puissances de l’enfer ne prévaudraient jamais contre son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de mépriser les prêtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave, parce que le mépris et les injures qui s’adressent au prêtre, atteignent Jésus-Christ lui-même qui a dit à ses Apôtres : &amp;quot; Qui vous méprise me méprise &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel doit être le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique doit être uniquement la gloire de Dieu et le salut des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui est nécessaire pour entrer dans l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entrer dans l’état ecclésiastique, ce qui est nécessaire avant tout, c’est la vocation divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prier avec ferveur Notre Seigneur de manifester quelle est sa volonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prendre conseil de son Évêque ou d’un sage et prudent directeur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 examiner avec soin si on a les aptitudes nécessaires pour les études, les fonctions et les obligations de cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans la vocation divine ferait-il mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans y être appelé de Dieu ferait un mal très grave et se mettrait en danger de perdition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique font-ils mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique commettent eux aussi une faute très grave, parce que, en cela, ils usurpent le droit que Dieu s’est réservé à lui-même de choisir ses ministres, et qu’ils mettent leur fils en péril de damnation éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les devoirs des fidèles envers ceux qui sont appelés aux saints Ordres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 laisser à leurs fils et à ceux qui sont sous leur dépendance pleine liberté de suivre la vocation divine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prier Dieu qu’il daigne accorder à son Église de bons pasteurs et des ministres zélés ; et c’est aussi dans ce but qu’a été institué le jeûne des Quatre Temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 avoir un respect singulier pour tous ceux qui, par les Ordres, sont consacrés au service de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le Mariage. ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature du sacrement du Mariage. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage est un sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui établit une union sainte et indissoluble entre l’homme et la femme et leur donne la grâce de s’aimer l’un l’autre saintement et d’élever chrétiennement leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui le Mariage a-t-il été institué ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage a été institué par Dieu lui-même au paradis terrestre ; et dans le Nouveau Testament, il a été élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Mariage a-t-il quelque signification spéciale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage signifie l’union indissoluble de Jésus-Christ avec la sainte Église, son épouse et notre mère très aimante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que le lien du Mariage est indissoluble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que le lien du Mariage est indissoluble ou qu’il ne peut être brisé que par la mort d’un des époux, parce que Dieu l’a établi ainsi dès le commencement et que Jésus-Christ Notre Seigneur l’a à son tour solennellement proclamé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le mariage chrétien pourrait-on séparer le contrat du sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le mariage entre deux chrétiens on ne peut séparer le contrat du sacrement, parce que, pour eux, le mariage n’est pas autre chose que le contrat naturel lui-même élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Entre les chrétiens il ne peut donc y avoir de vrai mariage sans le sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les chrétiens il ne peut y avoir de vrai mariage sans le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 donne un accroissement de grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 confère la grâce spéciale pour remplir fidèlement tous les devoirs matrimoniaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministres, cérémonies et dispositions. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les ministres de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ministres de ce sacrement sont les époux eux-mêmes qui, réciproquement, se confèrent et reçoivent le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est administré ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement, conservant la nature du contrat, est administré par les époux eux-mêmes, déclarant, en présence de leur curé ou de son délégué et de deux témoins, qu’ils s’unissent par le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert donc la bénédiction que le curé donne aux époux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La bénédiction que le curé donne aux époux n’est pas nécessaire pour constituer le sacrement mais elle est donnée pour sanctionner au nom de l’Église leur union, et pour appeler toujours davantage sur eux la bénédiction de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui contracte mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui contracte mariage doit avoir l’intention : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 de faire la volonté de Dieu qui l’appelle à cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’opérer dans le mariage le salut de son âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 d’élever chrétiennement ses enfants, si Dieu lui donne d’en avoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les époux doivent-ils se disposer pour recevoir avec fruit le sacrement du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les époux, pour recevoir avec fruit le sacrement de Mariage, doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 se recommander à Dieu du fond du cœur pour connaître sa volonté et obtenir de lui les grâces qui sont nécessaires dans cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 avant de se fiancer, consulter leurs parents comme l’exigent l’obéissance et le respect qui leur sont dus ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 se préparer par une bonne confession et même, s’il le faut, par une confession générale de toute leur vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 éviter dans leurs rapports toute familiarité dangereuse d’actes ou de paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales obligations des personnes unies par le mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes unies par le mariage doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 garder inviolablement la fidélité conjugale et se comporter toujours chrétiennement en toute chose ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 s’aimer l’un l’autre en se supportant mutuellement, et vivre dans la paix et la concorde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 s’ils ont des enfants, penser sérieusement à les pourvoir selon le besoin, leur donner une éducation chrétienne et leur laisser la liberté de choisir l’état auquel ils sont appelés de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Conditions et empêchements. ====&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter validement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter validement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tout empêchement dirimant du mariage et donner librement son consentement au contrat du mariage devant son curé (ou un prêtre délégué par lui) et deux témoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter licitement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter licitement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tous les empêchements prohibant du mariage, être instruit des choses principales de la religion et être en état de grâce, car sans cela on commettrait un sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les empêchements de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les empêchements de mariage sont les diverses circonstances qui rendent le mariage invalide ou illicite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier cas on les appelle empêchements dirimants, dans le second, empêchements prohibant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnez-moi des exemples d’empêchements dirimants ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements dirimants, par exemple, la parenté naturelle jusqu’au quatrième degré, la parenté spirituelle, le vœu solennel de chasteté, la diversité de culte entre les baptisés et les non baptisés, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi des exemples d’empêchements prohibants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements prohibants, par exemple, le temps prohibé, le vœu simple de chasteté, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les fidèles sont-ils obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles sont obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ; et c’est pour cela que les curés publient les bans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’établir des empêchements de mariage, d’en dispenser et de juger de la validité du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage entre chrétiens, comme il n’y a qu’elle qui puisse dispenser des empêchements qu’elle a établis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi n’y a-t-il que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements, de juger de la validité du mariage et de dispenser des empêchements qu’elle a établis, parce que, dans le mariage chrétien, le contrat lui-même tombe sous le pouvoir de l’Église à laquelle seule Jésus-Christ a donné le droit de faire des lois et de porter des décisions dans les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’autorité civile peut-elle par le divorce briser le lien du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le lien du mariage chrétien ne peut être brisé par l’autorité civile, parce que celle-ci ne peut s’ingérer en matière de sacrement ni séparer ce que Dieu a uni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mariage civil n’est autre chose qu’une pure formalité prescrite par la loi pour donner et assurer les effets civils du mariage aux époux et à leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour un chrétien de ne faire que le mariage ou un contrat civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour un chrétien, il ne suffit pas de ne faire que le contrat civil, parce que ce n’est pas un sacrement ni, par suite, un vrai mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle condition seraient des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil seraient dans un état habituel de péché mortel, et leur union resterait toujours illégitime devant Dieu et l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on faire aussi le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire le mariage civil, parce que, bien qu’il ne soit pas un sacrement, il sert cependant à garantir aux contractants et à leurs enfants les effets civils de la société conjugale ; et c’est pour cela que, en règle générale, l’autorité ecclésiastique ne permet le mariage religieux que lorsqu’ont été accomplies les formalités prescrites par l’autorité civile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== CINQUIEME PARTIE : Les principales vertus et les autres choses qu’un chrétien doit savoir.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les principales vertus.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les vertus théologales. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la vertu surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vertu surnaturelle est une qualité que Dieu infuse dans l’âme et par laquelle on a de l’inclination, de la facilité et de la promptitude à connaître et à faire le bien par rapport à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de vertus surnaturelles principales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vertus surnaturelles principales, savoir : trois théologales et quatre cardinales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales sont : la Foi, l’Espérance et la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité sont-elles appelées vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi, l’Espérance et la Charité sont appelées vertus théologales parce qu’elles ont Dieu pour objet immédiat et principal, et que c’est Lui qui les met en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les vertus théologales ont-elles Dieu pour objet immédiat ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales ont Dieu pour objet immédiat parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Foi nous croyons en Dieu et nous croyons tout ce qu’il a révélé ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par l’Espérance nous espérons posséder Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Charité nous aimons Dieu et, en Lui, nous nous aimons nous-mêmes et nous aimons le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Dieu met en notre âme les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu, par sa bonté, répand en notre âme les vertus théologales quand il nous orne de la grâce sanctifiante ; ainsi quand nous avons reçu le Baptême, nous avons été enrichis de ces vertus en même temps que des dons du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé, d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a l’usage de la raison il ne suffit pas d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême, mais il est nécessaire d’en faire souvent les actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand sommes-nous obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l quand nous sommes arrivés à l’usage de la raison ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 souvent au cours de la vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 quand nous sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La Foi. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle, appuyés sur l’autorité de Dieu même, nous croyons tout ce qu’il a révélé et qu’il nous propose de croire par son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment connaissons-nous les vérités révélées de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous connaissons les vérités révélées de Dieu par l’intermédiaire de la sainte Église qui est infaillible ; c’est-à-dire par l’intermédiaire du Pape, successeur de saint Pierre, et par l’intermédiaire des Évêques, successeurs des Apôtres, qui furent instruits par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous sûrs des choses que la sainte Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes absolument certains des choses que la sainte Église nous enseigne, parce que Jésus-Christ a donné sa parole que l’Église ne se tromperait jamais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quel péché perd-on, la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Foi par la négation ou le doute volontaire, quand l’objet n’en serait même qu’un seul des articles proposés à notre croyance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Foi perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Foi perdue en se repentant du péché commis et en croyant de nouveau tout ce que croit la sainte Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les mystères. ====&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre toutes les vérités de la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons pas comprendre toutes les vérités de la Foi, parce que quelques-unes sont des mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont des vérités supérieures à la raison, que nous devons croire bien que nous ne puissions les comprendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous croire les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons croire les mystères parce qu’ils ont été révélés de Dieu, qui, étant la Vérité et la Bonté infinies, ne peut ni se tromper ni nous tromper. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les mystères sont-ils contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont supérieurs et non contraires à la raison ; et même la raison elle-même nous persuade de les admettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mystères ne peuvent-ils être contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères ne peuvent être contraires à la raison parce que c’est le même Dieu qui nous a donné la lumière de la raison et qui a révélé les mystères, et qu’il ne peut se contredire lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. L’Écriture Sainte. ====&lt;br /&gt;
''Où sont contenues les vérités que Dieu a révélées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vérités que Dieu a révélées sont contenues dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est la collection des livres écrits par les Prophètes et les Hagiographes, les Apôtres et les Évangélistes, sous l’inspiration du Saint-Esprit, et reçus par l’Église comme inspirés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En combien de parties se divise la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte se divise en deux parties, l’Ancien et le Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ancien Testament contient les livres inspirés écrits avant la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient le Nouveau Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Nouveau Testament contient les livres inspirés écrits après la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel nom appelle-t-on communément l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée communément la sainte Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Bible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Bible veut dire la collection des livres saints, le livre par excellence, le livre des livres, le livre inspiré de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Écriture Sainte est-elle appelée le livre par excellence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée le livre par excellence, à cause de l’excellence des matières qu’elle traite et de l’auteur qui l’a inspirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-il pas y avoir d’erreur dans l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut y avoir aucune erreur dans l’Écriture Sainte puisque, en effet, elle est inspirée de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’auteur de toutes ses parties est Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela n’empêche pas que dans les copies et les traductions qui en ont été faites, il ne puisse s’être glissé quelques fautes ou des copistes ou des traducteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans les éditions revues et approuvées par l’Église catholique, il ne peut y avoir d’erreur en ce qui regarde la foi ou la morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La lecture de la Bible est-elle nécessaire à tous les chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lecture de la Bible n’est pas nécessaire à tous les chrétiens, puisqu’ils sont instruits par l’Église ; cependant elle est très utile et recommandée à tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on lire quelque traduction que ce soit de la Bible en langue vulgaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut lire les traductions de la Bible en langue vulgaire qui sont reconnues fidèles par l’Église catholique, et qui sont accompagnées d’explications approuvées par elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ne peut-on lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église parce qu’elle seule est la légitime gardienne de la Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui pouvons-nous connaître le vrai sens des Saintes Écritures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne pouvons connaître le vrai sens des Saintes Écritures que par l’interprétation de l’Église, parce que seule elle est garantie d’erreur en cette interprétation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devrait faire un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants devrait la rejeter avec horreur, parce qu’elle est interdite par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’avait reçue sans y faire attention, il devrait au plus tôt la jeter au feu ou la remettre à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église interdit-elle les Bibles protestantes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église interdit les Bibles protestantes parce que, ou bien elles sont altérées et contiennent des erreurs, ou bien, manquant de son approbation et de notes qui expliquent les sens obscurs, elles peuvent nuire à la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison encore que l’Église interdit même les traductions de la Sainte Écriture qu’elle a déjà approuvées, mais qui ont été réimprimées sans des explications approuvées par elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La Tradition. ====&lt;br /&gt;
''Dites-moi ce que c’est que la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tradition est la parole de Dieu qui n’est pas écrite, mais qui, communiquée de vive voix par Jésus-Christ et par les Apôtres, est parvenue sans altération de siècle en siècle jusqu’à nous par le moyen de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où sont contenus les enseignements de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements de la Tradition sont contenus principalement dans les décrets des Conciles, les écrits des saints Pères, les actes du Saint-Siège, les paroles et les usages de la Liturgie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas faut-il faire de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut faire de la Tradition le même cas que de la parole de Dieu révélée que contient l’Écriture Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’Espérance. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Espérance est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous désirons et nous attendons la vie éternelle que Dieu a promise à ses serviteurs, et les secours nécessaires pour l’obtenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif devons-nous espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner, parce que Dieu très miséricordieux, par les mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’a promis à qui le sert de tout cœur ; et comme il est très fidèle et tout-puissant, il tient toujours ses promesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions nécessaires pour obtenir le paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions nécessaires pour obtenir le paradis sont la grâce de Dieu, l’exercice des bonnes œuvres, et la persévérance jusqu’à la mort dans son saint amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd l’Espérance toutes les fois qu’on perd la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On la perd encore par les péchés de désespoir ou de présomption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on l’Espérance perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre l’Espérance perdue en se repentant du péché commis et en s’excitant de nouveau à la confiance en la bonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La Charité. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quels motifs devons-nous aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer Dieu parce qu’il est le souverain bien, infiniment bon et parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aussi l’aimer à cause du commandement qu’il nous en fait et des grands bienfaits que nous recevons de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit aimer Dieu par dessus toutes choses, de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toutes ses forces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu par dessus toutes choses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu par dessus toutes choses, c’est le préférer à toutes les créatures les plus chères et les plus parfaites, et être disposé à perdre tout plutôt que de l’offenser et de cesser de l’aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre cœur, c’est lui consacrer tous nos sentiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre esprit, c’est diriger vers lui toutes nos pensées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toute notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toute notre âme, c’est lui consacrer l’usage de toutes les puissances de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toutes nos forces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toutes nos forces, c’est nous efforcer de grandir toujours davantage dans son amour, et faire en sorte que toutes nos actions aient pour motif et pour fin son amour et le désir de lui plaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous aimer le prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer le prochain pour l’amour de Dieu, parce qu’Il nous le commande et parce que tout homme est son image. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’aimer aussi nos ennemis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés d’aimer nos ennemis parce que, eux aussi, sont notre prochain et parce que Jésus-Christ nous en a fait un commandement formel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer le prochain comme soi-même ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous nous aimons comme il faut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous aimons comme il faut quand nous cherchons à servir Dieu et à mettre en Lui notre félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Charité par tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Charité en faisant des actes d’amour de Dieu, en se repentant et en se confessant comme il faut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. Les vertus cardinales ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus cardinales sont la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont-elles appelées vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont appelées vertus cardinales parce qu’elles sont le pivot ( latin cardo ) et le fondement des vertus morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Prudence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence est la vertu qui dirige toute action vers son but légitime et cherche, par suite, les moyens convenables pour que l’action soit bien faite de toutes façons et, par là, agréable au Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Justice est la vertu par laquelle nous rendons à chacun ce qui lui est dû. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est la vertu qui nous rend courageux au point de ne craindre aucun danger, pas même la mort, pour le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Tempérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tempérance est la vertu par laquelle nous refrénons les désirs désordonnés des jouissances sensibles et nous usons avec modération des biens temporels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les dons du saint-Esprit. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de dons du Saint-Esprit et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept dons du Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 le don de Sagesse ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’Intelligence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de Conseil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 de Force ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 de Science ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 de Piété ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 de Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les dons du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit servent à nous confirmer dans la Foi, l’Espérance et la Charité ; et à nous rendre prompts aux actes de vertu nécessaires pour acquérir la vie chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Sagesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Sagesse est un don par lequel, élevant notre esprit au-dessus des choses terrestres et fragiles, nous contemplons les choses éternelles, c’est-à-dire la Vérité qui est Dieu, en qui nous nous complaisons et que nous aimons comme notre souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Intelligence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Intelligence est un don par lequel nous est facilitée, autant que c’est possible pour un homme mortel, l’intelligence de la Foi et des divins mystères que nous ne pouvons connaître par les lumières naturelles de notre esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Conseil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Conseil est un don par lequel, dans les doutes et les incertitudes de la vie humaine, nous connaissons ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à notre salut et à celui du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est un don qui nous inspire de l’énergie et du courage pour observer fidèlement la sainte loi de Dieu et de l’Église, en surmontant tous les obstacles et toutes les attaques de nos ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Science ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Science est un don par lequel nous apprécions sainement les choses créées, et nous connaissons la manière d’en bien user et de les diriger vers leur fin dernière qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Piété ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Piété est un don par lequel nous vénérons et nous aimons Dieu et les Saints, et nous avons des sentiments de miséricorde et de bienveillance envers le prochain pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Crainte de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Crainte de Dieu est un don qui nous fait respecter Dieu et craindre d’offenser sa divine Majesté, et qui nous détourne du mal en nous portant au bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les Béatitudes évangéliques. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Béatitudes évangéliques et quelles sont-elles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a huit Béatitudes évangéliques : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Bienheureux les miséricordieux, car ils trouveront miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ nous a-t-il proposé les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ nous a proposé les Béatitudes pour nous faire détester les maximes du monde et pour nous inviter à aimer et pratiquer les maximes de son Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux que le monde appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde appelle bienheureux ceux qui ont en abondance les richesses et les honneurs, ceux qui vivent dans les délices et qui n’ont aucune occasion de souffrir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les pauvres en esprit que Jésus-Christ appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pauvres en esprit, selon l’Évangile, sont ceux qui ont le cœur détaché des richesses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en faisant un bon usage, s’ils les possèdent &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ne les recherchant pas avec sollicitude, s’ils en sont privés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en souffrant la perte avec résignation, si elles leur sont enlevées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les doux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les doux sont ceux qui traitent le prochain avec douceur, souffrent avec patience ses défauts et les torts qu’ils en éprouvent, sans querelle, ressentiment ou vengeance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux sont ceux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui souffrent avec résignation les tribulations, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui s’affligent à cause des péchés commis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
des maux, et des scandales qu’on voit dans le monde, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’éloignement du paradis et du danger de le perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui ont faim et soif de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont faim et soif de la justice sont ceux qui désirent ardemment de croître toujours davantage dans la grâce divine et l’exercice des œuvres bonnes et vertueuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les miséricordieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les miséricordieux sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
aiment leur prochain en Dieu et pour Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ont compassion de ses misères spirituelles et corporelles, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et tâchent de le soulager selon leurs forces et leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les cœurs purs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cœurs purs sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n’ont aucune affection au péché et s’en tiennent éloignés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui fuient surtout toute sorte d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les pacifiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pacifiques sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conservent la paix avec le prochain et avec eux-mêmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui tâchent de mettre la paix entre ceux qui sont divisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui souffrent persécution par amour de la justice sont ceux qui supportent avec patience les moqueries, les blâmes et les persécutions à cause de la foi et de la loi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes signifient toutes, sous divers noms, la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Béatitudes nous procurent-elles seulement la gloire éternelle du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Béatitudes ne nous procurent pas seulement la gloire éternelle du paradis, elles sont encore les moyens de rendre notre vie aussi heureuse qu’il est possible ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les Béatitudes n’en reçoivent-ils pas déjà quelque récompense en cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, certainement, ceux qui suivent les Béatitudes en reçoivent déjà quelque récompense même en cette vie, parce qu’ils jouissent déjà d’une paix et d’un contentement intimes qui sont le principe, bien qu’encore imparfait, de la félicité éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les maximes du monde peuvent-ils se dire heureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ceux qui suivent les maximes du monde ne sont pas heureux, parce qu’ils n’ont pas la vraie paix de l’âme et qu’ils courent le danger d’être damnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les œuvres de miséricorde. ===&lt;br /&gt;
''Quelles sont les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement sont les œuvres de miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par œuvre de miséricorde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre de miséricorde est celle par laquelle on secourt les besoins spirituels ou corporels du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde corporelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l donner à manger à ceux qui ont faim, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 donner à boire à ceux qui ont soif, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 vêtir ceux qui sont nus, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 abriter les étrangers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 visiter les infirmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 visiter les prisonniers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 ensevelir les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde spirituelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 conseiller ceux qui en ont besoin, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 instruire les ignorants, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 exhorter les pécheurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 consoler les affligés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 pardonner les offenses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 supporter patiemment les personnes ennuyeuses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 prier Dieu pour les vivants et pour les morts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les péchés et leurs espèces principales. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péchés : le péché originel et le péché actuel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est celui avec lequel nous naissons tous et que nous avons contracté par la désobéissance de notre premier père Adam. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous a causés le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les torts causés par le péché d’Adam sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la privation de la grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la perte du paradis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’ignorance, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’inclination au mal, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la mort &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et toutes les autres misères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est effacé le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est effacé par le saint Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché actuel est celui que l’homme, arrivé à l’usage de la raison, commet par sa libre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péché actuel : le péché mortel et le péché véniel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel est une désobéissance à la loi divine par laquelle on manque gravement à ses devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle mortel parce qu’il donne la mort à l’âme en lui faisant perdre la grâce sanctifiante qui est la vie de l’âme, comme l’âme est la vie du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts fait à l’âme le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prive l’âme de la grâce et de l’amitié de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 lui fait perdre le paradis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la prive des mérites acquis et la rend incapable d’en acquérir de nouveaux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la rend esclave du démon ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 lui fait mériter l’enfer et aussi les châtiments de cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la gravité de la matière que faut-il pour constituer un péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la gravité de la matière, pour constituer un péché mortel, il faut la connaissance de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel est une désobéissance légère à la loi divine par laquelle on ne manque que légèrement à quelque devoir envers Dieu, envers le prochain, et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il est léger comparé au péché mortel, qu’il ne nous fait pas perdre la grâce divine et parce que Dieu le pardonne facilement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il n’y a donc pas à faire grand cas du péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait une très grande erreur, soit parce que le péché véniel contient toujours une certaine offense de Dieu, soit parce qu’il cause des torts assez graves à l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous cause le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 affaiblit et refroidit en nous la charité ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous dispose au péché mortel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rend dignes de grandes peines temporelles en ce monde ou en l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Les vices et les autres péchés très graves. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vice est une mauvaise disposition de l’âme qui la porte à fuir le bien et à faire le mal, et qui est causée par la fréquente répétition d’actes mauvais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre un péché et un vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre un péché et un vice il y a cette différence que le péché est un acte qui passe, tandis que le vice est la mauvaise habitude qu’on a contractée de tomber en quelque péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les vices qu’on appelle capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vices qu’on appelle capitaux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’Orgueil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’Avarice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la Luxure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la Colère ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la Gourmandise ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 l’Envie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 la Paresse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment triomphe-t-on des vices capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des vices capitaux par l’exercice des vertus opposées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi on triomphe : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’orgueil par l’humilité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’avarice par la libéralité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la luxure par la chasteté, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la colère par la patience, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la gourmandise par l’abstinence, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’envie par l’amour fraternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la paresse par la diligence et l’ardeur dans le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces vices sont-ils appelés capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces vices sont appelés capitaux parce qu’ils sont la source et la cause de beaucoup d’autres vices et péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a six péchés contre le Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 désespérer de son salut ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 espérer par présomption se sauver sans mérite ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 combattre la vérité connue ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 envier les grâces d’autrui ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 s’obstiner dans ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 mourir dans l’impénitence finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit parce qu’ils sont commis par pure malice, ce qui est contraire à la bonté, attribuée au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quatre péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’homicide volontaire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 le péché impur contre l’ordre de la nature ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’oppression des pauvres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 le refus du salaire aux ouvriers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu, parce que l’Esprit Saint le dit, et parce que leur iniquité est si grave et si manifeste qu’elle provoque Dieu à les punir des plus sévères châtiments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Les Fins dernières et les autres moyens principaux pour éviter le péché. ===&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Livres appellent Fins dernières les dernières choses qui arriveront à l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Fins dernières pour l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a pour l’homme quatre Fins dernières : la Mort, le Jugement, l’Enfer et le Paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme, parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la Mort est la dernière chose qui lui arrivera en ce monde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Jugement de Dieu, le dernier des jugements que nous devons subir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Enfer, le mal extrême pour les méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Paradis, le souverain bien pour les bons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous penser aux Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de penser aux Fins dernières chaque jour et particulièrement en faisant sa prière le matin au réveil, le soir avant le repos, et toutes les fois que nous sommes tentés de faire le mal, parce que cette pensée est très efficace pour nous faire éviter le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Les exercices pieux conseillés au chrétien pour chaque jour. ===&lt;br /&gt;
''Que doit faire un bon chrétien le matin à son réveil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien, le matin en s’éveillant, doit faire le signe de la Croix et offrir son cœur à Dieu, en disant ces paroles ou autres semblables : &amp;quot; Mon Dieu, je vous donne mon cœur et mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi devrait-on penser en se levant et en s’habillant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se levant et en s’habillant on devrait penser que Dieu est présent, que ce jour peut être le dernier de notre vie, et l’on doit se lever et s’habiller avec toute la modestie possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois habillé, que doit faire un bon chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois habillé, un bon chrétien doit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
se mettre en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
s’agenouiller s’il le peut, devant quelque image pieuse en disant avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Je vous adore, ô mon Dieu, et je vous aime de tout mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous remercie de m’avoir créé, fait chrétien, et conservé pendant cette nuit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous offre toutes mes actions ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je vous prie de me préserver pendant ce jour du péché et de me délivrer de tout mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il récite ensuite le Pater noster, l’Ave Maria, le Credo et les actes de Foi, d’Espérance et de Charité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les accompagnant d’un vif élan du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles pratiques de piété devrait accomplir chaque jour le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chrétien, s’il le peut, devrait chaque jour : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 assister avec dévotion à la sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 faire une visite, si courte soit elle, au très Saint Sacrement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 réciter le Chapelet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire avant de travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de travailler, on doit offrir son travail à Dieu en disant de tout son cœur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous offre ce travail : donnez-moi votre bénédiction &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle fin doit-on travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit travailler pour la gloire de Dieu et pour faire sa volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire avant son repas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant son repas, il convient de faire, debout, le signe de la Croix et de dire avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur Dieu, donnez votre bénédiction à nous et à la nourriture que nous allons prendre pour nous soutenir dans votre service &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le repas que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le repas, il convient de faire le signe de la Croix et de dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous remercie de la nourriture que vous m*’avez donnée ; rendez-moi digne de participer au banquet céleste &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on se trouve en quelque tentation, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on se trouvait en quelque tentation, il faudrait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
invoquer avec foi le saint Nom de Jésus et de Marie, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou dire avec ferveur quelque oraison jaculatoire, comme par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Faites-moi la grâce, Seigneur, de ne jamais vous offenser &amp;quot;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou bien faire le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en évitant cependant que, par ces signes extérieurs, les autres s’aperçoivent de nos tentations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir commis quelque péché, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir péché, on doit faire aussitôt un acte de contrition et tâcher de se confesser au plus tôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand hors de l’Église, on entend la sonnerie de l’élévation de l’hostie à la Messe solennelle ou de la bénédiction du très Saint Sacrement, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire, au moins de cœur, un acte d’adoration, en disant par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Loué et remercié soit à tout instant le très saint et divin sacrement &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand sonne l’Angélus, à l’aube, à midi et le soir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au son de la cloche, un bon chrétien récite l’Angélus Domini avec trois fois Ave Maria. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le soir, avant d’aller se coucher, que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’aller se coucher, le soir, il convient : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de se mettre, comme le matin, en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de réciter dévotement les mêmes prières, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de faire un court examen de conscience &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et de demander pardon à Dieu des péchés commis dans la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous avant de vous endormir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de m’endormir, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je ferai le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je penserai que je puis mourir cette nuit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je donnerai mon cœur à Dieu en disant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Mon Seigneur et mon Dieu, je vous donne mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très Sainte Trinité, faites-moi la grâce de bien vivre et de bien mourir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus, Marie, Joseph, je vous recommande mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des prières du matin et du soir, de quelle autre manière peut-on recourir à Dieu au cours de la journée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de la journée, on peut prier Dieu fréquemment par d’autres courtes prières qu’on appelle oraisons jaculatoires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites quelques oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, secourez-moi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, que votre volonté soit faite ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, je veux être tout à vous ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, miséricorde ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Doux Cœur de mon Jésus, faites que je vous aime toujours de plus en plus ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires, et on peut en dire même simplement de cœur, sans proférer de paroles, en marchant, en travaillant, etc... . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des oraisons jaculatoires à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des oraisons jaculatoires le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que se mortifier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu, ce qui plaît et accepter ce qui déplaît au sens ou à l’amour-propre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, que faut-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tâcher, si on le peut, de l’accompagner avec modestie et recueillement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et, si on ne le peut pas, faire un acte d’adoration en quelque lieu qu’on se trouve et dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Consolez, Seigneur, ce malade et donnez-lui la grâce de se conformer à votre très sainte volonté et de faire son salut &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant sonner l’agonie d’un moribond, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En entendant sonner l’agonie d’un moribond, je me rendrai si je le puis, à l’église afin de prier pour lui ; et si je ne le puis pas, je recommanderai son âme au Seigneur, en pensant qu’avant longtemps je me trouverai moi-même dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous quand vous entendrez sonner la mort de quelqu’un ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’entendrai sonner la mort de quelqu’un, je tâcherai de dire un De profundis ou un Requiem pour l’âme de ce défunt, et je me renouvellerai dans la pensée de la mort.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Le grand catéchisme de St Pie X</title>
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				<updated>2011-03-28T08:56:36Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* 1ère partie : Le symbole des Apôtres ou Credo. */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Leçon préliminaire : La doctrine chrétienne et ses parties principales. ==&lt;br /&gt;
''Etes-vous chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous : par la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis : par la grâce de Dieu, parce que être chrétien est un don tout gratuit de Dieu que nous n’avons pu mériter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le vrai chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vrai chrétien est celui qui est baptisé, qui croit et professe la doctrine chrétienne et obéit aux pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine chrétienne est la doctrine que Jésus-Christ Notre Seigneur nous a enseignée pour nous montrer la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certainement nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ, et ceux qui négligent de le faire pèchent gravement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents et les maîtres sont-ils obligés d’envoyer au catéchisme leurs enfants et ceux qui dépendent d’eux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents et les maîtres sont obligés d’assurer à leurs enfants et à ceux qui dépendent d’eux l’enseignement de la doctrine chrétienne et ils se rendent coupables devant Dieu s’ils ne s’acquittent pas de ce devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui devons-nous recevoir et apprendre la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons recevoir et apprendre la doctrine chrétienne de la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment sommes-nous certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de la sainte Église catholique est la vraie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de l’Église catholique est la vraie, parce que Jésus-Christ, auteur divin de cette doctrine, l’a confiée par ses Apôtres à l’Église qu’il fondait et constituait maîtresse infaillible de tous les hommes, lui promettant son assistance divine jusqu’à la fin des siècles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il d’autres preuves de la vérité de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité de la doctrine chrétienne est démontrée aussi par la sainteté éminente de tant d’hommes qui l’ont professée et qui la professent ; par la force héroïque des martyrs, par la rapidité merveilleuse de sa diffusion dans le monde et par sa pleine conservation à travers tant de siècles de luttes variées et continuelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne sont au nombre de quatre : le Credo, le Pater noster, les Commandements et les Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous enseigne les principaux articles de notre sainte foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster nous enseigne tout ce que nous devons espérer de Dieu et tout ce que nous devons lui demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Commandements nous enseignent tout ce que nous devons faire pour plaire à Dieu ; et tout cela se résume à aimer Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne la doctrine des Sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine des Sacrements nous fait connaître la nature et le bon usage de ces moyens que Jésus-Christ a institués pour nous remettre les péchés, nous communiquer sa grâce, infuser et accroître en nous les vertus de Foi, d’Espérance et de Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie : Le symbole des Apôtres ou Credo.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Le Credo en général ===&lt;br /&gt;
''Quelle est la première partie de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première partie de la doctrine chrétienne est le symbole des Apôtres, appelé communément le Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous le Credo symbole des Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo est appelé symbole des Apôtres parce qu’il est un abrégé des vérités de la foi enseignées par les Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’articles dans le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans le Credo douze articles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez-les.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre Seigneur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 D’où il viendra juger les vivants et les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Je crois au Saint-Esprit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 A la sainte Église catholique, à la communion des saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 A la rémission des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 A la résurrection de la chair &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12 A la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Credo, je crois, que vous dites au commencement du Symbole ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Credo, je crois, veut dire : je tiens pour absolument vrai tout ce qui est contenu dans ces douze articles, et je le crois plus fermement que si je le voyais de mes yeux ; parce que Dieu, qui ne peut ni se tromper ni tromper personne, a révélé ces vérités à la sainte Église catholique et par elle nous les révèle à nous-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contiennent les articles du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les articles du Credo contiennent les principales choses que nous devons croire sur Dieu, sur Jésus-Christ et sur l’Église son épouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bien utile de réciter souvent le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de réciter souvent le Credo pour imprimer toujours davantage dans notre cœur les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le premier article du Symbole.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Dieu le Père et la création. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le premier article : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier article du Credo nous enseigne qu’il y a un seul Dieu, qu’il est tout-puissant, et qu’il a créé le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous qu’il y a un Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons qu’il y a un Dieu parce que notre raison nous le démontre et que la foi nous le confirme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à Dieu le nom de Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à Dieu le nom de Père : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’il est par nature Père de la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, c’est-à-dire du Fils qu’il a engendré ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que Dieu est le Père de tous les hommes qu’il a créés, qu’il conserve et qu’il gouverne ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 enfin parce qu’il est le Père par la grâce de tous les bons chrétiens, appelés pour cela les fils adoptifs de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Père est-il la première Personne de la Très Sainte Trinité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père est la première Personne de la Très Sainte Trinité parce qu’il ne procède pas d’une autre Personne, mais qu’il est le principe des deux autres Personnes, c’est-à-dire du Fils et du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot : tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot tout-puissant veut dire que Dieu peut faire tout ce qu’il veut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu ne peut ni pécher ni mourir : comment dit-on alors qu’il peut tout faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que Dieu peut tout faire, bien qu’il ne puisse ni pécher ni mourir, parce que le pouvoir de pécher ou de mourir n’est pas un effet de puissance mais de faiblesse, et ne peut pas être en Dieu, qui est infiniment parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Créer veut dire faire de rien : aussi Dieu est appelé le Créateur du ciel et de la terre parce qu’il a fait de rien le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le monde a-t-il été créé seulement par le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde a été créé également par les trois Personnes divines, parce que tout ce que fait une Personne concernant les créatures, les autres le font aussi dans un même acte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc la création est-elle attribuée particulièrement au Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création est attribuée spécialement au Père parce que la création est un effet de la toute puissance divine et que la toute puissance est attribuée spécialement au Père, comme la Sagesse au Fils et la Bonté au Saint-Esprit, bien que les trois Personnes soient également puissantes, sages et bonnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu a-t-il soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu a soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ; il les conserve et les gouverne par sa bonté et sa sagesse infinies, et rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette, parce qu’il y a des choses que Dieu veut et commande, et d’autres qu’il n’empêche pas, comme le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu n’empêche-t-il pas le péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu n’empêche pas le péché, parce que même de l’abus que fait l’homme de la liberté qu’il lui a été concédée, il sait retirer un bien et faire toujours resplendir davantage ou sa miséricorde ou sa justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les Anges. ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les créatures les plus nobles que Dieu ait créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus nobles créatures créées par Dieu sont les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est ce que les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges sont des créatures intelligentes et purement spirituelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il créé les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé les Anges pour être honoré et servi par eux, et pour les rendre éternellement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle forme et quelle figure ont les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges n’ont ni figure ni forme sensible parce qu’ils sont de purs esprits, créés par Dieu pour subsister sans devoir être unis à un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc représente-t-on les Anges sous des formes sensibles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On représente les Anges sous des formes sensibles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour aider notre imagination à les concevoir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que c’est ainsi qu’ils ont apparu souvent aux hommes, comme nous le lisons dans la Sainte Écriture &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Anges furent-ils tous fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, les Anges ne furent pas tous fidèles à Dieu, mais beaucoup parmi eux prétendirent par orgueil lui être égaux et être indépendants de lui ; et, à cause de ce péché, ils furent exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer s’appellent démons et leur chef s’appelle Lucifer ou Satan. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les démons peuvent-ils nous faire quelque mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les démons, si Dieu leur en donne la permission, peuvent faire beaucoup de mal et à notre âme et à notre corps, surtout en nous portant au péché par la tentation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nous tentent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les démons nous tentent à cause de l’envie qu’il nous portent et qui leur fait désirer notre damnation éternelle, et à cause de leur haine contre Dieu dont l’image resplendit en nous. Et Dieu permet les tentations, afin que nous en triomphions avec le secours de la grâce, et qu’ainsi nous pratiquions les vertus et nous acquérions des mérites pour le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous triompher des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des tentations par la vigilance, par la prière et par la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges qui sont restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges qui sont restés fidèles à Dieu s’appellent les bons Anges, les Esprits célestes ou simplement les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devinrent les Anges restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges restés fidèles à Dieu furent confirmés en grâce. Ils jouissent pour toujours de la vue de Dieu ; ils l’aiment, le bénissent et le louent éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu se sert-il des Anges comme de ses ministres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu se sert des Anges comme de ses ministres, et, en particulier, il confie à beaucoup d’entre eux la charge d’être nos gardiens et nos protecteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous devons avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien, l’honorer, invoquer son appui, suivre ses inspirations, et lui être reconnaissants pour l’assistance continuelle qu’il nous prête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’homme. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre est l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est une créature raisonnable composée d’une âme et d’un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme est la partie la plus noble de l’homme, parce qu’elle est une substance spirituelle, douée d’intelligence et de volonté, capable de connaître Dieu et de le posséder éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on voir et toucher l’âme humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut ni voir notre âme ni la toucher parce que c’est un esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’âme humaine meurt-elle avec le corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme humaine ne meurt jamais : la foi et la raison elle-même prouvent qu’elle est immortelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’homme est-il libre dans ses actions ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’homme est libre dans ses actions et chacun sent en lui-même qu’il peut faire une chose ou ne pas la faire, faire une chose plutôt qu’une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple cette liberté humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je dis volontairement un mensonge, je sens que je pourrais ne pas le dire et me taire, et que je pourrais aussi parler différemment en disant la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que l’âme humaine est spirituelle et raisonnable, libre dans ses actes, capable de connaître et d’aimer Dieu et de jouir de lui éternellement ; et ces perfections sont en nous un reflet de l’infinie grandeur du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quel état Dieu a-t-il créé nos premiers parents Adam et Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé Adam et Eve dans l’état d’innocence et de grâce ; mais bientôt ils en déchurent par le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu ne fit-il pas d’autres dons à nos premiers parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu fit à nos premiers parents d’autres dons qu’ils devaient transmettre à leurs descendants avec la grâce sanctifiante. C’étaient : l’intégrité, c’est-à-dire la parfaite soumission des sens à la raison ; l’immortalité ; l’immunité de toute douleur et misère, et la science proportionnée à leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché d’Adam fut un péché d’orgueil et de grave désobéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le châtiment du péché d’Adam et d’Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Adam et Eve perdirent la grâce de Dieu et le droit qu’ils avaient au ciel ; ils furent chassés du paradis terrestre, soumis à beaucoup de misères de l’âme et du corps et condamnés à mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Adam et Eve n’avaient pas péché, auraient-ils été exempts de la mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Adam et Eve n’avaient pas péché et qu’ils fussent restés fidèles à Dieu, après un séjour heureux et tranquille sur cette terre, sans mourir ils auraient été transportés par Dieu dans le Ciel pour y jouir d’une vie éternelle et glorieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces dons étaient-ils dus à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dons n’étaient dus à l’homme en aucune façon ; mais ils étaient absolument gratuits et surnaturels. Aussi, quand Adam eût désobéi au commandement divin, Dieu put sans injustice priver de ces dons lui et sa postérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ce péché est-il propre seulement à Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce péché n’est pas seulement le péché d’Adam, il est aussi le nôtre, quoique différemment. Il est propre à Adam, parce que c’est lui qui le commit par un acte de sa volonté et par là il fut pour lui péché personnel. Il nous est propre, parce que, Adam ayant péché comme chef et souche de tout le genre humain, son péché est transmis par la génération naturelle à tous ses descendants, et par là il est pour nous péché originel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est-il possible que le péché originel passe dans tous les hommes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel passe dans tous les hommes parce que, Dieu ayant conféré au genre humain, en Adam, la grâce sanctifiante et tous les autres dons surnaturels, à condition qu’Adam ne désobéit pas, celui-ci désobéit en qualité de chef et de père du genre humain et rendit la nature humaine rebelle contre Dieu. Aussi la nature humaine est-elle transmise à tous les descendants d’Adam dans un état de rébellion contre Dieu et privée de la grâce divine et des autres dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tous les hommes contractent-ils le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous les hommes contractent le péché originel, excepté la Très Sainte Vierge qui en fut préservée par un privilège spécial de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le péché d’Adam les hommes n’auraient-ils pas pu se sauver ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le péché d’Adam, les hommes n’auraient pas pu se sauver, si Dieu n’avait pas été miséricordieux à leur égard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu fut-il miséricordieux envers le genre humain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu fut miséricordieux envers le genre humain en promettant tout de suite à Adam le Rédempteur divin ou Messie, et en envoyant ce Messie au temps marqué, pour délivrer les hommes de l’esclavage du démon et du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le Messie promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Messie promis est Jésus-Christ, comme nous l’enseigne le second article du Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Le second article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le second article : Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu est la seconde Personne de la très sainte Trinité ; qu’il est Dieu éternel, tout-puissant, Créateur et Seigneur, comme le Père ; qu’il s’est fait homme pour nous sauver et que le Fils de Dieu fait homme s’appelle Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la seconde Personne s’appelle-t-elle le Fils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde Personne s’appelle le Fils, parce que de toute éternité elle est engendrée du Père par voie d’intelligence : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi le Verbe éternel du Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nous sommes, nous aussi, fils de Dieu : pourquoi donc appelons-nous Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père, parce que lui seul est Fils de Dieu par nature, tandis que nous le sommes par création et par adoption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Jésus-Christ notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ notre Seigneur, parce que non seulement en tant que Dieu il nous a créés, de concert avec le Père et le Saint-Esprit, mais encore il nous a rachetés en tant que Dieu et homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il appelé Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est appelé Jésus, ce qui veut dire Sauveur, parce qu’il nous a sauvés de la mort éternelle méritée par nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné le nom de Jésus au Fils de Dieu fait homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le Père éternel lui-même qui a donné au Fils de Dieu fait homme le nom de Jésus par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, lorsque celui-ci annonça à la Vierge le mystère de l’Incarnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il aussi appelé Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est aussi appelé Christ, ce qui veut dire oint et sacré, parce qu’autrefois on consacrait par l’onction les rois, les prêtres et les prophètes, et que Jésus est le roi des rois, le souverain prêtre et le premier des prophètes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ fut-il oint et sacré d’une onction corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction de Jésus-Christ ne fut pas corporelle comme celle des anciens rois, prêtres et prophètes, mais toute spirituelle et divine, la plénitude de la divinité habitant en lui substantiellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes eurent-ils quelque connaissance de Jésus-Christ avant sa venue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les hommes eurent connaissance de Jésus-Christ avant sa venue, par la promesse du Messie que Dieu fit à nos premiers parents Adam et Eve, et qu’il renouvela aux saints Patriarches, et par les prophéties et les nombreuses figures qui le désignaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis, parce qu’en Lui s’est accompli tout ce qu’annonçaient les prophètes et tout ce que représentaient les figures de l’Ancien Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’annonçaient les prophéties au sujet du Rédempteur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet du Rédempteur les prophéties annonçaient la tribu et la famille d’où il devait sortir ; le lieu et le temps de sa naissance ; ses miracles et les plus petites circonstances de sa passion et de sa mort ; sa résurrection et son ascension au ciel ; son royaume spirituel, universel et perpétuel, qui est la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament sont l’innocent Abel, le grand prêtre Melchisédech, le sacrifice d’Isaac, Joseph vendu par ses frères, le prophète Jonas, l’agneau pascal et le serpent d’airain élevé par Moïse dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 par le témoignage du Père disant : &amp;quot; Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ; &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 par l’attestation de Jésus-Christ lui-même confirmée par les plus étonnants miracles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 par l’enseignement des Apôtres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 par la tradition constante de l’Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les principaux miracles opérés par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux miracles opérés par Jésus-Christ sont, outre sa propre résurrection, la santé rendue aux malades, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la vie aux morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Le troisième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le troisième article : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu a pris un corps et une âme comme les nôtres, dans le sein très pur de la Sainte Vierge Marie, par l’opération du Saint-Esprit, et qu’il est né de cette Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils concoururent-ils eux aussi à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines concoururent à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on seulement : a été conçu du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit seulement : a été conçu du Saint-Esprit, parce que l’incarnation du Fils de Dieu est une œuvre de bonté et d’amour, et que les œuvres de bonté et d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu en se faisant homme a-t-il cessé d’être Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le Fils de Dieu s’est fait homme sans cesser d’être Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est donc Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le Fils de Dieu incarné, c’est-à-dire Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble, Dieu parfait et homme parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il y a donc en Jésus-Christ deux natures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en Jésus-Christ, qui est Dieu et homme, il y a deux natures : la nature divine et la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il aussi en Jésus-Christ deux personnes : la personne divine et la personne humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le Fils de Dieu fait homme, il n’y a qu’une seule personne, la personne divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de volontés en Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Jésus-Christ il y a deux volontés, l’une divine et l’autre humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ avait-il une volonté libre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ avait une volonté libre, mais il ne pouvait pas faire le mal, parce que pouvoir faire le mal est un défaut, non une perfection de la liberté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont-ils la même personne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont la même personne, c’est-à-dire Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La Vierge Marie est-elle Mère de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la Vierge Marie est Mère de Dieu, parce qu’elle est la Mère de Jésus-Christ qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Marie devint-elle la Mère de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie devint la Mère de Jésus-Christ uniquement par l’opération et la vertu du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il de foi que Marie fut toujours Vierge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il est de foi que Marie fut toujours Vierge et elle est appelée la Sainte Vierge, la Vierge par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le quatrième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le quatrième article : A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, pour racheter le monde par son Sang précieux, souffrit sous Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, et mourut sur le bois de la croix d’où il fut descendu pour être enseveli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire les mots : a souffert ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots a souffert expriment toutes les peines souffertes par Jésus-Christ dans sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ a-t-il souffert comme Dieu ou comme homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a souffert comme homme seulement, parce que comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle sorte de supplice était celui de la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le supplice de la croix était alors le plus cruel et le plus ignominieux de tous les supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui condamna Jésus-Christ à être crucifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui condamna Jésus-Christ à être crucifié fut Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, qui avait reconnu son innocence, mais qui céda honteusement à l’insistance menaçante du peuple de Jérusalem. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ n’aurait-il pas pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ aurait pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ; mais, sachant que la volonté de son Père Éternel était qu’il souffrît et mourût pour notre salut, il s’y soumit volontairement, et même il alla Lui-même au-devant de ses ennemis et se laissa spontanément prendre et conduire à la mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut crucifié Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ fut crucifié sur le mont du Calvaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que fit Jésus-Christ sur la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ sur la croix pria pour ses ennemis ; donna pour mère au disciple saint Jean et, en sa personne, à nous tous sa propre Mère la Très Sainte Vierge ; off rit sa mort en sacrifice et satisfit à la justice de Dieu pour les péchés des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’aurait-il pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’aurait pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous, parce que l’offense faite à Dieu par le péché était, à un certain point de vue, infinie, et il fallait pour la réparer une personne d’un mérite infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour satisfaire à la divine Justice était-il nécessaire que Jésus-Christ fût Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il fallait que Jésus-Christ fût homme pour pouvoir souffrir et mourir, et il fallait qu’il fût Dieu pour que ses souffrances eussent une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi était-il nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie, parce que la majesté de Dieu, offensée par le péché, est infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Etait-il nécessaire que Jésus souffrît autant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’était pas absolument nécessaire que Jésus souffrît autant, parce que la moindre de ses souffrances aurait été suffisante pour notre Rédemption, chacun de ses actes ayant une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc Jésus voulut-il tant souffrir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus voulut tant souffrir pour satisfaire plus abondamment à la divine Justice, pour nous montrer encore plus son amour et pour nous inspirer une plus grande horreur du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Arriva-t-il des prodiges à la mort de Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, à la mort de Jésus le soleil s’obscurcit, la terre trembla, les sépulcres s’ouvrirent et beaucoup de morts ressuscitèrent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut enseveli le corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de Jésus-Christ fut enseveli dans un sépulcre nouveau, creusé dans le rocher non loin du lieu où il avait été crucifié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans la mort de Jésus-Christ, la divinité se sépare-t-elle de son corps et de son âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mort de Jésus-Christ la divinité ne se sépara ni du corps ni de l’âme ; il y eut seulement séparation de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui est mort Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes et il a satisfait pour tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Jésus-Christ est mort pour le salut de tous, pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous et tous ne sont pas sauvés parce que tous ne veulent pas le reconnaître, tous n’observent pas sa loi, tous ne se servent pas des moyens de sanctification qu’il nous a laissés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour être sauvés, suffit-il que Jésus-Christ soit mort pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être sauvés, il ne suffit pas que Jésus-Christ soit mort pour nous ; il est nécessaire qu’à chacun de nous soient appliqués le fruit et les mérites de sa passion et de sa mort, application qui se fait surtout par les sacrements que Jésus-Christ lui-même a institués dans ce but. Et comme beaucoup ou ne reçoivent pas les sacrements ou les reçoivent mal, ils rendent inutile pour eux la mort de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Le cinquième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le cinquième article : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième article du Credo nous enseigne que l’âme de Jésus-Christ, une fois séparée de son corps, alla dans les Limbes, et que, le troisième jour, elle s’unit de nouveau à son corps pour n’en être jamais plus séparée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par enfers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend ici par enfers les Limbes, c’est-à-dire le lieu où étaient les âmes des justes en attendant la Rédemption de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les âmes des justes ne furent-elles pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les âmes des justes ne furent pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ, parce que le paradis avait été fermé par le péché d’Adam et qu’il convenait que Jésus-Christ, dont la mort le rouvrait, fût le premier à y entrer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ voulut-il retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ voulut retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour pour manifester avec évidence qu’il était vraiment mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La résurrection de Jésus-Christ fut-elle semblable à celle des autres hommes ressuscités ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, la résurrection de Jésus-Christ ne fut pas semblable à celle des autres hommes ressuscités, parce que Jésus-Christ ressuscita par sa propre puissance, et que les autres furent ressuscités par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Le sixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le sixième article : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, quarante jours après sa résurrection, monta au ciel par sa propre puissance, en présence de ses disciples, et que, étant comme Dieu égal à son Père, il a été comme homme élevé au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints et établi le Seigneur de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection resta-t-il, quarante jours sur la terre avant de monter au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ après sa résurrection resta quarante jours sur la terre avant de monter au ciel, pour prouver par diverses apparitions qu’il était vraiment ressuscité, et pour instruire toujours davantage et confirmer les Apôtres dans les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ est-il monté au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est monté au ciel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour prendre possession du royaume qu’il avait mérité par sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour préparer notre place dans la gloire et être notre Médiateur et notre Avocat auprès de son Père ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour envoyer le Saint-Esprit à ses Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée, parce que Jésus-Christ, étant Homme-Dieu, monta au ciel par sa propre puissance, tandis que sa Mère qui était une créature, bien que la plus digne de toutes, monta au ciel par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez les mots : est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots : &amp;quot; est assis &amp;quot;, signifient la possession pacifique que Jésus-Christ a de la gloire, et les mots : &amp;quot; à la droite de Dieu le Père tout-puissant &amp;quot;, expriment qu’il a une place d’honneur au-dessus de toutes les créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Le septième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le septième article : D’où il viendra juger les vivants et les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième article du Credo nous enseigne qu’à la fin du monde Jésus-Christ, plein de gloire et de majesté, viendra du ciel pour juger tous les hommes, bons et mauvais, et pour donner à chacun la récompense ou le châtiment qu’il aura mérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si chacun, aussitôt après la mort, doit être jugé par Jésus-Christ dans le jugement particulier, pourquoi devons-nous tous être jugés dans le jugement général ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons tous être jugés dans le jugement général pour plusieurs raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour la gloire de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour la gloire de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour la gloire des Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour la confusion des méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 enfin pour que le corps ait avec l’âme la sentence de récompense ou de châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Dieu sera manifestée parce que tous connaîtront avec quelle justice Dieu gouverne le monde, bien que parfois maintenant on voie les bons dans l’affliction et les méchants dans la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Jésus-Christ sera manifestée parce qu’après avoir été injustement condamné par les hommes, il paraîtra alors à la face de tous comme le Juge suprême de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire des Saints sera manifestée parce que beaucoup d’entre eux qui moururent méprisés par les méchants seront glorifiés en présence de tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général quelle sera la confusion pour les méchants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la confusion des méchants sera très grande, surtout pour ceux qui opprimèrent les justes et pour ceux qui cherchèrent pendant leur vie à être estimés des hommes vertueux et bons, parce qu’ils verront manifestés à tout le monde les péchés qu’ils commirent, même les plus secrets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le huitième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le huitième article : Je crois au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième article du Credo nous enseigne qu’il y a un Esprit Saint, troisième Personne de la très sainte Trinité, qu’il est Dieu éternel, infini, tout-puissant, Créateur et Seigneur de toutes choses, comme le Père et le Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui procède le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul principe par voie de volonté et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si le Fils procède du Père et si le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, il semble que le Père et le Fils soient antérieurs au Saint-Esprit : comment dit-on alors que les trois Personnes sont éternelles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que les trois Personnes sont éternelles parce que le Père engendre le Fils ab æterno (de toute éternité) et que le Saint-Esprit procède aussi ab æterno du Père et du Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la troisième Personne de la très sainte Trinité est-elle appelée spécialement du nom de Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième Personne de la Très Sainte Trinité est appelée spécialement du nom de Saint-Esprit parce qu’elle procède du Père et du Fils par voie d’amour et de spiration ( Latin spiratio, de spirare, souffler, respirer : le Saint-Esprit est comme le souffle du Père et du Fils.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est l’œuvre attribuée spécialement au Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre attribuée spécialement au Saint-Esprit est la sanctification des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils nous sanctifient-ils comme le Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines nous sanctifient également. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il en est ainsi, Pourquoi la sanctification des âmes est-elle attribuée spécialement au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sanctification des âmes est attribuée spécialement au Saint-Esprit parce qu’elle est une œuvre d’amour et que les œuvres d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Saint-Esprit est-il descendu sur les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après la Résurrection de Jésus-Christ et dix jours après son Ascension. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où étaient les Apôtres pendant les dix jours qui précédèrent la Pentecôte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres étaient réunis dans le Cénacle en compagnie de la Sainte Vierge et des autres disciples, et ils persévéraient dans la prière, attendant l’Esprit Saint que Jésus-Christ leur avait promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produisit le Saint-Esprit dans les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit confirma les Apôtres dans la foi, les remplit de lumière, de force, de charité et de l’abondance de tous ses dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Saint-Esprit a-t-il été envoyé pour les seuls Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit a été envoyé pour toute l’Église et pour chaque âme fidèle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le Saint-Esprit dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit, comme l’âme dans le corps, vivifie l’Église par sa grâce et par ses dons ; il y établit le règne de la vérité et de l’amour ; il l’assiste pour qu’elle conduise sûrement ses fils dans la voie du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 10 : Le neuvième article.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article : La sainte Église catholique, la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième article du Credo nous enseigne, que Jésus-Christ a fondé sur la terre une société visible qui s’appelle l’Église catholique et que tous ceux qui font partie de cette Église sont en communion entre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après l’article qui traite du Saint-Esprit parle-t-on immédiatement de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après l’article qui traite du Saint-Esprit, on parle immédiatement de l’Église catholique pour indiquer que toute la sainteté de cette Église dérive de l’Esprit Saint qui est la source de toute sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire ce mot Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Église veut dire convocation ou réunion de personnes nombreuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui nous a convoqués ou appelés à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons été appelés à l’Église de Jésus-Christ par une grâce particulière de Dieu, afin qu’avec la lumière de la foi et par l’observation de la loi divine nous lui rendions le culte qui lui est dû et nous parvenions à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où se trouvent les membres de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’Église se trouvent partie au ciel, et ils forment l’Église triomphante ; partie au purgatoire et ils forment l’Église souffrante ; partie sur la terre, et ils forment l’Église militante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces diverses parties de l’Église constituent-elles une seule Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces diverses parties de l’Église constituent une seule Église et un seul corps, parce qu’elles ont le même chef qui est Jésus-Christ, le même esprit qui les anime et les unit, et la même fin qui est la félicité éternelle dont les uns jouissent déjà et que les autres attendent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quelle partie de l’Église se rapporte surtout ce neuvième article ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce neuvième article du Credo se rapporte surtout à &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Église militante, qui est l’Église dans laquelle nous sommes actuellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’Église en particulier. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites précisément ce qui est nécessaire pour être membre de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être membre de l’Église, il est nécessaire d’être baptisé, de croire et professer la doctrine de Jésus-Christ, de participer aux mêmes sacrements, de reconnaître le Pape et les autres Pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les Pasteurs légitimes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs légitimes de l’Église sont le Pontife Romain, c’est-à-dire le Pape, qui est le Pasteur universel, et les Évêques De plus, les autres prêtres et spécialement les curés ont, sous la dépendance des Évêques et du Pape, leur part de l’office de pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que le Pontife Romain est le Pasteur universel de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que Jésus-Christ dit à saint Pierre le premier Pape : &amp;quot; Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le ciel. &amp;quot; Et il lui dit encore : &amp;quot; Pais mes agneaux, pais mes brebis. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tant de sociétés d’hommes baptisés qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent donc pas à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, tous ceux qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent pas à l’Église de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on distinguer l’Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut distinguer la véritable Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes, à quatre marques : elle est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que l’Église est Une ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Une, parce que ses fils, à quelque temps et à quelque lieu qu’ils appartiennent, sont unis entre eux dans la même foi, le même culte, la même loi et la participation aux mêmes sacrements, sous un même chef visible, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne pourrait-il pas y avoir plusieurs Églises ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne peut y avoir plusieurs Églises parce que, de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, une seule Foi et un seul Baptême, il n’y a et il ne peut y avoir qu’une seule véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais n’appelle-t-on pas aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un. diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un diocèse, mais ce sont toujours des portions de l’Église universelle et elles forment avec elle une seule Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que la véritable Église est Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Sainte parce que Jésus-Christ, son chef invisible, est saint, que beaucoup de ses membres sont saints, que sa foi, sa loi, ses sacrements sont saints et qu’en dehors d’elle il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de véritable sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous l’Église Catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle la véritable Église Catholique, ce qui veut dire universelle, parce qu’elle embrasse les fidèles de tous les temps et de tous les lieux, de tout âge et de toute condition, et que tous les hommes du monde sont appelés à en faire partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelle-t-on encore l’Église Apostolique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église Apostolique, parce qu’elle remonte sans interruption jusqu’aux Apôtres ; et parce qu’elle croit et enseigne tout ce qu’ont cru et enseigné les Apôtres ; et parce qu’elle est dirigée et gouvernée par leurs légitimes successeurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et pourquoi appelle-t-on encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot;, parce que les quatre caractères de l’unité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité ne se rencontrent que dans l’Église qui reconnaît pour chef l’Évêque de Rome, successeur de saint Pierre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est constituée l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église de Jésus-Christ est constituée comme une société vraie et parfaite. En elle, comme dans une personne morale, on peut distinguer un corps et une âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’âme de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme de l’Église consiste en ce qu’elle a d’intérieur et de spirituel, c’est-à-dire la foi, l’espérance, la charité, les dons de la grâce et de l’Esprit Saint et tous les trésors célestes qui en sont dérivés par les mérites du Christ Rédempteur et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et le corps de l’Église, en quoi consiste-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de l’Église consiste en ce qu’elle a de visible et d’extérieur, comme l’association de ses fidèles, son culte, son ministère d’enseignement, son organisation extérieure et son gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique, il faut en être un membre vivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les membres vivants de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres vivants de l’Église sont tous les justes et eux seuls, c’est-à-dire ceux qui sont actuellement en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et quels en sont les membres morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres morts de l’Église sont les fidèles qui se trouvent en état de péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on se sauver en dehors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, hors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine, nul ne peut se sauver, comme nul ne put se sauver du déluge hors de l’Arche de Noé qui était la figure de cette Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment donc se sont sauvés les anciens Patriarches, les Prophètes et tous les autres justes de l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les justes de l’Ancien Testament se sont sauvés en vertu de la foi qu’ils avaient au Christ à venir et par cette foi ils appartenaient déjà spirituellement à l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais celui qui, sans qu’il y ait de sa faute, se trouverait hors de l’Église, pourrait-il être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, se trouvant hors de l’Église sans qu’il y ait de sa faute ou de bonne foi, aurait reçu le Baptême ou en aurait le désir au moins implicite ; qui chercherait en outre sincèrement la vérité et accomplirait de son mieux la volonté de Dieu, bien que séparé du corps de l’Église, serait uni à son âme et par suite dans la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait-il sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait un membre mort de l’Église et, par suite, ne serait pas sauvé, parce que pour le salut d’un adulte il faut non seulement le Baptême et la foi, mais encore les œuvres conformes à la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne, et Jésus-Christ a déclaré que celui qui ne croit pas est déjà condamné. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous aussi obligés de faire tout ce que l’Église nous commande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de faire tout ce que l’Église nous commande, car Jésus-Christ a dit aux pasteurs de l’Église : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle se tromper en ce qu’elle nous propose de croire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans ce qu’elle nous propose de croire, l’Église ne peut pas se tromper parce que, selon la promesse de Jésus-Christ, elle est toujours assistée par le Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique est donc infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église catholique est infaillible. Aussi, ceux qui rejettent ses définitions perdent la foi et deviennent hérétiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique peut-elle être détruite ou périr ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non ; l’Église catholique peut être persécutée, mais elle ne peut être détruite ni périr. Elle durera jusqu’à la fin du monde parce que, jusqu’à la fin du monde, Jésus-Christ sera avec elle, comme il l’a promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église catholique est-elle tant persécutée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est tant persécutée parce que son divin Fondateur fut aussi persécuté et parce qu’elle réprouve les vices, combat les passions et condamne toutes les injustices et toutes les erreurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les catholiques ont-ils encore d’autres devoirs envers l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout chrétien doit avoir pour l’Église un amour sans limites, se regarder comme heureux et infiniment honoré de lui appartenir, et travailler à sa gloire et à son accroissement par tous les moyens qui sont en son pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’Église enseignante et l’Église enseignée. ====&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune distinction entre les membres qui composent l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les membres qui composent l’Église, il y a une distinction très importante, car il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent, ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle la partie de l’Église qui enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui enseigne s’appelle Église enseignante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et la partie qui est enseignée, comment s’appelle-t-elle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui est enseignée s’appelle Église enseignée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a établi cette distinction dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette distinction dans l’Église a été établie par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église enseignante et l’Église enseignée sont donc deux Églises distinctes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante et l’Église enseignée sont deux parties distinctes d’une seule et même Église, comme dans le corps humain la tête est distincte des autres membres, et cependant forme avec eux un corps unique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui se compose l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante se compose de tous les Évêques, soit dispersés dans l’univers, soit réunis en concile, avec, à leur tête, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’Église enseignée de qui est-elle composée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignée est composée de tous les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont donc les personnes qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner sont le Pape et les Évêques, et, sous leur dépendance, les autres ministres sacrés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’écouter l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, sans aucun doute, nous sommes tous obligés d’écouter l’Église enseignante sous peine de damnation éternelle, car Jésus-Christ a dit aux Pasteurs de l’Église, en la personne des Apôtres : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a-t-elle quelque autre pouvoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a spécialement le pouvoir d’administrer les choses saintes, de faire les lois et d’en exiger l’observation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique vient-il du peuple ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique ne vient pas du peuple, et ce serait une hérésie de le dire : il vient uniquement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui appartient l’exercice de ces pouvoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’exercice de ces pouvoirs appartient uniquement au corps hiérarchique, c’est-à-dire au Pape et aux évêques qui lui sont soumis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Pape et Évêques ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape que nous appelons aussi le Souverain Pontife, ou encore le Pontife Romain, est le successeur de saint Pierre sur le siège de Rome, le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et le chef visible de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le successeur de saint pierre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le successeur de saint Pierre, parce que saint Pierre réunit en sa personne la dignité d’Évêque de Rome et de chef de l’Église, et que par un dessein de la Providence il établit son siège à Rome et y mourut Aussi celui qui est élu Évêque de Rome est aussi l’héritier de toute son autorité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le Vicaire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le Vicaire de Jésus-Christ parce qu’il le représente sur la terre et qu’il tient sa place dans le gouvernement de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le chef visible de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le chef visible de l’Église, parce qu’il la dirige visiblement avec l’autorité même de Jésus-Christ qui en est le chef invisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est donc la dignité du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Pape est la plus grande de toutes les dignités de la terre, et elle lui donne un pouvoir suprême et immédiat sur tous les Pasteurs et les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pape peut-il se tromper en enseignant l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape ne peut pas se tromper, il est infaillible dans les définitions qui regardent la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif le Pape est-il infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible à cause de la promesse de Jésus-Christ et de l’assistance continuelle du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Église, une doctrine concernant la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commettrait celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ou même simplement en douterait, pécherait contre la foi, et s’il s’obstinait dans cette incrédulité, il ne serait plus catholique, mais hérétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il concédé au Pape le don de l’infaillibilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a concédé au Pape le don de l’infaillibilité afin que nous soyons tous sûrs et certains de la vérité que l’Église enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand fut-il défini que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’infaillibilité du Pape fut définie par l’Église au Concile du Vatican, et si quelqu’un osait contredire cette définition, il serait hérétique et excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église en définissant l’infaillibilité du Pape, a-t-elle établi une nouveauté dans la foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, en définissant que le Pape est infaillible, l’Église n’a point établi une nouveauté dans la foi ; mais, pour s’opposer à de nouvelles erreurs, elle a défini que l’infaillibilité du Pape, contenue déjà dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition, est une vérité révélée de Dieu et que, par conséquent, il faut la croire comme un dogme ou un article de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment tout catholique doit-il se comporter à l’égard du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout catholique doit reconnaître le Pape comme le Père, le Pasteur et le Docteur universel, et lui demeurer uni d’esprit et de cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le Pape, quels sont, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pape, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église sont les Évêques &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que sont les Évêques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques sont les pasteurs des fidèles, établis par l’Esprit Saint pour gouverner l’Église de Dieu sur les sièges qui leur sont confiés, sous la dépendance du Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est l’Évêque dans son propre diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son propre diocèse, l’Évêque est le Pasteur légitime, le Père, le Docteur, le supérieur de tous les fidèles, ecclésiastiques et laïques, qui appartiennent à ce diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque est-il appelé le Pasteur légitime ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque est appelé le Pasteur légitime parce que la juridiction, c’est-à-dire le pouvoir qu’il a de gouverner les fidèles de son propre diocèse lui a été conféré selon les règles et les lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui le Pape et les Évêques sont-ils les successeurs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est le successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, et les évêques sont les successeurs des Apôtres, en ce qui regarde le gouvernement ordinaire de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le fidèle doit-il rester uni avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit rester uni de cœur et d’esprit avec son Évêque, en grâce et en communion avec le Siège Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le fidèle doit-il se comporter avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit respecter, aimer et honorer son Évêque et lui prêter obéissance en tout ce qui se rapporte au soin des âmes et au gouvernement spirituel du diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes sont les prêtres et principalement les curés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le curé est un prêtre délégué pour être à la tête d’une portion du diocèse appelée paroisse, et pour la diriger sous la dépendance de l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels devoirs ont les fidèles envers leur curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent se tenir unis à leur curé, l’écouter docilement et lui témoigner respect et soumission en tout ce qui regarde le soin de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La communion des saints. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article du Credo par ces mots : la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ces mots : la communion des saints, le neuvième article du Credo nous enseigne que dans l’Église, en vertu de l’union intime qui existe entre tous ses membres, tous les biens spirituels tant intérieurs qu’extérieurs qui leur appartiennent sont communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont dans l’Église les biens intérieurs communs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’Église, les biens intérieurs communs sont : la grâce reçue dans les sacrements, la foi, l’espérance, la charité, les mérites infinis de Jésus-Christ, les mérites surabondants de la Sainte Vierge et des Saints et le fruit de toutes les bonnes œuvres qui se font dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les biens extérieurs communs dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens extérieurs communs dans l’Église sont : les sacrements, le sacrifice de la sainte Messe, les prières publiques, les cérémonies religieuses et toutes les autres pratiques extérieures qui unissent ensemble les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce que tous les fils de l’Église entrent dans cette communion de biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la communion des biens intérieurs entrent seulement les chrétiens qui sont en état de grâce ; ceux qui sont en état de péché mortel ne participent pas à tous ces biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ceux qui sont en état de péché mortel ne participent-ils pas à tous ces biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que c’est la grâce de Dieu, vie surnaturelle de l’âme, qui unit les fidèles à Dieu et à Jésus-Christ comme ses membres vivants et qui les rend capables de faire des œuvres méritoires de la vie éternelle ; et parce que ceux qui se trouvent en état de péché mortel, n’ayant pas la grâce de Dieu, sont exclus de la communion parfaite des biens spirituels et ne peuvent faire des œuvres méritoires de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les chrétiens qui sont en état de péché mortel ne retirent donc aucun avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chrétiens qui sont en état de péché mortel retirent encore quelque avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église parce que, conservant le caractère du chrétien, qui est indélébile, et la vertu de la Foi qui est la racine de toute justification, ils sont aidés par les prières et les bonnes œuvres des fidèles à obtenir la grâce de la conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent-ils participer aux biens extérieurs de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent participer aux biens extérieurs de l’Église, pourvu qu’ils ne soient pas séparés de l’Église par l’excommunication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les membres de cette communion sont-ils, dans leur ensemble, appelés saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de cette communion sont appelés saints, parce que tous sont appelés à la sainteté, que tous ont été sanctifiés par le Baptême et que beaucoup parmi eux sont déjà parvenus à la parfaite sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La communion des saints s’étend-elle aussi au ciel et au purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la communion des Saints s’étend aussi au ciel et au purgatoire, parce que la charité unit les trois Églises : triomphante, souffrante et militante ; et les Saints prient Dieu pour nous et pour les âmes du purgatoire, et nous-mêmes nous rendons gloire et honneur aux Saints et nous pouvons soulager les âmes du purgatoire en appliquant en leur faveur messes, aumônes, indulgences et autres bonnes œuvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Ceux qui sont hommes d’Église ====&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui n’appartiennent pas à la Communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui n’appartiennent pas à la communion des saints sont dans l’autre vie les damnés, et en cette vie ceux qui n’appartiennent ni à l’âme ni au corps de l’Église, c’est-à-dire ceux qui sont en état de péché mortel et se trouvent hors de la véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui se trouvent hors de la véritable Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui se trouvent hors de la véritable Église sont les infidèles, les juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les infidèles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les infidèles sont ceux qui ne sont pas baptisés et qui ne croient pas en Jésus-Christ ; soit qu’ils croient à de fausses divinités et les adorent, comme les idolâtres ; soit que tout en admettant le seul vrai Dieu ils ne croient pas au Christ Messie, venu en la personne de Jésus-Christ ou encore à venir : tels sont les mahométans et autres semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les juifs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les juifs sont ceux qui professent la loi de Moise : ils n’ont pas reçu le Baptême et ne croient pas en Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les hérétiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hérétiques sont les baptisés qui refusent avec obstination de croire quelque vérité révélée de Dieu et enseignée comme de foi par l’Église catholique : par exemple, les ariens, les nestoriens et les diverses sectes du protestantisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les apostats ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apostats sont ceux qui abjurent ou renient par un acte extérieur la foi catholique qu’ils professaient auparavant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les schismatiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les schismatiques sont les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Église de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont ceux qui, pour des fautes graves, sont frappés d’excommunication par le Pape ou l’Évêque, et sont par suite, comme des indignes, séparés du corps de l’Église, qui attend et désire leur conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on craindre l’excommunication ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit craindre beaucoup l’excommunication, car c’est la peine la plus grave et la plus terrible que l’Église puisse infliger à ses fils rebelles et obstinés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels biens sont privés les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont privés des prières publiques, des sacrements, des indulgences, et exclus de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous être de quelque secours aux excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons être de quelque secours aux excommuniés et à tous les autres qui sont hors de la véritable &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Église, par des avis salutaires, par des prières et des bonnes œuvres, suppliant Dieu que, par sa miséricorde, il leur fasse la grâce de se convertir à la foi et d’entrer dans la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 11 : Le dixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dixième article : La rémission des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ a laissé à son Église le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle remettre toute sorte de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église peut remettre tous les péchés, si nombreux et si graves qu’ils soient, car Jésus-Christ lui a donné plein pouvoir de lier et de délier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés sont en premier lieu le Pape, qui seul possède la plénitude de ce pouvoir ; puis les Évêques, et sous la dépendance des Évêques, les prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église remet-elle les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église remet les péchés par les mérites de Jésus-Christ, en conférant les sacrements qu’il a institués à cette fin, principalement le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 12 : Le onzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le onzième article : La résurrection de la chair ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le onzième article du Credo nous enseigne que tous les hommes ressusciteront, chaque âme reprenant le corps qu’elle avait en cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection des morts se fera par la vertu de Dieu tout-puissant à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand arrivera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection de tous les morts arrivera à la fin du Inonde et ensuite aura lieu le jugement général. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu veut-il la résurrection des corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu veut la résurrection des corps afin que l’âme, ayant fait le bien et le mal quand elle était unie au corps, soit encore avec lui pour la récompense ou le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes ressusciteront-ils tous de la même manière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il y aura une très grande différence entre les corps des élus et les corps des damnés ; car, seuls, les corps des élus auront à la ressemblance de Jésus-Christ ressuscité, les propriétés des corps glorieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont ces propriétés qui orneront les corps des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les propriétés qui orneront les corps glorieux des élus sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’impassibilité, par laquelle ils ne pourront plus être sujets aux maux ni aux douleurs d’aucune sorte, ni au besoin de nourriture, de repos ou de quoi que ce soit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la clarté, par laquelle, ils resplendiront comme autant de soleils et d’étoiles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’agilité, par laquelle ils pourront se transporter en un moment et sans fatigue d’un lieu à un autre et de la terre au ciel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la subtilité, par laquelle, sans obstacle, ils pourront traverser tous les corps, comme fit Jésus-Christ ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment seront les corps des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les corps des damnés seront privés des propriétés glorieuses des corps des Bienheureux et porteront la marque horrible de leur éternelle réprobation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 13 : Le douzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dernier article : La vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier article du Credo nous enseigne qu’après la vie présente il y a une autre vie, ou éternellement heureuse pour les élus dans le paradis, ou éternellement malheureuse pour les damnés dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre le bonheur du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons comprendre le bonheur du paradis, parce qu’il surpasse les connaissances de notre esprit borné, et parce que les biens du ciel ne peuvent pas se comparer aux biens de ce monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bonheur des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bonheur des élus consiste à voir, à aimer et à posséder pour toujours Dieu, source de tout bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le malheur des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le malheur des damnés consiste à être toujours privés de la vue de Dieu et punis par d’éternels tourments dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis et les maux de l’enfer sont-ils seulement pour les âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis et les maux de l’enfer ne sont en ce moment que pour les âmes, parce qu’en ce moment il n’y a que les âmes qui soient au paradis ou en enfer ; mais après la résurrection de la chair, les hommes, dans la plénitude de leur nature, c’est-à-dire en corps et en âme, seront ou heureux ou tourmentés pour toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis seront-ils égaux pour les élus et les maux de l’enfer égaux pour les condamnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis pour les élus et les maux de l’enfer pour les damnés seront égaux dans leur substance et leur éternelle durée ; mais, dans la mesure ou le degré, ils seront plus grands ou moindres selon les mérites et les démérites de chacun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Amen à la fin du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Amen à la fin des prières signifie : &amp;quot; Ainsi soit-il &amp;quot;. A la fin du Credo il signifie &amp;quot; Il en est ainsi &amp;quot;, c’est-à-dire : je crois à la vérité absolue de tout ce que contiennent ces douze articles et j’en suis plus certain que si je le voyais de mes propres yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== 2e partie : La prière.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : La prière en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la seconde partie de la Doctrine Chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la seconde partie de la Doctrine chrétienne il est question de la prière en général et, en particulier, du Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière est une élévation de l’esprit vers Dieu pour l’adorer, pour le remercier et pour lui demander ce dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la prière en prière mentale et en prière vocale. La prière ou oraison mentale est celle qui ne se fait qu’avec l’esprit ; la prière vocale est celle qui se fait avec des paroles accompagnées de l’attention de l’esprit et de la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une autre façon de diviser la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut encore, à un autre point de vue, diviser la prière en prière privée et en prière publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière privée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière privée est celle que chacun fait en particulier pour soi-même ou pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière publique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière publique est celle qui est faite par les ministres sacrés, au nom de l’Église et pour le salut du peuple fidèle. On peut aussi appeler publique la prière faite en commun et publiquement par les fidèles, comme dans les processions dans les pèlerinages et dans l’église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avons-nous un espoir fondé d’obtenir par la prière les secours et les grâces dont nous avons besoin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’espoir d’obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin est fondé sur les promesses de Dieu, tout-puissant, très miséricordieux et très fidèle, et sur les mérites de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au nom de qui devons-nous demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires au nom de Jésus-Christ, comme lui-même nous l’a enseigné et selon la pratique de l’Église qui termine toujours ses prières par ces mots : per Dominum nostrum Jesum Christum, c’est-à-dire : par Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous demander à Dieu les grâces au nom de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander les grâces au nom de Jésus-Christ, parce qu’il est notre médiateur et que c’est seulement par lui que nous pouvons avoir accès au trône de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la prière a tant de vertu comment se fait-il que si souvent nos prières ne sont pas exaucées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien souvent nos prières ne sont pas exaucées, soit parce que nous demandons des choses qui ne conviennent pas à notre salut éternel, soit parce que nous ne prions pas comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les choses que nous devons principalement demander à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons principalement demander à Dieu sa gloire, notre salut éternel et les moyens pour y arriver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander aussi les biens temporels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander aussi à Dieu les biens temporels, mais toujours à la condition qu’ils soient conformes à sa très sainte volonté et qu’ils ne soient pas un empêchement pour notre salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Dieu sait tout ce qui nous est nécessaire pourquoi doit-on prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que Dieu sache tout ce qui nous est nécessaire, il veut cependant que nous le priions pour reconnaître que c’est lui qui donne tous les biens, pour lui témoigner notre humble soumission et pour mériter ses faveurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la première et la meilleure disposition pour rendre nos prières efficaces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première et la meilleure disposition pour rendre efficaces nos prières est d’être en état de grâce ou, si nous n’y sommes pas, de désirer au moins nous remettre dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres dispositions faut-il avoir pour bien prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien prier, les dispositions spécialement requises sont le recueillement, l’humilité, la confiance la persévérance et la résignation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est penser que nous parlons à Dieu, et, en conséquence, nous devons prier avec tout le respect et la dévotion possible, évitant de notre mieux les distractions, c’est-à-dire toute pensée étrangère à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les distractions diminuent-elles le mérite de la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quand c’est nous-mêmes qui les provoquons ou que nous ne les repoussons pas avec empressement. Mais si nous faisons tout notre possible pour être recueillis en Dieu, alors les distractions ne diminuent pas le mérite de notre prière, elles peuvent même l’accroître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons, avant la prière, éloigner toutes les occasions de distractions, et pendant la prière, nous devons penser que nous sommes en la présence de Dieu qui nous voit et nous écoute. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec humilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire reconnaître sincèrement notre indignité, notre impuissance et notre misère, accompagnant la prière de l’attitude modeste de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec confiance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons avoir la ferme espérance d’être exaucés, s’il doit en résulter la gloire de Dieu et notre vrai bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec persévérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous ne devons pas nous lasser de prier si Dieu ne nous exauce pas tout de suite, mais que nous devons continuer à prier avec encore plus de ferveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec résignation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons nous conformer à la volonté de Dieu, qui connaît mieux que nous ce qui est nécessaire à notre salut éternel, même dans le cas où nos prières ne seraient pas exaucées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu exauce-t-il toujours les prières bien faites ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu exauce toujours les prières bien faites, mais de la manière qu’il sait être la plus utile à notre salut éternel, et pas toujours selon notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière nous fait reconnaître notre dépendance en toutes choses à l’égard de Dieu, le suprême Seigneur, nous fait penser aux choses célestes, nous fait avancer dans la vertu, nous obtient de Dieu miséricorde, nous fortifie dans les tentations, nous réconforte dans les tribulations, nous aide dans nos besoins et nous obtient la grâce de la persévérance finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous devons spécialement prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier spécialement dans les périls, dans les tentations et au moment de la mort ; de plus, nous devons prier fréquemment, et il est bon de le faire matin et soir et au commencement des actions importantes de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui devons-nous prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier pour tous ; c’est-à-dire pour nous-mêmes, pour nos parents, supérieurs, bienfaiteurs, amis et ennemis ; pour la conversion des pauvres pécheurs, de ceux qui sont hors de la véritable Église, et pour les âmes saintes du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : L’oraison dominicale.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’oraison dominicale en général. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la prière vocale la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière vocale la plus excellente est celle que Jésus-Christ lui-même nous a enseignée, c’est-à-dire le Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il la prière la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est la prière la plus excellente, parce que c’est Jésus-Christ lui-même qui l’a composée et qui nous l’a enseignée ; parce qu’elle contient clairement en peu de paroles tout ce que nous pouvons espérer de Dieu, et parce qu’elle est la règle et le modèle de toutes les autres prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pater noster est-il aussi la prière la plus efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est aussi la prière la plus efficace parce qu’elle est la plus agréable à Dieu, étant composée des paroles mêmes que nous a dictées son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il appelé oraison dominicale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est appelé Oraison dominicale, ce qui veut dire prière du Seigneur, précisément parce que c’est Jésus-Christ qui nous l’a enseignée de sa propre bouche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de demandes dans le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Pater noster il y a sept demandes précédées d’un préambule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Père, qui êtes aux cieux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Que votre nom soit sanctifié, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Que votre règne arrive, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Et ne nous laissez pas succomber à la tentation, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Mais délivrez-nous du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi en invoquant Dieu au commencement de l’Oraison dominicale, l’appelons-nous notre Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au commencement de l’Oraison dominicale nous appelons Dieu notre Père pour réveiller notre confiance en son infinie bonté, puisque nous sommes ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous dire que nous sommes les enfants de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes les enfants de Dieu parce qu’il nous a créés à son image et qu’il nous conserve et nous gouverne par sa providence, et parce qu’il nous a, par une bienveillance spéciale, adoptés dans le Baptême comme les frères de Jésus-Christ et les cohéritiers avec lui de l’éternelle gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot;, parce que tous nous sommes ses enfants et que nous devons par suite nous regarder et nous aimer tous comme des frères et prier les uns pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu est partout ; pourquoi lui disons-nous donc : qui êtes aux cieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu est partout ; mais nous disons : &amp;quot; Notre Père qui êtes aux cieux &amp;quot; pour élever nos cœurs vers le ciel où Dieu se manifeste dans la gloire à ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La première demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la première demande : que votre nom soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première demande : que votre nom soit sanctifié, nous demandons que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde et par nous en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous en demandant que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous entendons demander que les infidèles arrivent à la connaissance du vrai Dieu, que les hérétiques reconnaissent leurs erreurs, que les schismatiques reviennent à l’unité de l’Église, que les pécheurs se corrigent et que les justes persévèrent dans le bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi, avant toute autre chose, demandons-nous que le nom de Dieu soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant toute autre chose nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié, parce que la gloire de Dieu doit nous tenir plus à cœur que tous nos biens et avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous procurer la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons procurer la gloire de Dieu par la prière, le bon exemple, et en dirigeant vers lui toutes nos pensées, nos sentiments et nos actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. La seconde demande. ====&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous par règne de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par règne de Dieu nous entendons un triple règne spirituel, c’est-à-dire le règne de Dieu en nous ou le règne de la grâce ; le règne de Dieu sur la terre, c’est-à-dire la sainte Église catholique, et le règne de Dieu dans les cieux, ou le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la grâce nous demandons que Dieu règne en nous par sa grâce sanctifiante, par laquelle il se complaît à résider en nous comme un roi dans son palais ; et de nous tenir unis à lui par les vertus de foi, d’espérance et de charité qui sont le règne de Dieu dans notre intelligence, notre cœur et notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à l’Église nous demandons qu’elle s’étende et se propage toujours davantage dans le monde entier pour le salut des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la gloire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la gloire nous demandons de pouvoir être un jour admis dans le saint Paradis pour lequel nous avons été créés et où nous serons pleinement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La troisième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, nous demandons la grâce de faire en toute chose la volonté de Dieu, en obéissant à ses saints commandements aussi promptement que les anges et les saints lui obéissent dans le ciel. Nous demandons encore la grâce de correspondre aux divines inspirations, et de vivre résignés à la volonté de Dieu quand il nous envoie des tribulations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est aussi nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu qu’il est nécessaire d’atteindre le salut éternel, car Jésus-Christ a dit que celui-là seul entrera dans le royaume des cieux qui aura fait la volonté de son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous connaître la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons connaître la volonté de Dieu spécialement par la voix de l’Église et de nos supérieurs spirituels établis par Dieu pour nous guider dans la voie du salut. Nous pouvons aussi connaître cette très sainte volonté par les divines inspirations et par les circonstances mêmes dans lesquelles le Seigneur nous a placés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous toujours reconnaître la volonté de Dieu dans les événements heureux et malheureux de notre vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les événements tant heureux que malheureux de notre vie nous devons toujours reconnaître la volonté de Dieu, qui dispose ou permet tout pour notre bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La quatrième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire chaque jour pour l’âme et pour le corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre âme nous demandons à Dieu qu’il entretienne sa vie spirituelle, c’est-à-dire que nous prions le Seigneur qu’il nous donne sa grâce dont nous avons continuellement besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se nourrit la vie de notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vie de l’âme se nourrit spécialement par l’aliment de la divine parole et par le très saint Sacrement de l’autel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre corps nous demandons ce qui est nécessaire à l’entretien de la vie temporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous aujourd’hui notre pain et ne disons-nous pas plutôt : donnez-nous aujourd’hui le pain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous aujourd’hui notre pain, et non : donnez-nous aujourd’hui le pain, pour exclure tout désir du bien d’autrui. Nous prions donc le Seigneur qu’il nous aide dans les gains justes et permis, pour que nous nous procurions notre nourriture par nos fatigues, sans larcin ni fraude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous notre pain, et non donnez-moi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous au lieu de donnez-moi pour nous rappeler que, les biens nous venant de Dieu, s’il nous en donne en abondance il le fait pour que nous en donnions le superflu aux pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ajoutons-nous quotidien'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ajoutons quotidien parce que nous devons désirer ce qui nous est nécessaire pour vivre et non pas l’abondance des aliments et des biens de la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifie de plus le mot aujourd’hui dans la quatrième demande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot aujourd’hui signifie que nous ne devons pas être trop préoccupés de l’avenir, mais demander ce qui nous est nécessaire pour le moment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. La cinquième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la cinquième demande : pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la cinquième demande : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés nous demandons à Dieu qu’il nous pardonne nos péchés, comme nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nos péchés sont-ils appelés des dettes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos péchés sont appelés des dettes parce qu’à cause d’eux, nous devons satisfaire à la divine Justice soit en cette vie le soit en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne pardonnent pas au prochain peuvent-ils espérer que Dieu leur pardonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne pardonnent pas au Prochain n’ont aucune raison d’espérer que Dieu leur pardonne, d’autant plus qu’ils se condamnent eux-mêmes en disant à Dieu de leur pardonner comme ils pardonnent au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La sixième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous demandons à Dieu de nous délivrer des tentations, soit en ne permettant pas que nous soyons tentés, soit en nous donnant la grâce de n’être pas vaincus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tentation est une excitation au péché qui nous vient soit du démon, soit des méchants, soit de nos passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché d’avoir des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ce n’est pas un péché d’avoir des tentations, mais c’est un péché d’y consentir ou de s’exposer volontairement au danger d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons tentés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu permet que nous soyons tentés pour éprouver notre fidélité, pour faire grandir nos vertus et pour accroître nos mérites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour éviter les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour éviter les tentations nous devons fuir les occasions dangereuses, garder nos sens, recevoir souvent les sacrements et recourir à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. La septième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la septième demande : mais délivrez nous du mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la septième demande : mais délivrez-nous du mal, nous demandons à Dieu qu’il nous délivre des maux passés, présents et futurs, et spécialement du plus grand de tous les maux qui est le péché et de la damnation éternelle qui en est le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : délivrez-nous du mal, et non des maux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : délivrez-nous du mal, et non des maux, parce que nous ne devons pas désirer être exempts de tous les maux de cette vie, mais seulement de ceux qui sont nuisibles à notre âme : aussi nous demandons d’être délivrés du mal en général, c’est-à-dire de tout ce que Dieu voit être un mal pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, par exemple d’une maladie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, mais toujours en nous en remettant à la volonté de Dieu qui peut aussi faire tourner cette tribulation à l’avantage de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi nous sont utiles les tribulations que Dieu nous envoie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tribulations que Dieu nous envoie nous sont utiles pour faire pénitence de nos fautes, pour éprouver nos vertus et surtout pour imiter Jésus-Christ notre chef, à qui il est juste que nous nous conformions dans les souffrances si nous voulons avoir part à sa gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire Amen à la fin du Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Amen veut dire : Ainsi soit-il, ainsi je le désire, ainsi je prie le Seigneur et ainsi j’espère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster suffit-il de le réciter d’une manière quelconque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster, il faut le réciter sans hâte, avec attention et avec la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous dire le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons dire le Pater chaque jour, parce que chaque jour nous avons besoin du secours de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : L’Ave maria. ===&lt;br /&gt;
''Quelle prière avons-nous coutume de dire après le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pater nous disons la Salutation angélique, c’est-à-dire l’Ave Maria par lequel nous recourons à la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Ave Maria est-il appelé Salutation angélique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ave Maria est appelé Salutation angélique parce qu’il commence par le salut que l’archange Gabriel adressa à la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’Ave Maria sont en partie de l’archange Gabriel, en partie de sainte Elisabeth, en partie de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de l’archange Gabriel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’archange Gabriel sont : Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que l’Ange dit à Marie ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ange adressa ces paroles à Marie quand il vint de la part de Dieu lui annoncer le mystère de l’Incarnation qui devait s’opérer en elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que pensons-nous faire en saluant la très sainte Vierge avec les paroles mêmes de l’Archange ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En saluant la Très Sainte Vierge avec les paroles de l’Archange nous nous réjouissons avec elle, rappelant les dons et les privilèges singuliers dont Dieu l’a favorisée de préférence à toutes les autres créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de sainte Elisabeth ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de sainte Elisabeth sont : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de votre sein est béni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que sainte Elisabeth dit ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sainte Elisabeth dit ces paroles par l’inspiration de Dieu, lorsque, trois mois avant de donner le jour à saint Jean-Baptiste, elle fut visitée par la Très Sainte Vierge qui déjà portait dans son sein son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faisons-nous en disant ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant les paroles de sainte Elisabeth, nous nous réjouissons avec la Très Sainte Vierge de son éminente dignité de Mère de Dieu, nous bénissons Dieu et le remercions de nous avoir donné Jésus-Christ par Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les autres paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les autres paroles de l’Ave Maria ont été ajoutées par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les dernières paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les dernières paroles de l’Ave Maria nous demandons la protection de la Très Sainte Vierge au cours de cette vie et spécialement à l’heure de la mort, où nous en aurons le plus grand besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après le Pater disons-nous l’Ave Maria plutôt que toute autre prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que la Très Sainte Vierge est notre Avocate la plus puissante auprès de Jésus-Christ. Aussi, après avoir dit la prière que nous a enseignée Jésus-Christ, nous prions la Très Sainte Vierge de nous obtenir les grâces que nous avons demandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif la très sainte Vierge est-elle si puissante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Très Sainte Vierge est si puissante parce qu’elle est la Mère de Dieu et qu’il est impossible qu’il ne l’exauce pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Saints sur la dévotion à Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de la dévotion à Marie, les Saints nous enseignent que ses vrais dévots sont aimés d’Elle, qu’elle les protège avec l’amour de la plus tendre des Mères et que par elle ils sont certains de trouver Jésus et d’obtenir le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle dévotion en l’honneur de Marie l’Église recommande-t-elle tout spécialement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dévotion que l’Église recommande d’une façon toute spéciale en l’honneur de la Très Sainte Vierge est la récitation du saint Rosaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’invocation des Saints. ===&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de recourir à l’intercession des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de prier les Saints et tout chrétien doit le faire. Nous devons prier particulièrement nos Anges Gardiens, saint Joseph, Patron de l’Église, les saints Apôtres, les Saints dont nous portons le nom et les Saints Protecteurs du diocèse et de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints, il y a cette différence que nous prions Dieu afin que, comme auteur des grâces, il nous donne les biens et nous délivre des maux, et nous prions les Saints afin qu’ils intercèdent pour nous comme nos avocats auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, que voulons-nous dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, nous voulons dire que ce Saint l’a obtenue de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== 3e partie : Les commandements de Dieu et de l’Église  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les commandements de Dieu en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne il est question des commandements de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de commandements dans la loi de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandement de la loi de Dieu sont au nombre de dix : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis le Seigneur ton Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Rappelle-toi de sanctifier les fêtes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Honore ton père et ta mère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Tu ne tueras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Tu ne feras pas d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Tu ne voleras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Tu ne diras pas de faux témoignage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 Tu ne désireras pas la femme d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 Tu ne désireras pas le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les commandements de Dieu ont-ils reçu ce nom ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de Dieu ont reçu ce nom parce que c’est Dieu lui-même qui les a imprimés dans l’âme de tout homme, qui les a promulgués sur le mont Sinaï dans la loi ancienne gravée sur deux tables de pierre, et c’est Jésus-Christ qui les a confirmés dans la loi nouvelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la première table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la première table sont les trois premiers, qui regardent directement Dieu et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la seconde table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la seconde table sont les sept derniers, qui regardent le prochain et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes tous obligés d’observer les commandements parce que tous nous devons vivre selon la volonté de Dieu qui nous a créés, et qu’il suffit d’en violer gravement un seul pour mériter l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons certainement observer les commandements de Dieu parce que Dieu ne nous commande rien d’impossible, et qu’il donne la grâce de les observer à qui la demande comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il considérer d’une manière générale en chaque commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans chaque commandement il faut considérer la partie positive et la partie négative, c’est-à-dire ce qu’il nous commande et ce qu’il nous défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les commandements qui regardent Dieu.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le premier commandement. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit au commencement : Je suis le Seigneur ton Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tête des commandements il est dit : Je suis le Seigneur ton Dieu pour que nous sachions que Dieu, étant notre Créateur et Seigneur, peut nous commander ce qu’il veut et que nous, ses créatures, nous sommes tenus de lui obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que Dieu nous ordonne par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence, Dieu nous ordonne de reconnaître, d’adorer, d’aimer et de servir Lui seul comme notre souverain Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment accomplit-on le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On accomplit le premier commandement par l’exercice du culte intérieur et du culte extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte intérieur est l’honneur que l’on rend à Dieu avec les seules facultés de l’esprit, c’est-à-dire avec l’intelligence et la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte extérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte extérieur est l’hommage que l’on rend à Dieu au moyen d’actes extérieurs et d’objets sensibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne suffit-il pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ; il faut l’adorer aussi extérieurement, avec son esprit comme avec son corps, parce qu’il est le Créateur et le Seigneur absolu de l’un et de l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le culte extérieur peut-il subsister sans le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le culte extérieur ne peut absolument pas subsister sans le culte intérieur, parce que s’il n’en est pas accompagné, il reste privé de vie, de mérite et d’efficacité, comme un corps sans âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend l’idolâtrie. la superstition, le sacrilège, l’hérésie et tout autre pêché contre la religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’idolâtrie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle idolâtrie le fait de rendre à quelque créature, par exemple à une statue, à une image, à un homme, le culte suprême d’adoration qui n’est dû qu’à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se trouve exprimée cette défense dans la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la Sainte Écriture, on trouve cette défense exprimée par les mots : &amp;quot; Tu ne feras pas de sculpture, ni aucune représentation de ce qui est là-haut dans le ciel et ici-bas sur la terre. Et tu n’adoreras pas ces choses, tu ne leur rendras aucun culte. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces paroles défendent-elles toutes sortes d’images ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non certainement : mais seulement celles des fausses divinités, faites dans un but d’adoration, comme faisaient les idolâtres. Cela est si vrai que Dieu lui-même commanda à Moïse d’en faire quelques-unes, comme les deux statues de chérubins qui étaient sur l’arche et le serpent d’airain dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la superstition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle superstition toute dévotion contraire à la doctrine et à l’usage de l’Église, comme aussi le fait d’attribuer à une action ou à une chose quelconque une vertu surnaturelle qu’elle n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrilège est la profanation d’un lieu, d’une personne ou d’une chose consacrée à Dieu et destinée à son culte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’hérésie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hérésie est une erreur coupable de l’intelligence par laquelle on nie avec obstination quelque vérité de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend encore d’avoir commerce avec le démon et de nous agréger aux sectes antichrétiennes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettra-t-il un grave péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettrait un péché énorme, parce que le démon est le plus pervers des ennemis de Dieu et de l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis d’interroger les tables qu’on appelle parlantes ou écrivantes, ou de consulter de quelque façon que ce soit les âmes des trépassés par le spiritisme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les pratiques du spiritisme sont défendues, parce qu’elles sont superstitieuses et que souvent elles ne sont pas exemptes d’intervention diabolique : aussi ont-elles été justement interdites par l’Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier commandement défend peut-être d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas défendu d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ; nous devons même le faire, parce que c’est une chose bonne, utile et hautement recommandée par l’Église, car ils sont les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Puisque Jésus-Christ est notre unique Médiateur auprès de Dieu pourquoi recourons-nous aussi à l’intercession de la très Sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est notre Médiateur auprès de Dieu, parce que, étant vrai Dieu et vrai homme, lui seul en vertu de ses propres mérites nous a réconciliés avec Dieu et nous obtient de lui toutes les grâces. Mais la Sainte Vierge et les Saints, en vertu des mérites de Jésus-Christ et par la charité qui les unit à Dieu et à nous, nous aident par leur intercession à obtenir les grâces que nous demandons. Et c’est là un des grands biens de la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous aussi honorer les saintes images de Jésus-Christ et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, parce que l’honneur que l’on rend aux saintes images de Jésus-Christ et des Saints est rapporté à leurs personnes mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et les reliques des Saints peut-on les honorer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, on doit aussi honorer les reliques des Saints, parce que leurs corps furent les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit, et qu’ils doivent ressusciter glorieux à une vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints il y a cette différence que Dieu, nous l’adorons pour son excellence infinie ; les Saints au contraire, nous ne les adorons pas, mais nous les honorons et nous les vénérons comme les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de Lui. Le culte que nous rendons à Dieu S’appelle culte de latrie c’est-à-dire l’adoration, et le culte que nous rendons aux Saints s’appelle culte de dulie c’est-à-dire de vénération pour les serviteurs de Dieu ; enfin le culte particulier que nous rendons à la Très Sainte Vierge s’appelle culte d’hyperdulie c’est-à-dire de vénération toute spéciale, comme pour la Mère de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le second commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le second commandement : Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement : &amp;quot; Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu &amp;quot; nous défend : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 d’employer le nom de Dieu sans respect ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 de blasphémer contre Dieu, contre la Très Sainte Vierge et contre les Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de faire des jurements faux et sans nécessité ou défendus à quelque titre que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que employer le nom de Dieu sans respect ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employer le nom de Dieu sans respect, c’est prononcer ce saint nom et tout ce qui se rapporte d’une manière spéciale à Dieu, comme le nom de Jésus, de Marie et des Saints, par colère, par plaisanterie ou de toute autre manière peu respectueuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le blasphème ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le blasphème est un horrible péché qui consiste en paroles ou actes de mépris ou de malédiction contre Dieu, la sainte Vierge, les Saints, ou contre les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une différence entre le blasphème et l’imprécation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une différence, parce que dans le blasphème on lance la malédiction ou on désire le mal à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints ; tandis que dans l’imprécation c’est à soi-même ou au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jurer, c’est prendre Dieu à témoin de la vérité de ce qu’on dit ou de ce qu’on promet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours défendu de jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas toujours défendu de jurer ; c’est permis et même un honneur rendu à Dieu quand il y a nécessité et que le jurement est fait avec vérité, discernement et justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec vérité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on affirme avec serment ce que l’on sait ou que l’on croit être faux, et quand on promet avec serment ce que l’on n’a pas l’intention d’accomplir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec discernement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure sans prudence et sans mûre réflexion ou pour des choses de peu d’importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure de faire une chose qui n’est pas juste ou permise, comme de se venger, de voler et autres choses semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir le serment de faire des choses injustes ou défendues ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement nous n’y sommes pas obligés, mais nous pécherions en les faisant parce qu’elles sont défendues par la loi de Dieu ou de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui jure à faux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui jure à faux commet un péché mortel parce qu’il déshonore gravement Dieu, vérité infinie, en le prenant à témoin d’une chose fausse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement nous ordonne d’honorer le saint nom de Dieu et d’accomplir non seulement les serments, mais encore les vœux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’un vœu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vœu est la promesse faite à Dieu d’une chose bonne, possible pour nous, et meilleure que son contraire, à laquelle nous nous obligeons comme si elle nous était commandée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’accomplissement d’un vœu devenait en tout ou en partie très difficile, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut demander la commutation ou la dispense du vœu à son Évêque ou au Souverain Pontife, selon l’importance du vœu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de manquer aux vœux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manquer aux vœux est un péché. Aussi nous ne devons pas faire de vœux sans une mûre réflexion et, ordinairement, sans le conseil du confesseur ou d’une autre personne prudente, afin de ne pas nous exposer au péril de pécher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on faire des vœux à la Sainte Vierge et aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait les vœux seulement à Dieu ; cependant on peut promettre à Dieu de faire quelque chose en l’honneur de la Sainte Vierge ou des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le troisième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes, nous ordonne d’honorer Dieu par les pratiques du culte les jours de fête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ancienne loi, c’étaient le jour du sabbat et les autres jours particulièrement solennels pour le peuple hébreu ; dans la loi nouvelle, ce sont les dimanches et autres solennités établies par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la loi nouvelle sanctifie-t-on le dimanche au lieu du samedi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dimanche, qui signifie jour du Seigneur a été substitué au samedi, parce que c’est à pareil jour que Jésus-Christ Notre Seigneur est ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la pratique du culte qui nous est commandée aux jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous est commandé d’assister dévotement au saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quelles autres pratiques un bon chrétien sanctifie-t-il les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien sanctifie les fêtes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en assistant à la Doctrine chrétienne, aux prédications et aux offices ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 en recevant souvent avec les dispositions convenables les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 en se livrant à la prière et aux œuvres de charité chrétienne envers le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le troisième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement nous défend les œuvres serviles et toute autre occupation qui nous détourne du culte divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres serviles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles défendues les jours de fête sont les travaux dits manuels, c’est-à-dire les travaux matériels auxquels le corps a plus de part que l’esprit, comme ceux que font ordinairement les serviteurs, les ouvriers et les artisans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet-on en travaillant les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En travaillant les jours de fête on commet un péché mortel ; cependant si le travail dure peu de temps, il n’y a pas de faute grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune œuvre servile qui soit permise les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête sont permis les travaux nécessaires à la vie ou au service de Dieu et ceux qu’on fait pour une cause grave, en demandant, s’il se peut, la permission à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les œuvres serviles sont-elles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles sont défendues, les jours de fête, pour que nous puissions mieux nous occuper au culte divin et au salut de notre âme, et pour que nous nous reposions de nos fatigues. Aussi il n’est pas défendu de se livrer à d’honnêtes amusements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses devons-nous éviter surtout les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête nous devons éviter par dessus tout le péché et tout ce qui peut nous porter au péché, comme les amusements et les réunions dangereuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les commandements qui concernent le prochain.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le quatrième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère, nous ordonne de respecter notre père et notre mère, de leur obéir en tout ce qui n’est pas péché et de les assister dans leurs besoins spirituels et temporels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le quatrième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement nous défend d’offenser nos parents en paroles, en actes et de toute autre manière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous le nom de père et mère quelles autres personnes comprend ce commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nom de père et de mère, ce commandement comprend encore tous nos supérieurs tant ecclésiastiques que laïques, auxquels nous devons donc obéissance et respect. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient aux parents l’autorité de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants de leur obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qu’ont les parents de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants d’obéir vient de Dieu qui a constitué et ordonné la famille, de telle sorte que l’homme y trouve les premiers moyens nécessaires à son perfectionnement matériel et spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents ont-ils des devoirs envers leurs enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents ont le devoir d’aimer, de soigner et nourrir leurs enfants, de pourvoir à leur éducation religieuse et civile, de leur donner le bon exemple, de les éloigner des occasions de péché, de les corriger de leurs fautes et de les aider à embrasser l’état auquel ils sont appelés de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu nous a-t-il donné le modèle de la famille parfaite ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous a donné le modèle de la famille parfaite dans la sainte Famille, où Jésus-Christ vécut soumis à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph jusqu’à trente ans, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il commençât à exercer la mission que lui avait confiée le Père éternel de prêcher l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, pourraient-elles pourvoir à tous leurs besoins matériels et moraux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, elles ne pourraient pourvoir à leurs besoins, et il est nécessaire qu’elles soient unies en société civile afin de s’aider mutuellement pour leur perfectionnement et leur bonheur communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la société civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société civile est la réunion de nombreuses familles, dépendant de l’autorité d’un chef, pour s’aider réciproquement à atteindre leur perfectionnement mutuel et le bonheur temporel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient à la société civile l’autorité qui la gouverne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qui gouverne la société civile vient de Dieu qui la veut constituée pour le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il obligation de respecter l’autorité qui gouverne la société civile et de lui obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous ceux qui appartiennent à la société civile ont le devoir de respecter l’autorité et de lui obéir parce que cette autorité vient de Dieu et qu’ainsi le veut le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on respecter toutes les lois qui sont imposées par l’autorité civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit respecter toutes les lois que l’autorité civile impose, pourvu qu’elles ne soient pas opposées à la loi de Dieu ; c’est le commandement et l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’obéissance et le respect aux lois imposées par l’autorité, ceux qui font partie de la société civile ont-ils d’autres devoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui font partie de la société civile, outre l’obligation du respect et de l’obéissance envers les lois, ont le devoir de vivre dans la concorde et de travailler de toutes leurs forces et de tous leurs moyens à y faire régner, pour l’avantage commun, la vertu, la paix, l’ordre et la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le cinquième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le cinquième commandement : Tu ne tueras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement : Tu ne tueras pas, défend de donner la mort au prochain, de le battre, de le frapper, ou de lui faire quelque autre mal dans son corps, soit par soi-même, soit par les autres. Il défend encore de l’offenser par des paroles injurieuses et de lui vouloir du mal. Dans ce commandement Dieu défend aussi de se donner la mort, ce qui est le suicide. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-ce un péché grave de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui tue usurpe témérairement le droit sur la vie de l’homme qui n’appartient qu’à Dieu seul, parce qu’il détruit la sécurité de la société humaine, et parce qu’il enlève au prochain la vie, qui est le plus grand bien naturel qu’il ait sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il des cas où il soit permis de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et enfin quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu dans le cinquième commandement défend-il aussi de nuire à la vie spirituelle du Prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu, dans le cinquième commandement, défend aussi de nuire à la vie spirituelle du prochain par le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le scandale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est toute parole, tout acte ou toute omission qui est pour les autres une occasion de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le scandale est-il un péché grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est un péché grave parce qu’il tend à détruire la plus grande œuvre de Dieu qui est la Rédemption, par la perte d’une âme ; parce qu’il donne au prochain la mort de l’âme en lui enlevant la vie de la grâce, qui est plus précieuse que la vie du corps ; parce qu’il est cause d’une multitude de péchés. Aussi Dieu menace-t-il des plus sévères châtiments ceux qui donnent le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le cinquième commandement Dieu défend-il de se donner la mort à soi-même ou de se suicider ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cinquième commandement, Dieu défend le suicide parce que l’homme n’est pas le maître de sa vie comme il ne l’est pas de celle d’autrui. Et l’Église punit le suicide par la privation de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le cinquième commandement défend-il aussi le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le cinquième commandement défend aussi le duel, parce que le duel participe de la malice du suicide et de celle de l’homicide ; et quiconque y assiste volontairement, même comme simple spectateur, est excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le duel est-il encore défendu quand il n’y a pas péril de mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le duel même est défendu, parce que non seulement nous ne pouvons pas tuer, mais nous ne pouvons pas même blesser volontairement nous-mêmes ni les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La défense de l’honneur peut-elle excuser le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, parce qu’il n’est pas vrai que par le duel on répare l’offense, et parce qu’on ne peut pas réparer l’honneur par une action injuste, déraisonnable et barbare, comme est le duel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le cinquième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement nous ordonne de pardonner à nos ennemis et de vouloir du bien à tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui a porté tort au prochain pour la vie du corps ou pour la vie de l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne suffit pas que celui qui a porté tort au prochain se confesse, il doit aussi réparer le mal qu’il a fait en compensant les torts qu’il a portés, en rétractant les erreurs qu’il a enseignées, en donnant le bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le sixième et le neuvième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés, nous défend tout acte, tout regard, toute parole contraire à la chasteté, et l’infidélité dans le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que défend le neuvième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième commandement défend expressément tout désir contraire à la fidélité que les époux se sont jurés en s’unissant par le mariage. Il défend aussi toute pensée coupable ou tout désir d’actes défendus par le sixième commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’impureté est-elle un grand péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave et abominable devant Dieu et devant les hommes ; il avilit l’homme à la condition des animaux sans raison, l’entraîne à beaucoup d’autres péchés et de vices, et provoque les plus terribles châtiments en cette vie et en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté sont-elles des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté ne sont pas par elles-mêmes des péchés, elles sont plutôt des tentations et des excitations au péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que les mauvaises pensées sont des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mauvaises pensées, même quand elles ne sont pas suivies d’effet, sont des péchés lorsque nous leur donnons occasion d’une manière coupable, ou que nous y consentons ou que nous nous exposons au péril prochain d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonnent le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement nous ordonne d’être chastes et modestes dans nos actes, nos regards, notre maintien et nos paroles. Le neuvième commandement nous ordonne d’être chastes et purs même intérieurement c’est-à-dire dans notre esprit et notre cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour observer le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien observer le sixième et le neuvième commandements, nous devons prier Dieu souvent et du fond du cœur, être dévots à la Vierge Marie, Mère de la pureté, nous rappeler que Dieu nous voit, penser à la mort, aux châtiments divins, à la passion de Jésus-Christ, garder nos sens, pratiquer la mortification chrétienne et fréquenter les sacrements avec les dispositions convenables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous fuir pour nous maintenir dans la pureté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous maintenir dans la pureté, il convient de fuir l’oisiveté, les mauvaises compagnies, l’intempérance, d’éviter les images indécentes, les spectacles licencieux, les conversations dangereuses et toutes les autres occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le septième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le septième commandement : Tu ne voleras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement : Tu ne voleras pas, nous défend de prendre ou de retenir le bien d’autrui injustement, et de faire tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voler, c’est prendre injustement le bien d’autrui contre la volonté de son maître, dans le cas où celui-ci a pleine raison et droit absolu de n’en vouloir pas être privé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le vol est-il défendu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, par le vol, on pèche contre la justice et en fait injure au prochain en prenant et retenant contre son droit et sa volonté ce qui lui appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bien d’autrui est tout ce qui appartient au prochain, qu’il en ait la propriété ou l’usage, ou qu’il l’ait simplement le dépôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien de manières prend-on injustement le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De deux manières : par le vol et par la rapine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet le vol ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vol se commet quand on prend le bien d’autrui en se cachant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapine se commet quand on prend avec violence et ouvertement le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quels cas peut-on prendre le bien d’autrui sans faire de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le maître n’est pas opposé ou que son opposition est injuste, ce qui arriverait si quelqu’un était dans l’extrême nécessité, pourvu qu’il prit seulement ce qui lui est strictement nécessaire pour subvenir à son besoin urgent et extrême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-on faire tort au prochain dans ses biens que par le vol et la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On lui fait tort encore par la fraude, par l’usure et par toute autre injustice que l’on commet contre ses biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la fraude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a fraude quand on trompe le prochain dans le commerce par de faux poids, de fausses mesures, de la fausse monnaie et de mauvaises marchandises ; quand on falsifie les écritures et les papiers ; en un mot toutes les fois qu’on induit en erreur dans les ventes, les achats et tout autre contrat, et aussi quand on ne veut pas donner le juste prix et le prix convenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’usure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’usure consiste à exiger, sans titre légitime, un intérêt illicite pour une somme prêtée, en abusant du besoin et de l’ignorance d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres injustices commet-on contre le bien du prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des injustices que de lui faire perdre injustement ce qu’il a, de lui faire tort dans ses possessions, de ne pas travailler comme on le doit, de ne pas payer par malice des dettes ou des marchandises achetées, de frapper ou de tuer les animaux qui lui appartiennent, d’endommager ou laisser endommager ce qu’on a en garde, d’empêcher quelqu’un de faire un juste bénéfice, de tenir la main aux voleurs, de recevoir, cacher ou acheter des choses volées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché grave que de voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché grave contre la justice quand il s’agit d’une matière grave, car il est très important que le droit de chacun sur son bien propre soit respecté, et cela pour le bien des individus, des familles et de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que la matière du vol est grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est grave lorsqu’on prend une chose importante et aussi lorsque, bien qu’on prenne une chose de peu de valeur, le prochain en souffre un grave dommage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le septième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement nous ordonne de respecter le bien d’autrui, de donner le juste salaire aux ouvriers, et d’observer la justice en tout ce qui concerne la propriété d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le septième commandement suffit-il qu’il se confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le septième commandement, la confession ne suffit pas ; il faut qu’il fasse son possible pour restituer le bien d’autrui et réparer les dommages causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la réparation des dommages causés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réparation des dommages causés est la compensation qu’on doit donner au prochain pour les fruits et les bénéfices perdus à cause du vol et des autres injustices commises à son détriment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui doit-on restituer le bien volé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A celui qui a été volé ; à ses héritiers, s’il est mort ; et si c’est vraiment impossible, on doit en donner la valeur au profit des pauvres et des œuvres pieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand on trouve une chose de grande valeur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit apporter un grand empressement à en trouver le maître et la lui restituer fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le huitième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage, nous défend de déposer faussement en justice. Il nous défend encore la diffamation ou médisance, la calomnie, la flatterie, le jugement et le soupçon téméraires et toute sorte de mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la diffamation ou médisance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La diffamation ou médisance est un péché qui consiste à manifester sans un juste motif les péchés et les défauts d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la calomnie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La calomnie est un péché qui consiste à attribuer méchamment au prochain des fautes et des défauts qu’il n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la flatterie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La flatterie est un péché qui consiste à tromper quelqu’un en disant faussement du bien de lui ou d’un autre, dans le but d’en retirer quelque avantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le jugement ou soupçon téméraire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jugement ou le soupçon téméraire est un péché qui consiste à mal juger ou à soupçonner de mal le prochain sans un juste motif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est un péché qui consiste à affirmer comme vrai ou comme faux, par des paroles ou par des actes, ce qu’on ne croit pas tel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien d’espèces est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est de trois espèces : le mensonge joyeux, le mensonge officieux et le mensonge pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge joyeux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge joyeux est celui dans lequel on ment par pure plaisanterie et sans faire tort à personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge officieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge officieux est l’affirmation d’une chose fausse pour sa propre utilité ou celle d’un autre, mais sans qu’il y ait de préjudice pour personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge pernicieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge pernicieux est l’affirmation d’une chose fausse qui fait tort au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis de mentir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est jamais permis de mentir ni par plaisanterie, ni pour son propre avantage ni pour celui d’autrui, car c’est une chose mauvaise par elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le mensonge est joyeux ou officieux, c’est un péché véniel ; mais s’il est pernicieux, c’est un péché mortel si le préjudice causé est grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours nécessaire de dire tout ce qu’on pense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, cela n’est pas toujours nécessaire, surtout quand celui qui vous interroge n’a pas le droit de savoir ce qu’il demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le huitième commandement suffit-il qu’il s’en confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le huitième commandement, il ne suffit pas qu’il s’en confesse ; il est obligé de rétracter ce qu’il a dit de calomnieux contre le prochain, et de réparer du mieux qu’il le peut les dommages qu’il lui a causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le huitième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement nous ordonne de dire quand il le faut la vérité, et d’interpréter en bien, autant que nous le pouvons, les actions de notre prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le dixième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui, nous défend le désir de priver autrui de son bien et le désir d’acquérir du bien par des moyens injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu nous défend-il aussi le désir du bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous défend les désirs déréglés du bien d’autrui, parce qu’il veut que nous soyons justes, même intérieurement, et que nous nous tenions toujours très éloignés des actes injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le dixième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement nous ordonne de nous contenter de l’état dans lequel Dieu nous a placés, et de souffrir avec patience la pauvreté quand Dieu nous veut dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment un chrétien peut-il être content dans la pauvreté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien peut être content même dans la pauvreté, en considérant que le plus grand des biens est une conscience pure et tranquille, que notre vraie patrie est le ciel, et que Jésus-Christ s’est fait pauvre par amour pour nous et a promis une récompense spéciale à tous ceux qui supportent avec patience la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les préceptes de l’Église  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les préceptes de l’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Outre les commandements de Dieu, que devons-nous encore observer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des commandements de Dieu, nous devons encore observer les préceptes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’obéir à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucun doute nous sommes obligés d’obéir à l’Église parce que Jésus-Christ lui-même nous l’ordonne, et parce que les préceptes de l’Église aident à observer les commandements de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand commence l’obligation d’observer les préceptes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obligation d’observer les préceptes de l’Église commence généralement quand on a l’usage de la raison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de transgresser un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Transgresser délibérément un précepte de l’Église en matière grave est un péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui peut dispenser d’un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que le Pape qui puisse dispenser des préceptes de l’Église, et ceux à qui il en a donné le pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de préceptes de l’Église, et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les préceptes de l’Église sont au nombre de cinq : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Jeûner pendant le Carême, aux quatre-temps et pour les Vigiles commandées ; ne pas manger de viande les jours défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Se confesser au moins une fois l’an et communier à Pâques, chacun dans sa paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Payer les dîmes dues à l’Église, selon les usages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Ne pas célébrer de mariages en temps prohibé, c’est-à-dire du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’octave de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le premier précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le premier précepte ou commandement de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier précepte de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches e t les autres fêtes commandées, nous ordonne d’assister avec dévotion à la sainte Messe tous les dimanches et autres fêtes de précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste les dimanches et autres fêtes d’obligation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste, autant que possible, les dimanches et autres fêtes d’obligation est la Messe paroissiale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église recommande-t-elle aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église recommande aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 afin que ceux qui appartiennent à la même paroisse s’unissent pour prier ensemble avec le curé qui est leur chef ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que les paroissiens participent davantage au saint Sacrifice qui est spécialement appliqué pour eux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 afin qu’ils entendent les vérités de l’Évangile que les curés ont l’obligation d’exposer à la Sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 afin qu’ils connaissent les prescriptions et les avis qui sont publiés à cette Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que veut dire le mot : dimanche ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot dimanche veut dire jour du Seigneur, c’est-à-dire jour spécialement consacré au service divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le premier commandement de l’Église est-il fait une mention spéciale du dimanche ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier commandement de l’Église il est fait une mention spéciale du dimanche, parce qu’il est la fête principale chez les chrétiens comme le sabbat (samedi) était fête principale chez les Juifs, par l’institution de Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres fêtes a instituées l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué aussi les fêtes de Notre Seigneur, de la très Sainte Vierge, des Anges et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle institué d’autres fêtes de Notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué d’autres fêtes de Notre Seigneur en souvenir de ses divins mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ont été instituées les fêtes de la très Sainte Vierge’ des Anges et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes de la Très Sainte Vierge, des Anges et des Saints ont été instituées : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en souvenir des grâces que Dieu leur a faites et pour en remercier la divine bonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que nous les honorions, que nous imitions leurs exemples et que nous obtenions le secours de leurs prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le second précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés nous ordonne de jeûner : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pendant le Carême ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 à certains jours de l’Avent, là où le jeûne est prescrit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 aux quatre-temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 à certaines Vigiles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas par jour et à s’abstenir des aliments défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Aux jours de jeûne, peut-on faire le soir une petite collation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une condescendance de l’Église on peut, les jours de jeûne, faire le soir une petite collation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne sert à mieux nous préparer à la prière, à faire pénitence des péchés commis, et à nous préserver d’en commettre de nouveaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est obligé au jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont obligés au jeûne tous les chrétiens qui ont vingt et un ans accomplis, et qui ne sont ni dispensés ni excusés par un empêchement légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne sont-ils absolument dispensés de toute mortification ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne ne sont pas absolument dispensés de toute mortification, parce que nous sommes tous obligés à faire pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Carême a été institué pour imiter en quelque façon le jeûne rigoureux de quarante jours que Jésus-Christ fit dans le désert, et pour nous préparer par la pénitence à célébrer saintement la fête de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne de l’Avent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne de l’Avent a été institué pour nous disposer à célébrer saintement la fête de Noël. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des quatre-temps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des quatre-temps a été institué : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour consacrer chaque saison de l’année par une pénitence de quelques jours ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour le remercier des fruits qu’il nous a déjà donnés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et pour le prier de donner à son Église de saints ministres, dont l’ordination est faite les samedis des quatre-temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des Vigiles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des Vigiles a été institué pour nous préparer à célébrer saintement les fêtes principales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui nous est défendu le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense, il nous est défendu de manger de la viande, sauf en cas de nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle voulu que nous nous abstenions ces jours-là de manger de la viande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que nous fassions pénitence chaque semaine. et surtout le vendredi en l’honneur de la Passion, et le samedi en souvenir de la sépulture de Jésus-Christ, et en l’honneur de la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le troisième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous commande l’Église par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’usage de la raison de l’approcher au moins une fois l’an du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle est le Carême, selon l’usage introduit et approuvé dans toute l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église dit-elle que nous nous confessions au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église dit : au moins, pour nous faire connaître son désir que nous nous approchions plus souvent des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C’est donc une chose utile de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une chose très utile de se confesser souvent, surtout parce qu’il est difficile de se bien confesser et de se tenir éloigné du péché mortel si l’on se confesse rarement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous prescrit l’Église par les autres paroles du troisième précepte Communier au moins à Pâques, chacun dans sa paroisse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les autres paroles du troisième précepte : communier au moins à Pâques chacun dans sa paroisse, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’âge de discrétion, à recevoir tous les ans la très sainte Eucharistie, dans leur paroisse, pendant le temps pascal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il un autre temps en dehors de Pâques, où nous soyons obligés de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de communier aussi quand nous Sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit que nous devons communier au moins à Pâques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église désire vivement que non seulement à Pâques, mais le plus souvent possible, nous nous approchions de la sainte Communion qui est la divine nourriture de nos âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Satisfait-on à ce précepte par une confession ou une communion sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne satisfait pas au troisième précepte de l’Église par une confession ou une communion sacrilège, parce que l’intention de l’Église est qu’on reçoive ces sacrements pour la fin qui a motivé leur institution, c’est-à-dire pour notre sanctification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le quatrième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Comment observe-t-on le quatrième précepte de l’Église : Payer les dîmes dues à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième précepte : Payer les dîmes dues à l’Église, s’observe en payant les offrandes ou prestations qui ont été établies pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toutes choses, et pour pourvoir à l’honnête subsistance de ses ministres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on payer les dîmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit payer les dîmes sur les choses et de la manière que comporte l’habitude des lieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le cinquième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend l’Église par le cinquième précepte : Ne pas célébrer de mariage en temps prohibé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le cinquième précepte l’Église ne défend pas la célébration du sacrement de Mariage, mais seulement la solennité des mariages, du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’Octave de pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste cette solennité des mariages ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solennité des mariages prohibée par ce précepte consiste dans la Messe propre pour les époux, dans la bénédiction nuptiale, et dans la pompe extraordinaire des mariages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mariages solennels ne conviennent-ils pas pendant l’Avent et le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mariages solennels ne conviennent pas pendant l’Avent et le Carême, parce que ce sont des temps spécialement consacrés à la pénitence et à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les devoirs particuliers de chaque état et les conseils évangéliques.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les devoirs d’état. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les devoirs d’état ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par devoir d’état on entend les obligations particulières que chacun a par suite de son état, de sa condition et de la situation qu’il occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Dieu qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers, parce que ces devoirs dérivent de ses divins commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les devoirs particuliers dérivent-ils des dix commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, dans le quatrième commandement, sous le nom de père et de mère, sont compris encore tous nos supérieurs, et ainsi de ce commandement dérivent tous les devoirs d’obéissance, d’amour et de respect des inférieurs envers leurs supérieurs, et tous les devoirs de vigilance qu’ont les supérieurs envers leurs inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels commandements dérivent les devoirs des ouvriers, des commerçants, de ceux qui administrent les biens d’autrui et autres semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs de fidélité, de sincérité, de justice, d’équité qu’ils ont, dérivent du septième, du huitième et du dixième commandements qui défendent toute fraude, injustice, négligence et duplicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel commandement dérivent les devoirs des personnes consacrées à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs des personnes consacrées à Dieu dérivent du second commandement qui ordonne d’accomplir les vœux et les promesses faites à Dieu : car c’est ainsi que ces personnes se sont obligées à l’observation de tous les conseils évangéliques ou de quelques-uns. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les conseils évangéliques. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont certains moyens suggérés par Jésus-Christ dans le saint Évangile pour atteindre la perfection chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont : la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l’obéissance en tout ce qui n’est pas péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques servent à faciliter l’observation des commandements et à mieux assurer le salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les conseils évangéliques facilitent-ils l’observation des commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques facilitent l’observation des commandements parce qu’ils aident à détacher le cœur de l’amour des richesses, des plaisirs et des honneurs, et qu’ainsi ils éloignent du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie : Les sacrements.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les sacrements en général.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature des sacrements. ====&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne il est question des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par le mot sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le mot sacrement on entend un signe sensible et efficace de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple comment les sacrements sont des signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Baptême, l’acte par lequel on verse l’eau sur la tête de la personne, et les paroles &amp;quot; Je te baptise (c’est-à-dire je te lave), au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;, sont un signe sensible de ce que le Baptême opère dans l’âme : de même que l’eau lave le corps, ainsi la grâce donnée par le Baptême purifie l’âme du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien g a-t-il de sacrements et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept sacrements qui sont : le Baptême, la Confirmation, l’Eucharistie, la Pénitence, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire un sacrement, il faut la matière, la forme et un ministre qui ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la matière des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière des sacrements est la chose sensible qu’on emploie pour les faire ; comme, par exemple, l’eau naturelle dans le Baptême, l’huile et le baume dans la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la forme des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme des sacrements consiste dans les paroles qu’on prononce pour les faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le ministre des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre des sacrements est la personne qui fait ou confère le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’effet principal des sacrements : La Grâce. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce de Dieu est un don intérieur surnaturel, qui nous est donné sans aucun mérite de notre part, mais par les mérites de Jésus-Christ, en vue de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la grâce en grâce sanctifiante qu’on appelle aussi habituelle, et en grâce actuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante est un don surnaturel inhérent à notre âme, qui nous rend justes, enfants adoptifs de Dieu et héritiers du paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de grâce sanctifiante : la grâce première et la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce première ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce première est celle par laquelle l’homme passe de l’état de péché mortel à l’état de justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et qu’est-ce que la grâce seconde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce seconde est un accroissement de la grâce première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce actuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce actuelle est un don surnaturel qui illumine notre esprit, meut et fortifie notre volonté, pour que nous fassions le bien et évitions le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous résister à la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons résister à la grâce de Dieu, car elle ne détruit pas notre libre arbitre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par nos seules forces pouvons-nous faire quelque chose pour la vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans le secours de la grâce de Dieu, par nos seules forces, nous ne pouvons rien faire pour la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu nous communique-t-il la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous communique la grâce principalement par le moyen des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la grâce sanctifiante, les sacrements nous confèrent-ils une autre grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la grâce sanctifiante, les sacrements confèrent aussi la grâce sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sacramentelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sacramentelle consiste dans le droit qu’on acquiert en recevant un sacrement quelconque, d’avoir, en temps opportun, les grâces actuelles nécessaires pour remplir les obligations qui dérivent du sacrement reçu. Ainsi, lorsque nous avons été baptisés, nous avons reçu le droit d’avoir les grâces nécessaires pour vivre chrétiennement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les sacrements donnent-ils toujours la grâce à celui qui les reçoit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements donnent toujours la grâce pourvu qu’on les reçoive avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ qui, par sa passion et sa mort, a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante et, par là, nous rendent amis de Dieu, sont au nombre de deux : le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment, en conséquence, appelle-t-on ces deux sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux sacrements, c’est-à-dire le Baptême et la Pénitence, s’appellent sacrements des morts, parce qu’ils sont établis principalement pour rendre aux âmes mortes par le péché, la vie de la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède sont les cinq autres, donc la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, qui donnent la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent par suite ces cinq sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces cinq sacrements, à savoir : la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, s’appellent sacrements des vivants, parce que ceux qui les reçoivent doivent être exempts de péché mortel, c’est-à-dire déjà vivants par la grâce sanctifiante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce, commet un grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements les plus nécessaires pour notre salut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements les plus nécessaires pour notre salut sont le Baptême et la Pénitence. Le Baptême est nécessaire à tous absolument. Et la Pénitence est nécessaire à tous ceux qui ont péché mortellement après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le plus grand de tous les sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus grand de tous les sacrements est le sacrement de l’Eucharistie, parce qu’il contient non seulement la grâce, mais encore Jésus-Christ, auteur de la grâce et des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le caractère imprimé par certains sacrements ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois sont au nombre de trois : le Baptême, la Confirmation et l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, ne peuvent-ils être reçus qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre ne peuvent être reçus qu’une fois parce qu’ils impriment un caractère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements est un signe spirituel qui ne peut plus s’effacer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements Sert à nous marquer dans le Baptême comme membres de Jésus-Christ, dans la Confirmation comme ses soldats, dans l’Ordre comme ses ministres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le Baptême.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature et effets du baptême. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est le sacrement par lequel nous renaissons à la grâce de Dieu et nous devenons chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Baptême confère la première grâce sanctifiante qui efface le péché originel et aussi le péché actuel s’il existe. Il remet toute la peine due pour ces péchés, imprime le caractère de chrétien, nous fait enfants de Dieu, membres de l’Église et héritiers du paradis, et nous rend capables de recevoir les autres sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du Baptême est l’eau naturelle qu’on verse sur la tête de celui qu’on baptise, en assez grande quantité pour qu’elle coule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du Baptême est celle-ci : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministre du baptême. ====&lt;br /&gt;
''A qui appartient-il de donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donner le Baptême appartient de droit aux Évêques et curés, mais en cas de nécessité, toute personne peut le donner, que ce soit un homme ou une femme, même un hérétique ou un infidèle, pourvu qu’il accomplisse le rite du Baptême et qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes, laquelle devrait donner le baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes ; s’il y avait un prêtre, c’est lui qui devrait le baptiser ; en son absence un ecclésiastique d’ordre inférieur ; et en l’absence de celui-ci, un homme laïque de préférence à une femme, à moins que celle-ci ne sache mieux faire ou que la décence n’exige que ce soit elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui baptise doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église dans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Rite du Baptême et dispositions de celui qui le reçoit à l’âge de raison. ====&lt;br /&gt;
''Comment fait-on pour donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le Baptême en versant de l’eau sur la tête de celui qu’on baptise, et si on ne peut pas sur la tête, sur quelque autre partie principale du corps, et en disant en même temps : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne serait-elle baptisée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne ne serait pas baptisée : il est nécessaire que ce soit la même personne qui verse l’eau et prononce les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on a un doute que la personne soit morte, doit-on négliger de la baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on a un doute que la personne soit morte, on doit la baptiser sous condition en disant : &amp;quot; Si tu es en vie, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on porter les enfants à l’Église pour les faire baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit porter les enfants à l’église pour les faire baptiser le plus tôt possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi doit-on mettre tant d’empressement à faire recevoir le baptême aux enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit mettre tant d’empressement à faire baptiser les enfants parce que, à cause de la fragilité de leur âge, ils sont exposés à bien des dangers de mourir et qu’ils ne peuvent se sauver sans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ils pèchent donc les pères et les mères qui par leur négligence laissent mourir leurs enfants sans Baptême, ou même qui le diffèrent simplement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les pères et les mères qui, par leur négligence, laissent mourir leurs enfants sans Baptême pèchent gravement, parce qu’ils privent leurs enfants de la vie éternelle. Ils pèchent même gravement en différant longtemps le Baptême, parce qu’ils les exposent au danger de mourir sans l’avoir reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand celui qui est baptisé a atteint l’âge de raison, quelles dispositions doit-il avoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adulte qu’on baptise doit, outre la foi, avoir la douleur au moins imparfaite des péchés mortels qu’il aurait commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, que recevrait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, il recevrait le caractère du Baptême mais non la rémission des péchés ni la grâce sanctifiante. Et ces effets resteraient suspendus tant que l’empêchement n’aurait pas été levé par la douleur parfaite des péchés ou par le sacrement de Pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Nécessité du Baptême et devoirs du baptisé ====&lt;br /&gt;
''Le Baptême est-il nécessaire pour être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est absolument nécessaire pour être sauvé, car le Seigneur a dit expressément : &amp;quot; Celui qui ne renaîtra pas dans l’eau et le Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume des cieux &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on suppléer en quelque manière au défaut du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le défaut du sacrement de Baptême peut être suppléé par le martyre qu’on appelle Baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu ou de contrition joint au désir au moins implicite du Baptême, et ceci s’appelle Baptême de désir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi s’oblige celui qui reçoit le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit le Baptême s’oblige à professer toujours la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ et de son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi renonce-t-on en recevant le saint Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En recevant le saint Baptême, on renonce pour toujours au démon, à ses œuvres et à ses pompes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par les œuvres ou par les pompes du démon ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les œuvres et les pompes du démon, on entend les péchés et les maximes du monde contraires aux maximes du saint Évangile&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le nom et les parrains. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi impose-t-on le nom d’un Saint à celui qu’on baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On impose le nom d’un Saint à celui qu’on baptise pour le mettre sous la protection spéciale d’un patron céleste et pour l’animer à imiter ses exemples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les parrains et marraines du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines du Baptême sont les personnes qui, par une disposition de l’Église, tiennent les enfants sur les fonts baptismaux, répondent pour eux et se rendent garants devant Dieu de leur éducation chrétienne, spécialement si les parents y manquaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certainement obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous, parce que Dieu ne nous a reçus dans sa grâce qu’à cette condition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles personnes doit-on choisir pour parrains et marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit choisir pour parrains et marraines des personnes catholiques, de bonnes mœurs et qui obéissent aux lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les obligations des parrains et des marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines sont obligés d’avoir soin que leurs fils spirituels soient instruits des vérités de la foi et vivent en bons chrétiens, et de les édifier par leur bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel lien contractent les parrains dans le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains contractent une parenté spirituelle avec le baptisé et avec ses parents, d’où résulte un empêchement de mariage avec eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : La Confirmation. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation est un sacrement qui nous donne le Saint-Esprit, imprime dans notre âme le caractère de soldats du Christ et nous rend parfaits chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le sacrement de Confirmation nous rend-il parfaits chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation nous rend parfaits chrétiens parce qu’elle nous confirme dans la foi et perfectionne les autres vertus et les dons que nous avons reçus dans le saint Baptême et c’est de là que lui vient son nom de Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les dons du Saint-Esprit, qu’on reçoit dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit qu’on reçoit dans la Confirmation sont les sept suivants : la Sagesse, l’Intelligence, le Conseil, la Force, la Science, la Piété et la Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière de ce sacrement, outre l’imposition des mains de l’Évêque, est l’onction faite sur le front du baptisé avec le saint Chrême : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi Onction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le saint Chrême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le saint Chrême est de l’huile d’olive mêlée avec du baume et consacrée par l’Évêque le Jeudi-Saint. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient l’huile et le baume dans ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce sacrement l’huile qui s’étend et fortifie, signifie l’abondance de la grâce qui se répand dans l’âme du chrétien pour le confirmer dans la foi ; et le baume, qui est odorant et préserve de la corruption, signifie que le chrétien, fortifié par cette grâce, est capable de répandre la bonne odeur des vertus chrétiennes et de se préserver de la corruption des vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Confirmation est celle-ci : &amp;quot; Je te signe du signe de la Croix et te confirme avec le Chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre ordinaire du sacrement de Confirmation est l’Évêque seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles cérémonies l’Évêque administre-t-il la confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque, pour administrer le sacrement de Confirmation, étend d’abord les mains sur les confirmands en invoquant sur eux le Saint-Esprit ; puis il fait une onction en forme de croix avec le saint Chrême sur le front de chacun, en disant les paroles de la forme ; ensuite, de la main droite, il donne un léger soufflet sur la joue du confirmé en lui disant : &amp;quot; La paix soit avec toi &amp;quot; ; enfin il bénit solennellement tous les confirmés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’onction est-elle faite sur le front ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction est faite sur le front, où apparaissent les signes de la crainte et de la honte, afin que le confirmé comprenne qu’il ne doit pas rougir du nom et de la profession de chrétien, ni avoir peur des ennemis de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque donne-t-il un léger soufflet au confirmé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque donne un léger soufflet au confirmé pour qu’il sache qu’il doit être prêt à souffrir toute sorte d’affront et de peine pour la foi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tout le monde doit-il faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, chacun doit faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation et de le faire recevoir à ceux qui dépendent de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge est-il bon de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âge où il est bon de recevoir le sacrement de Confirmation est celui de sept ans environ ; parce qu’alors commencent habituellement les tentations et qu’on peut connaître suffisamment la grâce de ce sacrement et se rappeler qu’on l’a reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles dispositions faut-il pour recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour recevoir dignement le sacrement de Confirmation, il faut être en état de grâce, savoir les principaux mystères de notre sainte foi, et s’en approcher avec respect et dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recevrait la Confirmation une seconde fois pécherait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il commettrait un sacrilège, parce que la Confirmation est un de ces sacrements qui impriment un caractère dans l’âme et que, par suite, on ne peut recevoir qu’une fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le chrétien., pour conserver la grâce de la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour conserver la grâce de la Confirmation, le chrétien doit prier souvent, faire de bonnes œuvres, et vivre selon la loi de Jésus-Christ, sans respect humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi y a-t-il aussi des parrains et des marraines dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que, par leurs paroles et leurs exemples, ils guident le confirmé dans la voie du salut et qu’ils le soutiennent dans le combat spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles conditions sont requises dans le parrain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain doit être d’âge convenable, catholique, confirmé, instruit des choses les plus nécessaires de la religion et de bonnes mœurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le parrain de la Confirmation ne contracte-t-il aucune parenté avec le confirmé et ses parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain de la Confirmation contracte la même parenté spirituelle que celui du Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’Eucharistie.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La nature de l’Eucharistie et la présence réelle de Jésus-Christ dans ce sacrement. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie est un sacrement qui, par l’admirable changement de toute la substance du pain au Corps de Jésus-Christ et de celle du vin en son Sang précieux, contient vraiment, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ Notre Seigneur, sous les espèces du pain et du vin, pour être notre nourriture spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il dans l’Eucharistie le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la très Sainte Vierge sur cette terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, dans l’Eucharistie, il y a vraiment le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la Très Sainte Vierge sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi croyez-vous que dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois que, dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent, parce que Lui-même l’a dit et que la sainte Église me l’enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du sacrement de l’Eucharistie est celle qui fut employée par Jésus-Christ, c’est-à-dire le pain de froment et le vin de la vigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de l’Eucharistie consiste dans les paroles employées par Jésus-Christ : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que l’hostie avant la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hostie, avant la consécration, c’est du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration qu’est l’hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, l’hostie est le vrai Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le calice avant la consécration, qu’y a-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le calice, avant la consécration, il y a du vin avec quelques gouttes d’eau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration, qu’y a-t-il dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, dans le calice, il y a le vrai Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand se fait le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ se fait au moment même où le prêtre, pendant la sainte Messe, prononce les paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consécration est le renouvellement, par le ministère du prêtre, du miracle opéré par Jésus-Christ changeant à la dernière Cène le pain et le vin en son Corps et en son Sang adorables par ces mots : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église appelle-t-elle le miraculeux changement du pain et du vin au Corps et au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miraculeux changement qui s’opère chaque jour sur nos autels est appelé par l’Église transsubstantiation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, Dieu tout-puissant, qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration ne reste-t-il rien du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration il reste seulement les espèces du pain et du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’appelle-t-on espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle espèces la quantité et les qualités sensibles du pain et du vin comme : la forme, la couleur, la saveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les espèces du pain et du vin peuvent-elles rester sans leur substance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les espèces du pain et du vin restent merveilleusement sans leur substance par la vertu du Dieu tout-puissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous les espèces du pain n’y a-t-il que le Corps de Jésus-Christ, et sous les espèces du vin n’y a-t-il que son Sang ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant sous les espèces du pain que sous les espèces du vin, Jésus-Christ est vivant et tout entier dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sauriez-vous me dire pourquoi Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice parce que, dans l’Eucharistie, il est vivant et immortel comme dans le ciel. Par conséquent, là où est son Corps, il y a aussi son Sang, son Âme et sa Divinité ; et là où est son Sang, il y a aussi son Corps, son Âme et sa Divinité, car en Jésus-Christ tout cela est inséparable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, cesse-t-il d’être au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, il ne cesse pas d’être au ciel, mais il se trouve en même temps au ciel et dans le Très Saint Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ se trouve-t-il dans toutes les hosties consacrées du monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-il se faire que Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées par la toute-puissance de Dieu à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on divise l’hostie, divise-t-on le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on divise l’hostie on ne divise pas le Corps de Jésus-Christ, on divise seulement les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle partie de l’hostie reste le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Corps de Jésus-Christ reste tout entier dans toutes les parties en lesquelles l’hostie a été divisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est-il autant dans la parcelle d’une hostie que dans une grande hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une grande hostie comme dans la parcelle d’une hostie, c’est toujours le même Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif conserve-t-on dans les églises la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conserve dans les églises la très sainte Eucharistie pour qu’elle soit adorée par les fidèles et portée aux malades quand ils en ont besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on adorer l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie doit être adorée de tout le monde parce qu’elle contient vraiment, réellement et substantiellement Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’institution et les effets du sacrement de l’Eucharistie. ====&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie dans la dernière cène qu’il fit avec ses disciples, le soir qui précéda sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué la très sainte Eucharistie pour trois raisons principales : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour qu’elle soit le sacrifice de la nouvelle loi ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour qu’elle soit la nourriture de notre âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour qu’elle soit un mémorial perpétuel de sa passion et de sa mort, et un gage précieux de son amour envers nous et de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin, parce que l’Eucharistie devait être notre nourriture spirituelle et qu’il était par suite convenable qu’elle nous fût donnée sous forme d’aliment et de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici les principaux effets que produit la très sainte Eucharistie en celui qui la reçoit dignement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l elle conserve et accroît la vie de l’âme qui est la grâce, comme la nourriture matérielle soutient et accroît la vie du corps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle remet les péchés véniels et préserve des péchés mortels ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle produit la consolation spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La très sainte Eucharistie ne produit-elle pas en nous d’autres effets ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, la très sainte Eucharistie produit encore en nous trois autres effets, à savoir : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 elle affaiblit nos passions et, en particulier, elle amortit en nous le feu de la concupiscence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle accroît en nous la ferveur et nous aide à agir en conformité avec les désirs de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle nous donne un gage de la gloire future et de la résurrection de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les dispositions nécessaires pour bien communier. ====&lt;br /&gt;
''Le sacrement de l’Eucharistie produit-il toujours en .nous ses merveilleux effets ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de l’Eucharistie produit en nous ses merveilleux effets quand il est reçu avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour faire une bonne Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne Communion trois choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 être en état de grâce ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 être à jeun depuis minuit jusqu’au moment de la Communion ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 savoir ce qu’on va recevoir et s’approcher de la sainte Communion avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’être en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Être en état de grâce, c’est avoir la conscience pure de tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, avant de communier, celui qui sait être en état de péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui sait être en état de péché mortel, doit, avant de communier, faire une bonne confession ; car l’acte de contrition parfaite, sans la confession, ne suffit pas à celui qui est en état de péché mortel pour communier comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’acte de contrition parfaite ne suffit-il pas, quand on est en état de péché mortel, pour pouvoir communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église a établi, par respect pour ce sacrement, que celui qui est coupable de péché mortel n’aille pas faire la sainte Communion si, auparavant, il ne s’est pas confessé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait-il Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait Jésus-Christ, mais il ne recevrait pas sa grâce ; il commettrait même un sacrilège et encourrait la sentence de damnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le jeûne requis avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne requis avant la Communion est le jeûne naturel, qui est rompu par la moindre chose prise par manière d’aliment ou de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau entrée dans la bouche, peut-il encore communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau en faisant sa toilette, peut encore communier ; parce qu’alors, ou bien ces choses ne sont pas prises par manière d’aliment ou de breuvage, ou bien elles en ont perdu la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est-il jamais permis de communier sans être à jeun ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier sans être à jeun est permis aux malades qui sont en danger de mort, et à ceux qui ont obtenu une permission spéciale du Pape en raison d’une maladie qui se prolonge. La Communion faite par les malades en danger de mort s’appelle Viatique, parce qu’elle les soutient dans le voyage qu’ils font de cette vie à l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire ces mots : savoir ce qu’on va recevoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Savoir ce qu’on va recevoir, veut dire : connaître ce qu’enseigne la Doctrine chrétienne au sujet de ce sacrement et le croire fermement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : communier avec dévotion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier avec dévotion, c’est s’approcher de la sainte Communion avec humilité et modestie, dans sa personne comme dans ses habits, et faire la préparation avant la sainte Communion et l’action de grâces après. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la préparation avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La préparation avant la Communion consiste à s’arrêter quelques instants à considérer qui nous allons recevoir et qui nous sommes ; et à faire des actes de foi, d’espérance, de charité, de contrition, d’adoration, d’humilité et de désir de recevoir Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’action de grâces après la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’action de grâces après la Communion consiste à rester dans le recueillement, honorant la présence du Seigneur en nous et renouvelant les actes de foi, d’espérance, de charité, d’adoration, de remerciement, d’offrande et de demande, demandant surtout les grâces qui nous sont le plus nécessaires à nous et à ceux pour lesquels nous sommes obligés de prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire le jour de la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour de la Communion on doit se tenir le plus possible dans le recueillement, s’occuper à des œuvres de piété et remplir avec un plus grand soin les devoirs de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps Jésus-Christ reste-t-il en nous après la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la sainte Communion Jésus-Christ reste en nous par sa grâce aussi longtemps que nous ne péchons pas mortellement ; et par sa présence réelle il reste tant que les espèces sacramentelles ne sont pas consommées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La manière de communier. ====&lt;br /&gt;
''Comment faut-il se tenir au moment de recevoir la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment de recevoir la sainte Communion, il faut être à genoux, tenir la tête médiocrement levée, les yeux modestement tournés vers la sainte Hostie, la bouche suffisamment ouverte et la langue un peu avancée sur la lèvre inférieure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment faut-il tenir la nappe ou la tablette de Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut tenir la nappe ou la tablette de Communion de telle sorte qu’elle reçoive la sainte Hostie si elle venait à tomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on avaler la sainte Hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire en sorte d’avaler la sainte Hostie le plus tôt possible, et nous abstenir de cracher pendant quelque temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la sainte Hostie s’attachait au palais, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la sainte Hostie s’attachait au palais, il faudrait la détacher avec la langue, et jamais avec le doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le précepte de la communion. ====&lt;br /&gt;
''Quand y a-t-il obligation de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a obligation de communier tous les ans, à Pâques, chacun dans sa paroisse ; et de plus, quand on est en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge commence à obliger le commandement de la Communion pascale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le commandement de la Communion pascale commence à obliger à l’âge où l’enfant est capable de s’en approcher avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ont l’âge d’être admis à la Communion et qui ne communient pas pèchent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui, ayant l’âge d’être admis à la Communion, ne communient pas, ou parce qu’ils ne veulent pas ou parce que, par leur faute, ils ne sont pas instruits, pèchent certainement. Leurs parents ou ceux qui les remplacent pèchent de leur côté si le retard de la Communion arrive par leur faute et ils devront en rendre un grand compte à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de communier souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de communier souvent, et même chaque jour, selon le désir de l’Église, pourvu qu’on le fasse avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelle fréquence peut-on s’approcher de la sainte Table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut s’approcher de la sainte Table aussi souvent que le conseil en est donné par un pieux et docte confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le saint sacrifice de la Messe.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’essence, l’institution et les fins du saint sacrifice de la Messe. ====&lt;br /&gt;
''L’Eucharistie doit-elle être considérée seulement comme un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie n’est pas seulement un sacrement ; elle est aussi le sacrifice permanent de la nouvelle loi, que Jésus-Christ a laissé à son Église, afin de s’offrir à Dieu par les mains de ses prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste, en général, le sacrifice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice, en général, consiste à offrir à Dieu une chose sensible et à la détruire en quelque manière pour reconnaître son souverain domaine sur nous et sur toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle ce sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrifice de la nouvelle loi s’appelle la sainte Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sainte Messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrifice de la Messe est-il le même que celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Messe est substantiellement le même que celui de la Croix en ce que c’est le même Jésus-Christ qui s’est offert sur la Croix et qui s’offre par les mains des prêtres, ses ministres, sur nos autels ; mais dans la manière dont il est offert, le sacrifice de la Messe diffère du sacrifice de la Croix, tout en gardant avec celui-ci la plus intime et la plus essentielle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence et quelle relation y a-t-il entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix il y a cette différence et cette relation que, sur la Croix, Jésus-Christ s’est offert en répandant son Sang et en méritant pour nous ; tandis que sur les autels, il se sacrifie sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa Mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle autre relation le sacrifice de la Messe a-t-il avec celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre relation du sacrifice de la Messe avec celui de la Croix est que le sacrifice de la Messe représente d’une manière sensible l’effusion du sang de Jésus-Christ sur la Croix ; car en vertu des paroles de la consécration, le Corps seul de notre Sauveur devient présent sous l’espèce du pain et son Sang seul sous l’espèce du vin ; et ce n’est que par concomitance naturelle et à cause de l’union hypostatique que Jésus-Christ vivant et véritable est présent sous chacune des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-être le sacrifice de la Croix n’est il pas l’unique sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Croix est l’unique sacrifice de la loi nouvelle, car par lui Notre Seigneur a apaisé la justice Divine, acquis tous les mérites nécessaires pour nous sauver et accompli ainsi de son côté notre Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces mérites qu’il nous applique par les moyens qu’il a institués dans son Église, au nombre desquels est le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelles fins offre-t-on le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe pour quatre fins : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour lui rendre l’honneur qui lui est dû, et à ce point de vue le sacrifice est latreutique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour le remercier de ses bienfaits, et à ce point de vue le sacrifice est eucharistique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour l’apaiser, lui donner la satisfaction due pour nos péchés, soulager les âmes du purgatoire, et à ce point de vue le sacrifice est propitiatoire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour obtenir toutes les grâces qui nous sont nécessaires, et à ce point de vue le sacrifice est impétratoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier et le principal dans l’oblation du sacrifice de la sainte Messe est Jésus-Christ, et le prêtre est le ministre qui, au nom de Jésus-Christ, offre ce sacrifice au Père Éternel &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a institué le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ lui-même qui a institué le sacrifice de la sainte Messe quand il a institué le sacrement d’Eucharistie, et il dit qu’on le fit en souvenir de sa Passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui offre-t-on la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre la sainte Messe à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on offre la sainte Messe à Dieu seul, pourquoi célèbre-t-on tant de messes en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe célébrée en l’honneur de la sainte Vierge et des Saints est toujours un sacrifice offert à Dieu seul ; aussi, on dit qu’elle est célébrée en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints, pour remercier Dieu des dons qu’il leur a faits et obtenir de lui plus abondamment par leur intercession les grâces dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui participe aux fruits de la sainte Messe ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute l’Église participe aux fruits de la sainte Messe, mais particulièrement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l le prêtre et ceux qui assistent à la Messe et qui sont considérés comme unis au prêtre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux pour qui la Messe est appliquée et ils peuvent être des vivants ou des défunts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La manière d’assister à la Messe. ====&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe deux choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 la modestie extérieure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la dévotion du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la modestie extérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La modestie extérieure consiste spécialement à être modestement vêtu, à observer le silence et le recueillement, et à se tenir autant que possible à genoux, excepté pendant les deux évangiles qu’on entend debout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant la sainte Messe, quelle est la meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur en entendant la sainte Messe est la suivante : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 unir dès le commencement son intention à celle du prêtre, offrant à Dieu le saint sacrifice pour les fins pour lesquelles il a été institué ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 suivre le prêtre en chacune des prières et des actions du sacrifice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 méditer la passion et la mort de Jésus-Christ et détester de tout son cœur les péchés qui en ont été la cause ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 faire la Communion sacramentelle, ou au moins la Communion spirituelle pendant que le prêtre communie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Communion spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Communion spirituelle est un grand désir de s’unir sacramentellement à Jésus-Christ, en disant, par exemple : &amp;quot; Mon Seigneur Jésus-Christ, je désire de tout mon cœur de m’unir à Vous maintenant et pour toute l’éternité &amp;quot; et en faisant les mêmes actes qu’on fait avant et après la Communion sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La récitation du Rosaire ou d’autres prières pendant la sainte Messe empêche-t-elle de l’entendre avec fruit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La récitation de ces prières n’empêche pas d’entendre la Messe avec fruit, pourvu qu’on tâche le plus possible de suivre les cérémonies du saint sacrifice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fait-on bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe, et même le temps de la sainte Messe est le meilleur pour prier à l’intention des vivants et des morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faudrait-il faire quand la Messe est finie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la Messe est finie, il faudrait remercier Dieu de la grâce qu’il nous a faite en nous donnant d’assister à ce grand sacrifice, et lui demander pardon des fautes que nous avons commises en y assistant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : La pénitence.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La pénitence en général. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitence, appelée aussi Confession, est le sacrement institué par Jésus-Christ pour remettre les péchés commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à ce sacrement le nom de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à ce sacrement le nom de Pénitence, parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il est nécessaire de les détester avec repentir, et parce que celui qui a commis une faute doit se soumettre à la peine que le prêtre impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ce sacrement est-il aussi appelé Confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement est aussi appelé Confession parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il ne suffit pas de les détester, mais il est nécessaire de les accuser au prêtre, c’est-à-dire d’en faire la confession. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence le jour de sa Résurrection, quand, entré dans le cénacle, il donna solennellement à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Jésus-Christ donna-t-il à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ donna à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés en soufflant sur eux et en leur disant : &amp;quot; Recevez le Saint-Esprit : les péchés de ceux à qui vous les remettrez seront remis et les péchés de ceux à qui vous les retiendrez, seront retenus &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On distingue pour le sacrement de Pénitence la matière éloignée et la matière prochaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière éloignée est constituée par les péchés que le pénitent a commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière prochaine, ce sont les actes du pénitent, c’est-à-dire la contrition, l’accusation et la satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Pénitence est celle-ci : &amp;quot; Je t’absous de tes péchés &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre du sacrement de Pénitence est le prêtre approuvé par l’Évêque pour entendre les confessions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi avez-vous dit que le prêtre doit être approuvé par l’Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être approuvé et autorisé par l’Évêque pour entendre les confessions parce que, pour administrer validement ce sacrement, il ne suffit pas d’avoir le pouvoir d’ordre, mais il est nécessaire d’avoir aussi le pouvoir de juridiction, c’est-à-dire la puissance de juger, qui doit être donnée par l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de parties dans le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties du sacrement de Pénitence sont : la contrition, la confession et la satisfaction du pénitent, et l’absolution du prêtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la contrition ou douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La contrition on douleur des péchés est un déplaisir de l’âme, par lequel on déteste les péchés commis et on se propose de n’en plus commettre à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot contrition veut dire broiement, brisement, comme quand une pierre est écrasée et réduite en poussière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on le nom de contrition à la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de contrition à la douleur des péchés pour signifier que le cœur endurci du pécheur est en quel que sorte broyé par la douleur d’avoir offensé Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la confession des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La confession consiste en une accusation distincte de nos péchés, faite au confesseur pour en recevoir l’absolution et la pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que la confession est une accusation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que la confession est une accusation parce qu’elle ne doit pas être un récit indifférent, mais la manifestation vraie et douloureuse de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ou pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction ou pénitence est une prière au une autre bonne œuvre que le confesseur impose au pénitent en expiation de ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution est la sentence que le prêtre prononce au nom de Jésus-Christ pour remettre les péchés au pénitent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Des parties du sacrement de Pénitence, quelle est la plus nécessaire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des parties du sacrement de Pénitence, la plus nécessaire est la contrition, parce que sans elle on ne peut jamais obtenir le pardon des péchés, et avec elle seule, quand elle est parfaite, on peut obtenir le pardon pourvu qu’elle soit unie au désir, au moins implicite, de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les effets et la nécessité du sacrement de Pénitence et les dispositions pour le bien recevoir. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence confère la grâce sanctifiante par laquelle sont remis les péchés mortels et aussi les péchés véniels qu’on a confessés et dont on a le repentir ; il change la peine éternelle en peine temporelle dont une partie, plus ou moins grande selon les dispositions, est même remise ; il rend les mérites des bonnes œuvres faites avant de commettre le péché mortel ; il donne à l’âme des secours opportuns pour ne pas retomber dans le péché et remet la conscience en paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence est-il nécessaire à tous pour être sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence est nécessaire pour être sauvés à tous ceux qui, après le Baptême, ont commis quelque péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de se confesser souvent parce que le sacrement de Pénitence non seulement efface les péchés, mais encore donne les grâces nécessaires pour les éviter à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence a-t-il la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence a la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient, pourvu qu’on le reçoive avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne confession, il faut cinq choses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’examen de conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la douleur d’avoir offensé Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la résolution de ne plus pécher ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 l’accusation de ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la satisfaction ou pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire avant tout pour nous bien confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous bien confesser, nous devons, avant tout, prier de tout cœur le Seigneur de nous donner la lumière pour connaître tous nos péchés et la force de les détester. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’examen. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience est une recherche attentive des péchés qu’on a commis depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fait l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience se fait en cherchant soigneusement à se rappeler devant Dieu tous les péchés non encore confessés et qu’on a commis en pensées, paroles, actions et omissions, contre les commandements de Dieu et de l’Église et contre les obligations de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sur quelles autres choses devons-nous nous examiner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons encore nous examiner sur les mauvaises habitudes et les occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans l’examen devons-nous rechercher aussi le nombre des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’examen, nous devons aussi rechercher le nombre des péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour qu’un Péché soit mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu’un péché soit mortel, il faut trois choses : matière grave, pleine advertance et parfait consentement de la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a matière grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a matière grave quand il s’agit d’une chose notablement contraire à la loi de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance, quand on connaît parfaitement qu’on fait un mal grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que, dans le péché, il y a parfait consentement de la volonté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, dans le péché, parfait consentement de la volonté quand on veut délibérément faire une chose, bien qu’on sache qu’elle est coupable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel soin faut-il apporter à l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut apporter à l’examen de conscience le soin qu’on apporterait à une affaire de grande importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps doit-on employer à l’examen ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit employer à l’examen de conscience plus ou moins de temps selon le besoin, c’est-à-dire selon le nombre et la qualité des péchés qui chargent la conscience et selon le temps écoulé depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on rendre plus facile l’examen pour la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rend plus facile l’examen pour la confession en faisant chaque soir l’examen de conscience sur les actions de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La douleur. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur des péchés consiste en un déplaisir et une sincère détestation de l’offense faite à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de douleur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de douleur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur parfaite ou de contrition ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur imparfaite ou d’attrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur parfaite ou de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite est le déplaisir d’avoir offensé Dieu parce qu’il est infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous parfaite la douleur de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle parfaite la douleur de contrition pour deux raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’elle regarde exclusivement la bonté de Dieu et non pas notre avantage ou notre détriment ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce qu’elle nous fait obtenir immédiatement le pardon des péchés, tout en nous laissant l’obligation de nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La douleur parfaite nous obtient donc le pardon des péchés indépendamment de la confession'' ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ne nous obtient pas le pardon des péchés indépendamment de la confession, parce qu’elle implique toujours la volonté de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur parfaite ou contrition produit-elle cet effet de nous remettre en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ou contrition, produit cet effet, parce qu’elle naît de la charité qui ne peut se trouver dans l’âme en même temps que le péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur imparfaite ou d’attrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur imparfaite ou d’attrition est celle par laquelle nous nous repentons d’avoir offensé Dieu comme notre souverain Juge, c’est-à-dire par crainte des châtiments mérités en cette vie ou en l’autre, ou à cause de la laideur même du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir la douleur pour être bonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur, pour être bonne, doit avoir quatre qualités : elle doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être dans le cœur et dans la volonté, et non pas seulement dans les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être intérieure parce que la volonté qui s’est éloignée de Dieu par le péché doit revenir à Dieu en détestant le péché commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être excitée en nous par la grâce de Dieu et conçue pour des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être surnaturelle parce qu’elle tend vers un but surnaturel, c’est-à-dire le pardon de Dieu, l’acquisition de la grâce sanctifiante et le droit à la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez mieux la différence entre la douleur surnaturelle et la douleur naturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui se repent parce qu’il a offensé un Dieu infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé, parce qu’il a perdu le paradis et mérité l’enfer, ou à cause de la malice intrinsèque du péché, a une douleur surnaturelle, parce que ce sont là des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui, au contraire, qui se repentirait seulement à cause du déshonneur ou des châtiments qu’il s’est attirés de la part des hommes, ou à cause de quelque préjudice purement temporel, aurait une douleur naturelle, parce qu’il se repentirait seulement pour des motifs humains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être souveraine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être souveraine parce que nous devons regarder et haïr le péché comme le plus grand de tous les maux, puisqu’il offense Dieu, le souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il est peut-être nécessaire que la douleur des péchés se manifeste par des pleurs comme on le fait dans les malheurs de cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas nécessaire que matériellement on manifeste par des pleurs sa douleur des péchés, mais il suffit qu’en son cœur on fasse plus de cas d’avoir offensé Dieu que de tout autre malheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être universelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux dire qu’elle doit s’étendre à tous les péchés mortels commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle s’étendre à tous les péchés mortels commis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui garde même un seul péché mortel sans s’en repentir reste l’ennemi de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour avoir la douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour avoir la douleur de nos péchés, nous devons la demander à Dieu du fond du cœur et l’exciter en nous par la considération du grand mal que nous avons fait en péchant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment ferez-vous pour vous exciter à détester vos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour m’exciter à détester mes péchés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 je considérerai la rigueur de la justice infinie de Dieu, et la laideur du péché qui a souillé mon âme et m’a rendu digne des peines éternelles de l’enfer ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 je considérerai que j’ai perdu la grâce et l’amitié divine, mon titre d’enfant de Dieu et le droit au céleste héritage ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que j’ai offensé mon Rédempteur mort pour moi et que mes péchés ont été la cause de sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 que j’ai méprisé mon Créateur, mon Dieu ; que je me suis détourné de Lui, mon Souverain Bien, digne d’être aimé par dessus tout et servi fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir grand soin, quand nous allons nous confesser, d’avoir une vraie douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous allons nous confesser, nous devons certainement avoir grand soin d’avoir une vraie douleur de nos péchés, parce que c’est la chose la plus importante de toutes, et que, si la douleur manque, la confession est nulle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui ne confesse que des péchés véniels doit-il avoir la douleur de tous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on ne confesse que des péchés véniels, pour que la confession soit valide, il suffit qu’on ait le repentir de quelques uns ; mais pour obtenir le pardon de tous, il est nécessaire qu’on se repente de tous ceux qu’on reconnaît avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait-il une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait une confession nulle ; de plus, cette confession est sacrilège, si c’est avec advertance qu’il manque de douleur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels, il est prudent d’accuser en outre, avec une vraie douleur, quelque péché plus grave de la vie passée, bien qu’il ait été déjà accusé d’autres fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de faire souvent l’acte de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon et très utile de faire souvent l’acte de contrition, surtout avant de se coucher et quand on s’aperçoit qu’on est tombé dans un péché mortel ou qu’on en a un doute, afin de se remettre au plus vite en état de grâce. C’est surtout utile pour obtenir plus facilement de Dieu la grâce de faire le même acte quand on en aura le plus de besoin, c’est-à-dire quand on sera en danger de mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le bon propos. ====&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bon propos consiste en une volonté résolue de ne jamais plus commettre le péché et d’employer tous les moyens nécessaires pour le fuir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir cette résolution pour être un bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être un bon propos, cette résolution doit avoir principalement trois qualités ; elle doit être absolue, universelle et efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être absolu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends que le bon propos doit être sans aucune condition de temps, de lieu ou de personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être universel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être universel, j’entends que nous devons avoir la volonté de fuir tous les péchés mortels, autant ceux que nous avons déjà commis que tous les autres que nous pourrions commettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être efficace, j’entends qu’il faut avoir une volonté résolue à perdre tout plutôt que de commettre un nouveau péché, à fuir les occasions dangereuses de pécher, à détruire les mauvaises habitudes, et à accomplir toutes les obligations contractées en conséquence de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par mauvaise habitude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par mauvaise habitude, on entend la disposition acquise à tomber facilement dans les péchés auxquels nous nous sommes accoutumés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire pour corriger les mauvaises habitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour corriger les mauvaises habitudes, nous devons veiller sur nous, prier beaucoup, nous confesser fréquemment, avoir un bon directeur, n’en pas changer, et mettre en pratique les conseils et les remèdes qu’il nous propose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par occasions dangereuses de pécher ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par occasions dangereuses de pécher on entend toutes les circonstances de temps, de lieu, de personnes ou de choses qui, de leur nature ou à cause de notre fragilité, nous portent à commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous gravement obligés de fuir toutes les occasions dangereuses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes gravement obligés de fuir les occasions dangereuses qui, ordinairement, nous portent à commettre le péché mortel et qu’on appelle les occasions prochaines du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché doit le dire à son confesseur et s’en tenir à ses conseils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations aident à nous porter au bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce seront les mêmes considérations qui nous aident à nous exciter à la douleur, c’est-à-dire la crainte de la justice de Dieu et l’amour de son infinie bonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’accusation des péchés au confesseur. ====&lt;br /&gt;
''Après vous être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après m’être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, j’irai faire au confesseur l’accusation de mes péchés pour en avoir l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels péchés sommes-nous obligés de nous confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de nous confesser de tous les péchés mortels, mais il est bon de confesser aussi les véniels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir l’accusation des péchés ou confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales qualités que doit avoir l’accusation des péchés sont au nombre de cinq : elle doit être humble, entière, sincère, prudente et brève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être humble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que le pénitent doit s’accuser devant son confesseur sans arrogance dans l’esprit ou les paroles, mais avec le sentiment d’un coupable qui reconnaît sa faute et comparaît devant le juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’on doit manifester, avec leurs circonstances et leur nombre, tous les péchés mortels commis depuis la dernière confession bien faite, et dont on a conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles circonstances doit-on manifester pour que l’accusation soit entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que l’accusation soit entière, on doit manifester les circonstances qui changent l’espèce du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les circonstances qui changent l’espèce du péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les circonstances qui changent l’espèce du péché sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 celles par lesquelles une action coupable de vénielle devient mortelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 celles par lesquelles une action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi un exemple d’une circonstance qui fasse devenir mortel un péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, pour s’excuser, ferait un mensonge d’où résulterait un grave dommage pour le prochain devrait manifester cette circonstance qui, d’officieux rend le mensonge gravement pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi maintenant un exemple d’une circonstance par laquelle une même action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui aurait dérobé une chose sacrée devrait accuser cette circonstance qui ajoute au vol la malice du sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, devrait-on s’en accuser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, on ne serait pas obligé de s’en confesser : et si on voulait l’accuser, on devrait ajouter que l’on n’est pas certain de l’avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés, doit en accuser le nombre approximatif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, par oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a-t-il fait une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par pur oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a fait une bonne confession, pourvu qu’il ait apporté à s’en rappeler tout le soin qu’il devait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, sommes-nous obligés de nous en accuser dans une autre confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, nous sommes certainement obligés de l’accuser la première fois que nous allons nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle faute commet celui qui, par honte ou par quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par honte ou pour quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession, profane le sacrement et se rend par suite coupable d’un très grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, pour mettre ordre à sa conscience, celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession, doit faire connaître au confesseur le péché qu’il a caché, dire dans combien de confessions il l’a caché et refaire toutes les confessions depuis la dernière qui fut bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations doit faire celui qui serait tenté de cacher quelque péché en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui serait tenté de cacher quelque péché grave en confession doit considérer : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 qu’il n’a pas eu honte de pécher en présence de Dieu qui voit tout ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 qu’il vaut mieux manifester ses péchés en secret à un confesseur que de vivre toujours inquiet, dans le péché, de faire une mort malheureuse et d’être couvert de confusion devant tout le monde au jugement général ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que le confesseur est obligé au secret sacramentel, qu’il ne peut violer sans commettre un très grave péché et sans s’exposer aux peines temporelles et éternelles les plus sévères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être sincère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’il faut déclarer ses péchés tels qu’ils sont, sans les excuser, les diminuer ou les augmenter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être prudente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’en confessant nos péchés nous devons employer les termes les plus modestes, et que nous devons nous bien garder de découvrir les péchés des autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être brève ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que nous ne devons dire au confesseur rien d’inutile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas pénible de devoir confesser ses péchés à un autre, surtout si ces péchés sont très déshonorants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu’il puisse être pénible de confesser ses péchés à un autre, il faut le faire, parce que c’est de précepte divin et qu’on ne peut obtenir autrement le pardon des péchés commis ; et de plus parce que la difficulté qu’on éprouve à se confesser est compensée par de nombreux avantages et de grandes consolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La manière de se confesser. ====&lt;br /&gt;
''Comment vous présenterez-vous au confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’agenouillerai aux pieds du confesseur et je dirai : &amp;quot; Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous pendant que le confesseur vous donnera la bénédiction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’inclinerai humblement pour la recevoir, et je ferai le signe de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a fait le signe de la Croix, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a fait le signe de la Croix on doit dire : &amp;quot; Je me confesse à Dieu tout-puissant, à la Bienheureuse Vierge Marie, à tous les Saints et à vous, mon Père spirituel, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et ensuite, que faut-il dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il faut dire : &amp;quot; Je me suis confessé depuis tant de temps ; par la grâce de Dieu j’ai reçu l’absolution, j’ai fait la pénitence, et j’ai fait la sainte Communion &amp;quot;. Ensuite on accuse ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand vous avez fini l’accusation de vos péchés, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’aurai fini l’accusation de mes péchés, je dirai : &amp;quot; Je m’accuse encore de tous les péchés de la vie passée, spécialement contre telle ou telle vertu, ( par exemple contre la pureté, contre le quatrième commandement, etc.) &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après cette accusation, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit dire : &amp;quot; de tous ces péchés et de tous ceux que j’ai oubliés, je demande pardon à Dieu de tout mon cœur ; et à vous, mon Père spirituel, je demande la pénitence et l’absolution &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a ainsi terminé l’accusation des péchés, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a terminé l’accusation des péchés, il faut écouter avec respect ce que dira le confesseur ; recevoir la pénitence avec une volonté sincère de l’accomplir ; et, pendant qu’il donnera l’absolution, renouveler dans son cœur l’acte de contrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois l’absolution reçue, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution reçue, il faut remercier le Seigneur ; faire au plus tôt la pénitence ; et mettre en pratique les avis du confesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. L’absolution. ====&lt;br /&gt;
''Les confesseurs doivent-ils toujours donner l’absolution à ceux qui se confessent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les confesseurs ne doivent donner l’absolution qu’à ceux qu’ils jugent bien disposés à la recevoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les confesseurs peuvent-ils quelquefois différer ou refuser l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement les confesseurs peuvent, mais ils doivent différer ou refuser l’absolution dans certains cas, pour ne pas profaner le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés et à qui l’on doit ordinairement refuser ou différer l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés sont principalement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 ceux qui ne connaissent pas les principaux mystères de la foi, ou qui négligent de s’instruire des principaux points de la Doctrine chrétienne qu’ils sont obligés de savoir selon leur état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux qui sont gravement négligents à faire leur examen de conscience et qui ne donnent pas des signes de douleur et de repentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 ceux qui, le pouvant, ne veulent pas restituer le bien d’autrui qu’ils ont pris ou rétablir la réputation qu’ils ont enlevée ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 ceux qui ne pardonnent pas du fond du cœur à leurs ennemis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 ceux qui ne veulent pas employer les moyens nécessaires pour se corriger de leurs mauvaises habitudes ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 ceux qui ne veulent pas fuir les occasions prochaines de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’y a pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ; c’est au contraire de la charité : il agit comme un bon médecin qui essaie de tous les remèdes même désagréables et douloureux, pour sauver la vie du malade. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution devra-t-il se désespérer ou s’éloigner tout à fait de la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution ne doit pas se désespérer ni s’éloigner tout à fait de la confession ; mais il doit s’humilier, reconnaître son état déplorable, profiter des bons conseils que lui donne le confesseur, et ainsi se mettre le plus tôt possible en état de mériter l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le pénitent par rapport au choix du confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vrai pénitent doit se recommander beaucoup à Dieu pour le choix d’un confesseur pieux, instruit et prudent ; puis il doit se remettre entre ses mains et se soumettre à lui comme à son juge et son médecin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 9. La satisfaction ou pénitence. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction, qu’on appelle aussi pénitence sacramentelle, est un des actes du pénitent par lequel il donne une certaine compensation à la Justice divine pour les péchés commis, en accomplissant les œuvres que lui impose le confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pénitent est-il obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent est obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur, s’il peut la faire ; et s’il ne peut pas la faire, il doit le lui dire humblement et lui en demander une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le confesseur n’a pas prescrit un temps déterminé, on doit la faire au plus tôt et tâcher de la faire en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire la pénitence en son entier et avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la confession impose-t-on une pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
on impose une pénitence parce que, ordinairement, après l’absolution sacramentelle qui remet la faute et la peine éternelle, il reste une peine temporelle à payer en ce monde ou dans le purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle raison Notre Seigneur a-t-il voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés, et non dans le Sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur a voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés et non dans le sacrement de Pénitence, parce que les péchés après le Baptême sont beaucoup plus graves, étant commis avec plus de connaissance et d’ingratitude pour les bienfaits de Dieu ; et aussi afin que l’obligation de satisfaire pour ces péchés soit un frein qui empêche d’y retomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous par nous-mêmes satisfaire à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas satisfaire à Dieu ; mais nous le pouvons en nous unissant à Jésus-Christ qui, par le mérite de sa passion et de sa mort, donne de la valeur à nos actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La pénitence que donne le confesseur suffit-elle toujours à effacer la peine qui reste due pour les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que donne le confesseur ne suffit pas ordinairement à payer toute la peine due pour les péchés ; aussi il faut tâcher d’y suppléer par d’autres pénitences volontaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de pénitence peuvent se réduire à trois espèces : la prière, le jeûne, l’aumône. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends par prière toute sorte d’exercices de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par jeûne toute sorte de mortifications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par aumône ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par aumône toute œuvre de miséricorde spirituelle et corporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle pénitence est la plus méritoire, celle que donne le confesseur ou celle que nous nous imposons de nous-mêmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que nous donne le confesseur est la plus méritoire, parce que, faisant partie du sacrement, elle reçoit une plus grande efficacité des mérites de la passion de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui meurent après avoir reçu l’absolution mais avant d’avoir pleinement satisfait à la justice de Dieu, vont-ils tout droit en paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ils vont en purgatoire pour y satisfaire à la justice de Dieu et se purifier entièrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous soulager dans leurs peines les âmes en purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les âmes qui sont en purgatoire peuvent être soulagées par les prières, les aumônes, toutes les autres bonnes œuvres, par les indulgences, et surtout par le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la pénitence, que doit encore faire le pénitent après la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent, après la confession, outre la pénitence, s’il a injustement fait tort au prochain dans ses biens ou son honneur, ou s’il lui a donné du scandale, doit au plus tôt et autant qu’il est possible, lui restituer les biens, rétablir son honneur et réparer le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on réparer le scandale qu’on a causé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut réparer le scandale qu’on a causé en faisant cesser l’occasion, et en édifiant par ses paroles et ses bons exemples ceux qu’on a scandalisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quelle manière devra-t-on satisfaire au prochain si on l’a offensé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On devra satisfaire au prochain qu’on a offensé, en lui demandant pardon on en lui faisant quelque autre réparation convenable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels fruits produit en nous une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une bonne confession : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 nous remet les péchés commis et nous donne la grâce de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous rend la paix et le repos de la conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rouvre les portes du paradis et change la peine éternelle de l’enfer en peine temporelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 nous préserve des rechutes et nous rend capables de gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 10. Les indulgences. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence est la rémission de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés quant à la faute ; rémission que l’Église nous accorde en dehors du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui l’Église a-t-elle reçu le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d’accorder les indulgences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église nous remet-elle la peine temporelle par les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église nous remet la peine temporelle par les indulgences, en nous appliquant les satisfactions surabondantes de Jésus-Christ de la très sainte Vierge et des Saints qui forment ce qu’on appelle le trésor de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir d’accorder les indulgences appartient au Pape seul pour toute l’Église, et à l’Évêque dans son diocèse, dans la mesure où le Pape le lui a concédé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’espèces d’indulgences ?.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux espèces d’indulgences : l’indulgence plénière et l’indulgence partielle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence plénière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence plénière est celle qui remet toute la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc quelqu’un mourait après avoir reçu cette indulgence, il irait tout droit au paradis, échappant absolument aux peines du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence partielle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence partielle est celle qui ne remet qu’une partie de la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend faire l’Église en accordant les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En accordant les indulgences, l’Église entend venir en aide à notre incapacité d’expier en ce monde toute la peine temporelle en nous faisant obtenir par des œuvres de piété et de charité chrétienne ce que, dans les premiers siècles, elle faisait obtenir par la rigueur des canons pénitentiels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans, et autres expressions semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans et autres expressions semblables, on entend la rémission de la peine temporelle qu’on aurait obtenue par quarante jours, cent jours, sept ans, de la pénitence publique établie anciennement dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas devons-nous faire des indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire un très grand cas des indulgences parce que, par elles, on satisfait à la justice de Dieu et on obtient plus vite et plus facilement la possession du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions requises pour gagner les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions requises pour gagner les indulgences sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l l’état de grâce (au moins dans la dernière des œuvres qu’on accomplit) et l’exemption même des péchés, véniels, dont on veut effacer la peine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’accomplissement des œuvres que prescrit l’Église pour obtenir l’indulgence &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’intention de la gagner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les indulgences peuvent-elles aussi être appliquées aux âmes du purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les indulgences peuvent être appliquées aux âmes du purgatoire quand celui qui les accorde déclare qu’on peut les leur appliquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Jubilé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Jubilé, concédé ordinairement tous les vingt-cinq ans, est une indulgence plénière à laquelle sont joints beaucoup de privilèges et de concessions particulières, comme de pouvoir obtenir l’absolution de certains péchés réservés et des censures, et la commutation de certains vœux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : L’Extrême-onction ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Extrême-onction est le sacrement institué pour le soulagement spirituel et même corporel des malades en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement d’Extrême-onction produit les effets suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 il augmente la grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 il efface les péchés véniels et même les péchés mortels que le malade repentant ne pourrait plus confesser ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 il enlève cette faiblesse et cette langueur pour le bien qui restent même après avoir obtenu le pardon des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 il donne la force de supporter le mal avec patience, de résister aux tentations et de mourir saintement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 il aide à recouvrer la santé du corps, si c’est utile au salut de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel moment doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit recevoir l’Extrême-onction quand la maladie est dangereuse et que le malade a reçu, si c’est possible, les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; même il est bon de la recevoir quand on est encore en pleine connaissance et qu’on garde quelque espoir de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est encore en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie, parce que, en la recevant avec de meilleures dispositions on peut en retirer plus de fruits, et encore parce que si, pour le bien de l’âme, ce sacrement rend la santé du corps, c’est en secondant les forces de la nature et qu’il ne faut donc pas attendre que tout espoir soit perdu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles dispositions doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales dispositions pour recevoir l’Extrême-onction sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
être en état de grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
avoir confiance dans l’efficacité du sacrement et à la miséricorde divine, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et se résigner à la volonté de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sentiments doit éprouver le malade à la vue du prêtre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la vue du prêtre, le malade doit éprouver des sentiments de reconnaissance envers Dieu pour le lui avoir envoyé ; il doit le recevoir volontiers et demander de lui-même, s’il le peut, les secours de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : L’Ordre ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ordre est le sacrement qui donne le pouvoir d’exercer les fonctions sacrées qui regardent le culte de Dieu et le salut des âmes, et qui imprime dans l’âme de celui qui le reçoit le caractère de ministre de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle l’Ordre, parce qu’il comporte plusieurs degrés subordonnés les uns aux autres, d’où résulte la hiérarchie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ces degrés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus élevé d’entre eux est l’Épiscopat qui contient la plénitude du sacerdoce ; ensuite le Presbytérat ou le simple Sacerdoce ; puis le Diaconat et les Ordres qu’on appelle Ordres mineurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal dans la dernière Cène quand il conféra aux Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de consacrer la très sainte Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, le jour de sa résurrection, il leur conféra le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, les constituant ainsi les premiers prêtres de la nouvelle loi dans toute la plénitude de leur pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul ministre de ce sacrement est l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La dignité du Sacerdoce chrétien est donc bien grande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Sacerdoce chrétien est très grande en raison de la double puissance que lui a conférée Jésus-Christ sur son corps réel et sur son corps mystique qui est l’Église, et en raison de la divine mission confiée aux prêtres de conduire tous les hommes à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique est-il nécessaire dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique est nécessaire dans l’Église parce que, sans lui, les fidèles seraient privés du saint sacrifice de la Messe et de la plus grande partie des sacrements ; ils n’auraient personne pour les instruire dans la foi, ils resteraient comme des brebis sans pasteur à la merci des loups, en un mot l’Église n’existerait plus comme Jésus-Christ l’a instituée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique ne cessera donc jamais sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique, malgré la guerre que lui fait l’enfer, durera jusqu’à la fin des siècles, car Jésus-Christ a promis que les puissances de l’enfer ne prévaudraient jamais contre son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de mépriser les prêtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave, parce que le mépris et les injures qui s’adressent au prêtre, atteignent Jésus-Christ lui-même qui a dit à ses Apôtres : &amp;quot; Qui vous méprise me méprise &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel doit être le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique doit être uniquement la gloire de Dieu et le salut des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui est nécessaire pour entrer dans l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entrer dans l’état ecclésiastique, ce qui est nécessaire avant tout, c’est la vocation divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prier avec ferveur Notre Seigneur de manifester quelle est sa volonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prendre conseil de son Évêque ou d’un sage et prudent directeur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 examiner avec soin si on a les aptitudes nécessaires pour les études, les fonctions et les obligations de cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans la vocation divine ferait-il mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans y être appelé de Dieu ferait un mal très grave et se mettrait en danger de perdition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique font-ils mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique commettent eux aussi une faute très grave, parce que, en cela, ils usurpent le droit que Dieu s’est réservé à lui-même de choisir ses ministres, et qu’ils mettent leur fils en péril de damnation éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les devoirs des fidèles envers ceux qui sont appelés aux saints Ordres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 laisser à leurs fils et à ceux qui sont sous leur dépendance pleine liberté de suivre la vocation divine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prier Dieu qu’il daigne accorder à son Église de bons pasteurs et des ministres zélés ; et c’est aussi dans ce but qu’a été institué le jeûne des Quatre Temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 avoir un respect singulier pour tous ceux qui, par les Ordres, sont consacrés au service de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le Mariage. ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature du sacrement du Mariage. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage est un sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui établit une union sainte et indissoluble entre l’homme et la femme et leur donne la grâce de s’aimer l’un l’autre saintement et d’élever chrétiennement leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui le Mariage a-t-il été institué ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage a été institué par Dieu lui-même au paradis terrestre ; et dans le Nouveau Testament, il a été élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Mariage a-t-il quelque signification spéciale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage signifie l’union indissoluble de Jésus-Christ avec la sainte Église, son épouse et notre mère très aimante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que le lien du Mariage est indissoluble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que le lien du Mariage est indissoluble ou qu’il ne peut être brisé que par la mort d’un des époux, parce que Dieu l’a établi ainsi dès le commencement et que Jésus-Christ Notre Seigneur l’a à son tour solennellement proclamé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le mariage chrétien pourrait-on séparer le contrat du sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le mariage entre deux chrétiens on ne peut séparer le contrat du sacrement, parce que, pour eux, le mariage n’est pas autre chose que le contrat naturel lui-même élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Entre les chrétiens il ne peut donc y avoir de vrai mariage sans le sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les chrétiens il ne peut y avoir de vrai mariage sans le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 donne un accroissement de grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 confère la grâce spéciale pour remplir fidèlement tous les devoirs matrimoniaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministres, cérémonies et dispositions. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les ministres de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ministres de ce sacrement sont les époux eux-mêmes qui, réciproquement, se confèrent et reçoivent le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est administré ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement, conservant la nature du contrat, est administré par les époux eux-mêmes, déclarant, en présence de leur curé ou de son délégué et de deux témoins, qu’ils s’unissent par le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert donc la bénédiction que le curé donne aux époux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La bénédiction que le curé donne aux époux n’est pas nécessaire pour constituer le sacrement mais elle est donnée pour sanctionner au nom de l’Église leur union, et pour appeler toujours davantage sur eux la bénédiction de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui contracte mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui contracte mariage doit avoir l’intention : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 de faire la volonté de Dieu qui l’appelle à cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’opérer dans le mariage le salut de son âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 d’élever chrétiennement ses enfants, si Dieu lui donne d’en avoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les époux doivent-ils se disposer pour recevoir avec fruit le sacrement du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les époux, pour recevoir avec fruit le sacrement de Mariage, doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 se recommander à Dieu du fond du cœur pour connaître sa volonté et obtenir de lui les grâces qui sont nécessaires dans cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 avant de se fiancer, consulter leurs parents comme l’exigent l’obéissance et le respect qui leur sont dus ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 se préparer par une bonne confession et même, s’il le faut, par une confession générale de toute leur vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 éviter dans leurs rapports toute familiarité dangereuse d’actes ou de paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales obligations des personnes unies par le mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes unies par le mariage doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 garder inviolablement la fidélité conjugale et se comporter toujours chrétiennement en toute chose ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 s’aimer l’un l’autre en se supportant mutuellement, et vivre dans la paix et la concorde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 s’ils ont des enfants, penser sérieusement à les pourvoir selon le besoin, leur donner une éducation chrétienne et leur laisser la liberté de choisir l’état auquel ils sont appelés de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Conditions et empêchements. ====&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter validement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter validement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tout empêchement dirimant du mariage et donner librement son consentement au contrat du mariage devant son curé (ou un prêtre délégué par lui) et deux témoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter licitement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter licitement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tous les empêchements prohibant du mariage, être instruit des choses principales de la religion et être en état de grâce, car sans cela on commettrait un sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les empêchements de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les empêchements de mariage sont les diverses circonstances qui rendent le mariage invalide ou illicite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier cas on les appelle empêchements dirimants, dans le second, empêchements prohibant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnez-moi des exemples d’empêchements dirimants ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements dirimants, par exemple, la parenté naturelle jusqu’au quatrième degré, la parenté spirituelle, le vœu solennel de chasteté, la diversité de culte entre les baptisés et les non baptisés, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi des exemples d’empêchements prohibants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements prohibants, par exemple, le temps prohibé, le vœu simple de chasteté, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les fidèles sont-ils obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles sont obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ; et c’est pour cela que les curés publient les bans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’établir des empêchements de mariage, d’en dispenser et de juger de la validité du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage entre chrétiens, comme il n’y a qu’elle qui puisse dispenser des empêchements qu’elle a établis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi n’y a-t-il que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements, de juger de la validité du mariage et de dispenser des empêchements qu’elle a établis, parce que, dans le mariage chrétien, le contrat lui-même tombe sous le pouvoir de l’Église à laquelle seule Jésus-Christ a donné le droit de faire des lois et de porter des décisions dans les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’autorité civile peut-elle par le divorce briser le lien du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le lien du mariage chrétien ne peut être brisé par l’autorité civile, parce que celle-ci ne peut s’ingérer en matière de sacrement ni séparer ce que Dieu a uni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mariage civil n’est autre chose qu’une pure formalité prescrite par la loi pour donner et assurer les effets civils du mariage aux époux et à leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour un chrétien de ne faire que le mariage ou un contrat civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour un chrétien, il ne suffit pas de ne faire que le contrat civil, parce que ce n’est pas un sacrement ni, par suite, un vrai mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle condition seraient des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil seraient dans un état habituel de péché mortel, et leur union resterait toujours illégitime devant Dieu et l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on faire aussi le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire le mariage civil, parce que, bien qu’il ne soit pas un sacrement, il sert cependant à garantir aux contractants et à leurs enfants les effets civils de la société conjugale ; et c’est pour cela que, en règle générale, l’autorité ecclésiastique ne permet le mariage religieux que lorsqu’ont été accomplies les formalités prescrites par l’autorité civile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== CINQUIEME PARTIE : Les principales vertus et les autres choses qu’un chrétien doit savoir.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les principales vertus.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les vertus théologales. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la vertu surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vertu surnaturelle est une qualité que Dieu infuse dans l’âme et par laquelle on a de l’inclination, de la facilité et de la promptitude à connaître et à faire le bien par rapport à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de vertus surnaturelles principales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vertus surnaturelles principales, savoir : trois théologales et quatre cardinales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales sont : la Foi, l’Espérance et la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité sont-elles appelées vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi, l’Espérance et la Charité sont appelées vertus théologales parce qu’elles ont Dieu pour objet immédiat et principal, et que c’est Lui qui les met en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les vertus théologales ont-elles Dieu pour objet immédiat ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales ont Dieu pour objet immédiat parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Foi nous croyons en Dieu et nous croyons tout ce qu’il a révélé ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par l’Espérance nous espérons posséder Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Charité nous aimons Dieu et, en Lui, nous nous aimons nous-mêmes et nous aimons le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Dieu met en notre âme les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu, par sa bonté, répand en notre âme les vertus théologales quand il nous orne de la grâce sanctifiante ; ainsi quand nous avons reçu le Baptême, nous avons été enrichis de ces vertus en même temps que des dons du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé, d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a l’usage de la raison il ne suffit pas d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême, mais il est nécessaire d’en faire souvent les actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand sommes-nous obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l quand nous sommes arrivés à l’usage de la raison ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 souvent au cours de la vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 quand nous sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La Foi. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle, appuyés sur l’autorité de Dieu même, nous croyons tout ce qu’il a révélé et qu’il nous propose de croire par son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment connaissons-nous les vérités révélées de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous connaissons les vérités révélées de Dieu par l’intermédiaire de la sainte Église qui est infaillible ; c’est-à-dire par l’intermédiaire du Pape, successeur de saint Pierre, et par l’intermédiaire des Évêques, successeurs des Apôtres, qui furent instruits par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous sûrs des choses que la sainte Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes absolument certains des choses que la sainte Église nous enseigne, parce que Jésus-Christ a donné sa parole que l’Église ne se tromperait jamais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quel péché perd-on, la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Foi par la négation ou le doute volontaire, quand l’objet n’en serait même qu’un seul des articles proposés à notre croyance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Foi perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Foi perdue en se repentant du péché commis et en croyant de nouveau tout ce que croit la sainte Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les mystères. ====&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre toutes les vérités de la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons pas comprendre toutes les vérités de la Foi, parce que quelques-unes sont des mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont des vérités supérieures à la raison, que nous devons croire bien que nous ne puissions les comprendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous croire les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons croire les mystères parce qu’ils ont été révélés de Dieu, qui, étant la Vérité et la Bonté infinies, ne peut ni se tromper ni nous tromper. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les mystères sont-ils contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont supérieurs et non contraires à la raison ; et même la raison elle-même nous persuade de les admettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mystères ne peuvent-ils être contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères ne peuvent être contraires à la raison parce que c’est le même Dieu qui nous a donné la lumière de la raison et qui a révélé les mystères, et qu’il ne peut se contredire lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. L’Écriture Sainte. ====&lt;br /&gt;
''Où sont contenues les vérités que Dieu a révélées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vérités que Dieu a révélées sont contenues dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est la collection des livres écrits par les Prophètes et les Hagiographes, les Apôtres et les Évangélistes, sous l’inspiration du Saint-Esprit, et reçus par l’Église comme inspirés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En combien de parties se divise la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte se divise en deux parties, l’Ancien et le Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ancien Testament contient les livres inspirés écrits avant la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient le Nouveau Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Nouveau Testament contient les livres inspirés écrits après la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel nom appelle-t-on communément l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée communément la sainte Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Bible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Bible veut dire la collection des livres saints, le livre par excellence, le livre des livres, le livre inspiré de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Écriture Sainte est-elle appelée le livre par excellence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée le livre par excellence, à cause de l’excellence des matières qu’elle traite et de l’auteur qui l’a inspirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-il pas y avoir d’erreur dans l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut y avoir aucune erreur dans l’Écriture Sainte puisque, en effet, elle est inspirée de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’auteur de toutes ses parties est Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela n’empêche pas que dans les copies et les traductions qui en ont été faites, il ne puisse s’être glissé quelques fautes ou des copistes ou des traducteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans les éditions revues et approuvées par l’Église catholique, il ne peut y avoir d’erreur en ce qui regarde la foi ou la morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La lecture de la Bible est-elle nécessaire à tous les chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lecture de la Bible n’est pas nécessaire à tous les chrétiens, puisqu’ils sont instruits par l’Église ; cependant elle est très utile et recommandée à tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on lire quelque traduction que ce soit de la Bible en langue vulgaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut lire les traductions de la Bible en langue vulgaire qui sont reconnues fidèles par l’Église catholique, et qui sont accompagnées d’explications approuvées par elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ne peut-on lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église parce qu’elle seule est la légitime gardienne de la Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui pouvons-nous connaître le vrai sens des Saintes Écritures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne pouvons connaître le vrai sens des Saintes Écritures que par l’interprétation de l’Église, parce que seule elle est garantie d’erreur en cette interprétation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devrait faire un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants devrait la rejeter avec horreur, parce qu’elle est interdite par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’avait reçue sans y faire attention, il devrait au plus tôt la jeter au feu ou la remettre à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église interdit-elle les Bibles protestantes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église interdit les Bibles protestantes parce que, ou bien elles sont altérées et contiennent des erreurs, ou bien, manquant de son approbation et de notes qui expliquent les sens obscurs, elles peuvent nuire à la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison encore que l’Église interdit même les traductions de la Sainte Écriture qu’elle a déjà approuvées, mais qui ont été réimprimées sans des explications approuvées par elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La Tradition. ====&lt;br /&gt;
''Dites-moi ce que c’est que la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tradition est la parole de Dieu qui n’est pas écrite, mais qui, communiquée de vive voix par Jésus-Christ et par les Apôtres, est parvenue sans altération de siècle en siècle jusqu’à nous par le moyen de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où sont contenus les enseignements de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements de la Tradition sont contenus principalement dans les décrets des Conciles, les écrits des saints Pères, les actes du Saint-Siège, les paroles et les usages de la Liturgie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas faut-il faire de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut faire de la Tradition le même cas que de la parole de Dieu révélée que contient l’Écriture Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’Espérance. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Espérance est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous désirons et nous attendons la vie éternelle que Dieu a promise à ses serviteurs, et les secours nécessaires pour l’obtenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif devons-nous espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner, parce que Dieu très miséricordieux, par les mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’a promis à qui le sert de tout cœur ; et comme il est très fidèle et tout-puissant, il tient toujours ses promesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions nécessaires pour obtenir le paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions nécessaires pour obtenir le paradis sont la grâce de Dieu, l’exercice des bonnes œuvres, et la persévérance jusqu’à la mort dans son saint amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd l’Espérance toutes les fois qu’on perd la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On la perd encore par les péchés de désespoir ou de présomption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on l’Espérance perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre l’Espérance perdue en se repentant du péché commis et en s’excitant de nouveau à la confiance en la bonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La Charité. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quels motifs devons-nous aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer Dieu parce qu’il est le souverain bien, infiniment bon et parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aussi l’aimer à cause du commandement qu’il nous en fait et des grands bienfaits que nous recevons de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit aimer Dieu par dessus toutes choses, de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toutes ses forces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu par dessus toutes choses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu par dessus toutes choses, c’est le préférer à toutes les créatures les plus chères et les plus parfaites, et être disposé à perdre tout plutôt que de l’offenser et de cesser de l’aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre cœur, c’est lui consacrer tous nos sentiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre esprit, c’est diriger vers lui toutes nos pensées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toute notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toute notre âme, c’est lui consacrer l’usage de toutes les puissances de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toutes nos forces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toutes nos forces, c’est nous efforcer de grandir toujours davantage dans son amour, et faire en sorte que toutes nos actions aient pour motif et pour fin son amour et le désir de lui plaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous aimer le prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer le prochain pour l’amour de Dieu, parce qu’Il nous le commande et parce que tout homme est son image. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’aimer aussi nos ennemis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés d’aimer nos ennemis parce que, eux aussi, sont notre prochain et parce que Jésus-Christ nous en a fait un commandement formel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer le prochain comme soi-même ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous nous aimons comme il faut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous aimons comme il faut quand nous cherchons à servir Dieu et à mettre en Lui notre félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Charité par tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Charité en faisant des actes d’amour de Dieu, en se repentant et en se confessant comme il faut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. Les vertus cardinales ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus cardinales sont la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont-elles appelées vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont appelées vertus cardinales parce qu’elles sont le pivot ( latin cardo ) et le fondement des vertus morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Prudence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence est la vertu qui dirige toute action vers son but légitime et cherche, par suite, les moyens convenables pour que l’action soit bien faite de toutes façons et, par là, agréable au Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Justice est la vertu par laquelle nous rendons à chacun ce qui lui est dû. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est la vertu qui nous rend courageux au point de ne craindre aucun danger, pas même la mort, pour le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Tempérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tempérance est la vertu par laquelle nous refrénons les désirs désordonnés des jouissances sensibles et nous usons avec modération des biens temporels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les dons du saint-Esprit. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de dons du Saint-Esprit et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept dons du Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 le don de Sagesse ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’Intelligence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de Conseil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 de Force ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 de Science ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 de Piété ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 de Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les dons du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit servent à nous confirmer dans la Foi, l’Espérance et la Charité ; et à nous rendre prompts aux actes de vertu nécessaires pour acquérir la vie chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Sagesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Sagesse est un don par lequel, élevant notre esprit au-dessus des choses terrestres et fragiles, nous contemplons les choses éternelles, c’est-à-dire la Vérité qui est Dieu, en qui nous nous complaisons et que nous aimons comme notre souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Intelligence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Intelligence est un don par lequel nous est facilitée, autant que c’est possible pour un homme mortel, l’intelligence de la Foi et des divins mystères que nous ne pouvons connaître par les lumières naturelles de notre esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Conseil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Conseil est un don par lequel, dans les doutes et les incertitudes de la vie humaine, nous connaissons ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à notre salut et à celui du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est un don qui nous inspire de l’énergie et du courage pour observer fidèlement la sainte loi de Dieu et de l’Église, en surmontant tous les obstacles et toutes les attaques de nos ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Science ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Science est un don par lequel nous apprécions sainement les choses créées, et nous connaissons la manière d’en bien user et de les diriger vers leur fin dernière qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Piété ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Piété est un don par lequel nous vénérons et nous aimons Dieu et les Saints, et nous avons des sentiments de miséricorde et de bienveillance envers le prochain pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Crainte de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Crainte de Dieu est un don qui nous fait respecter Dieu et craindre d’offenser sa divine Majesté, et qui nous détourne du mal en nous portant au bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les Béatitudes évangéliques. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Béatitudes évangéliques et quelles sont-elles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a huit Béatitudes évangéliques : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Bienheureux les miséricordieux, car ils trouveront miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ nous a-t-il proposé les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ nous a proposé les Béatitudes pour nous faire détester les maximes du monde et pour nous inviter à aimer et pratiquer les maximes de son Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux que le monde appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde appelle bienheureux ceux qui ont en abondance les richesses et les honneurs, ceux qui vivent dans les délices et qui n’ont aucune occasion de souffrir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les pauvres en esprit que Jésus-Christ appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pauvres en esprit, selon l’Évangile, sont ceux qui ont le cœur détaché des richesses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en faisant un bon usage, s’ils les possèdent &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ne les recherchant pas avec sollicitude, s’ils en sont privés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en souffrant la perte avec résignation, si elles leur sont enlevées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les doux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les doux sont ceux qui traitent le prochain avec douceur, souffrent avec patience ses défauts et les torts qu’ils en éprouvent, sans querelle, ressentiment ou vengeance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux sont ceux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui souffrent avec résignation les tribulations, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui s’affligent à cause des péchés commis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
des maux, et des scandales qu’on voit dans le monde, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’éloignement du paradis et du danger de le perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui ont faim et soif de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont faim et soif de la justice sont ceux qui désirent ardemment de croître toujours davantage dans la grâce divine et l’exercice des œuvres bonnes et vertueuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les miséricordieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les miséricordieux sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
aiment leur prochain en Dieu et pour Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ont compassion de ses misères spirituelles et corporelles, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et tâchent de le soulager selon leurs forces et leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les cœurs purs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cœurs purs sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n’ont aucune affection au péché et s’en tiennent éloignés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui fuient surtout toute sorte d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les pacifiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pacifiques sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conservent la paix avec le prochain et avec eux-mêmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui tâchent de mettre la paix entre ceux qui sont divisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui souffrent persécution par amour de la justice sont ceux qui supportent avec patience les moqueries, les blâmes et les persécutions à cause de la foi et de la loi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes signifient toutes, sous divers noms, la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Béatitudes nous procurent-elles seulement la gloire éternelle du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Béatitudes ne nous procurent pas seulement la gloire éternelle du paradis, elles sont encore les moyens de rendre notre vie aussi heureuse qu’il est possible ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les Béatitudes n’en reçoivent-ils pas déjà quelque récompense en cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, certainement, ceux qui suivent les Béatitudes en reçoivent déjà quelque récompense même en cette vie, parce qu’ils jouissent déjà d’une paix et d’un contentement intimes qui sont le principe, bien qu’encore imparfait, de la félicité éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les maximes du monde peuvent-ils se dire heureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ceux qui suivent les maximes du monde ne sont pas heureux, parce qu’ils n’ont pas la vraie paix de l’âme et qu’ils courent le danger d’être damnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les œuvres de miséricorde. ===&lt;br /&gt;
''Quelles sont les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement sont les œuvres de miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par œuvre de miséricorde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre de miséricorde est celle par laquelle on secourt les besoins spirituels ou corporels du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde corporelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l donner à manger à ceux qui ont faim, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 donner à boire à ceux qui ont soif, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 vêtir ceux qui sont nus, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 abriter les étrangers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 visiter les infirmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 visiter les prisonniers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 ensevelir les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde spirituelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 conseiller ceux qui en ont besoin, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 instruire les ignorants, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 exhorter les pécheurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 consoler les affligés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 pardonner les offenses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 supporter patiemment les personnes ennuyeuses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 prier Dieu pour les vivants et pour les morts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les péchés et leurs espèces principales. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péchés : le péché originel et le péché actuel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est celui avec lequel nous naissons tous et que nous avons contracté par la désobéissance de notre premier père Adam. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous a causés le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les torts causés par le péché d’Adam sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la privation de la grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la perte du paradis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’ignorance, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’inclination au mal, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la mort &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et toutes les autres misères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est effacé le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est effacé par le saint Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché actuel est celui que l’homme, arrivé à l’usage de la raison, commet par sa libre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péché actuel : le péché mortel et le péché véniel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel est une désobéissance à la loi divine par laquelle on manque gravement à ses devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle mortel parce qu’il donne la mort à l’âme en lui faisant perdre la grâce sanctifiante qui est la vie de l’âme, comme l’âme est la vie du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts fait à l’âme le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prive l’âme de la grâce et de l’amitié de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 lui fait perdre le paradis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la prive des mérites acquis et la rend incapable d’en acquérir de nouveaux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la rend esclave du démon ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 lui fait mériter l’enfer et aussi les châtiments de cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la gravité de la matière que faut-il pour constituer un péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la gravité de la matière, pour constituer un péché mortel, il faut la connaissance de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel est une désobéissance légère à la loi divine par laquelle on ne manque que légèrement à quelque devoir envers Dieu, envers le prochain, et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il est léger comparé au péché mortel, qu’il ne nous fait pas perdre la grâce divine et parce que Dieu le pardonne facilement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il n’y a donc pas à faire grand cas du péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait une très grande erreur, soit parce que le péché véniel contient toujours une certaine offense de Dieu, soit parce qu’il cause des torts assez graves à l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous cause le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 affaiblit et refroidit en nous la charité ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous dispose au péché mortel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rend dignes de grandes peines temporelles en ce monde ou en l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Les vices et les autres péchés très graves. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vice est une mauvaise disposition de l’âme qui la porte à fuir le bien et à faire le mal, et qui est causée par la fréquente répétition d’actes mauvais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre un péché et un vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre un péché et un vice il y a cette différence que le péché est un acte qui passe, tandis que le vice est la mauvaise habitude qu’on a contractée de tomber en quelque péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les vices qu’on appelle capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vices qu’on appelle capitaux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’Orgueil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’Avarice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la Luxure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la Colère ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la Gourmandise ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 l’Envie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 la Paresse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment triomphe-t-on des vices capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des vices capitaux par l’exercice des vertus opposées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi on triomphe : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’orgueil par l’humilité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’avarice par la libéralité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la luxure par la chasteté, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la colère par la patience, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la gourmandise par l’abstinence, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’envie par l’amour fraternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la paresse par la diligence et l’ardeur dans le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces vices sont-ils appelés capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces vices sont appelés capitaux parce qu’ils sont la source et la cause de beaucoup d’autres vices et péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a six péchés contre le Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 désespérer de son salut ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 espérer par présomption se sauver sans mérite ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 combattre la vérité connue ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 envier les grâces d’autrui ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 s’obstiner dans ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 mourir dans l’impénitence finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit parce qu’ils sont commis par pure malice, ce qui est contraire à la bonté, attribuée au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quatre péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’homicide volontaire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 le péché impur contre l’ordre de la nature ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’oppression des pauvres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 le refus du salaire aux ouvriers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu, parce que l’Esprit Saint le dit, et parce que leur iniquité est si grave et si manifeste qu’elle provoque Dieu à les punir des plus sévères châtiments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Les Fins dernières et les autres moyens principaux pour éviter le péché. ===&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Livres appellent Fins dernières les dernières choses qui arriveront à l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Fins dernières pour l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a pour l’homme quatre Fins dernières : la Mort, le Jugement, l’Enfer et le Paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme, parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la Mort est la dernière chose qui lui arrivera en ce monde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Jugement de Dieu, le dernier des jugements que nous devons subir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Enfer, le mal extrême pour les méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Paradis, le souverain bien pour les bons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous penser aux Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de penser aux Fins dernières chaque jour et particulièrement en faisant sa prière le matin au réveil, le soir avant le repos, et toutes les fois que nous sommes tentés de faire le mal, parce que cette pensée est très efficace pour nous faire éviter le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Les exercices pieux conseillés au chrétien pour chaque jour. ===&lt;br /&gt;
''Que doit faire un bon chrétien le matin à son réveil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien, le matin en s’éveillant, doit faire le signe de la Croix et offrir son cœur à Dieu, en disant ces paroles ou autres semblables : &amp;quot; Mon Dieu, je vous donne mon cœur et mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi devrait-on penser en se levant et en s’habillant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se levant et en s’habillant on devrait penser que Dieu est présent, que ce jour peut être le dernier de notre vie, et l’on doit se lever et s’habiller avec toute la modestie possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois habillé, que doit faire un bon chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois habillé, un bon chrétien doit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
se mettre en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
s’agenouiller s’il le peut, devant quelque image pieuse en disant avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Je vous adore, ô mon Dieu, et je vous aime de tout mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous remercie de m’avoir créé, fait chrétien, et conservé pendant cette nuit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous offre toutes mes actions ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je vous prie de me préserver pendant ce jour du péché et de me délivrer de tout mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il récite ensuite le Pater noster, l’Ave Maria, le Credo et les actes de Foi, d’Espérance et de Charité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les accompagnant d’un vif élan du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles pratiques de piété devrait accomplir chaque jour le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chrétien, s’il le peut, devrait chaque jour : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 assister avec dévotion à la sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 faire une visite, si courte soit elle, au très Saint Sacrement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 réciter le Chapelet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire avant de travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de travailler, on doit offrir son travail à Dieu en disant de tout son cœur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous offre ce travail : donnez-moi votre bénédiction &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle fin doit-on travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit travailler pour la gloire de Dieu et pour faire sa volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire avant son repas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant son repas, il convient de faire, debout, le signe de la Croix et de dire avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur Dieu, donnez votre bénédiction à nous et à la nourriture que nous allons prendre pour nous soutenir dans votre service &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le repas que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le repas, il convient de faire le signe de la Croix et de dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous remercie de la nourriture que vous m*’avez donnée ; rendez-moi digne de participer au banquet céleste &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on se trouve en quelque tentation, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on se trouvait en quelque tentation, il faudrait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
invoquer avec foi le saint Nom de Jésus et de Marie, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou dire avec ferveur quelque oraison jaculatoire, comme par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Faites-moi la grâce, Seigneur, de ne jamais vous offenser &amp;quot;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou bien faire le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en évitant cependant que, par ces signes extérieurs, les autres s’aperçoivent de nos tentations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir commis quelque péché, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir péché, on doit faire aussitôt un acte de contrition et tâcher de se confesser au plus tôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand hors de l’Église, on entend la sonnerie de l’élévation de l’hostie à la Messe solennelle ou de la bénédiction du très Saint Sacrement, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire, au moins de cœur, un acte d’adoration, en disant par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Loué et remercié soit à tout instant le très saint et divin sacrement &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand sonne l’Angélus, à l’aube, à midi et le soir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au son de la cloche, un bon chrétien récite l’Angélus Domini avec trois fois Ave Maria. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le soir, avant d’aller se coucher, que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’aller se coucher, le soir, il convient : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de se mettre, comme le matin, en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de réciter dévotement les mêmes prières, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de faire un court examen de conscience &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et de demander pardon à Dieu des péchés commis dans la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous avant de vous endormir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de m’endormir, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je ferai le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je penserai que je puis mourir cette nuit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je donnerai mon cœur à Dieu en disant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Mon Seigneur et mon Dieu, je vous donne mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très Sainte Trinité, faites-moi la grâce de bien vivre et de bien mourir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus, Marie, Joseph, je vous recommande mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des prières du matin et du soir, de quelle autre manière peut-on recourir à Dieu au cours de la journée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de la journée, on peut prier Dieu fréquemment par d’autres courtes prières qu’on appelle oraisons jaculatoires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites quelques oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, secourez-moi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, que votre volonté soit faite ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, je veux être tout à vous ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, miséricorde ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Doux Cœur de mon Jésus, faites que je vous aime toujours de plus en plus ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires, et on peut en dire même simplement de cœur, sans proférer de paroles, en marchant, en travaillant, etc... . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des oraisons jaculatoires à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des oraisons jaculatoires le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que se mortifier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu, ce qui plaît et accepter ce qui déplaît au sens ou à l’amour-propre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, que faut-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tâcher, si on le peut, de l’accompagner avec modestie et recueillement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et, si on ne le peut pas, faire un acte d’adoration en quelque lieu qu’on se trouve et dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Consolez, Seigneur, ce malade et donnez-lui la grâce de se conformer à votre très sainte volonté et de faire son salut &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant sonner l’agonie d’un moribond, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En entendant sonner l’agonie d’un moribond, je me rendrai si je le puis, à l’église afin de prier pour lui ; et si je ne le puis pas, je recommanderai son âme au Seigneur, en pensant qu’avant longtemps je me trouverai moi-même dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous quand vous entendrez sonner la mort de quelqu’un ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’entendrai sonner la mort de quelqu’un, je tâcherai de dire un De profundis ou un Requiem pour l’âme de ce défunt, et je me renouvellerai dans la pensée de la mort.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Le_grand_cat%C3%A9chisme_de_St_Pie_X&amp;diff=1553</id>
		<title>Le grand catéchisme de St Pie X</title>
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				<updated>2011-03-28T08:55:45Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « == Leçon préliminaire : La doctrine chrétienne et ses parties principales. == ''Etes-vous chrétien ?''   Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu.   ''Pourquoi dites-... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Leçon préliminaire : La doctrine chrétienne et ses parties principales. ==&lt;br /&gt;
''Etes-vous chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous : par la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis : par la grâce de Dieu, parce que être chrétien est un don tout gratuit de Dieu que nous n’avons pu mériter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le vrai chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vrai chrétien est celui qui est baptisé, qui croit et professe la doctrine chrétienne et obéit aux pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine chrétienne est la doctrine que Jésus-Christ Notre Seigneur nous a enseignée pour nous montrer la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certainement nécessaire d’apprendre la doctrine enseignée par Jésus-Christ, et ceux qui négligent de le faire pèchent gravement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents et les maîtres sont-ils obligés d’envoyer au catéchisme leurs enfants et ceux qui dépendent d’eux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents et les maîtres sont obligés d’assurer à leurs enfants et à ceux qui dépendent d’eux l’enseignement de la doctrine chrétienne et ils se rendent coupables devant Dieu s’ils ne s’acquittent pas de ce devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui devons-nous recevoir et apprendre la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons recevoir et apprendre la doctrine chrétienne de la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment sommes-nous certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de la sainte Église catholique est la vraie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de l’Église catholique est la vraie, parce que Jésus-Christ, auteur divin de cette doctrine, l’a confiée par ses Apôtres à l’Église qu’il fondait et constituait maîtresse infaillible de tous les hommes, lui promettant son assistance divine jusqu’à la fin des siècles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il d’autres preuves de la vérité de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vérité de la doctrine chrétienne est démontrée aussi par la sainteté éminente de tant d’hommes qui l’ont professée et qui la professent ; par la force héroïque des martyrs, par la rapidité merveilleuse de sa diffusion dans le monde et par sa pleine conservation à travers tant de siècles de luttes variées et continuelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties principales et les plus nécessaires de la doctrine chrétienne sont au nombre de quatre : le Credo, le Pater noster, les Commandements et les Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo nous enseigne les principaux articles de notre sainte foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster nous enseigne tout ce que nous devons espérer de Dieu et tout ce que nous devons lui demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Commandements nous enseignent tout ce que nous devons faire pour plaire à Dieu ; et tout cela se résume à aimer Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne la doctrine des Sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine des Sacrements nous fait connaître la nature et le bon usage de ces moyens que Jésus-Christ a institués pour nous remettre les péchés, nous communiquer sa grâce, infuser et accroître en nous les vertus de Foi, d’Espérance et de Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== 1ère partie : Le symbole des Apôtres ou Credo.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Le Credo en général ===&lt;br /&gt;
''Quelle est la première partie de la doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première partie de la doctrine chrétienne est le symbole des Apôtres, appelé communément le Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous le Credo symbole des Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Credo est appelé symbole des Apôtres parce qu’il est un abrégé des vérités de la foi enseignées par les Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’articles dans le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans le Credo douze articles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez-les.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre Seigneur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 D’où il viendra juger les vivants et les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Je crois au Saint-Esprit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 A la sainte Église catholique, à la communion des saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 A la rémission des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 A la résurrection de la chair &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12 A la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Credo, je crois, que vous dites au commencement du Symbole ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Credo, je crois, veut dire : je tiens pour absolument vrai tout ce qui est contenu dans ces douze articles, et je le crois plus fermement que si je le voyais de mes yeux ; parce que Dieu, qui ne peut ni se tromper ni tromper personne, a révélé ces vérités à la sainte Église catholique et par elle nous les révèle à nous-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contiennent les articles du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les articles du Credo contiennent les principales choses que nous devons croire sur Dieu, sur Jésus-Christ et sur l’Église son épouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bien utile de réciter souvent le Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de réciter souvent le Credo pour imprimer toujours davantage dans notre cœur les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le premier article du Symbole.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Dieu le Père et la création. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le premier article : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier article du Credo nous enseigne qu’il y a un seul Dieu, qu’il est tout-puissant, et qu’il a créé le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous qu’il y a un Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons qu’il y a un Dieu parce que notre raison nous le démontre et que la foi nous le confirme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à Dieu le nom de Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à Dieu le nom de Père : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’il est par nature Père de la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, c’est-à-dire du Fils qu’il a engendré ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que Dieu est le Père de tous les hommes qu’il a créés, qu’il conserve et qu’il gouverne ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 enfin parce qu’il est le Père par la grâce de tous les bons chrétiens, appelés pour cela les fils adoptifs de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Père est-il la première Personne de la Très Sainte Trinité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père est la première Personne de la Très Sainte Trinité parce qu’il ne procède pas d’une autre Personne, mais qu’il est le principe des deux autres Personnes, c’est-à-dire du Fils et du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot : tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot tout-puissant veut dire que Dieu peut faire tout ce qu’il veut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu ne peut ni pécher ni mourir : comment dit-on alors qu’il peut tout faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que Dieu peut tout faire, bien qu’il ne puisse ni pécher ni mourir, parce que le pouvoir de pécher ou de mourir n’est pas un effet de puissance mais de faiblesse, et ne peut pas être en Dieu, qui est infiniment parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : Créateur du ciel et de la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Créer veut dire faire de rien : aussi Dieu est appelé le Créateur du ciel et de la terre parce qu’il a fait de rien le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, c’est-à-dire l’univers entier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le monde a-t-il été créé seulement par le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde a été créé également par les trois Personnes divines, parce que tout ce que fait une Personne concernant les créatures, les autres le font aussi dans un même acte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc la création est-elle attribuée particulièrement au Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création est attribuée spécialement au Père parce que la création est un effet de la toute puissance divine et que la toute puissance est attribuée spécialement au Père, comme la Sagesse au Fils et la Bonté au Saint-Esprit, bien que les trois Personnes soient également puissantes, sages et bonnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu a-t-il soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu a soin du monde et de toutes les choses qu’il a créées ; il les conserve et les gouverne par sa bonté et sa sagesse infinies, et rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que rien n’arrive ici-bas sans que Dieu le veuille ou le permette, parce qu’il y a des choses que Dieu veut et commande, et d’autres qu’il n’empêche pas, comme le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu n’empêche-t-il pas le péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu n’empêche pas le péché, parce que même de l’abus que fait l’homme de la liberté qu’il lui a été concédée, il sait retirer un bien et faire toujours resplendir davantage ou sa miséricorde ou sa justice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les Anges. ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les créatures les plus nobles que Dieu ait créées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les plus nobles créatures créées par Dieu sont les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est ce que les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges sont des créatures intelligentes et purement spirituelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il créé les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé les Anges pour être honoré et servi par eux, et pour les rendre éternellement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle forme et quelle figure ont les Anges ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges n’ont ni figure ni forme sensible parce qu’ils sont de purs esprits, créés par Dieu pour subsister sans devoir être unis à un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc représente-t-on les Anges sous des formes sensibles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On représente les Anges sous des formes sensibles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour aider notre imagination à les concevoir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce que c’est ainsi qu’ils ont apparu souvent aux hommes, comme nous le lisons dans la Sainte Écriture &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Anges furent-ils tous fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, les Anges ne furent pas tous fidèles à Dieu, mais beaucoup parmi eux prétendirent par orgueil lui être égaux et être indépendants de lui ; et, à cause de ce péché, ils furent exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges exclus pour toujours du paradis et condamnés à l’enfer s’appellent démons et leur chef s’appelle Lucifer ou Satan. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les démons peuvent-ils nous faire quelque mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les démons, si Dieu leur en donne la permission, peuvent faire beaucoup de mal et à notre âme et à notre corps, surtout en nous portant au péché par la tentation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nous tentent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les démons nous tentent à cause de l’envie qu’il nous portent et qui leur fait désirer notre damnation éternelle, et à cause de leur haine contre Dieu dont l’image resplendit en nous. Et Dieu permet les tentations, afin que nous en triomphions avec le secours de la grâce, et qu’ainsi nous pratiquions les vertus et nous acquérions des mérites pour le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous triompher des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des tentations par la vigilance, par la prière et par la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent les Anges qui sont restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges qui sont restés fidèles à Dieu s’appellent les bons Anges, les Esprits célestes ou simplement les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devinrent les Anges restés fidèles à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Anges restés fidèles à Dieu furent confirmés en grâce. Ils jouissent pour toujours de la vue de Dieu ; ils l’aiment, le bénissent et le louent éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu se sert-il des Anges comme de ses ministres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu se sert des Anges comme de ses ministres, et, en particulier, il confie à beaucoup d’entre eux la charge d’être nos gardiens et nos protecteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous devons avoir une dévotion particulière envers notre Ange gardien, l’honorer, invoquer son appui, suivre ses inspirations, et lui être reconnaissants pour l’assistance continuelle qu’il nous prête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’homme. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La créature la plus noble que Dieu ait mise sur la terre est l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’homme est une créature raisonnable composée d’une âme et d’un corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme est la partie la plus noble de l’homme, parce qu’elle est une substance spirituelle, douée d’intelligence et de volonté, capable de connaître Dieu et de le posséder éternellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on voir et toucher l’âme humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut ni voir notre âme ni la toucher parce que c’est un esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’âme humaine meurt-elle avec le corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme humaine ne meurt jamais : la foi et la raison elle-même prouvent qu’elle est immortelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’homme est-il libre dans ses actions ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’homme est libre dans ses actions et chacun sent en lui-même qu’il peut faire une chose ou ne pas la faire, faire une chose plutôt qu’une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple cette liberté humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si je dis volontairement un mensonge, je sens que je pourrais ne pas le dire et me taire, et que je pourrais aussi parler différemment en disant la vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que l’âme humaine est spirituelle et raisonnable, libre dans ses actes, capable de connaître et d’aimer Dieu et de jouir de lui éternellement ; et ces perfections sont en nous un reflet de l’infinie grandeur du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quel état Dieu a-t-il créé nos premiers parents Adam et Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé Adam et Eve dans l’état d’innocence et de grâce ; mais bientôt ils en déchurent par le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu ne fit-il pas d’autres dons à nos premiers parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre l’innocence et la grâce sanctifiante, Dieu fit à nos premiers parents d’autres dons qu’ils devaient transmettre à leurs descendants avec la grâce sanctifiante. C’étaient : l’intégrité, c’est-à-dire la parfaite soumission des sens à la raison ; l’immortalité ; l’immunité de toute douleur et misère, et la science proportionnée à leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché d’Adam fut un péché d’orgueil et de grave désobéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel fut le châtiment du péché d’Adam et d’Eve ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Adam et Eve perdirent la grâce de Dieu et le droit qu’ils avaient au ciel ; ils furent chassés du paradis terrestre, soumis à beaucoup de misères de l’âme et du corps et condamnés à mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Adam et Eve n’avaient pas péché, auraient-ils été exempts de la mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si Adam et Eve n’avaient pas péché et qu’ils fussent restés fidèles à Dieu, après un séjour heureux et tranquille sur cette terre, sans mourir ils auraient été transportés par Dieu dans le Ciel pour y jouir d’une vie éternelle et glorieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces dons étaient-ils dus à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces dons n’étaient dus à l’homme en aucune façon ; mais ils étaient absolument gratuits et surnaturels. Aussi, quand Adam eût désobéi au commandement divin, Dieu put sans injustice priver de ces dons lui et sa postérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ce péché est-il propre seulement à Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce péché n’est pas seulement le péché d’Adam, il est aussi le nôtre, quoique différemment. Il est propre à Adam, parce que c’est lui qui le commit par un acte de sa volonté et par là il fut pour lui péché personnel. Il nous est propre, parce que, Adam ayant péché comme chef et souche de tout le genre humain, son péché est transmis par la génération naturelle à tous ses descendants, et par là il est pour nous péché originel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est-il possible que le péché originel passe dans tous les hommes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel passe dans tous les hommes parce que, Dieu ayant conféré au genre humain, en Adam, la grâce sanctifiante et tous les autres dons surnaturels, à condition qu’Adam ne désobéit pas, celui-ci désobéit en qualité de chef et de père du genre humain et rendit la nature humaine rebelle contre Dieu. Aussi la nature humaine est-elle transmise à tous les descendants d’Adam dans un état de rébellion contre Dieu et privée de la grâce divine et des autres dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tous les hommes contractent-ils le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous les hommes contractent le péché originel, excepté la Très Sainte Vierge qui en fut préservée par un privilège spécial de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le péché d’Adam les hommes n’auraient-ils pas pu se sauver ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le péché d’Adam, les hommes n’auraient pas pu se sauver, si Dieu n’avait pas été miséricordieux à leur égard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu fut-il miséricordieux envers le genre humain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu fut miséricordieux envers le genre humain en promettant tout de suite à Adam le Rédempteur divin ou Messie, et en envoyant ce Messie au temps marqué, pour délivrer les hommes de l’esclavage du démon et du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le Messie promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Messie promis est Jésus-Christ, comme nous l’enseigne le second article du Credo. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Le second article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le second article : Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu est la seconde Personne de la très sainte Trinité ; qu’il est Dieu éternel, tout-puissant, Créateur et Seigneur, comme le Père ; qu’il s’est fait homme pour nous sauver et que le Fils de Dieu fait homme s’appelle Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la seconde Personne s’appelle-t-elle le Fils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde Personne s’appelle le Fils, parce que de toute éternité elle est engendrée du Père par voie d’intelligence : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi le Verbe éternel du Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Nous sommes, nous aussi, fils de Dieu : pourquoi donc appelons-nous Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ Fils unique de Dieu le Père, parce que lui seul est Fils de Dieu par nature, tandis que nous le sommes par création et par adoption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Jésus-Christ notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Jésus-Christ notre Seigneur, parce que non seulement en tant que Dieu il nous a créés, de concert avec le Père et le Saint-Esprit, mais encore il nous a rachetés en tant que Dieu et homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il appelé Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est appelé Jésus, ce qui veut dire Sauveur, parce qu’il nous a sauvés de la mort éternelle méritée par nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné le nom de Jésus au Fils de Dieu fait homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le Père éternel lui-même qui a donné au Fils de Dieu fait homme le nom de Jésus par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, lorsque celui-ci annonça à la Vierge le mystère de l’Incarnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Fils de Dieu fait homme est-il aussi appelé Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu fait homme est aussi appelé Christ, ce qui veut dire oint et sacré, parce qu’autrefois on consacrait par l’onction les rois, les prêtres et les prophètes, et que Jésus est le roi des rois, le souverain prêtre et le premier des prophètes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ fut-il oint et sacré d’une onction corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction de Jésus-Christ ne fut pas corporelle comme celle des anciens rois, prêtres et prophètes, mais toute spirituelle et divine, la plénitude de la divinité habitant en lui substantiellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes eurent-ils quelque connaissance de Jésus-Christ avant sa venue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les hommes eurent connaissance de Jésus-Christ avant sa venue, par la promesse du Messie que Dieu fit à nos premiers parents Adam et Eve, et qu’il renouvela aux saints Patriarches, et par les prophéties et les nombreuses figures qui le désignaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment le Messie et le Rédempteur promis, parce qu’en Lui s’est accompli tout ce qu’annonçaient les prophètes et tout ce que représentaient les figures de l’Ancien Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’annonçaient les prophéties au sujet du Rédempteur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet du Rédempteur les prophéties annonçaient la tribu et la famille d’où il devait sortir ; le lieu et le temps de sa naissance ; ses miracles et les plus petites circonstances de sa passion et de sa mort ; sa résurrection et son ascension au ciel ; son royaume spirituel, universel et perpétuel, qui est la sainte Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales figures du Rédempteur dans l’Ancien Testament sont l’innocent Abel, le grand prêtre Melchisédech, le sacrifice d’Isaac, Joseph vendu par ses frères, le prophète Jonas, l’agneau pascal et le serpent d’airain élevé par Moïse dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment savons-nous que Jésus-Christ est vraiment Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous savons que Jésus-Christ est vraiment Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 par le témoignage du Père disant : &amp;quot; Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ; &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 par l’attestation de Jésus-Christ lui-même confirmée par les plus étonnants miracles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 par l’enseignement des Apôtres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 par la tradition constante de l’Église catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les principaux miracles opérés par Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux miracles opérés par Jésus-Christ sont, outre sa propre résurrection, la santé rendue aux malades, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la vie aux morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Le troisième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le troisième article : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième article du Credo nous enseigne que le Fils de Dieu a pris un corps et une âme comme les nôtres, dans le sein très pur de la Sainte Vierge Marie, par l’opération du Saint-Esprit, et qu’il est né de cette Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils concoururent-ils eux aussi à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines concoururent à former le corps et à créer l’âme de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on seulement : a été conçu du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit seulement : a été conçu du Saint-Esprit, parce que l’incarnation du Fils de Dieu est une œuvre de bonté et d’amour, et que les œuvres de bonté et d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu en se faisant homme a-t-il cessé d’être Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le Fils de Dieu s’est fait homme sans cesser d’être Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est donc Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le Fils de Dieu incarné, c’est-à-dire Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble, Dieu parfait et homme parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il y a donc en Jésus-Christ deux natures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en Jésus-Christ, qui est Dieu et homme, il y a deux natures : la nature divine et la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il aussi en Jésus-Christ deux personnes : la personne divine et la personne humaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le Fils de Dieu fait homme, il n’y a qu’une seule personne, la personne divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de volontés en Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Jésus-Christ il y a deux volontés, l’une divine et l’autre humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ avait-il une volonté libre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ avait une volonté libre, mais il ne pouvait pas faire le mal, parce que pouvoir faire le mal est un défaut, non une perfection de la liberté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont-ils la même personne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont la même personne, c’est-à-dire Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La Vierge Marie est-elle Mère de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la Vierge Marie est Mère de Dieu, parce qu’elle est la Mère de Jésus-Christ qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Marie devint-elle la Mère de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie devint la Mère de Jésus-Christ uniquement par l’opération et la vertu du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il de foi que Marie fut toujours Vierge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il est de foi que Marie fut toujours Vierge et elle est appelée la Sainte Vierge, la Vierge par excellence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le quatrième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le quatrième article : A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, pour racheter le monde par son Sang précieux, souffrit sous Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, et mourut sur le bois de la croix d’où il fut descendu pour être enseveli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire les mots : a souffert ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots a souffert expriment toutes les peines souffertes par Jésus-Christ dans sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ a-t-il souffert comme Dieu ou comme homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a souffert comme homme seulement, parce que comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle sorte de supplice était celui de la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le supplice de la croix était alors le plus cruel et le plus ignominieux de tous les supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui condamna Jésus-Christ à être crucifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui condamna Jésus-Christ à être crucifié fut Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, qui avait reconnu son innocence, mais qui céda honteusement à l’insistance menaçante du peuple de Jérusalem. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ n’aurait-il pas pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ aurait pu se délivrer des mains des Juifs et de Pilate ; mais, sachant que la volonté de son Père Éternel était qu’il souffrît et mourût pour notre salut, il s’y soumit volontairement, et même il alla Lui-même au-devant de ses ennemis et se laissa spontanément prendre et conduire à la mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut crucifié Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ fut crucifié sur le mont du Calvaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que fit Jésus-Christ sur la croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ sur la croix pria pour ses ennemis ; donna pour mère au disciple saint Jean et, en sa personne, à nous tous sa propre Mère la Très Sainte Vierge ; off rit sa mort en sacrifice et satisfit à la justice de Dieu pour les péchés des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’aurait-il pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’aurait pas suffi qu’un Ange vînt satisfaire pour nous, parce que l’offense faite à Dieu par le péché était, à un certain point de vue, infinie, et il fallait pour la réparer une personne d’un mérite infini. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour satisfaire à la divine Justice était-il nécessaire que Jésus-Christ fût Dieu et homme tout ensemble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, il fallait que Jésus-Christ fût homme pour pouvoir souffrir et mourir, et il fallait qu’il fût Dieu pour que ses souffrances eussent une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi était-il nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était nécessaire que les mérites de Jésus-Christ fussent d’une valeur infinie, parce que la majesté de Dieu, offensée par le péché, est infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Etait-il nécessaire que Jésus souffrît autant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’était pas absolument nécessaire que Jésus souffrît autant, parce que la moindre de ses souffrances aurait été suffisante pour notre Rédemption, chacun de ses actes ayant une valeur infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donc Jésus voulut-il tant souffrir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus voulut tant souffrir pour satisfaire plus abondamment à la divine Justice, pour nous montrer encore plus son amour et pour nous inspirer une plus grande horreur du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Arriva-t-il des prodiges à la mort de Jésus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, à la mort de Jésus le soleil s’obscurcit, la terre trembla, les sépulcres s’ouvrirent et beaucoup de morts ressuscitèrent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où fut enseveli le corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de Jésus-Christ fut enseveli dans un sépulcre nouveau, creusé dans le rocher non loin du lieu où il avait été crucifié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans la mort de Jésus-Christ, la divinité se sépare-t-elle de son corps et de son âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la mort de Jésus-Christ la divinité ne se sépara ni du corps ni de l’âme ; il y eut seulement séparation de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui est mort Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes et il a satisfait pour tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Jésus-Christ est mort pour le salut de tous, pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est mort pour le salut de tous et tous ne sont pas sauvés parce que tous ne veulent pas le reconnaître, tous n’observent pas sa loi, tous ne se servent pas des moyens de sanctification qu’il nous a laissés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour être sauvés, suffit-il que Jésus-Christ soit mort pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être sauvés, il ne suffit pas que Jésus-Christ soit mort pour nous ; il est nécessaire qu’à chacun de nous soient appliqués le fruit et les mérites de sa passion et de sa mort, application qui se fait surtout par les sacrements que Jésus-Christ lui-même a institués dans ce but. Et comme beaucoup ou ne reçoivent pas les sacrements ou les reçoivent mal, ils rendent inutile pour eux la mort de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Le cinquième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le cinquième article : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième article du Credo nous enseigne que l’âme de Jésus-Christ, une fois séparée de son corps, alla dans les Limbes, et que, le troisième jour, elle s’unit de nouveau à son corps pour n’en être jamais plus séparée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par enfers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend ici par enfers les Limbes, c’est-à-dire le lieu où étaient les âmes des justes en attendant la Rédemption de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les âmes des justes ne furent-elles pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les âmes des justes ne furent pas introduites dans le paradis avant la mort de Jésus-Christ, parce que le paradis avait été fermé par le péché d’Adam et qu’il convenait que Jésus-Christ, dont la mort le rouvrait, fût le premier à y entrer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ voulut-il retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ voulut retarder sa résurrection jusqu’au troisième jour pour manifester avec évidence qu’il était vraiment mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La résurrection de Jésus-Christ fut-elle semblable à celle des autres hommes ressuscités ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, la résurrection de Jésus-Christ ne fut pas semblable à celle des autres hommes ressuscités, parce que Jésus-Christ ressuscita par sa propre puissance, et que les autres furent ressuscités par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Le sixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le sixième article : Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ, quarante jours après sa résurrection, monta au ciel par sa propre puissance, en présence de ses disciples, et que, étant comme Dieu égal à son Père, il a été comme homme élevé au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints et établi le Seigneur de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection resta-t-il, quarante jours sur la terre avant de monter au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ après sa résurrection resta quarante jours sur la terre avant de monter au ciel, pour prouver par diverses apparitions qu’il était vraiment ressuscité, et pour instruire toujours davantage et confirmer les Apôtres dans les vérités de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ est-il monté au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est monté au ciel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour prendre possession du royaume qu’il avait mérité par sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour préparer notre place dans la gloire et être notre Médiateur et notre Avocat auprès de son Père ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour envoyer le Saint-Esprit à ses Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu’elle y fut élevée, parce que Jésus-Christ, étant Homme-Dieu, monta au ciel par sa propre puissance, tandis que sa Mère qui était une créature, bien que la plus digne de toutes, monta au ciel par la puissance de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez les mots : est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots : &amp;quot; est assis &amp;quot;, signifient la possession pacifique que Jésus-Christ a de la gloire, et les mots : &amp;quot; à la droite de Dieu le Père tout-puissant &amp;quot;, expriment qu’il a une place d’honneur au-dessus de toutes les créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Le septième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le septième article : D’où il viendra juger les vivants et les morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième article du Credo nous enseigne qu’à la fin du monde Jésus-Christ, plein de gloire et de majesté, viendra du ciel pour juger tous les hommes, bons et mauvais, et pour donner à chacun la récompense ou le châtiment qu’il aura mérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si chacun, aussitôt après la mort, doit être jugé par Jésus-Christ dans le jugement particulier, pourquoi devons-nous tous être jugés dans le jugement général ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons tous être jugés dans le jugement général pour plusieurs raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour la gloire de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour la gloire de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour la gloire des Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour la confusion des méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 enfin pour que le corps ait avec l’âme la sentence de récompense ou de châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Dieu sera manifestée parce que tous connaîtront avec quelle justice Dieu gouverne le monde, bien que parfois maintenant on voie les bons dans l’affliction et les méchants dans la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire de Jésus-Christ sera manifestée parce qu’après avoir été injustement condamné par les hommes, il paraîtra alors à la face de tous comme le Juge suprême de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général comment sera manifestée la gloire des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la gloire des Saints sera manifestée parce que beaucoup d’entre eux qui moururent méprisés par les méchants seront glorifiés en présence de tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au jugement général quelle sera la confusion pour les méchants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au jugement général, la confusion des méchants sera très grande, surtout pour ceux qui opprimèrent les justes et pour ceux qui cherchèrent pendant leur vie à être estimés des hommes vertueux et bons, parce qu’ils verront manifestés à tout le monde les péchés qu’ils commirent, même les plus secrets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le huitième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le huitième article : Je crois au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième article du Credo nous enseigne qu’il y a un Esprit Saint, troisième Personne de la très sainte Trinité, qu’il est Dieu éternel, infini, tout-puissant, Créateur et Seigneur de toutes choses, comme le Père et le Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui procède le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul principe par voie de volonté et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si le Fils procède du Père et si le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, il semble que le Père et le Fils soient antérieurs au Saint-Esprit : comment dit-on alors que les trois Personnes sont éternelles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que les trois Personnes sont éternelles parce que le Père engendre le Fils ab æterno (de toute éternité) et que le Saint-Esprit procède aussi ab æterno du Père et du Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la troisième Personne de la très sainte Trinité est-elle appelée spécialement du nom de Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième Personne de la Très Sainte Trinité est appelée spécialement du nom de Saint-Esprit parce qu’elle procède du Père et du Fils par voie d’amour et de spiration ( Latin spiratio, de spirare, souffler, respirer : le Saint-Esprit est comme le souffle du Père et du Fils.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est l’œuvre attribuée spécialement au Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre attribuée spécialement au Saint-Esprit est la sanctification des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Père et le Fils nous sanctifient-ils comme le Saint Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les trois Personnes divines nous sanctifient également. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il en est ainsi, Pourquoi la sanctification des âmes est-elle attribuée spécialement au Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sanctification des âmes est attribuée spécialement au Saint-Esprit parce qu’elle est une œuvre d’amour et que les œuvres d’amour sont attribuées au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Saint-Esprit est-il descendu sur les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après la Résurrection de Jésus-Christ et dix jours après son Ascension. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où étaient les Apôtres pendant les dix jours qui précédèrent la Pentecôte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres étaient réunis dans le Cénacle en compagnie de la Sainte Vierge et des autres disciples, et ils persévéraient dans la prière, attendant l’Esprit Saint que Jésus-Christ leur avait promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produisit le Saint-Esprit dans les Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit confirma les Apôtres dans la foi, les remplit de lumière, de force, de charité et de l’abondance de tous ses dons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Saint-Esprit a-t-il été envoyé pour les seuls Apôtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit a été envoyé pour toute l’Église et pour chaque âme fidèle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le Saint-Esprit dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Saint-Esprit, comme l’âme dans le corps, vivifie l’Église par sa grâce et par ses dons ; il y établit le règne de la vérité et de l’amour ; il l’assiste pour qu’elle conduise sûrement ses fils dans la voie du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 10 : Le neuvième article.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article : La sainte Église catholique, la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième article du Credo nous enseigne, que Jésus-Christ a fondé sur la terre une société visible qui s’appelle l’Église catholique et que tous ceux qui font partie de cette Église sont en communion entre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après l’article qui traite du Saint-Esprit parle-t-on immédiatement de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après l’article qui traite du Saint-Esprit, on parle immédiatement de l’Église catholique pour indiquer que toute la sainteté de cette Église dérive de l’Esprit Saint qui est la source de toute sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire ce mot Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Église veut dire convocation ou réunion de personnes nombreuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui nous a convoqués ou appelés à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons été appelés à l’Église de Jésus-Christ par une grâce particulière de Dieu, afin qu’avec la lumière de la foi et par l’observation de la loi divine nous lui rendions le culte qui lui est dû et nous parvenions à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où se trouvent les membres de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de l’Église se trouvent partie au ciel, et ils forment l’Église triomphante ; partie au purgatoire et ils forment l’Église souffrante ; partie sur la terre, et ils forment l’Église militante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces diverses parties de l’Église constituent-elles une seule Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, ces diverses parties de l’Église constituent une seule Église et un seul corps, parce qu’elles ont le même chef qui est Jésus-Christ, le même esprit qui les anime et les unit, et la même fin qui est la félicité éternelle dont les uns jouissent déjà et que les autres attendent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quelle partie de l’Église se rapporte surtout ce neuvième article ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce neuvième article du Credo se rapporte surtout à &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Église militante, qui est l’Église dans laquelle nous sommes actuellement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’Église en particulier. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites précisément ce qui est nécessaire pour être membre de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être membre de l’Église, il est nécessaire d’être baptisé, de croire et professer la doctrine de Jésus-Christ, de participer aux mêmes sacrements, de reconnaître le Pape et les autres Pasteurs légitimes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les Pasteurs légitimes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs légitimes de l’Église sont le Pontife Romain, c’est-à-dire le Pape, qui est le Pasteur universel, et les Évêques De plus, les autres prêtres et spécialement les curés ont, sous la dépendance des Évêques et du Pape, leur part de l’office de pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que le Pontife Romain est le Pasteur universel de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que Jésus-Christ dit à saint Pierre le premier Pape : &amp;quot; Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le ciel. &amp;quot; Et il lui dit encore : &amp;quot; Pais mes agneaux, pais mes brebis. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tant de sociétés d’hommes baptisés qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent donc pas à l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, tous ceux qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent pas à l’Église de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on distinguer l’Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut distinguer la véritable Église de Jésus-Christ de tant de sociétés ou sectes fondées par les hommes et qui se disent chrétiennes, à quatre marques : elle est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que l’Église est Une ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Une, parce que ses fils, à quelque temps et à quelque lieu qu’ils appartiennent, sont unis entre eux dans la même foi, le même culte, la même loi et la participation aux mêmes sacrements, sous un même chef visible, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne pourrait-il pas y avoir plusieurs Églises ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne peut y avoir plusieurs Églises parce que, de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, une seule Foi et un seul Baptême, il n’y a et il ne peut y avoir qu’une seule véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais n’appelle-t-on pas aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un. diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle aussi Églises l’ensemble des fidèles d’une nation ou d’un diocèse, mais ce sont toujours des portions de l’Église universelle et elles forment avec elle une seule Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que la véritable Église est Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que la véritable Église est Sainte parce que Jésus-Christ, son chef invisible, est saint, que beaucoup de ses membres sont saints, que sa foi, sa loi, ses sacrements sont saints et qu’en dehors d’elle il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de véritable sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous l’Église Catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle la véritable Église Catholique, ce qui veut dire universelle, parce qu’elle embrasse les fidèles de tous les temps et de tous les lieux, de tout âge et de toute condition, et que tous les hommes du monde sont appelés à en faire partie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelle-t-on encore l’Église Apostolique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église Apostolique, parce qu’elle remonte sans interruption jusqu’aux Apôtres ; et parce qu’elle croit et enseigne tout ce qu’ont cru et enseigné les Apôtres ; et parce qu’elle est dirigée et gouvernée par leurs légitimes successeurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et pourquoi appelle-t-on encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle encore la véritable Église &amp;quot; Église Romaine &amp;quot;, parce que les quatre caractères de l’unité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité ne se rencontrent que dans l’Église qui reconnaît pour chef l’Évêque de Rome, successeur de saint Pierre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est constituée l’Église de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église de Jésus-Christ est constituée comme une société vraie et parfaite. En elle, comme dans une personne morale, on peut distinguer un corps et une âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’âme de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âme de l’Église consiste en ce qu’elle a d’intérieur et de spirituel, c’est-à-dire la foi, l’espérance, la charité, les dons de la grâce et de l’Esprit Saint et tous les trésors célestes qui en sont dérivés par les mérites du Christ Rédempteur et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et le corps de l’Église, en quoi consiste-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le corps de l’Église consiste en ce qu’elle a de visible et d’extérieur, comme l’association de ses fidèles, son culte, son ministère d’enseignement, son organisation extérieure et son gouvernement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas pour être sauvé d’être un membre quelconque de l’Église catholique, il faut en être un membre vivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les membres vivants de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres vivants de l’Église sont tous les justes et eux seuls, c’est-à-dire ceux qui sont actuellement en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et quels en sont les membres morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres morts de l’Église sont les fidèles qui se trouvent en état de péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on se sauver en dehors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, hors de l’Église Catholique, Apostolique, Romaine, nul ne peut se sauver, comme nul ne put se sauver du déluge hors de l’Arche de Noé qui était la figure de cette Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment donc se sont sauvés les anciens Patriarches, les Prophètes et tous les autres justes de l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les justes de l’Ancien Testament se sont sauvés en vertu de la foi qu’ils avaient au Christ à venir et par cette foi ils appartenaient déjà spirituellement à l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Mais celui qui, sans qu’il y ait de sa faute, se trouverait hors de l’Église, pourrait-il être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, se trouvant hors de l’Église sans qu’il y ait de sa faute ou de bonne foi, aurait reçu le Baptême ou en aurait le désir au moins implicite ; qui chercherait en outre sincèrement la vérité et accomplirait de son mieux la volonté de Dieu, bien que séparé du corps de l’Église, serait uni à son âme et par suite dans la voie du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait-il sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, tout en étant membre de l’Église catholique, n’en mettrait pas en pratique les enseignements, serait un membre mort de l’Église et, par suite, ne serait pas sauvé, parce que pour le salut d’un adulte il faut non seulement le Baptême et la foi, mais encore les œuvres conformes à la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne, et Jésus-Christ a déclaré que celui qui ne croit pas est déjà condamné. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous aussi obligés de faire tout ce que l’Église nous commande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés de faire tout ce que l’Église nous commande, car Jésus-Christ a dit aux pasteurs de l’Église : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle se tromper en ce qu’elle nous propose de croire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans ce qu’elle nous propose de croire, l’Église ne peut pas se tromper parce que, selon la promesse de Jésus-Christ, elle est toujours assistée par le Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique est donc infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église catholique est infaillible. Aussi, ceux qui rejettent ses définitions perdent la foi et deviennent hérétiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église catholique peut-elle être détruite ou périr ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non ; l’Église catholique peut être persécutée, mais elle ne peut être détruite ni périr. Elle durera jusqu’à la fin du monde parce que, jusqu’à la fin du monde, Jésus-Christ sera avec elle, comme il l’a promis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église catholique est-elle tant persécutée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église catholique est tant persécutée parce que son divin Fondateur fut aussi persécuté et parce qu’elle réprouve les vices, combat les passions et condamne toutes les injustices et toutes les erreurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les catholiques ont-ils encore d’autres devoirs envers l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout chrétien doit avoir pour l’Église un amour sans limites, se regarder comme heureux et infiniment honoré de lui appartenir, et travailler à sa gloire et à son accroissement par tous les moyens qui sont en son pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’Église enseignante et l’Église enseignée. ====&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune distinction entre les membres qui composent l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les membres qui composent l’Église, il y a une distinction très importante, car il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent, ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle la partie de l’Église qui enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui enseigne s’appelle Église enseignante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et la partie qui est enseignée, comment s’appelle-t-elle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La partie de l’Église qui est enseignée s’appelle Église enseignée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a établi cette distinction dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette distinction dans l’Église a été établie par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église enseignante et l’Église enseignée sont donc deux Églises distinctes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante et l’Église enseignée sont deux parties distinctes d’une seule et même Église, comme dans le corps humain la tête est distincte des autres membres, et cependant forme avec eux un corps unique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui se compose l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignante se compose de tous les Évêques, soit dispersés dans l’univers, soit réunis en concile, avec, à leur tête, le Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et l’Église enseignée de qui est-elle composée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église enseignée est composée de tous les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont donc les personnes qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont dans l’Église le pouvoir d’enseigner sont le Pape et les Évêques, et, sous leur dépendance, les autres ministres sacrés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’écouter l’Église enseignante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, sans aucun doute, nous sommes tous obligés d’écouter l’Église enseignante sous peine de damnation éternelle, car Jésus-Christ a dit aux Pasteurs de l’Église, en la personne des Apôtres : &amp;quot; Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise me méprise. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a-t-elle quelque autre pouvoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, en dehors de l’autorité d’enseigner, l’Église a spécialement le pouvoir d’administrer les choses saintes, de faire les lois et d’en exiger l’observation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique vient-il du peuple ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir qu’ont les membres de la hiérarchie ecclésiastique ne vient pas du peuple, et ce serait une hérésie de le dire : il vient uniquement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui appartient l’exercice de ces pouvoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’exercice de ces pouvoirs appartient uniquement au corps hiérarchique, c’est-à-dire au Pape et aux évêques qui lui sont soumis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Pape et Évêques ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape que nous appelons aussi le Souverain Pontife, ou encore le Pontife Romain, est le successeur de saint Pierre sur le siège de Rome, le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et le chef visible de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le successeur de saint pierre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le successeur de saint Pierre, parce que saint Pierre réunit en sa personne la dignité d’Évêque de Rome et de chef de l’Église, et que par un dessein de la Providence il établit son siège à Rome et y mourut Aussi celui qui est élu Évêque de Rome est aussi l’héritier de toute son autorité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le Vicaire de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le Vicaire de Jésus-Christ parce qu’il le représente sur la terre et qu’il tient sa place dans le gouvernement de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pontife Romain est-il le chef visible de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pontife Romain est le chef visible de l’Église, parce qu’il la dirige visiblement avec l’autorité même de Jésus-Christ qui en est le chef invisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est donc la dignité du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Pape est la plus grande de toutes les dignités de la terre, et elle lui donne un pouvoir suprême et immédiat sur tous les Pasteurs et les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pape peut-il se tromper en enseignant l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape ne peut pas se tromper, il est infaillible dans les définitions qui regardent la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif le Pape est-il infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible à cause de la promesse de Jésus-Christ et de l’assistance continuelle du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Église, une doctrine concernant la foi et les mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commettrait celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne croirait pas aux définitions solennelles du Pape ou même simplement en douterait, pécherait contre la foi, et s’il s’obstinait dans cette incrédulité, il ne serait plus catholique, mais hérétique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but Dieu a-t-il concédé au Pape le don de l’infaillibilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a concédé au Pape le don de l’infaillibilité afin que nous soyons tous sûrs et certains de la vérité que l’Église enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand fut-il défini que le Pape est infaillible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’infaillibilité du Pape fut définie par l’Église au Concile du Vatican, et si quelqu’un osait contredire cette définition, il serait hérétique et excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église en définissant l’infaillibilité du Pape, a-t-elle établi une nouveauté dans la foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, en définissant que le Pape est infaillible, l’Église n’a point établi une nouveauté dans la foi ; mais, pour s’opposer à de nouvelles erreurs, elle a défini que l’infaillibilité du Pape, contenue déjà dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition, est une vérité révélée de Dieu et que, par conséquent, il faut la croire comme un dogme ou un article de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment tout catholique doit-il se comporter à l’égard du Pape ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout catholique doit reconnaître le Pape comme le Père, le Pasteur et le Docteur universel, et lui demeurer uni d’esprit et de cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le Pape, quels sont, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pape, en vertu de l’institution divine, les personnages les plus vénérables dans l’Église sont les Évêques &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que sont les Évêques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques sont les pasteurs des fidèles, établis par l’Esprit Saint pour gouverner l’Église de Dieu sur les sièges qui leur sont confiés, sous la dépendance du Pontife Romain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est l’Évêque dans son propre diocèse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans son propre diocèse, l’Évêque est le Pasteur légitime, le Père, le Docteur, le supérieur de tous les fidèles, ecclésiastiques et laïques, qui appartiennent à ce diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque est-il appelé le Pasteur légitime ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque est appelé le Pasteur légitime parce que la juridiction, c’est-à-dire le pouvoir qu’il a de gouverner les fidèles de son propre diocèse lui a été conféré selon les règles et les lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui le Pape et les Évêques sont-ils les successeurs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pape est le successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, et les évêques sont les successeurs des Apôtres, en ce qui regarde le gouvernement ordinaire de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le fidèle doit-il rester uni avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit rester uni de cœur et d’esprit avec son Évêque, en grâce et en communion avec le Siège Apostolique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le fidèle doit-il se comporter avec son Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout fidèle, ecclésiastique et laïque, doit respecter, aimer et honorer son Évêque et lui prêter obéissance en tout ce qui se rapporte au soin des âmes et au gouvernement spirituel du diocèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auxiliaires de l’Évêque dans le soin des âmes sont les prêtres et principalement les curés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le curé est un prêtre délégué pour être à la tête d’une portion du diocèse appelée paroisse, et pour la diriger sous la dépendance de l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels devoirs ont les fidèles envers leur curé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent se tenir unis à leur curé, l’écouter docilement et lui témoigner respect et soumission en tout ce qui regarde le soin de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La communion des saints. ====&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le neuvième article du Credo par ces mots : la communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ces mots : la communion des saints, le neuvième article du Credo nous enseigne que dans l’Église, en vertu de l’union intime qui existe entre tous ses membres, tous les biens spirituels tant intérieurs qu’extérieurs qui leur appartiennent sont communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont dans l’Église les biens intérieurs communs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’Église, les biens intérieurs communs sont : la grâce reçue dans les sacrements, la foi, l’espérance, la charité, les mérites infinis de Jésus-Christ, les mérites surabondants de la Sainte Vierge et des Saints et le fruit de toutes les bonnes œuvres qui se font dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les biens extérieurs communs dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens extérieurs communs dans l’Église sont : les sacrements, le sacrifice de la sainte Messe, les prières publiques, les cérémonies religieuses et toutes les autres pratiques extérieures qui unissent ensemble les fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce que tous les fils de l’Église entrent dans cette communion de biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la communion des biens intérieurs entrent seulement les chrétiens qui sont en état de grâce ; ceux qui sont en état de péché mortel ne participent pas à tous ces biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ceux qui sont en état de péché mortel ne participent-ils pas à tous ces biens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que c’est la grâce de Dieu, vie surnaturelle de l’âme, qui unit les fidèles à Dieu et à Jésus-Christ comme ses membres vivants et qui les rend capables de faire des œuvres méritoires de la vie éternelle ; et parce que ceux qui se trouvent en état de péché mortel, n’ayant pas la grâce de Dieu, sont exclus de la communion parfaite des biens spirituels et ne peuvent faire des œuvres méritoires de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les chrétiens qui sont en état de péché mortel ne retirent donc aucun avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chrétiens qui sont en état de péché mortel retirent encore quelque avantage des biens intérieurs et spirituels de l’Église parce que, conservant le caractère du chrétien, qui est indélébile, et la vertu de la Foi qui est la racine de toute justification, ils sont aidés par les prières et les bonnes œuvres des fidèles à obtenir la grâce de la conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent-ils participer aux biens extérieurs de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui sont en état de péché mortel peuvent participer aux biens extérieurs de l’Église, pourvu qu’ils ne soient pas séparés de l’Église par l’excommunication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les membres de cette communion sont-ils, dans leur ensemble, appelés saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les membres de cette communion sont appelés saints, parce que tous sont appelés à la sainteté, que tous ont été sanctifiés par le Baptême et que beaucoup parmi eux sont déjà parvenus à la parfaite sainteté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La communion des saints s’étend-elle aussi au ciel et au purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, la communion des Saints s’étend aussi au ciel et au purgatoire, parce que la charité unit les trois Églises : triomphante, souffrante et militante ; et les Saints prient Dieu pour nous et pour les âmes du purgatoire, et nous-mêmes nous rendons gloire et honneur aux Saints et nous pouvons soulager les âmes du purgatoire en appliquant en leur faveur messes, aumônes, indulgences et autres bonnes œuvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Ceux qui sont hommes d’Église ====&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui n’appartiennent pas à la Communion des saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui n’appartiennent pas à la communion des saints sont dans l’autre vie les damnés, et en cette vie ceux qui n’appartiennent ni à l’âme ni au corps de l’Église, c’est-à-dire ceux qui sont en état de péché mortel et se trouvent hors de la véritable Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui se trouvent hors de la véritable Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui se trouvent hors de la véritable Église sont les infidèles, les juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les infidèles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les infidèles sont ceux qui ne sont pas baptisés et qui ne croient pas en Jésus-Christ ; soit qu’ils croient à de fausses divinités et les adorent, comme les idolâtres ; soit que tout en admettant le seul vrai Dieu ils ne croient pas au Christ Messie, venu en la personne de Jésus-Christ ou encore à venir : tels sont les mahométans et autres semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les juifs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les juifs sont ceux qui professent la loi de Moise : ils n’ont pas reçu le Baptême et ne croient pas en Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les hérétiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hérétiques sont les baptisés qui refusent avec obstination de croire quelque vérité révélée de Dieu et enseignée comme de foi par l’Église catholique : par exemple, les ariens, les nestoriens et les diverses sectes du protestantisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les apostats ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apostats sont ceux qui abjurent ou renient par un acte extérieur la foi catholique qu’ils professaient auparavant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les schismatiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les schismatiques sont les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Église de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont ceux qui, pour des fautes graves, sont frappés d’excommunication par le Pape ou l’Évêque, et sont par suite, comme des indignes, séparés du corps de l’Église, qui attend et désire leur conversion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on craindre l’excommunication ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit craindre beaucoup l’excommunication, car c’est la peine la plus grave et la plus terrible que l’Église puisse infliger à ses fils rebelles et obstinés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels biens sont privés les excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les excommuniés sont privés des prières publiques, des sacrements, des indulgences, et exclus de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous être de quelque secours aux excommuniés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons être de quelque secours aux excommuniés et à tous les autres qui sont hors de la véritable &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Église, par des avis salutaires, par des prières et des bonnes œuvres, suppliant Dieu que, par sa miséricorde, il leur fasse la grâce de se convertir à la foi et d’entrer dans la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 11 : Le dixième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dixième article : La rémission des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième article du Credo nous enseigne que Jésus-Christ a laissé à son Église le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’Église peut-elle remettre toute sorte de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, l’Église peut remettre tous les péchés, si nombreux et si graves qu’ils soient, car Jésus-Christ lui a donné plein pouvoir de lier et de délier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui dans l’Église exercent ce pouvoir de remettre les péchés sont en premier lieu le Pape, qui seul possède la plénitude de ce pouvoir ; puis les Évêques, et sous la dépendance des Évêques, les prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église remet-elle les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église remet les péchés par les mérites de Jésus-Christ, en conférant les sacrements qu’il a institués à cette fin, principalement le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 12 : Le onzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le onzième article : La résurrection de la chair ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le onzième article du Credo nous enseigne que tous les hommes ressusciteront, chaque âme reprenant le corps qu’elle avait en cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection des morts se fera par la vertu de Dieu tout-puissant à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand arrivera la résurrection des morts ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La résurrection de tous les morts arrivera à la fin du Inonde et ensuite aura lieu le jugement général. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu veut-il la résurrection des corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu veut la résurrection des corps afin que l’âme, ayant fait le bien et le mal quand elle était unie au corps, soit encore avec lui pour la récompense ou le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les hommes ressusciteront-ils tous de la même manière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il y aura une très grande différence entre les corps des élus et les corps des damnés ; car, seuls, les corps des élus auront à la ressemblance de Jésus-Christ ressuscité, les propriétés des corps glorieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont ces propriétés qui orneront les corps des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les propriétés qui orneront les corps glorieux des élus sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’impassibilité, par laquelle ils ne pourront plus être sujets aux maux ni aux douleurs d’aucune sorte, ni au besoin de nourriture, de repos ou de quoi que ce soit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la clarté, par laquelle, ils resplendiront comme autant de soleils et d’étoiles ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’agilité, par laquelle ils pourront se transporter en un moment et sans fatigue d’un lieu à un autre et de la terre au ciel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la subtilité, par laquelle, sans obstacle, ils pourront traverser tous les corps, comme fit Jésus-Christ ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment seront les corps des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les corps des damnés seront privés des propriétés glorieuses des corps des Bienheureux et porteront la marque horrible de leur éternelle réprobation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 13 : Le douzième article. ===&lt;br /&gt;
''Que nous enseigne le dernier article : La vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dernier article du Credo nous enseigne qu’après la vie présente il y a une autre vie, ou éternellement heureuse pour les élus dans le paradis, ou éternellement malheureuse pour les damnés dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre le bonheur du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons comprendre le bonheur du paradis, parce qu’il surpasse les connaissances de notre esprit borné, et parce que les biens du ciel ne peuvent pas se comparer aux biens de ce monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bonheur des élus ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bonheur des élus consiste à voir, à aimer et à posséder pour toujours Dieu, source de tout bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le malheur des damnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le malheur des damnés consiste à être toujours privés de la vue de Dieu et punis par d’éternels tourments dans l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis et les maux de l’enfer sont-ils seulement pour les âmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis et les maux de l’enfer ne sont en ce moment que pour les âmes, parce qu’en ce moment il n’y a que les âmes qui soient au paradis ou en enfer ; mais après la résurrection de la chair, les hommes, dans la plénitude de leur nature, c’est-à-dire en corps et en âme, seront ou heureux ou tourmentés pour toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les biens du paradis seront-ils égaux pour les élus et les maux de l’enfer égaux pour les condamnés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens du paradis pour les élus et les maux de l’enfer pour les damnés seront égaux dans leur substance et leur éternelle durée ; mais, dans la mesure ou le degré, ils seront plus grands ou moindres selon les mérites et les démérites de chacun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Amen à la fin du Credo ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Amen à la fin des prières signifie : &amp;quot; Ainsi soit-il &amp;quot;. A la fin du Credo il signifie &amp;quot; Il en est ainsi &amp;quot;, c’est-à-dire : je crois à la vérité absolue de tout ce que contiennent ces douze articles et j’en suis plus certain que si je le voyais de mes propres yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== 2e partie : La prière.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : La prière en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la seconde partie de la Doctrine Chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la seconde partie de la Doctrine chrétienne il est question de la prière en général et, en particulier, du Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière est une élévation de l’esprit vers Dieu pour l’adorer, pour le remercier et pour lui demander ce dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la prière en prière mentale et en prière vocale. La prière ou oraison mentale est celle qui ne se fait qu’avec l’esprit ; la prière vocale est celle qui se fait avec des paroles accompagnées de l’attention de l’esprit et de la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une autre façon de diviser la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut encore, à un autre point de vue, diviser la prière en prière privée et en prière publique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière privée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière privée est celle que chacun fait en particulier pour soi-même ou pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la prière publique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière publique est celle qui est faite par les ministres sacrés, au nom de l’Église et pour le salut du peuple fidèle. On peut aussi appeler publique la prière faite en commun et publiquement par les fidèles, comme dans les processions dans les pèlerinages et dans l’église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avons-nous un espoir fondé d’obtenir par la prière les secours et les grâces dont nous avons besoin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’espoir d’obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin est fondé sur les promesses de Dieu, tout-puissant, très miséricordieux et très fidèle, et sur les mérites de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Au nom de qui devons-nous demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires au nom de Jésus-Christ, comme lui-même nous l’a enseigné et selon la pratique de l’Église qui termine toujours ses prières par ces mots : per Dominum nostrum Jesum Christum, c’est-à-dire : par Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous demander à Dieu les grâces au nom de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons demander les grâces au nom de Jésus-Christ, parce qu’il est notre médiateur et que c’est seulement par lui que nous pouvons avoir accès au trône de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la prière a tant de vertu comment se fait-il que si souvent nos prières ne sont pas exaucées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien souvent nos prières ne sont pas exaucées, soit parce que nous demandons des choses qui ne conviennent pas à notre salut éternel, soit parce que nous ne prions pas comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les choses que nous devons principalement demander à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons principalement demander à Dieu sa gloire, notre salut éternel et les moyens pour y arriver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander aussi les biens temporels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander aussi à Dieu les biens temporels, mais toujours à la condition qu’ils soient conformes à sa très sainte volonté et qu’ils ne soient pas un empêchement pour notre salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si Dieu sait tout ce qui nous est nécessaire pourquoi doit-on prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que Dieu sache tout ce qui nous est nécessaire, il veut cependant que nous le priions pour reconnaître que c’est lui qui donne tous les biens, pour lui témoigner notre humble soumission et pour mériter ses faveurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la première et la meilleure disposition pour rendre nos prières efficaces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première et la meilleure disposition pour rendre efficaces nos prières est d’être en état de grâce ou, si nous n’y sommes pas, de désirer au moins nous remettre dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres dispositions faut-il avoir pour bien prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien prier, les dispositions spécialement requises sont le recueillement, l’humilité, la confiance la persévérance et la résignation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est penser que nous parlons à Dieu, et, en conséquence, nous devons prier avec tout le respect et la dévotion possible, évitant de notre mieux les distractions, c’est-à-dire toute pensée étrangère à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les distractions diminuent-elles le mérite de la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, quand c’est nous-mêmes qui les provoquons ou que nous ne les repoussons pas avec empressement. Mais si nous faisons tout notre possible pour être recueillis en Dieu, alors les distractions ne diminuent pas le mérite de notre prière, elles peuvent même l’accroître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour prier avec recueillement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons, avant la prière, éloigner toutes les occasions de distractions, et pendant la prière, nous devons penser que nous sommes en la présence de Dieu qui nous voit et nous écoute. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec humilité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire reconnaître sincèrement notre indignité, notre impuissance et notre misère, accompagnant la prière de l’attitude modeste de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec confiance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons avoir la ferme espérance d’être exaucés, s’il doit en résulter la gloire de Dieu et notre vrai bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec persévérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous ne devons pas nous lasser de prier si Dieu ne nous exauce pas tout de suite, mais que nous devons continuer à prier avec encore plus de ferveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire prier avec résignation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela veut dire que nous devons nous conformer à la volonté de Dieu, qui connaît mieux que nous ce qui est nécessaire à notre salut éternel, même dans le cas où nos prières ne seraient pas exaucées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu exauce-t-il toujours les prières bien faites ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu exauce toujours les prières bien faites, mais de la manière qu’il sait être la plus utile à notre salut éternel, et pas toujours selon notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière nous fait reconnaître notre dépendance en toutes choses à l’égard de Dieu, le suprême Seigneur, nous fait penser aux choses célestes, nous fait avancer dans la vertu, nous obtient de Dieu miséricorde, nous fortifie dans les tentations, nous réconforte dans les tribulations, nous aide dans nos besoins et nous obtient la grâce de la persévérance finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous devons spécialement prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier spécialement dans les périls, dans les tentations et au moment de la mort ; de plus, nous devons prier fréquemment, et il est bon de le faire matin et soir et au commencement des actions importantes de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour qui devons-nous prier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons prier pour tous ; c’est-à-dire pour nous-mêmes, pour nos parents, supérieurs, bienfaiteurs, amis et ennemis ; pour la conversion des pauvres pécheurs, de ceux qui sont hors de la véritable Église, et pour les âmes saintes du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : L’oraison dominicale.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’oraison dominicale en général. ====&lt;br /&gt;
''Quelle est la prière vocale la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La prière vocale la plus excellente est celle que Jésus-Christ lui-même nous a enseignée, c’est-à-dire le Pater noster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il la prière la plus excellente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est la prière la plus excellente, parce que c’est Jésus-Christ lui-même qui l’a composée et qui nous l’a enseignée ; parce qu’elle contient clairement en peu de paroles tout ce que nous pouvons espérer de Dieu, et parce qu’elle est la règle et le modèle de toutes les autres prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Pater noster est-il aussi la prière la plus efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est aussi la prière la plus efficace parce qu’elle est la plus agréable à Dieu, étant composée des paroles mêmes que nous a dictées son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le Pater noster est-il appelé oraison dominicale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pater noster est appelé Oraison dominicale, ce qui veut dire prière du Seigneur, précisément parce que c’est Jésus-Christ qui nous l’a enseignée de sa propre bouche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de demandes dans le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Pater noster il y a sept demandes précédées d’un préambule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Récitez le Pater noster ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Père, qui êtes aux cieux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Que votre nom soit sanctifié, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Que votre règne arrive, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Et ne nous laissez pas succomber à la tentation, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Mais délivrez-nous du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi en invoquant Dieu au commencement de l’Oraison dominicale, l’appelons-nous notre Père ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au commencement de l’Oraison dominicale nous appelons Dieu notre Père pour réveiller notre confiance en son infinie bonté, puisque nous sommes ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous dire que nous sommes les enfants de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes les enfants de Dieu parce qu’il nous a créés à son image et qu’il nous conserve et nous gouverne par sa providence, et parce qu’il nous a, par une bienveillance spéciale, adoptés dans le Baptême comme les frères de Jésus-Christ et les cohéritiers avec lui de l’éternelle gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelons-nous Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot; ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons Dieu &amp;quot; notre Père &amp;quot; et non pas &amp;quot; mon Père &amp;quot;, parce que tous nous sommes ses enfants et que nous devons par suite nous regarder et nous aimer tous comme des frères et prier les uns pour les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu est partout ; pourquoi lui disons-nous donc : qui êtes aux cieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu est partout ; mais nous disons : &amp;quot; Notre Père qui êtes aux cieux &amp;quot; pour élever nos cœurs vers le ciel où Dieu se manifeste dans la gloire à ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La première demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la première demande : que votre nom soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la première demande : que votre nom soit sanctifié, nous demandons que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde et par nous en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous en demandant que Dieu soit connu, aimé, honoré et servi par tout le monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous entendons demander que les infidèles arrivent à la connaissance du vrai Dieu, que les hérétiques reconnaissent leurs erreurs, que les schismatiques reviennent à l’unité de l’Église, que les pécheurs se corrigent et que les justes persévèrent dans le bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi, avant toute autre chose, demandons-nous que le nom de Dieu soit sanctifié ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant toute autre chose nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié, parce que la gloire de Dieu doit nous tenir plus à cœur que tous nos biens et avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous procurer la gloire de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons procurer la gloire de Dieu par la prière, le bon exemple, et en dirigeant vers lui toutes nos pensées, nos sentiments et nos actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. La seconde demande. ====&lt;br /&gt;
''Qu’entendons-nous par règne de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par règne de Dieu nous entendons un triple règne spirituel, c’est-à-dire le règne de Dieu en nous ou le règne de la grâce ; le règne de Dieu sur la terre, c’est-à-dire la sainte Église catholique, et le règne de Dieu dans les cieux, ou le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la grâce nous demandons que Dieu règne en nous par sa grâce sanctifiante, par laquelle il se complaît à résider en nous comme un roi dans son palais ; et de nous tenir unis à lui par les vertus de foi, d’espérance et de charité qui sont le règne de Dieu dans notre intelligence, notre cœur et notre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à l’Église nous demandons qu’elle s’étende et se propage toujours davantage dans le monde entier pour le salut des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les mots : que votre règne arrive, par rapport à la gloire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par rapport à la gloire nous demandons de pouvoir être un jour admis dans le saint Paradis pour lequel nous avons été créés et où nous serons pleinement heureux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La troisième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième demande : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, nous demandons la grâce de faire en toute chose la volonté de Dieu, en obéissant à ses saints commandements aussi promptement que les anges et les saints lui obéissent dans le ciel. Nous demandons encore la grâce de correspondre aux divines inspirations, et de vivre résignés à la volonté de Dieu quand il nous envoie des tribulations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est aussi nécessaire d’accomplir la volonté de Dieu qu’il est nécessaire d’atteindre le salut éternel, car Jésus-Christ a dit que celui-là seul entrera dans le royaume des cieux qui aura fait la volonté de son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment pouvons-nous connaître la volonté de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons connaître la volonté de Dieu spécialement par la voix de l’Église et de nos supérieurs spirituels établis par Dieu pour nous guider dans la voie du salut. Nous pouvons aussi connaître cette très sainte volonté par les divines inspirations et par les circonstances mêmes dans lesquelles le Seigneur nous a placés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous toujours reconnaître la volonté de Dieu dans les événements heureux et malheureux de notre vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les événements tant heureux que malheureux de notre vie nous devons toujours reconnaître la volonté de Dieu, qui dispose ou permet tout pour notre bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La quatrième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième demande : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire chaque jour pour l’âme et pour le corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre âme nous demandons à Dieu qu’il entretienne sa vie spirituelle, c’est-à-dire que nous prions le Seigneur qu’il nous donne sa grâce dont nous avons continuellement besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se nourrit la vie de notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vie de l’âme se nourrit spécialement par l’aliment de la divine parole et par le très saint Sacrement de l’autel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous à Dieu pour notre corps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour notre corps nous demandons ce qui est nécessaire à l’entretien de la vie temporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous aujourd’hui notre pain et ne disons-nous pas plutôt : donnez-nous aujourd’hui le pain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous aujourd’hui notre pain, et non : donnez-nous aujourd’hui le pain, pour exclure tout désir du bien d’autrui. Nous prions donc le Seigneur qu’il nous aide dans les gains justes et permis, pour que nous nous procurions notre nourriture par nos fatigues, sans larcin ni fraude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : donnez-nous notre pain, et non donnez-moi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : donnez-nous au lieu de donnez-moi pour nous rappeler que, les biens nous venant de Dieu, s’il nous en donne en abondance il le fait pour que nous en donnions le superflu aux pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ajoutons-nous quotidien'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ajoutons quotidien parce que nous devons désirer ce qui nous est nécessaire pour vivre et non pas l’abondance des aliments et des biens de la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifie de plus le mot aujourd’hui dans la quatrième demande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot aujourd’hui signifie que nous ne devons pas être trop préoccupés de l’avenir, mais demander ce qui nous est nécessaire pour le moment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. La cinquième demande. ====&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous dans la cinquième demande : pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la cinquième demande : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés nous demandons à Dieu qu’il nous pardonne nos péchés, comme nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi nos péchés sont-ils appelés des dettes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos péchés sont appelés des dettes parce qu’à cause d’eux, nous devons satisfaire à la divine Justice soit en cette vie le soit en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne pardonnent pas au prochain peuvent-ils espérer que Dieu leur pardonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne pardonnent pas au Prochain n’ont aucune raison d’espérer que Dieu leur pardonne, d’autant plus qu’ils se condamnent eux-mêmes en disant à Dieu de leur pardonner comme ils pardonnent au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La sixième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la sixième demande : et ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous demandons à Dieu de nous délivrer des tentations, soit en ne permettant pas que nous soyons tentés, soit en nous donnant la grâce de n’être pas vaincus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tentation est une excitation au péché qui nous vient soit du démon, soit des méchants, soit de nos passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché d’avoir des tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ce n’est pas un péché d’avoir des tentations, mais c’est un péché d’y consentir ou de s’exposer volontairement au danger d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons tentés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu permet que nous soyons tentés pour éprouver notre fidélité, pour faire grandir nos vertus et pour accroître nos mérites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour éviter les tentations ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour éviter les tentations nous devons fuir les occasions dangereuses, garder nos sens, recevoir souvent les sacrements et recourir à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. La septième demande. ====&lt;br /&gt;
''Quel est l’objet de la septième demande : mais délivrez nous du mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la septième demande : mais délivrez-nous du mal, nous demandons à Dieu qu’il nous délivre des maux passés, présents et futurs, et spécialement du plus grand de tous les maux qui est le péché et de la damnation éternelle qui en est le châtiment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi disons-nous : délivrez-nous du mal, et non des maux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons : délivrez-nous du mal, et non des maux, parce que nous ne devons pas désirer être exempts de tous les maux de cette vie, mais seulement de ceux qui sont nuisibles à notre âme : aussi nous demandons d’être délivrés du mal en général, c’est-à-dire de tout ce que Dieu voit être un mal pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, par exemple d’une maladie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, il est permis de demander d’être délivré de quelque mal en particulier, mais toujours en nous en remettant à la volonté de Dieu qui peut aussi faire tourner cette tribulation à l’avantage de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi nous sont utiles les tribulations que Dieu nous envoie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les tribulations que Dieu nous envoie nous sont utiles pour faire pénitence de nos fautes, pour éprouver nos vertus et surtout pour imiter Jésus-Christ notre chef, à qui il est juste que nous nous conformions dans les souffrances si nous voulons avoir part à sa gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire Amen à la fin du Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Amen veut dire : Ainsi soit-il, ainsi je le désire, ainsi je prie le Seigneur et ainsi j’espère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster suffit-il de le réciter d’une manière quelconque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour obtenir les grâces demandées dans le Pater noster, il faut le réciter sans hâte, avec attention et avec la dévotion du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous dire le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons dire le Pater chaque jour, parce que chaque jour nous avons besoin du secours de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : L’Ave maria. ===&lt;br /&gt;
''Quelle prière avons-nous coutume de dire après le Pater ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le Pater nous disons la Salutation angélique, c’est-à-dire l’Ave Maria par lequel nous recourons à la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Ave Maria est-il appelé Salutation angélique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ave Maria est appelé Salutation angélique parce qu’il commence par le salut que l’archange Gabriel adressa à la Vierge Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’Ave Maria sont en partie de l’archange Gabriel, en partie de sainte Elisabeth, en partie de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de l’archange Gabriel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de l’archange Gabriel sont : Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que l’Ange dit à Marie ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ange adressa ces paroles à Marie quand il vint de la part de Dieu lui annoncer le mystère de l’Incarnation qui devait s’opérer en elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que pensons-nous faire en saluant la très sainte Vierge avec les paroles mêmes de l’Archange ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En saluant la Très Sainte Vierge avec les paroles de l’Archange nous nous réjouissons avec elle, rappelant les dons et les privilèges singuliers dont Dieu l’a favorisée de préférence à toutes les autres créatures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les paroles de sainte Elisabeth ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les paroles de sainte Elisabeth sont : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de votre sein est béni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que sainte Elisabeth dit ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sainte Elisabeth dit ces paroles par l’inspiration de Dieu, lorsque, trois mois avant de donner le jour à saint Jean-Baptiste, elle fut visitée par la Très Sainte Vierge qui déjà portait dans son sein son divin Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faisons-nous en disant ces paroles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant les paroles de sainte Elisabeth, nous nous réjouissons avec la Très Sainte Vierge de son éminente dignité de Mère de Dieu, nous bénissons Dieu et le remercions de nous avoir donné Jésus-Christ par Marie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui sont les autres paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les autres paroles de l’Ave Maria ont été ajoutées par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que demandons-nous par les dernières paroles de l’Ave Maria ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les dernières paroles de l’Ave Maria nous demandons la protection de la Très Sainte Vierge au cours de cette vie et spécialement à l’heure de la mort, où nous en aurons le plus grand besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi après le Pater disons-nous l’Ave Maria plutôt que toute autre prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que la Très Sainte Vierge est notre Avocate la plus puissante auprès de Jésus-Christ. Aussi, après avoir dit la prière que nous a enseignée Jésus-Christ, nous prions la Très Sainte Vierge de nous obtenir les grâces que nous avons demandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif la très sainte Vierge est-elle si puissante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Très Sainte Vierge est si puissante parce qu’elle est la Mère de Dieu et qu’il est impossible qu’il ne l’exauce pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous enseignent les Saints sur la dévotion à Marie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet de la dévotion à Marie, les Saints nous enseignent que ses vrais dévots sont aimés d’Elle, qu’elle les protège avec l’amour de la plus tendre des Mères et que par elle ils sont certains de trouver Jésus et d’obtenir le paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle dévotion en l’honneur de Marie l’Église recommande-t-elle tout spécialement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dévotion que l’Église recommande d’une façon toute spéciale en l’honneur de la Très Sainte Vierge est la récitation du saint Rosaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’invocation des Saints. ===&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de recourir à l’intercession des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de prier les Saints et tout chrétien doit le faire. Nous devons prier particulièrement nos Anges Gardiens, saint Joseph, Patron de l’Église, les saints Apôtres, les Saints dont nous portons le nom et les Saints Protecteurs du diocèse et de la paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux Saints, il y a cette différence que nous prions Dieu afin que, comme auteur des grâces, il nous donne les biens et nous délivre des maux, et nous prions les Saints afin qu’ils intercèdent pour nous comme nos avocats auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, que voulons-nous dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous disons qu’un Saint a fait une grâce, nous voulons dire que ce Saint l’a obtenue de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== 3e partie : Les commandements de Dieu et de l’Église  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les commandements de Dieu en général. ===&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la troisième partie de la Doctrine chrétienne il est question des commandements de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de commandements dans la loi de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandement de la loi de Dieu sont au nombre de dix : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis le Seigneur ton Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Rappelle-toi de sanctifier les fêtes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Honore ton père et ta mère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Tu ne tueras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Tu ne feras pas d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Tu ne voleras pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Tu ne diras pas de faux témoignage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 Tu ne désireras pas la femme d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 Tu ne désireras pas le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les commandements de Dieu ont-ils reçu ce nom ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de Dieu ont reçu ce nom parce que c’est Dieu lui-même qui les a imprimés dans l’âme de tout homme, qui les a promulgués sur le mont Sinaï dans la loi ancienne gravée sur deux tables de pierre, et c’est Jésus-Christ qui les a confirmés dans la loi nouvelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la première table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la première table sont les trois premiers, qui regardent directement Dieu et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les commandements de la seconde table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les commandements de la seconde table sont les sept derniers, qui regardent le prochain et les devoirs que nous avons envers lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes tous obligés d’observer les commandements parce que tous nous devons vivre selon la volonté de Dieu qui nous a créés, et qu’il suffit d’en violer gravement un seul pour mériter l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous observer les commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvons certainement observer les commandements de Dieu parce que Dieu ne nous commande rien d’impossible, et qu’il donne la grâce de les observer à qui la demande comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il considérer d’une manière générale en chaque commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans chaque commandement il faut considérer la partie positive et la partie négative, c’est-à-dire ce qu’il nous commande et ce qu’il nous défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les commandements qui regardent Dieu.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le premier commandement. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit au commencement : Je suis le Seigneur ton Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tête des commandements il est dit : Je suis le Seigneur ton Dieu pour que nous sachions que Dieu, étant notre Créateur et Seigneur, peut nous commander ce qu’il veut et que nous, ses créatures, nous sommes tenus de lui obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que Dieu nous ordonne par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du premier commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu en ma présence, Dieu nous ordonne de reconnaître, d’adorer, d’aimer et de servir Lui seul comme notre souverain Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment accomplit-on le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On accomplit le premier commandement par l’exercice du culte intérieur et du culte extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte intérieur est l’honneur que l’on rend à Dieu avec les seules facultés de l’esprit, c’est-à-dire avec l’intelligence et la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le culte extérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le culte extérieur est l’hommage que l’on rend à Dieu au moyen d’actes extérieurs et d’objets sensibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne suffit-il pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il ne suffit pas d’adorer Dieu intérieurement dans son cœur ; il faut l’adorer aussi extérieurement, avec son esprit comme avec son corps, parce qu’il est le Créateur et le Seigneur absolu de l’un et de l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le culte extérieur peut-il subsister sans le culte intérieur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le culte extérieur ne peut absolument pas subsister sans le culte intérieur, parce que s’il n’en est pas accompagné, il reste privé de vie, de mérite et d’efficacité, comme un corps sans âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend l’idolâtrie. la superstition, le sacrilège, l’hérésie et tout autre pêché contre la religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’idolâtrie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle idolâtrie le fait de rendre à quelque créature, par exemple à une statue, à une image, à un homme, le culte suprême d’adoration qui n’est dû qu’à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se trouve exprimée cette défense dans la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la Sainte Écriture, on trouve cette défense exprimée par les mots : &amp;quot; Tu ne feras pas de sculpture, ni aucune représentation de ce qui est là-haut dans le ciel et ici-bas sur la terre. Et tu n’adoreras pas ces choses, tu ne leur rendras aucun culte. &amp;quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ces paroles défendent-elles toutes sortes d’images ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non certainement : mais seulement celles des fausses divinités, faites dans un but d’adoration, comme faisaient les idolâtres. Cela est si vrai que Dieu lui-même commanda à Moïse d’en faire quelques-unes, comme les deux statues de chérubins qui étaient sur l’arche et le serpent d’airain dans le désert. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la superstition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle superstition toute dévotion contraire à la doctrine et à l’usage de l’Église, comme aussi le fait d’attribuer à une action ou à une chose quelconque une vertu surnaturelle qu’elle n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrilège est la profanation d’un lieu, d’une personne ou d’une chose consacrée à Dieu et destinée à son culte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’hérésie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hérésie est une erreur coupable de l’intelligence par laquelle on nie avec obstination quelque vérité de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses défend le premier commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier commandement nous défend encore d’avoir commerce avec le démon et de nous agréger aux sectes antichrétiennes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettra-t-il un grave péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui recourrait au démon ou l’invoquerait commettrait un péché énorme, parce que le démon est le plus pervers des ennemis de Dieu et de l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis d’interroger les tables qu’on appelle parlantes ou écrivantes, ou de consulter de quelque façon que ce soit les âmes des trépassés par le spiritisme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les pratiques du spiritisme sont défendues, parce qu’elles sont superstitieuses et que souvent elles ne sont pas exemptes d’intervention diabolique : aussi ont-elles été justement interdites par l’Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le premier commandement défend peut-être d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas défendu d’honorer et d’invoquer les Anges et les Saints ; nous devons même le faire, parce que c’est une chose bonne, utile et hautement recommandée par l’Église, car ils sont les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Puisque Jésus-Christ est notre unique Médiateur auprès de Dieu pourquoi recourons-nous aussi à l’intercession de la très Sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est notre Médiateur auprès de Dieu, parce que, étant vrai Dieu et vrai homme, lui seul en vertu de ses propres mérites nous a réconciliés avec Dieu et nous obtient de lui toutes les grâces. Mais la Sainte Vierge et les Saints, en vertu des mérites de Jésus-Christ et par la charité qui les unit à Dieu et à nous, nous aident par leur intercession à obtenir les grâces que nous demandons. Et c’est là un des grands biens de la communion des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous aussi honorer les saintes images de Jésus-Christ et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, parce que l’honneur que l’on rend aux saintes images de Jésus-Christ et des Saints est rapporté à leurs personnes mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et les reliques des Saints peut-on les honorer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, on doit aussi honorer les reliques des Saints, parce que leurs corps furent les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit, et qu’ils doivent ressusciter glorieux à une vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le culte que nous rendons à Dieu et le culte que nous rendons aux Saints il y a cette différence que Dieu, nous l’adorons pour son excellence infinie ; les Saints au contraire, nous ne les adorons pas, mais nous les honorons et nous les vénérons comme les amis de Dieu et nos intercesseurs auprès de Lui. Le culte que nous rendons à Dieu S’appelle culte de latrie c’est-à-dire l’adoration, et le culte que nous rendons aux Saints s’appelle culte de dulie c’est-à-dire de vénération pour les serviteurs de Dieu ; enfin le culte particulier que nous rendons à la Très Sainte Vierge s’appelle culte d’hyperdulie c’est-à-dire de vénération toute spéciale, comme pour la Mère de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le second commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le second commandement : Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement : &amp;quot; Tu n’emploieras pas en vain le nom de Dieu &amp;quot; nous défend : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 d’employer le nom de Dieu sans respect ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 de blasphémer contre Dieu, contre la Très Sainte Vierge et contre les Saints ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de faire des jurements faux et sans nécessité ou défendus à quelque titre que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que employer le nom de Dieu sans respect ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employer le nom de Dieu sans respect, c’est prononcer ce saint nom et tout ce qui se rapporte d’une manière spéciale à Dieu, comme le nom de Jésus, de Marie et des Saints, par colère, par plaisanterie ou de toute autre manière peu respectueuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le blasphème ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le blasphème est un horrible péché qui consiste en paroles ou actes de mépris ou de malédiction contre Dieu, la sainte Vierge, les Saints, ou contre les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il une différence entre le blasphème et l’imprécation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une différence, parce que dans le blasphème on lance la malédiction ou on désire le mal à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints ; tandis que dans l’imprécation c’est à soi-même ou au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jurer, c’est prendre Dieu à témoin de la vérité de ce qu’on dit ou de ce qu’on promet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours défendu de jurer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas toujours défendu de jurer ; c’est permis et même un honneur rendu à Dieu quand il y a nécessité et que le jurement est fait avec vérité, discernement et justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec vérité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on affirme avec serment ce que l’on sait ou que l’on croit être faux, et quand on promet avec serment ce que l’on n’a pas l’intention d’accomplir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec discernement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure sans prudence et sans mûre réflexion ou pour des choses de peu d’importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’on ne jure pas avec justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on jure de faire une chose qui n’est pas juste ou permise, comme de se venger, de voler et autres choses semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir le serment de faire des choses injustes ou défendues ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement nous n’y sommes pas obligés, mais nous pécherions en les faisant parce qu’elles sont défendues par la loi de Dieu ou de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui jure à faux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui jure à faux commet un péché mortel parce qu’il déshonore gravement Dieu, vérité infinie, en le prenant à témoin d’une chose fausse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second commandement nous ordonne d’honorer le saint nom de Dieu et d’accomplir non seulement les serments, mais encore les vœux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’un vœu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vœu est la promesse faite à Dieu d’une chose bonne, possible pour nous, et meilleure que son contraire, à laquelle nous nous obligeons comme si elle nous était commandée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’accomplissement d’un vœu devenait en tout ou en partie très difficile, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut demander la commutation ou la dispense du vœu à son Évêque ou au Souverain Pontife, selon l’importance du vœu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de manquer aux vœux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manquer aux vœux est un péché. Aussi nous ne devons pas faire de vœux sans une mûre réflexion et, ordinairement, sans le conseil du confesseur ou d’une autre personne prudente, afin de ne pas nous exposer au péril de pécher. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on faire des vœux à la Sainte Vierge et aux Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait les vœux seulement à Dieu ; cependant on peut promettre à Dieu de faire quelque chose en l’honneur de la Sainte Vierge ou des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le troisième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement : Rappelle-toi de sanctifier les fêtes, nous ordonne d’honorer Dieu par les pratiques du culte les jours de fête. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ancienne loi, c’étaient le jour du sabbat et les autres jours particulièrement solennels pour le peuple hébreu ; dans la loi nouvelle, ce sont les dimanches et autres solennités établies par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la loi nouvelle sanctifie-t-on le dimanche au lieu du samedi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dimanche, qui signifie jour du Seigneur a été substitué au samedi, parce que c’est à pareil jour que Jésus-Christ Notre Seigneur est ressuscité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la pratique du culte qui nous est commandée aux jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous est commandé d’assister dévotement au saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quelles autres pratiques un bon chrétien sanctifie-t-il les fêtes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien sanctifie les fêtes : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en assistant à la Doctrine chrétienne, aux prédications et aux offices ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 en recevant souvent avec les dispositions convenables les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 en se livrant à la prière et aux œuvres de charité chrétienne envers le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le troisième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième commandement nous défend les œuvres serviles et toute autre occupation qui nous détourne du culte divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres serviles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles défendues les jours de fête sont les travaux dits manuels, c’est-à-dire les travaux matériels auxquels le corps a plus de part que l’esprit, comme ceux que font ordinairement les serviteurs, les ouvriers et les artisans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet-on en travaillant les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En travaillant les jours de fête on commet un péché mortel ; cependant si le travail dure peu de temps, il n’y a pas de faute grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il aucune œuvre servile qui soit permise les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête sont permis les travaux nécessaires à la vie ou au service de Dieu et ceux qu’on fait pour une cause grave, en demandant, s’il se peut, la permission à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les œuvres serviles sont-elles défendues les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres serviles sont défendues, les jours de fête, pour que nous puissions mieux nous occuper au culte divin et au salut de notre âme, et pour que nous nous reposions de nos fatigues. Aussi il n’est pas défendu de se livrer à d’honnêtes amusements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres choses devons-nous éviter surtout les jours de fête ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les jours de fête nous devons éviter par dessus tout le péché et tout ce qui peut nous porter au péché, comme les amusements et les réunions dangereuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les commandements qui concernent le prochain.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Le quatrième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement : Honore ton père et ta mère, nous ordonne de respecter notre père et notre mère, de leur obéir en tout ce qui n’est pas péché et de les assister dans leurs besoins spirituels et temporels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous défend le quatrième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième commandement nous défend d’offenser nos parents en paroles, en actes et de toute autre manière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous le nom de père et mère quelles autres personnes comprend ce commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous le nom de père et de mère, ce commandement comprend encore tous nos supérieurs tant ecclésiastiques que laïques, auxquels nous devons donc obéissance et respect. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient aux parents l’autorité de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants de leur obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qu’ont les parents de commander à leurs enfants et l’obligation pour les enfants d’obéir vient de Dieu qui a constitué et ordonné la famille, de telle sorte que l’homme y trouve les premiers moyens nécessaires à son perfectionnement matériel et spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents ont-ils des devoirs envers leurs enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents ont le devoir d’aimer, de soigner et nourrir leurs enfants, de pourvoir à leur éducation religieuse et civile, de leur donner le bon exemple, de les éloigner des occasions de péché, de les corriger de leurs fautes et de les aider à embrasser l’état auquel ils sont appelés de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu nous a-t-il donné le modèle de la famille parfaite ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous a donné le modèle de la famille parfaite dans la sainte Famille, où Jésus-Christ vécut soumis à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph jusqu’à trente ans, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il commençât à exercer la mission que lui avait confiée le Père éternel de prêcher l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, pourraient-elles pourvoir à tous leurs besoins matériels et moraux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les familles vivaient isolément, séparées l’une de l’autre, elles ne pourraient pourvoir à leurs besoins, et il est nécessaire qu’elles soient unies en société civile afin de s’aider mutuellement pour leur perfectionnement et leur bonheur communs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la société civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La société civile est la réunion de nombreuses familles, dépendant de l’autorité d’un chef, pour s’aider réciproquement à atteindre leur perfectionnement mutuel et le bonheur temporel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''D’où vient à la société civile l’autorité qui la gouverne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autorité qui gouverne la société civile vient de Dieu qui la veut constituée pour le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il obligation de respecter l’autorité qui gouverne la société civile et de lui obéir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, tous ceux qui appartiennent à la société civile ont le devoir de respecter l’autorité et de lui obéir parce que cette autorité vient de Dieu et qu’ainsi le veut le bien commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on respecter toutes les lois qui sont imposées par l’autorité civile ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit respecter toutes les lois que l’autorité civile impose, pourvu qu’elles ne soient pas opposées à la loi de Dieu ; c’est le commandement et l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre l’obéissance et le respect aux lois imposées par l’autorité, ceux qui font partie de la société civile ont-ils d’autres devoirs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui font partie de la société civile, outre l’obligation du respect et de l’obéissance envers les lois, ont le devoir de vivre dans la concorde et de travailler de toutes leurs forces et de tous leurs moyens à y faire régner, pour l’avantage commun, la vertu, la paix, l’ordre et la prospérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le cinquième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le cinquième commandement : Tu ne tueras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement : Tu ne tueras pas, défend de donner la mort au prochain, de le battre, de le frapper, ou de lui faire quelque autre mal dans son corps, soit par soi-même, soit par les autres. Il défend encore de l’offenser par des paroles injurieuses et de lui vouloir du mal. Dans ce commandement Dieu défend aussi de se donner la mort, ce qui est le suicide. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-ce un péché grave de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui tue usurpe témérairement le droit sur la vie de l’homme qui n’appartient qu’à Dieu seul, parce qu’il détruit la sécurité de la société humaine, et parce qu’il enlève au prochain la vie, qui est le plus grand bien naturel qu’il ait sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il des cas où il soit permis de tuer son prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et enfin quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dieu dans le cinquième commandement défend-il aussi de nuire à la vie spirituelle du Prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Dieu, dans le cinquième commandement, défend aussi de nuire à la vie spirituelle du prochain par le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le scandale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est toute parole, tout acte ou toute omission qui est pour les autres une occasion de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le scandale est-il un péché grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scandale est un péché grave parce qu’il tend à détruire la plus grande œuvre de Dieu qui est la Rédemption, par la perte d’une âme ; parce qu’il donne au prochain la mort de l’âme en lui enlevant la vie de la grâce, qui est plus précieuse que la vie du corps ; parce qu’il est cause d’une multitude de péchés. Aussi Dieu menace-t-il des plus sévères châtiments ceux qui donnent le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le cinquième commandement Dieu défend-il de se donner la mort à soi-même ou de se suicider ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cinquième commandement, Dieu défend le suicide parce que l’homme n’est pas le maître de sa vie comme il ne l’est pas de celle d’autrui. Et l’Église punit le suicide par la privation de la sépulture ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le cinquième commandement défend-il aussi le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le cinquième commandement défend aussi le duel, parce que le duel participe de la malice du suicide et de celle de l’homicide ; et quiconque y assiste volontairement, même comme simple spectateur, est excommunié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le duel est-il encore défendu quand il n’y a pas péril de mort ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, le duel même est défendu, parce que non seulement nous ne pouvons pas tuer, mais nous ne pouvons pas même blesser volontairement nous-mêmes ni les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La défense de l’honneur peut-elle excuser le duel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, parce qu’il n’est pas vrai que par le duel on répare l’offense, et parce qu’on ne peut pas réparer l’honneur par une action injuste, déraisonnable et barbare, comme est le duel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le cinquième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cinquième commandement nous ordonne de pardonner à nos ennemis et de vouloir du bien à tout le monde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui a porté tort au prochain pour la vie du corps ou pour la vie de l’âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne suffit pas que celui qui a porté tort au prochain se confesse, il doit aussi réparer le mal qu’il a fait en compensant les torts qu’il a portés, en rétractant les erreurs qu’il a enseignées, en donnant le bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le sixième et le neuvième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement : Tu ne feras pas d’impuretés, nous défend tout acte, tout regard, toute parole contraire à la chasteté, et l’infidélité dans le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que défend le neuvième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le neuvième commandement défend expressément tout désir contraire à la fidélité que les époux se sont jurés en s’unissant par le mariage. Il défend aussi toute pensée coupable ou tout désir d’actes défendus par le sixième commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’impureté est-elle un grand péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave et abominable devant Dieu et devant les hommes ; il avilit l’homme à la condition des animaux sans raison, l’entraîne à beaucoup d’autres péchés et de vices, et provoque les plus terribles châtiments en cette vie et en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Toutes les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté sont-elles des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pensées qui nous viennent à l’esprit contre la pureté ne sont pas par elles-mêmes des péchés, elles sont plutôt des tentations et des excitations au péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que les mauvaises pensées sont des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mauvaises pensées, même quand elles ne sont pas suivies d’effet, sont des péchés lorsque nous leur donnons occasion d’une manière coupable, ou que nous y consentons ou que nous nous exposons au péril prochain d’y consentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonnent le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième commandement nous ordonne d’être chastes et modestes dans nos actes, nos regards, notre maintien et nos paroles. Le neuvième commandement nous ordonne d’être chastes et purs même intérieurement c’est-à-dire dans notre esprit et notre cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour observer le sixième et le neuvième commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien observer le sixième et le neuvième commandements, nous devons prier Dieu souvent et du fond du cœur, être dévots à la Vierge Marie, Mère de la pureté, nous rappeler que Dieu nous voit, penser à la mort, aux châtiments divins, à la passion de Jésus-Christ, garder nos sens, pratiquer la mortification chrétienne et fréquenter les sacrements avec les dispositions convenables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous fuir pour nous maintenir dans la pureté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous maintenir dans la pureté, il convient de fuir l’oisiveté, les mauvaises compagnies, l’intempérance, d’éviter les images indécentes, les spectacles licencieux, les conversations dangereuses et toutes les autres occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le septième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le septième commandement : Tu ne voleras pas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement : Tu ne voleras pas, nous défend de prendre ou de retenir le bien d’autrui injustement, et de faire tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voler, c’est prendre injustement le bien d’autrui contre la volonté de son maître, dans le cas où celui-ci a pleine raison et droit absolu de n’en vouloir pas être privé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi le vol est-il défendu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que, par le vol, on pèche contre la justice et en fait injure au prochain en prenant et retenant contre son droit et sa volonté ce qui lui appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bien d’autrui est tout ce qui appartient au prochain, qu’il en ait la propriété ou l’usage, ou qu’il l’ait simplement le dépôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien de manières prend-on injustement le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De deux manières : par le vol et par la rapine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet le vol ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vol se commet quand on prend le bien d’autrui en se cachant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapine se commet quand on prend avec violence et ouvertement le bien d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quels cas peut-on prendre le bien d’autrui sans faire de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le maître n’est pas opposé ou que son opposition est injuste, ce qui arriverait si quelqu’un était dans l’extrême nécessité, pourvu qu’il prit seulement ce qui lui est strictement nécessaire pour subvenir à son besoin urgent et extrême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-on faire tort au prochain dans ses biens que par le vol et la rapine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On lui fait tort encore par la fraude, par l’usure et par toute autre injustice que l’on commet contre ses biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se commet la fraude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a fraude quand on trompe le prochain dans le commerce par de faux poids, de fausses mesures, de la fausse monnaie et de mauvaises marchandises ; quand on falsifie les écritures et les papiers ; en un mot toutes les fois qu’on induit en erreur dans les ventes, les achats et tout autre contrat, et aussi quand on ne veut pas donner le juste prix et le prix convenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’usure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’usure consiste à exiger, sans titre légitime, un intérêt illicite pour une somme prêtée, en abusant du besoin et de l’ignorance d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres injustices commet-on contre le bien du prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des injustices que de lui faire perdre injustement ce qu’il a, de lui faire tort dans ses possessions, de ne pas travailler comme on le doit, de ne pas payer par malice des dettes ou des marchandises achetées, de frapper ou de tuer les animaux qui lui appartiennent, d’endommager ou laisser endommager ce qu’on a en garde, d’empêcher quelqu’un de faire un juste bénéfice, de tenir la main aux voleurs, de recevoir, cacher ou acheter des choses volées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché grave que de voler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché grave contre la justice quand il s’agit d’une matière grave, car il est très important que le droit de chacun sur son bien propre soit respecté, et cela pour le bien des individus, des familles et de la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que la matière du vol est grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle est grave lorsqu’on prend une chose importante et aussi lorsque, bien qu’on prenne une chose de peu de valeur, le prochain en souffre un grave dommage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le septième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième commandement nous ordonne de respecter le bien d’autrui, de donner le juste salaire aux ouvriers, et d’observer la justice en tout ce qui concerne la propriété d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le septième commandement suffit-il qu’il se confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le septième commandement, la confession ne suffit pas ; il faut qu’il fasse son possible pour restituer le bien d’autrui et réparer les dommages causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la réparation des dommages causés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réparation des dommages causés est la compensation qu’on doit donner au prochain pour les fruits et les bénéfices perdus à cause du vol et des autres injustices commises à son détriment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui doit-on restituer le bien volé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A celui qui a été volé ; à ses héritiers, s’il est mort ; et si c’est vraiment impossible, on doit en donner la valeur au profit des pauvres et des œuvres pieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand on trouve une chose de grande valeur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit apporter un grand empressement à en trouver le maître et la lui restituer fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le huitième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement : Tu ne diras pas de faux témoignage, nous défend de déposer faussement en justice. Il nous défend encore la diffamation ou médisance, la calomnie, la flatterie, le jugement et le soupçon téméraires et toute sorte de mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la diffamation ou médisance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La diffamation ou médisance est un péché qui consiste à manifester sans un juste motif les péchés et les défauts d’autrui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la calomnie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La calomnie est un péché qui consiste à attribuer méchamment au prochain des fautes et des défauts qu’il n’a pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la flatterie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La flatterie est un péché qui consiste à tromper quelqu’un en disant faussement du bien de lui ou d’un autre, dans le but d’en retirer quelque avantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le jugement ou soupçon téméraire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jugement ou le soupçon téméraire est un péché qui consiste à mal juger ou à soupçonner de mal le prochain sans un juste motif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est un péché qui consiste à affirmer comme vrai ou comme faux, par des paroles ou par des actes, ce qu’on ne croit pas tel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De combien d’espèces est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge est de trois espèces : le mensonge joyeux, le mensonge officieux et le mensonge pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge joyeux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge joyeux est celui dans lequel on ment par pure plaisanterie et sans faire tort à personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge officieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge officieux est l’affirmation d’une chose fausse pour sa propre utilité ou celle d’un autre, mais sans qu’il y ait de préjudice pour personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mensonge pernicieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mensonge pernicieux est l’affirmation d’une chose fausse qui fait tort au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il permis de mentir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est jamais permis de mentir ni par plaisanterie, ni pour son propre avantage ni pour celui d’autrui, car c’est une chose mauvaise par elle-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché est le mensonge ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le mensonge est joyeux ou officieux, c’est un péché véniel ; mais s’il est pernicieux, c’est un péché mortel si le préjudice causé est grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il toujours nécessaire de dire tout ce qu’on pense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, cela n’est pas toujours nécessaire, surtout quand celui qui vous interroge n’a pas le droit de savoir ce qu’il demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour celui qui a péché contre le huitième commandement suffit-il qu’il s’en confesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a péché contre le huitième commandement, il ne suffit pas qu’il s’en confesse ; il est obligé de rétracter ce qu’il a dit de calomnieux contre le prochain, et de réparer du mieux qu’il le peut les dommages qu’il lui a causés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le huitième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le huitième commandement nous ordonne de dire quand il le faut la vérité, et d’interpréter en bien, autant que nous le pouvons, les actions de notre prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le dixième commandement. ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement : Tu ne désireras pas le bien d’autrui, nous défend le désir de priver autrui de son bien et le désir d’acquérir du bien par des moyens injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Dieu nous défend-il aussi le désir du bien d’autrui ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous défend les désirs déréglés du bien d’autrui, parce qu’il veut que nous soyons justes, même intérieurement, et que nous nous tenions toujours très éloignés des actes injustes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le dixième commandement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le dixième commandement nous ordonne de nous contenter de l’état dans lequel Dieu nous a placés, et de souffrir avec patience la pauvreté quand Dieu nous veut dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment un chrétien peut-il être content dans la pauvreté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien peut être content même dans la pauvreté, en considérant que le plus grand des biens est une conscience pure et tranquille, que notre vraie patrie est le ciel, et que Jésus-Christ s’est fait pauvre par amour pour nous et a promis une récompense spéciale à tous ceux qui supportent avec patience la pauvreté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les préceptes de l’Église  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les préceptes de l’Église en général. ====&lt;br /&gt;
''Outre les commandements de Dieu, que devons-nous encore observer ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des commandements de Dieu, nous devons encore observer les préceptes de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’obéir à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucun doute nous sommes obligés d’obéir à l’Église parce que Jésus-Christ lui-même nous l’ordonne, et parce que les préceptes de l’Église aident à observer les commandements de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand commence l’obligation d’observer les préceptes de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obligation d’observer les préceptes de l’Église commence généralement quand on a l’usage de la raison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de transgresser un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Transgresser délibérément un précepte de l’Église en matière grave est un péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui peut dispenser d’un précepte de l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que le Pape qui puisse dispenser des préceptes de l’Église, et ceux à qui il en a donné le pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de préceptes de l’Église, et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les préceptes de l’Église sont au nombre de cinq : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Jeûner pendant le Carême, aux quatre-temps et pour les Vigiles commandées ; ne pas manger de viande les jours défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Se confesser au moins une fois l’an et communier à Pâques, chacun dans sa paroisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Payer les dîmes dues à l’Église, selon les usages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Ne pas célébrer de mariages en temps prohibé, c’est-à-dire du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’octave de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Le premier précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le premier précepte ou commandement de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes commandées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier précepte de l’Église : Entendre la messe tous les dimanches e t les autres fêtes commandées, nous ordonne d’assister avec dévotion à la sainte Messe tous les dimanches et autres fêtes de précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste les dimanches et autres fêtes d’obligation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe à laquelle l’Église désire qu’on assiste, autant que possible, les dimanches et autres fêtes d’obligation est la Messe paroissiale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église recommande-t-elle aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église recommande aux fidèles d’assister à la Messe paroissiale : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 afin que ceux qui appartiennent à la même paroisse s’unissent pour prier ensemble avec le curé qui est leur chef ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que les paroissiens participent davantage au saint Sacrifice qui est spécialement appliqué pour eux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 afin qu’ils entendent les vérités de l’Évangile que les curés ont l’obligation d’exposer à la Sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 afin qu’ils connaissent les prescriptions et les avis qui sont publiés à cette Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que veut dire le mot : dimanche ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot dimanche veut dire jour du Seigneur, c’est-à-dire jour spécialement consacré au service divin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans le premier commandement de l’Église est-il fait une mention spéciale du dimanche ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier commandement de l’Église il est fait une mention spéciale du dimanche, parce qu’il est la fête principale chez les chrétiens comme le sabbat (samedi) était fête principale chez les Juifs, par l’institution de Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles autres fêtes a instituées l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué aussi les fêtes de Notre Seigneur, de la très Sainte Vierge, des Anges et des Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle institué d’autres fêtes de Notre Seigneur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a institué d’autres fêtes de Notre Seigneur en souvenir de ses divins mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ont été instituées les fêtes de la très Sainte Vierge’ des Anges et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fêtes de la Très Sainte Vierge, des Anges et des Saints ont été instituées : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 en souvenir des grâces que Dieu leur a faites et pour en remercier la divine bonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 afin que nous les honorions, que nous imitions leurs exemples et que nous obtenions le secours de leurs prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le second précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous ordonne le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second précepte de l’Église par les mots : Jeûner aux jours commandés nous ordonne de jeûner : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pendant le Carême ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 à certains jours de l’Avent, là où le jeûne est prescrit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 aux quatre-temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 à certaines Vigiles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas par jour et à s’abstenir des aliments défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Aux jours de jeûne, peut-on faire le soir une petite collation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par une condescendance de l’Église on peut, les jours de jeûne, faire le soir une petite collation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne sert à mieux nous préparer à la prière, à faire pénitence des péchés commis, et à nous préserver d’en commettre de nouveaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est obligé au jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont obligés au jeûne tous les chrétiens qui ont vingt et un ans accomplis, et qui ne sont ni dispensés ni excusés par un empêchement légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne sont-ils absolument dispensés de toute mortification ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne ne sont pas absolument dispensés de toute mortification, parce que nous sommes tous obligés à faire pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Carême a été institué pour imiter en quelque façon le jeûne rigoureux de quarante jours que Jésus-Christ fit dans le désert, et pour nous préparer par la pénitence à célébrer saintement la fête de Pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne de l’Avent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne de l’Avent a été institué pour nous disposer à célébrer saintement la fête de Noël. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des quatre-temps ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des quatre-temps a été institué : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour consacrer chaque saison de l’année par une pénitence de quelques jours ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
pour le remercier des fruits qu’il nous a déjà donnés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et pour le prier de donner à son Église de saints ministres, dont l’ordination est faite les samedis des quatre-temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quel but a été institué le jeûne des Vigiles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne des Vigiles a été institué pour nous préparer à célébrer saintement les fêtes principales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui nous est défendu le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense, il nous est défendu de manger de la viande, sauf en cas de nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église a-t-elle voulu que nous nous abstenions ces jours-là de manger de la viande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que nous fassions pénitence chaque semaine. et surtout le vendredi en l’honneur de la Passion, et le samedi en souvenir de la sépulture de Jésus-Christ, et en l’honneur de la Très Sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Le troisième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous commande l’Église par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les paroles du troisième précepte : Se confesser au moins une fois l’an, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’usage de la raison de l’approcher au moins une fois l’an du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps le plus opportun pour satisfaire au précepte de la Confession annuelle est le Carême, selon l’usage introduit et approuvé dans toute l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église dit-elle que nous nous confessions au moins une fois l’an ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église dit : au moins, pour nous faire connaître son désir que nous nous approchions plus souvent des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''C’est donc une chose utile de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une chose très utile de se confesser souvent, surtout parce qu’il est difficile de se bien confesser et de se tenir éloigné du péché mortel si l’on se confesse rarement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que nous prescrit l’Église par les autres paroles du troisième précepte Communier au moins à Pâques, chacun dans sa paroisse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les autres paroles du troisième précepte : communier au moins à Pâques chacun dans sa paroisse, l’Église oblige tous les chrétiens qui sont arrivés à l’âge de discrétion, à recevoir tous les ans la très sainte Eucharistie, dans leur paroisse, pendant le temps pascal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il un autre temps en dehors de Pâques, où nous soyons obligés de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de communier aussi quand nous Sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il dit que nous devons communier au moins à Pâques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église désire vivement que non seulement à Pâques, mais le plus souvent possible, nous nous approchions de la sainte Communion qui est la divine nourriture de nos âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Satisfait-on à ce précepte par une confession ou une communion sacrilège ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne satisfait pas au troisième précepte de l’Église par une confession ou une communion sacrilège, parce que l’intention de l’Église est qu’on reçoive ces sacrements pour la fin qui a motivé leur institution, c’est-à-dire pour notre sanctification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le quatrième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Comment observe-t-on le quatrième précepte de l’Église : Payer les dîmes dues à l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le quatrième précepte : Payer les dîmes dues à l’Église, s’observe en payant les offrandes ou prestations qui ont été établies pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toutes choses, et pour pourvoir à l’honnête subsistance de ses ministres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on payer les dîmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit payer les dîmes sur les choses et de la manière que comporte l’habitude des lieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. Le cinquième précepte de l’Église ====&lt;br /&gt;
''Que nous défend l’Église par le cinquième précepte : Ne pas célébrer de mariage en temps prohibé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le cinquième précepte l’Église ne défend pas la célébration du sacrement de Mariage, mais seulement la solennité des mariages, du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’Octave de pâques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste cette solennité des mariages ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solennité des mariages prohibée par ce précepte consiste dans la Messe propre pour les époux, dans la bénédiction nuptiale, et dans la pompe extraordinaire des mariages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mariages solennels ne conviennent-ils pas pendant l’Avent et le Carême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mariages solennels ne conviennent pas pendant l’Avent et le Carême, parce que ce sont des temps spécialement consacrés à la pénitence et à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les devoirs particuliers de chaque état et les conseils évangéliques.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les devoirs d’état. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les devoirs d’état ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par devoir d’état on entend les obligations particulières que chacun a par suite de son état, de sa condition et de la situation qu’il occupe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Dieu qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers, parce que ces devoirs dérivent de ses divins commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les devoirs particuliers dérivent-ils des dix commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, dans le quatrième commandement, sous le nom de père et de mère, sont compris encore tous nos supérieurs, et ainsi de ce commandement dérivent tous les devoirs d’obéissance, d’amour et de respect des inférieurs envers leurs supérieurs, et tous les devoirs de vigilance qu’ont les supérieurs envers leurs inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels commandements dérivent les devoirs des ouvriers, des commerçants, de ceux qui administrent les biens d’autrui et autres semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs de fidélité, de sincérité, de justice, d’équité qu’ils ont, dérivent du septième, du huitième et du dixième commandements qui défendent toute fraude, injustice, négligence et duplicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel commandement dérivent les devoirs des personnes consacrées à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les devoirs des personnes consacrées à Dieu dérivent du second commandement qui ordonne d’accomplir les vœux et les promesses faites à Dieu : car c’est ainsi que ces personnes se sont obligées à l’observation de tous les conseils évangéliques ou de quelques-uns. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les conseils évangéliques. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont certains moyens suggérés par Jésus-Christ dans le saint Évangile pour atteindre la perfection chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques sont : la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l’obéissance en tout ce qui n’est pas péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les conseils évangéliques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques servent à faciliter l’observation des commandements et à mieux assurer le salut éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les conseils évangéliques facilitent-ils l’observation des commandements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conseils évangéliques facilitent l’observation des commandements parce qu’ils aident à détacher le cœur de l’amour des richesses, des plaisirs et des honneurs, et qu’ainsi ils éloignent du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie : Les sacrements.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les sacrements en général.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature des sacrements. ====&lt;br /&gt;
''De quoi est-il question dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la quatrième partie de la Doctrine chrétienne il est question des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par le mot sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le mot sacrement on entend un signe sensible et efficace de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle les sacrements signes sensibles et efficaces de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu’ils produisent dans notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez par un exemple comment les sacrements sont des signes sensibles et efficaces de la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le Baptême, l’acte par lequel on verse l’eau sur la tête de la personne, et les paroles &amp;quot; Je te baptise (c’est-à-dire je te lave), au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;, sont un signe sensible de ce que le Baptême opère dans l’âme : de même que l’eau lave le corps, ainsi la grâce donnée par le Baptême purifie l’âme du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien g a-t-il de sacrements et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept sacrements qui sont : le Baptême, la Confirmation, l’Eucharistie, la Pénitence, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire un sacrement, il faut la matière, la forme et un ministre qui ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la matière des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière des sacrements est la chose sensible qu’on emploie pour les faire ; comme, par exemple, l’eau naturelle dans le Baptême, l’huile et le baume dans la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la forme des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme des sacrements consiste dans les paroles qu’on prononce pour les faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le ministre des sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre des sacrements est la personne qui fait ou confère le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’effet principal des sacrements : La Grâce. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce de Dieu est un don intérieur surnaturel, qui nous est donné sans aucun mérite de notre part, mais par les mérites de Jésus-Christ, en vue de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment divise-t-on la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On divise la grâce en grâce sanctifiante qu’on appelle aussi habituelle, et en grâce actuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante est un don surnaturel inhérent à notre âme, qui nous rend justes, enfants adoptifs de Dieu et héritiers du paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de grâce sanctifiante : la grâce première et la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce première ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce première est celle par laquelle l’homme passe de l’état de péché mortel à l’état de justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et qu’est-ce que la grâce seconde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce seconde est un accroissement de la grâce première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce actuelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce actuelle est un don surnaturel qui illumine notre esprit, meut et fortifie notre volonté, pour que nous fassions le bien et évitions le mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous résister à la grâce de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous pouvons résister à la grâce de Dieu, car elle ne détruit pas notre libre arbitre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par nos seules forces pouvons-nous faire quelque chose pour la vie éternelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans le secours de la grâce de Dieu, par nos seules forces, nous ne pouvons rien faire pour la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Dieu nous communique-t-il la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu nous communique la grâce principalement par le moyen des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la grâce sanctifiante, les sacrements nous confèrent-ils une autre grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la grâce sanctifiante, les sacrements confèrent aussi la grâce sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la grâce sacramentelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sacramentelle consiste dans le droit qu’on acquiert en recevant un sacrement quelconque, d’avoir, en temps opportun, les grâces actuelles nécessaires pour remplir les obligations qui dérivent du sacrement reçu. Ainsi, lorsque nous avons été baptisés, nous avons reçu le droit d’avoir les grâces nécessaires pour vivre chrétiennement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les sacrements donnent-ils toujours la grâce à celui qui les reçoit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements donnent toujours la grâce pourvu qu’on les reçoive avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ qui, par sa passion et sa mort, a donné aux sacrements la vertu de conférer la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui confèrent la première grâce sanctifiante et, par là, nous rendent amis de Dieu, sont au nombre de deux : le Baptême et la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment, en conséquence, appelle-t-on ces deux sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux sacrements, c’est-à-dire le Baptême et la Pénitence, s’appellent sacrements des morts, parce qu’ils sont établis principalement pour rendre aux âmes mortes par le péché, la vie de la grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qui augmentent la grâce en celui qui la possède sont les cinq autres, donc la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, qui donnent la grâce seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appellent par suite ces cinq sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces cinq sacrements, à savoir : la Confirmation, l’Eucharistie, l’Extrême-onction, l’Ordre et le Mariage, s’appellent sacrements des vivants, parce que ceux qui les reçoivent doivent être exempts de péché mortel, c’est-à-dire déjà vivants par la grâce sanctifiante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel péché commet celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit un des sacrements des vivants en sachant qu’il n’est pas en état de grâce, commet un grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements les plus nécessaires pour notre salut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements les plus nécessaires pour notre salut sont le Baptême et la Pénitence. Le Baptême est nécessaire à tous absolument. Et la Pénitence est nécessaire à tous ceux qui ont péché mortellement après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le plus grand de tous les sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus grand de tous les sacrements est le sacrement de l’Eucharistie, parce qu’il contient non seulement la grâce, mais encore Jésus-Christ, auteur de la grâce et des sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Le caractère imprimé par certains sacrements ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sacrements qu’on ne peut recevoir qu’une fois sont au nombre de trois : le Baptême, la Confirmation et l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, ne peuvent-ils être reçus qu’une fois ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre ne peuvent être reçus qu’une fois parce qu’ils impriment un caractère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère imprimé dans l’âme par chacun de ces trois sacrements est un signe spirituel qui ne peut plus s’effacer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le caractère qu’impriment dans l’âme ces trois sacrements Sert à nous marquer dans le Baptême comme membres de Jésus-Christ, dans la Confirmation comme ses soldats, dans l’Ordre comme ses ministres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Le Baptême.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature et effets du baptême. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est le sacrement par lequel nous renaissons à la grâce de Dieu et nous devenons chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Baptême confère la première grâce sanctifiante qui efface le péché originel et aussi le péché actuel s’il existe. Il remet toute la peine due pour ces péchés, imprime le caractère de chrétien, nous fait enfants de Dieu, membres de l’Église et héritiers du paradis, et nous rend capables de recevoir les autres sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du Baptême est l’eau naturelle qu’on verse sur la tête de celui qu’on baptise, en assez grande quantité pour qu’elle coule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du Baptême est celle-ci : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministre du baptême. ====&lt;br /&gt;
''A qui appartient-il de donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donner le Baptême appartient de droit aux Évêques et curés, mais en cas de nécessité, toute personne peut le donner, que ce soit un homme ou une femme, même un hérétique ou un infidèle, pourvu qu’il accomplisse le rite du Baptême et qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes, laquelle devrait donner le baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il y avait nécessité de baptiser quelqu’un en danger de mort et qu’il se trouvât plusieurs personnes présentes ; s’il y avait un prêtre, c’est lui qui devrait le baptiser ; en son absence un ecclésiastique d’ordre inférieur ; et en l’absence de celui-ci, un homme laïque de préférence à une femme, à moins que celle-ci ne sache mieux faire ou que la décence n’exige que ce soit elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui baptise doit avoir l’intention de faire ce que fait l’Église dans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Rite du Baptême et dispositions de celui qui le reçoit à l’âge de raison. ====&lt;br /&gt;
''Comment fait-on pour donner le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le Baptême en versant de l’eau sur la tête de celui qu’on baptise, et si on ne peut pas sur la tête, sur quelque autre partie principale du corps, et en disant en même temps : &amp;quot; Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne serait-elle baptisée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’un versait l’eau et que l’autre prononçât les paroles, la personne ne serait pas baptisée : il est nécessaire que ce soit la même personne qui verse l’eau et prononce les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on a un doute que la personne soit morte, doit-on négliger de la baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on a un doute que la personne soit morte, on doit la baptiser sous condition en disant : &amp;quot; Si tu es en vie, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on porter les enfants à l’Église pour les faire baptiser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit porter les enfants à l’église pour les faire baptiser le plus tôt possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi doit-on mettre tant d’empressement à faire recevoir le baptême aux enfants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit mettre tant d’empressement à faire baptiser les enfants parce que, à cause de la fragilité de leur âge, ils sont exposés à bien des dangers de mourir et qu’ils ne peuvent se sauver sans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ils pèchent donc les pères et les mères qui par leur négligence laissent mourir leurs enfants sans Baptême, ou même qui le diffèrent simplement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les pères et les mères qui, par leur négligence, laissent mourir leurs enfants sans Baptême pèchent gravement, parce qu’ils privent leurs enfants de la vie éternelle. Ils pèchent même gravement en différant longtemps le Baptême, parce qu’ils les exposent au danger de mourir sans l’avoir reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand celui qui est baptisé a atteint l’âge de raison, quelles dispositions doit-il avoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adulte qu’on baptise doit, outre la foi, avoir la douleur au moins imparfaite des péchés mortels qu’il aurait commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, que recevrait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un adulte était baptisé en état de péché mortel sans avoir cette douleur, il recevrait le caractère du Baptême mais non la rémission des péchés ni la grâce sanctifiante. Et ces effets resteraient suspendus tant que l’empêchement n’aurait pas été levé par la douleur parfaite des péchés ou par le sacrement de Pénitence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. Nécessité du Baptême et devoirs du baptisé ====&lt;br /&gt;
''Le Baptême est-il nécessaire pour être sauvé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême est absolument nécessaire pour être sauvé, car le Seigneur a dit expressément : &amp;quot; Celui qui ne renaîtra pas dans l’eau et le Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume des cieux &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-on suppléer en quelque manière au défaut du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le défaut du sacrement de Baptême peut être suppléé par le martyre qu’on appelle Baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu ou de contrition joint au désir au moins implicite du Baptême, et ceci s’appelle Baptême de désir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi s’oblige celui qui reçoit le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui reçoit le Baptême s’oblige à professer toujours la foi et à pratiquer la loi de Jésus-Christ et de son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi renonce-t-on en recevant le saint Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En recevant le saint Baptême, on renonce pour toujours au démon, à ses œuvres et à ses pompes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par les œuvres ou par les pompes du démon ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par les œuvres et les pompes du démon, on entend les péchés et les maximes du monde contraires aux maximes du saint Évangile&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le nom et les parrains. ====&lt;br /&gt;
''Pourquoi impose-t-on le nom d’un Saint à celui qu’on baptise ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On impose le nom d’un Saint à celui qu’on baptise pour le mettre sous la protection spéciale d’un patron céleste et pour l’animer à imiter ses exemples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les parrains et marraines du Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines du Baptême sont les personnes qui, par une disposition de l’Église, tiennent les enfants sur les fonts baptismaux, répondent pour eux et se rendent garants devant Dieu de leur éducation chrétienne, spécialement si les parents y manquaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes certainement obligés de tenir les promesses et renonciations que nos parrains ont faites pour nous, parce que Dieu ne nous a reçus dans sa grâce qu’à cette condition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles personnes doit-on choisir pour parrains et marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit choisir pour parrains et marraines des personnes catholiques, de bonnes mœurs et qui obéissent aux lois de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les obligations des parrains et des marraines ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains et les marraines sont obligés d’avoir soin que leurs fils spirituels soient instruits des vérités de la foi et vivent en bons chrétiens, et de les édifier par leur bon exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel lien contractent les parrains dans le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parrains contractent une parenté spirituelle avec le baptisé et avec ses parents, d’où résulte un empêchement de mariage avec eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : La Confirmation. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation est un sacrement qui nous donne le Saint-Esprit, imprime dans notre âme le caractère de soldats du Christ et nous rend parfaits chrétiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment le sacrement de Confirmation nous rend-il parfaits chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation nous rend parfaits chrétiens parce qu’elle nous confirme dans la foi et perfectionne les autres vertus et les dons que nous avons reçus dans le saint Baptême et c’est de là que lui vient son nom de Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les dons du Saint-Esprit, qu’on reçoit dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit qu’on reçoit dans la Confirmation sont les sept suivants : la Sagesse, l’Intelligence, le Conseil, la Force, la Science, la Piété et la Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière de ce sacrement, outre l’imposition des mains de l’Évêque, est l’onction faite sur le front du baptisé avec le saint Chrême : c’est pour cela qu’on l’appelle aussi Onction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le saint Chrême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le saint Chrême est de l’huile d’olive mêlée avec du baume et consacrée par l’Évêque le Jeudi-Saint. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient l’huile et le baume dans ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ce sacrement l’huile qui s’étend et fortifie, signifie l’abondance de la grâce qui se répand dans l’âme du chrétien pour le confirmer dans la foi ; et le baume, qui est odorant et préserve de la corruption, signifie que le chrétien, fortifié par cette grâce, est capable de répandre la bonne odeur des vertus chrétiennes et de se préserver de la corruption des vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Confirmation est celle-ci : &amp;quot; Je te signe du signe de la Croix et te confirme avec le Chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre ordinaire du sacrement de Confirmation est l’Évêque seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles cérémonies l’Évêque administre-t-il la confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque, pour administrer le sacrement de Confirmation, étend d’abord les mains sur les confirmands en invoquant sur eux le Saint-Esprit ; puis il fait une onction en forme de croix avec le saint Chrême sur le front de chacun, en disant les paroles de la forme ; ensuite, de la main droite, il donne un léger soufflet sur la joue du confirmé en lui disant : &amp;quot; La paix soit avec toi &amp;quot; ; enfin il bénit solennellement tous les confirmés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’onction est-elle faite sur le front ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction est faite sur le front, où apparaissent les signes de la crainte et de la honte, afin que le confirmé comprenne qu’il ne doit pas rougir du nom et de la profession de chrétien, ni avoir peur des ennemis de la foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Évêque donne-t-il un léger soufflet au confirmé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Évêque donne un léger soufflet au confirmé pour qu’il sache qu’il doit être prêt à souffrir toute sorte d’affront et de peine pour la foi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tout le monde doit-il faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, chacun doit faire en sorte de recevoir le sacrement de Confirmation et de le faire recevoir à ceux qui dépendent de lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge est-il bon de recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’âge où il est bon de recevoir le sacrement de Confirmation est celui de sept ans environ ; parce qu’alors commencent habituellement les tentations et qu’on peut connaître suffisamment la grâce de ce sacrement et se rappeler qu’on l’a reçu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles dispositions faut-il pour recevoir le sacrement de Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour recevoir dignement le sacrement de Confirmation, il faut être en état de grâce, savoir les principaux mystères de notre sainte foi, et s’en approcher avec respect et dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui recevrait la Confirmation une seconde fois pécherait-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il commettrait un sacrilège, parce que la Confirmation est un de ces sacrements qui impriment un caractère dans l’âme et que, par suite, on ne peut recevoir qu’une fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le chrétien., pour conserver la grâce de la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour conserver la grâce de la Confirmation, le chrétien doit prier souvent, faire de bonnes œuvres, et vivre selon la loi de Jésus-Christ, sans respect humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi y a-t-il aussi des parrains et des marraines dans la Confirmation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que, par leurs paroles et leurs exemples, ils guident le confirmé dans la voie du salut et qu’ils le soutiennent dans le combat spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles conditions sont requises dans le parrain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain doit être d’âge convenable, catholique, confirmé, instruit des choses les plus nécessaires de la religion et de bonnes mœurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le parrain de la Confirmation ne contracte-t-il aucune parenté avec le confirmé et ses parents ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le parrain de la Confirmation contracte la même parenté spirituelle que celui du Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : L’Eucharistie.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La nature de l’Eucharistie et la présence réelle de Jésus-Christ dans ce sacrement. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie est un sacrement qui, par l’admirable changement de toute la substance du pain au Corps de Jésus-Christ et de celle du vin en son Sang précieux, contient vraiment, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ Notre Seigneur, sous les espèces du pain et du vin, pour être notre nourriture spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Y a-t-il dans l’Eucharistie le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la très Sainte Vierge sur cette terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, dans l’Eucharistie, il y a vraiment le même Jésus-Christ qui est dans le ciel et qui est né de la Très Sainte Vierge sur la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi croyez-vous que dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois que, dans le sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ est vraiment présent, parce que Lui-même l’a dit et que la sainte Église me l’enseigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du sacrement de l’Eucharistie est celle qui fut employée par Jésus-Christ, c’est-à-dire le pain de froment et le vin de la vigne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de l’Eucharistie consiste dans les paroles employées par Jésus-Christ : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que l’hostie avant la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’hostie, avant la consécration, c’est du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration qu’est l’hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, l’hostie est le vrai Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le calice avant la consécration, qu’y a-t-il ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le calice, avant la consécration, il y a du vin avec quelques gouttes d’eau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration, qu’y a-t-il dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration, dans le calice, il y a le vrai Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand se fait le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ se fait au moment même où le prêtre, pendant la sainte Messe, prononce les paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La consécration est le renouvellement, par le ministère du prêtre, du miracle opéré par Jésus-Christ changeant à la dernière Cène le pain et le vin en son Corps et en son Sang adorables par ces mots : &amp;quot; Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église appelle-t-elle le miraculeux changement du pain et du vin au Corps et au Sang de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le miraculeux changement qui s’opère chaque jour sur nos autels est appelé par l’Église transsubstantiation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, Dieu tout-puissant, qui a donné une telle puissance aux paroles de la consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après la consécration ne reste-t-il rien du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la consécration il reste seulement les espèces du pain et du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’appelle-t-on espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On appelle espèces la quantité et les qualités sensibles du pain et du vin comme : la forme, la couleur, la saveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les espèces du pain et du vin peuvent-elles rester sans leur substance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les espèces du pain et du vin restent merveilleusement sans leur substance par la vertu du Dieu tout-puissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sous les espèces du pain n’y a-t-il que le Corps de Jésus-Christ, et sous les espèces du vin n’y a-t-il que son Sang ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant sous les espèces du pain que sous les espèces du vin, Jésus-Christ est vivant et tout entier dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sauriez-vous me dire pourquoi Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ est tout entier aussi bien dans l’hostie que dans le calice parce que, dans l’Eucharistie, il est vivant et immortel comme dans le ciel. Par conséquent, là où est son Corps, il y a aussi son Sang, son Âme et sa Divinité ; et là où est son Sang, il y a aussi son Corps, son Âme et sa Divinité, car en Jésus-Christ tout cela est inséparable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, cesse-t-il d’être au ciel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand Jésus-Christ est dans l’hostie, il ne cesse pas d’être au ciel, mais il se trouve en même temps au ciel et dans le Très Saint Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ se trouve-t-il dans toutes les hosties consacrées du monde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-il se faire que Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ se trouve dans toutes les hosties consacrées par la toute-puissance de Dieu à qui rien n’est impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on divise l’hostie, divise-t-on le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on divise l’hostie on ne divise pas le Corps de Jésus-Christ, on divise seulement les espèces du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle partie de l’hostie reste le Corps de Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Corps de Jésus-Christ reste tout entier dans toutes les parties en lesquelles l’hostie a été divisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Jésus-Christ est-il autant dans la parcelle d’une hostie que dans une grande hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une grande hostie comme dans la parcelle d’une hostie, c’est toujours le même Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif conserve-t-on dans les églises la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On conserve dans les églises la très sainte Eucharistie pour qu’elle soit adorée par les fidèles et portée aux malades quand ils en ont besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on adorer l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie doit être adorée de tout le monde parce qu’elle contient vraiment, réellement et substantiellement Notre Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. L’institution et les effets du sacrement de l’Eucharistie. ====&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de l’Eucharistie dans la dernière cène qu’il fit avec ses disciples, le soir qui précéda sa passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué la très sainte Eucharistie pour trois raisons principales : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour qu’elle soit le sacrifice de la nouvelle loi ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour qu’elle soit la nourriture de notre âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour qu’elle soit un mémorial perpétuel de sa passion et de sa mort, et un gage précieux de son amour envers nous et de la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin, parce que l’Eucharistie devait être notre nourriture spirituelle et qu’il était par suite convenable qu’elle nous fût donnée sous forme d’aliment et de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit en nous la très sainte Eucharistie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici les principaux effets que produit la très sainte Eucharistie en celui qui la reçoit dignement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l elle conserve et accroît la vie de l’âme qui est la grâce, comme la nourriture matérielle soutient et accroît la vie du corps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle remet les péchés véniels et préserve des péchés mortels ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle produit la consolation spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La très sainte Eucharistie ne produit-elle pas en nous d’autres effets ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, la très sainte Eucharistie produit encore en nous trois autres effets, à savoir : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 elle affaiblit nos passions et, en particulier, elle amortit en nous le feu de la concupiscence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 elle accroît en nous la ferveur et nous aide à agir en conformité avec les désirs de Jésus-Christ ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 elle nous donne un gage de la gloire future et de la résurrection de notre corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les dispositions nécessaires pour bien communier. ====&lt;br /&gt;
''Le sacrement de l’Eucharistie produit-il toujours en .nous ses merveilleux effets ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de l’Eucharistie produit en nous ses merveilleux effets quand il est reçu avec les dispositions nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour faire une bonne Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne Communion trois choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 être en état de grâce ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 être à jeun depuis minuit jusqu’au moment de la Communion ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 savoir ce qu’on va recevoir et s’approcher de la sainte Communion avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’être en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Être en état de grâce, c’est avoir la conscience pure de tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, avant de communier, celui qui sait être en état de péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui sait être en état de péché mortel, doit, avant de communier, faire une bonne confession ; car l’acte de contrition parfaite, sans la confession, ne suffit pas à celui qui est en état de péché mortel pour communier comme il faut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’acte de contrition parfaite ne suffit-il pas, quand on est en état de péché mortel, pour pouvoir communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que l’Église a établi, par respect pour ce sacrement, que celui qui est coupable de péché mortel n’aille pas faire la sainte Communion si, auparavant, il ne s’est pas confessé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait-il Jésus-Christ ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui communierait en état de péché mortel recevrait Jésus-Christ, mais il ne recevrait pas sa grâce ; il commettrait même un sacrilège et encourrait la sentence de damnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le jeûne requis avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jeûne requis avant la Communion est le jeûne naturel, qui est rompu par la moindre chose prise par manière d’aliment ou de breuvage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau entrée dans la bouche, peut-il encore communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui avale quelque chose resté dans les dents ou quelque goutte d’eau en faisant sa toilette, peut encore communier ; parce qu’alors, ou bien ces choses ne sont pas prises par manière d’aliment ou de breuvage, ou bien elles en ont perdu la nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est-il jamais permis de communier sans être à jeun ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier sans être à jeun est permis aux malades qui sont en danger de mort, et à ceux qui ont obtenu une permission spéciale du Pape en raison d’une maladie qui se prolonge. La Communion faite par les malades en danger de mort s’appelle Viatique, parce qu’elle les soutient dans le voyage qu’ils font de cette vie à l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veulent dire ces mots : savoir ce qu’on va recevoir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Savoir ce qu’on va recevoir, veut dire : connaître ce qu’enseigne la Doctrine chrétienne au sujet de ce sacrement et le croire fermement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire : communier avec dévotion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Communier avec dévotion, c’est s’approcher de la sainte Communion avec humilité et modestie, dans sa personne comme dans ses habits, et faire la préparation avant la sainte Communion et l’action de grâces après. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la préparation avant la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La préparation avant la Communion consiste à s’arrêter quelques instants à considérer qui nous allons recevoir et qui nous sommes ; et à faire des actes de foi, d’espérance, de charité, de contrition, d’adoration, d’humilité et de désir de recevoir Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste l’action de grâces après la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’action de grâces après la Communion consiste à rester dans le recueillement, honorant la présence du Seigneur en nous et renouvelant les actes de foi, d’espérance, de charité, d’adoration, de remerciement, d’offrande et de demande, demandant surtout les grâces qui nous sont le plus nécessaires à nous et à ceux pour lesquels nous sommes obligés de prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire le jour de la Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour de la Communion on doit se tenir le plus possible dans le recueillement, s’occuper à des œuvres de piété et remplir avec un plus grand soin les devoirs de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps Jésus-Christ reste-t-il en nous après la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la sainte Communion Jésus-Christ reste en nous par sa grâce aussi longtemps que nous ne péchons pas mortellement ; et par sa présence réelle il reste tant que les espèces sacramentelles ne sont pas consommées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La manière de communier. ====&lt;br /&gt;
''Comment faut-il se tenir au moment de recevoir la sainte Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment de recevoir la sainte Communion, il faut être à genoux, tenir la tête médiocrement levée, les yeux modestement tournés vers la sainte Hostie, la bouche suffisamment ouverte et la langue un peu avancée sur la lèvre inférieure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment faut-il tenir la nappe ou la tablette de Communion ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut tenir la nappe ou la tablette de Communion de telle sorte qu’elle reçoive la sainte Hostie si elle venait à tomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on avaler la sainte Hostie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire en sorte d’avaler la sainte Hostie le plus tôt possible, et nous abstenir de cracher pendant quelque temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si la sainte Hostie s’attachait au palais, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la sainte Hostie s’attachait au palais, il faudrait la détacher avec la langue, et jamais avec le doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le précepte de la communion. ====&lt;br /&gt;
''Quand y a-t-il obligation de communier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a obligation de communier tous les ans, à Pâques, chacun dans sa paroisse ; et de plus, quand on est en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel âge commence à obliger le commandement de la Communion pascale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le commandement de la Communion pascale commence à obliger à l’âge où l’enfant est capable de s’en approcher avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui ont l’âge d’être admis à la Communion et qui ne communient pas pèchent-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui, ayant l’âge d’être admis à la Communion, ne communient pas, ou parce qu’ils ne veulent pas ou parce que, par leur faute, ils ne sont pas instruits, pèchent certainement. Leurs parents ou ceux qui les remplacent pèchent de leur côté si le retard de la Communion arrive par leur faute et ils devront en rendre un grand compte à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon et utile de communier souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de communier souvent, et même chaque jour, selon le désir de l’Église, pourvu qu’on le fasse avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelle fréquence peut-on s’approcher de la sainte Table ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut s’approcher de la sainte Table aussi souvent que le conseil en est donné par un pieux et docte confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Le saint sacrifice de la Messe.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. L’essence, l’institution et les fins du saint sacrifice de la Messe. ====&lt;br /&gt;
''L’Eucharistie doit-elle être considérée seulement comme un sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie n’est pas seulement un sacrement ; elle est aussi le sacrifice permanent de la nouvelle loi, que Jésus-Christ a laissé à son Église, afin de s’offrir à Dieu par les mains de ses prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste, en général, le sacrifice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice, en général, consiste à offrir à Dieu une chose sensible et à la détruire en quelque manière pour reconnaître son souverain domaine sur nous et sur toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment s’appelle ce sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrifice de la nouvelle loi s’appelle la sainte Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce donc que la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sainte Messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrifice de la Messe est-il le même que celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Messe est substantiellement le même que celui de la Croix en ce que c’est le même Jésus-Christ qui s’est offert sur la Croix et qui s’offre par les mains des prêtres, ses ministres, sur nos autels ; mais dans la manière dont il est offert, le sacrifice de la Messe diffère du sacrifice de la Croix, tout en gardant avec celui-ci la plus intime et la plus essentielle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence et quelle relation y a-t-il entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix il y a cette différence et cette relation que, sur la Croix, Jésus-Christ s’est offert en répandant son Sang et en méritant pour nous ; tandis que sur les autels, il se sacrifie sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa Mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle autre relation le sacrifice de la Messe a-t-il avec celui de la Croix ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre relation du sacrifice de la Messe avec celui de la Croix est que le sacrifice de la Messe représente d’une manière sensible l’effusion du sang de Jésus-Christ sur la Croix ; car en vertu des paroles de la consécration, le Corps seul de notre Sauveur devient présent sous l’espèce du pain et son Sang seul sous l’espèce du vin ; et ce n’est que par concomitance naturelle et à cause de l’union hypostatique que Jésus-Christ vivant et véritable est présent sous chacune des espèces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Peut-être le sacrifice de la Croix n’est il pas l’unique sacrifice de la nouvelle loi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrifice de la Croix est l’unique sacrifice de la loi nouvelle, car par lui Notre Seigneur a apaisé la justice Divine, acquis tous les mérites nécessaires pour nous sauver et accompli ainsi de son côté notre Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ces mérites qu’il nous applique par les moyens qu’il a institués dans son Église, au nombre desquels est le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelles fins offre-t-on le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe pour quatre fins : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 pour lui rendre l’honneur qui lui est dû, et à ce point de vue le sacrifice est latreutique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 pour le remercier de ses bienfaits, et à ce point de vue le sacrifice est eucharistique ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 pour l’apaiser, lui donner la satisfaction due pour nos péchés, soulager les âmes du purgatoire, et à ce point de vue le sacrifice est propitiatoire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 pour obtenir toutes les grâces qui nous sont nécessaires, et à ce point de vue le sacrifice est impétratoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui est-ce qui offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier et le principal dans l’oblation du sacrifice de la sainte Messe est Jésus-Christ, et le prêtre est le ministre qui, au nom de Jésus-Christ, offre ce sacrifice au Père Éternel &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a institué le sacrifice de la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est Jésus-Christ lui-même qui a institué le sacrifice de la sainte Messe quand il a institué le sacrement d’Eucharistie, et il dit qu’on le fit en souvenir de sa Passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A qui offre-t-on la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On offre la sainte Messe à Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on offre la sainte Messe à Dieu seul, pourquoi célèbre-t-on tant de messes en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Messe célébrée en l’honneur de la sainte Vierge et des Saints est toujours un sacrifice offert à Dieu seul ; aussi, on dit qu’elle est célébrée en l’honneur de la très sainte Vierge et des Saints, pour remercier Dieu des dons qu’il leur a faits et obtenir de lui plus abondamment par leur intercession les grâces dont nous avons besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui participe aux fruits de la sainte Messe ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute l’Église participe aux fruits de la sainte Messe, mais particulièrement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l le prêtre et ceux qui assistent à la Messe et qui sont considérés comme unis au prêtre ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux pour qui la Messe est appliquée et ils peuvent être des vivants ou des défunts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La manière d’assister à la Messe. ====&lt;br /&gt;
''Combien de choses sont nécessaires pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entendre bien et avec fruit la sainte Messe deux choses sont nécessaires : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 la modestie extérieure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la dévotion du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la modestie extérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La modestie extérieure consiste spécialement à être modestement vêtu, à observer le silence et le recueillement, et à se tenir autant que possible à genoux, excepté pendant les deux évangiles qu’on entend debout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant la sainte Messe, quelle est la meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La meilleure manière de pratiquer la dévotion du cœur en entendant la sainte Messe est la suivante : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 unir dès le commencement son intention à celle du prêtre, offrant à Dieu le saint sacrifice pour les fins pour lesquelles il a été institué ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 suivre le prêtre en chacune des prières et des actions du sacrifice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 méditer la passion et la mort de Jésus-Christ et détester de tout son cœur les péchés qui en ont été la cause ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 faire la Communion sacramentelle, ou au moins la Communion spirituelle pendant que le prêtre communie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Communion spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Communion spirituelle est un grand désir de s’unir sacramentellement à Jésus-Christ, en disant, par exemple : &amp;quot; Mon Seigneur Jésus-Christ, je désire de tout mon cœur de m’unir à Vous maintenant et pour toute l’éternité &amp;quot; et en faisant les mêmes actes qu’on fait avant et après la Communion sacramentelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La récitation du Rosaire ou d’autres prières pendant la sainte Messe empêche-t-elle de l’entendre avec fruit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La récitation de ces prières n’empêche pas d’entendre la Messe avec fruit, pourvu qu’on tâche le plus possible de suivre les cérémonies du saint sacrifice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Fait-on bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On fait bien de prier aussi pour les autres en assistant à la sainte Messe, et même le temps de la sainte Messe est le meilleur pour prier à l’intention des vivants et des morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faudrait-il faire quand la Messe est finie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand la Messe est finie, il faudrait remercier Dieu de la grâce qu’il nous a faite en nous donnant d’assister à ce grand sacrifice, et lui demander pardon des fautes que nous avons commises en y assistant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : La pénitence.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. La pénitence en général. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pénitence, appelée aussi Confession, est le sacrement institué par Jésus-Christ pour remettre les péchés commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on à ce sacrement le nom de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne à ce sacrement le nom de Pénitence, parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il est nécessaire de les détester avec repentir, et parce que celui qui a commis une faute doit se soumettre à la peine que le prêtre impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ce sacrement est-il aussi appelé Confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement est aussi appelé Confession parce que, pour obtenir le pardon des péchés, il ne suffit pas de les détester, mais il est nécessaire de les accuser au prêtre, c’est-à-dire d’en faire la confession. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a institué le sacrement de Pénitence le jour de sa Résurrection, quand, entré dans le cénacle, il donna solennellement à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment Jésus-Christ donna-t-il à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ donna à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés en soufflant sur eux et en leur disant : &amp;quot; Recevez le Saint-Esprit : les péchés de ceux à qui vous les remettrez seront remis et les péchés de ceux à qui vous les retiendrez, seront retenus &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la matière du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On distingue pour le sacrement de Pénitence la matière éloignée et la matière prochaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière éloignée est constituée par les péchés que le pénitent a commis après le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière prochaine, ce sont les actes du pénitent, c’est-à-dire la contrition, l’accusation et la satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle est la forme du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La forme du sacrement de Pénitence est celle-ci : &amp;quot; Je t’absous de tes péchés &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ministre du sacrement de Pénitence est le prêtre approuvé par l’Évêque pour entendre les confessions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi avez-vous dit que le prêtre doit être approuvé par l’Évêque ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prêtre doit être approuvé et autorisé par l’Évêque pour entendre les confessions parce que, pour administrer validement ce sacrement, il ne suffit pas d’avoir le pouvoir d’ordre, mais il est nécessaire d’avoir aussi le pouvoir de juridiction, c’est-à-dire la puissance de juger, qui doit être donnée par l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de parties dans le sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parties du sacrement de Pénitence sont : la contrition, la confession et la satisfaction du pénitent, et l’absolution du prêtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la contrition ou douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La contrition on douleur des péchés est un déplaisir de l’âme, par lequel on déteste les péchés commis et on se propose de n’en plus commettre à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot contrition veut dire broiement, brisement, comme quand une pierre est écrasée et réduite en poussière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi donne-t-on le nom de contrition à la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne le nom de contrition à la douleur des péchés pour signifier que le cœur endurci du pécheur est en quel que sorte broyé par la douleur d’avoir offensé Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En quoi consiste la confession des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La confession consiste en une accusation distincte de nos péchés, faite au confesseur pour en recevoir l’absolution et la pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que la confession est une accusation ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que la confession est une accusation parce qu’elle ne doit pas être un récit indifférent, mais la manifestation vraie et douloureuse de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ou pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction ou pénitence est une prière au une autre bonne œuvre que le confesseur impose au pénitent en expiation de ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution est la sentence que le prêtre prononce au nom de Jésus-Christ pour remettre les péchés au pénitent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Des parties du sacrement de Pénitence, quelle est la plus nécessaire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des parties du sacrement de Pénitence, la plus nécessaire est la contrition, parce que sans elle on ne peut jamais obtenir le pardon des péchés, et avec elle seule, quand elle est parfaite, on peut obtenir le pardon pourvu qu’elle soit unie au désir, au moins implicite, de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Les effets et la nécessité du sacrement de Pénitence et les dispositions pour le bien recevoir. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les effets du sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence confère la grâce sanctifiante par laquelle sont remis les péchés mortels et aussi les péchés véniels qu’on a confessés et dont on a le repentir ; il change la peine éternelle en peine temporelle dont une partie, plus ou moins grande selon les dispositions, est même remise ; il rend les mérites des bonnes œuvres faites avant de commettre le péché mortel ; il donne à l’âme des secours opportuns pour ne pas retomber dans le péché et remet la conscience en paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence est-il nécessaire à tous pour être sauvés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence est nécessaire pour être sauvés à tous ceux qui, après le Baptême, ont commis quelque péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de se confesser souvent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très bon de se confesser souvent parce que le sacrement de Pénitence non seulement efface les péchés, mais encore donne les grâces nécessaires pour les éviter à l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Pénitence a-t-il la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Pénitence a la vertu de remettre tous les péchés, si nombreux et si grands qu’ils soient, pourvu qu’on le reçoive avec les dispositions requises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien faut-il de choses pour faire une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire une bonne confession, il faut cinq choses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’examen de conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 la douleur d’avoir offensé Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la résolution de ne plus pécher ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 l’accusation de ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la satisfaction ou pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire avant tout pour nous bien confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous bien confesser, nous devons, avant tout, prier de tout cœur le Seigneur de nous donner la lumière pour connaître tous nos péchés et la force de les détester. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. L’examen. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience est une recherche attentive des péchés qu’on a commis depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment se fait l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’examen de conscience se fait en cherchant soigneusement à se rappeler devant Dieu tous les péchés non encore confessés et qu’on a commis en pensées, paroles, actions et omissions, contre les commandements de Dieu et de l’Église et contre les obligations de son état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sur quelles autres choses devons-nous nous examiner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons encore nous examiner sur les mauvaises habitudes et les occasions de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans l’examen devons-nous rechercher aussi le nombre des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’examen, nous devons aussi rechercher le nombre des péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour qu’un Péché soit mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qu’un péché soit mortel, il faut trois choses : matière grave, pleine advertance et parfait consentement de la volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a matière grave ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a matière grave quand il s’agit d’une chose notablement contraire à la loi de Dieu et de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce qu’il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, en péchant, pleine advertance ou connaissance, quand on connaît parfaitement qu’on fait un mal grave. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que, dans le péché, il y a parfait consentement de la volonté ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a, dans le péché, parfait consentement de la volonté quand on veut délibérément faire une chose, bien qu’on sache qu’elle est coupable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel soin faut-il apporter à l’examen de conscience ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut apporter à l’examen de conscience le soin qu’on apporterait à une affaire de grande importance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien de temps doit-on employer à l’examen ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit employer à l’examen de conscience plus ou moins de temps selon le besoin, c’est-à-dire selon le nombre et la qualité des péchés qui chargent la conscience et selon le temps écoulé depuis la dernière confession bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on rendre plus facile l’examen pour la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On rend plus facile l’examen pour la confession en faisant chaque soir l’examen de conscience sur les actions de la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. La douleur. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur des péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur des péchés consiste en un déplaisir et une sincère détestation de l’offense faite à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de douleur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de douleur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur parfaite ou de contrition ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la douleur imparfaite ou d’attrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur parfaite ou de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite est le déplaisir d’avoir offensé Dieu parce qu’il est infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi appelez-vous parfaite la douleur de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’appelle parfaite la douleur de contrition pour deux raisons : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 parce qu’elle regarde exclusivement la bonté de Dieu et non pas notre avantage ou notre détriment ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 parce qu’elle nous fait obtenir immédiatement le pardon des péchés, tout en nous laissant l’obligation de nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La douleur parfaite nous obtient donc le pardon des péchés indépendamment de la confession'' ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ne nous obtient pas le pardon des péchés indépendamment de la confession, parce qu’elle implique toujours la volonté de se confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur parfaite ou contrition produit-elle cet effet de nous remettre en état de grâce ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur parfaite ou contrition, produit cet effet, parce qu’elle naît de la charité qui ne peut se trouver dans l’âme en même temps que le péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la douleur imparfaite ou d’attrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur imparfaite ou d’attrition est celle par laquelle nous nous repentons d’avoir offensé Dieu comme notre souverain Juge, c’est-à-dire par crainte des châtiments mérités en cette vie ou en l’autre, ou à cause de la laideur même du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir la douleur pour être bonne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur, pour être bonne, doit avoir quatre qualités : elle doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être dans le cœur et dans la volonté, et non pas seulement dans les paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être intérieure ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être intérieure parce que la volonté qui s’est éloignée de Dieu par le péché doit revenir à Dieu en détestant le péché commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends qu’elle doit être excitée en nous par la grâce de Dieu et conçue pour des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être surnaturelle parce qu’elle tend vers un but surnaturel, c’est-à-dire le pardon de Dieu, l’acquisition de la grâce sanctifiante et le droit à la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Expliquez mieux la différence entre la douleur surnaturelle et la douleur naturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui se repent parce qu’il a offensé un Dieu infiniment bon et digne par lui-même d’être aimé, parce qu’il a perdu le paradis et mérité l’enfer, ou à cause de la malice intrinsèque du péché, a une douleur surnaturelle, parce que ce sont là des motifs de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui, au contraire, qui se repentirait seulement à cause du déshonneur ou des châtiments qu’il s’est attirés de la part des hommes, ou à cause de quelque préjudice purement temporel, aurait une douleur naturelle, parce qu’il se repentirait seulement pour des motifs humains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle être souveraine ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La douleur doit être souveraine parce que nous devons regarder et haïr le péché comme le plus grand de tous les maux, puisqu’il offense Dieu, le souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il est peut-être nécessaire que la douleur des péchés se manifeste par des pleurs comme on le fait dans les malheurs de cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’est pas nécessaire que matériellement on manifeste par des pleurs sa douleur des péchés, mais il suffit qu’en son cœur on fasse plus de cas d’avoir offensé Dieu que de tout autre malheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant que la douleur doit être universelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je veux dire qu’elle doit s’étendre à tous les péchés mortels commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la douleur doit-elle s’étendre à tous les péchés mortels commis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que celui qui garde même un seul péché mortel sans s’en repentir reste l’ennemi de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devons-nous faire pour avoir la douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour avoir la douleur de nos péchés, nous devons la demander à Dieu du fond du cœur et l’exciter en nous par la considération du grand mal que nous avons fait en péchant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment ferez-vous pour vous exciter à détester vos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour m’exciter à détester mes péchés : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 je considérerai la rigueur de la justice infinie de Dieu, et la laideur du péché qui a souillé mon âme et m’a rendu digne des peines éternelles de l’enfer ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 je considérerai que j’ai perdu la grâce et l’amitié divine, mon titre d’enfant de Dieu et le droit au céleste héritage ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que j’ai offensé mon Rédempteur mort pour moi et que mes péchés ont été la cause de sa mort ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 que j’ai méprisé mon Créateur, mon Dieu ; que je me suis détourné de Lui, mon Souverain Bien, digne d’être aimé par dessus tout et servi fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Devons-nous avoir grand soin, quand nous allons nous confesser, d’avoir une vraie douleur de nos péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand nous allons nous confesser, nous devons certainement avoir grand soin d’avoir une vraie douleur de nos péchés, parce que c’est la chose la plus importante de toutes, et que, si la douleur manque, la confession est nulle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui ne confesse que des péchés véniels doit-il avoir la douleur de tous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on ne confesse que des péchés véniels, pour que la confession soit valide, il suffit qu’on ait le repentir de quelques uns ; mais pour obtenir le pardon de tous, il est nécessaire qu’on se repente de tous ceux qu’on reconnaît avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait-il une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, ne confessant que des péchés véniels, ne se repent pas même d’un seul, fait une confession nulle ; de plus, cette confession est sacrilège, si c’est avec advertance qu’il manque de douleur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rendre plus sûre une confession où on n’accuse que des péchés véniels, il est prudent d’accuser en outre, avec une vraie douleur, quelque péché plus grave de la vie passée, bien qu’il ait été déjà accusé d’autres fois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il bon de faire souvent l’acte de contrition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon et très utile de faire souvent l’acte de contrition, surtout avant de se coucher et quand on s’aperçoit qu’on est tombé dans un péché mortel ou qu’on en a un doute, afin de se remettre au plus vite en état de grâce. C’est surtout utile pour obtenir plus facilement de Dieu la grâce de faire le même acte quand on en aura le plus de besoin, c’est-à-dire quand on sera en danger de mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. Le bon propos. ====&lt;br /&gt;
''En quoi consiste le bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bon propos consiste en une volonté résolue de ne jamais plus commettre le péché et d’employer tous les moyens nécessaires pour le fuir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir cette résolution pour être un bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour être un bon propos, cette résolution doit avoir principalement trois qualités ; elle doit être absolue, universelle et efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être absolu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends que le bon propos doit être sans aucune condition de temps, de lieu ou de personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être universel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être universel, j’entends que nous devons avoir la volonté de fuir tous les péchés mortels, autant ceux que nous avons déjà commis que tous les autres que nous pourrions commettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous en disant : le bon propos doit être efficace ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En disant : le bon propos doit être efficace, j’entends qu’il faut avoir une volonté résolue à perdre tout plutôt que de commettre un nouveau péché, à fuir les occasions dangereuses de pécher, à détruire les mauvaises habitudes, et à accomplir toutes les obligations contractées en conséquence de nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par mauvaise habitude ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par mauvaise habitude, on entend la disposition acquise à tomber facilement dans les péchés auxquels nous nous sommes accoutumés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire pour corriger les mauvaises habitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour corriger les mauvaises habitudes, nous devons veiller sur nous, prier beaucoup, nous confesser fréquemment, avoir un bon directeur, n’en pas changer, et mettre en pratique les conseils et les remèdes qu’il nous propose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par occasions dangereuses de pécher ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par occasions dangereuses de pécher on entend toutes les circonstances de temps, de lieu, de personnes ou de choses qui, de leur nature ou à cause de notre fragilité, nous portent à commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous gravement obligés de fuir toutes les occasions dangereuses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes gravement obligés de fuir les occasions dangereuses qui, ordinairement, nous portent à commettre le péché mortel et qu’on appelle les occasions prochaines du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne peut pas fuir quelque occasion de péché doit le dire à son confesseur et s’en tenir à ses conseils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations aident à nous porter au bon propos ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce seront les mêmes considérations qui nous aident à nous exciter à la douleur, c’est-à-dire la crainte de la justice de Dieu et l’amour de son infinie bonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’accusation des péchés au confesseur. ====&lt;br /&gt;
''Après vous être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après m’être bien disposé à la confession par l’examen, la douleur et le bon propos, j’irai faire au confesseur l’accusation de mes péchés pour en avoir l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quels péchés sommes-nous obligés de nous confesser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de nous confesser de tous les péchés mortels, mais il est bon de confesser aussi les véniels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles qualités doit avoir l’accusation des péchés ou confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales qualités que doit avoir l’accusation des péchés sont au nombre de cinq : elle doit être humble, entière, sincère, prudente et brève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être humble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que le pénitent doit s’accuser devant son confesseur sans arrogance dans l’esprit ou les paroles, mais avec le sentiment d’un coupable qui reconnaît sa faute et comparaît devant le juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’on doit manifester, avec leurs circonstances et leur nombre, tous les péchés mortels commis depuis la dernière confession bien faite, et dont on a conscience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles circonstances doit-on manifester pour que l’accusation soit entière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour que l’accusation soit entière, on doit manifester les circonstances qui changent l’espèce du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les circonstances qui changent l’espèce du péché ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les circonstances qui changent l’espèce du péché sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 celles par lesquelles une action coupable de vénielle devient mortelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 celles par lesquelles une action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi un exemple d’une circonstance qui fasse devenir mortel un péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, pour s’excuser, ferait un mensonge d’où résulterait un grave dommage pour le prochain devrait manifester cette circonstance qui, d’officieux rend le mensonge gravement pernicieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi maintenant un exemple d’une circonstance par laquelle une même action coupable contient la malice de deux ou plusieurs péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui aurait dérobé une chose sacrée devrait accuser cette circonstance qui ajoute au vol la malice du sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, devrait-on s’en accuser ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on n’était pas certain d’avoir commis un péché, on ne serait pas obligé de s’en confesser : et si on voulait l’accuser, on devrait ajouter que l’on n’est pas certain de l’avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui ne se rappelle pas exactement le nombre de ses péchés, doit en accuser le nombre approximatif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui, par oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a-t-il fait une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par pur oubli, a tu un péché mortel ou une circonstance nécessaire, a fait une bonne confession, pourvu qu’il ait apporté à s’en rappeler tout le soin qu’il devait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, sommes-nous obligés de nous en accuser dans une autre confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si un péché mortel oublié en confession revient ensuite à l’esprit, nous sommes certainement obligés de l’accuser la première fois que nous allons nous confesser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle faute commet celui qui, par honte ou par quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui, par honte ou pour quelque autre motif coupable, cache volontairement un péché mortel en confession, profane le sacrement et se rend par suite coupable d’un très grave sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire, pour mettre ordre à sa conscience, celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui a caché volontairement quelque péché mortel en confession, doit faire connaître au confesseur le péché qu’il a caché, dire dans combien de confessions il l’a caché et refaire toutes les confessions depuis la dernière qui fut bien faite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles considérations doit faire celui qui serait tenté de cacher quelque péché en confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui serait tenté de cacher quelque péché grave en confession doit considérer : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 qu’il n’a pas eu honte de pécher en présence de Dieu qui voit tout ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 qu’il vaut mieux manifester ses péchés en secret à un confesseur que de vivre toujours inquiet, dans le péché, de faire une mort malheureuse et d’être couvert de confusion devant tout le monde au jugement général ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 que le confesseur est obligé au secret sacramentel, qu’il ne peut violer sans commettre un très grave péché et sans s’exposer aux peines temporelles et éternelles les plus sévères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : l’accusation doit être sincère ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’il faut déclarer ses péchés tels qu’ils sont, sans les excuser, les diminuer ou les augmenter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être prudente ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient qu’en confessant nos péchés nous devons employer les termes les plus modestes, et que nous devons nous bien garder de découvrir les péchés des autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient ces mots : la confession doit être brève ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils signifient que nous ne devons dire au confesseur rien d’inutile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’est il pas pénible de devoir confesser ses péchés à un autre, surtout si ces péchés sont très déshonorants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu’il puisse être pénible de confesser ses péchés à un autre, il faut le faire, parce que c’est de précepte divin et qu’on ne peut obtenir autrement le pardon des péchés commis ; et de plus parce que la difficulté qu’on éprouve à se confesser est compensée par de nombreux avantages et de grandes consolations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La manière de se confesser. ====&lt;br /&gt;
''Comment vous présenterez-vous au confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’agenouillerai aux pieds du confesseur et je dirai : &amp;quot; Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous pendant que le confesseur vous donnera la bénédiction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je m’inclinerai humblement pour la recevoir, et je ferai le signe de la Croix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a fait le signe de la Croix, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a fait le signe de la Croix on doit dire : &amp;quot; Je me confesse à Dieu tout-puissant, à la Bienheureuse Vierge Marie, à tous les Saints et à vous, mon Père spirituel, parce que j’ai péché &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Et ensuite, que faut-il dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il faut dire : &amp;quot; Je me suis confessé depuis tant de temps ; par la grâce de Dieu j’ai reçu l’absolution, j’ai fait la pénitence, et j’ai fait la sainte Communion &amp;quot;. Ensuite on accuse ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand vous avez fini l’accusation de vos péchés, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’aurai fini l’accusation de mes péchés, je dirai : &amp;quot; Je m’accuse encore de tous les péchés de la vie passée, spécialement contre telle ou telle vertu, ( par exemple contre la pureté, contre le quatrième commandement, etc.) &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après cette accusation, que doit-on dire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit dire : &amp;quot; de tous ces péchés et de tous ceux que j’ai oubliés, je demande pardon à Dieu de tout mon cœur ; et à vous, mon Père spirituel, je demande la pénitence et l’absolution &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on a ainsi terminé l’accusation des péchés, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on a terminé l’accusation des péchés, il faut écouter avec respect ce que dira le confesseur ; recevoir la pénitence avec une volonté sincère de l’accomplir ; et, pendant qu’il donnera l’absolution, renouveler dans son cœur l’acte de contrition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois l’absolution reçue, que reste-t-il à faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’absolution reçue, il faut remercier le Seigneur ; faire au plus tôt la pénitence ; et mettre en pratique les avis du confesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. L’absolution. ====&lt;br /&gt;
''Les confesseurs doivent-ils toujours donner l’absolution à ceux qui se confessent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les confesseurs ne doivent donner l’absolution qu’à ceux qu’ils jugent bien disposés à la recevoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les confesseurs peuvent-ils quelquefois différer ou refuser l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non seulement les confesseurs peuvent, mais ils doivent différer ou refuser l’absolution dans certains cas, pour ne pas profaner le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés et à qui l’on doit ordinairement refuser ou différer l’absolution ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pénitents qu’on doit considérer comme mal disposés sont principalement : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 ceux qui ne connaissent pas les principaux mystères de la foi, ou qui négligent de s’instruire des principaux points de la Doctrine chrétienne qu’ils sont obligés de savoir selon leur état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 ceux qui sont gravement négligents à faire leur examen de conscience et qui ne donnent pas des signes de douleur et de repentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 ceux qui, le pouvant, ne veulent pas restituer le bien d’autrui qu’ils ont pris ou rétablir la réputation qu’ils ont enlevée ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 ceux qui ne pardonnent pas du fond du cœur à leurs ennemis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 ceux qui ne veulent pas employer les moyens nécessaires pour se corriger de leurs mauvaises habitudes ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 ceux qui ne veulent pas fuir les occasions prochaines de péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''N’y a-t-il pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, il n’y a pas trop de rigueur de la part du confesseur à différer l’absolution au pénitent qu’il ne croit pas encore bien disposé ; c’est au contraire de la charité : il agit comme un bon médecin qui essaie de tous les remèdes même désagréables et douloureux, pour sauver la vie du malade. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution devra-t-il se désespérer ou s’éloigner tout à fait de la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pécheur à qui on diffère ou refuse l’absolution ne doit pas se désespérer ni s’éloigner tout à fait de la confession ; mais il doit s’humilier, reconnaître son état déplorable, profiter des bons conseils que lui donne le confesseur, et ainsi se mettre le plus tôt possible en état de mériter l’absolution. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit faire le pénitent par rapport au choix du confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un vrai pénitent doit se recommander beaucoup à Dieu pour le choix d’un confesseur pieux, instruit et prudent ; puis il doit se remettre entre ses mains et se soumettre à lui comme à son juge et son médecin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 9. La satisfaction ou pénitence. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la satisfaction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La satisfaction, qu’on appelle aussi pénitence sacramentelle, est un des actes du pénitent par lequel il donne une certaine compensation à la Justice divine pour les péchés commis, en accomplissant les œuvres que lui impose le confesseur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le pénitent est-il obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent est obligé d’accepter la pénitence que lui impose le confesseur, s’il peut la faire ; et s’il ne peut pas la faire, il doit le lui dire humblement et lui en demander une autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le confesseur n’a pas prescrit un temps déterminé, on doit la faire au plus tôt et tâcher de la faire en état de grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on faire la pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire la pénitence en son entier et avec dévotion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dans la confession impose-t-on une pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
on impose une pénitence parce que, ordinairement, après l’absolution sacramentelle qui remet la faute et la peine éternelle, il reste une peine temporelle à payer en ce monde ou dans le purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle raison Notre Seigneur a-t-il voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés, et non dans le Sacrement de Pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Seigneur a voulu dans le sacrement de Baptême remettre toute la peine due aux péchés et non dans le sacrement de Pénitence, parce que les péchés après le Baptême sont beaucoup plus graves, étant commis avec plus de connaissance et d’ingratitude pour les bienfaits de Dieu ; et aussi afin que l’obligation de satisfaire pour ces péchés soit un frein qui empêche d’y retomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous par nous-mêmes satisfaire à Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, par nous-mêmes, nous ne pouvons pas satisfaire à Dieu ; mais nous le pouvons en nous unissant à Jésus-Christ qui, par le mérite de sa passion et de sa mort, donne de la valeur à nos actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La pénitence que donne le confesseur suffit-elle toujours à effacer la peine qui reste due pour les péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que donne le confesseur ne suffit pas ordinairement à payer toute la peine due pour les péchés ; aussi il faut tâcher d’y suppléer par d’autres pénitences volontaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de pénitence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de pénitence peuvent se réduire à trois espèces : la prière, le jeûne, l’aumône. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par prière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends par prière toute sorte d’exercices de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par jeûne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par jeûne toute sorte de mortifications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par aumône ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On entend par aumône toute œuvre de miséricorde spirituelle et corporelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle pénitence est la plus méritoire, celle que donne le confesseur ou celle que nous nous imposons de nous-mêmes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La pénitence que nous donne le confesseur est la plus méritoire, parce que, faisant partie du sacrement, elle reçoit une plus grande efficacité des mérites de la passion de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui meurent après avoir reçu l’absolution mais avant d’avoir pleinement satisfait à la justice de Dieu, vont-ils tout droit en paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ils vont en purgatoire pour y satisfaire à la justice de Dieu et se purifier entièrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous soulager dans leurs peines les âmes en purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les âmes qui sont en purgatoire peuvent être soulagées par les prières, les aumônes, toutes les autres bonnes œuvres, par les indulgences, et surtout par le saint sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la pénitence, que doit encore faire le pénitent après la confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pénitent, après la confession, outre la pénitence, s’il a injustement fait tort au prochain dans ses biens ou son honneur, ou s’il lui a donné du scandale, doit au plus tôt et autant qu’il est possible, lui restituer les biens, rétablir son honneur et réparer le scandale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment peut-on réparer le scandale qu’on a causé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut réparer le scandale qu’on a causé en faisant cesser l’occasion, et en édifiant par ses paroles et ses bons exemples ceux qu’on a scandalisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quelle manière devra-t-on satisfaire au prochain si on l’a offensé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On devra satisfaire au prochain qu’on a offensé, en lui demandant pardon on en lui faisant quelque autre réparation convenable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels fruits produit en nous une bonne confession ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une bonne confession : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 nous remet les péchés commis et nous donne la grâce de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous rend la paix et le repos de la conscience ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rouvre les portes du paradis et change la peine éternelle de l’enfer en peine temporelle ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 nous préserve des rechutes et nous rend capables de gagner les indulgences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 10. Les indulgences. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence est la rémission de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés quant à la faute ; rémission que l’Église nous accorde en dehors du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De qui l’Église a-t-elle reçu le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d’accorder les indulgences. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment l’Église nous remet-elle la peine temporelle par les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église nous remet la peine temporelle par les indulgences, en nous appliquant les satisfactions surabondantes de Jésus-Christ de la très sainte Vierge et des Saints qui forment ce qu’on appelle le trésor de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’accorder les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir d’accorder les indulgences appartient au Pape seul pour toute l’Église, et à l’Évêque dans son diocèse, dans la mesure où le Pape le lui a concédé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il d’espèces d’indulgences ?.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux espèces d’indulgences : l’indulgence plénière et l’indulgence partielle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence plénière ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence plénière est celle qui remet toute la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc quelqu’un mourait après avoir reçu cette indulgence, il irait tout droit au paradis, échappant absolument aux peines du purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’indulgence partielle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’indulgence partielle est celle qui ne remet qu’une partie de la peine temporelle due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend faire l’Église en accordant les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En accordant les indulgences, l’Église entend venir en aide à notre incapacité d’expier en ce monde toute la peine temporelle en nous faisant obtenir par des œuvres de piété et de charité chrétienne ce que, dans les premiers siècles, elle faisait obtenir par la rigueur des canons pénitentiels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans, et autres expressions semblables ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par indulgence de quarante jours, de cent jours, de sept ans et autres expressions semblables, on entend la rémission de la peine temporelle qu’on aurait obtenue par quarante jours, cent jours, sept ans, de la pénitence publique établie anciennement dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas devons-nous faire des indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons faire un très grand cas des indulgences parce que, par elles, on satisfait à la justice de Dieu et on obtient plus vite et plus facilement la possession du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions requises pour gagner les indulgences ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions requises pour gagner les indulgences sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l l’état de grâce (au moins dans la dernière des œuvres qu’on accomplit) et l’exemption même des péchés, véniels, dont on veut effacer la peine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’accomplissement des œuvres que prescrit l’Église pour obtenir l’indulgence &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’intention de la gagner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les indulgences peuvent-elles aussi être appliquées aux âmes du purgatoire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, les indulgences peuvent être appliquées aux âmes du purgatoire quand celui qui les accorde déclare qu’on peut les leur appliquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Jubilé ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Jubilé, concédé ordinairement tous les vingt-cinq ans, est une indulgence plénière à laquelle sont joints beaucoup de privilèges et de concessions particulières, comme de pouvoir obtenir l’absolution de certains péchés réservés et des censures, et la commutation de certains vœux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : L’Extrême-onction ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Extrême-onction est le sacrement institué pour le soulagement spirituel et même corporel des malades en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement d’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement d’Extrême-onction produit les effets suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 il augmente la grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 il efface les péchés véniels et même les péchés mortels que le malade repentant ne pourrait plus confesser ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 il enlève cette faiblesse et cette langueur pour le bien qui restent même après avoir obtenu le pardon des péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 il donne la force de supporter le mal avec patience, de résister aux tentations et de mourir saintement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 il aide à recouvrer la santé du corps, si c’est utile au salut de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quel moment doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit recevoir l’Extrême-onction quand la maladie est dangereuse et que le malade a reçu, si c’est possible, les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie ; même il est bon de la recevoir quand on est encore en pleine connaissance et qu’on garde quelque espoir de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi est-il bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de recevoir l’Extrême-onction quand on est encore en pleine connaissance et avec quelque espoir de vie, parce que, en la recevant avec de meilleures dispositions on peut en retirer plus de fruits, et encore parce que si, pour le bien de l’âme, ce sacrement rend la santé du corps, c’est en secondant les forces de la nature et qu’il ne faut donc pas attendre que tout espoir soit perdu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Avec quelles dispositions doit-on recevoir l’Extrême-onction ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principales dispositions pour recevoir l’Extrême-onction sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
être en état de grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
avoir confiance dans l’efficacité du sacrement et à la miséricorde divine, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et se résigner à la volonté de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sentiments doit éprouver le malade à la vue du prêtre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la vue du prêtre, le malade doit éprouver des sentiments de reconnaissance envers Dieu pour le lui avoir envoyé ; il doit le recevoir volontiers et demander de lui-même, s’il le peut, les secours de la religion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : L’Ordre ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ordre est le sacrement qui donne le pouvoir d’exercer les fonctions sacrées qui regardent le culte de Dieu et le salut des âmes, et qui imprime dans l’âme de celui qui le reçoit le caractère de ministre de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on l’Ordre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle l’Ordre, parce qu’il comporte plusieurs degrés subordonnés les uns aux autres, d’où résulte la hiérarchie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ces degrés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus élevé d’entre eux est l’Épiscopat qui contient la plénitude du sacerdoce ; ensuite le Presbytérat ou le simple Sacerdoce ; puis le Diaconat et les Ordres qu’on appelle Ordres mineurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a établi l’Ordre Sacerdotal dans la dernière Cène quand il conféra aux Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de consacrer la très sainte Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, le jour de sa résurrection, il leur conféra le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, les constituant ainsi les premiers prêtres de la nouvelle loi dans toute la plénitude de leur pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel est le ministre de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le seul ministre de ce sacrement est l’Évêque &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La dignité du Sacerdoce chrétien est donc bien grande ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dignité du Sacerdoce chrétien est très grande en raison de la double puissance que lui a conférée Jésus-Christ sur son corps réel et sur son corps mystique qui est l’Église, et en raison de la divine mission confiée aux prêtres de conduire tous les hommes à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique est-il nécessaire dans l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique est nécessaire dans l’Église parce que, sans lui, les fidèles seraient privés du saint sacrifice de la Messe et de la plus grande partie des sacrements ; ils n’auraient personne pour les instruire dans la foi, ils resteraient comme des brebis sans pasteur à la merci des loups, en un mot l’Église n’existerait plus comme Jésus-Christ l’a instituée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le Sacerdoce catholique ne cessera donc jamais sur la terre ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sacerdoce catholique, malgré la guerre que lui fait l’enfer, durera jusqu’à la fin des siècles, car Jésus-Christ a promis que les puissances de l’enfer ne prévaudraient jamais contre son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-ce un péché de mépriser les prêtres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un péché très grave, parce que le mépris et les injures qui s’adressent au prêtre, atteignent Jésus-Christ lui-même qui a dit à ses Apôtres : &amp;quot; Qui vous méprise me méprise &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel doit être le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but de celui qui embrasse l’état ecclésiastique doit être uniquement la gloire de Dieu et le salut des âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qui est nécessaire pour entrer dans l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour entrer dans l’état ecclésiastique, ce qui est nécessaire avant tout, c’est la vocation divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour connaître si Dieu appelle à l’état ecclésiastique, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prier avec ferveur Notre Seigneur de manifester quelle est sa volonté ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prendre conseil de son Évêque ou d’un sage et prudent directeur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 examiner avec soin si on a les aptitudes nécessaires pour les études, les fonctions et les obligations de cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans la vocation divine ferait-il mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui entrerait dans l’état ecclésiastique sans y être appelé de Dieu ferait un mal très grave et se mettrait en danger de perdition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique font-ils mal ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parents qui, pour des motifs humains, engagent leurs fils à embrasser sans vocation l’état ecclésiastique commettent eux aussi une faute très grave, parce que, en cela, ils usurpent le droit que Dieu s’est réservé à lui-même de choisir ses ministres, et qu’ils mettent leur fils en péril de damnation éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les devoirs des fidèles envers ceux qui sont appelés aux saints Ordres ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 laisser à leurs fils et à ceux qui sont sous leur dépendance pleine liberté de suivre la vocation divine ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 prier Dieu qu’il daigne accorder à son Église de bons pasteurs et des ministres zélés ; et c’est aussi dans ce but qu’a été institué le jeûne des Quatre Temps ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 avoir un respect singulier pour tous ceux qui, par les Ordres, sont consacrés au service de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 9 : Le Mariage. ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Nature du sacrement du Mariage. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le sacrement de Mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage est un sacrement institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui établit une union sainte et indissoluble entre l’homme et la femme et leur donne la grâce de s’aimer l’un l’autre saintement et d’élever chrétiennement leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui le Mariage a-t-il été institué ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage a été institué par Dieu lui-même au paradis terrestre ; et dans le Nouveau Testament, il a été élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le sacrement de Mariage a-t-il quelque signification spéciale ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage signifie l’union indissoluble de Jésus-Christ avec la sainte Église, son épouse et notre mère très aimante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que le lien du Mariage est indissoluble ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que le lien du Mariage est indissoluble ou qu’il ne peut être brisé que par la mort d’un des époux, parce que Dieu l’a établi ainsi dès le commencement et que Jésus-Christ Notre Seigneur l’a à son tour solennellement proclamé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le mariage chrétien pourrait-on séparer le contrat du sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, dans le mariage entre deux chrétiens on ne peut séparer le contrat du sacrement, parce que, pour eux, le mariage n’est pas autre chose que le contrat naturel lui-même élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Entre les chrétiens il ne peut donc y avoir de vrai mariage sans le sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre les chrétiens il ne peut y avoir de vrai mariage sans le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels effets produit le sacrement de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sacrement de Mariage : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 donne un accroissement de grâce sanctifiante ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 confère la grâce spéciale pour remplir fidèlement tous les devoirs matrimoniaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. Ministres, cérémonies et dispositions. ====&lt;br /&gt;
''Quels sont les ministres de ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ministres de ce sacrement sont les époux eux-mêmes qui, réciproquement, se confèrent et reçoivent le sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est administré ce sacrement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sacrement, conservant la nature du contrat, est administré par les époux eux-mêmes, déclarant, en présence de leur curé ou de son délégué et de deux témoins, qu’ils s’unissent par le mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi sert donc la bénédiction que le curé donne aux époux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La bénédiction que le curé donne aux époux n’est pas nécessaire pour constituer le sacrement mais elle est donnée pour sanctionner au nom de l’Église leur union, et pour appeler toujours davantage sur eux la bénédiction de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle intention doit avoir celui qui contracte mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui qui contracte mariage doit avoir l’intention : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 de faire la volonté de Dieu qui l’appelle à cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’opérer dans le mariage le salut de son âme ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 d’élever chrétiennement ses enfants, si Dieu lui donne d’en avoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les époux doivent-ils se disposer pour recevoir avec fruit le sacrement du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les époux, pour recevoir avec fruit le sacrement de Mariage, doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 se recommander à Dieu du fond du cœur pour connaître sa volonté et obtenir de lui les grâces qui sont nécessaires dans cet état ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 avant de se fiancer, consulter leurs parents comme l’exigent l’obéissance et le respect qui leur sont dus ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 se préparer par une bonne confession et même, s’il le faut, par une confession générale de toute leur vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 éviter dans leurs rapports toute familiarité dangereuse d’actes ou de paroles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les principales obligations des personnes unies par le mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes unies par le mariage doivent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 garder inviolablement la fidélité conjugale et se comporter toujours chrétiennement en toute chose ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 s’aimer l’un l’autre en se supportant mutuellement, et vivre dans la paix et la concorde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 s’ils ont des enfants, penser sérieusement à les pourvoir selon le besoin, leur donner une éducation chrétienne et leur laisser la liberté de choisir l’état auquel ils sont appelés de Dieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Conditions et empêchements. ====&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter validement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter validement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tout empêchement dirimant du mariage et donner librement son consentement au contrat du mariage devant son curé (ou un prêtre délégué par lui) et deux témoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il pour contracter licitement le mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour contracter licitement le mariage chrétien, il est nécessaire d’être libre de tous les empêchements prohibant du mariage, être instruit des choses principales de la religion et être en état de grâce, car sans cela on commettrait un sacrilège. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les empêchements de mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les empêchements de mariage sont les diverses circonstances qui rendent le mariage invalide ou illicite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le premier cas on les appelle empêchements dirimants, dans le second, empêchements prohibant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnez-moi des exemples d’empêchements dirimants ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements dirimants, par exemple, la parenté naturelle jusqu’au quatrième degré, la parenté spirituelle, le vœu solennel de chasteté, la diversité de culte entre les baptisés et les non baptisés, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Donnez-moi des exemples d’empêchements prohibants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont empêchements prohibants, par exemple, le temps prohibé, le vœu simple de chasteté, etc... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les fidèles sont-ils obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fidèles sont obligés de manifester à l’autorité ecclésiastique les empêchements de mariage qu’ils connaissent ; et c’est pour cela que les curés publient les bans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui a le pouvoir d’établir des empêchements de mariage, d’en dispenser et de juger de la validité du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage entre chrétiens, comme il n’y a qu’elle qui puisse dispenser des empêchements qu’elle a établis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi n’y a-t-il que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements et de juger de la validité du mariage ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a que l’Église qui ait le pouvoir d’établir des empêchements, de juger de la validité du mariage et de dispenser des empêchements qu’elle a établis, parce que, dans le mariage chrétien, le contrat lui-même tombe sous le pouvoir de l’Église à laquelle seule Jésus-Christ a donné le droit de faire des lois et de porter des décisions dans les choses saintes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''L’autorité civile peut-elle par le divorce briser le lien du mariage chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, le lien du mariage chrétien ne peut être brisé par l’autorité civile, parce que celle-ci ne peut s’ingérer en matière de sacrement ni séparer ce que Dieu a uni. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mariage civil n’est autre chose qu’une pure formalité prescrite par la loi pour donner et assurer les effets civils du mariage aux époux et à leurs enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour un chrétien de ne faire que le mariage ou un contrat civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour un chrétien, il ne suffit pas de ne faire que le contrat civil, parce que ce n’est pas un sacrement ni, par suite, un vrai mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans quelle condition seraient des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des époux qui vivraient ensemble unis seulement par le mariage civil seraient dans un état habituel de péché mortel, et leur union resterait toujours illégitime devant Dieu et l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Doit-on faire aussi le mariage civil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire le mariage civil, parce que, bien qu’il ne soit pas un sacrement, il sert cependant à garantir aux contractants et à leurs enfants les effets civils de la société conjugale ; et c’est pour cela que, en règle générale, l’autorité ecclésiastique ne permet le mariage religieux que lorsqu’ont été accomplies les formalités prescrites par l’autorité civile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== CINQUIEME PARTIE : Les principales vertus et les autres choses qu’un chrétien doit savoir.  ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre 1 : Les principales vertus.  ===&lt;br /&gt;
==== § 1. Les vertus théologales. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la vertu surnaturelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La vertu surnaturelle est une qualité que Dieu infuse dans l’âme et par laquelle on a de l’inclination, de la facilité et de la promptitude à connaître et à faire le bien par rapport à la vie éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de vertus surnaturelles principales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vertus surnaturelles principales, savoir : trois théologales et quatre cardinales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales sont : la Foi, l’Espérance et la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité sont-elles appelées vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi, l’Espérance et la Charité sont appelées vertus théologales parce qu’elles ont Dieu pour objet immédiat et principal, et que c’est Lui qui les met en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment les vertus théologales ont-elles Dieu pour objet immédiat ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus théologales ont Dieu pour objet immédiat parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Foi nous croyons en Dieu et nous croyons tout ce qu’il a révélé ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par l’Espérance nous espérons posséder Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
par la Charité nous aimons Dieu et, en Lui, nous nous aimons nous-mêmes et nous aimons le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que Dieu met en notre âme les vertus théologales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu, par sa bonté, répand en notre âme les vertus théologales quand il nous orne de la grâce sanctifiante ; ainsi quand nous avons reçu le Baptême, nous avons été enrichis de ces vertus en même temps que des dons du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Suffit-il pour être sauvé, d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celui qui a l’usage de la raison il ne suffit pas d’avoir reçu les vertus théologales par le Baptême, mais il est nécessaire d’en faire souvent les actes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand sommes-nous obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes obligés de faire les actes de Foi, d’Espérance et de Charité : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l quand nous sommes arrivés à l’usage de la raison ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 souvent au cours de la vie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 quand nous sommes en danger de mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 2. La Foi. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle, appuyés sur l’autorité de Dieu même, nous croyons tout ce qu’il a révélé et qu’il nous propose de croire par son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment connaissons-nous les vérités révélées de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous connaissons les vérités révélées de Dieu par l’intermédiaire de la sainte Église qui est infaillible ; c’est-à-dire par l’intermédiaire du Pape, successeur de saint Pierre, et par l’intermédiaire des Évêques, successeurs des Apôtres, qui furent instruits par Jésus-Christ lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous sûrs des choses que la sainte Église nous enseigne ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes absolument certains des choses que la sainte Église nous enseigne, parce que Jésus-Christ a donné sa parole que l’Église ne se tromperait jamais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par quel péché perd-on, la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Foi par la négation ou le doute volontaire, quand l’objet n’en serait même qu’un seul des articles proposés à notre croyance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Foi perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Foi perdue en se repentant du péché commis et en croyant de nouveau tout ce que croit la sainte Église&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 3. Les mystères. ====&lt;br /&gt;
''Pouvons-nous comprendre toutes les vérités de la Foi ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, nous ne pouvons pas comprendre toutes les vérités de la Foi, parce que quelques-unes sont des mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont des vérités supérieures à la raison, que nous devons croire bien que nous ne puissions les comprendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous croire les mystères ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons croire les mystères parce qu’ils ont été révélés de Dieu, qui, étant la Vérité et la Bonté infinies, ne peut ni se tromper ni nous tromper. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les mystères sont-ils contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères sont supérieurs et non contraires à la raison ; et même la raison elle-même nous persuade de les admettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi les mystères ne peuvent-ils être contraires à la raison ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mystères ne peuvent être contraires à la raison parce que c’est le même Dieu qui nous a donné la lumière de la raison et qui a révélé les mystères, et qu’il ne peut se contredire lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 4. L’Écriture Sainte. ====&lt;br /&gt;
''Où sont contenues les vérités que Dieu a révélées ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vérités que Dieu a révélées sont contenues dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est la collection des livres écrits par les Prophètes et les Hagiographes, les Apôtres et les Évangélistes, sous l’inspiration du Saint-Esprit, et reçus par l’Église comme inspirés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En combien de parties se divise la Sainte Écriture ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte se divise en deux parties, l’Ancien et le Nouveau Testament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient l’Ancien Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ancien Testament contient les livres inspirés écrits avant la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que contient le Nouveau Testament ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Nouveau Testament contient les livres inspirés écrits après la venue de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''De quel nom appelle-t-on communément l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée communément la sainte Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que veut dire le mot Bible ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot Bible veut dire la collection des livres saints, le livre par excellence, le livre des livres, le livre inspiré de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Écriture Sainte est-elle appelée le livre par excellence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture Sainte est appelée le livre par excellence, à cause de l’excellence des matières qu’elle traite et de l’auteur qui l’a inspirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ne peut-il pas y avoir d’erreur dans l’Écriture Sainte ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut y avoir aucune erreur dans l’Écriture Sainte puisque, en effet, elle est inspirée de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’auteur de toutes ses parties est Dieu lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela n’empêche pas que dans les copies et les traductions qui en ont été faites, il ne puisse s’être glissé quelques fautes ou des copistes ou des traducteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans les éditions revues et approuvées par l’Église catholique, il ne peut y avoir d’erreur en ce qui regarde la foi ou la morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''La lecture de la Bible est-elle nécessaire à tous les chrétiens ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lecture de la Bible n’est pas nécessaire à tous les chrétiens, puisqu’ils sont instruits par l’Église ; cependant elle est très utile et recommandée à tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on lire quelque traduction que ce soit de la Bible en langue vulgaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut lire les traductions de la Bible en langue vulgaire qui sont reconnues fidèles par l’Église catholique, et qui sont accompagnées d’explications approuvées par elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ne peut-on lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut lire que les traductions de la Bible approuvées par l’Église parce qu’elle seule est la légitime gardienne de la Bible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Par qui pouvons-nous connaître le vrai sens des Saintes Écritures ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne pouvons connaître le vrai sens des Saintes Écritures que par l’interprétation de l’Église, parce que seule elle est garantie d’erreur en cette interprétation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que devrait faire un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chrétien à qui une Bible serait offerte par un protestant ou un émissaire des protestants devrait la rejeter avec horreur, parce qu’elle est interdite par l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il l’avait reçue sans y faire attention, il devrait au plus tôt la jeter au feu ou la remettre à son curé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’Église interdit-elle les Bibles protestantes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église interdit les Bibles protestantes parce que, ou bien elles sont altérées et contiennent des erreurs, ou bien, manquant de son approbation et de notes qui expliquent les sens obscurs, elles peuvent nuire à la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison encore que l’Église interdit même les traductions de la Sainte Écriture qu’elle a déjà approuvées, mais qui ont été réimprimées sans des explications approuvées par elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 5. La Tradition. ====&lt;br /&gt;
''Dites-moi ce que c’est que la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tradition est la parole de Dieu qui n’est pas écrite, mais qui, communiquée de vive voix par Jésus-Christ et par les Apôtres, est parvenue sans altération de siècle en siècle jusqu’à nous par le moyen de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Où sont contenus les enseignements de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignements de la Tradition sont contenus principalement dans les décrets des Conciles, les écrits des saints Pères, les actes du Saint-Siège, les paroles et les usages de la Liturgie sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quel cas faut-il faire de la Tradition ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut faire de la Tradition le même cas que de la parole de Dieu révélée que contient l’Écriture Sainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 6. L’Espérance. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Espérance est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous désirons et nous attendons la vie éternelle que Dieu a promise à ses serviteurs, et les secours nécessaires pour l’obtenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quel motif devons-nous espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons espérer de Dieu le paradis et les secours nécessaires pour le gagner, parce que Dieu très miséricordieux, par les mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’a promis à qui le sert de tout cœur ; et comme il est très fidèle et tout-puissant, il tient toujours ses promesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les conditions nécessaires pour obtenir le paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions nécessaires pour obtenir le paradis sont la grâce de Dieu, l’exercice des bonnes œuvres, et la persévérance jusqu’à la mort dans son saint amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on l’Espérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd l’Espérance toutes les fois qu’on perd la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On la perd encore par les péchés de désespoir ou de présomption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on l’Espérance perdue ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre l’Espérance perdue en se repentant du péché commis et en s’excitant de nouveau à la confiance en la bonté divine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 7. La Charité. ====&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quels motifs devons-nous aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer Dieu parce qu’il est le souverain bien, infiniment bon et parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aussi l’aimer à cause du commandement qu’il nous en fait et des grands bienfaits que nous recevons de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment doit-on aimer Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit aimer Dieu par dessus toutes choses, de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toutes ses forces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu par dessus toutes choses ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu par dessus toutes choses, c’est le préférer à toutes les créatures les plus chères et les plus parfaites, et être disposé à perdre tout plutôt que de l’offenser et de cesser de l’aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre cœur ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre cœur, c’est lui consacrer tous nos sentiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout notre esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de tout notre esprit, c’est diriger vers lui toutes nos pensées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toute notre âme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toute notre âme, c’est lui consacrer l’usage de toutes les puissances de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer Dieu de toutes nos forces ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer Dieu de toutes nos forces, c’est nous efforcer de grandir toujours davantage dans son amour, et faire en sorte que toutes nos actions aient pour motif et pour fin son amour et le désir de lui plaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi devons-nous aimer le prochain ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons aimer le prochain pour l’amour de Dieu, parce qu’Il nous le commande et parce que tout homme est son image. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Sommes-nous obligés d’aimer aussi nos ennemis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, nous sommes obligés d’aimer nos ennemis parce que, eux aussi, sont notre prochain et parce que Jésus-Christ nous en a fait un commandement formel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce qu’aimer le prochain comme soi-même ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand est-ce que nous nous aimons comme il faut ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous aimons comme il faut quand nous cherchons à servir Dieu et à mettre en Lui notre félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment perd-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On perd la Charité par tout péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment recouvre-t-on la Charité ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On recouvre la Charité en faisant des actes d’amour de Dieu, en se repentant et en se confessant comme il faut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § 8. Les vertus cardinales ====&lt;br /&gt;
''Quelles sont les vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vertus cardinales sont la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont-elles appelées vertus cardinales ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance sont appelées vertus cardinales parce qu’elles sont le pivot ( latin cardo ) et le fondement des vertus morales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Prudence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prudence est la vertu qui dirige toute action vers son but légitime et cherche, par suite, les moyens convenables pour que l’action soit bien faite de toutes façons et, par là, agréable au Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Justice est la vertu par laquelle nous rendons à chacun ce qui lui est dû. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est la vertu qui nous rend courageux au point de ne craindre aucun danger, pas même la mort, pour le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Tempérance ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Tempérance est la vertu par laquelle nous refrénons les désirs désordonnés des jouissances sensibles et nous usons avec modération des biens temporels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 2 : Les dons du saint-Esprit. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de dons du Saint-Esprit et quels sont-ils ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept dons du Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 le don de Sagesse ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 d’Intelligence ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 de Conseil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 de Force ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 de Science ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 de Piété ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 de Crainte de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi servent les dons du Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons du Saint-Esprit servent à nous confirmer dans la Foi, l’Espérance et la Charité ; et à nous rendre prompts aux actes de vertu nécessaires pour acquérir la vie chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Sagesse ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Sagesse est un don par lequel, élevant notre esprit au-dessus des choses terrestres et fragiles, nous contemplons les choses éternelles, c’est-à-dire la Vérité qui est Dieu, en qui nous nous complaisons et que nous aimons comme notre souverain Bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que l’Intelligence ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Intelligence est un don par lequel nous est facilitée, autant que c’est possible pour un homme mortel, l’intelligence de la Foi et des divins mystères que nous ne pouvons connaître par les lumières naturelles de notre esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le Conseil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Conseil est un don par lequel, dans les doutes et les incertitudes de la vie humaine, nous connaissons ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à notre salut et à celui du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Force ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Force est un don qui nous inspire de l’énergie et du courage pour observer fidèlement la sainte loi de Dieu et de l’Église, en surmontant tous les obstacles et toutes les attaques de nos ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Science ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Science est un don par lequel nous apprécions sainement les choses créées, et nous connaissons la manière d’en bien user et de les diriger vers leur fin dernière qui est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Piété ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Piété est un don par lequel nous vénérons et nous aimons Dieu et les Saints, et nous avons des sentiments de miséricorde et de bienveillance envers le prochain pour l’amour de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que la Crainte de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Crainte de Dieu est un don qui nous fait respecter Dieu et craindre d’offenser sa divine Majesté, et qui nous détourne du mal en nous portant au bien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 3 : Les Béatitudes évangéliques. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Béatitudes évangéliques et quelles sont-elles ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a huit Béatitudes évangéliques : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 Bienheureux les miséricordieux, car ils trouveront miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice, car le royaume des cieux leur appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi Jésus-Christ nous a-t-il proposé les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ nous a proposé les Béatitudes pour nous faire détester les maximes du monde et pour nous inviter à aimer et pratiquer les maximes de son Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont ceux que le monde appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde appelle bienheureux ceux qui ont en abondance les richesses et les honneurs, ceux qui vivent dans les délices et qui n’ont aucune occasion de souffrir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les pauvres en esprit que Jésus-Christ appelle bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pauvres en esprit, selon l’Évangile, sont ceux qui ont le cœur détaché des richesses : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en faisant un bon usage, s’ils les possèdent &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ne les recherchant pas avec sollicitude, s’ils en sont privés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en souffrant la perte avec résignation, si elles leur sont enlevées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que les doux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les doux sont ceux qui traitent le prochain avec douceur, souffrent avec patience ses défauts et les torts qu’ils en éprouvent, sans querelle, ressentiment ou vengeance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui pleurent et cependant sont appelés bienheureux sont ceux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui souffrent avec résignation les tribulations, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui s’affligent à cause des péchés commis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
des maux, et des scandales qu’on voit dans le monde, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’éloignement du paradis et du danger de le perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui ont faim et soif de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ont faim et soif de la justice sont ceux qui désirent ardemment de croître toujours davantage dans la grâce divine et l’exercice des œuvres bonnes et vertueuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les miséricordieux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les miséricordieux sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
aiment leur prochain en Dieu et pour Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ont compassion de ses misères spirituelles et corporelles, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et tâchent de le soulager selon leurs forces et leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les cœurs purs ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cœurs purs sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
n’ont aucune affection au péché et s’en tiennent éloignés, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui fuient surtout toute sorte d’impureté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont les pacifiques ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les pacifiques sont ceux qui : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conservent la paix avec le prochain et avec eux-mêmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et qui tâchent de mettre la paix entre ceux qui sont divisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qui sont ceux qui souffrent persécution pour l’amour de la justice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui souffrent persécution par amour de la justice sont ceux qui supportent avec patience les moqueries, les blâmes et les persécutions à cause de la foi et de la loi de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que signifient les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les diverses récompenses promises par Jésus-Christ dans les Béatitudes signifient toutes, sous divers noms, la gloire éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Les Béatitudes nous procurent-elles seulement la gloire éternelle du paradis ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Béatitudes ne nous procurent pas seulement la gloire éternelle du paradis, elles sont encore les moyens de rendre notre vie aussi heureuse qu’il est possible ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les Béatitudes n’en reçoivent-ils pas déjà quelque récompense en cette vie ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, certainement, ceux qui suivent les Béatitudes en reçoivent déjà quelque récompense même en cette vie, parce qu’ils jouissent déjà d’une paix et d’un contentement intimes qui sont le principe, bien qu’encore imparfait, de la félicité éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ceux qui suivent les maximes du monde peuvent-ils se dire heureux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non, ceux qui suivent les maximes du monde ne sont pas heureux, parce qu’ils n’ont pas la vraie paix de l’âme et qu’ils courent le danger d’être damnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 4 : Les œuvres de miséricorde. ===&lt;br /&gt;
''Quelles sont les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement sont les œuvres de miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’entend-on par œuvre de miséricorde ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’œuvre de miséricorde est celle par laquelle on secourt les besoins spirituels ou corporels du prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde corporelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde corporelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l donner à manger à ceux qui ont faim, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 donner à boire à ceux qui ont soif, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 vêtir ceux qui sont nus, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 abriter les étrangers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 visiter les infirmes, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 visiter les prisonniers, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 ensevelir les morts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles sont les œuvres de miséricorde spirituelle ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de miséricorde spirituelle sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 conseiller ceux qui en ont besoin, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 instruire les ignorants, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 exhorter les pécheurs &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 consoler les affligés &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 pardonner les offenses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 supporter patiemment les personnes ennuyeuses &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 prier Dieu pour les vivants et pour les morts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 5 : Les péchés et leurs espèces principales. ===&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péchés ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péchés : le péché originel et le péché actuel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est celui avec lequel nous naissons tous et que nous avons contracté par la désobéissance de notre premier père Adam. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous a causés le péché d’Adam ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les torts causés par le péché d’Adam sont : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la privation de la grâce, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la perte du paradis, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’ignorance, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’inclination au mal, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la mort &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et toutes les autres misères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment est effacé le péché originel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché originel est effacé par le saint Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché actuel est celui que l’homme, arrivé à l’usage de la raison, commet par sa libre volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de sortes de péché actuel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux sortes de péché actuel : le péché mortel et le péché véniel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel est une désobéissance à la loi divine par laquelle on manque gravement à ses devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle mortel parce qu’il donne la mort à l’âme en lui faisant perdre la grâce sanctifiante qui est la vie de l’âme, comme l’âme est la vie du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts fait à l’âme le péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché mortel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 prive l’âme de la grâce et de l’amitié de Dieu ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 lui fait perdre le paradis ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la prive des mérites acquis et la rend incapable d’en acquérir de nouveaux ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la rend esclave du démon ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 lui fait mériter l’enfer et aussi les châtiments de cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Outre la gravité de la matière que faut-il pour constituer un péché mortel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre la gravité de la matière, pour constituer un péché mortel, il faut la connaissance de commettre le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel est une désobéissance légère à la loi divine par laquelle on ne manque que légèrement à quelque devoir envers Dieu, envers le prochain, et envers soi-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi l’appelle-t-on véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’il est léger comparé au péché mortel, qu’il ne nous fait pas perdre la grâce divine et parce que Dieu le pardonne facilement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Il n’y a donc pas à faire grand cas du péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait une très grande erreur, soit parce que le péché véniel contient toujours une certaine offense de Dieu, soit parce qu’il cause des torts assez graves à l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels torts nous cause le péché véniel ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le péché véniel : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 affaiblit et refroidit en nous la charité ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 nous dispose au péché mortel ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 nous rend dignes de grandes peines temporelles en ce monde ou en l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 6 : Les vices et les autres péchés très graves. ===&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que le vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vice est une mauvaise disposition de l’âme qui la porte à fuir le bien et à faire le mal, et qui est causée par la fréquente répétition d’actes mauvais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelle différence y a-t-il entre un péché et un vice ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre un péché et un vice il y a cette différence que le péché est un acte qui passe, tandis que le vice est la mauvaise habitude qu’on a contractée de tomber en quelque péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les vices qu’on appelle capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a sept vices qu’on appelle capitaux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’Orgueil ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 l’Avarice ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 la Luxure ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 la Colère ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 la Gourmandise ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 l’Envie ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 la Paresse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Comment triomphe-t-on des vices capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On triomphe des vices capitaux par l’exercice des vertus opposées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi on triomphe : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’orgueil par l’humilité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’avarice par la libéralité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la luxure par la chasteté, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la colère par la patience, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la gourmandise par l’abstinence, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de l’envie par l’amour fraternel, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de la paresse par la diligence et l’ardeur dans le service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi ces vices sont-ils appelés capitaux ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces vices sont appelés capitaux parce qu’ils sont la source et la cause de beaucoup d’autres vices et péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a six péchés contre le Saint-Esprit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 désespérer de son salut ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 espérer par présomption se sauver sans mérite ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 combattre la vérité connue ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 envier les grâces d’autrui ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 s’obstiner dans ses péchés ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 mourir dans l’impénitence finale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit parce qu’ils sont commis par pure malice, ce qui est contraire à la bonté, attribuée au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quels sont les péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quatre péchés dont on dit qu’ils crient vengeance devant la face de Dieu : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 l’homicide volontaire ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 le péché impur contre l’ordre de la nature ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 l’oppression des pauvres ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 le refus du salaire aux ouvriers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dit-on que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit que ces péchés crient vengeance devant la face de Dieu, parce que l’Esprit Saint le dit, et parce que leur iniquité est si grave et si manifeste qu’elle provoque Dieu à les punir des plus sévères châtiments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 7 : Les Fins dernières et les autres moyens principaux pour éviter le péché. ===&lt;br /&gt;
''Qu’entendez-vous par Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Livres appellent Fins dernières les dernières choses qui arriveront à l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Combien y a-t-il de Fins dernières pour l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a pour l’homme quatre Fins dernières : la Mort, le Jugement, l’Enfer et le Paradis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pourquoi dites-vous que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je dis que ce sont là les dernières choses qui arriveront à l’homme, parce que : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
la Mort est la dernière chose qui lui arrivera en ce monde ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Jugement de Dieu, le dernier des jugements que nous devons subir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
l’Enfer, le mal extrême pour les méchants ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
le Paradis, le souverain bien pour les bons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand devons-nous penser aux Fins dernières ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est bon de penser aux Fins dernières chaque jour et particulièrement en faisant sa prière le matin au réveil, le soir avant le repos, et toutes les fois que nous sommes tentés de faire le mal, parce que cette pensée est très efficace pour nous faire éviter le péché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre 8 : Les exercices pieux conseillés au chrétien pour chaque jour. ===&lt;br /&gt;
''Que doit faire un bon chrétien le matin à son réveil ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un bon chrétien, le matin en s’éveillant, doit faire le signe de la Croix et offrir son cœur à Dieu, en disant ces paroles ou autres semblables : &amp;quot; Mon Dieu, je vous donne mon cœur et mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''A quoi devrait-on penser en se levant et en s’habillant ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En se levant et en s’habillant on devrait penser que Dieu est présent, que ce jour peut être le dernier de notre vie, et l’on doit se lever et s’habiller avec toute la modestie possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Une fois habillé, que doit faire un bon chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois habillé, un bon chrétien doit : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
se mettre en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
s’agenouiller s’il le peut, devant quelque image pieuse en disant avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Je vous adore, ô mon Dieu, et je vous aime de tout mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous remercie de m’avoir créé, fait chrétien, et conservé pendant cette nuit ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je vous offre toutes mes actions ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je vous prie de me préserver pendant ce jour du péché et de me délivrer de tout mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi soit-il &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il récite ensuite le Pater noster, l’Ave Maria, le Credo et les actes de Foi, d’Espérance et de Charité, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
les accompagnant d’un vif élan du cœur &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quelles pratiques de piété devrait accomplir chaque jour le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chrétien, s’il le peut, devrait chaque jour : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 assister avec dévotion à la sainte Messe ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 faire une visite, si courte soit elle, au très Saint Sacrement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 réciter le Chapelet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que faut-il faire avant de travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de travailler, on doit offrir son travail à Dieu en disant de tout son cœur : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous offre ce travail : donnez-moi votre bénédiction &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Pour quelle fin doit-on travailler ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit travailler pour la gloire de Dieu et pour faire sa volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que convient-il de faire avant son repas ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant son repas, il convient de faire, debout, le signe de la Croix et de dire avec dévotion : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur Dieu, donnez votre bénédiction à nous et à la nourriture que nous allons prendre pour nous soutenir dans votre service &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Après le repas que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le repas, il convient de faire le signe de la Croix et de dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Seigneur, je vous remercie de la nourriture que vous m*’avez donnée ; rendez-moi digne de participer au banquet céleste &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on se trouve en quelque tentation, que faudrait-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on se trouvait en quelque tentation, il faudrait : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
invoquer avec foi le saint Nom de Jésus et de Marie, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou dire avec ferveur quelque oraison jaculatoire, comme par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Faites-moi la grâce, Seigneur, de ne jamais vous offenser &amp;quot;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou bien faire le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en évitant cependant que, par ces signes extérieurs, les autres s’aperçoivent de nos tentations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir commis quelque péché, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand on est certain ou qu’on craint d’avoir péché, on doit faire aussitôt un acte de contrition et tâcher de se confesser au plus tôt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand hors de l’Église, on entend la sonnerie de l’élévation de l’hostie à la Messe solennelle ou de la bénédiction du très Saint Sacrement, que doit-on faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit faire, au moins de cœur, un acte d’adoration, en disant par exemple : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Loué et remercié soit à tout instant le très saint et divin sacrement &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que doit-on faire quand sonne l’Angélus, à l’aube, à midi et le soir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au son de la cloche, un bon chrétien récite l’Angélus Domini avec trois fois Ave Maria. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Le soir, avant d’aller se coucher, que convient-il de faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’aller se coucher, le soir, il convient : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de se mettre, comme le matin, en la présence de Dieu, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de réciter dévotement les mêmes prières, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de faire un court examen de conscience &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et de demander pardon à Dieu des péchés commis dans la journée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous avant de vous endormir ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant de m’endormir, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je ferai le signe de la Croix, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
je penserai que je puis mourir cette nuit &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et je donnerai mon cœur à Dieu en disant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Mon Seigneur et mon Dieu, je vous donne mon cœur ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très Sainte Trinité, faites-moi la grâce de bien vivre et de bien mourir ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus, Marie, Joseph, je vous recommande mon âme &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des prières du matin et du soir, de quelle autre manière peut-on recourir à Dieu au cours de la journée ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de la journée, on peut prier Dieu fréquemment par d’autres courtes prières qu’on appelle oraisons jaculatoires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dites quelques oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, secourez-moi ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seigneur, que votre volonté soit faite ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, je veux être tout à vous ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mon Jésus, miséricorde ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Doux Cœur de mon Jésus, faites que je vous aime toujours de plus en plus ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Est-il utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est très utile de dire pendant la journée beaucoup d’oraisons jaculatoires, et on peut en dire même simplement de cœur, sans proférer de paroles, en marchant, en travaillant, etc... . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En dehors des oraisons jaculatoires à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des oraisons jaculatoires le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Qu’est-ce que se mortifier ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu, ce qui plaît et accepter ce qui déplaît au sens ou à l’amour-propre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, que faut-il faire ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le Très Saint Sacrement est porté à un malade, il faut : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tâcher, si on le peut, de l’accompagner avec modestie et recueillement ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et, si on ne le peut pas, faire un acte d’adoration en quelque lieu qu’on se trouve et dire : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; Consolez, Seigneur, ce malade et donnez-lui la grâce de se conformer à votre très sainte volonté et de faire son salut &amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''En entendant sonner l’agonie d’un moribond, que ferez-vous ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En entendant sonner l’agonie d’un moribond, je me rendrai si je le puis, à l’église afin de prier pour lui ; et si je ne le puis pas, je recommanderai son âme au Seigneur, en pensant qu’avant longtemps je me trouverai moi-même dans cet état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Que ferez-vous quand vous entendrez sonner la mort de quelqu’un ?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand j’entendrai sonner la mort de quelqu’un, je tâcherai de dire un De profundis ou un Requiem pour l’âme de ce défunt, et je me renouvellerai dans la pensée de la mort.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_du_Concile_de_Trente_:_Quatri%C3%A8me_partie&amp;diff=1550</id>
		<title>Catéchisme du Concile de Trente : Quatrième partie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_du_Concile_de_Trente_:_Quatri%C3%A8me_partie&amp;diff=1550"/>
				<updated>2011-03-28T08:18:56Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Annexes */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Grands catéchismes&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Catéchisme du Concile de Trente &lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1564-1566&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Cette version ne comprend pas les notes. Scanné d’après le reprint que les éditions Dominique Martin Morin ont fait du numéro 136 (septembre-octobre 1969) de la revue ‘Itinéraires’. (‘Itinéraires’ reprenait sans rien y changer le texte des éditions Desclée et Cie, imprimatur à Tournai, le 17 juillet 1923.). Les définitions dogmatiques postérieures à la rédaction du Catéchisme du Concile de Trente (Immaculée Conception, Infaillibilité pontificale, Assomption), qui figurent en annexe, ont été ajoutées dans la réédition de 1984.&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie — De la prière ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-huitième — De la Prière en général ===&lt;br /&gt;
L’un des devoirs les plus sacrés du ministère pastoral, l’un des plus indispensables au salut du peuple, c’est, à coup sûr, l’enseignement de la Prière chrétienne. Si un Pasteur pieux et zélé ne met pas tous ses soins à en instruire les Fidèles, beaucoup d’entre eux n’en connaîtront jamais la nature et l’importance. C’est pourquoi le Prêtre, digne de ce nom, s’appliquera de toutes ses forces à bien faire comprendre à ses auditeurs religieux ce qu’il faut demander à Dieu, et comment il convient de le demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les qualités de la Prière parfaite se trouvent réunies dans cette divine formule que Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut bien enseigner à ses Apôtres, et, par eux ou par leurs successeurs, à tous ceux qui dans la suite devaient embrasser la Religion chrétienne&amp;amp;nbsp;; formule dont les paroles et les pensées doivent être gravées si profondément dans notre esprit et dans notre cœur, qu’elles nous soient toujours présentes. Et pour faciliter aux Pasteurs les moyens d’instruire les Fidèles sur cette Prière particulière, nous avons réuni, dans cette dernière partie de notre Catéchisme, tout ce qui nous a paru se rapporter davantage à notre sujet. Dans ce but, nous avons emprunté largement aux Auteurs les plus savants et les plus célèbres en cette matière. Pour le surplus, les Pasteurs (s’ils en ont besoin), pourront aller le puiser eux-mêmes, et aux mêmes sources. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE LA NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
La première chose à enseigner, dans ce sujet, c’est la nécessité de la Prière, car la recommandation qui nous en est faite n’est pas un simple conseil, mais bien un précepte rigoureux et formel. Notre-Seigneur Jésus-Christ l’a déclaré expressément:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il faut toujours prier.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nécessité de la Prière ressort également de la petite Préface que l’Église nous fait dire à la Messe, avant l’Oraison Dominicale: ''Notre-Seigneur, nous ayant commandé de prier, et nous ayant donné Lui-même un modèle de prière, nous osons dire, etc'' C’est donc parce que la Prière est nécessaire d’une part, et parce que d’autre part, ses disciples Lui avaient dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, apprenez-nous à prier''&amp;amp;nbsp;», que le Fils de Dieu leur prescrivit une formule de prière, en leur donnant l’espoir qu’ils obtiendraient tout ce qu’ils demanderaient. Bien plus, Il voulut confirmer son précepte par son propre exemple, non seulement en priant avec assiduité, mais même en passant des nuits entières à prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres ne manquèrent pas de transmettre ce précepte de Jésus-Christ à ceux qui embrassaient la Foi chrétienne. C’est ainsi que Saint Pierre et Saint Jean se font un devoir de le rappeler très exactement aux âmes croyantes&amp;amp;nbsp;; et l’Apôtre Saint Paul s’empresse de les imiter, en exhortant fréquemment les Chrétiens à cette salutaire obligation de la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est, en outre, tant de biens et de secours dont nous avons besoin et pour l’âme et pour le corps, qu’il nous faut absolument recourir à la Prière. Elle seule, en effet, est capable d’exposer fidèlement à Dieu notre détresse. Elle seule peut en obtenir tout ce qui nous manque. ne l’oublions pas, Dieu ne doit rien à personne, et par conséquent, si nous voulons qu’Il nous accorde ce dont nous avons besoin, nous devons nécessairement le solliciter de Lui par la Prière. La Prière est comme un instrument qu’Il nous a donné, afin que nous nous en servions pour obtenir ce que nous désirons. Sans la Prière — cela n’est que trop certain — il est des choses que nous n’aurions jamais. Ainsi, l’un de ses effets les plus extraordinaires, c’est qu’elle possède la vertu de chasser les démons. Car, dit Notre-Seigneur dans Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il est un genre de démons qui ne peut se chasser que par le jeûne et par la Prière.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc se priver d’un grand nombre de faveurs particulières, que de négliger ce pieux exercice de la Prière, de n’en point prendre l’habitude, de ne pas s’en acquitter avec tout le soin qu’il mérite. Pour obtenir, au contraire, ce que l’on demande, il ne faut pas seulement une Prière convenable, il faut une prière persévérante. Comme le dit très bien Saint Jérôme:&amp;amp;nbsp; il ''est écrit:''&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''On donne à quiconque demande. Si donc on ne vous donne pas, c’est que vous ne demandez pas. Demandez donc, et vous recevrez.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II — UTILITÉ ET FRUITS DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Si la Prière est nécessaire, elle est aussi extrêmement utile. Ses fruits sont très agréables et très abondants. Les Pasteurs en trouveront le détail dans les Saint Pères, lorsqu’ils auront à les expliquer aux Fidèles. Pour nous, nous nous sommes bornés à en choisir quelques-uns qui nous ont paru convenir aux besoins des temps présents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier fruit que nous retirons de la Prière, c’est que notre Prière honore Dieu, car elle est un Acte de religion que les Saintes Lettres comparent à un parfum. «&amp;amp;nbsp;''Que ma Prière s’élève vers Vous, ''dit le Prophète , ''comme la fumée de l’encens&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» en priant, nous reconnaissons que nous dépendons de Dieu, nous confessons et proclamons qu’Il est l’Auteur de tous les biens, nous n’espérons qu’en Lui, et nous Le regardons comme le seul refuge et l’unique soutien de notre existence présente et&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Matth., 17, 21. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Matth., 7, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Luc., 11, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. Joan., 16, 23. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Hier. in cap., &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Matth. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Ps., 140&amp;amp;nbsp;; 2. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de notre vie future. Du reste, ce fruit de la Prière est clairement marqué dans ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-moi au jour de la tribulation, Je vous en tirerai, et vous M’honorerez&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un second fruit de la Prière, — fruit infiniment avantageux et consolant, et qu’on en retire lorsque Dieu l’exauce — c’est qu’elle ouvre le ciel dont elle est la clef, selon Saint Augustin.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La Prière monte, dit-il, et la miséricorde divine descend. Si basse que soit la terre, si élevé que soit le ciel, Dieu entend néanmoins la parole de l’homme.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière est d’une vertu et d’une utilité si grandes, que par elle nous obtenons la plénitude des dons célestes. C’est à cause de nos Prières que Dieu nous donne l’Esprit Saint pour guide et pour appui. Par elle encore nous conservons la pureté de notre Foi, nous écartons les dangers, nous évitons les peines, nous sommes protégés de Dieu dans la tentation et nous triomphons du démon. En un mot, la Prière est la source des joies les plus pures. C’est pourquoi Notre-Seigneur disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs, il n’est pas possible de douter un seul instant que Dieu dans sa Bonté ne réponde et ne se rende à l’appel de la Prière. nous en trouvons la preuve en maints endroits de nos Saints Livres. Et comme ces textes sont sous la main de tous, nous nous bornerons à citer les paroles suivantes d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Alors vous invoquerez,'' dit-il, ''et le Seigneur vous exaucera: vous crierez, et le Seigneur dira: Me voici&amp;amp;nbsp;!'' » Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''avant qu’ils ne crient, Je les entendrai&amp;amp;nbsp;; ils parleront encore, que déjà Je les aurai exaucés''&amp;amp;nbsp;» Quant aux exemples de ceux qui ont obtenu de Dieu ce qu’ils demandaient, ils sont si nombreux et si connus que nous n’avons pas besoin de les rapporter ici. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il arrive quelquefois cependant que nous n’obtenons pas de Dieu ce que nous Lui demandons. C’est vrai. Mais Dieu n’en veut pas moins notre bien. Ou Il nous accorde des grâces plus grandes et plus précieuses que celles que nous sollicitons, ou l’objet de notre Prière n’est ni nécessaire ni utile, ou peut-être même, si Dieu nous l’avait accordé, il nous serait devenu funeste et nuisible. «&amp;amp;nbsp;''Car,'' dit Saint Augustin , ''il y a des choses que Dieu refuse dans sa bonté et qu’Il accorde dans sa colère.&amp;amp;nbsp;''» D’autres fois aussi notre Prière est si tiède et si nonchalante que nous ne pensons pas même à ce que nous disons. Cependant la Prière est l’élévation de notre âme vers Dieu. Mais si, en priant, l’esprit qui devrait ne s’occuper que de Dieu, s’égare sur toutes sortes d’objets, et si l’on débite sans attention, sans piété, presque au hasard, les formules qu’on récite, comment donner le nom de Prière chrétienne à ce vain bruit de paroles&amp;amp;nbsp;? est-il étonnant dès lors que Dieu se montre insensible à nos désirs, puisque par notre négligence et notre indifférence même, nous semblons prouver que nous ne tenons pas du tout à ce que nous demandons, ou bien que nous sollicitons des choses qui nous seraient nuisibles&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au contraire, quand on prie avec attention et ferveur, on obtient de Dieu beaucoup plus qu’on ne demande. Saint Paul nous l’atteste dans son Epître aux Ephésiens. nous en avons la preuve également dans la Parabole de l’enfant prodigue. Ce malheureux jeune homme se serait cru très bien traité, si seulement son père avait voulu l’admettre au rang de mercenaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois même Dieu met le comble à ses faveurs, en nous accordant ses. dons non seulement en abondance, mais encore avec promptitude, non seulement sur notre demande, mais sur un simple désir de notre part. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce que nous voyons dans nos Saints Livres, où nous trouvons des formules de ce genre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu a exaucé les vœux du pauvre.''&amp;amp;nbsp;» Oui vraiment notre Dieu répond aux désirs intimes et secrets de ceux qui ont besoin, avant même qu’ils ne Lui aient exposé leur détresse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un troisième fruit de la Prière, c’est qu’elle est un exercice et un accroissement de toutes les vertus, en particulier de la Foi. Le mayen de prier, en effet, et de bien prier, si l’on n’a pas foi en Dieu&amp;amp;nbsp;? C’est la parole de l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comment invoqueront-ils Celui auquel ils ne croient point&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Dès lors plus les Fidèles mettent d’ardeur à prier, plus ils ont une foi grande et ferme dans la Bonté et la Providence de Dieu, et par suite plus ils sont disposés à Lui obéir, c’est-à-dire à s’en rapporter à Lui pour tous leurs besoins, et à Lui demander toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu pourrait, à coup sûr, répandre sur nous tous ses dons, sans prières et même sans désirs de notre part. C’est ainsi qu’Il en agit envers les animaux privés de raison, à qui Il donne tout ce qui est nécessaire à leur existence. Mais ce Père d’une Bonté parfaite veut être prié par ses enfants. Il veut qu’en L’invoquant chaque jour, notre Prière s’élève chaque jour jusqu’à Lui avec une confiance plus grande. En un mot Il veut, en exauçant nos Prières, affirmer de plus en plus et proclamer en quelque sorte son infinie Bonté envers nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière augmente aussi la Charité. En effet, lorsque nous reconnaissons Dieu comme l’Auteur de tous les biens et de tous les avantages dont nous jouissons ici-bas, nous nous attachons à Lui de tout l’amour dont notre cœur est capable. Les affections humaines grandissent et s’enflamment par les conversations, les visites, les rapports fréquents. Il en est de même de l’Amour de Dieu. Plus les hommes pieux multiplient leurs prières, en implorant la Bonté de Dieu, et en s’entretenant avec Lui, plus ils sentent croître en eux-mêmes une joie pénétrante, en même temps qu’ils sont portés à aimer et à servir Dieu de tout leur cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Si donc Dieu nous oblige à Le prier, c’est afin que nous soyons plus ardents à Lui demander ce que nous désirons&amp;amp;nbsp;; c’est aussi [selon la pensée de Saint Augustin]&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''afin que nous ne soyons redevables qu’à la constance et d la vivacité de nos désirs, de ces faveurs signalées dont notre cœur, auparavant sec et resserré, n’aurait pas été digne''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut aussi nous faire comprendre et toucher du doigt, en quelque sorte, cette vérité capitale, que si le secours de la Grâce céleste venait à nous manquer, nous ne pourrions absolument rien par nous-mêmes. Quel motif, par conséquent, de nous appliquer à prier avec toute la ferveur possible 1&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière est encore une arme très puissante contre les ennemis les plus dangereux de notre nature: «&amp;amp;nbsp;''contre le démon et ses attaques, ''dit saint Hilaire , ''combattons par le bruit de nos prières.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre fruit bien précieux que nous assure la prière, c’est que malgré notre dégradation originelle, et par suite notre inclination au mal et aux divers appétits déréglés de la concupiscence, Dieu nous permet néanmoins d’élever nos pensées jusqu’à Lui. Et s’il nous permet d’agir de la sorte, c’est qu’il veut par là nous faire mériter ses bienfaits, sanctifier notre volonté, purifier nos souillures et détruire en nous les effets malheureux du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la Prière, selon la pensée de Saint Jérôme, résiste à la colère divine elle-même. «&amp;amp;nbsp;''Laisse-Moi''&amp;amp;nbsp;», disait Dieu à Moise , qui L’arrêtait par sa Prière, au moment où Il voulait châtier son peuple. C’est qu’en effet pour apaiser la colère de Dieu irrité, pour l’amener à suspendre ses coups, lorsqu’il se prépare à frapper le coupable, et même pour Le faire revenir de sa «&amp;amp;nbsp;''fureur''&amp;amp;nbsp;», rien n’est plus efficace que la Prière des âmes pieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES DIVERSES PARTIES DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Après avoir parlé aux Fidèles de la nécessité et de l’utilité de la Prière des Chrétiens, il faut aussi leur apprendre quelles sont les diverses parties qui la composent. D’après le témoignage de l’Apôtre, cette science importe extrêmement au parfait accomplissement du devoir de la Prière. Dans son épître à Timothée, où il exhorte son disciple à prier saintement et avec piété, il distingue avec soin les différentes parties de cet exercice. «&amp;amp;nbsp;''Je recommande avant toutes choses,'' dit-il,&amp;amp;nbsp; ''que l’on fasse des supplications, des prières, des demandes, et des actions de grâces pour tous les hommes''.&amp;amp;nbsp;» Et comme la différence entre ces quatre mots employés par l’Apôtre est assez difficile à établir, les Pasteurs qui croiront utile de l’expliquer à leurs auditeurs ne manqueront pas de consulter, entre autres, Saint Hilaire et Saint Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire les deux parties principales de la Prière sont la demande et l’action de grâces. Les autres en dérivent comme de leur source. Voilà pourquoi nous n’avons pas cru devoir les passer sous silence. nous allons à Dieu, et nous Lui rendons un culte d’hommage et de respect, soit pour obtenir de Lui quelque bienfait nouveau, soit afin de Lui témoigner notre reconnaissance pour tous ceux dont sa Bonté ne cesse de nous enrichir et de nous combler. toute Prière revêt nécessairement ce double caractère. Dieu Lui-même nous l’a marqué en ces termes par la bouche de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-Moi au jour de la tribulation, Je vous délivrerai, et vous M’honorerez.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord est-il possible d’ignorer combien nous avons besoin de la Libéralité et de la Bonté de Dieu, pour peu que l’on considère l’excès de nos misères et de notre pauvreté&amp;amp;nbsp;? D’autre part tous ceux qui voient et qui pensent se rendent bien compte que le cœur de Dieu est très favorablement disposé pour le genre humain et qu’Il se plaît à répandre sur nous ses largesses. De quelque côté en effet que nous portions nos regards et nos pensées, partout nous voyons éclater les preuves les plus admirables de la Bonté et de la Générosité divines. Qu’avons-nous en effet que nous n’ayons reçu de la Libéralité de Dieu&amp;amp;nbsp;? et si tous les biens que nous possédons. ne sont que des présents de sa Munificence, pourquoi tous ensemble, dans la mesure de nos forces, n’exalterions-nous point par nos louanges un Dieu si infiniment bon, pourquoi ne ferions-nous pas monter vers Lui de continuelles actions de grâces&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, soit que l’on demande, soit que l’on remercie, il y a dans la Prière différents degrés, plus élevés et plus parfaits les uns que les autres. Afin donc que les Fidèles puissent non seulement prier, mais encore prier très bien et comme il convient, les Pasteurs auront soin de leur proposer la méthode la meilleure et la plus parfaite, et ils les exhorteront de toutes leurs forces à la mettre en pratique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais précisément quelle est la meilleure manière de prier&amp;amp;nbsp;? quel est le degré le plus élevé en matière d’Oraison&amp;amp;nbsp;? évidemment c’est celui des âmes pieuses et justes qui, appuyées sur le fondement inébranlable de la vraie foi, arrivent graduellement, par la pureté de leur conscience et par la ferveur de leurs vœux, à ce point d’élévation où elles peuvent contempler l’infinie Puissance de Dieu, avec son immense bonté et sa sagesse suprême. Là elles acquièrent l’espérance certaine d’obtenir tout ce qu’elles demanderont présentement, et cette abondance incalculable de biens que Dieu a promis d’accorder à ceux qui sauront implorer son secours avec une piété sincère et fervente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi que, portée en quelque sorte sur deux ailes, l’âme prend son essor vers le ciel et s’élève jusqu’à Dieu, pour Le louer et Le remercier tout ensemble des bienfaits si précieux qu’elle a reçus. Ensuite avec une piété ardente et une profonde vénération, elle Lui parle en pleine confiance de tous ses besoins, comme le ferait un fils unique au plus aimé des pères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette manière de prier prend dans la Sainte Écriture le nom d’effusion ou d’épanchement. «&amp;amp;nbsp;''Je répands ma Prière en sa présence, ''dit le prophète, &amp;amp;nbsp;''et j’exprime devant Lui ma tribulation.''&amp;amp;nbsp;» Ceci revient à dire que celui qui se présente devant Dieu pour le prier, ne doit rien taire, rien cacher, mais épancher tout son cœur dans le sien, et se réfugier avec confiance dans le sein de Celui qui est le plus aimant des Pères. C’est ainsi en effet que l’Esprit Saint Lui-même règle notre conduite sur ce point:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Répandez vos cœurs devant Dieu, ''dit le Psalmiste, ''et mettez vos peines dans le sein du Seigneur.&amp;amp;nbsp;''»C’est aussi de ce degré d’Oraison que Saint Augustin veut nous parler dans son enchiridion, quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ce que la Foi croit, l’Espérance et la Charité le demandent.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre degré de la Prière, c’est celui où se trouvent certaines personnes que le poids de leurs péchés mortels écrase, mais qui néanmoins font tous leurs efforts pour se relever avec cette Foi qu’on appelle morte, et remonter jusqu’à Dieu. Mais comme leurs forces sont presque anéanties, et leur Foi très affaiblie, elles ne peuvent se soulever de terre. Cependant elles reconnaissent leurs fautes, le remords les déchire, la contrition est dans leur cœur, et tout éloignées qu’elles sont de Dieu, elles s’humilient et s’abaissent devant Lui en implorant la grâce du pardon et de la paix. Une telle prière obtient toujours&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
son effet devant Dieu, qui non seulement l’exauce, mais qui pousse la miséricorde envers ces âmes pécheresses jusqu’à les appeler à Lui en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Venez à Moi,'' dit-Il, ''vous tous qui êtes fatigués et courbés sous le fardeau, et Je vous soulagerai.&amp;amp;nbsp;''» De ce nombre était ce Publicain qui n’osait pas même lever les yeux vers le ciel, et qui cependant sortit du temple, dit l’Évangile, plus justifié que le Pharisien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un troisième degré de Prière se trouve dans ceux qui n’ont pas encore la Foi. Grâce à la Bonté divine qui rallume en eux les faibles restes de la lumière naturelle, ils se sentent entraînés avec une grande ardeur à l’étude et à l’amour de la vérité, et ils demandent par de ferventes Prières la faveur d’en être instruits. S’ils persévèrent dans ces bonnes dispositions, la Clémence divine ne rejettera point leurs instances. nous en avons une preuve remarquable dans l’exemple du centurion Corneille. Aussi bien qui donc a jamais fait cette Prière du fond du cœur, et a trouvé fermées les portes de la Miséricorde divine&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le dernier degré de la Prière est celui de ces pécheurs qui non seulement ne se repentent point de leurs mauvaises actions et de leurs infamies, mais encore entassent crimes sur crimes. Et cependant ils n’ont pas honte de solliciter de Dieu le pardon de ces péchés dans lesquels ils veulent persévérer&amp;amp;nbsp;! Certes, ils n’oseraient pas, dans de pareilles dispositions, demander aux hommes un pardon semblable. Aussi, qu’arrive-t-il&amp;amp;nbsp;? Leur Prière n’est point exaucée. «&amp;amp;nbsp;''Ce scélérat,'' dit la Sainte Écriture, en parlant d’Antiochus,&amp;amp;nbsp; ''priait le Seigneur de qui il ne devait point obtenir miséricorde.''&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi les Pasteurs ne manqueront pas d’exhorter fortement ceux qui sont dans ce triste état, à renoncer définitivement à la volonté de pécher, et à se convertir à Dieu dans toute la sincérité de leur cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CE QU’IL FAUT DEMANDER DANS LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Lorsque nous expliquerons en détail l’Oraison Dominicale, nous dirons exactement ce qu’il faut demander dans la Prière, et ce qu’il ne faut pas demander. Pour l’instant, il suffit de rappeler aux Fidèles d’une manière générale qu’ils ne doivent demander à Dieu que des choses justes et honnêtes. S’ils demandaient ce qui ne convient pas, ils auraient à craindre d’être repoussés avec cette réponse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne savez ce que vous demandez.''&amp;amp;nbsp;» Or, tout ce qu’on peut désirer légitimement, il est permis également de le demander. La promesse si étendue de Notre-Seigneur ne nous permet pas d’en douter.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous demanderez fout ce que vous voudrez, et il vous sera donné.''&amp;amp;nbsp;» Il s’engage en effet à tout accorder. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, en premier lieu, nous dirigerons nos vœux et nos désirs de telle sorte que Dieu, qui est notre plus grand Bien, soit aussi l’objet de notre amour et de nos désirs les plus grands. nous désirerons ensuite tout ce qui peut nous unir le plus étroitement à Dieu. Mais nous éloignerons soigneusement de notre cœur et de nos affections tout ce qui pourrait nous séparer de Lui, ou seulement affaiblir notre union mutuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En prenant pour règle suprême ce Bien souverain et parfait, il est facile de déterminer dans quelle mesure il faut désirer et demander à Dieu notre Père les autres choses qu’on appelle aussi des biens. Ainsi, les biens du corps, comme les autres biens extérieurs, c’est-à-dire, la santé, la force, la beauté, les richesses, les honneurs, la gloire, ne sont que trop souvent des occasions et des instruments de péché, et par conséquent il est difficile de les demander d’une manière conforme à la piété et au salut. C’est pourquoi il faut en réduire la demande dans des limites telles que nous ne désirions ces avantages de la vie présente qu’autant qu’ils nous sont nécessaires. Dès lors notre Prière se rapporte à Dieu. Il nous est bien permis en effet de demander ce qui faisait l’objet de la prière de Jacob et de Salomon. Or le premier disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si le Seigneur me donne du pain pour me nourrir et des vêlements pour me couvrir, Il sera toujours mon Dieu''.&amp;amp;nbsp;» Et le second:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Donnez-moi seulement ce qui est nécessaire à la vie.''&amp;amp;nbsp;» Mais comme Dieu, dans sa Bonté, veut bien pourvoir à notre nourriture et à notre entretien, n’est-il pas bien juste que nous ne pendions jamais de vue cette recommandation de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que ceux qui achètent soient comme s’ils ne possédaient pas&amp;amp;nbsp;! que ceux qui usent des choses de ce monde, soient comme s’ils n’en usaient pas&amp;amp;nbsp;; car la figure de ce monde passe&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et cette autre du Prophète David, (que nous avons déjà citée):&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si les richesses nous viennent en abondance, n’y attachons point notre cœur.''&amp;amp;nbsp;» Dieu Lui-même a voulu nous l’apprendre nous n’en avons que l’usufruit, et encore à la condition d’y associer les autres. Si nous avons la santé, si nous possédons en abondance les autres biens du corps et de la fortune, souvenons-nous que Dieu ne nous les a donnés que pour nous aider à Le mieux servir et à soulager davantage le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux biens et aux ornements de l’esprit, comme les arts et les sciences, nous pouvons les demander, mais seulement à la condition qu’entre nos mains ils tourneront à la Gloire de Dieu et au salut de notre âme. La seule chose que nous puissions souhaiter, rechercher, demander d’une manière-absolue, sans condition et restriction, c’est, nous l’avons déjà dit, la Gloire de Dieu, et ensuite tout ce qui peut nous rattacher et nous unir à ce souverain Bien, comme la Foi, la crainte du Seigneur et son amour&amp;amp;nbsp;; vertus dont nous parlerons plus longuement lorsque nous expliquerons toutes les demandes de l’Oraison Dominicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas tout&amp;amp;nbsp;; après avoir appris aux Fidèles ce qu’ils doivent demander, il faut aussi leur faire connaître pourquoi ils doivent demander. Or, la Prière se compose précisément de la demande et de l’action de grâces. Parlons d’abord de la demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — POUR QUI FAUT-IL PRIER ====&lt;br /&gt;
Il faut prier pour tous les hommes sans exception ennemis, étrangers, ou d’une religion différente de la nôtre. Car l’ennemi, l’étranger, l’infidèle, sont également notre prochain. Or, d’après l’ordre formel de Dieu, nous devons aimer notre prochain, et par conséquent prier pour lui, puisque la Prière pour les autres est un des devoirs de la Charité. Cette recommandation de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qu’il se fasse, je vous en prie, des Prières pour tous les hommes,''&amp;amp;nbsp;» n’a pas d’autre but. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas inutile de faire remarquer que dans la Prière on doit demander d’abord ce qui intéresse le salut de l’âme, puis ce qui se rapporte au bien du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers pour qui nous sommes obligés de prier sont les Pasteurs des âmes. L’Apôtre Saint Paul nous l’apprend par son propre exemple&amp;amp;nbsp;; il écrit aux Colossiens&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''de prier pour lui, afin que Dieu lui ouvre une entrée pour prêcher sa parole''&amp;amp;nbsp;». Il agit de même avec les Thessaloniciens. nous lisons dans les Actes des Apôtres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’une prière continuelle se faisait dans l’Église pour Pierre&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; et Saint Basile, dans ses traités des Mœurs, nous rappelle qu’«&amp;amp;nbsp;''il faut prier pour ceux qui président à la Parole de vérité''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il faut prier pour les Princes. C’est encore l’enseignement de Saint Paul. nul n’ignore en effet combien il importe au bien public d’avoir des Princes pieux et zélés pour la justice. Il faut donc demander à Dieu de les rendre tels qu’ils doivent être pour commander aux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs saints personnages nous avertissent par leurs exemples de prier aussi pour les bons et les justes. Ils ont besoin en effet des Prières des autres. Dieu l’a voulu ainsi, afin de prévenir dans leur cœur les mouvements de l’orgueil, en leur faisant sentir qu’ils ont besoin des suffrages de leurs inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur nous ordonne également de prier pour ceux&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qui nous persécutent et nous calomnient''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le témoignage de Saint Augustin, — et ce témoignage a une grande valeur — l’Église a reçu des Apôtres la coutume de faire des Prières et des vœux pour ceux qui sont hors de la vraie Religion, afin que les infidèles obtiennent la Foi, que les adorateurs des idoles soient arrachés à leurs erreurs impies&amp;amp;nbsp;; que les Juifs déchirent le voile épais qui leur cache la vérité, et la reconnaissent enfin&amp;amp;nbsp;; que les hérétiques, revenant à la saine raison, s’instruisent, comme ils le doivent, de la Doctrine catholique&amp;amp;nbsp;; que les schismatiques, qui se sont séparés de la Communion de la très sainte Église leur mère, se rattachent à elle de nouveau par les liens d’une véritable Charité. Les Prières qui sont ainsi faites avec une Foi ardente, pour toutes ces sortes de personnes, sont d’une grande efficacité. On peut le constater par cette multitude d’hommes de toutes conditions que Dieu ''arrache'' chaque jour ''à la puissance des ténèbres, pour les faire entrer dans le Royaume de son Fils bien aimé, et dont Il fait des vases de miséricorde, de vases de colère ''qu’ils étaient auparavant. tout Chrétien intelligent et pieux sera toujours convaincu que les Prières des âmes justes ont une très large part à ces conversions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Prières que l’on adresse à Dieu pour les âmes des trépassés, afin de les faire sortir du Purgatoire, sont une tradition et une conséquence de la doctrine des Apôtres. nous avons dit tout ce qu’il fallait rappeler sur ce point, en traitant du saint Sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à ceux qui ont le malheur d’être en état de péché mortel, c’est à peine s’ils peuvent retirer quelque utilité des Prières et des vœux. Cependant la Charité chrétienne demande qu’on prie pour eux, et qu’on en vienne aux larmes et aux gémissements devant Dieu pour leur obtenir pardon et miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc les Saints ont fait quelquefois des imprécations contre les impies, les Pères de l’Église veulent que nous les regardions comme des prédictions du sort qui les attend, ou des souhaits de mort qui ne s’adressent qu’au péché, pour le détruire, et par là sauver les pécheurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la 2° partie de la Prière, nous rendons à Dieu les actions de grâces les plus vives pour les divins et immortels bienfaits dont Il a comblé sans cesse, et dont II comble encore tous les jours le genre humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais surtout nous Le remercions, et d’une manière spéciale, pour tous les Saints&amp;amp;nbsp;; nous Le louons et Le bénissons, autant qu’il est en nous, de la victoire et du triomphe que sa paternelle Bonté leur a fait remporter sur tous leurs ennemis, intérieurs et extérieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est là ce que nous faisons en particulier dans la Salutation Angélique, lorsque nous disons à la Sainte Vierge, en forme de prière: ''Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes.'' Par ces paroles en effet nous rendons à Dieu un splendide hommage de louanges et d’actions de grâces, pour tous les dons célestes dont Il a bien voulu combler la très sainte Vierge, et en même temps nous la félicitons elle-même de son incomparable bonheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n’est pas sans raison que la sainte Église a ajouté, à cette action de grâces, des Prières et des invocations à la très sainte Mère de Dieu. Elle veut que nous ayons recours à elle avec une pieuse confiance et une profonde humilité, afin d’obtenir par son intercession que Dieu veuille bien se réconcilier avec nous malgré toutes nos fautes, et nous accorder les biens qui nous sont nécessaires pour cette vie et pour l’autre. Oui, nous devons, enfants d’Eve exilés dans cette vallée de larmes, invoquer, sans jamais nous lasser, celle qui est la Mère de la miséricorde, l’avocate du peuple fidèle, afin qu’elle prie pour nous, pauvres pécheurs&amp;amp;nbsp;; nous devons en un mot réclamer sans cesse par nos Prières le secours et l’assistance de celle dont les mérites sont si éminents devant Dieu, et dont on ne peut sans impiété et sans crime révoquer en doute la volonté parfaite et formelle de nous venir en aide. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — A QUI DOIT-ON ADRESSER DES PRIÈRES ====&lt;br /&gt;
Que ce soit pour nous un devoir de prier Dieu et d’invoquer son saint nom, c’est non seulement ce que nos Saints Livres nous enseignent, mais encore ce que proclame l’instinct naturel de notre cœur, qui ne cesse de nous rappeler cet ordre de Dieu : «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-Moi au jour de la tribulation''&amp;amp;nbsp;» Au reste, en disant qu’il faut prier Dieu, nous entendons par là les trois Personnes divines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, nous recourons aux Saints qui sont dans le ciel. C’est un article de Foi dans l’Église de Dieu qu’on doit les prier. Et un vrai Chrétien ne peut avoir le moindre doute à ce sujet. Mais comme nous avons déjà traité cette question en son lieu, nous y renvoyons les Pasteurs et les Fidèles. toutefois pour prévenir les erreurs dans lesquelles pourraient tomber les ignorants, il sera nécessaire de montrer aux Chrétiens la différence qui existe entre la Prière que l’on fait à Dieu, et celle que l’on adresse aux Saints. C’est qu’en effet, nous ne prions pas Dieu et les Saints de la même manière. nous demandons à Dieu qu’Il nous donne lui-même les biens, ou qu’Il nous délivre des maux&amp;amp;nbsp;; et nous demandons aux Saints, comme jouissant de la faveur et de l’amitié de Dieu, de nous prendre sous leur protection, et de nous obtenir les choses dont nous avons besoin. De là deux formules de Prières très différentes. A Dieu nous disons proprement: ''ayez pitié de nous, exaucez-nous''&amp;amp;nbsp;; aux Saints: ''priez pour nous''. Cependant nous pourrions aussi, dans un autre sens, demander aux Saints d’avoir pitié de nous, parce qu’ils sont très miséricordieux. Ainsi il nous est permis de les prier de prendre compassion de nos misères, et de nous aider de leur crédit et de leur intercession auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ici prenons bien garde, tous tant que nous sommes, de ne pas attribuer à qui que ce soit ce qui n’appartient qu’à Dieu. Par exemple, si quelqu’un récite l’Oraison Dominicale devant l’image d’un saint, qu’il n’oublie pas qu’il demande uniquement à ce saint de prier avec lui, et de solliciter pour lui les choses qui sont contenues dans cette formule, en un mot de vouloir bien se faire son interprète et son intercesseur auprès de Dieu. Saint Jean, dans l’Apocalypse, nous apprend en effet que les saints dans le ciel remplissent ce ministère auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DE LA PRÉPARATION A LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Nos Saints Livres nous disent : «&amp;amp;nbsp;''Avant la Prière, préparez votre âme, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» en effet, c’est tenter Dieu que de prier bien et d’agir mal, ou bien de laisser égarer son esprit, quand on s’entretient avec Lui. Puis donc que les dispositions avec lesquelles on doit prier Dieu sont si importantes, les Pasteurs ne manqueront pas d’enseigner à leurs pieux auditeurs les règles de la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première de ces règles, ou dispositions, c’est une véritable humilité, avec l’abaissement du cœur et la reconnaissance des fautes qu’on a commises. Ces fautes doivent faire comprendre à celui qui vient à Dieu pour Le prier, que non seulement il ne mérite pas d’obtenir quelque chose, mais qu’il n’est pas même digne de paraître devant Lui. La sainte Écriture nous parle très souvent de cette disposition. «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur a regardé la Prière des humbles,'' dit le Psalmiste , ''et Il n’a point méprisé leurs supplications.''&amp;amp;nbsp;» L’Ecclésiastique nous dit de son côté &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Que la Prière de celui qui s’humilie pénétrera les nues.''&amp;amp;nbsp;» Au reste les Pasteurs instruits dans la sainte Écriture, trouveront d’eux-mêmes une foule de passages qui se rapportent à cette Vérité, et que nous n’avons pas besoin de citer ici. Cependant nous ne voulons pas passer sous silence deux exemples que nous avens rapportés ailleurs, mais qui sont parfaitement appropriés à notre sujet. Le premier, que tout le monde connaît, est celui du Publicain qui se tenait si loin du sanctuaire, et qui n’osait même pas lever les yeux. Le second est celui de la femme pécheresse qui, pénétrée de douleur, vint arroser de ses larmes les pieds du Seigneur. tous les deux nous montrent clairement quel poids immense l’humilité chrétienne ajoute à la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seconde disposition, c’est la douleur de nos fautes, ou du moins un certain sentiment de peine en voyant que nous ne sommes pas assez repentants. Sans cette double disposition intérieure, ou du moins sans l’une d’elles, il est impassible d’obtenir le pardon de nos péchés. Et comme il y a des crimes qui par eux-mêmes empêchent Dieu, en quelque sorte, d’exaucer nos Prières, par exemple, le meurtre et la violence, nos mains doivent s’abstenir entièrement de toute espèce de cruauté et de mauvais traitements, en un mot de ces crimes dont Dieu nous parle en ces termes par la bouche d’Isaïe : «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous étendrez vos mains vers Moi, Je détournerai mes yeux de vous, et lorsque vous multiplierez votre Prière, Je ne vous écouterai point, parce que vos mains sont pleines de sang.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II faut fuir également la colère et la discorde, qui sont de grands obstacles au succès de nos Prières. Voici ce que l’Apôtre en dit : «&amp;amp;nbsp;''Je veux que les hommes prient en tout lieu, élevant vers Dieu des mains pures, sans colère et sans dissension.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons garde aussi de rester implacables envers ceux qui ont eu des torts envers nous. Dans cet état d’âme, nos Prières ne pourraient déterminer Dieu à nous pardonner. «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous vous présenterez pour prier, ''dit-Il Lui-même , ''pardonnez si vous avez quelque chose contre quelqu’un''.&amp;amp;nbsp;» Et encore : «&amp;amp;nbsp;''Si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes, votre Père ne vous remettra point non plus les vôtres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II est indispensable aussi que nous n’ayons ni dureté, ni inhumanité envers les pauvres. C’est contre ces hommes au cœur dur qu’il a été dit dans nos Saints Livres &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Celui qui ferme l’oreille au cri du malheureux, criera d son tour, et il ne sera point écouté.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que dirons-nous de l’orgueil&amp;amp;nbsp;? II déplaît tant à Dieu&amp;amp;nbsp;! C’est pourquoi il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles.''&amp;amp;nbsp;» Que dirons-nous enfin de celui qui méprise les oracles divins&amp;amp;nbsp;? Salomon lance contre lui cet anathème:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La prière de celui qui détourne l’oreille pour ne pas écouter la Loi sera exécrable.&amp;amp;nbsp;''» Ce n’est pas à dire pour cela que Dieu condamne et repousse la Prière d’un homme coupable d’injures envers le prochain, de meurtre, de haine, de dureté à l’égard des pauvres, d’orgueil, de mépris pour la Parole sainte, et enfin de tous les péchés, quels qu’ils soient, pourvu que cet homme prie pour obtenir le pardon de ses fautes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi est aussi un élément essentiel de cette préparation. Sans elle en effet, nous ne pouvons connaître ni la toute Puissance de notre Père suprême, ni sa Miséricorde, qui sont précisément les deux sources de la confiance. Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ a-t-Il pris soin de nous dire Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout ce que vous demanderez dans la prière avec Foi vous l’obtiendrez''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Augustin, à propos de ces paroles du Sauveur, ne craint pas de nous dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si la Foi manque, il n’y a plus de Prière.''&amp;amp;nbsp;» La condition essentielle pour bien prier, c’est donc d’être ferme et inébranlable dans la Foi. Saint Paul le prouve indirectement en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comment invoqueront-ils Celui en qui ils ne croient point&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» Ainsi donc, il faut croire, et pour que nous puissions prier, et pour que la Foi qui nous fait prier avec succès ne nous manque jamais. Car c’est la Foi qui engendre la Prière, mais c’est la prière qui lève à son tour tous les doutes, et qui rend la Foi stable et invincible. C’est dans cette conviction que Saint Ignace exhortait ceux qui vont à Dieu pour le prier:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Gardez-nous bien, ''leur disait-il, ''de porter l’esprit de doute dans la Prière. Heureux celui qui n’aura jamais douté&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Par conséquent, pour obtenir de Dieu ce que nous Lui demandons, la Foi et l’Espérance certaine d’être exaucés passent avant tout le reste. C’est que l’Apôtre saint Jacques nous rappelle par ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que le Fidèle demande avec Foi et sans hésiter.''&amp;amp;nbsp;» Et en effet il est bien des motifs capables d’exciter en nous la confiance dans la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord, c’est la Bienveillance et la Bonté parfaite que Dieu nous témoigne, puisqu’Il nous ordonne de L’appeler notre Père, pour nous montrer que nous sommes ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le nombre presque infini de ceux qui ont obtenu l’effet de leurs Prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce Médiateur souverain qui se tient sans cesse à notre disposition, Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont Saint Jean a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un a péché, nous avons auprès du Père un Avocat, Jésus-Christ qui est juste&amp;amp;nbsp;; et il est Lui-même propitiation pour nos péchés.''&amp;amp;nbsp;» Saint Paul, de son côté, dit aux Romains:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Jésus-Christ qui est mort, qui est ressuscité, qui est à la droite de son Père et qui y intercède pour nous&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et puis à Timothée:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il n’y a qu’un Dieu et un seul Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ, qui est homme&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» et enfin aux Hébreux:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il a dû se rendre semblable en toutes choses il ses frères, afin qu’Il fût un Pontife miséricordieux et fidèle auprès de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Dès lors, quoique indignes par nous-mêmes d’obtenir quelque chose, cependant à cause des mérites infinis de notre divin Médiateur et Intercesseur, de Jésus-Christ, nous devons espérer, avec une confiance entière, que Dieu voudra bien nous accorder tout ce que nous Lui demanderons de légitime par son entremise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, c’est l’âme même de nos Prières, c’est-à-dire le Saint Esprit qui nous les inspire, et qui fait qu’elles sont toujours recevables. «&amp;amp;nbsp;''Car,'' dit l’Apôtre Saint Paul,&amp;amp;nbsp; ''Dieu nous a envoyé l’Esprit d’adoption de ses enfants, dans lequel nous crions: Père, Père&amp;amp;nbsp;!'' » C’est cet esprit qui vient en aide à notre faiblesse et à notre ignorance dans le devoir de la Prière, ou plutôt, dit encore Saint Paul: «&amp;amp;nbsp;''Il est l’Esprit qui prie pour nous par des gémissements ineffables.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si quelques-uns chancellent encore, et ne se sentent pas assez fermes dans la Foi, qu’ils disent avec les Apôtres&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, augmentez notre Foi&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» ou avec l’aveugle&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''aidez mon incrédulité''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Animés d’une Foi vive et d’une espérance ferme, nous obtiendrons infailliblement de Dieu tout ce que nous désirons, si nous avons soin de conformer à sa Loi et à sa volonté toutes nos pensées, toutes nos actions et toutes nos Prières.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous demeurez en Moi, dit notre Seigneur, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé.&amp;amp;nbsp;''» n’oublions pas toutefois que pour obtenir de Dieu toutes les grâces que nous demandons, il faut avant tout, comme nous l’avons déjà dit, l’oubli des injures, la bienveillance, et la volonté de faire du bien au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. — MANIÈRE DE PRIER: QUALITÉS DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Il importe extrêmement de savoir bien prier. Car, quoique la Prière en elle-même soit une chose très salutaire, cependant si on ne la fait pas comme il convient, elle ne produit aucun fruit. Souvent, comme le dit l’Apôtre Saint Jacques,&amp;amp;nbsp; nous n’obtenons pas ce que nous demandons, ''parce que nous demandons mal''. Les Pasteurs auront donc à cœur d’enseigner aux Fidèles quelle est la meilleure manière de demander et de prier, soit en particulier, soit en public, en un mot ils leur apprendront les règles de la Prière chrétienne, d’après Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc prier ''en esprit et en vérité&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp; car ''le Père céleste demande des adorateurs en esprit et en vérité.'' Or c’est prier ainsi que de parler à Dieu avec toute l’ardeur de son esprit, et toute l’affection de son cœur. Certes, nous sommes loin de dire que la Prière vocale ne puisse revêtir aussi cette qualité. Cependant nous croyons devoir accorder la première place à la Prière qui part d’un cœur enflammé d’amour, et que Dieu — qui connaît les plus secrètes pensées des hommes — sait toujours entendre, sans même que la bouche la prononce. C’est ainsi qu’Il entendit, qu’Il exauça, la Prière intérieure d’Anne, la mère de Samuel, dont nos Saints Livres nous disent qu’''elle pleura pour prier, et que ses lèvres remuaient à peine'' . C’est ainsi encore que priait David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon cœur Vous a parlé,'' dit-il à Dieu, ''mes yeux Vous ont cherché.&amp;amp;nbsp;''» La sainte Écriture est remplie d’exemples semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière vocale, elle aussi, a son utilité propre, et même sa nécessité. Elle excite la ferveur de l’âme, et elle enflamme la piété de celui qui prie. C’est ce que Saint Augustin écrivait en ces termes à Proba:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quelquefois les paroles ou d’autres signes excitent plus vivement et augmentent nos saints désirs. Quelquefois nous sommes forcés, par l’ardeur qui nous anime et la piété qui nous enflamme, d’exprimer par des paroles ce qui se passe dans notre cœur. Quand le cœur en effet est plein de joie et qu’il le manifeste, il est juste aussi que la bouche elle-même se réjouisse. Par ce moyen nous faisons tout ensemble à Dieu le sacrifice de notre corps et de notre âme, et nous imitons les Apôtres qui priaient de cette manière, comme on le voit dans les Actes, et dans Saint Paul, en plusieurs endroits.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il y a deux sortes de Prières, l’une privée, l’autre publique, nous pouvons dans la Prière privée prononcer telles paroles qui nous plaisent, pour seconder nos sentiments intérieurs et notre piété. Quant à la Prière publique instituée par l’Église pour augmenter la dévotion des Fidèles, on ne peut en aucune façon s’abstenir d’employer des paroles, et dans les temps qu’elle a fixés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le propre des Chrétiens seuls de prier en esprit, et les infidèles ne connaissent point cette coutume. C’est d’eux que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quand vous priez, ne multipliez point les paroles comme les païens, qui croient qu’en parlant beaucoup ils seront exaucés. ne les imitez point&amp;amp;nbsp;; car votre Père connaît vos besoins, avant que vous Lui ayez rien demandé.''&amp;amp;nbsp;» Cependant en condamnant les paroles trop multipliées, notre Seigneur ne réprouve point les longues Prières, lorsqu’elles sont le fruit d’un sentiment profond et durable&amp;amp;nbsp;; au contraire Il nous y exhorte pas ses propres exemples. Car non seulement Il passait des nuits à prier,&amp;amp;nbsp; mais ''Il répéta jusqu’à trois fois de suite la même demande.''&amp;amp;nbsp; Il faut donc retenir de cette parole de Notre-Seigneur, que ce n’est point le vain bruit des mots qui touche le Cœur de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hypocrites ne prient point non plus du fond de leur cœur, et Jésus-Christ. nous met en garde contre leurs détestables habitudes.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous priez, nous dit-il, ne soyez point comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des places publiques, enfin d’être vus des hommes. En vérité, Je vous le dis&amp;amp;nbsp;; ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous priez, entrez dans votre chambre, et, la porte étant fermée, priez votre Père en secret, et votre Père qui voit dans le secret vous accordera votre demande.&amp;amp;nbsp;''» Le mot ''chambre''. que Notre-Seigneur emploie dans ce passage, peut très bien s’entendre du cœur de l’homme. Et il ne suffit pas d’entrer dans son cœur, pour prier, mais de plus il faut le fermer, de peur qu’il ne s’y glisse et qu’il n’y pénètre quelque chose du dehors, qui pourrait altérer la pureté de la Prière. Si nous sommes fidèles à cette recommandation de son divin Fils, le Père céleste qui connaît parfaitement notre cœur et ses plus secrètes pensées se plaît à exaucer nos supplications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière exige également la persévérance. C’est par là surtout qu’elle est efficace. Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même a voulu nous le montrer par l’exemple de ce juge qui, ''ne craignant ni Dieu, ni les hommes'',&amp;amp;nbsp; se laissa vaincre pourtant par la persévérance et les instances de la veuve, et lui accorda sa requête. Prions donc avec assiduité. n’imitons pas ceux qui après avoir prié une ou deux fois, sans être exaucés, se fatiguent de la Prière. Un devoir que l’autorité de Notre-Seigneur et des Apôtres nous recommande si expressément ne doit point connaître la fatigue et la lassitude. Si parfois nous sentons quelque faiblesse dans notre volonté, adressons-nous à Dieu, prions-Le de nous donner la force de persévérer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu veut aussi que ce soit en son nom que notre Prière arrive à Dieu son Père. C’est uniquement par le mérite et le crédit d’un tel Médiateur que nous pouvons être exaucés. Écoutons ce qu’Il dit Lui-même dans Saint Jean&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''En vérité, en vérité, Je vous le dis&amp;amp;nbsp;; si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, Il vous le donnera. Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom, demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite.&amp;amp;nbsp;''» Et encore: «&amp;amp;nbsp;''Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, Je le ferai.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imitons le zèle et la ferveur des Saints dans la Prière Joignons l’action de grâces à la demande, à l’exemple des Apôtres, qui conservèrent fidèlement cette pratique, comme nous le voyons dans Saint Paul . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons à la Prière le Jeûne et l’Aumône. Le Jeûne va très bien avec la prière. Lorsque le corps est appesanti par la nourriture, l’esprit n’est plus libre&amp;amp;nbsp;; il ne peut ni contempler Dieu, ni se plonger dans l’oraison. L’Aumône aussi s’allie admirablement avec la Prière. Car comment oser se dire animé d’une vraie Charité, quand on a les moyens de faire du bien aux nécessiteux, et que l’on néglige de secourir son prochain et son frère&amp;amp;nbsp;? Ou comment celui qui manque de Charité osera-t-il réclamer l’assistance divine&amp;amp;nbsp;? à moins qu’en demandant pardon de sa faute, il ne demande aussi très humblement à Dieu de lui accorder la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc le triple remède, que Dieu dans sa Clémence a préparé pour sauver les hommes. nos péchés sont toujours, ou des offenses envers Lui, ou des torts envers le prochain, ou des attentats contre nous-mêmes. Et bien&amp;amp;nbsp;! Il nous a donné la Prière pour L’apaiser, l’Aumône pour réparer nos torts envers les autres, et le Jeûne pour effacer les souillures de nos fautes personnelles. On peut dire, il est vrai, que ces trois remèdes peuvent servir à tous les péchés, quels qu’ils soient. Mais il faut reconnaître que chacun d’eux s’applique plus spécialement à l’une des trois espèces de fautes que nous venons d’indiquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-neuvième — De l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
Cette formule de prière chrétienne nous vient de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. Et elle est composée de telle sorte qu’avant de nous donner à exprimer nos désirs et nos demandes, elle nous oblige à réciter une sorte de Préface, qui a pour but d’augmenter encore notre confiance envers Dieu et notre piété, au moment où nous allons Lui parler dans la Prière. C’est donc un véritable devoir pour le Pasteur d’expliquer chacun des mots de cette Préface, avec toute la clarté et toute la précision possible, afin que les Fidèles se portent à la Prière avec joie et empressement, sachant bien qu’ils vont traiter avec un Dieu, qui est aussi un Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Préface est très courte, si nous ne faisons attention qu’au nombre des paroles qu’elle emploie. Mais si nous allons au fond des choses qu’elle exprime, elle est extrêmement importante, et toute pleine de mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — NOTRE PÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Le premier mot que nous prononçons dans cette prière, par l’ordre et l’institution même de Dieu, c’est celui-ci: Pater, Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Sauveur aurait pu commencer cette divine Oraison par une expression qui aurait eu plus de majesté, par exemple celle de Créateur et de Seigneur. Il ne l’a pas voulu, parce que de telles expressions pouvaient nous inspirer des sentiments de crainte. Il a choisi un terme qui inspire nécessairement la confiance et l’amour à ceux qui prient, et qui demandent quelque chose à Dieu. Qu’y a-t-il en effet de plus doux que ce nom de Père, qui rappelle tout ensemble l’indulgence et l’amour&amp;amp;nbsp;? Mais comment ce nom de Père convient-il à Dieu&amp;amp;nbsp;? C’est ce qu’il est facile d’apprendre aux Fidèles, en leur parlant des mystères de la Création, de la Providence et de la Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé l’homme à son image, et II n’a point accordé cette faveur aux autres êtres animés. C’est donc avec raison que pour ce privilège unique dont il a honoré l’humanité la Sainte Église l’appelle le Père de tous, aussi bien des Fidèles que des infidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement de ce monde nous fournit un argument semblable. En veillant aux intérêts des hommes, sans jamais les perdre de vue, Dieu par ces soins touchants et cette Providence assidue, ne nous donne-t-Il pas la preuve d’un Amour vraiment paternel&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mettre plus en lumière cette vigilance paternelle de Dieu sur tous les hommes, et pour la rendre plus sensible, il nous semble qu’il y a lieu de dire ici quelque chose des Anges Gardiens qui sont donnés à chacun de nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet la Providence divine a confié à des Anges la garde du genre humain. Elle les a chargés de protéger sans cesse tous les hommes pour les préserver des dangers qui pourraient les menacer. De même que les parents donnent des gardes et des défenseurs à leurs enfants, lorsqu’ils les voient entreprendre quelque voyage difficile et périlleux, ainsi dans ce voyage que nous faisons tous vers la céleste Patrie, Dieu notre Père nous a confiés à la garde d’un Ange, afin que son secours et sa vigilance nous fissent éviter les embûches secrètement préparées par nos ennemis, repousser les plus terribles attaques dirigées contre nous, marcher constamment dans le droit chemin, et empêcher que quelque piège tendu par notre perfide adversaire ne nous fît sortir de la voie qui mène au ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui prouve combien est utile aux hommes cette attention, cette Providence spéciale de Dieu, dont l’exercice et l’application sont confiés aux Anges — lesquels sont de véritables intermédiaires entre Dieu et nous — c’est cette foule d’exemples que nos Saints Livres nous rapportent, et qui nous montrent clairement que la Bonté divine a permis souvent aux Anges d’opérer des prodiges sous les yeux des hommes. Or, pourquoi ces mêmes exemples ne nous convaincraient-ils pas que nos Anges Gardiens font tous les jours, pour notre utilité et pour notre salut, une multitude de choses aussi extraordinaires, bien que nous ne les voyons pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l’Ange Raphaël, que Dieu donna pour compagnon et pour guide à Tobie dans son voyage, le conduisit et le ramena sans qu’il lui fût arrivé aucun mal. C’est lui qui l’empêcha d’être dévoré par un poisson énorme, et lui fit connaître les vertus secrètes du foie, du fiel et du cœur de ce monstre. C’est lui qui chassa le démon, enchaîna sa puissance et préserva Tobie de ses atteintes. C’est lui qui apprit à ce jeune homme les droits légitimes et l’usage du Mariage. C’est lui enfin qui rendit au père de Tobie la vue dont il avait été privé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même de cet autre Ange qui délivra le prince des Apôtres. L’histoire de ce miracle est un thème admirable, pour convaincre les pieux Fidèles des effets extraordinaires de la vigilance et de la protection de nos Anges Gardiens. Les Pasteurs ne manqueront pas de montrer l’Ange de Saint Pierre illuminant les ténèbres de sa prison, touchant son côté et le secouant en quelque sorte pour l’éveiller, puis dénouant ses chaînes, brisant ses liens, lui commandant de se lever, de prendre ses chaussures et ses vêtements et de le suivre, puis enfin le conduisant et le faisant passer sans obstacle au milieu des gardes, lui ouvrant les portes de la prison, et ne le quittant qu’après l’avoir fait sortir, et l’avoir mis en sûreté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos Saints Livres, comme nous l’avons déjà remarqué, sont pleins d’exemples semblables et bien propres à nous faire comprendre la grandeur des bienfaits que nous recevons de Dieu par le ministère des Anges. Et ce n’est pas seulement pour quelque affaire particulière et déterminée que Dieu nous confie à eux, ou qu’Il les députe vers nous. non, dès notre naissance, Il les prépose à notre garde, et les établit individuellement pour veiller au salut de chacun de nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine clairement expliquée aura pour conséquence d’exciter le courage des auditeurs et de les amener à reconnaître et à vénérer avec un plus grand respect les soins paternels et la Providence de Dieu à leur égard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici le Pasteur mettra en pleine lumière et exaltera de toutes ses forces l’immense Bonté de Dieu envers les hommes. II dira que depuis le péché de notre premier père jusqu’à ce jour, Il n’a point cessé d’être outragé par toutes sortes de désordres et de crimes, et que néanmoins Il nous conserve tout son amour, et ne dépose jamais cette sollicitude si touchante qu’Il a pour nous. Penser qu’Il nous oublie serait une folie et en même temps le plus cruel outrage. Dieu s’irrite contre Israël, parce que ce peuple L’avait blasphémé, en s’imaginant que le secours du ciel lui avait été retiré. Écoutons ce que nous dit l’Exode à ce sujet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ils ont tenté le Seigneur en disant: Dieu est-Il avec nous, ou n’y est-Il pas&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» et dans Ezéchiel la colère divine s’enflamme de nouveau contre ce même peuple, parce qu’il avait osé dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur ne nous voit point, le Seigneur nous a abandonnés&amp;amp;nbsp;; le Seigneur a abandonné cette terre.''&amp;amp;nbsp;» L’autorité de ces exemples suffit pour détourner les Fidèles de cette pensée abominable, que Dieu puisse jamais oublier les hommes. Dans le Prophète Isaïe nous lisons les plaintes insensées du peuple d’Israël contre Dieu, et la réponse pleine de bonté que Dieu voulait bien y faire par une comparaison touchante.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Sion dit: Le Seigneur m’a délaissée&amp;amp;nbsp;; mon Dieu m’a oubliée. Mais, répond le Seigneur, une mère peut-elle oublier son enfant, et n’être pas émue par le fils de ses entrailles&amp;amp;nbsp;? et cependant quand elle l’oublierait, Moi Je ne t’oublierai jamais. Je te porte gravée dans mes mains.&amp;amp;nbsp;''»Les textes que nous venons de citer établissent très clairement que Dieu n’oublie jamais les hommes, et que, en tout temps, Il leur prodigue les témoignages de sa tendresse paternelle. Mais pour convaincre davantage encore le peuple fidèle de cette double vérité, les Pasteurs apporteront en preuve l’exemple si connu de nos premiers parents: ils avaient méprisé et violé les ordres formel de Dieu&amp;amp;nbsp;;ils avaient été sévèrement blâmés et condamnés, et cette sentence effrayante était tombée sur eux:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La terre est maudite dans votre travail&amp;amp;nbsp;; vous n’en tirerez chaque jour votre nourriture qu’avec un grand labeur. Elle ne produira pour vous que des épines et des chardons&amp;amp;nbsp;; et vous vous nourrirez de l’herbe de la terre.''&amp;amp;nbsp;» Ils avaient été chassés du paradis terrestre&amp;amp;nbsp;; et pour leur ôter tout espoir d’y jamais rentrer, Dieu avait placé à l’entrée du jardin de délices un Chérubin de feu, tenant à la main ''un glaive flamboyant qu’il brandissait toujours''&amp;amp;nbsp;; enfin Dieu, pour se venger contre eux de leur outrage, les avait accablés de tous les maux intérieurs et extérieurs. A la vue de ces terribles châtiments, ne dirait-on pas que c’en est fait de l’homme&amp;amp;nbsp;? ne croirait-on pas qu’il est pour toujours dénué de tout secours divin, et réservé à toutes les misères&amp;amp;nbsp;? et cependant, au milieu de tant et de si cruelles preuves de la colère et de la vengeance divines, on vit paraître comme une lueur de la Bonté de Dieu à leur égard. «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur Dieu, ''nous dit la Genèse , ''fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et Il les en revêtit.&amp;amp;nbsp;''» Marque évidente, entre tant d’autres, que Dieu n’abandonnera jamais les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette pensée, si belle et si vraie, que jamais l’iniquité humaine n’épuisera la Bonté de Dieu, David l’exprimait aussi en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La colère de Dieu enchaînera-t-elle ses miséricordes&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Habacuc l’énonçait également quand il disait en s’adressant à Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Même au temps de votre colère, Vous Vous souviendrez de votre miséricorde''&amp;amp;nbsp;» et Michée la rendait ainsi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qui est semblable à Vous, ô Dieu, qui ôtez l’iniquité, et qui oubliez les péchés du reste de votre héritage&amp;amp;nbsp;? Le Seigneur n’enverra plus désormais sa fureur, parce qu’Il veut la miséricorde.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, c’est bien ainsi que les choses se passent. C’est au moment où nous nous croyons perdus et absolument délaissés de Dieu, c’est alors qu’Il nous cherche avec une Bonté infinie, et qu’Il prend soin de nous. Il suspend dans sa colère le glaive de sa justice, et II ne cesse de répandre sur nous les inépuisables trésors de sa miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Création d’une part, et la Providence de l’autre, sont donc très propres à faire ressortir les dispositions particulières de Dieu à aimer et à protéger le genre humain. Mais sous ce rapport, l’œuvre de notre Rédemption l’emporte tellement sur les deux autres, que c’est par ce troisième bienfait que notre Dieu infiniment bon, et qui est en même temps notre Père, met vraiment le comble à tous ses bienfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur enseignera donc aux Fidèles, qui sont ses enfants spirituels, et il leur rappellera sans cesse cet effet incomparable de la Charité divine à notre égard, afin qu’ils comprennent bien que la Rédemption a fait d’eux, d’une manière merveilleuse, de vrais enfants de Dieu. ''«&amp;amp;nbsp;Car le Verbe, dit Saint Jean , leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, et ils sont nés de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi le Baptême, qui est le premier gage et le premier effet de notre Rédemption, est appelé le Sacrement de la régénération&amp;amp;nbsp;; car c’est par lui que nous naissons enfants de Dieu. «&amp;amp;nbsp;''Ce qui est né de l’esprit, est esprit,'' dit Notre-Seigneur Lui-même .&amp;amp;nbsp;» Et encore: «&amp;amp;nbsp;''Il faut que vous receviez une nouvelle naissance''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Pierre dit aussi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes nés de nouveau, non point d’une semence corruptible, mais d’une semence incorruptible, par la parole du Dieu vivant.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est par le mérite de cette Rédemption que nous avons reçu le Saint-Esprit et que nous avons été jugés dignes de la Grâce de Dieu. C’est ce don aussi qui nous a valu l’être adoptés pour ses enfants, ainsi que l’Apôtre Saint Paul l’écrit aux Romains. «&amp;amp;nbsp;''Vous n’avez point reçu, ''dit-il , ''l’esprit de servitude pour vous conduire encore par la crainte, mais vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants par lequel nous crions: Père, Père&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» et Saint Jean explique la force et l’efficacité de cette adoption, en disant &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Considérez quel amour le Père a eu pour nous, de vouloir que nous soyons appelés, et que nous soyons vraiment enfants de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces explications données, il ne faut pas manquer de représenter aux Fidèles ce qu’ils doivent en retour à Dieu, le plus aimant des Pères, c’est-à-dire leur faire sentir combien ils ont à témoigner d’amour, de piété, d’obéissance, et de respect à Celui qui les a créés, qui les gouverne et qui les a rachetés, et avec quel espoir et quelle confiance ils doivent L’invoquer. Mais pour éclairer les ignorants. Et pour redresser les idées fausses de ceux qui pourraient considérer la prospérité et le cours d’une vie heureuse comme l’unique preuve que Dieu nous continue son amour, et l’adversité et les malheurs qui nous éprouvent, comme un signe qu’Il nous a complètement retiré son attachement et qu’Il a contre nous des dispositions hostiles, il sera nécessaire de démontrer que lorsque la main du Seigneur nous frappe, elle ne frappe jamais en ennemie&amp;amp;nbsp;; qu’elle guérit en frappant, et qu’une plaie qui vient de Dieu est un véritable remède. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet, Il châtie ceux qui pèchent, afin que la punition les rende meilleurs, et que la peine présente les délivre de la peine éternelle. «&amp;amp;nbsp;''Il visite, ''il est vrai, ''nos iniquités la verge à la main, et Il frappe nos péchés, mais Il ne nous retire point sa Miséricorde'' &amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II faut donc recommander aux Fidèles de voir dans ces sortes de châtiments l’effet de la paternelle Bonté de Dieu, d’avoir par conséquent, et dans le cœur et sur les lèvres, ces paroles de Job, le plus patient des hommes &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Il blesse, et Il guérit&amp;amp;nbsp;; Il frappe, et sa maint applique le remède''&amp;amp;nbsp;», de se redire souvent ce que Jérémie écrivait sous le nom des enfants d’Israël : «&amp;amp;nbsp;''Vous m’avez frappé, et je me suis instruit, comme un jeune taureau indompté&amp;amp;nbsp;; convertissez-moi, et je serai converti, parce que Vous êtes le Seigneur mon Dieu&amp;amp;nbsp;''», de se proposer enfin l’exemple de Tobie qui, étant devenu aveugle, reconnut la main paternelle de Dieu dans ce malheur, et s’écria &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Je Vous bénis, Seigneur, Dieu d’Israël, parce que Vous m’avez châtié, et que Vous m’avez sauvé.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin les Fidèles doivent bien se garder de croire que, quels que soient leurs revers ou leurs malheurs, Dieu puisse les ignorer. Certes, Il a dit Lui-même : «&amp;amp;nbsp;''Il ne tombera pas un cheveu de votre tête''&amp;amp;nbsp;», à mon insu. Qu’ils se consolent donc bien plutôt par cet oracle divin que nous lisons dans l’Apocalypse : «&amp;amp;nbsp;''Ceux que J’aime, Je les reprends et Je les châtie.''&amp;amp;nbsp;» Qu’ils se tiennent en paix, en relisant cette exhortation de Saint Paul aux hébreux &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Mon fils, ne négligez point la correction du Seigneur, et ne vous laissez point abattre lorsqu’Il vous reprend. Car c’est celui qu’Il aime qu’Il châtie, et il frappe à coups de verge tous ceux qu’il reçoit parmi ses enfants. Si vous n’êtes point châtiés, vous êtes donc des enfants étrangers à Dieu et qu’Il n’a pas adoptés. nous avons eu du respect pour les pères de nos corps, lorsqu’ils nous corrigeaient, combien ne devons-nous pas avoir plus de soumission pour Celui qui est le Père de nos âmes, afin d’avoir la vie&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — POURQUOI CHACUN DIT-IL NOTRE PÈRE ====&lt;br /&gt;
Lorsque nous prions Dieu le Père, chacun en notre particulier, nous L’appelons néanmoins notre Père, nous sommes donc bien avertis par là que le privilège et les droits de l’adoption divine font que tous les Fidèles sont frères, et qu’ils doivent s’aimer en frères. «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes tous frères, ''dit Jésus-Christ , ''et vous n’avez qu’un seul Père dans les cieux.''&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, dans leurs Epîtres, les Apôtres donnent aux Fidèles le nom de frères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre conséquence nécessaire de cette adoption, c’est que non seulement tous les Fidèles sont unis entre eux par les liens de la fraternité, mais que le Fils de Dieu étant homme, ils sont encore appelés des frères, et le sont en effet. Dans son épître aux Hébreux, l’Apôtre Saint Paul, parlant de Notre-Seigneur Jésus-Christ, écrit ces paroles remarquables : «&amp;amp;nbsp;''Il n’a point rougi d’appeler les hommes ses frères, en disant: J’annoncerai votre nom à mes frères''.&amp;amp;nbsp;» Et bien longtemps auparavant David avait mis ces mêmes paroles dans sa bouche . Mais du reste, ne savons-nous pas en quels termes Jésus-Christ Lui-même s’adresse aux saintes Femmes : «&amp;amp;nbsp;''Allez, annoncez à mes frères de se rendre en Galilée&amp;amp;nbsp;; c’est là qu’ils Me verront.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, chacun sait que Notre-Seigneur prononça ces paroles après sa Résurrection, lorsque déjà il était devenu immortel. Ainsi personne n’aurait le droit de croire que les liens de fraternité qui nous unissaient à Lui avaient été brisés par sa Résurrection et par son Ascension. Et non seulement ces liens n’ont pas été rompus, non seulement notre union avec Lui et la Charité fraternelle qu’Il a pour nous n’ont pas été détruites, mais nous savons qu’un jour, lorsque du haut de son trône de gloire et de majesté Il jugera tous les hommes rassemblés devant Lui, ce jour-là, Il donnera ce doux nom de frères aux moindres d’entre les Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, comment pourrait-il se faire que nous ne fussions pas les frères de Jésus-Christ, nous dont il est dit&amp;amp;nbsp; que nous sommes ''ses cohéritiers''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? Sans doute, Il est&amp;amp;nbsp; le premier né, l’héritier constitué de tout&amp;amp;nbsp;; mais nous avons été engendrés après Lui, pour être ses cohéritiers, dans la mesure des dons de Dieu, et selon l’étendue de la Charité avec laquelle nous aurons coopéré à la vertu du Saint Esprit et à l’action de la grâce. Car, [ne l’oublions pas] c’est le Saint Esprit qui nous porte à la vertu, qui nous pousse aux bonnes &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''œuvr''es, qui enflamme notre ardeur, qui nous fortifie par sa Grâce et nous donne le courage de descendre dans l’arène pour les combats du salut. C’est Lui qui nous aide à les soutenir jusqu’au bout avec constance et habileté. C’est Lui enfin qui, après cette vie, nous fait obtenir du Père céleste la juste récompense de la couronne promise à tous ceux qui auront fourni la même carrière. «&amp;amp;nbsp;''Car,'' dit l’Apôtre , ''Dieu n’est pas injuste pour oublier nos bonnes œuvres et notre amour pour Lui.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Jean Chrysostome nous dit en fort bons termes avec quels sentiments du cœur nous devons prononcer le mot notre. «&amp;amp;nbsp;''Dieu,'' dit-il , ''écoute volontiers le Chrétien qui ne prie pas seulement pour lui-même, mais encore pour les autres. Prier pour soi, c’est l’inspiration de la nature, prier pour les autres, c’est l’inspiration de la grâce. En priant pour soi, on obéit d la nécessité, en priant pour les autres, on cède aux exhortations de la Charité fraternelle.''&amp;amp;nbsp;» Or, ajoute-t-il «&amp;amp;nbsp;''La Prière qui vient de la Charité fraternelle est plus agréable à Dieu que celle qui procède de la nécessité.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En traitant une si importante matière, le Pasteur ne manquera pas d’engager et même d’exhorter fortement tous les Fidèles, sans distinction d’âge, de rang et de condition, à ne jamais oublier qu’ils sont unis entre eux par les liens d’une fraternité universelle, et que, par conséquent, ils doivent se traiter mutuellement comme des amis et des frères, et ne pas chercher à s’élever orgueilleusement les uns au-dessus des autres. Et en effet, bien qu’il y ait dans l’Église de Dieu des fonctions de différents degrés, cependant cette diversité de dignités et d’emplois ne détruit en aucune façon les rapports d’union fraternelle qui existent entre nous. Ainsi, dans le corps humain, la variété des fonctions et des destinations de chaque membre, n’empêche nullement que toutes les parties du corps n’en soient de véritables membres. Prenons un homme revêtu de l’autorité royale. S’il est Chrétien, n’est-il pas le frère de tous ceux qui comme lui font partie de la Communion chrétienne&amp;amp;nbsp;? Oui, sans aucun doute, et pourquoi&amp;amp;nbsp;? parce qu’il n’y a pas un Dieu pour les pauvres, et un Dieu pour les riches et les rois, un Dieu qui a fait les pauvres, et un Dieu qui a créé les rois et leur a donné la puissance. non, il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Père, un seul Seigneur de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là pour tous sans exception, dans l’ordre spirituel, même noblesse d’origine, même dignité, même splendeur de race, puisque tous nous avons été régénérés par le même esprit, puisque tous nous sommes devenus enfants de Dieu par le même sacrement de la Foi, et cohéritiers du même héritage avec Jésus-Christ. Il n’y a pas un Christ Rédempteur pour les riches et les puissants, et un autre pour les pauvres et les petits. tous participent aux mêmes Sacrements, tous attendent le même héritage, c’est-à-dire le Royaume céleste. nous sommes tous frères, et comme le dit l’Apôtre Saint Paul aux Ephésiens : «&amp;amp;nbsp;''Nous sommes les membres du corps de Jésus-Christ, formés de sa chair et de ses os.''&amp;amp;nbsp;» Vérité que le même Apôtre exprime encore en ces termes, dans son Epître aux Galates : «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes tous enfants de Dieu par la Foi en Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous êtes revêtus de Jésus-Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme&amp;amp;nbsp;; vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce point veut être traité et établi avec le plus grand soin. C’est pourquoi les Pasteurs devront y revenir souvent, comme sur une vérité bien propre à relever et à encourager les pauvres et les malheureux, et en même temps capable de réprimer et d’abattre l’arrogance des riches et des puissants. C’est précisément pour remédier à ce mal que l’Apôtre Saint Paul revenait si souvent et avec tant de force et d’instance sur cette Charité fraternelle, qu’il voulait faire pénétrer dans le cœur des Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenez-vous donc, ô Chrétien, au moment d’adresser cette Prière au Seigneur, que vous devez parler à Dieu comme un enfant à son père. Dès lors, en la commençant, et en prononçant ces mots: ''Notre Père'', pensez à quelle dignité Dieu dans sa Bonté infinie a voulu vous élever&amp;amp;nbsp;! Il vous ordonne de vous présenter devant Lui, non par contrainte et en tremblant, comme un esclave devant son maître, mais de vous réfugier auprès de Lui en toute liberté et en parfaite confiance comme un enfant auprès de son père. Que ce souvenir et cette pensée vous fassent comprendre avec quelle ferveur et quelle piété vous devez prier. Efforcez-vous d’être tel qu’il convient à un enfant de Dieu, c’est-à-dire que vos Prières et vos actions ne soient jamais indignes de la divine origine qu’il a plu à sa Bonté de vous donner. C’est là en effet ce que nous recommande l’Apôtre, quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien aimés.&amp;amp;nbsp;''» Alors on pourra dire de nous avec vérité ce que le même Apôtre écrivait aux Thessaloniciens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes tous les enfants de la lumière, et les fils du jour.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — QUI ÊTES DANS LES CIEUX.  ====&lt;br /&gt;
Tous ceux qui ont de Dieu l’idée qu’il en faut avoir sont d’accord pour reconnaître qu’Il est partout et en tous lieux. Ce n’est pas à dire pour cela qu’Il soit dans tous les lieux d’une manière partielle, comme si sa substance était partagée et distribuée en quelque sorte entre toutes les parties de l’espace, pour las occuper et les protéger. non, ''Dieu est un esprit'', et Il ne souffre peint de division. Qui oserait Lui assigner une place particulière et Le circonscrire dans certaines limites, lorsqu’Il dit de Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Est-ce que Je ne remplis pas le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Paroles qui, à leur tour, doivent s’entendre en ce sens que Dieu, par sa Puissance et son Immensité, embrasse le ciel et la terre, et tout ce que le ciel et la terre renferment, mais sans être Lui-même contenu dans aucun lieu. Il est présent à tout, soit pour créer, soit pour conserver&amp;amp;nbsp;; mais Il n’est ni circonscrit, ni borné dans telle ou telle contrée ou dans telles ou telles limites&amp;amp;nbsp;; Il est présent partout par sa substance et par son pouvoir. C’est ce que le Saint roi David exprimait en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si je monte au ciel, Vous y êtes.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si Dieu est présent partout, en tout lieu et en toutes choses, sans être borné, comme nous l’avons dit, par aucune limite, cependant nos Saints Livres nous répètent souvent qu’Il a son séjour dans le ciel. La raison&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en est que les cieux que nous voyons au-dessus de nos têtes sont la plus noble partie du monde, qu’ils demeurent incorruptibles, qu’ils surpassent tous les autres corps en force, en grandeur, en beauté, et qu’ils sont doués de certains mouvements réguliers et constants. C’est donc pour exciter les hommes à contempler sa Puissance infinie et sa Majesté, qui brillent surtout dans l’œuvre des cieux, qu’Il nous atteste dans la Sainte Écriture que le ciel est son séjour. toutefois, Il déclare souvent aussi qu’il n’y a réellement aucune partie du monde, où Il ne soit présent par sa nature et par sa Puissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste en méditant ces choses, les Fidèles chercheront à se représenter Dieu non seulement comme le Père commun de tous les hommes, mais encore comme Celui qui règne dans les cieux. Dès lors, à l’heure de la Prière, ils se souviendront qu’ils doivent porter vers le ciel leur esprit et leur cœur&amp;amp;nbsp;; et plus le nom de Père leur inspirera d’espoir et de confiance, plus les sentiments de l’humilité et du respect croîtront en eux à la vue de l’Être souverainement parfait, et de la Majesté infinie ''de Notre Père qui est dans les cieux. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces mêmes paroles déterminent encore ce que nous devons demander à Dieu dans la Prière. toute demande qui porterait sur les besoins et les nécessités de la vie, sans avoir aucun rapport aux besoins spirituels et aux biens du ciel, serait vaine et indigne d’un Chrétien. C’est pourquoi les Pasteurs se feront un devoir d’enseigner à leurs pieux auditeurs cette manière de prier, et ils pourront s’appuyer en cela sur l’autorité de l’Apôtre Saint Paul, qui disait:&amp;amp;nbsp; ''«&amp;amp;nbsp;Si vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, cherchez les choses d’en haut où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu&amp;amp;nbsp;; n’ayez de goût que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarantième — Première demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIÉ. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — POURQUOI CETTE DEMANDE EST LA PREMIÈRE ? ====&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur Jésus-Christ, Maître et Seigneur universel, a voulu nous enseigner et nous prescrire Lui-même ce que nous devons demander à Dieu, et l’ordre dans lequel nous devons le demander. La Prière, en effet, n’est que l’expression de nos vœux et la manifestation de nos désirs. Dès lors, pour qu’elle soit bien faite, d’une manière convenable et raisonnable, nos demandes, c’est-à-dire nos vœux et nos désirs, doivent suivre l’ordre même dans lequel les choses sont désirables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, la vraie Charité nous fait un devoir de rapporter tout notre cœur et toutes nos affections à Dieu. Dieu en effet n’est-Il pas en Lui-même le seul et souverain Bien&amp;amp;nbsp;? et à ce titre, ne mérite-t-Il pas d’être aimé d’un amour supérieur et tout particulier&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, il nous est impossible de L’aimer de tout notre cœur et plus que toutes choses, si nous ne préférons son honneur et sa gloire à tout ce qui existe. Car tous les biens, quels qu’ils soient, les nôtres, ceux du prochain, enfin tout ce que nous appelons de ce nom de biens, tout vient de Lui, et est infiniment au-dessous de Lui, le souverain Bien. Aussi, pour mettre de l’ordre dans nos Prières, le Sauveur a fait de la demande du souverain Bien la première et la principale de nos requêtes. Il a voulu nous apprendre qu’avant de demander ce qui nous est nécessaire, à nous ou à notre prochain, nous devons demander ce qui se rapporte à la Gloire de Dieu, et présenter à Dieu Lui-même nos affections et nos désirs à cet égard. De cette manière nous resterons dans les règles de la Charité, qui nous ordonne d’aimer Dieu plus que nous-mêmes, et de demander d’abord ce que nous désirons pour Lui, avant ce que nous souhaitons pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QU’EST-CE QUE LA GLOIRE DE DIEU ? ====&lt;br /&gt;
On ne désire et on ne demande que ce qu’on n’a pas. Mais à Dieu rien ne manque&amp;amp;nbsp;; Il ne peut recevoir ni accroissement, ni augmentation, puisqu’Il est infini et parfait sous tous les rapports. Et par conséquent ce que nous demandons à Dieu pour Lui-même n’intéresse ni ses perfections, ni sa nature, mais uniquement sa Gloire extérieure. nous désirons et nous demandons que son nom soit connu davantage dans le monde&amp;amp;nbsp;; que son Règne s’étende&amp;amp;nbsp;; et que chaque jour de nouveaux serviteurs obéissent à sa sainte Volonté. Or ces trois choses, le nom, le Règne, l’Obéissance, ne font point partie du bien intérieur même de Dieu: ce sont au contraire des choses qui lui sont tout-à-fait extérieures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mieux faire comprendre la force et la valeur de cette demande, le Pasteur aura grand soin de montrer aux Fidèles que ces mots: ''sur la terre comme au ciel'' peuvent s’appliquer et s’étendre à chacune des trois premières parties de l’Oraison Dominicale, et signifier: ''que votre Nom soit sanctifié'' sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; ''que votre Royaume arrive'' sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; ''que votre Volonté soit faite'' sur la terre comme au ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, lorsque nous disons: ''que votre Nom soit sanctifié'', nous désirons de voir augmenter la sainteté et la gloire du nom divin. Ici le Pasteur n’oubliera pas d’enseigner à ses pieux auditeurs que Notre-Seigneur Jésus-Christ, en employant ces expressions, n’a pas entendu dire que ce nom devait être sanctifié sur la terre comme Il l’est au ciel, c’est-à-dire que la sanctification terrestre devait égaler en intensité, la sanctification céleste — ce qui est radicalement impossible — mais seulement Ruelle devait procéder de la Charité et des plus profonds sentiments de l’âme. Sans doute il est très vrai de dire, car la chose est réelle, que ce nom adorable n’a pas besoin en Lui-même de sanctification, puisqu’''Il est Saint et terrible'', comme Dieu Lui-même est Saint par sa nature, qu’Il ne peut recevoir du dehors aucune sainteté qu’Il ne possède déjà de toute éternité. Mais, il faut bien le dire, sur la terre Il est loin d’être honoré comme Il mérite de l’être&amp;amp;nbsp;; quelquefois même, hélas&amp;amp;nbsp;! II est outragé par des malédictions et des blasphèmes. Et voilà pourquoi nous désirons et demandons qu’Il soit ici-bas loué, honoré, glorifié, comme Il est honoré, loué et glorifié dans le ciel. En un mot, nous voulons que l’honneur et le culte que nous Lui rendons soit tout à la fois dans notre cœur et sur nos lèvres, afin que nous puissions Lui offrir les hommages de notre vénération intérieure et extérieure, célébrer de toutes nos forces, à l’exemple des Saints et des Anges, la grandeur, la sainteté et la gloire de son nom. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — OBJET DE LA PREMIÈRE DEMANDE.  ====&lt;br /&gt;
De même que les habitants du ciel exaltent la Gloire et les louanges de Dieu dans un concert parfait, de même nous demandons que toute la terre ait le même bonheur, que toutes les nations connaissent, honorent et servent Dieu, qu’il ne se rencontre nulle part un seul homme qui ne soit Chrétien, que tous se consacrent entièrement à Dieu, qu’ils soient convaincus que toute sainteté vient de Lui comme de sa source, et qu’il n’y a de pur et de saint que ce qui procède de la sainteté du nom divin. En effet, au témoignage de l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;L’Église'' a été purifiée par l’eau dans la Parole de vie&amp;amp;nbsp;; or la Parole de vie, c’est le nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit'',&amp;amp;nbsp;» dans lequel nous sommes baptisés et sanctifiés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, puisqu’il n’y a ni expiation, ni pureté, ni sainteté en celui sur qui le nom adorable de Dieu n’a pas été invoqué, nous souhaitons et nous demandons que le genre humain tout entier abandonne les ténèbres impures de l’infidélité, qu’il soit éclairé des splendeurs de la Lumière divine, et qu’il reconnaisse si bien la vertu de ce nom, qu’il cherche en Lui la véritable sainteté, et enfin qu’après avoir reçu le Baptême au nom de la Sainte et indivisible Trinité, il parvienne avec l’aide de Dieu à la plénitude de cette sainteté, qui doit être l’objet de tous ses vœux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos désirs et nos supplications s’étendent également ceux qui sont souillés de désordres et de crimes, qui ont perdu la pureté du Baptême et la robe d’innocence, et qui ont été assez malheureux pour tomber de nouveau sous la puissance du démon. nous souhaitons — et demandons à Dieu — que son nom soit sanctifié en eux, c’est-à-dire qu’ils rentrent en eux-mêmes, qu’ils reviennent à de meilleurs sentiments, qu’ils recouvrent par la Pénitence leur ancienne innocence, et qu’ils redeviennent enfin de vrais temples saints, de dignes habitations de Dieu, sans tache et sans souillures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons en outre que Dieu veuille bien éclairer tous les esprits de sa Lumière, afin qu’ils puissent voir et constater, que «&amp;amp;nbsp;''tout bien excellent et tout don parfait, descendant du Père des lumières, vient de Lui,&amp;amp;nbsp;''» et arrive jusqu’à nous par sa divine Volonté, que c’est à Lui qu’ils sont redevables de la tempérance, de la Justice, de la vie, du salut, enfin en général de tous les biens du corps et de l’âme, biens extérieurs et biens intérieurs. Et tout ce qu’ils ont ainsi reçu, ils ne doivent pas oublier de le rapporter «&amp;amp;nbsp;''à Celui de qui tout procède,''&amp;amp;nbsp;» comme le proclame l’Église Car si le soleil avec sa lumière, si les autres astres avec leur mouvement et leur cours régulier nous sont d’une utilité admirable&amp;amp;nbsp;; si l’air qui nous environne sert à nous nourrir&amp;amp;nbsp;; si la terre, avec l’abondance de ses moissons et de ses fruits fournit à la subsistance de tous les hommes&amp;amp;nbsp;; si les magistrats avec leur vigilance nous permettent de jouir du repos et de la tranquillité, c’est à l’infinie Bonté de Dieu que nous devons tous ces avantages, et une foule innombrable d’autres du même genre. Et même les causes secondes, ainsi que les philosophes les appellent, ne doivent être à nos yeux que comme autant de mains admirablement façonnées et préparées en vue de nos besoins, par lesquelles Dieu nous distribue ses bienfaits, et les répand à profusion dans toutes les parties de l’univers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce que nous demandons plus particulièrement par cette première partie de l’Oraison Dominicale, c’est que tous reconnaissent et révèrent la très Sainte Épouse de Jésus-Christ, l’Église notre Mère. Car seule elle possède cette source surabondante et intarissable de Grâce divine capable de purifier et de laver toutes les souillures d péché, cette source surnaturelle d’où jaillissent tous le Sacrements de la sanctification et du salut, lesquels, coin me autant de canaux sacrés, font couler dans nos âme la céleste rosée, l’eau vivifiante de la sainteté. Seule enfin avec les enfants qu’elle tient réunis dans ses bras et su son sein, elle a le droit d’invoquer ce nom adorable qui «&amp;amp;nbsp;''est le seul sous le ciel par Lequel il soif donné aux hommes d’opérer leur salut.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — UN VRAI CHRÉTIEN DOIT HONORER CE SAINT NOM PAR SES ACTIONS.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront soin d’insister très spécialement sur ce point qu’il est d’un bon fils de ne pas prier Dieu son Père, uniquement en paroles, mais de faire en sorte, par sa conduite et ses actes, que la sanctification du nom divin brille dans toute sa personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et plut à Dieu qu’il ne se trouvât point de Chrétiens qui, tout en demandant dans leur Prière la sanctification de ce nom béni, Le déshonorent par leurs actions, autant qu’il est en eux, et quelquefois même sont cause des malédictions qu’on prononce contre Lui&amp;amp;nbsp;! C’est d’eux que l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''on blasphème le nom de Dieu à cause de vous, parmi les nations''&amp;amp;nbsp;», et auparavant Ezéchiel avait écrit : «&amp;amp;nbsp;''ils se sont mêlés avec les nations, et ils ont habité avec elles, et ils ont rendu mon nom méprisable&amp;amp;nbsp;; ce qui a fait dire d’eux à ces nations: ce peuple est le peuple du Seigneur et il est sorti de la terre qui lui appartenait''&amp;amp;nbsp;» en effet, telles la vie et les mœurs de ceux qui professent une religion, tels aussi, pour l’ordinaire, et cette religion, et son auteur, au jugement de la multitude ignorante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi bien ceux qui vivent selon la Religion chrétienne qu’ils ont embrassée, et qui règlent leurs Prières et leurs actions sur ses préceptes, fournissent-ils aux autres un des plus grands moyens de louer, d’honorer et de glorifier e nom du Père céleste. C’est un devoir que Notre-Seigneur Lui-même nous a imposé&amp;amp;nbsp;; Il a voulu que par des actes éclatants de vertu nous portions tous les hommes à louer t à glorifier le nom adorable de Dieu. ne dit-II pas en flet dans l’Évangile:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que votre Lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et Saint Pierre après Lui : «&amp;amp;nbsp;''conduisez-vous parmi les Gentils d’une manière pure, afin que, vous jugeant d’après vos œuvres saintes, ils glorifient Dieu''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-et-unième — Seconde demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''QUE VOTRE ROYAUME ARRIVE. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DU ROYAUME DE DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Le royaume de Dieu, qui fait l’objet de cette seconde demande, est le but et la fin de toute la Prédication Évangélique C’est par là que Saint Jean Baptiste commença à prêcher la Pénitence. «&amp;amp;nbsp;''Faites pénitence,'' disait-il , ''parce que le Royaume des cieux est proche.&amp;amp;nbsp;''» Ce fut aussi le commencement de la Prédication du Sauveur du monde. Et lorsque, dans cet admirable Sermon sur la Montagne, Il montre à ses disciples les voies de la béatitude, II leur parle d’abord du Royaume des cieux comme du sujet fondamental de son discours. «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux les pauvres en esprit,'' dit-Il , ''parce que le Royaume des cieux leur appartient.''&amp;amp;nbsp;» Bien plus, un jour que la foule voulait Le retenir, voici la raison qu’Il donne de la nécessité de son départ:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''il faut que J’annonce aussi le Royaume de Dieu aux autres villes, car Je suis envoyé pour cela.''&amp;amp;nbsp;» Plus tard, c’est encore ce même Royaume qu’Il ordonne à se Apôtres de prêcher&amp;amp;nbsp;; et à celui qui voulait aller enseveli son père:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''allez,'' dit-Il, ''et annoncez le Royaume de Dieu ''». Et après sa Résurrection, pendant ces quarante jours où II apparaît à ses Apôtres, c’est du Royaume d Dieu qu’Il leur parle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs voudront donc expliquer cette second demande avec tout le soin possible, afin que les Fidèle en comprennent bien l’importance et la nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour atteindre ce but, ils pourront se servir avec habileté et profit de cette considération si frappante, à savoir que Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu et ordonné formellement que cette demande, quoique liée avec les autres, en fût séparée et distincte dans son expression, et cela afin de nous faire désirer et rechercher plus ardemment ce que nous demandons. Il nous dit en effet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — CE QUI EST COMPRIS DANS CETTE DEMANDE.  ====&lt;br /&gt;
Les dons célestes compris dans cette demande sont si précieux et si abondants qu’ils embrassent même tout ce qui est nécessaire pour soutenir la vie du corps aussi bien que celle de l’âme. trouverions-nous digne du nom de roi, celui qui n’aurait aucun souci du bien et du salut de l’État&amp;amp;nbsp;? Mais si les hommes ont tant de sollicitude pour garder un royaume terrestre, avec quelle vigilance, quelle paternelle Providence ne devons-nous pas croire que le Roi des rois s’occupe de la vie et du salut de ses créatures&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En demandant le Royaume de Dieu, nous réclamons donc par le fait tout ce dont nous avons besoin dans notre pèlerinage, ou plutôt dans notre exil. Et notre Prière s’appuie sur cette promesse si consolante et si positive du Seigneur: «&amp;amp;nbsp;''et tout le reste vous sera donné par surcroît.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De telles paroles prouvent bien que Dieu est vraiment le Roi du genre humain, et qu’Il répand sur lui tous ses biens en abondance et avec libéralité. Et c’est précisément la pensée de cette infinie Bonté de Dieu qui mettait sur les lèvres de David ce chant de reconnaissance:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur est mon Roi, et rient ne me manquera.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, (ne l’oublions pas), ce n’est pas assez de demander instamment le Royaume de Dieu, il faut encore joindre à cette demande tous les moyens nécessaires pour le chercher et pour le trouver. Hélas&amp;amp;nbsp;! les cinq vierges folles, elles aussi, le demandaient avec instance:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» et cependant, parce qu’elles n’avaient pas tout ce qu’il fallait, pour accompagner leur Prière, et être exaucées, elles ne furent point admises. Et ce ne fut point une injustice. Car c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même qui a prononcé cette sentence:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tous ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, n’entreront point dans le Royaume des cieux.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES MISÈRES DE CETTE VIE.  ====&lt;br /&gt;
Les Prêtres chargés du soin des âmes, (les Curés), ne manqueront pas de puiser en abondance aux sources fécondes de nos Saints Livres, les vérités les plus propres à exciter dans le cœur des Fidèles le désir et le goût du Ciel. En même temps ils auront soin de mettre sous leurs yeux les accablantes misères de notre vie mortelle, et ils feront en sorte de les toucher assez pour qu’ils se recueillent, qu’ils rentrent en eux-mêmes et qu’ils se souviennent que le ciel, la maison de Dieu, la maison de leur Père est le séjour du bonheur suprême, et la possession des biens infinis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici-bas, en effet, nous ne sommes que des exilés. nous habitons la même terre que les démons, animés contre nous d’une haine que rien ne peut apaiser, nos implacables et éternels ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que dire de ces combats domestiques, de ces luttes intérieures que se livrent sans cesse en nous le corps et l’âme, la chair et l’esprit&amp;amp;nbsp;? Combats terribles où nous avons toujours à craindre de succomber, où nous succomberions même sur le champ, si la main du Seigneur n’était pas là pour nous défendre. Ah&amp;amp;nbsp;! certes, l’Apôtre Saint Paul sentait bien tout le poids de ces misères, quand il s’écriait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Malheureux homme que je suis&amp;amp;nbsp;! qui me délivrera de ce corps de mort&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces misères de notre race, déjà si sensibles par elles-mêmes, ressortent bien plus vivement encore de la comparaison de notre état avec celui des autres créatures. Que ces créatures en effet soient privées de raison ou même de sentiment, il est bien rare que quelques-unes d’entre elles s’éloignent assez des actions, des sentiments et des mouvements qui leur sont propres, pour manquer la fin qui leur a été assignée. La chose est si évidente dans les animaux terrestres, dans les poissons et dans les oiseaux, qu’elle n’a besoin d’aucune explication. Que si nous portons nos regards vers le ciel, ne sentons-nous pas aussitôt la vérité de ce Cantique de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Votre Parole, Seigneur, demeure à jamais dans le ciel.&amp;amp;nbsp;''» Le ciel, en effet, est emporté par un mouvement qui ne s’arrête jamais&amp;amp;nbsp;; mais ce mouvement est si constant et si réglé, qu’il ne sort jamais de la ligne que Dieu lui a tracée. Si nous regardons la terre et tout le reste de l’univers, nous reconnaîtrons aisément qu’ils n’éprouvent point d’altération dans leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que la misère de l’homme est grande&amp;amp;nbsp;! que ses chutes sont profondes et fréquentes&amp;amp;nbsp;! s’il conçoit de bons projets, rarement il les exécute. Souvent il abandonne et méprise le bien qu’il vient de commencer. Ce qui lui plaisait tout à l’heure et lui semblait excellent, lui déplaît tout à coup. Il le rejette, et se laisse entraîner aux résolutions honteuses et nuisibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est donc la cause de cette inconstance et de cette misère&amp;amp;nbsp;? Évidemment c’est le mépris de l’inspiration divine. nous fermons l’oreille aux avertissements que Dieu nous donne&amp;amp;nbsp;; nous refusons d’ouvrir les yeux aux lumières surnaturelles qu’Il nous offre, et nous n’écoutons point les préceptes salutaires de notre Père du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici donc les Pasteurs devront s’appliquer à mettre sous les yeux des Fidèles ce tableau des misères humaines. Ils tâcheront d’en expliquer les causes et d’en indiquer les remèdes. Ce qui leur sera facile, s’ils ont soin d’aller puiser&amp;amp;nbsp;;dans les ''œuvr''es des grands docteurs Saint Jean Chrysostome et Saint Augustin, et surtout dans ce que nous avons dit nous-mêmes en parlant du symbole des Apôtres. Car ces vérités une fois connues, quel est l’homme si coupable et si pervers qui ne voudrait s’efforcer avec la Grâce prévenante de Dieu, et l’exemple de l’enfant prodigue, de se lever et de revenir avec confiance se jeter entre les bras de son Roi, de son Père céleste&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — QUEL EST L’OBJET DE LA DEUXIÈME DEMANDE ====&lt;br /&gt;
Après avoir montré par ces explications tous les avantages que renferme cette Prière des Fidèles, les Pasteurs feront voir ensuite ce que nous demandons par ces paroles&amp;amp;nbsp;; que votre Royaume arrive. Elles ont plusieurs significations différentes, dont la détermination sera très utile pour comprendre les autres passages de la Sainte Écriture, et nécessaire spécialement pour celui qui nous occupe. Or, la première signification du ''Royaume de Dieu'' — signification ordinaire et fréquente dans nos Saints Livres — c’est d’exprimer non seulement ce pouvoir que Dieu exerce sur tous les hommes et sur tout l’univers, mais encore cette Providence spéciale par laquelle Il dirige et gouverne toutes choses. «&amp;amp;nbsp;''Il tient dans ses mains,'' dit le Prophète,&amp;amp;nbsp; ''la terre avec. ses extrémités les plus reculées.''&amp;amp;nbsp;» Ce qu’il faut entendre même des choses cachées dans les profondeurs de la terre et dans toutes les parties du monde les plus secrètes. C’est d’après cette idée que Mardochée disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur Dieu, roi très puissant, toutes choses sont en votre Puissance, et il n’est personne qui puisse résister à votre Volonté. Vous êtes maître de tous, et rien ne résiste à votre Majesté.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu ces mots de ''Royaume de Dieu'' signifient cette Providence particulière et très spéciale, par laquelle Dieu prend soin des hommes pieux et fidèles, et les couvre de sa protection: Providence admirable et unique, qui faisait dire à David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur prend soin de moi et rien ne me manquera&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» et au Prophète Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur est notre roi, il nous sauvera.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quoique Dieu exerce son pouvoir en ce monde sur les saints et les gens de bien, cependant Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même avertit Pilate que&amp;amp;nbsp; ''son Royaume n’est pas de ce monde'', c’est-à-dire qu’Il ne tire nullement son origine de ce monde qui a été créé et qui est périssable, et qu’Il ne domine point à la façon des empereurs, des rois, des républiques, des présidents et de tous ceux que le vœu général ou l’élection appelle à gouverner les états et les provinces, ou qui s’emparent du pouvoir par la force et par la violence. non, Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''c’est Dieu qui l’a établi Roi'', dit le Prophète, et au témoignage de l’Apôtre, son Royaume est la justice, car il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume de Dieu, c’est la justice, la paix et la joie dans le Saint Esprit.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, Jésus-Christ règne en nous par les Vertus intérieures de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. C’est par ces Vertus que nous devenons en quelque sorte partie de ce Royaume, et en même temps, les sujets privilégiés de Dieu. Elles nous consacrent à son culte et à son service, de telle sorte que si l’Apôtre Saint Paul a pu dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je vis, ou plutôt ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi,&amp;amp;nbsp;''» chacun de nous peut dire aussi: «&amp;amp;nbsp;''Je règne, ou plutôt, ce n’est pas moi qui règne, c’est Jésus-Christ qui règne en moi.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Royaume est appelé la justice, parce qu’il est fondé sur la justice de Jésus-Christ. C’est de lui que le Sauveur parle dans Saint Luc, quand Il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume de Dieu est au dedans de vous''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique Notre-Seigneur Jésus-Christ règne par la Foi en tous ceux que l’Église, notre très sainte Mère, regarde comme ses enfants, cependant II est plus spécialement le Roi de ceux qui, remplis des dons de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, sont devenus en quelque sorte comme des membres vivants et sanctifiés de Dieu Lui-même. C’est dans ces parfaits Chrétiens que règne vraiment la Grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Royaume de Dieu est encore le royaume de la Gloire. C’est de lui que Notre-Seigneur parle dans Saint Matthieu, lorsqu’Il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui vous a été préparé dés le commencement du monde.''&amp;amp;nbsp;» C’est ce Royaume aussi que le larron pénitent demandait à Jésus sur la croix, en disant&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Souvenez-vous de moi quand Vous serez dans votre Royaume''.&amp;amp;nbsp;» Et les paroles suivantes de Saint Jean se rapportent au même objet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit, il ne saurait entrer dans le royaume de Dieu.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est également la pensée de Saint Paul dans ce passage de son Epître aux Ephésiens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ni les impudiques, ni les avares (qui sont des idolâtres) n’ont point d’héritage dans le Royaume de Jésus-Christ et de Dieu.&amp;amp;nbsp;''» Il faut encore entendre dans le même sens quelques-unes des paraboles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’Il parlait du Royaume des cieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est nécessaire que le Règne de la Grâce soit d’abord établi dans nos âmes. Car il est impossible de régner un jour dans la Gloire, si l’on n’a eu soin, tout d’abord de faire régner la Grâce en soi-même. Or, la Grâce, au témoignage de Notre-Seigneur Lui-même , «&amp;amp;nbsp;''est une source d’eau vive qui jaillit jusqu’à la Vie Éternelle''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Gloire, elle, n’est autre chose que la Grâce consommée, et portée à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tant que nous sommes revêtus de ce corps fragile et mortel, tant que nous vivons dans les ténèbres d’ici-bas, pèlerins, exilés, errants, sans forces et loin de Dieu, on nous voit souvent, hélas&amp;amp;nbsp;! faillir et tomber, parce que nous repoussons le secours de la Grâce d’en haut, qui nous soutenait. Mais lorsque la lumière du royaume de la Gloire, qui est le Royaume parfait, aura brillé à nos yeux, nous serons à jamais fermes et invariables dans le bien et la perfection. tous les vices et toutes les incommodités auront cessé. notre faiblesse sera changée en une force inaltérable. Dieu, enfin, Dieu Lui-même régnera dans notre âme et dans notre corps, comme nous l’avons expliqué avec les développements convenables dans le symbole des Apôtres, en parlant de la Résurrection de la chair. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les différentes significations de ces mots ''Royaume de Dieu''. Voyons maintenant à quoi tend particulièrement cette demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premièrement nous demandons à Dieu que le Royaume de Jésus-Christ, qui est l’Église, s’étende au loin&amp;amp;nbsp;; que les infidèles et les Juifs se convertissent à la Foi chrétienne et à la connaissance du vrai Dieu&amp;amp;nbsp;; que les schismatiques et les hérétiques rentrent en eux-mêmes et reviennent à la Communion de l’Église dont ils se sont séparés, afin que soit accomplie et réalisée cette parole du Seigneur dans le Prophète Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Élargis'' l’enceinte de ton pavillon, et développe les voiles de tes tentes&amp;amp;nbsp;; allonge tes cordages&amp;amp;nbsp;; affermis tes pieux&amp;amp;nbsp;; tu pénétreras à droite et à gauche, parce que Celui qui t’a créé sera ton Seigneur''&amp;amp;nbsp;»: et celle-ci: «&amp;amp;nbsp;''Les nations marcheront à ta lumière, et les rois d l’éclat de ta splendeur. Lève les yeux autour de toi, et vois: tous ces peuples s’avancent vers toi&amp;amp;nbsp;; tes fils viendront de loin&amp;amp;nbsp;; tes filles s’élèveront à tes côtés.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a dans l’Église des Chrétiens qui confessent Dieu de bouche, et qui Le renient par leurs ''œuvr''es, des Chrétiens, dont la Foi est défigurée et morte, en qui le démon habite, par suite de leurs péchés, et règne dans sa propre maison. nous demandons que le Royaume de Dieu leur arrive aussi, afin que, s’arrachant aux ténèbres du mal, et éclairés par la Lumière divine, ils soient rétablis dans leur première dignité d’enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;; nous demandons que le Père céleste, en chassant de son Royaume les hérésies, les schismes, le péché et toutes les causes du péché, ''nettoie l’aire de son Église'', et lui permette de jouir d’une paix douce et tranquille, en servant Dieu dans la piété et l’innocence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons, enfin, que Dieu vive et règne seul en nous, afin que la mort n’ait plus sur nous aucun droit, qu’elle soit observée par la victoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu’ainsi, après avoir renversé et anéanti l’autorité, la domination et la puissance de ses ennemis, II demeure le seul et unique Souverain de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ne manqueront pas d’apprendre aux Fidèles quel est l’esprit et le sens de cette demande, et par suite avec quelles pensées et quelles dispositions ils doivent adresser à Dieu cette Prière. Ils les exhorteront d’abord à bien peser toute la force et la portée de cette parabole du Sauveur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Un homme vient-il à le trouver, il le cache de nouveau, et dans sa joie, il s’en va, vend tout ce qu’il possède et achète ce champ.''&amp;amp;nbsp;» Ainsi celui qui connaîtra les richesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour elles, méprisera tout le reste. Biens, fortune, puissance, tout sera vil à ses yeux. Rien ne saurait être comparé à ce souverain Bien, ou plutôt rien ne saurait tenir devant Lui. C’est pourquoi ceux qui auront le bonheur de connaître ces richesses du Royaume de Dieu, s’écrieront avec l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je me suis dépouillé de tout, je fais cas de toutes choses comme de la boue, pour gagner Jésus-Christ.&amp;amp;nbsp;''» C’est la perle précieuse de l’Évangile Celui qui aura dépensé pour l’acheter tout l’argent qu’il avait retiré de la vente de tous ses biens jouira d’un bonheur éternel. Heureux serions-nous, si Notre-Seigneur Jésus-Christ daignait nous éclairer assez pour faire voir cette perle de la Grâce divine, par laquelle Il règne en tous ceux qui Lui appartiennent&amp;amp;nbsp;! nous serions prêts à tout vendre et à tout donner, jusqu’à nous-mêmes, pour l’acquérir et pour la conserver. C’est alors que nous pourrions dire, sans la moindre crainte:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qui pourra nous séparer de la Charité de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Que si nous voulons savoir quelle est l’excellence de la gloire du Royaume céleste, et combien elle l’emporte sur tout le reste, écoutons ce que dit le Prophète Isaïe, et après lui l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DANS QUELS SENTIMENTS IL FAUT FAIRE CETTE DEMANDE.  ====&lt;br /&gt;
Mais pour obtenir plus sûrement l’effet de notre demande, il sera très utile de nous redire à nous-mêmes qui nous sommes, c’est-à-dire les enfants d’Adam, trop justement chassés du paradis, condamnés à l’exil, et dignes par nos misères et nos péchés, de toute la haine de Dieu et des éternels supplices. Alors nous nous tiendrons dans l’abaissement et l’abjection. notre Prière sera pleine d’humilité. nous nous défierons de nous-mêmes, pour nous jeter, comme le Publicain de l’Évangile, dans le sein de la Miséricorde de Dieu. nous rapporterons tout à sa Bonté, et nous lui rendrons d’immortelles actions de grâces, d’avoir bien voulu «&amp;amp;nbsp;''nous donner son esprit&amp;amp;nbsp; dans lequel nous avons la confiance de crier: Père, Père&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous cherchons ensuite à bien connaître ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter pour parvenir au Royaume céleste. Car Dieu ne nous a pas appelés à l’oisiveté et à la paresse&amp;amp;nbsp;; Il nous dit au contraire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui l’emportent''.&amp;amp;nbsp;» Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les Commandements.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est donc point assez de demander le Royaume de Dieu, si en même temps on ne travaille avec soin et avec zèle à le mériter. Il faut aider la grâce, et devenir les coopérateurs de Dieu dans la route à suivre pour arriver au ciel. Dieu ne nous abandonne jamais. Il nous a promis d’être toujours avec nous. A nous de prendre garde de ne point quitter Dieu et de ne point nous abandonner nous-mêmes. Dieu a mis dans son Église, qui est son Royaume ici-bas, tout ce qui est nécessaire pour protéger notre vie mortelle et assurer notre Salut éternel: et ces légions d’Anges invisibles, et ce trésor visible des Sacrements, si riches en grâces célestes. Avec de tels secours, que la bonté de Dieu nous a ménagés, non seulement nous n’avons rien à craindre de la puissance de nos ennemis acharnés, mais même nous pouvons terrasser le tyran des enfers et le fouler aux pieds avec ses cruels satellites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demandons donc très instamment au Saint Esprit qu’Il nous enseigne à faire toutes choses selon sa volonté&amp;amp;nbsp;; qu’Il détruise l’empire de Satan, afin qu’au dernier jour il n’ait aucun pouvoir sur nous. Demandons que Jésus-Christ soit vainqueur, et qu’Il triomphe&amp;amp;nbsp;; que ses lois soient en vigueur par toute la terre, que ses décrets soient partout exécutés, qu’il n’y ait ni traître ni déserteur parmi les siens, et que tous se montrent tels qu’ils puissent se présenter avec confiance devant Dieu leur Souverain, et entrer ensuite en possession du Royaume céleste qui leur a été préparé de toute éternité, et où ils jouiront avec Jésus-Christ d’un bonheur qui n’aura point de fin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-deuxième — troisième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ nous assure que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;tous ceux qui lui disent: Seigneur, Seigneur, n’entreront point dans le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;; mais que celui-là seul y entrera qui fait la Volonté de son Père qui est dans le ciel&amp;amp;nbsp;», il est donc de toute nécessité que tous ceux qui désirent parvenir à ce Royaume céleste, demandent à Dieu que sa Volonté soit faite. Voilà pourquoi cette demande vient immédiatement après celle du Royaume des cieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mieux faire comprendre aux Fidèles combien ce que nous demandons par cette Prière nous est indispensable, et quelle abondance de salutaires faveurs elle nous obtient, les Pasteurs auront soin de bien montrer toutes les misères et toutes les calamités qui ont accablé le genre humain, depuis le péché de nos premiers parents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — MISÈRES DU GENRE HUMAIN, LEUR CAUSE.  ====&lt;br /&gt;
Dès le commencement, Dieu donna à chaque créature le désir du bien qui lui est propre&amp;amp;nbsp;; de sorte que par une inclination naturelle, toute créature désire et cherche sa fin, dont, au reste, on ne la voit jamais s’écarter, à moins qu’un obstacle étranger ne vienne l’en détourner. Pour l’homme sortant des mains de son Créateur, cette inclination qui le poussait vers Dieu, le Principe et l’Auteur de sa félicité, était d’autant plus noble et plus ardente, qu’il était doué de raison et de jugement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais tandis que les autres créatures qui ne jouissaient pas de la raison, conservaient cette disposition de la nature et cette bonté première que Dieu leur avait données en les créant, et qu’elles possèdent encore maintenant, l’infortuné genre humain sortit de sa voie. Et non seulement il perdit les biens de la justice originelle dont Dieu l’avait orné et enrichi par un privilège qui dépassait sa nature, mais il affaiblit encore ce goût de la vertu qui avait été gravé dans son mur. «&amp;amp;nbsp;''Tous se sont éloignés, ''dit le Prophète , ''ils se sont corrompus&amp;amp;nbsp;; ils n’y en a plus qui fassent le bien, il n’y en a plus un seul.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, «&amp;amp;nbsp;''l’esprit et le cœur de l’homme ''&amp;amp;nbsp;''sont inclinés vers le mal dés sa jeunesse.''&amp;amp;nbsp;» D’où il est facile de voir que nul, par lui-même, ne saurait avoir le goût des choses du salut, mais au contraire que tons les hommes sont portés au mal&amp;amp;nbsp;; que leurs passions déréglées sont innombrables et les entraînent, et les précipitent avec une force incroyable dans la colère, dans la haine, dans l’orgueil, dans l’ambition, en un mot dans toutes sortes de vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces misères ne sont que trop réelles, nous les sentons sans cesse en nous. Et pourtant notre plus grande misère c’est qu’un bon nombre de ces maux sont loin de nous paraître de véritables maux. témoignage effrayant de notre malheureuse condition&amp;amp;nbsp;! Aveuglés par nos passions et nos excès, nous ne voyons pas que ce qui nous paraît bon et salutaire est trop souvent détestable. Bien plus, nous courons avec empressement après ces biens funestes comme s’ils étaient vraiment désirables et parfaits&amp;amp;nbsp;; et nous n’éprouvons que de l’éloignement et de l’aversion pour ce qui constitue le vrai Bien et la Vertu même, comme s’ils étaient contraires à notre bonheur. Mais Dieu ne peut souffrir ces pensées fausses, ces jugements corrompus. Il les condamne et les maudit par la bouche d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Malheur à vous qui appelez le mal un bien, et le bien un mal&amp;amp;nbsp;; qui prenez la lumière pour les ténèbres, et les ténèbres pour la lumière&amp;amp;nbsp;; qui choisissez l’amer pour le doux et le doux pour l’amer&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour nous faire mieux comprendre l’énormité de nos misères, nos Saints Livres ne craignent pas de nous comparer à ceux qui ont perdu le sens du goût, et qui repoussent la nourriture saine et fortifiante, pour lui préférer des mets pernicieux. Ils nous comparent également à des malades, lesquels, tant que dure leur maladie, sont incapables d’accomplir les devoirs et de remplir les fonctions des personnes qui jouissent de leurs forces et de leur santé. Ainsi nous-mêmes, sans le secours de la Grâce de Dieu, nous ne pouvons rien faire qui lui soit agréable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si dans cet état nous entreprenons ou faisons quelque bien, ce bien sera sans importance, et nous servira à peine pour le ciel. Mais aimer Dieu et Le servir comme il convient, c’est quelque chose de trop noble et de trop sublime pour que, dans l’état de faiblesse et d’abaissement où nous sommes, nous puissions le faire de nous-mêmes. Pour atteindre à cette hauteur, il faut que nous soyons soulevés en quelque sorte par la Grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici encore une comparaison bien propre à faire ressortir la misère de notre condition. Un peut dire que nous ressemblons à des enfants qui, abandonnés à eux-mêmes, se portent sans réflexion sur toute sorte d’objets. Oui, nous sommes de vrais enfants, des êtres inconsidérés, tout entiers aux entretiens frivoles et aux actions futiles, si le secours de Dieu nous abandonne. De là ce reproche que nous adresse la Sagesse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Ju''sques à quand aimerez-vous la vanité comme des enfants&amp;amp;nbsp;? Jusques à quand les insensés désireront-ils ce qui leur est pernicieux&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» et cette recommandation de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne vous faites pas enfants, sans prudence et sans discernement.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, notre vanité et notre aveuglement surpassent de beaucoup les illusions des enfants. Car ils ne manquent, eux, que de la sagesse humaine qu’ils peuvent acquérir avec le temps. nous, au contraire, sans le secours et la grâce de Dieu, nous ne pouvons pas même aspirer à cette prudence divine qui pourtant est nécessaire au salut. Et si ce secours cesse de nous soutenir un seul instant, nous repoussons aussitôt les biens véritables, et nous nous précipitons de nous-mêmes dans la mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que, grâce à la Lumière divine qui dissipe les ténèbres de l’esprit, un Chrétien aperçoive nos misères trop réelles&amp;amp;nbsp;; que, secouant son insensibilité, il se rende compte de l’opposition de nos passions et de ''la loi des membres contre la loi de l’esprit''&amp;amp;nbsp;; qu’il considère enfin la violence de notre entraînement naturel vers le mal, comment pourra-t-il ne pas chercher avec le plus vif empressement le remède à ces maux si grands dont la nature nous accable, et ne pas désirer ardemment de trouver enfin une règle salutaire pour y conformer sa conduite et sa vie&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — NOUS DEMANDONS LE REMÈDE A NOS MISÈRES PAR CES MOTS QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE, ETC...  ====&lt;br /&gt;
Or, voilà précisément ce que nous demandons à Dieu, quand nous lui disons: ''Que votre volonté soit faite&amp;amp;nbsp;!'' C’est en désobéissant à Dieu et en méprisant sa volonté, que nous sommes tombés dans toutes ces misères&amp;amp;nbsp;; dés lors l’unique, le véritable remède à tous nos maux, celui que Dieu Lui-même nous a donné, sera de vivre enfin selon cette Volonté divine que nous avons foulée aux pieds en nous livrant au péché, et de régler désormais toutes nos pensées et toutes nos actions sur ce qu’elle prescrit. C’est pour arriver à ce but que nous disons humblement à Dieu dans notre prière&amp;amp;nbsp;: ''Que votre Volonté soit faite&amp;amp;nbsp;!''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les justes eux-mêmes, ceux en qui Dieu règne déjà, et qui ont été éclairés des rayons de la divine Lumière, doivent demander avec ardeur la grâce dont ils ont besoin pour demeurer soumis à sa sainte Volonté. Car, malgré leurs bonnes dispositions actuelles, ils n’en ont pas moins à lutter contre leurs propres passions, à cause de l’inclination au mal que nous portons tous en dedans de nous-même. Et cela est si vrai que, fussions-nous réellement justes, nous serions encore pour nous-mêmes un très grand danger ici-bas. Oui, nous devrions craindre&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’entraînés et séduits par les convoitises qui combattent dans nos membres''&amp;amp;nbsp;» nous n’abandonnions le chemin du salut. C’est pour nous prémunir contre ce danger que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous dit : «&amp;amp;nbsp;''Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation&amp;amp;nbsp;; car l’esprit est prompt, mais la chair est faible.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet il n’est pas donné à l’homme, même à celui qui a été justifié par la Grâce de Dieu, et qui la possède, de dompter les appétits de la chair au point qu’ils ne se révoltent plus jamais. La Grâce de Dieu, à la vérité, guérit l’âme de ceux qui ont été justifiés par elle, mais elle ne guérit point la chair. Et c’est ce qui a fait dire à l’Apôtre Saint Paul : «&amp;amp;nbsp;''Je sais que le bien n’habite point en moi, c’est-à-dire dans ma chair.''&amp;amp;nbsp;» Dés le moment même où le premier homme eut perdu la justice originelle, qui, comme un frein, retenait toutes ses passions dans l’ordre, la raison est devenue radicalement impuissante à les contenir dans le devoir, et à les empêcher de désirer ce qu’elle-même repousse. C’est pourquoi l’Apôtre nous dit que le péché, c’est-à-dire, un foyer de péché, ''habite dans la chair de l’homme'', afin de nous faire bien comprendre qu’il n’est pas en nous pour un temps et comme un hôte qui passe, mais que, tant que nous vivons, il demeure en nous comme dans sa propre et perpétuelle habitation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, puisque nous sommes sans cesse aux prises avec des ennemis domestiques et intérieurs, il nous est facile de comprendre que nous devons chercher et trouver en Dieu notre secours, en Lui demandant ''que sa Volonté se fasse'' en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CE QUE C’EST QUE LA VOLONTÉ DE DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Il ne faut pas laisser ignorer aux Fidèles quelle est la portée de cette demande. Sans entrer dans toutes les explications que les Docteurs scolastiques ont données sur cette question avec autant d’utilité que d’abondance, disons que la Volonté de Dieu dont il s’agit ici, est celle que l’on appelle communément la volonté de signe, c’est-à-dire ce que Dieu nous a ordonné ou conseillé de faire ou d’éviter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, sous le nom de volonté, nous comprenons tout ce qui a été établi, soit dans l’ordre de la Foi, soit dans l’ordre des mœurs, pour nous procurer le bonheur céleste&amp;amp;nbsp;; enfin tout ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a ordonné ou défendu soit par Lui-même, soit par son Église C’est de cette volonté que l’Apôtre nous dit : «&amp;amp;nbsp;''Ne soyez point impudents, mais comprenez quelle est la Volonté de Dieu.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors donc que dans notre Prière nous disons à Dieu ''que votre Volonté soit faite'', nous demandons avant tout à notre Père céleste de nous donner la force d’obéir à ses Commandements et de le servir ''dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De faire tout selon sa volonté et son bon plaisir. De nous acquitter de tous les devoirs qui nous sont prescrits dans nos Saints Livres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’accomplir sous sa conduite et par son impulsion tout ce qui convient à ceux ''qui sont nés non de la chair, mais de Dieu'' , suivant l’exemple de Jésus-Christ, ''qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort et la mort de la Croix.'' . Enfin d’être prêts à tout souffrir plutôt que de nous écarter en rien de sa Volonté:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nul ne saurait réciter cette demande avec un amour plus intense et une ardeur plus vive que celui à qui il a été donné de comprendre la dignité sublime du Chrétien qui obéit à Dieu. Celui-là sent toute la vérité de cette parole: ''servir Dieu et Lui obéir, c’est régner''&amp;amp;nbsp;; et de celle-ci de Notre-Seigneur : «&amp;amp;nbsp;''Quiconque fera la Volonté de mon Père qui est dans les cieux, sera mon frère, ma sœur, et ma mère, c’est-à-dire. Je lui demeurerai attaché par les liens les plus étroits de la bienveillance et de l’amour.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les saints, il n’en est presque point qui n’aient fait de la précieuse faveur renfermée dans cette demande, l’objet de leurs prières les plus instantes. très souvent même ils se sont servis pour cela de paroles aussi belles que variées. Mais l’un des plus admirables et des plus touchants dans cette diversité de prières, c’est David. tantôt il dit : «&amp;amp;nbsp;''Faites que mes voies se dirigent vers l’observation de vos Commandements&amp;amp;nbsp;;'' tantôt: ''conduisez-moi dans la voie de vos Commandements&amp;amp;nbsp;; ''d’autres fois: ''dirigez mes pas selon votre parole et ne permettez pas que l’injustice domine en moi&amp;amp;nbsp;; ou bien: donnez-moi l’intelligence, pour que je connaisse vos préceptes. Enseignez-moi vos jugements, et donnez-moi l’intelligence pour que j’entende vos témoignages.&amp;amp;nbsp;''» Il répète et retourne la même pensée dans une multitude d’autres endroits, qu’il sera bon de signaler et d’expliquer avec soin aux fidèles, afin qu’ils comprennent parfaitement la grandeur et l’abondance de tous les biens renfermés dans cette demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, lorsque nous disons: que votre Volonté soit faite, nous détestons les ''œuvr''es de la chair, dont l’Apôtre a dit: ''les œuvres de la chair, c’est-à-dire toutes sortes d’impuretés sont manifestes, etc. ''Et: ''si vous vivez selon la chair, vous mourrez.'' Dés lors nous demandons à Dieu de ne pas nous laisser accomplir ce que les sens, les passions et notre faiblesse pourraient nous conseiller, mais de régler notre volonté sur la sienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voluptueux, dont les pensées et les affections sont absorbées tout entières par l’amour du plaisir, sont bien éloignés de cette sainte Volonté de Dieu. Emportés par leurs passions, ils se précipitent à la conquête de ce qu’ils ont désiré, et placent le bonheur dans la satisfaction de leurs criminelles convoitises. Et ils en viennent à cet excès, de regarder comme heureux quiconque possède tout ce qu’il désire. nous, au contraire, nous demandons à Dieu, comme dit l’Apôtre , «&amp;amp;nbsp;''de ne point noue laisser aller à contenter la chair dans ses convoitises&amp;amp;nbsp;; mais de faire la Volonté de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Cependant, il faut convenir que c’est une chose difficile pour nous de demander à Dieu qu’Il ne contente pas nos passions. Sous ce rapport, notre esprit est difficile à persuader. D’une part, en faisant cette demande, nous paraissons avoir de la haine contre nous-mêmes&amp;amp;nbsp;; et, de l’autre, ceux qui sont entièrement attachés à leurs corps, nous en font un crime et une folie. Mais subissons volontiers ce reproche de folie pour l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous dit clairement : «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un veut venir après Moi, qu’il se renonce lui-même.''&amp;amp;nbsp;» ne savons-nous pas, d’ailleurs, qu’il vaut infiniment mieux désirer ce qui est juste et raisonnable que d’atteindre et posséder ce qui est contraire à la raison, à la vertu et à la Loi de Dieu&amp;amp;nbsp;? Et celui-là n’est-il pas bien plus à plaindre, qui a obtenu ce qu’il recherchait inconsidérément et sous l’impulsion de la passion, que celui qui demeure privé même des choses légitimes qu’il souhaitait&amp;amp;nbsp;? Au reste, non seulement nous demandons à Dieu de nous refuser l’objet de nos désirs naturels, puisqu’il est constant que nos désirs sont déréglés, mais encore de ne pas nous accorder ce que parfois nous demandons comme une chose qui nous paraît bonne, sous l’inspiration et la suggestion du démon, qui se transforme alors en ange de lumière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, le Prince des Apôtres paraissait animé du zèle le plus pur et de l’amour le plus vrai, lorsqu’il s’efforçait de détourner Notre-Seigneur de ce voyage qui ne pouvait que Le conduire à la mort. Et cependant, comme il était mû par des sentiments trop humains, et non point par une raison surnaturelle, il en est vivement repris par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pouvait-on, ce semble, faire une demande dictée par un amour plus sincère envers Notre-Seigneur, que celle de Saint Jacques et de Saint Jean, lorsque, remplis d’indignation contre les Samaritains qui avaient refusé de recevoir leur Maître, ils Le conjuraient de faire descendre le feu du ciel pour punir ces êtres durs et inhumains. Et pourtant Jésus-Christ les condamne en ces termes &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Vous ne savez point à quel esprit vous appartenez&amp;amp;nbsp;; le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n’est pas seulement quand l’objet de nos désirs est mauvais, ou bien quand il a quelque apparence de mal, que nous devons demander à Dieu que sa Volonté soit faite&amp;amp;nbsp;; mais encore lorsque la chose que nous désirons n’est point mauvaise en réalité, comme, par exemple, lorsque la volonté, suivant le premier mouvement de la nature, se jette sur ce qui peut nous sauver la vie, et repousse au contraire ce qui semble lui -être nuisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc nous nous trouvons dans le cas de demander à Dieu quelque chose de ce genre, disons-lui du fond du cœur: ''que votre Volonté soit faite&amp;amp;nbsp;!'' imitons Celui qui nous a donné le salut, et la science du salut. Lorsque la nature Lui inspira cette crainte si vive de la mort cruelle qui L’attendait, et que son âme fut en proie à la tristesse la plus accablante, Il soumit entièrement sa Volonté à celle de Dieu son Père, en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que votre volonté se fasse, et non pas la mienne.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, hélas&amp;amp;nbsp;! notre nature a été si profondément atteinte par le péché d’Adam, que, même après avoir courageusement résisté à nos passions, après avoir humblement soumis notre volonté à celle de Dieu, il nous est impossible d’éviter le péché sans un secours surnaturel qui nous protège contre le mal et nous dirige vers le bien. nous avons donc besoin de recourir à cette Prière et de demander à Dieu d’achever en nous ce qu’il a commencé, de comprimer les mouvements impétueux de notre cœur. de soumettre nos appétits à la raison, et enfin de nous rendre en tout conformes à sa Volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons aussi que la terre entière connaisse la Volonté de Dieu, afin que le ''Mystère'' divin, qui demeura caché à tant de générations et à tant de siècles, soit maintenant révélé et manifesté à tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — SUR LA TERRE COMME AU CIEL.  ====&lt;br /&gt;
Nous demandons, de plus, la forme et la mesure de notre obéissance, c’est-à-dire qu’elle soit semblable à cette règle, que les saints Anges et tout le chœur des Bienheureux observent dans le ciel. nous demandons en un mot que si les Anges et les Saints se conforment spontanément et avec un souverain plaisir à la très sainte Volonté de Dieu, nous, de notre côté, nous obéissions volontiers à tous ses ordres, et de la manière qui Lui plaît le plus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de fait, dans tout ce que nous faisons et accomplissons à son service, Dieu demande de nous une véritable plénitude de Charité et d’amour&amp;amp;nbsp;; de telle sorte que si nous nous consacrons entièrement à Lui par l’espoir des récompenses d’outre tombe, nous ne devons cependant les espérer que parce qu’il a plu à sa divine Majesté de nous donner cette espérance. Il faut donc que notre espérance soit tout entière fondée sur notre amour pour Dieu, puisqu’Il n’a promis qu’à l’amour la béatitude éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est qui obéissent avec amour, mais cependant en vue de la récompense qui les attend. D’autres, uniquement conduits par l’amour et le dévouement, ne voient dans Celui qu’ils servent que sa Bonté et ses perfections dont la pensée les ravit d’admiration, et ils se trouvent très heureux de pouvoir Lui marquer leur soumission, en se consacrant à son service. Voilà le sens dans lequel nous disons: sur la terre comme au ciel. Car nous devons nous efforcer d’obéir à Dieu sur la terre, comme les Bienheureux lui obéissent dans le ciel. Or, n’oublions pas que David célèbre leur parfaite soumission dans ce beau cantique:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses Anges et ses Ministres, et qui faites sa Volonté.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est permis d’adopter ici l’interprétation de Saint Cyprien, qui par le ''ciel'' entend les bons et les justes, et par la ''terre'', les méchants et les impies. On peut penser aussi comme lui que le ''ciel'', c’est l’esprit, et la ''terre'', la chair. En sorte que le fruit de cette demande est que tous les hommes et toutes les créatures soient en toutes choses parfaitement soumis à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même demande contient aussi une action de Grâces. Par elle, en effet, nous témoignons notre vénération pour la très sainte Volonté de Dieu, et dans le transport de notre joie, nous exaltons toutes ses œuvres par la louange et la reconnaissance la plus vive, nous qui savons mieux que personne qu’''Il a bien fait toutes choses''. Dieu est tout Puissant, cela est certain. Dès lors nous sommes obligés de reconnaître que tout a été fait par sa Volonté. Et comme d’autre part nous affirmons, sans crainte de nous tromper, qu’Il est infiniment bon, nous proclamons par là même qu’il n’y a rien dans ses ''œuvr''es qui ne soit bon, puisqu’Il a dû nécessairement leur communiquer sa Bonté. Mais comme, malgré tout, nous sommes loin de saisir les raisons de Dieu en toutes choses, cependant nous devons reconnaître sans hésitation, et en dépit de l’obscurité, que ''les voies de Dieu sont impénétrables.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons encore un autre puissant motif de vénérer la Volonté de Dieu, c’est qu’Il a daigné nous éclairer de sa céleste Lumière, ''et nous arracher à la puissance des ténèbres, pour nous transporter dans le Royaume de son Fils bien aimé.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, pour terminer ici ce qui se rapporte à l’explication de cette demande, il nous faut revenir à ce que nous avons dit au début, et rappeler aux Fidèles qu’ils doivent faire cette Prière avec une profonde humilité d’esprit et de cœur, réfléchissant en eux-mêmes à la violence de leurs passions naturelles, si opposées à la Volonté divine, et ne doutant point que dans les hommages rendus à cette Volonté sainte, ils sont inférieurs à toutes les créatures, dont l’Esprit Saint a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''elles lui obéissent toutes''&amp;amp;nbsp;», reconnaissant enfin qu’il faut être bien faible pour ne pas pouvoir sans le secours du ciel, non seulement achever, mais même entreprendre une seule action qui puisse être agréable à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais puisqu’il y a rien de plus grand, rien de plus noble, comme nous l’avons dit, que de servir Dieu, et de régler sa vie sur ses Commandements, que peut-il y avoir de plus désirable pour un Chrétien que ''de marcher dans les voies du Seigneur'', de ne rien penser, de ne rien faire qui s’écarte en quoi que ce soit de sa divine Volonté&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour adopter ces saintes habitudes, et pour y persévérer plus fidèlement, le Chrétien aura soin de chercher dans nos Saints Livres les exemples de ceux qui, n’ayant pas voulu soumettre tous leurs desseins à la Volonté de Dieu, ont vu tout se tourner contre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut recommander aux Fidèles de se reposer uniquement et absolument dans la Volonté de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que celui-là donc supporte patiemment sa condition, qui se croit dans une situation inférieure à son mérite. Qu’il n’abandonne point son état, mais qu’il demeure dans celui où Dieu l’a placé. Qu’il soumette son propre jugement à la Volonté de Dieu, car Dieu veille mieux sur tous nos intérêts que nous ne pouvons le désirer nous-mêmes. Si la pauvreté, si la maladie, si les persécutions, les chagrins ou d’autres peines nous écrasent, n’oublions jamais que rien de tout cela ne peut nous arriver sans la Volonté de Dieu, qui est la raison souveraine et dernière de toutes choses. Et bien loin d’en être troublés ou de nous en affliger trop, supportons tout, avec un invincible courage et ces paroles sur les lèvres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que la volonté du Seigneur se fasse''&amp;amp;nbsp;», ou le mot du saint homme Job:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comme le Seigneur a voulu, il a été fait: que le nom du Seigneur soit béni&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-troisième — Quatrième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième demande, et les autres qui suivent ont pour objet spécial, et nettement exprimé, les biens propres de l’âme et du corps. Elles se rattachent de très près et logiquement aux trois précédentes. tel est en effet l’ordre et la disposition de l’Oraison Dominicale, qu’après avoir demandé à Dieu ce qui se rapporte directement à Lui, nous passons ensuite à ce qui regarde le corps et la conservation de la vie présente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même en effet que les hommes doivent se porter vers Dieu, comme vers leur fin dernière, de même aussi, et par une raison identique, les biens de la vie humaine sont subordonnés aux biens du ciel, et nous ne devons les désirer et les demander qu’autant que l’ordre providentiel le permet, ou bien parce qu’ils nous servent de moyens pour acquérir les biens divins, et pour atteindre le but que nous devons toujours nous proposer. Ce but, c’est notre fin dernière&amp;amp;nbsp;; en d’autres termes, le Royaume et la Gloire du Père céleste. Et cette fin nous ne pouvons l’obtenir que par l’observation des Commandements de Dieu et de toutes ses volontés. Ainsi tout ce qui est renfermé dans cette demande, avec toute la portée qu’elle possède, nous devons le rapporter exclusivement à Dieu et à sa Gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE QUELLE MANIÈRE IL FAUT DEMANDER LES BIENS DE LA VIE.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs devront s’appliquer à bien faire comprendre aux Fidèles qu’en demandant des choses qui touchent à l’usage et à la jouissance des biens terrestres, nous devons toujours diriger notre cœur et nos désirs sur les prescriptions de Dieu, sans nous en écarter aucunement. Car c’est principalement en demandant ces biens vains et fragiles que nous tombons dans la faute que nous reproche l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Nous ne savons point ce que nous devons demander ni le faire comme il faut.''&amp;amp;nbsp;» II faut donc demander ces choses d’une manière convenable. Autrement, si nous les demandons mal, Dieu pourrait nous répondre&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne savez pas ce que vous demandez.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous possédons une marque certaine pour juger notre Prière, et savoir si elle est bonne ou mauvaise&amp;amp;nbsp;; nous n’avons qu’à consulter notre intention et notre dessein. Ainsi demander les biens de la terre comme s’ils étaient des biens véritables, s’y arrêter et s’y reposer comme dans sa fin dernière, sans rien désirer au delà, ce n’est évidemment pas prier comme il faut.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''En effet, dit Saint Augustin, nous ne demandons point ces choses temporelles comme des biens mais comme des besoins''.&amp;amp;nbsp;» Et l’Apôtre Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, enseigne positivement que tout ce qui regarde les nécessités de la vie, doit être rapporté à la Gloire de Dieu.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Soit que vous mangiez, ''dit-il, ''soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelqu’autre chose, faites tout pour la Gloire de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin de faire sentir aux Fidèles l’extrême nécessité de cette demande, les Pasteurs leur mettront sous les yeux. En quelque sorte, les choses dont nous avons besoin pour la nourriture et la conservation de notre vie. Et pour leur rendre cette démonstration plus sensible, ils feront bien de comparer les besoins de notre premier Père avec ceux de ses descendants. Il est vrai que dans cet état de parfaite innocence où il avait été créé, et dont il fut privé par sa faute avec toute sa postérité, il eût été obligé de recourir à la nourriture pour réparer ses forces&amp;amp;nbsp;; mais quelle différence entre ses besoins et les nôtres&amp;amp;nbsp;! Il ne lui fallait ni vêtements pour se couvrir, ni habitation pour s’y retirer, ni armes pour se défendre, ni remèdes pour se guérir, ni beaucoup d’autres choses qui nous sont nécessaires à nous, pour protéger notre faiblesse et notre fragilité naturelle. II lui suffisait, pour se rendre immortel, de manger le fruit précieux que l’arbre de vie lui aurait procuré sans aucun travail de lui ou de ses descendants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, au milieu de toutes les délices de ce paradis, l’homme ne devait point rester oisif. C’était pour travailler que Dieu l’avait placé dans ce séjour du bonheur. Mais mille occupation ne lui eût été pénible, nul devoir désagréable. Il aurait recueilli perpétuellement les fruits les plus délicieux de la culture de ses heureux jardins&amp;amp;nbsp;; ni ses espérances, ni son travail ne l’auraient jamais trompé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais sa postérité n’a pas été seulement privée du fruit de l’arbre de vie, elle s’est encore vue condamnée par cette sentence effroyable:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La terre est maudite dans votre travail&amp;amp;nbsp;; vous mangerez de ses fruits dans vos travaux tous tes jours de votre vie&amp;amp;nbsp;; elle vous produira des ronces et des épines, et vous mangerez tes herbes de la terre: à la sueur de votre front vous vivrez de votre pain jusqu’à ce que vous retourniez à la terre d’où vous avez été tiré&amp;amp;nbsp;; vous êtes poussière et vous retournerez en poussière.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous est donc arrivé tout le contraire de ce que nous eussions éprouvé, Adam et nous, s’il eût été fidèle au Commandement de Dieu. tout a été retourné et changé de la manière la plus déplorable. Et ce qu’il y a de plus malheureux pour nous, c’est que, très souvent, les plus grandes dépenses, les travaux les plus durs, les sueurs elles-mêmes, tout reste vain et sans résultat. Les grains confiés à une terre ingrate sont étouffés par les mauvaises herbes qui les couvrent, ou bien ils périssent détruits par les pluies, le vent, la grêle, la chaleur ou la rouille, de sorte que l’on voit le labeur de toute une année réduit à rien en un instant par quelque injure de l’air ou des saisons. Malheur trop mérité, par l’énormité de nos fautes qui éloignent Dieu de nous, et L’empêchent de bénir nos efforts. Ainsi s’accomplit la terrible sentence prononcée contre nous dés le commencement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs voudront bien insister sur ce point, afin que les Fidèles n’ignorent pas que c’est par leur faute que les hommes éprouvent ces maux et ces calamités&amp;amp;nbsp;; afin qu’ils comprennent aussi que si d’une part il faut travailler et souffrir pour se procurer les choses nécessaires à la vie, de l’autre toute espérance sera trompeuse, tout effort inutile, si Dieu ne bénit nos travaux. ''Car ni celui qui plante, n’est quelque chose, ni celui qui arrose&amp;amp;nbsp;; mais Dieu qui donne l’accroissement'' . Et: ''si Dieu Lui-même ne bâtit point la maison, ceux qui l’élèvent travaillent en vain'' . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi les Pasteurs enseigneront que nous avons besoin d’une multitude de choses, soit pour conserver notre vie, soit pour la passer d’une manière agréable. Lorsque les Fidèles auront conscience de ces besoins et de l’infirmité de notre nature, ils se sentiront obligés de recourir au Père céleste, et de Lui demander humblement les biens de la terre et du ciel, ils imiteront l’enfant prodigue qui, pressé par le besoin dans une contrée lointaine, et ne trouvant personne pour apaiser sa faim, même en lui donnant la plus vile nourriture, rentra enfin en lui-même et comprit qu’il ne trouverait qu’auprès de son Père le remède à ses maux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui augmentera encore la confiance des Fidèles dans cette Prière, ce sera de penser que Dieu, dans sa Bonté infinie, est toujours attentif à la voix de ses enfants. Et de fait, puisqu’il nous exhorte à Lui demander notre pain, n’est-ce pas une véritable promesse qu’Il nous fait de l’accorder en abondance à tous ceux qui le demanderont comme il convient&amp;amp;nbsp;? en nous apprenant à prier, Il nous exhorte à le faire&amp;amp;nbsp;; en nous exhortant, II nous y porte&amp;amp;nbsp;; en nous y portant Il promet, et en promettant Il fait naître en nous l’espérance certaine d’être exaucés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir excité et enflammé l’ardeur des Fidèles, le Pasteur ne manquera pas de leur expliquer ensuite ce que l’on sollicite comme fruit de cette demande, et d’abord quel est ce pain que nous demandons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — NOTRE PAIN QUOTIDIEN.  ====&lt;br /&gt;
Ce nom de pain, dans la sainte Écriture, signifie beaucoup de choses, mais spécialement les deux suivantes premièrement tout ce qui sert à notre nourriture, et en général à tous les besoins du corps, secondement toutes les grâces que Dieu nous accorde pour la vie de notre âme et pour notre salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est sur l’autorité des saints Pères, très affirmatifs sur ce point, que nous demandons tout ce qui est nécessaire pour notre vie terrestre. Il ne faut donc pas écouter ceux qui prétendent qu’il n’est pas permis à des Chrétiens de demander à Dieu les biens matériels de cette vie. C’est une erreur combattue par tous les saints Pères, et contraire à un grand nombre d’exemples de l’Ancien et du nouveau testament. Ainsi Jacob, en faisant son vœu, disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si le Seigneur est avec moi, qu’Il me garde dans la route que je fais, et qu’Il me donne du pain pour me nourrir et des vêtements pour m’habiller, et que je retourne heureusement à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu, et cette pierre que j’ai élevée pour témoignage sera appelée maison de Dieu, et je Lui offrirai la dime de tout ce qu’Il m’aura donné.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Salomon demandait aussi ce qui est nécessaire à la vie matérielle, lorsqu’il faisait cette Prière:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Ne me donnez ni la pauvreté, ni les richesses, mais accordez-moi seulement les choses nécessaires pour ma subsistance.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et notre Sauveur Lui-même ne nous ordonne-t-Il pas de demander des choses dont personne n’oserait nier qu’elles se rapportent à la vie du corps&amp;amp;nbsp;? ''Priez'', disait-il , ''que votre fuite n’arrive pas en hiver, ni le jour du Sabbat. ''Que dirons-nous de Saint Jacques, dont voici les paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un de vous est triste, qu’il prie&amp;amp;nbsp;; s’il est dans la joie, qu’il chante.&amp;amp;nbsp;''» Que dirons-nous enfin de l’Apôtre Saint Paul, qui parlait ainsi aux Romains:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je vous conjure, mes Frères, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par la Charité du Saint-Esprit, de m’aider dans vos Prières pour moi auprès de Dieu, afin que je sois délivré des infidèles qui sont en Judée.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, puisque Dieu permet aux Fidèles de Lui demander le secours des biens temporels, et que d’autre part Notre-Seigneur nous a laissé une formule de prières qui renferme tous nos besoins, il est impossible de douter que sur les sept demandes, il n’y en ait une pour ces sortes de biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons le ''pain quotidien'', c’est-à-dire ce qui est nécessaire à la vie, et par là nous devons entendre les vêtements pour nous couvrir et les aliments pour nous nourrir, quelle que soit d’ailleurs cette nourriture, pain&amp;amp;nbsp;; viande, poisson ou toute autre chose. C’est dans ce sens que nous voyons ce mot employé par le Prophète Elisée, lorsqu’il avertit le Roi d’Israël de fournir du pain aux soldats Assyriens: car on leur donna toutes sortes d’aliments en abondance. Voici également ce que nous lisons de Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il entra un jour de Sabbat dans la maison de l’un des principaux Pharisiens pour y manger le pain'',&amp;amp;nbsp;» c’est-à-dire pour y prendre un repas, lequel se compose du boire et du manger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour bien marquer le sens précis de cette demande, il ne faut point perdre de vue que par ces mots de pain nous entendons signifier non des mets et des vêtements recherchés et nombreux mais seulement le simple nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est la pensée de l’Apôtre Saint Paul, dans ce passage&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ayant de quoi nous nourrir et nous vêtir, soyons, contents&amp;amp;nbsp;''». Et Salomon que nous avons déjà cité, ne demandait pas autre chose:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''donnez-moi seulement, ''disait-il ''ce qui est nécessaire pour sa subsistance&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot notre qui accompagne celui de pain nous rappelle aussi cette modération et cette frugalité dont nous parlons. En effet, lorsque nous disons notre pain, nous demandons positivement le pain de la nécessité, et non pas le pain du luxe. Et il faut remarquer de plus que nous disons notre, non point parce que nous pouvons nous le procurer par notre travail et sans le secours de Dieu — ''car toutes les créatures,'' dit David en s’adressant à Dieu, ''attendent que Vous leur donniez leur nourriture au temps marqué. Vous la donnerez, et elles la recevront&amp;amp;nbsp;; Vous ouvrirez votre main, et elles seront toutes rassasiés de vos biens. ''Ailleurs il dit encore: ''les yeux de toutes les créatures espèrent en vous, Seigneur, et Vous leur donnez leur nourriture au temps convenable'' — nous disons notre pain, parce qu’il nous est nécessaire, et que Dieu seul nous le donne, Dieu qui est le Père de toutes choses et qui nourrit tous les êtres animés par sa sainte Providence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous l’appelons encore ''notre'', ce pain, parce que nous ne devons l’acquérir que par des moyens légitimes, et ne pas nous le procurer par l’injustice, la fraude, ou le vol. Ce que nous obtenons par des voies coupables, n’est point à nous, mais aux autres&amp;amp;nbsp;; et trop souvent de graves ennuis en accompagnent l’acquisition, ou la possession ou à coup sûr la perte. Au contraire les richesses honnêtement acquises par le travail sont, au témoignage du Prophète, une source de paix et de grande satisfaction pour les gens vertueux. «&amp;amp;nbsp;''Parce que vous vous nourrirez du travail de vos mains,'' dit-il , ''vous serez heureux et comblés de biens.&amp;amp;nbsp;''» C’est qu’en effet Dieu dans sa Bonté promet de bénir et de faire fructifier le travail de ceux qui ne voient dans leurs fatigues quotidiennes que le moyen providentiel de gagner leur vie. «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur,'' est-il dit dans nos Saints Livres , ''versera ses bénédictions sur vos celliers, et sur tous les ouvrages de vos mains, et Il vous bénira''.&amp;amp;nbsp;» Et non seulement nous demandons à Dieu qu’Il nous permette d’user de ce que nous avons acquis grâce à Lui, par nos sueurs et notre énergie — et qu’à ce titre nous appelons vraiment ''notre'' — mais encore nous Lui demandons la bonne disposition du cœur qui nous fera user avec sagesse et légitimement de ce que nous aurons légitimement acquis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quotidien''. Ce mot nous rappelle aussi cette frugalité et cette modération dont nous pariions tout à l’heure. nous ne demandons ni la variété, ni la délicatesse des mets, mais uniquement ce qui est nécessaire aux besoins de la nature. nous ne craignons pas de faire rougir de honte certaines personnes qui dédaignent une nourriture et une boisson communes, et sont toujours en quête de ce qu’il y a de pies exquis dans les aliments et dans les vins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce même mot: quotidien, n’est-il pas aussi la condamnation de ceux à qui s’adressent ces terribles menaces d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Malheur à vous, qui joignez une maison à une autre, un champ à un autre, jusqu’à l’extrémité du pays où vous êtes&amp;amp;nbsp;? est-ce que vous habiterez seuls au milieu de la ferre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Ces hommes en effet, sont d’une avidité insatiable&amp;amp;nbsp;; et c’est d’eux que Salomon disait:. «&amp;amp;nbsp;L’avare ne sera jamais rassasié d’or&amp;amp;nbsp;», et Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Ceux qui veulent devenir riches tomberont dans la tentation et dans les filets du démon.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons encore ce pain ''quotidien'', parce que nous nous en nourrissons, pour réparer le principe vital qui se consume tous les jours par l’effet de la chaleur naturelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, une dernière raison de nous servir de ce mot ''quotidien'', c’est que nous devons demander ce pain tous les jours, afin de nous retenir dans l’habitude d’aimer et d’adorer Dieu tous les jours, et de nous convaincre absolument de cette vérité essentielle, que notre vie et notre salut dépendent entièrement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI.  ====&lt;br /&gt;
''Donnez-nous''. Dans ces deux simples mots, quelle abondante matière offerte aux Pasteurs pour exhorter les Fidèles à honorer et à respecter, avec toute la piété possible, l’infinie Puissance de Dieu qui dispose de tout absolument. Et à détester le crime exécrable de Satan, l’orgueilleux et le menteur qui osa dire à Jésus-Christ: «&amp;amp;nbsp;''Toutes choses m’ont été livrées, et je les donne à qui je veux.&amp;amp;nbsp;''» Car c’est le seul bon plaisir de Dieu qui distribue, qui conserve, et qui augmente tout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, pourquoi imposer aux riches la nécessité de demander leur pain quotidien, puisqu’ils sont dans l’abondance de toutes choses&amp;amp;nbsp;? C’est, répondons-nous, non afin qu’ils obtiennent des biens dont la bonté de Dieu les a comblés, mais afin qu’ils ne les perdent point. Au surplus c’est pour eux que l’Apôtre Saint Paul a écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que les riches ne devaient point être orgueilleux, ni mettre leur confiance dans l’incertain des richesses, mais dans le Dieu vivant qui nous donne abondamment de quoi fournir à nos besoins''.&amp;amp;nbsp;» Une autre raison que donne Saint Chrysostome, de la nécessité de cette Prière:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''C’est que nous devons demander, non pas seulement que la nourriture nous soit donnée, mais qu’elle nous soit donnée par la main du Seigneur qui, en lui communiquant une vertu bienfaisante et tout à fait salutaire, fait que cette nourriture profite au corps, et que le corps sert l’âme.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pourquoi disons-nous: ''donnez-nous'', au pluriel, et ''non pas: donnez-moi&amp;amp;nbsp;?'' Parce que c’est le propre de la Charité chrétienne, que chacun ne songe pas seulement à soi-même, mais qu’il s’intéresse aussi au prochain, et qu’en s’occupant de ses propres intérêts, il se souvienne aussi de ceux des autres. Joignez à cela que lorsque Dieu accorde des avantages à quelqu’un, ce n’est pas pour que celui-là en profite seul, ou qu’il en jouisse avec intempérance, mais pour qu’il distribue aux autres son superflu . «&amp;amp;nbsp;Car, disent Saint Basile et Saint Ambroise, ''C’est le pain de ceux qui ont faim que vous retenez, c’est le vêtement de ceux qui sont nus que vous cachez, et cet argent que vous enfouissez dans la terre, c’est le rachat, c’est la délivrance des malheureux.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Aujourd’hui''. Ce mot nous avertit tous de notre commune faiblesse. Car quel est l’homme qui, même s’il n’espère pas pouvoir par ses seules ressources s’assurer pour un temps un peu long les choses nécessaires à la vie, ne se flatterait du moins de se suffire à lui-même durant l’espace d’un jour&amp;amp;nbsp;? et cependant Dieu n’autorise pas cette confiance en nous, puisqu’Il nous a fait un commandement de Lui demander notre pain de tous les jours. Et ceci est fondé sur cette raison capitale, qu’ayant tous et chaque jour besoin de nourriture, chaque jour aussi nous devons tous la demander dans l’Oraison Dominicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que nous avions à dire du pain matériel qui nourrit et soutient le corps, qui est commun aux Fidèles et aux infidèles, aux justes et aux impies, qui est distribué à tous par l’admirable bonté de Dieu, «&amp;amp;nbsp;''qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DU PAIN SPIRITUEL.  ====&lt;br /&gt;
Reste le Pain spirituel dont nous avons également à parler ici. Or, ce Pain signifie et comprend tout ce don nous avons besoin en cette vie pour le salut et la sanctification de notre âme. Car de même qu’il y a différente espèces d’aliments propres à nourrir notre corps, de même aussi il existe plus d’un. genre de nourriture capable d’entretenir la vie de l’esprit et de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord la Parole de Dieu est véritablement une nourriture de l’âme. «&amp;amp;nbsp;''Venez,'' dit la Sagesse , ''mangez mon Pain et buvez le Vin que j’ai préparé pour vous.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et lorsque Dieu enlève aux hommes le bienfait de sa Parole — ce qu’Il fait ordinairement pour les punir de quelque grand crime — on dit alors qu’Il les afflige par la famine. Écoutons le Prophète Amos:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’enverrai la famine sur la terre&amp;amp;nbsp;; non la famine du pain, ni la soif de l’eau, mais celle de la parole de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme c’est un signe certain de mort prochaine de ne pouvoir plus prendre de nourriture, ou de ne plus supporter celle que l’on a prise, ainsi c’est une marque presque certaine d’éternelle réprobation de ne point rechercher la Parole de Dieu, de ne la point supporter, lorsqu’on l’entend, et d’oser répéter à Dieu ces paroles épouvantables&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Retirez-Vous de nous, nous n’avons que faire de connaître la science de vos voies.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On trouve cet aveuglement, cette fureur insensée, chez ceux qui abandonnent leurs chefs légitimes, c’est-à-dire les Évêques et les Prêtres, qui se séparent de la sainte Église Romaine, pour se faire les disciples des hérétiques qui ne savent que corrompre la Parole de Dieu. Ensuite Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même est ce Pain qui est vraiment la nourriture de l’âme. n’a-t-il pas dit Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je suis le pain vivant descendu du ciel&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;? et il est impossible d’imaginer la joie et le bonheur que ce Pain surnaturel procure aux âmes pieuses, même lorsqu’elles sont aux prises avec les plus grands chagrins et les plus cruels mécomptes. nous le voyons par l’exemple des saints Apôtres dont il est dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’ils sortirent du conseil, et s’en allèrent pleins de joie.&amp;amp;nbsp;''» Les vies des Saints sont remplies de traits semblables&amp;amp;nbsp;; et Dieu Lui-même, en parlant de ces délices intérieures des âmes justes, nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je donnerai au vainqueur une manne cachée.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Mais c’est principalement dans le Sacrement de l’Eucharistie, où il est substantiellement présent, que notre Seigneur Jésus-Christ est, à proprement parler, notre Pain, [le Pain de nos âmes]. Et c’est lorsqu’Il était sur le point de retourner à son Père qu’Il nous donna ce gage incompréhensible de son amour, dont Il a dit Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang, demeure en Moi, et Moi en lui&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp; ''venez et mangez, ceci est mon Corps.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des Fidèles, les Pasteurs feront bien, sur le point qui nous occupe, de consulter le chapitre de ce catéchisme, où nous traitons séparément de la nature et de la vertu de l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Pain, que nous appelons ''notre'' Pain n’est cependant que le Pain des Fidèles, c’est-à-dire de ceux qui, remplis de Foi et de Charité, effacent les souillures de leurs péchés dans le sacrement de Pénitence, et qui, se gardant bien d’oublier qu’ils sont les enfants de Dieu, honorent et reçoivent ce divin Sacrement avec toute la piété et le respect dont ils sont capables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pourquoi Jésus-Christ est-il notre Pain ''quotidien''&amp;amp;nbsp;? en voici deux raisons excellentes: La première, c’est que chaque jour, dans les sacrés Mystères de l’Église, on L’offre à Dieu, et on Le distribue à ceux qui Le demandent avec innocence et piété. La seconde, c’est que. nous devrions chaque jour prendre cette nourriture, ou tout au moins vivre de telle sorte que nous puissions tous les jours nous en nourrir, si cela nous était possible. Écoutez, vous qui prétendez que l’on ne doit prendre cette nourriture de l’âme qu’à de longs intervalles, écoutez Saint Ambroise:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si c’est un Pain quotidien,'' dit-il, ''pourquoi ne le mangez-vous qu’une fois l’an&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, en expliquant cette demande, l’un des points sur lesquels il importe le plus de donner une conviction aux Fidèles, c’est que, après avoir employé toute leur sagesse et toute leur habileté pour se procurer les choses nécessaires à la vie, ils doivent en remettre le succès à Dieu, et régler leurs désirs sur sa Volonté. Car ''Dieu'', dit le Prophète , ''ne laissera point le juste dans une éternelle agitation''. En effet, ou bien Dieu leur accordera ce qu’ils Lui demandent, et alors leurs désirs seront satisfaits&amp;amp;nbsp;; ou bien Il ne l’accordera pas, et alors ils auront une preuve manifeste qu’il n’y avait rien ni de salutaire ni d’utile dans ce qu’Il aura refusé à ses justes. Car Il a bien plus de sollicitude pour leur salut, qu’ils ne peuvent en avoir eux-mêmes. Les Pasteurs, pour développer davantage cette considération et la mettre en lumière, pourront consulter avec fruit la remarquable lettre de Saint Augustin à Proba. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous terminons ce que nous avions à dire sur cette quatrième demande, en rappelant aux riches qu’ils doivent rapporter à Dieu, de qui ils les tiennent, leur fortune et leurs grandes ressources, et ne jamais oublier qu’ils n’ont été comblés de tous ces biens que pour en faire part aux indigents. Ainsi l’enseigne l’Apôtre Saint Paul dans sa première épître à Timothée. Les Pasteurs n’ont qu’à la consulter&amp;amp;nbsp;; ils y trouveront en abondance tout ce dont ils ont besoin, pour expliquer clairement aux Fidèles un si important sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-quatrième — Cinquième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''PARDONNEZ-NOUS NOS OFFENSES COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a qu’à ouvrir les yeux pour apercevoir la Puissance infinie, la Sagesse et la Bonté de Dieu. Elles éclatent de toutes parts, dans une multitude de choses. Partout où nous pouvons porter nos regards et notre pensée, nous sommes en face des preuves les plus admirables et les plus certaines de ce pouvoir et de cette bienveillance sans bornes. néanmoins, rien ne manifeste mieux l’amour immense que Dieu a pour nous, et son incompréhensible Charité, que l’ineffable mystère de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voilà la Source intarissable qui purifie les souillures de nos péchés, et où nous demandons à Dieu la grâce d’être plongés et purifiés quand nous disons: ''pardonnez-nous nos offenses. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Prière renferme donc, comme en une sorte d’abrégé, tous les biens dont le genre humain a été comblé par Jésus-Christ. C’est l’affirmation formelle d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’iniquité de la maison de Jacob, ''dit-il, ''lui sera pardonnée et le comble des avantages pour elle, c’est que son péché sera effacé.&amp;amp;nbsp;''» David dit aussi la même chose, en chantant le bonheur de ceux qui ont pu participer à cette faveur si précieuse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Heureux, ceux dont les iniquités ont été remises.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront donc à étudier et à expliquer avec beaucoup de soin cette cinquième demande dont nous connaissons l’extrême importance au point de vue du Salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, nous entrons dans un nouvel ordre de Prière. Jusqu’ici en effet, nous avons demandé à Dieu non seulement les biens éternels et spirituels, mais encore les avantages périssables qui se rapportent à cette vie. Maintenant nous Le prions d’éloigner de nous les maux de l’âme et ceux du corps, les maux du temps et ceux de l’éternité. Mais comme il est nécessaire, pour être exaucé, de demander convenablement, il nous parait utile de bien marquer les dispositions dans lesquelles il faut être pour adresser à Dieu cette Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR FAIRE CETTE PRIÈRE. — REPENTIR.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ont donc à prévenir les Fidèles que celui qui veut s’approcher de Dieu pour Lui faire cette demande, est obligé d’abord de reconnaître ses propres fautes, puis de ressentir une véritable douleur de les avoir commises, et en même temps d’être bien persuadé que Dieu a la volonté de pardonner à tous les pécheurs qui sont dans les dispositions que nous venons de rappeler. Autrement, le souvenir plein d’amertume et la vue effrayante de tous nos péchés pourraient nous jeter dans le désespoir de Caïn et de Judas, qui ne voulurent voir en Dieu qu’un Vengeur et un Justicier, et non point la Bonté même de la Miséricorde infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale disposition que nous devons apporter à cette Prière est donc de reconnaître nos fautes avec une vraie Contrition, et de nous adresser à Dieu comme à un Père et non point comme à un Juge. En un mot nous devons Lui demander de nous traiter non d’après sa Justice, mais selon sa Miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous n’aurons aucune peine à confesser que nous sommes de pauvres pécheurs, si nous voulons écouter ce que Dieu Lui-même nous dit dans nos Saints Livres par la bouche de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ils se sont tous égarés&amp;amp;nbsp;; tous se sont corrompus. Il n’en est pas qui fasse le bien, non, pas un seul,''&amp;amp;nbsp;» Salomon dit dans le même sens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il n’y a point de juste sur la terre qui fasse le bien et ne pèche jamais&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» puis encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qui peut dire: mon cœur est pur&amp;amp;nbsp;; je suis exempt de péché&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» et pour détourner les hommes de l’orgueil, Saint Jean a écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si nous nous disons sans péché nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» enfin Jérémie:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tu as dit: Je suis sans péché, je suis innocent, éloignez donc de moi votre colère. Eh bien&amp;amp;nbsp;! voilà que Je vais entrer en jugement avec toi, parce que tu as dit: Je n’ai pas péché.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces témoignages que Notre-Seigneur Jésus-Christ avait donnés au monde par la bouche des Prophètes, II a voulu les confirmer Lui-même en nous prescrivant une Prière qui nous oblige à confesser nos fautes. Il est défendu d’entendre cette demande dans un autre sens, le décret du Concile de Milève est formel:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un interprète ces paroles de l’Oraison Dominicale: pardonnez-nous nos offenses, comme si les Saints ne les prononçaient que par humilité et non point avec sincérité et vérité, nous voulons qu’il soit anathème''.&amp;amp;nbsp;» Et en effet, qui pourrait souffrir un homme capable de mentir non aux hommes mais à Dieu même, et affirmant de bouche qu’il veut être pardonné, pendant que dans son cœur il prétendrait n’avoir pas besoin de pardon&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans cette reconnaissance nécessaire de nos péchés, il ne suffit pas de nous les rappeler légèrement, il faut que ce souvenir nous soit amer, qu’il pénètre au fond de notre cœur, y éveille le remords et nous inspire une vive douleur. Aussi bien les Pasteurs auront grand soin d’insister sur cette vérité, pour convaincre les Fidèles qui sont obligés non seulement de se rappeler leurs iniquités et leurs désordres, mais de se les rappeler avec une douleur profonde et un repentir sincère. Ainsi, le cœur vraiment contrit, ils se jetteront dans les bras de Dieu leur Père, et ils Le supplieront en toute humilité d’arracher de leurs âmes les terribles aiguillons du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ils ne se contenteront pas de mettre sous les yeux des Fidèles toute la laideur du péché, ils leur représenteront encore l’indignité et la bassesse de l’homme, qui n’étant rien par lui-même que corruption et péché ne laisse pas d’offenser lâchement l’incompréhensible Majesté, l’Excellence infinie de ce Dieu qui l’a créé, qui l’a racheté et l’a enrichi d’une multitude innombrable de grâces et de bienfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pourquoi&amp;amp;nbsp;? pour se séparer de Dieu son Père qui est le souverain Bien, et pour aller, séduit par la honteuse récompense du péché, se vouer au démon et à la plus misérable des servitudes. Car on ne saurait dire avec quelle cruauté Satan règne sur l’esprit de ceux qui ont abandonné le joug si léger de la Loi de Dieu, et rompu le lien si doux qui nous attache à Lui, pour passer à cet ennemi acharné que nos Saints Livres appellent:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le prince et le maître de ce monde, ''&amp;amp;nbsp;''le prince des ténèbres,''&amp;amp;nbsp; ''le roi de tous les fils de l’orgueil.''&amp;amp;nbsp;» Car c’est bien aux malheureux opprimés sous la tyrannie du démon, que peuvent s’appliquer les paroles d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur notre Dieu, d’autres maîtres que vous nous ont possédés.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous sommes peu touchés d’avoir perdu la Charité de Dieu et d’en avoir brisé les liens, soyons-le du moins par les calamités et les misères dans lesquelles nous précipite le péché. Il viole la sainteté de notre âme que nous savons être l’épouse de Jésus-Christ, il profane en elle le temple du Seigneur, et l’Apôtre prononce contre ceux qui souillent ce temple, ce terrible anathème:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un viole le temple du Seigneur, le Seigneur le perdra''.&amp;amp;nbsp;» Enfin les maux que le péché attire sur l’homme sont innombrables&amp;amp;nbsp;; c’est comme une peste générale que David a exprimée en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A la vue de votre colère, il ne reste rien de sain dans mon corps&amp;amp;nbsp;; et il n’y a plus de paix dans mes os à la vue de mes péchés.''&amp;amp;nbsp;» Pouvait-il mieux caractériser la gravité du mal que le péché lui avait fait, que d’avouer qu’il n’y avait aucune partie de son corps qui n’en eût été blessée, que cette peste avait pénétré jusque dans ses os, c’est-à-dire, avait infecté sa raison et sa volonté qui sont les deux parties les plus fortes de l’âme&amp;amp;nbsp;? La sainte Écriture nous peint bien l’étendue des ravages du péché, quand elle donne au pécheur le nom de boiteux, de sourd, de muet, d’aveugle, et de paralytique de tous les membres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut le dire, outre la douleur que David ressentait de la grandeur de son crime, il était surtout plongé dans la plus cruelle affliction à la vue de la colère de Dieu qu’il savait avoir allumée par son péché. Car Dieu, qui se sent offensé par nos crimes, au delà de ce que nous pouvons concevoir, déclare au pécheur une guerre implacable, Saint Paul le dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La colère et l’indignation, la tribulation et l’angoisse, voilà le partage de tout homme qui fait le mal&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute l’acte du péché passe, mais la tache et la culpabilité restent&amp;amp;nbsp;; et la colère de Dieu, toujours menaçante, suit le pécheur comme l’ombre suit le corps. David se sentant pressé par les aiguillons de cette redoutable colère, demandait avec ardeur le pardon de ses fautes. Il nous a laissé dans le Psaume cinquantième un modèle de douleur, avec les raisons et les motifs de cette douleur. Les Pasteurs feront bien de le mettre sous les yeux des Fidèles afin qu’à l’exemple du Prophète ils puissent s’exciter à un véritable repentir, à une douleur sincère de leurs péchés, et concevoir l’espérance du pardon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II est en effet très utile d’enseigner aux Fidèles les moyens d’exciter en eux le repentir de leurs fautes&amp;amp;nbsp;; et Dieu Lui-même, par la bouche du Prophète Jérémie, exhortant les enfants d’Israël à faire pénitence, leur recommandait de bien méditer sur les effets toujours désastreux du péché. «&amp;amp;nbsp;''Voyez,'' leur dit-Il,&amp;amp;nbsp; ''les maux et les afflictions qui vous arrivent pour avoir abandonné le Seigneur votre Dieu, et pour n’avoir pas conservé ma crainte en votre cœur, dit le Seigneur Dieu des armées.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne reconnaissent point leurs péchés et n’en éprouvent point un sincère repentir, n’ont qu’un cœur ''dur'' , un cœur de ''pierre'' , un cœur de ''diamant'' , selon les expressions d’Isaïe, d’Ezéchiel et de Zacharie. Semblables en effet à la pierre, aucune douleur ne les amollit&amp;amp;nbsp;; ils n’ont aucun sentiment de vie véritable, précisément parce qu’ils manquent de ce double sentiment dont nous venons de parler, l’aveu et le repentir de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — CONFIANCE EN DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Mais dans la crainte que les Fidèles, épouvantés à la vue de leurs péchés, ne désespèrent d’en obtenir le pardon, les Pasteurs ne manqueront pas de les rappeler à l’Espérance par les considérations que voici: d’abord, notre Seigneur Jésus-Christ a donné à l’Église le pouvoir de remettre les péchés, comme le déclare le dixième article du Symbole des Apôtres&amp;amp;nbsp;; ensuite, dans cette demande même, II nous montre clairement combien Dieu est bon et généreux envers le genre humain. Car s’il n’était pas toujours prêt et empressé à pardonner à ceux qui se repentent, jamais Il ne nous eût imposé cette formule de Prière&amp;amp;nbsp;: ''pardonnez-nous nos offenses''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Croyons donc fermement et sans aucun doute, que Celui-là ne manquera jamais d’étendre sur nous sa paternelle Miséricorde, qui nous ordonne de L’implorer en ces termes. Car le vrai sens attaché à cette demande, c’est que Dieu a pour nous des sentiments tels qu’Il nous pardonne volontiers dès que notre repentir est sincère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucun doute, c’est un Dieu que nous offensons par notre désobéissance, un Dieu dont nous troublons, autant qu’il est en nous, l’ordre si sage qu’il a établi, un Dieu que nous outrageons par nos paroles et par nos actes, mais ce Dieu est en même temps le plus tendre des Pères. Il peut tout nous pardonner&amp;amp;nbsp;; et non seulement il nous a déclaré qu’Il en avait la Volonté, mais encore Il nous oblige à Lui demander pardon et nous apprend même en quels termes nous devons le faire, pour être exaucés. Il n’est donc pas douteux qu’avec l’aide de Dieu il est toujours en notre pouvoir de nous réconcilier avec Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette certitude que nous avons des dispositions constantes de Dieu à nous pardonner ne peut qu’augmenter notre Foi, nourrir notre espérance et enflammer notre Charité. C’est pourquoi il est bien à propos que les Pasteurs, en traitant cette matière, rapportent quelques-uns des témoignages divins et des exemples les plus frappants pour prouver que Dieu a accordé le pardon des plus grands crimes. Mais cette considération ayant été développée par nous, autant qu’elle pouvait l’être, dans la préface de l’Oraison Dominicale, et dans l’article du Symbole sur la rémission des péchés, les Pasteurs pourront prendre en ces deux endroits ce dont ils auront besoin pour leurs explications. Le reste, ils le puiseront aux sources mêmes de la Sainte Écriture &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CE QU’ON ENTEND PAR LE MOT DETTES.  ====&lt;br /&gt;
Et ils voudront bien suivre le même ordre que celui que nous leur avons indiqué dans les demandes précédentes. De cette manière les Fidèles comprendront ce qu’il faut entendre par le mot ''dettes'', ils ne seront pas trompés par une équivoque et ils ne demanderont pas autre chose que ce qu’ils doivent demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord il faut leur apprendre que nous ne demandons pas du tout à Dieu de nous dispenser de L’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit. Cette dette est irrémissible. nous sommes obligés de la payer, si nous voulons être sauvés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mot de ''dette'' exprime aussi, comme il les renferme, l’obéissance, le culte, l’adoration, et tous les autres devoirs de ce genre envers Dieu. Par conséquent nous ne demandons pas non plus ici d’en être dispensés. Mais nous prions Dieu de nous délivrer de nos péchés. Ainsi l’a compris Saint Luc, qui s’est servi du mot de ''péché'' au lieu de celui de ''dette''. C’est qu’en effet par le péché nous devenons coupables devant Dieu, nous contractons une véritable dette de peines que nous acquittons soit par la satisfaction, soit par la souffrance. C’est de cette ''dette'' que parlait Notre-Seigneur quand Il disait par la bouche du Prophète:&amp;amp;nbsp; «''J’ai payé ce que Je ne devais pas.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de ces paroles, entendues en ce sens, que non seulement nous sommes débiteurs envers Dieu, mais même des débiteurs insolvables, puisque le pécheur ne saurait en aucune façon satisfaire par lui-même. Voilà pourquoi nous avons besoin de nous réfugier dans le sein de la Miséricorde de Dieu. Et comme cette Miséricorde ne va pas en Dieu sans une Justice non moins grande, et dont Dieu est aussi très jaloux, nous devons employer en même temps la Prière et l’appui de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sans laquelle nul n’obtient jamais le pardon de ses péchés, et qui est le principe et la source de toutes nos satisfactions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prix que le Sauveur a payé sur la Croix, et que nous nous approprions par les Sacrements, lorsque nous les recevons en réalité, ou même lorsque nous désirons seulement les recevoir, ce prix est d’une valeur si haute qu’il obtient et qu’il opère ce que nous demandons ici: la Rémission de nos péchés. Et non seulement la Rémission de nos péchés légers, et dont le pardon est très facile à obtenir, mais encore des fautes graves et mortelles. toutefois, quand il s’agit de péché mortel, notre Prière n’a de vertu que celle qui lui vient du sacrement de Pénitence reçu au moins en désir, sinon dans la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous disons: ''nos dettes'', bien autrement que plus haut nous disions: ''notre pain''. Ce pain est notre pain, parce que Dieu dans sa Bonté veut bien nous le donner, mais les péchés sont ''nos péchés'', parce que la culpabilité en réside en nous: C’est notre volonté qui les fait ce qu’ils sont. Ce ne seraient point des péchés, s’ils n’étaient point volontaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc en nous avouant coupables, et en assumant la responsabilité de nos fautes, que nous implorons la Clémence divine seule capable de nous purifier. nous n’apportons aucune excuse, nous ne rejetons notre faute sur personne, comme firent Adam et Eve, nos premiers parents&amp;amp;nbsp;; mais nous nous accusons nous-mêmes, si nous avons la vraie sagesse, et nous empruntons au Prophète sa Prière:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, ne permettez pas que mon cœur s’égare dans des paroles de malice, pour chercher des excuses à mes iniquités.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne disons pas non plus: ''pardonnez-moi'', mais ''pardonnez-nous'', parce que l’union et la Charité fraternelle qui doivent exister entre tous les hommes exigent de chacun de nous que nous nous intéressions au salut de tous, et que, en priant pour nous, nous n’oublions pas de prier pour les autres. C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même qui nous a appris cette manière de prier&amp;amp;nbsp;; puis, l’Église de Dieu l’a reçue et conservée fidèlement, et le Apôtres l’ont pratiquée et enseignée aux Fidèles. L’Ancien et le Nouveau testament nous fournissent deux beaux modèles de ces Prières vraiment brûlantes de charité pour le salut du prochain. L’une est de Moise:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ou pardonnez-leur cette faute, ou, si Vous ne la leur pardonne pas, effacez-moi de votre livre''&amp;amp;nbsp;», l’autre est de Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je souhaitais que Jésus-Christ me rendit moi-même anathème pour mes Frères.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== IV. — COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS.  ====&lt;br /&gt;
Ce mot comme peut s’entendre ici de deux manières d’abord, dans le sens de comparaison. nous demandons à Dieu que, de même que nous pardonnons les injures et les outrages de ceux qui nous ont offensés, de même aussi Il nous pardonne nos offenses envers Lui. En second lieu ce mot marque une condition, et c’est précisément le sens que Notre-Seigneur lui donne dans ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes envers vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres contre Lui&amp;amp;nbsp;; mais si vous ne pardonnez rien aux hommes, votre Père ne pardonnera point non plus vos péchés.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ces deux choses sont également nécessaires pour obtenir de Dieu le pardon de nos infidélités. Si nous voulons que Dieu nous pardonne, il est de toute nécessité que nous pardonnions à ceux de qui nous avons reçu quelque offense. Dieu exige de nous d’une part l’oubli des injures, et de l’autre des sentiments de Charité mutuelle, et ces deux choses Il les exige à tel point qu’Il repousse et méprise. les sacrifices et les offrandes de ceux qui ne veulent pas se réconcilier ensemble. C’est aussi une loi de la nature que nous soyons envers les autres tels que nous désirons qu’ils soient pour nous. Et celui-là serait un parfait impudent, qui demanderait à Dieu de lui remettre la peine de son péché, pendant qu’il conserverait, dans son cœur des sentiments d’inimitié pour son prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc nous devons être toujours disposés et prêts à pardonner les injures que nous avons reçues. La Prière que nous récitons nous en fait un devoir, et Dieu Lui-même nous l’ordonne dans Saint Luc:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le, et s’il se repent, pardonnez-lui&amp;amp;nbsp;; et s’il pèche contre vous sept fois le jour, et que sept fois le jour il se retourne vers vous en disant: Je me repens, pardonnez-lui.''&amp;amp;nbsp;» Saint Matthieu nous dit de même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Aimez vos ennemis&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et Saint Paul, après Salomon, veut que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''nous donnions à manger à notre ennemi s’il a faim, et à boire s’il a soif''.&amp;amp;nbsp;» Enfin Notre-Seigneur, dans Saint Marc, nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quand vous serez au moment de prier, si quelqu’un vous a offensé, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est dans les cieux, vous pardonne aussi vos péchés.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — MOTIFS ET MANIÈRES DE PARDONNER AU PROCHAIN.  ====&lt;br /&gt;
Mais comme il n’y a rien de plus difficile à notre nature dégradée que de pardonner les injures, les Pasteurs se feront un devoir d’employer toutes les ressources de leur zèle et de leur intelligence pour changer le cœur des Fidèles et pour les plier à cet esprit de douceur et de miséricorde si nécessaire au Chrétien. Ils insisteront le plus possible sur ces oracles divins dans lesquels Dieu Lui-même commande expressément de pardonner aux ennemis. Ils proclameront cette Vérité incontestable que l’une des meilleures preuves que nous sommes vraiment les enfants de Dieu, c’est que nous pardonnons facilement les injures, et que nous aimons nos ennemis du fond du cœur. C’est qu’en effet, l’amour pour nos ennemis fait briller en nous une ressemblance particulière avec Dieu notre Père qui s’est réconcilié avec les hommes, ses ennemis acharnés, en les rachetant de la damnation éternelle par la mort de son propre Fils. Enfin ils termineront leurs instructions et leurs exhortations par ce précepte de Notre-Seigneur, que nous ne pourrions repousser sans nous couvrir de honte, et sans nous condamner aux plus grands malheurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ici qu’il faut aux Pasteurs une prudence consommée pour ne porter personne au découragement et au désespoir, en faisant connaître d’une part la difficulté. Et de l’autre la nécessité de ce devoir. Car il en est qui, comprenant fort bien qu’ils doivent ensevelir les injures dans un oubli volontaire, et aimer ceux qui les ont offensés, désirent de le faire, et le font en effet autant qu’ils le peuvent. Mais cependant ils se sentent dans l’impossibilité d’épuiser jusqu’au dernier souvenir des injures reçues, et parce qu’ils trouvent encore dans leur cœur certains restes d’inimitié, ils s’agitent et se tourmentent d’une manière terrible, craignant de n’avoir point pardonné avec assez de franchise et de sincérité, et d’avoir ainsi résisté au commandement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est alors que les Pasteurs devront expliquer clairement l’opposition constante de la chair et de l’esprit. La chair est portée à la vengeance, mais l’esprit est enclin au pardon. De là entre eux ces luttes incessantes, ces combats sans trêve. Ils diront et enseigneront aux Fidèles qu’ils n’ont rien à craindre pour leur Salut, malgré l’opposition et les combats de la nature corrompue contre la raison, pourvu que l’esprit persiste dans le devoir, et dans la volonté sincère de pardonner les injures et d’aimer le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si, par hasard, il s’en rencontrait quelques-uns, qui n’auraient pu se résoudre encore à oublier les injures reçues, et à aimer leurs ennemis, et qui par suite négligeraient de réciter l’Oraison Dominicale, précisément parce qu’ils ne peuvent remplir la double condition exigée, — il faudrait, pour détruire en eux cette erreur funeste, employer les deux raisons suivantes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premièrement, chaque Fidèle fait cette Prière au nom de toute l’Église: Or il est certain qu’il y a nécessairement dans l’Église un grand nombre de Fidèles qui remettent à leurs débiteurs ces sortes de ''dettes'' que nous rappelons ici. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Secondement, en faisant cette demande, nous prions Dieu en même temps de nous accorder tout ce qui nous est nécessaire pour mériter d’être exaucés. nous demandons en effet et le pardon de nos péchés et le don d’une vraie pénitence&amp;amp;nbsp;; nous demandons la douleur intérieure, l’horreur et la détestation de nos fautes, et la grâce d’en faire au Prêtre une pieuse et sincère confession. Et comme il est nécessaire que nous pardonnions à ceux qui nous ont fait quelque tort, ou causé quelque dommage, lorsque nous prions Dieu de nous pardonner, nous Lui demandons en même temps qu’Il nous accorde la grâce de nous réconcilier avec ceux que nous haïssons. Il y a donc lieu d’arracher à leur opinion ceux qui sont frappés de cette crainte mal fondée et même criminelle, qu’en priant ainsi ils ne feraient qu’irriter Dieu davantage. Il faut même les exhorter à réciter souvent l’Oraison Dominicale, pour demander à Dieu leur Père cet esprit qui nous fait pardonner à ceux qui nous offensent, et aimer même nos ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR FAIRE CETTE PRIÈRE AVEC FRUIT.  ====&lt;br /&gt;
Mais pour faire cette Prière avec tout le fruit possible, il faut d’abord y entrer avec cette pensée et cette préoccupation très vives que nous nous présentons devant Dieu comme des suppliants, et que nous Lui demandons un pardon qui ne s’accorde qu’au vrai pénitent. Dès lors notre cœur doit être rempli de cette Charité et de cette piété qui vont si bien avec le repentir. Et rien ne convient mieux au pénitent sincère que d’expier dans les larmes les iniquités et les crimes dont le triste tableau afflige ses regards. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette pensée il faut joindre certaines précautions pour éviter à l’avenir ce qui a été pour nous une occasion de péché, et qui pourrait l’être encore, vis-à -vis de Dieu, notre Père. Ces sentiments étaient ceux de David, quand il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon péché est toujours devant moi&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» et dans un autre endroit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''chaque nuit ma couche est baignée de mes pleurs, et mon lit est arrosé de mes larmes.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun de nous pourra se rappeler très utilement que ceux qui ont obtenu de Dieu le pardon de leurs péchés le Lui avaient demandé avec les désirs les plus ardents. Par exemple, ce Publicain qui restait loin de l’Autel, tout pénétré de confusion et de douleur, les yeux humblement baissés, et se frappait la poitrine en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon Dieu, ayez pitié de moi qui ne suis qu’un pécheur&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Par exemple encore, cette pécheresse qui se tenait derrière le Sauveur, arrosait ses pieds de ses larmes, les essuyait avec ses cheveux et les baisait. Et enfin Pierre, le Prince des Apôtres qui,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''étant sorti, pleura amèrement''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut bien voir aussi que plus les hommes sont faibles et prédisposés aux maladies de l’âme, qui sont le péché, plus ils ont besoin de remèdes nombreux et fréquents. Or, les remèdes de l’âme malade sont la Pénitence et l’Eucharistie. Les Fidèles ne sauraient donc y recourir trop souvent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Aumône ensuite, comme nous le disent nos Saints Livres, est également un remède très salutaire pour guérir les plaies de l’âme. C’est pourquoi ceux qui désirent réciter cette Prière avec une parfaite piété, n’oublieront pas de faire aux pauvres tout le bien possible. L’Aumône possède une vertu merveilleuse pour effacer les taches du péché. C’est la parole de l’ange Raphaël au jeune Tobie&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’Aumône délivre de la mort, c’est elle qui lave les péchés et fait trouver la miséricorde et la Vie Éternelle''&amp;amp;nbsp;»C’est aussi celle de Daniel au Roi nabuchodonosor:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Rachetez vos péchés par des aumônes, et vos iniquités par la miséricorde envers les pauvres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la meilleure Aumône, la meilleure manière d’exercer la miséricorde, c’est d’oublier les injures et de vouloir du bien à ceux qui nous ont fait tort à nous, ou aux nôtres, dans nos biens, dans notre réputation et dans notre personne. Quiconque veut trouver Dieu miséricordieux pour soi-même, doit Lui sacrifier généreusement toutes ses inimitiés, pardonner toute espèce d’offense, prier très volontiers pour ses ennemis, et profiter de toutes les occasions pour leur rendre service. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme nous avons déjà traité ce sujet, en parlant de l’homicide, nous y renvoyons les Pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En terminant l’explication de cette demande, ils ne manqueront pas de faire voir qu’il n’y a rien, qu’on ne peut même imaginer rien de plus injuste que de demander à Dieu d’être pour nous plein de douceur et de miséricorde, si nous-mêmes nous sommes durs pour notre prochain, et ne pratiquons la douceur envers personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-cinquième — Sixième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''ET NE NOUS INDUISEZ POINT EN TENTATION. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les enfants de Dieu ont obtenu la Rémission de leurs péchés, ils se sentent embrasés du désir de Lui rendre l’adoration et le culte qu’Il mérite, ils soupirent après le Royaume céleste, ils s’acquittent fidèlement envers la Majesté divine de tous les devoirs de la piété, et ils en viennent à être entièrement soumis à sa Volonté paternelle et à sa sainte Providence. Mais c’est alors aussi, cela est bien connu, que l’ennemi du genre humain déploie tous ses artifices, met en ''œuvr''e toutes ses ruses et apprête toutes ses machines de guerre, pour les attaquer. Il y a donc lieu de craindre que leurs résolutions ne soient ébranlées et changées, qu’eux-mêmes ne retombent de nouveau dans le mal et ne deviennent pires qu’auparavant. C’est d’eux que le Prince des Apôtres a pu dire avec raison:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il eût mieux valu pour eux qu’ils n’eussent point connu la voie de la justice, que de retourner en arrière après l’avoir connue, et d’abandonner la Loi Sainte qui leur avait été donnée.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — POURQUOI JÉSUS-CHRIST NOUS A ORDONNÉ CETTE SIXIÈME DEMANDE ? ====&lt;br /&gt;
Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a-t-Il fait de cette Prière un Commandement, afin de nous obliger à implorer tous les jours le secours de Dieu, et à nous recommander à sa Bonté paternelle. Car il n’est pas douteux, s’Il vient à nous abandonner, que nous ne soyons bientôt pris dans les filets de nos perfides ennemis. Et ce n’est pas seulement dans l’Oraison Dominicale que Jésus-Christ nous a ordonné de demander à Dieu de ne pas nous induire en tentation&amp;amp;nbsp;; Il a porté le même Commandement dans cet entretien qu’Il eut avec ses Apôtres, quelques heures avant sa Mort. Après leur avoir dit en effet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’ils étaient tous purs,''&amp;amp;nbsp;» Il ajouta:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''priez, pour que vous n’entriez point en tentation''&amp;amp;nbsp;». Ce double Commandement de notre Seigneur est pour les Pasteurs un motif très pressant d’exhorter avec le plus grand soin les Fidèles à réciter fréquemment cette Prière. Puisque le démon notre ennemi sème à toute heure sous nos pas les plus terribles dangers, il faut qu’à toute heure aussi nous puissions nous adresser à Dieu, qui seul peut nous en préserver, et Lui dire: ''ne nous induisez point en tentation''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les Fidèles comprendront parfaitement tout le besoin qu’ils ont de l’assistance divine, s’ils se souviennent de leur faiblesse et de leur ignorance, s’ils se rappellent cette maxime de Notre-Seigneur Jésus-Christ: «&amp;amp;nbsp;''L’esprit est prompt, et la chair est ''faible&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;» et s’ils considèrent enfin que nos chutes, avec la malice et la haine du démon, sont presque toujours graves et mortelles, si la main de Dieu ne nous soutient. Quel exemple plus sensible de la faiblesse humaine que celui du collège sacré des Apôtres&amp;amp;nbsp;! Ils avaient fait preuve de la plus grande fermeté, et un instant après, au premier péril, ils abandonnent le Seigneur, et prennent la fuite. Exemple plus frappant encore&amp;amp;nbsp;! Saint Pierre, le Prince des Apôtres, avait tiré de son cœur une magnifique profession de courage et en même temps de l’amour le plus sincère pour Jésus-Christ, il avait dit, plein de confiance en ses propres sentiments:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quand même il me faudrait mourir avec Vous, je ne Vous renierai point, ''» et une heure plus tard, à la voix d’une servante, il se trouble, et va jusqu’à jurer qu’il ne connaît point le Seigneur. Ses forces, à coup sûr, ne répondaient pas à la vivacité de ses sentiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les hommes les plus saints ont été les victimes de la fragilité humaine, dont ils ne se défiaient pas assez, et sont tombés dans les fautes les plus humiliantes, que ne doivent pas craindre les autres qui sont si éloignés de leur sainteté&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DES TENTATIONS ; DE LEURS CAUSES.  ====&lt;br /&gt;
Il importe donc que les Pasteurs montrent bien aux Fidèles les combats et les dangers auxquels nous sommes sans cesse exposés. tant que notre âme habite dans ce corps mortel, la chair, le monde et le démon nous attaquent de toutes parts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel est celui qui ne connaît point, à ses dépens, les effets de la colère et de la cupidité&amp;amp;nbsp;! qui ne s’est senti blessé de leurs traits, déchiré de leurs aiguillons, et brûlé de leurs flammes&amp;amp;nbsp;? et en effet, les coups qu’elles frappent sont si variés, leurs attaques si diverses, qu’il est bien difficile de ne pas recevoir quelque grave blessure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais outre ces ennemis qui habitent et vivent avec nous, il en est d’autres plus terribles encore dont il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les maîtres des ténèbres de ce monde, contre les esprits de malice répandus dans les airs.&amp;amp;nbsp;» Aux combats intérieurs se joignent les attaques et les coups des démons, qui tantôt se précipitent sur nous à découvert, et tantôt se glissent si furtivement dans nos âmes que nous pouvons à peine nous en défendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES DÉMONS.  ====&lt;br /&gt;
L’Apôtre les appelle princes à cause de l’excellence de leur nature. Par ce côté, ils l’emportent en effet sur l’homme, et sur toutes les autres créatures. Il les nomme aussi ''puissances'', parce qu’ils nous surpassent non seulement par la supériorité de leur nature mais encore par leur réel pouvoir&amp;amp;nbsp;; puis, ''maîtres des ténèbres de ce monde'', parce qu’ils régissent non pas le monde de la lumière et de la clarté, c’est-à-dire les bons et les justes, mais le monde sombre et obscur, c’est-à-dire ceux qui vivent plongés dans les souillures d’une vie criminelle, aveuglés par leurs passions ténébreuses et sans autre guide que le démon, ce prince des ténèbres&amp;amp;nbsp;; enfin, ''esprits de malice'', parce qu’il y a une malice de l’esprit, comme il y a une malice de la chair. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La malice de la chair allume les appétits déréglés des passions, et le désir des voluptés sensibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La malice de l’esprit se confond avec les passions et les inclinations dépravées de l’âme, mais qui toutefois appartiennent à sa partie supérieure. Elles sont d’autant plus dangereuses et plus criminelles que la raison et l’esprit sont au-dessus de la nature et des sens. Et comme la malice de Satan a pour but principal de nous priver de l’héritage du ciel, l’Apôtre a ajouté, à cause de cela, qu’ils sont «&amp;amp;nbsp;''répandus dans l’air''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est que trop aisé de conclure de là que nos ennemis sont forts et redoutables, qu’ils ont une ardeur invincible et sont animés contre nous d’une haine furieuse et inimaginable. Aussi bien ils nous font une guerre sans relâche, sans paix ni trêve possible. Leur audace est incroyable, nous en pouvons juger par cette parole que le Prophète fait dire à Satan:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je monterai au ciel.''&amp;amp;nbsp;» Au surplus le démon a attaqué nos premiers parents dans le paradis, il a livré combat aux Prophètes,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''il a cherché les Apôtres, pour les cribler comme le froment,''&amp;amp;nbsp;» c’est l’expression même de Notre-Seigneur dans l’Évangile&amp;amp;nbsp;; Il n’a même pas rougi de tenter Jésus-Christ. L’Apôtre Saint Pierre a donc bien exprimé ses désirs insatiables et son activité inouïe quand il a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le démon votre ennemi tourne autour de vous comme un lion rugissant cherchant quelqu’un à dévorer.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et Satan n’est pas seul pour attaquer les hommes, c’est en troupe quelquefois que les démons fondent sur chacun de nous. On le vit bien par l’aveu de celui à qui Jésus demanda: ''quel est ton nom&amp;amp;nbsp;?'' et qui répondit: ''mon nom est légion'' , c’est-à-dire qu’une multitude de démons tourmentaient ce malheureux. Et puis, l’Évangile ne dit-il pas d’un autre démon:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, qu’ils entrent dans la maison (c’est-à-dire dans l’âme) et qu’ils y habitent''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas rare de rencontrer des Chrétiens qui, ne sentant pas en eux-mêmes ces attaques du démon, s’imaginent que notre Doctrine est fausse. Mais peut-on s’étonner que les démons n’attaquent point des hommes qui se sont volontairement donnés à eux, et dans lesquels on ne trouve ni piété, ni Charité, ni aucune vertu digne d’un Chrétien&amp;amp;nbsp;? Ils appartiennent entièrement à Satan. Comment aurait-il besoin de les tenter pour les vaincre, puisque, de leur plein consentement, il règne déjà dans leur cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ceux qui se sont consacrés à Dieu, et qui mènent sur la terre une vie toute céleste, sont plus que tous les autres en butte aux assauts du démon. C’est pour eux qu’il réserve toute sa haine, c’est contre eux qu’à chaque instant il dresse des pièges et des embûches. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Histoire Sainte est pleine d’exemples de grands et vertueux personnages qui même en se tenant sur leurs gardes ont été victimes de sa rage ou de sa duplicité. Adam, David, Salomon et tant d’autres qu’il serait trop long de citer ont éprouvé la violence de ses attaques et la perfidie de ses ruses, auxquelles ni la prudence ni les forces humaines ne sauraient résister. Qui oserait après cela se croire en sûreté avec ses seules forces&amp;amp;nbsp;? Demandons donc à Dieu avec Foi et pureté de cœur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’Il ne permette pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, et qu’Il nous donne, dans la tentation, le secours de son assistance, afin que nous puissions résister.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais s’il se rencontre des Fidèles qui par faiblesse d’esprit ou par ignorance sont épouvantés de la puissance des démons, il faut leur persuader de se réfugier dans le port de la Prière, quand ils sont agités par les flots de la tentation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car Satan, quelles que soient sa puissance, son obstination, et sa haine contre nous ne peut cependant nous tenter et nous tourmenter ni autant ni aussi longtemps qu’il le voudrait. tout son pouvoir est subordonné à la Volonté et au bon plaisir de Dieu. Qui ne connaît l’histoire de Job, que Satan n’eût jamais touché, si le Seigneur ne lui eût dit: «&amp;amp;nbsp;''Voilà que Je te livre tout ce qu’il possède.&amp;amp;nbsp;''» Mais si au contraire, Dieu n’avait point ajouté: «&amp;amp;nbsp;''seulement n’étends pas la main sur lui''&amp;amp;nbsp;», Satan l’eût fait périr d’un seul coup avec ses enfants et tous ses biens. Et même Dieu a enchaîné tellement la puissance des démons que, sans sa permission, ils n’auraient pas pu passer dans ces pourceaux, dont il est question dans l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mieux faire comprendre le sens et la portée de cette demande, nous avons à expliquer ce que l’on doit entendre par ''tentation'', et par être ''induit en tentation''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — QU’EST-CE QU’ÊTRE TENTÉ ET INDUIT EN TENTATION.  ====&lt;br /&gt;
Tenter, c’est mettre quelqu’un à l’épreuve, pour tirer de lui ce que nous désirons savoir, et par là connaître la vérité. On ne peut pas dire que Dieu puisse tenter en ce sens, car, y-a-t-il quelque chose qu’Il ignore&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout,'' dit l’Apôtre, ''est à nu et à découvert devant ses yeux''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une autre manière de tenter qui va beaucoup plus avant, c’est de mettre quelqu’un à l’épreuve, soit en vue du bien, soit en vue du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On tente un homme en vue du bien, lorsqu’on l’éprouve dans le but de constater et de manifester sa vertu, afin de la récompenser ensuite par des avantages et des honneurs, de proposer son exemple à imiter aux autres et par suite d’engager tout le monde à louer et à bénir le Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette manière de tenter est la seule qui convienne à Dieu. Et nous en trouvons un exemple dans le Deutéronome&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur votre Dieu vous tente, dit Moise aux Hébreux, pour qu’il apparaisse visiblement si vous L’aimez.''&amp;amp;nbsp;» On dit encore que Dieu tente les siens, lorsqu’Il les accable par la pauvreté, la maladie et autres calamités de ce genre. Mais Il n’agit ainsi envers eux que pour éprouver leur patience, et afin qu’ils deviennent pour les autres des modèles de vertu chrétienne. C’est ainsi que nous voyons Abraham tenté par Dieu, lorsqu’il reçoit de Lui l’ordre ''d’immoler son propre fils''. Mais cet acte d’obéissance fait de lui un exemple immortel de soumission et de patience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans le même sens qu’il est dit de Tobie dans nos Saints Livres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Parce que vous étiez agréable à Dieu, il était nécessaire que la tentation vînt vous éprouver.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On tente les hommes en vue du mal, lorsqu’on les éprouve pour les pousser au péché ou à leur perte. Il appartient au démon de nous tenter de la sorte&amp;amp;nbsp;; car il ne s’adresse à nous que pour nous perdre et nous jeter dans le précipice. Aussi l’Écriture Sainte l’appelle-t-elle d’un seul mot: le ''tentateur''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt il excite en nous les désirs et les mouvements déréglés de nos passions et de nos affections mauvaises&amp;amp;nbsp;; tantôt, il nous attaque par le dehors, et se sert des choses extérieures pour nous enorgueillir, si elles sont heureuses, ou nous abattre, si elles sont malheureuses. D’autres fois il a pour agents et émissaires des hommes pervertis, et surtout des hérétiques, ''qui sont assis dans la chaire de pestilence'', et répandent le poison mortel de leurs doctrines malsaines pour perdre entièrement les hommes qui ne font aucun choix et aucune différence entre le vice et la vertu, et qui de leur naturel ne sont déjà que trop enclins au mal et toujours prêts à succomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Être induit en tentation, c’est succomber à la tentation. Or nous y sommes induits en deux manières, premièrement lorsque, renversés par le choc, nous tombons dans le mal où veut nous jeter notre tentateur. En ce sens Dieu ne tente et n’a jamais tenté personne, car Il n’est l’Auteur du péché pour personne: au contraire,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il déteste tous ceux qui commettent l’iniquité.''&amp;amp;nbsp;» Aussi bien, dit l’Apôtre Saint Jacques,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que personne ne dise, quand il est tenté, que c’est Dieu qui le tente&amp;amp;nbsp;; car Dieu n’est point tentateur pour le mal.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit en second lieu que nous sommes induits en tentation par quelqu’un qui, sans nous tenter lui-même, sans même contribuer à nous tenter, passe cependant pour nous éprouver réellement parce qu’il n’empêche ni la tentation ni la victoire de la tentation sur nous, bien qu’il le puisse. C’est de cette manière que Dieu permet que les bons et les justes soient tentés&amp;amp;nbsp;; mais alors Il les soutient de sa Grâce et ne les abandonne point. Quelquefois aussi, par un secret et juste jugement, si nos crimes le demandent, Il nous abandonne à nous-mêmes, et nous succombons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit encore que Dieu nous induit en tentation, lorsque nous abusons pour notre malheur des bienfaits qu’Il nous avait accordés en vue de notre Salut, et qu’à l’exemple de l’enfant prodigue nous dissipons l’héritage de notre Père en vivant dans la luxure, et en esclaves de toutes nos passions. C’est alors que nous pouvons nous appliquer ce que l’Apôtre disait de la Loi de Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il est arrivé que le Commandement qui devait servir à nous donner la vie, a servi à nous donner la mort.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jérusalem en est pour nous un exemple bien frappant. Au témoignage d’Ezéchiel, Dieu l’avait enrichie et parée de tous les genres d’ornements, et Il lui disait par la bouche de son Prophète:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous étiez parfaitement belle, de cette beauté que Moi-même Je vous avais donnée''.&amp;amp;nbsp;» Et cependant cette ville comblée de tous les bienfaits divins, bien loin de rendre grâces à Dieu des faveurs qu’elle en avait reçues, bien loin d’employer tous ces dons pour acquérir le bonheur du ciel, cette ville par une horrible ingratitude envers son Père et son Dieu, repousse l’espérance et même la pensée du bonheur éternel, et ne songe, dans l’abondance des biens terrestres, qu’à s’abandonner au plaisir et à la débauche&amp;amp;nbsp;! Mais il faut lire tout le passage dans Ezéchiel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-là ressemblent à cette ville ingrate qui, pour offenser Dieu, se servent précisément des moyens si nombreux qu’Il leur avait donnés de faire le bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est un usage de la Sainte Écriture qu’il faut signaler avec soin. Pour exprimer ce qui n’est qu’une permission de la part de Dieu, elle emploie quelquefois des termes qui, pris à la lettre, désigneraient une action. Ainsi il est dit dans l’Exode : «&amp;amp;nbsp;''J’endurcirai le cœur de Pharaon&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» dans Isaïe . «&amp;amp;nbsp;''Aveuglez l’esprit de ce peuple&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» dans l’Épître aux Romains : «&amp;amp;nbsp;''Dieu les a livrés aux passions ignominieuses et à leur sens réprouvé.&amp;amp;nbsp;''» Dans ces passages, et dans les autres semblables, il ne s’agit point d’une action positive de Dieu, mais d’une simple permission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci bien compris, il ne sera point difficile de savoir ce que nous devons demander à Dieu dans cette sixième partie de l’Oraison Dominicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — QU’EST-CE QU’ON DEMANDE A DIEU PAR CES PAROLES NE NOUS INDUISEZ POINT EN TENTATION.  ====&lt;br /&gt;
Nous ne demandons point de n’être jamais tentés. Car ''la vie de l’homme sur la terre n’est qu’une tentation''. Et il nous est utile et avantageux qu’il en soit ainsi. C’est dans la tentation en effet que nous nous connaissons nous-mêmes, c’est-à-dire nos propres forces. C’est dans la tentation par conséquent que ''nous nous humilions sous la main puissante de Dieu'', et que, combattant généreusement, ''nous méritons la couronne de gloire qui ne se flétrira jamais''. Car, dit Saint Paul , «&amp;amp;nbsp;''celui qui combat dans la carrière ne sera couronné qu’après avoir légitimement combattu.&amp;amp;nbsp;''» Saint Jacques dit à son tour:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux l’homme qui souffre la tentation, parce qu’après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui L’aiment.''&amp;amp;nbsp;» Que si parfois la tentation de l’ennemi est trop pressante, nous penserons, pour soutenir notre courage, que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''nous avons pour nous aider un Pontife qui peut compatir à nos infirmités, ayant été Lui-même tenté et éprouvé en toutes choses.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que demandons-nous donc ici&amp;amp;nbsp;? nous demandons d’être toujours assistés par le Secours divin, afin de ne pas consentir à la tentation en nous laissant séduire par elle, et de n’y point céder non plus par faiblesse. Et si nos forces venaient à nous manquer, nous demandons que la Grâce de Dieu soit toujours avec nous pour les réparer et les ranimer immédiatement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi nous devons implorer le Secours de Dieu d’une manière générale dans toutes les tentations, et quand l’une d’elles nous tourmente davantage, recourir contre elle à la Prière, et d’une manière très expresse. C’est ce que pratiquait David dans presque toutes ses tentations. Ainsi contre le mensonge, il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''N’ôtez point de ma bouche la parole de vérité&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» contre l’avarice:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Inclinez mon cœur vers vos préceptes et non vers l’avarice.&amp;amp;nbsp;''» Contre les futilités de la vie et l’attrait des passions&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Détournez mes yeux pour qu’ils ne voient point la vanité.''&amp;amp;nbsp;» En somme nous demandons de ne pas obéir à nos passions, de ne pas nous lasser de résister aux tentations., de ne pas nous écarter de la voie du Seigneur, de conserver l’égalité d’âme et la constance dans les succès et dans les malheurs, de n’être jamais, en aucune manière, privés de la protection de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous Le prions enfin d’abattre Satan sous nos pieds. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — MOTIFS ET MOYENS DE RÉSISTER AU DÉMON ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur n’a plus maintenant qu’à exhorter les Fidèles aux pensées et aux considérations qui doivent principalement accompagner cette demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette ordre d’idées, rien de plus avantageux d’abord que de bien se pénétrer de la grande faiblesse de l’humanité, de nous défier de nos forces et de mettre en Dieu seul et en sa Bonté l’espérance de notre Salut. Si nous avons la sagesse de nous appuyer sur Lui, nous ferons preuve, même au milieu des plus grands périls, d’un courage d’autant plus invincible que nous pourrons nous rappeler alors combien avant nous, avec le même courage et la même confiance que nous, ont été retirés par Dieu Lui-même — il faut dire le mot — de la gueule béante de Satan. n’avons-nous pas vu Joseph en butte à la passion insensée d’une femme, arraché par Dieu à ce pressant péril, et élevé par Lui au faîte de la gloire&amp;amp;nbsp;? n’avons-nous pas vu Suzanne, victime innocente de véritables suppôts de l’enfer, sur le point de périr d’une mort infâme, ne l’avons-nous pas vue, rendue par Lui à la vie et à l’honneur&amp;amp;nbsp;? Sans doute, il devait en être ainsi, car son cœur était plein de confiance dans le Seigneur. C’est aussi la gloire immortelle du saint homme Job d’avoir triomphé du monde, de la chair et du démon. Il est encore une foule d’autres exemples de ce genre dont le Pasteur saura se servir pour inspirer aux Fidèles cet espoir et cette confiance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il importe également de ne jamais perdre de vue le Chef que nous devons suivre dans ce combat acharné contre les tentations, c’est-à-dire Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous a montré comment on remporte la victoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet Il a vaincu le démon. Il est «&amp;amp;nbsp;''cet homme plus fort qui survient, qui ferrasse le fort armé et qui lui arrache ses armes et ses dépouilles''&amp;amp;nbsp;» . Voici ce que dit Saint Jean de la victoire qu’Il a remportée sur le monde:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ayez confiance, j’ai vaincu le monde''.&amp;amp;nbsp;» Et dans l’Apocalypse, il est appelé le lion vainqueur qui est sorti victorieux pour vaincre encore , parce que dans sa victoire il a acquis à ses partisans le pouvoir de vaincre à leur tour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Épître de Saint Paul aux Hébreux est toute pleine des victoires des Saints ''qui par la Foi ont vaincu les royaumes, qui ont fermé la gueule des lions,'' etc. . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces victoires que nous raconte l’histoire, doivent nous faire penser à celles que les hommes remplis de Foi, d’Espérance et de Charité, remportent tous les jours dans ces combats intérieurs et extérieurs que leur livre le démon. Victoires si nombreuses et si belles que si nous pouvions les contempler de nos yeux, nous ne pourrions rien voir en même temps de plus fréquent et de plus glorieux. C’est en parlant de ces sortes d’ennemis et de leur honteuse défaite que l’Apôtre Saint Jean a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je vous écris, jeunes gens, parce que vous êtes très forts, parce que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu l’esprit malin.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce n’est ni par l’oisiveté, le sommeil, le vin, la bonne chère, les plaisirs que l’on triomphe de Satan, mais par la Prière, le travail, les veilles, la tempérance et la vertu de pureté.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Veillez et priez'', est-il dit, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, ''afin de ne point entrer en tentation.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employons ces armes pour combattre, et nous mettrons nos ennemis en fuite. Car&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ceux qui résistent au démon, le verront fuir devant eux''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, à la vue de ces magnifiques triomphes des Saints, prenons garde de nous complaire en nous-mêmes. Que nul d’entre nous ne soit assez présomptueux pour s’imaginer qu’avec ses seules forces il sera en mesure de résister aux tentations et aux attaques de l’ennemi. non, ces succès-là ne sont point le fait de notre nature ni de l’humaine faiblesse&amp;amp;nbsp;; les forces avec lesquelles nous terrassons les satellites de Satan, c’est Dieu qui nous les donne, Dieu ''qui fait de nos bras comme autant d’arcs d’airain''&amp;amp;nbsp;; qui, dans sa Bonté, ''brise l’arc des forts, et revêt de force les faibles''&amp;amp;nbsp;; qui prend notre Salut sous sa protection&amp;amp;nbsp;; ''dont la droite nous soutient&amp;amp;nbsp;; qui forme nos bras aux combats et nos mains à la guerre''.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc à Dieu seul que nous devons rendre grâces pour nos victoires, car c’est par Lui seul. Et avec son secours, que nous pouvons vaincre. Saint Paul n’y manque pas:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Grâces soient rendues à Dieu, dit-il, qui nous a donné la victoire par Jésus-Christ Notre-Seigneur&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Après lui, la voix céleste de l’Apocalypse célèbre à son tour le triomphe de notre Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Voici le temps du Salut, de la Puissance et du Règne de notre Dieu, et de la Puissance de son Christ, parce que l’accusateur de nos frères a été précipité, et qu’ils l’ont vaincu par le Sang de l’Agneau''.&amp;amp;nbsp;» Remarquons encore un passage du même Livre qui atteste la victoire que Jésus-Christ a remportée sur la chair et sur le monde:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ceux-ci combattront contre l’Agneau, mais l’Agneau les vaincra.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c’est assez sur les motifs et les moyens de vaincre le tentateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ces explications, les Pasteurs ne manqueront pas de montrer aux Fidèles les couronnes que Dieu prépare aux vainqueurs et les récompenses infinies qu’Il leur réserve dans l’éternité. Ce même livre de l’Apocalypse leur en fournira les preuves.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui sera victorieux, ''y est-il dit, ''ne sera point frappé de la seconde mort''&amp;amp;nbsp;; et ailleurs: ''Celui qui sera victorieux, sera ainsi vêtu de blanc, et Je n’effacerai point son nom du Livre de vie, et Je confesserai son nom devant mon Père et devant ses Anges.''&amp;amp;nbsp;» Puis un peu après, Jésus-Christ notre Dieu, Notre-Seigneur Lui-même, s’adresse en ces termes à Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui sera victorieux, J’en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n’en sortira plus&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» puis encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui sera victorieux, Je lui donnerai de s’asseoir avec Moi sur mon trône, comme J’ai vaincu Moi-même et Me suis assis avec mon Père sur son trône.''&amp;amp;nbsp;» Enfin, après avoir fait le tableau de la gloire des Saints et de l’immensité de ces biens éternels dont ils jouiront dans le ciel, il ajoute&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Celui qui vaincra possédera ces choses.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-sixième — Septième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''DÉLIVREZ-NOUS DU MAL. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière demande, par laquelle le Fils de Dieu a voulu finir sa divine Prière, est comme le résumé et la résultante de toutes les autres. Pour en montrer l’importance et la vertu, Il l’employa Lui-même, la veille de sa mort, en priant Dieu son Père pour le salut des hommes.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je Vous prie, dit-Il, de les préserver du mal.&amp;amp;nbsp;»'' Nous avons donc ici, dans cette Prière qu’Il nous a enseignée par ses préceptes et qu’Il a confirmée par ses exemples, une sorte d’abrégé qui renferme en substance la force et l’esprit de toutes les autres demandes. Lorsque, au témoignage de Saint Cyprien, nous avons obtenu ce qu’elle renferme, nous n’avons plus rien à demander. Par le seul fait que nous avons imploré et obtenu la Protection de Dieu contre le mal, nous sommes tranquilles et en sûreté contre tous les assauts du monde et du démon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si cette demande a l’importance que nous venons de dire, le Pasteur se fera un devoir de l’expliquer aux Fidèles avec le plus grand soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — COMMENT ON DOIT DEMANDER D’ÊTRE DÉLIVRÉ DU MAL.  ====&lt;br /&gt;
Dans la demande précédente nous sollicitons la grâce d’éviter la faute, et dans celle-ci nous prions Dieu de nous délivrer de la peine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne paraît pas nécessaire ici de rappeler aux Fidèles les maux dont ils souffrent, les ennuis qui les dévorent, les calamités qui les accablent, et par suite le besoin pressant qu’ils ont du secours d’En-Haut. La vie humaine est en proie à toutes les misères, les écrivains sacrés et profanes sont d’accord sur cette triste vérité qu’ils ont développée de toutes manières. Personne du reste ne peut en douter raisonnablement&amp;amp;nbsp;; qu’il le sache par sa propre expérience ou par celle des autres. tout le monde est convaincu que Job, cet admirable modèle de patience, n’a rien exagéré. «&amp;amp;nbsp;''L’homme né de la femme'', dit-il,&amp;amp;nbsp; ''ne vit que peu de temps, et ce peu de temps est rempli de beaucoup de misères. Il est comme une fleur qui serait foulée aux pieds en naissant, il fuit comme l’ombre, et jamais ne demeure dans le même état.''&amp;amp;nbsp;» Nous ne pouvons en effet passer aucun jour sans chagrin et sans afflictions. Notre-Seigneur nous en avertit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A chaque jour suffit sa peine.&amp;amp;nbsp;''» Au surplus, n’était-ce pas assez nous avertir de la misère de notre condition en nous disant&amp;amp;nbsp; que chaque jour il faut prendre notre croix et marcher à sa suite&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme chacun sent par lui-même toutes les charges et tous les dangers de la vie, il ne sera pas difficile de persuader aux Fidèles qu’ils doivent demander à Dieu d’être délivrés de leurs maux. Et cela est d’autant plus vrai que rien ne porte plus les hommes à la Prière que le désir et l’espoir d’être à l’abri des maux qui les affligent, ou qui les menacent. nous sommes naturellement portés à recourir à Dieu à l’heure de l’épreuve, et sans aucun délai. C’est pour cela sans doute qu’il est écrit&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;''Couvrez leur visage d’ignominie, Seigneur, et ils invoqueront votre Nom.''&amp;amp;nbsp;» Mais si nous nous portons presque spontanément à invoquer le secours de Dieu, dans les périls et dans les calamités, nous avons besoin d’être instruits, par ceux à qui notre salut a été confié, sur la méthode à suivre, pour le faire dignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas rare en effet de trouver des Chrétiens qui renversent l’ordre établi par Jésus-Christ. Car, en nous ordonnant de recourir à Lui ''au jour de la tribulation'' , Il nous a prescrit en même temps l’ordre à suivre pour faire cette Prière. Avant donc de Le prier ''de nous délivrer du mal'', Il nous oblige à Lui demander que son nom soit sanctifié, que son Royaume arrive, en un mot Il veut que nous fassions toutes les autres demandes, qui sont comme autant de degrés pour arriver à celle-ci. Mais si l’on souffre de la tête, de la poitrine, ou d’ailleurs, si l’on éprouve quelque perte dans ses biens, si les ennemis font des menaces et nous mettent en danger, si la famine, la guerre et la peste se font sentir, aussitôt on voit des Chrétiens qui ne tiennent plus aucun compte des degrés intermédiaires de la Prière et qui songent uniquement à solliciter la délivrance de leurs maux. Une telle conduite est contraire au Commandement de Notre-Seigneur Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Cherchez d’abord le Royaume de Dieu''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, pour bien prier, il faut tout rapporter à la Gloire de Dieu, même lorsqu’on Lui demande d’éloigner les peines, les calamités et les maux présents. Lorsque David disait à Dieu: ''Seigneur, ne me reprenez pas dans votre colère'', il ajoutait immédiatement à cette Prière une raison qui prouvait bien l’ardent désir qu’il avait de la Gloire de Dieu. ''La mort'', disait-il , ''ne garde pas votre souvenir, et qui est-ce qui chantera vos louanges dans le tombeau&amp;amp;nbsp;?'' De même lorsqu’il implorait la Miséricorde de Dieu, il avait soin d’ajouter:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’enseignerai vos voies aux pécheurs, et les impies se convertiront à Vous.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut engager fortement les Fidèles, à l’exemple du Prophète, à prier de cette manière vraiment salutaire, et bien leur montrer la différence qui existe entre la prière des infidèles et celle des Chrétiens. C’est qu’en effet les infidèles prient aussi et avec ardeur. Ils demandent à la Divinité la guérison de leurs plaies et de leurs maladies, ils la supplient de les faire sortir des maux qui les accablent, ou qui les menacent. Mais en même temps, ils placent le principal espoir de leur délivrance dans les remèdes de la nature ou de l’art. Ils vont plus loin même, car ils acceptent sans scrupule les remèdes du premier venu, quand même ils sauraient que ces remèdes ont été préparés avec sortilèges, magie et intervention du démon. Il suffit pour les déterminer qu’ils aient le moindre espoir de recouvrer la santé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la conduite des Chrétiens est bien différente. Dans leurs maladies, dans leurs adversités, Dieu est leur principal refuge et, à vrai dire, leur seul soutien. Précisément parce qu’ils Le reconnaissent, et L’adorent comme l’Auteur de tout bien, et leur Libérateur, ils n’oublient point que les remèdes n’ont de vertu curative que celle que Dieu leur a donnée, et par suite qu’ils ne sont utiles aux malades qu’autant que Dieu le veut. La médecine en effet vient de Dieu, qui l’a donnée Lui-même aux hommes pour guérir leurs maladies. De là ces paroles de l’Ecclésiastique:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le très Haut a fait produire à la terre les remèdes, et l’homme prudent ne les dédaignera pas.&amp;amp;nbsp;»'' Aussi ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ne mettent point dans ces remèdes leur principal espoir de guérison&amp;amp;nbsp;; mais ils se confient surtout en Dieu qui est le Créateur même de la médecine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi nos Saints Livres reprennent fortement ceux qui ont trop de confiance dans la science, et ne demandent aucun secours à Dieu. Il y a plus, ceux qui mènent une vie conforme aux préceptes du Seigneur, s’abstiennent de tous les remèdes que Dieu n’a pas destinés à cette fin&amp;amp;nbsp;; quand même ils seraient assurés de guérir par ce moyen, ils ne laisseraient pas de les avoir en horreur comme des artifices et des enchantements du démon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc exhorter les Fidèles à mettre en Dieu toute leur confiance. En nous ordonnant de Lui demander la délivrance de nos maux, ce Père, plein de Bonté, nous donne par là même l’espérance d’être exaucés. nous trouvons dans la Sainte Écriture un grand nombre d’exemples où brille cette confiance dont nous parlons, et qui sont très propres à l’inspirer, même à ceux que le raisonnement ne convaincrait pas. n’avons-nous pas dans la personne d’Abraham, de Jacob, de Lot, de Joseph et de David autant de précieux témoins de la Bonté divine&amp;amp;nbsp;? et le nouveau testament ne nous montre-t-il pas un très grand nombre de personnes qui ont échappé aux plus grands dangers par la vertu de la Prière&amp;amp;nbsp;? Aussi bien, nous n’avons pas à les nommer ici. nous nous bornerons donc à rapporter ces paroles du Prophète, bien capables de nous rassurer tous, même les plus faibles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les justes ont crié, et le Seigneur les a exaucés&amp;amp;nbsp;; et Il les a délivrés de toutes leurs tribulations.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QUELS SONT LES MAUX DONT NOUS DEMANDONS ICI D’ÊTRE DÉLIVRÉS.  ====&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler du sens et de l’étendue de cette demande. C’est le moyen de bien faire comprendre aux Fidèles que nous ne demandons pas d’être absolument délivrés de tous les maux. Car il y a des choses que l’on regarde habituellement comme des maux, et qui, néanmoins, sont très utiles à ceux qui les endurent. Ainsi cet aiguillon de la chair, que ressentait si vivement Saint Paul, servait, avec le secours de la grâce, ''à affermir sa vertu dans la faiblesse'' . Voilà pourquoi les personnes de piété, connaissant le prix et les avantages de ces épreuves. les supportent avec une très grande joie, bien loin de demander à Dieu d’en être délivrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous bornons donc à conjurer par la Prière ces sortes de maux sans profit pour notre âme, mais nullement ceux qui peuvent nous apporter quelques fruits de salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable sens de cette demande est donc qu’après avoir été délivrés du péché et du danger des tentations, nous soyons aussi préservés de tous les maux, tant intérieurs qu’extérieurs, de l’eau, du feu et de la foudre&amp;amp;nbsp;; que la grêle n’atteigne point nos moissons, et que nous n’ayons à souffrir ni de la disette, ni de la sédition, ni de la guerre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons à Dieu d’éloigner de nous les maladies, la peste, les ravages, les chaînes, la prison, l’exil, les trahisons, les embûches, et en général tous les maux qui épouvantent et désolent le plus la vie humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous Lui demandons d’anéantir toutes les causes d’iniquités et de crimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous ne demandons pas seulement d’être préservés de ces choses qui, de l’aveu de tout le monde, sont des maux véritables. nous demandons aussi que ce que l’on regarde généralement comme des biens, à savoir les richesses, les honneurs, la santé, la force, la vie même, ne tournent point à notre malheur, ni à la perte de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous prions Dieu de ne point être frappés de mort subite, de ne point soulever contre nous sa colère, de ne point encourir les châtiments réservés aux impies, de ne point passer par le feu du purgatoire. nous le supplions en même temps, avec toute la piété possible, de délivrer les âmes qui y sont détenues. Enfin le sens que l’Église donne à cette demande, à la Messe et dans ses Litanies, c’est que nous soyons délivrés des maux passés, présents et futurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Dieu, dans sa Bonté infinie, nous délivre des maux, de plus d’une manière. Il éloigne les calamités qui nous menacent. C’est ainsi qu’Il sauve le grand Patriarche Jacob des ennemis que le meurtre des Sichimites avait soulevés contre lui&amp;amp;nbsp;; car nous lisons:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La terreur de Dieu se répandit sur toutes les villes d’alentour, et nul n’osa poursuivre les enfants de Jacob, au moment de leur retraite.''&amp;amp;nbsp;» Tous les Bienheureux qui règnent dans le ciel avec Notre-Seigneur Jésus-Christ ont été eux-mêmes délivrés de tous les maux par la Miséricorde de Dieu&amp;amp;nbsp;; pour nous, tant que nous sommes dans notre pèlerinage, ce même Dieu ne veut pas que nous soyons exempts de toutes les misères. II veut seulement nous préserver de quelques-unes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, les consolations qu’il accorde parfois à ceux que l’adversité accable, sont comme une véritable délivrance de tous les maux. C’est ainsi que David se consolait en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vos consolations, Seigneur, ont rempli mon âme de joie, à proportion même des cruelles douleurs que j’éprouvais.&amp;amp;nbsp;''» Dieu délivre encore les hommes du mal lorsqu’Il les retire sains et saufs, du milieu des dangers les plus grands, auxquels ils se trouvaient exposés, comme Il fit pour les trois jeunes gens dans la fournaise, et pour Daniel dans la fosse aux lions. Les lions le respectèrent, comme les flammes avaient respecté les jeunes gens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Basile le Grand, Saint Jean Chrysostome et Saint Augustin nous disent que le mal dont il est question dans cette demande, serait particulièrement le ''démon'', parce que le démon fut l’auteur des péchés et des crimes des hommes, et que Dieu se sert de lui pour punir les criminels et les impies. Car c’est Dieu qui nous envoie tous les maux que nous souffrons pour nos péchés:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Y aura-t-il dans la ville un mal qui ne vienne du Seigneur&amp;amp;nbsp;?'' dit le Prophète Amos. ''C’est Moi qui suis le Seigneur'' , est-il dit dans Isaïe, ''et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière et Je crée les ténèbres, Je fais la paix et Je produis le mal.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le démon est encore appelé ''le mal'', parce que sans aucune agression de notre part, il nous fait une guerre sans relâche et nous poursuit d’une haine mortelle. Et, bien qu’il soit incapable de nous nuire, lorsque nous avons en mains les armes de la Foi, et le bouclier de l’innocence, cependant, il ne cesse de nous tenter par les maux extérieurs et de nous tourmenter par tous les moyens possibles. Voilà pourquoi nous supplions Dieu de nous délivrer ''du mal''&amp;amp;nbsp;; (ou ''du méchant'', ou ''du malin''). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons ''du mal'' et non pas ''des maux'', parce que les maux qui nous viennent du prochain, doivent être imputés au démon. II en est sûrement l’auteur et l’instigateur. Ainsi loin de nous irriter contre nos Frères, nous devons tourner notre colère et notre haine contre Satan lui-même qui a poussé les hommes à commettre l’injustice envers nous. Si donc votre prochain vous a offensé en quelque manière, lorsque vous priez Dieu votre Père, demandez-Lui non seulement de vous délivrer du mal, c’est-à-dire des injustices dont vous avez été victime, mais encore d’arracher votre prochain des mains du démon, qui ne cherche qu’à précipiter les hommes dans le vice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DE LA PATIENCE NÉCESSAIRE DANS LES MAUX.  ====&lt;br /&gt;
Enfin il importe de savoir que si nos Prières et nos vœux ne nous délivrent point des maux que nous souffrons, nous devons alors les supporter avec patience, et aussi avec cette conviction que Dieu désire extrêmement nous les voir endurer de la sorte. Donc pas d’indignation, pas de tristesse, si Dieu ne nous exauce pas&amp;amp;nbsp;! Ne devons-nous pas tout soumettre à sa sainte Volonté et à son bon plaisir&amp;amp;nbsp;? ne devons-nous pas regarder comme utiles et salutaires les choses que Dieu approuve et non pas celles qui nous plaisent&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les Pasteurs s’appliquent donc à bien représenter aux Fidèles qu’ils doivent être prêts, tant qu’ils sont sur la terre, à supporter les incommodités et les calamités de tout genre, non seulement sans se plaindre, mais même avec une certaine joie. ''Tous ceux'', est-il dit dans nos Saints Livres,&amp;amp;nbsp; ''qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ, souffriront persécution.''&amp;amp;nbsp; ''C’est par beaucoup de tribulations que nous devons entrer dans le Royaume de Dieu.''&amp;amp;nbsp; ''Ne fallait-il pas que le Christ souffrît, et qu’il entrât ainsi dans sa Gloire&amp;amp;nbsp;?'' Or, il n’est pas juste que le serviteur soit au-dessus du maître&amp;amp;nbsp;; il est même ''honteux'', dit Saint Bernard,&amp;amp;nbsp; ''que les membres soient délicats sous un Chef couronné d’épines''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons à cet égard un bel exemple dans la personne d’Urie. Pressé par David d’aller se reposer dans sa maison, il répondit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’Arche de Dieu, Israël et Juda habitent sous des tentes, et moi, j’irais dans ma maison&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous savons nous présenter devant Dieu avec les pensées et les dispositions que nous venons de marquer, nous obtiendrons infailliblement, ou d’être entièrement délivrés de tous les maux qui nous assiègent, comme les trois jeunes gens furent préservés du feu dans la fournaise&amp;amp;nbsp;; ou du moins comme les Macchabées, de supporter l’adversité avec un courage à toute épreuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu des mépris et des tourments, nous imiterons les saints Apôtres qui, accablés de coups de fouets, se réjouissaient vivement , parce qu’ils avaient été trouvés dignes de souffrir des affronts pour Jésus-Christ. Remplis des mêmes sentiments, nous chanterons avec allégresse ce cantique de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les princes m’ont persécuté sans sujet, mais mon cœur n’a craint qu’Il cause de votre parole. Je me réjouis de vos oracles, comme celui qui a trouvé de riches dépouilles.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CONCLUSION DE L’ORAISON DOMINICALE. AMEN. (AINSI SOIT-IL !)  ====&lt;br /&gt;
Saint Jérôme, dans ses commentaires sur Saint Matthieu, nous dit — et il ne se trompe pas — que ce mot ''Amen'' est comme le sceau de l’Oraison Dominicale. Aussi, comme nous avons prévenu les Fidèles de la nécessité de se préparer à la Prière, avant de l’entreprendre, nous avons à leur expliquer maintenant quelle est la raison et le sens de cette conclusion&amp;amp;nbsp;; car il n’est pas plus important de bien commencer la Prière que de la bien finir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les. Fidèles sachent donc que nous retirons des fruits nombreux et excellents de l’Oraison Dominicale. Mais le meilleur et le plus agréable de tous c’est l’assurance que nous obtiendrons ce que nous avons demandé. nous avons suffisamment parlé plus haut de cette consolante vérité, mais nous devons ajouter ici que par cette dernière partie de notre Prière, nous n’obtenons pas seulement que nos demandes soient exaucées, nous recueillons encore des avantages si grands et si remarquables, que la parole peut à peine en donner une idée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les hommes conversent avec Dieu par la Prière, dit Saint Cyprien, la Majesté divine se rapproche, d’une manière incompréhensible, de celui qui prie, bien plus que de tous les autres hommes, et elle l’enrichit des dons les plus précieux. On peut comparer celui qui prie avec piété à un homme qui s’approche du feu. Le feu échauffe celui qui a froid&amp;amp;nbsp;; il fait suer celui qui a déjà chaud: de même ceux qui s’approchent de Dieu par la Prière en deviennent plus ardents, selon la mesure de leur piété et de leur Foi. Leur cœur s’enflamme pour la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; leur esprit est éclairé d’une lumière admirable&amp;amp;nbsp;; et en outre ils sont comblés des dons célestes. La Sainte Écriture nous le dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous l’avez prévenu des bénédictions de votre douceur.&amp;amp;nbsp;''» Moïse, cet illustre personnage, en est un exemple des plus remarquables. Au sortir de ses entretiens intimes avec Dieu, son front et son visage resplendissaient d’une lumière si éclatante que les Israélites ne pouvaient pas le regarder. tous ceux qui prient avec cette piété, avec cette sainte ardeur, participent aux effets admirables de la Bonté et de la Majesté de Dieu. «&amp;amp;nbsp;''Dés le matin, dit le Prophète'',&amp;amp;nbsp; ''je me présenterai devant Vous, et je verrai que Vous n’êtes pas un Dieu qui aime l’iniquité''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus nous connaissons ces merveilles, plus aussi nous sommes pénétrés d’amour et de respect pour Dieu, plus ''nous goûtons combien le Seigneur est doux'', et combien sont ''heureux ceux qui espèrent en lui''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la clarté de cette lumière incomparable qui nous environne, nous commençons à comprendre le néant que nous sommes, devant l’infinie Grandeur et la Majesté de Dieu. nous faisons ce que demande Saint Augustin: «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, faites que je Vous connaisse et que je me connaisse moi-même&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Dès lors nous avons de nous-mêmes et de nos propres forces une juste défiance, et nous nous confions entièrement en la Bonté de Dieu, ne doutant point qu’Il né nous reçoive avec une Charité toute paternelle et une admirable tendresse, et qu’il ne nous donne en abondance tout ce qui nous est nécessaire pour la vie et pour le salut. Alors nous rendons à Dieu toutes les actions de grâces dont notre cœur et notre bouche sont capables, heureux d’imiter en cela le saint roi David, qui, après avoir commencé sa Prière par ces mots:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent,''&amp;amp;nbsp;» finit par ceux-ci: «&amp;amp;nbsp;''Je rendrai grâces à Dieu selon sa justice, et je chanterai à l’honneur du nom du Seigneur très Haut.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Presque toutes les Prières des Saints commencent par la crainte et finissent par l’espérance et la joie. Mais les plus remarquables en ce genre sont celles du Prophète David. Après avoir commencé à prier sous l’empire de la crainte et du trouble, en disant : ''Combien qui s’élèvent contre moi&amp;amp;nbsp;! combien qui crient à mon âme: point de salut pour toi en Dieu'', bientôt il se rassure, et dans la joie qui l’inonde, il ajoute : ''Je ne craindrai pas les milliers d’ennemis qui m’environnent''. Dans un autre Psaume, après avoir déploré sa misère, nous le voyons plein de confiance en Dieu faire éclater une joie extraordinaire dans l’espérance de la béatitude éternelle. ''Je m’endormirai,'' dit-il , ''et je reposerai dans la paix''. Et ce cri: ''Seigneur, ne me reprenez point dans votre colère, ne me châtiez point dans votre fureur'', avec quelle terreur, avec quel effroi n’est-il pas à croire qu’il le prononça&amp;amp;nbsp;! Mais aussi quelle confiance et quelle joie dans les paroles qui suivent: ''Retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l’iniquité, car le Seigneur a exaucé la voix de mes pleurs&amp;amp;nbsp;! ''enfin lorsqu’il avait à redouter la colère et la fureur de Saül, avec quelle humilité n’implorait-il pas le secours de Dieu&amp;amp;nbsp;! ''Seigneur'', disait-il , ''sauvez-moi par votre nom, et défendez ma cause par votre Puissance''. Puis la confiance et la joie revenant, il ajoute dans le même Psaume: ''Voilà que Dieu est mon aide, et que le Seigneur est le défenseur de ma vie''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que celui donc qui, le cœur plein de Foi et d’Espérance, se dispose à prier, se présente devant Dieu son Père avec la confiance ferme qu’il obtiendra ce dont il a besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce mot Amen, qui termine l’Oraison Dominicale, contient en germe toutes les pensées et toutes les considérations que nous venons d’exposer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part Notre-Seigneur Jésus-Christ s’en sert si souvent dans l’Évangile, qu’il a plu à l’Esprit-Saint de le conserver dans l’Église de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici donc, en quelque sorte, le sens qui y est attaché: ''Sachez que vos prières sont exaucées.'' C’est comme la réponse de Dieu renvoyant gracieusement celui qui priait, en lui accordant ce qu’il demandait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation a pour elle la coutume constante de l’Église Et en effet, dans le saint Sacrifice de la Messe, lorsqu’elle récite l’Oraison Dominicale, l’Église n’a pas laissé le mot ''amen'' aux assistants qui doivent simplement dire: ''mais délivrez-nous du mal''&amp;amp;nbsp;; elle l’a réservé pour le Prêtre qui, étant Médiateur entre Dieu et les hommes, répond au peuple que le Seigneur est apaisé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette règle n’est cependant point commune à toutes les Prières, puisque dans les autres, c’est le peuple qui répond: ''Amen'', elle ne s’applique qu’à l’Oraison Dominicale. Et en voici la raison, c’est que dans toutes les autres Prières, ce mot exprime seulement un assentiment ou un désir, tandis qu’ici il signifie que Dieu exauce les demandes de ceux qui prient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut dire d’ailleurs que les interprètes traduisent diversement ce mot ''amen''. Les Septante lui ont donné le sens de: ''ainsi soit-il&amp;amp;nbsp;!'' D’autres ont dit: vraiment. Aquila le traduit par ''fidèlement''. Mais il importe peu qu’on l’entende de telle ou telle manière, pourvu que l’on reconnaisse que dans la bouche du Prêtre, à la Messe, il exprime bien l’assurance que ce qu’on a demandé est obtenu. Saint Paul autorise ce sens en disant aux Corinthiens : «&amp;amp;nbsp;''Toutes promesses de Dieu ont en Jésus-Christ leur vérité&amp;amp;nbsp;; et c’est par Lui aussi que nous disons&amp;amp;nbsp;; Amen à Dieu pour la gloire de notre ministère.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mot est encore pour nous comme la confirmation de toutes nos demandes. Le fait seul de le prononcer rend plus attentifs ceux qui s’adonnent au saint exercice de la Prière, où il arrive trop souvent, hélas&amp;amp;nbsp;! que l’esprit est distrait et entraîné par toutes sortes de pensées étrangères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans cette courte parole nous demandons avec une nouvelle et instante ardeur que tout ce que nous venons de solliciter ''soit fait'', c’est-à-dire accordé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ou bien, ou mieux, reconnaissant déjà que nous avons tout obtenu, la présence du secours divin nous pénètre de joie, et nous chantons avec le Prophète : «&amp;amp;nbsp;''Voici que Dieu vient à mon aide et que le Seigneur est le défenseur de ma vie.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Personne en effet n’a le droit de douter que Dieu ne soit touché tout ensemble et du nom de son Fils, et d’une parole qu’Il a si souvent proférée&amp;amp;nbsp;; puisque ce divin Fils, comme dit Saint Paul , ''a toujours été exaucé à cause de son respect'' pour son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Annexes ==&lt;br /&gt;
=== Définition de l’Immaculée Conception ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Bulle «&amp;amp;nbsp;Inefabilis Deus » Pie IX — 8 décembre 1854''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l’honneur et la gloire de la Vierge Marie Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la nôtre, nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, dans le premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulières du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. C’est pourquoi, s’il en était, ce qu’à Dieu ne plaise, qui eussent la présomption d’avoir des sentiments contraires à ce que nous venons de définir, qu’ils sachent très clairement qu’ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement, qu’ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l’unité de l’Église, et que, de plus, par le fait même, ils encourent les peines portées par le droit s’ils osent manifester par parole, par écrit ou par quelque signe extérieur, ce qu’ils pensent intérieurement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Définition de l’Infaillibilité pontificale ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Constitution dogmatique «&amp;amp;nbsp;Pastor aeternus » — 1er concile du Vatican — 18 juillet 1870''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l’approbation du saint Concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu: le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu’il soit anathème. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Définition de l’Assomption ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Constitution apostolique «&amp;amp;nbsp;Munificentissimus Deus&amp;amp;nbsp;» — Pie XII — 1&amp;quot; novembre 1950''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir très souvent adressé à Dieu nos supplications, invoqué la lumière de l’Esprit de Vérité, pour la gloire du Dieu tout-puissant qui a répandu sur la Vierge Marie les largesses d’une bienveillance toute particulière, pour l’honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, pour une plus grande gloire de son auguste Mère et pour la joie et l’exultation de toute l’Église, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et par notre propre autorité, nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé que: l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par conséquent, si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, osait volontairement mettre en doute ce qui a été défini par nous, qu’il sache qu’il a totalement abandonné la foi divine et catholique.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Catéchisme du Concile de Trente : Quatrième partie</title>
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 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1564-1566&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Cette version ne comprend pas les notes. Scanné d’après le reprint que les éditions Dominique Martin Morin ont fait du numéro 136 (septembre-octobre 1969) de la revue ‘Itinéraires’. (‘Itinéraires’ reprenait sans rien y changer le texte des éditions Desclée et Cie, imprimatur à Tournai, le 17 juillet 1923.). Les définitions dogmatiques postérieures à la rédaction du Catéchisme du Concile de Trente (Immaculée Conception, Infaillibilité pontificale, Assomption), qui figurent en annexe, ont été ajoutées dans la réédition de 1984.&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quatrième partie — De la prière ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-huitième — De la Prière en général ===&lt;br /&gt;
L’un des devoirs les plus sacrés du ministère pastoral, l’un des plus indispensables au salut du peuple, c’est, à coup sûr, l’enseignement de la Prière chrétienne. Si un Pasteur pieux et zélé ne met pas tous ses soins à en instruire les Fidèles, beaucoup d’entre eux n’en connaîtront jamais la nature et l’importance. C’est pourquoi le Prêtre, digne de ce nom, s’appliquera de toutes ses forces à bien faire comprendre à ses auditeurs religieux ce qu’il faut demander à Dieu, et comment il convient de le demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les qualités de la Prière parfaite se trouvent réunies dans cette divine formule que Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut bien enseigner à ses Apôtres, et, par eux ou par leurs successeurs, à tous ceux qui dans la suite devaient embrasser la Religion chrétienne&amp;amp;nbsp;; formule dont les paroles et les pensées doivent être gravées si profondément dans notre esprit et dans notre cœur, qu’elles nous soient toujours présentes. Et pour faciliter aux Pasteurs les moyens d’instruire les Fidèles sur cette Prière particulière, nous avons réuni, dans cette dernière partie de notre Catéchisme, tout ce qui nous a paru se rapporter davantage à notre sujet. Dans ce but, nous avons emprunté largement aux Auteurs les plus savants et les plus célèbres en cette matière. Pour le surplus, les Pasteurs (s’ils en ont besoin), pourront aller le puiser eux-mêmes, et aux mêmes sources. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE LA NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
La première chose à enseigner, dans ce sujet, c’est la nécessité de la Prière, car la recommandation qui nous en est faite n’est pas un simple conseil, mais bien un précepte rigoureux et formel. Notre-Seigneur Jésus-Christ l’a déclaré expressément:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il faut toujours prier.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nécessité de la Prière ressort également de la petite Préface que l’Église nous fait dire à la Messe, avant l’Oraison Dominicale: ''Notre-Seigneur, nous ayant commandé de prier, et nous ayant donné Lui-même un modèle de prière, nous osons dire, etc'' C’est donc parce que la Prière est nécessaire d’une part, et parce que d’autre part, ses disciples Lui avaient dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, apprenez-nous à prier''&amp;amp;nbsp;», que le Fils de Dieu leur prescrivit une formule de prière, en leur donnant l’espoir qu’ils obtiendraient tout ce qu’ils demanderaient. Bien plus, Il voulut confirmer son précepte par son propre exemple, non seulement en priant avec assiduité, mais même en passant des nuits entières à prier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres ne manquèrent pas de transmettre ce précepte de Jésus-Christ à ceux qui embrassaient la Foi chrétienne. C’est ainsi que Saint Pierre et Saint Jean se font un devoir de le rappeler très exactement aux âmes croyantes&amp;amp;nbsp;; et l’Apôtre Saint Paul s’empresse de les imiter, en exhortant fréquemment les Chrétiens à cette salutaire obligation de la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est, en outre, tant de biens et de secours dont nous avons besoin et pour l’âme et pour le corps, qu’il nous faut absolument recourir à la Prière. Elle seule, en effet, est capable d’exposer fidèlement à Dieu notre détresse. Elle seule peut en obtenir tout ce qui nous manque. ne l’oublions pas, Dieu ne doit rien à personne, et par conséquent, si nous voulons qu’Il nous accorde ce dont nous avons besoin, nous devons nécessairement le solliciter de Lui par la Prière. La Prière est comme un instrument qu’Il nous a donné, afin que nous nous en servions pour obtenir ce que nous désirons. Sans la Prière — cela n’est que trop certain — il est des choses que nous n’aurions jamais. Ainsi, l’un de ses effets les plus extraordinaires, c’est qu’elle possède la vertu de chasser les démons. Car, dit Notre-Seigneur dans Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il est un genre de démons qui ne peut se chasser que par le jeûne et par la Prière.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc se priver d’un grand nombre de faveurs particulières, que de négliger ce pieux exercice de la Prière, de n’en point prendre l’habitude, de ne pas s’en acquitter avec tout le soin qu’il mérite. Pour obtenir, au contraire, ce que l’on demande, il ne faut pas seulement une Prière convenable, il faut une prière persévérante. Comme le dit très bien Saint Jérôme:&amp;amp;nbsp; il ''est écrit:''&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''On donne à quiconque demande. Si donc on ne vous donne pas, c’est que vous ne demandez pas. Demandez donc, et vous recevrez.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II — UTILITÉ ET FRUITS DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Si la Prière est nécessaire, elle est aussi extrêmement utile. Ses fruits sont très agréables et très abondants. Les Pasteurs en trouveront le détail dans les Saint Pères, lorsqu’ils auront à les expliquer aux Fidèles. Pour nous, nous nous sommes bornés à en choisir quelques-uns qui nous ont paru convenir aux besoins des temps présents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier fruit que nous retirons de la Prière, c’est que notre Prière honore Dieu, car elle est un Acte de religion que les Saintes Lettres comparent à un parfum. «&amp;amp;nbsp;''Que ma Prière s’élève vers Vous, ''dit le Prophète , ''comme la fumée de l’encens&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» en priant, nous reconnaissons que nous dépendons de Dieu, nous confessons et proclamons qu’Il est l’Auteur de tous les biens, nous n’espérons qu’en Lui, et nous Le regardons comme le seul refuge et l’unique soutien de notre existence présente et&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Matth., 17, 21. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5. Matth., 7, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8. Luc., 11, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10. Joan., 16, 23. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Hier. in cap., &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7. Matth. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6. Ps., 140&amp;amp;nbsp;; 2. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de notre vie future. Du reste, ce fruit de la Prière est clairement marqué dans ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-moi au jour de la tribulation, Je vous en tirerai, et vous M’honorerez&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un second fruit de la Prière, — fruit infiniment avantageux et consolant, et qu’on en retire lorsque Dieu l’exauce — c’est qu’elle ouvre le ciel dont elle est la clef, selon Saint Augustin.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La Prière monte, dit-il, et la miséricorde divine descend. Si basse que soit la terre, si élevé que soit le ciel, Dieu entend néanmoins la parole de l’homme.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière est d’une vertu et d’une utilité si grandes, que par elle nous obtenons la plénitude des dons célestes. C’est à cause de nos Prières que Dieu nous donne l’Esprit Saint pour guide et pour appui. Par elle encore nous conservons la pureté de notre Foi, nous écartons les dangers, nous évitons les peines, nous sommes protégés de Dieu dans la tentation et nous triomphons du démon. En un mot, la Prière est la source des joies les plus pures. C’est pourquoi Notre-Seigneur disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs, il n’est pas possible de douter un seul instant que Dieu dans sa Bonté ne réponde et ne se rende à l’appel de la Prière. nous en trouvons la preuve en maints endroits de nos Saints Livres. Et comme ces textes sont sous la main de tous, nous nous bornerons à citer les paroles suivantes d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Alors vous invoquerez,'' dit-il, ''et le Seigneur vous exaucera: vous crierez, et le Seigneur dira: Me voici&amp;amp;nbsp;!'' » Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''avant qu’ils ne crient, Je les entendrai&amp;amp;nbsp;; ils parleront encore, que déjà Je les aurai exaucés''&amp;amp;nbsp;» Quant aux exemples de ceux qui ont obtenu de Dieu ce qu’ils demandaient, ils sont si nombreux et si connus que nous n’avons pas besoin de les rapporter ici. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il arrive quelquefois cependant que nous n’obtenons pas de Dieu ce que nous Lui demandons. C’est vrai. Mais Dieu n’en veut pas moins notre bien. Ou Il nous accorde des grâces plus grandes et plus précieuses que celles que nous sollicitons, ou l’objet de notre Prière n’est ni nécessaire ni utile, ou peut-être même, si Dieu nous l’avait accordé, il nous serait devenu funeste et nuisible. «&amp;amp;nbsp;''Car,'' dit Saint Augustin , ''il y a des choses que Dieu refuse dans sa bonté et qu’Il accorde dans sa colère.&amp;amp;nbsp;''» D’autres fois aussi notre Prière est si tiède et si nonchalante que nous ne pensons pas même à ce que nous disons. Cependant la Prière est l’élévation de notre âme vers Dieu. Mais si, en priant, l’esprit qui devrait ne s’occuper que de Dieu, s’égare sur toutes sortes d’objets, et si l’on débite sans attention, sans piété, presque au hasard, les formules qu’on récite, comment donner le nom de Prière chrétienne à ce vain bruit de paroles&amp;amp;nbsp;? est-il étonnant dès lors que Dieu se montre insensible à nos désirs, puisque par notre négligence et notre indifférence même, nous semblons prouver que nous ne tenons pas du tout à ce que nous demandons, ou bien que nous sollicitons des choses qui nous seraient nuisibles&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au contraire, quand on prie avec attention et ferveur, on obtient de Dieu beaucoup plus qu’on ne demande. Saint Paul nous l’atteste dans son Epître aux Ephésiens. nous en avons la preuve également dans la Parabole de l’enfant prodigue. Ce malheureux jeune homme se serait cru très bien traité, si seulement son père avait voulu l’admettre au rang de mercenaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois même Dieu met le comble à ses faveurs, en nous accordant ses. dons non seulement en abondance, mais encore avec promptitude, non seulement sur notre demande, mais sur un simple désir de notre part. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce que nous voyons dans nos Saints Livres, où nous trouvons des formules de ce genre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu a exaucé les vœux du pauvre.''&amp;amp;nbsp;» Oui vraiment notre Dieu répond aux désirs intimes et secrets de ceux qui ont besoin, avant même qu’ils ne Lui aient exposé leur détresse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un troisième fruit de la Prière, c’est qu’elle est un exercice et un accroissement de toutes les vertus, en particulier de la Foi. Le mayen de prier, en effet, et de bien prier, si l’on n’a pas foi en Dieu&amp;amp;nbsp;? C’est la parole de l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comment invoqueront-ils Celui auquel ils ne croient point&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Dès lors plus les Fidèles mettent d’ardeur à prier, plus ils ont une foi grande et ferme dans la Bonté et la Providence de Dieu, et par suite plus ils sont disposés à Lui obéir, c’est-à-dire à s’en rapporter à Lui pour tous leurs besoins, et à Lui demander toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu pourrait, à coup sûr, répandre sur nous tous ses dons, sans prières et même sans désirs de notre part. C’est ainsi qu’Il en agit envers les animaux privés de raison, à qui Il donne tout ce qui est nécessaire à leur existence. Mais ce Père d’une Bonté parfaite veut être prié par ses enfants. Il veut qu’en L’invoquant chaque jour, notre Prière s’élève chaque jour jusqu’à Lui avec une confiance plus grande. En un mot Il veut, en exauçant nos Prières, affirmer de plus en plus et proclamer en quelque sorte son infinie Bonté envers nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière augmente aussi la Charité. En effet, lorsque nous reconnaissons Dieu comme l’Auteur de tous les biens et de tous les avantages dont nous jouissons ici-bas, nous nous attachons à Lui de tout l’amour dont notre cœur est capable. Les affections humaines grandissent et s’enflamment par les conversations, les visites, les rapports fréquents. Il en est de même de l’Amour de Dieu. Plus les hommes pieux multiplient leurs prières, en implorant la Bonté de Dieu, et en s’entretenant avec Lui, plus ils sentent croître en eux-mêmes une joie pénétrante, en même temps qu’ils sont portés à aimer et à servir Dieu de tout leur cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Si donc Dieu nous oblige à Le prier, c’est afin que nous soyons plus ardents à Lui demander ce que nous désirons&amp;amp;nbsp;; c’est aussi [selon la pensée de Saint Augustin]&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''afin que nous ne soyons redevables qu’à la constance et d la vivacité de nos désirs, de ces faveurs signalées dont notre cœur, auparavant sec et resserré, n’aurait pas été digne''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il veut aussi nous faire comprendre et toucher du doigt, en quelque sorte, cette vérité capitale, que si le secours de la Grâce céleste venait à nous manquer, nous ne pourrions absolument rien par nous-mêmes. Quel motif, par conséquent, de nous appliquer à prier avec toute la ferveur possible 1&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière est encore une arme très puissante contre les ennemis les plus dangereux de notre nature: «&amp;amp;nbsp;''contre le démon et ses attaques, ''dit saint Hilaire , ''combattons par le bruit de nos prières.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre fruit bien précieux que nous assure la prière, c’est que malgré notre dégradation originelle, et par suite notre inclination au mal et aux divers appétits déréglés de la concupiscence, Dieu nous permet néanmoins d’élever nos pensées jusqu’à Lui. Et s’il nous permet d’agir de la sorte, c’est qu’il veut par là nous faire mériter ses bienfaits, sanctifier notre volonté, purifier nos souillures et détruire en nous les effets malheureux du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la Prière, selon la pensée de Saint Jérôme, résiste à la colère divine elle-même. «&amp;amp;nbsp;''Laisse-Moi''&amp;amp;nbsp;», disait Dieu à Moise , qui L’arrêtait par sa Prière, au moment où Il voulait châtier son peuple. C’est qu’en effet pour apaiser la colère de Dieu irrité, pour l’amener à suspendre ses coups, lorsqu’il se prépare à frapper le coupable, et même pour Le faire revenir de sa «&amp;amp;nbsp;''fureur''&amp;amp;nbsp;», rien n’est plus efficace que la Prière des âmes pieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES DIVERSES PARTIES DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Après avoir parlé aux Fidèles de la nécessité et de l’utilité de la Prière des Chrétiens, il faut aussi leur apprendre quelles sont les diverses parties qui la composent. D’après le témoignage de l’Apôtre, cette science importe extrêmement au parfait accomplissement du devoir de la Prière. Dans son épître à Timothée, où il exhorte son disciple à prier saintement et avec piété, il distingue avec soin les différentes parties de cet exercice. «&amp;amp;nbsp;''Je recommande avant toutes choses,'' dit-il,&amp;amp;nbsp; ''que l’on fasse des supplications, des prières, des demandes, et des actions de grâces pour tous les hommes''.&amp;amp;nbsp;» Et comme la différence entre ces quatre mots employés par l’Apôtre est assez difficile à établir, les Pasteurs qui croiront utile de l’expliquer à leurs auditeurs ne manqueront pas de consulter, entre autres, Saint Hilaire et Saint Augustin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A vrai dire les deux parties principales de la Prière sont la demande et l’action de grâces. Les autres en dérivent comme de leur source. Voilà pourquoi nous n’avons pas cru devoir les passer sous silence. nous allons à Dieu, et nous Lui rendons un culte d’hommage et de respect, soit pour obtenir de Lui quelque bienfait nouveau, soit afin de Lui témoigner notre reconnaissance pour tous ceux dont sa Bonté ne cesse de nous enrichir et de nous combler. toute Prière revêt nécessairement ce double caractère. Dieu Lui-même nous l’a marqué en ces termes par la bouche de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-Moi au jour de la tribulation, Je vous délivrerai, et vous M’honorerez.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord est-il possible d’ignorer combien nous avons besoin de la Libéralité et de la Bonté de Dieu, pour peu que l’on considère l’excès de nos misères et de notre pauvreté&amp;amp;nbsp;? D’autre part tous ceux qui voient et qui pensent se rendent bien compte que le cœur de Dieu est très favorablement disposé pour le genre humain et qu’Il se plaît à répandre sur nous ses largesses. De quelque côté en effet que nous portions nos regards et nos pensées, partout nous voyons éclater les preuves les plus admirables de la Bonté et de la Générosité divines. Qu’avons-nous en effet que nous n’ayons reçu de la Libéralité de Dieu&amp;amp;nbsp;? et si tous les biens que nous possédons. ne sont que des présents de sa Munificence, pourquoi tous ensemble, dans la mesure de nos forces, n’exalterions-nous point par nos louanges un Dieu si infiniment bon, pourquoi ne ferions-nous pas monter vers Lui de continuelles actions de grâces&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, soit que l’on demande, soit que l’on remercie, il y a dans la Prière différents degrés, plus élevés et plus parfaits les uns que les autres. Afin donc que les Fidèles puissent non seulement prier, mais encore prier très bien et comme il convient, les Pasteurs auront soin de leur proposer la méthode la meilleure et la plus parfaite, et ils les exhorteront de toutes leurs forces à la mettre en pratique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais précisément quelle est la meilleure manière de prier&amp;amp;nbsp;? quel est le degré le plus élevé en matière d’Oraison&amp;amp;nbsp;? évidemment c’est celui des âmes pieuses et justes qui, appuyées sur le fondement inébranlable de la vraie foi, arrivent graduellement, par la pureté de leur conscience et par la ferveur de leurs vœux, à ce point d’élévation où elles peuvent contempler l’infinie Puissance de Dieu, avec son immense bonté et sa sagesse suprême. Là elles acquièrent l’espérance certaine d’obtenir tout ce qu’elles demanderont présentement, et cette abondance incalculable de biens que Dieu a promis d’accorder à ceux qui sauront implorer son secours avec une piété sincère et fervente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi que, portée en quelque sorte sur deux ailes, l’âme prend son essor vers le ciel et s’élève jusqu’à Dieu, pour Le louer et Le remercier tout ensemble des bienfaits si précieux qu’elle a reçus. Ensuite avec une piété ardente et une profonde vénération, elle Lui parle en pleine confiance de tous ses besoins, comme le ferait un fils unique au plus aimé des pères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette manière de prier prend dans la Sainte Écriture le nom d’effusion ou d’épanchement. «&amp;amp;nbsp;''Je répands ma Prière en sa présence, ''dit le prophète, &amp;amp;nbsp;''et j’exprime devant Lui ma tribulation.''&amp;amp;nbsp;» Ceci revient à dire que celui qui se présente devant Dieu pour le prier, ne doit rien taire, rien cacher, mais épancher tout son cœur dans le sien, et se réfugier avec confiance dans le sein de Celui qui est le plus aimant des Pères. C’est ainsi en effet que l’Esprit Saint Lui-même règle notre conduite sur ce point:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Répandez vos cœurs devant Dieu, ''dit le Psalmiste, ''et mettez vos peines dans le sein du Seigneur.&amp;amp;nbsp;''»C’est aussi de ce degré d’Oraison que Saint Augustin veut nous parler dans son enchiridion, quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ce que la Foi croit, l’Espérance et la Charité le demandent.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre degré de la Prière, c’est celui où se trouvent certaines personnes que le poids de leurs péchés mortels écrase, mais qui néanmoins font tous leurs efforts pour se relever avec cette Foi qu’on appelle morte, et remonter jusqu’à Dieu. Mais comme leurs forces sont presque anéanties, et leur Foi très affaiblie, elles ne peuvent se soulever de terre. Cependant elles reconnaissent leurs fautes, le remords les déchire, la contrition est dans leur cœur, et tout éloignées qu’elles sont de Dieu, elles s’humilient et s’abaissent devant Lui en implorant la grâce du pardon et de la paix. Une telle prière obtient toujours&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
son effet devant Dieu, qui non seulement l’exauce, mais qui pousse la miséricorde envers ces âmes pécheresses jusqu’à les appeler à Lui en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Venez à Moi,'' dit-Il, ''vous tous qui êtes fatigués et courbés sous le fardeau, et Je vous soulagerai.&amp;amp;nbsp;''» De ce nombre était ce Publicain qui n’osait pas même lever les yeux vers le ciel, et qui cependant sortit du temple, dit l’Évangile, plus justifié que le Pharisien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un troisième degré de Prière se trouve dans ceux qui n’ont pas encore la Foi. Grâce à la Bonté divine qui rallume en eux les faibles restes de la lumière naturelle, ils se sentent entraînés avec une grande ardeur à l’étude et à l’amour de la vérité, et ils demandent par de ferventes Prières la faveur d’en être instruits. S’ils persévèrent dans ces bonnes dispositions, la Clémence divine ne rejettera point leurs instances. nous en avons une preuve remarquable dans l’exemple du centurion Corneille. Aussi bien qui donc a jamais fait cette Prière du fond du cœur, et a trouvé fermées les portes de la Miséricorde divine&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le dernier degré de la Prière est celui de ces pécheurs qui non seulement ne se repentent point de leurs mauvaises actions et de leurs infamies, mais encore entassent crimes sur crimes. Et cependant ils n’ont pas honte de solliciter de Dieu le pardon de ces péchés dans lesquels ils veulent persévérer&amp;amp;nbsp;! Certes, ils n’oseraient pas, dans de pareilles dispositions, demander aux hommes un pardon semblable. Aussi, qu’arrive-t-il&amp;amp;nbsp;? Leur Prière n’est point exaucée. «&amp;amp;nbsp;''Ce scélérat,'' dit la Sainte Écriture, en parlant d’Antiochus,&amp;amp;nbsp; ''priait le Seigneur de qui il ne devait point obtenir miséricorde.''&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi les Pasteurs ne manqueront pas d’exhorter fortement ceux qui sont dans ce triste état, à renoncer définitivement à la volonté de pécher, et à se convertir à Dieu dans toute la sincérité de leur cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CE QU’IL FAUT DEMANDER DANS LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Lorsque nous expliquerons en détail l’Oraison Dominicale, nous dirons exactement ce qu’il faut demander dans la Prière, et ce qu’il ne faut pas demander. Pour l’instant, il suffit de rappeler aux Fidèles d’une manière générale qu’ils ne doivent demander à Dieu que des choses justes et honnêtes. S’ils demandaient ce qui ne convient pas, ils auraient à craindre d’être repoussés avec cette réponse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne savez ce que vous demandez.''&amp;amp;nbsp;» Or, tout ce qu’on peut désirer légitimement, il est permis également de le demander. La promesse si étendue de Notre-Seigneur ne nous permet pas d’en douter.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous demanderez fout ce que vous voudrez, et il vous sera donné.''&amp;amp;nbsp;» Il s’engage en effet à tout accorder. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, en premier lieu, nous dirigerons nos vœux et nos désirs de telle sorte que Dieu, qui est notre plus grand Bien, soit aussi l’objet de notre amour et de nos désirs les plus grands. nous désirerons ensuite tout ce qui peut nous unir le plus étroitement à Dieu. Mais nous éloignerons soigneusement de notre cœur et de nos affections tout ce qui pourrait nous séparer de Lui, ou seulement affaiblir notre union mutuelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En prenant pour règle suprême ce Bien souverain et parfait, il est facile de déterminer dans quelle mesure il faut désirer et demander à Dieu notre Père les autres choses qu’on appelle aussi des biens. Ainsi, les biens du corps, comme les autres biens extérieurs, c’est-à-dire, la santé, la force, la beauté, les richesses, les honneurs, la gloire, ne sont que trop souvent des occasions et des instruments de péché, et par conséquent il est difficile de les demander d’une manière conforme à la piété et au salut. C’est pourquoi il faut en réduire la demande dans des limites telles que nous ne désirions ces avantages de la vie présente qu’autant qu’ils nous sont nécessaires. Dès lors notre Prière se rapporte à Dieu. Il nous est bien permis en effet de demander ce qui faisait l’objet de la prière de Jacob et de Salomon. Or le premier disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si le Seigneur me donne du pain pour me nourrir et des vêlements pour me couvrir, Il sera toujours mon Dieu''.&amp;amp;nbsp;» Et le second:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Donnez-moi seulement ce qui est nécessaire à la vie.''&amp;amp;nbsp;» Mais comme Dieu, dans sa Bonté, veut bien pourvoir à notre nourriture et à notre entretien, n’est-il pas bien juste que nous ne pendions jamais de vue cette recommandation de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que ceux qui achètent soient comme s’ils ne possédaient pas&amp;amp;nbsp;! que ceux qui usent des choses de ce monde, soient comme s’ils n’en usaient pas&amp;amp;nbsp;; car la figure de ce monde passe&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et cette autre du Prophète David, (que nous avons déjà citée):&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si les richesses nous viennent en abondance, n’y attachons point notre cœur.''&amp;amp;nbsp;» Dieu Lui-même a voulu nous l’apprendre nous n’en avons que l’usufruit, et encore à la condition d’y associer les autres. Si nous avons la santé, si nous possédons en abondance les autres biens du corps et de la fortune, souvenons-nous que Dieu ne nous les a donnés que pour nous aider à Le mieux servir et à soulager davantage le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux biens et aux ornements de l’esprit, comme les arts et les sciences, nous pouvons les demander, mais seulement à la condition qu’entre nos mains ils tourneront à la Gloire de Dieu et au salut de notre âme. La seule chose que nous puissions souhaiter, rechercher, demander d’une manière-absolue, sans condition et restriction, c’est, nous l’avons déjà dit, la Gloire de Dieu, et ensuite tout ce qui peut nous rattacher et nous unir à ce souverain Bien, comme la Foi, la crainte du Seigneur et son amour&amp;amp;nbsp;; vertus dont nous parlerons plus longuement lorsque nous expliquerons toutes les demandes de l’Oraison Dominicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas tout&amp;amp;nbsp;; après avoir appris aux Fidèles ce qu’ils doivent demander, il faut aussi leur faire connaître pourquoi ils doivent demander. Or, la Prière se compose précisément de la demande et de l’action de grâces. Parlons d’abord de la demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — POUR QUI FAUT-IL PRIER ====&lt;br /&gt;
Il faut prier pour tous les hommes sans exception ennemis, étrangers, ou d’une religion différente de la nôtre. Car l’ennemi, l’étranger, l’infidèle, sont également notre prochain. Or, d’après l’ordre formel de Dieu, nous devons aimer notre prochain, et par conséquent prier pour lui, puisque la Prière pour les autres est un des devoirs de la Charité. Cette recommandation de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qu’il se fasse, je vous en prie, des Prières pour tous les hommes,''&amp;amp;nbsp;» n’a pas d’autre but. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas inutile de faire remarquer que dans la Prière on doit demander d’abord ce qui intéresse le salut de l’âme, puis ce qui se rapporte au bien du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers pour qui nous sommes obligés de prier sont les Pasteurs des âmes. L’Apôtre Saint Paul nous l’apprend par son propre exemple&amp;amp;nbsp;; il écrit aux Colossiens&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''de prier pour lui, afin que Dieu lui ouvre une entrée pour prêcher sa parole''&amp;amp;nbsp;». Il agit de même avec les Thessaloniciens. nous lisons dans les Actes des Apôtres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’une prière continuelle se faisait dans l’Église pour Pierre&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; et Saint Basile, dans ses traités des Mœurs, nous rappelle qu’«&amp;amp;nbsp;''il faut prier pour ceux qui président à la Parole de vérité''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il faut prier pour les Princes. C’est encore l’enseignement de Saint Paul. nul n’ignore en effet combien il importe au bien public d’avoir des Princes pieux et zélés pour la justice. Il faut donc demander à Dieu de les rendre tels qu’ils doivent être pour commander aux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs saints personnages nous avertissent par leurs exemples de prier aussi pour les bons et les justes. Ils ont besoin en effet des Prières des autres. Dieu l’a voulu ainsi, afin de prévenir dans leur cœur les mouvements de l’orgueil, en leur faisant sentir qu’ils ont besoin des suffrages de leurs inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur nous ordonne également de prier pour ceux&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qui nous persécutent et nous calomnient''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le témoignage de Saint Augustin, — et ce témoignage a une grande valeur — l’Église a reçu des Apôtres la coutume de faire des Prières et des vœux pour ceux qui sont hors de la vraie Religion, afin que les infidèles obtiennent la Foi, que les adorateurs des idoles soient arrachés à leurs erreurs impies&amp;amp;nbsp;; que les Juifs déchirent le voile épais qui leur cache la vérité, et la reconnaissent enfin&amp;amp;nbsp;; que les hérétiques, revenant à la saine raison, s’instruisent, comme ils le doivent, de la Doctrine catholique&amp;amp;nbsp;; que les schismatiques, qui se sont séparés de la Communion de la très sainte Église leur mère, se rattachent à elle de nouveau par les liens d’une véritable Charité. Les Prières qui sont ainsi faites avec une Foi ardente, pour toutes ces sortes de personnes, sont d’une grande efficacité. On peut le constater par cette multitude d’hommes de toutes conditions que Dieu ''arrache'' chaque jour ''à la puissance des ténèbres, pour les faire entrer dans le Royaume de son Fils bien aimé, et dont Il fait des vases de miséricorde, de vases de colère ''qu’ils étaient auparavant. tout Chrétien intelligent et pieux sera toujours convaincu que les Prières des âmes justes ont une très large part à ces conversions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Prières que l’on adresse à Dieu pour les âmes des trépassés, afin de les faire sortir du Purgatoire, sont une tradition et une conséquence de la doctrine des Apôtres. nous avons dit tout ce qu’il fallait rappeler sur ce point, en traitant du saint Sacrifice de la Messe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à ceux qui ont le malheur d’être en état de péché mortel, c’est à peine s’ils peuvent retirer quelque utilité des Prières et des vœux. Cependant la Charité chrétienne demande qu’on prie pour eux, et qu’on en vienne aux larmes et aux gémissements devant Dieu pour leur obtenir pardon et miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc les Saints ont fait quelquefois des imprécations contre les impies, les Pères de l’Église veulent que nous les regardions comme des prédictions du sort qui les attend, ou des souhaits de mort qui ne s’adressent qu’au péché, pour le détruire, et par là sauver les pécheurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la 2° partie de la Prière, nous rendons à Dieu les actions de grâces les plus vives pour les divins et immortels bienfaits dont Il a comblé sans cesse, et dont II comble encore tous les jours le genre humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais surtout nous Le remercions, et d’une manière spéciale, pour tous les Saints&amp;amp;nbsp;; nous Le louons et Le bénissons, autant qu’il est en nous, de la victoire et du triomphe que sa paternelle Bonté leur a fait remporter sur tous leurs ennemis, intérieurs et extérieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est là ce que nous faisons en particulier dans la Salutation Angélique, lorsque nous disons à la Sainte Vierge, en forme de prière: ''Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes.'' Par ces paroles en effet nous rendons à Dieu un splendide hommage de louanges et d’actions de grâces, pour tous les dons célestes dont Il a bien voulu combler la très sainte Vierge, et en même temps nous la félicitons elle-même de son incomparable bonheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n’est pas sans raison que la sainte Église a ajouté, à cette action de grâces, des Prières et des invocations à la très sainte Mère de Dieu. Elle veut que nous ayons recours à elle avec une pieuse confiance et une profonde humilité, afin d’obtenir par son intercession que Dieu veuille bien se réconcilier avec nous malgré toutes nos fautes, et nous accorder les biens qui nous sont nécessaires pour cette vie et pour l’autre. Oui, nous devons, enfants d’Eve exilés dans cette vallée de larmes, invoquer, sans jamais nous lasser, celle qui est la Mère de la miséricorde, l’avocate du peuple fidèle, afin qu’elle prie pour nous, pauvres pécheurs&amp;amp;nbsp;; nous devons en un mot réclamer sans cesse par nos Prières le secours et l’assistance de celle dont les mérites sont si éminents devant Dieu, et dont on ne peut sans impiété et sans crime révoquer en doute la volonté parfaite et formelle de nous venir en aide. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — A QUI DOIT-ON ADRESSER DES PRIÈRES ====&lt;br /&gt;
Que ce soit pour nous un devoir de prier Dieu et d’invoquer son saint nom, c’est non seulement ce que nos Saints Livres nous enseignent, mais encore ce que proclame l’instinct naturel de notre cœur, qui ne cesse de nous rappeler cet ordre de Dieu : «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-Moi au jour de la tribulation''&amp;amp;nbsp;» Au reste, en disant qu’il faut prier Dieu, nous entendons par là les trois Personnes divines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, nous recourons aux Saints qui sont dans le ciel. C’est un article de Foi dans l’Église de Dieu qu’on doit les prier. Et un vrai Chrétien ne peut avoir le moindre doute à ce sujet. Mais comme nous avons déjà traité cette question en son lieu, nous y renvoyons les Pasteurs et les Fidèles. toutefois pour prévenir les erreurs dans lesquelles pourraient tomber les ignorants, il sera nécessaire de montrer aux Chrétiens la différence qui existe entre la Prière que l’on fait à Dieu, et celle que l’on adresse aux Saints. C’est qu’en effet, nous ne prions pas Dieu et les Saints de la même manière. nous demandons à Dieu qu’Il nous donne lui-même les biens, ou qu’Il nous délivre des maux&amp;amp;nbsp;; et nous demandons aux Saints, comme jouissant de la faveur et de l’amitié de Dieu, de nous prendre sous leur protection, et de nous obtenir les choses dont nous avons besoin. De là deux formules de Prières très différentes. A Dieu nous disons proprement: ''ayez pitié de nous, exaucez-nous''&amp;amp;nbsp;; aux Saints: ''priez pour nous''. Cependant nous pourrions aussi, dans un autre sens, demander aux Saints d’avoir pitié de nous, parce qu’ils sont très miséricordieux. Ainsi il nous est permis de les prier de prendre compassion de nos misères, et de nous aider de leur crédit et de leur intercession auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ici prenons bien garde, tous tant que nous sommes, de ne pas attribuer à qui que ce soit ce qui n’appartient qu’à Dieu. Par exemple, si quelqu’un récite l’Oraison Dominicale devant l’image d’un saint, qu’il n’oublie pas qu’il demande uniquement à ce saint de prier avec lui, et de solliciter pour lui les choses qui sont contenues dans cette formule, en un mot de vouloir bien se faire son interprète et son intercesseur auprès de Dieu. Saint Jean, dans l’Apocalypse, nous apprend en effet que les saints dans le ciel remplissent ce ministère auprès de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DE LA PRÉPARATION A LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Nos Saints Livres nous disent : «&amp;amp;nbsp;''Avant la Prière, préparez votre âme, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» en effet, c’est tenter Dieu que de prier bien et d’agir mal, ou bien de laisser égarer son esprit, quand on s’entretient avec Lui. Puis donc que les dispositions avec lesquelles on doit prier Dieu sont si importantes, les Pasteurs ne manqueront pas d’enseigner à leurs pieux auditeurs les règles de la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première de ces règles, ou dispositions, c’est une véritable humilité, avec l’abaissement du cœur et la reconnaissance des fautes qu’on a commises. Ces fautes doivent faire comprendre à celui qui vient à Dieu pour Le prier, que non seulement il ne mérite pas d’obtenir quelque chose, mais qu’il n’est pas même digne de paraître devant Lui. La sainte Écriture nous parle très souvent de cette disposition. «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur a regardé la Prière des humbles,'' dit le Psalmiste , ''et Il n’a point méprisé leurs supplications.''&amp;amp;nbsp;» L’Ecclésiastique nous dit de son côté &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Que la Prière de celui qui s’humilie pénétrera les nues.''&amp;amp;nbsp;» Au reste les Pasteurs instruits dans la sainte Écriture, trouveront d’eux-mêmes une foule de passages qui se rapportent à cette Vérité, et que nous n’avons pas besoin de citer ici. Cependant nous ne voulons pas passer sous silence deux exemples que nous avens rapportés ailleurs, mais qui sont parfaitement appropriés à notre sujet. Le premier, que tout le monde connaît, est celui du Publicain qui se tenait si loin du sanctuaire, et qui n’osait même pas lever les yeux. Le second est celui de la femme pécheresse qui, pénétrée de douleur, vint arroser de ses larmes les pieds du Seigneur. tous les deux nous montrent clairement quel poids immense l’humilité chrétienne ajoute à la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seconde disposition, c’est la douleur de nos fautes, ou du moins un certain sentiment de peine en voyant que nous ne sommes pas assez repentants. Sans cette double disposition intérieure, ou du moins sans l’une d’elles, il est impassible d’obtenir le pardon de nos péchés. Et comme il y a des crimes qui par eux-mêmes empêchent Dieu, en quelque sorte, d’exaucer nos Prières, par exemple, le meurtre et la violence, nos mains doivent s’abstenir entièrement de toute espèce de cruauté et de mauvais traitements, en un mot de ces crimes dont Dieu nous parle en ces termes par la bouche d’Isaïe : «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous étendrez vos mains vers Moi, Je détournerai mes yeux de vous, et lorsque vous multiplierez votre Prière, Je ne vous écouterai point, parce que vos mains sont pleines de sang.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II faut fuir également la colère et la discorde, qui sont de grands obstacles au succès de nos Prières. Voici ce que l’Apôtre en dit : «&amp;amp;nbsp;''Je veux que les hommes prient en tout lieu, élevant vers Dieu des mains pures, sans colère et sans dissension.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons garde aussi de rester implacables envers ceux qui ont eu des torts envers nous. Dans cet état d’âme, nos Prières ne pourraient déterminer Dieu à nous pardonner. «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous vous présenterez pour prier, ''dit-Il Lui-même , ''pardonnez si vous avez quelque chose contre quelqu’un''.&amp;amp;nbsp;» Et encore : «&amp;amp;nbsp;''Si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes, votre Père ne vous remettra point non plus les vôtres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II est indispensable aussi que nous n’ayons ni dureté, ni inhumanité envers les pauvres. C’est contre ces hommes au cœur dur qu’il a été dit dans nos Saints Livres &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Celui qui ferme l’oreille au cri du malheureux, criera d son tour, et il ne sera point écouté.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que dirons-nous de l’orgueil&amp;amp;nbsp;? II déplaît tant à Dieu&amp;amp;nbsp;! C’est pourquoi il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles.''&amp;amp;nbsp;» Que dirons-nous enfin de celui qui méprise les oracles divins&amp;amp;nbsp;? Salomon lance contre lui cet anathème:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La prière de celui qui détourne l’oreille pour ne pas écouter la Loi sera exécrable.&amp;amp;nbsp;''» Ce n’est pas à dire pour cela que Dieu condamne et repousse la Prière d’un homme coupable d’injures envers le prochain, de meurtre, de haine, de dureté à l’égard des pauvres, d’orgueil, de mépris pour la Parole sainte, et enfin de tous les péchés, quels qu’ils soient, pourvu que cet homme prie pour obtenir le pardon de ses fautes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Foi est aussi un élément essentiel de cette préparation. Sans elle en effet, nous ne pouvons connaître ni la toute Puissance de notre Père suprême, ni sa Miséricorde, qui sont précisément les deux sources de la confiance. Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ a-t-Il pris soin de nous dire Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout ce que vous demanderez dans la prière avec Foi vous l’obtiendrez''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Augustin, à propos de ces paroles du Sauveur, ne craint pas de nous dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si la Foi manque, il n’y a plus de Prière.''&amp;amp;nbsp;» La condition essentielle pour bien prier, c’est donc d’être ferme et inébranlable dans la Foi. Saint Paul le prouve indirectement en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comment invoqueront-ils Celui en qui ils ne croient point&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» Ainsi donc, il faut croire, et pour que nous puissions prier, et pour que la Foi qui nous fait prier avec succès ne nous manque jamais. Car c’est la Foi qui engendre la Prière, mais c’est la prière qui lève à son tour tous les doutes, et qui rend la Foi stable et invincible. C’est dans cette conviction que Saint Ignace exhortait ceux qui vont à Dieu pour le prier:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Gardez-nous bien, ''leur disait-il, ''de porter l’esprit de doute dans la Prière. Heureux celui qui n’aura jamais douté&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Par conséquent, pour obtenir de Dieu ce que nous Lui demandons, la Foi et l’Espérance certaine d’être exaucés passent avant tout le reste. C’est que l’Apôtre saint Jacques nous rappelle par ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que le Fidèle demande avec Foi et sans hésiter.''&amp;amp;nbsp;» Et en effet il est bien des motifs capables d’exciter en nous la confiance dans la Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord, c’est la Bienveillance et la Bonté parfaite que Dieu nous témoigne, puisqu’Il nous ordonne de L’appeler notre Père, pour nous montrer que nous sommes ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le nombre presque infini de ceux qui ont obtenu l’effet de leurs Prières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce Médiateur souverain qui se tient sans cesse à notre disposition, Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont Saint Jean a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un a péché, nous avons auprès du Père un Avocat, Jésus-Christ qui est juste&amp;amp;nbsp;; et il est Lui-même propitiation pour nos péchés.''&amp;amp;nbsp;» Saint Paul, de son côté, dit aux Romains:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Jésus-Christ qui est mort, qui est ressuscité, qui est à la droite de son Père et qui y intercède pour nous&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et puis à Timothée:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il n’y a qu’un Dieu et un seul Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ, qui est homme&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» et enfin aux Hébreux:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il a dû se rendre semblable en toutes choses il ses frères, afin qu’Il fût un Pontife miséricordieux et fidèle auprès de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Dès lors, quoique indignes par nous-mêmes d’obtenir quelque chose, cependant à cause des mérites infinis de notre divin Médiateur et Intercesseur, de Jésus-Christ, nous devons espérer, avec une confiance entière, que Dieu voudra bien nous accorder tout ce que nous Lui demanderons de légitime par son entremise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, c’est l’âme même de nos Prières, c’est-à-dire le Saint Esprit qui nous les inspire, et qui fait qu’elles sont toujours recevables. «&amp;amp;nbsp;''Car,'' dit l’Apôtre Saint Paul,&amp;amp;nbsp; ''Dieu nous a envoyé l’Esprit d’adoption de ses enfants, dans lequel nous crions: Père, Père&amp;amp;nbsp;!'' » C’est cet esprit qui vient en aide à notre faiblesse et à notre ignorance dans le devoir de la Prière, ou plutôt, dit encore Saint Paul: «&amp;amp;nbsp;''Il est l’Esprit qui prie pour nous par des gémissements ineffables.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si quelques-uns chancellent encore, et ne se sentent pas assez fermes dans la Foi, qu’ils disent avec les Apôtres&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, augmentez notre Foi&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» ou avec l’aveugle&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''aidez mon incrédulité''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Animés d’une Foi vive et d’une espérance ferme, nous obtiendrons infailliblement de Dieu tout ce que nous désirons, si nous avons soin de conformer à sa Loi et à sa volonté toutes nos pensées, toutes nos actions et toutes nos Prières.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous demeurez en Moi, dit notre Seigneur, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé.&amp;amp;nbsp;''» n’oublions pas toutefois que pour obtenir de Dieu toutes les grâces que nous demandons, il faut avant tout, comme nous l’avons déjà dit, l’oubli des injures, la bienveillance, et la volonté de faire du bien au prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. — MANIÈRE DE PRIER: QUALITÉS DE LA PRIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Il importe extrêmement de savoir bien prier. Car, quoique la Prière en elle-même soit une chose très salutaire, cependant si on ne la fait pas comme il convient, elle ne produit aucun fruit. Souvent, comme le dit l’Apôtre Saint Jacques,&amp;amp;nbsp; nous n’obtenons pas ce que nous demandons, ''parce que nous demandons mal''. Les Pasteurs auront donc à cœur d’enseigner aux Fidèles quelle est la meilleure manière de demander et de prier, soit en particulier, soit en public, en un mot ils leur apprendront les règles de la Prière chrétienne, d’après Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc prier ''en esprit et en vérité&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp; car ''le Père céleste demande des adorateurs en esprit et en vérité.'' Or c’est prier ainsi que de parler à Dieu avec toute l’ardeur de son esprit, et toute l’affection de son cœur. Certes, nous sommes loin de dire que la Prière vocale ne puisse revêtir aussi cette qualité. Cependant nous croyons devoir accorder la première place à la Prière qui part d’un cœur enflammé d’amour, et que Dieu — qui connaît les plus secrètes pensées des hommes — sait toujours entendre, sans même que la bouche la prononce. C’est ainsi qu’Il entendit, qu’Il exauça, la Prière intérieure d’Anne, la mère de Samuel, dont nos Saints Livres nous disent qu’''elle pleura pour prier, et que ses lèvres remuaient à peine'' . C’est ainsi encore que priait David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon cœur Vous a parlé,'' dit-il à Dieu, ''mes yeux Vous ont cherché.&amp;amp;nbsp;''» La sainte Écriture est remplie d’exemples semblables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière vocale, elle aussi, a son utilité propre, et même sa nécessité. Elle excite la ferveur de l’âme, et elle enflamme la piété de celui qui prie. C’est ce que Saint Augustin écrivait en ces termes à Proba:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quelquefois les paroles ou d’autres signes excitent plus vivement et augmentent nos saints désirs. Quelquefois nous sommes forcés, par l’ardeur qui nous anime et la piété qui nous enflamme, d’exprimer par des paroles ce qui se passe dans notre cœur. Quand le cœur en effet est plein de joie et qu’il le manifeste, il est juste aussi que la bouche elle-même se réjouisse. Par ce moyen nous faisons tout ensemble à Dieu le sacrifice de notre corps et de notre âme, et nous imitons les Apôtres qui priaient de cette manière, comme on le voit dans les Actes, et dans Saint Paul, en plusieurs endroits.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il y a deux sortes de Prières, l’une privée, l’autre publique, nous pouvons dans la Prière privée prononcer telles paroles qui nous plaisent, pour seconder nos sentiments intérieurs et notre piété. Quant à la Prière publique instituée par l’Église pour augmenter la dévotion des Fidèles, on ne peut en aucune façon s’abstenir d’employer des paroles, et dans les temps qu’elle a fixés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le propre des Chrétiens seuls de prier en esprit, et les infidèles ne connaissent point cette coutume. C’est d’eux que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quand vous priez, ne multipliez point les paroles comme les païens, qui croient qu’en parlant beaucoup ils seront exaucés. ne les imitez point&amp;amp;nbsp;; car votre Père connaît vos besoins, avant que vous Lui ayez rien demandé.''&amp;amp;nbsp;» Cependant en condamnant les paroles trop multipliées, notre Seigneur ne réprouve point les longues Prières, lorsqu’elles sont le fruit d’un sentiment profond et durable&amp;amp;nbsp;; au contraire Il nous y exhorte pas ses propres exemples. Car non seulement Il passait des nuits à prier,&amp;amp;nbsp; mais ''Il répéta jusqu’à trois fois de suite la même demande.''&amp;amp;nbsp; Il faut donc retenir de cette parole de Notre-Seigneur, que ce n’est point le vain bruit des mots qui touche le Cœur de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hypocrites ne prient point non plus du fond de leur cœur, et Jésus-Christ. nous met en garde contre leurs détestables habitudes.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous priez, nous dit-il, ne soyez point comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des places publiques, enfin d’être vus des hommes. En vérité, Je vous le dis&amp;amp;nbsp;; ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous priez, entrez dans votre chambre, et, la porte étant fermée, priez votre Père en secret, et votre Père qui voit dans le secret vous accordera votre demande.&amp;amp;nbsp;''» Le mot ''chambre''. que Notre-Seigneur emploie dans ce passage, peut très bien s’entendre du cœur de l’homme. Et il ne suffit pas d’entrer dans son cœur, pour prier, mais de plus il faut le fermer, de peur qu’il ne s’y glisse et qu’il n’y pénètre quelque chose du dehors, qui pourrait altérer la pureté de la Prière. Si nous sommes fidèles à cette recommandation de son divin Fils, le Père céleste qui connaît parfaitement notre cœur et ses plus secrètes pensées se plaît à exaucer nos supplications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Prière exige également la persévérance. C’est par là surtout qu’elle est efficace. Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même a voulu nous le montrer par l’exemple de ce juge qui, ''ne craignant ni Dieu, ni les hommes'',&amp;amp;nbsp; se laissa vaincre pourtant par la persévérance et les instances de la veuve, et lui accorda sa requête. Prions donc avec assiduité. n’imitons pas ceux qui après avoir prié une ou deux fois, sans être exaucés, se fatiguent de la Prière. Un devoir que l’autorité de Notre-Seigneur et des Apôtres nous recommande si expressément ne doit point connaître la fatigue et la lassitude. Si parfois nous sentons quelque faiblesse dans notre volonté, adressons-nous à Dieu, prions-Le de nous donner la force de persévérer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Fils de Dieu veut aussi que ce soit en son nom que notre Prière arrive à Dieu son Père. C’est uniquement par le mérite et le crédit d’un tel Médiateur que nous pouvons être exaucés. Écoutons ce qu’Il dit Lui-même dans Saint Jean&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''En vérité, en vérité, Je vous le dis&amp;amp;nbsp;; si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, Il vous le donnera. Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom, demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite.&amp;amp;nbsp;''» Et encore: «&amp;amp;nbsp;''Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, Je le ferai.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imitons le zèle et la ferveur des Saints dans la Prière Joignons l’action de grâces à la demande, à l’exemple des Apôtres, qui conservèrent fidèlement cette pratique, comme nous le voyons dans Saint Paul . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons à la Prière le Jeûne et l’Aumône. Le Jeûne va très bien avec la prière. Lorsque le corps est appesanti par la nourriture, l’esprit n’est plus libre&amp;amp;nbsp;; il ne peut ni contempler Dieu, ni se plonger dans l’oraison. L’Aumône aussi s’allie admirablement avec la Prière. Car comment oser se dire animé d’une vraie Charité, quand on a les moyens de faire du bien aux nécessiteux, et que l’on néglige de secourir son prochain et son frère&amp;amp;nbsp;? Ou comment celui qui manque de Charité osera-t-il réclamer l’assistance divine&amp;amp;nbsp;? à moins qu’en demandant pardon de sa faute, il ne demande aussi très humblement à Dieu de lui accorder la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc le triple remède, que Dieu dans sa Clémence a préparé pour sauver les hommes. nos péchés sont toujours, ou des offenses envers Lui, ou des torts envers le prochain, ou des attentats contre nous-mêmes. Et bien&amp;amp;nbsp;! Il nous a donné la Prière pour L’apaiser, l’Aumône pour réparer nos torts envers les autres, et le Jeûne pour effacer les souillures de nos fautes personnelles. On peut dire, il est vrai, que ces trois remèdes peuvent servir à tous les péchés, quels qu’ils soient. Mais il faut reconnaître que chacun d’eux s’applique plus spécialement à l’une des trois espèces de fautes que nous venons d’indiquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-neuvième — De l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
Cette formule de prière chrétienne nous vient de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. Et elle est composée de telle sorte qu’avant de nous donner à exprimer nos désirs et nos demandes, elle nous oblige à réciter une sorte de Préface, qui a pour but d’augmenter encore notre confiance envers Dieu et notre piété, au moment où nous allons Lui parler dans la Prière. C’est donc un véritable devoir pour le Pasteur d’expliquer chacun des mots de cette Préface, avec toute la clarté et toute la précision possible, afin que les Fidèles se portent à la Prière avec joie et empressement, sachant bien qu’ils vont traiter avec un Dieu, qui est aussi un Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Préface est très courte, si nous ne faisons attention qu’au nombre des paroles qu’elle emploie. Mais si nous allons au fond des choses qu’elle exprime, elle est extrêmement importante, et toute pleine de mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — NOTRE PÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Le premier mot que nous prononçons dans cette prière, par l’ordre et l’institution même de Dieu, c’est celui-ci: Pater, Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre Sauveur aurait pu commencer cette divine Oraison par une expression qui aurait eu plus de majesté, par exemple celle de Créateur et de Seigneur. Il ne l’a pas voulu, parce que de telles expressions pouvaient nous inspirer des sentiments de crainte. Il a choisi un terme qui inspire nécessairement la confiance et l’amour à ceux qui prient, et qui demandent quelque chose à Dieu. Qu’y a-t-il en effet de plus doux que ce nom de Père, qui rappelle tout ensemble l’indulgence et l’amour&amp;amp;nbsp;? Mais comment ce nom de Père convient-il à Dieu&amp;amp;nbsp;? C’est ce qu’il est facile d’apprendre aux Fidèles, en leur parlant des mystères de la Création, de la Providence et de la Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu a créé l’homme à son image, et II n’a point accordé cette faveur aux autres êtres animés. C’est donc avec raison que pour ce privilège unique dont il a honoré l’humanité la Sainte Église l’appelle le Père de tous, aussi bien des Fidèles que des infidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement de ce monde nous fournit un argument semblable. En veillant aux intérêts des hommes, sans jamais les perdre de vue, Dieu par ces soins touchants et cette Providence assidue, ne nous donne-t-Il pas la preuve d’un Amour vraiment paternel&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mettre plus en lumière cette vigilance paternelle de Dieu sur tous les hommes, et pour la rendre plus sensible, il nous semble qu’il y a lieu de dire ici quelque chose des Anges Gardiens qui sont donnés à chacun de nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet la Providence divine a confié à des Anges la garde du genre humain. Elle les a chargés de protéger sans cesse tous les hommes pour les préserver des dangers qui pourraient les menacer. De même que les parents donnent des gardes et des défenseurs à leurs enfants, lorsqu’ils les voient entreprendre quelque voyage difficile et périlleux, ainsi dans ce voyage que nous faisons tous vers la céleste Patrie, Dieu notre Père nous a confiés à la garde d’un Ange, afin que son secours et sa vigilance nous fissent éviter les embûches secrètement préparées par nos ennemis, repousser les plus terribles attaques dirigées contre nous, marcher constamment dans le droit chemin, et empêcher que quelque piège tendu par notre perfide adversaire ne nous fît sortir de la voie qui mène au ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui prouve combien est utile aux hommes cette attention, cette Providence spéciale de Dieu, dont l’exercice et l’application sont confiés aux Anges — lesquels sont de véritables intermédiaires entre Dieu et nous — c’est cette foule d’exemples que nos Saints Livres nous rapportent, et qui nous montrent clairement que la Bonté divine a permis souvent aux Anges d’opérer des prodiges sous les yeux des hommes. Or, pourquoi ces mêmes exemples ne nous convaincraient-ils pas que nos Anges Gardiens font tous les jours, pour notre utilité et pour notre salut, une multitude de choses aussi extraordinaires, bien que nous ne les voyons pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi l’Ange Raphaël, que Dieu donna pour compagnon et pour guide à Tobie dans son voyage, le conduisit et le ramena sans qu’il lui fût arrivé aucun mal. C’est lui qui l’empêcha d’être dévoré par un poisson énorme, et lui fit connaître les vertus secrètes du foie, du fiel et du cœur de ce monstre. C’est lui qui chassa le démon, enchaîna sa puissance et préserva Tobie de ses atteintes. C’est lui qui apprit à ce jeune homme les droits légitimes et l’usage du Mariage. C’est lui enfin qui rendit au père de Tobie la vue dont il avait été privé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même de cet autre Ange qui délivra le prince des Apôtres. L’histoire de ce miracle est un thème admirable, pour convaincre les pieux Fidèles des effets extraordinaires de la vigilance et de la protection de nos Anges Gardiens. Les Pasteurs ne manqueront pas de montrer l’Ange de Saint Pierre illuminant les ténèbres de sa prison, touchant son côté et le secouant en quelque sorte pour l’éveiller, puis dénouant ses chaînes, brisant ses liens, lui commandant de se lever, de prendre ses chaussures et ses vêtements et de le suivre, puis enfin le conduisant et le faisant passer sans obstacle au milieu des gardes, lui ouvrant les portes de la prison, et ne le quittant qu’après l’avoir fait sortir, et l’avoir mis en sûreté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos Saints Livres, comme nous l’avons déjà remarqué, sont pleins d’exemples semblables et bien propres à nous faire comprendre la grandeur des bienfaits que nous recevons de Dieu par le ministère des Anges. Et ce n’est pas seulement pour quelque affaire particulière et déterminée que Dieu nous confie à eux, ou qu’Il les députe vers nous. non, dès notre naissance, Il les prépose à notre garde, et les établit individuellement pour veiller au salut de chacun de nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine clairement expliquée aura pour conséquence d’exciter le courage des auditeurs et de les amener à reconnaître et à vénérer avec un plus grand respect les soins paternels et la Providence de Dieu à leur égard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici le Pasteur mettra en pleine lumière et exaltera de toutes ses forces l’immense Bonté de Dieu envers les hommes. II dira que depuis le péché de notre premier père jusqu’à ce jour, Il n’a point cessé d’être outragé par toutes sortes de désordres et de crimes, et que néanmoins Il nous conserve tout son amour, et ne dépose jamais cette sollicitude si touchante qu’Il a pour nous. Penser qu’Il nous oublie serait une folie et en même temps le plus cruel outrage. Dieu s’irrite contre Israël, parce que ce peuple L’avait blasphémé, en s’imaginant que le secours du ciel lui avait été retiré. Écoutons ce que nous dit l’Exode à ce sujet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ils ont tenté le Seigneur en disant: Dieu est-Il avec nous, ou n’y est-Il pas&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» et dans Ezéchiel la colère divine s’enflamme de nouveau contre ce même peuple, parce qu’il avait osé dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur ne nous voit point, le Seigneur nous a abandonnés&amp;amp;nbsp;; le Seigneur a abandonné cette terre.''&amp;amp;nbsp;» L’autorité de ces exemples suffit pour détourner les Fidèles de cette pensée abominable, que Dieu puisse jamais oublier les hommes. Dans le Prophète Isaïe nous lisons les plaintes insensées du peuple d’Israël contre Dieu, et la réponse pleine de bonté que Dieu voulait bien y faire par une comparaison touchante.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Sion dit: Le Seigneur m’a délaissée&amp;amp;nbsp;; mon Dieu m’a oubliée. Mais, répond le Seigneur, une mère peut-elle oublier son enfant, et n’être pas émue par le fils de ses entrailles&amp;amp;nbsp;? et cependant quand elle l’oublierait, Moi Je ne t’oublierai jamais. Je te porte gravée dans mes mains.&amp;amp;nbsp;''»Les textes que nous venons de citer établissent très clairement que Dieu n’oublie jamais les hommes, et que, en tout temps, Il leur prodigue les témoignages de sa tendresse paternelle. Mais pour convaincre davantage encore le peuple fidèle de cette double vérité, les Pasteurs apporteront en preuve l’exemple si connu de nos premiers parents: ils avaient méprisé et violé les ordres formel de Dieu&amp;amp;nbsp;;ils avaient été sévèrement blâmés et condamnés, et cette sentence effrayante était tombée sur eux:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La terre est maudite dans votre travail&amp;amp;nbsp;; vous n’en tirerez chaque jour votre nourriture qu’avec un grand labeur. Elle ne produira pour vous que des épines et des chardons&amp;amp;nbsp;; et vous vous nourrirez de l’herbe de la terre.''&amp;amp;nbsp;» Ils avaient été chassés du paradis terrestre&amp;amp;nbsp;; et pour leur ôter tout espoir d’y jamais rentrer, Dieu avait placé à l’entrée du jardin de délices un Chérubin de feu, tenant à la main ''un glaive flamboyant qu’il brandissait toujours''&amp;amp;nbsp;; enfin Dieu, pour se venger contre eux de leur outrage, les avait accablés de tous les maux intérieurs et extérieurs. A la vue de ces terribles châtiments, ne dirait-on pas que c’en est fait de l’homme&amp;amp;nbsp;? ne croirait-on pas qu’il est pour toujours dénué de tout secours divin, et réservé à toutes les misères&amp;amp;nbsp;? et cependant, au milieu de tant et de si cruelles preuves de la colère et de la vengeance divines, on vit paraître comme une lueur de la Bonté de Dieu à leur égard. «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur Dieu, ''nous dit la Genèse , ''fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et Il les en revêtit.&amp;amp;nbsp;''» Marque évidente, entre tant d’autres, que Dieu n’abandonnera jamais les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette pensée, si belle et si vraie, que jamais l’iniquité humaine n’épuisera la Bonté de Dieu, David l’exprimait aussi en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La colère de Dieu enchaînera-t-elle ses miséricordes&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Habacuc l’énonçait également quand il disait en s’adressant à Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Même au temps de votre colère, Vous Vous souviendrez de votre miséricorde''&amp;amp;nbsp;» et Michée la rendait ainsi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qui est semblable à Vous, ô Dieu, qui ôtez l’iniquité, et qui oubliez les péchés du reste de votre héritage&amp;amp;nbsp;? Le Seigneur n’enverra plus désormais sa fureur, parce qu’Il veut la miséricorde.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oui, c’est bien ainsi que les choses se passent. C’est au moment où nous nous croyons perdus et absolument délaissés de Dieu, c’est alors qu’Il nous cherche avec une Bonté infinie, et qu’Il prend soin de nous. Il suspend dans sa colère le glaive de sa justice, et II ne cesse de répandre sur nous les inépuisables trésors de sa miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Création d’une part, et la Providence de l’autre, sont donc très propres à faire ressortir les dispositions particulières de Dieu à aimer et à protéger le genre humain. Mais sous ce rapport, l’œuvre de notre Rédemption l’emporte tellement sur les deux autres, que c’est par ce troisième bienfait que notre Dieu infiniment bon, et qui est en même temps notre Père, met vraiment le comble à tous ses bienfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur enseignera donc aux Fidèles, qui sont ses enfants spirituels, et il leur rappellera sans cesse cet effet incomparable de la Charité divine à notre égard, afin qu’ils comprennent bien que la Rédemption a fait d’eux, d’une manière merveilleuse, de vrais enfants de Dieu. ''«&amp;amp;nbsp;Car le Verbe, dit Saint Jean , leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, et ils sont nés de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi le Baptême, qui est le premier gage et le premier effet de notre Rédemption, est appelé le Sacrement de la régénération&amp;amp;nbsp;; car c’est par lui que nous naissons enfants de Dieu. «&amp;amp;nbsp;''Ce qui est né de l’esprit, est esprit,'' dit Notre-Seigneur Lui-même .&amp;amp;nbsp;» Et encore: «&amp;amp;nbsp;''Il faut que vous receviez une nouvelle naissance''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Pierre dit aussi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes nés de nouveau, non point d’une semence corruptible, mais d’une semence incorruptible, par la parole du Dieu vivant.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est par le mérite de cette Rédemption que nous avons reçu le Saint-Esprit et que nous avons été jugés dignes de la Grâce de Dieu. C’est ce don aussi qui nous a valu l’être adoptés pour ses enfants, ainsi que l’Apôtre Saint Paul l’écrit aux Romains. «&amp;amp;nbsp;''Vous n’avez point reçu, ''dit-il , ''l’esprit de servitude pour vous conduire encore par la crainte, mais vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants par lequel nous crions: Père, Père&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» et Saint Jean explique la force et l’efficacité de cette adoption, en disant &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Considérez quel amour le Père a eu pour nous, de vouloir que nous soyons appelés, et que nous soyons vraiment enfants de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces explications données, il ne faut pas manquer de représenter aux Fidèles ce qu’ils doivent en retour à Dieu, le plus aimant des Pères, c’est-à-dire leur faire sentir combien ils ont à témoigner d’amour, de piété, d’obéissance, et de respect à Celui qui les a créés, qui les gouverne et qui les a rachetés, et avec quel espoir et quelle confiance ils doivent L’invoquer. Mais pour éclairer les ignorants. Et pour redresser les idées fausses de ceux qui pourraient considérer la prospérité et le cours d’une vie heureuse comme l’unique preuve que Dieu nous continue son amour, et l’adversité et les malheurs qui nous éprouvent, comme un signe qu’Il nous a complètement retiré son attachement et qu’Il a contre nous des dispositions hostiles, il sera nécessaire de démontrer que lorsque la main du Seigneur nous frappe, elle ne frappe jamais en ennemie&amp;amp;nbsp;; qu’elle guérit en frappant, et qu’une plaie qui vient de Dieu est un véritable remède. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet, Il châtie ceux qui pèchent, afin que la punition les rende meilleurs, et que la peine présente les délivre de la peine éternelle. «&amp;amp;nbsp;''Il visite, ''il est vrai, ''nos iniquités la verge à la main, et Il frappe nos péchés, mais Il ne nous retire point sa Miséricorde'' &amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II faut donc recommander aux Fidèles de voir dans ces sortes de châtiments l’effet de la paternelle Bonté de Dieu, d’avoir par conséquent, et dans le cœur et sur les lèvres, ces paroles de Job, le plus patient des hommes &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Il blesse, et Il guérit&amp;amp;nbsp;; Il frappe, et sa maint applique le remède''&amp;amp;nbsp;», de se redire souvent ce que Jérémie écrivait sous le nom des enfants d’Israël : «&amp;amp;nbsp;''Vous m’avez frappé, et je me suis instruit, comme un jeune taureau indompté&amp;amp;nbsp;; convertissez-moi, et je serai converti, parce que Vous êtes le Seigneur mon Dieu&amp;amp;nbsp;''», de se proposer enfin l’exemple de Tobie qui, étant devenu aveugle, reconnut la main paternelle de Dieu dans ce malheur, et s’écria &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Je Vous bénis, Seigneur, Dieu d’Israël, parce que Vous m’avez châtié, et que Vous m’avez sauvé.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin les Fidèles doivent bien se garder de croire que, quels que soient leurs revers ou leurs malheurs, Dieu puisse les ignorer. Certes, Il a dit Lui-même : «&amp;amp;nbsp;''Il ne tombera pas un cheveu de votre tête''&amp;amp;nbsp;», à mon insu. Qu’ils se consolent donc bien plutôt par cet oracle divin que nous lisons dans l’Apocalypse : «&amp;amp;nbsp;''Ceux que J’aime, Je les reprends et Je les châtie.''&amp;amp;nbsp;» Qu’ils se tiennent en paix, en relisant cette exhortation de Saint Paul aux hébreux &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Mon fils, ne négligez point la correction du Seigneur, et ne vous laissez point abattre lorsqu’Il vous reprend. Car c’est celui qu’Il aime qu’Il châtie, et il frappe à coups de verge tous ceux qu’il reçoit parmi ses enfants. Si vous n’êtes point châtiés, vous êtes donc des enfants étrangers à Dieu et qu’Il n’a pas adoptés. nous avons eu du respect pour les pères de nos corps, lorsqu’ils nous corrigeaient, combien ne devons-nous pas avoir plus de soumission pour Celui qui est le Père de nos âmes, afin d’avoir la vie&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — POURQUOI CHACUN DIT-IL NOTRE PÈRE ====&lt;br /&gt;
Lorsque nous prions Dieu le Père, chacun en notre particulier, nous L’appelons néanmoins notre Père, nous sommes donc bien avertis par là que le privilège et les droits de l’adoption divine font que tous les Fidèles sont frères, et qu’ils doivent s’aimer en frères. «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes tous frères, ''dit Jésus-Christ , ''et vous n’avez qu’un seul Père dans les cieux.''&amp;amp;nbsp;» C’est pourquoi, dans leurs Epîtres, les Apôtres donnent aux Fidèles le nom de frères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre conséquence nécessaire de cette adoption, c’est que non seulement tous les Fidèles sont unis entre eux par les liens de la fraternité, mais que le Fils de Dieu étant homme, ils sont encore appelés des frères, et le sont en effet. Dans son épître aux Hébreux, l’Apôtre Saint Paul, parlant de Notre-Seigneur Jésus-Christ, écrit ces paroles remarquables : «&amp;amp;nbsp;''Il n’a point rougi d’appeler les hommes ses frères, en disant: J’annoncerai votre nom à mes frères''.&amp;amp;nbsp;» Et bien longtemps auparavant David avait mis ces mêmes paroles dans sa bouche . Mais du reste, ne savons-nous pas en quels termes Jésus-Christ Lui-même s’adresse aux saintes Femmes : «&amp;amp;nbsp;''Allez, annoncez à mes frères de se rendre en Galilée&amp;amp;nbsp;; c’est là qu’ils Me verront.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, chacun sait que Notre-Seigneur prononça ces paroles après sa Résurrection, lorsque déjà il était devenu immortel. Ainsi personne n’aurait le droit de croire que les liens de fraternité qui nous unissaient à Lui avaient été brisés par sa Résurrection et par son Ascension. Et non seulement ces liens n’ont pas été rompus, non seulement notre union avec Lui et la Charité fraternelle qu’Il a pour nous n’ont pas été détruites, mais nous savons qu’un jour, lorsque du haut de son trône de gloire et de majesté Il jugera tous les hommes rassemblés devant Lui, ce jour-là, Il donnera ce doux nom de frères aux moindres d’entre les Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, comment pourrait-il se faire que nous ne fussions pas les frères de Jésus-Christ, nous dont il est dit&amp;amp;nbsp; que nous sommes ''ses cohéritiers''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;amp;nbsp;? Sans doute, Il est&amp;amp;nbsp; le premier né, l’héritier constitué de tout&amp;amp;nbsp;; mais nous avons été engendrés après Lui, pour être ses cohéritiers, dans la mesure des dons de Dieu, et selon l’étendue de la Charité avec laquelle nous aurons coopéré à la vertu du Saint Esprit et à l’action de la grâce. Car, [ne l’oublions pas] c’est le Saint Esprit qui nous porte à la vertu, qui nous pousse aux bonnes &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''œuvr''es, qui enflamme notre ardeur, qui nous fortifie par sa Grâce et nous donne le courage de descendre dans l’arène pour les combats du salut. C’est Lui qui nous aide à les soutenir jusqu’au bout avec constance et habileté. C’est Lui enfin qui, après cette vie, nous fait obtenir du Père céleste la juste récompense de la couronne promise à tous ceux qui auront fourni la même carrière. «&amp;amp;nbsp;''Car,'' dit l’Apôtre , ''Dieu n’est pas injuste pour oublier nos bonnes œuvres et notre amour pour Lui.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Jean Chrysostome nous dit en fort bons termes avec quels sentiments du cœur nous devons prononcer le mot notre. «&amp;amp;nbsp;''Dieu,'' dit-il , ''écoute volontiers le Chrétien qui ne prie pas seulement pour lui-même, mais encore pour les autres. Prier pour soi, c’est l’inspiration de la nature, prier pour les autres, c’est l’inspiration de la grâce. En priant pour soi, on obéit d la nécessité, en priant pour les autres, on cède aux exhortations de la Charité fraternelle.''&amp;amp;nbsp;» Or, ajoute-t-il «&amp;amp;nbsp;''La Prière qui vient de la Charité fraternelle est plus agréable à Dieu que celle qui procède de la nécessité.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En traitant une si importante matière, le Pasteur ne manquera pas d’engager et même d’exhorter fortement tous les Fidèles, sans distinction d’âge, de rang et de condition, à ne jamais oublier qu’ils sont unis entre eux par les liens d’une fraternité universelle, et que, par conséquent, ils doivent se traiter mutuellement comme des amis et des frères, et ne pas chercher à s’élever orgueilleusement les uns au-dessus des autres. Et en effet, bien qu’il y ait dans l’Église de Dieu des fonctions de différents degrés, cependant cette diversité de dignités et d’emplois ne détruit en aucune façon les rapports d’union fraternelle qui existent entre nous. Ainsi, dans le corps humain, la variété des fonctions et des destinations de chaque membre, n’empêche nullement que toutes les parties du corps n’en soient de véritables membres. Prenons un homme revêtu de l’autorité royale. S’il est Chrétien, n’est-il pas le frère de tous ceux qui comme lui font partie de la Communion chrétienne&amp;amp;nbsp;? Oui, sans aucun doute, et pourquoi&amp;amp;nbsp;? parce qu’il n’y a pas un Dieu pour les pauvres, et un Dieu pour les riches et les rois, un Dieu qui a fait les pauvres, et un Dieu qui a créé les rois et leur a donné la puissance. non, il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Père, un seul Seigneur de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là pour tous sans exception, dans l’ordre spirituel, même noblesse d’origine, même dignité, même splendeur de race, puisque tous nous avons été régénérés par le même esprit, puisque tous nous sommes devenus enfants de Dieu par le même sacrement de la Foi, et cohéritiers du même héritage avec Jésus-Christ. Il n’y a pas un Christ Rédempteur pour les riches et les puissants, et un autre pour les pauvres et les petits. tous participent aux mêmes Sacrements, tous attendent le même héritage, c’est-à-dire le Royaume céleste. nous sommes tous frères, et comme le dit l’Apôtre Saint Paul aux Ephésiens : «&amp;amp;nbsp;''Nous sommes les membres du corps de Jésus-Christ, formés de sa chair et de ses os.''&amp;amp;nbsp;» Vérité que le même Apôtre exprime encore en ces termes, dans son Epître aux Galates : «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes tous enfants de Dieu par la Foi en Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous êtes revêtus de Jésus-Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme&amp;amp;nbsp;; vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce point veut être traité et établi avec le plus grand soin. C’est pourquoi les Pasteurs devront y revenir souvent, comme sur une vérité bien propre à relever et à encourager les pauvres et les malheureux, et en même temps capable de réprimer et d’abattre l’arrogance des riches et des puissants. C’est précisément pour remédier à ce mal que l’Apôtre Saint Paul revenait si souvent et avec tant de force et d’instance sur cette Charité fraternelle, qu’il voulait faire pénétrer dans le cœur des Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvenez-vous donc, ô Chrétien, au moment d’adresser cette Prière au Seigneur, que vous devez parler à Dieu comme un enfant à son père. Dès lors, en la commençant, et en prononçant ces mots: ''Notre Père'', pensez à quelle dignité Dieu dans sa Bonté infinie a voulu vous élever&amp;amp;nbsp;! Il vous ordonne de vous présenter devant Lui, non par contrainte et en tremblant, comme un esclave devant son maître, mais de vous réfugier auprès de Lui en toute liberté et en parfaite confiance comme un enfant auprès de son père. Que ce souvenir et cette pensée vous fassent comprendre avec quelle ferveur et quelle piété vous devez prier. Efforcez-vous d’être tel qu’il convient à un enfant de Dieu, c’est-à-dire que vos Prières et vos actions ne soient jamais indignes de la divine origine qu’il a plu à sa Bonté de vous donner. C’est là en effet ce que nous recommande l’Apôtre, quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien aimés.&amp;amp;nbsp;''» Alors on pourra dire de nous avec vérité ce que le même Apôtre écrivait aux Thessaloniciens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes tous les enfants de la lumière, et les fils du jour.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — QUI ÊTES DANS LES CIEUX.  ====&lt;br /&gt;
Tous ceux qui ont de Dieu l’idée qu’il en faut avoir sont d’accord pour reconnaître qu’Il est partout et en tous lieux. Ce n’est pas à dire pour cela qu’Il soit dans tous les lieux d’une manière partielle, comme si sa substance était partagée et distribuée en quelque sorte entre toutes les parties de l’espace, pour las occuper et les protéger. non, ''Dieu est un esprit'', et Il ne souffre peint de division. Qui oserait Lui assigner une place particulière et Le circonscrire dans certaines limites, lorsqu’Il dit de Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Est-ce que Je ne remplis pas le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Paroles qui, à leur tour, doivent s’entendre en ce sens que Dieu, par sa Puissance et son Immensité, embrasse le ciel et la terre, et tout ce que le ciel et la terre renferment, mais sans être Lui-même contenu dans aucun lieu. Il est présent à tout, soit pour créer, soit pour conserver&amp;amp;nbsp;; mais Il n’est ni circonscrit, ni borné dans telle ou telle contrée ou dans telles ou telles limites&amp;amp;nbsp;; Il est présent partout par sa substance et par son pouvoir. C’est ce que le Saint roi David exprimait en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si je monte au ciel, Vous y êtes.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si Dieu est présent partout, en tout lieu et en toutes choses, sans être borné, comme nous l’avons dit, par aucune limite, cependant nos Saints Livres nous répètent souvent qu’Il a son séjour dans le ciel. La raison&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
en est que les cieux que nous voyons au-dessus de nos têtes sont la plus noble partie du monde, qu’ils demeurent incorruptibles, qu’ils surpassent tous les autres corps en force, en grandeur, en beauté, et qu’ils sont doués de certains mouvements réguliers et constants. C’est donc pour exciter les hommes à contempler sa Puissance infinie et sa Majesté, qui brillent surtout dans l’œuvre des cieux, qu’Il nous atteste dans la Sainte Écriture que le ciel est son séjour. toutefois, Il déclare souvent aussi qu’il n’y a réellement aucune partie du monde, où Il ne soit présent par sa nature et par sa Puissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste en méditant ces choses, les Fidèles chercheront à se représenter Dieu non seulement comme le Père commun de tous les hommes, mais encore comme Celui qui règne dans les cieux. Dès lors, à l’heure de la Prière, ils se souviendront qu’ils doivent porter vers le ciel leur esprit et leur cœur&amp;amp;nbsp;; et plus le nom de Père leur inspirera d’espoir et de confiance, plus les sentiments de l’humilité et du respect croîtront en eux à la vue de l’Être souverainement parfait, et de la Majesté infinie ''de Notre Père qui est dans les cieux. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces mêmes paroles déterminent encore ce que nous devons demander à Dieu dans la Prière. toute demande qui porterait sur les besoins et les nécessités de la vie, sans avoir aucun rapport aux besoins spirituels et aux biens du ciel, serait vaine et indigne d’un Chrétien. C’est pourquoi les Pasteurs se feront un devoir d’enseigner à leurs pieux auditeurs cette manière de prier, et ils pourront s’appuyer en cela sur l’autorité de l’Apôtre Saint Paul, qui disait:&amp;amp;nbsp; ''«&amp;amp;nbsp;Si vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, cherchez les choses d’en haut où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu&amp;amp;nbsp;; n’ayez de goût que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarantième — Première demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIÉ. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — POURQUOI CETTE DEMANDE EST LA PREMIÈRE ? ====&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur Jésus-Christ, Maître et Seigneur universel, a voulu nous enseigner et nous prescrire Lui-même ce que nous devons demander à Dieu, et l’ordre dans lequel nous devons le demander. La Prière, en effet, n’est que l’expression de nos vœux et la manifestation de nos désirs. Dès lors, pour qu’elle soit bien faite, d’une manière convenable et raisonnable, nos demandes, c’est-à-dire nos vœux et nos désirs, doivent suivre l’ordre même dans lequel les choses sont désirables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, la vraie Charité nous fait un devoir de rapporter tout notre cœur et toutes nos affections à Dieu. Dieu en effet n’est-Il pas en Lui-même le seul et souverain Bien&amp;amp;nbsp;? et à ce titre, ne mérite-t-Il pas d’être aimé d’un amour supérieur et tout particulier&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, il nous est impossible de L’aimer de tout notre cœur et plus que toutes choses, si nous ne préférons son honneur et sa gloire à tout ce qui existe. Car tous les biens, quels qu’ils soient, les nôtres, ceux du prochain, enfin tout ce que nous appelons de ce nom de biens, tout vient de Lui, et est infiniment au-dessous de Lui, le souverain Bien. Aussi, pour mettre de l’ordre dans nos Prières, le Sauveur a fait de la demande du souverain Bien la première et la principale de nos requêtes. Il a voulu nous apprendre qu’avant de demander ce qui nous est nécessaire, à nous ou à notre prochain, nous devons demander ce qui se rapporte à la Gloire de Dieu, et présenter à Dieu Lui-même nos affections et nos désirs à cet égard. De cette manière nous resterons dans les règles de la Charité, qui nous ordonne d’aimer Dieu plus que nous-mêmes, et de demander d’abord ce que nous désirons pour Lui, avant ce que nous souhaitons pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QU’EST-CE QUE LA GLOIRE DE DIEU ? ====&lt;br /&gt;
On ne désire et on ne demande que ce qu’on n’a pas. Mais à Dieu rien ne manque&amp;amp;nbsp;; Il ne peut recevoir ni accroissement, ni augmentation, puisqu’Il est infini et parfait sous tous les rapports. Et par conséquent ce que nous demandons à Dieu pour Lui-même n’intéresse ni ses perfections, ni sa nature, mais uniquement sa Gloire extérieure. nous désirons et nous demandons que son nom soit connu davantage dans le monde&amp;amp;nbsp;; que son Règne s’étende&amp;amp;nbsp;; et que chaque jour de nouveaux serviteurs obéissent à sa sainte Volonté. Or ces trois choses, le nom, le Règne, l’Obéissance, ne font point partie du bien intérieur même de Dieu: ce sont au contraire des choses qui lui sont tout-à-fait extérieures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mieux faire comprendre la force et la valeur de cette demande, le Pasteur aura grand soin de montrer aux Fidèles que ces mots: ''sur la terre comme au ciel'' peuvent s’appliquer et s’étendre à chacune des trois premières parties de l’Oraison Dominicale, et signifier: ''que votre Nom soit sanctifié'' sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; ''que votre Royaume arrive'' sur la terre comme au ciel&amp;amp;nbsp;; ''que votre Volonté soit faite'' sur la terre comme au ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, lorsque nous disons: ''que votre Nom soit sanctifié'', nous désirons de voir augmenter la sainteté et la gloire du nom divin. Ici le Pasteur n’oubliera pas d’enseigner à ses pieux auditeurs que Notre-Seigneur Jésus-Christ, en employant ces expressions, n’a pas entendu dire que ce nom devait être sanctifié sur la terre comme Il l’est au ciel, c’est-à-dire que la sanctification terrestre devait égaler en intensité, la sanctification céleste — ce qui est radicalement impossible — mais seulement Ruelle devait procéder de la Charité et des plus profonds sentiments de l’âme. Sans doute il est très vrai de dire, car la chose est réelle, que ce nom adorable n’a pas besoin en Lui-même de sanctification, puisqu’''Il est Saint et terrible'', comme Dieu Lui-même est Saint par sa nature, qu’Il ne peut recevoir du dehors aucune sainteté qu’Il ne possède déjà de toute éternité. Mais, il faut bien le dire, sur la terre Il est loin d’être honoré comme Il mérite de l’être&amp;amp;nbsp;; quelquefois même, hélas&amp;amp;nbsp;! II est outragé par des malédictions et des blasphèmes. Et voilà pourquoi nous désirons et demandons qu’Il soit ici-bas loué, honoré, glorifié, comme Il est honoré, loué et glorifié dans le ciel. En un mot, nous voulons que l’honneur et le culte que nous Lui rendons soit tout à la fois dans notre cœur et sur nos lèvres, afin que nous puissions Lui offrir les hommages de notre vénération intérieure et extérieure, célébrer de toutes nos forces, à l’exemple des Saints et des Anges, la grandeur, la sainteté et la gloire de son nom. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — OBJET DE LA PREMIÈRE DEMANDE.  ====&lt;br /&gt;
De même que les habitants du ciel exaltent la Gloire et les louanges de Dieu dans un concert parfait, de même nous demandons que toute la terre ait le même bonheur, que toutes les nations connaissent, honorent et servent Dieu, qu’il ne se rencontre nulle part un seul homme qui ne soit Chrétien, que tous se consacrent entièrement à Dieu, qu’ils soient convaincus que toute sainteté vient de Lui comme de sa source, et qu’il n’y a de pur et de saint que ce qui procède de la sainteté du nom divin. En effet, au témoignage de l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;L’Église'' a été purifiée par l’eau dans la Parole de vie&amp;amp;nbsp;; or la Parole de vie, c’est le nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit'',&amp;amp;nbsp;» dans lequel nous sommes baptisés et sanctifiés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, puisqu’il n’y a ni expiation, ni pureté, ni sainteté en celui sur qui le nom adorable de Dieu n’a pas été invoqué, nous souhaitons et nous demandons que le genre humain tout entier abandonne les ténèbres impures de l’infidélité, qu’il soit éclairé des splendeurs de la Lumière divine, et qu’il reconnaisse si bien la vertu de ce nom, qu’il cherche en Lui la véritable sainteté, et enfin qu’après avoir reçu le Baptême au nom de la Sainte et indivisible Trinité, il parvienne avec l’aide de Dieu à la plénitude de cette sainteté, qui doit être l’objet de tous ses vœux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos désirs et nos supplications s’étendent également ceux qui sont souillés de désordres et de crimes, qui ont perdu la pureté du Baptême et la robe d’innocence, et qui ont été assez malheureux pour tomber de nouveau sous la puissance du démon. nous souhaitons — et demandons à Dieu — que son nom soit sanctifié en eux, c’est-à-dire qu’ils rentrent en eux-mêmes, qu’ils reviennent à de meilleurs sentiments, qu’ils recouvrent par la Pénitence leur ancienne innocence, et qu’ils redeviennent enfin de vrais temples saints, de dignes habitations de Dieu, sans tache et sans souillures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons en outre que Dieu veuille bien éclairer tous les esprits de sa Lumière, afin qu’ils puissent voir et constater, que «&amp;amp;nbsp;''tout bien excellent et tout don parfait, descendant du Père des lumières, vient de Lui,&amp;amp;nbsp;''» et arrive jusqu’à nous par sa divine Volonté, que c’est à Lui qu’ils sont redevables de la tempérance, de la Justice, de la vie, du salut, enfin en général de tous les biens du corps et de l’âme, biens extérieurs et biens intérieurs. Et tout ce qu’ils ont ainsi reçu, ils ne doivent pas oublier de le rapporter «&amp;amp;nbsp;''à Celui de qui tout procède,''&amp;amp;nbsp;» comme le proclame l’Église Car si le soleil avec sa lumière, si les autres astres avec leur mouvement et leur cours régulier nous sont d’une utilité admirable&amp;amp;nbsp;; si l’air qui nous environne sert à nous nourrir&amp;amp;nbsp;; si la terre, avec l’abondance de ses moissons et de ses fruits fournit à la subsistance de tous les hommes&amp;amp;nbsp;; si les magistrats avec leur vigilance nous permettent de jouir du repos et de la tranquillité, c’est à l’infinie Bonté de Dieu que nous devons tous ces avantages, et une foule innombrable d’autres du même genre. Et même les causes secondes, ainsi que les philosophes les appellent, ne doivent être à nos yeux que comme autant de mains admirablement façonnées et préparées en vue de nos besoins, par lesquelles Dieu nous distribue ses bienfaits, et les répand à profusion dans toutes les parties de l’univers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce que nous demandons plus particulièrement par cette première partie de l’Oraison Dominicale, c’est que tous reconnaissent et révèrent la très Sainte Épouse de Jésus-Christ, l’Église notre Mère. Car seule elle possède cette source surabondante et intarissable de Grâce divine capable de purifier et de laver toutes les souillures d péché, cette source surnaturelle d’où jaillissent tous le Sacrements de la sanctification et du salut, lesquels, coin me autant de canaux sacrés, font couler dans nos âme la céleste rosée, l’eau vivifiante de la sainteté. Seule enfin avec les enfants qu’elle tient réunis dans ses bras et su son sein, elle a le droit d’invoquer ce nom adorable qui «&amp;amp;nbsp;''est le seul sous le ciel par Lequel il soif donné aux hommes d’opérer leur salut.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — UN VRAI CHRÉTIEN DOIT HONORER CE SAINT NOM PAR SES ACTIONS.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront soin d’insister très spécialement sur ce point qu’il est d’un bon fils de ne pas prier Dieu son Père, uniquement en paroles, mais de faire en sorte, par sa conduite et ses actes, que la sanctification du nom divin brille dans toute sa personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et plut à Dieu qu’il ne se trouvât point de Chrétiens qui, tout en demandant dans leur Prière la sanctification de ce nom béni, Le déshonorent par leurs actions, autant qu’il est en eux, et quelquefois même sont cause des malédictions qu’on prononce contre Lui&amp;amp;nbsp;! C’est d’eux que l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''on blasphème le nom de Dieu à cause de vous, parmi les nations''&amp;amp;nbsp;», et auparavant Ezéchiel avait écrit : «&amp;amp;nbsp;''ils se sont mêlés avec les nations, et ils ont habité avec elles, et ils ont rendu mon nom méprisable&amp;amp;nbsp;; ce qui a fait dire d’eux à ces nations: ce peuple est le peuple du Seigneur et il est sorti de la terre qui lui appartenait''&amp;amp;nbsp;» en effet, telles la vie et les mœurs de ceux qui professent une religion, tels aussi, pour l’ordinaire, et cette religion, et son auteur, au jugement de la multitude ignorante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi bien ceux qui vivent selon la Religion chrétienne qu’ils ont embrassée, et qui règlent leurs Prières et leurs actions sur ses préceptes, fournissent-ils aux autres un des plus grands moyens de louer, d’honorer et de glorifier e nom du Père céleste. C’est un devoir que Notre-Seigneur Lui-même nous a imposé&amp;amp;nbsp;; Il a voulu que par des actes éclatants de vertu nous portions tous les hommes à louer t à glorifier le nom adorable de Dieu. ne dit-II pas en flet dans l’Évangile:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que votre Lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et Saint Pierre après Lui : «&amp;amp;nbsp;''conduisez-vous parmi les Gentils d’une manière pure, afin que, vous jugeant d’après vos œuvres saintes, ils glorifient Dieu''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-et-unième — Seconde demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''QUE VOTRE ROYAUME ARRIVE. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DU ROYAUME DE DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Le royaume de Dieu, qui fait l’objet de cette seconde demande, est le but et la fin de toute la Prédication Évangélique C’est par là que Saint Jean Baptiste commença à prêcher la Pénitence. «&amp;amp;nbsp;''Faites pénitence,'' disait-il , ''parce que le Royaume des cieux est proche.&amp;amp;nbsp;''» Ce fut aussi le commencement de la Prédication du Sauveur du monde. Et lorsque, dans cet admirable Sermon sur la Montagne, Il montre à ses disciples les voies de la béatitude, II leur parle d’abord du Royaume des cieux comme du sujet fondamental de son discours. «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux les pauvres en esprit,'' dit-Il , ''parce que le Royaume des cieux leur appartient.''&amp;amp;nbsp;» Bien plus, un jour que la foule voulait Le retenir, voici la raison qu’Il donne de la nécessité de son départ:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''il faut que J’annonce aussi le Royaume de Dieu aux autres villes, car Je suis envoyé pour cela.''&amp;amp;nbsp;» Plus tard, c’est encore ce même Royaume qu’Il ordonne à se Apôtres de prêcher&amp;amp;nbsp;; et à celui qui voulait aller enseveli son père:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''allez,'' dit-Il, ''et annoncez le Royaume de Dieu ''». Et après sa Résurrection, pendant ces quarante jours où II apparaît à ses Apôtres, c’est du Royaume d Dieu qu’Il leur parle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs voudront donc expliquer cette second demande avec tout le soin possible, afin que les Fidèle en comprennent bien l’importance et la nécessité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour atteindre ce but, ils pourront se servir avec habileté et profit de cette considération si frappante, à savoir que Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu et ordonné formellement que cette demande, quoique liée avec les autres, en fût séparée et distincte dans son expression, et cela afin de nous faire désirer et rechercher plus ardemment ce que nous demandons. Il nous dit en effet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — CE QUI EST COMPRIS DANS CETTE DEMANDE.  ====&lt;br /&gt;
Les dons célestes compris dans cette demande sont si précieux et si abondants qu’ils embrassent même tout ce qui est nécessaire pour soutenir la vie du corps aussi bien que celle de l’âme. trouverions-nous digne du nom de roi, celui qui n’aurait aucun souci du bien et du salut de l’État&amp;amp;nbsp;? Mais si les hommes ont tant de sollicitude pour garder un royaume terrestre, avec quelle vigilance, quelle paternelle Providence ne devons-nous pas croire que le Roi des rois s’occupe de la vie et du salut de ses créatures&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En demandant le Royaume de Dieu, nous réclamons donc par le fait tout ce dont nous avons besoin dans notre pèlerinage, ou plutôt dans notre exil. Et notre Prière s’appuie sur cette promesse si consolante et si positive du Seigneur: «&amp;amp;nbsp;''et tout le reste vous sera donné par surcroît.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De telles paroles prouvent bien que Dieu est vraiment le Roi du genre humain, et qu’Il répand sur lui tous ses biens en abondance et avec libéralité. Et c’est précisément la pensée de cette infinie Bonté de Dieu qui mettait sur les lèvres de David ce chant de reconnaissance:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur est mon Roi, et rient ne me manquera.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, (ne l’oublions pas), ce n’est pas assez de demander instamment le Royaume de Dieu, il faut encore joindre à cette demande tous les moyens nécessaires pour le chercher et pour le trouver. Hélas&amp;amp;nbsp;! les cinq vierges folles, elles aussi, le demandaient avec instance:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» et cependant, parce qu’elles n’avaient pas tout ce qu’il fallait, pour accompagner leur Prière, et être exaucées, elles ne furent point admises. Et ce ne fut point une injustice. Car c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même qui a prononcé cette sentence:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tous ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, n’entreront point dans le Royaume des cieux.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES MISÈRES DE CETTE VIE.  ====&lt;br /&gt;
Les Prêtres chargés du soin des âmes, (les Curés), ne manqueront pas de puiser en abondance aux sources fécondes de nos Saints Livres, les vérités les plus propres à exciter dans le cœur des Fidèles le désir et le goût du Ciel. En même temps ils auront soin de mettre sous leurs yeux les accablantes misères de notre vie mortelle, et ils feront en sorte de les toucher assez pour qu’ils se recueillent, qu’ils rentrent en eux-mêmes et qu’ils se souviennent que le ciel, la maison de Dieu, la maison de leur Père est le séjour du bonheur suprême, et la possession des biens infinis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici-bas, en effet, nous ne sommes que des exilés. nous habitons la même terre que les démons, animés contre nous d’une haine que rien ne peut apaiser, nos implacables et éternels ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que dire de ces combats domestiques, de ces luttes intérieures que se livrent sans cesse en nous le corps et l’âme, la chair et l’esprit&amp;amp;nbsp;? Combats terribles où nous avons toujours à craindre de succomber, où nous succomberions même sur le champ, si la main du Seigneur n’était pas là pour nous défendre. Ah&amp;amp;nbsp;! certes, l’Apôtre Saint Paul sentait bien tout le poids de ces misères, quand il s’écriait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Malheureux homme que je suis&amp;amp;nbsp;! qui me délivrera de ce corps de mort&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces misères de notre race, déjà si sensibles par elles-mêmes, ressortent bien plus vivement encore de la comparaison de notre état avec celui des autres créatures. Que ces créatures en effet soient privées de raison ou même de sentiment, il est bien rare que quelques-unes d’entre elles s’éloignent assez des actions, des sentiments et des mouvements qui leur sont propres, pour manquer la fin qui leur a été assignée. La chose est si évidente dans les animaux terrestres, dans les poissons et dans les oiseaux, qu’elle n’a besoin d’aucune explication. Que si nous portons nos regards vers le ciel, ne sentons-nous pas aussitôt la vérité de ce Cantique de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Votre Parole, Seigneur, demeure à jamais dans le ciel.&amp;amp;nbsp;''» Le ciel, en effet, est emporté par un mouvement qui ne s’arrête jamais&amp;amp;nbsp;; mais ce mouvement est si constant et si réglé, qu’il ne sort jamais de la ligne que Dieu lui a tracée. Si nous regardons la terre et tout le reste de l’univers, nous reconnaîtrons aisément qu’ils n’éprouvent point d’altération dans leur état. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que la misère de l’homme est grande&amp;amp;nbsp;! que ses chutes sont profondes et fréquentes&amp;amp;nbsp;! s’il conçoit de bons projets, rarement il les exécute. Souvent il abandonne et méprise le bien qu’il vient de commencer. Ce qui lui plaisait tout à l’heure et lui semblait excellent, lui déplaît tout à coup. Il le rejette, et se laisse entraîner aux résolutions honteuses et nuisibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle est donc la cause de cette inconstance et de cette misère&amp;amp;nbsp;? Évidemment c’est le mépris de l’inspiration divine. nous fermons l’oreille aux avertissements que Dieu nous donne&amp;amp;nbsp;; nous refusons d’ouvrir les yeux aux lumières surnaturelles qu’Il nous offre, et nous n’écoutons point les préceptes salutaires de notre Père du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici donc les Pasteurs devront s’appliquer à mettre sous les yeux des Fidèles ce tableau des misères humaines. Ils tâcheront d’en expliquer les causes et d’en indiquer les remèdes. Ce qui leur sera facile, s’ils ont soin d’aller puiser&amp;amp;nbsp;;dans les ''œuvr''es des grands docteurs Saint Jean Chrysostome et Saint Augustin, et surtout dans ce que nous avons dit nous-mêmes en parlant du symbole des Apôtres. Car ces vérités une fois connues, quel est l’homme si coupable et si pervers qui ne voudrait s’efforcer avec la Grâce prévenante de Dieu, et l’exemple de l’enfant prodigue, de se lever et de revenir avec confiance se jeter entre les bras de son Roi, de son Père céleste&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — QUEL EST L’OBJET DE LA DEUXIÈME DEMANDE ====&lt;br /&gt;
Après avoir montré par ces explications tous les avantages que renferme cette Prière des Fidèles, les Pasteurs feront voir ensuite ce que nous demandons par ces paroles&amp;amp;nbsp;; que votre Royaume arrive. Elles ont plusieurs significations différentes, dont la détermination sera très utile pour comprendre les autres passages de la Sainte Écriture, et nécessaire spécialement pour celui qui nous occupe. Or, la première signification du ''Royaume de Dieu'' — signification ordinaire et fréquente dans nos Saints Livres — c’est d’exprimer non seulement ce pouvoir que Dieu exerce sur tous les hommes et sur tout l’univers, mais encore cette Providence spéciale par laquelle Il dirige et gouverne toutes choses. «&amp;amp;nbsp;''Il tient dans ses mains,'' dit le Prophète,&amp;amp;nbsp; ''la terre avec. ses extrémités les plus reculées.''&amp;amp;nbsp;» Ce qu’il faut entendre même des choses cachées dans les profondeurs de la terre et dans toutes les parties du monde les plus secrètes. C’est d’après cette idée que Mardochée disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur Dieu, roi très puissant, toutes choses sont en votre Puissance, et il n’est personne qui puisse résister à votre Volonté. Vous êtes maître de tous, et rien ne résiste à votre Majesté.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu ces mots de ''Royaume de Dieu'' signifient cette Providence particulière et très spéciale, par laquelle Dieu prend soin des hommes pieux et fidèles, et les couvre de sa protection: Providence admirable et unique, qui faisait dire à David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur prend soin de moi et rien ne me manquera&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» et au Prophète Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur est notre roi, il nous sauvera.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quoique Dieu exerce son pouvoir en ce monde sur les saints et les gens de bien, cependant Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même avertit Pilate que&amp;amp;nbsp; ''son Royaume n’est pas de ce monde'', c’est-à-dire qu’Il ne tire nullement son origine de ce monde qui a été créé et qui est périssable, et qu’Il ne domine point à la façon des empereurs, des rois, des républiques, des présidents et de tous ceux que le vœu général ou l’élection appelle à gouverner les états et les provinces, ou qui s’emparent du pouvoir par la force et par la violence. non, Notre-Seigneur Jésus-Christ, ''c’est Dieu qui l’a établi Roi'', dit le Prophète, et au témoignage de l’Apôtre, son Royaume est la justice, car il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume de Dieu, c’est la justice, la paix et la joie dans le Saint Esprit.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, Jésus-Christ règne en nous par les Vertus intérieures de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. C’est par ces Vertus que nous devenons en quelque sorte partie de ce Royaume, et en même temps, les sujets privilégiés de Dieu. Elles nous consacrent à son culte et à son service, de telle sorte que si l’Apôtre Saint Paul a pu dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je vis, ou plutôt ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi,&amp;amp;nbsp;''» chacun de nous peut dire aussi: «&amp;amp;nbsp;''Je règne, ou plutôt, ce n’est pas moi qui règne, c’est Jésus-Christ qui règne en moi.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Royaume est appelé la justice, parce qu’il est fondé sur la justice de Jésus-Christ. C’est de lui que le Sauveur parle dans Saint Luc, quand Il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume de Dieu est au dedans de vous''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique Notre-Seigneur Jésus-Christ règne par la Foi en tous ceux que l’Église, notre très sainte Mère, regarde comme ses enfants, cependant II est plus spécialement le Roi de ceux qui, remplis des dons de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, sont devenus en quelque sorte comme des membres vivants et sanctifiés de Dieu Lui-même. C’est dans ces parfaits Chrétiens que règne vraiment la Grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Royaume de Dieu est encore le royaume de la Gloire. C’est de lui que Notre-Seigneur parle dans Saint Matthieu, lorsqu’Il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui vous a été préparé dés le commencement du monde.''&amp;amp;nbsp;» C’est ce Royaume aussi que le larron pénitent demandait à Jésus sur la croix, en disant&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Souvenez-vous de moi quand Vous serez dans votre Royaume''.&amp;amp;nbsp;» Et les paroles suivantes de Saint Jean se rapportent au même objet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit, il ne saurait entrer dans le royaume de Dieu.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est également la pensée de Saint Paul dans ce passage de son Epître aux Ephésiens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ni les impudiques, ni les avares (qui sont des idolâtres) n’ont point d’héritage dans le Royaume de Jésus-Christ et de Dieu.&amp;amp;nbsp;''» Il faut encore entendre dans le même sens quelques-unes des paraboles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’Il parlait du Royaume des cieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est nécessaire que le Règne de la Grâce soit d’abord établi dans nos âmes. Car il est impossible de régner un jour dans la Gloire, si l’on n’a eu soin, tout d’abord de faire régner la Grâce en soi-même. Or, la Grâce, au témoignage de Notre-Seigneur Lui-même , «&amp;amp;nbsp;''est une source d’eau vive qui jaillit jusqu’à la Vie Éternelle''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Gloire, elle, n’est autre chose que la Grâce consommée, et portée à sa perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tant que nous sommes revêtus de ce corps fragile et mortel, tant que nous vivons dans les ténèbres d’ici-bas, pèlerins, exilés, errants, sans forces et loin de Dieu, on nous voit souvent, hélas&amp;amp;nbsp;! faillir et tomber, parce que nous repoussons le secours de la Grâce d’en haut, qui nous soutenait. Mais lorsque la lumière du royaume de la Gloire, qui est le Royaume parfait, aura brillé à nos yeux, nous serons à jamais fermes et invariables dans le bien et la perfection. tous les vices et toutes les incommodités auront cessé. notre faiblesse sera changée en une force inaltérable. Dieu, enfin, Dieu Lui-même régnera dans notre âme et dans notre corps, comme nous l’avons expliqué avec les développements convenables dans le symbole des Apôtres, en parlant de la Résurrection de la chair. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les différentes significations de ces mots ''Royaume de Dieu''. Voyons maintenant à quoi tend particulièrement cette demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premièrement nous demandons à Dieu que le Royaume de Jésus-Christ, qui est l’Église, s’étende au loin&amp;amp;nbsp;; que les infidèles et les Juifs se convertissent à la Foi chrétienne et à la connaissance du vrai Dieu&amp;amp;nbsp;; que les schismatiques et les hérétiques rentrent en eux-mêmes et reviennent à la Communion de l’Église dont ils se sont séparés, afin que soit accomplie et réalisée cette parole du Seigneur dans le Prophète Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Élargis'' l’enceinte de ton pavillon, et développe les voiles de tes tentes&amp;amp;nbsp;; allonge tes cordages&amp;amp;nbsp;; affermis tes pieux&amp;amp;nbsp;; tu pénétreras à droite et à gauche, parce que Celui qui t’a créé sera ton Seigneur''&amp;amp;nbsp;»: et celle-ci: «&amp;amp;nbsp;''Les nations marcheront à ta lumière, et les rois d l’éclat de ta splendeur. Lève les yeux autour de toi, et vois: tous ces peuples s’avancent vers toi&amp;amp;nbsp;; tes fils viendront de loin&amp;amp;nbsp;; tes filles s’élèveront à tes côtés.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a dans l’Église des Chrétiens qui confessent Dieu de bouche, et qui Le renient par leurs ''œuvr''es, des Chrétiens, dont la Foi est défigurée et morte, en qui le démon habite, par suite de leurs péchés, et règne dans sa propre maison. nous demandons que le Royaume de Dieu leur arrive aussi, afin que, s’arrachant aux ténèbres du mal, et éclairés par la Lumière divine, ils soient rétablis dans leur première dignité d’enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;; nous demandons que le Père céleste, en chassant de son Royaume les hérésies, les schismes, le péché et toutes les causes du péché, ''nettoie l’aire de son Église'', et lui permette de jouir d’une paix douce et tranquille, en servant Dieu dans la piété et l’innocence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons, enfin, que Dieu vive et règne seul en nous, afin que la mort n’ait plus sur nous aucun droit, qu’elle soit observée par la victoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu’ainsi, après avoir renversé et anéanti l’autorité, la domination et la puissance de ses ennemis, II demeure le seul et unique Souverain de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ne manqueront pas d’apprendre aux Fidèles quel est l’esprit et le sens de cette demande, et par suite avec quelles pensées et quelles dispositions ils doivent adresser à Dieu cette Prière. Ils les exhorteront d’abord à bien peser toute la force et la portée de cette parabole du Sauveur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Un homme vient-il à le trouver, il le cache de nouveau, et dans sa joie, il s’en va, vend tout ce qu’il possède et achète ce champ.''&amp;amp;nbsp;» Ainsi celui qui connaîtra les richesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour elles, méprisera tout le reste. Biens, fortune, puissance, tout sera vil à ses yeux. Rien ne saurait être comparé à ce souverain Bien, ou plutôt rien ne saurait tenir devant Lui. C’est pourquoi ceux qui auront le bonheur de connaître ces richesses du Royaume de Dieu, s’écrieront avec l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je me suis dépouillé de tout, je fais cas de toutes choses comme de la boue, pour gagner Jésus-Christ.&amp;amp;nbsp;''» C’est la perle précieuse de l’Évangile Celui qui aura dépensé pour l’acheter tout l’argent qu’il avait retiré de la vente de tous ses biens jouira d’un bonheur éternel. Heureux serions-nous, si Notre-Seigneur Jésus-Christ daignait nous éclairer assez pour faire voir cette perle de la Grâce divine, par laquelle Il règne en tous ceux qui Lui appartiennent&amp;amp;nbsp;! nous serions prêts à tout vendre et à tout donner, jusqu’à nous-mêmes, pour l’acquérir et pour la conserver. C’est alors que nous pourrions dire, sans la moindre crainte:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qui pourra nous séparer de la Charité de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Que si nous voulons savoir quelle est l’excellence de la gloire du Royaume céleste, et combien elle l’emporte sur tout le reste, écoutons ce que dit le Prophète Isaïe, et après lui l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DANS QUELS SENTIMENTS IL FAUT FAIRE CETTE DEMANDE.  ====&lt;br /&gt;
Mais pour obtenir plus sûrement l’effet de notre demande, il sera très utile de nous redire à nous-mêmes qui nous sommes, c’est-à-dire les enfants d’Adam, trop justement chassés du paradis, condamnés à l’exil, et dignes par nos misères et nos péchés, de toute la haine de Dieu et des éternels supplices. Alors nous nous tiendrons dans l’abaissement et l’abjection. notre Prière sera pleine d’humilité. nous nous défierons de nous-mêmes, pour nous jeter, comme le Publicain de l’Évangile, dans le sein de la Miséricorde de Dieu. nous rapporterons tout à sa Bonté, et nous lui rendrons d’immortelles actions de grâces, d’avoir bien voulu «&amp;amp;nbsp;''nous donner son esprit&amp;amp;nbsp; dans lequel nous avons la confiance de crier: Père, Père&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous cherchons ensuite à bien connaître ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter pour parvenir au Royaume céleste. Car Dieu ne nous a pas appelés à l’oisiveté et à la paresse&amp;amp;nbsp;; Il nous dit au contraire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui l’emportent''.&amp;amp;nbsp;» Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les Commandements.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est donc point assez de demander le Royaume de Dieu, si en même temps on ne travaille avec soin et avec zèle à le mériter. Il faut aider la grâce, et devenir les coopérateurs de Dieu dans la route à suivre pour arriver au ciel. Dieu ne nous abandonne jamais. Il nous a promis d’être toujours avec nous. A nous de prendre garde de ne point quitter Dieu et de ne point nous abandonner nous-mêmes. Dieu a mis dans son Église, qui est son Royaume ici-bas, tout ce qui est nécessaire pour protéger notre vie mortelle et assurer notre Salut éternel: et ces légions d’Anges invisibles, et ce trésor visible des Sacrements, si riches en grâces célestes. Avec de tels secours, que la bonté de Dieu nous a ménagés, non seulement nous n’avons rien à craindre de la puissance de nos ennemis acharnés, mais même nous pouvons terrasser le tyran des enfers et le fouler aux pieds avec ses cruels satellites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demandons donc très instamment au Saint Esprit qu’Il nous enseigne à faire toutes choses selon sa volonté&amp;amp;nbsp;; qu’Il détruise l’empire de Satan, afin qu’au dernier jour il n’ait aucun pouvoir sur nous. Demandons que Jésus-Christ soit vainqueur, et qu’Il triomphe&amp;amp;nbsp;; que ses lois soient en vigueur par toute la terre, que ses décrets soient partout exécutés, qu’il n’y ait ni traître ni déserteur parmi les siens, et que tous se montrent tels qu’ils puissent se présenter avec confiance devant Dieu leur Souverain, et entrer ensuite en possession du Royaume céleste qui leur a été préparé de toute éternité, et où ils jouiront avec Jésus-Christ d’un bonheur qui n’aura point de fin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-deuxième — troisième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ nous assure que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;tous ceux qui lui disent: Seigneur, Seigneur, n’entreront point dans le Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;; mais que celui-là seul y entrera qui fait la Volonté de son Père qui est dans le ciel&amp;amp;nbsp;», il est donc de toute nécessité que tous ceux qui désirent parvenir à ce Royaume céleste, demandent à Dieu que sa Volonté soit faite. Voilà pourquoi cette demande vient immédiatement après celle du Royaume des cieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mieux faire comprendre aux Fidèles combien ce que nous demandons par cette Prière nous est indispensable, et quelle abondance de salutaires faveurs elle nous obtient, les Pasteurs auront soin de bien montrer toutes les misères et toutes les calamités qui ont accablé le genre humain, depuis le péché de nos premiers parents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — MISÈRES DU GENRE HUMAIN, LEUR CAUSE.  ====&lt;br /&gt;
Dès le commencement, Dieu donna à chaque créature le désir du bien qui lui est propre&amp;amp;nbsp;; de sorte que par une inclination naturelle, toute créature désire et cherche sa fin, dont, au reste, on ne la voit jamais s’écarter, à moins qu’un obstacle étranger ne vienne l’en détourner. Pour l’homme sortant des mains de son Créateur, cette inclination qui le poussait vers Dieu, le Principe et l’Auteur de sa félicité, était d’autant plus noble et plus ardente, qu’il était doué de raison et de jugement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais tandis que les autres créatures qui ne jouissaient pas de la raison, conservaient cette disposition de la nature et cette bonté première que Dieu leur avait données en les créant, et qu’elles possèdent encore maintenant, l’infortuné genre humain sortit de sa voie. Et non seulement il perdit les biens de la justice originelle dont Dieu l’avait orné et enrichi par un privilège qui dépassait sa nature, mais il affaiblit encore ce goût de la vertu qui avait été gravé dans son mur. «&amp;amp;nbsp;''Tous se sont éloignés, ''dit le Prophète , ''ils se sont corrompus&amp;amp;nbsp;; ils n’y en a plus qui fassent le bien, il n’y en a plus un seul.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, «&amp;amp;nbsp;''l’esprit et le cœur de l’homme ''&amp;amp;nbsp;''sont inclinés vers le mal dés sa jeunesse.''&amp;amp;nbsp;» D’où il est facile de voir que nul, par lui-même, ne saurait avoir le goût des choses du salut, mais au contraire que tons les hommes sont portés au mal&amp;amp;nbsp;; que leurs passions déréglées sont innombrables et les entraînent, et les précipitent avec une force incroyable dans la colère, dans la haine, dans l’orgueil, dans l’ambition, en un mot dans toutes sortes de vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes ces misères ne sont que trop réelles, nous les sentons sans cesse en nous. Et pourtant notre plus grande misère c’est qu’un bon nombre de ces maux sont loin de nous paraître de véritables maux. témoignage effrayant de notre malheureuse condition&amp;amp;nbsp;! Aveuglés par nos passions et nos excès, nous ne voyons pas que ce qui nous paraît bon et salutaire est trop souvent détestable. Bien plus, nous courons avec empressement après ces biens funestes comme s’ils étaient vraiment désirables et parfaits&amp;amp;nbsp;; et nous n’éprouvons que de l’éloignement et de l’aversion pour ce qui constitue le vrai Bien et la Vertu même, comme s’ils étaient contraires à notre bonheur. Mais Dieu ne peut souffrir ces pensées fausses, ces jugements corrompus. Il les condamne et les maudit par la bouche d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Malheur à vous qui appelez le mal un bien, et le bien un mal&amp;amp;nbsp;; qui prenez la lumière pour les ténèbres, et les ténèbres pour la lumière&amp;amp;nbsp;; qui choisissez l’amer pour le doux et le doux pour l’amer&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, pour nous faire mieux comprendre l’énormité de nos misères, nos Saints Livres ne craignent pas de nous comparer à ceux qui ont perdu le sens du goût, et qui repoussent la nourriture saine et fortifiante, pour lui préférer des mets pernicieux. Ils nous comparent également à des malades, lesquels, tant que dure leur maladie, sont incapables d’accomplir les devoirs et de remplir les fonctions des personnes qui jouissent de leurs forces et de leur santé. Ainsi nous-mêmes, sans le secours de la Grâce de Dieu, nous ne pouvons rien faire qui lui soit agréable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si dans cet état nous entreprenons ou faisons quelque bien, ce bien sera sans importance, et nous servira à peine pour le ciel. Mais aimer Dieu et Le servir comme il convient, c’est quelque chose de trop noble et de trop sublime pour que, dans l’état de faiblesse et d’abaissement où nous sommes, nous puissions le faire de nous-mêmes. Pour atteindre à cette hauteur, il faut que nous soyons soulevés en quelque sorte par la Grâce de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici encore une comparaison bien propre à faire ressortir la misère de notre condition. Un peut dire que nous ressemblons à des enfants qui, abandonnés à eux-mêmes, se portent sans réflexion sur toute sorte d’objets. Oui, nous sommes de vrais enfants, des êtres inconsidérés, tout entiers aux entretiens frivoles et aux actions futiles, si le secours de Dieu nous abandonne. De là ce reproche que nous adresse la Sagesse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Ju''sques à quand aimerez-vous la vanité comme des enfants&amp;amp;nbsp;? Jusques à quand les insensés désireront-ils ce qui leur est pernicieux&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» et cette recommandation de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne vous faites pas enfants, sans prudence et sans discernement.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, notre vanité et notre aveuglement surpassent de beaucoup les illusions des enfants. Car ils ne manquent, eux, que de la sagesse humaine qu’ils peuvent acquérir avec le temps. nous, au contraire, sans le secours et la grâce de Dieu, nous ne pouvons pas même aspirer à cette prudence divine qui pourtant est nécessaire au salut. Et si ce secours cesse de nous soutenir un seul instant, nous repoussons aussitôt les biens véritables, et nous nous précipitons de nous-mêmes dans la mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que, grâce à la Lumière divine qui dissipe les ténèbres de l’esprit, un Chrétien aperçoive nos misères trop réelles&amp;amp;nbsp;; que, secouant son insensibilité, il se rende compte de l’opposition de nos passions et de ''la loi des membres contre la loi de l’esprit''&amp;amp;nbsp;; qu’il considère enfin la violence de notre entraînement naturel vers le mal, comment pourra-t-il ne pas chercher avec le plus vif empressement le remède à ces maux si grands dont la nature nous accable, et ne pas désirer ardemment de trouver enfin une règle salutaire pour y conformer sa conduite et sa vie&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — NOUS DEMANDONS LE REMÈDE A NOS MISÈRES PAR CES MOTS QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE, ETC...  ====&lt;br /&gt;
Or, voilà précisément ce que nous demandons à Dieu, quand nous lui disons: ''Que votre volonté soit faite&amp;amp;nbsp;!'' C’est en désobéissant à Dieu et en méprisant sa volonté, que nous sommes tombés dans toutes ces misères&amp;amp;nbsp;; dés lors l’unique, le véritable remède à tous nos maux, celui que Dieu Lui-même nous a donné, sera de vivre enfin selon cette Volonté divine que nous avons foulée aux pieds en nous livrant au péché, et de régler désormais toutes nos pensées et toutes nos actions sur ce qu’elle prescrit. C’est pour arriver à ce but que nous disons humblement à Dieu dans notre prière&amp;amp;nbsp;: ''Que votre Volonté soit faite&amp;amp;nbsp;!''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les justes eux-mêmes, ceux en qui Dieu règne déjà, et qui ont été éclairés des rayons de la divine Lumière, doivent demander avec ardeur la grâce dont ils ont besoin pour demeurer soumis à sa sainte Volonté. Car, malgré leurs bonnes dispositions actuelles, ils n’en ont pas moins à lutter contre leurs propres passions, à cause de l’inclination au mal que nous portons tous en dedans de nous-même. Et cela est si vrai que, fussions-nous réellement justes, nous serions encore pour nous-mêmes un très grand danger ici-bas. Oui, nous devrions craindre&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’entraînés et séduits par les convoitises qui combattent dans nos membres''&amp;amp;nbsp;» nous n’abandonnions le chemin du salut. C’est pour nous prémunir contre ce danger que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous dit : «&amp;amp;nbsp;''Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation&amp;amp;nbsp;; car l’esprit est prompt, mais la chair est faible.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet il n’est pas donné à l’homme, même à celui qui a été justifié par la Grâce de Dieu, et qui la possède, de dompter les appétits de la chair au point qu’ils ne se révoltent plus jamais. La Grâce de Dieu, à la vérité, guérit l’âme de ceux qui ont été justifiés par elle, mais elle ne guérit point la chair. Et c’est ce qui a fait dire à l’Apôtre Saint Paul : «&amp;amp;nbsp;''Je sais que le bien n’habite point en moi, c’est-à-dire dans ma chair.''&amp;amp;nbsp;» Dés le moment même où le premier homme eut perdu la justice originelle, qui, comme un frein, retenait toutes ses passions dans l’ordre, la raison est devenue radicalement impuissante à les contenir dans le devoir, et à les empêcher de désirer ce qu’elle-même repousse. C’est pourquoi l’Apôtre nous dit que le péché, c’est-à-dire, un foyer de péché, ''habite dans la chair de l’homme'', afin de nous faire bien comprendre qu’il n’est pas en nous pour un temps et comme un hôte qui passe, mais que, tant que nous vivons, il demeure en nous comme dans sa propre et perpétuelle habitation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, puisque nous sommes sans cesse aux prises avec des ennemis domestiques et intérieurs, il nous est facile de comprendre que nous devons chercher et trouver en Dieu notre secours, en Lui demandant ''que sa Volonté se fasse'' en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CE QUE C’EST QUE LA VOLONTÉ DE DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Il ne faut pas laisser ignorer aux Fidèles quelle est la portée de cette demande. Sans entrer dans toutes les explications que les Docteurs scolastiques ont données sur cette question avec autant d’utilité que d’abondance, disons que la Volonté de Dieu dont il s’agit ici, est celle que l’on appelle communément la volonté de signe, c’est-à-dire ce que Dieu nous a ordonné ou conseillé de faire ou d’éviter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, sous le nom de volonté, nous comprenons tout ce qui a été établi, soit dans l’ordre de la Foi, soit dans l’ordre des mœurs, pour nous procurer le bonheur céleste&amp;amp;nbsp;; enfin tout ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a ordonné ou défendu soit par Lui-même, soit par son Église C’est de cette volonté que l’Apôtre nous dit : «&amp;amp;nbsp;''Ne soyez point impudents, mais comprenez quelle est la Volonté de Dieu.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors donc que dans notre Prière nous disons à Dieu ''que votre Volonté soit faite'', nous demandons avant tout à notre Père céleste de nous donner la force d’obéir à ses Commandements et de le servir ''dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De faire tout selon sa volonté et son bon plaisir. De nous acquitter de tous les devoirs qui nous sont prescrits dans nos Saints Livres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’accomplir sous sa conduite et par son impulsion tout ce qui convient à ceux ''qui sont nés non de la chair, mais de Dieu'' , suivant l’exemple de Jésus-Christ, ''qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort et la mort de la Croix.'' . Enfin d’être prêts à tout souffrir plutôt que de nous écarter en rien de sa Volonté:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nul ne saurait réciter cette demande avec un amour plus intense et une ardeur plus vive que celui à qui il a été donné de comprendre la dignité sublime du Chrétien qui obéit à Dieu. Celui-là sent toute la vérité de cette parole: ''servir Dieu et Lui obéir, c’est régner''&amp;amp;nbsp;; et de celle-ci de Notre-Seigneur : «&amp;amp;nbsp;''Quiconque fera la Volonté de mon Père qui est dans les cieux, sera mon frère, ma sœur, et ma mère, c’est-à-dire. Je lui demeurerai attaché par les liens les plus étroits de la bienveillance et de l’amour.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les saints, il n’en est presque point qui n’aient fait de la précieuse faveur renfermée dans cette demande, l’objet de leurs prières les plus instantes. très souvent même ils se sont servis pour cela de paroles aussi belles que variées. Mais l’un des plus admirables et des plus touchants dans cette diversité de prières, c’est David. tantôt il dit : «&amp;amp;nbsp;''Faites que mes voies se dirigent vers l’observation de vos Commandements&amp;amp;nbsp;;'' tantôt: ''conduisez-moi dans la voie de vos Commandements&amp;amp;nbsp;; ''d’autres fois: ''dirigez mes pas selon votre parole et ne permettez pas que l’injustice domine en moi&amp;amp;nbsp;; ou bien: donnez-moi l’intelligence, pour que je connaisse vos préceptes. Enseignez-moi vos jugements, et donnez-moi l’intelligence pour que j’entende vos témoignages.&amp;amp;nbsp;''» Il répète et retourne la même pensée dans une multitude d’autres endroits, qu’il sera bon de signaler et d’expliquer avec soin aux fidèles, afin qu’ils comprennent parfaitement la grandeur et l’abondance de tous les biens renfermés dans cette demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, lorsque nous disons: que votre Volonté soit faite, nous détestons les ''œuvr''es de la chair, dont l’Apôtre a dit: ''les œuvres de la chair, c’est-à-dire toutes sortes d’impuretés sont manifestes, etc. ''Et: ''si vous vivez selon la chair, vous mourrez.'' Dés lors nous demandons à Dieu de ne pas nous laisser accomplir ce que les sens, les passions et notre faiblesse pourraient nous conseiller, mais de régler notre volonté sur la sienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voluptueux, dont les pensées et les affections sont absorbées tout entières par l’amour du plaisir, sont bien éloignés de cette sainte Volonté de Dieu. Emportés par leurs passions, ils se précipitent à la conquête de ce qu’ils ont désiré, et placent le bonheur dans la satisfaction de leurs criminelles convoitises. Et ils en viennent à cet excès, de regarder comme heureux quiconque possède tout ce qu’il désire. nous, au contraire, nous demandons à Dieu, comme dit l’Apôtre , «&amp;amp;nbsp;''de ne point noue laisser aller à contenter la chair dans ses convoitises&amp;amp;nbsp;; mais de faire la Volonté de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Cependant, il faut convenir que c’est une chose difficile pour nous de demander à Dieu qu’Il ne contente pas nos passions. Sous ce rapport, notre esprit est difficile à persuader. D’une part, en faisant cette demande, nous paraissons avoir de la haine contre nous-mêmes&amp;amp;nbsp;; et, de l’autre, ceux qui sont entièrement attachés à leurs corps, nous en font un crime et une folie. Mais subissons volontiers ce reproche de folie pour l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous dit clairement : «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un veut venir après Moi, qu’il se renonce lui-même.''&amp;amp;nbsp;» ne savons-nous pas, d’ailleurs, qu’il vaut infiniment mieux désirer ce qui est juste et raisonnable que d’atteindre et posséder ce qui est contraire à la raison, à la vertu et à la Loi de Dieu&amp;amp;nbsp;? Et celui-là n’est-il pas bien plus à plaindre, qui a obtenu ce qu’il recherchait inconsidérément et sous l’impulsion de la passion, que celui qui demeure privé même des choses légitimes qu’il souhaitait&amp;amp;nbsp;? Au reste, non seulement nous demandons à Dieu de nous refuser l’objet de nos désirs naturels, puisqu’il est constant que nos désirs sont déréglés, mais encore de ne pas nous accorder ce que parfois nous demandons comme une chose qui nous paraît bonne, sous l’inspiration et la suggestion du démon, qui se transforme alors en ange de lumière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certes, le Prince des Apôtres paraissait animé du zèle le plus pur et de l’amour le plus vrai, lorsqu’il s’efforçait de détourner Notre-Seigneur de ce voyage qui ne pouvait que Le conduire à la mort. Et cependant, comme il était mû par des sentiments trop humains, et non point par une raison surnaturelle, il en est vivement repris par Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pouvait-on, ce semble, faire une demande dictée par un amour plus sincère envers Notre-Seigneur, que celle de Saint Jacques et de Saint Jean, lorsque, remplis d’indignation contre les Samaritains qui avaient refusé de recevoir leur Maître, ils Le conjuraient de faire descendre le feu du ciel pour punir ces êtres durs et inhumains. Et pourtant Jésus-Christ les condamne en ces termes &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Vous ne savez point à quel esprit vous appartenez&amp;amp;nbsp;; le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n’est pas seulement quand l’objet de nos désirs est mauvais, ou bien quand il a quelque apparence de mal, que nous devons demander à Dieu que sa Volonté soit faite&amp;amp;nbsp;; mais encore lorsque la chose que nous désirons n’est point mauvaise en réalité, comme, par exemple, lorsque la volonté, suivant le premier mouvement de la nature, se jette sur ce qui peut nous sauver la vie, et repousse au contraire ce qui semble lui -être nuisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc nous nous trouvons dans le cas de demander à Dieu quelque chose de ce genre, disons-lui du fond du cœur: ''que votre Volonté soit faite&amp;amp;nbsp;!'' imitons Celui qui nous a donné le salut, et la science du salut. Lorsque la nature Lui inspira cette crainte si vive de la mort cruelle qui L’attendait, et que son âme fut en proie à la tristesse la plus accablante, Il soumit entièrement sa Volonté à celle de Dieu son Père, en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que votre volonté se fasse, et non pas la mienne.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, hélas&amp;amp;nbsp;! notre nature a été si profondément atteinte par le péché d’Adam, que, même après avoir courageusement résisté à nos passions, après avoir humblement soumis notre volonté à celle de Dieu, il nous est impossible d’éviter le péché sans un secours surnaturel qui nous protège contre le mal et nous dirige vers le bien. nous avons donc besoin de recourir à cette Prière et de demander à Dieu d’achever en nous ce qu’il a commencé, de comprimer les mouvements impétueux de notre cœur. de soumettre nos appétits à la raison, et enfin de nous rendre en tout conformes à sa Volonté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons aussi que la terre entière connaisse la Volonté de Dieu, afin que le ''Mystère'' divin, qui demeura caché à tant de générations et à tant de siècles, soit maintenant révélé et manifesté à tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — SUR LA TERRE COMME AU CIEL.  ====&lt;br /&gt;
Nous demandons, de plus, la forme et la mesure de notre obéissance, c’est-à-dire qu’elle soit semblable à cette règle, que les saints Anges et tout le chœur des Bienheureux observent dans le ciel. nous demandons en un mot que si les Anges et les Saints se conforment spontanément et avec un souverain plaisir à la très sainte Volonté de Dieu, nous, de notre côté, nous obéissions volontiers à tous ses ordres, et de la manière qui Lui plaît le plus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de fait, dans tout ce que nous faisons et accomplissons à son service, Dieu demande de nous une véritable plénitude de Charité et d’amour&amp;amp;nbsp;; de telle sorte que si nous nous consacrons entièrement à Lui par l’espoir des récompenses d’outre tombe, nous ne devons cependant les espérer que parce qu’il a plu à sa divine Majesté de nous donner cette espérance. Il faut donc que notre espérance soit tout entière fondée sur notre amour pour Dieu, puisqu’Il n’a promis qu’à l’amour la béatitude éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est qui obéissent avec amour, mais cependant en vue de la récompense qui les attend. D’autres, uniquement conduits par l’amour et le dévouement, ne voient dans Celui qu’ils servent que sa Bonté et ses perfections dont la pensée les ravit d’admiration, et ils se trouvent très heureux de pouvoir Lui marquer leur soumission, en se consacrant à son service. Voilà le sens dans lequel nous disons: sur la terre comme au ciel. Car nous devons nous efforcer d’obéir à Dieu sur la terre, comme les Bienheureux lui obéissent dans le ciel. Or, n’oublions pas que David célèbre leur parfaite soumission dans ce beau cantique:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses Anges et ses Ministres, et qui faites sa Volonté.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est permis d’adopter ici l’interprétation de Saint Cyprien, qui par le ''ciel'' entend les bons et les justes, et par la ''terre'', les méchants et les impies. On peut penser aussi comme lui que le ''ciel'', c’est l’esprit, et la ''terre'', la chair. En sorte que le fruit de cette demande est que tous les hommes et toutes les créatures soient en toutes choses parfaitement soumis à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même demande contient aussi une action de Grâces. Par elle, en effet, nous témoignons notre vénération pour la très sainte Volonté de Dieu, et dans le transport de notre joie, nous exaltons toutes ses œuvres par la louange et la reconnaissance la plus vive, nous qui savons mieux que personne qu’''Il a bien fait toutes choses''. Dieu est tout Puissant, cela est certain. Dès lors nous sommes obligés de reconnaître que tout a été fait par sa Volonté. Et comme d’autre part nous affirmons, sans crainte de nous tromper, qu’Il est infiniment bon, nous proclamons par là même qu’il n’y a rien dans ses ''œuvr''es qui ne soit bon, puisqu’Il a dû nécessairement leur communiquer sa Bonté. Mais comme, malgré tout, nous sommes loin de saisir les raisons de Dieu en toutes choses, cependant nous devons reconnaître sans hésitation, et en dépit de l’obscurité, que ''les voies de Dieu sont impénétrables.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons encore un autre puissant motif de vénérer la Volonté de Dieu, c’est qu’Il a daigné nous éclairer de sa céleste Lumière, ''et nous arracher à la puissance des ténèbres, pour nous transporter dans le Royaume de son Fils bien aimé.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, pour terminer ici ce qui se rapporte à l’explication de cette demande, il nous faut revenir à ce que nous avons dit au début, et rappeler aux Fidèles qu’ils doivent faire cette Prière avec une profonde humilité d’esprit et de cœur, réfléchissant en eux-mêmes à la violence de leurs passions naturelles, si opposées à la Volonté divine, et ne doutant point que dans les hommages rendus à cette Volonté sainte, ils sont inférieurs à toutes les créatures, dont l’Esprit Saint a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''elles lui obéissent toutes''&amp;amp;nbsp;», reconnaissant enfin qu’il faut être bien faible pour ne pas pouvoir sans le secours du ciel, non seulement achever, mais même entreprendre une seule action qui puisse être agréable à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais puisqu’il y a rien de plus grand, rien de plus noble, comme nous l’avons dit, que de servir Dieu, et de régler sa vie sur ses Commandements, que peut-il y avoir de plus désirable pour un Chrétien que ''de marcher dans les voies du Seigneur'', de ne rien penser, de ne rien faire qui s’écarte en quoi que ce soit de sa divine Volonté&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour adopter ces saintes habitudes, et pour y persévérer plus fidèlement, le Chrétien aura soin de chercher dans nos Saints Livres les exemples de ceux qui, n’ayant pas voulu soumettre tous leurs desseins à la Volonté de Dieu, ont vu tout se tourner contre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut recommander aux Fidèles de se reposer uniquement et absolument dans la Volonté de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que celui-là donc supporte patiemment sa condition, qui se croit dans une situation inférieure à son mérite. Qu’il n’abandonne point son état, mais qu’il demeure dans celui où Dieu l’a placé. Qu’il soumette son propre jugement à la Volonté de Dieu, car Dieu veille mieux sur tous nos intérêts que nous ne pouvons le désirer nous-mêmes. Si la pauvreté, si la maladie, si les persécutions, les chagrins ou d’autres peines nous écrasent, n’oublions jamais que rien de tout cela ne peut nous arriver sans la Volonté de Dieu, qui est la raison souveraine et dernière de toutes choses. Et bien loin d’en être troublés ou de nous en affliger trop, supportons tout, avec un invincible courage et ces paroles sur les lèvres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que la volonté du Seigneur se fasse''&amp;amp;nbsp;», ou le mot du saint homme Job:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comme le Seigneur a voulu, il a été fait: que le nom du Seigneur soit béni&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-troisième — Quatrième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième demande, et les autres qui suivent ont pour objet spécial, et nettement exprimé, les biens propres de l’âme et du corps. Elles se rattachent de très près et logiquement aux trois précédentes. tel est en effet l’ordre et la disposition de l’Oraison Dominicale, qu’après avoir demandé à Dieu ce qui se rapporte directement à Lui, nous passons ensuite à ce qui regarde le corps et la conservation de la vie présente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même en effet que les hommes doivent se porter vers Dieu, comme vers leur fin dernière, de même aussi, et par une raison identique, les biens de la vie humaine sont subordonnés aux biens du ciel, et nous ne devons les désirer et les demander qu’autant que l’ordre providentiel le permet, ou bien parce qu’ils nous servent de moyens pour acquérir les biens divins, et pour atteindre le but que nous devons toujours nous proposer. Ce but, c’est notre fin dernière&amp;amp;nbsp;; en d’autres termes, le Royaume et la Gloire du Père céleste. Et cette fin nous ne pouvons l’obtenir que par l’observation des Commandements de Dieu et de toutes ses volontés. Ainsi tout ce qui est renfermé dans cette demande, avec toute la portée qu’elle possède, nous devons le rapporter exclusivement à Dieu et à sa Gloire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE QUELLE MANIÈRE IL FAUT DEMANDER LES BIENS DE LA VIE.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs devront s’appliquer à bien faire comprendre aux Fidèles qu’en demandant des choses qui touchent à l’usage et à la jouissance des biens terrestres, nous devons toujours diriger notre cœur et nos désirs sur les prescriptions de Dieu, sans nous en écarter aucunement. Car c’est principalement en demandant ces biens vains et fragiles que nous tombons dans la faute que nous reproche l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Nous ne savons point ce que nous devons demander ni le faire comme il faut.''&amp;amp;nbsp;» II faut donc demander ces choses d’une manière convenable. Autrement, si nous les demandons mal, Dieu pourrait nous répondre&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne savez pas ce que vous demandez.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous possédons une marque certaine pour juger notre Prière, et savoir si elle est bonne ou mauvaise&amp;amp;nbsp;; nous n’avons qu’à consulter notre intention et notre dessein. Ainsi demander les biens de la terre comme s’ils étaient des biens véritables, s’y arrêter et s’y reposer comme dans sa fin dernière, sans rien désirer au delà, ce n’est évidemment pas prier comme il faut.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''En effet, dit Saint Augustin, nous ne demandons point ces choses temporelles comme des biens mais comme des besoins''.&amp;amp;nbsp;» Et l’Apôtre Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, enseigne positivement que tout ce qui regarde les nécessités de la vie, doit être rapporté à la Gloire de Dieu.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Soit que vous mangiez, ''dit-il, ''soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelqu’autre chose, faites tout pour la Gloire de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin de faire sentir aux Fidèles l’extrême nécessité de cette demande, les Pasteurs leur mettront sous les yeux. En quelque sorte, les choses dont nous avons besoin pour la nourriture et la conservation de notre vie. Et pour leur rendre cette démonstration plus sensible, ils feront bien de comparer les besoins de notre premier Père avec ceux de ses descendants. Il est vrai que dans cet état de parfaite innocence où il avait été créé, et dont il fut privé par sa faute avec toute sa postérité, il eût été obligé de recourir à la nourriture pour réparer ses forces&amp;amp;nbsp;; mais quelle différence entre ses besoins et les nôtres&amp;amp;nbsp;! Il ne lui fallait ni vêtements pour se couvrir, ni habitation pour s’y retirer, ni armes pour se défendre, ni remèdes pour se guérir, ni beaucoup d’autres choses qui nous sont nécessaires à nous, pour protéger notre faiblesse et notre fragilité naturelle. II lui suffisait, pour se rendre immortel, de manger le fruit précieux que l’arbre de vie lui aurait procuré sans aucun travail de lui ou de ses descendants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, au milieu de toutes les délices de ce paradis, l’homme ne devait point rester oisif. C’était pour travailler que Dieu l’avait placé dans ce séjour du bonheur. Mais mille occupation ne lui eût été pénible, nul devoir désagréable. Il aurait recueilli perpétuellement les fruits les plus délicieux de la culture de ses heureux jardins&amp;amp;nbsp;; ni ses espérances, ni son travail ne l’auraient jamais trompé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais sa postérité n’a pas été seulement privée du fruit de l’arbre de vie, elle s’est encore vue condamnée par cette sentence effroyable:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La terre est maudite dans votre travail&amp;amp;nbsp;; vous mangerez de ses fruits dans vos travaux tous tes jours de votre vie&amp;amp;nbsp;; elle vous produira des ronces et des épines, et vous mangerez tes herbes de la terre: à la sueur de votre front vous vivrez de votre pain jusqu’à ce que vous retourniez à la terre d’où vous avez été tiré&amp;amp;nbsp;; vous êtes poussière et vous retournerez en poussière.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous est donc arrivé tout le contraire de ce que nous eussions éprouvé, Adam et nous, s’il eût été fidèle au Commandement de Dieu. tout a été retourné et changé de la manière la plus déplorable. Et ce qu’il y a de plus malheureux pour nous, c’est que, très souvent, les plus grandes dépenses, les travaux les plus durs, les sueurs elles-mêmes, tout reste vain et sans résultat. Les grains confiés à une terre ingrate sont étouffés par les mauvaises herbes qui les couvrent, ou bien ils périssent détruits par les pluies, le vent, la grêle, la chaleur ou la rouille, de sorte que l’on voit le labeur de toute une année réduit à rien en un instant par quelque injure de l’air ou des saisons. Malheur trop mérité, par l’énormité de nos fautes qui éloignent Dieu de nous, et L’empêchent de bénir nos efforts. Ainsi s’accomplit la terrible sentence prononcée contre nous dés le commencement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs voudront bien insister sur ce point, afin que les Fidèles n’ignorent pas que c’est par leur faute que les hommes éprouvent ces maux et ces calamités&amp;amp;nbsp;; afin qu’ils comprennent aussi que si d’une part il faut travailler et souffrir pour se procurer les choses nécessaires à la vie, de l’autre toute espérance sera trompeuse, tout effort inutile, si Dieu ne bénit nos travaux. ''Car ni celui qui plante, n’est quelque chose, ni celui qui arrose&amp;amp;nbsp;; mais Dieu qui donne l’accroissement'' . Et: ''si Dieu Lui-même ne bâtit point la maison, ceux qui l’élèvent travaillent en vain'' . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi les Pasteurs enseigneront que nous avons besoin d’une multitude de choses, soit pour conserver notre vie, soit pour la passer d’une manière agréable. Lorsque les Fidèles auront conscience de ces besoins et de l’infirmité de notre nature, ils se sentiront obligés de recourir au Père céleste, et de Lui demander humblement les biens de la terre et du ciel, ils imiteront l’enfant prodigue qui, pressé par le besoin dans une contrée lointaine, et ne trouvant personne pour apaiser sa faim, même en lui donnant la plus vile nourriture, rentra enfin en lui-même et comprit qu’il ne trouverait qu’auprès de son Père le remède à ses maux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui augmentera encore la confiance des Fidèles dans cette Prière, ce sera de penser que Dieu, dans sa Bonté infinie, est toujours attentif à la voix de ses enfants. Et de fait, puisqu’il nous exhorte à Lui demander notre pain, n’est-ce pas une véritable promesse qu’Il nous fait de l’accorder en abondance à tous ceux qui le demanderont comme il convient&amp;amp;nbsp;? en nous apprenant à prier, Il nous exhorte à le faire&amp;amp;nbsp;; en nous exhortant, II nous y porte&amp;amp;nbsp;; en nous y portant Il promet, et en promettant Il fait naître en nous l’espérance certaine d’être exaucés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir excité et enflammé l’ardeur des Fidèles, le Pasteur ne manquera pas de leur expliquer ensuite ce que l’on sollicite comme fruit de cette demande, et d’abord quel est ce pain que nous demandons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — NOTRE PAIN QUOTIDIEN.  ====&lt;br /&gt;
Ce nom de pain, dans la sainte Écriture, signifie beaucoup de choses, mais spécialement les deux suivantes premièrement tout ce qui sert à notre nourriture, et en général à tous les besoins du corps, secondement toutes les grâces que Dieu nous accorde pour la vie de notre âme et pour notre salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est sur l’autorité des saints Pères, très affirmatifs sur ce point, que nous demandons tout ce qui est nécessaire pour notre vie terrestre. Il ne faut donc pas écouter ceux qui prétendent qu’il n’est pas permis à des Chrétiens de demander à Dieu les biens matériels de cette vie. C’est une erreur combattue par tous les saints Pères, et contraire à un grand nombre d’exemples de l’Ancien et du nouveau testament. Ainsi Jacob, en faisant son vœu, disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si le Seigneur est avec moi, qu’Il me garde dans la route que je fais, et qu’Il me donne du pain pour me nourrir et des vêtements pour m’habiller, et que je retourne heureusement à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu, et cette pierre que j’ai élevée pour témoignage sera appelée maison de Dieu, et je Lui offrirai la dime de tout ce qu’Il m’aura donné.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Salomon demandait aussi ce qui est nécessaire à la vie matérielle, lorsqu’il faisait cette Prière:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Ne me donnez ni la pauvreté, ni les richesses, mais accordez-moi seulement les choses nécessaires pour ma subsistance.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et notre Sauveur Lui-même ne nous ordonne-t-Il pas de demander des choses dont personne n’oserait nier qu’elles se rapportent à la vie du corps&amp;amp;nbsp;? ''Priez'', disait-il , ''que votre fuite n’arrive pas en hiver, ni le jour du Sabbat. ''Que dirons-nous de Saint Jacques, dont voici les paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un de vous est triste, qu’il prie&amp;amp;nbsp;; s’il est dans la joie, qu’il chante.&amp;amp;nbsp;''» Que dirons-nous enfin de l’Apôtre Saint Paul, qui parlait ainsi aux Romains:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je vous conjure, mes Frères, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par la Charité du Saint-Esprit, de m’aider dans vos Prières pour moi auprès de Dieu, afin que je sois délivré des infidèles qui sont en Judée.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, puisque Dieu permet aux Fidèles de Lui demander le secours des biens temporels, et que d’autre part Notre-Seigneur nous a laissé une formule de prières qui renferme tous nos besoins, il est impossible de douter que sur les sept demandes, il n’y en ait une pour ces sortes de biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons le ''pain quotidien'', c’est-à-dire ce qui est nécessaire à la vie, et par là nous devons entendre les vêtements pour nous couvrir et les aliments pour nous nourrir, quelle que soit d’ailleurs cette nourriture, pain&amp;amp;nbsp;; viande, poisson ou toute autre chose. C’est dans ce sens que nous voyons ce mot employé par le Prophète Elisée, lorsqu’il avertit le Roi d’Israël de fournir du pain aux soldats Assyriens: car on leur donna toutes sortes d’aliments en abondance. Voici également ce que nous lisons de Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il entra un jour de Sabbat dans la maison de l’un des principaux Pharisiens pour y manger le pain'',&amp;amp;nbsp;» c’est-à-dire pour y prendre un repas, lequel se compose du boire et du manger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour bien marquer le sens précis de cette demande, il ne faut point perdre de vue que par ces mots de pain nous entendons signifier non des mets et des vêtements recherchés et nombreux mais seulement le simple nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est la pensée de l’Apôtre Saint Paul, dans ce passage&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ayant de quoi nous nourrir et nous vêtir, soyons, contents&amp;amp;nbsp;''». Et Salomon que nous avons déjà cité, ne demandait pas autre chose:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''donnez-moi seulement, ''disait-il ''ce qui est nécessaire pour sa subsistance&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mot notre qui accompagne celui de pain nous rappelle aussi cette modération et cette frugalité dont nous parlons. En effet, lorsque nous disons notre pain, nous demandons positivement le pain de la nécessité, et non pas le pain du luxe. Et il faut remarquer de plus que nous disons notre, non point parce que nous pouvons nous le procurer par notre travail et sans le secours de Dieu — ''car toutes les créatures,'' dit David en s’adressant à Dieu, ''attendent que Vous leur donniez leur nourriture au temps marqué. Vous la donnerez, et elles la recevront&amp;amp;nbsp;; Vous ouvrirez votre main, et elles seront toutes rassasiés de vos biens. ''Ailleurs il dit encore: ''les yeux de toutes les créatures espèrent en vous, Seigneur, et Vous leur donnez leur nourriture au temps convenable'' — nous disons notre pain, parce qu’il nous est nécessaire, et que Dieu seul nous le donne, Dieu qui est le Père de toutes choses et qui nourrit tous les êtres animés par sa sainte Providence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous l’appelons encore ''notre'', ce pain, parce que nous ne devons l’acquérir que par des moyens légitimes, et ne pas nous le procurer par l’injustice, la fraude, ou le vol. Ce que nous obtenons par des voies coupables, n’est point à nous, mais aux autres&amp;amp;nbsp;; et trop souvent de graves ennuis en accompagnent l’acquisition, ou la possession ou à coup sûr la perte. Au contraire les richesses honnêtement acquises par le travail sont, au témoignage du Prophète, une source de paix et de grande satisfaction pour les gens vertueux. «&amp;amp;nbsp;''Parce que vous vous nourrirez du travail de vos mains,'' dit-il , ''vous serez heureux et comblés de biens.&amp;amp;nbsp;''» C’est qu’en effet Dieu dans sa Bonté promet de bénir et de faire fructifier le travail de ceux qui ne voient dans leurs fatigues quotidiennes que le moyen providentiel de gagner leur vie. «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur,'' est-il dit dans nos Saints Livres , ''versera ses bénédictions sur vos celliers, et sur tous les ouvrages de vos mains, et Il vous bénira''.&amp;amp;nbsp;» Et non seulement nous demandons à Dieu qu’Il nous permette d’user de ce que nous avons acquis grâce à Lui, par nos sueurs et notre énergie — et qu’à ce titre nous appelons vraiment ''notre'' — mais encore nous Lui demandons la bonne disposition du cœur qui nous fera user avec sagesse et légitimement de ce que nous aurons légitimement acquis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Quotidien''. Ce mot nous rappelle aussi cette frugalité et cette modération dont nous pariions tout à l’heure. nous ne demandons ni la variété, ni la délicatesse des mets, mais uniquement ce qui est nécessaire aux besoins de la nature. nous ne craignons pas de faire rougir de honte certaines personnes qui dédaignent une nourriture et une boisson communes, et sont toujours en quête de ce qu’il y a de pies exquis dans les aliments et dans les vins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce même mot: quotidien, n’est-il pas aussi la condamnation de ceux à qui s’adressent ces terribles menaces d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Malheur à vous, qui joignez une maison à une autre, un champ à un autre, jusqu’à l’extrémité du pays où vous êtes&amp;amp;nbsp;? est-ce que vous habiterez seuls au milieu de la ferre&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» Ces hommes en effet, sont d’une avidité insatiable&amp;amp;nbsp;; et c’est d’eux que Salomon disait:. «&amp;amp;nbsp;L’avare ne sera jamais rassasié d’or&amp;amp;nbsp;», et Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Ceux qui veulent devenir riches tomberont dans la tentation et dans les filets du démon.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous appelons encore ce pain ''quotidien'', parce que nous nous en nourrissons, pour réparer le principe vital qui se consume tous les jours par l’effet de la chaleur naturelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, une dernière raison de nous servir de ce mot ''quotidien'', c’est que nous devons demander ce pain tous les jours, afin de nous retenir dans l’habitude d’aimer et d’adorer Dieu tous les jours, et de nous convaincre absolument de cette vérité essentielle, que notre vie et notre salut dépendent entièrement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI.  ====&lt;br /&gt;
''Donnez-nous''. Dans ces deux simples mots, quelle abondante matière offerte aux Pasteurs pour exhorter les Fidèles à honorer et à respecter, avec toute la piété possible, l’infinie Puissance de Dieu qui dispose de tout absolument. Et à détester le crime exécrable de Satan, l’orgueilleux et le menteur qui osa dire à Jésus-Christ: «&amp;amp;nbsp;''Toutes choses m’ont été livrées, et je les donne à qui je veux.&amp;amp;nbsp;''» Car c’est le seul bon plaisir de Dieu qui distribue, qui conserve, et qui augmente tout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dira-t-on, pourquoi imposer aux riches la nécessité de demander leur pain quotidien, puisqu’ils sont dans l’abondance de toutes choses&amp;amp;nbsp;? C’est, répondons-nous, non afin qu’ils obtiennent des biens dont la bonté de Dieu les a comblés, mais afin qu’ils ne les perdent point. Au surplus c’est pour eux que l’Apôtre Saint Paul a écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que les riches ne devaient point être orgueilleux, ni mettre leur confiance dans l’incertain des richesses, mais dans le Dieu vivant qui nous donne abondamment de quoi fournir à nos besoins''.&amp;amp;nbsp;» Une autre raison que donne Saint Chrysostome, de la nécessité de cette Prière:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''C’est que nous devons demander, non pas seulement que la nourriture nous soit donnée, mais qu’elle nous soit donnée par la main du Seigneur qui, en lui communiquant une vertu bienfaisante et tout à fait salutaire, fait que cette nourriture profite au corps, et que le corps sert l’âme.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pourquoi disons-nous: ''donnez-nous'', au pluriel, et ''non pas: donnez-moi&amp;amp;nbsp;?'' Parce que c’est le propre de la Charité chrétienne, que chacun ne songe pas seulement à soi-même, mais qu’il s’intéresse aussi au prochain, et qu’en s’occupant de ses propres intérêts, il se souvienne aussi de ceux des autres. Joignez à cela que lorsque Dieu accorde des avantages à quelqu’un, ce n’est pas pour que celui-là en profite seul, ou qu’il en jouisse avec intempérance, mais pour qu’il distribue aux autres son superflu . «&amp;amp;nbsp;Car, disent Saint Basile et Saint Ambroise, ''C’est le pain de ceux qui ont faim que vous retenez, c’est le vêtement de ceux qui sont nus que vous cachez, et cet argent que vous enfouissez dans la terre, c’est le rachat, c’est la délivrance des malheureux.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Aujourd’hui''. Ce mot nous avertit tous de notre commune faiblesse. Car quel est l’homme qui, même s’il n’espère pas pouvoir par ses seules ressources s’assurer pour un temps un peu long les choses nécessaires à la vie, ne se flatterait du moins de se suffire à lui-même durant l’espace d’un jour&amp;amp;nbsp;? et cependant Dieu n’autorise pas cette confiance en nous, puisqu’Il nous a fait un commandement de Lui demander notre pain de tous les jours. Et ceci est fondé sur cette raison capitale, qu’ayant tous et chaque jour besoin de nourriture, chaque jour aussi nous devons tous la demander dans l’Oraison Dominicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que nous avions à dire du pain matériel qui nourrit et soutient le corps, qui est commun aux Fidèles et aux infidèles, aux justes et aux impies, qui est distribué à tous par l’admirable bonté de Dieu, «&amp;amp;nbsp;''qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DU PAIN SPIRITUEL.  ====&lt;br /&gt;
Reste le Pain spirituel dont nous avons également à parler ici. Or, ce Pain signifie et comprend tout ce don nous avons besoin en cette vie pour le salut et la sanctification de notre âme. Car de même qu’il y a différente espèces d’aliments propres à nourrir notre corps, de même aussi il existe plus d’un. genre de nourriture capable d’entretenir la vie de l’esprit et de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord la Parole de Dieu est véritablement une nourriture de l’âme. «&amp;amp;nbsp;''Venez,'' dit la Sagesse , ''mangez mon Pain et buvez le Vin que j’ai préparé pour vous.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et lorsque Dieu enlève aux hommes le bienfait de sa Parole — ce qu’Il fait ordinairement pour les punir de quelque grand crime — on dit alors qu’Il les afflige par la famine. Écoutons le Prophète Amos:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’enverrai la famine sur la terre&amp;amp;nbsp;; non la famine du pain, ni la soif de l’eau, mais celle de la parole de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme c’est un signe certain de mort prochaine de ne pouvoir plus prendre de nourriture, ou de ne plus supporter celle que l’on a prise, ainsi c’est une marque presque certaine d’éternelle réprobation de ne point rechercher la Parole de Dieu, de ne la point supporter, lorsqu’on l’entend, et d’oser répéter à Dieu ces paroles épouvantables&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Retirez-Vous de nous, nous n’avons que faire de connaître la science de vos voies.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On trouve cet aveuglement, cette fureur insensée, chez ceux qui abandonnent leurs chefs légitimes, c’est-à-dire les Évêques et les Prêtres, qui se séparent de la sainte Église Romaine, pour se faire les disciples des hérétiques qui ne savent que corrompre la Parole de Dieu. Ensuite Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même est ce Pain qui est vraiment la nourriture de l’âme. n’a-t-il pas dit Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je suis le pain vivant descendu du ciel&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;? et il est impossible d’imaginer la joie et le bonheur que ce Pain surnaturel procure aux âmes pieuses, même lorsqu’elles sont aux prises avec les plus grands chagrins et les plus cruels mécomptes. nous le voyons par l’exemple des saints Apôtres dont il est dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’ils sortirent du conseil, et s’en allèrent pleins de joie.&amp;amp;nbsp;''» Les vies des Saints sont remplies de traits semblables&amp;amp;nbsp;; et Dieu Lui-même, en parlant de ces délices intérieures des âmes justes, nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je donnerai au vainqueur une manne cachée.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;Mais c’est principalement dans le Sacrement de l’Eucharistie, où il est substantiellement présent, que notre Seigneur Jésus-Christ est, à proprement parler, notre Pain, [le Pain de nos âmes]. Et c’est lorsqu’Il était sur le point de retourner à son Père qu’Il nous donna ce gage incompréhensible de son amour, dont Il a dit Lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang, demeure en Moi, et Moi en lui&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp; ''venez et mangez, ceci est mon Corps.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l’utilité et l’instruction des Fidèles, les Pasteurs feront bien, sur le point qui nous occupe, de consulter le chapitre de ce catéchisme, où nous traitons séparément de la nature et de la vertu de l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Pain, que nous appelons ''notre'' Pain n’est cependant que le Pain des Fidèles, c’est-à-dire de ceux qui, remplis de Foi et de Charité, effacent les souillures de leurs péchés dans le sacrement de Pénitence, et qui, se gardant bien d’oublier qu’ils sont les enfants de Dieu, honorent et reçoivent ce divin Sacrement avec toute la piété et le respect dont ils sont capables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pourquoi Jésus-Christ est-il notre Pain ''quotidien''&amp;amp;nbsp;? en voici deux raisons excellentes: La première, c’est que chaque jour, dans les sacrés Mystères de l’Église, on L’offre à Dieu, et on Le distribue à ceux qui Le demandent avec innocence et piété. La seconde, c’est que. nous devrions chaque jour prendre cette nourriture, ou tout au moins vivre de telle sorte que nous puissions tous les jours nous en nourrir, si cela nous était possible. Écoutez, vous qui prétendez que l’on ne doit prendre cette nourriture de l’âme qu’à de longs intervalles, écoutez Saint Ambroise:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si c’est un Pain quotidien,'' dit-il, ''pourquoi ne le mangez-vous qu’une fois l’an&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, en expliquant cette demande, l’un des points sur lesquels il importe le plus de donner une conviction aux Fidèles, c’est que, après avoir employé toute leur sagesse et toute leur habileté pour se procurer les choses nécessaires à la vie, ils doivent en remettre le succès à Dieu, et régler leurs désirs sur sa Volonté. Car ''Dieu'', dit le Prophète , ''ne laissera point le juste dans une éternelle agitation''. En effet, ou bien Dieu leur accordera ce qu’ils Lui demandent, et alors leurs désirs seront satisfaits&amp;amp;nbsp;; ou bien Il ne l’accordera pas, et alors ils auront une preuve manifeste qu’il n’y avait rien ni de salutaire ni d’utile dans ce qu’Il aura refusé à ses justes. Car Il a bien plus de sollicitude pour leur salut, qu’ils ne peuvent en avoir eux-mêmes. Les Pasteurs, pour développer davantage cette considération et la mettre en lumière, pourront consulter avec fruit la remarquable lettre de Saint Augustin à Proba. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, nous terminons ce que nous avions à dire sur cette quatrième demande, en rappelant aux riches qu’ils doivent rapporter à Dieu, de qui ils les tiennent, leur fortune et leurs grandes ressources, et ne jamais oublier qu’ils n’ont été comblés de tous ces biens que pour en faire part aux indigents. Ainsi l’enseigne l’Apôtre Saint Paul dans sa première épître à Timothée. Les Pasteurs n’ont qu’à la consulter&amp;amp;nbsp;; ils y trouveront en abondance tout ce dont ils ont besoin, pour expliquer clairement aux Fidèles un si important sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-quatrième — Cinquième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''PARDONNEZ-NOUS NOS OFFENSES COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a qu’à ouvrir les yeux pour apercevoir la Puissance infinie, la Sagesse et la Bonté de Dieu. Elles éclatent de toutes parts, dans une multitude de choses. Partout où nous pouvons porter nos regards et notre pensée, nous sommes en face des preuves les plus admirables et les plus certaines de ce pouvoir et de cette bienveillance sans bornes. néanmoins, rien ne manifeste mieux l’amour immense que Dieu a pour nous, et son incompréhensible Charité, que l’ineffable mystère de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voilà la Source intarissable qui purifie les souillures de nos péchés, et où nous demandons à Dieu la grâce d’être plongés et purifiés quand nous disons: ''pardonnez-nous nos offenses. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Prière renferme donc, comme en une sorte d’abrégé, tous les biens dont le genre humain a été comblé par Jésus-Christ. C’est l’affirmation formelle d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’iniquité de la maison de Jacob, ''dit-il, ''lui sera pardonnée et le comble des avantages pour elle, c’est que son péché sera effacé.&amp;amp;nbsp;''» David dit aussi la même chose, en chantant le bonheur de ceux qui ont pu participer à cette faveur si précieuse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Heureux, ceux dont les iniquités ont été remises.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront donc à étudier et à expliquer avec beaucoup de soin cette cinquième demande dont nous connaissons l’extrême importance au point de vue du Salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, nous entrons dans un nouvel ordre de Prière. Jusqu’ici en effet, nous avons demandé à Dieu non seulement les biens éternels et spirituels, mais encore les avantages périssables qui se rapportent à cette vie. Maintenant nous Le prions d’éloigner de nous les maux de l’âme et ceux du corps, les maux du temps et ceux de l’éternité. Mais comme il est nécessaire, pour être exaucé, de demander convenablement, il nous parait utile de bien marquer les dispositions dans lesquelles il faut être pour adresser à Dieu cette Prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR FAIRE CETTE PRIÈRE. — REPENTIR.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ont donc à prévenir les Fidèles que celui qui veut s’approcher de Dieu pour Lui faire cette demande, est obligé d’abord de reconnaître ses propres fautes, puis de ressentir une véritable douleur de les avoir commises, et en même temps d’être bien persuadé que Dieu a la volonté de pardonner à tous les pécheurs qui sont dans les dispositions que nous venons de rappeler. Autrement, le souvenir plein d’amertume et la vue effrayante de tous nos péchés pourraient nous jeter dans le désespoir de Caïn et de Judas, qui ne voulurent voir en Dieu qu’un Vengeur et un Justicier, et non point la Bonté même de la Miséricorde infinie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale disposition que nous devons apporter à cette Prière est donc de reconnaître nos fautes avec une vraie Contrition, et de nous adresser à Dieu comme à un Père et non point comme à un Juge. En un mot nous devons Lui demander de nous traiter non d’après sa Justice, mais selon sa Miséricorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, nous n’aurons aucune peine à confesser que nous sommes de pauvres pécheurs, si nous voulons écouter ce que Dieu Lui-même nous dit dans nos Saints Livres par la bouche de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ils se sont tous égarés&amp;amp;nbsp;; tous se sont corrompus. Il n’en est pas qui fasse le bien, non, pas un seul,''&amp;amp;nbsp;» Salomon dit dans le même sens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il n’y a point de juste sur la terre qui fasse le bien et ne pèche jamais&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» puis encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qui peut dire: mon cœur est pur&amp;amp;nbsp;; je suis exempt de péché&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» et pour détourner les hommes de l’orgueil, Saint Jean a écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si nous nous disons sans péché nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» enfin Jérémie:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tu as dit: Je suis sans péché, je suis innocent, éloignez donc de moi votre colère. Eh bien&amp;amp;nbsp;! voilà que Je vais entrer en jugement avec toi, parce que tu as dit: Je n’ai pas péché.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces témoignages que Notre-Seigneur Jésus-Christ avait donnés au monde par la bouche des Prophètes, II a voulu les confirmer Lui-même en nous prescrivant une Prière qui nous oblige à confesser nos fautes. Il est défendu d’entendre cette demande dans un autre sens, le décret du Concile de Milève est formel:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un interprète ces paroles de l’Oraison Dominicale: pardonnez-nous nos offenses, comme si les Saints ne les prononçaient que par humilité et non point avec sincérité et vérité, nous voulons qu’il soit anathème''.&amp;amp;nbsp;» Et en effet, qui pourrait souffrir un homme capable de mentir non aux hommes mais à Dieu même, et affirmant de bouche qu’il veut être pardonné, pendant que dans son cœur il prétendrait n’avoir pas besoin de pardon&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais dans cette reconnaissance nécessaire de nos péchés, il ne suffit pas de nous les rappeler légèrement, il faut que ce souvenir nous soit amer, qu’il pénètre au fond de notre cœur, y éveille le remords et nous inspire une vive douleur. Aussi bien les Pasteurs auront grand soin d’insister sur cette vérité, pour convaincre les Fidèles qui sont obligés non seulement de se rappeler leurs iniquités et leurs désordres, mais de se les rappeler avec une douleur profonde et un repentir sincère. Ainsi, le cœur vraiment contrit, ils se jetteront dans les bras de Dieu leur Père, et ils Le supplieront en toute humilité d’arracher de leurs âmes les terribles aiguillons du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ils ne se contenteront pas de mettre sous les yeux des Fidèles toute la laideur du péché, ils leur représenteront encore l’indignité et la bassesse de l’homme, qui n’étant rien par lui-même que corruption et péché ne laisse pas d’offenser lâchement l’incompréhensible Majesté, l’Excellence infinie de ce Dieu qui l’a créé, qui l’a racheté et l’a enrichi d’une multitude innombrable de grâces et de bienfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pourquoi&amp;amp;nbsp;? pour se séparer de Dieu son Père qui est le souverain Bien, et pour aller, séduit par la honteuse récompense du péché, se vouer au démon et à la plus misérable des servitudes. Car on ne saurait dire avec quelle cruauté Satan règne sur l’esprit de ceux qui ont abandonné le joug si léger de la Loi de Dieu, et rompu le lien si doux qui nous attache à Lui, pour passer à cet ennemi acharné que nos Saints Livres appellent:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le prince et le maître de ce monde, ''&amp;amp;nbsp;''le prince des ténèbres,''&amp;amp;nbsp; ''le roi de tous les fils de l’orgueil.''&amp;amp;nbsp;» Car c’est bien aux malheureux opprimés sous la tyrannie du démon, que peuvent s’appliquer les paroles d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur notre Dieu, d’autres maîtres que vous nous ont possédés.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous sommes peu touchés d’avoir perdu la Charité de Dieu et d’en avoir brisé les liens, soyons-le du moins par les calamités et les misères dans lesquelles nous précipite le péché. Il viole la sainteté de notre âme que nous savons être l’épouse de Jésus-Christ, il profane en elle le temple du Seigneur, et l’Apôtre prononce contre ceux qui souillent ce temple, ce terrible anathème:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un viole le temple du Seigneur, le Seigneur le perdra''.&amp;amp;nbsp;» Enfin les maux que le péché attire sur l’homme sont innombrables&amp;amp;nbsp;; c’est comme une peste générale que David a exprimée en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A la vue de votre colère, il ne reste rien de sain dans mon corps&amp;amp;nbsp;; et il n’y a plus de paix dans mes os à la vue de mes péchés.''&amp;amp;nbsp;» Pouvait-il mieux caractériser la gravité du mal que le péché lui avait fait, que d’avouer qu’il n’y avait aucune partie de son corps qui n’en eût été blessée, que cette peste avait pénétré jusque dans ses os, c’est-à-dire, avait infecté sa raison et sa volonté qui sont les deux parties les plus fortes de l’âme&amp;amp;nbsp;? La sainte Écriture nous peint bien l’étendue des ravages du péché, quand elle donne au pécheur le nom de boiteux, de sourd, de muet, d’aveugle, et de paralytique de tous les membres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut le dire, outre la douleur que David ressentait de la grandeur de son crime, il était surtout plongé dans la plus cruelle affliction à la vue de la colère de Dieu qu’il savait avoir allumée par son péché. Car Dieu, qui se sent offensé par nos crimes, au delà de ce que nous pouvons concevoir, déclare au pécheur une guerre implacable, Saint Paul le dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La colère et l’indignation, la tribulation et l’angoisse, voilà le partage de tout homme qui fait le mal&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute l’acte du péché passe, mais la tache et la culpabilité restent&amp;amp;nbsp;; et la colère de Dieu, toujours menaçante, suit le pécheur comme l’ombre suit le corps. David se sentant pressé par les aiguillons de cette redoutable colère, demandait avec ardeur le pardon de ses fautes. Il nous a laissé dans le Psaume cinquantième un modèle de douleur, avec les raisons et les motifs de cette douleur. Les Pasteurs feront bien de le mettre sous les yeux des Fidèles afin qu’à l’exemple du Prophète ils puissent s’exciter à un véritable repentir, à une douleur sincère de leurs péchés, et concevoir l’espérance du pardon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II est en effet très utile d’enseigner aux Fidèles les moyens d’exciter en eux le repentir de leurs fautes&amp;amp;nbsp;; et Dieu Lui-même, par la bouche du Prophète Jérémie, exhortant les enfants d’Israël à faire pénitence, leur recommandait de bien méditer sur les effets toujours désastreux du péché. «&amp;amp;nbsp;''Voyez,'' leur dit-Il,&amp;amp;nbsp; ''les maux et les afflictions qui vous arrivent pour avoir abandonné le Seigneur votre Dieu, et pour n’avoir pas conservé ma crainte en votre cœur, dit le Seigneur Dieu des armées.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui ne reconnaissent point leurs péchés et n’en éprouvent point un sincère repentir, n’ont qu’un cœur ''dur'' , un cœur de ''pierre'' , un cœur de ''diamant'' , selon les expressions d’Isaïe, d’Ezéchiel et de Zacharie. Semblables en effet à la pierre, aucune douleur ne les amollit&amp;amp;nbsp;; ils n’ont aucun sentiment de vie véritable, précisément parce qu’ils manquent de ce double sentiment dont nous venons de parler, l’aveu et le repentir de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — CONFIANCE EN DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Mais dans la crainte que les Fidèles, épouvantés à la vue de leurs péchés, ne désespèrent d’en obtenir le pardon, les Pasteurs ne manqueront pas de les rappeler à l’Espérance par les considérations que voici: d’abord, notre Seigneur Jésus-Christ a donné à l’Église le pouvoir de remettre les péchés, comme le déclare le dixième article du Symbole des Apôtres&amp;amp;nbsp;; ensuite, dans cette demande même, II nous montre clairement combien Dieu est bon et généreux envers le genre humain. Car s’il n’était pas toujours prêt et empressé à pardonner à ceux qui se repentent, jamais Il ne nous eût imposé cette formule de Prière&amp;amp;nbsp;: ''pardonnez-nous nos offenses''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Croyons donc fermement et sans aucun doute, que Celui-là ne manquera jamais d’étendre sur nous sa paternelle Miséricorde, qui nous ordonne de L’implorer en ces termes. Car le vrai sens attaché à cette demande, c’est que Dieu a pour nous des sentiments tels qu’Il nous pardonne volontiers dès que notre repentir est sincère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans aucun doute, c’est un Dieu que nous offensons par notre désobéissance, un Dieu dont nous troublons, autant qu’il est en nous, l’ordre si sage qu’il a établi, un Dieu que nous outrageons par nos paroles et par nos actes, mais ce Dieu est en même temps le plus tendre des Pères. Il peut tout nous pardonner&amp;amp;nbsp;; et non seulement il nous a déclaré qu’Il en avait la Volonté, mais encore Il nous oblige à Lui demander pardon et nous apprend même en quels termes nous devons le faire, pour être exaucés. Il n’est donc pas douteux qu’avec l’aide de Dieu il est toujours en notre pouvoir de nous réconcilier avec Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette certitude que nous avons des dispositions constantes de Dieu à nous pardonner ne peut qu’augmenter notre Foi, nourrir notre espérance et enflammer notre Charité. C’est pourquoi il est bien à propos que les Pasteurs, en traitant cette matière, rapportent quelques-uns des témoignages divins et des exemples les plus frappants pour prouver que Dieu a accordé le pardon des plus grands crimes. Mais cette considération ayant été développée par nous, autant qu’elle pouvait l’être, dans la préface de l’Oraison Dominicale, et dans l’article du Symbole sur la rémission des péchés, les Pasteurs pourront prendre en ces deux endroits ce dont ils auront besoin pour leurs explications. Le reste, ils le puiseront aux sources mêmes de la Sainte Écriture &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CE QU’ON ENTEND PAR LE MOT DETTES.  ====&lt;br /&gt;
Et ils voudront bien suivre le même ordre que celui que nous leur avons indiqué dans les demandes précédentes. De cette manière les Fidèles comprendront ce qu’il faut entendre par le mot ''dettes'', ils ne seront pas trompés par une équivoque et ils ne demanderont pas autre chose que ce qu’ils doivent demander. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord il faut leur apprendre que nous ne demandons pas du tout à Dieu de nous dispenser de L’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit. Cette dette est irrémissible. nous sommes obligés de la payer, si nous voulons être sauvés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mot de ''dette'' exprime aussi, comme il les renferme, l’obéissance, le culte, l’adoration, et tous les autres devoirs de ce genre envers Dieu. Par conséquent nous ne demandons pas non plus ici d’en être dispensés. Mais nous prions Dieu de nous délivrer de nos péchés. Ainsi l’a compris Saint Luc, qui s’est servi du mot de ''péché'' au lieu de celui de ''dette''. C’est qu’en effet par le péché nous devenons coupables devant Dieu, nous contractons une véritable dette de peines que nous acquittons soit par la satisfaction, soit par la souffrance. C’est de cette ''dette'' que parlait Notre-Seigneur quand Il disait par la bouche du Prophète:&amp;amp;nbsp; «''J’ai payé ce que Je ne devais pas.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de ces paroles, entendues en ce sens, que non seulement nous sommes débiteurs envers Dieu, mais même des débiteurs insolvables, puisque le pécheur ne saurait en aucune façon satisfaire par lui-même. Voilà pourquoi nous avons besoin de nous réfugier dans le sein de la Miséricorde de Dieu. Et comme cette Miséricorde ne va pas en Dieu sans une Justice non moins grande, et dont Dieu est aussi très jaloux, nous devons employer en même temps la Prière et l’appui de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sans laquelle nul n’obtient jamais le pardon de ses péchés, et qui est le principe et la source de toutes nos satisfactions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le prix que le Sauveur a payé sur la Croix, et que nous nous approprions par les Sacrements, lorsque nous les recevons en réalité, ou même lorsque nous désirons seulement les recevoir, ce prix est d’une valeur si haute qu’il obtient et qu’il opère ce que nous demandons ici: la Rémission de nos péchés. Et non seulement la Rémission de nos péchés légers, et dont le pardon est très facile à obtenir, mais encore des fautes graves et mortelles. toutefois, quand il s’agit de péché mortel, notre Prière n’a de vertu que celle qui lui vient du sacrement de Pénitence reçu au moins en désir, sinon dans la réalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous disons: ''nos dettes'', bien autrement que plus haut nous disions: ''notre pain''. Ce pain est notre pain, parce que Dieu dans sa Bonté veut bien nous le donner, mais les péchés sont ''nos péchés'', parce que la culpabilité en réside en nous: C’est notre volonté qui les fait ce qu’ils sont. Ce ne seraient point des péchés, s’ils n’étaient point volontaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc en nous avouant coupables, et en assumant la responsabilité de nos fautes, que nous implorons la Clémence divine seule capable de nous purifier. nous n’apportons aucune excuse, nous ne rejetons notre faute sur personne, comme firent Adam et Eve, nos premiers parents&amp;amp;nbsp;; mais nous nous accusons nous-mêmes, si nous avons la vraie sagesse, et nous empruntons au Prophète sa Prière:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, ne permettez pas que mon cœur s’égare dans des paroles de malice, pour chercher des excuses à mes iniquités.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne disons pas non plus: ''pardonnez-moi'', mais ''pardonnez-nous'', parce que l’union et la Charité fraternelle qui doivent exister entre tous les hommes exigent de chacun de nous que nous nous intéressions au salut de tous, et que, en priant pour nous, nous n’oublions pas de prier pour les autres. C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même qui nous a appris cette manière de prier&amp;amp;nbsp;; puis, l’Église de Dieu l’a reçue et conservée fidèlement, et le Apôtres l’ont pratiquée et enseignée aux Fidèles. L’Ancien et le Nouveau testament nous fournissent deux beaux modèles de ces Prières vraiment brûlantes de charité pour le salut du prochain. L’une est de Moise:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ou pardonnez-leur cette faute, ou, si Vous ne la leur pardonne pas, effacez-moi de votre livre''&amp;amp;nbsp;», l’autre est de Saint Paul:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je souhaitais que Jésus-Christ me rendit moi-même anathème pour mes Frères.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== IV. — COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS.  ====&lt;br /&gt;
Ce mot comme peut s’entendre ici de deux manières d’abord, dans le sens de comparaison. nous demandons à Dieu que, de même que nous pardonnons les injures et les outrages de ceux qui nous ont offensés, de même aussi Il nous pardonne nos offenses envers Lui. En second lieu ce mot marque une condition, et c’est précisément le sens que Notre-Seigneur lui donne dans ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes envers vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres contre Lui&amp;amp;nbsp;; mais si vous ne pardonnez rien aux hommes, votre Père ne pardonnera point non plus vos péchés.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ces deux choses sont également nécessaires pour obtenir de Dieu le pardon de nos infidélités. Si nous voulons que Dieu nous pardonne, il est de toute nécessité que nous pardonnions à ceux de qui nous avons reçu quelque offense. Dieu exige de nous d’une part l’oubli des injures, et de l’autre des sentiments de Charité mutuelle, et ces deux choses Il les exige à tel point qu’Il repousse et méprise. les sacrifices et les offrandes de ceux qui ne veulent pas se réconcilier ensemble. C’est aussi une loi de la nature que nous soyons envers les autres tels que nous désirons qu’ils soient pour nous. Et celui-là serait un parfait impudent, qui demanderait à Dieu de lui remettre la peine de son péché, pendant qu’il conserverait, dans son cœur des sentiments d’inimitié pour son prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc nous devons être toujours disposés et prêts à pardonner les injures que nous avons reçues. La Prière que nous récitons nous en fait un devoir, et Dieu Lui-même nous l’ordonne dans Saint Luc:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le, et s’il se repent, pardonnez-lui&amp;amp;nbsp;; et s’il pèche contre vous sept fois le jour, et que sept fois le jour il se retourne vers vous en disant: Je me repens, pardonnez-lui.''&amp;amp;nbsp;» Saint Matthieu nous dit de même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Aimez vos ennemis&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et Saint Paul, après Salomon, veut que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''nous donnions à manger à notre ennemi s’il a faim, et à boire s’il a soif''.&amp;amp;nbsp;» Enfin Notre-Seigneur, dans Saint Marc, nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quand vous serez au moment de prier, si quelqu’un vous a offensé, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est dans les cieux, vous pardonne aussi vos péchés.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — MOTIFS ET MANIÈRES DE PARDONNER AU PROCHAIN.  ====&lt;br /&gt;
Mais comme il n’y a rien de plus difficile à notre nature dégradée que de pardonner les injures, les Pasteurs se feront un devoir d’employer toutes les ressources de leur zèle et de leur intelligence pour changer le cœur des Fidèles et pour les plier à cet esprit de douceur et de miséricorde si nécessaire au Chrétien. Ils insisteront le plus possible sur ces oracles divins dans lesquels Dieu Lui-même commande expressément de pardonner aux ennemis. Ils proclameront cette Vérité incontestable que l’une des meilleures preuves que nous sommes vraiment les enfants de Dieu, c’est que nous pardonnons facilement les injures, et que nous aimons nos ennemis du fond du cœur. C’est qu’en effet, l’amour pour nos ennemis fait briller en nous une ressemblance particulière avec Dieu notre Père qui s’est réconcilié avec les hommes, ses ennemis acharnés, en les rachetant de la damnation éternelle par la mort de son propre Fils. Enfin ils termineront leurs instructions et leurs exhortations par ce précepte de Notre-Seigneur, que nous ne pourrions repousser sans nous couvrir de honte, et sans nous condamner aux plus grands malheurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ici qu’il faut aux Pasteurs une prudence consommée pour ne porter personne au découragement et au désespoir, en faisant connaître d’une part la difficulté. Et de l’autre la nécessité de ce devoir. Car il en est qui, comprenant fort bien qu’ils doivent ensevelir les injures dans un oubli volontaire, et aimer ceux qui les ont offensés, désirent de le faire, et le font en effet autant qu’ils le peuvent. Mais cependant ils se sentent dans l’impossibilité d’épuiser jusqu’au dernier souvenir des injures reçues, et parce qu’ils trouvent encore dans leur cœur certains restes d’inimitié, ils s’agitent et se tourmentent d’une manière terrible, craignant de n’avoir point pardonné avec assez de franchise et de sincérité, et d’avoir ainsi résisté au commandement de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est alors que les Pasteurs devront expliquer clairement l’opposition constante de la chair et de l’esprit. La chair est portée à la vengeance, mais l’esprit est enclin au pardon. De là entre eux ces luttes incessantes, ces combats sans trêve. Ils diront et enseigneront aux Fidèles qu’ils n’ont rien à craindre pour leur Salut, malgré l’opposition et les combats de la nature corrompue contre la raison, pourvu que l’esprit persiste dans le devoir, et dans la volonté sincère de pardonner les injures et d’aimer le prochain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si, par hasard, il s’en rencontrait quelques-uns, qui n’auraient pu se résoudre encore à oublier les injures reçues, et à aimer leurs ennemis, et qui par suite négligeraient de réciter l’Oraison Dominicale, précisément parce qu’ils ne peuvent remplir la double condition exigée, — il faudrait, pour détruire en eux cette erreur funeste, employer les deux raisons suivantes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premièrement, chaque Fidèle fait cette Prière au nom de toute l’Église: Or il est certain qu’il y a nécessairement dans l’Église un grand nombre de Fidèles qui remettent à leurs débiteurs ces sortes de ''dettes'' que nous rappelons ici. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Secondement, en faisant cette demande, nous prions Dieu en même temps de nous accorder tout ce qui nous est nécessaire pour mériter d’être exaucés. nous demandons en effet et le pardon de nos péchés et le don d’une vraie pénitence&amp;amp;nbsp;; nous demandons la douleur intérieure, l’horreur et la détestation de nos fautes, et la grâce d’en faire au Prêtre une pieuse et sincère confession. Et comme il est nécessaire que nous pardonnions à ceux qui nous ont fait quelque tort, ou causé quelque dommage, lorsque nous prions Dieu de nous pardonner, nous Lui demandons en même temps qu’Il nous accorde la grâce de nous réconcilier avec ceux que nous haïssons. Il y a donc lieu d’arracher à leur opinion ceux qui sont frappés de cette crainte mal fondée et même criminelle, qu’en priant ainsi ils ne feraient qu’irriter Dieu davantage. Il faut même les exhorter à réciter souvent l’Oraison Dominicale, pour demander à Dieu leur Père cet esprit qui nous fait pardonner à ceux qui nous offensent, et aimer même nos ennemis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR FAIRE CETTE PRIÈRE AVEC FRUIT.  ====&lt;br /&gt;
Mais pour faire cette Prière avec tout le fruit possible, il faut d’abord y entrer avec cette pensée et cette préoccupation très vives que nous nous présentons devant Dieu comme des suppliants, et que nous Lui demandons un pardon qui ne s’accorde qu’au vrai pénitent. Dès lors notre cœur doit être rempli de cette Charité et de cette piété qui vont si bien avec le repentir. Et rien ne convient mieux au pénitent sincère que d’expier dans les larmes les iniquités et les crimes dont le triste tableau afflige ses regards. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette pensée il faut joindre certaines précautions pour éviter à l’avenir ce qui a été pour nous une occasion de péché, et qui pourrait l’être encore, vis-à -vis de Dieu, notre Père. Ces sentiments étaient ceux de David, quand il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon péché est toujours devant moi&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» et dans un autre endroit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''chaque nuit ma couche est baignée de mes pleurs, et mon lit est arrosé de mes larmes.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun de nous pourra se rappeler très utilement que ceux qui ont obtenu de Dieu le pardon de leurs péchés le Lui avaient demandé avec les désirs les plus ardents. Par exemple, ce Publicain qui restait loin de l’Autel, tout pénétré de confusion et de douleur, les yeux humblement baissés, et se frappait la poitrine en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon Dieu, ayez pitié de moi qui ne suis qu’un pécheur&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Par exemple encore, cette pécheresse qui se tenait derrière le Sauveur, arrosait ses pieds de ses larmes, les essuyait avec ses cheveux et les baisait. Et enfin Pierre, le Prince des Apôtres qui,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''étant sorti, pleura amèrement''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut bien voir aussi que plus les hommes sont faibles et prédisposés aux maladies de l’âme, qui sont le péché, plus ils ont besoin de remèdes nombreux et fréquents. Or, les remèdes de l’âme malade sont la Pénitence et l’Eucharistie. Les Fidèles ne sauraient donc y recourir trop souvent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Aumône ensuite, comme nous le disent nos Saints Livres, est également un remède très salutaire pour guérir les plaies de l’âme. C’est pourquoi ceux qui désirent réciter cette Prière avec une parfaite piété, n’oublieront pas de faire aux pauvres tout le bien possible. L’Aumône possède une vertu merveilleuse pour effacer les taches du péché. C’est la parole de l’ange Raphaël au jeune Tobie&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’Aumône délivre de la mort, c’est elle qui lave les péchés et fait trouver la miséricorde et la Vie Éternelle''&amp;amp;nbsp;»C’est aussi celle de Daniel au Roi nabuchodonosor:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Rachetez vos péchés par des aumônes, et vos iniquités par la miséricorde envers les pauvres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la meilleure Aumône, la meilleure manière d’exercer la miséricorde, c’est d’oublier les injures et de vouloir du bien à ceux qui nous ont fait tort à nous, ou aux nôtres, dans nos biens, dans notre réputation et dans notre personne. Quiconque veut trouver Dieu miséricordieux pour soi-même, doit Lui sacrifier généreusement toutes ses inimitiés, pardonner toute espèce d’offense, prier très volontiers pour ses ennemis, et profiter de toutes les occasions pour leur rendre service. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme nous avons déjà traité ce sujet, en parlant de l’homicide, nous y renvoyons les Pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En terminant l’explication de cette demande, ils ne manqueront pas de faire voir qu’il n’y a rien, qu’on ne peut même imaginer rien de plus injuste que de demander à Dieu d’être pour nous plein de douceur et de miséricorde, si nous-mêmes nous sommes durs pour notre prochain, et ne pratiquons la douceur envers personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-cinquième — Sixième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''ET NE NOUS INDUISEZ POINT EN TENTATION. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les enfants de Dieu ont obtenu la Rémission de leurs péchés, ils se sentent embrasés du désir de Lui rendre l’adoration et le culte qu’Il mérite, ils soupirent après le Royaume céleste, ils s’acquittent fidèlement envers la Majesté divine de tous les devoirs de la piété, et ils en viennent à être entièrement soumis à sa Volonté paternelle et à sa sainte Providence. Mais c’est alors aussi, cela est bien connu, que l’ennemi du genre humain déploie tous ses artifices, met en ''œuvr''e toutes ses ruses et apprête toutes ses machines de guerre, pour les attaquer. Il y a donc lieu de craindre que leurs résolutions ne soient ébranlées et changées, qu’eux-mêmes ne retombent de nouveau dans le mal et ne deviennent pires qu’auparavant. C’est d’eux que le Prince des Apôtres a pu dire avec raison:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il eût mieux valu pour eux qu’ils n’eussent point connu la voie de la justice, que de retourner en arrière après l’avoir connue, et d’abandonner la Loi Sainte qui leur avait été donnée.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — POURQUOI JÉSUS-CHRIST NOUS A ORDONNÉ CETTE SIXIÈME DEMANDE ? ====&lt;br /&gt;
Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a-t-Il fait de cette Prière un Commandement, afin de nous obliger à implorer tous les jours le secours de Dieu, et à nous recommander à sa Bonté paternelle. Car il n’est pas douteux, s’Il vient à nous abandonner, que nous ne soyons bientôt pris dans les filets de nos perfides ennemis. Et ce n’est pas seulement dans l’Oraison Dominicale que Jésus-Christ nous a ordonné de demander à Dieu de ne pas nous induire en tentation&amp;amp;nbsp;; Il a porté le même Commandement dans cet entretien qu’Il eut avec ses Apôtres, quelques heures avant sa Mort. Après leur avoir dit en effet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’ils étaient tous purs,''&amp;amp;nbsp;» Il ajouta:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''priez, pour que vous n’entriez point en tentation''&amp;amp;nbsp;». Ce double Commandement de notre Seigneur est pour les Pasteurs un motif très pressant d’exhorter avec le plus grand soin les Fidèles à réciter fréquemment cette Prière. Puisque le démon notre ennemi sème à toute heure sous nos pas les plus terribles dangers, il faut qu’à toute heure aussi nous puissions nous adresser à Dieu, qui seul peut nous en préserver, et Lui dire: ''ne nous induisez point en tentation''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or les Fidèles comprendront parfaitement tout le besoin qu’ils ont de l’assistance divine, s’ils se souviennent de leur faiblesse et de leur ignorance, s’ils se rappellent cette maxime de Notre-Seigneur Jésus-Christ: «&amp;amp;nbsp;''L’esprit est prompt, et la chair est ''faible&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;» et s’ils considèrent enfin que nos chutes, avec la malice et la haine du démon, sont presque toujours graves et mortelles, si la main de Dieu ne nous soutient. Quel exemple plus sensible de la faiblesse humaine que celui du collège sacré des Apôtres&amp;amp;nbsp;! Ils avaient fait preuve de la plus grande fermeté, et un instant après, au premier péril, ils abandonnent le Seigneur, et prennent la fuite. Exemple plus frappant encore&amp;amp;nbsp;! Saint Pierre, le Prince des Apôtres, avait tiré de son cœur une magnifique profession de courage et en même temps de l’amour le plus sincère pour Jésus-Christ, il avait dit, plein de confiance en ses propres sentiments:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quand même il me faudrait mourir avec Vous, je ne Vous renierai point, ''» et une heure plus tard, à la voix d’une servante, il se trouble, et va jusqu’à jurer qu’il ne connaît point le Seigneur. Ses forces, à coup sûr, ne répondaient pas à la vivacité de ses sentiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si les hommes les plus saints ont été les victimes de la fragilité humaine, dont ils ne se défiaient pas assez, et sont tombés dans les fautes les plus humiliantes, que ne doivent pas craindre les autres qui sont si éloignés de leur sainteté&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DES TENTATIONS ; DE LEURS CAUSES.  ====&lt;br /&gt;
Il importe donc que les Pasteurs montrent bien aux Fidèles les combats et les dangers auxquels nous sommes sans cesse exposés. tant que notre âme habite dans ce corps mortel, la chair, le monde et le démon nous attaquent de toutes parts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel est celui qui ne connaît point, à ses dépens, les effets de la colère et de la cupidité&amp;amp;nbsp;! qui ne s’est senti blessé de leurs traits, déchiré de leurs aiguillons, et brûlé de leurs flammes&amp;amp;nbsp;? et en effet, les coups qu’elles frappent sont si variés, leurs attaques si diverses, qu’il est bien difficile de ne pas recevoir quelque grave blessure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais outre ces ennemis qui habitent et vivent avec nous, il en est d’autres plus terribles encore dont il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les maîtres des ténèbres de ce monde, contre les esprits de malice répandus dans les airs.&amp;amp;nbsp;» Aux combats intérieurs se joignent les attaques et les coups des démons, qui tantôt se précipitent sur nous à découvert, et tantôt se glissent si furtivement dans nos âmes que nous pouvons à peine nous en défendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES DÉMONS.  ====&lt;br /&gt;
L’Apôtre les appelle princes à cause de l’excellence de leur nature. Par ce côté, ils l’emportent en effet sur l’homme, et sur toutes les autres créatures. Il les nomme aussi ''puissances'', parce qu’ils nous surpassent non seulement par la supériorité de leur nature mais encore par leur réel pouvoir&amp;amp;nbsp;; puis, ''maîtres des ténèbres de ce monde'', parce qu’ils régissent non pas le monde de la lumière et de la clarté, c’est-à-dire les bons et les justes, mais le monde sombre et obscur, c’est-à-dire ceux qui vivent plongés dans les souillures d’une vie criminelle, aveuglés par leurs passions ténébreuses et sans autre guide que le démon, ce prince des ténèbres&amp;amp;nbsp;; enfin, ''esprits de malice'', parce qu’il y a une malice de l’esprit, comme il y a une malice de la chair. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La malice de la chair allume les appétits déréglés des passions, et le désir des voluptés sensibles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La malice de l’esprit se confond avec les passions et les inclinations dépravées de l’âme, mais qui toutefois appartiennent à sa partie supérieure. Elles sont d’autant plus dangereuses et plus criminelles que la raison et l’esprit sont au-dessus de la nature et des sens. Et comme la malice de Satan a pour but principal de nous priver de l’héritage du ciel, l’Apôtre a ajouté, à cause de cela, qu’ils sont «&amp;amp;nbsp;''répandus dans l’air''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est que trop aisé de conclure de là que nos ennemis sont forts et redoutables, qu’ils ont une ardeur invincible et sont animés contre nous d’une haine furieuse et inimaginable. Aussi bien ils nous font une guerre sans relâche, sans paix ni trêve possible. Leur audace est incroyable, nous en pouvons juger par cette parole que le Prophète fait dire à Satan:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je monterai au ciel.''&amp;amp;nbsp;» Au surplus le démon a attaqué nos premiers parents dans le paradis, il a livré combat aux Prophètes,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''il a cherché les Apôtres, pour les cribler comme le froment,''&amp;amp;nbsp;» c’est l’expression même de Notre-Seigneur dans l’Évangile&amp;amp;nbsp;; Il n’a même pas rougi de tenter Jésus-Christ. L’Apôtre Saint Pierre a donc bien exprimé ses désirs insatiables et son activité inouïe quand il a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le démon votre ennemi tourne autour de vous comme un lion rugissant cherchant quelqu’un à dévorer.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et Satan n’est pas seul pour attaquer les hommes, c’est en troupe quelquefois que les démons fondent sur chacun de nous. On le vit bien par l’aveu de celui à qui Jésus demanda: ''quel est ton nom&amp;amp;nbsp;?'' et qui répondit: ''mon nom est légion'' , c’est-à-dire qu’une multitude de démons tourmentaient ce malheureux. Et puis, l’Évangile ne dit-il pas d’un autre démon:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, qu’ils entrent dans la maison (c’est-à-dire dans l’âme) et qu’ils y habitent''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas rare de rencontrer des Chrétiens qui, ne sentant pas en eux-mêmes ces attaques du démon, s’imaginent que notre Doctrine est fausse. Mais peut-on s’étonner que les démons n’attaquent point des hommes qui se sont volontairement donnés à eux, et dans lesquels on ne trouve ni piété, ni Charité, ni aucune vertu digne d’un Chrétien&amp;amp;nbsp;? Ils appartiennent entièrement à Satan. Comment aurait-il besoin de les tenter pour les vaincre, puisque, de leur plein consentement, il règne déjà dans leur cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ceux qui se sont consacrés à Dieu, et qui mènent sur la terre une vie toute céleste, sont plus que tous les autres en butte aux assauts du démon. C’est pour eux qu’il réserve toute sa haine, c’est contre eux qu’à chaque instant il dresse des pièges et des embûches. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Histoire Sainte est pleine d’exemples de grands et vertueux personnages qui même en se tenant sur leurs gardes ont été victimes de sa rage ou de sa duplicité. Adam, David, Salomon et tant d’autres qu’il serait trop long de citer ont éprouvé la violence de ses attaques et la perfidie de ses ruses, auxquelles ni la prudence ni les forces humaines ne sauraient résister. Qui oserait après cela se croire en sûreté avec ses seules forces&amp;amp;nbsp;? Demandons donc à Dieu avec Foi et pureté de cœur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’Il ne permette pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, et qu’Il nous donne, dans la tentation, le secours de son assistance, afin que nous puissions résister.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais s’il se rencontre des Fidèles qui par faiblesse d’esprit ou par ignorance sont épouvantés de la puissance des démons, il faut leur persuader de se réfugier dans le port de la Prière, quand ils sont agités par les flots de la tentation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car Satan, quelles que soient sa puissance, son obstination, et sa haine contre nous ne peut cependant nous tenter et nous tourmenter ni autant ni aussi longtemps qu’il le voudrait. tout son pouvoir est subordonné à la Volonté et au bon plaisir de Dieu. Qui ne connaît l’histoire de Job, que Satan n’eût jamais touché, si le Seigneur ne lui eût dit: «&amp;amp;nbsp;''Voilà que Je te livre tout ce qu’il possède.&amp;amp;nbsp;''» Mais si au contraire, Dieu n’avait point ajouté: «&amp;amp;nbsp;''seulement n’étends pas la main sur lui''&amp;amp;nbsp;», Satan l’eût fait périr d’un seul coup avec ses enfants et tous ses biens. Et même Dieu a enchaîné tellement la puissance des démons que, sans sa permission, ils n’auraient pas pu passer dans ces pourceaux, dont il est question dans l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mieux faire comprendre le sens et la portée de cette demande, nous avons à expliquer ce que l’on doit entendre par ''tentation'', et par être ''induit en tentation''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — QU’EST-CE QU’ÊTRE TENTÉ ET INDUIT EN TENTATION.  ====&lt;br /&gt;
Tenter, c’est mettre quelqu’un à l’épreuve, pour tirer de lui ce que nous désirons savoir, et par là connaître la vérité. On ne peut pas dire que Dieu puisse tenter en ce sens, car, y-a-t-il quelque chose qu’Il ignore&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout,'' dit l’Apôtre, ''est à nu et à découvert devant ses yeux''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a une autre manière de tenter qui va beaucoup plus avant, c’est de mettre quelqu’un à l’épreuve, soit en vue du bien, soit en vue du mal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On tente un homme en vue du bien, lorsqu’on l’éprouve dans le but de constater et de manifester sa vertu, afin de la récompenser ensuite par des avantages et des honneurs, de proposer son exemple à imiter aux autres et par suite d’engager tout le monde à louer et à bénir le Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette manière de tenter est la seule qui convienne à Dieu. Et nous en trouvons un exemple dans le Deutéronome&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur votre Dieu vous tente, dit Moise aux Hébreux, pour qu’il apparaisse visiblement si vous L’aimez.''&amp;amp;nbsp;» On dit encore que Dieu tente les siens, lorsqu’Il les accable par la pauvreté, la maladie et autres calamités de ce genre. Mais Il n’agit ainsi envers eux que pour éprouver leur patience, et afin qu’ils deviennent pour les autres des modèles de vertu chrétienne. C’est ainsi que nous voyons Abraham tenté par Dieu, lorsqu’il reçoit de Lui l’ordre ''d’immoler son propre fils''. Mais cet acte d’obéissance fait de lui un exemple immortel de soumission et de patience. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans le même sens qu’il est dit de Tobie dans nos Saints Livres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Parce que vous étiez agréable à Dieu, il était nécessaire que la tentation vînt vous éprouver.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On tente les hommes en vue du mal, lorsqu’on les éprouve pour les pousser au péché ou à leur perte. Il appartient au démon de nous tenter de la sorte&amp;amp;nbsp;; car il ne s’adresse à nous que pour nous perdre et nous jeter dans le précipice. Aussi l’Écriture Sainte l’appelle-t-elle d’un seul mot: le ''tentateur''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt il excite en nous les désirs et les mouvements déréglés de nos passions et de nos affections mauvaises&amp;amp;nbsp;; tantôt, il nous attaque par le dehors, et se sert des choses extérieures pour nous enorgueillir, si elles sont heureuses, ou nous abattre, si elles sont malheureuses. D’autres fois il a pour agents et émissaires des hommes pervertis, et surtout des hérétiques, ''qui sont assis dans la chaire de pestilence'', et répandent le poison mortel de leurs doctrines malsaines pour perdre entièrement les hommes qui ne font aucun choix et aucune différence entre le vice et la vertu, et qui de leur naturel ne sont déjà que trop enclins au mal et toujours prêts à succomber. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Être induit en tentation, c’est succomber à la tentation. Or nous y sommes induits en deux manières, premièrement lorsque, renversés par le choc, nous tombons dans le mal où veut nous jeter notre tentateur. En ce sens Dieu ne tente et n’a jamais tenté personne, car Il n’est l’Auteur du péché pour personne: au contraire,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il déteste tous ceux qui commettent l’iniquité.''&amp;amp;nbsp;» Aussi bien, dit l’Apôtre Saint Jacques,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que personne ne dise, quand il est tenté, que c’est Dieu qui le tente&amp;amp;nbsp;; car Dieu n’est point tentateur pour le mal.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit en second lieu que nous sommes induits en tentation par quelqu’un qui, sans nous tenter lui-même, sans même contribuer à nous tenter, passe cependant pour nous éprouver réellement parce qu’il n’empêche ni la tentation ni la victoire de la tentation sur nous, bien qu’il le puisse. C’est de cette manière que Dieu permet que les bons et les justes soient tentés&amp;amp;nbsp;; mais alors Il les soutient de sa Grâce et ne les abandonne point. Quelquefois aussi, par un secret et juste jugement, si nos crimes le demandent, Il nous abandonne à nous-mêmes, et nous succombons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit encore que Dieu nous induit en tentation, lorsque nous abusons pour notre malheur des bienfaits qu’Il nous avait accordés en vue de notre Salut, et qu’à l’exemple de l’enfant prodigue nous dissipons l’héritage de notre Père en vivant dans la luxure, et en esclaves de toutes nos passions. C’est alors que nous pouvons nous appliquer ce que l’Apôtre disait de la Loi de Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il est arrivé que le Commandement qui devait servir à nous donner la vie, a servi à nous donner la mort.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jérusalem en est pour nous un exemple bien frappant. Au témoignage d’Ezéchiel, Dieu l’avait enrichie et parée de tous les genres d’ornements, et Il lui disait par la bouche de son Prophète:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous étiez parfaitement belle, de cette beauté que Moi-même Je vous avais donnée''.&amp;amp;nbsp;» Et cependant cette ville comblée de tous les bienfaits divins, bien loin de rendre grâces à Dieu des faveurs qu’elle en avait reçues, bien loin d’employer tous ces dons pour acquérir le bonheur du ciel, cette ville par une horrible ingratitude envers son Père et son Dieu, repousse l’espérance et même la pensée du bonheur éternel, et ne songe, dans l’abondance des biens terrestres, qu’à s’abandonner au plaisir et à la débauche&amp;amp;nbsp;! Mais il faut lire tout le passage dans Ezéchiel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-là ressemblent à cette ville ingrate qui, pour offenser Dieu, se servent précisément des moyens si nombreux qu’Il leur avait donnés de faire le bien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est un usage de la Sainte Écriture qu’il faut signaler avec soin. Pour exprimer ce qui n’est qu’une permission de la part de Dieu, elle emploie quelquefois des termes qui, pris à la lettre, désigneraient une action. Ainsi il est dit dans l’Exode : «&amp;amp;nbsp;''J’endurcirai le cœur de Pharaon&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» dans Isaïe . «&amp;amp;nbsp;''Aveuglez l’esprit de ce peuple&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» dans l’Épître aux Romains : «&amp;amp;nbsp;''Dieu les a livrés aux passions ignominieuses et à leur sens réprouvé.&amp;amp;nbsp;''» Dans ces passages, et dans les autres semblables, il ne s’agit point d’une action positive de Dieu, mais d’une simple permission. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci bien compris, il ne sera point difficile de savoir ce que nous devons demander à Dieu dans cette sixième partie de l’Oraison Dominicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — QU’EST-CE QU’ON DEMANDE A DIEU PAR CES PAROLES NE NOUS INDUISEZ POINT EN TENTATION.  ====&lt;br /&gt;
Nous ne demandons point de n’être jamais tentés. Car ''la vie de l’homme sur la terre n’est qu’une tentation''. Et il nous est utile et avantageux qu’il en soit ainsi. C’est dans la tentation en effet que nous nous connaissons nous-mêmes, c’est-à-dire nos propres forces. C’est dans la tentation par conséquent que ''nous nous humilions sous la main puissante de Dieu'', et que, combattant généreusement, ''nous méritons la couronne de gloire qui ne se flétrira jamais''. Car, dit Saint Paul , «&amp;amp;nbsp;''celui qui combat dans la carrière ne sera couronné qu’après avoir légitimement combattu.&amp;amp;nbsp;''» Saint Jacques dit à son tour:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Bienheureux l’homme qui souffre la tentation, parce qu’après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui L’aiment.''&amp;amp;nbsp;» Que si parfois la tentation de l’ennemi est trop pressante, nous penserons, pour soutenir notre courage, que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''nous avons pour nous aider un Pontife qui peut compatir à nos infirmités, ayant été Lui-même tenté et éprouvé en toutes choses.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que demandons-nous donc ici&amp;amp;nbsp;? nous demandons d’être toujours assistés par le Secours divin, afin de ne pas consentir à la tentation en nous laissant séduire par elle, et de n’y point céder non plus par faiblesse. Et si nos forces venaient à nous manquer, nous demandons que la Grâce de Dieu soit toujours avec nous pour les réparer et les ranimer immédiatement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi nous devons implorer le Secours de Dieu d’une manière générale dans toutes les tentations, et quand l’une d’elles nous tourmente davantage, recourir contre elle à la Prière, et d’une manière très expresse. C’est ce que pratiquait David dans presque toutes ses tentations. Ainsi contre le mensonge, il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''N’ôtez point de ma bouche la parole de vérité&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» contre l’avarice:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Inclinez mon cœur vers vos préceptes et non vers l’avarice.&amp;amp;nbsp;''» Contre les futilités de la vie et l’attrait des passions&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Détournez mes yeux pour qu’ils ne voient point la vanité.''&amp;amp;nbsp;» En somme nous demandons de ne pas obéir à nos passions, de ne pas nous lasser de résister aux tentations., de ne pas nous écarter de la voie du Seigneur, de conserver l’égalité d’âme et la constance dans les succès et dans les malheurs, de n’être jamais, en aucune manière, privés de la protection de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous Le prions enfin d’abattre Satan sous nos pieds. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — MOTIFS ET MOYENS DE RÉSISTER AU DÉMON ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur n’a plus maintenant qu’à exhorter les Fidèles aux pensées et aux considérations qui doivent principalement accompagner cette demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette ordre d’idées, rien de plus avantageux d’abord que de bien se pénétrer de la grande faiblesse de l’humanité, de nous défier de nos forces et de mettre en Dieu seul et en sa Bonté l’espérance de notre Salut. Si nous avons la sagesse de nous appuyer sur Lui, nous ferons preuve, même au milieu des plus grands périls, d’un courage d’autant plus invincible que nous pourrons nous rappeler alors combien avant nous, avec le même courage et la même confiance que nous, ont été retirés par Dieu Lui-même — il faut dire le mot — de la gueule béante de Satan. n’avons-nous pas vu Joseph en butte à la passion insensée d’une femme, arraché par Dieu à ce pressant péril, et élevé par Lui au faîte de la gloire&amp;amp;nbsp;? n’avons-nous pas vu Suzanne, victime innocente de véritables suppôts de l’enfer, sur le point de périr d’une mort infâme, ne l’avons-nous pas vue, rendue par Lui à la vie et à l’honneur&amp;amp;nbsp;? Sans doute, il devait en être ainsi, car son cœur était plein de confiance dans le Seigneur. C’est aussi la gloire immortelle du saint homme Job d’avoir triomphé du monde, de la chair et du démon. Il est encore une foule d’autres exemples de ce genre dont le Pasteur saura se servir pour inspirer aux Fidèles cet espoir et cette confiance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il importe également de ne jamais perdre de vue le Chef que nous devons suivre dans ce combat acharné contre les tentations, c’est-à-dire Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous a montré comment on remporte la victoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est qu’en effet Il a vaincu le démon. Il est «&amp;amp;nbsp;''cet homme plus fort qui survient, qui ferrasse le fort armé et qui lui arrache ses armes et ses dépouilles''&amp;amp;nbsp;» . Voici ce que dit Saint Jean de la victoire qu’Il a remportée sur le monde:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ayez confiance, j’ai vaincu le monde''.&amp;amp;nbsp;» Et dans l’Apocalypse, il est appelé le lion vainqueur qui est sorti victorieux pour vaincre encore , parce que dans sa victoire il a acquis à ses partisans le pouvoir de vaincre à leur tour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Épître de Saint Paul aux Hébreux est toute pleine des victoires des Saints ''qui par la Foi ont vaincu les royaumes, qui ont fermé la gueule des lions,'' etc. . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces victoires que nous raconte l’histoire, doivent nous faire penser à celles que les hommes remplis de Foi, d’Espérance et de Charité, remportent tous les jours dans ces combats intérieurs et extérieurs que leur livre le démon. Victoires si nombreuses et si belles que si nous pouvions les contempler de nos yeux, nous ne pourrions rien voir en même temps de plus fréquent et de plus glorieux. C’est en parlant de ces sortes d’ennemis et de leur honteuse défaite que l’Apôtre Saint Jean a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je vous écris, jeunes gens, parce que vous êtes très forts, parce que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu l’esprit malin.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce n’est ni par l’oisiveté, le sommeil, le vin, la bonne chère, les plaisirs que l’on triomphe de Satan, mais par la Prière, le travail, les veilles, la tempérance et la vertu de pureté.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Veillez et priez'', est-il dit, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, ''afin de ne point entrer en tentation.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employons ces armes pour combattre, et nous mettrons nos ennemis en fuite. Car&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ceux qui résistent au démon, le verront fuir devant eux''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, à la vue de ces magnifiques triomphes des Saints, prenons garde de nous complaire en nous-mêmes. Que nul d’entre nous ne soit assez présomptueux pour s’imaginer qu’avec ses seules forces il sera en mesure de résister aux tentations et aux attaques de l’ennemi. non, ces succès-là ne sont point le fait de notre nature ni de l’humaine faiblesse&amp;amp;nbsp;; les forces avec lesquelles nous terrassons les satellites de Satan, c’est Dieu qui nous les donne, Dieu ''qui fait de nos bras comme autant d’arcs d’airain''&amp;amp;nbsp;; qui, dans sa Bonté, ''brise l’arc des forts, et revêt de force les faibles''&amp;amp;nbsp;; qui prend notre Salut sous sa protection&amp;amp;nbsp;; ''dont la droite nous soutient&amp;amp;nbsp;; qui forme nos bras aux combats et nos mains à la guerre''.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc à Dieu seul que nous devons rendre grâces pour nos victoires, car c’est par Lui seul. Et avec son secours, que nous pouvons vaincre. Saint Paul n’y manque pas:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Grâces soient rendues à Dieu, dit-il, qui nous a donné la victoire par Jésus-Christ Notre-Seigneur&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Après lui, la voix céleste de l’Apocalypse célèbre à son tour le triomphe de notre Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Voici le temps du Salut, de la Puissance et du Règne de notre Dieu, et de la Puissance de son Christ, parce que l’accusateur de nos frères a été précipité, et qu’ils l’ont vaincu par le Sang de l’Agneau''.&amp;amp;nbsp;» Remarquons encore un passage du même Livre qui atteste la victoire que Jésus-Christ a remportée sur la chair et sur le monde:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ceux-ci combattront contre l’Agneau, mais l’Agneau les vaincra.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c’est assez sur les motifs et les moyens de vaincre le tentateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ces explications, les Pasteurs ne manqueront pas de montrer aux Fidèles les couronnes que Dieu prépare aux vainqueurs et les récompenses infinies qu’Il leur réserve dans l’éternité. Ce même livre de l’Apocalypse leur en fournira les preuves.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui sera victorieux, ''y est-il dit, ''ne sera point frappé de la seconde mort''&amp;amp;nbsp;; et ailleurs: ''Celui qui sera victorieux, sera ainsi vêtu de blanc, et Je n’effacerai point son nom du Livre de vie, et Je confesserai son nom devant mon Père et devant ses Anges.''&amp;amp;nbsp;» Puis un peu après, Jésus-Christ notre Dieu, Notre-Seigneur Lui-même, s’adresse en ces termes à Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui sera victorieux, J’en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n’en sortira plus&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» puis encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui sera victorieux, Je lui donnerai de s’asseoir avec Moi sur mon trône, comme J’ai vaincu Moi-même et Me suis assis avec mon Père sur son trône.''&amp;amp;nbsp;» Enfin, après avoir fait le tableau de la gloire des Saints et de l’immensité de ces biens éternels dont ils jouiront dans le ciel, il ajoute&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Celui qui vaincra possédera ces choses.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quarante-sixième — Septième demande de l’Oraison Dominicale ===&lt;br /&gt;
'''DÉLIVREZ-NOUS DU MAL. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière demande, par laquelle le Fils de Dieu a voulu finir sa divine Prière, est comme le résumé et la résultante de toutes les autres. Pour en montrer l’importance et la vertu, Il l’employa Lui-même, la veille de sa mort, en priant Dieu son Père pour le salut des hommes.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je Vous prie, dit-Il, de les préserver du mal.&amp;amp;nbsp;»'' Nous avons donc ici, dans cette Prière qu’Il nous a enseignée par ses préceptes et qu’Il a confirmée par ses exemples, une sorte d’abrégé qui renferme en substance la force et l’esprit de toutes les autres demandes. Lorsque, au témoignage de Saint Cyprien, nous avons obtenu ce qu’elle renferme, nous n’avons plus rien à demander. Par le seul fait que nous avons imploré et obtenu la Protection de Dieu contre le mal, nous sommes tranquilles et en sûreté contre tous les assauts du monde et du démon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si cette demande a l’importance que nous venons de dire, le Pasteur se fera un devoir de l’expliquer aux Fidèles avec le plus grand soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — COMMENT ON DOIT DEMANDER D’ÊTRE DÉLIVRÉ DU MAL.  ====&lt;br /&gt;
Dans la demande précédente nous sollicitons la grâce d’éviter la faute, et dans celle-ci nous prions Dieu de nous délivrer de la peine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne paraît pas nécessaire ici de rappeler aux Fidèles les maux dont ils souffrent, les ennuis qui les dévorent, les calamités qui les accablent, et par suite le besoin pressant qu’ils ont du secours d’En-Haut. La vie humaine est en proie à toutes les misères, les écrivains sacrés et profanes sont d’accord sur cette triste vérité qu’ils ont développée de toutes manières. Personne du reste ne peut en douter raisonnablement&amp;amp;nbsp;; qu’il le sache par sa propre expérience ou par celle des autres. tout le monde est convaincu que Job, cet admirable modèle de patience, n’a rien exagéré. «&amp;amp;nbsp;''L’homme né de la femme'', dit-il,&amp;amp;nbsp; ''ne vit que peu de temps, et ce peu de temps est rempli de beaucoup de misères. Il est comme une fleur qui serait foulée aux pieds en naissant, il fuit comme l’ombre, et jamais ne demeure dans le même état.''&amp;amp;nbsp;» Nous ne pouvons en effet passer aucun jour sans chagrin et sans afflictions. Notre-Seigneur nous en avertit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A chaque jour suffit sa peine.&amp;amp;nbsp;''» Au surplus, n’était-ce pas assez nous avertir de la misère de notre condition en nous disant&amp;amp;nbsp; que chaque jour il faut prendre notre croix et marcher à sa suite&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme chacun sent par lui-même toutes les charges et tous les dangers de la vie, il ne sera pas difficile de persuader aux Fidèles qu’ils doivent demander à Dieu d’être délivrés de leurs maux. Et cela est d’autant plus vrai que rien ne porte plus les hommes à la Prière que le désir et l’espoir d’être à l’abri des maux qui les affligent, ou qui les menacent. nous sommes naturellement portés à recourir à Dieu à l’heure de l’épreuve, et sans aucun délai. C’est pour cela sans doute qu’il est écrit&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;''Couvrez leur visage d’ignominie, Seigneur, et ils invoqueront votre Nom.''&amp;amp;nbsp;» Mais si nous nous portons presque spontanément à invoquer le secours de Dieu, dans les périls et dans les calamités, nous avons besoin d’être instruits, par ceux à qui notre salut a été confié, sur la méthode à suivre, pour le faire dignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est pas rare en effet de trouver des Chrétiens qui renversent l’ordre établi par Jésus-Christ. Car, en nous ordonnant de recourir à Lui ''au jour de la tribulation'' , Il nous a prescrit en même temps l’ordre à suivre pour faire cette Prière. Avant donc de Le prier ''de nous délivrer du mal'', Il nous oblige à Lui demander que son nom soit sanctifié, que son Royaume arrive, en un mot Il veut que nous fassions toutes les autres demandes, qui sont comme autant de degrés pour arriver à celle-ci. Mais si l’on souffre de la tête, de la poitrine, ou d’ailleurs, si l’on éprouve quelque perte dans ses biens, si les ennemis font des menaces et nous mettent en danger, si la famine, la guerre et la peste se font sentir, aussitôt on voit des Chrétiens qui ne tiennent plus aucun compte des degrés intermédiaires de la Prière et qui songent uniquement à solliciter la délivrance de leurs maux. Une telle conduite est contraire au Commandement de Notre-Seigneur Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Cherchez d’abord le Royaume de Dieu''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, pour bien prier, il faut tout rapporter à la Gloire de Dieu, même lorsqu’on Lui demande d’éloigner les peines, les calamités et les maux présents. Lorsque David disait à Dieu: ''Seigneur, ne me reprenez pas dans votre colère'', il ajoutait immédiatement à cette Prière une raison qui prouvait bien l’ardent désir qu’il avait de la Gloire de Dieu. ''La mort'', disait-il , ''ne garde pas votre souvenir, et qui est-ce qui chantera vos louanges dans le tombeau&amp;amp;nbsp;?'' De même lorsqu’il implorait la Miséricorde de Dieu, il avait soin d’ajouter:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’enseignerai vos voies aux pécheurs, et les impies se convertiront à Vous.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut engager fortement les Fidèles, à l’exemple du Prophète, à prier de cette manière vraiment salutaire, et bien leur montrer la différence qui existe entre la prière des infidèles et celle des Chrétiens. C’est qu’en effet les infidèles prient aussi et avec ardeur. Ils demandent à la Divinité la guérison de leurs plaies et de leurs maladies, ils la supplient de les faire sortir des maux qui les accablent, ou qui les menacent. Mais en même temps, ils placent le principal espoir de leur délivrance dans les remèdes de la nature ou de l’art. Ils vont plus loin même, car ils acceptent sans scrupule les remèdes du premier venu, quand même ils sauraient que ces remèdes ont été préparés avec sortilèges, magie et intervention du démon. Il suffit pour les déterminer qu’ils aient le moindre espoir de recouvrer la santé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la conduite des Chrétiens est bien différente. Dans leurs maladies, dans leurs adversités, Dieu est leur principal refuge et, à vrai dire, leur seul soutien. Précisément parce qu’ils Le reconnaissent, et L’adorent comme l’Auteur de tout bien, et leur Libérateur, ils n’oublient point que les remèdes n’ont de vertu curative que celle que Dieu leur a donnée, et par suite qu’ils ne sont utiles aux malades qu’autant que Dieu le veut. La médecine en effet vient de Dieu, qui l’a donnée Lui-même aux hommes pour guérir leurs maladies. De là ces paroles de l’Ecclésiastique:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le très Haut a fait produire à la terre les remèdes, et l’homme prudent ne les dédaignera pas.&amp;amp;nbsp;»'' Aussi ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ne mettent point dans ces remèdes leur principal espoir de guérison&amp;amp;nbsp;; mais ils se confient surtout en Dieu qui est le Créateur même de la médecine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi nos Saints Livres reprennent fortement ceux qui ont trop de confiance dans la science, et ne demandent aucun secours à Dieu. Il y a plus, ceux qui mènent une vie conforme aux préceptes du Seigneur, s’abstiennent de tous les remèdes que Dieu n’a pas destinés à cette fin&amp;amp;nbsp;; quand même ils seraient assurés de guérir par ce moyen, ils ne laisseraient pas de les avoir en horreur comme des artifices et des enchantements du démon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc exhorter les Fidèles à mettre en Dieu toute leur confiance. En nous ordonnant de Lui demander la délivrance de nos maux, ce Père, plein de Bonté, nous donne par là même l’espérance d’être exaucés. nous trouvons dans la Sainte Écriture un grand nombre d’exemples où brille cette confiance dont nous parlons, et qui sont très propres à l’inspirer, même à ceux que le raisonnement ne convaincrait pas. n’avons-nous pas dans la personne d’Abraham, de Jacob, de Lot, de Joseph et de David autant de précieux témoins de la Bonté divine&amp;amp;nbsp;? et le nouveau testament ne nous montre-t-il pas un très grand nombre de personnes qui ont échappé aux plus grands dangers par la vertu de la Prière&amp;amp;nbsp;? Aussi bien, nous n’avons pas à les nommer ici. nous nous bornerons donc à rapporter ces paroles du Prophète, bien capables de nous rassurer tous, même les plus faibles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les justes ont crié, et le Seigneur les a exaucés&amp;amp;nbsp;; et Il les a délivrés de toutes leurs tribulations.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QUELS SONT LES MAUX DONT NOUS DEMANDONS ICI D’ÊTRE DÉLIVRÉS.  ====&lt;br /&gt;
Il nous reste à parler du sens et de l’étendue de cette demande. C’est le moyen de bien faire comprendre aux Fidèles que nous ne demandons pas d’être absolument délivrés de tous les maux. Car il y a des choses que l’on regarde habituellement comme des maux, et qui, néanmoins, sont très utiles à ceux qui les endurent. Ainsi cet aiguillon de la chair, que ressentait si vivement Saint Paul, servait, avec le secours de la grâce, ''à affermir sa vertu dans la faiblesse'' . Voilà pourquoi les personnes de piété, connaissant le prix et les avantages de ces épreuves. les supportent avec une très grande joie, bien loin de demander à Dieu d’en être délivrées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous bornons donc à conjurer par la Prière ces sortes de maux sans profit pour notre âme, mais nullement ceux qui peuvent nous apporter quelques fruits de salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le véritable sens de cette demande est donc qu’après avoir été délivrés du péché et du danger des tentations, nous soyons aussi préservés de tous les maux, tant intérieurs qu’extérieurs, de l’eau, du feu et de la foudre&amp;amp;nbsp;; que la grêle n’atteigne point nos moissons, et que nous n’ayons à souffrir ni de la disette, ni de la sédition, ni de la guerre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous demandons à Dieu d’éloigner de nous les maladies, la peste, les ravages, les chaînes, la prison, l’exil, les trahisons, les embûches, et en général tous les maux qui épouvantent et désolent le plus la vie humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous Lui demandons d’anéantir toutes les causes d’iniquités et de crimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous ne demandons pas seulement d’être préservés de ces choses qui, de l’aveu de tout le monde, sont des maux véritables. nous demandons aussi que ce que l’on regarde généralement comme des biens, à savoir les richesses, les honneurs, la santé, la force, la vie même, ne tournent point à notre malheur, ni à la perte de notre âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous prions Dieu de ne point être frappés de mort subite, de ne point soulever contre nous sa colère, de ne point encourir les châtiments réservés aux impies, de ne point passer par le feu du purgatoire. nous le supplions en même temps, avec toute la piété possible, de délivrer les âmes qui y sont détenues. Enfin le sens que l’Église donne à cette demande, à la Messe et dans ses Litanies, c’est que nous soyons délivrés des maux passés, présents et futurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Dieu, dans sa Bonté infinie, nous délivre des maux, de plus d’une manière. Il éloigne les calamités qui nous menacent. C’est ainsi qu’Il sauve le grand Patriarche Jacob des ennemis que le meurtre des Sichimites avait soulevés contre lui&amp;amp;nbsp;; car nous lisons:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La terreur de Dieu se répandit sur toutes les villes d’alentour, et nul n’osa poursuivre les enfants de Jacob, au moment de leur retraite.''&amp;amp;nbsp;» Tous les Bienheureux qui règnent dans le ciel avec Notre-Seigneur Jésus-Christ ont été eux-mêmes délivrés de tous les maux par la Miséricorde de Dieu&amp;amp;nbsp;; pour nous, tant que nous sommes dans notre pèlerinage, ce même Dieu ne veut pas que nous soyons exempts de toutes les misères. II veut seulement nous préserver de quelques-unes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, les consolations qu’il accorde parfois à ceux que l’adversité accable, sont comme une véritable délivrance de tous les maux. C’est ainsi que David se consolait en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vos consolations, Seigneur, ont rempli mon âme de joie, à proportion même des cruelles douleurs que j’éprouvais.&amp;amp;nbsp;''» Dieu délivre encore les hommes du mal lorsqu’Il les retire sains et saufs, du milieu des dangers les plus grands, auxquels ils se trouvaient exposés, comme Il fit pour les trois jeunes gens dans la fournaise, et pour Daniel dans la fosse aux lions. Les lions le respectèrent, comme les flammes avaient respecté les jeunes gens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Basile le Grand, Saint Jean Chrysostome et Saint Augustin nous disent que le mal dont il est question dans cette demande, serait particulièrement le ''démon'', parce que le démon fut l’auteur des péchés et des crimes des hommes, et que Dieu se sert de lui pour punir les criminels et les impies. Car c’est Dieu qui nous envoie tous les maux que nous souffrons pour nos péchés:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Y aura-t-il dans la ville un mal qui ne vienne du Seigneur&amp;amp;nbsp;?'' dit le Prophète Amos. ''C’est Moi qui suis le Seigneur'' , est-il dit dans Isaïe, ''et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière et Je crée les ténèbres, Je fais la paix et Je produis le mal.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le démon est encore appelé ''le mal'', parce que sans aucune agression de notre part, il nous fait une guerre sans relâche et nous poursuit d’une haine mortelle. Et, bien qu’il soit incapable de nous nuire, lorsque nous avons en mains les armes de la Foi, et le bouclier de l’innocence, cependant, il ne cesse de nous tenter par les maux extérieurs et de nous tourmenter par tous les moyens possibles. Voilà pourquoi nous supplions Dieu de nous délivrer ''du mal''&amp;amp;nbsp;; (ou ''du méchant'', ou ''du malin''). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous disons ''du mal'' et non pas ''des maux'', parce que les maux qui nous viennent du prochain, doivent être imputés au démon. II en est sûrement l’auteur et l’instigateur. Ainsi loin de nous irriter contre nos Frères, nous devons tourner notre colère et notre haine contre Satan lui-même qui a poussé les hommes à commettre l’injustice envers nous. Si donc votre prochain vous a offensé en quelque manière, lorsque vous priez Dieu votre Père, demandez-Lui non seulement de vous délivrer du mal, c’est-à-dire des injustices dont vous avez été victime, mais encore d’arracher votre prochain des mains du démon, qui ne cherche qu’à précipiter les hommes dans le vice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DE LA PATIENCE NÉCESSAIRE DANS LES MAUX.  ====&lt;br /&gt;
Enfin il importe de savoir que si nos Prières et nos vœux ne nous délivrent point des maux que nous souffrons, nous devons alors les supporter avec patience, et aussi avec cette conviction que Dieu désire extrêmement nous les voir endurer de la sorte. Donc pas d’indignation, pas de tristesse, si Dieu ne nous exauce pas&amp;amp;nbsp;! Ne devons-nous pas tout soumettre à sa sainte Volonté et à son bon plaisir&amp;amp;nbsp;? ne devons-nous pas regarder comme utiles et salutaires les choses que Dieu approuve et non pas celles qui nous plaisent&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les Pasteurs s’appliquent donc à bien représenter aux Fidèles qu’ils doivent être prêts, tant qu’ils sont sur la terre, à supporter les incommodités et les calamités de tout genre, non seulement sans se plaindre, mais même avec une certaine joie. ''Tous ceux'', est-il dit dans nos Saints Livres,&amp;amp;nbsp; ''qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ, souffriront persécution.''&amp;amp;nbsp; ''C’est par beaucoup de tribulations que nous devons entrer dans le Royaume de Dieu.''&amp;amp;nbsp; ''Ne fallait-il pas que le Christ souffrît, et qu’il entrât ainsi dans sa Gloire&amp;amp;nbsp;?'' Or, il n’est pas juste que le serviteur soit au-dessus du maître&amp;amp;nbsp;; il est même ''honteux'', dit Saint Bernard,&amp;amp;nbsp; ''que les membres soient délicats sous un Chef couronné d’épines''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons à cet égard un bel exemple dans la personne d’Urie. Pressé par David d’aller se reposer dans sa maison, il répondit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''L’Arche de Dieu, Israël et Juda habitent sous des tentes, et moi, j’irais dans ma maison&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous savons nous présenter devant Dieu avec les pensées et les dispositions que nous venons de marquer, nous obtiendrons infailliblement, ou d’être entièrement délivrés de tous les maux qui nous assiègent, comme les trois jeunes gens furent préservés du feu dans la fournaise&amp;amp;nbsp;; ou du moins comme les Macchabées, de supporter l’adversité avec un courage à toute épreuve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu des mépris et des tourments, nous imiterons les saints Apôtres qui, accablés de coups de fouets, se réjouissaient vivement , parce qu’ils avaient été trouvés dignes de souffrir des affronts pour Jésus-Christ. Remplis des mêmes sentiments, nous chanterons avec allégresse ce cantique de David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les princes m’ont persécuté sans sujet, mais mon cœur n’a craint qu’Il cause de votre parole. Je me réjouis de vos oracles, comme celui qui a trouvé de riches dépouilles.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CONCLUSION DE L’ORAISON DOMINICALE. AMEN. (AINSI SOIT-IL !)  ====&lt;br /&gt;
Saint Jérôme, dans ses commentaires sur Saint Matthieu, nous dit — et il ne se trompe pas — que ce mot ''Amen'' est comme le sceau de l’Oraison Dominicale. Aussi, comme nous avons prévenu les Fidèles de la nécessité de se préparer à la Prière, avant de l’entreprendre, nous avons à leur expliquer maintenant quelle est la raison et le sens de cette conclusion&amp;amp;nbsp;; car il n’est pas plus important de bien commencer la Prière que de la bien finir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que les. Fidèles sachent donc que nous retirons des fruits nombreux et excellents de l’Oraison Dominicale. Mais le meilleur et le plus agréable de tous c’est l’assurance que nous obtiendrons ce que nous avons demandé. nous avons suffisamment parlé plus haut de cette consolante vérité, mais nous devons ajouter ici que par cette dernière partie de notre Prière, nous n’obtenons pas seulement que nos demandes soient exaucées, nous recueillons encore des avantages si grands et si remarquables, que la parole peut à peine en donner une idée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les hommes conversent avec Dieu par la Prière, dit Saint Cyprien, la Majesté divine se rapproche, d’une manière incompréhensible, de celui qui prie, bien plus que de tous les autres hommes, et elle l’enrichit des dons les plus précieux. On peut comparer celui qui prie avec piété à un homme qui s’approche du feu. Le feu échauffe celui qui a froid&amp;amp;nbsp;; il fait suer celui qui a déjà chaud: de même ceux qui s’approchent de Dieu par la Prière en deviennent plus ardents, selon la mesure de leur piété et de leur Foi. Leur cœur s’enflamme pour la Gloire de Dieu&amp;amp;nbsp;; leur esprit est éclairé d’une lumière admirable&amp;amp;nbsp;; et en outre ils sont comblés des dons célestes. La Sainte Écriture nous le dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous l’avez prévenu des bénédictions de votre douceur.&amp;amp;nbsp;''» Moïse, cet illustre personnage, en est un exemple des plus remarquables. Au sortir de ses entretiens intimes avec Dieu, son front et son visage resplendissaient d’une lumière si éclatante que les Israélites ne pouvaient pas le regarder. tous ceux qui prient avec cette piété, avec cette sainte ardeur, participent aux effets admirables de la Bonté et de la Majesté de Dieu. «&amp;amp;nbsp;''Dés le matin, dit le Prophète'',&amp;amp;nbsp; ''je me présenterai devant Vous, et je verrai que Vous n’êtes pas un Dieu qui aime l’iniquité''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus nous connaissons ces merveilles, plus aussi nous sommes pénétrés d’amour et de respect pour Dieu, plus ''nous goûtons combien le Seigneur est doux'', et combien sont ''heureux ceux qui espèrent en lui''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la clarté de cette lumière incomparable qui nous environne, nous commençons à comprendre le néant que nous sommes, devant l’infinie Grandeur et la Majesté de Dieu. nous faisons ce que demande Saint Augustin: «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, faites que je Vous connaisse et que je me connaisse moi-même&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Dès lors nous avons de nous-mêmes et de nos propres forces une juste défiance, et nous nous confions entièrement en la Bonté de Dieu, ne doutant point qu’Il né nous reçoive avec une Charité toute paternelle et une admirable tendresse, et qu’il ne nous donne en abondance tout ce qui nous est nécessaire pour la vie et pour le salut. Alors nous rendons à Dieu toutes les actions de grâces dont notre cœur et notre bouche sont capables, heureux d’imiter en cela le saint roi David, qui, après avoir commencé sa Prière par ces mots:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent,''&amp;amp;nbsp;» finit par ceux-ci: «&amp;amp;nbsp;''Je rendrai grâces à Dieu selon sa justice, et je chanterai à l’honneur du nom du Seigneur très Haut.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Presque toutes les Prières des Saints commencent par la crainte et finissent par l’espérance et la joie. Mais les plus remarquables en ce genre sont celles du Prophète David. Après avoir commencé à prier sous l’empire de la crainte et du trouble, en disant : ''Combien qui s’élèvent contre moi&amp;amp;nbsp;! combien qui crient à mon âme: point de salut pour toi en Dieu'', bientôt il se rassure, et dans la joie qui l’inonde, il ajoute : ''Je ne craindrai pas les milliers d’ennemis qui m’environnent''. Dans un autre Psaume, après avoir déploré sa misère, nous le voyons plein de confiance en Dieu faire éclater une joie extraordinaire dans l’espérance de la béatitude éternelle. ''Je m’endormirai,'' dit-il , ''et je reposerai dans la paix''. Et ce cri: ''Seigneur, ne me reprenez point dans votre colère, ne me châtiez point dans votre fureur'', avec quelle terreur, avec quel effroi n’est-il pas à croire qu’il le prononça&amp;amp;nbsp;! Mais aussi quelle confiance et quelle joie dans les paroles qui suivent: ''Retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l’iniquité, car le Seigneur a exaucé la voix de mes pleurs&amp;amp;nbsp;! ''enfin lorsqu’il avait à redouter la colère et la fureur de Saül, avec quelle humilité n’implorait-il pas le secours de Dieu&amp;amp;nbsp;! ''Seigneur'', disait-il , ''sauvez-moi par votre nom, et défendez ma cause par votre Puissance''. Puis la confiance et la joie revenant, il ajoute dans le même Psaume: ''Voilà que Dieu est mon aide, et que le Seigneur est le défenseur de ma vie''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que celui donc qui, le cœur plein de Foi et d’Espérance, se dispose à prier, se présente devant Dieu son Père avec la confiance ferme qu’il obtiendra ce dont il a besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce mot Amen, qui termine l’Oraison Dominicale, contient en germe toutes les pensées et toutes les considérations que nous venons d’exposer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part Notre-Seigneur Jésus-Christ s’en sert si souvent dans l’Évangile, qu’il a plu à l’Esprit-Saint de le conserver dans l’Église de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici donc, en quelque sorte, le sens qui y est attaché: ''Sachez que vos prières sont exaucées.'' C’est comme la réponse de Dieu renvoyant gracieusement celui qui priait, en lui accordant ce qu’il demandait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette interprétation a pour elle la coutume constante de l’Église Et en effet, dans le saint Sacrifice de la Messe, lorsqu’elle récite l’Oraison Dominicale, l’Église n’a pas laissé le mot ''amen'' aux assistants qui doivent simplement dire: ''mais délivrez-nous du mal''&amp;amp;nbsp;; elle l’a réservé pour le Prêtre qui, étant Médiateur entre Dieu et les hommes, répond au peuple que le Seigneur est apaisé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette règle n’est cependant point commune à toutes les Prières, puisque dans les autres, c’est le peuple qui répond: ''Amen'', elle ne s’applique qu’à l’Oraison Dominicale. Et en voici la raison, c’est que dans toutes les autres Prières, ce mot exprime seulement un assentiment ou un désir, tandis qu’ici il signifie que Dieu exauce les demandes de ceux qui prient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut dire d’ailleurs que les interprètes traduisent diversement ce mot ''amen''. Les Septante lui ont donné le sens de: ''ainsi soit-il&amp;amp;nbsp;!'' D’autres ont dit: vraiment. Aquila le traduit par ''fidèlement''. Mais il importe peu qu’on l’entende de telle ou telle manière, pourvu que l’on reconnaisse que dans la bouche du Prêtre, à la Messe, il exprime bien l’assurance que ce qu’on a demandé est obtenu. Saint Paul autorise ce sens en disant aux Corinthiens : «&amp;amp;nbsp;''Toutes promesses de Dieu ont en Jésus-Christ leur vérité&amp;amp;nbsp;; et c’est par Lui aussi que nous disons&amp;amp;nbsp;; Amen à Dieu pour la gloire de notre ministère.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mot est encore pour nous comme la confirmation de toutes nos demandes. Le fait seul de le prononcer rend plus attentifs ceux qui s’adonnent au saint exercice de la Prière, où il arrive trop souvent, hélas&amp;amp;nbsp;! que l’esprit est distrait et entraîné par toutes sortes de pensées étrangères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, dans cette courte parole nous demandons avec une nouvelle et instante ardeur que tout ce que nous venons de solliciter ''soit fait'', c’est-à-dire accordé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ou bien, ou mieux, reconnaissant déjà que nous avons tout obtenu, la présence du secours divin nous pénètre de joie, et nous chantons avec le Prophète : «&amp;amp;nbsp;''Voici que Dieu vient à mon aide et que le Seigneur est le défenseur de ma vie.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Personne en effet n’a le droit de douter que Dieu ne soit touché tout ensemble et du nom de son Fils, et d’une parole qu’Il a si souvent proférée&amp;amp;nbsp;; puisque ce divin Fils, comme dit Saint Paul , ''a toujours été exaucé à cause de son respect'' pour son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Annexes ==&lt;br /&gt;
=== Définition de l’Immaculée Conception ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Bulle «&amp;amp;nbsp;Inefabilis Deus » Pie IX — 8 décembre 1854''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
...Pour l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l’honneur et la gloire de la Vierge Marie Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la nôtre, nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, dans le premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulières du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. C’est pourquoi, s’il en était, ce qu’à Dieu ne plaise, qui eussent la présomption d’avoir des sentiments contraires à ce que nous venons de définir, qu’ils sachent très clairement qu’ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement, qu’ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l’unité de l’Église, et que, de plus, par le fait même, ils encourent les peines portées par le droit s’ils osent manifester par parole, par écrit ou par quelque signe extérieur, ce qu’ils pensent intérieurement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Définition de l’Infaillibilité pontificale ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Constitution dogmatique «&amp;amp;nbsp;Pastor aeternus » — 1er concile du Vatican — 18 juillet 1870''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l’approbation du saint Concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu: le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu’il soit anathème. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Définition de l’Assomption ===&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;''Constitution apostolique «&amp;amp;nbsp;Munificentissimus Deus&amp;amp;nbsp;» — Pie XII — 1&amp;quot; novembre 1950''&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
...Après avoir très souvent adressé à Dieu nos supplications, invoqué la lumière de l’Esprit de Vérité, pour la gloire du Dieu tout-puissant qui a répandu sur la Vierge Marie les largesses d’une bienveillance toute particulière, pour l’honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, pour une plus grande gloire de son auguste Mère et pour la joie et l’exultation de toute l’Église, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et par notre propre autorité, nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé que: l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par conséquent, si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, osait volontairement mettre en doute ce qui a été défini par nous, qu’il sache qu’il a totalement abandonné la foi divine et catholique.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_du_Concile_de_Trente_:_Troisi%C3%A8me_partie&amp;diff=1548</id>
		<title>Catéchisme du Concile de Trente : Troisième partie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Cat%C3%A9chisme_du_Concile_de_Trente_:_Troisi%C3%A8me_partie&amp;diff=1548"/>
				<updated>2011-03-28T08:17:01Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : /* Chapitre trente-sixième — Du huitième Commandement */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Grands catéchismes&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Catéchisme du Concile de Trente &lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = 1564-1566&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Cette version ne comprend pas les notes. Scanné d’après le reprint que les éditions Dominique Martin Morin ont fait du numéro 136 (septembre-octobre 1969) de la revue ‘Itinéraires’. (‘Itinéraires’ reprenait sans rien y changer le texte des éditions Desclée et Cie, imprimatur à Tournai, le 17 juillet 1923.). Les définitions dogmatiques postérieures à la rédaction du Catéchisme du Concile de Trente (Immaculée Conception, Infaillibilité pontificale, Assomption), qui figurent en annexe, ont été ajoutées dans la réédition de 1984.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Troisième partie — Du Décalogue ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-huitième — Des Commandements de Dieu en général ===&lt;br /&gt;
Saint Augustin n’a pas craint de dire que le Décalogue est le sommaire et l’abrégé de toutes les Lois. Bien que Dieu eût fait pour son peuple un grand nombre de prescriptions, néanmoins Il ne donne à Moïse que les deux tables de pierre, appelées les tables du témoignage, pour être déposées dans l’Arche. Et en effet, il est facile de constater que tous les autres Commandements de Dieu dépendent des dix qui furent gravés sur les tables de pierre, si on les examine de près, et si on les entend comme il convient. Et ces dix Commandements dépendent eux-mêmes des deux préceptes de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, ''dans lesquels sont renfermés la Loi et les Prophètes.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — NÉCESSITÉ D’ÉTUDIER ET D’EXPLIQUER LE DÉCALOGUE.  ====&lt;br /&gt;
Le Décalogue étant l’abrégé de tous les devoirs, les Pasteurs sont obligés de le méditer jour et nuit, non seulement pour y conformer leur propre vie, mais encore pour instruire dans la Loi du Seigneur le peuple qui leur est confié. Car&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''les lèvres du Prêtre sont dépositaires de la science, et les peuples recevront de sa bouche l’explication de la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées.''&amp;amp;nbsp;» Ces paroles s’appliquent admirablement aux Prêtres de la Loi nouvelle, parce qu’étant plus rapprochés de Dieu que ceux de la Loi ancienne, ils doivent&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''se transformer de clarté en clarté, comme par l’Esprit du Seigneur.&amp;amp;nbsp;''» D’ailleurs, puisque Jésus-Christ Lui-même leur a donné le nom de&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''lumière ''», leur devoir et leur rôle, c’est d’être&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, les docteurs des ignorants, les maures des enfants&amp;amp;nbsp;; et si ''&amp;amp;nbsp;''quelqu’un tombe par surprise dans quelque péché, c’est à ceux qui sont spirituels à le relever.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tribunal de la Pénitence ils sont de véritables juges, et la sentence qu’ils portent est en raison de l’espèce et de la grandeur des fautes. Si donc ils ne veulent ni s’abuser eux-mêmes, ni abuser les autres par leur ignorance, il est nécessaire qu’ils étudient la Loi de Dieu avec le plus grand soin, et qu’ils sachent l’interpréter avec sagesse, afin de pouvoir rendre sur toute faute, action ou omission, un jugement conforme à cette règle divine, et encore comme dit l’Apôtre&amp;amp;nbsp; afin de pouvoir donner «&amp;amp;nbsp;''la saine Doctrine''&amp;amp;nbsp;», c’est-à-dire, une doctrine exempte de toute erreur, et capable de guérir les maladies de l’âme, qui sont les péchés, et de faire des Fidèles&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''un peuple agréable à Dieu par la pratique des bonnes œuvres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DIEU AUTEUR DU DÉCALOGUE.  ====&lt;br /&gt;
Mais dans ces sortes d’explications, le Pasteur doit rechercher, tant pour lui-même que pour les autres, les motifs les plus propres à obtenir l’obéissance à cette Loi. Or, parmi ces motifs, le plus puissant pour déterminer le cœur humain à observer les prescriptions dont nous parlons, c’est la pensée que Dieu Lui-même en est l’Auteur. Bien qu’il soit dit&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que la Loi a été donnée par le ministère des Anges''&amp;amp;nbsp;», nul ne peut douter qu’elle n’ait Dieu Lui-même pour auteur. nous en avons une preuve plus que suffisante, non seulement dans les paroles du législateur que nous allons expliquer, mais encore dans une multitude de passages des saintes Écritures, qui sont assez connus des Pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est personne en effet qui ne sente au fond du cœur une Loi que Dieu Lui-même y a gravée, et qui lui fait discerner le bien du mal, le juste de l’injuste, l’honnête de ce qui ne l’est pas. Or la nature et la portée de cette Loi ne diffèrent en rien de la Loi écrite, par conséquent il est nécessaire que Dieu, Auteur de la seconde, soit en même temps l’Auteur de la première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc enseigner que cette Loi intérieure, au moment où Dieu donna à Moise la Loi écrite, était obscurcie et presque éteinte dans tous les esprits par la corruption des mœurs, et par une dépravation invétérée&amp;amp;nbsp;; on conçoit dès lors que Dieu ait voulu renouveler et faire revivre une Loi déjà existante plutôt que de porter une Loi nouvelle. Les Fidèles ne doivent donc pas s’imaginer qu’ils ne sont pas tenus d’accomplir le Décalogue, parce qu’ils ont entendu dire que la Loi de Moïse était abrogée. Car il est bien certain qu’on doit se soumettre à ces divins préceptes, non pas parce que Moïse les a promulgués, mais parce qu’ils sont gravés dans tous les cœur&amp;amp;nbsp;», et qu’ils ont été expliqués et confirmés par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, (et cette pensée aura une grande force de persuasion), il sera très utile d’engager les Fidèles à se rappeler que Dieu Lui-même est l’Auteur de la Loi&amp;amp;nbsp;; Dieu dont nous ne pouvons révoquer en doute la Sagesse et l’équité, Dieu enfin dont la Force et la Puissance sont telles qu’il nous est impossible d’y échapper. Aussi, quand Il ordonne par ses Prophètes l’observation de sa Loi, nous l’entendons dire: «&amp;amp;nbsp;''Je suis le Seigneur Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Et au commencement du Décalogue:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je suis le Seigneur votre Dieu''&amp;amp;nbsp;» et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''si Je suis le Seigneur, où est la crainte que vous avez de moi''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette pensée n’excitera pas seulement les Fidèles à garder les Commandements de Dieu, elle les portera encore à Le remercier d’avoir fait connaître ses volontés qui nous donnent les moyens d’opérer notre salut. L’Écriture, dans beaucoup d’endroits, rappelle aux hommes ce grand bienfait, et les exhorte à sentir tout ensemble leur propre dignité et la bonté de Dieu comme dans ce passage du Deutéronome:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Telle sera votre Sagesse et votre Intelligence devant nous les peuples, que tous ceux qui auront connaissance de ces commandements diront: voilà un peuple sage et intelligent, voilà une grande nation.''&amp;amp;nbsp;» Et dans celui-ci du Psalmiste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il n’a pas agi de la sorte avec toutes les nations&amp;amp;nbsp;; Il ne leur a pas ainsi manifesté ses jugements.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le Pasteur a soin de rapporter et de dépeindre ensuite, d’après l’autorité de la Sainte Écriture, la manière dont la Loi fut donnée, les Fidèles n’auront pas de peine à comprendre avec quelle piété et quelle soumission ils doivent accomplir des Commandements qui leur viennent de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jours avant la promulgation du Décalogue, sur l’ordre formel de Dieu, tous les Hébreux furent obligés de laver leurs vêtements et de garder la continence, afin d’être purs et plus prêts à recevoir la Loi du Seigneur. Quand les trois jours de préparation furent passés, ils vinrent tous au pied de la montagne, où Dieu avait résolu de leur donner sa Loi par l’intermédiaire de Moise. Moise en effet fut appelé seul sur la Montagne. Alors Dieu lui apparut dans tout l’éclat de sa Majesté. Il se mit à parler avec lui et lui donna les préceptes du Décalogue au milieu des tonnerres, des feux, des éclairs, et d’un nuage épais qui couvrit toute la Montagne. Or, que voulait la Sagesse divine par tous ces prodiges&amp;amp;nbsp;? Sinon de montrer avec quelle pureté de cœur et quelle humilité nous devons accueillir sa Loi, et quels châtiments terribles sa justice nous réserve, si nous n’y faisons pas attention. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas assez&amp;amp;nbsp;; le Pasteur devra faire voir aussi que cette Loi n’est pas difficile à accomplir. Il lui suffira pour cela d’apporter cette raison donnée par Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comment, ''dit-il, ''peut-il être impossible à l’homme d’aimer son Créateur qui le comble de tant de biens, d’aimer un père qui l’a tant aimé, d’aimer sa propre chair dans ses frères&amp;amp;nbsp;? Or, celui qui aime accomplit la Loi.&amp;amp;nbsp;''» C’est ce qui faisait dire à l’Apôtre Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les Commandements de Dieu ne sont point pénibles.&amp;amp;nbsp;''» En effet, dit à son tour Saint Bernard,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''on ne pouvait exiger de l’homme rien de plus juste, rien de plus digne, rien de plus avantageux pour lui''.&amp;amp;nbsp;» De là aussi cette exclamation de Saint Augustin, admirant la Bonté infinie de Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qu’est-ce que l’homme, ô mon Dieu, pour que Vous lui ordonniez de Vous aimer, et que Vous le menaciez des plus grands châtiments, s’il ne Vous aime pas&amp;amp;nbsp;? n’est-ce pas déjà un assez grand châtiment de ne Vous aimer pas&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un s’excusait de ne pouvoir aimer Dieu, en alléguant la faiblesse de sa nature, il faudrait lui apprendre que Dieu qui exige que nous L’aimions, allume Lui-même le feu de son Amour dans nos cœurs par le Saint-Esprit, et que le Père céleste communique toujours cet esprit de bonté et d’amour à ceux qui le Lui demandent. Saint Augustin avait donc bien raison de dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, donnez-moi tout ce que Vous exigez, et exigez tout ce que Vous voulez.''&amp;amp;nbsp;» Ainsi donc, puisque Dieu est toujours disposé à nous aider, surtout depuis que son divin Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort pour nous, et a chassé loin de nous par sa Mort le prince des ténèbres, personne ne peut plus s’écarter de la Loi de Dieu par la difficulté de l’observer. II n’y a rien de difficile pour celui qui aime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — NÉCESSITÉ DE GARDER LES COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur disposera d’un moyen très puissant pour obtenir ce qu’il demande ici, s’il a soin de bien montrer que l’observation des Commandements de Dieu est d’une nécessité absolue. Et il insistera d’autant plus sur ce point qu’aujourd’hui il ne manque pas d’hommes, qui ne craignent pas de soutenir, pour leur malheur, que cette Loi, facile ou difficile, n’est pas nécessaire au salut. Pour réfuter cette doctrine impie et criminelle, il n’aura qu’à invoquer le témoignage de la Sainte Écriture, et particulièrement de ce même Apôtre sur l’autorité duquel on s’efforce d’appuyer cette erreur funeste. Que dit en effet l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il importe peu d’être circoncis, ou incirconcis, ce qui est absolument nécessaire, c’est l’observation des Commandements de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Quand ensuite il répète ailleurs la même maxime et nous dit que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La nouvelle créature en Jésus-Christ vaut seule quelque chose&amp;amp;nbsp;''», il nous fait clairement entendre que par cette nouvelle créature en Jésus-Christ il veut signifier celui qui observe les Commandements de Dieu. Car avoir reçu les Commandements de Dieu et les observer, c’est L’aimer, d’après ce témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui M’aime gardera ma parole.&amp;amp;nbsp;''» En effet, quoique l’homme puisse cesser d’être impie, avant d’avoir accompli des actes extérieurs de chaque précepte de la Loi, cependant il est impossible à celui qui a l’usage de sa raison, de passer de l’impiété à la justice, sans avoir le cœur disposé à garder tous les Commandements de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — AVANTAGE DE LA LOI DE DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Enfin, pour ne rien omettre de ce qui peut amener le peuple chrétien à pratiquer la Loi, le Pasteur aura soin de montrer combien les fruits qu’elle porte sont nombreux et consolants. A cette fin il n’aura qu’à citer le Psaume dix-huitième qui célèbre les mérites de la Loi de Dieu. Et le plus grand des mérites de cette Loi, c’est de révéler la gloire de son Auteur et de faire ressortir sa divine Majesté, bien mieux encore que les corps célestes eux-mêmes dont la beauté éclatante et l’ordre magnifique frappent d’admiration les peuples les plus barbares et les obligent à reconnaître la Gloire, la Sagesse et la Puissance de l’Artiste incomparable, Créateur de toutes choses. Cette Loi&amp;amp;nbsp; ''élève et convertit les âmes à Dieu''&amp;amp;nbsp;; c’est elle qui nous instruit de ses Voies, nous révèle sa très sainte Volonté, et nous fait marcher dans le chemin que Lui-même nous a tracé. Mais comme il n’y a que ceux qui craignent Dieu qui sont les vrais sages, le Psalmiste attribue encore à la Loi cette vertu singulière «&amp;amp;nbsp;''de donner la sagesse aux petits''.&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; Et enfin, dit-il, ceux qui l’observent fidèlement possèdent des joies pures, des consolations abondantes puisées dans la contemplation des divins Mystères, des récompenses infinies en cette vie et en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant prenons garde d’accomplir cette sainte Loi moins pour notre avantage que pour l’amour que nous devons à Dieu, précisément parce qu’Il a bien voulu nous exprimer sa Volonté en nous la donnant. Et puisque toutes les autres créatures Lui sont soumises, n’est-il pas bien plus juste encore que nous-mêmes Lui obéissions en toutes choses&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il ne faut pas passer sous silence une réflexion qui nous fait sentir vivement la Clémence de Dieu à notre égard, et apprécier les trésors de son infinie Bonté. Ce Dieu pouvait nous obliger à servir les intérêts de sa Gloire, sans aucune récompense, néanmoins il Lui a plu de rapprocher tellement sa Gloire de notre avantage, que ce qui sert à Le glorifier, sert aussi à notre propre bien. Cette considération est très forte et très frappante. Le Pasteur ne manquera pas de montrer aux Fidèles avec le Prophète que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dans l’accomplissement de la Loi se trouvent d’abondantes récompenses.''&amp;amp;nbsp;» Dieu ne nous promet pas seulement les bénédictions qui semblent se rapporter plutôt au bonheur terrestre, comme&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''les bénédictions de nos villes et de nos champs&amp;amp;nbsp;''», mais II nous propose encore&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''un immense trésor dans le ciel'', et&amp;amp;nbsp; ''cette mesure pleine, pressée, entassée, coulant par-dessus les bords''&amp;amp;nbsp;», que nous méritons avec l’aide de sa divine miséricorde, par des ''œuvr''es de justice et de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-neuvième — Du premier Commandement ===&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai tiré de la terre d’Égypte, de la maison de servitude&amp;amp;nbsp;; tu n’auras point de dieux étrangers devant Moi&amp;amp;nbsp;; tu ne te feras point d’idoles&amp;amp;nbsp;», etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Loi que Dieu donna aux Juifs sur le mont Sinaï, la nature l’avait imprimée et gravée longtemps auparavant dans le cœur de tous les hommes, et tous les hommes pour ce motif étaient obligés de l’accomplir. Dieu l’avait ainsi voulu. II sera donc très utile d’expliquer avec soin aux Fidèles les termes mêmes dans lesquels elle fut promulguée par Moïse, qui en fut le ministre et l’interprète, et de leur faire connaître l’histoire si pleine de mystères du peuple hébreu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — RÉCIT ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE SACRÉE.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs commenceront par raconter que de toutes les nations qui vivaient sur la terre, Dieu en choisit une qui descendait d’Abraham. Ce saint Patriarche, pour obéir à Dieu, avait habité comme étranger la terre de Chanaan, et Dieu lui avait promis de lui donner cette terre&amp;amp;nbsp;; mais ni lui ni ses descendants ne la possédèrent qu’après avoir erré pendant plus de quatre cents ans. Durant ce long pèlerinage, Dieu ne les abandonna jamais. Ils allaient de nation en nation, de peuple en peuple, mais nulle part II ne souffrit qu’on leur fît aucun mal, et même Il punit les rois qui voulaient leur nuire. Avant qu’ils descendissent en Égypte, Il envoya dans ce pays un homme dont la sagesse devait les préserver, eux et les Égyptiens, des suites de la famine. Il les entoura tellement de sa Bonté protectrice, que malgré la résistance de Pharaon et son acharnement à les perdre, ils se multiplièrent prodigieusement. Puis quand Il les vit dans l’affliction et soumis au plus dur esclavage, Il suscita un chef dans la personne de Moïse pour les tirer d’Égypte par la puissance de son bras. C’est de cette délivrance que Dieu fait mention au commencement de la Loi. quand Il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai tiré de la terre d’Égypte, de la maison de servitude.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici le Pasteur fera remarquer avec soin que si Dieu choisit cette nation entre toutes, pour l’appeler son peuple, et pour être plus spécialement connu et servi par elle, ce n’est point qu’elle fût plus nombreuse ou plus juste que les autres, comme Dieu ne manque pas de le lui rappeler&amp;amp;nbsp;; mais c’est qu’Il le voulut ainsi pour rendre plus sensible et plus éclatante aux yeux de tous sa Puissance et sa Bonté, en comblant de bienfaits et de richesse une nation si peu nombreuse et si pauvre. Quelque misérable que fût l’état des Hébreux, Dieu ''s’attacha à eux, et les aima'', au point que le Maître du ciel et de la terre ''ne rougit point d’être appelé leur Dieu''.&amp;amp;nbsp; Son but était de provoquer les autres peuples à les imiter, et d’amener tous les hommes à embrasser son culte, par le bonheur dont Il comblait les Israélites sous leurs yeux. De même l’Apôtre Saint Paul déclarera plus tard&amp;amp;nbsp; ''qu’Il a excité l’émulation de son peuple'', en lui représentant le bonheur des Gentils, et la connaissance du vrai Dieu qu’Il leur avait donnée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite le Pasteur enseignera aux Fidèles que Dieu laissa longtemps les Patriarches hébreux errer comme des voyageurs en pays étranger, et leurs descendants gémir sous l’oppression et l’accablement de la plus dure servitude, pour nous apprendre qu’on ne peut être ami de Dieu, sans être ennemi du monde et étranger sur la terre, et par conséquent qu’il est d’autant plus facile de gagner son amitié qu’on est plus détaché et séparé du monde. En même temps, Il voulait nous faire comprendre, à nous qui Lui rendons le culte qu’Il mérite, qu’il y a infiniment plus de bonheur à Le servir, qu’à servir le monde. C’est ce que l’Écriture nous rappelle quand elle dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les enfants de Judas seront soumis à Sésac, afin qu’ils apprennent quelle différence il y a entre mon service et le service des rois de fa terre''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il expliquera aussi que Dieu n’accomplit sa promesse qu’après plus de quatre cents ans, afin d’entretenir son peuple dans la Foi et l’Espérance. Le Seigneur en effet veut que ses enfants dépendent continuellement de Lui et qu’ils mettent tout leur espoir dans sa bonté, comme nous le dirons en développant le premier Commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il marquera le temps et le lieu où le peuple d’Israël reçut de Dieu cette Loi. Ce fut après sa sortie d’Égypte et dès qu’il fut entré dans le désert, afin que le souvenir de sa récente délivrance et la vue d’une région si sauvage le rendît plus propre à recevoir ses Commandements. Les hommes en effet s’attachent fortement à ceux dont ils viennent d’éprouver la bonté, et ils se réfugient sous la protection de Dieu, lorsqu’ils se voient privés de tout secours humain. Et c’est ce qui nous fait conclure que nous sommes d’autant mieux disposés à recevoir les Vérités divines, que nous fuyons davantage les attraits du monde et les plaisirs mauvais. Aussi est-il écrit dans le Prophète:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A qui le Seigneur enseignera-t-il sa Loi&amp;amp;nbsp;? A qui donnera-t-il l’intelligence de sa parole&amp;amp;nbsp;? Aux enfants sevrés et arrachés du sein de leurs mères.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — APPLICATION DE CETTE HISTOIRE AUX CHRÉTIENS.  ====&lt;br /&gt;
Que le Pasteur s’efforce donc, autant qu’il le pourra, d’amener les Fidèles à avoir toujours présentes à l’esprit ces paroles si graves: ''Je suis le Seigneur votre Dieu''. Elles leur feront comprendre qu’ils ont pour législateur le Créateur Lui-même, Celui qui leur a donné la vie et qui la leur conserve, et leur permettront de répéter en toute vérité&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Oui, il est notre Seigneur et notre Dieu: nous sommes le peuple de ses pâturages, le troupeau de sa droite''.&amp;amp;nbsp;» Ces paroles souvent répétées, et avec une sainte ardeur, auront la vertu de les rendre plus prompts à obéir à la Loi, et de les éloigner du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux suivantes: «&amp;amp;nbsp;''Qui vous ai tirés de la terre d’Égypte, de la maison de servitude'',&amp;amp;nbsp;» bien qu’elles semblent s’appliquer uniquement aux Hébreux délivrés de la domination des Égyptiens, néanmoins si l’on considère ce qu’est en elle-même l’œuvre du salut de tous, il est facile de voir qu’elles se rapportent infiniment mieux aux Chrétiens qui ont été arrachés par Dieu Lui-même non pas à la servitude d’Égypte, mais à la région du péché et à la puissance des ténèbres, pour être introduits enfin dans le Royaume de son Fils bien-aimé. C’est ce grand bienfait qu’avait en vue le Prophète Jérémie quand il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Voici que des jours viennent, dit le Seigneur, oie l’on ne dira plus: Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d’Israël de la terre d’Égypte&amp;amp;nbsp;! mais vive le Seigneur, qui a rappelé les enfants d’Israël du Septentrion, et de toutes les parties de la terre où ils avaient été dispersés, pour les réunir dans la terre qui avait été donnée à leurs pères&amp;amp;nbsp;! Voilà, dit le Seigneur, que J’enverrai des pêcheurs en grand nombre, et ils pêcheront les enfants d’Israël.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, ce Père infiniment bon a rassemblé, par son Fils,. ses enfants dispersés , afin que désormais esclaves de la justice et non plus du péché , nous le servions en marchant devant Lui tous les jours de notre vie dans la sainteté et la justice . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à toutes les tentations sachons opposer, comme un bouclier, ces paroles de l’Apôtre : «&amp;amp;nbsp;Étant'' mort au péché, comment pourrions-nous vivre encore dans le péché&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» nous ne sommes plus à nous, mais à Celui qui est mort et qui est ressuscité pour nous. C’est le Seigneur notre Dieu Lui-même ''qui nous a achetés au prix de son Sang''. Comment pourrions-nous pécher encore contre Lui, et de nouveau l’attacher à la croix&amp;amp;nbsp;? puisque nous sommes ''vraiment libres, de cette liberté que Jésus-Christ Lui-même nous a rendue , faisons servir nos membres à la justice, et à notre propre sanctification, comme nous les avons fait servir à l’injustice et à l’iniquité''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — OBJET DU PREMIER COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Vous n’aurez point de dieux étrangers devant Moi.''&amp;amp;nbsp;» Le Pasteur fera remarquer que dans le Décalogue la première place est pour les choses qui regardent Dieu, et la seconde pour celles qui regardent le prochain. C’est qu’en effet Dieu est la cause des devoirs que nous accomplissons envers le prochain. Et ce prochain nous ne l’aimons conformément à l’ordre de Dieu que si nous l’aimons pour Dieu. — On sait que la première des deux tables de pierre renfermait les Commandements qui ont Dieu pour objet. — Le Pasteur montrera ensuite que les paroles qui expriment le premier Commandement contiennent deux préceptes, dont l’un a pour but de commander et l’autre de défendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car en se servant de ces mots: vous n’aurez point de dieux étrangers devant Moi, Dieu disait en d’autres termes&amp;amp;nbsp;: ''vous M’adorerez, Moi le Dieu véritable, mais vous n’aurez point de culte pour les dieux étrangers. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier de ces préceptes embrasse la Foi, l’Espérance et la Charité. Qui dit Dieu, en effet, dit un être constant, immuable, toujours le même, fidèle, parfaitement juste. D’où il suit que nous devons nécessairement accepter ses oracles, et avoir en Lui une Foi et une confiance entières. Il est Tout-Puissant, clément, infiniment porté à faire du bien. Qui pourrait ne pas mettre en Lui toutes ses espérances&amp;amp;nbsp;? et qui pourrait ne pas l’aimer en contemplant les trésors de bonté et de tendresse qu’Il a répandus sur nous&amp;amp;nbsp;? de là cette formule que Dieu emploie dans la sainte Écriture soit au commencement, soit à la fin de ses préceptes: ''Je suis le Seigneur''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici la seconde partie du précepte: ''vous n’aurez point de dieux étrangers devant Moi''. Si le Législateur l’a aussi formulée, ce n’est pas que sa volonté n’eût été assez clairement expliquée dans cette partie impérative et positive de son Commandement: ''Vous M’adorerez, Moi le seul Dieu.'' Car s’il y a un Dieu, il n’y en a qu’un. Mais c’était pour dissiper l’aveuglement d’un grand nombre d’hommes, qui, tout en faisant profession d’adorer le vrai Dieu, avaient cependant des hommages pour une multitude de divinités&amp;amp;nbsp;; et il y avait quelques Juifs dans ce cas&amp;amp;nbsp;; on le voit par ces reproches que leur faisait le Prophète Elie : «&amp;amp;nbsp;''Jusques à quand boiterez-vous des deux côtés&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Ce fut aussi le crime des Samaritains , qui adoraient en même temps et le Dieu d’Israël et les divinités des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces explications il faudra ajouter que ce Commandement est le premier et le plus grand de tous, non seulement par le rang qu’il occupe, mais encore par sa nature, sa dignité, et son excellence. nous devons à Dieu infiniment plus d’amour, de respect et de soumission qu’à nos supérieurs et à ceux qui nous gouvernent. C’est Lui qui nous a créés&amp;amp;nbsp;; c’est Lui qui nous conserve, qui nous a nourris dès le sein de nos mères, qui ensuite nous a appelés à la lumière&amp;amp;nbsp;; c’est Lui enfin qui nous fournit toutes les choses nécessaires à notre vie et à notre entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-là donc pèchent contre ce premier Commandement, qui n’ont ni la Foi, ni l’Espérance, ni la Charité. Et leur nombre, hélas&amp;amp;nbsp;! est extrêmement considérable. Ce sont ceux qui tombent dans l’hérésie, qui ne croient pas ce que la sainte Église notre mère nous propose à croire&amp;amp;nbsp;; ceux qui ont foi aux songes, aux augures et à toutes les vaines superstitions de ce genre&amp;amp;nbsp;; ceux qui désespèrent de leur salut, qui manquent de confiance dans la miséricorde divine&amp;amp;nbsp;; ceux qui ne s’appuient que sur les richesses, la santé et les forces du corps. On peut voir, pour plus de détails, les Auteurs qui ont écrit sur les vices et les vertus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DU CULTE ET DE L’INVOCATION DES ANGES ET DES SAINTS.  ====&lt;br /&gt;
En expliquant ce Commandement, le Pasteur fera soigneusement remarquer aux Fidèles que le culte et l’invocation des Saints, des Anges et des Âmes bienheureuses qui jouissent de la Gloire du ciel, comme aussi le respect pour les corps mêmes et les reliques des Saints, tel que l’Église l’a toujours pratiqué, ne sont nullement contraires à l’esprit de ce premier Commandement. Est-il un homme assez insensé pour s’imaginer qu’un souverain qui interdirait à ses sujets de prendre la qualité de roi, et d’exiger les hommages et les honneurs qui ne sont dus qu’à cette dignité suprême, défendrait par là -même d’honorer les magistrats&amp;amp;nbsp;? Quoiqu’il soit dit que les Chrétiens, à l’exemple des Saints de l’Ancien testament, adorent les Anges, cependant ce culte qu’ils leur rendent diffère essentiellement de celui qu’ils offrent à Dieu. Et si quelquefois nous voyons les Anges refuser les honneurs qui leur étaient rendus par des hommes, cela signifie simplement qu’ils ne voulaient point prendre pour eux la gloire qui n’est due qu’à Dieu. Car le même esprit-Saint qui a dit : «&amp;amp;nbsp;''A Dieu seul honneur et gloire''&amp;amp;nbsp;», nous ordonne néanmoins d’honorer nos parents et les vieillards. Les Saints n’adoraient que Dieu seul, et cependant comme le remarque l’Écriture, ils avaient pour les rois une espèce d’adoration, en ce sens qu’ils les honoraient assez pour se prosterner devant eux. Or si les rois par qui Dieu gouverne le monde ont droit à de tels honneurs, les esprits angéliques que Dieu a faits ses ministres, qu’Il emploie non seulement dans le gouvernement de son Église, mais encore dans celui de l’univers entier, et dont la protection nous délivre tous les jours des plus grands dangers et de l’âme et du corps, ces esprits bienheureux ne recevront-ils pas de nous, bien qu’ils ne se montrent point visiblement à nos yeux, des honneurs d’autant plus grands qu’eux-mêmes l’emportent en dignité sur tous les rois de la terre&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutez à cela la Charité qu’ils ont pour nous. C’est cette Charité qui les fait prier, comme nous le voyons dans la sainte Écriture, pour les provinces dont ils sont les protecteurs. Et il n’est pas permis de douter qu’ils n’agissent de même envers ceux dont ils sont les Gardiens, puisqu’ils présentent à Dieu nos prières et nos larmes. Voilà pourquoi le Seigneur nous enseigne dans l’Évangile : «&amp;amp;nbsp;''Qu’il ne faut point scandaliser même les plus petits enfants, parce que leurs Anges qui sont dans le ciel voient sans cesse la face du Père qui est dans le ciel.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc invoquer les Anges, et parce qu’ils voient Dieu continuellement, et parce qu’ils se chargent avec joie du soin qui leur est confié de veiller à notre salut. L’Écriture sainte nous rapporte des exemples de ces invocations. Ainsi Jacob prie l’Ange avec lequel il avait lutté, de le bénir. Il lui fait même une sorte de violence, car il proteste qu’il ne le laissera point aller, avant d’avoir reçu sa bénédiction. Et non seulement il invoqua l’Ange qu’il voyait, mais encore il en invoqua un autre qu’il ne voyait pas, le jour où il disait : «&amp;amp;nbsp;''Que l’Ange qui m’a délivré de tout mal bénisse mes enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où l’on peut conclure aussi que les honneurs rendus aux Saints qui sont morts dans le Seigneur, les invocations qu’on leur adresse, la vénération dont on entoure leurs reliques et leurs cendres sacrées, toutes ces pieuses pratiques, loin de diminuer la Gloire de Dieu, l’augmentent au contraire, parce qu’elles élèvent et confirment les espérances des hommes, et qu’elles les excitent à marcher sur les traces des Saints. Au reste ce culte est approuvé par le second Concile de Nicée, ceux de Gangres et de Trente, et par l’autorité des Saints Pères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais afin que le Pasteur soit en état de mieux réfuter les adversaires de cette vérité, il devra lire surtout Saint Jérôme contre Vigilance, et Saint Jean Damascène. Et encore aux raisons qu’ils apportent il faut joindre une considération qui prime toutes les autres: nous sommes ici en présence d’une coutume qui remonte aux Apôtres, et qui s’est maintenue et conservée sans interruption dans l’Église de Dieu. toutefois, aucune autre preuve ne peut être plus évidente ni plus solide que le témoignage même de la sainte Écriture, laquelle célèbre d’une manière admirable les louanges des Saints. Il est des Saints en effet dont la Parole de Dieu même dans nos Livres sacrés a publié hautement la gloire. Dés lors pourquoi les hommes ne leur rendraient-ils pas des honneurs particuliers&amp;amp;nbsp;? — enfin un autre motif plus puissant encore d’honorer et d’invoquer les Saints, c’est qu’ils prient continuellement pour le salut des hommes, et que nous devons à leurs mérites et à leur crédit un grand nombre des bienfaits que Dieu nous accorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il y a dans le ciel une grande joie''&amp;amp;nbsp; ''pour un pécheur qui fait pénitence'', peut-on douter que les Saints ne viennent en aide aux pénitents qui les invoquent, qu’ils ne répondent à leurs prières en obtenant le pardon de leurs péchés et la grâce de la réconciliation avec Dieu&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on prétend, comme quelques-uns l’ont fait, que la protection des Saints est inutile, attendu que Dieu n’a pas besoin d’interprète pour recevoir nos prières, c’est une assertion fausse et impie, réfutée d’ailleurs par ce mot de Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il est beaucoup de choses que Dieu n’accorderait pas sans le secours et les bons offices d’un médiateur et d’un intercesseur.&amp;amp;nbsp;''» Remarque pleinement justifiée par les exemples fameux d’Abimélech et des amis de Job. Ce ne fut en effet que par les prières de ces deux Patriarches qu’ils obtinrent le pardon de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voudrait-on alléguer encore que c’est l’affaiblissement ou le défaut de Foi qui nous font recourir au patronage et à l’intercession des Saints&amp;amp;nbsp;? mais que répondre alors à l’exemple du Centurion&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; nous connaissons l’éloge admirable que Notre-Seigneur fait de sa Foi. Et pourtant cet homme lui avait envoyé quelques anciens d’entre les Juifs pour le prier de guérir son serviteur qui était malade. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute nous devons reconnaître&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;que nous n’avons qu’un seul Médiateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a réconciliés par son Sang&amp;amp;nbsp; avec le Père céleste, et qui, nous ayant rachetés pour l’éternité, est entré une seule fois dans le Sanctuaire, où il ne cesse d’intercéder pour nous.&amp;amp;nbsp;» Mais ceci ne prouve nullement que nous ne devions pas recourir à l’intercession des Saints. Si nous n’avions pas le droit d’implorer leur protection, par cela seul que nous avons Jésus-Christ pour Avocat, l’Apôtre Saint Paul n’eût jamais témoigné tant d’empressement à se faire recommander et aider auprès de Dieu par les prières de ses Frères encore vivants. Car il est bien évident que les prières des Justes qui sont encore en ce monde ne diminueraient pas moins que celles des Saints du ciel la gloire et la dignité de notre Médiateur Notre-Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quel est celui qui, au récit des merveilles opérées sur les tombeaux des Saints, ne voudrait pas reconnaître le culte qu’on leur rend, et n’aurait pas pleine confiance dans leur protection&amp;amp;nbsp;? c’est là que les aveugles ont recouvré la vue, que les infirmes et les paralytiques ont repris l’usage de leurs membres&amp;amp;nbsp;; c’est là que la vie a été rendue aux morts, et que les démons ont été chassés des corps qu’ils possédaient. Et ces miracles nous sont attestés par des témoins dignes de foi. Des hommes comme Saint Ambroise et Saint Augustin nous les racontent dans leurs écrits , non pas, comme un grand nombre, pour en avoir entendu parler, non pas même, comme un bien plus grand nombre encore pour les avoir lus, mais pour les avoir vus de leurs propres yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, que dirons-nous de plus&amp;amp;nbsp;? ''si les vêtements et les ombres ''même des Saints pouvaient, avant leur sortie de ce monde, chasser les maladies et rendre les forces perdues, qui oserait soutenir que Dieu ne peut opérer les mêmes prodiges par le moyen de leurs cendres sacrées, de leurs&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ossements et de leurs autres reliques&amp;amp;nbsp;? On eut un jour une preuve de ce que nous disons, lorsque le cadavre jeté par hasard dans le tombeau d’Elisée revint tout à coup à la vie, au seul contact du corps du Prophète. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — CHOSES DÉFENDUES PAR LE PREMIER COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Vous ne ferez point d’images taillées, ni de figures des créatures qui sont dans le ciel et sur la terre, dans les eaux et sous la terre&amp;amp;nbsp;; vous n’adorerez point toutes ces choses et vous ne les honorerez point.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques-uns ont vu dans ces paroles un second précepte différent du premier, et en même temps ils ont prétendu que les deux derniers Commandements du Décalogue n’en faisaient qu’un. Au contraire Saint Augustin maintient la séparation de ces deux derniers préceptes, et soutient que notre texte fait partie du premier. nous nous rangeons volontiers à son sentiment, parce qu’il est consacré dans l’Église Au surplus, nous avons une excellente raison de penser de la sorte: c’est qu’il était convenable de joindre au premier Commandement les récompenses et les punitions qui s’y rapportent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que personne ne s’imagine que Dieu défend par ce Commandement la peinture, la sculpture et la gravure. Car nous lisons dans la Sainte Écriture que sur l’ordre de Dieu même les hébreux firent des figures et des images, par exemple les Chérubins et le serpent d’airain. Les images étaient défendues uniquement pour empêcher qu’on ne retranchât quelque chose du culte dû à Dieu, pour le leur attribuer comme à de vraies divinités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, il y a évidemment, par rapport à ce précepte, deux manières principales d’outrager la Majesté de Dieu. La première c’est d’adorer des idoles et des images comme on adore Dieu Lui-même, de croire qu’il y a en elles une sorte de divinité et de vertu spéciale qui méritent qu’on leur rende un culte, ou bien encore de leur adresser nos prières et de mettre en elles notre confiance, comme autrefois les païens mettaient leurs espérances dans leurs idoles. La Sainte Écriture leur en fait souvent le reproche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde c’est de vouloir représenter Dieu sous une forme sensible, comme si la Divinité pouvait être vue des yeux du corps, ou exprimée avec des couleurs et par des figures. «&amp;amp;nbsp;''Qui pourrait, ''comme dit Saint Jean Damascène,&amp;amp;nbsp; ''représenter Dieu qui ne tombe point sous le sens de la vue, qui n’a pas de corps, qui ne peut être limité en aucune manière, ni dépeint par aucune figure&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Cette pensée est développée en détail dans le second Concile de Nicée . C’est pourquoi l’Apôtre a très bien dit des Gentils&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’ils avaient transporté la gloire d’un Dieu incorruptible à des figures d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents.''&amp;amp;nbsp;» Car ils adoraient tous ces animaux comme la Divinité même dans les images qu’ils en faisaient. C’est pour cela qu’on appelle idolâtres les Israélites qui s’écriaient devant la statue du veau d’or:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Israël, voilà. les dieux, voilà ceux qui t’ont tiré de la ferre d’Égypte&amp;amp;nbsp;''» car par là&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ils changeaient le Dieu de gloire contre la figure d’un veau qui mange l’herbe des champs.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc après avoir défendu d’adorer des dieux étrangers, Dieu, voulant détruire toute idolâtrie, défendit aussi de tirer de l’airain ou de toute autre matière une image de la Divinité. Ce qui a fait dire à Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A qui ferez-vous ressembler Dieu&amp;amp;nbsp;? quelle forme et quelle image Lui donnerez-vous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certain que tel est le sens de ce Commandement. Car outre les Saints Pères qui l’interprètent de cette manière, comme on peut le voir dans les actes du septième Concile général, les paroles suivantes que nous lisons dans le Deutéronome et que Moïse adressa au peuple pour le détourner de l’idolâtrie, nous en donnent une autre preuve&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous n’avez pas vu que Dieu ait pris aucune forme le jour où, sur la montagne d’Horeb, Il vous parla au milieu des éclairs.&amp;amp;nbsp;''» Ce sage législateur leur tenait ce langage pour les empêcher de se laisser tromper et séduire et d’en venir à représenter la Divinité par des images, et à rendre à la créature l’honneur qui n’est dû qu’à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
25. 1. 4 de ort. fid. c., 17. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
28. Exod., 32, 4. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. Is., 40, 18. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
26. Conc. nic. 2 Act. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
29. Ps., 105, 20. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. Deut., 3, 15, 16. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
27. Rom., 1, 23. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — ON PEUT CEPENDANT CHEZ LES CHRÉTIENS REPRÉSENTER LA DIVINITÉ PAR DES SYMBOLES.  ====&lt;br /&gt;
Cependant il ne faudrait pas croire qu’on pèche contre la Religion et la Loi de Dieu, lorsqu’on représente quelqu’une des trois Personnes de la Sainte Trinité par certaines figures sous lesquelles elles apparurent dans l’Ancien et dans le nouveau testament. nul n’est assez ignorant pour croire que ces images soient l’expression réelle de la Divinité. Le Pasteur aura soin de déclarer qu’elles servent seulement à rappeler certaines propriétés et certaines opérations qu’on attribue à Dieu. C’est ainsi que le Prophète Daniel&amp;amp;nbsp; le dépeint «&amp;amp;nbsp;''comme un vieillard (l’ancien des jours) assis sur un trône avec des livres ouverts devant Lui.&amp;amp;nbsp;''» Il voulait par là nous représenter son Éternité et cette Sagesse infinie qui considère toutes les pensées et toutes les actions des hommes pour les juger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne également aux Anges la forme humaine à laquelle on ajoute des ailes. C’est pour nous faire comprendre toute leur bienveillance pour le genre humain, et toute leur promptitude à exécuter les ordres de Dieu . «&amp;amp;nbsp;''Ils sont tous des esprits au service du Seigneur, envoyés pour remplir un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut.''&amp;amp;nbsp;» La colombe et les langues de feu qui figurent le Saint-Esprit dans l’Évangile et les Actes des Apôtres indiquent des attributs qui lui sont propres, et qui sont trop familiers à tout le monde pour qu’il soit nécessaire de nous y arrêter plus longtemps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — LES IMAGES DE JÉSUS-CHRIST, DE LA SAINTE VIERGE ET DES SAINTS SONT PERMISES.  ====&lt;br /&gt;
En ce qui regarde Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa très Sainte et très chaste Mère, et tous les autres Saints, comme ils ont été revêtus de la nature humaine, non seulement il n’est pas défendu par ce commandement de représenter et d’honorer leurs images&amp;amp;nbsp;; mais au contraire ces actes ont toujours eu un caractère de piété sincère et de vive reconnaissance. Aussi bien les monuments des temps apostoliques, les conciles œcuméniques et un grand nombre de Saints Pères et de Docteurs sont d’accord pour déposer en leur faveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur ne se contentera donc pas d’enseigner qu’il est permis d’avoir des images dans les églises et de leur rendre des honneurs et un culte, puisque ce culte se rapporte à la personne même des saints&amp;amp;nbsp;; mais il établira encore les grands avantages que cette pratique a procurés aux Fidèles jusqu’à ce jour, comme on le voit dans le livre de Saint Jean Damascène qui a pour titre du Culte des images, et comme l’enseigne le septième Concile général, c’est-à-dire le second Concile de Nicée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, comme l’ennemi du genre humain cherche sans cesse à corrompre par ses ruses et ses tromperies les institutions les plus saintes, si le Pasteur vient à remarquer qu’il s’est glissé sur ce point quelque erreur parmi le peuple, il fera tous ses efforts pour le corriger, conformément au décret du Concile de Trente. Et même si les circonstances le permettent, il devra expliquer le décret lui-même. Ainsi il apprendra aux ignorants et à ceux qui ne comprennent pas le but de l’institution des images, qu’elles ont pour objet de nous faire connaître l’histoire des deux testaments, et de nous en renouveler de temps en temps le souvenir, afin que la pensée des bienfaits de Dieu nous excite à L’honorer davantage et augmente dans nos cœur s le feu de l’amour que nous avons pour Lui. Le Pasteur montrera aussi que si l’on place dans nos temples les images des Saints, c’est afin que nous honorions ceux qu’elles représentent, et que, avertis par leur exemple, nous soyons capables de former sur eux notre vie et nos mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. – MOTIFS D’OBSERVER LA LOI : RECOMPENSES ET CHATIMENTS ====&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort et jaloux, qui poursuis l’iniquité des pères dans les enfants jusqu’à la troisième et quatrième génération de ceux qui me haïssent&amp;amp;nbsp;; et qui fais miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui M’aiment et qui gardent mes préceptes.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux choses, dans cette dernière partie du premier Commandement. qui demandent à être expliquées avec grand soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première, c’est que la menace ici accompagne très justement le précepte, parce que la violation de ce premier Commandement est le plus grand des crimes, et que les hommes sont très portés à le commettre. Cependant la question des peines est l’appendice obligé de tous les préceptes. Il n’y a pas de loi en effet qui n’ait ses châtiments et ses récompenses pour amener les hommes à observer ses prescriptions. Voilà pourquoi on rencontre si souvent dans l’Écriture Sainte tant de promesses de la part de Dieu. Et sans nous arrêter aux témoignages presque innombrables que nous trouverions dans l’Ancien testament, méditons ceux que l’Évangile nous fait lire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous voulez entrer dans la vie, observez les Commandements.&amp;amp;nbsp;''» Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui-là entrera dans le Royaume des Cieux qui fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu.&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quiconque se fâchera contre son frère méritera d’être condamné par le jugement.&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous ne pardonnez point les péchés d’autrui, votre Père ne vous pardonnera point les vôtres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde chose, c’est qu’il faut expliquer ces paroles d’une manière bien différente, à ceux qui sont parfaits. Et à ceux qui sont encore charnels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes parfaits, qui se laissent conduire par l’esprit de Dieu et qui Lui obéissent avec joie et empressement, reçoivent la menace de ces châtiments comme une nouvelle très agréable et comme une grande preuve de la bienveillance divine à leur égard. Ils y voient la sollicitude d’un Père plein de tendresse, qui oblige en quelque sorte les hommes, tantôt par des récompenses, tantôt par des châtiments, à L’adorer et à Le servir. Ils reconnaissent dans ce Commandement qu’Il veut bien leur faire, un effet de cette bonté infinie du Seigneur qui se sert de ses créatures pour procurer la gloire de son nom. Et non seulement ils reconnaissent en cela sa bonté, mais ils ont encore la ferme espérance qu’en ordonnant ce qu’Il veut, II leur accordera les forces nécessaires pour exécuter ce qu’Il demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes charnels au contraire, qui ne sont pas encore délivrés de l’esprit de servitude, et qui s’abstiennent de faire le mal plutôt par la crainte des châtiments que par l’amour de la vertu, trouvent l’appendice dont nous parlons très dur et très sévère. Le Pasteur ne manquera pas d’élever leurs âmes par de pieuses exhortations, et de les conduire comme par la main à l’accomplissement de la Loi. Au surplus, toutes les fois qu’il aura l’occasion d’expliquer quelque précepte, il devra tenir compte de ces observations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons encore qu’il y a dans ces paroles qui terminent le premier Commandement, ce qu’on pourrait appeler deux aiguillons, capables d’exciter les hommes charnels aussi bien que les hommes spirituels à l’observation de la Loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, ces mots, «&amp;amp;nbsp;''le Dieu fort,&amp;amp;nbsp;''» doivent être expliqués avec d’autant plus de soin, que souvent la chair, trop peu effrayée des menaces divines, invente pour son usage différentes raisons qui la feront échapper sûrement à la colère de Dieu, et éviter ses châtiments. Mais quiconque est assuré que Dieu est le Dieu fort, redit avec David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Où irai-je pour m’éloigner de votre esprit&amp;amp;nbsp;? Où fuirai-je pour me dérober à votre vue&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» D’autres fois la chair se défie des promesses divines, exagère les forces de l’ennemi, et s’imagine qu’elle ne pourra jamais résister à ses efforts. Au contraire, ceux qui ont une Foi vive, ferme et solide, une Foi qui s’appuie sur la Force même et la Vertu de Dieu, sentent leur courage se ranimer et se fortifier car ils se disent à eux-mêmes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur est ma lumière et mon salut. Qui craindrai-je&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second aiguillon, c’est la jalousie divine. très souvent les hommes s’imaginent que Dieu ne s’occupe point des choses humaines, pas même de notre fidélité ou de notre négligence à garder sa Loi. De là de graves désordres dans leur vie. Mais quand on est convaincu que Dieu ''est un Dieu jaloux'', cette pensée retient facilement dans le devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois la jalousie que nous attribuons à Dieu n’est point celle qui agite et trouble l’esprit. La jalousie de Dieu, c’est cet Amour, cette Charité qu’il a pour nous, et qui l’empêche de laisser jamais personne s’éloigner de Lui impunément. En effet, dit le Prophète David,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il perd fous ceux qui Le renient&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la jalousie dont nous parlons, n’est rien autre chose que cette justice toujours calme et sereine. qui répudie l’âme corrompue par l’erreur et les passions, et qui la repousse parce qu’elle est indigne de rester l’épouse de son Dieu. A coup sûr, elle doit nous paraître bien douce et bien agréable, cette jalousie de Dieu, puisqu’elle est une preuve assurée de l’immense, de l’incroyable Amour qu’Il a pour nous. Et comme parmi les hommes il n’y a point d’amour plus vif, d’union plus forte et plus étroite que celle qui est cimentée par le mariage, Dieu nous montre combien Il nous aime, lorsqu’il se compare si souvent, vis-à-vis de nos âmes, à un fiancé, ou à un Époux, et s’appelle Lui-même un Époux jaloux. C’est pourquoi le Prêtre ne manquera pas d’apprendre aux Fidèles qu’ils doivent être tellement passionnés pour tout ce qui regarde le culte et l’honneur de Dieu, qu’on puisse dire d’eux avec vérité que non seulement ils Lui sont attachés, mais même qu’ils L’aiment d’un amour de jalousie, à l’exemple de celui qui disait de lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’ai été rempli de zèle pour le Seigneur le Dieu des armées'',&amp;amp;nbsp;» et comme Jésus-Christ Lui-même dont il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le zèle de votre Maison me dévore.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la menace qui termine ce précepte, elle signifie que Dieu ne laissera point les pécheurs impunis, mais qu’Il les châtiera comme un bon Père, ou qu’Il les punira sévèrement et sans pitié comme un juge. C’est ce que nous déclare positivement Moise:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''et vous saurez que le Seigneur votre Dieu est un Dieu fort et fidèle, gardant son alliance en faisant miséricorde d ceux qui L’aiment et qui gardent ses préceptes, jusqu’à mille générations, et punissant sur-le-champ ceux qui le haïssent.&amp;amp;nbsp;''» C’est aussi ce que dit Josué:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne pourrez servir le Seigneur, car c’est un Dieu saint, un Dieu fort et jaloux, et Il ne pardonnera point vos crimes, ni vos péchés. Si vous abandonnez le Seigneur, et si vous servez des dieux étrangers, Il se tournera contre vous, II vous affligera et Il vous renversera.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut bien montrer au peuple que si Dieu, à la fin de ce premier précepte, menace de punir les méchants et les impies jusqu’à la troisième et quatrième génération, cela ne veut pas dire que tous les descendants portent toujours la peine des crimes de leurs ancêtres, mais que si les coupables et leurs enfants pèchent impunément, jamais leur postérité entière n’échappera à la colère de Dieu. Et n’évitera ses châtiments. C’est ce qui arriva pour le roi Josias. A cause de sa piété extraordinaire, Dieu l’avait épargné. Il lui avait accordé de mourir en paix, d’être enseveli dans le tombeau de ses pères et de ne pas être témoin des malheurs qui devaient bientôt tomber sur Jérusalem et la tribu de Juda, à cause des impiétés de Manassès. Mais à peine fut-il mort que la vengeance de Dieu s’exerça contre sa postérité et n’épargna pas même ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment concilier maintenant ces paroles que nous venons d’expliquer avec ce qui est dit dans le prophète Ezéchiel:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''C’est l’âme qui a péché qui mourra&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» Saint Grégoire, d’accord sur ce point avec tous les Pères de l’antiquité, répond admirablement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quiconque imite l’iniquité d’un père corrompu, est enchaîné à son sort&amp;amp;nbsp;; mais quiconque n’imite point cette iniquité, n’est point accablé par le poids des crimes de son père. Ainsi le fils pervers d’un père pervers comme lui, paie non seulement pour ses fautes, mais encore pour celles de son père, puisque, aux crimes de celui-ci qu’il savait avoir provoqué le courroux du Seigneur, il n’a pas craint d’ajouter sa propre perversité. Et c’est justice que celui qui, en présence d’un Juge inflexible, ose néanmoins suivre les voies iniques de son père, soit forcé d’expier les fautes de ce père dans la vie présente.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Pasteur aura grand soin de rappeler combien la bonté et la miséricorde de Dieu l’emportent sur sa justice. Car si sa colère s’étend jusqu’à la troisième et quatrième génération, sa miséricorde va jusqu’à la millième. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles, «&amp;amp;nbsp;''de ceux qui Me haïssent''&amp;amp;nbsp;» nous montrent toute la grandeur du péché de ceux qui transgressent ce premier Commandement. Qu’y a-t-il en effet de plus détestable et de plus odieux que de haïr la souveraine bonté. la souveraine vérité&amp;amp;nbsp;? Or c’est ce que font tous les pécheurs. Car de même que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui a reçu les Commandements et qui les observe, aime Dieu&amp;amp;nbsp;''», de même celui qui méprise la Loi de Dieu et qui n’observe point ses Commandements doit passer à bon droit pour un homme qui hait Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux mots de la fin, «&amp;amp;nbsp;''à ceux qui M’aiment,&amp;amp;nbsp;''» ils nous apprennent de quelle manière et pour quel motif nous devons garder la Loi. Il est nécessaire que ce soit le motif de la Charité, c’est-à-dire de l’amour même que nous avons pour Dieu. C’est ce qu’il faudra rappeler dans l’explication de chacun des Commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trentième — Du second Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE PRENDREZ POINT EN VAIN LE NOM DU SEIGNEUR VOTRE DIEU. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier Commandement, que nous venons d’expliquer, et qui nous ordonne de rendre à Dieu un culte saint et plein de respect, renferme nécessairement le Commandement dont nous avons à parler maintenant, et qui est le second. Qui veut être honoré, en effet, veut par là -même qu’on parle de lui avec une déférence parfaite, et il défend même le contraire. C’est ce que nous indiquent clairement ces paroles du Seigneur dans Malachie:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le fils doit honorer son père, et le serviteur son maître&amp;amp;nbsp;; si donc Je suis votre Père, où sont les honneurs qui me sont dus&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» Mais Dieu, pour nous faire comprendre la grandeur du devoir qu’Il nous impose ici, a voulu nous prescrire, sur l’honneur qui doit environner la sainteté de son, nom divin, un précepte spécial, et qu’Il a exprimé en termes très clairs et très formels. Et cette raison doit suffire pour montrer au Pasteur que ce n’est pas assez de parler de ce Commandement d’une manière générale, mais qu’il faut au contraire s’y arrêter assez longtemps, afin de pouvoir donner aux Fidèles les explications particulières claires et précises dont ils ont besoin. Et il ne peut apporter à ce travail trop de diligence et de zèle, puisque, malheureusement, il est des hommes tellement aveuglés par l’erreur, qu’ils ne craignent pas de maudire Celui que les Anges glorifient. Loin d’être retenus par la Loi donnée par Dieu Lui-même, ils ont l’audace et la témérité d’avilir la Majesté divine par leurs blasphèmes de tous les jours, et presque de tous les instants. Qui ne voit en effet qu’on affirme tout avec serment&amp;amp;nbsp;? qu’on met des imprécations et des exécrations partout&amp;amp;nbsp;? Presque tous ceux qui vendent, qui achètent, ou qui traitent quelque affaire, ont recours au serment, et prennent mille fois en vain le nom du Seigneur, même dans les choses les plus légères et les plus frivoles. C’est donc un véritable devoir pour le Pasteur de redoubler de soin et de zèle, afin de rappeler souvent aux Fidèles combien ce crime est énorme et détestable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première chose à faire remarquer dans l’explication de ce précepte c’est que s’il est certaines choses qu’il défend, il en est d’autres qu’il commande, et que les hommes sont obligés d’accomplir. Ces deux points veulent être traités séparément. Et pour que cet enseignement soit plus facile et plus clair, il faut commencer par les choses que la Loi commande, pour parler ensuite de celles qu’elle défend. Or ce qu’elle commande, c’est d’honorer le saint nom de Dieu et de ne jurer par ce nom qu’avec un religieux respect. Ce qu’elle défend, c’est que personne n’ose mépriser ce nom sacré, ne le prenne en vain, et ne jure à faux par Lui, témérairement ou sans motif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — CE QUI EST ORDONNÉ PAR LE SECOND COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Dans la partie de ce précepte qui nous ordonne d’honorer le saint nom de Dieu, le Pasteur ne manquera pas de faire observer aux Fidèles que ce ne sont pas les lettres, ni les syllabes qu’il faut considérer, ni le nom en lui-même, mais la chose exprimée par ce nom, c’est-à-dire la toute Puissance, et l’éternelle Majesté d’un seul Dieu en trois Personnes. Cette déclaration nous montre immédiatement combien était vaine la superstition d’un certain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
nombre de Juifs qui voulaient bien écrire le nom de Dieu, mais qui n’osaient pas Le prononcer, comme si la vertu de ce nom eût été dans les lettres qui Le composent, et non pas dans la chose qu’Il signifie. Et quoiqu’il soit écrit au singulier, dans la Loi, «&amp;amp;nbsp;''Vous ne prendrez point le nom de Dieu en vain,''&amp;amp;nbsp;» cela ne doit pas s’entendre d’un nom unique, mais de tous ceux que l’on donne habituellement à la Divinité. Car la vérité est que nous Lui donnons beaucoup de noms, comme ceux ''de Seigneur, de tout Puissant, de Seigneur des armées, de Roi des Rois, de Fort ''et plusieurs autres de ce genre que nous lisons dans la Sainte Écriture et qui sont tous également respectables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il faut apprendre aux Fidèles comment on rend au nom adorable de Dieu l’honneur qu’Il réclame&amp;amp;nbsp;; car il n’est pas permis à des Chrétiens qui doivent avoir sans cesse à la bouche les louanges de Dieu d’ignorer une chose si utile et si nécessaire au salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or il y a plusieurs manières de louer ce divin nom, cependant on peut dire qu’elles sont toutes renfermées, en ce qu’elles ont d’essentiel, dans celles que nous allons expliquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premièrement, nous louons Dieu. quand nous confessons hardiment devant tout le monde, qu’Il est notre Seigneur et notre Dieu, et quand, reconnaissant Jésus-Christ pour l’Auteur de notre salut, nous Le proclamons notre Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous Le louons encore, lorsque nous étudions avec autant de respect et d’attention sa Parole sainte, expression de sa sainte Volonté&amp;amp;nbsp;; lorsque nous méditons cette Parole avec assiduité&amp;amp;nbsp;; lorsque nous cherchons avec tout le zèle possible à nous en instruire, soit en la lisant, soit en l’écoutant, selon que nos emplois et notre état nous le permettent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous honorons, nous vénérons ce nom sacré, lorsque par devoir ou par dévotion nous célébrons ses louanges, et Lui rendons des Actions de grâces particulières pour tout ce qui nous arrive, l’adversité comme la prospérité. Ainsi le roi Prophète disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon âme, bénis le Seigneur, et m’oublie jamais les grâces que tu as reçues de Lui.''&amp;amp;nbsp;» Et dans plusieurs autres Psaumes ce même Prophète célèbre les louanges de Dieu dans les chants les plus suaves, et avec l’accent de l’amour et de la reconnaissance. Ainsi Job, cet admirable modèle de patience, étant tombé dans les plus grandes et les plus horribles calamités, ne cessa jamais de louer Dieu avec une grandeur d’âme étonnante et un invincible courage. Ainsi nous-même, si nous souffrons cruellement dans notre corps et dans notre âme, si les misères et les afflictions de la vie nous accablent, hâtons-nous d’employer ce qui nous reste de volonté et de courage, pour louer Dieu quand même et répéter avec Job:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que le nom du Seigneur soit béni&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous ne L’honorons pas moins, ce nom adorable, lorsque nous implorons son secours avec confiance, soit afin d’être délivrés de nos maux, soit afin d’obtenir de Lui la constance et la force dont nous avons besoin pour les supporter sans faiblir. Dieu Lui-même veut que nous agissions ainsi : «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-Moi,'' dit-Il, au jour de la tribulation&amp;amp;nbsp;; Je vous délivrerai, et vous Me glorifierez.&amp;amp;nbsp;» Il y a dans l’Écriture, et spécialement dans les Psaumes 26, 43 et 118, de nombreux et magnifiques exemples de cette invocation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore traiter ce nom divin avec honneur que de Le prendre à témoin pour faire croire à notre parole. Mais cette manière diffère beaucoup des précédentes. Car celles dont nous venons de parler sont de leur nature si excellentes et si désirables, que rien ne peut être plus avantageux pour l’homme, et que ce qu’il doit rechercher avec le plus d’empressement, c’est de s’y exercer et le jour et la nuit. «&amp;amp;nbsp;''Je bénirai le Seigneur en tout temps,'' disait David , ''sa louange sera toujours dans ma bouche.''&amp;amp;nbsp;» Au contraire, quoique le serment soit bon en lui-même, l’usage fréquent ne peut en être louable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et voici la raison de cette différence. Le serment n’a été institué que pour servir de remède à la faiblesse humaine, et comme un moyen nécessaire pour prouver ce que nous avançons. De même qu’il ne faut donner aux corps que les remèdes nécessaires, et que l’application trop fréquente de ces mêmes remèdes serait dangereuse&amp;amp;nbsp;; de même aussi il n’est pas utile de jurer sans raison grave et légitime. Et si l’on a trop souvent recours au serment, loin d’être avantageux, il entraîne avec lui les plus graves inconvénients. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi Saint Jean Chrysostome dit très bien que l’usage du serment ne remonte point au commencement du monde, mais à des temps bien postérieurs, lorsque la malice des hommes, propagée en tout sens, couvrait l’univers entier&amp;amp;nbsp;; que plus rien n’était ni dans son ordre ni à sa place, que la perturbation et la confusion étaient partout&amp;amp;nbsp;; qu’en haut, en bas tout était emporté pèle-mêle dans un désordre universel, et que pour comble de tous les maux, presque tous les hommes s’étaient livrés au culte honteux des idoles. Ce ne fut qu’après cet intervalle, bien long sans doute, que le serment se glissa dans les rapports des hommes entre eux. La perfidie et la corruption devinrent telles que les hommes se décidaient difficilement à croire à la parole les uns des autres, et ils furent obligés de prendre Dieu à témoin de ce qu’ils disaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DU SERMENT.  ====&lt;br /&gt;
Le point capital dans cette partie du second Commandement que nous expliquons, est d’apprendre aux fidèles la manière de jurer religieusement et saintement. Le Pasteur devra donc enseigner que jurer, c’est simplement prendre Dieu à témoin, quels que soient d’ailleurs la formule et les mots qu’on emploie. Ainsi, dire: ''Dieu m’est témoin'', et dire, ''par Dieu'', c’est tout un. C’est encore jurer que de prendre à témoins, pour se faire croire, des créatures comme les saints Évangiles, la Croix, les Reliques des Saints, leurs noms et autres choses de ce genre. Car ce ne sont pas ces objets pris en eux-mêmes qui donnent au serment force et autorité, c’est Dieu seul dont la souveraine Majesté brille dans ses créatures. Ainsi jurer par l’Évangile, c’est jurer par Dieu même dont la Vérité est contenue et exprimée dans l’Évangile Il en est de même quand on jure par les Saints qui sont les temples de Dieu, qui ont en Foi dans la Vérité Évangélique, qui L’ont environnée de tous leurs respects, qui L’ont répandue par toute la terre, et au sein des nations les plus éloignées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en faut dire autant du serment que l’on fait avec imprécation, comme Saint Paul par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Je prends Dieu à témoin, sur ma vie.''&amp;amp;nbsp;» Un serment de cette nature nous livre au jugement de Dieu, comme au vengeur du mensonge. toutefois nous reconnaissons que plusieurs de ces formules ne sauraient passer pour de véritables serments&amp;amp;nbsp;; mais il est bon d’observer vis-à -vis d’elles ce qui a été dit du serment, et de leur appliquer exactement les mêmes principes et les mimes règles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II y a deux sortes de serments. Le premier est le serinent d’''affirmation''. II consiste à affirmer par jurement une chose présente ou passée. L’Apôtre nous en donne un exemple dans son Epître aux Galates, quand il dit &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Je prends Dieu à témoin que je ne mens pas.&amp;amp;nbsp;''» — Le second est le serment ''de promesse, ou de menace''. II se rapporte entièrement à l’avenir. On l’emploie pour promettre, — et confirmer sa promesse, — qu’une chose se fera de telle ou telle manière. Ce fut le serment de David. Jurant par le Seigneur son Dieu , il promit à Bethsabée, son épouse, que Salomon, son fils, serait son héritier, et son successeur sur le trône. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CONDITIONS NÉCESSAIRES POUR QUE LE SERMENT SOIT PERMIS.  ====&lt;br /&gt;
Quoiqu’il suffise, pour qu’il y ait serment, de prendre Dieu à témoin, cependant pour que ce serment soit légitime et saint, plusieurs conditions sont requises, qui veulent être expliquées avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Prophète Jérémie les énumère, comme le remarque Saint Jérôme, en peu de mots, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;''Vous jurerez par cette parole: Vive le Seigneur&amp;amp;nbsp;! mais avec hérité, avec jugement et avec justice.''&amp;amp;nbsp;» Et il faut reconnaître que ce texte est un véritable résumé de tout ce qui rend un serment parfait, c’est-à-dire précisément la vérité, le jugement et la justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première condition du serment est donc la vérité. Il faut que ce qui est avancé soit vrai, et que celui qui jure, le regarde comme tel, non pas témérairement, et sur de vaines conjectures, mais en s’appuyant sur les raisons les plus solides. — La même condition est requise pour le serment qui accompagne une promesse. Celui qui promet doit être disposé à tenir sa parole et à s’exécuter quand le temps sera venu. Et comme on ne peut supposer qu’un homme de bien s’engage jamais à faire une chose qu’il regarderait comme contraire sua Commandements et à la tris sainte Volonté de Dieu, tout ce qu’il aura pu promettre et jurer par serment, il ne manquera pas de l’accomplir&amp;amp;nbsp;; à moins que les circonstances n’aient tellement changé les choses qu’il ne puisse garder sa parole et rester fidèle à ses promesses, sans encourir le mécontentement et l’indignation de Dieu. David montre parfaitement combien la vérité est nécessaire au serment, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;''Celui qui jure à son prochain, et qui tient sa parole.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu il faut jurer avec jugement&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire qu’il ne faut point recourir au serment d’une manière téméraire et inconsidérée, mais après examen, et mûre réflexion. Ainsi, avant de jurer, il faut voir s’il y a nécessité ou non&amp;amp;nbsp;; peser attentivement l’affaire pour s’assurer qu’elle a besoin d’être prouvée par serment&amp;amp;nbsp;; considérer le lieu, le temps et toutes les autres circonstances qui s’y rattachent&amp;amp;nbsp;; ne se laisser entraîner ni par la haine, ni par l’amitié, ni par aucun mouvement déréglé de l’âme, mais uniquement par la nécessité et l’importance de ce qui est en question. Si on néglige de faire ces réflexions et de prendre ces précautions scrupuleuses, on fera nécessairement un serment précipité et téméraire. tels sont les serments sacrilèges de ces hommes qui pour les choses les plus légères et les plus futiles, jurent sans raison, sans examen, mais uniquement par une coupable habitude. C’est ce que nous voyons chaque jour et partout, entre vendeurs et acheteurs. Ceux-là pour vendre plus cher, ceux-ci pour acheter à meilleur marché, ne craignent pas d’employer le serment pour vanter ou déprécier la marchandise. — C’est parce que le jugement et la prudence sont nécessaires pour jurer, et que les enfants n’ont pas encore assez de perspicacité et de discernement en pareil cas, que le Pape Saint Corneille défendit par décret d’exiger d’eux le serment avant l’âge de puberté, c’est-à-dire avant l’âge de quatorze ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième et dernière condition est la justice. Et c’est surtout quand il s’agit de promesses que cette justice est requise. Si quelqu’un promet avec serment une chose injuste et déshonnête, il pèche d’abord en jurant, et il commet un second crime en accomplissant sa promesse. L’Évangile nous fournit un exemple de ce double crime dans la personne du roi Hérode. Ce malheureux s’était lié d’abord par un serment téméraire, puis, pour tenir son serment il osa donner à une danseuse, comme pria de sa danse, la tête de Saint Jean Baptiste. tel fut encore le serment de ces Juifs, dont nous parlent les Actes des Apôtres, qui «&amp;amp;nbsp;''avaient juré de ne prendre aucune nourriture, avant d’avoir fait périr Saint Paul. ''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ces explications, il est hors de doute que l’on peut jurer en sûreté de conscience quand on observe religieusement toutes les conditions dont nous venons de parler, et qui en effet entourent le serment comme d’une espèce de sauvegarde. — Au surplus, nous ne manquons pas d’arguments pour prouver ce que nous avançons. Ainsi la Loi du Seigneur «&amp;amp;nbsp;''qui est sainte et sans tache&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; renferme ce Commandement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous craindrez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que Lui, et vous jurerez par son Nom.''&amp;amp;nbsp;» Le Prophète David nous dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Ceux qui jurent par le Seigneur seront loués.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit aussi, dans le nouveau testament, que les Saints Apôtres, ces éclatantes lumières de l’Église, ont eux-mêmes usé du serment dans l’occasion.. Les Épîtres de Saint Paul ne nous laissent aucun doute sur ce point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d’ajouter que les Anges eux-mêmes font quelquefois des serments. Il est écrit dans l’Apocalypse de Saint Jean que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''l’Ange jura par Celui qui vit dans les sicles des siècles.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin Dieu Lui-même, le Roi des Anges, a recours au serment. Dans plusieurs endroits de l’Ancien testament II s’en sert pour confirmer ses promesses à Abraham et à David. Celui-ci nous dit dans le Psaume 109:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur l’a juré, et Il ne s’en repentira point: vous êtes le Prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech.&amp;amp;nbsp;''» — Si l’on considère en effet ce qu’est le serment en lui-même dans sa cause et dans sa fin, il est facile de montrer que c’est un acte très louable. II a sa cause et son principe dans la Foi qui porte les hommes à croire que Dieu est la Source de toute vérité, qu’Il ne peut par conséquent ni être trompé, ni tromper personne, que tout est à nu et à découvert devant ses yeux, que son admirable Providence veille sur toutes choses et gouverne le monde entier. C’est sous l’empire de ces sentiments que nous invoquons Dieu comme témoin de la vérité. Il serait donc impie et criminel de n’avoir pas confiance en Lui. — La fin du serment, le but spécial qu’il se propose c’est de prouver la justice et l’innocence, de terminer les procès et les différends. Ainsi l’enseigne l’Apôtre lui-même dans son Epître aux Hébreux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cette doctrine n’est nullement contraire à ces paroles de notre Sauveur en Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Vous avez appris qu’il a été dit aux Anciens: Vous ne vous parjurerez point, vous vous acquitterez des serments que vous aurez faits au Seigneur. Et mot je vous dis que vous ne devrez jurez aucunement: ni par le ciel qui est le trône de Dieu&amp;amp;nbsp;; ni par la terre qui est son marchepied&amp;amp;nbsp;; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi: ni même par votre tête, parce qu’il ne dépend pas de vous d’en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Bornez-vous à dire: cela est, cela n’est pas. S’il y a quelque chose de plus, il vient du mal.&amp;amp;nbsp;» En effet on ne saurait soutenir que ces paroles condamnent le jurement en général et d’une manière absolue, puisque, comme nous l’avons vu plus haut, notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même et les Apôtres ont juré, et même fréquemment. Notre-Seigneur n’avait donc pour but en parlant de la sorte que de réfuter la coupable erreur des Juifs qui se figuraient que dans le serment il n’y avait qu’une seule chose à éviter, le mensonge, et qui dés lors juraient et faisaient jurer les autres à tout propos pour les choses les plus vaines et les moins importantes. C’est cette coutume que le Sauveur blâme et réprouve&amp;amp;nbsp;; et voilà pourquoi Il enseigne qu’il faut s’abstenir entièrement de jurer, à moins que la nécessité ne le demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs le serment est un effet de la faiblesse humaine, et, à ce point de vue, il procède réellement du mal. C’est une marque de l’inconstance de celui qui jure, ou de l’obstination de celui qui fait jurer, puisqu’il na, veut pas se laisser persuader autrement. toutefois, nous le répétons, le serment trouve son excuse dans la nécessité. Et lorsque notre Sauveur nous dit: «&amp;amp;nbsp;bornez-vous à ces mots, ''cela est, cela n’est pas,''&amp;amp;nbsp;» Il nous montre assez, par cette manière de parler, que ce qu’Il veut défendre c’est l’habitude de jurer dans les entretiens familiers, et pour des choses de peu d’importance. En somme Il nous avertit de ne pas être trop faciles et trop enclins à faire serment. Et c’est aussi ce qu’il faut enseigner avec le plus grand soin, et répéter souvent aux Fidèles, car selon l’Écriture et le témoignage des Pères, la trop grande facilité à jurer engendre une infinité de maux. Il est écrit dans l’Ecclésiaste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''N’habituez point votre bouche au serment, car il en résulterait de grands maux.''&amp;amp;nbsp;» Et encore «&amp;amp;nbsp;''l’homme qui jure souvent sera rempli d’iniquités, l’affliction ne s’éloignera point de sa maison.&amp;amp;nbsp;''» On peut lire dans Saint Basile et dans Saint Augustin tout ce qu’ils ont écrit à ce sujet dans leurs livres contre le mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c’est assez sur ce que ce précepte ordonne, voyons maintenant ce qu’il défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CE QUI EST DÉFENDU PAR LE SECOND COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Il nous est défendu par ce Commandement de prendre en vain le nom du Seigneur. Celui qui se laisse aller à jurer sans réflexion et avec témérité, se rend évidemment coupable d’un péché grave, et la grièveté de ce péché est facile à établir d’après ces paroles: ''Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur''. Il semble en effet que Dieu Lui-même vient nous dire en d’autres termes que ce qui rend cette faute si odieuse et si impie, c’est qu’elle diminue en quelque sorte sa Majesté, la Majesté de Celui que nous reconnaissons pour notre Seigneur et pour notre Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précepte nous défend encore de jurer à faux, c’est-à-dire contre la vérité. Celui qui ne recule pas épouvanté devant un pareil crime, et qui ose prendre Dieu à témoin d’un mensonge, Lui fait une injure infinie. Il l’accuse, ni plus ni moins, d’ignorance en pensant qu’il est des vérités qui peuvent Lui échapper, ou bien de malice et d’iniquité, comme si Dieu était capable de confirmer un mensonge par son propre témoignage. Or on jure à faux non pas seulement quand on jure qu’une chose est vraie, sachant bien qu’elle est fausse, mais aussi quand on affirme avec serment la vérité d’une chose que l’on croit fausse, encore qu’elle soit vraie au fond. Mentir c’est parler contre sa pensée et contre ses sentiments intimes&amp;amp;nbsp;; par conséquent dans le cas présent il y a évidemment mensonge et parjure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison il y a aussi parjure quand on affirme par serment une chose que l’on croit vraie, et qui cependant est fausse, à moins que l’on ait mis tous ses soins et tout son zèle à s’en assurer et à la vérifier. Bien que les paroles soient ici d’accord avec la pensée, néanmoins il y a violation du précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a encore parjure dans celui qui a fait une promesse avec serment, sans avoir l’intention de l’accomplir, ou qui, s’il a eu cette intention, n’accomplit pas ce qu’il a promis. C’est le péché de ceux qui se sont liés envers Dieu par des vœux qu’ils n’exécutent point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre manière de pécher contre ce précepte, c’est d’émettre un serment qui ne serait point accompagné de la justice, laquelle est une des conditions nécessaires du serment légitime. Ainsi celui qui promet avec serment de commettre un péché mortel, un meurtre par exemple, viole incontestablement le précepte:, lors même qu’il parlerait sérieusement et du fond du cœur, et que son serment aurait pour lui la vérité, celle des trois conditions exigées, à laquelle nous avons donné le premier rang. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces serments défendus il faut encore ajouter ceux qui naissent d’une sorte de mépris, comme les serments de ne point obéir aux conseils de l’Évangile, par exemple ceux qui exhortent au célibat et à la pauvreté. Sans doute personne n’est rigoureusement tenu de suivre ces conseils, mais jurer de ne pas vouloir s’y soumettre, c’est mépriser et violer les conseils de Dieu par cet indigne serment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est violer également le deuxième précepte, et pécher contre le jugement, que de jurer pour une chose qui est vraie et que l’on croit telle, mais en ne s’appuyant que sur de simples conjectures et sur des raisons prises de trop loin. Quoique la vérité accompagne un serment de cette nature, il s’y mêle néanmoins une sorte de fausseté, puisque celui qui fait serment avec témérité, s’expose grandement à faire un parjure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui-là jure encore contre la vérité, qui jure par les faux dieux. Qu’y a-t-il en effet de plus opposé à la vérité que de prendre à témoin des divinités mensongères et imaginaires, comme si elles étaient le vrai Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si l’Écriture nous dit, en nous défendant le parjure:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne déshonorerez point le Nom de votre Dieu,''&amp;amp;nbsp;» elle condamne par là même toute espèce de négligence dans tous les devoirs que ce précepte nous impose, et spécialement en ce qui concerne la Parole de Dieu, dont la Majesté est infiniment respectable non seulement auprès des personnes de piété, mais quelquefois même auprès des impies, ainsi que nous l’apprend l’exemple d’Eglon, roi des Moabites, au Livre des Juges. Or, c’est traiter la Parole de Dieu d’une manière absolument injurieuse que de détourner la sainte Écriture de son sens droit et naturel, pour lui donner un sens conforme à la doctrine des impies et des hérétiques. Le Prince des Apôtres nous met en garde contre ce crime dans ce texte qu’il faut citer:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il y a quelques endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants et légers détournent à de mauvais sens aussi bien que les autres Écritures, pour leur propre ruine.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore déshonorer honteusement l’Écriture que d’en employer les maximes et les paroles, qui sont dignes de toute notre vénération, à des choses purement profanes, comme aussi de s’en servir dans des contes, dans des fables ridicules et vaines, pour des flatteries, des médisances, des sorts, des libelles diffamatoires et autres choses de cette nature. Le Concile de Trente condamne ces pratiques détestables et veut qu’on les punisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, de même que ceux qui réclament et implorent le secours de Dieu dans leurs infortunes, L’honorent et Lui rendent hommage&amp;amp;nbsp;; de même ceux qui n’invoquent point son appui, Le privent d’un honneur auquel Il a droit. C’est de ces malheureux que David veut parler, quand il dit&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ils n’ont pas invoqué le Seigneur, c’est pourquoi ils ont tremblé d’épouvante, là où il n’y avait rien à craindre.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il en est qui sont enchaînés dans les liens d’un crime beaucoup plus détestable encore&amp;amp;nbsp;; ce sont ceux qui d’une bouche impure et souillée osent ''blasphémer'' et maudire le nom adorable de Dieu, ce nom digne de toutes les bénédictions et de toutes les louanges des créatures, ainsi que le nom des Saints qui règnent avec Lui dans le ciel. Ce crime est si horrible et si monstrueux, que parfois nos Saints Livres pour le nommer se servent du mot (contraire) ''bénédiction''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — CHATIMENTS DE CEUX QUI VIOLENT LE SECOND COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
La crainte des peines et du châtiment est d’ordinaire un excellent moyen de réprimer le penchant que nous avons à désobéir à Dieu. C’est pourquoi le Pasteur pour toucher davantage les cœurs et disposer plus facilement les Fidèles à l’observation de ce précepte, devra leur expliquer avec soin ces paroles qui en sont comme une dépendance nécessaire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris en vain le nom du Seigneur son Dieu.&amp;amp;nbsp;''» Et d’abord il leur montrera combien Dieu a eu raison de joindre des menaces à ce Commandement. Ces menaces en effet nous font connaître et la gravité du péché et la bonté de Dieu, qui bien loin de se réjouir de notre perte, cherche par des menaces salutaires à nous détourner du mal, afin que nous ne devenions point l’objet de sa colère, mais plutôt de sa clémence et de sa miséricorde. II convient que le Pasteur insiste fortement sur ce point, afin que les Fidèles, connaissant l’énormité de ce crime, en conçoivent une horreur plus vive et mettent tous leurs soins à l’éviter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fera remarquer ensuite que le penchant des hommes à commettre ce péché est si grand, qu’il n’eût pas suffi de le défendre simplement, mais que la Loi avait besoin d’être accompagnée de menaces. On ne saurait croire combien cette pensée peut être utile aux Fidèles. Car de même que rien ne nous est plus nuisible qu’une téméraire confiance en nos propres forces, de même le sentiment de notre faiblesse nous est extrêmement avantageux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur ajoutera enfin que si Dieu n’a point décerné de châtiment particulier contre ce crime, Il a affirmé d’une manière générale que ceux qui s’en rendraient coupables ne resteraient pas impunis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc lieu de croire que les maux dont nous souffrons chaque jour sont pour nous avertir de nos désobéissances en cette matière. Il est permis de penser en effet que les hommes ne sont sujets à de si grandes calamités, que parce qu’ils manquent à ce Commandement. Et l’on peut s’attendre qu’en mettant sous leurs yeux le tableau de ces malheurs, on les rendra plus sages, et mieux avisés pour l’avenir. Que les Fidèles, frappés d’une sainte frayeur, évitent donc ce péché avec tout le soin possible&amp;amp;nbsp;! Car s’il est vrai qu’au jugement dernier il faudra rendre compte de toute parole oiseuse, que sera-ce de ces crimes affreux qui font un tel mépris du nom adorable de Dieu&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-et-unième — Du troisième Commandement ===&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat, vous travaillerez et vous ferez tous vos ouvrages pendant six jours: mais le septième jour est le Sabbat du Seigneur votre Dieu. Vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de somme, ni l’étranger qui est parmi vous&amp;amp;nbsp;; car le Seigneur a fait en six jours le ciel, et la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, et Il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième Commandement a pour objet le culte extérieur que nous devons à Dieu. Ce culte est une conséquence naturelle des obligations imposées par le premier. Il vient donc ici parfaitement à sa place. Car si nous honorons Dieu pieusement au fond de nos cœur&amp;amp;nbsp;», comment pourrions-nous, avec la Foi et l’Espérance que nous avons en Lui, ne pas L’environner d’un culte extérieur et Lui témoigner ouvertement notre reconnaissance&amp;amp;nbsp;? Mais comme ces devoirs sont difficiles à remplir pour ceux qui sont occupés des affaires de ce monde, il s’agissait de leur rendre cette obligation plus facile en la fixant à des époques déterminées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Commandement, s’il est bien pratiqué, est de nature à produire des fruits et des avantages admirables. Il importe donc grandement que le Pasteur déploie, pour l’expliquer, tout le zèle dont il est capable. Et un premier et puissant motif pour lui d’enflammer ce zèle sera dans ces paroles: ''souvenez-vous''&amp;amp;nbsp;; car si les Fidèles sont obligés de se souvenir de ce précepte, c’est au Pasteur à le leur remettre en mémoire par des avertissements et des instructions souvent répétés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui fait voir combien il est important pour les Fidèles d’observer ce Commandement, c’est que, en l’accomplissant avec soin, ils se rendront facile et aisée la pratique de tous les autres. Ainsi une des obligations qu’ils ont à remplir aux jours de Fêtes, c’est de se réunir à l’Église pour y entendre la Parole de Dieu. Or il est bien certain que plus ils feront de progrès dans la connaissance de la Loi divine, plus ils seront disposés à la garder de tout leur cœur. C’est pourquoi la solennité et le culte du Sabbat sont très souvent recommandés dans nos Saints Livres. L’Exode, le Lévitique, le Deutéronome, les Prophètes Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, rapportent tous expressément le précepte de la sanctification du Sabbat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut aussi avertir et exhorter les princes et les magistrats d’avoir à seconder de toute leur autorité les Pasteurs de l’Église dans tout ce qui intéresse le maintien et le développement de ce culte, et même de faire des lois pour assurer l’observation du précepte ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — COMPARAISON DU TROISIÈME COMMANDEMENT AVEC LES AUTRES.  ====&lt;br /&gt;
En expliquant ce précepte, il ne faut pas négliger d’enseigner aux Fidèles en quoi il ressemble aux autres, et en quoi il diffère. Ce sera un moyen de leur faire connaître clairement les motifs pour lesquels nous ne sanctifions plus le jour du Sabbat, mais le jour du Dimanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a cette différence capitale entre ce Commandement et les autres, que ceux-ci étant fondés sur la nature elle-même, sont de tous les temps, et ne peuvent jamais changer. Aussi, quoique la Loi de Moïse soit abrogée, le peuple chrétien continue d’observer tous les préceptes des deux tables de la Loi. Et cela, non pas parce que Moise l’a ordonné, et pour lui obéir, mais parce qu’ils tiennent à la nature, et que les hommes sont obligés de se conformer à ce qu’elle demande. Mais le précepte de la sanctification du Sabbat, si on le considère uniquement par rapport à ce jour, n’est ni fixe ni constant. Au contraire il peut changer, et c’est plutôt une loi cérémonielle qu’une loi morale. II n’a pas non plus sa raison d’être dans la nature&amp;amp;nbsp;; car ce n’est pas elle qui nous enseigne et qui nous dispose à choisir un jour plutôt qu’un autre pour rendre à Dieu un culte extérieur. Aussi bien les Israélites ne sanctifièrent le jour du Sabbat qu’après avoir été délivrés de la servitude de Pharaon. Mais ce précepte devait être aboli su moment où le culte et les cérémonies mosaïques allaient tomber en désuétude, c’est-à-dire à la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ces cérémonies n’étaient en effet que des images et des ombres de la lumière et de la vérité&amp;amp;nbsp;; il fallait nécessairement qu’elles disparussent devant cette Lumière, cette Vérité même qui est Jésus-Christ. C’est pourquoi Saint Paul reprenait les Galates de ce qu’ils étaient encore attachés aux cérémonies de la Loi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous observez les jours et les mois, leur disait-il, les semaines et les années&amp;amp;nbsp;; mais je crains pour vous que je n’aie travaillé en vain parmi vous.&amp;amp;nbsp;''» II parle de la même manière au Colossiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà en quoi ce précepte diffère des autres, c’est qu’il regarde directement le culte et les cérémonies. Mais il a cela de commun avec tous, qu’à un autre point de vue il se rapporte à la morale et au droit naturel. Car le culte divin et la vertu de religion, prescrits par ce Commandement, sont de droit naturel, puisque la nature veut que nous employons certaines heures de notre temps aux choses qui regardent le culte du Seigneur. Et la preuve, c’est que chez toutes les nations nous trouvons des Fêtes, et des Fêtes publiques, établies en l’honneur de la Divinité. Et de même qu’il est naturel à l’homme de réserver un certain temps pour les fonctions nécessaires à la vie du corps, comme le repos, le sommeil, et autres choses semblables, de même la nature demande qu’il y ait certains moments déterminés, pendant lesquels l’âme puisse se retremper dans la contemplation de Dieu. Si donc une certaine partie de notre temps doit être employée au culte que nous devons à Dieu, le précepte qui l’ordonne appartient évidemment à la loi morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison que les Apôtres résolurent de consacrer au culte de Dieu le premier des sept jours de la semaine, et l’appelèrent ''le jour du Seigneur''. Saint Jean dans son Apocalypse&amp;amp;nbsp; fait mention de ce jour&amp;amp;nbsp;; et l’Apôtre veut&amp;amp;nbsp; qu’on recueille les aumônes des Fidèles ''le premier jour après le Sabbat'', c’est-à-dire, comme l’explique Saint Jean Chrysostome, le jour du Dimanche. Ce qui nous montre que déjà, dans ce temps-là, le jour du Seigneur était un jour saint dans l’Église — Mais afin que les Fidèles sachent parfaitement ce qu’ils ont à faire, et ce qu’ils ont à éviter, en ce jour, il ne sera pas hors de propos, que le Pasteur explique soigneusement chacune des paroles du précepte tout entier — lequel se divise très bien en quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — SOUVENEZ-VOUS DE SANCTIFIER LE JOUR DU SABBAT.  ====&lt;br /&gt;
La première chose à expliquer ici, c’est le sens précis de ces paroles: ''souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat''. Le mot ''souvenez-vous'', placé, non sans motif. En tête du précepte, nous indique que la sanctification de ce jour appartient aux lois cérémonielles. C’est un point qu’il semblait utile de rappeler au peuple&amp;amp;nbsp;; car encore que la loi naturelle nous enseigne que nous sommes obligés de consacrer un certain temps à rendre à Dieu un culte extérieur, elle ne prescrit point le jour où il convient le mieux de le faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu il faut montrer aux Fidèles que ces mêmes paroles nous avertissent de quelle manière nous devons travailler pendant la semaine&amp;amp;nbsp;; en d’autres termes, elles nous rappellent l’obligation où nous sommes de ne jamais perdre de vue le jour de Fête pendant notre travail. Le Dimanche étant un jour où nous avons, en quelque sorte, à rendre compte à Dieu de nos actions et de notre travail, il importe extrêmement que ces actions et ce travail soient tels que Dieu ne les répudie pas, et qu’ils ne deviennent jamais pour nous, comme dit l’Écriture , ''un sujet de sanglots et de remords''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, ces mots, ''souvenez-vous'', etc. nous remettent en mémoire une vérité bien frappante, c’est que nous ne manquerons pas d’occasions d’oublier ce précepte. nous y seront sollicités, tantôt par l’exemple de ceux qui n’en&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tiennent aucun compte, tantôt par l’amour des spectacles et des jeux qui nous détournent si souvent du culte de religion et de piété que nous devons à Dieu en ce saint jour. — Venons maintenant à ce qu’il faut entendre par Sabbat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sabbat est un mot hébreu qui signifie en latin ''cessatio'', c’est-à-dire, repos. Ainsi sabbatiser, dans la langue latine, s’appelle ''cessare'' et ''requiescere'', c’est-à-dire cesser d’agir, se reposer. Le septième jour a reçu le nom de Sabbat, parce que Dieu, après avoir achevé entièrement l’œuvre de la création du monde, se reposa en ce jour de tous ses travaux. D’ailleurs le Seigneur Lui-même lui donne ce nom dans l’Exode. Plus tard le nom de Sabbat a été attribué non seulement au septième jour, mais encore, à cause de sa dignité, à la semaine elle-même. C’est en ce sens qu’il faut entendre les paroles du Pharisien : «&amp;amp;nbsp;''Je jeûne deux fois pendant le Sabbat.''&amp;amp;nbsp;» Voilà pour la signification du mot. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la sanctification du Sabbat, d’après la sainte Écriture, c’est la cessation des travaux du corps et des affaires temporelles. Cette vérité est clairement exprimée dans les paroles suivantes du précepte: Vous ne travaillerez pas. Mais il y a autre chose&amp;amp;nbsp;; sans quoi il eût suffit de dire dans le Deutéronome : «&amp;amp;nbsp;''Observez le jour du Sabbat''.&amp;amp;nbsp;» Et puisqu’on ajoute dans le même endroit «&amp;amp;nbsp;''pour le sanctifier''&amp;amp;nbsp;», cela nous fait bien voir que le Sabbat est un jour saint, consacré à des actes religieux et au service du Seigneur. nous célébrons donc le Sabbat d’une manière pleine et parfaite, lorsque nous rendons à Dieu des devoirs de piété et de religion. C’est vraiment là le Sabbat qu’Isaïe appelle : «&amp;amp;nbsp;''Le jour des délices''&amp;amp;nbsp;», parce qu’en effet les jours de Fêtes sont des jours de délices pour le Seigneur et pour les hommes pieux. Et si à ce culte religieux et sacré du Sabbat nous joignons des œuvres de miséricorde, ce même Prophète nous promet au même endroit les récompenses les plus belles et les plus précieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le sens propre et précis de ce Commandement est que l’homme, en un temps déterminé, interrompe ses affaires ordinaires et les travaux manuels, pour s’appliquer d’esprit et de corps à honorer Dieu et à Lui rendre tous les hommages qu’Il réclame. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — VOUS TRAVAILLEREZ PENDANT SIX JOURS, ETC.  ====&lt;br /&gt;
La seconde partie du précepte nous dit positivement que Dieu a consacré le septième jour à son culte. Il est écrit en effet: «&amp;amp;nbsp;Vous travaillerez pendant six jours, vous ferez fous vos ouvrages pendant ce temps, mais le septième jour est le Sabbat du Seigneur votre Dieu.&amp;amp;nbsp;» Ces paroles nous ordonnent en d’autres termes de considérer le Sabbat comme consacré au Seigneur, de nous acquitter en ce jour des devoirs religieux qui lui sont dus et enfin de voir dans ce septième jour un mémorial du repos du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour fut donc dédié au culte divin, parce qu’il ne convenait pas de laisser à un peuple grossier la faculté de fixer ce temps à son gré. On pouvait craindre que, pour honorer le vrai Dieu, il n’imitât les fêtes sacrées des Égyptiens Ainsi Dieu voulut que le septième jour, qui est le dernier de la semaine, fût réservé pour son culte. Et il y avait là plus d’un mystère. Voilà pourquoi dans l’Exode et dans Ezéchiel Il appelle ce jour un signe . «&amp;amp;nbsp;''Ayez soin, dit-il, d’observer mon Sabbat, parce qu’il est le signe de l’alliance qui existe entre Moi, vous et toute votre postérité&amp;amp;nbsp;; afin que vous sachiez que c’est Moi qui vous sanctifie.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était un signe, parce qu’en voyant ce jour consacré au service divin, les hommes devaient apprendre par là à se consacrer eux-mêmes à Dieu et à se sanctifier devant Lui. Car ce qui fait qu’un jour est vraiment saint, c’est qu’on l’emploie spécialement à la pratique de la Sainteté et de la Religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était aussi un signe et comme un monument de la création de cet admirable univers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un signe encore, destiné à rappeler aux Israélites qu’ils n’avaient été déliés et délivrés du joug si dur de la servitude d’Égypte que par le secours de Dieu. C’est ce que le Seigneur Lui-même atteste par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Souvenez-vous que vous avez été esclaves en Égypte, et que vous avez été tirés de la servitude par la main puissante de votre Dieu, et par la force de son bras. C’est pourquoi Il vous a commandé de garder le jour du Sabbat.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ce jour était le signe du Sabbat spirituel et céleste. Or le Sabbat spirituel consiste dans un saint et mystérieux repos, dans lequel les Fidèles se trouvent quand, dépouillés du vieil homme enseveli avec Jésus-Christ, ils reviennent à une vie nouvelle, et s’appliquent avec soin à faire des actions conformes à la piété chrétienne: «&amp;amp;nbsp;''Car ceux qui autrefois n’étaient que ténèbres '', ''devenus lumière en Notre-Seigneur, doivent marcher comme des enfants de lumière dans la voie de tout bien et de foute justice et n’avoir rien de commun avec les,. ouvres infructueuses des ténèbres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Sabbat céleste, comme le remarque Saint Cyrille , en expliquant ces paroles de l’Apôtre , ''il est encore un Sabbat pour le peuple de Dieu,'' consiste dans cette autre vie, où, réunis à Jésus-Christ, nous serons comblés de toutes sortes de biens et délivrés entièrement du péché. C’est ce que le Prophète nous apprend par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Il n’y aura en ce lieu ni lion ni autre bête dangereuse, mais tout y sera pur et saint.''&amp;amp;nbsp;» Lorsqu’en effet les élus jouiront de la ''vue de Dieu, ils seront remplis de toutes sortes de biens''. C’est ce qui doit engager les Pasteurs à presser les Fidèles par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Hâtons-nous d’entrer dans ce repos.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre le septième jour, le peuple Juif avait encore d’autres jours de Fête qui appartenaient à Dieu et qu’Il avait établis pour ne pas laisser perdre la mémoire de ses immenses bienfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — LE DIMANCHE SUBSTITUÉ AU SABBAT. FÊTES DE L’ÉGLISE.  ====&lt;br /&gt;
L’Église a jugé à propos de transporter le culte et la solennité du Sabbat au jour du Seigneur, c’est-à-dire, au Dimanche. De même que ce fut en ce jour que la lumière commença à éclairer le monde, de même aussi ce fut en ce jour que notre Rédempteur, en nous ouvrant l’entrée de la Vie Éternelle par sa Résurrection, nous fit passer des ténèbres à la vie véritable. C’est pour cela que les Apôtres l’appelèrent le jour du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, nous voyons dans nos Saints Livres que ce jour est grand et solennel, parce qu’il marque le commencement de la création du monde, et nous rappelle la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux premiers temps de l’Église et dans les âges suivants, les Apôtres et nos Pères établirent d’autres jours de Fêtes, pour célébrer pieusement et saintement la mémoire des bienfaits de Dieu. Parmi ces Fêtes, les plus solennelles sont celles qui ont été instituées en l’honneur des mystères de notre Rédemption. Ensuite viennent celles qui ont été établies pour honorer la très sainte Vierge, les Apôtres, les martyrs, et tous les autres saints qui règnent avec Jésus-Christ. nous y louons la puissance et la bonté de Dieu qui a donné la victoire à ses élus. nous leur rendons les honneurs qu’ils méritent, et leurs exemples nous excitent à les imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme l’un des plus puissants motifs d’observer ce précepte est contenu dans ces paroles: «&amp;amp;nbsp;''Vous travaillerez six jours, mais le septième jour est le Sabbat du Seigneur votre Dieu,''&amp;amp;nbsp;» le Pasteur aura soin de les expliquer avec toute la précision possible. En les méditant, il verra sans peine qu’il doit exhorter les Fidèles à ne point mener une vie oisive et paresseuse, mais au contraire à se souvenir du Commandement de l’Apôtre qui veut que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''chacun travaille de ses propres mains, selon son état&amp;amp;nbsp;''». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin si le Seigneur nous ordonne par ce précepte de faire notre ouvrage pendant six jours, c’est pour que nous ne soyons pas tentés de renvoyer au jour de Fête ce qui doit se faire pendant les six jours de la semaine, et aussi pour que notre esprit ne soit pas détourné, le Dimanche, du soin et de l’attention qu’il doit aux choses divines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES OEUVRES SERVILES.  ====&lt;br /&gt;
Nous voici à la troisième partie du précepte, qui décrit en quelque sorte la manière dont nous devons sanctifier le jour du Sabbat, mais qui s’applique surtout à exposer ce qu’il nous est défendu de faire en ce jour. Ainsi dit le Seigneur: «&amp;amp;nbsp;''vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de somme, ni l’étranger qui est parmi vous''&amp;amp;nbsp;». Ces paroles nous montrent d’abord que nous devons éviter tout ce qui peut entraver le culte divin. D’où il est aisé de conclure que les œuvres serviles de toute espèce sont défendues (en ce jour), non parce qu’elles sont indignes ou mauvaises de leur nature, mais parce qu’elles seraient capables de détourner notre esprit du service de Dieu, qui est la fin du précepte. A plus forte raison devons-nous éviter le péché qui non seulement éloigne notre esprit du goût des choses saintes, mais nous détache entièrement de son amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les actions et les ''œuvr''es, quoique serviles, qui intéressent le culte, comme par exemple la décoration d’un autel ou d’une église pour un jour de Fête, et autres travaux du même genre ne sont point défendues par ce Commandement. Voilà pourquoi Notre-Seigneur a dit: &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Les Prêtres dans le temple violent le Sabbat, et pourtant ils ne sont point coupables.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas non plus considérer comme prohibés par cette Loi, les travaux accomplis pour sauver des choses qui autrement seraient en danger de se perdre. Les saints Canons les ont permis expressément. Et il est encore beaucoup d’autres œuvres que dans l’Évangile Notre-Seigneur a déclarées licites pour les jours de Fêtes. C’est ce que le Pasteur pourra facilement remarquer dans Saint Matthieu et Saint Jean. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ne rien omettre de ce qui pourrait empêcher la célébration du Sabbat, Dieu, dans son précepte, a fait mention même des bêtes de somme. Leurs travaux, en effet, détourneraient l’homme de la sanctification de ce saint jour. Car si pendant le Sabbat on emploie les bêtes pour n’importe quel ouvrage, il est nécessaire que l’homme soit là pour les conduire. Elles ne peuvent rien par elles-mêmes, elles ne font qu’aider l’homme. Or ce dernier n’a pas le droit de travailler ce jour-là, par conséquent les animaux à son service ne l’auront pas non, plus. — et puis, si Dieu veut par cette défense nous faire épargner les animaux dans le travail, il veut bien plus encore que nous évitions d’être inhumains envers ceux qui sont à notre service. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — QUELLES SONT LES OEUVRES COMMANDÉES LE DIMANCHE ? ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur n’aura garde d’oublier qu’il doit très soigneusement faire connaître aux Fidèles les ''œuvr''es et les actions qu’ils sont tenus d’accomplir les jours de Fête. C’est à savoir: d’aller à l’Église, d’assister au très saint sacrifice de la Messe avec une piété sincère et une attention soutenue, et de recevoir fréquemment les divins Sacrements institués pour guérir les blessures de notre âme, et pour nous aider à opérer notre Salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme il n’y a rien de meilleur ni de plus utile aux Chrétiens que de confesser souvent leurs péchés aux Prêtres, le Pasteur ne manquera pas de les exhorter à -remplir ce devoir. Il pourra d’ailleurs puiser ses preuves et ses raisons dans ce que nous avons enseigné et prescrit à cet égard, en parlant du sacrement de Pénitence. Mais il ne se bornera pas à les exciter à la Confession fréquente, il multipliera ses instances les plus pressantes pour leur faire recevoir le plus souvent possible le très saint sacrement de l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils doivent aussi écouter avec attention et exactitude les instructions religieuses. Il n’est rien de plus insupportable et de plus indigne que de mépriser la Parole de Jésus-Christ, ou de l’entendre avec négligence. — enfin ils voudront s’exercer et s’appliquer fréquemment à prier et à louer Dieu, mettre tous leurs soins à s’instruire des règles de la vie chrétienne, et pratiquer de leur mieux toutes les ''œuvr''es de vraie piété, comme l’aumône aux pauvres et aux nécessiteux, la visite des malades, les consolations portées aux affligés et à ceux qui gémissent sous les coups de la douleur. Car il est écrit dans Saint Jacques:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La Religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père, consiste à venir au secours des orphelins et des veuves qui sont dans l’affliction.&amp;amp;nbsp;''» — Il sera aisé de conclure de ce que nous venons de dire quelles sont les actions contraires à ce Commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — PRINCIPAUX AVANTAGES DE LA SANCTIFICATION DU DIMANCHE.  ====&lt;br /&gt;
Il est encore du devoir du Pasteur de garder sous la main un certain nombre d’Auteurs où il pourra puiser les arguments et les motifs les plus propres à persuader aux Fidèles qu’ils doivent observer ce troisième Commandement avec tout le zèle, et toute l’exactitude possible. Or, le meilleur argument est celui-ci: leur faire sentir et comprendre pleinement combien il est juste et raisonnable qu’il y ait certains jours entièrement consacrés au culte divin, et pendant lesquels nous nous appliquerons spécialement à connaître, à aimer et adorer un Dieu qui nous a comblés de grands et innombrables bienfaits. S’Il tous avait ordonné de Lui rendre chaque jour un culte religieux, ne devrions-nous pas faire tous nos efforts pour remplir un pareil ordre avec joie et empressement, surtout en considérant les bienfaits immenses et inappréciables que nous avons reçus de Lui&amp;amp;nbsp;? Mais puisqu’Il n’a réservé à son culte qu’un petit nombre de jours, pourrions-nous nous montrer négligents, ou trouver des difficultés dans l’observation d’un devoir, que d’ailleurs nous ne pouvons omettre sans nous rendre coupables d’un péché très grave&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur fera ensuite connaître combien est grande l’excellence de ce Commandement, puisque ceux qui l’accomplissent avec fidélité, semblent jouir de la Présence de Dieu et converser avec Lui. Quand nous prions, en effet, nous contemplons la Majesté divine et nous nous entretenons réellement avec Dieu. En écoutant les prédicateurs qui nous parlent pieusement et saintement des vérités religieuses, c’est encore la Voix de Dieu que nous entendons par leur organe. Enfin dans le Sacrifice de la Messe nous adorons Notre-Seigneur Jésus-Christ véritablement présent sur l’Autel. — tels sont les avantages dont jouissent principalement ceux qui observent ce précepte avec fidélité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ceux qui le négligent complètement, par le fait qu’ils désobéissent à Dieu et à l’Église, en méprisant ce Commandement, deviennent les ennemis de Dieu et de ses saintes Lois&amp;amp;nbsp;; d’autant que ce précepte est de ceux dont l’accomplissement n’impose aucune peine. En effet, Dieu ne nous commande rien de pénible, Lui pour qui nous devrions supporter même ce qu’il y aurait de plus dur, s’Il nous le commandait. Au contraire Il veut que nous passions les jours de Fête dans le repos, et sans aucune préoccupation des choses de la terre. Dés lors, refuser de nous soumettre à une Loi si douce, ne serait-ce pas faire preuve d’une insolente témérité&amp;amp;nbsp;? Pensons donc à ces terribles châtiments dont Dieu a frappé ceux qui l’ont foulée aux pieds, comme nous pouvons le voir dans le Livre des nombres . Cet exemple nous sera utile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour ne point tomber dans un si grand péché, il sera très avantageux que nous ayons souvent à l’esprit les premiers mots de ce troisième Commandement: «&amp;amp;nbsp;souvenez-vous ». Puis nous nous remettrons devant les yeux le tableau des avantages et des privilèges que nous assure l’observation du Dimanche, ainsi que nous l’avons dit plus haut, et nous ne manquerons pas de nous arrêter à une foule d’autres considérations de ce genre, qu’un Pasteur sage et appliqué saura développer dans l’occasion avec toute l’ampleur nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-deuxième — Du quatrième Commandement ===&lt;br /&gt;
Honorez votre Père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur Dieu vous donnera. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les trois Commandements que nous venons d’expliquer sont les premiers à cause de la dignité. Et de l’excellence de leur objet. Ceux que nous abordons maintenant ne tiennent que le second rang, mais on peut dire qu’ils ne sont pas moins nécessaires. Les premiers se rapportent directement à notre fin qui est Dieu&amp;amp;nbsp;; les seconds ont pour objet immédiat la Charité envers le prochain, mais logiquement, c’est-à-dire, s’ils atteignent leur but, ils nous mènent aussi à Dieu, ce but suprême pour lequel nous aimons le prochain lui-même. Ce qui a fait dire à Notre-Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp; que le précepte d’aimer Dieu et le précepte d’aimer le prochain sont deus Commandements semblables. Quant à celui que nous expliquons ici, à peine peut-on dire et énumérer les avantages immenses qu’il renferme. Ses fruits sont abondants et exquis. Il est comme le signe qui fait briller notre soumission et notre attachement au premier Commandement. «&amp;amp;nbsp;''Celui qui n’aime point son frère qu’il voit, dit l’Apôtre Saint Jean,&amp;amp;nbsp; comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» On peut dire de même: si nous n’avons ni respect ni amour pour nos parents, que nous devons aimer selon Dieu, eux que nous avons presque continuellement sous les yeux, quel honneur et quel culte aurons-nous pour Dieu qui est aussi notre Père — Père tout puissant et infiniment bon, mais qui ne tombe jamais sous nos regards&amp;amp;nbsp;? On voit par là combien ces deux Commandements ont de rapports l’un avec l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce quatrième précepte est d’une application très étendue. Outre ceux qui nous ont donné la vie, il est un grand nombre de personnes qu’il nous fait un devoir d’honorer comme nos pères et nos mères, à cause de leur autorité, de leur dignité, du besoin que nous avons d’elles, ou de l’excellence de leurs fonctions. II rend aussi moins lourde la charge des parents et des supérieurs, dont le soin principal est d’amener ceux qui sont placés sous leur autorité à vivre dignement et d’une manière conforme à la Loi divine. Or il est évident que cette tâche leur deviendra très facile si leurs inférieurs sont convaincus que c’est Dieu Lui-même qui leur impose l’obligation d’honorer leurs pères et leurs mères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour atteindre ce but, il est nécessaire de connaître la différence qui existe entre les préceptes de la première table et ceux de la seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DIFFÉRENCE DES TROIS PREMIERS COMMANDEMENTS ET DES SUIVANTS.  ====&lt;br /&gt;
Voici ce que le Pasteur expliquera tout d’abord. Il enseignera que les divins préceptes du Décalogue furent gravés sur deux tables différentes. La première, comme nous l’apprennent les Saints Pères, contenait les trois Commandements que nous venons de commenter, et la seconde les sept autres. Cet ordre est absolument logique, et nous fait comprendre par avance l’importance relative des préceptes, par la place même qu’ils occupent. tout ce que la Loi divine, en effet, ordonne ou défend dans nos Saints Livres se rapporte toujours à deux catégories. L’amour de Dieu ou l’amour du prochain, voilà le fond de toutes ses prescriptions. Or, les trois Commandements précédents nous apprennent quel amour nous devons à Dieu, et les sept qui suivent renferment les devoirs de Charité que les hommes sont obligés de pratiquer les uns envers les autres. Ce n’est donc pas sans raison qu’on les a divisés en préceptes de la première table, et en préceptes de la seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les trois premiers Commandements dont nous avons parlé ont Dieu pour objet, c’est-à-dire le souverain bien. L’objet des autres est le bien du prochain. Les premiers proposent l’amour souverain, les seconds, l’amour le plus grand après l’amour souverain. Les uns regardent la fin suprême elle-même, les autres seulement ce qui se rapporte à cette fin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste l’amour de Dieu ne dépend que de Lui-même, puisque c’est pour Lui-même et non à cause d’un autre que Dieu doit être souverainement aimé. L’amour du prochain, au contraire, a sa source dans l’amour de Dieu qui doit être en effet sa règle invariable. Car si nous aimons nos parents, si nous obéissons à nos supérieurs, si nous respectons ceux qui sont au dessus de nous, ce doit être principalement parce que Dieu est le Créateur, parce qu’Il a voulu les élever au dessus de nous, et que par leur entremise II veille sur les autres hommes, les gouverne et les conserve. Et comme c’est Dieu lui-même qui nous commande de les honorer, nous devons le faire précisément par le motif qui les a rendus dignes de cet honneur. D’où il suit que l’honneur que nous rendons à nos pères et mères semble plutôt se rapporter à Dieu qu’à eux personnellement. C’est ce qu’on peut voir dans Saint Matthieu, quand il est question du respect envers les supérieurs.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui vous reçoit me reçoit.''&amp;amp;nbsp;» L’Apôtre Saint Paul, dans son Epître aux Ephésiens, ne craint pas de dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Serviteurs, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, avec crainte, avec respect, et dans la simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Christ Lui-même. ne les servez pas seulement lorsqu’ils ont l’œil sur vous, comme si vous ne vouliez que plaire aux hommes, mais comme vrais serviteurs de Jésus-Christ.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais remarquons-le bien, ni nos hommages, ni notre piété, ni le culte que nous rendons à Dieu ne seront jamais parfaits, car l’amour que nous Lui devons n’a pas de limites et peut s’accroître indéfiniment. Il est même nécessaire que cet amour devienne de jour en jour plus ardent et plus fort, puisque Lui-même veut que nous L’aimions&amp;amp;nbsp; ''de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces''. Au contraire l’amour que nous avons pour le prochain a ses limites&amp;amp;nbsp;; vu que le Seigneur nous ordonne de l’aimer ''comme nous-mêmes''. Celui donc qui dépasserait ces bornes, et qui en viendrait à aimer Dieu et le prochain d’un amour égal, commettrait un grand crime. «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un vient à Moi, ''dit le Seigneur,&amp;amp;nbsp; ''et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sueurs et même sa propre vie, celui-là ne saurait être mon disciple''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c’est dans ce même esprit qu’Il dit à un jeune homme qui voulait d’abord inhumer son père, et Le suivre, après&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Laissez les morts ensevelir les morts.''&amp;amp;nbsp;» Mais cette vérité devient plus claire encore par ces paroles que Saint Matthieu met dans la bouche de Notre-Seigneur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi, n’est pas digne de Moi.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne pouvons douter cependant que nous ne soyons obligés d’avoir pour nos parents un amour très grand et un respect très profond. Mais avant tout la piété exige que nos premiers hommages et notre principal culte appartiennent à Dieu, qui est le Principe et le Créateur de toutes choses. Elle exige également que nous aimions nos parents mortels d’ici-bas, de manière que tout, dans cet amour, ait pour fin dernière notre Père céleste et éternel. — Que si, d’aucunes fois, il nous commandent des choses contraires aux préceptes divins, il est hors de doute que nous devons absolument préférer la volonté de Dieu à leurs caprices. C’est le moment de nous rappeler cet oracle de l’Esprit Saint: : «&amp;amp;nbsp;''Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — HONOREZ VOTRE PÈRE ET VOTRE MÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Après ces préliminaires, le Pasteur expliquera les mots de ce Commandement, et d’abord ce que signifie le premier: honorez. Honorer quelqu’un c’est avoir pour lui des sentiments d’estime, et faire très grand cas de tout ce qui se rapporte à lui. Cet honneur suppose nécessairement l’amour, le respect, l’obéissance, le service. Ce n’est pas sans motif que Dieu en nous donnant cette Loi a employé ce mot ''honorez'', au lieu de ''aimez'' ou ''craignez'', bien que cependant nous soyons obligés d’aimer fortement et de craindre nos parents. Car celui qui aime n’honore pas toujours, et celui qui craint n’honore pas non plus nécessairement. Mais celui qui honore du fond du cœur, possède par là -même l’amour et la crainte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir donné ces explications le Pasteur devra dire quels sont ceux qui sont désignés par le nom de pères dans ce Commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quoique la Loi entende principalement ici ceux qui nous ont donné la vie, néanmoins ce nom de pères s’applique encore à d’autres que la Loi semble aussi avoir en vue, comme il est facile de le conclure de plusieurs endroits de la Sainte Écriture En effet, outre nos pères naturels, nos Livres sacrés, ainsi que nous l’avons vu plus haut, nous donnent encore d’autres pères que nous devons respecter et honorer d’une manière spéciale. tels sont les chefs de l’Église, les Pasteurs et les Prêtres, comme l’attestent ces paroles de l’Apôtre aux Corinthiens: : «&amp;amp;nbsp;''Je ne vous écris point ces choses, pour vous causer de la honte&amp;amp;nbsp;; mais je vous avertis comme mes plus chers enfants. Quand même vous auriez dix mille maîtres en Jésus-Christ, vous n’auriez pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés en Jésus-Christ.&amp;amp;nbsp;''» On dit encore dans l’Ecclésiastique:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Honorons la mémoire des hommes illustres et de nos pères dans leur postérité.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui exercent un commandement, une magistrature, une autorité, ceux qui gouvernent la chose publique, reçoivent aussi le nom de pères. C’est ainsi que Naaman était appelé père de ses serviteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nommons encore pères les personnes au soin, à la fidélité, à la probité et à la sagesse desquelles d’autres sont confiés, comme par exemple les tuteurs, les curateurs, les précepteurs, les maîtres. C’est ainsi que les enfants des prophètes appelaient Elie et Elisée leurs pères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous donnons également ce nom aux vieillards, à ceux qui sont très avancés en âge et que nous devons particulièrement respecter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur, dans ses instructions, insistera donc sur ce point que nous devons honorer tous ceux à qui on donne le nom de pères, mais surtout ceux qui sont pères selon la chair, puisque c’est d’eux avant tout que parle la Loi. Ils sont en effet pour nous comme une personnification du Dieu immortel&amp;amp;nbsp;; nous contemplons en eux l’image de notre origine. Ce sont eux qui nous ont transmis la vie. C’est d’eux que Dieu s’est servi pour nous donner une âme et une intelligence. Ce sont eux qui nous ont ouvert la porte des Sacrements, qui nous ont instruits de la Religion, qui ont formé en nous l’homme et le citoyen, qui nous ont élevés dans la pureté des mœurs et la vraie Vie chrétienne. — Le Pasteur n’oubliera pas de faire remarquer ici que le mot de mère a été inséré très justement dans ce Commandement. Dieu voulait nous rappeler par là tous les services et tous les bienfaits dont nous sommes redevables à nos mères, les soins et la sollicitude avec lesquels elles nous ont portés, les peines et les douleurs au milieu desquelles elles nous ont mis au monde et élevés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — EN QUOI CONSISTE L’HONNEUR DÛ AUX PARENTS.  ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;[Si nous voulons pratiquer ce Commandement comme Dieu nous le demande], il faut que l’honneur et les égards que nous témoignons à nos pères et mères procèdent de l’amour que nous avons pour eux, c’est-à-dire d’un sentiment sincère et profond de l’âme. Et certes, nous le leur devons bien, à cause de la tendresse qu’ils ont pour nous&amp;amp;nbsp;; tendresse telle qu’ils ne reculent devant aucune fatigue, aucun effort, aucun danger pour nous la prouver, et que rien ne peut leur être plus agréable que de se sentir aimés par des enfants que de leur côté ils aiment si vivement. Joseph qui, après le Pharaon, était le plus puissant et le plus honoré de toute l’Égypte, reçut son père à son arrivée dans ce pays avec les plus grandes marques d’honneur. Salomon, voyant un jour sa Mère venir à lui, se leva, la salua avec un profond respect, et la fit asseoir à sa droite sur le trône royal. &amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore d’autres devoirs que nous devons accomplir envers nos parents, si nous voulons leur rendre tout l’honneur auquel ils ont droit. Ainsi nous les honorons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
lorsque nous demandons humblement à Dieu que tout leur réussisse très heureusement, qu’ils soient environnés de la faveur et de la considération publiques, et surtout aimés de Dieu, et agréables aux Saints qui sont dans le ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les honorons aussi, lorsque nous réglons nos dispositions sur leur jugement et sur leur volonté. C’est le conseil de Salomon:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Écoutez'', ô mon fils, les instructions de votre père, et n’abandonnez point la loi de votre mère. Ces instructions et cette obéissance seront un ornement pour votre tête et comme un collier à votre cou.&amp;amp;nbsp;''» Saint Paul a des recommandations du même genre &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Enfants,'' dit-il, obéis''sez à vos parents dans le Seigneur&amp;amp;nbsp;; car cela est juste''.&amp;amp;nbsp;» Et encore : «&amp;amp;nbsp;''Enfants, obéissez en tout à vos parents, car cela est agréable à Dieu''.&amp;amp;nbsp;» D’ailleurs ces maximes trouvent leur confirmation dans l’exemple des plus saints personnages. Quand Isaac&amp;amp;nbsp; fut lié par son père pour être sacrifié, il obéit humblement et sans résistance. Et les Réchabites,&amp;amp;nbsp; pour ne jamais désobéir à leur père, s’abstinrent pour toujours de l’usage du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous honorons encore nos parents, lorsque nous imitons leurs bonnes actions, et leur conduite vertueuse. En effet, la plus grande marque d’estime que l’on puisse donner à quelqu’un, c’est de vouloir lui ressembler. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore les honorer que de demander leur avis, et surtout de le suivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les honorons enfin, si nous avons soin de subvenir à leurs besoins, en leur procurant ce que réclament la nourriture et l’entretien. C’est ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même nous enseigne, quand II reproche aux Pharisiens leur impiété.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi vous-mêmes, leur dit-Il, violez-vous le Commandement de Dieu, pour suivre votre tradition&amp;amp;nbsp;? Car Dieu a dit: honorez votre père et votre mère: celui qui maudira son père et sa mère sera puni de mort. Mais vous, vous dites: quiconque dira à son père ou à sa mère: toute offrande que je présenterai, vous servira&amp;amp;nbsp;; celui-là n’honorera pas son père et sa mère&amp;amp;nbsp;; et vous avez rendu vain le Commandement de Dieu à cause de votre tradition.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accomplir nos devoirs envers nos pères et mères est pour nous une obligation de tous les instants, mais surtout dans leurs maladies graves et dangereuses. C’est alors que nous devons faire le nécessaire pour qu’ils ne soient point privés de la Confession et des autres Sacrements que les Chrétiens sont tenus de recevoir aux approches de la mort. Il faut aussi veiller de très près à ce qu’ils reçoivent fréquemment la visite d’hommes pieux et craignant Dieu, capables de les fortifier s’ils sont faibles et de les aider de leurs conseils, et s’ils sont déjà bien disposés, d’élever de plus en plus leur âme par l’espérance de l’immortalité, afin que, entièrement détachés des choses humaines, ils se confient uniquement à Dieu. Ainsi fortifiés et comme environnés de ce magnifique cortège des vertus de Foi, de Charité et de Religion, non seulement ils ne craindront pas la mort puisqu’elle est inévitable, mais même ils la désireront puisqu’elle ouvre directement l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dernier lieu, nous honorons encore nos parents après leur mort, en leur faisant des funérailles dignes d’eux, en leur donnant une sépulture convenable, en faisant célébrer pour eux des Sacrifices anniversaires, et en exécutant avec fidélité leurs dernières volontés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — QUI SONT CEUX QUE L’ON DOIT ENCORE HONORER AVEC LES PARENTS, ET COMMENT ? ====&lt;br /&gt;
Ce n’est pas seulement envers ceux qui nous ont transmis la vie naturelle que nous sommes redevables des devoirs dont nous venons de parler, c’est aussi envers ceux qui portent le nom de pères, c’est-à-dire les Évêques, les Prêtres, les rois, les princes, les magistrats, les tuteurs, les curateurs, les maîtres, les précepteurs, les vieillards et autres semblables. tous méritent de ressentir les effets, de notre charité, de notre obéissance et de nos efforts, mais pas au même degré. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici ce qui est écrit des Évêques et des Prêtres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que les Prêtres qui gouvernent bien soient doublement honorés, principalement ceux qui travaillent à prêcher et à instruire''.&amp;amp;nbsp;» Et quelles marques d’affection profonde les Galates ne donnèrent-ils pas à l’Apôtre Saint Paul, pour qu’il pût rendre à leur bienveillance ce témoignage incroyable&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Oui, je l’atteste, vous étiez prêts alors, si la chose eût été possible, à vous arracher les yeux pour me les donner&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut aussi fournir aux Prêtres les choses qui leur sont nécessaires pour vivre. « Quel est le soldat, demande l’Apôtre, , qui fait la guerre à ses dépens&amp;amp;nbsp;? » et n’est-il pas écrit dans l’Ecclésiastique&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Honorez les Prêtres purifiez-vous par les oblations présentées de vos mains, donnez-leur la part des prémices et des hosties d’expiation, comme il a été ordonné.&amp;amp;nbsp;''» L’Apôtre enseigne qu’il faut aussi leur obéir.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Obéissez, ''dit-il, ''à vos conducteurs et soyez-leur soumis, car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte.&amp;amp;nbsp;''» Bien plus, Notre-Seigneur Jésus-Christ commande d’obéir même aux mauvais Prêtres, lorsqu’il dit, en parlant des Scribes et des Pharisiens&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ils sont assis sur la chaire de Moise&amp;amp;nbsp;; en conséquence, faites tout ce qu’ils vous ordonnent, mais ne faites point ce qu’ils font&amp;amp;nbsp;; car ils disent ce qu’il faut faire et ne le font point.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en faut dire autant des rois, des princes, des magistrats et de tous ceux à qui nous devons être soumis. L’Apôtre Saint Paul, dans son Epître aux Romains,&amp;amp;nbsp; s’étend longuement sur l’honneur, les égards et le respect qui leur sont dus. Ailleurs,&amp;amp;nbsp; il nous avertit que nous devons prier pour eux. Saint Pierre nous dit à son tour:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Soyez soumis, pour l’amour de Dieu, à toute créature revêtue du pouvoir, soit au roi comme au souverain, soit au gouverneur, comme étant envoyé par lui.''&amp;amp;nbsp;» — Car si nous leur rendons honneur, c’est à Dieu que cet honneur s’adresse. Les dignités humaines, si hautes qu’elles soient, n’obtiennent nos respects et nos hommages, qu’autant que nous voyons en elles l’image de la puissance même de Dieu. Et en agissant ainsi, nous vénérons en même temps la divine Providence qui confie à quelques hommes la charge des fonctions publiques, et qui se sert d’eux comme d’autant de ministres qui tiennent d’Elle leur pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il se rencontre parfois des magistrats indignes, ce n’est ni leur perversité, ni leur malice que nous honorons, mais l’autorité divine qui est en eux. Et même, ce qui paraîtra peut-être incroyable, les inimitiés, les colères, les haines implacables qu’ils peuvent nourrir dans leur cœur contre nous, ne sont point des raisons suffisantes pour nous dispenser de nos devoirs envers eux. David ne rendit-il point les plus grand services à Saül, quoique celui-ci fût son plus cruel ennemi&amp;amp;nbsp;? C’est ce qu’il nous rappelle lui-même par ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’étais pacifique avec ceux qui haïssent la paix.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, s’ils avaient le malheur d’ordonner quelque chose de mauvais ou d’injuste, comme alors ils n’agiraient plus de par cette autorité légitime qu’ils ont reçue de Dieu, mais en suivant leurs sentiments injustes et pervers, nous ne serions obligés en aucune façon de leur obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le Pasteur aura exposé successivement les différents points que nous venons de traiter, il ne manquera pas de faire remarquer combien est belle et convenable la récompense réservée à ceux qui observent ce quatrième Commandement de Dieu. Or le premier fruit de leur obéissance, c’est une longue vie. On mérite en effet de jouir très longtemps d’un bienfait dont on garde fidèlement la mémoire. Ceux donc qui honorent leurs parents et qui leur témoignent une vive reconnaissance pour le bienfait de la vie et de la lumière, ont droit à jouir de la vie jusqu’à la plus grande vieillesse. Mais cette promesse divine veut être expliquée plus au long. Il faut savoir qu’elle n’a pas seulement pour objet la Vie Éternelle et bienheureuse, mais encore cette vie que nous avons à passer sur la terre. Saint Paul exprime très bien cette vérité quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La piété est utile à tout: elle a les promesses de la vie présente et celles de la vie future.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu’on veuille bien le croire, cette récompense n’est ni vile, ni méprisable, encore que de très saints personnages comme Job , David , et Saint Paul&amp;amp;nbsp; aient désiré la mort, et qu’il soit peu agréable de voir sa vie se prolonger, quand on est accablé de chagrin et de misère. Car ces paroles qui accompagnent la promesse divine&amp;amp;nbsp;: ''Que le Seigneur voire Dieu vous donnera'', n’assurent pas seulement la longueur de la vie mais encore le repos, la tranquillité, la santé nécessaires pour vivre heureusement. Aussi bien le Deutéronome ne dit pas seulement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''afin que vous viviez longtemps,''&amp;amp;nbsp;» il ajoute: «&amp;amp;nbsp;''afin que vous soyez heureux sur la terre''.&amp;amp;nbsp;» Et l’Apôtre, plus tard,&amp;amp;nbsp; redit la même chose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu accorde ces biens à ceux dont Il veut récompenser la piété, autrement Il ne serait ni fidèle ni constant dans ses promesses&amp;amp;nbsp;; puisqu’il arrive quelquefois que les enfants qui se distinguent le plus par leur piété filiale, ne jouissent pas pour cela d’une longue existence. Si Dieu le permet ainsi, c’est à coup sûr pour leur plus grand bien. Ils sortent de la vie, avant d’avoir abandonné le chemin de la vertu et du devoir . «&amp;amp;nbsp;''Ils sont enlevés, ''disent nos Saints Livres, ''de peur que la malice ne corrompe leur esprit, et que l’illusion ne séduise leur âme.''&amp;amp;nbsp;» Ou bien encore parce que, au moment où la ruine et le bouleversement de toutes choses menacent le monde, ils sont dégagés des liens du corps pour échapper aux calamités publiques. ''Le juste'', dit le Prophète , «&amp;amp;nbsp;''a été soustrait à la malice des hommes'',&amp;amp;nbsp;» de peur que son innocence et son salut même ne fussent en danger, lorsque Dieu par ses châtiments punirait les crimes des hommes&amp;amp;nbsp;; ou enfin, pour leur épargner dans les temps de grande désolation, les douleurs, les deuils et les amertumes que nous cause la mort de nos amis et de nos proches. C’est la raison pour laquelle nous devons être saisis de crainte lorsque Dieu rappelle à Lui les gens de bien par une mort prématurée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — CHATIMENT RÉSERVÉ A CEUX QUI VIOLENT LE QUATRIÈME PRÉCEPTE.  ====&lt;br /&gt;
Mais si Dieu promet une récompense et des avantages aux enfants qui sont reconnaissants envers leurs parents, il réserve des peines terribles aux fils ingrats et dénaturés. Il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui aura maudit son père ou sa mère sera puni de mort&amp;amp;nbsp;; ''et&amp;amp;nbsp; ''celui qui afflige son père et chasse sa mère est un misérable et un infâme&amp;amp;nbsp;;'' puis encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui maudit son père ou sa mère, verra sa lampe s’éteindre au milieu des ténèbres''.&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp; ''que l’œil qui insulte à son père, et qui tourne en dérision l’enfantement de sa mère, soit arraché par les corbeaux des torrents °t dévoré par les fils de l’aigle.''&amp;amp;nbsp;» nous voyons dans l’Écriture que souvent la colère de Dieu s’est appesantie sur les enfants qui avaient outragé leurs parents. David ne reste point sans vengeance. Son fils révolté Absalon meurt percé de trois coups de lance: juste punition de son crime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même il est écrit de ceux qui n’obéissent point aux Prêtres : «&amp;amp;nbsp;Celui qui s’enorgueillira, ne voulant point obéir au commandement du Prêtre qui en ce temps-là sera ministre du Seigneur notre Dieu, ni d la sentence du juge&amp;amp;nbsp;; celui-là mourra.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DEVOIRS DES PARENTS ET DES SUPÉRIEURS ENVERS LEURS ENFANTS ET LEURS INFÉRIEURS.  ====&lt;br /&gt;
Si la Loi divine ordonne aux enfants d’honorer leurs parents, de leur obéir, de les respecter, elle fait aussi aux parents une obligation et une charge spéciale d’élever leurs enfants dans des principes parfaits et des mœurs pures, de leur donner d’excellentes règles de conduite, de les habituer à la pratique des devoirs de la Religion, et de leur inspirer pour Dieu un profond et inviolable respect. Ainsi, nous dit l’Écriture, firent les parents de la chaste Suzanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le Pasteur ait donc soin de rappeler aux pères et mères qu’ils sont obligés de donner à leurs enfants des leçons de vertu, de justice, de continence, de modestie et de sainteté. Ils doivent surtout éviter trois défauts, qui ne sont que trop communs&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier, de les traiter trop durement, soit en paroles, soit en actions. Saint Paul, dans son Epître aux Colossiens ne dit-il pas : «&amp;amp;nbsp;''Vous, pères, ne provoquez point vos enfants à la colère, de peur qu’ils ne tombent dans l’abattement.''&amp;amp;nbsp;» Car s’ils craignent tout, ils sont en grand danger de perdre tout courage. Le Pasteur leur recommandera donc d’éviter une trop grande sévérité, et de corriger leurs enfants plutôt que de s’en venger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second défaut, d’user d’une molle indulgence, quand les enfants ont commis quelque faute, et qu’il faudrait les réprimander et sévir contre eux. Il arrive souvent que la trop grande douceur, et la trop grande facilité des parents dépravent les enfants. Pour les détourner de cette indulgence mauvaise, le Pasteur n’hésitera pas à leur citer l’exemple du grand prêtre Héli qui, pour avoir été trop bon envers ses fils, fut frappé par Dieu du dernier châtiment . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième enfin, et c’est le plus honteux, de se proposer dans l’éducation et l’instruction de leurs enfants des desseins condamnables, comme le font, hélas&amp;amp;nbsp;! un trop grand nombre de parents, qui n’ont d’autre pensée et d’autre soin que celui de laisser à leurs enfants des richesses, de l’argent, un vaste et magnifique patrimoine. Ils ne les forment point à la religion, à la piété, pas même à l’exercice d’un emploi honorable, mais au contraire à l’avarice et à l’augmentation de leur fortune, peu jaloux de la considération et du salut de leurs enfants, pourvu qu’ils soient riches et opulents. Peut-on dire, peut-on imaginer rien de plus déplorable&amp;amp;nbsp;? C’est ainsi qu’ils en font plutôt les héritiers de leurs crimes et de leurs désordres que de leur opulence&amp;amp;nbsp;; et au lieu de les guider vers le ciel, ils les entraînent aux supplices éternels de l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le Prêtre donc fasse entendre aux parents les meilleures instructions&amp;amp;nbsp;! qu’il les excite à imiter le saint homme Tobie et ses vertus, afin qu’ayant formé leurs enfants comme il convient au service de Dieu et à la sainteté, ils en recueillent à leur tour les fruits les plus abondants d’amour, de respect et d’obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-troisième — Du cinquième Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE TUEREZ POINT. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand bonheur promis aux pacifiques, ''puisqu’ils seront appelés enfants de Dieu'' , est pour les pasteurs un motif bien puissant de faire connaître ce Commandement aux Fidèles avec tout le soin et toute la clarté possibles. Car pour établir la concorde entre les hommes, il n’est pas de moyen plus efficace que de les amener tous, par une explication parfaite, à l’observer religieusement comme ils le doivent. Alors il sera permis d’espérer que vivant dans une conformité parfaite de sentiments, ils s’appliqueront à entretenir au milieu d’eux l’union et la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui montre encore combien il est nécessaire d’insister sur ce précepte, c’est qu’aussitôt après le déluge, la première et l’unique défense que Dieu fit aux hommes fut la transgression de ce Commandement : «&amp;amp;nbsp;''Je demanderai compte de votre sang à quiconque l’aura versé, soit l’homme, soit la bête''.&amp;amp;nbsp;» Et dans l’Évangile, lorsque Notre-Seigneur rappelle les Commandements de la Loi de Moise, le premier qu’Il explique, nous dit Saint Matthieu, est précisément celui-ci : «&amp;amp;nbsp;''Il a été dit aux anciens: vous ne tuerez point''&amp;amp;nbsp;», et le reste qui est rapporté au même endroit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De leur côté les Fidèles doivent écouter avec attention et empressement ce qu’on leur dit de ce précepte, puisqu’il est fait pour protéger la vie de chacun de nous en particulier et que ces paroles: Vous ne tuerez point, défendent absolument l’homicide. Ainsi donc chaque homme doit recevoir ce Commandement avec autant de joie que si Dieu lui défendait, sous les peines et les menaces les plus terribles, d’attenter à sa propre vie. Mais si nous devons aimer à entendre parler de ce précepte nous devons aimer également à éviter le mal qu’il défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En expliquant Lui-même cette Loi, Notre-Seigneur Jésus-Christ a montré qu’elle renferme deux choses: l’une qui nous est défendue, c’est de tuer&amp;amp;nbsp;; l’autre qui nous est commandée, c’est d’avoir une charité et un amour sincères pour nos ennemis, de vivre en paix avec tout le monde, et de supporter patiemment toutes les souffrances de la vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QUELS SONT LES MEURTRES QUI NE SONT POINT ICI DÉFENDUS.  ====&lt;br /&gt;
Dans la partie du précepte qui défend le meurtre, il faut d’abord faire remarquer aux Fidèles qu’il y a des meurtres qui ne sont point compris dans cette défense. Ainsi il n’est pas défendu de tuer les bêtes&amp;amp;nbsp;; puisque Dieu nous a permis de nous en nourrir, Il nous a permis par là -même de les tuer. Ce qui a fait dire à Saint Augustin &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Lorsque nous lisons ces paroles: Vous ne tuerez point, cela ne peut s’entendre des arbres qui n’ont aucune sensibilité, ni des animaux sans raison, parce qu’ils ne nous sont unis par aucun lien social.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est une autre espèce de meurtre qui est également permise, ce sont les homicides ordonnés par les magistrats qui ont droit de vie et de mort pour sévir contre les criminels que les tribunaux condamnent, et pour protéger les innocents. Quand donc ils remplissent leurs fonctions avec équité, non seulement ils ne sont point coupables de meurtre, mais au contraire ils observent très fidèlement la Loi de Dieu qui le défend. Le but de cette Loi est en effet de veiller à la conservation de la vie des hommes, par conséquent les châtiments infligés par les magistrats, qui sont les vengeurs légitimes du crime, ne tendent qu’à mettre notre vie en sûreté, en réprimant l’audace et l’injustice par les supplices. C’est ce qui faisait dire à David : «&amp;amp;nbsp;''Dés le matin je songeais à exterminer tous les coupables, pour retrancher de la cité de Dieu les artisans d’iniquité.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, ceux qui, dans une guerre juste, ôtent la vie à leurs ennemis, ne sont point coupables d’homicide, pourvu qu’ils n’obéissent point à la cupidité et à la cruauté, mais qu’ils ne cherchent que le bien public. Les meurtres qui se font par la volonté formelle de Dieu ne sont point non plus des péchés. Les enfants de Lévi qui firent périr en un seul jour tant de milliers d’hommes ne commirent aucune faute. Après le massacre, Moïse leur dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous avez aujourd’hui consacré vos mains au Seigneur.&amp;amp;nbsp;''» Celui qui involontairement et sans préméditation donne la mort à quelqu’un, n’est pas coupable non plus. Voici ce que le Deutéronome dit à ce sujet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui, sans y penser, aura frappé un autre avec lequel il n’aura point eu de dispute les deux jours précédents, et qui étant allé avec lui dans une forêt simplement pour y couper du bois, lui aura donné un coup et l’aura tué avec sa cognée qui lui aura échappé des mains, ou qui a quitté son manche, ne sera point coupable de la mort de cet homme''.&amp;amp;nbsp;» Ces sortes de meurtres ne sont ni volontaires ni commis à dessein, ils ne sauraient donc être mis au nombre des péchés. C’est ce que nous confirme Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si contre notre volonté, ''dit-il, ''il arrive du mal des actions que nous faisons licitement et pour le bien, ce mal ne doit pas nous être imputé.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois il est deux cas où nous pouvons être coupables d’homicide, sans qu’il y ait eu préméditation de notre part&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, si quelqu’un vient à tuer son semblable, en faisant une action injuste&amp;amp;nbsp;; par exemple, en frappant une femme enceinte à coups de pied, ou à coups de poing, de manière à causer la mort de son enfant&amp;amp;nbsp;; sans doute il n’est pas volontairement cause de cette mort, mais il en est coupable, par la raison qu’il lui est absolument défendu de frapper une femme enceinte. En second lieu, si on donne la mort à quelqu’un par imprudence, et faute d’avoir pris les précautions et les soins nécessaires, pour éviter un tel malheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même encore, celui qui en défendant sa propre vie tue son agresseur, malgré les précautions qu’il prend pour ne le point frapper mortellement, n’est nullement coupable d’homicide. tous ces meurtres dont nous venons de parler ne tombent point sous les prescriptions de la Loi. Mais les autres sont absolument défendus, soit qu’on les considère du côté de celui qui donne la mort, ou du côté de celui qui la reçoit, ou enfin selon les différentes manières dont l’homicide peut être commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — MEURTRES DÉFENDUS.  ====&lt;br /&gt;
Et d’abord la loi défend le meurtre à tout le monde. Elle n’excepte personne&amp;amp;nbsp;; ni riches, ni pauvres, ni puissants, ni maîtres, ni parents. Elle ne fait aucune distinction. Défense à tous de tuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Défense de tuer qui que ce soit&amp;amp;nbsp;! La Loi s’étend à tous. Il n’est personne, quelle que soit la bassesse de sa condition, qui ne soit protégé par elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, défense de se tuer soi-même. nul n’a assez de pouvoir sur sa propre vie, pour se donner la mort quand il lui plaît. C’est pour cela que la Loi ne dit pas: v''ous ne tuerez point les autres'', mais simplement: ''vous ne tuerez point''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si maintenant nous examinons les différentes manières de commettre un meurtre, il n’en est point qui ne soit interdite par ce précepte. non seulement il n’est permis à personne d’ôter la vie à son semblable de ses propres mains, ou avec le fer, la pierre, le bâton, le lacet ou le poison, mais il est encore défendu d’y contribuer de ses conseils, de ses moyens, de son secours ou de quelque manière que ce soit. C’est pourquoi les Juifs firent preuve d’un aveuglement bien étrange, en s’imaginant qu’ils observaient ce précepte, pourvu seulement qu’ils n’eussent pas commis le meurtre de leurs mains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — AUTRES CHOSES DÉFENDUES PAR CE PRÉCEPTE.  ====&lt;br /&gt;
Un Chrétien qui sait, par l’interprétation de notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, que la Loi dont nous parlons est spirituelle, c’est-à-dire qu’elle nous ordonne d’avoir non seulement les mains pures, mais encore le cœur droit et irréprochable, ce Chrétien, disons-nous, ne peut se contenter de ce que les Juifs regardaient comme surabondant. Ainsi, d’après l’enseignement de l’Évangile, nous n’avons même pas le droit de nous mettre en colère contre notre frère. Notre-Seigneur ne dit-il pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mais Moi Je vous le dis, quiconque se met en colère contre son frère, sera condamné par le jugement&amp;amp;nbsp;; celui qui dira à son frère: Raca, sera condamné par le conseil&amp;amp;nbsp;; et celui qui l’appellera fou, méritera d’être condamné au feu éternel de l’enfer.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles nous montrent clairement que celui qui se met en colère contre son frère, même s’il tient sa colère renfermée dans son cœur, ne laisse pas d’être coupable&amp;amp;nbsp;; que celui qui la fait éclater au dehors d’une manière quelconque, commet un péché grave, et son péché est bien plus grave encore s’il ne craint pas de traiter son frère avec dureté, et de le charger d’injures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci est vrai, lorsque nous nous mettons en colère sans raison. Mais il y a une colère légitime et selon Dieu c’est celle qui nous fait réprimander, quand elles sont en faute, les personnes placées sous nos ordres et qui nous doivent obéissance. La colère du Chrétien ne procède point des sens, ni des émotions de la passion, elle vient du Saint-Esprit, dont nous sommes les temples, et il faut que Jésus-Christ habite dans ces temples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore beaucoup d’autres choses que notre Seigneur nous a recommandées, et qui tiennent à l’observation parfaite de ce Commandement. Par exemple:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne résistez pas à ceux qui vous maltraitent. Si quelqu’un vous a frappé sur la joue droite, présentez-lui encore l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre vous pour vous prendre votre tunique, abandonnez-lui encore votre manteau. Et si quelqu’un vous force de faire mille pas avec lui, faites-en deux mille.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tout ce que nous venons de dire il est aisé de conclure combien les hommes sont enclins aux péchés défendus par ce Commandement, et par conséquent combien il s’en trouve, hélas&amp;amp;nbsp;! qui sont homicides, non de la main, mais du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — MOYENS D’ÉVITER LES FAUTES CONTRAIRES AU CINQUIÈME COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
L’écriture ne manque pas de remèdes à opposer à un mal si funeste. Le devoir du Pasteur sera donc de les indiquer soigneusement aux Fidèles. Or, le remède le plus efficace est de leur faire comprendre combien l’homicide est un crime énorme&amp;amp;nbsp;; et cette vérité peut se prouver par plusieurs passages très importants de nos Saints Livres, où nous voyons Dieu détester tellement l’homicide qu’il nous assure qu’Il vengera la mort de l’homme sur les bêtes, et qu’Il ordonne de tuer l’animal qui aura seulement blessé un homme. Et si Dieu a voulu inspirer à l’homme tant d’horreur du sang, c’est uniquement pour le détourner par tous les moyens du crime affreux de l’homicide, et en préserver autant son cœur que ses mains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les homicides sont les ennemis les plus acharnés du genre humain et même de la nature&amp;amp;nbsp;; car ils détruisent, autant qu’il est en eux, l’œuvre de Dieu, en détruisant l’homme pour lequel Il nous atteste qu’Il a fait toutes choses. Il y a plus: comme il est défendu dans la Genèse de tuer l’homme, parce que Dieu l’a créé à son image et à sa ressemblance, celui-là Lui fait une injure insigne, qui porte pour ainsi dire sur Lui une main criminelle, en faisant disparaître son image du milieu du monde. C’est en méditant devant Dieu cette triste vérité que David se plaint si amèrement des hommes sanguinaires.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Leurs pieds,'' dit-il, ''sont agiles pour répandre le sang.&amp;amp;nbsp;''» Il ne dit pas simplement: ''ils tuent'', mais: ''ils répandent le sang''. Or il emploie ces mots pour faire ressortir davantage l’énormité de cet abominable crime et la cruauté insensée de ceux qui le commettent. De même encore pour montrer avec quelle précipitation ils sont poussés au mal par une sorte de violence diabolique, il dit: ''leurs pieds sont agiles''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — CE QUI EST COMMANDÉ PAR CE PRÉCEPTE.  ====&lt;br /&gt;
Cette deuxième partie du précepte ne défend pas&amp;amp;nbsp;; elle commande. Et ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ exige de nous, c’est que nous vivions en paix avec tout le monde. Voici d’ailleurs comme Il explique ce commandement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si lorsque vous présentez votre offrande à l’Autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose sur le cœur contre vous, laissez là votre offrande devant l’Autel et allez d’abord vous réconcilier avec votre frère, puis vous viendrez faire votre offrande.&amp;amp;nbsp;''» Le Pasteur aura soin d’expliquer ces paroles de manière à faire comprendre que notre Charité doit s’étendre à tous les hommes sans exception. Et il multipliera ses exhortations pour porter les Fidèles à cette grande vertu de l’amour du prochain si visiblement contenue dans ce précepte. En effet, la haine y étant clairement défendue, puisque «&amp;amp;nbsp;''celui qui hait son frère est homicide,''&amp;amp;nbsp;» il s’ensuit nécessairement que l’amour et la charité envers le prochain y sont commandés. Ce n’est pas tout, car en même temps que ce précepte nous fait un devoir de la Charité universelle, il nous ordonne également toutes les obligations et toutes les ''œuvr''es qui en sont une suite naturelle. Ainsi, «&amp;amp;nbsp;''la Charité est patiente''&amp;amp;nbsp;», dit Saint Paul , donc la patience nous est commandée, cette patience dans laquelle Notre-Seigneur nous assure que nous ''posséderons nos âmes''.&amp;amp;nbsp; Il en est de même de la bienfaisance, qui est l’amie et la compagne de la Charité, car ''la Charité est bienfaisante'' . Or la bienfaisance et la bonté vont très loin. Ce sont elles principalement qui font que nous soulageons les pauvres en ce qui leur est nécessaire, que nous donnons à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, des vêtements à ceux qui sont nus, en un mot que nos libéralités sont d’autant plus grandes que nous constatons des besoins plus étendus. tous ces actes de bonté et de bienfaisance, déjà très beaux et très méritoires par eux-mêmes, le deviennent bien davantage encore, lorsque nous les exerçons envers des ennemis. Car notre Sauveur nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Paul ajoute:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si votre ennemi a faim, donnez-lui d manger&amp;amp;nbsp;; s’il a soif, donnez-lui à boire&amp;amp;nbsp;; en agissant ainsi vous amasserez des charbons de feu sur sa tête. ne vous laissez point vaincre par le mal, mais cherchez à vaincre le mal par le bien.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous considérons enfin la loi de la Charité, toujours par rapport à la bienveillance, nous n’aurons pas de peine à comprendre qu’elle nous oblige à pratiquer en toutes choses la douceur, la retenue, la réserve et toutes les autres vertus de ce genre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le devoir qui l’emporte, et de beaucoup, sur tous les autres, le devoir de Charité par excellence, celui auquel nous devons nous exercer le plus, c’est de remettre et de pardonner d’un bon cœur les injures qu’on nous a faites. Pour nous amener à la pratique de cette vertu, la Sainte Écriture, comme nous l’avons dit plus haut, multiplie les recommandations et les exhortations. non seulement elle appelle heureux ceux qui pardonnent en toute sincérité, mais elle leur promet de la part de Dieu la rémission de leurs péchés&amp;amp;nbsp;; tandis que cette rémission est refusée à ceux qui négligent ou refusent de remplir ce devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme le désir de la vengeance est pour ainsi dire inné dans le cœur de l’homme, le Pasteur mettra tous ses soins, non seulement à rappeler aux Fidèles qu’ils doivent oublier et pardonner les injures, mais encore à faire en sorte de le leur persuader. Et comme les Saints Pères ont beaucoup parlé de cette matière, il ne manquera pas de les consulter, pour vaincre l’opiniâtreté de ceux qui veulent s’obstiner et s’endurcir dans la résolution de se venger. Il devra tenir toujours prêts les arguments si concluants que leur piété leur a suggérés, et qu’ils ont si bien appropriés à la question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pourra se servir utilement des trois considérations suivantes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord il importe grandement de bien persuader à celui qui se croit offensé que l’auteur principal de l’injure ou du dommage qu’il a reçu, n’est pas celui sur lequel il désire se venger. C’est ainsi que l’avait compris Job, cet homme admirable qui, accablé des traitements les plus cruels par les Sabéens, les Chaldéens et le démon, ne tient d’eux aucun compte, mais se contente, en homme droit et vraiment pieux, de prononcer ces paroles, si dignes de sa vertu et de sa Foi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur m’avait tout donné, le Seigneur m’a tout ôté.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De te&amp;amp;nbsp;!les paroles et un tel exemple de patience sont bien propres à convaincre les Chrétiens que tout ce que nous souffrons en cette vie vient de Dieu, Père et Auteur de toute justice et de toute miséricorde. Et sa bonté pour nous est si grande qu’Il ne nous punit point comme des ennemis, mais qu’Il nous corrige et nous châtie comme ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de fait, si nous voulons y réfléchir, nous devons reconnaître que les hommes, dans les maux que nous souffrons, ne sont que les ministres et les exécuteurs de la justice divine. On peut en venir à concevoir contre quelqu’un une haine criminelle, et même lui souhaiter le plus grand mal, mais on ne peut lui nuire qu’avec la permission de Dieu. Voilà pourquoi Joseph supporta patiemment les traitements impies de ses frères, et David les injures de Séméi. Il est encore un raisonnement qui s’applique très bien à notre sujet, c’est celui de Saint Jean Chrysostome, et qu’il a développé avec tant de bonheur et d’habileté. «&amp;amp;nbsp;''Personne, dit-il, n’éprouve de mal que celui qu’il se fait à lui-même. Car ceux qui croient avoir été traités d’une manière injurieuse n’auront pas de peine à comprendre, s’ils y pensent en toute sincérité, qu’ils n’ont reçu des autres aucune injure, aucun dommage pour leur âme, encore qu’on leur ait fait quelques maux qui sont purement extérieurs. Au contraire, ils se font à eux-mêmes le plus grand mal, quand ils souillent leur âme par la haine, la cupidité et la jalousie.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il y a deux grands avantages pour ceux qui en vue de plaire à Dieu pardonnent volontiers les Injures qu’on leur a faites. Le premier, c’est le pardon de nos fautes que Dieu nous a promis, si nous pardonnons celles des autres envers nous: d’où il est aisé de conclure combien cet acte de Charité lui est agréable. Le second, c’est que nous nous élevons à un nouveau degré de dignité et de perfection, car en pardonnant nous devenons en quelque sorte semblables à Dieu, ''qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les pécheurs comme sur les justes''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut avoir soin de bien montrer les inconvénients qui nous attendent, si nous ne voulons point pardonner les injures que nous avons reçues. Le Pasteur représentera donc à ceux qui ne peuvent se déterminer à pardonner à leurs ennemis, que la haine n’est pas seulement un péché grave, mais encore un péché qui tire de sa durée même une gravité sans cesse croissante. Car celui qui a le malheur de nourrir cette passion dans son âme, a soif en quelque sorte du sang de son ennemi. Il passera, en vue de sa vengeance, ses jours et ses nuits à rouler dans son esprit quelque projet mauvais, toujours occupé de, pensées de meurtre et de choses détestables. C’est pourquoi il devient impossible, ou du moins très difficile de l’amener à pardonner, en tout ou en partie, les injures qu’il a reçues. Aussi on a comparé très justement la haine à une plaie dans laquelle le trait reste enfoncé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore beaucoup d’autres inconvénients et de péchés dont la haine devient pour ainsi dire le lien et le centre. C’est ce qui a fait dire à Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui hait son frère est dans les ténèbres, et il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres l’ont aveuglé.&amp;amp;nbsp;''» Par conséquent, il est condamné à des chutes fréquentes&amp;amp;nbsp;; car comment approuver les paroles ou les actes de quelqu’un qu’on déteste&amp;amp;nbsp;? De là des jugements téméraires et injustes, des colères, des jalousies, des médisances et autres péchés semblables, qui n’épargnent pas même — cela ne se voit que trop souvent — ceux qui sont unis par les liens du sang ou de l’amitié. C’est ainsi qu’un seul péché en engendre beaucoup d’autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et certes, ce n’est pas sans motif que ce péché de la haine est appelé ''péché diabolique'', puisque&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le diable est homicide dès le commencement&amp;amp;nbsp;''» Voilà pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ, voyant que les Pharisiens voulaient Le faire mourir, leur disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le démon est votre père, et vous êtes de lui.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre ce que nous venons de dire et toutes les raisons que nous avons apportées pour faire détester ce crime, nos Saints Livres nous proposent encore contre lui plusieurs remèdes d’une grande efficacité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier, et le meilleur de tous, est l’exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que nous devons faire en sorte d’imiter. Lui qui ne pouvait pas même être soupçonné du moindre péché, Lui, (l’innocence même), après avoir été indignement battu de verges, couronné d’épines et cloué à une croix, laisse tomber de ses lèvres cette prière si pleine de Charité:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font,''&amp;amp;nbsp;» bien que&amp;amp;nbsp; ''son sang répandu parlât déjà, au témoignage de l’Apôtre, plus éloquemment que celui d’Abel. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ecclésiastique nous propose un autre remède. C’est la pensée de la mort et du jugement.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Souvenez-vous de vos fins dernières, ''dit-il, ''et jamais vous ne pécherez.''&amp;amp;nbsp;» En d’autres termes, pensez souvent, ou mieux ayez sans cesse dans la pensée que vous devez mourir bientôt. Et comme alors il sera très désirable et même très nécessaire pour vous d’obtenir la très grande miséricorde de Dieu, vous devez dès maintenant et toujours vous remettre sous les yeux cette miséricorde dont vous avez tant besoin. C’est le moyen d’éteindre dans votre âme ce feu infernal de la haine et de la vengeance. Rien n’est plus propre en effet à vous faire obtenir la divine miséricorde que l’oubli des injures et l’amour de ceux qui vous ont offensé, vous ou les vôtres, soit en paroles, soit en actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-quatrième — Du sixième Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE SEREZ POINT ADULTÈRES.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lien qui unit le mari et la femme est très étroit. Partant, rien ne peut leur être plus agréable que de se sentir aimés l’un de l’autre d’un amour tendre et loyal. Au contraire, rien ne saurait leur être plus pénible que de voir cet amour, qu’ils se doivent et qui est si légitime, s’en aller honteusement vers d’autres. Il était donc juste et absolument dans l’ordre qu’après la Loi qui protège la vie de l’homme contre le meurtre. Dieu plaçât immédiatement celle qui défend l’adultère, afin que personne n’osât violer ou détruire cette union si sainte et si honorable du Mariage, ce foyer si ardent de Charité et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en traitant cette matière, le Pasteur ne devra manquer ni de circonspection ni de prudence. Il traitera ce sujet avec la réserve la plus mesurée. n’est-il pas à craindre en effet qu’en voulant expliquer longuement et en détail les différentes manières de transgresser ce précepte, il ne vienne à dire des choses qui pourraient troubler les âmes délicates au lieu de les éclairer&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, ce Commandement est très étendu et fort complexe. Et pourtant le Pasteur ne doit rien passer sous silence. Chaque chose doit venir à sa place. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se divise en deux parties, l’une qui défend formellement l’adultère, l’autre qui nous commande implicitement la chasteté de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commençons d’abord par ce qui est défendu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE L’ADULTÈRE.  ====&lt;br /&gt;
L’adultère est la violation du droit le plus sacré qui unit par serment inviolable les Époux l’un à l’autre. L’Époux qui manquerait de fidélité à son Épouse commettrait une faute très grave&amp;amp;nbsp;; quiconque libre pécherait avec une personne non libre, se rendrait gravement coupable aux yeux de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Saint Ambroise et Saint Augustin, ce Commandement porté contre l’adultère s’étend à tout ce qui est déshonnête et impur. Et nos Saints Livres, ceux de l’Ancien, comme ceux du nouveau testament, ne nous permettent pas d’être d’un avis différent. Ainsi, outre l’adultère, d’autres genres de libertinage sont encore punis dans Moise. La Genèse nous rapporte un jugement de Juda contre sa belle-fille , et le Deutéronome défend positivement qu’aucune des filles d’Israël ne se livre au mal . Tobie faisait cette exhortation à son fils : «&amp;amp;nbsp;''Gardez-vous, ô mon fils, de toute impudicité''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et l’Ecclésiastique nous dit : «&amp;amp;nbsp;''Rougissez de jeter les yeux sur une femme de mauvaise vie.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’Évangile, Notre-Seigneur Jésus-Christ nous assure&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que du cœur sortent les adultères et les intentions mauvaises qui rendent l’homme coupable.''&amp;amp;nbsp;» Quant à Saint Paul, c’est dans une foule de passages, et dans les termes les plus sévères, qu’il flétrit ce péché. Ici il dit : «&amp;amp;nbsp;''La volonté de Dieu est que vous soyez saints et que vous évitiez l’impudicité''&amp;amp;nbsp;; là&amp;amp;nbsp; ''Fuyez ce vice''&amp;amp;nbsp;; ailleurs ''Evitez les impudiques''&amp;amp;nbsp;; puis&amp;amp;nbsp; Qu’''on n’entende pas même parler parmi vous de ce péché, ni d’impureté de quelque sorte, ni d’avarice''&amp;amp;nbsp;; puis encore : ''ni les impudiques, ni les adultères, ni les efféminés, ni les abominables ne seront héritiers du Royaume de Dieu''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale raison pour laquelle l’adultère est expressément défendu dans ce Commandement, c’est que, outre la turpitude qui lui est commune avec toutes les autres espèces d’impuretés, il est en même temps un acte d’injustice flagrante non seulement contre le prochain, mais même contre la société civile. Il est certain d’ailleurs que celui qui ne sait pas s’abstenir des autres péchés d’impureté sera bien vite entraîné jusqu’à l’adultère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc facile de comprendre qu’en défendant l’adultère, Dieu a défendu en même temps toute sorte d’impureté, capable de souiller le corps. De plus le libertinage intérieur du cœur est également défendu, car cette Loi est essentiellement spirituelle. nous en avons la preuve dans ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : «&amp;amp;nbsp;''Vous savez qu’il a été dit aux Anciens: vous ne serez point adultères&amp;amp;nbsp;; mais Moi Je vous dis que quiconque regarde une femme avec une intention mauvaise, a déjà commis t’adultère dans son cœur.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce qu’il nous a semblé que le Pasteur pouvait dire en public sur cette matière, en y ajoutant toutefois ce que le Saint Concile de Trente&amp;amp;nbsp; a décrété contre les adultères, et contre ceux qui s’exposent à vivre dans l’habitude du mal et des fréquentations mauvaises. Il laissera de côté toutes les autres variétés de péchés contre ce Commandement, pour n’en parler qu’en particulier, et encore, selon que les circonstances et la situation des personnes lui en feront un devoir:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reste à expliquer maintenant la partie du précepte qui commande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — CE QUI EST COMMANDÉ PAR LE SIXIÈME COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Il faut donc apprendre aux Fidèles et les exhorter très vivement à pratiquer avec tout le soin possible la vertu de pureté , «&amp;amp;nbsp;''à se purifier de tout ce qui souille la chair et l’esprit, poursuivant l’œuvre de leur sanctification dans la crainte de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Il faut surtout leur faire remarquer que, si la vertu de chasteté brille d’un éclat particulier dans ceux qui gardent religieusement l’excellente et divine vertu de virginité, elle peut aussi être pratiquée par ceux qui vivent dans le célibat, et même par les personnes mariées qui savent se conserver pures et innocentes de tous les excès défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Pères nous indiquent un grand nombre de remèdes pour nous apprendre à réprimer et à dompter nos passions. Le Pasteur ne manquera pas de les faire connaître aux Fidèles, en les expliquant avec tout le soin possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — REMÈDES CONTRE LES MAUVAISES PENSÉES.  ====&lt;br /&gt;
Ces remèdes sont de deux sortes: les uns sont du domaine de la pensée, les autres appartiennent à l’action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les remèdes qui procèdent de la pensée consistent principalement en ce que nous comprenions très bien tout ce qu’il y a de honteux et de pernicieux dans le péché d’impureté. Cette connaissance une fois acquise, il nous sera plus facile de le détester. Or ce qui nous fait sentir combien ce crime est funeste, c’est que ceux qui ont le malheur de le commettre, sont par le fait repoussés et exclus du Royaume de Dieu. Voilà bien le dernier de tous les maux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, ce malheur est commun à tous les péchés mortels, mais le péché dont nous parlons a cela de particulier que ceux qui s’en rendent coupables, pèchent contre leur propre corps. C’est l’enseignement de l’Apôtre. Il dit expressément : «&amp;amp;nbsp;''Fuyez l’impudicité&amp;amp;nbsp;; tous les autres péchés se commettent hors de nous&amp;amp;nbsp;; mais celui qui s’abandonne à l’impudicité pèche contre lui-même'',&amp;amp;nbsp;» c’est-à-dire qu’il se fait injure en profanant sa sainteté. Voilà pourquoi Saint Paul dit encore aux Thessaloniciens : «&amp;amp;nbsp;''La volonté de Dieu c’est que vous deveniez des Saints, et que vous évitiez l’impudicité, et que chacun de vous sache posséder son corps dans la sainteté et l’honnêteté, ne suivant point les entraînements de la passion, comme font les nations qui ignorent Dieu''.&amp;amp;nbsp;» Ensuite, ce qui est plus criminel encore, c’est que le Chrétien qui pèche honteusement avec une femme de mauvaise vie, profane ses membres qui sont les membres de Notre-Seigneur Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;''Ne savez-vous pas,'' dit l’Apôtre , ''que vos corps sont les membres de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? Peut-on transformer des membres de Jésus-Christ en instruments de péché&amp;amp;nbsp;? A Dieu ne plaise I ne savez-vous pas que celui qui pèche avec une femme de mauvaise vie se réduit au plus honteux esclavage&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» D’ailleurs, au témoignage du même Apôtre , le Chrétien est le ''Temple du Saint-Esprit'', et violer ce temple, n’est-ce pas en chasser cet esprit de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’adultère, il ne faut pas oublier qu’il renferme en lui-même une injustice très grande. Car, suivant la doctrine de Saint Paul, ceux que le mariage unit sont tellement soumis au pouvoir l’un de l’autre , ''qu’ils ne sont plus seuls maîtres d’eux-mêmes''. Ils sont au contraire enchaînés entre eux et asservis l’un à l’autre, au point que le mari doit se conformer à la volonté de la femme, et la femme à celle du mari. Et par conséquent, celui des deux qui viole un droit légitime en devenant infidèle à son serment, commet une injustice très criminelle. Et comme la crainte de l’infamie est un motif très puissant pour porter les hommes à l’accomplissement de ce qui est ordonné, et pour les détourner de ce qui est défendu, le Pasteur aura grand soin de montrer aux Fidèles que l’adultère imprime sur le front de celui qui le commet un stigmate d’ignominie. nos Livres saints nous disent expressément:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui est adultère perdra son âme par la folie de son cœur. Il amassera sur sa tête l’opprobre et la honte, et son infamie ne s’effacera jamais.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la sévérité des châtiments réservés aux adultères nous démontre suffisamment la grandeur de leur crime. On sait que la Loi de Moïse les condamnait à être lapidés. Bien plus, ne lisons-nous pas que pour le crime d’un seul, non seulement Dieu a frappé le coupable, mais une ville tout entière, celle des Sichimites&amp;amp;nbsp;? La Sainte Écriture nous fournit encore plusieurs autres exemples des châtiments exercés par Dieu contre ceux qui violent ce Commandement. Le Pasteur fera bien de les rassembler et de les raconter aux Fidèles, pour les détourner de plus en plus de ces excès abominables. Ainsi furent détruits les habitants de Sodome et des villes voisines, les israélites qui avaient péché avec les filles de Moab dans le désert, et les Benjamites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et même ceux qui échappent à la mort, n’échappent ni aux douleurs, ni aux tourments cruels dont ils sont souvent la victime. Ils sont punis du plus terrible des châtiments, l’aveuglement de l’esprit. Dès lors ils ne tiennent plus compte de rien. Dieu, réputation, dignité, enfants, eux-mêmes, tout est oublié. Ils deviennent ainsi tellement pervers et incapables, qu’on, ne peut leur confier rien d’important, et qu’ils ne sont plus guère propres à aucune fonction sérieuse. L’exemple de David et de Salomon nous le prouve bien. Le premier, après son adultère, se trouva tout à coup si différent de lui-même, que de très doux qu’il était, il devint cruel et barbare, et qu’il fit exposer à une mort certaine un de ses plus zélés serviteurs, le fidèle Urie. Le second, livré tout entier à ses honteuses passions, en vint à cet excès d’abandonner sa religion et d’adorer les faux dieux. tant il est vrai que ce péché, comme dit le Prophète Osée , «&amp;amp;nbsp;''emporte le cœur de l’homme,''&amp;amp;nbsp;» et le plus souvent même, «&amp;amp;nbsp;''le rend aveugle''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — AUTRES REMÈDES CONTRE L’IMPURETÉ.  ====&lt;br /&gt;
Venons maintenant aux remèdes qui sont du domaine de l’action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier est de fuir l’oisiveté. C’est en s’énervant dans ce vice, comme dit Ezéchiel , que les Sodomites se précipitèrent dans les désordres si honteux de leurs horribles débauches,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second est d’éviter l’intempérance avec le plus grand soin. «&amp;amp;nbsp;''Je les ai rassasiés,'' dit le Prophète, ''et ils ont commis l’adultère''.&amp;amp;nbsp;» En effet, c’est une cause d’impureté que de prendre des aliments avec excès. C’est ce que notre Seigneur veut nous faire entendre, quand Il nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''prenez garde de laisser vos cœurs s’appesantir dans l’intempérance et l’ivresse.&amp;amp;nbsp;''» Saint Paul nous dit aussi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne vous enivrez point par le vin, d’où naît la luxure''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui allume le plus ordinairement la passion impure dans les cœur&amp;amp;nbsp;», ce sont les regards. C’est pourquoi Notre-Seigneur nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si votre œil vous scandalise, arrachez-le, et jetez-le loin de vous''.&amp;amp;nbsp;» Les Prophètes avaient parlé dans le même sens. «&amp;amp;nbsp;''J’ai fait un pacte avec mes yeux, dit'' Job , ''pour éviter toute pensée dangereuse''.&amp;amp;nbsp;» Et d’ailleurs, nous avons des exemples presque innombrables des désordres qui ont eu leur source dans la curiosité mauvaise des regards. Il n’y a qu’à se rappeler le péché de David, celui du roi de Sichem, et enfin celui des vieillards qui se firent les calomniateurs de Suzanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parures trop élégantes, si bien faites, malheureusement, pour attirer les regards, sont encore une des sources les plus ordinaires de l’impureté. De là cet avertissement que nous donne l’Ecclésiaste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''détournez vos yeux d’une femme parée''&amp;amp;nbsp;». Et comme les femmes sont d’ordinaire trop attachées aux ornements du corps, il est nécessaire que le Pasteur les avertisse de temps en temps d’éviter ce défaut, et même de leur faire entendre sur ce point le langage sévère de l’Apôtre Saint Pierre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que les femmes ne se parent point au dehors par l’art de leur chevelure, par les ornements d’or, ni par la beauté des vêtements''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Paul, de son côté, leur défend&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''les cheveux frisés, les ornements d’or, les pierres précieuses, les vêtements somptueux.''&amp;amp;nbsp;» Souvent en effet ces ornements extérieurs ont fait perdre le véritable ornement de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si la trop grande recherche dans la parure porte habituellement au péché de l’impureté, les discours et entretiens déshonnêtes n’y conduisent pas moins. Les propos obscènes sont comme une flamme ardente qui allume dans le cœur des jeunes gens le feu de l’impureté. «&amp;amp;nbsp;''Les entretiens mauvais corrompent les bonnes mœurs,''&amp;amp;nbsp;» dit l’Apôtre . Il en est de même des chants trop tendres, et trop efféminés, des danses, des livres licencieux ou peu chastes, ainsi que des tableaux qui représentent quelque chose de honteux. toutes ces choses doivent être évitées avec le plus grand soin, car elles sont capables d’éveiller des sentiments dangereux dans le cœur de la jeunesse et de l’exposer au péril. Sur ce point le Pasteur doit surtout recommander aux Fidèles d’observer religieusement ce que le saint Concile de Trente a réglé avec tant de sagesse et de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on met tous ses soins à éviter tout ce que nous venons de rappeler, on ne laisse presque pas de place à la passion impure. Mais il ne faut pas oublier que les moyens les plus puissants pour la comprimer et la réduire sont la Confession fréquente et la fréquente Communion, avec des prières assidues et ferventes, l’aumône et le jeûne. La chasteté est un don de Dieu &amp;amp;nbsp;; qu’Il ne refuse jamais à ceux qui le demandent comme il faut. «&amp;amp;nbsp;''Il ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut exercer le corps non seulement par des jeûnes, et spécialement par ceux que l’Église prescrit, mais aussi par des veilles, par de pieux pèlerinages, et par d’autres mortifications. C’est le moyen de dompter nos appétits mauvais, et de produire des actes très méritoires de la vertu de tempérance. «&amp;amp;nbsp;''Ceux qui combattent dans l’arène''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, dit Saint Paul , [en parlant de la mortification], &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''s’abstiennent de toutes choses, et cependant ce n’est que pour obtenir une couronne corruptible, au lieu que la nôtre est incorruptible.''&amp;amp;nbsp;» Peu après il ajoute: «&amp;amp;nbsp;''Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de crainte qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même.&amp;amp;nbsp;''» Ailleurs il dit encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ne cherchez pas à contenter votre choir dans ses désirs''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-cinquième — Du septième Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE DÉROBEREZ POINT. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une pratique fort ancienne dans l’Église que de chercher à pénétrer les Fidèles de la nature et de l’importance de ce Commandement. nous en avons pour preuve ce reproche adressé par l’Apôtre à des hommes qui détournaient les autres des vices dont ils étaient eux-mêmes tout couverts.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous instruisez les autres, et vous ne vous instruisez pas vous-mêmes. Vous prêchez qu’il ne faut pas voler, et vous volez vous-mêmes.''&amp;amp;nbsp;» Grâce à cet enseignement, non seulement on parvenait à corriger les hommes de ce péché alors très fréquent, mais même on réussissait à apaiser les querelles, les procès et tous les autres maux que le vol amène ordinairement avec lui. Mais puisque malheureusement l’époque où nous vivons nous donne le spectacle des mêmes fautes avec les mêmes inconvénients et les mêmes malheurs qui en sont la suite, les Pasteurs se feront un devoir, à l’exemple des Saints Pères et des Maîtres de la discipline chrétienne, d’insister fortement sur ce point, et d’expliquer en détail, et avec tout le zèle possible, la nature et la portée de ce Commandement. Leur première occupation et leurs premiers soins seront de bien faire ressortir l’amour immense de Dieu pour nous. Il ne s’est pas contenté, en effet, ce Dieu infiniment bon, de mettre en sûreté notre vie, notre corps, notre honneur et notre réputation par ces deux préceptes: ''Vous ne tuerez point&amp;amp;nbsp;; vous ne serez point adultère''. Mais Il a voulu aussi par cet autre commandement, ''Vous ne déroberez point'', entourer d’une sorte de garde, protéger et défendre tous nos biens extérieurs. Car quelle idée attacher à ces paroles, sinon celle que nous avons indiquée plus haut, en traitant des Commandements qui précèdent, à savoir, que Dieu défend de prendre ou d’endommager les biens d’autrui dont Il se déclare le Protecteur&amp;amp;nbsp;? Or, plus le bienfait de la Loi divine est étendu, plus aussi nous devons être reconnaissants envers Dieu, qui en est l’Auteur. Et comme la meilleure manière d’avoir cette reconnaissance et de la Lui prouver, c’est non seulement de recevoir avec joie ses préceptes, mais encore de les pratiquer fidèlement, il faudra exciter (et enflammer) les Fidèles à observer exactement celui dont nous parlons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième Commandement — comme les précédents — se divise en deux parties: la première qui défend le vol, et qui est explicitement formulée&amp;amp;nbsp;; la seconde qui est implicitement contenue et renfermée dans la première, et qui nous ordonne d’être bienfaisants et généreux envers nos semblables. Parlons d’abord de la première, Vous ne déroberez point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QU’EST-CE QUE LE VOL ? ====&lt;br /&gt;
Il y a lieu de faire remarquer tout d’abord que voler ne signifie pas seulement prendre quelque chose à quelqu’un, secrètement et malgré lui, mais encore retenir une chose contre la volonté de celui à qui elle appartient. Car il est impossible de s’arrêter même à la pensée que Dieu qui défend le vol, puisse approuver la rapine, qui est un vol commis avec violence et outrage. Et Saint Paul n’a-t-il pas dit, en propres termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les ravisseurs du bien d’autrui ne posséderont point le Royaume de Dieu.&amp;amp;nbsp;''» C’est pourquoi il ajoute que nous devons éviter avec soin de les fréquenter et de les imiter. Cependant, quoique la rapine soit un péché plus grave que le simple vol — puisque non seulement elle enlève, mais enlève avec violence et insulte — ce n’est pas sans une raison profonde que Dieu, dans ce Commandement, s’est servi du mot vol qui est un terme plus adouci, et en même temps plus général et plus étendu que celui de rapine&amp;amp;nbsp;; la rapine en effet ne peut être commise et consommée que par des êtres plus forts et plus audacieux que leur victime. Au surplus, tout le inonde comprendra que là où les fautes légères sont défendues, les fautes graves de même espèce le sont aussi, et nécessairement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La possession et l’usage injustes du bien d’autrui prennent des noms différents, selon la diversité des choses qui sont soustraites à leur propriétaires, malgré eux et à leur insu. Ainsi enlever quelque chose à un particulier, cela s’appelle un vol. Enlever le bien public, c’est un péculat. Réduire en servitude une personne libre ou s’approprier l’esclave d’un autre, c’est un plagiat. Dérober une chose sacrée, c’est un sacrilège. C’est le péché le plus énorme et le plus détestable qu’on puisse commettre contre ce Commandement: et pourtant, hélas&amp;amp;nbsp;! il est très commun de nos jours. Des biens que la sagesse et la piété avaient voulu absolument consacrer au service divin, aux Ministres de l’Église et au soulagement des pauvres ne sont-ils pas détournés trop souvent pour satisfaire les passions et les plaisirs coupables de ceux qui les ont ravis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce précepte ne défend pas seulement le vol proprement dit, c’est-à-dire l’action extérieure du vol, il en défend aussi le désir et la volonté. C’est qu’en effet, il y a une loi spirituelle qui atteint le cœur, source de nos pensées et de nos résolutions. «&amp;amp;nbsp;''Car c’est du cœur, ''dit Notre-Seigneur dans Saint Matthieu , ''que viennent tes mauvaises pensées, tes homicides, tes impudicités, tes vols et les faux témoignages.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — LE VOL EST UN GRAND PÉCHÉ.  ====&lt;br /&gt;
Les lumières naturelles et la raison seule suffisent pour nous faire comprendre la gravité de ce péché. En effet, le vol est entièrement contraire à la justice, qui attribue à chacun ce qui lui appartient. La distribution et le partage des biens, établis dès l’origine par le droit des gens, confirmés d’ailleurs par les Lois divines et humaines, doivent être tellement inviolables, que chacun puisse posséder paisiblement ce qui lui appartient de droit&amp;amp;nbsp;; sans quoi la société est impossible.. Aussi, comme le dit l’Apôtre , «&amp;amp;nbsp;''Ni les voleurs, ni les avares, ni tes ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d’autrui ne posséderont le Royaume de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’énormité de ce péché et l’horreur qu’il doit inspirer se révèlent encore par les suites funestes qu’il trame après lui. Il est la source d’une foule de jugements indiscrets et téméraires sur un grand nombre de personnes&amp;amp;nbsp;; il produit des haines, des inimitiés, et quelquefois même des condamnations terribles de personnes innocentes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs Dieu ne fait-il pas une obligation rigoureuse de réparer le dommage qu’on a causé à son semblable en lui dérobant son bien&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;''Point de rémission du péché, dit Saint Augustin , sans lu restitution de l’objet enlevé.''&amp;amp;nbsp;» Mais cette restitution, pour les personnes habituées à s’enrichir aux dépens du prochain, ne présente-t-elle pas les plus grandes difficultés&amp;amp;nbsp;? chacun peut en juger par soi-même et par la conduite ordinaire des autres. Dans tous les cas, voici ce qu’en pense le Prophète Habacuc : «&amp;amp;nbsp;''Malheur à celui qui amasse des biens qui ne lui appartiennent pas, et qui ne cesse de s’entourer d’une boue épaisse&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Cette boue épaisse, c’est la possession du bien d’autrui. Il est bien difficile d’en sortir et de s’en débarrasser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VOL.  ====&lt;br /&gt;
Il y a tant d’espèces différentes de vols, qu’il serait très difficile de les énumérer toutes. II suffira d’expliquer avec soin le vol et la rapine, qui sont les deux espèces auxquelles se rapporte tout ce que nous allons dire sur ce sujet. Le Pasteur fera donc tous ses efforts et ne négligera rien pour inspirer aux Fidèles une vive horreur de ce crime et pour les en détourner. Parlons d’abord de la première espèce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On se rend coupable de vol, quand on achète des choses volées, ou que l’on garde celles qui ont été trouvées, saisies, ou enlevées de quelque manière que ce soit. «&amp;amp;nbsp;''Trouver et ne pas rendre, ''dit Saint Augustin , ''c’est prendre&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Toutefois, si l’on ne peut en aucune façon découvrir celui à qui appartient l’objet trouvé, il faut en faire profiter les pauvres. Celui qui ne veut pas restituer dans ce cas montre bien qu’il serait prêt à dérober tout ce qui lui tomberait sous la main, s’il pouvait l’emporter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On commet le même crime lorsque, en vendant, ou en achetant, on a recours à la fraude et à des paroles mensongères. Ces fraudes et ces mensonges sont toujours punis de Dieu. Mais les plus coupables et les plus iniques en ce genre de vol sont ceux qui vendent comme bonnes et parfaites, des marchandises falsifiées et corrompues, ou qui trompent les acheteurs sur le poids, la mesure, le nombre et la règle. On lit dans le Deutéronome : «&amp;amp;nbsp;''Vous n’aurez point dans votre sac deux poids différents&amp;amp;nbsp;;'' » et dans le Lévitique : «&amp;amp;nbsp;''Ne faites point tort par vos jugements, par vos poids et vos mesures. Que vos balances, vos poids, vos setiers et vos boisseaux soient justes&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» on lit aussi dans un autre endroit : «&amp;amp;nbsp;''Le double poids est une abomination aux yeux de Dieu&amp;amp;nbsp;; la balance frauduleuse n’est pas bonne.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a encore vol évident, lorsque des ouvriers et des artisans n’ont pas travaillé d’une manière suffisante et comme ils le devaient, et que néanmoins ils exigent leur salaire en entier. Il faut dire la même chose des serviteurs et des gardiens infidèles. Et même ces sortes de voleurs sont beaucoup plus condamnables que les autres, car les clés défendent au moins contre les voleurs ordinaires, tandis qu’il n’y a rien de caché, ni de fermé pour le voleur domestique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont aussi probablement coupables de vol, ceux qui par des discours pleins de dissimulation et d’artifice, ou par une feinte pauvreté, parviennent à extorquer de l’argent&amp;amp;nbsp;; et même leur faute est d’autant plus grave qu’ils joignent le mensonge au vol. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut mettre aussi au nombre des voleurs ceux qui, étant payés pour remplir quelque fonction particulière ou publique, n’y donnent que peu ou point de temps, négligent leur charge, mais n’oublient point d’en toucher les profits et les émoluments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe une multitude d’autres manières de voler. toutes viennent de l’avarice si ingénieuse à découvrir les moyens d’avoir de l’argent. II serait trop long, et même presque impossible, comme nous l’avons dit, d’en faire l’énumération. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DE LA RAPINE.  ====&lt;br /&gt;
La rapine est la seconde espèce de vol. Mais avant de l’expliquer aux Fidèles, il importe grandement que le Pasteur leur rappelle ces paroles de l’Apôtre : «&amp;amp;nbsp;''Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans le piège du démon.''&amp;amp;nbsp;» Qu’il ne laisse jamais non plu: oublier ce précepte . «&amp;amp;nbsp;''Tout ce que vous voulez que le&amp;amp;nbsp;; hommes vous fassent, faites-le leur aussi&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» ni cet autre : «&amp;amp;nbsp;''Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fit à vous-même.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapine s’étend très loin. Ainsi, ceux qui ne paient point leur salaire aux ouvriers, sont de véritables ravisseurs. Saint Jacques les invite à la pénitence en ces termes:&amp;amp;nbsp; ''«&amp;amp;nbsp;Allons, riches, pleurez maintenant, poussez des cris et des hurlements à cause des malheurs qui doivent fondre sur vous''.&amp;amp;nbsp;» Et il leur en donne la raison en disant: «&amp;amp;nbsp;''Voilà que le salaire que vous dérobez aux ouvriers qui ont moissonné vos champs crie contre vous, et que ces cris sont montés jusqu’aux oreilles du Dieu des armées.&amp;amp;nbsp;''» Ce genre de rapine est absolument réprouvé dans le Lévitique, dans le Deutéronome, dans Malachie et dans Tobie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont également coupables de rapine: ceux qui ne paient point à l’Église et aux princes les impôts, les tributs, les dîmes et tout ce qui leur est dû, ou bien qui le détournent à leur profit: les usuriers, ces ravisseurs si durs et si cruels qui pillent le pauvre peuple, et l’écrasent de leurs intérêts exorbitants. — L’usure est tout ce qui se perçoit au delà de ce qui a été prêté, soit argent, soit autre chose qui puisse s’acheter et s’estimer à prix d’argent. — II est écrit dans le Prophète Ezéchiel : «&amp;amp;nbsp;''Ne recevez ni usure ni rien au delà de votre prêt''.&amp;amp;nbsp;» Et Notre-Seigneur nous dit dans Saint Luc : «&amp;amp;nbsp;''Prêtez sans rien espérer de là.''&amp;amp;nbsp;» Ce crime fut toujours très grave et très odieux, même chez les païens. De là cette maxime: Qu’est-ce que prêter à usure&amp;amp;nbsp;? Qu’est-ce que tuer un homme&amp;amp;nbsp;? pour marquer qu’à leurs yeux, il n’y avait pas de différence. En effet, prêter à usure, n’est-ce pas, en quelque sorte, vendre deux fois la même chose, ou bien vendre ce qui n’est pas&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont coupables aussi de rapine ces juges à l’âme vénale, qui vendent la justice, qui se laissent corrompre par l’argent et les présents, et font perdre les meilleures causes aux petits et aux pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même de ceux qui trompent leurs créanciers, qui nient leurs dettes, ou qui, ayant obtenu du temps pour payer, achètent des marchandises sur leur parole, ou sur la parole d’un autre, et qui finalement ne paient point. Leur faute est d’autant plus grave, que les marchands prennent occasion de leur infidélité et de leurs tromperies pour vendre tout beaucoup plus cher au détriment de tous. C’est bien à eux que semble s’appliquer cette plainte de David : «&amp;amp;nbsp;''Le pécheur empruntera, et il ne paiera point.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que dirons-nous de ces riches qui poursuivent des débiteurs insolvables, leur réclament avec la dernière rigueur ce qu’ils ont prêté, et ne craignent pas de retenir pour gage, contre la défense de Dieu, même les choses qui sont nécessaires à ces malheureux&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;''Si vous prenez en gage'', dit le Seigneur , ''le vêtement de votre prochain, vous le lui rendrez avant le coucher du soleil, car c’est le seul qu’il possède pour se couvrir et sur quoi dormir. S’il crie vers Moi, Je l’exaucerai parce que Je suis miséricordieux.''&amp;amp;nbsp;» Nous n’avons donc pas tort d’appeler rapacité, et par conséquent rapine, la dureté de créanciers si cruels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Pères mettent aussi au nombre des ravisseurs, ou hommes de rapine, ceux qui dans une disette accaparent le blé, et sont cause que la vie devient chère et très dure. Il en est de même pour toutes les autres choses nécessaires à la nourriture et à la subsistance. C’est sur eux que tombe la malédiction de Salomon : «&amp;amp;nbsp;''Quiconque cache le blé, sera maudit du peuple.''&amp;amp;nbsp;» Les Pasteurs ne craindront point de les avertir du mal énorme qu’ils font, de les reprendre sans ménagement, et de mettre sous leurs yeux tous les châtiments réservés à de pareils crimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que le septième Commandement nous défend. Venons maintenant à ce qu’il nous ordonne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DE LA RESTITUTION.  ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;La première chose que ce Commandement nous ordonne, c’est la restitution. [Rappelons-nous le mot de Saint Augustin]: «&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Point de rémission du péché, sans la restitution de l’objet volé''&amp;lt;nowiki&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» Et comme l’obligation de restituer n’atteint pas seulement celui qui a perpétré le vol [de ses propres mains], mais encore tous ceux qui y ont participé de quelque manière que ce soit, il est nécessaire que les Pasteurs enseignent clairement comment on peut tremper dans le vol et la rapine, afin qu’on sache bien quelles sont les personnes qui ne peuvent se soustraire à cette loi de la satisfaction et de la restitution. &amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous trouvons ici en face de plusieurs catégories. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première comprend ceux qui commandent expressément de voler. Ceux-là non seulement sont les complices et les auteurs du vol, mais à vrai dire, ils sont plus coupables que tous les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde renferme ceux qui se bornent à être les conseillers et les instigateurs du vol, parce qu’ils n’ont pas assez d’autorité pour le commander&amp;amp;nbsp;; ils sont aussi coupables que les premiers, et doivent être placés sur la même ligne, quoique leur action ne soit pas la même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième se compose de ceux qui sont d’intelligence avec les voleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième, de ceux qui participent au vol et qui en retirent quelque profit, si toutefois il est permis d’appeler profit ce qui leur vaudra un éternel supplice, à moins qu’ils ne viennent à résipiscence. C’est de cette espèce de voleurs que David vent parler quand il dit: : «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous voyiez un voleur, vous couriez avec lui.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cinquième compte ceux qui, pouvant parfaitement empêcher le vol, le souffrent et le permettent, bien loin de s’y opposer et de le rendre impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sixième, ceux qui, sachant très bien qu’un vol a été commis, et où il a été commis, non seulement n’en disent rien, mais même vont jusqu’à feindre de n’en rien savoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La septième et dernière, tous ceux qui se font les aides des voleurs, leurs gardiens, leurs protecteurs, qui au besoin leur fournissent asile et domicile. — tous ceux qui participent au vol de l’une ou l’autre de ces manières, sont tenus de satisfaire à ceux qui ont été volés, et il ne faut pas négliger de les exhorter fortement à l’accomplissement de cet indispensable devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est difficile d’exempter entièrement du péché de vol ceux qui le louent et l’approuvent. Et il faut dire la même chose des enfants de famille et des femmes qui ne craignent pas de dérober de l’argent à leurs parents et à leurs maris. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — DES OEUVRES DE MISÉRICORDE.  ====&lt;br /&gt;
Le septième Commandement nous impose encore une autre obligation. Il veut que nous ayons compassion des pauvres et des malheureux, et que nous sachions employer nos ressources et nos moyens pour les soulager dans leurs besoins et leur détresse. Or, ce sujet étant un de ceux qui demandent à être traités très fréquemment, d’une manière très étendue, les Pasteurs puiseront leurs développements dans les ouvrages de très saints Auteurs, comme Saint Cyprien, Saint Jean Chrysostome, Saint Grégoire de Naziance et d’autres encore qui ont écrit de si belles pages sur l’aumône. Ainsi ils n’auront aucune peine à s’acquitter de leur devoir. Ils chercheront à enflammer les Fidèles du désir et de l’ardeur de secourir ceux qui ne vivent que de la charité d’autrui. Mais surtout ils voudront leur montrer clairement combien il est pour eux nécessaire de faire l’aumône — c’est-à-dire de venir généreusement en aide aux malheureux, et par leur argent et par leurs soins — en leur rappelant cette vérité, impossible à nier, que Dieu, au jour suprême du jugement, repoussera honteusement et enverra au feu éternel de l’Enfer ceux qui auront omis et négligé le devoir de l’aumône, tandis qu’au contraire il comblera de louanges et introduira dans le ciel ceux qui auront fait du bien aux indigents. C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même qui a prononcé cette double sentence:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui vous a été préparé''&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;''Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre les Prêtres auront soin de citer aux Fidèles d’autres textes de la Sainte Écriture, bien faits pour les convaincre.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Donnez, et l’on vous donnera&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils insisteront sur cette autre promesse de Dieu, la plus riche et la plus magnifique qui se puisse imaginer:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Personne ne quittera pour Moi (ce qu’il possède), qu’il n’en reçoive cent fois autant dans cette vie, et le salut éternel dans l’autre.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manquera pas d’ajouter ces autres paroles du Sauveur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Employez les richesses d’iniquité à vous acquérir des amis, afin que lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, en développant les différentes parties de ce devoir sacré, ils s’appliqueront à bien faire comprendre que ceux qui ne sont pas en situation de donner aux pauvres, doivent au moins leur prêter de bonne grâce, selon ce Commandement du Seigneur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Prêtez, sans rien espérer de votre prêt''.&amp;amp;nbsp;» Et David a exprimé en ces termes le mérite d’une telle conduite:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Heureux celui qui a compassion des pauvres et qui leur prête&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — IL FAUT SE METTRE EN ÉTAT DE FAIRE L’AUMÔNE.  ====&lt;br /&gt;
Si l’on n’a pas les moyens de venir en aide à ceux qui attendent leur vie de la compassion des autres, la piété chrétienne veut qu’on se mette en état de soulager leur détresse, en s’occupant pour eux, en travaillant de ses mains, s’il le faut. Ce sera en même temps un excellent moyen de fuir l’oisiveté. C’est à quoi l’Apôtre Saint Paul exhorte tous les Fidèles par son propre exemple, quand il écrit aux Thessaloniciens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous savez bien que vous êtes obligés de nous imiter''.&amp;amp;nbsp;» Et dans une autre Epître il dit encore aux mêmes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Appliquez-vous à vivre en repos, faites ce qui est de votre devoir, et travaillez de vos propres mains, ainsi que nous vous l’avons commandé.''&amp;amp;nbsp;» Et aux Ephésiens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que celui qui dérobait, ne dérobe plus désormais, mais plutôt qu’il s’occupe en travaillant des mains à quelque ouvrage utile, afin qu’il ait de quoi soulager celui qui est dans le besoin.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut vivre avec frugalité, et faire en sorte d’épargner le bien d’autrui, afin de n’être pas à charge, ni insupportable aux autres. Cette vertu, qui est la tempérance, brille d’une manière admirable dans la personne de tous les Apôtres, mais elle éclate surtout dans Saint Paul, qui a le droit d’écrire en ces termes aux Thessaloniciens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous vous souvenez, mes Frères, des peines et des fatigues que nous avons essuyées en travaillant jour et nuit, pour n’être à charge à aucun de vous pendant que nous vous annoncions l’Évangile de Dieu''&amp;amp;nbsp;», et qui répète dans un autre endroit: «&amp;amp;nbsp;''Nous avons été accablé de travail le jour et la nuit pour n’être à charge à personne.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. — CHATIMENTS DU VOL: RÉCOMPENSES DES CEUVRES DE MISÉRICORDE.  ====&lt;br /&gt;
Mais afin d’inspirer aux Fidèles une horreur plus vive encore pour toute espèce de vols, les Pasteurs auront soin de leur montrer dans les Prophètes et les autres Auteurs sacrés, combien ces actions criminelles sont en exécration devant Dieu, et quelles menaces effrayantes Il a voulu faire à ceux qui les commettent:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Écoutez'' ceci, s’écrie le Prophète Amos, vous qui dévorez le pauvre et qui faites languir tous les indigents&amp;amp;nbsp;; vous qui dites: quand sera passée la néoménie, afin que nous puissions vendre nos récoltes&amp;amp;nbsp;? quand finira le Sabbat, afin que nous puissions ouvrir nos greniers&amp;amp;nbsp;? Vous qui diminuez l’Epha, qui augmentez le poids du sicle et qui vous servez de balances trompeuses.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes menaces se trouvent dans Jérémie, dans les Proverbes et dans l’Ecclésiastique. Et on ne peut douter que la plupart des maux dont souffre notre siècle ne remontent à ces causes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, afin d’accoutumer les Chrétiens à exercer envers les pauvres et les malheureux tous les offices de libéralité et de bienfaisance qui se rapportent à cette seconde partie du septième Commandement, les Pasteurs ne manqueront pas de faire briller à leurs yeux les splendides récompenses que Dieu réserve en cette vie et en l’autre à ceux qui se seront montrés bons et charitables envers les pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IX. — EXCUSES DES VOLEURS.  ====&lt;br /&gt;
Il ne manque pas de gens qui cherchent à excuser même leurs vols. Aussi bien, faut-il leur déclarer positivement que leur péché sera sans excuse devant Dieu. II y a plus loin de diminuer leur faute, ils l’aggravent singulièrement en voulant la justifier. Il ne faut donc pas tolérer le luxe et les plaisirs de certains nobles, qui pensent atténuer leur crime en soutenant que s’ils s’emparent du bien d’autrui, ce n’est ni par cupidité, ni par avarice, mais seulement pour conserver la grandeur de leur famille et de leurs ancêtres, dont la considération et la dignité périraient, s’ils ne pouvaient plus les maintenir avec le bien des autres. Il faut détruire cette erreur pernicieuse, en leur faisant voir qu’il n’y a qu’un moyen légitime de conserver et d’augmenter leurs biens, la puissance et la gloire de leurs ancêtres, c’est d’obéir à la volonté de Dieu et d’observer ses Commandements. Que le mépris de ces Commandements peut causer la ruine des familles les plus riches et les mieux établies, précipiter les rois de leur trône, et du faîte des honneurs, et obliger Dieu, en quelque sorte, à élever à leur place des hommes de basse extraction. Et pour qui ils n’avaient que de la haine et du mépris. C’est ainsi que ces orgueilleux enflamment contre eux la colère de Dieu, et d’une manière terrible. Écoutons plutôt ces paroles que le Prophète Isaïe met dans la bouche de Dieu même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tes princes sont infidèles&amp;amp;nbsp;; ils sont d’intelligence avec les voleurs&amp;amp;nbsp;; ils aiment les présents&amp;amp;nbsp;; ils recherchent les récompenses&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi voici ce que dit le Seigneur, le Dieu des armées, le Dieu fort d’Israël malheur à eux&amp;amp;nbsp;; le temps viendra où Je me réjouirai de la perte de mes ennemis, et où Je me vengerai d’eux&amp;amp;nbsp;; au lieu que Je te prendrai sous ma protection, et Je te purifierai de toutes tes souillures.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;D’autres, [pour essayer de se justifier] ne parlent pas de la splendeur et de la gloire de leur maison&amp;amp;nbsp;; ils ne prennent le bien d’autrui, disent-ils, que pour mener une vie plus facile et plus élégante. Il faut les réfuter aussi et leur montrer combien leurs paroles et leurs actions sont impies, puisqu’ils ne &amp;lt;/nowiki&amp;gt;craignent pas de mettre les avantages&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et les douceurs de la vie au-dessus de la volonté et de la gloire de Dieu, que nous offensons étrangement en négligeant ses préceptes. D’ailleurs, quels avantages peut-il y avoir dans le vol qui a des conséquences si funestes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;''Le voleur, ''dit l’Ecclésiastique , ''sera couvert de confusion et dévoré par les remords.&amp;amp;nbsp;''» Mais en supposant même qu’il n’y ait rien de semblable à craindre, est-ce que le vol ne déshonore point le nom adorable de Dieu&amp;amp;nbsp;? n’est-il pas contraire à sa très sainte volonté&amp;amp;nbsp;? ne méprise-t-il pas ses préceptes les plus salutaires&amp;amp;nbsp;? et par le fait, ne devient-il pas la source de toutes les erreurs, de tous les crimes, de toutes les impiétés&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il ajouter que l’on entend quelquefois des voleurs soutenir qu’ils ne sont aucunement coupables, parce que s’ils prennent quelque chose, c’est à des gens riches et dans l’abondance, tellement riches, qu’ils n’en éprouvent aucun dommage, si même ils s’en aperçoivent. Cette excuse n’en est pas une. Elle est aussi misérable que criminelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre va jusqu’à s’imaginer qu’il est parfaitement excusé, parce que, dit-il, il a contracté une si grande habitude de prendre le bien d’autrui qu’il ne peut plus s’en empêcher. Mais si ce malheureux n’écoute pas le conseil de l’Apôtre qui lui dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que celui qui dérobait, ne dérobe plus,''&amp;amp;nbsp;» il faudra bien qu’il s’habitue, qu’il le veuille ou non, à endurer les éternels supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs, pour excuser leurs larcins, se rejettent sur l’occasion. C’est en effet un proverbe banal, à force d’être répété, que «&amp;amp;nbsp;''l’occasion fait le larron''&amp;amp;nbsp;». Mais il faut absolument les détromper, en leur rappelant que nous sommes obligés de résister à nos penchants déréglés. Car en vérité s’il fallait mettre sur-le-champ à exécution tout ce que la passion inspire, où s’arrêterait-on dans le crime, le désordre et l’infamie&amp;amp;nbsp;? c’est donc une excuse tellement honteuse, qu’elle est plutôt l’aveu d’une extrême faiblesse de volonté, et d’une injustice criante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, prétendre qu’on ne pèche point, parce qu’on ne se trouve pas dans l’occasion, n’est-ce pas avouer, pour ainsi dire, que l’on pécherait sans cesse, si l’occasion ne cessait de se présenter&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est aussi qui soutiennent qu’ils sont en droit de voler pour se venger des torts dont ils ont été victimes. Il faut leur répondre, premièrement qu’il n’est permis à personne de se venger, ensuite que nul n’est juge dans sa propre cause, et que par conséquent il est encore bien moins permis de punir quelqu’un pour des injustices que d’autres auront commises contre vous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin on en rencontre qui croient que leur vol est assez justifié et non répréhensible, parce qu’ils le commettent pour payer des dettes accablantes dont ils ne pourraient se libérer autrement. A de tels hommes il faut montrer que de toutes les dettes, la plus lourde, la plus accablante pour le genre humain est celle dont nous parlons à Dieu chaque jour dans l’Oraison dominicale: ''Remettez-nous nos dettes''&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; que par suite, c’est une insigne folie d’augmenter sa dette envers Dieu, c’est-à-dire ses péchés, pour s’acquitter envers les hommes&amp;amp;nbsp;; qu’il vaut infiniment mieux être jeté dans un cachot que d’être un jour livré aux feux éternels de l’enfer&amp;amp;nbsp;; qu’il est bien plus terrible d’être condamné au tribunal de Dieu qu’au tribunal des hommes&amp;amp;nbsp;; et enfin qu’ils doivent recourir avec confiance à la bonté de ce même Dieu, toujours prêt à les assister et à leur accorder tout ce qui leur est nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manque pas d’autres prétextes dont on se sert pour essayer de justifier le vol. Des Pasteurs zélés, habiles et appliqués, les réfuteront sans peine, de manière à former et à posséder un peuple&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''fidèle à pratiquer les bonnes œuvres''&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-sixième — Du huitième Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE PORTEREZ POINT DE FAUX TEMOIGNAGE CONTRE VOTRE PROCHAIN.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici une raison capable de nous faire comprendre qu’il est non seulement utile, mais nécessaire d’expliquer très souvent ce précepte, et de rappeler à tous les devoirs qu’il impose. nous voulons parler de la déclaration si autorisée de l’Apôtre Saint Jacques, lequel ne craint pas d’affirmer que «&amp;amp;nbsp;''celui qui ne pèche point en paroles est un homme parfait''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; et un peu plus loin ajoute: «&amp;amp;nbsp;''La langue n’est qu’une petite partie du corps, et cependant quels effets ne produit-elle pas&amp;amp;nbsp;! Il ne faut qu’une étincelle pour embraser une grande forêt&amp;amp;nbsp;''», et le reste qui est dans le même sens. — Ces paroles nous apprennent deux choses: la première, que le péché de la langue est extrêmement répandu. C’est ce que nous confirme de son côté le Prophète David. «&amp;amp;nbsp;''Tout homme est menteur''&amp;amp;nbsp;», dit-il , comme si ce péché était le seul qui pût s’étendre à tous les hommes. La seconde, c’est qu’il est la source de maux innombrables. Car souvent le coup de langue du médisant cause la perte de la fortune, de la réputation, de la vie, du salut même, soit pour celui qui est atteint par la médisance, parce qu’il supporte mal l’injure qu’on lui fait, et qu’il manque de courage pour ne s’en point venger, soit pour celui qui est l’auteur de l’offense, parce que, victime d’une mauvaise honte et de la crainte exagérée du qu’en dira-t-on, il ne peut se déterminer à donner satisfaction à celui qu’il a blessé. C’est pourquoi il ne faut pas manquer d’exhorter les Fidèles à rendre à Dieu les plus vives actions de grâces de ce qu’il a défendu expressément le faux témoignage, en nous donnant un précepte très salutaire, qui ne nous interdit pas seulement d’injurier les autres, mais qui nous protège encore, si on l’observe, contre les injures que les autres seraient tentés de nous faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin de garder, en expliquant ce précepte, le même ordre et la même marche que dans ceux qui précèdent, nous avons à remarquer qu’il renferme deux prescriptions distinctes: l’une négative, qui nous défend de porter faux témoignage, l’autre positive, qui nous ordonne d’écarter résolument de notre conduite toute dissimulation et tout mensonge, et de mesurer nos paroles et nos actes sur la simple vérité. Double devoir que l’Apôtre Saint Paul rappelait aux Ephésiens, quand il leur disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne séparons pas la vérité de la charité, afin de croître en Jésus-Christ dans toutes choses.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DU FAUX TÉMOIGNAGE.  ====&lt;br /&gt;
On entend ordinairement par faux témoignage tout ce qui est affirmé et soutenu de quelqu’un, contre la vérité, en bonne ou en mauvaise part, devant la justice ou non. Cependant le faux témoignage qui nous est spécialement défendu par ce précepte, c’est celui qui se fait en justice, avec serment, contre la vérité. Car si le témoin jure par le nom même de Dieu, c’est parce qu’un témoignage qui s’appuie sur ce nom sacré n’en acquiert que plus de poids et d’autorité. Mais d’autre part comme ce témoignage est très dangereux dans ses conséquences, Dieu le défend d’autant plus fortement. C’est qu’en effet le juge lui-même n’a pas le droit de récuser des témoins qui affirment avec serment, s’ils ne tombent pas sous les exceptions prévues par la Loi, ou bien s’ils ne sont pas reconnus pour gens de mauvaise foi et sans aucune probité. Et la raison en est que la Loi divine nous ordonne expressément de tenir «&amp;amp;nbsp;''pour constant et véritable le témoignage de deux ou trois personnes''&amp;amp;nbsp;» . — Mais afin que les Fidèles comprennent parfaitement la nature et l’étendue de ce précepte, il importe avant toutes choses de bien leur apprendre ce qu’il faut entendre par le ''prochain'', contre qui il est défendu de porter faux témoignage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, le prochain, selon l’enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est tout homme qui a besoin de nous, qu’il nous soit proche ou éloigné, concitoyen ou étranger, ami ou ennemi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un crime en effet de penser qu’on puisse faire un faux témoignage contre des ennemis, lorsque Dieu et notre Seigneur nous font un précepte de les aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus&amp;amp;nbsp;; comme chacun de nous, dans un certain sens, est à soi-même son prochain, personne n’a le droit de porter contre soi-même un faux témoignage. Ceux qui ont le malheur de commettre un pareil crime, en se diffamant et en se couvrant de honte, se nuisent à eux-mêmes d’abord, et en même temps ils font tort à l’Église, comme ceux qui se suicident nuisent à la société. C’est l’enseignement formel de Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les personnes peu éclairées, ''dit-il, ''pourraient penser qu’il n’est pas défendu de se porter comme faux témoin contre soi-même, parce que dans la formule du Commandement il est dit seulement: ''contre le prochain&amp;amp;nbsp;; ''mais que celui qui a fait contre lui-même une déposition fausse n’aille pas se croire innocent, puisque la règle de l’amour du prochain, c’est de l’aimer comme soi-même.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et parce qu’il nous est défendu de faire tort au prochain par le faux témoignage, il faut bien nous garder d’en conclure que le parjure nous est permis pour rendre quelque service ou procurer quelque avantage à ceux qui nous sont unis par les liens du sang ou de la Religion. Il ne faut être utile à personne par le mensonge, encore moins par le parjure. C’est pourquoi Saint Augustin, dans une lettre à Crescence sur le mensonge , ne craint pas de dire, en s’appuyant sur l’autorité de l’Apôtre Saint Paul, que le mensonge doit être mis au nombre des faux témoignages, quand même il décernerait à quelqu’un de fausses louanges. Il rapporte d’abord les paroles de l’Apôtre: ''nous serons nous-mêmes convaincus d’avoir été de faux témoins, parce que nous avons porté témoignage contre Dieu même, en disant qu’Il a ressuscité Jésus-Christ, qu’Il n’a cependant pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent pas, ''puis il ajoute&amp;amp;nbsp;: ''l’Apôtre regarde comme faux témoignage de dire une chose fausse de Jésus-Christ, quoiqu’elle soit à sa Gloire . ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’arrive-t-il pas très souvent d’ailleurs que celui qui favorise quelqu’un par son faux témoignage, porte par là même préjudice à un autre&amp;amp;nbsp;? ne met-il pas le juge dans une sorte d’erreur invincible&amp;amp;nbsp;? Aussi qu’arrive-t-il&amp;amp;nbsp;? le juge trompé par de faux serments est forcé de prononcer contre le droit en faveur de l’injustice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois même celui qui a gagné sa cause en justice, grâce au faux témoignage d’un complice, et cela impunément, celui-là, disons-nous, est tout fier de sa victoire, dès lors il rend l’habitude de corrompre des témoins, dans l’espoir qu’avec leur aide, il réussira dans toutes ses entreprises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le faux témoignage est également très funeste au témoin lui-même. Aux yeux de celui qu’il a criminellement servi par son serment, il n’est plus qu’un parjure et un vil imposteur&amp;amp;nbsp;; mais par contre, en voyant que son mensonge a réussi, il se trouve encouragé au mal et prend de jour en jour des habitudes plus grandes de hardiesse et d’impiété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si la fausseté, le mensonge et le parjure sont nettement défendus aux témoins, ils le sont tout autant aux accusateurs, aux accusés, aux protecteurs, aux parents, aux procureurs, aux avocats, en un mot à tous ceux qui ont part aux jugements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin Dieu défend, non seulement devant les juges, mais même partout ailleurs, un témoignage quelconque capable de porter préjudice ou de causer quelque dommage au prochain. Il est écrit en effet dans le Lévitique, à l’endroit même où ces défenses sont faites à plusieurs reprises:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne déroberez point, vous ne mentirez point&amp;amp;nbsp;; et personne ne trompera son prochain.''&amp;amp;nbsp;» Des paroles si claires ne permettent pas de douter que Dieu, par ce précepte, ne réprouve et ne condamne absolument tout mensonge, quel qu’il soit. David dans ses Psaumes nous l’atteste aussi, et très clairement : «&amp;amp;nbsp;''Vous perdrez, ''dit-il, ''tous ceux qui profèrent le mensonge.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DE LA MÉDISANCE ET DE LA CALOMNIE.  ====&lt;br /&gt;
Le huitième Commandement de Dieu ne nous défend pas seulement le faux témoignage, il nous interdit de plus le vice et l’habitude détestables de la médisance, cette véritable peste, qui donne naissance à une multitude incroyable d’inconvénients très fâcheux et de maux de toute espèce. Cette habitude criminelle de déchirer et d’outrager secrètement son prochain est vigoureusement condamnée en beaucoup d’endroits de nos Saints Livres. David nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je ne recevais pas le médisant à ma table''.&amp;amp;nbsp;» Et l’Apôtre Saint Jacques ajoute de son côté:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mes Frères, ne parlez point mal les uns des autres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’Écriture Sainte ne se borne pas à condamner la médisance, elle nous fournit des exemples qui mettent en pleine lumière toute l’énormité de ce crime. Ainsi Aman, par ses infâmes calomnies, enflamme tellement la colère d’Assuérus contre les Juifs, que ce prince ordonne de les faire tous périr. L’Histoire sainte est remplie de traits semblables. Les Pasteurs ne manqueront pas de les rappeler aux Fidèles, afin de les détourner de cet horrible péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour comprendre et pénétrer toute la malice de la médisance, il faut savoir qu’on blesse la réputation du prochain, non seulement en employant contre lui la calomnie, mais encore en augmentant et en exagérant ses fautes réelles. Et même si quelqu’un a commis un péché très secret dont la révélation doit nécessairement être préjudiciable à son honneur et le couvrir de honte, celui qui fait connaître ce péché, dans un lieu, dans un temps et à des personnes qui ne sont pas obligées de le savoir, doit passer à juste titre pour un calomniateur et un médisant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les calomnies, la plus coupable, à coup sûr, est celle qui s’en prend à la Doctrine catholique, et à ceux qui la prêchent. Et quiconque accorde des éloges aux propagateurs de l’erreur et des mauvais principes commet la même faute. Il faut en dire autant de ceux qui, en entendant la détraction et la médisance, non seulement ne blâment point les calomniateurs, mais les écoutent avec plaisir. C’est ce qui a fait dire à Saint Bernard et à Saint Jérôme, qu’il n’est pas facile de distinguer lequel est le plus coupable de celui qui médit, ou de celui qui écoute la médisance&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;''car,'' disent-ils,&amp;amp;nbsp; ''il n’y aurait point de médisant s’il n’y avait personne pour écouter la médisance''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On désobéit également à ce précepte, si par ses artifices on met la désunion et le désaccord entre les hommes&amp;amp;nbsp;; si l’on se plaît à semer des dissensions, à miner et à détruire, par des rapports mensongers, les liaisons et les sociétés les mieux établies, à pousser les meilleurs amis à des inimitiés irréconciliables, et même à les armer les uns contre les autres. Détestable peste que Dieu condamne et défend quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne serez ni délateur, ni détracteur au Milieu de mon peuple.''&amp;amp;nbsp;» C’était le crime d’un bon nombre de conseillers de Saül qui s’efforçaient de le détacher de David, et l’animaient contre lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — LA FLATTERIE, LE MENSONGE ET LA DISSIMULATION.  ====&lt;br /&gt;
Nous trouvons encore, parmi ceux qui pèchent contre ce huitième Commandement, les flatteurs, les adulateurs qui, par des complaisances et des louanges hypocrites, cherchent à s’insinuer dans l’esprit et le cœur de ceux dont ils attendent la faveur, de l’argent et des honneurs. Vils complaisants qui appellent, comme le dit le Prophète , «&amp;amp;nbsp;''mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal&amp;amp;nbsp;''». Tristes gens que David nous avertit d’éloigner et de chasser de notre société, lorsqu’il nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que le juste me reprenne par charité et qu’il me corrige, mais que le pécheur ne répande point ses parfums sur ma tête&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» encore que les flatteurs dont nous parlons ne disent point de mal de leur prochain, ils ne laissent pas de lui être très nuisibles, puisque, en le louant jusque dans ses fautes, ils sont cause qu’il persévère dans le mal, jusqu’à la fin de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La flatterie, ou l’adulation la plus coupable en ce genre, est celle qui n’a en vue que le malheur et la ruine des autres. Ainsi Saül, pour exposer David à la fureur et au glaive des Philistins, c’est-à-dire selon lui, pour l’envoyer a une mort certaine, le flattait par ces belles paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Voici Mérob ma fille aînée&amp;amp;nbsp;; je vous la donnerai comme épouse. Soyez seulement homme de cœur, et combattez les combats du Seigneur&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Ainsi les Juifs pour surprendre Notre-Seigneur dans ses paroles Lui disaient insidieusement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Maître, nous savons que vous êtes sincère, et que Vous enseignez la Voie de Dieu selon la Vérité.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant il y a quelque chose de bien plus pernicieux encore, ce sont ces discours que des amis, des alliés, des parents n’ont pas honte de tenir à un malade mortellement atteint, et déjà prêt à rendre le dernier soupir, discours dans lesquels ils affirment à ce moribond qu’il n’est pas en danger, lui ordonnent d’être gai et souriant, le détournent de la Confession de ses péchés, comme d’une pensée trop triste, et enfin écartent de son esprit tout souci et toute idée des terribles dangers dans lesquels il se trouve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II faut donc éviter toute espèce de mensonge, et avant tout, celui qui peut causer au prochain un dommage considérable. Mais ne pas craindre de mentir contre la Religion ou dans des choses qui s’y rapportent, c’est joindre l’impiété à la fourberie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II ne faut pas oublier que Dieu est encore grièvement offensé par les injures et les outrages qu’on répand dans les libelles diffamatoires et autres productions du même genre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est même indigne d’un chrétien de chercher à tromper son prochain par un mensonge joyeux ou officieux, encore que ce mensonge n’entraîne pour personne ni profit, ni perte. L’avertissement de Saint Paul sur ce point est formel. «&amp;amp;nbsp;''Evitez le mensonge, ''dit-il , ''que chacun de vous parle selon la vérité&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» C’est qu’en effet, du mensonge pour rire au mensonge grave, la pente est très rapide. Le mensonge joyeux fait contracter l’habitude de mentir. Dès lors on passe pour n’être point sincère et l’on est obligé d’affirmer sans cesse avec serment pour faire croire à sa parole. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ce Commandement nous défend toute espèce d’hypocrisie ou de dissimulation. La dissimulation dans les paroles aussi bien que dans les actions est également condamnable, puisque les unes et les autres sont comme le signe et la marque de ce que nous avons dans le cœur. Voilà pourquoi Notre-Seigneur, dans ses fréquents reproches aux Pharisiens, les traite d’hypocrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons expliqué ce que le huitième Commandement défend. Voyons maintenant ce qu’il ordonne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — A QUOI NOUS SOMMES OBLIGÉS PAR CE COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
L’objet propre de cette deuxième partie du précepte est que les tribunaux jugent avec équité et conformément aux Lois: elle a également pour but d’empêcher qu’on n’attire les causes à soi en empiétant sur les juridictions. «&amp;amp;nbsp;''Car il n’est pas permis,'' comme le dit l’Apôtre , ''de juger le serviteur d’autrui,''&amp;amp;nbsp;» de peur de prononcer sans une connaissance suffisante de la cause. Ce fut le crime précisément de cette assemblée des prêtres et des scribes qui condamnèrent Saint Étienne, comme ce fut aussi le péché de ces magistrats de Philippes, dont l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Après nous avoir publiquement battus de verges, et sans jugement préalable, nous qui sommes citoyens romains, ils nous ont jetés en prison, et maintenant ils nous en font sortir en secret.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut ni condamner les innocents, ni renvoyer les coupables, ni se laisser séduire par des présents ou par la faveur, par la haine ou par l’amitié. Aussi Moise ne manque pas d’adresser aux vieillards qu’il avait établis juges d’Israël, cet avertissement célèbre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Jugez toujours selon la justice le citoyen comme l’étranger&amp;amp;nbsp;; ne mettez point de différence entre les individus&amp;amp;nbsp;; écoutez le petit comme le grand&amp;amp;nbsp;; ne faites acception de personne, parce que vous jugez pour Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux accusés et aux criminels, Dieu leur fait un devoir de confesser la vérité, lorsqu’ils sont interrogés selon les formes de la justice. Cette confession est un hommage éclatant à la Gloire de Dieu. C’est la pensée de Josué&amp;amp;nbsp;: Lorsqu’il exhorte Achan à dire la vérité, il lui parle de la sorte:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon fils, rendez gloire au Seigneur, Dieu d’Israël.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et parce que ce précepte s’adresse spécialement aux témoins, le Pasteur aura grand soin d’en parler comme il convient. C’est qu’en effet ce huitième Commandement n’a pas seulement pour but de défendre le faux témoignage, mais encore de nous commander de dire la vérité. Dans les affaires humaines, le témoignage conforme à la vérité est extrêmement important. Il y a une multitude de choses que nous ne pouvons connaître que sur la bonne foi des témoins. Rien donc n’est plus nécessaire qu’un témoignage véridique dans ces choses que nous ne savons pas, et que cependant nous n’avons pas le droit d’ignorer. De là ce mot de Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui tait la vérité, et celui qui profère le mensonge sont également coupables, le premier parce qu’il ne veut pas être utile, le second parce qu’il cherche à nuire.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il peut être permis quelquefois de taire la vérité, mais il faut que ce soit hors des tribunaux. En justice, un témoin interrogé par un juge compétent, doit faire connaître la vérité tout entière, mais à condition de ne pas trop se fier à sa mémoire, et de prendre garde d’affirmer comme certain ce dont il n’est pas absolument sûr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les autres personnes que ce précepte oblige également à dire la vérité sont les avoués et les avocats, les procureurs et les accusateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avoués et les avocats ne refuseront ni leurs services ni leur appui à ceux qui en ont besoin&amp;amp;nbsp;;ils se chargeront généreusement de la défense du pauvre&amp;amp;nbsp;; ils ne prendront point de mauvaises causes pour les soutenir, ils ne feront point durer les procès par calomnie, ou par avarice, et ils auront soin de régler leurs honoraires selon le droit et la justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De leur côté, les procureurs et accusateurs devront prendre bien garde de ne point se laisser entraîner par affection, par haine, ou par quelque autre passion, à poursuivre qui que ce soit sur d’iniques imputations,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la Loi de Dieu ordonne à toutes les personnes pieuses d’être toujours sincères et véridiques dans leurs entretiens et leurs discours, et de ne jamais rien dire qui puisse blesser la réputation d’autrui, pas même de ceux qui les auront offensées ou maltraitées. Elles ne doivent pas oublier en effet qu’il y a entre elles et ces malheureux l’union et les rapports qui existent entre les membres d’un même corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — MOTIFS DE DÉTESTER LE MENSONGE.  ====&lt;br /&gt;
Afin que les Fidèles se détournent plus facilement du vice abject du mensonge, le Pasteur leur en fera voir toute la honte et l’énormité. Dans nos Saints Livres, le démon est &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
23. Attribué à Saint Augustin par Gratien, mais à tort&amp;amp;nbsp;; on le trouve pareillement dans Saint Isidore L, 3, cap., 19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
appelé le père du mensonge. «&amp;amp;nbsp;Parce qu’il n’est point demeuré dans la vérité, nous dit l’Apôtre Saint Jean , il est menteur et père du mensonge.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour essayer de détruire un désordre si funeste, le Pasteur ajoutera à cette parole de Saint Jean, tous les maux que le mensonge apporte avec lui&amp;amp;nbsp;; et comme ces maux sont innombrables, il lui suffira de faire connaître ceux d’entre eux qui sont autant de sources d’où dérivent tous les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, pour montrer combien l’homme faux et menteur offense Dieu grièvement, et à quel degré il encourt sa haine, il citera cette parole de Salomon dans les Proverbes: «&amp;amp;nbsp;''Il y a six choses que le Seigneur hait, et une septième qui est en abomination devant Lui: des yeux altiers, une langue calomniatrice, des mains qui versent le sang innocent, un cœur qui médite des pensées mauvaises, des pieds prompts II courir au mal, un homme menteur, un témoin faux.''&amp;amp;nbsp;» Dés lors qui pourrait préserver des derniers châtiments celui que Dieu poursuit d’une haine si terrible&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, comme le dit l’Apôtre Saint Jacques , «&amp;amp;nbsp;Quoi de plus odieux et de plus infâme que d’employer la même langue à bénir Dieu votre Père et à maudire les hommes qui sont créés à son image et à sa ressemblance, comme si une fontaine pouvait, par la même ouverture, donner une eau douce et une eau amère&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» Et en effet, cette langue qui tout à l’heure louait Dieu et Le glorifiait, ne Le couvre-t-elle pas maintenant de honte et d’opprobre, autant qu’elle le peut, par les mensonges qu’elle profère&amp;amp;nbsp;? Aussi les menteurs sont-ils exclus de la béatitude céleste. Car à cette demande que David fait à Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Seigneur, qui demeurera dans vos tabernacles&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» le Saint-Esprit répond «&amp;amp;nbsp;Celui qui dit la vérité dans la sincérité de son cœur, et dont la langue ne connaît pas l’artifice.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui fait encore que le mensonge est un très grand mal, c’est qu’ils constitue une maladie de l’âme presque incurable. Car le péché que l’on commet en accusant quelqu’un d’un faux crime, ou bien en blessant son honneur et sa réputation, ce péché ne peut être remis qu’autant que le calomniateur a réparé son tort envers sa victime. Mais précisément, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, cette réparation est très difficile à faire, parce qu’on se trouve retenu par une fausse honte ou par un faux point d’honneur. D’où il suit que celui qui est coupable de ce péché est pour ainsi dire voué aux supplices éternels de l’enfer. Personne en effet n’a le droit d’espérer qu’il obtiendra le pardon de ses calomnies et de ses diffamations, tant qu’il n’aura pas satisfait à celui dont il a souillé l’honneur et la réputation, soit publiquement et en justice, soit dans des entretiens privés et familiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin les suites funestes du mensonge s’étendent très loin, et nous atteignent tous. La fausseté et le mensonge font disparaître la vérité et la confiance, qui sont les liens nécessaires de la société, et sans lesquels les rapports entre les hommes tombent dans une confusion telle que le monde ressemble à un véritable enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur comprendra dés lors qu’il doit exhorter les Fidèles à éviter de trop parler. La modération dans les paroles fait fuir les autres péchés, et surtout elle est un préservatif assuré contre le mensonge, vice auquel échappent difficilement ceux qui parlent trop. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — VAINES EXCUSES DES MENTEURS.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur s’appliquera également à détruire l’erreur de ceux qui s’excusent sur le peu d’importance des conversations, et qui prétendent autoriser leurs mensonges par l’exemple de ces sages du monde qui ont pour maxime, disent-ils, de savoir mentir à propos. Il leur fera observer, ce qui est très vrai «&amp;amp;nbsp;''que la prudence de la chair est la mort de l’âme&amp;amp;nbsp;''» . Il les exhortera à mettre en Dieu leur confiance, au milieu des difficultés et des extrémités les plus fâcheuses, et à ne recourir jamais au grossier artifice du mensonge&amp;amp;nbsp;; car ceux qui se servent de ce subterfuge, laissent voir clairement qu’ils comptent plus sur leur prudence personnelle que sur la Providence de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui rejettent la cause de leur mensonge sur les menteurs qui les ont trompés les premiers, ont besoin qu’on leur rappelle qu’il n’est pas permis à l’homme de se venger lui-même&amp;amp;nbsp;; qu’il ne faut point rendre le mal pour le mal, mais au contraire chercher «&amp;amp;nbsp;''à vaincre le mal par le bien&amp;amp;nbsp;''» &amp;amp;nbsp;; et que, quand même la vengeance serait permise, il ne peut jamais être utile à personne de se venger à ses dépens, ce qui arriverait sûrement et avec un préjudice considérable si l’on avait recours au mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on en trouve qui apportent pour excuse l’infirmité et la fragilité naturelles, il faut leur remettre en mémoire l’obligation où ils sont d’implorer le secours divin, et de ne point se laisser vaincre par la nature. D’autres diront qu’ils ont contracté l’habitude de mentir. Il faut les exhorter à multiplier leurs efforts pour contracter l’habitude contraire, de dire toujours la vérité, d’autant que ceux qui pèchent par habitude, sont plus coupables que les autres. Quant à ceux — et ils ne sont pas rares — qui prétendent se justifier sur l’exemple des autres hommes qui, selon eux, mentent et se parjurent à tout propos, il faut les détromper par cette considération, que nous ne devons point imiter les méchants, mais bien plutôt les reprendre et faire en sorte de les corriger&amp;amp;nbsp;; que si, par malheur, nous mentons nous-mêmes, notre parole aura bien moins d’autorité pour faire accepter nos reproches et nos bons conseils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui défendent leurs mensonges en alléguant qu’ils ont éprouvé souvent de graves ennuis parce qu’ils avaient dit la vérité, les Prêtres les réfuteront en leur montrant que par de telles paroles ils s’accusent, bien plus qu’ils ne s’excusent. Le devoir du vrai Chrétien en effet, n’est-il pas de tout souffrir plutôt que de mentir&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous avons encore deux sortes de personnes qui veulent excuser leurs mensonges: celles qui prétendent ne mentir que par plaisanterie, et celles qui le font pour leur utilité, parce que, disent-elles, elles ne pourraient ni bien vendre ni bien acheter, si elles n’avaient recours au mensonge. Les Pasteurs les tireront de leur erreur les unes et les autres. Ils écarteront les premières de ce vice en leur remontrant que rien n’augmente plus l’habitude du mensonge, que de mentir sans aucune retenue. Ils ajouteront&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’il leur faudra rendre compte de toute parole oiseuse''&amp;amp;nbsp;». Et pour les secondes, ils ne craindront point de les reprendre fortement, et de leur montrer qu’une excuse d’un pareil genre ne fait qu’augmenter leur faute, puisqu’elles prouvent bien par là qu’elles n’accordent ni autorité ni confiance à ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : «&amp;amp;nbsp;''Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-septième — Du neuvième et du dixième Commandement ===&lt;br /&gt;
Vous ne convoiterez point la maison de votre prochain, et vous ne désirerez point sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première chose à remarquer dans ces deux derniers Commandements, c’est qu’ils nous donnent pour ainsi dire, le moyen infaillible de garder tous les autres. Car ils ont pour objet et pour fin de prescrire à celui qui veut fidèlement observer les Commandements précédents, d’éviter avec le plus grand soin les désirs déréglés. Celui qui ne convoite rien, est content de ce qu’il possède, il ne désire point le bien des autres, il se réjouit de leurs avantages, rend gloire au Dieu immortel, et lui témoigne les plus vives actions de grâces&amp;amp;nbsp;; il observe le Sabbat, c’est-à-dire, qu’il jouit d’un repos perpétuel, il respecte ses supérieurs, et enfin il ne blesse personne ni en paroles, ni en actions, ni d’aucune autre manière. La convoitise est la racine et la source de tous les maux, et ceux dont elle enflamme les passions se précipitent dans tous les désordres et dans tous les crimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces réflexions ne peuvent que rendre le Pasteur plus zélé à expliquer ces deux Commandements, et les fidèles plus attentifs à l’écouter et à le suivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons réuni ces deux préceptes parce qu’ils se ressemblent du côté de leur objet, et que la manière de les expliquer est la même&amp;amp;nbsp;; cependant le Pasteur pourra les traiter ensemble ou séparément, selon qu’il le trouvera plus commode pour ses exhortations et ses instructions. Mais s’il a entrepris d’expliquer en détail le Décalogue, il devra montrer la différence réelle de ces deux Commandements et des deux genres de convoitise qu’ils condamnent. C’est ce que Saint Augustin met très bien en lumière dans son Livre des ''Questions sur l’Exode'' . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DIFFÉRENCE ET NnÉCESSITÉ DE CES DEUX COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
L’une des convoitises dont nous parlons ne voit et ne cherche que ce qui est utile et avantageux, l’autre court après le plaisir et la volupté. Celui qui désire la maison ou la terre de son voisin, poursuit ce qui est utile et profitable plutôt que la volupté. Au contraire celui qui désire la femme d’autrui, cherche le plaisir et non pas l’utilité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux Commandements étaient nécessaires. En voici la double raison: la première, c’est qu’il fallait expliquer le sens du dixième et du septième précepte. Sans doute, en voyant l’adultère défendu, on pouvait en conclure, avec les seules lumières naturelles, qu’il est défendu également de désirer la femme d’un autre&amp;amp;nbsp;; car il est permis d’user de ce que l’on peut désirer sans crime. Cependant la plupart des Juifs, aveuglés par le péché, ne pouvaient se persuader que Dieu eût fait cette défense. Et même un bon nombre d’entre eux, qui se donnaient comme interprètes de la Loi, et qui par conséquent devaient bien la connaître, étaient tombés dans cette erreur, comme on peut le voir par ces paroles de Notre-Seigneur dans Saint Matthieu : «&amp;amp;nbsp;''Vous savez qu’il a été dit aux Anciens vous ne commettrez point d’adultères&amp;amp;nbsp;; mais moi, je vous dis... etc.''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;La seconde raison [de la nécessité de ces deux Commandements] c’est qu’ils défendent d’une manière claire et distincte des choses que le sixième et le septième ne défendaient que d’une manière générale. Ainsi, par exemple, le septième Commandement défend de désirer injustement ou de ravir le bien d’autrui&amp;amp;nbsp;; mais ici il est défendu de le désirer de quelque manière que ce soit, même si l’on pouvait l’acquérir justement et légitimement, dés que cette acquisition pourrait causer quelque dommage au prochain. &amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’en venir à l’explication de ce 9° et 10° précepte, il faudra, avant toutes choses, faire remarquer ana fidèles non seulement qu’ils nous obligent à réprimer nos convoitises, mais encore à reconnaître l’infinie bonté de Dieu envers nous. Par les Commandements précédents, II nous avait entourés comme d’une sorte de garde pour nous mettre, nous et nos biens, à l’abri des violences du prochain&amp;amp;nbsp;; par ces deux derniers, II nous défend contre nous-mêmes et contre nos convoitises mauvaises, qui ne pouvaient manquer de nous nuire, s’il nous eût été loisible de tout désirer et de tout souhaiter. Dès lors par le seul fait que Dieu nous défend la convoitise, l’aiguillon des passions malsaines qui nous pousse d’ordinaire à toute sorte d’actions répréhensibles, se trouve émoussé pour ainsi dire&amp;amp;nbsp;; il nous presse moins, et délivrés de ses sollicitations importunes, nous avons plus de temps pour remplir les devoirs nombreux et si importants que la Religion et la piété nous prescrivent envers Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n’est pas là seulement ce que ces deux Commandements nous apprennent. ils nous montrent encore que la Loi de Dieu, pour être observée comme il convient, non seulement exige l’accomplissement extérieur du devoir mais encore les sentiments intimes de l’âme. Et c’est ce qui met une grande différence entre les lois humaines et les lois divines. Les premières se contentent des actes extérieurs, les secondes, par cela même que «&amp;amp;nbsp;''Dieu voit au fond du cœur''&amp;amp;nbsp;», demandent, avec la préparation de l’âme, une grande pureté et intégrité de cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Loi de Dieu est donc comme un miroir où nous apercevons les vices de notre nature. Ce gui a fait dire à l’Apôtre : «&amp;amp;nbsp;''Je n’aurais point connu la concupiscence, si la Loi ne m’avait dit: vous ne convoiterez point''.&amp;amp;nbsp;» En effet la concupiscence, qui est comme le foyer du péché, et qui tire son origine du péché même, demeure perpétuellement fixée en nous&amp;amp;nbsp;; et c’est ce qui nous fait sentir que nous naissons dans le péché. Dès lors nous recourons en suppliants à Celui qui peut seul en laver les souillures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autre reste ces deux Commandements ont cela de commun avec les huit autres, qu’ils sont tout à la fois positifs et négatifs&amp;amp;nbsp;; ils commandent et ils défendent. Et pour bien les faire comprendre, le Pasteur doit les expliquer séparément. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QU’EST-CE QUE LA CONCUPISCENCE ====&lt;br /&gt;
Il ne faut pas s’imaginer que ce précepte condamne tous les désirs, ni qu’il considère comme vicieuse une concupiscence qui ne l’est pas. «&amp;amp;nbsp;''L’esprit convoite contre la chair''&amp;amp;nbsp;», dit Saint Paul &amp;amp;nbsp;; David «&amp;amp;nbsp;''désirait en tout temps les ordonnances de Dieu avec la plus vive ardeur''&amp;amp;nbsp;» . Le Pasteur devra donc faire connaître aux Fidèles quelle est cette concupiscence qui est ici défendue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par ce mot, comme un mouvement, un élan de l’âme qui nous porte vivement à désirer les choses agréables que nous n’avons pas. Et de même que les autres mouvements de notre âme ne sont pas nécessairement et perpétuellement mauvais, de même l’ardeur de la concupiscence n’est pas nécessairement vicieuse. Ainsi ce n’est pas un mal de désirer de manger et de boire, de se chauffer quand on a froid, ou de chercher le froid quand on a chaud. Il faut dire au contraire que ces désirs sont bons en eux-mêmes, car c’est Dieu qui les a mis en nous. Mais le péché de nos premiers parents a dépravé ces désirs légitimes, ils se sont élancés au-delà des bornes naturelles, et maintenant ils nous poussent trop souvent à convoiter des choses que l’esprit et la raison condamnent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, si nous savons modérer cette ardeur et la contenir dans les justes limites, elle nous devient souvent très utile. D’abord, elle est cause que nous adressons à Dieu des prières assidues, pour Lui demander humblement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et instamment ce que nous désirons le plus. La prière est l’interprète naturel de nos désirs, et si cet élan légitime n’existait pas, les prières ne seraient pas si nombreuses dans l’Église de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite elle nous rend plus chers et plus précieux les dons de Dieu&amp;amp;nbsp;; car plus nous désirons une chose avec ardeur, plus l’objet de notre désir nous devient cher et agréable lorsque nous l’avons obtenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le plaisir même que nous procure la chose désirée lorsque nous la possédons, nous porte à remercier Dieu avec une piété beaucoup plus grande. Si donc il est quelquefois permis de convoiter, nous sommes obligés d’avouer que tout élan de convoitise n’est point défendu. Et quoique l’Apôtre Saint Paul dise que «&amp;amp;nbsp;''la convoitise est un péché''&amp;amp;nbsp;» , il faut entendre cette parole dans le sens que lui donne Moise,&amp;amp;nbsp; puisqu’il cite son témoignage. D’ailleurs lui-même laisse voir clairement qu’il pense de même. Dans son Epître aux Galates,&amp;amp;nbsp; il appelle cette convoitise «&amp;amp;nbsp;''la convoitise de la chair. Conduisez-vous,'' dit-il, ''par le mouvement de l’esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne défend donc point ici ce désir naturel et modéré, qui ne sort point de ses limites, et bien moins encore cette convoitise toute spirituelle d’une âme pure, qui nous fait soupirer après les choses qui combattent la chair. nos Saints Livres eux-mêmes nous y exhortent. «&amp;amp;nbsp;''Désirez mes entretiens,''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; et encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''venez à Moi, vous tous qui Me désirez avec ardeur.&amp;amp;nbsp;''» Ainsi ce que Dieu nous interdit dans ce Commandement, ce n’est pas cette puissance même de convoiter dont nous pouvons user pour le bien et pour le mal, mais bien l’exercice de cette convoitise déréglée que l’on appelle ''la concupiscence de la chair, et le foyer du péché''&amp;amp;nbsp;; convoitise qui nous rend toujours coupables, dés que notre cœur y donne son consentement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — QUELLE EST LA CONVOITISE QUI EST ICI DÉFENDUE ====&lt;br /&gt;
Dieu défend donc ici uniquement cette ardeur de convoitise que l’Apôtre appelle ''concupiscence de la chair'', c’est-à-dire ces élans de désirs qui ne sont point modérés par la raison, et qui ne restent point dans les limites que Dieu a établies. Cette convoitise est réprouvée, ou parce qu’elle désire le mal, comme l’adultère, l’intempérance, l’homicide, et autres crimes abominables dont l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ne nous livrons point aux mauvais désirs, comme les Juifs s’y livrèrent&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» ou parce que, si les choses que l’on désire ne sont pas mauvaises de leur nature, il est cependant défendu de les désirer pour d’autres motifs&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
telles sont les choses que Dieu et l’Église nous défendent de posséder. Car il ne peut nous être permis de désirer ce qu’il ne nous est point permis de posséder. tels furent, dans la Loi de Moise, l’or et l’argent dont les idoles étaient faites, et que Dieu, dans le Deutéronome, défendait aux Juifs de convoiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une troisième raison qui rend cette convoitise coupable et absolument défendue, c’est lorsqu’elle désire des choses qui appartiennent à autrui, comme sa maison, son serviteur, sa servante, son champ, sa femme, son bœuf, son âne et tous les autres biens que la Loi de Dieu nous défend de convoiter, uniquement parce qu’ils ne sont pas à nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le désir de toutes ces choses est criminel, et il est compté parmi les péchés les plus considérables, lorsque le cœur y donne son consentement formel. Car le péché excité par les désirs déréglés de la concupiscence, prend plaisir au mal, soit qu’il l’approuve, soit seulement qu’il n’y résiste point. Ainsi l’enseigne l’Apôtre Saint Jacques, dans ce texte célèbre Où il nous montre l’origine et le progrès du péché:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Chacun est tenté par sa propre concupiscence qui l’emporte et l’attire. Ensuite, quand la concupiscence produit son effet, cet effet est le péché, et le péché, lorsqu’il est accompli, produit la mort.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, quand la Loi nous dit: Vous ne convoiterez point, elle nous dit. En d’autres termes, d’éloigner nos désirs de tout ce qui ne nous appartient pas. Car la soif du bien du prochain est immense, infinie, et jamais rassasiée, ainsi qu’il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''l’avare ne sera jamais rassasié d’argent''&amp;amp;nbsp;», ce qui a fait dire à Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Malheur à vous qui joignez maison à maison, et un champ à un autre&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais chacun des termes du précepte veut être expliqué séparément. Ainsi l’on comprendra mieux la laideur et l’énormité du péché dont nous parlons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DIFFÉRENTES ESPÈCES DE BIEN D’AUTRUI QUE L’ONnE DOIT PAS DÉSIRER.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur enseignera aux Fidèles que ce mot de maison désigne non seulement le lieu ou l’on habite, mais en général tous les biens que l’on possède. C’est dans ce sens que les Ecrivains sacrés l’ont employé le plus ordinairement. Ainsi il est dit dans l’Exode:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu bâtit des maisons aux sages femmes.''&amp;amp;nbsp;» Ces paroles signifient évidemment que Dieu étendit et augmenta leurs biens. Cette interprétation du mot maison nous montre que la Loi de Dieu nous défend de désirer avec avidité les richesses,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et de porter envie à la fortune, à la puissance, à la noblesse des autres. Dieu veut que nous soyons contents de notre condition, quelle qu’elle soit, basse ou élevée. nous devons voir aussi dans ce mot la défense de désirer la gloire du prochain, car la gloire fait partie de la maison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots qui suivent: ''le bœuf, l’âne'', indiquent qu’il nous est défendu de convoiter non seulement les choses considérables, comme la maison, la noblesse, la gloire, parce qu’elles appartiennent à autrui&amp;amp;nbsp;; mais même les petites, et n’importe lesquelles, animées ou inanimées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vient ensuite le mot ''serviteur''. Il faut l’entendre aussi bien des captifs que des serviteurs de toutes sortes et autrefois des esclaves&amp;amp;nbsp;; nous n’avons pas le droit de les convoiter, pas plus que ce qui appartient à un autre. Quant aux hommes libres qui servent volontairement, soit par intérêt, soit par affection ou par dévouement, on ne doit rien employer, ni paroles, ni craintes, ni promesses, ni argent pour les corrompre et les engager à quitter ceux à &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui ils se sont spontanément attachés. Et même s’ils viennent à les quitter avant le temps qu’ils avaient promis de rester à leur service, il faut les avertir que ce précepte leur fait une obligation formelle de rentrer chez leurs maîtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si, dans ce même précepte, il est fait mention du prochain, — c’est pour rendre plus évident le mauvais penchant des hommes qui ont l’habitude de jeter leurs désirs sur les terres, les maisons ou toute autre chose qui les touche. Et en effet le voisinage, qui est d’ordinaire un des éléments de l’amitié, devient souvent une source de haines par le dérèglement de la cupidité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, ce n’est pas violer ce Commandement que de désirer d’acheter des objets que nos voisins ont à vendre, ou de les acheter à leur juste pria. non seulement nous ne faisons point tort au prochain en agissant de la sorte, mais nous lui rendons un grand service, puisque l’argent qu’il reçoit lui sera plus avantageux et plus commode que ce qu’il met en vente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — IL EST DÉFENDU DE DÉSIRER LA FEMME DE SON PROCHAIN.  ====&lt;br /&gt;
Après la Loi qui nous défend de désirer en général le bien d’autrui, vient celle qui nous interdit de convoiter sa femme. Cette Loi n’atteint pas seulement la passion coupable qui fait désirer la femme d’un autre en vue de l’adultère, mais encore le simple désir de l’épouser. Car lorsqu’il était permis de répudier sa femme, il pouvait arriver facilement que celle qui était répudiée par l’un, fût épousée par l’autre. Et c’est pourquoi Notre-Seigneur a voulu porter cette défense, pour que les maris ne fussent point tentés de laisser leurs femmes, ni les femmes de se montrer difficiles et fâcheuses afin de mettre leurs maris dans la nécessité de leur donner le billet de répudiation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais aujourd’hui ce péché est beaucoup plus grave, puisqu’il est défendu d’épouser une femme même répudiée, tant que son mari n’est pas mort. Celui qui aura le malheur de désirer la femme de son prochain, tombera facilement dans l’un de ces deux crimes, ou de souhaiter la mort du mari, ou de désirer l’adultère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en faut dire autant des femmes qui sont fiancées. La Loi de Dieu interdit de les convoiter, puisque chercher à rompre ces sortes de promesses c’est fouler aux pieds le plus sacré des engagements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant si quelqu’un désirait avoir pour épouse une femme mariée, mais qu’il croirait libre, et qu’il fût résolu à ne pas la demander en mariage, dans le cas où il saurait qu’elle est déjà l’épouse d’un autre, cet homme, avec des intentions telles, ne violerait certainement point le précepte que nous expliquons. Ce fut le cas, comme nous le voyons dans l’Écriture, de Pharaon et d’Abimelech, qui désiraient prendre Sara pour femme, parce qu’ils ne la croyaient pas mariée, la regardant comme la sœur, et non comme l’épouse d’Abraham. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — CE QUE DIEU ORDONNE PAR CES DEUX COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Pour faire connaître aux Fidèles les remèdes que Dieu a préparés pour détruire l’effet de nos convoitises mauvaises, le Pasteur devra leur expliquer la seconde disposition de la Loi. Or, d’après cette disposition, «&amp;amp;nbsp;''si les richesses abondent dans notre maison, nous ne devons pas attacher notre cœur ''&amp;amp;nbsp;». Au contraire nous devons être prêts à les sacrifier dans l’intérêt de la Foi et de notre Salut. De même nous devons nous en servir généreusement pour venir en aide à la détresse du pauvre. Mais si les biens de la fortune nous manquent, nous saurons supporter de bon cœur et même avec joie notre indigence. D’ailleurs, si nous nous dépouillons charitablement de ce qui nous appartient, nous aurons bientôt éteint en nous le désir de ce qui ne nous appartient pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que le Pasteur trouvera facilement, soit dans l’Écriture Sainte, soit dans les Pères tout ce que l’on peut dire au peuple sur l’éloge de la pauvreté et sur le mépris des richesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Loi nous ordonne également de désirer de tout notre cœur et avec la plus vive ardeur l’accomplissement, non de nos propres vœux, mais de la volonté de Dieu, ainsi qu’il est dit dans l’Oraison Dominicale. Or la volonté de Dieu, c’est que nous travaillions d’une manière toute particulière à devenir des saints&amp;amp;nbsp;; que nous conservions la sincérité du cœur, avec une pureté parfaite&amp;amp;nbsp;; que nous nous exercions à ces œuvres de l’esprit, qui sont contraires à celles des sens&amp;amp;nbsp;; qu’après avoir dompté nos appétits, nous suivions toujours le droit chemin en toutes choses, avec la lumière et le jugement de la saine raison&amp;amp;nbsp;; et que enfin, nous sachions réprimer vigoureusement tout sentiment qui pourrait devenir une occasion funeste pour nos convoitises et nos passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, pour éteindre cette ardeur des passions, il nous sera très utile de considérer attentivement les inconvénients qui en sont la suite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier de ces inconvénients, c’est que, si nous obéissons à nos convoitises déréglées, le péché dominera dans notre âme, avec toute sa puissance et toute sa tyrannie. Voilà pourquoi l’Apôtre nous fait cette recommandation:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que le péché ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses mauvais désirs.''&amp;amp;nbsp;» De même, en effet, qu’en résistant aux passions, on détruit la force du péché, de même en y succombant, on chasse le Seigneur de son royaume, pour installer le péché à sa place. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second inconvénient, c’est que la concupiscence est comme une source intarissable qui donne naissance à tous les autres péchés, ainsi que nous l’enseigne l’Apôtre Saint Jacques &amp;amp;nbsp;; et Saint Jean dit de son côté:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout ce qui est dans le monde, est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, et orgueil de la vie.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième, c’est que les passions mauvaises obscurcissent la raison et faussent le jugement. Les hommes sont aveuglés par les ténèbres de la convoitise, dès lors, tout ce qu’ils désirent devient pour eux honnête et parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, cette même convoitise étouffe en nous la parole que Dieu Lui-même — ce grand cultivateur -- a déposée dans nos âmes. «&amp;amp;nbsp;Le grain semé dans les épinces, dit Saint Marc, est la figure de ceux qui entendent la parole et qui la laissent étouffer par les maux de la vie, par l’illusion des richesses, et par tous les effets des passions&amp;amp;nbsp;; ce qui fait qu’elle ne porte aucun fruit.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — QUI SONT CEUX QUI PÈCHENT CONTRE CES DEUX COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur ne manquera pas de dire, en terminant cette explication, qui sont ceux qui ont le plus à lutter contre leurs convoitises criminelles, et que par conséquent il doit exhorter le plus à observer ce précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ceux qui se plaisent à des divertissements indécents, ou qui se livrent sans modération aux jeux même permis&amp;amp;nbsp;; les marchands, qui désirent la disette, ou la cherté des marchandises, qui voient avec chagrin qu’ils ne sont pas les seuls pour acheter et pour vendre, ce qui leur permettrait de vendre plus cher et d’acheter à plus bas prix&amp;amp;nbsp;; ceux qui souhaitent que leurs semblables soient dans la misère, afin de réaliser du profit soit en leur vendant, soit en leur achetant&amp;amp;nbsp;; les militaires qui demandent la guerre pour avoir la licence de voler et de piller&amp;amp;nbsp;; les médecins qui désirent des malades&amp;amp;nbsp;; les hommes de loi qui réclament des causes, et des procès importants et nombreux&amp;amp;nbsp;; les ouvriers qui voudraient qu’il y eût rareté et disette de tout ce qui est nécessaire à la nourriture et à l’entretien, pour gagner davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont encore très coupables en ce genre ceux qui sont désireux et avides de la gloire et de la considération des autres, et qui ne se privent pas de les attaquer par la calomnie&amp;amp;nbsp;; surtout s’ils sont eux-mêmes des êtres lâches et sans mérite, car la considération et la gloire sont le prix de la vertu et du talent, et non celui de la lâcheté ou de la paresse.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Catéchisme du Concile de Trente : Troisième partie</title>
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 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Cette version ne comprend pas les notes. Scanné d’après le reprint que les éditions Dominique Martin Morin ont fait du numéro 136 (septembre-octobre 1969) de la revue ‘Itinéraires’. (‘Itinéraires’ reprenait sans rien y changer le texte des éditions Desclée et Cie, imprimatur à Tournai, le 17 juillet 1923.). Les définitions dogmatiques postérieures à la rédaction du Catéchisme du Concile de Trente (Immaculée Conception, Infaillibilité pontificale, Assomption), qui figurent en annexe, ont été ajoutées dans la réédition de 1984.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Troisième partie — Du Décalogue ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-huitième — Des Commandements de Dieu en général ===&lt;br /&gt;
Saint Augustin n’a pas craint de dire que le Décalogue est le sommaire et l’abrégé de toutes les Lois. Bien que Dieu eût fait pour son peuple un grand nombre de prescriptions, néanmoins Il ne donne à Moïse que les deux tables de pierre, appelées les tables du témoignage, pour être déposées dans l’Arche. Et en effet, il est facile de constater que tous les autres Commandements de Dieu dépendent des dix qui furent gravés sur les tables de pierre, si on les examine de près, et si on les entend comme il convient. Et ces dix Commandements dépendent eux-mêmes des deux préceptes de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, ''dans lesquels sont renfermés la Loi et les Prophètes.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — NÉCESSITÉ D’ÉTUDIER ET D’EXPLIQUER LE DÉCALOGUE.  ====&lt;br /&gt;
Le Décalogue étant l’abrégé de tous les devoirs, les Pasteurs sont obligés de le méditer jour et nuit, non seulement pour y conformer leur propre vie, mais encore pour instruire dans la Loi du Seigneur le peuple qui leur est confié. Car&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''les lèvres du Prêtre sont dépositaires de la science, et les peuples recevront de sa bouche l’explication de la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées.''&amp;amp;nbsp;» Ces paroles s’appliquent admirablement aux Prêtres de la Loi nouvelle, parce qu’étant plus rapprochés de Dieu que ceux de la Loi ancienne, ils doivent&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''se transformer de clarté en clarté, comme par l’Esprit du Seigneur.&amp;amp;nbsp;''» D’ailleurs, puisque Jésus-Christ Lui-même leur a donné le nom de&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''lumière ''», leur devoir et leur rôle, c’est d’être&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, les docteurs des ignorants, les maures des enfants&amp;amp;nbsp;; et si ''&amp;amp;nbsp;''quelqu’un tombe par surprise dans quelque péché, c’est à ceux qui sont spirituels à le relever.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tribunal de la Pénitence ils sont de véritables juges, et la sentence qu’ils portent est en raison de l’espèce et de la grandeur des fautes. Si donc ils ne veulent ni s’abuser eux-mêmes, ni abuser les autres par leur ignorance, il est nécessaire qu’ils étudient la Loi de Dieu avec le plus grand soin, et qu’ils sachent l’interpréter avec sagesse, afin de pouvoir rendre sur toute faute, action ou omission, un jugement conforme à cette règle divine, et encore comme dit l’Apôtre&amp;amp;nbsp; afin de pouvoir donner «&amp;amp;nbsp;''la saine Doctrine''&amp;amp;nbsp;», c’est-à-dire, une doctrine exempte de toute erreur, et capable de guérir les maladies de l’âme, qui sont les péchés, et de faire des Fidèles&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''un peuple agréable à Dieu par la pratique des bonnes œuvres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DIEU AUTEUR DU DÉCALOGUE.  ====&lt;br /&gt;
Mais dans ces sortes d’explications, le Pasteur doit rechercher, tant pour lui-même que pour les autres, les motifs les plus propres à obtenir l’obéissance à cette Loi. Or, parmi ces motifs, le plus puissant pour déterminer le cœur humain à observer les prescriptions dont nous parlons, c’est la pensée que Dieu Lui-même en est l’Auteur. Bien qu’il soit dit&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que la Loi a été donnée par le ministère des Anges''&amp;amp;nbsp;», nul ne peut douter qu’elle n’ait Dieu Lui-même pour auteur. nous en avons une preuve plus que suffisante, non seulement dans les paroles du législateur que nous allons expliquer, mais encore dans une multitude de passages des saintes Écritures, qui sont assez connus des Pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est personne en effet qui ne sente au fond du cœur une Loi que Dieu Lui-même y a gravée, et qui lui fait discerner le bien du mal, le juste de l’injuste, l’honnête de ce qui ne l’est pas. Or la nature et la portée de cette Loi ne diffèrent en rien de la Loi écrite, par conséquent il est nécessaire que Dieu, Auteur de la seconde, soit en même temps l’Auteur de la première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc enseigner que cette Loi intérieure, au moment où Dieu donna à Moise la Loi écrite, était obscurcie et presque éteinte dans tous les esprits par la corruption des mœurs, et par une dépravation invétérée&amp;amp;nbsp;; on conçoit dès lors que Dieu ait voulu renouveler et faire revivre une Loi déjà existante plutôt que de porter une Loi nouvelle. Les Fidèles ne doivent donc pas s’imaginer qu’ils ne sont pas tenus d’accomplir le Décalogue, parce qu’ils ont entendu dire que la Loi de Moïse était abrogée. Car il est bien certain qu’on doit se soumettre à ces divins préceptes, non pas parce que Moïse les a promulgués, mais parce qu’ils sont gravés dans tous les cœur&amp;amp;nbsp;», et qu’ils ont été expliqués et confirmés par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, (et cette pensée aura une grande force de persuasion), il sera très utile d’engager les Fidèles à se rappeler que Dieu Lui-même est l’Auteur de la Loi&amp;amp;nbsp;; Dieu dont nous ne pouvons révoquer en doute la Sagesse et l’équité, Dieu enfin dont la Force et la Puissance sont telles qu’il nous est impossible d’y échapper. Aussi, quand Il ordonne par ses Prophètes l’observation de sa Loi, nous l’entendons dire: «&amp;amp;nbsp;''Je suis le Seigneur Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Et au commencement du Décalogue:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je suis le Seigneur votre Dieu''&amp;amp;nbsp;» et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''si Je suis le Seigneur, où est la crainte que vous avez de moi''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette pensée n’excitera pas seulement les Fidèles à garder les Commandements de Dieu, elle les portera encore à Le remercier d’avoir fait connaître ses volontés qui nous donnent les moyens d’opérer notre salut. L’Écriture, dans beaucoup d’endroits, rappelle aux hommes ce grand bienfait, et les exhorte à sentir tout ensemble leur propre dignité et la bonté de Dieu comme dans ce passage du Deutéronome:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Telle sera votre Sagesse et votre Intelligence devant nous les peuples, que tous ceux qui auront connaissance de ces commandements diront: voilà un peuple sage et intelligent, voilà une grande nation.''&amp;amp;nbsp;» Et dans celui-ci du Psalmiste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il n’a pas agi de la sorte avec toutes les nations&amp;amp;nbsp;; Il ne leur a pas ainsi manifesté ses jugements.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le Pasteur a soin de rapporter et de dépeindre ensuite, d’après l’autorité de la Sainte Écriture, la manière dont la Loi fut donnée, les Fidèles n’auront pas de peine à comprendre avec quelle piété et quelle soumission ils doivent accomplir des Commandements qui leur viennent de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois jours avant la promulgation du Décalogue, sur l’ordre formel de Dieu, tous les Hébreux furent obligés de laver leurs vêtements et de garder la continence, afin d’être purs et plus prêts à recevoir la Loi du Seigneur. Quand les trois jours de préparation furent passés, ils vinrent tous au pied de la montagne, où Dieu avait résolu de leur donner sa Loi par l’intermédiaire de Moise. Moise en effet fut appelé seul sur la Montagne. Alors Dieu lui apparut dans tout l’éclat de sa Majesté. Il se mit à parler avec lui et lui donna les préceptes du Décalogue au milieu des tonnerres, des feux, des éclairs, et d’un nuage épais qui couvrit toute la Montagne. Or, que voulait la Sagesse divine par tous ces prodiges&amp;amp;nbsp;? Sinon de montrer avec quelle pureté de cœur et quelle humilité nous devons accueillir sa Loi, et quels châtiments terribles sa justice nous réserve, si nous n’y faisons pas attention. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas assez&amp;amp;nbsp;; le Pasteur devra faire voir aussi que cette Loi n’est pas difficile à accomplir. Il lui suffira pour cela d’apporter cette raison donnée par Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Comment, ''dit-il, ''peut-il être impossible à l’homme d’aimer son Créateur qui le comble de tant de biens, d’aimer un père qui l’a tant aimé, d’aimer sa propre chair dans ses frères&amp;amp;nbsp;? Or, celui qui aime accomplit la Loi.&amp;amp;nbsp;''» C’est ce qui faisait dire à l’Apôtre Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les Commandements de Dieu ne sont point pénibles.&amp;amp;nbsp;''» En effet, dit à son tour Saint Bernard,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''on ne pouvait exiger de l’homme rien de plus juste, rien de plus digne, rien de plus avantageux pour lui''.&amp;amp;nbsp;» De là aussi cette exclamation de Saint Augustin, admirant la Bonté infinie de Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qu’est-ce que l’homme, ô mon Dieu, pour que Vous lui ordonniez de Vous aimer, et que Vous le menaciez des plus grands châtiments, s’il ne Vous aime pas&amp;amp;nbsp;? n’est-ce pas déjà un assez grand châtiment de ne Vous aimer pas&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu’un s’excusait de ne pouvoir aimer Dieu, en alléguant la faiblesse de sa nature, il faudrait lui apprendre que Dieu qui exige que nous L’aimions, allume Lui-même le feu de son Amour dans nos cœurs par le Saint-Esprit, et que le Père céleste communique toujours cet esprit de bonté et d’amour à ceux qui le Lui demandent. Saint Augustin avait donc bien raison de dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, donnez-moi tout ce que Vous exigez, et exigez tout ce que Vous voulez.''&amp;amp;nbsp;» Ainsi donc, puisque Dieu est toujours disposé à nous aider, surtout depuis que son divin Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort pour nous, et a chassé loin de nous par sa Mort le prince des ténèbres, personne ne peut plus s’écarter de la Loi de Dieu par la difficulté de l’observer. II n’y a rien de difficile pour celui qui aime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — NÉCESSITÉ DE GARDER LES COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur disposera d’un moyen très puissant pour obtenir ce qu’il demande ici, s’il a soin de bien montrer que l’observation des Commandements de Dieu est d’une nécessité absolue. Et il insistera d’autant plus sur ce point qu’aujourd’hui il ne manque pas d’hommes, qui ne craignent pas de soutenir, pour leur malheur, que cette Loi, facile ou difficile, n’est pas nécessaire au salut. Pour réfuter cette doctrine impie et criminelle, il n’aura qu’à invoquer le témoignage de la Sainte Écriture, et particulièrement de ce même Apôtre sur l’autorité duquel on s’efforce d’appuyer cette erreur funeste. Que dit en effet l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il importe peu d’être circoncis, ou incirconcis, ce qui est absolument nécessaire, c’est l’observation des Commandements de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Quand ensuite il répète ailleurs la même maxime et nous dit que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La nouvelle créature en Jésus-Christ vaut seule quelque chose&amp;amp;nbsp;''», il nous fait clairement entendre que par cette nouvelle créature en Jésus-Christ il veut signifier celui qui observe les Commandements de Dieu. Car avoir reçu les Commandements de Dieu et les observer, c’est L’aimer, d’après ce témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui M’aime gardera ma parole.&amp;amp;nbsp;''» En effet, quoique l’homme puisse cesser d’être impie, avant d’avoir accompli des actes extérieurs de chaque précepte de la Loi, cependant il est impossible à celui qui a l’usage de sa raison, de passer de l’impiété à la justice, sans avoir le cœur disposé à garder tous les Commandements de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — AVANTAGE DE LA LOI DE DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Enfin, pour ne rien omettre de ce qui peut amener le peuple chrétien à pratiquer la Loi, le Pasteur aura soin de montrer combien les fruits qu’elle porte sont nombreux et consolants. A cette fin il n’aura qu’à citer le Psaume dix-huitième qui célèbre les mérites de la Loi de Dieu. Et le plus grand des mérites de cette Loi, c’est de révéler la gloire de son Auteur et de faire ressortir sa divine Majesté, bien mieux encore que les corps célestes eux-mêmes dont la beauté éclatante et l’ordre magnifique frappent d’admiration les peuples les plus barbares et les obligent à reconnaître la Gloire, la Sagesse et la Puissance de l’Artiste incomparable, Créateur de toutes choses. Cette Loi&amp;amp;nbsp; ''élève et convertit les âmes à Dieu''&amp;amp;nbsp;; c’est elle qui nous instruit de ses Voies, nous révèle sa très sainte Volonté, et nous fait marcher dans le chemin que Lui-même nous a tracé. Mais comme il n’y a que ceux qui craignent Dieu qui sont les vrais sages, le Psalmiste attribue encore à la Loi cette vertu singulière «&amp;amp;nbsp;''de donner la sagesse aux petits''.&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; Et enfin, dit-il, ceux qui l’observent fidèlement possèdent des joies pures, des consolations abondantes puisées dans la contemplation des divins Mystères, des récompenses infinies en cette vie et en l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant prenons garde d’accomplir cette sainte Loi moins pour notre avantage que pour l’amour que nous devons à Dieu, précisément parce qu’Il a bien voulu nous exprimer sa Volonté en nous la donnant. Et puisque toutes les autres créatures Lui sont soumises, n’est-il pas bien plus juste encore que nous-mêmes Lui obéissions en toutes choses&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il ne faut pas passer sous silence une réflexion qui nous fait sentir vivement la Clémence de Dieu à notre égard, et apprécier les trésors de son infinie Bonté. Ce Dieu pouvait nous obliger à servir les intérêts de sa Gloire, sans aucune récompense, néanmoins il Lui a plu de rapprocher tellement sa Gloire de notre avantage, que ce qui sert à Le glorifier, sert aussi à notre propre bien. Cette considération est très forte et très frappante. Le Pasteur ne manquera pas de montrer aux Fidèles avec le Prophète que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dans l’accomplissement de la Loi se trouvent d’abondantes récompenses.''&amp;amp;nbsp;» Dieu ne nous promet pas seulement les bénédictions qui semblent se rapporter plutôt au bonheur terrestre, comme&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''les bénédictions de nos villes et de nos champs&amp;amp;nbsp;''», mais II nous propose encore&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''un immense trésor dans le ciel'', et&amp;amp;nbsp; ''cette mesure pleine, pressée, entassée, coulant par-dessus les bords''&amp;amp;nbsp;», que nous méritons avec l’aide de sa divine miséricorde, par des ''œuvr''es de justice et de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-neuvième — Du premier Commandement ===&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai tiré de la terre d’Égypte, de la maison de servitude&amp;amp;nbsp;; tu n’auras point de dieux étrangers devant Moi&amp;amp;nbsp;; tu ne te feras point d’idoles&amp;amp;nbsp;», etc. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Loi que Dieu donna aux Juifs sur le mont Sinaï, la nature l’avait imprimée et gravée longtemps auparavant dans le cœur de tous les hommes, et tous les hommes pour ce motif étaient obligés de l’accomplir. Dieu l’avait ainsi voulu. II sera donc très utile d’expliquer avec soin aux Fidèles les termes mêmes dans lesquels elle fut promulguée par Moïse, qui en fut le ministre et l’interprète, et de leur faire connaître l’histoire si pleine de mystères du peuple hébreu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — RÉCIT ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE SACRÉE.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs commenceront par raconter que de toutes les nations qui vivaient sur la terre, Dieu en choisit une qui descendait d’Abraham. Ce saint Patriarche, pour obéir à Dieu, avait habité comme étranger la terre de Chanaan, et Dieu lui avait promis de lui donner cette terre&amp;amp;nbsp;; mais ni lui ni ses descendants ne la possédèrent qu’après avoir erré pendant plus de quatre cents ans. Durant ce long pèlerinage, Dieu ne les abandonna jamais. Ils allaient de nation en nation, de peuple en peuple, mais nulle part II ne souffrit qu’on leur fît aucun mal, et même Il punit les rois qui voulaient leur nuire. Avant qu’ils descendissent en Égypte, Il envoya dans ce pays un homme dont la sagesse devait les préserver, eux et les Égyptiens, des suites de la famine. Il les entoura tellement de sa Bonté protectrice, que malgré la résistance de Pharaon et son acharnement à les perdre, ils se multiplièrent prodigieusement. Puis quand Il les vit dans l’affliction et soumis au plus dur esclavage, Il suscita un chef dans la personne de Moïse pour les tirer d’Égypte par la puissance de son bras. C’est de cette délivrance que Dieu fait mention au commencement de la Loi. quand Il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai tiré de la terre d’Égypte, de la maison de servitude.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici le Pasteur fera remarquer avec soin que si Dieu choisit cette nation entre toutes, pour l’appeler son peuple, et pour être plus spécialement connu et servi par elle, ce n’est point qu’elle fût plus nombreuse ou plus juste que les autres, comme Dieu ne manque pas de le lui rappeler&amp;amp;nbsp;; mais c’est qu’Il le voulut ainsi pour rendre plus sensible et plus éclatante aux yeux de tous sa Puissance et sa Bonté, en comblant de bienfaits et de richesse une nation si peu nombreuse et si pauvre. Quelque misérable que fût l’état des Hébreux, Dieu ''s’attacha à eux, et les aima'', au point que le Maître du ciel et de la terre ''ne rougit point d’être appelé leur Dieu''.&amp;amp;nbsp; Son but était de provoquer les autres peuples à les imiter, et d’amener tous les hommes à embrasser son culte, par le bonheur dont Il comblait les Israélites sous leurs yeux. De même l’Apôtre Saint Paul déclarera plus tard&amp;amp;nbsp; ''qu’Il a excité l’émulation de son peuple'', en lui représentant le bonheur des Gentils, et la connaissance du vrai Dieu qu’Il leur avait donnée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite le Pasteur enseignera aux Fidèles que Dieu laissa longtemps les Patriarches hébreux errer comme des voyageurs en pays étranger, et leurs descendants gémir sous l’oppression et l’accablement de la plus dure servitude, pour nous apprendre qu’on ne peut être ami de Dieu, sans être ennemi du monde et étranger sur la terre, et par conséquent qu’il est d’autant plus facile de gagner son amitié qu’on est plus détaché et séparé du monde. En même temps, Il voulait nous faire comprendre, à nous qui Lui rendons le culte qu’Il mérite, qu’il y a infiniment plus de bonheur à Le servir, qu’à servir le monde. C’est ce que l’Écriture nous rappelle quand elle dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les enfants de Judas seront soumis à Sésac, afin qu’ils apprennent quelle différence il y a entre mon service et le service des rois de fa terre''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il expliquera aussi que Dieu n’accomplit sa promesse qu’après plus de quatre cents ans, afin d’entretenir son peuple dans la Foi et l’Espérance. Le Seigneur en effet veut que ses enfants dépendent continuellement de Lui et qu’ils mettent tout leur espoir dans sa bonté, comme nous le dirons en développant le premier Commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il marquera le temps et le lieu où le peuple d’Israël reçut de Dieu cette Loi. Ce fut après sa sortie d’Égypte et dès qu’il fut entré dans le désert, afin que le souvenir de sa récente délivrance et la vue d’une région si sauvage le rendît plus propre à recevoir ses Commandements. Les hommes en effet s’attachent fortement à ceux dont ils viennent d’éprouver la bonté, et ils se réfugient sous la protection de Dieu, lorsqu’ils se voient privés de tout secours humain. Et c’est ce qui nous fait conclure que nous sommes d’autant mieux disposés à recevoir les Vérités divines, que nous fuyons davantage les attraits du monde et les plaisirs mauvais. Aussi est-il écrit dans le Prophète:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A qui le Seigneur enseignera-t-il sa Loi&amp;amp;nbsp;? A qui donnera-t-il l’intelligence de sa parole&amp;amp;nbsp;? Aux enfants sevrés et arrachés du sein de leurs mères.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — APPLICATION DE CETTE HISTOIRE AUX CHRÉTIENS.  ====&lt;br /&gt;
Que le Pasteur s’efforce donc, autant qu’il le pourra, d’amener les Fidèles à avoir toujours présentes à l’esprit ces paroles si graves: ''Je suis le Seigneur votre Dieu''. Elles leur feront comprendre qu’ils ont pour législateur le Créateur Lui-même, Celui qui leur a donné la vie et qui la leur conserve, et leur permettront de répéter en toute vérité&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Oui, il est notre Seigneur et notre Dieu: nous sommes le peuple de ses pâturages, le troupeau de sa droite''.&amp;amp;nbsp;» Ces paroles souvent répétées, et avec une sainte ardeur, auront la vertu de les rendre plus prompts à obéir à la Loi, et de les éloigner du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux suivantes: «&amp;amp;nbsp;''Qui vous ai tirés de la terre d’Égypte, de la maison de servitude'',&amp;amp;nbsp;» bien qu’elles semblent s’appliquer uniquement aux Hébreux délivrés de la domination des Égyptiens, néanmoins si l’on considère ce qu’est en elle-même l’œuvre du salut de tous, il est facile de voir qu’elles se rapportent infiniment mieux aux Chrétiens qui ont été arrachés par Dieu Lui-même non pas à la servitude d’Égypte, mais à la région du péché et à la puissance des ténèbres, pour être introduits enfin dans le Royaume de son Fils bien-aimé. C’est ce grand bienfait qu’avait en vue le Prophète Jérémie quand il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Voici que des jours viennent, dit le Seigneur, oie l’on ne dira plus: Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d’Israël de la terre d’Égypte&amp;amp;nbsp;! mais vive le Seigneur, qui a rappelé les enfants d’Israël du Septentrion, et de toutes les parties de la terre où ils avaient été dispersés, pour les réunir dans la terre qui avait été donnée à leurs pères&amp;amp;nbsp;! Voilà, dit le Seigneur, que J’enverrai des pêcheurs en grand nombre, et ils pêcheront les enfants d’Israël.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, ce Père infiniment bon a rassemblé, par son Fils,. ses enfants dispersés , afin que désormais esclaves de la justice et non plus du péché , nous le servions en marchant devant Lui tous les jours de notre vie dans la sainteté et la justice . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à toutes les tentations sachons opposer, comme un bouclier, ces paroles de l’Apôtre : «&amp;amp;nbsp;Étant'' mort au péché, comment pourrions-nous vivre encore dans le péché&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» nous ne sommes plus à nous, mais à Celui qui est mort et qui est ressuscité pour nous. C’est le Seigneur notre Dieu Lui-même ''qui nous a achetés au prix de son Sang''. Comment pourrions-nous pécher encore contre Lui, et de nouveau l’attacher à la croix&amp;amp;nbsp;? puisque nous sommes ''vraiment libres, de cette liberté que Jésus-Christ Lui-même nous a rendue , faisons servir nos membres à la justice, et à notre propre sanctification, comme nous les avons fait servir à l’injustice et à l’iniquité''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — OBJET DU PREMIER COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Vous n’aurez point de dieux étrangers devant Moi.''&amp;amp;nbsp;» Le Pasteur fera remarquer que dans le Décalogue la première place est pour les choses qui regardent Dieu, et la seconde pour celles qui regardent le prochain. C’est qu’en effet Dieu est la cause des devoirs que nous accomplissons envers le prochain. Et ce prochain nous ne l’aimons conformément à l’ordre de Dieu que si nous l’aimons pour Dieu. — On sait que la première des deux tables de pierre renfermait les Commandements qui ont Dieu pour objet. — Le Pasteur montrera ensuite que les paroles qui expriment le premier Commandement contiennent deux préceptes, dont l’un a pour but de commander et l’autre de défendre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car en se servant de ces mots: vous n’aurez point de dieux étrangers devant Moi, Dieu disait en d’autres termes&amp;amp;nbsp;: ''vous M’adorerez, Moi le Dieu véritable, mais vous n’aurez point de culte pour les dieux étrangers. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier de ces préceptes embrasse la Foi, l’Espérance et la Charité. Qui dit Dieu, en effet, dit un être constant, immuable, toujours le même, fidèle, parfaitement juste. D’où il suit que nous devons nécessairement accepter ses oracles, et avoir en Lui une Foi et une confiance entières. Il est Tout-Puissant, clément, infiniment porté à faire du bien. Qui pourrait ne pas mettre en Lui toutes ses espérances&amp;amp;nbsp;? et qui pourrait ne pas l’aimer en contemplant les trésors de bonté et de tendresse qu’Il a répandus sur nous&amp;amp;nbsp;? de là cette formule que Dieu emploie dans la sainte Écriture soit au commencement, soit à la fin de ses préceptes: ''Je suis le Seigneur''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici la seconde partie du précepte: ''vous n’aurez point de dieux étrangers devant Moi''. Si le Législateur l’a aussi formulée, ce n’est pas que sa volonté n’eût été assez clairement expliquée dans cette partie impérative et positive de son Commandement: ''Vous M’adorerez, Moi le seul Dieu.'' Car s’il y a un Dieu, il n’y en a qu’un. Mais c’était pour dissiper l’aveuglement d’un grand nombre d’hommes, qui, tout en faisant profession d’adorer le vrai Dieu, avaient cependant des hommages pour une multitude de divinités&amp;amp;nbsp;; et il y avait quelques Juifs dans ce cas&amp;amp;nbsp;; on le voit par ces reproches que leur faisait le Prophète Elie : «&amp;amp;nbsp;''Jusques à quand boiterez-vous des deux côtés&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Ce fut aussi le crime des Samaritains , qui adoraient en même temps et le Dieu d’Israël et les divinités des nations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces explications il faudra ajouter que ce Commandement est le premier et le plus grand de tous, non seulement par le rang qu’il occupe, mais encore par sa nature, sa dignité, et son excellence. nous devons à Dieu infiniment plus d’amour, de respect et de soumission qu’à nos supérieurs et à ceux qui nous gouvernent. C’est Lui qui nous a créés&amp;amp;nbsp;; c’est Lui qui nous conserve, qui nous a nourris dès le sein de nos mères, qui ensuite nous a appelés à la lumière&amp;amp;nbsp;; c’est Lui enfin qui nous fournit toutes les choses nécessaires à notre vie et à notre entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux-là donc pèchent contre ce premier Commandement, qui n’ont ni la Foi, ni l’Espérance, ni la Charité. Et leur nombre, hélas&amp;amp;nbsp;! est extrêmement considérable. Ce sont ceux qui tombent dans l’hérésie, qui ne croient pas ce que la sainte Église notre mère nous propose à croire&amp;amp;nbsp;; ceux qui ont foi aux songes, aux augures et à toutes les vaines superstitions de ce genre&amp;amp;nbsp;; ceux qui désespèrent de leur salut, qui manquent de confiance dans la miséricorde divine&amp;amp;nbsp;; ceux qui ne s’appuient que sur les richesses, la santé et les forces du corps. On peut voir, pour plus de détails, les Auteurs qui ont écrit sur les vices et les vertus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DU CULTE ET DE L’INVOCATION DES ANGES ET DES SAINTS.  ====&lt;br /&gt;
En expliquant ce Commandement, le Pasteur fera soigneusement remarquer aux Fidèles que le culte et l’invocation des Saints, des Anges et des Âmes bienheureuses qui jouissent de la Gloire du ciel, comme aussi le respect pour les corps mêmes et les reliques des Saints, tel que l’Église l’a toujours pratiqué, ne sont nullement contraires à l’esprit de ce premier Commandement. Est-il un homme assez insensé pour s’imaginer qu’un souverain qui interdirait à ses sujets de prendre la qualité de roi, et d’exiger les hommages et les honneurs qui ne sont dus qu’à cette dignité suprême, défendrait par là -même d’honorer les magistrats&amp;amp;nbsp;? Quoiqu’il soit dit que les Chrétiens, à l’exemple des Saints de l’Ancien testament, adorent les Anges, cependant ce culte qu’ils leur rendent diffère essentiellement de celui qu’ils offrent à Dieu. Et si quelquefois nous voyons les Anges refuser les honneurs qui leur étaient rendus par des hommes, cela signifie simplement qu’ils ne voulaient point prendre pour eux la gloire qui n’est due qu’à Dieu. Car le même esprit-Saint qui a dit : «&amp;amp;nbsp;''A Dieu seul honneur et gloire''&amp;amp;nbsp;», nous ordonne néanmoins d’honorer nos parents et les vieillards. Les Saints n’adoraient que Dieu seul, et cependant comme le remarque l’Écriture, ils avaient pour les rois une espèce d’adoration, en ce sens qu’ils les honoraient assez pour se prosterner devant eux. Or si les rois par qui Dieu gouverne le monde ont droit à de tels honneurs, les esprits angéliques que Dieu a faits ses ministres, qu’Il emploie non seulement dans le gouvernement de son Église, mais encore dans celui de l’univers entier, et dont la protection nous délivre tous les jours des plus grands dangers et de l’âme et du corps, ces esprits bienheureux ne recevront-ils pas de nous, bien qu’ils ne se montrent point visiblement à nos yeux, des honneurs d’autant plus grands qu’eux-mêmes l’emportent en dignité sur tous les rois de la terre&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutez à cela la Charité qu’ils ont pour nous. C’est cette Charité qui les fait prier, comme nous le voyons dans la sainte Écriture, pour les provinces dont ils sont les protecteurs. Et il n’est pas permis de douter qu’ils n’agissent de même envers ceux dont ils sont les Gardiens, puisqu’ils présentent à Dieu nos prières et nos larmes. Voilà pourquoi le Seigneur nous enseigne dans l’Évangile : «&amp;amp;nbsp;''Qu’il ne faut point scandaliser même les plus petits enfants, parce que leurs Anges qui sont dans le ciel voient sans cesse la face du Père qui est dans le ciel.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc invoquer les Anges, et parce qu’ils voient Dieu continuellement, et parce qu’ils se chargent avec joie du soin qui leur est confié de veiller à notre salut. L’Écriture sainte nous rapporte des exemples de ces invocations. Ainsi Jacob prie l’Ange avec lequel il avait lutté, de le bénir. Il lui fait même une sorte de violence, car il proteste qu’il ne le laissera point aller, avant d’avoir reçu sa bénédiction. Et non seulement il invoqua l’Ange qu’il voyait, mais encore il en invoqua un autre qu’il ne voyait pas, le jour où il disait : «&amp;amp;nbsp;''Que l’Ange qui m’a délivré de tout mal bénisse mes enfants&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où l’on peut conclure aussi que les honneurs rendus aux Saints qui sont morts dans le Seigneur, les invocations qu’on leur adresse, la vénération dont on entoure leurs reliques et leurs cendres sacrées, toutes ces pieuses pratiques, loin de diminuer la Gloire de Dieu, l’augmentent au contraire, parce qu’elles élèvent et confirment les espérances des hommes, et qu’elles les excitent à marcher sur les traces des Saints. Au reste ce culte est approuvé par le second Concile de Nicée, ceux de Gangres et de Trente, et par l’autorité des Saints Pères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais afin que le Pasteur soit en état de mieux réfuter les adversaires de cette vérité, il devra lire surtout Saint Jérôme contre Vigilance, et Saint Jean Damascène. Et encore aux raisons qu’ils apportent il faut joindre une considération qui prime toutes les autres: nous sommes ici en présence d’une coutume qui remonte aux Apôtres, et qui s’est maintenue et conservée sans interruption dans l’Église de Dieu. toutefois, aucune autre preuve ne peut être plus évidente ni plus solide que le témoignage même de la sainte Écriture, laquelle célèbre d’une manière admirable les louanges des Saints. Il est des Saints en effet dont la Parole de Dieu même dans nos Livres sacrés a publié hautement la gloire. Dés lors pourquoi les hommes ne leur rendraient-ils pas des honneurs particuliers&amp;amp;nbsp;? — enfin un autre motif plus puissant encore d’honorer et d’invoquer les Saints, c’est qu’ils prient continuellement pour le salut des hommes, et que nous devons à leurs mérites et à leur crédit un grand nombre des bienfaits que Dieu nous accorde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''S’il y a dans le ciel une grande joie''&amp;amp;nbsp; ''pour un pécheur qui fait pénitence'', peut-on douter que les Saints ne viennent en aide aux pénitents qui les invoquent, qu’ils ne répondent à leurs prières en obtenant le pardon de leurs péchés et la grâce de la réconciliation avec Dieu&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on prétend, comme quelques-uns l’ont fait, que la protection des Saints est inutile, attendu que Dieu n’a pas besoin d’interprète pour recevoir nos prières, c’est une assertion fausse et impie, réfutée d’ailleurs par ce mot de Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il est beaucoup de choses que Dieu n’accorderait pas sans le secours et les bons offices d’un médiateur et d’un intercesseur.&amp;amp;nbsp;''» Remarque pleinement justifiée par les exemples fameux d’Abimélech et des amis de Job. Ce ne fut en effet que par les prières de ces deux Patriarches qu’ils obtinrent le pardon de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voudrait-on alléguer encore que c’est l’affaiblissement ou le défaut de Foi qui nous font recourir au patronage et à l’intercession des Saints&amp;amp;nbsp;? mais que répondre alors à l’exemple du Centurion&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; nous connaissons l’éloge admirable que Notre-Seigneur fait de sa Foi. Et pourtant cet homme lui avait envoyé quelques anciens d’entre les Juifs pour le prier de guérir son serviteur qui était malade. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute nous devons reconnaître&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;que nous n’avons qu’un seul Médiateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a réconciliés par son Sang&amp;amp;nbsp; avec le Père céleste, et qui, nous ayant rachetés pour l’éternité, est entré une seule fois dans le Sanctuaire, où il ne cesse d’intercéder pour nous.&amp;amp;nbsp;» Mais ceci ne prouve nullement que nous ne devions pas recourir à l’intercession des Saints. Si nous n’avions pas le droit d’implorer leur protection, par cela seul que nous avons Jésus-Christ pour Avocat, l’Apôtre Saint Paul n’eût jamais témoigné tant d’empressement à se faire recommander et aider auprès de Dieu par les prières de ses Frères encore vivants. Car il est bien évident que les prières des Justes qui sont encore en ce monde ne diminueraient pas moins que celles des Saints du ciel la gloire et la dignité de notre Médiateur Notre-Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quel est celui qui, au récit des merveilles opérées sur les tombeaux des Saints, ne voudrait pas reconnaître le culte qu’on leur rend, et n’aurait pas pleine confiance dans leur protection&amp;amp;nbsp;? c’est là que les aveugles ont recouvré la vue, que les infirmes et les paralytiques ont repris l’usage de leurs membres&amp;amp;nbsp;; c’est là que la vie a été rendue aux morts, et que les démons ont été chassés des corps qu’ils possédaient. Et ces miracles nous sont attestés par des témoins dignes de foi. Des hommes comme Saint Ambroise et Saint Augustin nous les racontent dans leurs écrits , non pas, comme un grand nombre, pour en avoir entendu parler, non pas même, comme un bien plus grand nombre encore pour les avoir lus, mais pour les avoir vus de leurs propres yeux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, que dirons-nous de plus&amp;amp;nbsp;? ''si les vêtements et les ombres ''même des Saints pouvaient, avant leur sortie de ce monde, chasser les maladies et rendre les forces perdues, qui oserait soutenir que Dieu ne peut opérer les mêmes prodiges par le moyen de leurs cendres sacrées, de leurs&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ossements et de leurs autres reliques&amp;amp;nbsp;? On eut un jour une preuve de ce que nous disons, lorsque le cadavre jeté par hasard dans le tombeau d’Elisée revint tout à coup à la vie, au seul contact du corps du Prophète. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — CHOSES DÉFENDUES PAR LE PREMIER COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;Vous ne ferez point d’images taillées, ni de figures des créatures qui sont dans le ciel et sur la terre, dans les eaux et sous la terre&amp;amp;nbsp;; vous n’adorerez point toutes ces choses et vous ne les honorerez point.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques-uns ont vu dans ces paroles un second précepte différent du premier, et en même temps ils ont prétendu que les deux derniers Commandements du Décalogue n’en faisaient qu’un. Au contraire Saint Augustin maintient la séparation de ces deux derniers préceptes, et soutient que notre texte fait partie du premier. nous nous rangeons volontiers à son sentiment, parce qu’il est consacré dans l’Église Au surplus, nous avons une excellente raison de penser de la sorte: c’est qu’il était convenable de joindre au premier Commandement les récompenses et les punitions qui s’y rapportent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que personne ne s’imagine que Dieu défend par ce Commandement la peinture, la sculpture et la gravure. Car nous lisons dans la Sainte Écriture que sur l’ordre de Dieu même les hébreux firent des figures et des images, par exemple les Chérubins et le serpent d’airain. Les images étaient défendues uniquement pour empêcher qu’on ne retranchât quelque chose du culte dû à Dieu, pour le leur attribuer comme à de vraies divinités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, il y a évidemment, par rapport à ce précepte, deux manières principales d’outrager la Majesté de Dieu. La première c’est d’adorer des idoles et des images comme on adore Dieu Lui-même, de croire qu’il y a en elles une sorte de divinité et de vertu spéciale qui méritent qu’on leur rende un culte, ou bien encore de leur adresser nos prières et de mettre en elles notre confiance, comme autrefois les païens mettaient leurs espérances dans leurs idoles. La Sainte Écriture leur en fait souvent le reproche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde c’est de vouloir représenter Dieu sous une forme sensible, comme si la Divinité pouvait être vue des yeux du corps, ou exprimée avec des couleurs et par des figures. «&amp;amp;nbsp;''Qui pourrait, ''comme dit Saint Jean Damascène,&amp;amp;nbsp; ''représenter Dieu qui ne tombe point sous le sens de la vue, qui n’a pas de corps, qui ne peut être limité en aucune manière, ni dépeint par aucune figure&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Cette pensée est développée en détail dans le second Concile de Nicée . C’est pourquoi l’Apôtre a très bien dit des Gentils&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’ils avaient transporté la gloire d’un Dieu incorruptible à des figures d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents.''&amp;amp;nbsp;» Car ils adoraient tous ces animaux comme la Divinité même dans les images qu’ils en faisaient. C’est pour cela qu’on appelle idolâtres les Israélites qui s’écriaient devant la statue du veau d’or:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Israël, voilà. les dieux, voilà ceux qui t’ont tiré de la ferre d’Égypte&amp;amp;nbsp;''» car par là&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ils changeaient le Dieu de gloire contre la figure d’un veau qui mange l’herbe des champs.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc après avoir défendu d’adorer des dieux étrangers, Dieu, voulant détruire toute idolâtrie, défendit aussi de tirer de l’airain ou de toute autre matière une image de la Divinité. Ce qui a fait dire à Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''A qui ferez-vous ressembler Dieu&amp;amp;nbsp;? quelle forme et quelle image Lui donnerez-vous&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certain que tel est le sens de ce Commandement. Car outre les Saints Pères qui l’interprètent de cette manière, comme on peut le voir dans les actes du septième Concile général, les paroles suivantes que nous lisons dans le Deutéronome et que Moïse adressa au peuple pour le détourner de l’idolâtrie, nous en donnent une autre preuve&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous n’avez pas vu que Dieu ait pris aucune forme le jour où, sur la montagne d’Horeb, Il vous parla au milieu des éclairs.&amp;amp;nbsp;''» Ce sage législateur leur tenait ce langage pour les empêcher de se laisser tromper et séduire et d’en venir à représenter la Divinité par des images, et à rendre à la créature l’honneur qui n’est dû qu’à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
25. 1. 4 de ort. fid. c., 17. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
28. Exod., 32, 4. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30. Is., 40, 18. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
26. Conc. nic. 2 Act. 3. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
29. Ps., 105, 20. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31. Deut., 3, 15, 16. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
27. Rom., 1, 23. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — ON PEUT CEPENDANT CHEZ LES CHRÉTIENS REPRÉSENTER LA DIVINITÉ PAR DES SYMBOLES.  ====&lt;br /&gt;
Cependant il ne faudrait pas croire qu’on pèche contre la Religion et la Loi de Dieu, lorsqu’on représente quelqu’une des trois Personnes de la Sainte Trinité par certaines figures sous lesquelles elles apparurent dans l’Ancien et dans le nouveau testament. nul n’est assez ignorant pour croire que ces images soient l’expression réelle de la Divinité. Le Pasteur aura soin de déclarer qu’elles servent seulement à rappeler certaines propriétés et certaines opérations qu’on attribue à Dieu. C’est ainsi que le Prophète Daniel&amp;amp;nbsp; le dépeint «&amp;amp;nbsp;''comme un vieillard (l’ancien des jours) assis sur un trône avec des livres ouverts devant Lui.&amp;amp;nbsp;''» Il voulait par là nous représenter son Éternité et cette Sagesse infinie qui considère toutes les pensées et toutes les actions des hommes pour les juger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On donne également aux Anges la forme humaine à laquelle on ajoute des ailes. C’est pour nous faire comprendre toute leur bienveillance pour le genre humain, et toute leur promptitude à exécuter les ordres de Dieu . «&amp;amp;nbsp;''Ils sont tous des esprits au service du Seigneur, envoyés pour remplir un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut.''&amp;amp;nbsp;» La colombe et les langues de feu qui figurent le Saint-Esprit dans l’Évangile et les Actes des Apôtres indiquent des attributs qui lui sont propres, et qui sont trop familiers à tout le monde pour qu’il soit nécessaire de nous y arrêter plus longtemps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — LES IMAGES DE JÉSUS-CHRIST, DE LA SAINTE VIERGE ET DES SAINTS SONT PERMISES.  ====&lt;br /&gt;
En ce qui regarde Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa très Sainte et très chaste Mère, et tous les autres Saints, comme ils ont été revêtus de la nature humaine, non seulement il n’est pas défendu par ce commandement de représenter et d’honorer leurs images&amp;amp;nbsp;; mais au contraire ces actes ont toujours eu un caractère de piété sincère et de vive reconnaissance. Aussi bien les monuments des temps apostoliques, les conciles œcuméniques et un grand nombre de Saints Pères et de Docteurs sont d’accord pour déposer en leur faveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur ne se contentera donc pas d’enseigner qu’il est permis d’avoir des images dans les églises et de leur rendre des honneurs et un culte, puisque ce culte se rapporte à la personne même des saints&amp;amp;nbsp;; mais il établira encore les grands avantages que cette pratique a procurés aux Fidèles jusqu’à ce jour, comme on le voit dans le livre de Saint Jean Damascène qui a pour titre du Culte des images, et comme l’enseigne le septième Concile général, c’est-à-dire le second Concile de Nicée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, comme l’ennemi du genre humain cherche sans cesse à corrompre par ses ruses et ses tromperies les institutions les plus saintes, si le Pasteur vient à remarquer qu’il s’est glissé sur ce point quelque erreur parmi le peuple, il fera tous ses efforts pour le corriger, conformément au décret du Concile de Trente. Et même si les circonstances le permettent, il devra expliquer le décret lui-même. Ainsi il apprendra aux ignorants et à ceux qui ne comprennent pas le but de l’institution des images, qu’elles ont pour objet de nous faire connaître l’histoire des deux testaments, et de nous en renouveler de temps en temps le souvenir, afin que la pensée des bienfaits de Dieu nous excite à L’honorer davantage et augmente dans nos cœur s le feu de l’amour que nous avons pour Lui. Le Pasteur montrera aussi que si l’on place dans nos temples les images des Saints, c’est afin que nous honorions ceux qu’elles représentent, et que, avertis par leur exemple, nous soyons capables de former sur eux notre vie et nos mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. – MOTIFS D’OBSERVER LA LOI : RECOMPENSES ET CHATIMENTS ====&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort et jaloux, qui poursuis l’iniquité des pères dans les enfants jusqu’à la troisième et quatrième génération de ceux qui me haïssent&amp;amp;nbsp;; et qui fais miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui M’aiment et qui gardent mes préceptes.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a deux choses, dans cette dernière partie du premier Commandement. qui demandent à être expliquées avec grand soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première, c’est que la menace ici accompagne très justement le précepte, parce que la violation de ce premier Commandement est le plus grand des crimes, et que les hommes sont très portés à le commettre. Cependant la question des peines est l’appendice obligé de tous les préceptes. Il n’y a pas de loi en effet qui n’ait ses châtiments et ses récompenses pour amener les hommes à observer ses prescriptions. Voilà pourquoi on rencontre si souvent dans l’Écriture Sainte tant de promesses de la part de Dieu. Et sans nous arrêter aux témoignages presque innombrables que nous trouverions dans l’Ancien testament, méditons ceux que l’Évangile nous fait lire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous voulez entrer dans la vie, observez les Commandements.&amp;amp;nbsp;''» Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui-là entrera dans le Royaume des Cieux qui fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu.&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quiconque se fâchera contre son frère méritera d’être condamné par le jugement.&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous ne pardonnez point les péchés d’autrui, votre Père ne vous pardonnera point les vôtres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde chose, c’est qu’il faut expliquer ces paroles d’une manière bien différente, à ceux qui sont parfaits. Et à ceux qui sont encore charnels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes parfaits, qui se laissent conduire par l’esprit de Dieu et qui Lui obéissent avec joie et empressement, reçoivent la menace de ces châtiments comme une nouvelle très agréable et comme une grande preuve de la bienveillance divine à leur égard. Ils y voient la sollicitude d’un Père plein de tendresse, qui oblige en quelque sorte les hommes, tantôt par des récompenses, tantôt par des châtiments, à L’adorer et à Le servir. Ils reconnaissent dans ce Commandement qu’Il veut bien leur faire, un effet de cette bonté infinie du Seigneur qui se sert de ses créatures pour procurer la gloire de son nom. Et non seulement ils reconnaissent en cela sa bonté, mais ils ont encore la ferme espérance qu’en ordonnant ce qu’Il veut, II leur accordera les forces nécessaires pour exécuter ce qu’Il demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les hommes charnels au contraire, qui ne sont pas encore délivrés de l’esprit de servitude, et qui s’abstiennent de faire le mal plutôt par la crainte des châtiments que par l’amour de la vertu, trouvent l’appendice dont nous parlons très dur et très sévère. Le Pasteur ne manquera pas d’élever leurs âmes par de pieuses exhortations, et de les conduire comme par la main à l’accomplissement de la Loi. Au surplus, toutes les fois qu’il aura l’occasion d’expliquer quelque précepte, il devra tenir compte de ces observations. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons encore qu’il y a dans ces paroles qui terminent le premier Commandement, ce qu’on pourrait appeler deux aiguillons, capables d’exciter les hommes charnels aussi bien que les hommes spirituels à l’observation de la Loi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, ces mots, «&amp;amp;nbsp;''le Dieu fort,&amp;amp;nbsp;''» doivent être expliqués avec d’autant plus de soin, que souvent la chair, trop peu effrayée des menaces divines, invente pour son usage différentes raisons qui la feront échapper sûrement à la colère de Dieu, et éviter ses châtiments. Mais quiconque est assuré que Dieu est le Dieu fort, redit avec David:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Où irai-je pour m’éloigner de votre esprit&amp;amp;nbsp;? Où fuirai-je pour me dérober à votre vue&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» D’autres fois la chair se défie des promesses divines, exagère les forces de l’ennemi, et s’imagine qu’elle ne pourra jamais résister à ses efforts. Au contraire, ceux qui ont une Foi vive, ferme et solide, une Foi qui s’appuie sur la Force même et la Vertu de Dieu, sentent leur courage se ranimer et se fortifier car ils se disent à eux-mêmes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur est ma lumière et mon salut. Qui craindrai-je&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second aiguillon, c’est la jalousie divine. très souvent les hommes s’imaginent que Dieu ne s’occupe point des choses humaines, pas même de notre fidélité ou de notre négligence à garder sa Loi. De là de graves désordres dans leur vie. Mais quand on est convaincu que Dieu ''est un Dieu jaloux'', cette pensée retient facilement dans le devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois la jalousie que nous attribuons à Dieu n’est point celle qui agite et trouble l’esprit. La jalousie de Dieu, c’est cet Amour, cette Charité qu’il a pour nous, et qui l’empêche de laisser jamais personne s’éloigner de Lui impunément. En effet, dit le Prophète David,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il perd fous ceux qui Le renient&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la jalousie dont nous parlons, n’est rien autre chose que cette justice toujours calme et sereine. qui répudie l’âme corrompue par l’erreur et les passions, et qui la repousse parce qu’elle est indigne de rester l’épouse de son Dieu. A coup sûr, elle doit nous paraître bien douce et bien agréable, cette jalousie de Dieu, puisqu’elle est une preuve assurée de l’immense, de l’incroyable Amour qu’Il a pour nous. Et comme parmi les hommes il n’y a point d’amour plus vif, d’union plus forte et plus étroite que celle qui est cimentée par le mariage, Dieu nous montre combien Il nous aime, lorsqu’il se compare si souvent, vis-à-vis de nos âmes, à un fiancé, ou à un Époux, et s’appelle Lui-même un Époux jaloux. C’est pourquoi le Prêtre ne manquera pas d’apprendre aux Fidèles qu’ils doivent être tellement passionnés pour tout ce qui regarde le culte et l’honneur de Dieu, qu’on puisse dire d’eux avec vérité que non seulement ils Lui sont attachés, mais même qu’ils L’aiment d’un amour de jalousie, à l’exemple de celui qui disait de lui-même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’ai été rempli de zèle pour le Seigneur le Dieu des armées'',&amp;amp;nbsp;» et comme Jésus-Christ Lui-même dont il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le zèle de votre Maison me dévore.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la menace qui termine ce précepte, elle signifie que Dieu ne laissera point les pécheurs impunis, mais qu’Il les châtiera comme un bon Père, ou qu’Il les punira sévèrement et sans pitié comme un juge. C’est ce que nous déclare positivement Moise:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''et vous saurez que le Seigneur votre Dieu est un Dieu fort et fidèle, gardant son alliance en faisant miséricorde d ceux qui L’aiment et qui gardent ses préceptes, jusqu’à mille générations, et punissant sur-le-champ ceux qui le haïssent.&amp;amp;nbsp;''» C’est aussi ce que dit Josué:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne pourrez servir le Seigneur, car c’est un Dieu saint, un Dieu fort et jaloux, et Il ne pardonnera point vos crimes, ni vos péchés. Si vous abandonnez le Seigneur, et si vous servez des dieux étrangers, Il se tournera contre vous, II vous affligera et Il vous renversera.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut bien montrer au peuple que si Dieu, à la fin de ce premier précepte, menace de punir les méchants et les impies jusqu’à la troisième et quatrième génération, cela ne veut pas dire que tous les descendants portent toujours la peine des crimes de leurs ancêtres, mais que si les coupables et leurs enfants pèchent impunément, jamais leur postérité entière n’échappera à la colère de Dieu. Et n’évitera ses châtiments. C’est ce qui arriva pour le roi Josias. A cause de sa piété extraordinaire, Dieu l’avait épargné. Il lui avait accordé de mourir en paix, d’être enseveli dans le tombeau de ses pères et de ne pas être témoin des malheurs qui devaient bientôt tomber sur Jérusalem et la tribu de Juda, à cause des impiétés de Manassès. Mais à peine fut-il mort que la vengeance de Dieu s’exerça contre sa postérité et n’épargna pas même ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment concilier maintenant ces paroles que nous venons d’expliquer avec ce qui est dit dans le prophète Ezéchiel:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''C’est l’âme qui a péché qui mourra&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» Saint Grégoire, d’accord sur ce point avec tous les Pères de l’antiquité, répond admirablement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quiconque imite l’iniquité d’un père corrompu, est enchaîné à son sort&amp;amp;nbsp;; mais quiconque n’imite point cette iniquité, n’est point accablé par le poids des crimes de son père. Ainsi le fils pervers d’un père pervers comme lui, paie non seulement pour ses fautes, mais encore pour celles de son père, puisque, aux crimes de celui-ci qu’il savait avoir provoqué le courroux du Seigneur, il n’a pas craint d’ajouter sa propre perversité. Et c’est justice que celui qui, en présence d’un Juge inflexible, ose néanmoins suivre les voies iniques de son père, soit forcé d’expier les fautes de ce père dans la vie présente.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Pasteur aura grand soin de rappeler combien la bonté et la miséricorde de Dieu l’emportent sur sa justice. Car si sa colère s’étend jusqu’à la troisième et quatrième génération, sa miséricorde va jusqu’à la millième. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles, «&amp;amp;nbsp;''de ceux qui Me haïssent''&amp;amp;nbsp;» nous montrent toute la grandeur du péché de ceux qui transgressent ce premier Commandement. Qu’y a-t-il en effet de plus détestable et de plus odieux que de haïr la souveraine bonté. la souveraine vérité&amp;amp;nbsp;? Or c’est ce que font tous les pécheurs. Car de même que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui a reçu les Commandements et qui les observe, aime Dieu&amp;amp;nbsp;''», de même celui qui méprise la Loi de Dieu et qui n’observe point ses Commandements doit passer à bon droit pour un homme qui hait Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux mots de la fin, «&amp;amp;nbsp;''à ceux qui M’aiment,&amp;amp;nbsp;''» ils nous apprennent de quelle manière et pour quel motif nous devons garder la Loi. Il est nécessaire que ce soit le motif de la Charité, c’est-à-dire de l’amour même que nous avons pour Dieu. C’est ce qu’il faudra rappeler dans l’explication de chacun des Commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trentième — Du second Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE PRENDREZ POINT EN VAIN LE NOM DU SEIGNEUR VOTRE DIEU. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier Commandement, que nous venons d’expliquer, et qui nous ordonne de rendre à Dieu un culte saint et plein de respect, renferme nécessairement le Commandement dont nous avons à parler maintenant, et qui est le second. Qui veut être honoré, en effet, veut par là -même qu’on parle de lui avec une déférence parfaite, et il défend même le contraire. C’est ce que nous indiquent clairement ces paroles du Seigneur dans Malachie:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le fils doit honorer son père, et le serviteur son maître&amp;amp;nbsp;; si donc Je suis votre Père, où sont les honneurs qui me sont dus&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» Mais Dieu, pour nous faire comprendre la grandeur du devoir qu’Il nous impose ici, a voulu nous prescrire, sur l’honneur qui doit environner la sainteté de son, nom divin, un précepte spécial, et qu’Il a exprimé en termes très clairs et très formels. Et cette raison doit suffire pour montrer au Pasteur que ce n’est pas assez de parler de ce Commandement d’une manière générale, mais qu’il faut au contraire s’y arrêter assez longtemps, afin de pouvoir donner aux Fidèles les explications particulières claires et précises dont ils ont besoin. Et il ne peut apporter à ce travail trop de diligence et de zèle, puisque, malheureusement, il est des hommes tellement aveuglés par l’erreur, qu’ils ne craignent pas de maudire Celui que les Anges glorifient. Loin d’être retenus par la Loi donnée par Dieu Lui-même, ils ont l’audace et la témérité d’avilir la Majesté divine par leurs blasphèmes de tous les jours, et presque de tous les instants. Qui ne voit en effet qu’on affirme tout avec serment&amp;amp;nbsp;? qu’on met des imprécations et des exécrations partout&amp;amp;nbsp;? Presque tous ceux qui vendent, qui achètent, ou qui traitent quelque affaire, ont recours au serment, et prennent mille fois en vain le nom du Seigneur, même dans les choses les plus légères et les plus frivoles. C’est donc un véritable devoir pour le Pasteur de redoubler de soin et de zèle, afin de rappeler souvent aux Fidèles combien ce crime est énorme et détestable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première chose à faire remarquer dans l’explication de ce précepte c’est que s’il est certaines choses qu’il défend, il en est d’autres qu’il commande, et que les hommes sont obligés d’accomplir. Ces deux points veulent être traités séparément. Et pour que cet enseignement soit plus facile et plus clair, il faut commencer par les choses que la Loi commande, pour parler ensuite de celles qu’elle défend. Or ce qu’elle commande, c’est d’honorer le saint nom de Dieu et de ne jurer par ce nom qu’avec un religieux respect. Ce qu’elle défend, c’est que personne n’ose mépriser ce nom sacré, ne le prenne en vain, et ne jure à faux par Lui, témérairement ou sans motif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — CE QUI EST ORDONNÉ PAR LE SECOND COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Dans la partie de ce précepte qui nous ordonne d’honorer le saint nom de Dieu, le Pasteur ne manquera pas de faire observer aux Fidèles que ce ne sont pas les lettres, ni les syllabes qu’il faut considérer, ni le nom en lui-même, mais la chose exprimée par ce nom, c’est-à-dire la toute Puissance, et l’éternelle Majesté d’un seul Dieu en trois Personnes. Cette déclaration nous montre immédiatement combien était vaine la superstition d’un certain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
nombre de Juifs qui voulaient bien écrire le nom de Dieu, mais qui n’osaient pas Le prononcer, comme si la vertu de ce nom eût été dans les lettres qui Le composent, et non pas dans la chose qu’Il signifie. Et quoiqu’il soit écrit au singulier, dans la Loi, «&amp;amp;nbsp;''Vous ne prendrez point le nom de Dieu en vain,''&amp;amp;nbsp;» cela ne doit pas s’entendre d’un nom unique, mais de tous ceux que l’on donne habituellement à la Divinité. Car la vérité est que nous Lui donnons beaucoup de noms, comme ceux ''de Seigneur, de tout Puissant, de Seigneur des armées, de Roi des Rois, de Fort ''et plusieurs autres de ce genre que nous lisons dans la Sainte Écriture et qui sont tous également respectables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il faut apprendre aux Fidèles comment on rend au nom adorable de Dieu l’honneur qu’Il réclame&amp;amp;nbsp;; car il n’est pas permis à des Chrétiens qui doivent avoir sans cesse à la bouche les louanges de Dieu d’ignorer une chose si utile et si nécessaire au salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or il y a plusieurs manières de louer ce divin nom, cependant on peut dire qu’elles sont toutes renfermées, en ce qu’elles ont d’essentiel, dans celles que nous allons expliquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premièrement, nous louons Dieu. quand nous confessons hardiment devant tout le monde, qu’Il est notre Seigneur et notre Dieu, et quand, reconnaissant Jésus-Christ pour l’Auteur de notre salut, nous Le proclamons notre Sauveur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous Le louons encore, lorsque nous étudions avec autant de respect et d’attention sa Parole sainte, expression de sa sainte Volonté&amp;amp;nbsp;; lorsque nous méditons cette Parole avec assiduité&amp;amp;nbsp;; lorsque nous cherchons avec tout le zèle possible à nous en instruire, soit en la lisant, soit en l’écoutant, selon que nos emplois et notre état nous le permettent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous honorons, nous vénérons ce nom sacré, lorsque par devoir ou par dévotion nous célébrons ses louanges, et Lui rendons des Actions de grâces particulières pour tout ce qui nous arrive, l’adversité comme la prospérité. Ainsi le roi Prophète disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon âme, bénis le Seigneur, et m’oublie jamais les grâces que tu as reçues de Lui.''&amp;amp;nbsp;» Et dans plusieurs autres Psaumes ce même Prophète célèbre les louanges de Dieu dans les chants les plus suaves, et avec l’accent de l’amour et de la reconnaissance. Ainsi Job, cet admirable modèle de patience, étant tombé dans les plus grandes et les plus horribles calamités, ne cessa jamais de louer Dieu avec une grandeur d’âme étonnante et un invincible courage. Ainsi nous-même, si nous souffrons cruellement dans notre corps et dans notre âme, si les misères et les afflictions de la vie nous accablent, hâtons-nous d’employer ce qui nous reste de volonté et de courage, pour louer Dieu quand même et répéter avec Job:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que le nom du Seigneur soit béni&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais nous ne L’honorons pas moins, ce nom adorable, lorsque nous implorons son secours avec confiance, soit afin d’être délivrés de nos maux, soit afin d’obtenir de Lui la constance et la force dont nous avons besoin pour les supporter sans faiblir. Dieu Lui-même veut que nous agissions ainsi : «&amp;amp;nbsp;''Invoquez-Moi,'' dit-Il, au jour de la tribulation&amp;amp;nbsp;; Je vous délivrerai, et vous Me glorifierez.&amp;amp;nbsp;» Il y a dans l’Écriture, et spécialement dans les Psaumes 26, 43 et 118, de nombreux et magnifiques exemples de cette invocation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore traiter ce nom divin avec honneur que de Le prendre à témoin pour faire croire à notre parole. Mais cette manière diffère beaucoup des précédentes. Car celles dont nous venons de parler sont de leur nature si excellentes et si désirables, que rien ne peut être plus avantageux pour l’homme, et que ce qu’il doit rechercher avec le plus d’empressement, c’est de s’y exercer et le jour et la nuit. «&amp;amp;nbsp;''Je bénirai le Seigneur en tout temps,'' disait David , ''sa louange sera toujours dans ma bouche.''&amp;amp;nbsp;» Au contraire, quoique le serment soit bon en lui-même, l’usage fréquent ne peut en être louable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et voici la raison de cette différence. Le serment n’a été institué que pour servir de remède à la faiblesse humaine, et comme un moyen nécessaire pour prouver ce que nous avançons. De même qu’il ne faut donner aux corps que les remèdes nécessaires, et que l’application trop fréquente de ces mêmes remèdes serait dangereuse&amp;amp;nbsp;; de même aussi il n’est pas utile de jurer sans raison grave et légitime. Et si l’on a trop souvent recours au serment, loin d’être avantageux, il entraîne avec lui les plus graves inconvénients. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi Saint Jean Chrysostome dit très bien que l’usage du serment ne remonte point au commencement du monde, mais à des temps bien postérieurs, lorsque la malice des hommes, propagée en tout sens, couvrait l’univers entier&amp;amp;nbsp;; que plus rien n’était ni dans son ordre ni à sa place, que la perturbation et la confusion étaient partout&amp;amp;nbsp;; qu’en haut, en bas tout était emporté pèle-mêle dans un désordre universel, et que pour comble de tous les maux, presque tous les hommes s’étaient livrés au culte honteux des idoles. Ce ne fut qu’après cet intervalle, bien long sans doute, que le serment se glissa dans les rapports des hommes entre eux. La perfidie et la corruption devinrent telles que les hommes se décidaient difficilement à croire à la parole les uns des autres, et ils furent obligés de prendre Dieu à témoin de ce qu’ils disaient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DU SERMENT.  ====&lt;br /&gt;
Le point capital dans cette partie du second Commandement que nous expliquons, est d’apprendre aux fidèles la manière de jurer religieusement et saintement. Le Pasteur devra donc enseigner que jurer, c’est simplement prendre Dieu à témoin, quels que soient d’ailleurs la formule et les mots qu’on emploie. Ainsi, dire: ''Dieu m’est témoin'', et dire, ''par Dieu'', c’est tout un. C’est encore jurer que de prendre à témoins, pour se faire croire, des créatures comme les saints Évangiles, la Croix, les Reliques des Saints, leurs noms et autres choses de ce genre. Car ce ne sont pas ces objets pris en eux-mêmes qui donnent au serment force et autorité, c’est Dieu seul dont la souveraine Majesté brille dans ses créatures. Ainsi jurer par l’Évangile, c’est jurer par Dieu même dont la Vérité est contenue et exprimée dans l’Évangile Il en est de même quand on jure par les Saints qui sont les temples de Dieu, qui ont en Foi dans la Vérité Évangélique, qui L’ont environnée de tous leurs respects, qui L’ont répandue par toute la terre, et au sein des nations les plus éloignées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en faut dire autant du serment que l’on fait avec imprécation, comme Saint Paul par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Je prends Dieu à témoin, sur ma vie.''&amp;amp;nbsp;» Un serment de cette nature nous livre au jugement de Dieu, comme au vengeur du mensonge. toutefois nous reconnaissons que plusieurs de ces formules ne sauraient passer pour de véritables serments&amp;amp;nbsp;; mais il est bon d’observer vis-à -vis d’elles ce qui a été dit du serment, et de leur appliquer exactement les mêmes principes et les mimes règles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II y a deux sortes de serments. Le premier est le serinent d’''affirmation''. II consiste à affirmer par jurement une chose présente ou passée. L’Apôtre nous en donne un exemple dans son Epître aux Galates, quand il dit &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Je prends Dieu à témoin que je ne mens pas.&amp;amp;nbsp;''» — Le second est le serment ''de promesse, ou de menace''. II se rapporte entièrement à l’avenir. On l’emploie pour promettre, — et confirmer sa promesse, — qu’une chose se fera de telle ou telle manière. Ce fut le serment de David. Jurant par le Seigneur son Dieu , il promit à Bethsabée, son épouse, que Salomon, son fils, serait son héritier, et son successeur sur le trône. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CONDITIONS NÉCESSAIRES POUR QUE LE SERMENT SOIT PERMIS.  ====&lt;br /&gt;
Quoiqu’il suffise, pour qu’il y ait serment, de prendre Dieu à témoin, cependant pour que ce serment soit légitime et saint, plusieurs conditions sont requises, qui veulent être expliquées avec soin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Prophète Jérémie les énumère, comme le remarque Saint Jérôme, en peu de mots, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;''Vous jurerez par cette parole: Vive le Seigneur&amp;amp;nbsp;! mais avec hérité, avec jugement et avec justice.''&amp;amp;nbsp;» Et il faut reconnaître que ce texte est un véritable résumé de tout ce qui rend un serment parfait, c’est-à-dire précisément la vérité, le jugement et la justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première condition du serment est donc la vérité. Il faut que ce qui est avancé soit vrai, et que celui qui jure, le regarde comme tel, non pas témérairement, et sur de vaines conjectures, mais en s’appuyant sur les raisons les plus solides. — La même condition est requise pour le serment qui accompagne une promesse. Celui qui promet doit être disposé à tenir sa parole et à s’exécuter quand le temps sera venu. Et comme on ne peut supposer qu’un homme de bien s’engage jamais à faire une chose qu’il regarderait comme contraire sua Commandements et à la tris sainte Volonté de Dieu, tout ce qu’il aura pu promettre et jurer par serment, il ne manquera pas de l’accomplir&amp;amp;nbsp;; à moins que les circonstances n’aient tellement changé les choses qu’il ne puisse garder sa parole et rester fidèle à ses promesses, sans encourir le mécontentement et l’indignation de Dieu. David montre parfaitement combien la vérité est nécessaire au serment, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;''Celui qui jure à son prochain, et qui tient sa parole.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu il faut jurer avec jugement&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire qu’il ne faut point recourir au serment d’une manière téméraire et inconsidérée, mais après examen, et mûre réflexion. Ainsi, avant de jurer, il faut voir s’il y a nécessité ou non&amp;amp;nbsp;; peser attentivement l’affaire pour s’assurer qu’elle a besoin d’être prouvée par serment&amp;amp;nbsp;; considérer le lieu, le temps et toutes les autres circonstances qui s’y rattachent&amp;amp;nbsp;; ne se laisser entraîner ni par la haine, ni par l’amitié, ni par aucun mouvement déréglé de l’âme, mais uniquement par la nécessité et l’importance de ce qui est en question. Si on néglige de faire ces réflexions et de prendre ces précautions scrupuleuses, on fera nécessairement un serment précipité et téméraire. tels sont les serments sacrilèges de ces hommes qui pour les choses les plus légères et les plus futiles, jurent sans raison, sans examen, mais uniquement par une coupable habitude. C’est ce que nous voyons chaque jour et partout, entre vendeurs et acheteurs. Ceux-là pour vendre plus cher, ceux-ci pour acheter à meilleur marché, ne craignent pas d’employer le serment pour vanter ou déprécier la marchandise. — C’est parce que le jugement et la prudence sont nécessaires pour jurer, et que les enfants n’ont pas encore assez de perspicacité et de discernement en pareil cas, que le Pape Saint Corneille défendit par décret d’exiger d’eux le serment avant l’âge de puberté, c’est-à-dire avant l’âge de quatorze ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième et dernière condition est la justice. Et c’est surtout quand il s’agit de promesses que cette justice est requise. Si quelqu’un promet avec serment une chose injuste et déshonnête, il pèche d’abord en jurant, et il commet un second crime en accomplissant sa promesse. L’Évangile nous fournit un exemple de ce double crime dans la personne du roi Hérode. Ce malheureux s’était lié d’abord par un serment téméraire, puis, pour tenir son serment il osa donner à une danseuse, comme pria de sa danse, la tête de Saint Jean Baptiste. tel fut encore le serment de ces Juifs, dont nous parlent les Actes des Apôtres, qui «&amp;amp;nbsp;''avaient juré de ne prendre aucune nourriture, avant d’avoir fait périr Saint Paul. ''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ces explications, il est hors de doute que l’on peut jurer en sûreté de conscience quand on observe religieusement toutes les conditions dont nous venons de parler, et qui en effet entourent le serment comme d’une espèce de sauvegarde. — Au surplus, nous ne manquons pas d’arguments pour prouver ce que nous avançons. Ainsi la Loi du Seigneur «&amp;amp;nbsp;''qui est sainte et sans tache&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; renferme ce Commandement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous craindrez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que Lui, et vous jurerez par son Nom.''&amp;amp;nbsp;» Le Prophète David nous dit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Ceux qui jurent par le Seigneur seront loués.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit aussi, dans le nouveau testament, que les Saints Apôtres, ces éclatantes lumières de l’Église, ont eux-mêmes usé du serment dans l’occasion.. Les Épîtres de Saint Paul ne nous laissent aucun doute sur ce point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d’ajouter que les Anges eux-mêmes font quelquefois des serments. Il est écrit dans l’Apocalypse de Saint Jean que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''l’Ange jura par Celui qui vit dans les sicles des siècles.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin Dieu Lui-même, le Roi des Anges, a recours au serment. Dans plusieurs endroits de l’Ancien testament II s’en sert pour confirmer ses promesses à Abraham et à David. Celui-ci nous dit dans le Psaume 109:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur l’a juré, et Il ne s’en repentira point: vous êtes le Prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech.&amp;amp;nbsp;''» — Si l’on considère en effet ce qu’est le serment en lui-même dans sa cause et dans sa fin, il est facile de montrer que c’est un acte très louable. II a sa cause et son principe dans la Foi qui porte les hommes à croire que Dieu est la Source de toute vérité, qu’Il ne peut par conséquent ni être trompé, ni tromper personne, que tout est à nu et à découvert devant ses yeux, que son admirable Providence veille sur toutes choses et gouverne le monde entier. C’est sous l’empire de ces sentiments que nous invoquons Dieu comme témoin de la vérité. Il serait donc impie et criminel de n’avoir pas confiance en Lui. — La fin du serment, le but spécial qu’il se propose c’est de prouver la justice et l’innocence, de terminer les procès et les différends. Ainsi l’enseigne l’Apôtre lui-même dans son Epître aux Hébreux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cette doctrine n’est nullement contraire à ces paroles de notre Sauveur en Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Vous avez appris qu’il a été dit aux Anciens: Vous ne vous parjurerez point, vous vous acquitterez des serments que vous aurez faits au Seigneur. Et mot je vous dis que vous ne devrez jurez aucunement: ni par le ciel qui est le trône de Dieu&amp;amp;nbsp;; ni par la terre qui est son marchepied&amp;amp;nbsp;; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi: ni même par votre tête, parce qu’il ne dépend pas de vous d’en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Bornez-vous à dire: cela est, cela n’est pas. S’il y a quelque chose de plus, il vient du mal.&amp;amp;nbsp;» En effet on ne saurait soutenir que ces paroles condamnent le jurement en général et d’une manière absolue, puisque, comme nous l’avons vu plus haut, notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même et les Apôtres ont juré, et même fréquemment. Notre-Seigneur n’avait donc pour but en parlant de la sorte que de réfuter la coupable erreur des Juifs qui se figuraient que dans le serment il n’y avait qu’une seule chose à éviter, le mensonge, et qui dés lors juraient et faisaient jurer les autres à tout propos pour les choses les plus vaines et les moins importantes. C’est cette coutume que le Sauveur blâme et réprouve&amp;amp;nbsp;; et voilà pourquoi Il enseigne qu’il faut s’abstenir entièrement de jurer, à moins que la nécessité ne le demande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs le serment est un effet de la faiblesse humaine, et, à ce point de vue, il procède réellement du mal. C’est une marque de l’inconstance de celui qui jure, ou de l’obstination de celui qui fait jurer, puisqu’il na, veut pas se laisser persuader autrement. toutefois, nous le répétons, le serment trouve son excuse dans la nécessité. Et lorsque notre Sauveur nous dit: «&amp;amp;nbsp;bornez-vous à ces mots, ''cela est, cela n’est pas,''&amp;amp;nbsp;» Il nous montre assez, par cette manière de parler, que ce qu’Il veut défendre c’est l’habitude de jurer dans les entretiens familiers, et pour des choses de peu d’importance. En somme Il nous avertit de ne pas être trop faciles et trop enclins à faire serment. Et c’est aussi ce qu’il faut enseigner avec le plus grand soin, et répéter souvent aux Fidèles, car selon l’Écriture et le témoignage des Pères, la trop grande facilité à jurer engendre une infinité de maux. Il est écrit dans l’Ecclésiaste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''N’habituez point votre bouche au serment, car il en résulterait de grands maux.''&amp;amp;nbsp;» Et encore «&amp;amp;nbsp;''l’homme qui jure souvent sera rempli d’iniquités, l’affliction ne s’éloignera point de sa maison.&amp;amp;nbsp;''» On peut lire dans Saint Basile et dans Saint Augustin tout ce qu’ils ont écrit à ce sujet dans leurs livres contre le mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c’est assez sur ce que ce précepte ordonne, voyons maintenant ce qu’il défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CE QUI EST DÉFENDU PAR LE SECOND COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Il nous est défendu par ce Commandement de prendre en vain le nom du Seigneur. Celui qui se laisse aller à jurer sans réflexion et avec témérité, se rend évidemment coupable d’un péché grave, et la grièveté de ce péché est facile à établir d’après ces paroles: ''Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur''. Il semble en effet que Dieu Lui-même vient nous dire en d’autres termes que ce qui rend cette faute si odieuse et si impie, c’est qu’elle diminue en quelque sorte sa Majesté, la Majesté de Celui que nous reconnaissons pour notre Seigneur et pour notre Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce précepte nous défend encore de jurer à faux, c’est-à-dire contre la vérité. Celui qui ne recule pas épouvanté devant un pareil crime, et qui ose prendre Dieu à témoin d’un mensonge, Lui fait une injure infinie. Il l’accuse, ni plus ni moins, d’ignorance en pensant qu’il est des vérités qui peuvent Lui échapper, ou bien de malice et d’iniquité, comme si Dieu était capable de confirmer un mensonge par son propre témoignage. Or on jure à faux non pas seulement quand on jure qu’une chose est vraie, sachant bien qu’elle est fausse, mais aussi quand on affirme avec serment la vérité d’une chose que l’on croit fausse, encore qu’elle soit vraie au fond. Mentir c’est parler contre sa pensée et contre ses sentiments intimes&amp;amp;nbsp;; par conséquent dans le cas présent il y a évidemment mensonge et parjure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison il y a aussi parjure quand on affirme par serment une chose que l’on croit vraie, et qui cependant est fausse, à moins que l’on ait mis tous ses soins et tout son zèle à s’en assurer et à la vérifier. Bien que les paroles soient ici d’accord avec la pensée, néanmoins il y a violation du précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a encore parjure dans celui qui a fait une promesse avec serment, sans avoir l’intention de l’accomplir, ou qui, s’il a eu cette intention, n’accomplit pas ce qu’il a promis. C’est le péché de ceux qui se sont liés envers Dieu par des vœux qu’ils n’exécutent point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre manière de pécher contre ce précepte, c’est d’émettre un serment qui ne serait point accompagné de la justice, laquelle est une des conditions nécessaires du serment légitime. Ainsi celui qui promet avec serment de commettre un péché mortel, un meurtre par exemple, viole incontestablement le précepte:, lors même qu’il parlerait sérieusement et du fond du cœur, et que son serment aurait pour lui la vérité, celle des trois conditions exigées, à laquelle nous avons donné le premier rang. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces serments défendus il faut encore ajouter ceux qui naissent d’une sorte de mépris, comme les serments de ne point obéir aux conseils de l’Évangile, par exemple ceux qui exhortent au célibat et à la pauvreté. Sans doute personne n’est rigoureusement tenu de suivre ces conseils, mais jurer de ne pas vouloir s’y soumettre, c’est mépriser et violer les conseils de Dieu par cet indigne serment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est violer également le deuxième précepte, et pécher contre le jugement, que de jurer pour une chose qui est vraie et que l’on croit telle, mais en ne s’appuyant que sur de simples conjectures et sur des raisons prises de trop loin. Quoique la vérité accompagne un serment de cette nature, il s’y mêle néanmoins une sorte de fausseté, puisque celui qui fait serment avec témérité, s’expose grandement à faire un parjure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Celui-là jure encore contre la vérité, qui jure par les faux dieux. Qu’y a-t-il en effet de plus opposé à la vérité que de prendre à témoin des divinités mensongères et imaginaires, comme si elles étaient le vrai Dieu Lui-même&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si l’Écriture nous dit, en nous défendant le parjure:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne déshonorerez point le Nom de votre Dieu,''&amp;amp;nbsp;» elle condamne par là même toute espèce de négligence dans tous les devoirs que ce précepte nous impose, et spécialement en ce qui concerne la Parole de Dieu, dont la Majesté est infiniment respectable non seulement auprès des personnes de piété, mais quelquefois même auprès des impies, ainsi que nous l’apprend l’exemple d’Eglon, roi des Moabites, au Livre des Juges. Or, c’est traiter la Parole de Dieu d’une manière absolument injurieuse que de détourner la sainte Écriture de son sens droit et naturel, pour lui donner un sens conforme à la doctrine des impies et des hérétiques. Le Prince des Apôtres nous met en garde contre ce crime dans ce texte qu’il faut citer:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il y a quelques endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants et légers détournent à de mauvais sens aussi bien que les autres Écritures, pour leur propre ruine.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore déshonorer honteusement l’Écriture que d’en employer les maximes et les paroles, qui sont dignes de toute notre vénération, à des choses purement profanes, comme aussi de s’en servir dans des contes, dans des fables ridicules et vaines, pour des flatteries, des médisances, des sorts, des libelles diffamatoires et autres choses de cette nature. Le Concile de Trente condamne ces pratiques détestables et veut qu’on les punisse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, de même que ceux qui réclament et implorent le secours de Dieu dans leurs infortunes, L’honorent et Lui rendent hommage&amp;amp;nbsp;; de même ceux qui n’invoquent point son appui, Le privent d’un honneur auquel Il a droit. C’est de ces malheureux que David veut parler, quand il dit&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ils n’ont pas invoqué le Seigneur, c’est pourquoi ils ont tremblé d’épouvante, là où il n’y avait rien à craindre.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il en est qui sont enchaînés dans les liens d’un crime beaucoup plus détestable encore&amp;amp;nbsp;; ce sont ceux qui d’une bouche impure et souillée osent ''blasphémer'' et maudire le nom adorable de Dieu, ce nom digne de toutes les bénédictions et de toutes les louanges des créatures, ainsi que le nom des Saints qui règnent avec Lui dans le ciel. Ce crime est si horrible et si monstrueux, que parfois nos Saints Livres pour le nommer se servent du mot (contraire) ''bénédiction''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — CHATIMENTS DE CEUX QUI VIOLENT LE SECOND COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
La crainte des peines et du châtiment est d’ordinaire un excellent moyen de réprimer le penchant que nous avons à désobéir à Dieu. C’est pourquoi le Pasteur pour toucher davantage les cœurs et disposer plus facilement les Fidèles à l’observation de ce précepte, devra leur expliquer avec soin ces paroles qui en sont comme une dépendance nécessaire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris en vain le nom du Seigneur son Dieu.&amp;amp;nbsp;''» Et d’abord il leur montrera combien Dieu a eu raison de joindre des menaces à ce Commandement. Ces menaces en effet nous font connaître et la gravité du péché et la bonté de Dieu, qui bien loin de se réjouir de notre perte, cherche par des menaces salutaires à nous détourner du mal, afin que nous ne devenions point l’objet de sa colère, mais plutôt de sa clémence et de sa miséricorde. II convient que le Pasteur insiste fortement sur ce point, afin que les Fidèles, connaissant l’énormité de ce crime, en conçoivent une horreur plus vive et mettent tous leurs soins à l’éviter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fera remarquer ensuite que le penchant des hommes à commettre ce péché est si grand, qu’il n’eût pas suffi de le défendre simplement, mais que la Loi avait besoin d’être accompagnée de menaces. On ne saurait croire combien cette pensée peut être utile aux Fidèles. Car de même que rien ne nous est plus nuisible qu’une téméraire confiance en nos propres forces, de même le sentiment de notre faiblesse nous est extrêmement avantageux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur ajoutera enfin que si Dieu n’a point décerné de châtiment particulier contre ce crime, Il a affirmé d’une manière générale que ceux qui s’en rendraient coupables ne resteraient pas impunis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc lieu de croire que les maux dont nous souffrons chaque jour sont pour nous avertir de nos désobéissances en cette matière. Il est permis de penser en effet que les hommes ne sont sujets à de si grandes calamités, que parce qu’ils manquent à ce Commandement. Et l’on peut s’attendre qu’en mettant sous leurs yeux le tableau de ces malheurs, on les rendra plus sages, et mieux avisés pour l’avenir. Que les Fidèles, frappés d’une sainte frayeur, évitent donc ce péché avec tout le soin possible&amp;amp;nbsp;! Car s’il est vrai qu’au jugement dernier il faudra rendre compte de toute parole oiseuse, que sera-ce de ces crimes affreux qui font un tel mépris du nom adorable de Dieu&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-et-unième — Du troisième Commandement ===&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat, vous travaillerez et vous ferez tous vos ouvrages pendant six jours: mais le septième jour est le Sabbat du Seigneur votre Dieu. Vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de somme, ni l’étranger qui est parmi vous&amp;amp;nbsp;; car le Seigneur a fait en six jours le ciel, et la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, et Il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième Commandement a pour objet le culte extérieur que nous devons à Dieu. Ce culte est une conséquence naturelle des obligations imposées par le premier. Il vient donc ici parfaitement à sa place. Car si nous honorons Dieu pieusement au fond de nos cœur&amp;amp;nbsp;», comment pourrions-nous, avec la Foi et l’Espérance que nous avons en Lui, ne pas L’environner d’un culte extérieur et Lui témoigner ouvertement notre reconnaissance&amp;amp;nbsp;? Mais comme ces devoirs sont difficiles à remplir pour ceux qui sont occupés des affaires de ce monde, il s’agissait de leur rendre cette obligation plus facile en la fixant à des époques déterminées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Commandement, s’il est bien pratiqué, est de nature à produire des fruits et des avantages admirables. Il importe donc grandement que le Pasteur déploie, pour l’expliquer, tout le zèle dont il est capable. Et un premier et puissant motif pour lui d’enflammer ce zèle sera dans ces paroles: ''souvenez-vous''&amp;amp;nbsp;; car si les Fidèles sont obligés de se souvenir de ce précepte, c’est au Pasteur à le leur remettre en mémoire par des avertissements et des instructions souvent répétés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui fait voir combien il est important pour les Fidèles d’observer ce Commandement, c’est que, en l’accomplissant avec soin, ils se rendront facile et aisée la pratique de tous les autres. Ainsi une des obligations qu’ils ont à remplir aux jours de Fêtes, c’est de se réunir à l’Église pour y entendre la Parole de Dieu. Or il est bien certain que plus ils feront de progrès dans la connaissance de la Loi divine, plus ils seront disposés à la garder de tout leur cœur. C’est pourquoi la solennité et le culte du Sabbat sont très souvent recommandés dans nos Saints Livres. L’Exode, le Lévitique, le Deutéronome, les Prophètes Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, rapportent tous expressément le précepte de la sanctification du Sabbat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut aussi avertir et exhorter les princes et les magistrats d’avoir à seconder de toute leur autorité les Pasteurs de l’Église dans tout ce qui intéresse le maintien et le développement de ce culte, et même de faire des lois pour assurer l’observation du précepte ecclésiastique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — COMPARAISON DU TROISIÈME COMMANDEMENT AVEC LES AUTRES.  ====&lt;br /&gt;
En expliquant ce précepte, il ne faut pas négliger d’enseigner aux Fidèles en quoi il ressemble aux autres, et en quoi il diffère. Ce sera un moyen de leur faire connaître clairement les motifs pour lesquels nous ne sanctifions plus le jour du Sabbat, mais le jour du Dimanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a cette différence capitale entre ce Commandement et les autres, que ceux-ci étant fondés sur la nature elle-même, sont de tous les temps, et ne peuvent jamais changer. Aussi, quoique la Loi de Moïse soit abrogée, le peuple chrétien continue d’observer tous les préceptes des deux tables de la Loi. Et cela, non pas parce que Moise l’a ordonné, et pour lui obéir, mais parce qu’ils tiennent à la nature, et que les hommes sont obligés de se conformer à ce qu’elle demande. Mais le précepte de la sanctification du Sabbat, si on le considère uniquement par rapport à ce jour, n’est ni fixe ni constant. Au contraire il peut changer, et c’est plutôt une loi cérémonielle qu’une loi morale. II n’a pas non plus sa raison d’être dans la nature&amp;amp;nbsp;; car ce n’est pas elle qui nous enseigne et qui nous dispose à choisir un jour plutôt qu’un autre pour rendre à Dieu un culte extérieur. Aussi bien les Israélites ne sanctifièrent le jour du Sabbat qu’après avoir été délivrés de la servitude de Pharaon. Mais ce précepte devait être aboli su moment où le culte et les cérémonies mosaïques allaient tomber en désuétude, c’est-à-dire à la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ces cérémonies n’étaient en effet que des images et des ombres de la lumière et de la vérité&amp;amp;nbsp;; il fallait nécessairement qu’elles disparussent devant cette Lumière, cette Vérité même qui est Jésus-Christ. C’est pourquoi Saint Paul reprenait les Galates de ce qu’ils étaient encore attachés aux cérémonies de la Loi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous observez les jours et les mois, leur disait-il, les semaines et les années&amp;amp;nbsp;; mais je crains pour vous que je n’aie travaillé en vain parmi vous.&amp;amp;nbsp;''» II parle de la même manière au Colossiens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà en quoi ce précepte diffère des autres, c’est qu’il regarde directement le culte et les cérémonies. Mais il a cela de commun avec tous, qu’à un autre point de vue il se rapporte à la morale et au droit naturel. Car le culte divin et la vertu de religion, prescrits par ce Commandement, sont de droit naturel, puisque la nature veut que nous employons certaines heures de notre temps aux choses qui regardent le culte du Seigneur. Et la preuve, c’est que chez toutes les nations nous trouvons des Fêtes, et des Fêtes publiques, établies en l’honneur de la Divinité. Et de même qu’il est naturel à l’homme de réserver un certain temps pour les fonctions nécessaires à la vie du corps, comme le repos, le sommeil, et autres choses semblables, de même la nature demande qu’il y ait certains moments déterminés, pendant lesquels l’âme puisse se retremper dans la contemplation de Dieu. Si donc une certaine partie de notre temps doit être employée au culte que nous devons à Dieu, le précepte qui l’ordonne appartient évidemment à la loi morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison que les Apôtres résolurent de consacrer au culte de Dieu le premier des sept jours de la semaine, et l’appelèrent ''le jour du Seigneur''. Saint Jean dans son Apocalypse&amp;amp;nbsp; fait mention de ce jour&amp;amp;nbsp;; et l’Apôtre veut&amp;amp;nbsp; qu’on recueille les aumônes des Fidèles ''le premier jour après le Sabbat'', c’est-à-dire, comme l’explique Saint Jean Chrysostome, le jour du Dimanche. Ce qui nous montre que déjà, dans ce temps-là, le jour du Seigneur était un jour saint dans l’Église — Mais afin que les Fidèles sachent parfaitement ce qu’ils ont à faire, et ce qu’ils ont à éviter, en ce jour, il ne sera pas hors de propos, que le Pasteur explique soigneusement chacune des paroles du précepte tout entier — lequel se divise très bien en quatre parties. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — SOUVENEZ-VOUS DE SANCTIFIER LE JOUR DU SABBAT.  ====&lt;br /&gt;
La première chose à expliquer ici, c’est le sens précis de ces paroles: ''souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat''. Le mot ''souvenez-vous'', placé, non sans motif. En tête du précepte, nous indique que la sanctification de ce jour appartient aux lois cérémonielles. C’est un point qu’il semblait utile de rappeler au peuple&amp;amp;nbsp;; car encore que la loi naturelle nous enseigne que nous sommes obligés de consacrer un certain temps à rendre à Dieu un culte extérieur, elle ne prescrit point le jour où il convient le mieux de le faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu il faut montrer aux Fidèles que ces mêmes paroles nous avertissent de quelle manière nous devons travailler pendant la semaine&amp;amp;nbsp;; en d’autres termes, elles nous rappellent l’obligation où nous sommes de ne jamais perdre de vue le jour de Fête pendant notre travail. Le Dimanche étant un jour où nous avons, en quelque sorte, à rendre compte à Dieu de nos actions et de notre travail, il importe extrêmement que ces actions et ce travail soient tels que Dieu ne les répudie pas, et qu’ils ne deviennent jamais pour nous, comme dit l’Écriture , ''un sujet de sanglots et de remords''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, ces mots, ''souvenez-vous'', etc. nous remettent en mémoire une vérité bien frappante, c’est que nous ne manquerons pas d’occasions d’oublier ce précepte. nous y seront sollicités, tantôt par l’exemple de ceux qui n’en&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
tiennent aucun compte, tantôt par l’amour des spectacles et des jeux qui nous détournent si souvent du culte de religion et de piété que nous devons à Dieu en ce saint jour. — Venons maintenant à ce qu’il faut entendre par Sabbat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sabbat est un mot hébreu qui signifie en latin ''cessatio'', c’est-à-dire, repos. Ainsi sabbatiser, dans la langue latine, s’appelle ''cessare'' et ''requiescere'', c’est-à-dire cesser d’agir, se reposer. Le septième jour a reçu le nom de Sabbat, parce que Dieu, après avoir achevé entièrement l’œuvre de la création du monde, se reposa en ce jour de tous ses travaux. D’ailleurs le Seigneur Lui-même lui donne ce nom dans l’Exode. Plus tard le nom de Sabbat a été attribué non seulement au septième jour, mais encore, à cause de sa dignité, à la semaine elle-même. C’est en ce sens qu’il faut entendre les paroles du Pharisien : «&amp;amp;nbsp;''Je jeûne deux fois pendant le Sabbat.''&amp;amp;nbsp;» Voilà pour la signification du mot. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la sanctification du Sabbat, d’après la sainte Écriture, c’est la cessation des travaux du corps et des affaires temporelles. Cette vérité est clairement exprimée dans les paroles suivantes du précepte: Vous ne travaillerez pas. Mais il y a autre chose&amp;amp;nbsp;; sans quoi il eût suffit de dire dans le Deutéronome : «&amp;amp;nbsp;''Observez le jour du Sabbat''.&amp;amp;nbsp;» Et puisqu’on ajoute dans le même endroit «&amp;amp;nbsp;''pour le sanctifier''&amp;amp;nbsp;», cela nous fait bien voir que le Sabbat est un jour saint, consacré à des actes religieux et au service du Seigneur. nous célébrons donc le Sabbat d’une manière pleine et parfaite, lorsque nous rendons à Dieu des devoirs de piété et de religion. C’est vraiment là le Sabbat qu’Isaïe appelle : «&amp;amp;nbsp;''Le jour des délices''&amp;amp;nbsp;», parce qu’en effet les jours de Fêtes sont des jours de délices pour le Seigneur et pour les hommes pieux. Et si à ce culte religieux et sacré du Sabbat nous joignons des œuvres de miséricorde, ce même Prophète nous promet au même endroit les récompenses les plus belles et les plus précieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le sens propre et précis de ce Commandement est que l’homme, en un temps déterminé, interrompe ses affaires ordinaires et les travaux manuels, pour s’appliquer d’esprit et de corps à honorer Dieu et à Lui rendre tous les hommages qu’Il réclame. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — VOUS TRAVAILLEREZ PENDANT SIX JOURS, ETC.  ====&lt;br /&gt;
La seconde partie du précepte nous dit positivement que Dieu a consacré le septième jour à son culte. Il est écrit en effet: «&amp;amp;nbsp;Vous travaillerez pendant six jours, vous ferez fous vos ouvrages pendant ce temps, mais le septième jour est le Sabbat du Seigneur votre Dieu.&amp;amp;nbsp;» Ces paroles nous ordonnent en d’autres termes de considérer le Sabbat comme consacré au Seigneur, de nous acquitter en ce jour des devoirs religieux qui lui sont dus et enfin de voir dans ce septième jour un mémorial du repos du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour fut donc dédié au culte divin, parce qu’il ne convenait pas de laisser à un peuple grossier la faculté de fixer ce temps à son gré. On pouvait craindre que, pour honorer le vrai Dieu, il n’imitât les fêtes sacrées des Égyptiens Ainsi Dieu voulut que le septième jour, qui est le dernier de la semaine, fût réservé pour son culte. Et il y avait là plus d’un mystère. Voilà pourquoi dans l’Exode et dans Ezéchiel Il appelle ce jour un signe . «&amp;amp;nbsp;''Ayez soin, dit-il, d’observer mon Sabbat, parce qu’il est le signe de l’alliance qui existe entre Moi, vous et toute votre postérité&amp;amp;nbsp;; afin que vous sachiez que c’est Moi qui vous sanctifie.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était un signe, parce qu’en voyant ce jour consacré au service divin, les hommes devaient apprendre par là à se consacrer eux-mêmes à Dieu et à se sanctifier devant Lui. Car ce qui fait qu’un jour est vraiment saint, c’est qu’on l’emploie spécialement à la pratique de la Sainteté et de la Religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était aussi un signe et comme un monument de la création de cet admirable univers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un signe encore, destiné à rappeler aux Israélites qu’ils n’avaient été déliés et délivrés du joug si dur de la servitude d’Égypte que par le secours de Dieu. C’est ce que le Seigneur Lui-même atteste par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Souvenez-vous que vous avez été esclaves en Égypte, et que vous avez été tirés de la servitude par la main puissante de votre Dieu, et par la force de son bras. C’est pourquoi Il vous a commandé de garder le jour du Sabbat.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ce jour était le signe du Sabbat spirituel et céleste. Or le Sabbat spirituel consiste dans un saint et mystérieux repos, dans lequel les Fidèles se trouvent quand, dépouillés du vieil homme enseveli avec Jésus-Christ, ils reviennent à une vie nouvelle, et s’appliquent avec soin à faire des actions conformes à la piété chrétienne: «&amp;amp;nbsp;''Car ceux qui autrefois n’étaient que ténèbres '', ''devenus lumière en Notre-Seigneur, doivent marcher comme des enfants de lumière dans la voie de tout bien et de foute justice et n’avoir rien de commun avec les,. ouvres infructueuses des ténèbres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le Sabbat céleste, comme le remarque Saint Cyrille , en expliquant ces paroles de l’Apôtre , ''il est encore un Sabbat pour le peuple de Dieu,'' consiste dans cette autre vie, où, réunis à Jésus-Christ, nous serons comblés de toutes sortes de biens et délivrés entièrement du péché. C’est ce que le Prophète nous apprend par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Il n’y aura en ce lieu ni lion ni autre bête dangereuse, mais tout y sera pur et saint.''&amp;amp;nbsp;» Lorsqu’en effet les élus jouiront de la ''vue de Dieu, ils seront remplis de toutes sortes de biens''. C’est ce qui doit engager les Pasteurs à presser les Fidèles par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Hâtons-nous d’entrer dans ce repos.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre le septième jour, le peuple Juif avait encore d’autres jours de Fête qui appartenaient à Dieu et qu’Il avait établis pour ne pas laisser perdre la mémoire de ses immenses bienfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — LE DIMANCHE SUBSTITUÉ AU SABBAT. FÊTES DE L’ÉGLISE.  ====&lt;br /&gt;
L’Église a jugé à propos de transporter le culte et la solennité du Sabbat au jour du Seigneur, c’est-à-dire, au Dimanche. De même que ce fut en ce jour que la lumière commença à éclairer le monde, de même aussi ce fut en ce jour que notre Rédempteur, en nous ouvrant l’entrée de la Vie Éternelle par sa Résurrection, nous fit passer des ténèbres à la vie véritable. C’est pour cela que les Apôtres l’appelèrent le jour du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, nous voyons dans nos Saints Livres que ce jour est grand et solennel, parce qu’il marque le commencement de la création du monde, et nous rappelle la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux premiers temps de l’Église et dans les âges suivants, les Apôtres et nos Pères établirent d’autres jours de Fêtes, pour célébrer pieusement et saintement la mémoire des bienfaits de Dieu. Parmi ces Fêtes, les plus solennelles sont celles qui ont été instituées en l’honneur des mystères de notre Rédemption. Ensuite viennent celles qui ont été établies pour honorer la très sainte Vierge, les Apôtres, les martyrs, et tous les autres saints qui règnent avec Jésus-Christ. nous y louons la puissance et la bonté de Dieu qui a donné la victoire à ses élus. nous leur rendons les honneurs qu’ils méritent, et leurs exemples nous excitent à les imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme l’un des plus puissants motifs d’observer ce précepte est contenu dans ces paroles: «&amp;amp;nbsp;''Vous travaillerez six jours, mais le septième jour est le Sabbat du Seigneur votre Dieu,''&amp;amp;nbsp;» le Pasteur aura soin de les expliquer avec toute la précision possible. En les méditant, il verra sans peine qu’il doit exhorter les Fidèles à ne point mener une vie oisive et paresseuse, mais au contraire à se souvenir du Commandement de l’Apôtre qui veut que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''chacun travaille de ses propres mains, selon son état&amp;amp;nbsp;''». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin si le Seigneur nous ordonne par ce précepte de faire notre ouvrage pendant six jours, c’est pour que nous ne soyons pas tentés de renvoyer au jour de Fête ce qui doit se faire pendant les six jours de la semaine, et aussi pour que notre esprit ne soit pas détourné, le Dimanche, du soin et de l’attention qu’il doit aux choses divines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES OEUVRES SERVILES.  ====&lt;br /&gt;
Nous voici à la troisième partie du précepte, qui décrit en quelque sorte la manière dont nous devons sanctifier le jour du Sabbat, mais qui s’applique surtout à exposer ce qu’il nous est défendu de faire en ce jour. Ainsi dit le Seigneur: «&amp;amp;nbsp;''vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour, ni vous, ni votre fils, ni votre fille, ni votre serviteur, ni votre servante, ni vos bêtes de somme, ni l’étranger qui est parmi vous''&amp;amp;nbsp;». Ces paroles nous montrent d’abord que nous devons éviter tout ce qui peut entraver le culte divin. D’où il est aisé de conclure que les œuvres serviles de toute espèce sont défendues (en ce jour), non parce qu’elles sont indignes ou mauvaises de leur nature, mais parce qu’elles seraient capables de détourner notre esprit du service de Dieu, qui est la fin du précepte. A plus forte raison devons-nous éviter le péché qui non seulement éloigne notre esprit du goût des choses saintes, mais nous détache entièrement de son amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les actions et les ''œuvr''es, quoique serviles, qui intéressent le culte, comme par exemple la décoration d’un autel ou d’une église pour un jour de Fête, et autres travaux du même genre ne sont point défendues par ce Commandement. Voilà pourquoi Notre-Seigneur a dit: &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Les Prêtres dans le temple violent le Sabbat, et pourtant ils ne sont point coupables.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas non plus considérer comme prohibés par cette Loi, les travaux accomplis pour sauver des choses qui autrement seraient en danger de se perdre. Les saints Canons les ont permis expressément. Et il est encore beaucoup d’autres œuvres que dans l’Évangile Notre-Seigneur a déclarées licites pour les jours de Fêtes. C’est ce que le Pasteur pourra facilement remarquer dans Saint Matthieu et Saint Jean. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ne rien omettre de ce qui pourrait empêcher la célébration du Sabbat, Dieu, dans son précepte, a fait mention même des bêtes de somme. Leurs travaux, en effet, détourneraient l’homme de la sanctification de ce saint jour. Car si pendant le Sabbat on emploie les bêtes pour n’importe quel ouvrage, il est nécessaire que l’homme soit là pour les conduire. Elles ne peuvent rien par elles-mêmes, elles ne font qu’aider l’homme. Or ce dernier n’a pas le droit de travailler ce jour-là, par conséquent les animaux à son service ne l’auront pas non, plus. — et puis, si Dieu veut par cette défense nous faire épargner les animaux dans le travail, il veut bien plus encore que nous évitions d’être inhumains envers ceux qui sont à notre service. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — QUELLES SONT LES OEUVRES COMMANDÉES LE DIMANCHE ? ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur n’aura garde d’oublier qu’il doit très soigneusement faire connaître aux Fidèles les ''œuvr''es et les actions qu’ils sont tenus d’accomplir les jours de Fête. C’est à savoir: d’aller à l’Église, d’assister au très saint sacrifice de la Messe avec une piété sincère et une attention soutenue, et de recevoir fréquemment les divins Sacrements institués pour guérir les blessures de notre âme, et pour nous aider à opérer notre Salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme il n’y a rien de meilleur ni de plus utile aux Chrétiens que de confesser souvent leurs péchés aux Prêtres, le Pasteur ne manquera pas de les exhorter à -remplir ce devoir. Il pourra d’ailleurs puiser ses preuves et ses raisons dans ce que nous avons enseigné et prescrit à cet égard, en parlant du sacrement de Pénitence. Mais il ne se bornera pas à les exciter à la Confession fréquente, il multipliera ses instances les plus pressantes pour leur faire recevoir le plus souvent possible le très saint sacrement de l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils doivent aussi écouter avec attention et exactitude les instructions religieuses. Il n’est rien de plus insupportable et de plus indigne que de mépriser la Parole de Jésus-Christ, ou de l’entendre avec négligence. — enfin ils voudront s’exercer et s’appliquer fréquemment à prier et à louer Dieu, mettre tous leurs soins à s’instruire des règles de la vie chrétienne, et pratiquer de leur mieux toutes les ''œuvr''es de vraie piété, comme l’aumône aux pauvres et aux nécessiteux, la visite des malades, les consolations portées aux affligés et à ceux qui gémissent sous les coups de la douleur. Car il est écrit dans Saint Jacques:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La Religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père, consiste à venir au secours des orphelins et des veuves qui sont dans l’affliction.&amp;amp;nbsp;''» — Il sera aisé de conclure de ce que nous venons de dire quelles sont les actions contraires à ce Commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — PRINCIPAUX AVANTAGES DE LA SANCTIFICATION DU DIMANCHE.  ====&lt;br /&gt;
Il est encore du devoir du Pasteur de garder sous la main un certain nombre d’Auteurs où il pourra puiser les arguments et les motifs les plus propres à persuader aux Fidèles qu’ils doivent observer ce troisième Commandement avec tout le zèle, et toute l’exactitude possible. Or, le meilleur argument est celui-ci: leur faire sentir et comprendre pleinement combien il est juste et raisonnable qu’il y ait certains jours entièrement consacrés au culte divin, et pendant lesquels nous nous appliquerons spécialement à connaître, à aimer et adorer un Dieu qui nous a comblés de grands et innombrables bienfaits. S’Il tous avait ordonné de Lui rendre chaque jour un culte religieux, ne devrions-nous pas faire tous nos efforts pour remplir un pareil ordre avec joie et empressement, surtout en considérant les bienfaits immenses et inappréciables que nous avons reçus de Lui&amp;amp;nbsp;? Mais puisqu’Il n’a réservé à son culte qu’un petit nombre de jours, pourrions-nous nous montrer négligents, ou trouver des difficultés dans l’observation d’un devoir, que d’ailleurs nous ne pouvons omettre sans nous rendre coupables d’un péché très grave&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur fera ensuite connaître combien est grande l’excellence de ce Commandement, puisque ceux qui l’accomplissent avec fidélité, semblent jouir de la Présence de Dieu et converser avec Lui. Quand nous prions, en effet, nous contemplons la Majesté divine et nous nous entretenons réellement avec Dieu. En écoutant les prédicateurs qui nous parlent pieusement et saintement des vérités religieuses, c’est encore la Voix de Dieu que nous entendons par leur organe. Enfin dans le Sacrifice de la Messe nous adorons Notre-Seigneur Jésus-Christ véritablement présent sur l’Autel. — tels sont les avantages dont jouissent principalement ceux qui observent ce précepte avec fidélité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ceux qui le négligent complètement, par le fait qu’ils désobéissent à Dieu et à l’Église, en méprisant ce Commandement, deviennent les ennemis de Dieu et de ses saintes Lois&amp;amp;nbsp;; d’autant que ce précepte est de ceux dont l’accomplissement n’impose aucune peine. En effet, Dieu ne nous commande rien de pénible, Lui pour qui nous devrions supporter même ce qu’il y aurait de plus dur, s’Il nous le commandait. Au contraire Il veut que nous passions les jours de Fête dans le repos, et sans aucune préoccupation des choses de la terre. Dés lors, refuser de nous soumettre à une Loi si douce, ne serait-ce pas faire preuve d’une insolente témérité&amp;amp;nbsp;? Pensons donc à ces terribles châtiments dont Dieu a frappé ceux qui l’ont foulée aux pieds, comme nous pouvons le voir dans le Livre des nombres . Cet exemple nous sera utile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour ne point tomber dans un si grand péché, il sera très avantageux que nous ayons souvent à l’esprit les premiers mots de ce troisième Commandement: «&amp;amp;nbsp;souvenez-vous ». Puis nous nous remettrons devant les yeux le tableau des avantages et des privilèges que nous assure l’observation du Dimanche, ainsi que nous l’avons dit plus haut, et nous ne manquerons pas de nous arrêter à une foule d’autres considérations de ce genre, qu’un Pasteur sage et appliqué saura développer dans l’occasion avec toute l’ampleur nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-deuxième — Du quatrième Commandement ===&lt;br /&gt;
Honorez votre Père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur Dieu vous donnera. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les trois Commandements que nous venons d’expliquer sont les premiers à cause de la dignité. Et de l’excellence de leur objet. Ceux que nous abordons maintenant ne tiennent que le second rang, mais on peut dire qu’ils ne sont pas moins nécessaires. Les premiers se rapportent directement à notre fin qui est Dieu&amp;amp;nbsp;; les seconds ont pour objet immédiat la Charité envers le prochain, mais logiquement, c’est-à-dire, s’ils atteignent leur but, ils nous mènent aussi à Dieu, ce but suprême pour lequel nous aimons le prochain lui-même. Ce qui a fait dire à Notre-Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp; que le précepte d’aimer Dieu et le précepte d’aimer le prochain sont deus Commandements semblables. Quant à celui que nous expliquons ici, à peine peut-on dire et énumérer les avantages immenses qu’il renferme. Ses fruits sont abondants et exquis. Il est comme le signe qui fait briller notre soumission et notre attachement au premier Commandement. «&amp;amp;nbsp;''Celui qui n’aime point son frère qu’il voit, dit l’Apôtre Saint Jean,&amp;amp;nbsp; comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» On peut dire de même: si nous n’avons ni respect ni amour pour nos parents, que nous devons aimer selon Dieu, eux que nous avons presque continuellement sous les yeux, quel honneur et quel culte aurons-nous pour Dieu qui est aussi notre Père — Père tout puissant et infiniment bon, mais qui ne tombe jamais sous nos regards&amp;amp;nbsp;? On voit par là combien ces deux Commandements ont de rapports l’un avec l’autre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce quatrième précepte est d’une application très étendue. Outre ceux qui nous ont donné la vie, il est un grand nombre de personnes qu’il nous fait un devoir d’honorer comme nos pères et nos mères, à cause de leur autorité, de leur dignité, du besoin que nous avons d’elles, ou de l’excellence de leurs fonctions. II rend aussi moins lourde la charge des parents et des supérieurs, dont le soin principal est d’amener ceux qui sont placés sous leur autorité à vivre dignement et d’une manière conforme à la Loi divine. Or il est évident que cette tâche leur deviendra très facile si leurs inférieurs sont convaincus que c’est Dieu Lui-même qui leur impose l’obligation d’honorer leurs pères et leurs mères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour atteindre ce but, il est nécessaire de connaître la différence qui existe entre les préceptes de la première table et ceux de la seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DIFFÉRENCE DES TROIS PREMIERS COMMANDEMENTS ET DES SUIVANTS.  ====&lt;br /&gt;
Voici ce que le Pasteur expliquera tout d’abord. Il enseignera que les divins préceptes du Décalogue furent gravés sur deux tables différentes. La première, comme nous l’apprennent les Saints Pères, contenait les trois Commandements que nous venons de commenter, et la seconde les sept autres. Cet ordre est absolument logique, et nous fait comprendre par avance l’importance relative des préceptes, par la place même qu’ils occupent. tout ce que la Loi divine, en effet, ordonne ou défend dans nos Saints Livres se rapporte toujours à deux catégories. L’amour de Dieu ou l’amour du prochain, voilà le fond de toutes ses prescriptions. Or, les trois Commandements précédents nous apprennent quel amour nous devons à Dieu, et les sept qui suivent renferment les devoirs de Charité que les hommes sont obligés de pratiquer les uns envers les autres. Ce n’est donc pas sans raison qu’on les a divisés en préceptes de la première table, et en préceptes de la seconde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les trois premiers Commandements dont nous avons parlé ont Dieu pour objet, c’est-à-dire le souverain bien. L’objet des autres est le bien du prochain. Les premiers proposent l’amour souverain, les seconds, l’amour le plus grand après l’amour souverain. Les uns regardent la fin suprême elle-même, les autres seulement ce qui se rapporte à cette fin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste l’amour de Dieu ne dépend que de Lui-même, puisque c’est pour Lui-même et non à cause d’un autre que Dieu doit être souverainement aimé. L’amour du prochain, au contraire, a sa source dans l’amour de Dieu qui doit être en effet sa règle invariable. Car si nous aimons nos parents, si nous obéissons à nos supérieurs, si nous respectons ceux qui sont au dessus de nous, ce doit être principalement parce que Dieu est le Créateur, parce qu’Il a voulu les élever au dessus de nous, et que par leur entremise II veille sur les autres hommes, les gouverne et les conserve. Et comme c’est Dieu lui-même qui nous commande de les honorer, nous devons le faire précisément par le motif qui les a rendus dignes de cet honneur. D’où il suit que l’honneur que nous rendons à nos pères et mères semble plutôt se rapporter à Dieu qu’à eux personnellement. C’est ce qu’on peut voir dans Saint Matthieu, quand il est question du respect envers les supérieurs.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui vous reçoit me reçoit.''&amp;amp;nbsp;» L’Apôtre Saint Paul, dans son Epître aux Ephésiens, ne craint pas de dire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Serviteurs, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, avec crainte, avec respect, et dans la simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Christ Lui-même. ne les servez pas seulement lorsqu’ils ont l’œil sur vous, comme si vous ne vouliez que plaire aux hommes, mais comme vrais serviteurs de Jésus-Christ.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais remarquons-le bien, ni nos hommages, ni notre piété, ni le culte que nous rendons à Dieu ne seront jamais parfaits, car l’amour que nous Lui devons n’a pas de limites et peut s’accroître indéfiniment. Il est même nécessaire que cet amour devienne de jour en jour plus ardent et plus fort, puisque Lui-même veut que nous L’aimions&amp;amp;nbsp; ''de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces''. Au contraire l’amour que nous avons pour le prochain a ses limites&amp;amp;nbsp;; vu que le Seigneur nous ordonne de l’aimer ''comme nous-mêmes''. Celui donc qui dépasserait ces bornes, et qui en viendrait à aimer Dieu et le prochain d’un amour égal, commettrait un grand crime. «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un vient à Moi, ''dit le Seigneur,&amp;amp;nbsp; ''et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sueurs et même sa propre vie, celui-là ne saurait être mon disciple''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c’est dans ce même esprit qu’Il dit à un jeune homme qui voulait d’abord inhumer son père, et Le suivre, après&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Laissez les morts ensevelir les morts.''&amp;amp;nbsp;» Mais cette vérité devient plus claire encore par ces paroles que Saint Matthieu met dans la bouche de Notre-Seigneur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi, n’est pas digne de Moi.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous ne pouvons douter cependant que nous ne soyons obligés d’avoir pour nos parents un amour très grand et un respect très profond. Mais avant tout la piété exige que nos premiers hommages et notre principal culte appartiennent à Dieu, qui est le Principe et le Créateur de toutes choses. Elle exige également que nous aimions nos parents mortels d’ici-bas, de manière que tout, dans cet amour, ait pour fin dernière notre Père céleste et éternel. — Que si, d’aucunes fois, il nous commandent des choses contraires aux préceptes divins, il est hors de doute que nous devons absolument préférer la volonté de Dieu à leurs caprices. C’est le moment de nous rappeler cet oracle de l’Esprit Saint: : «&amp;amp;nbsp;''Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — HONOREZ VOTRE PÈRE ET VOTRE MÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Après ces préliminaires, le Pasteur expliquera les mots de ce Commandement, et d’abord ce que signifie le premier: honorez. Honorer quelqu’un c’est avoir pour lui des sentiments d’estime, et faire très grand cas de tout ce qui se rapporte à lui. Cet honneur suppose nécessairement l’amour, le respect, l’obéissance, le service. Ce n’est pas sans motif que Dieu en nous donnant cette Loi a employé ce mot ''honorez'', au lieu de ''aimez'' ou ''craignez'', bien que cependant nous soyons obligés d’aimer fortement et de craindre nos parents. Car celui qui aime n’honore pas toujours, et celui qui craint n’honore pas non plus nécessairement. Mais celui qui honore du fond du cœur, possède par là -même l’amour et la crainte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir donné ces explications le Pasteur devra dire quels sont ceux qui sont désignés par le nom de pères dans ce Commandement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, quoique la Loi entende principalement ici ceux qui nous ont donné la vie, néanmoins ce nom de pères s’applique encore à d’autres que la Loi semble aussi avoir en vue, comme il est facile de le conclure de plusieurs endroits de la Sainte Écriture En effet, outre nos pères naturels, nos Livres sacrés, ainsi que nous l’avons vu plus haut, nous donnent encore d’autres pères que nous devons respecter et honorer d’une manière spéciale. tels sont les chefs de l’Église, les Pasteurs et les Prêtres, comme l’attestent ces paroles de l’Apôtre aux Corinthiens: : «&amp;amp;nbsp;''Je ne vous écris point ces choses, pour vous causer de la honte&amp;amp;nbsp;; mais je vous avertis comme mes plus chers enfants. Quand même vous auriez dix mille maîtres en Jésus-Christ, vous n’auriez pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés en Jésus-Christ.&amp;amp;nbsp;''» On dit encore dans l’Ecclésiastique:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Honorons la mémoire des hommes illustres et de nos pères dans leur postérité.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui exercent un commandement, une magistrature, une autorité, ceux qui gouvernent la chose publique, reçoivent aussi le nom de pères. C’est ainsi que Naaman était appelé père de ses serviteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nommons encore pères les personnes au soin, à la fidélité, à la probité et à la sagesse desquelles d’autres sont confiés, comme par exemple les tuteurs, les curateurs, les précepteurs, les maîtres. C’est ainsi que les enfants des prophètes appelaient Elie et Elisée leurs pères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous donnons également ce nom aux vieillards, à ceux qui sont très avancés en âge et que nous devons particulièrement respecter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur, dans ses instructions, insistera donc sur ce point que nous devons honorer tous ceux à qui on donne le nom de pères, mais surtout ceux qui sont pères selon la chair, puisque c’est d’eux avant tout que parle la Loi. Ils sont en effet pour nous comme une personnification du Dieu immortel&amp;amp;nbsp;; nous contemplons en eux l’image de notre origine. Ce sont eux qui nous ont transmis la vie. C’est d’eux que Dieu s’est servi pour nous donner une âme et une intelligence. Ce sont eux qui nous ont ouvert la porte des Sacrements, qui nous ont instruits de la Religion, qui ont formé en nous l’homme et le citoyen, qui nous ont élevés dans la pureté des mœurs et la vraie Vie chrétienne. — Le Pasteur n’oubliera pas de faire remarquer ici que le mot de mère a été inséré très justement dans ce Commandement. Dieu voulait nous rappeler par là tous les services et tous les bienfaits dont nous sommes redevables à nos mères, les soins et la sollicitude avec lesquels elles nous ont portés, les peines et les douleurs au milieu desquelles elles nous ont mis au monde et élevés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — EN QUOI CONSISTE L’HONNEUR DÛ AUX PARENTS.  ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;[Si nous voulons pratiquer ce Commandement comme Dieu nous le demande], il faut que l’honneur et les égards que nous témoignons à nos pères et mères procèdent de l’amour que nous avons pour eux, c’est-à-dire d’un sentiment sincère et profond de l’âme. Et certes, nous le leur devons bien, à cause de la tendresse qu’ils ont pour nous&amp;amp;nbsp;; tendresse telle qu’ils ne reculent devant aucune fatigue, aucun effort, aucun danger pour nous la prouver, et que rien ne peut leur être plus agréable que de se sentir aimés par des enfants que de leur côté ils aiment si vivement. Joseph qui, après le Pharaon, était le plus puissant et le plus honoré de toute l’Égypte, reçut son père à son arrivée dans ce pays avec les plus grandes marques d’honneur. Salomon, voyant un jour sa Mère venir à lui, se leva, la salua avec un profond respect, et la fit asseoir à sa droite sur le trône royal. &amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore d’autres devoirs que nous devons accomplir envers nos parents, si nous voulons leur rendre tout l’honneur auquel ils ont droit. Ainsi nous les honorons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
lorsque nous demandons humblement à Dieu que tout leur réussisse très heureusement, qu’ils soient environnés de la faveur et de la considération publiques, et surtout aimés de Dieu, et agréables aux Saints qui sont dans le ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les honorons aussi, lorsque nous réglons nos dispositions sur leur jugement et sur leur volonté. C’est le conseil de Salomon:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Écoutez'', ô mon fils, les instructions de votre père, et n’abandonnez point la loi de votre mère. Ces instructions et cette obéissance seront un ornement pour votre tête et comme un collier à votre cou.&amp;amp;nbsp;''» Saint Paul a des recommandations du même genre &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Enfants,'' dit-il, obéis''sez à vos parents dans le Seigneur&amp;amp;nbsp;; car cela est juste''.&amp;amp;nbsp;» Et encore : «&amp;amp;nbsp;''Enfants, obéissez en tout à vos parents, car cela est agréable à Dieu''.&amp;amp;nbsp;» D’ailleurs ces maximes trouvent leur confirmation dans l’exemple des plus saints personnages. Quand Isaac&amp;amp;nbsp; fut lié par son père pour être sacrifié, il obéit humblement et sans résistance. Et les Réchabites,&amp;amp;nbsp; pour ne jamais désobéir à leur père, s’abstinrent pour toujours de l’usage du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous honorons encore nos parents, lorsque nous imitons leurs bonnes actions, et leur conduite vertueuse. En effet, la plus grande marque d’estime que l’on puisse donner à quelqu’un, c’est de vouloir lui ressembler. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore les honorer que de demander leur avis, et surtout de le suivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous les honorons enfin, si nous avons soin de subvenir à leurs besoins, en leur procurant ce que réclament la nourriture et l’entretien. C’est ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même nous enseigne, quand II reproche aux Pharisiens leur impiété.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi vous-mêmes, leur dit-Il, violez-vous le Commandement de Dieu, pour suivre votre tradition&amp;amp;nbsp;? Car Dieu a dit: honorez votre père et votre mère: celui qui maudira son père et sa mère sera puni de mort. Mais vous, vous dites: quiconque dira à son père ou à sa mère: toute offrande que je présenterai, vous servira&amp;amp;nbsp;; celui-là n’honorera pas son père et sa mère&amp;amp;nbsp;; et vous avez rendu vain le Commandement de Dieu à cause de votre tradition.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Accomplir nos devoirs envers nos pères et mères est pour nous une obligation de tous les instants, mais surtout dans leurs maladies graves et dangereuses. C’est alors que nous devons faire le nécessaire pour qu’ils ne soient point privés de la Confession et des autres Sacrements que les Chrétiens sont tenus de recevoir aux approches de la mort. Il faut aussi veiller de très près à ce qu’ils reçoivent fréquemment la visite d’hommes pieux et craignant Dieu, capables de les fortifier s’ils sont faibles et de les aider de leurs conseils, et s’ils sont déjà bien disposés, d’élever de plus en plus leur âme par l’espérance de l’immortalité, afin que, entièrement détachés des choses humaines, ils se confient uniquement à Dieu. Ainsi fortifiés et comme environnés de ce magnifique cortège des vertus de Foi, de Charité et de Religion, non seulement ils ne craindront pas la mort puisqu’elle est inévitable, mais même ils la désireront puisqu’elle ouvre directement l’éternité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dernier lieu, nous honorons encore nos parents après leur mort, en leur faisant des funérailles dignes d’eux, en leur donnant une sépulture convenable, en faisant célébrer pour eux des Sacrifices anniversaires, et en exécutant avec fidélité leurs dernières volontés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — QUI SONT CEUX QUE L’ON DOIT ENCORE HONORER AVEC LES PARENTS, ET COMMENT ? ====&lt;br /&gt;
Ce n’est pas seulement envers ceux qui nous ont transmis la vie naturelle que nous sommes redevables des devoirs dont nous venons de parler, c’est aussi envers ceux qui portent le nom de pères, c’est-à-dire les Évêques, les Prêtres, les rois, les princes, les magistrats, les tuteurs, les curateurs, les maîtres, les précepteurs, les vieillards et autres semblables. tous méritent de ressentir les effets, de notre charité, de notre obéissance et de nos efforts, mais pas au même degré. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici ce qui est écrit des Évêques et des Prêtres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que les Prêtres qui gouvernent bien soient doublement honorés, principalement ceux qui travaillent à prêcher et à instruire''.&amp;amp;nbsp;» Et quelles marques d’affection profonde les Galates ne donnèrent-ils pas à l’Apôtre Saint Paul, pour qu’il pût rendre à leur bienveillance ce témoignage incroyable&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Oui, je l’atteste, vous étiez prêts alors, si la chose eût été possible, à vous arracher les yeux pour me les donner&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut aussi fournir aux Prêtres les choses qui leur sont nécessaires pour vivre. « Quel est le soldat, demande l’Apôtre, , qui fait la guerre à ses dépens&amp;amp;nbsp;? » et n’est-il pas écrit dans l’Ecclésiastique&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Honorez les Prêtres purifiez-vous par les oblations présentées de vos mains, donnez-leur la part des prémices et des hosties d’expiation, comme il a été ordonné.&amp;amp;nbsp;''» L’Apôtre enseigne qu’il faut aussi leur obéir.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Obéissez, ''dit-il, ''à vos conducteurs et soyez-leur soumis, car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte.&amp;amp;nbsp;''» Bien plus, Notre-Seigneur Jésus-Christ commande d’obéir même aux mauvais Prêtres, lorsqu’il dit, en parlant des Scribes et des Pharisiens&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ils sont assis sur la chaire de Moise&amp;amp;nbsp;; en conséquence, faites tout ce qu’ils vous ordonnent, mais ne faites point ce qu’ils font&amp;amp;nbsp;; car ils disent ce qu’il faut faire et ne le font point.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en faut dire autant des rois, des princes, des magistrats et de tous ceux à qui nous devons être soumis. L’Apôtre Saint Paul, dans son Epître aux Romains,&amp;amp;nbsp; s’étend longuement sur l’honneur, les égards et le respect qui leur sont dus. Ailleurs,&amp;amp;nbsp; il nous avertit que nous devons prier pour eux. Saint Pierre nous dit à son tour:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Soyez soumis, pour l’amour de Dieu, à toute créature revêtue du pouvoir, soit au roi comme au souverain, soit au gouverneur, comme étant envoyé par lui.''&amp;amp;nbsp;» — Car si nous leur rendons honneur, c’est à Dieu que cet honneur s’adresse. Les dignités humaines, si hautes qu’elles soient, n’obtiennent nos respects et nos hommages, qu’autant que nous voyons en elles l’image de la puissance même de Dieu. Et en agissant ainsi, nous vénérons en même temps la divine Providence qui confie à quelques hommes la charge des fonctions publiques, et qui se sert d’eux comme d’autant de ministres qui tiennent d’Elle leur pouvoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il se rencontre parfois des magistrats indignes, ce n’est ni leur perversité, ni leur malice que nous honorons, mais l’autorité divine qui est en eux. Et même, ce qui paraîtra peut-être incroyable, les inimitiés, les colères, les haines implacables qu’ils peuvent nourrir dans leur cœur contre nous, ne sont point des raisons suffisantes pour nous dispenser de nos devoirs envers eux. David ne rendit-il point les plus grand services à Saül, quoique celui-ci fût son plus cruel ennemi&amp;amp;nbsp;? C’est ce qu’il nous rappelle lui-même par ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’étais pacifique avec ceux qui haïssent la paix.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, s’ils avaient le malheur d’ordonner quelque chose de mauvais ou d’injuste, comme alors ils n’agiraient plus de par cette autorité légitime qu’ils ont reçue de Dieu, mais en suivant leurs sentiments injustes et pervers, nous ne serions obligés en aucune façon de leur obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand le Pasteur aura exposé successivement les différents points que nous venons de traiter, il ne manquera pas de faire remarquer combien est belle et convenable la récompense réservée à ceux qui observent ce quatrième Commandement de Dieu. Or le premier fruit de leur obéissance, c’est une longue vie. On mérite en effet de jouir très longtemps d’un bienfait dont on garde fidèlement la mémoire. Ceux donc qui honorent leurs parents et qui leur témoignent une vive reconnaissance pour le bienfait de la vie et de la lumière, ont droit à jouir de la vie jusqu’à la plus grande vieillesse. Mais cette promesse divine veut être expliquée plus au long. Il faut savoir qu’elle n’a pas seulement pour objet la Vie Éternelle et bienheureuse, mais encore cette vie que nous avons à passer sur la terre. Saint Paul exprime très bien cette vérité quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La piété est utile à tout: elle a les promesses de la vie présente et celles de la vie future.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu’on veuille bien le croire, cette récompense n’est ni vile, ni méprisable, encore que de très saints personnages comme Job , David , et Saint Paul&amp;amp;nbsp; aient désiré la mort, et qu’il soit peu agréable de voir sa vie se prolonger, quand on est accablé de chagrin et de misère. Car ces paroles qui accompagnent la promesse divine&amp;amp;nbsp;: ''Que le Seigneur voire Dieu vous donnera'', n’assurent pas seulement la longueur de la vie mais encore le repos, la tranquillité, la santé nécessaires pour vivre heureusement. Aussi bien le Deutéronome ne dit pas seulement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''afin que vous viviez longtemps,''&amp;amp;nbsp;» il ajoute: «&amp;amp;nbsp;''afin que vous soyez heureux sur la terre''.&amp;amp;nbsp;» Et l’Apôtre, plus tard,&amp;amp;nbsp; redit la même chose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu accorde ces biens à ceux dont Il veut récompenser la piété, autrement Il ne serait ni fidèle ni constant dans ses promesses&amp;amp;nbsp;; puisqu’il arrive quelquefois que les enfants qui se distinguent le plus par leur piété filiale, ne jouissent pas pour cela d’une longue existence. Si Dieu le permet ainsi, c’est à coup sûr pour leur plus grand bien. Ils sortent de la vie, avant d’avoir abandonné le chemin de la vertu et du devoir . «&amp;amp;nbsp;''Ils sont enlevés, ''disent nos Saints Livres, ''de peur que la malice ne corrompe leur esprit, et que l’illusion ne séduise leur âme.''&amp;amp;nbsp;» Ou bien encore parce que, au moment où la ruine et le bouleversement de toutes choses menacent le monde, ils sont dégagés des liens du corps pour échapper aux calamités publiques. ''Le juste'', dit le Prophète , «&amp;amp;nbsp;''a été soustrait à la malice des hommes'',&amp;amp;nbsp;» de peur que son innocence et son salut même ne fussent en danger, lorsque Dieu par ses châtiments punirait les crimes des hommes&amp;amp;nbsp;; ou enfin, pour leur épargner dans les temps de grande désolation, les douleurs, les deuils et les amertumes que nous cause la mort de nos amis et de nos proches. C’est la raison pour laquelle nous devons être saisis de crainte lorsque Dieu rappelle à Lui les gens de bien par une mort prématurée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — CHATIMENT RÉSERVÉ A CEUX QUI VIOLENT LE QUATRIÈME PRÉCEPTE.  ====&lt;br /&gt;
Mais si Dieu promet une récompense et des avantages aux enfants qui sont reconnaissants envers leurs parents, il réserve des peines terribles aux fils ingrats et dénaturés. Il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui aura maudit son père ou sa mère sera puni de mort&amp;amp;nbsp;; ''et&amp;amp;nbsp; ''celui qui afflige son père et chasse sa mère est un misérable et un infâme&amp;amp;nbsp;;'' puis encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui maudit son père ou sa mère, verra sa lampe s’éteindre au milieu des ténèbres''.&amp;amp;nbsp;» Et enfin&amp;amp;nbsp; ''que l’œil qui insulte à son père, et qui tourne en dérision l’enfantement de sa mère, soit arraché par les corbeaux des torrents °t dévoré par les fils de l’aigle.''&amp;amp;nbsp;» nous voyons dans l’Écriture que souvent la colère de Dieu s’est appesantie sur les enfants qui avaient outragé leurs parents. David ne reste point sans vengeance. Son fils révolté Absalon meurt percé de trois coups de lance: juste punition de son crime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même il est écrit de ceux qui n’obéissent point aux Prêtres : «&amp;amp;nbsp;Celui qui s’enorgueillira, ne voulant point obéir au commandement du Prêtre qui en ce temps-là sera ministre du Seigneur notre Dieu, ni d la sentence du juge&amp;amp;nbsp;; celui-là mourra.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DEVOIRS DES PARENTS ET DES SUPÉRIEURS ENVERS LEURS ENFANTS ET LEURS INFÉRIEURS.  ====&lt;br /&gt;
Si la Loi divine ordonne aux enfants d’honorer leurs parents, de leur obéir, de les respecter, elle fait aussi aux parents une obligation et une charge spéciale d’élever leurs enfants dans des principes parfaits et des mœurs pures, de leur donner d’excellentes règles de conduite, de les habituer à la pratique des devoirs de la Religion, et de leur inspirer pour Dieu un profond et inviolable respect. Ainsi, nous dit l’Écriture, firent les parents de la chaste Suzanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le Pasteur ait donc soin de rappeler aux pères et mères qu’ils sont obligés de donner à leurs enfants des leçons de vertu, de justice, de continence, de modestie et de sainteté. Ils doivent surtout éviter trois défauts, qui ne sont que trop communs&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier, de les traiter trop durement, soit en paroles, soit en actions. Saint Paul, dans son Epître aux Colossiens ne dit-il pas : «&amp;amp;nbsp;''Vous, pères, ne provoquez point vos enfants à la colère, de peur qu’ils ne tombent dans l’abattement.''&amp;amp;nbsp;» Car s’ils craignent tout, ils sont en grand danger de perdre tout courage. Le Pasteur leur recommandera donc d’éviter une trop grande sévérité, et de corriger leurs enfants plutôt que de s’en venger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second défaut, d’user d’une molle indulgence, quand les enfants ont commis quelque faute, et qu’il faudrait les réprimander et sévir contre eux. Il arrive souvent que la trop grande douceur, et la trop grande facilité des parents dépravent les enfants. Pour les détourner de cette indulgence mauvaise, le Pasteur n’hésitera pas à leur citer l’exemple du grand prêtre Héli qui, pour avoir été trop bon envers ses fils, fut frappé par Dieu du dernier châtiment . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième enfin, et c’est le plus honteux, de se proposer dans l’éducation et l’instruction de leurs enfants des desseins condamnables, comme le font, hélas&amp;amp;nbsp;! un trop grand nombre de parents, qui n’ont d’autre pensée et d’autre soin que celui de laisser à leurs enfants des richesses, de l’argent, un vaste et magnifique patrimoine. Ils ne les forment point à la religion, à la piété, pas même à l’exercice d’un emploi honorable, mais au contraire à l’avarice et à l’augmentation de leur fortune, peu jaloux de la considération et du salut de leurs enfants, pourvu qu’ils soient riches et opulents. Peut-on dire, peut-on imaginer rien de plus déplorable&amp;amp;nbsp;? C’est ainsi qu’ils en font plutôt les héritiers de leurs crimes et de leurs désordres que de leur opulence&amp;amp;nbsp;; et au lieu de les guider vers le ciel, ils les entraînent aux supplices éternels de l’enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le Prêtre donc fasse entendre aux parents les meilleures instructions&amp;amp;nbsp;! qu’il les excite à imiter le saint homme Tobie et ses vertus, afin qu’ayant formé leurs enfants comme il convient au service de Dieu et à la sainteté, ils en recueillent à leur tour les fruits les plus abondants d’amour, de respect et d’obéissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-troisième — Du cinquième Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE TUEREZ POINT. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le grand bonheur promis aux pacifiques, ''puisqu’ils seront appelés enfants de Dieu'' , est pour les pasteurs un motif bien puissant de faire connaître ce Commandement aux Fidèles avec tout le soin et toute la clarté possibles. Car pour établir la concorde entre les hommes, il n’est pas de moyen plus efficace que de les amener tous, par une explication parfaite, à l’observer religieusement comme ils le doivent. Alors il sera permis d’espérer que vivant dans une conformité parfaite de sentiments, ils s’appliqueront à entretenir au milieu d’eux l’union et la paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui montre encore combien il est nécessaire d’insister sur ce précepte, c’est qu’aussitôt après le déluge, la première et l’unique défense que Dieu fit aux hommes fut la transgression de ce Commandement : «&amp;amp;nbsp;''Je demanderai compte de votre sang à quiconque l’aura versé, soit l’homme, soit la bête''.&amp;amp;nbsp;» Et dans l’Évangile, lorsque Notre-Seigneur rappelle les Commandements de la Loi de Moise, le premier qu’Il explique, nous dit Saint Matthieu, est précisément celui-ci : «&amp;amp;nbsp;''Il a été dit aux anciens: vous ne tuerez point''&amp;amp;nbsp;», et le reste qui est rapporté au même endroit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De leur côté les Fidèles doivent écouter avec attention et empressement ce qu’on leur dit de ce précepte, puisqu’il est fait pour protéger la vie de chacun de nous en particulier et que ces paroles: Vous ne tuerez point, défendent absolument l’homicide. Ainsi donc chaque homme doit recevoir ce Commandement avec autant de joie que si Dieu lui défendait, sous les peines et les menaces les plus terribles, d’attenter à sa propre vie. Mais si nous devons aimer à entendre parler de ce précepte nous devons aimer également à éviter le mal qu’il défend. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En expliquant Lui-même cette Loi, Notre-Seigneur Jésus-Christ a montré qu’elle renferme deux choses: l’une qui nous est défendue, c’est de tuer&amp;amp;nbsp;; l’autre qui nous est commandée, c’est d’avoir une charité et un amour sincères pour nos ennemis, de vivre en paix avec tout le monde, et de supporter patiemment toutes les souffrances de la vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QUELS SONT LES MEURTRES QUI NE SONT POINT ICI DÉFENDUS.  ====&lt;br /&gt;
Dans la partie du précepte qui défend le meurtre, il faut d’abord faire remarquer aux Fidèles qu’il y a des meurtres qui ne sont point compris dans cette défense. Ainsi il n’est pas défendu de tuer les bêtes&amp;amp;nbsp;; puisque Dieu nous a permis de nous en nourrir, Il nous a permis par là -même de les tuer. Ce qui a fait dire à Saint Augustin &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Lorsque nous lisons ces paroles: Vous ne tuerez point, cela ne peut s’entendre des arbres qui n’ont aucune sensibilité, ni des animaux sans raison, parce qu’ils ne nous sont unis par aucun lien social.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est une autre espèce de meurtre qui est également permise, ce sont les homicides ordonnés par les magistrats qui ont droit de vie et de mort pour sévir contre les criminels que les tribunaux condamnent, et pour protéger les innocents. Quand donc ils remplissent leurs fonctions avec équité, non seulement ils ne sont point coupables de meurtre, mais au contraire ils observent très fidèlement la Loi de Dieu qui le défend. Le but de cette Loi est en effet de veiller à la conservation de la vie des hommes, par conséquent les châtiments infligés par les magistrats, qui sont les vengeurs légitimes du crime, ne tendent qu’à mettre notre vie en sûreté, en réprimant l’audace et l’injustice par les supplices. C’est ce qui faisait dire à David : «&amp;amp;nbsp;''Dés le matin je songeais à exterminer tous les coupables, pour retrancher de la cité de Dieu les artisans d’iniquité.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la même raison, ceux qui, dans une guerre juste, ôtent la vie à leurs ennemis, ne sont point coupables d’homicide, pourvu qu’ils n’obéissent point à la cupidité et à la cruauté, mais qu’ils ne cherchent que le bien public. Les meurtres qui se font par la volonté formelle de Dieu ne sont point non plus des péchés. Les enfants de Lévi qui firent périr en un seul jour tant de milliers d’hommes ne commirent aucune faute. Après le massacre, Moïse leur dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous avez aujourd’hui consacré vos mains au Seigneur.&amp;amp;nbsp;''» Celui qui involontairement et sans préméditation donne la mort à quelqu’un, n’est pas coupable non plus. Voici ce que le Deutéronome dit à ce sujet:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui, sans y penser, aura frappé un autre avec lequel il n’aura point eu de dispute les deux jours précédents, et qui étant allé avec lui dans une forêt simplement pour y couper du bois, lui aura donné un coup et l’aura tué avec sa cognée qui lui aura échappé des mains, ou qui a quitté son manche, ne sera point coupable de la mort de cet homme''.&amp;amp;nbsp;» Ces sortes de meurtres ne sont ni volontaires ni commis à dessein, ils ne sauraient donc être mis au nombre des péchés. C’est ce que nous confirme Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si contre notre volonté, ''dit-il, ''il arrive du mal des actions que nous faisons licitement et pour le bien, ce mal ne doit pas nous être imputé.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois il est deux cas où nous pouvons être coupables d’homicide, sans qu’il y ait eu préméditation de notre part&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, si quelqu’un vient à tuer son semblable, en faisant une action injuste&amp;amp;nbsp;; par exemple, en frappant une femme enceinte à coups de pied, ou à coups de poing, de manière à causer la mort de son enfant&amp;amp;nbsp;; sans doute il n’est pas volontairement cause de cette mort, mais il en est coupable, par la raison qu’il lui est absolument défendu de frapper une femme enceinte. En second lieu, si on donne la mort à quelqu’un par imprudence, et faute d’avoir pris les précautions et les soins nécessaires, pour éviter un tel malheur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même encore, celui qui en défendant sa propre vie tue son agresseur, malgré les précautions qu’il prend pour ne le point frapper mortellement, n’est nullement coupable d’homicide. tous ces meurtres dont nous venons de parler ne tombent point sous les prescriptions de la Loi. Mais les autres sont absolument défendus, soit qu’on les considère du côté de celui qui donne la mort, ou du côté de celui qui la reçoit, ou enfin selon les différentes manières dont l’homicide peut être commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — MEURTRES DÉFENDUS.  ====&lt;br /&gt;
Et d’abord la loi défend le meurtre à tout le monde. Elle n’excepte personne&amp;amp;nbsp;; ni riches, ni pauvres, ni puissants, ni maîtres, ni parents. Elle ne fait aucune distinction. Défense à tous de tuer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Défense de tuer qui que ce soit&amp;amp;nbsp;! La Loi s’étend à tous. Il n’est personne, quelle que soit la bassesse de sa condition, qui ne soit protégé par elle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien plus, défense de se tuer soi-même. nul n’a assez de pouvoir sur sa propre vie, pour se donner la mort quand il lui plaît. C’est pour cela que la Loi ne dit pas: v''ous ne tuerez point les autres'', mais simplement: ''vous ne tuerez point''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si maintenant nous examinons les différentes manières de commettre un meurtre, il n’en est point qui ne soit interdite par ce précepte. non seulement il n’est permis à personne d’ôter la vie à son semblable de ses propres mains, ou avec le fer, la pierre, le bâton, le lacet ou le poison, mais il est encore défendu d’y contribuer de ses conseils, de ses moyens, de son secours ou de quelque manière que ce soit. C’est pourquoi les Juifs firent preuve d’un aveuglement bien étrange, en s’imaginant qu’ils observaient ce précepte, pourvu seulement qu’ils n’eussent pas commis le meurtre de leurs mains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — AUTRES CHOSES DÉFENDUES PAR CE PRÉCEPTE.  ====&lt;br /&gt;
Un Chrétien qui sait, par l’interprétation de notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, que la Loi dont nous parlons est spirituelle, c’est-à-dire qu’elle nous ordonne d’avoir non seulement les mains pures, mais encore le cœur droit et irréprochable, ce Chrétien, disons-nous, ne peut se contenter de ce que les Juifs regardaient comme surabondant. Ainsi, d’après l’enseignement de l’Évangile, nous n’avons même pas le droit de nous mettre en colère contre notre frère. Notre-Seigneur ne dit-il pas&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mais Moi Je vous le dis, quiconque se met en colère contre son frère, sera condamné par le jugement&amp;amp;nbsp;; celui qui dira à son frère: Raca, sera condamné par le conseil&amp;amp;nbsp;; et celui qui l’appellera fou, méritera d’être condamné au feu éternel de l’enfer.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles nous montrent clairement que celui qui se met en colère contre son frère, même s’il tient sa colère renfermée dans son cœur, ne laisse pas d’être coupable&amp;amp;nbsp;; que celui qui la fait éclater au dehors d’une manière quelconque, commet un péché grave, et son péché est bien plus grave encore s’il ne craint pas de traiter son frère avec dureté, et de le charger d’injures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci est vrai, lorsque nous nous mettons en colère sans raison. Mais il y a une colère légitime et selon Dieu c’est celle qui nous fait réprimander, quand elles sont en faute, les personnes placées sous nos ordres et qui nous doivent obéissance. La colère du Chrétien ne procède point des sens, ni des émotions de la passion, elle vient du Saint-Esprit, dont nous sommes les temples, et il faut que Jésus-Christ habite dans ces temples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore beaucoup d’autres choses que notre Seigneur nous a recommandées, et qui tiennent à l’observation parfaite de ce Commandement. Par exemple:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne résistez pas à ceux qui vous maltraitent. Si quelqu’un vous a frappé sur la joue droite, présentez-lui encore l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre vous pour vous prendre votre tunique, abandonnez-lui encore votre manteau. Et si quelqu’un vous force de faire mille pas avec lui, faites-en deux mille.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De tout ce que nous venons de dire il est aisé de conclure combien les hommes sont enclins aux péchés défendus par ce Commandement, et par conséquent combien il s’en trouve, hélas&amp;amp;nbsp;! qui sont homicides, non de la main, mais du cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — MOYENS D’ÉVITER LES FAUTES CONTRAIRES AU CINQUIÈME COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
L’écriture ne manque pas de remèdes à opposer à un mal si funeste. Le devoir du Pasteur sera donc de les indiquer soigneusement aux Fidèles. Or, le remède le plus efficace est de leur faire comprendre combien l’homicide est un crime énorme&amp;amp;nbsp;; et cette vérité peut se prouver par plusieurs passages très importants de nos Saints Livres, où nous voyons Dieu détester tellement l’homicide qu’il nous assure qu’Il vengera la mort de l’homme sur les bêtes, et qu’Il ordonne de tuer l’animal qui aura seulement blessé un homme. Et si Dieu a voulu inspirer à l’homme tant d’horreur du sang, c’est uniquement pour le détourner par tous les moyens du crime affreux de l’homicide, et en préserver autant son cœur que ses mains. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les homicides sont les ennemis les plus acharnés du genre humain et même de la nature&amp;amp;nbsp;; car ils détruisent, autant qu’il est en eux, l’œuvre de Dieu, en détruisant l’homme pour lequel Il nous atteste qu’Il a fait toutes choses. Il y a plus: comme il est défendu dans la Genèse de tuer l’homme, parce que Dieu l’a créé à son image et à sa ressemblance, celui-là Lui fait une injure insigne, qui porte pour ainsi dire sur Lui une main criminelle, en faisant disparaître son image du milieu du monde. C’est en méditant devant Dieu cette triste vérité que David se plaint si amèrement des hommes sanguinaires.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Leurs pieds,'' dit-il, ''sont agiles pour répandre le sang.&amp;amp;nbsp;''» Il ne dit pas simplement: ''ils tuent'', mais: ''ils répandent le sang''. Or il emploie ces mots pour faire ressortir davantage l’énormité de cet abominable crime et la cruauté insensée de ceux qui le commettent. De même encore pour montrer avec quelle précipitation ils sont poussés au mal par une sorte de violence diabolique, il dit: ''leurs pieds sont agiles''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — CE QUI EST COMMANDÉ PAR CE PRÉCEPTE.  ====&lt;br /&gt;
Cette deuxième partie du précepte ne défend pas&amp;amp;nbsp;; elle commande. Et ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ exige de nous, c’est que nous vivions en paix avec tout le monde. Voici d’ailleurs comme Il explique ce commandement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si lorsque vous présentez votre offrande à l’Autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose sur le cœur contre vous, laissez là votre offrande devant l’Autel et allez d’abord vous réconcilier avec votre frère, puis vous viendrez faire votre offrande.&amp;amp;nbsp;''» Le Pasteur aura soin d’expliquer ces paroles de manière à faire comprendre que notre Charité doit s’étendre à tous les hommes sans exception. Et il multipliera ses exhortations pour porter les Fidèles à cette grande vertu de l’amour du prochain si visiblement contenue dans ce précepte. En effet, la haine y étant clairement défendue, puisque «&amp;amp;nbsp;''celui qui hait son frère est homicide,''&amp;amp;nbsp;» il s’ensuit nécessairement que l’amour et la charité envers le prochain y sont commandés. Ce n’est pas tout, car en même temps que ce précepte nous fait un devoir de la Charité universelle, il nous ordonne également toutes les obligations et toutes les ''œuvr''es qui en sont une suite naturelle. Ainsi, «&amp;amp;nbsp;''la Charité est patiente''&amp;amp;nbsp;», dit Saint Paul , donc la patience nous est commandée, cette patience dans laquelle Notre-Seigneur nous assure que nous ''posséderons nos âmes''.&amp;amp;nbsp; Il en est de même de la bienfaisance, qui est l’amie et la compagne de la Charité, car ''la Charité est bienfaisante'' . Or la bienfaisance et la bonté vont très loin. Ce sont elles principalement qui font que nous soulageons les pauvres en ce qui leur est nécessaire, que nous donnons à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, des vêtements à ceux qui sont nus, en un mot que nos libéralités sont d’autant plus grandes que nous constatons des besoins plus étendus. tous ces actes de bonté et de bienfaisance, déjà très beaux et très méritoires par eux-mêmes, le deviennent bien davantage encore, lorsque nous les exerçons envers des ennemis. Car notre Sauveur nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Paul ajoute:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si votre ennemi a faim, donnez-lui d manger&amp;amp;nbsp;; s’il a soif, donnez-lui à boire&amp;amp;nbsp;; en agissant ainsi vous amasserez des charbons de feu sur sa tête. ne vous laissez point vaincre par le mal, mais cherchez à vaincre le mal par le bien.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous considérons enfin la loi de la Charité, toujours par rapport à la bienveillance, nous n’aurons pas de peine à comprendre qu’elle nous oblige à pratiquer en toutes choses la douceur, la retenue, la réserve et toutes les autres vertus de ce genre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le devoir qui l’emporte, et de beaucoup, sur tous les autres, le devoir de Charité par excellence, celui auquel nous devons nous exercer le plus, c’est de remettre et de pardonner d’un bon cœur les injures qu’on nous a faites. Pour nous amener à la pratique de cette vertu, la Sainte Écriture, comme nous l’avons dit plus haut, multiplie les recommandations et les exhortations. non seulement elle appelle heureux ceux qui pardonnent en toute sincérité, mais elle leur promet de la part de Dieu la rémission de leurs péchés&amp;amp;nbsp;; tandis que cette rémission est refusée à ceux qui négligent ou refusent de remplir ce devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme le désir de la vengeance est pour ainsi dire inné dans le cœur de l’homme, le Pasteur mettra tous ses soins, non seulement à rappeler aux Fidèles qu’ils doivent oublier et pardonner les injures, mais encore à faire en sorte de le leur persuader. Et comme les Saints Pères ont beaucoup parlé de cette matière, il ne manquera pas de les consulter, pour vaincre l’opiniâtreté de ceux qui veulent s’obstiner et s’endurcir dans la résolution de se venger. Il devra tenir toujours prêts les arguments si concluants que leur piété leur a suggérés, et qu’ils ont si bien appropriés à la question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pourra se servir utilement des trois considérations suivantes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord il importe grandement de bien persuader à celui qui se croit offensé que l’auteur principal de l’injure ou du dommage qu’il a reçu, n’est pas celui sur lequel il désire se venger. C’est ainsi que l’avait compris Job, cet homme admirable qui, accablé des traitements les plus cruels par les Sabéens, les Chaldéens et le démon, ne tient d’eux aucun compte, mais se contente, en homme droit et vraiment pieux, de prononcer ces paroles, si dignes de sa vertu et de sa Foi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur m’avait tout donné, le Seigneur m’a tout ôté.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De te&amp;amp;nbsp;!les paroles et un tel exemple de patience sont bien propres à convaincre les Chrétiens que tout ce que nous souffrons en cette vie vient de Dieu, Père et Auteur de toute justice et de toute miséricorde. Et sa bonté pour nous est si grande qu’Il ne nous punit point comme des ennemis, mais qu’Il nous corrige et nous châtie comme ses enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et de fait, si nous voulons y réfléchir, nous devons reconnaître que les hommes, dans les maux que nous souffrons, ne sont que les ministres et les exécuteurs de la justice divine. On peut en venir à concevoir contre quelqu’un une haine criminelle, et même lui souhaiter le plus grand mal, mais on ne peut lui nuire qu’avec la permission de Dieu. Voilà pourquoi Joseph supporta patiemment les traitements impies de ses frères, et David les injures de Séméi. Il est encore un raisonnement qui s’applique très bien à notre sujet, c’est celui de Saint Jean Chrysostome, et qu’il a développé avec tant de bonheur et d’habileté. «&amp;amp;nbsp;''Personne, dit-il, n’éprouve de mal que celui qu’il se fait à lui-même. Car ceux qui croient avoir été traités d’une manière injurieuse n’auront pas de peine à comprendre, s’ils y pensent en toute sincérité, qu’ils n’ont reçu des autres aucune injure, aucun dommage pour leur âme, encore qu’on leur ait fait quelques maux qui sont purement extérieurs. Au contraire, ils se font à eux-mêmes le plus grand mal, quand ils souillent leur âme par la haine, la cupidité et la jalousie.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il y a deux grands avantages pour ceux qui en vue de plaire à Dieu pardonnent volontiers les Injures qu’on leur a faites. Le premier, c’est le pardon de nos fautes que Dieu nous a promis, si nous pardonnons celles des autres envers nous: d’où il est aisé de conclure combien cet acte de Charité lui est agréable. Le second, c’est que nous nous élevons à un nouveau degré de dignité et de perfection, car en pardonnant nous devenons en quelque sorte semblables à Dieu, ''qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les pécheurs comme sur les justes''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut avoir soin de bien montrer les inconvénients qui nous attendent, si nous ne voulons point pardonner les injures que nous avons reçues. Le Pasteur représentera donc à ceux qui ne peuvent se déterminer à pardonner à leurs ennemis, que la haine n’est pas seulement un péché grave, mais encore un péché qui tire de sa durée même une gravité sans cesse croissante. Car celui qui a le malheur de nourrir cette passion dans son âme, a soif en quelque sorte du sang de son ennemi. Il passera, en vue de sa vengeance, ses jours et ses nuits à rouler dans son esprit quelque projet mauvais, toujours occupé de, pensées de meurtre et de choses détestables. C’est pourquoi il devient impossible, ou du moins très difficile de l’amener à pardonner, en tout ou en partie, les injures qu’il a reçues. Aussi on a comparé très justement la haine à une plaie dans laquelle le trait reste enfoncé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore beaucoup d’autres inconvénients et de péchés dont la haine devient pour ainsi dire le lien et le centre. C’est ce qui a fait dire à Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui hait son frère est dans les ténèbres, et il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres l’ont aveuglé.&amp;amp;nbsp;''» Par conséquent, il est condamné à des chutes fréquentes&amp;amp;nbsp;; car comment approuver les paroles ou les actes de quelqu’un qu’on déteste&amp;amp;nbsp;? De là des jugements téméraires et injustes, des colères, des jalousies, des médisances et autres péchés semblables, qui n’épargnent pas même — cela ne se voit que trop souvent — ceux qui sont unis par les liens du sang ou de l’amitié. C’est ainsi qu’un seul péché en engendre beaucoup d’autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et certes, ce n’est pas sans motif que ce péché de la haine est appelé ''péché diabolique'', puisque&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le diable est homicide dès le commencement&amp;amp;nbsp;''» Voilà pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ, voyant que les Pharisiens voulaient Le faire mourir, leur disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le démon est votre père, et vous êtes de lui.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre ce que nous venons de dire et toutes les raisons que nous avons apportées pour faire détester ce crime, nos Saints Livres nous proposent encore contre lui plusieurs remèdes d’une grande efficacité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier, et le meilleur de tous, est l’exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que nous devons faire en sorte d’imiter. Lui qui ne pouvait pas même être soupçonné du moindre péché, Lui, (l’innocence même), après avoir été indignement battu de verges, couronné d’épines et cloué à une croix, laisse tomber de ses lèvres cette prière si pleine de Charité:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font,''&amp;amp;nbsp;» bien que&amp;amp;nbsp; ''son sang répandu parlât déjà, au témoignage de l’Apôtre, plus éloquemment que celui d’Abel. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ecclésiastique nous propose un autre remède. C’est la pensée de la mort et du jugement.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Souvenez-vous de vos fins dernières, ''dit-il, ''et jamais vous ne pécherez.''&amp;amp;nbsp;» En d’autres termes, pensez souvent, ou mieux ayez sans cesse dans la pensée que vous devez mourir bientôt. Et comme alors il sera très désirable et même très nécessaire pour vous d’obtenir la très grande miséricorde de Dieu, vous devez dès maintenant et toujours vous remettre sous les yeux cette miséricorde dont vous avez tant besoin. C’est le moyen d’éteindre dans votre âme ce feu infernal de la haine et de la vengeance. Rien n’est plus propre en effet à vous faire obtenir la divine miséricorde que l’oubli des injures et l’amour de ceux qui vous ont offensé, vous ou les vôtres, soit en paroles, soit en actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-quatrième — Du sixième Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE SEREZ POINT ADULTÈRES.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lien qui unit le mari et la femme est très étroit. Partant, rien ne peut leur être plus agréable que de se sentir aimés l’un de l’autre d’un amour tendre et loyal. Au contraire, rien ne saurait leur être plus pénible que de voir cet amour, qu’ils se doivent et qui est si légitime, s’en aller honteusement vers d’autres. Il était donc juste et absolument dans l’ordre qu’après la Loi qui protège la vie de l’homme contre le meurtre. Dieu plaçât immédiatement celle qui défend l’adultère, afin que personne n’osât violer ou détruire cette union si sainte et si honorable du Mariage, ce foyer si ardent de Charité et d’amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en traitant cette matière, le Pasteur ne devra manquer ni de circonspection ni de prudence. Il traitera ce sujet avec la réserve la plus mesurée. n’est-il pas à craindre en effet qu’en voulant expliquer longuement et en détail les différentes manières de transgresser ce précepte, il ne vienne à dire des choses qui pourraient troubler les âmes délicates au lieu de les éclairer&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, ce Commandement est très étendu et fort complexe. Et pourtant le Pasteur ne doit rien passer sous silence. Chaque chose doit venir à sa place. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se divise en deux parties, l’une qui défend formellement l’adultère, l’autre qui nous commande implicitement la chasteté de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commençons d’abord par ce qui est défendu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE L’ADULTÈRE.  ====&lt;br /&gt;
L’adultère est la violation du droit le plus sacré qui unit par serment inviolable les Époux l’un à l’autre. L’Époux qui manquerait de fidélité à son Épouse commettrait une faute très grave&amp;amp;nbsp;; quiconque libre pécherait avec une personne non libre, se rendrait gravement coupable aux yeux de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Saint Ambroise et Saint Augustin, ce Commandement porté contre l’adultère s’étend à tout ce qui est déshonnête et impur. Et nos Saints Livres, ceux de l’Ancien, comme ceux du nouveau testament, ne nous permettent pas d’être d’un avis différent. Ainsi, outre l’adultère, d’autres genres de libertinage sont encore punis dans Moise. La Genèse nous rapporte un jugement de Juda contre sa belle-fille , et le Deutéronome défend positivement qu’aucune des filles d’Israël ne se livre au mal . Tobie faisait cette exhortation à son fils : «&amp;amp;nbsp;''Gardez-vous, ô mon fils, de toute impudicité''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et l’Ecclésiastique nous dit : «&amp;amp;nbsp;''Rougissez de jeter les yeux sur une femme de mauvaise vie.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’Évangile, Notre-Seigneur Jésus-Christ nous assure&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que du cœur sortent les adultères et les intentions mauvaises qui rendent l’homme coupable.''&amp;amp;nbsp;» Quant à Saint Paul, c’est dans une foule de passages, et dans les termes les plus sévères, qu’il flétrit ce péché. Ici il dit : «&amp;amp;nbsp;''La volonté de Dieu est que vous soyez saints et que vous évitiez l’impudicité''&amp;amp;nbsp;; là&amp;amp;nbsp; ''Fuyez ce vice''&amp;amp;nbsp;; ailleurs ''Evitez les impudiques''&amp;amp;nbsp;; puis&amp;amp;nbsp; Qu’''on n’entende pas même parler parmi vous de ce péché, ni d’impureté de quelque sorte, ni d’avarice''&amp;amp;nbsp;; puis encore : ''ni les impudiques, ni les adultères, ni les efféminés, ni les abominables ne seront héritiers du Royaume de Dieu''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La principale raison pour laquelle l’adultère est expressément défendu dans ce Commandement, c’est que, outre la turpitude qui lui est commune avec toutes les autres espèces d’impuretés, il est en même temps un acte d’injustice flagrante non seulement contre le prochain, mais même contre la société civile. Il est certain d’ailleurs que celui qui ne sait pas s’abstenir des autres péchés d’impureté sera bien vite entraîné jusqu’à l’adultère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est donc facile de comprendre qu’en défendant l’adultère, Dieu a défendu en même temps toute sorte d’impureté, capable de souiller le corps. De plus le libertinage intérieur du cœur est également défendu, car cette Loi est essentiellement spirituelle. nous en avons la preuve dans ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : «&amp;amp;nbsp;''Vous savez qu’il a été dit aux Anciens: vous ne serez point adultères&amp;amp;nbsp;; mais Moi Je vous dis que quiconque regarde une femme avec une intention mauvaise, a déjà commis t’adultère dans son cœur.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce qu’il nous a semblé que le Pasteur pouvait dire en public sur cette matière, en y ajoutant toutefois ce que le Saint Concile de Trente&amp;amp;nbsp; a décrété contre les adultères, et contre ceux qui s’exposent à vivre dans l’habitude du mal et des fréquentations mauvaises. Il laissera de côté toutes les autres variétés de péchés contre ce Commandement, pour n’en parler qu’en particulier, et encore, selon que les circonstances et la situation des personnes lui en feront un devoir:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reste à expliquer maintenant la partie du précepte qui commande. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — CE QUI EST COMMANDÉ PAR LE SIXIÈME COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Il faut donc apprendre aux Fidèles et les exhorter très vivement à pratiquer avec tout le soin possible la vertu de pureté , «&amp;amp;nbsp;''à se purifier de tout ce qui souille la chair et l’esprit, poursuivant l’œuvre de leur sanctification dans la crainte de Dieu.''&amp;amp;nbsp;» Il faut surtout leur faire remarquer que, si la vertu de chasteté brille d’un éclat particulier dans ceux qui gardent religieusement l’excellente et divine vertu de virginité, elle peut aussi être pratiquée par ceux qui vivent dans le célibat, et même par les personnes mariées qui savent se conserver pures et innocentes de tous les excès défendus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Pères nous indiquent un grand nombre de remèdes pour nous apprendre à réprimer et à dompter nos passions. Le Pasteur ne manquera pas de les faire connaître aux Fidèles, en les expliquant avec tout le soin possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — REMÈDES CONTRE LES MAUVAISES PENSÉES.  ====&lt;br /&gt;
Ces remèdes sont de deux sortes: les uns sont du domaine de la pensée, les autres appartiennent à l’action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les remèdes qui procèdent de la pensée consistent principalement en ce que nous comprenions très bien tout ce qu’il y a de honteux et de pernicieux dans le péché d’impureté. Cette connaissance une fois acquise, il nous sera plus facile de le détester. Or ce qui nous fait sentir combien ce crime est funeste, c’est que ceux qui ont le malheur de le commettre, sont par le fait repoussés et exclus du Royaume de Dieu. Voilà bien le dernier de tous les maux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, ce malheur est commun à tous les péchés mortels, mais le péché dont nous parlons a cela de particulier que ceux qui s’en rendent coupables, pèchent contre leur propre corps. C’est l’enseignement de l’Apôtre. Il dit expressément : «&amp;amp;nbsp;''Fuyez l’impudicité&amp;amp;nbsp;; tous les autres péchés se commettent hors de nous&amp;amp;nbsp;; mais celui qui s’abandonne à l’impudicité pèche contre lui-même'',&amp;amp;nbsp;» c’est-à-dire qu’il se fait injure en profanant sa sainteté. Voilà pourquoi Saint Paul dit encore aux Thessaloniciens : «&amp;amp;nbsp;''La volonté de Dieu c’est que vous deveniez des Saints, et que vous évitiez l’impudicité, et que chacun de vous sache posséder son corps dans la sainteté et l’honnêteté, ne suivant point les entraînements de la passion, comme font les nations qui ignorent Dieu''.&amp;amp;nbsp;» Ensuite, ce qui est plus criminel encore, c’est que le Chrétien qui pèche honteusement avec une femme de mauvaise vie, profane ses membres qui sont les membres de Notre-Seigneur Jésus-Christ. «&amp;amp;nbsp;''Ne savez-vous pas,'' dit l’Apôtre , ''que vos corps sont les membres de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? Peut-on transformer des membres de Jésus-Christ en instruments de péché&amp;amp;nbsp;? A Dieu ne plaise I ne savez-vous pas que celui qui pèche avec une femme de mauvaise vie se réduit au plus honteux esclavage&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» D’ailleurs, au témoignage du même Apôtre , le Chrétien est le ''Temple du Saint-Esprit'', et violer ce temple, n’est-ce pas en chasser cet esprit de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l’adultère, il ne faut pas oublier qu’il renferme en lui-même une injustice très grande. Car, suivant la doctrine de Saint Paul, ceux que le mariage unit sont tellement soumis au pouvoir l’un de l’autre , ''qu’ils ne sont plus seuls maîtres d’eux-mêmes''. Ils sont au contraire enchaînés entre eux et asservis l’un à l’autre, au point que le mari doit se conformer à la volonté de la femme, et la femme à celle du mari. Et par conséquent, celui des deux qui viole un droit légitime en devenant infidèle à son serment, commet une injustice très criminelle. Et comme la crainte de l’infamie est un motif très puissant pour porter les hommes à l’accomplissement de ce qui est ordonné, et pour les détourner de ce qui est défendu, le Pasteur aura grand soin de montrer aux Fidèles que l’adultère imprime sur le front de celui qui le commet un stigmate d’ignominie. nos Livres saints nous disent expressément:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui est adultère perdra son âme par la folie de son cœur. Il amassera sur sa tête l’opprobre et la honte, et son infamie ne s’effacera jamais.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la sévérité des châtiments réservés aux adultères nous démontre suffisamment la grandeur de leur crime. On sait que la Loi de Moïse les condamnait à être lapidés. Bien plus, ne lisons-nous pas que pour le crime d’un seul, non seulement Dieu a frappé le coupable, mais une ville tout entière, celle des Sichimites&amp;amp;nbsp;? La Sainte Écriture nous fournit encore plusieurs autres exemples des châtiments exercés par Dieu contre ceux qui violent ce Commandement. Le Pasteur fera bien de les rassembler et de les raconter aux Fidèles, pour les détourner de plus en plus de ces excès abominables. Ainsi furent détruits les habitants de Sodome et des villes voisines, les israélites qui avaient péché avec les filles de Moab dans le désert, et les Benjamites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et même ceux qui échappent à la mort, n’échappent ni aux douleurs, ni aux tourments cruels dont ils sont souvent la victime. Ils sont punis du plus terrible des châtiments, l’aveuglement de l’esprit. Dès lors ils ne tiennent plus compte de rien. Dieu, réputation, dignité, enfants, eux-mêmes, tout est oublié. Ils deviennent ainsi tellement pervers et incapables, qu’on, ne peut leur confier rien d’important, et qu’ils ne sont plus guère propres à aucune fonction sérieuse. L’exemple de David et de Salomon nous le prouve bien. Le premier, après son adultère, se trouva tout à coup si différent de lui-même, que de très doux qu’il était, il devint cruel et barbare, et qu’il fit exposer à une mort certaine un de ses plus zélés serviteurs, le fidèle Urie. Le second, livré tout entier à ses honteuses passions, en vint à cet excès d’abandonner sa religion et d’adorer les faux dieux. tant il est vrai que ce péché, comme dit le Prophète Osée , «&amp;amp;nbsp;''emporte le cœur de l’homme,''&amp;amp;nbsp;» et le plus souvent même, «&amp;amp;nbsp;''le rend aveugle''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — AUTRES REMÈDES CONTRE L’IMPURETÉ.  ====&lt;br /&gt;
Venons maintenant aux remèdes qui sont du domaine de l’action. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier est de fuir l’oisiveté. C’est en s’énervant dans ce vice, comme dit Ezéchiel , que les Sodomites se précipitèrent dans les désordres si honteux de leurs horribles débauches,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second est d’éviter l’intempérance avec le plus grand soin. «&amp;amp;nbsp;''Je les ai rassasiés,'' dit le Prophète, ''et ils ont commis l’adultère''.&amp;amp;nbsp;» En effet, c’est une cause d’impureté que de prendre des aliments avec excès. C’est ce que notre Seigneur veut nous faire entendre, quand Il nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''prenez garde de laisser vos cœurs s’appesantir dans l’intempérance et l’ivresse.&amp;amp;nbsp;''» Saint Paul nous dit aussi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne vous enivrez point par le vin, d’où naît la luxure''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui allume le plus ordinairement la passion impure dans les cœur&amp;amp;nbsp;», ce sont les regards. C’est pourquoi Notre-Seigneur nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si votre œil vous scandalise, arrachez-le, et jetez-le loin de vous''.&amp;amp;nbsp;» Les Prophètes avaient parlé dans le même sens. «&amp;amp;nbsp;''J’ai fait un pacte avec mes yeux, dit'' Job , ''pour éviter toute pensée dangereuse''.&amp;amp;nbsp;» Et d’ailleurs, nous avons des exemples presque innombrables des désordres qui ont eu leur source dans la curiosité mauvaise des regards. Il n’y a qu’à se rappeler le péché de David, celui du roi de Sichem, et enfin celui des vieillards qui se firent les calomniateurs de Suzanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les parures trop élégantes, si bien faites, malheureusement, pour attirer les regards, sont encore une des sources les plus ordinaires de l’impureté. De là cet avertissement que nous donne l’Ecclésiaste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''détournez vos yeux d’une femme parée''&amp;amp;nbsp;». Et comme les femmes sont d’ordinaire trop attachées aux ornements du corps, il est nécessaire que le Pasteur les avertisse de temps en temps d’éviter ce défaut, et même de leur faire entendre sur ce point le langage sévère de l’Apôtre Saint Pierre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que les femmes ne se parent point au dehors par l’art de leur chevelure, par les ornements d’or, ni par la beauté des vêtements''.&amp;amp;nbsp;» Et Saint Paul, de son côté, leur défend&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''les cheveux frisés, les ornements d’or, les pierres précieuses, les vêtements somptueux.''&amp;amp;nbsp;» Souvent en effet ces ornements extérieurs ont fait perdre le véritable ornement de l’âme et du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si la trop grande recherche dans la parure porte habituellement au péché de l’impureté, les discours et entretiens déshonnêtes n’y conduisent pas moins. Les propos obscènes sont comme une flamme ardente qui allume dans le cœur des jeunes gens le feu de l’impureté. «&amp;amp;nbsp;''Les entretiens mauvais corrompent les bonnes mœurs,''&amp;amp;nbsp;» dit l’Apôtre . Il en est de même des chants trop tendres, et trop efféminés, des danses, des livres licencieux ou peu chastes, ainsi que des tableaux qui représentent quelque chose de honteux. toutes ces choses doivent être évitées avec le plus grand soin, car elles sont capables d’éveiller des sentiments dangereux dans le cœur de la jeunesse et de l’exposer au péril. Sur ce point le Pasteur doit surtout recommander aux Fidèles d’observer religieusement ce que le saint Concile de Trente a réglé avec tant de sagesse et de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on met tous ses soins à éviter tout ce que nous venons de rappeler, on ne laisse presque pas de place à la passion impure. Mais il ne faut pas oublier que les moyens les plus puissants pour la comprimer et la réduire sont la Confession fréquente et la fréquente Communion, avec des prières assidues et ferventes, l’aumône et le jeûne. La chasteté est un don de Dieu &amp;amp;nbsp;; qu’Il ne refuse jamais à ceux qui le demandent comme il faut. «&amp;amp;nbsp;''Il ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut exercer le corps non seulement par des jeûnes, et spécialement par ceux que l’Église prescrit, mais aussi par des veilles, par de pieux pèlerinages, et par d’autres mortifications. C’est le moyen de dompter nos appétits mauvais, et de produire des actes très méritoires de la vertu de tempérance. «&amp;amp;nbsp;''Ceux qui combattent dans l’arène''&amp;lt;nowiki&amp;gt;, dit Saint Paul , [en parlant de la mortification], &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''s’abstiennent de toutes choses, et cependant ce n’est que pour obtenir une couronne corruptible, au lieu que la nôtre est incorruptible.''&amp;amp;nbsp;» Peu après il ajoute: «&amp;amp;nbsp;''Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de crainte qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même.&amp;amp;nbsp;''» Ailleurs il dit encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ne cherchez pas à contenter votre choir dans ses désirs''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-cinquième — Du septième Commandement ===&lt;br /&gt;
'''VOUS NE DÉROBEREZ POINT. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est une pratique fort ancienne dans l’Église que de chercher à pénétrer les Fidèles de la nature et de l’importance de ce Commandement. nous en avons pour preuve ce reproche adressé par l’Apôtre à des hommes qui détournaient les autres des vices dont ils étaient eux-mêmes tout couverts.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous instruisez les autres, et vous ne vous instruisez pas vous-mêmes. Vous prêchez qu’il ne faut pas voler, et vous volez vous-mêmes.''&amp;amp;nbsp;» Grâce à cet enseignement, non seulement on parvenait à corriger les hommes de ce péché alors très fréquent, mais même on réussissait à apaiser les querelles, les procès et tous les autres maux que le vol amène ordinairement avec lui. Mais puisque malheureusement l’époque où nous vivons nous donne le spectacle des mêmes fautes avec les mêmes inconvénients et les mêmes malheurs qui en sont la suite, les Pasteurs se feront un devoir, à l’exemple des Saints Pères et des Maîtres de la discipline chrétienne, d’insister fortement sur ce point, et d’expliquer en détail, et avec tout le zèle possible, la nature et la portée de ce Commandement. Leur première occupation et leurs premiers soins seront de bien faire ressortir l’amour immense de Dieu pour nous. Il ne s’est pas contenté, en effet, ce Dieu infiniment bon, de mettre en sûreté notre vie, notre corps, notre honneur et notre réputation par ces deux préceptes: ''Vous ne tuerez point&amp;amp;nbsp;; vous ne serez point adultère''. Mais Il a voulu aussi par cet autre commandement, ''Vous ne déroberez point'', entourer d’une sorte de garde, protéger et défendre tous nos biens extérieurs. Car quelle idée attacher à ces paroles, sinon celle que nous avons indiquée plus haut, en traitant des Commandements qui précèdent, à savoir, que Dieu défend de prendre ou d’endommager les biens d’autrui dont Il se déclare le Protecteur&amp;amp;nbsp;? Or, plus le bienfait de la Loi divine est étendu, plus aussi nous devons être reconnaissants envers Dieu, qui en est l’Auteur. Et comme la meilleure manière d’avoir cette reconnaissance et de la Lui prouver, c’est non seulement de recevoir avec joie ses préceptes, mais encore de les pratiquer fidèlement, il faudra exciter (et enflammer) les Fidèles à observer exactement celui dont nous parlons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le septième Commandement — comme les précédents — se divise en deux parties: la première qui défend le vol, et qui est explicitement formulée&amp;amp;nbsp;; la seconde qui est implicitement contenue et renfermée dans la première, et qui nous ordonne d’être bienfaisants et généreux envers nos semblables. Parlons d’abord de la première, Vous ne déroberez point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QU’EST-CE QUE LE VOL ? ====&lt;br /&gt;
Il y a lieu de faire remarquer tout d’abord que voler ne signifie pas seulement prendre quelque chose à quelqu’un, secrètement et malgré lui, mais encore retenir une chose contre la volonté de celui à qui elle appartient. Car il est impossible de s’arrêter même à la pensée que Dieu qui défend le vol, puisse approuver la rapine, qui est un vol commis avec violence et outrage. Et Saint Paul n’a-t-il pas dit, en propres termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les ravisseurs du bien d’autrui ne posséderont point le Royaume de Dieu.&amp;amp;nbsp;''» C’est pourquoi il ajoute que nous devons éviter avec soin de les fréquenter et de les imiter. Cependant, quoique la rapine soit un péché plus grave que le simple vol — puisque non seulement elle enlève, mais enlève avec violence et insulte — ce n’est pas sans une raison profonde que Dieu, dans ce Commandement, s’est servi du mot vol qui est un terme plus adouci, et en même temps plus général et plus étendu que celui de rapine&amp;amp;nbsp;; la rapine en effet ne peut être commise et consommée que par des êtres plus forts et plus audacieux que leur victime. Au surplus, tout le inonde comprendra que là où les fautes légères sont défendues, les fautes graves de même espèce le sont aussi, et nécessairement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La possession et l’usage injustes du bien d’autrui prennent des noms différents, selon la diversité des choses qui sont soustraites à leur propriétaires, malgré eux et à leur insu. Ainsi enlever quelque chose à un particulier, cela s’appelle un vol. Enlever le bien public, c’est un péculat. Réduire en servitude une personne libre ou s’approprier l’esclave d’un autre, c’est un plagiat. Dérober une chose sacrée, c’est un sacrilège. C’est le péché le plus énorme et le plus détestable qu’on puisse commettre contre ce Commandement: et pourtant, hélas&amp;amp;nbsp;! il est très commun de nos jours. Des biens que la sagesse et la piété avaient voulu absolument consacrer au service divin, aux Ministres de l’Église et au soulagement des pauvres ne sont-ils pas détournés trop souvent pour satisfaire les passions et les plaisirs coupables de ceux qui les ont ravis&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce précepte ne défend pas seulement le vol proprement dit, c’est-à-dire l’action extérieure du vol, il en défend aussi le désir et la volonté. C’est qu’en effet, il y a une loi spirituelle qui atteint le cœur, source de nos pensées et de nos résolutions. «&amp;amp;nbsp;''Car c’est du cœur, ''dit Notre-Seigneur dans Saint Matthieu , ''que viennent tes mauvaises pensées, tes homicides, tes impudicités, tes vols et les faux témoignages.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — LE VOL EST UN GRAND PÉCHÉ.  ====&lt;br /&gt;
Les lumières naturelles et la raison seule suffisent pour nous faire comprendre la gravité de ce péché. En effet, le vol est entièrement contraire à la justice, qui attribue à chacun ce qui lui appartient. La distribution et le partage des biens, établis dès l’origine par le droit des gens, confirmés d’ailleurs par les Lois divines et humaines, doivent être tellement inviolables, que chacun puisse posséder paisiblement ce qui lui appartient de droit&amp;amp;nbsp;; sans quoi la société est impossible.. Aussi, comme le dit l’Apôtre , «&amp;amp;nbsp;''Ni les voleurs, ni les avares, ni tes ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d’autrui ne posséderont le Royaume de Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’énormité de ce péché et l’horreur qu’il doit inspirer se révèlent encore par les suites funestes qu’il trame après lui. Il est la source d’une foule de jugements indiscrets et téméraires sur un grand nombre de personnes&amp;amp;nbsp;; il produit des haines, des inimitiés, et quelquefois même des condamnations terribles de personnes innocentes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs Dieu ne fait-il pas une obligation rigoureuse de réparer le dommage qu’on a causé à son semblable en lui dérobant son bien&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;''Point de rémission du péché, dit Saint Augustin , sans lu restitution de l’objet enlevé.''&amp;amp;nbsp;» Mais cette restitution, pour les personnes habituées à s’enrichir aux dépens du prochain, ne présente-t-elle pas les plus grandes difficultés&amp;amp;nbsp;? chacun peut en juger par soi-même et par la conduite ordinaire des autres. Dans tous les cas, voici ce qu’en pense le Prophète Habacuc : «&amp;amp;nbsp;''Malheur à celui qui amasse des biens qui ne lui appartiennent pas, et qui ne cesse de s’entourer d’une boue épaisse&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Cette boue épaisse, c’est la possession du bien d’autrui. Il est bien difficile d’en sortir et de s’en débarrasser. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VOL.  ====&lt;br /&gt;
Il y a tant d’espèces différentes de vols, qu’il serait très difficile de les énumérer toutes. II suffira d’expliquer avec soin le vol et la rapine, qui sont les deux espèces auxquelles se rapporte tout ce que nous allons dire sur ce sujet. Le Pasteur fera donc tous ses efforts et ne négligera rien pour inspirer aux Fidèles une vive horreur de ce crime et pour les en détourner. Parlons d’abord de la première espèce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On se rend coupable de vol, quand on achète des choses volées, ou que l’on garde celles qui ont été trouvées, saisies, ou enlevées de quelque manière que ce soit. «&amp;amp;nbsp;''Trouver et ne pas rendre, ''dit Saint Augustin , ''c’est prendre&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Toutefois, si l’on ne peut en aucune façon découvrir celui à qui appartient l’objet trouvé, il faut en faire profiter les pauvres. Celui qui ne veut pas restituer dans ce cas montre bien qu’il serait prêt à dérober tout ce qui lui tomberait sous la main, s’il pouvait l’emporter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On commet le même crime lorsque, en vendant, ou en achetant, on a recours à la fraude et à des paroles mensongères. Ces fraudes et ces mensonges sont toujours punis de Dieu. Mais les plus coupables et les plus iniques en ce genre de vol sont ceux qui vendent comme bonnes et parfaites, des marchandises falsifiées et corrompues, ou qui trompent les acheteurs sur le poids, la mesure, le nombre et la règle. On lit dans le Deutéronome : «&amp;amp;nbsp;''Vous n’aurez point dans votre sac deux poids différents&amp;amp;nbsp;;'' » et dans le Lévitique : «&amp;amp;nbsp;''Ne faites point tort par vos jugements, par vos poids et vos mesures. Que vos balances, vos poids, vos setiers et vos boisseaux soient justes&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» on lit aussi dans un autre endroit : «&amp;amp;nbsp;''Le double poids est une abomination aux yeux de Dieu&amp;amp;nbsp;; la balance frauduleuse n’est pas bonne.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a encore vol évident, lorsque des ouvriers et des artisans n’ont pas travaillé d’une manière suffisante et comme ils le devaient, et que néanmoins ils exigent leur salaire en entier. Il faut dire la même chose des serviteurs et des gardiens infidèles. Et même ces sortes de voleurs sont beaucoup plus condamnables que les autres, car les clés défendent au moins contre les voleurs ordinaires, tandis qu’il n’y a rien de caché, ni de fermé pour le voleur domestique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont aussi probablement coupables de vol, ceux qui par des discours pleins de dissimulation et d’artifice, ou par une feinte pauvreté, parviennent à extorquer de l’argent&amp;amp;nbsp;; et même leur faute est d’autant plus grave qu’ils joignent le mensonge au vol. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut mettre aussi au nombre des voleurs ceux qui, étant payés pour remplir quelque fonction particulière ou publique, n’y donnent que peu ou point de temps, négligent leur charge, mais n’oublient point d’en toucher les profits et les émoluments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe une multitude d’autres manières de voler. toutes viennent de l’avarice si ingénieuse à découvrir les moyens d’avoir de l’argent. II serait trop long, et même presque impossible, comme nous l’avons dit, d’en faire l’énumération. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DE LA RAPINE.  ====&lt;br /&gt;
La rapine est la seconde espèce de vol. Mais avant de l’expliquer aux Fidèles, il importe grandement que le Pasteur leur rappelle ces paroles de l’Apôtre : «&amp;amp;nbsp;''Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans le piège du démon.''&amp;amp;nbsp;» Qu’il ne laisse jamais non plu: oublier ce précepte . «&amp;amp;nbsp;''Tout ce que vous voulez que le&amp;amp;nbsp;; hommes vous fassent, faites-le leur aussi&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» ni cet autre : «&amp;amp;nbsp;''Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fit à vous-même.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rapine s’étend très loin. Ainsi, ceux qui ne paient point leur salaire aux ouvriers, sont de véritables ravisseurs. Saint Jacques les invite à la pénitence en ces termes:&amp;amp;nbsp; ''«&amp;amp;nbsp;Allons, riches, pleurez maintenant, poussez des cris et des hurlements à cause des malheurs qui doivent fondre sur vous''.&amp;amp;nbsp;» Et il leur en donne la raison en disant: «&amp;amp;nbsp;''Voilà que le salaire que vous dérobez aux ouvriers qui ont moissonné vos champs crie contre vous, et que ces cris sont montés jusqu’aux oreilles du Dieu des armées.&amp;amp;nbsp;''» Ce genre de rapine est absolument réprouvé dans le Lévitique, dans le Deutéronome, dans Malachie et dans Tobie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont également coupables de rapine: ceux qui ne paient point à l’Église et aux princes les impôts, les tributs, les dîmes et tout ce qui leur est dû, ou bien qui le détournent à leur profit: les usuriers, ces ravisseurs si durs et si cruels qui pillent le pauvre peuple, et l’écrasent de leurs intérêts exorbitants. — L’usure est tout ce qui se perçoit au delà de ce qui a été prêté, soit argent, soit autre chose qui puisse s’acheter et s’estimer à prix d’argent. — II est écrit dans le Prophète Ezéchiel : «&amp;amp;nbsp;''Ne recevez ni usure ni rien au delà de votre prêt''.&amp;amp;nbsp;» Et Notre-Seigneur nous dit dans Saint Luc : «&amp;amp;nbsp;''Prêtez sans rien espérer de là.''&amp;amp;nbsp;» Ce crime fut toujours très grave et très odieux, même chez les païens. De là cette maxime: Qu’est-ce que prêter à usure&amp;amp;nbsp;? Qu’est-ce que tuer un homme&amp;amp;nbsp;? pour marquer qu’à leurs yeux, il n’y avait pas de différence. En effet, prêter à usure, n’est-ce pas, en quelque sorte, vendre deux fois la même chose, ou bien vendre ce qui n’est pas&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont coupables aussi de rapine ces juges à l’âme vénale, qui vendent la justice, qui se laissent corrompre par l’argent et les présents, et font perdre les meilleures causes aux petits et aux pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est de même de ceux qui trompent leurs créanciers, qui nient leurs dettes, ou qui, ayant obtenu du temps pour payer, achètent des marchandises sur leur parole, ou sur la parole d’un autre, et qui finalement ne paient point. Leur faute est d’autant plus grave, que les marchands prennent occasion de leur infidélité et de leurs tromperies pour vendre tout beaucoup plus cher au détriment de tous. C’est bien à eux que semble s’appliquer cette plainte de David : «&amp;amp;nbsp;''Le pécheur empruntera, et il ne paiera point.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que dirons-nous de ces riches qui poursuivent des débiteurs insolvables, leur réclament avec la dernière rigueur ce qu’ils ont prêté, et ne craignent pas de retenir pour gage, contre la défense de Dieu, même les choses qui sont nécessaires à ces malheureux&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;''Si vous prenez en gage'', dit le Seigneur , ''le vêtement de votre prochain, vous le lui rendrez avant le coucher du soleil, car c’est le seul qu’il possède pour se couvrir et sur quoi dormir. S’il crie vers Moi, Je l’exaucerai parce que Je suis miséricordieux.''&amp;amp;nbsp;» Nous n’avons donc pas tort d’appeler rapacité, et par conséquent rapine, la dureté de créanciers si cruels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les saints Pères mettent aussi au nombre des ravisseurs, ou hommes de rapine, ceux qui dans une disette accaparent le blé, et sont cause que la vie devient chère et très dure. Il en est de même pour toutes les autres choses nécessaires à la nourriture et à la subsistance. C’est sur eux que tombe la malédiction de Salomon : «&amp;amp;nbsp;''Quiconque cache le blé, sera maudit du peuple.''&amp;amp;nbsp;» Les Pasteurs ne craindront point de les avertir du mal énorme qu’ils font, de les reprendre sans ménagement, et de mettre sous leurs yeux tous les châtiments réservés à de pareils crimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que le septième Commandement nous défend. Venons maintenant à ce qu’il nous ordonne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DE LA RESTITUTION.  ====&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;La première chose que ce Commandement nous ordonne, c’est la restitution. [Rappelons-nous le mot de Saint Augustin]: «&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Point de rémission du péché, sans la restitution de l’objet volé''&amp;lt;nowiki&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» Et comme l’obligation de restituer n’atteint pas seulement celui qui a perpétré le vol [de ses propres mains], mais encore tous ceux qui y ont participé de quelque manière que ce soit, il est nécessaire que les Pasteurs enseignent clairement comment on peut tremper dans le vol et la rapine, afin qu’on sache bien quelles sont les personnes qui ne peuvent se soustraire à cette loi de la satisfaction et de la restitution. &amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous trouvons ici en face de plusieurs catégories. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première comprend ceux qui commandent expressément de voler. Ceux-là non seulement sont les complices et les auteurs du vol, mais à vrai dire, ils sont plus coupables que tous les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde renferme ceux qui se bornent à être les conseillers et les instigateurs du vol, parce qu’ils n’ont pas assez d’autorité pour le commander&amp;amp;nbsp;; ils sont aussi coupables que les premiers, et doivent être placés sur la même ligne, quoique leur action ne soit pas la même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième se compose de ceux qui sont d’intelligence avec les voleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième, de ceux qui participent au vol et qui en retirent quelque profit, si toutefois il est permis d’appeler profit ce qui leur vaudra un éternel supplice, à moins qu’ils ne viennent à résipiscence. C’est de cette espèce de voleurs que David vent parler quand il dit: : «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous voyiez un voleur, vous couriez avec lui.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La cinquième compte ceux qui, pouvant parfaitement empêcher le vol, le souffrent et le permettent, bien loin de s’y opposer et de le rendre impossible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sixième, ceux qui, sachant très bien qu’un vol a été commis, et où il a été commis, non seulement n’en disent rien, mais même vont jusqu’à feindre de n’en rien savoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La septième et dernière, tous ceux qui se font les aides des voleurs, leurs gardiens, leurs protecteurs, qui au besoin leur fournissent asile et domicile. — tous ceux qui participent au vol de l’une ou l’autre de ces manières, sont tenus de satisfaire à ceux qui ont été volés, et il ne faut pas négliger de les exhorter fortement à l’accomplissement de cet indispensable devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est difficile d’exempter entièrement du péché de vol ceux qui le louent et l’approuvent. Et il faut dire la même chose des enfants de famille et des femmes qui ne craignent pas de dérober de l’argent à leurs parents et à leurs maris. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — DES OEUVRES DE MISÉRICORDE.  ====&lt;br /&gt;
Le septième Commandement nous impose encore une autre obligation. Il veut que nous ayons compassion des pauvres et des malheureux, et que nous sachions employer nos ressources et nos moyens pour les soulager dans leurs besoins et leur détresse. Or, ce sujet étant un de ceux qui demandent à être traités très fréquemment, d’une manière très étendue, les Pasteurs puiseront leurs développements dans les ouvrages de très saints Auteurs, comme Saint Cyprien, Saint Jean Chrysostome, Saint Grégoire de Naziance et d’autres encore qui ont écrit de si belles pages sur l’aumône. Ainsi ils n’auront aucune peine à s’acquitter de leur devoir. Ils chercheront à enflammer les Fidèles du désir et de l’ardeur de secourir ceux qui ne vivent que de la charité d’autrui. Mais surtout ils voudront leur montrer clairement combien il est pour eux nécessaire de faire l’aumône — c’est-à-dire de venir généreusement en aide aux malheureux, et par leur argent et par leurs soins — en leur rappelant cette vérité, impossible à nier, que Dieu, au jour suprême du jugement, repoussera honteusement et enverra au feu éternel de l’Enfer ceux qui auront omis et négligé le devoir de l’aumône, tandis qu’au contraire il comblera de louanges et introduira dans le ciel ceux qui auront fait du bien aux indigents. C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même qui a prononcé cette double sentence:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui vous a été préparé''&amp;amp;nbsp;» et «&amp;amp;nbsp;''Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre les Prêtres auront soin de citer aux Fidèles d’autres textes de la Sainte Écriture, bien faits pour les convaincre.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Donnez, et l’on vous donnera&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils insisteront sur cette autre promesse de Dieu, la plus riche et la plus magnifique qui se puisse imaginer:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Personne ne quittera pour Moi (ce qu’il possède), qu’il n’en reçoive cent fois autant dans cette vie, et le salut éternel dans l’autre.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manquera pas d’ajouter ces autres paroles du Sauveur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Employez les richesses d’iniquité à vous acquérir des amis, afin que lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, en développant les différentes parties de ce devoir sacré, ils s’appliqueront à bien faire comprendre que ceux qui ne sont pas en situation de donner aux pauvres, doivent au moins leur prêter de bonne grâce, selon ce Commandement du Seigneur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Prêtez, sans rien espérer de votre prêt''.&amp;amp;nbsp;» Et David a exprimé en ces termes le mérite d’une telle conduite:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Heureux celui qui a compassion des pauvres et qui leur prête&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — IL FAUT SE METTRE EN ÉTAT DE FAIRE L’AUMÔNE.  ====&lt;br /&gt;
Si l’on n’a pas les moyens de venir en aide à ceux qui attendent leur vie de la compassion des autres, la piété chrétienne veut qu’on se mette en état de soulager leur détresse, en s’occupant pour eux, en travaillant de ses mains, s’il le faut. Ce sera en même temps un excellent moyen de fuir l’oisiveté. C’est à quoi l’Apôtre Saint Paul exhorte tous les Fidèles par son propre exemple, quand il écrit aux Thessaloniciens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous savez bien que vous êtes obligés de nous imiter''.&amp;amp;nbsp;» Et dans une autre Epître il dit encore aux mêmes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Appliquez-vous à vivre en repos, faites ce qui est de votre devoir, et travaillez de vos propres mains, ainsi que nous vous l’avons commandé.''&amp;amp;nbsp;» Et aux Ephésiens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que celui qui dérobait, ne dérobe plus désormais, mais plutôt qu’il s’occupe en travaillant des mains à quelque ouvrage utile, afin qu’il ait de quoi soulager celui qui est dans le besoin.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il faut vivre avec frugalité, et faire en sorte d’épargner le bien d’autrui, afin de n’être pas à charge, ni insupportable aux autres. Cette vertu, qui est la tempérance, brille d’une manière admirable dans la personne de tous les Apôtres, mais elle éclate surtout dans Saint Paul, qui a le droit d’écrire en ces termes aux Thessaloniciens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous vous souvenez, mes Frères, des peines et des fatigues que nous avons essuyées en travaillant jour et nuit, pour n’être à charge à aucun de vous pendant que nous vous annoncions l’Évangile de Dieu''&amp;amp;nbsp;», et qui répète dans un autre endroit: «&amp;amp;nbsp;''Nous avons été accablé de travail le jour et la nuit pour n’être à charge à personne.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. — CHATIMENTS DU VOL: RÉCOMPENSES DES CEUVRES DE MISÉRICORDE.  ====&lt;br /&gt;
Mais afin d’inspirer aux Fidèles une horreur plus vive encore pour toute espèce de vols, les Pasteurs auront soin de leur montrer dans les Prophètes et les autres Auteurs sacrés, combien ces actions criminelles sont en exécration devant Dieu, et quelles menaces effrayantes Il a voulu faire à ceux qui les commettent:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Écoutez'' ceci, s’écrie le Prophète Amos, vous qui dévorez le pauvre et qui faites languir tous les indigents&amp;amp;nbsp;; vous qui dites: quand sera passée la néoménie, afin que nous puissions vendre nos récoltes&amp;amp;nbsp;? quand finira le Sabbat, afin que nous puissions ouvrir nos greniers&amp;amp;nbsp;? Vous qui diminuez l’Epha, qui augmentez le poids du sicle et qui vous servez de balances trompeuses.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mêmes menaces se trouvent dans Jérémie, dans les Proverbes et dans l’Ecclésiastique. Et on ne peut douter que la plupart des maux dont souffre notre siècle ne remontent à ces causes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, afin d’accoutumer les Chrétiens à exercer envers les pauvres et les malheureux tous les offices de libéralité et de bienfaisance qui se rapportent à cette seconde partie du septième Commandement, les Pasteurs ne manqueront pas de faire briller à leurs yeux les splendides récompenses que Dieu réserve en cette vie et en l’autre à ceux qui se seront montrés bons et charitables envers les pauvres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IX. — EXCUSES DES VOLEURS.  ====&lt;br /&gt;
Il ne manque pas de gens qui cherchent à excuser même leurs vols. Aussi bien, faut-il leur déclarer positivement que leur péché sera sans excuse devant Dieu. II y a plus loin de diminuer leur faute, ils l’aggravent singulièrement en voulant la justifier. Il ne faut donc pas tolérer le luxe et les plaisirs de certains nobles, qui pensent atténuer leur crime en soutenant que s’ils s’emparent du bien d’autrui, ce n’est ni par cupidité, ni par avarice, mais seulement pour conserver la grandeur de leur famille et de leurs ancêtres, dont la considération et la dignité périraient, s’ils ne pouvaient plus les maintenir avec le bien des autres. Il faut détruire cette erreur pernicieuse, en leur faisant voir qu’il n’y a qu’un moyen légitime de conserver et d’augmenter leurs biens, la puissance et la gloire de leurs ancêtres, c’est d’obéir à la volonté de Dieu et d’observer ses Commandements. Que le mépris de ces Commandements peut causer la ruine des familles les plus riches et les mieux établies, précipiter les rois de leur trône, et du faîte des honneurs, et obliger Dieu, en quelque sorte, à élever à leur place des hommes de basse extraction. Et pour qui ils n’avaient que de la haine et du mépris. C’est ainsi que ces orgueilleux enflamment contre eux la colère de Dieu, et d’une manière terrible. Écoutons plutôt ces paroles que le Prophète Isaïe met dans la bouche de Dieu même:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tes princes sont infidèles&amp;amp;nbsp;; ils sont d’intelligence avec les voleurs&amp;amp;nbsp;; ils aiment les présents&amp;amp;nbsp;; ils recherchent les récompenses&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi voici ce que dit le Seigneur, le Dieu des armées, le Dieu fort d’Israël malheur à eux&amp;amp;nbsp;; le temps viendra où Je me réjouirai de la perte de mes ennemis, et où Je me vengerai d’eux&amp;amp;nbsp;; au lieu que Je te prendrai sous ma protection, et Je te purifierai de toutes tes souillures.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;D’autres, [pour essayer de se justifier] ne parlent pas de la splendeur et de la gloire de leur maison&amp;amp;nbsp;; ils ne prennent le bien d’autrui, disent-ils, que pour mener une vie plus facile et plus élégante. Il faut les réfuter aussi et leur montrer combien leurs paroles et leurs actions sont impies, puisqu’ils ne &amp;lt;/nowiki&amp;gt;craignent pas de mettre les avantages&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et les douceurs de la vie au-dessus de la volonté et de la gloire de Dieu, que nous offensons étrangement en négligeant ses préceptes. D’ailleurs, quels avantages peut-il y avoir dans le vol qui a des conséquences si funestes&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;''Le voleur, ''dit l’Ecclésiastique , ''sera couvert de confusion et dévoré par les remords.&amp;amp;nbsp;''» Mais en supposant même qu’il n’y ait rien de semblable à craindre, est-ce que le vol ne déshonore point le nom adorable de Dieu&amp;amp;nbsp;? n’est-il pas contraire à sa très sainte volonté&amp;amp;nbsp;? ne méprise-t-il pas ses préceptes les plus salutaires&amp;amp;nbsp;? et par le fait, ne devient-il pas la source de toutes les erreurs, de tous les crimes, de toutes les impiétés&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Faut-il ajouter que l’on entend quelquefois des voleurs soutenir qu’ils ne sont aucunement coupables, parce que s’ils prennent quelque chose, c’est à des gens riches et dans l’abondance, tellement riches, qu’ils n’en éprouvent aucun dommage, si même ils s’en aperçoivent. Cette excuse n’en est pas une. Elle est aussi misérable que criminelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre va jusqu’à s’imaginer qu’il est parfaitement excusé, parce que, dit-il, il a contracté une si grande habitude de prendre le bien d’autrui qu’il ne peut plus s’en empêcher. Mais si ce malheureux n’écoute pas le conseil de l’Apôtre qui lui dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que celui qui dérobait, ne dérobe plus,''&amp;amp;nbsp;» il faudra bien qu’il s’habitue, qu’il le veuille ou non, à endurer les éternels supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs, pour excuser leurs larcins, se rejettent sur l’occasion. C’est en effet un proverbe banal, à force d’être répété, que «&amp;amp;nbsp;''l’occasion fait le larron''&amp;amp;nbsp;». Mais il faut absolument les détromper, en leur rappelant que nous sommes obligés de résister à nos penchants déréglés. Car en vérité s’il fallait mettre sur-le-champ à exécution tout ce que la passion inspire, où s’arrêterait-on dans le crime, le désordre et l’infamie&amp;amp;nbsp;? c’est donc une excuse tellement honteuse, qu’elle est plutôt l’aveu d’une extrême faiblesse de volonté, et d’une injustice criante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, prétendre qu’on ne pèche point, parce qu’on ne se trouve pas dans l’occasion, n’est-ce pas avouer, pour ainsi dire, que l’on pécherait sans cesse, si l’occasion ne cessait de se présenter&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est aussi qui soutiennent qu’ils sont en droit de voler pour se venger des torts dont ils ont été victimes. Il faut leur répondre, premièrement qu’il n’est permis à personne de se venger, ensuite que nul n’est juge dans sa propre cause, et que par conséquent il est encore bien moins permis de punir quelqu’un pour des injustices que d’autres auront commises contre vous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin on en rencontre qui croient que leur vol est assez justifié et non répréhensible, parce qu’ils le commettent pour payer des dettes accablantes dont ils ne pourraient se libérer autrement. A de tels hommes il faut montrer que de toutes les dettes, la plus lourde, la plus accablante pour le genre humain est celle dont nous parlons à Dieu chaque jour dans l’Oraison dominicale: ''Remettez-nous nos dettes''&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; que par suite, c’est une insigne folie d’augmenter sa dette envers Dieu, c’est-à-dire ses péchés, pour s’acquitter envers les hommes&amp;amp;nbsp;; qu’il vaut infiniment mieux être jeté dans un cachot que d’être un jour livré aux feux éternels de l’enfer&amp;amp;nbsp;; qu’il est bien plus terrible d’être condamné au tribunal de Dieu qu’au tribunal des hommes&amp;amp;nbsp;; et enfin qu’ils doivent recourir avec confiance à la bonté de ce même Dieu, toujours prêt à les assister et à leur accorder tout ce qui leur est nécessaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manque pas d’autres prétextes dont on se sert pour essayer de justifier le vol. Des Pasteurs zélés, habiles et appliqués, les réfuteront sans peine, de manière à former et à posséder un peuple&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''fidèle à pratiquer les bonnes œuvres''&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Chapitre trente-sixième — Du huitième Commandement ==&lt;br /&gt;
'''VOUS NE PORTEREZ POINT DE FAUX TEMOIGNAGE CONTRE VOTRE PROCHAIN.''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici une raison capable de nous faire comprendre qu’il est non seulement utile, mais nécessaire d’expliquer très souvent ce précepte, et de rappeler à tous les devoirs qu’il impose. nous voulons parler de la déclaration si autorisée de l’Apôtre Saint Jacques, lequel ne craint pas d’affirmer que «&amp;amp;nbsp;''celui qui ne pèche point en paroles est un homme parfait''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; et un peu plus loin ajoute: «&amp;amp;nbsp;''La langue n’est qu’une petite partie du corps, et cependant quels effets ne produit-elle pas&amp;amp;nbsp;! Il ne faut qu’une étincelle pour embraser une grande forêt&amp;amp;nbsp;''», et le reste qui est dans le même sens. — Ces paroles nous apprennent deux choses: la première, que le péché de la langue est extrêmement répandu. C’est ce que nous confirme de son côté le Prophète David. «&amp;amp;nbsp;''Tout homme est menteur''&amp;amp;nbsp;», dit-il , comme si ce péché était le seul qui pût s’étendre à tous les hommes. La seconde, c’est qu’il est la source de maux innombrables. Car souvent le coup de langue du médisant cause la perte de la fortune, de la réputation, de la vie, du salut même, soit pour celui qui est atteint par la médisance, parce qu’il supporte mal l’injure qu’on lui fait, et qu’il manque de courage pour ne s’en point venger, soit pour celui qui est l’auteur de l’offense, parce que, victime d’une mauvaise honte et de la crainte exagérée du qu’en dira-t-on, il ne peut se déterminer à donner satisfaction à celui qu’il a blessé. C’est pourquoi il ne faut pas manquer d’exhorter les Fidèles à rendre à Dieu les plus vives actions de grâces de ce qu’il a défendu expressément le faux témoignage, en nous donnant un précepte très salutaire, qui ne nous interdit pas seulement d’injurier les autres, mais qui nous protège encore, si on l’observe, contre les injures que les autres seraient tentés de nous faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin de garder, en expliquant ce précepte, le même ordre et la même marche que dans ceux qui précèdent, nous avons à remarquer qu’il renferme deux prescriptions distinctes: l’une négative, qui nous défend de porter faux témoignage, l’autre positive, qui nous ordonne d’écarter résolument de notre conduite toute dissimulation et tout mensonge, et de mesurer nos paroles et nos actes sur la simple vérité. Double devoir que l’Apôtre Saint Paul rappelait aux Ephésiens, quand il leur disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ne séparons pas la vérité de la charité, afin de croître en Jésus-Christ dans toutes choses.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DU FAUX TÉMOIGNAGE.  ====&lt;br /&gt;
On entend ordinairement par faux témoignage tout ce qui est affirmé et soutenu de quelqu’un, contre la vérité, en bonne ou en mauvaise part, devant la justice ou non. Cependant le faux témoignage qui nous est spécialement défendu par ce précepte, c’est celui qui se fait en justice, avec serment, contre la vérité. Car si le témoin jure par le nom même de Dieu, c’est parce qu’un témoignage qui s’appuie sur ce nom sacré n’en acquiert que plus de poids et d’autorité. Mais d’autre part comme ce témoignage est très dangereux dans ses conséquences, Dieu le défend d’autant plus fortement. C’est qu’en effet le juge lui-même n’a pas le droit de récuser des témoins qui affirment avec serment, s’ils ne tombent pas sous les exceptions prévues par la Loi, ou bien s’ils ne sont pas reconnus pour gens de mauvaise foi et sans aucune probité. Et la raison en est que la Loi divine nous ordonne expressément de tenir «&amp;amp;nbsp;''pour constant et véritable le témoignage de deux ou trois personnes''&amp;amp;nbsp;» . — Mais afin que les Fidèles comprennent parfaitement la nature et l’étendue de ce précepte, il importe avant toutes choses de bien leur apprendre ce qu’il faut entendre par le ''prochain'', contre qui il est défendu de porter faux témoignage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, le prochain, selon l’enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est tout homme qui a besoin de nous, qu’il nous soit proche ou éloigné, concitoyen ou étranger, ami ou ennemi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est un crime en effet de penser qu’on puisse faire un faux témoignage contre des ennemis, lorsque Dieu et notre Seigneur nous font un précepte de les aimer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a plus&amp;amp;nbsp;; comme chacun de nous, dans un certain sens, est à soi-même son prochain, personne n’a le droit de porter contre soi-même un faux témoignage. Ceux qui ont le malheur de commettre un pareil crime, en se diffamant et en se couvrant de honte, se nuisent à eux-mêmes d’abord, et en même temps ils font tort à l’Église, comme ceux qui se suicident nuisent à la société. C’est l’enseignement formel de Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les personnes peu éclairées, ''dit-il, ''pourraient penser qu’il n’est pas défendu de se porter comme faux témoin contre soi-même, parce que dans la formule du Commandement il est dit seulement: ''contre le prochain&amp;amp;nbsp;; ''mais que celui qui a fait contre lui-même une déposition fausse n’aille pas se croire innocent, puisque la règle de l’amour du prochain, c’est de l’aimer comme soi-même.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et parce qu’il nous est défendu de faire tort au prochain par le faux témoignage, il faut bien nous garder d’en conclure que le parjure nous est permis pour rendre quelque service ou procurer quelque avantage à ceux qui nous sont unis par les liens du sang ou de la Religion. Il ne faut être utile à personne par le mensonge, encore moins par le parjure. C’est pourquoi Saint Augustin, dans une lettre à Crescence sur le mensonge , ne craint pas de dire, en s’appuyant sur l’autorité de l’Apôtre Saint Paul, que le mensonge doit être mis au nombre des faux témoignages, quand même il décernerait à quelqu’un de fausses louanges. Il rapporte d’abord les paroles de l’Apôtre: ''nous serons nous-mêmes convaincus d’avoir été de faux témoins, parce que nous avons porté témoignage contre Dieu même, en disant qu’Il a ressuscité Jésus-Christ, qu’Il n’a cependant pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent pas, ''puis il ajoute&amp;amp;nbsp;: ''l’Apôtre regarde comme faux témoignage de dire une chose fausse de Jésus-Christ, quoiqu’elle soit à sa Gloire . ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
N’arrive-t-il pas très souvent d’ailleurs que celui qui favorise quelqu’un par son faux témoignage, porte par là même préjudice à un autre&amp;amp;nbsp;? ne met-il pas le juge dans une sorte d’erreur invincible&amp;amp;nbsp;? Aussi qu’arrive-t-il&amp;amp;nbsp;? le juge trompé par de faux serments est forcé de prononcer contre le droit en faveur de l’injustice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois même celui qui a gagné sa cause en justice, grâce au faux témoignage d’un complice, et cela impunément, celui-là, disons-nous, est tout fier de sa victoire, dès lors il rend l’habitude de corrompre des témoins, dans l’espoir qu’avec leur aide, il réussira dans toutes ses entreprises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le faux témoignage est également très funeste au témoin lui-même. Aux yeux de celui qu’il a criminellement servi par son serment, il n’est plus qu’un parjure et un vil imposteur&amp;amp;nbsp;; mais par contre, en voyant que son mensonge a réussi, il se trouve encouragé au mal et prend de jour en jour des habitudes plus grandes de hardiesse et d’impiété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si la fausseté, le mensonge et le parjure sont nettement défendus aux témoins, ils le sont tout autant aux accusateurs, aux accusés, aux protecteurs, aux parents, aux procureurs, aux avocats, en un mot à tous ceux qui ont part aux jugements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin Dieu défend, non seulement devant les juges, mais même partout ailleurs, un témoignage quelconque capable de porter préjudice ou de causer quelque dommage au prochain. Il est écrit en effet dans le Lévitique, à l’endroit même où ces défenses sont faites à plusieurs reprises:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne déroberez point, vous ne mentirez point&amp;amp;nbsp;; et personne ne trompera son prochain.''&amp;amp;nbsp;» Des paroles si claires ne permettent pas de douter que Dieu, par ce précepte, ne réprouve et ne condamne absolument tout mensonge, quel qu’il soit. David dans ses Psaumes nous l’atteste aussi, et très clairement : «&amp;amp;nbsp;''Vous perdrez, ''dit-il, ''tous ceux qui profèrent le mensonge.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DE LA MÉDISANCE ET DE LA CALOMNIE.  ====&lt;br /&gt;
Le huitième Commandement de Dieu ne nous défend pas seulement le faux témoignage, il nous interdit de plus le vice et l’habitude détestables de la médisance, cette véritable peste, qui donne naissance à une multitude incroyable d’inconvénients très fâcheux et de maux de toute espèce. Cette habitude criminelle de déchirer et d’outrager secrètement son prochain est vigoureusement condamnée en beaucoup d’endroits de nos Saints Livres. David nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je ne recevais pas le médisant à ma table''.&amp;amp;nbsp;» Et l’Apôtre Saint Jacques ajoute de son côté:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mes Frères, ne parlez point mal les uns des autres.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’Écriture Sainte ne se borne pas à condamner la médisance, elle nous fournit des exemples qui mettent en pleine lumière toute l’énormité de ce crime. Ainsi Aman, par ses infâmes calomnies, enflamme tellement la colère d’Assuérus contre les Juifs, que ce prince ordonne de les faire tous périr. L’Histoire sainte est remplie de traits semblables. Les Pasteurs ne manqueront pas de les rappeler aux Fidèles, afin de les détourner de cet horrible péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour comprendre et pénétrer toute la malice de la médisance, il faut savoir qu’on blesse la réputation du prochain, non seulement en employant contre lui la calomnie, mais encore en augmentant et en exagérant ses fautes réelles. Et même si quelqu’un a commis un péché très secret dont la révélation doit nécessairement être préjudiciable à son honneur et le couvrir de honte, celui qui fait connaître ce péché, dans un lieu, dans un temps et à des personnes qui ne sont pas obligées de le savoir, doit passer à juste titre pour un calomniateur et un médisant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les calomnies, la plus coupable, à coup sûr, est celle qui s’en prend à la Doctrine catholique, et à ceux qui la prêchent. Et quiconque accorde des éloges aux propagateurs de l’erreur et des mauvais principes commet la même faute. Il faut en dire autant de ceux qui, en entendant la détraction et la médisance, non seulement ne blâment point les calomniateurs, mais les écoutent avec plaisir. C’est ce qui a fait dire à Saint Bernard et à Saint Jérôme, qu’il n’est pas facile de distinguer lequel est le plus coupable de celui qui médit, ou de celui qui écoute la médisance&amp;amp;nbsp;; «&amp;amp;nbsp;''car,'' disent-ils,&amp;amp;nbsp; ''il n’y aurait point de médisant s’il n’y avait personne pour écouter la médisance''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On désobéit également à ce précepte, si par ses artifices on met la désunion et le désaccord entre les hommes&amp;amp;nbsp;; si l’on se plaît à semer des dissensions, à miner et à détruire, par des rapports mensongers, les liaisons et les sociétés les mieux établies, à pousser les meilleurs amis à des inimitiés irréconciliables, et même à les armer les uns contre les autres. Détestable peste que Dieu condamne et défend quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous ne serez ni délateur, ni détracteur au Milieu de mon peuple.''&amp;amp;nbsp;» C’était le crime d’un bon nombre de conseillers de Saül qui s’efforçaient de le détacher de David, et l’animaient contre lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — LA FLATTERIE, LE MENSONGE ET LA DISSIMULATION.  ====&lt;br /&gt;
Nous trouvons encore, parmi ceux qui pèchent contre ce huitième Commandement, les flatteurs, les adulateurs qui, par des complaisances et des louanges hypocrites, cherchent à s’insinuer dans l’esprit et le cœur de ceux dont ils attendent la faveur, de l’argent et des honneurs. Vils complaisants qui appellent, comme le dit le Prophète , «&amp;amp;nbsp;''mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal&amp;amp;nbsp;''». Tristes gens que David nous avertit d’éloigner et de chasser de notre société, lorsqu’il nous dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que le juste me reprenne par charité et qu’il me corrige, mais que le pécheur ne répande point ses parfums sur ma tête&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» encore que les flatteurs dont nous parlons ne disent point de mal de leur prochain, ils ne laissent pas de lui être très nuisibles, puisque, en le louant jusque dans ses fautes, ils sont cause qu’il persévère dans le mal, jusqu’à la fin de sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La flatterie, ou l’adulation la plus coupable en ce genre, est celle qui n’a en vue que le malheur et la ruine des autres. Ainsi Saül, pour exposer David à la fureur et au glaive des Philistins, c’est-à-dire selon lui, pour l’envoyer a une mort certaine, le flattait par ces belles paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Voici Mérob ma fille aînée&amp;amp;nbsp;; je vous la donnerai comme épouse. Soyez seulement homme de cœur, et combattez les combats du Seigneur&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Ainsi les Juifs pour surprendre Notre-Seigneur dans ses paroles Lui disaient insidieusement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Maître, nous savons que vous êtes sincère, et que Vous enseignez la Voie de Dieu selon la Vérité.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cependant il y a quelque chose de bien plus pernicieux encore, ce sont ces discours que des amis, des alliés, des parents n’ont pas honte de tenir à un malade mortellement atteint, et déjà prêt à rendre le dernier soupir, discours dans lesquels ils affirment à ce moribond qu’il n’est pas en danger, lui ordonnent d’être gai et souriant, le détournent de la Confession de ses péchés, comme d’une pensée trop triste, et enfin écartent de son esprit tout souci et toute idée des terribles dangers dans lesquels il se trouve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II faut donc éviter toute espèce de mensonge, et avant tout, celui qui peut causer au prochain un dommage considérable. Mais ne pas craindre de mentir contre la Religion ou dans des choses qui s’y rapportent, c’est joindre l’impiété à la fourberie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II ne faut pas oublier que Dieu est encore grièvement offensé par les injures et les outrages qu’on répand dans les libelles diffamatoires et autres productions du même genre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est même indigne d’un chrétien de chercher à tromper son prochain par un mensonge joyeux ou officieux, encore que ce mensonge n’entraîne pour personne ni profit, ni perte. L’avertissement de Saint Paul sur ce point est formel. «&amp;amp;nbsp;''Evitez le mensonge, ''dit-il , ''que chacun de vous parle selon la vérité&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» C’est qu’en effet, du mensonge pour rire au mensonge grave, la pente est très rapide. Le mensonge joyeux fait contracter l’habitude de mentir. Dès lors on passe pour n’être point sincère et l’on est obligé d’affirmer sans cesse avec serment pour faire croire à sa parole. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ce Commandement nous défend toute espèce d’hypocrisie ou de dissimulation. La dissimulation dans les paroles aussi bien que dans les actions est également condamnable, puisque les unes et les autres sont comme le signe et la marque de ce que nous avons dans le cœur. Voilà pourquoi Notre-Seigneur, dans ses fréquents reproches aux Pharisiens, les traite d’hypocrites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons expliqué ce que le huitième Commandement défend. Voyons maintenant ce qu’il ordonne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — A QUOI NOUS SOMMES OBLIGÉS PAR CE COMMANDEMENT.  ====&lt;br /&gt;
L’objet propre de cette deuxième partie du précepte est que les tribunaux jugent avec équité et conformément aux Lois: elle a également pour but d’empêcher qu’on n’attire les causes à soi en empiétant sur les juridictions. «&amp;amp;nbsp;''Car il n’est pas permis,'' comme le dit l’Apôtre , ''de juger le serviteur d’autrui,''&amp;amp;nbsp;» de peur de prononcer sans une connaissance suffisante de la cause. Ce fut le crime précisément de cette assemblée des prêtres et des scribes qui condamnèrent Saint Étienne, comme ce fut aussi le péché de ces magistrats de Philippes, dont l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Après nous avoir publiquement battus de verges, et sans jugement préalable, nous qui sommes citoyens romains, ils nous ont jetés en prison, et maintenant ils nous en font sortir en secret.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut ni condamner les innocents, ni renvoyer les coupables, ni se laisser séduire par des présents ou par la faveur, par la haine ou par l’amitié. Aussi Moise ne manque pas d’adresser aux vieillards qu’il avait établis juges d’Israël, cet avertissement célèbre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Jugez toujours selon la justice le citoyen comme l’étranger&amp;amp;nbsp;; ne mettez point de différence entre les individus&amp;amp;nbsp;; écoutez le petit comme le grand&amp;amp;nbsp;; ne faites acception de personne, parce que vous jugez pour Dieu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux accusés et aux criminels, Dieu leur fait un devoir de confesser la vérité, lorsqu’ils sont interrogés selon les formes de la justice. Cette confession est un hommage éclatant à la Gloire de Dieu. C’est la pensée de Josué&amp;amp;nbsp;: Lorsqu’il exhorte Achan à dire la vérité, il lui parle de la sorte:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Mon fils, rendez gloire au Seigneur, Dieu d’Israël.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et parce que ce précepte s’adresse spécialement aux témoins, le Pasteur aura grand soin d’en parler comme il convient. C’est qu’en effet ce huitième Commandement n’a pas seulement pour but de défendre le faux témoignage, mais encore de nous commander de dire la vérité. Dans les affaires humaines, le témoignage conforme à la vérité est extrêmement important. Il y a une multitude de choses que nous ne pouvons connaître que sur la bonne foi des témoins. Rien donc n’est plus nécessaire qu’un témoignage véridique dans ces choses que nous ne savons pas, et que cependant nous n’avons pas le droit d’ignorer. De là ce mot de Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui tait la vérité, et celui qui profère le mensonge sont également coupables, le premier parce qu’il ne veut pas être utile, le second parce qu’il cherche à nuire.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il peut être permis quelquefois de taire la vérité, mais il faut que ce soit hors des tribunaux. En justice, un témoin interrogé par un juge compétent, doit faire connaître la vérité tout entière, mais à condition de ne pas trop se fier à sa mémoire, et de prendre garde d’affirmer comme certain ce dont il n’est pas absolument sûr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les autres personnes que ce précepte oblige également à dire la vérité sont les avoués et les avocats, les procureurs et les accusateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avoués et les avocats ne refuseront ni leurs services ni leur appui à ceux qui en ont besoin&amp;amp;nbsp;;ils se chargeront généreusement de la défense du pauvre&amp;amp;nbsp;; ils ne prendront point de mauvaises causes pour les soutenir, ils ne feront point durer les procès par calomnie, ou par avarice, et ils auront soin de régler leurs honoraires selon le droit et la justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De leur côté, les procureurs et accusateurs devront prendre bien garde de ne point se laisser entraîner par affection, par haine, ou par quelque autre passion, à poursuivre qui que ce soit sur d’iniques imputations,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la Loi de Dieu ordonne à toutes les personnes pieuses d’être toujours sincères et véridiques dans leurs entretiens et leurs discours, et de ne jamais rien dire qui puisse blesser la réputation d’autrui, pas même de ceux qui les auront offensées ou maltraitées. Elles ne doivent pas oublier en effet qu’il y a entre elles et ces malheureux l’union et les rapports qui existent entre les membres d’un même corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — MOTIFS DE DÉTESTER LE MENSONGE.  ====&lt;br /&gt;
Afin que les Fidèles se détournent plus facilement du vice abject du mensonge, le Pasteur leur en fera voir toute la honte et l’énormité. Dans nos Saints Livres, le démon est &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
23. Attribué à Saint Augustin par Gratien, mais à tort&amp;amp;nbsp;; on le trouve pareillement dans Saint Isidore L, 3, cap., 19. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
appelé le père du mensonge. «&amp;amp;nbsp;Parce qu’il n’est point demeuré dans la vérité, nous dit l’Apôtre Saint Jean , il est menteur et père du mensonge.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour essayer de détruire un désordre si funeste, le Pasteur ajoutera à cette parole de Saint Jean, tous les maux que le mensonge apporte avec lui&amp;amp;nbsp;; et comme ces maux sont innombrables, il lui suffira de faire connaître ceux d’entre eux qui sont autant de sources d’où dérivent tous les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, pour montrer combien l’homme faux et menteur offense Dieu grièvement, et à quel degré il encourt sa haine, il citera cette parole de Salomon dans les Proverbes: «&amp;amp;nbsp;''Il y a six choses que le Seigneur hait, et une septième qui est en abomination devant Lui: des yeux altiers, une langue calomniatrice, des mains qui versent le sang innocent, un cœur qui médite des pensées mauvaises, des pieds prompts II courir au mal, un homme menteur, un témoin faux.''&amp;amp;nbsp;» Dés lors qui pourrait préserver des derniers châtiments celui que Dieu poursuit d’une haine si terrible&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis, comme le dit l’Apôtre Saint Jacques , «&amp;amp;nbsp;Quoi de plus odieux et de plus infâme que d’employer la même langue à bénir Dieu votre Père et à maudire les hommes qui sont créés à son image et à sa ressemblance, comme si une fontaine pouvait, par la même ouverture, donner une eau douce et une eau amère&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» Et en effet, cette langue qui tout à l’heure louait Dieu et Le glorifiait, ne Le couvre-t-elle pas maintenant de honte et d’opprobre, autant qu’elle le peut, par les mensonges qu’elle profère&amp;amp;nbsp;? Aussi les menteurs sont-ils exclus de la béatitude céleste. Car à cette demande que David fait à Dieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Seigneur, qui demeurera dans vos tabernacles&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» le Saint-Esprit répond «&amp;amp;nbsp;Celui qui dit la vérité dans la sincérité de son cœur, et dont la langue ne connaît pas l’artifice.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui fait encore que le mensonge est un très grand mal, c’est qu’ils constitue une maladie de l’âme presque incurable. Car le péché que l’on commet en accusant quelqu’un d’un faux crime, ou bien en blessant son honneur et sa réputation, ce péché ne peut être remis qu’autant que le calomniateur a réparé son tort envers sa victime. Mais précisément, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, cette réparation est très difficile à faire, parce qu’on se trouve retenu par une fausse honte ou par un faux point d’honneur. D’où il suit que celui qui est coupable de ce péché est pour ainsi dire voué aux supplices éternels de l’enfer. Personne en effet n’a le droit d’espérer qu’il obtiendra le pardon de ses calomnies et de ses diffamations, tant qu’il n’aura pas satisfait à celui dont il a souillé l’honneur et la réputation, soit publiquement et en justice, soit dans des entretiens privés et familiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin les suites funestes du mensonge s’étendent très loin, et nous atteignent tous. La fausseté et le mensonge font disparaître la vérité et la confiance, qui sont les liens nécessaires de la société, et sans lesquels les rapports entre les hommes tombent dans une confusion telle que le monde ressemble à un véritable enfer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur comprendra dés lors qu’il doit exhorter les Fidèles à éviter de trop parler. La modération dans les paroles fait fuir les autres péchés, et surtout elle est un préservatif assuré contre le mensonge, vice auquel échappent difficilement ceux qui parlent trop. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — VAINES EXCUSES DES MENTEURS.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur s’appliquera également à détruire l’erreur de ceux qui s’excusent sur le peu d’importance des conversations, et qui prétendent autoriser leurs mensonges par l’exemple de ces sages du monde qui ont pour maxime, disent-ils, de savoir mentir à propos. Il leur fera observer, ce qui est très vrai «&amp;amp;nbsp;''que la prudence de la chair est la mort de l’âme&amp;amp;nbsp;''» . Il les exhortera à mettre en Dieu leur confiance, au milieu des difficultés et des extrémités les plus fâcheuses, et à ne recourir jamais au grossier artifice du mensonge&amp;amp;nbsp;; car ceux qui se servent de ce subterfuge, laissent voir clairement qu’ils comptent plus sur leur prudence personnelle que sur la Providence de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui rejettent la cause de leur mensonge sur les menteurs qui les ont trompés les premiers, ont besoin qu’on leur rappelle qu’il n’est pas permis à l’homme de se venger lui-même&amp;amp;nbsp;; qu’il ne faut point rendre le mal pour le mal, mais au contraire chercher «&amp;amp;nbsp;''à vaincre le mal par le bien&amp;amp;nbsp;''» &amp;amp;nbsp;; et que, quand même la vengeance serait permise, il ne peut jamais être utile à personne de se venger à ses dépens, ce qui arriverait sûrement et avec un préjudice considérable si l’on avait recours au mensonge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si on en trouve qui apportent pour excuse l’infirmité et la fragilité naturelles, il faut leur remettre en mémoire l’obligation où ils sont d’implorer le secours divin, et de ne point se laisser vaincre par la nature. D’autres diront qu’ils ont contracté l’habitude de mentir. Il faut les exhorter à multiplier leurs efforts pour contracter l’habitude contraire, de dire toujours la vérité, d’autant que ceux qui pèchent par habitude, sont plus coupables que les autres. Quant à ceux — et ils ne sont pas rares — qui prétendent se justifier sur l’exemple des autres hommes qui, selon eux, mentent et se parjurent à tout propos, il faut les détromper par cette considération, que nous ne devons point imiter les méchants, mais bien plutôt les reprendre et faire en sorte de les corriger&amp;amp;nbsp;; que si, par malheur, nous mentons nous-mêmes, notre parole aura bien moins d’autorité pour faire accepter nos reproches et nos bons conseils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui défendent leurs mensonges en alléguant qu’ils ont éprouvé souvent de graves ennuis parce qu’ils avaient dit la vérité, les Prêtres les réfuteront en leur montrant que par de telles paroles ils s’accusent, bien plus qu’ils ne s’excusent. Le devoir du vrai Chrétien en effet, n’est-il pas de tout souffrir plutôt que de mentir&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous avons encore deux sortes de personnes qui veulent excuser leurs mensonges: celles qui prétendent ne mentir que par plaisanterie, et celles qui le font pour leur utilité, parce que, disent-elles, elles ne pourraient ni bien vendre ni bien acheter, si elles n’avaient recours au mensonge. Les Pasteurs les tireront de leur erreur les unes et les autres. Ils écarteront les premières de ce vice en leur remontrant que rien n’augmente plus l’habitude du mensonge, que de mentir sans aucune retenue. Ils ajouteront&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’il leur faudra rendre compte de toute parole oiseuse''&amp;amp;nbsp;». Et pour les secondes, ils ne craindront point de les reprendre fortement, et de leur montrer qu’une excuse d’un pareil genre ne fait qu’augmenter leur faute, puisqu’elles prouvent bien par là qu’elles n’accordent ni autorité ni confiance à ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : «&amp;amp;nbsp;''Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre trente-septième — Du neuvième et du dixième Commandement ===&lt;br /&gt;
Vous ne convoiterez point la maison de votre prochain, et vous ne désirerez point sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première chose à remarquer dans ces deux derniers Commandements, c’est qu’ils nous donnent pour ainsi dire, le moyen infaillible de garder tous les autres. Car ils ont pour objet et pour fin de prescrire à celui qui veut fidèlement observer les Commandements précédents, d’éviter avec le plus grand soin les désirs déréglés. Celui qui ne convoite rien, est content de ce qu’il possède, il ne désire point le bien des autres, il se réjouit de leurs avantages, rend gloire au Dieu immortel, et lui témoigne les plus vives actions de grâces&amp;amp;nbsp;; il observe le Sabbat, c’est-à-dire, qu’il jouit d’un repos perpétuel, il respecte ses supérieurs, et enfin il ne blesse personne ni en paroles, ni en actions, ni d’aucune autre manière. La convoitise est la racine et la source de tous les maux, et ceux dont elle enflamme les passions se précipitent dans tous les désordres et dans tous les crimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces réflexions ne peuvent que rendre le Pasteur plus zélé à expliquer ces deux Commandements, et les fidèles plus attentifs à l’écouter et à le suivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons réuni ces deux préceptes parce qu’ils se ressemblent du côté de leur objet, et que la manière de les expliquer est la même&amp;amp;nbsp;; cependant le Pasteur pourra les traiter ensemble ou séparément, selon qu’il le trouvera plus commode pour ses exhortations et ses instructions. Mais s’il a entrepris d’expliquer en détail le Décalogue, il devra montrer la différence réelle de ces deux Commandements et des deux genres de convoitise qu’ils condamnent. C’est ce que Saint Augustin met très bien en lumière dans son Livre des ''Questions sur l’Exode'' . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DIFFÉRENCE ET NnÉCESSITÉ DE CES DEUX COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
L’une des convoitises dont nous parlons ne voit et ne cherche que ce qui est utile et avantageux, l’autre court après le plaisir et la volupté. Celui qui désire la maison ou la terre de son voisin, poursuit ce qui est utile et profitable plutôt que la volupté. Au contraire celui qui désire la femme d’autrui, cherche le plaisir et non pas l’utilité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux Commandements étaient nécessaires. En voici la double raison: la première, c’est qu’il fallait expliquer le sens du dixième et du septième précepte. Sans doute, en voyant l’adultère défendu, on pouvait en conclure, avec les seules lumières naturelles, qu’il est défendu également de désirer la femme d’un autre&amp;amp;nbsp;; car il est permis d’user de ce que l’on peut désirer sans crime. Cependant la plupart des Juifs, aveuglés par le péché, ne pouvaient se persuader que Dieu eût fait cette défense. Et même un bon nombre d’entre eux, qui se donnaient comme interprètes de la Loi, et qui par conséquent devaient bien la connaître, étaient tombés dans cette erreur, comme on peut le voir par ces paroles de Notre-Seigneur dans Saint Matthieu : «&amp;amp;nbsp;''Vous savez qu’il a été dit aux Anciens vous ne commettrez point d’adultères&amp;amp;nbsp;; mais moi, je vous dis... etc.''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;La seconde raison [de la nécessité de ces deux Commandements] c’est qu’ils défendent d’une manière claire et distincte des choses que le sixième et le septième ne défendaient que d’une manière générale. Ainsi, par exemple, le septième Commandement défend de désirer injustement ou de ravir le bien d’autrui&amp;amp;nbsp;; mais ici il est défendu de le désirer de quelque manière que ce soit, même si l’on pouvait l’acquérir justement et légitimement, dés que cette acquisition pourrait causer quelque dommage au prochain. &amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’en venir à l’explication de ce 9° et 10° précepte, il faudra, avant toutes choses, faire remarquer ana fidèles non seulement qu’ils nous obligent à réprimer nos convoitises, mais encore à reconnaître l’infinie bonté de Dieu envers nous. Par les Commandements précédents, II nous avait entourés comme d’une sorte de garde pour nous mettre, nous et nos biens, à l’abri des violences du prochain&amp;amp;nbsp;; par ces deux derniers, II nous défend contre nous-mêmes et contre nos convoitises mauvaises, qui ne pouvaient manquer de nous nuire, s’il nous eût été loisible de tout désirer et de tout souhaiter. Dès lors par le seul fait que Dieu nous défend la convoitise, l’aiguillon des passions malsaines qui nous pousse d’ordinaire à toute sorte d’actions répréhensibles, se trouve émoussé pour ainsi dire&amp;amp;nbsp;; il nous presse moins, et délivrés de ses sollicitations importunes, nous avons plus de temps pour remplir les devoirs nombreux et si importants que la Religion et la piété nous prescrivent envers Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce n’est pas là seulement ce que ces deux Commandements nous apprennent. ils nous montrent encore que la Loi de Dieu, pour être observée comme il convient, non seulement exige l’accomplissement extérieur du devoir mais encore les sentiments intimes de l’âme. Et c’est ce qui met une grande différence entre les lois humaines et les lois divines. Les premières se contentent des actes extérieurs, les secondes, par cela même que «&amp;amp;nbsp;''Dieu voit au fond du cœur''&amp;amp;nbsp;», demandent, avec la préparation de l’âme, une grande pureté et intégrité de cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Loi de Dieu est donc comme un miroir où nous apercevons les vices de notre nature. Ce gui a fait dire à l’Apôtre : «&amp;amp;nbsp;''Je n’aurais point connu la concupiscence, si la Loi ne m’avait dit: vous ne convoiterez point''.&amp;amp;nbsp;» En effet la concupiscence, qui est comme le foyer du péché, et qui tire son origine du péché même, demeure perpétuellement fixée en nous&amp;amp;nbsp;; et c’est ce qui nous fait sentir que nous naissons dans le péché. Dès lors nous recourons en suppliants à Celui qui peut seul en laver les souillures. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autre reste ces deux Commandements ont cela de commun avec les huit autres, qu’ils sont tout à la fois positifs et négatifs&amp;amp;nbsp;; ils commandent et ils défendent. Et pour bien les faire comprendre, le Pasteur doit les expliquer séparément. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QU’EST-CE QUE LA CONCUPISCENCE ====&lt;br /&gt;
Il ne faut pas s’imaginer que ce précepte condamne tous les désirs, ni qu’il considère comme vicieuse une concupiscence qui ne l’est pas. «&amp;amp;nbsp;''L’esprit convoite contre la chair''&amp;amp;nbsp;», dit Saint Paul &amp;amp;nbsp;; David «&amp;amp;nbsp;''désirait en tout temps les ordonnances de Dieu avec la plus vive ardeur''&amp;amp;nbsp;» . Le Pasteur devra donc faire connaître aux Fidèles quelle est cette concupiscence qui est ici défendue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut entendre par ce mot, comme un mouvement, un élan de l’âme qui nous porte vivement à désirer les choses agréables que nous n’avons pas. Et de même que les autres mouvements de notre âme ne sont pas nécessairement et perpétuellement mauvais, de même l’ardeur de la concupiscence n’est pas nécessairement vicieuse. Ainsi ce n’est pas un mal de désirer de manger et de boire, de se chauffer quand on a froid, ou de chercher le froid quand on a chaud. Il faut dire au contraire que ces désirs sont bons en eux-mêmes, car c’est Dieu qui les a mis en nous. Mais le péché de nos premiers parents a dépravé ces désirs légitimes, ils se sont élancés au-delà des bornes naturelles, et maintenant ils nous poussent trop souvent à convoiter des choses que l’esprit et la raison condamnent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, si nous savons modérer cette ardeur et la contenir dans les justes limites, elle nous devient souvent très utile. D’abord, elle est cause que nous adressons à Dieu des prières assidues, pour Lui demander humblement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et instamment ce que nous désirons le plus. La prière est l’interprète naturel de nos désirs, et si cet élan légitime n’existait pas, les prières ne seraient pas si nombreuses dans l’Église de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite elle nous rend plus chers et plus précieux les dons de Dieu&amp;amp;nbsp;; car plus nous désirons une chose avec ardeur, plus l’objet de notre désir nous devient cher et agréable lorsque nous l’avons obtenu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le plaisir même que nous procure la chose désirée lorsque nous la possédons, nous porte à remercier Dieu avec une piété beaucoup plus grande. Si donc il est quelquefois permis de convoiter, nous sommes obligés d’avouer que tout élan de convoitise n’est point défendu. Et quoique l’Apôtre Saint Paul dise que «&amp;amp;nbsp;''la convoitise est un péché''&amp;amp;nbsp;» , il faut entendre cette parole dans le sens que lui donne Moise,&amp;amp;nbsp; puisqu’il cite son témoignage. D’ailleurs lui-même laisse voir clairement qu’il pense de même. Dans son Epître aux Galates,&amp;amp;nbsp; il appelle cette convoitise «&amp;amp;nbsp;''la convoitise de la chair. Conduisez-vous,'' dit-il, ''par le mouvement de l’esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne défend donc point ici ce désir naturel et modéré, qui ne sort point de ses limites, et bien moins encore cette convoitise toute spirituelle d’une âme pure, qui nous fait soupirer après les choses qui combattent la chair. nos Saints Livres eux-mêmes nous y exhortent. «&amp;amp;nbsp;''Désirez mes entretiens,''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; et encore:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''venez à Moi, vous tous qui Me désirez avec ardeur.&amp;amp;nbsp;''» Ainsi ce que Dieu nous interdit dans ce Commandement, ce n’est pas cette puissance même de convoiter dont nous pouvons user pour le bien et pour le mal, mais bien l’exercice de cette convoitise déréglée que l’on appelle ''la concupiscence de la chair, et le foyer du péché''&amp;amp;nbsp;; convoitise qui nous rend toujours coupables, dés que notre cœur y donne son consentement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — QUELLE EST LA CONVOITISE QUI EST ICI DÉFENDUE ====&lt;br /&gt;
Dieu défend donc ici uniquement cette ardeur de convoitise que l’Apôtre appelle ''concupiscence de la chair'', c’est-à-dire ces élans de désirs qui ne sont point modérés par la raison, et qui ne restent point dans les limites que Dieu a établies. Cette convoitise est réprouvée, ou parce qu’elle désire le mal, comme l’adultère, l’intempérance, l’homicide, et autres crimes abominables dont l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ne nous livrons point aux mauvais désirs, comme les Juifs s’y livrèrent&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» ou parce que, si les choses que l’on désire ne sont pas mauvaises de leur nature, il est cependant défendu de les désirer pour d’autres motifs&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
telles sont les choses que Dieu et l’Église nous défendent de posséder. Car il ne peut nous être permis de désirer ce qu’il ne nous est point permis de posséder. tels furent, dans la Loi de Moise, l’or et l’argent dont les idoles étaient faites, et que Dieu, dans le Deutéronome, défendait aux Juifs de convoiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une troisième raison qui rend cette convoitise coupable et absolument défendue, c’est lorsqu’elle désire des choses qui appartiennent à autrui, comme sa maison, son serviteur, sa servante, son champ, sa femme, son bœuf, son âne et tous les autres biens que la Loi de Dieu nous défend de convoiter, uniquement parce qu’ils ne sont pas à nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le désir de toutes ces choses est criminel, et il est compté parmi les péchés les plus considérables, lorsque le cœur y donne son consentement formel. Car le péché excité par les désirs déréglés de la concupiscence, prend plaisir au mal, soit qu’il l’approuve, soit seulement qu’il n’y résiste point. Ainsi l’enseigne l’Apôtre Saint Jacques, dans ce texte célèbre Où il nous montre l’origine et le progrès du péché:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Chacun est tenté par sa propre concupiscence qui l’emporte et l’attire. Ensuite, quand la concupiscence produit son effet, cet effet est le péché, et le péché, lorsqu’il est accompli, produit la mort.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc, quand la Loi nous dit: Vous ne convoiterez point, elle nous dit. En d’autres termes, d’éloigner nos désirs de tout ce qui ne nous appartient pas. Car la soif du bien du prochain est immense, infinie, et jamais rassasiée, ainsi qu’il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''l’avare ne sera jamais rassasié d’argent''&amp;amp;nbsp;», ce qui a fait dire à Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Malheur à vous qui joignez maison à maison, et un champ à un autre&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais chacun des termes du précepte veut être expliqué séparément. Ainsi l’on comprendra mieux la laideur et l’énormité du péché dont nous parlons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DIFFÉRENTES ESPÈCES DE BIEN D’AUTRUI QUE L’ONnE DOIT PAS DÉSIRER.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur enseignera aux Fidèles que ce mot de maison désigne non seulement le lieu ou l’on habite, mais en général tous les biens que l’on possède. C’est dans ce sens que les Ecrivains sacrés l’ont employé le plus ordinairement. Ainsi il est dit dans l’Exode:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu bâtit des maisons aux sages femmes.''&amp;amp;nbsp;» Ces paroles signifient évidemment que Dieu étendit et augmenta leurs biens. Cette interprétation du mot maison nous montre que la Loi de Dieu nous défend de désirer avec avidité les richesses,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et de porter envie à la fortune, à la puissance, à la noblesse des autres. Dieu veut que nous soyons contents de notre condition, quelle qu’elle soit, basse ou élevée. nous devons voir aussi dans ce mot la défense de désirer la gloire du prochain, car la gloire fait partie de la maison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots qui suivent: ''le bœuf, l’âne'', indiquent qu’il nous est défendu de convoiter non seulement les choses considérables, comme la maison, la noblesse, la gloire, parce qu’elles appartiennent à autrui&amp;amp;nbsp;; mais même les petites, et n’importe lesquelles, animées ou inanimées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vient ensuite le mot ''serviteur''. Il faut l’entendre aussi bien des captifs que des serviteurs de toutes sortes et autrefois des esclaves&amp;amp;nbsp;; nous n’avons pas le droit de les convoiter, pas plus que ce qui appartient à un autre. Quant aux hommes libres qui servent volontairement, soit par intérêt, soit par affection ou par dévouement, on ne doit rien employer, ni paroles, ni craintes, ni promesses, ni argent pour les corrompre et les engager à quitter ceux à &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
qui ils se sont spontanément attachés. Et même s’ils viennent à les quitter avant le temps qu’ils avaient promis de rester à leur service, il faut les avertir que ce précepte leur fait une obligation formelle de rentrer chez leurs maîtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si, dans ce même précepte, il est fait mention du prochain, — c’est pour rendre plus évident le mauvais penchant des hommes qui ont l’habitude de jeter leurs désirs sur les terres, les maisons ou toute autre chose qui les touche. Et en effet le voisinage, qui est d’ordinaire un des éléments de l’amitié, devient souvent une source de haines par le dérèglement de la cupidité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, ce n’est pas violer ce Commandement que de désirer d’acheter des objets que nos voisins ont à vendre, ou de les acheter à leur juste pria. non seulement nous ne faisons point tort au prochain en agissant de la sorte, mais nous lui rendons un grand service, puisque l’argent qu’il reçoit lui sera plus avantageux et plus commode que ce qu’il met en vente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — IL EST DÉFENDU DE DÉSIRER LA FEMME DE SON PROCHAIN.  ====&lt;br /&gt;
Après la Loi qui nous défend de désirer en général le bien d’autrui, vient celle qui nous interdit de convoiter sa femme. Cette Loi n’atteint pas seulement la passion coupable qui fait désirer la femme d’un autre en vue de l’adultère, mais encore le simple désir de l’épouser. Car lorsqu’il était permis de répudier sa femme, il pouvait arriver facilement que celle qui était répudiée par l’un, fût épousée par l’autre. Et c’est pourquoi Notre-Seigneur a voulu porter cette défense, pour que les maris ne fussent point tentés de laisser leurs femmes, ni les femmes de se montrer difficiles et fâcheuses afin de mettre leurs maris dans la nécessité de leur donner le billet de répudiation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais aujourd’hui ce péché est beaucoup plus grave, puisqu’il est défendu d’épouser une femme même répudiée, tant que son mari n’est pas mort. Celui qui aura le malheur de désirer la femme de son prochain, tombera facilement dans l’un de ces deux crimes, ou de souhaiter la mort du mari, ou de désirer l’adultère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en faut dire autant des femmes qui sont fiancées. La Loi de Dieu interdit de les convoiter, puisque chercher à rompre ces sortes de promesses c’est fouler aux pieds le plus sacré des engagements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant si quelqu’un désirait avoir pour épouse une femme mariée, mais qu’il croirait libre, et qu’il fût résolu à ne pas la demander en mariage, dans le cas où il saurait qu’elle est déjà l’épouse d’un autre, cet homme, avec des intentions telles, ne violerait certainement point le précepte que nous expliquons. Ce fut le cas, comme nous le voyons dans l’Écriture, de Pharaon et d’Abimelech, qui désiraient prendre Sara pour femme, parce qu’ils ne la croyaient pas mariée, la regardant comme la sœur, et non comme l’épouse d’Abraham. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — CE QUE DIEU ORDONNE PAR CES DEUX COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Pour faire connaître aux Fidèles les remèdes que Dieu a préparés pour détruire l’effet de nos convoitises mauvaises, le Pasteur devra leur expliquer la seconde disposition de la Loi. Or, d’après cette disposition, «&amp;amp;nbsp;''si les richesses abondent dans notre maison, nous ne devons pas attacher notre cœur ''&amp;amp;nbsp;». Au contraire nous devons être prêts à les sacrifier dans l’intérêt de la Foi et de notre Salut. De même nous devons nous en servir généreusement pour venir en aide à la détresse du pauvre. Mais si les biens de la fortune nous manquent, nous saurons supporter de bon cœur et même avec joie notre indigence. D’ailleurs, si nous nous dépouillons charitablement de ce qui nous appartient, nous aurons bientôt éteint en nous le désir de ce qui ne nous appartient pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons que le Pasteur trouvera facilement, soit dans l’Écriture Sainte, soit dans les Pères tout ce que l’on peut dire au peuple sur l’éloge de la pauvreté et sur le mépris des richesses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette Loi nous ordonne également de désirer de tout notre cœur et avec la plus vive ardeur l’accomplissement, non de nos propres vœux, mais de la volonté de Dieu, ainsi qu’il est dit dans l’Oraison Dominicale. Or la volonté de Dieu, c’est que nous travaillions d’une manière toute particulière à devenir des saints&amp;amp;nbsp;; que nous conservions la sincérité du cœur, avec une pureté parfaite&amp;amp;nbsp;; que nous nous exercions à ces œuvres de l’esprit, qui sont contraires à celles des sens&amp;amp;nbsp;; qu’après avoir dompté nos appétits, nous suivions toujours le droit chemin en toutes choses, avec la lumière et le jugement de la saine raison&amp;amp;nbsp;; et que enfin, nous sachions réprimer vigoureusement tout sentiment qui pourrait devenir une occasion funeste pour nos convoitises et nos passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, pour éteindre cette ardeur des passions, il nous sera très utile de considérer attentivement les inconvénients qui en sont la suite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier de ces inconvénients, c’est que, si nous obéissons à nos convoitises déréglées, le péché dominera dans notre âme, avec toute sa puissance et toute sa tyrannie. Voilà pourquoi l’Apôtre nous fait cette recommandation:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que le péché ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses mauvais désirs.''&amp;amp;nbsp;» De même, en effet, qu’en résistant aux passions, on détruit la force du péché, de même en y succombant, on chasse le Seigneur de son royaume, pour installer le péché à sa place. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second inconvénient, c’est que la concupiscence est comme une source intarissable qui donne naissance à tous les autres péchés, ainsi que nous l’enseigne l’Apôtre Saint Jacques &amp;amp;nbsp;; et Saint Jean dit de son côté:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout ce qui est dans le monde, est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, et orgueil de la vie.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième, c’est que les passions mauvaises obscurcissent la raison et faussent le jugement. Les hommes sont aveuglés par les ténèbres de la convoitise, dès lors, tout ce qu’ils désirent devient pour eux honnête et parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, cette même convoitise étouffe en nous la parole que Dieu Lui-même — ce grand cultivateur -- a déposée dans nos âmes. «&amp;amp;nbsp;Le grain semé dans les épinces, dit Saint Marc, est la figure de ceux qui entendent la parole et qui la laissent étouffer par les maux de la vie, par l’illusion des richesses, et par tous les effets des passions&amp;amp;nbsp;; ce qui fait qu’elle ne porte aucun fruit.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — QUI SONT CEUX QUI PÈCHENT CONTRE CES DEUX COMMANDEMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur ne manquera pas de dire, en terminant cette explication, qui sont ceux qui ont le plus à lutter contre leurs convoitises criminelles, et que par conséquent il doit exhorter le plus à observer ce précepte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont ceux qui se plaisent à des divertissements indécents, ou qui se livrent sans modération aux jeux même permis&amp;amp;nbsp;; les marchands, qui désirent la disette, ou la cherté des marchandises, qui voient avec chagrin qu’ils ne sont pas les seuls pour acheter et pour vendre, ce qui leur permettrait de vendre plus cher et d’acheter à plus bas prix&amp;amp;nbsp;; ceux qui souhaitent que leurs semblables soient dans la misère, afin de réaliser du profit soit en leur vendant, soit en leur achetant&amp;amp;nbsp;; les militaires qui demandent la guerre pour avoir la licence de voler et de piller&amp;amp;nbsp;; les médecins qui désirent des malades&amp;amp;nbsp;; les hommes de loi qui réclament des causes, et des procès importants et nombreux&amp;amp;nbsp;; les ouvriers qui voudraient qu’il y eût rareté et disette de tout ce qui est nécessaire à la nourriture et à l’entretien, pour gagner davantage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sont encore très coupables en ce genre ceux qui sont désireux et avides de la gloire et de la considération des autres, et qui ne se privent pas de les attaquer par la calomnie&amp;amp;nbsp;; surtout s’ils sont eux-mêmes des êtres lâches et sans mérite, car la considération et la gloire sont le prix de la vertu et du talent, et non celui de la lâcheté ou de la paresse.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Catéchisme du Concile de Trente : Deuxième partie</title>
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 | date de publication originale = 1564-1566&lt;br /&gt;
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 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Cette version ne comprend pas les notes. Scanné d’après le reprint que les éditions Dominique Martin Morin ont fait du numéro 136 (septembre-octobre 1969) de la revue ‘Itinéraires’. (‘Itinéraires’ reprenait sans rien y changer le texte des éditions Desclée et Cie, imprimatur à Tournai, le 17 juillet 1923.). Les définitions dogmatiques postérieures à la rédaction du Catéchisme du Concile de Trente (Immaculée Conception, Infaillibilité pontificale, Assomption), qui figurent en annexe, ont été ajoutées dans la réédition de 1984.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Deuxième partie — Des sacrements ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre quatorzième — Des sacrements en général ===&lt;br /&gt;
Toutes les parties de la Doctrine Chrétienne exigent de la part des Pasteurs des connaissances et des soins. Mais la science des Sacrements, si impérieusement prescrite par Dieu Lui-même, et si féconde en grâces de salut, demande une instruction et un zèle tout particuliers. Les Pasteurs devront donc traiter fréquemment ce sujet, avec toute l’exactitude possible. C’est le moyen de rendre les Fidèles dignes de participer comme il convient, à des choses si excellentes et si saintes. C’est aussi pour eux-mêmes l’assurance de rester fidèles à cette défense divine.&amp;amp;nbsp; ''Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — EXPLICATION DU MOT SACREMENT.  ====&lt;br /&gt;
Puisque nous avons à parler des Sacrements en général, il y a lieu d’expliquer tout d’abord ce mot lui-même, d’en donner le sens, la portée, et d’exposer clairement ses diverses acceptions. Il nous sera ensuite plus facile de comprendre la signification spéciale qu’il doit avoir ici. Pour atteindre ce but, il faudra faire remarquer aux Fidèles que le mot de Sacrement n’a pas été pris dans le même sens par les auteurs ecclésiastiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auteurs profanes entendaient par là l’obligation que nous contractons, lorsque nous nous engageons au service d’un autre, sous la foi du serment. Ainsi le serment que faisaient les soldats de servir fidèlement l’État, s’appelait le sacrement militaire. C’est du moins le sens le plus ordinaire que ce mot avait pour eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les auteurs ecclésiastiques, et principalement les Pères latins, emploient ce mot pour exprimer une chose sacrée et strictement cachée. Chez les Grecs, il a la même signification que le mot mystère. Et c’est précisément le sens qu’il faut lui donner dans ces paroles de saint Paul aux Ephésiens:&amp;amp;nbsp; ''Il a répandu sur nous la Grâce pour nous faire connaître le Sacrement de sa Volonté'', et dans celle-ci à Timothée.&amp;amp;nbsp; ''C’est un grand Sacrement de piété'', et enfin dans le Livre de la Sagesse:&amp;amp;nbsp; ''Ils ont ignoré les Sacrements de Dieu.'' Ces textes que nous venons de citer, et beaucoup d’autres nous présentent tous le mot de Sacrement avec le même sens, c’est-à-dire une chose sacrée, mais inconnue et mystérieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi les Docteurs latins ont-ils pensé que certains signes sensibles, qui produisent la grâce, en même temps qu’ils la représentent et la mettent sous les yeux, pouvaient très bien s’appeler Sacrements. Cependant saint Grégoire le Grand prétend que ce nom de Sacrement leur a été donné, parce qu’ils renferment, sous une enveloppe corporelle et sensible, une Vertu divine qui opère invisiblement le salut . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu’on ne s’imagine pas que cette expression est nouvelle dans l’Église II suffit de lire Saint Augustin et Saint Jérôme pour se convaincre que nos Docteurs les plus anciens, en parlant de ce qui nous occupe, ont employé le plus souvent le mot de Sacrement, quelquefois celui de Symbole, de signe mystique, ou de signe sacré. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces explications suffisent. Elles conviennent aussi d’ailleurs aux Sacrements de l’Ancienne Loi. Mais comme ces Sacrements ont été abolis par l’Évangile et la loi de Grâce, les Pasteurs n’ont rien à en dire . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DÉFINITION DU SACREMENT.  ====&lt;br /&gt;
Nous n’avons expliqué que le mot, il faut maintenant examiner avec soin la nature et les propriétés de la chose, et bien apprendre aux Fidèles ce que c’est qu’un Sacrement. Personne ne peut douter que les Sacrements ne soient nécessaires pour obtenir la Justice et le Salut. Mais de toutes les définitions que l’on peut en donner, pour les expliquer clairement, il n’en est point de plus lumineuse et de plus parfaite que celle de Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; et que tous les Docteurs et théologiens ont adoptée après lui. ''Le Sacrement, ''dit-il, ''est le signe d’une chose sacrée, ''ou, en d’autres termes: ''un Sacrement est le signe visible d’une Grâce invisible, institué pour notre sanctification.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour rendre cette définition encore plus lumineuse, les Pasteurs doivent en exposer toutes les parties, les unes après les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, il faut enseigner que les choses perçues par nos sens sont de deux sortes. Les unes n’ont été inventées que pour signifier quelque chose&amp;amp;nbsp;; les autres au contraire ont été faites uniquement pour elles-mêmes, et non pour en signifier d’autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Presque toutes les choses que produit la nature appartiennent à cette deuxième catégorie. Mais il faut ranger dans la première les mots, l’écriture, les enseignes, les images, les trompettes et une foule d’autres objets du même genre. Si l’on ôte aux mots par exemple leur signification, ne semble-t-il pas que l’on détruit du même coup la raison qui les avait fait inventer&amp;amp;nbsp;? toutes ces choses ne sont donc que des signes. Car, d’après Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le signe est quelque chose qui, outre l’objet qu’il offre à nos sens, nous fait penser à une chose différente de lui-même. Ainsi lorsque nous trouvons des pas marqués sur le sol, nous concluons aussitôt que quelqu’un a passé par là, et qu’il y a laissé ces traces.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci posé, il est clair que les Sacrements se rapportent à ces choses qui ont été instituées pour en signifier d’autres.&amp;amp;nbsp; Ils représentent à nos yeux, par une image sensible et une sorte d’analogie, ce que Dieu opère dans nos âmes par sa Vertu invisible. Un exemple fera toucher du doigt cette vérité. Lorsque, dans le Baptême, on verse l’eau sur la tête, comme pour la laver, et qu’on prononce en même temps les paroles prescrites et consacrées, c’est un signe sensible que la Vertu du Saint-Esprit lave intérieurement toutes les taches et les souillures du péché, et qu’elle enrichit et orne nos âmes du don précieux de la Justice céleste. Mais, comme nous l’expliquerons en temps et lieu, ce que cette ablution du corps signifie, elle le produit en même temps dans l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus il résulte clairement de l’Écriture Sainte elle-même que les Sacrements doivent être regardés comme des signes. Dans son épître aux Romains, l’Apôtre Saint Paul parlant de la circoncision prescrite à Abraham, le Père de tous les croyants, s’exprime ainsi:&amp;amp;nbsp; ''il reçut la marque de la circoncision, comme signe de la justice qu’il avait acquise par la Foi''. Et lorsque, dans un autre endroit, il dit que tous, ''tant que nous sommes''&amp;amp;nbsp; ''qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort,'' il est facile de conclure qu’il regarde le Baptême comme un signe que&amp;amp;nbsp; ''nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le Baptême pour mourir au péché.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas peu de chose pour le Fidèle de savoir que les Sacrements sont des signes. Ils comprendront mieux la sainteté et l’excellence des effets qu’ils signifient, renferment et produisent tout à la fois. Dès lors ils seront plus portés à honorer et à reconnaître, comme elle le mérite, l’infinie Bonté de Dieu pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous reste maintenant à expliquer ces mots: ''d’une chose sacrée'', qui sont la seconde partie de notre définition. Et pour le bien faire, nous reprendrons les choses d’un peu plus haut, en rapportant ce que Saint Augustin a dit, avec autant de finesse que de vérité sur la diversité des signes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a des signes naturels qui nous conduisent à la connaissance d’une chose, tout en se faisant connaître eux-mêmes. — et, en général, tous les signes ont cette propriété, comme nous l’avons déjà dit. — Ainsi, quand on voit de la fumée, on conclut aussitôt qu’il y a du feu . Ce signe est appelé naturel, parce que la fumée ne révèle point le feu par convention, mais parce que l’expérience fait qu’en apercevant seulement de la fumée, on conclut aussitôt qu’il y a au-dessous un feu réel et actif, quoiqu’on ne le voie pas encore. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est d’autres signes qui ne viennent pas de la nature. Ce sont les hommes qui les ont inventés et établis pour s’entretenir entre eux, pour communiquer aux autres leurs pensées, et pour connaître à leur tour les sentiments et les desseins des autres. Ces signes sont nombreux et variés. Pour en avoir une idée, il suffit de remarquer qu’il y en a beaucoup qui s’adressent aux yeux, un plus grand nombre encore à l’ouïe, et d’autres enfin aux autres sens. Ainsi lorsque voulant faire entendre quelque chose à quelqu’un, nous. élevons un étendard, évidemment ce signe ne se rapporte qu’à la vue. Au contraire les sons de la trompette, de la flûte et de la guitare. qui servent non seulement à nous charmer, mais encore le plus souvent à signifier quelque chose, sont du ressort de l’ouïe. C’est en ce sens que les paroles aussi sont des signes, parce qu’elles expriment d’une manière admirable les pensées les plus intimes de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, outre ces signes naturels ou de convention purement humaine, il en est d’autres, et de plus d’un genre — tout le monde en convient — qui viennent de Dieu Lui-même. Les uns ont été institués pour signifier seulement ou rappeler quelque chose,&amp;amp;nbsp; comme les purifications de la Loi, le pain azyme, et la plupart des cérémonies du culte mosaïque. Les autres ont été établis, non seulement pour représenter, mais encore pour produire quelque chose. tels sont évidemment les Sacrements de la Loi nouvelle. Car ce sont vraiment des signes d’institution divine, et non point d’invention humaine, et nous croyons fermement qu’ils possèdent en eux-mêmes la vertu d’opérer les effets sacrés qu’ils expriment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a plusieurs sortes de choses sacrées, comme il y a plusieurs sortes de signes. En ce qui concerne notre définition du Sacrement en général, les auteurs ecclésiastiques entendent par les mots de ''chose sacrée'', la Grâce de Dieu qui nous sanctifie et qui embellit notre âme, en l’ornant de toutes les vertus. Et ils ont eu grandement raison de donner cette dénomination de chose sacrée, à une grâce dont le propre est de consacrer et d’unir notre âme à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire mieux comprendre encore ce que c’est qu’un Sacrement, il faut ajouter que c’est une chose sensible à laquelle Dieu a voulu attacher la vertu de signifier et en même temps de produire la justice et la sainteté. D’où il est facile de conclure que les images des Saints, les croix et autres choses de ce genre, qui sont des signes de choses saintes, ne sont cependant point des Sacrements. Il est aisé également de prouver la justesse de cette définition, en montrant que dans tous les Sacrements -- et on peut le vérifier — il y a une chose sensible qui signifie, et qui en même temps produit la Grâce. C’est ce que nous avons dit en parlant du Baptême, lorsque nous avons vu que l’ablution extérieure est tout à la fois le signe et la cause formelle d’un effet sacré produit à l’intérieur, c’est-à-dire dans l’âme, par la Vertu du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CE QUI EST SIGNIFIÉ PAR LES SACREMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Ces signes mystiques, qui sont l’œuvre de Dieu, sont destinés, d’après leur institution même, à signifier non pas une, mais plusieurs choses à la fois. Il est facile de s’en rendre compte, en étudiant les Sacrements qui, outre la sainteté et la justification qu’ils expriment, figurent encore deux autres choses intimement liées à la Sainteté elle-même: la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui en est le principe, et la Vie éternelle, la Béatitude céleste, à laquelle la sainteté se rapporte comme à sa fin nécessaire. Cette propriété est commune à tous les Sacrements. Voilà pourquoi les saints Docteurs ont enseigné avec raison que chacun d’eux possède trois significations différentes, l’une pour rappeler une chose passée, l’autre pour indiquer et exprimer une chose présente, et la troisième pour annoncer une chose future. Et il ne faut pas croire que leur doctrine ne repose pas sur le témoignage des Saintes Écritures Lorsque l’Apôtre dit: &amp;amp;nbsp;''Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa Mort'', n’enseigne-t-il pas clairement que l’on doit voir dans le Baptême un signe qui nous fait souvenir de la Passion et de la Mort de Notre-Seigneur&amp;amp;nbsp;? ensuite, quand il ajoute:&amp;amp;nbsp; ''Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le Baptême pour mourir, afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts par la Gloire du Père, nous marchions aussi nous-mêmes dans les voies d’une vie nouvelle'', ces paroles ne disent-elles pas ouvertement que le Baptême est un signe de la Grâce céleste répandue dans nos âmes, et qui nous donne la force de commencer une vie nouvelle, et d’accomplir avec autant de facilité que de joie tous les devoirs de la piété&amp;amp;nbsp;? enfin lorsque le même Apôtre écrit encore:&amp;amp;nbsp; ''Si nous avons été entés sur Lui, par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi un jour par la ressemblance de sa Résurrection'', il nous apprend évidemment que le Baptême figure sans équivoque la Vie éternelle qu’il doit nous faire obtenir un jour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais outre ces trois sortes de significations générales, il arrive souvent qu’un Sacrement exprime et figure en même temps plusieurs choses actuelles et présentes. Ainsi, pour peu que l’on s’arrête à considérer le très saint Sacrement de l’Eucharistie, il est facile de s’en convaincre. En effet, ce Sacrement exprime tout à la fois la présence du vrai Corps et du vrai Sang de Jésus-Christ, et la Grâce que reçoivent ceux qui participent dignement à cet auguste Mystère. — D’après ce que nous venons de dire, il ne sera pas difficile aux Pasteurs de trouver d’excellentes raisons pour montrer aux Fidèles tout ce qu’il y a de Puissance divine et de merveilles cachées dans les Sacrements de la Loi nouvelle, et pour leur persuader qu’il faut les traiter et les recevoir avec la piété la plus respectueuse et la plus sincère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DES RAISONS QUI ONT FAIT INSTITUER LES SACREMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Pour apprendre aux Chrétiens à faire des Sacrements un saint usage, rien ne semble plus convenable que de leur exposer soigneusement les motifs qui les ont fait instituer. Ces motifs sont multiples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier est la faiblesse de l’esprit humain. Cette faiblesse est telle, naturellement parlant, qu’il nous est impossible de parvenir à la connaissance des choses spirituelles et purement intelligibles, sans le secours de celles qui sont perçues par quelques-uns de nos sens. Aussi, le Souverain Auteur de toutes choses, pour nous aider à comprendre plus facilement les effets invisibles et cachés qu’Il opère dans nos âmes, a voulu, dans sa Sagesse et dans sa Bonté infinies, nous les figurer par certains signes qui tombent sous nos sens. Comme l’a si bien dit Saint Jean Chrysostome,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''si l’homme n’avait point eu de corps, les vrais Biens lui eussent été offerts et donnés à découvert et sans voile&amp;amp;nbsp;; mais puisque l’âme est unie à un corps, c’était une nécessité pour elle de s’élever de la notion des choses sensibles, à la connaissance des «&amp;amp;nbsp;choses invisibles.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second motif, c’est que notre esprit n’est pas très porté à croire les choses qui ne lui sont que promises. Voilà pourquoi, dès le commencement du monde, Dieu prit soin de rappeler très souvent par des paroles d’abord, ce qu’il avait promis de faire. Et s’il arrivait qu’Il annonçât un événement dont la grandeur et la difficulté pouvaient ébranler la foi à ses promesses, Il ajoutait aux paroles certains autres signes qui revêtaient souvent le caractère du miracle. Ainsi quand II envoya Moise pour délivrer les Hébreux,&amp;amp;nbsp; celui-ci se défiant du secours même de Dieu qui lui donnait des ordres, craignit qu’un tel fardeau ne fût au-dessus de ses forces, ou bien que ce peuple ne refusât d’ajouter foi aux oracles divins. Alors le Seigneur&amp;amp;nbsp; daigna confirmer sa Promesse par un grand nombre de prodiges divers. Or, de même que Dieu, dans l’Ancien testament, confirmait par des signes miraculeux la certitude de ses plus grandes promesses, de même, dans la Loi nouvelle, Jésus-Christ notre Sauveur, en nous promettant le pardon de nos fautes, la Grâce céleste, et la communication de l’Esprit-Saint, a établi certains signes qui devaient frapper la vue et les autres sens, et nous servir comme de gage des obligations qu’Il contractait, sans nous permettre de douter jamais de sa fidélité à tenir sa promesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisième motif: Dieu voulait que les Sacrements, comme des préservatifs et comme les remèdes salutaires du Samaritain de l’Évangile,&amp;amp;nbsp; selon l’expression de Saint Ambroise, fussent toujours à notre disposition, soit pour entretenir, soit pour recouvrer la santé de l’âme. La Vertu qui découle de la Passion de Jésus-Christ, c’est-à-dire cette Grâce qu’il nous a méritée sur l’autel de la Croix, doit passer par les Sacrements comme par un canal, pour arriver jusqu’à nous. Autrement il n’y a d’espoir de salut pour personne. C’est pourquoi l’infinie Clémence de Notre-Seigneur a voulu laisser dans son Église des Sacrements revêtus du sceau de sa Parole et de sa Promesse&amp;amp;nbsp;; ainsi nous n’aurions pas de peine à croire qu’Il voulait nous communiquer réellement par eux les fruits de sa Passion. Il suffit que chacun de nous use avec foi et piété de ce moyen de guérison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici un quatrième motif qui semble avoir rendu nécessaire l’institution des Sacrements. Il fallait des marques et certains signes pour distinguer les Fidèles des autres hommes. Jamais, dit Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; soit au, nom d’une religion vraie, soit au nom d’une religion fausse, jamais société humaine ne saurait faire un corps, si les membres de cette société ne sont pas liés entre eux par quelque signe, ou marque sensible. Or, les sacrements de la Loi nouvelle produisent ce double effet: d’une part ils distinguent les Chrétiens des infidèles&amp;amp;nbsp;; et d’autre part ils sont comme un lien sacré qui les unit entre eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinquième motif&amp;amp;nbsp;; on trouve encore un excellent motif de l’institution des sacrements dans ces paroles de l’Apôtre saint Paul:&amp;amp;nbsp; ''par le cœur on croit pour être justifié, mais on professe de bouche pour être sauvé. ''Par les Sacrements nous professons extérieurement notre Foi, et nous la faisons connaître devant les hommes. Ainsi en allant recevoir le Baptême, nous faisons publiquement profession de croire que par la Vertu de cette eau qui lave notre corps, notre âme est purifiée de ses souillures spirituelles. Les sacrements d’ailleurs ont une grande efficacité, non seulement pour exciter et nourrir la Foi dans nos esprits, mais encore pour allumer dans nos cœur s le feu de cette Charité que nous devons avoir les uns pour les autres, en nous souvenant que la participation aux mêmes Sacrements nous unit tous par les liens les plus étroits, et qu’elle nous fait membres d’un seul et même corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, — précieux avantage pour la Piété chrétienne -les Sacrements domptent et répriment l’orgueil de notre esprit, en même temps qu’ils nous obligent à pratiquer l’humilité. Par eux, en effet, nous sommes contraints de nous déprendre des éléments de ce monde pour obéir à Dieu, nous qui l’avions abandonné d’une manière outrageante pour nous asservir à ces éléments grossiers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce qui nous a paru le plus digne d’être enseigné sur le nom, la nature et l’institution des Sacrements. Mais après avoir donné ces explications avec tout le soin possible, les Pasteurs auront encore à bien apprendre aux Fidèles de quoi se compose chaque Sacrement, quelles en sont les parties, et enfin quels sont les rites et les cérémonies que l’on doit observer en les administrant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — MATIÈRE ET FORME DES SACREMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs expliqueront d’abord que la ''chose sensible'' dont nous parlons — ce mot se trouve dans la définition du Sacrement — n’est pas simple, quoiqu’elle ne constitue réellement qu’un seul signe. En effet tout Sacrement se compose de cieux choses, l’une qui est comme la matière et que l’on appelle élément&amp;amp;nbsp;; l’autre qui est la forme, et qui consiste dans des paroles. Ainsi l’enseignent les Pères, et particulièrement Saint Augustin, par ces mots que tout le monde connaît:&amp;amp;nbsp; ''La Parole s’unit à l’élément, et le Sacrement existe''. Par conséquent, sous le nom de choses sensibles, les Sacrements comprennent d’abord la matière ou élément, comme l’eau dans le Baptême, le chrême dans la confirmation, l’huile sainte dans l’Extrême-Onction, toutes choses qui tombent sous le sens de la vue&amp;amp;nbsp;; ensuite les paroles qui sont comme la forme, et qui s’adressent au sens de l’ouïe. C’est ce que l’Apôtre a indiqué très clairement quand il a dit:&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ a aimé l’Église&amp;amp;nbsp;; et il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant dans le baptême de l’eau, par la parole de Vie''. Dans ce passage, la matière et la forme sont nettement exprimées. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fallait ajouter les paroles à la matière, afin de rendre plus claire et plus certaine la signification de l’élément qu’on employait. De tous les signes, le plus expressif est évidemment la parole. Si on la supprimait dans les Sacrements, il serait très difficile de deviner ce que désigne et signifie la matière en elle-même. nous en avons une preuve dans le Baptême. L’eau n’est pas moins propre à rafraîchir qu’à purifier. Elle peut donc signifier également ces deux effets. Et si l’on n’avait pas joint des paroles, à l’effusion de l’eau, peut-être aurait-il été possible de trouver par conjecture sa véritable signification, mais il eût été impossible de rien affirmer de certain à cet égard. Au contraire, ajoutez les paroles, et l’on comprend immédiatement que la propriété et la signification de l’eau du Baptême, c’est de purifier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c’est en cela que nos Sacrements l’emportent de beaucoup sur ceux de la Loi ancienne, qui n’avaient, croyons-nous, aucune forme déterminée d’administration. Voilà pourquoi ils étaient si incertains et obscurs. Les nôtres, au contraire, possèdent une forme de paroles si précise, que si par hasard on s’en écarte, l’essence du Sacrement disparaît. Aussi, et pour cette raison ils sont très clairs, et ne laissent aucune place à l’incertitude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les parties qui constituent la nature et la substance des Sacrements, et sans lesquelles ils ne peuvent exister en aucune façon. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — CÉRÉMONIES EMPLOYÉES DANS L’ADMINISTRATION DES SACREMENTS.  ====&lt;br /&gt;
A la matière et à la forme on a joint des Cérémonies, que l’on ne peut omettre sans péché à moins d’y être contraint par la nécessité. Cependant, comme ces cérémonies ne touchent point à l’essence du Sacrement, si par hasard on les omettait, la matière et la forme ne perdraient rien de leur vertu. C’est un usage très sage, et qui remonte aux premiers temps de l’Église, d’administrer les sacrements avec des cérémonies solennelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord il était de toute convenance d’environner d’un culte particulier les Mystères de la Religion, afin de traiter saintement, aux yeux de tous, les choses sacrées. Ensuite les Cérémonies font bien mieux connaître les effets de chaque Sacrement&amp;amp;nbsp;; elles les mettent en quelque sorte sous les yeux, et elles impriment plus profondément dans l’esprit des Fidèles l’idée de leur sainteté. Enfin, ceux qui en sont témoins et qui les observent avec soin, s’élèvent facilement à la contemplation des choses célestes, en même temps qu’ils sentent croître dans leurs cœur s la Foi et la Charité. C’est pourquoi il est nécessaire de ne rien négliger pour bien expliquer aux Fidèles la portée des cérémonies qui font partie de l’administration de chaque Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DU NOMBRE DES SACREMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Le moment est venu de parler du nombre des Sacrements. Il sera très utile aux Fidèles de le connaître. Car ils s’empresseront de louer et de reconnaître l’infinie Bonté de Dieu envers eux, avec une piété d’autant plus sincère et plus vive, qu’ils verront un plus grand nombre de moyens mis à leur disposition par la Sagesse Divine pour les conduire au Salut et à la Vie bienheureuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Sacrements de l’Église catholique, d’après les témoignages de la sainte Écriture, la tradition des Pères et la décision des Conciles,&amp;amp;nbsp; sont au nombre de sept. Mais pourquoi sept, ni plus, ni moins&amp;amp;nbsp;? en voici une raison assez plausible, tirée de l’analogie qui existe entre la vie naturelle et la vie spirituelle. Pour vivre, pour conserver la vie, pour l’employer utilement, tant pour lui-même que pour la société, l’homme a besoin de sept choses: Il faut qu’il naisse, qu’il croisse, qu’il se nourrisse, qu’il se guérisse. s’il tombe malade, qu’il répare ses forces, lorsqu’elles ont été affaiblies. Ensuite au point de vue social, il faut encore qu’il ne manque jamais de magistrats investis de l’autorité nécessaire pour commander, et enfin qu’il se perpétue, lui-même et le genre humain, par la génération légitime des enfants. Or, ces sept conditions semblent répondre assez bien à la vie spirituelle, c’est-à-dire à la vie de l’âme pour Dieu, et par conséquent, il est facile de trouver dans ce que nous venons de dire la raison du nombre des Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême, qui est le premier et comme la porte des autres, nous fait naître à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Confirmation vient ensuite. Elle augmente en nous la Grâce de Dieu et nous fortifie par sa vertu. Les Apôtres étaient déjà baptisés, au témoignage de Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ leur dit:&amp;amp;nbsp; ''Demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la Vertu d’en haut. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis l’Eucharistie qui, comme un aliment vraiment céleste, nourrit et soutient nos âmes. C’est d’elle que le Sauveur dit:&amp;amp;nbsp; ''Ma Chair est véritablement une nourriture, et mon Sang est vraiment un breuvage. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En quatrième lieu vient la Pénitence, qui rend la santé à nos âmes, quand elles ont été blessées par le péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite l’Extrême-Onction, qui enlève les restes du péché, et renouvelle les forces de l’âme. L’Apôtre Saint Jacques a dit de ce Sacrement ''qu’il remet nos péchés, si nous en avons''.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sixième est l’Ordre. C’est lui qui perpétue dans l’Église le ministère des Sacrements, en donnant à ceux qui le reçoivent le pouvoir de les administrer publiquement, et d’exercer toutes les autres fonctions du culte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le Mariage. Ce sacrement est institué, afin que, dans une union légitime et sanctifiée, l’homme et la femme puissent donner des enfants pour le service de Dieu et pour la conservation du genre humain, et aussi afin qu’ils soient capables de les élever chrétiennement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qu’il faut bien remarquer, c’est que si tous les Sacrements possèdent en eux-mêmes une Vertu divine et admirable, cependant ils ne sont pas tous d’une égale nécessité, pas plus qu’ils n’ont ni la même dignité, ni la même signification. Ainsi il y en a trois qui sont regardés&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
comme vraiment nécessaires quoique à des titres différents. Le Baptême est absolument nécessaire à tous sans aucune exception: Le Sauveur l’a déclaré Lui-même dans ces paroles: ''Si quelqu’un ne renaît pas de l’eau et de l’esprit, il ne peut point entrer dans le Royaume de Dieu''.&amp;amp;nbsp; La Pénitence est nécessaire aussi, mais seulement à ceux qui ont commis quelque péché mortel après leur Baptême. Ils ne sauraient éviter la damnation éternelle, s’ils ne font pas une véritable pénitence. Enfin l’Ordre est également d’une nécessité rigoureuse, non pas aux Fidèles en particulier, mais à l’Église en général. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on considère dans les Sacrements leur dignité et leur excellence, l’Eucharistie l’emporte de beaucoup sur tous les autres par la sainteté, le nombre et la grandeur des Mystères qu’elle contient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela se comprendra mieux, lorsque nous expliquerons ce qui se rapporte à chaque Sacrement en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. — DE L’AUTEUR ET DU MINISTRE DES SACREMENTS.  ====&lt;br /&gt;
Nous avons à voir maintenant de qui nous avons reçu ces sacrés et divins Mystères. Car, on n’en saurait douter, la dignité et la grandeur de celui qui donne, ajoutent singulièrement à l’excellence du bienfait. Or cette question ne peut soulever aucune difficulté. Puisque c’est Dieu qui nous rend justes, et que les Sacrements ne sont autre chose que des instruments merveilleux qui nous communiquent la justice, il est évident que nous sommes obligés de reconnaître le même Dieu comme Auteur en Jésus-Christ de la justification et des Sacrements. D’ailleurs ces Sacrements possèdent une vertu et une efficacité qui pénètrent jusqu’au fond de notre âme. Or Dieu seul a le pouvoir de descendre ainsi dans les esprits et dans les cœurs. C’est donc Dieu Lui-même qui a institué les Sacrements par Jésus-Christ, comme nous devons croire d’une Foi ferme et inébranlable, que c’est Lui qui en dispense intérieurement les effets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le témoignage que Jésus-Christ Lui-même en donna à Saint Jean-Baptiste&amp;amp;nbsp; Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit, assure le précurseur, Celui sur qui vous verrez le Saint-Esprit descendre et se reposer, Celui-là baptise dans le Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quoique Dieu soit le véritable Auteur et Dispensateur des Sacrements, Il n’a pas voulu qu’ils fussent administrés dans l’Église par des Anges, mais par des hommes. Et la tradition constante des saints Pères nous apprend que pour produire un Sacrement, l’office du Ministre est aussi nécessaire que la matière et la forme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, ces Ministres, dans l’exercice de leurs fonctions saintes, n’agissent pas en leur propre nom, mais au nom de Jésus-Christ, dont ils représentent la Personne. Et c’est pourquoi, qu’ils soient bons ou qu’ils soient mauvais, pourvu qu’ils emploient la matière et la forme que l’Église Catholique a toujours employées, d’après l’institution de Jésus-Christ, et qu’ils aient l’intention de faire ce que fait l’Église elle-même en les administrant, les Sacrements qu’ils produisent et confèrent, sont de véritables Sacrements. D’où il suit que rien ne peut empêcher le fruit de la Grâce, si ceux qui reçoivent les Sacrements ne veulent se priver eux-mêmes d’un si grand bien, et résister au Saint-Esprit. telle a toujours été la Foi très explicite de l’Église Saint Augustin le démontre&amp;amp;nbsp; très clairement dans ses disputes contre les Donatistes. Et si nous voulons recourir au témoignage de l’Écriture Sainte, écoutons l’Apôtre lui-même qui nous dit:&amp;amp;nbsp; ''C’est moi qui ai planté, c’est Apollon qui a arrosé, mais c’est Dieu qui a donné l’accroissement. Or, ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement''. De même donc que les arbres ne peuvent souffrir en rien de la perversité de celui qui les plante, de même, d’après le texte que nous venons de citer, ceux qui sont entés en Jésus-Christ par le ministère d’hommes coupables, ne peuvent recevoir aucun dommage spirituel de fautes qui leur sont étrangères. Judas, par exemple, comme l’ont enseigné nos saints Pères, d’après l’Évangile de Saint Jean, baptisa plusieurs personnes, et cependant nous ne lisons nulle part qu’aucune d’elles ait été baptisée de nouveau. Ce qui a fait dire à Saint Augustin ces paroles remarquables:&amp;amp;nbsp; ''Judas a donné le Baptême, et l’on n’a point baptisé après Judas. Jean l’a donné aussi, et l’on a baptisé après Jean. C’est que le Baptême que donnait Judas était le Baptême de Jésus-Christ, tandis que celui que donnait Jean était le baptême de Jean. Certes, nous ne préférons point Judas à Jean, mais nous préférons à bon droit le Baptême de Jésus-Christ, donné par Judas, au baptême de Jean donné par les mains de Jean lui-même.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que les Pasteurs et les autres Ministres des Sacrements, en entendant ces choses, n’aillent pas s’imaginer qu’ils peuvent négliger la pureté de la conscience et l’intégrité de la vie, et qu’il leur suffit d’observer -exactement les règles prescrites par l’administration des Sacrements. A coup sûr ce point mérite toute leur attention, mais il est loin de renfermer toutes les obligations qui se rapportent à ce ministère. Les Sacrements ne perdent jamais leur divine Vertu, mais les Pasteurs ne doivent jamais oublier non plus qu’ils causent la mort et le malheur éternel de ceux qui les administrent avec une conscience souillée. Il faut le répéter en effet, et on ne saurait trop le redire: Les choses saintes doivent être traitées saintement, et avec un profond respect. nous lisons dans le Prophète David:&amp;amp;nbsp; ''Dieu a dit au pécheur&amp;amp;nbsp;: Pourquoi annoncez-vous mes préceptes, pourquoi parlez-vous de mon alliance, vous qui haïssez ma Loi&amp;amp;nbsp;?'' Mais si c’est un péché de parler des choses de Dieu, quand on n’a pas le cœur pur, que ne sera pas le crime de celui qui sentant sa conscience chargée d’une foule d’iniquités ne craint pas cependant de prononcer de sa bouche impure les paroles sacrées, de prendre dans ses mains souillées, de toucher, de présenter et d’administrer les sacrés Mystères&amp;amp;nbsp;? surtout quand nous entendons Saint Denis affirmer qu’il n’est pas même permis aux méchants de toucher les Symboles. (C’est le nom qu’il donne aux Sacrements.) Que les Ministres des choses saintes s’appliquent donc avant tout à acquérir la Sainteté, qu’ils apportent un cœur pur à l’administration des Sacrements, et qu’ils s’exercent à la Piété avec un zèle si parfait, qu’ils ne manquent pas, avec le secours de Dieu, de retirer de l’administration fréquente et de l’usage des saints Mystères, une Grâce de jour en jour plus abondante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IX. — EFFETS DES SACREMENTS ====&lt;br /&gt;
Après ces explications, il y aura lieu de bien marquer les effets des Sacrements. Ainsi l’on mettra encore plus en lumière la définition que nous avons donnée plus haut. Ces effets sont au nombre de deux principaux: Le premier sans contredit est la Grâce, que tous les Docteurs appellent sanctifiante, et que l’Apôtre Saint Paul exprime très clairement quand il dit:&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ a aimé son Église, il s’est livré pour elle, pour la sanctifier, en la Purifiant par le Baptême de l’eau dans la Parole de vie.'' Mais comment s’opère un effet si merveilleux, et si étonnant&amp;amp;nbsp;? Comment se fait-il, dit très bien Saint Augustin, que l’eau touche le cœur, en lavant le corps&amp;amp;nbsp;? La raison et l’intelligence de l’homme ne peuvent le comprendre. C’est un principe incontestable que nul objet sensible n’a, par lui-même et de sa nature, la force de pénétrer jusqu’à l’âme. Mais à la lumière de la Foi nous découvrons que la toute Puissance de Dieu a déposé dans les Sacrements une vertu surnaturelle, qui précisément leur fait opérer ce que les choses sensibles ne pourraient naturellement atteindre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour que les Fidèles ne fussent jamais tentés de concevoir des doutes sur cette vérité, Dieu, dans son infinie bonté pour nous, lorsque son Église se mit à administrer les Sacrements, Dieu daigna manifester par des miracles les effets qu’ils opéraient dans les cœur&amp;amp;nbsp;», et nous convaincre que ces effets ne changeraient pas, qu’ils seraient toujours les mêmes, bien qu’ils dussent rester absolument cachés à nos sens. Ainsi, sans rappeler qu’au Baptême de notre Sauveur&amp;amp;nbsp; ''les cieux s’ouvrirent, et que l’Esprit Saint descendit sur Lui sous la forme d’une colombe'', pour nous avertir qu’au moment même où nous sommes lavés par l’eau sainte du Baptême, la Grâce est répandue dans nos âmes&amp;amp;nbsp;; sans rappeler ce prodige qui d’ailleurs se rapporte à la sainteté du Sacrement plus encore qu’à ses effets, ne lisons-nous pas que le Jour de la Pentecôte&amp;amp;nbsp; lorsque les Apôtres reçurent le Saint-Esprit qui allait leur donner la force et l’ardeur de prêcher la Foi, et le courage d’affronter tous les périls pour la gloire de Jésus-Christ, ''il se fit tout à coup un grand bruit venant du ciel, comme le souffle d’un vent violent, et que l’on vit comme des langues de feu se partager, et se reposer sur chacun d’eux&amp;amp;nbsp;?'' Et n’est-ce pas là pour nous une preuve que, dans le Sacrement de Confirmation, nous recevons le même esprit et les mêmes forces pour résister avec courage à la chair, au monde et à Satan, nos éternels ennemis. Aux premiers temps de l’Église, lorsque les Apôtres administraient les Sacrements, on voyait se renouveler ces sortes de miracles, et ils ne cessèrent qu’au moment où la Foi fut suffisamment affermie et consolidée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que nous venons de dire de la Grâce sanctifiante, qui est le premier effet des Sacrements, nous montre clairement que les Sacrements de la Loi nouvelle ont une force et une efficacité bien supérieures à celles qu’avaient jadis les Sacrements de l’ancienne Loi, Éléments'' stériles, sans force et sans vertu, ''dit l’Apôtre saint Paul&amp;amp;nbsp; ''qui ne purifiaient que les souillures du corps et non celles de l’âme''. Aussi n’avaient-ils été institués que comme des signes, pour figurer les effets que les nôtres devaient opérer. Mais dans la Loi nouvelle, les Sacrements sortis du côté de Notre-Seigneur Jésus-Christ , ''qui s’est offert lui-même à Dieu, par le Saint-Esprit, comme une Victime sans tache, purifient nos consciences des œuvres de. mort, pour nous consacrer au service du Dieu Vivant'', et opèrent par la vertu du Sang de Jésus-Christ la Grâce qu’ils signifient. Si donc nous les comparons aux Sacrements anciens, nous leur trouverons tout ensemble plus d’efficacité et de vertu, des fruits plus abondants, et une sainteté bien plus auguste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § X. — CARACTÈRE IMPRIMÉ PAR TROIS SACREMENTS ====&lt;br /&gt;
Le second effet des Sacrements ne leur est point commun à tous&amp;amp;nbsp;; il n’appartient qu’à trois d’entre eux, au Baptême, à la Confirmation et à l’Ordre. Cet effet, c’est le caractère qu’ils impriment dans l’âme. Lorsque l’Apôtre dit:&amp;amp;nbsp; ''Dieu nous a oints de son onction. Il nous a marqués de son sceau, et Il a mis comme gage le Saint-Esprit dans nos cœur'', ces paroles: ''Il nous a marqués de son sceau'', désignent clairement un caractère, puisque l’effet propre du caractère est de marquer et de former une empreinte. Or ce caractère est comme une marque imprimée dans l’âme, qui ne peut s’effacer ni être détruite: elle y demeure éternellement. Les Sacrements de la Loi nouvelle auraient-ils moins de force, dit Saint Augustin, que cette marque corporelle dont les soldats sont honorés&amp;amp;nbsp;? Cependant si le soldat quitte les armes, et les reprend, on ne lui imprime point une marque nouvelle&amp;amp;nbsp;; on reconnaît l’ancienne et l’on l’admet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce caractère a deux effets: l’un nous rend capables de recevoir et de faire certaines choses du domaine de la Religion, l’autre est comme un signe qui nous distingue de ceux qui n’en ont pas été marqués. Double résultat que nous retrouvons dans le caractère du Baptême. D’un côté il nous rend propres à recevoir les autres Sacrements, de l’autre il sert à distinguer les Fidèles des nations qui n’ont pas la Foi. II serait facile de découvrir les mêmes effets dans le caractère de la Confirmation et dans celui de l’Ordre. Le premier nous arme et nous munit, comme des soldats de Jésus-Christ, pour confesser et défendre publiquement son nom, et pour combattre contre les ennemis qui sont au dedans de nous, et&amp;amp;nbsp; ''contre les esprits mauvais qui sont dans l’air''&amp;amp;nbsp;; ensuite il nous sépare des nouveaux baptisés ''qui ne sont que des enfants nouvellement nés''. Le second, (c’est-à-dire le caractère du sacrement de l’Ordre), donne le pouvoir de produire et d’administrer les Sacrements, et il distingue du reste des Fidèles ceux qui en sont revêtus. Il faut donc croire, comme une vérité constante dans l’Église catholique, que ces trois Sacrements impriment un caractère, et qu’ils ne doivent jamais être renouvelés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce qu’il y a lieu d’enseigner sur les Sacrements en général. Et en traitant ce sujet, les Pasteurs feront tous leurs efforts pour obtenir surtout deux choses: la première, de faire comprendre aux Chrétiens combien ces dons célestes et divins méritent d’honneur, de respect et de vénération&amp;amp;nbsp;; la seconde, de les amener à faire un pieux et saint usage de ces moyens surnaturels que l’infinie Bonté de Dieu a préparés pour le salut de tous, et d’allumer en eux un tel désir de la perfection, qu’ils regardent comme un très grand dommage pour leurs âmes d’être privés pendant quelque temps de l’usage si salutaire du sacrement de Pénitence, et principalement de la sainte eucharistie. Or, ils obtiendront facilement ce double résultat, s’ils répètent souvent aux Fidèles ce crue nous avons dit de la divinité et de l’utilité des Sacrements, à savoir, qu’ils ont été institués par Jésus-Christ notre Sauveur, qui ne peut rien produire que de très parfait&amp;amp;nbsp;; que, quand nous les recevons, la Vertu toute puissante de l’Esprit Saint pénètre jusqu’au fond de nos cœur s&amp;amp;nbsp;; qu’ils possèdent la propriété merveilleuse et infaillible de nous guérir&amp;amp;nbsp;; qu’ils sont comme autant de canaux qui nous communiquent les richesses infinies de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; et qu’enfin, si l’édifice de la Religion repose sur le fondement inébranlable de la pierre angulaire qui est Jésus-Christ, il a besoin cependant d’être soutenu de tous les côtés par la prédication de la Parole de Dieu, et par l’usage des Sacrements. Sans quoi il serait bien à craindre qu’il ne vint à tomber en ruine en grande partie. Car si les Sacrements nous font entrer dans la Vie spirituelle, ils sont aussi l’Aliment qui nous nourrit, nous conserve, et nous donne l’accroissement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quinzième — Du Sacrement du Baptême ===&lt;br /&gt;
Ce que nous avons dit jusqu’ici des Sacrements en général, suffit pour faire comprendre combien il est nécessaire de savoir ce que la Foi catholique enseigne sur chaque Sacrement en particulier, si l’on veut être instruit comme il convient de la Doctrine chrétienne, et pratiquer la vraie piété. Il y a plus: quiconque lira Saint Paul avec un peu d’attention sera forcé de conclure qu’une connaissance parfaite du Baptême est absolument requise pour les Fidèles&amp;amp;nbsp;; tant il rappelle souvent, en termes solennels et remplis de l’Esprit de Dieu, le souvenir de ce Mystère&amp;amp;nbsp;! tant il en relève avec soin le côté divin, et s’efforce de le mettre sous nos yeux, pour nous y faire contempler et imiter la Mort, la Sépulture et la Résurrection de notre Rédempteur . C’est pourquoi les Pasteurs ne doivent jamais croire qu’ils ont trop fait, ou déployé trop de zèle, pour parler de ce Sacrement. Ils ne se contenteront pas d’en expliquer, à l’exemple de nos ancêtres, les divers mystères, la veille de Pâques ou de la Pentecôte, dans ces deux jours où l’Église autrefois avait coutume d’administrer ce Sacrement avec un respect si profond et des cérémonies solennelles, — ils devront encore saisir dans les autres temps toutes les occasions d’en dire quelque chose. Une des plus favorables sera la circonstance du Baptême à administrer à quelqu’un, et lorsqu’ils verront un certain nombre de personnes assister à cette cérémonie. Alors il leur sera facile, sinon de passer en revue tous les points qui se rapportent à ce Sacrement, du moins d’en développer un ou deux, avec d’autant plus de fruit que les Fidèles auront sous les yeux des rites sacrés, où ils verront exprimées d’une manière sensible les vérités qu’ils entendront, et qu’ils seront occupés à les contempler avec plus d’attention et de piété. De là il résultera que chacun, frappé de ce qui se fera pour un autre sous ses yeux, ne manquera pas de se rappeler les obligations qu’il a contractées lui-même avec Dieu au jour de son Baptême, et il sera amené à se demander si sa vie et ses mœurs sont bien celles que suppose et exige la profession de Chrétien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — CE QUE C’EST QUE LE BAPTÊME POUR LE NOM ET POUR LA CHOSE.  ====&lt;br /&gt;
Pour mettre de l’ordre et de la clarté en cette matière, il convient d’expliquer d’abord la nature et l’essence du Sacrement, après avoir donné toutefois le sens du mot lui-même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mot de ''Baptême'' est comme on le sait un mot grec, qui, dans les Saintes Écritures, ne signifie pas seulement cette ablution qui est unie au Sacrement, mais encore toute sorte d’ablution,&amp;amp;nbsp; et quelquefois même la Passion.&amp;amp;nbsp; toutefois les Auteurs ecclésiastiques s’en servent pour exprimer, non une ablution corporelle quelconque, mais uniquement celle qui se fait dans le Sacrement, et qui, de plus. Est toujours accompagnée de la forme prescrite des paroles. C’est dans ce sens que les Apôtres l’ont employé très souvent, après Notre-Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Saints Pères ont encore donné au Baptême d’autres dénominations. Ainsi, parce que, en recevant le Baptême, on fait en même temps profession de toute la Foi chrétienne, Saint Augustin l’appelle le ''Sacrement de la Foi''.&amp;amp;nbsp; et parce que la foi que nous professons dans le Baptême illumine nos cœur&amp;amp;nbsp;», d’autres lui ont donné le nom d’''illumination. Souvenez-vous'', dit l’Apôtre aux Hébreux,&amp;amp;nbsp; ''de ces premiers jours, où après avoir été illuminés, vous avez soutenu la grande épreuve des afflictions''. Saint Paul parle évidemment du temps où les Hébreux avaient reçu le Baptême. Saint Jean Chrysostome, dans un discours qu’il prononça devant les Catéchumènes,&amp;amp;nbsp; l’appelle encore, tantôt ''sépulture, plantation, croix'' de Jésus-Christ. Expressions dont il est facile de trouver la raison dans l’Épître aux Romains. Enfin Saint Denys le nomme ''le principe des saints'' Commandements,&amp;amp;nbsp; parce qu’il est comme la porte par laquelle on entre dans la Société chrétienne, et que c’est par ce Sacrement que l’on commence à obéir aux préceptes divins. Voilà en peu de mots ce que l’on pourra dire sur le nom de Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la définition de la chose, on peut en trouver plusieurs dans les Auteurs ecclésiastiques. La plus juste et la plus convenable est celle qui se tire des paroles de Notre-Seigneur dans Saint Jean, et de l’Apôtre dans l’Épître aux Ephésiens. Quand le Sauveur dit:&amp;amp;nbsp; ''Celui qui ne sera pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, ne pourra pas entrer dans le Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;;'' lorsque l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; parlant de l’Église, nous enseigne ''que Jésus-Christ l’a purifiée par l’eau dans la parole''&amp;amp;nbsp;; n’en résulte-t-il pas que le Baptême peut très bien et avec justesse se définir ''le Sacrement de la Régénération dans l’eau par la parole&amp;amp;nbsp;? ''Par la nature, nous naissons d’Adam, et nous naissons enfants de colère&amp;amp;nbsp;; mais par le Baptême nous renaissons en Jésus-Christ, comme enfants de la miséricorde, ''car Dieu a donné''&amp;amp;nbsp; ''le pouvoir de devenir enfants de Dieu à tous les hommes qui croient en son nom, qui ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de. la volonté de l’homme, mais de Dieu. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, quelles que soient les expressions que l’on emploie pour définir le Baptême et l’expliquer, ce qu’il faut apprendre au peuple, c’est que ce Sacrement consiste dans une ablution à laquelle doivent nécessairement s’unir les paroles solennelles que Notre-Seigneur a déterminées et fixées Lui-même.&amp;amp;nbsp; Ainsi l’ont toujours enseigné les Saints Pères&amp;amp;nbsp;; et Saint Augustin en particulier l’affirme de la manière la plus formelle et la plus nette:&amp;amp;nbsp; ''La parole, ''dit-il, ''s’unit à l’élément, et le Sacrement existe''. Les Fidèles ont besoin d’être parfaitement instruits sur ce point. Autrement, ils pourraient tomber dans cette erreur assez commune, et qui consiste à croire que l’eau conservée dans les Fonts baptismaux pour l’administration du Sacrement est le Sacrement lui-même. Le Baptême n’existe que lorsque l’on verse l’eau sur quelqu’un, en prononçant au même moment les paroles instituées par Notre-Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons dit, en traitant des Sacrements en général, que chacun d’eux se compose de la matière et de la forme. Les Pasteurs auront donc soin de bien faire connaître la matière et la forme du Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière, ou l’élément de ce Sacrement, c’est toute espèce d’eau naturelle, eau de mer, de rivière, de marais, de puits, de fontaine, en un mot tout ce qui porte simplement le nom d’eau, et rien de plus. En effet notre Sauveur a dit:&amp;amp;nbsp; ''Celui qui ne sera pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, ne pourra pas entrer dans le Royaume de Dieu. ''Saint Paul enseigne &amp;amp;nbsp;''que l’Église a été purifiée par l’eau. ''Et nous lisons aussi dans Saint Jean:&amp;amp;nbsp; ''qu’il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre, l’esprit, l’eau et le sang. ''Plusieurs autres endroits de l’Écriture renferment la même vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S. Jean-Baptiste, il est vrai, disait&amp;amp;nbsp; ''que notre Seigneur viendrait, et qu’Il baptiserait dans le Saint-Esprit et dans le feu''. Mais ces paroles ne doivent nullement s’entendre de la matière du Baptême. Il faut les rapporter à l’effet intérieur que le Saint-Esprit opère dans l’âme, ou plutôt au miracle qui se manifesta le jour de la Pentecôte , lorsque le Saint-Esprit descendit du ciel sur les Apôtres, sous la forme du feu, miracle que Notre-Seigneur leur avait prédit, en disant:&amp;amp;nbsp; ''Jean a baptisé. dans l’eau, mais vous, sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est également cette matière de notre Sacrement que Dieu, selon les Saintes Écritures, a voulu exprimer par des figures, et par les oracles des Prophètes. Ainsi le Déluge&amp;amp;nbsp; qui purifia la terre, ''parce que la malice des hommes était à son comble, et que toutes leurs pensées étaient tournées vers le mal'', le Déluge était une figure et une image de l’eau du Baptême. C’est le témoignage formel du Prince des Apôtres, dans sa première épître.&amp;amp;nbsp; et Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, leur déclare que le passage de la mer Rouge&amp;amp;nbsp; avait la même signification. Et nous ne parlons pas de l’ablution du Syrien Naaman, ni de la vertu miraculeuse de la piscine probatique, ni de plusieurs autres choses de ce genre dans lesquelles il est facile d’apercevoir autant de symboles de ce Mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux Prophètes qui l’avaient annoncé, personne ne peut en douter. Et ces eaux auxquelles le Prophète Isaïe invite avec tant de zèle tous ceux qui ont soif&amp;amp;nbsp; et celles qu’Ezéchiel voyait en esprit sortir du temple , et cette fontaine que Zacharie&amp;amp;nbsp; montrait dans l’avenir à la maison de David, et aux habitants de Jérusalem, comme une source préparée pour purifier ''le pécheur et la femme impure'', toutes ces eaux excellentes n’étaient-elles pas la figure et le signe de l’eau salutaire du Baptême&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, la nature même et la vertu de ce Sacrement demandaient que l’eau en fût la matière propre. Saint Jérôme, écrivant à Océanus , le démontre très bien, et par de nombreuses raisons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les Pasteurs, traitant le même sujet, enseigneront avant tout aux Fidèles que ce Sacrement étant absolument nécessaire à tous sans aucune exception, pour obtenir la Vie éternelle, rien n’était plus indiqué ni plus convenable, pour en devenir la matière, que l’eau, qui se trouve partout et que l’on peut se procurer si facilement. Au surplus l’eau représente admirablement l’effet du Baptême. Elle lave les souillures du corps, et par là elle exprime très bien l’action et l’efficacité de ce Sacrement sur l’âme, qu’il purifie de ses péchés. Enfin l’eau a la propriété de rafraîchir les corps, comme le Baptême a la vertu d’éteindre en grande partie l’ardeur des passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si l’eau naturelle et sans aucun mélange est une matière suffisante pour administrer le Baptême dans tous les cas de nécessité, cependant c’est un usage constant dans l’Église catholique, fondé sur la tradition des Apôtres, d’ajouter à l’eau le saint Chrême, quand on donne ce Sacrement avec les cérémonies prescrites&amp;amp;nbsp;; ce qui en représente plus clairement encore les effets. Le peuple doit savoir également que, si dans la nécessité, on peut employer une eau dont on doute si elle est telle que le Sacrement l’exige, c’est cependant une vérité incontestable que jamais et pour aucune cause le Baptême ne peut exister, s’il n’est administré avec de l’eau naturelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir expliqué la première des deux choses qui constituent le Baptême, c’est-à-dire la matière, les Pasteurs n’auront pas moins de zèle pour instruire les Fidèles de la forme, seconde partie du Sacrement, tout aussi indispensable que l’autre. Ils devront même apporter à ces explications un soin et un labeur d’autant plus soutenus, que la connaissance d’un aussi saint Mystère n’est pas seulement propre à donner par elle-même à leurs peuples une vive satisfaction — effet ordinaire de la science des choses de Dieu — mais qu’elle est encore infiniment désirable, à cause de l’usage presque journalier qu’on est obligé d’en faire. Il arrive souvent en effet, comme nous le verrons plus tard, et plus en détail, que des gens du peuple, et presque toujours de simples femmes, sont obligés d’administrer le Baptême. C’est donc une chose nécessaire d’apprendre et d’expliquer à tous les Fidèles sans exception, et d’une manière bien exacte, tout ce qui tient à l’essence de ce Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi les Pasteurs enseigneront, en termes très clairs et à la portée de tous, que la forme essentielle et parfaite du Baptême est dans ces mots: ''Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. ''C’est en ces termes en effet qu’elle fut donnée par Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Dieu, lorsqu’Il dit formellement à ses Apôtres&amp;amp;nbsp; ''Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. ''Par ce mot&amp;amp;nbsp;: ''baptisez'', l’Église catholique, inspirée de Dieu, a toujours compris que dans la forme de ce Sacrement, il fallait exprimer l’action du ministre. Et c’est ce que l’on fait, en disant: ''Je te baptise''. Mais, outre les ministres, il fallait encore exprimer et la personne qui reçoit le Baptême, et la cause principale qui produit le Sacrement. Voilà pourquoi l’on ajoute le mot: ''te'', et le nom de chacune des trois Personnes de la Sainte Trinité. De sorte que la forme entière et complète du Sacrement est renfermée dans ces paroles que nous venons de citer: ''Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit''. Ce n’est pas en effet la Personne seule du Fils qui opère l’effet de ce Sacrement, quoique Saint Jean dise: ''c’est Lui qui baptise '', mais ce sont les trois Personnes de la Sainte Trinité ensemble. Et si l’on dit: ''Au nom'', et non pas, ''dans les noms'', c’est pour marquer qu’il n’y a qu’une seule nature et une seule divinité dans la Trinité. Ce mot ne se rapporte donc point aux Personnes&amp;amp;nbsp;; il désigne la substance, la vertu, la puissance divine qui est une et la même dans les trois Personnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette forme que nous venons de donner, comme entière et parfaite, il y a des mots tellement nécessaires que l’on ne pourrait les supprimer sans détruire la validité du Sacrement, mais il y en a d’autres qui ne sont point aussi essentiels, et dont l’omission n’empêche point la validité. De ce nombre est (dans la langue latine) le mot ego, dont le sens est renfermé dans le verbe ''baptizo''. Il y a plus&amp;amp;nbsp;; les Églises Grecques ont varié la tournure, et sont dans l’usage de supprimer complètement ce pronom, persuadées qu’il n’était pas nécessaire de faire mention du ministre. Ainsi, dans ces Églises, on se sert généralement de cette forme: ''Que le serviteur de Jésus-Christ soit baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit''. Ces paroles suffisent pour que le Sacrement soit conféré validement&amp;amp;nbsp;; le Concile de Florence en a ainsi décidé. Et en effet, elles expriment assez clairement la vraie propriété de ce Sacrement, c’est-à-dire l’ablution qui se fait réellement quand on les prononce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on est obligé d’avouer qu’à un moment donné les Apôtres baptisaient seulement au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous devons tenir pour certain qu’ils ne l’ont fait que par l’inspiration du Saint-Esprit. Dans ces commencements de l’Église, ils voulaient donner plus d’éclat à leur prédication par le nom de Jésus-Christ, et faire connaître davantage sa puissance divine et sans bornes. D’ailleurs, en examinant la chose à fond, on voit bientôt qu’il ne manque rien à cette formule de ce qui a été prescrit par notre Sauveur Lui-même. En effet dire Jésus-Christ c’est dire par là même la Personne du Père de qui Il a reçu l’onction sacrée, et la Personne du Saint-Esprit par lequel Il l’a reçue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste il est très permis de douter que les Apôtres aient conféré le Baptême de cette manière. Saint Ambroise, Saint Basile et plusieurs autres Pères d’une sainteté et d’une autorité considérables, croient que ce Baptême donné au nom de Jésus-Christ, n’est autre chose que le Baptême institué par Jésus-Christ, et qu’il fut ainsi appelé pour le distinguer du Baptême de Jean, sans qu’il s’ensuive que les Apôtres se soient écartés pour le conférer de la forme ordinaire et commune, qui exprime distinctement les trois Personnes. Saint Paul semble se servir de la même manière de parler dans son épître aux Galates:&amp;amp;nbsp; ''Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ.'' Que signifient ces paroles, sinon que les Galates avaient été baptisés dans la Foi de Jésus-Christ, mais non avec une formule différente de celle que notre Dieu et Sauveur avait Lui-même prescrite&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que nous venons de dire suffit pour instruire les Fidèles sur la matière et la forme, ces deux parties si importantes de l’essence même du Baptême. Mais pour produire le Sacrement, il y a une manière d’employer l’eau — manière déterminée par l’Église — dont il n’est pas permis de s’écarter. Les Pasteurs auront donc soin de donner la doctrine sur ce point, et d’expliquer en peu de mots l’usage et la pratique de l’Église Elle admet trois manières de baptiser: ou bien en plongeant dans l’eau ceux que l’on baptise, ou bien en versant l’eau sur eux, ou enfin en les arrosant par aspersion. Mais de ces trois rites, quel que soit celui qu’on suive, il est certain que le Baptême est valide. L’eau n’est employée dans le Baptême que pour signifier l’ablution intérieure de l’âme, que ce Sacrement opère. Voilà pourquoi Saint Paul l’appelle un bain.&amp;amp;nbsp; Or il y a également ablution, soit qu’on plonge dans l’eau, comme on le fit longtemps dans les premiers siècles de l’Église&amp;amp;nbsp;; soit qu’on verse l’eau, comme c’est aujourd’hui l’usage général&amp;amp;nbsp;; soit enfin qu’on fasse seulement une aspersion, comme Saint Pierre, dit-on, lorsqu’il convertit et baptisa en un seul jour trois mille personnes.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu importe d’ailleurs que l’on fasse une ou trois ablutions. Saint Grégoire le Grand, écrivant à Léandre, dit que le Baptême s’est donné dans l’Église, et peut se donner de deux manières. néanmoins les fidèles devront observer le rite en usage dans leurs églises particulières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut avoir grand soin d’apprendre au peuple que l’eau doit être versée, non sur une partie quelconque du corps, mais principalement sur la tête, parce que la tête est comme le siège où aboutissent tous les sens intérieurs et extérieurs. De plus, les paroles de la forme du Sacrement doivent être prononcées non pas avant ou après l’ablution, mais dans le moment même où cette ablution se fait et par celui-là même qui la fait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DE L’INSTITUTION DU BAPTÊME.  ====&lt;br /&gt;
Après ces explications, il importe d’enseigner — et de rappeler aux Fidèles — que le Baptême, comme tous les autres Sacrements, a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais ce qu’il faut expliquer souvent et avec soin, c’est que pour le Baptême, il y a deux choses bien différentes à distinguer: d’une part le temps précis où Notre-Seigneur l’institua, et de l’autre celui où l’obligation de le recevoir a été imposée à tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, en ce qui regarde le premier objet, il apparaît clairement que ce Sacrement fut institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsque recevant Lui-même le Baptême par le ministère de Jean, Il voulut bien donner à l’eau la vertu de nous sanctifier. Saint Grégoire de Nazianze&amp;amp;nbsp; et Saint Augustin&amp;amp;nbsp; nous assurent que ce fut en ce moment-là même que l’eau reçut la vertu de nous régénérer pour la vie spirituelle. nous lisons dans Saint Augustin: ''Depuis que Jésus-Christ a été plongé dans l’eau, l’eau a le pouvoir d’effacer tous les péchés. ''Et encore: ''Le Seigneur s’est fait baptiser, non qu’Il eût besoin d’être purifié, mais pour purifier l’eau au contact de sa Chair sans tache, et pour lui communiquer la vertu de nous purifier ensuite.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui nous fournit une preuve sans réplique de cette vérité, c’est que, à ce moment solennel, la Sainte Trinité tout entière, au nom de laquelle on confère le Baptême, manifesta sa présence. On entendit la voix du Père, le Fils était là en personne, et le Saint-Esprit descendit en forme de colombe. De plus les cieux s’ouvrirent, comme ils s’ouvrent pour nous par le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que si quelqu’un demande pourquoi il a plu à notre Seigneur d’attribuer à l’eau une vertu si admirable et si divine, il faut répondre que cela dépasse notre intelligence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce que nous pouvons comprendre d’une manière suffisante, c’est que, notre Sauveur s’étant fait baptiser, l’eau, en touchant sa Chair très sainte et très pure, se trouva consacrée à l’usage de ce Sacrement. Mais nous ne devons pas perdre de vue que pour avoir été institué avant la Passion, le Baptême ne laissa pas d’en tirer toute sa vertu et toute son efficacité, parce que la Passion était comme la fin à laquelle le Rédempteur rapportait toutes ses actions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au temps où l’obligation de recevoir le Baptême a été imposée à tous, il ne peut y avoir aucun doute. Les Auteurs ecclésiastiques conviennent que lorsque notre Seigneur, après sa Résurrection, dit à ses Apôtres:&amp;amp;nbsp; ''Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,'' au même moment, l’obligation de recevoir le Baptême fut imposée à tous les hommes qui voudraient se sauver. Cette conclusion peut se tirer également de ces paroles si autorisées du Prince des Apôtres:&amp;amp;nbsp; ''Il nous a fait renaître à l’espérance de la nie par la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts&amp;amp;nbsp;;'' et aussi de ces paroles de Saint Paul, qui, en parlant de l’Église, s’exprime ainsi:&amp;amp;nbsp; ''Il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le Baptême de l’eau dans la parole de vie.'' tous les deux, en effet, semblent rapporter l’obligation du Baptême au temps qui suivit la mort du Sauveur, de sorte que ces paroles de Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; ''Celui qui ne renaîtra point de l’eau et de l’esprit, ne pourra entrer dans le Royaume de Dieu,'' s’appliquent évidemment au temps qui devait suivre sa Passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Pasteurs ont soin de traiter ce sujet comme il convient, il est impossible que les Fidèles ne reconnaissent point l’excellence et la dignité du Baptême, et ne conçoivent point des sentiments profonds de vénération et de reconnaissance pour un bienfait si admirable et si étonnant, surtout s’ils veulent réfléchir que les effets miraculeux, qui se manifestèrent au Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ, se produisent intérieurement par la vertu du Saint-Esprit dans l’âme de tous ceux qui reçoivent le Baptême. Et de fait, si, comme il arriva au serviteur d’Elisée, nos yeux pouvaient s’ouvrir de manière à voir les choses célestes, il n’est personne assez dépourvu de sens commun, pour ne pas être saisi d’admiration en présence des divins mystères du Baptême. Mais pourquoi n’en serait-il pas de même, si les Pasteurs exposaient toutes les richesses de ce Sacrement avec une clarté si parfaite que les Fidèles fussent capables de les contempler, sinon avec les yeux du corps, du moins avec les yeux de l’esprit éclairé par la Foi&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES MINISTRES DU BAPTÊME.  ====&lt;br /&gt;
Voyons maintenant quels sont les Ministres de ce Sacrement. non seulement il est utile, mais il est nécessaire de le dire, d’une part, afin que ceux qui sont chargés de cette fonction, s’appliquent à la remplir saintement et avec piété&amp;amp;nbsp;; de l’autre, afin que personne ne sorte des limites de ses attributions, et ne cherche à s’introduire à contretemps, ou à pénétrer avec insolence sur le terrain d’autrui. Car, dit l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; ''il faut garder l’ordre en toutes choses. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Fidèles doivent donc savoir qu’il y a trois classes de Ministres du Baptême. A la première appartiennent les Évêques et les Prêtres, qui exercent ce ministère de plein droit, et non en vertu d’un pouvoir extraordinaire. C’est aux Évêques que Notre-Seigneur a dit dans la personne des Apôtres: Allez, baptisez&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp; et si, dès les premiers temps, ils ont pris l’habitude de laisser aux Prêtres l’administration du Baptême, c’était uniquement pour ne pas être obligés d’abandonner la charge plus importante encore de la prédication. Quant aux Prêtres, la doctrine des Pères&amp;amp;nbsp; et l’usage constant de l’Église attestent qu’ils exercent cette Fonction en vertu d’un droit qui leur est tellement propre, qu’ils peuvent baptiser même en présence de l’Évêque Et de fait, puisqu’ils étaient établis pour consacrer l’Eucharistie qui est&amp;amp;nbsp; le Sacrement de la paix et de l’unité, il était tout naturel qu’ils reçussent en même temps le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire pour mettre les hommes en participation de cette paix et de cette unité. Et si quelques Pères ont pu dire que les Prêtres n’avaient pas le droit de baptiser sans la permission de l’Évêque, cela doit s’entendre seulement du Baptême que l’on avait coutume d’administrer plus solennellement à certains jours de l’année. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde classe est celle des diacres. Mais ils ne peuvent baptiser qu’avec le consentement de l’Évêque, ou du Prêtre. De nombreux textes des Pères ne laissent aucun doute sur ce point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En troisième et dernier lieu, viennent ceux qui dans le cas de nécessité, peuvent administrer ce Sacrement, sans les cérémonies habituelles. De ce nombre sont tous les humains, hommes ou femmes, même les derniers du peuple et de quelque religion qu’ils soient. En effet, Juifs, infidèles, hérétiques, quand la nécessité l’exige, tous peuvent baptiser, pourvu qu’ils aient l’intention de faire ce que fait l’Église, en administrant ce Sacrement. Ainsi l’avaient déjà décidé plusieurs fois les Pères et les anciens Conciles. Mais la sainte Assemblée de Trente vient au surplus de prononcer l’anathème contre tous ceux qui oseraient soutenir que le Baptême donné par les hérétiques au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, avec l’intention de faire ce que fait l’Église, n’est pas un Baptême valide et véritable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et certes, c’est là pour nous une belle occasion d’admirer la Bonté parfaite et l’infinie Sagesse de notre Dieu. Parce que le Baptême est nécessaire à tous, Il a choisi et institué pour matière de ce Sacrement l’eau, que l’on trouve partout, et en même temps II n’a voulu refuser à personne le pouvoir de l’administrer. Seulement, comme nous l’avons déjà dit, tous n’ont pas le droit de le conférer avec les cérémonies établies par l’Église&amp;amp;nbsp;; non que ces rites et ces cérémonies soient quelque chose de plus auguste que le Sacrement lui-même, mais parce qu’elles sont moins nécessaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, s’il est permis à tous de baptiser, les Fidèles ne doivent point s’imaginer pour cela que les convenances n’obligent pas à établir un certain ordre parmi les divers Ministres de ce Sacrement. Une femme, par exemple. ne doit pas se permettre d’administrer le Baptême, s’il y a un homme présent&amp;amp;nbsp;; ni un Laïque, s’il y a un Clerc&amp;amp;nbsp;; ni un Clerc s’il y a un Prêtre. Cependant les sages-femmes qui sont accoutumées à baptiser ne sont nullement répréhensibles, si dans certains cas, et en présence d’un homme qui ne sait pas conférer ce Sacrement, elles se chargent elles-mêmes de cette fonction, qui dans d’autres circonstances semble convenir beaucoup mieux à l’homme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DES PARRAINS ET MARRAINES.  ====&lt;br /&gt;
Outre ces différents Ministres qui peuvent, comme nous venons de le dire, administrer le Baptême, il en est d’autres qu’un usage très ancien de l’Église catholique fait concourir à la cérémonie de la sainte et salutaire Ablution. Ce sont ceux que nous appelons aujourd’hui Parrains, et que les auteurs ecclésiastiques appelaient communément autrefois receveurs, répondants, ou cautions. Comme ces sortes de Fonctions peuvent être remplies par presque tous les laïques, les Pasteurs devront les passer en revue avec soin, afin que les Fidèles sachent bien ce qu’il faut faire pour les remplir convenablement. Avant. tout, il sera nécessaire d’expliquer pour quelles raisons on a joint aux Ministres du Sacrement des Parrains et des répondants. Et cette raison paraîtra très juste et très sage à tous ceux qui voudront se souvenir que le Baptême est une régénération spirituelle, par laquelle nous naissons véritablement enfants de Dieu. C’est ainsi que l’enseigne Saint Pierre:&amp;amp;nbsp; ''Comme des enfants nouvellement nés, désirez le lait spirituel, et pur de tout mélange. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu’un enfant a vu le jour, il a besoin des secours et des soins d’une nourrice et d’un maître, pour s’élever d’abord, et ensuite pour s’instruire dans les sciences et dans les arts. Ainsi ceux qui commencent à vivre de la vie spirituelle puisée aux Fonts du Baptême, ont besoin d’être confiés à une personne remplie de Foi et de prudence, capable de les instruire des préceptes de la religion chrétienne, de les former à la pratique de toutes les Vertus, et de les faire croître peu à peu en Jésus-Christ, jusqu’à ce qu’ils deviennent, avec la Grâce de Dieu, des hommes (des Chrétiens) parfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cela est d’autant plus nécessaire que les Pasteurs chargés de la conduite des Paroisses, n’ont généralement pas assez de loisir pour se charger du soin d’instruire les enfants en particulier sur les éléments de la Foi. Saint Denys nous a laissé un témoignage remarquable de l’ancienneté de cet usage:&amp;amp;nbsp; ''Nos divins Maîtres,'' dit-il, car c’est ainsi qu’il appelle les Apôtres, ''ont eu la pensée, et ont jugé à propos de donner des répondants aux enfants, conformément à cette sainte coutume qui porte les parents naturels à choisir pour leurs enfants des personnes éclairées dans les choses de Dieu, capables de leur tenir lieu de maîtres, et sous la direction desquels ces enfants doivent passer le reste de leur vie, comme sous les auspices d’un père spirituel, et du gardien de leur salut. ''Le Pape Hygin dit la même chose, et son autorité confirme notre doctrine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc avec une profonde sagesse que la sainte Église a décrété que les liens de l’affinité spirituelle existeraient non seulement entre celui qui baptise et celui qui est baptisé, mais encore entre le Parrain, son Filleul. Et les Parents de ce dernier. De sorte qu’il ne peut y avoir de légitime mariage entre ces différentes personnes, et que si par hasard un mariage était contracté dans ces conditions, il serait nul de plein droit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il faudra instruire les Fidèles sur les obligations des Parrains&amp;amp;nbsp;; on s’acquitte aujourd’hui de ce devoir avec tant de négligence, qu’il ne reste plus de cette charge que le nom. On ne paraît même pas soupçonner qu’elle renferme quelque chose de sacré. Or, en général, les Parrains ne doivent jamais perdre de vue qu’ils ont contracté l’obligation spéciale et rigoureuse de considérer dans leurs enfants spirituels des personnes confiées pour toujours à leurs soins, de les former avec un grand zèle à toutes les pratiques de la Vie chrétienne, et de faire tous leurs efforts pour les engager à remplir fidèlement, pendant leur vie, ce qu’ils ont si solennellement promis pour eux au Baptême. Écoutons là-dessus saint Denys.&amp;amp;nbsp; Voici ce qu’il fait dire à un répondant (au Parrain): ''Je promets d’exhorter et d’engager soigneusement cet enfant, lorsqu’il sera en âge de comprendre la Religion, à renoncer à tout ce qui est contraire au bien, à professer et à remplir exactement les promesses qu’il fait maintenant à Dieu. — Vous tous,'' s’écrie à son tour saint Augustin , ''hommes et femmes qui avez reçu des enfants au Baptême, je vous en avertis, surtout n’oubliez pas que vous êtes devenus auprès de Dieu les cautions de ceux qu’on vous a vus recevoir sur les Fonts sacrés. ''Et en effet n’est-il pas bien juste que celui qui s’est chargé d’un emploi, ne se lasse jamais de s’en acquitter avec exactitude, et que celui qui a promis publiquement d’être le maître et le guide d’un autre, ne se permette point d’abandonner celui qu’il a pris sous sa garde et sous sa protection, tant qu’il sait que ce dernier a besoin de ses services et de son appui&amp;amp;nbsp;? — Mais quels sont les enseignements que les Parrains doivent donner à leurs Filleuls&amp;amp;nbsp;? Saint Augustin nous le dit en peu de mots, en traitant de leurs obligations.&amp;amp;nbsp; ''Ils doivent les avertir de garder la chasteté, d’aimer la justice, de conserver la charité, et leur apprendre le plus tôt possible, et avant tout le reste, le symbole, l’Oraison Dominicale, le Décalogue et les premiers Principes de la Religion chrétienne. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’après cela, il est facile de voir à quelles personnes on ne doit point confier la direction de cette sainte tutelle. Ce sont toutes celles qui ne veulent pas, ou qui ne peuvent pas s’en acquitter fidèlement et avec zèle. D’abord le père et la mère sont exclus. Il ne leur est pas permis d’être les Parrains de leurs enfants. L’Église veut nous faire comprendre par là combien l’éducation spirituelle diffère de l’éducation selon la chair. Ensuite, on ne doit jamais confier cette fonction aux hérétiques, aux Juifs, aux infidèles, puisqu’ils ne pensent et ne cherchent qu’à obscurcir la vérité de la Foi par leurs mensonges, et à détruire toute la piété chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Concile de Trente défend également de faire tenir le même enfant sur les Fonts du Baptême par plusieurs Parrains ou Marraines. On doit se borner à un seul Parrain, ou à une seule Marraine, ou du moins prendre seulement l’un et l’autre. Et en voici la double raison: D’une part la multitude des maîtres pourrait introduire de la confusion dans la direction et l’instruction des enfants, de l’autre il était bon de restreindre les affinités provenant de ce chef, entre un trop grand nombre de personnes, pour ne point gêner le développement des alliances dans la société par légitime mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre seizième — Suite du sacrement du Baptême ===&lt;br /&gt;
==== § I. — NÉCESSITÉ DU BAPTÊME.  ====&lt;br /&gt;
Ce que nous avons dit jusqu’ici de ce Sacrement est très utile à connaître pour les Fidèles. Mais ce qu’il est absolument nécessaire de ne pas leur laisser ignorer, c’est que Notre-Seigneur a fait à tous les hommes une loi de se faire baptiser, loi si rigoureuse que ceux qui ne seraient pas régénérés en Dieu par la grâce de ce Sacrement, ne viendraient au monde que pour leur malheur et leur perte éternelle, que leurs parents d’ailleurs fussent chrétiens ou païens. C’est pourquoi les Pasteurs ne sauraient expliquer trop souvent ces paroles de l’Évangile&amp;amp;nbsp; ''Si quelqu’un n’est pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume des cieux. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cette loi ne regarde pas seulement les adultes, l’autorité et les témoignages des Pères établissent qu’elle atteint même les petits enfants, et que l’Église l’a reçue de la tradition apostolique. D’ailleurs, est-il possible de croire que Notre-Seigneur Jésus-''Christ eût refusé aux enfants le sacrement et la grâce du Baptême, Lui qui disait:&amp;amp;nbsp; Laissez les petits enfants, et ne tes empêchez pas de venir n moi, parce que le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent''&amp;amp;nbsp;; Lui qui les embrassait, qui leur imposait les mains, et les bénissait&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous lisons&amp;amp;nbsp; que Saint Paul baptisa un jour une famille tout entière. Or n’est-il pas assez naturel de supposer que les enfants qui faisaient partie de cette famille furent également purifiés par cette eau salutaire&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Circoncision qui était la figure du Baptême apporte aussi son témoignage, et un témoignage considérable, en faveur du Baptême des enfants. En effet, personne n’ignore que l’on avait coutume de donner la Circoncision aux enfants le huitième jour après leur naissance. Or, puisque la Circoncision, ''qui dépouille la chair par la main des hommes '', était utile à ces enfants, pourquoi le Baptême, qui est la circoncision spirituelle de Jésus-Christ, ne produirait-il pas en eux ses effets&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, comme l’enseigne l’Apôtre , si la mort a régné par un seul, et par le péché d’un seul, ''à plus forte raison ceux qui reçoivent l‘abondance de la Grâce et du don de la Justice, doivent régner dans la vie par un seul qui est Jésus-Christ''. Or les enfants, par le péché d’Adam, ont contracté la tache originelle&amp;amp;nbsp;; à plus forte raison donc peuvent-ils recevoir la Grâce et la Justice par Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour ''régner dans la vie''&amp;amp;nbsp;; ce qui est absolument impossible sans le Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi les Pasteurs enseigneront qu’il est de toute nécessité de baptiser les enfants, et ensuite de les former peu à peu dés l’âge le plus tendre, et par les préceptes de la Religion chrétienne, à la pratique de la vraie piété. Car, comme le Sage l’a très bien dit:&amp;amp;nbsp; ''Le jeune homme, même quand il aura vieilli, ne quittera point la voie qu’il aura suivie dans sa jeunesse.'' On ne peut douter que les enfants, au moment où ils reçoivent le Baptême, ne reçoivent en même temps le don mystérieux de la Foi&amp;amp;nbsp;; non pas qu’ils croient par l’adhésion de leur intelligence,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
mais parce qu’ils sont comme revêtus et imprégnés de la Foi de leurs Parents, si leurs Parents sont croyants, ou s’ils sont infidèles, de la Foi de toute la société des Saints. (C’est la parole même de Saint Augustin). Car on peut dire avec vérité que les enfants sont présentés au Baptême par tous ceux qui désirent les y voir présenter, et dont la charité les fait admettre dans la Communion du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc engager fortement les Fidèles à porter leurs enfants à l’Église, et à les faire baptiser avec les cérémonies consacrées, dès qu’ils pourront le faire sans danger. Les enfants n’ont pas d’autre moyen de salut que le Baptême. Ce serait une faute, et une faute grave, de les laisser dans la privation de la grâce de ce Sacrement plus longtemps que la nécessité ne l’exige. Et il ne faut pas oublier que la faiblesse de leur âge les expose à une infinité de périls mortels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux adultes qui ont le parfait usage de leur raison, et qui sont nés de parents infidèles, la conduite à tenir est toute différente. Selon la coutume de la primitive Église, il faut les instruire d’abord des vérités de la Foi chrétienne, et puis les exhorter, les exciter, les inviter avec la plus grande ardeur à l’embrasser. S’ils se convertissent au Seigneur, on les avertira de ne pas différer à recevoir le Baptême au-delà du temps prescrit par l’Église Car il est écrit:&amp;amp;nbsp; ''ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de jour en jour. ''Il faut leur apprendre que la conversion complète ne se trouve que dans la régénération baptismale. Que plus ils viendront tard au Baptême, plus longtemps aussi ils demeureront privés de l’usage et de la grâce des autres Sacrements, qui sont l’âme, en quelque sorte, de toute la Religion chrétienne, puisque le Baptême seul ouvre les portes qui conduisent jusqu’à eux&amp;amp;nbsp;; enfin qu’ils renonceraient également aux avantages immenses que ce premier Sacrement renferme. C’est qu’en effet l’eau salutaire du Baptême efface et détruit les taches et les souillures de tous les péchés commis auparavant, en même temps qu’elle orne notre âme de cette Grâce divine dont le secours et la force nous font désormais éviter le mal et conserver la justice et l’innocence, — deux choses dans lesquelles se résume toute la Vie chrétienne, comme il est facile de le voir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré cela l’Église n’est pas dans l’usage de donner le Baptême aux adultes aussitôt après leur conversion. Elle veut au contraire qu’on le diffère un certain temps. Ce retard n’entraîne point pour eux les dangers qui menacent les enfants, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Comme ils ont l’usage de la raison, le désir et la résolution de recevoir le Baptême, joints au repentir de leurs péchés, leur suffiraient pour arriver à la grâce et à la justification, si quelque accident soudain les empêchait de se purifier dans les Fonts salutaires. Au contraire, ces retards ont bien leur utilité. Puisque l’Église est chargée de veiller, et avec la plus grande sollicitude, à ce que personne ne s’approche de ce Sacrement par un esprit de dissimulation et d’hypocrisie, elle connaît et apprécie mieux, en différant le Baptême, la sincérité de ceux qui le demandent. Voilà pourquoi les anciens Conciles avaient décrété que les Juifs qui se convertiraient à la Foi catholique, resteraient pendant plusieurs mois au rang de simples Catéchumènes, avant d’être admis à recevoir le Baptême. D’un autre côté ce retard permet d’instruire les Adultes d’une manière plus parfaite des règles de la Vie chrétienne, et des principes de la Foi dont ils doivent faire profession. Enfin on rend à ce Sacrement tout l’honneur qu’il mérite, en le recevant d’une manière solennelle, et avec les cérémonies de l’Église, aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il y a quelquefois des raisons graves et même nécessaires de ne pas différer le Baptême aux Adultes, par exemple s’ils se trouvent en danger de mort, ou s’ils sont parfaitement instruits des Mystères de la Foi. C’est ce que firent Saint Philippe et le prince des Apôtres. Saint Philippe baptisa le serviteur de la reine d’Ethiopie, et Saint Pierre le centurion Corneille, l’un et l’autre sans aucun retard, et dès qu’ils eurent déclaré qu’ils étaient prêts à embrasser la Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR RECEVOIR LE BAPTEME.  ====&lt;br /&gt;
Il faut aussi apprendre au peuple, et bien lui expliquer quelles doivent être les dispositions de ceux qui se présentent au Baptême. La première de toutes, c’est le désir et la volonté ferme d’être baptisés. Puisque par le Baptême on meurt au péché, et on embrasse une vie nouvelle, et des principes nouveaux, il est juste de ne le conférer à qui que ce soit malgré lui, et de ne le donner qu’à ceux qui l’acceptent volontairement et avec plaisir. La tradition nous apprend que la coutume a toujours existé de demander à celui que l’on va baptiser s’il a la volonté de l’être. Et il ne faut pas penser que cette volonté manque, même chez les plus jeunes enfants, puisque l’Église répond pour eux, et que sa propre volonté à cet égard est bien évidente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les insensés et les fous qui ont joui quelque temps de leur bon sens, et l’ont perdu ensuite, ne peuvent pas avoir dans cet état la volonté de recevoir le baptême. Ils ne doivent donc pas être baptisés, à moins qu’ils ne soient en danger de mort. Car dans ce cas il faut les baptiser, pourvu toutefois qu’ils aient manifesté le désir de recevoir ce Sacrement avant de tomber en démence. Dans le cas contraire, on ne doit pas les baptiser. Il en est de même de ceux qui sont en enfance. S’ils n’ont jamais joui de leur bon sens, s’ils n’ont jamais eu l’usage de leur raison, la coutume et l’autorité de l’Église demandent qu’on les baptise comme les enfants qui viennent de naître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais outre le désir formel du Baptême que doivent avoir ceux qui sont raisonnables, la Foi leur est également nécessaire pour recevoir la grâce du Sacrement, et nécessaire au même titre que la volonté. Car ce n’est pas sans motif que Notre-Seigneur a dit:&amp;amp;nbsp; ''Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé''. De plus il faut qu’ils aient un repentir sincère de tous leurs péchés, de toute leur mauvaise conduite antérieure, et une ferme résolution de ne plus pécher à l’avenir. Celui qui demanderait le Baptême, sans avoir la volonté bien arrêtée de corriger, ses habitudes coupables, devrait être absolument écarté. Rien n’est plus opposé à la grâce et aux effets du Baptême que les dispositions et les sentiments d’un pécheur qui ne veut mettre aucun terme à ses désordres. Puisqu’on ne désire ce Sacrement que pour revêtir Jésus-Christ, et pour s’unir à Lui, c’est donc un devoir indispensable d’éloigner de l’Ablution sacrée celui qui se propose de persévérer dans ses vices et dans ses fautes. D’ailleurs on ne doit jamais abuser en aucune façon de ce qui touche à Jésus-Christ et à son Église Or ce serait abuser du Baptême, et le recevoir en vain, du moins en ce qui concerne la sanctification et le salut, que dé conserver, en le recevant, la volonté de vivre selon la chair et non pas selon l’esprit. toutefois, même avec cette disposition, on recevrait véritablement le caractère du Sacrement, pourvu que le Baptême fût administré régulièrement, et que l’on eût l’intention de recevoir ce que l’Église elle-même a l’intention de donner. Voilà pourquoi le Prince des Apôtres répondit à cette multitude d’hommes qui, nous dit l’Écriture, étaient venus, le cœur contrit, lui demander, à lui et aux autres Apôtres, ce qu’ils avaient à faire (pour être sauvés) &amp;amp;nbsp;: ''Faites pénitence, et que chacun de vous reçoive le Baptême''&amp;amp;nbsp;; et dans un autre endroit:&amp;amp;nbsp; ''Repentez-vous, et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés. ''— De même Saint Paul, dans son épître aux Romains, fait voir clairement que celui qui est baptisé doit absolument mourir au péché. Voilà pourquoi il nous avertit&amp;amp;nbsp; ''de ne point abandonner nos membres au péché, comme des armes d’iniquités, mais de nous donner à Dieu, comme étant revenus de la mort à la vie. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Fidèles savent méditer fréquemment ces Vérités, ils seront d’abord forcés d’admirer sans réserve la bonté infinie de Dieu, qui sans aucun mérite de notre part, et par la seule inspiration de sa miséricorde, a bien voulu nous accorder le bienfait si extraordinaire et si précieux du baptême. Et s’ils viennent ensuite à considérer combien doit être pure et éloignée de tout mal la vie de ceux qui ont reçu un présent si magnifique, ils n’auront aucune peine à comprendre qu’un vrai Chrétien doit passer tous les jours de sa vie aussi saintement, et avec autant de piété, que s’il venait seulement de recevoir ce jour-là le sacrement et la grâce du Baptême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES EFFETS DU BAPTÊME.  ====&lt;br /&gt;
Un des moyens les plus efficaces pour allumer dans le cœur des Chrétiens le feu du véritable amour de Dieu, c’est de leur expliquer avec soin les effets du Baptême. Il faudra donc revenir souvent sur ce sujet, afin qu’ils sachent bien que ce Sacrement les a élevés à un très haut degré de dignité, et qu’ils ne doivent jamais souffrir que les artifices, ou la violence de leurs ennemis les en fassent déchoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première chose à leur apprendre sur ce point, c’est que tous. nos péchés, soit le péché originel qui nous vient de nos premiers parents, soit le péché actuel que nous commettons par notre propre volonté, — quand même ce péché dépasserait en malice tout ce qu’on peut imaginer, — tous nos péchés, disons-nous, nous sont remis et pardonnés par la vertu merveilleuse du Sacrement de Baptême. Longtemps avant Notre-Seigneur, Ezéchiel avait prédit cet effet:&amp;amp;nbsp; ''Je verserai sur vous une eau pure'', dit Dieu Lui-même, par la bouche du Prophète, ''et vous serez purifiés de toutes vos souillures''. Et l’Apôtre saint Paul, après avoir fait aux Corinthiens une longue énumération de diverses sortes de péchés, ajoute:&amp;amp;nbsp; ''C’est ce que vous avez été autrefois: mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés''. Telle a été en effet, et manifestement, la doctrine constante de l’Église Saint Augustin, dans son livre du Baptême des enfants,&amp;amp;nbsp; dit que ''par la génération du Saint-Esprit, on obtient la rémission des péchés volontaires, avec celle du péché originel''. Et saint Jérôme à Océanus:&amp;amp;nbsp; ''Tous les crimes'', dit-il, ''sont pardonnés dans le Baptême''. Et pour qu’il ne put rester aucun doute sur cette vérité, même après les définitions des autres Conciles, la sainte assemblée de Trente a prononcé l’anathème contre ceux qui oseraient penser autrement, et qui auraient la témérité de soutenir que&amp;amp;nbsp; ''la rémission des péchés par le Baptême n’est pas entière, et qu’ils ne sont pas absolument effacés et comme déracinés de l’âme, mais seulement coupés et rasés en quelques sortes, de manière que les racines en demeurent encore dans notre cœur. ''Car, pour employer les propres expressions du Concile, ''Dieu ne hait rien dans ceux qui sont régénérés, parce qu’il n’y a aucune cause de condamnation dans ceux qui ont été véritablement ensevelis avec Jésus-Christ par le Baptême, pour mourir ait péché&amp;amp;nbsp;; qui ne vivent plus selon la chair&amp;amp;nbsp;; qui ont dépouillé le vieil homme&amp;amp;nbsp;; qui se sont revêtus de l’homme nouveau qui a été créé selon Dieu&amp;amp;nbsp;; et qui sont devenus innocents, purs, sans tache, et agréables à Dieu. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il faut le reconnaître, et le saint Concile l’a formellement décrété dans le même endroit, la concupiscence ou le foyer du péché subsiste encore chez les baptisés&amp;amp;nbsp;; mais la concupiscence n’est point le péché. Saint Augustin enseigne que ''chez les enfants le Baptême remet la faute de la concupiscence, mais qu’il leur laisse la concupiscence, pour les exercer.'' Et ailleurs il dit positivement que ''la faute est détruite dans le Baptême, mais que la faiblesse reste''. La concupiscence qui vient du péché n’est autre chose en effet qu’une inclination ou tendance de l’âme, essentiellement contraire à la raison&amp;amp;nbsp;; mais cette tendance cependant est bien différente de la véritable nature du péché, quand il ne s’y joint ni consentement de la volonté pour la suivre, ni négligence pour la combattre. Et lorsque saint Paul a dit:&amp;amp;nbsp; ''«&amp;amp;nbsp;Je n’aurais pas connu la concupiscence, si la Loi ne m’avait dit: tu ne convoiteras pas&amp;amp;nbsp;»'' il a voulu parler, non des mouvements mêmes de la concupiscence, mais du vice de la volonté. Nous trouvons la même doctrine dans saint Grégoire:&amp;amp;nbsp; ''Si quelqu’un prétend, dit-il, que par le baptême les péchés sont remis seulement jusqu’à la surface, qu’y a-t-il de moins chrétien que cette opinion&amp;amp;nbsp;? Car, par le sacrement de la Foi, l’âme, entièrement dégagée de ses fautes, n’est plus attachée qu’à Dieu''. Puis, en preuve de ce qu’il affirme, il rapporte les paroles de Notre Sauveur dans saint Jean:&amp;amp;nbsp; ''Celui qui a été lavé, n’a plus besoin que de se laver les pieds, et il est pur dans tout le reste. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on veut une image sensible et une figure frappante de cette vérité, il n’y a à considérer ce que l’Écriture rapporte de Naaman, le lépreux de Syrie. Après s’être baigné sept fois dans le Jourdain, il fut si parfaitement guéri que ''sa chair semblait être celle d’un enfant''. Pareillement l’effet propre du Baptême est de nous remettre tous nos péchés, aussi bien le péché originel que ceux que nous avons commis par notre propre faute. C’est pour cette fin-là même que notre Sauveur l’a institué. Le Prince des Apôtres, pour n’en point citer d’autres, nous l’apprend formellement, quand il dit:&amp;amp;nbsp; ''Faites pénitence, et que chacun de vous reçoive le Baptême au nom de Jésus-Christ, pour la rémission de ses péchés. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et non seulement le Baptême remet tous les péché., priais grâce à l’infinie bonté de Dieu, il remet en même temps toutes les peines qui leur sont dues. Il est vrai que les Sacrements ont la vertu de nous communiquer les mérites de la Passion de Jésus-Christ. Mais c’est du Baptême que l’Apôtre a dit que&amp;amp;nbsp; ''par lui nous mourons et sommes ensevelis avec Jésus-Christ.'' Voilà pourquoi la sainte Église a toujours compris qu’on ne pouvait, sans faire une très grande injure à ce Sacrement, imposer à celui qui doit le recevoir et être purifié par lui, ces ''œuvr''es de piété que les saints Pères appellent communément des œuvres satisfactoires. Et ce que nous disons ici n’a rien de contraire à l’usage de la primitive Église, qui ordonnait aux Juifs. lorsqu’ils recevaient le Baptême, de jeûner pendant quarante jours. Ce jeune n’avait point rapport à la satisfaction&amp;amp;nbsp;; mais c’était un moyen de rappeler à ceux qui recevaient le Baptême, que par respect pour la dignité de ce Sacrement, ils devaient se livrer sans interruption pendant quelque temps au jeûne et à la prière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais s’il est absolument certain que le Baptême remet toutes les peines dues aux péchés, cependant il n’exempte point de ces châtiments que les tribunaux humains infligent aux grands criminels. Ainsi celui qui aurait mérité la mort ne pourrait se soustraire par le Baptême au supplice ordonné par la loi. Mais on ne saurait trop louer la religion et la piété de ces princes qui, pour faire éclater davantage la gloire de Dieu dans ses Sacrements, accorderaient sa grâce au coupable en cette circonstance, et lui remettraient sa peine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus le Baptême, après le court passage de cette vie, nous délivre de toutes les peines qui sont dues au péché originel. C’est une grâce que la mort de Jésus-Christ nous a méritée. Comme nous l’avons dit plus haut, par le Baptême nous mourons avec Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; or, dit l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; ''si noirs sommes entés en Lui, par la ressemblance de sa Mort, nous le serons aussi par la ressemblance de sa Résurrection''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc, dira peut-être quelqu’un, ne sommes-nous pas, aussitôt après le Baptême, et dès cette vie mortelle, délivrés de tous les inconvénients qui l’accompagnent et rétablis par la vertu de l’ablution sacrée dans cet état de dignité et de perfection, où Adam le père du genre humain avait été placé avant son péché&amp;amp;nbsp;? nous pouvons donner de ce fait deux principales raisons&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première, c’est que nous sommes unis au corps de Jésus-.Christ, et que nous en devenons les membres par le Baptême. Or il ne convenait pas de nous accorder plus de privilèges qu’à notre Chef lui-même. Notre-Seigneur Jésus-Christ, tout en possédant dés le premier instant de sa conception, la plénitude de la Grâce et de la Vérité, n’a point déposé pour cela la fragilité de la nature humaine qu’il avait prise, avant d’avoir enduré les tourments de sa Passion et de sa Mort, et avant de s’être ressuscité Lui-môme à la vie glorieuse de l’immortalité. Dès lors, qui pourrait s’étonner de voir les Fidèles, qui possèdent déjà par le Baptême la grâce de la justice céleste, continuer de vivre encore dans une chair périssable et fragile&amp;amp;nbsp;? Quand ils auront supporté pour Jésus-Christ toutes sortes de peines et de travaux, quand ils auront subi la mort, et qu’ils seront ensuite revenus à la vie, alors ils seront dignes de jouir avec Lui de l’éternité bienheureuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde raison qui a fait laisser en nous après le Baptême l’infirmité du corps, les maladies, le sentiment de la douleur et les mouvements de la concupiscence, c’est que Dieu voulait nous ménager comme une ample moisson de mérites de toute sorte, et par ce moyen, nous faire obtenir un jour des fruits plus abondants de gloire, et de plus magnifiques récompenses. Si nous souffrons patiemment toutes les misères de la vie, si avec l’aide de Dieu, nous soumettons les affections déréglées de notre cœur à l’empire de la raison, nous avons le droit d’espérer fermement, avec l’Apôtre, que,&amp;amp;nbsp; ''ayant bien combattu, achevé notre course et conservé la Foi, le Seigneur nous réservera la couronne de justice, et que ce juste Juge nous la rendra au dernier jour''. C’est de la même manière que Dieu semble avoir agi avec les enfants d’Israël. Il les délivra de la servitude d’Égypte, de la poursuite de Pharaon et de son armée, qu’Il précipita dans la mer&amp;amp;nbsp;; et cependant Il ne les introduisit point immédiatement dans l’heureuse terre de la promesse&amp;amp;nbsp;; mais auparavant, Il les fit passer par plusieurs épreuves, et les exposa à de nombreux périls. Et plus tard, lorsqu’Il les mit en possession de la terre promise, Il chassa, il est vrai, de cette terre la plupart de ses habitants, mais II y conserva cependant quelques nations, qu’on ne put jamais détruire, afin que le peuple de Dieu eût sans cesse l’occasion d’exercer son courage, et sa vertu guerrière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joignons à cela que si le Baptême, tout en ornant l’âme des dons célestes, procurait en même temps les biens du corps, plusieurs probablement voudraient le recevoir. plutôt à cause de ces avantages temporels et présents, que par l’espérance de la gloire future. Et cependant les biens que le Chrétien ne doit jamais perdre de vue, ne sont pas ces biens faux et incertains qui se voient, mais les biens véritables et éternels qui ne se voient pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, la vie présente, si remplie de misères qu’elle soit, n’est pas sans joies et sans douceurs. Pour nous en effet, qui sommes comme des branches entées sur Jésus-Christ par le Baptême, que peut-il y avoir de plus doux, et de plus désirable, que de prendre la croix sur nos épaules, de suivre notre Sauveur comme un chef, sans nous laisser ni rebuter par la fatigue, ni arrêter par les dangers, et de tendre sans cesse de toutes nos forces à la récompense céleste à laquelle Dieu nous appelle, pour recevoir de sa main, ceux-ci le laurier de la virginité, ceux-là, la couronne de la science et de la prédication, les uns la palme du martyre, les autres enfin les récompenses dues à leurs vertus&amp;amp;nbsp;? Or, tous ces titres et tous ces insignes ne pourraient nous être accordés, si auparavant nous ne nous étions point exercés dans la carrière de cette vie si pénible, et si nous n’avions pas remporté la victoire dans le combat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour en revenir aux effets du Baptême, il faudra expliquer que ce Sacrement, non seulement nous délivre, par la vertu qui lui est propre, de tout ce que l’on peut vraiment appeler les maux, mais qu’il nous enrichit encore des biens et des dons les plus précieux. Ainsi il remplit notre âme de cette Grâce divine qui nous rend justes, et nous fait enfants de Dieu, héritiers du salut éternel. Car, comme il est écrit:&amp;amp;nbsp; ''celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé''&amp;amp;nbsp;; et l’Apôtre affirme&amp;amp;nbsp; ''que l’Église a été Purifiée par le Baptême de l’eau par la parole''. Or, d’après le décret du Concile de Trente, qui nous oblige de le croire sous peine d’anathème, la grâce reçue dans le Baptême n’efface pas seulement nos péchés, mais elle est encore comme une qualité divine qui s’attache à l’âme, c’est comme un rayon, une lumière qui en absorbe toutes les taches, et qui la rend plus belle et plus brillante. Cette vérité se déduit aussi très clairement de l’Écriture sainte, lorsqu’elle dit que&amp;amp;nbsp; ''«&amp;amp;nbsp;la grâce est répandue dans nos cœurs'', et qu’elle est &amp;amp;nbsp;''un gage du Saint-Esprit.&amp;amp;nbsp;»'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais cette grâce que le Baptême communique est accompagnée du glorieux cortège de toutes les vertus qui, par un don spécial de Dieu, pénètrent dans l’âme en même temps qu’elle. L’Apôtre écrivait à Tite:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu nous a sauvés par l’eau de la régénération et du renouvellement du Saint-Esprit, qu’Il a répandu sur nous avec abondance, par Jésus-Christ notre Sauveur.''&amp;amp;nbsp;» Et Saint Augustin affirme que ces paroles, ''Il a répandu en abondance,'' doivent s’entendre de toute la rémission des péchés et de l’abondance de toutes les vertus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême nous unit aussi et nous attache à Jésus-Christ comme des membres à leur chef. C’est la tête qui communique à chaque partie du corps la force et le mouvement nécessaires pour remplir les fonctions oui lui sont propres. De même aussi c’est de la plénitude de notre Seigneur Jésus-Christ que se répand sur tous ceux qui sont justifiés, cette Vertu, cette Grâce divine qui nous rend capables d’accomplir tous les devoirs de la Piété chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et personne ne doit trouver étrange qu’avec une aussi grande abondance de vertus qui viennent orner et fortifier notre âme, nous ne puissions cependant commencer. ou du moins achever aucune bonne ''œuvr''e, sans les peines et les difficultés les plus grandes. Ce n’est pas que Dieu dans sa bonté ne nous ait accordé réellement les vertus qui engendrent les bonnes ''œuvr''es. Mais c’est crue, même après le Baptême, la lutte acharnée de la chair contre l’esprit n’est pas finie. Au contraire. Et il serait indigne d’un Chrétien de se décourager dans cette lutte, ou de se laisser abattre. S’il s’appuie sur la bonté de Dieu, et s’il s’applique chaque jour à bien vivre, il doit garder dans son cœur l’espérance certaine que bientôt il trouvera facile et agréable&amp;amp;nbsp; ''tout ce qui est honnête, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint''. Méditons souvent ces saintes pensées, pratiquons avec joie ce qu’elles nous enseignent, et&amp;amp;nbsp; ''le Dieu de la paix sera avec nous. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre le Baptême imprime dans notre âme un caractère ineffaçable. Mais nous n’avons plus besoin d’en parler ici. Car nous avons développé plus haut, en traitant des Sacrements en général, toutes les explications qui se rapportent à cet objet. II est facile de les y trouver. Cependant, comme c’est en se fondant sur la nature et la vertu de ce caractère que l’Église a décidé que le Baptême ne pouvait jamais être réitéré, les Pasteurs ne négligeront pas de le rappeler souvent aux Fidèles, afin de prévenir toute erreur à cet égard. Au reste, cette doctrine est celle que professe l’Apôtre dans ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''il n’y a qu’un Seigneur, une Foi, un Baptême.&amp;amp;nbsp;''» Ensuite quand il exhorte les Romains à conserver soigneusement la vie, qu’ils ont reçue de Jésus-Christ, ''en mourant avec Lui par le Baptême, ''ce qu’il ajoute , ''si Jésus-Christ est mort pour le péché, il n’est mort qu’une fois'', ne semble-t-il pas vouloir dire ouvertement que si Jésus-Christ ne peut mourir une seconde fois, il ne nous est pas permis non plus à nous-mêmes de mourir deux fois par le Baptême. Aussi la Sainte Église fait-elle publiquement profession de n’admettre qu’un seul Baptême. Et pour trouver cette doctrine absolument conforme à la raison et à la nature de ce Sacrement, il suffit de se rappeler que le Baptême est une régénération spirituelle. De même que selon l’ordre de la nature nous ne naissons et ne venons au monde qu’une seule fois, de même encore, pour parler le langage de Saint Augustin, qu’il est impossible de rentrer dans le sein de sa mère, ainsi il ne peut y avoir non plus qu’une seule génération spirituelle, et dans aucun cas, le Baptême ne peut être renouvelé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et que personne ne s’imagine que l’Église le renouvelle, lorsque dans l’incertitude si le Baptême a eu lieu, elle fait l’ablution sacrée, en disant: ''si tu as été baptisé, je ne te baptise pas de nouveau, mais si tu ne l’as pas été, je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. ''Ce n’est point là recommencer le Baptême d’une manière criminelle, c’est au contraire remplir un devoir très saint que de l’administrer ainsi sous condition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant les Pasteurs ont quelques précautions à prendre sur ce point, pour éviter des fautes journalières qui sont très contraires au respect dû au Sacrement. Ainsi, il en est qui ne croient pas commettre la moindre faute en baptisant sous condition tous ceux qu’on leur présente indistinctement. Si on leur apporte un enfant, ils ne songent point du tout à s’informer, s’il a été baptisé auparavant, mais ils le baptisent eux-mêmes sur le champ. Bien plus, s’ils savent que le Sacrement a été administré à la maison, ils n’hésitent point à réitérer l’Ablution sainte, en y joignant les cérémonies prescrites. Cependant ils ne sauraient agir ainsi sans faire un sacrilège, et sans contracter cette indignité que les Auteurs ecclésiastiques appellent une irrégularité. Le Pape Alexandre&amp;amp;nbsp; n’autorise cette manière de baptiser qu’à l’égard de ceux sur le Baptême desquels, après un examen attentif, il reste encore quelque doute. Dans tous les autres cas, il n’est lainais permis d’administrer de nouveau ce Sacrement, même sous condition. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin après tous les avantages que nous retirons du Baptême, il en est un dernier auquel tous les autres se rapportent, c’est de nous ouvrir la porte du ciel, que le péché nous tenait auparavant fermée. Au reste, ces effets que nous attribuons à l’efficacité du Baptême, nous pouvons parfaitement les inférer de ceux qui, au témoignage de l’Évangile, se manifestèrent au Baptême de Notre-Seigneur. Les cieux s’ouvrirent alors,&amp;amp;nbsp; et l’on vit le Saint-Esprit descendre sur Jésus-Christ sous la forme d’une colombe. Ce prodige signifiait que ceux qui sont baptisés reçoivent les dons du Saint-Esprit, et que la porte du ciel leur est ouverte, non à la vérité pour qu’ils entrent dans la jouissance de la gloire céleste, immédiatement après leur Baptême,. mais quand le temps sera venu&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire, lorsque délivrés de toutes les misères terrestres, qui ne sauraient atteindre la vie des bienheureux, ils se dépouilleront de leur condition mortelle, pour jouir de l’immortalité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les effets du Baptême. A ne considérer que la vertu du Sacrement, ils sont, sans aucun doute, les mêmes pour tous. Mais si l’on s’arrête aux dispositions de ceux qui le reçoivent, il est bien certain que chacun en tire une grâce céleste, et des fruits plus ou moins abondants, suivant l’état particulier de son cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DES PRIÈRES ET DES CÉRÉMONIES DU BAPTÊME.  ====&lt;br /&gt;
Il ne nous reste plus maintenant qu’à parler en peu de mots et d’une manière claire, des Prières, des Rites et des Cérémonies du Baptême. Ce que l’Apôtre dit du don des langues&amp;amp;nbsp; ''qu’il est inutile quand les Fidèles ne comprennent pas ce que l’on dit'', peut s’appliquer presque aussi bien aux Rites et aux Cérémonies du Baptême. Ce sont là en effet les signes et l’image visible des effets invisibles de ce Sacrement. Mais si les fidèles ignorent le sens et la portée de ces signes, on ne voit plus guère à quoi les Cérémonies peuvent être utiles. Il faut donc que les Pasteurs travaillent à les faire bien comprendre, et à persuader aux Chrétiens que si elles ne sont pas absolument nécessaires, elles sont cependant très importantes, et dignes de toute notre vénération. C’est de quoi il est aisé de les convaincre en leur rappelant et l’autorité de ceux qui les ont établies, (et qui ne sont autres que les Apôtres), et la fin pour laquelle elles ont été instituées. Elles nous portent en effet à administrer le Baptême plus religieusement, et plus saintement&amp;amp;nbsp;; elles placent pour ainsi dire sous nos yeux les effets admirables et les dons divins renfermés dans ce Sacrement&amp;amp;nbsp;; enfin elles impriment plus fortement dans nos cœurs le souvenir des immenses bienfaits de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mettre un certain ordre dans leurs explications, et pour aider en même temps la mémoire de leurs auditeurs, les Pasteurs devront ramener à trois catégories toutes les Cérémonies et toutes les Prières dont l’Église se sert dans l’administration du Baptême. La première renfermera les Cérémonies qui ont lieu avant que l’on soit arrivé aux Fonts, la seconde celles qui se pratiquent aux Fonts mêmes, et la troisième celles qui suivent l’administration du Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, il faut préparer l’eau que l’on doit employer dans le Baptême. On la consacre en y mêlant l’huile de l’Onction mystique, mais cette consécration ne se fait point dans tous les temps. Selon la coutume de nos ancêtres, on attend pour cela certains Jours de Fêtes qui passent à bon droit pour les plus saints et les plus solennels de l’année. C’est aux vigiles de ces Fêtes que l’on bénit l’eau de l’Ablution sacrée&amp;amp;nbsp;; et même autrefois, dans la primitive Église, le Baptême n’était administré que ces jours-là, quand la nécessité n’obligeait point d’agir autrement. Et quoique l’Église n’ait pas jugé à propos de conserver cet usage, à cause des dangers habituels de la vie, cependant elle a toujours religieusement gardé la coutume de ne bénir l’eau et les Fonts du Baptême, que dans les saints jours de Pâques et de la Pentecôte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cette bénédiction de l’eau, il faut expliquer les autres Cérémonies qui précèdent immédiatement le Baptême. On apporte, ou l’on conduit ceux qui doivent être baptisés, aux portes de l’église&amp;amp;nbsp;; et là on les oblige à s’arrêter, parce qu’ils sont indignes d’entrer dans la Maison de Dieu, tant qu’ils n’ont pas brisé le joug de l’esclavage le plus honteux, et qu’ils ne se sont pas consacrés entièrement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à son très légitime empire. Alors le Prêtre leur demande ce qu’ils désirent de l’Église Sur leur réponse, il les instruit d’abord de la Foi Chrétienne dont ils doivent faire profession au Baptême. Cette instruction se fait sous forme de catéchisme. On ne peut douter que cette coutume ne soit un effet du commandement même que fit notre Sauveur aux Apôtres, quand Il leur dit : «&amp;amp;nbsp;''Allez par tout le monde, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que Je vous ai commandé.&amp;amp;nbsp;''» Ces paroles font bien voir qu’il ne faut pas administrer le Baptême, avant d’avoir exposé, au moins en abrégé, les principaux articles de notre sainte Religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or cette instruction se faisant par manière de catéchisme, c’est-à-dire, par une suite de plusieurs interrogations, les réponses doivent être données par celui qui veut être baptisé, s’il est adulte, et, s’il est enfant, par le répondant ou Parrain, qui s’engage solennellement pour lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vient ensuite l’Exorcisme, qui a pour objet de chasser le démon, de détruire ses forces, et d’affaiblir son pouvoir&amp;amp;nbsp;; il consiste en prières et en Formules sacrées et religieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l’Exorcisme se joignent d’autres Cérémonies, qui, pour être mystiques, n’en ont pas moins une signification propre et très claire. Ainsi le sel que l’on met dans la bouche de celui que l’on baptise, signifie évidemment que par la profession de la Foi et par le don de la Grâce il va être délivré de la corruption de ses péchés, prendre le goût des œuvres saintes, et aimer à se nourrir de la divine Sagesse. — ensuite on fait le signe de la Croix sur son front, sur ses yeux, sur sa poitrine, sur ses épaules et sur ses oreilles, pour montrer que l’effet du Baptême est d’ouvrir et de fortifier les sens, afin que le Chrétien puisse recevoir Dieu en lui, comprendre ses Commandements et les observer. Aussitôt après on lui met de la salive sur les narines et sur les oreilles, et on l’introduit aux Fonts baptismaux. Cette cérémonie nous rappelle l’aveugle de l’Évangile sur les yeux duquel Notre-Seigneur mit un peu de boue faite avec de la salive, et qu’Il envoya ensuite se laver dans la piscine de Siloe, où il recouvra aussitôt la vue. Ainsi telle est la vertu de l’eau sacrée du Baptême, qu’elle éclaire notre âme d’une Lumière céleste et lui fait comprendre la doctrine sainte du Salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces préliminaires achevés, on se rend aux Fonts. Là, on accomplit encore d’autres Rites et d’autres Cérémonies, qui comprennent en abrégé les obligations imposées au Chrétien. D’abord le prêtre demande par trois fois, à celui qui va être baptisé: «&amp;amp;nbsp;''Renoncez-vous à Satan, à toutes ses œuvres, et à toutes ses pompes&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» et à chaque demande il répond, lui, ou le Parrain en son nom: «&amp;amp;nbsp;''Oui, j’y renonce''.&amp;amp;nbsp;» Ainsi donc celui qui se consacre au service de Jésus-Christ doit promettre en premier lieu, avec toute la sincérité et toute la religion possibles, d’abandonner le démon et le monde, et désormais de les regarder sans cesse comme ses plus cruels ennemis. Puis, le Prêtre l’arrête devant les Fonts sacrés, et lui fait cette question «&amp;amp;nbsp;''Croyez-vous en Dieu le Père tout Puissant&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Il répond «&amp;amp;nbsp;''Oui, j’y crois''.&amp;amp;nbsp;» Interrogé de même sur chacun des autres Articles du Symbole, il fait une profession solennelle de Foi, profession qui, avec la promesse précédente, contient certainement toutes les obligations et tous les principes de la Loi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais lorsque le moment d’administrer le Baptême est enfin arrivé, le Prêtre lui demande s’il veut être baptisé. Sur l’affirmation qu’il en donne lui-même, ou que le Parrain donne en son nom, s’il ne parle pas encore, aussitôt on fait couler sur lui l’eau salutaire, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. L’homme n’avait été si justement condamné que pour avoir volontairement obéi au serpent, ainsi Notre-Seigneur n’a voulu inscrire au nombre des siens que le soldat de bonne volonté qui mériterait le salut éternel, en obéissant de son plein gré à ses divins Commandements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Baptême étant achevé, le Prêtre fait sur le haut de la tête du baptisé une onction avec le saint Chrême, afin qu’il sache que dès ce moment il est uni et attaché à Jésus-Christ, comme un membre à son chef, qu’il vient d’être enté sur son Corps, et que son nom de Chrétien lui vient de Christ, comme celui de Christ vient de chrême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la signification du saint Chrême, elle se révèle très bien, dit Saint Ambroise , dans la Prière que fait alors le Prêtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il revêt le nouveau baptisé d’une robe blanche, en disant: «&amp;amp;nbsp;''Recevez cet habit blanc, et portez-le sans souillure ou tribunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin que vous obteniez la Vie éternelle.&amp;amp;nbsp;''» Aux enfants qui ne portent pas encore la robe, on donne un petit linge blanc, qu’on leur met sur la tête, en prononçant les mêmes paroles. Ce symbole représente tout à la fois, selon les Saints Docteurs, la gloire de la Résurrection, pour laquelle nous venons de naître par le Baptême&amp;amp;nbsp;; l’éclat et la beauté dont ce Sacrement orne notre âme après l’avoir purifiée des souillures du péché&amp;amp;nbsp;; et enfin l’innocence et l’intégrité des mœurs, que le nouveau baptisé doit conserver toute sa vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, on lui met à la main un cierge allumé. C’est la figure de la Foi embrasée par la Charité, qui lui a été communiquée par le Baptême, et qu’il doit ensuite entretenir et augmenter par la pratique des bonnes ''œuvr''es. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, on donne un nom au baptisé, mais ce nom, on doit toujours l’emprunter à un personnage que sa piété et ses vertus éminentes ont fait placer au nombre des Saints. La ressemblance du nom le portera à imiter sa justice et sa sainteté&amp;amp;nbsp;; et non seulement il l’imitera, mais encore il voudra l’invoquer comme un Protecteur et un Avocat auprès de Dieu, qui l’aidera à sauver tout ensemble, et son âme et son corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit donc blâmer fortement ceux qui affectent de donner aux enfants des noms de personnages païens, et particulièrement de ceux qui ont été les plus impies. Ils font bien voir par là le peu d’estime et de respect qu’ils ont pour la Piété chrétienne, puisqu’ils prennent plaisir à rappeler la mémoire de ces hommes mauvais, et qu’ils veulent que les Fidèles aient continuellement les oreilles frappées de ces noms profanes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Pasteurs ont soin d’expliquer tout ce que nous venons de dire du Sacrement de Baptême, ils n’auront pas de peine à voir qu’il ne manque rien d’essentiel à l’instruction des Chrétiens sur cette matière. En effet nous avons montré ce que signifie le nom de ce Sacrement, quelle est sa nature et son essence, et de quelles parties il se compose. nous avons dit par qui il a été institué, qui sont ceux qui peuvent et qui doivent l’administrer, et quelles personnes il faut admettre comme guides pour soutenir la faiblesse des nouveaux baptisés. nous avons dit aussi à qui le Baptême peut être donné, quelles doivent être les dispositions de ceux qui le reçoivent, quelle est sa vertu et son efficacité. Enfin nous avons expliqué, autant que notre sujet le demandait, les Rites et les Cérémonies qui en accompagnent l’administration. Et la raison principale qui oblige les Pasteurs à ne point négliger l’enseignement de ces vérités, c’est qu’elles doivent faire l’objet continuel des pensées et de la sollicitude des Chrétiens, qui voudront rester fidèles aux promesses solennelles et sacrées de leur Baptême, et mener une vie qui réponde à la profession si sainte du nom qu’ils ont l’honneur de porter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre dix-septième — Du sacrement de Confirmation ===&lt;br /&gt;
Si ce fut toujours un devoir pour les Pasteurs d’expliquer avec soin ce qui concerne le sacrement de Confirmation, jamais ce devoir n’a paru plus nécessaire qu’aujourd’hui, où l’on voit un si grand nombre de Chrétiens, au sein même de l’Église de Dieu, négliger entièrement de le recevoir, et un si petit nombre s’appliquer à en retirer les fruits salutaires qu’il peut produire. II faut donc que les Pasteurs instruisent les Fidèles de sa nature, de son efficacité et de son excellence, soit au jour de la Pentecôte, qui est le temps principal où on l’administre, soit à d’autres jours où ils pourront le faire commodément. Ils doivent leur persuader non seulement de ne point le négliger, mais encore de le recevoir avec beaucoup de respect et de piété&amp;amp;nbsp;; autrement il arriverait, par notre faute et pour notre malheur, que ce grand bienfait de Dieu nous aurait été accordé en vain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — LA CONFIRMATION EST UN VRAI SACREMENT.  ====&lt;br /&gt;
En commençant par le mot même, on devra dire que l’Église a donné le nom de Confirmation à ce Sacrement, parce que celui qui après son Baptême reçoit de l’Évêque l’onction du Saint Chrême avec ces paroles sacramentelles «&amp;amp;nbsp;''Je vous marque du Signe de la Croix et je vous confirme par le Chrême du salut, au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit&amp;amp;nbsp;''», reçoit aussi, quand rien n’arrête l’efficacité du Sacrement, une Vertu nouvelle qui le rend plus fort, et qui en fait un parfait soldat de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or que la Confirmation soit un Sacrement réel et véritable, la sainte Église catholique l’a toujours reconnu&amp;amp;nbsp;; et le pape Melchiade et plusieurs autres Souverains Pontifes très anciens, et d’une sainteté éminente, l’ont enseigné clairement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S. Clément ne pouvait pas l’affirmer d’une manière plus positive : «&amp;amp;nbsp;''Tous doivent se hâter, dit-il, de se régénérer en Dieu, et de se faire marquer par l’Évêque, c’est-à-dire de recevoir la Grâce et les sept Dons du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; autrement, si on néglige de recevoir ce Sacrement, non par nécessité, mais par mépris et volontairement, il est impossible que l’on soit parfait Chrétien, comme nous l’apprenons de Saint Pierre et des autres Apôtres, qui le tenaient de Jésus-Christ Lui-même.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Papes Urbain, Fabien, Eusèbe, qui, animés du même esprit, ont répandu leur sang pour Jésus-Christ, confirment la même vérité par leurs décrétales. tous les Pères l’ont aussi soutenue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Denys l’Aréopagite, évêque d’Athènes, expliquant comment on prépare le saint Chrême, et la manière de s’en servir, dit : «&amp;amp;nbsp;''Les Prêtres revêtent le nouveau baptisé d’un habit conforme à son innocence, et le conduisent à l’Évêque Celui-ci le marque d’une Onction sacrée et toute divine, et le fait participer de la très sainte Communion.''&amp;amp;nbsp;» Eusèbe de Césarée attribue tant de vertu à ce Sacrement qu’il ne craint pas de dire que l’hérétique Novat ne peut obtenir le Saint-Esprit, parce qu’étant malade, quand il reçut le Baptême, il ne fut pas marqué par le signe du saint Chrême. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les témoignages les plus formels que nous possédons sur ce point, sont celui de Saint Ambroise dans le livre qu’il écrivit sur les nouveaux baptisés, et celui de Saint Augustin dans les traités qu’il composa contre les lettres du donatiste Pétilien. tous deux étaient si persuadés de la vérité de ce Sacrement, qu’il l’ont prouvée et appuyée par plusieurs textes de la Sainte Écriture Saint Ambroise rapporte à la Confirmation ces paroles de l’Apôtre &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''ne contristez pas l’Esprit-Saint de Dieu, dans lequel vous avez été marqués.''&amp;amp;nbsp;» Et Saint Augustin en fait autant des passages suivants, dont l’un se lit dans les Psaumes : ''Comme l’huile répandue sur la tête d’Aaron, et qui coule jusque sur sa barbe''&amp;amp;nbsp;; et l’autre dans Saint Paul : L’Amour'' de Dieu a été répandu dans nos cœur s par le Saint-Esprit qui nous a été donné. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quoique le Pape Melchiade ait dit que le Baptême est intimement lié avec la Confirmation, il ne faut pas croire pour cela que l’un ne soit pas tout à fait distinct de l’autre. La différence des grâces que chacun d’eux communique, les signes sensibles que représentent ces grâces établissent nettement que ce sont aussi deux Sacrements différents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le Baptême les hommes sont engendrés à une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;; par la Confirmation au contraire, déjà engendrés auparavant, ils deviennent des hommes faits, en laissant ce qui tient de l’enfance&amp;amp;nbsp;; dès lors, autant il y a de différence entre la naissance et l’accroissement dans la vie naturelle, autant il y en a entre le Baptême qui nous régénère spirituellement et la Confirmation qui nous fait croître, et nous donne la force parfaite de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs, ne fallait-il pas établir une espèce particulière de Sacrement, là ou l’âme rencontre une espèce particulière et nouvelle de difficulté&amp;amp;nbsp;? Si nous avons d’abord besoin de la grâce du Baptême pour réformer notre âme par la Foi, n’est-il pas également très convenable que nos cœur s soient affermis par une autre grâce, afin que rien, ni la crainte des châtiments, des supplices et de la mort, ne puisse nous empêcher de confesser la vrai Foi. Or c’est ce dernier effet qui est produit par la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où l’on doit conclure qu’elle est un Sacrement différent du Baptême. Et voici comment le Pape Melchiade exprime cette différence d’une manière très précise : «&amp;amp;nbsp;''Au Baptême, dit-il, l’homme est enrôlé dans la milice&amp;amp;nbsp;; et dans la Confirmation il est armé pour le combat. Sur les fonts du Baptême, le Saint-Esprit accorde la plénitude de l’innocence&amp;amp;nbsp;; et dans la Confirmation il perfectionne pour conserver la Grâce. Dans le Baptême nous sommes régénérés pour vivre&amp;amp;nbsp;; après le Baptême, confirmés pour combattre. Dans l’un, nous sommes lavés&amp;amp;nbsp;; dans l’autre, nous sommes fortifiés. La régénération sauve par et le même dans la paix ceux qui reçoivent le Baptême, et la Confirmation donne des armes et prépare les combats.&amp;amp;nbsp;''» — Cette Vérité, enseignée déjà par plusieurs Conciles, a été l’objet d’un décret spécial du saint Concile de Trente&amp;amp;nbsp;; de sorte que loin qu’une opinion contraire soit permise sur ce point, le doute même ne l’est pas. Mais puisque nous avons dit plus haut combien il est important d’apprendre aux Fidèles par qui tous les Sacrements en général ont été institués, il faut faire connaître aussi l’Auteur de la Confirmation. C’est un moyen de donner une plus haute idée de sa sainteté. Les Pasteurs enseigneront donc que non seulement Notre-Seigneur Jésus-Christ l’a instituée, mais qu’Il a déterminé Lui-même, au témoignage du Pape Saint Fabien, l’usage du saint Chrême, et les paroles que l’Église catholique emploie pour l’administrer. Ils n’auront pas de peine à en convaincre tous ceux qui voient dans la Confirmation un Sacrement véritable. En effet, tous les Sacrements sont au-dessus des forces de la nature, et par conséquent ils ne peuvent avoir pour Auteur que Dieu seul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — MATIÈRE ET FORME DE LA CONFIRMATION.  ====&lt;br /&gt;
Voyons maintenant quelles sont les parties qui composent ce Sacrement, et parlons d’abord de ce qui en fait la matière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La matière du Sacrement de Confirmation s’appelle Chrême. Ce mot tiré du grec, est employé par les écrivains profanes&amp;amp;nbsp;; pour désigner toute espèce de parfums. Mais les Auteurs ecclésiastiques ne l’appliquent communément qu’à cette composition d’huile et de baume, qui se fait avec la bénédiction solennelle de l’Évêque Ainsi, deux choses sensibles mêlées ensemble sont la matière de ce Sacrement. Et par le mélange des éléments différents qui la composent, cette matière nous montre la diversité des dons du Saint-Esprit, communiqués au confirmé. Elle fait voir très bien également l’excellence de la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église, dans ses Conciles, a toujours enseigné que cette matière était bien telle que nous venons de la décrire. nous en trouvons la tradition dans les écrits de Saint Denys, de beaucoup d’autres Pères d’une grande autorité, et surtout du Pape Saint Fabien, qui assure&amp;amp;nbsp; que Notre-Seigneur Jésus-Christ a prescrit Lui-même la composition du baume aux Apôtres, et qu’ils l’on ensuite transmise à l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y avait en effet aucune matière plus propre que le saint Chrême à représenter les effets de la Confirmation. L’huile, qui de sa nature est grasse, qui coule et se répand facilement, exprime la plénitude de la grâce qui, par le Saint-Esprit déborde et s’étend de Jésus-Christ notre Chef sur nous comme ce parfum&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qui coule sur la barbe d’Aaron, et jusque sur ses vêtements''&amp;amp;nbsp;». — ''Dieu,'' en effet , ''a versé l’huile de joie sur son Fils avec plus d’abondance que sur tous les autres, et nous avons tous reçu de sa plénitude. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baume dont le parfum est très agréable, signifie la bonne odeur de toutes les vertus que les Fidèles répandent, après avoir été rendus parfaits par la Confirmation, et qui leur permet de dire avec Saint Paul : «&amp;amp;nbsp;''nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ devant Dieu''&amp;amp;nbsp;». — Une autre propriété du baume, c’est de ne pas laisser corrompre les choses qui en ont été enduites&amp;amp;nbsp;; ce qui exprime admirablement la vertu du sacrement de Confirmation, puisqu’il est constaté que les cœur s des Fidèles, prémunis par la grâce céleste qu’il communique, se préservent facilement de la contagion du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la consécration du saint Chrême, c’est l’Évêque qui la fait avec des cérémonies solennelles. Et cet usage vient de notre Sauveur Lui-même, qui l’enseigna et le prescrivit aux Apôtres, dans la dernière Cène. nous le savons par le pape Fabien, aussi illustre par sa sainteté que par la gloire de son martyre. Mais d’ailleurs, la raison seule suffirait pour nous montrer qu’il devait en être ainsi. Pour la plupart des autres Sacrements, Jésus-Christ a choisi une matière qu’Il avait sanctifiée Lui-même. Ainsi, il ne s’est pas contenté d’instituer l’eau pour la matière du Baptême, en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un n’est pas régénéré par l’eau et par l’esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» mais quand il fut baptisé lui-même, Il communiqua à l’eau la vertu de sanctifier. Ce qui a fait dire à Saint Jean Chrysostome:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que l’eau ne pourrait pas effacer les péchés de ceux qui croient, si elle n’avait été sanctifiée en touchant le corps de Notre-Seigneur.''&amp;amp;nbsp;» Comme donc Il n’a point consacré Lui-même la matière du Chrême, n’en ayant fait aucun usage, il était nécessaire qu’elle le fût par des Prières saintes et sacrées, et qu’une telle consécration fût réservée spécialement à l’Évêque, qui est le Ministre ordinaire de ce Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela il faudra expliquer la seconde partie de la Confirmation, c’est-à-dire la forme, ou les paroles qui accompagnent l’onction sainte. Il y aura lieu d’avertir les fidèles qui doivent recevoir ce Sacrement, que l’instant où ils entendent prononcer ces paroles est aussi celui où ils doivent exciter dans leurs cœurs des sentiments de Foi, de Piété, de Religion, afin qu’il n’y ait rien en eux qui puisse mettre obstacle à la Grâce. Voici ces paroles qui contiennent la forme entière de ce Sacrement: «&amp;amp;nbsp;''Je vous marque du signe de la Croix, et je vous confirme par le Chrême du salut, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il est facile de montrer par la raison que c’est bien là la forme essentielle. En effet la forme d’un sacrement doit renfermer tout ce qui peut en faire connaître la nature et la substance. Or, qu’y-a-t-il de plus important à remarquer dans la Confirmation&amp;amp;nbsp;? trois choses: la Puissance divine qui y opère comme cause principale, la force de l’esprit et du cœur que l’Onction sainte communique aux Fidèles pour leur salut, et enfin le signe dont celui qui va entrer dans la milice chrétienne demeure marqué, ces trois choses sont clairement exprimées, dans les paroles que nous venons de citer&amp;amp;nbsp;; la première dans ces mots qui se trouvent à la fin, ''au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; ''la seconde dans ceux-ci, placés au milieu: ''Je vous confirme par le Chrême du salut''&amp;amp;nbsp;; et la troisième par ces mots qui sont au commencement: ''Je vous marque du Signe de la Croix''. Au reste, quand même la raison ne pourrait pas prouver que telle est la véritable forme du sacrement de Confirmation, l’autorité de l’Église catholique qui a toujours officiellement enseigné cette doctrine, ne nous permettrait pas d’avoir le moindre doute sur ce point. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES MINISTRES DE LA CONFIRMATION ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs doivent enseigner aussi à qui l’administration de ce Sacrement a été plus spécialement confiée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Il y en a plusieurs,'' dit le prophète,&amp;amp;nbsp; ''qui courent sans être envoyés&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Il faut donc apprendre au peuple quels sont les Ministres véritables et légitimes de la Confirmation, afin qu’il puisse en recevoir la grâce et les effets. Or, d’après la Sainte Écriture, l’Évêque seul est le Ministre ordinaire de ce Sacrement. nous lisons dans les Actes des Apôtres,&amp;amp;nbsp; que les habitants de Samarie, ayant reçu la parole de. Dieu, on leur envoya «&amp;amp;nbsp;''Pierre et Jean qui prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; car Il n’était pas encore descendu sur aucun d’eux, et ils n’avaient reçu que le Baptême&amp;amp;nbsp;''» On peut voir par ce passage que celui qui les avait baptisés, n’étant que Diacre, n’avait pas le pouvoir de confirmer et que cette Fonction était réservée à des Ministres d’un ordre supérieur, c’est-à-dire aux Apôtres. On pourrait faire la même observation partout où l’Écriture fait mention de ce Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les témoignages des saints Pères et des Souverains Pontifes ne manquent pas non plus pour prouver cette vérité. nous en trouvons de très clairs dans les décrets des Papes Urbain, Eusèbe, Damase, Innocent et Léon. Saint Augustin en particulier se plaint fortement de la coutume tout -à -fait abusive de l’Égypte et d’Alexandrie, où les Prêtres avaient la témérité d’administrer la Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici une comparaison que les Pasteurs pourront employer pour faire comprendre combien il était raisonnable et légitime de réserver aux Évêques cette fonction. Quand on élève un édifice, les ouvriers, qui sont comme des ministres inférieurs, préparent et disposent le ciment, la chaux, le bois et tous les autres matériaux&amp;amp;nbsp;; mais c’est à l’architecte qu’il appartient de mettre la dernière forme et la perfection à l’ouvrage. De même aussi ce Sacrement, qui est comme le couronnement de l’édifice spirituel du salut, devait être administré par l’Évêque, comme souverain Prêtre, et non par d’autres ministres inférieurs. -Pour la Confirmation, comme pour le Baptême, on prend aussi un Parrain. Si ceux qui exercent le métier de gladiateurs ont besoin d’un maître, dont la science et les conseils leur apprennent à diriger une attaque, et à porter des coups pour abattre leurs adversaires, sans se laisser blesser eux-mêmes, combien, à plus forte raison, les Fidèles n’ont-ils pas besoin d’un chef qui les guide et qui les instruise, lorsqu’ils ont été couverts et revêtus des armes puissantes que donne la Confirmation, et qu’ils sont descendus dans cette arène spirituelle où le salut éternel est en jeu&amp;amp;nbsp;? C’est donc avec raison que l’on fait venir des Parrains pour l’administration de ce Sacrement. Ils contractent les mêmes affinités que les Parrains de Baptême, et le mariage leur est interdit avec les mêmes personnes. (Voir au chapitre du Baptême, ce que nous avons dit sur ce même point.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — NÉCESSITÉ DE LA CONFIRMATION.  ====&lt;br /&gt;
Il arrive souvent que les Fidèles apportent trop de précipitation, ou une molle insouciance et une lenteur paresseuse à recevoir ce Sacrement. (Quant à ceux qui sont tombés assez bas dans l’impiété pour le mépriser et s’en moquer, nous n’avons point à nous en occuper ici.) Les Pasteurs auront donc soin de dire qui sont ceux à qui on doit donner la Confirmation, à quel âge, et avec quelles dispositions il convient de la recevoir. Et d’abord ils apprendront aux Fidèles que ce Sacrement n’est pas d’une nécessité absolue qu’il soit impossible de se sauver sans lui. Mais quoiqu’il ne soit pas nécessaire, personne cependant ne doit s’en abstenir&amp;amp;nbsp;; loin de là&amp;amp;nbsp;; il faut craindre au contraire, clans une chose si sainte qui nous communique d’une manière si abondante les dons de Dieu, de commettre la moindre négligence. Ce que Dieu a établi pour la sanctification de tous, tous doivent aussi le rechercher avec le plus grand empressement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Luc, racontant l’effusion miraculeuse du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, s’exprime ainsi:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''II se fit tout à coup dans le ciel comme le bruit d’un vent violent qui approchait et qui remplit toute la maison&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» — puis, peu après, il ajoute que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''tous furent remplis du Saint-Esprit''&amp;amp;nbsp;». Or, il est permis de conclure de ces paroles que cette maison étant l’image et la figure de l’Église, tous les Fidèles ont droit au sacrement de Confirmation dont la première application date de ce jour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même conclusion se tire encore sans peine de la nature même du Sacrement. Ceux-là en effet doivent être confirmés par le saint Chrême, qui ont besoin de croître spirituellement, et de tendre à la perfection chrétienne. Or tous les Fidèles sont évidemment dans ce cas. De même que le but de la nature est de donner l’accroissement à ceux qui naissent et de les amener à l’âge parfait, quoiqu’elle n’y réussisse pas toujours&amp;amp;nbsp;; ainsi l’Église catholique, notre mère commune, désire ardemment que le Chrétien parfait se forme et s’achève dans ceux qu’elle a régénérés par le Baptême. Or cet effet ne peut se produire que par le sacrement de Confirmation&amp;amp;nbsp;; dès lors il est manifeste que ce Sacrement doit être reçu par tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ici il y a une observation à faire. tous ceux qui sont baptisés peuvent être confirmés&amp;amp;nbsp;; cependant il ne convient pas d’administrer ce Sacrement à ceux qui n’ont pas encore l’usage de la raison&amp;amp;nbsp;; et si l’on ne croit pas qu’il soit nécessaire d’attendre l’âge de douze ans, au moins est-il convenable de ne pas l’administrer avant l’âge de sept ans. D’ailleurs la Confirmation n’a pas été instituée comme chose nécessaire au salut, mais pour nous donner le courage et les armes dont nous avons besoin, dans les combats qu’il nous faut soutenir pour la Foi de Jésus-Christ. Or les enfants qui n’ont pas l’âge de raison, ne soutiennent pas encore ces sortes de combats. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut conclure de ce que nous venons de dire, que ceux qui, parvenus à l’âge adulte, veulent être confirmés, ne peuvent obtenir la grâce et les effets du Sacrement, qu’autant qu’ils apportent à sa réception la Foi et la Piété, et surtout qu’ils se repentent sincèrement des fautes graves qu’ils ont commises. Les Pasteurs travailleront donc à les faire confesser auparavant, ils les exhorteront à jeûner, à pratiquer d’autres ''œuvr''es de piété, et à se conformer à la louable, coutume de la primitive Église, en recevant la Confirmation à jeun. Et il sera facile d’obtenir tout cela des Fidèles, si on leur fait bien comprendre les effets admirables de ce Sacrement, et les grâces qu’il nous apporte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES EFFETS DU SACREMENT DE CONFIRMATION.  ====&lt;br /&gt;
On leur apprendra donc que la Confirmation a cela de commun avec les autres Sacrements, qu’elle donne une grâce nouvelle, si elle ne trouve aucun empêchement dans celui qui la reçoit. nous l’avons démontré plus haut: tous les Sacrements sont des signes mystiques et sacrés, qui signifient et produisent tout à la fois la Grâce sanctifiante. Ainsi la Confirmation remet et pardonne les péchés, puisqu’il est impossible de supposer un instant la grâce avec le péché. Mais outre ces effets qui sont ceux de tous les Sacrements en général, la Confirmation a d’abord cela de particulier, qu’elle perfectionne la grâce du Baptême. Ceux qui sont devenus Chrétiens par le Baptême demeurent encore faibles et sans énergie, comme des enfants nouvellement nés, mais ensuite le sacrement du saint Chrême les rend plus forts pour résister aux attaques de la chair, du monde et du démon&amp;amp;nbsp;; il fortifie la foi dans leurs cœur&amp;amp;nbsp;», pour qu’ils puissent confesser et glorifier le nom de notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; et c’est pour cela sans doute que ce Sacrement a reçu le nom de Confirmation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car il ne faut pas croire, comme quelques-uns l’ont supposé avec autant d’ignorance que d’impiété, que ce mot de Confirmation vienne de ce qu’autrefois ceux qui avaient été baptisés dans leur enfance étaient conduits à l’âge adulte devant l’Évêque pour confirmer en sa présence la profession de Foi qu’ils avaient faite au Baptême&amp;amp;nbsp;; autrement il faudrait dire qu’il n’y avait aucune différence entre la Confirmation et l’instruction que l’on faisait aux Catéchumènes&amp;amp;nbsp;; ce qui ne peut se soutenir par aucun témoignage certain. non&amp;amp;nbsp;; la Confirmation tire son nom de ce que Dieu, par la vertu de ce Sacrement, confirme en nous ce que le Baptême a commencé d’y produire, et nous conduit à la perfection de la Vie chrétienne. Et non seulement ce Sacrement confirme en nous la Grâce, mais il l’augmente encore. Le Pape Melchiade nous l’assure en ces termes: «&amp;amp;nbsp;''l’Esprit Saint, en descendant sur les eaux du Baptême, les rend salutaires, et leur communique la plénitude de la Grâce pour réparer l’innocence de l’homme&amp;amp;nbsp;; mais par la Confirmation Il donne une augmentation de grâce''.&amp;amp;nbsp;» Et non seulement Il l’augmente, mais II l’augmente d’une manière admirable. C’est ce que l’Écriture a parfaitement exprimé par l’image d’un vêtement nouveau, dans ces paroles de notre Sauveur à ses Apôtres : «&amp;amp;nbsp;''Demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la Vertu d’en haut.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Pasteurs veulent faire connaître la divine efficacité de ce Sacrement (et rien assurément ne sera plus propre à toucher le cœur des Fidèles) il leur suffira d’expliquer ce qui arriva aux Apôtres. Avant la Passion, et à l’heure même de la Passion, ils étaient si timides et si faibles, qu’ils prirent la fuite aussitôt qu’ils virent arrêter Jésus-Christ. Pierre lui-même, qui avait été désigné pour être la pierre fondamentale de l’Église, qui avait montré d’ailleurs beaucoup de courage et de grandeur d’âme, Pierre s’effraye à la voix d’une simple femme, et soutient non pas une fois, ni deux, mais trois fois de suite, qu’il n’est point le disciple de Jésus-Christ. tous enfin, après la Résurrection, se retirent dans une maison et s’y renferment par la crainte qu’ils ont des Juifs. Le jour de la Pentecôte, au contraire ils sont tellement remplis de la vertu du Saint-Esprit, qu’ils se mettent à prêcher hardiment, et en toute liberté, l’Évangile qui leur a été confié non seulement aux Juifs, mais à l’univers tout entier, et qu’ils ne trouvent pas de plus grand bonheur que «&amp;amp;nbsp;''celui d’être jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus-Christ, les affronts,&amp;amp;nbsp;''» la prison, les tourments et les croix.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la Confirmation a la vertu d’imprimer un caractère qui fait qu’on ne peut la recevoir plus d’une fois, ainsi que nous l’avons déjà dit du Baptême, et comme nous le dirons encore plus au long, en parlant du sacrement de l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Pasteurs expliquent souvent, et avec soin, ces vérités aux Fidèles, il est impossible que, après avoir connu l’excellence et l’utilité de ce Sacrement, ils ne s’empressent pas de le recevoir avec beaucoup de zèle, de piété, et de foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — DES CÉRÉMONIES DU SACREMENT DE CONFIRMATION ====&lt;br /&gt;
Il nous reste maintenant à dire quelques mots des rites et des cérémonies de l’Église dans l’administration de ce Sacrement. Les Pasteurs. comprendront très bien les avantages de ces sortes d’explications, s’ils veulent se rappeler ce que nous avons dit plus haut en traitant ce sujet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord les personnes que l’on confirme reçoivent sur le front l’onction du saint Chrême. Par la vertu de ce Sacrement le Saint-Esprit se répand dans le cœur des Fidèles&amp;amp;nbsp;; Il augmente leur force et leur courage, afin qu’ils puissent combattre vaillamment dans la lutte spirituelle, et résister invinciblement aux ennemis du salut. L’onction faite sur le front marque qu’ils ne doivent jamais être empêchés de confesser librement la foi du nom Chrétien, ni par la crainte, ni par la honte, parce que c’est sur le front que se manifestent le plus sensiblement ces diverses affections de l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs cette marque qui distingue un Chrétien confirmé de ceux qui ne le sont pas, comme certains insignes distinguent un soldat des autres, devait être imprimée sur la partie la plus noble et la plus visible du corps, qui est le front. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore un usage religieusement conservé dans l’Église de Dieu, c’est d’administrer la Confirmation de préférence le jour de la Pentecôte. C’est surtout en ce jour que la vertu du Saint-Esprit fortifia et confirma les Apôtres&amp;amp;nbsp;; et le souvenir de cet événement miraculeux fait très bien comprendre aux Fidèles la grandeur et l’excellence des Mystères qui sont renfermés dans l’onction sacrée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’onction étant faite, et la Confirmation donnée, l’Évêque frappe légèrement avec la main la joue du nouveau confirmé pour lui faire entendre que, comme un athlète généreux, il doit être prêt à souffrir avec un courage invincible toutes les contradictions, pour le nom de Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il lui donne la Paix, pour lui rappeler qu’il vient de recevoir la plénitude de la grâce divine, et «&amp;amp;nbsp;''cette paix qui surpasse toutes nos pensées ''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont, en abrégé, les Vérités que les Pasteurs doivent enseigner sur le Sacrement de Confirmation, non pas d’une manière sèche et nue, et uniquement en paroles, mais avec le zèle d’une piété capable d’enflammer les cœurs: De cette manière ils réussiront à les imprimer profondément dans l’esprit des Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre dix-huitième — Du sacrement de l’Eucharistie ===&lt;br /&gt;
Parmi les signes mystiques et sacrés institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour être comme les canaux fidèles de sa Grâce, il n’en est aucun que l’on puisse comparer à l’auguste sacrement de l’Eucharistie. Mais aussi il n’est pas de crime dont les Fidèles doivent craindre d’être plus sévèrement punis, que de manquer de respect et de piété envers un Sacrement qui renferme tant de sainteté, ou plutôt qui contient l’Auteur même, et le Principe de toute sainteté. C’est ce que l’Apôtre avait bien compris, et dont il nous a expressément avertis. Car après avoir montré combien est énorme le crime de ceux qui «&amp;amp;nbsp;''ne discernent pas le Corps du Seigneur'',&amp;amp;nbsp;» il ajoute aussitôt:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''c’est pourquoi plusieurs parmi cous sont malades et languissants, et plusieurs sont morts''&amp;amp;nbsp;». Par conséquent, pour que les Fidèles puissent retirer des fruits abondants de grâce, et se mettre à l’abri de la juste colère de Dieu, en rendant à ce céleste Sacrement les honneurs divins qu’il mérite, il sera nécessaire que les Pasteurs développent avec le plus grand soin tout ce qui est capable de faire ressortir davantage la majesté de l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — INSTITUTION DE L’EUCHARISTIE SES DIFFÉRENTS NOMS ====&lt;br /&gt;
Pour cela, ils suivront la marche de l’Apôtre Saint Paul, qui proteste n’avoir transmis aux Corinthiens que ce qu’il avait appris du Seigneur, et ils expliqueront en premier lieu comment ce Sacrement fut institué. Voici ce que l’Évangéliste en rapporte&amp;amp;nbsp;; rien de plus clair: «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur ayant aimé les siens,''&amp;amp;nbsp; ''les aima jusqu’à la fin&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;''» et pour leur donner un gage tout-à -fait divin et admirable de cet amour, sachant que l’heure était venue pour Lui de ''passer de ce monde à son Père'', il employa, pour être toujours avec les siens, un moyen incompréhensible et infiniment au-dessus de toutes les choses naturelles. Après avoir célébré la Pâque en mangeant l’agneau pascal avec ses disciples, voulant enfin mettre la vérité à la place des figures, et la réalité à la place de l’ombre,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Il prit du pain, puis rendant grâces à Dieu, il le bénit, le rompit, le donna à ses disciples, et leur dit: prenez et mangez, ceci est mon Corps qui sera livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Ensuite Il prit pareillement la coupe, après avoir soupé, et Il dit: ce calice est le nouveau testament dans mon sang. toutes les fois que vous Le boirez, faites-le en mémoire de Moi''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincus qu’ils ne pourraient jamais avec un seul mot donner une assez haute idée de l’excellence et de la dignité de ce Sacrement, les Auteurs sacrés ont essayé de l’exprimer par des dénominations nombreuses. Ainsi ils l’appellent quelquefois l’Eucharistie, mot que nous pouvons traduire en français par Grâce excellente, ou Action de grâces: deux choses qui lui conviennent parfaitement. C’est une grâce excellente, soit parce qu’Il figure la Vie Éternelle, dont il a été dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''la grâce de Dieu est la Vie Éternelle''&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp;» soit parce qu’il contient Jésus-Christ qui est la grâce même, et la source de toutes les grâces. C’est encore évidemment une action de grâces, puisque en immolant cette victime de toute pureté, nous rendons tous les jours à Dieu d’infinies actions de grâces pour tous les bienfaits dont Il nous comble, et spécialement pour le don si parfait de la grâce qu’Il nous communique par ce Sacrement. De plus, ce nom s’accorde aussi très bien avec les circonstances qui en accompagnèrent l’institution. Car Jésus-Christ «&amp;amp;nbsp;''ayant pris du pain, le rompit et rendit grâces''&amp;amp;nbsp;». Et David en contemplant la grandeur de ce Mystère, s’écrie:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le Seigneur, le Dieu de bonté et de miséricorde a perpétué la mémoire de ses merveilles&amp;amp;nbsp;; Il a donné la nourriture à ceux qui Le craignent.&amp;amp;nbsp;''» Mais ce chant, il le fait précéder de celui de l’action de grâces, et il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''la magnificence et la gloire du Seigneur reluisent dans ses ouvrages&amp;amp;nbsp;''». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent aussi, on lui donne le nom de ''Sacrifice''&amp;amp;nbsp;; mais nous parlerons bientôt de ce Mystère avec plus d’étendue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On le nomme encore ''Communion'', mot évidemment emprunté à ce passage de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le calice de bénédiction que nous bénissons, n’est-il pas la communication du Sang de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? et le pain que nous rompons, n’est-il pas la participation du Corps du Seigneur&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Car, comme l’explique Saint Jean Damascène, ce Sacrement nous unit à Jésus-Christ, et nous fait participer à sa chair et à sa divinité&amp;amp;nbsp;; puis il nous rapproche, il nous unit en Lui, pour ne plus faire de nous tous qu’un seul corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cette raison qu’on l’appelle aussi le Sacrement de ''la Paix et de la Charité''. Et ces mots nous font comprendre combien sont indignes du nom de Chrétiens ceux qui entretiennent des inimitiés les uns contre les autres, et avec quel zèle nous devons bannir loin de nous les haines, les dissensions, et les discordes, qui sont une peste si terrible&amp;amp;nbsp;; d’autant, que par le Sacrifice quotidien de notre Religion nous protestons hautement que nous voulons avant tout conserver la Paix et la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Auteurs sacrés lui donnent encore souvent le nom de Viatique, soit parce qu’il est la nourriture spirituelle, qui nous soutient dans le pèlerinage de cette vie&amp;amp;nbsp;; soit parce qu’il nous prépare et nous assure le chemin qui conduit à la gloire et à la félicité éternelle. C’est pour cela que la coutume a toujours été observée dans l’Église, de ne laisser mourir personne sans l’avoir muni de ce Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il y a des Pères de l’Église très anciens, qui, fondés sur l’autorité de l’Apôtre&amp;amp;nbsp; ont donné quelquefois à l’Eucharistie le nom de Cène parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ l’institua dans le mystère, si précieux pour nous, de la dernière Cène. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, il ne faudrait pas conclure de là qu’il est permis de consacrer, ou de recevoir, la sainte eucharistie, après avoir pris quelque nourriture ou quelque boisson. On a toujours retenu et conservé ce salutaire usage, introduit (selon les anciens Auteurs) par les Apôtres eux-mêmes, de ne la donner, qu’à ceux qui sont à jeun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — L’EUCHARISTIE EST UN VRAI SACREMENT: SA MATIÈRE.  ====&lt;br /&gt;
Après ces explications sur le sens du mot, il faudra enseigner que l’Eucharistie est un véritable Sacrement, et l’un des sept que l’Église a toujours reconnus et vénérés. D’abord dans la consécration. du calice, il est appelé le mystère de la Foi. Ensuite, sans parler de ces témoignages presque innombrables des Auteurs ecclésiastiques qui ont constamment placé l’Eucharistie au rang des vrais Sacrements, on trouve une preuve de son existence dans sa propre essence. En effet, nous y voyons des signes extérieurs et sensibles&amp;amp;nbsp;; la Grâce y est figurée et produite&amp;amp;nbsp;; enfin les Évangélistes et l’Apôtre ne laissent aucun lieu de douter que Jésus-Christ n’en soit l’Auteur. Or, ce sont là précisément les caractères qui conviennent exclusivement aux Sacrements, et là où ils se rencontrent, il n’est pas besoin de chercher d’autres preuves. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut observer, et avec soin, qu’il y a plusieurs choses dans ce Mystère auxquelles les Auteurs ecclésiastiques ont donné le nom de Sacrement. Ainsi ils ont appelé Sacrement la Consécration, la Communion, et souvent même le Corps et le Sang de Notre-Seigneur qui sont renfermés dans l’Eucharistie. Saint Augustin&amp;amp;nbsp; dit ''que ce Sacrement consiste en deux choses, l’apparence visible des éléments, et la vérité invisible de la chair et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ''. C’est dans le même sens que nos disons qu’il faut adorer ce Sacrement, c’est-à-dire, le Corps et le Sang de Notre-Seigneur. Mais il est évident que toutes ces choses ne s’appellent Sacrement que d’une manière impropre. Ce nom ne convient essentiellement et réellement qu’aux seules espèces du pain et du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On voit par là combien l’Eucharistie diffère de tous les autres Sacrements. Ceux-ci ne subsistent que par l’emploi de la matière, c’est-à-dire, à l’instant même où ils sont administrés. Le Baptême, par exemple, ne s’élève à l’état de Sacrement, que dans le moment où l’on emploie l’eau pour baptiser quelqu’un. Mais pour compléter et parfaire l’Eucharistie, il suffit de la consécration de la matière, laquelle ne cesse point d’être un vrai Sacrement, dans le vase même où on la tient en réserve. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus dans les autres Sacrements, la matière et les éléments employés ne se changent point en une autre substance. L’eau du Baptême et l’huile de la Confirmation ne perdent point leur nature primitive d’eau et d’huile, lorsqu’on administre ces Sacrements. Mais dans l’Eucharistie, ce qui était du pain et du vin avant la consécration, change après la consécration et devient véritablement le Corps et le Sang de Notre-Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, quoiqu’il y ait deux éléments, le pain et le vin, pour faire la matière intégrale de l’Eucharistie, il n’y a qu’un seul Sacrement et non pas plusieurs, selon la doctrine enseignée par l’Église Autrement, on ne pourrait plus soutenir, avec toute la tradition, avec les Conciles de Latran, de Florence et de Trente, qu’il y a sept Sacrements, ni plus ni moins. D’ailleurs la grâce de ce Sacrement a pour but de faire de nous tous un seul corps mystique. Mais. pour qu’il soit. lui-même en harmonie avec l’effet qu’il produit, il faut qu’il soit un, non qu’il ne puisse être composé de plusieurs parties, mais parce que tout doit n’y représenter qu’une seule chose. La nourriture et la boisson qui sont deux choses différentes, s’emploient pour une seule et même fin, qui est de réparer les forces du corps. Pareillement il était de toute convenance d’instituer de Sacrement avec deux matières différentes entre elles, mais analogues aux substances dont nous venons de parler, pour représenter l’Aliment spirituel qui soutient nos âmes et répare leurs forces. Aussi le Seigneur a-t-il dit : «&amp;amp;nbsp;''Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront ensuite à expliquer avec un grand soin ce que signifie ce Sacrement, afin que les Fidèles, en voyant les saints Mystères des yeux de leurs corps, nourrissent en même temps leur âme par la contemplation des Vérités divines que ces Mystères rappellent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or l’Eucharistie exprime principalement trois choses la première est une chose passée&amp;amp;nbsp;; c’est la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il nous l’apprend Lui-même par ces paroles:&amp;amp;nbsp; ''faites ceci en mémoire de moi''. Puis, l’Apôtre dit positivement:&amp;amp;nbsp; ''toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort de Jésus-Christ, jusqu’à ce qu’Il vienne''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde est une chose présente. C’est la Grâce divine et céleste que ce Sacrement nous communique pour nourrir et conserver nos âmes. Dans le Baptême nous sommes engendrés à une vie nouvelle&amp;amp;nbsp;; dans la Confirmation nous sommes fortifiés, afin de pouvoir résister à Satan, et confesser publiquement Jésus-Christ. Mais dans l’Eucharistie nous recevons la nourriture qui entretient en nous la Vie spirituelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième regarde l’avenir, ce sont les délices et la gloire éternelle dont Dieu a promis de nous faire jouir dans la céleste patrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces trois choses, qui ont évidemment rapport au passé, au présent et à l’avenir, sont néanmoins si bien signifiées par le mystère sacré de l’Eucharistie, que le Sacrement, quoique composé d’espèces différentes, représente chacune d’elles en particulier, comme si elles n’en faisaient qu’une seule. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant tout, il est nécessaire aux Pasteurs de bien connaître la matière de l’Eucharistie, soit afin qu’ils puissent la consacrer eux-mêmes comme l’Église le demande, soit afin qu’ils puissent faire comprendre aux Fidèles ce que signifie ce Sacrement, et exciter dans leurs cœur s le désir et l’ardeur d’en recueillir les fruits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Sacrement a deux matières: la première dont nous allons parler, c’est le pain de pur froment&amp;amp;nbsp;; puis, la seconde que nous verrons plus loin. Les Évangélistes Saint Matthieu, Saint Marc et Saint Luc nous apprennent que Notre-Seigneur Jésus-Christ prit du pain, le bénit et le rompit en disant : «&amp;amp;nbsp;''Ceci est mon corps.''&amp;amp;nbsp;» — Dans Saint Jean, le Sauveur se donne à Lui-même le nom de pain : «&amp;amp;nbsp;''Je suis'', dit-il, ''le Pain vivant descendu du ciel''.&amp;amp;nbsp;» Mais il y a plusieurs sortes de pain. tantôt c’est dans la matière qu’il varie&amp;amp;nbsp;; il peut être de froment, d’orge ou de légumes, ou d’autres fruits de la terre. tantôt ce sont les qualités seules qui seront différentes&amp;amp;nbsp;; l’un renfermera du levain, tandis que l’autre n’en contiendra point. Or, pour l’Eucharistie, les paroles de Notre-Seigneur font voir que le pain doit être de pur froment. Dans le langage ordinaire, ce mot employé simplement et sans modification, signifie le pain de froment seul. Une figure de l’Ancien testament vient encore confirmer cette Vérité. Le Seigneur avait ordonné que les pains de proposition, qui figuraient le sacrement de l’Eucharistie, fussent de pure fleur de froment. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le pain de froment doit seul être regardé comme la matière de l’Eucharistie, (conformément à la tradition apostolique et à l’enseignement formel de l’Église catholique), il est facile de se convaincre que ce pain doit être sans levain, d’après ce que fit Notre-Seigneur le jour où Il institua ce Sacrement. C’est en effet le premier des azymes, et chacun sait que ce jour-là il était défendu aux Juifs d’avoir du pain levé dans leurs maisons. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on oppose à cette doctrine l’autorité de Saint Jean l’Évangéliste, qui rapporte que tout cela se fit avant la fête de Pâques, il est facile de détruire cette objection. La fête des azymes commençait dès le soir de la cinquième férie, temps où le Sauveur célébra la Pâque. Et ce que les autres Évangélistes ont appelé le premier jour des azymes, Saint Jean l’appela la veille de Pâques, parce qu’il crut devoir noter surtout le jour naturel, dont la durée commence au lever du soleil. C’est pourquoi Saint Jean Chrysostome entend par le premier des azymes le jour où l’on devait, sur le soir, manger les azymes. D’ailleurs la consécration du pain sans levain est en parfaite harmonie avec la pureté et l’innocence de cœur que les Fidèles doivent apporter à la réception de ce Sacrement. C’est ce que l’Apôtre nous apprend par ces paroles : «&amp;amp;nbsp;''Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme vous êtes un pain azyme&amp;amp;nbsp;; car Jésus-Christ est l’Agneau pascal immolé pour nous. Célébrons donc notre Pâque&amp;amp;nbsp;; non avec le vieux levain, ce levain de malice et d’iniquité, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant cette qualité (pour le pain) d’être sans levain n’est pas tellement nécessaire, que le Sacrement ne puisse exister, si elle venait à manquer. Le pain azyme et le pain levé conservent également le nom, les propriétés et toute la nature du pain véritable, toutefois il n’est permis à personne, de changer de son autorité privée, ou pour mieux dire d’avoir la témérité de changer la sainte coutume de son Église Et cela est d’autant moins permis aux Prêtres de l’Église latine, que les Souverains Pontifes ont ordonné de ne célébrer les saints Mystères qu’avec le pain azyme. — Mais en voilà assez sur cette première partie de la matière eucharistique. Remarquons cependant encore, en finissant, qu’on n’a jamais déterminé une quantité particulière de pain pour la consécration, par la raison que l’on ne peut déterminer davantage d’une manière précise le nombre de ceux qui peuvent et doivent participer à ces sacrés Mystères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Venons maintenant à l’autre matière de l’Eucharistie. Cette seconde matière est le vin exprimé du fruit de la vigne, mais auquel il faut mêler un peu d’eau. L’Église catholique a toujours enseigné que notre Sauveur avait employé du vin dans l’institution de ce Sacrement, puisqu’il dit Lui-même&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à cet autre jour...&amp;amp;nbsp;» ''Si c’est le fruit de la vigne, remarque Saint Jean Chrysostome, c’est donc du vin et non pas de l’eau, comme s’il eût voulu détruire longtemps d’avance l’hérésie de ceux qui prétendaient que l’eau seule devait être employée dans le mystère de l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant l’usage a toujours été dans l’Église de mêler un peu d’eau au vin. D’abord parce que l’autorité des Conciles et le témoignage de Saint Cyprien nous apprennent que Notre-Seigneur le fit Lui-même&amp;amp;nbsp;; ensuite parce que ce mélange nous rappelle le Sang et l’eau qui coulèrent du côté de Jésus-Christ. Enfin l’eau, comme nous le voyons dans (Apocalypse, représente le peuple. L’eau mêlée au vin, exprime très bien l’union du peuple fidèle avec Jésus Christ son Chef. Au reste cet usage est de tradition apostolique, et l’Église l’a toujours observé. Mais quelques graves que soient les raisons de mettre de l’eau dans le vin, et bien qu’on ne puisse la supprimer sans pécher mortellement, si elle venait à manquer, le Sacrement n’en existerait pas moins. Enfin ce que les Prêtres devront bien observer, c’est que si dans la célébration des saints Mystères, il est nécessaire de mêler un peu d’eau au vin, ce ne doit être qu’en petite quantité, puisque, au jugement des théologiens, cette eau se change en vin. Voilà pourquoi le Pape Honorius écrivait : «&amp;amp;nbsp;Il s’est introduit un abus très répréhensible parmi vous, c’est de mettre beaucoup plus d’eau que de vin, contre la coutume très raisonnable de toute'' l'Eglise, qui est de mettre beaucoup plus de vin que d’eau.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a donc que le pain et le vin qui soient la matière de l’Eucharistie&amp;amp;nbsp;; et c’est à bon droit que l’Église a défendu, par plusieurs décrets, d’offrir autre chose que le pain et le vin, comme quelques-uns avaient la témérité de, le faire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons maintenant combien les deux symboles du pain et du vin sont propres à représenter la nature et les effets que nous reconnaissons dans ce Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord ils nous représentent Jésus-Christ comme notre vie véritable. Lui-même n’a-t-Il pas dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ma Chair est véritablement une nourriture, et mon Sang est vraiment un breuvage&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» Le Corps de Jésus-Christ est donc, pour ceux qui Le reçoivent saintement et avec piété, un Aliment qui donne la Vie éternelle, et par là même il était de toute convenance que ce Sacrement fût constitué précisément avec les éléments qui servent à soutenir la vie présente. Cela fait très bien comprendre aux Fidèles que l’esprit et le cœur sont rassasiés par la communion du Corps et du Sang du Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cas deux éléments avaient encore cet avantage qu’ils pouvaient servir à convaincre les hommes de la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. tous les jours nous voyons le pain et le vin se changer, par les seules forces de la nature, en notre chair et en notre sang. C’est une image qui peut facilement nous amener à croire que la substance du pain et du vin est changée, par les paroles de la Consécration, au vrai Corps et au vrai Sang de Notre-Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le changement miraculeux de ces éléments peut servir aussi à nous faire entrevoir ce qui se passe dans l’âme. De même, en effet, que- la substance du pain et du vin est changée réellement au Corps et au Sang de Jésus-Christ, quoiqu’il n’y ait aucune apparence visible de ce changement&amp;amp;nbsp;; de même, quoique rien ne paraisse changer en nous au dehors, cependant nous nous trouvons intérieurement renouvelés pour la Vie spirituelle, en recevant la Vie véritable, dans le sacrement de l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin l’Église est un seul corps composé de plusieurs membres, dont l’union ne pouvait être plus parfaitement représentée que par les éléments du pain et du vin. Le pain est fait d’une multitude de grains, et le vin de plusieurs grappes&amp;amp;nbsp;; ils nous rappellent donc très bien que, si nombreux que nous soyons, le mystère divin de l’Eucharistie nous unit par le lien le plus étroit, et fait de nous tous comme un seul corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — FORME DE L’EUCHARISTIE.  ====&lt;br /&gt;
Il nous reste maintenant à parler de la forme qu’il faut employer pour la Consécration du pain, non pas qu’il soit utile de livrer ces Mystères, même au peuple fidèle, sans nécessité — puisqu’il n’est pas nécessaire que ceux q i ne sont pas dans les Ordres sacrés les connaissent -mais de peur que certains Prêtres ne l’ignorent, et ne commettent quelque faute considérable dans la Consécration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évangélistes Saint Matthieu, Saint Luc et l’Apôtre Saint Paul, nous apprennent que cette forme consiste dans ces paroles&amp;amp;nbsp;: ''Ceci est mon Corps'', car voici ce qui est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''pendant qu’ils soupaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant: prenez et mangez&amp;amp;nbsp;; ceci est mon Corps.''&amp;amp;nbsp;» Cette forme, employée par notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même pour la consécration de son Corps, a été constamment en usage dans l’Église catholique. nous passons ici sous silence les témoignages des Saints Pères, qu’il serait beaucoup trop long de rapporter, ainsi que le décret du Concile de Florence, que tout le monde connaît, et nous nous bornons à rappeler encore ces mots de Notre-Seigneur:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''faites ceci en mémoire de Moi.''&amp;amp;nbsp;» (Ils établissent clairement le point que nous traitons.) Cet ordre qu’Il donna à ses Apôtres doit se rapporter non seulement à ce qu’Il avait fait Lui-même, mais encore à ce qu’Il avait dit, et spécialement aux paroles qui furent prononcées, autant pour produire que pour signifier l’effet du Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs, on pourrait encore aisément se convaincre v de cette vérité par la raison. La forme d’un Sacrement consiste dans les paroles qui expriment l’effet produit par ce Sacrement. Or, les paroles que nous avons citées indiquent et signifient très bien ce qui s’opère dans l’Eucharistie, à savoir le changement du pain au vrai Corps de Notre-Seigneur, et par conséquent elles en sont véritablement la forme. On peut entendre dans ce sens ce qui est dit dans l’Évangéliste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’Il bénit le pain''.&amp;amp;nbsp;» C’est la même chose, ce semble, que s’Il eût dit qu’''Il bénit le pain en disant: ceci est mon Corps.'' Il est vrai que l’Évangéliste, avant les paroles que nous venons de citer, dit également: «&amp;amp;nbsp;''prenez et mangez''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; mais ces deux mots ne regardent que l’usage de la chose, et non la consécration de la matière. Aussi, quoique le Prêtre soit obligé de les prononcer, ne sont-elles pas nécessaires à l’existence du Sacrement, pas plus que la conjonction car, que l’on prononce néanmoins dans la consécration du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Autrement s’il n’y avait personne pour recevoir l’Eucharistie, on ne devrait, et on ne pourrait même pas la consacrer. Et cependant, il est incontestable que le Prêtre qui prononce les paroles du Seigneur suivant l’usage et la coutume de l’Église, sur un pain propre à devenir la matière de l’Eucharistie, consacre réellement et validement cette matière quand même il arriverait que l’Eucharistie ne serait administrée à personne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la Consécration du vin qui est la seconde matière du Sacrement, il faut pour les mêmes raisons que nous avons apportées plus haut, que le Prêtre en connaisse parfaitement la forme: Or, nous devons tenir pour certain qu’elle est ainsi formulée:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ceci est le Calice de mon Sang, de la nouvelle et éternelle Alliance, le mystère de la Foi, qui sera versé pour vous et pour plusieurs, pour la rémission des péchés'':&amp;amp;nbsp;» De ces paroles plusieurs sont tirées de l’Écriture, et l’Église à reçu les autres d’une tradition apostolique: On trouve dans Saint Luc et dans l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; ''Ceci est le Calice&amp;amp;nbsp;;'' et dans Saint Luc ainsi que dans Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; ''de mon sang, ou mon Sang de la nouvelle Alliance, qui sera versé pour vous et pour plusieurs, pour la rémission des péchés''. Quant à ces autres expressions, ''éternelle'', et, ''mystère de la Foi'', nous les tenons de la tradition interprète et gardienne de la Vérité catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Personne ne pourra douter que ces paroles ne soient la forme de la Consécration du vin, s’il se rappelle ce que nous avons dit sur la forme de la Consécration du pain, car il est certain qu’elle consiste dans les paroles qui expriment le changement de la substance du vin au Sang de Notre-Seigneur. Or, celles que nous venons de rapporter indiquent clairement ce changement&amp;amp;nbsp;; et par conséquent il ne saurait y avoir d’autre forme que celle-là, pour consacrer le vin. Ces paroles expriment en outre quelques effets admirables du Sang de Jésus-Christ répandu dans sa Passion, et qui appartiennent d’une manière spéciale à ce Sacrement. Le premier de ces effets c’est l’accès à l’héritage éternel, auquel nous donne droit l’''Alliance nouvelle et éternelle''. Le second, c’est l’accès à la justice par le mystère de la Foi. ''Car Dieu a établi Jésus-Christ''&amp;amp;nbsp; ''pour être la Victime de propitiation, par la Foi dans sort Sang, montrant tout ensemble qu’Il est juste. Lui-même, et qu’Il justifie celui qui a la Foi en Jésus-Christ.'' Le troisième effet est la rémission des péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme ces paroles de la Consécration du vin sont pleines de mystères&amp;amp;nbsp;; et qu’elles sont parfaitement appropriées à ce qu’elles expriment, il y a lieu de les examiner avec le plus grand soin. Quand on dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ceci est le calice de mon Sang''&amp;amp;nbsp;», ces mots signifient ceci est mon Sang qui est contenu dans ce calice. Et c’est avec beaucoup de sagesse et de raison que l’on fait mention du calice, en consacrant le Sang qui doit être le breuvage des Fidèles. Le Sang par lui-même n’exprimerait pas assez nettement qu’il doit être bu, s’il ne nous était présenté dans une coupe. Ensuite on ajoute: «&amp;amp;nbsp;''de la nouvelle Alliance''&amp;amp;nbsp;», pour nous faire comprendre que le Sang de Jésus-Christ ne nous est pas seulement donné en figure, comme dans l’ancienne Alliance dont Saint Paul a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’elle ne fut point confirmée sans effusion de Sang''&amp;amp;nbsp;», mais en vérité et réellement. Ce qui ne convient qu’à l’Alliance nouvelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi Saint Paul a écrit:&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ est le Médiateur du nouveau testament, afin que, par sa mort&amp;amp;nbsp;; ceux qui noter appelés reçoivent l’héritage éternel qui leur a été promis'': quant au mot ''éternel'', il se rapporte précisément à cet héritage éternel qui nous est échu par le droit que nous confère la mort: de Jésus-Christ notre testateur éternel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les mots qui suivent, à savoir: «&amp;amp;nbsp;''Le Mystère de la Foi&amp;amp;nbsp;''», n’excluent pas la réalité de la chose, ils indiquent seulement qu’il faut admettre un effet caché et infiniment éloigné de la portée de nos yeux. Le sens qu’on leur donne ici est tout différent de celui qu’ils ont, quand on les applique au Baptême. Comme c’est par la Foi que nous voyons le Sang de Jésus-Christ caché sous l’apparence du vin, c’est pour ce motif que nous l’appelons le mystère de la Foi. Le Baptême, au contraire, s’appelle chez nous le sacrement de la Foi, ou chez les grecs, le mystère de la Foi, parce qu’il contient une profession entière de la Foi chrétienne. — Ce qui fait encore que nous appelons mystère de la Foi le Sang du Seigneur, c’est que la raison a beaucoup de difficulté et de peine à admettre et à croire, d’après l’enseignement de la Foi, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, véritable Fils de Dieu, vrai Dieu Lui-même et vrai homme tout ensemble, a souffert la mort pour nous. Or cette mort nous est représentée par le Sacrement de son Sang. C’est pourquoi il était de toute convenance de rappeler ici, plutôt que dans la consécration du pain, la Passion du Sauveur par ces paroles: «&amp;amp;nbsp;''Qui sera répandu pour la rémission des péchés.&amp;amp;nbsp;''» Le Sang, consacré séparément, possède beaucoup plus de force et plus d’efficacité pour mettre sous les yeux de tous la Passion de notre Seigneur, sa Mort et la nature de ses souffrances. Les autres mots: «&amp;amp;nbsp;''pour vous et pour plusieurs'' », sont empruntés les uns à saint Matthieu,&amp;amp;nbsp; et les autres à saint Luc . Et c’est l’Église qui, inspirée par l’esprit de Dieu, les a réunis. Ils servent à exprimer les fruits et les avantages de la Passion. Si nous en considérons en effet la vertu et l’efficacité, nous sommes obligés d’avouer que le Sang du Seigneur a été répandu pour le salut de tous. Mais si nous examinons les fruits que les hommes en retirent, il est évident que plusieurs seulement, et non pas tous, en profitent. Lorsque Jésus-Christ dit: ''pour vous'', Il entendait par là, à l’exception de Judas, ceux qui étaient présents, et à qui il parlait, ou bien les élus d’entre les Juifs, tels que ses disciples. En ajoutant: «&amp;amp;nbsp;''pour plusieurs''&amp;amp;nbsp;», Il voulait désigner tous les autres élus, soit d’entre les Juifs, soit d’entre les Gentils. Ainsi c’est avec raison qu’il n’a pas été dit: pour tous, puisqu’il s’agissait en cet endroit du fruit de la Passion, qui n’a procuré le salut qu’aux élus seulement. C’est dans ce sens qu’il faut entendre ces paroles de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Jésus-Christ n’a été immolé qu’une fois pour effacer les péchés de plusieurs&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; et ce que dit Notre-Seigneur dans Saint Jean:&amp;amp;nbsp; ''«&amp;amp;nbsp;Je prie pour eux, je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que Vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a encore beaucoup d’autres Mystères renfermés dans ces paroles de la Consécration. Mais les Pasteurs zélés, et fidèles à méditer souvent les choses célestes, les découvriront aisément d’eux-mêmes avec l’aide de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre dix-neuvième — Du sacrement de l’Eucharistie (suite)  ===&lt;br /&gt;
==== § I. — LA PRÉSENCE RÉELLE.  ====&lt;br /&gt;
Le moment est venu de reprendre l’explication de certains points de doctrine que, pour aucun motif, on ne doit laisser ignorer aux Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Apôtre nous enseigne que ceux qui&amp;amp;nbsp; ne discernent point le Corps de Notre-Seigneur, commettent un grand crime. Les Pasteurs devront donc, avant tout, exhorter les Chrétiens à faire tous leurs efforts pour élever ici leur esprit et leur raison au-dessus des choses sensibles. S’ils se persuadaient que le sacrement de l’Eucharistie ne contient que ce que les sens y aperçoivent, ils tomberaient fatalement dans cette impiété énorme de croire qu’il ne renferme que du pain et du vin, puisque les yeux, le toucher, l’odorat, le goût ne rapportent que des apparences de pain et de vin. Il faut donc faire en sorte qu’ils renoncent, autant que possible, au jugement des sens, pour s’élever uniquement à la contemplation de la Vertu et de la Puissance infinie de Dieu&amp;amp;nbsp;; car la Foi catholique enseigne et croit, sans hésitation aucune, que les paroles de la Consécration produisent spécialement trois effets admirables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier, c'est que le vrai corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Celui-là même qui: est né de la Vierge Marie, qui est assis à la droite du Père, est contenu dans l'Eucharistie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second c'est que dans le Sacrement il ne reste rien de la substance des deux éléments, quoique cela semble tout-à-fait opposé et contraire au rapport des sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième, qui se, déduit aisément des deux autres, et qui est positivement exprimé par les paroles de la Consécration, c'est que par une disposition inexplicable et toute miraculeuse, les accidents qui apparaissent aux yeux, et que les autres sens perçoivent aussi, se soutiennent sans le secours d'aucun sujet. Ils présentent encore toutes les apparences du pain et du vin. Mais ils ne tiennent à aucune substance&amp;amp;nbsp;; ils subsistent par eux-mêmes. Quant à la substance même du pain et du vin, elle est tellement changée au Corps et au Sang de Jésus-Christ, qu'il n'en reste absolument rien, et qu'il n'y a réellement plus ni substance du pain, ni substance du vin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlons d'abord du premier de ces effets. Les Pasteurs s'efforceront de faire comprendre combien sont claires et positives les paroles de Notre Sauveur, qui établissent la présence réelle de son Corps dans l'Eucharistie. En effet, il a dit :&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang.''&amp;amp;nbsp;» Or, il n'est personne de bon sens qui ne comprenne immédiatement ce que ces paroles signifient : d'autant plus qu'il est ici question de la nature humaine, et qu'il est hors de doute, dans la Foi catholique, que Jésus-Christ était véritablement homme. Aussi saint Hilaire, ce personnage si distingué par sa sainteté et par sa science, parlant de la présence réelle de la Chair et du Sang de Jésus-Christ, a-t-il dit nettement :&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu'il est impossible pour nous de douter de cette vérité, puisque Jésus-Christ a déclaré lui-même, et que la Foi nous enseigne, que sa Chair est vraiment une nourriture.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront encore à développer un autre passage dont l'explication fera aisément conclure que l'Eucharistie contient vraiment le Corps et le Sang de Jésus-Christ. Saint Paul, après avoir rappelé la consécration que le Seigneur avait faite du pain et du vin, et la distribution des saints Mystères à ses Apôtres, ajoute :&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que l'homme s'éprouve donc lui-même, et qu'après cela il mange de ce pain et boive de ce calice : car celui qui le mange et le boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur''&amp;amp;nbsp;». Si, comme le prétendent les hérétiques, nous n'avions autre chose à vénérer dans ce Sacrement que le souvenir et le signe de la Passion de Jésus-Christ, pourquoi l'Apôtre se servirait-il d'expressions aussi fortes pour exhorter les Fidèles à s'éprouver&amp;amp;nbsp;? Ce mot terrible de condamnation, employé par lui, montre que c'est un crime abominable de recevoir indignement le Corps du Seigneur caché sous les espèces eucharistiques, et de ne pas distinguer cette o Triture e toutes les autres. Mais le même Apôtre s'exprime encore plus formellement dans le Chapitre précédent de la même Épître, lorsqu'il dit :&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le calice de bénédiction que nous bénissons, n'est-il pas la communication du Sang de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? et le pain que nous rompons, n'est-ce pas la participation du Corps du Seigneur&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut désigner plus clairement la véritable substance du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Mais en expliquant ces passages de la sainte Écriture, les Pasteurs auront soin de faire remarquer aux Fidèles, qu'ils ne renferment rien de douteux ni d'incertain, surtout parce que l’Église de Dieu, avec son autorité infaillible, les a toujours entendus dans le sens que nous venons d'exposer. Pour nous en convaincre nous avons deux moyens faciles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier, c'est de consulter les Pères qui ont fleuri à l'origine et dans tous les âges de l’Église, et qui sont les meilleurs témoins de sa doctrine. Or, ils ont tous enseigné, et d'un accord unanime, la vérité du dogme en question. Mais ce serait un travail infini de citer tous les témoignages. Il nous suffira d'en rapporter, ou d'en indiquer quelques-uns, qui nous permettront de juger des autres. Que Saint Ambroise produise, le premier sa profession de Foi : dans le livre qu'il a écrit ''sur ceux qui sont initiés aux Mystères''&amp;amp;nbsp; , il affirme que «&amp;amp;nbsp;''l'on reçoit dans l'Eucharistie le vrai Corps de Jésus-Christ, comme Il l'avait pris lui-même très réellement dans le sein de la bienheureuse Vierge et que c'est un article de Foi incontestable''&amp;amp;nbsp;». – «&amp;amp;nbsp;''Avant la Consécration, ''dit-il ailleurs, ''il n'y a que du pain, mais après la Consécration, il n'y a que la Chair de Jésus-Christ''&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que S. Jean Chrysostome se présente ensuite&amp;amp;nbsp;; c'est un autre témoin non moins digne de confiance, et d'une autorité non moins grande. II professe et enseigne la même vérité dans une foule de passages, mais surtout dans la 60e homélie, «&amp;amp;nbsp;''de ceux qui participent indignement aux saints Mystères''&amp;amp;nbsp;» et dans les homélies 41 et 45, sur Saint Jean. «&amp;amp;nbsp;''Obéissons à Dieu, ''dit-il, ''et ne refusons pas de Le croire, lors même qu'Il semble dire des choses contraires à la raison et aux sens. Sa parole est infaillible, tandis que notre jugement s'égare facilement.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et Saint Augustin, ce défenseur si zélé de la Foi catholique, a toujours pensé et parlé de même, mais spécialement dans son commentaire sur le Psaume 33 : «&amp;amp;nbsp;''se porter soi-même dans ses mains est impossible à l'homme, ''dit-il, ''cela ne peut convenir qu'à Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; car il se portait dans ses propres mains, lorsque, donnant son Corps, il dit&amp;amp;nbsp;: ceci est mon Corps.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, sans parler de Saint Justin et de Saint Irénée, Saint Cyrille, dans son 4e livre sur Saint Jean, affirme si clairement que ''la véritable Chair de Jésus-Christ est dans l'Eucharistie'', que nulle interprétation fausse et captieuse ne pourra jamais obscurcir ses paroles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Pasteurs désiraient connaître encore d'autres témoignages des Pères, il serait facile de leur citer Saint Denys, Saint Hilaire, Saint Jérôme, Saint Jean Damascène et une foule d'autres dont les sentiments si importants sur cette matière ont été réunis en corps d'ouvrage, par des hommes pieux et savants, et se lisent partout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second moyen de connaître la doctrine de l’Église dans les choses de la Foi, c'est la condamnation qu'elle a faite des doctrines et des opinions contraires. Or, il est impossible de le nier, le dogme de la Présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie a toujours été tellement répandu et popularisé dans toute l’Église, il a toujours été si universellement reçu par tous les Fidèles, qu'au moment où Bérenger, dans le onzième siècle, osa l'attaquer et prétendre qu'il n'y avait là qu'un signe, il fut aussitôt condamné, et d'une voix unanime, au Concile de Verceil, convoqué par le Pape Léon IX, et lui-même y anathématisa son hérésie. Et lorsque plus tard il revint encore à cette erreur impie, il fut de nouveau condamné par trois autres Conciles, l'un de Tours, et les deux autres de Rome, ces deux derniers assemblés successivement par les Papes Nicolas II et Grégoire VIII. Toutes ces décisions furent confirmées ensuite par Innocent III dans le Concile général de Latran. Enfin les Conciles de Florence et de Trente sont venus tour à tour fixer ce dogme avec une clarté et une précision invincibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Pasteurs ont soin de bien mettre en lumière toutes ces autorités, ils pourront, non pas ramener les hérétiques qui, aveuglés par leurs erreurs, ne baissent rien tant que la vérité, mais affermir les faibles, et remplir les âmes pieuses de consolation et de joie : d'autant plus — et cela est évident pour les Fidèles — que la foi de cette vérité est renfermée dans les autres articles de la Doctrine chrétienne. Quiconque en effet croit et confesse que Dieu est Tout Puissant, croit par là-même qu'Il n'a pas manqué de pouvoir pour opérer le chef-d’œuvre que nous admirons et que nous révérons dans l'Eucharistie. Quiconque encore croit la sainte Église catholique, doit nécessairement reconnaître pour vraie la doctrine que nous venons d'expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui met le comble au bonheur et à l'édification des âmes pieuses, c'est de contempler la sublime dignité (le ce Sacrement. Par là elles comprennent d'abord toute la perfection de la Loi évangélique, laquelle possède en réalité ce que la Loi de Moise n'avait qu'en figures et en images. Ce qui a fait dire admirablement à Saint Denys&amp;amp;nbsp; que «&amp;amp;nbsp;''Notre Église tient le milieu entre la Synagogue et la Jérusalem céleste, et qu'elle participe de l'une et de l'autre&amp;amp;nbsp;''». Les fidèles ne sauraient donc trop admirer la perfection, la gloire et la grandeur de la sainte Église, puisqu'il n'y a, pour ainsi dire, qu'un seul degré qui la sépare de la béatitude céleste. Nous avons cela de commun avec les habitants des cieux, que les uns et les autres nous possédons Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; Dieu et homme, présent au milieu de nous. Le seul degré qui nous sépare d'eux, c'est qu'ils jouissent de la Présence de Jésus-Christ par la vision béatifique, tandis que nous, nous adorons seulement sa Présence, Présence invisible à nos yeux, et cachée sous le voile miraculeux des saints Mystères, mais que cependant nous confessons avec une Foi ferme et inébranlable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin Jésus-Christ nous a laissé dans ce Sacrement, la preuve de l'immense amour qu'Il a pour nous. N'était-ce pas en effet un des plus beaux traits de cet amour, de n'avoir pas emporté loin de nous cette nature qu'Il nous avait empruntée, mais d'avoir voulu, autant Rue cela était possible, demeurer sans cesse avec nous, afin que sans cesse on pût dire de Lui en toute vérité&amp;amp;nbsp; : «&amp;amp;nbsp;''mes délices sont d'être avec les enfants des hommes&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II — JÉSUS-CHRIST EST TOUT ENTIER DANS L'EUCHARISTIE. ====&lt;br /&gt;
Ici les Pasteurs auront à expliquer que l'Eucharistie ne contient pas seulement le Corps de Jésus-Christ avec tout ce qui constitue un corps véritable, comme les os et les nerfs, mais encore Jésus-Christ tout entier. Il faut enseigner que Jésus-Christ, c'est le nom d'un Dieu et d'un homme tout à la fois, c'est-à-dire d'une personne dans laquelle la nature divine et la nature humaine son&amp;amp;nbsp;; réunies&amp;amp;nbsp;; Jésus-Christ possède les deux substances et ce qui les caractérise, la divinité d'abord, puis la nature humaine tout entière avec l'âme, les parties du corps et le sang qui la composent. Nous devons donc croire que toutes ces choses se trouvent dans l'Eucharistie. Car de même qu'au ciel l'humanité de Jésus-Christ est unie à la divinité dans une seule personne, (et dans une seule ''hypostase''). de même ce serait un crime de supposer que le Corps, présent dans l'Eucharistie, y est séparé de la divinité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant les Pasteurs auront soin de faire observer que toutes ces choses ne sont point contenues de la même manière et par la même raison dans ce Sacrement. II en est qui s'y trouvent en vertu, et par la force même de la Consécration. Ces paroles en effet produisent ce qu'elles signifient, et les Théologiens disent qu'une chose se trouve dans le Sacrement, par la force du Sacrement, quand elle est exprimée par la forme des paroles. Selon eux, s'il pouvait arriver que les choses fussent détachées les unes des autres, il y aurait dans le Sacrement uniquement ce que sa forme signifie&amp;amp;nbsp;; le reste ne s'y trouverait point. Au contraire, il est certaines choses qui sont renfermées dans le Sacrement, par cette seule et unique raison qu'elles. sont inséparablement liées avec celles que la forme exprime. Ainsi, comme la forme employée pour la Consécration du pain exprime le Corps de Notre-Seigneur, puisqu'on y dit&amp;amp;nbsp;: ''ceci est mon Corps'', c'est donc par la force même du Sacrement que le Corps de Jésus-Christ est renferme dans l'Eucharistie. Mais parce que le Sang, l'âme et la Divinité sont inséparables du Corps, toutes ces choses seront aussi dans le Sacrement, non en vertu de la Consécration, mais par l'union qu'elles ont avec le Corps, ou comme disent les Théologiens, par ''concomitance.'' C'est de cette manière que manifestement Jésus-Christ est tout entier dans l'Eucharistie. Car lorsque deux choses sont absolument liées entre elles, il faut que l'une soit partout où l'autre se trouve. Il suit de là que Jésus-Christ est tellement tout entier, (si nous pouvons ainsi dire), et sous l'espèce du pain et sous l'espèce du vin, que, comme l'espèce du pain contient non seulement le Corps, mais le Sang, et Jésus-Christ tout entier, de même l'espèce du gyrin renferme non seulement le Sang, mais aussi le Corps et toute la Personne de Jésus-Christ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoique les Fidèles doivent avoir la certitude et la persuasion que les choses se passent ainsi, cependant l’Église a été très sage de faire séparément les deux Consécrations. D'abord cela exprime bien mieux la Passion du Sauveur, dans laquelle le Sang fut séparé du Corps. C'est même pour cette raison que l'on fait mention de l'effusion du Sang, dans la Consécration. Ensuite, comme ce Sacrement était destiné à nourrir nos âmes, il était convenable qu’il fût établi sous la forme de nourriture et de breuvage, puisque ces deux choses constituent évidemment l’aliment complet de nos corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas non plus oublier de dire que non seulement Jésus-Christ est tout entier dans chacune des espèces du pain et du vin, mais qu’Il est aussi tout entier dans la moindre parcelle de chaque espèce. «&amp;amp;nbsp;''Chacun reçoit Jésus-Christ, ''écrivait Saint Augustin.,&amp;amp;nbsp; ''et Jésus-Christ est tout entier dans la portion de chacun&amp;amp;nbsp;; Il ne se divise pas entre tous, mais il se donne tout II tous.&amp;amp;nbsp;''» nous avons d’ailleurs une preuve de cette vérité dans les Évangélistes Il n’est pas à croire en effet que Jésus-Christ ait consacré séparément chacun des morceaux de pain qu’Il distribua aux Apôtres&amp;amp;nbsp;; il paraît au contraire qu’il consacra, en prononçant une seule fois les paroles de la forme, tout le pain qui était nécessaire, et qu’Il le distribua ensuite à chacun. C’est évidemment ce qui eut lieu pour le calice, c’est-à-dire pour l’espèce du vin, puisque Jésus-Christ lui-même dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''prenez et partagez entre vous''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce que nous avons dit jusqu’ici a pour but de faire enseigner par les Pasteurs que le vrai Corps et le vrai Sang de Jésus-Christ sont contenus dans l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DE LA TRANSSUBSTANTIATION.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs enseigneront également — et c’était là notre second point, — qu’après la Consécration il ne reste absolument rien de la substance du pain et du vin dans le Sacrement. Si extraordinaire, si prodigieux que puisse nous paraître ce miracle, cependant il est une conséquence nécessaire de ce que nous venons de démontrer. En effet, si après la Consécration le Corps et le Sang de Jésus-Christ sont réellement présents sous les espèces du pain et du vin où Ils n’étaient pas auparavant, ce ne peut être que par changement de lieu, ou par création, ou par le changement d’une autre substance en la sienne. Or il est impassible que le Corps de Jésus-Christ soit présent dans l’Eucharistie, en y venant d’un autre lieu, puisque autrement Il devrait quitter le ciel, un corps ne pouvant être mis en mouvement sans s’éloigner du lieu d’où part le mouvement. Il est encore bien moins croyable que le Corps de Jésus-Christ soit dans l’Eucharistie par création, ou plutôt il n’est même pas permis de le penser. Que reste-t-il donc, sinon que le pain soit changé en son Corps, et par conséquent que la substance du pain soit totalement détruite par la Consécration&amp;amp;nbsp;? Aussi les Pères du Concile général de Latran, et ceux du Concile de Florence ont-ils nettement enseigné cette vérité. Et après eux, le Concile de Trente l’a définie plus formellement encore en ces termes: «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un dit que dans le très saint sacrement de l’Eucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; Il est très facile d’ailleurs d’arriver à la même conclusion par les textes mêmes de la Sainte Écriture Et d’abord Notre-Seigneur, en instituant ce Sacrement, s’exprime ainsi: «&amp;amp;nbsp;''ceci est mon Corps''&amp;amp;nbsp;»: Or la propriété du mot: ceci, est d’exprimer toute la substance de l’objet présent. Si donc la substance du pain était demeurée, Jésus-Christ n’aurait pas pu dire avec vérité: ''ceci est mon Corps''. D’un autre côté, le Seigneur dit, dans Saint Jean&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le pain que Je donnerai, c’est ma Chair pour la vie du monde&amp;amp;nbsp;''» désignant ainsi sa Chair par le nom du pain&amp;amp;nbsp;; puis un instant après, II ajoute&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous ne mangez la Chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son Sang, vous n’aurez point la vie en vous&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et encore&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ma Chair est véritablement une nourriture, et mon Sang est vraiment un breuvage''&amp;amp;nbsp;» Or appeler en termes si clairs et si formels sa Chair un vrai pain, une véritable nourriture, et son Sang un vrai breuvage, n’est-ce pas évidemment pour nous apprendre que ni la substance du pain ni celle du vin ne demeurent dans ce Sacrement&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceux qui auront seulement parcouru les Saints Pères, reconnaîtront sans peine que telle a toujours été leur croyance unanime. Voici ce qu’écrit Saint Ambroise:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''vous direz peut-être: ce pain est tout ordinaire. Oui c’est du pain ordinaire avant la Consécration&amp;amp;nbsp;; mais aussitôt après la Consécration, ce pain devient la Chair de Jésus-Christ''&amp;amp;nbsp;». Puis, pour rendre ses preuves plus sensibles, il apporte plusieurs exemples et plusieurs comparaisons. Dans un autre endroit, en expliquant ces paroles du Psalmiste:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le Seigneur a fait dans le ciel et sur la terre tout ce qu’Il a voulu'', il dit: ''quoique l’on voie la figure et la forme du pain et du vin, il n’y a cependant rien autre chose après la Consécration, que la Chair et le Sang de Jésus-Christ''&amp;amp;nbsp;». Saint Hilaire s’est servi presque des mêmes termes pour exprimer la même vérité, il enseigne que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le Corps et le Sang du Seigneur sont réellement dans l’Eucharistie, quoique, au dehors, on n’aperçoive que du pain et du vin''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici les Pasteurs feront bien d’avertir les Fidèles qu’ils ne doivent pas s’étonner qu’on ait conservé le nom de pain à l’Eucharistie, même après la Consécration. La raison en est que l’Eucharistie garde les apparences du pain et même la propriété naturelle du pain, qui est de nourrir et de fortifier le corps. C’est d’ailleurs une coutume de la Sainte Écriture de nommer les objets d’après leurs formes extérieures. C’est ce qu’on voit dans la Genèse, où il est dit que ''trois hommes'' apparurent à Abraham, et cependant c’étaient ''trois Anges''. De même nous lisons dans les Actes que ''deux hommes apparurent aux Apôtres'', au moment où Notre-Seigneur Jésus-Christ venait de monter au ciel, et ces hommes étaient des Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — COMMENT S’OPÈRE LA TRANSSUBSTANTIATION ====&lt;br /&gt;
L’explication de ce Mystère est extrêmement difficile. Cependant les Pasteurs tâcheront de faire comprendre à ceux qui sont assez avancés dans la connaissance des Vérités saintes, comment s’opère ce changement admirable. Car pour ceux qui sont encore faibles dans la Foi, il serait à craindre qu’ils ne fussent accablés sous le poids d’une Vérité si haute. Ce changement est tel que, par la puissance de Dieu, toute la substance du pain est convertie en la substance entière du Corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin en la substance entière de son Sang, sans aucun changement de la part de Notre-Seigneur Lui-même. En effet, Il n’y est ni engendré, ni changé, ni augmenté&amp;amp;nbsp;; mais Il demeure intact dans sa substance. C’est ce qui a fait dire à Saint Ambroise, en parlant de ce Mystère &amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;vous voyez combien la parole de Jésus-Christ est efficace. Si elle a eu assez de force pour faire exister ce qui n’était pas, le monde, par exemple, combien ne lui en a-t-il pas fallu pour donner un nouvel être aux choses qui existaient déjà et pour les changer en d’autres&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;» ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs autres Pères très anciens, et d’une grande autorité, ont parlé dans le même sens. «&amp;amp;nbsp;''nous le déclarons sans hésiter,'' dit Saint Augustin&amp;amp;nbsp; ''avant la Consécration, il n’y a que le pain et le vin formés par la nature&amp;amp;nbsp;; mais après la Consécration, il n’y a plus que la Chair et le Sang de Jésus-Christ, rendus présents par les paroles sacrées''.&amp;amp;nbsp;» — ''Le Corps de Notre-Seigneur'' , dit de son côté Saint Jean Damascène, «&amp;amp;nbsp;''Celui-là même qui est né d’une Vierge, est véritablement uni dans l’Eucharistie à sa divinité&amp;amp;nbsp;; non qu’Il descende du ciel où Il est monté, mais parce que le pain et le vin sont transsubstantiés au Corps et au Sang du Seigneur.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc avec beaucoup de raison et de justesse que l’Église catholique appelle ce merveilleux changement ''transsubstantiation'', comme l’enseigne le Concile de Trente. En effet de même que la génération naturelle peut très bien s’appeler transformation, parce qu’il s’y fait un changement de forme&amp;amp;nbsp;; de même le mot de transsubstantiation a été très convenablement créé par nos Pères, pour exprimer le changement d’une substance tout entière en une autre substance, tel que celui qui s’opère dans l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ainsi que les Saints Pères l’ont très souvent recommandé, il faut avertir les Fidèles de ne pas rechercher avec trop de curiosité comment un tel changement peut se faire. Il nous est impossible de le comprendre, et nous ne pouvons en trouver aucune image ni aucun exemple dans les changements naturels, ni même dans la création. La Foi nous apprend que la chose est ainsi, nous ne devons point chercher avec curiosité pourquoi ou comment la chose est ainsi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faudra pas moins de prudence aux Pasteurs, lorsqu’ils expliqueront comment dans ce Mystère le Corps de Jésus-Christ se trouve contenu tout entier dans chacune des plus petites parcelles du pain eucharistique. Autant qu’on le peut il faut éviter soigneusement ces sortes de discussions&amp;amp;nbsp;; cependant, si la Charité chrétienne en-fait un devoir, qu’on n’oublie pas tout d’abord de prémunir et de fortifier l’esprit des Fidèles par ces paroles de l’Évangile&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Rien n’est impossible à Dieu.&amp;amp;nbsp;''» Après cela les Pasteurs pourront enseigner que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est point dans ce Sacrement comme dans un lieu. Les choses ne sont dans un lieu qu’autant qu’elles ont quelque étendue. Or, quand nous disons que Jésus-Christ est dans l’Eucharistie, nous ne faisons pas attention à l’étendue plus ou moins grande de son Corps, mais à la substance elle-même, considérée indépendamment de l’étendue. Car la substance du pain est changée en la substance, et non pas en la quantité, ni en la grandeur du Corps de Jésus-Christ. Or personne ne doute qu’une substance ne puisse être également renfermée dans un petit espace aussi bien que dans un grand. Ainsi la substance de l’air est aussi entière dans une petite partie d’air que dans une grande&amp;amp;nbsp;; la nature (ou la substance) de l’eau n’est pas moins entière dans un petit vase que dans un grand. Et comme le Corps de Notre-Seigneur remplace la substance du pain dans l’Eucharistie, on est obligé de convenir qu’Il est dans le Sacrement de la même manière que la substance du pain y était avant la Consécration. Or la substance du pain était aussi bien et aussi entière dans la plus petite partie que dans le tout. Cela ne se discute même pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES ACCIDENTS DU PAIN ET DU VIN.  ====&lt;br /&gt;
La troisième merveille de ce Sacrement, la plus grande et la plus étonnante de toutes, mais que les Pasteurs pourront aborder plus aisément, après avoir expliqué les deux précédentes, c’est que les espèces du pain et du vin y subsistent sans être soutenues d’aucun sujet. En effet, nous avons démontré d’une part que le Corps et le Sang de Notre-Seigneur sont véritablement présents dans ce Sacrement, et de manière qu’il ne reste absolument rien de la substance du pain et du vin. Mais d’autre part il est impossible que les accidents qui demeurent, s’attachent à son Corps et à son Sang. Par conséquent il est de toute nécessité que, contre toutes les lois de la nature, ces accidents subsistent en eux-mêmes, et sans être soutenus par aucune substance. telle a toujours été la doctrine constante de l’Église catholique, doctrine qui peut du reste se déduire des témoignages que nous avons rapportés plus haut en faveur de la vérité qui nous occupe, à savoir qu’après la Consécration, il ne demeure plus rien de la substance du pain et du vin dans l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais rien ne convient mieux à la piété des Fidèles que de laisser de côté ces questions difficiles, et de se borner à vénérer, à adorer la majesté de ce Sacrement, et ensuite à admirer la souveraine Providence de Dieu, qui a établi ces sacrés Mystères, pour être administrés sous les espèces du pain et du vin. toutefois, comme il répugne absolument à la nature de manger la chair et de boire le sang de l’homme, c’est une grande marque de Sagesse de la part de Notre-Seigneur de nous avoir donné sa Chair et son Sang adorables sous les apparences du pain et du vin, qui sont notre nourriture journalière, la plus ordinaire, et en même temps la plus agréable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous trouvons encore en cela deux autres avantages&amp;amp;nbsp;; le premier, c’est d’être à l’abri d’accusations calomnieuses, et qu’il nous eût été difficile d’éviter de la part des infidèles, s’ils nous avaient vus manger la Chair de Jésus-Christ dans sa propre forme. Le second, c’est qu’en prenant le Corps et le Sang de Notre-Seigneur, sans que nos sens puissent saisir la réalité de leur existence, c’est un puissant moyen d’augmenter la Foi dans nos âmes. «&amp;amp;nbsp;''Car la Foi,'' dit Saint Grégoire&amp;amp;nbsp; ''ne mérite plus, quand la raison démontre.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout ce que nous avons dit sur ces vérités si profondes ne doit être présenté aux Fidèles qu’avec de grandes précautions, et en tenant compte du développement de leur intelligence, aussi bien que des circonstances. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingtième — Du sacrement de l’Eucharistie (suite)  ===&lt;br /&gt;
'''DE LA COMMUNION ET DU SACRIFICE DE LA MESSE'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE LA VERTU ET DES FRUITS DE L’EUCHARISTIE.  ====&lt;br /&gt;
La vertu et les fruits du sacrement de l’Eucharistie méritent toute notre admiration. Il n’est personne, à coup sûr, à qui il ne soit utile et même nécessaire de les connaître. Et même toute la doctrine que nous avons exposée jusqu’ici sur ce Sacrement avait principalement pour but de mettre les Pasteurs en état de mieux en instruire les Fidèles. Mais comme les biens et les avantages qu’ils renferment sont presque infinis, les plus beaux et les plus longs discours ne pourraient les expliquer en détail. Voilà pourquoi les Pasteurs seront forcés de s’attacher à une ou deux considérations principales qui suffiront pour montrer l’étendue et l’abondance des fruits salutaires contenus dans ce sacré Mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici un moyen d’atteindre en partie ce but: c’est de faire voir, en comparant entre elles la nature et l’efficacité de tous les Sacrements, que l’Eucharistie est comme la source, tandis que les autres sont les ruisseaux. En effet l’Eucharistie est vraiment la source de toutes les grâces, puisqu’elle renferme d’une manière admirable Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Source même de tous les dons célestes, l’Auteur de tous les Sacrements, le Principe enfin d’où dérive tout ce qu’il y a de bien et de parfait dans les autres Sacrements. Après cela il ne sera pas difficile de comprendre combien sont magnifiques les dons de la Grâce divine que nous communique la sainte eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourra encore en juger aisément, en examinant la nature du pain et du vin, qui sont les symboles de l’Eucharistie. Ce que le pain et le vin produisent pour le corps, l’Eucharistie le produit également, mais d’une manière infiniment plus parfaite, pour le salut et le bonheur de l’âme. Ce n’est pas le Sacrement qui se convertit comme le pain et le vin en notre substance, c’est nous-mêmes au contraire qui sommes changés pour ainsi dire en sa nature. En sorte que l’on peut très bien appliquer ici ces paroles que Saint Augustin met dans la bouche de Notre-Seigneur &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Je suis la nourriture des hommes faits&amp;amp;nbsp;; croissez, et nous Me mangerez ensuite. Et vous ne Me changerez point en vous, comme il arrive d la nourriture de votre corps mais c’est vous qui vous changerez en Moi.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''«&amp;amp;nbsp;Si la Grâce et la Vérité ont été apportées par Jésus-Christ ''&amp;amp;nbsp;», ne doivent-elles pas nécessairement se répandre dans l’âme de celui qui reçoit ce Sacrement avec un cœur pur et saint&amp;amp;nbsp;? Car Notre-Seigneur a dit : «&amp;amp;nbsp;''Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang, demeure en Moi, et Moi en lui. s Personne ne doit douter que ceux qui participent à ce Sacrement avec des sentiments de Foi et de piété, ne reçoivent le Fils de Dieu, de manière à se trouver en quelque sorte greffés sur son Corps, comme des membres vivants.''&amp;amp;nbsp;» Celui qui Me mange, dit le Sauveur&amp;amp;nbsp; vivra aussi pour Moi. Le pain que je donnerai, c’est ma Chair pour la vie du monde.&amp;amp;nbsp;» Sur quoi Saint Cyrille a fait cette remarque : «&amp;amp;nbsp;''Le verbe de Dieu, en s’unissant à sa propre chair, l’a rendue vivifiante. il était donc convenable qu’Il s’unît à nos corps d’une manière admirable. par sa Chair sacrée et par son Sang précieux qu’Il nous livre sous les espèces du pain et du vin, pour nous sanctifier et nous donner la vie.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en disant que l’Eucharistie donne la Grâce, que les Pasteurs fassent bien entendre aux Fidèles que pour recevoir ce Sacrement d’une manière vraiment utile, il est nécessaire de la posséder auparavant. De même que les aliments naturels ne servent de rien aux morts, de même aussi il est certain que les saints Mystères sont inutiles à celui qui n’a pas la vie de l’âme. Si même ils se présentent sous les apparences du pain et du vin, c’est précisément pour nous faire comprendre qu’ils n’ont pas été institués pour rendre la vie à l’âme, mais seulement pour la lui conserver. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On veut donc dire par là que la première grâce nécessaire à tous ceux qui veulent recevoir ce Sacrement, sans manger et boire leur condamnation, ne se donne qu’à ceux qui ont le désir et la résolution bien arrêtée d’y participer, car il est la fin de tous les autres Sacrements, le symbole de l’unité et de l’union de tous les membres ale l’Église, hors de laquelle il est impossible d’obtenir la Grâce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’un autre côté, la nourriture naturelle n’est pas destinée seulement à la conservation du corps, mais aussi à son accroissement, et même à ses jouissances et à son plaisir. De même la nourriture eucharistique non seulement soutient l’âme, mais la fortifie et lui donne plus de goût pour les choses spirituelles. nous avions donc raison de dire que ce Sacrement communique la Grâce, et qu’on peut le comparer justement à la manne, dans laquelle on trouvait les délices de toutes les saveurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut douter non plus que l’Eucharistie ne remette et pardonne les péchés légers, que l’on appelle ordinairement véniels. tout ce que l’âme entraînée par l’ardeur de la concupiscence, a perdu de la vie de la Grâce en commettant des fautes légères, ce Sacrement le lui rend en effaçant ces petites fautes. De même aussi, pour nous servir toujours de notre comparaison, la nourriture corporelle répare peu à peu et nous rend ce que nous perdons tous les jours par l’effet de la chaleur naturelle. Ce qui a fait dire si justement à Saint Ambroise, parlant de ce céleste Sacrement : «&amp;amp;nbsp;''Ce pain de chaque jour est an remède aux infirmités de chaque jour.''&amp;amp;nbsp;» toutefois ceci ne s’applique qu’aux péchés dont le sentiment et l’attrait n’émeuvent plus l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore un autre effet de l’Eucharistie de nous conserver exempts et purs de tout péché, de nous sauvegarder contre les attaques furieuses des tentations, et de nous servir comme d’un céleste antidote qui nous empêche d’être infectés et corrompus par le venin mortel des mauvaises passions. Aussi, au rapport de Saint Cyprien, lorsque dans les premiers temps de l’Église, les Fidèles étaient condamnés par les tyrans aux supplices et à la mort pour avoir confessé la Foi de Jésus-Christ, les Évêques avaient coutume de leur administrer le sacrement du Corps et du Sang de Notre-Seigneur, de peur que vaincus par la violence des tourments ils ne vinssent à succomber dans ce combat suprême du salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Eucharistie réprime et modère aussi l’ardeur des désirs de la chair. Par cela même qu’elle augmente dans les cœur s le feu de l’Amour de Dieu, elle éteint nécessairement celui de la concupiscence. Enfin, pour exprimer en un seul mot tous les avantages et tous les bienfaits de ce Sacrement, il suffit de dire qu’il possède une puissance souveraine pour nous faire acquérir la gloire éternelle. Car il est écrit, (et c’est une parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ): «&amp;amp;nbsp;''Celui qui mange ma Chair, et qui boit mon Sang, a la Vie Éternelle, et Je te ressusciterai au dernier jour. ''&amp;amp;nbsp;» A en effet, par la grâce de l’Eucharistie, les Fidèles jouissent déjà dès cette vie d’une paix et d’une tranquillité de conscience parfaites. Puis, quand il faut mourir, c’est encore par sa Vertu qu’ils s’élèvent à la gloire et à la béatitude éternelle&amp;amp;nbsp;; semblables à Élie «&amp;amp;nbsp;''qui fortifié par le pain cuit sous la cendre marcha jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu ''&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il sera facile aux Pasteurs d’expliquer plus longuement tous ces bienfaits de l’Eucharistie, s’ils veulent commenter devant les Fidèles le sixième chapitre de l’Évangile de Saint Jean, où un grand nombre des effets de ce Sacrement se trouvent marqués&amp;amp;nbsp;; ou bien encore, si en parcourant la suite admirable des actions de Notre-Seigneur, ils comparent le bonheur de ceux qui Le reçurent dans leur maison, pendant sa vie mortelle, ou qui recouvrèrent la santé «&amp;amp;nbsp;''en touchant ses vêtements et le bord de sa robe, ''&amp;amp;nbsp;» avec le bonheur beaucoup plus considérable de ceux qui Le reçoivent dans leur cœur, (maintenant qu’Il est en possession de la gloire immortelle), pour guérir toutes leurs blessures et enrichir leur âme de ses dons les plus excellents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — TROIS MANIÈRES DE PARTICIPER A L’EUCHARISTIE.  ====&lt;br /&gt;
Il faut montrer à présent qui sont ceux qui reçoivent véritablement tous ces fruits admirables de l’Eucharistie. Il faut faire voir également qu’il y a plus d’une manière de participer à ce Sacrement, afin que les Fidèles s’efforcent d’employer celle qui est la plus salutaire. Or, dans leur sagesse, nos pères ont très bien distingué, et le Concile de Trente après eux, qu’il y a trois manières de recevoir l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les uns reçoivent seulement le Sacrement. Ce sont ces pécheurs qui ne craignent pas de prendre les saints Mystères avec une bouche et un cœur impurs, et dont l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qu’ils mangent et boivent indignement le Corps du Seigneur.&amp;amp;nbsp;''» C’est à eux aussi que s’appliquent ces paroles de Saint Augustin .: «&amp;amp;nbsp;''Celui qui ne demeure pas en Jésus-Christ, et en qui Jésus-Christ ne demeure pas, ne change certainement point sa Chair spirituellement, quoique matériellement et visiblement il presse sous ses dents les Sacrements de son Corps et de son Sang.''&amp;amp;nbsp;» Mais ceux qui reçoivent les saints Mystères dans cette disposition, non seulement n’en retirent aucun fruit, mais même, au témoignage de l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''ils mangent et boivent leur propre condamnation.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y en a d’autres qui ne participent à l’Eucharistie que ''spirituellement'': ce sont ceux qui, animés&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''de cette Foi vive qui opère par la Charité''&amp;amp;nbsp;», se nourrissent de ce Pain céleste par des désirs et des vœux ardents. S’ils ne retirent pas de ce Sacrement tous les fruits qu’il contient, ils en reçoivent néanmoins de très considérables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il en est qui participent à l’Eucharistie réellement et spirituellement tout à la fois. Fidèles aux avertissements de l’Apôtre, ils ont soin de s’éprouver eux-mêmes, et de se revêtir de la robe nuptiale, avant de s’approcher de la sainte table. Aussi ils ne manquent jamais d’en recueillir les avantages si abondants dont nous avons parlé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi ceux qui peuvent se mettre en état de recevoir le sacrement du corps de Notre-Seigneur, et qui se contentent de faire la Communion spirituelle, se privent eux-mêmes volontairement de biens immenses et célestes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR COMMUNIER.  ====&lt;br /&gt;
Mais il est temps de dire comment les Fidèles doivent se préparer à recevoir le sacrement de l’Eucharistie. Et d’abord, afin de les bien convaincre de la nécessité de cette préparation, il convient de leur proposer l’exemple de notre Sauveur. Lorsqu’Il voulut donner à ses Apôtres le sacrement de son Corps et de son Sang précieux, bien qu’ils fussent déjà purs, (Il le leur avait dit Lui-même), Il ne laissa pas néanmoins de leur laver les pieds, afin de nous faire comprendre par là que nous ne devons rien négliger pour nous mettre en état de grâce, et de grâce parfaite, lorsque nous allons recevoir les saints Mystères. n’oublions pas non plus que si l’on reçoit toute l’abondance des dons `de Dieu, quand on participe à l’Eucharistie avec un cœur bien disposé et parfaitement préparé, on y trouve au contraire les inconvénients et les malheurs les plus grands — bien, loin d’en retirer 1e moindre fruit -lorsqu’on la reçoit sans la préparation nécessaire. Les choses les plus excellentes et les plus salutaires ont cela de particulier qu’elles produisent les plus heureux effets, si l’on s’en sert à propos, et qu’elles sont au contraire funestes et pernicieuses, si on les emploie à contretemps. Il n’est donc pas étonnant que ces dons si précieux et si brillants de la pure bonté de Dieu, lorsque nous les recevons dans un cœur bien préparé, soient pour nous un puissant secours capable de nous faire obtenir la gloire du ciel, mais que par contre ils nous apportent la mort -et la mort éternelle — si nous avons le malheur de les recevoir indignement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voyons une preuve frappante de cette vérité dans ''l’Arche d’alliance''. Les Israélites n’avaient rien de plus sacré. Dieu s’en était servi souvent pour leur accorder les plus signalés bienfaits. Mais enlevée un jour par les Philistins, elle fit tomber sur eux un terrible fléau, aussi affligeant que honteux, et qui les couvrit d’opprobre. De même aussi la nourriture, qui arrive dans un estomac bien préparé, soutient et fortifie le corps, mais au contraire elle engendre de graves maladies, si l’estomac est mal disposé et plein d’humeurs mauvaises. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première disposition nécessaire, c’est de savoir distinguer entre table et table, c’est-à-dire, discerner cette table sacrée des tables profanes, ce Pain céleste du pain ordinaire. Pour cela, il faut croire fermement que l’Eucharistie renferme le vrai Corps et le vrai Sang du même Dieu que ''les Anges adorent ''dans le ciel, qui ''fait trembler'' par ses ordres ''les colonnes du ciel'', dont ''la gloire remplit le ciel et la terre''. C’est là ''discerner'' en effet, comme le recommande l’Apôtre, ''le Corps du Seigneur''. Mais il faut se contenter d’adorer la profondeur de ce Mystère, sans chercher à en pénétrer l’essence par des recherches trop curieuses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seconde disposition absolument indispensable, c’est de nous demander à nous-mêmes si nous sommes en paix avec les autres, si nous aimons notre prochain sincèrement, et du fond du cœur. «&amp;amp;nbsp;''Si en offrant votre don à l’autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez-là votre don devant l’autel, et allez vous réconcilier avec votre frère, puis après vous viendrez faire votre offrande.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En troisième lieu, nous devons examiner notre conscience avec le plus grand soin, de peur qu’elle ne soit souillée de quelque faute mortelle, dont il soit nécessaire de nous repentir et d’obtenir le pardon par la contrition et la confession. Le saint Concile de Trente a décidé en effet, qu’«&amp;amp;nbsp;''il m’était point permis à celui qui a sur la conscience un péché mortel, de recevoir la sainte Communion, quelque repentir qu’il croie éprouver, avant de s’être purifié par la confession, si toutefois il a pu trouver un Confesseur.'' &amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième disposition, c’est de réfléchir en silence au-dedans de nous-mêmes combien nous sommes indignes de ce bienfait divin que nous recevons dans la sainte eucharistie. Comme le Centurion, auquel Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même rendit ce témoignage,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’Il n’avait point trouvé une si grande Foi en Israël''&amp;amp;nbsp;»'', ''nous devons répéter du fond du cœur&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, je ne suis pas digne que Vous entriez dans ma maison.''&amp;amp;nbsp;» Demandons-nous également si nous aurions le droit de dire avec Saint Pierre : «&amp;amp;nbsp;''Seigneur, Vous savez que je Vous aime&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Car n’oublions pas que celui qui était allé s’asseoir au festin de son maître «&amp;amp;nbsp;''sans la robe nuptiale&amp;amp;nbsp;''», fut jeté dans une prison ténébreuse, pour y subir d’éternels châtiments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la préparation de l’âme ne suffit pas&amp;amp;nbsp;; il faut aussi apporter à la Communion certaines dispositions du corps. Ainsi nous devons nous approcher de la sainte table à jeun, c’est-à-dire sans avoir rien mangé ni rien bu depuis le milieu de la nuit, jusqu’au moment où nous recevons l’Eucharistie. La sainteté d’un si grand Sacrement demande en effet que le corps lui-même qui va devenir le temple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, soit purifié, et autant que possible conservé digne de l’Hôte divin qui daigne descendre en lui. Voilà, à peu près, ce qu’il y a de plus nécessaire à observer pour se préparer à recevoir utilement les saints Mystères. toutes les autres dispositions peuvent facilement se rapporter et se réduire à celles que nous venons d’indiquer ici. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DE L’OBLIGATION DE COMMUNIER.  ====&lt;br /&gt;
Il peut arriver que certains Chrétiens montrent de la négligence, et même de la lâcheté, à recevoir ce Sacrement, sous prétexte que la préparation qu’il demande est trop pénible et trop difficile. Il est donc nécessaire de rappeler aux Fidèles que l’obligation de communier atteint tout le monde. Il y a plus&amp;amp;nbsp;; car l’Église a décrété que celui qui ne s’approche pas de la sainte table au moins une fois chaque année dans le temps de Pâques, doit être excommunié. Mais n’allons pas croire qu’il suffit d’obéir à ce Commandement et de recevoir une fois seulement chaque année le Corps de Notre-Seigneur. Soyons bien persuadés au contraire qu’il faut renouveler très souvent la sainte Communion. Mais faut-il communier tous les mois, toutes les semaines ou tous les jours&amp;amp;nbsp;? on ne saurait établir là dessus une règle précise et générale. Ce que l’on peut prescrire de mieux:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vivez de manière à pouvoir communier tous les jours&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi les Pasteurs auront soin d’exhorter souvent les Fidèles à ne point négliger de nourrir c''haque jour ''leur âme de ce Pain salutaire, en leur représentant qu’ils ne manquent pas de donner ''chaque jour'' à leur corps les aliments dont il a besoin., et que la nourriture spirituelle n’est pas moins nécessaire à l’âme que la nourriture matérielle au corps. Il sera aussi très utile de leur rappeler en même temps ces immenses et divins bienfaits que nous procure la Communion eucharistique, ainsi que nous l’avons montré plus haut. On pourra invoquer encore, et le pain figuratif de la manne, dont les Israélites étaient obligés de se nourrir tous les jours, pour réparer les forces de leur corps, et l’autorité des Saints Pères qui recommandent fortement la réception fréquente de ce Sacrement. Ce n’est pas seulement Saint Augustin qui a dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Vous péchez tous les jours&amp;amp;nbsp;; communiez tous les jours''&amp;amp;nbsp;» Quiconque voudra étudier sérieusement les Pères qui ont écrit sur ce sujet, se convaincra facilement qu’ils sont tous du même avis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi voyons-nous dans les Actes des Apôtres qu’il fut un temps autrefois où les Fidèles communiaient tous les jours. tous ceux qui professaient alors la Religion chrétienne étaient enflammés d’une Charité si vraie et si sincère, que sans cesse appliqués à la prière et aux autres devoirs de la piété, ils se trouvaient prêts à s’approcher chaque jour des saints Mystères. Cet usage ayant paru s’affaiblir, le très saint Pape et martyr Anaclet le renouvela en partie. Il ordonna que tous les ministres de l’Église qui assisteraient au Sacrifice de la Messe, y communieraient, suivant l’institution des Apôtres. Au reste ce fut pendant longtemps un usage dans l’Église que le Prêtre, après avoir achevé le Sacrifice, et pris lui-même l’Eucharistie, se tournait vers le peuple et invitait les Fidèles à la table sainte par ces paroles: «&amp;amp;nbsp;''Venez, mes frères, à la Communion''&amp;amp;nbsp;», et alors ceux qui étaient préparés recevaient les saints Mystères, avec de grands sentiments de religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ensuite la Charité et l’amour de la piété se refroidirent tellement que les Fidèles n’approchaient plus que très rarement de la sainte Communion. C’est pourquoi le Pape Fabien décréta que tous les Chrétiens devraient recevoir d’Eucharistie au moins trois fois par an, aux fêtes de la naissance de Notre-Seigneur, de sa Résurrection, et de la Pentecôte. Cette règle fut confirmée plus tard par plusieurs Conciles, et spécialement par le premier Concile d’Agde. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin les choses en étant venues à ce degré de relâchement que non seulement on n’observait plus cette ordonnance si sainte et si salutaire, mais qu’on différait même pendant plusieurs années de communier, le Concile général de Latran porta ce décret que tous les Fidèles devraient recevoir au moins une fois par an, à Pâques, le Corps sacré de Notre-Seigneur, et que ceux qui négligeraient de le faire seraient exclus de l’entrée de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant quoique cette Loi, fondée également sur l’autorité de Dieu et sur celle de l’Église, s’étende à tous les fidèles, il faut excepter de l’obligation qu’elle impose ceux qui n’ont point encore l’usage de la raison, à cause de la faiblesse de leur âge. Ils sont incapables en effet de discerner la sainte eucharistie d’un pain ordinaire et profane, et par suite de la recevoir avec les sentiments de religion et de piété qu’elle demande. Il semble même qu’il serait absolument contraire à l’institution de ce Sacrement d’agir d’une autre manière&amp;amp;nbsp;; Notre-Seigneur Jésus-Christ ayant dit, en l’instituant : «&amp;amp;nbsp;''Prenez et mangez''&amp;amp;nbsp;», paraît avoir exclu les enfants qui ne peuvent d’eux-mêmes ni prendre ni manger. Il est vrai qu’anciennement quelques Églises étaient dans l’usage de donner la sainte eucharistie aux enfants&amp;amp;nbsp;; mais il y a longtemps que l’autorité de l’Église a fait disparaître cet usage, soit pour les raisons que nous venons de dire, soit pour d’autres motifs très conformes à la piété chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l’âge où l’on doit donner les saints Mystères aux enfants, personne ne peut mieux le déterminer que leurs parents, et le Prêtre auquel ils confessent leurs péchés. C’est à eux qu’il appartient d’examiner et d’interroger les enfants pour savoir s’ils ont une connaissance suffisante de cet admirable Sacrement, et s’ils sont capables d’en goûter les fruits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne doit point non plus administrer l’Eucharistie aux insensés, parce qu’ils sont incapables d’aucun sentiment de piété. Cependant, si avant de tomber en démence, ils avaient montré de la piété et des sentiments religieux, on pourrait, à l’article de la mort, leur donner la sainte Communion, suivant le décret du Concile de Carthage, pourvu que l’on n’eût à craindre ni vomissement, ni indécence, ni aucun autre inconvénient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÉCES.  ====&lt;br /&gt;
En ce qui regarde la manière de communier, les Pasteurs auront soin d’enseigner que l’Église a défendu la Communion sous les deux espèces à tous les Chrétiens, excepté aux Prêtres lorsqu’ils consacrent l’Eucharistie dans le Sacrifice de la Messe&amp;amp;nbsp;; car, comme l’explique le Concile de Trente, quoique Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la dernière Cène, ait institué cet auguste Sacrement sous la double espèce du pain et du vin, et qu’Il l’ait donné ainsi à ses Apôtres, il ne s’ensuit pas néanmoins qu’Il ait voulu faire une loi d’administrer les saints Mystères aux Fidèles sous ces deux espèces. Lui-même d’ailleurs, quand II parle de ce Sacrement, ne fait le plus souvent mention que d’une seule espèce : «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un mange de ce pain, ''dit-Il, ''il vivra éternellement. Et ce pain que Je donnerai, c’est ma Chair, pour la vie du monde. Celui qui mange ce Pain vivra éternellement.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas sans motifs — et les motifs les plus graves — que l’Église s’est déterminée non seulement à approuver, mais encore à sanctionner par l’autorité d’un décret la coutume de ne communier que sous une seule espèce. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord il fallait prendre les plus grandes précautions pour que le Sang de Notre-Seigneur ne se répandit point à terre, ce qu’il était très difficile, pour ne pas dire impossible, d’éviter lorsqu’on, avait à le distribuer à une grande multitude de peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, l’Eucharistie devant être toujours réservée et prête pour les malades, il était bien à craindre que l’espèce du vin conservée un peu longtemps ne vînt à s’aigrir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisièmement, il est un grand nombre de personnes qui ne peuvent supporter ni le goût, ni même l’odeur du vin. Voilà pourquoi l’Église a très sagement ordonné que les Fidèles ne recevraient, dans la sainte Communion, que l’espèce du pain. Autrement ce que l’on donnait pour le salut de l’âme aurait pu nuire à la santé du corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutons à toutes ces raisons que dans beaucoup de contrées, on trouve difficilement du vin, et que l’on ne peut s’en procurer qu’à grands frais, à cause de l’éloignement des lieux et de la difficulté des chemins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin — et c’est là le point principal dans cette question — il fallait abattre l’hérésie de ceux qui prétendaient que Jésus-Christ n’est pas tout entier sous chaque espèce&amp;amp;nbsp;; que l’espèce du pain contenait seulement son Corps, séparé de son Sang, et l’espèce du vin son Sang, séparé de son Corps. Et dès lors, pour manifester d’une manière plus sensible aux yeux de tous la vérité de la Foi catholique, l’Église a très sagement ordonné la Communion sous une seule espèce, qui est celle du pain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore d’autres raisons de cet usage, rapportées par ceux qui ont traité cette matière, et que les Pasteurs pourront leur emprunter, s’ils le jugent à propos. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — MINISTRE DU SACREMENT DE L’EUCHARISTIE.  ====&lt;br /&gt;
Nous avons à parler maintenant du Ministre de l’Eucharistie, non qu’il soit possible à personne de l’ignorer, mais pour ne rien omettre de tout ce qui semble se rattacher à la doctrine de ce Sacrement. On enseignera donc que les Prêtres seuls ont reçu le pouvoir de consacrer l’Eucharistie, et de la distribuer aux Fidèles. L’usage de l’Église a toujours été, dit le Concile de Trente, que le peuple reçût la communion des mains des Prêtres, et que les Prêtres se communiassent eux-mêmes, quand ils célèbrent les saints Mystères&amp;amp;nbsp;; usage que ce saint Concile fait remonter aux Apôtres et qu’il ordonne de conserver religieusement, d’autant plus qu’il est fondé sur l’exemple si frappant de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, qui consacra son Corps adorable et Le présenta aux Apôtres de ses propres mains. Et même afin de rehausser encore par tous les moyens possibles, la dignité d’un Sacrement si auguste, non seulement le pouvoir de l’administrer n’a été donné qu’aux Prêtres, mais l’Église a défendu par une loi, à tous ceux qui ne sont pas dans les Ordres, de manier ou de toucher les vases sacrés, les linges et autres choses nécessaires pour la Consécration, sauf le cas de quelque grave nécessité. Et c’est ce qui doit faire comprendre, tant aux Prêtres eux-mêmes, qu’aux simples Fidèles, avec quels sentiments de piété et quelle innocence il convient de consacrer, d’administrer et de recevoir l’Eucharistie. néanmoins, ce que nous avons dit plus haut des autres Sacrements, qu’ils peuvent être administrés validement, même par des Ministres indignes, pourvu que la matière et la forme soient exactement employées, n’est pas moins vrai du Sacrement de l’Eucharistie. La Foi nous enseigne que leur effet ne dépend pas du mérite de celui qui les administre, mais de la puissance et des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce qu’il faudra dire de l’Eucharistie considérée comme Sacrement. Il reste à la considérer maintenant comme Sacrifice. Après cela, les Pasteurs n’ignoreront rien de ce qu’ils sont obligés, d’après le décret du Concile de Trente, d’enseigner aux peuples sur ce Mystère&amp;amp;nbsp;; les jours de Dimanches et de Fêtes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DE L’EUCHARISTIE CONSIDÉRÉE COMME SACRIFICE.  ====&lt;br /&gt;
L’Eucharistie n’est pas seulement le trésor des richesses spirituelles dont le bon usage nous assure la grâce et l’amitié de Dieu. Elle possède en outre une vertu particulière qui nous donne le moyen de témoigner à Dieu notre reconnaissance pour les immenses bienfaits que nous avons reçus de Lui. Or, pour comprendre combien ce Sacrifice Lui est agréable et cher, lorsqu’on le Lui offre comme il convient, il suffit de se rappeler les sacrifices de l’ancienne Loi. De ces sacrifices les Prophètes avaient dit : «&amp;amp;nbsp;''Vous n’avez voulu ni sacrifices ni offrandes.''&amp;amp;nbsp;» «&amp;amp;nbsp;''Si vous aimiez les sacrifices, je Vous en offrirais&amp;amp;nbsp;; mais les holocaustes ne Vous sont point agréables.&amp;amp;nbsp;''» Et cependant le Seigneur les agréait, puisque l’Écriture atteste&amp;amp;nbsp; qu’''Il ''«&amp;amp;nbsp;''les a reçus en odeur de suavité''&amp;amp;nbsp;», c’est-à-dire qu’ils Lui ont été réellement agréables. Dès lors que ne devons-nous pas attendre d’un Sacrifice où l’on immole et où l’on offre Celui dont une voix céleste a dit deux fois : «&amp;amp;nbsp;''Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui J’ai mis foutes mes complaisances&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;''» Les Pasteurs devront donc expliquer soigneusement ce Mystère aux Fidèles, afin que, lorsqu’ils assisteront à la Messe, ils soient capables de méditer avec attention et avec piété sur ce très saint Sacrifice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils enseigneront avant tout que Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué l’Eucharistie pour deux raisons: la première, afin qu’elle servit à notre âme de nourriture spirituelle pour soutenir et conserver en elle la vie de la grâce&amp;amp;nbsp;; la seconde, afin que l’Église possédât un Sacrifice perpétuel, capable d’expier nos péchés, et au moyen duquel notre Père céleste, trop souvent offensé d’une manière grave pour nos iniquités, pût être ramené de la colère à la miséricorde et des justes rigueurs du châtiment à la clémence. Double effet dont nous avons une figure et une image dans l’Agneau pascal que les enfants d’Israël avaient coutume d’offrir comme sacrifice, et de manger comme sacrement. Et à coup sûr, au moment de s’offrir Lui-même à son Père sur l’Autel de la Croix, notre divin Sauveur ne pouvait nous donner une marque plus éclatante de son immense Charité que de nous laisser ce Sacrifice visible, afin de renouveler sans cesse cette immolation sanglante qu’Il allait offrir une fois le lendemain sur la Croix, afin aussi d’en conserver la mémoire jusqu’à la fin des siècles et d’en répandre chaque jour les fruits infinis dans tout l’univers, par le moyen de son Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a une grande différence entre le Sacrement et le Sacrifice. Le Sacrement a lieu par la Consécration, et le Sacrifice consiste surtout dans l’Offrande. Ainsi, pendant qu’elle est conservée dans le ciboire, ou bien quand on la porte aux malades, l’Eucharistie n’a que le caractère de Sacrement, et non celui de Sacrifice. De plus, en tant que Sacrement, elle est une cause de mérite pour ceux qui la reçoivent, et leur procure tous les avantages dont nous avons parlé plus haut. Mais, en tant que Sacrifice, elle possède outre la vertu de nous faire mériter, celle de satisfaire. De même en effet que Notre-Seigneur Jésus-Christ a mérité et satisfait pour nous dans sa Passion, ainsi ceux qui offrent ce Sacrifice, par lequel ils communiquent avec nous, méritent de participer aux fruits de la Passion de Notre-Seigneur, et ils satisfont pour leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l’institution de ce Sacrifice, il n’est pas permis d’avoir le moindre doute, après la déclaration du Concile de Trente&amp;amp;nbsp;; en effet cette sainte assemblée dit formellement que Jésus-Christ l’institua dans la dernière Cène, et elle frappe d’anathème ceux qui prétendent qu’on n’offre point à Dieu de Sacrifice véritable dans l’Église, ou du moins que celui qu’on offre consiste uniquement à donner la Chair de Notre-Seigneur à manger. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Concile n’a point oublié non plus de rappeler soigneusement que le Sacrifice ne s’offre et ne peut s’offrir qu’à Dieu. Quoique l’Église ait coutume de célébrer de temps en temps des Messes en mémoire et à l’honneur des Saints, le saint Concile nous enseigne que ce Sacrifice ne leur est point offert, mais à Dieu seul qui les a couronnés&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
d’une gloire immortelle. C’est pourquoi le Prêtre ne dit pas: Pierre, ou Paul, je vous offre ce Sacrifice&amp;amp;nbsp;; mais en sacrifiant à Dieu seul, il Lui rend des actions de grâces pour les victoires signalées des bienheureux Martyrs, et il implore leur protection, afin qu’ils daignent intercéder pour nous dans le ciel, pendant que nous honorons leur mémoire sur la terre. Au surplus, cette doctrine sur la réalité du Sacrifice eucharistique, l’Église l’a reçue de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, lorsque dans cette nuit suprême, où Il ordonna à ses Apôtres de célébrer les saints Mystères, Il leur dit : «&amp;amp;nbsp;''Faites ceci en mémoire de Moi.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, comme l’a déclaré le saint Concile, c’est en ce moment-là même qu’Il les institua Prêtres, et qu'Il leur ordonna, à eux et à leurs successeurs, d’immoler et d’offrir le sacrifice de son Corps. On tire également une autre preuve de cette vérité de ces paroles de l’Apôtre aux Corinthiens : «&amp;amp;nbsp;''Vous ne pouvez pas boire le Calice du Seigneur, et le calice des démons&amp;amp;nbsp;; vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur, et à la table des démons.&amp;amp;nbsp;''» Or, par la ''table des démons'', il faut nécessairement entendre l’autel sur lequel on leur immolait des victimes, donc, pour que le raisonnement de l’Apôtre soit concluant, ''la table du Seigneur'' ne peut signifier rien autre chose que l’Autel sur lequel on Lui sacrifie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous cherchons dans l’Ancien testament des figures et des prophéties de ce Sacrifice, nous y trouvons d’abord ces paroles de Malachie, qui l’annoncent avec une clarté parfaite : «&amp;amp;nbsp;''Depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, mon nom est grand parmi les nations: en tout lieu on sacrifie et on offre à mon Nom une victime pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées''.&amp;amp;nbsp;» Cette même victime était figurée par tous les sacrifices qui eurent lieu, soit avant, soit après la promulgation de la Loi. C’est que, en effet, tous les biens qui étaient signifiés par ces sacrifices se trouvent renfermés dans celui de l’Eucharistie, qui est la perfection et l’accomplissement de tous les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les figures qui l’ont annoncé, il n’en est point de plus frappante que le sacrifice de Melchisédech, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, pour bien nous marquer qu’Il avait été établi «&amp;amp;nbsp;''Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech'' &amp;amp;nbsp;», offrit à Dieu son Père, dans la dernière Cène, son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. — LE SACRIFICE DE LA MESSE EST LE MÊME QUE CELUI DE LA CROIX.  ====&lt;br /&gt;
Nous reconnaissons donc que le Sacrifice qui s’accomplit à la Messe, et celui qui fut offert sur la Croix ne sont et ne doivent être qu’un seul et même Sacrifice, comme il n’y a qu’une seule et même Victime, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui s’est immolé une fois sur la Croix d’une manière sanglante. Car il n’y a pas deux hosties, l’une sanglante, et l’autre non sanglante, il n’y en a qu’une&amp;amp;nbsp;; il n’y a qu’une seule et même Victime dont l’immolation se renouvelle tous les jours dans l’Eucharistie depuis que le Seigneur a porté ce Commandement&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Faites ceci en mémoire de Moi.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a non plus qu’un seul et même Prêtre dans ce Sacrifice, c’est Jésus-Christ. Car les Ministres qui l’offrent n’agissent pas en leur propre nom. Ils représentent la Personne de Jésus-Christ, lorsqu’ils consacrent son Corps et son Sang, comme on le voit par les paroles mêmes de la Consécration. Car les prêtres ne disent pas : ''Ceci est le Corps de Jésus-Christ'', mais, ''Ceci est mon Corps&amp;amp;nbsp;: ''se mettant ainsi à la place de Notre-Seigneur, pour convertir la substance du pain et du vin en la véritable substance de son Corps et de son Sang. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les choses étant ainsi, il faut sans aucune hésitation enseigner avec le saint Concile que l’auguste Sacrifice de la Messe n’est pas seulement un Sacrifice de louanges et d’actions de grâces, ni un simple mémorial de celui qui a été offert sur la Croix, mais encore un vrai Sacrifice de propitiation, pour apaiser Dieu et nous le rendre favorable. Si donc nous immolons et si nous offrons cette victime très sainte avec un cœur pur, une Foi vive et une douleur profonde de nos péchés, nous obtiendrons infailliblement miséricorde de la part du Seigneur, et le secours de sa Grâce dans tous nos besoins. Le parfum qui s’exhale de ce Sacrifice lui est si agréable qu’Il nous accorde les dons de la grâce et du repentir, et qu’Il pardonne nos péchés. Aussi l’Église dit-elle dans une de ses Prières solennelles&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Chaque fois que nous renouvelons la célébration de ce sacrifice, nous opérons l’œuvre de notre salut.&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; Car tous les mérites si abondants de la Victime sanglante se répandent sur nous par ce Sacrifice non sanglant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, telle est la vertu de ce Sacrifice, — et les Pasteurs ne doivent pas manquer de l’enseigner — qu’il profite non seulement à celui qui l’immole et à celui qui y participe, mais encore à tous les Fidèles, soit à ceux qui rivent avec nous sur la terre, soit à ceux qui déjà sont morts dans le Seigneur, mais sans avoir suffisamment expié leurs fautes. Car c’est une tradition très certaine des Apôtres que le saint sacrifice de la Messe s’offre avec autant d’avantage pour les morts, que pour les péchés, les peines, les satisfactions et tous les genres de calamités et d’afflictions des vivants. D’où il suit clairement que toutes les Messes sont communes, (ou générales) puisqu’elles s’appliquent au bien général, et au salut commun de tous les Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IX. — CÉRÉMONIES DE LA MESSE.  ====&lt;br /&gt;
Ce sacrifice est accompagné de cérémonies imposantes et majestueuses. Et non seulement il n’en est aucune qui puisse être regardée comme inutile et superflue, mais encore elles ont toutes pour but de faire briller davantage la majesté d’un si grand Sacrifice, et de porter les Fidèles par ces signes salutaires et mystérieux qui frappent la vue, à la contemplation des choses divines voilées dans le Sacrifice. Mais nous ne croyons pas devoir nous arrêter plus longtemps sur ce sujet, qui demanderait des développements trop considérables pour le travail que nous avons en vue. D’autre part il existe, — dans le même ordre d’idées — un très grand nombre de traités et de commentaires qui sont l’œuvre d’hommes aussi pieux que savants, et que tous les Prêtres peuvent se procurer. nous nous en tiendrons donc à ce que nous avons exposé jusqu’ici, avec la grâce de Dieu, sur les points principaux de la Doctrine catholique par rapport à la sainte eucharistie considérée comme Sacrement, et comme Sacrifice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-et-unième — Du sacrement de Pénitence ===&lt;br /&gt;
La faiblesse et la fragilité de la nature humaine sont assez connues, et chacun en éprouve assez les effets en soi-même, pour que personne ne puisse ignorer combien le sacrement de Pénitence est nécessaire. Si donc le zèle que les Pasteurs sont obligés d’apporter dans leurs explications, doit se mesurer sur la grandeur et l’importance de la matière qu’ils traitent, nous conviendrons volontiers qu’ils ne pourront jamais paraître assez empressés à faire connaître le sujet que nous abordons. Le sacrement de Pénitence demande même à être expliqué avec plus de soin que le Baptême, car le Baptême ne s’administre qu’une seule fois et ne peut se réitérer, tandis que le sacrement de Pénitence devient nécessaire, et veut être renouvelé, toutes les fois que l’on tombe dans le péché après le Baptême. C’est ce qui a fait dire au Concile de Trente que la Pénitence n’est pas moins nécessaire pour le salut à ceux qui pèchent après le Baptême, que le Baptême à ceux qui ne sont pas encore régénérés. De là aussi cette parole si remarquable de Saint Jérôme, parole approuvée ensuite sans réserve par tous ceux qui ont écrit sur cette matière&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''La pénitence est une seconde planche'' .&amp;amp;nbsp;» En effet, lorsque le vaisseau se brise, l’unique ressource pour sauver sa vie, c’est de pouvoir saisir une planche au milieu du naufrage&amp;amp;nbsp;; ainsi, quand on a perdu l’innocence baptismale, si on n’a pas recours à la planche de la pénitence, il n’y a plus de salut possible. Et ce que nous disons ici ne s’adresse pas seulement aux Pasteurs, mais aux Fidèles eux-mêmes qui ont besoin qu’on excite leur zèle, afin qu’on n’ait jamais à blâmer en eux d’incurie pour une chose aussi nécessaire. Pénétrés de la fragilité humaine, leur premier et plus ardent désir doit être de marcher dans la voie de Dieu, avec le secours de sa Grâce, sans faux pas et sans chute. Mais cependant s’ils viennent à tomber quelques fois, qu’ils tournent alors leurs regards vers l’infinie bonté de Dieu, qui, comme un bon Pasteur, daigne panser les plaies de ses brebis et les guérir, et qu’ils comprennent que le remède si salutaire du sacrement de Pénitence ne doit pas être renvoyé à un autre temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DU NOM ET DE LA VERTU DE PÉNITENCE.  ====&lt;br /&gt;
Mais pour entrer immédiatement en matière, il convient d’expliquer d’abord les différentes significations du mot de Pénitence, afin que l’ambiguïté de cette expression n’induise personne en erreur. Les uns prennent la Pénitence pour la Satisfaction. D’autres, d’un sentiment tout opposé à la doctrine de la Foi catholique, prétendent que la Pénitence n’est autre chose qu’une vie nouvelle, sans repentir du passé. Voilà pourquoi il faut montrer que ce mot a plusieurs sens différents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premièrement, on dit de quelqu’un qu’il se repent lorsqu’une chose qui lui était agréable auparavant, commence à lui déplaire&amp;amp;nbsp;; que cette chose soit bonne ou mauvaise, peu importe. tel est le repentir de ceux «&amp;amp;nbsp;''dont la tristesse est selon le monde ''&amp;amp;nbsp;», et non selon Dieu&amp;amp;nbsp;; repentir qui opère la mort, et non le salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre repentir, c’est la douleur que l’on éprouve non pas à cause de Dieu, mais à cause de soi-même, après avoir commis une mauvaise action, qui auparavant nous souriait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un troisième repentir enfin, est celui qui ne se borne pas au regret sincère et profond du mal que l’on a fait, ni même à des signes extérieurs qui expriment ce regret, mais qui vient principalement ou uniquement de ce que nous avons offensé Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nom de Pénitence convient également à ces trois sortes de repentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand nous lisons dans les Saintes Écritures que Dieu ''se repentit'' , évidemment ce n’est là qu’une métaphore. Cette manière de parler est toute humaine et conforme à nos habitudes. Nos Livres Saints l’emploient pour exprimer que Dieu a résolu de changer quelque chose, parce qu’en cela Dieu semble ne pas agir autrement que les hommes qui, après avoir fait une chose dont ils se repentent, travaillent de toutes leurs forces à la changer. C’est dans ce sens qu’il est écrit que Dieu «&amp;amp;nbsp;''se repentit d’avoir créé l’homme ''&amp;amp;nbsp;», — «&amp;amp;nbsp;''et d’avoir fait roi Saül'' .&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il faut observer une grande différence entre ces trois sortes de Pénitence. La première est un défaut&amp;amp;nbsp;; la seconde n’est que l’affliction d’une âme agitée et troublée. Et la troisième est tout ensemble une Vertu et un sacrement. C’est dans ce dernier sens que nous allons entendre ici le mot de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais d’abord nous avons à parler de la Pénitence considérée comme vertu non seulement parce que les Pasteurs sont obligés de former les Fidèles à toutes les vertus en général, mais encore parce que les actes de cette vertu sont comme la matière sur laquelle s’exerce l’action du sacrement de Pénitence. Et de fait, si l’on ne connaît d’abord la vertu de Pénitence, il est impossible de jamais bien comprendre l’efficacité du Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu on doit donc exhorter les Fidèles à faire tous leurs efforts et à déployer toute leur ardeur pour obtenir ce repentir du cœur, que nous appelons la vertu de Pénitence. Sans lui, la Pénitence extérieure est peu profitable. Or cette Pénitence intérieure consiste à retourner à Dieu du fond du cœur, à détester sincèrement les péchés que nous avons commis, et à être fermement décidés et absolument résolus à réformer nos mauvaises habitudes et nos mœurs corrompues. Mais en même temps nous devons avoir l’espérance que Dieu nous pardonnera, et nous fera miséricorde. A cette Pénitence vient toujours se joindre, comme inséparable compagne de la détestation du péché, une douleur, une tristesse, qui est une véritable émotion, un trouble, et même une passion, comme plusieurs l’appellent. Voilà pourquoi quelques saints Pères définissent la Pénitence par ces sortes de tourments de l’âme. Cependant il est nécessaire que la Foi précède la Pénitence. Personne sans la Foi ne peut se convertir à Dieu. D’où il suit qu’on ne peut en aucune façon considérer la Foi comme une partie de la Pénitence. Mais que cette Pénitence intérieure soit une vertu, comme nous l’avons dit, c’est ce que démontrent clairement les nombreux Commandements que Dieu nous en fait. Car la Loi ne prescrit que les actes qui s’accomplissent par vertu. Or, personne ne peut nier qu’il ne soit bon et louable de se repentir quand, comment, et comme il le faut. Et c’est là précisément ce qui fait la vertu de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il arrive quelquefois que les hommes n’ont pas un repentir proportionné à leurs péchés&amp;amp;nbsp;; et même, comme le dit Salomon : «&amp;amp;nbsp;''Il y en a qui se réjouissent, lorsqu’ils ont fait le mal.&amp;amp;nbsp;''» D’autres, au contraire, s’abandonnent à tel point au chagrin et à la désolation, qu’ils viennent à désespérer entièrement de leur salut. Tel semble avoir été Caïn, qui disait : «&amp;amp;nbsp;''Mon crime est trop grand pour obtenir le pardon''.&amp;amp;nbsp;» Et tel fut certainement Judas&amp;amp;nbsp; que «&amp;amp;nbsp;''le repentir de son crime conduisit à se pendre lui-même,''&amp;amp;nbsp;» perdant ainsi la vie et son âme tout ensemble. La vertu de Pénitence nous aide donc à garder une juste mesure dans notre douleur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui prouve encore que la Pénitence est une vertu, c’est la fin que se propose celui qui se repent véritablement de son péché. Il veut d’abord effacer sa faute et laver toutes les taches et toutes les souillures de son âme. Ensuite il désire satisfaire à Dieu pour ses iniquités. Or c’est là évidemment un acte de justice. Car s’il ne peut y avoir de justice stricte et rigoureuse entre Dieu et les hommes, puisqu’ils sont séparés par un intervalle infini, cependant il est certain qu’il existe entre eux une sorte de justice, que l’on peut comparer à celle que nous trouvons entre un père et ses enfants, entre un maître et ses serviteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième fin que se propose celui qui se repent, c’est de rentrer en grâce avec Dieu, dont il a encouru l’inimitié et la disgrâce par la laideur de son péché. toutes choses qui montrent assez que la Pénitence est véritablement une vertu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est nécessaire d’apprendre aux Fidèles par quels degrés on peut s’élever jusqu’à cette vertu divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord la miséricorde de Dieu nous prévient, et tourne nos cœur s vers Lui, pour nous convertir. C’est cette grâce que demandait le Prophète, quand il disait &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Convertissez-nous à vous, Seigneur, et nous serons convertis&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite illuminés par cette lumière, nous tendons vers Dieu par la Foi. Car comme l’Apôtre nous l’assure &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Celui qui veut aller à Dieu doit croire qu’il existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis viennent les mouvements de crainte, c’est alors que frappé par la considération des supplices rigoureux qu’il a mérités, le pécheur détache son cœur du péché. C’est à cet état d’âme que semblent se rapporter ces paroles d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Nous sommes devenus comme celle qui approche du temps où elle doit enfanter, et qui crie au milieu des douleurs qu’elle ressent.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces sentiments se joint l’espérance d’obtenir miséricorde du Seigneur, espérance qui nous relève de notre abattement, et nous fait prendre la résolution d’amender notre vie et nos mœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la Charité enflamme nos cœur s et fait naître en nous cette crainte filiale qui convient à des enfants généreux et bien nés. Dés lors ne craignant plus qu’une seule chose, qui est de blesser en quoi que ce soit la majesté de Dieu, nous abandonnons entièrement l’habitude du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les degrés par lesquels on parvient à cette sublime vertu de la Pénitence, vertu qui doit être à nos yeux toute céleste et toute divine, car la sainte Écriture lui promet le Royaume des cieux. Ainsi il est écrit dans Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Faites pénitence, car le Royaume des cieux est proche''.&amp;amp;nbsp;» Et dans Ezéchiel:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si l’impie fait pénitence de tous les péchés qu’il a commis&amp;amp;nbsp;; s’il garde tous mes préceptes&amp;amp;nbsp;; s’il accomplit le jugement et la justice, il vivra et ne mourra point.&amp;amp;nbsp;''» Et dans un autre endroit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''je ne veux point la mort de l’impie, mais qu’il se convertisse de sa voie, et qu’il vive''&amp;amp;nbsp;» Or, toutes ces paroles doivent évidemment s’entendre de la Vie Éternelle et bienheureuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DE LA PÉNITENCE CONSIDÉRÉE COMME SACREMENT.  ====&lt;br /&gt;
Quant à la Pénitence extérieure, il faut enseigner que c’est elle qui constitue, à proprement parler, le Sacrement, et qu’elle consiste dans certaines actions extérieures et sensibles qui expriment ce qui se passe dans l’intérieur de l’âme. Mais avant tout il nous semble qu’il faut instruire les Fidèles des raisons pour lesquelles Notre-Seigneur Jésus-Christ a placé la Pénitence au nombre des Sacrements. Or la raison principale a été certainement de lever tous les doutes que nous aurions pu concevoir sur la rémission de nos péchés. Quoique Dieu en effet nous l’ait promise (cette rémission) dans ces paroles du Prophète : «&amp;amp;nbsp;''Si l’impie fait pénitence, etc.,''&amp;amp;nbsp;», nous n’en serions pas moins dans de continuelles inquiétudes sur la vérité de notre repentir, car personne ne peut se fier au jugement qu’il porte sur ses propres actions. C’est donc pour détruire toute inquiétude à cet égard, que notre Seigneur a fait de la Pénitence un Sacrement capable de nous donner la confiance que nos péchés nous sont pardonnés par l’absolution du Prêtre, et par suite de mettre plus de calme dans notre conscience par cette Foi légitime que nous devons avoir dans la vertu des Sacrements. Lorsqu’en effet le Prêtre nous absout de nos fautes suivant la forme du Sacrement, ses paroles n’ont point d’autre sens que celles de Notre-Seigneur au paralytique : «&amp;amp;nbsp;''Mon fils, ayez confiance, vos péchés vous sont remis&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, personne ne peut obtenir le salut que par Jésus-Christ, et par les mérites de sa Passion. Il était donc très convenable en soi, et très utile pour nous qu’il y eût un Sacrement qui ferait couler sur nos âmes le Sang de Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; un Sacrement qui par sa vertu et son efficacité serait capable d’effacer tous les péchés commis après le Baptême, et nous obligerait à reconnaître que c’est à notre divin Sauveur, et à Lui seul, que nous devons le bienfait de notre réconciliation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, que la Pénitence soit un véritable Sacrement, c’est ce que les Pasteurs n’auront pas de peine à démontrer. Le Baptême est un Sacrement parce qu’il efface tous les péchés, et spécialement celui que nous contractons à notre origine. Par la même raison, la Pénitence qui efface tous les péchés de désirs et d’actions volontairement commis après le Baptême, doit être un véritable Sacrement, au sens propre du mot. D’ailleurs, (et c’est ici la raison principale), dès lors que ce que le Prêtre et le pénitent font au dehors et d’une manière sensible, exprime nettement les effets qui s’opèrent dans l’âme, qui oserait soutenir que la Pénitence ne renferme pas toutes les propriétés d’un véritable Sacrement&amp;amp;nbsp;? Un Sacrement est le signe d’une chose sacrée. Or, d’une part, le pécheur qui se repent exprime très bien par ses paroles et par ses actions qu’il a détaché son cœur du péché, et d’autre part les paroles et les actions du Prêtre expriment aussi sensiblement que Dieu, par sa miséricorde, remet Lui-même les péchés. Au reste une preuve évidente de cette vérité se trouve dans ces paroles du Sauveur : «&amp;amp;nbsp;''Je vous donnerai les clefs du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;;'' et dans celles-ci: ''Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel.''&amp;amp;nbsp;» Car l’absolution prononcée par le Prêtre exprime la rémission des péchés qu’elle produit dans l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il ne suffit pas d’apprendre aux Fidèles que la Pénitence est un Sacrement, ils doivent savoir encore qu’elle est du nombre de ceux qui peuvent se réitérer. L’Apôtre Saint Pierre ayant demandé à Notre-Seigneur si l’on pouvait accorder jusqu’à sept fois le pardon d’un péché, reçut cette réponse&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je ne vous dis pari jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.&amp;amp;nbsp;''» Si donc on doit traiter avec des personnes qui paraissent se défier de la bonté et de la clémence infinie de Dieu, il faut raffermir leur courage, et relever leurs espérances vis-à -vis de la Grâce divine. Et l’on obtiendra facilement ce but, soit en leur citant ce passage que nous venons de rappeler, et une foule d’autres qui se rencontrent si souvent dans la sainte Écriture, soit en empruntant les arguments et les raisons de Saint Jean Chrysostome, dans son livre: ''De ceux qui sont tombés'', et ceux de Saint Ambroise, dans ses traités: ''De la Pénitence''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — MATIÈRE ET FORME DU SACREMENT DE PÉNITENCE.  ====&lt;br /&gt;
Rien ne doit être plus connu des Fidèles que la matière du Sacrement de Pénitence. Il faut donc leur faire remarquer que la grande différence entre ce Sacrement et les autres, c’est que la matière de ces derniers est toujours une chose naturelle ou artificielle, tandis que les actes du pénitent, la Contrition, la Confession, et la Satisfaction sont, dit le Concile de Trente, ''comme la matière'' de ce Sacrement. Et ces actes sont nécessaires, de la part du pénitent, pour l’intégrité du Sacrement, et pour l’entière rémission des péchés. Ceci est d’institution divine. Aussi bien les actes dont nous parlons sont regardés comme les parties mêmes de la Pénitence. Et si le saint Concile dit simplement qu’ils sont ''comme la matière'' du Sacrement, ce n’est pas à dire qu’ils ne sont pas la vraie matière&amp;amp;nbsp;; mais c’est qu’ils ne sont pas du genre des autres matières sacramentelles, lesquelles se prennent au dehors, comme l’eau dans le Baptême et le chrême dans la Confirmation. Que si quelques-uns ont regardé les péchés eux-mêmes comme la matière du sacrement de Pénitence, leur sentiment ne paraît pas contraire au nôtre, si l’on veut y regarder de près. De même que nous disons du bois, qu’il est la matière du feu, parce que le feu le consume&amp;amp;nbsp;; ainsi nous pouvons très bien dire des péchés, qu’ils sont la matière de la Pénitence, puisque ce Sacrement les efface et les consume en quelque sorte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ne doivent pas négliger non plus d’instruire les Fidèles de la forme de ce Sacrement. Cela ne peut qu’exciter davantage leur ferveur quand ils voudront le recevoir, et leur inspirer plus de respect et de vénération pour s’en approcher. Or voici cette forme: ''Je vous absous''. On pourrait déjà la tirer de ces paroles du Sauveur &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Tout ''ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel.&amp;amp;nbsp;''» Mais les Apôtres nous l’ont transmise comme l’ayant reçue de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. D’ailleurs puisque les Sacrements signifient ce qu’ils produisent, ces paroles: ''Je vous absous'', montrent très bien que la rémission des péchés s’opère par l’administration de ce Sacrement&amp;amp;nbsp;; par conséquent il est clair qu’elles en sont la forme complète. Les péchés, en effet, sont comme des liens qui tiennent nos âmes enchaînées, et que le sacrement de Pénitence vient briser. Et le Prêtre ne dit pas moins la vérité, lorsqu’il prononce ces paroles sur un pénitent qui par la vivacité d’une Contrition parfaite, accompagnée du vœu de la Confession, a déjà obtenu de Dieu le pardon de ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces paroles, on ajoute plusieurs prières qui ne sont pas nécessaires pour la forme du Sacrement, mais qui ont pour but d’écarter tout ce qui pourrait empêcher sa vertu et son efficacité par la faute de celui auquel il est administré. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles actions de grâces ne doivent donc point rendre à Dieu les pécheurs, de ce qu’Il a donné un si grand pouvoir aux Prêtres de son Église&amp;amp;nbsp;? Il ne s’agit plus maintenant comme autrefois, sous la Loi ancienne, du témoignage du Prêtre qui se bornait à déclarer que le lépreux était guéri. non, le pouvoir des Prêtres dans l’Église est si étendu qu’ils ne se contentent pas de déclarer que le pécheur est absous de ses péchés, mais qu’ils donnent réellement, comme Ministres du Seigneur, l’Absolution qui est ratifiée en même temps par Dieu Lui-même, Auteur et Principe de la grâce et de la justification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux rites prescrits pour la réception de ce Sacrement, les Fidèles auront soin de s’y conformer exactement. Par là ils graveront plus profondément dans leurs cœur s le souvenir de ce qu’ils lui devront, c’est-à-dire la grâce d’avoir été réconciliés, comme des serviteurs avec le plus doux des maîtres, ou plutôt comme des enfants avec le meilleur des pères&amp;amp;nbsp;; et puis ils comprendront mieux aussi comment ceux qui le veulent, (et tous doivent le vouloir), peuvent prouver à Dieu leur reconnaissance pour un si grand bienfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout pécheur qui se repent, doit donc en premier lieu se jeter aux pieds du Prêtre, avec des sentiments d’humilité et d’abaissement, afin qu’en s’humiliant ainsi, d’une part il apprenne à reconnaître plus aisément qu’il doit arracher de son cœur jusqu’à la racine de l’orgueil qui a été la source et le principe de toutes les fautes qu’il déplore, et d’autre part qu’il sache révérer dans le Prêtre, qui est son juge légitime, la Personne et la puissance de Jésus-Christ Lui-même. Car dans l’administration du sacrement de Pénitence, comme dans tous les autres Sacrements, le Prêtre tient la place de Notre-Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis il confessera tous ses péchés les uns après les autres, de manière à convenir qu’il mérite les châtiments les plus grands et les plus rigoureux. Ensuite, il implorera le pardon de ses fautes. nous trouvons dans Saint Denys les témoignages les plus formels sur l’antiquité de toutes ces pratiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DES EFFETS DU SACREMENT DE PÉNITENCE.  ====&lt;br /&gt;
Mais rien ne sera plus utile aux Fidèles, rien ne leur donnera plus d’empressement à recevoir le sacrement de Pénitence que d’entendre les Pasteurs expliquer souvent les grands avantages que nous en retirons. Ils comprendront alors que la Pénitence est comme un arbre, dont les racines sont amères, mais dont les fruits sont pleins de douceur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord la Pénitence possède la vertu de nous rétablir dans la grâce de Dieu, et de nous unir à Lui par une étroite amitié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite cette réconciliation produit ordinairement chez les personnes pieuses, qui reçoivent ce Sacrement avec Foi et piété, une paix profonde, une tranquillité parfaite de conscience, et des joies ineffables de l’Esprit Saint. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a point d’ailleurs de crime si grand et si horrible, qui ne puisse être effacé par le sacrement de Pénitence, non seulement une fois, mais deux fois, mais toujours. Dieu Lui-même nous en donne l’assurance par ces paroles du prophète:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si l’impie fait pénitence de tous les péchés qu’il a commis, s’il garde mes commandements, s’il pratique le jugement et la justice, il vivra de la vie et il ne mourra point&amp;amp;nbsp;; et Je ne me souviendrai point de toutes les iniquités qu’il a commises.&amp;amp;nbsp;''» C’est là ce qui a fait dire à Saint Jean:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les pardonner.''&amp;amp;nbsp;» Et plus loin&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un a péché, dit-il, sans excepter aucune sorte de péché, nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ qui est juste, qui est Lui-même propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si nous lisons dans l’Écriture que certains personnages n’ont point obtenu de Dieu miséricorde, bien qu’ils l’eussent demandée avec ardeur, nous savons que cela tenait à ce qu’ils n’avaient pas un repentir et une douleur sincères de leurs fautes. Ainsi lorsque nous trouvons dans nos Saints Livres, ou dans les saints Pères, quelques passages qui semblent affirmer que certains péchés sont irrémissibles, il faut entendre par là que le pardon de ces péchés est extrêmement difficile à obtenir. De même qu’il est des maladies que l’on dit incurables parce qu’elles inspirent au malade l’horreur des médicaments qui pourraient le guérir&amp;amp;nbsp;; de même il y a des péchés dont on n’obtient pas le pardon parce qu’ils font repousser la grâce de Dieu, cet unique remède du salut. C’est dans ce sens que Saint Augustin disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Lorsqu’un homme arrivé à la connaissance de Dieu par la grâce de Jésus-Christ, blesse ensuite la Charité fraternelle, et que s’élevant contre la grâce même, il s’abandonne aux fureurs de l’envie, le mal de son péché est tel qu’il ne peut même s’abaisser à en demander pardon, quoique d’ailleurs les remords de sa conscience le forcent à reconnaître et à avouer sa faute.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour revenir aux effets du sacrement de Pénitence, la vertu d’effacer les péchés lui est tellement propre, qu’il est impossible de l’obtenir, ni même de l’espérer par un autre moyen. «&amp;amp;nbsp;''Si vous ne faites pénitence,'' dit notre Seigneur,&amp;amp;nbsp; ''vous périrez tous.''&amp;amp;nbsp;» II est vrai que ces paroles ne s’appliquent qu’aux péchés graves et mortels. Cependant les péchés légers, que l’on nomme véniels, exigent aussi leur genre de pénitence.&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Car'', dit Saint Augustin, ''cette espèce de pénitence qui se fait tous les jours dans l’Église pour les péchés véniels serait tout-à -fait vaine, si ces péchés pouvaient se remettre sans pénitence.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme ce n’est pas assez, dans les choses qui sont de pratique, de donner des notions et des explications générales, les Pasteurs auront soin d’expliquer séparément tout ce que les fidèles ont besoin de savoir sur les qualités de la véritable et salutaire Pénitence. Or ce Sacrement a cela de particulier que, outre la matière et la forme qui sont communes à tous les Sacrements en général, il contient de plus, comme nous l’avons déjà remarqué, la Contrition, la Confession, la Satisfaction, qui sont nécessaires pour le rendre entier et parfait. Ce qui a fait dire à Saint Jean Chrysostome&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La Pénitence porte le pécheur à tout endurer volontiers. La Contrition est dans son cœur, la Confession sur les lèvres, et l’humilité ou la Satisfaction salutaire dans toutes ses œuvres.''&amp;amp;nbsp;» Or ces trois parties sont semblables à celles qui entrent nécessairement dans la composition d’un tout. De même que le corps humain est formé de plusieurs membres, les mains, les pieds, les yeux, et d’autres parties semblables dont une seule ne saurait lui manquer sans que nous le trouvions imparfait, — tandis qu’il est parfait lorsqu’il les possède toutes, — de même aussi la Pénitence est tellement composée de ces trois parties que si la Contrition et la Confession qui justifient le pécheur sont seules requises d’une manière absolue pour la constituer dans son essence, elle n’en reste pas moins nécessairement imparfaite et défectueuse, quand elle ne possède point en même temps la Satisfaction. Ces trois parties sont donc inséparables et si bien liées les unes aux autres, que la Contrition renferme la résolution et la volonté de se confesser et de satisfaire, que la Contrition et le désir de satisfaire impliquent la Confession, et que la Satisfaction est la suite des deux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison que l’on peut donner de la nécessité de ces trois parties, c’est que nous offensons Dieu de trois manières, en pensées, en paroles et en actions. Il était donc juste et raisonnable, en nous soumettant aux clefs de l’Église, d’apaiser la colère de Dieu et d’obtenir de Lui le pardon de nos péchés par les mêmes moyens que nous avons employés à outrager son infinie Majesté. Mais on peut encore donner une autre raison de cette nécessité. La Pénitence est une sorte de compensation pour les péchés, émanant du cœur du pécheur, et fixée au gré de Dieu, contre qui le péché a été commis. II faut donc d’une part que le pénitent ait la volonté de faire cette compensation, ce qui implique spécialement la Contrition, et que de l’autre il se soumette au jugement du Prêtre qui tient la place de Dieu, afin que ce même Prêtre puisse fixer une peine proportionnée à la grandeur de ses offenses. De là il est facile de voir le principe et la nécessité de la Confession et de la Satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais puisque l’on doit faire connaître distinctement aux Fidèles la nature et les propriétés de chacune de ces parties, il faut commencer par la Contrition, et l’expliquer avec le plus grand soin.. Avec un soin d’autant plus grand que nous devons l’exciter immédiatement dans notre cœur, si le souvenir de nos péchés passés se présente à notre esprit, ou si nous avons le malheur d’en commettre de nouveaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-deuxième — Du sacrement de Pénitence (suite)  ===&lt;br /&gt;
'''DE LA CONTRITION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QU’EST-CE QUE LA CONTRITION ====&lt;br /&gt;
Voici comment la définissent les Pères du Concile de Trente:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La Contrition est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec un ferme propos de ne plus pécher à l’avenir''.&amp;amp;nbsp;» Puis parlant un peu plus loin du mouvement de la Contrition, ils ajoutent: ''Ce mouvement prépare à la rémission des péchés, pourvu qu’il soit accompagné de la confiance en la miséricorde de Dieu et de la volonté de faire tout ce qui est nécessaire pour bien recevoir le sacrement de Pénitence.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette définition fera très bien comprendre aux Fidèles que l’essence de la Contrition ne consiste pas seulement à cesser de pécher, à prendre la résolution de mener une vie nouvelle, ou même commencer déjà ce nouveau genre de vie, mais encore et surtout à détester et à expier le mal de la vie passée. C’est ce que prouvent parfaitement ces gémissements des Saints que nous retrouvons si souvent dans nos saintes Lettres. «&amp;amp;nbsp;''Je m’épuise à gémir'', dit David , ''je baigne toutes les nuits mon lit de mes larmes.'' Et encore&amp;amp;nbsp; ''Le Seigneur a écouté la voix de mes pleurs.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Isaïe s’écrie à son tour:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je repasserai en votre présence, Seigneur, toutes mes années dans l’amertume de mon âme''.&amp;amp;nbsp;» Paroles qui, comme tant d’autres semblables, sont l’expression évidente d’un repentir profond des fautes commises et de la détestation de la vie antérieure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quand on dit que la Contrition est une douleur, il faut avertir les Fidèles de ne point s’imaginer qu’il est ici question d’une douleur extérieure et sensible. La Contrition est un acte de la volonté. Et Saint Augustin nous avertit que «&amp;amp;nbsp;''la douleur accompagne le repentir, mais qu’elle n’est pas le repentir. ''&amp;amp;nbsp;» Les Pères du Concile se sont servis du mot douleur pour exprimer la haine et la détestation du péché, soit parce que la sainte Écriture s’en sert elle-même: «&amp;amp;nbsp;''Jusques à quand,'' s’écrie David,&amp;amp;nbsp; ''mon âme sera-t-elle agitée de pensées diverses, et mort cœur en proie à la douleur durant le jour entier&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» soit aussi parce que la Contrition engendre la douleur dans cette partie inférieure de l’âme qui est le siège de la concupiscence. Ce n’est donc pas à tort qu’on a défini la Contrition une douleur, puisqu’elle produit précisément de la douleur, et que les pénitents, pour exprimer plus sensiblement celle qu’ils ressentent, ont coutume de changer même leurs vêtements&amp;amp;nbsp;; ainsi qu’on le voit par ces paroles de notre Seigneur dans Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Malheur à toi Corozaïn&amp;amp;nbsp;! Malheur à toi Bethsaide&amp;amp;nbsp;! parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de vous, avaient été accomplis Tyr et à Sidon, ces villes auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est encore avec raison que la détestation du péché dont nous parlons a reçu le nom de Contrition. On voulait exprimer par là la violence de la douleur qu’elle cause. Il y a dans ce mot une figure empruntée aux choses matérielles qui se brisent en morceaux, quand on les frappe avec une pierre ou un autre corps plus dur. De même le mot de Contrition signifie que nos cœur s endurcis par l’orgueil sont brisés et broyés par la force du repentir. Et c’est pourquoi aucune autre douleur, — qu’elle soit causée par la mort de parents et d’enfants chéris, ou par toute autre calamité — ne prend jamais ce nom&amp;amp;nbsp;; il est absolument réservé à cette douleur que nous fait éprouver la perte de la grâce de Dieu et de l’innocence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore d’autres termes que l’on emploie assez fréquemment pour désigner cette détestation du péché. tantôt elle s’appelle brisement du cœur, parce que l’Écriture Sainte prend souvent le cœur pour la volonté. De même que le cœur est le principe des mouvements du corps, de même aussi la volonté règle et gouverne toutes les autres puissances de l’âme. tantôt les Pères lui donnent le nom de componction du cœur, en sorte qu’ils ont donné ce titre aux ouvrages qu’ils ont écrits sur la Contrition. De même en effet qu’on ouvre avec le fer un ulcère qui est enflé, afin que le pus qu’il renferme puisse en sortir, ainsi le scalpel de la Contrition, — si l’on peut parler de la sorte — ouvre les cœurs, pour en faire sortir le poison mortel du péché. Aussi le Prophète Joël&amp;amp;nbsp; appelle-t-il la Contrition «&amp;amp;nbsp;''un déchirement du cœur''&amp;amp;nbsp;» «&amp;amp;nbsp;''Convertissez-vous n moi de tout votre cœur, dans le jeune, dans les pleurs et dans les gémissements, et déchirez vos cœurs.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QUALITÉS DE LA CONTRITION.  ====&lt;br /&gt;
La douleur d’avoir offensé Dieu par le péché doit être souveraine, et telle que l’on ne puisse en concevoir de plus grande. Il est facile de démontrer cette vérité par les considérations suivantes &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque la vraie Contrition est un acte de Charité qui procède de la crainte filiale, il est évident que la Contrition ne doit point avoir d’autre mesure que la Charité elle-même. Et comme la Charité par laquelle nous aimons Dieu est l’amour le plus grand, il s’en suit que la Contrition doit emporter avec elle la douleur de l’âme la plus vive. Dès lors que nous devons aimer Dieu plus que toutes choses, plus que toutes choses aussi nous devons détester ce qui nous éloigne de Lui. Et ce qui confirme notre raisonnement, c’est que les saintes Écritures emploient les mêmes termes pour exprimer l’étendue de la Charité et celle de la Contrition. Ainsi, en parlant de la première elles disent : «&amp;amp;nbsp;''Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et, quand il s’agit de la Contrition le Seigneur nous crie par la bouche du Prophète &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Convertissez-vous de tout votre cœur.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, de même que Dieu est le premier de tous les biens que nous devons aimer, de même aussi le péché est le premier et le plus grand de tous les maux que les hommes doivent haïr. Et par conséquent la même raison qui nous oblige à reconnaître que Dieu doit être souverainement aimé, nous oblige également à concevoir pour le péché une haine souveraine. L’amour de Dieu doit être préféré à tout. Même pour conserver sa vie il n’est pas permis de pécher. Il y a là pour nous un devoir formel. Écoutons plutôt ces paroles de Notre-Seigneur : «&amp;amp;nbsp;''Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi n’est pas digne de Moi.''&amp;amp;nbsp;» Et encore : «&amp;amp;nbsp;''Celui qui voudra sauver sa vie la perdra''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons encore que la charité, au témoignage de Saint Bernard, ne peut avoir ni limite, ni mesure. Car, dit-il: «&amp;amp;nbsp;''La mesure d’aimer Dieu, est de L’aimer sans mesure.&amp;amp;nbsp;''» Par conséquent il doit en être de même de la détestation du péché. Elle ne peut être limitée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas assez que cette détestation du péché soit souveraine, il faut encore qu’elle soit si vive et si profonde, qu’elle exclue toute négligence et toute paresse. Il est écrit dans le Deutéronome : «&amp;amp;nbsp;''Lorsque vous chercherez le Seigneur votre Dieu, vous Le trouverez, pourvu cependant que vous Le cherchiez de tout votre cœur, et dans toute la douleur de votre âme.&amp;amp;nbsp;''» Et dans Jérémie &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Vous Me chercherez, et vous Me trouverez lorsque vous M’aurez cherché de tout votre cœur&amp;amp;nbsp;; car alors Je me laisserai trouver par vous, dit le Seigneur.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, quand même notre Contrition ne serait pas aussi parfaite que nous venons de le dire, notre repentir pourrait cependant être véritable et efficace. Il arrive souvent que les choses sensibles font sur nous des impressions plus vives que les choses spirituelles. Et l’on voit des personnes à qui la mort de leurs enfants, par exemple, cause une douleur plus vive que la laideur du péché. II n’est pas non plus nécessaire, pour que la Contrition soit réelle, qu’elle fasse verser des larmes. toutefois ces larmes sont bien désirables dans la Pénitence, et il faut y exciter fortement. «&amp;amp;nbsp;''Vous n’avez point les entrailles de la piété chrétienne,'' dit très bien Saint Augustin , ''vous qui pleurez un corps que l’âme a quitté, et qui ne pleurez point une âme dont Dieu s’est éloigné.''&amp;amp;nbsp;» C’est aussi ce que signifient ces paroles de notre-Sauveur que nous avons rapportées plus haut : «&amp;amp;nbsp;''Malheur à toi, Corozaïn&amp;amp;nbsp;! Malheur à toi, Bethsaïde&amp;amp;nbsp;! parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de vous s’étaient accomplis dans Tyr et dans Sidon, ces villes auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre.''&amp;amp;nbsp;» Mais il nous suffit, pour établir cette vérité, de rappeler les exemples fameux des ninivites , de David , de la femme pécheresse&amp;amp;nbsp; et du prince des Apôtres , qui tous implorèrent avec des larmes abondantes la miséricorde de Dieu, et obtinrent par là le pardon de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il sera bon d’apprendre aux Fidèles et de les exhorter de la manière la plus pressante à former un acte particulier de Contrition pour chaque péché mortel. nous le concluons de ces paroles d’Ezéchias :, «&amp;amp;nbsp;''Je repasserai en votre Présence toutes les années de ma vie dans l’amertume de mon âme.''&amp;amp;nbsp;» Repasser toutes ses années dans son esprit, c’est rechercher ses péchés les uns après les autres, pour les déplorer du fond du cœur, chacun en particulier. nous lisons encore dans Ezéchiel : «&amp;amp;nbsp;S''i l’impie fait pénitence de tous ses péchés, il vivra.&amp;amp;nbsp;''» C’est dans le même sens que Saint Augustin dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que le pécheur examine la qualité de son péché d’après le lieu, le temps, la chose et la personne.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que les Fidèles ne désespèrent jamais de la bonté et de la clémence infinie de notre Dieu, souverainement désireux de notre salut. Ce Dieu n’apporte jamais de retard à nous accorder notre pardon&amp;amp;nbsp;; Il étend sa tendresse paternelle sur le pécheur aussitôt qu’il rentre en lui-même et qu’il déteste tous ses péchés en général, pourvu seulement qu’il ait l’intention de les rappeler plus tard, s’il le peut, à son souvenir, et de les détester chacun en particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ce que le Seigneur Lui-même nous ordonne d’espérer, quand Il dit par son Prophète : «&amp;amp;nbsp;''Du jour où l’impie se sera converti, son impiété ne lui nuira plus.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ce que nous venons de dire, il est facile de voir quelles sont les conditions nécessaires à une véritable Contrition. Ces conditions doivent être expliquées aux Fidèles avec le plus grand soin, afin que tous sachent par quels moyens ils pourront l’acquérir, et qu’ils aient une règle sûre pour discerner jusqu’à quel point ils peuvent être éloignés de la perfection de cette vertu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première chose nécessaire, c’est de haïr et de détester tous les péchés que nous avons eu le malheur de commettre. Si nous n’éprouvions de repentir que pour quelques-uns seulement, notre Pénitence ne serait point salutaire. Elle serait fausse et simulée. Car, comme il est écrit dans l’Apôtre Saint Jacques:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui observe toute la Loi excepté en un seul point qu’il transgresse est coupable de la Loi tout entière.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde, c’est que notre Contrition renferme la volonté de nous confesser et de satisfaire: deux points dont nous parlerons tout à l’heure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième, c’est que le pénitent prenne la résolution ferme et sincère de réformer sa conduite. Le Prophète nous l’enseigne clairement par ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si l’impie fait pénitence de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe tous mes Commandements, et qu’il pratique la justice et le jugement, il vivra de la vie, et il ne mourra point&amp;amp;nbsp;; et Je ne me souviendrai point de toutes les iniquités qu’il a commises.''&amp;amp;nbsp;» Et un peu plus loin il dit encore&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Lorsque l’impie aura quitté l’impiété qu’il a commise, et qu’il pratiquera la justice et le jugement, il donnera la vie à son âme''.&amp;amp;nbsp;» Et enfin il ajoute: «&amp;amp;nbsp;''Convertissez-vous et faites pénitence de tous vos péchés, et votre iniquité ne tournera pas à votre raine. Jetez loin de vous toutes vos prévarications, par lesquelles vous avez péché, et faites vous un cœur nouveau et un esprit nouveau''.&amp;amp;nbsp;» C’est là aussi ce que Notre-Seigneur ordonne Lui-même à la femme oui avait été surprise en adultère:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Allez, lui dit-il, et ne péchez plus,''&amp;amp;nbsp;» et au paralytique qu’Il avait guéri près de la piscine:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Voilà que vous êtes guéri, prenez garde de ne plus pécher''.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs la nature et la raison elle-même nous montrent clairement qu’il y a deux choses absolument nécessaires pour rendre la Contrition sincère et véritable, à savoir le repentir des péchés commis, et la résolution de n’en plus commettre à l’avenir. Quiconque veut se réconcilier avec un ami qu’il a offensé doit tout ensemble déplorer l’injure et l’outrage dont il s’est rendu coupable à son égard, et ne rien négliger dans la suite pour éviter de blesser en quoi que ce soit la religion de l’amitié. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces deux choses doivent encore être nécessairement accompagnées de l’obéissance, car il est juste que l’homme obéisse à la loi naturelle, divine ou humaine à laquelle il est soumis. Si donc un pénitent a dérobé quelque chose à son prochain par violence ou par fraude, il est obligé de restituer. De même il doit faire satisfaction par quelque service et quelque bienfait à celui qu’il a lésé, en parole ou en action, dans ses emplois ou dans sa vie. tout le monde connaît cette parole de Saint Augustin qui est devenue un véritable axiome:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le péché n’est point remis, si ce que l’on a pris n’est point rendu.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais parmi les conditions que la Contrition exige, il ne faudrait pas considérer comme peu important et peu essentiel de remettre et de pardonner entièrement toutes les injures qu’on a reçues. Notre-Seigneur et Sauveur nous en avertit et nous dénonce Lui-même cette obligation:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Si vous remettez aux hommes leurs offenses envers vous, votre Père céleste vous remettra les vôtres&amp;amp;nbsp;; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, mon Père non plus ne vous pardonnera point.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que les Fidèles ont à observer dans la Contrition. toutes les autres dispositions que les Pasteurs pourront facilement déduire de celle-ci peuvent bien rendre la Contrition plus parfaite et plus entière en son genre&amp;amp;nbsp;; mais elles ne doivent pas être regardées comme absolument nécessaires, et l’on peut, sans elles, avoir un repentir véritable et suffisant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES EFFETS DE LA CONTRITION ET DES MOYENS DE L’EXCITER.  ====&lt;br /&gt;
Mais comme ce n’est pas assez pour les Pasteurs d’enseigner sua Fidèles toutes les obligations qui ont trait au salut, et qu’ils doivent encore, par toute sorte de soins et d’efforts les amener à conformer leur vie tout entière sua devoirs qui leur sont prescrits, ils feront une chose extrêmement utile, s’ils leur rappellent souvent la vertu et les effets de la Contrition. Les autres ''œuvr''as de piété, comme le soulagement des pauvres, les jeûnes, la prière et beaucoup d’autres choses semblables, d’ailleurs très bonnes et très saintes de leur nature, sont quelquefois rejetées de Dieu par la faute de ceux qui les font. Mais la Contrition ne saurait jamais cesser de Lui être chère et agréable. «&amp;amp;nbsp;''Vous ne rejetterez point, ô mon Dieu,'' dit le Prophète,&amp;amp;nbsp; ''un cœur contrit et humilié.''&amp;amp;nbsp;» Bien plus mous n’avons pas plus tôt conçu cette Contrition dans notre cœur, que Dieu sur le champ nous accorde la rémission de nos péchés. C’est ce que nous déclare le même Prophète dans un autre endroit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''J’ai dit, je confesserai cotre moi mon iniquité au Seigneur, et Vous, Vous m’avez remis aussitôt l’impiété de mon péché''.&amp;amp;nbsp;» Et nous avons une figure sensible de cette vérité dans les dix lépreux que Notre-Seigneur envoya vers les Prêtres, et qui furent guéris avant d’arriver jusqu’à eus. Ce qui fait voir que la véritable Contrition dont nous venons de parler possède une vertu si grande qu’à cause d’elle le Seigneur nous accorde immédiatement la rémission de tous nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre puissant motif pour stimuler le zèle des Fidèles, sera de leur donner une méthode pour s’exciter à la Contrition. II faudra donc les avertir d’examiner souvent leur conscience et de voir s’ils ont gardé fidèlement les Commandements de Dieu et de l’Église S’ils se reconnaissent coupables de quelque faute, qu’ils s’en accusent aussitôt devant Dieu, et qu’ils Lui demandent très humblement pardon. Qu’ils Le conjurent de leur accorder le temps de se confesser et de satisfaire. Et surtout qu’ils implorent le secours de sa Grâce pour ne plus retomber dans des péchés qu’ils ont un si grand regret d’avoir commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin les Pasteurs tâcheront d’inspirer aux Fidèles une haine souveraine pour le péché, soit à cause de la honte et de l’infamie qu’il porte avec lui, soit à cause des inconvénients et des maux extrêmes qu’il attire sur noua. Car il éloigne de nous la bonté infinie de Dieu, de qui nous avons reçu les plus grands biens, et qui nous en promettait encore de plus précieux&amp;amp;nbsp;; et il nous voue à la mort éternelle, à des tourments sans fin, à des supplices infinis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que nous avions à dire sur la Contrition. Venons maintenant à la seconde partie du sacrement de Pénitence, qui a besoin d’être expliquée par les Pasteurs avec le plus grand soin et la plus grande exactitude, comme on le verra facilement par ce qui va suivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-troisième — Du sacrement de la Pénitence (suite)  ===&lt;br /&gt;
==== § I. — DE LA CONFESSION.  ====&lt;br /&gt;
Tous les Chrétiens croyants et pratiquants sont persuadés que tout ce qu’il a plu à la bonté de Dieu de conserver, en ce temps-ci, dans son Église, de sainteté, de piété et de religion, on le doit en grande partie à la Confession. Il ne faut donc pas s’étonner que l’ennemi du genre humain, qui voudrait par ses satellites et ses ministres détruire la Foi catholique jusque dans ses fondements, ait fait tous ses efforts pour renverser cette sorte de citadelle de la Vertu chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — UTILITÉ ET NÉCESSITÉ DE LA CONFESSION.  ====&lt;br /&gt;
II faudra enseigner tout d’abord que l’institution de la Confession ne nous était pas seulement avantageuse&amp;amp;nbsp;; mais qu’elle nous était même nécessaire. Sans doute, — et nous le reconnaissons — la Contrition efface les péchés, mais ne voit-on pas qu’elle doit être dans ce cas, si forte, si vive, si ardente, que la violence de la douleur puisse égaler et atteindre l’énormité des fautes commises&amp;amp;nbsp;? et comme il y en a peu qui soient capables de parvenir à un si haut degré de repentir, il y en a peu aussi qui doivent espérer par ce moyen le pardon de leurs péchés. II était donc nécessaire que Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans son infinie clémence, pourvût au salut de tous par une voie plus facile. Et c’est ce qu’il a réalisé d’une manière admirable, en donnant à son Église les clefs du Royaume des cieux. En effet, l’enseignement de la Foi catholique est formel. nous devons tous croire et affirmer sans réserve, que si quelqu’un est sincèrement repentant de ses péchés, s’il est bien résolu à ne plus les commettre à l’avenir, — lors même qu’il ne ressentirait pas une Contrition suffisante pour obtenir son pardon — tous ses péchés lui sont remis et pardonnés par le pouvoir des clefs, s’il les confesse à un Prêtre approuvé. Aussi tous les saints Pères ont eu soin de proclamer, et avec raison, que le ciel nous est ouvert par les clefs de l’Église, et le Concile de Florence a mis cette vérité hors de doute en décrétant «&amp;amp;nbsp;''que l’effet du sacrement de Pénitence est de purifier du péché''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici encore une autre considération qui nous montre les avantages et l’utilité de la Confession. L’expérience prouve que rien n’est plus propre à réformer les mœurs des personnes corrompues, que la confidence réitérée de leurs pensées, de leurs paroles et de leurs actions à un ami sage et fidèle qui peut les aider de ses services et de ses conseils. De même, et pour la même raison, nous devons regarder comme très salutaire à ceux qui sont troublés des remords de leurs fautes, de découvrir les maladies et les plaies de leur âme au Prêtre qui tient la place de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qui est soumis par les lois les plus sacrées au plus inviolable silence. Ils trouveront aussitôt par ce moyen des remèdes tout prêts, et qui possèdent une vertu céleste, non seulement pour guérir les maladies dont ils souffrent, mais encore pour les fortifier en vue de l’avenir, et rendre leurs rechutes très difficiles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas oublier non plus un autre avantage de la Confession, qui intéresse vivement la société tout entière. En effet, retranchez de la Religion chrétienne la Confession sacramentelle, et bientôt le monde sera inondé de crimes cachés et monstrueux. Puis, en peu de temps l’habitude du mal rendra les hommes si dépravés qu’ils ne rougiront plus de commettre publiquement ces iniquités, et d’autres beaucoup plus graves encore. Au contraire, la honte salutaire attachée à la Confession est un frein à la licence et à l’audace du vice, et elle retient les plus pervertis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces avantages une fois exposés, les Pasteurs auront à faire connaître la nature et la vertu de la Confession. Voici comment on la définit: ''une accusation de ses péchés faite pour en recevoir la rémission par la vertu des clefs, dans le sacrement de Pénitence. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, c’est avec raison qu’on l’appelle une accusation, parce que nous ne devons point confesser nos péchés, comme pour en faire parade, à l’exemple de ceux&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qui se réjouissent quand ils ont fait le mal''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; ni pour faire un récit, comme s’il s’agissait d’amuser des auditeurs oisifs&amp;amp;nbsp;; mais il faut les énumérer avec l’intention de nous avouer coupables, et le désir de les venger sur nous-mêmes par la Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si nous confessons nos péchés, c’est pour en obtenir le pardon. Car le tribunal de la Pénitence est bien différent des tribunaux humains. Là, en effet, la peine et la confusion des aveux sont loin de compter pour l’acquittement de la faute, et pour le pardon des égarements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Saints Pères semblent avoir donné de la Confession une définition semblable à la nôtre, quoique en termes différents, quand ils disent comme Saint Augustin:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La Confession, c’est la révélation d’une maladie cachée, avec l’espoir d’en obtenir la guérison.&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;; ou bien, comme Saint Grégoire:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''C’est la détestation des péchés,''&amp;amp;nbsp;» Ces deux définitions peuvent facilement se rapporter à la nôtre, puisque la nôtre les contient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — JÉSUS-CHRIST AUTEUR LE LA CONFESSION.  ====&lt;br /&gt;
Mais ici, — et c’est une de leurs obligations les plus importantes, — les Pasteurs auront soin d’enseigner aux Fidèles, et sans la moindre hésitation, que la Confession a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ (''qui a bien fait toutes choses'', et uniquement pour notre salut), et qu’elle est un effet de sa bonté et de sa miséricorde infinies envers nous. En effet, un jour que ses Apôtres, après sa Résurrection, étaient réunis dans le même lieu, Il souffla sur eux, en disant:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si Notre-Seigneur a donné aux Prêtres le pouvoir de retenir et de remettre les péchés, évidemment Il les a aussi établis juges en cette matière. C’est ce qu’Il semble avoir voulu exprimer, lorsque, au moment de la résurrection de Lazare, II chargea les Apôtres de le dégager des liens qui le tenaient enseveli, Voici en effet comment Saint Augustin explique ce passage:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Maintenant, dit-il, les Prêtres peuvent eux-mêmes être encore plus utiles et remettre beaucoup plus aux pénitents dont ils pardonnent les péchés dans la Confession&amp;amp;nbsp;; car en donnant à délier à ses Apôtres Lazare qu’Il venait de ressusciter, Jésus-Christ montrait par là que les Prêtres ont reçu le pouvoir de délier.''&amp;amp;nbsp;» C’est encore pour nous apprendre la même vérité que le Sauveur ''ayant guéri les dix lépreux'', sur le chemin, leur ordonna «&amp;amp;nbsp;''d’aller se faire voir aux Prêtres&amp;amp;nbsp;''» et de se soumettre à leur décision. Et comme, selon la sage remarque du Concile de Trente, il est impossible de porter un jugement équitable, et de garder les véritables règles de la justice en punissant le crime dans une cause qui n’est point suffisamment instruite, et que l’on ne connaît point à fond, il s’ensuit que les pénitents sont obligés de révéler aux Prêtres, par la Confession, tous leurs péchés les uns après les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc ce que les Pasteurs enseigneront, conformément aux décisions du Concile de Trente. Et à la doctrine constante de l’Église catholique. Partout en effet nous trouvons, en lisant les Saints Pères avec attention, les témoignages les plus clairs pour établir que le sacrement de Pénitence a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu’il faut regarder comme vraiment évangélique la loi de la Confession sacramentelle, appelée par les Grecs ''exomologèse ''et ''exagoreuse'' (c’est-à-dire, ''confession et manifestation d’une chose secrète''.) et même, si nous consultons les figures de l’Ancien testament, nous n’aurons pas de peine à reconnaître que c’est encore à la Confession qu’il faut rapporter ces sacrifices si variés qui étaient offerts par les Prêtres, pour expier les différentes sortes de péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais s’il faut apprendre aux Fidèles que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même a institué la Confession, il faut aussi les avertir que l’Église y a ajouté de son autorité certains rites, certaines cérémonies consacrées, qui, sans tenir à l’essence même du Sacrement, ne servent pas moins à en faire ressortir davantage la dignité et l’excellence&amp;amp;nbsp;; toutes choses qui excitent la piété des pénitents, et qui disposent mieux leur cœur à recevoir la grâce de Dieu. En effet, lorsque nous confessons nos péchés, prosternés aux pieds du Prêtre, la tête découverte, les yeux baissés vers la terre, élevant des mains suppliantes, et donnant d’autres marques semblables d’humilité chrétienne qui ne sont pas essentielles, tout cela nous fait entendre clairement que nous devons reconnaître dans ce Sacrement une vertu vraiment céleste, et solliciter, en l’implorant avec la plus vive ardeur, la miséricorde divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu’on se garde bien de penser que la Confession a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ dans des conditions telles que nous ne serions pas obligés d’en faire usage. Au contraire il faut que les Fidèles soient bien persuadés que tout homme coupable d’un péché mortel ne peut revenir à la vie de la Grâce que par la Confession sacramentelle. Et nous en avons une preuve sensible dans la figure employée par Notre-Seigneur pour exprimer le pouvoir d’administrer ce Sacrement&amp;amp;nbsp;; il l’appelle «&amp;amp;nbsp;''la clef du Royaume des cieux.&amp;amp;nbsp;''» De même en effet qu’il n’est pas possible de pénétrer dans un endroit fermé sans le secours de celui qui en a la clef, de même aussi personne ne peut entrer au ciel, si les portes n’en sont ouvertes par les Prêtres à qui Jésus-Christ en a confié les clefs. Autrement l’usage des clefs semblerait nul dans l’Église, et ce serait en vain que celui qui aurait reçu le pouvoir de ces clefs voudrait interdire à quelqu’un l’accès du ciel, s’il y avait un autre moyen de s’en faire ouvrir l’entrée. Saint Augustin comprenait admirablement cette vérité, lorsqu’il s’écriait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''non, que personne ne se dise: Je fais en secret pénitence devant le Seigneur, et Dieu de qui vient le pardon connaît bien ce que j’éprouve au fond du cœur. Car alors on aurait dit sans raison: ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel&amp;amp;nbsp;; sans raison aussi les clefs auraient été confiées à l’Église de Dieu''&amp;amp;nbsp;». Tel est également le sentiment exprimé par Saint Ambroise, dans son livre de la Pénitence, livre qu’il écrivit pour détruire l’erreur des Novatiens qui prétendaient que Dieu seul a le pouvoir de remettre les péchés. «&amp;amp;nbsp;''Lequel des deux, ''dit-il, ''honore Dieu davantage, de celui qui obéit à ses Commandements, ou de celui qui y résiste&amp;amp;nbsp;? Dieu nous a ordonné d’obéir à ses Ministres, et lorsque nous leur obéissons, c’est Dieu seul que nous honorons.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DE L’OBLIGATION DE SE CONFESSER.  ====&lt;br /&gt;
Puisqu’il est impossible de douter que la loi de la Confession a été portée et établie par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, il reste à examiner qui sont ceux que cette loi oblige, à quel âge, et en quel temps de l’année on doit la remplir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, d’après le Canon du Concile de Latran, qui commence par ces mots: «&amp;amp;nbsp;''Tout Fidèle de l’un et de l’autre sexe,''&amp;amp;nbsp;» il est sûr et certain que personne n’est tenu à la loi de la Confession avant l’âge de raison. Mais cet âge ne peut être fixé d’une manière générale et positive. La règle en cette matière est de faire confesser les enfants, dès le moment où ils distinguent le bien du mal, et commencent à être capables de quelque ruse. Lorsqu’un homme est parvenu à cette époque de la vie où il peut et doit penser à son salut éternel, dès lors il est obligé de confesser ses péchés à un Prêtre, puisqu’il n’y a pas d’autre moyen de salut pour lui s’il est coupable de quelque péché mortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au temps où il est particulièrement nécessaire de se confesser, l’Église l’a décidé et décrété dans le Canon dont nous avons déjà parlé. Elle ordonne à tous les Fidèles de confesser leurs péchés au moins une fois chaque année. Mais si nous faisons attention à ce que réclament les intérêts de notre salut, sans aucun doute, toutes les fois que nous sommes en danger de mort, ou bien que nous sommes obligés de faire une chose qu’un homme souillé de péchés n’est pas digne d’accomplir, comme par exemple d’administrer et de recevoir les Sacrements, toujours alors nous devons recourir à la Confession. Mais surtout nous devons user de ce moyen lorsque nous craignons d’oublier quelque faute. Car nous ne pouvons confesser que les péchés dont nous nous souvenons&amp;amp;nbsp;; et nous n’obtenons point du Seigneur le pardon de nos fautes, si le sacrement de Pénitence ne les efface par la Confession. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES QUALITÉS DE LA CONFESSION.  ====&lt;br /&gt;
Il y a encore plusieurs choses à observer dans la Confession. De ces choses, les unes sont nécessaires pour la validité du Sacrement, et les autres ne le sont pas absolument. toutes néanmoins doivent être expliquées avec exactitude. Il ne manque ni de traités, ni de commentaires où l’on peut puiser facilement, sur ces différents points, les explications désirables. Les Pasteurs enseigneront avant tout que nous devons nous efforcer de rendre nos confessions entières et complètes. nous sommes obligés de découvrir au Prêtre tous nos péchés mortels. Pour les fautes vénielles, qui ne nous font pas perdre la grâce de Dieu, et dans lesquelles nous tombons plus souvent, s’il est bon et utile de les confesser, comme le prouve la pratique des personnes pieuses, cependant on peut les omettre sans péché, et les expier par beaucoup d’autres moyens. Mais pour les péchés mortels, il faut, comme nous venons de le dire, les énumérer tous, les uns après les autres, quand même ils seraient extrêmement secrets, et du genre de ceux qui sont défendus par les deux derniers Commandements du Décalogue. Car il arrive assez souvent que ces sortes de péchés blessent plus dangereusement l’âme que ceux que l’on commet ouvertement et en public. Et c’est ce que le Saint Concile de Trente a défini, et que l’Église catholique a toujours enseigné, comme on peut le voir par le témoignage des saints Pères. Saint Ambroise dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Nul ne peut être justifié de son péché, s’il ne le confesse.''&amp;amp;nbsp;» Saint Jérôme, commentant l’Ecclésiaste, confirme pleinement la même vérité. «&amp;amp;nbsp;''Quand le serpent infernal, dit-il, a mordu quelqu’un secrètement et sans témoin et qu’il l’a infecté du venin du péché, si celui-ci se tait, qu’il ne fasse point pénitence et qu’il ne veuille point découvrir sa blessure à son frère ou à son supérieur, le supérieur qui avait les paroles pour le guérir, ne pourra lui être utile en rien''.&amp;amp;nbsp;» Saint Cyprien enseigne clairement la même chose dans le traité «&amp;amp;nbsp;''de Lapsis''&amp;amp;nbsp;», (c’est-à-dire ''de ceux qui sont tombés, dans la persécution.'') «&amp;amp;nbsp;''Quoique ces personnes, dit-il, n’aient point commis en effet le crime de sacrifier ou de recevoir un certificat, néanmoins, parce qu’elles en ont eu la pensée, elles doivent s’en confesser avec douleur au Prêtre de Dieu''.&amp;amp;nbsp;» Enfin tel est le sentiment et la voix unanime de tous les Docteurs de l’Église D’où il suit qu’il faut apporter dans la Confession la même application et le même soin que l’on a coutume de donner aux affaires les plus importantes, et de concentrer si bien ses efforts sur ce point que l’on puisse guérir les plaies de son âme, et arracher de son cœur les racines du péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce n’est pas assez de confesser et d’expliquer les fautes graves&amp;amp;nbsp;; nous devons également faire connaître les circonstances qui les ont accompagnées, et qui en augmentent ou en diminuent notablement la malice. Car il y a des circonstances si considérables qu’elles suffisent seules pour imprimer à une faute le caractère du péché mortel. C’est pourquoi on est toujours obligé de les confesser. Si par exemple quelqu’un a tué un homme, il doit dire si cet homme était laïque ou ecclésiastique. De même, si le péché a entraîné un complice, il est nécessaire de faire connaître si cette personne était libre, mariée, parente, ou consacrée à Dieu par un vœu. Car toutes ces circonstances sont autant de péchés d’espèce différente. C’est pourquoi les Docteurs dans la science sacrée distinguent toujours les fautes en les désignant suivant les circonstances qui les accompagnent et qui peuvent augmenter ou diminuer le degré de culpabilité. Le vol aussi est un péché, mais celui qui vole un écu fait un péché moins grave que celui qui en prend cent, deux cents, ou davantage, ou qui s’empare des biens d’Église Il faut dire la même chose des circonstances de temps et de lieu&amp;amp;nbsp;; mais on trouve là -dessus dans un grand nombre de livres des exemples trop connus pour que nous les citions ici. On est donc obligé, avons-nous dit, de déclarer toutes ces circonstances. Quant à celles qui n’augmentent pas beaucoup la malice du péché, on peut les omettre sans crime. Mais c’est une chose tellement nécessaire que la Confession soit entière et parfaite, comme nous le disions plus haut, que si quelqu’un omettait exprès et de propos délibéré, quelqu’une de ces circonstances, en confessant les autres d’ailleurs, non seulement il ne tirerait aucun fruit de cette Confession, mais encore il commettrait un nouveau péché. Une semblable déclaration ne saurait être regardée comme une véritable Confession sacramentelle. Bien plus le pénitent est obligé de recommencer cette Confession, et de s’accuser spécialement d’avoir profané la sainteté du sacrement de Pénitence par une Confession simulée. Mais s’il arrive pour quelque autre motif que la Confession ne soit pas entière, soit parce que le pénitent aura oublié quelque péché, soit parce qu’il aura mis quelque négligence à examiner sa conscience, lorsque cependant il avait l’intention positive de confesser entièrement tous ses péchés, il ne sera point nécessaire de la recommencer&amp;amp;nbsp;; et si ces péchés oubliés lui reviennent à la mémoire, il suffira de les déclarer au Prêtre dans un autre moment. toutefois il faut bien voir ici si l’on n’a point examiné sa conscience avec trop de mollesse et de lâcheté, et si le peu de soin qu’on a mis à se rappeler ses péchés ne montre pas que précisément l’on n’avait point la volonté de s’en souvenir. S’il en était ainsi, il faudrait absolument recommencer la Confession. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est nécessaire en second lieu que l’accusation soit claire, simple et sincère. Elle ne doit point être faite avec art, comme il arrive à quelques-uns qui semblent plutôt exposer la justification de leur conduite que confesser leurs péchés. non, la Confession doit être telle qu’elle nous fasse connaître au Prêtre, comme nous nous connaissons nous-mêmes, et qu’elle donne le certain pour certain, et pour douteux ce qui n’est pas sûr. Qualité qui manque évidemment à la Confession, quand on ne passe pas en revue chacun de ses péchés, ou que l’on dit des choses étrangères à ce que l’on doit dire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, on ne saurait trop louer ceux qui mettent de la discrétion et de la modestie dans l’accusation et l’explication de leurs fautes. trop de paroles ne valent rien. Il faut dire brièvement et avec retenue ce qui est nécessaire pour faire connaître la nature et la qualité de chaque faute. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En quatrième lieu, un des principaux soins, aussi bien du pénitent que du Confesseur, c’est de faire en sorte que tout ce qui se dit en Confession reste enseveli dans le secret. C’est pourquoi il n’est pas permis de se confesser par procureur ou par lettre, parce que le secret ne peut être assez exactement gardé par ces deux moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce que les Fidèles doivent avoir le plus à cœur, c’est de purifier souvent leur conscience par la confession de leurs fautes. Dès qu’on a eu le malheur de tomber en quelque péché mortel, rien ne peut être plus salutaire, à cause des dangers nombreux qui nous menacent sans cesse, que de s’en confesser sans retard. Et d’ailleurs, quand même nous pourrions tous nous promettre une longue carrière ici-bas, ne serait-ce pas une chose vraiment honteuse que, nous qui sommes si empressés à enlever les taches de nos corps et de nos vêtements, nous fussions moins zélés pour purifier notre âme des hideuses souillures du péché&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parlons maintenant du Ministre du sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — DU MINISTRE DU SACREMENT DE PÉNITENCE.  ====&lt;br /&gt;
Ce Ministre, c’est le Prêtre qui a le pouvoir ordinaire ou délégué d’absoudre. Sur ce point les Lois ecclésiastiques sont très claires. toutefois, pour remplir la fonction dont il s’agit, le pouvoir d’Ordre ne suffit pas, il faut de plus le pouvoir de juridiction. nous avons une preuve très frappante de cette vérité dans les paroles que Saint Jean met dans la bouche de Notre-Seigneur&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez''.&amp;amp;nbsp;» Or, ce pouvoir n’a pas été donné à tous les hommes, mais seulement aux Apôtres. Et les Apôtres ont eu les Prêtres pour successeurs dans ce ministère. C’est d’ailleurs une chose très naturelle et entièrement conforme à la raison. Car les grâces que nous recevons dans ce Sacrement nous viennent toutes de Jésus-Christ, comme d’un Chef dont nous sommes les membres&amp;amp;nbsp;; et par conséquent ceux-là seuls doivent administrer la Pénitence au corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire aux Fidèles, qui possèdent le pouvoir de consacrer son véritable Corps&amp;amp;nbsp;; d’autant plus que c’est par ce même Sacrement que les Chrétiens se rendent capables et dignes de recevoir la sainte eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour comprendre combien en cette matière le droit du Prêtre ordinaire était réservé et sacré dans la primitive Église, il suffit de connaître les anciens Décrets des Pères, qui défendaient à tout évêque et à tout Prêtre d’exercer le moindre ministère dans la Paroisse d’un autre, sans l’autorisation de celui qui la gouvernait, ou bien sans une pressante nécessité. Ainsi l’avait réglé l’Apôtre Saint Paul lui-même, lorsqu’il ordonnait à Tite «&amp;amp;nbsp;''d’établir des Prêtres dans toutes les villes'' &amp;amp;nbsp;», pour nourrir et fortifier les Fidèles par le céleste Aliment de la Doctrine et des Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant quand il y a danger de mort et que l’on ne peut se confesser à son propre Pasteur, le Concile de Trente nous enseigne que l’Église, pour ne laisser perdre aucune âme dans ces circonstances, a toujours été dans l’usage de permettre à tous les Prêtres d’absoudre de toutes sortes de péchés, quel que fût le pouvoir nécessaire à cet effet, et même de l’excommunication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas assez que le Prêtre soit revêtu des pouvoirs d’Ordre et de juridiction, qui d’ailleurs lui sont absolument nécessaires&amp;amp;nbsp;; il est indispensable qu’il possède les lumières, la science et la prudence de son état, puisqu’il remplit en même temps les fonctions de juge et de médecin. Comme juge, il est évident qu’il lui faut une science plus qu’ordinaire, soit pour découvrir les péchés, soit pour distinguer, au milieu de leurs nombreuses espèces, ceux qui sont graves de ceux qui sont légers, selon la condition, le rang et la classe de chacun. Comme médecin, il a besoin aussi de la plus grande prudence, puisqu’il doit mettre tous ses soins à donner au malade les remèdes les plus propres à guérir son âme, et à le prémunir contre les rechutes dans le mal. Et c’est ce qui doit faire comprendre aux Fidèles avec quelle attention chacun d’eux doit se choisir un Prêtre recommandable par l’intégrité de sa vie, par sa science, sa sagesse, son jugement sûr, un Prêtre enfin qui se rende compte de l’importance et de la gravité du ministère qui lui est confié, qui sache appliquer dans les divers cas les pénitences convenables, et reconnaître qui sont ceux qu’il faut lier, ou délier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme il n’y a personne qui ne désire très vivement cacher ses crimes et la honte de ses fautes il faut avertir les Fidèles qu’ils ne doivent craindre en aucune façon que le Prêtre à qui ils se seront confessés révèle jamais à personne les péchés qu’ils lui auront fait connaître, ni qu’il puisse jamais leur arriver aucun mal par suite de la Confession. Les lois et décrets de l’Église veulent que l’on sévisse de la manière la plus rigoureuse contre les Prêtres qui ne tiendraient pas ensevelis dans un silence éternel et sacré tous les péchés qu’ils auraient connus par la Confession. Aussi lisons-nous dans les actes du Concile général de Latran:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que le Prêtre tremble de jamais trahir le pécheur par un mot, -par un signe, ou de toute autre manière''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir parlé du ministre du sacrement de Pénitence, l’ordre des choses demande que nous expliquions certains points principaux, qui ont rapport à l’usage de la Confession et à la manière dont le Prêtre doit agir dans l’administration de ce Sacrement. Un grand nombre de Fidèles, hélas&amp;amp;nbsp;! ne désirent rien tant que de voir s’écouler les jours fixés par l’Église pour la Confession. Ils sont si éloignés de la perfection chrétienne qu’ils cherchent à peine à se rappeler leurs péchés pour les accuser au Prêtre, bien loin d’apporter la diligence et le soin qui seraient nécessaires pour attirer sur eux la grâce de Dieu.. néanmoins, comme les Prêtres ne doivent rien négliger pour le salut de leurs pénitents, leur premier soin sera d’examiner attentivement s’ils ont une véritable Contrition de leurs péchés, et s’ils sont sincèrement et fermement résolus à ne plus pécher dans la suite. S’ils les trouvent réellement dans ces dispositions, ils s’appliqueront de toutes leurs forces à les exhorter vivement à rendre grâces à Dieu de tout leur cœur, pour un bienfait si grand et si précieux, et à implorer sans cesse le secours de la grâce céleste, afin que protégés et couvert par elle, ils puissent résister et tenir tête à leurs mauvaises passions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre pratique qu’il faut également recommander aux pénitents, c’est de ne passer aucun jour sans méditer quelqu’un des Mystères de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et sans s’exciter, avec toute l’ardeur possible, à L’imiter et à L’aimer d’un amour souverain. Cette méditation les rendra de jour en jour plus forts contre les tentations du démon. En effet si nous succombons si promptement et si facilement à la moindre attaque de l’ennemi, c’est que nous négligeons d’entretenir et d’exciter dans nos cœur s par la contemplation des choses du ciel le feu de cet amour divin qui seul peut raffermir et relever notre courage. Mais si le Confesseur s’aperçoit que celui qui lui accuse ses péchés n’est pas véritablement contrit et repentant, il doit s’efforcer de lui inspirer un amour très vif de la Contrition, afin qu’enflammé par le désir d’obtenir un don si excellent, il se mette aussitôt à l’implorer et à le solliciter humblement de la miséricorde de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut particulièrement s’attacher à réprimer l’orgueil de ceux qui cherchent par des excuses, soit à justifier, soit à diminuer leurs péchés. Il en est, par exemple, qui, en s’accusant de s’être mis dans une violente colère, en rejettent aussitôt la cause sur un autre dont ils se plaignent d’avoir reçu les premiers une injure. Il faut les avertir que ces sortes d’excuses sont la marque d’un esprit orgueilleux, et d’un homme qui ne réfléchit pas à la grandeur de son péché, ou qui ne la comprend nullement&amp;amp;nbsp;; et qu’elles sont bien plus propres à augmenter leurs fautes qu&amp;quot;à les diminuer. Car prétendre justifier ainsi sa conduite, c’est sembler dire ouvertement que l’on aura de la patience quand on ne sera injurié par personne. Y a-t-il rien qui soit plus indique d’un Chrétien&amp;amp;nbsp;? Au lieu de déplorer le sort de celui qui a fait l’injure, et d’être affligé de la perversité de son action, on s’irrite contre lui, contre son frère&amp;amp;nbsp;; est bien loin de profiter d’une si belle occasion d’honorer Dieu par la patience, et de corriger son frère par mansuétude, on fait tourner à sa perte un sujet de mérites. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, c’est une faute bien plus funeste encore de ne pas oser confesser ses péchés, parce qu’on est retenu par une mauvaise honte. Il faut encourager ceux qui ont ce malheur, et leur représenter qu’ils n’ont rien à craindre en découvrant leurs fautes, puisque leur Confesseur ne s’étonnera jamais de trouver les hommes pécheurs: c’est là en effet un mal qui est commun à tous, et qui est une suite naturelle de la faiblesse et de la fragilité humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est d’autres qui, parce qu’ils se confessent trop rarement, ou parce qu’ils n’ont pris aucune peine, pour examiner leur conscience et reconnaître leurs péchés, ne savent ni expliquer leurs fautes, ni par où commencer l’accomplissement de ce devoir. Ceux-là doivent être repris plus vivement, et surtout il faut bien leur montrer qu’avant de se présenter au Prêtre, chacun de nous doit faire tous ses efforts pour avoir la Contrition de ses péchés et que l’on ne peut jamais atteindre ce but, si l’on ne s’applique à les reconnaître en les repassant dans sa mémoire les uns après les autres. C’est pourquoi, lorsque le Confesseur rencontrera des pénitents aussi peu préparés, ils les renverra dans les termes les plus bienveillants, et il les exhortera à prendre quelque temps pour penser à leurs fautes, et à revenir ensuite. Mais si ces pénitents affirment qu’ils ont apporté à cette affaire tous leurs soins et toute leur diligence, le Prêtre — dans la crainte trop fondée qu’une fois renvoyés, ils ne reviennent plus — se fera un devoir de les entendre, surtout s’ils montrent quelque désir de s’amender, et si lui-même peut les amener à reconnaître leur négligence, et à promettre qu’une autre fois ils feront un examen plus soigné et plus exact. Cependant ceci demande beaucoup de précautions: car si après avoir entendu la Confession de ces pénitents, le Prêtre juge qu’ils n’ont manqué ni d’exactitude en accusant leurs péchés, ni de douleur et de Contrition en les regrettant, il pourra les absoudre. Mais s’il s’aperçoit que l’une et l’autre de ces deux choses ont fait défaut, il leur conseillera et tâchera de les persuader d’examiner leur conscience avec plus d’attention, ainsi que nous venons de le dire, et il les renverra, après leur avoir parlé avec toute la douceur possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme il arrive quelquefois aux femmes, lorsqu’elles ont oublié quelque péché en Confession, de n’oser pas retourner au Confesseur dans la crainte d’être soupçonnées de quelque grand désordre, ou de chercher à se donner la réputation d’une piété extraordinaire, il faudra enseigner souvent, et en public et en particulier, que personne ne peut avoir assez de mémoire pour se rappeler toutes ses actions, toutes ses paroles, et toutes ses pensées&amp;amp;nbsp;; que par conséquent rien ne doit empêcher les Fidèles d’aller de nouveau trouver le Prêtre, lorsqu’ils se souviennent de quelque péché oublié auparavant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont en général les règles que les Prêtres ont à observer dans la Confession. Venons maintenant à la troisième partie du sacrement de Pénitence, qui s’appelle la Satisfaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-quatrième — Du sacrement de Pénitence (suite)  ===&lt;br /&gt;
'''DE LA SATISFACTION'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d’abord d’expliquer le mot de Satisfaction, et d’en préciser la portée. Car les ennemis de la Foi catholique ont pris occasion de ce mot pour semer la division et la discorde parmi les Chrétiens, et au grand détriment de la Religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QU’EST-CE QUE LA SATISFACTION ====&lt;br /&gt;
La Satisfaction est le paiement intégral d’une dette: Car qui dit satisfaction, dit une chose à laquelle rien ne manque. Par exemple, en matière de réconciliation, satisfaire signifie accorder à un cœur irrité tout ce qu’il faut pour le venger de l’injure qu’on lui a faite. D’où il suit que la satisfaction n’est pas autre chose que la compensation, (ou réparation) de l’injure faite à quelqu’un. Et pour en venir à l’objet qui doit nous occuper ici, les Docteurs de l’Église ont employé ce mot de Satisfaction pour exprimer cette compensation qui s’établit, lorsque l’homme paie quelque chose à Dieu pour les péchés qu’il a commis. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme cette compensation peut avoir plusieurs degrés différents, on a distingué aussi plusieurs sortes de Satisfaction. La première et la plus excellente est celle qui a payé suffisamment à Dieu tout ce que nous devions pour nos péchés, quand même il aurait voulu traiter avec nous en toute rigueur de justice. Mais nous ne regardons comme telle que la Satisfaction qui a apaisé Dieu et nous L’a rendu propice. Et c’est à Jésus-Christ seul que nous en sommes redevables. Car c’est Lui qui sur la Croix a payé la dette de nos péchés, et a satisfait surabondamment à la justice de Dieu pour nous. Rien de créé n’aurait pu être d’un pria assez grand pour nous libérer d’une dette si considérable. Mais, comme dit Saint Jean : «&amp;amp;nbsp;''Jésus-Christ est Lui-même la Victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour tes nôtres, mais encore pour ceux du monde entier.''&amp;amp;nbsp;» Cette Satisfaction est donc pleine et complète. Elle est proportionnée d’une manière parfaite et adéquate au poids de tous les crimes qui ont été commis, et qui se commettent en ce monde. C’est elle seule qui donne du prix et du mérite à nos actions devant Dieu. Sans elle, elles seraient vaines et dénuées de toute valeur réelle. C’est là ce que David semblait avoir en vue quand, se recueillant en lui-même, il s’écriait : «&amp;amp;nbsp;''Que rendrai-je au Seigneur pour tous tes bienfaits qu’Il m’a accordés&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» et que ne trouvant, pour reconnaître tant de faveurs, que la Satisfaction dont nous parlons, et à laquelle il donne le nom de calice, il ajoutait: «&amp;amp;nbsp;''Je prendrai le calice de salut, et j’invoquerai le nom du Seigneur.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre espèce de Satisfaction est celle que l’on appelle canonique, et qui s’accomplit dans un temps fixe et déterminé. C’est un usage suivi dés la plus haute antiquité dans l’Église, d’infliger quelque peine aux pénitents, lorsqu’ils reçoivent l’Absolution de leurs péchés, et l’accomplissement de cette peine s’est toujours appelé Satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin on donne encore le nom de Satisfaction à toutes les peines que nous subissons pour nos péchés, sans les recevoir des mains du Prêtre, mais en nous les imposant nous-mêmes, et en nous les infligeant par notre propre volonté. Mais ces peines ne font point partie du sacrement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
de Pénitence. Celles-là seules lui appartiennent qui nous sont imposées par l’autorité du Prêtre, pour payer à Dieu ce que nous Lui devons pour nos péchés: encore faut-il que nous ayons dans l’âme la résolution très sincère et très ferme de faire tous nos efforts pour éviter de l’offenser à l’avenir. En effet quelques-uns ont dit que ''satisfaire, c’est rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû''. Mais il est évident que nul ne peut Lui rendre cet honneur, s’il n’est résolu à fuir absolument le péché. Par conséquent ''satisfaire, c’est détruire les causes du péché, et lui fermer l’entrée de nos cœurs''. Dans le même ordre d’idées, d’autres ont affirmé que ''la satisfaction purifie notre âme des restes de souillures que la tache du péché y avait laissées et qu’elle acquitte les peines temporelles qui nous restaient à supporter. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — NÉCESSITÉ DE LA SATISFACTION.  ====&lt;br /&gt;
Les choses étant ainsi, il ne sera pas difficile de faire sentir aux Fidèles combien il est nécessaire aux pénitents de s’exercer à cette pratique de la Satisfaction. Il faudra leur apprendre que le péché entraîne après lui deux choses, la tâche et la peine. Et bien que la remise de la faute renferme toujours en elle celle du supplice de la mort éternelle, préparé dans les enfers, cependant il arrive souvent, comme l’a déclaré le Concile de Trente&amp;amp;nbsp; que Dieu ne remet pas en même temps certains restes du péché, et la peine temporelle qui lui est due. nous avons des preuves non équivoques de cette vérité dans plusieurs endroits de nos Saintes Lettres, au 3e chapitre de la Genèse, aux 12e et 22e chapitres des nombres, et dans beaucoup d’autres passages, mais dont le plus célèbre et le plus frappant est celui de David. Le Prophète Nathan lui avait dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur n’a point retenu votre péché, vous ne mourrez point.&amp;amp;nbsp;''» Et cependant il s’imposa volontairement des peines très grandes, implorant jour et nuit la miséricorde de Dieu en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché&amp;amp;nbsp;; parce que je connais mon iniquité, et mon péché est toujours devant moi.&amp;amp;nbsp;''» Par ces paroles il demandait au Seigneur, non seulement le pardon de son crime, mais encore la remise de la peine qu’il avait méritée&amp;amp;nbsp;; et il Le conjurait de le purifier de tous les restes de ses fautes, et de le rétablir dans son premier état d’innocence et de gloire. Cependant, malgré toute la ferveur de ses prières, le Seigneur ne laissa pas de le punir, et par la perte de l’enfant né après sa faute, et par la révolte et la mort d’Absalon qu’il aimait tendrement, et par plusieurs autres peines et châtiments, dont II l’avait...auparavant menacé. nous voyons encore dans l’Exode que le Seigneur apaisé par les prières de Moïse, pardonna au peuple son idolâtrie: ce qui ne L’empêcha pas d’annoncer qu’Il en tirerait une vengeance très sévère et Moïse lui-même déclara que le Seigneur le punirait de ce crime, avec la dernière rigueur, jusqu’à la troisième et quatrième génération. Quant à l’Église catholique, sa Doctrine n’a jamais varié sur ce point, et tous les écrits des Pères prouvent qu’elle n’a pas cessé de croire cette vérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comment se fait-il que le sacrement de Pénitence ne remette pas avec le péché toutes les peines qui lui sont dues, aussi bien que le Baptême&amp;amp;nbsp;? C’est ce que nous explique fort bien le Concile de Trente, en ces termes: «&amp;amp;nbsp;''La justice divine semble exiger, dit-il, que la réconciliation soit accordée différemment à ceux qui ont péché par ignorance avant le Baptême, et d ceux qui, délivrés du péché et de l’esclavage du démon, après avoir reçu le don du Saint-Esprit, ne craignent pas cependant de profaner sciemment le temple de Dieu, et de contrister le Saint-Esprit.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs, il convient à la clémence divine de ne pas nous remettre nos péchés, sans exiger de nous quelque satisfaction. Autrement nous serions exposés à regarder nos fautes comme moindres qu’elles ne sont, et, à la première occasion, à tomber dans d’autres plus graves, par un mépris souverainement injurieux au Saint-Esprit, ''nous amassant ainsi à nous-mêmes un trésor de colère pour le jour de la vengeance'' . II est hors de doute que les peines satisfactoires sont comme un frein puissant pour nous retenir, et nous empêcher de retomber dans le mal. Par la même raison elles rendent les pénitents beaucoup plus circonspects et plus vigilants pour l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut ajouter que ces pénitences sont comme des&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
témoignages Publics de la douleur que nous font éprouver nos péchés, et par là même un moyen de satisfaire à l’Église qui a été grièvement offensée par nos crimes. Car, comme dit Saint Augustin, ''Dieu ne rejette point un cœur contrit et humilié''.&amp;amp;nbsp; Mais comme la douleur d’un cœur est ordinairement cachée pour un autre, et qu’elle ne se manifeste au dehors ni par des paroles ni par d’autres signes, c’est avec raison que les Pasteurs de l’Église ont établi des temps de Pénitence, pendant lesquels on satisfait à l’Église, de qui l’on reçoit la rémission de ses péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — EFFETS ET AVANTAGES DE LA SATISFACTION.  ====&lt;br /&gt;
D’un autre côté, nos exemples de pénitence apprennent aux autres comment ils doivent régler leur conduite et pratiquer la piété. Lorsque nos semblables sont témoins des peines qui nous sont infligées pour nos péchés, ils en concluent qu’ils doivent vivre toujours dans la plus grande vigilance et réformer leurs mœurs. Voilà pourquoi l’Église avait voulu avec beaucoup de sagesse imposer une pénitence publique à celui qui avait commis publiquement quelque faute, afin que les autres, frappés d’une salutaire terreur, fussent désormais plus attentifs à éviter le péché. Cette loi s’étendait même quelquefois aux crimes secrets, lorsqu’ils étaient très graves. Mais pour les fautes publiques, c’était un usage constant et invariable de ne point absoudre ceux qui en étaient coupables, avant qu’ils n’eussent subi et achevé leur pénitence publique. Pendant ce temps, les Pasteurs priaient Dieu pour leur salut, et ils ne cessaient d’exhorter les pénitents à faire de même. C’est en cela que l’on vit briller surtout le zèle et la sollicitude de Saint Ambroise. Ses larmes, dit-on, attendrissaient tellement certains pécheurs qui venaient lui demander l’Absolution avec un cœur endurci, qu’il leur inspirait la douleur d’une véritable Contrition. Mais dans la suite, il y eut tant de relâchement dans la sévérité de l’ancienne discipline, et la Charité se trouva si refroidie que la plupart des fidèles ne regardent plus la douleur intérieure de l’âme et les gémissements du cœur comme nécessaires pour obtenir le pardon de leurs péchés, et qu’ils croient suffisant de montrer les dehors et les apparences du repentir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les peines satisfactoires qui nous sont imposées ont encore cet avantage de nous faire retracer l’image et la ressemblance de Jésus-Christ notre Chef, qui Lui-même a été éprouvé, et a subi toutes sortes de souffrances. «&amp;amp;nbsp;''On ne peut rien voir de plus difforme, dit Saint Bernard, qu’un membre délicat sous un chef couronné d’épines''.&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; D’ailleurs au témoignage de l’Apôtre, «&amp;amp;nbsp;''nous ne sommes les cohéritiers du Sauveur, qu’autant que nous souffrons avec Lui&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp; ''et comme il est écrit dans un autre endroit: Si nous mourons avec Lui, nous vivrons aussi avec Lui&amp;amp;nbsp;; si nous souffrons avec Lui, nous régnerons aussi avec Lui.''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Bernard établit encore que l’on trouve deux choses dans le péché: une tache pour l’âme, et une plaie&amp;amp;nbsp;; qu’à la vérité la miséricorde de Dieu enlève la tache, mais que pour guérir la plaie du péché, il faut nécessairement ce traitement que l’on emploie comme remède dans la Pénitence. Lorsqu’une blessure est guérie, il demeure encore des cicatrices, qui elles-mêmes ont besoin de guérison&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ainsi l’âme, après la remise de sa faute, conserve encore quelques restes de ses péchés, dont elle a besoin de se purifier. C’est ce que dit très bien Saint Jean Chrysostome en ces termes:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ce n’est pas assez d’arracher la flèche du corps&amp;amp;nbsp;; il faut de plus guérir la blessure qui a été faite par la flèche''.&amp;amp;nbsp;» De même, après avoir reçu le pardon de ses péchés, il faut encore traiter par la Pénitence la plaie qui reste dans l’âme. Saint Augustin ne cesse de nous représenter qu’il y a deux choses à considérer dans le sacrement de Pénitence: la miséricorde de Dieu et sa justice&amp;amp;nbsp;; la miséricorde qui remet les péchés et les peines éternelles qui leur sont dues, la justice qui inflige à l’homme des peines limitées par le temps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin lés Satisfactions du Sacrement de Pénitence nous font éviter les châtiments de Dieu et les supplices qui nous étaient réservés. Ainsi l’enseigne l’Apôtre: : «&amp;amp;nbsp;''Si nous nous jugions nous-mêmes, dit-il, nous ne serions certainement point jugés&amp;amp;nbsp;; mais lorsque nous sommes jugés, c’est le Seigneur qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si les Pasteurs expliquent avec soin ces vérités, il est presque impossible que les Fidèles n’embrassent pas avec ardeur les ''œuvr''es de la Pénitence. Mais ce qui démontre parfaitement l’efficacité de cette Pénitence, c’est qu’elle tire toute sa vertu des mérites de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ces mérites communiquent à nos bonnes ''œuvr''es en général deux immenses avantages: l’un est de nous faire mériter les récompenses et la gloire éternelle, au point qu’un verre d’eau froide, donné au nom du Sauveur, ne sera pas perdu&amp;amp;nbsp;; et l’autre de satisfaire à Dieu pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et n’allons pas croire que nos satisfactions diminuent celle de Notre-Seigneur, si abondante et si parfaite. Au contraire elles ne servent qu’à la rendre plus éclatante et plus glorieuse encore, s’il est possible. En effet la grâce de Jésus-Christ paraît d’autant plus abondante qu’elle nous fait participer non seulement à ce qu’Il a mérité et payé Lui-même, mais encore aux mérites et au prix qu’Il a communiqués aux Justes et au Saints, comme un Chef à ses membres. Et voilà évidemment ce qui donne tant de valeur et d’importance aux bonnes ''œuvr''es des vrais Chrétiens&amp;amp;nbsp;! Comme la tête communique la vie aux membres, comme la vigne fait passer la sève dans toutes ses branches, ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ ne cesse de répandre sa Grâce sur ceux qui Lui sont unis par la Charité. Et cette grâce précède, accompagne et suit toujours nos œuvres. Sans elle nous ne pouvons ni mériter, ni satisfaire en aucune façon à la justice de Dieu. Ainsi rien ne manque aux justes: par les ''œuvr''es qu’ils opèrent avec le secours divin, ils peuvent d’un côté satisfaire à Dieu et à sa Loi, autant que le comporte la fragilité humaine, et de l’autre mériter la Vie Éternelle dont ils entreront en possession, s’ils meurent en état de grâce. La parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ est formelle:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Celui qui boira l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif&amp;amp;nbsp;; et cette eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine qui jaillira pour la Vie Éternelle''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il y a deux choses nécessaires dans la Satisfaction la première, que celui qui satisfait soit juste et ami de Dieu. Les ''œuvr''es qui ne sont pas faites ''dans la Foi et dans la Charité'' ne sauraient être agréables à Dieu&amp;amp;nbsp;; la seconde, que les ''œuvr''es que l’on accomplit soient de nature à causer de la douleur et de la peine. Puisqu’elles sont une véritable compensation des péchés passés et, comme parle le martyr Saint Cyprien «&amp;amp;nbsp;''la rançon des péchés''&amp;amp;nbsp;», il est de toute nécessité qu’elles présentent quelque chose de difficile et de pénible — bien qu’il n’arrive pas toujours à ceux qui s’exercent à ces ''œuvr''es de mortification d’éprouver le sentiment de la douleur. Souvent l’habitude de souffrir, ou une Charité ardente empêchent de sentir les choses les plus dures à supporter par elles-mêmes. Cependant ces sortes d’actions ne laissent pas de posséder la vertu de satisfaire. C’est même le propre des enfants de Dieu d’être tellement enflammés des sentiments de l’amour et de la piété, qu’au milieu des plus cruelles souffrances, ils ne ressentent aucune douleur ou du moins qu’ils supportent tout avec un cœur plein de joie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DIVERSES ESPÈCES D’OEUVRES SATISFACTOIRES.  ====&lt;br /&gt;
Les Pasteurs enseigneront que tous les genres de Satisfactions peuvent se ramener à trois sortes d’œuvres: la Prière, le Jeûne et l’Aumône, lesquels répondent parfaitement aux trois sortes de biens que nous avons reçus de Dieu, les biens de l’âme, les biens du corps et ceux que l’on appelle les avantages extérieurs. Rien n’est plus propre ni plus efficace que ces trois sortes d’œuvres pour extirper les racines de tous les péchés. Puisque, selon l’Apôtre Saint Jean,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie''&amp;amp;nbsp;», il n’est personne qui ne voie qu’à ces trois sources de maladies, on a eu bien raison d’opposer trois excellents remèdes, à la première le Jeûne, à la seconde l’Aumône, et à la troisième la Prière. D’autre part, si nous considérons ceux que nos péchés offensent, il nous sera facile de comprendre pourquoi toute satisfaction se rapporte à ces trois choses. En effet le péché offense Dieu, le prochain et nous-mêmes&amp;amp;nbsp;; or par la Prière nous apaisons Dieu, par l’Aumône nous donnons satisfaction au prochain, et par le Jeûne nous nous mortifions nous-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme une foule de peines et de calamités diverses nous accablent tant que nous sommes dans cette vie, il faut bien apprendre aux Fidèles que ceux qui supportent avec patience tout ce que Dieu leur envoie de pénible et d’affligeant trouvent précisément là une source abondante de satisfaction et de mérites&amp;amp;nbsp;; tandis que ceux qui n’endurent ces sortes d’épreuves qu’avec répugnance et malgré eux se privent de tous les avantages des ''œuvr''es satisfactoires, et ne font que subir la punition et le juste châtiment de Dieu qui se venge de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui doit nous faire exalter, par les louanges et les actions de grâces les plus vives, l’infinie bonté et la miséricorde de Dieu, c’est qu’Il a bien voulu nous accorder à nous si faibles et si misérables de pouvoir satisfaire les uns pour les autres. C’est là en effet une propriété spéciale qui n’appartient qu’à la Satisfaction. S’il s’agit de la Contrition et de la Confession, personne ne peut ni se repentir, ni se confesser pour un autre&amp;amp;nbsp;; mais ceux qui possèdent la Grâce divine peuvent au nom d’un autre payer à Dieu ce qui Lui est dû: C’est ainsi ''que nous portons en quelque sorte le fardeau les uns des autres''.&amp;amp;nbsp; Et personne parmi nous ne saurait douter de cette vérité, puisque nous confessons dans le Symbole des Apôtres la communion des Saints. Dès lors que nous renaissons tous à Jésus-Christ, purifiés par le même Baptême, que nous participons tous aux mêmes Sacrements, et surtout que nous avons pour aliment et pour breuvage réparateurs le même Corps et le même Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il est aussi certain qu’évident que nous sommes tous les membres d’un seul et même corps. Et si le pied, par exemple, ne remplit pas ses fonctions uniquement pour lui, mais encore au profit des yeux, et si les yeux ne voient pas pour eux seuls, mais aussi pour l’avantage commun de tous les membres, les ''œuvr''es satisfactoires peuvent être également communes entre nous tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ceci, pour être vrai, ne doit pas s’entendre sans restriction, si nous envisageons en général tous les avantages que la satisfaction nous procure. Car les œuvres satisfactoires sont aussi comme un traitement et un remède prescrits au pénitent pour guérir les affections déréglées de son âme. Mais il est évident que cet effet particulier ne peut s’appliquer à ceux qui ne satisfont point par eux-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc ce que les Pasteurs auront à exposer d’une manière claire et détaillée sur les trois parties du sacrement de Pénitence: La Contrition, la Confession et la Satisfaction. toutefois il est une chose que les Confesseurs doivent observer avec le plus grand soin, c’est après avoir entendu l’aveu des fautes du pénitent, et avant de l’absoudre, de l’obliger à la réparation suffisante des torts qu’il a pu faire au prochain, dans ses biens ou dans sa réputation, si ces torts semblent assez grands pour l’exposer à la damnation éternelle. nul ne doit être absous, s’il ne promet de restituer à chacun ce qui lui appartient. Et comme il s’en trouve plusieurs qui s’engagent par beaucoup de paroles à s’acquitter de ce devoir, mais n’en sont pas moins décidés et résolus à ne point tenir leurs promesses, il faut absolument les obliger à restituer, et leur rappeler souvent ces mots de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''que celui qui dérobait, ne dérobe plus, mais qu’il s’occupe plutôt à travailler de ses mains à quelque ouvrage bon et utile, afin qu’il ait de quoi donner à ceux qui sont dans le besoin''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux pénitences à imposer aux pécheurs, les confesseurs ne les prescriront point d’une manière arbitraire&amp;amp;nbsp;; ils suivront en cela les règles de la justice, de la prudence et de la piété. Et pour montrer aux pénitents qu’ils mesurent leurs fautes d’après ces règles, comme aussi pour leur en faire sentir davantage la gravité, il sera bon qu’ils leur rappellent de temps en temps les peines que les anciens Canons Pénitentiaux avaient fixées pour certains péchés. En un mot la nature de la faute doit être la mesure générale de la Satisfaction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de toutes les ''œuvr''es satisfactoires que l’on peut imposer aux pénitents, la plus convenable, c’est qu’ils s’appliquent à la Prière à certains jours et pendant un certain temps, et qu’ils prient pour tout le monde, et surtout pour ceux qui sont morts dans le Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut aussi les exhorter à reprendre quelquefois et à recommencer d’eux-mêmes les œuvres de satisfaction prescrites par le Confesseur, et à acquérir des dispositions telles qu’après avoir accompli tout ce qui se rapporte au Sacrement de Pénitence, ils n’abandonnent jamais les pratiques de la vertu de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelquefois pour un crime public on se voit dans l’obligation d’infliger une pénitence publique, et que le pénitent la repousse et supplie d’en être exempté, on ne devra point l’écouter trop facilement&amp;amp;nbsp;; au contraire, il faudra lui persuader de se soumettre volontiers et avec empressement à une peine qui doit être salutaire et à lui et aux autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En enseignant ces choses sur le sacrement de Pénitence, et sur chacune de ses parties, le Pasteur aura pour but non seulement de les faire connaître exactement, mais encore d’amener les Fidèles à les mettre e pratique avec un véritable esprit de religion et de piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-cinquième — Du sacrement de l’Extrême-Onction ===&lt;br /&gt;
Lorsque les saints Oracles des Écritures nous disent : «&amp;amp;nbsp;''Dans toutes vos actions, souvenez-vous de vos fins dernières, et jamais vous ne pécherez''&amp;amp;nbsp;», ils avertissent assez les Pasteurs de ne laisser échapper aucune occasion d’exhorter les Fidèles à méditer sans cesse sur la mort. Et comme l’Extrême-Onction rappelle nécessairement la pensée de notre dernier jour, il est facile de comprendre qu’il y a lieu de parler souvent de ce Sacrement, non seulement parce qu’il est très convenable de faire connaître et d’expliquer les Mystères qui ont rapport au salut, mais encore parce que les Fidèles en se souvenant que c’est pour tous une nécessité de mourir, s’appliqueront à réprimer leurs passions déréglées. Dés lors la pensée, et l’attente de la mort les troublera beaucoup moins. Et même ils rendront à Dieu d’immortelles actions de grâces de ce que, après nous avoir ouvert par le sacrement du Baptême l’entrée dans la vie véritable, il a bien voulu instituer encore le sacrement de l’Extrême-Onction, afin qu’en sortant de cette vie périssable nous eussions un chemin plus facile et plus sûr pour aller au ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — DE L’EXTRÊME-ONCTION ET DE LA NATURE DU SACREMENT DE L’EXTRÊME-ONCTION.  ====&lt;br /&gt;
Afin d’exposer à peu près dans le même ordre que nous avons suivi pour les autres Sacrements ce qu’il y a de plus nécessaire à expliquer ici, nous disons d’abord que ce sacrement est appelé extrême-Onction, parce que de toutes les Onctions saintes qui ont été prescrites par Notre-Seigneur Jésus-Christ à son Église, c’est celle qui s’administre la dernière. C’est pourquoi nos pères dans la Foi donnaient encore à ce Sacrement le nom d’''Onction des Malades et de Sacrement des Mourants''. Et ces paroles sont bien propres à rappeler aux Fidèles la pensée de leurs derniers moments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut montrer, en premier lieu, que l’Extrême-Onction est un véritable Sacrement. Et il ne peut y avoir aucun doute sur ce point, si l’on veut faire attention aux paroles dont l’Apôtre Saint Jacques s’est servi pour promulguer la loi de ce Sacrement : «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un est malade parmi vous, dit-il, qu’il fasse venir les Prêtres de l’Église, et qu’ils prient sur lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur&amp;amp;nbsp;; et la prière de la Foi sauvera le malade: et le Seigneur le soulagera&amp;amp;nbsp;; et s’il a des péchés, ces péchés lui seront remis''.&amp;amp;nbsp;» Puisque, suivant l’Apôtre, les péchés sont remis par cette Onction, elle a donc la nature et la vertu d’un Sacrement. telle a toujours été d’ailleurs la Doctrine de l’Église catholique sur l’Extrême-Onction&amp;amp;nbsp;; un grand nombre de Conciles en font foi. Mais celui de Trente l’a déclaré si formellement qu’il prononce l’anathème contre ceux qui auraient la témérité d’enseigner ou de penser le contraire. Le Pape Innocent Ier recommande également ce Sacrement aux Fidèles, avec beaucoup de force. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc que les Pasteurs enseignent sans aucune hésitation que l’Extrême-Onction est un Sacrement véritable&amp;amp;nbsp;; et de plus un seul Sacrement, quoiqu’on l’administre avec plusieurs Onctions différentes, dont chacune se fait avec des prières et une forme particulière. Ce Sacrement est un, non en ce sens que les parties qui le composent ne puissent être divisées, mais parce que ces parties contribuent chacune à sa perfection. C’est ce qui se voit dans tout ce qui est composé. Ainsi une maison est composée de beaucoup de choses et de parties différentes, mais sa perfection n’est que dans l’unité de la forme. De même le sacrement de l’Extrême-Onction renferme plusieurs choses et plusieurs paroles, et cependant ce n’est qu’un signe unique de l’unique effet qu’il a la vertu de produire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ne manqueront pas de dire quelles sont les parties de ce Sacrement, à savoir la matière et la forme. Car l’Apôtre Saint Jacques n’a pas négligé de nous en instruire, et chacune de ces deux parties renferme des Mystères qu’il est utile de méditer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’élément, ou la matière de ce Sacrement, comme l’ont déclaré plusieurs Conciles, et spécialement le Concile de Trente, c’est l’huile consacrée par l’Évêque, non toute sorte d’huile en général, extraite d’une substance adipeuse, mais seulement l’huile d’olive. Cette matière exprime parfaitement les effets que la vertu de l’Extrême-Onction opère dans l’âme. De même que l’huile est très propre à adoucir les douleurs du corps, ainsi la vertu de ce Sacrement diminue la tristesse et les douleurs de l’âme. De plus l’huile rend la santé, donne la joie, et sert d’aliment à la lumière, mais surtout elle est très efficace pour renouveler les forces du corps abattu par la fatigue. Or tous ces effets représentent sensiblement ce que la puissance divine opère chez les malades par l’Extrême-Onction. — Mais en voilà assez sur la matière de ce Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand à la forme qui lui est propre, elle consiste dans ces paroles et ces prières consacrées que le Prêtre prononce en faisant chacune des Onctions, et en disant: «&amp;amp;nbsp;''Par cette sainte Onction que le Seigneur vous pardonne tout ce que vous avez fait de mal, par la vue, par l’odorat ou par le toucher''.&amp;amp;nbsp;» Et ce qui nous indique que c’est bien là la forme propre et véritable du Sacrement dont nous parlons, ce sont ces paroles de Saint Jacques: «&amp;amp;nbsp;''Et qu’ils prient sur lui, et la prière de la Foi sauvera le malade.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, ce texte nous montre que la forme doit ressembler à une Prière, quoique l’Apôtre ne nous ait pas laissé les termes mêmes dans lesquels elle doit être conçue. Mais pour ceux que nous venons d’employer, nous les avons reçus d’une tradition constante des Pères, et toutes les Églises se servent de cette même forme qui leur vient de la sainte Église romaine, mère et maîtresse de toutes les autres Églises Quelques-uns, il est vrai, au lieu de ces mots: ''Que le Seigneur vous pardonne tout le mal que vous avez fait'', disent: ''Qu’Il vous remette'', ou ''qu’Il guérisse tout le mal que vous avez commis''. Mais le sens est toujours le même&amp;amp;nbsp;; et l’on peut dire que partout on emploie religieusement la même forme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et personne ne doit être surpris que dans les autres Sacrements la forme signifie d’une manière absolue ce qu’elle opère, comme lorsque nous disons: ''Je te baptise'', ou, ''je te marque du signe de la Croix'', ou encore qu’elle soit impérative, comme dans le sacrement de l’Ordre, où l’on dit: ''recevez le Pouvoir'', etc., tandis que la forme seule de l’Extrême-Onction s’exprime en une Prière. Et c’est avec beaucoup de raison qu’elle a été ainsi établie. Car outre la grâce spirituelle que ce Sacrement confère, il a également pour but de rendre la santé aux malades. Cependant, comme il n’arrive pas toujours que les malades guérissent, on lui a donné pour forme une Prière, afin que par ce moyen nous obtenions de la bonté de Dieu un effet que la vertu du Sacrement ne produit pas nécessairement, ni toujours. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II y a aussi des Cérémonies particulières qui accompagnent l’administration de ce Sacrement. Ce sont, pour la plupart, des formules de prières que le Prêtre récite pour obtenir le salut du malade. Il n’y a point de Sacrement qui s’administre avec plus de prières. Et certes ce n’est pas sans motifs. Il n’est pas de moment en effet où les Fidèles aient un besoin plus grand de ce pieux secours. C’est pourquoi tous ceux qui se trouvent présents, et surtout les Pasteurs, doivent alors prier Dieu de tout leur cœur, et recommander à sa miséricorde la vie et le salut du malade avec toute la ferveur possible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais puisque, comme nous venons de le démontrer, l’Extrême-Onction est un Sacrement réel et véritable, il faut en conclure qu’elle a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, et que Saint Jacques plus tard n’a fait que la publier en quelque sorte, et la porter à la connaissance des Fidèles. Au surplus, notre Sauveur Lui-même semble avoir donné déjà comme une image de cette Onction, lorsqu’Il envoya devant Lui ses disciples deux à deux. L’Évangile nous dit en effet que:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Étant'' partis, ils prêchaient la pénitence, chassaient un grand nombre de démons, oignaient d’huile beaucoup de malades et tes guérissaient.''&amp;amp;nbsp;» Or cette Onction n’était certainement pas de l’invention des Apôtres&amp;amp;nbsp;; elle était prescrite par notre Seigneur Lui-même, douée d’une vertu mystérieuse et non point naturelle, instituée enfin plutôt pour guérir les âmes que pour soulager le corps. Ainsi l’affirment Saint Denys, Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome et Saint Grégoire le Grand. Il n’est donc pas possible de douter que l’Extrême-Onction soit un des sept Sacrements de l’Église catholique, et que nous devions la recevoir avec de profonds sentiments de religion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QUI SONT CEUX A QUI L’EXTRÊME-ONCTION DOIT ÊTRE ADMINISTRÉE.  ====&lt;br /&gt;
Il convient d’apprendre aux Fidèles qu’il y a un certain nombre de personnes auxquelles il n’est pas permis d’administrer ce Sacrement, bien qu’il ait été institué pour tous les Chrétiens sans exception. Et d’abord, on ne peut le donner à ceux qui sont en bonne santé. Les paroles de l’Apôtre Saint Jacques sont formelles: «&amp;amp;nbsp;''Si quelqu’un est malade parmi vous,''&amp;amp;nbsp;» etc. Mais d’un autre côté la raison elle-même nous le montre, puisque ce Sacrement a été institué pour servir de remède non seulement à l’âme mais aussi au corps. Or il n’y a que les malades qui aient besoin de remèdes&amp;amp;nbsp;; et par conséquent on ne doit administrer ce Sacrement qu’à ceux qui sont dangereusement malades et pour lesquels on peut craindre que le dernier jour soit proche. C’est cependant une faute très grande de ne donner l’Extrême-Onction au malade qu’au moment où tout espoir de guérison est perdu, et où la vie semble déjà l’abandonner avec l’usage de sa raison et de ses sens. Car il est certain que la grâce communiquée par ce Sacrement est beaucoup plus abondante, lorsque le malade possède encore, en le recevant, sa raison pleine et entière, et qu’il peut encore exciter en lui une Foi vive et une Religion sincère. Il faut donc que les Pasteurs aient grand soin d’administrer toujours ce Remède Divin, et Si salutaire par sa propre vertu, dans le moment où ils jugeront que la piété et la Foi des malades pourront le rendre utile et plus efficace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne doit pas administrer l’Extrême-Onction à celui qui n’est point attaqué d’une maladie grave, quand même il serait en danger de perdre la vie, comme, par exemple, s’il était sur le point d’entreprendre une navigation très dangereuse, s’il partait pour un combat où il devrait trouver une mort certaine, ou bien si condamné à la peine capitale il était prêt à marcher au supplice, De plus ce Sacrement ne peut être donné ni à ceux qui sont privés de l’usage de leur raison, ni aux enfants qui ne pèchent point encore. Et qui n’ont pas besoin, par conséquent, de ce moyen pour effacer les restes de leurs fautes&amp;amp;nbsp;; ni aux insensés, ni aux furieux, à moins qu’ils n’aient des intervalles de raison, qu’ils ne témoignent alors des sentiments de piété, et qu’ils ne demandent l’Onction sainte. Car celui qui n’a jamais eu ni son esprit ni sa raison ne saurait recevoir ce Sacrement&amp;amp;nbsp;; mais il n’en est pas de même, si le malade n’était tombé dans l’état de folie ou de fureur qu’après avoir demandé lui-même l’Extrême-Onction, lorsqu’il jouissait encore de toutes ses facultés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne fait pas l’Onction sacrée sur toutes les parties du corps, mais seulement sur celles que la nature a données à l’homme pour servir d’instrument aux sens, comme sur les yeux, pour la vue, sur les oreilles, pour l’ouïe, sur les narines, pour l’odorat, sur la bouche, pour le goût et la parole, sur les mains pour le toucher qui, tout en étant répandu sur tout le corps, a néanmoins son principal organe dans cette partie. L’Église a adopté cette manière de donner l’Extrême-Onction, parce qu’elle est très conforme à la nature même de ce Sacrement qui s’administre comme un véritable remède. En effet dans les maladies corporelles, quoique le corps entier soit malade, on n’applique cependant le traitement que sur la partie qui est comme le siège et la source du mal. Ainsi ce n’est pas non plus le corps tout entier qui reçoit l’Onction sacrée, mais seulement les membres, qui sont les organes principaux des sensations, puis les reins comme siège de la concupiscence et de la volupté, et enfin les pieds, ces instruments naturels de nos pas et de nos démarches. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut remarquer ici que lorsque le même danger de mort se renouvelle dans une seule et même maladie, le malade ne doit recevoir l’Onction sainte qu’une seule fois. toutefois si après l’avoir reçue, il recouvre la santé, autant de fois aussi il pourra recevoir le secours du même Sacrement. C’est assez dire que l’Extrême-Onction doit être mise évidemment au nombre des Sacrements qui peuvent se réitérer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR RECEVOIR L’EXTRÊME-ONCTION.  ====&lt;br /&gt;
Comme il faut travailler avec le plus grand soin à ce que la grâce du Sacrement ne soit point arrêtée dans son cours, comme d’autre part rien ne lui est plus contraire que le péché mortel, il faut se conformer exactement à l’usage constant de l’Église catholique d’administrer les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie avant celui de l’Extrême-Onction. Ensuite les Pasteurs s’appliqueront à persuader au malade de s’offrir au Prêtre pour recevoir l’Onction sainte avec l’esprit de Foi de ceux qui se présentaient aux Apôtres pour être guéris: On doit demander d’abord et avant tout le salut de l’âme, puis la santé du corps, à la condition toutefois qu’elle tournera au profit du bonheur éternel. Les Fidèles doivent être bien persuadés d’ailleurs que Dieu est toujours prêt à exaucer ces prières solennelles et sacrées que le Prêtre lui adresse, non point en son nom propre, mais au nom de l’Église et de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Enfin on doit les exhorter vivement à demander eux-mêmes, avec piété et avec Foi, fonction de cette huile si salutaire, dès que le combat semble devenir plus violent, et que les forces de l’esprit et du corps commencent à leur manquer. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — QUELS SONT LES MINISTRES DE CE SACREMENT ====&lt;br /&gt;
Quant à celui qui doit être le Ministre de l’Extrême-Onction, le même Apôtre qui a promulgué cette institution de Notre-Seigneur, nous l’apprend quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que le malade fasse venir les Prêtres''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;; et par ce mot il n’entend point les plus avancés en âge, comme l’a très bien expliqué le Concile de Trente, ni ceux qui occupent le premier rang parmi le peuple, mais les Prêtres, qui ont été légitimement ordonnés par les Évêques eux-mêmes avec l’imposition des mains. C’est donc aux Prêtres que l’administration de ce Sacrement a été confiée, non à tout Prêtre indistinctement, ainsi que l’a décrété la sainte Église, mais seulement au propre Pasteur qui a juridiction sur le malade, ou à un autre Prêtre autorisé par lui à exercer cette Fonction. — Mais gardons-nous d’oublier que le Prêtre, dans ce Sacrement comme dans tous les autres, agit au nom de Jésus-Christ et de la sainte Église son épouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES EFFETS DE L’EXTRÊME-ONCTION.  ====&lt;br /&gt;
Il faut aussi développer avec beaucoup de soin les avantages que nous retirons de ce Sacrement, afin que si les Fidèles n’ont point d’autre motif pour désirer de le recevoir, ils v soient portés du moins par leur utilité personnelle, puisque telle est notre nature, que nous faisons tout dépendre de notre intérêt. Les Pasteurs enseigneront donc qu’à ce Sacrement se trouve attachée une grâce qui remet les péchés, et même directement les péchés légers ou véniels, comme on les appelle communément&amp;amp;nbsp;; car, pour les fautes mortelles, elles sont effacées par le sacrement de Pénitence. L’Extrême-onction n’a pas été instituée directement pour remettre ces sortes de fautes&amp;amp;nbsp;; le Baptême et la Pénitence seuls ont la vertu de produire cet effet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un second avantage de l’Extrême-Onction, c’est de guérir l’âme de cette langueur et de cette infirmité qu’elle a contractées par ses péchés, et de la délivrer de tous les autres restes de ses fautes. Or le temps le plus propre pour opérer cette guérison, c’est celui d’une maladie grave où la vie est en danger. Rien n’est plus naturel à l’homme que de craindre la mort, surtout lorsqu’il se rappelle ses péchés passés, et que sa conscience les lui reproche plus vivement. «&amp;amp;nbsp;''Ils se souviendront de leurs crimes en tremblant, dit l’Écriture, et leurs iniquités se lèveront contre eux pour les accuser.&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre pensée, un autre souci qui tourmente encore violemment les malades, c’est que bientôt il leur faudra paraître ''devant le tribunal de Dieu'', qui prononcera sur eux, dans sa justice infinie, la sentence qu’ils auront méritée. Souvent il arrive que, sous le coup de cette terreur, les Fidèles se troublent étrangement. Or rien n’est p:us propre à faire rentrer l’âme dans la tranquillité à l’heure de la mort, que d’éloigner d’elle toute tristesse, de lui faire attendre avec un cœur plein de joie la venue du Seigneur, et de la disposer à Lui rendre volontiers ''le dépôt qui lui était confié'', dès qu’il le redemandera. Et précisément l’Extrême-Onction possède la vertu de délivrer les Fidèles de cette anxiété, et de remplir leurs cœur s d’une pieuse et sainte joie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle nous procure en outre un autre avantage qui peut passer à bon droit pour le plus grand de tous. tant que nous vivons, l’ennemi du genre humain ne cesse de méditer notre défaite et notre ruine. Mais jamais toutefois. pour nous perdre entièrement et nous ôter s’il est possible toute espérance en la miséricorde de Dieu&amp;amp;nbsp;; il ne redouble ses efforts avec plus d’énergie que lorsqu’il sent approcher notre dernier jour. Aussi les Fidèles sont-ils heureux, de trouver dans ce Sacrement des armes et des forces pour abattre son ardeur et son impétuosité, et pour lui résister victorieusement. Avec l’Extrême-Onction, en effet, l’espérance en la bonté de Dieu ranime et relève le courage du malade, qui se sent rassuré, et qui supporte dès lors avec plus de patience et de force les douleurs qu’il endure, de même qu’il évite plus aisément les pièges et les artifices du démon qui cherche à le perdre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin un dernier effet de l’Extrême-Onction, c’est de rétablir la santé du corps, quand cela est avantageux aux malades. Si de nos jours la guérison du corps s’obtient moins souvent, croyons bien que cela ne provient point de l’impuissance du Sacrement, mais de ce que la plupart de ceux qui reçoivent l’Extrême-Onction ou qui l’administrent ont une Foi trop faible. nous lisons dans l’Évangile que&amp;amp;nbsp; ''Notre Seigneur fit peu de miracles parmi les siens, à cause de leur incrédulité''. Au reste on peut bien dire aussi que la Religion chrétienne, depuis qu’elle a jeté dans les cœur s de plus profondes racines, a moins besoin du secours des miracles que dans le temps oh elle ne faisait que de naître. néanmoins il faut à cet égard stimuler fortement la Foi des Fidèles: et quoi qu’il plaise à Dieu d’ordonner dans sa Sagesse par rapport à la santé du corps, ils doivent conserver la ferme espérance que par la vertu de l’Huile sainte ils obtiendront la santé de l’âme, et qu’ils éprouveront, s’ils viennent à mourir, la vérité de cet oracle sacré:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons exposé en peu de mots ce qui regarde l’Extrême-Onction&amp;amp;nbsp;; mais si les Pasteurs développent chacun de nos points principaux, d’une manière plus étendue, et avec tout le zèle que le sujet demande, il est hors de doute que les Fidèles retireront de cet enseignement les avantages les plus considérables pour leur avancement dans la piété. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-sixième — Du sacrement de l’Ordre ===&lt;br /&gt;
Si l’on veut examiner avec attention la nature et l’essence des autres Sacrements, on reconnaîtra aisément qu’ils dépendent tous du sacrement de l’Ordre&amp;amp;nbsp;; puisque sans lui, les uns ne pourraient jamais ni exister, ni être administrés, et que les autres demeureraient privés de toutes cérémonies solennelles, ainsi que d’un certain culte et de certains rites religieux. C’est donc un devoir pour les Pasteurs, lorsqu’ils traitent la matière des Sacrements, d’expliquer avec le plus grand soin tout ce qui concerne le sacrement de l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — IL EST UTILE D’EXPLIQUER AUX FIDÈLES LE SACREMENT DE L’ORDRE.  ====&lt;br /&gt;
Cette explication leur sera très utile à eux-mêmes d’abord, puis aux autres ecclésiastiques, et même aux simples Fidèles: à eux-mêmes, parce qu’en traitant cette matière ils seront plus portés ''à réveiller en eux la Grâce qu’ils ont reçue ''dans ce Sacrement: aux autres ecclésiastiques appelés comme eux à l’héritage du Seigneur, parce qu’ils se sentiront animés du même zèle, et qu’en même temps ils pourront acquérir la connaissance des choses qui leur sont nécessaires pour s’élever plus facilement aux Ordres supérieurs: enfin aux simples Fidèles, d’abord parce qu’ils comprendront combien ils doivent respecter les Ministres de la Religion, et ensuite parce que cette explication pourra souvent être entendue de personnes qui ont l’intention ou le désir de faire entrer leurs enfants dans l’État ecclésiastique, ou d’embrasser eux-mêmes ce genre de vie de leur propre mouvement. Or il ne serait pas convenable de laisser ces personnes dans l’ignorance des choses qui regardent particulièrement cette vocation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, il faut enseigner aux Fidèles quelle est l’excellence et la dignité de ce Sacrement, considéré dans son degré le plus élevé, c’est-à-dire dans le Sacerdoce. En effet si nous admettons — et il le faut bien — que les Évêques et les Prêtres sont comme les interprètes et les ambassadeurs de Dieu, chargés de nous enseigner en son nom la Loi divine et les règles de notre conduite, en un mot de tenir sur la terre la place de Dieu Lui-même, il est évident qu’on ne saurait imaginer des Fonctions plus nobles que les leurs. Ainsi l’Écriture leur donne-t-elle quelquefois, et à juste titre, les noms d’''anges'' et même de ''dieux'', parce qu’ils exercent en quelque sorte au milieu de nous la Puissance même du Dieu immortel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans tous les temps le Sacerdoce a été entouré des plus grands honneurs&amp;amp;nbsp;; mais les Prêtres du nouveau testament l’emportent infiniment sur tous ceux qui les ont précédés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoirs qu’ils ont de consacrer et d’offrir le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et celui de remettre les péchés, dépasse toutes nos conceptions humaines. On ne peut rien trouver de comparable sur la terre. Enfin, comme notre Sauveur a été envoyé par son Père, comme les Apôtres et les disciples à leur tour ont été envoyés par Jésus-Christ dans le monde entier&amp;amp;nbsp;; ainsi tous les jours les Prêtres sont envoyés avec les mêmes pouvoirs, pour travailler ''à la perfection des saints, à l’œuvre du Ministère, à l’édification du Corps de notre Seigneur.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne doit donc imposer témérairement à personne le fardeau de Fonctions si augustes. Ceux-là seuls doivent en être revêtus qui peuvent le soutenir par la sainteté de leur vie, par leur science, leur Foi et leur prudence. «&amp;amp;nbsp;''Que nul ne vienne ''(donc) ''s’attribuer d lui-même cet honneur s’il n’y est appelé de Dieu comme Aaron''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; c’est-à-dire s’il n’y a été appelé par les Ministres légitimes de l’Église Quant aux téméraires qui osent s’ingérer et s’introduire d’eux-mêmes dans ce ministère, il ne faut pas manquer de faire observer que Dieu les avait en vue, quand Il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je n’envoyais point ces Prophètes, et ils couraient.''&amp;amp;nbsp;» Il n’y a rien tout à la fois de plus pitoyable et de plus misérable que ces intrus, ni de plus funeste à l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme dans tout ce que l’on entreprend, il est de la plus haute importance de se proposer une bonne fin, puisque c’est de la bonté de la fin que dépend en grande partie la bonté des actes, la première recommandation à faire à ceux qui veulent entrer dans les Ordres, c’est qu’ils n’aient en vue rien qui soit indigne de si hautes Fonctions. — Ce point demande à être traité avec un soin d’autant plus grand que de nos jours, les Fidèles ont l’habitude de manquer d’une manière plus grave à cet égard. — Les uns en effet n’embrassent l’État ecclésiastique que pour se procurer ce qui est nécessaire à la nourriture et au vêtement, ils ne cherchent que le gain dans le Sacerdoce, comme font la plupart de ceux qui prennent les métiers les plus vulgaires. Il est bien vrai comme l’enseigne l’Apôtre, d’après la loi naturelle et la Loi divine, que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''celui qui sert à l’Autel, doit vivre de l’Autel&amp;amp;nbsp;''», cependant c’est un grand sacrilège d’approcher de l’Autel en vue du profit qui en résulte. D’autres sont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
conduits au Sacerdoce par la soif des honneurs et par l’ambition. Il en est enfin qui ne recherchent les Ordres que pour s’enrichir&amp;amp;nbsp;; et la preuve c’est que, si vous ne leur offrez quelque bénéfice considérable, ils ne songent même pas à recevoir un seul des Ordres sacrés. Ce sont ceux-là que notre Sauveur appelle des mercenaires, et dont le Prophète Ezéchiel disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Ils se paissent eux-mêmes, et non leurs brebis.&amp;amp;nbsp;''» Leur bassesse et leur avidité a déshonoré l’État ecclésiastique aux yeux des Fidèles, qui le regardent maintenant presque comme la profession la plus vile et la plus méprisable. Aussi ne tirent-ils point d’autre fruit de leur Sacerdoce, que celui que recueillit Judas de son apostolat, c’est-à-dire leur perte éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a donc que ceux qui, étant légitimement appelés de Dieu, embrassent la carrière ecclésiastique dans le seul but de travailler à sa Gloire, il n’y a que ceux-là dont on peut affirmer qu’ils entrent vraiment ''par la porte'' dans l’Église . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas dire toutefois que l’obligation d’honorer Dieu en toutes choses ne soit pas commune à tous les hommes. tous en effet ont été créés pour honorer Dieu et Le servir&amp;amp;nbsp;; et les Fidèles surtout, qui ont reçu -la Grâce du Baptême, doivent remplir ce devoir de tout leur cœur, de tout leur esprit et de toutes leurs forces. Mais ceux qui veulent recevoir le sacrement de l’Ordre, doivent se proposer non seulement de chercher la Gloire de Dieu en toutes choses, (obligation qui leur est évidemment commune avec le reste des hommes, et spécialement avec les Fidèles), mais encore de Le servir ''dans la sainteté et la justice'',&amp;amp;nbsp; en remplissant l’un ou l’autre des ministères de l’Église Dans une armée, tous les soldats obéissent aux ordres du Général. Cependant ils n’ont pas tous les mêmes fonctions à remplir&amp;amp;nbsp;; l’un est Capitaine, l’autre Commandant. De même tous les Fidèles doivent faire tous leurs efforts pour vivre dans la piété et l’innocence, (vertus qui honorent vraiment Dieu)&amp;amp;nbsp;; et cependant il faut aussi que ceux qui sont engagés dans les Ordres exercent certaines Fonctions et certains Ministères particuliers. Ainsi ils offrent les saints Mystères pour eux-mêmes et pour tout le peuple&amp;amp;nbsp;; ils enseignent la Loi de Dieu&amp;amp;nbsp;; ils exhortent et forment les Fidèles à l’observer avec joie et empressement&amp;amp;nbsp;; ils administrent les Sacrements de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous donnent la Grâce, la conservent et l’augmentent en nous: enfin pour tout dire en un mot, ils vivent séparés de tout le reste du peuple, pour remplir le plus grand et le plus excellent de tous les ministères. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces explications une fois données, les Pasteurs passeront à celles qui se rattachent, à proprement parler, à la nature même du Sacrement, afin que les Fidèles qui désirent entrer dans l’État ecclésiastique, sachent bien à quel genre de dignité ils sont appelés, et quelle est l’étendue de la puissance que Dieu a donnée à son Église et à ses Ministres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DE LA PUISSANCE ECCLÉSIASTIQUE.  ====&lt;br /&gt;
La puissance ecclésiastique est double&amp;amp;nbsp;; elle se partage 1° en pouvoir d’Ordre, 2° en pouvoir de Juridiction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir d’Ordre a pour objet le Corps adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir de Juridiction s’exerce tout entier sur son Corps mystique. C’est à lui qu’il appartient de gouverner le peuple chrétien, de le conduire et de le diriger dans la voie de la céleste et éternelle félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pouvoir d’Ordre n’a pas seulement la vertu et la propriété de consacrer l’Eucharistie&amp;amp;nbsp;; il prépare encore les cœur s à recevoir ce Sacrement, il les en rend dignes, et, en général, il s’étend à tout ce qui peut avoir quelque rapport avec l’Eucharistie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos Saints Livres parlent de ce pouvoir en beaucoup d’endroits. Mais nulle part il n’est exprimé plus clairement, ni d’une manière plus expresse, que dans Saint Matthieu et dans Saint Jean . «&amp;amp;nbsp;''Comme mon Père m’a envoyé. ''dit Notre-Seigneur, ''ainsi je vous envoie: recevez le Saint-Esprit: les péchés seront remis d ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux d qui vous les retiendrez.''&amp;amp;nbsp;» Ailleurs, il disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''En vérité Je vous le dis&amp;amp;nbsp;; tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel&amp;amp;nbsp;; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.''&amp;amp;nbsp;» Ces deux textes pourront jeter une lumière très grande sur la Vérité que nous exposons, si les Pasteurs ont soin de les expliquer d’après la doctrine et l’autorité des saints Pères. Combien une telle puissance ne l’emporte-t-elle pas sur celle qui fut accordée sous la loi de nature aux hommes chargés du soin des choses sacrées&amp;amp;nbsp;! Car l’âge qui précéda la Loi écrite, eut, lui aussi, son sacerdoce et son pouvoir spirituel, puisqu’il est certain qu’il avait sa loi: loi et sacerdoce tellement inséparable, au témoignage de l’Apôtre, ''que le changement de l’une entraîne nécessairement le changement de l’autre''. Guidés par un instinct, ou plutôt par une inspiration naturelle, les hommes de ce temps-là sentaient qu’ils devaient honorer Dieu, et, par une conséquence nécessaire, ils durent, dans chaque pays, confier à quelques personnes choisies le soin des choses saintes et du service divin: ce qui constitue par le fait une sorte de pouvoir spirituel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les Juifs, on vit aussi un pouvoir sacerdotal, bien supérieur, il est vrai, à celui dont les Prêtres étaient revêtus sous la loi de nature, et cependant infiniment moins excellent que la puissance spirituelle de la Loi Évangélique&amp;amp;nbsp;; puissance toute céleste, qui surpasse celle des Anges mêmes, qui d’ailleurs vient, non de Moise, mais de Jésus-Christ, Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, et non selon l’Ordre d’Aaron. Oui, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, possédant le pouvoir de conférer la Grâce et de remettre les péchés, a laissé à son Église ce même pouvoir, en le limitant il est vrai dans son exercice, et en l’attachant aux Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour exercer ce pouvoir que des Ministres particuliers ont été institués et consacrés avec des Cérémonies solennelles. Cette Consécration a reçu le nom de sacrement de l’Ordre ou de sainte Ordination. Et si les saints Pères ont cru devoir employer cette expression dont la signification est très étendue, c’est que précisément ils voulaient faire mieux apprécier la dignité et l’excellence des Ministres de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ordre en effet, à prendre ce mot dans sa force et dans son acception propre, est un arrangement de choses supérieures et de choses inférieures, disposées entre elles de telle sorte que l’une se rattache à l’autre. Par conséquent, puisque dans ce ministère il y a plusieurs degrés et plusieurs fonctions différentes, et que tout est distribué et arrangé selon un ordre déterminé, le nom d’''Ordre'' lui a été très bien et très justement appliqué. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — L’ORDRE EST UN VRAI SACREMENT.  ====&lt;br /&gt;
Que l’Ordre, ou l’Ordination sacrée, soit un véritable Sacrement de l’Église, le saint Concile de Trente le prouve par ce raisonnement que nous avons déjà employé plusieurs fois: le Sacrement est le signe d’une chose sacrée&amp;amp;nbsp;; or ce qui se fait extérieurement dans cette Consécration signifie la grâce et la puissance qui sont accordées à celui que l’on ordonne. Il est donc bien évident d’après cela que l’Ordre est un vrai Sacrement dans toute la rigueur du terme. Aussi quand l’Évêque ordonne un Prêtre, il lui présente le Calice avec le vin et l’eau, et la Patène avec le pain en disant: ''Recevez le pouvoir d’offrir le Sacrifice'', etc... Car l’Église a toujours enseigné que ces paroles, jointes à la matière, confèrent réellement le pouvoir de consacrer l’Eucharistie, et qu’elles impriment dans l’âme un caractère qui porte avec lui la grâce nécessaire pour s’acquitter dignement et légitimement de cette Fonction. Ainsi le déclare l’Apôtre lui-même : «&amp;amp;nbsp;''Je vous avertis, dit-il à Timothée, de ressusciter la grâce de Dieu qui est en vous par l’imposition de mes mains&amp;amp;nbsp;; car Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, pour nous servir des expressions du saint Concile, l’exercice d’un Sacerdoce si sublime étant une chose toute divine, il était de toute convenance, pour y attacher plus de dignité et lui attirer plus de vénération, qu’il y eût dans l’Église plusieurs sortes de Ministres de rangs différents, et destinés à assister les Prêtres, chacun selon ses fonctions propres. Voilà pourquoi ces fonctions sont distribuées de telle sorte que ceux qui ont reçu la tonsure cléricale, sont élevés ensuite aux Ordres supérieurs, en passant par les Ordres inférieurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II faudra donc enseigner, et l’Église catholique l’a toujours fait, que ces Ordres sont au nombre de sept, désignés sous les noms de Portier, de Lecteur, d’Exorciste, d’Acolyte, de Sous-Diacre, de Diacre et de Prêtre. Et c’est avec une grande sagesse que ces Ordres ont été établis en pareil nombre. Il est facile de le prouver par les différents ministères qui sont nécessaires pour célébrer le Saint Sacrifice de la Messe, et pour administrer la Sainte eucharistie. Car c’est pour ces deux fins qu’ils ont été spécialement institués. Ces Ordres se divisent en majeurs, et en mineurs. Les Ordres majeurs, qu’on appelle aussi Ordres sacrés, sont la Prêtrise, le Diaconat et le Sous-diaconat. Les Ordres mineurs sont ceux d’Acolyte, d’Exorciste, de Lecteur et de Portier. nous allons dire un mot de chacun d’eux, afin que les Pasteurs puissent les expliquer, surtout à ceux qui, selon eux, seraient appelés à les recevoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DE LA TONSURE.  ====&lt;br /&gt;
Parlons d’abord de la tonsure, qui est comme une ''préparation'' à la réception des Ordres. (Car c’est ainsi qu’il faut l’envisager). Or on prépare au Baptême par les exorcismes, au Mariage par les Fiançailles. De même aussi ceux à qui on coupe les cheveux, en les consacrant à Dieu, sont introduits par là dans la voie du sacrement de l’Ordre: car cette Cérémonie est la figure des dispositions que doit avoir celui qui désire se vouer aux ministères sacrés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le nom de Clerc qu’on reçoit alors pour la première fois vient de ce que le tonsuré commence à prendre le Seigneur pour sa portion et pour son héritage. Ainsi chez les Hébreux, ceux qui étaient attachés au culte divin, ne devaient avoir aucune part dans le partage de la terre promise, d’après l’ordre même du Seigneur qui leur avait dit : «&amp;amp;nbsp;''C’est Moi qui suis ta portion et ton héritage''.&amp;amp;nbsp;»Et, bien que ces paroles puissent s’appliquer à tous les Fidèles sans exception, il est certain qu’elles conviennent particulièrement à ceux qui se sont consacrés au service de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On coupe les cheveux de telle sorte que la tonsure forme une couronne, qu’il faut conserver toujours, et qui doit être plus grande à mesure que l’on avance dans les Ordres. L’Église enseigne que cet usage lui vient des Apôtres&amp;amp;nbsp;; il en est fait mention dans les Pères les plus anciens et les plus considérables, tels que Saint Denys l’Aréopagite, Saint Augustin, et Saint Jérôme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit même que Saint Pierre, le prince des Apôtres, fut le premier qui introduisit cette coutume, en mémoire de la couronne d’épines qui fut placée sur la tête de notre Sauveur, afin que ce qui avait servi à l’humiliation et au tourment de Jésus-Christ, dans les mains des impies, fût pour les Apôtres un signe d’honneur et de gloire. C’était en même temps un moyen de rappeler aux Ministres de l’Église qu’ils doivent s’étudier à imiter Notre-Seigneur et à le représenter en toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques-uns veulent que la tonsure soit la marque de la dignité royale qui semble l’apanage réservé à ceux que Dieu appelle à Le prendre pour leur héritage. Car ce que l’Apôtre Saint Pierre attribue au peuple chrétien tout entier, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;''Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte''&amp;amp;nbsp;», convient bien mieux encore, et d’une manière toute particulière — on le comprend aisément — aux Ministres de la Sainte Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en est d’autres qui prétendent que la tonsure ou couronne des Clercs est le signe de la vie plus parfaite dont ils font profession. (La figure circulaire étant la plus parfaite de toutes les figures). Enfin quelques autres pensent que la tonsure marque le mépris des choses de ce monde et l’abandon de tous les soins terrestres, parce qu’elle retranche une partie des cheveux qui sont en effet quelque chose de superflu dans le corps humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES ORDRES MINEURS.  ====&lt;br /&gt;
Après la tonsure, le premier degré pour entrer dans les Ordres, c’est l’Ordre des ''Portiers''. Le Portier a pour Fonction de garder les clefs et la porte de l’Église, et d’empêcher d’entrer ceux qui n’en sont pas dignes. Autrefois il assistait au Saint Sacrifice de la Messe pour veiller à ce que personne n’approchât trop près de l’Autel, et ne vînt troubler le Prêtre occupé à célébrer les saints Mystères. On lui confiait encore d’autres charges comme on peut le voir par les Cérémonies qui s’observent à son Ordination. L’Évêque en effet prend les clefs sur l’Autel, les met entre les mains de celui qu’il institue Portier, et lui dit: «&amp;amp;nbsp;''Conduisez-vous comme devant rendre compte à Dieu des choses qui sont enfermées sous ces clefs.''&amp;amp;nbsp;» Dans l’ancienne Église, la dignité de cet Ordre était très grande. On le voit par les objets qui se gardaient alors dans les temples. Les Portiers réunissaient la charge de trésorier à celle de Gardien du tabernacle et des vases sacrés. Aujourd’hui encore d’ailleurs ces Fonctions sont des plus honorables dans l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second degré de l’Ordre est celui de ''Lecteur''. La fonction de Lecteur est de lire dans l’Église, d’une voix claire et distincte, les Livres de l’Ancien et du nouveau testament, et surtout ceux qui se récitent pendant la Psalmodie de la nuit. Autrefois il était encore chargé d’enseigner aux Fidèles les premiers éléments de la Religion chrétienne. C’est pourquoi l’Évêque, quand il l’ordonne, lui remet en présence du peuple le Livre où sont renfermées les choses qui regardent ce ministère, et lui dit: «&amp;amp;nbsp;''Recevez et transmettez la parole de Dieu&amp;amp;nbsp;; si vous remplissez fidèlement et avec fruit votre ministère, vous aurez part avec ceux qui ont dignement annoncé la parole divine dés le commencement.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième Ordre est celui des ''Exorcistes''. Ils ont le pouvoir d’invoquer le nom du Seigneur sur ceux qui sont possédés par des esprits immondes. C’est pourquoi l’Évêque, en les ordonnant, leur présente le Livre où sont contenus les exorcismes, et prononce en même temps ces paroles: «&amp;amp;nbsp;''Prenez ce Livre, et gardez-le dans votre mémoire, et recevez le pouvoir d’imposer les mains sur les énergumènes, tant ceux qui sont baptisés, que ceux qui sont encore catéchumènes.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin le quatrième et dernier des Ordres mineurs est celui des ''Acolytes''. Ils accompagnent les Ministres supérieurs, Diacres et Sous-Diacres, dans le service de l’Autel, et ils ont pour charge de les aider. En outre ils portent et gardent des cierges allumés, pendant la Messe, et surtout pendant la lecture de l’Évangile, ce qui leur a fait donner aussi le nom de Céroféraires, et voici le rite que l’Évêque a coutume d’observer pour leur Ordination. D’abord il les instruit des devoirs de leur charge, puis il donne à chacun d’eux un flambeau allumé, en disant: ''«&amp;amp;nbsp;Recevez ce chandelier avec ce cierge, au nom du Seigneur, et sachez que vous êtes chargé d’allumer les Cierges de l’Église''&amp;amp;nbsp;» Ensuite il leur présente vides les burettes dans lesquelles on met le vin et l’eau du sacrifice, et il ajoute: «&amp;amp;nbsp;''Recevez au nom du Seigneur ces burettes, pour servir l’eau et le vin nécessaires à la Consécration de l’Eucharistie de notre Seigneur.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — DES ORDRES MAJEURS.  ====&lt;br /&gt;
Des Ordres mineurs et non sacrés dont nous venons de parler, on peut s’élever légitimement et parvenir aux Ordres majeurs et sacrés. Au premier degré de ces Ordres, on rencontre le Sous-Diacre dont les Fonctions, comme le nom l’indique, sont de servir le Diacre à l’Autel. C’est lui qui doit préparer les linges sacrés, les vases, le pain et le vin nécessaires à la célébration du Sacrifice. Aujourd’hui c’est lui qui présente l’eau à l’Évêque et au Prêtre, lorsqu’ils se lavent les mains à la Messe. C’est à lui également de réciter l’Épître, qui était lue autrefois par le Diacre. Il assiste aux saints Mystères comme témoin, et il est chargé de veiller à ce que personne ne vienne troubler le Célébrant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces différentes Fonctions qui appartiennent au Sous-Diacre sont toutes indiquées dans les Cérémonies sacramentelles de son Ordination. Et d’abord l’Évêque l’avertit qu’une chasteté perpétuelle est imposée au Sous-Diaconat: il déclare que personne ne doit être admis à cet Ordre, sans avoir la volonté sincère de se soumettre à l’obligation du Célibat&amp;amp;nbsp;; puis après avoir récité solennellement les Litanies des Saints, il énumère et il expose les obligations et les charges du Sous-Diacre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite chacun des Ordinands reçoit des mains de l’Évêque le Calice et la Patène&amp;amp;nbsp;; et pour leur faire comprendre que le Sous-Diacre doit servir le Diacre, l’Archidiacre leur fait toucher les burettes pleines de vin et d’eau, un bassin avec un linge pour s’essuyer les mains. En même temps l’Évêque prononce ces paroles: «&amp;amp;nbsp;''Voyez quel ministère vous est confié. Je vous conjure de vous montrer digne de plaire à Dieu.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ajoute encore d’autres Prières. Et enfin, quand l’Évêque a revêtu le Sous-Diacre des ornements sacrés pour chacun desquels il y a des paroles et des cérémonies particulières, il lui donne le Livre des Épîtres en disant: «&amp;amp;nbsp;''Recevez le Livre des Épîtres, avec le pouvoir de les lire dans la sainte Église de Dieu, tant pour les vivants que pour les morts.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second des Ordres sacrés, c’est le Diaconat, dont les fonctions sont beaucoup plus étendues et ont toujours été regardées comme beaucoup plus saintes. Le Diacre doit toujours être à côté de l’Évêque&amp;amp;nbsp;; garder sa personne pendant qu’il prêche&amp;amp;nbsp;; le servir, lui et le Prêtre, dans la célébration du sacrifice comme dans l’administration des Sacrements, et de plus lire l’Évangile à la Messe. Autrefois il avertissait de temps en temps les Fidèles de se rendre attentifs aux saints Mystères. Il distribuait aussi le Sang du Seigneur dans les Églises où les Chrétiens avaient l’habitude de recevoir l’Eucharistie sous les deux espèces. En même temps la dispensation des biens ecclésiastiques lui était confiée et il devait fournir à chacun ce qui lui était nécessaire pour son entretien. C’est encore au Diacre, comme l’œil de l’Évêque en quelque sorte, de voir quels sont ceux qui dans les temps marqués vont aux Sacrifices et aux Sermons, et ceux qui y manquent&amp;amp;nbsp;; ensuite il doit en rendre compte à l’Évêque, afin qu’il puisse exhorter, avertir, reprendre, blâmer, soit en particulier, soit en public, suivant qu’il le jugera plus utile et plus convenable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Diacre lit aussi les noms des Catéchumènes et il présente à l’Évêque ceux qui doivent être admis au sacrement de l’Ordre. Enfin, à défaut de l’Évêque et du Prêtre, il peut encore expliquer l’Évangile, mais non pas du haut de la chaire, afin qu’il soit bien compris que cette Fonction n’appartient pas proprement à son ministère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On doit au reste prendre les plus grandes précautions pour ne pas élever des indignes à ce degré de (Ordre. Saint Paul nous le montre dans son Épître à Timothée en lui exposant ce que doivent être les mœurs, la vertu et (intégrité du Diacre. nous le voyons aussi par les rites et les cérémonies solennelles qui se pratiquent à son Ordination. Les prières de l’Évêque sont plus longues et plus augustes que pour l’ordination du Sous-Diacre. II ajoute pour lui de nouveaux ornements sacrés. Il lui impose les mains, comme nous lisons que les Apôtres le firent, en instituant les premiers Diacres. Enfin il lui remet le Livre des Évangiles en disant: «&amp;amp;nbsp;''Recevez, au nom du Seigneur, le pouvoir de lire l’Évangile dans l’Église de Dieu, pour les vivants et pour les morts.&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DU SACERDOCE.  ====&lt;br /&gt;
Le troisième et le plus élevé des Ordres sacrés, c’est le Sacerdoce. Ceux qui en sont revêtus sont désignés communément sous deux noms distincts par les Pères des premiers siècles. tantôt ils sont appelés ''Prêtres'', d’un mot grec qui signifie ''anciens'': et cela non seulement à cause de la maturité de l’âge si nécessaire pour cet Ordre, mais beaucoup plus encore à cause de leur savoir, de leur prudence et de la gravité de leurs mœurs. Car il est écrit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La vieillesse vénérable n’est point celle qui se compte par le nombre des années et la longueur du temps&amp;amp;nbsp;; c’est la prudence qui est la vieillesse de l’homme, et la vie sans tache est une longue vie.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tantôt, on les nomme ''Sacerdotes'', mot latin qui veut dire ou qu’ils sont consacrés à Dieu, ou bien qu’ils administrent les Sacrements, et qu’ils sont chargés de toutes les choses sacrées et divines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme les saintes Lettres distinguent deux Sacerdoces, l’un intérieur et l’autre extérieur, il est nécessaire de les caractériser tous deux, afin que les Pasteurs puissent expliquer de quel Sacerdoce il est ici question. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi lorsqu’on dit des Fidèles purifiés par l’eau du Baptême qu’ils sont prêtres, c’est d’un Sacerdoce intérieur que l’on veut parler. Dans le même ordre d’idées, tous les justes sont prêtres, qui ont l’esprit de Dieu en eux, et qui sont devenus par un bienfait de la Grâce, membres vivants du souverain Prêtre qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet, ils immolent à Dieu, sur l’autel de leur cœur, des hosties spirituelles, toutes les fois que, éclairés par la Foi et enflammés par la Charité, ils font des ''œuvr''es bonnes et honnêtes qu’ils rapportent à la gloire de Dieu. C’est pourquoi nous lisons dans l’Apocalypse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Jésus-Christ nous a lavés de nos péchés dans son Sang, et Il nous a faits rois et prêtres pour Dieu son Père.''&amp;amp;nbsp;» C’est aussi ce qui a fait dire au prince des Apôtres:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''vous êtes posés sur Lui comme des pierres vivantes, pour former un édifice spirituel et un Sacerdoce saint afin d’offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui soient agréables par Jésus-Christ.''&amp;amp;nbsp;» C’est encore pour cette raison que l’Apôtre nous exhorte&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''à offrir à Dieu nos corps comme une hostie vivante, sainte et agréable à ses yeux, et à Lui rendre un culte spirituel''.&amp;amp;nbsp;» Enfin, longtemps auparavant, David avait dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''le sacrifice que Dieu demande est une âme brisée de douleur, vous ne dédaignerez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié.''&amp;amp;nbsp;» Tout cela, évidemment, se rapporte au Sacerdoce intérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au Sacerdoce extérieur, il n’appartient point à tous les Fidèles, mais seulement à certains hommes qui ont reçu l’imposition des mains d’une manière légitime&amp;amp;nbsp;; qui ont été ordonnés et consacrés à Dieu avec les Cérémonies solennelles de la Sainte Église, et qui, par le fait, se trouvent dévoués à un ministère sacré, et d’une nature toute particulière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette distinction des deux Sacerdoces peut déjà se remarquer dans l’ancienne Loi. David, comme nous venons de le montrer, a parlé du Sacerdoce intérieur. D’autre part personne n’ignore combien le Seigneur fit d’ordonnances relatives au Sacerdoce extérieur, par le ministère de Moïse et d’Aaron. Il y a plus, II attacha au service du temple la tribu de Lévi tout entière, et II défendit par une Loi d’admettre à ces Fonctions sacrées aucun homme d’une autre tribu. Ainsi le roi Osias, ayant usurpé le ministère sacerdotal, fut frappé de lèpre par le Seigneur en punition de sa témérité et de son sacrilège. Et comme nous découvrons dans la Loi Évangélique cette même distinction d’un double Sacerdoce, il importe d’avertir les Fidèles qu’il s’agit ici du Sacerdoce extérieur, conféré seulement à certains hommes. Lui seul, en effet, appartient au sacrement de l’Ordre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VIII. — DEGRÉS ET FONCTIONS DU SACERDOCE ====&lt;br /&gt;
Les Fonctions du Prêtre sont d’offrir à Dieu le St Sacrifice de la Messe et d’administrer les Sacrements de l’Église C’est ce qu’il est facile de voir par les Cérémonies mêmes de son Ordination. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord, lorsque l’Évêque ordonne un Prêtre, il lui impose les mains, ainsi que tous les autres prêtres qui sont présents à la Cérémonie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite il lui met sur les épaules une étole qu’il ramène et dispose sur sa poitrine en forme de croix pour lui faire entendre qu’il est revêtu de la Fonce d’en haut avec laquelle il pourra porter la Croix de Jésus-Christ et le joug, plein de douceur, de la Loi divine, et aussi enseigner cette Loi non seulement par ses paroles mais encore par l’exemple d’une vie très sainte et très pure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après cela, il fait sur ses mains l’Onction de l’Huile sainte&amp;amp;nbsp;; puis il lui remet le Calice avec du vin et la patène avec une hostie, en disant: «&amp;amp;nbsp;''recevez le pouvoir d’offrir à Dieu le Sacrifice, et de célébrer la Messe tant pour les vivants que pour les morts.''&amp;amp;nbsp;» Ces cérémonies et ces paroles font du Prêtre l’interprète et le médiateur entre Dieu et les hommes: ce qui est sa principale Fonction. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin l’Évêque impose une seconde fois les mains sur sa tête, en lui disant: «&amp;amp;nbsp;Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous tes retiendrez.&amp;amp;nbsp;» C’est par là qu’il lui communique le pouvoir divin de remettre et de retenir les péchés que Notre-Seigneur donna à ses Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les Fonctions propres et les principaux apanages de l’ordre sacerdotal. Cet Ordre est un en lui-même. toutefois cette unité n’exclut pas différents degrés de dignité et de puissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier de ces degrés est celui de la Prêtrise proprement dite. nous venons d’en parler. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second est celui de l’Épiscopat Les Évêques sont placés à la tête des Diocèses, pour gouverner non seulement les autres Ministres de l’Église, mais encore le peuple fidèle et pour s’occuper de leur salut avec une vigilance et un soin extrêmes. C’est ce qui les a fait appeler souvent dans l’Écriture ''les Pasteurs des brebis''&amp;amp;nbsp;; et Saint Paul a tracé leurs devoirs et leurs fonctions dans ce discours qu’il adressa aux Ephésiens, et que nous lisons dans les Actes des Apôtres.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Pierre a donné aussi lui-même une règle toute divine pour l’exercice du ministère épiscopal, et si les Évêques s’étudient à y conformer leur conduite, il est impossible qu’ils ne soient pas de bons Pasteurs, et qu’ils ne passent pour tels. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Évêques s’appellent encore ''Pontifes''. Ce nom vient des païens. C’est ainsi qu’ils nommaient les premiers de leurs prêtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième degré est celui des Archevêques. Ils sont à la tête d’un certain nombre d’Évêques Ils portent aussi le nom de Métropolitains, parce que les villes dont ils sont Évêques sont considérées comme les ''mères'' de la province. Leur dignité est plus élevée et leur puissance plus étendue que celle des Évêques, quoique leur Ordination soit absolument la même. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En quatrième lieu viennent les Patriarches, c’est-à-dire les premiers et les plus élevés des Pères. Autrefois, en dehors du Pontife de Rome, on ne comptait que quatre Patriarches dans l’Église universelle. Mais ils n’étaient pas tous égaux en dignité. Celui de Constantinople, bien qu’il n’eût obtenu cet honneur qu’après tous les autres, avait le premier rang, à cause de la majesté de la Capitale de l’empire. Le second était celui d’Alexandrie dont l’Église avait été fondée par S: Marc l’Évangéliste, et sur l’ordre du prince des Apôtres. Le troisième était celui d’Antioche où Saint Pierre avait établi son premier siège. Enfin le quatrième était celui de Jérusalem, dont l’Église avait été gouvernée d’abord par Saint Jacques, ''frère du Seigneur''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais au-dessus de tous, l’Église catholique a toujours placé le Pontife Romain, que Saint Cyrille d’Alexandrie, au concile d’Éphèse, appelait le Père et le Patriarche de tout l’univers. En effet, il est assis sur le siège de Saint Pierre, sur lequel il est certain que le prince des Apôtres demeura jusqu’à la fin de sa vie. Et c’est pour cette raison que l’Église reconnaît en lui la Primauté d’honneur et l’universalité de Juridiction qu’il tient, non des décrets des Conciles, ou d’autres constitutions humaines, mais de Dieu Lui-même. Il est le Père et le Guide de tous les Fidèles, de tous les Évêques et de tous les autres Prélats, quelles que soient leurs dignités et leurs fonctions. Et en cette qualité, comme successeur de Saint Pierre, comme Vicaire légitime et véritable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il gouverne l’Église tout entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs se serviront de cet exposé. pour enseigner aux Fidèles quels sont les principaux devoirs et les principales attributions des différents Ordres ecclésiastiques. Et aussi quel en est le véritable Ministre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Ministre, c’est l’Évêque Car il est certain qu’il n’appartient qu’à lui de conférer les saints Ordres. On le prouve de la manière la plus facile et la plus incontestable par l’autorité de la sainte Écriture, par la tradition, par les saints Pères, par les décisions des Conciles, et par l’usage et la coutume de l’Église Il est vrai que certains Abbés dans leurs monastères, ont été autorisés parfois à conférer les ordres mineurs, à l’exclusion des Ordres sacrés. Mais cette Fonction n’en est pas moins réservée absolument à l’Évêque, qui d’ailleurs peut seul conférer les Ordres majeurs ou sacrés. Pour ordonner les Sous-Diacres, les Diacres et les Prêtres, un seul Évêque suffit&amp;amp;nbsp;; mais pour consacrer les Évêques, une tradition apostolique, qui s’est toujours maintenue dans l’Église, veut qu’il y en ait trois. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IX. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR LES ORDRES.  ====&lt;br /&gt;
Il nous reste maintenant à parler de ceux qui sont aptes à recevoir le sacrement de l’Ordre et spécialement la Prêtrise, ainsi que des dispositions que l’on doit exiger d’eux. Ce que nous dirons de ces dispositions suffira pour faire aisément concevoir celles que demandent les autres Ordres, chacun suivant son rang et sa dignité. Or, ce qui nous montre combien il faut prendre de précautions pour administrer l’Ordination, c’est que tous les autres Sacrements donnent à ceux qui les reçoivent des Grâces de sanctification et d’utilité personnelles, tandis que ceux qui sont initiés aux Ordres sacrés participent à la Grâce céleste pour que leur ministère profite au salut de l’Église et de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour cela qu’il y a eu de tout temps dans l’Église des jours spécialement marqués pour les Ordinations, et même selon un antique usage, des jeûnes solennels attachés à ces jours-là. On a voulu porter les Fidèles à demander à Dieu, par de saintes et ferventes prières, des Ministres sacrés capables d’exercer dignement, et pour le bien de l’Église, la puissance que donne un ministère aussi sublime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première qualité requise dans celui qui aspire au Sacerdoce, c’est la pureté de vie et de mœurs. En effet celui qui se ferait ou seulement se laisserait ordonner dans l’état de péché mortel, se rendrait coupable d’un crime nouveau et très grave. Mais de plus le Prêtre est obligé de donner aux autres l’exemple d’une vie vertueuse et innocente. Les Pasteurs auront donc soin de faire connaître les règles que Saint Paul prescrivait à cet égard à Tite et à Timothée. Ils enseigneront en même temps que les défauts corporels qui excluaient du service des Autels d’après les prescriptions du Seigneur dans la Loi ancienne doivent s’entendre des vices de l’âme dans la Loi Évangélique C’est pourquoi cette sainte coutume s’est établie dans l’Église de n’admettre aux Ordres sacrés que ceux qui auparavant purifient soigneusement leur conscience dans le sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu le Prêtre est obligé non seulement de connaître ce qui regarde l’usage et l’administration des Sacrements, mais encore d’être assez versé dans la science des saintes Écritures, pour pouvoir apprendre au peuple les Mystères de la Foi chrétienne avec les préceptes de la Loi divine, l’exhorter à la Piété et à la Vertu, le retirer et l’éloigner du vice. Car le Prêtre a deux grands devoirs à remplir: l’un de produire et d’administrer les sacrements, l’autre d’enseigner aux Fidèles confiés à sa garde les choses et les règles de conduite nécessaires au salut. Ainsi le demande le Prophète Malachie: «&amp;amp;nbsp;''Les lèvres du Prêtre, dit-il, seront dépositaires de la science&amp;amp;nbsp;; c’est de sa bouche qu’on attendra l’explication de la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour remplir le premier de ces devoirs, il n’est pas besoin, il est vrai, d’une science extraordinaire, mais d’autre part une science commune ne suffit point pour s’acquitter convenablement du second. Cependant on ne demande pas également à tous les Prêtres de savoir le dernier mot sur les points les plus obscurs. C’est assez que chacun connaisse ce qui est indispensable pour l’exercice de sa charge et de son ministère. On ne doit point conférer les saints Ordres aux enfants, ni aux frénétiques, ni aux insensés, parce qu’ils sont tous privés de l’usage de la raison. néanmoins s’ils venaient à les recevoir, ils en recevraient aussi le caractère, qui demeurerait imprimé en eux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l’âge précis qu’il faut avoir pour s’approcher de chacun de ces Ordres, nous renvoyons aux décrets du saint Concile de Trente. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On n’ordonne pas davantage les esclaves, car on ne peut vouer au service divin ceux qui ne s’appartiennent pas, et qui sont en puissance d’un autre&amp;amp;nbsp;; ni les homicides et les hommes de sang, la Loi de l’Église les repousse et les déclare irréguliers&amp;amp;nbsp;; ni ceux dont les parents n’ont pas été mariés selon les lois de l’Église&amp;amp;nbsp;; il convient que ceux qui sont attachés au service divin n’aient rien en eux qui puisse les exposer d’une manière quelconque à la déconsidération et au mépris publics. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin on n’ordonne pas non plus les estropiés, ni ceux qui ont quelque difformité corporelle considérable. Une laideur et une infirmité de cette nature, ont, l’une, quelque chose de choquant, et l’autre, quelque chose de gênant dans l’administration des Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § X. — DES EFFETS DE L’ORDRE.  ====&lt;br /&gt;
Ces explications données, les Pasteurs n’ont plus qu’à faire connaître les effets de ce Sacrement. Or il est certain que l’Ordre, quoique destiné directement, comme nous l’avons dit, au bien et à l’avantage de l’Église, produit néanmoins dans l’âme de celui qui le reçoit, la Grâce de la sanctification qui le rend propre et habile à remplir ses Fonctions et à administrer les Sacrements d’une manière convenable, de même que la grâce du Baptême rend propre à recevoir tous les autres Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore une autre Grâce que l’Ordre confère, c’est une puissance particulière par rapport au très saint sacrement de l’Eucharistie&amp;amp;nbsp;; puissance pleine et parfaite dans le Prêtre, parce qu’il peut seul consacrer le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; mais plus ou moins grande dans les Ordres inférieurs, selon que leur ministère les rapproche plus ou moins du sacrement de l’Autel. C’est&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
cette grâce que l’on appelle caractère spirituel, parce qu’elle est comme une marque imprimée dans l’âme de ceux qui ont été ordonnés, qui sert à les distinguer des simples Fidèles, et qui les consacre au service divin. C’est cette Grâce que l’Apôtre avait sans doute en vue, quand il écrivait à Timothée : «&amp;amp;nbsp;''Ne négligez pas la Grâce qui est en vous, qui vous a été donnée suivant une révélation prophétique, avec l’imposition des mains des Prêtres&amp;amp;nbsp;;''&amp;amp;nbsp;» et encore : «&amp;amp;nbsp;''Je vous avertis de ressusciter la Grâce de Dieu qui est en vous par l’imposition de mes mains.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous en avons assez dit sur le sacrement de l’Ordre, ne voulant présenter ici que les points principaux de la doctrine qui s’y rapporte, et fournir aux Pasteurs un moyen d’instruire les Fidèles à cet égard, en les formant à la Piété chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre vingt-septième — Du sacrement de Mariage ===&lt;br /&gt;
S’il est vrai que les Pasteurs ne doivent se proposer que le bonheur et la perfection des Fidèles, leur vœu le plus ardent pour eux devrait être celui de l’Apôtre écrivant aux Corinthiens : «&amp;amp;nbsp;''Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi,''&amp;amp;nbsp;» c’est-à-dire, je voudrais les voir vivre toujours chastes. Il n’y a pas en effet de bonheur plus grand en ce monde que d’avoir l’âme tranquille, dégagée des soins et des soucis de ce monde, en paix du côté de la concupiscence et des convoitises coupables, uniquement occupée de la piété et de la méditation des choses du ciel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, dit le même Apôtre : «&amp;amp;nbsp;''Chacun a reçu de Dieu un don particulier, l’un d’une manière, et l’autre d’une autre.&amp;amp;nbsp;»'' D’ailleurs le Mariage possède des grâces et des biens tout célestes&amp;amp;nbsp;; il est devenu l’un des sept Sacrements de l’Église catholique&amp;amp;nbsp;; Notre-Seigneur voulut bien un jour honorer de sa présence la solennité des noces. tous ces motifs nous prouvent suffisamment que les Pasteurs doivent instruire les Fidèles sur cette matière, surtout en voyant Saint Paul et le Prince des Apôtres consigner avec le plus grand soin dans plusieurs passages de leurs écrits ce qui a rapport non seulement à la dignité mais encore aux devoirs du Mariage. Inspirés tous deux par le Saint-Esprit, ils comprenaient très bien les immenses avantages qui rejailliraient sur la société chrétienne, si les Fidèles connaissaient et conservaient sans tache la sainteté de cet état, comme aussi ils pouvaient prévoir combien l’ignorance et les fautes, à cet égard, seraient funestes à l’Église, et attireraient sur elle les plus grandes calamités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QU’EST-CE QUE LE MARIAGE ====&lt;br /&gt;
Parlons d’abord de la nature et des propriétés du Mariage. Le vice se cache souvent sous les dehors de la vertu, et il est à craindre que les Fidèles trompés par une fausse apparence de Mariage, ne vivent dans le péché en suivant l’entraînement de leurs caprices. Mais pour donner ces explications il faut voir d’abord ce que signifie ce mot de Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Mariage s’appelle en latin ''matrimonium'', du mot ''mater'', ''mère'', parce que la femme se marie surtout pour devenir mère, ou bien de ces deux mots: ''matris munus'', fonction de la mère, parce que en raison de la maternité elle doit supporter les plus lourdes charges que lui imposent les enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On l’appelle aussi ''conjugium'', ''union conjugale'', d’un mot latin qui veut dire: ''placer sous le joug'', parce que le même joug lie entre eux la femme et le mari légitimes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin on le nomme encore ''nuptiae'', ''noces'', qui signifie voiler, soit parce que les jeunes filles en se mariant se voilaient par modestie, comme dit Saint Ambroise&amp;amp;nbsp;; soit pour marquer par là l’obéissance et la soumission que la femme doit au mari. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant la définition ordinaire que les Théologiens nous en donnent: le Mariage est l’union conjugale de l’homme et de la femme, contractée selon les Lois de l’Église, et constituant une communauté de vie inséparable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour bien comprendre toutes les parties de cette définition, il faut remarquer que si, dans un Mariage parfait, on trouve tout d’abord le consentement intérieur des personnes, puis un pacte, ou convention extérieure exprimée par des paroles, ensuite l’obligation et le lien qui naît de la convention, et enfin les rapports des Époux qui achèvent le Mariage, rien de tout cela cependant n’en renferme la nature et l’essence, excepté cette obligation, ce lien qui est indiqué dans le mot d’union. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ajoute le mot ''conjugale'', parce que les autres contrats ou conventions pour lesquels l’homme et la femme s’obligent à se prêter un mutuel secours, par argent, ou autrement, n’ont rien de commun avec le Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces mots qui viennent ensuite, ''contractée suivant les lois'', ou bien, ''entre personnes légitimes'', nous montrent qu’il est des personnes à qui les lois interdisent absolument le Mariage, et par conséquent qui ne peuvent contracter validement cette sorte d’union&amp;amp;nbsp;; et celle qu’elles tenteraient serait nulle. Ainsi par exemple le Mariage ne peut être contracté légitimement ni validement entre personnes parentes au quatrième degré, ni entre celles qui n’auraient point l’âge fixé par les lois&amp;amp;nbsp; qui régissent la matière et que l’on doit toujours observer fidèlement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous avons dit que le Mariage oblige l’homme et la femme à vivre dans une communauté inséparable, parce que le lien qu’il établit entre eux est absolument indissoluble. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où il suit nécessairement que l’essence même du Mariage est dans ce lien dont nous parlons. Et si quelques théologiens, et non des moindres, semblent la faire consister dans le consentement, lorsqu’ils disent que ''l’union conjugale, c’est le consentement de l’homme et de la femme'', cela doit s’entendre en ce sens que c’est le consentement qui est la cause efficiente du Mariage. Ainsi l’ont enseigné les Pères du Concile de Florence. Et en effet il n’y a ni obligation, ni lien possibles sans consentement, et sans pacte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est essentiel que le consentement soit exprimé par des paroles qui marquent un temps présent. Le Mariage n’est pas une simple donation, c’est un pacte mutuel, par conséquent le consentement d’un seul ne saurait suffire pour le former, il faut le consentement des deux parties. Or il est clair que la parole est nécessaire pour manifester le consentement réciproque des cœurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si le mariage pouvait exister avec un consentement purement intérieur, et sans aucun signe sensible, il s’en suivrait par exemple, que si deux personnes habitant des pays très éloignés et très différents, venaient à avoir la volonté de s’épouser, il y aurait réellement Mariage entre eux dès ce moment, et Mariage réel et solide, avant même de s’être fait connaître réciproquement leur volonté, par lettre ou autrement. Ce qui est contraire à la raison, à la coutume et aux ordonnances de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de plus il est nécessaire que le consentement mutuel se donne en des termes qui indiquent le présent. Des paroles qui marqueraient le futur promettraient simplement le Mariage, mais ne le formeraient point. D’ailleurs ce qui est à venir, n’existe pas encore&amp;amp;nbsp;; et ce qui n’est pas encore doit être considéré comme ayant peu ou point de consistance et de stabilité. C’est pourquoi celui qui a seulement promis d’épouser une femme, n’a point encore acquis à son égard les droits du Mariage, puisque ce qu’il a promis n’est pas exécuté: Cependant il doit tenir sa parole, autrement il commettrait le crime de parjure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à celui que le pacte du Mariage a une fois uni à une autre, il ne peut plus dans la suite ni changer, ni invalider, ni annuler cette alliance, quand même il se repentirait de l’avoir contractée. L’obligation du Mariage n’est donc point une simple promesse&amp;amp;nbsp;; c’est une cession véritable que l’homme et la femme se font mutuellement d’eux-mêmes&amp;amp;nbsp;; et par conséquent elle doit être nécessairement formulée par des paroles qui indiquent le présent&amp;amp;nbsp;; paroles dont l’effet subsiste ensuite d’une manière permanente, puisqu’elles tiennent l’Époux et l’Épouse enchaînés dans un indissoluble lien. Cependant ces paroles peuvent être remplacées par des signes et des mouvements, qui exprimeraient clairement le consentement intérieur. Le silence même suffirait, si, par exemple, une jeune fille ne répondait point par modestie, et si ses parents parlaient pour elle en sa présence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs enseigneront donc aux Fidèles, d’après ce que nous venons de dire, que le Mariage consiste essentiellement dans l’obligation ou lien qui unit les Époux&amp;amp;nbsp;; que le&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
consentement, exprimé comme nous l’avons dit, suffit pour produire un véritable Mariage, et qu’il n’est point nécessaire pour cela que le Mariage soit effectif. Avant leur péché, nos premiers parents étaient certainement unis par un mariage réel, et cependant ce Mariage n’avait point reçu son achèvement. C’est l’enseignement formel des Saints Pères. Aussi n’hésitent-ils pas à dire que le Mariage consiste non dans l’usage mais dans le consentement. Ainsi le répète entre autres Saint Ambroise dans son Livre des Vierges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après ces explications il faudra faire remarquer que le Mariage a un double caractère: on peut le considérer comme une union naturelle, (car ce n’est pas une invention des hommes, mais une institution de la nature), ou bien comme un Sacrement, dont la vertu est supérieure aux choses purement naturelles. Et comme la grâce perfectionne la nature, et que, au témoignage de l’Apôtre «&amp;amp;nbsp;''le spirituel ne précède point ce qui est animal, mais qu’il ne vient qu’après''&amp;amp;nbsp;», l’ordre logique demande que nous traitions d’abord du Mariage, en tant qu’il est fondé sur la nature et qu’il produit des obligations naturelles. nous exposerons ensuite ce qu’il est comme Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DU MARIAGE CONSIDÉRÉ PAR RAPPORT A LA NATURE.  ====&lt;br /&gt;
Les Fidèles doivent savoir tout d’abord que le Mariage a été institué par Dieu. En effet nous lisons dans la Genèse:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Dieu créa l’homme et la femme. Il les bénit et leur dit: croissez et multipliez. ''Et encore: ''Il n’est pas bon que l’homme soit seul: faisons-lui un aide qui lui ressemble. ''Puis un peu plus loin: ''Il ne se trouvait point pour Adam d’aide qui fut semblable à lui. Le Seigneur lui envoya un doux sommeil, et pendant qu’il dormait Il lui tira une côte, et mit de la chair à la place, et de la côte qu’Il venait d’enlever à Adam Il forma la femme qu’Il lui présenta, et Adam, la voyant, s’écria: c’est l’os de mes os et la chair de ma chair. Elle sera appelée d’un nom pris de l’homme parce qu’elle a été tirée de l’homme. C’est pourquoi l’homme abandonnera son père et sa mère, et il s’attachera à sa femme, et ils seront deux dans une même chair.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles, selon le témoignage même de notre Sauveur dans Saint Matthieu , prouvent que Dieu Lui-même est l’Auteur du Mariage. Et non seulement Dieu est l’Auteur du Mariage, mais encore, comme l’enseigne le Concile de Trente , Il a voulu que cette union eût un lien perpétuel et indissoluble. «&amp;amp;nbsp;''Ce que Dieu a joint'', dit le Sauveur Lui-même , ''que l’homme ne le sépare point&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» Bien que l’indissolubilité convienne parfaitement au Mariage comme ''œuvr''e de la nature, c’est surtout à son titre de Sacrement qu’il la doit. C’est ce même titre qui élève à leur haute perfection toutes ses propriétés naturelles. toutefois, l’éducation des enfants et les autres fins du Mariage répugnent à la dissolution du lien qui le constitue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à ces paroles du Seigneur: «&amp;amp;nbsp;''Croissez et multipliez''&amp;amp;nbsp;», elles ont pour but de faire connaître la cause de l’institution du Mariage, et non d’en imposer l’obligation à tout le monde. Le genre humain étant multiplié comme il l’est, non seulement personne n’est tenu par aucune loi à se marier, mais encore la virginité est hautement célébrée et conseillée dans nos Saints Livres, comme supérieure à l’état du Mariage, c’est-à-dire plus parfaite et plus sainte. Ainsi l’a enseigné Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même par ces paroles:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Que celui qui peut comprendre, comprenne.&amp;amp;nbsp;''» Et Saint Paul a dit après Lui:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je n’ai point reçu de commandement du Seigneur relativement aux vierges&amp;amp;nbsp;; mais voici le conseil que je donne, comme ayant reçu de Dieu la grâce d’être son fidèle Ministre.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES MOTIFS ET DES FINS DU MARIAGE.  ====&lt;br /&gt;
Nous avons maintenant à exposer les motifs qui doivent déterminer l’homme et la femme à se marier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier, c’est l’instinct naturel, qui porte les deux sexes à s’unir, dans l’espoir de s’aider mutuellement, et de trouver dans cette réciprocité de secours plus de forces pour supporter les incommodités de la vie et les infirmités de la vieillesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second est le désir d’avoir des enfants, moins il est vrai pour laisser des héritiers de ses biens et de ses richesses, que pour donner à Dieu des serviteurs croyants&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
et fidèles. telle était, avant tout, l’intention des saints Patriarches de l’ancienne Loi, lorsqu’ils prenaient des épouses. nos Saints Livres ne nous laissent aucun doute sur ce point. Et c’est pourquoi l’Ange Raphaël, apprenant à Tobie le moyen de se défendre contre les violences du démon, lui disait:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Je vous montrerai qui sont ceux sur qui le démon a de la puissance. Ce sont ceux qui entrent dans le mariage, sans penser à Dieu et à son amour, uniquement pour satisfaire leurs passions, comme des animaux sans raison. Le démon est tout puissant contre eux.''&amp;amp;nbsp;» — Puis l’Ange ajoutait: «&amp;amp;nbsp;''mais vous, vous prendrez cette jeune fille avec la crainte du Seigneur, dans le désir d’avoir des enfants, et non de satisfaire vos passions, afin que vous obteniez dans vos enfants la bénédiction promise à la race d’Abraham.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c’est là, en effet, la fin véritable pour laquelle Dieu institua le Mariage au commencement. Aussi ceux-là commettent une faute très grave qui s’opposent volontairement à cette fin du mariage&amp;amp;nbsp;; elle a été voulue et ordonnée par Dieu qui unit inséparablement les droits et les devoirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces deux premiers motifs un troisième est venu s’adjoindre depuis le péché du premier homme, après qu’il eut perdu l’innocence dans laquelle il avait été créé, et que la concupiscence eut commencé à se révolter contre la droite raison. Dès lors celui qui a conscience de sa faiblesse, et qui ne veut point combattre les révoltes de la chair, doit trouver dans le mariage un secours pour son salut. Et c’est ce qui a fait dire à l’Apôtre : «&amp;amp;nbsp;''dans la crainte du péché, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari.&amp;amp;nbsp;»'' Puis après avoir dit «&amp;amp;nbsp;''qu’il est bon de ne pas toujours user de tous ses droits afin de vaquer plus librement au devoir de la prière''&amp;amp;nbsp;», il ajoute encore «&amp;amp;nbsp;''que les Époux ne doivent pas cesser dans leur vie commune de se prêter un mutuel appui contre les tentations et la faiblesse d’ici-bas.&amp;amp;nbsp;»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc les motifs qui doivent, l’un ou l’autre, déterminer ceux qui veulent contracter Mariage d’une manière sainte et pieuse, comme il convient aux enfants des Saints. Mais si quelques-uns étaient portés par d’autres causes à se marier, et si dans le choix d’une épouse ils avaient principalement en vue l’espérance de laisser des héritiers, ou encore les richesses, la beauté, l’éclat de la naissance, la ressemblance des caractères. de tels motifs ne seraient point blâmables pour cela, parce qu’ils ne sont pas contraires à la sainteté du Mariage. Ainsi la Sainte Écriture ne nous dit pas que le patriarche Jacob ait été coupable pour avoir préféré Rachel à Lia, à cause de sa beauté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DU SACREMENT DE MARIAGE.  ====&lt;br /&gt;
Après avoir expliqué ce qui regarde le Mariage considéré comme union naturelle, il faut l’étudier maintenant comme Sacrement, et montrer que sous ce rapport il est beaucoup plus excellent, et qu’il tend à une fin beaucoup plus élevée. Le but du mariage, en tant qu’union naturelle, c’est la propagation de la race humaine. Dieu l’avait ainsi voulu dès le commencement&amp;amp;nbsp;; mais ensuite, le Mariage a été élevé à la dignité de Sacrement, afin qu’il en sortit un peuple engendré et formé pour le culte et la religion du vrai Dieu et de Jésus-Christ notre Sauveur. Aussi cette union sainte de l’homme et de la femme est-elle donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même comme le signe visible de cette union si étroite qui existe entre Lui et son Église, et de l’immense Charité qu’Il a pour nous. C’est ainsi qu’il a symbolisé la divinité d’un si grand mystère. Et en effet ce choix était de toute convenance, puisque de tous les liens qui enchaînent les hommes entre eux. Et qui les rapprochent les uns des autres, il n’en est pas de plus étroit que le Mariage&amp;amp;nbsp;; l’Époux et l’épouse sont attachés l’un à l’autre par la charité et la bonté la plus grande. Voilà pourquoi nos Saints Livres nous représentent si souvent l’Union divine de Jésus-Christ avec son Église sous l’image de noces ou Mariage. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant, que le Mariage soit un Sacrement, l’Église, appuyée sur l’autorité de l’Apôtre, l’a toujours tenu pour certain et incontestable. Voici en effet ce que Saint Paul écrivait aux Ephésiens:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Les maris doivent aimer leurs épouses comme leurs propres corps. Celui qui aime son épouse, s’aime lui-même. Car personne ne hait sa propre chair, mais il la nourrit et l’entretient, comme Jésus-Christ fait pour son Église, parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa Chair et de ses os. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et il s’attachera à son épouse&amp;amp;nbsp;; et ils seront deux dans une même chair. Ce Sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et dans l’Église&amp;amp;nbsp;»'' Or ces mots: ''ce Sacrement est grand'' se rapportent à coup sûr au Mariage&amp;amp;nbsp;; puisque l’union de l’homme et de la femme dont Dieu est l’Auteur, est précisément le ''Sacrement'', c’est-à-dire le signe sacré de cet autre lien si saint qui unit Jésus-Christ à son Église Et tous les anciens Pères qui ont interprété ce passage démontrent que c’est là son sens propre et véritable. Et le Saint Concile de Trente l’explique de la même manière. Il est donc certain que l’Apôtre compare «&amp;amp;nbsp;''l’homme à Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;''», ''et la femme à l’Église&amp;amp;nbsp;; que l’homme est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le Chef de l’Église''&amp;amp;nbsp;; que pour cette raison l’homme doit aimer sa femme, et la femme aimer et respecter son mari car «&amp;amp;nbsp;''Jésus-Christ'', dit l’Apôtre, ''a aimé son Église, et Il s’est livré pour elle'':&amp;amp;nbsp;» et l’Église à son tour, selon la doctrine du même Apôtre, est soumise à Jésus-Christ. De plus ce Sacrement signifie et produit la grâce&amp;amp;nbsp;; deux propriétés qui constituent, à proprement parler, l’essence même du Sacrement. C’est ce que nous enseignent ces paroles du Concile de Trente:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Jésus-Christ Lui-même, Auteur et Instituteur des Sacrements, nous a mérité, par sa Passion, la grâce propre à perfectionner l’amour naturel des Époux, à affermir l’union indissoluble qui existe entre eux, et à les sanctifier.&amp;amp;nbsp;»'' Il faut donc enseigner que l’effet de la grâce produite par ce Sacrement, c’est de fixer et d’arrêter dans les douceurs d’un bonheur tranquille la tendresse mutuelle et l’amour réciproque des deux Époux, de maintenir leur cœur et de le préserver de toute affection déréglée, afin «&amp;amp;nbsp;''qu’en toutes choses le Mariage soit honorable, et le foyer toujours digne'' .&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est aisé de juger maintenant combien le Mariage chrétien l’emporte sur ces unions qui se faisaient, soit avant, soit après la Loi de Moise. Sans doute les Gentils étaient convaincus qu’il y avait quelque chose de divin dans le Mariage, aussi réprouvaient-ils comme contraires à la nature les unions qui avaient lieu hors du mariage, et même ils jugeaient dignes de châtiment l’adultère, la violence et les autres genres de libertinage, mais néanmoins le Mariage n’eut jamais chez eux le caractère du Sacrement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Juifs, il est vrai, observaient les lois du Mariage avec un respect vraiment religieux, et il n’est pas douteux que leurs alliances eussent un degré de sainteté beaucoup plus élevé. Comme ils avaient reçu de Dieu la promesse&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''qu’un jour toutes les nations seraient bénies dans la race d’Abraham''&amp;amp;nbsp;», ils considéraient avec raison comme un devoir de haute piété d’avoir des enfants et de contribuer à l’accroissement du peuple choisi d’où Jésus-Christ notre Sauveur, dans sa nature humaine, devait tirer son origine. Mais ces unions-là même ne renfermaient point la véritable essence du Sacrement,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut joindre à cela que, sous la Loi de nature, après le péché de nos premiers parents, soit même sous la loi de Moïse, le Mariage avait singulièrement dégénéré de sa première Sainteté et de sa pureté originelle. Ainsi sous la Loi de nature, nous voyons que beaucoup de Patriarches avaient plusieurs femmes à la fois&amp;amp;nbsp;; et sous la Loi de Moïse il était permis de répudier une femme pour certaines raisons, en lui délivrant un billet de divorce. Mais la Loi Évangélique a supprimé cette double liberté, et a ramené ainsi le Mariage à son premier état. Ce n’est pas qu’on puisse blâmer ces anciens Patriarches d’avoir eu plusieurs femmes, car ils n’avaient agi ainsi qu’avec la permission divine. Mais Jésus-Christ a montré clairement que la polygamie est contraire à la nature même du Mariage, quand il a dit: «&amp;amp;nbsp;''L’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à son épouse, et ils seront deux ne faisant qu’un.''&amp;amp;nbsp;»Ainsi, ajoute-t-il, «&amp;amp;nbsp;''ils ne sont plus deux, mais un seul'' .&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles font voir évidemment que Dieu a institué le Mariage pour en faire l’union de deux personnes, et non davantage. D’ailleurs Notre-Seigneur Jésus-Christ l’enseigne très nettement dans ce même passage de Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Quiconque renvoie sa femme, et en épouse une autre, commet un adultère&amp;amp;nbsp;; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, c’est une adultère.&amp;amp;nbsp;''» Car s’il était permis à l’homme d’avoir plusieurs femmes, on ne voit pas pour quelle raison il serait moins adultère en épousant une autre femme avec celle qu’il aurait déjà, que s’il en prenait une seconde après avoir renvoyé la première. C’est pour cela que si un infidèle, qui d’après les mœurs et les usages de son pays a épousé plusieurs femmes, vient à se convertir à la vraie Religion, l’Église lui ordonne de les renvoyer toutes, à l’exception de celle qu’il a eue la première, et elle veut qu’il tienne celle-ci pour sa véritable et légitime épouse.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ prouve également qu’aucun divorce ne saurait rompre le lien du Mariage. Car si le divorce affranchissait la femme de la Loi qui l’attache à son mari, elle pourrait sans adultère se marier à un autre. Or, notre Seigneur dit positivement que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''quiconque renvoie sa femme et en prend une autre, commet un adultère.''&amp;amp;nbsp;» Il est donc évident que la mort seule peut briser le lien du Mariage. C’est ce que l’Apôtre vient confirmer quand il dit:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''La femme est enchaînée à la Loi, tant que son mari est vivant&amp;amp;nbsp;; s’il vient à mourir, elle est affranchie, elle peut alors se marier à qui elle veut, pourvu que ce soit selon le Seigneur.''&amp;amp;nbsp;» Et encore: «&amp;amp;nbsp;''Quant à ceux qui sont mariés, j’ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que l’épouse ne se sépare point de son mari&amp;amp;nbsp;; si elle en est séparée, il faut qu’elle reste sans mari, ou qu’elle se réconcilie avec le premier.''&amp;amp;nbsp;» L’Apôtre laisse donc à la femme qui a quitté son mari, pour une cause légitime, cette alternative, ou de vivre comme n’étant point mariée, ou de se réconcilier avec lui. On dit: ''pour une cause légitime'', car la sainte Église ne permet point à l’homme et à la femme de se séparer sans les plus graves motifs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour que personne ne trouve trop dure cette Loi qui rend le Mariage absolument indissoluble, il faut montrer maintenant quels en sont les avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — DES AVANTAGES ET DES BIENS DU MARIAGE.  ====&lt;br /&gt;
Le premier c’est de faire comprendre aux Fidèles que dans un Mariage à conclure on doit considérer la vertu et la conformité de mœurs, plutôt que les richesses et la beauté: Rien n’est plus propre évidemment à entretenir la bonne harmonie entre le mari et la femme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs si le Mariage pouvait se dissoudre par le divorce, les Époux ne manqueraient presque jamais de raisons pour se séparer. L’antique ennemi de la paix et de la vertu leur en fournirait tous les jours de nouvelles. Mais quand ils viennent à réfléchir que même en cessant la vie commune, et tous les rapports de l’union conjugale, ils n’en restent pas moins enchaînés par les liens du Mariage, sans aucune espérance de pouvoir jamais se marier à d’autres, cette pensée les rend moins prompts à se diviser et à se fâcher l’un contre l’autre. Si même il arrive qu’ils se séparent, et qu’ils ne puissent supporter longtemps la privation du Mariage, ils se laissent réconcilier par des amis, et reprennent la vie commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ne doivent pas omettre ici l’exhortation si salutaire de Saint Augustin. Pour montrer aux Fidèles qu’ils ne devaient pas faire trop de difficultés pour se réconcilier avec leurs épouses, lorsqu’ils s’en étaient séparés pour cause d’infidélité, et qu’elles se repentaient de leur crime : «&amp;amp;nbsp;''Pourquoi, ''disait-il, ''le mari fidèle ne recevrait-il pas une épouse que l’Église reçoit&amp;amp;nbsp;? et pourquoi l’épouse ne pardonnerait-elle pas à son mari coupable, mais repentant, lui à qui Jésus-Christ même a pardonné&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp;» — Quand l’Écriture&amp;amp;nbsp; appelle ''insensé celui qui garde une femme adultère'', elle a en vue celle qui, après sa faute, refuse de se repentir et de sortir de sa honte et de son péché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’après tout ce que nous venons de dire il est bien évident que le Mariage des chrétiens est infiniment plus parfait et plus digne que celui des infidèles et même des Juifs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a de plus trois biens particuliers propres au Mariage, et dont il faut parler aux Fidèles&amp;amp;nbsp;; c’est à savoir les enfants, la fidélité et le Sacrement, qui sont comme une compensation des peines et des ennuis dont parle l’Apôtre, quand il dit : «&amp;amp;nbsp;''Les personnes mariées éprouveront des tribulations de toutes sortes.&amp;amp;nbsp;''» De là encore il résulte que l’union de l’homme et de la femme qui serait condamnable à juste titre en dehors du Mariage, est permise et légitime entre les Époux &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier bien du Mariage, c’est la famille, c’est-à-dire les enfants nés d’une épouse légitime et véritable. L’Apôtre Saint Paul l’élève si haut qu’il va jusqu’à dire : «&amp;amp;nbsp;''La femme sera sauvée par les enfants qu’elle mettra au monde.''&amp;amp;nbsp;» Paroles qui doivent s’entendre, non pas seulement de la génération des enfants, mais encore de leur éducation et du soin de les former à la piété&amp;amp;nbsp;; car il ajoute aussitôt «&amp;amp;nbsp;''s’ils persévèrent dans la Foi.''&amp;amp;nbsp;» D’ailleurs, l’Écriture dit positivement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Avez-vous des enfants&amp;amp;nbsp;? sachez les instruire, et les plier au joug dés leur enfance.''&amp;amp;nbsp;» L’Apôtre Saint Paul enseigne la même doctrine, et l’Histoire sainte nous montre dans le saint homme Job, dans Tobie, et dans plusieurs autres saints Patriarches, des exemples admirables de l’éducation que les parents doivent donner à leurs enfants, — Au reste, nous exposerons plus longuement, au quatrième Commandement de Dieu, les devoirs des parents et des enfants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le second bien du Mariage, c’est la Foi&amp;amp;nbsp;; non pas cette vertu de Foi que nous recevons, et qui nous pénètre, en quelque sorte, dans le Baptême&amp;amp;nbsp;; mais cette Foi mutuelle qui lie si étroitement le mari à l’épouse, et l’épouse au mari, qu’ils se donnent entièrement l’un à l’autre, avec la promesse de ne jamais violer la sainte alliance du Mariage. Cette conclusion se déduit aisément des paroles prononcées par notre premier père en recevant Eve pour son épouse, paroles que Notre-Seigneur a confirmées Lui-même dans l’Évangile, en les répétant : «&amp;amp;nbsp;''L’homme, ''dit-il, ''abandonnera son père et sa mère, et il s’attachera à son épouse, et ils seront deux ne faisant qu’un.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même l’Apôtre déclare que&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;La femme ne s’appartient pas, mais qu’elle appartient à son mari&amp;amp;nbsp;; et que l’homme ne s’appartient pas, mais qu’il appartient à sa femme.&amp;amp;nbsp;» C’est donc avec une parfaite justice que, dans la Loi ancienne, le Seigneur avait porté des peines si sévères contre les coupables qui violeraient la foi conjugale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fidélité du Mariage demande en outre que le mari et la femme s’aiment d’un amour particulier, tout chaste et tout pur, bien différent de l’amour déréglé,. mais d’un amour semblable à celui de Jésus-Christ pour son Église C’est la règle que prescrit l’Apôtre quand il dit&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;Maris, aimez vos épouses comme Jésus-Christ a aimé son Église&amp;amp;nbsp;» Or si Jésus-Christ a eu pour son Église un amour si grand et si étendu, ce n’est point assurément pour son propre avantage, mais uniquement pour le bien de son épouse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième bien du Mariage, c’est le Sacrement, c’est-à-dire, le lien indissoluble qui unit les Époux Ainsi que nous le lisons dans l’Apôtre , «&amp;amp;nbsp;''Le Seigneur a ordonné à l’épouse de ne point se séparer de son Époux&amp;amp;nbsp;; ou si elle vient à s’en séparer, de rester sans mari ou de se réconcilier avec le premier, et au mari de ne point renvoyer son épouse.''&amp;amp;nbsp;» En effet, si le Mariage en tant que Sacrement représente l’Union de Jésus-Christ avec son Église, n’est-il pas nécessaire que comme Jésus-Christ n’abandonne jamais son Église, l’épouse ne puisse jamais non plus être séparée de son Époux, au point de vue du lien conjugal. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour conserver plus aisément la paix dans cette sainte société, il y aura lieu de faire connaître les devoirs du mari et de la femme, tels qu’ils nous ont été transmis par Saint Paul, et par Saint Pierre le prince des Apôtres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — DEVOIRS RÉCIPROQUES DES ÉPOUX.  ====&lt;br /&gt;
Le premier devoir du mari est de traiter sa femme avec douceur et d’une manière honorable. Il doit se souvenir qu’Adam appela Eve sa compagne, quand il dit &amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''La femme que Vous m’avez donnée pour compagne.''&amp;amp;nbsp;» C’est pour cette raison, disent quelques saints Pères, que la femme ne fut pas tirée des pieds de l’homme, mais de son côté: comme aussi elle ne fut point tirée de sa tête, afin qu’elle comprit bien qu’elle ne devait point dominer son mari, mais plutôt lui être soumise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, il convient que le mari soit occupé à quelque travail honnête, tant pour fournir à sa famille ce qui est nécessaire à son entretien, que pour ne point languir dans une molle oisiveté, source de tous les vices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il doit régler sa famille, corriger et former les mœurs de tous ceux qui la composent, et contenir chacun dans son devoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la femme, voici quelles sont ses obligations, d’après l’Apôtre Saint Pierre : «&amp;amp;nbsp;Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin que, s’il en est qui ne croient point à la Parole, ils soient gagnés, sans la Parole, par la bonne vie de leurs femmes, lorsqu’ils considéreront la pureté de vos mœurs unie au respect que vous avez pour eux. ne vous parez pas au dehors par l’art de votre chevelure, par les ornements d’or ni par la beauté des vêtements&amp;amp;nbsp;; mais ornez l’homme invisible caché dans le cœur, par la pureté incorruptible d’un esprit de douceur et de paix: ce qui est un riche ornement aux yeux de Dieu. Car c’est ainsi que se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, et qui obéissaient à leurs maris. telle était Sara qui obéissait à Abraham, qu’elle appelait son Seigneur.&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre devoir essentiel des femmes c’est l’éducation religieuse des enfants, et le soin assidu des choses domestiques. Elles aimeront aussi à rester chez elles, à moins que la nécessité ne les oblige à sortir, et même alors elles, devront avoir l’autorisation de leurs maris. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, — et ceci est le point capital dans le Mariage — elles se souviendront que, selon Dieu, elles ne doivent ni aimer ni estimer personne plus que leurs maris, et qu’elles sont obligées, en tout ce qui n’est point contraire à la piété chrétienne, de leur être soumises et de leur obéir avec joie et empressement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — DES FORMALITÉS DU MARIAGE.  ====&lt;br /&gt;
Comme complément naturel des explications qui précèdent, les Pasteurs auront à faire connaître les formalités que l’on doit observer en contractant Mariage. Mais il ne faut pas s’attendre que nous parlions ici de ces règles, car le Concile de Trente les a déterminées en détail et avec la plus grande exactitude, au moins dans leurs points principaux. Et les Pasteurs ne peuvent ignorer ce qu’il a prescrit à cet égard. Il suffit donc de les avertir en ce moment qu’ils doivent s’appliquer à étudier la doctrine du Saint Concile sur cette matière, et puis de l’exposer aux Fidèles avec le soin qu’elle mérite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et pour empêcher les jeunes gens et les jeunes filles — qui réfléchissent si peu — de se laisser tromper par une fausse apparence de Mariage, et d’ériger en alliance des relations qui ne seraient pas légitimes, ils ne se lasseront point de répéter qu’il ne peut y avoir de légitime et véritable Mariage que celui qui est contracté en présence du propre Curé, ou d’un autre Prêtre délégué par lui, ou par l’Ordinaire, et devant un certain nombre de témoins. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne faut pas oublier non plus les empêchement du Mariage. C’est un sujet qui a été traité avec tant de soin par la plupart des Docteurs les plus savants, (qui ont écrit sur les vices et sur les vertus), que chacun pourra aisément se servir ici de ce qu’ils ont laissé sur ce point, d’autant plus que leurs livres doivent rester entre les mains des Pasteurs. Ils les liront donc avec la même attention sérieuse que les décrets du Concile de Trente sur les empêchements qui naissent de la parenté spirituelle, ou de l’honnêteté publique, ou de l’adultère, pour pouvoir en instruire ensuite les Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’après ce que nous venons de dire, il est facile de voir dans quelles dispositions il faut être pour s’engager dans le Mariage. Les Fidèles doivent se rappeler que cette union n’est point une chose purement humaine. non, le Mariage est une alliance toute divine qui exige une grande pureté de cœur, et une piété toute particulière. C’est ce que nous montrent clairement les exemples des Patriarches de l’ancienne Loi. Car, bien que leurs Mariages ne fussent point élevés à la dignité de Sacrement, cependant ils ne les célébraient qu’avec une religion profonde et une pureté parfaite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut encore, entre autres recommandations, exhorter les fils de famille à témoigner à leurs parents, ou à ceux qui les remplacent, assez de considération pour ne jamais&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
contracter de Mariages à leur insu, ni, à plus forte raison, contre leur volonté et malgré leur opposition. nous voyons que dans l’Ancien testament c’étaient toujours les parents qui mariaient eux-mêmes leurs enfants. Et l’Apôtre fait bien entendre que leur volonté en cette matière mérite la plus grande déférence, lorsqu’il dit : «&amp;amp;nbsp;''Celui qui marie sa fille fait bien&amp;amp;nbsp;; et celui qui ne la marie pas, fait mieux.&amp;amp;nbsp;''» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il nous reste à parler de l’usage du Mariage. En traitant cet article, les Pasteurs prendront bien garde de ne laisser tomber de leurs lèvres aucune parole indigne d’un auditoire chrétien, capable de blesser les âmes pures, ou d’exciter le rire. De même que ''les paroles du Seigneur sont des paroles chastes'' , de même aussi il convient que celui qui est chargé d’instruire le peuple chrétien ne tienne que des discours qui montrent une gravité d’esprit et une pureté de cœur toutes particulières. Voici donc sur ce sujet la double recommandation à faire aux Fidèles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord, ils ne doivent point user de leurs droits pour leur seule satisfaction&amp;amp;nbsp;; mais suivant les fins que Dieu Lui-même a prescrites, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Ils ne doivent pas non plus oublier cette exhortation de Saint Paul : «&amp;amp;nbsp;''Que ceux qui ont des épouses, soient comme n’en ayant point.''&amp;amp;nbsp;» «&amp;amp;nbsp;''L’homme sage,'' dit Saint Jérôme , ''aimera son épouse par raison, et non par passion&amp;amp;nbsp;; il maîtrisera les entraînements de la nature, et ne se laissera point emporter par un aveuglement coupable&amp;amp;nbsp;; car il n’y a rien de plus honorable que d’aimer son épouse d’un amour toujours digne.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, comme tous les biens s’obtiennent du Seigneur par de saintes prières, il faut enseigner aux Fidèles qu’il est à propos de vivre dans leur état de manière à accomplir leurs exercices religieux et spécialement la fréquentation des Sacrements. Il convient aussi de ne pas perdre de vue les lois de la Pénitence et des temps qui lui sont consacrés. telle est la sainte et excellence inspiration souvent suggérée par les Pères de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Époux fidèles à ces recommandations verront s’accroître de jour en jour les biens du Mariage par une plus grande abondance de Grâces divines. Et tout en remplissant leurs devoirs avec une vraie piété, non seulement ils passeront cette vie dans la tranquillité et dans la paix. mais encore ils se reposeront dans cette véritable et ferme espérance, ''qui ne trompe point'' , d’obtenir de la bonté de Dieu la félicité éternelle.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Catéchisme du Concile de Trente : Première partie</title>
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 | date de publication originale = 1564-1566&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Cette version ne comprend pas les notes. Scanné d’après le reprint que les éditions Dominique Martin Morin ont fait du numéro 136 (septembre-octobre 1969) de la revue ‘Itinéraires’. (‘Itinéraires’ reprenait sans rien y changer le texte des éditions Desclée et Cie, imprimatur à Tournai, le 17 juillet 1923.). Les définitions dogmatiques postérieures à la rédaction du Catéchisme du Concile de Trente (Immaculée Conception, Infaillibilité pontificale, Assomption), qui figurent en annexe, ont été ajoutées dans la réédition de 1984.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
== Préface des Auteurs du Catéchisme ==&lt;br /&gt;
Nécessité des Pasteurs dans l’Église — Leur autorité, leurs fonctions. — Principaux articles de la doctrine chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre intelligence et notre raison sont ainsi faites que lorsque nous voulons étudier les vérités qui regardent Dieu, nous pouvons, grâce à un travail approfondi et une sérieuse application, arriver à la connaissance d’un certain nombre de ces vérités&amp;amp;nbsp;; mais lorsqu’il s’agit de l’ensemble des moyens capables de nous faire atteindre le salut éternel pour lequel Dieu nous a créés et formés à son image et à sa ressemblance, jamais aucun de nous n’a pu les découvrir ou les apercevoir par la seule lumière naturelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans doute, selon l’enseignement de l’Apôtre&amp;amp;nbsp; ''on voit se manifester, dans les œuvres visibles de la création, certains attributs de Dieu tels que son éternelle Puissance et sa Divinité. Mais ce mystère '', ''qui est demeuré caché aux générations des siècles antérieurs'', dépasse de beaucoup l’intelligence de l’homme&amp;amp;nbsp;; et si Dieu n’eût pas soin de le manifester à ses Saints — ''à qui il Lui a plu de révéler avec le don de la foi les richesses et la gloire cachées dans son Verbe fait homme, notre Seigneur Jésus-Christ, ''— jamais notre esprit n’aurait pu parvenir à la connaissance d’une Sagesse si parfaite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== § I. — L’ÉGLISE A BESOIN DE PASTEURS.  ===&lt;br /&gt;
Mais comme ''la Foi vient de l’ouïe'', il est facile de voir combien, dans tous les temps, il a été nécessaire pour se sauver, d’avoir recours aux soins et au ministère d’un maître autorisé. Car il est écrit:&amp;amp;nbsp; ''Comment'' ''entendront-ils sans prédicateurs&amp;amp;nbsp;? et comment y aura-t-il des prédicateurs, si on ne les envoie&amp;amp;nbsp;?'' Aussi bien depuis que le monde est monde, le Dieu de toute clémence et de toute bonté n’a-t-il jamais manqué à ceux qui sont les siens. Mais&amp;amp;nbsp; ''Il a parlé à nos pères en plusieurs occasions, et en diverses manières, par les Prophètes'', et selon les temps et les circonstances, Il leur a toujours montré un chemin sûr et droit pour les faire arriver au bonheur du ciel. De plus, comme Il avait promis d’envoyer&amp;amp;nbsp; ''un Docteur de la justice pour éclairer les nations et porter le salut jusqu’aux extrémités de la terre, Il nous a parlé en dernier lieu''&amp;amp;nbsp; ''par la bouche de son Fils,'' dont Il nous a ordonné d’observer les préceptes, lorsqu’''une voix''&amp;amp;nbsp; ''descendue du ciel, partie du trône même de la gloire, est venue'' nous enjoindre à tous de L’écouter. Puis ce même Fils nous a donné ''des Apôtres, des Prophètes, des Pasteurs et des Docteurs,''&amp;amp;nbsp; pour nous faire entendre la parole du salut, afin qu’on ne nous vit pas comme des enfants, emportés de tous côtés et flottant à tout vent de doctrine, mais qu’en nous tenant fermement attachés au fondement inébranlable de notre Foi, nous fussions&amp;amp;nbsp; ''comme un véritable édifice de Dieu, dans le Saint-Esprit. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== § II. — AUTORITÉ DES PASTEURS.  ===&lt;br /&gt;
Et afin que personne ne fût tenté de recevoir la parole de Dieu annoncée par les ministres de l’Église comme la parole des hommes, et non comme la parole même de Jésus-Christ, notre Sauveur a voulu attacher une si grande autorité à leur enseignement qu’Il a dit un jour:&amp;amp;nbsp; ''qui'' ''vous écoute, M’écoute, qui vous méprise, Me méprise.'' Et, sans aucun doute, Il ne voulait pas appliquer cette déclaration à ceux-là seuls à qui Il parlait alors, mais encore à tous ceux qui succéderaient légitimement aux Apôtres dans les fonctions de leur ministère. C’est à tous ceux-là qu’Il a promis son ''assistance''&amp;amp;nbsp; ''de tous les jours jusqu’à la consommation des siècles''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== § III. — FONCTIONS ET DEVOIRS DES PASTEURS ===&lt;br /&gt;
Jamais la prédication de la parole de Dieu ne doit être interrompue dans l’Église Mais c’est surtout à l’époque où nous vivons que la piété et le zèle doivent se renouveler en quelque sorte et s’augmenter encore, pour nourrir et fortifier les Fidèles avec le pain vivifiant d’une pure et saine doctrine. C’est qu’en effet nous avons vu se répandre dans le monde ces faux prophètes dont le Seigneur a dit:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''ne les envoyais pas, et cependant ils allaient&amp;amp;nbsp;; Je ne leur parlais pas, et cependant ils prophétisaient''. Leur but est de dépraver le cœur des Chrétiens, par ''des enseignements insolites et étrangers.''&amp;amp;nbsp; Leur impiété, fortifiée de tous les artifices de Satan, s’est avancée si loin qu’il paraît presque impossible de l’arrêter et de la borner. Et si nous n’avions pleine confiance dans la promesse remarquable que notre Seigneur a faite de bâtir son Église sur un fondement si solide que&amp;amp;nbsp; ''les portes de l’enfer ne pourront jamais prévaloir contre elle'', dans ce temps où elle est attaquée de toutes parts par tant d’ennemis, et battue en brèche sur tant de points, nous aurions raison de craindre de la voir succomber. Car, sans parler de ces belles provinces qui gardaient jadis avec tant de respect et de fermeté la vraie Foi catholique que leurs ancêtres leur avaient transmise, et qui, après avoir déserté le chemin de la vérité, marchent maintenant dans l’erreur, avec la prétention de se rapprocher d’autant plus de la vraie piété, qu’elles s’éloignent davantage de la Foi de nos Pères, y a-t-il une contrée assez lointaine, un lieu assez fortifié, un coin du monde chrétien assez reculé où cette peste n’ait cherché à se répandre par des moyens cachés&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, ceux qui ont entrepris d’infester l’âme des Chrétiens fidèles ont parfaitement compris qu’ils ne pourraient jamais s’expliquer au grand jour avec eux, ni faire arriver aux oreilles de tous leurs paroles pleines de poison. Aussi ont-ils essayé d’un autre moyen pour semer plus facilement et plus su loin leurs erreurs impies. Outre ces gros livres à l’aide desquels ils ont essayé de détruire la foi catholique — livres faciles à réfuter toutefois, avec un peu de travail et d’habileté, à cause même des hérésies évidentes qu’ils renfermaient — ils ont fait paraître un très grand nombre de petits traités qui, sous les couleurs de la vraie piété, ont surpris et égaré trop facilement la bonne foi des âmes simples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi les Pères du Concile cuménique de Trente, voulant absolument combattre un mal si grandet si funeste par un remède efficace, non seulement ont pris soin de bien définir contre les hérésies de notre temps les points principaux de la doctrine catholique, mais de plus ils se sont fait un devoir de laisser, pour l’instruction des chrétiens sur les vérités de la Foi, une sorte de plan et de méthode que pourraient suivre en toute sûreté dans leurs églises ceux qui auraient la charge de Docteur et de Pasteur légitime. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un certain nombre d’auteurs, nous le savons, ont déjà traité ces matières avec autant de piété que de science, cependant ces Pères ont cru qu’il importait extrêmement, que par l’autorité du Saint Concile, on vit paraître un livre, où les Pasteurs et tous ceux qui sont chargés d’enseigner pourraient puiser des vérités d’une certitude absolue, et les transmettre ensuite aux Fidèles pour leur édification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi comme il n’y a&amp;amp;nbsp; ''qu’un seul Seigneur et une Foi'', il n’y aurait qu’une seule et même manière, une seule et même règle, pour apprendre au peuple la Foi chrétienne et tous les devoirs qu’elle impose. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vérités qui entreraient dans ce plan sont très nombreuses. Il ne viendra à l’idée de personne que le Saint Concile ait eu la prétention d’expliquer dans le détail, et en un seul livre, tous les dogmes de notre Foi. Ceci appartient aux théologiens, qui font profession de transmettre par l’enseignement, la religion tout entière, avec son histoire et ses dogmes. Au surplus, c’était un travail énorme et qui n’aurait pas rempli le but du Concile. Cette sainte assemblée en effet (en décrétant ce catéchisme) a voulu simplement donner aux Pasteurs et aux autres Prêtres ayant charge d’âmes, la connaissance des choses qui appartiennent en propre au ministère d’une paroisse, et qui sont le plus à la portée des fidèles. Voilà pourquoi ils n’ont dû s’occuper ici que de ce qui pourrait seconder le zèle et la piété de certains Pasteurs qui peut-être ne seraient pas assez sûrs d’eux-mêmes dans les points les plus difficiles de la science divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant d’en venir à l’explication de chacun des articles qui doivent composer cet abrégé de notre Foi, l’ordre même de notre travail nous oblige à faire ici quelques déclarations que les Pasteurs auront soin de ne pas perdre de vue. Ces explications leur feront connaître exactement quel doit être le terme de leurs pensées, de leurs labeurs et de leurs études, et en même temps les moyens à employer pour arriver sûrement au succès désiré. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce qui semble primer tout le reste, c’est qu’ils n’oublient jamais que toute la science du Chrétien, ou plutôt, comme le dit notre Seigneur, que&amp;amp;nbsp; ''toute la Vie Éternelle elle-même consiste en ce seul point: Vous connaître, Vous, le seul Dieu véritable et Jésus-Christ que Vous avez envoyé. ''Aussi le vrai Docteur de l’Église s’appliquera-t-il avant toutes choses à faire naître dans l’âme des Fidèles le désir sincère&amp;amp;nbsp; ''de connaître Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié''. Il fera en sorte de leur persuader et de graver dans leur cœur cette Foi inébranlable qu’ ''il n’existe point sous le ciel d’autre nom par lequel nous puissions nous sauver, puisque c’est Lui qui est l’hostie de propitiation pour nos péchés. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et comme&amp;amp;nbsp; ''on ne peut être sûr de Le connaître véritablement qu’autant qu’on observe ses commandements'', la deuxième obligation, qui ne peut être séparée de celle que nous venons de marquer, sera de bien mettre en lumière que la vie des Fidèles ne doit point s’écouler dans le repos et l’oisiveté, mais que nous devons marcher sur les traces de notre Sauveur et chercher sans relâche et de toutes nos forces la justice, la piété, la foi, la charité et la douceur. Car si&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ s’est livré Lui-même pour nous, Il l’a fait pour nous arracher à toute sorte d’iniquité, pour faire de nous un peuple pur, agréable à ses yeux, ami fervent des bonnes œuvres''. C’est ainsi que l’Apôtre ordonne aux Pasteurs de Le faire connaître et de Le proposer en exemple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais notre Maître et Sauveur ne s’est pas contenté de parler, Il a voulu de plus prouver par sa conduite que &amp;amp;nbsp;''la Loi et les Prophètes se résumaient tous dans l’amour''. D’autre part l’Apôtre a formellement enseigné que&amp;amp;nbsp; ''l’amour est la fin des commandements, et la plénitude de la Loi''. Personne ne peut donc mettre en doute que c’est un devoir, et un devoir primordial d’exhorter le peuple fidèle à l’amour de Dieu et de son infinie bonté pour nous. Ainsi, enflammé d’une véritable ardeur divine, ce peuple pourra s’élancer vers le Bien suprême, le Bien parfait dont l’amour et la possession produisent la vraie et solide félicité dans le cœur de tous ceux qui peuvent s’écrier avec le Prophète:&amp;amp;nbsp; ''Qu’y'' ''a-t-il dans le ciel et qu’ai-je désiré sur la terre, si ce n’est Vous, Seigneur&amp;amp;nbsp;? ''C’est là en effet cette voie excellente que nous montrait Saint Paul lorsqu’il résumait toute sa doctrine et toute sa prédication, dans&amp;amp;nbsp; ''la charité, qui ne périt point.'' Aussi qu’il soit question de Foi, d’Espérance ou de toute autre vertu, il convient d’insister toujours avec tant de force sur l’amour pour notre Seigneur Jésus-Christ, que chacun soit en quelque sorte obligé de comprendre que toutes les œuvres de perfection et de vertu chrétienne ne peuvent avoir d’autre source et d’autre terme que ce saint Amour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== § IV. — MANIÈRE D’INSTRUIRE LES FIDÈLES ===&lt;br /&gt;
Mais si dans toute espèce d’enseignement, il importe de prendre telle ou telle méthode, cette vérité trouve surtout son application lorsqu’il s’agit d’instruire le peuple chrétien. C’est qu’en effet il faut tenir compte de l’âge, de l’intelligence, des habitudes, de la condition. Celui qui enseigne&amp;amp;nbsp; ''doit se faire tout à tous, pour gagner tout le monde à Jésus Christ''&amp;amp;nbsp;; il doit se montrer lui-même un&amp;amp;nbsp; ''ministre et un dispensateur sûr'', et à l’exemple du&amp;amp;nbsp; ''serviteur bon et fidèle'', il doit mériter d’''être établi'' par notre Seigneur dans des fonctions plus considérables. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Surtout qu’il ne s’imagine pas qu’une seule sorte d’âmes lui est confiée, et que par conséquent il lui est loisible d’enseigner et de former également tous les Fidèles à la vraie piété, avec une seule et même méthode et toujours la même&amp;amp;nbsp;! Qu’il sache bien que les uns sont en Jésus-Christ comme des enfants nouvellement nés, d’autres comme des adolescents, quelques-uns enfin, comme en possession de toutes leurs forces. Il devra donc s’appliquer à reconnaître et à distinguer ceux qui ont besoin du lait de la doctrine, et ceux qui demandent une nourriture plus forte. Ainsi, il pourra distribuer à tous et à chacun ces aliments spirituels qui augmentent la vie de l’âme, ''jusqu’à ce que ''&amp;amp;nbsp;''nous soyons tous parvenus à l’unité d’une même Foi, d’une même connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’hommes parfaits, et à la mesure de la plénitude de l’âge de Jésus Christ''. Au surplus, c’est à tous les Chrétiens que l’Apôtre a voulu se donner lui-même en exemple sur ce point lorsqu’il dit qu’ il se doit ''aux Grecs et aux Barbares, aux savants et aux ignorants''. Il voulait montrer à tous ceux qui sont appelés au ministère de la prédication, qu’ils doivent, en transmettant l’enseignement des mystères de la Foi et des règles des mœurs, proportionner leurs paroles à l’esprit et à l’intelligence de leurs auditeurs. Ainsi, après avoir nourri d’un aliment spirituel les esprits les plus élevés, ils ne laisseront point périr de besoin ceux qui, encore enfants&amp;amp;nbsp; ''demanderaient un pain qui ne leur serait point rompu. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Personne ne doit donc laisser refroidir son zèle pour instruire, parce que, de temps en temps, il faudra expliquer ces vérités qui paraissent simples et élémentaires- et que l’on aborde avec d’autant moins de plaisir qu’on se plaît davantage dans l’étude de vérités plus élevées. Mais si la Sagesse elle-même du Père éternel a bien voulu descendre ici-bas, dans l’abaissement de notre chair, pour nous enseigner les lois de la vie surnaturelle, quel est celui que la charité de Jésus-Christ ne portera pas à se faire petit parmi ses frères, et à imiter comme lui les soins de la mère pour ses enfants&amp;amp;nbsp;? quel est celui qui ne désirera assez ardemment le salut de son prochain pour vouloir, comme Saint Paul le dit de lui-même,&amp;amp;nbsp; ''leur donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais encore sa propre vie&amp;amp;nbsp;?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, toutes les vérités que l’on doit enseigner aux Fidèles sont contenues dans la parole de Dieu, soit celle qui est écrite, soit celle qui a été conservée par tradition, L’Écriture et la tradition voilà donc ce que les Pasteurs devront méditer jour et nuit. Et ils n’auront garde d’oublier cet avertissement que Saint Paul adressait à Timothée, et qui s’applique à tous ceux qui ont charge d’âmes:&amp;amp;nbsp; ''Appliquez-vous à la lecture, à l’exhortation et à l’instruction&amp;amp;nbsp;; car&amp;amp;nbsp; toute Écriture inspirée de Dieu est utile pour instruire, pour reprendre, pour corriger, pour former à la justice, pour rendre l’homme de Dieu parfait, et propre à toutes les bonnes œuvres. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== § V. — PRINCIPAUX ARTICLES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.  ===&lt;br /&gt;
Tout ce que Dieu nous a révélé est considérable et varié. Et tout, dans cette révélation, ne se comprend point assez facilement, et même, quand on l’a compris, ne reste pas assez bien gravé dans la mémoire, pour qu’on puisse en donner toujours une explication satisfaisante. C’est donc avec une profonde sagesse que nos Pères ont ramené toute la doctrine et toute la science du salut à quatre points principaux qui sont le Symbole des Apôtres, les Sacrements, le Décalogue, et l’Oraison Dominicale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet tout ce que nous devons croire et connaître de la doctrine, de la création et du gouvernement du monde, de la récompense des bons et de la punition des méchants, toute, cela est contenu dans le Symbole. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux signes et aux moyens que Dieu nous donne pour obtenir sa grâce, nous les trouvons dans les sept Sacrements. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les préceptes divins qui ont tous pour fin la Charité sont inscrits dans le Décalogue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin tout ce que nous pouvons désirer, espérer ou demander pour notre bien est renfermé dans l’Oraison Dominicale. Ainsi lorsque nous aurons expliqué ces quatre articles, qui sont comme les lieux communs de la sainte Écriture, il ne manquera presque plus rien au Chrétien pour connaître ce qu’il est obligé de savoir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En conséquence, nous croyons devoir avertir les Pasteurs que chaque fois qu’ils auront à mettre en lumière un passage de l’Évangile ou de toute autre partie de l’Écriture sainte, ils pourront toujours le ramener à l’un de ces quatre points, et y prendre comme à sa source l’explication désirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, s’il s’agit d’interpréter l’Évangile du premier Dimanche de l’Avent:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''y aura des signes dans le soleil et dans la lune'', etc., ils trouveront ce qui se rapporte à cette vérité dans l’article du Symbole: ''Il viendra juger les vivants et les morts''. Par ce moyen ils feront connaître en même temps aux Fidèles, et le Symbole, et l’Évangile Ainsi, dans tout son enseignement et ses commentaires, le Pasteur pourra prendre et conserver l’habitude de tout ramener à ces quatre points principaux, qui selon nous renferment toute la moelle des Saintes Écritures et même tout le Christianisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à l’ordre de l’enseignement, il y aura lieu de choisir celui qui paraîtra le mieux approprié aux temps et aux personnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous, à l’exemple des saints Pères qui, voulant initier les hommes à la connaissance de Jésus-Christ et de sa doctrine, commencèrent toujours par la Foi, nous avons jugé à propos d’expliquer tout d’abord ce qui regarde cette vertu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Première partie — Du symbole des Apôtres ==&lt;br /&gt;
=== Chapitre premier — De la Foi et du Symbole en général ===&lt;br /&gt;
==== § I. — DE LA F0I.  ====&lt;br /&gt;
Le mot de Foi dans la Sainte Écriture a plusieurs significations. Ici nous le prenons pour cette vertu par laquelle nous donnons un assentiment plein et entier aux vérités révélées de Dieu. Personne ne peut raisonnablement douter que cette Foi dont nous parlons ne soit nécessaire pour le salut, car il est écrit: ''Sans la Foi, il est impossible de plaire à Dieu ''. En effet, la fin dernière de l’homme c’est-à-dire le bonheur auquel il doit tendre — est beaucoup trop élevée pour qu’il puisse la découvrir par les seules lumières de son esprit. Il était donc nécessaire que Dieu Lui-même lui en donnât la connaissance. Or cette connaissance n’est autre chose que la Foi, par laquelle, et sans hésitation aucune, nous tenons pour certain tout ce que l’autorité de la Sainte Église notre mère nous propose comme révélé de Dieu. Car il est impossible de concevoir le moindre doute sur les choses qui viennent de Dieu, puisqu’Il est la Vérité même. De là, il est facile de comprendre combien la Foi que nous avons en Dieu est différente de celle que nous accordons au témoignage des historiens qui nous racontent des faits purement naturels. Mais si la Foi admet des degrés divers en étendue et en excellence, comme il paraît dans ces passages de l’Écriture: ''Homme de peu de Foi, pourquoi avez-vous douté&amp;amp;nbsp;? ''&amp;amp;nbsp;— ''Votre Foi est grande. ''&amp;amp;nbsp;— ''Augmentez en nous la Foi. ''&amp;amp;nbsp;— ''La Foi sans les œuvres est une Foi morte. ''&amp;amp;nbsp;— ''La Foi qui opère par la charité. ''&amp;amp;nbsp;— elle ne reconnaît aucune diversité d’espèces, et la même définition convient parfaitement à tous les degrés qu’elle peut avoir. Quant aux fruits qu’elle produit et aux avantages qu’elle nous procure, nous le dirons dans l’explication de chacun des articles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DU SYMBOLE.  ====&lt;br /&gt;
Ce que les Chrétiens doivent savoir tout d’abord, ce sont les vérités que les Saints Apôtres, nos maîtres et nos guides dans la Foi, inspirés par l’Esprit de Dieu, ont renfermées dans les douze articles du Symbole. Après avoir reçu de Notre-Seigneur l’ordre d’aller ''remplir pour lui les fonctions d’ambassadeurs, et de se répandre dans le monde entier pour prêcher l’Évangile à toute créature, ''&amp;amp;nbsp;ils jugèrent convenable de composer une formule de Foi chrétienne, afin que tous eussent la même croyance et le même langage, qu’il n’y eût ni division ni schisme parmi ceux qu’ils -allaient appeler à la même Foi, et que tous fussent consommés dans un même esprit et un même sentiment. Et cette profession de Foi et d’Espérance chrétienne qu’ils avaient composée, ils l’appelèrent Symbole, soit parce qu’ils la formèrent de l’ensemble des vérités différentes que chacun d’eux formula, soit parce qu’ils voulurent s’en servir comme d’une marque, et d’un mot d’ordre, qui leur ferait distinguer aisément les vrais soldats de Jésus-Christ des déserteurs et des faux frères, qui se glissaient dans l’Église, pour corrompre l’Évangile &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III — ARTICLES DU SYMBOLE.  ====&lt;br /&gt;
Les vérités due la Foi chrétienne enseigne et que les Fidèles sont obligés de croire fermement, sort en particulier, soit en général, sont assez nombreuses. Mais la première et la plus essentielle de toutes, celle qui est en même temps comme le fondement et le faîte de l’édifice, et que eu Lui-même nous a enseignée, c’est l’unité de l’Essence divine, la distinction des trois Personnes, et la diversité des opérations que l’on attribue plus particulièrement à chacune d’Elles. Le Pasteur montrera que toute la doctrine de ce Mystère est renfermée en abrégé dans le Symbole des Apôtres. En effet, ainsi que l’ont remarqué nos ancêtres, qui ont traité ces matières avec beaucoup de soin et de piété, le Symbole semble précisément avoir été divisé en trois parties, afin que dans la première il fut question de la première Personne divine et de l’œuvre admirable de la Création&amp;amp;nbsp;; dans la Seconde, de la seconde Personne divine et du mystère de la Rédemption des hommes&amp;amp;nbsp;; dans la troisième enfin, de la troisième Personne divine, source et principe de notre Sanctification. Ces trois parties sont distinctes quoique liées entre elles. D’après une comparaison souvent employée par les Pères, nous les appelons ''articles''. De même, en effet, que dans nos membres il y a certaines ''articulations'' qui les distinguent et les séparent, de même, dans cette profession de Foi, on a donné avec beaucoup de justesse et de raison le nom d’''articles'' aux vérités que nous devons croire en particulier et d’une manière distincte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre deuxième — Premier article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''JE CROIS EN DIEU LE PÈRE TOUT PUISSANT, CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici le sens de ces paroles: je crois fermement et je confesse sans aucune hésitation Dieu le Père, c’est-à-dire la première Personne de la Sainte Trinité, qui par sa vertu toute puissante a créé de rien le ciel et la terre et tout ce qu’ils renferment, et qui, après avoir tout créé, conserve et gouverne toutes choses. Et non seulement ''je crois en Lui de cœur et je Le confesse de bouche'', mais encore je tends à Lui de toute l’ardeur et de toute la force de mon âme, comme au Bien souverain et parfait. Ce premier article n’est pas long&amp;amp;nbsp;; mais chacun des mots qui le composent cache de grands mystères. Et ces mystères, c’est au Pasteur à les approfondir et à les expliquer avec le plus grand soin, afin que les Fidèles ne viennent, s’il plaît à Dieu, qu’avec crainte et tremblement, contempler la gloire de son infinie Majesté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — JE CROIS.  ====&lt;br /&gt;
Croire ici n’est pas la même chose que penser, imaginer, avoir une opinion. C’est, selon l’enseignement de nos Saints Livres, un acquiescement très ferme, inébranlable et constant de notre intelligence aux mystères révélés de Dieu. Ainsi, en ce qui nous occupe en ce moment, celui-là croit qui s’est formé sur une vérité quelconque une conviction et une certitude exemptes de tout doute. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et qu’on n’aille pas s’imaginer que la connaissance qui nous vient de la Foi soit moins certaine, sous le prétexte que nous ne voyons pas les vérités qu’elle nous propose à croire. Si la lumière divine qui nous les fait connaître ne nous en donne pas l’évidence, cependant elle ne nous permet pas d’en douter:&amp;amp;nbsp; Car le même Dieu qui a fait sortir la lumière ''des ténèbres, a éclairé assez nos cœurs pour que l’Évangile ne fût point voilé pour nous, comme il l’est pour ceux qui périssent.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il suit de là que celui qui est en possession de cette connaissance céleste de la Foi, est délivré du désir des investigations de pure curiosité. Car lorsque Dieu nous a ordonné de croire, Il ne nous a point proposé de scruter ses jugements, ni d’en examiner les raisons et les motifs, mais Il nous a commandé cette Foi immuable par laquelle notre esprit se repose entièrement dans la connaissance qu’il a de la vérité éternelle. En effet, ''Dieu seul est véritable, ''dit l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; ''et tout homme est menteur''. Si donc il y a de l’orgueil et de l’insolence à ne point ajouter foi aux affirmations d’un homme sage et prudent, et à exiger qu’il prouve ce qu’il avance par des raisons ou par des témoins, quelle ne sera pas la témérité, ou plutôt la folie de celui qui, entendant la voix de Dieu Lui-même, osera demander les preuves de la céleste doctrine du salut&amp;amp;nbsp;? II faut donc faire notre acte de Foi, non seulement sans aucun doute, mais encore sans chercher de démonstration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur enseignera également que celui qui dit: ''Je crois'', exprimant par cette parole l’assentiment intime de son esprit, qui est l’acte intérieur de la Foi, ne doit point se borner à cet acte de Foi, mais qu’il est tenu de manifester au dehors par une profession ouverte les sentiments qu’il porte dans son cœur, comme aussi de les avouer et de les publier devant tout le monde avec joie et empressement. tous les Fidèles doivent avoir cet esprit qui inspirait le Prophète quand il disait:&amp;amp;nbsp; ''J’ai cru, et c’est pourquoi j’ai parlé''. Ils doivent imiter les Apôtres qui répondaient aux princes du peuple:&amp;amp;nbsp; ''Nous'' ''ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu'', et s’encourager soit par ces admirables paroles de Saint Paul:&amp;amp;nbsp; ''Je ne rougis point de l’Évangile, car il est la force et la vertu de Dieu pour sauver tous les croyants''&amp;amp;nbsp;; soit par celles-ci qui prouvent particulièrement la vérité que nous établissons:&amp;amp;nbsp; ''On croit de cœur pour être justifié, mais on confesse de bouche pour être sauvé.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — EN DIEU.  ====&lt;br /&gt;
Ces paroles nous font connaître immédiatement l’excellence et la dignité de la sagesse chrétienne, et par là même tout ce que nous devons à la bonté divine, qui daigne nous élever par les vérités de la Foi, comme par autant de degrés, à la connaissance de l’objet le plus sublime et le plus désirable. Il y a en effet une différence énorme entre la philosophie chrétienne et la sagesse du siècle. Cette dernière, guidée par la seule lumière naturelle, peut bien, il est vrai, s’élever peu à peu, à l’aide des effets et des perceptions des sens&amp;amp;nbsp;; mais elle ne parvient qu’à force de travaux et de peines à contempler ''les choses invisibles de Dieu'', à Le reconnaître et à Le comprendre comme la cause et l’Auteur de tout ce qui existe. La première, au contraire, augmente tellement la pénétration naturelle de l’esprit, qu’il peut aisément s’élever jusqu’au ciel, et là, grâce à la splendeur divine qui l’éclaire, contempler tout d’abord le foyer éternel de toute lumière, et ensuite les autres choses placées au-dessous de lui. nous éprouvons alors avec une joie parfaite que&amp;amp;nbsp; ''nous avons été appelés réellement des ténèbres à une admirable lumière'', comme dit le prince des Apôtres, et que&amp;amp;nbsp; ''notre Foi nous cause un ravissement ineffable''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc avec raison que les Fidèles font d’abord profession de croire en Dieu, ''dont la Majesté,'' selon l’expression de Jérémie&amp;amp;nbsp; ''est incompréhensible, qui habite'', dit à son tour l’Apôtre , ''une lumière inaccessible, que personne n’a vu ni ne peut voir''&amp;amp;nbsp;; Dieu enfin ''que nul homme ne pourrait voir sans mourir, ''comme II le dit lui-même à Moïse.&amp;amp;nbsp; C’est qu’en effet, pour que notre âme puisse s’élever jusqu’à Dieu qui est infiniment au-dessus de tout, il faut de toute nécessité qu’elle soit entièrement dégagée des sens. Mais cela ne lui est pas possible naturellement en cette vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré tout, ''Dieu ne s’est pas laissé Lui-même sans témoignage'', dit l’Apôtre , car c’est Lui qui ''nous fait du bien, qui nous envoie les pluies du ciel et les saisons favorables aux, fruits&amp;amp;nbsp;; c’est Lui qui nous donne en abondance la nourriture dont nous avons besoin et qui remplit nos cœurs de joie.'' Voilà pourquoi les philosophes n’ont pu concevoir en Lui rien d’imparfait&amp;amp;nbsp;; ils ont repoussé bien loin comme indigne de Lui toute idée de corps, de mélange et de composition. Ils ont placé en Lui la plénitude de tous les biens, et ils L’ont regardé comme cette source inépuisable et perpétuelle de bonté et de charité qui répand sur toutes les créatures ce que nous y voyons de beau et de parfait&amp;amp;nbsp;; ils L’ont appelé le Sage, l’Auteur et l’Ami de la vérité, le Juste, le Bienfaiteur suprême. Ils Lui ont donné plusieurs autres noms qui renferment la souveraine et absolue perfection. Enfin ils ont reconnu en Lui une puissance immense, infinie, qui s’étend à tout et partout. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces vérités sont bien plus solidement établies, et plus clairement exprimées dans nos saintes Lettres, comme par exemple dans ces passages:&amp;amp;nbsp; ''Dieu est esprit''&amp;amp;nbsp;; ou bien,&amp;amp;nbsp; ''soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. — tout est à nu&amp;amp;nbsp; et à découvert devant ses yeux. — Profondeur ''&amp;amp;nbsp;''des trésors de la sagesse et de la science de Dieu. — Dieu est Vérité. ''&amp;amp;nbsp;— ''Je suis la Voie, ''&amp;amp;nbsp;''la Vérité et la Vie. — Votre droite, Seigneur, ''&amp;amp;nbsp;''est pleine de justice. — Vous ouvrez la main&amp;amp;nbsp; et Vous remplissez de bénédictions tout ce qui respire. — Où irai-je&amp;amp;nbsp; pour me cacher à votre esprit&amp;amp;nbsp;? Où fuirai-je devant votre face&amp;amp;nbsp;? Si je monte au ciel, Vous y êtes&amp;amp;nbsp;; si je descends dans les enfers, je Vous y trouve&amp;amp;nbsp;; si le matin je prends mes ailes pour voler jusqu’aux extrémités de la mer, c’est votre main qui m’y conduit. ''Enfin Dieu nous dit Lui-même: ''est-ce que Je ne remplis pas le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;? ''&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les conceptions vraiment grandes et magnifiques que les philosophes eux-mêmes se sont formées de la nature de Dieu par l’observation du monde créé, et qui se trouvent si conformes à l’enseignement de nos Livres saints. Et cependant, pour comprendre combien nous avions besoin, même sur ce point, de la révélation d’en haut, il nous suffira de remarquer que ce qui fait l’excellence de la Foi, ce n’est pas seulement, comme nous l’avons déjà dit, de dévoiler promptement et sans peine aux plus ignorants et aux plus grossiers la science que de longues études seules pourraient faire connaître aux savants&amp;amp;nbsp;; mais de plus la connaissance qu’elle nous donne de la vérité est bien plus certaine, plus claire et plus exempte d’erreur, que si elle était le résultat des raisonnements humains. Mais c’est surtout dans la notion qu’elle nous fournit de la substance divine que nous touchons du doigt sa supériorité. En effet, la simple contemplation de la nature ne peut pas faire connaître Dieu à tout le monde, tandis que la lumière de la Foi Le révèle toujours d’une manière infaillible à ceux qui croient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, tout ce que la Foi nous enseigne sur Dieu est contenu dans les articles du Symbole. nous y trouvons l’unité dans l’Essence divine et la distinction dans les trois Personnes. nous y voyons de plus que Dieu est notre fin dernière et que c’est de Lui que nous devons attendre un bonheur céleste et éternel, selon la parole de Saint Paul, que&amp;amp;nbsp; ''Dieu récompense ceux qui Le cherchent. ''Et bien longtemps avant l’Apôtre, le Prophète Isaïe, pour faire entendre quelle est la grandeur de cette béatitude, et combien l’intelligence humaine est incapable de la connaître par elle-même, avait soin de nous dire:&amp;amp;nbsp; ''Non, depuis l’origine des siècles, les hommes n’ont point conçu, l’oreille n’a point entendu, aucun œil n’a vu, excepté vous, Seigneur, ce que Vous avez préparé à ceux qui Vous aiment.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’après ce que nous venons de dire, il faut faire profession d’admettre qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et non plusieurs. nous reconnaissons que Dieu est la bonté souveraine et la perfection même. Or, il est impossible que la perfection absolue convienne à plusieurs. Car celui qui manque de la moindre chose pour arriver jusqu’au souverain et à l’absolu, est par là même imparfait, donc il ne saurait être Dieu. Cette vérité est affirmée en maints endroits dans la sainte Écriture Ainsi, il est écrit:&amp;amp;nbsp; ''Écoute'' ''Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Dieu. ''De plus, c’est un précepte du Seigneur:&amp;amp;nbsp; ''Vous'' ''n’aurez point d’autres dieux devant Moi''. Souvent Dieu nous fait entendre par le Prophète Isaïe&amp;amp;nbsp; ''qu’Il est le premier et le dernier, et qu’il n’y a point d’autre Dieu que Lui. ''Enfin l’Apôtre Saint Paul atteste aussi très nettement&amp;amp;nbsp; ''qu’il n’y a qu’un Seigneur, une Foi, un Baptême.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Écriture sainte donne parfois le nom de ''dieux'' à des êtres créés. n’en soyons pas étonnés. Car lorsqu’elle appelle dieux les Prophètes et les Juges, ce n’est pas dans le sens absurde et impie des païens qui se sont forgé plusieurs divinités, c’est simplement pour exprimer, selon cette façon habituelle de parler, ou quelque qualité éminente, ou bien une fonction sublime à laquelle Dieu les avait élevés. — La Foi chrétienne croit donc et professe qu’il n’y a qu’un seul Dieu, par nature, par substance et par essence. C’est la définition même du Concile de Nicée, qui a voulu confirmer cette vérité dans son Symbole. Puis, s’élevant encore plus haut, cette même Foi chrétienne reconnaît l’unité de Dieu, tout en adorant en même temps la Trinité dans son unité, et l’unité dans sa Trinité. C’est le Mystère dont nous avons maintenant à nous occuper, d’après les termes suivants du Symbole. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — LE PÈRE ====&lt;br /&gt;
On donne à Dieu le nom de Père pour plusieurs raisons. Il convient donc d’expliquer tout d’abord en quel sens on le Lui attribue plus spécialement ici. Quelques-uns, même de ceux dont la Foi n’avait pas éclairé les ténèbres, avaient compris cependant que Dieu est une substance éternelle, que tout émane de Lui, qu’Il gouverne et conserve, par sa Providence, l’ordre et l’état de tout ce qui existe. Et de là, voyant que les hommes appellent Père celui qui est l’auteur d’une famille, et qui continue de la diriger par ses conseils et par son autorité, ils donnèrent également ce nom de Père à Dieu, qu’ils reconnaissaient comme le Créateur et le Gouverneur de toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Saintes Écritures elles-mêmes emploient ce mot lorsque, en parlant de Dieu elles Lui attribuent la Création, la Puissance suprême et cette Providence qui régit si admirablement l’univers. nous y lisons en effet:&amp;amp;nbsp; ''N’est-ce pas le Seigneur qui est votre Père, qui est votre Maître qui vous a faits et tirés du néant&amp;amp;nbsp;? ''Et aussi: &amp;amp;nbsp;''N’est-ce pas Lui qui est notre seul Père&amp;amp;nbsp;? n’est-ce pas Dieu seul qui nous a créés&amp;amp;nbsp;?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais c’est dans les livres du nouveau testament qu’Il est appelé bien plus souvent et d’une manière bien plus spéciale le Père des Chrétiens, ''puisqu’ils n’ont pas reçu l’esprit de servitude qui fait vivre dans la crainte, mais l’esprit d’adoption des enfants de Dieu, par lequel nous crions: Père&amp;amp;nbsp;! Père&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp; — Car le Père nous a témoigné tant d’amour que nous sommes appelés, et que nous sommes réellement les enfants de Dieu. ''&amp;amp;nbsp;— ''Que si nous sommes enfants, nous sommes héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus Christ , — qui est le premier-né de plusieurs frères&amp;amp;nbsp; — et qui ne rougit pas de nous appeler ses frères. ''&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, soit que l’on considère Dieu d’une manière générale par rapport à la création et à la Providence, soit qu’on s’arrête spécialement à l’adoption spirituelle (qu’il a faite) des Chrétiens, c’est à bon droit que les Fidèles font profession de Le reconnaître pour leur Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais outre ces explications que nous venons de donner, le Pasteur ne manquera pas d’avertir les Fidèles qu’en entendant prononcer ce nom de Père, ils doivent élever leurs âmes vers des mystères plus sublimes encore. En effet tout ce qu’il y a de plus caché et de plus impénétrable ''dans cette lumière inaccessible ''&amp;amp;nbsp;''que Dieu habite'', ce que la raison et l’intelligence humaine ne pouvaient ni atteindre, ni même soupçonner, les oracles divins commencent à nous le faire entrevoir par ce nom de Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce nom nous indique qu’il faut admettre dans l’Essence divine, non une seule Personne, mais plusieurs réellement distinctes. Il y a en effet trois Personnes dans une seule et même Divinité: celle du Père qui n’est engendré d’aucune autre&amp;amp;nbsp;; celle du Fils qui est engendré du Père avant tous les siècles&amp;amp;nbsp;; celle du Saint Esprit qui procède du Père et du Fils, de toute éternité. Le Père est dans l’unité de la nature divine la première Personne, et avec son Fils unique et le Saint Esprit il forme un seul Dieu, un seul Seigneur&amp;amp;nbsp; non point une seule Personne, mais une seule nature en trois Personnes. Et il n’est pas permis de penser qu’il y ait entre ces Personnes la moindre différence, la moindre inégalité: toute la distinction que l’on peut concevoir entre elles vient de leurs propriétés respectives. Le Père n’est point engendré&amp;amp;nbsp;; le Fils est engendré du Père&amp;amp;nbsp;; le Saint Esprit procède de l’un et de l’autre. Ainsi nous reconnaissons une seule et même nature, une seule et même substance pour les trois Personnes,&amp;amp;nbsp; mais de telle sorte que dans notre profession de Foi relative au Dieu véritable et éternel, nous adorons avec toute la piété et tout le respect possibles, la distinction dans les Personnes, l’unité dans la Substance, et l’égalité dans la Trinité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi, lorsque nous disons que le Père est la première Personne, il ne faut pas croire que nous entendons supposer dans la Trinité quelque chose de premier et de dernier, de plus grand et de plus petit. A Dieu ne plaise qu’une pareille impiété entre jamais dans l’esprit des Fidèles, puisque la Religion chrétienne proclame dans les trois Personnes la même éternité, la même gloire et la même majesté. Mais comme le Père est le principe sans principe, nous affirmons avec vérité et sans aucune hésitation qu’Il est la première Personne&amp;amp;nbsp;; et parce qu’Il n’est distingué des autres Personnes que par la propriété de Père, c’est à Lui seul aussi qu’il appartenait d’engendrer le Fils de toute éternité. Aussi c’est pour nous faire souvenir en même temps que Dieu a toujours été, et qu’Il a toujours été Père que nous joignons ensemble, dans cette profession de Foi, et le nom de Dieu et le nom de Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais comme il n’y a rien de plus périlleux que de chercher à pénétrer des vérités si hautes et si délicates, ni de plus grave que de se tromper en voulant les exprimer, le Pasteur aura soin d’enseigner aux Fidèles qu’ils doivent retenir scrupuleusement les mots d’Essence et de Personne, consacrés en quelque sorte à l’expression propre de ce Mystère, et ne point oublier que l’unité est dans l’Essence et la distinction dans les Personnes. De plus, il faut éviter sur ce point les recherches subtiles et curieuses, selon cette parole:&amp;amp;nbsp; ''Celui'' ''qui voudra scruter la majesté sera accablé par l’éclat de la gloire. ''Il doit nous suffire de savoir d’une manière certaine par la Foi que Dieu Lui-même nous a enseigné cette vérité, (car ne pas croire à ses oracles serait une insigne folie et un malheur extrême). ''Allez'', dit Notre-Seigneur Jésus-Christ à ses Apôtres,&amp;amp;nbsp; ''enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. ''— Et l’Apôtre Saint Jean nous dit également:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et l’Esprit, et ces trois ne font qu’Un.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que celui donc qui par la grâce de Dieu croit ces vérités, prie avec persévérance et conjure Dieu le Père qui a créé toutes choses de rien,&amp;amp;nbsp; ''qui dispose tout pour notre bonheur,''&amp;amp;nbsp; ''qui nous a donné le pouvoir de devenir ses enfants'', qui a révélé à l’esprit de l’homme le mystère de la Sainte Trinité, oui, qu’il demande sans cesse la grâce d’être admis un jour dans les tabernacles éternels, pour y contempler cette ineffable fécondité du Père qui, en se considérant et en se connaissant Lui-même, engendre un Fils qui Lui est égal et semblable&amp;amp;nbsp;; pour y contempler aussi ce bien éternel et indissoluble par lequel l’esprit de charité qui est l’Esprit-Saint, amour parfaitement égal du Père et du Fils, procédant de l’un et de l’autre, unit ensemble et toujours Celui qui engendre et Celui qui est engendré&amp;amp;nbsp;; pour y voir enfin l’unité d’Essence dans la Trinité divine et la parfaite distinction dans les trois Personnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — TOUT PUISSANT ====&lt;br /&gt;
Les Saintes Écritures emploient ordinairement différents mots pour exprimer la Puissance infinie de Dieu et sa Majesté souveraine, afin de nous montrer avec quelle religion et quelle piété nous devons honorer ce nom trois fois saint. Mais le Pasteur aura soin d’enseigner avant tout que la perfection qui Lui est le plus fréquemment attribuée est celle de Tout-Puissant. Parlant de Lui-même Dieu dit&amp;amp;nbsp; ''Je suis le Seigneur Tout-Puissant''. Et Jacob envoyant ses fils vers Joseph faisait cette prière:&amp;amp;nbsp; ''Puisse'' ''mon Dieu Tout-Puissant le fléchir à votre égard&amp;amp;nbsp;!'' Il est écrit dans l’Apocalypse:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''Seigneur Tout-Puissant qui est, qui était et qui doit venir. ''Ailleurs: ''Le grand jour est appelé le jour du Dieu Tout-Puisssant''. D’autres fois, plusieurs mots servent à signifier la même chose. Ainsi par exemple:&amp;amp;nbsp; ''Rien'' ''n’est impossible à Dieu.'' —&amp;amp;nbsp; ''La main de Dieu peut-elle, être impuissante&amp;amp;nbsp;? ''—&amp;amp;nbsp; ''Vous pouvez, Seigneur, tout ce que Vous voulez''. Et plusieurs autres expressions qui, sous des formes différentes, sont de véritables synonymes du mot Tout-Puissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous entendons donc par là qu’il n’existe rien, que l’esprit ne peut rien concevoir, que l’imagination ne peut rien se figurer, que Dieu n’ait le pouvoir de réaliser. Car non seulement il peut opérer tous ces prodiges qui tout grands qu’ils sont, ne dépassent pas néanmoins nos conceptions d’une manière absolue, comme de faire tout rentrer dans le néant, ou de créer de rien, en un instant, plusieurs autres mondes&amp;amp;nbsp;; mais sa Puissance s’étend aussi à une foule d’autres choses beaucoup plus hautes que la raison et l’intelligence de l’homme ne peuvent pas même soupçonner. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, quoique Tout-Puissant, Dieu ne peut ni mentir, ni tromper, ni être trompé, ni pécher, ni périr, ni ignorer quoi que ce soit. Ces choses ne se rencontrent que chez les êtres dont l’action est imparfaite. Et précisément parce que l’action de Dieu est toujours d’une perfection infinie on dit qu’Il ne peut pas les faire. Réellement une pareille faculté est un effet de la faiblesse, et non d’un pouvoir souverain et illimité, tel qu’Il le possède. Ainsi donc nous croyons que Dieu est Tout-Puissant, mais en ayant grand soin, dans notre pensée, d’écarter loin de Lui tout ce qui ne serait pas en harmonie et en rapport avec la perfection suprême de sa nature. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que le Pasteur montre bien que l’on a eu les plus sages raisons d’omettre dans le Symbole les autres attributs de Dieu, et de ne proposer à notre Foi que celui de sa toute-Puissance. En effet, dès que nous Le reconnaissons comme Tout-Puissant, nous avouons par là même qu’Il a la science de tout et que tout est soumis à son empire et à sa volonté. De plus, si nous croyons fermement qu’Il peut tout faire, nous sommes obligés par une conséquence nécessaire de tenir pour certaines en Lui ces autres perfections sans lesquelles il nous serait impossible de concevoir sa Puissance souveraine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin rien n’est plus propre à affermir notre Foi et notre espérance que la conviction profondément gravée dans nos âmes que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce qu’on nous proposera ensuite à croire, les choses les plus grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura seulement l’idée de la toute-Puissance divine, elle les admettra facilement et sans hésitation aucune. Et même, plus les oracles divins annonceront des choses prodigieuses, plus nous nous sentirons portés et empressés à les accepter&amp;amp;nbsp;; que s’il s’agit de biens à espérer, jamais la grandeur de l’objet promis à nos désirs ne rebutera notre confiance. Au contraire, nous verrons s’agrandir nos désirs et nos espérances, en nous rappelant souvent que rien n’est impossible à un Dieu Tout-Puissant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cette Foi doit nous soutenir et nous fortifier, surtout lorsque nous aurons à faire une ''œuvr''e difficile (une sorte de miracle), pour le bien et l’utilité du prochain, ou que nous voudrons obtenir de Dieu par la prière quelque grâce spéciale. Notre-Seigneur a voulu nous enseigner lui-même le premier de ces devoirs lorsque reprochant à ses Apôtres, leur incrédulité, Il leur disait:&amp;amp;nbsp; ''Si'' ''vous avez de la Foi comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne Passe d’ici là, et elle y passera, et rien ne vous sera impossible. ''Et l’Apôtre Saint Jacques nous rappelle ainsi le second:&amp;amp;nbsp; ''Que'' ''celui qui prie le fasse avec Foi et sans hésiter&amp;amp;nbsp;; car celui qui hésite est semblable au flot de la mer qui est agité et poussé par le vent de tous les côtés. Que cet homme-1&amp;amp; donc ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs, sous d’autres rapports, cette Foi nous est également très utile et très avantageuse. D’abord elle nous forme admirablement, et en toutes choses, à la modestie et à l’humilité de l’âme, selon cette parole du Prince des Apôtres:&amp;amp;nbsp; ''Humiliez-vous sous la main puissante de Dieu. ''De plus, elle nous apprend à ne pas ''trembler''&amp;amp;nbsp; ''là où il n’existe aucun sujet d’effroi, et à ne craindre que Dieu seul '', ''qui nous tient en son pouvoir, nous et tous nos biens''.&amp;amp;nbsp; et notre Sauveur Lui-même n’a-t-il pas dit:&amp;amp;nbsp; ''Je vous montrerai qui vous devez craindre: craignez celui qui après avoir tué le corps peut vous précipiter dans l’enfer''. Enfin cette même Foi nous sert à nous rappeler et à célébrer avec reconnaissance les immenses bienfaits de Dieu envers nous. Car il pourrait croire à la toute-Puissance de Dieu, et en même temps être assez ingrat pour ne pas s’écrier souvent:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus, si, dans cet article, nous appelons le Père «&amp;amp;nbsp;tout Puissant&amp;amp;nbsp;», personne ne doit s’imaginer — car ce serait une erreur — que nous lui attribuons ce nom, à Lui-seul, et que nous refusons de le donner également au Fils et au Saint-Esprit. Car de même que nous disons que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu, que le Saint-Esprit est Dieu, sans dire pour cela qu’il y a trois Dieux, mais en confessant réellement un seul Dieu&amp;amp;nbsp;; de même lorsque nous affirmons que le Père est tout Puissant, que le Fils est tout Puissant, que le Saint Esprit est tout Puissant, nous ne reconnaissons pas trois tout puissants, mais un seul. Et nous attribuons cette qualité au Père pour cette raison particulière qu’Il est la source de tout ce qui existe&amp;amp;nbsp;; comme nous disons du Fils qu’il est la Sagesse, parce qu’Il est le Verbe éternel du Père, et du Saint-Esprit, qu’il possède la bonté, parce qu’Il est l’amour du Père et du Fils. Et cependant ces qualités, et toutes les autres semblables, selon l’enseignement de la Foi catholique, peuvent s’appliquer également aux trois Personnes divines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — CREATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE.  ====&lt;br /&gt;
Ce que nous avons à dire maintenant de la création de toutes choses, nous fera aisément comprendre combien il était nécessaire de donner tout d’abord aux Fidèles la notion d’un Dieu Tout-Puissant. Car il est d’autant plus facile d’admettre une œuvre si prodigieuse que l’on doute moins de la puissance infinie du Créateur. Or Dieu n’a pas formé le monde avec une matière préexistante, Il l’a tiré du néant, sans nécessité ni contrainte, librement et de son plein gré. Le seul motif qui L’a déterminé à l’œuvre de la création, c’est sa bonté, qu’Il voulait répandre sur les êtres qu’Il allait produire. Car Dieu, souverainement heureux en Lui-même et par Lui-même, n’a besoin de rien, ni de personne, comme le proclame David en ces termes:&amp;amp;nbsp; ''J’ai'' ''dit à mon Seigneur, Vous êtes mon Dieu, et Vous n’avez pas besoin de mes biens''. Et comme il n’a obéi qu’à sa bonté, quand ''Il a fait tout ce qu’Il a voulu'' , de même pour former l’univers, Il n’a pris ni modèle ni dessein qui ne fût en Lui. Son intelligence infinie possède en elle-même l’idée exemplaire de toute choses. Et c’est en considérant au dedans de Lui cette idée exemplaire, c’est en la reproduisant pour ainsi dire, que l’Ouvrier par excellence, avec cette Sagesse et cette Puissance suprêmes qui Lui sont propres, a créé dès le commencement l’universalité des choses qui existent. ''Il a dit, et tout a été fait&amp;amp;nbsp;; il a ordonné, et tout a été créé ''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ces mots «&amp;amp;nbsp;''le ciel et la terre''&amp;amp;nbsp;», on entend tout ce que le ciel et la terre renferment. Car non seulement Dieu a formé les cieux dont le Prophète a dit qu’ils sont ''l’ouvrage de ses doigts '', mais c’est Lui qui les a ornés de la clarté du soleil, de la lune et de tous les autres astres, ''pour les faire servir de signes, afin de distinguer les saisons. les jours et les années'' . C’est Lui aussi qui a donné à tous les globes célestes un cours si constant et si réglé, qu’on ne peut rien voir de plus rapide que leurs perpétuels mouvements, ni de plus régulier que ces mouvements eux-mêmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu créa également de purs esprits et des Anges innombrables pour en faire ses serviteurs et ses ministres. Il les orna et les enrichit des dons de sa grâce et de sa puissance. Quand la Sainte Écriture nous raconte que ''le démon ne demeura pas dans la vérité '', Elle nous fait entendre clairement que lui et les autres anges apostats avaient reçu la grâce dès le commencement de leur existence. Saint Augustin l’affirme nettement:&amp;amp;nbsp; ''Dieu'', dit-il, ''créa les Anges avec une volonté droite, c’est-à-dire avec un chaste amour qui les unissait à Lui, formant à la fois leur nature, et y ajoutant la grâce comme un bienfait''. D’où il faut conclure que les Anges saints ne perdirent jamais cette volonté droite, c’est-à-dire l’amour de Dieu. Quant à leur science, voici le témoignage de nos Saints Livres.&amp;amp;nbsp; ''O mon Seigneur et mon Roi, Vous avez la sagesse d’un Ange de Dieu, et Vous connaissez tout ce qui est sur la terre.'' Pour exprimer leur puissance, le saint roi David nous dit:&amp;amp;nbsp; ''Les'' ''Anges sont puissants en vertu, et ils exécutent les ordres de Dieu. ''Aussi l’Écriture sainte les appelle souvent ''les vertus, et l’armée du Seigneur.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, bien qu’ils eussent tous reçu ces dons célestes qui faisaient leur gloire, plusieurs cependant, pour avoir abandonné Dieu leur Père et leur Créateur, furent bannis de leurs sublimes demeures, et renfermés dans une prison très obscure, au centre de la terre, où ils subissent la peine éternelle due à leur orgueil. Ce qui a fait dire au prince des Apôtres:&amp;amp;nbsp; ''Dieu'' ''n’a point épargné les anges pécheurs, mais Il les a précipités dans l’enfer et chargés de chaînes, pour y être tourmentés, et pour y attendre le jugement. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dieu affermit aussi la terre sur sa base, et par sa parole Il lui fixa sa place au milieu du monde. Il éleva les montagnes, Il creusa les vallées, et pour que la violence des eaux ne pût l’inonder, Il posa des bornes à la mer pour l’empêcher de la submerger. Ensuite Il la revêtit et la para de toutes sortes d’arbres, de plantes et de fleurs, Il la peupla d’animaux de toute espèce, comme il avait fait auparavant pour la mer et les airs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin Il forma le corps de l’homme du limon de la terre et, par un pur effet de sa bonté, Il lui accorda le don de l’immortalité et de l’impassibilité, qui n’était pas essentiellement attaché à sa nature. Quant à l’âme , ''Il la fit à son image et à sa ressemblance'', la doua du libre arbitre, et régla si bien tous les mouvements et tous les désirs du cœur, qu’ils devaient toujours être soumis à l’autorité de la raison. A cela II voulut joindre le don admirable de la justice originelle, et enfin Il lui soumit tous les animaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour instruire les fidèles de ces vérités, le Pasteur n’aura d’ailleurs qu’à consulter l’histoire sacrée de la Genèse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc ces mots de création du ciel et de la terre doivent s’entendre de la création de toutes choses. Déjà le Prophète David l’avait dit en ce peu de mots:&amp;amp;nbsp; ''Les'' ''cieux sont à Vous, et la terre Vous appartient. C’est Vous qui avez formé le globe de la terre et tout ce qui le remplit''. Mais les Pères du Concile de Nicée l’ont exprimé bien plus brièvement encore en ajoutant au Symbole ces simples mots: ''visibles et invisibles''. Et en effet tout ce que renferme l’ensemble des choses, tout ce que nous reconnaissons comme l’œuvre de Dieu, peut, ou bien tomber sous les sens, et nous l’appelons visible, ou seulement être aperçu par l’intelligence et la raison, et alors nous l’appelons invisible. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — PROVIDENCE.  ====&lt;br /&gt;
Mais en reconnaissant que Dieu est l’Auteur et le Créateur de toutes choses, n’allons pas croire que son ''œuvr''e une fois achevée et terminée par Lui, ait pu subsister sans sa Puissance infinie. De même en effet que pour exister, tout a eu besoin de la souveraine Puissance, de la Sagesse et de la Bonté du Créateur, de même il est nécessaire que l’action de la Providence s’étende constamment sur tout ce qu’Il a créé. Et s’Il ne conservait son ''œuvr''e avec cette même force qu’Il a employée pour la former au commencement, elle rentrerait aussitôt dans le néant. L’Écriture nous le déclare en termes formels, lorsqu’elle dit à Dieu&amp;amp;nbsp; ''Comment quelque chose pourrait-il subsister, si Vous ne le vouliez ainsi&amp;amp;nbsp;? Ce que Vous n’avez pas appelé, comment se conserverait-il&amp;amp;nbsp;?''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et non seulement Dieu, par sa Providence, soutient et gouverne toute la création&amp;amp;nbsp;; mais c’est Lui qui en réalité communique le mouvement et l’action à tout ce qui se meut et à tout ce qui agit&amp;amp;nbsp;; et de telle sorte qu’Il prévient, sans l’empêcher, l’influence des causes secondes. C’est une vertu cachée, mais qui s’étend à tout, et comme dit le Sage,&amp;amp;nbsp; ''qui agit fortement depuis une extrémité jusqu’à l’autre et qui dispose tout avec la douceur convenable.'' Ce qui a fait dire à l’Apôtre en prêchant aux Athéniens le Dieu qu’ils adoraient sans Le connaître:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''n’est pas éloigné de chacun de nous&amp;amp;nbsp;; c’est en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous en avons assez dit sur ce premier article. toutefois, il nous reste à ajouter que l’œuvre créatrice est commune aux trois Personnes de la Sainte et indivisible Trinité. Car si, d’après l’enseignement des Apôtres dans leur Symbole, nous savons et proclamons que le Père est Créateur du ciel et de la terre, d’autre part nous lisons du Fils dans les saintes Écritures:&amp;amp;nbsp; ''que'' ''tout a été fait par Lui&amp;amp;nbsp;; et du Saint-Esprit'':&amp;amp;nbsp; ''que l’Esprit du Seigneur était porté sur les eaux.'' Et encore&amp;amp;nbsp; ''que les cieux ont été affermis par le Verbe de. Dieu, et que toute leur beauté est l’effet du Souffle de sa bouche. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre troisième — Du second article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''ET EN JÉSUS-CHRIST SON FILS UNIQUE, NOTRE SEIGNEUR. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le genre humain trouve dans la foi et la confession de cet Article des avantages immenses et merveilleux. nous en avons une preuve dans cette parole de l’Apôtre Saint Jean:&amp;amp;nbsp; Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, demeurera en Lui, et lui en Dieu. Mais notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même avait pris soin de nous en donner une autre, lorsqu’Il avait proclamé d’une manière si éclatante le bonheur du prince des Apôtres:&amp;amp;nbsp; ''Tu'' ''es heureux, Simon fils de Jonas, car ce n’est ni la chair ni le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux''. C’est ici en effet le fondement le plus solide de notre Salut et de notre Rédemption. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — PÉCHÉ ORIGINEL.  ====&lt;br /&gt;
Pour mieux apprécier les fruits merveilleux que nous recueillons de cet Article, il faut nous rappeler la perte lamentable que firent nos premiers parents de cet état si heureux dans lequel Dieu les avait placés. Que le Pasteur s’applique donc à bien expliquer aux Fidèles la cause commune de nos misères et de nos malheurs. A peine Adam eut-il désobéi à Dieu et transgressé le précepte qui lui disait:&amp;amp;nbsp; ''Tu peux manger de tous les fruits du jardin, mais ne touche pas à l’arbre de la science du bien et du mal&amp;amp;nbsp;; car le jour où tu mangeras de son fruit tu mourras de mort&amp;amp;nbsp;;'' aussitôt il tomba dans cet affreux malheur qui lui fit perdre la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été créé, et lui-même devint sujet à une foule d’autres maux que le Saint Concile de Trente a énumérés tout au long . D’autre part il ne faut pas oublier que ce péché et son châtiment ne se sont point arrêtés en Adam, mais qu’il a été, lui, comme la source et le principe qui les a fait passer justement à toute sa postérité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant le genre humain étant tombé de si haut, rien ne pouvait le relever et le remettre dans son premier état, ni les forces des hommes, ni celles des Anges. A ses malheurs, à sa ruine il ne restait de remède que le Fils de Dieu Lui-même, avec sa Puissance infinie. Seul Il pouvait, en se revêtant de l’infirmité de notre chair, détruire la malice infinie du péché, et ''nous réconcilier avec Dieu dans son sang''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or la foi et la confession de ce mystère de la Rédemption est, et a toujours été si nécessaire aux hommes pour les conduire au salut, que Dieu a voulu le révéler dès le commencement: Au moment de la condamnation générale qui suivit de si prés le péché, Il fit briller l’espérance de la Rédemption dans les paroles dont Il se servit pour prédire au démon sa propre ruine, par la délivrance même de l’homme:&amp;amp;nbsp; ''Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta race et la sienne. Elle te brisera la tête, et toi tu chercheras à la blesser au talon. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent, dans la suite, Dieu confirma cette promesse, et fit connaître ses desseins d’une manière plus positive, surtout lorsqu’il voulait témoigner à certains hommes une bonté particulière. Abraham entre autres parmi les patriarches, reçut plusieurs fois de Lui la révélation de ce mystère. Mais ce fut principalement à l’heure oh il allait immoler son fils Isaac pour Lui obéir, qu’il Le connut clairement. Dieu lui dit en effet:&amp;amp;nbsp; ''Puisque'' ''vous avez fait cela, et que vous n’avez point épargné votre fils unique, Je vous bénirai, et Je multiplierai votre race comme les étoiles et comme le sable qui est sur le bord de la mer. Votre postérité possédera les villes de vos ennemis, et toutes les nations de la terre seront bénies en votre race, parce que vous avez obéi à ma voix.'' De telles paroles faisaient aisément conclure qu’un des descendants d’Abraham délivrerait un jour le genre humain de l’effroyable tyrannie de Satan, et lui apporterait le salut. Or ce Libérateur annoncé ne pouvait être que le Fils de Dieu, sorti, comme homme, de la race d’Abraham. Peu de temps après, le Seigneur, pour conserver le souvenir de cette promesse, refit la même alliance avec Jacob, petit-fils d’Abraham. En effet ce patriarche vit dans un songe une échelle dont le pied reposait sur la terre, dont le sommet touchait le ciel, et le long de laquelle les Anges de Dieu montaient et descendaient . Et Dieu Lui-même appuyé sur cette échelle lui disait:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''suis le Seigneur Dieu d’Abraham ton père, et le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu dors, Je te la donnerai à toi et à ta postérité, et tes descendants seront comme la poussière de la terre. tu t’étendras vers l’Orient et vers l’Occident, vers le nord et vers le Midi, et toutes les tribus de la terre seront bénies en toi et en ta race. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et dans la suite Dieu continua de renouveler le souvenir de sa promesse et d’exciter l’attente du Sauveur, non seulement chez les descendants d’Abraham, mais chez beaucoup d’autres hommes. Dès que le gouvernement juif, avec sa religion, fut bien établi, le peuple connut plus clairement cette promesse. Car d’une part des objets muets figuraient, et de l’autre des hommes prédisaient les biens extraordinaires que Jésus-Christ notre Sauveur et Rédempteur devait nous apporter. Les Prophètes, dont l’esprit était éclairé par une lumière céleste, annoncèrent d’avance au peuple la naissance du Fils de Dieu, ses œuvres admirables, (œuvres qu’Il a opérées pendant sa vie humaine), sa doctrine, ses mœurs, sa vie, sa mort, sa résurrection. Et tous ses autres mystères. Et ils parlaient clairement de toutes ces choses, comme s’ils les avaient eues sous les yeux. De sorte que si nous supprimons la distance qui existe entre le passé et l’avenir, nous confondrons ensemble les prédictions des Prophètes et les prédications des Apôtres, la Foi des anciens patriarches et notre propre Foi:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est temps d’expliquer chacun des mots de ce second article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — EN JESUS-CHRIST.  ====&lt;br /&gt;
Jésus est le nom propre de celui qui est Dieu et homme tout ensemble. Il signifie Sauveur&amp;amp;nbsp;; et ce n’est ni le hasard, ni le jugement et la volonté des hommes qui Lui ont donné ce nom, mais l’ordre et le dessein même de Dieu. L’Ange Gabriel en effet avait dit à Marie, en annonçant qu’elle serait sa Mère:&amp;amp;nbsp; ''Voilà'' ''que vous concevrez dans votre sein. Et vous enfanterez un fils, et vous L’appellerez du nom de Jésus''. Plus tard ce même Ange, non seulement fit un devoir à Joseph, Époux de la Sainte Vierge, de donner ce nom à l’Enfant, mais encore il lui apprit pourquoi Il devait être ainsi nommé «&amp;amp;nbsp;''Joseph, fils de David'', lui dit-il , ''ne craignez point de prendre avec vous Marie votre épouse, car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et vous L’appellerez du nom de Jésus, parce que c’est Lui qui délivrera son peuple de ses péchés.''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vrai que plusieurs personnages de nos Saintes Écritures ont aussi porté ce nom. tel fut Josué, fils de Navé, qui remplaça Moise, et qui eut le privilège, refusé à son prédécesseur, d’introduire dans la terre promise le peuple que ce dernier avait tiré de la servitude d’Égypte. tel fut également Jésus, fils de Josédech, le grand-prêtre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais n’est-ce pas avec infiniment plus de justesse que ce nom de Jésus convient à notre Sauveur&amp;amp;nbsp;? Lui qui a donné la lumière, la liberté et le salut non plus à un seul peuple, mais à tous les hommes de tous les siècles: qui ne les a pas seulement délivrés de la faim et de la domination de l’Égypte et de Babylone, mais qui les a tirés ''des ombres de la mort où ils étaient assis'', qui a brisé les liens si durs du péché et du démon&amp;amp;nbsp;; qui leur a rendu, après l’avoir reconquis pour eux, le droit à l’héritage du royaume céleste, et les a réconciliés avec Dieu le Père. Les personnages appelés aussi Jésus n’étaient que la figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a comblé le genre humain de tous les bienfaits que nous venons de rappeler. De plus, tous les autres noms sous lesquels les Prophètes avaient prédit que Dieu voulait désigner son Fils, sont renfermés dans le seul nom de Jésus. Car chacun d’eux n’exprime que sous un point de vue spécial le salut qu’Il devait nous apporter, au lieu que le nom de Jésus exprime, à Lui seul, toute l’étendue et tous les effets de la Rédemption du genre humain. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au nom de Jésus on a ajouté celui de Christ qui signifie oint. C’est tout ensemble un titre d’honneur, et un mot qui désigne une fonction. Ce n’est pas un nom propre, car il est commun à beaucoup de personnes. Ainsi, dans l’antiquité, nos pères appelaient ''Christs'' les Prêtres et les rois, parce que, à cause de la dignité de leur charge, Dieu avait ordonné qu’ils reçussent l’onction sacrée. Ce sont les Prêtres en effet qui doivent recommander le peuple à Dieu par des prières assidues, ce sont eux qui Lui offrent des sacrifices et apaisent son courroux par leur intercession. Les rois sont chargés de gouverner les peuples&amp;amp;nbsp;; c’est à eux qu’il appartient de faire respecter les lois, de protéger la vie des innocents et de punir l’audace des coupables. Et comme chacun de ces ministères semble représenter ici-bas la majesté du très Haut, ceux que l’on choisissait pour en faire des Prêtres ou des rois devaient recevoir l’onction de l’huile sainte. Ce fut également la coutume de conférer cette onction aux Prophètes, véritables interprètes et ambassadeurs du Dieu immortel, chargés de nous découvrir les secrets du ciel, et de nous exhorter à la réforme de nos mœurs par des instructions salutaires et par la prédiction de l’avenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or Jésus-Christ notre Sauveur en venant dans le monde a pris tout à la fois ces trois charges, ces trois fonctions de Prophète, de Prêtre et de Roi. Voilà pourquoi Il a reçu le nom de Christ, et l’onction propre à ces trois ministères. Et Il a reçu cette onction non de la main des hommes, mais par la vertu même de son Père céleste, non pas une onction d’huile terrestre, mais d’huile purement spirituelle&amp;amp;nbsp;; c’est-à-dire que la grâce, les dons et la plénitude du Saint-Esprit se répandirent dans son âme très sainte avec une telle abondance, que jamais aucune autre créature ne sera capable de les recevoir à un si haut degré. C’est ce que le Prophète exprime très bien, lorsque s’adressant au Rédempteur Lui-même, il Lui dit:&amp;amp;nbsp; ''Vous'' ''avez aimé la justice et haï l’iniquité&amp;amp;nbsp;; c’est pourquoi Dieu, votre Dieu Vous a donné urge onction de joie plus excellente qu’à tous ceux qui la partagent avec Vous''. C’est ce que nous montre plus clairement encore Isaïe par ces paroles qu’il fait dire au Sauveur:&amp;amp;nbsp; ''L’Esprit'' ''du Seigneur est sur Moi parce que le Seigneur m’a donné l’onction, et qu’Il m’a envoyé pour L’annoncer à ceux qui sont doux. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jésus-Christ a donc été le Prophète et le Maître suprême qui nous a enseigné la volonté de Dieu, et dont la doctrine a fait connaître au monde son Père céleste. Et ce nom de Prophète lui convient avec d’autant plus de vérité et de justice, que tous ceux qui ont eu l’honneur de le porter comme Lui, n’ont été que ses disciples, envoyés spécialement pour annoncer la venue de ce grand Prophète qui, Lui, venait sauver les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Christ a été Prêtre aussi, non selon l’ordre des prêtres de la tribu de Lévi dans l’ancienne Loi, mais comme l’a chanté David:&amp;amp;nbsp; ''Vous'' ''êtes prêtre éternel, selon l’ordre de Melchisédech. ''Saint Paul, dans son épître aux Hébreux, explique cette parole avec le plus grand soin . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin nous reconnaissons en Jésus-Christ un Roi. non seulement comme Dieu, mais comme homme et revêtu de notre propre nature. n’est-ce pas de lui que l’Ange a dit:&amp;amp;nbsp; ''Il régnera à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin.'' Or, ce règne est un règne spirituel et éternel. Il commence sur la terre pour se consommer dans le ciel. Et on peut dire que tous les devoirs que la royauté Lui impose, Jésus-Christ les remplit d’une manière admirable envers son Église Il la gouverne, Il la protège contre les attaques et les embûches de ses ennemis&amp;amp;nbsp;; Il lui communique non seulement la sainteté et la justice, mais encore la force et les moyens de persévérer. Et bien que tous les hommes, bons et méchants, soient également compris dans ce royaume, bien que tous sans exception soient de droit ses sujets et Lui appartiennent, cependant ceux d’entre eux qui observent ses préceptes et mènent une vie pure et innocente, éprouvent d’une manière particulière les effets de la bonté et de la bienfaisance infinie de notre Roi. Au reste si ce royaume Lui est échu, ce n’est ni par droit de succession, parce qu’Il descendait de rois illustres, ni par aucun autre droit humain. II est Roi, parce que Dieu a réuni dans sa personne tout ce que la nature humaine peut renfermer de puissance, de dignité et de grandeur. Oui, c’est Dieu qui a mis entre ses mains l’empire du monde, et si, dès cette vie, Il commence à exercer son autorité sur toutes les créatures, ce n’est qu’au jour du jugement que cette autorité obtiendra une soumission pleine et entière. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — SON FILS UNIQUE.  ====&lt;br /&gt;
Ces mots nous proposent à croire et à contempler en Jésus-Christ des mystères plus sublimes encore, à savoir qu’il est Fils de Dieu, et vrai Dieu comme son Père qui L’a engendré de toute éternité. De plus, nous reconnaissons et confessons en Lui la seconde Personne de la Sainte Trinité, parfaitement égale en toutes choses aux deux autres&amp;amp;nbsp;; car aucune inégalité, aucune dissemblance ne peuvent exister, ni même se concevoir entre les Personnes divines, puisque nous faisons profession de croire qu’elles n’ont toutes trois qu’une seule et même essence, une seule et même Volonté, une seule et même Puissance. nous avons la preuve de cette vérité dans un grand nombre de textes de la Sainte Écriture, mais surtout dans cette parole de Saint Jean, qui est si lumineuse : ''Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais lorsqu’on nous dit que Jésus est le Fils de Dieu, il faut bien nous garder de penser qu’il y a quelque chose de mortel et de terrestre dans sa naissance. L’acte par lequel Dieu le Père engendre son Fils de toute éternité est incompréhensible et dépasse absolument notre intelligence. nous devons le croire fermement, l’honorer avec la plus sincère piété, et, frappés d’étonnement devant un tel mystère, nous écrier avec le Prophète:&amp;amp;nbsp; ''Qui pourra raconter sa génération&amp;amp;nbsp;?'' — Ce qu’il faut donc croire, c’est que le Fils est de même nature que le Père, qu’Il possède la même Puissance et la même Sagesse, ainsi que nous le confessons d’une manière plus explicite dans ces paroles du Symbole de Nicée: ''Et en Jésus-Christ, son Fils unique, né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a coutume d’employer un certain nombre de comparaisons pour essayer d’expliquer le mode et la nature de cette génération éternelle, la plus juste semble être celle qui se tire de la formation de notre pensée dans notre âme. Aussi Saint Jean donne-t-il au Fils de Dieu le nom de Verbe . De même en effet que notre esprit, en se comprenant et en se contemplant, forme de lui-même une image, que les théologiens appellent Verbe, ainsi nous pouvons dire — autant que les choses divines et les choses humaines peuvent se comparer entre elles — que Dieu, en se connaissant et en se contemplant Lui-même, engendre son Verbe éternel. Au reste il est préférable de s’arrêter simplement à ce que la Foi propose, c’est-à-dire croire et confesser avec sincérité que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme tout ensemble&amp;amp;nbsp;; que comme Dieu Il est engendré du Père avant tous les siècles, que comme homme Il est né dans le temps de la Vierge Marie sa mère. toutefois, en admettant cette double naissance, nous ne reconnaissons qu’un seul Fils. Car Jésus-Christ n’est qu’une seule et même Personne, qui réunit en elle la nature divine et la nature humaine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du côté de la génération divine, Il n’a ni frères ni cohéritiers, puisqu’Il est le Fils unique du Père, tandis que nous, nous ne sommes que ses créatures et le fragile ouvrage de ses mains. Du côté de sa génération humaine, il en est beaucoup à qui non seulement Il donne le nom de frères, mais qu’Il traite réellement comme tels, puisqu’Il les admet à partager avec Lui la gloire de l’héritage de son Père. Ce sont ceux qui. L’ont reçu par la Foi, et qui manifestent cette Foi qu’ils professent, par leur conduite et par les ''œuvr''es de la charité. C’est pourquoi l’Apôtre l’appelle ''le premier né d’un grand nombre de frères ''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — NOTRE-SEIGNEUR.  ====&lt;br /&gt;
Parmi toutes les choses que la Sainte Écriture nous dit de notre Sauveur, il n’est pas difficile de reconnaître que les unes Lui conviennent comme Dieu, et les autres comme homme. Car II a reçu nécessairement de ces deux natures distinctes leurs propriétés différentes. Ainsi nous disons de Lui qu’Il est Tout-Puissant, éternel, immense, parce qu’il est Dieu. Et nous disons de Lui qu’Il a souffert, qu’Il est mort, qu’Il est ressuscité, parce que ces vérités ne peuvent s’appliquer évidemment qu’à la nature humaine. Mais il y a certains attributs qui conviennent aux deux natures, comme par exemple le nom de Seigneur que nous Lui donnons ici. Et si ce nom de Seigneur peut s’appliquer à la nature divine et à la nature humaine, c’est avec grande raison que nous appelons Jésus-Christ notre Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, de même qu’Il est Dieu éternel comme le Père, ainsi, comme le Père, Il est le maître de toutes choses. Et comme Lui et son Père ne sont pas l’un un Dieu, et l’autre un autre Dieu, mais absolument le même Dieu, ainsi Lui et son Père ne sont pas deux Seigneurs différents, mais le même Seigneur. Ensuite les raisons ne manquent pas pour Lui faire donner comme homme le nom de Seigneur. En premier lieu, par cela seul qu’Il a été notre Rédempteur et qu’Il nous a délivrés de nos péchés, II a conquis sur nous assez de puissance pour être vraiment notre Seigneur et pour en porter le titre. C’est ce que l’Apôtre nous enseigne:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''s’est humilié Lui-même&amp;amp;nbsp;; Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix: c’est pourquoi Dieu L’a élevé, et Lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchît, au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue reconnût que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu le Père.'' Enfin Lui-même, après sa Résurrection, n’a-t-il pas dit:&amp;amp;nbsp; ''Toute'' ''puissance M’a été donnée au ciel et sur la terre&amp;amp;nbsp;? ''— en second lieu, on L’appelle encore Seigneur, parce qu’Il a réuni en Lui, dans une seule Personne, la nature divine et la nature humaine. Union admirable qui Lui méritait, même sans mourir pour nous, d’être établi comme souverain Seigneur de toutes les créatures en général, et spécialement des Fidèles qui Lui obéissent, et qui Le servent de toute l’affection de leur cœur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur devra donc exhorter les Fidèles à ne jamais perdre de vue, que c’est de Jésus-Christ que nous avons pris notre nom de Chrétiens, que nous ne pouvons ignorer les immenses bienfaits dont Il nous a comblés, puisque Lui-même a bien voulu nous les faire connaître par la Foi, et que, par conséquent nous sommes tenus en conscience, et plus que tous les autres hommes, de nous consacrer pour toujours à notre Rédempteur et Seigneur, et à nous dévouer à Lui, comme des esclaves à leur maître. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous l’avons en effet promis à la porte de l’Église, lorsque nous avons reçu l’initiation chrétienne par le Baptême. nous avons déclaré que nous renoncions à Satan et au monde, pour nous donner entièrement à Jésus-Christ. Mais si, pour mériter d’appartenir à la milice chrétienne, nous avons dû nous vouer à Notre-Seigneur par des serments si solennels et si sacrés, de quel supplice ne serions-nous pas dignes si après être entrés dans l’Église, après avoir connu la Volonté de Dieu et sa Loi, après avoir reçu la grâce des Sacrements, nous avions le malheur de vivre selon les maximes et les préceptes du monde et du démon, comme si, au jour de notre purification baptismale, nous nous étions donnés au monde et au démon et non pas à Jésus-Christ notre Seigneur et notre Rédempteur&amp;amp;nbsp;? Quel cœur ne se sentirait enflammé d’amour pour un Maître si grand, et en même temps si bon pour nous, si dévoué à notre bonheur&amp;amp;nbsp;? Car bien qu’Il nous tienne en sa puissance et sous sa domination, comme des esclaves qu’Il a rachetés par son Sang, cependant Il nous témoigne tant de charité, qu’Il daigne nous appeler ses amis&amp;amp;nbsp; et ses frères, et non point ses esclaves. Voilà sans contredit une des raisons les plus fortes, et peut-être même la meilleure, pour nous obliger à Le reconnaître, à L’honorer et à Le servir toujours, comme notre véritable Seigneur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre quatrième — Du troisième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''QUI A ÉTÉ CONÇU DU SAINT-ESPRIT, EST NÉ DE LA VIERGE MARIE. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les explications que nous venons de donner (dans l’article précédent) sont très suffisantes pour faire comprendre aux Fidèles quelle grâce immense et quel bienfait signalé Dieu a accordés au genre humain, en nous arrachant à la servitude du plus cruel tyran, et en nous rendant la liberté. Mais si cous réfléchissons aux voies et moyens qu’Il a employés spécialement pour arriver à ce but, nous ne trouverons rien de plus frappant, rien de plus magnifique que sa bonté et sa libéralité envers nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sera donc dans ce troisième article que le Pasteur commencera à montrer la grandeur de ce Mystère que l’Écriture Sainte nous invite si souvent à méditer, comme le fondement même de notre Salut. Et d’abord, il enseignera, suivant le sens des paroles qui l’expriment, que nous croyons, et faisons profession de croire que Jésus-Christ notre Seigneur et le Fils unique de Dieu, en prenant pour nous un corps humain dans le sein d’une Vierge, n’a pas été conçu comme les autres hommes, humainement, mais par une intervention surnaturelle, par la vertu seule du Saint-Esprit . De sorte que la même Personne demeurant Dieu, comme elle l’était de toute éternité, est devenue homme ce qu’elle n’était pas auparavant . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui prouve clairement que ces paroles ont bien ce sens, c’est la profession de foi du Saint Concile de Constantinople: ''Jésus-Christ, dit-il, est descendu des cieux pour nous autres hommes, et pour notre salut&amp;amp;nbsp;; Il s’est incarné dans le sein de la Vierge Marie, par le Saint-Esprit, et Il s’est fait homme. ''C’est également de cette manière que Saint Jean l’Évangéliste a expliqué ce profond mystère. Il en avait puisé la connaissance sur le sein même du Sauveur. Après avoir déclaré la nature du Verbe divin en ces termes:&amp;amp;nbsp; ''Au'' ''commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu, ''il termine par ceux-ci: ''et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous.'' En effet le Verbe, qui est une des Personnes divines, a pris la nature humaine d’une manière si complète, que les deux natures n’ont plus fait en Lui qu’une seule et même hypostase, une seule et même Personne. Et toutefois dans cette admirable union, chacune des deux natures a conservé ses opérations et ses propriétés, et l’illustre Pontife Saint Léon a eu raison de dire: La gloire de la nature divine n’a point absorbé la nature humaine, et l’élévation de la nature humaine n’a rien fait perdre à la nature divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QUI A ÉTÉ CONÇU DU SAINT-ESPRIT.  ====&lt;br /&gt;
Mais comme il est essentiel de bien expliquer les mots, le Pasteur aura soin d’enseigner que si nous disons que le Fils de Dieu a été conçu du Saint-Esprit, nous ne prétendons pas dire pour cela que cette Personne de la Sainte Trinité ait seule opéré le mystère de l’Incarnation. II est vrai que le Fils seul a pris la nature humaine, mais les trois Personnes divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont eu part à ce Mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est en effet une règle absolue de la Foi chrétienne que dans les choses que Dieu fait hors de Lui, tout est commun aux trois Personnes&amp;amp;nbsp;; que l’une n’agit point sans l’autre. La seule chose qui ne soit pas commune aux trois Personnes divines, et qui ne puisse pas l’être, c’est le mode de procession. En effet, le Fils n’est engendré que du Père, tandis que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Mais dans tout ce qu’elles produisent hors d’elles. les trois Personnes agissent également et sans aucune différence. Et ceci s’applique précisément au mystère de l’Incarnation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en est pas moins vrai que parmi les choses qui sont communes aux trois Personnes, c’est un usage dans nos Saints Livres, d’attribuer les unes à telle Personne, les autres à telle autre, par exemple au Père la souveraine Puissance, au Fils la Sagesse, et l’Amour au Saint-Esprit. Et comme le mystère de l’Incarnation est la preuve sans réplique de l’amour immense et particulier que Dieu a pour nous, c’est pour cela que nous l’attribuons spécialement au Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au reste, il convient de remarquer que dans ce mystère certaines choses sont au-dessus de la nature, tandis que d’autres lui sont entièrement conformes. Ainsi nous croyons que le corps de Jésus-Christ a été formé du sang très pur de la Vierge sa mère. Et nous ne voyons en cela qu’une ''œuvr''e purement naturelle, car c’est le propre de tout corps humain d’être formé du sang de la mère. Mais ce qui dépasse l’ordre naturel et même l’intelligence de l’homme, c’est que la Bienheureuse Vierge n’eut pas plus tôt donné son consentement aux paroles de l’Ange, en disant:&amp;amp;nbsp; V''oici'' ''la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole'', que sur-le-champ le corps très saint de Jésus-Christ fut formé en elle, qu’une âme jouissant pleinement de la raison fut unie à ce corps et que dans un seul et même instant Il fut Dieu parfait et homme parfait. Or personne ne saurait douter que cet effet si extraordinaire et si admirable ne soit l’œuvre du Saint Esprit. Car selon les lois ordinaires de la nature, l’âme raisonnable ne vient s’unir au corps qu’après un temps déterminé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui n’est pas moins digne de notre admiration, c’est que, au moment même où l’âme de Jésus-Christ s’unissait à son corps, la divinité s’unissait également à l’un et à l’autre: et ainsi comme le corps fut aussitôt animé que formé, de même aussitôt la divinité fut unie au corps et à l’âme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’où il suit que dans le même instant Jésus-Christ fut Dieu parfait et homme parfait, et que la très Sainte Vierge put vraiment et proprement être appelée Mère de Dieu, et Mère d’un homme, puisque dans le même moment elle avait conçu un Dieu homme. C’est ce que l’Ange lui avait bien marqué, en lui disant:&amp;amp;nbsp; ''Voilà'' ''que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et on L’appellera Fils du Très Haut''. L’événement d’ailleurs ne faisait que confirmer la prophétie d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; Une Vierge concevra et enfantera un fils. Sainte Élisabeth avait la même pensée, lorsque, remplie du Saint-Esprit et instruite par Lui de la conception du Fils de Dieu, elle disait à Marie:&amp;amp;nbsp; ''D’où'' ''me vient ce bonheur que la mère de mon Dieu daigne venir me visiter&amp;amp;nbsp;? ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais de même que le corps de Jésus-Christ fut formé, comme nous venons de le dire, du plus pur sang de la plus pure des Vierges, et cela non humainement, niais par la vertu seule du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; de même aussi son âme, dès le premier instant de sa conception, reçut la plénitude de l’Esprit de Dieu, avec l’abondance de tous ses dons. Car, selon le témoignage de Saint Jean,&amp;amp;nbsp; ''Dieu ne Lui donna pas son esprit avec mesure'', comme Il fait pour les autres hommes qu’Il veut bien enrichir et sanctifier par sa grâce, mais Il versa dans son âme une telle abondance de grâces, ''qu’il nous est possible à tous de recevoir de sa plénitude.''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant il ne faut pas dire que Jésus-Christ est le Fils adoptif de Dieu, quoiqu’Il ait reçu cet esprit qui confère aux Saints la qualité d’enfants adoptifs de Dieu. Il est Fils de Dieu par nature, et dès lors ni la grâce de l’adoption, ni le titre de fils adoptif ne peuvent aucunement Lui convenir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Telles sont les explications que nous avons cru devoir donner sur l’admirable Mystère de la conception du Fils de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et si les Fidèles veulent en retirer des fruits salutaires, ils doivent se rappeler souvent et méditer dans leur cœur ces vérités si importantes: que Celui qui a pris notre chair est Dieu, qu’Il s’est fait homme d’une manière si surnaturelle que notre esprit ne peut comprendre ce mystère, et encore moins l’expliquer&amp;amp;nbsp;; qu’enfin Il a voulu se faire homme, pour nous faire redevenir enfants de Dieu. Et après avoir bien réfléchi, et avec attention, sur les mystères renfermés dans cet article, qu’ils s’appliquent à les croire et à les adorer d’un cœur humble et soumis, sans chercher à les scruter et à les pénétrer. (Ces sortes de curiosités sont rarement sans danger.) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — QUI EST NÉ DE LA VIERGE MARIE ====&lt;br /&gt;
C’est la seconde partie de notre article. Le Pasteur l’expliquera avec le plus grand soin. Car les Fidèles Sont obligés de croire, non seulement que Notre-Seigneur Jésus Christ a été conçu par l’opération du Saint-Esprit, mais encore qu’il est né de la Vierge Marie, et que «&amp;amp;nbsp;est elle qui L’a mis au monde. C’est avec une joie profonde et une vive allégresse que nous devons méditer ce mystère de notre Foi. La parole de l’Ange qui le premier en fit con naître au monde l’heureux accomplissement nous y invite. Je vous annonce, dit-il,&amp;amp;nbsp; ''un grand sujet de joie pour tout le peuple''. Et avec cette parole, le cantique des Anges:&amp;amp;nbsp; ''Gloire'' ''à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté''. Alors en effet commençait à s’accomplir la magnifique promesse que Dieu avait faite à Abraham&amp;amp;nbsp; de bénir un jour toutes les nations dans sa postérité. Car Marie que nous reconnaissons hautement et que nous honorons comme véritable Mère de Dieu, puisque la personne qu’elle a enfantée est Dieu et homme tout ensemble, Marie descendait de David. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si la conception du Sauveur est au-dessus de toutes les lois de la nature, sa naissance ne l’est pas moins&amp;amp;nbsp;; elle est divine. Et ce qui est absolument prodigieux, ce qui dépasse toute pensée et toute parole, c’est qu’il est né de sa Mère qui est demeurée toujours Vierge. De même que plus tard Il sortit de son tombeau, sans briser le sceau qui Le tenait fermé, de même qu’il entra, les portes fermées, dans la maison où étaient ses disciples, de même encore — pour prendre nos comparaisons dans les phénomènes ordinaires — que les rayons du soleil traversent le verre sans le briser ni l’endommager, ainsi, mais d’une manière beaucoup plus merveilleuse, Jésus-Christ naquit de sa Mère qui conserva le privilège de la Virginité. nous avons donc bien raison d’honorer Marie à la fois comme Mère et comme Vierge. Ce privilège inouï fut l’œuvre de l’Esprit Saint, suivant la profession de foi du Saint Concile de Constantinople citée plus haut: «&amp;amp;nbsp;Jésus-Christ s’est incarné dans le sein de la Vierge Marie, par le Saint-Esprit, et Il s’est fait homme&amp;amp;nbsp;». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Apôtre Saint Paul appelle quelquefois Jésus-Christ ''le nouvel Adam'', et Le compare au premier. En effet, de même que tous les hommes sont morts dans celui-ci,&amp;amp;nbsp; ainsi tous sont rappelés à la vie dans Celui-là. Et de même encore que le premier a été le père du genre humain, selon l’ordre de la nature, de même le second est pour tous les hommes l’Auteur de la grâce et de la gloire. Par analogie, nous pouvons également comparer la Vierge-Mère à Eve, et montrer les rapports qui existent entre la première Eve, et Marie qui est la seconde&amp;amp;nbsp;; comme nous venons de le faire entre le premier Adam et le second qui est Jésus-Christ. Eve, en croyant au serpent,&amp;amp;nbsp; attira sur le genre humain la malédiction et la mort&amp;amp;nbsp;; Marie, en ajoutant foi aux paroles de l’Ange, obtint pour les hommes, de la bonté de Dieu, la bénédiction et la vie.&amp;amp;nbsp; Par Eve, nous naissons enfants de colère&amp;amp;nbsp;; par Marie, nous recevons Jésus-Christ, qui nous fait renaître enfants de la grâce. A Eve il a été dit:&amp;amp;nbsp; tu enfanteras dans la douleur&amp;amp;nbsp;; Marie donne naissance à notre Seigneur Jésus-Christ et elle ne souffre pas, et, comme nous l’avons dit tout à l’heure, elle conserve le privilège de la Virginité parfaite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais puisque la conception et la naissance du Rédempteur devaient renfermer des merveilles si grandes et si profondes, ne convenait-il pas que la divine Providence nous en instruisît d’avance par des figures nombreuses et des oracles formels&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi les Saints Docteurs ont appliqué à ce mystère beaucoup de textes de la Sainte Écriture, et principalement ceux-ci:&amp;amp;nbsp; ''cette'' ''porte du sanctuaire qu’Ezéchiel vit fermée''&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; ''cette pierre qui, dans Daniel se détache de la montagne, sans que les hommes y mettent la main, et devient elle-même une grande montagne qui couvre toute la terre''&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; ''cette verge d’Aaron qui fleurit seule au milieu de toutes les verges des chefs d’Israël''&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; enfin ''ce buisson que Moïse vit brûler sans se consumer. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant à la naissance même du Sauveur, elle est racontée par Saint Lue dans tous ses détails. nous n’avons donc pas à y insister ici davantage. Le Pasteur la trouvera dans cet Évangéliste Ce qui devra l’occuper surtout sera de graver fortement dans l’esprit et le cœur des Fidèles la connaissance de ces mystères qui ont été écrits pour notre instruction&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; afin que d’une part, le souvenir d’un si grand bienfait les porte à la reconnaissance envers Dieu, qui en est l’auteur, et d’autre part, que le spectacle d’une humilité si étonnante et si parfaite, devienne pour eux un exemple à imiter. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, quoi de plus utile, quoi de plus propre à réprimer l’orgueil et la vanité de notre esprit, que la pensée fréquente (et comme la vue) d’un Dieu qui s’humilie jusqu’à communiquer sa gloire aux hommes, et se revêtir de leur faiblesse et de leur fragilité&amp;amp;nbsp;? d’un Dieu qui daigne se faire homme&amp;amp;nbsp;? d’une Majesté souveraine et infinie qui s’abaisse à servir l’homme, pendant que les colonnes du ciel, comme dit l’Écriture&amp;amp;nbsp; ''tremblent de frayeur au moindre signe de sa Volonté'', et qui consent à naître et à vivre sur la terre, pendant que les Anges L’adorent dans le ciel&amp;amp;nbsp;? Or, puisque c’est pour nous que Dieu a fait toutes ces choses, que ne devons-nous pas faire, nous, de notre côté, pour Lui obéir&amp;amp;nbsp;? Avec quel empressement, avec quelle allégresse ne devons-nous pas aimer, embrasser et remplir tous les devoirs que l’humilité nous impose&amp;amp;nbsp;? Ah&amp;amp;nbsp;! de grâce, recueillons les salutaires leçons que Jésus-Christ nous donne en naissant, et avant même d’avoir prononcé une seule parole&amp;amp;nbsp;! Il naît pauvre&amp;amp;nbsp;; Il naît comme un étranger, dans un lieu qui ne Lui appartient pas&amp;amp;nbsp;; Il naît dans une vile étable&amp;amp;nbsp;; Il naît au milieu de l’hiver. Car voici ce que nous rapporte Saint Luc:&amp;amp;nbsp; ''Pendant'' ''qu’ils étaient là, il arriva que le temps s’accomplit où elle devait enfanter, et elle mit au monde son fils premier-né&amp;amp;nbsp;; elle l’enveloppa de langes, et elle le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait point de place pour Lui dans l’hôtellerie.'' L’évangéliste pouvait-il cacher sous des termes plus humbles, cette majesté et cette gloire qui remplissent le ciel et la terre&amp;amp;nbsp;? Il ne dit pas seulement ''qu’il n’y avait point de place dans l’hôtellerie'', mais ''qu’il n’y en avait point pour Lui'', pour Celui qui a dit:&amp;amp;nbsp; ''La'' ''terre est à Moi et tout ce qu’elle renferme''. Et un autre Évangéliste a dit également:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''est venu chez lui, et les siens ne L’ont pas reçu. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En contemplant ces mystères, les Fidèles n’oublieront pas que si Dieu a daigné se revêtir de la bassesse et de l’infirmité de notre nature, c’était pour élever le genre humain au plus haut degré de gloire. En effet, pour bien comprendre l’éminente dignité, même la supériorité que Dieu, dans sa bonté, a voulu accorder à l’homme, ne suffit-il pas de reconnaître que Jésus-Christ, qui est véritablement Dieu, est aussi véritablement homme&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cela est si vrai qu’il nous est permis de nous glorifier que le Fils de Dieu est réellement notre chair et nos os, privilège qui n’appartient pas aux esprits bienheureux, car dit l’apôtre,&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ ne s’est point approprié la nature angélique, mais celle des enfants d’Abraham.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin prenons garde qu’il ne nous arrive pour notre malheur ce qui arriva à Bethléem, et que, comme notre Seigneur ne trouva point de place dans l’hôtellerie pour y naître, de même Il n’en trouve pas davantage dans nos cœurs pour y prendre naissance, non plus selon la chair, mais selon l’esprit. Car Il souhaite ardemment de venir en nous, à cause de l’extrême désir qu’il a de notre salut. Et de même encore qu’il s’est fait homme, qu’Il est né, qu’il a été sanctifié, qu’il a été la sainteté même par la vertu du Saint-Esprit, et d’une manière toute surnaturelle, ainsi ''il faut que nous naissions ''&amp;amp;nbsp;''non du sang et de la volonté de la chair, mais de Dieu&amp;amp;nbsp;; qu’ensuite''&amp;amp;nbsp; ''nous marchions comme des créatures nouvelles dans un esprit nouveau'', et que nous conservions cette sainteté et cette pureté de cœur, qui conviennent si bien à des hommes régénérés par l’esprit de Dieu. De cette manière nous pourrons reproduire en nous-mêmes ''quelque image de cette Conception et de cette naissance si sainte du Fils de Dieu'', que nous croyons d’une Foi ferme, et que nous adorons et admirons en même temps comme ''la Sagesse de Dieu ''&amp;amp;nbsp;''qui est cachée dans ce Mystère''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre cinquième — Du quatrième article du Symbole  ===&lt;br /&gt;
'''QUI A SOUFFERT SOUS PONCE PILATE, A ÉTÉ CRUCIFIÉ, EST MORT, ET A ÉTÉ ENSEVELI. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour montrer combien la connaissance de cet article est nécessaire, et avec quel zèle le Pasteur doit exhorter les Fidèles à se rappeler le plus souvent possible la Passion du Sauveur, il suffit de citer ces paroles du grand Apôtre dans lesquelles&amp;amp;nbsp; ''il fait profession de ne savoir rien autre chose que Jésus-Christ crucifié.'' Le Pasteur devra donc employer tous ses soins et tous ses efforts à bien faire ressortir cette vérité, afin que le souvenir d’un si grand bienfait fasse impression sur les Fidèles et les porte à reconnaître et à admirer sans réserve la bonté et l’amour de Dieu pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — QUI A SOUFFERT SOUS PONCE-PILATE  ====&lt;br /&gt;
La première partie de cet article (on parlera de la seconde un peu plus loin) nous propose à croire que notre Seigneur Jésus-Christ a été crucifié dans le temps où Ponce Pilate gouvernait la Judée, au nom de l’empereur Tibère. En effet Il fut arrêté, accablé de railleries et d’injures, tourmenté de diverses manières, et enfin attaché à une croix. Et il n’est pas permis de douter que son âme, dans sa partie inférieure, n’ait été sensible à ces tourments. Car par le seul fait qu’Il avait revêtu la nature humaine, nous sommes obligés de reconnaître qu’Il ressentit dans son âme la plus vive douleur. Aussi dit-il Lui-même:&amp;amp;nbsp; ''mon'' ''âme est triste à en mourir''. Sans doute la nature humaine se trouvait unie en Lui à une personne divine, mais il n’en est pas moins vrai qu’Il souffrit toute l’amertume de sa Passion, comme si cette union n’avait pas existé. Les propriétés des deux natures furent conservées dans la Personne unique de Jésus-Christ. Par conséquent ce qui, en Lui, était passible et mortel, demeura passible et mortel&amp;amp;nbsp;; et ce qui était impassible et immortel, c’est-à-dire la nature divine, ne perdit rien de ses qualités essentielles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au soin particulier avec lequel on a voulu rappeler ici que Jésus-Christ souffrit dans le temps où Ponce Pilate gouvernait la Judée, réduite en province romaine, le Pasteur ne manquera pas d’en donner la raison&amp;amp;nbsp;; c’est que la connaissance d’un événement si considérable, et en même temps si nécessaire pour l’humanité, devenait beaucoup plus facile pour tous, en précisant l’époque certaine de son accomplissement. C’est ce que l’Apôtre Saint Paul avait fait.&amp;amp;nbsp; De plus, il faut voir dans ces paroles l’accomplissement de cette prophétie du Sauveur disant de Lui-même:&amp;amp;nbsp; ''Ils'' ''le livreront aux Gentils pour être outragé, flagellé et crucifié''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut également par un conseil particulier de Dieu qu’Il voulut mourir sur une croix. Ne fallait-il pas ''que la vie nous revînt par où la mort nous était venue&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp; Le serpent qui avait triomphé de nos premiers parents avec le fruit d’un arbre, fut vaincu à son tour par Jésus-Christ sur l’arbre de la Croix. Les Saints Pères ont longuement développé un bon nombre de raisons que nous pourrions reproduire, pour faire comprendre toutes les convenances de ce genre de mort, plutôt que tout autre. Mais le Pasteur avertira les Fidèles qu’il leur suffit de croire que Jésus-Christ a choisi la Croix pour y mourir, parce qu’il la trouvait la plus convenable et la mieux appropriée à la Rédemption du genre humain. En effet, il n’y avait rien de plus honteux ni de plus humiliant. Et ce n’étaient pas seulement les païens qui regardaient ce supplice comme abominable, et Plein de honte et d’infamie&amp;amp;nbsp;; la loi de Moïse elle-même prononçait l’''anathème contre celui qui est pendu au bois''.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur n’oubliera pas non plus de raconter l’histoire des souffrances de Jésus-Christ, si soigneusement décrites par les Évangélistes. tout au moins il fera connaître aux Fidèles les points principaux de ce mystère, c’est-à-dire ceux qui semblent plus nécessaires pour confirmer la vérité de notre Foi. C’est sur cet article en effet, que la Foi et la Religion chrétienne reposent comme sur leur base. Si l’on a soin de bien l’établir, tout le reste se soutient parfaitement. Car si l’esprit humain trouve ailleurs des difficultés, c’est sans contredit dans le mystère de la Rédemption qu’il en rencontre le plus. nous avons peine à concevoir que notre salut dépende de la Croix et de Celui qui s’y laissa clouer pour notre amour. Mais c’est en cela même, selon l’enseignement de l’Apôtre, qu’il faut admirer la souveraine Providence de Dieu. Car&amp;amp;nbsp; ''voyant que le monde, avec sa sagesse, ne L’avait point reconnu dans les œuvres de sa divine Sagesse, il lui a plu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient''. Il n’y a donc pas lieu d’être surpris que les Prophètes, avant son arrivée dans le monde et les Apôtres, après sa Mort et sa Résurrection, aient fait tant d’efforts pour persuader aux hommes que Jésus-Christ est leur Rédempteur, et pour les amener à reconnaître la puissance de ce Crucifié, et à Lui obéir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut dire que le mystère de la Croix, humainement parlant, est plus que tout le reste, en dehors des conceptions de la raison&amp;amp;nbsp;; voilà pourquoi, depuis le péché d’Adam, Dieu n’a point cessé d’annoncer la mort de son Fils, tantôt par des figures, tantôt par des oracles de ses Prophètes. Ainsi, pour dire un mot des figures, Abel&amp;amp;nbsp; tué par la jalousie de son frère, Isaac&amp;amp;nbsp; offert par son père en sacrifice, l’agneau&amp;amp;nbsp; immolé par les Hébreux à leur sortie d’Égypte, le serpent&amp;amp;nbsp; d’airain que Moïse fit élever dans le désert, voilà bien autant de figures qui représentaient par avance la Passion et la Mort de notre Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! Quant aux Prophètes, presque tous les ont prédites&amp;amp;nbsp;; et leurs prophéties sont trop connues pour que nous ayons à les rapporter ici. Mais outre celles de David , qui a embrassé dans ses Psaumes tous les mystères de notre Rédemption, est-il possible d’en trouver de plus claires et de plus évidentes que celles d’Isaïe&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; et ne dirait-on pas que ce voyant raconte des faits accomplis, bien plus qu’il ne prophétise des événements futurs&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — EST MORT, ET A ÉTÉ ENSEVELI.  ====&lt;br /&gt;
Le Pasteur enseignera que ces paroles nous obligent à croire que Jésus-Christ, après avoir été crucifié, mourut véritablement et fut enseveli. Et ce n’est pas sans raison que les Apôtres ont fait de cette vérité un article spécial de leur ''Credo''. Car il s’est trouvé des hommes, et en certain nombre, pour soutenir que notre Seigneur n’était pas mort sur la Croix. Les Apôtres, ces personnages si saints et si vénérables, ont donc fait preuve de sagesse en établissant ce point particulier de notre Foi pour repousser cette erreur. Du reste, l’authenticité du fait ne laisse aucune place au doute. tous les Évangélistes sont d’accord pour dire que Jésus-Christ ''rendit l’esprit.'' Au surplus, notre Sauveur étant vraiment et parfaitement homme pouvait par là même mourir véritablement. Or l’homme meurt, lorsque son âme se sépare de son corps. Ainsi lorsque nous disons que Jésus-Christ est mort, nous entendons que son âme a été séparée de son Corps. Mais nous n’admettons pas que la Divinité en ait été séparée. non, car nous croyons fermement, au contraire, et nous faisons profession de croire qu’après la séparation du Corps et de l’Âme, la divinité demeura inviolablement unie au Corps dans le sépulcre, et à l’Âme dans les enfers. Or&amp;amp;nbsp; ''Il convenait que le Fils de Dieu mourût, afin que par sa mort, Il détruisît celui qui avait l’empire de la mort, c’est-à-dire le démon, et qu’Il délivrât ceux que la crainte de la mort tenait pendant toute la vie dans un état de servitude''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qu’il y a d’extraordinaire dans la Mort de Jésus-Christ, c’est qu’Il mourut précisément en Maître de la mort, au moment même où Il avait décrété de mourir, et de plus que sa mort fut l’effet de sa volonté, et non de la violence de ses ennemis. Il avait, en effet, non seulement réglé et arrêté sa mort, mais encore Il en avait fixé le lieu et le moment. Isaïe avait dit de Lui:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''a été offert (c’est-à-dire immolé), parce qu’Il l’a voulu''. Lui-même, avant sa Passion disait à son tour:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''laisse mon âme pour la reprendre de nouveau. Personne ne Me l’enlève mais je la quitte de Moi-même. J’ai le pouvoir de la quitter, et J’ai le pouvoir de la reprendre''. Et pour le temps et le lieu de sa mort, voici comment Il s’en explique lorsque Hérode Lui tendait des embûches pour Le faire périr:&amp;amp;nbsp; ''Allez'' ''dire à ce renard — Je chasse les démons, et J’opère des guérisons aujourd’hui et demain et le troisième jour Je mourrai. Et cependant il faut que Je marche aujourd’hui et demain et le jour suivant: car il ne faut pas qu’un Prophète périsse hors de Jérusalem''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce ne fut donc ni malgré Lui ni par contrainte, ce fut au contraire par sa pleine volonté qu’Il s’offrit Lui-même, et qu’il dit en s’avançant vers ses ennemis:&amp;amp;nbsp; ''c’est'' ''Moi''&amp;amp;nbsp;! et ce fut de son plein gré qu’Il endura tous les tourments injustes et cruels dont ils L’accablèrent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n’est plus capable de nous émouvoir et de nous toucher profondément que le souvenir et la méditation de toutes ses souffrances et de toutes ses tortures. Si quelqu’un avait souffert pour nous toutes sortes de douleurs, non pas volontairement, mais par nécessité et par contrainte, peut-être pourrions-nous ne voir dans ces souffrances qu’un bienfait relatif. Mais au contraire, s’il s’agissait de quelqu’un qui, pour nous, uniquement pour nous, aurait bien voulu souffrir la mort de son plein gré, et lorsqu’Il pouvait s’y soustraire, ce trait de bonté serait si beau et si grand, que le cœur le plus reconnaissant, non seulement ne saurait exprimer, mais même ressentir, toute la gratitude qu’Il mériterait. Quelle est donc l’excellence de la charité de Jésus-Christ envers nous, et comment mesurer tout ce qu’il y a d’immense et de divin dans le bienfait de la Rédemption&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous confessons ensuite qu’Il a été enseveli. Mais nous ne considérons pas ces paroles comme une vérité particulière qui offrirait des difficultés nouvelles, après les explications que nous avons données sur sa mort. En effet dès lors que nous croyons que Jésus-Christ est véritablement mort, il n’est plus difficile de nous persuader qu’Il a été enseveli. Si donc on a ajouté ces mots, c’est d’abord afin de supprimer tout prétexte de doute sur sa mort, car l’une des plus grandes preuves de la mort d’un homme, c’est le fait même de sa sépulture. C’est en second lieu afin de rendre plus sensible et plus éclatant le miracle de sa Résurrection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais par ces paroles nous ne reconnaissons pas seulement que le Corps de Jésus-Christ a été enseveli, nous admettons de plus, et surtout ainsi que l’Église nous le propose à croire , que c’est un Dieu qui a reçu la sépulture, comme nous disons en toute vérité, selon la règle de la Foi catholique, que Dieu est mort, que Dieu est né d’une Vierge. Et de fait, puisque la Divinité de Jésus-Christ n’a pas été séparée de son Corps renfermé dans le tombeau, nous avons le droit de dire que Dieu a été enseveli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui regarde le genre et le lieu de cette sépulture, le Pasteur se contentera du texte des saints Évangiles. toutefois il fera ici deux observations très importantes: la première, que le Corps de Jésus-Christ dans le tombeau fut exempt de toute corruption, ainsi que le Prophète l’avait annoncé en ces termes:&amp;amp;nbsp; ''Vous ne permettrez point, Seigneur, que votre Saint éprouve la corruption''. La seconde, c’est que toutes les parties de cet article, la Sépulture, la Passion et la Mort ne conviennent à Jésus-Christ qu’en tant qu’Il est homme, et non en tant qu’Il est Dieu. Car la souffrance et la mort sont le triste apanage de la nature humaine. Cependant ces choses sont attribuées à Dieu dans le Symbole, parce qu’il est clair qu’on peut les dire avec raison de la Personne qui est tout à la fois Dieu parfait et homme parfait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CAUSES DE LA MORT DE JÉSUS-CHRIST.  ====&lt;br /&gt;
Ces vérités ainsi exposées, les Pasteurs auront soin de développer, sur la Passion et la mort de Jésus-Christ, certaines considérations propres à faire méditer aux Fidèles, la profondeur d’un si grand mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, ils diront quel est Celui qui a enduré toutes ces souffrances. C’est Celui dont la dignité est telle que nous ne pouvons ni la comprendre ni l’expliquer -, Celui dont Saint Jean a dit&amp;amp;nbsp; qu’Il ''est le Verbe qui était en Dieu&amp;amp;nbsp;;'' Celui dont l’Apôtre Saint Paul a fait ce magnifique éloge , ''qu’il a été établi de Dieu héritier de toutes choses, que les siècles ont été faits par Lui&amp;amp;nbsp;; qu’Il est la splendeur de la gloire et le caractère de la substance du Père&amp;amp;nbsp;; qu’Il soutient tout par la parole de sa Puissance, qu’Il nous a purifiés de nos péchés, et qu’en conséquence, Il est assis à la droite de la Majesté suprême, au plus haut des cieux''. Et, pour tout dire en un mot, Celui qui a souffert pour nous, c’est Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble. Oui, c’est le Créateur qui souffre pour ses créatures&amp;amp;nbsp;; c’est le Maître qui souffre pour ses esclaves. C’est Celui qui a créé les Anges, les hommes, le ciel et tous les éléments, enfin&amp;amp;nbsp; ''Celui en qui, par qui, et de qui toutes ces choses subsistent.'' Il ne faut donc pas nous étonner que lorsque l’Auteur de la nature fut si violemment agité par tant de tourments, l’édifice tout entier n’ait été ébranlé, et que, selon le récit de l’Écriture,&amp;amp;nbsp; ''la terre ait tremblé, que les rochers se soient fendus, que les ténèbres aient couvert toute la surface de la terre, et que le soleil se soit obscurci.'' Mais si ces créatures muettes et insensibles ont pleuré la mort de leur Créateur, quelles larmes ne doivent pas verser les Fidèles, et de quelle douleur ne doivent-ils pas être pénétrés, eux qui sont&amp;amp;nbsp; ''les pierres vivantes ''de la maison de Dieu&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut ensuite exposer les causes de la Passion, afin de rendre plus frappantes encore la grandeur et la force de l’Amour de Dieu pour nous. Or, si on veut chercher le motif qui porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, ceux qu’ils commettront encore jusqu’à la consommation des siècles. En effet le Fils de Dieu notre Sauveur eut pour but dans sa Passion et dans sa Mort de racheter et d’effacer les péchés de tous les temps, et d’offrir à son Père pour ces péchés une satisfaction abondante et complète. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d’ajouter, pour donner plus de prix à son Sacrifice, que non seulement ce divin Rédempteur voulut souffrir pour les pécheurs, mais que les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’Il endura. C’est la remarque de l’Apôtre Saint Paul dans son épître aux Hébreux:&amp;amp;nbsp; ''Pensez'', dit-il, ''en vous-mêmes à Celui qui a Souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs élevés contre Lui, afin que vous ne vous découragiez point, et que vous ne tombiez point dans l’abattement. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sur ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal&amp;amp;nbsp; ''crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion''. Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; ''s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. ''Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin la Sainte Écriture nous enseigne que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été livré à la mort par son Père et par Lui-même. Le Prophète Isaïe fait dire à Dieu le Père:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''L’ai frappé à cause du crime de mon peuple''. Et, quelques lignes plus haut, le même Prophète plein de l’Esprit de Dieu, voyant dans l’avenir le Sauveur couvert de plaies et de blessures, s’écriait:&amp;amp;nbsp; ''Nous nous sommes tous égarés comme des brebis. Chacun de nous a suivi sa voie, et le Seigneur a mis sur Lui les iniquités de nous tous.'' Puis en parlant de Dieu le Fils, il dit:&amp;amp;nbsp; ''S’Il'' ''sacrifie sa vie pour le péché, Il verra une longue postérité.'' Et l’Apôtre Saint Paul confirme cette vérité par des paroles encore plus décisives, tout en voulant nous montrer d’ailleurs ce que nous avons à espérer de la Miséricorde et de la Bonté infinie de Dieu:&amp;amp;nbsp; ''Celui, dit-il, qui n’a pas épargné son Propre Fils, mais qui L’a libéré pour nous tous, comment, avec Lui, ne nous aurait-il pas aussi donné toutes choses&amp;amp;nbsp;? ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — DOULEURS DE JÉSUS-CHRIST DANS SON CORPS ET DANS SON AME.  ====&lt;br /&gt;
Ici le Pasteur devra expliquer combien furent cruelles les douleurs de la Passion. Hélas&amp;amp;nbsp;! nous n’avons qu’à nous rappeler&amp;amp;nbsp; cette sueur qui coulait du corps du Sauveur jusqu’à terre en gouttes de sang, à la pensée des tortures et des supplices qui L’attendaient pour comprendre qu’il était impossible de rien ajouter à de pareilles souffrances. Car si la seule pensée des tourments qui Le menaçaient fut assez douloureuse pour exciter en Lui une sueur de sang, que ne souffrit-Il pas lorsqu’Il les endura réellement&amp;amp;nbsp;? Il est donc bien certain que notre Seigneur Jésus-Christ ressentit dans son Corps et dans son Âme les plus cruelles douleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord il n’y eut aucune partie de son Corps qui n’éprouvât des tourments extrêmes. Ses pieds et ses mains furent cloués à la Croix, sa tête fut percée par la couronne d’épines et frappée à coups de roseau&amp;amp;nbsp;; son visage fut souillé de crachats, et meurtri par les soufflets&amp;amp;nbsp;; tout son Corps enfin fut battu de verges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas tout. Des hommes de tous rangs et de toutes conditions&amp;amp;nbsp; ''conspirèrent contre le Seigneur et contre son Christ''. Juifs et Gentils furent également les instigateurs, les auteurs et les ministres de sa Passion.&amp;amp;nbsp; Judas Le trahi. Pierre Le renia. tous ses autres disciples L’abandonnèrent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons-Le maintenant sur la Croix. Faut-il déplorer la cruauté, ou l’ignominie d’un tel supplice, ou ces deux choses ensemble&amp;amp;nbsp;? Certes, on ne pouvait inventer un genre de mort ni plus honteux, ni plus douloureux. Il était réservé aux grands criminels, aux derniers des scélérats, et la lenteur de la mort y rendait encore plus aigu le sentiment des douleurs les plus violentes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui augmentait également l’intensité de ses souffrances, c’était la constitution et les qualités même du Corps de Jésus-Christ. Formé par l’opération du Saint-Esprit ce Corps était incomparablement plus parfait et plus délicatement organisé que celui des autres hommes. Voilà pourquoi aussi sa sensibilité était beaucoup plus vive, et Lui faisait ressentir plus profondément tous ces tourments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux souffrances intimes de l’âme, personne ne peut douter qu’elles n’aient été extrêmes en Jésus-Christ. Lorsque les Saints avaient à subir des persécutions, ou étaient livrés aux supplices, leur âme recevait de Dieu des consolations ineffables qui les ranimaient au milieu des tourments et leur donnaient la force d’en supporter patiemment toutes les rigueurs. On en vit même quelquefois qui éprouvaient alors dans leur cœur la joie la plus vive. Je me réjouis, disait l’Apôtre , ''dans les maux que j’endure pour vous, et je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, en souffrant moi-même pour son Corps qui est l’Église. ''Et ailleurs &amp;amp;nbsp;: ''Je suis rempli de consolations, et je surabonde de joie dans toutes mes tribulations.'' Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut boire le calice amer de sa Passion, sans mélange d’aucune douceur. Bien plus, Il laissa goûter, en quelque sorte, à la nature humaine dont Il s’était revêtu, toute la rigueur des tourments, comme s’Il n’avait été qu’un homme, et non pas un Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — FRUITS DE LA MORT DE JÉSUS-CHRIST.  ====&lt;br /&gt;
Arrivé ici le Pasteur n’a plus qu’à expliquer — mais avec soin — les avantages et les biens que la Passion du Sauveur nous a procurés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En premier lieu, Jésus-Christ par ses souffrances nous a délivrés du péché. ''Il nous a aimés,'' dit Saint Jean&amp;amp;nbsp; ''et Il nous a lavés de nos péchés dans son sang''. Et encore, comme dit l’Apôtre , ''Il nous a fait revivre avec Lui, nous remettant tous nos péchés, effaçant l’arrêt de condamnation écrit et porté contre nous, l’abolissant et l’attachant à la Croix''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite Il nous a arrachés à la tyrannie du démon. ''Voici maintenant le jugement du monde, ''dit le Sauveur Lui-même , ''et le prince de ce monde va en être chassé, et Moi, quand j’aurai été élevé de la terre, J’attirerai tout à Moi. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En troisième lieu, Il a payé la peine qui était due pour nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, comme on ne pouvait offrir à Dieu un sacrifice qui fût plus digne ou plus agréable, Il nous a réconciliés avec son Père , Il L’a apaisé, et nous L’a rendu favorable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, en enlevant nos péchés, Il nous a ouvert la porte du ciel que le péché commun à tous les hommes avait fermée. C’est ce que l’Apôtre nous marque bien dans ces paroles:&amp;amp;nbsp; ''Nous'' ''avons la confiance d’entrer dans le Sanctuaire, par le Sang de Jésus-Christ.'' Et l’Ancien testament ne manquait pas de symboles et de figures qui exprimaient la même vérité. Ainsi&amp;amp;nbsp; les citoyens qui ne pouvaient rentrer dans leur pays qu’à la mort du grand prêtre, étaient l’image des Justes à qui l’entrée dans la Céleste Patrie était interdite, malgré toute leur sainteté, jusqu’à la Mort du Souverain et Éternel Pontife, Jésus-Christ. Mais depuis que le Rédempteur l’a subie, cette Mort, les portes du ciel sont ouvertes à tous ceux qui, purifiés par les Sacrements, et possédant la Foi, l’Espérance et la Charité, deviennent participants des mérites de sa Passion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur montrera que tous ces avantages, tous ces divins Bienfaits nous viennent de la Passion de notre seigneur. En premier lieu, parce que sa mort fut une satisfaction pleine et entière qui Lui fournit le moyen admirable de payer à Dieu son Père toute la dette de nos péchés. Et ce prix qu’Il paya pour nous, non seulement égale notre obligation, mais lui est infiniment supérieur. En second lieu, parce que le sacrifice de la Croix fut infiniment agréable à Dieu. A peine Jésus-Christ l’eut-Il offert que la colère et l’indignation de son Père furent entièrement apaisées. Aussi l’Apôtre a-t-il soin de nous faire remarquer que la Mort du Sauveur fut un vrai Sacrifice&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ nous a aimés, dit-il, et Il s’est livré Lui-même pour nous en s’offrant à Dieu comme une Victime et une Oblation d’agréable odeur''. En troisième lieu, enfin, parce que la Passion fut pour nous cette Rédemption dont parle le prince des Apôtres, quand il dit : ''ce n’est ni par l’or ni par l’argent corruptibles que vous avez été rachetés de la vanité de votre vie, que vous avez héritée de vos pères, mais par le Sang précieux de l’Agneau Saint et Immaculé, Notre-Seigneur Jésus-Christ''. Et Saint Paul dit à son tour : ''Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en devenant malédiction pour nous. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Outre ces avantages si précieux, la Passion nous en fournit encore un autre d’un prix inestimable. Elle met sous nos yeux les exemples les plus frappants de toutes les vertus: la patience, l’humilité, une charité admirable, la douceur, l’obéissance, un courage surhumain à souffrir pour la justice, non seulement des douleurs, mais la mort elle-même. Et nous pouvons dire en vérité, que notre Sauveur, dans le seul jour de sa Passion, voulut représenter en Lui toutes les vertus dont Il avait recommandé la pratique pendant le cours entier de sa prédication. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que nous avions à dire ici sur la Passion et la Mort si salutaires de Notre-Seigneur Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;! Puissions-nous méditer sans cesse ces mystères au fond de nos cœurs&amp;amp;nbsp;! Puissions-nous apprendre par là à souffrir, à mourir, à être ensevelis avec ce divin Sauveur&amp;amp;nbsp;! C’est alors que purifiés des souillures du péché, et ressuscitant avec Lui à une vie nouvelle, nous mériterons, par sa Grâce et par sa Miséricorde, de participer un jour à la gloire de son Royaume céleste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre sixième — Du cinquième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''QUI EST DESCENDU AUX ENFERS, ET LE TROISIÈME JOUR EST RESSUSCITÉ DES MORTS. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il importe extrêmement, disons-le bien haut, de connaître la gloire de la sépulture de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont nous venons de parler dans l’article précédent&amp;amp;nbsp;; mais il importe bien plus encore de connaître les victoires éclatantes qu’Il a remportées sur le démon vaincu et sur l’enfer dépouillé&amp;amp;nbsp;! C’est ce que nous allons expliquer en même temps que sa Résurrection. Sans doute ces deux vérités pouvaient fort bien être séparées. Mais pour suivre l’usage et l’autorité des Pères, nous avons cru devoir les réunir. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — IL EST DESCENDU AUX ENFERS.  ====&lt;br /&gt;
La première partie de cet article nous propose à croire qu’aussitôt après la Mort de Jésus-Christ son âme descendit aux enfers, et y demeura aussi longtemps que son Corps resta dans le tombeau. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces paroles nous obligent aussi à reconnaître et à croire, que la même Personne de Jésus-Christ était en même temps dans les enfers et au fond de son tombeau. Et ce point de notre Foi n’étonnera personne, surtout si l’on veut se rappeler comme nous l’avons dit tant de fois, que, bien que l’Âme eût quitté le Corps réellement, jamais pourtant la Divinité ne fut séparée ni de l’Âme ni du Corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Pasteur pourra jeter une grande lumière sur les premiers mots de cet article, s’il a soin d’apprendre et de bien expliquer aux Fidèles ce qu’ils doivent entendre par cette expression: les enfers, qui ne signifient pas ici le sépulcre, comme quelques-uns l’ont pensé avec autant d’impiété que d’ignorance. En effet, l’article qui précède nous enseigne positivement que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été enseveli. Par conséquent les Apôtres n’avaient aucune raison, en nous transmettant la règle de la Foi. de répéter la même vérité, d’une manière différente et beaucoup plus obscure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mot: les enfers, désigne donc ici ces lieux, ces dépôts cachés où sont retenues prisonnières les âmes qui n’ont pas encore obtenu la béatitude céleste. C’est dans ce sens que l’Écriture Sainte l’emploie dans beaucoup d’endroits. Ainsi nous lisons dans l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; ''Au'' ''nom de Jésus, tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les Enfers''. Et dans le Livre des Actes, Saint Pierre nous assure que&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ ressuscita, après avoir été délivré des douleurs de l’Enfer.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ces lieux ne sont pas tous semblables. L’un est une prison affreuse et obscure, où les âmes des damnés sont tourmentées avec les esprits immondes par un feu perpétuel et qui ne s’éteint jamais. Ce lieu porte le nom de géhenne, d’abîme&amp;amp;nbsp;; c’est l’Enfer proprement dit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a un autre enfer où est le feu du Purgatoire. C’est là que les Aines des justes se purifient dans des souffrances qui durent un temps déterminé, en attendant qu’elles soient dignes d’entrer dans la Patrie éternelle,&amp;amp;nbsp; car rien de souillé ne peut y pénétrer. Cette vérité s’appuie sur le témoignage des Écritures et sur la tradition apostolique en même temps qu’elle est confirmée par les décrets des saints Conciles.&amp;amp;nbsp; Les Pasteurs auront soin de la prêcher souvent et de l’établir sur les raisons les plus solides. Car nous sommes dans un temps où les hommes ''ne veulent plus supporter la saine doctrine''.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un troisième enfer est celui où étaient reçues les Aines des Saints avant la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et où elles jouissaient d’un séjour tranquille, exemptes de toute douleur, et soutenues par l’heureuse espérance de leur rédemption. Or, ce sont précisément ces Aines saintes, qui attendaient leur Libérateur dans le sein d’Abraham, que Jésus-Christ délivra lorsqu’Il descendit aux enfers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne faut pas s’imaginer que Notre-Seigneur descendit aux enfers uniquement par sa Puissance et par sa Vertu, et que son Âme n’y pénétra pas réellement. nous devons croire au contraire, et de la manière la plus formelle, qu’elle y descendit véritablement et qu’elle y fut présente substantiellement. C’est le témoignage positif de David:&amp;amp;nbsp; ''Vous'' ''ne laisserez pas mon Âme dans l’Enfer''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais en descendant aux enfers, Jésus-Christ ne perdit rien de sa Puissance&amp;amp;nbsp;; et l’éclat de sa Sainteté ne fut point obscurci. Au contraire, cet événement ne servit qu’à mettre en évidence la vérité des magnifiques descriptions tracées par les Prophètes, et à faire voir de nouveau qu’Il était vraiment le Fils de Dieu, comme Il l’avait déjà prouvé Lui-même par tant de prodiges. C’est ce que nous comprendrons aisément, si nous prenons soin de comparer ensemble les différentes causes qui ont fait descendre aux enfers Jésus-Christ et les autres hommes. Les hommes y étaient venus en captifs. Lui, Il était ''libre au milieu des morts'',&amp;amp;nbsp; libre et vainqueur, puisqu’Il venait terrasser les démons qui y retenaient les hommes enfermés et enchaînés à cause de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi tous ces prisonniers, les uns enduraient les peines les plus cruelles&amp;amp;nbsp;; les autres, quoique exempts de châtiments, souffraient cependant de la privation de Dieu, et ne pouvaient qu’espérer sans cesse la Gloire qui devait les rendre heureux. Jésus-Christ, Lui, non seulement n’y souffrit point, mais Il n’y parut que pour délivrer les Saints et les Justes des douleurs de leur triste captivité, et pour leur communiquer les fruits de sa Passion. Ainsi donc sa descente aux enfers ne lui fit rien perdre de sa Dignité, ni de sa Puissance souveraine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces premières explications données, le Pasteur devra ensuite exposer que Notre-Seigneur Jésus-Christ descendit aux enfers, non seulement pour enlever aux démons leurs dépouilles, et briser les chaînes des saints Patriarches et des autres Justes, mais encore pour les introduire avec Lui dans le Ciel. Ce qu’Il fit d’une manière admirable et infiniment glorieuse. Car sa seule Présence répandit immédiatement au milieu d’eux une lumière resplendissante, les remplit d’une joie et d’une allégresse ineffable, et les mit en possession de cette béatitude qu’ils désiraient tant, et qui consiste dans la vue de Dieu. Alors se trouva vérifiée la promesse que Notre-Seigneur avait faite au bon larron:&amp;amp;nbsp; ''Aujourd’hui'' ''même tu seras avec Moi en Paradis''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette délivrance des Justes, le Prophète Osée l’avait prédite longtemps auparavant:&amp;amp;nbsp; ''ô'' ''Mort'', avait-il dit, ''je serai ta mort&amp;amp;nbsp;; ô enfer, je te déchirerai''. Le Prophète Zacharie l’avait également annoncée en ces termes:&amp;amp;nbsp; ''Vous'' ''aussi, par le Sang de votre Alliance, vous avez tiré vos captifs de la fosse, où il n’y a point d’eau''. Et enfin l’Apôtre Saint Paul exprime la même vérité en disant de Notre-Seigneur Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''a désarmé les Principautés et les Puissances, Il les a exposées en spectacle avec une pleine autorité, après avoir triomphé d’elles en sa propre personne.'' — Mais pour mieux comprendre encore la portée de ce Mystère, nous devons nous rappeler souvent que les Justes, non seulement ceux qui vécurent après Notre-Seigneur, mais encore ceux qui L’avaient précédé depuis Adam, et ceux qui viendront après Lui jusqu’à la fin des siècles, tous ces justes, sans exception, ont été sauvés par le bienfait de sa Passion. Voilà pourquoi avant sa Mort et sa Résurrection, les portes du Ciel n’avaient jamais été ouvertes à personne. Les Âmes des Justes, en se séparant de leurs corps, étaient portées dans le sein d’Abraham, ou bien comme il arrive encore aujourd’hui à celles qui, en quittant ce monde, ont quelque souillure à laver et quelque dette à payer, elles allaient se purifier par le feu du Purgatoire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin une dernière raison pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ descendit aux enfers, c’est qu’Il voulait y manifester sa Force et sa Puissance, aussi bien qu’au ciel et sur la terre, afin qu’il fût absolument vrai de dire&amp;amp;nbsp; qu’''à son nom tout genou fléchit au Ciel, sur la terre et dans les Enfers. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui n’admirerait ici la Bonté infinie de Dieu envers les hommes&amp;amp;nbsp;? qui ne serait saisi d’étonnement en voyant son Fils unique non seulement endurer pour nous la mort la plus cruelle, mais encore pénétrer jusqu’''aux plus basses parties de la terre'', afin d’en arracher les Âmes qui lui étaient chères et de les conduire au séjour du bonheur&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II — IL EST RESSUSCITÉ DES MORTS.  ====&lt;br /&gt;
Cette seconde partie de l’article cinquième veut être expliquée avec le plus grand soin. Le Pasteur y prendra garde. C’est l’avertissement de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; ''Souvenez-vous que Notre-Seigneur Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts. ''Or cette recommandation de Saint Paul à Timothée s’applique évidemment à tous ceux qui ont charge d’âmes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici maintenant le sens de cette partie de l’article: Après que Jésus-Christ, le sixième jour, à la neuvième heure, eut rendu l’esprit sur la Croix, et que le même jour, vers le soir, Il eut été enseveli par ses disciples — lesquels avec la permission du Procurateur romain Ponce Pilate, avaient descendu son Corps de la Croix, et L’avaient transporté dans un sépulcre neuf, au milieu d’un jardin voisin — le troisième jour après, qui était le Dimanche, de grand matin son âme se réunit de nouveau à son corps. Ainsi, après être resté mort durant ces trois jours, Il reprit la vie qu’Il avait quittée en mourant, et ressuscita. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et, par ce mot de Résurrection, il ne faut pas seulement entendre que Jésus-Christ s’est réveillé d’entre les morts, comme cela est arrivé à plusieurs autres, mais qu’Il est ressuscité par sa propre Force, par sa Puissance personnelle, ce qui ne peut convenir qu’à Lui seul, car il est contraire à la nature, et personne n’a jamais eu ce pouvoir, de passer par sa propre vertu de la mort à la vie. Cela était réservé à Dieu seul, à sa souveraine Puissance. L’Apôtre nous le dit:&amp;amp;nbsp; ''S’Il'' ''a été crucifié dans son infirmité d’homme, c’est par sa Puissance de Dieu qu’Il est revenu à la vie.'' Et en effet, la Divinité n’ayant jamais été séparée, ni du Corps de Jésus-Christ pendant qu’Il était dans le tombeau, ni de son Aine pendant qu’elle était descendue aux enfers, ce Corps et cette Aine conservaient une Vertu divine. Et c’est par cette Vertu divine que le Corps pouvait être réuni à l’Aine, que l’Aine pouvait retourner au Corps, et que Jésus-Christ pouvait revivre et ressusciter des morts par sa propre puissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
David, rempli de l’Esprit de Dieu, avait annoncé ce prodige quand il avait dit:&amp;amp;nbsp; ''Sa'' ''droite et son bras puissant l’ont sauvé''. Notre-Seigneur Lui-même nous en avait donné l’assurance de sa propre bouche:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''quitte mon âme pour la reprendre de nouveau. J’ai le pouvoir de la quitter, et J’ai le pouvoir de la reprendre''. C’est pour confirmer cette vérité qu’Il disait aux Juifs:&amp;amp;nbsp; ''Détruisez'' ''ce temple, et dans trois jours Je le rebâtirai''. Sans doute les Juifs croyaient qu’Il parlait de ce magnifique temple de pierre qu’ils avaient sous les yeux&amp;amp;nbsp;; Lui, voulait parler du temple de son corps, comme le dit saint Jean en termes formels. Et si nous lisons dans quelques passages de nos Saints Livres que ''Jésus-Christ a été ressuscité par son Père '', ces paroles se rapportent à Lui, comme homme&amp;amp;nbsp;; de même qu’il faut rapporter à sa divinité ces autres paroles de la sainte Écriture&amp;amp;nbsp; ''Il s’est ressuscité par sa propre vertu''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a encore ceci de particulier dans la Résurrection de Jésus-Christ, c’est qu’Il a été le premier de tous qui ait participé à ce bienfait divin. Voilà pourquoi la Sainte Écriture L’appelle&amp;amp;nbsp; ''le premier né d’entre les morts, et le premier né des morts''. Et Saint Paul nous dit de Lui:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''Christ est ressuscité d’entre les morts, comme les prémices de ceux qui dorment. Car si la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’arrive la résurrection. Et de même que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront en Jésus-Christ, mais chacun dans son rang, Jésus-Christ d’abord comme les prémices, puis ceux qui sont à Jésus-Christ. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces paroles doivent s’entendre de la résurrection parfaite, qui détruit pour nous toute espèce de nécessité de mourir une seconde fois, et nous met en possession d’une vie immortelle. Or, dans ce genre de résurrection, Jésus-Christ tient le premier rang. S’il n’était question en effet que de ce retour à la vie qui n’enlève pas la nécessité de mourir une seconde fois, plusieurs, avant Jésus-Christ, étaient ressuscités aussi&amp;amp;nbsp;; mais en revenant à la vie ils étaient toujours obligés de mourir de nouveau&amp;amp;nbsp;; Jésus-Christ, au contraire, vainquit et dompta tellement la mort par sa Résurrection qu’Il ne pouvait plus mourir. C’est l’enseignement formel de Saint Paul:&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ ressuscité des morts ne meurt plus. Et la mort désormais n’aura plus d’empire sur Lui. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — LE TROISIÈME JOUR.  ====&lt;br /&gt;
Ces mots sont ajoutés à l’article. Le Pasteur aura soin de bien les expliquer aux Fidèles, afin qu’ils ne s’imaginent point que Notre-Seigneur Jésus-Christ demeura trois jours entiers dans le tombeau. En effet, Il n’y fut renfermé qu’un jour entier, une partie du jour précédent et une partie du jour suivant. Cela suffit pour que nous puissions dire en toute vérité qu’Il resta trois jours dans le sépulcre et qu’Il ressuscita le troisième jour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour montrer qu’Il était Dieu, Il ne voulut pas différer sa Résurrection jusqu’à la fin du monde&amp;amp;nbsp;; pour prouver qu’Il était vraiment homme, et réellement mort Il ne ressuscita pas immédiatement après sa mort, mais seulement le troisième jour après. Cet intervalle de temps Lui parut suffisant pour garantir la réalité de sa mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pères du premier concile de Constantinople ont ajouté ceci: ''selon les Écritures'' Ces mots sont empruntés à l’Apôtre, et les Pères dont nous parlons ne les ont transportés dans le Symbole de leur Foi que parce qu’ils avaient appris du même Apôtre combien le mystère de la résurrection était nécessaire.&amp;amp;nbsp; ''Si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, ''dit Saint Paul aux Corinthiens, ''notre prédication est vaine, et vaine aussi est votre Foi. ''Et encore: ''Si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, votre Foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés.'' Aussi Saint Augustin plein d’admiration pour cet enseignement de notre Foi, s’écriait:&amp;amp;nbsp; C’est peu de croire que Jésus-Christ est mort&amp;amp;nbsp;; les païens, les Juifs, les méchants le croient. Oui, tous croient qu’Il est mort, mais ce qui caractérise la Foi des Chrétiens, c’est sa Résurrection. Ce qui fait sa grandeur, c’est que nous croyons qu’Il est ressuscité. Voilà pourquoi Notre-Seigneur parlait si fréquemment de sa Résurrection. Et même Il ne s’entretenait pour ainsi dire jamais de sa Passion avec ses disciples, sans ajouter quelques mots sur sa Résurrection. Ainsi, après avoir dit:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''Fils de l’homme sera livré aux gentils, Il sera outragé, fouetté, couvert de crachats, et mis à mort après avoir été flagellé,'' Il terminait en disant: ''et le troisième jour Il ressuscitera''. Et lorsque les Juifs Lui demandaient de prouver sa doctrine par un signe, par un prodige quelconque, Il leur répondit:&amp;amp;nbsp; ''que'' ''nul autre signe ne leur serait donné que celui du prophète Jonas,''&amp;amp;nbsp; ''et que comme Jonas avait été trois jours et trois nuits dans le ventre d’une baleine, ainsi le Fils de l’homme serait trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais pour mieux pénétrer la profondeur et le sens de cet article, nous devons étudier et savoir trois choses: 1° le pourquoi la Résurrection de Jésus-Christ était nécessaire&amp;amp;nbsp;; 2° quels étaient la fin et le but de cette Résurrection&amp;amp;nbsp;; 3° enfin, quels fruits et quels avantages nous en avons retirés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CAUSES, FIN ET FRUITS DE LA RÉSURRECTION.  ====&lt;br /&gt;
Et d’abord, il était nécessaire que Jésus-Christ ressuscitât, pour faire éclater la justice de Dieu. En effet, Dieu se devait à lui-même de glorifier Celui qui, pour obéir, S’était volontairement humilié et avait accepté tous les outrages. C’est la raison même que nous donne l’Apôtre écrivant aux Philippiens:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''s’est humilié Lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu L’a élevé.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seconde raison de la Résurrection, c’est qu’elle était nécessaire pour fortifier en nous la Foi sans laquelle l’homme ne saurait être justifié. Car ce qui prouve le mieux que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, c’est sa Résurrection d’entre les morts, et par sa propre vertu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En troisième lieu, la Résurrection de Notre-Seigneur était nécessaire pour nourrir et soutenir notre espérance. En effet, par le seul fait que Jésus-Christ est ressuscité, nous avons le droit d’espérer d’une manière certaine que nous aussi nous ressusciterons. Car les membres doivent, de toute nécessité, partager le sort de la tête. C’est à cette conclusion que l’Apôtre veut arriver dans ses lettres si motivées aux Fidèles de Corinthe&amp;amp;nbsp; et de Thessalonique &amp;amp;nbsp;; c’est également le raisonnement du Prince des Apôtres, qui nous dit:&amp;amp;nbsp; ''Béni soit Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés par la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, en nous donnant l’espérance vive d’un héritage incorruptible&amp;amp;nbsp;! ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, ajoutons que la Résurrection du Sauveur était nécessaire pour achever le mystère de notre Salut et de notre Rédemption. Par sa mort, Jésus-Christ nous avait délivrés de nos péchés&amp;amp;nbsp;; par sa Résurrection, Il nous rendait ces biens précieux que le péché nous avait fait perdre. Voilà pourquoi l’Apôtre n’a pas manqué de dire:&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ a été livré pour nos péchés, et Il est ressuscité Pour notre justification.'' Afin que l’œuvre de notre salut fût complète, la Résurrection de Notre-Seigneur était donc nécessaire, aussi bien que sa mort. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par tout ce que nous avons dit jusqu’ici, il est facile d’apprécier les avantages considérables que la Résurrection de Notre-Seigneur nous a procurés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et d’abord, nous voyons dans ce prodige un Dieu immortel, plein de gloire, vainqueur de la mort et du démon, car tous ces titres appartiennent à Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;; nous le croyons fermement, et nous faisons profession de le croire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite la Résurrection du Sauveur nous mérite et nous assure notre propre résurrection. D’une part elle en est la cause efficiente, et d’autre part elle est le modèle d’après lequel nous devons tous ressusciter. Voici en effet ce que nous affirme l’Apôtre en parlant de la résurrection des corps:&amp;amp;nbsp; ''La'' ''mort est venue par un homme, et la résurrection des morts arrivera aussi par un homme''. Tant il est vrai que tout ce que Dieu a fait dans le mystère de notre rédemption, Il l’a fait en se servant de l’humanité de son Fils comme d’un moyen efficace. Ainsi sa résurrection a été comme un instrument pour opérer la nôtre. Et nous disons encore qu’elle est le modèle de la nôtre, parce qu’elle est la plus parfaite. De même que le corps de Jésus-Christ, en ressuscitant, s’est élevé dans sa transformation à une gloire immortelle, de même aussi nos corps, aujourd’hui faibles et mortels, seront, après la résurrection, revêtus de gloire et d’immortalité. Car, dit l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; ''nous attendons le Sauveur Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui réformera notre corps humilié, en le rendant semblable à son corps de gloire.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que nous venons de dire du corps peut s’appliquer à l’âme morte par le péché. La Résurrection de Jésus-Christ est le modèle de la sienne. L’Apôtre nous l’enseigne clairement:&amp;amp;nbsp; ''De'' ''même, dit-il, que Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire de son Père, ainsi devrons-nous marcher nous-mêmes dans une vie nouvelle. Car si nous avons été entés en lui par la ressemblance de sa mort, nous y serons entés aussi par la ressemblance de sa Résurrection.'' Et un peu plus loin il dit encore : ''Nous savons que Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts ne meurt plus, et que la mort n’aura plus d’empire sur Lui. Car s’Il est mort pour le péché, Il n’est mort qu’une fois&amp;amp;nbsp;; et maintenant qu’Il vit, Il vit pour Dieu. Ainsi considérez-vous vous-mêmes comme morts au péché, et comme ne vivant plus que pour Dieu en Jésus-Christ. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc deux choses à faire pour imiter la Résurrection de Jésus-Christ. D’abord, après nous être lavés des souillures du péché, nous devons embrasser un nouveau genre de vie, où l’on puisse voir briller la pureté des mœurs, l’innocence, la sainteté, la modestie, la justice, la charité et l’humilité. Ensuite, il est nécessaire de persévérer dans cette vie nouvelle, de manière à ne jamais nous écarter, avec la grâce de Dieu, de la voie de la justice. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, les paroles de l’Apôtre que nous venons de citer ne nous apprennent pas seulement que la Résurrection de Jésus-Christ nous est proposée comme modèle de la nôtre, mais qu’elle nous donne en réalité la vertu de ressusciter un jour, et que, en attendant, elle nous communique les lumières et les forces nécessaires pour persévérer dans la sainteté, dans la justice et dans l’accomplissement des préceptes divins. De même en effet que la mort de notre Sauveur est un modèle de la mort au péché, et que, de plus, elle nous donne la vertu de réaliser en nous ce genre de mort&amp;amp;nbsp;; de même aussi sa Résurrection nous procure les forces suffisantes pour acquérir la justice, pour servir Dieu dans la piété et dans la sainteté, et pour marcher définitivement dans cette vie nouvelle où nous entrons. Voilà en effet ce que Notre-Seigneur a surtout voulu obtenir par sa Résurrection, c’est que nous, qui auparavant étions morts avec Lui au péché et au monde, nous puissions ressusciter avec Lui à une vie toute nouvelle et parfaitement réglée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont les marques principales de cette résurrection spirituelle&amp;amp;nbsp;? L’Apôtre a voulu nous en prévenir.&amp;amp;nbsp; ''Si, ''dit-il, ''vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, cherchez ce qui est en haut, où Jésus-Christ est assis à la droite de son Père''. C’est bien nous montrer clairement que ceux qui ne cherchent et désirent la vie, les honneurs, le repos. les richesses que là où est Jésus-Christ, ceux-là sont vraiment ressuscités avec Lui. Et quand il ajoute : ''Aimez les choses du ciel et non celles de la terre'', n’est-ce pas nous donner encore une autre marque pour reconnaître si vraiment nous sommes ressuscités avec Notre-Seigneur&amp;amp;nbsp;? Comme le goût indique habituellement les dispositions du corps, et son degré de santé, de même dès que quelqu’un&amp;amp;nbsp; ''goûte tout ce qui est vrai, tout ce qui est honnête, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint'', dès qu’il éprouve au dedans de lui-même la suavité des choses célestes, c’est la preuve qu’il est vraiment ressuscité à une vie nouvelle et spirituelle, avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre septième — Du sixième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''IL EST MONTÉ AUX CIEUX, IL EST ASSIS A LA DROITE DE DIEU, LE PÈRE TOUT PUISSANT '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Prophète David, rempli de l’Esprit de Dieu, et contemplant l’Ascension si heureuse et si glorieuse de Notre-Seigneur Jésus-Christ, invite tous les hommes à célébrer ce triomphe avec les transports de la joie la plus vive, de l’allégresse la plus entière, et il s’écrie:&amp;amp;nbsp; ''Toutes'' ''les nations, battez des moins pour applaudir, louez Dieu, et poussez des cris de joie: Dieu est monté (au ciel) au milieu des acclamations''. Ces paroles peuvent faire comprendre au Pasteur avec quel soin il doit expliquer ce mystère, et avec quel zèle il doit porter les Fidèles, non seulement à le connaître et à le croire, mais encore à l’exprimer autant qu’il est possible, avec la grâce de Dieu, dans leurs actes et dans toute leur conduite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — IL EST MONTÉ AU CIEL.  ====&lt;br /&gt;
Pour expliquer comme il convient ce sixième article, qui traite spécialement du grand mystère de l’Ascension, il faut d’abord prendre les premiers mots: ''Il est monté au ciel'', et en faire voir clairement le sens et la portée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or voici ce que les Fidèles doivent croire sans hésiter et très fermement sur la Personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est que, après avoir achevé et consommé le mystère de notre Rédemption, Il monta au ciel, comme homme, en corps et en âme.&amp;amp;nbsp;? Car, comme Dieu, Il y avait toujours été, puisque par sa divinité Il occupe et remplit tous les lieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais que le Pasteur dise bien que Notre-Seigneur est monté au ciel par sa propre vertu et non par une force étrangère, comme Elie&amp;amp;nbsp; qui y fut transporté sur un char de feu, ou comme le Prophète Habacuc , ou le diacre Philippe , qui portés en l’air par la puissance divine, parcoururent ainsi des distances considérables. Et ce n’est pas seulement comme Dieu que Jésus-Christ fit son ascension par cette vertu toute-puissante qu’Il tenait de sa divinité même, mais aussi comme homme. Sans doute un pareil prodige dépasse les forces naturelles, mais la puissance dont son âme bienheureuse était douée, pouvait transporter son corps partout où elle voulait. Et son corps, déjà glorifié, obéissait sans peine aux ordres de l’âme dans tous les mouvements qu’elle lui imprimait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi nous croyons que Jésus-Christ est monté au ciel par sa propre vertu, et comme homme et comme Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde partie de notre article est celle-ci: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — IL EST ASSIS A LA DROITE DU PÈRE TOUT-PUISSANT  ====&lt;br /&gt;
Remarquons tout d’abord que ces mots renferment un trope, c’est-à-dire un de ces changements de signification très usités dans la Sainte Écriture. Pour s’accommoder à notre manière de nous représenter les choses, cette figure prête à Dieu des membres d’homme, des affections humaines , bien qu’il soit impossible de rien concevoir en Lui de corporel, puisqu’Il est esprit. Mais parce que, parmi les hommes, placer quelqu’un à sa droite, c’est lui donner la plus grande marque d’honneur, on a transporté l’idée de cette coutume aux choses spirituelles, et pour mettre dans tout son jour la gloire que Jésus-Christ s’est acquise, et qui L’élève comme homme au-dessus de toutes les créatures, nous disons qu’Il est assis à la droite de son Père. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même encore cette expression ''être assis'' ne représente pas ici la forme et la position du corps, elle signifie la possession ferme et constante de la puissance royale et de la gloire infinie que Jésus-Christ a reçue de son Père. Car, dit l’Apôtre , ''son Père, après L’avoir ressuscité d’entre les morts, L’a fait asseoir à sa droite dans le ciel, au-dessus de toutes les Principautés, de toutes les Puissances, de toutes les Vertus, de toutes les Dominations et de tout ce que l’on peut trouver de plus grand, soit dans le siècle présent, soit dans le siècle futur, et Il a mis toutes choses sous ses pieds''. De telle paroles font voir manifestement que cette gloire est tellement propre et particulière à notre Seigneur, qu’elle ne peut convenir il aucune autre créature. Et c’est ce qui a fait dire ait même Apôtre dans un autre endroit : ''Qui est celui des Anges à qui Dieu a jamais dit: asseyez-vous à ma droite''&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront soin d’expliquer plus longuement le sens de cet article, en rapportant l’histoire de l’Ascension, telle que saint Luc&amp;amp;nbsp; l’a décrite avec une exactitude admirable au livre des Actes des Apôtres&amp;amp;nbsp;; et, dans leurs explications, ils devront faire remarquer avant tout que les autres mystères de Jésus-Christ se rapportent à l’Ascension comme à leur fin, et qu’ils y trouvent leur perfection et leur complet achèvement. De même en effet que tous les mystères de notre religion commencent à l’Incarnation, de même aussi le séjour du Sauveur parmi nous se termine à son Ascension. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les autres articles du Symbole qui s’appliquent à Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous montrent son humilité, et ses prodigieux abaissements. En effet, on ne saurait rien imaginer de plus bas et de plus abject pour le Fils de Dieu, que d’avoir pris notre nature avec toutes ses faiblesses, et d’avoir bien voulu souffrir et mourir pour nous. Mais aussi en proclamant dans l’article précédent qu’Il est ressuscité d’entre les morts, et, dans celui-ci, qu’Il est monté au ciel et qu’Il est assis à la droite de Dieu son Père, nous ne pouvons rien dire de plus magnifique ni de plus admirable pour célébrer sa Gloire et sa divine Majesté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces développements une fois donnés, il reste à expliquer soigneusement pourquoi Jésus-Christ est monté aux cieux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — CAUSES ET RAISONS DE L’ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR.  ====&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur est monté au ciel, en premier lieu, parce que son Corps devenu glorieux et immortel par sa Résurrection, ne pouvait plus se contenter du séjour de cette terre basse et obscure, il Lui fallait désormais les hauteurs et les splendeurs du ciel. Et cela, non seulement pour entrer en possession de ce Royaume et de ce trône de gloire qu’Il avait conquis par son Sang, niais encore pour y prendre soin de ce qui regarde notre Salut. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, Jésus-Christ est monté au ciel pour prouver que son Royaume n’était réellement pas de ce monde . Les royaumes de ce monde sont terrestres et passagers&amp;amp;nbsp;; ils ne se soutiennent que par l’argent et par l’épée. Le Royaume de Jésus-Christ n’est pas terrestre, comme les Juifs l’attendaient&amp;amp;nbsp;; il est spirituel et éternel. Et notre Sauveur nous a bien montré que ses trésors et ses richesses sont purement spirituels, puisqu’Il a voulu placer son trône dans le ciel, dans ce royaume où les plus riches, et ceux qui possèdent une plus grande abondance de biens sont ceux qui cherchent avec le plus de zèle les choses de Dieu. L’Apôtre Saint Jacques ne nous assure-t-il pas que&amp;amp;nbsp; ''Dieu a choisi les pauvres de ce monde, pour leur donner les richesses de la Foi et l’héritage du Royaume qu’Il a promis à ceux qui L’aiment&amp;amp;nbsp;?'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est une troisième raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel, c’est qu’Il voulait exciter dans nos cœurs la pensée et le désir de L’y suivre. De même qu’Il nous avait laissé dans sa Mort et dans sa Résurrection le modèle d’une mort et d’une résurrection spirituelles, ainsi par son Ascension, Il veut nous apprendre et nous persuader que tout en restant ici-bas, nous devons par la pensée nous transporter jusque dans le ciel, et reconnaître, comme dit Saint Paul, ''que nous ne sommes sur la terre''&amp;amp;nbsp; ''que des hôtes et des étrangers, à la recherche de notre patrie'' , ''et comme les membres de la cité des Saints et de la maison de Dieu. En effet, dit encore le même Apôtre '','' nous vivons déjà dans le ciel. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux biens ineffables que la Bonté de Dieu a répandus sur nous par ce mystère, le divin Prophète David, d’après Saint Paul lui&amp;amp;nbsp;?même, les avait célébrés longtemps auparavant quand il chantait:&amp;amp;nbsp; ''en'' ''montant au ciel, Il a emmené captifs une multitude d’esclaves, et Il a versé ses dons sur les hommes. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, dix jours après son Ascension, Il envoya le Saint-Esprit qui, par sa vertu et sa fécondité, produisit cette multitude de fidèles que nous voyons. Ainsi Il accomplit véritablement les magnifiques promesses qu’Il avait faites en disant à ses Apôtres:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''vous est avantageux que Je m’en aille, car si Je ne m’en vais point, le Consolateur ne viendra point vers vous, mais si Je m’en vais, Je vous L’enverrai''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore monté au ciel, selon la pensée de l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; afin de se présenter maintenant pour nous devant la Face de Dieu, et de remplir auprès de son Père l’office d’Avocat, Mes petits enfants, dit Saint Jean , je vous écris ceci, afin que vous ne péchiez point&amp;amp;nbsp;; mais si quelqu’un pèche, nous avons pour Avocat auprès du Père, Jésus-Christ, qui est juste, et qui est Lui-même la Victime de propitiation pour nos péchés. Or, rien n’est plus propre a inspirer une joie solide et véritable aux Fidèles, que de voir Jésus-Christ devenu le défenseur de leur cause et leur intercesseur dans l’affaire du Salut, Lui qui jouit auprès de son Père d’un pouvoir et d’une faveur sans bornes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dernier lieu, Jésus-Christ nous a préparé&amp;amp;nbsp; dans le ciel la place qu’Il nous y avait promise et c’est au nom de tous et comme notre Chef qu’Il a pris possession de la gloire céleste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En entrant dans le ciel, Il nous en a ouvert les portes, que le péché d’Adam avait fermées, et Il nous a préparé un chemin sûr pour nous conduire au bonheur éternel, ainsi qu’Il l’avait prédit à ses Apôtres pendant la Cène. Et ce fut pour montrer encore mieux la sincérité de ses promesses par leur accomplissement, qu’après avoir arraché à l’enfer les âmes des Saints, Il les emmena avec Lui dans le séjour de la béatitude éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A tous ces dons célestes, si précieux et si nombreux, qui sont pour nous le fruit de l’Ascension du Sauveur, viennent encore se joindre plusieurs autres avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’abord, l’Ascension met le comble au mérite de notre Foi, car la Foi s’applique aux choses qui ne se voient point, et qui dépassent la raison et l’intelligence de l’homme. C’est pourquoi notre Foi aurait perdu beaucoup de son mérite, si Notre-Seigneur ne nous avait pas quittés, puisque Lui-même proclame&amp;amp;nbsp; ''bienheureux ceux qui croient, quoiqu’ils n’aient point vu&amp;amp;nbsp;! ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite l’Ascension est très propre à confirmer en nous la vertu d’Espérance. C’est qu’en effet, si nous croyons que Jésus-Christ, comme homme, est monté au ciel, et qu’Il a fait asseoir la nature humaine à la droite de Dieu le Père, nous avons un puissant motif d’espérer que nous, qui sommes ses membres, nous y monterons aussi, et que nous nous réunirons à notre Chef. Lui-même d’ailleurs nous en a donné l’assurance par ces paroles:&amp;amp;nbsp; ''Mon'' ''Père, Je veux que là où Je suis, ceux que Vous M’avez donnés soient avec moi''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des plus grands avantages que nous procure encore l’Ascension, c’est d’avoir entraîné vers le ciel l’amour de notre cœur et de l’avoir enflammé du feu du Saint-Esprit. On a dit très justement que&amp;amp;nbsp; ''là où est notre trésor, là aussi est notre cœur''. Si donc Notre-Seigneur Jésus-Christ eût continué à demeurer avec nous sur la terre, nous aurions borné toutes nos pensées à Le voir dans son humanité, et à vivre dans sa compagnie&amp;amp;nbsp;; nous n’aurions regardé en Lui que l’homme, qui aurait été si bon pour nous, et notre affection pour Lui eût été toute naturelle. Mais en montant au ciel, Il a spiritualisé notre amour, et par le fait comme nous ne pouvons plus être avec Lui que par la pensée à cause de son absence, nous l’honorons et nous l’aimons comme Dieu. C’est ce que nous apprend, d’une part l’exemple des Apôtres: tant que le Sauveur fut avec eux, ils n’avaient pour Lui que des sentiments tout humains. C’est ce que nous confirme, d’autre part, le témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''vous est avantageux que Je m’en aille'', dit-il à ses Apôtres. Car cet amour imparfait qu’ils avaient pour Lui, pendant qu’Il était avec eux, devait être perfectionné par un amour divin, c’est-à-dire par la venue du Saint-Esprit en eux. Aussi ajoute-t-il aussitôt:&amp;amp;nbsp; ''si'' ''Je ne m’en vais point, le Consolateur ne viendra point vers vous''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient d’ajouter à ce que nous venons de dire que l’Ascension a marqué sur la terre le véritable développement de la maison de Jésus-Christ, c’est-à-dire de son Église, qui allait être dirigée et conduite par le Saint-Esprit. Pour Le représenter auprès des hommes, il mit à la tête de cette Église, comme premier Pasteur et comme souverain Prêtre, Pierre le prince des Apôtres, et de plus Il établit&amp;amp;nbsp; ''des Apôtres, des Prophètes, des Évangélistes, des Pasteurs et des Docteurs:'' et de la droite de son Père où il est assis, Il ne cesse de distribuer à chacun les dons qui lui conviennent. C’est l’enseignement formel de l’Apôtre.&amp;amp;nbsp; La ''grâce'', dit-il, ''est donnée à chacun de nous selon la mesure du don de Jésus-Christ. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ce que nous avons dit précédemment de la Mort et de la Résurrection de Notre-Seigneur, est également vrai de son Ascension: Il faut le faire remarquer aux Fidèles. C’est qu’en effet, quoique nous soyons redevables de notre Salut et de notre Rédemption à la Passion du Sauveur, quoique ses mérites aient ouvert aux justes la porte du ciel, cependant son Ascension n’est point seulement un modèle placé devant nos yeux pour nous apprendre à élever nos âmes, et à monter en esprit dans le ciel, elle nous donne aussi une force et une vertu divine qui nous rend capables d’atteindre réellement le but. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre huitième — Du septième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''D’OÙ IL VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre-Seigneur Jésus-Christ remplit à notre égard trois offices, trois ministères d’une importance capitale, et bien propres à relever l’honneur et la gloire de l’Église, ce sont ceux de Rédempteur, d’Avocat et de Juge. Dans les articles qui précèdent nous avons fait voir que par sa Passion et sa Mort Il a racheté tous les hommes, que par son Ascension Il est devenu à jamais leur Avocat et leur Défenseur. Il nous reste à montrer maintenant qu’Il est aussi leur Juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — CERTITUDE DU JUGEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Voici le sens et la portée de cet Article: Au dernier jour, Notre-Seigneur Jésus-Christ jugera le genre humain tout entier. Les Saintes Écritures, en effet, mentionnent deux avènements du Fils de Dieu: le premier, lorsque pour nous sauver Il a pris notre nature, et s’est fait homme dans le sein d’une vierge&amp;amp;nbsp;; le second, quand, à la consommation des siècles, Il viendra pour juger tous les hommes. Ce dernier avènement est appelé, dans l’Écriture, le jour du Seigneur. ''Le jour du Seigneur, ''dit l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; ''viendra comme un voleur dans la nuit, — personne ne connaît ce jour ni cette heure, ''dit le Sauveur Lui-même . Pour prouver la réalité de ce jugement, Il nous suffira de citer cette parole de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; ''nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu’il aura faites, pendant qu’il était revêtu de son corps. L’Écriture'' est remplie d’une foule de témoignages que les Pasteurs trouveront partout, et qui non seulement prouvent cette Vérité, mais peuvent la rendre sensible aux Fidèles. Et si, d’après ces témoignages, dès le commencement du monde, tous les hommes ont désiré très ardemment ce jour du Seigneur où Il revêtit notre chair, parce qu’ils mettaient dans ce mystère l’espoir de leur délivrance, aujourd’hui que le Fils de Dieu est mort et qu’Il est monté au ciel, nos soupirs et nos désirs les plus ardents doivent être pour cet autre jour du Seigneur,&amp;amp;nbsp; ''où nous attendons la réalisation de la bienheureuse espérance et l’Avènement glorieux du grand Dieu. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DEUX JUGEMENTS, L’UN PARTICULIER ET L’AUTRE GÉNÉRAL.  ====&lt;br /&gt;
Pour bien mettre en lumière cette vérité, les Pasteurs auront soin de distinguer deux temps différents où chacun de nous doit nécessairement comparaître devant Dieu, pour rendre compte de toutes ses pensées, de toutes ses actions, de toutes ses paroles, et pour entendre, séance tenante, la sentence de son Juge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier arrive au moment où nous venons de quitter la vie. A cet instant-là même, chacun paraît devant le tribunal de Dieu, et là il subit un examen rigoureux sur tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il a pensé pendant sa vie. C’est ce qu’on appelle le Jugement particulier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autre arrivera lorsque tous les hommes réunis ensemble, le même jour et dans le même lieu, comparaîtront devant le tribunal de leur Juge. Là, sous les yeux de tous les hommes de tous les siècles, tous et chacun entendront le Jugement que Dieu aura porté sur eux. Et cette sentence ne sera pas la moindre peine et le moindre châtiment des impies et des scélérats. Au contraire, les Saints et les Justes y trouveront une partie de leur récompense, puisque leur conduite y sera manifestée, telle qu’elle aura été pendant la vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jugement s’appelle le Jugement général. Mais ici il faut nécessairement montrer pourquoi, après un Jugement particulier pour chacun, les hommes doivent subir encore un Jugement général pour tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — RAISONS DU JUGEMENT GÉNÉRAL.  ====&lt;br /&gt;
Les hommes, en mourant, laissent habituellement des disciples, ou des amis qui imitent leurs exemples, s’attachent à leurs maximes, défendent leur conduite et leurs actions. De là une augmentation nécessaire dans leurs peines et leurs récompenses d’outre-tombe. Mais cette influence bonne ou mauvaise que le plus grand nombre d’entre eux continue d’exercer après la mort, ne peut finir qu’au dernier jour du monde. La Justice demande donc qu’une enquête rigoureuse soit faite sur toutes ces paroles, toutes ces actions dignes de louange ou de blâme. Ce qui est impossible sans un jugement général de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre raison, c’est que souvent la réputation des bons est attaquée, pendant que les méchants reçoivent les louanges dues à l’innocence. La Justice divine veut que les bons recouvrent, dans une assemblée générale de tous les hommes, et par un jugement solennel, l’estime qu’ils méritent, et qui leur a été injustement ravie ici-bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autre part, chez les bons comme chez les méchants, les corps ne sont jamais étrangers aux actes de cette vie. Le bien et le mal appartiennent donc à nos corps d’une certaine manière, puisque nos corps ont été l’instrument de l’un et de l’autre. Voilà pourquoi il était de toute convenance de décerner pour les corps, aussi bien que pour les âmes, les récompenses ou les châtiments éternels que tous les deux méritent. Or ce double but ne peut être atteint qu’avec la Résurrection et le Jugement général de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, comme sur cette terre, l’adversité et la prospérité, sont presque indifféremment le partage des bons et des méchants, il fallait prouver que la Sagesse et la Justice infinie de Dieu conduisent et gouvernent toutes choses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or ce n’était pas assez qu’il y eût dans l’autre monde des récompenses pour les bons et des châtiments pour les méchants, ces récompenses et ces châtiments devaient être décernés dans un Jugement publie et général. C’était le moyen de les faire connaître à tous d’une manière très éclatante, et d’obliger tous les hommes à rendre à la Justice et à la Providence de Dieu les louanges qu’elle mérite. n’avait-on pas vu plus d’une fois les justes eux-mêmes, pendant leur séjour sur cette terre, se plaindre injustement de cette Providence, lorsque les méchants auprès d’eux vivaient au sein de l’opulence et des honneurs&amp;amp;nbsp;? ''Mes pieds ont chancelé,'' disait le Prophète David lui-même , ''mes pas se sont presque détournés de la voie, parce que j’ai vu avec jalousie et avec regret la paix des pécheurs. Voilà, dit-il un peu plus loin, voilà que les pécheurs et les heureux du siècle ont acquis les richesses, et j’ai dit: C’est donc en vain que j’ai gardé mon cœur pur et que j’ai conservé mes mains innocentes, puisque je suis frappé de plaies tout le jour, et que je suis châtié dès le matin.'' Et cette plainte. plusieurs autres l’ont fait entendre comme lui. Il fallait donc de toute nécessité un Jugement général, pour que les hommes ne disent pas: ''Dieu se promène dans le ciel, sans se soucier des choses de la terre ''. C’est donc avec raison que l’on a placé cette Vérité au nombre des douze Articles de notre Foi, pour affermir la croyance de ceux qui auraient pu douter de la Justice et de la Providence de Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs, il était souverainement utile de proposer ce Jugement de Dieu aux bons et aux méchants, pour consoler les uns et effrayer les autres, pour empêcher les premiers de se décourager en leur faisant connaître la Justice de Dieu, et pour détourner les seconds du mal par la crainte des éternels supplices. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur, en parlant du dernier jour, a-t-il déclaré Lui-même qu’il y aurait un Jugement général. Il en a marqué les signes avant-coureurs , afin qu’en les voyant arriver, il nous fût possible de connaître que la fin du monde est proche. Puis au moment même où Il montait au ciel, il envoya des Anges consoler par ces paroles ses Apôtres attristés:&amp;amp;nbsp; ''Ce'' ''Jésus qui vient de vous quitter, et de s’élever dans le ciel, reviendra un jour de la même manière que vous L’avez vu y monter''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — POURQUOI LE JUGEMENT DONNÉ A JÉSUS-CHRIST.  ====&lt;br /&gt;
Nos Saints Livres affirment que ce Jugement a été réservé à Notre-Seigneur Jésus-Christ, non seulement comme Dieu, mais comme homme. Il est vrai que le pouvoir de juger est commun aux trois Personnes de la Sainte Trinité, cependant nous l’attribuons spécialement au Fils, comme nous Lui attribuons la Sagesse. Que le Fils doive donc juger le monde comme homme, c’est ce qu’Il nous assure Lui-même:&amp;amp;nbsp; ''Comme'' ''le Père,'' dit-Il, ''a la vie en Lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir aussi la vie en Lui-même&amp;amp;nbsp;; et il lui a donné la puissance de faire le Jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était d’ailleurs de toute convenance que ce Jugement fût exercé par Jésus-Christ. Puisqu’il s’agissait de juger des hommes, ces hommes ne devaient-ils pas voir leur Juge des yeux de leur corps, entendre de leurs oreilles la sentence prononcée, et connaître enfin leur Jugement par leurs propres sens&amp;amp;nbsp;? n’était-ce pas aussi une justice à rendre à Jésus-Christ&amp;amp;nbsp;? Sur la terre, Il avait été jugé et condamné de la manière la plus inique par des juges pervers, ne devait-Il pas après cela se montrer à son tour à tous les yeux, assis sur son tribunal pour juger tous les hommes&amp;amp;nbsp;? C’est pourquoi le prince des Apôtres, après avoir exposé dans la maison de Corneille les principales vérités de la Religion chrétienne, après avoir enseigné que Jésus-Christ avait été attaché à la Croix et mis à mort par les Juifs et que le troisième jour Il était ressuscité, a soin d’ajouter:&amp;amp;nbsp; ''Et'' ''Il nous a ordonné de prêcher au peuple, rendre témoignage que c’est Lui qui a été établi de Dieu le Juge des vivants et des morts. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — SIGNES PRÉCURSEURS DU JUGEMENT.  ====&lt;br /&gt;
Trois principaux signes, nous dit la sainte Écriture, doivent précéder le Jugement général: la prédication de l’Évangile par toute la terre, l’apostasie, et l’Antéchrist. En effet, Notre-Seigneur Jésus-Christ nous déclare que&amp;amp;nbsp; l’Évangile'' du Royaume sera prêché dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations, et alors viendra la consommation.'' A son tour, l’Apôtre nous prévient&amp;amp;nbsp; ''de ne pas nous laisser séduire, en croyant que le jour du Seigneur est proche. Car tant que l’apostasie ne sera point arrivée, et que l’homme dit péché n’aura point paru, le Jugement n’aura pas lieu. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ce qui regarde la forme et la nature du Jugement, les Pasteurs s’en feront facilement une juste idée, en l’étudiant dans les prophéties de Daniel, les saints Évangiles, et l’Apôtre Saint Paul. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — LA SENTENCE DES BONS ET CELLE DES MÉCHANTS.  ====&lt;br /&gt;
Il faut ici examiner et peser avec le plus grand soin les termes mêmes de la sentence du Souverain Juge. Jésus-Christ, notre Sauveur, jetant un regard de complaisance sur les bons placés à sa droite, leur dira avec une bonté infinie:&amp;amp;nbsp; ''Venez, les bénis de mon Père&amp;amp;nbsp;; possédez le Royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde''. Il est facile de comprendre que l’on ne peut rien entendre de plus agréable que ces paroles, surtout si on les compare à la condamnation des méchants, et si l’on réfléchit en soi-même que cette sentence appelle les Saints et les Justes, des fatigues au repos, d’une vallée de larmes à des joies ineffables, de toutes les misères de la vie à la béatitude éternelle qu’ils auront méritée par l’exercice de la Charité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se tournant ensuite vers ceux qui seront à sa gauche, Il laissera éclater contre eux sa Justice en ces termes:&amp;amp;nbsp; ''Retirez-vous de Moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé au démon et à ses anges.'' — Ces premiers mots: ''retirez-vous de Moi'', expriment la plus grande peine qui frappera les réprouvés, celle d’être chassés et privés entièrement de la vue de Dieu, sans être consolés par l’espérance de rentrer jamais en possession d’un Bien si parfait. C’est cette peine que les théologiens appellent la peine du ''dam'', parce que les damnés dans l’enfer seront privés pour toujours des splendeurs de la vue de Dieu&amp;amp;nbsp;? Le mot qui vient ensuite: ''maudits'', augmente encore cruellement leur effroyable malheur. En effet, si, au moment de les chasser de sa Présence, Dieu avait daigné laisser tomber sur eux la moindre bénédiction, ils en auraient éprouvé un grand soulagement. Mais, hélas&amp;amp;nbsp;! ils n’ont rien de pareil à attendre pour adoucir leur souffrance, et la Justice divine, en les bannissant, n’aura que trop raison de les accabler de toutes ses malédictions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Dans le feu éternel''. Ces mots désignent un autre genre de peine, que les théologiens appellent la peine du sens, parce que les sens du corps en sont les organes, comme dans le supplice des verges, des fouets, ou d’autres plus graves. Mais si, de tous les tourments, le plus sensible et le plus douloureux est celui du feu, et si, d’autre part, on ajoute à cela que ces tourments n’auront jamais de fin, on demeurera convaincu que la punition des damnés est le comble de tous les châtiments. Et ce qui fait mieux sentir encore l’excès de leur malheur, ce sont ces mots qui terminent la sentence du Souverain Juge:&amp;amp;nbsp; ''qui'' ''a été préparé au démon et à ses anges''. notre nature est ainsi faite que nous supportons plus facilement tous les maux qui nous atteignent, lorsque nous tombons sur des compagnons d’infortune dont la prudence et la bonté peuvent les adoucir en quelque manière. Mais quel ne sera pas le terrible malheur des réprouvés lorsque, au milieu de leurs tortures, ils se verront dans l’impossibilité de s’arracher à la compagnie des démons, ces êtres si pervers&amp;amp;nbsp;? Cependant la sentence de condamnation portée contre eux par le Sauveur sera parfaitement juste, puisque, dans leur impiété, ils auront négligé tous les devoirs que la vraie piété leur imposait, ''refusé de donner à manger à celui qui avait faim, à boire à celui qui avait soif, repoussé les étrangers sans leur donner l’hospitalité, n’auront point vêtu celui qui était nu, ni visité les prisonniers et les malades. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà des vérités que les Pasteurs doivent redire aux Fidèles le plus souvent possible, afin de les en pénétrer. Rien de plus puissant, si on les croit fermement, pour réprimer les mauvaises passions du cœur, et pour éloigner les hommes du péché. Aussi l’Ecclésiastique nous dit-il:&amp;amp;nbsp; ''Dans'' ''toutes vos œuvres, souvenez-vous de vos fins dernières, et vous ne pécherez jamais''. C’est qu’en effet, il faudrait être poussé au mal avec une violence extraordinaire, pour n’être pas ramené à l’amour de la Vertu par cette pensée qu’un jour il faudra paraître devant le Juge, qui est la Justice même, et Lui rendre compte non seulement de toutes ses actions, de toutes ses paroles, mais même de ses pensées les plus secrètes, et subir le châtiment qu’elles auront mérité. Le juste au contraire ne peut que se sentir de plus en plus porté à la pratique de la Sainteté. Sa joie sera grande, même au sein de la pauvreté, de l’ignominie et des tourments, s’il élève ses pensées vers ce jour glorieux où, après les combats de cette vie pleine de misères, il sera proclamé vainqueur devant tout l’univers, introduit dans la Patrie céleste et comblé d’honneurs divins et éternels. Ici les Pasteurs n’ont donc plus qu’à exhorter les Fidèles, et ils n’y manqueront pas, à ordonner leur vie le mieux possible, à s’exercer à toutes les ''œuvr''es de la piété, afin qu’ils puissent attendre avec une parfaite confiance ce grand jour du Seigneur, et même le désirer avec la plus vive ardeur, comme il convient à des enfants (qui veulent aller vers leur Père). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre neuvième — Du huitième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''JE CROIS AU SAINT-ESPRIT. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — NÉCESSITÉ DE LA FOI AU SAINT-ESPRIT.  ====&lt;br /&gt;
Jusqu’ici nous avons parlé de la première et de la seconde Personne de la Sainte Trinité, et nous avons donné sur ce double sujet les explications convenables. Il s’agit maintenant d’exposer ce que le Symbole nous enseigne sur la troisième Personne qui est le ''Saint-Esprit''. C’est un point qui réclame tout le zèle et toute l’application des Pasteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car il n’est pas plus loisible aux Chrétiens d’ignorer ou de mal connaître cet Article, que les Articles précédents. Aussi l’Apôtre&amp;amp;nbsp; ne voulut-il point laisser un certain nombre d’Ephésiens dans l’ignorance où ils étaient par rapport au Saint-Esprit. Leur ayant demandé s’ils L’avaient reçu, ils lui répondirent qu’ils ne savaient même pas s’il y avait un Saint-Esprit. Aussitôt il leur fit cette question: ''Quel Baptême avez-vous donc reçu&amp;amp;nbsp;?'' Ces paroles nous montrent que les Fidèles sont rigoureusement obligés d’avoir une connaissance spéciale de cet Article. Et le premier fruit qu’ils en retireront c’est que s’ils considèrent sérieusement que tout ce qu’ils possèdent, ils le doivent à la libéralité et à la bonté de l’Esprit-Saint ils deviendront plus humbles et plus modestes dans leurs pensées et leurs sentiments sur eux-mêmes, et ils placeront toute leur espérance dans le secours de Dieu. Or, n’est-ce pas là, pour le Chrétien, le premier pas vers la Sagesse, et par suite vers le Bonheur éternel&amp;amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — CE QUE C’EST QUE LE SAINT-ESPRIT.  ====&lt;br /&gt;
Pour commencer, il faut bien expliquer d’abord quelle idée et quel sens on attache ici au mot ''Saint-Esprit''. C’est qu’en effet il peut s’appliquer aussi bien au Père et au Fils. (Tous deux sont esprits, et tous deux sont Saints, et nous faisons profession de croire que Dieu est esprit.) D’autre part, on donne également ce nom aux Anges et aux âmes des justes. Il faut donc prendre garde qu’il n’y ait ni équivoque, ni erreur dans l’esprit des Fidèles. Par conséquent il est nécessaire de leur apprendre que par le Saint-Esprit on entend ici la troisième Personne de la Sainte Trinité. C’est ainsi qu’on L’appelle quelquefois dans l’Ancien testament, et très souvent dans le nouveau. David dit à Dieu dans sa prière:&amp;amp;nbsp; ''n’éloignez'' ''pas de moi votre Saint-Esprit''. Le Sage s’écrie:&amp;amp;nbsp; ''qui'' ''connaîtra vos desseins Seigneur, sinon celui à qui Vous donnerez la Sagesse, et à qui Vous enverrez d’en haut votre Esprit-Saint&amp;amp;nbsp;?'' — Dans un autre endroit, il dit:&amp;amp;nbsp; ''Dieu'' ''a créé la Sagesse dans le Saint-Esprit.'' — Dans le nouveau testament&amp;amp;nbsp; Jésus-Christ ordonne ''de baptiser les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit''. Nous y lisons que ''la très Sainte ''&amp;amp;nbsp;''Vierge a conçu par le Saint-Esprit''. Enfin Saint Jean nous renvoie à Jésus-Christ ''pour qu’Il nous baptise dans le Saint-Es''prit &amp;amp;nbsp;; sans parler d’un grand nombre d’autres textes de nos Saints Livres où nous rencontrons la même expression. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et personne ne doit trouver étrange qu’on n’ait pas donné de nom particulier à la troisième Personne de la Sainte Trinité, aussi bien qu’à la première et à la seconde. Si la seconde Personne a un nom qui Lui est propre, si elle s’appelle le Fils, c’est que sa naissance éternelle du Père s’appelle proprement génération, comme nous l’avons dit dans les précédents articles. Et du moment que cette naissance peut porter le nom de génération, nous avons le droit d’appeler Fils la Personne qui émane, et Père, celle de qui elle émane. Mais comme l’émanation de la troisième Personne n’a pas de nom qui Lui soit propre, et qu’on L’appelle simplement aspiration et procession (qui sont des noms communs), par cela même, la Personne ainsi produite manque nécessairement de dénomination particulière. Et la raison en est que tous les noms que nous donnons à Dieu, nous sommes forcés de les emprunter aux choses créées. Et comme d’autre part nous ne connaissons pas, dans les créatures, d’autre communication de nature et d’essence que celle qui se fait par voie de génération. il nous est impossible d’exprimer par un nom propre cette communication que Dieu fait de Lui-même et de son Être tout entier par voie d’amour. C’est pourquoi la troisième Personne de la Sainte Trinité porte la dénomination commune d’Esprit-Saint&amp;amp;nbsp;; dénomination d’ailleurs qui Lui convient parfaitement, parce que, d’une part, c’est elle, la troisième Personne, qui répand dans nos âmes la vie spirituelle (la vie de l’Esprit) et parce que, d’autre part, sans le souffle et l’inspiration de cet esprit très Saint, nous ne pouvons rien faire qui mérite la Vie Éternelle &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sens du mot Saint-Esprit étant bien expliqué, il faut ensuite enseigner au peuple que le Saint-Esprit est Dieu, comme le Père et le Fils, qu’Il leur est égal en toutes choses, Tout-Puissant comme eux, éternel comme eux, et comme eux d’une perfection, d’une grandeur, d’une bonté, d’une sagesse infinie, en un mot qu’Il a la même nature. Cette égalité est suffisamment indiquée par ce petit mot: en, que nous employons, quand nous disons: Je crois en l’Esprit-Saint. Ce mot nous le plaçons en effet devant le nom de chaque Personne de la Sainte Trinité: (Je crois en Dieu, et en Jésus-Christ) c’est une manière d’exprimer la plénitude et la force de notre Foi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du reste cette Vérité a pour elle les témoignages les moins douteux de la Sainte Écriture. Par exemple, lorsque Saint Pierre dans les Actes des Apôtres, dit:&amp;amp;nbsp; ''Ananie, pourquoi Satan a-t-il tenté votre cœur, au point de vous faire mentir au Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;?'' il ajoute aussitôt: ''ce n’est point aux hommes que vous avez menti, mais à Dieu''&amp;amp;nbsp;; donnant ainsi le nom de Dieu à Celui qu’il venait d’appeler le Saint-Esprit. De même l’Apôtre écrivant aux Corinthiens applique au Saint-Esprit le nom de Dieu qu’il venait de prononcer.&amp;amp;nbsp; ''Il y a, leur dit-il, diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. Et il ajoute: oui, c’est un seul et même esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons comme il Lui plaît''. De plus, le même Apôtre attribue au Saint-Esprit, dans le Livre des Actes, ce que les Prophètes rapportent à Dieu seul. Isaïe avait dit:&amp;amp;nbsp; ''J’ai'' ''entendu cette voix du Seigneur: qui enverrai-je&amp;amp;nbsp;? Puis, Il me dit: Va, dis à ce peuple: votre cœur s’appesantit, et vos oreilles deviennent sourdes, et vous bouchez vos yeux pour ne pas voir, et vous fermez vos oreilles pour ne pas entendre.'' Or, l’Apôtre, citant ces paroles, (et s’adressant aux Juifs) s’exprime ainsi&amp;amp;nbsp; ''ce que le Saint-Esprit a dit par la bouche du Prophète Isaïe est bien vrai.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’un autre côté, lorsque nous voyons la Sainte Écriture joindre la Personne du Saint-Esprit à la Personne du Père et du Fils, comme dans l’endroit où elle ordonne de conférer le Baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, aucun doute n’est plus possible sur la vérité de ce mystère&amp;amp;nbsp;; car si le Père est Dieu, et si le Fils est Dieu, nous sommes obligés de reconnaître que le Saint-Esprit l’est aussi, puisque l’Écriture Le met sur le même rang que le Père et le Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, le fait d’être baptisé au nom d’une créature quelconque ne peut procurer aucun avantage. ''Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés, dit l’Apôtre&amp;amp;nbsp;? ''&amp;amp;nbsp;et en parlant ainsi, il voulait faire entendre évidemment qu’un baptême de ce genre serait inutile pour le Salut. Si donc nous sommes baptisés au nom du Saint-Esprit, nous devons confesser qu’Il est Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce même ordre des trois Personnes divines, qui nous fournit la preuve de la divinité du Saint-Esprit, se remarque également dans cette Épître de Saint Jean, où nous lisons&amp;amp;nbsp; ''Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel le Père, le Verbe et l’Esprit-Saint, et ces trois ne sont qu’une seule et même chose''. Cet ordre se retrouve aussi dans cet éloge magnifique de la Sainte Trinité qui termine les Psaumes et les Cantiques sacrés: ''Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;!'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin ce qui confirme puissamment cette Vérité, c’est que l’Écriture Sainte attribue d’une manière formelle au Saint-Esprit tout ce qui, selon les données de la Foi, n’est propre qu’à Dieu seul. Ainsi elle lui reconnaît des temples:&amp;amp;nbsp; ''Ne'' ''savez-vous pas,'' dit l’Apôtre, ''que vos membres sont les temples du Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;?'' elle lui attribue le pouvoir ''de sanctifier'' , ''de vivifier''&amp;amp;nbsp; ''et de scruter les profondeurs de Dieu'' , ''de parler par les Prophètes'' , ''d’être partout'' &amp;amp;nbsp;; autant de perfections qui ne conviennent qu’à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas tout. Il faut de plus expliquer aux Fidèles, et avec beaucoup de soin, non seulement que le Saint-Esprit est Dieu, mais encore qu’il est la troisième Personne dans l’Essence divine, parfaitement distincte du Père et du Fils, et produite par la Volonté de l’un et de l’autre. C’est l’enseignement même de la Foi. Car sans parler des autres témoignages de l’Écriture, la forme du Baptême&amp;amp;nbsp; que notre Sauveur nous a apprise, montre très clairement que le Saint-Esprit est une troisième Personne qui subsiste par elle-même dans la nature divine, et qui est distincte des deux autres. Ainsi le déclare l’Apôtre, quand il dit:&amp;amp;nbsp; ''que'' ''la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et la Charité de Dieu, et la communication du Saint-Esprit soient avec tous. Amen&amp;amp;nbsp;!'' Mais ce qui plus que tout le reste met cette vérité en pleine lumière, c’est la déclaration formelle du premier Concile œcuménique de Constantinople. Pour réfuter l’hérésie absurde et impie de Macédonius, les Pères de ce concile ajoutèrent au symbole de Nicée ces mots si importants: ''je crois au Saint-Esprit Notre-Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié avec le et le Fils, qui a parlé par les Prophètes. ''En confessant que le Saint-Esprit est notre Seigneur, ils montrent par le fait combien Il est au dessus des Anges, qui sont cependant les plus nobles esprits que Dieu ait créés, tous, au témoignage de S Paul, ''des esprits administrateurs, envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut.''&amp;amp;nbsp; Ils disent encore qu’''Il donne la vie'', parce que de son union avec Dieu l’âme tire une vie plus réelle, que celle dont jouit le corps par son union avec l’âme. Et comme l’Écriture Sainte attribue au Saint-Esprit cette union de l’âme avec Dieu, il est clair qu’on a parfaitement raison de lui donner le nom d’Esprit ''vivifiant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour expliquer les paroles qui suivent: ''Qui procède du Père et du'' Fils, il faut bien faire entendre aux Fidèles que le Saint-Esprit procède de toute éternité du Père et du Fils comme d’un principe unique. Cette vérité est proposée à notre Foi par les définitions mêmes de l’Église, dont un Chrétien n’a jamais le droit de s’écarter, et elle est confirmée par l’autorité de nos Saints Livres et des Conciles. En effet, Notre-Seigneur Jésus-Christ parlant du Saint-Esprit, dit:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''Me glorifiera parce qu’Il recevra de ce qui est à Moi''. Et lorsque nous voyons dans la Sainte Écriture qu’il est appelé tantôt ''l’Esprit du Christ'', tantôt ''l’Esprit du Père''&amp;amp;nbsp;; qu’Il ''est envoyé'', tantôt ''par le Père'', tantôt ''par le Fils'',&amp;amp;nbsp; c’est bien la preuve manifeste qu’il procède également de l’un et de l’autre. ''Celui qui n’a pas l’Esprit de Jésus-Christ, ''dit Saint Paul, ''n’est point à Lui''.&amp;amp;nbsp; et dans l’Épître aux Galates, il appelle encore le Saint-Esprit, l’Esprit de Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; ''Dieu'', dit-il, ''a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie, mon Père, mon Père.'' De son côté, Notre-Seigneur, dans Saint Matthieu, l’appelle l’Esprit du Père:&amp;amp;nbsp; ''Ce'' ''n’est pas Vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père''. Et dans la Cène, Il s’exprime ainsi:&amp;amp;nbsp; ''le'' ''Consolateur que Je vous enverrai, C’est l’Esprit de vérité qui procède du Père, et qui rendra témoignage de Moi. ''Ailleurs, Il nous annonce en ces termes que le même esprit-Saint sera envoyé par le Père:&amp;amp;nbsp; ''le'' ''Père L’enverra en mon nom''. toutes ces expressions s’entendent évidemment de la procession du Saint-Esprit, il est donc bien clair et bien certain qu’Il procède du Père et du Fils. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce qu’il faudra dire de la Personne du Saint-Esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — DES CHOSES QUI SONT SPÉCIALEMENT ATTRIBUÉES AU SAINT-ESPRIT.  ====&lt;br /&gt;
Mais de plus les Pasteurs devront expliquer avec soin certains effets admirables, certains dons excellents que la Foi lui attribue, et qui sortent et découlent de Lui comme de la source éternelle de la Bonté. Il est vrai que toutes les opérations extérieures de la Sainte-Trinité sont communes aux trois Personnes. Cependant il en est quelques-unes que l’on attribue plus particulièrement au Saint-Esprit, pour nous faire comprendre qu’elles viennent de l’immense Charité de Dieu envers nous. Le Saint-Esprit en effet procède de la Volonté de Dieu, comme par un embrasement d’amour, et dès lors il est facile de concevoir que les effets qui Lui sont spécialement attribués doivent découler de l’Amour infini de Dieu pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pour la même raison que le Saint-Esprit est appelé ''don''. Car on appelle don ce qui est accordé libéralement gratuitement et sans espoir de récompense. Ainsi tous les biens, toutes les grâces que nous avons reçues de Dieu, ''et qu’avons-nous que nous n’ayons reçu de Lui'', dit l’Apôtre&amp;amp;nbsp;? &amp;amp;nbsp;? nous les tenons de la libéralité du Saint-Esprit. Et cela nous devons le reconnaître avec une sincère et pieuse gratitude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les effets produits par le Saint-Esprit sont nombreux. Car sans parler ici de la création, de la propagation des créatures, du gouvernement du monde&amp;amp;nbsp;? sujets que nous avons traités dans le premier article du Symbole&amp;amp;nbsp;? nous venons de démontrer à l’instant qu’on Lui attribue proprement la vivification spirituelle, et les paroles suivantes d’Ézéchiel sont un véritable témoignage en faveur de cette Vérité:&amp;amp;nbsp; ''Je vous donnerai mon esprit, et vous vivrez.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici comment Isaïe énumère les effets (ou les dons) principaux du Saint-Esprit, et ceux qui Lui conviennent plus spécialement: Il L’appelle:&amp;amp;nbsp; ''l’Esprit'' ''de Sagesse et d’intelligence, l’Esprit de Conseil et de Force, l’Esprit de Science et de Piété, l’Esprit de crainte du Seigneur''. Effets que l’on nomme communément les Dons du Saint-Esprit, et auxquels on donne aussi quelquefois le nom même de Saint-Esprit. C’est pourquoi, remarque judicieusement Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''lorsque nous rencontrons le mot de Saint-Esprit dans la Sainte Écriture, il faut bien voir s’il s’agit de la troisième Personne de la Sainte Trinité, ou seulement de ses effets et de ses opérations. Car ces deux choses diffèrent autant l’une de l’autre que Dieu Lui- même diffère de la créature.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient de faire ressortir ces commentaires avec un soin particulier, car ces dons du Saint-Esprit sont pour nous comme une source divine où nous puisons les préceptes de la Vie chrétienne, et par eux encore nous pouvons savoir si le Saint-Esprit habite vraiment en nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre ces dons magnifiques celui qui, dans notre esprit, doit passer avant tous les autres, c’est la Grâce qui nous justifie,&amp;amp;nbsp; ''et qui nous marque du sceau de l’Esprit-Saint, qui a été promis, et qui est le gage de notre héritage. ''&amp;amp;nbsp;C’est cette grâce en effet qui nous attache à Dieu par les liens les plus étroits de l’amour, qui allume dans nos cœurs le zèle ardent de la piété, qui nous fait entreprendre une vie nouvelle, ''qui nous rend participants de la nature divine'',&amp;amp;nbsp; ''et nous fait mériter le nom et la qualité réelle d’enfants de Dieu ''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre dixième — Du neuvième article du Symbole  ===&lt;br /&gt;
'''JE CROIS LA SAINTE EGLISE CATHOLIQUE, LA COMMUNION DES SAINTS. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour comprendre immédiatement avec quel soin, avec quelle attention les pasteurs devront travailler à bien expliquer aux fidèles ce neuvième article du Symbole, deux considérations sont nécessaires et suffisantes. La première, c’est que, suivant la remarque de Saint Augustin, les prophètes ont parlé plus clairement et plus longuement de l’Église que de Jésus Christ, car ils prévoyaient qu’il y aurait beaucoup plus d’erreurs volontaires et involontaires, sur ce point que sur le mystère de l’Incarnation. En effet, il ne devait point manquer d’impies pour prétendre, à l’imitation du singe qui veut faire croire qu’il est homme, pour prétendre avec autant d’orgueil que de méchanceté qu’eux seuls sont catholiques, que l’Église Catholique est parmi eux, et seulement parmi eux. -- La seconde considération, c’est que celui qui aura gravé profondément dans son cœur la foi à la vérité de l’Église, n’aura pas de peine à éviter le terrible danger de l’hérésie. On n’est pas hérétique par le fait seul qu’on pèche contre la Foi, mais parce qu’on méprise l’autorité de l’Église, et qu’on s’attache avec opiniâtreté à des opinions mauvaises. Si donc il est impossible qu’un Chrétien soit atteint de cette horrible peste de l’hérésie, tant qu’il continue à croire ce que cet article propose à sa Foi, les Pasteurs doivent redoubler d’efforts pour instruire les Fidèles de ce mystère, les prémunir par là même contre les artifices de l’ennemi, et les aider à persévérer dans la Foi. Au reste cet article dépend du précédent. Après avoir montré que toute sainteté vient de l’Esprit Saint comme de sa source et de son Auteur, nous reconnaissons maintenant, par voie de conclusion, que la sainteté qui est dans l’Église ne peut sortir que de Lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I — CE QUE C’EST QUE L’EGLISE  ====&lt;br /&gt;
Le mot Église vient du grec. les Latins l’ont emprunté à cette langue, et après la publication de l’Évangile, ils l’ont consacré exclusivement aux choses saintes. Voyons quel en est le sens. Il signifie proprement convocation. Mais avec le temps les auteurs l’ont emprunté souvent pour désigner une assemblée, une réunion d’hommes, sans examiner si ces hommes admiraient le vrai Dieu, ou les fausses divinités. nous lisons au livre des actes que le greffier de la ville d’Éphèse, après avoir apaisé le peuple, lui dit:&amp;amp;nbsp; ''Si vous avez quelque autre affaire à proposer, nous pourrons la traiter dans une assemblée légitime''. Ainsi l’assemblée du peuple d’Éphèse est appelée légitime, bien que ce peuple fût adonné au culte de Diane. Et non seulement ce nom d’Église est donné aux nations qui ne connaissent pas Dieu, mais quelquefois même il est appliqué aux assemblées des méchants et des impies. ''Je hais l’Église des méchants'', dit le prophète,&amp;amp;nbsp; ''et je ne m’assiérai point avec les impies''. Mais dans la suite, l’usage ordinaire de la Sainte Écriture fut de consacrer ce mot à désigner uniquement la société chrétienne et les assemblées des fidèles, c’est à dire de ceux qui ont été appelés par la foi, à la lumière de la vérité et à la connaissance de Dieu, qui ont dissipé les ténèbres de l’ignorance et de l’erreur, qui adorent avec piété et sainteté, le Dieu Vivant et Véritable, et qui le servent de tout leur cœur. Enfin, pour tout dire en un mot, l’Église, selon S Augustin , c’est le peuple fidèle répandu dans tout l’univers. Mais ce mot de l’Église renferme de véritables mystères, et des mystères très importants. En effet, si nous l’entendons dans le sens de convocation, nous voyons aussitôt briller à nos yeux la douceur et la lumière de la Grâce divine, et nous sentons combien l’Église diffère de toutes les autres sociétés. Celles-ci ne se soutiennent que par la raison et la prudence humaines&amp;amp;nbsp;; celle là repose sur la Sagesse et le Conseil de Dieu même. Car Dieu nous a appelés intérieurement par l’inspiration de son Saint Esprit, qui ouvre les cœurs, et extérieurement par les soins et le ministère des Pasteurs et des prédicateurs. Et nous voyons bientôt que la fin de cette vocation, c’est la connaissance et la possession des choses éternelles, si seulement nous remarquons qu’autrefois le peuple fidèle, sous la loi de Moïse, se nommait synagogue, c’est-à-dire troupeau. Car, dit Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; ce nom lui avait été donné parce que, comme les animaux qui cherchent à se grouper pour vivre, il n’avait en vue que des biens terrestres et périssables. Au contraire, le peuple chrétien s’appelle non pas synagogue, mais assemblée, ou convocation, parce qu’il méprise les choses terrestres et périssables, pour ne s’attacher qu’aux biens célestes, et qui ne passent pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore d’autres noms mystérieux qui servent à désigner la Société des Chrétiens. Ainsi l’Apôtre Saint Paul l’appelle la Maison et l’Édifice de Dieu. ''Je vous écris'', dit-il à Timothée,&amp;amp;nbsp; ''afin que, si je viens à tarder trop longtemps, vous sachiez comment vous devez vous conduire dans la maison du Dieu Vivant, la colonne et le fondement de la Vérité.'' L’Église est appelée ici maison parce qu’elle est comme une famille, qui n’est gouvernée que par un seul, le Père de famille, et dans laquelle tous les biens spirituels sont communs. On lui donne encore le nom de ''troupeau des brebis de Jésus-Christ ''&amp;amp;nbsp;qui en est le ''Pasteur'' et en même temps ''la porte de la bergerie''&amp;amp;nbsp;; celui d’''épouse'' de Jésus-Christ:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''vous ai fiancés, dit l’Apôtre aux Corinthiens, à un Époux unique, Jésus-Christ, pour vous présenter à Lui comme une vierge pure''. Ecoutons-le dire aux Ephésiens:&amp;amp;nbsp; ''Maris, aimez vos épouses, comme Jésus-Christ aime l’Église'' Puis, en parlant du Mariage: ''Ce Sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et dans l’Église'' Et enfin celui de ''Corps de Jésus-Christ'', comme on peut le voir dans les Épîtres aux Ephésiens&amp;amp;nbsp; et aux Colossiens . Ces différents noms sont très propres à exciter les Fidèles à se rendre dignes de la Clémence et de la Bonté infinie de Dieu, qui les a choisis pour en faire son peuple. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — DEUX PARTIES DE L’ÉGLISE, L’UNE TRIOMPHANTE, L’AUTRE MILITANTE.  ====&lt;br /&gt;
Après ces explications, il sera nécessaire d’énumérer les diverses parties qui composent l’Église, et de marquer les différences qui existent entre chacune d’elles. Ainsi les Fidèles connaîtront mieux la nature, les propriétés, les dons et les grâces de cette Église, si chère à Dieu, et ils ne cesseront de louer son nom trois fois Saint. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a dans l’Église deux parties principales: l’une que l’on appelle triomphante, et l’autre militante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’église triomphante est cette Société si brillante et si heureuse des esprits célestes, et de tous ceux qui ont remporté la victoire sur le monde, la chair, et le démon notre ennemi acharné, et qui maintenant délivrés sans retour des misères de la vie, jouissent de la Béatitude éternelle. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église militante est la Société de tous les Fidèles qui vivent encore sur la terre. On l’appelle militante parce qu’elle est obligée de soutenir une guerre incessante contre les ennemis les plus cruels, le inonde, la chair et Satan. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutefois, il ne faut pas pour cela croire qu’il y a deux Églises non, l’Église est une, mais elle est composée de deux parties. De ces deux parties, l’une a précédé l’autre, et elle est déjà en possession de la céleste Patrie. La deuxième marche chaque jour à la suite de la première, jusqu’à ce que, enfin, elle se réunisse à notre Sauveur, et se repose au sein de l’Éternelle Félicité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Église militante renferme deux sortes de personnes, les bons et les méchants. Les méchants participent aux mêmes Sacrements et professent la même Foi que les bons&amp;amp;nbsp;; mais ils diffèrent d’eux par la conduite et les mœurs. Les bons ne sont pas ceux qui sont unis seulement par la profession de la même Foi et la participation aux mêmes Sacrements, mais ceux qui sont attachés les uns aux autres par l’esprit de Grâce et le lien de Charité. C’est d’eux qu’il est dit:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''Seigneur connaît ceux qui sont à Lui''. Les hommes peuvent bien aussi, d’après certaines conjectures, présumer qui sont ceux qui doivent être rangés parmi les bons, mais ils ne peuvent jamais l’affirmer avec certitude. Aussi faut-il se garder de penser que Notre-Seigneur Jésus Christ a voulu parler de cette portion de l’Église, lorsqu’il nous renvoie à l’Église et nous ordonne de lui obéir. Puis qu’elle est inconnue, comment savoir, sans crainte de se tromper, à quel tribunal il faudra recourir, et à quelle autorité on devra se soumettre&amp;amp;nbsp;? L’Église comprend donc indistinctement les bons et les méchants, comme la sainte Écriture et les Pères nous l’enseignent, et comme l’Apôtre le marquait en disant:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''n’y a qu’un corps et qu’un esprit''. Ainsi entendue, l’Église est connue de tout le mon de. C’est&amp;amp;nbsp; ''la ville située sur la montagne, et que l’on aperçoit de toutes parts''. Elle ne doit être ignorée de personne, puisque tous doivent lui obéir. Et ce qui prouve encore qu’elle comprend non seulement les bons, mais même les méchants, c’est ce que l’Évangile nous apprend par plusieurs paraboles, par exemple quand il nous dit que le Royaume des cieux, c’est-à-dire l’Église militante,&amp;amp;nbsp; ''est semblable à un filet jeté dans la mer,&amp;amp;nbsp; à un champ dans lequel on a semé l’ivraie sur le bon grain,&amp;amp;nbsp; à une aire où l’on garde la paille avec le froment,&amp;amp;nbsp; à dix vierges dont les unes sont folles, et les autres prudentes. Et, longtemps auparavant, l’Arche de Noé&amp;amp;nbsp; où étaient renfermées toutes les espèces d’animaux, purs ou impurs'', était déjà la figure et l’image de l’Église Cependant quoique la Foi catholique enseigne comme une vérité constante et hors de doute, que les méchants aussi bien que les bons font partie de l’Église, elle veut aussi que l’on montre aux Fidèles combien leur condition est différente. Les méchants en effet ne sont dans l’Église que comme la paille confondue dans l’aire avec le bon grain, ou comme des membres morts sur un corps vivant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — QUI SONT CEUX QUI N’APPARTIENNENT PAS A L’ÉGLISE.  ====&lt;br /&gt;
De ce que nous venons de dire il résulte que trois sortes de personnes seulement sont exclues de l’Église: premièrement les infidèles, ensuite les hérétiques et les schismatiques, et enfin les excommuniés. — Les infidèles, parce que jamais ils n’ont été dans son sein, qu’ils ne l’ont point connue, et qu’ils n’ont participé à aucun Sacrement dans la société des Chrétiens. — Les hérétiques et les schismatiques, parce qu’ils l’ont abandonnée, et que dès lors ils ne peuvent pas plus lui appartenir qu’un déserteur n’appartient à l’armée qu’il a quittée. Cependant, on ne saurait nier qu’ils ne restent sous sa puissance. Elle a le droit de les juger, de les punir, de les frapper d’anathème. — enfin les excommuniés, parce qu’elle les a chassés de son sein par sa Communion, tant qu’ils ne se convertissent pas. Pour tous les autres, quelque méchants et quelque criminels qu’ils soient, il n’est pas douteux qu’ils font encore partie de l’Église Et c’est une vérité qu’on ne saurait trop redire aux Fidèles, afin que si par malheur la vie de leurs Chefs spirituels devenait scandaleuse, ils sachent bien que même de tels Pasteurs appartiendraient toujours à l’Église, et ne perdraient rien de leur autorité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est assez ordinaire de donner le nom d’Église à de simples parties de l’Église universelle. Ainsi l’Apôtre parle de l’Église de Corinthe, de la Galatie, de Laodicée, de Thessalonique. Il appelle même Église des familles particulières de Chrétiens. Ainsi il ordonne&amp;amp;nbsp; de saluer ''l’Église'' domestique ''de Prisca et d’Aquila'', et dans un autre endroit,&amp;amp;nbsp; ''Aquila et Priscilla'', dit-il, ''avec l’Église qui est dans leur maison, vous saluent très affectueusement dans le Seigneur''. II s’exprime de la même manière en écrivant à Philémon.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois le mot d’Église ne désigne que les Prélats et les Pasteurs.&amp;amp;nbsp; ''S’il ne vous écoute pas, ''dit Jésus Christ, ''dites-le à l’Église'', c’est-à-dire à ses Pasteurs. Enfin, le lieu où s’assemble le peuple pour entendre la Parole de Dieu, ou pour accomplir quelque devoir religieux, ce lieu même est appelé l’église: Mais dans cet article, l’ensemble de tous les chrétiens bons et méchants, ceux qui doivent obéir aussi bien que ceux qui commandent, tous sont également compris sous le nom d’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — CARACTÈRES PROPRES DE L’ÉGLISE, UNITÉ.  ====&lt;br /&gt;
Le moment est venu de faire connaître aux Fidèles les propriétés et les caractères de l’Église Rien n’est plus propre à leur faire sentir quel immense bienfait Dieu leur a accordé en les faisant naître et grandir dans son sein. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier caractère que lui donne le Symbole, de Nicée, c’est l’Unité.&amp;amp;nbsp; ''Ma colombe est unique, ''dit l’Époux des Cantiques, ''elle seule est belle''. Or, lorsque nous disons qu’une si grande multitude d’hommes, répandue en tant de lieux divers, est une, c’est parce que, comme le dit l’Apôtre écrivant aux Ephésiens,&amp;amp;nbsp; ''Il n’y a qu’un Seigneur, une Foi, un Baptême''. En effet, l’Église n’a qu’un seul Chef, un seul conducteur invisible, Notre-Seigneur Jésus-Christ, établi par le Père Éternel,&amp;amp;nbsp; Chef (ou tête) de toute l’Église qui est son corps&amp;amp;nbsp;; et un seul Chef visible qui est le successeur légitime de Saint Pierre sur le siège de Rome. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les Pères sont unanimes sur ce point que ce Chef (cette tête) visible de l’Église était nécessaire pour établir et conserver son unité. Saint Jérôme l’avait admirablement compris, et il le dit très bien contre Jovinien,&amp;amp;nbsp; ''un seul est choisi, afin que le Chef une fois constitué, il n’y ait plus de prétexte au schisme.'' Et dans sa lettre au Pape Saint Damase'': que l’envie, que l’ambition et la grandeur romaine disparaissent I je parle au successeur d’un pécheur et au disciple de la Croix. ne suivant d’autre premier Chef que Jésus-Christ, je suis uni de communion à votre Sainteté, c’est-à-dire à la Chaire de Saint Pierre. Je sais que l’Église a été bâtie sur cette pierre. Quiconque mange l’Agneau hors de cette Maison est un profane&amp;amp;nbsp;; tous ceux qui ne seront pas dans l’Arche de Noé au temps du déluge, périront dans les eaux.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Longtemps avant Saint Jérôme, Saint Irénée avait parlé dans le même sens&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; et Saint Cyprien traitant à son tour de l’Unité de l’Église s’exprime ainsi:&amp;amp;nbsp; Le Seigneur dit à Pierre:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Moi, je dis à toi que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église''&amp;amp;nbsp;» — ''Ainsi Il bâtit son Église sur un seul. Et si, après sa Résurrection, Il accorde un pouvoir égal à tous ses Apôtres&amp;amp;nbsp;; s’Il leur dit:&amp;amp;nbsp; comme mon Père M’a envoyé, Je vous envoie&amp;amp;nbsp;; recevez le Saint-Esprit&amp;amp;nbsp;; cependant pour rendre l’unité plus frappante, il veut dans son Autorité souveraine, que cette unité, dés son origine, ne découle que d’un seul. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Optat de Milève dit à Parménion:&amp;amp;nbsp; ''Vous ne pouvez vous excuser sous prétexte d’ignorance&amp;amp;nbsp;; car vous savez que la chaire épiscopale de Rome a été donnée d’abord à Saint Pierre, qui l’a occupée comme Chef de tous les Apôtres. C’est dans cette chaire unique que l’unité devait être conservée par tous, de peur que chacun des Apôtres ne prétendit se rendre indépendant dans la sienne. Dés lors celui-là est nécessairement schismatique et prévaricateur, qui ose élever une autre chaire contre celle-ci qui est unique. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis c’est Saint Basile qui écrit:&amp;amp;nbsp; ''Pierre'' ''a été placé pour être le fondement. Il avait dit à Jésus-Christ: vous êtes le Christ, Fils du Dieu Vivant: et à son tour il lui fut dit qu’il était Pierre, quoiqu’il ne fût pas pierre de la même manière que Jésus-Christ, qui est la figure immobile, mais seulement par la Volonté de Jésus-Christ. Dieu communique aux hommes ses propres dignités. Il est prêtre, et Il fait des prêtres, Il est pierre, et Il donne la qualité de pierre, rendant ainsi ses serviteurs participants de ce qui lui est propre. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Écoutons enfin Saint Ambroise: ''Si quelqu’un objecte à l’Église qu’elle peut se contenter de Jésus-Christ pour Chef et pour Époux unique, et qu’il ne lui en faut point d’autre, la réponse est facile. Jésus-Christ est pour nous non seule ment l’Auteur mais encore le vrai Ministre intérieur de chaque Sacrement. C’est vraiment Lui qui baptise et qui absout, et néanmoins, Il n’a pas laissé de choisir des hommes pour être les ministres extérieurs des Sacrements. Ainsi, tout en gouvernant Lui-même l’Église par l’influence secrète de son esprit, Il place aussi à sa tête un homme pour être son Vicaire et le dépositaire extérieur de sa Puissance. A une Église visible, il fallait un Chef visible. Voilà pourquoi notre Sauveur établit Saint Pierre Chef et Pasteur de tout le troupeau des Fidèles, lorsqu’Il lui confia la charge de paître ses brebis. toutefois Il le fit en termes si généraux et si étendus qu’il voulut que ce même pouvoir de régir toute l’Église passât à ses successeurs. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au surplus ''c’est un seul et même esprit, ''écrit l’Apôtre aux Corinthiens, &amp;amp;nbsp;''qui communique la grâce aux Fidèles, ''comme l’âme anime tous les membres d’un même corps''. Travaillez, ''disait-il aux Ephésiens, en les exhortant à conserver l’unité, &amp;amp;nbsp;''travaillez avec soin à conserver l’unité de l’esprit dans le lien de la paix, vous ne faites qu’un corps et qu’un esprit. ''De même en effet que le corps humain se compose de plusieurs membres, et que tous ces membres sont animés par une seule âme qui communique aux différents organes leurs propriétés spéciales, aux yeux celle de voir, aux oreilles celle d’entendre, ainsi le Corps mystique de Jésus-Christ, qui est l’Église, est composé de tous les Fidèles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’y a également qu’une ''seule Espérance'' à laquelle nous sommes tous appelés comme l’atteste encore l’Apôtre au même endroit,&amp;amp;nbsp; puisque nous espérons tous la même chose, à savoir la Vie Éternelle et Bienheureuse. ''Il n’y a qu’une seule Foi'' que tous doivent garder et professer publiquement.&amp;amp;nbsp; ''Qu’il n’y ait point de schismes parmi vous, dit Saint Paul. Il n’y a qu’un Baptême enfin''&amp;amp;nbsp; qui est le sceau de la Foi chrétienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § V. — SAINTETÉ DE L’ÉGLISE.  ====&lt;br /&gt;
Le second caractère de l’Église, c’est la Sainteté. Vous êtes la race choisie, dit Saint Pierre, la nation Sainte. — Or, nous disons que l’Église est sainte&amp;amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1° Parce qu’est est vouée et consacrée à Dieu. C’est l’usage en effet d’attribuer cette qualité aux objets corporels ou matériels, par le fait qu’ils sont destinés et employés au culte de Dieu. Ainsi, par exemple, dans la Loi ancienne, les vases, les vêtements et les autels, aussi bien que les premiers-nés qui étaient consacrés au très-Haut. étaient appelés Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne faut pas nous étonner que l’Église soit appelée sainte quoiqu’elle renferme beaucoup de pécheurs. Les Fidèles sont saints, parce qu’ils sont devenus le peuple de Dieu, et qu’ils sont consacrés à Jésus-Christ par la Foi, et par le Baptême qu’ils ont reçu&amp;amp;nbsp;;ils sont saints, bien que trop souvent ils commettent des fautes et ne tiennent pas tout ce qu’ils ont promis. Ainsi ceux qui ont embrassé un art, continuent de porter le nom de leur profession, alors qu’ils n’en observent pas les règles. Voilà pourquoi Saint Paul donne aux Corinthiens le nom de sanctifiés et de saints, tout en trouvant au milieu d’eux des Chrétiens qu’il traitait de charnels, et à qui il adressait des reproches encore plus sévères.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2° L’Église est sainte parce qu’elle est unie à un Chef saint dont elle est le Corps &amp;amp;nbsp;; à Notre-Seigneur Jésus Christ, Source de toute Sainteté, qui répand sur elle les dons du Saint-Esprit et les trésors de la Bonté divine. Aussi Saint Augustin, expliquant ces paroles du Prophète David&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Conservez mon âme, parce que je suis saint''&amp;amp;nbsp;», dit-il admirablement:&amp;amp;nbsp; «&amp;amp;nbsp;''Qu’il ne craigne pas, ce corps mystique de Jésus-Christ, qui ne fait vraiment qu’un seul homme, qu’il ne craigne plus d’élever la voix de toutes les parties de la terre, et de dire avec son Chef, et sous son Chef: je suis saint&amp;amp;nbsp;; car il a reçu la grâce de la Sainteté, la grâce du Baptême et de la Résurrection des péchés.&amp;amp;nbsp;''» Et un peu plus loin: «&amp;amp;nbsp;''S’il est vrai que tous les Chrétiens et les Fidèles baptisés en Jésus-Christ aient revêtu Jésus Christ comme l’Apôtre l’assure dans ses paroles: Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez revêtu Jésus-Christ &amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;;&amp;lt;/nowiki&amp;gt; ''s’il est vrai qu’ils soient devenus les membres de son Corps, et que cependant ils osent dire qu’ils ne sont pas saints, ils font injure au Chef dont les membres sont saints.''&amp;amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3° enfin, l’Église est sainte parce qu’elle seule possède le culte du Sacrifice légitime et le salutaire usage des Sacrements, ces instruments efficaces de la Grâce divine par lesquels Dieu nous communique la Sainteté. En dehors d’elle, il est impossible d’être vraiment saint. II est donc de toute évidence que l’Église est sainte . Oui, et elle est sainte, précisément parce qu’elle est le Corps de Jésus Christ qui la sanctifie, et qui la purifie dans son Sang . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VI. — L’ÉGLISE EST CATHOLIQUE.  ====&lt;br /&gt;
Le troisième caractère de l’Église, c’est qu’elle est catholique, c’est-à-dire Universelle. Et ce nom lui convient parfaitement, car, dit Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; ''par la lumière seule de la Foi, elle s’étend depuis l’orient jusqu’au couchant. ''Elle n’est point comme les États de la terre, ou les diverses hérésies, bornée aux frontières d’un royaume ou à une race d’hommes, Scythes ou barbares, libres ou esclaves, homme ou femme,&amp;amp;nbsp; elle renferme tout dans les entrailles de, sa charité. C’est pourquoi il est dit de notre Seigneur&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; ''Vous'' ''nous avez rachetés et rendus à Dieu dans votre Sang, en nous tirant de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation, et vous avez fait de nous un Royaume à notre Dieu.'' C’est de l’Église que David disait:&amp;amp;nbsp; ''Demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour héritage, et les limites de la terre pour bornes de votre empire''. Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''me souviendrai de Rahal et de Babylone qui me connaîtront, et une multitude de nations naîtront dans son sein.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs tous les Fidèles qui ont existé depuis Adam jusqu’aujourd’hui, tous ceux qui existeront tant que le monde sera monde, en professant la vraie Foi&amp;amp;nbsp; appartiennent à cette même Église établie sur les Apôtres et les Prophètes. ''Car tous ont été placés et fondés sur Jésus Christ, la Pierre angulaire, qui des deux peuples n’en a fait qu’un, et qui a annoncé la Paix à ceux qui étaient loin.'' — Une autre raison qui fait nommer l’Église Catholique, c’est que tous ceux qui désirent obtenir leur Salut éternel, doivent s’attacher à elle, et entrer dans son sein, comme autrefois il fallut entrer dans l’arche , pour éviter de périr dans les eaux du déluge: C’est donc là une des marques les plus certaines pour distinguer la véritable Église de celles qui sont fausses. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — L’ÉGLISE EST APOSTOLIQUE.  ====&lt;br /&gt;
Voici un dernier caractère propre à nous faire distinguer la véritable Église, elle vient des Apôtres, dépositaires du grand bienfait de la révélation. Sa doctrine n’est point une chose nouvelle, et qui commence, non, c’est la vérité transmise autrefois par les Apôtres, et répandue par eux dans tout l’univers. Il est donc évident pour tous que le langage impie des hérétiques d’aujourd’hui est absolument contraire à la Foi de la véritable Église, puisqu’il est si opposé à la doctrine prêchée par les Apôtres, et depuis eux jusqu’à nous. Voilà pourquoi les Pères du Concile de Nicée, pour faire comprendre à tous quelle était l’Église catholique, ajoutèrent au symbole, par une inspiration divine, le mot ''Apostolique''. Et en effet, le Saint-Esprit qui gouverne l’Église, ne la gouverne que par des ministres apostoliques (c’est-à-dire par les successeurs légitimes des Apôtres). Cet esprit fut d’abord donné aux Apôtres, mais ensuite, grâce à l’infinie Bonté de Dieu, il demeura toujours dans l’Église . Et comme elle est la seule qui soit gouvernée par le Saint-Esprit, elle est aussi la seule qui soit infaillible dans la Foi et dans la règle des mœurs. Au con traire toutes les autres qui usurpent le nom d’Églises sont sous la conduite de l’esprit du démon, et tombent nécessairement dans les plus funestes erreurs de doctrine et de morale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § VII. — FIGURES DE L’ÉGLISE DANS L’ANCIEN TESTAMENT.  ====&lt;br /&gt;
Les figures de l’Ancien testament possèdent une vertu merveilleuse pour toucher le cœur des Fidèles, et pour leur remettre en mémoire les vérités les plus importantes. Aussi les Apôtres n’ont-ils pas manqué de s’en servir dans ce but. Voilà pourquoi à leur tour, les Pasteurs se garderont bien de négliger un moyen d’instruction si utile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or, parmi toutes ces figures, la plus expressive est l’Arche de Noé . Construite par l’ordre formel de Dieu, elle était par là même une figure de l’Église Sur ce point aucun doute n’est possible. Dieu a établi et fondé son Église dans des conditions telles que ceux qui y entreraient par le Baptême seraient préservés de la mort éternelle, tandis que ceux qui demeureraient hors de son sein périraient ensevelis sous leurs crimes&amp;amp;nbsp;; tel fut le sort de ceux qui n’étaient point dans l’Arche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre figure encore, c’est cette grande cité de Jérusalem dont les saintes Écritures emploient souvent le nom pour signifier la sainte Église C’était dans ses murs seulement qu’il était permis d’offrir des sacrifices à Dieu. C’est également dans la Sainte Église de Dieu, et nulle part ailleurs, que se trouve le véritable culte, le véritable Sacrifice, le seul qui Lui soit agréable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IX. — COMMENT LA VÉRITÉ DE L’ÉGLISE EST UN ARTICLE DE FOI.  ====&lt;br /&gt;
Enfin, les Pasteurs auront soin d’apprendre aux Fidèles pourquoi c’est un article de Foi de croire à l’Église La raison et le sens sont bien suffisants pour s’assurer qu’il y a sur la terre une Église c’est-à-dire une société d’hommes dévoués et consacrés à Jésus-Christ. Pour en être convaincu, la Foi ne semble pas nécessaire. Les Juifs et les turcs eux-mêmes savent que l’Église existe. Mais pour les Mystères qu’elle renferme, — ceux dont nous venons de parler, et ceux dont nous parlerons dans le sacrement de l’Ordre — l’esprit a besoin d’être éclairé par la Foi pour les saisir et la raison seule ne saurait l’en convaincre. Ainsi cet article ne surpasse pas moins que les autres la portée naturelle et les forces de notre esprit. nous avons donc raison de dire que ce n’est point par l’intelligence, mais par les lumières de la Foi que nous connaissons l’origine, les dons et l’excellence de l’Église C’est qu’en effet cette Église n’est pas l’œuvre de l’homme. C’est le Dieu immortel qui l’a fondée sur la pierre inébranlable. Le Prophète David nous le dit expressément:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''très-Haut l’a établie Lui même. Aussi est-elle appelée l’héritage de Dieu ''&amp;amp;nbsp;''et le peuple de Dieu ''. Son pouvoir ne lui vient pas non plus des hommes, mais de Dieu, et de même que la nature est incapable de lui donner ce pouvoir, de même aussi, c’est la Foi et non la nature qui nous fait admettre qu’elle a reçu les clefs du Royaume des cieux , la puissance de remettre les péchés&amp;amp;nbsp; d’excommunier les pécheurs , de consacrer le vrai corps de Jésus-Christ , et enfin que les citoyens qui demeurent dans son sein, n’ont point ici-bas de demeure permanente, mais qu’ils cherchent la cité future où ils doivent habiter un jour . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous sommes donc rigoureusement tenus de croire que l’Église est Une, Sainte et Catholique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si, en croyant aux trois personnes de la Sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, nous mettons en elles notre Foi et notre confiance, ici au contraire, nous parlons autrement, et nous faisons profession de croire une Église Sainte, et non pas en une Église sainte. Et par cette manière différente de nous exprimer, nous conservons la distinction nécessaire entre le Créateur et les choses qu’il a créées, et nous attribuons à sa divine bonté tous les dons que l’Église possède. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § X. — LA COMMUNION DES SAINTS.  ====&lt;br /&gt;
Saint Jean l’Évangéliste, écrivant aux Fidèles sur les mystères de la Foi, leur donne la raison pour laquelle il les instruit de ces vérités&amp;amp;nbsp;;&amp;amp;nbsp; ''c’est afin, ''leur dit-il, ''que vous en triez en société avec nous, et que notre société soit avec le Père et avec Jésus-Christ son Fils''. Or, cette société est la Communion des Saints, dont il est question dans cet article. Et plût à Dieu que les Pasteurs eussent le même cèle que Paul et les autres Apôtres, pour répandre cet enseignement&amp;amp;nbsp;! Car ce n’est pas seulement une sorte de développe ment de l’article précédent, et une doctrine féconde par elle-même en fruits excellents, cet enseignement est aussi pour nous un guide et un maître dans l’usage que nous devons faire des vérités contenues dans le symbole. En effet, nous ne devons les étudier et les sonder, ces vérités, que pour nous rendre dignes d’être admis dans cette grande et heureuse Société des Saints, et pour y persévérer ensuite constamment, ''remerciant avec joie Dieu le Père, de nous avoir rendus dignes, par la lumière de la Foi, du sort et de l’héritage des Saints ''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il convient donc de bien montrer tout d’abord aux Fidèles que cette partie de l’article est un développement plus complet de ce que nous avons dit précédemment de la Sainte Église catholique. Comme cette Église est gouvernée par un seul et même esprit, tous les biens qu’elle a reçus deviennent nécessairement un fonds commun. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fruit de tous les Sacrements appartient à tous. Car les Sacrements, et surtout le Baptême qui est comme la porte par laquelle les hommes entrent dans l’Église, sont autant de liens sacrés qui les unissent tous et les attachent à Jésus-Christ. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui prouve que la Communion des Saints n’est rien autre chose que la Communion des Sacrements, ce sont ces paroles des Pères du Concile de Nicée ajoutées au Symbole: ''Je confesse un seul Baptême'' . Car tous les autres Sacrements, et l’Eucharistie en particulier, sont inséparables du Sacreraient de Baptême. Et même le nom de communion peut s’appliquer à chacun d’eux, car chacun d’eux nous unit à Dieu, et nous rend participants de la nature divine, par la grâce qu’il nous communique. Mais ce nom convient mieux à l’Eucharistie qu’à tout autre, parce que c’est elle principalement qui consomme cette communion. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est encore une autre espèce de communion à considérer dans l’Église La Charité en est le principe. En effet, comme ''cette vertu ne cherche jamais ses intérêts propres '', elle l’ait tourner au profit de tous les ''œuvr''es saintes et pieuses de chacun. Ainsi l’enseigne Saint Ambroise, en expliquant ces mots du Psalmiste:&amp;amp;nbsp; ''Je'' ''suis uni de cour à tous ceux qui vous craignent. «&amp;amp;nbsp;Comme un membre, dit-il, participe à tous les biens du corps, ainsi celui qui est uni à ceux qui craignent Dieu, participe à toutes les bonnes œuvres.&amp;amp;nbsp;''» C’est pourquoi Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la Prière qu’Il nous a enseignée, nous ordonne de dire ''notre pain ''et non pas ''mon pain'', et ainsi du reste, pour nous montrer que nous ne devons pas seulement penser à nous, mais encore au bien et au salut de tous les autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour marquer cette communauté de biens dans l’Église, nos Saints Livres emploient souvent la comparaison si juste des membres du corps humain. En effet, il y a plu sieurs membres dans le corps de l’homme , et néanmoins, ils ne font qu’un seul corps. Et ils remplissent tous, non la même fonction, mais la fonction particulière qui leur est propre. tous non plus n’ont pas la même dignité, et leurs fonctions ne sont ni également utiles, ni également honorables&amp;amp;nbsp;; cependant aucun d’eux ne se propose son avantage et son utilité particulière, mais l’avantage et l’utilité du corps tout entier. D’autre part, ils sont si étroitement unis et si bien associés entre eux, que si l’un de ces membres éprouve une douleur quelconque, tous les autres l’éprouvent de même par affinité et par sympathie. Si au contraire il est heureux, tous les autres partagent son bonheur . Or nous pouvons contempler ce spectacle dans l’Église Elle renferme bien des membres différents et des nations diverses, des Juifs, des Gentils, des hommes libres et des esclaves, des riches et des pauvres. Mais dès qu’ils ont reçu le Baptême, ils ne font tous qu’un seul corps, dont Jésus-Christ est le Chef. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, chacun dans l’Église a sa fonction déterminée . Les uns sont apôtres, les autres sont docteurs, mais tous sont établis pour l’avantage de la Société entière. Les uns ont la charge de commander et d’enseigner, les autres ont le devoir d’obéir et de se soumettre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant ces biens si précieux et si multiples, ces dons de la divine Largesse vont toujours à ceux qui vivent chrétiennement, gardent la Charité, pratiquent la Justice, et sont agréables à Dieu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux membres morts, c’est-à-dire les malheureux esclaves du péché et privés de la grâce de Dieu, ils ne perdent pas, malgré tout, l’avantage de faire encore partie du corps de l’Église&amp;amp;nbsp;; mais comme ils sont morts, ils ne reçoivent point les fruits spirituels qui appartiennent aux Chrétiens vraiment justes et pieux. néanmoins, par cela seul qu’ils sont toujours membres de l’Église, ils se trouvent aidés, pour recouvrer la Grâce qu’ils ont perdue et la Vie spirituelle, par ceux qui vivent de la vie de l’esprit&amp;amp;nbsp;; et ils recueillent certains fruits de salut, dont demeurent privés ceux qui sont entièrement retranchés du sein de l’Église &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les biens qui sont ainsi communs à tous, ne sont pas seulement les dons qui nous rendent justes et agréables à Dieu. Ce sont encore les ''grâces gratuites'', comme la science, le don de prophétie, le don des langues et des miracles, et les autres dons de même nature. Ces privilèges qui sont accordés quelquefois même aux méchants, ne se donnent jamais pour un intérêt personnel, mais pour le bien et l’édification de toute l’Église Ainsi le don des guérisons n’est point accordé pour l’avantage de celui qui en jouit, mais au profit des malades qu’il guérit. Enfin tout ce que le vrai Chrétien possède, il doit le regarder comme un bien qui lui est commun avec tous, et toujours il doit être prêt et empressé à venir au secours de l’indigence et de la misère du prochain. Car&amp;amp;nbsp; si celui qui possède, voit son frère dans le besoin, sans le secourir, c’est une preuve manifeste qu’il n’a pas la Charité de Dieu en lui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De là il est évident que ceux qui font partie de cette Communion jouissent déjà d’un bonheur appréciable, et peuvent répéter en toute vérité avec le Prophète David:&amp;amp;nbsp; ''Que'' ''vos tabernacles sont aimables, Seigneur, Dieu des vertus&amp;amp;nbsp;! Mon âme soupire et tombe comme en défaillance en pensant à la Maison du Seigneur. Heureux, ô mon Dieu, ceux qui habitent dans votre Maison&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre onzième — Du dixième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''JE CROIS LA RÉMISSION DES PÉCHÉS. '''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est personne qui, en voyant ce dogme de la Rémission des péchés au nombre des articles du Symbole, puisse douter un seul instant qu’il se trouve en face d’un mystère tout divin, et absolument nécessaire au Salut. nous l’avons démontré précédemment: sans une Foi ferme à tout ce que le Symbole nous propose à croire, il n’y a point de piété possible. Cependant, si cette vérité, qui est déjà bien assez claire par elle-même, avait encore besoin de quelques preuve, il suffirait de rapporter les paroles que prononça notre Seigneur, peu de temps avant son Ascension, lorsqu’il ouvrit l’intelligence de ses Apôtres, pour leur faire comprendre les Écritures:&amp;amp;nbsp; ''Il fallait, ''dit-il, ''que le Christ souffrît, et qu’Il ressuscitât le troisième jour d’entre les morts, et que la Pénitence et la Rémission des péchés fussent prêchées en son nom, dans toutes les nations à commencer par Jérusalem. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En méditant ces paroles, les Pasteurs n’auront pas de peine à voir que s’ils sont obligés de transmettre aux Fidèles toutes les Vérités de la Religion, le Seigneur leur fait un devoir strict et rigoureux d’expliquer avec le plus grand soin ce chapitre de la Rémission des péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — IL Y A DANS L’ÉGLISE UN POUVOIR DE REMETTRE LES PÉCHÉS.  ====&lt;br /&gt;
Le devoir du Pasteur sera donc d’enseigner ici que non seulement on trouve la Rémission des péchés dans l’Église Catholique, selon cette prophétie d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''peuple qui habitera dans son sein sera purifié de ses péchés,'' mais encore que l’Église elle-même a le pouvoir de remettre les péchés. Et lorsque les prêtres usent légitimement de ce pouvoir, et selon les règles prescrites par Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous devons croire que les péchés sont remis et pardonnés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier. Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne des infirmités de la nature.&amp;amp;nbsp; Au contraire nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cesse de nous porter au mal&amp;amp;nbsp;; et dans cette lutte, à peine pourrait-on trou ver un homme dont la résistance fût assez rigoureuse, et le soin de son salut assez vigilant, pour échapper à toute blessure. Si donc il était nécessaire que l’Église eût le pouvoir de remettre les péchés, il fallait aussi que le Baptême ne fût pas pour elle l’unique moyen de se servir de ces clefs du Royaume des cieux qu’elle avait reçues de Jésus Christ&amp;amp;nbsp;; il fallait qu’elle fût capable de pardonner leurs fautes à tous les vrais pénitents, quand même ils auraient péché jusqu’au dernier moment de leur vie. nous avons dans nos Saints Livres les témoignages les plus positifs en faveur de cette vérité. Ainsi dans Saint Matthieu le Seigneur dit à Pierre:&amp;amp;nbsp; ''Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux&amp;amp;nbsp;; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. ''Il dit de même à tous les Apôtres:&amp;amp;nbsp; ''Tout'' ''ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le. ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel''. Saint Jean, de son côté, nous assure que Jésus-Christ, après avoir soufflé sur les Apôtres, leur dit: &amp;amp;nbsp;''Recevez'' ''le Saint-Esprit: les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il ne faut pas s’imaginer que ce pouvoir de pardonner s’applique seulement à certaines espèces de fautes. non. Il n’en est aucune, si criminelle qu’elle soit, ou qu’on la suppose, que la Sainte Église ne puisse remettre.&amp;amp;nbsp; Il n’est personne, si méchant et si coupable qu’il soit, qui ne doive espérer avec assurance son pardon, pourvu que son repentir soit sincère. Ce pouvoir non plus n’est point limité de telle sorte, que l’on puisse en user seulement dans un temps déterminé. Quelle que soit l’heure à laquelle le pécheur veuille revenir au bien, il ne faut pas le rejeter. C’est le précepte formel de Notre-Seigneur&amp;amp;nbsp; Lorsque le prince des Apôtres lui demanda s’il fallait pardonner plus de sept fois, Il lui répondit: ''non pas sept fois, mais soixante-dix-sept fois sept fois. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — A QUI A ÉTÉ CONFIÉ, DANS L’ÉGLISE, LE POUVOIR DE REMETTRE LES PÉCHÉS.  ====&lt;br /&gt;
Si nous envisageons ce pouvoir dans ceux qui doivent l’exercer, nous lui trouvons des limites. En effet Notre-Seigneur n’a pas voulu confier à tous les Chrétiens une fonction si haute et si sainte, Il en a chargé uniquement les Évêques et les Prêtres. — Si d’autre part nous considérons ce pouvoir dans la manière de l’exercer, il est également limité. Ce n’est que par les Sacrements administrés chacun selon la forme requise, que les péchés peuvent être remis. L’Église n’a pas reçu le droit de les pardonner autrement. Ainsi dans la Rémission des péchés, les Prêtres et les Sacrements sont de purs instruments dont Notre-Seigneur Jésus-Christ, unique Auteur et Dispensateur de notre Salut, veut bien se servir, pour effacer nos iniquités et nous donner la grâce de la justification. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — LE POUVOIR DE REMETTRE LES PÉCHÉS EST UN GRAND BIENFAIT.  ====&lt;br /&gt;
Afin que les Fidèles soient en état d’apprécier, comme il convient, ce grand Bienfait de l’infinie Miséricorde de Dieu envers son Église, et par suite d’en profiter avec tout l’empressement du zèle et de la piété, les Pasteurs s’efforceront de mettre en pleine lumière l’excellence et l’étendue d’une pareille Grâce. Et ils n’auront pas de peine à atteindre ce but, s’ils ont soin de bien montrer quelle est la puissance capable de remettre les péchés, et de faire passer les hommes du mal au bien.&amp;amp;nbsp; Il est certain que pour produire un tel effet, il ne faut rien de moins que la Vertu de Dieu, cette Vertu immense et infinie que nous croyons nécessaire pour ressusciter les morts, et pour créer le inonde. Et même, au sentiment de Saint Augustin , faire d’un impie un juste doit passer pour une ''œuvr''e plus brande que de créer de rien le ciel et la terre. Si donc il faut une puissance infinie pour créer, à plus forte raison, une puissance infinie est nécessaire pour opérer la rémission des péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos pères ont donc eu grandement raison d’affirmer que Dieu seul peut remettre aux hommes leurs péchés, et qu’un si grand prodige ne peut être que l’ouvrage de sa Bonté et de sa Puissance souveraines. ''C’est Moi'', dit le Seigneur Lui-même par un Prophète,&amp;amp;nbsp; ''c’est Moi-même qui efface les iniquités''. En effet la Rémission des péchés semble soumise à la même loi que l’acquittement d’une dette. Une dette ne peut être remise que par le créancier lui-même. Or, c’est envers Dieu que nous contractons une obligation par le péché. ne lui disons-nous pas tous les jours dans notre prière:&amp;amp;nbsp; Remettez-nous nos dettes&amp;amp;nbsp;? Il est donc bien clair que c’est Lui, et Lui seul, qui peut nous pardonner nos péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant l’Incarnation du Fils de Dieu, ce pouvoir admirable et vraiment divin n’avait jamais été donné à une créature. Jésus-Christ notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, est le premier qui l’ait reçu, comme homme, de Dieu son Père. ''Afin que vous sachiez,'' dit-Il,&amp;amp;nbsp; ''que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, levez-vous, dit-Il au paralytique, prenez votre lit et allez dans votre maison.'' Il s’était fait homme pour accorder aux hommes le pardon de leurs péchés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais avant de remonter au Ciel, pour y être assis à jamais à la droite de son Père, Il laissa ce pouvoir dans son Église aux Évêques et aux Prêtres. toutefois, comme nous l’avons déjà remarqué, Notre-Seigneur Jésus-Christ remet les péchés, de sa propre autorité, tandis que les autres n’exercent ce pouvoir que comme ses ministres. Si donc tout ce qui porte le cachet de la Puissance infinie doit nous remplir d’admiration et de respect, comment pour rions-nous ne pas sentir tout le prix de ce Bienfait si pré cieux que Jésus-Christ dans sa bonté a voulu nous accorder&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le moyen même que Dieu notre Père a choisi dans sa Clémence, pour effacer les péchés du monde, est aussi très propre à nous faire comprendre l’étendue d’une pareille faveur. Car si son fils unique a versé son Sang, c’était pour nous purifier de nos crimes&amp;amp;nbsp;; Il a subi Lui-même de sa pleine et propre Volonté le châtiment que nous avions mérité par nos iniquités&amp;amp;nbsp;; le Juste a été condamné pour les pécheurs&amp;amp;nbsp;; l’Innocent a souffert pour les coupables la mort la plus affreuse.&amp;amp;nbsp; Réfléchissons en nous-mêmes que&amp;amp;nbsp; ''nous n’avons pas été rachetés par l’or ni par l’argent qui sont sujets à la corruption, mais par le Précieux Sang de Jésus-Christ, le véritable Agneau sans tache et sans souillure'', et nous n’aurons pas de peine à voir que rien de plus salutaire ne pouvait nous être accordé que cette faculté de remettre les péchés. C’est qu’en effet il y a dans ce pouvoir que Dieu nous a donné une preuve de son admirable Providence et en même temps de son amour infini pour nous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici également une pensée très précieuse en fruits de salut pour tous ceux qui voudront s’y arrêter. Celui qui a le malheur d’offenser Dieu par un péché mortel perd immédiatement tous les mérites qu’il avait pu acquérir par la Mort et la Croix de Jésus-Christ, et l’entrée du Ciel qui déjà lui avait été fermée une fois, mais que la Passion du Sauveur avait de nouveau ouverte à tous, lui est dès lors interdite. Comment ne pas être frappés de la plus vive frayeur à la vue de notre misère lorsque notre esprit s’arrête sur cette triste réalité&amp;amp;nbsp;? C’est alors qu’il faut reporter notre pensée sur ce pouvoir admirable que Dieu a donné à son Église Et si nous croyons fermement, d’après cet article du Symbole, que la faculté a été accordée à tous de rentrer avec le secours de la Grâce, dans la dignité de leur premier état, il est impossible de ne pas concevoir la joie la plus vive, l’allégresse la plus entière, et de ne pus rendre à Dieu d’immortelles actions de grâces. Et certes,’si nous avons l’habitude de trouver bons et désirables les remèdes que l’art et la science des médecins nous préparent, quand nous sommes attaqués de quelque maladie grave, combien ne devons-nous pas trouver plus agréables encore les remèdes que Dieu dans sa Sagesse a bien voulu mettre à notre disposition pour guérir nos âmes et leur rendre la vie de la Grâce&amp;amp;nbsp;? D’autant que ces divins remèdes ne donnent pas seulement une espérance douteuse de guérison, comme ceux des hommes, mais qu’ils procurent infailliblement la santé spirituelle à tous ceux qui la désirent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — COMMENT LES FIDÈLES DOIVENT FAIRE USAGE DE LA RÉMISSION DES PÉCHÉS.  ====&lt;br /&gt;
Après avoir fait connaître aux Fidèles l’excellence d’un pouvoir si étendu et si admirable, il y aura lieu de les exhorter à en profiter avec beaucoup de soin pour le plus grand bien de leurs âmes. Il est difficile que celui qui ne fait pas usage d’une chose utile et nécessaire, ne semble pas la mépriser. Il ne faut pas oublier que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’a donné à son Église le pouvoir de remettre les péchés, que pour mettre à la disposition de tous ce Remède salutaire. Comme personne ne peut se purifier sans le Baptême, de même, après avoir perdu la grâce baptismale par le péché mortel, nul ne peut la recouvrer, qu’en recourant à cet autre moyen d’expiation qui s’appelle le sacrement de Pénitence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faut bien avertir les Fidèles qu’une si grande facilité de pardon, si étendue du côté des fautes, et si illimitée au point de vue du temps, ne doit point les rendre plus libres pour se livrer au péché, ni plus lents pour se repentir. Dans le premier cas ils seraient évidemment convaincus de mépris injurieux pour cette Divine Puissance, et par conséquent ils seraient indignes de la Miséricorde de Dieu. Dans le second il y aurait grandement à craindre qu’ils ne fussent surpris par la mort, et par conséquent que leur foi à la Rémission des péchés ne devint inutile, parce que leurs retards et leurs atermoiements leur en auraient justement fait perdre tous les avantages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre douzième — Du onzième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''JE CROIS LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I. — PREUVE DE LA RÉSURRECTION.  ====&lt;br /&gt;
La preuve manifeste de la force et de la valeur de cet article pour confirmer la vérité de notre Foi, c’est que nos Saintes Écritures ne se contentent pas de le proposer à la croyance des Fidèles, mais ont soin de l’appuyer sur plusieurs raisonnements. Ce qu’elles ne font presque jamais par rapport aux autres articles. D’où nous devons conclure que la Résurrection de la chair est en quelque sorte le fondement le plus solide de nos célestes espérances. ''Si les morts ne ressuscitent point'', dit très bien l’Apôtre Saint Paul,&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ non plus n’est point ressuscité&amp;amp;nbsp;; par conséquent, notre prédication est vaine, et notre Foi est vaine aussi''. Le Pasteur devra donc apporter autant de zèle à établir et à expliquer cette Vérité, que tant d’impies en ont mis à essayer de la détruire. La connaissance en sera très utile et très avantageuse aux Fidèles&amp;amp;nbsp;; nous le ferons voir tout à l’heure. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Remarquons d’abord que la résurrection des hommes prend ici le nom de résurrection de la chair. Et ce n’est pas sans raison. Les Apôtres ont voulu par là confirmer cette vérité — qu’il faut nécessairement admettre — l’immortalité de l’âme. Et comme ils pouvaient craindre qu’on ne vînt à s’imaginer que cette âme périssait avec le corps, et qu’ensuite elle était rappelée à la vie avec lui, — malgré les nombreux passages de l’Écriture qui attestent son immortalité — ils n’ont à dessein parlé dans cet article que de la Résurrection de la chair. Il est vrai que nous voyons plus d’une fois dans la Sainte Écriture le mot chair désigner l’homme tout entier, comme dans ce texte d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; ''toute chair est comme du foin''&amp;amp;nbsp;; et dans celui-ci de Saint Jean:&amp;amp;nbsp; ''Le Verbe s’est fait chair.'' Mais ici il ne désigne que le corps afin de bien nous montrer que des deux parties qui composent l’homme, l’âme et le corps, le corps seule ment est sujet à la corruption et retourne à la poussière d’où il a été tiré, tandis que l’âme est absolument incorruptible. Dès lors, comme personne ne peut ressusciter sans avoir auparavant passé par la mort, il est impossible, à proprement parler, de dire que l’âme ressuscite. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre raison encore a fait employer ici ce mot, ''chair'': on voulait réfuter l’hérésie d’Hyménée et de Philéte, deux hérétiques du temps de Saint Paul, qui prétendaient que lorsque la Sainte Écriture nous parle de la résurrection, il ne s’agit point de la résurrection des corps, mais de cette résurrection spirituelle qui nous fait passer de la mort du péché à la Vie de la Grâce. Or les termes même du pré sent article ont précisément pour effet de détruire cette hérésie, et d’établir nettement la vérité de la Résurrection des corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs auront soin de faire ressortir cette vérité par des exemples tirés de l’Ancien et du nouveau testament, ainsi que de l’histoire de l’Église Elie et Elisée dans l’Ancien testament, dans le nouveau, les Apôtres, et beau coup d’autres personnages rappellent des morts à la vie, sans compter ceux que Jésus-Christ a ressuscités Lui-même. toutes ces résurrections confirment la doctrine enseignée dans cet article. En effet si nous croyons qu’un bon nombre de morts ont été rappelés à la vie, pourquoi ne pas croire également que tous le seront un jour&amp;amp;nbsp;? A vrai dire le premier fruit que nous devons retirer de ces miracles est de croire plus fermement au dogme de la Résurrection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette vérité d’ailleurs a pour elle dans l’Écriture de nombreux témoignages, qui se présenteront naturellement à l’esprit de ceux qui sont quelque peu versés dans la connaissance des Livres Saints. Les plus remarquables de l’Ancien testament sont, dans le livre de Job: ''Je verrai mon Dieu dans ma chair '', et dans les prophéties de Daniel: ''Ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront, les uns pour la Vie Éternelle, les autres pour l’Opprobre éternel ''. A son tour le nouveau testament nous parle clairement de la Résurrection des corps en plusieurs en droits, par exemple dans Saint Matthieu lorsqu’il nous rapporte la dispute de Notre-Seigneur avec les Sadducéens . Et dans Saint Jean quand il nous raconte le jugement dernier . A cela il faut joindre ce que l’Apôtre écrivait aux Corinthiens et aux Thessaloniciens, en traitant spécialement cette question , et&amp;amp;nbsp; bien que la Résurrection soit absolument certaine par la Foi, cependant il sera très avantageux de montrer par des exemples, et par le raisonnement, que ce que l’Église nous propose à croire dans cet article n’a rien de contraire à la nature, ni à la raison. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Paul, répondant à cette question: comment les morts ressusciteront-ils&amp;amp;nbsp;? «&amp;amp;nbsp;''Insensés que vous êtes,'' dit-il,&amp;amp;nbsp; ''ne voyez-vous pas que ce que vous semez ne prend pas de vie, s’il ne meurt auparavant&amp;amp;nbsp;? et quand vous semez, vous ne semez point le corps de la plante même qui doit naître, mais la graine seulement, comme celle du blé ou d’autre chose semblable&amp;amp;nbsp;; et Dieu lui donne le corps qu’Il veut.'' Un peu après il ajoute: ''le corps est semé dans la corruption, et il ressuscitera incorruptible.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette comparaison de l’Apôtre, Saint Grégoire fait voir qu’on en peut joindre beaucoup d’autres.&amp;amp;nbsp; ''Tous les jours, dit-il, la lumière disparaît à nos yeux, comme si elle mourait, et tous les jours elle se montre de nouveau, comme si elle ressuscitait. Les plantes perdent leur verdure, et la reprennent ensuite, comme si elles revenaient d la vie&amp;amp;nbsp;; les semences meurent en pourrissant, et elles ressuscitent, en germant.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les écrivains ecclésiastiques apportent en outre un certain nombre de raisons très propres, ce semble, à démontrer la Résurrection des corps. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première est que nos âmes, qui ne sont qu’une partie de nous-mêmes, sont immortelles, et conservent toujours leur propension naturelle à s’unir à nos corps. Dés lors il paraîtrait contraire à la nature qu’elles en fussent séparées à jamais. Or ce qui est contraire à la nature, et dans un état de violence, ne peut pas durer toujours. Par conséquent il est de toute convenance que l’âme soit réunie à son corps, et par conséquent aussi il faut que le corps ressuscite. C’est le raisonnement dont voulut se servir notre Sauveur lui-même, dans sa dispute contre les Sadducéens, lorsque de l’immortalité des âmes, il conclut à la Résurrection des corps.&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une seconde raison se tire de la Justice infinie de Dieu, qui a établi des châtiments pour les méchants et des récompenses pour les bons. Mais combien quittent cette vie, les uns avant d’avoir subi les peines dues à leurs péchés, les autres sans avoir revu en aucune manière les récompenses méritées par leurs vertus&amp;amp;nbsp;? Il est donc de toute nécessité que les âmes soient de nouveau unies à leurs corps, afin que ces corps qui ont servi d’instruments pour le bien comme pour le mal, partagent avec les âmes les récompenses et les punitions méritées: C’est la pensée que Saint Jean Chrysostome&amp;amp;nbsp; a développée avec le plus grand soin dans une homélie au peuple d’Antioche. De son côté, l’Apôtre Saint Paul traitant le même sujet, avait dit:&amp;amp;nbsp; Si ''c’est pour cette vie seulement que nous espérons en Jésus Christ, nous sommes les plus misérables des hommes. ''Paroles qui ne doivent point s’entendre des misères de l’âme, car l’âme est immortelle, et quand même les corps ne ressusciteraient pas, elle pourrait cependant posséder le bonheur dans la Vie future. Il faut donc les rapporter, ces paroles, à l’homme tout entier. Si en effet le corps ne doit pas recevoir sa récompense pour les peines qu’il en dure, il est impossible d’échapper à cette conclusion que ceux qui souffrent dans cette vie toutes sortes d’afflictions et de maux, comme les Apôtres, sont, à coup sûr, let plus malheureux de tous les hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le même Saint Paul enseigne cette vérité aux Thessaloniciens, et en termes beaucoup plus clairs encore:&amp;amp;nbsp; ''nous'' ''nous glorifions en vous, dans toutes les Églises, à cause de votre patience et de votre Foi, au milieu même de toutes les persécutions et de toutes les tribulations qui vous arrivent. Elles sont des marques du juste jugement de Dieu, et elles servent à vous rendre dignes de son Royaume pour lequel aussi vous souffrez. Car il est juste devant Dieu qu’il afflige à leur tour tous ceux qui vous affligent maintenant, et que vous, qui êtes dans l’affliction, Il vous fasse jouir du repos avec nous, lorsque le Seigneur Jésus descendra du ciel avec les Anges, ministres de sa puissance, lorsqu’Il viendra au milieu des flammes pour tirer vengeance de ceux qui ne connaissent point Dieu, et qui n’obéissent point à l’Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ajoutez à cela qu’il n’est pas possible à l’homme, tant que l’âme est séparée du corps, de posséder une félicité entière, et au comble de tous les biens. Si la partie, séparée du tout, est nécessairement imparfaite, l’âme séparée du corps est dans le même cas. D’où il suit que la Résurrection du corps est nécessaire, pour que rien ne manque à la félicité de l’âme. Avec ces raisons et d’autres du même genre, le Pasteur pourra donner sur ce point aux Fidèles des lumières suffisantes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il faudra de plus qu’il leur explique soigneusement, selon la doctrine de l’Apôtre, qui sont ceux qui doivent ressusciter . ''De même que tous meurent en Adam, dit-il aux Corinthiens, de même tous seront vivifiés en Jésus Christ''. tous ressusciteront donc, sans distinction de bons et de mauvais, mais ils n’auront pas tous le même sort . ''Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la Vie Éternelle, et ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour leur condamnation. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et quand nous disons tous, nous entendons, et ceux qui seront morts avant le Jugement dernier, et ceux qui mourront alors. L’opinion qui affirme que tous les hommes mourront, sans en excepter un seul, est celle de l’Église, et la plus conforme à la vérité, au dire de Saint Jérôme.&amp;amp;nbsp; Saint Augustin est du même avis . Et ce sentiment n’est point en opposition avec ces paroles de l’Apôtre aux Thessaloniciens:&amp;amp;nbsp; ''Ceux'' ''qui sont morts en Jésus-Christ ressusciteront les premiers. Puis nous qui sommes vivants, et qui seront demeurés en vie jusqu’à ce moment, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, pour aller au devant de Jésus-Christ dans les airs''. Saint Ambroise pour expliquer ce passage, ajoute:&amp;amp;nbsp; ''La'' ''mort nous saisira comme un sommeil dans cet enlèvement même. A peine l’âme sera-t elle sortie du corps qu’elle y rentrera. nous mourrons pendant le temps même que nous serons enlevés, afin qu’en arrivant devant le Seigneur sa Présence nous rende nos âmes, parce que les morts ne peuvent pas être avec le Seigneur''. Cette opinion a pour elle aussi le témoignage et l’autorité de Saint Augustin, dans son livre «&amp;amp;nbsp;de la cité de Dieu.&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — ÉTAT DES CORPS RESSUSCITÉS.  ====&lt;br /&gt;
Une autre chose très importante à connaître, et que les Pasteurs devront expliquer avec tout le soin possible, c’est que chacun de nous ressuscitera avec son propre corps, c’est-à-dire avec le même corps que nous avons sur la terre, et qui aura été corrompu dans le tombeau et réduit en poussière. Ainsi l’enseigne l’Apôtre.&amp;amp;nbsp; ''Il faut,'' dit-il, ''que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité''. Car le mot, ''ce corps'', désigne nettement le corps que nous avons maintenant. Job a prédit aussi le même miracle, et sans la moindre obscurité.&amp;amp;nbsp; ''Je verrai Dieu dans ma chair, dit il, je le verrai moi-même, je Le contemplerai de mes propres yeux, moi et non un autre.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La même conclusion se déduit de la définition même de la Résurrection. Qu’est-ce en effet, selon Saint Jean Damas cène,&amp;amp;nbsp; que la Résurrection, sinon le retour à l’état d’où l’on était déchu&amp;amp;nbsp;? — enfin si nous voulons considérer les raisons que nous avons établies plus haut de la nécessité de la Résurrection, aucun doute sur ce point ne sera plus possible. nous devons tous ressusciter, avons-nous dit, afin que nos corps reçoivent,&amp;amp;nbsp; suivant ce qu’ils auront fait, le bien ou le mal. Donc il faut que l’homme ressuscite avec ce même corps qu’il aura employé au service de Dieu, ou au service du démon, afin que dans ce même corps égale ment, il obtienne la couronne et la récompense de son triomphe, ou bien qu’il ait le malheur de supporter les peines et les châtiments qu’il aura mérités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et non seulement notre propre corps ressuscitera, mais tout ce qui appartient à l’intégrité de sa nature, à l’orne ment et à la beauté de l’homme lui sera restitué. nous avons dans Saint Augustin un excellent témoignage en faveur de cette Vérité. ''Alors,'' dit-il,&amp;amp;nbsp; ''il ne restera rien de défectueux dans le corps. Ceux qui auront trop d’embonpoint et d’obésité, ne reprendront point toute celte masse de chair: tout ce qui dépassera une juste proportion sera réputé superflu. Au contraire, tout ce que la maladie ou la vieillesse aura détruit dans le corps, sera réparé par la Vertu divine de Jésus-Christ. Il en sera de même des corps naturellement maigres et décharnés&amp;amp;nbsp;; non seulement le Seigneur les ressuscitera, mais il leur rendra tout ce que les maux de la vie leur avaient ôté. ''Dans un autre endroit le même Saint Augustin dit encore:&amp;amp;nbsp; ''L’homme'' ''ne renaîtra pas alors avec tous ses cheveux, mais avec tous ceux que la convenance demandera, selon ce que nous lisons dans l’Évangile'', que tous les cheveux de notre tête sont comptés,&amp;amp;nbsp; ''c’est-à-dire tous les cheveux que la Sagesse Divine jugera à propos de nous rendre.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos membres surtout seront rétablis et remis tous en place, parce qu’ils sont tous nécessaires à l’intégrité du corps humain. Ainsi les aveugles de naissance, ou ceux qui le seront devenus par accident, les boiteux, les manchots, les infirmes de toute sorte, tous ressusciteront avec un corps parfait et complet. Autrement, l’âme qui a un si grand désir de s’unir au corps, n’aurait pas la satisfaction qu’elle réclame. Et cependant nous croyons fermement qu’à la Résurrection tous ses désirs seront satisfaits et remplis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus n’est-il pas certain que la Résurrection est, avec la Création, l’un des principaux ouvrages de Dieu&amp;amp;nbsp;? Si donc au commencement tout fut créé dans un état parfait, il faut bien reconnaître qu’il en sera de même dans la Résurrection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et cela n’est pas seulement vrai des Martyrs, dont Saint Augustin a dit expressément:&amp;amp;nbsp; Ils ne resteront pas sans leurs membres. Cette mutilation ne pourrait être dans leurs corps qu’un défaut choquant. Et ceux qui auraient eu la tête tranchée devraient ressusciter sans tête. Ils porteront encore, il est vrai, dans leurs membres, les traces du glaive&amp;amp;nbsp;; mais ces cicatrices glorieuses, comme celles de Jésus-Christ, brilleront avec plus d’éclat que l’or et les pierres précieuses. — Les méchants aussi ressusciteront avec tous leurs membres, même avec ceux qu’ils auraient perdus volontairement. Plus en effet ils auront de membres, plus leurs souffrances seront multipliées. Ce ne sera pas pour leur avantage qu’ils seront rétablis dans leur premier état, mais pour leur malheur et leur châtiment. Le mérite de nos actes n’appartient pas à nos membres, mais à la personne qui possède ces membres. Par conséquent, ceux qui auront fait pénitence recouvreront tous leurs membres pour que leur récompense en soit augmentée, et ceux qui auront méprisé la pénitence, pour l’augmentation de leur supplice. — Si les Pasteurs savent méditer cette doctrine avec attention, ils ne manqueront ni de motifs, ni de paroles pour exciter les Fidèles à la piété, et les enflammer d’amour envers Dieu. Ainsi, en présence des peines et des misères de la vie, ils tourneront leurs regards et leurs espérances vers cette Résurrection si heureuse et si glorieuse qui est promise aux Justes et aux Saints. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § III. — QUALITÉS DES CORPS RESSUSCITÉS.  ====&lt;br /&gt;
S’il est vrai que les corps qui ressusciteront doivent être, quant à la substance, les mêmes que la mort aura détruits, cependant il faut que les Fidèles sachent bien que leur condition sera notablement changée. En effet, sans parler ici de tout le reste, la différence capitale entre leur premier et leur deuxième état, c’est que nos corps qui étaient auparavant sujets à la mort, deviendront immortels, dés qu’ils auront été rappelés à la vie, sans distinction de bons et de méchants. Admirable restauration de notre nature dont nous sommes redevables à la victoire que notre Seigneur Jésus-Christ a remportée sur la mort. La Sainte Écriture est formelle sur ce point: ''Il anéantira la mort à jamais'', dit Isaïe en parlant de Jésus-Christ . Osée Lui fait dire:&amp;amp;nbsp; ''Ô'' ''mort, Je serai ta mort''. Saint Paul, expliquant cette parole, ne craint pas d’affirmer&amp;amp;nbsp; ''qu’après tous les autres ennemis, la mort même sera détruite.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous lisons dans Saint Jean:&amp;amp;nbsp; ''Il'' ''n’y aura plus de mort''. Il était en effet de suprême convenance que les mérites de Jésus-Christ, qui ont détruit l’empire de la mort, fussent infiniment plus efficaces et plus puissants que le péché d’Adam . — enfin la Justice Divine demandait que les bons fussent pour toujours en possession de la Vie. bienheureuse, tandis que les méchants, souffriraient leurs éternels tourments, chercheraient la mort sans la trouver, ''et la désireraient sans pouvoir l’obtenir'' . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’immortalité sera donc commune aux bons et aux méchants. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus les corps des Saints, après la Résurrection, posséderont certaines prérogatives, certaines qualités très brillantes qui les rendront bien plus excellents qu’ils n’étaient auparavant. nos Pères en comptent quatre principales conformément à la doctrine de l’Apôtre . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première est l’''impassibilité'', c’est-à-dire ce don précieux qui les préservera de toute espèce de mal, de douleur, en un mot de toute chose fâcheuse. La rigueur du froid, l’ardeur de la flamme, la violence des eaux, rien ne pourra leur nuire. ''Le corps est semé corruptible, ''dit l’Apôtre,&amp;amp;nbsp; ''il se relèvera incorruptible''. Si les théologiens ont employé ce mot d’''impassibilité'' plutôt que celui d’''incorruptibilité'', c’est qu’ils voulaient n’exprimer par là que ce qui convient aux corps glorieux. Les damnés en effet ne partageront point avec les Saints l’impassibilité. Au contraire leurs corps, malgré leur incorruptibilité pourront souffrir du chaud, du froid, et de mille autres tourments. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seconde est la clarté qui rendra les corps des Saints aussi brillants que le soleil. Notre-Seigneur l’affirme nettement dans Saint Matthieu:&amp;amp;nbsp; ''Les'' ''justes brilleront comme le soleil dans le Royaume de mon Père''. Et pour enlever tout doute sur ce point, il opère devant ses Apôtres le miracle de la transfiguration . Saint Paul, pour exprimer cette qualité, se sert tantôt du mot de clarté, tantôt du mot de gloire.&amp;amp;nbsp; ''Jésus-Christ, ''dit-il, ''reformera notre corps vil et abject, en te rendant semblable à son Corps glorieux.'' Et dans un autre endroit:&amp;amp;nbsp; le corps est semé dans l’ignominie, il ressuscitera glorieux. Les Israélites, dans le désert , virent une image de cette gloire sur le front de Moise, lorsque sortant de l’entretien qu’il avait eu face à face avec Dieu, il parut devant eux avec un visage si lumineux, que leurs yeux ne pouvaient en soutenir l’éclat. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or cette clarté n’est qu’un rayon de la souveraine félicité de l’âme rejaillissant sur le corps tout entier, et le corps sera heureux du bonheur de l’âme, comme l’âme n’est heureuse que parce qu’elle participe à la félicité même de Dieu. Mais il ne faut pas croire que ce don de clarté sera également distribué à tous, comme le don de l’impassibilité. Les corps des Saints seront tous impassibles de la même manière, mais ils n’auront pas tous le même degré de clarté. ''Car,'' dit Saint Paul , ''autre est l’éclat du Soleil, autre celui de la lune, autre celui des étoiles. Et de même qu’une étoile diffère d’une autre en clarté, ainsi en sera-t-il de la Résurrection des morts.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième qualité des corps des Saints sera l’agilité. Elle délivrera le corps du poids qui l’accable dans la vie présente. Ainsi ce corps pourra se porter partout où il plaira à l’âme avec une facilité et une vitesse incomparables. C’est l’enseignement formel de Saint Augustin dans son ouvrage de la Cité de Dieu, et de Saint Jérôme dans son commentaire sur Isaïe -. C’est pourquoi l’Apôtre a dit:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''corps est semé dans l’infirmité, mais il ressuscitera dans la puissance. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quatrième est la subtilité. Elle rendra le corps entièrement soumis à l’empire de l’âme&amp;amp;nbsp;; il sera son serviteur, toujours prêt à lui obéir au moindre signe. C’est l’affirmation très nette de l’Apôtre Saint Paul:&amp;amp;nbsp; ''ce'' ''qui est semé en terre, ''dit-il, ''est un corps animal, et ce qui ressuscitera sera un corps spirituel''. tels sont à peu près les points principaux qu’il faudra mettre en lumière, en expliquant cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § IV. — FRUITS A TIRER DE CET ARTICLE.  ====&lt;br /&gt;
Afin que les Fidèles soient en état de bien apprécier tous les fruits qu’ils peuvent retirer de la connaissance de tant et de si grands Mystères, il y aura lieu d’abord de leur déclarer qu’ils doivent toute leur reconnaissance à Dieu ''qui a daigné révéler ces choses aux petits, pendant qu’Il les a cachées aux sages ''. Combien en effet d’hommes éminents par leur sagesse, et distingués par leur science, qui n’ont été que de pauvres aveugles vis-à -vis d’une Vérité si incontestable&amp;amp;nbsp;? Si donc le Seigneur nous a découvert ces secrets, auxquels nous n’avons pas même le droit d’aspirer, quel motif pour nous d’exalter, par des louanges continuelles, sa Bonté et sa Clémence infinies&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En second lieu, voici un autre avantage très appréciable que nous retirerons de la méditation de cet article, c’est que, à la mort de ceux qui nous sont unis par les liens du sang ou de l’amitié, il nous sera plus facile de consoler les autres, et de nous consoler nous-mêmes. L’Apôtre Saint Paul ne manqua pas de se servir de ce moyen, lorsqu’il écrivit aux Thessaloniciens sur les morts qu’ils pleuraient . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Troisièmement, la pensée de la Résurrection nous apportera également la meilleure consolation dans toutes les peines et les misères de la vie. C’est l’exemple que nous a laissé le saint homme Job, qui ne se consolait de ses afflictions et de ses malheurs, que par l’espérance de voir le Seigneur son Dieu, au jour de la Résurrection . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin il n’y a peut-être pas de vérité plus capable de porter les fidèles à faire tous les efforts possibles pour mener une vie sainte, et pure de tout péché. En effet, s’ils pensent sérieusement à ces richesses incalculables qui doivent suivre la Résurrection, et qui les attendent, ils n’auront pas de peine à s’adonner avec ardeur à la pratique de la vertu et de la piété. — et au contraire, rien ne peut être plus efficace pour réprimer les mauvaises passions, et pour détourner l’homme du mal, que de lui rap peler fréquemment les châtiments et les supplices qui frapperont les méchants, lorsque, au dernier jour, ils ressusciteront pour être condamnés .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Chapitre treizième — Du douzième article du Symbole ===&lt;br /&gt;
'''JE CROIS LA VIE ETERNELLE'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Saints Apôtres, nos guides et nos maîtres, ont voulu que le Symbole, cet abrégé de notre Foi, se terminât par l’article de la Vie Éternelle C’est qu’en effet, d’une part, après la Résurrection de la Chair, les Fidèles n’ont plus à attendre que la récompense de la Vie Éternelle, et, d’autre part,. ils doivent sans cesse avoir devant les yeux cette félicité si pleine et si complète, et en faire le but et la fin de toutes leurs pensées et de tous leurs désirs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en instruisant les peuples, les Pasteurs ne perdront aucune occasion de leur rappeler ces magnifiques récompenses de la Vie Éternelle, Par ce moyen ils les exciteront sûrement, non seulement à supporter en leur qualité de Chrétiens, les choses les plus difficiles, mais même à les trouver faciles et agréables, et à servir Dieu avec une obéissance plus prompte et plus joyeuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § I — QU’EST-CE QUE LA VIE ÉTERNELLE ? ====&lt;br /&gt;
Les paroles qui servent à exprimer dans cet article le bonheur qui nous attend cachent plus d’un mystère. Il faut donc les expliquer avec soin, afin que chacun puisse les comprendre selon la portée de son intelligence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs devront donc apprendre aux Fidèles que ces mots, ''la Vie Éternelle'', ne désignent pas tant l’éternité de la vie des Saints — puisque les démons et les méchants vivront éternellement comme les bons — que l’éternité de leur béatitude&amp;amp;nbsp;; béatitude qui comblera tous leurs désirs. C’est ainsi que les comprenait ce docteur de la Loi qui, dans l’Évangile,&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; demanda à notre Divin Sauveur ''ce qu’il avait à faire pour posséder la Vie Éternelle'' Comme s’il eût dit: que faut-il que je fasse pour parvenir au lieu où l’on jouit d’une parfaite félicité&amp;amp;nbsp;? C’est dans ce sens que les Saintes Écritures emploient ces paroles. On peut s’en convaincre par de nombreux exemples. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La raison principale qui a fait donner ce nom de Vie Éternelle au bonheur souverain et parfait, c’est qu’on voulait écarter absolument l’idée que ce bonheur pût consister dans des choses corporelles et caduques, qui ne peuvent être éternelles. Ce mot de béatitude n’exprimait point assez par lui-même ce que nous attendons, d’autant qu’il s’est rencontré des hommes enflés d’une vaine sagesse, qui n’ont pas craint de placer le Souverain Bien dans les choses sensibles. Mais chacun sait qu’elles vieillissent et passent&amp;amp;nbsp;; tandis que le bonheur n’est limité par aucun temps. Au contraire ces choses sensibles sont tellement opposées au bonheur, que plus on se laisse prendre par le goût et l’amour du monde, plus on s’éloigne de la félicité véritable. Aussi est-il écrit:&amp;amp;nbsp; ''N’aimez'' ''pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, la Charité du Père n’est pas en lui.'' Et un peu plus loin:&amp;amp;nbsp; ''Le'' ''monde passe et sa concupiscence avec lui.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ce que les Pasteurs s’efforceront de graver dans le cœur des Fidèles, afin qu’ils n’aient que du mépris pour les choses périssables, et qu’ils soient bien persuadés qu’il n’y a point de vrai bonheur en ce monde, où nous ne sommes que des étrangers, et non de vrais citoyens . Nous pouvons sans doute nous dire heureux dès ce monde, par l’espérance, lorsque, ''renonçant à l’impiété et aux désirs du siècle, nous vivons ici-bas avec tempérance, justice et piété, attendant la bienheureuse espérance et l’arrivée de la gloire du grand Dieu, et de notre Sauveur Jésus-Christ ''. Mais un grand nombre d’hommes, qui étaient pleins de sagesse à leurs propres yeux, n’ont pas compris cette Vérité, et ils ont cru qu’il fallait chercher le bonheur sur cette terre. En quoi ils ont été de pauvres insensés qui sont tombés ensuite dans les plus grands malheurs . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce mot de ''Vie Éternelle'' nous fait comprendre également que le bonheur une fois acquis ne peut plus se perdre, quoi qu’en aient dit plusieurs contre toute vérité. En effet, la vraie félicité renferme tous les biens, sans aucun mélange de mal. Et s’il est vrai qu’elle doit remplir tous les désirs de l’homme, il faut nécessairement qu’elle soit éternelle. Celui qui est heureux peut-il ne pas désirer ardemment de jouir sans fin de ce qui fait son bonheur&amp;amp;nbsp;? et sans l’assurance d’une félicité stable et certaine, ne sera-t-il pas malgré lui en proie à tous les tourments de la crainte&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin cette même expression de ''Vie Éternelle'' est bien propre à nous faire concevoir combien est grande la félicité des Bienheureux qui vivent dans la céleste Patrie&amp;amp;nbsp;; cette félicité est si grande que personne, excepté les Saints eux-mêmes, ne saurait s’en faire une juste idée. Car dès qu’on emploie, pour désigner un objet, un terme qui est commun à plusieurs autres, c’est une marque évidente qu’il manque un mot propre pour exprimer cet objet d’une manière complète. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc nous désignons le bonheur des Saints par des mots qui ne s’appliquent pas plus nécessairement à eux, qu’en général à tous ceux qui vivront éternellement, nous sommes en droit d’en conclure que c’est une chose trop élevée et trop excellente, pour qu’il soit possible d’en donner, par un mot propre, une idée assez étendue. II est vrai que dans la Sainte Écriture, nous trouvons un bon nombre d’expressions différentes pour le désigner, comme ''Royaume de Dieu'' , ''de Jésus-Christ'' , ''des cieux'' , ''Paradis'' , ''cité sainte, nouvelle Jérusalem'' , ''maison du Père'' . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il est évident qu’aucun de ces noms ne suffit pour en exprimer toute la grandeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Pasteurs ne laisseront donc point échapper l’occasion qui leur est offerte ici d’exhorter les Fidèles à la piété, à la justice, et à l’accomplissement de tous les devoirs de la Vie Chrétienne, en faisant briller à leurs yeux ces récompenses incomparables que l’on désigne sous le nom de Vie Éternelle La vie en effet compte toujours parmi les plus grands biens que notre nature puisse désirer. C’est donc avec raison que l’on a exprimé de préférence le souverain Bonheur par l’idée de la Vie Éternelle Et lorsque cette vie, qui pourtant est si courte, si calamiteuse, si sujette à tant de misères, qu’elle mériterait plutôt d’être appelée une véritable mort, lorsqu’une pareille vie, disons-nous, ne laisse pas d’être pour nous le bien le plus cher, le plus aimé, le plus agréable, avec quel zèle, avec quelle ardeur ne devons-nous pas nous empresser vers cette Vie Éternelle, qui détruit tous les maux, et nous offre l’abondance parfaite de tous les biens&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== § II. — NATURE DU BONHEUR ÉTERNEL.  ====&lt;br /&gt;
Selon les saints Pères&amp;amp;nbsp; la félicité de la Vie Éternelle, c’est à la fois la délivrance de tous les maux, et la possession de tous les biens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne les maux, nos Saints Livres sont clairs et formels. Ainsi il est écrit dans l’Apocalypse:&amp;amp;nbsp; Les Bienheureux ''n’auront plus ni faim, ni soif&amp;amp;nbsp;; le soleil, ni aucune chaleur ne les incommodera plus. ''Et ailleurs:&amp;amp;nbsp; ''Dieu'' ''essuiera toutes les larmes de leurs yeux&amp;amp;nbsp;; il n’y aura plus ni mort, ni deuil ni cris, ni douleur, parce que le premier état sera passé.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne les biens, leur gloire sera immense, et en même temps ils posséderont tous les genres de joie et de délices. Mais aujourd’hui il est impossible que nous comprenions la grandeur de ces biens&amp;amp;nbsp;; ils ne peuvent se manifester à notre esprit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les goûter, il faut que nous soyons entrés ''dans la joie du Seigneur''. Alors nous en serons comme inondés et enveloppés de toutes parts, et tous nos désirs seront satisfaits. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’énumération des maux dont nous serons délivrés semble beaucoup plus facile à faire, remarque Saint Augustin&amp;amp;nbsp; que celle des biens et des plaisirs dont nous jouirons. Cependant les Pasteurs devront s’employer à expliquer clairement et brièvement ce qu’ils croiront propre à allumer dans le cœur des Fidèles le désir d’acquérir cette félicité souveraine: Pour cela ils auront à distinguer, avec les meilleurs auteurs ecclésiastiques, deux sortes de biens qui composent la Béatitude éternelle, les uns qui tiennent à la nature même du bonheur, les autres qui n’en sont que des conséquences. D’où le nom de biens essentiels qu’ils donnent aux premiers, afin que leur enseignement soit plus précis, et le nom de biens accidentels qu’ils réservent aux seconds. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La véritable béatitude, celle qu’on peut ''appeler essentielle'' consiste dans la vision de Dieu et la connaissance de sa Beauté, principe et source de tout bien et de toute perfection. ''La Vie Éternelle'', dit Notre-Seigneur Jésus-Christ,&amp;amp;nbsp; ''c’est de vous connaître, vous, le seul Dieu véritable, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ''. Paroles que saint Jean semble expliquer quand il dit:&amp;amp;nbsp; ''Mes'' ''bien-aimés, nous sommes maintenant les enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. nous savons que lorsque Jésus-Christ se montrera, nous lui serons semblables, parce que nous Le verrons tel qu’Il est''. Il nous fait entendre en effet que la béatitude consiste en deux choses: à voir Dieu tel qu’Il est en Lui-même et dans sa propre nature et à devenir nous-mêmes comme des dieux. Ceux qui jouissent de Dieu conservent toujours, il est vrai, leur propre substance, mais en même temps ils revêtent une forme admirable et presque divine, qui les fait paraître plutôt des dieux que des hommes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il n’est pas difficile de concevoir la raison de cette transformation. Les choses ne peuvent se connaître qu’en elles-mêmes et dans leur essence, ou bien par des images et des ressemblances. Or, rien n’étant réellement semblable à Dieu&amp;amp;nbsp;; il n’y a aucune image, aucune ressemblance de Dieu capable de nous donner de lui une connaissance parfaite. Par conséquent personne ne peut voir sa nature et son essence, à moins que cette essence divine elle-même ne vienne s’unir à nous. C’est ce qui signifient ces paroles de l’Apôtre:&amp;amp;nbsp; ''Nous'' ''voyons maintenant comme dans un miroir et par des énigmes, mais alors nous verrons face à face.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que Saint Paul entend par énigmes, dit Saint Augustin,&amp;amp;nbsp; c’est une image propre à nous faire connaître Dieu. Saint Denis l’enseigne nettement aussi&amp;amp;nbsp; quand il assure que les images des choses inférieures ne peuvent servir à faire connaître les choses supérieures. Et en effet comment l’image d’une chose corporelle pourrait-elle nous révéler la nature et la substance d’une chose incorporelle, puisque les idées et les images doivent nécessairement être moins grossières et plus spirituelles que les objets qu’elles représentent. Il est facile de nous convaincre de cette vérité, en remarquant ce qui se passe dans la connaissance que nous avons de chaque chose. Si donc rien de créé ne peut nous fournir une image aussi pure, aussi spirituelle que Dieu Lui-même, il s’ensuit qu’aucune image ne peut nous donner une connaissance exacte de l’Essence divine. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’ailleurs toutes les créatures sont bornées et limitées dans les perfections qu’elles peuvent avoir. Dieu au contraire est infini. Par conséquent l’image des choses créées ne saurait représenter son immensité. Il ne reste donc qu’un moyen, et un seul, de connaître l’Essence divine, c’est que cette essence s’unisse à nous, qu’Elle élève notre esprit d’une manière merveilleuse, et qu’Elle l’élève assez haut pour nous rendre capables de la contempler en elle-même et face à face. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est la lumière de la Gloire qui réalisera en nous cette merveille, lorsque nous serons éclairés par sa splendeur, et que nous verrons Dieu qui est ''la vraie lumière, dans sa propre lumière. ''&amp;amp;nbsp;Les bienheureux contempleront éternellement Dieu présent devant eux&amp;amp;nbsp;; et ce don, le plus excellent et le plus admirable de tous, les rendra participants de la nature divine, et les mettra en possession de la vraie et définitive Béatitude.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Béatitude à laquelle nous devons avoir une foi si grande que le Symbole des Pères de Nicée nous ordonne de l’attendre de la Bonté de Dieu, avec la plus ferme espérance, ''j’attends la Résurrection des morts et la Vie du siècle à venir. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces choses sont tellement divines qu’il nous est absolument impossible de les concevoir et de les exprimer. Cependant nous pouvons en trouver quelque image dans les choses sensibles. Ainsi le fer que l’on soumet à l’action du feu, prend la forme du feu&amp;amp;nbsp;; et bien qu’il ne change pas de substance, cependant il est tout autre, et semble n’être plus que du feu. De même ceux qui ont été introduits dans la gloire du Ciel sont tellement enflammés par l’amour de Dieu que, sans changer de nature, ils diffèrent néanmoins beaucoup plus de ceux qui vivent sur la terre que le fer incandescent ne diffère de celui qui est froid. Pour tout dire en un mot, la félicité souveraine et absolue, que nous appelons essentielle, consiste dans la possession de Dieu. Que peut-il manquer en effet au parfait bonheur de celui qui possède le Dieu de toute Bonté et de toute perfection. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette Béatitude essentielle, il se joint encore quelques avantages accessoires, communs à tous les Saints. Avantages qui sont plus à la portée de nos moyens, et qui, par le fait, sont ordinairement plus puissants pour remuer nos cœurs et exciter nos désirs. De ce nombre sont ceux que l’Apôtre avait en vue, quand il écrivait aux Romains&amp;amp;nbsp;: ''Gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien&amp;amp;nbsp;!'' en effet, outre cette gloire qui se confond avec la béatitude essentielle, ou du moins qui en est inséparable, il est une autre espèce de gloire dont jouiront les Saints. C’est celle qui résultera de la connaissance claire et distincte que chacun aura du mérite et de l’élévation des autres. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne sera-ce pas aussi un très grand honneur pour les Saints d’être appelés par le Seigneur, non plus ''ses serviteurs,''&amp;amp;nbsp; ''mais ses amis, ses frères,''&amp;amp;nbsp; ''et les enfants de Dieu&amp;amp;nbsp;?''&amp;amp;nbsp; et dans ces paroles que notre Sauveur adressa aux élus:&amp;amp;nbsp; ''Venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui vous a été préparé,'' Il y a autant de tendresse et d’amour, elles sont si honorables et si glorieuses que nous avons le droit de nous écrier:&amp;amp;nbsp; ''Seigneur, Vous honorez vraiment trop vos amis&amp;amp;nbsp;!''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus Jésus-Christ les comblera de louanges devant son Père céleste et devant les Anges. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, si la nature a gravé dans tous les cœurs le désir d’obtenir l’estime de ceux qui brillent par leur sagesse — précisément parce qu’ils sont les témoins et les juges les plus capables d’apprécier le mérite — quelle augmentation de gloire pour les Bienheureux de ce qu’ils auront les uns pour les autres l’estime la plus profonde&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce serait un travail sans fin d’énumérer les plaisirs dont les Saints seront comblés au sein de la gloire. II n’est même pas possible de les concevoir tous. Cependant les Fidèles doivent être bien persuadés que tout ce qu’ils peuvent éprouver et même désirer ici-bas d’agréable, qu’il s’agisse des joies de l’esprit, ou bien des plaisirs qui se rapportent à l’état normal et parfait du corps, ils posséderont tout sans exception, et avec une pleine abondance, mais d’une manière si élevée et si incompréhensible que, suivant l’Apôtre&amp;amp;nbsp; ''l’œil n’a rien vu, l’oreille n’a rien entendu, et le cœur de l’homme n’a jamais rien conçu de semblable.'' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le corps, auparavant grossier et matériel, quand il aura perdu sa mortalité dans le ciel, et qu’il sera devenu subtil et spirituel, le corps n’aura plus besoin de nourriture. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son côté, l’âme trouvera une volupté ineffable à se rassasier de cet aliment éternel de la Gloire, que le Maître de ce grand festin distribuera à tous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui donc pourrait désirer encore des vêtements précieux, ou les ornements des rois, alors qu’ils ne seront plus d’aucun usage, et que tous les Saints se verront revêtus d’immortalité, brillants de lumière et couronnés d’une éternelle Gloire&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la terre, on est heureux de posséder une maison vaste et magnifique, mais peut-on imaginer rien de plus vaste et de plus magnifique que le Ciel qui brille de toutes parts, et qui reçoit sa splendeur de la Lumière même de Dieu&amp;amp;nbsp;? Aussi, lorsque le Prophète se représentait la beauté de ce séjour, et qu’il brûlait du désir d’arriver à ces heureuses demeures: ''Que vos tabernacles sont aimables, ''s’écriait-il, ''Seigneur Dieu des vertus&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp; ''Mon âme soupire et se consume du désir de la maison du Seigneur. Mon cœur et ma chair brûlent d’ardeur pour le Dieu Vivant. ''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tels sont les sentiments et le langage que les Pasteurs ne doivent pas seulement désirer pour les Fidèles, mais travailler sans cesse à leur inspirer. Car, dit le Seigneur Jésus, ''il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père '', et chacun, selon ses mérites, y recevra une récompense plus ou moins grande. ''Celui qui sème peu''&amp;amp;nbsp; ''recueillera peu&amp;amp;nbsp;; celui qui sème beaucoup, moissonnera beaucoup. ''Il ne suffira donc pas d’exhorter les Fidèles à mériter cette béatitude. Il faudra encore leur représenter fréquemment que le moyen le plus sûr de l’acquérir, c’est de s’armer de la Foi et de la Charité, de persévérer dans la prière et dans la pratique si salutaire des Sacrements, et enfin de remplir, envers le prochain, tous les devoirs de la Charité. C’est le moyen assuré d’obtenir de la Miséricorde de Dieu, qui a préparé cette Gloire bienheureuse à ceux qui L’aiment, l’accomplissement de cette prophétie d’Isaïe:&amp;amp;nbsp; ''Mon'' ''peuple habitera dans une paix délicieuse&amp;amp;nbsp;; il sera tranquille sous ses tentes, et jouira du repos au milieu de l’abondance. ''&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Medjugorje</title>
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&lt;br /&gt;
Les apparitions qui se déroulent à Medjugorje, dans l'ex-Yougoslavie, depuis 1981, sont celles qui, au xxe siècle, ont suscité et suscitent encore le plus grand nombre de livres, d'articles, de reportages, de pèlerinages (plus de 12 millions de personnes se sont déjà rendues sur les lieux) et aussi les controverses les plus nombreuses. Les jugements négatifs portés par l'évêque du diocèse puis par la conférence épiscopale yougoslave en 1991 n'ont fait cesser ni les pèlerinages ni les ouvrages apologétiques ou critiques. Comme pour les précédents cas étudiés, nous présenterons d'abord succinctement les faits et la teneur des messages, puis nous présenterons le jugement actuel de l’Église et les problèmes que posent ces apparitions inachevées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Medjugorje était un modeste village de la Bosnie-Herzégovine, alors incluse dans la Yougoslavie communiste. Le nom du village (Medjugorje = &amp;quot;entre les montagnes&amp;quot;) indique bien sa configuration géographique, une plaine entre des montagnes calcaires. On y cultivait la vigne et le tabac. Il faut parler de ces activités au passé puisque dans les années qui ont suivi les apparitions, même si elles n'ont pas disparu,* elles ont été largement supplantées par des activités de service liées aux millions de pèlerins, de curieux et de touristes qui ont afflué dans cette localité jusque-là inconnue. Le village est situé au pied de deux montagnes, l'une, au sud-est, le mont Krizevac (qui tire son nom, &amp;quot; montagne de la croix &amp;quot;, d'une croix en béton de douze mètres qui fut édifiée sur son sommet en, 1933), l'autre, à l'est, le mont Crnica, qui surplombe le hameau de Podbrdo (on parle communément de &amp;quot; la colline de Podbrdo &amp;quot;). Dans cette partie de la Bosnie-Herzégovine, la population est majoritairement croate et catholique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les apparitions commencèrent le 24 juin 1981, fête de saint Jean-Baptiste. Deux jeunes filles, Ivanka Ivankovic (15 ans) et Miriana Dragicevic (16 ans), se promenaient au pied du mont Crnica, pour y fumer en cachette de leurs parents, lorsque la première vit, sur la montagne, quelque chose de brillant et, en regardant plus attentivement, discerna la Vierge, un peu au-dessus du sol. Elle dit à sa compagne : &amp;quot; Regarde donc la Gospa [la Vierge, en croate] sur la montagne. &amp;quot; L'autre jeune fille n'osa imaginer une telle chose et elle pressa sa compagne de rentrer à la maison. Le soir, Ivanka, Mirjana et une autre fille, Milka Pavlovic (12 ans), en passant au même endroit, virent l'apparition, sur le sommet de la montagne, portant dans ses bras ce qui ressemblait à un enfant. Une quatrième jeune fille, Vicka Ivankovic (16 ans et demi), les rejoignit; elle vit elle aussi mais la vue de l'apparition l'effraya si fort qu'elle se déchaussa pour mieux courir et s'enfuir. Puis, au bout de deux ou trois minutes, elle revint. Un jeune homme, Ivan Dragicevic (16 ans), qui passait, fut appelé par les filles. Il vit lui aussi puis s'enfuit. Même réaction pour un autre jeune homme, Ivan Ivankovic (20 ans) qui vit lui aussi et s'enfuit. Rentrées chez elles, les filles racontèrent leur aventure et ne reçurent que moqueries. Il n'y eut qu'un jeune garçon, Jakov Colo (10 ans), et une jeune fille, Marija Pavlovic (16 ans), la soeur de Milka, pour accorder foi à leurs dires. Le lendemain, les voyants du premier jour (sauf Milka et Ivan Ivankovic qui ne vinrent pas), rejoints bientôt par Jakov et Marija, retournèrent au même endroit à la même heure, 18 h 30. Une femme, accompagnée de son enfant, était également sur les lieux, elle vit la Gospa et dit aux jeunes gens - &amp;quot; Elle vous tend les mains, courez vite sur la montagne. &amp;quot; Effectivement, ils virent la Vierge qui leur faisait signe d'approcher. Ils montèrent sur le mont Crnica.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On notera, dès ce deuxième jour, les fluctuations dans le nombre des voyants : Milka et Ivan Ivankovic, qui ont vu la Vierge le premier jour, ne font plus partie désormais du groupe des voyants (la première, parce que sa mère lui a interdit de continuer à aller dans cet endroit avec les autres, le second, parce qu'il n'y a guère cru), en revanche, trois personnes qui n'avaient pas vu le premier jour, voient le deuxième jour : Jakov et Marija (qui s'agrégeront au groupe et compteront parmi les voyants jusqu'à ce jour), une femme qui voit la Vierge ce jour-là mais dont on a perdu la trace et dont on ne connaît même pas le nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre propos n'étant pas de raconter l'histoire des apparitions de la Vierge à Medjugorje mais, selon l'esprit de notre enquête, d'essayer d'en dégager les constantes et de voir comment elles s'inscrivent dans une typologie plus générale des apparitions, nous retiendrons quatre éléments : le lieu des apparitions, le nombre des apparitions, la nature et le message des apparitions, le jugement de l’Église et les controverses théologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lieu des apparitions tout d'abord. Dans aucune autre série d'apparitions de la Vierge connue dans l'histoire, on n'observe une si grande variation dans le lieu des apparitions. Nous relevons les lieux successifs suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* le mont Crnica (ou &amp;quot; colline de Podbrdo &amp;quot;),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* à Cerno, un village des environs de Medjugorje (où une assistante sociale avait emmené les voyants le 29 juin 198 1),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* dans l'église de Medjugorje, près de la tribune des orgues, à partir du ler juillet 198 1,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* dans les champs, au-dessus du village et dans chacune des maisons respectives des voyants pendant l'été 1981,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* sur les lieux où se trouvent les différents voyants pendant l'année scolaire 1981-1982 (ex Ivanka et Marija à Mostar, Mirjana à Sarajevo, Ivan à Visoko),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* dans la chapelle de l'église de Medjugorje, à partir de février 1982 et jusqu'en avril 1985,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* au presbytère, distant de l'église de quelques dizaines de mètres, d'avril 1985 à septembre 1987,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* enfin, à la tribune de l'église depuis septembre 1987 jusqu'à aujourd'hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces changements de lieux d'apparitions s'expliquent en partie par les circonstances : interdiction momentanée de la colline des apparitions par la police en août 1981 ; arrestation du curé de la paroisse, Jozo Zovco, le 17 août 1981 (il ne sera remis en liberté que le 17 février 1983, la Vierge lui serait apparue dans sa prison pour le réconforter) ; interdiction de l'évêque de Mostar de laisser se poursuivre les apparitions dans la chapelle. Mais il est à noter que la Vierge semble se plier aux déplacements des &amp;quot;voyants &amp;quot;, elle les suit et leur apparaît où ils se trouvent (y compris en avion, à l'étranger, etc.). Il n'y a pas à Medjugorje de lien étroit entre le site et l'apparition que l'on observe dans les apparitions reconnues par l'Église (le 13 août, quand les petits voyants de Fatima sont en prison à Ourem, la Vierge, qui avait promis de leur apparaître le 13 de chaque mois, ne leur apparaît pas. Ce n'est que le 19 août, quand ils seront revenus dans leurs pâturages familiers, qu'elle apparaîtra).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième élément atypique des apparitions de Medjugorje : leur nombre. Combien y en a-t-il eu à ce jour ? Trois mille, quatre mille ? Les faits défient le calcul. De juin 1981 à aujourd'hui la Vierge est apparue chaque jour aux voyants, sauf pendant cinq jours en 1981 ou 1982 (à une date oubliée de tous!) et sauf pendant cent quarante-huit jours, en 1986, pour Vicka. Et aussi certains voyants ont bénéficié ou bénéficient de deux apparitions par jour certains jours (par exemple les apparitions à Ivan, le vendredi, sur le mont Krizevac). Mais encore certains voyants ont cessé de voir la Vierge régulièrement (Mirjana Dragicevic a cessé de voir la Vierge quotidiennement après le 25 décembre 1982 et ne la voit plus que le jour de son anniversaire et dans &amp;quot; les moments importants &amp;quot; ; Ivanka Ivankovic a cessé de voir la Vierge le 7 mai 1985 mais bénéficie d'une apparition le 25 juin, anniversaire de la première apparition sur la colline). À quoi s'ajoute le fait que les quatre autres voyants qui bénéficient encore d'apparitions régulières ne voient plus la Vierge en groupe et à la même heure : Vicka la voit chez elle, à un moment imprévu de la journée; Ivan et Marija à la tribune de l'église à 18 h 40 chaque jour; quant à Jakov, &amp;quot; il les a quotidiennement à la maison ( ... ) Elles ont lieu le plus souvent à l'heure habituelle (un peu avant 18 heures solaires) mais pas toujours &amp;quot;. Si l'on ajoute que se sont manifestées aussi à Medjugorje, à partir de la fin de 1982, celles que l'on appelle les &amp;quot;voyantes du coeur&amp;quot; : Jelena Vassilj, Marijana et une troisième qui bénéficient de locutions et de visions intérieures, on voit l'extrême difficulté à comptabiliser exactement les mariophanies à Medjugorje. Ces milliers d'apparitions, continues dans la durée mais discontinues chez leurs bénéficiaires, sont un cas unique dans l'histoire des apparitions. Les adversaires de Medjugorje considèrent cette particularité comme un critère négatif : l'irruption du surnaturel ne peut s'accommoder d’une telle répétitivité machinale. Les défenseurs de Medjugorje, au contraire, y voient une adaptation du Ciel à la situation particulière que connaissent l'Église et le monde : &amp;quot; Une parole plus fréquente, plus prolongée, écrit René Laurentin, peut être opportune dans notre Église, où le silence, l'oubli ou l'apostasie tranquille sont une pente plus facile que la contemplation aimante. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dernière particularité relative à la durée, qui n'est pas sans poser une grave difficulté. Le 2 mai 1982, la Vierge a affirmé expressément : &amp;quot; Je suis venue appeler le monde à la conversion pour la dernière fois. Ensuite, je n'apparaîtrai plus sur cette terre. &amp;quot; Importante précision confirmée le 25 juin suivant, dans une réponse de la Vierge à Ivan - &amp;quot; Ce sont les dernières apparitions. &amp;quot; Si les apparitions de la Vierge à Medjugorje sont authentiques, il faut donc considérer que lorsqu'elles auront cessé, il n'y en aura plus jamais nulle part dans le monde et donc la fin des temps aura eu lieu ou sera proche. Les apparitions à Medjugorje auraient donc un caractère nettement eschatologique, ce que confirment certains aspects du message qui y est délivré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on considère maintenant la nature des apparitions, là aussi certaines particularités ne manquent pas d'être observées et d'être sujettes à controverse. C'est la Vierge qui apparaît, parfois portant son Fils. On a résumé ainsi la description qu'en donnent les voyants : &amp;quot; Elle est vêtue d'une longue robe grise qui lui recouvre les pieds. En fait, il est impossible d'en préciser la couleur. C'est un gris qui donne l'impression de ne pas être gris. La tête est couverte d'un voile blanc qui descend jusqu'au sol. Sur la tête, elle porte une couronne aussi brillante que les étoiles. Elle a les yeux bleus, les cils noirs, la bouche petite et rouge, les joues roses; à travers le voile on distingue des boucles de cheveux noirs. Elle est jeune, paraît avoir vingt ans. On aimerait la regarder sans cesse. Elle parle d’une voix douce d'une intensité normale. Le ton est inexprimable: comme une musique ou un chant. &amp;quot; Le rouge et le rose, qui font penser à un maquillage, surprennent. On ne peut s'empêcher de rapprocher cette description d'un tableau représentant la Vierge qui se trouve dans l'église du village : on y voit la Vierge vêtue d'une robe blanche, d'une ceinture bleue, d'un voile blanc et d'un manteau bleu, se tenant au-dessus de Medjugorje, les bras étendus. Le visage et la position de la Vierge rappellent étonnamment les descriptions données par les voyants. Sur le tableau on voit aussi l'église paroissiale et le mont Krizevac. Ce tableau a été peint par un paroissien, Vlado Falak, en 1974; donc plusieurs années avant le début des apparitions. La coïncidence entre les deux représentations de la Vierge est étonnante. Ce tableau était-il complètement inconnu des voyants avant les apparitions, n'a-t-il eu aucune influence sur leurs visions ou leurs descriptions ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autre difficulté relative à la nature de l'apparition la vue de la Vierge a d’abord tellement effrayé les voyants qu'ils se sont enfuis, nous l'avons dit, puis, et ce, à de nombreuses reprises ensuite, la vue de la Vierge les saisissait tellement qu'ils s'évanouissaient. Il a fallu, dira Mirjana, &amp;quot; une grâce spéciale &amp;quot; accordée par la Vierge pour leur permettre &amp;quot; d'assister sans difficultés aux rencontres journalières avec elle &amp;quot;. Une fois encore, le contraste est grand avec Lourdes ou Fatima où, s'il y a eu quelque appréhension puis un immense respect, il n'y a jamais eu de frayeur face à la Vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on considère les messages délivrés par la Vierge, on se trouve face à une certaine complexité qui, là aussi, défie l'analyse. Il n'existe d'ailleurs aucun recueil complet des messages, il est sans doute même impossible désormais d'en réaliser un. En effet, de juin 1981 à avril 1984, le message des apparitions a été très discontinu, en ce sens que si la Vierge délivrait quelques exhortations, elle entretenait aussi une sorte de conversation avec les voyants et répondait à leurs questions. Ces dialogues n'ont pas tous été intégralement recueillis, d'autant moins que, comme on l'a fait remarquer souvent, &amp;quot; à la différence d'autres apparitions récentes de la Mère de Dieu, dans le cas de Medjugorje, il n'est pas donné aux voyants de garder tous les messages fidèlement dans leur mémoire et de les transmettre intégralement &amp;quot;. Puis, à partir du ler mars 1984, les messages deviennent plus formels, une ritualisation intervient: désormais, même si elle apparaît encore quotidiennement, elle délivre un message hebdomadaire, dûment enregistré. À partir du 25 janvier 1987, ce message n'est plus que mensuel, le 25 de chaque mois. Cette formalisation des messages qui intervient en 1984 n'est-elle pas à mettre en relation avec l'intérêt grandissant manifesté pour Medjugorje par certains théologiens et certaines personnalités du Renouveau Charismatique (notamment le premier voyage de l'abbé René Laurentin, en décembre 1983, qui va devenir le plus important défenseur de ces apparitions) ? Ces personnalités n'ont-elles pas eu quelque influence sur les voyants ? N'ont-elles pas canalisé, en quelque sorte, des révélations qui se dispersaient et qui avaient une forte connotation eschatologique ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'étude du contenu des messages connus semble confirmer cette hypothèse. Du moins observe-t-on une grande différence de ton avant et après la ritualisation de 1984. Les défenseurs de Medjugorje, eux, considèrent les apparitions et les messages de 1981 à aujourd'hui comme un tout, dont on peut extraire quelques données essentielles. René Laurentin les résume ainsi : &amp;quot; Le message proprement dit (celui qui s'adresse au monde) est bref. Il tient en sept mots : Dieu, foi, conversion, prière, jeûne, paix et réconciliation. Et toutes ces paroles furent prononcées durant les six premiers jours. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le message des apparitions s'en était tenu à ces exhortations classiques de la piété, il n'aurait pas, suscité autant de polémiques. Il y a, presque toujours -, dans des messages qui datent d'avant la &amp;quot; normalisation &amp;quot;. de 1984, des affirmations de la Vierge qui ont` prêté à controverse. L'affirmation selon laquelle &amp;quot; Jésus a été torturé pour sa foi &amp;quot; (27.7.1981), affirmation incompatible avec la doctrine traditionnelle qui enseigne que le Christ n'a jamais douté de sa mission et de sa divinité. L'exhortation aux voyants &amp;quot; priez pas pour vous-mêmes. Vous avez été récompensés. Priez pour les autres &amp;quot; (16.9.1981), qui pourrait laisser croire que non seulement ils ne doivent pas s'adonner à la prière de demande, ce qui est déjà une présomption, mais aussi qu'ils ne doivent pas prier pour leur salut qui est déjà assuré, ce qui est un enseignement irrecevable. Autre affirmation encore : &amp;quot; Les membres de toutes les religions sont égaux devant Dieu. Dieu gouverne chaque religion comme un souverain son royaume. Dans le monde, toutes les religions ne sont pas les mêmes parce que tous les gens n'accomplissent pas les commandements de Dieu. Ils les rejettent et les dénigrent &amp;quot; (1. 10. 198 1) ; message qui semble dire que toutes les religions se valent et que &amp;quot; les hommes peuvent se sauver en pratiquant bien leur religion &amp;quot; (paroles de la Vierge à Vicka et rapportées par celle-ci à Mgr Franic le 18 janvier 1985). Ce qui va à l'encontre de la théologie traditionnelle des religions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous aurions pu citer nombre d'autres messages qui posent des problèmes aux théologiens. On précisera que la Vierge a demandé en avril 1982 que le jour où elle a parlé la première fois à Medjugorie (c'est-à-dire le 25 juin, jour de la deuxième apparition) devienne jour de fête liturgique placé sous le vocable de &amp;quot; Reine de la Paix &amp;quot;. Ajoutons qu'outre les messages publics, les voyants ont reçu ou, pour certains d'entre eux, reçoivent encore des messages secrets. Chacun des voyants de Medjugorje doit recevoir dix secrets et quand l'un a reçu ses dix secrets, la Vierge cesse régulièrement de lui apparaître, et donc, logiquement, quand tous auront reçu leurs dix secrets, ce sera la fin des apparitions à Medjugorje. Il semble qu'il y a eu, pendant les premiers mois, révélation de cinq secrets, différents de ces séries de dix. Puis, vers la fin de l'année 1981, les trois premiers secrets de la série de dix ont été révélés aux six voyants ensemble. Depuis cette date, la révélation des sept secrets restants a été individuelle. À ce jour, seules Mirjana et Ivanka ont reçu le dernier de leurs dix secrets (respectivement le 25 décembre 1982 et le 6 mai 1985) et ne voient donc plus la Vierge quotidiennement. Les autres additionnent encore les secrets sans encore avoir atteint la dizaine. Certains de ces secrets sont relatifs à la vie future des voyants, d'autres sont relatifs à l'avenir de Medjugorje et du monde et aussi au grand &amp;quot; signe &amp;quot; qui doit venir. Ce &amp;quot;grand signe &amp;quot; est destiné à convaincre à l'avenir ceux qui ne croient pas aux apparitions. Il surviendra sur le mont Crnica, à l'endroit où la Vierge est apparue pour la première fois. Il sera durable, visible de tous et sera accompagné d’autres phénomènes et de nombreuses guérisons miraculeuses. Divers signes ont déjà été observés, à plusieurs reprises, par de nombreuses personnes : la croix du mont Krizevac tourna sur elle-même, dans tous les sens, d'autres fois une lumière blanche sembla la recouvrir et laissa apparaître la Vierge, une autre fois - un soir de début août 1981 -, le mot MIR (paix) s'inscrivit en grandes lettres de feu au-dessus de la Croix. Interrogée sur ces signes, qui furent nombreux surtout dans les derniers mois de 1981 et dans les premiers mois de 1982, la Vierge répondit aux voyants : &amp;quot; Ce sont des signes précurseurs destinés à ceux qui ne croient pas. Le grand signe viendra plus tard, bientôt, très bientôt. &amp;quot; Ce &amp;quot; grand signe &amp;quot; attendu n'est pas sans rappeler le &amp;quot; Miracle &amp;quot; attendu à Garabandal. Quant aux dix secrets que chacun des voyants doit recevoir, il apparaît, à bien des égards, comme une hypertrophie du thème du &amp;quot; secret &amp;quot; présent dans les apparitions mariales des XIX et XXe siècles. Ajoutons enfin qu'il existe encore une autre partie du message de Medjugorie qui est restée secrète à ce jour : la Vierge, disent quatre des voyants, leur a raconté - à chacun individuellement - sa vie à partir du 7 janvier 1983. Jakov en a reçu le récit jusqu'à la fin avril de cette année-là, Ivanka jusqu'au 22 mai, Marija jusqu'au 17 juillet et Vicka jusqu'au 10 avril&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1985. Pourquoi ces révélations séparées et inégales ? Pourquoi des durées aussi diverses pour un même objet ? Autant de questions qui n'auront un débutde réponse que lorsque le texte de cette &amp;quot; Vie &amp;quot; révélée par la Vierge sera connu. On doit noter qu'à ce jour toutes les vies de la Vierge prétendument révélées par elle-même ont été soit condamnées par l’Église (Marie d'Agreda, Maria Valtorta), soit très discutées -(Anne-Catherine Emmerich). Qui plus est, elles se contredisent entre elles et ne sont pas exemptes de contradictions internes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loin d'avoir signalé tous les problèmes que soulèvent ces apparitions à Medjugorie, nous terminerons en rapportant le jugement de l'Eglise, objet de polémiques lui aussi. Il est à noter qu'une semaine après la première apparition, les voyants étaient invités par le curé franciscain de la paroisse à témoigner devant tous les fidèles dans l'Église. S'il ne s'agissait pas là d'une reconnaissance officielle, il s'agissait du moins d'une authentification formelle et peu conforme à la prudence traditionnellement requise en la matière. Une telle précipitation est un fait unique dans l'histoire des apparitions. Plus tard, ce sera la statue de Notre-Dame de Lourdes qui se trouvait dans l'église qui sera enlevée et remplacée par une statue de la Vierge réalisée d'après les descriptions des voyants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant même que l'évêque de Mostar, Mgr Zanic, dont dépend Medjugorje, se soit publiquement prononcé, un autre évêque de la Yougoslavie d'alors prenait position en faveur des apparitions : le 19 décembre 1981, Mgr Franic, archevêque de Split, se rendait incognito à Medjugorje, et assistait à la prière du soir quotidienne dans l'église et à l'apparition. Il fut favorablement impressionné. En janvier suivant, dans le bulletin officiel de son diocèse, il écrivait : &amp;quot;Mes impressions sur la dévotion et la pratique à l'église furent très positives. &amp;quot; Tout en reconnaissant que le jugement sur l'authenticité des apparitions revient à l'Église, il publiait le jugement d'un théologien, le P. Robert Faricy, professeur à la Grégorienne : &amp;quot; Mon jugement d'ensemble en ce qui concerne le caractère authentique est très positif; je porte ce jugement après une très brève expérience et sans en référer à quiconque. &amp;quot; Bientôt d'autres théologiens de renom, notamment l'abbé René Laurentin viendront apporter leur notoriété à la cause de Medjugorje, relayés par d'innombrables journalistes catholiques dans le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces signes publics d'authentification expliquent dans quel contexte de pression les évêques successifs de Mostar ont dû agir. Le 11 janvier 1982, Mgr Zanic créait une commission officielle d'enquête de quatre membres, élargie, au début de l'année 1984, à une vingtaine de personnes (parmi lesquelles des théologiens et des médecins). Le 30 octobre 1984, il publiait un long rapport où était définie la &amp;quot;Position actuelle, non officielle &amp;quot; de l'évêché au sujet des apparitions. Il y exprimait ses &amp;quot; soupçons &amp;quot; et ses &amp;quot; doutes &amp;quot; sur le caractère surnaturel des faits. Il arguait notamment de prophéties non réalisées, de promesses de guérison non tenues, de mensonges d'une des voyantes et d'un différend entre lui et des franciscains sanctionnés où la Vierge avait encouragé ceux-ci à la désobéissance. Il concluait à l'&amp;quot; hallucination collective &amp;quot; orchestrée par un religieux de la paroisse, liée au Renouveau charismatique, le Père Vlasic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette &amp;quot; Position &amp;quot; suscita l'hostilité de Mgr Franic, de l'abbé Laurentin et des autres défenseurs de Medjugorje. Alors que Mgr Zanic aurait voulu publier un jugement canonique officiel, le 9 janvier 1987, le cardinal Kuharic, président de la Conférence épiscopale yougoslave, publiait un communiqué où il annonçait la création d'une nouvelle Commission d'enquête, placée cette fois sous l'autorité de la Conférence épiscopale et non plus du seul évêque de Mostar. Mgr Zanic, comme il en avait le droit, rendit public, en mars 1990, un rapport, définitif, entièrement négatif. La Conférence épiscopale yougoslave publia enfin, en avril 1991, une &amp;quot; Déclaration &amp;quot; qui affirmait : &amp;quot; Sur la base des études qui ont été faites jusqu'à maintenant, il n'est pas confirmé que des apparitions et révélations surnaturelles ont eu lieu ici. &amp;quot; Elle demandait aussi qu'à Medjugorje &amp;quot; soit promue une solide dévotion envers la Sainte Vierge Marie en accord avec la doctrine de l'Église &amp;quot;. Les défenseurs de Medjugorje ont voulu voir dans cette dernière recommandation une reconnaissance du culte de la Vierge de Medjugorje, comme il advint pour Beauraing, par exemple, où le culte de la Vierge fut autorisé avant la reconnaissance du caractère surnaturel des apparitions. C'est outrepasser le sens de cette recommandation. Ces mêmes défenseurs font courir le bruit selon lequel le dossier de Medjugorje serait à l'étude &amp;quot; à Rome &amp;quot; et qu'il faudrait désormais attendre une déclaration romaine. Mgr Peric, actuel évêque de Mostar, que nous avons interrogé, exprime une position plus tranchée : aucune autre commission, ni à Mostar, ni à Rome, ni ailleurs, n'est à l'oeuvre, aucune autre décision n'est donc à attendre; il n'y a pas de reconnaissance particulière du culte de la Vierge de Medjugorje mais une recommandation à une saine piété mariale; l'avis rendu en 1991 oblige les catholiques et conclut à un &amp;quot; non-constat de surnaturalité &amp;quot; des faits.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Notre-Dame de l'Ile-Bouchard</title>
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 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''8-14 Décembre 1947'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Novembre 1947. La révolution gronde en France. Le pays est au bord de l’abîme&amp;amp;nbsp;: faillite écono­mique due à une gestion calamiteuse de l’après-guerre, impuissance des pouvoirs publics, grèves à caractère insurrectionnel dans un climat international de guerre froide, tout est prêt pour le Grand Soir que les commu­nistes attendent depuis 1917, en France depuis 1944.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le maire communiste d’une ville ouvrière du Gard en témoigne&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Les grèves de 1947-1948 ont été ter­ribles. C’était une lutte armée. Les mineurs avaient gardé l’esprit maquisard. Ils avaient de vieux fusils et des bâtons. Nos gars rêvaient toujours à la libération ; ils croyaient que la révolution allait venir. Pour nous, les responsables du Parti, c’était très difficile de contenir nos ca­marades. Ils étaient prêts à tout foutre en l’air. Les socialistes étaient au ministère.&amp;amp;nbsp;» (cité par Dominique Desanti, ''L’année où le monde a tremblé'', 1976, p. 336)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] Que l’Immaculée soit intervenue en 1947 dans nos affaires politiques remet en cause l’agnosticisme de notre histoire officielle et le laïcisme bétonné de notre État républicain. Car les faits sont là. [...]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== « L'année terrible » ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le monde parle du ''&amp;quot;coup de Prague&amp;quot; ''du 21 février 1948, où les Soviétiques s’emparèrent de la ville par la force, remettant dans le camp communiste la Tchécoslovaquie qui avait tenté de s’en évader. On sait moins qu’un autre coup se préparait en France, un an plus tôt. Les Sovié­tiques disposaient alors en effet dans notre pays de 1 500 à 2 000 cadres à leur solde, ce qui leur permettait de lire à livre ouvert chez nous (''L ‘espionnage sovié­tique en France'', P. de Villemarest, NEL, 1971, p.69).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De 1943 à 1947, le parti communiste a consolidé son dispositif de double pouvoir : au gouvernement et dans le pays. Inlassablement, il a renforcé ses structures et amélioré son encadrement. «&amp;amp;nbsp;Il domine la CGT, force primordiale du syndicalisme français. Il a placé ses hommes dans les entreprises nationalisées. Il dispose d’une presse nombreuse, n’est pas dépourvu de moyens financiers, ni d’armements, car peu d’armes ont été rendues après la Libération.&amp;amp;nbsp;» (''Le parti communiste veut-il prendre le pouvoir&amp;amp;nbsp;''? Jean-Jacques Becker, 1981, Seuil, p. 189)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 5 mai 1947, cinq ministres communistes sont renvoyés par le socialiste Ramadier, pour avoir &amp;quot;trahi&amp;quot; la solidarité gouvernementale, en refusant de voter des crédits pour l’Indochine et en critiquant sa politique anti-inflationniste. C’est la fin du tripartisme et le commencement des troubles sociaux. L’impuissance de l’État provoque la montée en puissance des forces révolutionnaires, par syndicats et partis interposés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le ravitaillement devient de plus en plus difficile. La ration quotidienne de pain est réduite à 250 grammes en mai, puis à 200 grammes en août. Les prix des denrées alimentaires flambent. Le pays ne vit plus qu’en achetant des céréales et du charbon aux États-Unis, liquidant pour cela ses dernières réserves moné­taires. Le déficit de la balance commerciale a doublé en deux ans. Les caisses sont vides&amp;amp;nbsp;: le stock d’or est passé de 1 600 tonnes en 1944 à 400 en décembre 1947.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
William Clayton, sous-secrétaire d’État américain au Trésor, envoyé par le président Truman pour évaluer la situation en Europe, revient effrayé de sa mission. Le plan Marshall est alors proposé le 5 juin «&amp;amp;nbsp;''contre la faim'', ''la misère'', ''le désespoir et le chaos''&amp;amp;nbsp;». L’Union soviétique refuse de s’y associer, accentuant sa mainmise sur les pays d’Europe centrale et s’engageant dans une nouvelle étape de réarmement. C’est le début de la guerre froide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le PCF, qui entend revenir au pouvoir, hésite encore à s’engager dans la lutte contre le gouvernement. Mais, du 22 au 28 septembre, une réunion secrète des repré­sentants des neufs partis communistes européens à Sklarska Poreba en Pologne, permet au ''Kominform'', bureau de propagande du communisme international, de les reprendre en main. «&amp;amp;nbsp;Le monde, leur explique Jdanov, est désormais divisé en deux camps antagonistes. Plus aucune alliance n’est possible avec les autres partis de gauche. Il faut combattre à fond le nouvel ennemi&amp;amp;nbsp;: l’impérialisme américain.&amp;amp;nbsp;» Les communistes français, accusés d’avoir cédé au ''&amp;quot;crétinisme parlemen­taire&amp;quot; (&amp;amp;nbsp;!) ''et ''&amp;quot;oublié&amp;quot; ''de prendre le pouvoir en 1944, doivent faire leur autocritique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 2 octobre, au vélodrome d’hiver, Maurice Thorez, s’exécute et déclare que le moment est venu ''«&amp;amp;nbsp;d’imposer un gouvernement démocratique où la classe ouvrière et son parti exercent enfin un rôle dirigeant''. '''''Il faut que ça change&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» '''''Les troupes sont prêtes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L’automne de tous les périls ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les grèves s’intensifient alors dans tout le pays. De violents affrontements éclatent le 12 novembre à Marseille, dans le bassin minier du Nord trois jours plus tard. En quelques jours, le pays entier est paralysé par trois millions de grévistes. Plus de transports. Des sa­botages se multiplient çà et là. Des groupes armés surgissent. Tout est prêt pour la révolution. Comme en Espagne en 1936. [...]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 novembre, Ramadier démissionne en pleine crise. À défaut de Blum qui n’obtient pas l’investiture de la Chambre, c’est au modéré Robert Schuman que Vincent Auriol s’adresse pour former un gouvernement. Au fond, le président de la République n’est pas mé­content que ce soit un démocrate chrétien qui monte au créneau pour affronter les grévistes et «&amp;amp;nbsp;sauver la Répu­blique&amp;amp;nbsp;». Schuman est assisté, à l’Intérieur, par le socia­liste Jules Moch, énergique et déterminé, mais qui ne cache pas que la situation est désespérée, vu le peu de moyens en forces de l’ordre dont il dispose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
George Marshall écrit à Truman&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Je me fais beaucoup de souci à propos de cette lutte pour le pouvoir en France. Thorez vient de rentrer de Moscou&amp;amp;nbsp;; le Kremlin lui a promis du blé. Nous risquons de perdre la France. '''''Les deux prochaines semaines seront cru­ciales''. '''Il faut tout faire pour empêcher un coup d’État communiste.&amp;amp;nbsp;» Et l’ambassadeur américain à Paris de renchérir&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;La grève générale en France est supervisée par un agent spécial du NKVD. '''''Les communistes jouent le tout pour le tout''.&amp;amp;nbsp;''» '''''(Nerin Gun, ''Les archives secrètes américaines'', t. II, 1983, p. 115)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 27 novembre est créé un ''CONSEIL NATIONAL DE GRÈVE'', composé exclusivement de cégétistes aux ordres de Moscou. Le lendemain, la nouvelle de la mort acci­dentelle du général Leclerc, en inspection en Afrique du Nord, consterne le chef du gouvernement&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Encore cela&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» soupire-t-il. Le 29 novembre, des débats s’ouvrent à la Chambre sur le vote des mesures à prendre d’urgence. À peine Schuman a-t-il pris la parole que des vociférations s’élèvent de l’extrême-gauche&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Vous avez soif de sang''&amp;amp;nbsp;», hurle un député commu­niste. «&amp;amp;nbsp;''Salaud&amp;amp;nbsp;! Chien couché&amp;amp;nbsp;! Officier boche&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» crie Duclos. Les insultes pleuvent, tandis que les députés communistes, par d’interminables discours et amende­ments, s’efforcent pendant quatre jours de retarder le vote. Dans le pays, l’agitation semble se développer suivant un plan stratégique préparé d’avance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la nuit du 2 au 3 décembre, l’express Paris-Tourcoing déraille aux environs d’Arras. L’enquête ré­vèle un attentat communiste. Le bilan effraye l’opinion&amp;amp;nbsp;: vingt-quatre morts et une trentaine de blessés. Le 4 décembre, les R. G. de Tours font état d’un projet d’insurrection pour le 10 (''L’année 1947'', sous la direction de Serge Berstein et Pierre Milza, 2000, p. 396).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner le change, on négocie au sommet. Le dimanche 7 décembre, le bureau de la CGT au complet se rend chez le ministre du Travail, Daniel Mayer, qui propose l’octroi d’une prime de 1500 francs à tous les salariés. Mais le délégué général Benoît Frachon refuse l’accord et transmet à ses troupes le mot d’ordre&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Tout est rompu'', ''grève générale demain''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Le lendemain'', ''la Sainte Vierge intervenait en personne'', ''dans un petit village perdu de Touraine&amp;amp;nbsp;'': ''L’Ile-Bouchard''. '''Au moment où des catholiques &amp;quot;engagés&amp;quot; rêvaient de réformes de structures et de militance syn­dicale au coude à coude avec les communistes, le Ciel se manifestait dans une vieille paroisse de Chrétienté, tenue par un excellent prêtre qui avait trois amours dans le cœur&amp;amp;nbsp;: sa paroisse, la Très Sainte Vierge et l’Eucharistie, comme l’a établi un colloque tenu en décembre 2004 à L’Île-Bouchard (''Le message de L’Île-Bouchard'', ''mémoire et espérance'', ''p''. 75-113).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans ce cadre traditionnel, paroissial, familial, que sortit le salut de la France.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Ce lundi 8 décembre 1947 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Le lundi 8 décembre 1947'', ''j’allai faire une prière à l’église Saint-Gilles en me rendant à l’école à 1 h avec Jeanne'', ''ma sœur'', ''et Nicole'', ''ma cousine''&amp;amp;nbsp;», raconte Jacqueline Aubry, douze ans. Jeanne, sa sœur, a sept ans et demi, Nicole dix ans. Les sœurs de l’école leur ont recommandé de prier ce jour-là spécialement pour la France. «&amp;amp;nbsp;''On prit de l’eau bénite dans le bénitier'', ''on fit le signe de la Croix et la génuflexion'', ''puis on alla à gauche par la nef. En passant devant la statue de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus on s’arrêta devant elle et'', ''debout'', ''on récita un &amp;quot;JE VOUS SALUE MARIE&amp;quot;''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pieuse coutume instituée par le curé de L’Île-Bouchard, l’abbé Ségelle, dévot et apôtre de la petite Thérèse. Plusieurs fois, il est allé en pèlerinage à Lisieux, et quand la châsse de ses reliques est venue à Tours au printemps 1947, il est allé les vénérer avec ses paroissiens. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus n’était-elle pas, depuis le 3 mai 1944, patronne secon­daire de la France avec sainte Jeanne d’Arc&amp;amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précisément, l’histoire locale raconte que Jeanne d’Arc fit halte à L’Île-Bouchard, avant d’arriver à Chinon, le 6 mars 1429. Elle franchit le portail nord de l’église Saint-Gilles, et pria devant le maître-autel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi que les deux &amp;quot;saintes de la Patrie&amp;quot; intro­duisirent les petites filles auprès de leur Reine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Puis, on s’avança jusqu’au fond, devant l’autel de la Sainte Vierge. On s’agenouilla à droite, sur les pre­miers prie-Dieu et on récita une dizaine de chapelet. Alors je vis tout à coup à ma gauche, entre le vitrail et l’autel, ''UNE GRANDE LUMIÈRE'', ''VIVE MAIS NON ÉBLOUIS­SANTE'', ''AU MILIEU DE LAQUELLE APPARUT UNE BELLE DAME'', ''SE TENANT DANS UNE GROTTE ET AYANT À SA DROITE UN ANGE''. Sous ses pieds, on lisait l’invocation&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;''O MARIE'', ''CONÇUE SANS PÉCHÉ'', ''PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS''.''&amp;quot; ''Je poussai du coude Nicole qui était tournée d’un autre côté et je lui dis&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– ''Regarde donc&amp;amp;nbsp;!''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Nicole regarde ainsi que Jeanne. Elles firent&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;Oh&amp;amp;nbsp;!&amp;quot; ''en mettant leur main droite à leur bouche, puis Nicole s’écria&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;Oh&amp;amp;nbsp;! la'' ''belle Dame&amp;amp;nbsp;!&amp;quot;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Quant à Jeannette, elle fut sidérée par l’Ange&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– ''Oh&amp;amp;nbsp;! le'' ''beau Ange&amp;amp;nbsp;! Oh&amp;amp;nbsp;! le'' ''beau Ange&amp;amp;nbsp;! ''fit-elle les mains jointes en se relevant.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;amp;nbsp;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== « C'est la même ! » ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Entre le vitrail et l’autel&amp;amp;nbsp;''»&amp;amp;nbsp;: le vitrail représente l’apparition de la Sainte Vierge à Bernadette, dans la grotte de Massabielle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Se tenant dans une grotte''&amp;amp;nbsp;». De deux choses l’une&amp;amp;nbsp;: ou bien Jacqueline joue la comédie, simulant Bernadette, ou bien c’est la Vierge Marie qui se fait reconnaître ainsi, comme si elle disait&amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;Je suis Notre-Dame de Lourdes&amp;amp;nbsp;» ''ou, comme elle se nomma le 25 mars 1858&amp;amp;nbsp;: '''''«&amp;amp;nbsp;Je suis l’Immaculée Conception'', ''QUÉ SOY ERA IMMACULADA COUNCEPCIOU''.&amp;amp;nbsp;'''» Un 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, c’est clair&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;[…] «&amp;amp;nbsp;&amp;lt;/nowiki&amp;gt;''Ayant à sa droite un ange''&amp;amp;nbsp;», comme dans la vision du troisième Secret de Fatima. La seule diffé­rence est que, au cours de cette première apparition à L’Île-Bouchard, l’ange est «&amp;amp;nbsp;à ''droite&amp;amp;nbsp;» ''de la belle Dame, tandis qu’à Fatima, il est à gauche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas tout. La Sainte Vierge est ici comme une Reine en son royaume. La statue de Notre-Dame des Victoires, qui domine l’autel près duquel apparaît «&amp;amp;nbsp;''la belle Dame''&amp;amp;nbsp;», rappelle la consécration que fit le roi Louis XIII de son Royaume à Marie, en action de grâces pour les marques de protection qu’elle avait multipliée depuis le début de son règne&amp;amp;nbsp;: triomphe sur les rebelles protestants et les ennemis extérieurs, victoire miraculeuse de La Rochelle (dont le sanctuaire de Notre-Dame des Victoires à Paris est ''l’ex-voto''), et surtout cadeau d’un héritier à la Couronne, à la suite des révélations faites à un humble frère de ce couvent. Il est impossible de séparer Notre-Dame des Victoires de la consécration de la France à Marie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Sans Notre-Dame des Victoires'', ''pas de vœu de Louis XIII''. ''Notre-Dame des Victoires a valu à la France d’être le Royaume de Marie'', ''elle l’a sauvée et elle continue de la sauver&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''parce que la France lui appartient''.&amp;amp;nbsp;''» ''(Sœur Marie-Angélique, ''L’ABBÉ DES GENETTES'', p. 187)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La statue de Notre-Dame des Victoires fut placée dans l’église de L’Île-Bouchard en 1888, en lien avec l’Archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, refuge des pécheurs, fondée à Paris en 1836 par l’abbé des Genettes. Dévotion préparant celle qui sera révélée à Fatima&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé''&amp;amp;nbsp;», pour le sauver et lui donner la paix. Et l’on sait que, depuis 1943, l’abbé Ségelle parlait fréquemment à ses paroissiens des appa­ritions de Notre-Dame de Fatima.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la rue du Bac (l’inscription sous les pieds de la Dame) à Fatima, la continuité est parfaite et L’Île-Bouchard en présente le parfait résumé. Il n’y a plus de doute&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;'''''C’est la même&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;'''''» comme disait sainte Ca­therine Labouré après les événements de Lourdes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le sourire de marie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''On s’arrêta de prier puis'', ''plutôt effrayées'', ''on sortit de l’église''. ''On aperçut dans la rue Sergine Croizon ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;[treize ans] &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''et sa petite sœur Laura ''&amp;lt;nowiki&amp;gt;[huit ans et demi] &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''qui allaient à l’école''. ''On leur raconta ce qu’on avait vu et elles rentrèrent avec nous dans l’église pour voir la Dame''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cinq fillettes s’engagent ensemble dans la nef de la Sainte Vierge. Lorsqu’elles sont à la hauteur de la statue de sainte Thérèse, Laura s’écrie&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Je vois une belle Dame et un Ange&amp;amp;nbsp;''!&amp;amp;nbsp;» Mais Sergine, elle, ne voit rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivées devant l’autel, elles s’agenouillent devant la belle Dame qui les a attendues. Elles récitent un ''NOTRE PÈRE'', ''UNE DIZAINE DE CHAPELET ''et trois fois l’invocation Ô ''MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ'', ''PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS''. Cette prière terminée, la Dame disparaît, après leur avoir souri à toutes, comme à Pontmain, spécialement à Jeanne Aubry, la plus petite. Alors les enfants se lèvent et vont à l’école.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le premier récit ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’école Saint-Gilles était tenue par des religieuses de Sainte-Anne, institutrices et gardes-malades très aimées de la population. Chassées en 1910 par la République, elles étaient revenues, en habit séculier, dès 1911. Le curé de l’époque avait alors consacré l’école à la Sainte Vierge. «&amp;amp;nbsp;Cette école libre fut un fondement solide pour entretenir, pendant toute la pre­mière moitié du XXe siècle, la formation humaine et chrétienne, et susciter la ferveur religieuse à L’Île-Bouchard.&amp;amp;nbsp;» (Colloque ''Mémoire et espérance'', p. 102)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En arrivant sur la cour de récréation, les enfants racontent à leurs compagnes ce qu’elles ont vu, puis viennent le redire au curé et à sœur Saint-Léon de la Croix, la directrice de l’école. Cette dernière traite Jac­queline de folle et monsieur le Curé lui dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Tu as vu trouble à travers tes grandes lunettes''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle était myope en effet, et portait des lunettes, détail important. Intrigué, le curé se décide cependant à interroger séparément les enfants, en présence de sœur Saint-Léon. Jacqueline raconte&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''J’ai vu une belle Dame vêtue d’une robe blanche'', ''ceinture bleue'', ''voile blanc légèrement brodé autour''. ''Le voile reposait sur le front''. ''Les pieds de la Dame étaient nus et apparents et reposaient sur une pierre rectan­gulaire formant le bas de la grotte dans laquelle elle nous est apparue''. ''À son bras droit était passé un chapelet aux grains blancs montés sur une chaîne d’or et à l’extrémité duquel était suspendu un beau crucifix en or''. ''Les cheveux étaient blonds et longs et retombaient sur le devant'', ''de chaque côté'', ''en formant deux anglaises''. ''La ceinture bleue était un large ruban et les manches de la robe étaient vagues''. ''À ses pieds'', ''cinq roses'', ''de couleur rose'', ''lumineuses'', ''formaient une guirlande en forme de demi-cercle qui se terminait par deux feuilles vertes reposant sur les deux extrémités de la pierre''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''L’Ange se tenait sur une pierre plate de même couleur que la grotte mais en dehors d’elle'', ''le genou droit à terre'', ''à peu de distance de la Dame et à sa droite''. ''Il était vêtu d’une robe blanche et avait des ailes blanches aux bords dorés''. ''Il tenait à la main droite un lis blanc et l’autre main reposait sur sa poitrine''. ''Les cheveux étaient blonds'', ''en forme d’anglaises''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’ange, un genou en terre, avec un lys à la main, est donc bien celui de l’Annonciation, tel que le fit peindre Jeanne d’Arc sur son pennon, par un artisan de Tours, en l’honneur de Notre-Dame du Puy et de son jubilé, en 1429.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les autres petites filles ayant fait la même descrip­tion, monsieur le Curé quitte l’école en leur recomman­dant de rester bien sages. Aussitôt après son départ, Jacqueline s’approche de la sœur directrice et lui dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Ô chère sœur'', ''si vous saviez comme la Sainte Vierge était belle&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– ''Puisqu’elle était si belle'', réplique la sœur, ''si j’avais été à ta place je serais restée à l’église''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenant sa maîtresse au mot, Jacqueline invite ses amies à retourner à l’église, en leur disant&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Allons voir si elle y est encore&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Apercevant dans la rue le curé qui rentre chez lui, elles empruntent un chemin détourné, craignant, comme elles l’avoueront plus tard, qu’il ne les empêche de retourner à l’église. Elles n’ont donc pas la conscience tout à fait tranquille. Cependant elles sont comme poussées par une force invincible à retourner à l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== « Priez pour la France. » ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À peine les enfants sont-elles à genoux devant l’autel de la Sainte Vierge, que la belle Dame, accom­pagnée de l’Ange, se montre de nouveau à elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenant la parole pour la première fois, avec une expression d’indicible tristesse, elle leur dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Dites aux petits enfants de prier pour la France'', ''car elle en a grand besoin''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame a insisté sur le mot ''&amp;quot;France&amp;quot;''. Poussées par Jacqueline, les deux plus petites demandent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''êtes-vous notre Maman du Ciel&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le visage de la Dame s’éclaire d’un sourire, et elle répond d’une voix douce et lente&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Oui'', ''je suis votre Maman du Ciel'''''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En prononçant le mot ''&amp;quot;Ciel &amp;quot;'', la Sainte Vierge a tourné ses yeux bleus très purs vers le Ciel. Jacqueline s’enhardit et demande elle-même à la Dame&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Quel est l’Ange qui vous accompagne&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Ange se détourne et répond en souriant&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Je suis l’ange Gabriel''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce furent les seules paroles prononcées par l’Ange à l’adresse des enfants, pendant toutes les apparitions. Puis la Dame tend la main droite et dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Donnez-moi votre main à embrasser'', ''chacune à votre tour''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles approchent sans crainte et la Dame, se pen­chant, prend lentement leur main droite, l’embrasse sur sa face dorsale, à l’extrémité de l’index, du médius et de l’annulaire et leur dit en les congédiant&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Revenez ce soir à 5 heures et demain à 1''''' '''''heure''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors la vision disparaît et les enfants retournent à l’école. Elles remarquent que la trace du baiser de la Dame est restée sur leurs mains et se signale par un ovale blanc. ''«&amp;amp;nbsp;Dépêchons-nous'', dit Jacqueline, ''la chère sœur sera bien obligée de nous croire'', ''cette fois-ci''.&amp;amp;nbsp;» Malheureusement, la trace disparaît à la sortie de l’église pour l’une, à la porte de l’école pour les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Descendue du ciel avec son corps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous étions en 1947. Le pape Pie XII se préparait à définir solennellement le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge, montée au Ciel ''avec son corps''. Comme c’était un sujet d’ardentes controverses dans l’Église, le Pape allait devoir faire appel à son magis­tère solennel et infaillible. Eh bien, à L’Île-Bouchard, la Reine du Ciel a voulu manifester d’avance la vérité du dogme, qui sera défini le 1er novembre 1950. En embrassant la main des enfants, et en y laissant une trace ''sensible ''de son baiser, la Sainte Vierge a voulu faire comme Jésus, son Fils, avec Thomas l’incrédule&amp;amp;nbsp;: '''''Donne ta main et mets-la dans mon côté''…'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;nowiki&amp;gt;[…] Pour nous convaincre, la Sainte Vierge est redescendue du Ciel, &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''avec son corps'', elle a pris la main des enfants, ''avec sa main ''à Elle&amp;amp;nbsp;! et y a déposé un baiser ''avec sa bouche''… «&amp;amp;nbsp;'''''Je sentais la chaleur'', ''la tiédeur des lèvres de la Sainte Vierge'', '''témoignera Jacqueline. '''''C’était une totale et vraie pré­sence''.'''&amp;lt;nowiki&amp;gt;&amp;amp;nbsp;» […]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La dame est revenue et nous regarde ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les enfants arrivent à l’école, la sœur direc­trice demande aux petites d’où elles viennent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Nous venons de l’église'', répond Jacqueline, ''vous nous avez dit que nous aurions dû y rester''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''C’est bien'', ''et qu’avez-vous vu&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fillettes relatent ce qu’elles ont vu et rapportent les paroles de la Dame. Plus troublée qu’elle ne veut le paraître, sœur Saint-Léon demande à 16 heures à Jacqueline et à Nicole de lui raconter, séparément et par écrit, ce qu’elles ont vu et entendu lors des deux apparitions au début de l’après-midi. Les deux copies relatent les mêmes choses, avec les mêmes détails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au soir du 8 décembre à 17 heures, un salut du Saint-Sacrement, précédé du chapelet, est donné dans l’église Saint-Gilles. Seule Jacqueline est présente. Pendant la cinquième dizaine, l’enfant manifeste une inquiétude évidente, tournant la tête à droite, à gauche, semblant chercher quelqu’un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, quoique cela soit défendu, elle retourne la tête et, de ses yeux suppliants, fixe ceux de sœur Saint-Léon de la Croix comme pour demander quelque chose. La sœur lui fait signe de se retourner vers l’autel. Jacqueline obéit aussitôt. C’est d’ailleurs le début du Salut, et la belle Dame, car c’est elle&amp;amp;nbsp;! dispa­raît alors, s’effaçant au moment où le curé apporte le Saint-Sacrement sur l’autel de la Sainte Vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la bénédiction, lorsque le curé rapporte le bon Dieu au maître-autel et qu’on entonne le chant&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;''O MARIE&amp;amp;nbsp;! CONÇUE SANS PÉCHÉ'', ''PRIEZ POUR LA FRANCE&amp;quot;'', la Dame et l’ange réapparaissent dans la lumière. Sœur Saint-Léon, après avoir congédié les autres enfants, s’approche de Jacqueline qui lui dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Chère sœur'', ''la Dame est revenue'', ''elle est là'', ''elle nous regarde&amp;amp;nbsp;''&amp;lt;nowiki&amp;gt;; &amp;lt;/nowiki&amp;gt;''que faut-il faire&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Mais'', ''où est-elle&amp;amp;nbsp;''? demande la sœur décontenancée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Voyons'', ''vous la voyez bien'', ''chère sœur'', ''elle est là''.&amp;amp;nbsp;» La sœur conseille alors à Jacqueline de réciter avec elle son chapelet et s’agenouille près d’elle. ''«&amp;amp;nbsp;Alors je puis dire que c’est la seule fois où j’ai vu la Sainte Vierge tant sourire'', racontera Jacqueline. ''Devant la chère sœur qui avait peur'', ''mais qui avait peur&amp;amp;nbsp;! elle souriait''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque la dizaine est terminée, Jacqueline dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Elle est partie&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Ouf&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» fait la sœur Saint-Léon, qui s’empresse d’aller tout raconter au curé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fait que la Dame ait disparu juste au moment où le Saint-Sacrement était apporté dans sa chapelle frappa le bon abbé Ségelle. «&amp;amp;nbsp;Ce soir, monsieur le Curé com­mença à être touché, racontera Jacqueline. Il fut frappé par le fait que la Sainte Vierge avait disparu au moment où il avait apporté le Saint-Sacrement. La Sainte Vierge s’était effacée pour laisser la place à son Fils. Il se disait&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Une enfant ne peut pas inventer cela.&amp;quot;&amp;amp;nbsp;» (cité par le Père Marie-Réginald Vernet, ''L’Île-Bouchard'', ''la Vierge et ses apparitions'', 1992, p. 154)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le curé Ségelle était de la race des Des Genettes, Peyramale et Guérin, images vivantes du juste Joseph dans leur paroisse, alliant un cœur plein de dévotion à une prudence éclairée, dans un grand esprit de soumission aux lois de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nommé à L’Île-Bouchard le 8 décembre 1921, il ''y ''avait développé une ardente dévotion eucharistique et mariale, source d’œuvres multiples, qui faisaient dire aux missionnaires de passage «&amp;amp;nbsp;n’avoir pas vu ailleurs pareille générosité&amp;amp;nbsp;». Le 15 juin 1944, il organisait le &amp;quot;grand retour&amp;quot; de Notre-Dame de Boulogne dans sa paroisse, précédé d’un triduum de supplications, qu’il concluait par ces mots&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Puisse la France recevoir bientôt le fruit des prières et des sacrifices accomplis dans les deux paroisses''. ''Dieu seul peut la sauver''… ''Notre-Dame obtiendra ce salut''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1947 fut marquée par une fervente mission pascale prêchée par les montfortains, dont les fruits se firent sentir jusqu’en automne, pendant le mois du Ro­saire, où les fidèles se pressèrent chaque jour nombreux dans l’église. Bref, on priait déjà beaucoup à L’Île-Bouchard, comme à Pontmain, quand la Sainte Vierge y apparut pour exhorter ses enfants à prier davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour la France en grand danger ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mardi ''9 ''décembre 1947, les quatre fillettes es­suient les rebuffades des grandes personnes auxquelles elles racontent leurs visions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Que me racontes-tu là&amp;amp;nbsp;''?…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Tu es folle&amp;amp;nbsp;!''…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Tu es une sotte&amp;amp;nbsp;!''…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Cesse de me raconter de telles histoires&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Croyez-y pas si vous voulez'', ''moi z’ai vu'', ''z’y crois''&amp;amp;nbsp;», répond invariablement Jeannette Aubry. Sa mère, pourtant, lui interdira ce jour-là d’aller à l’église après la classe, pour voir la Dame&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Je te le défends&amp;amp;nbsp;! C’est pas la Sainte Vierge que tu vois'', ''c’est le diable''. ''Si tu retournes à l’église à 5 heures'', ''la belle Dame'', ''comme tu dis'', ''t’emmènera et tu ne me verras plus''.&amp;amp;nbsp;» Comme à Fatima&amp;amp;nbsp;! où le curé disait que c’était peut-être le diable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 1 heure de l’après-midi, les voyantes se placent, comme la veille, devant l’autel de la Sainte Vierge, et commencent le chapelet. Bientôt la lumière apparaît, «&amp;amp;nbsp;''un globe de lumière''&amp;amp;nbsp;» s’ouvre et un rideau argenté se déploie, couvrant la moitié du vitrail de gauche et la moitié de l’autel de Notre-Dame des Victoires. Sur ce fond de rideau se détache une grotte et, dans cette grotte, la Dame. À quelque distance, sous une voûte de rocher, l’Ange, ''à gauche ''de la Dame, cette fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sous les pieds de la Dame, l’invocation de la veille&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;Ô MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ''…''&amp;quot; ''a été rempla­cée par ces mots&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;JE SUIS L’IMMACULÉE CONCEPTION&amp;quot;''. Des lettres brillantes, en partie cachées par les mains de la Dame, apparaissent sur sa poitrine&amp;amp;nbsp;: MA … CAT.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voyantes sont seules dans l’église. Trois amies les attendent dehors. Jacqueline a promis de demander à la Dame si elles pouvaient entrer. Elle le fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Oui'', '''répond la Dame, '''''mais elles ne me verront pas''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline s’empresse d’aller le dire à ses amies. Une femme du village, madame Trinson, survenue sur les entrefaites, se joint aux enfants et pénètre avec elles dans l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès le retour de Jacqueline, la Dame levant sa main droite à la hauteur de sa joue, fait signe de l’index d’approcher. Quand les quatre fillettes sont près d’elle, elle les invite à s’approcher d’elle&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Embrassez la croix de mon chapelet''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline et Nicole, en se haussant sur la pointe des pieds, parviennent à atteindre le crucifix que la Dame tient dans sa main, mais Laura et Jeannette, trop petites, doivent être soulevées à bout de bras par Jacqueline. Ce que celle-ci fait sans aucun effort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu’elles ont, toutes les quatre, baisé le crucifix d’or, elles font très, très lentement, le signe de Croix, à l’imitation de Celle qui vient de les unir d’une manière si simple mais très intime à sa compassion. «&amp;amp;nbsp;''Qu’il est impressionnant ce signe de la croix&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''» diront-elles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la Dame, devenue subitement toute triste, dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Je vais vous dire un secret que vous pourrez redire dans trois jours&amp;amp;nbsp;'': ''Priez pour la France qui'', ''ces jours-ci'', ''est en grand danger''.'''&amp;amp;nbsp;'''»'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La France&amp;amp;nbsp;! C’est bien «&amp;amp;nbsp;''pour la France&amp;amp;nbsp;''» qu’il faut prier, n’en déplaise à nos théologiens modernes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;On est aujourd’hui quelque peu gêné par cet as­pect du message. Dans la pastorale actuelle, inviter les fidèles à prier pour la France expose à l’incompréhen­sion et peut provoquer même une certaine irritation (!). On accepte mieux de prier pour l’Europe qui se construit et surtout pour l’humanité entière.&amp;amp;nbsp;» (P. de La Soujeole, colloque ''Mémoire et espérance'', 2004, p. 293)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non&amp;amp;nbsp;! Ce n’est pas «&amp;amp;nbsp;pour l’Europe&amp;amp;nbsp;», dont le projet germait déjà dans les cervelles fumeuses de certains démocrates chrétiens comme Schuman ou Bidault, au seul bénéfice de la grande finance internationale, ni pour l’humanité tout entière, mais «&amp;amp;nbsp;pour la France&amp;amp;nbsp;», la seule France&amp;amp;nbsp;! que la Sainte Vierge est venue demander de prier à L’Île-Bouchard. À la rue du Bac déjà, le globe représentait «&amp;amp;nbsp;la France en particulier&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la Dame continue&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Allez dire à monsieur le Curé de venir à 2 heures'', ''d’amener les enfants et la foule pour prier''.'''&amp;amp;nbsp;'''»'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline se retourne alors vers madame Trinson, et les trois amies, et leur dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''La Sainte Vierge demande la foule''. ''Où donc la prendre&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Madame Trinson, très émue, lui répond&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– ''Ne te tourmente pas'', ''ces petites et moi la com­mençons''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une école de prière ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors madame Trinson, les trois fillettes et les voyantes récitent deux ''AVE MARIA ''et l’invocation ''&amp;quot;Ô MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ'', ''PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS''.''&amp;quot; ''La Dame et l’Ange se sont associés à leur prière jusqu’à ces paroles&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;SAINTE MARIE'', ''MÈRE DE DIEU''…''&amp;quot; ''exclusivement, les laissant dire seules la deuxième partie de ''l’AVE MARIA''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussitôt après, la Dame, redevenue souriante, prend la parole&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Dites à monsieur le Curé de construire une grotte le plus tôt possible'', ''là où je suis'', ''d’y placer ma statue et celle de l’Ange à côté''. ''Lorsqu’elle sera faite'', ''je la bénirai''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et elle disparaît. La vision a duré de huit à dix minutes. Quand le curé apprend que la Dame demande qu’on revienne à l’église à ''2 ''heures, il s’impatiente&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''2 ''heures&amp;amp;nbsp;! C’est l’heure de la classe. Qu’elles aillent en classe et qu’elles obéissent à leurs maîtresses&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;» Jacqueline revient en pleurs à l’école.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Sœur Marie de l’Enfant-Jésus, raconte-t-elle, me demande pourquoi je pleure. Je lui raconte les faits. Elle me dit la même chose que monsieur le Curé&amp;amp;nbsp;: il faut obéir. Je lui rétorque&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;Mais la Sainte Vierge est au-dessus de monsieur le Curé'', ''il faut lui obéir''.''&amp;quot; ''La sœur me regarde toute triste.&amp;amp;nbsp;» Rien n’y fait, et il faut attendre la fin de la classe pour retourner à l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une quarantaine de personnes y sont déjà, adultes et enfants confondus. Au bout d’une dizaine de chapelet, la Dame apparaît et organise elle-même la prière&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Chantez le &amp;quot;JE VOUS SALUE'', ''MARIE &amp;quot;'', ''ce cantique que j’aime bien''.&amp;amp;nbsp;'''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle aime bien ce cantique, parce qu’il se termine par une prière pour la France, comme à Pontmain, où elle ne pouvait cacher sa joie d’entendre le beau canti­que &amp;quot;Mère de l’espérance&amp;quot;, qui lui rappelle que la France lui a été consacrée par «&amp;amp;nbsp;un de nos souverains&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cantique terminé, elle reprend&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Je veux que les personnes qui sont dans l’église s’approchent de moi et prient avec vous''.&amp;amp;nbsp;»'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous se regroupent pour continuer le chapelet. À la fin, la Dame commence elle-même l’invocation&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''O MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ''…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et les enfants, suivis par les assistants, reprennent&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— ''PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la fin, la belle Dame trace un grand signe de croix, fixant son regard sur chacun.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est vraiment touchant de voir la Sainte Vierge organiser elle-même les chants et la prière de ses enfants, comme une bonne mère ou une maîtresse d’école, soucieuse de montrer l’exemple pour bien en­seigner. Elle a inauguré là une véritable ''&amp;quot;école de la prière&amp;quot;''.Et cette prière ne laisse pas d’être efficace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le jour où la grève recula ==&lt;br /&gt;
Ce même 9 décembre, à la stupéfaction générale, le Comité national de grève de Paris donnait l’ordre de reprendre le travail&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Il faut regrouper et rassembler nos forces pour les combats futurs qui seront rudes''. ''Nous prenons la responsabilité de donner l’ordre de repli général''.&amp;amp;nbsp;» Le revirement fut aussi brusque qu’im­prévu. La veille encore, on exhortait les grévistes à «&amp;amp;nbsp;tenir et vaincre&amp;amp;nbsp;», puis brusquement, sans les consulter, l’ordre était donné de cesser la grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Cet aveu de défaite étonna le gouvernement. Lorsque, la veille au soir, Jules Moch en avait été informé par Vidal, directeur des Renseignements géné­raux, il n’avait pas pu y croire. Lorsque, dans le Nord, les responsables communistes l’apprirent, ils refusèrent eux aussi de l’admettre. Annoncée à la radio, la nou­velle fut publiée dans le journal communiste local ''Liberté''. Les syndicats prétendirent alors qu’il s’agissait d’une fausse édition de ''Liberté ''imprimée par les soins de la préfecture et de la Direction des Houillères. Il leur faudra deux jours pour se rendre à l’évidence.&amp;amp;nbsp;» (G. Elgey, ''La République des illusions'', 1993, p. 465)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est curieux de voir comment chacun des prota­gonistes met en avant sa propre interprétation&amp;amp;nbsp;: pour les démocrates chrétiens, c’est la calme assurance de Robert Schuman, pour les socialistes, c’est la déter­mination de Jules Moch, qui ont fait reculer les grèves. Les communistes, qui ne fournirent aucune explication sur le moment, expliquèrent ensuite que de nouvelles consignes arrivées de Moscou avaient désavoué des grèves qui avaient éclaté plus tôt que prévu et qui avaient &amp;quot;dérapé&amp;quot; de leur objectif initial&amp;amp;nbsp;: la lutte contre l’hégémonie américaine et le plan Marshall.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;Il n’y eut pas de ces &amp;quot;queues de grèves&amp;quot; si diffi­ciles à résorber, comme si tous les participants avaient été convaincus (consciemment ou inconsciemment) du ''dérapage ''qui s’était produit, qu’il n’y avait plus qu’à tirer un trait sur une aventure malheureuse, et tâcher de l’oublier. Ce que fit l’historiographie communiste.&amp;amp;nbsp;» (Jean-Jacques Becker, op. cit., p. 235)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous, nous n’hésitons pas à voir dans la conjonction des événements surnaturels de L’Île-Bouchard avec la fin de la grève générale la marque d’une inter­vention déterminante de la Sainte Vierge, ce qui n’ex­clut pas qu’elle se soit servie de causes secondes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Un secret pour la France ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mercredi 10 décembre, la nouvelle s’est répandue dans les environs. Il y a près de cent cinquante personnes dans l’église. Sur le coup de 13 heures, les fillettes se lèvent toutes les quatre. ensemble&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''La voilà&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre-Dame leur demande de chanter le ''&amp;quot;JE VOUS SALUE MARIE&amp;quot;''. Ce qu’elles font sur un air propre à la paroisse. Puis elles récitent une dizaine, de chapelet, suivie de l’invocation ''&amp;quot;O MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ''…''&amp;quot;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors la Dame leur fait signe avec l’index droit de s’approcher et, se penchant, leur dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Baisez ma main&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;'''''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enfants, s’étant avancées vers le coin gauche de l’autel, embrassent la main tendue. Jacqueline soulève sans effort, comme la veille, Laura et Jeannette trop petites. Puis Nicole demande&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''En quoi faut-il faire la grotte que vous nous avez demandée hier&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- En papier pour commencer''.&amp;amp;nbsp;'''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur les instances de sa mère, Jacqueline demande&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''voulez-vous faire un miracle pour que tout le monde croie&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Je ne suis pas venue ici pour faire des miracles'', ''mais POUR VOUS DIRE DE PRIER POUR LA FRANCE qui'', ''ces jours-ci'', ''est en grand danger''. ''Mais demain vous y verrez clair et ne porterez plus de lunettes''.&amp;amp;nbsp;'''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’enfant, atteinte d’une myopie légère compliquée de strabisme et d’astigmatisme, souffrait de conjoncti­vite depuis deux ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame, prenant un air grave, continue&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Je vais vous confier un secret que vous ne direz '''à '''personne''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Nous vous le promettons&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;» répondent les enfants en choeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La confidence est brève. C’est la même pour tous. Nous n’en saurons rien de plus. Ce secret, les voyantes l’ont gardé strictement. Cependant, après les événe­ments de mai 1968 en France, elles se concertèrent et furent d’accord, au vu de la nouvelle situation critique où se trouvait plongé le pays, de le communiquer à l’archevêque de Tours. Ce qui fut fait le 1er juin 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Père Vernet écrit&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;Selon l’orientation et le but de ces apparitions, il ne peut que concerner, en quelque manière, l’avenir de l’Église et de la France, ainsi que celui de ces fillettes qui eurent le privilège, en ces apparitions, des confidences de leur Maman du Ciel. Mais, comme je l’ai entendu dire de l’une d’entre elles&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;De telles grâces se payent fort cher&amp;quot;, entendez &amp;quot;en souffrances et en croix&amp;quot;.&amp;amp;nbsp;» (''op''. ''Cit''., p. 44)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame leur dit ensuite&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Revenez demain à '''1 '''heure''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les voyantes le promettent. Alors la Dame disparaît dans un nuage de poussière d’or. Le voile d’argent se replie en forme de boule, laquelle s’enfonce dans le mur. Les enfants se signent et se lèvent. L’apparition a duré environ un quart d’heure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== « Il y aura du bonheur dans les familles. » ==&lt;br /&gt;
En se réveillant, le jeudi 11 décembre, Jacqueline s’aperçoit que ses yeux ne sont pas collés comme à l’ordinaire, et qu’elle voit parfaitement bien sans lunettes. «&amp;amp;nbsp;Comme tous les matins, raconte-t-elle, Maman monte de l’eau bouillie pour me décoller les yeux, mais ce matin, je n’ai plus les yeux collés, plus de croûtes, plus d’humeur… et je vois au loin, je n’ai plus besoin de lunettes. Maman appelle Papa et, devant un tel miracle, ils pleurent et disent merci. On me donne un journal à lire. Papa court chercher monsieur le Curé. En voyant mes yeux guéris, il s’agenouille et pleure. Les voisins sont ahuris et émus, car depuis ma plus jeune enfance, je leur faisais pitié.&amp;amp;nbsp;» (Témoignage de novembre 1979)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À 1 heure de l’après-midi, il y a environ deux cents personnes dans l’église Saint-Gilles. Les quatre fillettes arrivent et, ne trouvant aucune place libre sur les prie-Dieu, elles viennent s’agenouiller devant la Sainte Table, face à l’autel de la Sainte Vierge. Elles ne paraissent nullement impressionnées. Monsieur le Curé, agenouillé sur une marche du grand autel, côté Évan­gile, assiste pour la première fois aux apparitions, ainsi que les trois religieuses de Sainte-Anne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès que les fillettes sont agenouillées, l’apparition se manifeste de nouveau, suivant le mode habituel. La Dame qui, de jour en jour, apparaît de plus en plus belle, sourit et prend aussitôt la parole&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Chantez le &amp;quot;JE VOUS SALUE MARIE&amp;quot;''.&amp;amp;nbsp;»'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre enfants chantent le ''&amp;quot;JE VOUS SALUE MARIE&amp;quot;''. Puis, sur un signe de la Dame, elles prennent leur chapelet et récitent dix ''AVE ''suivis de l’invocation. Sur un signe de monsieur le Curé, Jacqueline prend le papier que lui a remis sœur Saint-Léon et lit les questions qui y sont écrites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''D’où nous vient cet honneur que vous veniez dans l’église Saint-Gilles&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– '''''C’est parce qu’il y a ici des personnes pieuses et que Jeanne Delanoue y est passée''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeanne Delanoue, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne de la Providence (1666-1736), appelée &amp;quot;la Mère des pauvres&amp;quot;, venait d’être reconnue bienheureuse un mois auparavant (le 9 novembre 1947). Il suffit donc, pour attirer les bénédictions du Ciel, de la piété de quelques personnes et du passage d’un saint&amp;amp;nbsp;? L’enfant aurait pu s’arrêter là et ne pas poser la question suivante puisqu’elle a déjà une réponse qui la résout, mais, par souci d’obéissance, elle continue&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Est-ce en souvenir de Jeanne Delanoue qui vous aimait tant'', ''qui aimait tant vous prier à Notre-Dame des Ardilliers''…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''Oui'', ''je le sais très bien&amp;amp;nbsp;!'''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– … ''et qui est venue elle-même établir ses filles ici&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;» La Dame, qui a déjà répondu à cette question, se contente de demander&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Combien y a-t-il de sœurs ici&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Elles sont trois''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Quel est le nom de leur fondatrice&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre voix n’en font qu’une qui s’élève, forte et si bien timbrée qu’elle emplit l’église&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
– ''Jeanne Delanoue&amp;amp;nbsp;!''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dirait une leçon de catéchisme, avec questions-réponses&amp;amp;nbsp;! Les enfants contemplent quelques instants la Dame qui les regarde, puis Jacqueline prend de nouveau la parole&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''voulez-vous guérir les personnes qui souffrent de rhumatismes'', ''de maladies nerveuses'', ''qui souffrent physiquement et moralement&amp;amp;nbsp;''?&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Il y aura du bonheur dans les familles'', '''répond la Dame, qui ajoute&amp;amp;nbsp;: '''''Chantez maintenant le '''''&amp;quot;JE VOUS SALUE MARIE&amp;quot;.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enfants s’exécutent aussitôt. Le chant terminé, le dialogue continue entre la Dame et les voyantes&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Est-ce que monsieur le Curé va construire la grotte&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oui'', ''Madame''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Priez-vous pour les pécheurs&amp;amp;nbsp;''? ''Il faut prier beaucoup pour les pécheurs''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oui'', ''Madame'', ''nous vous le promettons''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Revenez demain à 1 heure''.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oui'', ''Madame'', ''nous reviendrons demain''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Ô MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ''…'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;''»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame bénit alors lentement la foule qui se trouve dans l’église. Les enfants font le signe de la Croix. La Dame et l’Ange disparaissent comme de coutume. L’apparition a duré un quart d’heure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce soir-là, Jacqueline voit arriver chez ses parents deux gendarmes de l’Île-Bouchard. L’un d’eux, pour l’effrayer, lui défend de retourner à l’église. L’enfant répond sans s’émouvoir&amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;Monsieur'', ''si vous voyiez ce que j’y vois'', ''vous y retourneriez''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et madame Aubry d’ajouter&amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;Elle a commencé d’y aller'', ''elle y retournera jusqu’au bout''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== « Priez beaucoup pour les pécheurs. » ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vendredi 12 décembre, dès midi, la foule envahit l’église. Chacun veut être au premier rang&amp;amp;nbsp;: chaises, bancs, tout est plein. On compte alors de trois cents à quatre cents personnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À 13 heures, les quatre fillettes viennent s’age­nouiller, coude à coude, devant l’autel de la Sainte Vierge et, aussitôt, leur maintien prouve à l’assistance que l’apparition se manifeste de nouveau à elles. La Dame est plus radieuse que jamais. Sa tête est auréolée de rayons lumineux vivement colorés, bleus, rouges, jaunes, verts, rosés, orange. Comme à Fatima. Les enfants nommeront cette auréole ''&amp;quot;arc-en-ciel &amp;quot;''. Le mot MAGNIFICAT apparaît en entier en lettres d’or sur sa poitrine, car elle a baissé les mains.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Se reproduit alors le même rituel de dévotion liturgique dirigé par la belle Dame&amp;amp;nbsp;: le &amp;quot; ''JE VOUS SALUE MARIE&amp;quot;'', les invocations, le baisemain, important&amp;amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''«&amp;amp;nbsp;''Priez-vous pour les pécheurs&amp;amp;nbsp;''? '''demande la voix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oui'', ''Madame'', ''nous prions''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Bien''. ''Surtout'', ''priez beaucoup pour les pécheurs''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors les enfants prennent leur chapelet et récitent, avec la Dame et l’Ange, dix ''AVE MARIA ''suivis de l’invocation &amp;quot;Ô ''MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ''…''&amp;quot;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque la prière est achevée, Jacqueline, désignant une jeune fille paralytique du village proche de Saint-Épain qu’on a apportée sur une civière, demande&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''voulez-vous guérir cette jeune fille&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- '''Si je ne la guéris pas ici'', ''je la guérirai ailleurs'', '''répond la Dame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Ô Madame'', reprend Jacqueline, ''voulez-vous gué­rir une personne très pieuse&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la Dame ne répond pas, elle continue naï­vement&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Elle demeure à Angers''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Je ne suis pas venue'', '''dit enfin la Dame rede­venue toute triste, '''''pour faire des miracles mais pour que vous priiez pour la France qui est en grand danger'', ''ces jours-ci''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors la Dame trace un lent signe de Croix sur la foule et les enfants se signent. Puis l’apparition disparaît. Les enfants, après s’être de nouveau signées, se lèvent et sortent de l’église. Quelle simplicité&amp;amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce 12 décembre marquait la fin définitive de la grève et la reprise du travail sur l’ensemble du terri­toire. D’où l’apparition du mot complet ''&amp;quot;Magnificat&amp;quot;''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pas de notre pere ? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le samedi 13 décembre, dès midi, la foule arrive à pleines rues vers l’église et s’y engouffre. Environ cinq cents personnes remplissent le sanctuaire. Un peu avant 13 heures, les enfants arrivent. Puis la Sainte Vierge, qui prend l’initiative de la prière&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Chantez le &amp;quot;JE VOUS SALUE MARIE'''&amp;quot;&amp;amp;nbsp;''''':'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enfants chantent, «&amp;amp;nbsp;pour faire plaisir à la Dame&amp;amp;nbsp;», puis la Dame leur fait signe de réciter leur chapelet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Commencez tout de suite par les &amp;quot;JE VOUS''''' '''''SALUE MARIE &amp;quot;'''''&amp;amp;nbsp;»&amp;amp;nbsp;, dit-elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le ''NOTRE PÈRE&amp;amp;nbsp;''? Pas de ''NOTRE PÈRE&amp;amp;nbsp;! ''Comme si la Sainte Vierge prenait la place du Bon Dieu&amp;amp;nbsp;! Mais, précisément, c’est cela. Comme à La Salette en 1846, cent ans auparavant&amp;amp;nbsp;: ''«&amp;amp;nbsp;Je vous ai donné six jours pour travailler'', avait-elle dit, ''Je me suis réservé le septième et on ne veut pas Me l’accorder''&amp;lt;nowiki&amp;gt;.&amp;amp;nbsp;» […]&amp;lt;/nowiki&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enfants récitent dix ''AVE ''suivis de l’invocation, et interrogent la Dame du regard pour savoir s’il faut s’arrêter, mais elle leur dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Continuez les &amp;quot;JE VOUS''''' '''''SALUE MARIE'''&amp;quot;''.&amp;amp;nbsp;''»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi qu’elles récitent cinq dizaines ''d’AVE'', sans ''PATER ''ni ''GLORIA'', mais entrecoupés à chaque di­zaine par l’invocation ''&amp;quot;''Ô ''MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ''…''&amp;quot;''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis Nicole Robin, sur le désir de sœur Saint-Léon de la Croix, demande tout bas&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''quand on fera la grotte'', ''faudra-t-il lais­ser l’autel qui est à côté&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Oui'', ''laissez l’autel à côté''.&amp;amp;nbsp;''»'''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline qui a dans sa main une gerbe d’oeillets, offerte par une personne de la paroisse pour être pré­sentée à la Dame, dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''je vous offre ces fleurs''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame bénit les fleurs et Jacqueline murmure&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oh&amp;amp;nbsp;! merci''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame demande alors&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Est-ce que vous me construirez une grotte&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oui'', ''Madame'', ''nous vous la construirons''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame sourit à cette réponse et dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Je reviendrai demain pour la dernière fois''.&amp;amp;nbsp;''»'''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur ces mots, elle disparaît. L’apparition a duré vingt-cinq minutes. Si la Sainte Vierge insiste tant pour avoir &amp;quot;sa&amp;quot; grotte, c’est peut-être parce qu’elle sait que les hommes sont lents à satisfaire ses demandes&amp;amp;nbsp;: la statue de la Vierge au globe et l’ouverture de la cha­pelle de la rue du Bac, la dévotion des cinq premiers samedis du mois à Fatima…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Magnificat ! ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dimanche 14 décembre. Dès la fin de la grand-messe, la foule envahit l’église. Plusieurs familles qui ont assisté à la messe ne retournent pas chez elles pour déjeuner, de peur de ne plus trouver ensuite de place.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La foule grossit de plus en plus. Bientôt il n’y a plus une place à prendre, bien qu’on ait enlevé une partie des chaises. La chaire, la tribune, sont pleines. Des grappes humaines s’attachent, s’accrochent aux pi­liers de l’église. Des échafaudages les plus hétéroclites s’élèvent, des gens apportent des échelles doubles qui sont aussitôt garnies jusqu’au faîte. Il y a là plus de deux mille personnes, sans compter celles qui n’ont pu entrer. Toute cette foule est néanmoins disciplinée et récite, sans interruption, quatre chapelets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peu avant 13 heures, les quatre fillettes, les bras chargés de fleurs magnifiques, s’avancent, non sans peine, jusqu’à l’autel de la Sainte Vierge et s’age­nouillent, séparées les unes des autres. Bientôt l’appa­rition se manifeste, plus belle que jamais. La récitation du chapelet par les voyantes, à l’initiative de la Dame, sera ponctuée à chaque dizaine d’une parole signifi­cative de la Sainte Vierge. Ainsi, après la première dizaine, Jacqueline lit un papier préparé par le Curé&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''nous vous demandons de bénir Monseigneur l’Archevêque'', ''ses vingt-cinq années d’épisco­pat'', ''Mgr l’Évêque de Blois'', ''les deux paroisses'', ''les écoles libres'', ''la mission du Carême'', ''les prêtres du doyenné et de donner des prêtres à la Touraine''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà la lancinante question des vocations&amp;amp;nbsp;! La Dame regarde les enfants, et eux la regardent en silence, puis la Dame incline la tête en signe d’assentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, les fillettes se lèvent et, sans quitter leurs places, offrent les fleurs qu’elles portent sur leurs bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Madame'', ''nous vous offrons ces fleurs''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Dame est souriante mais ne répond rien. Alors Jacqueline insiste&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;''Prenez-les''.&amp;amp;nbsp;''»''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nouveau silence. La Dame continue de sourire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;''Embrassez-les'', supplie Jacqueline. Alors la Dame répond enfin&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Je les embrasserai mais je ne veux pas les prendre''. ''Vous les emporterez''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et la Dame leur ayant fait signe d’approcher, les enfants viennent à ses pieds et Jacqueline présente suc­cessivement sa gerbe de fleurs et celles des trois autres fillettes. La Dame embrasse les fleurs et dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Continuez le chapelet''.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enfants reviennent à leurs places et récitent la seconde dizaine. La Dame et l’ange s’unissent à la prière jusqu’aux mots&amp;amp;nbsp;: ''&amp;quot;Sainte Marie''…''&amp;quot; ''Jacqueline sort alors un second papier, préparé par une sœur&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Madame'', ''que faut-il faire pour consoler Notre-Seigneur de la peine que lui causent les pécheurs&amp;amp;nbsp;''?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Il faut prier et faire des sacrifices''.&amp;amp;nbsp;''»'''''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La troisième dizaine est suivie des invocations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Ô Madame'', demande Jacqueline, ''je vous en sup­plie'', ''donnez-nous une preuve de votre présence&amp;amp;nbsp;!''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Avant de partir'', ''j’enverrai un vif rayon de soleil'', '''répond la Dame, qui ajoute&amp;amp;nbsp;: '''''Dites à''''' '''''la foule qu’elle chante le ''MAGNIFICAT.'''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant ce chant, la beauté de la Sainte Vierge tour­nant les yeux vers le Ciel est telle, qu’elle ravit à jamais le cœur des enfants. Elle a de quoi être heu­reuse&amp;amp;nbsp;: le danger que courait la France est écarté, sa prière a été exaucée. Le chapelet reprend. À la fin de la quatrième dizaine, la Dame demande qu’on lui chante encore le ''&amp;quot;JE VOUS SALUE MARIE &amp;quot;''. Puis, elle ajoute&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Priez-vous pour les pécheurs&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oui'', répondent les quatre enfants ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''''- Récitez une dizaine de chapelet les bras en croix&amp;amp;nbsp;!'''''&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, avec un ensemble parfait, les enfants mettent leurs bras en croix. Sans hésitation ni respect humain, la foule fait de même. Beaucoup n’avaient pas prié depuis de nombreuses années et certains ont des larmes dans les yeux. La cinquième dizaine achevée, la Dame dit&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;amp;nbsp;'''''Allez-vous construire la grotte&amp;amp;nbsp;''?'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''- Oui'', ''oui'', ''nous allons la construire''.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La signature de l’Immaculée ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant le dernier chant du ''&amp;quot;Je vous salue Marie&amp;quot;'', que termine l’invocation ''&amp;quot;Ô Marie conçue sans péché'', ''priez'', ''priez pour la France&amp;quot;'', un rayon de soleil, per­çant un ciel nuageux très bas, a pénétré par une ver­rière, au sud de l’église, et se projette obliquement et progressivement, en éventail, sur l’apparition et sur les quatre enfants dont les visages sont transfigurés. Les fleurs qu’elles tiennent à la main semblent recouvertes de diamants. Le phénomène est inexplicable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour qui serait encore sceptique, ce rayon de soleil miraculeux est la signature de l’Immaculée Conception si l’on se souvient que déjà, le 8 décembre 1854, lors de la définition du dogme de l’Immaculée Conception par le pape Pie IX, le Ciel s’était manifesté de la même manière au Souverain Pontife. Au moment de prononcer les paroles de la définition, la voix de Pie IX se trouva soudain mystérieusement affermie et amplifiée, au point de résonner dans toute la basilique Saint-Pierre. Au même instant, tandis qu’il avait plu jusqu’alors abondamment, le ciel se découvrit et un rayon de lumière vint illuminer le Pontife.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme à Fatima, mais d’une manière beaucoup plus modeste, les apparitions de L’Île-Bouchard se terminent par un miracle solaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chant terminé, la Dame bénit lentement la foule. Inclinées, les enfants se signent. La Dame et l’Ange disparaissent. Le voile d’argent se replie en forme de boule, et la boule toute resplendissante sous la lumière du mystérieux rayon de soleil rentre dans le mur. Bientôt, le rayon de soleil disparaît à son tour. Monsieur le Curé, sortant de sa réserve habituelle, monte sur les marches de l’autel et dit à la foule que «&amp;amp;nbsp;''ce rayon de soleil est un rayon envoyé par la Sainte Vierge''&amp;amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les fruits ne se firent pas attendre dans la paroisse&amp;amp;nbsp;: «&amp;amp;nbsp;C’est avec joie que le Curé constate un retour à la pratique religieuse. Beaucoup de paroissiens qui n’avaient pas mis les pieds à l’église depuis de nom­breuses années revenaient aux sacrements. Les prêtres du canton remarquent la même chose.&amp;amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais surtout, la menace d’une guerre civile suscitée par les &amp;quot;erreurs de la Russie&amp;quot; fut, durant cette semaine du 8 au 14 décembre 1947, définitivement écartée. Les historiens datent de cette fin d’année 1947 le commen­cement du déclin du parti communiste français, et Paul-Marie de La Gorce parle des mois qui suivirent comme d’un «&amp;amp;nbsp;moment de grâce et de détente, dans le destin tourmenté du régime&amp;amp;nbsp;» (''L’Après-guerre'', 1978). Peut-être aussi comme un avant-goût du «&amp;amp;nbsp;'''''certain temps de paix'''''&amp;amp;nbsp;» promis à Fatima.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Les_crit%C3%A8res_de_discernement_d%27une_apparition&amp;diff=1526</id>
		<title>Les critères de discernement d'une apparition</title>
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				<updated>2011-03-25T08:58:37Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Vies de saints  | auteur                        = François, cardinal Seper, Préfet   | source web                    =  ... »&lt;/p&gt;
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 | auteur                        = François, cardinal Seper, Préfet &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = A Rome, du palais de la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 27 février 1978.&lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = Les présentes normes, définies dans la Congrégation plénière de cette S. Congrégation,ont été approuvées par le Souverain Pontife, le pape Paul VI, le 24 février1978.&lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Note préliminaire : De l'origine et du caractère de ces normes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de la Congrégation Plénière Annuelle tenue au mois de novembre 1974, les Pères de cette S. Congrégation ont étudié les problèmes relatifs aux apparitions et révélations présumées, avec les conséquences qui souvent en découlent, et ils sont parvenus aux conclusions suivantes :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd'hui davantage qu'autrefois, la nouvelle de ces apparitions se répand plus rapidement parmi les fidèles grâce aux moyens d'information (« mass media ») ; par ailleurs, la facilité des déplacements favorise des pèlerinages plus fréquents. Aussi l'autorité ecclésiastique est-elle amenée à reconsidérer ce sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autre part, à cause des instruments de connaissance actuels, des apports de la science et de l'exigence d'une critique rigoureuse, il est plus difficile, sinon impossible de parvenir avec autant de rapidité qu'autrefois aux jugements qui concluaient jadis les enquêtes en la matière (« constat de supernaturalitate non constat de supernaturalitate ») ; et par là, il est plus délicat pour l'ordinaire d'autoriser ou de prohiber un culte publie ou toute autre forme de dévotion des fidèles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ces raisons, afin que la dévotion suscitée chez les fidèles par des faits de ce genre puisse se manifester comme un service en pleine communion avec l'Eglise, et porter du fruit, et pour que l'Eglise soit à même de discerner ultérieurement la véritable nature des faits, les Pères ont estimé qu'il faut promouvoir la pratique suivante en la matière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Afin que l'Autorité ecclésiastique soit en mesure d'acquérir davantage de certitudes sur telle ou telle apparition ou révélation, elle procédera de la façon suivante :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) en premier lieu, juger du fait selon les critères positifs et négatifs (cf. infra, n. 1). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) ensuite, si cet examen s'est révélé favorable, permettre certaines manifestations publiques de culte et de dévotion, tout en poursuivant sur les faits une investigation d'une extrême prudence (ce qui équivaut à la formule : « pour l'instant, rien ne s'y oppose ») .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) enfin, un certain temps s'étant écoulé et à la lumière de l'expérience (à partir de l'étude particulière des fruits spirituels engendrés par la nouvelle dévotion), porter un jugement sur l'authenticité du caractère surnaturel, si le cas le requiert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Critères de jugement, de l'ordre de la probabilité au moins, du caractère des apparitions et révélations présumées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== A) Critères positifs : ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) certitude morale, ou du moins grande probabilité, quant à l'existence des faits, acquise au terme d'une sérieuse enquête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) circonstances particulières relatives à l'existence et à la nature du fait :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
# qualités personnelles du ou des sujet(s) ? notamment l'équilibre psychique, l'honnêteté et la rectitude de la vie morale, la sincérité et la docilité habituelles envers l'autorité ecclésiastique, l'aptitude à mener le régime normal d'une vie de foi, etc.&lt;br /&gt;
# en ce qui concerne les révélations, leur conformité à la doctrine théologique et leur véracité spirituelle, leur exemption de toute erreur.&lt;br /&gt;
# une saine dévotion et des fruits spirituels en constant progrès (notamment l'esprit d'oraison, les conversions, le témoignage de la charité, etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== B) Critères négatifs : ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) une erreur manifeste quant aux faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) des erreurs doctrinales que l'on attribuerait à Dieu lui-même, ou à la Bienheureuse Vierge Marie, ou à l'Esprit Saint dans leurs manifestations (compte tenu cependant de la possibilité que le sujet ajoute par sa propre industrie - fût-ce inconsciemment ? à une authentique révélation surnaturelle des éléments purement humains, ceux-ci devant néanmoins rester exempts de toute erreur dans l'ordre naturel. Cf. St Ignace, Exercices spirituels, ri. 336).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
c) une évidente recherche du lucre en relation avec les faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
d) des actes gravement immoraux commis par le sujet, sinon parses intimes, durant ces faits, ou à l'occasion de ces faits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
e) des troubles psychiques ou des tendances psychopathiques chez le sujet, qui exerceraient une influence certaine sur le fait prétendument surnaturel, ou bien la psychose, l'hystérie collective, ou autres facteurs du même genre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il importe de considérer ces critères, qu'ils soient positifs ou négatifs, comme des normes indicatives et non comme des arguments définitifs, et de les étudier dans leur pluralité et leurs relations les uns avec les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De l'intervention de l'Autorité compétente locale ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Comme, à l'occasion d'un fait présumé surnaturel, un culte ou une forme quelconque de dévotion naît de façon quasi sponta­née chez les fidèles, l'Autorité ecclésiastique compétente a le grave devoir de s'informer sans tarder et de procéder à une investigation diligente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la demande légitime des fidèles (dès lors qu'ils sont en communion avec leurs pasteurs et ne sont pas mus par un esprit sectaire), l'Autorité ecclésiastique compétente peut intervenir pour autoriser et promouvoir diverses formes de culte et de dévotion si, les critères énoncés ci?dessus ayant été appliqués, rien ne s'y oppose. Que l'on veille néanmoins à ce que les fidèles ne tiennent pas cette façon d'agir pour une approbation par l'Eglise du caractère surnaturel du fait (cf. supra, Note prélimi­naire, c).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. En raison de son devoir doctrinal et pastoral, l'Autorité ecclé­siastique compétente peut intervenir immédiatement de son propre chef, et elle doit le faire dans les circonstances graves, par exemple lorsqu'il s'agit de corriger ou de prévenir des abus dans l'exercice du culte ou de la dévotion, de condamner des doctrines erronées, d'éviter les dangers d'un faux mysticisme etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4. Dans les cas douteux, qui le moins du monde porteraient atteinte au bien de l'Eglise, l'Autorité ecclésiastique compétente s'abstiendra de tout jugement et de toute action directe (d'autant plus qu'il petit arriver que, au bout d'un certain temps, le fait soi-disant surnaturel tombe dans l'oubli) ; qu'elle n'en reste pas moins vigilante, de façon à être en mesure d'intervenir avec célérité et prudence, si cela est nécessaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== D'autres Autorités habilitées à intervenir ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. C'est à l'Ordinaire du lieu qu'il appartient au premier chef d'enquêter et d'intervenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Mais la Conférence épiscopale régionale ou nationale peut être amenée à intervenir :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a) si l'Ordinaire du lieu, après avoir rempli les obligations qui lui incombent, recourt à elle pour étudier l'ensemble du fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) si le fait concerne également la région ou la nation, moyennant le consentement préalable de l'Ordinaire du lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le Siège Apostolique peut intervenir, soit à la demande de l'Ordinaire lui-même, soit à la demande d'un groupe qualifié de fidèles, ceci en raison du droit immédiat de juridiction univer­selle du Souverain Pontife (cf. infra, IV).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De l'intervention de la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. a) L'intervention de la S. Congrégation peut être requise soit par l'Ordinaire, après qu'il a rempli les obligations lui incombant, soit par un groupe qualifié de fidèles. Dans ce deuxième cas, on veillera à ce que le recours à la S. Congré­gation ne soit pas motivé par des raisons suspectes (par exemple la volonté d'amener, d'une façon ou d'une autre, l'Ordinaire à modifier ses décisions légitimes, ou de faire rati­fier la dérive sectariste d'un groupe, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
b) Il appartient à la S. Congrégation d'intervenir de son propre mouvement dans les cas graves, notamment lorsque le fait affecte une large portion de l'Eglise ; mais l'Ordinaire sera toujours consulté, ainsi que la Conférence épiscopale si la situation le requiert.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Il appartient à la S. Congrégation de discerner et d'approuver la façon d'agir de l'Ordinaire, ou, si cela s'avère nécessaire, de pro­céder à un nouvel examen des faits distinct de celui qu'aura effectué l'Ordinaire ; ce nouvel examen des faits sera accompli soit par la S. Congrégation elle-même, soit par une commission, spécialement instituée à cet effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fr. Jérôme Hamer, o.p., secrétaire&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=La_communion_r%C3%A9paratrice_des_cinq_premiers_samedis&amp;diff=1525</id>
		<title>La communion réparatrice des cinq premiers samedis</title>
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				<updated>2011-03-25T08:53:53Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = d'après sœur Lucie&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = Pourquoi la dévotion des 5 premiers samedis du mois ?&lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦ facile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}} &lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== « ... au cœur de ta mère du ciel ... » ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 10 décembre 1925, la très Sainte Vierge apparut à sœur Lucie de Fatima, et à côté d’elle, porté par une nuée lumineuse, l’Enfant-Jésus. La très Sainte Vierge mit la main sur son épaule et lui montra, en même temps, un Cœur entouré d’épines qu’elle tenait dans l’autre main. Au même moment, l’Enfant lui dit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite la très Sainte-Vierge lui dit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la nuit du 29 mars 1930, Jésus disait à sœur Lucie :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les blasphèmes contre l’Immaculée-Conception.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les blasphèmes contre sa Virginité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les blasphèmes contre sa Maternité Divine, en la refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* En offenses de ceux, qui l’outragent directement dans ses saintes images.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 15 février 1926, sœur Lucie disait à Notre-Seigneur qui lui apparaissait&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu’il y avait déjà beaucoup d’âmes qui vous recevaient chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères de Rosaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C’est vrai, ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout et celles qui persévèrent le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedi avec ferveur et dans le but de faire RÉPARATION AU CŒUR DE TA MÈRE DU CIEL me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mon Jésus bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le Samedi. Si vous permettiez que la confession dans les huit jours soit valide ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Oui. Elle peut-être faite même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi, lorsqu’elles me recevront et que dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire réparation au Sacré-Cœur de Marie». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Mon Jésus! Et celles qui oublieront de formuler cette intention ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Elles pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’elles auront de se confesser ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Vierge disait à Lucie le 13 juin 1917 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la Dévotion à mon Cœur-Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par Moi pour orner son trône ».&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Saint_Joseph&amp;diff=1524</id>
		<title>Saint Joseph</title>
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				<updated>2011-03-25T08:49:39Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. Michel&lt;br /&gt;
 | source                        = Article du Dictionnaire de Théologie Catholique&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théologie de saint Joseph se résume dans l'étude des prérogatives de ce saint. Nous étudierons celles-ci dans l'ordre suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
* Sa sainteté suréminente.&lt;br /&gt;
* Le patronage sur l'Église.&lt;br /&gt;
* Le culte de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mission de saint Joseph ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan de la rédemption des hommes ne comportait pas une révélation soudaine du mystère de l'incarnation. Toutefois la naissance du Verbe, mis au monde par une vierge mère, n'aurait pas manqué d'attirer l'attention et de susciter l'étonnement, si Dieu n'en avait pas, avant tout, marqué expressément le caractère profondément moral. Il aurait pu pourvoir à cette nécessité par des voies extraordinaires. Mais « il convient à son infinie sagesse d'employer les moyens les plus simples et les plus suaves avant d'en venir aux coups de force; et c'était là tout particulièrement ce que demandait l'ordre de ses desseins sur son Fils... En révélant la virginité de Marie, il aurait manifesté prématurément la grandeur de Jésus. Que fallait-il donc pour atteindre à la fois cette triple fin : l'obscurité pour Jésus, une réputation sans tache pour sa mère et une assistance dévouée pour l'un et pour l'autre ? Le voile d'un pur et saint mariage, l'union d'un époux vierge avec une mère vierge ». D. Terrien, La Mère de Dieu, Paris, 1902, t. II, p. 182-183. Le ministère de saint Joseph nous apparaît donc nécessaire à l'endroit du mystère même de l'incarnation, en ce qu'il fut requis pour permettre au Christ de naître et de mener une vie tout d'abord cachée, selon les desseins de la Providence, sans que fussent blessées l'honnêteté et la décence. Couvrir par son mariage avec la Vierge la virginité féconde de la Mère de Dieu, l'enfance du Sauveur, le secret du mystère de l'incarnation, tel est le triple objet de la mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à la virginité de Marie ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier objet de la mission de saint Joseph a été de préserver la virginité de Marie en contractant avec la future mère de Dieu un mariage véritable. Qu'il y ait eu, entre Marie et le juste Joseph, un véritable mariage, le texte évangélique l'affirme si nettement qu'il n'est pas possible de le révoquer en doute. Cf. Matth, I, 18; Luc, I , 27; II, 5. Saint Thomas relève les convenances de ce mariage : aucun soupçon ne devait effleurer, si légèrement que ce fût, l'honneur du fils et celui de la mère; si jamais cet honneur était en cause, Joseph, le témoin le plus autorisé, le moins suspect, serait là pour en attester l'intégrité; enfin Jésus et Marie trouvaient en Joseph aide à leur fai­blesse. Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 2. Le voeu de virginité n'a pas été, en Marie, comme aussi sans doute en Joseph, un obstacle à la validité et même à la licéité de leur mariage. Cf : St Augustin, De cons. Evang., 1. II, c. I, P. L., t. XXXIV, col. 1071-1072; Benoît XIV, Delle feste di Gesù Cristo e della beata vergine Maria, Venise, 1792, p. 212-215. Les théolo­giens l'expliquent en enseignant que l'usage du mariage n'est pas de l'intégrité première et n'entre pas direc­tement dans l'objet du contrat. Cf. Billot, De sacramentis, t. II, th. XXXV. Ce fut précisément le caractère céleste du mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge d'avoir eu pour objet le don mutuel de leur corps pour en garder la virginité. Et néanmoins, le bien propre du mariage, y compris l'enfant, fruit de l'union de l'homme et de la femme, n'a pas fait défaut à ce mariage sans exemple. Après avoir montré l'existence du contrat et de l'amour conjugal le plus ardent quoique le plus pur dans le mariage de Joseph et de Marie, Bossuet, s'exprime ainsi : « Ce béni enfant est sorti, en quelque manière, de l'union virginale de ces deux époux... N'avons-nous pas dit que c'est la virginité de Marie qui a attiré Jésus-Christ du ciel ?... Ne peut-on pas dire que c'est sa pureté qui la rend féconde ? Que si c'est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d'assurer que Joseph a sa part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph. » Premier panégyrique de Saint-Joseph, 1er point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est en connaissance de cause que Joseph a couvert ainsi aux yeux des hommes, par un saint et honorable mariage, la virginité de son épouse et sa maternité divine. Le texte même de saint Matthieu semble indiquer, en effet, que Joseph n'a conclu son mariage avec la Vierge qu'après que se fût manifestée la grossesse de sa fiancée. Voir sur ce point Fillion, Vie de N.-S. Jésus-Christ, Paris, 1922, t. I, p. 256-264 et M.-J. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 8 sq. Les fiançailles juives, au temps de saint Joseph, comportaient déjà un véri­table droit du « mari » sur sa fiancée, bien que le mariage ne fût tout à fait conclu que lorsque la fiancée venait définitivement s'installer au domicile de l'époux. Cette cou­tume explique parfaitement le sens de Matth., I, 18. Les versets suivants ne nous permettent pas de con­clure que Joseph ait soupçonné Marie de faute. Sans doute, Joseph n'est pas encore averti du mystère de l'incarnation, mais, connaissant la pureté de Marie, il soupçonne le surnaturel et, quel que soit le calcul qui préside à sa détermination, il prend la résolution très ferme de ne pas la renvoyer publiquement, mais de se retirer, laissant à Dieu le soin d'arranger l'affaire. Cette interprétation n'est pas l'interprétation ordi­naire, mais c'est la seule qui tienne exactement compte du « cum esset justus ». Sur cette interprétation, voir Lagrange, op. cit., p. 13-14. Sur les autres inter­prétations du doute de saint Joseph, voir Ch. Pesch, De Verbo incarnato, p. 611.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à l'enfant Jésus ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'enfance de Jésus fut le second dépôt confié à la fidélité de Joseph. Mais à quel titre Jésus lui fut-il confié ? Il faut se souvenir que l'éducation de l'enfant est la fin très spéciale du mariage. Or, dans le mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge, l'enfant Jésus fut le fruit de l'union virginale des deux chastes époux, non seulement parce qu'il fut le fruit de la virginité de Marie qui était le dépôt et le bien de saint Joseph, mais encore parce que l'union de Joseph et de Marie était, dans les desseins de Dieu, ordonnée à l'éducation de l'Homme-Dieu. Ce n'est pas assez dire que saint Joseph fut le père « putatif », ou le père « adoptif », ou le père « nourricier » de l'enfant Jésus. Ces appellations, que nous trouvons sans doute sous la plume de plusieurs Pères de l'Église, ne répondent en réalité qu'à une vérité incomplète. Tout ce qui appartient au père, hormis l'acte propre du mariage, appartint à Joseph par rap­port à l'enfant Jésus. C'est la doctrine de saint Jean Chrysostome, In Matth., homél. IV, n. 6, P. G., t. LVII, col. 47, magnifiquement développée par Bossuet, Panégyrique cité, 2° point. Le développement de Bossuet se trouve déjà en raccourci dans saint Thomas d'Aquin, expliquant comment, par une disposition spéciale de la Providence, le bien du mariage entre Joseph et Marie fut vraiment l'enfant Jésus: « L'enfant n'est pas appelé le bien du mariage seulement en tant que, par le mariage, il est mis au monde, mais encore en tant que le mariage est spécialement ordonné à sa naissance et à son éducation. Ainsi Jésus fut le fruit du mariage de Joseph et de Marie, non de la première façon, mais de la seconde. Et cependant, un enfant né d'adultère, et même un enfant adopté, ne saurait être appelé le fruit du mariage de ses parents (supposés ou adoptifs), car, en ce cas, ce mariage n'est pas or­donné par la nature à l'éducation de ces enfants, tandis que le mariage de Joseph et de Marie fut or­donné par Dieu tout spécialement à la naissance et à l'éducation de Jésus. » In IV Sent., l. IV, dist. XXX, q. II, a. 2, ad 4um. Cf. Terrien, La Mère de Dieu, t. II, p. 187-188, note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la paternité de Joseph est une exception et, partant, échappe à toute classification possible, il est malaisé de lui donner un nom qui lui convienne par­faitement; il est plus facile, affirme le cardinal Billot, De Verbo incarnato, p. 422, de dire de quel nom il ne convient pas de désigner cette paternité. Corneille de La Pierre nommait Joseph « père par droit de mariage », patrem matrimonialem. Le nom propre, exprimant adéquatement le lien unissant Joseph à Jésus, nous échappe. La liturgie l'appelle une vice-­paternité. Préface propre de S. Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport au mystère de l'incarnation ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mystère de l'incarnation devait être tenu secret pendant la vie cachée de Jésus. Cependant, pour la protection de la virginité de Marie et pour l'éducation de l'enfant divin, il fallait que ce secret fût confié à l'homme choisi par Dieu pour devenir l'époux de Marie et exercer les droits comme les devoirs de la paternité vis-à-vis de Jésus. La vocation de Joseph, à l'encontre de celle des apôtres qui sont des lumières pour faire voir Jésus, est d'être un voile pour le cou­vrir. Cf. Bossuet, op. cit., 3e point. Joseph fut ce voile même à l'égard du démon, selon l'opinion curieuse de saint Ignace martyr, mentionnée, sinon reprise, par saint Jérôme, ut partus ejus celaretur diabolo dum eum putat non de virgine, sed de uxore generatum. In Matth., c. i, P. L., t. XXVI, col. 24. Sur cette curiosité exégétique, voir S. Thomas, Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 1, ad 3um; In Matthaeum, c. i; Suarez, In IIIa p. Sum. theol., q. XXIX, a. 1, n. 2, Opera, éd. Vivès, t. XIX, p. 111; Ami du Clergé, 1921, p. 535-537.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que le Christ, Homme-Dieu, ne devait mener une vie cachée que pour un temps, il convenait que Joseph, ministre et compagnon de cette vie cachée, dépositaire du secret dans lequel était renfermé le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu, disparût de la scène de ce monde avant que la parole du ciel ne révélât au fils de Zacharie dans le désert la présence du Messie promis et annoncé. Aussi, dans l'obscurité même qui avait entouré sa vie, Joseph, continuant jusqu'au bout sa mission sublime, rendit sans doute son âme à Dieu avant que Jésus se manifestât aux hommes comme l'Homme-Dieu. Ainsi, le voile qui couvrait le mystère de l'incarnation étant enlevé, les hommes peu à peu purent s'habituer à concevoir le Christ sans père selon la chair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sainteté suréminente == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe fondamental qui doit ici diriger les déductions du théo­logien est celui-là même qu'expose saint Thomas à propos de l'abondance de grâces dont fut remplie l'âme de Jésus-Christ et celle de sa mère. « Lorsque Dieu choisit par lui-même quelqu'une de ses créatures pour une fonction spéciale, il la dispose d'avance et la prépare à remplir dignement le ministère auquel il la destine. » Sum. theol., IIIa, q. XXVII, a. 4. « A chacun Dieu donne la grâce suivant l'élection qu'il a faite de lui. Et parce que le Christ, en tant qu'il est homme, avait été prédestiné pour être le Fils de Dieu, sancti­ficateur du monde, il eut en propre une plénitude de grâces assez grande pour enrichir tous les hommes... Mais la bienheureuse vierge Marie a obtenu une grande plénitude de grâce parce que nulle autre créature n'a été voisine comme elle de l'auteur de la grâce. Car elle reçut en même temps celui qui est plein de grâce et, par son enfantement, elle fit couler en quel­que sorte la grâce sur l'humanité tout entière. » Loc. cit.,ad 1um.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l'élection faite par Dieu ne saurait porter à faux, lorsqu'elle est absolue. Ceux que Dieu élit pour une dignité, il les fait propres à la remplir. Cf. II Cor., III, 6, et le commentaire de S. Thomas, lect. II. Jamais les choix de Dieu, soit dans l'ordre de la nature, soit dans celui de la grâce, ne peuvent tromper ses prévi­sions ni ses espérances. Cf. Terrien, op. cil., t. I, p. 259-­260.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce principe général, on doit déduire l'abondance de grâces dont fut enrichie l'âme de saint Joseph, et, si l’on peut dire, sa prééminence sur les autres saints, hormis la sainte Vierge. Nous préciserons ensuite quelques points relatifs à cette prééminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Surabondance de grâces et de perfection dans l'âme de Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante, nous destinant à l'union surnaturelle avec Dieu, est d'autant plus abondante en une âme que cette âme doit être plus intimement unie à Dieu dans l'ordre surnaturel. Or Joseph, tant à l'égard du Verbe incarné qu'à l'égard de la Mère de Dieu, a reçu une mission très particulière, qu'aucun autre homme n'a reçue. Dans l'intimité de la sainte Famille, le droit d'époux, le droit de père, le droit de gardien vigilant et fidèle établissait, entre saint Joseph et Dieu, une relation si étroite, qu'on n'en peut trouver de semblable chez les autres saints, et qu'elle place Joseph, dans l'ordre de l'union avec Dieu, immédiatement après la vierge Marie. Quelle devait donc être la grâce préparée et conférée par Dieu à l'homme élu entre tous, chargé de conduire et de protéger le Verbe, fait homme pour le salut des hommes, à l'homme élu entre tous pour être l'époux, gardien vigilant de la virginité de Marie, dans l'amour même le plus ardent de la vertu! « Joseph fut l'époux de Marie; il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire. Certes, la dignité de mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il n'ait approché plus que personne de cette dignité surémi­nente par laquelle la mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Léon XIII, Encyclique Quanquam pluries, 5 août 1889. Voir le développement de ces pensées dans saint François de Sales, Entretiens spirituels, XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 360; 355-366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces raisons solides s'ajoute une indication tirée du rôle joué par saint Joseph par rapport à l'incarna­tion. Durant la vie cachée de Jésus, Joseph en fut le gardien plein de foi et de discrétion. A ce rôle, désor­mais fini, a fait place un rôle non moins glorieux, celui de protecteur de l'Église, de cette Église qui continue ici-bas le mystère de l'incarnation. Or, si Jésus-Christ, comme chef de l'Église, doit avoir la plénitude de grâce qui convient au chef, plénitude dont « nous avons tous reçu » ; si la sainte Vierge, en tant que Mère des hommes, a dû posséder une grâce plus parfaite que celle des autres créatures, parce qu'elle devait en quelque sorte faire couler la grâce sur l'humanité tout entière, ne pouvons-nous pas également affirmer que le rôle de protecteur de l'Église constitue, pour saint Joseph, un titre à une surabondance exception­nelle de grâces ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prééminence de saint Joseph par rapport à tout autre saint ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion de ce qui précède. Saint Joseph, après Marie, a été la créature la plus unie à Jésus, et cette union provenait d'une mission exceptionnelle, qui n'a été confiée à aucun autre saint, et qui se rapportait au mystère même de l'Auteur de la grâce. Mais la prééminence de saint Joseph pose quelques difficultés qu'il importe de résoudre. Disons immédiatement que la place assignée par la liturgie au nom de saint Joseph après celui de saint Jean­-Baptiste n'implique aucune infériorité en saint Joseph au point de vue de la sainteté. Voir sur ce point Analecta juris pontificii, XXe série, 1881, col. 824-843.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et saint Jean-Baptiste ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté vient du texte de Matthieu, XI, 11. Si Jean a été proclamé par Jésus lui-même « le plus grand de ceux qui sont nés d'une femme » n'est-il pas, par là même, le plus grand des saints ? Ainsi l'ont pensé saint Cyrille d'Alexandrie, Thesaurus, P. G., t. LXXV, col. 157; saint Jean Chrysostome, In Matth., homil. XXXVII. n. 2, P. G., t. CII, col. 421; saint Augustin, Contra adversarium legis et prophetarum, 1. II ,c. v, n. 20, P. L., t. XLII, col. 650; et parmi les exégètes catho­liques, dans leurs commentaires sur le premier évan­gile, Denys le Chartreux, Maldonat, Jansénius, Jean de Sylveira, Barradas, Tirin, etc. Mais une telle exé­gèse est en dehors du sens que présente le texte. La phrase qui suit l'indique clairement. Jésus, ayant fait l'éloge du Précurseur, auquel, en tant que Précurseur, aucun autre homme ne saurait être comparé, ajoute, en jetant un regard sur le royaume à venir, que « même les membres inférieurs de son Église, même les plus petits d'entre les chrétiens l'emportent sur saint Jean-Baptiste, quelle que soit d'ailleurs la grandeur du Précurseur. » Fillion, Évangile selon S. Matthieu, p. 222. Cf. Évangile selon S. Luc, p. 157. C'est donc en tant que dernier représentant de l'Ancienne Loi, dont il est le dernier prophète, que Jean est proclamé le plus grand des hommes; sa valeur personnelle, sa sainteté, ses vertus individuelles sont hors de cause : avec la plupart des commentateurs, il faut reconnaître qu'ici Jésus-Christ ne parle de Jean-Baptiste qu'en fonction de sa mission prophétique, qui clôt l'Ancien et annonce le Nouveau. Cf. Van Steenkiste, Commentarius in Evangelium secundum Matthaeum; Lagrange, Évangile .selon S. Matthieu, p. 222; Knabenbauer, Evangelium secundum Matthaeum, t. I, p. 429-431. On trouvera dans ce dernier auteur les déclarations faites en ce sens par Albert le Grand, saint Thomas, Tolet, etc. Sur le texte parallèle de Luc., VII, 28, voir Lagrange, Évangile selon S. Luc, p. 221. Cf. Billot, De Ecclesia, Prato, 1909, p. 74, et surtout D. Buzy, Saint Jean­-Baptiste, Paris, 1922, part. III, c. 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et les apôtres ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une difficulté, qui en fait n'existe pas, a été imaginée en partant de deux textes de saint Paul, Rom., VIII, 23; Eph., I, 8, et surtout du commentaire qu'en a fait saint Thomas. Sur Rom., VIII, 23, celui-ci reprend l'argumentation par laquelle on prouve la surabondance de grâces en l'âme de saint Joseph, pour démontrer qu'après la Vierge, les apôtres ont obtenu de Dieu la plus grande sainteté. Leur fonction, en effet, les place immédiate­ment après Marie. Epist. ad Romanos, c. VIII, lect. V, édit. de Parme, t. XIII,   p. 83. Et sur Eph., I, 8, saint Thomas écrit « que les apôtres ont reçu une grâce plus abondante que tous les autres saints, après le Christ et la Vierge-Mère »; et il dénonce « la témérité, pour ne pas dire l'erreur, de ceux qui ont la présomption de comparer d'autres saints aux apôtres, dans l'ordre de la grâce comme dans l'ordre de la gloire. » Id., p. 448.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est incontestable qu'au Moyen Age, le culte de Joseph était à peu près inexistant; on ne pensait guère à l'humble et modeste saint, rien d'extraordinaire à ce que l'Ange de l'École n'ait pas pris garde à la haute mission qui lui fut départie, mission qui devait justi­fier sa prééminence, même à l'égard des apôtres. D'ailleurs, dans l'exposition du texte de l'Épître aux Romains, il dit : Spiritum sanctum et tempore prius et ceteris abundantius apostoli habuerunt; et, dans l'Épître aux Éphésiens, s'il confesse qu' « il est téméraire de comparer d'autres saints aux apôtres, il fait précé­der cette conclusion du texte emprunté à l'Épître aux Romains, avec la glose : tempore prius et ceteris abundantius. Il ne s'agirait donc pas de la comparaison des apôtres avec un saint venu avant eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à ne considérer que l'argumentation de saint Thomas, et en laissant de côté sa conclusion un peu absolue, on arrive facilement à déduire la prééminence de saint Joseph, même sur les apôtres. La mission de saint Joseph, étant d'un ordre plus relevé que celle des apôtres, exigeait, en vertu du principe de saint Thomas, une plus grande surabondance de grâces. « Certains offices, écrit Suarez, relèvent de l'ordre même de la grâce sanctifiante, et, dans ce genre, les apôtres tiennent le degré le plus élevé : aussi ont-ils eu besoin de plus de secours gratuits que les autres, surtout en ce qui concerne les dons gratuitement donnés et la sagesse. Mais il y a d'autres offices qui confinent à l'ordre de l'union hypostatique, en soi plus parfait, ainsi qu'on le voit clairement de la maternité divine en la bienheureuse vierge Marie, et c'est à cet ordre d'office qu'appartient le ministère de saint Joseph. » Sans vouloir tirer de conclusion absolue, le grand théologien « estime qu'il n'est ni téméraire, ni impie, mais au contraire que c'est opinion pieuse et vraisemblable de considérer saint Joseph comme le premier des saints en grâce et en béatitude. » In Sum. S. Thomae, IIIa, q. XXIX, disp. VIII, sect. 1; Opera, édit. Vivès, t. XIX, p. 125. On voudra bien remarquer la modération louable avec laquelle s'exprime Suarez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine de la prééminence de saint Joseph avait été antérieurement professée par Gerson, Sermo in nativitatem virginis Mariae, IVa consideratio, dans Vivès (card.), Summa Josephina, Rome, 1907, p. 173; par saint Bernardin de Sienne, Sermo I de S. Joseph, c. 3, Opera, Lyon, 1650, t. IV, p. 254. A partir du XVIe siècle elle devient beaucoup plus courante; elle est admise par sainte Thérèse, saint François de Sales, plus tard par saint Alphonse de Liguori, etc. « Certes, pouvons-nous conclure avec Léon XIII, la dignité de Mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Encycl. Quanquam pluries. A prendre ces derniers mots dans leur sens plein, il faudrait conclure à la préémi­nence de saint Joseph non seulement sur tous les saints, mais encore sur les anges. Mais il va de soi qu'on ne saurait interpréter cette simple assertion d'un document pontifical autrement que comme une indi­cation, et qu'il convient de montrer, en ce domaine, qui échappe à toutes nos prises, la plus grande pru­dence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Précisions relatives à la prééminence de saint Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse de la prééminence de saint Joseph se présente donc avec des garanties de probabilité théologique. On peut même affirmer qu'elle tend à devenir de plus en plus la doctrine communément reçue dans l'Église. Mais cette prééminence même soulève un certain nombre de problèmes subsidiaires que les théologiens s'efforcent de pénétrer. C'est, dit-­on, en raison de sa mission à l'égard de Jésus que Joseph a dû recevoir de Dieu cette surabondance de grâce qui lui assure la prééminence par rapport aux autres saints. Mais n'est-ce pas une raison analogue, quoique plus pressante, - la maternité divine, - qui amène l'Église à concevoir pour la sainte Vierge toute une série de privilèges, dont plusieurs sont définis comme de foi divine et catholique : immaculée conception, virginité parfaite, impeccabilité, mort immédiatement corrigée par une résurrection et une assomption glorieuse, culte spécial ? Si donc il faut affirmer avec Léon XIII que Joseph, en devenant l'époux de la Vierge, est devenu « un participant de sa sublime dignité », ne peut-on pas se demander dans quelle mesure il a pu participer aux privilèges de son admirable épouse ? Ici encore le théologien averti devra se mettre en garde contre l'abus de la raison raisonnante et ne jamais perdre de vue les grandes règles qui président aux déductions théologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Privilège par rapport au  péché origine ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut être question, bien que certains l'aient insinué, d'immaculée conception, ce privilège ayant été accordé uniquement à Marie. Mais saint Joseph aurait-il obtenu un privilège de sanctification, dès le sein de sa mère, comme l'a obtenu                Jean-Baptiste ? - L'affirmative a été proposée par Gerson, Sermo de Nativitate Virginis Mariae ; Isidore Isolani, Summa de donis S. Joseph, part. I, c. IX, édit. du P. Berthier, O. P., Rome, 1887; par Bernardin de Busto, francis­cain, Mariale..., Strasbourg, 1496, part. IV, serm. 12; par S. Alphonse de Liguori, Sermone di S. Giuseppe, 2e point, Discorsi morali, Naples, 1841, p. 223; et accueillie avec faveur par_ le P. Jean de Carthagène, Homiliae catholicae de sacris arcanis Deiparae et Divi Josephi, Naples, 1869, t. III, p. 311; et P. Morales, S. J., In caput I Matthaei, De Christo, sanctissima virgine Maria et S. Joseph, Paris, 1869, t. I, p. 214. - Suarez, que saint Alphonse cite comme ayant repris et défendu l'opinion de Gerson, a, au contraire, malgré sa grande dévotion envers saint Joseph, refusé de souscrire à la thèse du chancelier de l'Université de Paris. Benoît XIV se range à cet avis négatif : la sanctification de saint Joseph dans le sein de sa mère ne paraît pas, à ces deux maîtres de la science ecclé­siastique, pouvoir être démontrée par des raisons sérieuses. Bien que de nos jours des auteurs estimables, Mgr Sauvé, le P. Tesnière, en particulier, aient cru pouvoir reprendre l'opinion de Gerson, il ne semble pas qu'on doive accorder la moindre probabilité à cette opinion. Saint Thomas fournit une raison qui justifie amplement cette attitude. La sanctification d'un homme dès le sein de sa mère est une faveur excep­tionnelle qui n'est accordée par Dieu qu'en raison d'une utilité commune. Cf. Som. theol., IIIa, q. XXVII, a. 6. Or l'office qu'avait à remplir saint Joseph n'exigeait une sainteté éminente qu'au moment où le saint patriarche devint le fiancé de Marie. De plus, ni l'Écriture ni les Pères ne font la moindre allusion à ce privilège de saint Joseph. Aussi doit-on se rallier sans hésitation à la conclusion de Suarez : « Je pense qu'il ne faut ni admettre ni affirmer certains privilèges que plusieurs attribuent à ce grand saint, par exemple le privilège de la sanctification dans le sein maternel. De telles affirmations, qui sont en dehors des règles générales de l'Écriture, ne sauraient être accueillies que si on les appuie sur de bonnes raisons et sur la grande autorité de l'Église et des Pères. » De mysteriis vite Christi, disp. VIII, sect. 2, n. 6-8. Or, nous l'avons vu, ni les bonnes raisons ni l'autorité de l'Église et des Pères ne sont là pour appuyer l'opinion de la sanctifi­cation de saint Joseph avant sa naissance. Il manque donc à cette opinion ce que Benoît XIV appelle firmum et stabile in sacra theologia fundamentum. De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, Padoue, 1743, 1. IV, part. II, c. xx, a. 31, p. 135.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, la sanctification de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère ne crée pas pour autant au Précurseur une prééminence de sainteté ou de dignité par rapport à saint Joseph. Il ne s'ensuit pas que saint Joseph n'ait pas reçu dès le moment où il fut sanctifié, à quelque date qu'il faille placer cet instant, une grâce plus abondante que qui que ce soit, à part la sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Impeccance et impeccabilité ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la signification de ces mots, voir t. VII, col. 1265. Affirmer de saint Joseph comme de Marie l'impeccabilité absolue, c'est-à-­dire l'impossibilité morale de pécher, serait à coup sûr excessif. Mais peut-on affirmer que, vu l'abondance de grâces dont son âme fut inondée dès sa sanctification, saint Joseph posséda l'impeccance de fait ? Peut-on dire, tout au moins avec une sérieuse probabilité (la certitude est impossible en pareille matière), que le foyer de la concupiscence a été, chez saint Joseph, lié au point de lui permettre d'éviter en fait tout péché, même simplement véniel et de propos semi­-délibéré ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avis sont partagés à ce sujet. Le R. P. Lépicier défend avec beaucoup de conviction la thèse de l'impeccance, en la fondant sur la pureté parfaite qu'exigeait la mission de saint Joseph. De sancto .Joseph, part. III, a. 2. Voir également IMPECCABILITÉ, col. 1274. Notre piété envers saint Joseph ne nous oblige pas, semble-t-il, à affirmer cette thèse sans res­triction. En effet, la mission de saint Joseph exigeait l'impeccance, mais seulement dans le temps même où cette mission lui fut confiée. Or ce temps n'est pas toto vitae mortalis decursu. Il est possible, d'ailleurs, que Dieu ait accordé toto vitae mortalis decursu cet insigne privilège à celui qui devait lui servir de père ici-bas ; mais l'existence en saint Joseph d'une prérogative aussi absolue, aussi complète, est indémontrable. Or une opinion, même simplement probable, doit s'ap­puyer sur une démonstration véritable. Et même, à l'encontre de cette thèse, on peut apporter un argu­ment de grande valeur. Le concile de Trente a défini que l'homme justifié ne peut pas éviter au cours de son existence entière le péché, tout au moins le péché véniel, sans un privilège spécial de Dieu. Sess. VI, can. 23. Ce privilège spécial fut certainement concédé à Marie, comme suite de l'immaculée conception. A-t-il été concédé à d'autres créatures, en vertu d'une déro­gation aux lois ordinaires de la Providence ? Qui pourrait l'affirmer ? L'attitude qui s'impose au théo­logien catholique semble bien être celle que propose le cardinal Billot. « Pour éviter, dit-il, dans l'ordre actuel de la Providence, au cours de toute la vie, les péchés véniels, même semi-délibérés, il faudrait un secours tout à fait extraordinaire de Dieu, qui n'a jamais été concédé à aucun homme conçu dans le péché, à moins d'un privilège très spécial dont il n'est pas possible de constater l'existence. » De gratia, Prato, 1912, p. 106. Tout en reconnaissant la possibilité d'un privilège aussi exceptionnel, il faut donc reconnaître aussi que la concession de ce privilège ne peut être l'objet d'une démonstration théologique. Tout ce que l'on est en droit d'affirmer, c'est que saint Joseph, en raison de sa mission, fut confirmé en grâce dès l'ins­tant de son mariage avec la sainte Vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne serait-il pas plus exact de dire simplement que saint Joseph, constitué en grâce d'une manière suré­minente (ce qui n'implique pas nécessairement l'impeccance perpétuelle), n'a cessé d'augmenter en son âme, dès l'âge de raison, le trésor surnaturel de grâces que Dieu y avait déposé ? Le nom de Joseph signifie cet accroissement, cf. Gen., xxx, 24, et saint Bernard a tiré de ce nom une délicate argumentation : Conjice ex proprio vocabulo, quod augmentum non dubitas interpretari, quis et qualis homo fuerit iste homo Joseph. Homil. Il super « Missus est », Opera, Venise, 1568, t. I, p. 11. En Joseph, comme en Marie, quoique dans un degré inférieur, se trouvent réunies d'une manière excellente les trois conditions du mérite et du progrès de la vie surnaturelle : oeuvres en soi bonnes et susceptibles d'être rapportées à Dieu (peut-on trouver oeuvre plus excellente que la triple mission de Joseph ,par rapport à la virginité de Marie, à l'enfance de Jésus, et au mystère de l'incarnation); charité suré­minente dirigeant ces oeuvres vers Dieu, fin sur­naturelle (quel amour de Dieu en celui qui a tenu en ses bras l'enfant Jésus. Cf. Bernardin de Sienne, Sermo de S. Joseph, a. 2, c. 2, Opera, t. IV, p. 254); liberté plus grande que chez les autres hommes, d'autant plus grande que saint Joseph avançait chaque jour de plus en plus dans la perfection. De cet accroissement con­tinuel de vie surnaturelle en Joseph, on ne saurait jamais assez exprimer de louanges. Il faudrait exalter sa foi profonde, sa confiante espérance, son amour sans cesse grandissant au contact de Celui qui, dans sa compagnie, manifestait de plus en plus aux hommes « la grâce et la sagesse qui étaient en lui. » Il faudrait rappeler la prudence et la force du vigilant gardien chargé d'arracher l'enfant et sa mère aux embûches de leurs pires ennemis; la justice de l'homme parfait que l'Écriture dépeint d'un mot : justus, la tempérance de cet artisan humble et laborieux. On pourrait ainsi passer en revue toutes les vertus et les attribuer à saint Joseph dans un degré suréminent : on resterait certainement dans les limites de la vérité. Pour donner à saint Joseph une auréole digne de lui, de la sublime mission dont il fut revêtu, point n'est nécessaire de lui accorder la science infuse surnaturelle ou la vision béatifique que certains auteurs, dans l'empressement d'une dévotion indiscrète, ont cru pouvoir attribuer au chef de la sainte Famille. Le considérer comme un martyr est une exagération manifeste. En faire le corédempteur du genre humain, au sens propre du mot, serait friser l'erreur et le blasphème. Cf. Lépi­cier, Tractatus de S. Joseph, p. 208. Tous ces titres n'ajouteraient rien à la sainteté de saint Joseph, mais sembleraient plutôt en contradiction avec sa mission terrestre, toute d'humilité et de silence, dont le cadre devait être et rester uniquement la vie cachée du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Virginité ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là où, sans crainte d'exagération, on peut exalter la grandeur de saint Joseph, c'est au sujet de sa virginité. Chaste, il l'a été d'une façon admi­rable, durant son mariage avec Marie. Sa mission l'exigeait impérieusement. « Pureté, s'écrie Bossuet, voici ton triomphe. Ils se donnent réciproquement leur virginité, et sur cette virginité, ils se cèdent un droit mutuel..., de se la garder l'un à l'autre. » Op. cil., 1er point. Mais Joseph était-il vierge lorsqu'il accepta Marie comme épouse ? L'opinion d'un mariage anté­rieur de saint Joseph, recueillie dans l'apocryphe Protévangile de Jacques, a eu, dans les premiers siècles de l'Église, quelques partisans parmi les Pères de l'Église. Aujourd'hui, elle est complètement aban­donnée. L'éminente sainteté de Joseph, la sublimité de sa mission, exigent de lui un amour de la chasteté poussé jusqu'à la virginité complète et perpétuelle. En fait, d'ailleurs, l'hypothèse d'un premier mariage de Joseph d'où seraient issus les « frères du Seigneur » se heurte à des difficultés telles que l'on peut conclure à son impossibilité. Voir JÉSUS-CHRIST, col. 1167.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Privilèges dans la mort ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de saint Joseph fut une mort privilégiée : comme celle de la sainte Vierge, elle fut, dit saint François de Sales une mort « d'amour ». Cf. Traité de l'amour de Dieu, l. VII, c. XIII. C'est donc à juste titre que saint Joseph est invoqué comme patron de la bonne mort. Douce et suave comme celle de la Vierge, la mort de saint Joseph a semblé appeler un complément qui unirait davantage encore le patriarche à sa glorieuse épouse, par le triomphe d'une résurrection anticipée. On lit dans Matth., XXVII, 52-53, que beaucoup de corps de saints ressuscitèrent après la résurrection du Seigneur et se manifestèrent dans la ville de Jérusalem. Saint Thomas avait d'abord pensé que ces résurrections avaient été définitives et absolues. In IV Sent., 1. IV, dist. XLII, q. I, a. 3; In Matthaeum, ad hune locum, edit. de Parme, t. x, p. 210. Plus tard les raisons apportées en sens inverse par saint Augustin lui ont semblé beaucoup plus solides. Sum. theol., IIIa, q. LIII, a. 3, ad 2um. Quoi qu'il en soit, tablant sur la première hypothèse, certains ont admis que Joseph aurait figuré parmi ces premiers ressuscités, et serait ainsi entré au paradis en corps et en âme. Ainsi fait Suarez, In Som. S. Thomae, 111a, q. XXIX, disp. VIII, sect. II, édit. Vivès, t. XIX, p. 128, et saint François de Sales, Entretien XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 363. La théologie ne dispose d'aucun moyen pour contrôler la valeur de ces hypothèses superposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Patronage de saint Joseph sur l'Eglise Universelle ==&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Dans l'encyclique Quanquam pluries, Léon XIII trouve dans la mission de saint Joseph à l'égard de la sainte Famille « les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l'Église, et qui font que l'Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage. » En effet, « la divine maison que Joseph gou­verna comme avec l'autorité du père, contenait les prémices de l'Église naissante. De même que la très sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens. Jésus-Christ est aussi comme le premier-né des chrétiens, qui, par l'adoption et la rédemption, sont ses frères. Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l'Église, sur laquelle, parce qu'il est l'époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle... Cette mission providentielle dévolue à Joseph a eu son type dans l'Ancien Testament en cet autre Joseph, fils de Jacob, appelé par le roi des Égyptiens « le Sauveur du monde ». «De même, dit Léon XIII, que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l'Église, qui est vrai­ment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'objet de ce patronage est évidemment, avant tout, d'ordre spirituel; mais parce que le patronage de saint Joseph continue sa mission de chef de la sainte Famille, il faut conclure que ce patronage concerne aussi bien l'ordre temporel que l'ordre spirituel. Sainte Thérèse l'affirme expressément. Voir Vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même, Oeuvres, édit. Migne, Paris, 1840, t. I, p. 156.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le patronage de saint Joseph étant universel, « les hommes de toutes conditions et de tous pays » trouveront en ce grand saint un modèle et un protecteur. Léon XIII le rappelle aux pères de famille; aux époux, aux personnages nobles de naissance; aux riches; aux prolétaires; aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, etc. Cf. encyclique citée, édit. de la Bonne Presse, t. II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas lieu de se demander pourquoi l'Église a attendu si longtemps avant de proclamer le patronage de saint Joseph, et même de rendre un culte public et solennel à ce saint. Rechercher les raisons pour lesquelles l'antiquité et le haut Moyen Age ont à peu près entièrement ignoré saint Joseph entraîne­rait dans une étude historique qui est à peine amorcée. Les théologiens en découvrent des raisons providentielles que l'on trouvera exposées dans Billot, De Verbo incarnato, p. 422 et surtout dans Dom Beda Plaine, O. S. B., De cultu S. Joseph tarde ostenso ejusque hodiernis mirabilibus incrementis, dans Studien und Mittheilungen, 1898, t. XIX.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Conclusion : le culte de saint Joseph ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sublimité de la triple mission de saint Joseph; la prééminence de sainteté qui en est la conséquence; le patronage universel de ce grand saint sur l'Église, ne seraient-ils pas des raisons suffisantes pour accorder à saint Joseph un culte spécial, distinct du culte rendu aux autres saints ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains auteurs l'ont pensé et déclarent que le culte de saint Joseph, l'emportant sur le culte des autres saints, doit être appelé du nom de culte de protodulie. Toutefois, parce qu'il ne s'agit que d'une différence de degré et non d'espèce, l'Église s'est, jusqu'ici, refusée à sanctionner cette expression qui semblerait impliquer une coopération intrinsèque de saint Joseph à l’incarnation.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>La Prééminence de saint Joseph sur tout autre saint</title>
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				<updated>2011-03-25T08:49:10Z</updated>
		
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&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = [[P. Garrigou-Lagrange, O.P.]]&lt;br /&gt;
 | source                        = In La Vie Spirituelle, t.19, pp. 662-683&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;cite&amp;gt;« Qui minor est inter vos, hic major est :&lt;br /&gt;
Celui d’entre vous qui est le petit, c’est celui-là qui est le plus grand. »&lt;br /&gt;
(Luc., ix, 48.)&amp;lt;/cite&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine selon laquelle saint Joseph, après Marie, a été et est toujours plus uni à Notre-Seigneur que tout autre saint tend à devenir de plus en plus une doctrine communément reçue dans l’Église. Elle ne craint pas de déclarer l’humble charpentier supérieur en grâce et en béatitude aux Patriarches, à Moïse, le plus grand des prophètes, à saint Jean-Baptiste, et aussi aux Apôtres, à saint Pierre, à saint Jean, à saint Paul, à plus forte raison supérieur en sainteté aux plus grands martyrs et aux plus grands docteurs de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine a été enseignée par Gerson&amp;lt;ref&amp;gt;Sermo in nativitatem Virginis Mariae, IVe Consideratio.&amp;lt;/ref&amp;gt;, par saint Bernardin de Sienne&amp;lt;ref&amp;gt;Sermo I de S. Joseph, c. 3, Opera, Lyon, 1650, t. IV, p. 254.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle devient de plus en plus courante à partir du XVIe siècle : elle est admise par sainte Thérèse, par saint François de Sales, par Suarez&amp;lt;ref&amp;gt;In Summam S. Thomae, IIIa, q. 29, disp. 8, sect. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;, plus tard par saint Alphonse de Liguori et beaucoup d’autres&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Isidore ISOLANI, O. P., Summa de donis S. Joseph, nouv. édit. du P. Berthier, Rome, 1807 ; – Ch. SAUVÉ, Saint Joseph intime, Paris, 1920 ; – Cardinal LÉPICIER, Tractatus de Sancto Joseph, Paris, s. d. (1908) ; – article Saint Joseph de M. A. Michel, dans le Dictionnaire de Théologie catholique ; surtout Mgr SENIRALDI, La Grandezza di San Giuseppe, Rome, 1937, p. 36 sq.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Enfin S. S. Léon XIII, dans l’encyclique Quanquam pluries, a écrit : « Certes, la dignité de Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au dessus. Mais comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les autres créatures. L’union conjugale est en effet la plus grande de toutes ; à raison de sa nature même, elle s’accompagne de la communication réciproque des biens des deux époux. Si donc Dieu a donné à la Vierge Joseph comme époux, bien certainement il ne le lui a pas seulement donné comme soutien dans la vie, comme témoin de sa virginité, gardien de son honneur, mais il l’a fait aussi participer par le lien conjugal à l’éminente dignité qu’elle avait reçue&amp;lt;ref&amp;gt;Epist. encyclica Quamquam pluries, 15 Aug. 1899 : « Certe matris Dei tam in excelso dignitas est, ut nihil fieri majus queat. Sed tamen quia intercessit Josepho cum Virgine beatissima maritale vinculum, ad illam praestantissimam dignitatem, qua naturis creatis omnibus longissime Deipara antecellit, non est dubium quia accesserit ipse, ut nemo magis. Est enim conjugium societas necessitudoque omnium maxima, quae natura sua adjunctam habet bonorum unius cum altero communicationem. Quocirca si sponsum Virgini Deus Josephum dedit, dedit profecto non modo vitae socium, virginitatis testem, tutorem honestatis, sed etiam excelsae dignitatis ejus ipso conjugali foedere participem. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. » – De ce que par cette dignité Marie « surpasse toutes les autres créatures », comme il vient d’être dit en cette Encyclique, s’ensuit-il que la prééminence de Joseph doive s’entendre non seulement sur tous les autres saints, mais encore sur les anges ? On ne saurait l’affirmer avec certitude. Contentons-nous d’exprimer la doctrine de plus en plus reçue dans l’Église en disant : De tous les saints, Joseph est le plus élevé au ciel après Jésus et Marie, il est parmi les anges et les archanges. Sa mission à l’égard de la sainte Famille a fait de lui le Patron de l’Eglise universelle, son protecteur et défenseur ; à lui, en un sens, est particulièrement confiée la multitude des chrétiens dans toutes les générations qui se succèdent, comme le montrent les belles litanies qui résument ses prérogatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions rappeler ici le principe sur lequel repose cette doctrine, de plus en plus admise depuis cinq siècles, de la prééminence de saint Joseph sur tout autre saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une mission divine exceptionnelle requiert une sainteté proportionnée ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe général par lequel la théologie, expliquant la révélation, montre quelle devait être, dès ici-bas, la plénitude de grâce créée en la sainte âme du Sauveur, quelle devait être la sainteté de Marie et aussi la foi des Apôtres, repose sur la mission divine exceptionnelle qu’ils avaient reçue, mission qui demandait une sainteté proportionnée. Il y a quelque chose de semblable pour saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de Dieu sont parfaites, surtout celles qui relèvent immédiatement et exclusivement de Lui ; on ne saurait trouver en elles de désordre, de disproportion. Il en fut ainsi de l’œuvre divine dans son ensemble, au jour de la création&amp;lt;ref&amp;gt;Cf, S. Thomas, Ia, q. 94, a. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il en est encore ainsi des grands serviteurs de Dieu, exceptionnellement et immédiatement suscités par lui pour restaurer l’œuvre divine troublée par le péché. « Creavit Deus hominem ad imaginem suam » (Gen., I, 27). « Proposuitin dispensatione plenitudinis temporum, instaurare omnia in Christo » (Ephes., I, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On saisit mieux la vérité et l’importance de ce principe révélé et de soi évident, en considérant par contraste ce qui arrive trop souvent dans la direction des choses humaines. Il n’est pas rare que des incapables et des imprévoyants y occupent de très hautes fonctions, au grand détriment de ceux qu’ils gouvernent. Ce serait même à certaines heures singulièrement irritant, si l’on ne pensait que le Seigneur compense ces choses par les actes souvent héroïques de la sainteté cachée, et si l’on ne se rappelait que chacun de nous doit faire son mea culpa au sujet de ses négligences dans l’exercice des charges ou emplois qui nous sont confiés. Ces manquements sont si fréquents, qu’on finit par n’y plus prendre garde. Mais enfin le désordre est le désordre, l’insuffisance est l’insuffisance, et il ne saurait se trouver rien de pareil en ceux qui sont immédiatement choisis par Dieu lui-même, et préparés directement par lui, pour être ses ministres exceptionnels dans l’œuvre de la rédemption. Le Seigneur leur donne une sainteté proportionnée, car il opère tout avec mesure, et le désordre ou la disproportion ne sauraient se trouver dans les œuvres proprement divines, dont lui seul est l’auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi surtout que la sainte âme de Jésus a reçu, dès le premier instant de sa création, la plénitude absolue de grâce, parce qu’elle était unie aussi intimement que possible au Verbe de Dieu, source de toute vie surnaturelle, et parce qu’elle devait nous communiquer cette vie divine par la lumière de l’Évangile, et par les mérites infinis du sacrifice de la Croix : « De plenitudine ejus nos omnes accepimus… Deum nemo vidit unquam ; unigenitus Filius, qui est in sinu Patris, ipse enarravit » (Joan., I, 16-18). Saint Thomas voit dans ce texte de l’Évangile et en d’autres semblables non seulement la plénitude de grâce, mais la gloire ou la vision béatifique dont jouissait dès ici-bas le Sauveur, pour nous conduire, comme le Maître des maîtres, vers la vie éternelle&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 7, a. 9 : « Christus habuit gratiae plenitudinem… quia habuit eam in summo, secundumn perfectissimum modum quo haberi potest. Et hoc quidem apparet primo ex propinquitate animae Christi ad causam gratiae. Dictum est enim (a. 1) quod quanto aliquod receptivum propinquius est causae influenti, tanto abundantius recipit. Et ideo Christi anima, quae propinquius conjungitur Deo inter omnes creaturas rationales, maximam recipit influentiam gratiae ejus. Secundo ex comparatione ejus ad effectum. Sic enim recipiebat anima Christi gratiam, ut ex ea quodammodo transfunderetur in alios… Conferebatur ei gratia, tanquam cuidam universali principio in genere habentium gratiam. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IIIa, q. 9, a. 2 : « Illud quod est in potentia, reducitur in actum per id quod est in actu, oportet enim esse calidum id per quod alia calefiunt. Homo autem est in potentia ad scientiam beatorum quae in Dei visione consistit et ad eam ordinatur sicut ad finem… Ad hunc autem finem beatitudinis homines reducuntur per Christi humanitatem… Et ideo oportuit quod cognitio beata, in Dei visione consistens, excellentissime Christo homini conveniret : quia semper causam oportet esse potiorem causato. » Maître de toute l’humanité pour les choses de la vie éternelle, Jésus-Christ devait non pas seulement croire, mais voir le but suprême vers lequel il devait nous conduire.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vertu du même principe, Marie, pour être la digne Mère de Dieu, devait être a pleine de grâce » (Luc, I, 28), préservée du péché originel, associée à toutes les souffrances et à toutes les gloires de Jésus. De par sa mission unique au monde de Mère de Dieu, elle devait approcher plus intimement que personne le Verbe de Dieu fait chair, dans les deux grands mystères de l’Incarnation et de la Rédemption. Plus près de la source de toute grâce, elle devait recevoir plus qu’aucune autre créature grâce sur grâce, plus que tous les saints et tous les anges&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 27, a. 5 : « Quanto aliquid magis appropinquat principio in quolibet genere, tanto magis participat effectum illius principii… Christus autem est principium gratiae, secundum divinitatem quidem auctoritative, secundum humanitatem vero instrumentaliter… Beata autem Virgo Maria propinquissima fuit Christo secundum humanitatem, quia ex ea accepit humanam naturam. Et ideo prae caeteris majorem debuit a Christo gratiae plenitudinem obtinere. » – Ibid., ad 3 : « non est dubitandum, quin B. Virgo acceperit excellenter donum sapientiae et gratiam virtutum et etiam gratiam prophetiae… secundum quod conveniebat conditioni ipsius. »&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est enfin pour la même raison que la théologie enseigne que les Apôtres, étant plus près de Notre-Seigneur que les saints venus dans la suite, ont plus parfaitement connu les mystères de la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. IIa IIae, q. 1, a. 7, ad 4 : « Illi qui fuerunt propinquiores Christo, vel ante, sicut Joannes Baptista, vel post, sicut Apostoli, plenius mysteria fidei cognoverunt. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux yeux de saint Thomas, il serait téméraire de le nier, mais il compare seulement les Apôtres aux saints venus après eux, et non pas à saint Joseph, ni à saint Jean-Baptiste&amp;lt;ref&amp;gt;In Ep. ad Rom., VIII, 23, circa haec verba : « Nos ipsi primitias Spiritus habentes » : « Spiritum Sanctum et tempore prius et caeteris abundantius Apostoli habuerunt. » Item in Ep. ad Ephes., IV, 11, circa haec verba : « Et ipse dedit quosdam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, alios vero evangelistas, alios autem pastores et doctores. »&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or la mission de Joseph n’a-t-elle pas été supérieure à celle des Apôtres, supérieure aussi à celle du Précurseur ? Sa vocation n’est-elle pas unique au monde comme celle de Marie ? Et en vue de sa destinée exceptionnelle, n’a-t-il pas approché davantage de la source de toute grâce, n’a-t-il pas été uni plus intimement à Notre-Seigneur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La mission tout exceptionnelle de Joseph == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Jean-Baptiste était chargé d’annoncer la venue immédiate du Messie. On peut dire dès lors qu’il fut le plus grand précurseur de Jésus dans l’Ancien Testament. C’est ainsi que saint Thomas entend la parole de Jésus en saint Matthieu, XI, 11 : « En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste&amp;lt;ref&amp;gt;S. Thoams, In Mattheum, XI, 11, écrit : « Si (Joannes Baptista) dicitur major omnibus patribus veteris Testamenti, non est inconveniens. Ille enim major et excellentior est, qui ad maius officium est assumptus : Abraham enim major est inter patres quoad probationem fidei : Moyses vero quoad officium prophetiae, ut habetur in Deut., XXXIV, 10 : « Non surrexit propheta ultra in Israel sicut Moyses. » Omnes isti praecursores Domini fuerunt ; nullus autem fuit in tanta excellentia et favore ; ideo ad majus officium est assumptus. Cf. Luc, I, 15 : « Erit enim magnus coram Domino. » Il est le précurseur par excellence parmi tous les saints de l’Ancien Testament, cela suffit à expliquer que, dans les Litanies des Saints, il vienne immédiatement après Marie et les Anges. Il clôt l’Ancien Testament et annonce le Nouveau. Voir en faveur de cette interprétation du texte de saint Matthieu, XI, 11, Lagrange, Évangile selon S. Matt., p. 222 ; Évan. selon S. Luc, P. 221 ; Knabenbauer, Evangelium secundum Mattheum, t. 1, p. 429-431.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Notre-Seigneur ajoute aussitôt : « Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. » Le royaume des cieux, c’est l’Église de la terre et du ciel : c’est le Nouveau Testament, plus parfait comme état que l’Ancien, quoique certains justes de l’Ancien aient été plus saints que beaucoup du Nouveau&amp;lt;ref&amp;gt;S. Thomas, In Mattheum, XI, 11, dit à ce sujet : « Potest haec locutio « qui autem minor est in regno coelorum, major est illo » exponi tripliciter. – Primo, ut per regnum coelorum ordo beatorum intelligatur : et qui inter illos est minor, major est quolibet viatore… Et hoc verum est intelligendo de majoritate actuali : actu enim major est qui comprehensor est. Secus de majoritate virtuali, sicut una parva herba major dicitur virtute, licet alia major sit quantitale. – Aliter potest exponi, ita quod per regnum coelorum praesens Ecclesia designetur : et hoc est, quod minor non dicitur universaliter, sed minor tempore… Unde ille qui minor est, major est illo. – Vel aliter potest exponi, quod aliquis dicitur rnajor dupliciter : vel quantum ad meritum, et sic multi Patriarchae sunt majores aliquibus novi Testamenti…, aut comparando statum ad statum, sicut virgines meliores sunt conjugatis ; non tamen quaelibet virgo melior quolibet conjugale. » Indépendamment du mérite personnel des différents serviteurs de Dieu, le Nouveau Testament, tel surtout qu’il s’épanouit dans la gloire, est évidemment comme état spirituel plus parfait que l’Ancien. Or saint Jean Baptiste est aux confins des deux. - voir sur ce point les exégètes cités à la note précédente, et l’article de M. A. Michel sur saint Joseph, dans le Dictionnaire de Théologie catholique, col. 1515, où ces références sont indiquées avec plusieurs autres, par ex. Fillion, Évangile selon S. Matthieu, p. 222, et D. Busy, Saint Jean Baptiste, Paris, 1922, part. 3, c. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et qui dans l’Église est le plus petit ? Paroles mystérieuses, qui ont été diversement interprétées. Elles font penser à celles-ci prononcées plus tard par Jésus : « Celui d’entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est le plus grand » (Luc., IX, 48). Le plus petit, c’est-à-dire le plus humble, le serviteur de tous&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Luc, XXII, 26 : « Sed qui major est in vobis, fiat sicut minor ; et qui praecessor est, sicut ministrator. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, c’est, de par la connexion et la proportion des vertus, celui qui a la plus haute charité&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, Ia IIae, q. 66, a. 2 : « Omnes virtutes unius hominis sunt aequales quadam aequalitate proportionis, in quantum aequaliter crescunt in homine ; sicut digiti manus sunt inaequales secundum quantitatem, seul sunt aequales secundum proportionem, cum proportionaliter augeantur. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et qui dans l’Église est le plus humble ? Celui qui ne fut ni Apôtre, ni Évangéliste, ni martyr extérieurement du moins, ni pontife, ni prêtre, ni docteur, mais qui connut et aima le Christ Jésus non moins certes que les apôtres, que les évangélistes, que les martyrs, que les pontifes et les docteurs, l’humble artisan de Nazareth, l’humble Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres étaient appelés à faire connaître aux hommes le Sauveur, à leur prêcher l’Évangile pour les sauver. Leur mission, comme celle de saint Jean-Baptiste, est de l’ordre de la grâce nécessaire à tous pour le salut. Nais il y a un ordre supérieur encore à celui de la grâce. C’est celui constitué par le mystère même de l’Incarnation, l’ordre de l’union hypostatique ou personnelle de l’Humanité de Jésus au Verbe même de Dieu. A cet ordre supérieur confine la mission unique de Marie, la maternité divine, et aussi, en un sens, la mission cachée de Joseph. Cette raison a été exposée sous diverses formes par saint Bernard&amp;lt;ref&amp;gt;S. Bernardus, Homil. 2, super Missus est, prope finem : « Fidelis, inquam, servus et prudens, quem constituit Dominus suae Matris solatium, suae carnis nutritium, solum denique in terris magni consilii coadjutorem fidelissimum. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, par saint Bernardin de Sienne&amp;lt;ref&amp;gt;S. Bernardinus Senensis, serm. 1 de S. Joseph : « Omnium singularium gratiarum, alicui rationabili creaturae communicatarum, generalis regula est : quod quandocumque divina gratia eligit aliquem ad aliquam gratiam singularem, seu ad aliquem sublimera statum, omnia charismata donet, quae illi personae sic electae et ejus officio necessariae sunt atque illam copiose decorant. Quod maxime verificatum est in sancto Joseph, putativo Patre Domini nostri Jesu Christi, et vero Sponso Beginae mundi et Dominae aagelorum, qui ab aeterno electus et fidelis nutritius atque custos principalium thesaurorum suorum scilicet Filii ejus et Sponsae suae : quod officium fidelissime prosecutus est… Si compares eum ad totam Ecclesiam Christi, nonne iste est homo electus et specialis, per quem et sub quo Christus est ordinale et honeste introductus in mundum ? Si ergo Virgini Matri tota Ecclesia sancta debitrix est, quia per eam Christum suscipere digna facta est ; sic profecto, post eam, huic debet gratiam et reverentiam singularem… Omnibus electis Panem de coelo, qui coelestem vitam tribuit, cura multa solertia enutrivit. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, par le dominicain Isidore de Isolanis&amp;lt;ref&amp;gt;En 1522 Isidore de Isolanis, O. P., dans l’ouvrage très loué par Benoît XIV : Summa de donis sancti Joseph, a écrit, Pars IIIa, cap. XVIII « Sunt quatuor proprietates apostolicae dignitalis : annunciatio (Matthaei ultimo : Euntes praedicate Evangelium omni creaturae), illuminatio (Matthaei, 5 : Vos estis lux mundi), reconciliatio (Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis. Marci, ultimo), et per Spiritum Sanctum locutio (Jean., 15 : Non vos estis qui loquimini, sed Spiritus Patris mei qui loquitur in vobis). Hae autem proprietates dignissimae sunt, quia sunt immediate a et sub et propter Christum. - Proprietates vero sancti Joseph fuere desponsatio Reginae coelorum, nominatio patris Regis angelorum, defensio Messiae promissi in Lege Judoeorum, educatio Salvatoris omnium. Et hae proprietates sunt immediate super, ad et propter Christum. Quisquis ergo ingenio pollens, rerum divinarum praemissa veritate discurre, argue, conclude ab apostolicae comparatione majestatis ad coelestem Joseph dignitatem, quanta sit illius praestantia, dignitas, sanctitudo, ac virtutum inexplicabilis perfectio. Accede ad cor altum et non deprimetur aut humilior erit apud te majestas apostolici culminis ; sed exaltabitur Deus in latentibus donis patris sui putativi Joseph. » – Cf. ibid., cap. XVII : De dono plenitudinis gratiae (in S. Joseph), et Ia Pars, cap. IV : De donis admirabilium virtutum cognitarum in sancto Joseph propter conjugium beatissimae Virginis ; – cap. V : De dono praestantissimae justitiae ; – cap. IX : De dono privilegii amoris quo Joseph dilectus fuit a beata Virgine super caeteros mortales.&amp;lt;/ref&amp;gt;, par Suarez&amp;lt;ref&amp;gt;SUAREZ, in Summam Theologicam, III, q. 29, disp. VIII, sect. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt; et par plusieurs auteurs récents&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Sinibaldi, op. cit., p.36 sq., où l’argument relatif à l’ordre d’union hypostatique est admirablement développé et précisé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. C’est ce que Bossuet exprime admirablement dans le premier panégyrique de ce grand saint (3e point) lorsqu’il nous dit : « Entre toutes les vocations, j’en remarque deux, dans les Écritures, qui semblent directement opposées : la première, celle des Apôtres, la seconde, celle de Joseph. Jésus est révélé aux Apôtres, pour l’annoncer par tout l’univers ; Il est révélé à Joseph pour le taire et pour le cacher. Les Apôtres sont des lumières, pour faire voir Jésus-Christ au monde. Joseph est un voile pour le couvrir ; et sous ce voile mystérieux on nous cache la virginité de Marie et la grandeur du Sauveur des âmes. Celui qui glorifie les Apôtres par l’honneur de la prédication glorifie Joseph par l’humilité du silence. » L’heure de la manifestation du mystère de Noël n’est pas en effet encore venue ; cette heure doit être préparée par trente ans de vie cachée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perfection consiste à faire ce que Dieu veut, chacun selon sa vocation, mais la vocation tout exceptionnelle de Joseph ne dépasse-t-elle pas dans le silence et l’obscurité celle même des plus grands Apôtres, ne touche-t-elle pas de plus près au mystère de l’Incarnation rédemptrice ? Joseph après Marie ne fut-il pas plus rapproché que personne de l’Auteur même de la grâce ? S’il en fut ainsi, il reçut dans le silence de Bethléem, pendant le séjour en Égypte et dans la petite maison de Nazareth, plus de grâces que n’en recevra jamais aucun saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle fut sa mission spéciale par rapport à Marie ? Elle consista surtout à préserver la virginité et l’honneur de Marie, en contractant avec la future Mère de Dieu un mariage véritable, mais absolument saint. Comme le rapporte l’Évangile de saint Matthieu, I, 20 : L’ange du Seigneur qui apparut en songe à Joseph lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie, ton épouse ; car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit. » Marie est bien son épouse. II s’agit d’un mariage véritable&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 29, a. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais tout céleste, et il devait avoir une fécondité toute divine&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, in IV Sent., dist. 30, q. 2, a. 2, ad 4 : « Proles non dicitur bonum matrimonii, solum in quantum per matrimonium generatur, sed in quantum in matrimonio suscipitur et educatur, et sic bonum illius matrimonii fuit proles illa, et non primo modo. Nec tamen de adulterio natus, nec filius adoptivus qui in matrimonio educatur, est bonum matrirnonii, quia matrimonium non ordinatur ad educationem illorum, sicut hoc rnatrinionium (Mariae et Joseph) fuit ad hoc ordinatam specialiter quod proles illa susciperetur in eo et educaretur. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. La plénitude initiale de grâce donnée à la Vierge en vue de la maternité divine appelait en un sens le mystère de l’Incarnation&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 2, a. 11, ad 3 : « Beata Virgo… meruit ex gratia sibi data illum puritatis et sanctitatis gradum ut congrue posset esse mater Dei. » – Ibid. : « Ex congruo meruerunt sancti Patres (Veteris Test.) incarnationem, desiderando et petendo. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Comme le dit Bossuet : « C’est la virginité de Marie qui a attiré Jésus du ciel. Si c’est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d’assurer que Joseph a sa part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph&amp;lt;ref&amp;gt;Premier Panégyrique de saint Joseph, 1er point.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était l’union sans tache la plus respectueuse avec la créature la plus parfaite qui fut jamais, dans le cadre le plus simple, celui d’un pauvre artisan de village. Joseph a ainsi approché plus intimement qu’aucun autre saint de celle qui est Mère de Dieu, de celle qui est aussi la Mère spirituelle de tous les hommes, de lui-même Joseph, de celle qui est Corédemptrice, Médiatrice universelle, distributrice de toutes les grâces. Joseph, à tous ces titres, a aimé Marie de l’amour le plus pur et le plus dévoué ; c’était même un amour théologal, car il aimait la Vierge en Dieu, et pour Dieu, pour toute la gloire qu’elle lui donnait. La beauté de tout l’univers n’était rien à côté de la sublime union de ces deux âmes, union créée par le Très-Haut qui ravissait les anges et réjouissait le Seigneur Lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle fut la mission exceptionnelle de Joseph auprès du Seigneur ? En toute vérité le Verbe de Dieu fait chair lui fut confié, à lui Joseph, plutôt qu’à tout autre juste parmi les hommes de toutes les générations. Si le saint vieillard Siméon a tenu quelques instants l’enfant Jésus et a vu en lui le salut des peuples, « lumen ad revelationem gentium », Joseph a veillé toutes les heures, nuit et jour, sur l’enfance de Notre-Seigneur. Souvent il a tenu en ses mains celui en qui il a vu son Créateur et son Sauveur. II a reçu de lui grâces sur grâces pendant les longues années où il a vécu avec lui dans la plus grande intimité quotidienne. Il l’a vu grandir, il a contribué à son éducation humaine. Jésus lui a été soumis&amp;lt;ref&amp;gt;« Erat subditus illis » (Luc, II, 5).&amp;lt;/ref&amp;gt;. On l’appelle communément le « père nourricier du Sauveur », mais il fut en un sens plus encore, car, comme le note saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. IV Sent., loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;, c’est accidentellement que tel homme devient, après son mariage, « père nourricier » ou « père adoptif » d’un enfant ; tandis que ce n’est point du tout d’une façon accidentelle que Joseph fut chargé de veiller sur Jésus. Il a été créé et mis au monde dans ce but. Ce fut sa prédestination. C’est en vue de cette mission toute divine que la Providence lui avait accordé toutes les grâces reçues depuis son enfance, grâce de piété profonde, de virginité, de prudence, de fidélité parfaite. Surtout, dans les desseins éternels de Dieu, toute la raison d’être de l’union de Joseph avec Marie était la protection et l’éducation du Sauveur, et il reçut de Dieu un coeur de père pour veiller sur l’enfant Jésus. C’est là la mission principale de Joseph, celle en vue de laquelle il a reçu une sainteté proportionnée, proportionnée en un sens, à son rang, au mystère de l’Incarnation, qui domine l’ordre de la grâce et dont les perspectives sont infinies&amp;lt;ref&amp;gt;On peut affirmer que Joseph fut confirmé en grâce dès l’instant de son mariage avec la sainte Vierge. Cf. Dict. Theol., art. cité, c. 1518.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce dernier point a été bien mis en lumière par Mgr Sinibaldi dans son récent ouvrage La Grandezza di San Giuseppe, p. 33-36. Il montre que saint Joseph a été éternellement prédestiné à devenir l’époux de la sainte Vierge, et explique avec saint Thomas la triple convenance de cette prédestination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Docteur angélique l’a établie en se demandant (IIIa, q. 29, a. 1) si le Christ devait naître d’une Vierge ayant contracté un véritable mariage. Il répond qu’il devait en être ainsi, pour le Christ lui-même, pour sa Mère et pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela convenait grandement pour Notre-Seigneur lui-même, pour qu’il ne fût pas considéré, avant l’heure de la manifestation du mystère de sa naissance, comme un fils illégitime, et pour qu’il fût protégé dans son enfance. Pour la Vierge ce n’était pas moins convenable, pour qu’elle ne fût pas considérée comme coupable d’adultère et à ce titre lapidée par les Juifs, comme l’a noté saint Jérôme, aussi pour qu’elle fût protégée elle-même au milieu des difficultés et de la persécution qui allait commencer avec la naissance du Sauveur. Ce fut aussi, ajoute saint Thomas, très convenable pour nous, car nous avons ainsi appris par le témoignage non suspect de Joseph la conception virginale du Christ ; selon l’ordre des choses humaines, ce témoignage appuie admirablement pour nous celui de Marie. Enfin c’était souverainement convenable pour que nous trouvions à la fois en Marie le parfait modèle des Vierges et celui des épouses et mères chrétiennes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s’explique ainsi que, selon plusieurs auteurs, le décret éternel de l’Incarnation, portant sur ce fait tel qu’il devait être réalisé hic et nunc en telles circonstances déterminées, comprenne non seulement Jésus et Marie, mais Joseph lui-même. De toute éternité en effet il était décidé que le Verbe de Dieu fait chair naîtrait miraculeusement de Marie toujours vierge, unie au juste Joseph par les liens d’un véritable mariage. L’exécution de ce décret providentiel est ainsi exprimée en saint Luc, I. 27 : « Missus est Angelus Gabriel a Deo, in civitatem Galileae, cui nomen Nazareth, ad virginem desponsatam viro, cui nomen erat Joseph, de domo David, et nomen Virginis Maria. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Bernard appelle saint Joseph « magni consilii coadjutorem fidelissimum ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi Mgr Sinibaldi, après Suarez et plusieurs autres, affirme, ibid., que le ministère de Joseph confine, en un sens, à son rang, à l’ordre de l’union hypostatique&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. La Grandezza di San Giuseppe, par Mgr Giacomo Sinibaldi, Vescovo titolare di Tiberiade, Segretario della S. Congregazione del Seminari e delle Università, Roma, 1927, p. 36 sq. : « Il ministero di San Giuseppe e l’ordine della Unione ipostatica Per ministero si deve intendere un officio, una funzione, che impone e produce una serie di atti diretti a raggiungere une scopo determinato… Maria è nata per essere la Madre di Dio… Ma lo sposalizio verginale di Maria dipende da Giuseppe… Laonde il ministero di Giuseppe ha une stretto rapporte con la costituzione dell’ordine della Unione ipostatica… Celebrando il sue connubio verginale con Maria, Giuseppe prepara la Madre di Dio, come Dio la vuole ; e in ciò consiste la sua cooperazione nell’attuazione del grande mistero. - Da ciò appare che la cooperazione di Giuseppe non uguaglia quella di Maria. Mentre la cooperazione di Maria è intrinseca, fisica, immediata, quella di Giuseppe è estrinseca, morale, mediata (per Maria) ; ma è vera cooperazione. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Non pas que Joseph ait intrinsèquement coopéré, comme instrument physique de l’Esprit-Saint, à la réalisation du mystère de l’Incarnation ; de ce point de vue son rôle est très inférieur à celui de Marie, Mère de Dieu ; mais enfin il a été prédestiné à être, dans l’ordre des causes morales, le gardien de la virginité et de l’honneur de Marie, en même temps que le protecteur de Jésus enfant. Il faut se garder ici de certaines exagérations qui fausseraient l’expression de ce grand mystère&amp;lt;ref&amp;gt;Toute coopération physique, même instrumentale, est exclue du côté de Joseph ; les paroles du Credo : « conceptus est de Spiritu Sanclo », ont toujours été entendues de solo Spiritu Sancto. Cf. S. Thomam, C. Gentes, l. IV, c. 45.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait citer de nombreux témoignages des Pères, en particulier ceux de saint Ephrem de Syrie que citaient le P. J.-M. Bover, S. J., dans les Ephemerides lheologicae Lovanienses, avril 1928 : « Filius David, Joseph, davidicam sibi desponsavit filiam, ex qua prolem sine semine habuit… Turpe profecto erat Christum ex viri semine procreari, nec honestum, ut idem ex femina titra conjugium nasceretur. Edidit Maria infantem, qui non sub ipsius, sed sub Josephi nomine scriptus est, licet ex hujus semine non derivatus. Ortus est sine Josepho Josephi filius, qui Davidis filius simul et parens exstitit » (édit. de Rome, 1732-1746, syr.-lat. III, 601). Les termes « sine semine », « ex hujus semine non derivatus », « sine Josepho », excluent toute action physique même instrumentale de la part de Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’effet propre du principe générateur est précisément la génération passive. Donc celle-ci ne peut être son effet instrumental, qui doit dépasser sa vertu propre, comme la grâce baptismale dépasse la vertu propre de l’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Ephrem dit encore : « Evangelium illam (Mariam) matrem appellat et non nutricem. Sed et Joseplium quoque patrem vocat, cura nullarn in ea generatione partem haberet… Non appellatio naturam tribuit ; nam et nos crebro patres nuncupamus, non quidem genitores, verum senio conspicuos. Porro ipsi Joseph natura appellationem indidit… : quoniam Virginis et Joseph sponsorum arrhabones, ut hoc nomine vocaretur, effecerunt ; patrem autem, qui non genuerit. » Ibid., grec.-lat. II, 276-277&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même saint Augustin : « Non ergo de semine Joseph Dominus, quamvis hoc putaretur : et tamen pietati et caritati Joseph natus est de Maria virgine filius » (M. L., 38, 351). – La vraie pensée de l’Église est admirablement exprimée par saint François de Sales, sous un symbole qui se trouve déjà chez saint Ephrem (lot. cit., gr.-lat. II, 277) : « Saint Joseph donc fut comme un palmier, lequel ne portant point de fruit, n’est pas toutefois infructueux…, non que saint Joseph eût contribué aucune chose pour ceste sainte et glorieuse production, sinon la seule ombre du mariage, qui empêchait Nostre Dame et glorieuse Maîtresse de toutes sortes de calomnies… » Œuvres de saint François de Sales, t. VI, Annecy, 1895, pp. 354 sq.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; le culte dû à saint Joseph ne dépasse pas spécifiquement celui de dulie rendu aux autres saints, mais tout porte à penser que ce culte de dulie, plus que tous les autres saints, il mérite de le recevoir&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Sinibaldi, op. cit., p. 242 ; Card. Lépicier, op. cit., p. 287&amp;lt;/ref&amp;gt;. C’est ainsi que l’Église, dans ses oraisons, le nomme immédiatement après Marie et avant les Apôtres, par exemple dans l’oraison A cunctis. Si saint Joseph n’est pas nommé dans le Canon de la messe, il a aujourd’hui une préface spéciale, et le mois de mars lui est consacré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Récemment, en un discours prononcé dans la Salle Consistoriale&amp;lt;ref&amp;gt;A l’occasion de la lecture du décret d’héroïcité des vertus de la Vénérable Jeanne-Elisabeth Bichier des Ages.&amp;lt;/ref&amp;gt;, le jour de la fête de saint Joseph, 19 mars 1928, S. S. Pie XI comparait ainsi la vocation de saint Joseph à celle de saint Jean-Baptiste et à celle de saint Pierre : « Fait suggestif, que de voir surgir si voisines et briller, presque contemporaines, certaines figures si magnifiques : saint Jean-Baptiste, qui s’élève du désert avec sa voix tantôt grondante et tantôt suave, comme le lion qui rugit et comme l’ami de l’Époux, qui se réjouit de la gloire de l’Époux, pour offrir enfin à la face du monde la merveilleuse gloire du martyre ; Pierre, qui s’entend dire par le divin Maître ces sublimes paroles, prononcées elles aussi à la face du monde et des siècles : « Tu es Pierre, et sur « cette pierre je bâtirai mon Église ; allez et prêchez au « monde entier », mission grandiose, divinement éclatante. Entre ces deux missions, apparaît celle de saint Joseph, mission recueillie, tacite, presque inaperçue, inconnue, qui ne devait s’illuminer que quelques siècles plus tard, un silence auquel devait succéder sans doute, mais bien longtemps après, un retentissant chant de gloire. Et de fait, là où est plus profond le mystère, plus épaisse la nuit qui le recouvre, plus grand le silence, c’est justement là qu’est plus haute la mission, plus brillant le cortège des vertus requises et des mérites appelés, par une heureuse nécessité, à leur faire écho. Mission unique, très haute, celle de garder le Fils de Dieu, le Roi du monde, la mission de garder la virginité, la sainteté de Marie, la mission unique d’entrer en participation du grand mystère caché aux yeux des siècles et de coopérer ainsi à l’Incarnation et à la Rédemption ! Toute la sainteté de Joseph est précisément dans l’accomplissement, fidèle jusqu’au scrupule, de cette mission si grande et si humble, si haute et si cachée, si splendide et si entourée de ténèbres. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les vertus surnaturelles et les dons de saint Joseph == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont surtout les vertus de la vie cachée et à un degré correspondant à celui de la grâce sanctifiante&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, Ia IIae, q. 66, a. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; : une profonde humilité, une foi pénétrante, qui ne se déconcerte jamais, une espérance inébranlable, par-dessus tout une immense charité, grandissant sans cesse au contact de Jésus, la bonté la plus délicate du pauvre, riche, en sa pauvreté, des plus grands dons de Dieu, des sept dons de l’Esprit-Saint, au même degré que sa charité. Les litanies disent : « Joseph très juste, très chaste, très prudent, très fort, très obéissant, très fidèle, miroir de patience, ami de la pauvreté, modèle des ouvriers, honneur de la vie domestique. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa foi vive fut à certains jours douloureuse à cause de son obscurité, obscurité dans laquelle il pressentait quelque chose de trop grand pour lui : en particulier lorsqu’il ignorait encore le secret de la conception virginale, que l’humilité de Marie tenait caché&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas dit à ce sujet, in IV Sent., dist. 30, q. 2, a. 2, ad 5 : « Joseph noluit Mariam dimittere quasi aliam ducturus vel propter aliquam suspicionem, sed quia timebat tantae sanctitati cohabitare propter reverentiam, unde dictum est ei : Noli timere, Matth., I, 20. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. La parole de Dieu transmise par l’ange fit la lumière, en annonçant la naissance miraculeuse du Sauveur. Joseph aurait pu hésiter à croire une chose si extraordinaire ; il y croit fermement dans la simplicité de son cœur, et cette grâce insigne, loin de l’enorgueillir, le confirme pour toujours dans l’humilité. Pourquoi, se dit-il, à moi Joseph, plutôt qu’à tout autre homme, le Très-Haut a-t-il donné ce trésor infini à garder ? Il voit avec évidence qu’il n’a certes pas pu mériter un pareil don. II comprend toute la gratuité de la prédilection divine à son égard, c’est le bon plaisir souverainement libre, qui est à lui-même sa raison ; en même temps s’éclairent les prophéties, et la foi du charpentier grandit dans des proportions prodigieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant l’obscurité ne tarde pas à reparaître, Joseph doit cheminer à travers les rayons et les ombres. Il était déjà pauvre avant d’être l’objet des prédilections divines, avant d’avoir reçu le secret de Dieu ; il devient plus pauvre encore, remarque Bossuet, lorsque Jésus vient au monde. II n’y a point de place pour le Sauveur dans la dernière des auberges de Bethléem, il faut se retirer dans une étable. Dans la délicatesse de son cœur, Joseph dut souffrir de n’avoir rien à donner à Marie et à son fils. Lorsque Jésus vient dans une âme, disent les saints, il y entre avec sa croix, il la détache de tout pour l’unir à lui. Joseph et Marie le comprirent dès le premier jour, et la prophétie du vieillard Siméon vint confirmer leur pressentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà la persécution commence. Hérode cherche à faire mourir le Messie. Le chef de la sainte Famille, averti par un ange, est contraint de fuir en Égypte avec Marie et l’enfant Jésus. Pauvre artisan, sans autre ressource que son travail, il part pour ce pays lointain, où nul ne le connaît ; il part, fort de sa foi en la parole de Dieu transmise par l’ange. C’est là sa mission : il doit cacher Notre Seigneur, le soustraire aux persécuteurs, et il ne reviendra à Nazareth que lorsque le danger aura disparu. Joseph est le ministre et le protecteur de la vie cachée de Jésus, comme les apôtres sont les ministres de sa vie publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cette vie cachée, au milieu même des épreuves, la nuit obscure de la foi s’éclaire à la lumière toujours plus radieuse et plus douce, qui vient de la sainte âme du Verbe fait chair. De retour à Nazareth, pendant les années qu’y vécut la sainte Famille, le recueillement et le silence ont régné dans la petite maison du charpentier, véritable sanctuaire, plus sacré que le saint des saints du temple de Jérusalem. C’était un silence plein de douceur, la contemplation toute aimante du mystère infini de Dieu venu parmi nous et encore ignoré de tous. De temps en temps quelques paroles traduisaient l’état profond des âmes ; mais dans cette atmosphère d’innocence et d’amour les âmes étaient transparentes l’une à l’autre et se comprenaient d’un regard sans avoir besoin de paroles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la contemplation de la bienheureuse Vierge, y en eut-il ici-bas de plus simple et de plus aimante que celle de l’humble charpentier, lorsqu’il regardait Jésus ? Par grâce il avait reçu pour lui les sentiments du père protecteur le plus dévoué et le plus délicat, et il était aimé par Jésus, enfant et adolescent, avec une tendresse, une reconnaissance et une force qui ne se peuvent trouver que dans le cœur même de Dieu. Un regard de Joseph sur Jésus rappelait à l’humble artisan le mystère de Bethléem, l’exil d’Égypte, le grand mystère du salut du monde. L’action incessante du Verbe de Dieu fait chair sur Joseph était l’action créatrice, qui conserve la vie après l’avoir donnée : « amor Dei infundens et creans bonitatem in rebus&amp;lt;ref&amp;gt;S. Thomas, Ia q. 20, a. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; », l’action surnaturelle, féconde en grâces toujours nouvelles. Impossible de trouver plus de grandeur en une si parfaite simplicité. Comme dans le prophète Joseph de l’Ancien Testament, Joseph vendu par ses frères et figure du Christ, c’était la plus haute contemplation dans les formes les plus simples, la contemplation divine, toute pénétrée du pur amour de charité. Il portait en son cœur le secret le plus grand, celui de l’Incarnation rédemptrice ; l’heure n’était pas encore venue de le révéler. Les Juifs n’auraient pas compris, n’y auraient pas cru ; beaucoup d’entre eux attendaient un Messie temporel couvert de gloire, et non un Messie pauvre et souffrant pour nous. La présence de Joseph voilait ce mystère : on appelait Jésus le fils du charpentier. Le pauvre artisan avait dans sa maison le Verbe de Dieu fait chair, il possédait le Désiré des nations, annoncé par les prophètes, et il n’en disait mot. Il était témoin de ce mystère, et il le goûtait en secret en se taisant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette contemplation très aimante était très douce pour Joseph, mais elle lui demandait aussi la plus grande abnégation, abnégation qui allait jusqu’au plus douloureux sacrifice, lorsqu’il se rappelait ces paroles de Siméon : « Cet enfant sera un signe en butte à la contradiction », et celles dites à Marie : « et vous un glaive vous transpercera la poitrine ». L’acceptation du mystère de la Rédemption par la souffrance apparaissait à Joseph comme la consommation douloureuse du mystère de l’Incarnation, et il avait besoin de toute la générosité de son amour pour offrir à Dieu, en sacrifice suprême, l’enfant Jésus et sa sainte Mère, qu’il aimait incomparablement plus que sa propre vie. Il n’a pas offert le sacrifice eucharistique, mais il a souvent offert l’enfant Jésus à son Père pour nous. Comme le dit l’abbé Sauvé, « ne voyant que la volonté de Dieu, saint Joseph reçoit d’elle, avec la même simplicité, et les joies les plus profondes et les épreuves les plus cruelles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A peine pouvons-nous soupçonner ce que furent en l’âme de Joseph les progrès admirables de la foi, de la contemplation et de l’amour. Autant l’humble charpentier a eu une vie cachée sur la terre, autant il est glorifié dans le ciel. Celui à qui le Verbe de Dieu a obéi ici-bas conserve au ciel sur le cœur sacré de Jésus une puissance d’intercession incomparable. Comme il veillait sur la maison de Nazareth, il veille aujourd’hui sur les foyers chrétiens, sur les communautés religieuses, sur les vierges consacrées à Dieu, il est leur guide, dit sainte Thérèse, dans les voies de l’oraison ; il est aussi, comme le disent les litanies, la consolation des malheureux, l’espoir des malades, le soutien des mourants, la terreur des démons, le Protecteur de la sainte Église, grande famille de Notre-Seigneur. Demandons-lui de nous faire connaître le prix de la vie cachée, la splendeur des mystères du Christ, et l’infinie bonté de Dieu, telle qu’il l’a vue lui-même dans l’Incarnation rédemptrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome. Angelico.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
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		<title>La Prééminence de saint Joseph sur tout autre saint</title>
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				<updated>2011-03-25T08:46:53Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : Page créée avec « {{Infobox Texte  | thème                         = Vies de saints  | auteur                        = Abbé A. Michel  | source                        = In La Vie Spirituelle... »&lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
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 | auteur                        = Abbé A. Michel&lt;br /&gt;
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 | difficulté de lecture         = ♦ Facile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;cite&amp;gt;« Qui minor est inter vos, hic major est :&lt;br /&gt;
 Celui d’entre vous qui est le petit, c’est celui-là qui est le plus grand. »&lt;br /&gt;
(Luc., ix, 48.)&amp;lt;/cite&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine selon laquelle saint Joseph, après Marie, a été et est toujours plus uni à Notre-Seigneur que tout autre saint tend à devenir de plus en plus une doctrine communément reçue dans l’Église. Elle ne craint pas de déclarer l’humble charpentier supérieur en grâce et en béatitude aux Patriarches, à Moïse, le plus grand des prophètes, à saint Jean-Baptiste, et aussi aux Apôtres, à saint Pierre, à saint Jean, à saint Paul, à plus forte raison supérieur en sainteté aux plus grands martyrs et aux plus grands docteurs de l’Église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette doctrine a été enseignée par Gerson&amp;lt;ref&amp;gt;Sermo in nativitatem Virginis Mariae, IVe Consideratio.&amp;lt;/ref&amp;gt;, par saint Bernardin de Sienne&amp;lt;ref&amp;gt;Sermo I de S. Joseph, c. 3, Opera, Lyon, 1650, t. IV, p. 254.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle devient de plus en plus courante à partir du XVIe siècle : elle est admise par sainte Thérèse, par saint François de Sales, par Suarez&amp;lt;ref&amp;gt;In Summam S. Thomae, IIIa, q. 29, disp. 8, sect. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;, plus tard par saint Alphonse de Liguori et beaucoup d’autres&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Isidore ISOLANI, O. P., Summa de donis S. Joseph, nouv. édit. du P. Berthier, Rome, 1807 ; – Ch. SAUVÉ, Saint Joseph intime, Paris, 1920 ; – Cardinal LÉPICIER, Tractatus de Sancto Joseph, Paris, s. d. (1908) ; – article Saint Joseph de M. A. Michel, dans le Dictionnaire de Théologie catholique ; surtout Mgr SENIRALDI, La Grandezza di San Giuseppe, Rome, 1937, p. 36 sq.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Enfin S. S. Léon XIII, dans l’encyclique Quanquam pluries, a écrit : « Certes, la dignité de Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au dessus. Mais comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les autres créatures. L’union conjugale est en effet la plus grande de toutes ; à raison de sa nature même, elle s’accompagne de la communication réciproque des biens des deux époux. Si donc Dieu a donné à la Vierge Joseph comme époux, bien certainement il ne le lui a pas seulement donné comme soutien dans la vie, comme témoin de sa virginité, gardien de son honneur, mais il l’a fait aussi participer par le lien conjugal à l’éminente dignité qu’elle avait reçue&amp;lt;ref&amp;gt;Epist. encyclica Quamquam pluries, 15 Aug. 1899 : « Certe matris Dei tam in excelso dignitas est, ut nihil fieri majus queat. Sed tamen quia intercessit Josepho cum Virgine beatissima maritale vinculum, ad illam praestantissimam dignitatem, qua naturis creatis omnibus longissime Deipara antecellit, non est dubium quia accesserit ipse, ut nemo magis. Est enim conjugium societas necessitudoque omnium maxima, quae natura sua adjunctam habet bonorum unius cum altero communicationem. Quocirca si sponsum Virgini Deus Josephum dedit, dedit profecto non modo vitae socium, virginitatis testem, tutorem honestatis, sed etiam excelsae dignitatis ejus ipso conjugali foedere participem. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. » – De ce que par cette dignité Marie « surpasse toutes les autres créatures », comme il vient d’être dit en cette Encyclique, s’ensuit-il que la prééminence de Joseph doive s’entendre non seulement sur tous les autres saints, mais encore sur les anges ? On ne saurait l’affirmer avec certitude. Contentons-nous d’exprimer la doctrine de plus en plus reçue dans l’Église en disant : De tous les saints, Joseph est le plus élevé au ciel après Jésus et Marie, il est parmi les anges et les archanges. Sa mission à l’égard de la sainte Famille a fait de lui le Patron de l’Eglise universelle, son protecteur et défenseur ; à lui, en un sens, est particulièrement confiée la multitude des chrétiens dans toutes les générations qui se succèdent, comme le montrent les belles litanies qui résument ses prérogatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions rappeler ici le principe sur lequel repose cette doctrine, de plus en plus admise depuis cinq siècles, de la prééminence de saint Joseph sur tout autre saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une mission divine exceptionnelle requiert une sainteté proportionnée ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe général par lequel la théologie, expliquant la révélation, montre quelle devait être, dès ici-bas, la plénitude de grâce créée en la sainte âme du Sauveur, quelle devait être la sainteté de Marie et aussi la foi des Apôtres, repose sur la mission divine exceptionnelle qu’ils avaient reçue, mission qui demandait une sainteté proportionnée. Il y a quelque chose de semblable pour saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les œuvres de Dieu sont parfaites, surtout celles qui relèvent immédiatement et exclusivement de Lui ; on ne saurait trouver en elles de désordre, de disproportion. Il en fut ainsi de l’œuvre divine dans son ensemble, au jour de la création&amp;lt;ref&amp;gt;Cf, S. Thomas, Ia, q. 94, a. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il en est encore ainsi des grands serviteurs de Dieu, exceptionnellement et immédiatement suscités par lui pour restaurer l’œuvre divine troublée par le péché. « Creavit Deus hominem ad imaginem suam » (Gen., I, 27). « Proposuitin dispensatione plenitudinis temporum, instaurare omnia in Christo » (Ephes., I, 10).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On saisit mieux la vérité et l’importance de ce principe révélé et de soi évident, en considérant par contraste ce qui arrive trop souvent dans la direction des choses humaines. Il n’est pas rare que des incapables et des imprévoyants y occupent de très hautes fonctions, au grand détriment de ceux qu’ils gouvernent. Ce serait même à certaines heures singulièrement irritant, si l’on ne pensait que le Seigneur compense ces choses par les actes souvent héroïques de la sainteté cachée, et si l’on ne se rappelait que chacun de nous doit faire son mea culpa au sujet de ses négligences dans l’exercice des charges ou emplois qui nous sont confiés. Ces manquements sont si fréquents, qu’on finit par n’y plus prendre garde. Mais enfin le désordre est le désordre, l’insuffisance est l’insuffisance, et il ne saurait se trouver rien de pareil en ceux qui sont immédiatement choisis par Dieu lui-même, et préparés directement par lui, pour être ses ministres exceptionnels dans l’œuvre de la rédemption. Le Seigneur leur donne une sainteté proportionnée, car il opère tout avec mesure, et le désordre ou la disproportion ne sauraient se trouver dans les œuvres proprement divines, dont lui seul est l’auteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi surtout que la sainte âme de Jésus a reçu, dès le premier instant de sa création, la plénitude absolue de grâce, parce qu’elle était unie aussi intimement que possible au Verbe de Dieu, source de toute vie surnaturelle, et parce qu’elle devait nous communiquer cette vie divine par la lumière de l’Évangile, et par les mérites infinis du sacrifice de la Croix : « De plenitudine ejus nos omnes accepimus… Deum nemo vidit unquam ; unigenitus Filius, qui est in sinu Patris, ipse enarravit » (Joan., I, 16-18). Saint Thomas voit dans ce texte de l’Évangile et en d’autres semblables non seulement la plénitude de grâce, mais la gloire ou la vision béatifique dont jouissait dès ici-bas le Sauveur, pour nous conduire, comme le Maître des maîtres, vers la vie éternelle&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 7, a. 9 : « Christus habuit gratiae plenitudinem… quia habuit eam in summo, secundumn perfectissimum modum quo haberi potest. Et hoc quidem apparet primo ex propinquitate animae Christi ad causam gratiae. Dictum est enim (a. 1) quod quanto aliquod receptivum propinquius est causae influenti, tanto abundantius recipit. Et ideo Christi anima, quae propinquius conjungitur Deo inter omnes creaturas rationales, maximam recipit influentiam gratiae ejus. Secundo ex comparatione ejus ad effectum. Sic enim recipiebat anima Christi gratiam, ut ex ea quodammodo transfunderetur in alios… Conferebatur ei gratia, tanquam cuidam universali principio in genere habentium gratiam. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IIIa, q. 9, a. 2 : « Illud quod est in potentia, reducitur in actum per id quod est in actu, oportet enim esse calidum id per quod alia calefiunt. Homo autem est in potentia ad scientiam beatorum quae in Dei visione consistit et ad eam ordinatur sicut ad finem… Ad hunc autem finem beatitudinis homines reducuntur per Christi humanitatem… Et ideo oportuit quod cognitio beata, in Dei visione consistens, excellentissime Christo homini conveniret : quia semper causam oportet esse potiorem causato. » Maître de toute l’humanité pour les choses de la vie éternelle, Jésus-Christ devait non pas seulement croire, mais voir le but suprême vers lequel il devait nous conduire.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vertu du même principe, Marie, pour être la digne Mère de Dieu, devait être a pleine de grâce » (Luc, I, 28), préservée du péché originel, associée à toutes les souffrances et à toutes les gloires de Jésus. De par sa mission unique au monde de Mère de Dieu, elle devait approcher plus intimement que personne le Verbe de Dieu fait chair, dans les deux grands mystères de l’Incarnation et de la Rédemption. Plus près de la source de toute grâce, elle devait recevoir plus qu’aucune autre créature grâce sur grâce, plus que tous les saints et tous les anges&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 27, a. 5 : « Quanto aliquid magis appropinquat principio in quolibet genere, tanto magis participat effectum illius principii… Christus autem est principium gratiae, secundum divinitatem quidem auctoritative, secundum humanitatem vero instrumentaliter… Beata autem Virgo Maria propinquissima fuit Christo secundum humanitatem, quia ex ea accepit humanam naturam. Et ideo prae caeteris majorem debuit a Christo gratiae plenitudinem obtinere. » – Ibid., ad 3 : « non est dubitandum, quin B. Virgo acceperit excellenter donum sapientiae et gratiam virtutum et etiam gratiam prophetiae… secundum quod conveniebat conditioni ipsius. »&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est enfin pour la même raison que la théologie enseigne que les Apôtres, étant plus près de Notre-Seigneur que les saints venus dans la suite, ont plus parfaitement connu les mystères de la foi&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. IIa IIae, q. 1, a. 7, ad 4 : « Illi qui fuerunt propinquiores Christo, vel ante, sicut Joannes Baptista, vel post, sicut Apostoli, plenius mysteria fidei cognoverunt. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aux yeux de saint Thomas, il serait téméraire de le nier, mais il compare seulement les Apôtres aux saints venus après eux, et non pas à saint Joseph, ni à saint Jean-Baptiste&amp;lt;ref&amp;gt;In Ep. ad Rom., VIII, 23, circa haec verba : « Nos ipsi primitias Spiritus habentes » : « Spiritum Sanctum et tempore prius et caeteris abundantius Apostoli habuerunt. » Item in Ep. ad Ephes., IV, 11, circa haec verba : « Et ipse dedit quosdam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, alios vero evangelistas, alios autem pastores et doctores. »&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or la mission de Joseph n’a-t-elle pas été supérieure à celle des Apôtres, supérieure aussi à celle du Précurseur ? Sa vocation n’est-elle pas unique au monde comme celle de Marie ? Et en vue de sa destinée exceptionnelle, n’a-t-il pas approché davantage de la source de toute grâce, n’a-t-il pas été uni plus intimement à Notre-Seigneur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La mission tout exceptionnelle de Joseph == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Jean-Baptiste était chargé d’annoncer la venue immédiate du Messie. On peut dire dès lors qu’il fut le plus grand précurseur de Jésus dans l’Ancien Testament. C’est ainsi que saint Thomas entend la parole de Jésus en saint Matthieu, XI, 11 : « En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste&amp;lt;ref&amp;gt;S. Thoams, In Mattheum, XI, 11, écrit : « Si (Joannes Baptista) dicitur major omnibus patribus veteris Testamenti, non est inconveniens. Ille enim major et excellentior est, qui ad maius officium est assumptus : Abraham enim major est inter patres quoad probationem fidei : Moyses vero quoad officium prophetiae, ut habetur in Deut., XXXIV, 10 : « Non surrexit propheta ultra in Israel sicut Moyses. » Omnes isti praecursores Domini fuerunt ; nullus autem fuit in tanta excellentia et favore ; ideo ad majus officium est assumptus. Cf. Luc, I, 15 : « Erit enim magnus coram Domino. » Il est le précurseur par excellence parmi tous les saints de l’Ancien Testament, cela suffit à expliquer que, dans les Litanies des Saints, il vienne immédiatement après Marie et les Anges. Il clôt l’Ancien Testament et annonce le Nouveau. Voir en faveur de cette interprétation du texte de saint Matthieu, XI, 11, Lagrange, Évangile selon S. Matt., p. 222 ; Évan. selon S. Luc, P. 221 ; Knabenbauer, Evangelium secundum Mattheum, t. 1, p. 429-431.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais Notre-Seigneur ajoute aussitôt : « Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. » Le royaume des cieux, c’est l’Église de la terre et du ciel : c’est le Nouveau Testament, plus parfait comme état que l’Ancien, quoique certains justes de l’Ancien aient été plus saints que beaucoup du Nouveau&amp;lt;ref&amp;gt;S. Thomas, In Mattheum, XI, 11, dit à ce sujet : « Potest haec locutio « qui autem minor est in regno coelorum, major est illo » exponi tripliciter. – Primo, ut per regnum coelorum ordo beatorum intelligatur : et qui inter illos est minor, major est quolibet viatore… Et hoc verum est intelligendo de majoritate actuali : actu enim major est qui comprehensor est. Secus de majoritate virtuali, sicut una parva herba major dicitur virtute, licet alia major sit quantitale. – Aliter potest exponi, ita quod per regnum coelorum praesens Ecclesia designetur : et hoc est, quod minor non dicitur universaliter, sed minor tempore… Unde ille qui minor est, major est illo. – Vel aliter potest exponi, quod aliquis dicitur rnajor dupliciter : vel quantum ad meritum, et sic multi Patriarchae sunt majores aliquibus novi Testamenti…, aut comparando statum ad statum, sicut virgines meliores sunt conjugatis ; non tamen quaelibet virgo melior quolibet conjugale. » Indépendamment du mérite personnel des différents serviteurs de Dieu, le Nouveau Testament, tel surtout qu’il s’épanouit dans la gloire, est évidemment comme état spirituel plus parfait que l’Ancien. Or saint Jean Baptiste est aux confins des deux. - voir sur ce point les exégètes cités à la note précédente, et l’article de M. A. Michel sur saint Joseph, dans le Dictionnaire de Théologie catholique, col. 1515, où ces références sont indiquées avec plusieurs autres, par ex. Fillion, Évangile selon S. Matthieu, p. 222, et D. Busy, Saint Jean Baptiste, Paris, 1922, part. 3, c. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et qui dans l’Église est le plus petit ? Paroles mystérieuses, qui ont été diversement interprétées. Elles font penser à celles-ci prononcées plus tard par Jésus : « Celui d’entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est le plus grand » (Luc., IX, 48). Le plus petit, c’est-à-dire le plus humble, le serviteur de tous&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. Luc, XXII, 26 : « Sed qui major est in vobis, fiat sicut minor ; et qui praecessor est, sicut ministrator. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, c’est, de par la connexion et la proportion des vertus, celui qui a la plus haute charité&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, Ia IIae, q. 66, a. 2 : « Omnes virtutes unius hominis sunt aequales quadam aequalitate proportionis, in quantum aequaliter crescunt in homine ; sicut digiti manus sunt inaequales secundum quantitatem, seul sunt aequales secundum proportionem, cum proportionaliter augeantur. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et qui dans l’Église est le plus humble ? Celui qui ne fut ni Apôtre, ni Évangéliste, ni martyr extérieurement du moins, ni pontife, ni prêtre, ni docteur, mais qui connut et aima le Christ Jésus non moins certes que les apôtres, que les évangélistes, que les martyrs, que les pontifes et les docteurs, l’humble artisan de Nazareth, l’humble Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Apôtres étaient appelés à faire connaître aux hommes le Sauveur, à leur prêcher l’Évangile pour les sauver. Leur mission, comme celle de saint Jean-Baptiste, est de l’ordre de la grâce nécessaire à tous pour le salut. Nais il y a un ordre supérieur encore à celui de la grâce. C’est celui constitué par le mystère même de l’Incarnation, l’ordre de l’union hypostatique ou personnelle de l’Humanité de Jésus au Verbe même de Dieu. A cet ordre supérieur confine la mission unique de Marie, la maternité divine, et aussi, en un sens, la mission cachée de Joseph. Cette raison a été exposée sous diverses formes par saint Bernard&amp;lt;ref&amp;gt;S. Bernardus, Homil. 2, super Missus est, prope finem : « Fidelis, inquam, servus et prudens, quem constituit Dominus suae Matris solatium, suae carnis nutritium, solum denique in terris magni consilii coadjutorem fidelissimum. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, par saint Bernardin de Sienne&amp;lt;ref&amp;gt;S. Bernardinus Senensis, serm. 1 de S. Joseph : « Omnium singularium gratiarum, alicui rationabili creaturae communicatarum, generalis regula est : quod quandocumque divina gratia eligit aliquem ad aliquam gratiam singularem, seu ad aliquem sublimera statum, omnia charismata donet, quae illi personae sic electae et ejus officio necessariae sunt atque illam copiose decorant. Quod maxime verificatum est in sancto Joseph, putativo Patre Domini nostri Jesu Christi, et vero Sponso Beginae mundi et Dominae aagelorum, qui ab aeterno electus et fidelis nutritius atque custos principalium thesaurorum suorum scilicet Filii ejus et Sponsae suae : quod officium fidelissime prosecutus est… Si compares eum ad totam Ecclesiam Christi, nonne iste est homo electus et specialis, per quem et sub quo Christus est ordinale et honeste introductus in mundum ? Si ergo Virgini Matri tota Ecclesia sancta debitrix est, quia per eam Christum suscipere digna facta est ; sic profecto, post eam, huic debet gratiam et reverentiam singularem… Omnibus electis Panem de coelo, qui coelestem vitam tribuit, cura multa solertia enutrivit. »&amp;lt;/ref&amp;gt;, par le dominicain Isidore de Isolanis&amp;lt;ref&amp;gt;En 1522 Isidore de Isolanis, O. P., dans l’ouvrage très loué par Benoît XIV : Summa de donis sancti Joseph, a écrit, Pars IIIa, cap. XVIII « Sunt quatuor proprietates apostolicae dignitalis : annunciatio (Matthaei ultimo : Euntes praedicate Evangelium omni creaturae), illuminatio (Matthaei, 5 : Vos estis lux mundi), reconciliatio (Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis. Marci, ultimo), et per Spiritum Sanctum locutio (Jean., 15 : Non vos estis qui loquimini, sed Spiritus Patris mei qui loquitur in vobis). Hae autem proprietates dignissimae sunt, quia sunt immediate a et sub et propter Christum. - Proprietates vero sancti Joseph fuere desponsatio Reginae coelorum, nominatio patris Regis angelorum, defensio Messiae promissi in Lege Judoeorum, educatio Salvatoris omnium. Et hae proprietates sunt immediate super, ad et propter Christum. Quisquis ergo ingenio pollens, rerum divinarum praemissa veritate discurre, argue, conclude ab apostolicae comparatione majestatis ad coelestem Joseph dignitatem, quanta sit illius praestantia, dignitas, sanctitudo, ac virtutum inexplicabilis perfectio. Accede ad cor altum et non deprimetur aut humilior erit apud te majestas apostolici culminis ; sed exaltabitur Deus in latentibus donis patris sui putativi Joseph. » – Cf. ibid., cap. XVII : De dono plenitudinis gratiae (in S. Joseph), et Ia Pars, cap. IV : De donis admirabilium virtutum cognitarum in sancto Joseph propter conjugium beatissimae Virginis ; – cap. V : De dono praestantissimae justitiae ; – cap. IX : De dono privilegii amoris quo Joseph dilectus fuit a beata Virgine super caeteros mortales.&amp;lt;/ref&amp;gt;, par Suarez&amp;lt;ref&amp;gt;SUAREZ, in Summam Theologicam, III, q. 29, disp. VIII, sect. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt; et par plusieurs auteurs récents&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Sinibaldi, op. cit., p.36 sq., où l’argument relatif à l’ordre d’union hypostatique est admirablement développé et précisé.&amp;lt;/ref&amp;gt;. C’est ce que Bossuet exprime admirablement dans le premier panégyrique de ce grand saint (3e point) lorsqu’il nous dit : « Entre toutes les vocations, j’en remarque deux, dans les Écritures, qui semblent directement opposées : la première, celle des Apôtres, la seconde, celle de Joseph. Jésus est révélé aux Apôtres, pour l’annoncer par tout l’univers ; Il est révélé à Joseph pour le taire et pour le cacher. Les Apôtres sont des lumières, pour faire voir Jésus-Christ au monde. Joseph est un voile pour le couvrir ; et sous ce voile mystérieux on nous cache la virginité de Marie et la grandeur du Sauveur des âmes. Celui qui glorifie les Apôtres par l’honneur de la prédication glorifie Joseph par l’humilité du silence. » L’heure de la manifestation du mystère de Noël n’est pas en effet encore venue ; cette heure doit être préparée par trente ans de vie cachée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La perfection consiste à faire ce que Dieu veut, chacun selon sa vocation, mais la vocation tout exceptionnelle de Joseph ne dépasse-t-elle pas dans le silence et l’obscurité celle même des plus grands Apôtres, ne touche-t-elle pas de plus près au mystère de l’Incarnation rédemptrice ? Joseph après Marie ne fut-il pas plus rapproché que personne de l’Auteur même de la grâce ? S’il en fut ainsi, il reçut dans le silence de Bethléem, pendant le séjour en Égypte et dans la petite maison de Nazareth, plus de grâces que n’en recevra jamais aucun saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle fut sa mission spéciale par rapport à Marie ? Elle consista surtout à préserver la virginité et l’honneur de Marie, en contractant avec la future Mère de Dieu un mariage véritable, mais absolument saint. Comme le rapporte l’Évangile de saint Matthieu, I, 20 : L’ange du Seigneur qui apparut en songe à Joseph lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie, ton épouse ; car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit. » Marie est bien son épouse. II s’agit d’un mariage véritable&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 29, a. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais tout céleste, et il devait avoir une fécondité toute divine&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, in IV Sent., dist. 30, q. 2, a. 2, ad 4 : « Proles non dicitur bonum matrimonii, solum in quantum per matrimonium generatur, sed in quantum in matrimonio suscipitur et educatur, et sic bonum illius matrimonii fuit proles illa, et non primo modo. Nec tamen de adulterio natus, nec filius adoptivus qui in matrimonio educatur, est bonum matrirnonii, quia matrimonium non ordinatur ad educationem illorum, sicut hoc rnatrinionium (Mariae et Joseph) fuit ad hoc ordinatam specialiter quod proles illa susciperetur in eo et educaretur. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. La plénitude initiale de grâce donnée à la Vierge en vue de la maternité divine appelait en un sens le mystère de l’Incarnation&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, IIIa, q. 2, a. 11, ad 3 : « Beata Virgo… meruit ex gratia sibi data illum puritatis et sanctitatis gradum ut congrue posset esse mater Dei. » – Ibid. : « Ex congruo meruerunt sancti Patres (Veteris Test.) incarnationem, desiderando et petendo. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Comme le dit Bossuet : « C’est la virginité de Marie qui a attiré Jésus du ciel. Si c’est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d’assurer que Joseph a sa part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph&amp;lt;ref&amp;gt;Premier Panégyrique de saint Joseph, 1er point.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était l’union sans tache la plus respectueuse avec la créature la plus parfaite qui fut jamais, dans le cadre le plus simple, celui d’un pauvre artisan de village. Joseph a ainsi approché plus intimement qu’aucun autre saint de celle qui est Mère de Dieu, de celle qui est aussi la Mère spirituelle de tous les hommes, de lui-même Joseph, de celle qui est Corédemptrice, Médiatrice universelle, distributrice de toutes les grâces. Joseph, à tous ces titres, a aimé Marie de l’amour le plus pur et le plus dévoué ; c’était même un amour théologal, car il aimait la Vierge en Dieu, et pour Dieu, pour toute la gloire qu’elle lui donnait. La beauté de tout l’univers n’était rien à côté de la sublime union de ces deux âmes, union créée par le Très-Haut qui ravissait les anges et réjouissait le Seigneur Lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle fut la mission exceptionnelle de Joseph auprès du Seigneur ? En toute vérité le Verbe de Dieu fait chair lui fut confié, à lui Joseph, plutôt qu’à tout autre juste parmi les hommes de toutes les générations. Si le saint vieillard Siméon a tenu quelques instants l’enfant Jésus et a vu en lui le salut des peuples, « lumen ad revelationem gentium », Joseph a veillé toutes les heures, nuit et jour, sur l’enfance de Notre-Seigneur. Souvent il a tenu en ses mains celui en qui il a vu son Créateur et son Sauveur. II a reçu de lui grâces sur grâces pendant les longues années où il a vécu avec lui dans la plus grande intimité quotidienne. Il l’a vu grandir, il a contribué à son éducation humaine. Jésus lui a été soumis&amp;lt;ref&amp;gt;« Erat subditus illis » (Luc, II, 5).&amp;lt;/ref&amp;gt;. On l’appelle communément le « père nourricier du Sauveur », mais il fut en un sens plus encore, car, comme le note saint Thomas&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. IV Sent., loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;, c’est accidentellement que tel homme devient, après son mariage, « père nourricier » ou « père adoptif » d’un enfant ; tandis que ce n’est point du tout d’une façon accidentelle que Joseph fut chargé de veiller sur Jésus. Il a été créé et mis au monde dans ce but. Ce fut sa prédestination. C’est en vue de cette mission toute divine que la Providence lui avait accordé toutes les grâces reçues depuis son enfance, grâce de piété profonde, de virginité, de prudence, de fidélité parfaite. Surtout, dans les desseins éternels de Dieu, toute la raison d’être de l’union de Joseph avec Marie était la protection et l’éducation du Sauveur, et il reçut de Dieu un coeur de père pour veiller sur l’enfant Jésus. C’est là la mission principale de Joseph, celle en vue de laquelle il a reçu une sainteté proportionnée, proportionnée en un sens, à son rang, au mystère de l’Incarnation, qui domine l’ordre de la grâce et dont les perspectives sont infinies&amp;lt;ref&amp;gt;On peut affirmer que Joseph fut confirmé en grâce dès l’instant de son mariage avec la sainte Vierge. Cf. Dict. Theol., art. cité, c. 1518.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce dernier point a été bien mis en lumière par Mgr Sinibaldi dans son récent ouvrage La Grandezza di San Giuseppe, p. 33-36. Il montre que saint Joseph a été éternellement prédestiné à devenir l’époux de la sainte Vierge, et explique avec saint Thomas la triple convenance de cette prédestination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Docteur angélique l’a établie en se demandant (IIIa, q. 29, a. 1) si le Christ devait naître d’une Vierge ayant contracté un véritable mariage. Il répond qu’il devait en être ainsi, pour le Christ lui-même, pour sa Mère et pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela convenait grandement pour Notre-Seigneur lui-même, pour qu’il ne fût pas considéré, avant l’heure de la manifestation du mystère de sa naissance, comme un fils illégitime, et pour qu’il fût protégé dans son enfance. Pour la Vierge ce n’était pas moins convenable, pour qu’elle ne fût pas considérée comme coupable d’adultère et à ce titre lapidée par les Juifs, comme l’a noté saint Jérôme, aussi pour qu’elle fût protégée elle-même au milieu des difficultés et de la persécution qui allait commencer avec la naissance du Sauveur. Ce fut aussi, ajoute saint Thomas, très convenable pour nous, car nous avons ainsi appris par le témoignage non suspect de Joseph la conception virginale du Christ ; selon l’ordre des choses humaines, ce témoignage appuie admirablement pour nous celui de Marie. Enfin c’était souverainement convenable pour que nous trouvions à la fois en Marie le parfait modèle des Vierges et celui des épouses et mères chrétiennes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On s’explique ainsi que, selon plusieurs auteurs, le décret éternel de l’Incarnation, portant sur ce fait tel qu’il devait être réalisé hic et nunc en telles circonstances déterminées, comprenne non seulement Jésus et Marie, mais Joseph lui-même. De toute éternité en effet il était décidé que le Verbe de Dieu fait chair naîtrait miraculeusement de Marie toujours vierge, unie au juste Joseph par les liens d’un véritable mariage. L’exécution de ce décret providentiel est ainsi exprimée en saint Luc, I. 27 : « Missus est Angelus Gabriel a Deo, in civitatem Galileae, cui nomen Nazareth, ad virginem desponsatam viro, cui nomen erat Joseph, de domo David, et nomen Virginis Maria. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Bernard appelle saint Joseph « magni consilii coadjutorem fidelissimum ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi Mgr Sinibaldi, après Suarez et plusieurs autres, affirme, ibid., que le ministère de Joseph confine, en un sens, à son rang, à l’ordre de l’union hypostatique&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. La Grandezza di San Giuseppe, par Mgr Giacomo Sinibaldi, Vescovo titolare di Tiberiade, Segretario della S. Congregazione del Seminari e delle Università, Roma, 1927, p. 36 sq. : « Il ministero di San Giuseppe e l’ordine della Unione ipostatica Per ministero si deve intendere un officio, una funzione, che impone e produce una serie di atti diretti a raggiungere une scopo determinato… Maria è nata per essere la Madre di Dio… Ma lo sposalizio verginale di Maria dipende da Giuseppe… Laonde il ministero di Giuseppe ha une stretto rapporte con la costituzione dell’ordine della Unione ipostatica… Celebrando il sue connubio verginale con Maria, Giuseppe prepara la Madre di Dio, come Dio la vuole ; e in ciò consiste la sua cooperazione nell’attuazione del grande mistero. - Da ciò appare che la cooperazione di Giuseppe non uguaglia quella di Maria. Mentre la cooperazione di Maria è intrinseca, fisica, immediata, quella di Giuseppe è estrinseca, morale, mediata (per Maria) ; ma è vera cooperazione. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. Non pas que Joseph ait intrinsèquement coopéré, comme instrument physique de l’Esprit-Saint, à la réalisation du mystère de l’Incarnation ; de ce point de vue son rôle est très inférieur à celui de Marie, Mère de Dieu ; mais enfin il a été prédestiné à être, dans l’ordre des causes morales, le gardien de la virginité et de l’honneur de Marie, en même temps que le protecteur de Jésus enfant. Il faut se garder ici de certaines exagérations qui fausseraient l’expression de ce grand mystère&amp;lt;ref&amp;gt;Toute coopération physique, même instrumentale, est exclue du côté de Joseph ; les paroles du Credo : « conceptus est de Spiritu Sanclo », ont toujours été entendues de solo Spiritu Sancto. Cf. S. Thomam, C. Gentes, l. IV, c. 45.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait citer de nombreux témoignages des Pères, en particulier ceux de saint Ephrem de Syrie que citaient le P. J.-M. Bover, S. J., dans les Ephemerides lheologicae Lovanienses, avril 1928 : « Filius David, Joseph, davidicam sibi desponsavit filiam, ex qua prolem sine semine habuit… Turpe profecto erat Christum ex viri semine procreari, nec honestum, ut idem ex femina titra conjugium nasceretur. Edidit Maria infantem, qui non sub ipsius, sed sub Josephi nomine scriptus est, licet ex hujus semine non derivatus. Ortus est sine Josepho Josephi filius, qui Davidis filius simul et parens exstitit » (édit. de Rome, 1732-1746, syr.-lat. III, 601). Les termes « sine semine », « ex hujus semine non derivatus », « sine Josepho », excluent toute action physique même instrumentale de la part de Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’effet propre du principe générateur est précisément la génération passive. Donc celle-ci ne peut être son effet instrumental, qui doit dépasser sa vertu propre, comme la grâce baptismale dépasse la vertu propre de l’eau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Ephrem dit encore : « Evangelium illam (Mariam) matrem appellat et non nutricem. Sed et Joseplium quoque patrem vocat, cura nullarn in ea generatione partem haberet… Non appellatio naturam tribuit ; nam et nos crebro patres nuncupamus, non quidem genitores, verum senio conspicuos. Porro ipsi Joseph natura appellationem indidit… : quoniam Virginis et Joseph sponsorum arrhabones, ut hoc nomine vocaretur, effecerunt ; patrem autem, qui non genuerit. » Ibid., grec.-lat. II, 276-277&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même saint Augustin : « Non ergo de semine Joseph Dominus, quamvis hoc putaretur : et tamen pietati et caritati Joseph natus est de Maria virgine filius » (M. L., 38, 351). – La vraie pensée de l’Église est admirablement exprimée par saint François de Sales, sous un symbole qui se trouve déjà chez saint Ephrem (lot. cit., gr.-lat. II, 277) : « Saint Joseph donc fut comme un palmier, lequel ne portant point de fruit, n’est pas toutefois infructueux…, non que saint Joseph eût contribué aucune chose pour ceste sainte et glorieuse production, sinon la seule ombre du mariage, qui empêchait Nostre Dame et glorieuse Maîtresse de toutes sortes de calomnies… » Œuvres de saint François de Sales, t. VI, Annecy, 1895, pp. 354 sq.&amp;lt;/ref&amp;gt; ; le culte dû à saint Joseph ne dépasse pas spécifiquement celui de dulie rendu aux autres saints, mais tout porte à penser que ce culte de dulie, plus que tous les autres saints, il mérite de le recevoir&amp;lt;ref&amp;gt;Mgr Sinibaldi, op. cit., p. 242 ; Card. Lépicier, op. cit., p. 287&amp;lt;/ref&amp;gt;. C’est ainsi que l’Église, dans ses oraisons, le nomme immédiatement après Marie et avant les Apôtres, par exemple dans l’oraison A cunctis. Si saint Joseph n’est pas nommé dans le Canon de la messe, il a aujourd’hui une préface spéciale, et le mois de mars lui est consacré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Récemment, en un discours prononcé dans la Salle Consistoriale&amp;lt;ref&amp;gt;A l’occasion de la lecture du décret d’héroïcité des vertus de la Vénérable Jeanne-Elisabeth Bichier des Ages.&amp;lt;/ref&amp;gt;, le jour de la fête de saint Joseph, 19 mars 1928, S. S. Pie XI comparait ainsi la vocation de saint Joseph à celle de saint Jean-Baptiste et à celle de saint Pierre : « Fait suggestif, que de voir surgir si voisines et briller, presque contemporaines, certaines figures si magnifiques : saint Jean-Baptiste, qui s’élève du désert avec sa voix tantôt grondante et tantôt suave, comme le lion qui rugit et comme l’ami de l’Époux, qui se réjouit de la gloire de l’Époux, pour offrir enfin à la face du monde la merveilleuse gloire du martyre ; Pierre, qui s’entend dire par le divin Maître ces sublimes paroles, prononcées elles aussi à la face du monde et des siècles : « Tu es Pierre, et sur « cette pierre je bâtirai mon Église ; allez et prêchez au « monde entier », mission grandiose, divinement éclatante. Entre ces deux missions, apparaît celle de saint Joseph, mission recueillie, tacite, presque inaperçue, inconnue, qui ne devait s’illuminer que quelques siècles plus tard, un silence auquel devait succéder sans doute, mais bien longtemps après, un retentissant chant de gloire. Et de fait, là où est plus profond le mystère, plus épaisse la nuit qui le recouvre, plus grand le silence, c’est justement là qu’est plus haute la mission, plus brillant le cortège des vertus requises et des mérites appelés, par une heureuse nécessité, à leur faire écho. Mission unique, très haute, celle de garder le Fils de Dieu, le Roi du monde, la mission de garder la virginité, la sainteté de Marie, la mission unique d’entrer en participation du grand mystère caché aux yeux des siècles et de coopérer ainsi à l’Incarnation et à la Rédemption ! Toute la sainteté de Joseph est précisément dans l’accomplissement, fidèle jusqu’au scrupule, de cette mission si grande et si humble, si haute et si cachée, si splendide et si entourée de ténèbres. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les vertus surnaturelles et les dons de saint Joseph == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont surtout les vertus de la vie cachée et à un degré correspondant à celui de la grâce sanctifiante&amp;lt;ref&amp;gt;Cf. S. Thomas, Ia IIae, q. 66, a. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; : une profonde humilité, une foi pénétrante, qui ne se déconcerte jamais, une espérance inébranlable, par-dessus tout une immense charité, grandissant sans cesse au contact de Jésus, la bonté la plus délicate du pauvre, riche, en sa pauvreté, des plus grands dons de Dieu, des sept dons de l’Esprit-Saint, au même degré que sa charité. Les litanies disent : « Joseph très juste, très chaste, très prudent, très fort, très obéissant, très fidèle, miroir de patience, ami de la pauvreté, modèle des ouvriers, honneur de la vie domestique. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sa foi vive fut à certains jours douloureuse à cause de son obscurité, obscurité dans laquelle il pressentait quelque chose de trop grand pour lui : en particulier lorsqu’il ignorait encore le secret de la conception virginale, que l’humilité de Marie tenait caché&amp;lt;ref&amp;gt;Saint Thomas dit à ce sujet, in IV Sent., dist. 30, q. 2, a. 2, ad 5 : « Joseph noluit Mariam dimittere quasi aliam ducturus vel propter aliquam suspicionem, sed quia timebat tantae sanctitati cohabitare propter reverentiam, unde dictum est ei : Noli timere, Matth., I, 20. »&amp;lt;/ref&amp;gt;. La parole de Dieu transmise par l’ange fit la lumière, en annonçant la naissance miraculeuse du Sauveur. Joseph aurait pu hésiter à croire une chose si extraordinaire ; il y croit fermement dans la simplicité de son cœur, et cette grâce insigne, loin de l’enorgueillir, le confirme pour toujours dans l’humilité. Pourquoi, se dit-il, à moi Joseph, plutôt qu’à tout autre homme, le Très-Haut a-t-il donné ce trésor infini à garder ? Il voit avec évidence qu’il n’a certes pas pu mériter un pareil don. II comprend toute la gratuité de la prédilection divine à son égard, c’est le bon plaisir souverainement libre, qui est à lui-même sa raison ; en même temps s’éclairent les prophéties, et la foi du charpentier grandit dans des proportions prodigieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant l’obscurité ne tarde pas à reparaître, Joseph doit cheminer à travers les rayons et les ombres. Il était déjà pauvre avant d’être l’objet des prédilections divines, avant d’avoir reçu le secret de Dieu ; il devient plus pauvre encore, remarque Bossuet, lorsque Jésus vient au monde. II n’y a point de place pour le Sauveur dans la dernière des auberges de Bethléem, il faut se retirer dans une étable. Dans la délicatesse de son cœur, Joseph dut souffrir de n’avoir rien à donner à Marie et à son fils. Lorsque Jésus vient dans une âme, disent les saints, il y entre avec sa croix, il la détache de tout pour l’unir à lui. Joseph et Marie le comprirent dès le premier jour, et la prophétie du vieillard Siméon vint confirmer leur pressentiment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà la persécution commence. Hérode cherche à faire mourir le Messie. Le chef de la sainte Famille, averti par un ange, est contraint de fuir en Égypte avec Marie et l’enfant Jésus. Pauvre artisan, sans autre ressource que son travail, il part pour ce pays lointain, où nul ne le connaît ; il part, fort de sa foi en la parole de Dieu transmise par l’ange. C’est là sa mission : il doit cacher Notre Seigneur, le soustraire aux persécuteurs, et il ne reviendra à Nazareth que lorsque le danger aura disparu. Joseph est le ministre et le protecteur de la vie cachée de Jésus, comme les apôtres sont les ministres de sa vie publique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cette vie cachée, au milieu même des épreuves, la nuit obscure de la foi s’éclaire à la lumière toujours plus radieuse et plus douce, qui vient de la sainte âme du Verbe fait chair. De retour à Nazareth, pendant les années qu’y vécut la sainte Famille, le recueillement et le silence ont régné dans la petite maison du charpentier, véritable sanctuaire, plus sacré que le saint des saints du temple de Jérusalem. C’était un silence plein de douceur, la contemplation toute aimante du mystère infini de Dieu venu parmi nous et encore ignoré de tous. De temps en temps quelques paroles traduisaient l’état profond des âmes ; mais dans cette atmosphère d’innocence et d’amour les âmes étaient transparentes l’une à l’autre et se comprenaient d’un regard sans avoir besoin de paroles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la contemplation de la bienheureuse Vierge, y en eut-il ici-bas de plus simple et de plus aimante que celle de l’humble charpentier, lorsqu’il regardait Jésus ? Par grâce il avait reçu pour lui les sentiments du père protecteur le plus dévoué et le plus délicat, et il était aimé par Jésus, enfant et adolescent, avec une tendresse, une reconnaissance et une force qui ne se peuvent trouver que dans le cœur même de Dieu. Un regard de Joseph sur Jésus rappelait à l’humble artisan le mystère de Bethléem, l’exil d’Égypte, le grand mystère du salut du monde. L’action incessante du Verbe de Dieu fait chair sur Joseph était l’action créatrice, qui conserve la vie après l’avoir donnée : « amor Dei infundens et creans bonitatem in rebus&amp;lt;ref&amp;gt;S. Thomas, Ia q. 20, a. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; », l’action surnaturelle, féconde en grâces toujours nouvelles. Impossible de trouver plus de grandeur en une si parfaite simplicité. Comme dans le prophète Joseph de l’Ancien Testament, Joseph vendu par ses frères et figure du Christ, c’était la plus haute contemplation dans les formes les plus simples, la contemplation divine, toute pénétrée du pur amour de charité. Il portait en son cœur le secret le plus grand, celui de l’Incarnation rédemptrice ; l’heure n’était pas encore venue de le révéler. Les Juifs n’auraient pas compris, n’y auraient pas cru ; beaucoup d’entre eux attendaient un Messie temporel couvert de gloire, et non un Messie pauvre et souffrant pour nous. La présence de Joseph voilait ce mystère : on appelait Jésus le fils du charpentier. Le pauvre artisan avait dans sa maison le Verbe de Dieu fait chair, il possédait le Désiré des nations, annoncé par les prophètes, et il n’en disait mot. Il était témoin de ce mystère, et il le goûtait en secret en se taisant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette contemplation très aimante était très douce pour Joseph, mais elle lui demandait aussi la plus grande abnégation, abnégation qui allait jusqu’au plus douloureux sacrifice, lorsqu’il se rappelait ces paroles de Siméon : « Cet enfant sera un signe en butte à la contradiction », et celles dites à Marie : « et vous un glaive vous transpercera la poitrine ». L’acceptation du mystère de la Rédemption par la souffrance apparaissait à Joseph comme la consommation douloureuse du mystère de l’Incarnation, et il avait besoin de toute la générosité de son amour pour offrir à Dieu, en sacrifice suprême, l’enfant Jésus et sa sainte Mère, qu’il aimait incomparablement plus que sa propre vie. Il n’a pas offert le sacrifice eucharistique, mais il a souvent offert l’enfant Jésus à son Père pour nous. Comme le dit l’abbé Sauvé, « ne voyant que la volonté de Dieu, saint Joseph reçoit d’elle, avec la même simplicité, et les joies les plus profondes et les épreuves les plus cruelles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A peine pouvons-nous soupçonner ce que furent en l’âme de Joseph les progrès admirables de la foi, de la contemplation et de l’amour. Autant l’humble charpentier a eu une vie cachée sur la terre, autant il est glorifié dans le ciel. Celui à qui le Verbe de Dieu a obéi ici-bas conserve au ciel sur le cœur sacré de Jésus une puissance d’intercession incomparable. Comme il veillait sur la maison de Nazareth, il veille aujourd’hui sur les foyers chrétiens, sur les communautés religieuses, sur les vierges consacrées à Dieu, il est leur guide, dit sainte Thérèse, dans les voies de l’oraison ; il est aussi, comme le disent les litanies, la consolation des malheureux, l’espoir des malades, le soutien des mourants, la terreur des démons, le Protecteur de la sainte Église, grande famille de Notre-Seigneur. Demandons-lui de nous faire connaître le prix de la vie cachée, la splendeur des mystères du Christ, et l’infinie bonté de Dieu, telle qu’il l’a vue lui-même dans l’Incarnation rédemptrice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rome. Angelico.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes et références ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
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		<title>Saint Joseph</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. Michel&lt;br /&gt;
 | source                        = Article du Dictionnaire de Théologie Catholique&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦ Facile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théologie de saint Joseph se résume dans l'étude des prérogatives de ce saint. Nous étudierons celles-ci dans l'ordre suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
* Sa sainteté suréminente.&lt;br /&gt;
* Le patronage sur l'Église.&lt;br /&gt;
* Le culte de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mission de saint Joseph ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan de la rédemption des hommes ne comportait pas une révélation soudaine du mystère de l'incarnation. Toutefois la naissance du Verbe, mis au monde par une vierge mère, n'aurait pas manqué d'attirer l'attention et de susciter l'étonnement, si Dieu n'en avait pas, avant tout, marqué expressément le caractère profondément moral. Il aurait pu pourvoir à cette nécessité par des voies extraordinaires. Mais « il convient à son infinie sagesse d'employer les moyens les plus simples et les plus suaves avant d'en venir aux coups de force; et c'était là tout particulièrement ce que demandait l'ordre de ses desseins sur son Fils... En révélant la virginité de Marie, il aurait manifesté prématurément la grandeur de Jésus. Que fallait-il donc pour atteindre à la fois cette triple fin : l'obscurité pour Jésus, une réputation sans tache pour sa mère et une assistance dévouée pour l'un et pour l'autre ? Le voile d'un pur et saint mariage, l'union d'un époux vierge avec une mère vierge ». D. Terrien, La Mère de Dieu, Paris, 1902, t. II, p. 182-183. Le ministère de saint Joseph nous apparaît donc nécessaire à l'endroit du mystère même de l'incarnation, en ce qu'il fut requis pour permettre au Christ de naître et de mener une vie tout d'abord cachée, selon les desseins de la Providence, sans que fussent blessées l'honnêteté et la décence. Couvrir par son mariage avec la Vierge la virginité féconde de la Mère de Dieu, l'enfance du Sauveur, le secret du mystère de l'incarnation, tel est le triple objet de la mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à la virginité de Marie ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier objet de la mission de saint Joseph a été de préserver la virginité de Marie en contractant avec la future mère de Dieu un mariage véritable. Qu'il y ait eu, entre Marie et le juste Joseph, un véritable mariage, le texte évangélique l'affirme si nettement qu'il n'est pas possible de le révoquer en doute. Cf. Matth, I, 18; Luc, I , 27; II, 5. Saint Thomas relève les convenances de ce mariage : aucun soupçon ne devait effleurer, si légèrement que ce fût, l'honneur du fils et celui de la mère; si jamais cet honneur était en cause, Joseph, le témoin le plus autorisé, le moins suspect, serait là pour en attester l'intégrité; enfin Jésus et Marie trouvaient en Joseph aide à leur fai­blesse. Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 2. Le voeu de virginité n'a pas été, en Marie, comme aussi sans doute en Joseph, un obstacle à la validité et même à la licéité de leur mariage. Cf : St Augustin, De cons. Evang., 1. II, c. I, P. L., t. XXXIV, col. 1071-1072; Benoît XIV, Delle feste di Gesù Cristo e della beata vergine Maria, Venise, 1792, p. 212-215. Les théolo­giens l'expliquent en enseignant que l'usage du mariage n'est pas de l'intégrité première et n'entre pas direc­tement dans l'objet du contrat. Cf. Billot, De sacramentis, t. II, th. XXXV. Ce fut précisément le caractère céleste du mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge d'avoir eu pour objet le don mutuel de leur corps pour en garder la virginité. Et néanmoins, le bien propre du mariage, y compris l'enfant, fruit de l'union de l'homme et de la femme, n'a pas fait défaut à ce mariage sans exemple. Après avoir montré l'existence du contrat et de l'amour conjugal le plus ardent quoique le plus pur dans le mariage de Joseph et de Marie, Bossuet, s'exprime ainsi : « Ce béni enfant est sorti, en quelque manière, de l'union virginale de ces deux époux... N'avons-nous pas dit que c'est la virginité de Marie qui a attiré Jésus-Christ du ciel ?... Ne peut-on pas dire que c'est sa pureté qui la rend féconde ? Que si c'est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d'assurer que Joseph a sa part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph. » Premier panégyrique de Saint-Joseph, 1er point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est en connaissance de cause que Joseph a couvert ainsi aux yeux des hommes, par un saint et honorable mariage, la virginité de son épouse et sa maternité divine. Le texte même de saint Matthieu semble indiquer, en effet, que Joseph n'a conclu son mariage avec la Vierge qu'après que se fût manifestée la grossesse de sa fiancée. Voir sur ce point Fillion, Vie de N.-S. Jésus-Christ, Paris, 1922, t. I, p. 256-264 et M.-J. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 8 sq. Les fiançailles juives, au temps de saint Joseph, comportaient déjà un véri­table droit du « mari » sur sa fiancée, bien que le mariage ne fût tout à fait conclu que lorsque la fiancée venait définitivement s'installer au domicile de l'époux. Cette cou­tume explique parfaitement le sens de Matth., I, 18. Les versets suivants ne nous permettent pas de con­clure que Joseph ait soupçonné Marie de faute. Sans doute, Joseph n'est pas encore averti du mystère de l'incarnation, mais, connaissant la pureté de Marie, il soupçonne le surnaturel et, quel que soit le calcul qui préside à sa détermination, il prend la résolution très ferme de ne pas la renvoyer publiquement, mais de se retirer, laissant à Dieu le soin d'arranger l'affaire. Cette interprétation n'est pas l'interprétation ordi­naire, mais c'est la seule qui tienne exactement compte du « cum esset justus ». Sur cette interprétation, voir Lagrange, op. cit., p. 13-14. Sur les autres inter­prétations du doute de saint Joseph, voir Ch. Pesch, De Verbo incarnato, p. 611.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à l'enfant Jésus ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'enfance de Jésus fut le second dépôt confié à la fidélité de Joseph. Mais à quel titre Jésus lui fut-il confié ? Il faut se souvenir que l'éducation de l'enfant est la fin très spéciale du mariage. Or, dans le mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge, l'enfant Jésus fut le fruit de l'union virginale des deux chastes époux, non seulement parce qu'il fut le fruit de la virginité de Marie qui était le dépôt et le bien de saint Joseph, mais encore parce que l'union de Joseph et de Marie était, dans les desseins de Dieu, ordonnée à l'éducation de l'Homme-Dieu. Ce n'est pas assez dire que saint Joseph fut le père « putatif », ou le père « adoptif », ou le père « nourricier » de l'enfant Jésus. Ces appellations, que nous trouvons sans doute sous la plume de plusieurs Pères de l'Église, ne répondent en réalité qu'à une vérité incomplète. Tout ce qui appartient au père, hormis l'acte propre du mariage, appartint à Joseph par rap­port à l'enfant Jésus. C'est la doctrine de saint Jean Chrysostome, In Matth., homél. IV, n. 6, P. G., t. LVII, col. 47, magnifiquement développée par Bossuet, Panégyrique cité, 2° point. Le développement de Bossuet se trouve déjà en raccourci dans saint Thomas d'Aquin, expliquant comment, par une disposition spéciale de la Providence, le bien du mariage entre Joseph et Marie fut vraiment l'enfant Jésus: « L'enfant n'est pas appelé le bien du mariage seulement en tant que, par le mariage, il est mis au monde, mais encore en tant que le mariage est spécialement ordonné à sa naissance et à son éducation. Ainsi Jésus fut le fruit du mariage de Joseph et de Marie, non de la première façon, mais de la seconde. Et cependant, un enfant né d'adultère, et même un enfant adopté, ne saurait être appelé le fruit du mariage de ses parents (supposés ou adoptifs), car, en ce cas, ce mariage n'est pas or­donné par la nature à l'éducation de ces enfants, tandis que le mariage de Joseph et de Marie fut or­donné par Dieu tout spécialement à la naissance et à l'éducation de Jésus. » In IV Sent., l. IV, dist. XXX, q. II, a. 2, ad 4um. Cf. Terrien, La Mère de Dieu, t. II, p. 187-188, note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la paternité de Joseph est une exception et, partant, échappe à toute classification possible, il est malaisé de lui donner un nom qui lui convienne par­faitement; il est plus facile, affirme le cardinal Billot, De Verbo incarnato, p. 422, de dire de quel nom il ne convient pas de désigner cette paternité. Corneille de La Pierre nommait Joseph « père par droit de mariage », patrem matrimonialem. Le nom propre, exprimant adéquatement le lien unissant Joseph à Jésus, nous échappe. La liturgie l'appelle une vice-­paternité. Préface propre de S. Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport au mystère de l'incarnation ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mystère de l'incarnation devait être tenu secret pendant la vie cachée de Jésus. Cependant, pour la protection de la virginité de Marie et pour l'éducation de l'enfant divin, il fallait que ce secret fût confié à l'homme choisi par Dieu pour devenir l'époux de Marie et exercer les droits comme les devoirs de la paternité vis-à-vis de Jésus. La vocation de Joseph, à l'encontre de celle des apôtres qui sont des lumières pour faire voir Jésus, est d'être un voile pour le cou­vrir. Cf. Bossuet, op. cit., 3e point. Joseph fut ce voile même à l'égard du démon, selon l'opinion curieuse de saint Ignace martyr, mentionnée, sinon reprise, par saint Jérôme, ut partus ejus celaretur diabolo dum eum putat non de virgine, sed de uxore generatum. In Matth., c. i, P. L., t. XXVI, col. 24. Sur cette curiosité exégétique, voir S. Thomas, Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 1, ad 3um; In Matthaeum, c. i; Suarez, In IIIa p. Sum. theol., q. XXIX, a. 1, n. 2, Opera, éd. Vivès, t. XIX, p. 111; Ami du Clergé, 1921, p. 535-537.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que le Christ, Homme-Dieu, ne devait mener une vie cachée que pour un temps, il convenait que Joseph, ministre et compagnon de cette vie cachée, dépositaire du secret dans lequel était renfermé le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu, disparût de la scène de ce monde avant que la parole du ciel ne révélât au fils de Zacharie dans le désert la présence du Messie promis et annoncé. Aussi, dans l'obscurité même qui avait entouré sa vie, Joseph, continuant jusqu'au bout sa mission sublime, rendit sans doute son âme à Dieu avant que Jésus se manifestât aux hommes comme l'Homme-Dieu. Ainsi, le voile qui couvrait le mystère de l'incarnation étant enlevé, les hommes peu à peu purent s'habituer à concevoir le Christ sans père selon la chair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sainteté suréminente == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe fondamental qui doit ici diriger les déductions du théo­logien est celui-là même qu'expose saint Thomas à propos de l'abondance de grâces dont fut remplie l'âme de Jésus-Christ et celle de sa mère. « Lorsque Dieu choisit par lui-même quelqu'une de ses créatures pour une fonction spéciale, il la dispose d'avance et la prépare à remplir dignement le ministère auquel il la destine. » Sum. theol., IIIa, q. XXVII, a. 4. « A chacun Dieu donne la grâce suivant l'élection qu'il a faite de lui. Et parce que le Christ, en tant qu'il est homme, avait été prédestiné pour être le Fils de Dieu, sancti­ficateur du monde, il eut en propre une plénitude de grâces assez grande pour enrichir tous les hommes... Mais la bienheureuse vierge Marie a obtenu une grande plénitude de grâce parce que nulle autre créature n'a été voisine comme elle de l'auteur de la grâce. Car elle reçut en même temps celui qui est plein de grâce et, par son enfantement, elle fit couler en quel­que sorte la grâce sur l'humanité tout entière. » Loc. cit.,ad 1um.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l'élection faite par Dieu ne saurait porter à faux, lorsqu'elle est absolue. Ceux que Dieu élit pour une dignité, il les fait propres à la remplir. Cf. II Cor., III, 6, et le commentaire de S. Thomas, lect. II. Jamais les choix de Dieu, soit dans l'ordre de la nature, soit dans celui de la grâce, ne peuvent tromper ses prévi­sions ni ses espérances. Cf. Terrien, op. cil., t. I, p. 259-­260.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce principe général, on doit déduire l'abondance de grâces dont fut enrichie l'âme de saint Joseph, et, si l’on peut dire, sa prééminence sur les autres saints, hormis la sainte Vierge. Nous préciserons ensuite quelques points relatifs à cette prééminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Surabondance de grâces et de perfection dans l'âme de Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante, nous destinant à l'union surnaturelle avec Dieu, est d'autant plus abondante en une âme que cette âme doit être plus intimement unie à Dieu dans l'ordre surnaturel. Or Joseph, tant à l'égard du Verbe incarné qu'à l'égard de la Mère de Dieu, a reçu une mission très particulière, qu'aucun autre homme n'a reçue. Dans l'intimité de la sainte Famille, le droit d'époux, le droit de père, le droit de gardien vigilant et fidèle établissait, entre saint Joseph et Dieu, une relation si étroite, qu'on n'en peut trouver de semblable chez les autres saints, et qu'elle place Joseph, dans l'ordre de l'union avec Dieu, immédiatement après la vierge Marie. Quelle devait donc être la grâce préparée et conférée par Dieu à l'homme élu entre tous, chargé de conduire et de protéger le Verbe, fait homme pour le salut des hommes, à l'homme élu entre tous pour être l'époux, gardien vigilant de la virginité de Marie, dans l'amour même le plus ardent de la vertu! « Joseph fut l'époux de Marie; il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire. Certes, la dignité de mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il n'ait approché plus que personne de cette dignité surémi­nente par laquelle la mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Léon XIII, Encyclique Quanquam pluries, 5 août 1889. Voir le développement de ces pensées dans saint François de Sales, Entretiens spirituels, XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 360; 355-366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces raisons solides s'ajoute une indication tirée du rôle joué par saint Joseph par rapport à l'incarna­tion. Durant la vie cachée de Jésus, Joseph en fut le gardien plein de foi et de discrétion. A ce rôle, désor­mais fini, a fait place un rôle non moins glorieux, celui de protecteur de l'Église, de cette Église qui continue ici-bas le mystère de l'incarnation. Or, si Jésus-Christ, comme chef de l'Église, doit avoir la plénitude de grâce qui convient au chef, plénitude dont « nous avons tous reçu » ; si la sainte Vierge, en tant que Mère des hommes, a dû posséder une grâce plus parfaite que celle des autres créatures, parce qu'elle devait en quelque sorte faire couler la grâce sur l'humanité tout entière, ne pouvons-nous pas également affirmer que le rôle de protecteur de l'Église constitue, pour saint Joseph, un titre à une surabondance exception­nelle de grâces ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prééminence de saint Joseph par rapport à tout autre saint ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion de ce qui précède. Saint Joseph, après Marie, a été la créature la plus unie à Jésus, et cette union provenait d'une mission exceptionnelle, qui n'a été confiée à aucun autre saint, et qui se rapportait au mystère même de l'Auteur de la grâce. Mais la prééminence de saint Joseph pose quelques difficultés qu'il importe de résoudre. Disons immédiatement que la place assignée par la liturgie au nom de saint Joseph après celui de saint Jean­-Baptiste n'implique aucune infériorité en saint Joseph au point de vue de la sainteté. Voir sur ce point Analecta juris pontificii, XXe série, 1881, col. 824-843.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et saint Jean-Baptiste ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 La difficulté vient du texte de Matthieu, XI, 11. Si Jean a été proclamé par Jésus lui-même « le plus grand de ceux qui sont nés d'une femme » n'est-il pas, par là même, le plus grand des saints ? Ainsi l'ont pensé saint Cyrille d'Alexandrie, Thesaurus, P. G., t. LXXV, col. 157; saint Jean Chrysostome, In Matth., homil. XXXVII. n. 2, P. G., t. CII, col. 421; saint Augustin, Contra adversarium legis et prophetarum, 1. II ,c. v, n. 20, P. L., t. XLII, col. 650; et parmi les exégètes catho­liques, dans leurs commentaires sur le premier évan­gile, Denys le Chartreux, Maldonat, Jansénius, Jean de Sylveira, Barradas, Tirin, etc. Mais une telle exé­gèse est en dehors du sens que présente le texte. La phrase qui suit l'indique clairement. Jésus, ayant fait l'éloge du Précurseur, auquel, en tant que Précurseur, aucun autre homme ne saurait être comparé, ajoute, en jetant un regard sur le royaume à venir, que « même les membres inférieurs de son Église, même les plus petits d'entre les chrétiens l'emportent sur saint Jean-Baptiste, quelle que soit d'ailleurs la grandeur du Précurseur. » Fillion, Évangile selon S. Matthieu, p. 222. Cf. Évangile selon S. Luc, p. 157. C'est donc en tant que dernier représentant de l'Ancienne Loi, dont il est le dernier prophète, que Jean est proclamé le plus grand des hommes; sa valeur personnelle, sa sainteté, ses vertus individuelles sont hors de cause : avec la plupart des commentateurs, il faut reconnaître qu'ici Jésus-Christ ne parle de Jean-Baptiste qu'en fonction de sa mission prophétique, qui clôt l'Ancien et annonce le Nouveau. Cf. Van Steenkiste, Commentarius in Evangelium secundum Matthaeum; Lagrange, Évangile .selon S. Matthieu, p. 222; Knabenbauer, Evangelium secundum Matthaeum, t. I, p. 429-431. On trouvera dans ce dernier auteur les déclarations faites en ce sens par Albert le Grand, saint Thomas, Tolet, etc. Sur le texte parallèle de Luc., VII, 28, voir Lagrange, Évangile selon S. Luc, p. 221. Cf. Billot, De Ecclesia, Prato, 1909, p. 74, et surtout D. Buzy, Saint Jean­-Baptiste, Paris, 1922, part. III, c. 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et les apôtres ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Une difficulté, qui en fait n'existe pas, a été imaginée en partant de deux textes de saint Paul, Rom., VIII, 23; Eph., I, 8, et surtout du commentaire qu'en a fait saint Thomas. Sur Rom., VIII, 23, celui-ci reprend l'argumentation par laquelle on prouve la surabondance de grâces en l'âme de saint Joseph, pour démontrer qu'après la Vierge, les apôtres ont obtenu de Dieu la plus grande sainteté. Leur fonction, en effet, les place immédiate­ment après Marie. Epist. ad Romanos, c. VIII, lect. V, édit. de Parme, t. XIII,   p. 83. Et sur Eph., I, 8, saint Thomas écrit « que les apôtres ont reçu une grâce plus abondante que tous les autres saints, après le Christ et la Vierge-Mère »; et il dénonce « la témérité, pour ne pas dire l'erreur, de ceux qui ont la présomption de comparer d'autres saints aux apôtres, dans l'ordre de la grâce comme dans l'ordre de la gloire. » Id., p. 448.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est incontestable qu'au Moyen Age, le culte de Joseph était à peu près inexistant; on ne pensait guère à l'humble et modeste saint, rien d'extraordinaire à ce que l'Ange de l'École n'ait pas pris garde à la haute mission qui lui fut départie, mission qui devait justi­fier sa prééminence, même à l'égard des apôtres. D'ailleurs, dans l'exposition du texte de l'Épître aux Romains, il dit : Spiritum sanctum et tempore prius et ceteris abundantius apostoli habuerunt; et, dans l'Épître aux Éphésiens, s'il confesse qu' « il est téméraire de comparer d'autres saints aux apôtres, il fait précé­der cette conclusion du texte emprunté à l'Épître aux Romains, avec la glose : tempore prius et ceteris abundantius. Il ne s'agirait donc pas de la comparaison des apôtres avec un saint venu avant eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à ne considérer que l'argumentation de saint Thomas, et en laissant de côté sa conclusion un peu absolue, on arrive facilement à déduire la prééminence de saint Joseph, même sur les apôtres. La mission de saint Joseph, étant d'un ordre plus relevé que celle des apôtres, exigeait, en vertu du principe de saint Thomas, une plus grande surabondance de grâces. « Certains offices, écrit Suarez, relèvent de l'ordre même de la grâce sanctifiante, et, dans ce genre, les apôtres tiennent le degré le plus élevé : aussi ont-ils eu besoin de plus de secours gratuits que les autres, surtout en ce qui concerne les dons gratuitement donnés et la sagesse. Mais il y a d'autres offices qui confinent à l'ordre de l'union hypostatique, en soi plus parfait, ainsi qu'on le voit clairement de la maternité divine en la bienheureuse vierge Marie, et c'est à cet ordre d'office qu'appartient le ministère de saint Joseph. » Sans vouloir tirer de conclusion absolue, le grand théologien « estime qu'il n'est ni téméraire, ni impie, mais au contraire que c'est opinion pieuse et vraisemblable de considérer saint Joseph comme le premier des saints en grâce et en béatitude. » In Sum. S. Thomae, IIIa, q. XXIX, disp. VIII, sect. 1; Opera, édit. Vivès, t. XIX, p. 125. On voudra bien remarquer la modération louable avec laquelle s'exprime Suarez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine de la prééminence de saint Joseph avait été antérieurement professée par Gerson, Sermo in nativitatem virginis Mariae, IVa consideratio, dans Vivès (card.), Summa Josephina, Rome, 1907, p. 173; par saint Bernardin de Sienne, Sermo I de S. Joseph, c. 3, Opera, Lyon, 1650, t. IV, p. 254. A partir du XVIe siècle elle devient beaucoup plus courante; elle est admise par sainte Thérèse, saint François de Sales, plus tard par saint Alphonse de Liguori, etc. « Certes, pouvons-nous conclure avec Léon XIII, la dignité de Mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Encycl. Quanquam pluries. A prendre ces derniers mots dans leur sens plein, il faudrait conclure à la préémi­nence de saint Joseph non seulement sur tous les saints, mais encore sur les anges. Mais il va de soi qu'on ne saurait interpréter cette simple assertion d'un document pontifical autrement que comme une indi­cation, et qu'il convient de montrer, en ce domaine, qui échappe à toutes nos prises, la plus grande pru­dence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Précisions relatives à la prééminence de saint Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse de la prééminence de saint Joseph se présente donc avec des garanties de probabilité théologique. On peut même affirmer qu'elle tend à devenir de plus en plus la doctrine communément reçue dans l'Église. Mais cette prééminence même soulève un certain nombre de problèmes subsidiaires que les théologiens s'efforcent de pénétrer. C'est, dit-­on, en raison de sa mission à l'égard de Jésus que Joseph a dû recevoir de Dieu cette surabondance de grâce qui lui assure la prééminence par rapport aux autres saints. Mais n'est-ce pas une raison analogue, quoique plus pressante, - la maternité divine, - qui amène l'Église à concevoir pour la sainte Vierge toute une série de privilèges, dont plusieurs sont définis comme de foi divine et catholique : immaculée conception, virginité parfaite, impeccabilité, mort immédiatement corrigée par une résurrection et une assomption glorieuse, culte spécial ? Si donc il faut affirmer avec Léon XIII que Joseph, en devenant l'époux de la Vierge, est devenu « un participant de sa sublime dignité », ne peut-on pas se demander dans quelle mesure il a pu participer aux privilèges de son admirable épouse ? Ici encore le théologien averti devra se mettre en garde contre l'abus de la raison raisonnante et ne jamais perdre de vue les grandes règles qui président aux déductions théologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Privilège par rapport au  péché origine ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut être question, bien que certains l'aient insinué, d'immaculée conception, ce privilège ayant été accordé uniquement à Marie. Mais saint Joseph aurait-il obtenu un privilège de sanctification, dès le sein de sa mère, comme l'a obtenu                Jean-Baptiste ? - L'affirmative a été proposée par Gerson, Sermo de Nativitate Virginis Mariae ; Isidore Isolani, Summa de donis S. Joseph, part. I, c. IX, édit. du P. Berthier, O. P., Rome, 1887; par Bernardin de Busto, francis­cain, Mariale..., Strasbourg, 1496, part. IV, serm. 12; par S. Alphonse de Liguori, Sermone di S. Giuseppe, 2e point, Discorsi morali, Naples, 1841, p. 223; et accueillie avec faveur par_ le P. Jean de Carthagène, Homiliae catholicae de sacris arcanis Deiparae et Divi Josephi, Naples, 1869, t. III, p. 311; et P. Morales, S. J., In caput I Matthaei, De Christo, sanctissima virgine Maria et S. Joseph, Paris, 1869, t. I, p. 214. - Suarez, que saint Alphonse cite comme ayant repris et défendu l'opinion de Gerson, a, au contraire, malgré sa grande dévotion envers saint Joseph, refusé de souscrire à la thèse du chancelier de l'Université de Paris. Benoît XIV se range à cet avis négatif : la sanctification de saint Joseph dans le sein de sa mère ne paraît pas, à ces deux maîtres de la science ecclé­siastique, pouvoir être démontrée par des raisons sérieuses. Bien que de nos jours des auteurs estimables, Mgr Sauvé, le P. Tesnière, en particulier, aient cru pouvoir reprendre l'opinion de Gerson, il ne semble pas qu'on doive accorder la moindre probabilité à cette opinion. Saint Thomas fournit une raison qui justifie amplement cette attitude. La sanctification d'un homme dès le sein de sa mère est une faveur excep­tionnelle qui n'est accordée par Dieu qu'en raison d'une utilité commune. Cf. Som. theol., IIIa, q. XXVII, a. 6. Or l'office qu'avait à remplir saint Joseph n'exigeait une sainteté éminente qu'au moment où le saint patriarche devint le fiancé de Marie. De plus, ni l'Écriture ni les Pères ne font la moindre allusion à ce privilège de saint Joseph. Aussi doit-on se rallier sans hésitation à la conclusion de Suarez : « Je pense qu'il ne faut ni admettre ni affirmer certains privilèges que plusieurs attribuent à ce grand saint, par exemple le privilège de la sanctification dans le sein maternel. De telles affirmations, qui sont en dehors des règles générales de l'Écriture, ne sauraient être accueillies que si on les appuie sur de bonnes raisons et sur la grande autorité de l'Église et des Pères. » De mysteriis vite Christi, disp. VIII, sect. 2, n. 6-8. Or, nous l'avons vu, ni les bonnes raisons ni l'autorité de l'Église et des Pères ne sont là pour appuyer l'opinion de la sanctifi­cation de saint Joseph avant sa naissance. Il manque donc à cette opinion ce que Benoît XIV appelle firmum et stabile in sacra theologia fundamentum. De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, Padoue, 1743, 1. IV, part. II, c. xx, a. 31, p. 135.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, la sanctification de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère ne crée pas pour autant au Précurseur une prééminence de sainteté ou de dignité par rapport à saint Joseph. Il ne s'ensuit pas que saint Joseph n'ait pas reçu dès le moment où il fut sanctifié, à quelque date qu'il faille placer cet instant, une grâce plus abondante que qui que ce soit, à part la sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Impeccance et impeccabilité ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la signification de ces mots, voir t. VII, col. 1265. Affirmer de saint Joseph comme de Marie l'impeccabilité absolue, c'est-à-­dire l'impossibilité morale de pécher, serait à coup sûr excessif. Mais peut-on affirmer que, vu l'abondance de grâces dont son âme fut inondée dès sa sanctification, saint Joseph posséda l'impeccance de fait ? Peut-on dire, tout au moins avec une sérieuse probabilité (la certitude est impossible en pareille matière), que le foyer de la concupiscence a été, chez saint Joseph, lié au point de lui permettre d'éviter en fait tout péché, même simplement véniel et de propos semi­-délibéré ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avis sont partagés à ce sujet. Le R. P. Lépicier défend avec beaucoup de conviction la thèse de l'impeccance, en la fondant sur la pureté parfaite qu'exigeait la mission de saint Joseph. De sancto .Joseph, part. III, a. 2. Voir également IMPECCABILITÉ, col. 1274. Notre piété envers saint Joseph ne nous oblige pas, semble-t-il, à affirmer cette thèse sans res­triction. En effet, la mission de saint Joseph exigeait l'impeccance, mais seulement dans le temps même où cette mission lui fut confiée. Or ce temps n'est pas toto vitae mortalis decursu. Il est possible, d'ailleurs, que Dieu ait accordé toto vitae mortalis decursu cet insigne privilège à celui qui devait lui servir de père ici-bas ; mais l'existence en saint Joseph d'une prérogative aussi absolue, aussi complète, est indémontrable. Or une opinion, même simplement probable, doit s'ap­puyer sur une démonstration véritable. Et même, à l'encontre de cette thèse, on peut apporter un argu­ment de grande valeur. Le concile de Trente a défini que l'homme justifié ne peut pas éviter au cours de son existence entière le péché, tout au moins le péché véniel, sans un privilège spécial de Dieu. Sess. VI, can. 23. Ce privilège spécial fut certainement concédé à Marie, comme suite de l'immaculée conception. A-t-il été concédé à d'autres créatures, en vertu d'une déro­gation aux lois ordinaires de la Providence ? Qui pourrait l'affirmer ? L'attitude qui s'impose au théo­logien catholique semble bien être celle que propose le cardinal Billot. « Pour éviter, dit-il, dans l'ordre actuel de la Providence, au cours de toute la vie, les péchés véniels, même semi-délibérés, il faudrait un secours tout à fait extraordinaire de Dieu, qui n'a jamais été concédé à aucun homme conçu dans le péché, à moins d'un privilège très spécial dont il n'est pas possible de constater l'existence. » De gratia, Prato, 1912, p. 106. Tout en reconnaissant la possibilité d'un privilège aussi exceptionnel, il faut donc reconnaître aussi que la concession de ce privilège ne peut être l'objet d'une démonstration théologique. Tout ce que l'on est en droit d'affirmer, c'est que saint Joseph, en raison de sa mission, fut confirmé en grâce dès l'ins­tant de son mariage avec la sainte Vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne serait-il pas plus exact de dire simplement que saint Joseph, constitué en grâce d'une manière suré­minente (ce qui n'implique pas nécessairement l'impeccance perpétuelle), n'a cessé d'augmenter en son âme, dès l'âge de raison, le trésor surnaturel de grâces que Dieu y avait déposé ? Le nom de Joseph signifie cet accroissement, cf. Gen., xxx, 24, et saint Bernard a tiré de ce nom une délicate argumentation : Conjice ex proprio vocabulo, quod augmentum non dubitas interpretari, quis et qualis homo fuerit iste homo Joseph. Homil. Il super « Missus est », Opera, Venise, 1568, t. I, p. 11. En Joseph, comme en Marie, quoique dans un degré inférieur, se trouvent réunies d'une manière excellente les trois conditions du mérite et du progrès de la vie surnaturelle : oeuvres en soi bonnes et susceptibles d'être rapportées à Dieu (peut-on trouver oeuvre plus excellente que la triple mission de Joseph ,par rapport à la virginité de Marie, à l'enfance de Jésus, et au mystère de l'incarnation); charité suré­minente dirigeant ces oeuvres vers Dieu, fin sur­naturelle (quel amour de Dieu en celui qui a tenu en ses bras l'enfant Jésus. Cf. Bernardin de Sienne, Sermo de S. Joseph, a. 2, c. 2, Opera, t. IV, p. 254); liberté plus grande que chez les autres hommes, d'autant plus grande que saint Joseph avançait chaque jour de plus en plus dans la perfection. De cet accroissement con­tinuel de vie surnaturelle en Joseph, on ne saurait jamais assez exprimer de louanges. Il faudrait exalter sa foi profonde, sa confiante espérance, son amour sans cesse grandissant au contact de Celui qui, dans sa compagnie, manifestait de plus en plus aux hommes « la grâce et la sagesse qui étaient en lui. » Il faudrait rappeler la prudence et la force du vigilant gardien chargé d'arracher l'enfant et sa mère aux embûches de leurs pires ennemis; la justice de l'homme parfait que l'Écriture dépeint d'un mot : justus, la tempérance de cet artisan humble et laborieux. On pourrait ainsi passer en revue toutes les vertus et les attribuer à saint Joseph dans un degré suréminent : on resterait certainement dans les limites de la vérité. Pour donner à saint Joseph une auréole digne de lui, de la sublime mission dont il fut revêtu, point n'est nécessaire de lui accorder la science infuse surnaturelle ou la vision béatifique que certains auteurs, dans l'empressement d'une dévotion indiscrète, ont cru pouvoir attribuer au chef de la sainte Famille. Le considérer comme un martyr est une exagération manifeste. En faire le corédempteur du genre humain, au sens propre du mot, serait friser l'erreur et le blasphème. Cf. Lépi­cier, Tractatus de S. Joseph, p. 208. Tous ces titres n'ajouteraient rien à la sainteté de saint Joseph, mais sembleraient plutôt en contradiction avec sa mission terrestre, toute d'humilité et de silence, dont le cadre devait être et rester uniquement la vie cachée du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Virginité ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là où, sans crainte d'exagération, on peut exalter la grandeur de saint Joseph, c'est au sujet de sa virginité. Chaste, il l'a été d'une façon admi­rable, durant son mariage avec Marie. Sa mission l'exigeait impérieusement. « Pureté, s'écrie Bossuet, voici ton triomphe. Ils se donnent réciproquement leur virginité, et sur cette virginité, ils se cèdent un droit mutuel..., de se la garder l'un à l'autre. » Op. cil., 1er point. Mais Joseph était-il vierge lorsqu'il accepta Marie comme épouse ? L'opinion d'un mariage anté­rieur de saint Joseph, recueillie dans l'apocryphe Protévangile de Jacques, a eu, dans les premiers siècles de l'Église, quelques partisans parmi les Pères de l'Église. Aujourd'hui, elle est complètement aban­donnée. L'éminente sainteté de Joseph, la sublimité de sa mission, exigent de lui un amour de la chasteté poussé jusqu'à la virginité complète et perpétuelle. En fait, d'ailleurs, l'hypothèse d'un premier mariage de Joseph d'où seraient issus les « frères du Seigneur » se heurte à des difficultés telles que l'on peut conclure à son impossibilité. Voir JÉSUS-CHRIST, col. 1167.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Privilèges dans la mort ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de saint Joseph fut une mort privilégiée : comme celle de la sainte Vierge, elle fut, dit saint François de Sales une mort « d'amour ». Cf. Traité de l'amour de Dieu, l. VII, c. XIII. C'est donc à juste titre que saint Joseph est invoqué comme patron de la bonne mort. Douce et suave comme celle de la Vierge, la mort de saint Joseph a semblé appeler un complément qui unirait davantage encore le patriarche à sa glorieuse épouse, par le triomphe d'une résurrection anticipée. On lit dans Matth., XXVII, 52-53, que beaucoup de corps de saints ressuscitèrent après la résurrection du Seigneur et se manifestèrent dans la ville de Jérusalem. Saint Thomas avait d'abord pensé que ces résurrections avaient été définitives et absolues. In IV Sent., 1. IV, dist. XLII, q. I, a. 3; In Matthaeum, ad hune locum, edit. de Parme, t. x, p. 210. Plus tard les raisons apportées en sens inverse par saint Augustin lui ont semblé beaucoup plus solides. Sum. theol., IIIa, q. LIII, a. 3, ad 2um. Quoi qu'il en soit, tablant sur la première hypothèse, certains ont admis que Joseph aurait figuré parmi ces premiers ressuscités, et serait ainsi entré au paradis en corps et en âme. Ainsi fait Suarez, In Som. S. Thomae, 111a, q. XXIX, disp. VIII, sect. II, édit. Vivès, t. XIX, p. 128, et saint François de Sales, Entretien XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 363. La théologie ne dispose d'aucun moyen pour contrôler la valeur de ces hypothèses superposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Patronage de saint Joseph sur l'Eglise Universelle ==&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Dans l'encyclique Quanquam pluries, Léon XIII trouve dans la mission de saint Joseph à l'égard de la sainte Famille « les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l'Église, et qui font que l'Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage. » En effet, « la divine maison que Joseph gou­verna comme avec l'autorité du père, contenait les prémices de l'Église naissante. De même que la très sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens. Jésus-Christ est aussi comme le premier-né des chrétiens, qui, par l'adoption et la rédemption, sont ses frères. Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l'Église, sur laquelle, parce qu'il est l'époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle... Cette mission providentielle dévolue à Joseph a eu son type dans l'Ancien Testament en cet autre Joseph, fils de Jacob, appelé par le roi des Égyptiens « le Sauveur du monde ». «De même, dit Léon XIII, que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l'Église, qui est vrai­ment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'objet de ce patronage est évidemment, avant tout, d'ordre spirituel; mais parce que le patronage de saint Joseph continue sa mission de chef de la sainte Famille, il faut conclure que ce patronage concerne aussi bien l'ordre temporel que l'ordre spirituel. Sainte Thérèse l'affirme expressément. Voir Vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même, Oeuvres, édit. Migne, Paris, 1840, t. I, p. 156.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le patronage de saint Joseph étant universel, « les hommes de toutes conditions et de tous pays » trouveront en ce grand saint un modèle et un protecteur. Léon XIII le rappelle aux pères de famille; aux époux, aux personnages nobles de naissance; aux riches; aux prolétaires; aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, etc. Cf. encyclique citée, édit. de la Bonne Presse, t. II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas lieu de se demander pourquoi l'Église a attendu si longtemps avant de proclamer le patronage de saint Joseph, et même de rendre un culte public et solennel à ce saint. Rechercher les raisons pour lesquelles l'antiquité et le haut Moyen Age ont à peu près entièrement ignoré saint Joseph entraîne­rait dans une étude historique qui est à peine amorcée. Les théologiens en découvrent des raisons providentielles que l'on trouvera exposées dans Billot, De Verbo incarnato, p. 422 et surtout dans Dom Beda Plaine, O. S. B., De cultu S. Joseph tarde ostenso ejusque hodiernis mirabilibus incrementis, dans Studien und Mittheilungen, 1898, t. XIX.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Conclusion : le culte de saint Joseph ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sublimité de la triple mission de saint Joseph; la prééminence de sainteté qui en est la conséquence; le patronage universel de ce grand saint sur l'Église, ne seraient-ils pas des raisons suffisantes pour accorder à saint Joseph un culte spécial, distinct du culte rendu aux autres saints ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains auteurs l'ont pensé et déclarent que le culte de saint Joseph, l'emportant sur le culte des autres saints, doit être appelé du nom de culte de protodulie. Toutefois, parce qu'il ne s'agit que d'une différence de degré et non d'espèce, l'Église s'est, jusqu'ici, refusée à sanctionner cette expression qui semblerait impliquer une coopération intrinsèque de saint Joseph à l’incarnation.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Saint Joseph</title>
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&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé A. Michel&lt;br /&gt;
 | source                        = Article du Dictionnaire de Théologie Catholique&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦ Facile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théologie de saint Joseph se résume dans l'étude des prérogatives de ce saint. Nous étudierons celles-ci dans l'ordre suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
* Sa sainteté suréminente.&lt;br /&gt;
* Le patronage sur l'Église.&lt;br /&gt;
* Le culte de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mission de saint Joseph&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan de la rédemption des hommes ne comportait pas une révélation soudaine du mystère de l'incarnation. Toutefois la naissance du Verbe, mis au monde par une vierge mère, n'aurait pas manqué d'attirer l'attention et de susciter l'étonnement, si Dieu n'en avait pas, avant tout, marqué expressément le caractère profondément moral. Il aurait pu pourvoir à cette nécessité par des voies extraordinaires. Mais « il convient à son infinie sagesse d'employer les moyens les plus simples et les plus suaves avant d'en venir aux coups de force; et c'était là tout particulièrement ce que demandait l'ordre de ses desseins sur son Fils... En révélant la virginité de Marie, il aurait manifesté prématurément la grandeur de Jésus. Que fallait-il donc pour atteindre à la fois cette triple fin : l'obscurité pour Jésus, une réputation sans tache pour sa mère et une assistance dévouée pour l'un et pour l'autre ? Le voile d'un pur et saint mariage, l'union d'un époux vierge avec une mère vierge ». D. Terrien, La Mère de Dieu, Paris, 1902, t. II, p. 182-183. Le ministère de saint Joseph nous apparaît donc nécessaire à l'endroit du mystère même de l'incarnation, en ce qu'il fut requis pour permettre au Christ de naître et de mener une vie tout d'abord cachée, selon les desseins de la Providence, sans que fussent blessées l'honnêteté et la décence. Couvrir par son mariage avec la Vierge la virginité féconde de la Mère de Dieu, l'enfance du Sauveur, le secret du mystère de l'incarnation, tel est le triple objet de la mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à la virginité de Marie ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier objet de la mission de saint Joseph a été de préserver la virginité de Marie en contractant avec la future mère de Dieu un mariage véritable. Qu'il y ait eu, entre Marie et le juste Joseph, un véritable mariage, le texte évangélique l'affirme si nettement qu'il n'est pas possible de le révoquer en doute. Cf. Matth, I, 18; Luc, I , 27; II, 5. Saint Thomas relève les convenances de ce mariage : aucun soupçon ne devait effleurer, si légèrement que ce fût, l'honneur du fils et celui de la mère; si jamais cet honneur était en cause, Joseph, le témoin le plus autorisé, le moins suspect, serait là pour en attester l'intégrité; enfin Jésus et Marie trouvaient en Joseph aide à leur fai­blesse. Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 2. Le voeu de virginité n'a pas été, en Marie, comme aussi sans doute en Joseph, un obstacle à la validité et même à la licéité de leur mariage. Cf : St Augustin, De cons. Evang., 1. II, c. I, P. L., t. XXXIV, col. 1071-1072; Benoît XIV, Delle feste di Gesù Cristo e della beata vergine Maria, Venise, 1792, p. 212-215. Les théolo­giens l'expliquent en enseignant que l'usage du mariage n'est pas de l'intégrité première et n'entre pas direc­tement dans l'objet du contrat. Cf. Billot, De sacramentis, t. II, th. XXXV. Ce fut précisément le caractère céleste du mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge d'avoir eu pour objet le don mutuel de leur corps pour en garder la virginité. Et néanmoins, le bien propre du mariage, y compris l'enfant, fruit de l'union de l'homme et de la femme, n'a pas fait défaut à ce mariage sans exemple. Après avoir montré l'existence du contrat et de l'amour conjugal le plus ardent quoique le plus pur dans le mariage de Joseph et de Marie, Bossuet, s'exprime ainsi : « Ce béni enfant est sorti, en quelque manière, de l'union virginale de ces deux époux... N'avons-nous pas dit que c'est la virginité de Marie qui a attiré Jésus-Christ du ciel ?... Ne peut-on pas dire que c'est sa pureté qui la rend féconde ? Que si c'est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d'assurer que Joseph a sa part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph. » Premier panégyrique de Saint-Joseph, 1er point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est en connaissance de cause que Joseph a couvert ainsi aux yeux des hommes, par un saint et honorable mariage, la virginité de son épouse et sa maternité divine. Le texte même de saint Matthieu semble indiquer, en effet, que Joseph n'a conclu son mariage avec la Vierge qu'après que se fût manifestée la grossesse de sa fiancée. Voir sur ce point Fillion, Vie de N.-S. Jésus-Christ, Paris, 1922, t. I, p. 256-264 et M.-J. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 8 sq. Les fiançailles juives, au temps de saint Joseph, comportaient déjà un véri­table droit du « mari » sur sa fiancée, bien que le mariage ne fût tout à fait conclu que lorsque la fiancée venait définitivement s'installer au domicile de l'époux. Cette cou­tume explique parfaitement le sens de Matth., I, 18. Les versets suivants ne nous permettent pas de con­clure que Joseph ait soupçonné Marie de faute. Sans doute, Joseph n'est pas encore averti du mystère de l'incarnation, mais, connaissant la pureté de Marie, il soupçonne le surnaturel et, quel que soit le calcul qui préside à sa détermination, il prend la résolution très ferme de ne pas la renvoyer publiquement, mais de se retirer, laissant à Dieu le soin d'arranger l'affaire. Cette interprétation n'est pas l'interprétation ordi­naire, mais c'est la seule qui tienne exactement compte du « cum esset justus ». Sur cette interprétation, voir Lagrange, op. cit., p. 13-14. Sur les autres inter­prétations du doute de saint Joseph, voir Ch. Pesch, De Verbo incarnato, p. 611.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à l'enfant Jésus ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'enfance de Jésus fut le second dépôt confié à la fidélité de Joseph. Mais à quel titre Jésus lui fut-il confié ? Il faut se souvenir que l'éducation de l'enfant est la fin très spéciale du mariage. Or, dans le mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge, l'enfant Jésus fut le fruit de l'union virginale des deux chastes époux, non seulement parce qu'il fut le fruit de la virginité de Marie qui était le dépôt et le bien de saint Joseph, mais encore parce que l'union de Joseph et de Marie était, dans les desseins de Dieu, ordonnée à l'éducation de l'Homme-Dieu. Ce n'est pas assez dire que saint Joseph fut le père « putatif », ou le père « adoptif », ou le père « nourricier » de l'enfant Jésus. Ces appellations, que nous trouvons sans doute sous la plume de plusieurs Pères de l'Église, ne répondent en réalité qu'à une vérité incomplète. Tout ce qui appartient au père, hormis l'acte propre du mariage, appartint à Joseph par rap­port à l'enfant Jésus. C'est la doctrine de saint Jean Chrysostome, In Matth., homél. IV, n. 6, P. G., t. LVII, col. 47, magnifiquement développée par Bossuet, Panégyrique cité, 2° point. Le développement de Bossuet se trouve déjà en raccourci dans saint Thomas d'Aquin, expliquant comment, par une disposition spéciale de la Providence, le bien du mariage entre Joseph et Marie fut vraiment l'enfant Jésus: « L'enfant n'est pas appelé le bien du mariage seulement en tant que, par le mariage, il est mis au monde, mais encore en tant que le mariage est spécialement ordonné à sa naissance et à son éducation. Ainsi Jésus fut le fruit du mariage de Joseph et de Marie, non de la première façon, mais de la seconde. Et cependant, un enfant né d'adultère, et même un enfant adopté, ne saurait être appelé le fruit du mariage de ses parents (supposés ou adoptifs), car, en ce cas, ce mariage n'est pas or­donné par la nature à l'éducation de ces enfants, tandis que le mariage de Joseph et de Marie fut or­donné par Dieu tout spécialement à la naissance et à l'éducation de Jésus. » In IV Sent., l. IV, dist. XXX, q. II, a. 2, ad 4um. Cf. Terrien, La Mère de Dieu, t. II, p. 187-188, note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la paternité de Joseph est une exception et, partant, échappe à toute classification possible, il est malaisé de lui donner un nom qui lui convienne par­faitement; il est plus facile, affirme le cardinal Billot, De Verbo incarnato, p. 422, de dire de quel nom il ne convient pas de désigner cette paternité. Corneille de La Pierre nommait Joseph « père par droit de mariage », patrem matrimonialem. Le nom propre, exprimant adéquatement le lien unissant Joseph à Jésus, nous échappe. La liturgie l'appelle une vice-­paternité. Préface propre de S. Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport au mystère de l'incarnation ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mystère de l'incarnation devait être tenu secret pendant la vie cachée de Jésus. Cependant, pour la protection de la virginité de Marie et pour l'éducation de l'enfant divin, il fallait que ce secret fût confié à l'homme choisi par Dieu pour devenir l'époux de Marie et exercer les droits comme les devoirs de la paternité vis-à-vis de Jésus. La vocation de Joseph, à l'encontre de celle des apôtres qui sont des lumières pour faire voir Jésus, est d'être un voile pour le cou­vrir. Cf. Bossuet, op. cit., 3e point. Joseph fut ce voile même à l'égard du démon, selon l'opinion curieuse de saint Ignace martyr, mentionnée, sinon reprise, par saint Jérôme, ut partus ejus celaretur diabolo dum eum putat non de virgine, sed de uxore generatum. In Matth., c. i, P. L., t. XXVI, col. 24. Sur cette curiosité exégétique, voir S. Thomas, Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 1, ad 3um; In Matthaeum, c. i; Suarez, In IIIa p. Sum. theol., q. XXIX, a. 1, n. 2, Opera, éd. Vivès, t. XIX, p. 111; Ami du Clergé, 1921, p. 535-537.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que le Christ, Homme-Dieu, ne devait mener une vie cachée que pour un temps, il convenait que Joseph, ministre et compagnon de cette vie cachée, dépositaire du secret dans lequel était renfermé le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu, disparût de la scène de ce monde avant que la parole du ciel ne révélât au fils de Zacharie dans le désert la présence du Messie promis et annoncé. Aussi, dans l'obscurité même qui avait entouré sa vie, Joseph, continuant jusqu'au bout sa mission sublime, rendit sans doute son âme à Dieu avant que Jésus se manifestât aux hommes comme l'Homme-Dieu. Ainsi, le voile qui couvrait le mystère de l'incarnation étant enlevé, les hommes peu à peu purent s'habituer à concevoir le Christ sans père selon la chair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sainteté suréminente == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe fondamental qui doit ici diriger les déductions du théo­logien est celui-là même qu'expose saint Thomas à propos de l'abondance de grâces dont fut remplie l'âme de Jésus-Christ et celle de sa mère. « Lorsque Dieu choisit par lui-même quelqu'une de ses créatures pour une fonction spéciale, il la dispose d'avance et la prépare à remplir dignement le ministère auquel il la destine. » Sum. theol., IIIa, q. XXVII, a. 4. « A chacun Dieu donne la grâce suivant l'élection qu'il a faite de lui. Et parce que le Christ, en tant qu'il est homme, avait été prédestiné pour être le Fils de Dieu, sancti­ficateur du monde, il eut en propre une plénitude de grâces assez grande pour enrichir tous les hommes... Mais la bienheureuse vierge Marie a obtenu une grande plénitude de grâce parce que nulle autre créature n'a été voisine comme elle de l'auteur de la grâce. Car elle reçut en même temps celui qui est plein de grâce et, par son enfantement, elle fit couler en quel­que sorte la grâce sur l'humanité tout entière. » Loc. cit.,ad 1um.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l'élection faite par Dieu ne saurait porter à faux, lorsqu'elle est absolue. Ceux que Dieu élit pour une dignité, il les fait propres à la remplir. Cf. II Cor., III, 6, et le commentaire de S. Thomas, lect. II. Jamais les choix de Dieu, soit dans l'ordre de la nature, soit dans celui de la grâce, ne peuvent tromper ses prévi­sions ni ses espérances. Cf. Terrien, op. cil., t. I, p. 259-­260.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce principe général, on doit déduire l'abondance de grâces dont fut enrichie l'âme de saint Joseph, et, si l’on peut dire, sa prééminence sur les autres saints, hormis la sainte Vierge. Nous préciserons ensuite quelques points relatifs à cette prééminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Surabondance de grâces et de perfection dans l'âme de Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante, nous destinant à l'union surnaturelle avec Dieu, est d'autant plus abondante en une âme que cette âme doit être plus intimement unie à Dieu dans l'ordre surnaturel. Or Joseph, tant à l'égard du Verbe incarné qu'à l'égard de la Mère de Dieu, a reçu une mission très particulière, qu'aucun autre homme n'a reçue. Dans l'intimité de la sainte Famille, le droit d'époux, le droit de père, le droit de gardien vigilant et fidèle établissait, entre saint Joseph et Dieu, une relation si étroite, qu'on n'en peut trouver de semblable chez les autres saints, et qu'elle place Joseph, dans l'ordre de l'union avec Dieu, immédiatement après la vierge Marie. Quelle devait donc être la grâce préparée et conférée par Dieu à l'homme élu entre tous, chargé de conduire et de protéger le Verbe, fait homme pour le salut des hommes, à l'homme élu entre tous pour être l'époux, gardien vigilant de la virginité de Marie, dans l'amour même le plus ardent de la vertu! « Joseph fut l'époux de Marie; il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire. Certes, la dignité de mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il n'ait approché plus que personne de cette dignité surémi­nente par laquelle la mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Léon XIII, Encyclique Quanquam pluries, 5 août 1889. Voir le développement de ces pensées dans saint François de Sales, Entretiens spirituels, XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 360; 355-366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces raisons solides s'ajoute une indication tirée du rôle joué par saint Joseph par rapport à l'incarna­tion. Durant la vie cachée de Jésus, Joseph en fut le gardien plein de foi et de discrétion. A ce rôle, désor­mais fini, a fait place un rôle non moins glorieux, celui de protecteur de l'Église, de cette Église qui continue ici-bas le mystère de l'incarnation. Or, si Jésus-Christ, comme chef de l'Église, doit avoir la plénitude de grâce qui convient au chef, plénitude dont « nous avons tous reçu » ; si la sainte Vierge, en tant que Mère des hommes, a dû posséder une grâce plus parfaite que celle des autres créatures, parce qu'elle devait en quelque sorte faire couler la grâce sur l'humanité tout entière, ne pouvons-nous pas également affirmer que le rôle de protecteur de l'Église constitue, pour saint Joseph, un titre à une surabondance exception­nelle de grâces ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prééminence de saint Joseph par rapport à tout autre saint ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion de ce qui précède. Saint Joseph, après Marie, a été la créature la plus unie à Jésus, et cette union provenait d'une mission exceptionnelle, qui n'a été confiée à aucun autre saint, et qui se rapportait au mystère même de l'Auteur de la grâce. Mais la prééminence de saint Joseph pose quelques difficultés qu'il importe de résoudre. Disons immédiatement que la place assignée par la liturgie au nom de saint Joseph après celui de saint Jean­-Baptiste n'implique aucune infériorité en saint Joseph au point de vue de la sainteté. Voir sur ce point Analecta juris pontificii, XXe série, 1881, col. 824-843.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et saint Jean-Baptiste ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 La difficulté vient du texte de Matthieu, XI, 11. Si Jean a été proclamé par Jésus lui-même « le plus grand de ceux qui sont nés d'une femme » n'est-il pas, par là même, le plus grand des saints ? Ainsi l'ont pensé saint Cyrille d'Alexandrie, Thesaurus, P. G., t. LXXV, col. 157; saint Jean Chrysostome, In Matth., homil. XXXVII. n. 2, P. G., t. CII, col. 421; saint Augustin, Contra adversarium legis et prophetarum, 1. II ,c. v, n. 20, P. L., t. XLII, col. 650; et parmi les exégètes catho­liques, dans leurs commentaires sur le premier évan­gile, Denys le Chartreux, Maldonat, Jansénius, Jean de Sylveira, Barradas, Tirin, etc. Mais une telle exé­gèse est en dehors du sens que présente le texte. La phrase qui suit l'indique clairement. Jésus, ayant fait l'éloge du Précurseur, auquel, en tant que Précurseur, aucun autre homme ne saurait être comparé, ajoute, en jetant un regard sur le royaume à venir, que « même les membres inférieurs de son Église, même les plus petits d'entre les chrétiens l'emportent sur saint Jean-Baptiste, quelle que soit d'ailleurs la grandeur du Précurseur. » Fillion, Évangile selon S. Matthieu, p. 222. Cf. Évangile selon S. Luc, p. 157. C'est donc en tant que dernier représentant de l'Ancienne Loi, dont il est le dernier prophète, que Jean est proclamé le plus grand des hommes; sa valeur personnelle, sa sainteté, ses vertus individuelles sont hors de cause : avec la plupart des commentateurs, il faut reconnaître qu'ici Jésus-Christ ne parle de Jean-Baptiste qu'en fonction de sa mission prophétique, qui clôt l'Ancien et annonce le Nouveau. Cf. Van Steenkiste, Commentarius in Evangelium secundum Matthaeum; Lagrange, Évangile .selon S. Matthieu, p. 222; Knabenbauer, Evangelium secundum Matthaeum, t. I, p. 429-431. On trouvera dans ce dernier auteur les déclarations faites en ce sens par Albert le Grand, saint Thomas, Tolet, etc. Sur le texte parallèle de Luc., VII, 28, voir Lagrange, Évangile selon S. Luc, p. 221. Cf. Billot, De Ecclesia, Prato, 1909, p. 74, et surtout D. Buzy, Saint Jean­-Baptiste, Paris, 1922, part. III, c. 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et les apôtres ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Une difficulté, qui en fait n'existe pas, a été imaginée en partant de deux textes de saint Paul, Rom., VIII, 23; Eph., I, 8, et surtout du commentaire qu'en a fait saint Thomas. Sur Rom., VIII, 23, celui-ci reprend l'argumentation par laquelle on prouve la surabondance de grâces en l'âme de saint Joseph, pour démontrer qu'après la Vierge, les apôtres ont obtenu de Dieu la plus grande sainteté. Leur fonction, en effet, les place immédiate­ment après Marie. Epist. ad Romanos, c. VIII, lect. V, édit. de Parme, t. XIII,   p. 83. Et sur Eph., I, 8, saint Thomas écrit « que les apôtres ont reçu une grâce plus abondante que tous les autres saints, après le Christ et la Vierge-Mère »; et il dénonce « la témérité, pour ne pas dire l'erreur, de ceux qui ont la présomption de comparer d'autres saints aux apôtres, dans l'ordre de la grâce comme dans l'ordre de la gloire. » Id., p. 448.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est incontestable qu'au Moyen Age, le culte de Joseph était à peu près inexistant; on ne pensait guère à l'humble et modeste saint, rien d'extraordinaire à ce que l'Ange de l'École n'ait pas pris garde à la haute mission qui lui fut départie, mission qui devait justi­fier sa prééminence, même à l'égard des apôtres. D'ailleurs, dans l'exposition du texte de l'Épître aux Romains, il dit : Spiritum sanctum et tempore prius et ceteris abundantius apostoli habuerunt; et, dans l'Épître aux Éphésiens, s'il confesse qu' « il est téméraire de comparer d'autres saints aux apôtres, il fait précé­der cette conclusion du texte emprunté à l'Épître aux Romains, avec la glose : tempore prius et ceteris abundantius. Il ne s'agirait donc pas de la comparaison des apôtres avec un saint venu avant eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à ne considérer que l'argumentation de saint Thomas, et en laissant de côté sa conclusion un peu absolue, on arrive facilement à déduire la prééminence de saint Joseph, même sur les apôtres. La mission de saint Joseph, étant d'un ordre plus relevé que celle des apôtres, exigeait, en vertu du principe de saint Thomas, une plus grande surabondance de grâces. « Certains offices, écrit Suarez, relèvent de l'ordre même de la grâce sanctifiante, et, dans ce genre, les apôtres tiennent le degré le plus élevé : aussi ont-ils eu besoin de plus de secours gratuits que les autres, surtout en ce qui concerne les dons gratuitement donnés et la sagesse. Mais il y a d'autres offices qui confinent à l'ordre de l'union hypostatique, en soi plus parfait, ainsi qu'on le voit clairement de la maternité divine en la bienheureuse vierge Marie, et c'est à cet ordre d'office qu'appartient le ministère de saint Joseph. » Sans vouloir tirer de conclusion absolue, le grand théologien « estime qu'il n'est ni téméraire, ni impie, mais au contraire que c'est opinion pieuse et vraisemblable de considérer saint Joseph comme le premier des saints en grâce et en béatitude. » In Sum. S. Thomae, IIIa, q. XXIX, disp. VIII, sect. 1; Opera, édit. Vivès, t. XIX, p. 125. On voudra bien remarquer la modération louable avec laquelle s'exprime Suarez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine de la prééminence de saint Joseph avait été antérieurement professée par Gerson, Sermo in nativitatem virginis Mariae, IVa consideratio, dans Vivès (card.), Summa Josephina, Rome, 1907, p. 173; par saint Bernardin de Sienne, Sermo I de S. Joseph, c. 3, Opera, Lyon, 1650, t. IV, p. 254. A partir du XVIe siècle elle devient beaucoup plus courante; elle est admise par sainte Thérèse, saint François de Sales, plus tard par saint Alphonse de Liguori, etc. « Certes, pouvons-nous conclure avec Léon XIII, la dignité de Mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Encycl. Quanquam pluries. A prendre ces derniers mots dans leur sens plein, il faudrait conclure à la préémi­nence de saint Joseph non seulement sur tous les saints, mais encore sur les anges. Mais il va de soi qu'on ne saurait interpréter cette simple assertion d'un document pontifical autrement que comme une indi­cation, et qu'il convient de montrer, en ce domaine, qui échappe à toutes nos prises, la plus grande pru­dence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Précisions relatives à la prééminence de saint Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse de la prééminence de saint Joseph se présente donc avec des garanties de probabilité théologique. On peut même affirmer qu'elle tend à devenir de plus en plus la doctrine communément reçue dans l'Église. Mais cette prééminence même soulève un certain nombre de problèmes subsidiaires que les théologiens s'efforcent de pénétrer. C'est, dit-­on, en raison de sa mission à l'égard de Jésus que Joseph a dû recevoir de Dieu cette surabondance de grâce qui lui assure la prééminence par rapport aux autres saints. Mais n'est-ce pas une raison analogue, quoique plus pressante, - la maternité divine, - qui amène l'Église à concevoir pour la sainte Vierge toute une série de privilèges, dont plusieurs sont définis comme de foi divine et catholique : immaculée conception, virginité parfaite, impeccabilité, mort immédiatement corrigée par une résurrection et une assomption glorieuse, culte spécial ? Si donc il faut affirmer avec Léon XIII que Joseph, en devenant l'époux de la Vierge, est devenu « un participant de sa sublime dignité », ne peut-on pas se demander dans quelle mesure il a pu participer aux privilèges de son admirable épouse ? Ici encore le théologien averti devra se mettre en garde contre l'abus de la raison raisonnante et ne jamais perdre de vue les grandes règles qui président aux déductions théologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Privilège par rapport au  péché origine ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut être question, bien que certains l'aient insinué, d'immaculée conception, ce privilège ayant été accordé uniquement à Marie. Mais saint Joseph aurait-il obtenu un privilège de sanctification, dès le sein de sa mère, comme l'a obtenu                Jean-Baptiste ? - L'affirmative a été proposée par Gerson, Sermo de Nativitate Virginis Mariae ; Isidore Isolani, Summa de donis S. Joseph, part. I, c. IX, édit. du P. Berthier, O. P., Rome, 1887; par Bernardin de Busto, francis­cain, Mariale..., Strasbourg, 1496, part. IV, serm. 12; par S. Alphonse de Liguori, Sermone di S. Giuseppe, 2e point, Discorsi morali, Naples, 1841, p. 223; et accueillie avec faveur par_ le P. Jean de Carthagène, Homiliae catholicae de sacris arcanis Deiparae et Divi Josephi, Naples, 1869, t. III, p. 311; et P. Morales, S. J., In caput I Matthaei, De Christo, sanctissima virgine Maria et S. Joseph, Paris, 1869, t. I, p. 214. - Suarez, que saint Alphonse cite comme ayant repris et défendu l'opinion de Gerson, a, au contraire, malgré sa grande dévotion envers saint Joseph, refusé de souscrire à la thèse du chancelier de l'Université de Paris. Benoît XIV se range à cet avis négatif : la sanctification de saint Joseph dans le sein de sa mère ne paraît pas, à ces deux maîtres de la science ecclé­siastique, pouvoir être démontrée par des raisons sérieuses. Bien que de nos jours des auteurs estimables, Mgr Sauvé, le P. Tesnière, en particulier, aient cru pouvoir reprendre l'opinion de Gerson, il ne semble pas qu'on doive accorder la moindre probabilité à cette opinion. Saint Thomas fournit une raison qui justifie amplement cette attitude. La sanctification d'un homme dès le sein de sa mère est une faveur excep­tionnelle qui n'est accordée par Dieu qu'en raison d'une utilité commune. Cf. Som. theol., IIIa, q. XXVII, a. 6. Or l'office qu'avait à remplir saint Joseph n'exigeait une sainteté éminente qu'au moment où le saint patriarche devint le fiancé de Marie. De plus, ni l'Écriture ni les Pères ne font la moindre allusion à ce privilège de saint Joseph. Aussi doit-on se rallier sans hésitation à la conclusion de Suarez : « Je pense qu'il ne faut ni admettre ni affirmer certains privilèges que plusieurs attribuent à ce grand saint, par exemple le privilège de la sanctification dans le sein maternel. De telles affirmations, qui sont en dehors des règles générales de l'Écriture, ne sauraient être accueillies que si on les appuie sur de bonnes raisons et sur la grande autorité de l'Église et des Pères. » De mysteriis vite Christi, disp. VIII, sect. 2, n. 6-8. Or, nous l'avons vu, ni les bonnes raisons ni l'autorité de l'Église et des Pères ne sont là pour appuyer l'opinion de la sanctifi­cation de saint Joseph avant sa naissance. Il manque donc à cette opinion ce que Benoît XIV appelle firmum et stabile in sacra theologia fundamentum. De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, Padoue, 1743, 1. IV, part. II, c. xx, a. 31, p. 135.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, la sanctification de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère ne crée pas pour autant au Précurseur une prééminence de sainteté ou de dignité par rapport à saint Joseph. Il ne s'ensuit pas que saint Joseph n'ait pas reçu dès le moment où il fut sanctifié, à quelque date qu'il faille placer cet instant, une grâce plus abondante que qui que ce soit, à part la sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Impeccance et impeccabilité ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la signification de ces mots, voir t. VII, col. 1265. Affirmer de saint Joseph comme de Marie l'impeccabilité absolue, c'est-à-­dire l'impossibilité morale de pécher, serait à coup sûr excessif. Mais peut-on affirmer que, vu l'abondance de grâces dont son âme fut inondée dès sa sanctification, saint Joseph posséda l'impeccance de fait ? Peut-on dire, tout au moins avec une sérieuse probabilité (la certitude est impossible en pareille matière), que le foyer de la concupiscence a été, chez saint Joseph, lié au point de lui permettre d'éviter en fait tout péché, même simplement véniel et de propos semi­-délibéré ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avis sont partagés à ce sujet. Le R. P. Lépicier défend avec beaucoup de conviction la thèse de l'impeccance, en la fondant sur la pureté parfaite qu'exigeait la mission de saint Joseph. De sancto .Joseph, part. III, a. 2. Voir également IMPECCABILITÉ, col. 1274. Notre piété envers saint Joseph ne nous oblige pas, semble-t-il, à affirmer cette thèse sans res­triction. En effet, la mission de saint Joseph exigeait l'impeccance, mais seulement dans le temps même où cette mission lui fut confiée. Or ce temps n'est pas toto vitae mortalis decursu. Il est possible, d'ailleurs, que Dieu ait accordé toto vitae mortalis decursu cet insigne privilège à celui qui devait lui servir de père ici-bas ; mais l'existence en saint Joseph d'une prérogative aussi absolue, aussi complète, est indémontrable. Or une opinion, même simplement probable, doit s'ap­puyer sur une démonstration véritable. Et même, à l'encontre de cette thèse, on peut apporter un argu­ment de grande valeur. Le concile de Trente a défini que l'homme justifié ne peut pas éviter au cours de son existence entière le péché, tout au moins le péché véniel, sans un privilège spécial de Dieu. Sess. VI, can. 23. Ce privilège spécial fut certainement concédé à Marie, comme suite de l'immaculée conception. A-t-il été concédé à d'autres créatures, en vertu d'une déro­gation aux lois ordinaires de la Providence ? Qui pourrait l'affirmer ? L'attitude qui s'impose au théo­logien catholique semble bien être celle que propose le cardinal Billot. « Pour éviter, dit-il, dans l'ordre actuel de la Providence, au cours de toute la vie, les péchés véniels, même semi-délibérés, il faudrait un secours tout à fait extraordinaire de Dieu, qui n'a jamais été concédé à aucun homme conçu dans le péché, à moins d'un privilège très spécial dont il n'est pas possible de constater l'existence. » De gratia, Prato, 1912, p. 106. Tout en reconnaissant la possibilité d'un privilège aussi exceptionnel, il faut donc reconnaître aussi que la concession de ce privilège ne peut être l'objet d'une démonstration théologique. Tout ce que l'on est en droit d'affirmer, c'est que saint Joseph, en raison de sa mission, fut confirmé en grâce dès l'ins­tant de son mariage avec la sainte Vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne serait-il pas plus exact de dire simplement que saint Joseph, constitué en grâce d'une manière suré­minente (ce qui n'implique pas nécessairement l'impeccance perpétuelle), n'a cessé d'augmenter en son âme, dès l'âge de raison, le trésor surnaturel de grâces que Dieu y avait déposé ? Le nom de Joseph signifie cet accroissement, cf. Gen., xxx, 24, et saint Bernard a tiré de ce nom une délicate argumentation : Conjice ex proprio vocabulo, quod augmentum non dubitas interpretari, quis et qualis homo fuerit iste homo Joseph. Homil. Il super « Missus est », Opera, Venise, 1568, t. I, p. 11. En Joseph, comme en Marie, quoique dans un degré inférieur, se trouvent réunies d'une manière excellente les trois conditions du mérite et du progrès de la vie surnaturelle : oeuvres en soi bonnes et susceptibles d'être rapportées à Dieu (peut-on trouver oeuvre plus excellente que la triple mission de Joseph ,par rapport à la virginité de Marie, à l'enfance de Jésus, et au mystère de l'incarnation); charité suré­minente dirigeant ces oeuvres vers Dieu, fin sur­naturelle (quel amour de Dieu en celui qui a tenu en ses bras l'enfant Jésus. Cf. Bernardin de Sienne, Sermo de S. Joseph, a. 2, c. 2, Opera, t. IV, p. 254); liberté plus grande que chez les autres hommes, d'autant plus grande que saint Joseph avançait chaque jour de plus en plus dans la perfection. De cet accroissement con­tinuel de vie surnaturelle en Joseph, on ne saurait jamais assez exprimer de louanges. Il faudrait exalter sa foi profonde, sa confiante espérance, son amour sans cesse grandissant au contact de Celui qui, dans sa compagnie, manifestait de plus en plus aux hommes « la grâce et la sagesse qui étaient en lui. » Il faudrait rappeler la prudence et la force du vigilant gardien chargé d'arracher l'enfant et sa mère aux embûches de leurs pires ennemis; la justice de l'homme parfait que l'Écriture dépeint d'un mot : justus, la tempérance de cet artisan humble et laborieux. On pourrait ainsi passer en revue toutes les vertus et les attribuer à saint Joseph dans un degré suréminent : on resterait certainement dans les limites de la vérité. Pour donner à saint Joseph une auréole digne de lui, de la sublime mission dont il fut revêtu, point n'est nécessaire de lui accorder la science infuse surnaturelle ou la vision béatifique que certains auteurs, dans l'empressement d'une dévotion indiscrète, ont cru pouvoir attribuer au chef de la sainte Famille. Le considérer comme un martyr est une exagération manifeste. En faire le corédempteur du genre humain, au sens propre du mot, serait friser l'erreur et le blasphème. Cf. Lépi­cier, Tractatus de S. Joseph, p. 208. Tous ces titres n'ajouteraient rien à la sainteté de saint Joseph, mais sembleraient plutôt en contradiction avec sa mission terrestre, toute d'humilité et de silence, dont le cadre devait être et rester uniquement la vie cachée du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Virginité ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là où, sans crainte d'exagération, on peut exalter la grandeur de saint Joseph, c'est au sujet de sa virginité. Chaste, il l'a été d'une façon admi­rable, durant son mariage avec Marie. Sa mission l'exigeait impérieusement. « Pureté, s'écrie Bossuet, voici ton triomphe. Ils se donnent réciproquement leur virginité, et sur cette virginité, ils se cèdent un droit mutuel..., de se la garder l'un à l'autre. » Op. cil., 1er point. Mais Joseph était-il vierge lorsqu'il accepta Marie comme épouse ? L'opinion d'un mariage anté­rieur de saint Joseph, recueillie dans l'apocryphe Protévangile de Jacques, a eu, dans les premiers siècles de l'Église, quelques partisans parmi les Pères de l'Église. Aujourd'hui, elle est complètement aban­donnée. L'éminente sainteté de Joseph, la sublimité de sa mission, exigent de lui un amour de la chasteté poussé jusqu'à la virginité complète et perpétuelle. En fait, d'ailleurs, l'hypothèse d'un premier mariage de Joseph d'où seraient issus les « frères du Seigneur » se heurte à des difficultés telles que l'on peut conclure à son impossibilité. Voir JÉSUS-CHRIST, col. 1167.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Privilèges dans la mort ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de saint Joseph fut une mort privilégiée : comme celle de la sainte Vierge, elle fut, dit saint François de Sales une mort « d'amour ». Cf. Traité de l'amour de Dieu, l. VII, c. XIII. C'est donc à juste titre que saint Joseph est invoqué comme patron de la bonne mort. Douce et suave comme celle de la Vierge, la mort de saint Joseph a semblé appeler un complément qui unirait davantage encore le patriarche à sa glorieuse épouse, par le triomphe d'une résurrection anticipée. On lit dans Matth., XXVII, 52-53, que beaucoup de corps de saints ressuscitèrent après la résurrection du Seigneur et se manifestèrent dans la ville de Jérusalem. Saint Thomas avait d'abord pensé que ces résurrections avaient été définitives et absolues. In IV Sent., 1. IV, dist. XLII, q. I, a. 3; In Matthaeum, ad hune locum, edit. de Parme, t. x, p. 210. Plus tard les raisons apportées en sens inverse par saint Augustin lui ont semblé beaucoup plus solides. Sum. theol., IIIa, q. LIII, a. 3, ad 2um. Quoi qu'il en soit, tablant sur la première hypothèse, certains ont admis que Joseph aurait figuré parmi ces premiers ressuscités, et serait ainsi entré au paradis en corps et en âme. Ainsi fait Suarez, In Som. S. Thomae, 111a, q. XXIX, disp. VIII, sect. II, édit. Vivès, t. XIX, p. 128, et saint François de Sales, Entretien XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 363. La théologie ne dispose d'aucun moyen pour contrôler la valeur de ces hypothèses superposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Patronage de saint Joseph sur l'Eglise Universelle ==&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Dans l'encyclique Quanquam pluries, Léon XIII trouve dans la mission de saint Joseph à l'égard de la sainte Famille « les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l'Église, et qui font que l'Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage. » En effet, « la divine maison que Joseph gou­verna comme avec l'autorité du père, contenait les prémices de l'Église naissante. De même que la très sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens. Jésus-Christ est aussi comme le premier-né des chrétiens, qui, par l'adoption et la rédemption, sont ses frères. Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l'Église, sur laquelle, parce qu'il est l'époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle... Cette mission providentielle dévolue à Joseph a eu son type dans l'Ancien Testament en cet autre Joseph, fils de Jacob, appelé par le roi des Égyptiens « le Sauveur du monde ». «De même, dit Léon XIII, que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l'Église, qui est vrai­ment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'objet de ce patronage est évidemment, avant tout, d'ordre spirituel; mais parce que le patronage de saint Joseph continue sa mission de chef de la sainte Famille, il faut conclure que ce patronage concerne aussi bien l'ordre temporel que l'ordre spirituel. Sainte Thérèse l'affirme expressément. Voir Vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même, Oeuvres, édit. Migne, Paris, 1840, t. I, p. 156.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le patronage de saint Joseph étant universel, « les hommes de toutes conditions et de tous pays » trouveront en ce grand saint un modèle et un protecteur. Léon XIII le rappelle aux pères de famille; aux époux, aux personnages nobles de naissance; aux riches; aux prolétaires; aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, etc. Cf. encyclique citée, édit. de la Bonne Presse, t. II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas lieu de se demander pourquoi l'Église a attendu si longtemps avant de proclamer le patronage de saint Joseph, et même de rendre un culte public et solennel à ce saint. Rechercher les raisons pour lesquelles l'antiquité et le haut Moyen Age ont à peu près entièrement ignoré saint Joseph entraîne­rait dans une étude historique qui est à peine amorcée. Les théologiens en découvrent des raisons providentielles que l'on trouvera exposées dans Billot, De Verbo incarnato, p. 422 et surtout dans Dom Beda Plaine, O. S. B., De cultu S. Joseph tarde ostenso ejusque hodiernis mirabilibus incrementis, dans Studien und Mittheilungen, 1898, t. XIX.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Conclusion : le culte de saint Joseph ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sublimité de la triple mission de saint Joseph; la prééminence de sainteté qui en est la conséquence; le patronage universel de ce grand saint sur l'Église, ne seraient-ils pas des raisons suffisantes pour accorder à saint Joseph un culte spécial, distinct du culte rendu aux autres saints ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains auteurs l'ont pensé et déclarent que le culte de saint Joseph, l'emportant sur le culte des autres saints, doit être appelé du nom de culte de protodulie. Toutefois, parce qu'il ne s'agit que d'une différence de degré et non d'espèce, l'Église s'est, jusqu'ici, refusée à sanctionner cette expression qui semblerait impliquer une coopération intrinsèque de saint Joseph à l’incarnation.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théologie de saint Joseph se résume dans l'étude des prérogatives de ce saint. Nous étudierons celles-ci dans l'ordre suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
*Sa sainteté suréminente.&lt;br /&gt;
*Le patronage sur l'Église.&lt;br /&gt;
*Le culte de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mission de saint Joseph&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plan de la rédemption des hommes ne comportait pas une révélation soudaine du mystère de l'incarnation. Toutefois la naissance du Verbe, mis au monde par une vierge mère, n'aurait pas manqué d'attirer l'attention et de susciter l'étonnement, si Dieu n'en avait pas, avant tout, marqué expressément le caractère profondément moral. Il aurait pu pourvoir à cette nécessité par des voies extraordinaires. Mais « il convient à son infinie sagesse d'employer les moyens les plus simples et les plus suaves avant d'en venir aux coups de force; et c'était là tout particulièrement ce que demandait l'ordre de ses desseins sur son Fils... En révélant la virginité de Marie, il aurait manifesté prématurément la grandeur de Jésus. Que fallait-il donc pour atteindre à la fois cette triple fin : l'obscurité pour Jésus, une réputation sans tache pour sa mère et une assistance dévouée pour l'un et pour l'autre ? Le voile d'un pur et saint mariage, l'union d'un époux vierge avec une mère vierge ». D. Terrien, La Mère de Dieu, Paris, 1902, t. II, p. 182-183. Le ministère de saint Joseph nous apparaît donc nécessaire à l'endroit du mystère même de l'incarnation, en ce qu'il fut requis pour permettre au Christ de naître et de mener une vie tout d'abord cachée, selon les desseins de la Providence, sans que fussent blessées l'honnêteté et la décence. Couvrir par son mariage avec la Vierge la virginité féconde de la Mère de Dieu, l'enfance du Sauveur, le secret du mystère de l'incarnation, tel est le triple objet de la mission de saint Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à la virginité de Marie ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier objet de la mission de saint Joseph a été de préserver la virginité de Marie en contractant avec la future mère de Dieu un mariage véritable. Qu'il y ait eu, entre Marie et le juste Joseph, un véritable mariage, le texte évangélique l'affirme si nettement qu'il n'est pas possible de le révoquer en doute. Cf. Matth, I, 18; Luc, I , 27; II, 5. Saint Thomas relève les convenances de ce mariage : aucun soupçon ne devait effleurer, si légèrement que ce fût, l'honneur du fils et celui de la mère; si jamais cet honneur était en cause, Joseph, le témoin le plus autorisé, le moins suspect, serait là pour en attester l'intégrité; enfin Jésus et Marie trouvaient en Joseph aide à leur fai­blesse. Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 2. Le voeu de virginité n'a pas été, en Marie, comme aussi sans doute en Joseph, un obstacle à la validité et même à la licéité de leur mariage. Cf : St Augustin, De cons. Evang., 1. II, c. I, P. L., t. XXXIV, col. 1071-1072; Benoît XIV, Delle feste di Gesù Cristo e della beata vergine Maria, Venise, 1792, p. 212-215. Les théolo­giens l'expliquent en enseignant que l'usage du mariage n'est pas de l'intégrité première et n'entre pas direc­tement dans l'objet du contrat. Cf. Billot, De sacramentis, t. II, th. XXXV. Ce fut précisément le caractère céleste du mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge d'avoir eu pour objet le don mutuel de leur corps pour en garder la virginité. Et néanmoins, le bien propre du mariage, y compris l'enfant, fruit de l'union de l'homme et de la femme, n'a pas fait défaut à ce mariage sans exemple. Après avoir montré l'existence du contrat et de l'amour conjugal le plus ardent quoique le plus pur dans le mariage de Joseph et de Marie, Bossuet, s'exprime ainsi : « Ce béni enfant est sorti, en quelque manière, de l'union virginale de ces deux époux... N'avons-nous pas dit que c'est la virginité de Marie qui a attiré Jésus-Christ du ciel ?... Ne peut-on pas dire que c'est sa pureté qui la rend féconde ? Que si c'est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d'assurer que Joseph a sa part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie, elle est le dépôt du juste Joseph. » Premier panégyrique de Saint-Joseph, 1er point.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est en connaissance de cause que Joseph a couvert ainsi aux yeux des hommes, par un saint et honorable mariage, la virginité de son épouse et sa maternité divine. Le texte même de saint Matthieu semble indiquer, en effet, que Joseph n'a conclu son mariage avec la Vierge qu'après que se fût manifestée la grossesse de sa fiancée. Voir sur ce point Fillion, Vie de N.-S. Jésus-Christ, Paris, 1922, t. I, p. 256-264 et M.-J. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 8 sq. Les fiançailles juives, au temps de saint Joseph, comportaient déjà un véri­table droit du « mari » sur sa fiancée, bien que le mariage ne fût tout à fait conclu que lorsque la fiancée venait définitivement s'installer au domicile de l'époux. Cette cou­tume explique parfaitement le sens de Matth., I, 18. Les versets suivants ne nous permettent pas de con­clure que Joseph ait soupçonné Marie de faute. Sans doute, Joseph n'est pas encore averti du mystère de l'incarnation, mais, connaissant la pureté de Marie, il soupçonne le surnaturel et, quel que soit le calcul qui préside à sa détermination, il prend la résolution très ferme de ne pas la renvoyer publiquement, mais de se retirer, laissant à Dieu le soin d'arranger l'affaire. Cette interprétation n'est pas l'interprétation ordi­naire, mais c'est la seule qui tienne exactement compte du « cum esset justus ». Sur cette interprétation, voir Lagrange, op. cit., p. 13-14. Sur les autres inter­prétations du doute de saint Joseph, voir Ch. Pesch, De Verbo incarnato, p. 611.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport à l'enfant Jésus ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'enfance de Jésus fut le second dépôt confié à la fidélité de Joseph. Mais à quel titre Jésus lui fut-il confié ? Il faut se souvenir que l'éducation de l'enfant est la fin très spéciale du mariage. Or, dans le mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge, l'enfant Jésus fut le fruit de l'union virginale des deux chastes époux, non seulement parce qu'il fut le fruit de la virginité de Marie qui était le dépôt et le bien de saint Joseph, mais encore parce que l'union de Joseph et de Marie était, dans les desseins de Dieu, ordonnée à l'éducation de l'Homme-Dieu. Ce n'est pas assez dire que saint Joseph fut le père « putatif », ou le père « adoptif », ou le père « nourricier » de l'enfant Jésus. Ces appellations, que nous trouvons sans doute sous la plume de plusieurs Pères de l'Église, ne répondent en réalité qu'à une vérité incomplète. Tout ce qui appartient au père, hormis l'acte propre du mariage, appartint à Joseph par rap­port à l'enfant Jésus. C'est la doctrine de saint Jean Chrysostome, In Matth., homél. IV, n. 6, P. G., t. LVII, col. 47, magnifiquement développée par Bossuet, Panégyrique cité, 2° point. Le développement de Bossuet se trouve déjà en raccourci dans saint Thomas d'Aquin, expliquant comment, par une disposition spéciale de la Providence, le bien du mariage entre Joseph et Marie fut vraiment l'enfant Jésus: « L'enfant n'est pas appelé le bien du mariage seulement en tant que, par le mariage, il est mis au monde, mais encore en tant que le mariage est spécialement ordonné à sa naissance et à son éducation. Ainsi Jésus fut le fruit du mariage de Joseph et de Marie, non de la première façon, mais de la seconde. Et cependant, un enfant né d'adultère, et même un enfant adopté, ne saurait être appelé le fruit du mariage de ses parents (supposés ou adoptifs), car, en ce cas, ce mariage n'est pas or­donné par la nature à l'éducation de ces enfants, tandis que le mariage de Joseph et de Marie fut or­donné par Dieu tout spécialement à la naissance et à l'éducation de Jésus. » In IV Sent., l. IV, dist. XXX, q. II, a. 2, ad 4um. Cf. Terrien, La Mère de Dieu, t. II, p. 187-188, note.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme la paternité de Joseph est une exception et, partant, échappe à toute classification possible, il est malaisé de lui donner un nom qui lui convienne par­faitement; il est plus facile, affirme le cardinal Billot, De Verbo incarnato, p. 422, de dire de quel nom il ne convient pas de désigner cette paternité. Corneille de La Pierre nommait Joseph « père par droit de mariage », patrem matrimonialem. Le nom propre, exprimant adéquatement le lien unissant Joseph à Jésus, nous échappe. La liturgie l'appelle une vice-­paternité. Préface propre de S. Joseph.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mission par rapport au mystère de l'incarnation ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mystère de l'incarnation devait être tenu secret pendant la vie cachée de Jésus. Cependant, pour la protection de la virginité de Marie et pour l'éducation de l'enfant divin, il fallait que ce secret fût confié à l'homme choisi par Dieu pour devenir l'époux de Marie et exercer les droits comme les devoirs de la paternité vis-à-vis de Jésus. La vocation de Joseph, à l'encontre de celle des apôtres qui sont des lumières pour faire voir Jésus, est d'être un voile pour le cou­vrir. Cf. Bossuet, op. cit., 3e point. Joseph fut ce voile même à l'égard du démon, selon l'opinion curieuse de saint Ignace martyr, mentionnée, sinon reprise, par saint Jérôme, ut partus ejus celaretur diabolo dum eum putat non de virgine, sed de uxore generatum. In Matth., c. i, P. L., t. XXVI, col. 24. Sur cette curiosité exégétique, voir S. Thomas, Sum. theol., IIIa, q. XXIX, a. 1, ad 3um; In Matthaeum, c. i; Suarez, In IIIa p. Sum. theol., q. XXIX, a. 1, n. 2, Opera, éd. Vivès, t. XIX, p. 111; Ami du Clergé, 1921, p. 535-537.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce que le Christ, Homme-Dieu, ne devait mener une vie cachée que pour un temps, il convenait que Joseph, ministre et compagnon de cette vie cachée, dépositaire du secret dans lequel était renfermé le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu, disparût de la scène de ce monde avant que la parole du ciel ne révélât au fils de Zacharie dans le désert la présence du Messie promis et annoncé. Aussi, dans l'obscurité même qui avait entouré sa vie, Joseph, continuant jusqu'au bout sa mission sublime, rendit sans doute son âme à Dieu avant que Jésus se manifestât aux hommes comme l'Homme-Dieu. Ainsi, le voile qui couvrait le mystère de l'incarnation étant enlevé, les hommes peu à peu purent s'habituer à concevoir le Christ sans père selon la chair.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sainteté suréminente == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le principe fondamental qui doit ici diriger les déductions du théo­logien est celui-là même qu'expose saint Thomas à propos de l'abondance de grâces dont fut remplie l'âme de Jésus-Christ et celle de sa mère. « Lorsque Dieu choisit par lui-même quelqu'une de ses créatures pour une fonction spéciale, il la dispose d'avance et la prépare à remplir dignement le ministère auquel il la destine. » Sum. theol., IIIa, q. XXVII, a. 4. « A chacun Dieu donne la grâce suivant l'élection qu'il a faite de lui. Et parce que le Christ, en tant qu'il est homme, avait été prédestiné pour être le Fils de Dieu, sancti­ficateur du monde, il eut en propre une plénitude de grâces assez grande pour enrichir tous les hommes... Mais la bienheureuse vierge Marie a obtenu une grande plénitude de grâce parce que nulle autre créature n'a été voisine comme elle de l'auteur de la grâce. Car elle reçut en même temps celui qui est plein de grâce et, par son enfantement, elle fit couler en quel­que sorte la grâce sur l'humanité tout entière. » Loc. cit.,ad 1um.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l'élection faite par Dieu ne saurait porter à faux, lorsqu'elle est absolue. Ceux que Dieu élit pour une dignité, il les fait propres à la remplir. Cf. II Cor., III, 6, et le commentaire de S. Thomas, lect. II. Jamais les choix de Dieu, soit dans l'ordre de la nature, soit dans celui de la grâce, ne peuvent tromper ses prévi­sions ni ses espérances. Cf. Terrien, op. cil., t. I, p. 259-­260.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De ce principe général, on doit déduire l'abondance de grâces dont fut enrichie l'âme de saint Joseph, et, si l’on peut dire, sa prééminence sur les autres saints, hormis la sainte Vierge. Nous préciserons ensuite quelques points relatifs à cette prééminence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Surabondance de grâces et de perfection dans l'âme de Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grâce sanctifiante, nous destinant à l'union surnaturelle avec Dieu, est d'autant plus abondante en une âme que cette âme doit être plus intimement unie à Dieu dans l'ordre surnaturel. Or Joseph, tant à l'égard du Verbe incarné qu'à l'égard de la Mère de Dieu, a reçu une mission très particulière, qu'aucun autre homme n'a reçue. Dans l'intimité de la sainte Famille, le droit d'époux, le droit de père, le droit de gardien vigilant et fidèle établissait, entre saint Joseph et Dieu, une relation si étroite, qu'on n'en peut trouver de semblable chez les autres saints, et qu'elle place Joseph, dans l'ordre de l'union avec Dieu, immédiatement après la vierge Marie. Quelle devait donc être la grâce préparée et conférée par Dieu à l'homme élu entre tous, chargé de conduire et de protéger le Verbe, fait homme pour le salut des hommes, à l'homme élu entre tous pour être l'époux, gardien vigilant de la virginité de Marie, dans l'amour même le plus ardent de la vertu! « Joseph fut l'époux de Marie; il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire. Certes, la dignité de mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il n'ait approché plus que personne de cette dignité surémi­nente par laquelle la mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Léon XIII, Encyclique Quanquam pluries, 5 août 1889. Voir le développement de ces pensées dans saint François de Sales, Entretiens spirituels, XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 360; 355-366.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ces raisons solides s'ajoute une indication tirée du rôle joué par saint Joseph par rapport à l'incarna­tion. Durant la vie cachée de Jésus, Joseph en fut le gardien plein de foi et de discrétion. A ce rôle, désor­mais fini, a fait place un rôle non moins glorieux, celui de protecteur de l'Église, de cette Église qui continue ici-bas le mystère de l'incarnation. Or, si Jésus-Christ, comme chef de l'Église, doit avoir la plénitude de grâce qui convient au chef, plénitude dont « nous avons tous reçu » ; si la sainte Vierge, en tant que Mère des hommes, a dû posséder une grâce plus parfaite que celle des autres créatures, parce qu'elle devait en quelque sorte faire couler la grâce sur l'humanité tout entière, ne pouvons-nous pas également affirmer que le rôle de protecteur de l'Église constitue, pour saint Joseph, un titre à une surabondance exception­nelle de grâces ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prééminence de saint Joseph par rapport à tout autre saint ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est la conclusion de ce qui précède. Saint Joseph, après Marie, a été la créature la plus unie à Jésus, et cette union provenait d'une mission exceptionnelle, qui n'a été confiée à aucun autre saint, et qui se rapportait au mystère même de l'Auteur de la grâce. Mais la prééminence de saint Joseph pose quelques difficultés qu'il importe de résoudre. Disons immédiatement que la place assignée par la liturgie au nom de saint Joseph après celui de saint Jean­-Baptiste n'implique aucune infériorité en saint Joseph au point de vue de la sainteté. Voir sur ce point Analecta juris pontificii, XXe série, 1881, col. 824-843.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et saint Jean-Baptiste ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 La difficulté vient du texte de Matthieu, XI, 11. Si Jean a été proclamé par Jésus lui-même « le plus grand de ceux qui sont nés d'une femme » n'est-il pas, par là même, le plus grand des saints ? Ainsi l'ont pensé saint Cyrille d'Alexandrie, Thesaurus, P. G., t. LXXV, col. 157; saint Jean Chrysostome, In Matth., homil. XXXVII. n. 2, P. G., t. CII, col. 421; saint Augustin, Contra adversarium legis et prophetarum, 1. II ,c. v, n. 20, P. L., t. XLII, col. 650; et parmi les exégètes catho­liques, dans leurs commentaires sur le premier évan­gile, Denys le Chartreux, Maldonat, Jansénius, Jean de Sylveira, Barradas, Tirin, etc. Mais une telle exé­gèse est en dehors du sens que présente le texte. La phrase qui suit l'indique clairement. Jésus, ayant fait l'éloge du Précurseur, auquel, en tant que Précurseur, aucun autre homme ne saurait être comparé, ajoute, en jetant un regard sur le royaume à venir, que « même les membres inférieurs de son Église, même les plus petits d'entre les chrétiens l'emportent sur saint Jean-Baptiste, quelle que soit d'ailleurs la grandeur du Précurseur. » Fillion, Évangile selon S. Matthieu, p. 222. Cf. Évangile selon S. Luc, p. 157. C'est donc en tant que dernier représentant de l'Ancienne Loi, dont il est le dernier prophète, que Jean est proclamé le plus grand des hommes; sa valeur personnelle, sa sainteté, ses vertus individuelles sont hors de cause : avec la plupart des commentateurs, il faut reconnaître qu'ici Jésus-Christ ne parle de Jean-Baptiste qu'en fonction de sa mission prophétique, qui clôt l'Ancien et annonce le Nouveau. Cf. Van Steenkiste, Commentarius in Evangelium secundum Matthaeum; Lagrange, Évangile .selon S. Matthieu, p. 222; Knabenbauer, Evangelium secundum Matthaeum, t. I, p. 429-431. On trouvera dans ce dernier auteur les déclarations faites en ce sens par Albert le Grand, saint Thomas, Tolet, etc. Sur le texte parallèle de Luc., VII, 28, voir Lagrange, Évangile selon S. Luc, p. 221. Cf. Billot, De Ecclesia, Prato, 1909, p. 74, et surtout D. Buzy, Saint Jean­-Baptiste, Paris, 1922, part. III, c. 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Saint Joseph et les apôtres ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Une difficulté, qui en fait n'existe pas, a été imaginée en partant de deux textes de saint Paul, Rom., VIII, 23; Eph., I, 8, et surtout du commentaire qu'en a fait saint Thomas. Sur Rom., VIII, 23, celui-ci reprend l'argumentation par laquelle on prouve la surabondance de grâces en l'âme de saint Joseph, pour démontrer qu'après la Vierge, les apôtres ont obtenu de Dieu la plus grande sainteté. Leur fonction, en effet, les place immédiate­ment après Marie. Epist. ad Romanos, c. VIII, lect. V, édit. de Parme, t. XIII,   p. 83. Et sur Eph., I, 8, saint Thomas écrit « que les apôtres ont reçu une grâce plus abondante que tous les autres saints, après le Christ et la Vierge-Mère »; et il dénonce « la témérité, pour ne pas dire l'erreur, de ceux qui ont la présomption de comparer d'autres saints aux apôtres, dans l'ordre de la grâce comme dans l'ordre de la gloire. » Id., p. 448.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est incontestable qu'au Moyen Age, le culte de Joseph était à peu près inexistant; on ne pensait guère à l'humble et modeste saint, rien d'extraordinaire à ce que l'Ange de l'École n'ait pas pris garde à la haute mission qui lui fut départie, mission qui devait justi­fier sa prééminence, même à l'égard des apôtres. D'ailleurs, dans l'exposition du texte de l'Épître aux Romains, il dit : Spiritum sanctum et tempore prius et ceteris abundantius apostoli habuerunt; et, dans l'Épître aux Éphésiens, s'il confesse qu' « il est téméraire de comparer d'autres saints aux apôtres, il fait précé­der cette conclusion du texte emprunté à l'Épître aux Romains, avec la glose : tempore prius et ceteris abundantius. Il ne s'agirait donc pas de la comparaison des apôtres avec un saint venu avant eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, à ne considérer que l'argumentation de saint Thomas, et en laissant de côté sa conclusion un peu absolue, on arrive facilement à déduire la prééminence de saint Joseph, même sur les apôtres. La mission de saint Joseph, étant d'un ordre plus relevé que celle des apôtres, exigeait, en vertu du principe de saint Thomas, une plus grande surabondance de grâces. « Certains offices, écrit Suarez, relèvent de l'ordre même de la grâce sanctifiante, et, dans ce genre, les apôtres tiennent le degré le plus élevé : aussi ont-ils eu besoin de plus de secours gratuits que les autres, surtout en ce qui concerne les dons gratuitement donnés et la sagesse. Mais il y a d'autres offices qui confinent à l'ordre de l'union hypostatique, en soi plus parfait, ainsi qu'on le voit clairement de la maternité divine en la bienheureuse vierge Marie, et c'est à cet ordre d'office qu'appartient le ministère de saint Joseph. » Sans vouloir tirer de conclusion absolue, le grand théologien « estime qu'il n'est ni téméraire, ni impie, mais au contraire que c'est opinion pieuse et vraisemblable de considérer saint Joseph comme le premier des saints en grâce et en béatitude. » In Sum. S. Thomae, IIIa, q. XXIX, disp. VIII, sect. 1; Opera, édit. Vivès, t. XIX, p. 125. On voudra bien remarquer la modération louable avec laquelle s'exprime Suarez.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La doctrine de la prééminence de saint Joseph avait été antérieurement professée par Gerson, Sermo in nativitatem virginis Mariae, IVa consideratio, dans Vivès (card.), Summa Josephina, Rome, 1907, p. 173; par saint Bernardin de Sienne, Sermo I de S. Joseph, c. 3, Opera, Lyon, 1650, t. IV, p. 254. A partir du XVIe siècle elle devient beaucoup plus courante; elle est admise par sainte Thérèse, saint François de Sales, plus tard par saint Alphonse de Liguori, etc. « Certes, pouvons-nous conclure avec Léon XIII, la dignité de Mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. » Encycl. Quanquam pluries. A prendre ces derniers mots dans leur sens plein, il faudrait conclure à la préémi­nence de saint Joseph non seulement sur tous les saints, mais encore sur les anges. Mais il va de soi qu'on ne saurait interpréter cette simple assertion d'un document pontifical autrement que comme une indi­cation, et qu'il convient de montrer, en ce domaine, qui échappe à toutes nos prises, la plus grande pru­dence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Précisions relatives à la prééminence de saint Joseph ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La thèse de la prééminence de saint Joseph se présente donc avec des garanties de probabilité théologique. On peut même affirmer qu'elle tend à devenir de plus en plus la doctrine communément reçue dans l'Église. Mais cette prééminence même soulève un certain nombre de problèmes subsidiaires que les théologiens s'efforcent de pénétrer. C'est, dit-­on, en raison de sa mission à l'égard de Jésus que Joseph a dû recevoir de Dieu cette surabondance de grâce qui lui assure la prééminence par rapport aux autres saints. Mais n'est-ce pas une raison analogue, quoique plus pressante, - la maternité divine, - qui amène l'Église à concevoir pour la sainte Vierge toute une série de privilèges, dont plusieurs sont définis comme de foi divine et catholique : immaculée conception, virginité parfaite, impeccabilité, mort immédiatement corrigée par une résurrection et une assomption glorieuse, culte spécial ? Si donc il faut affirmer avec Léon XIII que Joseph, en devenant l'époux de la Vierge, est devenu « un participant de sa sublime dignité », ne peut-on pas se demander dans quelle mesure il a pu participer aux privilèges de son admirable épouse ? Ici encore le théologien averti devra se mettre en garde contre l'abus de la raison raisonnante et ne jamais perdre de vue les grandes règles qui président aux déductions théologiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Privilège par rapport au  péché origine ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne peut être question, bien que certains l'aient insinué, d'immaculée conception, ce privilège ayant été accordé uniquement à Marie. Mais saint Joseph aurait-il obtenu un privilège de sanctification, dès le sein de sa mère, comme l'a obtenu                Jean-Baptiste ? - L'affirmative a été proposée par Gerson, Sermo de Nativitate Virginis Mariae ; Isidore Isolani, Summa de donis S. Joseph, part. I, c. IX, édit. du P. Berthier, O. P., Rome, 1887; par Bernardin de Busto, francis­cain, Mariale..., Strasbourg, 1496, part. IV, serm. 12; par S. Alphonse de Liguori, Sermone di S. Giuseppe, 2e point, Discorsi morali, Naples, 1841, p. 223; et accueillie avec faveur par_ le P. Jean de Carthagène, Homiliae catholicae de sacris arcanis Deiparae et Divi Josephi, Naples, 1869, t. III, p. 311; et P. Morales, S. J., In caput I Matthaei, De Christo, sanctissima virgine Maria et S. Joseph, Paris, 1869, t. I, p. 214. - Suarez, que saint Alphonse cite comme ayant repris et défendu l'opinion de Gerson, a, au contraire, malgré sa grande dévotion envers saint Joseph, refusé de souscrire à la thèse du chancelier de l'Université de Paris. Benoît XIV se range à cet avis négatif : la sanctification de saint Joseph dans le sein de sa mère ne paraît pas, à ces deux maîtres de la science ecclé­siastique, pouvoir être démontrée par des raisons sérieuses. Bien que de nos jours des auteurs estimables, Mgr Sauvé, le P. Tesnière, en particulier, aient cru pouvoir reprendre l'opinion de Gerson, il ne semble pas qu'on doive accorder la moindre probabilité à cette opinion. Saint Thomas fournit une raison qui justifie amplement cette attitude. La sanctification d'un homme dès le sein de sa mère est une faveur excep­tionnelle qui n'est accordée par Dieu qu'en raison d'une utilité commune. Cf. Som. theol., IIIa, q. XXVII, a. 6. Or l'office qu'avait à remplir saint Joseph n'exigeait une sainteté éminente qu'au moment où le saint patriarche devint le fiancé de Marie. De plus, ni l'Écriture ni les Pères ne font la moindre allusion à ce privilège de saint Joseph. Aussi doit-on se rallier sans hésitation à la conclusion de Suarez : « Je pense qu'il ne faut ni admettre ni affirmer certains privilèges que plusieurs attribuent à ce grand saint, par exemple le privilège de la sanctification dans le sein maternel. De telles affirmations, qui sont en dehors des règles générales de l'Écriture, ne sauraient être accueillies que si on les appuie sur de bonnes raisons et sur la grande autorité de l'Église et des Pères. » De mysteriis vite Christi, disp. VIII, sect. 2, n. 6-8. Or, nous l'avons vu, ni les bonnes raisons ni l'autorité de l'Église et des Pères ne sont là pour appuyer l'opinion de la sanctifi­cation de saint Joseph avant sa naissance. Il manque donc à cette opinion ce que Benoît XIV appelle firmum et stabile in sacra theologia fundamentum. De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, Padoue, 1743, 1. IV, part. II, c. xx, a. 31, p. 135.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quoi qu'il en soit, la sanctification de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère ne crée pas pour autant au Précurseur une prééminence de sainteté ou de dignité par rapport à saint Joseph. Il ne s'ensuit pas que saint Joseph n'ait pas reçu dès le moment où il fut sanctifié, à quelque date qu'il faille placer cet instant, une grâce plus abondante que qui que ce soit, à part la sainte Vierge. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Impeccance et impeccabilité ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur la signification de ces mots, voir t. VII, col. 1265. Affirmer de saint Joseph comme de Marie l'impeccabilité absolue, c'est-à-­dire l'impossibilité morale de pécher, serait à coup sûr excessif. Mais peut-on affirmer que, vu l'abondance de grâces dont son âme fut inondée dès sa sanctification, saint Joseph posséda l'impeccance de fait ? Peut-on dire, tout au moins avec une sérieuse probabilité (la certitude est impossible en pareille matière), que le foyer de la concupiscence a été, chez saint Joseph, lié au point de lui permettre d'éviter en fait tout péché, même simplement véniel et de propos semi­-délibéré ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les avis sont partagés à ce sujet. Le R. P. Lépicier défend avec beaucoup de conviction la thèse de l'impeccance, en la fondant sur la pureté parfaite qu'exigeait la mission de saint Joseph. De sancto .Joseph, part. III, a. 2. Voir également IMPECCABILITÉ, col. 1274. Notre piété envers saint Joseph ne nous oblige pas, semble-t-il, à affirmer cette thèse sans res­triction. En effet, la mission de saint Joseph exigeait l'impeccance, mais seulement dans le temps même où cette mission lui fut confiée. Or ce temps n'est pas toto vitae mortalis decursu. Il est possible, d'ailleurs, que Dieu ait accordé toto vitae mortalis decursu cet insigne privilège à celui qui devait lui servir de père ici-bas ; mais l'existence en saint Joseph d'une prérogative aussi absolue, aussi complète, est indémontrable. Or une opinion, même simplement probable, doit s'ap­puyer sur une démonstration véritable. Et même, à l'encontre de cette thèse, on peut apporter un argu­ment de grande valeur. Le concile de Trente a défini que l'homme justifié ne peut pas éviter au cours de son existence entière le péché, tout au moins le péché véniel, sans un privilège spécial de Dieu. Sess. VI, can. 23. Ce privilège spécial fut certainement concédé à Marie, comme suite de l'immaculée conception. A-t-il été concédé à d'autres créatures, en vertu d'une déro­gation aux lois ordinaires de la Providence ? Qui pourrait l'affirmer ? L'attitude qui s'impose au théo­logien catholique semble bien être celle que propose le cardinal Billot. « Pour éviter, dit-il, dans l'ordre actuel de la Providence, au cours de toute la vie, les péchés véniels, même semi-délibérés, il faudrait un secours tout à fait extraordinaire de Dieu, qui n'a jamais été concédé à aucun homme conçu dans le péché, à moins d'un privilège très spécial dont il n'est pas possible de constater l'existence. » De gratia, Prato, 1912, p. 106. Tout en reconnaissant la possibilité d'un privilège aussi exceptionnel, il faut donc reconnaître aussi que la concession de ce privilège ne peut être l'objet d'une démonstration théologique. Tout ce que l'on est en droit d'affirmer, c'est que saint Joseph, en raison de sa mission, fut confirmé en grâce dès l'ins­tant de son mariage avec la sainte Vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne serait-il pas plus exact de dire simplement que saint Joseph, constitué en grâce d'une manière suré­minente (ce qui n'implique pas nécessairement l'impeccance perpétuelle), n'a cessé d'augmenter en son âme, dès l'âge de raison, le trésor surnaturel de grâces que Dieu y avait déposé ? Le nom de Joseph signifie cet accroissement, cf. Gen., xxx, 24, et saint Bernard a tiré de ce nom une délicate argumentation : Conjice ex proprio vocabulo, quod augmentum non dubitas interpretari, quis et qualis homo fuerit iste homo Joseph. Homil. Il super « Missus est », Opera, Venise, 1568, t. I, p. 11. En Joseph, comme en Marie, quoique dans un degré inférieur, se trouvent réunies d'une manière excellente les trois conditions du mérite et du progrès de la vie surnaturelle : oeuvres en soi bonnes et susceptibles d'être rapportées à Dieu (peut-on trouver oeuvre plus excellente que la triple mission de Joseph ,par rapport à la virginité de Marie, à l'enfance de Jésus, et au mystère de l'incarnation); charité suré­minente dirigeant ces oeuvres vers Dieu, fin sur­naturelle (quel amour de Dieu en celui qui a tenu en ses bras l'enfant Jésus. Cf. Bernardin de Sienne, Sermo de S. Joseph, a. 2, c. 2, Opera, t. IV, p. 254); liberté plus grande que chez les autres hommes, d'autant plus grande que saint Joseph avançait chaque jour de plus en plus dans la perfection. De cet accroissement con­tinuel de vie surnaturelle en Joseph, on ne saurait jamais assez exprimer de louanges. Il faudrait exalter sa foi profonde, sa confiante espérance, son amour sans cesse grandissant au contact de Celui qui, dans sa compagnie, manifestait de plus en plus aux hommes « la grâce et la sagesse qui étaient en lui. » Il faudrait rappeler la prudence et la force du vigilant gardien chargé d'arracher l'enfant et sa mère aux embûches de leurs pires ennemis; la justice de l'homme parfait que l'Écriture dépeint d'un mot : justus, la tempérance de cet artisan humble et laborieux. On pourrait ainsi passer en revue toutes les vertus et les attribuer à saint Joseph dans un degré suréminent : on resterait certainement dans les limites de la vérité. Pour donner à saint Joseph une auréole digne de lui, de la sublime mission dont il fut revêtu, point n'est nécessaire de lui accorder la science infuse surnaturelle ou la vision béatifique que certains auteurs, dans l'empressement d'une dévotion indiscrète, ont cru pouvoir attribuer au chef de la sainte Famille. Le considérer comme un martyr est une exagération manifeste. En faire le corédempteur du genre humain, au sens propre du mot, serait friser l'erreur et le blasphème. Cf. Lépi­cier, Tractatus de S. Joseph, p. 208. Tous ces titres n'ajouteraient rien à la sainteté de saint Joseph, mais sembleraient plutôt en contradiction avec sa mission terrestre, toute d'humilité et de silence, dont le cadre devait être et rester uniquement la vie cachée du Sauveur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Virginité ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là où, sans crainte d'exagération, on peut exalter la grandeur de saint Joseph, c'est au sujet de sa virginité. Chaste, il l'a été d'une façon admi­rable, durant son mariage avec Marie. Sa mission l'exigeait impérieusement. « Pureté, s'écrie Bossuet, voici ton triomphe. Ils se donnent réciproquement leur virginité, et sur cette virginité, ils se cèdent un droit mutuel..., de se la garder l'un à l'autre. » Op. cil., 1er point. Mais Joseph était-il vierge lorsqu'il accepta Marie comme épouse ? L'opinion d'un mariage anté­rieur de saint Joseph, recueillie dans l'apocryphe Protévangile de Jacques, a eu, dans les premiers siècles de l'Église, quelques partisans parmi les Pères de l'Église. Aujourd'hui, elle est complètement aban­donnée. L'éminente sainteté de Joseph, la sublimité de sa mission, exigent de lui un amour de la chasteté poussé jusqu'à la virginité complète et perpétuelle. En fait, d'ailleurs, l'hypothèse d'un premier mariage de Joseph d'où seraient issus les « frères du Seigneur » se heurte à des difficultés telles que l'on peut conclure à son impossibilité. Voir JÉSUS-CHRIST, col. 1167.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Privilèges dans la mort ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort de saint Joseph fut une mort privilégiée : comme celle de la sainte Vierge, elle fut, dit saint François de Sales une mort « d'amour ». Cf. Traité de l'amour de Dieu, l. VII, c. XIII. C'est donc à juste titre que saint Joseph est invoqué comme patron de la bonne mort. Douce et suave comme celle de la Vierge, la mort de saint Joseph a semblé appeler un complément qui unirait davantage encore le patriarche à sa glorieuse épouse, par le triomphe d'une résurrection anticipée. On lit dans Matth., XXVII, 52-53, que beaucoup de corps de saints ressuscitèrent après la résurrection du Seigneur et se manifestèrent dans la ville de Jérusalem. Saint Thomas avait d'abord pensé que ces résurrections avaient été définitives et absolues. In IV Sent., 1. IV, dist. XLII, q. I, a. 3; In Matthaeum, ad hune locum, edit. de Parme, t. x, p. 210. Plus tard les raisons apportées en sens inverse par saint Augustin lui ont semblé beaucoup plus solides. Sum. theol., IIIa, q. LIII, a. 3, ad 2um. Quoi qu'il en soit, tablant sur la première hypothèse, certains ont admis que Joseph aurait figuré parmi ces premiers ressuscités, et serait ainsi entré au paradis en corps et en âme. Ainsi fait Suarez, In Som. S. Thomae, 111a, q. XXIX, disp. VIII, sect. II, édit. Vivès, t. XIX, p. 128, et saint François de Sales, Entretien XIX, édit. d'Annecy, t. VI, p. 363. La théologie ne dispose d'aucun moyen pour contrôler la valeur de ces hypothèses superposées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Patronage de saint Joseph sur l'Eglise Universelle ==&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Dans l'encyclique Quanquam pluries, Léon XIII trouve dans la mission de saint Joseph à l'égard de la sainte Famille « les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l'Église, et qui font que l'Église espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage. » En effet, « la divine maison que Joseph gou­verna comme avec l'autorité du père, contenait les prémices de l'Église naissante. De même que la très sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la Mère de tous les chrétiens. Jésus-Christ est aussi comme le premier-né des chrétiens, qui, par l'adoption et la rédemption, sont ses frères. Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l'Église, sur laquelle, parce qu'il est l'époux de Marie et le père de Jésus-Christ, il possède comme une autorité paternelle... Cette mission providentielle dévolue à Joseph a eu son type dans l'Ancien Testament en cet autre Joseph, fils de Jacob, appelé par le roi des Égyptiens « le Sauveur du monde ». «De même, dit Léon XIII, que le premier fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout le royaume, de même le second, destiné à être le gardien de la religion chrétienne, doit être regardé comme le protecteur et le défenseur de l'Église, qui est vrai­ment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'objet de ce patronage est évidemment, avant tout, d'ordre spirituel; mais parce que le patronage de saint Joseph continue sa mission de chef de la sainte Famille, il faut conclure que ce patronage concerne aussi bien l'ordre temporel que l'ordre spirituel. Sainte Thérèse l'affirme expressément. Voir Vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même, Oeuvres, édit. Migne, Paris, 1840, t. I, p. 156.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le patronage de saint Joseph étant universel, « les hommes de toutes conditions et de tous pays » trouveront en ce grand saint un modèle et un protecteur. Léon XIII le rappelle aux pères de famille; aux époux, aux personnages nobles de naissance; aux riches; aux prolétaires; aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, etc. Cf. encyclique citée, édit. de la Bonne Presse, t. II.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n'y a pas lieu de se demander pourquoi l'Église a attendu si longtemps avant de proclamer le patronage de saint Joseph, et même de rendre un culte public et solennel à ce saint. Rechercher les raisons pour lesquelles l'antiquité et le haut Moyen Age ont à peu près entièrement ignoré saint Joseph entraîne­rait dans une étude historique qui est à peine amorcée. Les théologiens en découvrent des raisons providentielles que l'on trouvera exposées dans Billot, De Verbo incarnato, p. 422 et surtout dans Dom Beda Plaine, O. S. B., De cultu S. Joseph tarde ostenso ejusque hodiernis mirabilibus incrementis, dans Studien und Mittheilungen, 1898, t. XIX.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Conclusion : le culte de saint Joseph ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sublimité de la triple mission de saint Joseph; la prééminence de sainteté qui en est la conséquence; le patronage universel de ce grand saint sur l'Église, ne seraient-ils pas des raisons suffisantes pour accorder à saint Joseph un culte spécial, distinct du culte rendu aux autres saints ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certains auteurs l'ont pensé et déclarent que le culte de saint Joseph, l'emportant sur le culte des autres saints, doit être appelé du nom de culte de protodulie. Toutefois, parce qu'il ne s'agit que d'une différence de degré et non d'espèce, l'Église s'est, jusqu'ici, refusée à sanctionner cette expression qui semblerait impliquer une coopération intrinsèque de saint Joseph à l’incarnation.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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		<title>Allons à Joseph</title>
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&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé Jacques Olivier, FSSP&lt;br /&gt;
 | source                        = &lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦ Facile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dévotion à saint Joseph semble être inséparable d’une tendre et solide dévotion à Notre Seigneur Jésus-Christ et à la Très Sainte Vierge Marie. En effet, Jésus et Marie ont aimé saint Joseph, l’ont honoré et lui ont obéi. Saint Joseph les nourrissait du fruit de son travail ; enfin, il mourut entre leurs bras. Quelle belle vie, quelle douce mort ! Et quel n’est pas à présent dans le Ciel le crédit de ce grand saint&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux cours des siècles, la confiance de l’Eglise envers saint Joseph n’a fait que croître. Protecteur providentiel du Christ, il continue à être celui de son Corps mystique et semble porter sur les humbles la sollicitude qu’il avait pour Jésus lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Allez à Joseph « , disait le Pharaon aux Egyptiens. Ne nous semble-t-il pas entendre la voix de l’Eglise qui nous dit : « allez à Joseph », adressez-vous à lui avec confiance ? Que n’obtiendra-t-il pas d’un Dieu fait homme qui a bien voulu le regarder comme son père et lui obéir sur la terre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Bernard de Clairvaux, au XIIème siècle, découvrait avec justesse la grandeur de saint Joseph : « Celui que de nombreux rois et prophètes ont désiré voir et n’ont pas vu, qu’ils ont désiré écouter et qu’ils n’ont pas entendu, il fut donné à Joseph, non seulement de le voir et de l’entendre, mais encore de le porter, de guider ses pas, de le prendre dans ses bras, de le couvrir de baisers, de lui donner à manger et de veiller sur lui ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au XVème siècle, saint Bernardin de Sienne découvre davantage encore la gloire de saint Joseph. Il s’exprimait avec une rare pénétration : « Comment un esprit clairvoyant peut-il penser que le Saint-Esprit ait uni, d’une union si étroite à l’âme d’une Vierge si grande, quelqu’autre âme sans que celle-ci lui fut semblable par la pratique des vertus ? Je crois donc que saint Joseph fut le plus pur des hommes en virginité, le plus profond en humilité, le plus ardent en amour de Dieu et en charité, le plus élevé en contemplation ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sainte Thérèse d’Avila, au XVIème siècle, avait choisi saint Joseph pour patron de son ordre. Voici comment elle en parle dans le sixième chapitre de sa vie : « Je choisis le glorieux saint Joseph pour mon patron et me recommande à lui en toutes choses. Je ne me souviens pas d’avoir jamais rien demandé à Dieu par son intercession que je ne l’aie obtenu. Jamais je n’ai connu personne qui l’ait invoqué sans faire des progrès notables dans la vertu. Son crédit auprès de Dieu est d’une merveilleuse efficacité pour tous ceux qui s’adressent à lui avec confiance ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint François de Sales a employé son dix-neuvième entretien à recommander la dévotion envers saint Joseph et à louer ses vertus, surtout sa virginité, son humilité, sa constance et son courage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Syriens et les autres Orientaux font la fête de saint Joseph le 20 juillet, mais on la fait le 19 mars dans les églises d’Occident. Les Papes Grégoire XV et Urbain VIII ordonnèrent, l’un en 1621 et l’autre en 1642, que cette fête fût d’obligation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Papes n’ont pas manqué de nous exhorter à recourir à saint Joseph et le bienheureux Pie IX, qui en 1870 proclama saint Joseph « Patron de l’Eglise Universelle », ne craignait pas d’affirmer : « La dévotion envers saint Joseph est le salut de la société contemporaine ». Léon XIII déclarait que « la divine maison que Joseph gouvernait avec l’autorité du père, contenait les prémices de l’Eglise naissante ». Le Pape Pie XII de glorieuse mémoire, institua en 1955, la fête de saint Joseph Artisan et en fixa la date au 1er mai. Le bienheureux Jean XXIII inséra le nom de notre glorieux Patron au sein même du canon de la messe et Notre Saint Père le Pape Jean Paul II écrit en conclusion de son Exhortation Apostolique Redemptoris Custos : « Je souhaite vivement que la présente évocation de la figure de Joseph renouvelle en nous aussi les accents de la prière que mon prédécesseur, il y a un siècle, le Pape Léon XIII recommanda d’élever vers lui. II est certain en effet, que cette prière et la figure même de Joseph ont acquis un renouveau d’actualité pour l’Eglise de notre temps, en rapport avec le nouveau millénaire chrétien ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une apparition de saint Joseph, en Provence, dans le haut pays varois au XVIIème siècle, a été reconnue par l’Eglise : le 7 juin 1660, Gaspard Ricard, un berger de Cotignac, fait paître ses moutons sur les pentes du Bessillon. En ce milieu d’une journée brûlante, il se repose avec ses bêtes, à l’ombre des arbres. Il est très éprouvé par la soif car il a depuis longtemps épuisé sa gourde. Tout à coup, un homme surgit devant lui et, montrant une pierre, lui dit : « Je suis Joseph, enlève-la et tu boiras ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’un regard connaisseur, Gaspard évalue le poids de la roche et objecte : « Je ne pourrai, elle est trop lourde ». Mais le mystérieux visiteur réitère son ordre. Le pâtre obéit et il a la stupéfaction de faire basculer le rocher au premier effort. Une eau vive se met alors à ruisseler ! Alertée, la population de Cotignac accourt au lieu du prodige et s’émerveille lorsque huit hommes essaient en vain de déplacer le rocher. La crainte s’empare du berger qui s’écrie : « C’est saint Joseph qui était là, c’est bien lui qui m’en a donné pouvoir ». Son émotion se communique à toute la foule qui s’agenouille et rend grâce à l’Epoux de la Vierge Marie pour ce signe et pour cette source, image des grâces abondantes que le céleste Patriarche désire déverser sur ceux qui l’invoquent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les guérisons obtenues par l’application de l’eau de la fontaine attirent les pèlerins sur les flancs du Bessillon et le culte de saint Joseph, inexistant jusqu’alors dans la contrée, prend un essor extraordinaire et se répand au-delà de la Provence. Une chapelle sera rapidement édifiée à l’endroit du miracle et des pères oratoriens prendront en charge la direction spirituelle des pèlerinages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 31 janvier 1661, après enquête, Monseigneur Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte. Cette même année et suite à ces merveilleux événements, le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille. A cette occasion, Bossuet, avec le talent qu’on lui connaît, s’exprimera en ces termes : « Joseph a mérité les plus grands honneurs parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur. L’Eglise n’a rien de plus illustre parce qu’elle n’a rien de plus caché ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux petits bergers de Fatima, la Sainte Vierge annonce, lors de sa quatrième apparition, le 19 août 1917 : « Le dernier mois … saint Joseph viendra avec l’Enfant Jésus pour donner la paix au monde ». Et en effet, le 13 octobre, lors de la sixième et dernière apparition voici suivant les termes de Lucie ce dont les enfants furent les témoins : « J’ai vu Notre-Dame du Rosaire, revêtue d’un manteau bleu, recouvrant le blanc très brillant de sa robe ; et, habillé d’un vêtement rouge, saint Joseph ayant l’enfant Jésus sur les bras ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Saint Joseph est le modèle par excellence des pères de famille et des parents chrétiens, il est le patron des travailleurs et de tous ceux qui souffrent, des prêtres, des ordres religieux et des âmes virginales. Il veille particulièrement sur les enfants et sur la jeunesse. Il est de plus le patron de la Belgique et enfin celui de la bonne mort. En ces temps de grande dérive morale, il est plus qu’urgent de se tourner vers ce modèle de pureté et de chasteté&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses litanies, saint Joseph est honoré sous le titre redoutable de Terreur des démons. Qui en effet, après la Très Sainte Vierge Marie peut comme saint Joseph faire trembler l’enfer et effrayer celui « qui rôde dans le monde en vue de perdre les âmes » ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 mars 1971, le Pape Paul VI s’adressait aux pèlerins de Rome en déclarant saint Joseph, « protecteur de la famille » et en exhortant les catholiques à recourir au saint Patriarche. Ces propos sont plus que jamais brûlants d’actualité : « Nous savons tous combien la famille a aujourd’hui besoin de protection et d’amour inviolable et sanctifiant : saint Joseph, invoqué avec piété, ne laissera pas manquer de sa protection. Et il voudra également protéger la Sainte Eglise, aujourd’hui si troublée et affligée ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marthe Robin, la stigmatisée de Châteauneuf-de-Galaure, dont la cause de béatification est introduite, a dit un jour à propos de saint Joseph cette parole : « L’Eglise va le redécouvrir ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Souvenez-vous, ô très chaste époux de Marie, mon aimable protecteur, saint Joseph, que l’on n’a jamais entendu dire que quelqu’un ait sollicité votre protection et imploré votre secours sans avoir été exaucé. Je viens avec confiance me présenter devant vous et me recommander à vous avec ferveur. Ne rejetez pas mes prières, ô fidèle gardien de Jésus, mais écoutez-les avec bonté et daignez les exaucer. Ainsi soit-il. »&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Les_saints_patrons_des_m%C3%A9tiers&amp;diff=1513</id>
		<title>Les saints patrons des métiers</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Les_saints_patrons_des_m%C3%A9tiers&amp;diff=1513"/>
				<updated>2011-03-24T17:50:07Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé Jacques Olivier, FSSP&lt;br /&gt;
 | source                        = Extrait du Livre les Saints Patrons des métiers et des corporations, du Moyen-Âge au XXIème siècle par J.C. Dusserre&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦ Facile&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Moyen‑Âge, chaque métier se regroupe par confrérie et se distingue en général par un sceau, un blason, une enseigne, une bannière et un saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quelques attributs ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici quelques renseignements donnés pour la représentation des saints populaires&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''L'auréole ou le nimbe''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
au‑dessus de la tête désigne un saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La palme''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désigne un martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Le lys''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désigne une vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Le livre''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désigne un diacre ou un docteur de l'Eglise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La mitre et la crosse''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La couronne et le globe''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un roi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''L'épée et la lance''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un militaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La maquette d'une église ou un bâtiment''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un fondateur ou un bâtisseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Affectation des attributs ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Presque tous les saints du calendrier sont pourvus d'un ou de plusieurs attributs. Le choix des attributs est dû parfois&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Aux armes parlantes&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- un loup pour Saint Loup,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ un agneau pour Sainte Agnès,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ une colombe pour Sainte Colombe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Au métier exercé par le saint&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ une hache ou une scie de charpentier pour Saint Joseph,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ un marteau et une enclume d'orfèvre pour Saint Éloi,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ la boîte d'onguents et l'urinal pour les médecins Saint Côme et Saint Damien…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''A leur martyre&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ la grille des rôtisseurs pour Saint Laurent,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ la tenaille et la dent des dentistes pour Sainte Apolline…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''A des jeux de mots ou de simples calembours&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ Saint Clair adopté par les verriers et les lunetiers,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ Saint Cloud par les cloutiers,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ Saint Vincent, sur le côté phonique&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;VINcent, il est des nôtres ! » il sera le patron des vignerons…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''A''' '''leur légende''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ trois enfants dans le saloir du boucher pour Saint Nicolas,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ le cerf qui apparaît durant la chasse pour Saint Hubert,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ le dragon de Saint Georges,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ le cochon de Saint Antoine,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ les clefs de Saint Pierre…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant de régions, de villes et villages, presque autant de saints patrons différents pour la même profession. La même profession a plusieurs saints protecteurs et à l'inverse, le saint est souvent patron de plusieurs métiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Certains saints ont passé la frontière de leur région pour devenir le saint majoritaire ou national d'un métier ou d'une protection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Liste des métiers avec leurs saints principaux et quelques protections ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== A ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Acteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Actrices'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Pélagie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents d'affaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Expédit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents de police'''&lt;br /&gt;
|| '''St Server, '''St Laurent, St Martin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents administratifs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean l'Évangéliste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents de change'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agriculteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''St Isidore&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Alchimistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean l'Évangéliste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Alpinistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Bernard d'Aoste, '''St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ambassadeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Amoureux'''&lt;br /&gt;
|| '''St Valentin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Animaux '''(protection des)&lt;br /&gt;
|| '''St François d'Assise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Antiquaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Apiculteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Ambroise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Apothicaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Arboriculteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Archéologues'''&lt;br /&gt;
|| '''St Damase, '''St Jérôme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Archers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Sébastien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Architectes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Armée'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maurice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Armuriers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Guillaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Arpenteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artificiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artilleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artisans'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artistes-peintres'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Arts libéraux'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Astronautes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Astronomes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Dominique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Athlètes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Aubergistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe''', St Martin, St Julien l'Hospitalier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Automobilistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Aviateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Notre-Dame de Lorette, St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Avocats'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Avoués'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== B ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Baigneurs‑étuvistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Balances '''(fabricants de)&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Banque '''(employés de)&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Barbiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bateliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''Ste Honorine St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bâtiment '''(ouvriers du)&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''Ste Barbe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Batteurs d'or'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bergères'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Jeanne d'Arc, '''Ste Geneviève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bergers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean, St Loup'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Beurre '''(fabr. et march.)&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard, '''Ste Brigitte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bibliothécaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme, '''Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bijoutiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bimbelotiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Biscottiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Honoré'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Biscuitiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fortunat'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Blanchisseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blanchard, '''St Maurice&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Blanchisseuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire, '''Ste Véronique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Boisseliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bonnetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel, '''St Philippe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bouchers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Antoine, St Barthélemy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Boulangers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Honoré'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bourreliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Boursiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bouviers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Brasseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Médard, '''St Arnould&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Briquetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Brocanteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Brodeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire, '''St Louis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bûcherons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Joseph, '''St Thibault&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Buralistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Buveurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Martin, '''St Otmar, St Mathias&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== C ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Cafetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Otmar&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Canonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Captifs '''(libération des)&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard, '''Ste Foy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cardeurs de laine'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Carillonneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Carriers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Roch&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Carrossiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cartes à jouer '''(joueurs)&lt;br /&gt;
|| '''St Balthazar, '''roi mage&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cartomanciennes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Sara'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cartonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cavaliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Georges, '''St Martin, St Maurice&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cavistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Champignons '''(cueillette)&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Changeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chanteurs, chanteuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Cécile'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chapeliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jacques'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charbonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thibault'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charcutiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charpentiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Joseph'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charretiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charrons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''Ste Catherine, St Nicolas&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chasseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert, '''Ste Eustache&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chats '''(protection des)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Gertrude, '''St Cado&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chaudronniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maur, '''St Fiacre, St Éloi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chauffeurs de taxi'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre, '''St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chauffeurs‑routiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chausseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Sts Crépin et Crépinien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chercheurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chevaliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Georges'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chiens '''(protection des)&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert, '''St Eustache, St Roch&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chimistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean l'Évangéliste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chirurgiens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cidre '''(marchands de)&lt;br /&gt;
|| '''St Clément'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cires et Cierges'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Geneviève'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cloches'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cochons '''(marchands de)&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Coiffeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Coiffeuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marie‑Madeleine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Colporteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Charlemagne, '''St Raphaël&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Comédiennes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Pélagie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Comédiens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès, '''St Ardalion&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Commerçants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Comptables'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Conducteurs de voiture'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Confiseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Conservateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme, '''St Albert le Grand&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cordonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Crépin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Corne '''(articles en)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Foy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Corroyeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Costumiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Dominique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Courtiers en vin'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Courtisanes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marie‑Madeleine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couteliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Eloi, '''St Jean‑Baptiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couturières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couturiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couvreurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''Ste Barbe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couvreurs en ardoise'''&lt;br /&gt;
|| '''St Lézin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Crémiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cuir '''(ouvriers du)&lt;br /&gt;
|| '''Sts Crépin et Crépinien, '''St Barthélemy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cuisinières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cuisiniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cultivateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Isidore, '''St Blaise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cyclistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== D ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Dactylographes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès, '''St Cassien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Danseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Guy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dégraisseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maurice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dentellières'''&lt;br /&gt;
|| '''St François‑Régis, '''Ste Thérèse d'Avila&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dentistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Apolline'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dessinateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Diplomates'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Disquaires'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Cécile'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Distillateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Esprit, '''St Louis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dockers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Documentalistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Domestiques'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Zite ou Zita, '''Ste Nothburge&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Doreurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Eloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Douaniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Drapiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Blaise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Droguistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien, '''St Roch&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== E ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Eaux (employés des)'''&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ébénistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''St Joseph&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Écolières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Écoliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Charlemagne&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Écologistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St François d'Assise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Économes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Lubin, '''St Marcien, St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Écrivains'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean l'Évangéliste, '''St Marc&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Éditeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Électriciens'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Lucie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Émailleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Emballeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Enfants de chœur'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Enfants trouvés'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent de Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Enlumineurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Entrepreneurs '''(bâtiment)&lt;br /&gt;
|| '''St Sébastien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Épiciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Équipage d'avions'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ermites'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Escrimeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Étameurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Cloud, '''Ste Madeleine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Étudiants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Grégoire, '''St Jérôme, Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Europe'''&lt;br /&gt;
|| '''Sts Cyrille et Méthode'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Éventaillistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis, '''St Hildevert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Exorcistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Cyriaque'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== F ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Facteurs des postes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Faïenciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fantassins'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maurice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Femmes au foyer'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''Ste Marthe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Femmes enceintes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Honorine, '''Ste Marguerite&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ferblantiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fermiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Isidore'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ferrailleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Sébastien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ferronniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Feu '''(protection contre)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Florian&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fiancés'''&lt;br /&gt;
|| '''St Valentin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filatiers de laine'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filets ('''fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fileurs de verre'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc, '''St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fileuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filles au pair'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''Ste Zita&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filles de ferme'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Nothburge'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filles repenties'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marie‑Madeleine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Financiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fleuristes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre, '''Ste Dorothée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Flotteurs '''(de bois)&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fondeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''St Hubert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Forestiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Forgerons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Forts des Halles'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fossoyeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Foudre '''(protection contre)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fourreurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Barthélemy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fraises '''(marchands)&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''France'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Jeanne d'Arc, '''St Martin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fripiers et brocanteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fromagers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Uguzon, '''St Michel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fruitiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fumeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== G ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Gainiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert, '''St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gantiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy''', St Gilles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Garagistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gardes‑Chasse'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gardiens de prison'''&lt;br /&gt;
|| '''St Adrien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gitans'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Sara'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Glaciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Servais'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Grainiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Antoine, St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Graveurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Greffiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Grossistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Guérisseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marcou, '''St Mammès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Guides''' (tourisme)&lt;br /&gt;
|| '''St Raphaël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== H ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Haute‑couture'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hommes de loi'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hôpitaux'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent de Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Horlogers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Horticulteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hôteliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''Ste Marthe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hôtesses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Huile '''(fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine, '''St Nicolas&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Huissiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Impôts '''(employés des)&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Imprimeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Infirmières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Irène'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Infirmiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent de Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ingénieurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas, '''St Guillaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ingénieurs des Mines'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Inspecteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Instituteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Institutrices'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Intendants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Lubin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Internet'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel, '''Ste Claire&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== J ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Jardiniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jeunes filles à marier'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine, '''St Valentin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jeunes garçons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jeunes gens à marier'''&lt;br /&gt;
|| '''St Valentin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Joailliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jongleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jouets '''(fabrication)&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Journaliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Julien l'Hospitalier'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Journalistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Juges'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jurisconsultes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Juristes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Laboureurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Isidore, '''St Blaise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lacets '''(fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire, '''Ste Thérèse d'Avila&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Laitiers '''(produits)&lt;br /&gt;
|| '''St Uguzon, '''Ste Brigitte d'Irlande&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lampistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lanternes '''(fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lapidaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Laryngologistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lavandières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Libraires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lingères'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Véronique, '''St Louis, Ste Anne&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Liquoristes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Amand de M.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lithographes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Loueurs de voitures'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lunetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Luthiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Cécile'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lycéens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Charlemagne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== M ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Maçons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''Ste Barbe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Magistrats'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres à danser'''&lt;br /&gt;
|| '''St Guy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres d'hôtel'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe, '''St Architriclin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres de cérémonie'''&lt;br /&gt;
|| '''St Architriclin, '''St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres‑nageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Adjuteur, '''St Michel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maquettistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maquignons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maraîchers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marbriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clément'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marchands'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis, '''St Michel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marchands en gros'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maréchaux‑ferrants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mareyeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mariniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marins'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maroquiniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy, '''St Crépin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Matelassiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mécaniciens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Médailles'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Médecins'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien, '''St Luc&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mendiants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Menuisiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''St Joseph, St Gomer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Merciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis, '''St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mères de famille'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Messagers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Métal '''(ouvriers du)&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Meuniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Victor, '''St Honoré&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Militaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Georges, '''St Maurice, St Martin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mimes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Minotiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Victor'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Miroitiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Monnayeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Eloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Montagnards'''&lt;br /&gt;
|| '''St Bernard d'Aoste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Moutardiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Muletiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Musiciens'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Cécile'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== N ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Nageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Adjuteur'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Nattiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Naturalistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Albert le Grand'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Navigateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Érasme, St Romain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Notaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves, '''St Nicolas&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Nourrices'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Numismates'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== O ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Objets perdus'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Oenologues'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Oiseaux '''(protection des)&lt;br /&gt;
|| '''St François d'Assise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Oiseliers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Opticiens'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Orfèvres'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''St Martial&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ouvriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Joseph'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Papetiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Parachutistes'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Parapluies '''(marchands)&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pâtissiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Paveurs'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Photographes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Véronique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Photograveurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Véronique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pipes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Plâtriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''St Louis, Ste Barbe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Plombiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Madeleine, '''Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Poissonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre, '''St André&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Policiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Sever, '''St Martin, St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pompiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Florian&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Portiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Postiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Potiers d'étain'''&lt;br /&gt;
|| '''St Mathurin, '''St Fiacre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Potiers de terre'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine, '''Ste Radegonde, St Bonet&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Poulets '''(marchands de)&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Presse'''&lt;br /&gt;
|| '''St Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Prisonniers '''(libération des)&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard, '''Ste Foy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Procureurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Prothésistes dentaire'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Apolline'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Publicité'''&lt;br /&gt;
|| '''St Bernardin de Sienne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Q ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Quincailliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch,''' St Éloi, St Hommebon&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== R ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Raccommodeuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Radiophonistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Radiotélévision'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ramoneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Florian, St Jean‑Baptiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Randonneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jacques'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Receveurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Relieurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy, '''St Jean Porte‑Latine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Rémouleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Repasseuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire''', St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Reporters'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marc, '''Ste Véronique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Restaurants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent, '''Ste Marthe, St Julien l'Hospitalier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Restaurateurs '''(objets)&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Revendeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Rôtisseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== S ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Sabotiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St René'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Sages‑femmes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marguerite, '''St Côme et St Damien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Santonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St François d'Assise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Sapeurs‑Pompiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Florian&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Savants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Savetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Sts Crépin et Crépinien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Scientifiques'''&lt;br /&gt;
|| '''St Albert le Grand'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Sculpteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc, '''St Marc&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Secrétaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marc, '''Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Serruriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre, '''St Éloi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Serveuses '''(restauration)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Zita'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Skieurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Bernard d'Aoste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Sommeliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Architriclin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Sonneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine, '''St Hubert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Soudeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maur'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Souffleurs de verre'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Spationautes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe, '''St Michel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Spectacles '''(organisateurs)&lt;br /&gt;
|| '''St Lubin, '''St Architriclin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Sportifs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Stations‑Services'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Sténographes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Stylistes '''(vêtements)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Tabletiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Foy, '''St Hildevert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Taillandiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi,''' St Mathias&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tailleurs d'habits'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Hommebon&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tailleurs de pierre'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tanneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tapissiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St François d'Assise, '''St Louis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Taverniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Vincent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Teinturiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maurice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Télécommunications'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Télévision'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Timbres '''(collectionneurs)&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tisserands'''&lt;br /&gt;
|| '''St Erasme, '''St Onuphre, St Sévère&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tôliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tonneliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tourisme'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Jacques, St Paul&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tourneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Traducteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Trains des équipages'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Traiteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Lubin,''' St Laurent, St Architriclin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Travaux‑publics'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Treillageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Trésor Public'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tuiliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tunneliers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== V ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Vaches '''(éleveurs)&lt;br /&gt;
|| '''St Uguzon, '''Ste Brigitte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vanniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Paul, '''St Antoine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Veilleurs de nuit'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre, '''St Blaise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Verriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair, '''St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vétérinaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vidangeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jules'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vignerons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Vernier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vins '''(marchands)&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Nicolas, St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vitriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair, '''St Marc&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Voyageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Nicolas, St Valentin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Voyageurs de commerce'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jacques, '''St Raphaël&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

	<entry>
		<id>http://salve-regina.com/index.php?title=Les_saints_patrons_des_m%C3%A9tiers&amp;diff=1512</id>
		<title>Les saints patrons des métiers</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://salve-regina.com/index.php?title=Les_saints_patrons_des_m%C3%A9tiers&amp;diff=1512"/>
				<updated>2011-03-24T17:49:17Z</updated>
		
		<summary type="html">&lt;p&gt;GM : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Texte&lt;br /&gt;
 | thème                         = Vies de saints&lt;br /&gt;
 | auteur                        = Abbé Jacques Olivier, FSSP&lt;br /&gt;
 | source                        = Extrait du Livre les Saints Patrons des métiers et des corporations, du Moyen-Âge au XXIème siècle par J.C. Dusserre&lt;br /&gt;
 | source web                    = &lt;br /&gt;
 | date de publication originale = &lt;br /&gt;
 | résumé                        = &lt;br /&gt;
 | difficulté de lecture         = ♦♦ Moyen&lt;br /&gt;
 | remarque particulière         = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
__TOC__&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Moyen‑Âge, chaque métier se regroupe par confrérie et se distingue en général par un sceau, un blason, une enseigne, une bannière et un saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quelques attributs ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici quelques renseignements donnés pour la représentation des saints populaires&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''L'auréole ou le nimbe''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
au‑dessus de la tête désigne un saint.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La palme''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désigne un martyr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Le lys''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désigne une vierge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Le livre''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désigne un diacre ou un docteur de l'Eglise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La mitre et la crosse''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un évêque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La couronne et le globe''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un roi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''L'épée et la lance''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un militaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''La maquette d'une église ou un bâtiment''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
désignent un fondateur ou un bâtisseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Affectation des attributs ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Presque tous les saints du calendrier sont pourvus d'un ou de plusieurs attributs. Le choix des attributs est dû parfois&amp;amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Aux armes parlantes&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- un loup pour Saint Loup,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ un agneau pour Sainte Agnès,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ une colombe pour Sainte Colombe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Au métier exercé par le saint&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ une hache ou une scie de charpentier pour Saint Joseph,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ un marteau et une enclume d'orfèvre pour Saint Éloi,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ la boîte d'onguents et l'urinal pour les médecins Saint Côme et Saint Damien…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''A leur martyre&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ la grille des rôtisseurs pour Saint Laurent,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ la tenaille et la dent des dentistes pour Sainte Apolline…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''A des jeux de mots ou de simples calembours&amp;amp;nbsp;:''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ Saint Clair adopté par les verriers et les lunetiers,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ Saint Cloud par les cloutiers,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ Saint Vincent, sur le côté phonique&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;«&amp;amp;nbsp;VINcent, il est des nôtres ! » il sera le patron des vignerons…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''A''' '''leur légende''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ trois enfants dans le saloir du boucher pour Saint Nicolas,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ le cerf qui apparaît durant la chasse pour Saint Hubert,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ le dragon de Saint Georges,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ le cochon de Saint Antoine,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
‑ les clefs de Saint Pierre…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autant de régions, de villes et villages, presque autant de saints patrons différents pour la même profession. La même profession a plusieurs saints protecteurs et à l'inverse, le saint est souvent patron de plusieurs métiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Certains saints ont passé la frontière de leur région pour devenir le saint majoritaire ou national d'un métier ou d'une protection.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Liste des métiers avec leurs saints principaux et quelques protections ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== A ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Acteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Actrices'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Pélagie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents d'affaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Expédit'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents de police'''&lt;br /&gt;
|| '''St Server, '''St Laurent, St Martin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents administratifs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean l'Évangéliste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agents de change'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Agriculteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''St Isidore&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Alchimistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean l'Évangéliste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Alpinistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Bernard d'Aoste, '''St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ambassadeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Amoureux'''&lt;br /&gt;
|| '''St Valentin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Animaux '''(protection des)&lt;br /&gt;
|| '''St François d'Assise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Antiquaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Apiculteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Ambroise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Apothicaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Arboriculteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Archéologues'''&lt;br /&gt;
|| '''St Damase, '''St Jérôme&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Archers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Sébastien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Architectes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Armée'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maurice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Armuriers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Guillaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Arpenteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artificiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artilleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artisans'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Artistes-peintres'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Arts libéraux'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Astronautes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Astronomes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Dominique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Athlètes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Aubergistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe''', St Martin, St Julien l'Hospitalier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Automobilistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Aviateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Notre-Dame de Lorette, St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Avocats'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Avoués'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== B ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Baigneurs‑étuvistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Balances '''(fabricants de)&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Banque '''(employés de)&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Barbiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bateliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''Ste Honorine St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bâtiment '''(ouvriers du)&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''Ste Barbe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Batteurs d'or'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bergères'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Jeanne d'Arc, '''Ste Geneviève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bergers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean, St Loup'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Beurre '''(fabr. et march.)&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard, '''Ste Brigitte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bibliothécaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme, '''Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bijoutiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bimbelotiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Biscottiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Honoré'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Biscuitiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fortunat'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Blanchisseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blanchard, '''St Maurice&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Blanchisseuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire, '''Ste Véronique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Boisseliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bonnetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel, '''St Philippe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bouchers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Antoine, St Barthélemy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Boulangers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Honoré'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bourreliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Boursiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bouviers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Brasseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Médard, '''St Arnould&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Briquetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Brocanteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Brodeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire, '''St Louis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Bûcherons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Joseph, '''St Thibault&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Buralistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Buveurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Martin, '''St Otmar, St Mathias&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== C ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Cafetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Otmar&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Canonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Captifs '''(libération des)&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard, '''Ste Foy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cardeurs de laine'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Carillonneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Carriers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Roch&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Carrossiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cartes à jouer '''(joueurs)&lt;br /&gt;
|| '''St Balthazar, '''roi mage&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cartomanciennes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Sara'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cartonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cavaliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Georges, '''St Martin, St Maurice&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cavistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Champignons '''(cueillette)&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Changeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chanteurs, chanteuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Cécile'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chapeliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jacques'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charbonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thibault'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charcutiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charpentiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Joseph'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charretiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Charrons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''Ste Catherine, St Nicolas&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chasseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert, '''Ste Eustache&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chats '''(protection des)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Gertrude, '''St Cado&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chaudronniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maur, '''St Fiacre, St Éloi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chauffeurs de taxi'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre, '''St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chauffeurs‑routiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chausseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Sts Crépin et Crépinien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chercheurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chevaliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Georges'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chiens '''(protection des)&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert, '''St Eustache, St Roch&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chimistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean l'Évangéliste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Chirurgiens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cidre '''(marchands de)&lt;br /&gt;
|| '''St Clément'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cires et Cierges'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Geneviève'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cloches'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cochons '''(marchands de)&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Coiffeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Coiffeuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marie‑Madeleine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Colporteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Charlemagne, '''St Raphaël&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Comédiennes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Pélagie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Comédiens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès, '''St Ardalion&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Commerçants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Comptables'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Conducteurs de voiture'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Confiseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Conservateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme, '''St Albert le Grand&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cordonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Crépin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Corne '''(articles en)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Foy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Corroyeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Costumiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Dominique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Courtiers en vin'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Courtisanes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marie‑Madeleine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couteliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Eloi, '''St Jean‑Baptiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couturières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couturiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couvreurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''Ste Barbe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Couvreurs en ardoise'''&lt;br /&gt;
|| '''St Lézin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Crémiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cuir '''(ouvriers du)&lt;br /&gt;
|| '''Sts Crépin et Crépinien, '''St Barthélemy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cuisinières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cuisiniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cultivateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Isidore, '''St Blaise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Cyclistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== D ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Dactylographes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès, '''St Cassien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Danseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Guy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dégraisseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maurice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dentellières'''&lt;br /&gt;
|| '''St François‑Régis, '''Ste Thérèse d'Avila&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dentistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Apolline'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dessinateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Diplomates'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Disquaires'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Cécile'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Distillateurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Esprit, '''St Louis&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Dockers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Documentalistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Domestiques'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Zite ou Zita, '''Ste Nothburge&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Doreurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Eloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Douaniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Drapiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Blaise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Droguistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien, '''St Roch&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== E ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Eaux (employés des)'''&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ébénistes'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Lubin, '''St Marcien, St Laurent&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
|| '''Électriciens'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Lucie'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Émailleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Emballeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Enfants de chœur'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Enfants trouvés'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent de Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Enlumineurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Entrepreneurs '''(bâtiment)&lt;br /&gt;
|| '''St Sébastien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Épiciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Équipage d'avions'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ermites'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Escrimeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Étameurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Cloud, '''Ste Madeleine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Étudiants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Grégoire, '''St Jérôme, Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Europe'''&lt;br /&gt;
|| '''Sts Cyrille et Méthode'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Éventaillistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis, '''St Hildevert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Exorcistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Cyriaque'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== F ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Facteurs des postes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Faïenciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fantassins'''&lt;br /&gt;
|| '''St Maurice'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Femmes au foyer'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''Ste Marthe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Femmes enceintes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Honorine, '''Ste Marguerite&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ferblantiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fermiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Isidore'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ferrailleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Sébastien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ferronniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Feu '''(protection contre)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Florian&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fiancés'''&lt;br /&gt;
|| '''St Valentin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filatiers de laine'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filets ('''fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fileurs de verre'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc, '''St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fileuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filles au pair'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''Ste Zita&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filles de ferme'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Nothburge'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Filles repenties'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marie‑Madeleine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Financiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fleuristes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre, '''Ste Dorothée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Flotteurs '''(de bois)&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fondeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''St Hubert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Forestiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Forgerons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Forts des Halles'''&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fossoyeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Foudre '''(protection contre)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fourreurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Barthélemy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fraises '''(marchands)&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''France'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Jeanne d'Arc, '''St Martin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fripiers et brocanteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fromagers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Uguzon, '''St Michel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fruitiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Fumeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== G ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Gainiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert, '''St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gantiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy''', St Gilles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Garagistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gardes‑Chasse'''&lt;br /&gt;
|| '''St Hubert'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gardiens de prison'''&lt;br /&gt;
|| '''St Adrien'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Gitans'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Sara'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Glaciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Servais'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Grainiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Antoine, St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Graveurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Greffiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Grossistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Guérisseurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marcou, '''St Mammès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Guides''' (tourisme)&lt;br /&gt;
|| '''St Raphaël'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== H ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Haute‑couture'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hommes de loi'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hôpitaux'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent de Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Horlogers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Horticulteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hôteliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''Ste Marthe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Hôtesses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Huile '''(fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine, '''St Nicolas&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Huissiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== I ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Impôts '''(employés des)&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Imprimeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Infirmières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Irène'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Infirmiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent de Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ingénieurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas, '''St Guillaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ingénieurs des Mines'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Inspecteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Instituteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Institutrices'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Intendants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Lubin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Internet'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel, '''Ste Claire&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== J ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Jardiniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jeunes filles à marier'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine, '''St Valentin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jeunes garçons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jeunes gens à marier'''&lt;br /&gt;
|| '''St Valentin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Joailliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi, '''St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jongleurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jouets '''(fabrication)&lt;br /&gt;
|| '''St Claude'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Journaliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Julien l'Hospitalier'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Journalistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Juges'''&lt;br /&gt;
|| '''St Thomas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Jurisconsultes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Juristes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Laboureurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Isidore, '''St Blaise&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lacets '''(fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire, '''Ste Thérèse d'Avila&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Laitiers '''(produits)&lt;br /&gt;
|| '''St Uguzon, '''Ste Brigitte d'Irlande&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lampistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lanternes '''(fabricants)&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lapidaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Laryngologistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lavandières'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Libraires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lingères'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Véronique, '''St Louis, Ste Anne&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Liquoristes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Amand de M.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lithographes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jean Porte‑Latine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Loueurs de voitures'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lunetiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Luthiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Cécile'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Lycéens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Charlemagne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== M ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Maçons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise, '''Ste Barbe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Magistrats'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres à danser'''&lt;br /&gt;
|| '''St Guy'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres d'hôtel'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Marthe, '''St Architriclin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres de cérémonie'''&lt;br /&gt;
|| '''St Architriclin, '''St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maîtres‑nageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Adjuteur, '''St Michel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maquettistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Luc'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maquignons'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maraîchers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marbriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clément'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marchands'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis, '''St Michel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marchands en gros'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maréchaux‑ferrants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mareyeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mariniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Marins'''&lt;br /&gt;
|| '''St Nicolas, '''St Christophe&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Maroquiniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Barthélemy, '''St Crépin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Matelassiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Blaise'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mécaniciens'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Médailles'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Médecins'''&lt;br /&gt;
|| '''St Côme et St Damien, '''St Luc&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mendiants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Menuisiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne, '''St Joseph, St Gomer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Merciers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Louis, '''St Marcel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mères de famille'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Anne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Messagers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Meuniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Victor, '''St Honoré&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Militaires'''&lt;br /&gt;
|| '''St Georges, '''St Maurice, St Martin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mimes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Genès'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Mineurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Minotiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Victor'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Miroitiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Modistes'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Monnayeurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Eloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Montagnards'''&lt;br /&gt;
|| '''St Bernard d'Aoste'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Moutardiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Amand'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Muletiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Musiciens'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== N ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Nageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Adjuteur'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Nattiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Naturalistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Albert le Grand'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Nicolas, '''St Érasme, St Romain&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== O ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Objets perdus'''&lt;br /&gt;
|| '''St Antoine de Padoue'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Vincent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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|| '''Oiseaux '''(protection des)&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Papetiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
|| '''Passementiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pâtissiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Michel, '''St Honoré, St Fortunat&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Péagistes'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pêcheurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre, '''St Paul&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pédicures'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Peintres'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pharmaciens'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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|| '''Ste Véronique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Photograveurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Véronique'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pipes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Claude''' &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Plâtriers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Plombiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Madeleine, '''Ste Catherine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Poissonniers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre, '''St André&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Policiers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Sever, '''St Martin, St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Pompiers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Florian&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Portiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Postiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Potiers d'étain'''&lt;br /&gt;
|| '''St Mathurin, '''St Fiacre&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Potiers de terre'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine, '''Ste Radegonde, St Bonet&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Poulets '''(marchands de)&lt;br /&gt;
|| '''St Christophe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Presse'''&lt;br /&gt;
|| '''St Paul'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Prisonniers '''(libération des)&lt;br /&gt;
|| '''St Léonard, '''Ste Foy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Procureurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Yves'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Prothésistes dentaire'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Apolline'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Publicité'''&lt;br /&gt;
|| '''St Bernardin de Sienne'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Q ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Quincailliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Roch,''' St Éloi, St Hommebon&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== R ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Raccommodeuses'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Catherine'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Radiophonistes'''&lt;br /&gt;
|| '''St Gabriel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Radiotélévision'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Claire'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Ramoneurs'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe, '''St Florian, St Jean‑Baptiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Jacques'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Relieurs'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Michel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''Ste Claire''', St Laurent&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Reporters'''&lt;br /&gt;
|| '''St Marc, '''Ste Véronique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Restaurants'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent, '''Ste Marthe, St Julien l'Hospitalier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Revendeurs'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Rôtisseurs'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== S ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Sabotiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Albert le Grand'''&lt;br /&gt;
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|| '''Sculpteurs'''&lt;br /&gt;
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|| '''St Pierre, '''St Éloi&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Vincent, '''St Architriclin&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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|| '''Stations‑Services'''&lt;br /&gt;
|| '''St Éloi'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Stylistes '''(vêtements)&lt;br /&gt;
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|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Tabletiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Taillandiers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tailleurs d'habits'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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|| '''Tanneurs'''&lt;br /&gt;
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|| '''Timbres '''(collectionneurs)&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
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|| '''Traducteurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jérôme'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Traiteurs'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
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|| '''St Roch'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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|| '''Treillageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Fiacre'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Trésor Public'''&lt;br /&gt;
|| '''St Matthieu'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tuiliers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Laurent'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Tunneliers'''&lt;br /&gt;
|| '''Ste Barbe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== V ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{| style=&amp;quot;border-spacing:0;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|| '''Vaches '''(éleveurs)&lt;br /&gt;
|| '''St Uguzon, '''Ste Brigitte&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vanniers'''&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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|| '''Veilleurs de nuit'''&lt;br /&gt;
|| '''St Pierre, '''St Blaise&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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|| '''St Vincent, '''St Vernier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vins '''(marchands)&lt;br /&gt;
|| '''St Vincent, '''St Nicolas, St Lubin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Vitriers'''&lt;br /&gt;
|| '''St Clair, '''St Marc&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Voyageurs'''&lt;br /&gt;
|| '''St Martin, '''St Nicolas, St Valentin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|| '''Voyageurs de commerce'''&lt;br /&gt;
|| '''St Jacques, '''St Raphaël&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
|}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>GM</name></author>	</entry>

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